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Full text of "Mémoire sur la bataille de Bouvines en 1214: enrichi de remarques historiques, stratégiques et ..."

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600002443J 








600002443J 



iS. 



I \ 



S^o. 




MÉMOIRE 



SUR LA BATAILLE 



DE BOUVIIVES 



EN 1214. 




SE TEND AUSSI : 

▲ AIRE, ches Beugin, librairep 

▲ ABMENTIÉBES » dbes DekcÊombrê, Lîlir»if« 

▲ ARRAS, ches Tapino ^ Libraire. 

A AYESNESy chea TiftMx, Imprimeur-lâbnûre. 

A BER6UES , cbei FocgMêur^Dâ^aeier, ImprimMir-Librufii 

A BÉTHX7NE, dm ReyBourbim, Libraire». 

A BOULOGNE, cbei Ltroy^Bergtr , ImprimeuroLibrAîm. 

A CALAIS, ches LtUux, Imprimeur-Libraire. 

A CAMBRAI, ches Chankùti, Imprimeur-Libraire. 

A CASSEL, ches Wockenùê, Libraire. 

A DOUAI, dies Bétrendeus, Libraire. 

A DUNKERQUE, ches Louée/, Libraires 

A HAUBOURDIN , efaes Sckouiiheer, Libraire. 

A HAZEBROUCK, ches Bêàuitekèrê, Libraire. 

A HAUBEUGE, ches Leoêcptê, Imprimeor-Libraîrew 

ifiJESSOJ (a»)» cba Dupont, Libraire. 

A ROUBAIX, dies BégUn, Imprimeur-Libraire. 

A ^é »«>A^T^ ( Druon, Libraire. 

A S*-AMAia>, ehes l „ . ^ . . ,.l • 

' ( Ramart, Impnmenr-Libraire. 

A S*-01fER, ches Cfrtêgelot, Libraire. 

A S*-QUENTIN, ches Mourmut {Adolphe) , Imprimear. 

' ( JfoMoit, Imprmiear-Libraire. 

A TALEUCIENNIS, ehes Le MÊmêirB, Libraita. 



liltLB.— I«p»iMrM ém WâSAŒXBM Tim. 



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■PB«»^9îrw^-i» 



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HEHOIBE 

SUE LA BATAILLE 

BOUYIIVES 

EN 121 A» 

KHSICHI DE BEMABQCES mSTORIQTJES , STUTâOIQDBS 

ET CRITIQDES ; ItnjXB LISTE RAISONIftE DBS 

AUTEUBS CONSULTÉS ; D'UNE TABI£ DES 

PEBSONNES ET DES LIEUX, 

ET DU PLAN DES 

OPÉRATIONS; 

PAR 

M. LEBON, 

Citv^i» it St-Linû, OJfieUr dt la LJgiat-i Bata mm : 

Ouvrage couronné par la Société d'Émulation de Cambrai / 

au Concours de 1833. 

* Pivprim Ohm. 




, UBRAimE , SUkOi DD LOUTHE , N* U. 

as, mmiH 

pbMd> IIIMIM, M- 10. 

1835. 



\rU. 



«i'^1. 



i^/^(^/^4W^<^^ ^/^^^^'^'^<^/%(^(\k<^/%X/^ '^/^r^/^f^/XiV^ 



INTRODUCTION. 



Si les écrivains qui oùt traité le sujet de Bouvines 
s'étaient contentés de reproduire la chronique de 
Le Breton en kn^ge de leur temps , de joindre à 
ces versions authentiques des remarques sur les per-» 
sotines et les choses , le lecteur n'aurait eu plus tard 
qu'à s'assurer de la fidélité des traductions, qu'à véri- 
fier l'exactitude des notes , ^ nous serions dispensé 
de faire aujourd'hui une revue critique de leurs 
ouvrages. 

Mais la plupart d^entr'eux , les uns entraînés par 
l'amour du merveilleux , les autres tourmentés du 
désir de faire briller quelques talens d'agrément , 
certains se laissant aller à la vanité puérile de paraître 
plus instruits que. l'historien témoin oculaire du 
combat, tous ayant la ridicule prétention d'être cru& 
sur parole , ne virent dans le sujet qu'un thème 
d'amplification, un texte favorable à l'hyperbole, un 
champ à exploiter au gré de leurs caprices particu- 
liers. Ainsi disposés, ils se mirent à torturer , char- 
ger, mutiler, reçrespir les originaux , de telle sorte 
que , d'un côté , l'histoire disparut sous les ornemens 
dont ils se plurent à l'embellir; que , de l'autre , elle 
cessa d'être reconnaissable par des additions , des 

1 



^ tllYROl>UCTtO¥> 

%ransition& , des fetranchemens arrangés aux dé^ 
pens de la vérité» 

Qu6 si Ton remonte ^ux époques les plus rappro* 
chées de 1 événement en descendant jusqu^ànous, 
on voit d^abord un religieux de Tabbaye de Sénonnes 
recueillir les anecdotes vraies ou fausses sur Bou'» 
vines quHl entendait raconter dans son monastère , 
les revêtir de circonstances imaginaires , composer 
de ce recueil une chronique, chef--d 'œuvre d^aveu-^ 
gle crédulité (i). 

Vient ensuite un chroniqueur moins ancien ^ 
confondant notre bataille avec celle de Mons-èn-^ 
Pewèlei arrivée cent ans plus tard, soutenir que 
Farmée française se fortifia au moyen de son char-^ 
roi qui lui procura la victoire (2). 

Puis un historien jouissant de quelque réputation^ 
trompé sans doute par une apparente similitude de 
nom, transposer le champ de bataitte près de Bovine 
sur la Meuse y à quarante-cinq lieues du village dt 
Bouvines dans la châtellenie de Lille (3). 

Et successivement , un historiographe estimé , 
prétendre , malgré le passage de la Marque effectue 
par l'infanterie des communes, et leur marche déjà 
très-avancée , que le mouvement du Roi , de son 



(i) Chronicon Sennoniense in Vosoffi a Eicherio monacho ejus'^ 
dem monaslerii, 

(n) Chronique de Flandre attribuée à Poyet^ mue en lumière 
par Denis Sauvage. 

(3) Abrège' chronologique de THistoire de France par Mëzerai. 



lîîTRODUCTION. Ô 

camp sous Tournai vers Lille , n^avait été qu^une 
ruse pour attirer Parmée ennemie sur le plateau de 
Cysoing (i). 

Un savant philologue traduisant , ou plutôt dé- 
figurant la chronique de Le Breton , faire dire au 
chevalier Garin , dans son rapport au Roi , qu^il à 
vu des chevaux couverts de chevaliers ; et , ce qui 
nVst pas moins plaisant , affirmer que le front de 
bandière des deux armées embrassait une étendue 
de quarante mille pas , c^est-à-dîre trois ou quatre 
lieues commun es, en interprétant le mot pas^passus; 
dans l'acception de la plus petite dimension (2). 

Un tacticien, dans un journal militaire, inter- 
vertissant la marche des alliés et leur formation si 
clairement , si positivement expliquée par le cha- 
pelain de Philippe Auguste , présent sur les lieux » 
faire déboucher les colonnes ennemies derrière Taile 
droite des Français et orienter un ordre de bataille 
différent de celui décrit par ce dernier (3). 

Un auteur recommandable d'ailleurs par la pureté 
de son style et par ses talens , reproduire des épisodes 



•^ 



(1) HUtpire de Tournai par Poutrain. 

(7) Collection des mémoires relatifs à l'histoire- de France. Le 
texte porte : P^idii equos milîtum côpertos , il vit les clicTaux des 
hommes d'armes couverts^ caparaçonnes en guerre; au lieu de cela 
le traducteur a vu des chevaux couverts de chevaliers , image assez 
plaisante; et^ pour le second article, le texte porte : Mille quadra^ 
ginta passas. Le traducteur, en transposant le mot nulle ^ a nécessai- 
rement trouvé quarante mille pas : risum tenealis ! 

(5) Journal des Sciences Militaires, 



4 iKTRODUCTtOK* 

riditules exhumés de 4a chronique de Richer ; celle* 
ci par exemple: quëFerrand maltraitait la comtesse 
Jeanne son épouse, parce qu'elle était plus forte que 
lui au jeu d^échecs , et par une singulière contra- 
diction , révoquer en doute la scène de la déposition 
de la couronne , .parce qu'elle est rapportée par ce 
même Richer , donner à Tarmée du Roi une forme 
excentrique imitée des croisades, assurer qu'elle 
dût ses succès aux efforts du centre , précisément le 
contraire de ce qui arriva , faire manoeuvrer des 
colonnes dans les bois d'Orchies , évolution passée 
sous silence par tous les contemporains , placer 
Bouvines à deux lieues de Cysoing , quoique la 
distance ne soit que de vingt-cinq minutes , et dé- 
finitivement imaginer une chapelle où le curé de 
Bouvines célèbre , à jour marqué , Tanniversaire de 
la bataille en présence d'un concours de peuple (*). 
. Nous arrêtant ici à ce petit nombre d'exemples , 
pris au hasard parmi deux cents autres de même 
force , renvoyant pour plus amples renseignemens 
à la liste des auteurs consultés à la fin du mémoire • 
laissant, après cela, au lecteur le plaisir de décerner 
lui-même la palme d'exagération à qui l'a le mieux 
mérité , nous dirons seulement et l'on conviendra 
aisément avec nous que , chroniqueurs du moyen 
âge , historiens et rénovateurs de l'âge moderne , 
tous , ou du moins presque tous , ont contribué à 
créer , à accréditer , à perpétuer une foule de ro- 



Ç) Histoire des grands Capitaines français du moyen-âge. 



INTRODUCTION. 5 

tnans historiques sur la plus glorieuse» page c^ no» 
annales. 

Il est vrai que les difTi^rentes productions dont 
nous venons de parler et celles rapportées à la fin 
du livre , n'exercèrent point une grande influence 
et furent loin de passer pour autorité dans le monde 
littéraire ; les indiciaires , les érudits , habitués aux 
recherches, versés dans Tart de déchiffrer les titres 
poudreux de nos dépôts, de nos bibliothèques, 
étrangers aux petites vanités , aux petites prétentions 
des écrivains anciens ou modernes , ne crurent et 
ne croient pas encore légèrement aux assertions 
sans garants , persuadés que ce n'est point dans les 
variantes d'une relation cent fois remaniée qu'il 
faut les chercher. 

Il n'en est pas de même du commun des lecteurs 
qui , manquant , la plupart , de méthode , de faci- 
lités , de moyens de recourir aux livres élémentaires, 
aux manuscrits , aux pièces originales , se laissent 
aller aux premières impressions de la version qui 
leur tombe fortuitement sous la main ; ces derniers, 
on le sent, veulent être éclairés, dirigés ; un con- 
seil jeté dans la foule est quelquefois recueilli par 
qui sait en tirer parti ; ce conseil , éveillant la curio- 
sité , peut inspirer Tenvie de s^assurer par soi-même 
de la vérité sur un objet controversé ; une vérifica- 
tion couronnée de succès encourage , communique 
insensiblement le goût des recherches historiques. 
Alors tel, de lecteur indifférent qu'il était, devient, 
par ce véhicule, bon critique, excellent juge , (que 
sait-on), peut être auteur ? aussi est-ce pour venir en 



6 INTRODUCTION. 

aide à ceux-ci que nous avons accepté la tâche , non 
d'^cercer une critique séparée de tous les ouvrages 
connus sur la matière , cela nous eut évidemment 
conduit trop loin , mais ce qui sera moins long , 
moins ennuyeux , et sans contredit plus utile , de 
dégager le sujet des fictions dont il est surchargé 
dans ces nombreuses productions , et par ce moyen 
rétablir les faits dans les limites de Texacte vérité. 

Pour réaliser ce plan il fallait commencer par 
consulter les chroniques , les annales de Tépoque , 
prendre connaissance des traités , des pactes, des 
défis , des déclarations de guerre entre les souverains 
du temps ; compulser avec soin les édits, les ordon^ 
nances, les rescripts , les actes , les allocutions , les 
correspondances des personnages éminents appelles 
à une participation religieuse et politique dans les 
grandes affaires qui 3e traitaient alors ; lire les col- 
lections des Bénédictins de la Congrégation de Saint 
Maur , les actes des Bollandistes en rapport avec la 
fin du douzième et le commencement du treizième 
siècle , fouiller dans les cartulaires , dans les obi-^ 
tuaires des anciennes abbayes , dans les archives , 
dans les dépôts , dans les bibliothèques de nos gran- 
des ville$ , visiter les monumens érigés en souvenir 
ou à l'occasion de Tévènement; puiser, en un mot, 
a toutes les sources , nous entourer de tous les do-^ 
Cumen^ accessibles, afin de ne rien hasarder et d'être 
en mesure de placer partout les preuves à côté des 
faits, 

H était, comme on peut le penser, indispensable 



INTRODUCTION. f 

de revoir attentivement ce qui a été écrit , imprimé- 
ou raconté à cet égard depuis iai4 jusqu'au temps 
présent. Ce travail achevé , il s^agissait de vérifier , 
de contrôler toutes les pièces , de les comparer entre 
elles , de les opposer aux versions des contem«- 
porains ; enfin , de procéder à la composition d^un 
Mémoire en état d'être présenté à la discussion 
publique ; nous avons accompli cette portion de 
la tâche de notre mieux ; ce Mémoire , le voici di* 
visé en deux parties. 

La première contient la narration des faits tirés 
de Le Breton , et d'autres anciens dont la véracité 
n^est point contestée ; ici point de conjectures , 
point de suppositions » le moins possible d'obser- 
vations. Tout est soumis aux sévères investigations 
de l'histoire , sans appareil , sans ornemens , telle 
qu elle s'est montrée à nos yeux. 

La seconde partie renferme : i^ des notes histo- 
riques , stratégiques et critiques ; a^ une liste rai-< 
sonnée des auteurs consultés ; 3^ une table des 
personnes, une autre des lient mentionnées dans 
le récit. 

Les remarques N** VL VII. VIII. IX, X. XL XIL 
XIV. XV. XVL XXI et XXIL , forment ensemble 
une dissertation, une étude stratégique, (si on 
veut lui donner ce nom ) de la marche des armées 
pour arriver sur le terrain , dea évolutions qu*elles 
durent exécuter pour se former etK ordre de bataille , 
de leurs opérations respectives ,^ dès que l'actioti 
fut engagée. I^ lecteur n^ confondra point ces dé^ 



8 XNTIIODUCTION. 

tails, tout fondes qu^ilasoat, avec le récit hi&torique 
inséré dans la première partie ; ils forment, comme 
nous venons de le dire, un commentaire ouvert à 
la controverse, une série de questions spéculatives, 
traitées sans prétention , dont le mérite seul con7 
siste à n^avoir point été discutées avant nous. (*) 

La XII"** remarque offre un précis des milices du 
nord de l'Europe aux 12"' et i3"* siècles, nous la 
croyons utile pour IHntelligence des opérations 
militaires. 

Les notices placées à la suite des auteurs con- 
sultés , résument une critique abrégée de leurs 
ouvrages, en ce qui concerne notre mémoire seule- 
ment , et indiquent le parti que nous en avons tiré^ 

Les tables donnent des explications sur les per- 
sonnes et les lieux , rensêignemens indispensables , 
pour éviter au lecteur la peine de recourir à chaque 
instant aux biographies et aux vocabulaires géogra- 
phiques. Mais restreints à ce qui est de pure néces<- 
^ité , nous avons placé ces documens à la seconde 
partie pour obvier à l'inconvénient d'interrompre 
à chaque page le fil de la narration par des notes et 
des digressions, ou, pour n^étre point obligé de 
surcharger les feuillete du récit d'appendices , de 
renvois , de citations marginales. 

Résidant à une distance peu éloignée du village 



(**) Nous ne considérons point comme étude stratégique l'artiote 
«videmment erroné du journal des Sciences Militaires repris dans la 
liste des auteurs consultés à latjueUe nous renvoyons le lecteur. 



INTRODUCTION. 9 

de Bouvines, noire premier soin , api:ès avoir puisé 
aux sources de Thistoire, devait être de reconnaître 
]e champ de bataille , et même toute la portion du 
territoire entre la Lys, la Scarpe, FËscaut et la 
Deûle ; il résulte de cette exploration, plusieurs fois 
recommencée, que lëtat actuel des lieux offre une 
grande ressemblance avec celui représenté parles ter? 
riers , cbasserels , dénombremens et inventaires 
descriptifs de Tépoque, particulièrement, en ce qui 
concerne le plateau de Cysoing ; en effet la Marque, 
redressée en certains endroits, et recreusée il y a 5o 
ans sur toute l 'étendue qui borde cette plaine du sud- 
ouest au nord-ouest , coule dans la même vallée, et 
pour ainsi dire partout sur son vieux lit ; les marécages 
desséchés par Tencai^ement donné a la rivièrq, bien 
que changés en prairies et en terres labourables , 
ont conservé assez de traces de . ce qu 'ils étaient 
autrefois , pour que Pon puisse déterminer à la 
première vue les limiies des anciennes alluvions. 
Les villages qui existaient alors portent les mêmes 
noms et sont encore situés aujourd'hui 3ur les 
mêmes emplacemens; les deux ruisseaux, dont Fun 
prend sa source dans les fossés du vieux château 
de la Louverie , près de Rumes , et qui débouche 
dans TËscaut un peu en , deçà de Tournai ; Tautre 
qui lire son origine d'une fontaine entre Rescrouël 
et Wannehain et qui va se jeter dans la Marque à 
Pest du clos de labbaye de Cysoing, après avoir 
traversé les prairies au bas de Bourghelles, n'ont 
éprouvé , ni accroissement , ni diminution , ni 
déviation ; la roule de Morlagqe à Tournai sur 1^ 



lO INTBODUGTIOK. 

rive gauche de TEscaut, celle de Tournai h Douai, 
l'antique voie romaine de Tournai à Estaires pât 
Séciin , (i) rancienne route de Tournai à Lille 
par Catchin , Bouvines , Sainghin et Lezennes , 
tous ces chemins , quoique rétrécis et échancrés 
presque partout , subsistent toujours sur les tracés 
du iS"' siècle ; Fespace compris entre le village de 
Gamphin et Bouvines , celui entre Anstaing et 
Wannehain présentent comme alors , une plaine 
fertile et cultivée avec soin , grataque planifies ce-^ 
reali gramine vemans. (2) Ainsi , à l'exception des 
plantations dont les divers changemens ont fait 
varier Taspect du site dans le voisinage des habita- 
tions, nous le répétons , la plaine de Cysoing et ses 
aboutissans n 'ont subi aucune altération sensible , 
et la carte moderne , placée eii tête du Mémoire, 
signale Tétat des lieux , à peu de choses près , tels 
quHls étaient au moment de la bataille. 

Nous avions espéré trouver des renseignemens 
dans quelques familles des villages voisins du terrain 
qui avaient, (disait-on), conservé des traditions du 
combat ; la vérité est , qu'il n'existe dans ces familles 
que des notions vagues, incertaines, affaiblies par 
le temps et sans le moindre intérêt ; il en est de 
même des monumens encore existans dans les 
environs, dont on aperçoit à peine quelques ves- 
tiges, qui d'ailleurs n'expliquent rien , n'apprennent 
. ■ ' ■■-,■, — 

(1) Cette cimussée conduisait de Tournai à la mer par Seclin^ 
Wavrin^ le Mœnil, Estaiics, Castres et Cassel, 
(a) Philipidos GuHkbni Armorici^ lib, lo. 



INTRODUCTION. II 

rien , et ne mettent sur la trace d'aucune particu- 
larité intéressante. Les ravages des guerres dont ces 
contrées ne furent que trop souvent le théâtre , les 
deux incendies de Fabbaye de Cysoing ont achevé 
de tout effacer , de tout détruire. Le mont des 
Tombes , ainsi qu^on le verra à la remarque XXV , 
n'est à notre avis, qu'un de ces tumuli, comme il 
s'en trouve beaucoup en Flandre, auquel ne se 
rattache aucun souvenir de Faction ; la chapelle aux 
Arbres qui a exercé l'imagination de quelques écri-' 
vains (*) , ne fut construite , selon toute apparence , 
que plus d'un siècle après l'événement. 

En résumé, et pour terminer ce liminaire déjà 
trop long , nous pensons que si la première partie 
du Mémoire peut faire service à quelques lecteurs, 
en retraçant l'événement de Bouvines dans le sens 
de la vérité , la seconde considérée sous le point de 
vue stratégique , n'est pas sans intérêt pour les mili- 
taires qui cherchent à creuser dans la tactique du 
moyen-âge afin de développer des théories utiles à 
Fart, en les appliquant à la manière de faire la 
guerre aujourd'hui. 

Peut-être aussi nous est-il permis d'espérer que 
les amateurs d'histoire , appréciant les recherches 
auxquelles nous avons dû nous livrer , sauront gré 
à Fauteur d'avoir répandu , ou du moins , d'avoir 
eu l'intention de répandre quelques lumières sur 



(*) Aujourd'hui Calvaire de Cysoiog. 



12 INTRODUCTION. 

cet important passage de nos annales. Moins diffi-* 
ciles à satisfaire sur la manière , que ceux dont la 
tournure d'esprit , le goût particulier sont de pré- 
férer Tagrément a Tulilité, de ceux qui pardonnent 
aisément les invraisemblances , les suppositions , 
les inventions même , tout enfin à qui sait les 
amuser par des anecdotes piquantes. Les premiers, 
nous osons le présumer , fermeront Pœil de la 
rigueur sur les fautes échappées à une plume peu 
exercée. Nous n'avons pas écrit pour les autres; 
indulgence sur la forme, sévérité, mais impartialité 
sur le fond , c^est ce que nous sollicitons de la bien-- 
veillance de ceux qui auront la patience de lire ce 
qui va suivre. 



/^/^f^/^i^/^'^/^^%/^fW^i^/^<^/^'^/^i^/^i^/^(V/Vl*^/^ %/%/%<V/% 



» 



REGIT. 



^Me/^À^^ûJc cCcmà usa ûer^Tieà Jui^vo/nd. 



Une médaille d'or de 200 francs sera décernée par la Société d'ÉmnIation de Cambrai 
pour le Concours de 1833 , au meilleur fragment d'histoire locale appartenant aa 
dépaïtément du Nord ; le sujet est an choix des concnrrens. 



Les relations politiques entre la France et la Flandre 
Bravaient jamais été moins hostiles que vers la fin du XII"* 
siècle. Philippe d'Alsace, comte régnant, aimé de ses sujets 
par la sagesse de son administration , yénéré de ses voisins 
par sa loyauté à garder la foi jurée, venait d'être appelé à 
la régence du royaume de France pendant la minorité de 
Philippe II , depuis surnommé Auguste ; le mariage de ce 
jeune prince avec Isabelle de Hainaut , nièce du comte , 
semblait affermir les bases d'une paix durable. Trois années 
n'étaient point écoulées que la succession de la comtesse de 
Flandre vint troubler cette bonne harmonie et jeter entre les 
deux États les. germes d'une longue et sanglante dissention. 
C'est pour suivre la marche des évènemens , pour expliquer 
les causes immédiates ou éloignées des guerres , des trêves , 
des traités résultants dé ce point de dissention , pour amener 
enfin le lecteur à la bataille de Bouvines,' dénouement si 
glorieux pour les armées Françaises , que nous allons entrer 
dans quelques détails indispensables à l'intelligence du sujet. 



(U) 

Philippe d^Âlsàce, fils de Thierri, sixième comte de Flandre, 
fut marié deux fois ; sa première épouse , Isabelle sœur de 
Kaoul le Lépreux, comte de Vermandois, lui apporta en dot 
le comté de ce nom , ceux d'Amiens et du Valois qui devaient 
retourner h la famille de la comtesse, dans le cas où elle 
viendrait à décéder sans postérité. Le comte Philippe étant 
sans enfans, perdant Fespoir d^en voir naître de son mariage, . 
conçut ridée de conserver la dot de son épouse et de la trans- 
mettre h ses héritiers particuliers , au moyen d'une donation 
qu^il prit soin de faire ratifier par Louis le Jeune, roi de 
France, son suzerain. 

Appelé, peu après cet acte, en vertu des dernières volontés 
de ce prince , h la tutelle de son fils Philippe II , ce comte 
négocia le mariage de sa nièce Isabelle de Hainaut avec son 
royal pupille ; pour rendre cette union plus digne du roi de 
France^ il se chargea de la dot d'Isabelle, en lui assurant 
le comté d'Artois qu'il détacha h cet effet , de ses pays héré- 
ditaires, pour le roi en jouir en toute propriété après sa mort. 
En réciprocité de cet avantage , le jeune prince crut devoir 
lui accorder sans difficulté, une seconde ratification de la 
donation du Vermandois. 

La comtesse de Flandre étant morte peu de temps après , 
la comtesse de Beaumont, sa sœur et sa plus proche héritière, 
reclama la mise en possession des trois comtés. Philippe 
d'Alsace se prévalant de l'acte de donation ratifié par deux 
rois ses suzerains , refusa de faire droit à la réclamation de 
la comtesse de Beaumont. Celle-ci n'ayant aucun moyen 
d'appuyer ses prétentions par la voie dés armes, imagina 
d'instituer le roi de France son héritier , à la charge d'une 
redevance annuelle. Le roi, investi des droits de la comtesse 
de Beaumont, fit sommer Philippe d'Alsace de lui aban- 
donner les pays stipulés dans la dot de feue son épouse, 
alléguant , V que la comtesse de Flandre n'avait pu aliéner 
son patrimoine au détriment de ses héritiers légitimes ; 2* que 



(15) 
la ratification du roi son père avait été arrachée h la faiblesse 
d'uD mourant, et la sienne surprise k son extrême jeunesse ; 
3» que l'état de minorité oii il était alors , entachait l'acte de 
nullité. 

Philippe d'Alsace répondit que son épouse avait eu la 
faculté de disposer librement des Etats â elle appartenant») 
toute propriété, que la ratification de Louis le Jeune était une 
garantie inriolable, que le roi lui-même devait tenir h ses 
«Dgagemeos et rejeter les txMiseils de ceux qui le portaient à 
manquer de foi; enfin, il donna k entendre que le comté 
d'Artois, assuré si généreusement au domaine de la couronne , 
était un ample dédommagement du Vermandois. 

Dans l'impossibilité d'en venir k un accommodement, les 
deux partis armétfint ; le comte de Flandre , plus vigilant , 
entra le premier en campagne , et s'empara de quelques 
places en Picardie ; victorieux d'abord , il poussa ses cou- 
reurs jusqu'aux portes de Paris. Repoussé à son tour sur les 
frontières de ses étals , il fit de nouvelles levées ; les deux 
armées en présence' allaient en venir aux mains , lorsque le 
cardinal Guillaume de Champagne, tout h la fois légat du 
St-Siège et ministre du roi de France , ménagea une trêve 
d'un an , qui fut suivie d'un traité de paix , par lequel le 
comte de Flandre s'engagea de remettre au roi les trois comtés, 
excqité les villes de St-Quentin , de Péronne et de Ham qu'il 
devait conserver sa vie durant, avec le titre de comte de 
V^mandois. Ulcéré néanmoins jusqu'au fond du cœur de la 
concession que la nécessité venait de lui arracher, il fit pro- 
poser secrètement k Henri , roi de Souabe et empereur d'Alle- 
HUgne , de lui Caire hommage de son comté de Flandre s'il 
voulait l'aider à reconquérir les pays qu'il venait de céder 
malgré lui. Le roi , instruit à temps de cette négociation , 
entre en Flandre h la télé d'une année. Le comte , pris au 
dépourvu, fut contraint de s'humilier; ne pouvant résister 
k cette mauvaise fortune , il entreprend le voyage de la Terre 



( 16) 
sainte , autant par dépit que par zèle. A sa mort , arrivée 
devant St Jean d^Acre , le roi se hâta de prendre possession 
de PArtois ; mais pour mettre fin h toutes discuissiôns rela- 
tives au Yermandois avec les héritiers du comte de Flandre, 
il fit reconnaître son institution d'hérédité par Jean de Beau- 
gency , le plus proche parent de la comtesse de Beaumont. 

Pendant que cela se passait, Bauduin de Hainaut, appelé 
par le testament du comte Philippe son beau-frère à la suc- 
cession du comté de Flandre, du chef de sa femme Mar- 
guerite de Flandre , éprouva une vive opposition de la part 
du roi. Ce dernier prétendait que la Flandre devait écheoir 
à la France , faute d'héritiers mâles ; Bauduin soutenait que 
ce comté était réversible aux femmes. Les deux princes pri- 
rtmt les armes pour faire valoir leurs prétentions respectives 
par la force. Dans cette complication d'embarras, le cardinal 
de Champagne oiffrit de nouveau sa médiation qui fut acceptée. 
Il s'ensuivit un traité conclu à Péronne , assurait d'une part, 
l'exécution du contrat de mariage du roi, /quant à la posses*» 
sion de l'Artois ; de l'autre , l'admission ^e Bauduin à la suc-- 
cession du comté de Flandre , toujour^vS^ijc conditions de foi 
et hommage aux termes de l'investiture accordée originellemeat 
à Bauduin Bras-de-Fer par Charles le Chauve son beau-père. 
Bauduin de Hainaut et sa femme étant morts à peu d'intervalle 
l'un de l'autre après cette conventio^y la Flandre passa sans 
contestation à Bauduin IX leur fils, prince belliqueux et entre- 
prenant, qui supportait impatiemment la perte du Yermandois 
et de l'Artois. Poussé par Jean-Sans-Terre , roi d'Angleterre , 
ennemi juré du roi de France, il contracte alliance avec le 
premier , puis il déclare la guerre à la France , et immédiate- 
ment après la signification du hérault d'armes , il vient mettre 
le siège devant Arras. Le roi Philippe accourt à la tête^'une 
armée , le comte feint une retraite précipitée , attire son ennemi 
dans les marais de la Flandre maritime ; le roi se trouvant tout- 
à-coup placé entre les Anglais et les Flamands dans une posi- 
tion à ne pouvoir ni avancer , ni reculer, ni combattre, offre 



(1.7) 
de céder les villes d'Aire et de St-Omer , qu'il ataft retisé 
auparavant de remettre à Bauduin. Cette prjoposition étant 
acceptée , il retourne en France un peu confus de son échauf- 
fourée. 

Son conseil d'état annule le traité sur des raisons spé- 
cieuses, et fait signifier sa déclaration au comte de Flandre qui 
n'en prend pas moins de vive force les deux places cédées* 
La guerre se rallume. Une trêve encore conclue par les soins 
du. cardinal de Champagne , amène un traité de paix avec 
l'Angleterre^ dans lequpl ie comte 'Bauduin intervient. Ce traité 
k cepçl .définiti y Client maitrç d'Aire et de S^Omer, en aban- 
donnant ses droits sur le repte de l'Artois. 

lia jiaix ajsL^urée sur lips bases plus solides, le comte de 
Flandre prépare une expédition ppur la terre sainte , nomme 
Hiilip{)e, comte de Namur, son frère pudné, régent de ses 
états, tuteur de ses deMi« filles en bas âge, et part pour la 
cnoi^ade apeompagné de son éj)ouse. 11 est proclamé empereur 
d'Orient peu après spn arrivée. ]La comtesse meurt de joie à 
ÂtJeaatl'AiCsÇf «.eA^A c|uqM(UO« historiens flamands, enappre- 
W9X l'avènemçnt de son man à l'empire ; selon d'^autres, de la 
plîsle. Notrje xnialheMreux Bauduin , fait prisonnier dans une 
eqibuscade ^d|re93èe j>ar Jpanice, roi des Bulgares, est mis ii 
à mort 4^ar x>rdre du vainqueur, après une courte^ mais rude 
ciyi^ivité. Ces événemeos se succèdent avec tant de rapidité, 
qu'on typprend presqu'en jnéme-.terap;s en Europe^ la fortune 
et lesx^isiers de l'empereur Bauduin. 

l«e poi, à la nnuveUe de sa mort, voulant prévenir des 
Alliances contraires à sa politique, engage le comte de Namur 
il conduire aes deux pupilles à Paris. Ce dernier qui redher- 
4:bait pour lui la main de Marie, fille de Philippe Auguste, 
jprofite de la circonstance pour se rendre agréable à la cour de 
JPcance, et sous le prétexte d'un voyage d'agrément, il amène 
>3es deux jeunes pupilles à Paris, où il épouse bientôt après la 
j>rJBjees^e Marie de France. 

2 



(18) 

Les États de Flandre, mécdntens de ta conduite du cëtùlê 
de Namur, redemandent les enfant de Bauduin. Le roi fait 
long-temps la sourde oreille, mais enfin, autant {lour se débai'* 
rasser de leurs importunités que pour empêcher irrévocable-* 
ment toute alliance contraire à ses vu<$ft , û cdnclut le mariage 
de Jeanne, atnée des deux princesses, par conséquent héritière 
du comté de Flandre, avec Ferrand, fils puf né de dom Sànche^ 
roi de Portugal, neveu de Mathilde, veuve en secondes nocef 
de Philippe d'Alsace ; pour prix du sort avantaigéul qu'il pro^ 
cure h Ferrand , il obtient de lui la rétrocession des placer 
d'Aire et de Sl-Omer avec leurs dépendances ju8(|u^ia fossé 
neuf. Cet arrangement conclu , les noces ayant été célébrée^ 
•avec grand appareil aux dépens des États de Flandre, tes deux 
époux , leur sœur Marguerite , leur tante Mathilde , s'achemi-^ 
nèrenl vers la Flandre , accompagnés du prince royal dô 
France, coûsîn germain des deux filles de Baudiiin. 

Arrivé à Péronne , le prince Louis , soit quMl conçut des 
doutes sur l'exécution du traité , ou autrement , fait fermer 
les portes de la ville , déclare à Ferrand qu^il est dansTintention 
de l'empêcher de continuer son voyage b'iI ne fait , sur le 
champ, la remise des deux places cédées par lui à la France, 
et qui faisaient partie de son appanage, en vertu d'un édit du 
roi son père ; Ferrand souscrit à ces conditions, expédie Tordre 
d^évacuation aux troupes flamandes, les deux ailles sont 
livrées, alors seulement il est libre de partir. H arrive k Douai, 
outré de colère;. sa tante Mathilde, Renaud deDammartin, 
comte de Boulogne, qui avait une seconde fois abandonné le 
parti du roi pour se tourner du côté des Anglais, et plusieurs 
grands seigneurs flamands, entretiennent son animosité. Le 
nouveau comte , excité d^ ailleurs par les clameurs des Gantois 
avec lesquels il s'était réconcilié, ayant k cœur de s'at- 
tacher les fabricans de son riche pays en se rapprochant 
de l'Angleterre ; aveuglé par ses ressentimens particuliers, se 
détermine à faire la guerre à la France. Déjà il avait donné des 



(19) 

Ordres pour la leTée du premier ban , il airait commencé à 
approvisionner Lille et Douai. Le roi, instruit de ces prépa* 
ratifs avait f de son côté, envoyé le prince royal à Arras, 
où il disposait tout pour s'opposer aux entreprises du comte. 
Cependant, H«Iin de Wavrin, Arnouldd'Âudenarde, quelques 
autres grands officiers de la cour de Ferrand, et plus particu-^-- 
iièrement son épouse, prévoyant les suites d'une démarche 
aussi inconsidérée, l'amenèrent à négocier avec le prince 
Louis. Les conférences eurent lieu au Pont-à-'Yendin , village 
important -de la Flandre Walonne, alors une des clefs du 
côté des frontières, de TArtois. Le comte ayant définitivement 
ratifié la cession d'Aire et de St-Omer , on désarma de part et 
d'autre et les choses en restèrent là. 

Peu de temps s'était écoulé depuis la conclusion dé cette af- 
faire, lorsque le roi profitant de l'interdit lancé contre le roi Jean, 
espérant d'être soutenu des barons anglais mécontens , crut 
pouvoir réaliser le projet qu'il méditait depuis long-temps 
d'attaquer Jeân-Sans-Terre . au cœur de ses États ; il con- 
voque à cet effet une assemblée de ses grands vassaux k 
Soissôns, leur expose le but de l'enûeprise , réclame d'eux 
les secours nécessaires en hommes et en argent pour la con- 
duire à bonne fin. Tous s'accordent sur les contingens et les 
homqies à fournir. Le comte de Flandre , seul entre tous , 
nonobstant le traité du Pont-à-Vendin , déclare refuser sa 
coopération k moins de restitution d'Aire et de St^Omer; le 
roi lui offre un dédommagement en argent , ou un équivalent 
en territoire sur un autre point. Le comte ne veut rien entendre, 
s'éloigne, et se montre ouvertement opposé à ses desseins. Le 
.roi qui n'en continue pas moins ses préparatifs de guerre, fait 
demander au comte Renaud la ville et le port de Boulogne pour 
y rassembler sa flotte. Renaud refuse, mais trop faible pour ré^ 
sister , il se sauve chez le comte de Bar son parent, passe de là 
en Flandre, devient l'âme d'une ligue formidable contre le roi 
,son ancien maitre et bienfaiteur. Certains chroniqueurs fia- 



(20) 

mands, quelques historiens français, assurent que Ferrand 
ayant réfléchi sur les suites qui pouvaient résulter de sa con- 
duite k Soissons , témoigna du regret d'aToir poussé les choses 
k dette extrémité, qu'il consentit même k soumettre la ques- 
tion d Aire et de St-Omer à la décision du conseil des pairs i 
qu'une conférence fut proposée il cet effet au village d'Arqués, 
près de St-Omer, que le comte y Tint, mais que le roi, pour 
lors k Gravelines , ne daigna pas s'y rendre. D'autres auteurs 
flamands rapportent que l'entrevue dut avoir lieu k Gravelines, 
que ce fut le comte qui manqua de parole , dans la crainte que 
ie roi ne le ftt arrêter. Quelle que soit la vérité du fait relaté de 
diflérentes manières, on peut présumer queFerrand n'avait 
aucune intention de se rapprocher du roi, parce que ce der-* 
nier avait trop d'intérêt à ménager un arrangement , pour 
qu'il ne saisit pas l'occasion d'en hâter le dénouement à tout 
prix, sans s'arrêter k des discussions de formalités sur le lieu 
des conférences ; toutefois, nous pensons que Fenrand était 
déjà trop engagé dans la ligue po«ir reculer cpiand il fut question 
de cette entrevue. 

Le roi , occupé du soin de protéger ses vaisseaux , de fournir 
des vivres aux équipage, avait suivi leur mouvement en 
côtoyant le rivage jusqu'à Dunkerque , d'où il les dirigea sur 
le port de Damme ; puis se rabattant sur l'intérieur de la Flan- 
dre, il s'empare de Cassel, de Lille et Douai, laisse garnison 
dans les deux dernières places, et marche sur Gand. Occupé 
an siège de cette ville, il apprend qu'une escadre anglaise, 
commandée par les comtes de Flandre, de Boulogne et de 
Salisburi , avait attaqué la portion de sa flotte en rade dans les 
eaux de Damme , que ces seigneurs avaient détruit , amenée ou 
coulé bas plus de 800 vaisseaux, qu'ayant electué un débar- 
quement après cette expédition , ils marchaient sur la. ville pour 
s'emparer du port où était abrité le restant de la flotte, 
dépourvue d^hommes nécessaires à sa défense. 11 accourt à 
k tête d'un gros détachement I tombe brusquement sur eux. 



(21 ) 

tue deux ou trois mille de leurs gens et force le reste à se rem-* 
barquer en désordre ; contraint néanmoins de renoncer à sou 
projet par la perte qu^il irenait d'éprouver , il achève lui-même 
de brûler cette flotte, objet de tant de soins, de dépenses et 
d'espérances, puis il retourne au siège de Gand qui se rachète 
moyennant une grosse somme d'argent, après quoi il rentre en 
France, laissant un corps de troupes sous les ordres du prince 
royal f pour couvrir Lille et Douai, 

A peine Ferrand « retiré en Zélande , a-t-il avis du dépari 
du roi , qu'il rentre en Flandre , se jette sur l'Artois , qu'il 
dévaste horriblement par représailles « Pendant ces entrefaites, 
le prince royal, rappelé en France, laisse k découvert les places, 
fortes de la Flandre Walonne; Ferrand, profitant de cette 
absence , vient insulter Lille ; la garnison le contraint de s^éloi-. 
gner ; pressé d'agir, il court s'emparer de Tournai , par ua 
coup de main, en fait abattre les portes, lève une contri- 
bution , prend des otages qu'il ordonne de conduire à Gand 
où douze d'entr'eux sont décapités, et revient mettre le 
siège devant Lille qu'il menace cette fois d'une attaque régu- 
lière ; les habitans , dont les propriétés foraines avaient é|é fori 
endommagées, lors du premier investissement, s'aperoevanfc 
que la garnison française, trop faible, nepourait tenir long-> 
temps ^ craignant surtout les suites d'une prise d'assaut^ ou biea 
peut-être dirigés par des motifs d'attachement envers la com-* 
tesse Jeanne , forcent les Français de se retirer dans le château, 
des fiaignaux h peine achevé , ouvrent leurs pontes auK Fla^ 
mands, qu'ils reçoivent comme des libérateurs et des com- 
patriotes. Le roi , encore irrité de la destruction de sa flotte^ 
des dévastations commises en Artois, die la mmière brutale 
avec laquelle les soldats de Ferrand avaient piljé le comté 
de Guines , amené la comtesse Ëléonoie pipsonnière à Bruges, 
après avoir été témoin de l'égo^emieBit d& 8e& serviteurs , 
de l'incendiQ de son château, ne met plus de bornes à sa. 
oalère lorsq^u'il apprend que IcfS; Lilloin OAt rendM. leur viUç 



à Ferrand ; il rentre en Flandre , reprend Lille qu'il fait sac^ 
cager et réduire en cendre. Ferrand, enveloppé par les flamme» 
a'échappe à grande peine , accompagné de quelques centaine» 
d'habitans , qui s'attachent à sa mauvaise fortune. Les femmes' 
et les enfans qui tentent de sortir de leurs maisons embrasées ,* 
sont repoussés dans le feu , ou égorgés par le vainqueur; le» 
bâtimens construits en dur , qui avaient résisté k Pincendie , 
sont jetés bas avec des crochets de fer. Les malheureux, sauvé» 
de ce désastre par une espèce de miracle, sont traqués , pour- 
suivis le lendemain , vendus à l'encan sur les débris de leur 
ville qui continue de brûler pendant huit jours. 

