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Full text of "Mémoires"

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t . 



MÉMOIRES 



DE 



L'ACADÉMIE DE MÉDECINE 



TOME TRENTIÈME 



î: 

'.4 



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CORBEIL. — TYP. ET STÉR. DE CKÉTÉ FILS. 



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MÉMOIRES 



DE 



L'ACADÉMIE} DE MÉDECINE 



TOME TRENTIÈME 



AVEC PLANCHES NOIRES ET EN COULEUR 



PARIS 
G. MASSON, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DE l'aGADÉMIE DE MÉDECINE 
Place de rtcele-de-Médecine, 17 

1871-1873 



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RÈGLEMENT 



DE 



L^ACADÉMIE DE MÉDECINE 



TITRE 1". — Classes et sections de C Académie. 
Article r». 

Les membres titulaires de l'Académie sont au 
nombre de cent^ distribués en onie sections, ainsi 
qu'il sait : 

1** SECTION. Anatomie et Physiologie 10 

f — Pathologie médicale 18 

3* _ Pathologie chirurgicale 10 

4* — Thérapeutique et Histoire natu- 
relle médicale 10 

5* — Médecine opératoire 1 

6* — Anatomie pathologique 7' 

7* — AccoucbemenU 7 

8* — HjgièMpubllqae«Médecinelégale 

et Police médicale 10 

9* — Médecine vétérinaire . . 6 

10" — Physique et Chimie médicales. 10 
W — Pharmacie 10 

100 

Art. 2. 

Les associés libres peuvent être au nombre 
de 10 

Art. 3. 

Les associés nationaux pourront ôtre portés au 
nombre de 20 

Les associés étrangers pourront également être 
portés au nombre de ^ 



Art. 4. 
Le nombre des correspondanU nationaux est 

ûxéà ^^ 

Celui des correspondants étrangers à. . . . dO 

Art.5« 
Les correspondants nationaux et étrangers sont 
distribués en quatre divisions, ainsi qu*il suit : 

l"* DIVISIOM* 

Anatomie et Physiologie. -Pathologie médicale. 

- ThérapeuUque et Histoire naturelle médicale. 

- Anatomie pathologique. - Hygiène pubUque 
et Médecine légale. 

Correspondants nationaux «® 

Correspondants étrangers ^^ 

]• mvisMKi. 
Pathologie chirurgicale. — Médecine opéra- 
toire. — Aooouchemauts. 

CorrespondanU nationaux 

Correspondants étrangers 

8^ DIVISION. 

Médecine vétérinaire. 

Correspondants nationaux 

Correspondants étrangers 

4* DIVISION. 

Physique et Chimie médicales. — Pharmacie. 

Correspondants nationaux 

Correspondants étrangers 



24 
12 



20 
10 



160 



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VI 



RÈGLEMENT 



TITRE IL — Asêembléet. 
CHAPITRE 1er. 

S^nce particulière, 

AsT. 6. 

Les séances de l'Académie ODt lien toui les 
mardis, à trois heares. 

Abt« 7. 

Les membres de l'Académie ont seuls le droit 
d'assister à ces séances. 

Ait. 8. 

Le président appelle les sqjets à traiter, confor- 
mément à l'ordre du Jour ; il dirige les discus- 
sions ; il met aux toix les propositions, recueille 
les suffrages, proclame les décisions de TAcadé- 
mie ; Il nomme, de concert avec le bureau, les 
commissions que l'Académie ne croit pas devoir 
cboisir elle*méme ; il arrête les listes de présence ; 
il signe les procès-verbaux; enfin il veille au 
maintien de Tordre* 

A». 9. 

Indépendamment des réunions de rAcadémle,le 
président préside de droit les réunions des com- 
missions, à l'exception de celles des sections et 
commissions chargées de présentations aux places 
vacantes. 11 a voix prépondérante en cas d'égalité 
de suffrages. Il marche à la tête de l'Académie et 
de ses députatlons ; il lea présente et parle en leur 



Art. 10. 

Le vice-président de l'Académie est élu parmi 
les membres résidants. Son élection se fait chaque 
année dans ravant-demière séance de décembre, 
après convocation expresse, au scrutin secret et 
à la majorité absolue des membres présents. 

Abt. 11. 

Le vice-président remplace dans ses fonctions le 
président en cas d'empêchement, et passe lui- 
même de droit à la présidence l'année suivante. 

Art. 12. 

L'Académie a un secrétaire perpétuel, lequel est 
élu par elle au scrutin dans une séance indiquée 
cet effet un mois d'avance. 



AsT. 13. 

Le secrétaire perpanel a pour foncUons de pré- 
parer les séances de l'Académie, de rédiger et de 
signer les délibérations, les lettres écrites au nom 
do l'Académie, et généralement tous les actes qui 
émanent d'elle ; de faire tous les ans, conjointe- 
ment avec le secrétaire annuel, l'analyse de l'en- 
semble des travaux de l'Académie, l'éloge de ses 
membres décédés, et de présenter une esquisse 
des progrès de Tart de guérir dans toutes ses 
branches. Il assiste à tontes les commissions, 
sans en excepter celles'qnl ont trait à des présen- 
tations pour les places vacantes : il y a seulement 
voix consultative. 

Art. 14. 

Le secrétaire perpétuel est remplacé dans ses 
fonctions, en cas d'empêchement, par le secrétaire 
annuel. Ce dernier est élu dans la même séance 
et de la même manière que le vice-président; il 
est de droit un des quatre membres que l'Acadé- 
mie élit pour le Conseil d'administration. 

Abt. 15. 

Les travaux des séances ont lieu dans Tordre 
suivant : 

10 Lecture et adoption du procès-verbal de la 
séance précédente; 

20 Correspondance avec le Gouvernement et les 
Autorités constituées ; 

3* Correspondance avec les savants agrégés ou 
non à TAcadémte ; 

4* Annonce des observations, mémoires ou ou- 
vrages manuscrits; 

5* Annonce des observations, mémoires et ou- 
vrages imprimés ; 

6» Élections; 

70 Rapport des commissions nommées par TA- 
cadémie; 

8« Lecture des observations, mémoires et ou- 
vrages des membres de l'Académie ; 

90 Lecture des observations, mémoires et ouvra- 
ges présentés par les savants étrangers à TAca- 
démie; 

10* Exposition et démonstration des objets ma- 
tériels. 



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DE lVgadémib db Médecine. 



vil 



IfëaDmoins l'Académie peut, sur la proposUiOD 
do boreao, iotenrertir cet ordre de travaux. 

Art. 16. 

A TooTerture de la séance, une feuille sert à re- 
cevoir, dans autant de cases séparées et numéro- 
tées, les signatures des membres. A trois heures 
et demie, le président arrête cette liste en tirant 
une barre et mettent sa signature au-dessous du 
dernier nom inscrit. Les membres dont les noms 
sont inscrite sur cette feuille ont droit à un Jeton 
de présence. Indépendamment de cette feuille, un 
registre sert à recevoir, à chaque séance, les si- 
gnatures de tous les membres de l'Académie, 
quel que soit leur titre. 

Abt. 17. 

Toutes les pièces adressées à l'Académie sont 
datées et paraphées par le secrétaire perpétuelle 
Jour même de leur réception. La présentation et 
la lecture de ces pièces sont constetées de la même 
manière. 

Art. 18. 

L*Académie entend la lecture des rapports et 
mémoires d'après leur ordre d'inscription. Néan- 
moins elle peut, par une délibération expresse, in- 
tervertir cet ordre toutes les fois qu'elle le juge 
convenable. 

Art. 19. 

Aucune lecture ne peut être interrompue, sus- 
pendue, ou renvoyée à des commissaires, que d'a- 
près l'avis du bureau; en cas de réclamation, l'A- 
cadémie est consultée et prononce. 

Commisiiom temporaires. 

Art. 20. 

Seront renvoyées à des commissions: 
1» liOS communications qui sont faites à l'Aca- 
démie par le Gouvernement et les Autorités ; 

2» Celles qui sont faites par des savants, si la 
Compagnie les Juge de nature à être l'objet d'un 
rapport particulier. 

Ait. 21. 

Les commissions se composent de trois, cinq, 
sept, neuf ou ouïe membres, suivant l'importence 
des objets qui leur sont envoyés. 



Art. 22. 

Les commissions sont nommées sur la désigna- 
tion du bureau ou au scrutin toutes les fois qu'il 
est réclamé par dix membres au moins. Quel que 
soit le mode de nomination, le dernier membre 
nommé reçoit les pièces que la commission doit 
examiner, et c'est lui qui est chargé de la faire 
convoquer. 

Art. 23. 

Les commissions se choisissent un président et 
un secrétaire rapporteur. Elles ne peuvent connaî- 
tre que des objets qui leur sont adressés. 

Commissions permanentes. 
Art. 24. 

Indépendamment des commissions qui sont nom- 
mées à chaque séance pour les travaux éventuels 
de TAcadémie, et dont il est question dans les 
quatre articles précédente, la Compagnie institue 
des commissions permanentes pour ceux de ces 
services qu'on peut appeler publics. 

Art. 25. 

Ces commissions sont composées de six ou neuf 
membres élus, après convocation expresse, au 
scrutin de liste et à la minorité relative des mem- 
bres présents. Elles se renouvellent par tiers, tous 
les ans, dans le mois de décemlnre. 

Art. 26. 

Ces commissions préparent le rapport général 
que l'Académie fait à l'autorite sur le service pu- 
blic qui les concerne. Elles font, eo outre, s'il y a 
lieu, d'intervalle en intervalle, dans le cours de 
Tannée, à l'Académie, des rapporte partiels desti- 
nés à exposer la série de leurs travaux Journaliers. 

Rapports, 
Art. 27. 

n ne peut être fait de rapport sur les ouvrages 
imprimés, excepté sur ceux qui le sont à l'étran- 
ger. 

Art. 28. 

Les rapporte peuvent eue discutés séance te- 
nante, ou dans des séances spéciales, au gré de 
l'Académie. 



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VIII 



RÈGLBMBirr 



Am. 29. 

Lors de la discuMion et de la déllbératioo des 
rapports, les ameDdements ont la priorité ; mais 
toute proposition incidente an rapport ne doit être 
mise aux Yoix qu'après que l'Académie a statué 
sur le rapport et sur la proposition de la eoaunii- 
sioo qui la présente. 

Ait. 30. 

Une fols adoptés, les rapporU doif ent être dé- 
posés et transcrits dans Tordre de leur adoption, 
sur un registre destiné à cet usage. 

Art. 81. 

Les copies et les extraits de ces rapports, faiU 
sur la demande du Gouyemement et des Autorités, 
ne pourront être adressés qu'à eux seuls. 

Art. 32. 

Dans les autres cas, ils peuvent être délivrés aux 
parties intéressées, lorsque PAsadémie le Juge con- 
venable, mais sous la condition expresse qu'il n'y 
sera Jamais fait d'altéraUon, d'addition ou de re- 
tranchements d'aucun genre. Cette condition doit 
être relatée en marge de la copie ou de l'extrait 
accordé. 

Art. 83. 

Les copies et les extraiU des rapporU sont si- 
gnés par le secrétaire perpétuel seul. 

Art. 34. 

11 est fait tous les trois mois appel des rapports 
arriérée et des noms des commissaires qui en sont 
chargés. 

Art. 35. 

Le président accorde la parole pour et contre 
les propositions, alternativement^ jusqu'à ce que 
la discussion soit épuisée ou ait été fermée : néan- 
moins la parole doit être accordée pendant la dis- 
cussion pour rétablir la quesUon, pour réclamer 
la clêtore et Tordre du Jour. 

Art. 86. 

Les rapporteurs des commissions ont la parole 
dans les discussions toutes les fols qu'iU la ré- 
clament ; ils l'ont encore de droit après la dêture 
de la discussion. 



Art. 37. 

Les décisions de l'Académie sont prises à la ma- 
jorité absolue des suffirages: elles sont manifes- 
tées par assis et levé ou au scrutin. Dans le cas de 
doute par assis et levé, l'épreuve est recommen- 
cée ; si le doute persiste, le scrutin est de droit; 
il est encore de droit toutes les fois qu'il est ré- 
clamé par dix membres au moins. Ces décisions^ 
pour être valables, exigent la présence de la 
moitié plus un des membres qui ont signé la 
feuille de présence du jour. 

Art. 38. 

Le résnlut des délibérations est proclamé par 
le président, et inscrit au procès-verbal par le se- 
crétaire perpétueL 

CHAPITRE U. 

Séances publiques. 
Art. 39. 

Les séances publiques de l'Académie ont lieu 
tous les ans, dans la première qulnxaine du mois 
de décembre. 

ARt. 40. 

Ces séances ont pour objet : l'exposition des tra- 
vaux de TAcadémie et des progrès de Tart de gué- 
rir; la lecture des éloges des membres décédés; 
la proclamation des noms des auteurs qui ont mé- 
rité des prix; l'annonce des suJeU de prix|mi8 au 
concours, et la lecture des mémoires désignés. 

Art. 41. 

Une commission, composée de cinq membres, 
nommée au scrutin de liste et à la majorité rela- 
tive des membres présents, est chargée, troU 
moU à l'avance, de recueUllr et de préparer les 
matériaux de ces séances. 

Art. 42. 
Les discours et autres pièces destinés à être lus 
dans les séances publiques doivent toi^jours être 
communiqués préalablementauConseU d'admlnls- 
traUon, lequel détermine l'ordre et la durée des 
lectures. 

Art. 48. 

Les séances publiques sont présidées par les 
mêmes personnes et de la même manière que les 



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DE L ACÂDÉMIB DE MÉDECINE. 



IX 



Béances pri? ées» mais elles ne comportent aucune 
discussion. 

TITRE ni. — Élections. 

Art. 44. 

Nul ne peut être membre titulaire de l'Acadé- 
mie : r s'il n'est docteur en médecine on en chi- 
rurgie, ou reçu dans une école supérieure de phar- 
macie ou de médecine Tétérinaire; 2" s'il n'en a 
fkit la demande expresse. 

Art. 45. 

11 ne peut être nommé à anonne place de mem- 
bre de l'Académie qu'après trois mois de la ihr 
eance de cette place. 

Art. 46. 

Toutes les demandes adressées à l'Académie sont 
renToyées par elle : 

1* A la section dans laquelle la place est vacante, 
s'il s'agit d'un titulaire; 

2*" A des commissions spéciales composées de 
cinq membres au moins et nommées au scrutin 
pour tontes les autres nominations. 

Art. 47. 

Quand une section sera naturellement ou acci- 
dentellement, au moment de la présentation, com- 
posée de moins de cinq membres, l'Académie lui 
lyoutera, par scrutin, le nombre nécessaire pour 
la porter à cinq; ce n'est qu'après cette addition 
que la section pourra faire la présentation. 

Art. 48. 

Les sections et les commissions font, en comité 
secret, leurs rapports sur les titres respectifs des 
candidats dont les demandes leur ont été renvoyées. 

Art. 49. 

Les sections et les commissions présentent trois 
candidats au moins et six au plus pour chaque 
place. Toutefois, si dix membres au moins pro- 
posent d'autres candidats^ l'Académie consultée 
pourra également en admettre la présentation 
après discussion. 

Art. 60. 

Il est voté sur ces candidats dans la séance qui 
suit celle dans laquelle a été fait le rapport de 
présentation, et pour laquelle sera faite une con- 
vocation spéciale. 

XXX 



Art. 51. 

L'élection des membres titulaires se fait au 
scrutin individuel ; celle des associés et correspon* 
dants se fait également au scrutin individuel et 
sur listes multiples, comme 11 est dit à l'article 49 ; 
pour les uns comme pour les autres, il faut la 
majorité absolue des membres présents. 

TITRE IV. — Administration. 

CHAPITRE !•». 

Conseil. 

Art. 52. 

L'Académie est représentée^ hors de ses séan- 
ces, par un conseil d'administration. Ce conseil se 
compose : du président de l'Académie, du vice- 
président, du secrétaire perpétuel, du secrétaire 
annuel, du trésorier et de l'aBcien secrétaire du 
conseil ; deux membres titulaires, nommés an- 
nuellement par l'Académie, en font en outre par- 
tie avec le doyen de la Faculté de médecine de 
Paris, qui conserve le titre et les prérogatives de 
membre de l'Académie après qu'il a cessé d'exer- 
cer les fonctions de doyen. 

Art. 53. 

Le conseil d'administration est présidé comme 
l'Académie; le secrétaire perpétuel y tient la 
plume; 11 prépare et rédige la correspondance; il 
revoit et vérifie les copies et les extraits des rap- 
ports que l'Académie Juge à propos de délivrer aux 
auteurs; il fait les convocations du conseil et du 
l'Académie ; Il veille à l'exécution des décisions du 
conseil, et règle les travaux des employés. 

Art. 54. 

Les employés de l'Académie sont tous sous la 
direction du secrétaire perpétuel; ils ne peuvent, 
dans aucun cas, être docteurs en médecine ni 
membres de l'Académie. 

Art. 55. 

Le conseil d'administration se réunit tous les 
huit jours, et plus souvent si les circonstances 
l'exigent. Les convocations extraordinaires sont 
faites par le président, et, à son défaut, par le se- 
crétaire perpétuel. 

2 



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X 



RÈGLEMENT 



Art. 56. 

Le conaeil est chargé de rexécatioo des déci- 
sions de rAcadémie, du dépouillement et de Texpé- 
dltion de la correspondance et des conYocations; 
il contrôle et ordonnance les dépenses de tout 
genre; il établit chaque année le budget des 
dépenses, et juge quelles sont les commissions 
auxquelles 11 est possible d'accorder des Jetons de 
présence; enfin il prend, proYlsoirement et dans 
les cas urgents, les mesures que les circonstances 
exigent. 

Art. 57. 

Toutes les décisions du conseil sont prises à la 
majorité absolue des voix. Ces décisions exigent 
la présence de cinq membres au moins, et sont 
signées au registre par le président et le secrétaire 
perpétuel. 

Art. 58. 

Chaque membre du conseil d'administration 
reçoit, à Tissue de chaque séance, un Jeton de pré- 
fence* 

Art. 59. 

Chaque année, le conseil d'administration fera 
connaître à l'Académie^ dans une des séances du 
mois de décembre, les dépenses faites dans Tannée 
qui finit, et lui communiquera l'état de celles qui 
doivent avoir lieu dans l'année suivante. 

Cette communication doit toujours précéder la 
nomination des membres que l'Académie élit cha- 
que année pour la compoâition du conseil. 

Art. CO. 

Les membres que le choix de l'Académie porte 
au conseil sont élus à la même époque que le vice- 
président et le secrétaire annuel ; ils sont élus au 
scrutin individuel et à la majorité absolue des 
membres présents. 

CHAPITRE n. 
Trésorier. 

Art. 61. 

Le trésorier fait toutes les écritures relatives à 
la comptabilité de l'Académie; il signe, de concert 
avec le président et le secrétaire perpétuel, les 
bordereaux de dépenses; il reçoit l'argent néces- { 



salre à la solde de ces bordereaux, et en donne 
quittance; 11 solde ces bordereaux, tient note dft 
toutes les dépenses, en rend compte an conseil 
tous les trois mois, et lui présente un compte 
général à la fin de l'année, lors de l'établissement 
du budget. Il a sous sa direction la distribution 
des Jetons de présence. 

CHAPITRE m. 

Archives et collections. 
Art. 62. 

L'Académie a un bibliothécaire. U peut être pris 
hors de la Compagnie. It est nommé par M. le Mi- 
nistre de l'Instruction publique^ sur la présenta- 
tion du conseil d'administration. 

Art. 63. 

Le bibliothécaire sera, pour la partie adminis- 
trative, sous la direction du secrétaire perpétuel 
et du conseil d'administration. Il sera chargé de 
la garde et de la conservation des collections et 
archives de l'Académie. Il ne pourra prêter de 
livres qu'aux seuls membres de la Compagnie, sur 
leur récépissé et pour un temps qui ne dépassera 
pas un mois. 

Art. 64. 

Sont déposés dans les archives et les collections 
de i' Académie les observations, mémoires et ou- 
vrages, tant imprimés que manuscrits; les des- 
sins, gravures, planches; les Instruments et les 
machines; les pièces d'anatomie et d'histoire natu- 
relle; les produits chimiques» et généralement 
tous les objets qui pounaient être adressés à l'Aca- 
démie on ac^iuis par elle. 

Art. 65. 

Il est dressé tous les ans, par les soins du se- 
crétaire perpétuel, et à la diligence du bibliothé- 
caire, un catalogue des objets qui, dans le cours 
de l'année^ ont été donuc^s à l'Académie ou acquis 
par elle. Ce catalogue est présenté k la Compagnie, 
et, tous les cinq ans, ces catalogues sont fondus 
en un catalogue général. 

Art. 66« 

L'Académie ordonne la publication de ces cata- 
logues toutes les fois qu'elle le Juge convenable. 



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OB L ACADÉMIE DE MÉDECINE. 



XI 



Art. 67. 

Les archiYef , les coUecUons et tout le matériel 
de l'Académie sont placés sous la surfelUance du 
secrétaire perpétuel. 

CHAPITRE IV. 

Vaccmaiiotts gratuites. 

Abt. 68. 

Il y a un directeur du service de la yaccine; 
ce directeur est pris dans le sein de la Gompa> 
gnie, et est nommé par le ministre de rinstmctlon 
publique, sur la présentation du conseil d'adminis- 
tration. 

Abt. 69. 

Le directeur du service de la vaccine sera, pour 
la partie administrative, sous la direction du se- 
crétaire perpétuel et du coneeil d'administration; 
il sera chargé de pratiquer, deux fois par semaine 
au moins^ les vaccinations gratuites; il signera et 
délivrera, conjointement avec le secrétaire perpé- 
tuel, les certificats de vaccine; Usera de droit 
membre de la commission de vaccine. 

CHAPITRE V. 

Travaux chimiques. 
An. 70. 

Il y a un chef de3 travaux chimiques de l'Aca- 
démie. Ce chef peut être pris hors de la Compa- 
gnie ; il est nommé par le ministre de l'instruction 
publique, sur la présentation du conseil d'admi- 
nistration. 

Art. 71. 

Le chef des travaux chimiques est, pour la par- 
tie administrative, sous la direction du secrétaire 
perpétuel et du conseil d'administration, et, pour 
les travaux dont il ne serait pas nominativement 
chargé, sous celle des présidents des commissions 
chargées par l'Académie des recherches et des 
expériences chimiques. 

Art. 72. 

Les membres de l'Académie qui ne sont pas 
membres de ces commissions, ne peuvent se livrer 
par eux-mêmes à des manipulations chimiques 
dans le laboratoire de l'Académie. 



TITRE V. — Publications. 

Abt. 78. 

Toutes les publications sont faites au nom de 
l'Académie et en vertu d'une délibération expresse. 

AtT. 74. 

Les publications se composent i 

1« Du compte rendu des travaux de l'Académie; 

20 De l'esquisse historique des progrès de lUrt, 
tant dans ses parties que dans son ensemble; 

30 Des éloges et notices historiques composés sur 
les membres de l'Académie décédés ; 

4*" Du programme des prix proposés par l'Aca- 
démie, et de l'Indication des prtx remportés; 

&o Des mémoires fournis par les membres de 
l'Académie ; 

0* Des mémoires dus à des savants éiran^rs. 

Art. 75. 

Les écrits destinés à l'impression sont remis à 
une commission, dite de publication, chargée de 
revoir ce qui doit être publié an nom de l'Acadé- 
mie. 

Art. 76. 

Cette commission est composée des secrétaires 
perpétuel et annuel, du trésorier, et de cinq 
membres nommés an scrutin par TAcadémie. Ces 
cinq membres sont renouvelés tons les ans; ils 
sont rééliglbles. 

Art. 77. 

U sera accordé aux auteurs des ouvrages qui 
n'auraient pas été désignés pour être publiés ac- 
tuellement^ la faculté d'en faire tirer copie (1). 

Art. 78. 

La commission de publication rend compte tous 
les trois mois à l'Académie de l'état des travaux 
relatifs aux publications. 

TITRE VL — Concours et prix. 
Art. 79. 

L'Académie propose, tous les ans au moins, un 
sujet de prix sur des matières susceptibles, autant 
que faire se pourra, d'expériences, d'observations 
et de recherches positive.^. 