Pendant que ces choses se passaient en Flandre , le comte 
de Boulogne , parti d'Angleterre , où il avait arrêté avec le 
roi les articles du traité qui devait réunir les alliés contre la 
France , s'était rendu près de l'empereur Othon , neveu de 
Jean-Sans-Terre , pour concerter avec lui les moyens de ras-: 
sembler sur un même point , la plus forte partie des forces 
de la confédération du côté du nord , tandis que le roi d'Anr 
gleterre, enperspnne, opérerait unepuissante diversion sur la 
Loire , afin d^écraser le roi de France en une seule campagne. 
La monarchie française n'avait jamais été en si grand péril. 
Le roi sent toute la gravité de sa position , son grand courage 
ne l'abandonne pas. Instruit des projets de l'ennemi , il essaie 
d'abord de négocier partiellement avec les plus considérables 
d'entre ceux entraînés dans la guerre par crainte ou par intérêt. 
Ce qu'il peut obtenir est un armistice de quarante jours avec 
Walerand de Luxembourg.Le traité signé , il dispose tout pour 
vaincre ou mourir, les armes à la main. 11 divise son armée 
en deux corps , donne le commandement de l'un k son fils , 
pour aller faire face au roi Jean du cAté de la Loire ; se rend 
Il Péronne à la tête 'du second , fort de quarante mille com- 
battons de vieilles troupes , auquels se joignent bientôt trente- 
cinq mille hommes levés dans les communes du Beauvoisis, 
du Soissonnais , de l'tle de France , du Yermandois , de hi 



f 

I 



(28) 

Picardie et de FArtoii^ il établit «ei magasini eo celle mém» 
▼îlle de Péronne , et se tient en observation. 

Pendant ce temps , Pempereur Othon , après avoir ravagé 
les états du prince , évéque de Liège , à {^instigation du duc 
de Brabant , arrivait à Valenciennes avec une armée de cent 
mille hommes portée de suite à cent cinquante mille, par la 
jonction des contingens de la Flandre et du Hainaut, com- 
mandés par Ferrand ; de ceux de la Hollande , du Brahant , 
du comté de Namur et autres grands fiefs situés sur les deux 
rives de la Meuse ; de six mille anglais , commandés par le 
comte de Salisburi dit Longue^Epée, frère consanguia du 
roi d'Angleterre ; enfin , des troupe» mercenaires aux 
ordres du comte de Boulogne et de Hugues de Boves, son. 
parent , seigneur picard , et transfuge conmie lui. On comptait 
dans cette armée mille cîn<iuante chevaliers , et plus de quinze 
mille hommes de toute cavalene. L'armée impériale réunie- 
allait toujours croissait par Tarvivée des hommes restés en 
arrière et de nouveaux dl^tachemens qui rejoignaient d^heure 
en heure. 

Ce fut sous les murs de Valenciennes que l'empereur passa 
la revue de cette armée ; et à la salle le Comte , en Celle même 
ville f qu'il tint une diète dans laquelle il fut décidé que les 
opérations militaires subordonnées aux circonstances, ten- 
draient cqiendant à l'envahissement du royaume de France , 
dont le partage fut réglé de la manière suivante : le comte 
de Flandre devait avoir l'Artois , la Piicard^e , l'Ue de France 
y compris Paris ; le comté de Guines.^ le Vennandois çt quel- 
ques autres parcelles des territoires adjacents tombaient dans 
le lot du comte de Boulpgne. Le i?oi Jean s'emparait des. 
provinces attenantes à ses possessions sur la Loii:e ; la>Gham« 
pagne , la Bourgogne , une partie de la Franche C^mté , deve-. 
naîeni la part de l'empereur À qui les coi-partageans accor-* 
daient le droit de suzeraineté suc les pays démembrés. Le 
restant se divisait par Iractiona eaUce les princes coalisés d^ui^ 
rang inférieur. 



( 24 ) 

Le rot que n^uë atone taissé à Pèroiuie, infornlé de ce qui 
se passait à Valeneiennes , craignant qiie cette masse d^enn 
nemiâ ne fondtt sut 1a France et ne parvint jiisqu^au centre 
de ses Etatâr, prend Paudacieuse résolution de préTenîr rena- 
pereur en marchant diront à )tti ; il part de Péronne le TÎngt- 
ffoij juillet 1214 aTcc tdute son armée, tnoîn» nonfareuse 
de itioîtlë, à la téri(6 que celle des alliés, nitts aneux com- 
posée en catalerie ; se (firige êur la Flandre Walonne par 
Atras, padâe la Deûle aulPoitt*à-yendiny et le Tingt^tâ aa^ 
éied son camp sous Tournai, où les Platnanda étaient ifentréa 
après le sac de Lille , mais que le chevalier Garîn avait fait 
cfttlever de nouveau, par lin coup de main , peu de tetnainea 
avant Tarrivée du roi. Les vieilles chroniques de Phalempin , 
quelques^ fif agmens de journaux des villes du pays, s^aecordent 
tMt ce point, que les troupes royales ravagèrent, brûlèrent 
tout ce qui se trouvait à droite et à gauche du terrain qu^elles 
|yaircOUrut*enl suf le oomté de Flandre , c'est-»à-dire du Pont* 
àrVendin jusqu^au ToUtnaisia. 

L'empereur Othon , de son c Aie , ayant porté son anbée 
de Valenciennes sur MoHagne , au confluent de la Scatpe dans 
IlEscàut , avait fait é^nmier le comma^^^iît du fort situé en 
Cet endroit. Cet ôflicier qui avait aq plus vingt lances cotn^r 
pfette», épouvanté de tipi|» ^4 l|ai|t de ses tourelles toute la 
campagne couverte |}>))p^mi< , c|i|ignant 4'^t»e passé au fil 
d^ rép^ , lui et sa petite garnison , comine Ten avait me** 
nacé le héraut d'èrmes , s'il (aisaif tninp de se défendre , se 
fendît à discfétion. L^enii|^ereiir^ fiiattfe di^ château de Mor- 
lagne , pccupail la position derHèpe la Sparpe entre Mot tagne 
éi St^Amand , au motttent ph le foi pptf ait à Tournai. Lea 
habitant de cette ville, de tout tetnps dévoués à la France, 
Wb trouvaient malheureuciement divisés entr'eux pour des con-» 
flits de jui^dictipn avec leur évéque. La terreur, la désolation 
tégnaient dans la cjasèe élevée, ii cause du suppliceque Ferrand 
àrait fait subir aut douane dtages pris dans son sein. Le peuple 



( 25) 

était eficore effrfiyé dh pillage , de rinocodic de plusieurs rues 
par les Flamands ; la campagne ravagée dqmia uû an , n'oF* 
frait aucune ressource pour faire subsister larmée. Ces moUfa 
réunis firent penser au roi qu'il s'était trop avancé , qu'il 
ne pouvait conserver la position sotis Tournai , en consé^ 
quenoe il résolut d'attaquer Tennemi le lendemain. Il assem-* 
bie son conseil qui le détourne de cette résolution, d'après 
les rapports du comte de St-Pâl et du dievalier Garin , qui 
connaissaient le mauvais état des chemins détreqapés par de 
fortes pluies. Gmime S persistait à vaincre ces obstacles et à 
marcher aux alliés, de pouveaux avis reçus par des espions 
le ramenèrent à 1 opinion du conseil ; ces avis portaient que 
l'wrmée impériale, retranchée derrière laScarpe, avait ajouté 
des coupures , des abbatis , des chausses*trappes aux défenses 
naturelles qui rendaient l'approche de son camp inabordable 
à la cavalerie* Toutefois le roi sentant l'impossibilité de de-; 
meurc»r un jour de plus sous Tournai | à cause du manque 
absolu de vivres, craignant de voir ses communications cou- 
pée» avec ses iviagasins , comprenant , sur les représentations 
du chevalier Gârin , qu'il pouvait n'être plus libre de choisir un 
champ de bataille ^ s'il convenait à Tempereur de prendre 
l'itiitiative et de le forcera accepter le combat entre la Marque 
et l'Escaut, se détermina k rqiasser la Marque ; puis sur le 
ehamp il donna l'ordre de partir le lendemain matin pour 
aller camper sur les débris de Lille. Son intention était de 
se diriger de là , sur les. plaines du Hainaut et du Cambrésis , 
afin d attirer l'armée impériale sur un terrain favorable k 
l'action de sa cavalerie. Gomme le roi délibérait dans son 
Camp , l'empereur qui avait connaissance de l'état misérable 
du pays environnant Tpumai, avisait dans le sien aux moyens 
de resserrer davantage les Français dans leur position, ei^ 
poussant de forts détacheinens sur la rive gauche de la Marque 
à effet d'intercepter les communications de l'armée royale, 
aTec Douai, Lens e^ Béttnine (Lille n'existait plus), ^uim4 



(26) 

la nouvelle des préparatifs du départ du roi Tint af^vter 
un grand changement dans ses plans. Trompé sur la véritaUe 
intention des Français , Othon suppose que leur mouvement est 
moins une marche pour changer de position qu^unè fuite 
précipitée. Préoccupé de cette idée, il donne Tordre do 
prendre le$ armes et de se mettre sur le champ à leur pour- 
suite en appareil de bataille. Le comte de Boulogne qui àvail 
appris à connaitre le caractère du roi , k apprécier la bra^ 
Toure des Français, lui représentequ^il était prudent d'atten* 
dre que le but de la marche de Tarmée royale fût mieux 
déterminé avant d'engager une action décisive , que lea 
Français vaillans et aguerris ne se retiraient jamais sans com« 
battre, qu'il avait ménagé des intelligences parmi leurs chefs , 
qu'il fallait donner le temps d agir à ses affidés ; laissez lea 
soldats Français se fjitiguer , la discipline s'affaiblir , alors 
dit-il , vous pourrez agir plus sûrement. Les seigneurs aHè- 
mands qui entoutaient l'empereur répondirent par des raille-* 
ries piquantes. Le comte de Boves, son parent, lui dit qu'il 
cherchait à faire échapper une occasion qui pouvait ne plus 
se représenter, que son conseil tendait k affaiblir le courage 
des soldats , il alla même jusqu'à lui reprocher de trahir les 
intérêts du roi Jean : Renaud , dévorant à peine l'affiront qu'il 
venait de ^cevoir , jette un regard de mépris sur le comto 
de Boves, qu'il traite de poltron et court rassembleras troupes 
sous ses ordres. 

L'armée française s'était mise en marche à la pointe du jour ; 
le chevalier Garin, ministre du roi, le premier après lui dans 
le commandement, avait dirigé lui-même une reconnaissance 
de deux à trois mille chevaux , sous les ordres du vicomte de 
Melun, sur la route de Tournai à Mortagne, du cûté de la 
rive gauche de l'Escaut. 

La tête des colonnes françaises avait déjà passé la Marque 
sur le pont de Bouvines. Le roi s'était arrêté pour voiv 
défiler les troupes près du pont quand le chevalier Garin , 



(27) 

accourant k toute bride, vint lui annoncer que parvenu à deux 
milles de Tournai, sur les hauteurs qui dominent la petite 
plaine de Lesdain, il avait ^reconnu Farmée ennemie -mar- 
chant à lui , enseignes déployées , les chevaux couverts , 
les sergens d^armes en avant éclairant la marche, signe évi-^ 
dent de disposition au combat. Le roi ayant arrêté ses co-« 
< lonnes, assembla son conseil qui fut presque généralement 

^ d'avis de continuer le mouvement sur Lille. Les officiers 

^ étaient encore ré^unis autour de lui , quand des coureurs en^ 

c voyés par le vicpmte de Melun af^ortèrent la nouvelle que 

' Fennemi, après avoir passé un certain, petit ruisseau (*) ,: 

c avait fait un changement de direction à droite , dénotant Fin- 

£ tention de se porter sut Tournai. Le roi, trompé par cerap-> 

port , fit élargir le pont pour hàt«r le passage sur un front 
:. plus étendu , et remit les colonnes en marche. Le chevalier 

t Garin , seul contre tous , . soutenait qu^on prenait le change 

r^ sur le rapport du vicomte de Melun , qu'il fallait choisir entre 

; la bataille qui allait être inévitable et une retraite en désordrev 

Il conseillait, en conséquence, de faire rétrograder les co-> 
j lonnes qui avaient passé le pont et de prendre position sur 

^ la rive droite de la^ Marque. L'avis général prévalut. Le roi.^ 

fatigué de la chaleur, s'était fait désarmer, et prenait un 
; peu de repos à l'ombre d'un fresne non loin du pool , lors? 

que d'autres coureurs dépéchés en toute hâte , annoncèrent 
que le vicomte de Melun , vivement attaqué par les troupes 
légères d'Othon , avait été obligé de se replier sur l'arrière- 
garde , que cette, arrière-garde avait déjà été abordée plu- 
sieurs fois, qu'elle allait se trouver hors d'état d'opérer sa 
retraite sur le gros de 1 armée, si elle n'était promptement 
secourue ; enfin , qu'il n'y avait plus un moment k perdre , 
que les Français auraient en peu d'heures toutes les forces 



{*) \tt ruisftciu d« KoQf « 



(28) 

de l'ennemi sur les bras. Ce fut alors qne t^oo comprilla juf« 

tesse des conseils du chevalier Garin. 

Le roi ayant ccmimandé aux troupes de s'arrêter de nou« 
veau , dépêcha au plus vite sur le chemin de BouTines à Lille 
pour faire rétrograder l'infanterie des communes en tête des- 
quelles était l'oriflamme, il ordonna qu'on rompit le pont 
dès que les derniers pelotons seraient repassés ; ayant ensuite 
commandé au chevalier Garin de former une ligne de bataille 
un peu en avant du village , face à Tournai , se trouvant près 
de l'Eglise de Bouvines qui était ouverte , il y entra pour 
fiaire une courte prière; plusieurs historiens rapportent, qu'é-^ 
tant remonté à cheval au milieu de ses Grands-Offiders , il 
alla droit k l'autel de campagne qui avait servi à la célébra* 
tion des saints mystères ( c'était un dimanche), qu^il déposa 
son casque surmonté d'une couronne sur la tsdile de cet autd 
et dit : a Compagnons , voici ma couronne , si vous ooq«* 
n naissex quelqu'un parmi vous plus digne que moi de la 
p porter, mettec-là sur sa tête, qu'il nous conduise au cora^ 
» bat , je jure de lui obéir et d'être le premier h le suivre. » 
Ceux qui l'entourent s^écrient que Philippe soit toujours 
potre roi ! L^étan se Communique k toute l'armée qui fait re- 
tentir les airs de ses acclamations; tous , par un mouvement 
spontané, tombent à genoux, et demandent sa bénédic- 
tion , qu^il leur donne avec attendrissement. D'autres histo- 
riens ajoutent que , prenant une coupe de vin dans laquelle 
on avait rompu des morceaux de pain , il la passa aux sei- 
gneurs de sa suite , après y avoir goûté , et prononça ces 
paroles mémorables d'une voix forte et anmiée : « Que ceux 
}> qui ont bu et mangé k cette coupe jurent tous de vaincre 
» ou mourir ici pour le soutien de l'honneur français ! » 
C'est en ce moment que plusieurs gentilshommes de sa garde 
s'engagèrent par serment à verser la dernière goutte de leur 
sang pour garantir sa royale personne en toute occasion. 
^Iprs il pique des deux et court se placer en tète de la pre- 



(îrt) 

miéte ligne de Parmée que le chevalier Garin était occîupé k 
ranger en ordre de bataille, Tair ausfli gai , aussi délibéré que 
s'il dût assister à un festin nuptial. 

L'empereur , en débouchant sur le plateau de Cysoing ^ 
étonné de trouver les Français en ligne , au lieu de les voir 
en retraite , comme il s'y attendait , ne put s'empêcher de 
dire à ceux qui l'entouraient : «c Eh bien , ces Français que 
» l'on m'avait dit être en pleine fuite, les voici , le rot à leur 
» tête, n Cette observation ^ qui n'était point éèhappée «uk 
chefs de son amoée , produisit un moment de crainte et d'faé-^ 
sitation dans leurs rangs ; le prétendu mouvement sur Tour- 
nai n'était qu'une manoeuvre pour déployer leurs colonnes 
et titrer directement sur le terrain ; on les vit s'étendre du 
sud-^st au nord-ouest , occuper la partie la plus élevée du 
plateau. L'empereur Otfaon , placé au centre de aon amèe , 
se faisait remarquer par une suite brillante et nombreuse. 
On voyait i ses cAtés un char attelé de quatre chevaux sur 
lequel était fixé un pal portant une aigle dorée d'une énorme 
dimension. Cette aigle tenait dans «es serres un dragon la 
gueule béante , jettant feu et flamme , emblème qui si^iifiait 
la France vaincue , subjuguée par les armes impériales. Cin- 
quante gentilshommes AUemands, les plus déterminés^ étaient 
pr^>osés à la garde de cette monstrueuse enseigiie ; Us étaient 
commandés par Pierre d^Ostermale. Les ducs de Brabant , de 
Limbouiig, de Meldenbourg, les comtes de Hollande, de 

Dormont, Gérard de Randerode , Bernard d'Ostermale, Piems 
^ de Nanuir ^ Conrard de Tremogoe , Huguoi de Boves et bon 
nombre de chevaliears de première distinction formaient la 
garde de l'empereur. Ferrand, chargé du commandement de 
l'atle gauche « avait sous ses ordres les contingeos des comtés 
de Flandre , du Hainaut et de Hollande , parmi lesquels on 
distinguait cette belle gendarmerie conduite par Jean de Ghis- 
telle et Jean de Buridan, RaawetRené de Gavres, Pierre du 
Mesnil i Bauduin des Prêts , Arnould d^Âudenarde , Robert 



(ad) 

de Béihune , Héltn de WâTriti, sénéchal de Flandre. Huit che^ 
valiers de cette ancienne maison et beaucoup d'autres sei- 
gneurs Flamands se tenaient autour de sa paonne. Le comte 
de Boulogne , qui commandait Paile droite , réunissait sous ses 
ordres le comte de Salisburi > Bigot de Clifford et leurs 6000 
anglais , toute Tinfanterie Brabançonne , plusieurs eschielles 
ou pelotons de cavalerie Saxonne et Brunswikoise, des corps 
de mercenaires et d'aventuriers levés par Hugues de Boves. 
Le comte Renaud, en passant près de ce' dernier comme il 
venait de recevoir les derniers ordres de Femipereur, ne put 
«'empêcher de lui dire : u Voici tout à Theure la bataille que 
)> tu as conseillée et que j'ai désapprouvée ^ tu fuiras comme 
» un lAche devant les lances françaises , tandis que Je me 
» porterai vaillamment aux coups au péril de ma vie ou de 
» ma liberté ! » Le centre de l'armée impériale formait une 
phalange triangulaire présentant la pointe du triangle à l'ar- 
mée française; les deux ailes de cette phalange, compressées 
d'abord, s'étendirent successivement k droite et à gauche du 
terrain qu'elles occupaient. 

L'armée royale , formée parallèlement à celle d'Othon , 
était rangée de la manière suivante : le roi occupait le centre 
avec toute la cavalerie d'élite. Une bonne partie de l'infaa- 
terie des communes, passant par les intervalles des escadrons, 
venait se mettre en ligne à mesure qu'elle repassait le pont. 
La personne du roi était gardée par Guillaume des Barres ^ la 
fleur des chevaliers, Barthélémide Roye, d'un âge mûr et 
d'une prudence consommée, le jeune Gauthier, homme d'exé-- 
cution et de bon conseil , Pierre de Mauvoi»in, renommé par 
sa valeur et sa force de corps , Gérard Sôrophe , le plus adroit 
des chevaliers à manier le glaive et l'épée, Etienne de Long- 
champ, modèle de dévouement k ses maîtres, Guillaume 
de Mortemart, Jean de Roboroi, Guillaume deGarlandes, 
Henri comte de Bar , jeune d'âge mais d'un courage éprouvé, 
et par une quantité d^autres personnages distingués. Galon de 



( *n 

Mbntîgni , gentilhomme du Vermaûdois , (''^^s htSLit qu€ 
riche , se tenait à les côtés , portaat l'étendard royal per- 
sane de fleurs de lys. 

La droite était commandée par Eudes duc de Bourgc^e ^ 
le plus considérable , comme le plus fidèle des grands vas- 
saux de la cduronpe ; il réunissait sous ses ordres : le comte 
de Saint-^Pol > son sénéchal , à la tête d'un corps choisi de 
gendarmerie^ le vicomte de Melun et ses troupes légères^ le 
comte de Beaumont , Matthieu de Montmorenci , les frères 
de Mareuil et d'autres chevaliers de là plus ancienne no- 
blesse. Le comte de St-Pol, répondant à quelques plaî- 
santeries que le chevalier Garin lui adressa en passant de- 
vant lui pour faire les fonctions de sa charge , lui dit : « Dans 
» un instant , frère Garin , je vais prouver au roi que je suis 
un bon traître. » Il voulait faire allusion aux bruits injurieux 
•tiui couraient sur son compte ; on disait qu'il sVntàidait avec 
•le comte de Boulogne. 

La gauche , composée des milices du Ponthieu , du comté 
de Gamaches , des sergens d'armes ^ des ribauds , de quel- 
ques corps de gendarmerie du Ban, était confiée aux comtes 
de Dreux et d'Auxerre , tous deux princes du sang royal. Les 
frères de Garlandes, les deux Coduns, et quelques autres 
puissans propriétaires de fiefs et grands tenanciers Bretons 
étaient sous leurs ordres. Le chevalier Garin n'avait point de 
poste fibse. Investi de la confiance du roi « sa place se trou- 
vait partout où il y avait des ordres à donner , des fautes à 
réparer. Philippe s'en rapportait à ses soins , à son intelligence 
pour l'exécution des mouvemens et l'ordre à faire observer 
dans les rangs. 

L'armée impériale , s'étendant du sud-est au nord-ouest , 
firent h Bouvines , avait nécessairement le soleil en face à une 
heure et demie après-midi ; les Français , formés sur une ligne 
l^rallèle ,- l'avaient par conséquent à dos ; lés fronts de cha- 
que armée , selon les propres termes de Le Breton , égaux 



(») 

«A étendue ^ occupaient ua eipaoe de tniUe quarante pa» (*)• 
L'ariAée des alliés , étant la |>)us noaibreiise , présentait «assî 
plus de profondeur, Fintervalle qui les séparait était assez eoa- 
sidérable ^ il allait évalué , d'après ua aiiÉre auteur et l'ftutprité 
lies cbroniques du pays, à un trait dParbdète à toute Tiriée. 
Le roi, comme nous Tâtons dk, placé en iéte du premier 
iront, ou pnemière ligne, prononça Talloeutâon suivante à 
haute ToiK: «Soldats, notre espérance est en Dieu ^ rennpereur 
» Olhon eï son aniée aoii t excooimuoiés du souverain pontife^ 
» cofiBixifii ennanis et détracleuAs des dioacs saintes , l'argent 
» qui sert à ks entretenir est le patrimoine dea pauvrea^ dœ 
9> églises qu'ils ont spoJiées ; quant à noua qui n'avoBS 
» jamais renié la foi de nos pères, qui avons toujours res- 
» pecté ce qui était sacré , nous ne prenons les armes que 
»> pour dé£endre notre liberté et notre bonnamr, espérans 
» que Dmu sious fera inompher aujourd'hui , tout péobeuns 
» que nous sommes. » En parcourant les raags, il disait k eeuiL 
qui avaient scrupule de combattre le Dknandie : « Les 
» Machabées, ce peupla fkèn de Dieu, ne firent aucuae 
» difficulté de marcher ii Tenneini le jour du sabat, et rÉtemel 
» proté^fea leuis armff^,.^.U rappelait a«AX vieux soldats qui 
l'avaient ns^^uères suivi à la croisade » les conabats oii il s'était 
trouvé avec eux et a'ouUiaît rien pour exciter le courage de 
tous. 

Pendant ce temps , le chevalier Garin v^oyant que les allias 
cherchaient à le <léborder sur «a droite , faisait appuyer les 
ooips eo 4eboES et répétait aux soldats : «c ledbamp est vaste, 
desserrez vos rangs , il ne convient pas quVn soldat se fessa am^ 
bouclier de son chef de file dans cette journée, placa^vous de 
manière k pouvoir combattre librement , sans vous gêner les 
uns les autres. » Les différens corps étaiaol sil>ien amalgamés, 
les hommes d^un courage non encore éprouvé, si lûen agencés 

(*) ^0Ti« ie« Remarques. 



(M) 

dans les rangs que les moins courageux se trouvaient obligés 
de faire leur devoir, comme les plus aguerris. 

Vers une heure et demie après-midi , au moment ou la 
«chaleur du jour était k son plus baut degré ; le roi qui tenait 
à n^élre point prévenu dans Tattaque, fit donner le signal 
du combat. Le Breton, son chapelain et son médecin tout* 
Ma fois, qui nous a laissé ces détails, placé k quelque dis- 
tance derrière lui et accompagné d'un clerc , se mit à réciter 
h haute voix les psaumes Benodittns qui docet^ jusqu^à la 
fin ; Exutgat Deus et Dominé Imtabitur tex in virtute tua , 
aussi jusqu'à la fin , non sans être interrompus par les larmes 
el les sanglots dont ils étaient suffoqués, tant était grande leur 
ferveur à implorer la miséricorde divine. Les impériaux ^ 
de leur cAté , avaient croisé la pique et s'apprêtaient k repous- 
ser TattAque des Français^ Ils iK>u6sérent des cris, selon 
leur usage , et on en vint aux mains. Les premiers coups 
étaient à peine portés au centre que déjà l'affaire était enga*^ 
gée entre la droite des ^Français ei l'aile gauche des Impé- 
riaux , commandée par le cointe de Flandre ; lé. chevalier 
Garin, de l'avis du comte dé St«>P61^ avait ordonné k cent 
cinquante hommes de cavaleiie légère d'attaquer un gros dé 
gendarmerie flamande ; lés gendarmes de Ferrand , indignés 
de se voir abordés par des soldaits d'un rang inférieur^ ne se 
donnent pas la peine de s'ébranler, et reçoivent la charge de 
pied ferme, les cavaliers français vont s'enferrer dans les longues 
lances des gendarmes et sont presque tous démontés ou blessés, 
deuxd'entr'eux mortellement. Aussi vaillans à pied qu'à cheval, 
ils se rallient , et retournent intrépidement lance baissée aux gen* 
darmea. Ces braves gens présentent un des plus étonnans spec^ 
tacle deguerredont l'histoire fasse mention .On voit dés cavaliers 
couverts d'armures de fer chargés par des hommes à pied, revê« 
tus d'une cotte de maille et de leur jaque d'armes seulement , 
h plupart blessés ; ces ihtrépides soldats qui seront à jamais 



(«4) 

célèbres dans let fastes de la monarchie française étaient de Im 
vallée de Soissons. Les Flamands^ malgré leur sang^ffroklf 
n^ avaient pu repousser les Soissonnais sans s^ouvrir vin peu. Le 
comte de St-Pôl qui épiait cette circonstance exécute une 
charge à fond, perce la ligne, renverse tout ce qui s^oppose à 
lui 9 avançant toujours^ sans s? fréter à faire dep prisonniers, 
puis, prenant lesFlamands à dos, les traverse une seconde fois, 
laissant après lui, un large vide que les Hollandais s^efibrcent 
de remplir. Pendant ce temps,, la plus nombreuse eschielle de 
gendarmerie , commandée par Ghistello et fiundan , tente une 
attaque vigoureuse sur les . trouva de Champagne et les fait 
reculer ; les chefs Flamands, poiir exciter leurs hommes d^ar* 
mes, retracent les hauts faits d^ leurs apoétres, îovp<]pieni le 
aouvem'r de leura femmes» de leon enfians, représentent les 
Français pillant, incendiant leurs. foyers s^ilademeureal vain* 
queurs. Pierre de Rheims i qin s'âperçoil dis désordre des 
siens, accourt à leur aide et rètid;>lit le combat* GhisleUe el 
Buj^an, enveloppés par les Champenois ^ le#gwdamies.du 
comte de St^Pôl , sont forcés de se tendre. Euatacbe de M ar- 
quillies, gentilhomroe.de la chAfcelleniexle Lille i dehaMtdsta* 
tore , d^une force de corps prodigieuse , txeitait les siens ea se 
jetant avec fureur au milieu des cavalilers diampenois en eriani: 
à mort les Français i à mort ! Un Champenois le saisit, lui 
serre la tête entre le cfoude ei.le corf)iB> et le désarme de son 
hausse^'col. Un autre voyant cette partie dueorpaduFlaaoaiid 
^ découvert, lui plonge son ^>ée dans la gopg0 et lui donne le 
mort dont il menaçait les Français un moment aiq>ara;vant . Ce 
fait d^armes , la capture de Ghistette et de Buridon , augmentent 
Faudace des Français el modérenl Tardeur de cette gendarmerie 
flamande, Péiite des troupes de Femind. Le combat oontinneil 
depuis trois heures sur ce point avec des succès balancés. Le 
yicomtedeMelun, aidéd'AmouId de Guines, imitait la mer* 
nière du comte de St-P6l^ enfonçait, traversait la ligne, ktra'» 
versait de nouveau en la prenant à revers sur un autre point. Ce 



(Sff) 

fut dans ces diffèrentoo charges que Michel de Harne« fui cloué 
aux pavois de sa selle d'un coup de lance si violent qu'il avait 
percé la cuisse du cavalier et atteint le corps du cheval. Hugues 
de Malaunai , démonté et b jRsssé se relève , combat k pied aussi 
légèrement qu'un fantassin. Le comte de Beaumont, Matthieu 
de Montmorency, se préc^itent au'fort delamélée, font des 
prodiges de valeur. Le duc de Bourgogne qui combattait 
comme un simple homme d^armei, a Mm chetal tué sous 
lui ; l'ennemi accourait pour Pemmimer) il est aussitôt eiitouré 
de ses Bourguignons qui lui font un remptirt de leurs corps , le* 
remettent sur un cheval frais , non sans peine , caf le duc était 
d'un excessif embonpoint. A peine est-il aflbrmi en selle , qu'il 
tombe sur les Flamands avec furie, firappant partout, sans 
regarder sur qui tombaient ses coups , comme s^il eut eu k 
venger sur chaeun d'eux la perte de son destrier et l'accident de 
sa diÀtc. Le comte de St-*Pôl et ses gendarmes, qui venaient 
d'exécuter les charges brillantes dont nous venons de parler, 
haletans de chaleur, barrasses de fatigue, respiraient, la visière 
relevée et laissaient souffler leurs chevaux en dehors de la 
presse, faisant face à l'ennemi. Le comte, en jetant les yeux 
sur le terrain pour combiner une nouvelle attaque , aperçoit 
un des siens laissé en arriére , entouré , accablé par le nombre, 
prêt à succomber : personne nc se présentant pour aller à la 
reeousse de l'homme d'armes, il baisse la visière de son 
casque et tout essoufflé qu'il était, s'incline sur le col de son 
cheval à la manière des ribauds , pique droit k l'endroit qu'il 
avait remarqué, malgré les coups qu'il reçoit, arrive k son 
guerrier^ Se relevant alors , il frappe à droite et à gauche ^ 
écarte ceux qui l'environnent, le dégage et le Iramène k sa 
bannière. Les écuyers de ce brave chef, qui ne l'avaient point 
quitté un seul instant des yeux , assurèrent quMl reçut à la fois 
jasques à douze coups de lance dans ses armes sans que le 
càvaliei^et le cheval en fussent ébranlés. A peine reposé, il se 
ptécipite de nouveau sur les Flamands qui te font tuer sans. 



(M) 

tourner bride. Le combat continuaH a^éc l't même âcAar^ 
nement de part et d^autre. Les perles essuyées psr les Flamande 
avaient mis h découvert le corps de noblesse qui entourait 
Ferrand, tout le poids des attaques tetombait susses cheTaliers^ 
Démonté pour la seconde fois, blessé en plusieurs endroits, 1er' 
comte de Flandre se défendait en désespéré. Helin de Wavrin y 
Bauduin des Frets , Pierre du Moenil « Amould d^Audenarde f 
BaxedeGavres, s^efforcent en vain de le couvrir et de le tirer du 
danger. Le terrain tout autour de lui était couvert des c^rps de 
ses meilleurs serviteurs , confondus pèle-méle avec ceux de» 
Français , la plupart tués de sa propre main. Accablé de 
fatigue , épuisé du sang qu^il perdait , il tombe à genoux ; dans? 
cette attitude il essaie encore de se défendre, n'en pouvant pkia, 
prêt il s^ évanouir , il rend enfin son épée à Hugues de Mareuil. 
La capture du comte glace d'effroi les plus courageux de sa 
suite et entraine presqu'aussitôt la déroute de la gaudie, 
beaucoup des siens sont emmenés prisonniers avec lui, le 
reste se met à fuir à vau-de-route dans toutes les directions ; 
la bataille était gagnée à Faile droite des Français , que la 
TÎctoire était encore incertaine au centre et à la gauche. 

Les escadrons de la noblesse, chargés k différentes reprises 
par toute la cavalerie allemande, avaient soutenu le choc 
sans se laisser entamer ; les* Saxons, ramenés battus plusieurs 
fois, s^étaient retirés derrière la grosse phalange triangulaire 
qui ressemblait k une forêt de piques. Pendant que .toutes ces 
choses se passaient^ Finfanlerie française des communes qui 
avait repassé le pont et qui avait pénétré sur le champ de 
bataille par les intervalles des escadrons, se formait .ea masse 
en avant du corps où était le roi pour tenter une attaque de 
front sur la phalange allemande ; celte formation achevée, les 
contingens de Beauvais, deHam, deCorbie, d'Arras, croisent 
la pique, sans se donner la peine de se reposer, et marchent 
droit, tête baissée, à Taigle impériale j mais soit qu'ils fussent 
peu remis d% leur mairche accélérée sur le terrain y soit que 



( 87 ) 

infanterie allemande réputée pour être la meilleure de 
TEurope à cette époque, voulût soutenir sa vieille répu- 
tation , les Français sont repoussés et refoulés sur la cavalerie 
dont ils neutralisent Teffet et parmi laquelle ils introduisent 
le désordre , tellement que reschielle à la tète de laquelle était 
le roi, se trouve k découvert et en quelque sorte rompue. (*) 
Les piquiers de Tinfanterie ennemie , en poussant les.soldats deM 
communes, se trouvent pèle-méle au milieu des gentilshommes 
préposés II la garde du roi. Quatre de ces fantassins qui sem- 
blaient n^en vouloir qu'à sa personne avaient réussi, aprèsFavoir ' 
légèrement blessé li la gorge, à le tirer bas de son cheval avec 
leurs hallebardes k crocs : le danger était extrême ; Montigni, ce 
brave porte-^étendart, haussait et baissait sa bannière de la main 
gauche ^ tandis que de la droite il parait avec sqn épée les coups 
portés sur son maître. Entre plusieurs chevaliers accourus aux 
«ignaux de Montigni, Tristan se dévoue, il met pied à terre, 
présente son cheval k Philippe , se place au-devant de lui et 
tombe à ses pieds percé de coups , en lui faisant un rempart 
de son corps. Action sublime , dévouement héroïque qui vivra 
à jamaâs dans la mémoire des honunes ! Le roi , remonté sur le 
cheval de Tristan, rallie les chevaliers qui cherchaient déjà à 
reprendre leur rang , les ramène à la charge et rétablit le 
combat. Les seigneurs de sa garde se font tuer autour de lui, 
Etienne de Longchamp) un dé ses plus braves chevaliers, reçoit 
le coup mortel par le grillage de sa visière ^ La cavalerie alle<r 
mande se servait à la bataille de Bouvines d'épées pointues à 
trois côtes affilées jusqu'à hi monture, pour mieux pénétrer au 
défaut des armures qui étaient parfaites en France en ce temps. 



(*) Un aoteur moderne dit que cette iofanterit de» commanet le porta en effet 
de? ant îa eavalcrit du centre poor attaquer les Allemands , mais qnè cette attaqua 
Int aoutenoe par deux corps dé eavaltrît tflablia en aailKe sur ses flancs ; nous 
n'aYons rien trosvd d« MmblabI», ai dana La BNtoi^.nidantlaa tombrtoset 
pièata (pM noof af ans coninlttfts . 



1 



(38) 
Mais, atao Taidd de Dieu, cette nourelle itiTentioti ne put pré- 
valoir contre les espadons français. 

Tandis que ees évènemens se passaient au centre , raction 
était généralement engagée avec les Anglais et les autres troupes 
80US les ordres du comte de Boulogne. Celui-ci, plus occupé de 
porter le gros de ses forées sur les flancs du corps de bataille ou 
était le roi, semblait négliger les soins derextrémité de son aile 
appuyée aux marais de la Marque, cette partie était fort maltrai* 
tée par les sergens d'armes des princes; Févéque de Beauvaisqui 
se trouvait en face des Anglais ayant abattu le comte de Salisburi 
d'un coup de lance, quelques historiens disent d'un coup de 
masse d'armes, et l'ayant fait prisonnier, le désordre se mit dans 
cette partie, car les Anglais tinrent peu ferme après la capture 
de leur chef. Renaud , malgré cet échec , mu par la haine vio- 
lente qu'il portait au roi, se détacha de son corps d'armée, plu- 
sieurs assurent qu'il pénétra jusqu'à Philippe- Auguste , qu'il 
courut la lance en arrêt pour le frapper , mais que saisi d'un res* 
pect involontaire à la vue de son ancien maître, il changea de 
direction par une volte et acheva de fournir sa course contre le 
comte d'Auxerre qui le fit reculer. Cette manœuvre de Renaud 
•'accordait avec les mesures concertées avant la bataille, de 
port^ toutes les forces des trois corps sur le point où serait le 
roi; Perrand, de son côté, avait taché d'opérer dans le même 
sens, mais les rudes assauts qu'il avait eu à soutenir, avaient 
empêché de mettre ce projet k exécution et l'avait réduit à ne 
•'occuper que de sa propre défense. 

Le a)oment où le roi avait échappé au danger, était précisée 
înent celui qui marquait la défaite du comte de Flandre. Le duo 
de Bouirgogne ^ après avoir détaché quelques troupes légères k 
la chasse des Flamands pour les empêcher de se rallier, s'était 
porté avec son aite droite victorieuse, sur le flanc des Alle- 
mands » qui, épouvantée des cris de victoire et poussés par les 
chargea, vigoureuses do la oavaterie de la garde du roi , commen- 
çaient à faiblir. La phalange impériale est abordée, enfoncée^ 



(») 

non sans perte , cette charge, coula la Tie à cent vingt gentiU-»t 
bomsMt français restés moris sur la place. Enfin, par un subit 
retour de ferliine^' la garde royale, exaltée du succès décisif* 
obtenu à l'aile droite ^ pénétre jusqu'4 Tempereur. Pierre do 
MauYoiiin , écartant de la main les piques , les hallebardes qui 
faisaient obstacle, saisit les rênes du cheval d'Othon qu'il 
s'efibroe en irain d^emmeoer , tant la presse était grande ; en 
ménne^lemps, Gérard Scropbe frappe l'empereur d'un coup 
d'épée qui glisse sur son haubert , Guillaume des Barres le saisit 
au corps, comme Gérard ajustait un second coup. Le cheyal 
d'OthoQ se cabre et reçoit dans l'œil le coupdestiné au cavalier. 
L'animal irrité die sa blessore fait un écart et va tomber mort en 
ddH>rs de la mêlée. Guillautpe des Barres qui s'était accroché k 
l'empereur, est désarçonné. Bernard d'Ostermale et quelques 
chevaliers allemands arrivent 4 temps pour relever leur maître 
et lui procurer un auDre cheval , trait sublime de courage et 
d'attaebement ! L'empereur remis en selle , déjà blessé à la 
cuisse, tout élAUrdi de sa< châte , ne pouvant plus endurer 
l'ardeur des Fs«nçass, s'abandonne à la fuite, suivi du duc de 
Brabant^ du oomie de Boves et de plusieurs seigneurs aUe-* 
mands. Le Mi qoi s^en aperçut^ dii avec cette gaieté qui ne le 
quittait jamais dans les cireonatances les plue graves , « amis ^ 
» voici l'empeitBur qm s'en va , noua n'en verrons plus ai\jour^ 
» d'hui que le dos » ; en efist , ia déeoute de Tarmée impériale 
commença d'abord par petites' trouves de trente à quarante et 
bieMôt! par bandes ionliores ; pour ne.venir à Guillaume des 
Barres qui avait vidé les éteievs en voulant retenir son pri*» 
somiiér , il se troQvait mné de pvès par des fantassins alle« 
mands qui ne bn domunent aitanae lelàclie. Il sa défendait 
bravement; mais ooauno uabsumne aaul fMaasunanl armé et 
démonté île ponvtait: tesâr long*tinnp8 oeotna des. forces aussi > 
inégales , il allait: sticdambiDr 4u& jnaiu de Barthéléroi de Roye • 
et des frères de Gaiiandei k qn» le dat^er réoent qua.Philippe 
veswît .de courir imfkosait kl }m ii^.n% f lus s'éloigner de. lui i, 



(40) 

quand .Thomas de St-Valéri, k la tête de ses geof , «nrWa pour 
le dégager. Non loin de là, Pierre et Bernard d'Oslermale, 
Gérard de Randerpdes, Othon de Tekienbourg , Conrad de 
Dormont et les chevaliers d'élite que Fempereur arait choisi 
pour garder son enseigne, combattaient encore Taillamment^ 
tandis que leur mattre fuyait sur la route de Mortagne^et défen- 
daient leur aigle comme s'ils avaient espéré pouvoir la con- 
server ; obligés de céder au nombre ^ les deux premiieFS sont 
fiaits prisonniers , les autres renversés morts ou Ueséés. Le char 
envahi est mis en pièces, ainsi que le dragon;. Taîgle dorée ^ 
mutilée , les ailes arrachées , est seule gardée pour étie pré^ 
sentée plus tard au roi , comme un trophée de la victoire. 