(1) A leurs frtif . 



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XII 



RÈGLEMENT DE L ACADÉMIE DE BfÉDECINE. 



Art. 80. 

Les membres résidants sont seuls exclus du con- 
cours. 

Art. 81. 

I..es mémoires des coocurrents doivent porter 
une épigraphe apparente, et le nom de l'auteur, 
soigneusement cacheté^ avec la répétition de l'épi- 
graphe. 

Art. 82. 

Ces mémoires sont envoyés à une commission 
composée de cinq membres au moins, élus au 
scrutin par l'Académie. 

ART. 83. 

Cette commission fait son rapport en comité 
secret et soumet son Jugement à la ratification do 
l'Académie. Toutefois, sur la proposition de la 
commission des prix, et après décision de l'Acadé- 
mie, la lecture de ce rapport pourra se faire en 
séance publique; mais la discussion sur les titres 
des candidati continuera à être réservée pour le 
comité secret. 

Art. 84. 

Les mémoires couronnés peuvent être publiés 
avec ceux de l'Académie, quand celle-ci les jnge 
dignes de paraître dans les collections de ses tra- 



Art. 85. 

Les prix résultant des dons particuliers qui pour- 
ront être faits à l'Académie seront décernés sui- 
vant les intentions des donateurs, en se confor- 
mant toutefois, autant que possible, aux règles 
établies ci-dessus. 



TITRE VII. — Dispositùms générales. 
Art. 86. 

L'Académie désigne au scrutin secret, sur la de- 
mande du Gouvernement, des commissaires choi- 
sis parmi ses membres pour être envoyés dans 
tous les lieux où des épidémies, des épisootles, 
l'examen des établissements d'eaux minérales ou 
d'utilité publique^ etc., peuvent rendre leur pré- 
sence nécessaire. 

Art. 87. 

L'Académie envoie à ses frais une députation 
aux obsèques de ceux de ses membres qui sont 
décèdes dans le lieu de sa résidence. 

Art. 88. 

La proposition de placer dans l'enceinte de 
l'Académie le buste on portrait d'un membre dé- 
cédé ne peut être faite que cinq ans après son dé- 
cès. Celte proposition est renvoyée à une commis- 
sion nommée au scrutin. Il est voté sur le rapport 
de cette commission au scrutin et à la majorité 
absolue des membres présents. 

Art. 8a 

Jusqu'à ce que les classes de correspondants 
nationaux et étrangers soient rentrées dans les 
limites fixées par l'article 4 du présent Règlement, 
il ne sera fait qu'une nomination sur trois extinc- 
tions. 

Art. 90. 

En cas d'insufflsance du présent Règlement, il y 
sera pourvu par une délibération expresse de TA- 
cadémle. Cette délibération, pour être exécutoire, 
devra être soumise au ministre de rinstruction 
publique et approuvée par lui. 



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PERSONNEL 

DE 

L'ACADÉMIE DE MÉDECINE 



liAirrnsB 1991. 



OPnciEaS DE L'ACADÉMIE. 

BURKAU DE 1871. 

MM. Wûrti, président. 
Bartb, Tice-président. 
Dubois (Préd,), seerétaire perpétuel. 
Béclard, secrétaire annuel. 
Gobley, trésorier. 



Conseil d'administration. 

filH. le Président. 

le Vice-Président. 

le Secrétaire perpétuel. 

le Secrétaire annuel, 

le Trésorier. 

le Doyen de la Faculté de médecine de Paris. 

Bousquet, 

Richet 

Reynal. 



RÉPARTITION DES MEMBRES TITULAIRES EN ONZE SECTIONS. 



I»* SECTION. — Ânatomie et Physiologie. 

1823. Piorry Pierre- Adolphe. 

1823. Ségalas Pierre-Salomon. 

1839. Boavier Sauveur-Henri- Victor. 

1847. Baillarger.... Jules. 

1861. Bernard Claude. 

1862. Béclard Jules. 

1862. Sappey Marle-Phllib.-Conslant. 

1869. Vulpian Edroe-Félix-Alfred. 



n* SEcnoN. — Pathologie médicale. 

1823. Andral Gabriel. 

1823. Kergaradec Lejumeau (de). 

182S. Bouilland Jean-Baptiste. 

1825. Roche Charles-Louis. 

1836. Duboip Frédéric. 

1842. Guérin Jules. 

1850. Lévy Michel. 



1862. 
1867. 
1867. 
1867. 
1869. 



Henri. 

Vigla Engène-Napoléon . 

ChaulSird .... Marie-Paul-Émile. 

Hérard Hippolyte. 

Sée Germain. 



m* SECTION. — 


Pathologie chirurgicale. 


1821. 


Cloquet.... 


.. Jules-Germain. 


1848. 


Huguier — 


. Pierre-Charles. 


1850. 


Ricord 


. Philippe. 


1850. 


Larrey 


. Hippolyte. 


1856. 


Nélaton.... 


Auguste. 


1860. 


Gosselin — 


. Léon. 


1867. 


Demarquay. 


. Jean-Nicolas. 


1868. 


Chassaignac. 


. Pierre-Marie. 


1869. 


VerneuU . . . 


. Aristide-Auguste. 



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XIV 



PERSONNEL 



IV«SBCTiON. — Thérapeutique et Histoire naturelle 






médicale. 


1823. 


Desportes. 


.. Eugène-Henri. 


1824. 


Bousquet. 


.. Jean-Baptiste. 


1839. 


JoUy 


.. Paul. 


1853. 


Chatln. .. 


. Gaspard-Adolphe. 


1864. 


Pidoux.... 


... Hermann. 


1865. 


Gubler... 


.. Adolphe. 


1867. 


Guéneau 


de 




Mussy. . 


... Noël. 


1867. 


Hardy.... 


... Louis-Philippe- Alfred. 


1868. 


Davalne... 


... Casimir. 


1868. 


Marotte... 


... Joseph-Adolphe. 


V^ 


» SECTION. - 


- Médecine opératoire. 


1823. 


HervezdeChé- 




goiD.... 


... Nicolas-Joseph. 


1844. 


Laugïer. . . 


... SUnislas. 


1866. 


Riche!.... 


... Alfred. 


1866. 


Broca 


... Paul. 


1867. 


Legonest . . 


... Venant-Anloine-Léon. 


1868. 


Guérin.... 


... Alphonse. 


1869. 


Glraldès... 


... Joachim- Albin. 


V 


[• SECTION. - 


- Anatomie pathologique. 


1825. 


Louis 


... Pierre-Charles- Alexandre. 


1836. 


Cruveilhier. . . Jean. 


1854. 


Barth 


... Jean-Baptiste-Philippe. 


1858. 


Robin.... 


... Charles-PhillDoe. 


1869. 


Denonvllliers.. Cliarles- Pierre. 


J866. 


Béhier. . . . 


.... Louis- Jules. 









Vil* SECTION. — Accouchements, 

1823. Dubois Paul. 

1852. Depaul Jean-Anne-Henri. 

1860. Jacquemier... Jean-Marie. 

1862. DeYilUers Charles. 

1863. Blot Hippolyte. 

1866. Barthez Ernest. 



YllI* SECTION. — Hygiène publique^ Médecine lé- 
gale et Police médicale, 
1824. Chevallier. . . . Jean- Baptiste- Alphonse. 

1838. LeCanu René-Loute. 

1855. Guérard Jacques-Alphonse. 

1857. Devergle Alphonse. 

1869. Tardien Ambroise. 

1861. Vernois Maxhne. 

1863. Lélut Louis-FranQois. 

1864 . Delpech Aug.-Louis- Dominique. 

1865. Bergeron Étienne-Jules. 

1869. Fauvel Sulpice-Antoine. 



IX« BiCTioN. — Médecine vétérinaire. 

1841. Husard Jean-Baptlste. 

1855. Bouley Henri. 

1861. Reynal Jean. 

1063 . Magne Jean-Henry. 

1865. Colin Gabriel-ConsUnt. 



1821. 
1824. 
1824. 
1843. 
1848. 

1856. 
1858. 
1860. 
1861. 
1863. 



SECTION. — Physique et Chimie médicales. 

Caventou Joseph-Bienaimé. 

Bussy Ant. - Alexandre- Brutus. 

Henry ÉUenne-OssIan. 

Dumas Jean-Baptiste. 

Gaultier deClan- 

bry Henri. 

Wùitz Charles-Adolphe. 

Gavarret Louis- Dominique- Jules 

Briquet Pierre. 

Regnauld Jules. 

Berthelot Marcellin. 

XI* SECTION. — Pharmacie. 



1824. Boutron 

1824. Fée 

1850. Bouchardat... 

1856. Boudet ;. 

1857. Poggiale 

1861. Gobley 

1867. Mlalhe 

1868 Buignet 

1870. Caventou 



Antoine-François. 

Laurent-Ant.-Apollin. 

Apollinaire. 

Félix-Henri. 

Antoine-Baudouin. 
. Nicolas-Théodore. 
. Louis. 

Jean-Louis-Henri. 

Eugène. 



ASSOCIÉS LIBRES. 

1828. ChevreuL 1866. Poisse. 

1853. Conneau. 1868. Dareroberg. 

1854. Mlhie Edwards. 1869. Coste. 
1858. Ultré. 1870. A. Utour. 
1863. Husson. 



MM« 



Depaul, 0. *, directeur dn seryice de la 
vaccine. 

Jacquemier, j^, dUecteur-adJohit. 

J. Bonis, #, chef des travaux chimiques. 

René Briau, 0. *, bibliothécaire. 

Bordet(H.), chef des bureaux. 

J.-B.Balllière, *, et Fils, libraires de l'A- 
cadémie. 



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DE l'académie de MÉDECINE. 



XV 



LISTE DES MEMBRES RÉSIDANTS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 



M3I. 
Andral, C. ^^ rae Bonaparte, 5. 
BalUarger, ^, quai Malaqnais, Ib, 
Barth, 0. ^, roe de Lille, 46. 
fiarthei, 0. ^, rue de la Yiile-LéTéqae, 27. 
Béclard, 0. !fi(, impasse des Épinettes, 4, à Cha- 

renton-SaintrMaDiIce . 
Bébler, 0. j^, rae d*Antin, 19. 
Bergeron, 0. ^^ rue Paradls-Poissoimlêra, !^» 
Bernard (CL), G. ^^ rue des Ecoles, 44. 
Bertlielot, 0. ^^ boulevard SaiDt-Michel, S7. 
Biot, "îi, aTeone de Mèsaioe, 24. 
BoQchardat, 0. ^, rue du Cloitro-Notre-Dame» 8. 
Boadet (Félix), ^, me Jacob, 30. 
Bouiilaud, G. 'jk^ rue Saint-DomiDique, 82. 
Bouley (H.). 0. ^, boulevard Saint-Michel, dO. 
Bousquet, ^, rue de Lille, 91. 
Boutron, 0. )^, rue d'Aumale, il. 
Bouvier, 0. ^^ avenue des Champs-Elysées, 115, 
Briquet, ){j^, rue de la Ghaussée-d'Antin, 4. 
Broca, ^^ rue des Saints-Pères, 1. 
Buignet, ^ rue de Médicis, 3. 
Bussy. 0. ^, place Saint-Michel, 3. 
Gaventoo, 0. ^, rue de laSourdière,29. 
Gaventou fils, rue Sain te- Anne, SI 6i>. 
Chassaiguac, ))(^, boulevard IlaussmanD, 91. 
Chatin,)i(^, rue de Rennes, 129. 
Chauffard, 0. ^fh rue de Beiiechasse, 14. 
Chevallier, 0. %, rue du Faubourg-Saint-Den^s. 

188. 
Ghevreul, G. 0. ^, au Jardin des Plantes. 
Cloquet (le baron J . )» G. #, boulevard Malesherbes, 

19. 
Gollin, ^, à rËeoto vétérinaire d*Alfort. 
Gonneau,C. jt^true Rivoli, 192. 
Goste, 0. ^, rue du Pré-aux-Glercs, 12. 
Gruveilhier, C >)^, rue des Pyramides, 3. 
Baremberg, ^, rae de Seine, 1. 
Bavalne^ ^, rue Lafitte, 3. 
Belpech, G. #. rue Barbet-de-Jouy, 26. 
Demarquay, 0. f^, rue de la Victoire, 47. 
Benonvilliers, C ^f^, rae des Moulins, 21. 
Depaul, G. ^ rae Jacob, 46. 
Oesportes, ^, rae d'Alger, 12. 
Devergie, 0. j|^, rue Richer, 24. 
DeviUiers, ^, rae du Faubourg-Poissonnière, 23. 
Dubois (Fréd.),0. #, rue dû Cherche-Midi, 15. 
Dubois (ie baron Paul), C. ig^, rue de Touraon, 4. 
Dumas, 0. C. ^^ roe Saint-Dominique, 69. 
Edwards (MUiie), G. V/f, au Jardin des Plantes. 
Pauvel, 0. ^1 avemie des Champs-Elysées, 31. 
Fée» 0. 1^,k Strubourg. 
Gaultier de Claubry, 0. ^, rue du Cardinal Le- 

moine, 77. 
Gavarret, 0. ^, rue Je Yarennes, 19. 



MM. 

Glraldès, 0. ^^ rue des Beaux-Arts, il. 
Gobley, 0. ^, rue de Greneile-Saint-Germain, 34. 
Gosselin, C. ^, rue de l'Échelle, 3. 
Gubler, j^, rue du Quatre-Septembre, 18. 
Guénean de Mussy, ^, rue Saint-Arnaud, 4, rue 

de la Paix, 8. 
Guérard, 0. j^, carrefour de l'Odéon, 10. 
Guérin (Alph.), 0. ^, rue d'Astorg, 9. 
Guérin (J.), 0. ^, rue Chanoinesse, 12. 
Hardy, 0. j^, raeTaitbout, 13. 
Henry (Ossian), ^^ à Moissy-Cramayel (Seine-el- 

Marae). 
Hérard, 0. ^, rae Grange-Batelière, 24. 
)IervesdeGhégoin,0. j^, r. N.-des-Petits-Champs. 

97. 
Hnguier, 0. ^^ boulevard Malesherbes, 52. 
Huxard, 0, ^, rae de l'Éperon, 5. 
Husson^ C. ^, boulevard Saint -Germain, 84. 
Jacquemier, ^, rue de Trévise, 30. 
Joily, 0. *, rue de Trévise, 42. 
Kergaradec (de), ^, rae Mayei, 4. 
Larrey (le baron), G. 0. rue de Lille, 91. 
Latour (Amédée), 0. ^, rae Grange-Batelière, 11. 
Laugier (S.), 0. ^, rue Caumartin, 32. 
Le Ganu, 0. #, rue Charles-Cinq, 3. 
l^egouest, 0, ^, rue Bonaparte, 11. 
I.élut, 0. Jjf^, rue Vanneau, 15. 
Lévy (Michel), G. 0. *.rueSt-Jacque.sVal-de-Gr. 
Littré, rue d'Assas, 78. 
Louis, 0. ^y rae de la Victoire, 94. 
Magne, ^, rae Guy-de-la-Brosse, 13. 
Marotte, ^, rae de la Victoire, 34, 
Mlalhe, :^, avenue Bosquet, 11. 
Nélaton (Aug.), G. 0. ^, avenue d'Anttn, 1. 
Peisse, >Àh*ni6Mansard,4,età rÉ«*. de^ Beaux-Arts. 
Pidoux (H.), 0. #, rue de TUniversIté, 29. 
Piorry, 0. ^, rue de la Chaussée-d'Antin, 21. 
Poggiale, C. jj^, rue SoufOot, 22. 
Regnauld (Jules), J^, quai de la Tournelle, 47. 
Reynal, 0.$, à l*Ecole vétérinaire d'Alfort. 
Richet, 0. ^, boulevard Haussmann, 21. 
Ricord, G. 0. ^, rae de Touraon, 6. 
Robin (Ch.), ^, rae Hautefeulile, 19. 
Roche, 0. >^, boulevard Bonne-Nouvelle, 19 bis. 
Roger (H.), 0. >{^, boulevard de la Madeleine, 15. 
Sappey, j^, rue de Fleuras, 16. 
Ségalas, 0. }f^^ rueBéraoger, 5. 
Sée, $. rue Malesherbes^ 8. 
Tardieu (Ainbr.), 0.^, rue Saint - Honoré, 3C4. 
Veraeuil, j^, boulevard de Sébastopol^ luo. 
Vernois, 0. j|^, rae Saint-Lazare, 9K 
Vigla^^, quai Malaqnais, 15. 
Vulpisn, j^, rue Soufflet, 24. 
Wùrts, C. ^, rue Saint-Guillaume, 27. 



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XVI 



MM. 
1857. Gintrac (Élie). 

1857. Sédlllot, 

1858. Gap, 

1859. Bouifison, 
1864. Girardln. 
186i. Stoltz^ 



PERSONNEL 
ASSOCIÉS NATIONAUX. 



Bordeaux. 

Strasbourg. 

Lyon. 

Montpellier. 

LUle (Nord). 

Strasbourg. 



1865. Fllhol, 
186». Voisin (Félix), 

1870. Ehnnann, 

1871. Cbauffard père; 
1871. MarUns (Cb.), 



Toulouse. 
Vauves (Seine). 
Strasbourg. 
Avignon. 
Montpellier. 



(Peuvent être portés à 20.) 



ASSOCIÉS ÉTRANGERS. 



MM. 

1843. Baer, 
1845. Balenchana, 
1845. LIebig, 
1853. Vieminckx, 
1863. Rokitan&kv, 



Kœnigsberg. 
Madrid. 
Hunicb. 
Bruxelles. 
Vienne (Autriche). 



1864. Stromeyer. 

1866. Wohler, 

1867. Virchow, 
1867. Bunsen, 



Hancyre. 
Gœttlngue. 
Berlin. 
Heldelberg. 
(Peuvent être portés à 20.) 



CORRESPONDANTS NATIONAUX. 



l'« DIVISION. 

Anatomie et Physiologie médicale^ Pathologie mé- 
dicaley Thérapeutique et Histoire naturelle mé- 
dicale^ Anatomie pathologique^ Hygiène publique 
et Médecine légale. 

MM. 

1825. Blanchard, 
1825. Bouchet, 

1825. Delaporte, 
1825. Dufau, 

1825. Hubert, 
1825. Le Clerc, 
18*25. Lepelletier, 
1825. Lestiboudois, 
1825. Marquis, 
1825. ParadiF, 
1825. Ramon, 
1825. Sambln, 
1825. SédUlotflls. 
1827. Hellls, 

1827. Monlfalcon, 
1834. Godard^ 

1834, Goupil, 



Reims (Marne). 

La Roche -sur -Yen 
(Vendée). 

Vimoutiers (Orne). 

Mont-de-Marsan (Lan- 
des). 

Laval (Mayenne). 

Tours (Indre-et-Loire). 

Mans(Sarthe). 

Lille (Nord). 

Tonnerre (Yonne). 

Auxerre (Yonne). 

Charenton (Seine). 

Mftcon (Saône-et-Loire). 

Dijon (Côte-d'Or), 

Rouen (Seine-Inférieu- 
re). 

Lyon (Rhône). 

Pontoise (Seine- et- Oi- 
se). 

Nemours (Seine-et- 
Marne) . 



1834. 
1834. 
1835. 
1836. 
1836. 
1836. 

1836. 
1836. 
1836. 

1836. 
1836. 
1836. 
183G. 
1836. 
1840. 

1840. 
1846. 
1846. 
1846. 

1846. 
1844. 
1846. 
1846. 

1846. 
1848. 



Saucerotte, Lunéville (Meurthe). 

Toulmoucbe^ Rennes (Ule-et-Vilaine). 

Ricord (Alex.). Haïti. 

Baumes. Lyon (Rhône). 

Etoc-Demazy. Le Mans (Sarthe) . 

Gaspard, Saint-Étienne en Bres- 

se (Saône-et-Loire). 

Ualme, Tours (ladre-et-Loire). 

KuhDhollz, Montpellier (Hérault). 

Malapert, . Rochefort (Charente-In- 

férieure). 

Pellieux, Beangency (Loiret). 

Rennes, Bergerac (Dordogne). 

Reynaud, Brest (Finistère). 

Serre, Alais (Gard). 

Vannucci, Bourges (Cher). 

Dubourg, Marmande (Lot-et4>a- 

ronne). 

Gerdy (V.), Uriage (Isère). 

Gharcellay-Laplace, Tours (Indre-et-Loire). 

Deseaux, Béruges (Rhône). 

Durand- Fardel, Châtillon - sur - Loing 
(Ulret). 

GirarddeCailleux, Auxerre (Yonne). 

Hullin (Prosper), Mortagne-s-Sèvre(Vend.). 



Rollet, 
Rufs, 

Stlévenart, 
Lagarde (de), 



Bordeaux (Gironde). 
Saint -Pierre (Martini- 
que). 
Valenciennes (Nord). 
Gonfolens (Charente). 



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DE L ACADÉMIE DE MÉDECINE. 



XVU 



1848. LeTleaire, 
1848. Toulmond, 
1881. Leudet (Emile), 

1864. Caieoeuve, 

1865. FonMagrWes, 

1866. Rouget (Charles), Montpellier (Hérault). 



Toulon (Var). 
Sedan (Ardennes). 
Rouen (Seine-Inférieure). 
Lille (Nord). 
Montpellier (Hérault). 



1867. Lecadre, 
1867. Tholozan, 

1870. Tourdea, 

1871. Seux^ 
1871. Dupré, 
1871. Gintrac(H.), 



Hayre (Seine-Inférieure). 
Téhéran (Perse). 
Strasbourg. 
Marseille. 

Montpellier (Hérault). 
Bordeaux. 



DolTont être réduits à 50.) 

2* myisioif. 

Pathologie chirurgicale. Médecine opératoire, 
Accouchements, 

MM. 

1821. Valet, Orléans (Loiret). 

1825. Boulay, Cognac (Charente). 
182S.Caleniart*Lafayette,Le Puy (Haute-Loire). 

1826. Charpentier (J.-J.), Yaleneiennes (Nord). 
1825. Ducasse, Toulouse (Haute^ar.). 
1825. Le Prédour, Rocherorl(CbarenteInf.). 
1825. Leudetpère, Rouen (Seine-Inférieure). 
1825. Mirault, Angers (Maine-et-Loire). 
1825. Pamard, Afignon (Yaucluse). 
1834. BoissatdeLagraYe,Pérlgueox (Dordogne). 
1884. Décès« Reims (Marne). 

1886. Bonnafont, Alger (Algérie). 

1836. CaxenaTe (J.-J.), Bordeaux (Gironde). 
1836. Colson (Alex.), Noyon (Oise). 
1836. Roquesd'Orbcastel, Toulouse (H. -Garonne). 
1836. Vigier^ Pontoise (Seine-etOUe). 



1840. CaTiole, 

1846. Bonnet, 

1846. Fabre^ 

1846. Payan, 

1846. Putégnat (E.)^ 

1818. Debrou, 

1848. Roux (Jules), 

1859. Bertherand(A.), 

1868. Bardinet, 

1868. Sirus Pirondi, 



Cahors (Lot). 
Poitiers (Vienne). 
Puch (Lot-et-Garonne). 
Aix (Bouches-du-Rhône). 
LunéYille (Meurthe). 
Orléans (Loiret). 
Toulon (Var). 
Alger (Algérie). 
Limoges (Hante-Vienne). 
Marseille (B.-du-Rh6ne). 



(Doivent être réduiU à 24.) 

3« OITISION. 

Médecine vétérinaire» 
MM. 
1864. Chauteau, Lyon. 

18G5. Lafosse, Toulouse. 

(Oui? eut être portés à 6.) 

4« nif I8I0N. 
Physique et Chimie médicales, Pharmacie. 

* MM. 

1825. Meyrac, Dax (Landes). 

1825. Morin^ Rouen (Seine-laférieure). 

1825. Plagne, Brest (FinUtêre). 

1825. Prével, Nantes (Lolre-Infér.). 

1836. Boutigny, Évreux (Eure). 

1836. Decourdemanche^ Carpiqnet (Calfados). 
1836. Bosson, Mantes (Seine-et-Oise). 

1864. Fayre, Marseille (B.-du-Rhôn. )• 

1865. Blondlor, Nancy (Meurthe). 

1866. Marchand (Eug.), Fécamps (Selne-Infér.). 

1867. Malagnti, Rennes (Ille-et-Vllaine). 
1867. Béchamp, Montpellier (Hérault). 

(Doif ent être portés à 20.) 



XXX. 



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XVllI 



PERSONNEL DE L ACADÉMIE DE MÉDECINE. 



CORRESPONDANTS ÉTRANGERS. 



Ito DIVISION. 

Anaiomie et Physiologie^ Pathologie médicale^ 
Thérapeutique et Histoire naturelle médicale, 
Anatomie pathologique ^ Hygiène publique et 
Médecine légale. 



183S. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1835. 
1846. 
1846. 
18'i6. 
1848. 
1846. 
1866. 
1868. 



MM. 

Alfaro, Madrid. 

Arnold (P.), Heldelbcrg. 
Bang (Lundi), Copenhague. 
(Bl8cho(T(T.L.G.]Gie88en. 
Capello, Rome. 

Ghatard, Baltimore, 

ChrisUson (Robert), Edimbourg. 
Fallot, Namur. 

Farre (Louis). Londres. 
FoIch(Fr. de Paul), Barcelone. 
Gerominl, Crémone. 

Jackson (Samuel), Philadelphie. 
Jung, Bàle. 

La Roche (René), Philadelphie, 



Mark us, 

Owen (Richard), 

Renzi (de), 

Trompeo^ 

Weber, 

ZanettI, 

Bouros, 

Chossat^ 

Gaêtanl-Bey. 

Hyrtl, 

Moulon (de), 

Lebert, 

Brown-Séqnard, 



Saint-Pétersbourg. 

Londres. 

Naples. 

Turin. 

Lelpng. 

Florence. 

Athènes. 

Genève. 

le Caire. 

Vienne. 

Trieste. 

Breslau. 

New-York. 



(DolTent être réduits à 25.) 

2* DIVISION. 

Pathologie chirurgicale^ Médecine opératoire^ 
Accouchements, 
MM. 
1835. Bancroît (E.), la Jamaïque. 



1835. Beck(John], 


New-York. 


1835. BilU, 


Milan. 


1835. Brandin, 


Quito, 


1835. Castro?erde, 


la Havane. 


1835. Chélius, 


Heidelberg. 


1835. Halphen, 


la Nouvelle-Orléans. 


1835. UeuslDger, 


Marbourg. 


1835. Hogdson, 


Londres. 


1835. Jackson (Charles), Boston. 


1835. Lee (Robert), 


Londres. 


1835. Waring, 


Savannah. 


1846. Racord, 


Smyrne. 


1846. Thorstensen, 


Reikevig (Islande). 


18C6. Decaisne (Pierre). Anvers. 


1868. Michaux, 


Louvain. 




(Doivent être réduits à 12.) 


3^ 


• DIVISION. 


Médecine vétérinaire. 


MM. 




1835. Hering, 


Stuttgart. 


1835. Levrat, 


Lausanne. 


1867. Fuchs, 


Carlsruhe. 




(Doivent être maUitenus à 3.) 


4 


• DIVISION. 



Physique et Chimie médicales^ Phairmacie. 

MM. 

1835. De la Rive (Aug.)^ Genève. 



1835. Quetelet, 

1846. Blaslus^ 

1846. Ehrenberg, 

1845 Jacobi, 

1867. Helmolti, 



Bruxelles. 
Halle. 
Berlin. 
Bonn. 

Heidelberg. 
(Doivent être portés à 10.) 



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MÉMOIRES 



DB 



L'ACADEMIE DE MÉDECINE 



MEMOIRES 



MEMOIRES 

SUR LES 



EXOSTOSES DU SINUS FRONTAL 

Pw M. DOUIBAC^ 

Profetseor à la Faculté de médecine de Paris, chirargien de TbApital Beaigon. 

HÉMOIBB LU A l'aGADÉMIB DB HÉDBCIIiB LB 4 SBPTBHBaB 1866 (i). 



Les tumeurs du sinus frontal, quelle qu'en soit d'ailleurs la nature, 
constituent des maladies qu'ajuste titre on peut appeler rares. 

Dézeimeris a fait sur les maladies du sinus frontal un bon travail (2), 
que les auteurs classiques ont tous mis à profit lorsqu'ils ont traité de 
la matière. On doit cependant mentionner dans le mémoire de Dézeimeris 
une lacune importante, il n'y est pas question des exostoses développées 
dans la cavité des sinus frontaux. 

Des recherches entreprises dans le but de combler la lacune que je 
viens de rappeler nous ont conduit à lire beaucoup d'observations, à 
consulter quelques thèses. Voici l'impression générale qui nous est res- 
tée de cette étude. Les chirurgiens qui nous ont précédé ont certaine- 

{{] Bull, de r Académie de médecine, Paris, 1865-66, tome XXXI, p. 1076. — Voyez le rap- 
port de la commissioa composée de BIM. Gosselia et Richet, rapporteur (^u//. de t Académie 
de médecine). Paris, 1871, tome XXXVI, p. 564. 

(2) Dézeimeris, Mémoire sur les maladies des sinus frontaux. {Journal r Expérience.) 



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2 DOLBBAU. — MÉMOIRE SUR LES EXOSTOSES 

ment observé des tumeurs osseuses qui provenaient des sinus, mais les 
faits, d'ailleurs peu nombreux, sont discutables pour la plupart, et bien 
des observations manquent des détails suffisants. 

J'ai, pour ma part, voulu m'en tenir aux choses précises. Dans un 
sujet encore aussi peu connu, Tanatomie pathologique devait servir de 
point de départ. J'ai étudié ces productions sur les pièces qui sont dépo- 
sées dans nos musées, j'ai tenu compte des recherches anatomiques 
contemporaines, et avec tous ces matériaux j'ai pu entreprendre de 
fixer l'état de la science relativement aux exostoses des sinus fron- 
taux. 

Dans ce mémoire j'ai à peine insisté sur la symptomatologie et sur le 
diagnostic de ces tumeurs, j'ai seulement mentionné les choses indis* 
pensables. Un point important me semblait utile à bien préciser, c'était 
celui de la pathogénie des ostéomes des différents sinus de la face. De 
mes recherches, en effet, j'ai pu conclure qu'il existait un groupe pa- 
thologique encore mal connu, les ostéomes de Tappareil de l'olfac- 
tion. 

J'avais réuni dès longtemps tous les matériaux d'un travail d'ensem- 
ble. A l'occasion d'une candidature académique, j'en ai extrait un mé- 
moire sur les exostoses du sinus frontal ; c'est un chapitre qui se rap- 
porte principalement à la médecine opératoire de ces tumeurs. 

Chemin faisant, j'ai indiqué l'analogie absolue qui existe entre toutes 
les exostoses de l'appareil olfactif; j'ai montré, ce que l'induction por- 
tait à supposer, que ces diverses tumeurs peuvent être enlevées heureu- 
sement au moyen d'opérations parfaitement bien réglées. 

J'ai posé dans ce travail des principes qui, je l'espère, seront con- 
firmés par l'expérience de la clinique désormais sortie des ténèbres 
enveloppant ce point de pathologie chirurgicale. 

Ce mémoire a pour but de démontrer : 

1^ Que les ostéomes des fosses nasales, ceux des différents sinus de la 
face et particulièrement ceux des sinus frontaux, sont des ossifications 
de la fîbro-muqueuse qui tapisse ces cavités. 

2^ Que ces ostéomes, n'ayant que des connexions médiates avec les os 
qui circonscrivent les sinus, peuvent être facilement détachés de leur 
implantation primitive. 

3* Que les ostéomes anciens pouvant s'enclaver dans les sinus, il suf- 



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DU SINUS FRONTAL. 3 

fil pour enlever ces tumeurs d'ouvrir largement la cavité qui les ren- 
ferme. La voie préliminaire étant faite, des tractions et surtout des mou- 
vements de bascule ont facilement raison de ces exostoses. 

En 1864, alors que je suppléais Jobert (de Lamballe) à THôtel-Dieu, 
j'ai pu observer une exoslose du sinus frontal droit. Le diagnostic fut 
porté, et une opération heureuse nous permit de débarrasser notre jeune 
malade d'une tumeur qui eût tôt ou tard menacé sa vie. 

Fïnù coronat opu$,el cependant, si l'on réfléchit au siège occupé par 
la production que j'ai enlevée, si l'on considère qtie toute la manœuvre 
s'est passée dans une cavité restreinte alors que les instruments n'étaient 
séparés du cerveau que par une mince lamelle de tissu osseux, si, enfin. Ton 
résume tous les dangers qui environnaient une pareille tentative, on est 
presque disposéà croire que je viens raconter ici unetémérité chirurgicale. 

Toutes ces craintes, toutes ces appréhensions, je les ai ressenties plus 
vivement que personne ; cependant, j'éprouve le besoin de démontrer 
que si j'ai entrepris la cure de mon jeune malade, c'est que j'avais de 
bonnes raisons pour croire que la tumeur pouvait être enlevée et qu'il 
suffisait d'une grande prudence et peut-être d'un peu d'habileté pour 
mener l'opération à bonne fin. 

Une première question se présentait tout d'abord : la tumeur n'avait- 
elle pas des connexions si intimes avec l'encéphale et ses membranes que 
toute tentative eût pour résultat inévitable la mise à nu du cerveau avec 
toutes ses terribles conséquences. Ce premier point pouvait être résolu 
en prenant en considération les remarques suivantes : 1^ la tumeur était 
peu volumineuse, 2** le développement -du produit morbide s'était fait aux 
dépens de la face frontale et delà face orbitaire du sinus. En effet, le 
front faisait du côté malade une saillie très-notable, de plus la tumeur, 
après avoir détruit la paroi orbitaire, avait pénétré dans l'orbite et 
chassait le globe de l'œil légèrement en dehors. L'exostose paraissait 
donc se diriger au dehors de la cavité oîi elle avait pris naissance. Cette 
tendance très-manifeste jointe à l'absence de tout symptôme du côté de 
l'encéphale, devait nous porter à admettre que la tumeur avait respecté la 
table interne ou cérébrale du sinus. 

Une autre question non moins sérieuse se présentait encore à l'esprit 
de l'opérateur : la tumeur était-elle une émanation des os du crâne, une 



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4 D^LWBAU. — MÉMOIRE SUR LES EXOSTOSES 

byperostose limitée, OU bien s'agissait-il d'une production indépendante, 
jusqu'à un certain point, des parois du sinus. 

 ces diverses questions se rattachait la possibilité ou l'impossibilité 
d'énucléer l'exostose sans intéresser les parois du sinus ou tout au moins 
sans ouvrir la cavité crânienne. Pour résoudre cet important problème, 
il fallait interroger la clinique et surtout Tanatomie pathologique; mais, 
disons-le, ces sources ordinairement si fécondes faisaient ici presque 
complètement défaut. 

Voici ce que l'on trouve en dépouillant les archives de la science : 
Roux, au dire du professeur Nélaton (1), tenla l'ablation d'une exostose 
du sinus frontal droit, mais il ne put terminer son opération, et la jeune 
fille succomba. La pièce pathologique enlevée par M. Nélaton a été dé- 
posée par lui dans le musée du Val-de-Grâce; nous y reviendrons alors 
qu'il sera question de l'anatomie pathologique. 

Le musée Dupuylren renferme également une pièce d exostose du 
sinus frontal gauche. Comme pour la pièce précédente, l'observation 
clinique n'existe pas; cependant j'ai trouvé(2) un renseignement précieux. 
M. Broca s'exprime ainsi à propos de la pièce de Roux présentée à la 
Société anatomique par M. Weis : 

«Les exostoses de ce genre ont une grande dureté; dernièrement 
(( M. Jobert a essayé vainement d'appliquer, dans un cas sembable, une 
a couronne de trépan qui ne put attaquer la tumeur. » 

D'après ce renseignement nous concluons que l'opération ne fut pas 
achevée, exactement comme dans le cas de Roux. Quant au résultat de 
cette tentative il fut encore identique, ce fut une nécropsie. La pièce du 
musée Dupuylren porte en effet l'empreinte d'une couronne de trépan, et 
il est évident que c'est elle dont a parlé M. Broca. 

Les deux faits que nous venons de mentionner n'ont donc de valeur 
qu'au point de vue de l'anatomie pathologique; on trouvera d'ailleurs h 
la fin de ce mémoire la description de ces deux pièces intéressantes. Re- 
marquons toutefois qu'on en sait suffisamment pour déclarer que ces 
deux cas étaient loin d'encourager de nouvelles tentatives chirurgicales. 

Si du domaine de la clinique, qui reste à peu près muette sur les 



{{) Communication orale, 

(2) Bulletins de la Société anatomique. 1851. 



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/ 



DU SINUS FRONTAL. 5 

cxostoses du sinus frontal, nous passons à l'étude deTanatomie patho- 
logique, nous serons plus heureux; nous trouverons en effet des rensei- 
gnements très-positifs et d'une utilité toute pratique sur le siège et la 
nature des exostoses des sinus frontaux. 

Avant d'aborder cet examen, remarquons tout d'abord que les divers 
sinus de la face, que les fosses nasales elles-mêmes sont parfois le siège 
d'exostoses soit éburnées soit spongieuses, qui diffèrent comme origine des 
tumeurs osseuses que l'on observe sur les os du crâne, principalement 
au voisinage de l'orbite. Verneuil, Foliin et Giraldès ont trouvé des ossi- 
fications multiples de la membrane qui tapisse le sinus maxillaire. 
A. Forget a également vu des ossifications sur la membrane des sinus 
sphénoïdaux. 

Ces petites tumeurs qui souvent sont multiples se montrent constam- 
ment sous la forme de demi-perles d'une couleur blanche et d'une den- 
sité considérable ; ces productions ont, du reste, la structure du tissu 
osseux, quoiqu'elles soient absolument sans connexions avec les parois 
osseuses qui circonscrivent la cavité des sinus. 

On a également observé des ossifications analogues dans l'épaisseur 
de la membrane de Schneider. Lenoir a relaté un fait de ce genre (1). 
Legouest a entretenu l'Académie (2) d'une exostose contenue dans les 
fosses nasales et qui, suivant moi, n'était autre chose qu'une ossification 
partielle de la pituitaire. Gosselin a rendu compte de l'ingénieuse opé- 
ration qui avait permis à Legouest de guérir radicalement son malade. 
C'est également une exostose, développée aux dépens du périoste du 
sinus maxillaire et sans connexion avec les os, qui fut enlevée avec succès 
par Michon. La relation de ce fait intéressant a été consignée dans les 
Mémoires de la Société de chirurgie (3). On voit, en lisant l'observation, 
qu'il a suffi d'ouvrir largement le sinus maxillaire pour arracher une 
énorme tumeur osseuse ; que celte production était libre et comme en- 
veloppée de la membrane interne du sinus aux dépens de laquelle 
l'exostose s'était certainement développée. 

Outre les ossifications qui se présentent sous forme de perles 
nées dans l'épaisseur de la membrane des sinus et ayant primi- 

(i) h^noir, Bulletin de la Société de chirurgie. 1855 et 1656. 

(2) Legouest, Observ. de chirurgie (Mém. de CAcad. de méd,y 1855-56, t. XXVII, p. 147). 

(3) Michon, Mémoires de la Société de chirurgie. Paris, 1851 . 



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■BAU. — MÉMOIRE SUR LES EXOSTOSRS 

tivement la dureté de Ti voire, il y a encore une autre forme d'ossifica- 
tion que l'on rencontre dans les sinus de la face. Les tumeurs se com- 
posent alors d'un grand nombre d'aiguilles osseuses qui se plongent dans 
tous les sens au milieu d'un tissu spongieux remplissant la plus grande 
partie de la cavité du sinus, le tout environné par une lame de tissu 
compacte. J'ai récemment enlevé une de ces exostoses celluleuses. 

J'avais besoin de rappeler ces notions d'anatomie pathologique ; les 
faits que je rassemble ici sont d'ailleurs peu connus. Quant à la conclu- 
sion qu'il est possible de tirer, je la formulerai de la manière suivante : 

On trouve dans les cavités de la face des ossifications qui prennent 
naissance sur le périoste de ces cavités. Quand ces productions 
restent à l'état de petites perles, elles passent inaperçues et sont du 
domaine del'anatomie pathologique. Parfois ces ossifications peuvent 
acquérir un grand volume par suite d'un accroissement continuel ; elles 
constituent alors une variété d exostoses dont les caractères sont les sui* 
vants : tumeur plus ou moins volumineuse, d'une couleur blanche, à 
surface lobulée, mamelonnée, d'une consistance considérable, compa- 
rable à celle de l'ivoire, la plupart en effet sous-ébumées. Le caractère sur 
lequel j'insiste le plus c'est l'indépendance absolue de ces exostoses : 
constamment elles sont libres d'adhérence avec le squelette, et si, par 
suite de leur développement, elles peuvent, comme on dit, s'enclaver, 
elles ne contractent jamais d'adhérences avec les os voisins, elles sont 
en un mot toujours absolument énucléables. 

Je l'ai déjà dit et je le répète, la tumeur enlevée par Lenoir, celle de 
Michon, celle de Legouesl, n'étaient autre chose que des ossifications de 
la membrane des cavités qui contenaient l'exostose. 

J'en dirai autafft pour une production osseuse de l'orbite déposée au 
musée Dupuytren {n*' 384). Ce n'est point une exostose développée aux 
dépens de Vos planum^ mais bien une ossification ayant pris naissance 
sur la muqueuse qui tapisse les cellules elhmoïdales. 

Toutes ces considérations m'amènent naturellement à cette réflexion : 
si l'observation a démontré que des ossifications peuvent se développer 
aux dépens delà membrane qui tapisse les fosses nasales, le sinus maxil- 
laire, les sinus sphénoldaux, les cellules ethmoïdales, il^st légitime de 
supposer que les mêmes lésions pourront se produire dans les sinus fron- 
taux. Il nous faut donc chercher : l"" ces perles, ces ossifications mame- 



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DU SINUS FRONTAL| 7 

lonnéesqui ne sont que le début de la maladie ; 2"" ces exostoses éburnées, 
c'est-à-dire les précédentes considérablement augmentées de volumes, 
constituant alors des tumeurs dans le sens clinique du mot. 

Comme on va le voir, nous sommes en mesure de justifier nos prévi- 
sions. En effet, j'extrais de mes notes le renseignement suivant. En ou- 
vrant des sinus frontaux à Toccasion d'un concours de Prosecteur, j'ai 
trouvé une seule fois la lésion suivante : la cavité du sinus frontal droit 
élait double de celle du côté gauche; de plus, sur la paroi interne on 
trouvait deux petites élevures, l'une de la grosseur d'une lentille, l'aulro 
du volume d'une tête d'épingle. Ces petites tumeurs étaient d'un blanc 
gris, très-brillantes et d'une dureté d'ivoire. 

En détachant la membrane qui tapisse le sinus, j'ai pu m'assurer que 
les deux petites tumeurs étaient des ossifications du périoste et qu'elles 
n'avaient aucune connexion avec les parois osseuses du sinus. 

On trouve dans le musée de Saint-Barthélémy, à Londres, une pièce 
inscrite sous le n** 316, série I; c'est une exostose éburnée du sinus 
frontal recueillie sur une jeune fille ; il est probable que c'est une pièce 
rencontrée par hasard sur le cadavre. 

Holmes Goote en a fait un dessin qui se trouve reproduit dans mon 
mémoire. On peut constater, en examinant cette figure, que l'ossification 
est composée d'une série de petits mamelons qui rappellent ceux que j'ai 
décrits il n'y a qu'Un instant ; il est, de plus, facile de voir qu'il n'y a 
aucune connexion entre le produit morbide et les os du crâne. 

Le cas de Roux, la pièce de Jobert, appartiennent à la variété des 
grosses tumeurs osseuses qu'on peut apprécier en clinique, tandis que les 
autres ne relèvent que de l'anatomiste. 

Avec ces quelques données j'espère pouvoir tracer Fhistoire anatomo- 
pathologique des exostoses du sinus frontal et démontrer que ces sortes 
de tumeurs sont du ressort de la chirurgie. 

Abordons l'examen de ces derniers faits. 

Pièce de JRotix. — En examinant cette pièce importante dont on trou- 
vera plus loin la description détaillée, avec des dessins (1), on arrive faci- 
lement à se convaincre qu'il s'agit d'une exostose et que cette tumeur, 
malgré son volume considérable, présente encore l'aspect mamelonné 

(I) V07. planche H, fig. 3 et 4. 

XXX. 4 



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8 DOIiSBAU. -T- MÉMOIRE SUR LES EXOSTOSES 

tout spécial qui caractérise l'ossification de la membrane interne des 
sinus. 

L'exoslose est encore libre dans la cavité du sinus; en se développant, 
elle en a refoulé les parois et usé la face frontale. Il eût suffi, pour enle- 
ver cette tumeur, d'exciser largement la paroi antérieure du sinus et 
d'ébranlerl'exos tose avec un fort davier. 

Si nous examinons maintenant la pièce de Jobert (1 ) , nous serons frappés 
devoir quelle étonnante analogie il y a avec la précédente. La tumeur est 
éburnée, et il faut un certain soin pour se rendre compte des connexions 
de ce produit pathologique avec les régions voisines. 

L exostose dont la surface présente encore les mamelons caractéris- 
tiques, est née dans le sinus frontal gauche, elle a dilaté les parois de 
cette cavité, puis elle les a usées pour s'étendre bien au delà. La tumeur a 
détruit la foce antérieure du sinus, puis s'est étalée au-devant de la bosse 
nasale jusque sur le dos du nez ; elle a défoncé la portion orbitaire du 
sinus et a pu ainsi envahir la cavité de l'orbite dont elle occupe les deux 
tiers environ. Du côté antérieur, la tumeur a donc descendu par rappoîi 
à son origine primitive; vers le crâne, au contraire, elle s'est portée en 
haut et en arrière, d'oîi il suit que le grand axe de l'exostose est dirigé 
de haut en bas et d'arrière en avant. 

On se fera une idée du volume de la tumeur en disant qu'elle mesure 
8 centimètres dans la direction que nous venons d'indiquer. Malgré 
ses grandes dimensions, l'exostose n'a contracté aucune adhérence 
avec le squelette, mais elle est très-fortement enclavée dans la région 
qu'elle occupe, et il est évident, à cause même de ce développement 
extrême, que l'extirpation eût été presque impossible. 

En résumant tout ce qui précède, nous voyons, par l'examen des pièces 
connues, que toutes les exostoses du sinus frontal sont des ossigcations 
de la membrane qui revêt cette cavité ; que ces ossifications sont primi- 
tives, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas précédées d'un état fibreux ou car- 
tilagineux de la tumeur. L'examen microscopique a démontré que ces 
exostoses étaient formées par du tissu osseux sans mélange d'aucun 
autre élément. 
Le mode de formation, l'origine toute spéciale et constante des exos- 

(0 Voy. planche îl, flg. I et 2. 



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DU SINUS FRONTAL. 9 

toses du sinus entraînent cette conséquence vraiment capitale, l'indé- 
pendance absolue entre la tumeur et les parois osseuses qui la cir- 
conscrivent. L'exostose est donc un véritable corps étranger qui n'adhère 
au périoste qu'en un point toujours assez limité. Si l'exostose se déve- 
loppe, elle dilate le sinus, refoule les parois, el finit, à la longue, par les 
user. En augmentant de volume, la tumeur peut s'enclaver plus ou moins, 
mais elle reste toujours libre de toute adhérence au squelette. Quant au 
point d'origine de ces perles osseuses qui constituent le début de la maladie , 
il est difficile de le préciser exactement, mais nous serions disposé à croire 
que le pédicule de la tumeur correspond le plus souvent à la cloison qui 
sépare les deux sinus frontaux. 

Ce sont les diverses circonstances que je viens de rappeler qui m'ont 
enhardi, lorsque le malade dont j'ai parlé s'est présenté à mon obser- 
vation. J'ai commencé l'opération avec l'espoir fondé que je pourrais 
réussir, puisque la tumeur était probablement énucléable. 

C'est ici le lieu d'entrer dans des détails plus circonstanciés sur ce 
fait important. On trouvera dans mon travail l'observation et les dessins 
qui se rattachent à celte opération ; je me contente en ce moment d'in- 
sister sur les points véritablement importants. 