Le comte de Boulogne qui n'avait cessé de combattre 
depuis le commencement de l'action, malgré la défaite des An- 
glais, tenait encore : enjtouré de tous les côtés, il avait formé 
son infanterie en bataillons ronds et vides, au milieu desquels 
il se retirait pour prendre haleine quand il était serré de trop 
près; reposé etrafraichi, il en sortait pour tombte sur ceux 
qui osaient en approcher. A la fin, ses roînds sont rconpus et 
détruits ; resté presque seul, accompagné seulement de six 
écuyers, déterminés comme lui à mourir plufaU que de se 
rendre, il résistait toujours, lorsque Pierre de la Turellei' 
sergent d'armes français démonté dans le combat , s'approcbant 
et soulevant lesflançois de son destrier, enfonce, sadàgue 
jusqu'à la garde dans le corps du cheval. Un des six écuyers 
qui se tenaient prés de Renaud, saisit la bride deTanimal, et le 
traîne avec peine hors de la mêlée, malgré les efibrts du cavalier 
qui s'opiniatrait à vouloir demeurer ; les frères Quenon et Jean 
de Codun renversent l'éouyer et le cheval tombe mort, )e comte 
ayant la cuisse embarrassée sous son corps. Alors les deux Fonr 
taine et Jean de Roberoi veulent le saisir. Pendant qu'ils se 
disputaient sa capture,- JeandeNelle, dont le courage (à ce 
qu*i} parait) , n'égalait ni la forcé ni là belle apparence du corps 
et qui s'était peu montré pendant la journée, prétend k l'hon* 



(Al) 

neur de faire un tel prisonnier , il était mit le point de remporter 
k Taide de ses gens, si le chevalier Garin n^était arrivé sur te 
lieu de la scène; il était temps, car pendant la discussion, un 
varlet nonuné Comote s'était approché du comte toujours 
engagé sous son cheval , cherchant partout un défaut dans 
son armure pour y fourrer sa pique, et bien que les pièces 
en fussent artistément agencées^ il était dé}à parvenu à le 
blesser au visage par les grillages de sa visière. Renaud qui 
connaissait le chevalier Garin, se nomma, cria merci et se 
rendit à lui en demandant la vie sauve. Comme on le conduisait 
au dépôt des. prisonniers, il aperçut Amould d^Audenarde 
étant parvenu à se réunir à Taile droite après la défaite de 
Ferrand , accourut à la recousse (*) avec quelques hommes 
d^armes qu'il avait rallié ; espérant d^étre délivré , le comte 
de Boulogne se laisse cheoir comme un homme qui ne peut plu» 
marcher, ruse inutile ! Amould d'Audenarde et ses compa« 
gnons tombait au pouvoir des Français , alors ceux qui escor- 
taient le comte de Boulogne , ne gardant plus de ménagemena 
pour son rang, le contraignent de se relever à force de coups, 
le font monter sur un méchant cheval et l'emmènent malgré lui 
au dépôt des prisonniers. 

Pe tous côtés , le champ de bataille était demeuré aux Fran« 
çais, le roi, de la hauteur du plateau naguères occupé par 
Qthon et d'où il pouvait ^qfibrasser d'un coup d'œil le théâtre de 
sa gloire , aperçut une masse de sept à huit cents hommes de 
pied qui faisaient retraite en bon ordre , il ordonna à Thomas de 
St-Yaleri de les attaquer ; ce preux chevalier, bien que fatigué, 
marche à eux avec les cinquante cavaliers et les deux mille fan- 
tassins sous, ses, ordres ; il les somme de mettre bas les armes et 
sur leur refiis , il les charge, en tue une partie et force l'autre de 
se rendre. Ces braves geuua étaient des Brabançons qui faisaient. 

(*) RecooMe , vieux terme qin sîgoîfie te^oam, délimnee ; aller à la r«coujee « 
c^efait aller an éf cours. Un cbeTalier qqi ftVtaU ^enda ne poufait plus ^trc ctcou:^ , 
parce qu'il avait eo^a^^é sa parole , t*tsî pourquoi Renaud fiil maitraife'. 



(43) 

un dernier effort pour retourner dans leur pâji. Oa remarqua 
conune une chose fort extraordinaire, que Thomas de Su 
Valeri , ayant fait Tappel de sa troupe après ce dernier fait 
d^armes, il ne lui manqua qu'im seul homme reUrouTé blessé 
parmi les morts et qui guérit depuis de ses blessures par les 
soins des phisiciens (chirurgiens), ainsi qu'on les nommait 
alors. La nuit qui approchait , la crainte de compromettra 
Tarmée en la laissant se débander à la chasse des fuyards 
dans le pays ooupë et Tournai k Mortagne , celle de laisser 
échapper les prisonniers de marque dont on espérait de fortes 
rançons, ne permirent point de pousser Tennemi à plus d'un 
mille (une lieue) au delà du champ de bataille. Le roi fit donc 
sonner le ralliement et défendit à tout combattant , de quelque 
grade qu^il fût, de s'éloigner de sa bannière sous aucun pré- 
texte. On parqua les prisonniers, autour desquels on rangea 
les diflKrens corps de l'armée* 

Avant de se livrer au repos, le roi fit amener devant lui les 
principaux prisonniers dont quelques-^uns avaient encouru la 
peine capitale pour avoir guerroyé leur suzerain ; après quel- 
ques rqnroches adressés aux comtes de Flandre et de Boulogne , 
il fit à tous grâce de la vie et ordonna qu'on les conduisit avec 
les préeoutions d'usage dans diverses places fortes du royaume, 
par les soins du chevalier Gariû et de Jean Paiitée« Voulant pro- 
curer au comte de Dreux un moyen d'échanger son fils Robeit 
Gatte4>led, détenu en Angleterre où il avait été conduit lorsqull 
fui pris aux portes de Nantes , il lui accorda droit de rançon sur 
le comte de Salisburi que le roi Jean eut la dureté é,e laisser 
long-temps en captivité avant de conclure l'échange. 11 fit pré- 
sent de la terre deVillebois h Hugues de Mareuil qui avait pris le 
comte de Flandre, et accorda k Matthieu de Montmorency le 
droit d'ajouter douze alérions aux quatre qu'il portait déjà dans 
ses armes, en souvenir des douze drapeaux qu'il avait pris à 
l'ennemi dans celle mémorable journée, puis il se jeta sur 
un peu de papille y au village de Caqiphia , selon quelques 



(43). 

chroniquos <lu payi , pour prendre le repas dont il avait besoin. 

Ainsi fut détruite ou dispersée en moins^de sept heures, 
l'armée la plus considérable qui eût paru en Flandre depuis 
FinYasion des Germains, armée qui, la veille encore, se flattait 
de démembrer la monarchie française dont elle avait partagé 
les lambeaux d^avanoe. 

La bataille dura depuis une heure et demie de TaprèsHmidi 
jttsqu^à sept heures du soir. Les aut^ârs contemporains laissent 
ignorer les pertes des deux côtés en morts , en blessés et en pri-> 
sonnier9. Des chroniques flamandes du quatorxîàme siècle , 
portent ces pertes à trente mille hommes dans Uarmèe împé-^ 
riale ; Panckouke rapporte (on ne sait sur quels garana), qu'on 
lui fit cinquante mille prisomiiiers ; ce qu^on sait de positif à ce 
sujet, est que cinq comtes souverains et vingt-cinq autres , de 
si haut rang qu^ils avaient droit de porter bannières fiirent pris, 
ainsi que plusieurs propriétaires de fief , et grands teilanciers. 
S^il est permis de juger par le nombre des oombattans , par 
lalongueuretracharnement de la bataille, par la chaleur in-c 
tense de la journée , par l'importance des prisonniers dont 
rhistoire nous a laissé les noms, la perte dut être énorme des 
deux côtés. I^ous n'avons trouvé nulle part^ ni documens, 
ni renseignemens sur- celle éprouvée par les Français; 

On accorda aux vassaux des seigncufs Flamands tués , la 
permission d'enlever les corps de leurs n\aitres. Plusieurs furent 
conduits à l'abbaye de Phalemptn ^ à Marehîennes et à Or-t 
chies , pour y être inhamés selon leurs rangs el c^;nîtés. 
Bugon , neuvième abbé de Cysoing , leleva ceux qui étaient^ 
demeurés sur le champ de bataille sans être isolâmes et les fit 
enterrer dans le cimetière d^ son abbaye , le teste des morts 
fpt piis, par les soins de ses religieux, dans de grande» 
fosses creusées à cet efiet sur le terrain où le carnage avait été 
le plus considérable. 

Le roi ayant pourvu au pansement et transport des blessés^ 
donné des ordr^ pour la garde des places fortes de la Flan-*. 
d^G Walonue et f^j^it serrer spigoçusement dans ses charroii^ 



(44) 

Taigle impériale qu^il renvoya depuis il Frédéric , tuccesieur 
d^Othon j te dirigea sur Paris àTec son «rmée. . 

Arrivé à Bapaume il lui Ait fait un rapport , yrai ou supposé , 
dit Le Breton , que le comte de Boulogne avait trouvé moyen 
de dépécher un affidé à Tempereur Othon , pour rengager à 
rallier les débris de son armée à Gand , et à se mettre en me- 
sure de recommencer la guerre à Faide des bourgeois de cette 
ville opulente ; des chroniqueurs assurent que Taffidé était 
porteur de renseignemens sur la force de la garnison et la si- 
tuation de la place de Bapaume , sur la manière dont on en 
usait avec les prisonniers , d^un itinéraire détaillé de la route 
h parcourir pour arriver de Gand sous les murs de cette place 
sans être découvert , et du plan d^un coup de main à tenter 
pour surprendre la vigilance des gardes et obtenir la délivrance 
<|bs détenus. Philippe , outré de colère , se fait conduire à la 
lour où Ferrand et Renaud étaient enfermés, adressant la pa- 
role au ccnnte de Boulogne , il dit : ce Je t'ai fait riche et puis- 
» sant , de pauvre que tu étais , cependatit ton père Albéric et 
» toivous vous êtes jetés dans lepartide Henri roi d'Angleterre; 
» oubliant ce trait de déloyauté, je vous ai reçus en grâce et 
» vous ai rendu le comté de Dammartin confisqué par un 
» jugement; h ce bienfait j'ai ajouté le don de plusieurs terres. 
» Et toi , Renaud ! je t'ai fait épouser la comtesse de Bou« 
» logne , quoique ton père fut mort en Normandie au ser^ 
» vice du roi Richard , mon ennemi. Non content de ces actes 
» de félqnie , tu es retourné au roi Jean ; tu as soulevé l'An- 
» gleterre, l.'AUemagne, la Flandre et jusques èmes'propVes 
» enfans contre moi. Ce n'était point assez de me refuser le 
» port de Boulogne , tu as contribué h brûler mes vaisseaux 
n devant la ville de Damme ; enfin , pour comble d'ingrati- 
» tude et de trahison , tu as osé te présenter pour me com- 
7) battre corps à corps , moi ton souverain et ton bienfaiteur. 
» Aujourd'hui encore , poussé par ton infâme malice, tu cons- 
>^ pires contra la sûreté de mes Etats , contre ma vie , au mo- 



(46) 

n filent même où iSia Irojrale clémence te fait gràœ depefcbv 
A la tienne sur Téchafaud. Tu ne mourras point pfuisque je t^ai 
x> donné ma parole , mais je te ferai garder dans une prison 
^> dont tu jie sortiras qu^après avoir expié tous lés maux que 
» tu m^as faits ». Et sur Theure même il le fit conduire et en- 
fermer dans la tour neuve de PérOnne , où , enchahié à on 
billot mouvant que deux hommes avaient peine à retnuer, il 
follaft qu^il tralnAt ce poids aprèa lui quand il voulait satis- 
faire ses besoinsf nàtuitels . 

La marche de Pérdnné à Paris (at un triomphe confimiél ; 
les habitans des campagnes , qui étaient pour lors eu pleine 
moisson y abandonnaient leurs travaux ^ accouraient de tous 
côtés sur les bords dki chemin pour contempler celui <](ui 
venait de les délivrer de» horreurs de Tinvasion. Il fit son 
entrée dans sa capitale aux acclamations de tout un peuple 
dans rivreSse de la joie. Les fêtes et les illuminMions durè- 
rent sept jours et sept nuits. Le malbeurieux cfomte de Flandre 
blessé , souffrant , enchaîné sur un char attelé de quatre che- 
vaux bais, suivait exposé aux brocards, aul railleries de la 
populace , qui , faisant allusion h son nom et h la position dans 
laquelle il se trouvait , criait à ses oreilles : Qua^ ferrants 
bien ferrés mènent Ferrand bien enferré. Enfin , après avoir 
servi de jouet à la multitude , il fut conduit et emprisonné 
dans la tour neui^ du Louvre. 

Pendant qu'on se livrait à la joie en France , la Flandre et 
la comtesse Jeanne étaient plongées dans la douleur. Les 
évêques , les prélats du pays s'étaient rendus au château du 
Quesnoy où la malheureuse Jeanne était dans les larmes. 
Gossuin , évéque de Tournai , nous apprend que les premiers 
momens passés , elle montra une pieuse résignation. Ne sa- 
chant que devenir , elle prit le parti de se rendre en France 
pour implorer la miséricorde du roi. Arrivée devant lui elle 
se jelta k ses pieds et lui dit : a Sire , vous avez pris soin de ma 
n jeunesse et m^avez chérie comme votre enfant , vous m'avez 



(4«) 

» d<Minée au prince de Portugal , j'ai obéi sans murmurer , 
» j'ai bit ce que j'ai pu pour empêcher cette malheureuse 
» guerre , prenei pitié de votre nièce , de la fille de Baudutn 
» de ConstantinDple , qui n'a d'autre eupmr qu'en vouft. » 
Le roi attendri jusqu'aux larmes la releva ^ la consola «t lui 
rendit aOn comté de Flandre déjd confisqué par le conseil des 
pairs et lui accorda la liberté de son mari sous condition 
de faire démanteler les places fortes de la Flandre du côlé 
de la France ; mais les Etats ayant refusé de souscrire à ces 
conditions , Ferrand demeura douze ans en captivité et ne 
recouvra la liberté que sous la minorité de LouialX. La com- 
tesse son épouse retourna tristement en Flandre^ qu'elle eut 
la permission de gouverner pendant l'absence de son mari 
Ferrand étant mort vingt années après cet événement , le ca~ 
binet français poussa la rigueur au point d'obliger su veuve 
de signer un traité par leijuel elle s'engageait de renoncer k 
toute alliance avec les ennemis de la France , à quel titre et 
sous quelque prétexte que ce lùi^ consentant, en cas d'in- 
fraction , k regarder ses sugets comme déliés du serment de 
fidélité. 

• 

L'empereur Otbon , retiré au château d'Hardx)urg, mou- 
rut dans les accès d'une maladie phrénétique vers 1218. 
Le comte de Boulogne, accablé de misère et d'ennuis, ter- 
mina ses jours dans sa prison, h peu près à la même époque; 
Ferrand maladif , languissant , finit sa triste vie à Noyon en 
1233 , dans les douleurs de la gravelle , maladie cruelle qu'il 
avait contractée dans sa prison. Ainsi moururent misérable- 
ment les trois principaux chefs de la confédération. 

Jamais les comtes de Flandre ne furent si longtemps et si 
rigoureusement châtiés , jamais la Flandre Walonne n'éprouva 
une plus longue et plus rude calamité; des inondations insolitesi 
des maladies sur les hommes et les animaux terminèrent celte 
fatale année 1214. Une longue paix, ou plutôt un repos de 
mort succéda à tant d'agitations ; à. l'exception des troublée 



(47) 

nuscités pirir les «nfânn que la comtesse Mufgiierite anr Ait eu 
de Bouchard d^Avesnes ^ les annales de Flandre ne mention- 
nent plus de guerre considérable jusqu^à la fin du treizième 
siècle , époque du gouvernement de Gui de Dampierre , con- 
temporain de Philippe le Bel ^ c]ui ^ h Fexemple de son aieuI i 
fit peser une verge de fer sur le comté de son grand tassai. 

- WSTE • 

• • « 

fèt Siuto^ j <^UMnt U% noms Us ftincx^^n^ fnsoaat^s 
€0tihtùt$ hans U$ ^rf]fer^ns forfj oa cmianx U ^fitis fat 



Le comte Fçrrand. , 

Jean de Hodebergue. ' 

Simon de Sôfferbergues. . 

Thomas de la Comté. ' 

Pierre de Brulle. 

Gilles de Sari. 

Girard de Barbais. 

Bauduin de Mons. 

Honoré de Yargnîes. 

Gille du Mont de Sainte-Âlde- 

gonde. 
Thibaut de Tremogne. 
Gauthier de Quiévrain. 
RenédeMamac. 
Guillaume de Unquebert. 
Nicolas, fils de Peregrin. 
ÉverarddeTske. 
Severe d'Antigues. 
Alexandre de Borselle. 



Liébert d'EroIîn. 
Severé de Mamac. 
Conrad de Tremogne. 
Renelin dePAmprenesse. 
Guillaume de Estave. 
Robert de St-Léonard. 
Guillaume de Beaumoat. 
Frère de Villers. 
René de Vavre.' 
Théri de Ligne. 
Hébert de Gare. 
Helin de Wavrin. 
Arnould de Landas. 
Gauthier de Ghistelle. 
Jacques de Ruert. 
Pierre du Mcenil. 
Helin de Letor. 
Girard d'Avelin. 
Gauthier de Conseiller. 



(48) 



Henri de ËstinkenborC. 
Arnoul dé Grimb^rge^ 
Sévère de Atosere. 
Philippe de Vavre. 
Nicolas de Herlut. 
Bernard de Oatermale^ 
Gérard de Randerode. 
Ganiier de YringueL ' 
Henri de Justans. 
Henri le Gros. 
Ui^sin de Fretin. 
Helin Dessaux. 
Raimond de Y avre • 
Robert de Estroem. 
Roger Màllet. 
Philippe de Longueruellei 
Guillaume de Averquini 
Bauduin de Blândequé. 
Theri de la Hemeide. 
Amould de Baenguieii. 
Jean de Rasserelled. 
Bauduin de PuC* 
Roger Dubois. 
Robert de Lieùlemont. 
Gauthier de Dagneaux. 
Frère de Liquel. 
Severe de Hertong. 
Raoul de Màlegne. 
Guillaume Dennelin. 
Etienne Dessentes. 
GodfroideWille. 
Eustache de Ruest. 
Laurent dePortigal. 
Theri de Malenguien. 



lean de (a Comté. 
Eustache de Mafle. 
Godefroy de Loseant. 
Henri Delefiine. 
Gérard Flamenc. 
ïheri de Orquerbcfe: 
Raoul Bigot frère du comte 

de Salisburi. 
llobert Dennetierres. 
Bauduin de Boudins. 
Hugues dé Mallefâ. 
René de Virmes^ 
Amould de Crang. 
Gilbert Cornu. 
GodefrOi Brise-Téte. 
Gauthier de Lembec. 
Bernard, Prêtre de Utec. 
Bauduin de Lens. 
Richard de Cologne. 
Bauduin de St^Leger. 
Jean de Cogny. 
Gilbert de la Capelle. 
Gonrard de Cérufin. 
Henri Trassé. 
Hugues dé St-Obert. 
Ëorelle de Flechien. 
Jean de Lier. 
Bauduin de Perinchîes. 
RazedeGaVre. 
Othon de Tinqueneborc. 
Enqueval de Groningues. 
Hugues de Bailleul. 
Gérard de Grimberge. 
Manasèsde Gonli. 



(49) 

Gilles de Gamachine. Olhoii de Ostermare. 

Henri le Roux. Le comte de Salisbari^ dit 

Robert de Marque. Longue èpée. 

Theri Wuide-Escvelle. Jean de Ghistelle. 

Theri de Brirbais. Jean de Buridan. 

Les noms propres et ceux de terres ne sont pas toujours 
conformes h notre manière de les écrire aujourdliui ; peut^, 
être les clercs français chargés des listes les auront-ils dressés et 
orthographiés selon la prononciation française de celte épo- 
que , ou peut-être les noms s 'écrivaient-ils ainsi en ce ternps* 
Ne voulant apporter, de notre chef , aucun changement aux 
titres historiques, nous nous sommes fait un devoir de les 
inscrire comme nous les avons trouvés à la buite du ma- 
nuscrit de Guillaume Le Breton. Voyez le 17« tom. des His- 
toriens des Gaules , collection des Bénédictins , les Ecrivains 
français d^ André Ouchesne et les autres chroniques^ cités 
dans la liste des auteurs consultés. 

Daniel de Marquilies , Roger de Houteghem, 

Philippe de la Gastine, Guillauipe de Use , 

Gérard le Mors , et Jean de Herignies. 

furent pris à Courtrai, les cinq ^ derniers après la bataille ; 
le premier avait été fait pri9onnier lors de Fexpédition du 
prince royal sur cette ville pendant qu'il commandait le corps 
de cavalerie qui couvrait Lille. Gauthier de Aisne et Guil- 
laume de Hurusse furent pris à Deinse ; Emoud de Gavres 
à St.-Omer ; Pierre de Bourghelles et Renasrd son écuyer 
avaient été enveloppés et saisis au faubourg de Lille , au dé- 
blocus de cette place lors du premier investissement. 
' Thomas de Malesmains fut donné par le roi k Inguerand 
de Corcelle pour , ce dernier , profiter de sa rançon. 

Anselme de River fut également donné k Henri de Busenci 
par lettres royaux. 

4 



1 



(50) 

Arnould d'Écâilltin fut i^ndu sur caatioti pêrkonnëllè de 
ifieolab et de Pierre de Bailleul. 

Âlard de Gotiseillét et Giles de Daubi féèéiiV^rtai là li- 
berté en engageant tout eé qii^iU possèdëiérit. ' 

Roger de Wèspîïàlie fuîl cautionné par le roi dés Àioàûds. 

fiugûés de GÂàtiiiè^ M réndU ï\ïf ie éautidnnéiàënt de ïean 

dé Nesle. 

^ Rehé de Croisille eut pour lui là fànçon de Gui de Lédênè. 

Maréchal Itevelô fut mis k là disposition dé Gauthier de 
Bàliôlet. 

Le comte dé Sbiàsons répondit pour Âiiiôùld d^Aùjeharde. 

ieàn de Neslé devait profiter de la rançon du comte dé Bou« 
ibgnè, s^il eut été rendu. 

Éârthèlémi de Éoy e devait jouir du même avantage à Pégard 
^u comté àe Flandre. 

Le comté de Ëalisbun fut donné au comte de. Dreux poui^ 
lui donner occasion de l'échanger contre ftobert Gatte-Bled. 

Gàuthîëir de Bbsic fut donné à Inguerànd dé Gouci. 

Le comté d'Âuxerre eut pour sa part un sienhevéu qui dôfti- 
battâit daliil les rangs àés alliés, 
' L'àMè âfis Gduti pt^iËta dé h ràà^u déGàuthie^d^ Èl^. 

Pierre de Melvin , nol)ert de Rumes , 

Gauthier de Ligne, l^obert de t*ormesetles , 

furent cautionnés par divers et obtinrent la promesse dMtro 
rendus après les formalités du cautionnement. 

Les valeurs des cautionnemens étaient comptées en livras 
parisis, ou en mires d^ argent ;..ces dénominations moné^ 
taires représentaient alors de grosses sommes, puisque le taux 
le plus élevé des rançons ne dépassait pas 86 livres i^arôîs* 



(51 ) 



%ViV^»%/^iV^ VS«Vtw^/^iv/S/^w^ ^/V/^/^V%)V^>'V V^ 



l>£ttlÈM[E PARTIE. 



aiMiàQaBf XT oMSuvAYiotts mmtmtpitB tt 6H.m^u, 



I. 

s^êiki&rdétii §^ 1ê» «ihitlèMIèîâ ijdi^ès dé Hiilippe d'Ahcfû^. 
liMis k j^iM , p^tè 4e Philippe & y partageait sati» doutd 
l^piniôH âfc ^9 ctfhtetiiporàiiid su^ le éompte de son grand 
vtffitlftl , fiuisqii'^yh le voit hd donfier en toouraiit la tutellis 
de «éti fili. Le §ktti^c^ ^ue le comte de Flandre fit en dé- 
tachant PAttim de 9m ^iyl hét>èéitaiiiies , est la préutela plud 
sensible ^ue Ven puisse donn^ de son dèsintéresèétnenti et dé 
soh attadiement à la cduronne de ÏPrance ; car le Veritiaiiddid 
élail icrifl de raloiir rArioia pour la convenance , fa poiftik-t 
tMn et ta tîcheiiBè ^ dol* Léâ TtouTèfres l^rançafii céltbfaiettt 
afcirs 4 Jl^MVi<fe}«i vei^tiiidd tuteur de leur roi. Un pén {Ani 
tard ) ^^«Eft-^à-^lîre k Tép^^ue de la quctélle pour le Vei*/hàti- 
dl^B^ on é^ft|ierç<lft4'uoabteig6mèÉitsfafcft d«iti8leuylâfttgà;$ei 



1 



»^ 



La yérité est, que le crédit dontiljouiMàii éïcità Venyié éë 
la maison de Champagne , à la tête de laquelle était la reiuif 
mère. Âllarmée de Tascendant qu^une reine «maf>Ie et Jeunîé! 
devait prendre sur l'esprit de son époux, elle nui tout en usager 
pour rendre Philippe d'Alsace suspect aux yeux du Toi. L'aban- 
don de r Artois fut présenté comme un dotf intéressé pour' 
obtenir le Yermandois , fort convoité par le cabinet français. 
Le comte , aigri par la conduite de ses ennemis , par Fingvati-f 
tude du roi et par l'affront fait k sa nièce qui venait d'être 
exilée , et pour ainsi dire chassée de la cour , trahi paf son 
beau-frère Bauduin de Hainaut , qui s'était allié k la France , 
eut à se repentir d'avoir cédé l'Artois. Espérant avôic de# 
enfans d'un nouveau mariage et priver par là le comte def 
Hainaut de sa succession au comté de Flandre , il épousH 
Mathilde , sœur de dom Sanche , roi de Portugal . La h^ne 
du comte de Hainaut contre son beau-frère s'explique : Bau- 
4uin descendait en ligne directe defiàuduin de Mons ^ bran* 
che atnée des comtes de Flandre, au lieu que Philippe d'Alsace 
n'était venu au pouvoir que par l'exclusion de cette branche, 
en conséquence de l'usurpation de Guillaume le Frison , qui 
était de la branche cadette. Le comte.de Flandre se voyant 
une seconde fois sans héritier direct, et sans espoir d'epi voir 
nattrede son nouveau mariage, ne pouvait supporter l'idée 
de voiries États passer dans lesmain« de Bauduin son. beau- 
frère; il avantagea son épouse par testament d'un douaire 
considérable sur plusieurs portions de ses domaines, avant 
son départpour la Palestine. Placé dans l'obligation de recon- 
naître sa sœur Marguerite en qualité d'héritière , de crainte 
que le roinevint.i^ppréhender le comté ide Flandre comme fief 
vacant, il avait voulu tout-à-la-fois priver don .beau-frère delà 
plus forte partie de ses revenus en les appliquant à Mathilde sa 
irie durant et empêcher que le comté de Flandre ne passât dans 
la domaine de la couronne. Fhiljippe d'AJsace était aigri da 



(M) - 

ringratitudt de son piipilla et de la conduite de ton beau-frère 
envers lui. Sei dernières dispositions prouvent que cette idée te 
préoccupait lors de son départ pour la croisade. Après sa 
VAort, arrivée devant Si-Jean-d^Âcré en 1191 , Mathilde épousa 
Eudes m , ce duc de Bourgogne , qui commanda Taile droite 
des Français à Bouvines, et qui la répudia au bout de deux 
ans pour causé de parenté. Retirée en Flandre, elle y jouit des 
avantages de son douaire jusqu^à son, décès, arrivé en 1218 
et non en 1206 comme le disent certains cbronologistes fran- 
çais. A la mort de son frère roi de Portugal, elle prit le titre de 
reine , comme on le voit dans les actes publics dû temps ; ce 
fut elle qui arrangea avec Philippe-Auguste le mariage de son 
neveu Ferrand et de Jeanne, héritière de Bauduin de Gons- 
tantinople ^s du comte de Hainaul dont nous venons de 
parler. I^a meilleure preuve de son existence en 1214 , est 
Tanecdote de cette pythoqisse, qu^elle consulta, avant la 
})ataUle, sur le sort réservé k son neveu. A quoi celle-ci 
répondit quUl entrerait triomphalement dans Paris et que le 
roi serait foulé auK pieds des chevaux ; ce qui arriva en effet, 
mais non dans le «ens que Mathilde avait pris les paroles de 
la sibylle. 

IfCs vieilles chroniques de Flandre insinuent que Mathilde , 
pour favoriser le mariage de son neveu , se relâcha de quel- 
ques articles de son douaire , d'une pari ; et que , de l'autre , 
elle garantit au roi, par un traité secret, la remise des villes 
d'Aile ^ de St-Omer. 

L'extrait d'un obituaire que noua avons eu sous les yeux ^ 
porte que la douairière du comte Philippe mourut prés de 
Fumes , qu'elle fut noyée dans une marre d'eau où se» che- 
vaux, épouvantés, avaient entraîné son coche. Elle recul la 
•sépulture dansr l'abbaye des Dunes el fut transférée , loiig-^ 
temps après , dans celle de Clairvaux , et déposée auprès du 
lûmheau de son premier mari, 



(64) 



II. 



0K nuaiûit }fe ^nmi , it m cmùmtt ntocf 0011 fy$uBt, 

* 

Le roi 9 en donnant la comtesse Jeanne au prince de Por- 
tugal , avait pour but de rompre toute alliance des comtes dé 
Flandre avec TÂngleten^, ou avec la maison impériale d'Al- 
lemagne ; il espérait rattacher Ferrand aux intérêts de la France 
|>ar reconnaissance : d^un autre côté, les États de Flandre , en 
désirant le mariage de leur jeune comtpsse avec un prince an- 
glais, ne songeaient qu'à leurs intérêts commerciaux qui étaient 
«f obtenir Vintroduetion des laines anglaises dans le pays. La 
comtesse Mathilde , flattée de voir passer la riche succession 
de Bauduin de Constantinople dans sa propre famille , se 
iiàta de oonclure cette affaire , malgré la condition de rétro- 
cession d'Àirè et de St-Omer. Elle nMgnorait pas que cette 
clause était une dérogation au traité de Péronne , dans lequel 
le père delà comtesse Jeanne était mtervenu en 1199. 

Ferrand, bientôt identifié avec les intérêts de famille de son 
^Duse , oublia iei>ietifait et ne se souvint que de la perte de 
ses deux filaces. H n'^ut pas plutôt fait son entrée dans lel 
goandes vill^ 4e Ftandve , d'abord très-opposées à 8on m^ 
trottisation , qu'il s^^ocecipa des pvépavatifs de guerre pour 
recouvrer Aire et St-Omer , places d'une grande importance 
ptur lui fNur la {aoîtilé qu'dies }tti {trocuraîent de favariser 
kf Anglais j qui trwvaient deui^ vîUes fortes pour assiprer def 
esf^dîtîoiio em cas de descente , ou de donner avaptage k la 
Fran9« en lui permettant dy mettre garnison pour iyarrer le 
p«0aage aux Anglais^Le comte de Flandre, maître de «es dctuK 
fortenifaes, {Mwvaît «çtftne son alliance à haut prix arviec l'um 
ou Tautre des deux puissances en tlEsîsant jpieaohcr ta balance da 



(W) 

Slfil^ë f:^ pré^ara^^ ^ iin aouyead traité cpifçlfl avi foQt- 
à-Yep^ip , calfpi^ ,uq ippoiept f'jrritation fie Ferrand ; ni^is i^ 
crut i^T<>îr ^r:Oifvé }iç ipQOijei^t favorable 4® faû^e veyiyre ses pr^^-* 
tçDtions f(u cQQjgràs de Soissons. Cpipptant sur I^J^e^oin qi^ 
Je rgi fi.urait de ^on alliltpqe , 9 fitf trompé : le jfqi , shjt 1^ 
ppjpt 4^eçi|)oeprepdre Ip j^uerre avec l'Anjgle^rre , pe ypu- 
||it pQÎ^I se d4sai§ir de çe^ ^^M^ ^1^^ i ^ I^e n^l^y ÇIeiM CQq^tP 
4e jP^aQ^ ^ je^il a^çc pli^sV^ Tiol<»|iQp qqe lue Tau^t pp 
ftif ç tout fiulre prince fj^ns Ip parti ftpglfUi?- Aio?^ «op mariage 
i^yçç Je wpjB , q}x^ \û rpj ay^it regardé jCQBpgip wp truU die pQ- 
Ji|iqii^ trçs-déliè e| très-favorable aip^ intérélf 4^ 1§ FraaPP , 
içyfiit ^i^^?l un toirt fiu|r^ eÇet. 

^îcî^erius , nioip^ de gei^opi^es , Auteur d'w^e chronique .d^ 

j^^l^l^^ye, éçiritp vers le milieu du tPN^^ipis 9^c1q9 Toulaut 
lexpUg^er Ipf i^aiifes gui nn^eiièreat )a )>at«lle d« Bpuvioes , 
IWS^t^9 ^^P Ip ^P^\^ ^ Fi^dre maltraitaiit son épouse, qu'il 
çn étf^l i|i^e T^9M au3t coups , parce qu^elle élail plus faabib 
qH§}^ f^ui<^ d'éch^QS. Uo aiHeur moderne ajoute à cette yer* 
mn qu'il lui jeUait les pièces de Téchiquier k la figure, dér 
^é ff^'il H^ d- être souvent fail écbeo et put par une femme. 
ÂJct^ius .«fipiiaue et dit que le «h, méponteot d^ la conduite 
de Ferrand, Tavait fait prévenir d^avoir plus d'égards pour sf 
nièce ; que le Portugais, ne tenant aucun compte des avertis- 
semens, redoublait de mauvais procédés. Le peu d'autorité 
dont jouit Fauteur de la chronique de Senonnes , nous dis- 
pense 4f fitouygr l'iRQWvwiÀPfïi leiidicuk de sw^lables 
assertions. Voyez Richerius, à la liste des auteurs consultés. (*) 



(#) DoB i^Wment et dom Daatine , qaî ont réj^ cette fable i Tarticle du 
«•Plie Vfvraad • iaasi'Aj^^vtfrîierles'datef, oimnient pas hasardé de citer 
Ilichff ;f'ijl ^^étflfpi ^piv^llpiiçlye 4e çp^fupajr^ i^ ftyr^niime if S«jiqnoei ave^ 
les autres ckroDiq[aes contemporaines , com me Fa fait déçois Jeur confrèrt d^t^ 
Brial. Voyes la préface du SlVlt toip. /» &^pit^riéu4 Frapcfrum 



9 , 



1 



( 56 ) 

Tout porte à croire que la coaduite âe Ferrand au congres de 
Soissons doit être attribuée à la politique des Etats de Flan- 
dre , à ses ressentimens , aux conseils du comte de Boulogne, 
honune de tète et d'exécution , mais ennemi capital de Phi^ 
lippe-Auguste , aux suggestions de TAngleterre. La coalition 
était déjà en train de se former quand il jetta le masque. Le 
comte de Namur , retiré en France après son mariage avec 
Marie de France , accablé de^ reproches de tous ceux de la 
Flandre et du Hainaut , était mort de chagrin. Les esprits 
échauffés étaient portés k la guerre contre le roi. Ferrand ne 
put se réconcilier avec les Etats qu'en se jettant k corps perdu 
dans cette opinion hostile k la France. Deux seigneufs de 
sa cour , Hélin de Wayrin et Arnould d'Audenarde , quji 
prévoyaient les suites d'une guerre ayec la France , le dissua-:: 
dèrent de s'engager dans cette téméraire alliance. Vous resr 
terez seul exposé k la colère du roi , si elle tourne mal , et 
vous deviendrex vassal des Anglaiei , si elle réussit ; dans Pun 
ou l'autre cas vous avez tout à perdre, lui disaient ces con- 
seillers prudens. Ferrand était vif, emporté ; loin d'être écou- 
tés ils éprouvèrent des chagrins , des affronts jusqu'au dékioue- 
ment de Bouvines , où ils combattirent tous deux en braves 
et loyaux chevaliers , ^t où ils demeurèrent prisonniers de 
guerre; des Français. 

IIL 

Bt VtxifiVxtxon vxmtim cmtte r^Hn^lrtrnr^ 

Cette expédition avait été combinée et préparée par le roi^ 
lorsque Jean-Sans-Terre était squs l'interdit et que ses sujets 
avaiept été déliés du serment de fidélité par le Pape Innocent 
]I1(*). Le roi de France, appuyé des barons anglais effrayés 



m» 



(*) Un df s Papes lei plos violeai qai ait occnpé la chaire et St Pierre. 



(57) 

det^ foudres du Vatican et mécontens de leur roi , croyait 
n^avoir qu'à se présenter à la tète d'une armée pour attirer 
à lui une partie de la nation anglaise ; mais le roi Jean , épou- 
vanté lui-même du danger qui le menaçait , s^empressa de se 
soumettre en faisant hommage de sa couronne au St-Siége et 
en subissant la pénitence que le Légat Pandolpbe lui infligea. 
Alors le Pape satisfait fit savoir au roi de France que toutes 
les difficultés entre le St-^Siège et la cour d^Ângleterre étaient 
terminées, et lui ordonna de cesser des préparatifs hostiles 
contve un prince réconcilié avec TEglise. La levée de Pex-r 
communication ayant rapproché du roi Jean les grands vas*, 
•aux de ses possessions sur la Loire et les barons anglais , le 
succès de l'expédition devint plus chanceux. La coalition 
puissante formée tout d'un coup entre la Flandre et les princes 
d'Allemagne mit Philippe dans une position cptique k laquelle 
îl ne s'attendait pas. 



IV. 



IDtt Mc Irt Ctlle. 

On Ut di^ns presque toutes les histoires contemporaines et 
modernes , que le roi détruisit cette ville pour punir les ha- 
bitans de leur trahison , ou l'équivalent de ces paroles ; nous 
demandons de quelle trahison ces historiens ont entendu par- 
ler ? Ferrand était, à la yérité, vassal de la couronne de France 
à cause de sop comté de Flandre ; mais les Flamands étaient 
sujets de Ferrand. Il n'appartenait point au suzerain de qua- 
lifier son vassal de félon , de confisquer son fief de son auto-r 
f ité priyée , et de délier ses sujets du serment de fidélité ; il 
devait pour cela appeler l'accusé par-devant le conseil des 
Pairs qui décidait la question. Le conseil étant composé de 
grands vassaux , op sent qu'il falls^it des mpiifs fçnc^és |)our 



I 

oktfivf un jusHpent ç9afeviii# ^w wnîl^mns 4^ roi. Or, 

*^ftft ctH*?eFî te f 1»»<^# Wfitowi*, ii8 bpttfpw de LiH© »Ç 
>jrp>fT»içpt fiwcç^p fie m IWWÎW MC^i* P»rt > 1* gUf«r8. 3rir 

iV) ie^èfi^ d^ pe l^ufn^r Matre 1« garoîioii fratiçaUe i mêi^ 
H^^lQjDip^ ppqr ftippj dm è leufs pr#pr68 foroes p«v U I^y^p 
idu pM(|^ dl^ P?ifM^« I^pup 9 israignaat avee raMpa le« aiûtai 
'd'MnS 9PVf ^^^»9m\ » il^ o^iTrirtnl bure postes aux aoldata flar 
|»W4? g»ia dtf ?M*P I élAient leum cannfiatriotes ; ik m «p 
PPrtf r«P( 1^ m9^ f^f^^^ P^mtra le^ app lancei françaîiea ea 
garnison dans la place , qui purent se reliifr Vbnmwâ dans 
le fort des Raigneaux. Ils ne furent donc coupables , à notre 
avis , d'aucune félonie , d'au#>i|ne trahison ; la prise de Lille 
ne peut être imputée qu'aux Français eux-mêmes qui devaient 
y entretenir une garnison pfi^^t^ |ioi|f pa défense. Mais, di^ 
sent ces historiens , le roi , en rappelant son fils , avait confié la 
défende de la place aux b^bitans | et ils abusèrent 4e Pf tte 
copfiapce pour la livrier au comte de Flandre. Singulier ^al" 
Bonnemefit ! Maître de fait de la place, le rpi ppuv^i|-i,l d^liej?, 
ipso fb^cto^ les Lillois du sçrment de fid^^^l^ h ^PW^ 99}f^Pf^ p 
et su£^s^it-il de dire pu^ habitanip qu'il a^etlaif If uur yillf ^qus 
leur sauve^gardQ et les placer ainsi dan^ la cru^ellç çéceçsit^ 
de coipbajltre leur prince ^ Ieu]ps compatriotes ? Ç^rteç, poui* 
que les Lillpi§f eussent ét,é dans l'obligiitipii de défendre la 
ville contre Ferrand , il eut fallu , ou qu'ils eussent accçpté 
volontairement , nous ne dirons pgs l'honneur, mais la phar|;e 
pénible qu'il avait plu au roi de leur in^posçr , pu qu'ik ao 
fussent donnés volontairement à lui. 

Si la place eut été munie d'une garnison française nssez nom* 



■'^^ 



(W) 
breiise pour la dérendre et que les habitans eussent facilité sa 
reddition par des pratique^ cachées^ ou par une révolte ouverte 
au moment des attaques . la question se présenterait d^une ma* 
nière différesla \ nais las aaeuset de Irakisen dans la cruelle 
position où ils se trouvaient, c^est prétendre excuser un trait de 
bafëarie pair uq sophisme. La mérité est que cette malheureuse 
▼flle fut ¥iotime du ressentiment du roi irrité de la destruction 
de sa flotte et du changement survenu dans ses affaires. Le siège 
ne hsâ peint long et opiniâtre comme le dit un auteur moderne! 
InnUa posi èriduum môéica fisii obsidionê. (*) 

Athius, qui commandait la garnison française retirée dans tè 
fort desRaieHeaux, introduisit les troupes royales par la porte 
du fort qui donnait dans la campagne, après trois jourt 
d'attaque et après l'incendie des habitations extra muros, Lf 
feu fut des plus horrible. Le fort des Raigneaux qui était 
construit en semi-dur avec des poutres croisées et chevillées 
selon Pusi^ du temps et à peine achevé , fut tellement 
endommagé par les touibilions de flammes , quMl se trouvfi 
hors de service quand on vint k rebâtir la yille sur une plus 
large enceinte. Les brasiers amoncelés des maisons qui 
étaient alors en bois, avaient échauJBTé la terre bitum^u^e ^ 
à Pendroit où sont aujourd'hui les rues Basse et de la gr$indQ 
Chaussée , de manière que le sol bradait encore plusieurs 
jours après la destruction ; la fumée qui s^élevait 4iEins les airs 
formait un nuage épajs qui répandait dans les campagnes , h 
plus de trois lieues sous le vent , une odeur de tourbe. Le 
Breton décrit dans sa Phiiippéide ceft incendie 4^ sol par 
les vers suivans : 

^ Hmf jd^ nf 19 MUof çffffp^ (M) vt^^ 
» Et vjrcosa tegens liqioso vi«|cera plai)o. 
» Iniff riere ^îmi sabeouti calore vaporans. 
» In apc|û ij^m c/Hmtf^Tpi aiBia tsi^f ^ 
» Exbalan» mixto ncbaios huipore c^loii* 

(*) ^biiîpidos GttitUlmi Armoriii, lib IX. 