Il s'agissait d'un jeune homme qui portait depuis plusieurs années 
une tumeur située dans le sinus frontal droit. La production patholo- 
gique avait envahi l'orbite et refoulait le globe de l'œil dont elle gênait 
notablement les fonctions. 

La tumeur était dure, mamelonnée, présentait par conséquent tous 
les caractères des exostoses du sinus ; si le diagnostic était exact, l'opé- 
ration pouvait permettre d'extraire ce corps étranger né dans le sinus. 

Les téguments du front ayant été détachés, je trouvai la lame anté- 
rieure du sinus soulevée et notablement amincie. Au niveau du rebord 
orbitaire, l'os avait été détruit et la tumeur apparaissait dans la plaie. 
Aussitôt je fis sauter la paroi antérieure du sinus que j'excisai largement ; 
l'exostose était alors parfaitement en évidence, je la saisis avec un davier, 
et je tentai de l'arracher. 

A ce moment, une circonstance imprévue se présenta et vint compli- 
quer l'opération tout en jetant un peu d'incertitude dans l'esprit du 
chirurgien. 

La tumeur était bien formée par du tissu osseux, elle était mamelon- 



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10 DOUIBAU. — MÉMOIRE SUR LES EXOSTOSES 

née comme je m'y attendais; seulement, au lieu d'être éburnée, elle 
était spongieuse et recouverte uniquement d'une coque osseuse très-* 
ferme. L'exostose, au lieu d'être arrachée en totalité, grâce à la résis- 
tance que je lui supposais, se brisa en deux morceaux, mettant à nu le 
centre de la tumeur, d'ailleurs spongieuse et très-vasculaire. 

11 fallut alors continuer l'extirpation au moyen d'une gouge employée 
comme levier ; mais nous étions gênés par le sang, et la prudence com- 
mandait d'aller lentement. Je détachai successivement des fragments de 
tissu spongieux, puis je finis par ébranler la portion restante de la 
tumeur, et bientôt nous eûmes la satisfaction de voir tomber plusieurs 
fragments, tous limités par une lame compacte et mamelonnée ; nous 
avions évidemment atteint les limites postérieures du mal. 

Restait la surface d'implantation qui correspondait à la cloison de sé- 
paration des deux sinus ; en ce point je me contentai de ruginer jusqu'au 
tissu dur, c'est-à-direjusqu'à l'os sain. A ce niveau, une artère volumi- 
neuse fournissait beaucoup de sang par jets saccadés, et il a fallu pour ar- 
rêter l'hémorrhagie appliquer une boulette de cire sur la surface osseuse. 

Je relate cette circonstance comme un argument susceptible de con- 
firmer dans cette idée que là était l'origine du mal. C'était la surface 
d'implantation de l'exostose, puisqu'une artère assez volumineuse, sorte 
d'artère nourricière, pénétrait en ce point jusque dans le centre de la 
tumeur. 

Je ne doute pas un seul instant que si l'exostose eût été éburnée et que, 
par conséquent, si elle eût résisté à mes tractions au lieu de s'écraser 
sous la pression du davier, je ne l'eusse extirpée d'une seule pièce, ainsi 
que cela est arrivé pour la tumeur enlevée par Michon dans le sinus 
maxillaire. 

Je résumerai le fait que je viens de rapporter en disant que toutes 
les circonstances cliniques se sont réunies pour démontrer que la tumeur 
extirpée avait la même nature osseuse et la même origine que toutes 
celles quej'ai étudiées précédemment, avec cette différence toutefois, que 
l'exostose était spongieuse à son centre, compacte à sa périphérie au lieu 
d'être complètement éburnée. 

Le malade a du reste parfaitement guéri, et j'ai pu confirmer le ré- 
sultat dix-huit mois après l'opération. 

Avant de terminer ce travail, je désire insister en quelques mots sur 



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DU SINUS FRONTAL. Il 

le diagnostic et les indications cnratives des exostoses du sinus frontal. 

Au début, les exostoses comme toutes les tumeurs du sinus passent 
nécessairement inaperçues ; on ne peut en soupçonner Texistence que 
lorsque ces productions soulèvent la paroi antérieure, ou bien encore 
quand elles envahissent Torbite aprèj avoir usé le bord supérieur de cette 
cavité. L'extrême dureté de la tumeur, son indolence et Tétai très-nette- 
ment mamelonné de la surface doivent constituer les meilleurs éléments 
du diagnostic entre l'exostose et les autres tumeurs du sinus frontal. 
En faveur des tumeurs osseuses, il y a le jeune âge des malades et 
surtout l'extrême lenteur dans le développement du produit morbide. 

Lorsque les exostoses ont dépassé les limites du sinus, elles peuvent 
donner naissance à une variété d'exostoses orbitaires. 

Le plus ordinairement, les tumeurs osseuses de Torbite sQpt situées en 
bas et en dedans ; elles viennent, dit-on, de Tethmoïde; je pense pour ma 
part que ce sont des ossifications de la muqueuse qui revêt les cellules 
ethmoïdales. 

Les exostoses du sinus frontal, lorsqu'elles envahissent l'orbite, occu- 
pent la partie interne et supérieure de cette cavité, ce qui permet de les 
difTérencier des précédentes. 

Résumé. — 11 ressort de nos recherches : 

1^ Que la membrane de Schneider, que celle qui tapisse les diffé- 
rents sinus et cellules annexées aux fosses nasales, peuvent devenir le 
siège de productions osseuses primitives; tumeurs qui sont indépen- 
dantes des os du crâne et de ceux de la face, mais qui peuvent néan* 
moins acquérir un très-grand volume ; 

2"" Que Ton peut rattacher à ces diverses ossifications, l'exostose enlevée 
par Michon dans le sinus maxillaire ; les exostoses de l'orbite provenant 
des cellules ethmoïdales; la tumeur osseuse retirée d'une fosse nasale 
par Legouest; les tumeurs osseuses observées par M. Cloquet et qu'il a 
décrites comme des ossifications de polypes muqueux des fosses nasales. 
Il faut encore y rattacher le fait récent de M. A. Pamard {i) : 

3* Que la membrane qui revêt le sinus frontal ne fait pas exception 
et qu'elle devient parfois le siège d'exostoses; tels sont les cas de Otto, 
de Roux, de Jobert (de Lamballe), de Holmes Goote et de Dolbeau; 

{{) Société de chirurgie, 1865 et 1871. 



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12 DOLSBAU. — HÉMOIAB SUB LES EXOSTOSBS 

4'' Que toutes ces exostoses sont toujours plus ou moins libres dans les 
cavités où elles ont pris naissance; qu'elles peuvent, en se développant, 
s'enclaver d'une manière plus ou moins solide, mais qu'elles restent 
toujours indépendantes des os et qu'elles peuvent être enlevées, pourvu 
qu'on puisse leur ouvrir une voie suffisante ; d'où l'indication d'opérer 
de bonne heure ; 

5^ Que les exostoses du sinus frontal en particulier ne font point 
exception, et que, malgré le voisinage du cerveau, ces tumeurs peuvent 
ôtre énucléées; que le développement de ces tumeurs étant indéfini, il 
Qst sage de les opérer aussitôt que leur présence ne laisse plus de doutCi 
aGn d'éviter leur propagation jusque dans la cavité crânienne. 

6"* Que dans le traitement de toutes ces exostoses il faut renoncer à 
attaquer directement les tumeurs soit avec la gouge, soit même avec le 
trépan. Tous ces instruments ne peuvent entamer un tissu aussi dur, ils 
s'émoussent, et on a vu les meilleures cisailles de Liston se fracturer 
sans intéresser la tumeur. Il faut, comme nous l'avons déjà dit, ouvrir lar- 
gement la cavité qui contient l'exostose, et il suffit alors d'ébranler en masse 
la tumeur pour la voir sortir en totalité et sans do trop grands eftorls. 

Je ne doute pas, pour ma part, qu'il ne faille rattacher certaines 
tumeurs dites pierres du cerveau à des exostoses venues soit du sinus 
sphénoldal, soit des cellules ethmoïdales. L'examen microscopique de 
plusieurs de ces tumeurs a démontré qu'elles étaient uniquement consti- 
tuées par du tissu osseux. Dans ces cas l'ostéome, au lieu de perforer 
par usure la table externe de la cavité, a progressé du côté de la cavité 
du crâne en détruisant au préalable la table interne du sinus, 

OBSEfiVATjON I. — Hôtel-Dieu (M. DoU)eau). — Exostose du sinus frontal droit. Ablation 
de la tumeur ; guérison (\). 

Poisson (Edouard), âgé de 21 ans, armurier, entré à THôtel-Dieu, salle Saint-Gôme 
n» 1, le 23 septembre 1864. 

Le malade qui fait le sujet de cette observation est un Jeune homme bien portant ; il 
est petit de taille mais vigoureux, d'un tempérameat nerveux. Son teint est assez coloré, 
ses cheveux sont noire. 

Ce jeune homme, dont la santé générale est parfaite, vient consulter pour une tumeur 
de Torbite du côté droit. On voit en effet de ce côté une déformation notable de la région 

(1) Voy. planche I, flg. 1, 2, 3, 4. 



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DU SINUS FRONTAL. 13 

fronto-orbitraire, arec déviation du globe de Toeil. Il en résulte une altération dans la 
symétrie de la face, circonstance dont on pourra parfaitement juger en examinant le 
portrait du malade. Mais, avant de poursuivre cette description, disons en quelques mots 
quels sont les renseignements qui nous sont fournis par le jeune homme ; c'est du reste 
d'après des notes parfaitement recueillies par M. Chaillou, Tun des internes du service, 
que nous avons pu rédiger l'observation qui va suivre. 

Fièvre typhoïde à 5 ans. Deux ans plus tard, affection inconnue dont le traitement a 
nécessité une saignée du bras. De 14 à 16 ans fréquents maux de gorge ; à 20 ans, écou- 
lement blennorrhagîque qui a duré 6 mois. Jamais de manifestation syphilitique d'aucune 
espèce. 

L'affection qui a conduit ce jeune homme à l'hôpital remonte à environ 3 ans. Vers 
cette époque il fut sujet à des douleurs occupant le côté droit de la tôte, et il s'aperçut 
en môme temps que la région du sourcil droit augmentait de volume, lentement mais 
progressivement. Il y a 40 mois seulement que la tuméfaction a envahi l'orbite en même 
temps qu'elle soulevait la paupière supérieure droite. 

Malgré les douleurs de tôte, il n'y a jamais eu ni vomissements, ni paralysie, ni con- 
vulsions. 

Tout récemment le malade est demeuré 1 mois à l'hôpital Larîboisière dans le service 
de M. Bucquoy. A cette époque, il a pris chaque jour 3 grammes d'iodure de potassium 
sans qu'il survint aucune diminution dans le volume de la tumeur. Tout au contraire, 
celle-ci a continué de s'accroître, et le malade a pu en suivre et en quelque sorte en me- 
surer les progrès par la déviation correspondante du globe de l'œil. 

État actuel, 27 septembre 1864. 

Nous avons déjà mentionné une certaine irrégularité dans la physionomie de notre ma- 
lade, elle consiste en une tuméfaction de la région fronto-palpébrale ; de plus, le globe de 
l'œil du côté droit est situé beaucoup plus bas que l'œil du côté gauche, circonstance 
qui nuit beaucoup à la symétrie faciale du sujet. En poursuivant l'analyse, on constate 
au-dessus du sourcil droit une tuméfaction arrondie, faisant une saillie d'au moins 1 cen- 
timètre, ce dont on peut juger très-bien en regardant le malade de profil. Cette tumé- 
faction occupe la moitié interne du sourcil, en môme temps qu'elle remonte à 2 centi- 
mètres et demi au-dessus de cet organe. Par la palpation, on s'assure aussitôt que cette 
saillie est formée par le frontal lui- môme, mais l'os résiste, et en aucun point on ne re- 
trouve cette crépitation de parchemin, indice d'un aoiincissementde la table externe. 

Au-dessus du sourcil, la paupière est saine ; mais, au lieu de présenter son excavation 
normale, elle est projetée dans sa moitié interne par une tumeur qui la refoule en 
bas et en avant ; il en résulte une déformation qui porte également sur l'ouverture pal- 
pébrale et qui tient à ce que la paupière supérieure ne peut s'élever que très-incomplé- 
tement. 

En explorant la tumeur à travers les téguments, on reconnaît qu'elle est dure, mais 
que sa surface, quoique arrondie, présente cependant quelques irrégularités, et entre 
autres une rainure qui correspond au bord supérieur de l'orbite. Cette tumeur n'est évi- 
deimnent que le prolongement d'une production plus volumineuse qui a défoncé rorbite 
et qui fait saillie sous la paupière. 

Cette tumeur est fixe, indolente, d'une dureté osseuse ; cependant, en essayant de l'é- 
branler, on constate une certaine élasticité obscure. Nous verrons plus tard que cette 
dernière circonstance peut être rattachée à la texture même da produit pathologique. 

Malgré l'envahissement de l'orbite vers son angle supérieur et interne, il n'y a, pas 



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i4 DOLBBAU. — MÉMOIRE SUR LES EXOSTOSES 

d'exorbîtis, Fœil est seulement rejeté en bas et en dehors, ses mouvements restent libres. 
La pupille a ses dimensions normales ; le malade cependant prétend que la vision de ce 
côté est un peu moins parfaite. 

La sensibilité de la région fronto-palpébrale est émoussée, on détermine un peu de 
douleur à la pression au niveau du nerf frontal moyen ; enfin, quoique la tumeur soit à 
peu près indolente, le malade dit y éprouver tantôt une sensation de pesanteur, tantôt 
des élancements qu'il compare à des piqûres. 

La déformation limitée à la région du sinus frontal droit, Tapparitlon à l'angle interne 
et supérieur de l'orbite d'une tumeur mamelonnée, dure et fixe, permettent de diagnos* 
tiquer une exostose du sinus frontal droit ayant déjà détruit la paroi inférieure de la ca- 
vité qui la contenait, mais ayant, suivant toute probabilité, respecté la paroi cérébrale du 
sinus. 

La marche de la tumeur étant progressive, les désordres qu'elle peut produire ulté- 
rieurement, et enfin la possibilité d'isoler ces sortes de productions alors qu'elles ne sont 
pas très-volumineuses, toutes ces considérations engagent M. Dolbeau à proposer l'extir- 
pation de l'exostose. 

Le 29 septembre, en présence d'un certain nombre de nos collègues, nous pratiquons 
l'opération suivante : 

Le malade étant plongé dans le sommeil anesthésique, je conduis deux incisions, l'une 
verticale, un peu en dehors de la ligne médiane du f^nt ; l'autre horizontale, parallèle au 
bord supérieur de l'orbite. Ces deux incisions se rejoignent à angle droit et constituent 
un lambeau triangulaire qui est immédiatement relevé vers sa base, ce qui permet de voir 
la base antérieure du sinus frontal. 

Gela fait, la paupière supérieure rendue libre par l'incision horizontale peut être re- 
foulée en bas en quelques coups de bistouri ; on voit alors facilement la partie de la tu- 
meur qui a fait irruption dans l'orbite. C'est une masse osseuse, d'un blanc mat, très- 
dure et mamelonnée à sa surface ; on distingue en plus la perforation qui a laissé pas- 
sage à cette exostose. En introduisant une spatule entre la tumeur et l'os frontal au ni- 
veau môme de la perforation, on fait éclater facilement la paroi antérieure du sinus ; il 
est alors aisé de constater que le sinus frontal est dilaté et que sa cavité est complète- 
ment remplie par une production osseuse qui envoie un prolongement à la partie supé- 
rieure et interne de l'orbite. Il reste alors à énucléer la tumeur. 

Bien convaincu que cette production pathologique est libre dans la cavité qui la con- 
tient, je saisis la portion orbitaire de la tumeur avec un davier, et j'essaie d'arracher 
l'exostose. 

A ce moment de l'opération survient une difficulté imprévue ; l'exostose étant spon- 
gieuse à son centre, la tumeur se sépare en deux portions, dont l'une reste fixée dans le 
fond du sinus. Le centre de la tumeur étant très-vasculaire, il se fait un écoulement de 
sang qui gène notablement la manœuvre ; cependant nous attaquons le reste de l'exos- 
tose avec une gouge. 

Des portions de tissu spongieux sont successivement enlevées ; puis, tout à coup, un 
fragment de 2 centimètres et demi de longueur sur 1 de largeur cède aux efforts de 
l'instrument. 

Nous remarquons alors que la face profonde de ce fragment est composée par du tisssu 
compacte, très-dur, à surface lisse quoique mamelonnée; en un mot, nous acquérons la 
certitude que nous avons atteint la liifiite profonde de la tumeur. 

Un second fragment analogue au précédent s'ébranle à son tour, et il ne reste plus 



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DU SINUS FRONTAL. 15 

de l'exostose que la surface qui correspond à la cloison qui sépare los deux sinus ; c'est 
là évidemment le point d'implantation de Texostose ; on y remarque une artère qui jaillit 
au milieu du tissu spongieux. 

Je rugine cette surface d'implantation, j'oblitère l'artère avec une petite boulette de 
cire, et alors une injection d'eau fraîche supprimant le suintement sanguin, il est possi- 
ble de yoÏT toute la cavité du sinus dont les parois sont demeurées intactes. 

Nous devons mentionner une circonstance qui nous a surpris un instant : au moment 
de terminer l'opération, nous avons tu sourdre un liquide albumineux, épais, ressemblant 
assez bien & de la matière cérébrale ; nous j^ensons que c'était là sans doute une sécré- 
tion de la muqueuse demeurée saine. 

Une petite boulette de charpie dans la cavité du sinus, une compresse d'eau fraîche sur 
le lambeau restitué à sa place, tel fut le pansement, et le malade fut reconduit à son lit. 

Dans la soirée nous trouvons le malade calme, il se plaint un peu de la tête ; il a vomi 
une fois, probablement sous l'influence du chloroforme. Pas d'hémorrhagie, pouls à 6i. 

30 septembre. — La nuit a été bonne, le malade se plaint d'un peu de céphalalgie; 
du reste, le pouls est à 70 : on remarque un gonflement ecchymotique de la paupière du 
côté droit ; l'œil est sain et la vision conservée. 

1^ octobre. — Dans la soirée du 30, la céphalalgie a augmenté, et le malade eut un 
peu de délire; actuellement encore, douleur dans la région du sinus gauche, œdème 
de la paupière du côté correspondtnt, pouls à 74, pas d'appétit. On enlève la charpie et 
l'on fait une injection avec l'eau-de-vie camphrée; purgatif. 

2 octobre.*— État général toujours le même, pouls à 80. 
La suppuration commence à s'établir. 

3 octobre. — La céphalalgie existe d'une manière très-pénible à la partie postérieure 
du crâne, la face est pflle; le malade est dans une légère somnolence, le pouls est tombé 
à 56, cependant la plaie est bonne et il n'y a pas de vomissements. 

4 octobre. — Môme état, pouls à 50. 

5 octobre.— L'état général est meilleur, mais le pouls est de plus en plus lent, on ne 
compte plus que 48 pulsations au maximum ; cependant le malade demande à manger, 
et la plaie commence à se couvrir de bourgeons charnus. 

Les jours suivants, le mieux se soutient, mais le pouls reste lent quoique fort. 

8 octobre. — Le pouls est remonté à 66, la plaie se comble. 

10 octobre. — Le pouls marque 70. 

15 octobre. — Le malade se plaint de céphalalgie, il a un peu de fièvre, pouls à 80; 
purgatif. 

18 octobre. — Le pouls est revenu à l'état normal ; l'état général est excellent, le 
malade se lève, mange, dort bien. La cavité du sinus est en grande partie comblée^ mais 
il faut lutter contre le lambeau qui a de la tendance à s'enrouler du côté de la cavité. 

Le 30 octobre, le malade sort de l'hôpital, sa plaie est cicatrisée. 

Nous avons revu l'opéré dans les premiers jours de décembre, et voici ce que nous avons 
pu constater. La santé générale est parfaite, il n'existe plus la moindre céphalalgie ; la 
cicatrisation est complète, mais le lambeau est légèrement tuméfié; il en résulte une 
saillie sur le plan du front; cette tuméfaction est du reste molle, indolente et réductible 
par la compression. Les téguments présentent une anesthésie presque complète dans 
l'étendue de 2 centimètres carrés. 

L'œil droit est sain, tous ses mouvements sont libres, la vision intacte. Les paupières 
sont régulièrement conformées; néanmoins, quoique le globe de l'œil se soit notable- 
XXX 5 



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16 DOIiBEAU. — MÉMOIRE SUR LES ËXOSTOSES 

ment relevé depuis Topération, il est encore sitaé sur un plan inférieur à celui du côté 
opposé. En résumé, on peut dire que la guérison est complète et que l'opération a eu 
tout le succès désirable. 

Examen de la tumeur. — L'ensemble des fragments a été réuni, et le poids total 
était de 10 grammes. Outre un certain nombre des débris du tissu spongieux de l'exos- 
tose, celle-ci se composait de trois fragments principaux, caractérisés par l'existence à 
leur périphérie d'une couche de tissu compacte assez épaisse. 

11 est permis d'admettre que la tumeur avait la forme et le volume d'une grosse noix, 
qu'elle était spongieuse à son centre, et recouverte à sa périphérie par une coque os- 
seuse très-dure et finement mamelonnée ; la coque faisait défaut dans le point corres- 
pondant à l'implantation de la tumeur. 

Les trois fragments que j'ai signalés plus haut étaient revêtus d'une membrane mince 
qui leur servait de périoste. Au microscope, cette membrane a présenté les particularités 
suivantes : la face libre est partout revêtue de cellules d'épithélium cylindrique à plusieurs 
couches; les supérieures sont cylindro-coniques, les autres sont ovales et quelquefois fusî- 
formes ; elles présentent toutes un noyau volumineux, allongé et disposé dans le sens de la 
longueur delà cellule. Les noyaux présentent un, deux et quelquefois trois nucléoles ; une 
seule de ces cellules a présenté des cils vibra tiles, quelques-unes étaient pigmentées. 

L'acide acétique dissout l'enveloppe des cellules et met les noyaux en liberté. 

Les parties profondes de la membrane que nous (^crivons sont formées de tissu con- 
jonctif ondulé, présentant une forte proportion d'éléments fusiformes tels qu'on les voit 
dans le tissu conjonctif Jeune. • 

L'exostose elle-même est formée d'une coque de tissu osseux compacte, mince dans les 
parties supérieures, beaucoup plus résistante dans la portion orbitaire. L'intérieur de 
l'exostose est rempli par du tissu osseux spongieux, rouge, présentant encore dans quel- 
ques points une grande mollesse. 

L'examen microscopique de la coque osseuse a montré que l'ossification de cette lame 
était aussi complète que sur une préparation^détachée de l'os frontal lui-même. Les ostéo- 
plastes sont aussi développés, aussi réguliers dans l'une des préparations que dans l'autre. 

On retrouve dans le tissu spongieux qui remplit l'exostose tous les éléments du tissu 
spongieux normal. Les lamelles qui circonscrivent les aréoles présentent des ostéoplastes 
avec les fins ramuscules qui les rattachent les uns aux autres. 

Dans le liquide qui baignait la préparation, on observe en outre quelques cellules à 
noyaux multiples (myéloplaxes de M. Robin) et un grand nombre de cellules arrondies 
à un ou deux noyaux (médullocelles de M. Robin). Ces deux éléments sont, on le sait, 
constitutifs de la moelle de quelques os courts. 

Dans les points où le tissu osseux présentait encore de la mollesse, on trouve du 
tissu conjonctif renfermant des cellules jeunes, fusiformes. On voit par places un com- 
mencement d'ossification, quelquefois à peine marqué, d'autres fois assez prononcé pour 
laisser voir les éléments caractéristiques de Tos. 

il n'y a dans aucun point de capsules de cartilage. 

Observation If. — Exostose ébumée du smm frontal droit. — Description d'une pièce 
pathologique déposée dans le musée du Val-dc-Grflce par le professeur Nékton (I). 

(I) Voy. planche II, fig. 3 et 4. 



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DU SINUS FRONTAL. 17 

Ceslà tort que cette pièce est inscrite sous le nom de M. Larrey; elle provient du 
service de Roux, et elle a été préparée par M. Nélafon. 