(60) 
V. 

C0nantratt0n Irt Vavmit Jtancais^t, 

Un auteur moderne assure y sans citer de garants et sans 
que nous ayons pu deviner oii il a puisé cette assertion ^ que 
)a conceixtration de l'armée française eut lieu sur la plaine 
qui. sépare Lille d^Hazebrouck ; or , cette prétendue plaine , 
traversée par la Lys, de Merrilie à Armentières, est aujour* 
d^hui comme elle était alors , la partie la moins viable de 
toute la Flandre Walonne , coupée en tous sens par des fossés 
profonds , des plantations qui y entretiennent Fbumidité au 
point de la rendre impraticable dans la meilleure saison de 
Cannée ; il suffit d'une pluie de douze heures pendant Tété 
pour empêcher toute communication entre les villages , non 
fBculement par charrois , mais encore par chçvaux, à plus de 
deux lieues de dijstanpe des deux côtés de la rivière : il est 
d^autant n^oins vraisemblable que la concentration put sVpé^ 
rer dans cette partie , que le pays fivait été dévasté par Fer-^ 
rand , qui avait passé trois semaines infructueusement devant 
le château d^Erquinghepi , deux mois auparavant, et qui avait 
fait le dégât sur les deux bords 4e U rivière de Merville à 
Armentiéres. Si la concentration avait eu lieu sur le territoire du 
comte de Flandre , Le Breton , témoin oculaire de toutes les 
opérations , n'eut pas dit , en parlant du départ du rpi pour 
arriver ai^ canip sous Tournai , que les troupes royales dé- 
vastèrent le pays en entrant sur les terres de Fenrand , ii| 
ierratn Ferrandi y depuis le Pont-à-Yendin jusqu'à Tournai, 
à la date du 25 Juillet 1214 ; l'armée concentrée entre Lille 
fit Hazebrouck , n'avait que faire 4e rétrograder pour passer 
au Pont-à-Vendin ; quelques détachemens du Bas-Artois, 
réunis sous le château d'Erquinghem , auront pu y attendre le 
gros do l'armée française \ ces cpntingens pyant Ifpiisé d^ 



(61 ) 

tjraG«f écrites de leur séjour , l'auteur, induit en erreur'/ 
aura attribué à toute Parmée ce qui ne devait IMtre qu^à de» 
corps partiels ; au surplus toutes les chroniques s^accordenl 
sur ce point, que le roi rassembla son armée à' Péronne y qu'il 
partit le 23 de cette ville avec tout son monde , et il n'esl 
Nullement question, dans les autorités que nous avons con- 
sultées , de cette concentration entre Lille et Hazebrouck. 

Vî. 

IDt la nuirct)^ Iru A0i etir %mtM\. 

Tant que le roi était demeuré en deçà de la Marque , il était 
HsseK difficile de s^assurer si son intention était de provoquer 
«ne bataille , ou d'observer l'armée impériale ; riiais dès qu'il 
eut passé ce ruisseau , il faut nécessairement supposer, ou qu'il 
avait formé le dessein d'attirer l'empereur en plaine , ou 
((u'il ne redoutait point les chances d'une affaire décisive. Car, 
s'il en eut été autrement, le passage de la Marque devrait être 
regardé comme une faute grave, attendu que dans sa position , 
campé sous Tournai , il n'avait plus la faculté de refuser le 
eombat s'il convenaitii l'empereur de le lui présenter. N'est-il 
pas évident que tout mouvement de l'armée impériale de Mor- 
tagne sur Tournai le forçait de combattre , ou l'obligeait de 
rqmsser la Marijue pour se retirer du c6té de Lille , comme il 
essaya de le faire , ou de passer l'Escaut à Tournai? Dans cette 
dernière hypothèse, il découvrait le royaume , il mettait deux 
rivières entre lui et Douai et les autres places fortes de l'Artois 
qui devaient assurer sa retraite en cas de revers. 11 pouvait en- 
core marcher entre la Marque et l'Escaut ; mais alors, à 4 lieues 
de son point de départ, il trouvait la Lys; ainsi, il fallait qu'il exé- 
cutât le passage de la Lys, ou de la Basse-Deûle, ou de la 
Marque en vue de l'ennemi , ou qu'il accept&t la bataille. 



(61) 

T«Uééliit m f èrttflble l^ittibh dalil M fitft Ai ft ail 27 Jaftlét, 
•à il hai f§»fcé dé cbMlrAtl*è pouf trè ^diht «âcfifie^ une partie 

' Que li FdA 6'êiitpi«GM dtl Mdiif ^i attlit p\l lé dëterihiner à 
j^ièr te Mar^ ëècMtift ibh etiûèttii en knaf che sur là Scaipe, 
el à »e pfît«# d« là ftÉèuUé d'accéptef ou de /efùàei^ là bataille , 
au tUm ^ itttlièîiht^ Mr Ih |(riabtë éé iHfé , où il eut été maître 
de ses mouvemens ? Ou ne saurait le deviner. Nous conjectu- 
rons quMl avait compté sur là toopération des habitans de 
Tournai, ou peut-être voulait-il engager Tempereur à repasser 
TEscaut en feiamftl là démoiistf atién lié pUèei Iui-ltl4me cette 
rivière, pour' se porter au cœur de la Flandre. Dans les deux 
suppositions, la manœuvre était toujours dttnjgereàse avteUne 
armée inférieure de moitié à celle de TeAneBli. Maift di^Ht-ôft 
il pouvait èe retrancher daiis son camp, prêter des àvâttlagea 
que iui oJËrait la ville de Tournai et attendre retnpereur. fiàte 
cloute, mais dans ce cas, ce dernier faisant ^cebp^Orcbie», 
ville ouverte en ce temps ^ et poussant de ta, quelques troilpei 
légères dans la partie du pays entfe la iMbniiie el la DeAlé 
jusqu^à la Lys, il inleroeptaît toute eomiflUitteàtion de TlMite 
rbyale avec Douai , Lens , Béthune et le «bateau d'Ei^m^MM, 
(car Lille n'existait plus). Le roi bientôt Içireé par fe inai^tiédil 
vivres, de faire un mouvement peur se tirtsr 4e l'6t#ffùgè^(^ 
tion où il se serait mis, donnait âiî'eilipei^ur roocasiDn teréflii- 
quer pendant le passage de Tune ou Tartre des tivîèrai dttii€ 
nous avons parlé ^ comme oeln airive. On bien, Pc iUpe t em 
marchant sur la rive droite dé TËseaut, penVà!il péîiéttf^retl 
deux marches dans les plaines du Gambretfil et pèrtel* iagdétjl^ 
sur le territoire français^ De quelque manière qnë IVmoéûi^ 
dére le passage de la Marque dans la VUe 4Woapef TiMMOi, 
on ne peut se rendre une bonne r«ieo* pmir lé jeiatifiei*. 



■ '*■• 



(«») 



VII: 



Miattï^i ii Vatwdt tmpMaU lit tlaUim^nim p«r 

Gotrinlèiit l^éMperetît* , dbfat té blil était d^èdvàhilr làFMttËé , 
ttè hlft-D t>àè A ^oÂt TôÉcâstott que le Mi Itli bf&tit tiTèll 
fthfr hVëâ hil dàhé Uhe bâtttUte dëtlîsiVë 6à ittàlrdhdtft A ètt 
i«bcbtit^ë tlê WA c&ihp de VàlendëfitléÉf pàl* SAiât ^ Atfltotl , 
Of èUM a SéèiM ; l'àttbii*^ titf eu liéù 8'il l^èill fblilti , éVif là 
plaine Se Lille. Prétendait-il tem{>ôHKë^ (>blif )diMëi> à^ m 
agens des transfuges , des mécontens français qui faisaient 
partie de son armée , afin d'affaiblir les bannières du roi par 
des défections? craignait-il d'aLorder Philippe, ou attendait-il 
tmcore de nouveaux renforts ? rien ne nous Fapprend. Ce qui 
parait éM&hatit s i'Ml tfùHl pû\ \6m pMiSsên dhtfedihre , la 
Scarpe devant lui, sa droite appuyée à TElscaut. Quand il 
aj^rit que les Français avaient passé la Marque , il est cer- 
tain q[ùë la marctie audaciedse Au, roi avait dérange ses plans , 
il ne pouvait ni ne devait imaginer que son efanemi eut fait un 
niôûvement si contraire aux règles sans un desfteîn secret; iji 
ptît donc lé parti de se couvrir en attendant quMl eut péné- 
tré ce àèsseih : toutefois il avdt àéjîi donné Vôrdré Àè jeter 
quelques troupes légères sur 1^ derrières del^àrméè royale, 
quand il apprit que le roi devait brusqueiùent abandonner 
la même nuit son camp sous l'oumai où il était k peine 
assis , pouf repasser la Marque ; il comprit aloi:s que ¥%ilippe 
avait fait une faute qu^il voulait réparer , ou que les fran- 
çais avaient été Saisis d'uife terreur panique eu le sachant d 
pires d^eux. (^uoiquMI eu fut , il donna Vordre de marcher li 
eux sur-le-chaiâp , espérant les trouver occupés k passer 
le ruisseau^ Résoiutibn fortuite , commandée par îes dir- 



(64) 

conslâtocei et qui devait avoir pour lui let plus heureux 
résultats. 

Un auteur moderne dit que l^empereur avait laissé une 
forte division à Yalenciennes ; qu'il y eut laissé ses gros ba« 
gages , celA se conçoit ; nniis une forte division , à quoi 
bonf'Les bourgeois de cette ville dévoués à Ferrand, suffi- 
saient à sa garde , cette place couverte par son camp de 
Mortagne était à Tabri de toute surprise, c'était par consé- 
quent affaiblir son armée sans nécessité. Conmie il n'est fait 
aucune mention de cette division laissée en arrière , soit dans 
la Chronique de Le Breton , soit dans le^ autres documens 
qui nous sont passés sous les yeux, nous ne pouvons ajouter 
foi au rapport de cet auteui'. . 

VIIL 

Matait vhvogicaïft itu^ Jranraie mt CtlU. 

Le roi avait probablement compris le dangeir de sa posi- 
tion sous Tournai, la nuit du 26 au 27, veille de la bataille, 
puisque sans plus attendre , il décida la retraite de l'armée sur 
Lille. Abstraction faite des motifs qui lui firent prendre ce parti, 
nous trouvons qu'il commit plusieurs fautes dans l'exécu-* 
tion. D'abord celle de n'avoir point mis son airmée en marche 
immédiatement après la décision du conseil. Il devait prévoir 
que le moindre délai entre l'ordre de départ et la mise en 
mouvement des colonnes, suffisait pour que l'empereur fut 
informé de son dessein. Une seconde faute , fut de n'avoir point 
opéré le passage de la rivière sur plusieurs points à la fois. 
On sait par les vieux terriers de l'époque qu'il existait un 
pont à gauche de Bouvines , allant communiquer à Louvil , 
et quatre autres à droite , savoir : un , entre Bouvines et 



(85) 

Grusén, un à Anstaîng, un k Tréssin et l'autre àChereng; or, 
ces ponts se trouvant tous k une égale distance du terrain 
qu'il oceuiMdt sous Tournai , il avait toute facilité d'accélérer 
le passage de la Mai^que en l'efiPectuant sur six colonnes à la 
fois et en même-temps. Que si on objecté , comme il est vrai , 
que la Marque non recreusée et canalisée comme elle l'est au- 
jourd'hui , formait des alluvions qui rendaient les abords 
marécageux à une grande distance du lit , d'autant plus éten- 
dues que le barrage du moulin de Tressin tenait les eaux fort 
hautes en amont de lui(*), que les débordemens du ruis- 
seau rétrécissaient les digues et rendaient les débouchés des 
ponts plus resserrés ; nous répondrons : 1** que le bris de 
l'écluse de Tressin présentait un moyen de faire écouler les 
eaux et de les remettre à leur niveau naturel en moins de deux 
heures ; 2» que deux cents travailleurs , détachés d'avance et 
précédantes colonnes, suffisaient pour élargir et fasciner les 
digues ; dans tous les cas , si rétrécis qu'eussent été ces défilés, 
îl valait mieux en tirer parti que de borner le passage du 
ruisseau au seul pont de Bouvines. Cette manière abrégeait 
de cinq sixièmes la durée de l'opération ; mais le roi avait-il 
espéré n'être point inquiété k cause de la Trève^Dieu F (c'était 
un dimanche) ; il devait cependant savoir qu'Othon n'était pas 
très scrupuleux en matière- de rehgion; ou bien- avait-il pu 
penser que son ennemi arriverait trop tard pour l'empêcher 
de passer? Dans tous les cas c'était une confiance impardon- 
nable dans un général aussi expérimenté que lui. 

Poutrain, dans son histoire de Tournai, donne pour cer- 
tain que lé passage de la rivière n'était qu'une ruse pour attirer 
l'ennemi sur le plateau de Cysoing, cela offrirait de la vrai- 
semblance , si le roi avait fait stationner les troupes déjà 



(*} Ce moulin a é\é détruit il y a soînnte ans , ce qui â contribué in deiftèche- 
meot des marais aa-detsus de ce yiUage. 

6 



(W) 

passées sur la rire gauche de la rivière , afin de les aroir soui 
la main peur les faire repasser de Tautre cAté au premier arîs 
de la marche des alliés ; Poutrain ne fait point attention que 
la tête de Pinfanteriè des communes était déjh arrÎTée aU 
nouveau camp près de Lille , ad hoipitia , quand le roi eut 
avis de rapproche de Fermée impériale« Le Breton dit qu'il 
fut très étonné d'entendre le rapport du chevalier Garin; 
Buzelin assure qu'il fit élargir le pont pour aôcélérer la re-- 
traite à l'arrivée du premier rapport du vicomte de Mehm , 
pt\ tous les historiens s'accordent sur ce point , que ce ne fut 
i]ue sur un deuxième rapport du vicomte qu'il prit le parti , 
un peu tardif, de faire face à l'ennemi. Pour revenir à Pou- 
train , une ruse aussi mal concertée ( si c'en était une ) , 
devait tourner au désavantage de son auteur ; il y a donc toute 
tipparence que le roi voulait repasser la Marque sans com- 
battre , et qu'il ne se détermina à accepter la bataille que parce 
qu'il ne put faire autrement sans compromettre le sort d'une 
partie de son armée , c'est pour nous un fait hors de doute. 



IX. 



On ne sait trop comment conciUer cette mesure de bonne 
règle militaire avec une marche découlue sUr une stoule co- 
lonne ) ni comment il put se faire qu'on eut pris les précau- 
tions d'usage pour observer l'armée impériale , tandis que 
l'on mttrohait comme n'ayant rien à craindre de ëes entreprises. 
Puisqu'on avait tant'fait que de pousser une reconnaissance du 
côté de Mortagne , il nous semble qu'il était prudent d'arrêter 
les colonnes jusqu'à ce que le vicomte de Melun eut envoyé 
ou apporté ded nbuvelles de l'ennemi ; C'était sur ce rapport 
que Ion devait prendre la résolution de suspendre^ ou de conti- 



( w ) 

muer la înarche sur, Lille ; au lieu de cela , on laisse filer lei 
troupes , et si ^empereur avait retardé d'une heure son mou- 
Tement sur Bouyines , la plua grande partie de l'armée royale 
ae serait trouTèe de Pautre côté de la rivière quand le roi se 
serait aperçu du danger ; peut-être alors le passage e^t été trop 
avancé, et il n'aurait plus eu le temps de faire rétrograder les 
eorps déjk passés et de les former en avant de Bouvines ; dan^ 
ce cas, ce qui serait resté au'-delè de la Marque , trop faible 
pour résister à une attaque de toute l'armée impériale, eût été 
écrasé* Il y a , dans tout ceci , un défaut d'ensemble dotit ou 
ne peut se rendre raison. 

X- 

Mavt\\( it V€taptvtnt îr^ Motlaf^tu Mt U terrain* 

Lea historiens n'ont laissé d'autres détails sur cette marche 
que le rapport du chevalier Garin, qui avait eu le temps d'eia** 
miner Tarmée impériale des hauteurs où est située aujourdhui 
la censé de la longue Saule. Si on en juge d'après les localités 
de cette époque , comparées avec la situation actuelle du 
pays , il est certain que cette marche dut être lente à cause 
des bas^fonds, des fossés, des fils d'eau, des prairies molles 
que l'on rencontre de Maulde à Lesdain ; ce ne fut qu'à la 
hauteur de ce village que l'empereur put ranger son armée 
sur plusieurs colonnes de front , véritable moyen d'éviter les 
flottemeas et d'accélérer la marche ; car il lui importait d'ar-- 
rîvet sur le plateau de Cysoing avec toutes ses forces pour 
surprendre les Français occupés à passer La Marque , afin 
d'attaquer brusquement et de détruire la portion laissée sur la 
rive droite de cette rivière. 

Noutf pensons y d'aptes les chroniques anciennes , que les 
Qolonnes de l'artnée imiiériale passèrent entre la longue Saule 



(«) 

et le bosquet de Taintignîes , qu^elles se dirigèrent de là sur 
Willemaud et Fromont, qu'elles franchirent sans dérangement 
le ruisseau de la Louverie. Ce fid d'eau, quoique légèrement 
encaissé dans toute sa. longueur , est peu large , peu profond 
et coule sur un fond marneux , ad quetndam rivulum j dit 
Le Breton ; que de Willemaud , les colonnes de droite se por-^ 
tèrent un peu plus en avant que celles de gauche pour exé- 
cuter le mouY^nent de qonYersion à gauche , qui eut lieu 
Bécessairement dans le butfde faire entrer l'armée carrément 
sur le plateau front à BouYÎnes. C'est ce mouvement en avant 
des colonnes de droite qui fit croire au vicomte de Melun que 
l'intention de l'emporeur était de marcher sur Tournai. Nous 
croyons que la conversion achevée et 1 armée entrée dans sa 
nouvelle direction , entre Eplechin et Lamain ; alors , seule- 
ment , le vicomte reconnut qu'il avait pris le change et vit 
clairement que le dessein de l'empereur était d'attaquer les 
Français. 

Tout militaire qui a une idée de la lenteur des marches 
des grandes armées , jugera , après avoir reconnu la route 
parcourue , et considéré par la pensée l'état des chemins , alors 
détrempés par les pluies , que l'armée impériale , forte de 
150)000 hommes , dut employer plus de 'six heures , c'est-i- 
dire le double du temps nécessaire à un homme marchant 
isolément , et qu'elle dut conserver le plus grand ordre pour 
franchir la distance de Mortagne à Eplechin et se trouver en 
position d'exécuter son déploiement en «i peu de temps/ 

Un historien moderne rapporte, sans citer ses autorités, 
que l'empereur avait ïaissé une division h Mortagne et qu'il 
en avait dirigé deux autres à travers les bois du pays d'Or- 
chies , où elles s'égarèrent. Certainement la garde du petit 
fort de Mortagne, bien que nécessaire pofnr s'assurer des 
ponts sur la Scarpe et l'Escaut en cas de revers , n'exigeait 
guères plus de deux à' trois cents hommes ; il était donc 
inutile d'employer une division , coinme il l'appelle , pour 



'eel objet. Nom ne nions pas que les deux autres corps diri* 
gés par les bois de la Hovarderie et non d'Orchies , h^eus* 
sent eu un but d'utilité mieux raisonné en ce que , débouchant 
pendant Faction , en-dessus ou en-dessous du village deWan- 
nehain , elles pouvaient prendre Tannée royale en flanc ou ar- 
river sur ses derrières ; mais la mesure a-t-elle été prise ? Le 
Breton , ni les autres historiens que nous avons consultés n'en 
disent pas un mot. 

L'historien moderne, embarrassé de ces deux divisions qu'on 
ne voit plus reparaître dans le courant de la journée, les fait 
s'égarer dans les bois, ce qui est tout-à-fait invraisemblable. Les 
seigneurs de Landas et de Rume qui se trouvaient présens à 
l'armée impériale avec leurs vassaux et les autres contingens 
de la vallée de PElnon*, auraient procuré des guides sûrs à ces 
deux détachemens, en supposant que les commandans eussent 
été assez inhabiles pour ne savoir faire deux lieues de chemin 
sans se tromper dans un pays ami et peuplé ; l'EInon à gauche, 
la lisière des bois de la Hovarderie et de Rume à droite , la 
présence du soleil sur l'horison, suffisaient pour les conduire 
droit à Bachi qui touche au hameau deRescroûel faisant partie 
du plateau. Admettons même qu'elles se fussent fourvoyées 
pendant quelques instans, il est impossible de supposer qu'elles 
n'eussent pas retrouvé le véritable chemin conduisant au pla- 
teau de Gysoing avant six heures du soir, époque de la journée 
où la bataille durait encore , elles devaient entendre le bruit 
des armes, à moins qu'elles se dissent amusées à pirouetter 
sur elles-mêmes pendant quatorze ou quinze heures , ce qu'il 
serait absurde de supposer. Nous tenons pour certain que 
l'empereur ne détacha aucun corps de troupes sur sa gauche ; 
Nous croyons, çn, trouyer Ift raison dans le mauvais état des 
chemins. , dans le sol glaiseux de cette partie du terrain boisée 
et impraticable. 

Si on considère que l'empereur ne put être informé dii 
projet du roi que deux ou trois heures ajnès la délibéralion 



^ 



(70) 
du conseil , quMl ayait à rassembler et k faire mouvoir une 
armée nombreuse, â passer la Scarpe, à traverser les défilés 
et les bas-fonds de Jolain , à franchir le ruisseau de la Lou* 
verie ; on sera étonné de Tincroyable promptitude de sa mar^ 
che I car ses troupes légères avaient déjà eu un engagement 
avant neuf heures du matin , avec Tarrière-garde française, 
derrière un petit bois existant alors en arrière d'£splechin« 
Cette extrême diUgence contraste singulièrement avecla len- 
teur des Français , qui , en marche dès Paube du jour , avaient 
h peine, fait j^asser SO,QDO hommes d^infanterie sur le pont 
de Bouvines. Ici ae présente une réflexion qui n'échappera 
point aux militaires qui ont observé Iqs impressions morales 
que des évènemens inattendus ne manquent jamais de pro-» 
duire sur le personnel d^une armée. Les alliés , qui ^ la veille 
avaient ajouté des abutis , des coupures aux obstacles na-« 
turels qui défendaient les approches de leur camp , ne ba^ 
lancent point à sortir de leur position retranchéo pour se 
piettre à la poursuite des Françsùs^ lie fait s'explique : Ils 
croyaient avoir à faire à un ennemi ea pleine retraite et regar* 
daient le succès de la journée comme assuré , leur seule 
crainte était de ne pouvoir arriver aases k temps pour écraser 
la portipn dç Tarmée française laissée sur la rive droite de la 
Marque. Chefs et soldats» tous apimés du désir de vaincre, 
levaient rivalisé ^e %èle pour joindre Tarmée royale. Ils don- 
pèrent des prei^ves de oe ftèle daos les premiers chocs contre 
Vi^rri^cf«gar4e , ^i eu( |>^e k soutenir leur impétuosité. 

Un historien dit que le roi, instruit du mouvement de 
Vempereur , envoya à la découverte sur le chemin de Tournai 
^ Mprtagna ; il est vrai cpie le vicomte de Nelun fui chargé de 



(71 ) 
pousser une reconnaissance de ce cAté ; maïs il ne Test point 
que le roi fut instruit du mouvement de Pempereur, la preuve 
est que le chevalier Garin, qui accompagnait le vicomte de 
Melun, voulut apporter lui-même la nouvelle que Tarmëe 
impériale était en pleine marche , parce que , dit-il , le roi ne 
voudrait pas croire à ce rapport si tout autre que moi en était 
porteur. Non seulement le roi n'était averti de rien, mais 
il ne se doutait pas du mouvement de l'empereur. Le résultat 
du conseil tenu en plein air, à Parrivée du chevalier Garin^ 
offre un autre exemple de cette impression morale dont nou's 
avons parlé à la note précédente. Ces mêmes chefs qui délibé* 
raient pendant la nuit sur la question de savoir s'il était avan« 
lageux d'aller attaquer les alliés dans leur position retranchée 
derrière la Scarpe , décident à la presqu'unanimité qu'il faut se 
hâter de mettre la Marque entr'eux , il en est même qui ouvrent 
l'avis de se retirer derrière la Deûle , sous le château de 
Lens qui était convenablement muni ; et qu'on l'observe bien, 
ces avis s'ouvraient au momeiQt où l'empereur venait offrir 
la bataille en rase campagne et donner , par. conséquent ^ 
à l'armée française l'avantage de tirer parti de sa cavalerie, 
son principal nerf. On voit que la marche rétrograde avait 
produit une impression fâcheuse sur les esprits. Le mouvement 
des alliés , auquel ils ne s'attendaient pas , avait achevé de 
déranger les idées. 

Au demeurant, il s'agissait de savoir si on était certain 
d'achever le passage de la Marque avant d'avoir l'ennemi sur 
les bras. Or, comme la chose n'était pa» possible , il fallait 
retourner et combattre ; parti que le roi fut obligé de pren- 
dre un peu plus tard ; on perdit un temps précieux à déli- 
bérer, à rester indécis, et dans la position où se trouvait 
l'armée, le moindre retard pouvait causer les plus graves 
inconvéniens et exposer la moitié de l'armée à tomber sous le 
fer des alliés , à la vue de l'autre moitié et sans pouvoir en 
être secourue. 



(72) 
XII. 

Le premier rapport pprtant que Feimemi se dirigeait sur 
Tournai , ramena le cqnseil à ses premières dispositions , 
comme nous Tavons dit. Le ^i, qui avait fait arrêter les 
colonnes, les remit en m^che, et dqnna même Tordre d'élar* 
gi^ le pont afin que le passage eût lieu suf un front plus étendu. 

Il est inconcevable que le roi, expéfiipenté en fait de guerre,^ 
put ^e méprend|re s^r la véjritablç intention de Pempereur ; 
était-il raisonnable de pépier qu'il eut lev^ son camp de 
Mortagne et fait tant de diligence pour vei^ir occuper une 
ville dëtnantelée, ruinép et le^ environs dévastés? Cp^iment 
le vicom^ de Melun qui qbservait l'ennemi tout en se retirfint, 
ne s'aperçut-il pas que ce qu'il prenait pour un mQuvement 
sur Tournai n'en était qu'un pour changer de direction à 
gauche, évolution nécessaire pour entrer carrément dans Ic^ 
direction de Bouvines et pour déployer ses colonnes sur le 
terrain. (*) Le chevalier Garin, plus clairvoyant que les 
autres chefs, avait beau soutenir qu'on allait être attaqué, on 
n'en continua pas moins de passer le pont, de laisser s'éloîgnei^ 
de plus ejti plus l'jnfanterie des communes et enfin de perdre 
un temps précieux qui aurait dû être employé à rappeler les 
corps qui étaient déjà avancés sur la route -de Lille et à se 
former en ordre de bataille. 

Le deuxième rapport du vicomte annonçant que l'arrière 
carde était vivement pressée par les troupes légères de l'empe- 
reur, dissipa l'illusion, tout le monde comprit alors que le. 
chevalier Garin avait eu raison , que la bataille était inévitable 



«^ 



T^^ 



(^) \\ prit le moiiyement ^t l*aile mai^chaii^ pour une marche sur Tournak 



J 



(78) 

•ur la rire droite de la Marque , h moins de sacrifier la porlion 
de Tarmée laissée de ce côté de la riyière et que Ton allait avoir 
à soutenir le choc de l'armée impériale toute entière ^ il ne 
•^agissait donc plus de discuter , il fallait prendre un parti et 
agir sur-le-champ, A peine restait-^il le temps nécessaire pour 
exécuter les mesures commandées par les circonstances. 

Tout porte à croire que le roi , après avoir arrêté la marche 
de l'armée et envoyé à Pinfanterie dea communes Tordre de 
rétrograder vivement , détacha promptement la cavalerie 
pour protéger et échelonner la retraite de Tarrière gai^de sur 
la ligpe de bataille que le chevalier Garin était occupé à tracer 
en avant de Bouvines. A ces dispositions, plusieurs historiens 
ajoutent qu'il ordonna de rompre le pont dès que la colonne 
Taurait entièrement repassé, ac deniquepotUem, totum rescindi 
imperqt (*), Cette assertion est vraisemblable^ paxce qu'ui^ 
pi^reil ordre était dans le caractère de Philippe» il voulait 
montre^ à ses spldfits qu'ils n'avaient de salut à espéreir que 
dans la victoire. A quoi du reste, aurait servi la conservation 
du pont, si l'armée eut été battue ? bientôt encombrée par le 
nombre, ce pont serait Revenu inutilb. Des écrivains ont cité 
le monument autrefois placé dans l'église de Ste-Catherine , à 
Paris, qui portait l'inscription suivante : Les serjeants d'arme» 
pour ce temps gardèrent ledit pont, comme un garant que le 
pont ne fut pas coupé et que ce fut en le défendant que ce 
cofps d'élite s'illustra ; mais pour que les se^eants d'armes 
eussent véritablement défpndu le pont, il eût fallv^ que l'ennemi 
eût pénétré sur les derrières de l'année fr^inçaise jusqu'au 
village de Bpuvinçs , ce qui ei^i été un signe de la défaite totale 
de l'armée. \\ est plus rl^sonnabIe de penser que les serjeants 
d'armes, tenus en réserve derrière les dernières lignes dç 
l'aile gauche, par conséquent à une distance peu éloignée du 
pont, se portèrent en avant p^ur réparer l'échec éprouvé par 

r Bill I 1— — — — i.^>iyTWim 

{^) BuzeJJo , ançale» gallo ^aodri^ iW. \1. p^g. !^6. 



(74) 

l'infanterie det communes, et qu'ils contribuèrent à rétablir le 
combat, ce qui donna lieu à Finscriptîon dont il s agit. Au 
surplus, que le pont eAt été détruit, ou que le roi l'eût laissé 
subsister, la victoire remportée par l'armée royale fit qu'il 
dérint inutile. 

Avant de passer aux évolutions sur le terrain où la bataille 
eut lieu, nous croyons devoir employer la note suivante à 
donner les détails nécessaires à la connaissance de ce qui con* 
cerne la composition des armées , de la manoeuvre , de l'ordon- 
nance, de l'armement et de la tactique militaire en usage au 
commencement du treizième siècle, parce que les historiens, 
englobant toutes les époques du moyen-Age , ont souvent con- 
fondu ces sortes de choses et enveloppé le sujet d'anachronismes 
et d'obscurités. Nous avons tâché d'être concis ; du reste, nous 
renvoyons le lecteur aux auteurs spéciaux, s'ils veulent 
ppprofondir la question plus particulièrement. 

XIII. 

pxim ^t la Miiict (van^aUt ^ nlitmarùat ti an^lai» m 
f(mitn^iirmnit ^n trnjihiu axitiu 

Il est certain que l'armement du temps de Philippe P'^ roi 
de France en 1080, n'était pas le même que celui en usage sous 
Louis le Jeune, en 1 170, et que la formation d'une lance sous 
ce même roi , était différente de celle adoptée sous Philippe-le- 
Bel ; d'où il suit que l'on tomberait presque toujours en erreur, 
si on faisait des applications de l'art militaire du moyen-âge de- 
puis Charlemagne jusqu'à François l*', sans préciser l'époque. 
Codkne notre ouvrage -se rapporte à la bataille de Bouvines, 
nous nous abstiendrons en conséquence de parler des temps 
antérieurs ou postérieurs à cet événement. Muni de documeus 
puisés aux chroniques contemporaines , aux meilleurs auteurs 



(75) 

qui ont traité de l'art militaire de ce temps ; guidé par Pexcelleiit 
ouvrage du père Daniel, par les monumens français de dom 
Bernard de Montfauconi par les vieilles ordonnances de nos 
rois, nous offrirons au lecteur une idée abrégée de la milice 
française , anglaise , flamande et allemande | au commence- 
ment du treizième siècle, 

IDt la Uvit t^tB 09l2rat0« 

Les levées d'hommes s'opéraient communément en vertu dii 
ban et de Tarrière ban. Le premier ban obligeait les hommes 
valides, de dix^huit à trente-cinq ans. Chaque feudataire, 
chaque conmiune , rassemblait son contingent, composé de 
différentes armes , qui se réunissait sous les ordres du bannerel 
d'une certaine étendue de pays. On formait quelquefois les 
bandes au chef*-lieu de la réunion en embrigadant ensemble 
les soldats d'une même arme. Quelquefois, cette opération 
avait lieu à l'armée.Tout militaire arrivant h sa bannière, devait 
être muni de ses armes offensives et défensives. L'infenterie 
portait la pique, la hallebarde ouvragée de différentes façons, 
le glaive. Parc etlatarge, Tarbalète, lefauchon; la trousse 
garnie ; la fronde était passé de mode en Europe. La cavalerie 
était divisée en pesante et légère. La cavalerie pesante ou gen-> 
darmerie, était armée de toutes pièces. Elle portait la lance, 
Fépée, le spadon, la masse d'arme pendue à l'arçon de la 
•elle, L^homme d'armes avait pour armes défensives , le 
heaume, le hausse-col ou gorgerin, le hauberts, lesbrassarts, 
les gantelets, les cuissarts , les grèves et le bouclier; au-dessous 
de cette annure, il portail un pourpoint bourré, nommé 
gambeson, pour éviter les meurtrissures de son armure. Au- 
dessus de tout cela, les plus considérables d'entre eux endos-^ 
saient la cape d'étoflis de laine r^se décorée d'armoiries, le 
cheval de l'hqmme d'armes avait la tête garantie du chamfrain , 
le poitrail d'un espèce de tablier à cotte de maille, et les cAtéi^ 



(7«) 

àe flançois, ou de courertures de cuir de buffle ou de vacbo 
tanné. Les hommes d^armes étaient des cavaliers choisis pour 
la taille et la force, il fallait avoir fait ses preuves dans la cava- 
lerie légère pour mériter Parmùre de fer. On les habituait à l^ 
supports en les obligeant à manœuvrer ainsi armés, pendant 
plusieurs heures de la journée. Les cavaliers légers sous diffé- 
rentes dénominations, étaient armés de la lance, delademi^ 
pique, delà dague^ de l'idée, de Parc, de Tarbalète, seloa 
les différens services auxquels ils étaient employés. Une grande 
partie des eorps de cavalerie légère, étaient couverts d^un sur-^ 
tout de cotte démaille qui leur descendait jusqu^aux genoux, 
Leur tète était garantie d^un chaperon de même tissu que lacotte. 
Le jaque d'armes, ou casaque de cuir tanné, recouvrait l'ar- 
mure du cavalier* Le cheval n'avait souvent pour toute défense , 
que les montans et la tétièr^ de la bride garnis de chatnettes[. 
Les jeunes gens de distiactipnquidébutaient dans la carrière, 
n'avaient souvent ppur armure défensive qu un simple balecret 
(cuirasse légèpp à lames d'acier) et la cotte de maille, vu la fai^ 
blesse de l'âge ^i le défaut de forces suffisantes pour supporter 
le hamois. Les archers ou arbalétriers, portaient la trousse en 
sautoir; ellç était fournie de vingt-cinq flèches, traits ou 
yiretpns. 

Indépendamment des hommes levés en vertu du ban .et do 
l'arrière ban , les princes entretenaient , soit pour le service 
continuel des places fortes , soit pour un teinps limité en tefla^4 
de guerre , des mercçQçûres sous différentes dénominations, 
Philippe Auguste avait toujours h sa solde une gendarmerio 
d'ordonnance qui différ^ût de cellç du ban, en ce que chaque 
bomme d'armes d^ordonnance n'avait que deux suivans, 014 
servans, ou serjeants attachés à sa lance, au lieu que les autres 
en ?ivs|ient quatre, si:|, ou huiti selon la dignité ou li| fortune dç 



(77) 

i'iioiùme d^armes. Ces suivans se divisaient en serjeants, sateU 
lites^ en archers ou arbalestriers, en écuyers/armtjfert, en 
Tàrlets , domestici , nous aurons occasion d^en parler plus* 

fard. 

- » 

Les princes enrôlaient pour une campagne ou un temps limi- 
ié, dfes corps de rïbauds , ribaldi, composés d^hommes de toute 
espèce ; ils eA formaient des bandes armées k là légère, servant 
à pied 6u à cheval; où les employait dans les occasions qui 
exigeaient dé Taudace , c'était les enfàns perdfus die Tépoque* 
Des Brabançon^, Brabahiiorès ; ils étaient aussi organisés en 
bandes qui se meiftaient sous les ordres de qui les payait ïe 
mieux; ils portaient le nom de Brabançons^ parce que la plue 
grande partie d'entre eux étaient du Brabant , ils passaient pour 
être les meilleurs et les plus hardis fantassins de Pépoque, iï» 
étaient habitués à résister en masse aùi charges de cavalerie. 
Des coteriaux , coterelU , armés de glaives trancïians et de 
fauchons, leur service était de se couler partni la cavalerie 
«ennemie pendant le combat et de frapper aux jarrets des chef- 
Taux ; c^était une troupe misérable , plus à craindre pour les 
paysans que pour les combattans. Les ribauds et les coteriaui 
étaient diargés de battre la strade , de faire le guet , et du 
service des avant postes. 

Burir 2ru derDtcf» 

La durée du service pour les hommes levés en vertu des bans 
variait: elle était le plus souvent de quarante jours, à dater 
de la réunion au corps d'armée. Chaque contingent était suivi 
de chariots portant les vivres nécessaires à son entretien pen- 
dant'là durée du service.Get entretien, en France , tombait à la 
charge durci, quand il retenait les hommes au-delà du temps 
fixé peur le licenciement. 



(78) 
€)r2i0iinafU^ ptxtimlïht h Vxnimtme, 

L^ordre profond universellement en usage ayant FioTention 
de la poudre à canon , était modifié de la maniàre suivante , au 
temps dont nous parlons. L'infanterie était d'abord formée en 
carrés longs et pleins, qui ^'élargissaient , s'alongeaient, se 
rétrécissaient , prenaient une figure angulaire , circulaire , 
semi-circulaire à volonté ; les corps de l'arme retenaient ordi- 
nairement en bataille la forme de carrés longs de trente-deux 
files de front sur seiie de profondeur ; chaque homme occupait 
dans le rang une surface de trois pieds en tout sens, les cinq 
premières files de chaque (ace du carré, faisaient front partout 
au besoin et croiraient l'arme en sens divers , selon l'attaque 
ou la défense, contre l'infanterie, ou contre la cavalerie; les 
six files de l'intérieur qui ne pouvaient participer au maniement 
d'armes des autres, tenaient la pique haute, un peu inclinée du 
côté de l'attaque, quand ils avaient à se défendre contre la 
cavalerie. 

Chaque carré avait un certain nombre d'archers ou d'arba- 
leslriers détachés sur son front, ses flancs, ou ses derrières, 
pour couvrir ses marches ou ses évolutions. Ces hommes, 
équipés à la légère , rentraient dans le carré en se glissant en 
tiroir dans les files creuses de l'intérieur, destinées à les rece- 
voir quand ils étaient rappelés. 

^ionmnce partioiUhrie h U cavaUvit. 

La cavalerie pesante, réunie en corps particulier oommé 
gendarmerie, était également formée en carrés longs de Irt^nU- 
deux files de front sur huit de profondeur. Chaque ci^alîer 
occupait cinq pieds de face sur dix do flanc, cette fùrsiatîôn 
était propre aux évolutions seulement et changeait quand il était 



(79) 

question de combattre. Alors le premier rang s^avançait, foui^ 
nissait sa charge et Tenait se reformer par un à droite et un k 
gauche derrière le huitième raHg et ainsi de suite. 

Les cavaliers attaché! aux hommes d'armes en qualité de 
luivans ou satellites y composaient ce qu'on appelait alors 
c&Tâlerie légère ; former une lance^ c'était compléter le nombre 
Iroulu de suivans pour accompagner l'homme d'armes ; lorsque 
les armures de for n'étaient point réunies , les satellites ou 
Suivans n'abandonnaient jamais leur homme d'armes & la sûreté 
duquel ils étaient chargés de veiller sôus peine de mort. Quand 
elles étaient réunies , comme à Bouvines , les suivans se fof^ 
maient en escadrons séparés ; leur ordonnance était alors en 
tout, semblable à celle de la cavalerie pesaote. Elle mano^u^ 
mrait et ohaigeait en rangs simples, ou en haies comme la 
gendarmerie. On plaçait ordinairetnent les corps de cavalerie 
légère à droite et à gauche des escadrons de gendarmerie aux- 
quels elle était attachée. Elle engageait quelquefois le combat , 
comme firent les Soissonnais à Bouvines , elle protégeait les 
flancs de sa gendarmerie , elle pénétrait dans les ouvertures 
qu'elle avait fait dans les rangs ennemis, elle donnait chasse 
aux troupes rompues , elle faisait et gardait les prisonniers , 
elle remontait même les hommes d'armes de ses propres che'* 
vaux après les charges , quand ils avaient perdu les leurs , et 
que les écuyers et varlets n'étaient pas assez alertes au service 
de la remonte. 

etionnanct pattinliite ofxx ùancB arri)nr0. 

Outre les archers h pieds attachés aux carrés d'infanterie et 
ceux à cheval formant la lance des hommes d'armes, les 
princes soldaient des corps de tireurs d'arcs, nommés franùê- 
arthierÈ. Ceux-ci, plus forts, mieux exercés que ceux des 
bans, combattaient sur trois rangs, le premier mettait genou 
en terre, le deutiëme se baissait et le troisième tarait debout, 



(80) 

^ouJDurft réutiii en pelotons , ils iîiarchai«nt sur les flatlcii de« 
corps assaillans dMnfanterie, ils préparaient les charges en 
tirant tous ensemble plusieurs volées sur le point attaquée 
Les princes, les grands vassauk, les bafanerets^ entretenaient 
à leur solde des francs-archiers quMls employaient à transmettre 
ku^s ordres et à faire ia police de leur ost. 