Telle qu'elle est aujourd'hui, cette pièce est loin d'être complète, et cependant elle est 
parfaitement démonstrative. Elle comprend seulement une partie de l'os frontal du côté 
droit, avec la suture médiane qui réunit les deux frontaux; il y a en plus les os propres du 
nez. Ces différents os sont d'une épaisseur assez grande, cependant ils ne sentie siège d'au- 
cun gonflement anormal. • 

 première vue, on peut constater que le sinus frontal droit renferme une exostose du 
volume d'une petite pomme. Mesurée transversalement et en ajoutant ce qui a été re- 
tranché de la tumeur, on peut évaluer que la production morbide a environ 4 centi- 
mètres. Ses dimensions verticales sont de 4 centimètres seulement. L'orbite du côté cor- 
respondant manque à la pièce, mais il est évident que la plus grande partie de sa cavité 
devait être remplie par Texostose. 

La surface antérieure ou frontale du sinus fait un relief de plus d'un centimètre ; cette 
saillie occupe l'os coronal droit, elle remonte à 3 centimètres au-dessus d'une ligne trans- 
versale qui passerait par la racine des os propres du nez, mais le gonflement s'arrête 
exactement sur la ligne médiane ; l'os frontal du côté gauche est donc parfaitement 
normal. Si, du côté interne, le soulèvement pathologique s'arrête à la ligne médiane, on 
ne peut préciser les limites externes de la tumeur, car la pièce est incomplète de ce côté. 

La lame antérieure du sinus frontal manque presque complètement ; la tumeur, en se 
développant, a repoussé au-devant d'elle cette paroi dusinus,puis elle l'a en quelque sorte 
usée, si bien qu'on n'en trouve plus que de rares débris sur la face antérieure de l'exos- 
tose. La tumeur, avons-nous dit, a envahi l'orbite du côté correspondant^ aussi re- 
marque-t-on l'absence du rebord orbitaire supérieur. Les os propres du nez, l'apophyse 
montante du maxillaire sont demeurés intacts. 

La pièce, examinée par l'intérieur du crflne, nous montre les particularités suivantes : 
le sinus frontal du côté gauche est sain, la crête qui sépare les deux os du front offre un 
développement remarquable, l'apophyse cristagalli est normale. Du côté droit, c'est-à- 
dire du côté de la lésion, l'étage antérieur de la base du crâne présente une saillie consi- 
dérable qui dépasse de i centimètre le sommet de l'apophyse cristagalli. Il est facile de 
voir que la paroi cérébrale du sinus a été soulevée par une production étrangère, mais 
qu'elle a conservé son épaisseur et son intégrité. Vers la pariie postérieure, l'exostose sem- 
ble avoir refoulé les cellules ethmoîdales. 

Sur une coupe antéro-postérieure on peut constater que la tumeur est une exostose 
compacte, dont le tissu présente tous les caractères de l'ivoire. Son diamètre antéro-posté- 
rieur a 3 centimètres* 

Examinée dans son ensemble, l'exostose que nous décrivons se présente sous la forme 
d'une petite sphère irrégulière, dont la surface est remarquablement bosselée et recou- 
verte de tout petits mamelons. Cette production a détruit la paroi antérieure du sinus 
et le bord correspondant de l'orbite, ce qui lui a permis de faire saillie sur le plan du 
front et d'occuper la cavité orbitaire. 

L'exostose est libre dans la cavité agrandie du sinus ; il existe^ en effet, un espace très- 
manifeste entre l'exostose et les parois, qui l'environnent. Toutefois^ au niveau de la cloi- 
son qui sépare les deux sinus, la tumeur se confond manifestement avec la paroi, l'exos- 
tose n'a pas de pédicule, mais il est évident que c'est là son point d'implantation. 

11 est très-probable que des tractions bien faites eussent permis d'arracher l'exos- 
tose, après avoir, au préalable, ouvert largement la cavité du sinus. 



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18 OOIiBBAU. — MÉMOIRE SDR LES EXOSTOSES 

Les Bulletins de la Société anaUmique pour 1851 contiennent la mentioa de la pièce que 
nous venons de décrire. M. Weiss a mis sous les yeux de la Société la pièce qui est déposée 
dans le musée du Yal-de-Grâce. 

Observation III. — Exostosedu sinus frontal gauche. Description d'une pièce patholo- 
gique déposée dans le musée Dupuytren par le professeur Jobert de Lamballe (i). 

La tumeur est très-volumineuse, on en jugera par les dimensions qui en seront données 
plus loin, aussi a-t-elle dépassé toutes les limites de la cavité qui la contenait primitivement. 

L'examen de la pièce ne peut laisser aucun doute sur le siège de la production mor- 
bide, et, quoique Ton ne trouve que des vestiges de l'enveloppe osseuse, il est bien cer- 
tain que c'est dans le sinus frontal gauche, énormément développé, que se trouve en 
partie contenue l'exostose que nous décrivons. 

La tumeur a du reste cet aspect mamelonné qui caractérise les productions osseuses 
développées dans les différents sinus. 

Quoique l'exostose soit encore renfermée dans le sinus frontal, elle en a refoulé et usé 
les parois; aussi voit-on la production morbide apparaître à Textérieur. 

En examinant la tumeur de face, c'est-à-dire du côté antérieur au frontal du sinus, 
l'exostose se présente comme une sorte de rosace qui occupe la partie gauche et infé- 
rieure du front, la racine du nez et les deux tiers internes de l'orbite du côté gauche. 
Cette rosace se compose d'une série de mamelons irréguliers qui rayonnent vers un cen- 
tre légèrement déprimé. 

Tous ces mamelons sont séparés par des sillons plus ou moins profonds, et, par place, 
ils sont recouverts par des vestiges très<évidents de la table externe du sinus frontal. 
Entre autres particularités on retrouve sur cette face antérieure de la tumeur les traces 
d'une couronne de trépan. La partie de la tumeur que nous venons de décrire est assez 
régulièrement circulaire, elle a 5 centimètres de diamètre et fait à la surface du front 
un relief de plus d'un centimètre. Elle occupe la bosse frontale gauche, mais elle dé- 
passe à droite la ligne médiane. Elle descend environ jusqu'à la moitié des os propres 
du nez, aussi recouvre-t-elle la racine du nez. L'os propre du côté droit est en grande 
partie caché par la tumeur qui s'étend jusque sur la branche montante du maxillaire 
supérieur du côté droit. Du côté gauche, l'exostose a détruit la portion orbitaire du sinus, 
aussi voit-on ses mamelons recouvrir la plus grande partie de l'orbite correspondant. 

L'exostose a respecté les fosses nasales, mais du côté de la cavité crânienne on la voit 
faire une saillie, considérable qui mérite d'attirer l'attention ; en effet, la tumeur occupe 
la fosse cérébrale antérieure gauche, sans toutefois dépasser la ligne médiane. 

On peut évaluer les dimensions de la tumeur ainsi qu'il suit; elle mesure 5 centimètres 
en hauteur, 4 en largeur, et 3 dans le sens antéro-postérieur. Sa surface est irrégulière, 
composée d'un grand nombre de petits mamelons. Quant à la table cérébrale du sinus, 
on en retrouve des portions, mais il est difficile, d'après l'examen de la pièce, de dire si 
elle a été usée par le développement de l'exostose ou plutôt si elle n'a pas été détruite 
pour les besoins de la préparation. 

Une coupe médiane a été pratiquée verticalement et suivant le grand axe de la tumeur; 
on peut, grâce à ce trait de scie, constater que l'exostose est éburnée dans la plus grande 
étendue de son épaisseur, sauf dans le centre, où l'on trouve quelques points constitués 

(1) Voy. planche II, flg. 1 et 2. 



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DU SINUS FRONTAL. 19 

par du (issu spongieux. La tumeur mesure sur cette coupe près de 8 centimètres en hau 
teur sur 5 en épaisseur. 

Pour résumer l'étude de cette pièce pathologique, nous dirons que l'exostose née dans 
le sinus frontal gauche a dilaté les parois de cette cavité, puisqu'elle les a usées pour 
s'étendre au delà de ses limites. Ainsi, elle a détruit la face antérieure du sinus, puis 
s'est étalée au-devant de la bosse nasale et jusque sur le dos du nez; elle a défoncé la 
portion orbitaire du sinus, puis elle a envahi la cavité de l'orbite, dont elle occupe les 
deux tiers, et arrive exactement à son bord inférieur. De ce côté antérieur, la tumeur a 
donc descendu par rapport à son origine. Vers le crâne, au contraire, elle a pris une 
grande extension, mais s'est portée en haut et en arrière, de sorte que le grand axe de 
l'exostose est dirigé de haut en bas et d'arrière en avant. 

11 faudrait pratiquer de nouvelles coupes pour savoir si le sinus frontal droit existe, ce 
qui est probable. 

L'exostose, malgré ses grandes dimensions, n'a contracté aucune adhérence avec le 
squelette, mais elle est très-fortement enclavée dans la région qu'elle occupe, et il est 
évident, à cause de ce développement extrême, que l'extirpation en eût été presque im- 
possible. Je dois cependant, à propos d'adhérences, mentionner un point très-limité de la 
tumeur qui, sur la coupe qui en a été pratiqué^, semble se confondre avec le tissu osseux 
de la (àce frontale du sinus. 



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EXPLICATION DES PLANCHES I ET II 



Planche I. — Exostose du sintis frontal opérée et guérie. 

Yig. i. — Le sujet vu de face et avant TopératioD. On remarque la saillie de la région 
malade et la dépression du globe de rœil. 

Fig. 2. — Le môme sujet vu de profil, afin de donner une idée du relief formé par 
Texostose. 

Fig. 3. » Le sujet vu de face après la guérison. 4>n remarque l'absence de la saillie pa- 
thologique, Tœil a repris sa place habituelle. 

pig. 4. _ Divers fragments provenant de Texostose. La tumeur a été brisée pendant l'o- 
pération, mais les divers fragments présentent la disposition lobulée mamelonnée qui 
caractérise ce genre de production. 

Planche IL -— Exostose du sinus frontal. 

Fig. i. — Exostose du sinus frontal. Pièce déposée au musée Dupuytren par lobert de 

Lamballe. Sur cette figure on remarque l'usure de k trace externe du sinus et de 

plus les traces évidentes d'une couronne de trépan. 
Fig. 2. — Coupe de la tumeur précédente. On voit ainsi les limites exactes de l'exostose, 

on peut constater que la tumeur est restée libre dans la cavité qui la contient. 
YlgA. — Exostose du sinus frontal. Pièce de Roux déposée au musée du Val-de-Grâce par 

M. Nélaton. 
Fig. 4. — Coupe de la même tumeur, permettant de constater que Texostose occupe la 

cavité distendue du sinus frontal et que le produit pathologique est resté libre de 

toute adhérence avec le squelette. 



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Mémoires de lAcadémie de Médecine , 



Tome XXX. Pl.l. 



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Mémoires de rAcadémie de Médecine . 



Tome XXX. PI. 2. 












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RECHERCHES 

SUR 

L^ULGÉRATION ET LA PERFORATION DU GROS INTESTIN 

CONSÉCUTIVE A LA FIÈVRE TYPHOÏDE 

Far fi. UBtlDEV 

Directeur et professeur de clinique médicale de l'École de médecine de Rouen, médecin 
en chef à THÔtel-Dieu, membre correspondant de TAcadémie de médecine, etc. 

MÉMOIRB LU ▲ L'AGADÉMIB DE MÉDECINE LE 6 AOlIT 1856 (i). 

En 1854 (2), j*avai» signalé quelques faits rares de lésions en appa- 
rence exceptionnelles du gros intestin, consécutifs à la fièvre typhoïde. Ces 
faits m'avaient permis de tracer la marche de l'ulcération du gros intes- 
tin, depuis l'érosion folliculaire superficielle jusqu'à la perforation com- 
plète. Depuis, j'ai pu recueillir de nouveaux faits, chaînons qui permettent 
de suivre presque toutes les phases de la lésion du gros intestin, non- 
seulement dans le cœcum et dans le colon ascendant, mais encore dans 
le rectum. 

Les matériaux qui nous ont servi pour notre étude sont 350 observa- 
tions de fièvre typhoïde recueillies dans les hôpitaux de Paris (Hôtel-Dieu, 
Pitié, Charité), services de MM. Chomel, Louis, Gendrin et Rayer, et à 
l'Hôtel-Dieu de Rouen, dans le service de clinique médicale qui m'est 
confié depuis le commencement de l'année 1855. A côté des faits tirés 
de mon expérience personnelle, j'ai placé d'autres observations emprun- 
tées à des auteurs français ou étrangers. Je pourrai ainsi insister sur la 
fréquence des ulcérations, leurs caractères anatomiques, leur coïnci- 
dence avec d'autres altérations du tube digestif, et principalement sur la 

0) Buil. de 1^ Académie de méd., 5 août 48r>6, t. XXI, p. 979. Voy. Rapport de la commis- 
lion. M. Barth, rapporteur. (£u/<. de VAcad. de méd., Paris, 1870, 2 no?., t. XXXV, p. 852). 

(2) Leudet, Qaxetk hebdomadaire de Médecine et de Chirurgie. Paris, i854, t. I, 
p. 217. 



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22 I^BUDEV. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

symptomafologie et les complications : ainsi nous appellerons l'attention 
sur les hémorrhagies consécutives aux ulcérations du gros intestin, sur 
les abcès de la fosse iliaque, du bassin, etc. Ces faits épars dans la science 
complètent Tbistoire de la fièvre typhoïde et peuvent fournir quelques 
indications thérapeutiques. 

§ P. Anatomie pathologique. — L'excellent ouvrage de Lotre savant 
maître M. Louis (1) a donné des détails étendus et analytiques sur le 
ramollissement de la muqueuse du gros intestin ; nous regrettons que 
nos recherches n'aient pas porté sur ce sujet. 

L'ulcération /b//ecw/(22r^ est le premier degré de la lésion que nous étu- 
dions ici ; ces pertes de substances, de la grandeur d'un pois environ, 
faites comme à Temporte-pièce, à bords parfaitement limités, semblent 
siéger sur la surface de la muqueuse. Souvent elles ne sont visibles qu'à 
contre-jour et se rencontrent alors en grand nombre. 

A un degré plus avancé, les ulcérations intéressant toute la muqueuse 
sont rondes et folliculaires (Obs. 2, 6, 8, 9, 10); d'autres fois elles sem- 
blent provenir de follicules dilatés, enflammés et qui laissent suinter du 
pus (Obs. 3). Ainsi, dans un cas (Obs. 3), la membrane muqueuse rouge 
présentait une rosée de gouttelettes purulentes jaunâtres, qui semblaient 
sourdre des follicules ulcérés. La muqueuse du cœcum était en même 
temps très-épaissie. 

Comme dans l'intestin grêle, l'ulcération gagne quelquefois en /?ro/br2- 
deur et met à nu les fibres musculaires (Obs. 4) ; elles sont tantôt arron- 
dies; tantôt, devenant confluentes, elles apparaissent sous forme de 
bandes plus ou moins irrégulières (Obs. 5, 7). Enfin, dans des cas plus 
graves, les ulcérations deviennent confluentes et donnent à la muqueuse 
l'apparence d'une surface irrégulière, parsemée de villosités (Obs. 7). 

Un degré plus avancé montre Tulcération s'étendant jusqu'à la séreuse 
péritonéale, et laissant à peine une mince couche qui la sépare de la ca- 
vité péritonéale (Obs. 9). 

La rupture de cette couche peu épaisse, qui constitue le fond de l'ul- 
cération et la pénétration dans la cavité du péritoine, s'observe dans quel- 
ques cas (Obs. 12, 13, 14). Dans deux cas, cette perforation (Obs. 12, 13), 



(I) P. C. A. Louis, "hecherches anatomiqueSf pathologiques et thérapeutiques sur la mala- 
die connue sous les noms de fièvre typhoïde, etc. Paris, 1841. 



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DU GROS INTESTIN. 23 

coïncidait avec un grand nombre d'autres ulcérations de toute la longueur 
du cœcum. 

La situation' de T ulcère perforant du cœcum entraîne des changements 
dans les conséquences anatomiques de cet accident de la fièvre typhoïde; 
son siège fréquent dans le cœcum entraîne, dans quelques cas, un épan- 
chement limité dans la fosse iliaque et détermine par suite un abcès de 
cette région ; nous n'avons nous-même observé aucun exemple de cette 
complication, mais nous emprunterons plus loin quelques exemples à la 
science. L'ulcération devient, d'autres fois, la cause d'unépanchementde 
fèces dans le péritoine (Obs. 12), épanchement qui d'autres fois se trouve 
empêché ou circonscrit entre des adhérences salutaires (Obs. 14), enfin 
la perforation du rectum entraîne quelquefois la formation d'une fistule 
anale (Obs. 15 et 16). 

On peut donc admettre, après avoir parcouru les faits que nous venons 
de relater, que l'entérite du gros infestin consécutive à la fièvre typhoïde, 
offre tous les degrés depuis l'ulcération superficielle, l'érosion simple, 
jusqu'à la perforation complète. 

Ces ulcérations présentent quant à leur siège un maximum de fré- 
quence marqué dans le cœcum, elles étaient limitées au cœcum, dans 
les observations 2, 4, 5, 6, 8, 14 ; daus d'autres cas, plus rares, elles 
étaient bornées au rectum (Obs. 1, 11, 15); ou bien elles existaient si- 
multanément dans le rectum et daus le cœcum (Obs. 9), enfin elles 
étaient étendues à tout l'inlestin (Obs. 3, 7, 10, 13). 

Dans notre premier Mémoire (1), nous avons déjà insisté sur la fré- 
quence plus grande de l'ulcération limitée au cœcum. M. Louis a noté 
dans neuf cas l'ulcération limitée à la même portion du gros intestin, 
H. Andral dans huit des observations (2). Deux fois seulement dans les 
observations deM. Louis, les ulcérations existaient dans le cœcum et dans 
d'autres parties du gros intestin; M. Andral indique cette coexistence 
dans deux cas, enfin nous l'avons observée chez neuf malades. 

On voit donc que l'ulcération limitée au cœcum peut exister seule, que, 
dans d'autres cas, le travail ulcératif se localise dans le rectum, ou dans 
le côlon ascendant (3) ; enfin dans d'autres cas l'ulcération existe dans 

(1) Leudet, loc. cit., p. 220. 

(2) Andral, Clinique médicale, 4« édition. Paris, 1840. 

(3) Louis, loc. cit.y t. I,p. 32. 

XXX. 



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24 liBUDBT. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

toute la hauteur du gros intestin, depuis la valvule iléo-cœcale jusqu'à 
l'anus. 

Nous avons négligé à dessein de signaler à propos des pertes de sub- 
stance la perforation limitée à l'appendice iléo-cœcal, par cette raison 
que nous n'en avons recueilli aucun exemple ; cependant cette lésion a 
été observée, M. Grisolle (1) n'en connaît qu'un fait authentique qui lui 
a été communiqué par M. Charcellay, de Tours. 

MM. Monneret et Fleury (2) semblent considérer cette lésion comme 
plus fréquente, ils s'expriment ainsi à cet égard : « Une altération qu'on 
oublie bien souvent de chercher est l'ulcération de l'appendice iléo-cœ- 
cal. Telle est cependant l'origine de quelques perforations. » Nous re- 
grettons que les auteurs du Compendium n'aient pas cité ces faits, qui 
d'après leur description semblent s'être offerts à eux assez fréquemment. 

Les ulcérations présentent encore d'autres points à étudier que nous 
ne devons pas négliger : ainsi les auteurs, et surtout M. Louis, ont décrit 
avec le plus grand soin les caractères des ulcérations de l'intestin grêle, 
ces caractères sont importants, car de leur étude découle la connaissance 
de l'époque de l'ulcère, ou pour mieux dire de la phase d'évolution dans 
laquelle il se trouve alors. Des caractères analogues sont constatés dans 
le gros intestin. 

La perte de substance peut présenter une simple ulcération superfi- 
cielle, érosion par ulcération insensible (Obs. 1), une solution de con- 
tinuité plus ou moins grande avec sorte de bourbillon jaunâtre, analogue 
à celui qui constitue l'escarre des plaques de Peyer, à leur période d'ulcé- 
ration; d'autres fois les ulcérations ont déjà éliminé le bourbillon, l'es- 
carre a disparu et même le travail ulcératif a décollé et disséqué, dans 
une étendue plus ou moins grande, les bords de l'ulcère. Le décollement 
des bords existait dans quelques cas (Obs. 6, 13) ; plus souvent les bords 
étaient non décollés, et la perte de substance plus ou moins profonde, 
enfin, dans quelques cas, l'ulcération était en partie cicatrisée; ou bien 
un certain nombre d'entre elles avaient subi ce travail de cicatrisation, 
tandis que d'autres présentaient une cicatrisation incomplète (Obs. 6). 

La membrane muqueuse du gros intestin était, ou bien épaissie et fria- 



{{) Grisolle, Tr, de Path. inter., 6« édit. 

(2) Monneret et Fleury, Compendium de Mèd., t. VIII, p. 180. 



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DU GROS INTESTIN. 25 

ble, ou bien d une couleur en général rosée parsemée d'arborisations 
^asculaires; d'autres fois grisâtre terne, dans aucun cas nous n'avons 
rencontré ces colorations noirâtres que l'on constate fréquemment à 
Touverture des cadavres des individus morts des suites d'une dyssenterie 
chronique. 

Quel était dans ces cas d'altération du gros intestin l'état de l'intestin 
grêle? Nous avons cru devoir classer nos Taits en plusieurs catégories 
pour répondre à cette question. 

La première catégorie de faits comprend ceux dans lesquels F ulcéra- 
tion de l'intestin grêle était en voie de progression, depuis la tuméfaction 
de la plaque jusqu'à la période d'élimination de l'escarre. Dans celte 
cat^orie se rangent plusieurs faits (Obs. 1, 2, 4, 5, 8). 

La deuxième renferme les cas dans lesquels l'ulcération de l'intestin 
grêle est à la période d'état. Le travail ulcératif est accompli, l'escarre 
éliminé, mais aucune trace de réparation ne s'est encore manifestée 
(Obs. 9, 3, 10, 13, 15). 

Enfin dans un troisième ordre de faits rentrent ceux dans lesquels la 
cicatrisation était avancée ou complète dans l'intestin grêle, tandis qu'elle 
était en progression dans le gros intestin (Obs. 6, 7, 11, 12, 14). 

Les lésions n'étaient pas absolument limitées au tube digestif, d'autres 
altérations existaient parfois dans des organes différents, ainsi nous les 
avons trouvées sous forme de pleurésie (Obs. 10), ou bien dans les voies 
aériennes sous forme d'ulcérations du larynx, de pneumonie, d'apoplexie 
pulmonaire, dans les voies digestives sous forme d'ulcérations du pharynx 
(Obs. 2,4), enfin nous avons rencontré une fois un abcès du rein et une 
fois également un abcès contenu dans l'épaisseur des tuniques de la vé- 
sicule biliaire (Obs. 7). 

§ II. Étiologie. — Les détails anatomiques dans lesquels nous venons 
d'entrer montrent déjà que l'ulcération du gros intestin existe à toutes 
les époques de la maladie, chez les malades qui succombent peu de 
temps après le début de la maladie dans le deuxième ou troisième sep- 
ténaire, les ulcérations sont en général moins profondes, moins étendues; 
au contraire, à mesure que la maladie avance, les lésions du gros intestin 
se développent, s'étendent et finissent même dans quelques cas par 
amener la perforation. 

Il existe certains cas de fièvre typhoïde dans lesquels le travail ulcé- 



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26 LEÏJDET. — OLCÉRATION ET PERFORATION 

ratif semble avoir une grande tendance à se produire et à se répéter dans 
les autres organes, ainsi nous avons cité plusieurs faits d'ulcération du 
pharynx et un abcès du rein. Ces lésions ont-elles été observées plus fré- 
quemment dans les cas d'ulcération du gros intestin que chez les malades 
qui en étaient atteints? Nous ne pouvons répondre d'une manière affir- 
mative, avec aussi peu de faits. 