€l)an:0i }ftB artaétu. 

Nous ne parlerons pas des équipages de siège qui n^ont 
point de rapport au sujet; Nous nous bornerons à dire un mot 
des chariots destinés k suivre les armées en campagne. Ces 
Toitures , attelées de deux ou de quatre chevaux , étaient ordi- 
nairement fournies par les abbayes ; les unes portaient les 
armures des chevaliers ; un de ces chariots , envoyé par 
les moines de St Waast d^Arras , conduisait Tarmure du roi 
à Bouvines ; d^autres étaient remplis de lances de rechange 
pour la cavalerie , de flèches et de viretons pour les archers 
et arbalétriers ; quelques-uns traînaient du linge , de la charv 
pie et autres nécessités k Pusage des physiciens (chirurgiens) , 
d^autres portaient des cordes pour lier les prisonniers d^un 
ordre inférieur. Selon Pusage du temps , la comtesse Mathilde 
envoya k Ferrand quatre de ces voitures chargées de cordes 
pour attacher les prisonniers qu^il ferait. Le plus grand nom- 
bre traînait des vivres pour Tannée. 

On distinguait alors deux sortes de marches : celle de route 
lorsqu^on n^avait rien k craindre , et celle de manoeuvre lors- 
que Tannée avait des mouvemens à exécuter dans le voisinage 
ou en présence de Tennemi. Dans la première^ où les cheva- 
liers et les hommes d^armes étaient débarrassés de leur pe- 
sante armure et les chevaux de leur caparaçonnement de 



( 81 ) 

gueUre , les soldats cheminaient sur deux files pour éviter 
rinconYénient d^une ordonnance de marche par carrés ou par 
fractions ; dans la seconde , les carrés d^infanterie et de cava-^ 
lerie marchaient, autant que possible, sans se désunir, excepté 
aux défilés où ils étaient obligés de rompre par pelotons ou 
par files , observant toujours les distances et les intervalles 
Toulus et se tenant dans une position )i pouvoir se former 
librement h la sortie du défilé. 

IDniomination !»r0 armes atttnmti^ a iHenmti^. 

I^mavqaetà à ce m\et. 

> 

La dénbmmation d^armes de longueur s appliquak à la 
lance du cavalier, k la pique , à la demi-pique, à la hallebarde 
du fantassin. Celle de courte : à l'épée^ au sabre, à la dague 
et h la masse d'armes. Celle de jet ou de trait : à Parc, k l>r- 
balète et à^ la fronde. La targe du piéton se distinguait du 
bouclier du cavalier : la première était oblongue , échancréa 
par le haut et se terminant en pointe par le bas ; le deuxième 
. était rond , un peu bombé en-dehors. Ce qui caractérisait la 
bonté d'une armure de fer étaient les charnières qui joignaient 
les.dififêrenle» pièces t]ui la composaient, et surtout les tassç^ttes 
ou plaques qui couvraient les endroits des ployans. L'armure 
du comte de Boulogne était si artistément faite, qu'un varlet 
ne put trouver d'autre place povr fourrer sa pique que l'oc- 
culaire du heaume. La cause qui en^échait toute cavalerie de 
charger k rangs serrés était là lance que Ion regardait alors 
comme armîe obligée du cavalier. On sent que cette arme de 
longueur ne jpourait être em{^yée qu'au premier rang , au- 
trement les coups des autres tangs auraient portés au dos de 
leurs propres genii. La lance perçait rarement les armures de 
fer et les jaques d'armes f mais un coup de lance bien fourni 

6 



(88) 

désarçonnait , et tout homme d'arme^ démonté était à moitié 
Taincu, Elle était aussi avantageuse pour attaquer Tinfanterie 
contre laquelle tout coup portait. 

iMpntatiûn militaire itB ptilmantai^ tpxt cmbaitaimt h 

00ttti{n^« 

L'infanterie française, composée de serfii^ de paysans | 
d'habitans des communes levés à la hâte, enlevés à leurs 
occuputiens pour un t^mpa liaiîtié^ étrô peu exeroé^,^ mal 
soignée et ne passait point pqur être la meilleure de TEurope 
à cette époque (*). Celte des Allemands , des Brabançons sur- 
tout , qui s^attachaient à conserver les traditions de la tac* 
tique romaine, était en réputation. La cavalerie, et sur- 
tout la gendarmerie française et flamande , passaient pour 
les meilleures du temps , tous les soins des chefs français et 
flamands ae portaient exelusivement sur eette eavaleiîe ;: ib 
fondaient sur elle leur espoir dana les eombata. Les armera 
anglais avaient , avec les routière, gascons et génois , le re- 
nom d^étre les plus robustea c^omme lee plue adraîle tireure 
de répoque. 

ev}immame ïu bataille ev nM$t $» txti^tm mhit. 

L'ordre de bataille d'une armée en ce tenpe étail coaai» 
munément sur une, deux el quelquefois eur troie Kgwe»; 
dans ce dernier cas, la demièice l^jne servait de réserre; lee 
carrés formant une lignp , gardaient entre eu up intervalle de 
côté égal à retendue de leur front. La distance d^ime ligne à 
loutre était ordinaii«a:ient de cent à cent cinqmantepaaeaamie 
on tes appelait alors (six à neuf eents^pieds de douBO peucet) ; 



(«} Cette iniMiterie est ^Ufié» iê piMUt , ( tcms d* ni^jpiM), tet let 
TÎeUles chroBÎqaei de St Denii. 



(8â) 

Vatmétf ainsi rangée en bataille, »c divisait en trois parties. Le 
centre que Ton nommait aussi corps de bataille , était presque 
toujours compoi^é d^infanterie , les cat>rés de la seconde ligne 
étadt placés de tuanière k éb^e en tact des vides de éelle qui 
était détftnt elle , le chef pouvait fornier sa première ligne eti 
ordre de pbaliuig«^ , c'est-à-dire en oirdi^e plein saâs solution 
de <H>ûtiiiuité , il n'ftvàit qu'à fiiire àVaiiceir sa seconde ligne 
qui allaût d'encadreie dàills 1^ Vides de lA pf èmiéH , présentait 
une phalange d'une éitt^émité à l'autre du Corps dé bataillé. 
Les deux autres parties qui pretiaient là dénomination d'aile 
droite et d'aile gauche , parce qu'elles se trouvaient placées 
aux deut èulrémités du Corps àé b^tldflè, étaient èomposées dé 
cavalerie. Chaque fois quê la ligiie s'étendait sur Une plains , 
comme à Boutinéi , les allés étaient sur quatre , cinq ou sît 
lignes de profondeur, qui cherchàiëilt toujours à se développer 
en dehors pour déboirdei' Petatiemi ou pour empêcher d'étrè 
débordés , de sorte que le champ dé bàtftillé prenait toujours 
plus d'étendue pût la dutëë dU combat. 

i^t l'attaqua ^t Zr^r la "inéfime. 

Les attaque» d'in&mtètîe à infanterie se pratiquaient en 
marchant droit et serré, les armei croisées. Ces attaqués étaient 
partielics par un ou plusieurs carirés j le front d'attaque était 
par conséquent variable en étendue. Les chocs d'hifahterie 
étaient souvent secondés par des chargés dé cavalerie et par 
des volées de traits des ardiérs ou ailialetriers ; il arrivait quel- 
quefois , qu'une ligue fermant phalange s'ébranlait pour atta- 
quer , ce moyen était , tout à la fois , ef le plus décisif et le 
plus hasarrdeùt , parce que la ligtœ qui tenait ferme moins 
long-temps entraînait assez souvent dans sa fuite toute l'ar- 
mée à laquelle elle appartenait ; la charge de l'infanterie des 
communes rangée en phalange faillit compromettre le sort de 



(84) 

t 

la journée k BouTÎnes. La rësiilance de Tinfanterie, soit contrit 
les corps de son arme , soit contre la cayalerie , avait lieu en 
croisant les piques de manière à présenter la forme d'un cheval 
de frise et faisant ferme aux points d'attaques. Quelquefois^ 
Finfanterie surprise par des forces supérieures se formait e0 
bataillons ronds et vides où pouvaient s'abriter les homme» 
d'armes trop fatigués ; c'est dans un de ces bataillons rend^ 
que le comte de Boulogne se retira ; quand , après la déroute 
de l'armée, tout le poids des attaques retomba sur lui. 

La cavalerie, comme nous avons dit , chargeait par htfies-, 
ou rangs simples , le premier rang ayant fourni sa carrièrer 
Tenait se reformer derrière le dernier de son carré et ainsi 
de suite. Quelquefois voulant pénétrer à fond dans les rangs 
ennemis, les chefs rangeaient leurs troupes en forme de herse, 
lance en dehors (*) ; dans ce cas, ils plaçaient les plus robus- 
tes, conmie les plus vaillans à la pointe du )riangle. Nous 
sommes tentés de croire que le comte de St.-Pol suivit cette 
méthode pour enfoncer la gendarmerie flamande. 

Il n'y avait que la valeur personnelle et la protection de l'ar- 
mure qui pussent suppléer à cette mauvaise tactique de charger 
par rangs simples ; les chevaliers, les hommes d'armes accou- 
tumés au tournois s'abordaient sans s'émouvoir et avaient à 
cœur de se distinguer , car les faits d armes étaient en pleine 
vue et sévèrement jugés, ce ne fut que quatre cents ans après la 
bataille de Bouvines , quand on commença à ne plus recon- 
naître la lance comme arme essentielle à toute cavalerie , que 
les Français adoptèrent la manière de charger par rangs serrés 
et en masse, parturmes, ou escadrons. 

On voit par ce qui précède que la tactique du treizième 
siècle était une imitation de celle des Romains en ce qui con- 
cernait l'infanterie , toute la différence était dans le personnel 

(*) An commandement de lanee en debors , les cafdten de la gaaclii do triaiH 
fie passaient Taroe dftos la main laofihe. 



(85) 

des fantassins ; les Romains dès long-temps exercés aux ma- 
nœuvres , endurcis h la fatigue , accoutumés à voir Tennemi 
de près sans s^émouToir , persuadés que leur propre conserva- 
tion dépendait du sang-froid j de Tordre, de la précision 
dans les évolutions, abordaient Tennemi avec calme et en 
étaient abordés sans émotion , sans s^ouvrir , ni déranger leur 
ordonnance. Au lieu que les serfs et les habitans des communes 
convoqués pour un temps très-court n^avaient, ni le temps 
de s'exercer , ni celui de s'aguerrir , il s'en suivait qu'ils ne 
tenaient guéres particulièrement devant les armures de fer. 
Quant à la cavalerie elle avai| entièrement dérogé à la tac^ 
'tique romaine , par la force du préjugé de l'époque. 

3Bje0 Ci)maltnr0« 

La chevalerie n'était point héréditaire , elle s'acquérait par 
des faits d'armes , des services rendus ; un banneret ne four- 
nissait point son contingent parce qu'il était chevalier^ mais 
i cause de sa terre. Un chevalier sans fief et non tenu h un 
oontingent, et sans assez de fortune pour former une lance 
selon son droit , pouvait combattre parmi les hommes d'ar- 
mes , il n'en était pas moins distingué par les prérogatives de 
son rang. Le père Daniel, le commentateur le plus judicieux 
de la bataille de Bouvines, n'est pas clair en ce qui concerne 
la différence entre l'homme d'armes et le chevalier ; il applique 
aux hommes d'armes flamands sous les ordres de Guistelle et 
deBuridan, la qualification de chevaliers; cependant, la plu- 
pfrt des hommes de cette gendarmerie ne l'étaient point., Tout 
chevalier était, péoeuaiveinent homme d'armes, mais tout 
homme d'aimes n'était point chevalier. L'armée impériale , 
forte de cent einquante mille hommes , ne comptait que mille 
cinquante chevaliers, et les écrivains du temps se récrient sur 
un QQmbre aussi considérable. Les gendarmeries française el 



(86) 

flamande n^élaient point composées de pure chevalerie. li j 
a toute appareiice que celle sous les ordres du comte de St-Pôl , 
qui fit si biçn à Bouvipes, appartenait h cette gendanperie 
soldée dopt qous airpps parlé plus haut. Tout homme 
d^armes devait être de cot^d^tion libre. Il étftit souvent gen- 
tilhomme, ou il aspirait h le devenir. Les chevaliers étaient 
suivis d^écuyers, armigeri et de varlets, domeiticij qui rem- 
plissaient auprès d'eux les fonctions dont nqu^ ^vons parlé, 
Içi différence de ces q^ciers avec ceuK; de? «impies hommes 
d^armes , était quUl? avaient un rang reconnu dans Tannée. 

Les prisonniers constitués en dignités, chevaliers, bannerets, 
titrés , ou gentilshommes , étaient conduits au dépôt , où ils 
fourpiasaient caution personnelle ou en biens , pour leur ran- 
çon, et il» étuient relâchés après cette formalité, ou ils étaient 
(oscortés pour aUer tenir prîspn dans les endroits indiqués 
Après la capture e^aUendi^nt échange ou |<aaQon. La rançon 
était proportionnée h la di^té du prisonnier, il existait alors 
im \mfwimmm ^ toute» les puissances, dui^iiel on n(s s^éloignait 
giièrea. Lea prisonniers de distinctioii faits à BouvJnes, furent 
ronduita dans kachAteauxTforta de Paris. Le p?ix de la rançon 
frevenaii aii capteur, à moips que les soldats dHm contingent, 
fTune commune , ne se fussent engagés d^avance à partager 
également le prijt des rançons. Plusieurs seigneurs français 
jcautiflouièsont envers leurs soldats les rançons de plusieurs 
l&eigneurs flamands leurs païens ou amis ; le roi, dans tpuç les 
pas , avait le droit de dîqiosev des prisonniers quHt désignait , en 
acquittant toutefois le prpduit de 1^ rançon à qui de droit. 
C'est ainsi que Philippe Auguste fit présent du comte de Salis-r 
buri au comte de Dreux son parent , pour faciliter l'échaqge <|ç 
pon fih Rpbert GaUe-Bleç), prisonaieir en Angletefre. 



(87) 

Les prisoimiers serfs dont on n^avait rien k espérer , étaient 
liés, attachés detdL à deux et escortés jusqu^aux places fortes de 
rintérieur , où ou les employait auk trataux publics en atten- 
dant la paix. Alors ils étaient renToyés sans ratiçon. Les grands 
propriétaires de fiefs parcouraient les dépôt» et tâchaient d^alti- 
rer h eux les prisonniers instruits dans les lettires , ou habiles 
dans les ouTrages d'art et d^industrie » c'est aussi dans ces 
dépôts que les cheis des ribauds , des ooteriaux et dès rou- 
tiers , recivtaient souvent leur troupe. 

XIV. 

Nous pensons, d'après le sens qu'on peut tirer de la chro- 
nique de Le Breton , témoin oculaire des faits , que l'empereur^ 
parvenu à la hauteur de Lesdain , marcha sur plusieurs colonnes 
rapprochées entre elles, que ses têtes de colonnes arrivées k la 
gauche d'Esplechin, il fit stationner celles de gauche et aTancer 
celles de droite ^ pour exécuter un changement de direction de 
pied ferme et entrer de plein front dans la direction du chemin 
de Tournai à Cysoing. Après cela, laissons parler l'histo- 
riographe de Philippe Auguste, placé derrière lui quand Tar* 
ipée impériale déboucha sur le plateau. c< Quasi Mtvporey et, 
» utarbUr(>r,quodamhorrorepercus9i,di9erieruntadde^teram 
» partent itineris quo gradiebantur y et ptotenderufU se quasi 
» ad oecidentem^ etoecupaveruntpartememinentioremeampi, 
» et sleterunt a parte s^tentrionali^ solem qui die Ulo fer^ 
y> ventius incaluerat ante ocuhs habentes. » Ainsi , sur le 
rapport d'un hcMnme intelligent qui avait tout vu, l'empereur 
fit tourner^ appuyer ,t obliquer son armée à droite de la direc- 
tion qu'elle tenait (de celle bien entendu où elle était quand elle 
eut achevé sa conversion)^ la fit s^étendre vers te couchant » 



(88) 

occupa la partie la plus élevée du terrain et prit position au 
Dord y ayant le soleil en face ou h peu près. Que si dioisissant 
l'époque du vingts-sept Juillet, on se place , de une à deux 
heures, sur la partie la plus élevée du plateau: entre Bouvines 
et Catchin, front au soleil et que de celte position on tire 
une ligne du nord nord^oiiest, ao sud sudresl, on aura une 
idée précise de remplacement de rarméelmpénaleL 

Le roi, surpris en pleine. marche sur Lille, partie de soii 
armée au-delà, Pautre partie en décade l^Marqiie, dut sq 
former par une manœuvf^ centrale. L'arrière garde et les corps 
qui n'avaient pas dépassé la chapnUe aux Ârhresseformèfisnt 
nécessairement face en arriére, et ceux qui étaient au-nlelà de 
ce point se portèrent en avant sur la ligne, apfès avoir fait une 
contre^marche. Or, cette formation s'exécutant de deux côtéai 
Ma-fois, l'armée royale étant de fnoitié moins nombreuse que 
celle ennemie, le mouvement dut être terminé avant l'arran- 
gement de l'armée impériale , excepté pourtant la portion de 
l'infanterie des communes qui était d^a arrivée près de Lille , 
et qui venait successivement prendre place sur le terrain que le 
chevalier Garin lui avait réservé. Cette prompte formation 
de l'armée Royale explique Fétonnement oti fut l'empereur, 
quand au lieu de la trouver en colonne de marche et scindée 
par la Marque , il la vit en ordre de bataille et prête à com- 
battre. On remarqua tin moment d'hésitation chez les alliés ; 
l'effet moral occasionné par cette isurprise fut tout en faveur des 
Français. Poqrsuivons et écoutons Le Breton, a Rex alas suas 
y> nihilominus entendit e regione contra Ulos etstetit aparté^ 
» ans trait cum es^cUu suo , per spatia campi non pafva 
» ' linealft^proiensd , solem habits in humeris.n Le roi étendit 
fclonc ses ailes comme celles de Pempereur, ayant le soleil h dos. 
Son armée occupait un assez grand espace de terrain , et se 
trouvait formée parallèlement aux lignes de l'ennemi. Ita steter 
runt et utrœque acies equali dimensione protensœ. Ce passage 
l^pnj^rncie ce que nous irenons de dire. Il ajoute : Non mod^ 



(8») 

eampi spaiio a se inûicem diitantes. La distanee entre les deux 
fronts était asseï grande ; il suflKt de la description de Le Breton 
pour airoir une idée de» deux armées en prés^ice. Reste main-* 
tenant k examiner retendue et les dispositions particulières des 
lignes. Prima quidem frons pugnatorum protensa erat , ut 
diaimus directe y et occupabat oampi spatium mille quadra-r 
ginta passuum ; si bien que diaprés les termes de ce passage, 
}e premier front des combattans était étendu en ligne droite et 
occupait un espace de terrain de mille qus^rante pas; mais il 
reste une autre version du même auteur, seizième Tera, onûème 
chant de la Philippéide , nous le rapportons : Directe extensa 
pa8su9 duo millia terrœ ; examinons : nous arrêtant d^abord au 
récit prosaïque^ comment peut-il se faire qu^une année aussi 
nombreuse que Pétait celle de Pempereur , une année dans 
Ijaqujelle op comptait au moins quinze mille hommes de cava-r 
lerie, fut rangée dans un ordre (lussi resserré, et ne présentât 
qu'un front de mille quarante pas sur un terrain qui offrait cinq 
quarts de lieues d'étoadue de Wannehain k Anstaing, c est*à-* 
dire sur les deux points d'alignement de la ligne? Cette discus- 
sion sera le sujet de la remarque suivante^ 



XV. 

€trn)rur et ptafonient Pes }fenx l^xméepé 

Certains historiens évaluent la force numérique de l'armée 
impériale à cent-cinquante mille fapmmes d'infanterie, sans 
déterminer l'effectif de la cavalerie , équités magno numéro , 
disent-ils ; d'autres assurent que cette force se montait è cent^ 
cinquante mille hommes, sans ajouter un mot déplus, adop- 
tons cette dernière base. Divisons cette armée en cent trente 
mille hommes d'infanterie et vingt mille de cavalerie; l'in- 
fi^nterie, rangée sur seize files de hauteur, trente-deux dé 



(80) 

largeur, trois pieds de face pour chaque fanlassin, La cayalerit 
rangée sur huit files de profondeur et trente-deux de front, 
cinq pieds de face pour chaque caTalier ; représentons-nous par 
la pensée, ces cent cinquante mille hommes ^ dans cet ordre, 
nous aurons un front plein de s^pt milles d'étendue. Si donc le 
premier front des combattans ne coutrait qu'une étendue de 
mille quarante pas , il s'ensuit nécessairement que l'armée im-^ 
périale deTait être ordonnée sur sept lignes de profondeur eu 
ordre de phalange et sur quatorze , si les carrés étaient séparés 
par des intervalles égaux à leur étendue respective (*) ; dans la 
première supposition , le vice de la formation eut été de borner 
l'action de l'armée à la première ligne et de paralyser totale^ 
ment celle des autres, dans la seconde supposition, quipr^ 
sente )i l'idée, l'image d'un Taste échiquier plus profond 
qu'étendu , la mauvaise disposition eut été de n'avoir aucune 
force réelle que sur les faces extérieures , tandis que les carrés 
de Tintérieur gênés entre eux par une ordonnance aussi bizarre, 
auraient semblé n'avoir été placés de la sorte que pour assister 
passivepuent au combat et aggraver le désordre en cas d'échecs 
éprouvés par les masses extérieures. Enfin Pune ou l'autre des 
deux suppositions met les six septièmes de l'armée hors d'état 
d'a^aquer ou de se défendre. Or , comme on ne peut raisonna-* 
bleraeht attribuer à l'empereur une formation opposée à toute 
règle, au simple bon sens même, ni présumer que le roi eut 
commis une faute semblable par imitation ; comme il ne man- 
quait point dans les deux armées de capitaines expérimentés 
blanchis sous le hamois en Orient et en Europe, nous pensons 
ou qu'il y a un mot omis dans la chronique de Le Breton , ou 
qu'il donne au moXpassu^ une plus grande dimension que celle 
que nous lui reconnaissons aujourd'hui, ou bien que la phrase 



i**i 



(*} En efFcl , U largeu in phtMo â'AailMig à Wsoiiéiisis a'HiBt qoe i'sa 
mîUe ( ilan* U mm de Le Brelmi ) , U liUaît doue pl«y«r Vumé* en lept Kgnec 
^alei pour Ii placer rar le terrtio. 



(91) 

prima frons pugnaiarum ne doit s^entendre que du corps d« 
bataille, de cette phalange triangulaire, actes triquetra^ aui 
milieu de laquelle te tenait Othon et son étendart, abstractioa 
Caite des deux ailes, ou bien qu^il faut s^en rapporter aux mota 
duo wMlia terrœ exprimés dans le poème. (*) 

En résumé , tout porte k croire que Tarmée impériale s'éten** 
dait d'une extrémité )i l'autre du plateau sur un alignement 
donné au village deWannebain correspondant à un jalon placé 
prés de la Marque entre Gruson et Anstaing ; que celle des 
Français , appuyée à la Marque , entre Bouvines et Gruson 
a^étendait d'une extsémité à l'autre , sur un alignement pria 
entre la petite diapeUe de Rescrodel et le mont des Tombes. 
Il est possible que le terrain du côté de la droite des Fran- 
çais et de la gauche des alliés ne fut pas couvert d'abord , 
mais il ne put tarder à l'être , extendiie vos per campum ne 
fiostes vos inierclpdant , répétait le chevalier Garin , ce qui ne 
pouvait s'adresser qu'aux soldats de Faile droite , attendu que 
ji'aile gauche | appuyée au plus près des marécages de la Mar- 
que, ne pouvait s'étendre ni prendre du champ plus qu'elle 
n'en avait , oe que nous disons ici a rapport aux deux ar-» 
jQdées , puis^u'isUes étaient formées parallèlement l'une à 
)aut|re. 



(*) Buxelin , liv* 6, pig. 963 de set Annalel, eipritne la difUBce de Lille an 
^hiteao d^Erqaioihem , fw ces nu>U : çustmor mi^a psssmmm. Or , comme cette 
dUUnce ctt r^fVemcAt de ^qatra lîeou cMiimiiaes » il l'eiwiit qae jogeaot par 
induction . les mi//e et çuadraginia passas de Le Breton doîvent être traduits par 
vne Hene commune et une fraction » distance approximati?e de Wannehain an pont 
d^ Anstaing. Cela est d'autant plus vraisemblable qoe notre Bnselin a opéré sur les 
pannscrkf de Traque et qoHt a'cst serri des cxprassîoiu qa'ib renferment 

Il est très-probabla ^ «fâSr pauss » mille pas , signifient une étendue égale à 
peu pr^s a duo millia terrœ ; la première expression représenterait par exemple une 
ilene commune et duo millia tenœ ^ deux milles d'Allemagne ^ ce qui an fond , 
reviendrait au même ; ainsi , nous avons donc raison de dire que les fronts des deua 
«armées égaux en dimension , sVtenda|en^ de VVannebain à un jalon placé entre 
4nstaing et Çirusqn. 



(92) 

L'effectif des deux armées , celui surtout de l'ymée im- 
périale ne permettent point de douter qu'elles fussent formées 
sur plusieurs lignes, qu'elles avaient des réseryes. II serait 
cependant difficile de désigner l'emplacement précis et les 
dispositions particulières de9 troupes qui en faisaient partie, 
sans doute les chefs avaient suivi les règles en usage en cq 
temps. 

XVI. 

£ii V':^Tmie ûranraiae appuga m jgaurl)e à ta MMJfif^ttt 01 
jelU nie d)trrl)a p0int à (ouvrit m ixoitL 

Nous avons déjà dit que l'armée française occupant le point 
d'alignement entre le mont des Tombes et la chapelle de Res- 
croûel devait nécessairement appuyer sa gauche à la Marque, 
sans doute , les comtes de Dreux et d'Auxerre avaient poussé 
l'extrémité de leur aile jusqu'au bas du versant de la petite 
côte qui forme une ondulation de terrain deBouvines h Gruson. 
Sans doute aussi qu'ils avaient garni cette partie d'hommes 
de trait pour empêcher que le comte de Boulogne^ qui leur 
était opposé, ne pénétrât le long des marécages pour les in- 
quiéter sur leur flanc. Le chevalier Garin devait être bien 
assuré de ce côté , puisqu'il porta tous ses soins h ren- 
forcer son aile droitç qui était , pour ainsi dire , en l'air ; . 
il est certain que la gauche ne pouvait être attaquée que 
4e front ; çeqi^ qqi ont pensé que l'armée royale ne profita 
point de l|i Marque pour y appuyer sa gauche n'ont point 
réfléchi qu'il ne pouvait en être autrement. La nécessité de 
cette mesure n'eût point échappé au dernier goujat de l'armée, 
jplile est tacitement indiquée par ces mots de Le Breton ; 
Soletn in humeris. Que le lecteur s'orieqte, et il sera convaincu* 



(93) 

XV IL 

IDtt teptoct^e aittwi h V€mptvmx Vavoiv ic\]mx m ùx'bti 

it batailU front an miM* 

Tout porte )i croire , comme nous Pavons dit k la note XI V, 
que Tannée française fut la première formée sut le tertain 
front à Gatnphin ; tout indique aussi , d'après les propres 
paroles de Le Breton , que l'armée impériale déboucha sur le 
plateau dans la direction opposée , c'était une nécessité pour 
les deux chefs. L'empereur qui avait pour but de détruire la 
partie de l'armée française, laissée sur la rive droite de la 
Marque , de la culbuter par une brusque attaque de toutes 
ses forces dans les marais de Bouvines et de Louvil, n'avait 
autre chose à faire que d'entrer dans la direction du che-' 
tnin de Tournai à Gysoing, de déployer sur le plateau et d'atta-^ 
quer ; le roi , surpris dans sa marche , fut dans la nécessité 
àe retourner pour sauver d'une perte inévitable la portion 
de son armée qui était restée sur la rive droite y il se mit 
donc en bataille , face à Gamphin. Que si on objecte que 
l'empereur , arrivé sur le terrain , pouvait prendre un ordre 
oblique en avançant son aile gauche el refusant sa droite « 
nous répondrons que le roi placé au centre du point stra- 
tégique lurrivait avant lui à une formation parallèle ou obli- 
que , et l'attaquait pendant son mouvement ; une fois l'em- 
pereur entré dans la direction du chemin deToumai à Gysoing, 
il était trop tard pour lui de chercher à changer de position 
en présence du roi , il valait donc mieux combattre , ayaat 
le soleil en face que de prêter le flanc p^ un mouvement in- 
tempestif et qui l'exposait à une attaque pendant son mou^ 
vement; ainsi son ordonnance, front au midi, fut une de 
ces nécessités de position qu'il ne put modifier sans dévier 
de ses projets et sans compromettre son armée ; les critiques 



(W) 

de rolrdonnàtice impériale en cette circonstance ont cru sans 
doute que Ton remuait une armée de cent cinquante mille 
hommes, comme un bataillon isolé. 

XVIIÏ. 

jgi U Hoi envoya nn paxitmtntaivt h V€mftvenv Mant 
U combat, pxéttnàu Haiogae in Hoi avtc iSlonttgni 
aoant U rotnboi» 

Un auteur a prétendu , sansr citer son autorité et sand que 
nous ayons pu deviner oii it a ptlisé le fait , qu^un moment 
avant le combat , on vît un chevaKer français traverser ra- 
pidement l'intervalle qui séparait les deui armées, chargé 
de porter de la part du roi k Pempereur, la proposition de 
remettre la bataiHe au lendemain , b cause de la solennité 
du jour ( c^était un Dimanche ) ; est^il vraisemblable que lé 
roi , au point oix en étaient les choses , se fut abaissé à une 
démarche de cette nature , c^eut été mcmtfer de ta faiblesse , 
jeter le déc^ocrragement dan» son armée , exalter Taudàce dé 
Pennem} et agir en séné inverse dti éiscoutii qa'il venait dé 
prononcer à ht léte de ses soldatHi. Gherdhafit toutefois à 
Imuver ee qui ft pu suggérer à cei nutéur la relation d^un fait 
si fort en^ opposition à ce qui s^étaif passé précédemment et ad 
caractère de Mul^^ipe , Mu» nou» sommes Arrêtée sttr les quatre 
vers suivim* de la j^ifippéide dé ùcitt chroniqueur livori 
Le BreteA« 

« CdMHnfli' tftiAcfi' wtôt scnltft cMniMS « lÊMfdn BortAtini 

» Vt |}roficbGteto# hosKê n fbite diei 

» Parceftf sacratae velît et Jifferre d^aeltam 

» IlttiMe Isft beNo KeflQitt w eraftiil» preillet'(*) 

Cependant f il ne s'agit k» que d'un ce^deil tenn , d'un désir 
exprimé ; it n -est imHement qoestion d'un message à Tennemi . 
Le roi avait éfè surpriè , rien n'est phis clan*, mais les fautes 
avaient été tépététH put une résolatimi harche. 



(«) PhiPippidos fib. X. 



L^àrmée était eu mesure et dans les iâeillefur'es dîspôsifiôriiSrf 
Le roi avait dit que les Machabées avaient combattu le jouf 
du sabat et que PEternel avait béni leurs armes. Il avait 
donné sa bénédiction solennelle aux soldats. Il n^étaii plu9 
question de parlementer , il fallait combattre. 

Richerius , ce moine chroniqueur de Pabbaye de Sennonéai 
raconte , et notre auteur moderne se complait à répéter après 
lui , que Montigni , en recevant la bannière des mains du roi , 
dit : (c Je vois à sa couleur qu^elIe a soif de sang, je lui pro- 
» curerai le moyen de Tétancher aujourd'hui. Il s'arrête là ; 
mais Richerius continue et rapporte que Montigni , abandon- 
nant le poste qui lui était confié auprès du roi , courut à la 
gauche des alliés , oii commandait le comte de Flandre., qu'il 
frappa Ferrand du fer de son drapeau entre les deux gaules , 
que la flamme fut teinte de sang ^ puis qu'il ajusta un second 
coup qui lui perça les deux cuisses, après quoi il retourna k sa 
place. Montigjoi devait-il et pouvait-il abandonner la personne 
du roi , à la sûreté duquel il était expressément chargé de 
Veiner? Comment Ferrand, si cruellement navré, put-il en^ 
core combattre jusqu'à la fin de la journée ? telles sont les 
demandes que l'on se fait et auxquelles il est difficile de ré-» 
pondre sérieusement. 

XIX. 

fût rt0li0^ rà U Roi ût M ptihi. 



On a dmertè longuemeitt sur la question de savoir oii le roi 
fil sa piière avant la bataitte ; des écrrvfiâns flamands ont nom^ 
mé l'église d'Espleehih , <Faulres la chapdle aux Arbres*. QueF^ 
que» uns ont £t que ce fui devant Tautel die eampagne. Le 
plus grand nombre s^aeeordent ef nous semmes de leur avis, 
que le roi entra dansl'églnse du village de Botivines'^ fitfm- 
Dtl in eccksiom in honore BeaH Pétri fkndatam , dît Le Breton. 



(96) 

Ainsi , comme le village d^Esplechin était à cinq quarts de 
Iieuè du quartier royal et occupé par Tennemi, que la cha- 
pelle aux Arbres n^existait probablement pas alors , que Tautel 
de campagne ne peut étire considéré comme une église ^ que. 
celle de Bouvines était en ce temps-là , comme aiyourd'hui 
dédiée à St- Pierre, seloû les documens trouvés dans This- 
toire des Évéques de Tournai , que remplacement de cette 
église n'était , comme aujourd'hui , qu'à trente ou quarante 
toises de l'endroit où était alors le pont : nous pensons qu'on 
ùe peut élever aucun doute à ce sujet. L'église où le roi fit 
sa prière était celle de Bouvines. Notre opinion fondée sur 
le texte de l'historiographe du toi est appuyée de toutes les 
probabilités possibles. Cette église se trouvîiit eh arriére de 
fe dernière ligne et des réserves de l'armée royale. Philippe, 
après avoir achevé sa prière , se porta à la tête des corps 
déjà foirmés, et se plaça de manière à pouvoir être aperçu 
des siens , à qui sa présence inspirait la confiance et la valeur, 
et à être reconnu des ennemis à mesure qu'ils venaient se 
former sur le terrain , on a vu quel effet sa bomie conte- 
nance fit sur l'empereur et sur ses soldats. 



iDipodttton iit la ^onvùnnt, 
iSrhie it \a Coupe» 

Nous aurions été tentés de révoquer en doute le fait de la dé- 
position de la couronne par cela seul qu'il est rapporté par 
Richerius , le moins sûr, comme nous Tavons d^à dit, et le fiixs 
crédule des chroniqueurs qui aient traité ce sujet , et qu'il est 
omis par Le Breton; mais Paul Emile, Belleforest, Baudot de 
Juilli , Franciscus Hœreus, le PèreBuzelin (ce dernier surtout 
qui avait creusé très-avant dans la matière) , n ayant point fait 
difficulté de l'insérer dans leurs ouvrages , nous avons cru de- 



(97) 

Toir lui donner place dans notre récit ; ce savant jésuite dit, dans 
le GallO'Flandfia , article pons Bovinensisy Fairoir puisé dans 
Papire Masson. Celui-ci, diaprés le témoignage du même 
auteur, Tavait extrait des annales -Etrusques d^un certain 
Rigordanus(*) , que nous n^avons pu nous procurer ; peut-être 
a^t^il voulu désigner St. Antonin, archevêque de Florence, 
qui avait lui-même calqué ses annales sur le miroir historial 
de Vincent de Beauvais , homme docte qui écrivait sous le 
règne de St. Louis , vingt ou trente années après Pévène- 
ment. 

, Parmi tes écrivains qui n?ont point douté . du fait, certains 
-ont controversé sur cette question : si le roi fit élever un autel 
tout exprès pour déposer sa couronne, ou s^illa mit sur Faute! 
de campagne qui avait servi ce jour là même à la célébra tioa 
des saints mystères. Tout fait croire que la chapelle militaire , 
se trouvant près de lui quand il improvisa son allocution aux 
seigneurs qui l'entouraient , il se sera servi de la table de cet 
autel , comme il aurait pu le faire de tout, autre support à sa 
portée ,' pour déposer soii casqiie orné d^une couronne. Sou- 
tenir qu'ilen fit élever un, exprès, poub cela , serait supposer 
une scène préparée d'aVance ,' supposition bizarre , injurieuse 
et tout-à-fait contraire au caractère chevaleresque du roi. Un 
historien moderne qui conteste je fait , dit que le roi se serait 
bien gardé d'exposer son autorité à une épreuve si dange- 
reuse ..Philippe n'ignorait pas qu'il existsût du mécontentement 
parmi quelques-uns des grands personnages réunis autour 
de lui , mais il.con^ptait sur l'ascendant que son intrépidité et 
son éloquence guerrière lui donnaient sur toute l'armée. Nous 
sommes d'avis qu'il ne dut rien craindre de cet élan de cou- 
rage. Tel qui aurait en Pintention de conspirer sourdement 



(*) A moins qae Buzelin n^eut entendu parler de Rif^ord , qae Ton a confonda 
long' temps avec Le Breton. ( Voyez les auteurs consulU^s. ) 

7 



(98) 

contre lui | n'aurait osé lui disputer la couronne en face. 
L'exaltation générale dut entraîner les opinions particulières 
et les moins disposés en sa faveur, ne purent ni parler, ni 
agir autrement que les plus dévoués ; il en est même qui dth 
rent montrer plus de xèle et d'abandon pour se mettre à Pabri 
tlu soupçon ; du reste , l'honneur individuel était compromis. 
Le roi connaissait l'esprit de la nation et avait la confiance 
•du soldat (1). 

L'épisode de la coupe, également omis par Le Breton , 
ninsi que nous lavons dit, est encore plus universellement 
répété , que celui de la couronne ; les uns disent une coupe , 
les autres un hanap plein de vin , dans lequel on avait jeté 
^quelques morceaux de pain. Jacques Meyer en fait mention 
dans ses annales ; le Père Buzelin l'a également inséré dans 
les siennes \ mais tous deux font précéder cette mention de la . 
formule , quidam addunt. Il est tout simple de penser que le 
tt>i , prévoyant une journée laborieuse et bien employée, se 
Soit fait apporter quelques alimens avant le combat. Ses ser^ 
viteurs lui ayant présenté du pain et du vin , il aura passé la 
coupe aux seigneurs de sa [suite , après y avoir goAté selon 
l'usage du temps ; tirant parti de la circonstance , il aura dit 
quelques mots relatifs au combat qui se préparait. Tous 
alors , exaltés par cet appel à l'honneur national auront ré- 
pondu à la santé portée , en jurant de vaincre ou mourir pour 
lui ou avec lui. Rien n'est plus vraisemblable , plus dans le 
caractère de Philippe- Auguste et dans l'esprit de la nation. Ces 
deux faits , appuyés de traditions respectables et nombreuses , 
resteront toujours dans l'histoire jusqu'à preuve contraire. 



(1) La cbfMÎqM à% IIMaw , cit^ 4«riiUreiieDt par M. Rey t ^^t corroborer 
notre opinion à ce SHJel. 



(t9) 
XXI. 

radian. — JDf TaiU ixBiU î>f0 Itancaxf^ rt ie Vaxit 
i0aucl)r TutB :2UUé0. 

Le duc de Bourgop^e qui avait commandé rarriére garde 
française , extremi agminis ductor^ dit Buzelin , dans ses An- 
nales, page 265, commandait Faile droite de Tarmëe royale, 
il avait Ferrand devant lui à la tête des levées de la Flandre , du 
Hainaut et de la Hollande ; ce fut entre ces deux corps qu^eut 
lieu le premier engagement. Le chevalier Garin jugeant qifil 
ne fallait point donner à la gai^che des alliés le temps de s^éten- 
dre, dirigea la première attaque sur la gendarmerie flamande. 
La charge hardie des Soissonnais n^eut d'autre but que. d^in^ 
troduire quelque désordre dans les rangs des gendarmes de 
Ferrand afin de faciliter un moyen d'attaque plus efficace. Cetto 
charge , exécutée d'après les bonnes règles , avait été combinée 
avec une autre attaque et d'autres mouvemens. Cbmme on l'a 
vu dans le récit, le comte de St-Pôl pris lui-même en flanc 
après avoir fait une trouée dans les lignes flamandes , fût 
secouru par Pierre de Rheims qui commandait la cavalerie 
champenoise, le vicomte de Melun opérant sur un autre point 
de la même aile , . de la même manière que Gaucher de Ghâ- 
tillon , l'engagement devint bientAt général dans cette partie, 
et le comte de Flandre obligé de donner avec sa réserve pour 
réparer les échecs éprouvés par sa gendarmerie , loin de pou- 
voir détacher des forces vers le point de l'armée française où 
était le roi, comme il en était convenu avec l'empereur et le 
comte de Boulogne, ne put songer qu'.à sa propre défende. 
Quand on pense à Tépouvantable mêlée qui dut avoir lieu 
pendant cinq à six heures sur ce point, à l'acharnement des deux 



(100) 

années, on est dans rélonncmcnt que des combats de cavalerii^ 
aient pu durer aussi long-temps sansrésultat décisif. Certes, 1er 
comte de Flandre se conduisit en héros, tous les historiens? 
attestent la bravoure de ses troupes. Une chose difficile à bierf 
comprendre est Tefifet produit par les charges Ai comte de St^ 
Pôl , avec cette manière de choquer sur un rang simple. Il est 
possible, et même probable, qu'il dérogea h cet usage, soif eu 
chargeant à rangs serrés , la lance haute , soit qu'U eut disposé 
«es gens en losange, en herse, lance en dehors, comme la 
cavalerie romaine faisait quand elle voulait pénétrer avant dan^^ 

les lignes ennemies. 