A quelle époque de la fièvre typhoïde se manifestent ces altérations du 
gros intestin? — C'est en général à une période avancée de la maladie, 
cependant on les constate parfois sur les cadavres de malades morts à la 
fin de la deuxième ou au commencement de la troisième semaine. Ces 
ulcères, dit M. Grisolle (1), sont rarement cicatrisés, même lorsque les 
malades succombent à une époque éloignée, ce qui prouve qu'ils se dé- 
veloppent longtemps après ceux de l'intestin grêle. Nous croyons que 
cette phrase traduit mal la pensée du savant auteur, car nous avons cité 
des faits dans lesquels l'ulcération du gros intestin existait déjà près du 
début de la maladie (Obs. 1, 4, 5, 8); ces observations nous présentent 
en effet des ulcérations en voie de progression dans l'intestin grêle et si- 
multanément dans le cœcum. M. Louis, sans être aussi positif queM. Gri- 
solle, pense également (2), que la fréquence de la lésion du gros intestin 
est en raison de la durée de la maladie. 

Quel est le degré de fréquence de cette complication du côté du gros 
intestin dans la fièvre typhoïde? Nos 17 observations sur les lésions du 
gros intestin sont le résumé de 70 aulopsies faisant partie de plus de 
350 observations recueillies à Paris età Rouen. De 1856 à 1871 j'ai con- 
staté les lésions du gros intestin dans 43 cas sur 130 autopsies de fièvre 
typhoïde. Le nombre des observations de fièvre typhoïde recueillies dans 
cette période est de plus de 500. Ce qui donne un total de 60 cas de 
lésions du gros intestin sur 850 cas de fièvre typhoïde. M. Louis les a ren- 
contrées un peu moins souvent, il les indique chez 14 sujets. Notre savant 
ami M. le professeur Jenner (3) a rencontré 6 fois des ulcérations sur 
20 cadavres examinés. Comme chez nos malades ces ulcérations existaient 
en général dans le cœcum et dans le côlon ascendant et transverse ; la pro- 
fondeur était variable, tantôt elles n'occupaient que le tissu cellulaire, 

(1) Grisolle, loc, cit., p. 26. 

(2) Louis, T. I,p. î>n. 2«édil. 

(3) Jenner, On Typhoid and Typhus fever, 4850, p. 65. 



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DU GROS INTESTIN. 27 

d'autres fois le fond était formé par les fibres musculaires, enfin dans un 
seul cas le péritoine seul empêchait Tépanchement dans la cavité abdo- 
minale. Ces altérations sont bien entendu spéciales à la fièvre typhoïde, 
mais manquent dans le typhus. En Allemagne, où ces deux maladies con- 
nues sous les noms de typhus abdominal et exanthématique existent éga- 
lement, les altérations du gros intestin sont décrites; ainsi dans un ou- 
vrage récent (1), M. le professeur Bamberger, de Wurzbourg, indique 
parmi les causes de F ulcération et de la perforation du cœcum et de l'ap- 
pendice iléo-cœcal les dépôts typhiques, etc. 

Ces détails prouvent donc que l'ulcération du gros intestin est un acci- 
dent assez fréquent observé déjà par beaucoup d'auteurs. 

Le sujet qui nous occupe ne serait qu'un travail d'intérêt tout anato- 
mique, s'il se bornait aux considérations que nous venons d'émettre, le 
chapitre des symptômes et des accidents prouvera que ces lésions inté- 
ressent également le clinicien. 

§ III. Symptômes. — MM. Monneret et Fleury (2) ont donné une excel- 
lente description des symptômes occasionnés par les ulcérations du gros 
intestin. Comme nous aurons peu de chose à y ajouter, nous le transcri- 
rons ici : « Un grand nombre de sujets, » disent-ils, « meurent épuisés 
« par un dévoiement intense qui se déclare après le vingtième jour ou 
« plus tard encore lorsque la convalescence est déjà établie. L'ulcération 
« du gros intestin et des plaques de Peyer est la cause de cette diarrhée 
«persistante. Celle-ci est souvent produite ou entretenue par les fré- 
« quenis écarts de régime que commet le malade, quand il obéit trop 
« aveuglément à son appétit. Les symptômes que l'on observe, en pareil cas, 
« sont une émaciation lente et rapide, des vomissements fréquents dema- 
« tières alimentaires, la teinte terreuse de la peau, la sécheresse, la cha- 
« leur ou le refroidissement de l'enveloppe cutanée, les selles in vol on- 
ce taires, souvent l'excoriation de la peau des fesses ou du sacrum, des 
« escarres, un érysipèle du tronc ou de la face, etc. » 

M. lé professeur Schœnlein, de Berlin (3), insiste aussi d'une manière 
toute spéciale sur les symptômes généraux qui révèlent la persistance des 
ulcérations dans le tube digestif. « La marche de la convalescence est 

(<) R. Virchow's Eandh d. Path. u. Thei^ap.T, Vï, liv, i, p. 364, <855. 

(2) Monneret et Fleury, Compendium de Méd. prat. T. VIII, p. 225. 

(2) Schœnlein, Klinische Vorles, extrait de Canstatt's Path., 3» édit. T. î, p. 553.; 1854. 



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28 liBUOBT. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

d'autant plus lente, » dit-il, « que les symptômes du côté de l'abdomen 
ont été plus prononcés pendant le cours de la maladie. Souvent pendant 
la convalescence d'une fièvre typhoïde, il se manifeste de la constipation ; 
si les selles deviennent de nouveau liquides et la région du cœcum légè- 
rement douloureuse à la pression, on peut être sûr que les ulcérations ne 
sont pas cicatrisées. Tant queTurineest trouble et jumenteuse, l'état de 
maladie persiste. Les malades dont les ulcérations intestinales ne sont 
pas cicatrisées sont souvent apyrétiques le matin et dans la journée, le 
soir le pouls s'accélère: la même augmentation de fréquence des batte- 
ments artériels s'observe lors même que le malade éprouve encore des 
étourdissements, de la céphalalgie, des bruits dans les oreilles. 

Aucun de ces symptômes n'a par lui-même de valeur absolue, cepen- 
dant pris tous ensemble et comparés par les procédés usuels en médecine 
pratique, ils peuvent servir à éclairer le diagnostic et à guider le traitement. 

Les accidents gastro-intestinaux peuvent se manifester dès le début de 
la maladie et persister jusqu'à sa terminaison ; d'autres fois au contraire 
les accidents généraux et locaux semblent avoir diminué au moins en 
grande partie (Obs. 2, 7» 10, il), quand de nouveaux sjmptômes mor- 
bides viennent compromettre la vie du malade. Dans plusieurs de nos 
observations on constate d'une manière évidente des symptômes d'affai- 
blissement et d'amaigrissement qui persistèrent pendant la période d'a- 
mélioration apparente qui précéda la recrudescence. 

La diarrhée n'a fait défaut chez aucun de nos malades : chez le plus 
grand nombre d'entre eux les selles ont été involontaires; cette fréquence 
de la diarrhée peut être du reste indépendante de l'ulcération du gros 
intestin ou de l'intestin grêle; nous avons observé plus d'un malade 
chez lequel la diarrhée persistait jusqu'à la mort sans que l'examen du 
tube digestif présentât à l'autopsie de lésions graves : nous dirons ce- 
pendant que c'était l'exception, surtout si la maladie avait duré 42, 49, 
64 et 90 jours, comme chez plusieurs de nos malades (Obs. 10, 1 1, 14, 
16, 17). Deux fois la diarrhée s'accompagna d'un autre accident plus 
grave, d'une hémorrhagie intestinale; l'hémorrhagie se trouve aussi in- 
diquée dans deux observations de M. Louis (1), où le gros intestin était 
également altéré. 

(i) Louis, loc, cit. T. î, pages 38-264. 



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DU GROS INTESTIN. 29 

Les autres accidents du côté du tube digestif furent peu intenses chez 
nos malades, *ainsi les vomissemenfs ont été complètement exceptionnels. 

La rétention d'urine, Térysipèle delà face, la contracture des membres, 
les escarres du sacrum et des trochanters, en un mot les accidents graves 
qui caractérisent la fièvre typhoïde adynamîque de longue durée, sont 
indiqués dans plusieurs de nos observations. 

Nous devons encore ajouter que la forme de la fièvre typhoïde, sa 
gravité et sa durée influent d'une manière marquée sur le développement 
et la durée des symptômes intestinaux. A très-peu d'exceptions près 
tous nos malades avaient été atteints dès le début de fièvres typhoïdes 
graves, de forme adynamique ou ataxique; plusieurs faits font cependant 
exception à cette proposition; ainsi une de nos malades (Obs. 17) pré- 
senta au début les signes d'une fièvre typhoïde bénigne jusqu'au moment 
où se manifesta l'hémorrhagie intestinale. 

§ IV. Traitement. — Quel est le traitement applicable aux ulcérations 
du gros intestin? Nous avons mis une foule de moyens en usage; nous 
les indiquerons successivement sans nous prononcer d'une manière 
absolue sur leur valeur, car un certain nombre d'entre eux ont été trop 
rarement administrés pour qu'il soit permis de déduire une opinion 
positive d'un aussi petit nombre de faits. 

L'opium et tous ses composés, ses alcaloïdes et surtout la morphine, 
occupent toujours dans la thérapeutique de cette affection le premier 
rang, cependant, dans le plus grand nombre de cas, ces médicaments 
administrés par la bouche ou par le rectum ont échoué. 

Les applications révulsives, le vésicatoire volant en particulier plu- 
sieurs fois employé ne nous a pas présenté de grands avantages; nous 
avons eu recours également à l'acétate de plomb répété plusieurs fois 
dans la même journée, 0, 05, 0,10 et même 0,20 par jour. 

La décoction blanche et la poudre de corne de cerf donnée à haute 
dose, nous a semblé plus utile. 

Le nitrate d'argent donné à la dose de 0, 05, 0, 06 ou 0, 10 par jour 
en pilules nous a fourni de bons résultats. Ce médicament a été surtout 
préconisé dans ces cas par le professeur Schœnlein, de Berlin, et nous 
avons tiré de grands avantages de son administration. Jamais nous ne 
l'avons donné en lavement. 

L'alun à petites doses fractionnées a été vanté surtout en Allemagne 



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30 liBUDBT. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

pour obtenir la cicalrisation des ulcérations intestinales dans la fièvre 
typhoïde, nous ne l'avons point employé. 

Des lavements laudanisés ou rendus astringents par l'addition d'une 
petite quantité d'extrait de ratanhia n'ont pas eu d'influence bien mar- 
quée sur les progrès de la maladie. 

L'acide chlorhydrique, que quelques médecins donnent en lavement, 
n'a été employé par nous dans aucun cas de ce genre. 

Enfin, nous n'avons jamais négligé le traitement général. 

Le régime était légèrement tonique-réparateur : bouillons de viande, 
un peu de vin; nous avons eu recours avec avantage aux frictions stimu- 
lantes faites avec le vin ou le vinaigre aromatique combiné avec une 
certaine quantité d'eau. 

Ces moyens nous ont permis d'obtenir la guérison de fièvres typhoïdes 
très-graves et compliquées d'ulcérations du gros intestin, 

§ V. Accidents et terminaisons des ulcérations du gros intestin. 
— Les hémorrhagies dont la cause siège d'une manière évidente dans le 
^ros intestin ne sont pas très- communes. Le musée de Boston (1) possède 
une pièce anatomique qui démontre la réalité de cette source d'hémor- 
rhagie mortelle; elle fut recueillie sur le cadavre d'une jeune fille qui 
succomba au commencement de la troisième semaine d'une fièvre 
typhoïde grave; chez deux de nos malades une hémorrhagie se produisit, 
mais l'une étant morte quelques jours après l'évacuation sanguinolente 
avec des ulcérations dans les deux intestins grêle et gros (Obs. H),et 
l'autre (Obs. 17), ayant guéri, nous n'avons pu déterminer le point de 
départ de l'hémorrhagie. 

La perforation et l'issue des fèces hors du tube digestif est sans aucun 
doute l'accident le plus grave de celte forme de lésion. Nous avons dans 
notre premier travail cité une observation empruntée à Chomel (2) et 
donné le résumé suivant. 

Chez un sujet ayant ofifert les principaux symptômes de la fièvre 
typhoïde; céphalalgie, fièvre intense, prostration, des selles involon- 
taires et dans les derniers temps de la vie des signes de perforation intes- 
tinale, la mort survient au trente-deuxième jour de la maladie. A l'au- 

(\) Descriptive catal. of the Muséum ofthe Boston Soc. fm* med, impi^ov., 1848, p. 151. 
(2) Chomel, Clinique méd.^ publiée par Cenest, p. 329. 



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DU GROS INTESTIN. 31 

(opsje on trouva des ulcères cicatrisés à la fin de Finteslin grêle et dans 
le côlon ascendant une, seule ulcération avec perforation. Le péritoine 
était enflamitaé ; aucun épanchement de matières stercorales ne s'était 
fait dans la cavité du péritoine. 

Nous avons eu l'occasion de recueillir nous-mème plusieurs observa- 
tions qui montrent les diverses espèces de perforation du gros intestin. 

Le siège de la perforation varie dans les cas recueillis : elle occupe 
le plus souvent le coecum (Obs. 13, 14, 14 62^), ou bien le côlon ascen- 
dant (Obs. de M. Chomel, Obs. 12 de l'auteur) ; enfin, la perforation 
siège plus bas et se rencontre sur le rectum, donnant lieu à des abcès 
gangreneux du bassin ou à des fistules plus ou moins élevées. 

Le CŒcum par sa position donne lieu à certaines conséquences sur 
lesquelles il est utile d'insister. L'épanchement de fèces ne se produit 
pas toujours. M. Tbierfelder, professeur à Rostock, nous citait il y a deux 
ans un malade qu'il avait observé à la clinique du professeur Wunder- 
lich, à Leipzig: un abcès iliaque survenu à la suite d'une perforation 
cœcale s'ouvrit au dehors et se termina par la guérison. Une de nos 
observations (Obs. 13), démontre la possibilité de cette terminaison 
chez ce jeune homme arrivé au vingt-seplième jour de la maladie, l'épan- 
chement de matières fécales s'était fait dans la cavité de la fosse iliaque. 
A ce niveau, le cœcum était entouré par des pseudo- membranes qui 
circonscrivaient un épanchement de matières fécales noirâtres et liquides. 
On rencontrait encore dans cette cavité des lambeaux de tissu cellulaire 
sphacélé. 

La perforation de l'appendice iléo-cœcal pourrait entraîner des acci- 
dents analogues. 

Située sur le bord interne du cœcum, la perte de substance pourrait, 
plus facilement que celle qui vient de nous occuper, donner issue aux 
fèces ; mais il n'en est pas toujours ainsi : le seul fait de ce genre que 
nous ayons recueilli (Obs. 14), nous présente un accolement de plu- 
sieurs anses de l'intestin grêle qui bouchaient la perte de substance du 
cœcum. 

Sur trois cas de perforation cœcale observés par nous, il n'y avait deux 
fois aucun épanchement de fèces dans l'abdomen ; dans le troisième 
cas, l'épanchement de fèces avait causé la péritonite. 

Il n'en était pas de même quand la perforation occupait le côlon 
XXX. 7 



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32 liBtJDBT. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

ascendant (Obs. 12); dans un cas rouverture anormale placée à la 
réunion du côlon ascendant et transverse avait permis l'écoulement des 
fèces dans le péritoine et occasionné une péritonite : il en était de même 
dans les cas de M. Chomel. 

Nous n'avons trouvé au lit du malade aucun exemple de perforation 
du côlon descendant ou de l'S iliaque. Existe-t-il réellement des perfo- 
rations du rectum consécutives à la fièvre typhoïde 7 Nous en avons rap- 
porté deux exemples, et cependant, à voir la rareté des cas de ce genre 
et le silence que gardent les médecins d'une grande expérience à cet 
égard, nous devons procéder avec réserve dans l'appréciation de ce^ faits 
exceptionnels. 

Deux malades nous ont présenté une perforation du rectum à la suite 
de fièvre typhoïde grave (Obs. 16 et 17), ils guérirent l'un et l'autre : 
chez le premier, un abcès fécal développé dans la fesse fut le seul indice 
de cette perforation ; chez l'autre malade (Obs. 17), la communication 
fut évidente, et la fistule complète fut opérée par le procédé ordinaire. 
Nous n'avons pu malheureusement, chez le premier malade, nous con- 
vaincre de l'existence de l'orifice interne de la fistule, mais des substances 
végétales alimentaires sortant de la plaie de la fesse ne purent laisser de 
doute sur la réalité de la perforation de la paroi de l'intestin. Je rap* 
procherai de ces faits un cas intéressant de perforation du rectum 
communiquant avec le vagin, publié par Lebert (1). 

Quel est le mécanisme de la perforation du rectum? L'ouverture se 
fait-elle de dedans en dehors, ou de dehors en dedans 7 Cette question 
est assez difficile à résoudre, cependant nous nous prononcerions plutôt 
pour la première manière de voir. Les abcès en général et surtout les 
abcès à la marge de l'anus sont rares à la suite de fièvres typhoïdes ; 
nous n'en avons observé aucun exemple ; nous ne comprenons pas dans 
cette catégorie les abcès consécutifs aux escarres du sacrum qui sont au 
contraire très-fréquents. D'une autre part, l'anatomie pathologique nous 
prouve la fréquence des lésions graves de la fin du rectum. Un fait 
rapporté dans louvrage de M. Louis est surtout très-instructif à cet 
égard (voir Obs. 15) ; on trouva dans ce cas, immédiatement au-dessus 
de l'anus, trois ulcérations de la largeur d'une pièce de dix sous, à bords 

(4) Virchow's Archw^ vol. XUI, p. 421, 1858. 



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DU GROS INTBSTnt. 33 

plats, à fond celluleux, dont Tune communiquait avec un petil abcès 
sous-muqneux de la grosseur d'un pois. Dans une autre observation 
(Obs. 3), Faltération était profonde, et de petits abcès se trouvaient 
emprisonnés entre les fibres musculaires de l'intestin hypertrophiées. 
Ces deux faits nous semblent donner la clef des perforations lentes se 
produisant dans quelques cas de fièvre typhoïde à la partie inférieure 
du rectum. Chez les deux malades atteints de cet accident (Obs. 16 et 
17), des accidents graves avaient depuis quelque temps précédé l'inva- 
sion des perforations. 

La perforation du rectum chez nos deux malades n'a pas occasionné 
d'accident grave; en efifet, la solution de continuité de la paroi intesti- 
nale existait seulement au niveau de la partie extra-péritonéale ; le 
malade n'était donc exposé qu'à un abcès fécal avec fistule consécutive. 

En résumant ces six observations de perforation du gros intestin, 
nous voyons que deux seulement ont été la cause d'une péritonite géné- 
ralisée. Cette circonstance nous semble importante à signaler, elle expli- 
que en effet la différence des symptômes observés dans ces différents 
cas pendant la vie. 

Les accidents occasionnés par les perforations du gros intestin ont 
été en général peu aigus, beaucoup moins graves que ceux qu'occa- 
sionne habituellement la perforation de l'intestin grêle. Des conditions 
anatomiques difTéreutes expliquent au moins en partie ces variations ; 
la mobilité considérable et les changements de position de l'intestin 
grêle rendent compte de la facilité et de la rapidité avec laquelle les 
matières intestinales s'écoulent par une perte de substance de l'intestin 
grêle. Au contraire, dans la solution de continuité du gros intestin, la 
mobilité est moindre, et surtout l'absence de revêtement péritonéal sur 
un grand nombre de points de ce viscère explique l'absence de sym- 
ptômes graves de péritonite. L'observation 13 montre que la perforation 
peut même siéger sous la face intérieure ou interne du cœcum, la phleg- 
masie atteindre le péritoine et se limiter encore. Cette localisation de la 
phlegmasie dans un point circonscrit du péritoine s'observe d'ailleurs 
dans un certain nombre de cas de perforation du cœcum dépendant 
d'une autre cause. 

Avant d'énumérer les symptômes généraux et locaux des diverses 
perforations du gros intestin, nous devons faire remarquer que daqs 



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34 I«BUDBT. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

l'ulcération de toutes les tuniques de l'intestin grêle, avec production de 
péritonite, les accidents généraux et locaux habituels de la phl^masie 
de la séreuse abdominale peuvent faire défaut ou être peu prononcés. 
Cette variété d'expression symptomatique avait été indiquée et prouvée 
par MM. Ândral et Louis. Nous rangerons donc à côté des faits cités par 
ces auteurs Thistoire d'un de nos malades (Obs. 12), qui ne présenta 
aucun des symptômes de perforation brusque relatés dans les ouvrages 
classiques. Les symptômes dominants chez ce jeune homme atteint de 
fièvre typhoïde adynamique furent une sensibilité peu marquée du 
ventre, avec ballonnement et un afifaibliçsement de plus en plus prononcé. 

La douleur brusque, vive, limitée à une partie du ventre, puis s'éten- 
dant au reste de son étendue, peut donc manquer dans la perforation du 
gros intestin lors même qu'il existe une péritonite. Si l'on voulait cher* 
cher dans le fait qui nous occupe l'explication de cette anomalie appa- 
rente, nous pourrions en trouver la cause dans l'adynamie profonde du 
malade. 

Les mêmes symptômes adynamiques existaient dans un cas de perfo- 
ration du gros intestin avec épanchement de matières fécales limité dans 
la fosse iliaque droite (Obs. 13) ; les accidents adynamiques furent plus 
intenses encore que dans le cas précédent : délire, rétention d'urine, 
hémorrhagie intestinale; dans les derniers jours de la vie, amaigrisse- 
ment, selles involontaires, ballonnement du ventre sans douleurs vives 
spontanées ou provoquées par la pression, tels furent les symptômes 
observés. 

Les accidents généraux et locaux sont au contraire beaucoup plus 
tranchés dans un troisième cas (Obs. 14), chez un malade dont la perfo- 
ration du cœcum était bouchée par les anses de l'intestin grêle accolées. 
Chez ce jeune homme, dont l'histoire a déjà été rapportée dans mon pre- 
mier travail, les accidents furent identiques à ceux de la perforation de 
l'intestin grêle, frissons, douleurs très-vives dans le ventre localisées dans 
la fosse iliaque droite, pouls fréquent et faible, aspect grippé de la face. 
La réunion d'accidents aussi caractéristiques en apparence les fit rap- 
portera une perforation de l'intestin grêle. 

Les phénomènes occasionnés par la perforation du rectum sont plus 
différents encore de ceux que nous venons d'énumérer; ils se confon- 
dent avec les signes habituels d'une dyssenterie intense; chez un de nos 



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DU GROS INTESTIN. 35 

malades l'épanchemeiit de matières se fit presque sans douleurs, et lors- 
que l'aitention du médecin fut attirée vers la région malade, la tumeur 
fécale était déjà volumineuse. Chez l'autre malade, au contraire, les dou- 
leurs accusées à l'anus et dans le bassin furent très-vives et précé- 
dèrent l'apparition de la tumeur qui donna lieu plus tard à une fis* 
tule. 

La diarrhée a été un symptôme constant dans tous les cas de perfora- 
tion du gros intestin ; deux malades, sur cinq, présentèrent des selles 
sanguinolentes; l'un succomba et l'autre guérit. Les symptômes géné- 
raux ont été, dans tous les cas, adynamiques, sinon au début, du moins 
dans la plus grande partie du cours de la maladie qui s'est terminée par 
une perforation du gros intestin. 

Les symptômes de cet accident varient donc suivant le siège de la perte 
de substance; siége-t*elle dans le cœcum, les symptômes peuvent être 
identiques à ceux de la perforation de l'intestin grêle, ou bien ils se 
bornent à des phénomènes d'adynamie profonde avec coïncidence de 
ballonnement du ventre plus ou moins sensible. Des douleurs plus ou 
moins vives à la partie inférieure du rectum accompagnent les perfora- 
tions qui se manifestent dans cette région. 

La marche de la maladie à la suite de la perforation du gros intestin 
a considérablement varié. Une fois la vie du malade (Obs. 14) se pro- 
longea trente jours après la manifestation de l'accident ; dans les deux 
autres observations (Obs. 22 et 23), l'invasion survint lentement ou du 
moins ne fut pas marquée par des symptômçs assez tranchés pour que 
la durée de la vie à la suite de la solution de continuité de l'intestin pût 
être rigoureusement appréciée. 

L'étendue de l'inflammation péritonéale influe d'une manière marquée 
sur la rapidité de la marche des accidents. Nous sommes contraint de 
nous réduire à ces termes généraux, à cause du nombre assez restreint 
de nos observations. 

Les grandes difiTérences qui peuvent se manifester dans les symptômes 
morbides etlamarche si variable des accidenlsjettent naturellement beau- 
coup de doute sur le diagnostic, aussi le seul fait dans lequel le diagnos- 
tic fut établi d'une manière positive, exacte, fut celui (Obs. 14) dans lequel 
l'invasion fut brusque et les douleurs de l'abdomen très-prononcées ; 
dans les autres cas, la maladie peut être confondue avec l'entérite ulcé- 



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36 I^BtJlIRr. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

reuse simple et l'état adynamique qui accompagne quelquefois la con^a* 
lescence des lèvres typhoïdes de longue durée. 

Ces considérations cliniques sont donc de nature à faire redouter les 
accidents adynamiques graves qui surviennent à la suite de fièvres 
typhoïdes qui durent depuis trois ou quatre semaines. Le pronostic de ce 
genre de perforations n'offre pas cependant la gravité de la perforation 
de l'intestin grêle ; en effet, ces cas de guérison de perforation de l'iléum 
sont très-rares dans la science, au point que c'est à peine si les médecins 
dont Texpérience est la plus longue citent un ou deux faits de ce genre 
terminés par guérison. La perforation du gros intestin donne lieu à des 
inflammations péritonéales souvent limitées et par conséquent suscepti- 
bles de guérison ; parfois même le gros intestin, le cœcum ou le rectum 
se rompent sans que les matières intestinales soient versées dans le tube 
digestif; dans ce dernier cas, la maladie devient un abcès iliaque, avec 
épanchement plus ou moins abondant de matières fécales : si la perfo- 
ration si^e au niveau du rectum, l'épanchement est limité et se réduit 
souvent à un abcès du bassin ou de la marge de l'anus. L'immobilité que 
peuvent, grâce à leur situation anatomique et à l'absence presque com- 
plète de mésentères, conserver les anses du gros intestin, facilite l'oc- 
clusion des orifices morbides par Taccolement des anses mobiles de l'in- 
testin grêle. 

La possibilité de la délimitation de l'épanchement fécal et de la péri«» 
tonite consécutive est démontrée par une de nos observations (14) ; l'autre 
est un exemple de délimitation de l'épanchement dans la fosse iliaque 
(Obs. 13) ; enfin deux autres (16 et 17) montrent la rupture du rectum 
et les abcès consécutifs auprès de l'anus. 

Le traitement de ces perforations n'offre rien de spécial; les indica- 
tions après celles que nous avons énumérées. en parlant des ulcérations 
du gros intestin se tirent des accidents consécutifs : tels sont les abcès 
iliaques, les abcès à la marge de l'anus ou dans le bassin; enfin la péri- 
tonite généralisée, malheureusement au-dessus des ressources de l'art, 
et la péritonite localisée que des antiphlogistiques, des résolutifs locaux 
parviendront souvent à diminuer et peut-être à guérir. 



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DU GROS INTESTIN. 37 

Observation I. -- Fièvre typhoïde de forme ataxique. Mort le quinz^me jour de la maladie. 
Ulcérations nombreuses de l'intestin grêle en voie de progression. Ulcérations peu nombreuses 
de la partie inférieure du gros intestin, — Rosset (Léopold), flgé de \ 8 ansy garçon boulanger^ 
entre le 27 octobre 4855 à Thôlel-Dieu de Rouen ; il est couché dam ma divisioni au lit 
n<^ 3 de la salle 5. 

R. était venu une quinzaine de Jours auparavant pour de la courbature et de la dou- 
leur dans le col ; il fut renvoyé, comme étant atteint de la gale, à l'hospice général, où il 
séjourna douze Jours. Depuis sa sortie de cet établissement, R. n'a Jamais Joui d'une 
santé complètement bonne, éprouvant de la céphalalgie, des étourdissements dans Ja 
marche ; enfin, un épistaxis dans la nuit du 26 au 27. Diarrhée, plusieurs selles liquides 
chaque Jour sans coliques. Un peu de toux. Le Jour de l'admission de R. à Thôpital, nous 
le trouvons dans l'état suivant : pouls à 124, peu développé, peu fort. Chaleur delà peau, 
étourdissements principalement dans la position assise. Soif vive : quatre selles dans la 
Journée. Ballonnement du ventre qui est sensible à la pression dans les deux fosses ilia- 
ques. Gargouillement à la pression dans la fosse iliaque droite, aucune Irace d'éruption 
à la surface des téguments du ventre. Respiration normale à l'auscultation et à la per- 
cussion. (Lim. 2 p. — Julep diacodé. — Bouillon.) 

28. Môme état; chaleur de la peau. Pouls 120. Plusieurs selles volontaires, abatte- 
ment, lenteur des réponses qui sont assez exactes. (Même prescription.) — Dans la Jour- 
née, un épistaxis très-abondant, d'environ 250 grammes de sang. 

Pendant la nuit du 28 au 29, délire assez intense. 

29. Chaleur de la peau. Pouls 104; un peu d'hébétude : plusieurs selles involontaires. 
Pâleur de la face ; amaigrissement. (Limonade sucrée, 2 p. —Décoction de ratanhia. — 
Un gramme de seigle ergoté en deux paquets. — Bouillon froid.) 

30-31. Aggravation graduelle de Tétat général du malade. Délire la nuit, persistant le 
Jour; nécessité d'user de moyens contentife. Chaleur de la peau. Pouls 90-104, dicrote, 
peu fort et peu large ; pas d'épistaxis, deux vomissements de matière aqueuse. Langue 
humide assez rouge ; peu de ballonnement du ventre ; selles toujours involontaires peu 
nombreuses, 3, 4 dans les 24 heures. (Limonade. — Décoction de ratanhia. — Bouillon.) 

31 soir. — 120 p., chaleur plus vive des téguments ; persistance de la céphalalgie, plus 
d'accablement et d'hébétude. (Potion antispasmodique.) 

1*' novembre i855. — Accablement plus marqué. Pouls 120, peu large, peu fort ; diar- 
rhée abondante ; altération de la face ; les yeux sont plus excavés; l'intelligence toujours 
intacte, cependant le malade répond lenlement et le plus souvent par monosyllabes aux 
questions qui lui sont adressées. (Eau vineuse. — Riz sucré. — Potion antispasmodique 
avec éther, 4 grammes. — Bouillon.) 

2. 112 p., un peu moins d'agitation dans la nuit et moins d'hébétude également ce 
matin, connaissance incomplète, soubresauts de tendons ; selles involontaires. 

4. Aggravation marquée de l'état général. Pouls 162, perte complète de connaissance, 
(Riz sucré. — Eau vineuse. — Vin malaga, 50 grammes. — Bouillon.) 

Mort le 4 novembre 1855, à 9 heures du soir. Examen du cadavre, le 6 novembre, 
36 heures après la mort. Raideur cadavérique, pas de traces de putréfaction. 

Tôte non examinée. 

Thorax. — Pas d'épanchement dans les plèvres, aucune adhérence des deux feuillets 
de la plèvre. Le poumon gauche d'une couleur pflle, presque exsangue, ne présente au- 
cune altération. Le poumon droit est légèrement engoué à son sommet, présentant à la 



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38 ■.BUBBT. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

base une infiltration sanguine apoplectiforme ; épanchement diffui de sang noirâtre 
dans le poumon, nullement limité, diminution de consistance du parenchyme à ce ni- 
Teau. Pas de tubercules ni d'induration pneumonique dans aucun point de son étendue. 
Larynx sain. 

Pharynx et œsophage sains. 

La muqueuse stomacale offre une coloration grisâtre uniforme ; elle est ramollie dans 
toute son étendue et ne peut être détachée en lambeaux. 

L'intestin grêle présente dans toute sa hauteur une altération des éléments glandulai- 
res, d'autant plus marquée, qu'on approche de la valvule iléo-cœcale. Dans le Jéjunum, les 
folUcules isolés sont volumineux, saillants; plus.bas, les plaques de Peyer sont légèrement 
saillantes, réticulées ; le tissu cellulaire sous-muqueux devient épais et glisse moins sous 
le doigt. A partir de la moitié inférieure, de petites ulcérations se montrent sur les pla- 
ques de Peyer, les follicules isolés sont roses et ulcérés à leur sommet. Plus bas les pla- 
ques de Peyer sont largement ulcérés ; sur l'ulcération siège un volumineux bourbillon. 
A un pied au-dessus de la valvule iléo-cœcale, les ulcérations sont confluentes, leurs bords 
saillants. La muqueuse de toute l'étendue de l'intestin grêle est ramollie. 

Les ganglions mésentériques sont volumineux, gros comme des noisettes, d'une cou- 
leur rouge-amaranthe et ramollis. 

La muqueuse du cœcumest saine, seulement un peu ramollie; les ulcérations super- 
ficielles de la grandeur d'un centime assez rondes, ne se remarquent que dans le côlon 
descendant et dans le rectum où elles n'intéressent que la surface de la membrane mu- 
queuse. 

Foie et reins sains. 

Rate assez volumineuse, ramollie, difHuente. 

Obsebvation II. — Fièvre typhoide; rémission des symptômes. Recrudescence, Accidents 
ataxiques. Diarrhée. Mort. Ulcérations en voie de progression de Vintestin grêle. Ulcérations 
peu nombreuses limitées au cascum. Ulcération du pharynx. Abcès du rein droit. — Vigor 
(Désirée), i9 ans. Domestique, entre le 7 juillet 1855 à l'hôtel-Dieu de Rouen, et est cou- 
chée au n^ 5 de la salle i, dans ma division. 

Habituellement d'une bonne santé, ne se rappelle avoir fait qu'une seule maladie 
grave, à l'âge de 13 ans ; cette maladie la retint alitée pendant 4 semaines : dernière 
menstruation il y a 3 semaines. 

Actuellement malade depuis 4 jours : début de la maladie par un affaiblissement gé- 
néral, de la céphalalgie, et un peu d'étourdissement sans diarrhée. 

Au moment de l'admission de la malade à l'hôpital^ nous la trouvômes dans l'état sui- 
vant :' affaiblissement général, étourdissements dans la marche uniquement. Bouche 
mauvaise, langue un peu blanche, humide, ventre peu météorisé, un peu sensible à la 
pression des deux côtés, sans gargouillement ; peu de diarrhée. Douleurs dans les reins. 
Pas de frissons. P. 104. (Limonade. —Bouillon). 

Soir^ une seule selle diarrhéique après l'administration du purgatif. Pas de taches sur 
le ventre, peau sudorale. 

9-11. P. 92-104. Chaleur modérée de la peau ; un peu de tension du ventre; pas de 
douleur du ventre, aucune trace d'éruption. Deux ou trois selles volontaires depuis 
hier. 

12. 118 P. Température modérée de la peau ; langue un peu blanche, médiocrement 
humide; pas de selles depuis le 8, un peu moins de ballonnement du ventre. Sensation 



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DU GftOB INTESTIN. 39 

de faiblesse, toux toujours intense, peu de râles sîfOants et sonores dans le thorax. Étour- 
dissements, bruits dans les oreilles. (Limonade 2 p. — 12 verres sœdlitz. — Bouillon.) 

Soir. iOO p. — Deur velles, langue assez rosée. Quelques taches rosées lenticulaires 
apparaissant sur l'abdomen au niveau des deux fosses iliaques. 

i3-16. P, 75-108. Diminution de Taccélération du pouls et de la chaleur ; moins d'a- 
batlement, de céphalalgie. Diminution det ballonnement du venlre ; 1-3 selles dans les 
24 haure8.(Lioum8dé2 p. — Lavement émoi; — Bouillon- vermicelle.) 

Î9. L'état général est très-bon ; la sensibilité du ventre n'a pas complètement disparu. 

— P. 82 — iOO. (Limonade, i/4 d'aliments avec poulet.) 

L'amélioration de l'alTection continue Jusqu'au 2t Juillet : à cette époque la malade 
commence à éprouver un peu de diarrhée : une selle liquide dans la Journée. Cette diar- 
rhée se suspend momentanément le 23, il reste cependant une sensibilité assez marquée 
du ventre é ta pression, le sourde ce Jour, la diarrhée reparaît. 

24. Un peu de malaise, langue humide, 2 selles diarrbélques dans la inatinée, un peu 
de sensibilité à la pression sur le trajet du côlon transverse, beaucoup moins dans les 
deux fosses iliaques. (Limonade. — Gros. — Bouillon-vermicelle.) 

25. Persistance des coliques, chaleur vive de la peau, soif vive, pas de ballonnement 
du ventre ; un peu de dyspnée. Deux selles dans la Journée. (Foment narcot. •* Julep 
gom. avec hydrocblorate de morphine 0<',O4.) 

26. Un peu d'altération de la face et d'amaigrissement, étourdissements, pas de diar- 
rhée, pas de selles depuis hier. Douleurs de ventre ; peu de météorisme. (Lim. — Gros. 

— Foment narcot. —Julep gom. avec hydrochl. do morphine 0(',04. — 2 Bouillons). 

27. Prostration, sensation d'étourdissement. P. 108, chaleur de la peau; peu de tym- 
panite, douleur épigasirique. Rien d'anormal à l'auscultation. (Limonade. -^ Gros. — 
Onction sur le ventre avec onguent mercuriel bellad. — Julep. avec hydroclil. de mor- 
phine Of%04. —Bouillon.) 

28^31. Aggravation chaque Jour plus marquée de la maladie, diminution des forces, 
quelques vomissements bilieux et aqueux, douleur épigastrique persistant, selles diar- 
rbélques nombreuses, soif vive ; augmentation de la toux et de la dyspnée, à l'auscultatiob 
râles sifflants et sonores abondants. 

1 Août. •— Déb're pendant la nuit; ce matin, intelligence intacte, un peu knoins d'a- 
battement, selles très-nombreuses involontaires. P. 1 12. Même toux. (Même trait, avec ad- 
dition de 2/4 de lavement avec 10 gouttes de laudanum de Sydenham chaque.) 

2-4. Môme abattement, diminution de la diarrhée. Soif. (2/4 lavement avec laudanum, 
10 gouttes et extrait de Ratanhia 4 grammes. Frictions sur la peau avec un liquide com- 
posé de vin aromatique et eau.) 

4. Diminution de diarrhée; une selle dans les 24 heures, un peu d'accablement 

6. Abattement plus marqué 190 p. Un peu de diarrhée, deux selles dans la Journée. 
Quelques soubresauts des tendons, un vomissement dans la Journée. 

7-0. La diarrhée augmente chaque Jour. Selles involontaires nombreuses. Un peu de 
sensibilité du ventre, i^eau chaude, 120-1^4 p., langue sèche; quelques vomissements 
aqueux peu abondants. Escarre peu étendu commençant au sacrum. (Môme traitement.) 

9-15. Aggravation progressive de la maladie, 120144 puis. Délire, soubresauts des ten- 
dons, par moments un peu de carphologie; langue sèche, diarrhée abondante; un peu 
de météorisme, selles très-abondantes, môme involontaires ; peu de connaissance. Escarre 
chaque Jour se développant Prostration. (Lim. Potion tonique. — Lavement amylacé. — 
Vin malaga 50 grammes.) 

xzx. 8 



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40 I«BUDET. — ULOÉRATION ET PERFORATION 

Mort le 15 août, à \0 heures du matin. Examen du cadavre, le 16 août à 10 heures du 
matin. 

Temps sec et chaud, raideur cadavérique marquée, pas de traces de putréfiiction. 

Tête non examinée. 

Poumon gauche non adhérent à la plèvre, sain, crépitant au sonmiet, un peu engoué 
à la base, laissant écouler une grande quantité de sérosité aérée. 

Le poumon droit est recouvert sur son lobe inférieur de fausses membranes an- 
dennes. Tissu pulmonaire un peu engoué seulement à la base, du reste le parenchyme 
pulmonaire est crépitant. Pas de traces de tubercules. 

A peine un peu de sérosité citrine dans le péricarde. Cœur d'un volume normal, pa- 
rois et valvules saines. 

Larynx sain. 

Le pharynx présente dans l'angle rentrant qui se trouve en dehors des replis aryténo- 
épiglottiques et de chaque côté, une ulcération d'une étendue d'une pièce d'un franc à 
droite, et un peu moins large à gauche. Cette ulcération intéresse toute la muqueuse. 

GEsophage sain. 

Estomac sain, muqueuse non ramollie. 

Vers la fin de l'intestin gréle, à e*nviron un mètre au-dessus de la valvule iléo-coecale, on 
trouve un grand nombre d'ulcérations larges, profondes, à bords turgides et saillants ; 
quelques-unes de ces ulcérations sont encore recouvertes de leur bourbillon ; ailleurs 
le bourbillon est déjà détaché, et laisse voir au fond les fibres musculaires à nu. 

Dans le cœcum, un certain nombre d'ulcérations arrondies profondes, s'étendant 
Jusqu'à la tunique musculaire ; ces ulcérations disparaissent dans le côlon ascendant et 
n'existent nullement dans le rectum. 

Foie d'un volume normal sain, bile peu abondante, jaunâtre claire, peu poisseuse. 

Rate un peu plus volumineuse que dans l'état normal, un peu friable. 

Rein gauche : substance corticale et tubuleuse saine, un peu décolorée ; bassinet of- 
frant un épaississement et une opalinité de la muqueuse avec de petites sufi'usions san- 
guines sous muqueuses. 

Le rein droit présente à sa surface un petit abcès du volume d'un pois environ, 
d'autres petits abcès se rencontrent dans le parenchyme de l'organe qui est un peu dé- 
coloré. Le bassinet offre les mômes altérations que le gauche, mais à un degré plus 
avancé, on retrouve môme quelques petites suffusions sanguines sous-muqueuses. 

La vessie offre par places une injection marquée de la muqueuse. 

Utérus sain, normal petit. 

Ovaires offrant peu de cicatrices à leur surface. 

Observation III. Fièvre typhoide de forme ataadque : Êrysipéle de la face intercurrent. Acci- 
dents adynamiques et ataxiques. Pétéchies. Ulcérations de l'intestin gréle non cicatrisées. En* 
térite folliculeuse étendue et profonde du gros intestin. — Vors Jean, âgé de 18 ans. Porteur 
aux halles^ demeurant rue Plerre-à-Poissons, 4, IV* arrondissement, entre le 1 *' octobre i 851 
à l'hôpital de la Pitié à Paris, et est couché au lit n'' 9, de la salle Saint-Benjamin, dans le 
service de M. Gendrin, auquel j'étais alors attaché comme interne. 

Cet homme d'une taille moyenne, d'un embonpoint marqué, est à Paris depuis deux 
ans. Avant cette époque il avait constamment joui d'une bonne santé. Depuis son arrivée 
à Paris, sa santé a été également bonne, il n'a été qu'une seule fois contraint d'entrer à 
l'hôpital Saint-Louis pour une affection traumatique légère. Sa nourriture était habi- 



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DU GROS INTESTIN. 41 

tueUement bonne ; la chambre dans laquelle il couche est assez ^[Micieuse et saine. 

liO début de la maladie actuelle remonte à 4 Jours. Dès le premier jour, anoreiie, 
diarrhée, selles liquides sans coliques. Alité dès le deuxième Jour, il a complètement 
cessé son travail depuis cette époque. Céphalalgie dès le début, pas d'épistaxis (en a très- 
rarement). ËtourdirâemenU, titubation dans la marche ; peu de sommeil la nuit, rêvas- 
series, bruits dans les oreilles. Au moment de Tadmission du malade à l'hôpital de la 
Pitié, dans l'après-midi nous constatons les symptômes suivants : Expression d'hébétude 
et de prostration, intelligence très-peu développée. Pouls 102-104. Chaleur de la peau 
asses marquée. Anorexie, soif, langue un peu blanche, humide, petit enduit légèrement 
pultacé sur les gencives et à la lace inleme des deux Joues ; un peu de ballonnement du 
ventre, sensibilité surtout marquée à la pression dans la fosse iliaque droite, dans le 
même point, gargouillement marqué. Une tache légèrement rosée à peine saillante, 
douteuse surrhypogastre, selles fréquentes involontaires. Persistance des étourdissements, 
de la céphalalgie* 

2 octobre 1851. — Môme état. P. 108-110. Deux selles seulement depuis hier, peau 
chaude, un peu de délire, calme pendant la nuit. 

Limon, dtr. •— Groseil. — 2 affusions froides. — 4 bouillons. 

Soir. — Le malade a été près d'une heure et demie à se réchauffer après la deuxième 
effusion froide; diminution de la diarrhée; une seUe depuis le matin. Même délire» 
calme. 

4. — P. 100-104 large et fort, pas de selles. Taches rosées lenticulaires, limitées, peu 
saillantes et disparaissant sous la pression du doigt, très-marquées à l'hypogastre; mé- 
téorisme. Délire ayant pour principal caractère des idées de dualité, ainsi le malade se 
croit en môme temps dans une voiture et dans son lit. 

Umon. citr. — 2 verres d'eau de Sedlilz. — 2 bouilbns. 

2 selles après l'eau de Sedlitz. 

5-8 octobre. — Dans cette période l'état du malade demeure à peu près constamment 
le même. Délire assez bruyant, peau sudorale, langue et narines fuligineuses ; ventre 
météorisé, selles devenant involontaires. Taches rosées lenticulaires nombreuses etcarac- 
téristiques sur la paroi abdominale. Le pouls varie de < 00 à 1 12. Un peu de dyspnée. Toux, 
à l'auscultation râles sifflants et sonores dans la poitrine, à peu près également dans 
les deux côtés. 

9. — Même état. — M. Hérard, médecin du Bureau central, remplace M. Gendrin 
absent pour un mois. (Linx>n. avec acide citrique 1 gramme. — Pot. gomm. avec acide ; 
citrique 4 grammes. — 4/4 lavement avec acide citrique 4 grammes. — 2 bouillons.) 

Soir. — Le nudade n'a pu retenir que quelques minutes le lavement médicamenteux 
qui lui a été administré. Môme état. 

10. — P. 100. Hébétude, rêvasseries et délire, calme pendant la nuit. Selles involon- 
taires; l'éruption de taches rosées lenticulaires devient chaque Jour plus prononcée. 
Mômes râles dans le thorax. (Limon, citr. 2 p. — Limon, vineuse. — Pot. gom. avec acide 
citrique 4 grammes. — Pot. gom. avec 4 gram. d'extrait mou de quinquina.— Lave- 
ment simple. — 1/4 de lavement, avec adde citrique, 5 gram.) 

1 1. — Môme état (môme prescription, seulement on supprime le lavement d'acide ci- 
trique.) 

li-M. — L'état du malade dans cette période fut à peu près constamment le môme et 
se résume ainsi : Pouls de 00-1 1 1. Pouls dicrote 40-44. Respirations ; alternatives d'un dé- 
lire calme et d'un état comateux médiocrement profond, les paupières ne recouvrent pas 



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42 IiEIJBET. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

complètement le globe de l'œil pendant le totnmeil, aussi le segment iûféHiecrT dé la cou* 
Jonctive est-il parcouru par des arborisations vasculaires asses nombreuses. Les Tomisse- 
ments ne se reproduisent pas ; langue tècbe un peu brunâtre, (ùliginoeités aux lèvres et 
aux narines, amaigrissement marqué, paraissant très-«ensible. Les tacbes rosées lenti* 
culaires qui existaient à l'bypogastre sonlt pftlés, un j^u bistres/et'ne disparaissent plut 
par la pression. Selles involontaires assez fréqàetites. 

Persistance de la toux : pas de malité à la percussion dans toute retendue du thorax ; 
rftles situants et sonores abondants des deux côtés delà poitrine. (Même traitement, seu- 
lement on élève à G grammes la quantité d'extrait de quinquina contenu dans la potfon 
et de plus 50 gram. de vin de Bagnols.) 

20. — Abattement plus marqué, délire plus inieUse que dans la soirée précédente, du 
reste aucun cbangemcnt dans l'état général ou local. (Gom. suer. 3 p. — Loocb blanc. — 
Potion avec acide citrique 4 grammes. D.) 