Une autre réflexion nous ramène involontairement à la ques- 
tion d'étendue que nous avons traitée à la remarque XV, 00 
comprend encore mieux quand on s'arrête aux faits d'arme^ 
qui eurent lieu de ce côté toute l'impowibilité d'un front 
de mille quarante pas (mesure actuelle) et nous reproduî-^ 
sons ici notre opinion que la ligne s'étendait , après les pre- 
mières charges , des marécages de la Marque à la bordure 
du village de Wannehain. Aussi le chevalier Garin, qui savait 
où était le point vulnérable de Tarmée française, se tenaît-il 
kVaile droite afin de mieux observer et diriger ses mouvemens. 
C'est d'elle effectivement que dépendit le gain de la bataille. 
Qu'on juge de ce qui serait arrivé si elle eut été battue, surtout 
au moment ou l'infanterie des communes fut repoussée. 

Ce trait de courage de Gaucher de Châtillon , comte de St- 
Pôl, et sénéchal du duc de Bourgogne, est un de ces faits 
d'armes que Ton aime à retracer. Si le duc de Bourgogne , ce 
fidèle vassal du roi de France, donna ses soins et ses forces à la 
conduite de cette wle drçite , il faut convenir qu'il fut merveil- 
leusement secondé par les personnages éminenssous ses ordres. 

' l,e Breton ne donne aucun détail sur ce qui se passa au 
centre des deux armées avant l'arrivée des demiera corps de 



(101 ) 

Tinfanterie des communes sur la ligne. Des chroniqueurs ila^ 
inands assurent que le roi se contenta de repousser les attaques 
de la cavalerie allemande. Il voulait, sans doute, attendre 
l'arrivée de son infanterie toute entière pour prendre l'offensive. 
Mais que faisait pendant ce temps cette phalange triangulaire^ 
h'était*elle pas tout à fait formée ? il faut le présumer , aulrcr 
ïnent elle eut profité de la marche de l'infanterie des communes . 
pour la charger pendant qu'elle se formait. Le roi, k notre avis; 
commit une faute grave en rangeant cette infanterie en avant de 
sa cavalerie. Posuemnt ge anteregem^ dit Le Breton ; il fallait » 
selon noi^s , faire ouvrir sa cavalerie à droite et à gauche pour 
ménager un terrain de retraite h son infanterie en cas d'échecs , 
îl fallait aussi appuyer ce ehoc d'une charge vigoureuse et si- 
multanée des erchielles de cavalerie en masse. Ou bien en lais- 
sant l'infanterie charger seule il fallaitque la cavalerie se disposât 
b donner sur lesÂUemands décousus et échauffés à la poursuite, 
en cas de revers. Au lieu de cela, cette infanterie refoulée sur là 
cavalerie qui était derrière elle , Jr introduisit le désordre. (*) 

Cependant ceux de Gprbie, de Compiègne, de tiam et 
d'Arras s^étant rallié^ sous la protectiçn d'un gros de cavalerie 
de la réserve, revinrent à la charge et pénétrèrent en même* 
temps que les chevaliers de la garde du roi jusqu'à la fameuse 
phalange ou l'emper-eur se; tenait- comme dans une place d'ar- 
mes.L'afiiaire fut chaude et meurtrière, les historiens s'accordent 
sur ce fait, que cent- vingt gentilshommes de la garde du roi,, 
la plupart chevaliers , furent tués sur la place. 

Le ralliement des troupes, royales au milieu de cette mêlée 

i 

— . ?' ". ■■ ■ < i»" ■■■■ >■ ■ ■ ■ ■■ " t f t 1 j. 1 1 I ■ » f r . 

é 

1 • 

{*) Cette manière de charger en ordre de pludange sut un front ansri ëlenda finir 
fatale à Ârteveldefilt, cent cinquante ant plna tard à Rasebecqae ; ion infanterie ran^ 
gëe sur plosienrs lignes serrées et compressées , n'ayant qaW moyen d'impulsion 
en ligne directe , ne pnt résister an choc de la cavalerie française , qui » Fattaquant 
ftur tontes m fitces , refoula dans le centre les hommes qoi périrent étouffés pour tfL. 
jilopart. 



( loa) 

fait le plus grand honneur h la cavalerie française, le courage 
et la présence d'esprit de Montigni , le dévouement de Tristan^ 
le sang-froid du roi sont de ces faits qu^on ne peut cesser d'ad- 
mirar. Toutefois nous pensons que la principale cause de ce 
Ktour de fortune doit se rapporter aux succès de Taile droite. 
Les Allemands se voyant pris en flanc par les soldats victorieux 
du duc de Bourgogne durent cédor plus facilement. La fuite de 
Tempereur et de plusieurs autres chefs de marque, donne la 
preuve évidente que la défaite du comte de Flandre avait glacé 
d'eflroi le chef et les officiers principaux de Farmée ennemie* 



IDit Vailt 0aiul)( it^ Svatuaia A it l'aiU 2>rotU it» 3UIU0 



Tout ce que Ton peut obtenir de Phistoire sur les opérations 
de Taile gauche des Français, est que les Anglais tinrent peu 
ferme, après la capture de leur chef. Ce qui dut produire un 
grand vide dans Paile droite des alliés. C'est probablement h 
cet événement qu'il faut attribuer la supériorité que les prince^ 
français conservèrent de ce côté pendant toute la journée. 
L'évéque de Beauvais , un des deux princes qui commandaient 
Taile gauche, était animé de ressentimens particuliers contre 
les Anglais dont il n'avait point eu à se louer durant sa longue 
captivité dans leur pays* Se voyant en face des Anglais, il 
avait dit à ses écuyers : ha ha y teci venir Longuespée , a donc 
jeifeuU me adrecier à IL Des chroniqueurs anciens et modernes 
ont avancé que l'évéque se servait d'une massue pour ne pas 
déroger aux canons de l'élise, disant qu'assommer n'était 
pas répandre le sang. Le petit-fils de Louis-le-Gros , accou- 
tuB)é aux. armes dès l'enfance, n'avait pas besoin de faire 
valoir cette excuse qui ne pouvait être qu'une plaisanterie 
dans sa bouche. Il n'était pas, du reste^ le seul ecclésias^ 
tique présent à Boùvines; il s'en trouvait plusieurs dans les 



( 108) 
deux années qui cominandaîent en personne, les hommes 
de leur terre. Il était tout simple en ce temps que les princes 
non mariés possédassent des bénéfices ecclésiastiques poiur 
soutenir leur rang, faute de patrimoine. 

Renaud , entreprenant et courageux , avait tâché de ma* 
noeuTrer dans le sens convenu , malgré Tédiec des Anglais ; 
il avait semblé tout négliger pour se porter vers le centre de 
Parmée française avec ses hommes d'élite et chercher 2i joindre 
le roi ; mais la défaite de Ferrand , et plus tard, la ^«traite 
de Tempereur Payant surpris dans les efforts qu'à faisait pour 
atteindre ce but, il se trouva dans une position tout* à-fait 
désespérée. C'est sûrement lalors que ne pensant plus qu'à 
faire payer chèrement sa défaite , il s'avisa de former ces 
bataillons ronds , au milieu desquels il se retirait pour com- 
battre. Ses masses ayant été rompues, il chercha la mort 
qu'il ne put trouver. Coupable d'ingratitude , de félonie enver» 
son bienfaiteur et son roi, son sort était de -finir ses jours, 
dans une étroite prison. La résistance des sept cent fantas- 
sins brabançons, pedites foriissimiy di^ Le Breton, est ua 
trait qui fait honneur à cette brave nation ; il n'est point 
question ici de Brabançons aventuriers, BrabatUioneê ^ mais; 
bien des hommes de la levée du Brabant. 

L'ordre que le roi donna de ne poursuivre Tennemi qu'à 
un mille du champ de bataille, est un indice de la durée du 
combat, depuis une heure, jusqu'au coucher du soleil. 

Les historiens ne disent pas si les Français avaient détruit 
les ponts de Chereng et d'Ânstaing , avant la bataille. On doit 
supposer qu'ils avaient pria cette précaution. C'était toujours 
une barrière à opposer aux troupes d'archers et d'arbalètrier& 
que le comte Renaud aurait pu jetter sur la rive gauche pour 
incommoder la gauche de l'armée royale dans les endroits ou 
les alluvions étaient moins étendues. Du reste , la chaleur de la 
journée ne permettait point trop aux alliés de faire voltiger 



( 104 ) 

leurs soldats déjh harrassés de la manœuvre fatigante de la 
matinée. 

Un historien moderne rapporte que les alliés firent filer des 
troupes le long de là Marque, ce ne pouvait être que dans 
le bas de Gruson , mais comme les Français étaient appuyési 
au plus près de la Marque, une semblable manoeuvre n^aurait 
abouti qu'à une attaque de front sur l'extrémité de Paile gauche 
et non h la tourner ; il y a toute apparence que le village de 
Gruson. était occupé par des corps légers français pendant 
l'actipn ; aii^ surplus , aucune chronique ne parle de cela. 

XXII. 

t 

jp^ troupe ienti0|!ir0 à la ^mxmxXt y^t X/^x\kt 3tnperiaU* 

Un historien moderne rapporte que Mathieu de Montmo- 
rency fut détaché à la tête d^un corps de cavalerie à la pour- 
suite de Penneipi jusqp'à la Meuse. Nous croyons qu^il a voulu 
dire PEscaut, car il n^est nullement probable que le roi ait- 
vp^I^ hasarder un détachement à trente ou quairante lieues à 
travers un pays coupé de rivières et hérissé de chàteaux-fort^ 
pour ramasser quelques serfs allemands ; le même auteur 
ajoute quMl ramena quinze cents prisonniers et qu^il reçut deç 
récompenses du roj, ce de^rnier fait çst vrai et attesté. Mathieu 
de Montmorency a pu facilement faire quinze cents prisonniers 
en chassant le. corps de Ferrand après sa déroute jusqu'à 
l'Escaut, il n'était point besoin de pousser jusqu'à la Meuse ; 
cette assertion qui n est appuyée d'aucune autorité à nptrç 
ppnnaissance , ne mérite point de réfutation raisonQée. 



(105) 
XXIII. 

I 

it fiox iamàt-t-xi f^avnmn i tmtrnat m îrérampant 

^niant cfiU place ? 

Le Breton n^en dit rien. Paul Emile , Franciscus Hœrens et 
Buzelin^ soit que les deux derniers aient copié le premier, 
s^expriment en ces termes : « relicto intra muros Tornacenses 
» presidio, PhUippus revertitur. » Ces auteurs laissent de par- 
ler plus tard de cette garnison qui aurait dû donner quelques 
signes d^e^istence à la fin de la journée en tombant sur les 
fuyards. 

Le roi Youlait-il garder Tournai ? ou seulement s^assmrer 
des ponts sur TEscaut pendant qu^il effectuait le passage de la 
Marque ; nous ne savons là-dessus rien de positif. Cette ques-^ 
tion est cejpendant intéressante pour la discussion stratégique 
du sujet. S'il était vrai que les Français eussent laissé garnison 
à Tournai, le fait pallierait la méprise du vicomte de Melun sur 
le prétendu mouvement des alliés sur cette ville, après qu'ils 
eurent franchi le ruisseau de la Louverie, parce qu'alors, il 
aurait pu croire que Fempereur avait en vue l'enlèvement de^ 
cette garnison. 

. D'un autre côté , comment le roi pouvait-il espérer de 
garder Tournai dont les murs avaieht été détruits trois ou 
quatre mois auparavant par le comte de Flandre , Tournai qui 
par le développement de son enceinte exigeait de grandes forces 
pour la défense ? 

Il est cependant certain quel empereur, en abandonnant le 
champ de bataille, se retira du côté par où il était venu, qu'il 
passa la Scarpe à Maulde et qu'il arriva tout d'un trait au 
prieuré de St-Sauve (qui n'était point encore érigé en abbaye), 
,oii il prit un peu de repos et fit panser sa blessure ; onconduo 
jrait de Ifa , que Tournai et le château d' Antoing étaient occupés 



( i08> 

par les Français, autrement il eut été mieux pour lui de pas- 
ser TEscaut sur ces deux points pour se retirer sur Gand , 
après avoir fait couper les ponts derrière Iiii. 

Buzelin qui avait eu en main des documens qui nous man-" 
quent a pu vérifier ht chose v !« confiance méritée que nous 
avons en cet historien du pays et la vraisemblance du fait, 
nous induisent à croire que les Français avaient laissé garnison 
à Tournai. 

XXIV. 

Otf petu» ipnmtiitô par lt0 itnx Slnnied* 

Nous n'avons trouvé nulle part de détails positifs sur les 
pertes des deux armées. Des historiens, après avoir énuméré 
les chevaliers présens à Parmée impériale quUls portent à mille 
cinquante, assurent que trois cents et pluji furent tués ou de* 
meurèrent prisonniers ; Panckouke affirme que le nombre seul 
des prisonnier^ se monta à cinquante mille. Tous les auteurs 
s^accordent sur ce point que les Français eura:it à déplorer la 
mort de plusieurs guerriers de marque ; dans tout cela nous 
manquons de données pour établir la perte dans les deux partis. 
Si les alliés eux-mêmes avouent que cette bataille coûta trois 
cents chevaliers et plus des leurs, il semble que prenant cet 
aveu pour base, on peut raisonnablement évaluer la perte de 
l'armée impériale à cinquante mille hommes, tiers de son 
cSectif présent, laissés sur le champ de bataille, morts ou prir- 
sonniers. La chaleur du jour, la fatigue, Tacharnement des 
deux partis, la durée du combat, font croire qne ce calcul 
n est point exagéré. On voit figurer k la suite de la chronique 
de Le Breton , dans la collection des Bénédictins , une liste ou 
fragment de liste d^un certain nombre de prisonniers de distinc-- 
tion. Nous avons donné copie de cette pièce k la suite du récit. 
Elle renferme des noms connus en Flandre et les familles aux« 



quels ils appartiennent ne liront pas aans intérêt ce témoignage 
de la présence de leurs ancêtres à ce mémorable combat. 

On ne peut déterminer au juste Timportance et la valeur des 
rançons, parce que Thistoriographe du roi a négligé de donner 
une dénomination aux chiffres placés à la suite des noms des 
guerriers cautionnés par des Français leurs parens ou amis ; les 
personnes que nous avons consultées pour éclaircir ce point 
d^bistoire, ont exprimé leur opinion de la manière suivante, 
Qu^il faut entendre valeur de marc. Ainsi les chiffres 36 qui 
suivent les noms dès prisonniers tenus à rançon auraient été 
taxés à trente-cinq marcs d^argent, valeur de Tépoque, ce qui 
était une somme considérable alors. 

S^il faut en croire une vieille chronique flamande, Pierre 
d^OstermalCi qui remplissait auprès de Fempereur les mêmes 
fonctions que celles du chevalier Garin dans Tannée royale, 
répéta plusieurs fois aux Français qui le gardaient dans sa 
prison, que Tordre avait été donné à tous les chefs, de s'atta- 
cher particulièrement à la personne du roi quMls tenaient à 
prendre mort ou vif. Cette dérogation aux lois de la chevalerie, 
donne une idée de Pirritation des esprits etjustifie en quelque 
sorte, la sévérité dont le roi usa envers les comtes de Flandre et 
de Boulogne après la bataille. 

Nous croyons devoir transcrire ici copie littérale d'une 
inscription gravée sur une pierre incrustée autrefois au-dessus 
de la porte de St-Nicolas, à Arras, trente-quatre ans après Tévé- 
nement, par les soins de Parchitecte ou mattre des bàtimens de 
Pabbaye de St-Waast. Cette inscription , que Buzelin et Van- 
derhaar ont vue, confirme le sommaire djes chroniques sur la 
capture de cinq comtes régnants, et de vingt-cinq autres per- 
sonnages de si grande noblesse qu'ils avaient droit de porter 
bannière et définitivement de trois cents chevaliers et plus. 

Mattre Pierre de l^abaye 
Fit de ce œovre la miistrie 
En après l^Iocaniatioii 



l 108) 

JctaKi soffirit pauiMOS. 
£ot XII ctt XIY ans 
Que cette porte &ite«tttiu 
jKat qvtat sire àc ctit ptyi 
Etoit mesiire Lowweb 
Le fieo Plidippe le bueo ro j 
FUmenc lui fisient maint derroj 
Hait D. S« le roy test Qwrn 
Qoe ces geos ^e lo lui mena* 
Cacha de camp en moins d^an jor 
Otbon le fans empereor 
Et prit cinq cuentes avec lui* 
Ki li arent fait maint anny 
Si est de vengier désirant 
Li cnt nom li cnens Ferant 
A qni est Flandre et Haynanf 
Et antre fot cnens Renant 
De Dammartîn et de Bologne 
Et li tiers fut dotte Cologne 
Si est de Tinkendiore syre 
Li quart fut cnens de Salahyre 
Ce fut Gnillanme Longoespëé 
Qni por la guerre eut mes passé 
Frère étoit le roi d^Ângleterre 
Ki ja eut nom Jehans sans Terre 
Et li quint fo 11 cnens de Lus. 
Et trois cent chevaliers et plus. 
Que mort, que pris sans nul delay 
Pntre Bouvines et Toumay 
Avint cest chose certaine 
£1 mois de Juil une sepmaine 
V jors avant Aonst entrant. 
Çt droit XXXVl devant. 



En même temps que cette inacription atteste la perte de plu- 
sieurs grands personnages et de plus de tcois cents chevaliers, 



(100) 

elle devient aussi une preuve contre ceux qui ont prétendu que 
la bataille eut lieu le vingt-cinq ou le vingt-six de Juillet. 

xxv; 

iDu in0nt bi0 t0mb^* -» ID^ la rl)apHl^ am ^xhvea* 

Au nord de Sâinghin, un peu en avant du petit boid actuel-^ 

lément existant, entre ce village et Anstaing, k cent toises de 

la rive gauche de la Marque, presque vis-à<^vis d'un pont dé 

bois situé entre Bouvines et les prairies qui sont au bas de Gru* 

son^ on aperçoit un monticule élevé de main d'homme, ayant 

à peu près cent toises de circonférence et trois ou quatre de 

hauteur é Oii voyait autrefois sur la plate^forme de ce mont, 

deux mottes de terre parallèles et bombées en forme de 

tombes, dans la direction d'Orient en Occident. Ces tombes 

ont été aplanies par les cultivateurs qui aflTermaient ce bien. 

De temps immémorial on a donné le nom de mont des Tombes 

à ce monulnent, nom qui lui est resté. La version la plus com^ 

mune des habitàns du.pàys est qu'il indique la sépulture de 

deux personnages éininens tués à la bataille de Bouvines. S'il 

en est ainsi , . on a dû transporter les corps de ce côté de la 

pvière, car rien n'indique que l'on se soit battu sur la rive 

gauche. Ce iumulus , comme on en voyait et comme on en voit 

encore plusieurs en Flandre est-il vraiment une sépulture, un 

Ojssuaire ? appartlent*il à la bataille de douze cent quatorze? 

Rien ne le prouve, et cela n'est pas présumable^ l'usage dc^ 

temps n'était point d'enterrer les morts de distinction en pleine 

campagne, mais bien en terre sainte. On sait que les Français 

d'-une part, les Anglais et les Flamands leurs alliés de l'autre^ 

se livrèrent des combats sanglans sur les deux rives de la 

Marque entre Sunghin et Tressin en treize cent quarante. Le 

mont des Tombes était-il alors un poste retranché destiné A 



( "0) 

pbserrer ce qui se passait sur la rive droite du ruisseau ? nous le 
pensons. Certains historiens peu aufiût des. localités ^ ont gra- 
Tement rapporté que le 0*ont des Tombes marquait la place ou 
le roi avait été tiré bas de son cheval et avait couru risque de la 
vie, cette assertion ne mérite aucune réfutation. En résultat, 
notre opinion est que le mont des Tombes , fraisé et palissade 
h la manière du quatorzième siècle , servait de redoute, de poste 
avancé à Farmée qui occupait la rive gauche de la Marque 
en 1840. 

La chapelle aux Arbres était construite sur le chemin de 
Cysoing à Tournai , à Pembrancbement d'un petit chemin qui 
conduit à Bouvines et à Wannehain , à un quart de lieue de 
marche en avant de Bouvines ; on voyait sur la façade du 
portail une pierre bleue sur le cordon de laquelle était gravée 
une inscription en caractères gothiques ; la chapelle a été dé* 
molie, la pierre presqu'entenrée devant le calvaire de Cysoing 
qui a remplacé le bfttimeni, ne présente que quelques mots 
abrégés dont noua n'avons pu démêler le sens (*). Un ancien 
religieux de Cyvoing, encore vivant au moment où nous 
écrivons cette note, nous a assuré que le chroao^raphe retraçait 
on souvenir du colloque d'EsplecIrin en 1S40. L'abbé de 
Cysoing , avant la suppression de son abbaye , faisait eélé^ 
brer la m^sse dans cette chapelle aux fêles de Vierges d'été ; 
mais jamais ces solennités n'eurent de rapport avec la bataille. 
Le terrain delà chapelle, existante ou non àcetteépoque, devait 
être dans les lignes des Français. Des historiens qui n'ont pas 
reconnu le champ de bataille l'ont placé dans leurs récits et 
dans leurs croquis derrière la ligne tles alUés. C^est une erreur 
qui saute aux yeux à la simple vue des lieux. 



(*) Dans une dernière inspection de cette pierre , nuos avons cm déchiffrer tâl 4« 



( in ) 

XXVI. 

* 

Les chroniqueurs des quinzième et seizième siècles parlent 
d'inscriptions tumulaires qui existaient autrefois dans les 
Eglises de Cysoîng, d'Orchies , de Phalempin et de Mar- 
chiennes ; ces inscriptions ont été anéanties avec les édifices 
qui les recelaient ; une seule a survécu au temps, nous 
la devons k Tobligeance de feu M. Guilmot , bibliothécaire 
de Douai. La voici telle qu'elle existait dans l'Eglise de 
Marchiennes : 

— Strenuus miles Flandericus draco damnus de Loberghe 
et Lens et domna Anna de Bouzanton nxor ejus quondam 
vita juncti , nunc morte uniti resurredionia diem expectani. 
Obiit hic pugnans circa pontem Boviniacum XXVII Juin 
M. CCXIF. Bequiescant in pace. 

Cette inscription , toute insignifiante qu'elle est pour le 
fond du sujet , porte également témoignage de la date pré« 
cise de la bataille. 

La comtesse Jeanne fit placer le cœur de son mari à 
l'abbaye de Marquette qu'elle avait fondée, et lui fit élever 
un tombeau en marbre noir , sur lequel il était représenléi 
couché , avec ces deux vers au bas : 

Fernindi Proirot Hiipaniai FlandrU corpiu ; 
Cor cam Tisceribiu continet iste lociu. 

Près de ce tombeau on voyait celui de son épouse , où 
elle était également représentée couchée , et au bas duquel 
était cette inscription portant encore des marques de muti- 
lation faite par les iconoclastes commandés par le prédicant 
Comille vers la fin du seizième siècle : 



(112) 

Est iita Fla^dremis princeps et Ilannoniefuis in tumuto 
iali y pita nituit speciali ; sicul Suzanna , celebs fuit ista mo^ 
nialiê nobUitat talis : proies fuit imperialis. Justa , potens^ 
fartis^ démens ac horridm tnortis angdids ntista fit turbis 
hœc camitissa. ilf. 11 juncta bis et X quater , bis sibibinœ 
obiit quinta Decembris. 

L'épitaphe de Ferrand est laconique , la comtesse craignait 
d'irriter la France en employant les moindres formes d'éloge. 
Celle de la comtesse est composée à la mode du temps. 

On a trouvé, en différentes fois des débris d'armures sur le 
champ de bataille , particulièrement lors du redressement et 
du recreusement de la Marque, il y a environ soixante ans ; 
nous avons .vu des restes de ces vieilles ferrailles retirées de 
la rivière entre Bouvines etGruson; elles étaient si oxidées par 
la rouille qu'il nous fut impossible de décider à quel usage 
elles étaient destinées ; un seul fer de lance avait conservé sa 
forme , il ressemblait à ceux du treizième siècle. 

Il existait un cahier manuscrit autrefois déposé à la biblio- 
thèque de St Martin de Tournai , qui renfermait des dessins 
exacts des armes trouvées à des époques différentes sur la 
plaine de Cy soing ; nous n'avons pu nous en procurer la vue , 
quelque démarche que nous ayons faite. 

Un vieillard du village d'AnstaIng , mort il y a quelques 
années , contait , d'après une tradition orale de famille , que 
les marécages bordant 1^ rive droite de la Marque furent cou- 
verts de tant de morts, que le cimetière de cette paroisse 
suffit à peine pour leur donner la sépulture. 

La chronique de Cysoing, imprimée dans le spidlége de 
dom Luc D'Aohen, garde un silence absolu sur l'événement. 
. Nous dirons un mot au sujet de l'erreur échappée à un 
historien à l'occasion d'une petite chapelle bâtie par les soins 
du défunt Curé de Bouvines , M. Lavainne. ( Voir les auteurs 
consultés , article des Grands Capitaines Français du moyen- 
âge. ) 



XXVII. 
IDtt cï^tAin l^artii* 

Le cheyalier , ou le frère Garin , ou Télu de Senlis (il porte 
indistinctement ces trois noms dans Phistoire ) , naquit à Pont* 
St-MauBce, vers 1160. Il était d'extraction noble , ainsi que 
le prouve son admission dans Tordre des Hospitaliers de St 
Jean de Jérusalem ; ses talens, sa bravoure et sa bonne con- 
duite furent sa seule recommandation auprès du cardinal 
Guillaume de Champiagne^ alors premier ministre du roi. Il 
était déjà membre du conseil d'Étal en 1180. Philippe, « re- 
connaissant en lui un homme d^une capacité supérieure , en 
fit le confident de ses desseins et de ses pensées les plus se- 
crètes. 11 remplit les fonctions de premier ministre après la 
mort du cardinal , et tes continua jusqu^à celle de Philippe- 
Auguste en 1223 , sans vouloir en accepter le titre. Son élec- 
tion k Pévéché de Senlis donne à penser que le roi , en le 
proposant à cette dignité ecclésiastique , Voulait donner plus 
de relief à la charge de Grand-Chancelier de France , première 
fonction de PÉtat qu'il lui destinait. Le roi étant mort avant 
le complet des formalités requises pour Texercice de la pré- 
lature, Louis YIII remplit l'intention de son père, en le 
créant Grand-Chancelier du royaume à son avènement à la 
couronne. C'est à cette époque seulement que le chevalier 
Garin prend le titre de Chancelier dans les actes publics. 
Toujours considéré , toujours jouissant de l'estime de Ik 
cour de France , il fut nommé exécuteur testamentaire dç ce 
prince , comme il l'avait été de Philippe-Auguste. Usé des 
fatigues de la guerre et des veilles du cabinet , Agé de 68 ans , 
il se démit de sa dignité de chancelier et résigna son évéch6 
à l'abbé de ChatUi , dans le monastère duquel il se retira , 

8 



(114) 

pour vivre en simple religieux et se disposer à la mort qui 
arriva en 1230. 

Le chevalier Garin avait su allier aux qualités de l'homme 
d'État les talens d'un grand ci^ilaine. Attaché à sa religion , 
à ses rois, à son pays , sa vie fut d'un sage , et sa mort d'un 
philosophe chrétien ; on voyait autrefois son tombeau en avant 
et un peu à gauche du maltre-autel de l'église de l'abbaye de 
Ghailli. 

Si l'historien qui fixe l'époque de sa retraite , à la mort 
de Philippe-Auguste , avait pris la peine de consulter les actes 
du régne de Louis YIII , il aurait vu qu'ils portaient encore 
sa signature en 1228. Budée, qui florissait au commencement 
du seizième siècle , assure qu'il avait écrit des mémoires sur 
les affaires de son temps, que ces mémoires furent brAlés dans 
l'incendie du château de Wuicestre , ou Bicétre, soùs le règne 
de Charles Vl. On doit regretter la perte de ces mémoires qui 
auraient répandu un grand jour sur les règnes de Philippe- 
Auguste et de Louis VIII. Don Martenne, dans son amp/tf- 
&ima collectio , relate une ordonnance de ce dernier roi , qui, 
sur la demande de son ancien chancelier , désigne tm fond 
pour l'entretien des cierges qui devaient brAIer nuit et jour 
devant le grand autel de Nôtre-Dame de la Victoire. Les 
historiens français ont célébré la mémoire du chevalier Garin 
et lui ont donné place dans les Fastes des chanceliers et mi- 
nistres d'État du royaume de FVance. Ge brave chevalier , 
malgré le haut rang où il était monté , n'avait point oublié scfs 
premiers vœux. II portait habituellement la croix de son ordre 
sur sa robe , lorsqu'il était à la cour ; et sur sa cape , au-dessTis 
de ses armes , quand il était à l'armée. Il cessa de porter les 
armes, du moment où il reçut ses bulles d'év'éque. Le cheva- 
lier Garin n'était qu'élu , c'est-à-dire proposé à la prëlature 
lors de la bataille de Bouvines. 



( H» ) 



LISTE RAISONNÉE 



ID^0 ^AxAtuxB (omnitin^ 



G^sta Philippi Augusti Rigordi. 

Rigord , Languedocien, médecin (phiskus)^ mort moine 
clerc à Tabbaye de Si Denis en 1206 , a laissé une chro- 
nique des faits et gestes de PbiNppe-Auguste ; contemporain' 
et souvent témoin des faits qu^il rà{>porte, Rigord est bon à 
être consulté sur les évènemens de son épo^e. 

De Ge9t%$ Philippi jittgwii Gmilleimi armorid. 

Guillaume Le Breton , chapelain, médecin et historiographe 
du roi , succéda k Rigord , fit un extrait de la chronique de ce 
dernier et la continua jusqu'à la mort de Philippe- Auguste. 
Plus exercé aux affaires que son prédécesseur , admis au con- 
seil d'État, il eut, pour le sujet en question, ravantagé 
inappréciable dMtre présent à Bourines. Il était, comme il le 
dit lui-même, placé à peu de distance derrière le roi, quand 
les trompettes donnèrent le signal du combat. In ipsa hora 
stabant rétro regem , nonprocul ab ipso capellanus qui scripsiù 
luÈc et qmidam déms. Lé récit dé Le Breton est le plus com- 
plet, le {dus exact et le plus authentique qui soit parrenu 
jusqu'à nous. L'erreur dans laquelle on a été long-lettips au 
sujette qette chronique que l'on attribuait à Rigord^ a donné 
matière à une infinité de critiques qui paraissaient fondées. 
(Somme, it était impossible de concilier la présence de Rigord 
à Bouvines avec sa mort , arrivée six ans avant Févèiienienl ^ 



(11«) 

OD supposait qu^elle était FœuTre d'un anonyme qui Tayaif 
composée d'après la Philippéîde. André Duchesne fut le pre-^ 
mier qui s^aperçut que Rigord et Le Breton étaient deux au-' 
teurs distincts ; mais il se contenta de reconnaître le fait sans en^ 
trer en aucune explication k ce sujet* Ce fut M. de La Gume de 
S^ Palaye qui releva ostensiblement la méprise et qui rendit k 
cette pièce tout le crédit dont elle jouit parmi les historiens^ 

Philippidoi ejusdem auiorii. 

Le même auteur, Guillaume Le Breton, a composé un 
poème ktin , en douze cliants , en Phonneur de son roi. Les 
dixième^ onzième et douzième dbents, presqu'entièremeni'. 
consacrés à retracer les faits de la bataille de Bouvines , scmt 
des répétitions fidèles de sa chronique. Les mots duo milita 
insérés dans ce poème , et celui de milie pauËiâ dans la chro' 
nique , au sujet de l'étendue de la ligne de bataille , ont fait 
nattre du doute sur cette étendue, nous nous tonmoies pro* 
nonces à cet égard. ( voyez la note XV). 

JEatraits des Chromaues de Si^BemM. 



Ges^extraits ne présentent qu'une traduction maigre quelque- 
fois et peu exacts , de la chronique de Le Breton ; cette tra* 
duction est écrite en françifSs de la fin du treizième siècle. Noua 
conseillons de préférer le titre original. 

Benedictus de Petro Burgo , de vita Bfenrioi 11^ régis Jlngliœ. 

Ce chroniqueur anglais a donné de grands détafls sur les 
onze premières années du orègne de Philippe-Auguste; bon à 
consulter pour ce laps de temps. 

Jtogerius de Hoveden ejusdem régis usque ad 1102. 

Historien de la même nation qui a copié Benoist de 
Pierrebourg et puisé aux mêmes sources. 



(117) 

Bodulphus de DiceiOy de imaginibw uêquê ad 120L 

Chroniqueur anglais insignifiaot pour notra objet. 

GervoMiâàs Dorobememis^ e» chronico de rêbui anglia usque 

ad 1199. 

Chroniqueur de la même nation. N'apprend rien de nou^ 
▼eau sur le sujet. 

Maiihœuê Paris , major ungtioa hisioria (*).. 

Matthieu Paris , moine de St Al^an ^ dans le 8* volume do 
«on histoire anglaise, prend les faits en 1200^ et les conduit 
jusqu'à 1259. Plus intéressant pour nou» que les quatre chro-« 
niqueurs précédensi , Afatthieu Pa^is eçibrasse Pépoque pleine 
en rapport au siijet que nous ayons traité. Les détails abrégés 
qu'il laisse de la bataille de BouTines , s'accordent au fond 
avec la chronique dç Lç Breton ; mais on s'aperçoit au silence 
qu'il garde sur la victoire des Français et à quelques-unes de 
ses expressions, qu'il cherche à, dissimuler les évènemjens. 
Obligé c^endant d'avouer la défaite des alliés , il passe db 
suite à la paix de 1216. On trouvera le& neuf citations qui 
précédent au 17*tom. des historiens fraoçais des Bénédictins,, 
par dpm Brial. 

Guillelmus Neubrigefuis , de rebuê anglicis^, 

Guillaume de Neubrigge, bien qu'il ne traite souvent que 
des guerres d'Orient, ne laisse pas d'être utile au sujet en 
certains endroits de sa chronique , surtout prise comme objet 
de cpmparaison avec les auteurs français, il faut le lire avec 



(*) On lit 4i»ns Matthieu Paris que TEmpereor Othon scfertait, àlabaUillt 
et Boufines t d^qnc pesante ^pée maniaUe k dcm mains , ^n^il eot trois cher au« 



Ms sous lui* 



( "8) 

précaution ; car il n^est pas toujours juste en ce qui concerne 
Philippe-Auguste . 

Bodulphus Cogeshale abbqs ex chronico anglicano. 

La chronique de Raoul , abbé de Cogeshale , inutile en 
divers endroits , et à la suite de laquelle on a ajouté la conti- 
nuation d'un anonyme, confirme certains faits sans ajouter 
aucun nouvel éclaircissement. 

Ex RogerU de Ho^eden atmaMIm». 

Chronioôn- LemovicenHs Gamdefridu 

Annalei Thoma Gale. 

Nous avons parcouru avec soin ces trois chroniques an« 
glaises sans aucun fruit pour le sujet en question. 

4 

Chronicon Roberti Altisiodorensis. 

La chronique d^Auxerre , composée par un chanoine de 
Tordre des Prémontrés ^ corrobore plurieurs faits relatés par 
les contemporains. 

Chronicon Gisleberti Moniensis PrœpoêUi, 

La chronique de Gilbert Prévost de Mons ^ une des meil* 
leures de Pépoque, ne va que jusqu'à 1195; elle explique 
dans les plus petits détails les contestations entre Philippe- 
Auguste et Philippe d'Alsace , démêlés plus obscurément 
rapportés par les chroniqueurs français et anglais contem^ 
porains. L'auteur, qui vivait encore en 1221 , a continué son 
ouvrage jusqu'à cette dernière époque. Ce supplément , qui 
promettait des éclaircissemens utiles à notre fragment histo- 
rique , ne s'est pas retrouvé , ou du moins il ne nous est pas 
connu. 



( "9 ) 

Ex Annalibus Aquicinctentii fnonasierii, 

Epitome Andreœ Siltdi Prions Marchianensis. 

Les chroniques d'Anchin et de Marchiennes ne contiens 
nent point le moindre renseignement , malgré le voisinage du 
lieu. 

Genealogia Conriium Flandriœ. 

Cet ouvrage, qui est une espèce d'abrégé de l'histoire de 
Flandre , composé par trois auteurs , dit peu de chose de la 
bataille de Bouvines, il peut cependant être lu avec fruit pour 
Téclaircissement de certains faits qui s'y rattachent. 

» 

Ex Ardemii monasterii chromc0 GuUlelmi abbatis. 

La chronique de Tabbaye d'Ârdres, par Guillaume, son 
abbé, entre dans les détails des dégâts commis par les soldats 
de Ferrand et de Renaud , comte de Boulogne , sur les terres 
du comte de Guines , trois mois avant la bataille de Bouvines. 

Ex Historia Comitum Gispemium Lamb$rH Ardemis 

presbiieri. 

Cette chronique n'est qu'une répétition de colle qui pré« 
cède* 

Ex chronico SancH Beriini i>el Sithiu Joannis fyerit. 

Iperius n'est point contemporain ; comme il ne dit pas oi» 
il a puisé le peu qu'il rapporte relatif au sujet, son témoignage 
ne nous a point paru d'un grand poids, 

jEgidu aurmjs Fc^llU g^tU Leodienrium EpiêGoporum. 

» 
L'histoire des évéqufis de Liège , par Gilles , religieux de 

l'abbaye d'Orval , tr^to faiblement du sujet. L'auteur , pins 



(120) 

occupé des annales de son pays que de la bataille de Boa- 
-vines, n^en, parle que pour attribuer les succès du roi de 
France à St Lambert , patron de Liège. 

Chronicon Senpniense in Fosago a Richerio monaco ejuidem 

monasteriî, 

La chronique de l'abbaye de Sénpnnes d^ns les Vosges , 
par Richer, moine de cette abbaye, écrite vers 1250, traite 
assez longuem^t du sujet. Voici comme s'exprime dom Brial, 
fku sujet de cette .chronique, ^ans la préface de son 18* tomei 
^( ( Ricl^erius ) , dit le savant Bénédictin , avait des relation^ 
D avec des religieu^L de StrDenis en France , résidans au prieur^ 
9> de Lebracq près Sénonnes, lesquels, par manière de con« 
» versation , lui racontaient certaines anecdotes qui avaien| 
^> quelques fondemens, qu^il remplissait ensuite à sa manière 
i> en les revêtant de circonstances imaginaires , qui , étant 
» en opposition avec les historiens contemporains, ne mér 
>> ritent aucunp confiance. Gela parais sujrtout dans la rela- 
» tion quMl fait de la bataille de Bouvines , dans laquelle il 
» confond les personnes elles choses. }> 

En effet , la comparaison de la chronique de Richerius avec 
Le Breton , justifie la critique de dom Brial. Çest cependant 
de cette source que sont sortis une foule d'erreurs , dé contes 
puérils transmis et répétés par des historiens ijaodefQp^ qu| 
pnt cfu dire des chose? neuves suf jie siget. 

AnotUmi chronicon Laudunense. 
{Cette chronique ne relate rien e^ rapport au sujet. 

Chronicon Alberici Trium Fontium monachi. 

La chronique d'AIbéric de Trois-Fontaines , moine de 
perdre de Citeau^ , est une vaste cpmpilation dans laquelle 



( 121 ) 

se trouvent renfermés des détails sur plusieurs grands éyène- 
mens de la fin du douzième et du commencement du treizième 
siècle ; si elle n'apprend rien de nouveau , elle sert du moins 
& corroborer les principaux faits du sujet. Le lecteur qui 
Toudra vérifier trouvera les chroniques citées, à partir de celle 
de Guillaume de Neubrigge jusqu'à cette dernière, au 18* tom« 
des Écrivains Français , par dom Brial. Ce volume a paru en 
1822. On trouvera dans les 17* et 18* tom. plusieurs pièces 
diplomatiques en rapport au temps et au sujet. 

Bibliothèque historique du Père Lelong. 

Cet excellent ouvrage , continué par M. de Fontetti , con- 
jieilleir au p^irlepi^nt de Dijon , est un guide sûr pour recou- 
^r aux nombreuses autorités manuscrites et imprimées qui 
traitent de Fhistoire de France à toutes les époques. 

Historiœ Francorum scriptores ex Andréa Duchesne. 

Cet ouvrage, bien que fondu dans les collections desBéné^ 
dictins , peut encore être consulté ayec intérêt , . ne fût-ce que 
pour comparer les différens manuscrits sur lesquels les di- 
vers éditeurs ont opéré. 

Historiœ Francorum ex bibliotheca Pétri Pithœi. 

Tout ce qui est dans Pierre Pithou se trouve danji André 
Duchesne , et pajr conséquent dans la collection des Béné- 
dictins. 

« 

yeierum aîîquot scriptorum qui in Galliœ bihliothecis maxime 
Benediciinorum latuerunt a dpmno JtAcheri monachoBene^ 
dictino Speciligium. 

Le 2* tom^ du Spicilège contiçpt pnç chronique de Tab- 
baye de Cysoing qui ne dît mot de la bataille de Bouvines ; 
ehose étonnante k cause du voisinage des lieux, 



(122) 

Monumens de la Bf anarchie Française de dam Bernard d» 

Montfaucon. 

L'ouvrage contient un récit abrégé de la bataille et plu- 
sieurs gravures relatives à rhabillement et à Tarmement du 
temps ; bon k consulter. 

Gallia Christiana. 
Thésaurus Anecdoiorum. 

> ÂMaUùta a âùmno ÊiaiUbm. 

De re Diphmatica. 
AmpUssUna Collection 

Ces quatre ouvrages des Bénédictins contiennent quelques 
renseignemens qu'il est intéressant de connaître pour qui veut 
traiter le sujet à fond. 

liAri de vérifier les Dates , par dom Clément, religieux 

Bénédictin. 

Le titre et Porigine de Fouvrage font sentir la nécessité 
de l'avoir toujours sous les yeux ; cependant l'appendice au 
bas de l'article qui concerne la comtesse Jeanne , est très- 
fautif comme nous l'avons prouvé. 

Annales Rerum Gatticarum Boberli Gaguini^ 

Rien d'intéressant sur le sujet, 

De Rébus gestis Francorum Pauli Emilii* 

Paul Emile , écrivain Véronnais du seizième siècle , se 
contente de passer légèrement sur la bataille de Bouvines. 

Annales de BelleforesU 
Nous l'avons pris pour une de nos autorités dans la soèqe 



(128) 

de la déposition de la couronne. Ç^est au lecteur à juger si 
nous avons bien fait. 

Histoire des rois de France de Bernard du Haillon. 

Sommaire de l'Histoire de France par Nicolas Figuier» 

Recueil des Guerres, des Traités de paix ^ des Trèyes , 

par Jean DutUleU 

Chronicon de regibus Franciœ a Jeanne Dutillet , frère du 

précédent. 

Histoire générale de France , de Scipion Diplex. 

Inventaire général de F Histoire de France , par Deserres. 

Toutes ces histoires n'apprennent rien d'intéressant et de 
nouveau sur ie sujet. 

tjorpus Franciœ historiés s^eteris et sincerœ , de Marquard 

Fréher. 
Inutile à notre sujet. 

Ahrégé chronologique de t Histoire de France, parMézerai. 

Mézerai est remarquable en ce qu'il prend Bovines sur la 
Meuse pour le village de Bouvines sur la Marque ; et puis 
fies^vous aux historiens ! 

Papiri Massoni annalium. 

C^est de ce Papire Masson que Buxelin a entendu parler 
dans la scène de la déposition de la couronne. La chronique 
de Masson jouit d'une certaine réputation. 

Histoire de France du père Daniel. 

Une des meilleures histoires de France, mais qui n'apprend 
rien sur le sujet. 



(124) 

Histoire de la Milice française^ par le même. 

Peu d^éçrivains ont donqé plus d^att^ntion à la bataille d« 
BooTines que le père Daniel dans cet ouvrage , le récit qu^il eu 
fait est une traduction fidèle et abrégée de la chronique de Lo 
Breton. Le père Daniel disserte sur les armes offensives et 
défensives de différentes époques du môyen-4ge , sur la for* 
mation des soldats de chaque arme. Ce judicieux historien a 
pris d^çxcelleps renseignemens dans Touvrage de Buzelin qui 
était du même ordre que lui, nous pensons que Thistoire de la 
Milice française est ce qu^on a écrit de mieux sur la matière i 
nous y levons puisé abondamment. 

Histoire de France par AnqueHl. 

Ne mérite aucune confiance relativement à la bataille de 
Bouvines. 

Histoire Généalogique de la maison de Montmorency d^ André 

Dtiohesne. 

Ne fournit d^autres documens que la permission accordée 
par le roi à Mathieu, d^qouter douze alairions à ses armoiries. 

Histoire de Philippe Auguste , par Baudot de JuilU» 

Cette histoire, à quelques broderies près , rend un compte 
passablement exact de la journée de Bouvines . . 

Batailles mémorables des Français^ du père Gérard. 

Victoires mémorables des Français^ du père Alletz. 

Ces deux livres sont de pâles copies des Annales de Buzelint ; 
les Français, qui en général connaissaient peu le père Buzelin 
avant la réunion de la Flandre Walonne à la France, ont 
attaché trop d'iipporti^nce aux productions de Gérard e| 
d'AUeti. 



Meeueil des ptut signalées victoires , par Le Grain. 

Ouvrage encore moins intéressant pour le sujet que les 
précédens. 

Notices de La Cume de Ste-Palaye. 

Elles sont disséminées dans les mémoires de Tacadémie et 
méritent d^étre consultées. 

Fincentii Behacensis spéculum majus. 

Vincent de BeauTais, homme docte et consciencieux, écri-* 
▼ait du temps de St-Louis , fl était par conséquent presque 
contemporain de la bataille de BouTines ; cet auteur est 
d'accord avec Le Breton, (t. tom.4de son ouvrage). 

Historial de St-jtntonin archevêque de Florence. 
C'esA une répétition de Vincent de Beauvais. 

Dictionnaire de Moreri. 
Dictionnaire de Trévoux* 
Dictionnaire de Bayle. 
Dictionnaire d'Huselt. 
Dictionnaire d'Expilli, 

Toutes productions très «intéressantes sans doute, mais 
sans aucune utilité pour Téclaircissement du sujet. 

Biographie ancienne et moderne de Michaud. 

Aide et facilite les recherches sur les grands personnages 
dont il est question dans Popuscule ; mais elle fourmille de 
fautes sur les personnes et les choses en rapport avec notre 
sujet ; on conseille de vérifier les articles que Ton serait tenté 
de prendre ou de citer comme autorités. 



(126) 

La Philippéidey poëme de Parsetal Grand-Maison. 

C^est une traduction libre du poème latin de Le Breton, 
avec la différenee que TouTrage de M. ParseTal est moins 
historique que celui du chapelain de Philippe- Auguste. 

Annaleê Jacobi MarchaniU. 



jtnnales Adriani Barlandu 



Annales de Krikf Celle. 



Annales de Gérard de Nimegue. 
Annales de Gallewuin. 



Annales de Gérard Candide. 



Annales du Hayf^aut par Finchamp. 

Rien ou peu de chose sur le sujet. 

Annales Jacobi Meyeri BaJliolanL 

Jacques Mej«r, en sa qualité d'antialiiie, se borne au som- 
maire des éyènemens. Il est d'accord avec les chroniques cott- 
temporaines sur les points qu'il a traité, ( v. ce que nous avons 
diiausujet de la scène de la coupe à la note qui en traite). Jacq. 
Meyer avait commencé un poëme en Phonneur de Philippe- 
Auguste y on en trouve des fragmens dans quelques copies de 
son manuscrit. Son neveu Antoine les a supprimés dans Pédi- 
tion qu'il a donné des ouvrages de son oncle. 



( 127 ) 
Annales Francisci Hœrei. 

Nous nous sommes apj^uyés de Fautorité de celui-ci pour la 
scène de la déposition de la couroiuie , c^est au lecteur à 
juger. 

Annales de Guichardin , en Italien, 

II existe une traduction inexacte de cet ouvrage ; original 
ou traduction , les annales de Guichardin n^apprennent rien 
de neuf. 

Annales d'Emanuel Syero. 

Ces annales sont écrites en espagnol , Fauteur qui s'était 
fait ouvrir tous les dépôts d'archives de la Flandre , en vertu 
. d'un ordre de la cour de Madrid , n'a pas approfondi les évè- 
nemens du treizième siècle, son ouvrage ne nous a été d'au- 
cune utilité. 

Topographie historique du Srabant , par Baruc. 

Les Trophées du Duché de Btabant , pat Butkens. 

Ces deux livres ne nous ont rien appris. 

Chronique de Flandre ^ mise en lumière par Denis SauPaffe, (*) 

Cette chronique est attribuée à VùjtX et ne mérite aucune 
confiance. Le peu qu'elle renferme snr la bataille de 1214, 
n'a point de rapport avec la chronique de Le Breton, ni avec 
* ceUe des contemporains. 



(*) L^autent dit que les Français boutèrent des charettes «mmî le caimp ée 
bataille ; nous présumons quHl a confondu là bitaHle de Mons-en-Pëvèle avec 
celle de Bouvines , car nous nVons trouvé nulle part que les Français se fussent 
fortifiés av moyen de ieor charroi. 



(128) 

Grande Chronique de Piêtarùu. 

Magnum Chronicon Flandria* 

Magnum Chronicon Belgicum. 

Ces trois chroniques sont des répétitioiis abrégées des his- 
toires contemporaines. 

Gallia sacra et prophana patris Buzelifii. 
Annales Gallo^Flandriœ ejudemautcris. 

Le Gallo Flandria contient des renseignemens précieux aux 
exiiAe^PonsBovinensîseXCysonium.lAtneameXts de la Flandre 
Walonne sont également bonnes à être consultées. Aucun 
écrivain flamand n^a mieux traité le sujet que le père 
Buïelin. Gomme tous les historiens du temps , il attribue la 
chronique de Le Breton à Rigord. Buïelin transcrit textuelle- 
ment le passage de Le Breton qui concerne la bataille , (y. 
art. Pons Bot^mensis). Il est d^accord avec Paul Emile et Fran- 
ciscus Hœreus , sur ce fait que les Français avaient laissé 
garnison à Tournai; il commet une erreur au sujet du com- 
mandement des.ailes de l'armée impériale, il place Ferrand à 
la droite et le comte de Boulogne à la gauche, le contraire de 
ce qui est , c^est probablement un lapsus calami dans ses 
annales , car les commandans des ailes sont à leur place dans 
FarticledupontdeBouyines. Nous avons inséré les scènes de 
la couronne et de la coupe sur le témoignage du même auteur, 
homme consciencieux et qui avait fait des recherches pro- 
fondes sur le fragment qui nous occupe ; nous pensons que 
Buzelin a eu connaissance de pièces qui ne se retrouvent plus 
aujourd'hui. 

Summa statutorum Synodalium Tomacensium, par Tabbé 

Legroux , curé de Marque. 

Cet ouvrage écrit au commencement du dix-huitième «iècle ^ 



(129) 

nous a serri pour constater le fait de l'église de Bouvines, 
dédiée à St-Pierrc. , 

Annales, du. H'ainaui , par le père Delewarde. 

Intére88Ânte8 pour l'histoire du pays ^ nullement pour notre 
sujet. 

Histoire de Tournai, par Cousin» 

C'est dans Cousin tpxe nous avons puisé ce que nous ayons 

dit de la comtesse Jeanne après la bataille. 

» • « 

Histoire de Tournai , parPoutrain. 

Il prétend que le but du roi, en levant son camp sou^ 
Tournai , était d'attirer l'empereur sur le plateau de Cy soing. 
(Y. ce que nous ayons dit à ce sujet à la note VIII. ) . 

Histoire [de Vàlèncierme^ , par Leboucq. 

« 

Histoire de Valenciennes , par Doultreman. 

Histoire de LiUe, par Thiroux. 

C'est dans les deux premiers titres que nous avons trouvé la 
preuve du partage de la France fait à la salle le Comte, ou 
plutôt la confirmation du fait, x 

Ahrégè Chronologique de T Histoire de Flandre , par André 

Panchoucke. 

Yojei ce que noasavon^ dit à la note des prisonniers. 

Histoire des Ministres et état , par d'AuteuQ. 

C'est de cet buvr&ge que nous avons tiré ce que nous avons 
rapporté du chevalier Garin ; cet auteur, -grand partisan de la 
maison de Champagne , est parfois trop sévère envers Philippe 
d'Alsabe. 



(180) 
mannscrite d'un anonyme. 
Autre Chronique par un anonyme. 

Ces deux productioiip, plus que médiocres , écrites en fiaf-^ 
mand, nous avaient été signalées. Nous devions y puisef 
des reniseîgnemens précieux , selon ce qu'on nous avait dit* 
Nous n'y avons pas trQuyé lu iMÙxdie chose. 

Fragtnent maniH9Qrit 4*wm HieMtre d^Arrme. 

Autre fragment manueerit ajouté à la suite dPun journal 

historique sur la ville de LUle. 

Ces deux pièces ne sont que des redites d'histoires imprimée^ 

et connues. 

Chronicon Guillelmi de Nangis. 

lié chronique de Guillaume de Nangis que nous avons oiiu> 
de placer à la suite des oontemporaiiiSi peut être consultée 
avec fruit. 

Note manuscrite à la suite d^un manuscrit déposé à la 

bibliothèque de Douai. 
Insignifiante. 

Zea Châtelains de Lille , leur ancien état et office , par 

Floris Famêephaar. 

Le chanoine Yai^lerhaiir, tout ooqupé de son <4>jet , a (fût 
peu de sorties en dehors du Cftdre de son ouvrage ; il contient 
une copie de Tinscription qui était autrefois au-dessus de la 
porte de Si-Nicolas, à Arras. (Voir ce que nous avons dit 
à ce sujet à la nolç XXIV )^ 

Histoire de h Çkeml&ri^ pt^T tacurti^ de Sie-Pqlay[e. 

Bonne à Une pour ^ien comprendre les d^voirs^ et lea fono- 
.tion$ de la çhevalem, Qn 1%14- 

Nous nous sommes bornés à citer les auteurs conteoip^rAiOS 
et quelques historiens chez lesquels on supposait devoir ren<* 



(181 ) 

contrer des doeumens utiles à cause des recherches qu'ils f ureQt 
obligés de faire pour composer leurs ouvrages. En signalant 
Futilité ourinutilité de ces derniers, nous avons cru rendre 
service à ceux qui voudraient pénétrer plus avant dans le sujet. 
Notre liste ne d&t-elle servir qu'à les guider sur les auteurs 
utiles et à leur épargner le fastidieux travail de feuilleter ceusc 
de qui ils ne peuvent rien espérer, nous avons laissé de rappeler 
ici plus de deux cents pièces insignifiantes dont la plupart ne 
sont que des copies amplifiées, exagérées, syncopées et arran- 
gées au goût des auteurs. Grand nombre de ces pièces dorment 
dans les cartons des bibliothèques , qu Wles y reposent en paix \ 
Passons maintenant à Texansén des historiens modernes , le 
premier qui se présente est Pauteur du Irvre intitulé : 

Collection des Mémoires relatifs à P Histoire de France, 

L'auteur, pour mettre sa collection à la portée de tout le 
monde , a cru devoir traduire les titres latins : voici un 
échantillon de sa traduction sur deux faits qui concernent la ba- 
taille deBouvines. Embarrassé, comme on le pense de ranger le 
premier front, jorîma ^071^, d'aune armée de 150,000 hommes 
sur une étendue de mille-quarante pas, mille quadraginta pas- 
sus^ il se tire de cette difficulté par une simple transposition 
des mots ; ainsi, en plaçant mille après quadraginta , il traduit 
nécessairement ce passage par quarante mille pas , ce qui , en 
prenant le pas dans le sens des géographes français , lui donne 
un espace de treize de nos lieues communes, terrain assers 
vaste pour établir ce premier front ; que si le traducteur à 
entendu parler du pas de deux pieds , il faut restreindre la 
ligne au tiers , alors il ne reste plus qu'une étendue de quatre 
lieues, ce qui est encore Irês-raîsonnable. Passons vile au 
second fait : les anciens ont exprimé de tout temps Tidée d'ua 
cheval , d'un dexlrier caparaçonné en guerre , par ces mots : 



(182) 

equus copertus. L'auteur donne un sens plus large h eeCte et-* 
pression , comme on Ta le voir. Le Breton dit que le éheTalier 
Garin fit rapport au roi qu'il avait tu de la hAuteur où il étail 
parvenu avec le détachement du Ticomte de Melun equos nriK^ 
tum coperios. Notre traducteur rend ce passage de là manière 
suivante : que le cheTalier Garin aTait tu la plaine ranhplie de 
ehevaux couverts de chevaliers , ce qui présente à l'esprit une 
image passablement niaise. 

Avant d'avoir lu la collection des mémoire noua aurions 
traduit la phrase de la manière suivante : que le chevalier Gario 
avait vu les chevaux des cheTaliers couTerts, c'est-à-dire capar* 
«açonnés en guerre , l'auteur de la collection des mémoires^ 
l'a entendu différemment (*)• 

Journal des Sciences Militaires. 

L'avteur de l'article bataille de BouTines , inséré dans ce 
.journal , dit : que le roi rassembla son armée aux environs 
de Douai. On lit dans la chronique de Le Breton : Et movit 
in crastino beatœ Magdalenœ de -Castro quod Petona vpcatur 
'et intravit inmanuforti ierram Ferrandi omnia a sinistris ei 
dexteris devastando a Ponte Wendiniano Peronam usque. Le 
roi se mit donc en mouTcment le lendemain de la fête de 
nainte Marie-Magdeleine (le 28 Juillet), de la Tille qu'on 
nomme Pèronne , et entra en force sur les terres de Ferrand , 
faisant le dégât à droite et à gauche depuis le Pont-à-Vendin 
jusqu'à Péronne.; tel est le Téritable sens des propres paroles 
de Le Breton. Buzelin lyoute : Francos per Atrebates ce-- 
leriter adducit. Or , si le rassemblement de l'armée eût eu 
lieu aux environs de Douai , elle ne serait pas venu par Arras 
passer la Deùle à Pont-à-Vendin ; le rassemblement de l'ar- 
mée royale eut donc lieu aux environs de Péronne ville; 



(*) Le traducteur o^a pas plus respecte les régies de la grammaire oœ celles da 
bon sens, car enfin pour voir des ckevaui rouverts de chevaliers, il ullait qoe la 
ieite portât mliUbuâ on à miiitHas^ auîKea it miUtum% 



(188) 

mais, en partant le 28 de cette TÎIle pour se diriger sur Tour* 
nai , elle dut camper le troisième jour sur la plaine de Lille, oii 
€8t situé le village de Péronne , précisément vis-à-yis de Bou- 
wines ; ce fut ce troisième jour (Ie26 ) qu'elle alla occuper le 
camp sous Tournai, où elle passa la nuit du 26 au 27 ; Tauteur 
a confondu ici Péronne yille, avec Péronne village. Dans son 
croquis du plan de la bataille joint au récit , cet auteur fait 
déboucher Parmée impériale sur le plateau de Gysoing, en^ 
dessous de Bourghelles ; de là, il la fait filer à droite, sedi-^ 
figeant sur Tournai en présence de Farmée royale, qu'il éta^ 
blit en ordre de bataille entre Bouvines et Gysoing, face à 
Wannehain , la droite appuyée à la Marque , et la gauche en 
Pair dans la direction de Lamain. 

S'il était vrai que Parmée impériale eût marché par la vallée 
de PElnon , terrain boisé , fangeux et impraticable , au lieu 
de suivre la route qui conduit de Maulde à Tournai , pré-« 
«entant une plaine ouverte et propre à manœuvrer , comment 
ae fit-il que le chevalier Garin , en découverte du côté de 
Willemaud , Peut vu k travers les bois et en eut fait un rap-» 
port si détaillé ? 

S'il était vrai qu'elle eût débouché entre Bourghelles. et. Cor 
brieux , comment Parrière-garde royale , qui venait dans la di- 
rection de Tournai à Bouvines , put-elle avoir un engagement 
sérieux près d'Esplechin avec Pavant- garde impériale qui , dans 
le sens dePauteur, aurait marché dans uyoe direction opposée!^ 

S'il était vrai que l'armée impérialo^^ ^pvhs avoir débouché 
sur le plateau dans le sens du croquis , c'est-à-dire , qu'elle 
eût tenté une marche de flanc en présence de Parmée royale 
déjà formée à une distance très-rapprochée d'elle , comment 
se fit-il que le roi eut laissé échapper l'occasion de Pattaquer 
pendant son mouvement ? 

Adoptant que Parmée impériale eût débouché entre Bour* 
ghelles et Cobrieux , et que le roi Peut laissé se former dans 



(184) 

le sens du croquis , commoit concilier cette manœuvre ayeo 
ces paroles de Le Breton , diverterunt ad dexteram pariem 
itineris quo gradiebantur ? Car alors^ en suivant la direction de 
cette marche, elle eût tourné à gauche, au lieu que notre témoin 
oculaire dit qu^elIe tourna à droite. Pour entrer dans le sens 
de la théorie de Fauteur, il faut supposer que Tannée royalo eût 
bénévolement exécuté un changement de front en arriére sur 
sa gauche pour laisser Fennemi se former au nord du terraiil 
front ail midi ; car il faut bien s^en rapporter à un hommf 
présent qui dit que la ligne d^Othon avait le soleil en face 
et que celle du roi Pavait à dos^ in humerisy au moment 
du combat, de une à deux heures. 

Cherchant à deviner pourquoi Fauteur de Tartiole a établi 
|jn. plan si contraire au sens du véritable, du seul docufpent 
que nous ayons si^r cette bataille , nous pensons que , pré- 
occupé du ruisseau franchi par Parmée impériale, il aura pris 
celui de Wannehain pour le ruisseau de la Loi^verie, qui 
n^est pas très-prononcé sur les cartes ordinaires , et qu'il aura 
basé son récit et exécuté son plan sur cette donnée , telle est 
notre opinion ; une reconnaissance du terrain fera sauter au:^ 
yeux la faute de l'auteur , qui s'en convaincrait lui-même 
s^il se portait sur les lieux. Enfin , le mépie dit que Parmée 
royale était entassée à Bouvines, c'est une pure imagination. 
Nous n'avoûs lu , ni dans la chronique de Le Breton , ni dans 
aucune autpe pièce, que Parmée fût entassée à Bouvines. Le 
chapelain du roi rapporte , au contraire, qu'elle était en ordre 
^e bataille quand l'empereur parut sur le plateau. 

Histoire des grands Capitaines Français du moyen-dge. 

L'auteur n'eût rien laissé à désirer s'il eût nps plus de 
vérité dans les détails de son récit. Ecrivain élégant , il trans- 
porte son lecteur sur les lieux, il peint les personnages avec 
les couleurs qui sont propres à chacun d'eux, son style est 
¥if, pressant, animé, rien ne manque, quant h la forme; 



( 185 ) 

flMis nous pensons quMl a \ouIu faire trop tHc , qu^il n^a pas 
assez mûri une infinité de faits quMi a jeté au basûrd dans 
le cours de Touvrage ; exemple : 

Ce qu*flrapporte de la conduite de Ferrand avec son épouse. 
(Voyez la remarque I, page SI ). 

De la concentration de Tannée française. (Voyez la remar-- 
que V, page 60). 

De la direction des deux divisions à traveiis des bois du 
pays d'Orcbies. ( Voyez la remarque X, page G?)* 

De ce que le roi fut instruit du tiKmTeiMnt de fâlrmée im-*- 
pénale au point du jour. ( Voyez la remarque XI , page 70). 

D'un parlementaire envoyé à l'empereur avant le combat. 
(Voyez la remarque XVIII , page 94). 

De la réponse dé Môntigni au roi en recevant la bannière 
royale. ( Voyez la remarque XVIII ^ page 96 ). 

Du danger pour le roi de déposer sa couronne. ( Voyez 
la remarque XX , pàg^ed6). 

Des troupes qui filèrent le long de la Marque. ( Voyez la 
remarque XXI, page 9B). 

De la chasse des troupes alliées après la bataille par Mat>« 
thieu de Montmorency. ( Voyez la remarque XXII , page 
104), 

De répoque de la retrait^ du chevalier Garin. ( Voyez la 
remarque XX VII, page 118). 

L^auteur , en parlant des causes qui amenèrent les guerres 
du commencement du treizième siècle , entre la France et la 
Flandre , dit que PhUippe^AuguSte désirait mettre la Flan- 
dre sous son infimmùs. 

Comme si ce comté n'eût pas été sous Tinfluence de la France 
eQ qualité de fief de la couronne. 



( 136 ) 

Que Philippe - ^ifguste fii déclarer Jeanne , rainée de* 
deux filles de Bauduin, comtes^ de Flandre, à rezclt^ion 
de la cadette. 

Bauduin de Coi^istantmopjle étant, mort , laFlao/^e étant 
un fief réversible aux femipes , h défaut d^héritie^s miles. 
Jeanne n'avait pas besoin de la déclaration du roi pou^ jo^i|r 
de la souveraineté exclusive de là Flandre. Cet acte eût été 
une absurdité, aussi n^existe-t-il pas dans le dépôt des chartes 
<)e FlapdEe pan. feu M. Godèfroi. 

Que le roi s^empara de Lille , 'nprès un siège opiniâtre. 

Ce siège .opfioiâtKe dujta. trois jours. 

. Que la 'Marque a changé son cours , que son lit a incliné 
yçrs la route actuelle de Lille. 

La Marque coule partout sur son vieux lit et n*a point in- 
cliné y ropératioa du ^edre^seipent et de la canalisation de ce 
ruisseau a reporté k quelques toises seulenient le lit nouTea^. 
de Bouvines à Ânstaing. 

Que r armée impériale occupait un terrain yagiiç, le pli^ 
pleué du plateau. 

Diaprés les terriers , les chasserels ^ )es dénombrement de 
répoque , il p*J Qut jamais de terrain vague sur le plateau 
deCysoing, le terrain était comme aujourd'hui, grataqwe 
planities cereali gramine vçrnans. 

Que le champ de bataille était incliné. 

Le champ de bataille a toujours été comme il est encore 
aujourd'hui très-égal , trés-uni et point du tout incliné. 

« * 

Que Buzelin était le premier (fui eût parlé de la déposir. 
tion de la couronne diaprés Richerius* 

Buzeilin ne cite point Richerius , son gar!|nt est Papire 
Massqn; Une parJLiç ^des. historiens- Français et Flamancfa 
avaient rapporté la scène de l£i coviirpi^ne piv^nt {tuzçlin , il )^*jr 



(187) 

a qu*à jeter les yeux sur les chroniques des quatoruème et 
ijuinzième siècles , pour se convaincre de cette vérité. 

Que ce fat Matthieu de Montmorency ai^i v^teva le duo 
de Bourgogne après sa chute. 

Le Breton dit quMl fut remis en selle par ses Bourguignons , 
eï nous n'avons vu nulle part (jue Matthieu de Montmorency 
eût relevé le duc de Bourgogne ^ 

. Que ce fut le même Matthieu qui redressa Vaile droite dejs 
f^rançais qui commençait à ployer ; quil dégagea le roi d& 
la presse où il était \ enfin , qu^U était à l'armée le premief 
fiprès le roi. 

Il ^st certiun que les comtes de Dreux et d'Auxerre , tous 
deux princes du sang, commandaient Paile gauche, que le 
duc de Bourgogne commandait la droite , que le roi com- 
mandait le centre et que le chevalier Garin était chargé du 
détail de Tannée. Il ^3t enaore certain que Matthieu de Mont- 
morency ne fut conQét0l)le qu^en 1218, Donc il n^était point 
à Varmée le premier après le roi. Quant à l'aile droite le 
brave Matthieu dut concourir à sçs succè3 ; mais nous n'avons 
prouvé nulle part qu'il eut l'honneur exclusif de ce fait , ni 
qu'il dégagea le roi. Nous pensons qu'il faut s'en tenir à 
Tégard de ce,t illustre guerrier à la part que lui fait Le Breton , 
elle est assez belle sans la tronquer par des amplifications. 

Que r attaque exécutée contre la gendarmerie flamande 
l/sfut par les ribaud^f 

Le Breton se sert de jces mots satellites Suessionenses 
Or , les satellites , les serjeants , formaient une cavalerie 
légère attachée aux lances des hommes d'armes et les ribauds 
faisaient un corps particulier. Pourquoi ne pas s'en tenir 
aux expressions de Le Breton ? 

Que le roi auait donné à son armée ta forme d'^un croissant , 
méthode imitée des Sarrasins. 



(188) 

Directe linealUer proiensa ne peul sifpûfier la forme d^im 
croissant ; si Philippe avait donné la forme de croissant à son 
armée, Le Breton aurait-il pu dire le contraire ? 

Que le roi dut son triomphe à des manœus^res savamment 
combinées^ qui consistaient à faire défausses attaques sur les 
flancs de T ennemi pour le tenir en haleine et diriger tout le 
poids des attaques sur le centre. 

C'est précisément le contraire qui arriva , le centre éprouva 
nn échec qui faillit tout perdre , et le gain de la bataille dut 
être, en partie, att]ribué aux succès de la droite. Les faits 
parlent. 

Que Ferrand mourut Vannée de sa mise en liberté. Le 
jcomte de Flandlre sortit de la tour du Louvre en 1227 et 
inourut de la gravelle, k Noyon, en 128S. 

Que Fon trouve aux archives de plusieurs villes de Flandre , 
fjirtois et de Picardie , notamment au dépôt de Lille , des 
pièces qui constatent les dispositions prises parle roi d^ un bout 
à Vautre du royaume poi^r le mettre sur W^ pi^d respectable 
de défèfise. 

Nq!4s avons fait nous mêmes des recherches aux archives de 
la chambre des comptes, à Lille ; nous avons consulté à cet 
égard, ceux qui ont Phabitude du local, et en conscience, il 
n'est nullement question de ces préparatifs de défense. 

Que le partage de la France eut lie^ pendant la marche 
des alliés de Mortagnesur le terrain» 

Il est vrai que Le Breton ne désigne ppint le lieu où ce par- 
tage fut réglé, ^^ds plusieurs auteuirs ^mands assurent que ce 
fut h la salle le Comte , à Valenoiennes ; nous sommes de cet 
avis, parce qu'il est difficile de croire, sans garans surtout, qu'un 
acte de celte importance, un acte qui devait changer la face po- 
litique de l'Europe, un acte auquel chaque souverain coopar- 
tageant devait attacher tant d'intérêt, fut improvisé dans une 
fnarche qui devait, d'ailleurs absorber l'attention A les soins 



( 189) 

de tous, eomrae s'il ne sefàt agi que de roccupation d'un 
poste militaire. L'auteur i^urail du indicpier la source oJi il % 
puisé cette assertioa. 

Qu'un gentilhomme Brabançon aida à remonter le cdmie de 
^Boulogne après que Pierre de la TureUe eut fi^e son chenal. 

Le Breton dit que Renaud ipesia engagé sous le corps di| 
cheval, ce fiit dans cet état qu'il fut blesçé et fait pf i^onnier ^ 
il ne fut plus reiûonté par personne. 

Que le curé actuel de Bquvines a fait construire une cha~ 
pelle , ail il célèbre le service divin chaque année , en présence 
d^un grand concours d^ habitons, en commémoration de la 
iournée de Bouvines. 

La vérité est queM« Lavaiimei ciirédeBouTinet) mort tout 
irécemment, fit bâtir une chapelle, il y a qudquea années, à 
l'embranchement du chemin de Tpurnai ^ deCyscông, que 
cette petite chapelle, dans laquelle on n'a jamais célébré la 
fn^sse , est dédiée à ]>^otre-Dame des Affligés, que M. Layaione , 
en ordonnant cette construetion de ses propres deniers, n'eut 
jamais d'autre pensée que d'exciter les passans à prier, queja-r 
mais il n'a été question d'y célébrer aucun office, enfin, que 
ce qi^e Tauteur raconte à ce sujet est une pufre fiction. Nous 
tenons ces détails de M. I^av^inn^ lui mèpie, ila peuvent être 
attestés par tput le v^page. 

Que le monument élevé en souvtenir de la bataille de Fon- 
tenojr, dans le clos de F ancienne abbaye de Cfsoing^ est à 
4eux lieues de Boulines. 

La distance réelle de Bpuvinps à Cysoing est d'une demie 
lieue au plus. Celte feule peut induire en erreur ceux qui vou- 
draient étudier la bataille , la carte à la main , en ce qu'ils s'ima- 
gineraient pouvpir ranger l'année royale entre ips deu:i^ 
villages. 

Nous aurions pu relever plusieurs autres inexactitudes 
(échappées à la plume c|e l'aufeur, qui n'a sûrement pas altendi; 



( 140) 

nos observations pour les redresser lui-même el qui s'em- 
pressera de les faire disparaître, s'il se détermine à donner une 
nbuveile édition de son ouvrage qui n'en sera que plus inté- 
ressant. 

XXVIII. 

€axtts andmnt^ et plam. 

Nous n'avons pas été heureux dans les vieux plans tracés 
à la plume, qui ne présentent aucun intérêt. 

- La carte locale la plus ancienne dont nous avons eu connais- 
sance, est de 1645. Elle est irréguliëre,* mal gravée, comme 
celles de l'époque, et laisse tout k désirer. L'auteur, pour indi- 
quer le champ de bataille a fait figurer deux pelotons cherchant 
à se heurter entre la chapelle aux Arbres et Bouvines , au même 
endroit oii Ferrari et Cassini ont dessiné un sabre. 

Nous avions conçu le plan d'une carte ancienne gravée 
d'après les documens historiques, nous avons abandonné cette 
idée, parce que nous avons senti l'impossibilité de l'exécuter 
sans donner presque tout aux suppositions. Celle qui se 
trouve en tête de l'ouvrage peut servir d'étude. Les amateurs 
n'ont qu'à crayonner les modifications qu'ils désireront faire 
aux opérations. 

- Il nous est tombé entre les mains une copie à la plume d'une 
estampe gravée en bois sans nom d'auteur, cette copie, dont 
les indications sont en italien corrompu , place la phalange 
triangulaire k la gauche des alliés et représente dix h douze 
carrés en masse rangés sans discernement, nous pensons que 
p^çst Touvrage d'un ignorant. 



( ï*l ) 



À 



ÀiRË , ville du Bas-Artois sur la Lys et la Laquelle , entre 
St-Omer et Liilers. 

Amiens, capitale de la Haute Picardie sur la Somme. 

Angleterre, s'entend de ce pays, avant que l'Écpsse et 
l'Irlande y fussent réunis. 

Anstaing ^ village de la dhâtellenie de Lille , situe sui" la 
Marque, entre Gruson et Tressin, au nord-ouest de Bouvines. 

Arras, capitale deTAMois, sur la Scarpe, entre Lens et 
fiapaume. 

AkTOts (Province d') , faisait autrefois partie des domaines 
des comtes de Flandre, passée sous la domination de la France 
parle mariage d'Isabelle de Hainaut* avec Philippe II, dit 
Auguste ) roi de France. 

Arqttes, vHlage du Bas^ Artois ^ à une deini^lieue de St- 
Omer, sur le chemin d'Aire. 

Acre (St-lean d') ) viUe de la Palestine. 

Antoing, chàteau-fort sur l'Escaut, en 1214, avec un gros 
bourg, entre Tournai et Mortagne. 

Ardres, petite ville entre St-Omer et Calais. 

B 

Bailleul, ville de Flandre entre Annentières et Cassel, fut 
saccagée et brûlée par les Français, en 1214. 

Baisieux, village delà chàtellenie de Lille, sur la nouvelle 
route de cette ville à Tournai > au nord de Bouvines. 



(142) 

BApAuiffis , Tîlle forte de PArtois , entre Atràs et Péronne ; 
les prisonniers de marque fuirent conduits dans cette place 
tiprés la bataille de Bouvines. 

Beauvoisis, formant une subdivisioil de Fisle de France, 
dont Beauvais est la capitale. Les communes du Beauvoisis 
^combattirent à BouvineSb 

BouaotiEltBS , Tillage de la ebfttellenie de Lille, sur une 
|>etite éminence au sud-est de Cysoing et de Boulines. Le ruis* 
seau de Wlumehain passe au bas de Bourghelies^ 

Boulogne , ville et port du comté de ce nom , êar la Manche. 

■ 

BouvïNES , village de la châtellenie de Lille , sur la rive 
dkoite de la Marque , entre Saingbin et Cysoing ; le vieux che- 
min de Lille à Tournai traverse ce village qui a donné son 
nom à la bataille du 27 Juillet 1214: le pont était à cette 
époque placé deux cents pas plus haut du càté de Louvil. 

BouRGOGine ( Duché de), province i grand fief relevant de la 
couronne de France. 

Brabant (Duché de), proTmee Imiitrophe de la Flandre et 
du Hainaut. 

Bruges, graiide vâle de la Flandre occidentale. 

Bulgarie (Royaume de ) , en Dalmatie. 

Blari ou Bleharies , village au nord de Maulde , sur la route 
de M ortagne à 'tournai , tirant sur Lesdain. 

c 

Gambrésis ( province de ) , gouvernée par les évéques de 
Cambrai, en ce temps. 

CuAMPAOfiB (ooœlé de ) , grand fief relevant de la couronne 
de France. 

Gamphiv , village de la châtellenie de Lille au nord de 
Bouvines. Ce village fait saillie sur le plateau de Cysoing. 



(14â) 

CissBt ( mont ) , chiteàu fort et vi(i6 de Flandre situé sur 
une hauteur entre Bergues et Bàilleuï; Cette ville fut saccagée 
et brûlée par les Français, en 12l4. 

GAxcBm, hameau dépetidant d'Ëflplechin, ëu^ là vieille route 
de Tournai à Lille par Bouvines , au nbtd de ce dernier village4 

GHÉRBNiî, village de la chfttellenie de Lille sur la Marque ^ 
à gauche de Tressin , au nord de Bouvines. 

Chapelle kux Arbres , située k un demi - quart de lieue k 
l'est de fiouvines ; elle a été démolie après là révolution de 
1789. On â planté le calvaire de Gysoiog en sa place. 

CouRTRAi^ ville de filandre sur la Lys , sur la i^oute de Lille 
à Gand. Elle fut surprise et saccàsèe par lea Français , en 
1214. liC prince Louis , depuis Louis YIII ^ commandait 
l'expédition. 

CustBUttNi^, petit hameau dépendant de Camphin, au nord 
de Bouvines ; il fait saillie wr le plateau. 

Gvf oiKo f grand village de la chAtellenie au sud de fiou- 
vines j il y avait autrefois une abbaye ; Cysoing donne soit 
nom à la petite plaine que boideni lea villages de Bourgheiles, 
de Wannehain, de Catchin, Gamphin et la Marque, de Bou- 
vines & Ânstaing« 

o 

DAiddfi , petite ville et port de la Flandre , entre Ostende 
et Nieuport. 

Dëule (la)) petite rivière (ptà prend sa source au village 
de Garenci en Artois ^ passe près de Lens , côtoie Loison , 
Hames, Gourrière, Pont-à-Vendin, traverse Haubourdin, 
Lille, Wambi^eohies , Quesnoy et va se jeter dans la Lys h 
Deulémont. La partie de Lens h Lille, celle de Berclau h 
La Bassée , furent canalisées sous la comtesse Marguerite à 
la fin du 18*^ siècle. 



(144) 

Douai, ville de la Flandre Waloanei ftur la Scarpe ^ k «ept 
lieues au sud de Lille. Le canal qui ya de Courrières au fort 
de Scarpe a été creusé, il -y a cent-trente ans environ. 

DuNKfiH^uE, ville et port de la Flandre maritime, sur la 
Manche • entre Gravelines et Nieùport« La ville et le port 
de Dunkerque étaient peu de chose au oonmiencement du 
13- siècle. 

E 

Escàtrr ( 1' ) , riviélre qui prend sa source en Picardie , 
passe à Cambrai, Yalenciennes , Mortagne, Tournai, Aude- 
narde , Gand et Anvers , et va se jetter dans la mer , entre 
yiessingen et Breskens^ ^i Zélande. 

EspLBCHiir, village^ autrefois de la châtellenie de Lille, 
à Test de Bouvines , au nord de Wannehain. Il y avait jadis 
un petit bois à Pest de ce village ; ce fut derrière ce bois que le 
premier engagement eut lieu entre l'avant^garde des Alliés et 
Farrière - garde detf Français, dans la matinée du 27 juillet 
1214. 

Elnon (r), ruisseau. qui prend sa source k Bachi et va se 
jetter dans la Scarpe; à St-Amand. 

Erquenghem, village de la châtellenie de Lille, sur la rive 
droite de la Lys , à une lieue d^Armentiéres. Ferrand avait 
inutilement attaqué le château d^Erquengbem quatre mois 
avant la bataille de Bouvines. Ce château était enclavé dans 
le terrain appartenant aujourd'hui à M. le comte d'Eliot. 



Flandre ( la ) , s'entend de différentes manières , dans la 
langue de l'histoire , c'est quelquefois cette partie des Pays- 
Bas et de la France, située entre le Hainaut, le Brabant, 
l'Artois , la Picardie et la Mer. Plus souvent c'est toute la 
portion de la Belgique possédée par les anciens comtes de 



(145) 

Flandre depuis l'an 803. La Flandre Walonne s'entend seu« 
Jement des chàtellenies de Lille , Douai et Orchies. Quelques 
historiens comprennent dans cette dénomination Bailleuli^ 
Gassel et leurs territoires. . 

Fossé itbuf ( le ) , se trouve situé sur la rive droite de • 
la Lys et s'étend au loin en Artois. Le Fossé neuf, creusé en 
premier lieu par Bauduin de Lille, pour se mettre k l'abri des 
Impériaux qui étaient Tenu fondre sur la Flandre au onzième 
siècle, a servi depuis de limite pour séparer l'Artois cédé 
aux Français , des Etats des comtes de Flandre ; cette délimi- 
lation a varié selon les changemens introduits par les diffé- 
rens traités conclus entre ces deux Puissances , à différentes 
époques. 

Gruson , village de la cbàtellenie de Lille , sur la rive droite 
de la Marque, au nord et h un quart de lieue de Bouvinesr 
Ce village est situé sur une petite élévation qui échancre légé« 
rement le plateau de Cysoing. 

Gànd, ville capitale de la Flandre, située au confluent 
de la Lys et de l'Escaut. 

Gràvelines, ville et port de la Flandre maritime, entre 
Dunkerque et Calais. Ce port était plus important au 13"* 
siècle qu'il ne l'est aujourd'hui. 

Guines , ville entre Boulogne et Calais ; le comté de Guines 
fut ravagé par les soldats de Ferrand , avant la bataille de 
Bouvines. 

GuiGNiEs , village entre Yeze et Jollain , à gauche de la route 
de Mortagne à Tournai. 

H 

Haihaçt (le comté de), province de Belgique, qui avait 

10 



n 



ses princes particuliers. Le comté de Haintut fut réunT^ 
pour la seconde fois , à la Flandre , par la succession d» 
Bauduin de Constantinople , en 1104. 

Hazebrovck , gros bourg de la Flandre , entre Bailleul ^ 
Aire et Cassel. 

Ham , château-fort et petite Tille du Vermandois. 

Hollande (comté de), grande province de la Belgique, régie 
et gouvernée par des princes particuliers ; la Zélande , qui 
en fait actuellement partie , était alors au comte de Flandre, 

HoYARDERiE ( U ) , petit village prés de Maulde , à l'entrée 
des bois qui , de ce temps , communiquaient jusqu'à Rume 
et Wannehain. 

HoLLÀiN, village au nord de Mortagne, sur le petit chemin 
de Bleharies à Tournai. Le terrain de HoUain est coupé de ruis- 
seaux , de fossés, de prairies molles. 



Ile de France (P) , province dq royaume de France dont 
Paris est la capitale. 

Ipres, ville forte de la Flandre, située à six lieues de Lille, 
sur le vieux chemin de Lille à Fumes. 

JoLLAiN, village sur le petit chemin de Maulde à Tournai, 
coupé de fossés et de bi^s fonds. 



Lille, capitale de la Flandre Walonne , sur la Deùle, k 
deux lieues et demie à Touest de Bouvines. Les Français j 
avaient fait construire un fort , revêtu de madriers ^ près de 
réglise de St-Maurice , qui était alors extra muros. L'empla- 
cement de ce fort était à l'endroit où est aujourd'hui la place des 
Reigneaux. Ce fort avait été trés-endommagé au sac de la ville 



( 147 ) 

de Lille. H était abandonné et hors de service à Fépoque de la 
bataille de Bouvines. 

Lens , petite ville de l'Artois, prés de la Deûle, munie d'un 
diAteau-fort en bon état , et défendue par les marécages de la 
Deùle^ausud. 

LikGB (Principauté de), gouvernée par Tévéque, quiavail 
été contraint par la force , d'entrer dans la coalition contre la 
France. 

Lezennes, village de la chAtellenie de Lille, sur une belle 
plaine, entre cette ville et Bouvines ; cette plaine se nomme 
quelquefois plaine de Lille, quelquefois plaine des M9lade$. 

Lbsdain, village situé au milieu d^uaç petite plaine , à droite 
de la route de Tournai à Mort^gne. 

LouviL, petit village de la chàtalloiîe de Lilb^ surlaMarque, 
au sud-est de Bauvines. . . 

Longue-Saule (ctnse de la), située sur nne hauteur au-« 
dessus de Willemaud; on découvre de cet endroit, toute )• 
plaine jusqu'au bas de Bleharies. 

Loire (Provinces de Ta ) , s'entendent des pays sur la Loire 
possédés par le roi d'Angleterre , au IS*** siècle. 

Laleux ( Pajs de ), on nomme ainsi les territoires de quatre 
gros villages sur les cpnfins de l'Artpis , alors de l'avouerie de 
Béthune et bordant la Lys; le terrain, est gras et fangeux, coupé 
de fossés, couvert de plaptations. Les chemins en étaient 
alors, comme aujourd'hui, impraticables aux moindres pluies. 

Lys ( la )y rivière qui pr^id sa source à Lisbourg en 
Artois, traverse la Flandre d'Étaires h Gand, où elle verse 
ses eaux dans l'Escaut. 

Lahain, village situé k droite du vieux chemin de Lille k 
Tournai, nord nord-est de Bouvines, tenant au hameau de 
Catchin , dépendant d'Esplechin. 

Luçmx, hameau de Camphio auquel il tient. 



( 14») 



MoRTàGNB , petite ville qui avait autrefois un chAteau-fôif ^ 
au confluent de la Scarpe dans TEscaut, entre Tournai elf 
Yalenciennes. 

Marque (la) , petite rivière qui prend sa source au pied i\i 
Mons-en-FévèlCi h trois lieues et demie deBouvines. La Marqùcf 
grossie des eaux du marais de Fretin forme des alluvions qut 
s'étendent plus ou moins sur les deux rives, selon le tefMraiilV 
à partir de Louvil jusqu'à Ghéreng. Le ruisseau , dit de Wan-^ 
neliain, ou petit Riex, s'y jette au-dessous du clos de I abbaye 
de Gysoing. Le barrage qui retenait les eaux au moulin de 
Tressin , leur donnait un niveau en amont plus haut qu'il ne 
l'eût été sans cet obstacle , et rendait par conséquent plu9 
marécageuse toute la partie qui borde le plateau de Gysoing, 
Les États de la Flandre Walonne, voulant dessécher une partie 
des marécages^ firent détruire le moulin de Tressin, redresser 
et reereuser la jrivière, il y A environ cinquante ans. On voit 
encore le vieux lit dans certains endroits entre Bouvines et 
Gruson , il n'^st éloigné du nouveau que de quatre ou cinq 
toises dans sa plus grande distance. Les marais sont maintenant 
convertis en prairies et en terres labourables. Le pont de Bou- 
Tines , à Tépoque de la bataille , était un peu plus haut que ne 
Test celui qui existe actuelleraent. La Marque, après avoir 
arrosé sept lieues de pays dans la dhâtellenie, de Mérignies k 
Marquette, se décharge dans la Deùle, un peu en^-deasous de 
l'église de ce village qui est àtrois quarts de lieue de Lille. 

Malades ( plaine des ) , ou de Lille, tire son nom de la lépro- 
serie fondée au faubourg oriental de cette ville. Gette plaine 
s^entend de toute la partie de terrain situé entre Sainghin, 
Lesquin, Seclin, Houplin, Haùbourdin, Loos et Lille, 

Mauldb I village au nord-ouest de Mostagne, sur le nouveau 



(149) 

chemin de Tournai à cette petite ville, la plaine qui «*étend de 
TEscaut à St-Âmand porte le nom de plaine de Maulde. Tout 
fait croire que Tempereur avait établi son camp derrière la 
Scarpe, ayant la plaine de Maulde devant lui, avant de marcher 
sur Bouvînes. 

N 

Nakuh (comté de), petite souveraineté dans la Belgique» 
Il était ordinairement l'apanage d^un prince de la maison do^ 
Hainaut. 

NiEPPE (forêt de), se trouve située sur la rive gaudie de la^ 
Lys, entre cette rivière et Bailleul. La forêt de Nieppe faisait 
partie du douaire de la comtesse Mathilde, veuve de Philippe 
d^ Alsace* 

o 

Orchies , portion de pays de la Flandre. Watonne.. Orchies 
ne jouissait point du privilège de ville et n'était qu!un bOurg; 
ouvert en 1214, 



Pewele, PabfUa, dénomination d^une portion du terri- 
toire de la châtellenie de Lille, s'étendant de la source de la 
Marque, sur la rive droite de ce ruisseau, jusqu'au plateau de 
Cysoing. 

PHÂLEifptif, village de la châtellenie de Lille, à droite du 
nouveau chemin d'Arras h Lille. L*abbaye de Phalempin fut 
saccagée par les Français , dans leur marche dePéronne villo- 
à Tournai , par Arras et le Poat-à-Vendin, 

Péronive , ville, avait un château très-fort ,. capitale du Sanr^ 
terre. 



( 150) 
Pérohiie, TÎIIage sur la rive gauche de la Marque, près 
de Lpuvil. 

Q 

QcjESiroY (le), petite ville du Hainaut : il y avait du temps 
de Ferrand , un château au Quesnoy , c^était une maison de 
plaisance appartenant aux comtes de Hainaut ; le château du 
Quesnoy était fortifié à la manière du temps. 

Rbigncàxtx (fort des), construit par Philippe^Âuguste ayant 
1214, pour contenir les habitans ; il était alors hors de Ten- 
ceinte des murs, sur le terrain de la place qui porte ce nom. 

Rescrouel , hameau dépeQ43i^t de Bourghelles , la petite 
chapelle de Rescroûel se trouYë placée près du moulin de ce 
nom ; un peu en dessus de cette chapelle , on vpit lu fonr 
laine qui alimente le ruisseau de Wanqehaia* 

Riez (le petit), en termes du pays ; c^est ce même ruisseau 
4e Wannehain , qui passant derrière le village de Bourghelles, 
va se perdre d^ns la Marque, atirdesspus di; clos de Ta^baye 
de CysQÎng. 

RoMB, vîUage à Test de Wannehain i, traversé par le chemin 
de Tournai à Orchies ; Rume était autrefois entoiM'é de bois qui 
l^iQiaunîquaient avec ceux de la Hovard<erie. 

RoNGT , village à Tpuest de Mortagne , prés de Mauldje et 
de la Hpva^derie. 

ScARPE (la), rivière qui prend sa souirce en Artois, passe j^ 
Arras, Douai, Marchiennes et St-Âmand^ ppur aller débou" 



J 



( Ï51 ) 
cher dans rEtoaul au-deasousde Morlagne ; il existait en juiU 
let 1214 un petit fort au confluent de cette riTÎère. 

SAiNGHtir , village de la chAtellenie de lille , sur la rive 
gauche de la Marque , ce village était coupé sur un bout par 
le vieux chemin de Lille à Tournai. D est â Touest de Bouvines 
auquel il touche^ 

St-Omba, grande ville du BashArtois, surl'Aa, à trois lieues 
d^Aire, tirant vers la mer. 

SoissoNs, capitale du Soissonnais, subdivision de TUe de 
France. 

ST-QuiiiTiir) capitale du Yermandois. 

St-âmaho, ville et abbaye célèbre , sur le chemin d'Orchiea 
à Yalenciennes ; Pabbaye se nomme dans Phistoire Mfoaas^ 
tetium Elnonense , à cause du ruisseau TElnon. 

St-Sàuvb, prieuré près de Yalenciennes, du tempa dm 
Ferrand; il a été depuis érigé en abbaye. 



Tournai, ville du Hainaut, capitale du Toumaisis, plusieurs: 
auteurs prétendent que Tournai doit être compris dans le 
comté de Flandre ; cette ville est située sur l'Escaut , entre 
Mortagne et Audenarde. Elle est à deux lieues et demie de 
Bouvines. 

Tressin était en 1214, un hameau dépendant de Ghéreng, à 
trois quarts de lieue au nord de Bouvines. 

Tour ( la grande tour du Louvre), oiifut détenu le comte dm 
Flandre après la bataille , pendant l'espace de treize années. 



YALENCiEirirES , ville du Hainaut, sur l'Escaut, à trois lieues 



( 152 ) 

et Mortagne ; c'e»t dans les eoTirona de Yalenciennei que 
l'empereur rassembla son armée. 

Valoi s ( comté de ) , subdiyision de Tlsle de France. 

Vendin (Pont-à") , village autrefois de la châtelîenie de 
Lille, sur la rire droite de la Deûle et sur le chemin ancien 
de Lille h Lens. 

Yermandois ( comté de) , subdivision de la Picardie. 

Ybze , village au bas de la petite éminence de la longue 
Saule, il touche à Taintignies. 

ViLLBMÀUD , village à droite du chemin de Tournai à Mor- 
tagne, il est traversé par le petit ruisseau qui prend sa source 
dans les fossés du vieux château de la Louverie k Rumé et va 
déboucher dans TEscaut, un peu au-dessus de Tournai. 

w 

WÀNinsBÀnr, village de la châtelîenie de Lille, entre Bour- 
ghelles et Esplechin , h Pest de Bouvines ; ce village aujourd'hui 
(cpuveirt de plantations, touchait au boi^ de Rume. 



(168) 



TABLE 



)Dr0 nmii0 }>n ptVMntM rrpriac0 iiam U (otpi 2te Vmtoxaf^e^ 



Abàm , TÎcomte de Melun , un des chevaliers les plus braret 
de Farinée royale, présent à BouTines. 

Alard db Bourgheixss , gentilhomme flamand walon , fait 
prisonnier dans le faubourg de Lille , par les Français , I019 
du premier investissement. 

Alix de Champagne , fille du comte de ce nom j troisièmç 
épouse de Louis VU , dit le Jeune , reine de France , mère de 
SPhilippe«Auguste. 

AnNouLD d'Aitdenàrde, scigueur flamand de la cour du comte 
Fe^rand, présent à Bouvines dans Tannée du comte, faitpvi-^ 
sonnier à la fin de la journée. 

Arnould II, baron d'Ardres, époux d^Eléonore de Bour-^ 
bourg. Ses Etats furent dévastés par le comte de Boulogne 
quelques mois avant la bataille de Bouvines , où il fit des pro« 
diges de valeur dans Tannée royale. 



. Bàuduin y , comte de Hainaut , épou:^ de Marguerite , sœur 
de Philippe d'Alsace , père de Bauduin de Constantinople ; il 
descendait fin ligne directe , 4^ B^udiiiiin Tédificier et dp 
flichilde de Hainaut. 



( 10*) 

BauduirVI, comtedeHainauty IX"* du nom en Flandre, 
fils de Bauduin Y et de Marguerite de Flandre , époux de 
Marie de Ch&inpagne , père des comtesses Jeanne et Margue- 
rite , mort en captivité en Bulgarie. 

Bauduih des Prêts , gMtilhoililBb flamand , présent daos 
l'armée des alliés. 

Berharà D*Omixixt i gnud seigneur ftllattâod y oommin- 
dant les guerriers d'élite chargés de la garde de Tétendart 
impérial ; fait prisonnier par les Français. 

Barthélemi de Roye , seigneur picard , présent à Bouvines 
oii il se distingua ; il était déjà d'un àg^ atadcé et jouissait d'uoe 
réputation d'instruction dans les lettres i chose rare dans les 
personnages de son rang , à cette époque. 

Blanche db Gastole , épouse de Louis VIII , mère de Saint 
Louis , elle fut régente pendant la minorité de son fils. 

Bigot, fils de Rosemonde de GliflEord, frère consanguin de 
Guillaume de Salisburi, fait prisonnier dans l'armée impériale. 



GoNRARD DE Tremogne, scigncur allemand, j^réseni à 1 armée 
impériale à Bouvines. 

ComcoTB ( GoimoTUs) , nom du variât attaché au ehevalier 
Qarin , qui blessa au visage le comte de Boulogne. 



Daniel de Marooulics, frère d'Eustache, gentilhomme 
0amand walon , fait prisonnier k Gourtrai , par le. prince 
roy al de France , pendant l'hiver qui précéda la campagne 
de 1214. 



( 185) 



Eléonore de Vermândois, épouse de Matthieu de Beaumont, 
sœur de Raoul de Vermandois , dit le Lépreux, et dUsabelIe , 
première femme de Philippe d'ÂIsac(3. 

Eléonore de BouRnouRd, épouse d'Arnouldde GuineSi une 
des plus belles persomies et des plus accomplies 4e son temps ; 
elle fut indignement traitée par les hodkmes de guerre du comte 
de Boulogne et emmenée prisonnière à Bruges, 

Eudes III , duc de Bourgogne i époux en première» noces 
de Mathilde de Portugal , yeuve de Philippe d^ Alsace y qu^il 
répudia, pour cause de parenté, en 1197. Il épousa en se- 
condes noces Alix de Vergy. Le duc dé Bourgogne était un 
fidèle vassal de la couronne de France , il commandait Taile 
droite de Parmée royale à Bouvines. 

Enguerràno III y sire de Goucy , présent à Bouvines dans 
Fermée roy^e. 

Etienne de LoNo-OsiMP^ chevalier français tué près du roi 
^ Bouvines. 

EusTActiE DE Marquuj.(es , gentilhomme de la Flandre Wa-^- 
ionne, tué dans l'armée impériale à Bouvines ; il était d'une 
force de cprps prodigieuse et d'une taille colossale* 



Ferrard de Po^ltugal , fils puiné de dom Sanche , roi de 
Portugal , neveu de Mathilde douairière de Philippe d\4.1sace , 
premier mari de Jeanne , ^lle atnée de Bauduin .de Constan-r 
iînpple, comtesse de Flandre. Blessé et fait prisonnier à Bou^ 
vines, pii il commandait Faile gauche des alliés. 

Frédéric de SpuAJiE, fils dp Philippe, empereur d^ Allemagne^ 



compèliteur d^Othon lY , à Tempire , auquel 3 succéda h 
sa mort y en 1218. 



Gauthier III de Chàtillon , comte de St-Pol , sénéchal de 
Bourgogne, grand bouthillier de Champagne,fparent de Phi- 
lippe - Auguste, présent à Bouvines, oit fl se distingua à la 
tête de la gendarmerie d'ordonnance. 

Galon de Montignt , gentilhomme du Yermandois , porte- 
étendart royal à Bouvines. 

Garin (le chevalier) du port Ste-Maxence : on le nommait 
iqdifférepmient frère Garin , chevaUer Garin ^ ou élu deSenlis, 

» 

parce qu'il était , chevalier de l'ordre St-Jean de Jérusalem , 
et proposé par le roi au St-Siège pour Tévéché de Senlis, pré- 
sent à BouTÎnes oji il remplissait les fonctions que nous appel- 
lerions aujourd'hui général - major ou chef d'état-major ; il 
^tait en outre , premier ministre du roi. 

Guillaume I ^ , comte de Hollande , époux en premières 
noces de Marguerite de Gueldres ; en secondes , de Marie, 
▼euve d'Othon, roi de Germanie, présent à Bouyines dans 
l'armée impériale. 

Guillaume II , comte de Ponthieu , frère de Simon de Dam^ 
martin , cqipte d'Aumale , présent à Bouvines dans l'armée 
royale. 

GuiLLAusqs , comte de Salisburi , surnommé Longue épée , 
fils naturel de Henri II , roi d'Angleterre , et de Rosemondei 
de Giifford , frère consanguin de Jean-Sans-Terre , fait pri' 
sonnier & Bouvines où il commandait les Anglais , échangé 
depuis ^ contre Robert Gatte-Bled , fils du comte de Dreux, 



( 157) 

GviLhkma DÉ Crimpagnb , archevêque de Rheims, frère 
d'Alix, épouse de Louis-Ie-Jeune, ministre du roi, cardinal- 
légat du St-Siège en France ; ce fut lui qui s'entremit pour 
terminer les différends qui eurent lieu entre Philippe-Auguste 
et Philippe d'Alsace. 

Guillaume des Barres , renommé par son courage et ses 
exploits , présent à Bouvines où il faillit prendre l'empereur. 

Guillaume de Mortemart , gentilhomme et chevalier fran- 
çais , présent à Bouvines dans l'armée royale. 

Guillaume Le Bretou , prêtre languedocien , chapelain / 
médecin et historiographe du roi , conseiller d'état , présent 
h Bouvines, auteur d'une chronique qui contient la relation 
de là bataille et d'un poème sur le même sujet. 

Gérard Serophe, chevalier français de la garde du roi, 
très-adroit à manier le sabre ; ce fut lui qui tua le cheval de 
l'empereur. 

Garlandes ( les trois frères) , alliés aux meilleures maisons 
de France et de Bourgogne , tous trois présents dans l'armée 
royale à Bouvines. 

GossuiN ou GoLsuiN , évêque de Tournai en 1214 ; il avait 
lancé une excommunication contre Ferrand , quelque temps 
avant la bataille pour déprédations commises parles Flamands 
dans les campagnes du Tournaisis. 

Gérard de Randerodes, seigneur allemand de la garde de 
l'empereur, fait prisonnier des Français à la fin du combat. 



Henri, dit le Guerroteur, duc de Brabant , père de Marie , 
deuxième femme de l'empereur Othon tV; il avait épousé 
Marie de France , veuve de Philippe , comte de Namur , et 



( 168 ) 

fille de PIiiUppe«Âugu8te , présent k Bouyioes dans Tannée 
impériale. 

Henri III , duc de Limbourg , fils de Henri , souverain du 
même duché , présent II BouTÎnes dans Parmée impériale. 

Henri II , comte de Bar , époux de Philippine de Dreux , 
présent à l'armée royale. 

Henri Y , comte de Grandpré , présent dans Farméè royale. 

Hugues H, éréque de Liège , forcé par le duc de Brabant 
de fQurnir un contingent à la coalition ; il faisait des vœux 
pour le roi. . 

Heryé fV, baron de Douzi , gendre de Pierre II de Cour* 
tenay , présent à Parmée impériale. 

Hugues , comte de Botcs , fils du fameux Hugues de Marie , 
grand seigneur du comté d'Amiens , parent du comte de Bou- 
logne , transfuge , présent à Parmée impériale , se noya en 
repassant en Angleterre. 

Hellin ms Wayrin, sénéchal du comté de Flandre , seigneur 
de la Flandre Walonne , fait prisonnier dans Tannée impériale. 

Hugues de Mareuh. , présent k Tannée royale ; ce fut lui qui 
reçut Pépée du comte de Flandre. 

HuGON , neuvième abbé de Cysoing y fit donner la sépulture 
dans le cimetière de son abbaye , aux principaux guerriers tués; 
il envoya ses religieux sur le champ de bataille , pour y enter- 
rer cfarétiennésiènt les morts inconnus. Son abbaye éprouva 
de grands dommages par la présence des armées en ce temps. 



Isarelle de Hainaut (*) , fille du comte de ce nom j nièce 

(*) La mallMqrciise UabeUe cliafsêe et ki cour de Frtnee , après la retraite et 
«on ODcle , mt aachant où se rcfii|ier pour ne pat donner dVnkraft an roi i 



( iw ) 

de Philippe d'Alsace, première femme de Philippe- Auguste, 
reine de France, mère de Louis YIII, dit le Lion. 

Isabelle db YsRicAirDOis, sœur et héritière de Raoul, le 
Lépreux , première femme de Philippe d^Alsace, décédée sans 
enfants. 

Idb de Boulogrb , reuTe pour la troisième fois k la mort du 
eomte de Gueidres , mariée en quatrièmes noees k Renaud du 
Dammartin, comte de Boulogne, qui n'ayait aucun égard 
pour elle ; elle était sœur de Gauthier , comte de St-Pôl. 

InNocBHT m, dont le nom de famille était Segui, lança un 
interdit contre le voi Jean««Saiis-Terre. Ce pape était d^un 
naturel altier et opiniâtre , il exerçait une grande influenoo 
sur la chrétienté. 

J 

Jean de Ghistelle , seigneur flamand du pays de Bergues 
(Flandre) , un des commandans de la gendarmerie de Fer- 
rand , fait prisonnier à Bouyines. 

Jean I, dit San3-Terre, roi d^ Angleterre, fils de Henri II, 
frère de Richard I" , dit Cœur-de-Lion , époux de Berengerq 
de Navarre et oncle de Fempereur Othon IV. 

Jeanne, comtesse de Flandre, fille ainée et héritière de 
Bauduin de Constantinople, épouse en premières noces de 
Ferrand de Portugal, en secondes de Thomas de Savoie, sœur 
de la comtesse Marguerite, décédée sans enfants et enterrée 
à Fabbaye de Marquette. 

JxAN II , sire de Beaugenci , héritier de Jean I , présent à 
Tannée royale. 



radreua' aux religieux de Cyioiflg qoi loi donnèrent on uile et loi procurèrent le« 
choMi de première néceMité dont elle maoqaait. 



( IflO) 

Jean de RoBOtOT , ou Rouvimov, ouRommiT, chevalier 
français I présent à Bouvines. 

JsiN DB Mabeuil y frère de Hugues , présent à 1 année royale. 

Jean de Codun, frère de Quenon, qui disputa de concert 
avec lui la capture du comte de Boulogne à Jean de Nelle* 

Jean de Nelle y châtelain de Bruges , d'une ancienne famille 
de Flandre ; il était passé du c6té des Français pour des mé- 
eontentemens particuliers , il disputa la capture du comte de 
Boulogne aux frères Coduns. 

Jean de Burtoan , gentilhomme flamand du Fumenback , 
un des commandants de la gendarmerie de Ferrand , prison-* 
nier à Bouvines. 



Louis VU, dit le Jeune, roi de France, époux d'Alix de 
Champagne, père de Philippe-Auguste. 

Louis YIII^ fils de Philippe-Auguste , roi de France, époux 
de Blanche de Castille , père de Louis IX. 

Louis IX ( St. Louis) , fils de Louis VIII et de Blanche de 
Castille, roi de France. 



Marguerite d*Alsace , comtesse de Flandre , fille de Thierri 
d'Alsace, sœur de Philippe d'Alsace, épouse de Bauduin Y, 
comte de Hainaut , mère de Bauduin de Constantinople. 

Mathilde de Portugal , fille de Dom Sanchè I , roi de Por- 
tugal, tante de Ferrand, épouse en premières noces de Phi- 
lippe d'Alsace , en secondes de Eudes III , duc de Bourgogne, 
qui la répudia pour cause de parenté, morte par accident 
prés de Fumes en 1218 ; elle prit le titre de Reine après la 
mort de son frère. 



( 1«1 ) 

MiRouBitiTE di GoNSTANTiNOPLE ^ sœur Cadette et héritière 
de la comtesse Jeanne. 

Mathieu if de Montmqrexct , premier conétable de France 
en 1218, époux en premières noces de Gertrude de Soissons/ 
et en secondes d^Emma de Laval ; laquelle était veuve de 
Robert , comte d'Alençon , présent à Bouvines où il se dis* 
tingua. 

Michel de Harpes ^ seigneur artésien , blessé à Bouvines 
dans Tarmée royale ; il était aussi châtelain de Cassel et eut 
des démêlés avec la comtesse Jeanne, durant la captivité de 
Ferrand. 

Marie de Champagne, comtesse de Flandre, épouse de 
Bauduin de Gonstantinople , elle mourut en Palestine. 



Othon IV, empereur d'Allemagne, fils de Henri , duc de 
Bavière , et de Mathiide , fille de Henri II , roi d'Angleterre, 
époux en 1"** noces de Béatrix de Souabe , fille de l'empereur 
défunt : en secondes noces de Marie , fille du duc de 
Brabant , qu'il répudia après la bataille de Bouvines ; mort 
sans postérité au château de Hartsbourgen 1218; comman- 
dant en chef l'armée alliée à Bouvines^ où il fut blessé. 

Othon de Tekelenbouro , grand vassal de la couronne im- 
périale , prisonnier à Bouvines. 



Philipipe h , dit Auguste , roi de France , fils de Louis VII 

et d'Alix de Champa^é , père de Louis VIII , dit le Lion , 

époux en premières noces d'Isabelle de Hainaut ; vainqueur 

à Bouvines , où il fut légèrement blessé. 

11 



( 182) 

PsaippE d'Alsace , comte de Flandre , fils de Thierri d'Al- 
sace , époux en premières noces d'Isabelle de Vermandois , 
en secondes , de Mathilde de Portugal , oncle d'Isabelle de 
Hainaut , reine de France. 

Philippe de Nakur , frère de Bauduin de Constantinople , 
tuteur de ses deux filles , régent de ses États pendant son ab- 
sence , époux de Marie de France , fille de Philippe-Auguste. 

PflSRRE DE GouRTEiTAT , comtc d'Auxcrrc , prince du sang 
royal, petit-fils de Louis-le*-Gros, époux en premières noces 
d'Anne de Nevers , en deuxièmes d'Yolande de Hainaut ; mort 
empereur de Constantinople ; présent à l'armée royale. 

Pandolphe ( le cardinal ) , légat du pape Innocent III ; il 
reçut le pouvoir d'absoudre Jean-Sans-Terre ; après sa sou- 
mission. Il ordonna à Philippe- Auguste de cesser tout acte 
d'hostilité contre un prince reconcilié avec l'Église. 

Pierre de Mauvoisi^t , chevalier français , d'une force et 
d'une valeur peu commune , présent à l'armée royale. 

Pierre du M œnil , seigneur de la Flandre Walonne , pré-^ 
sent à l'armée de Ferrand. 

Pierre DE Rheims, seigneur champenois, l'un des comman* 
dants de la gendarmerie française , à Bouvines. 

Pierre d'Ostermale , seigneur Allemand , remplissant près 
de l'empereur les fonctions que le chevalier Garin exerçait k 
l'armée royale ; fait prisonnier des Français. 

Philippe Dewoestine , chevalier flamand , fait prisonnier 
à Gourtrai par le prince royal , quelques mois avant la ba- 
taille de Bouvines. 

Pierre de la Turelle , sergent d'armes Français , qui tua 
lé cheval du comte de Boulogne. 

PhiupSpe de Souabe , empereur d'Allemagne , père de Fré- 



( Ï68 ) 
dëric cfMnpétiteur d*Othon IV à Tempire, il luccéda k ce der» 
nier après ta mort; il était ami et allié de Philippe- Auguste. 



QuENON DB GoDuif , frère de Jean , un des gentilshommes 
français qui contesta la capture du comte de Boulogne. 



Richard I^, dit Cœur de Lioft, fils de Henri II, époux de 
Berengere de Navarre , roi d'Angleterre , mort sans enfans 
légitimes. 

Renaud deDammartin (*), comte de Boulogne, fils d'Albéric 
II. Il relevait de la couronne de France par la réunion de 
TArtois à la France ; il fut blessé et fait prisonnier h Bouyines , 
oùil commandait l'aile droite des Alliés. Les historiens ne s'ac- 
cordent point sur Fépoque de sa mort qui eut lieu , selon 
toute apparence , en 1218, dans sa prison à Péronne. 

Robert II , comte de Dreux , prince du sang royal , petit- 
fils de Louis'le-Gros , époux en premières noces de M ahaut 
de Bourgogne , en deuxièmes, de Yolande de Couci ; il était 



(*) Une vieille chronique rapporte que le prioce Loois , fils de Philippe -AusQstc 
étant allé visiter le comte en prison et loi ayant promis ses bons offices pour le 
recouvrement de sa liberté , Reaaad cqmblé de joie lui promit dans Tëffasion 
d^nne reconnaissance anticipée que s^il parvenait à le tirer de captivité , il se faisait 
fort de le placer sur le trône de France ; ce propos ayant été rapporté au roi , ce 
dernier prononça que Renaud serait détenu jusqu*à la mort. Renaud en apprenant 
cette nouvelle se précipita dans les bras d'un fidèle écuyer qui gardait prison 
avec lyi.Tonsdeux moururent de douleur dans les étreintes defamitié. Ce hix n^est 
répété , ni par Le Breton , ni par aucun autre historien digne de foi ; it nous a 
paru ridicule et nous ne le relatons que pour montrer è quels écarts se sont 
laissé aller certains écrivains crédules. 



( IM ) 

frère' de Vévéque de Beauvais , père de Robert III , dit Gatte- 
Bled ; ce dernier avait été fait prisonnier par les Anglais 
aux portes de Nantes ; il fut échangé contre Guillaume de 
Salisburi , il était un des deux commandans de l'aile gauche 
des Français. 

Raoul II n^IssotTDuir , comte d'Eu , présent à Boulines à 
l'armée impériale; ses terres furent confisquées, Philippe- 
Auguste les lui rendit dans la suite. 

Ràze de GAvfiBs , d'une ancienne famille flamande , présent 
à Tannée de Ferrand. 

Robert de Béthune, parent et allié de la maison de Flapdre, 
aYoué de Béthune , présçnt à l'armée ipipériale, 

s 

Simon de Damicartin , comte d'Âumale , frère de Guillaume 
II , comte de Ponthieu, présent à Tarmée impériale. Le roi 
confisqua son comté au profit de Philippe Hurespel , ce fiU 
qu'il avait eu d^Âgnès de Méranie sfi tfoisièfne épouse. 



Thomas de Satoib , deuxième mari de la comtesse Jeanne, 

THOMAS DE St-Valeri, présent à l'armée royale où il coip-^ 
mandait 2000 piétons et 60 cavaliers. 

TiîipAPT I , duc de Lorraine , époux de Gertmde de d'Arr 
bourg , présent à l'armée impériale. 

Tristan, chevalier français, présent à Bouvines, tué sous 
les yeux du roi en lui ofirant son cheval ; pluaieurs auteurs 
héraldiques assurent qu'il appartenait à l'antique famille des 
Destaings. 

TiNQUENEBojap (le comte de), grand seigneur allemand^ 
présent à Parmée impériale. 



(186) 



A; Point de départ de Tarmée impériale, le matin du 27 
juiUet 1214. 

B. Dédoublement des colonnes impériales pour marcher sur 

un front plus étendu. 

C. Censé de la Longue saule ob le chevalier Garin , qui ac- 

compagnait le yicomte de Melun , reconnut la marcht 
de l'armée impériale. 

D. Bosquet de Taintignies , oppose à la Longue «aule ; ces 

deux points marquent Tintervalle au milieu duquel 
marchait Tarmëe impériale sur plusieurs colonnes d« 
front , le bosquet de Taintignies communiquait^ en 
1214, à une forêt qui s'étendait de Rume et Wannehain 
à la HoYarderie. 

E. Point de conversion de l'armée impériale pour entrercar* 

rément dans la direction du chemin de Tournai à 
Cysoing ; le mouvement de Taile marchante fit croira 
au vicomte de Melun que l'armée ennemie sa dirigeait 
sur Tournai. 

F. Déploiement de l'armèa impériale pour se former en 

ordre de bataille , en avant du village de Camphin , 
firont à Bouvines. 



(i«e) 

G« Armée impériale formée en ordre de bataille , la droite 
appuyée k la Marque vers le pont d^Ânstaing, la 
gauche en Pair vers la censé de la Rouge-Vache. 

H. Phalange triangulaire des Allemands ^ au milieu de la- 
quelle Fempereur Othon s^était placé , ayant son en- 
seigne devant loi. Différens corps allemands à droite 
et à gauche de le phalange , formant le centre ou corps 
de bataille de Farmée impériale. 

I. Aile droite de Parmée impériale , commandée par le 
comte de Boulogne^ composée d'Anglais, de merce^ 
naires et de cavalerie allemande. 

J. Aile gauche de Farmée impériale , commandée par \% 
comte de Flandre , composée de Flan^ands , d'Heii* 
nuyers et de Hollandais. 

K. Point de départ de l'armée française, le matin du 27 
juillet 1214, pour se porter sur Lille, 

L. Mouvement rétrograde de Finfanterie des communes , à 
la tête de laquelle était Foriflamme , pour arriver sur le 
plateau de Gysoing. 

M* Evolution de Farmée française pour se former en bataille 
par un mouvement central , parallèlement et front à 
Fdrmée impériale. 

N. Armée française formée en ordre de bataille y la gauche 
appuyée à la Marque entre Bouvines et Gruspn, 1^ 
droite en Fair vers le petit hameau de Rescroûçl, 

O, Centre de Farmée française, commandé par le roi en 
personne , Finfanterie des communes en T* ligne , face 
aux Allemands. 



J 



(167) 
P. Aile droite de l^armèe française , commandée par le duc 
de Bourgogne , face aux Flamands , la gendarmerie 
d^ordonnance , les troupes légères du vicomte deMelun 
et de Mathieu de Montmorency en avant. 

Q. Emplacement d'un petit bois existant en 1214 , entre 
Esplechin et Fromont , où eut lieu le premier enga- 
gement entre l'avant-garde des Alliés et le détachement 
du vicomte de Melun. 

R. Réserves respectives des deux armées. 

S. Mont des Tombes sur la rive gauclie de la Marque, terri- 
toire de Sainghin près du pont situé entre Bouvines 
et Gruson. 

T. Ruisseau qui prend sa source à Rume et va se jeter 
dans TEscaut , un peu au-dessus de Tournai. 

U. Petit ruisseau qui prend sa source aune fontaine, entre 
Rescroûel et Wannehain, et va déboucher dans la 
Marque, au bas de Cysoing. 

y. L'Elnon, ruisseau qui parcourt la vallée de ce nom, 
et va se jeter dans la Scarpe , au-dessus de l'abbaye 
de St-Amand. 

Xt Chemin de Bouvines à Lille par Sainghin et Lezennes, 

Z, Antique chaussée de Tournai à Seclin, par Cysoing, 
ancienne voie romaine de 2*^* classe. 

Voir la carte de Cassini, feuille dite de Lille, n"* 41 , ou 
celle de Ferrari , ou toute autre carte locale pour la vérifi-» 
cation des aboutissants. 



<!«) 



€^»tth9^i%ùn» xdvitthtB nu ^ititi» 



1"* La partie entre Wanodiaio i U HoYardoie, en 1214 , 
était couverte de bois liés entre eux, «ur toute la longueur du 
terrain et sur une largeur d'une lieue au plus et d'un« 
4lemi-lieue au moins. Les ebemins destinés à yider cette 
forêt , percés sur un fond glaiseux , où les plantations en* 
iretenaient l'humidité, avaient encore été rendus plus impratir 
cables par les pluies qui n'avaient cessé de tomber depuis la 
mi-juin jusqu'au 20 juillet. Toutes les chroniques du pays font 
mention de ces pluies diluviennes qui désolèrent la Flandre à 
cette époque ; cet état des lieux explique pourquoi l'empereur 
Othon ne marcha point en ligne droite de Mortagne pour dé* 
boucher sur le plateau de Gysoing. Npus avons lu sur les 
marges d un vieil antiphonaire délabré , que les chevaux des 
eombaltaos furent tourmentés d'une cruelle manière par dea 
essaims de mouches engendrées par l'humidité , et par la quan- 
tité de saules formant le principal des plantations. La chfi-' 
leur du jour, dit l'auteur anonyme de la note, les avait rendua 
sanguinem sitienifi^^ sanguinaires. Nous ne prétendons pas^ 
avec l'auteur , que ces insectes furent un obstacle insurmon- 
table à la marche des Impériaux à travers les bois dç la 
Hovarderie \ mais cette note constate l'extrépie huniidité du 
terrain et par conséquent, Tétât impraticable des chemins 
boisés. 

2"* Si on prend inspection de la Marque , depuis le clos di 



(169) 

l'abbaye de Cysoing jusqu^k Àntoing ; ti on la considère sous 
le point de vue de son état actuel , il paraîtra , sans doute , 
étonnant que ce ruisseau soit de si grande importance dans la 
question stratégique de la bataille de Bouvines. On cessera 
néanmoins d^étre surpris si, reportant sa pensée k Tépoque, 
on fait attention d^abord que ce ruisseau n^était ni resserré^ 
ni encaissé, faisant, par conséquent^ alluvion de toute part 
dans la vallée ; ensuite, que le radier de Tressin maintenait 
toujours les eaux très-hautes en amont , pour faciliter Pactioa 
du moulin établi en cet endroit ; et enfin , que les pluies insolites 
survenues en ce temps , avaient encore grossi les eaux des maré- 
cages impraticables, surtout pour la cavalerie, qui aurait péri 
misérablement dans la vase en voulant échapper au fer de 
Tennemi. 

9" Nous aurions pu faire figurer Lille, Douai, Orchies, 
Valenciennes et St-Amand sur notre carte, il fallait pour cela, 
rétrécir le champ des opérations , ce qui eût été une gène pour 
le tracé des mouvemens. Du reste , le lecteur qui voudra em- 
brasser une plus grande étendue de terrain, le pourra au 
moyen de cartes locales auxquelles les nâtres se rattachent. 

4® Prévenant Fobjection de ceux qui demanderaient pour- 
quoi Farmée française, marchant de son camp sous Tournai 
sur Lille, ne prit point la route actuelle, c'est-à-dire, d'Orcq, 
Marquain^ Baisieux, Chéreng, Ascq, etc.? nous ferons observer 
qu'au temps de la bataille de Bouvines et plus de deux siècles 
après coup, le chemin ordinaire de Tournai à Lille était celui 
de Tournai à Cysoing ; arrivé k l'endroit où était la chapelle 
aux Arbres, on prenait Tembranchement aboutissant à Bou- 
vines , qui conduisait k Lille par Sainghin et Lezennes. 



( 170) 

5* Trois plans au lieu d*un, le premier représentant le 
mouvement des armées pour se former, le second représen- 
tant les deux armées toutes formées, et le troisième indiquant 
les points d'attaques et la déroute des Alliés, auraient, sans 
contredit^ facilité Pétude des opérations à ceux qui sont peu 
familiarisé avec Tusage des cartes militaires ; ce développe- 
ment d'explications , qui n'est point d'indispensable nécessité , 
aurait été trop dispendieux , nous avons préféré laisser aux 
amateurs qui voudront étudier notre bataille , le plan sous 
les yeux, le plaisir de crayonner eux-mêmes lesmouvemens 
indiqués. 

Partie de ces observations se trouvent disséminées dans 
l'ouvrage ; cependant nous avons pensé qu'il était bon de 
les réunir ici en un seul corps pour l'intelligence du plan. 

ERRATA. 



|jn«oi>u€noir » page I , ligne 6 , liseï : nfamnàl tu ^'a B'mwrer plut tard. 

Page 35 , ligne 2 , pavoit , lises : paroi*. 

Pftge 38 , ligne 25 , f avait réduit , lisez : l'avaient réàmi. 

Page 41 , ligne 11 , ajoutez ^w après Aadenarde. 

page 41 , ligne 13 , accourut, lisez : accourait. 

Page 84 , ligne 22 , au tournois , lisez : aux tournois. 

Page 103 y ligne 21 , àrabantione» , lises : braàantiorotr 

Page 111 , ligne |1 , diem, lisez : dum. 

Page 1}2, ligne 4, fit, lisez ; sit. 

Page 116, ligne 19 , lisez : et quelquefois peu exact, 

Page 121 , ligne 11 , Fontetti, lisez : Fontette^ 

Page 125, ligne 17 , (THuselt, lisez : d'ffaselt. 

Page 157, ligne 14 , Seropke, lisez: Scrophe. 

Page 160 y ligne 1 , jflonverap, lisez ; Bouverai, 



(171) 



VI^SILI 



m» Mattht9 cmtmuti iam et volurat. 



àfcàMM»*!!» 



i BtmmrquÊS, ^ pa§0t 

IHTRODUCTIOir. 1^ 

Récit. i% 

JUtte des Prisonniers et note snr les nai(f6tft. 47, 

V I. De Philippe d'Alsace et de Blathilde sa deuxième ép«ttae« 61« 
l n. J>a Mariage de Ferrand , de sa oondaite enTeri ira ^tome. 

— Traité du Pont-à^Vendin. g^^ 

III. De TExpédition Bfaritime contre lef Anglais. g^. 

IV. Du Sac de Lille. gj^ 

V. Conoeatration de FArmée Française. QO 

VI. De la Marche du Roi snr Tournai. 5| 
Vn. Marche de l'Armée Impériale , de Valenciennes par Mortagne. 63. 

VIII. Marche rétrograde des Français sur Lille. 64. 

IX. Reconnaissance du vicomte de Melnn. 05. 

X. Marche de TEmperear, de Mortagne sor le tei^in. 67« 

XI. Rapport da chevalier Garin. 70^ 

XII. Denxième et troisième rapports du vicomte de Melnn. 72. 
Xin. Précis de la Milice Française, Allemande et Anglaise, an 

commencement dn treizième siècle. 74. 

XIV. Formation des deux Armées. 87, 

XV. Étendue et profondeur des deux Armées. 89. 

XVI. Si l'Armée Française appuya sa gauche à la Bfarqne et si 

die ne chercha point à couvrir sa droite» 92, 



94. 
95. 
90. 



( 174 ) 

Wtl* Ds reprocU àdfttié à l'Eapcitiir d'itoir cboUî on méf 

et bafaOlt front an midi. 
XVni. }fi U Roi cnToya nu parlcnoiUir» à rSntpereor Mutni k 

eombat. — Prétende diftloj^ dn Roi afec Montigni 
àrant le combat. 
l>t l'Église où le Roi fit la prière. 
Dépofition de ia Conronne.— Sc^e de la donfte. 
Obeeffatioila généralee ear lea deux Annéee pendant TaetioB. 
—De l'aik droite det Français et de l'aile ganche des 
Aniés. 
Det tronpee enfoyéei à la ponrenite de rAimée Impériale. 
XXin. Le Roi laissat-il ganûfon à Toomai en décampant detant 

celte place ? 

XXIV. Des pertes épronTées par les deux Armées. 

XXV. Dn mont des Tombes. -*• De la chapelle anx Arbits* 
XXTI. Pierres sépulcrales» Indîeeset Traditions. 
XXYIL Dn cfaefalier Garin. 

Liste raisonnée des Antenrt consultés. 
XXVm. Cartes anciennes et Plans. 

Indication des Lienx. < 

Table des noms des Personnes reprises dans le corps dt TonTrage. 16S. 
Explication de la plancbe en tête de l'oUTrage. 16&. 

Observations relatives an plan. l6S. 



99. 
104. 

10& 
106. 
109. 
lit. 
118. 
115. 
140. 
141. 












•* -^ 



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