Soir. — Pouls à ilO-i12. Gbaleur intense de la peau, 52. Besp. Apparition depuis le 
matin d'un érysipèle sur les deux côtés de la base du nez; rougeur un peu pflle avec 
un empâtement des téguments, bourrelet prononcé, disparaissant, sous la pression du 
doigt. 

21. — P. 105. — R. 42. — Abattement, extension de l'érysipèle aux deux pommettes. 
Langue un peu sèche. Toux : râles sifflants et sonores très^bèndanls dans le thorax. Sel- 
les involontaires. (Gom. suer. 3 p. — Looch blanc. — D.) 

22. — L'érysipèle occupe les deux Jones et se prolonge Jusqu'au-dessus de l'oreille 
droite. Agitation, un peu de délire, moins de diarrhée. 

23. — L'érysipèle s'est propagé des deux Joues au front et se termine sous forme de 
pointe à la racine des cheveux ; délire intense dans la nuit, ayant nécessité l'application 
d'une camisole de force. Ce matin le malade est plus calme. Dans la Journée l'érysipèle 
s'étend un peu à l'oreille droite, le malade délire d'une manière plus intense; il se lève 
de son lit et cherche à quitter la salle. Pltrsieurs selles involontaires. 

24. — L'érysipèle ne s'étend plus, mais le délire a continué dans la nuit, et ce matin 
le malade a la voix un peu enrouée. Dyspnée, toux : sonorité normale. Diminution des 
râles dans la poitrine. i05 p. — 58 r. 

25. — Arrôt complet de l'érysipèle de la face. Moins de diarrhée, selles encore invo- 
lontaires. (Gom. suer. — 2 bouillons.) • • 

Dans la soirée recrudescence de l'érysipèle ; empâtement de la peau au niveau de la 
base du nez, s'étendant sur la joue droite et la paupière droite. Diarrhée intense. Délire 
persistant. — (i verre d'eau de Sedlifz, lav. émoi. — 2 bouil.) 

27. — Un peu moins de délire, mais abattement et prostration plus marqués. Selles 
nombreuses involontaires un peu verdâlres. Toux. Râles sons* crépitants et sibilants 
nombreux dans les deux côtés de la poitrine. P. iOO. — 30 resp. (Gomm. suer. — Musc 
0^^40 en 4 pil.) Dans la soirée du 27 le malade rend quelques câilléts nohrâtres sans mé- 
lange de sang rutilant dans les selles. 

'28. — P. 105-108. — Un peu moins d'agitation dans la nuit. Les garde-robes rendues 
dans la nuit ne contiennent pas de sang. Môme état. Les selles sont toujours involontaires. 
(Gom. suer. Musc 0«»,40 — lav. froid. — Bouill.) 

29-31. — L'affaiblissement augmente, la face devient plus pâle, le délire, au Ifeu d'être 
intense, est plus calme et se termine par le coma; dans la Journée du 31 le délite du 
malade a pour principal sujet une idée fixe, il prétend être attaché k la queue d'an 
cheval. 



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DU GROS mTBSTlN, 43 

La Ikce n'a pan repris sa ooloration normAle, elle demeute toujours un peu épaissie et 
rouge au niveau de la base du oes principalemeuL Héme touK* Les selles sont toujours 
ioTelontaires jaunâtres. 

!•' |ioTeiirî>re. — Frictions avec une éponge trempée dans un liquide formé de parties 
égales» Vin aromatique et eau. 

2. — Même état. Persistance du délire et de la diarrhée (musc (K'yâd. -*^rin de Bor- 
deauxi 50 grammes.) 

5. •* Amaigrissement de plus en plus marqué. P. "3. — Un peu moins d'agitation 
dans la nuit. Langue humide et recouverte d'un ^enduit pùKacé qu'on retrouve égale- 
ment à la face interne des Joues. Commencement d'escarre ab sacrumj 

5. — Même délire (musc 1 gramme. — Vin de Bordeaux. — Gom. suer. 

6. — On essaye sur la peau des frictions avec axonge 200 grammes et teinture de rue 
50 grammes. Ces frictions sont remplacées le lendemain par d'autres foites avec axonge 
iOO granaies. Huile d'amandes douces et teinture d'arnica 50 gram. 

On remarque dans la soirée quelques pétéchies, petites taches noirâtres sur la peau de 
l'abdomen et de la partie antérieure du thorax. 

Les Jours suivants^ les forces du malade s'affaiblissent de plus en plus. Selles involon- 
taires. Coma constant. 

Mort le i2 novembre à 3 heures du matin. 

Ouverture du cadavre le 13 novembre 1851 à 9 heures du matin. 

Baideur cadavérique médiocre, suffusions sanguines dans l'épaisseur de la peau de la 
paroi intérieure de l'abdomen. 

Cerveau. — Épanchement sous-arachnoldien médiocrement abondant, aucune opacité 
des membranes ou d'adhérence à la surCsce du cerveau. Pulpe cérébrale saine, à peine 
nn peu de piqueté; peu de liquide contenu dans les ventricules. 

La moelle ainsi que ses enveloppes était saine et très-consistante. 

Quelques cuillerées de sérosité sans flocons fibrineux dans la plèvre gauche. Poumons 
sains, à peine un peu congestionnés à la base, d'une bonne consistance, assez fermes et ne 
gagnant pas le fond dé l'eau. Au bord libre inférieur et nn peu postérieur du poumon 
gauche existe un petit noyau d'un gris noirâtre du volume d'une grosse noisette, formé 
par une masse d'apoplexie pulmonaire infiltrée. A la coupe, ce tissu pulmonaire infiltré de 
sang est au centre un peu grisâtre et à sa périphérie plus noirâtre et plus mou. Pas de 
tubercules dans les deux poumons. Les ganglions bronchiques étaient nn peu dévelop-- 
pés, grisâtres et s'écrasaient facilement b6us la pression. 

Pas d'épanchement dans le péricarde. Le cœur, d'un volume normal, contenait dans 
les cavités gauches un sang peu abondant, noirâtre, diflluent, plus abondant à droite, les 
valvules et le tissu du cœur un peu charnu étaient sains. 

Péritoine sain. 

Aucune altération de l'œsophage ou du pharynx, f/estomac était assez volumineux, 
la membrane muqueuse ramollie surtout dans le grand cul-de-sac, d'un blanc Jaunâtre 
L'intestin grélc présentait dans son tiers inférieur un grand nombre d'ulcérations variant 
en longueur depuis i-3 centimètres, ulcérations profondes laissant à nu les fibres mus- 
culaires sous-Jacentes sans cicatrisation. Dans toute cette étendue la membrane mu- 
queuse est épaissie et ramollie. Près de la valvule iléo-cœcale les ulcérations de la mu- 
queuse de l'intestin grêle deviennent confluentes, laissant à peine quelques lambeaux 
de membrane interne saine. 

f^ gros intestin présentait une inflammation et ulcération étendue et très-marquée 



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44 liEUDET. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

des follicoles principalement dans le rectam. La membrane mnqneuse ronge est parse- 
mée d'une rosée de gouttelettes pnrulentes Jaunâtres qui semblent sourdre par la pression 
au milieu des fibres musculaires hypertrophiées. Ces follicules sont manifestement dilatés 
et semblent dépourvus de leur opercule ulcéré. Ëpaississement considérable de la mem- 
brane muqueuse et de la tunique celluleuse extérieure. A peine quelques ulcérations 
superficielles de la muqueuse dans le cœcum. 

Le foie, d'un volume normal, d'un rouge brunâtre peu foncé, était sain. La bile assez 
abondante, peu colorée d'un Jaune verdâtre clair. 

La rate, revenue presque à son volume normal, présentât une membrane fibreuse 
plissée. Le parenchyme de la rate était sain. 

Les reins étaient sains. 

Aucune altération de la vessie. 

Observation IV. Fièvre typhoïde ataxiqve. Mort dans le troinème tepUno^e. UUérûtûmt de 
f intestin grék en voie de progression. Dans le gros intestin uleérctions profondes limitées ou 
cœcuM. Ulcérations de la muqueuse pharyngienne. — Delafosse Léon, âgé de 24 ans. Garçon 
épicier, demeurant rue Saint-Vivien, 24, entre le 27 octobre 1855, à l'hôtel-Dieu de Rouen, 
il est couché au lit n« 8, de la salle XIII, de ma division. 

Ce jeune hoDune jouit habituellement d'une bonne santé^ il habite Rouen depuis 
20 ans, il a été vacciné. Souffhtnt depuis une dizaine de jours, il est plus malade depuis 
2, a suspendu tout travail depuis cette époque et a constamment gardé le lit. Au début, 
courbature, tremblement, avec frissons par moments, sans claquement de dents, cé- 
phalalgie firontale, étourdlssements depuis quelques jours seulement, pas de titubation 
dans la marche. A eu peu de garde-robes, mais qui paraissent avoir été liquides, sans 
coliques. Toux depuis une quinzaine de jours, jamais d'hémoptysie. Sommeil assez bon, 
pas de rêvasseries. 

Le soir de l'admission du malade à l'hôpital, nous le trouvons dans l'état suivant : In- 
telligence normale. P. 112, chaleur marquée de la peau, céphalalgie frontale, gravative, 
étourdlssements. Langue sèche un peu rouge. Pas de sensibilité du ventre à la pression, 
ni de gargouillement, un peu de météorisme. Taches rosées, lenticulaires, en petit nom- 
bre, légèrement saillantes, disparaissant sous la pression, limitées à l'hypogastre. Quel- 
ques selles légèrement diarrhéiques. Toux ; râles sifQants et sonores assez nombreux 
perçus à l'auscultation dans les deux côtés de la poitrine. Bruits du cœur sourds, sans 
aucun bruit anormal. (Limon. 4 p. — 2 verres d'eau de Sedlitz. — Looch blanc. — Bouil- 
lon.) 

29. — Plusieurs selles, une dizaine environ, diarrhéiques après l'administration de 
l'eau de Sedlitz, ballonnement du ventre, un peu de tympanite. Céphalalgie, anxiété : 
même toux. Taches rosées, lenticulaires, plus manifestes. (Limon. 2 p. — Looch blanc. 
— 2 bouillons.) 

Sdr. — 1 selle. — P. 100. — Chaleur assez vive. 

30. — Prostration plus marquée. P. 104, peu développé, peu large, chaleur vive et 
sèche delà peau. Langue très-sèche et un peu brune. Peu de ballonnement du ventre. 
Toux très-intense : râles sifflants et sonores à la paHie supérieure des deux poumons en 
arrière, mêlés de quelques râles sous-crépitants surtout à la base ; aucune matité à la per- 
cussion. Pas d'altération du murmure respiratoire. Quelques selles diarrhéiques sans 
coliques. (Limon. — Eau vineuse. -— Looch avec kermès minéral 0**, 15, — Bouillon.) 



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DU GROS INTBSTIN. 45 

Soir. — J^. i20. Même chaleur de la peau. 30 R. Plusieurs selles diarrhôiques vo- 
lontaires. 

31. — P. 96. Chaleur me de la peau. Même état général. 

I** Novembre 1855. — P. 104. Délire violent pendant la nuit forçant à attacher le 
malade ; ce matin abattement ; langue toujours sèche» ballonnement du ventre, plusieurs 
selles diarrhéiques. Taches rosées lenticulaires d'un brun p&le ne disparaissant pas sous la 
pression. Môme état du thorax. (Même prescription.) 

2. — P. iOS . Peu développé, peu fort, très^crote. 32 R.Môme ballonnement du ventre : 
quelques selles involontaires, d'autres volontaires. Langue toujours un peu sèche, moins 
de surdité. Toux. R&les sous-crépitanls plus nombreux à la base des deux poumons, prîn< 
cipalement du gauche. 

Soir. — On constate, outre les symptômes perçus plus haut, un peu de matité à la per- 
cussion, à la base du poumon gauche dans le point où Ton entend les râles sou8-<:répi- 
tants en plus grand nombre. 

3. — P. 110-112. Persistance du délire, même pendant le Jour, selles involontaires : 
langue sèche, lèvres et narines fuligineuses. 

4. —Même état. 

5. — P. 120-122. •— R. 48. Respiration haute, bruyante, un peu stertoreuse, pas de sou- 
bresauts de tendons ; ballonnement du ventre modéré ; le malade ne répond à aucune 
des questions qui lui sont adressées ; selles involontaires. 

Soir. — Absence de connaissance. Peau sudorale. Agonie. 

Mort le 5 novembre à 9 heures du soir. 

Ouverture du cadavre le 6 novembre 1855 à 9 heures du matin. Le refh)idi8sement du 
cadavre n'est pas complet ; roideur cadavérique intense. 

Tête non examinée. 

Pas d'épanchement dans les plèvres. 

Les deux poumons sont sains, un peu engoués aux deux bases, principalement à gauche, 
lourds, pesants, friables principalement dans ce dernier point, laissant écouler à la 
coupe une assez grande quantité de liquide peu aéré. — Larynx sain. 

Péricarde sain. Aucune altération du cœur dont les parois et les valvules sont saines. 
Les cavités étaient vides de sang. 

Pu d'épanchement dans le péritoine, aucune altération de cette membrane séreuse. 

L'estomac est d'une capacité normale, sa membrane muqueuse un peu ramollie dans 
le grand cul-de-sac; quelques ecchymoses sous-muqueuses. 

Dans les 2/3 supérieurs de l'intestin grêle les plaques de Peyer sont saines; la mem- 
brane muqueuse légèrement rosée un peu molle ; à partir du tiers inférieur elles devien- 
nent malades, sont saillantes, réticulées^ d'un blanc légèrement rosé, s'accompagnantd'un 
^^aissiisement du tissu cellulaire sous-muqueux et s'écrasent facilement sous le doigt. 
Plus bas les plaques de Peyer très-saillantes présentent de vastes ulcérations avec bour- 
billons JaunAtres mous incomplètement détachés; follicules isolés, saillants, quelques- 
uns ulcérés à leur sommet. Près de la valvule iléo-cœcale les plaques de Peyer ulcérées 
sont confluantes, la plupart sont déjà dépourvues de bourbillon, les bords saillants, tur- 
gides, décollés, le fond constitué par la tunique celluleuse épaissie et ailleurs par la 
tunique musculaire. 

La membrane muqueuse du cœcum d'une couleur légèrement rosée présente une dou- 
saine d'ulcérations. Ces ulcérations sont ovoïdes ou arrondies, varient de grandeur, les 
plus considérables étant capables de loger un gros pois, assez profondes et laissant voir 



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46 liEUDET. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

dans leur food la tonique musculaire. Quelques arborisations vasculaires, par places 
dans le cœcum. La membrane muqueuse est au contraire blanche et saine dans le 
côlon ascendant transverse et descendant, dans TS iliaque et dans le rectum. 

Ganglions mésentérîques assez volumineux, un peu mous. 

Dans la partie sàpérieure du pharynx sur les deux côtés du larynx, on trouTait quatre 
petites ulcérations superficielles de la largeur d'un pois, ne dépassant pas la mu- 
queuse. 

L'œsophage était sain. 

La rate était assez volumineuse, friable sans être diffluente, congestionnée. 

Foie un peu congestionné, mou, sain. Bile verdfltre, vésicule saine. 

Reins et vessie sans aucune altération. 

Observation V. — Fièvre typhoïde ataxique. Mort à la fin du. 3® septénaire sans accidents 
gastro-intestinaux sérieux. Ulcérations de Vintestin grêle en voie de progression. Ulcérations m 
bandes de la muqueuse du coRcum, — Vigneron Rosine, âgée de 28 ans. Domestique, demeu- 
rant rue d'Amiens n» 3, entre le 15 octobre iS55 à ThOtel-Dieu de Rouen, elle est 
couchée au n^ 2 de la salle XIX dans ma division. 

Habituellement d'une bonne santé, menstruée à 16 ans, n'a Jamais fait de maladie 
grave, habite Rouen depuis i8 ans. Malaise depuis près de trois semaines, céphalalgie; 
depuis une quinzaine de jours diminution de l'appétit. Aggravation des symptômes 
morbides depuis 3 jours. Travaux suspendus depuis 4 jours ; alitée depuis cette époque. 
Simultanément diarrhée, selles très-nombreuses sans coliques ; un épistaxis assez abon- 
dant il y a 2 jours. Un peu de toux par moments dans la nuit. Affaiblissement muscu- 
laire considérable, étourdissement, titubation. 

Au moment de l'entrée à l'hôpital, nous constatons les symptômes suivants : Chaleur 
de la peau, rougeur de la face. Intelligence bonne^ mCme dans la position assise, rêvas- 
series pendant la nuit, réveil par moment en sursaut. Soif vive, bouche pftteuse ; pas 
d'envies de vomir; langue un peu jaunâtre, assez humide, pas de douleur au creux 
épigastrique spontanée ou provoquée par la pression. Ventre météorisé, légère- 
ment tympanique, nullement sensible à la pression. Taches rosées lenticulaires sur 
l'hypogastre un peu saillantes, toux ; à l'auscultation, râles sifflants et sonores nombreux 
dans les deux côtés de la poitrine. Pas de souffle dans les vaisseaux. (Limon. 2 p.— 
2 gram. de poudre d'ipécacuanha. — Julep diac. — Bouil.) 

Dans la journée du 16, abattement, aberration intellectuelle. P. 140 peu développé, 
peu fort. (Pot. gom. avec teint, éthérée de musc 40 gouttes.) 

17. Un peu moins de délire. Môme abattement, peu de diarrhée, toux» (Limons Jul. 
Diac. — 2 pil. de musc de OS',30 chacune.) 

Soir. Persistance du délire qui est toujours un peu loquace, chaleur de la peau, rou- 
geur de la face. 

(Pot. avec teint, de musc 50 gouttes. — 6 sangsues derrière chaque apophyse mai- 
toïdc.) 

(8-21. Persistance du même état. Abattement : délire, mais moins violent et moias 
loquace que les jours précédents: ce délire cesse par moments pour faire place à un 
état comateux. P. 112-120 peu développé, peu fort, dicrote. Ballonnement du ventre. 
Taches rosées lenticulaires très-apparentes, mais limitées à l'hypogastre et aux deux 
régions sous-mammaires; peu de diarrhée 1-3 selles diarrhéiques dans les 24 heures 
sans coliques. Selles tantôt rendues volontairement, tantôt involontairement. Préoccu- 



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DU GROS INTESTIN. 47 

pation constante de la mort. Toux : à Tauscultation, rftles sifflants et sonores nombreux 
dans les deux côtés de la poitrine. 28-32 R. 

22 soir. Depuis hier délire loquace nullement bruyant. Langue humide, 8-0 selles 
involontaires depuis hier. 144 P. Altération de la face. 56 R. (6 sangsues derrière chaque 
oreille. P. g. avec teinture de musc 40 gouttes.) 

23. 144 P. 40 R. Persistance du délire pendant la nuit; la malade a voulu à plusieurs 
reprises quitter son lit. Môme état local. 

Soir. 132 P. Délire. (Glace sur la tête.) 

25. 132 P. sans irrégularités. 48 R. bruyantes : alîaiblissement considérable : intelligence 
affaiblie également. Paroles inintelligibles. Selles involontaires. Même toux. Râles sif- 
flants sonores, abondants dans les deux côtés de la poitrine. (Limon. Eau vineuse. — 
Potion tonique. — Vésic. sur la partie antérieure de la poitrine. — Bouillon — vin.) 

26.-30. L'état général de la malade devient chaque Jour plus grave. Absence de con- 
naissance. État comateux. 132-148 P., peu développé, peu fort; soubresauts des;tendons. 
Pas de selles, pas de rétention d'urine. Ventre toujours ballonné. Taches rosées lenticu- 
laires disparues : sudamina nombreux sur les parois de l'hypogaslre. (tau vineuse, — 
vin Malaga, 50 grammes. On donne une fois pendant cette période 1 gramme de calomel 
et un lavement purgatif avec 60 grammes de miel de mercuriale.) 

1-2 novembre i855. Accablement et affaiblissement qIus prononcés, refroidissement 
des extrémités qui sont un peu cyanotiques. Absence de connaissance. Respiration 
bruyante. (Eau vineuse 2 p., — vin de Malaga 100 gram. Bouillon.) 

Mort, le 2 novembre 1855 à 4 heures du soir. 

Examen du cadavre le 4 novembre à heures du matin. Raideur cadavérique marquée > 
pas de traces de putréfaction. 

Tête. Téguments du crâne sains; liquide sous-arachnoîdien assez abondant, pas d'o- 
pacité des membranes ; pas de traces de pus ou de flocons fibrineux dans le liquide 
arachnoîdien, pulpe cérébrale saine, non ramollie, non congestionnée. Protubérance, 
bulbe et cervelet sains. 

Adhérence légère du sommet du poumon droit à la plèvre. Coloration d'un rouge 
foncé de la base du poumon droit, écoulement à la coupe d'une sérosité sanguinolente 
aérée ; friabilité augmentée. Le reste du poumon est sain. A peine un peu d'engouement, 
beaucoup moins considérable à la base du poumon gauche qui est sain. 

Péricarde et cœur sains. 

Adhérences celluleuses anciennes de la convexité du foie avec le diaphragme. 

Pharynx et œsophage sains. 

L'estomac, d'un volume ordinaire, offrait une coloration Jaunâtre, finement injectée 
de petits points rouges avec ramollissement. 

Tout l'intestin grôle, excepté un pied au-dessus de la valvule iléo-cœcale, avait une ap- 
parence uniforme, couleur légèrement jaunâtre avec réseaux vasculaires développés 
par places. A partir de ce point, la muqueuse présentait quelques plaques de Peyer 
boursouflées, d'une couleur rouge brunâtre, faciles à enlever par le grattage au moyen 
de l'ongle. Près delà valvule iléo-cœcale existent plusieurs plaques ulcérées; les solutions de 
continuité ont des bords saillants et décollés. 

Le gros intestin présentait plusieurs ulcérations assez larges sous formes de bandes, 
avec destruction de toute la muqueuse; pas d'ulcérations folliculaires. — Aucune ulcé- 
ration dans les côlons ascendant, transverse et descendant ni dans le rectum. 
Foie d'un volume ordinaire, sain. 

XXX. 9 



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48 UBVDET. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

Rate peu volumineuse, non coogestioQDéei non ramollie. 

Les reins sont un peu pâles, la substance corticale un peu rouge. Vagin enflammé, 
rouge, suppuré. 

Obseb VATioN VI . — fièvre typhoïde ataxique. Érysipèîe de la face intercurrent. Accidents a^fy- 
namiques, diarrhée^ escatre au sacrum, Aîort, Cicatrisation des ulcérations de l'intestin grék. 
Ulcérations du gros intestin. — Thoppe Rose, âgée de 37 ans, cuisinière, demeurant rue 
Montbabor, 40, !«' arr., d'une bonne constitution, muscles bien développés, embonpoint 
médiocre, entrée à l'bOpital de la Charité de Paris, le 33 septembre 1853, est couchée 
au n<> 21 de la salle Saint-Basile, dans le service de Rayer auquel nous étions alors 
attaché comme interne. 

Cette femme, qui habite Paris depuis 4 ans, se dit malade depuis une semaine, ayant 
éprouvé au début de la diarrhée (2 ou 4 selles par Jour) sans coliques, de la céphalalgie 
gravative et plusieurs épistaxis. T... put néanmoins continuer ses occupations et ne prit 
pas le lit d'une manière absolue. Au moment de l'entrée à l'hôpital, nous la trouvâmes 
dans l'état suivant: P. 96-iOO, un peu dicrote, chaleur de la peau; intelligence intacte. 
Céphalalgie gravative générale, bruits dans les oreilles, étourdissements dans la station 
seulement; peu de diarrhée, selles volontaires. Ventre un peu ballonné, quelques 
taches rosées lenticulaires. (Limon. 2 p. — Jul. Diac. — D.) Les jours suivants les symp- 
tômes deviennent plus graves, dans la soirée du 27, délire assez bruyant, qui persiste en- 
core le 28 au matin: persistance de la diarrhée; taches rosées lenticulaires plus appa- 
rentes sur l'abdomen. Le pouls varie de 100 à 112. A la iln du mois l'accablement 
diminue, la langue devient un peu humide, les selles 2 à 3 dans la journée, moins de 
céphalalgie. La malade ne tousse pas et n'a pas remarqué de toux depuis le début de son 
affection actuelle. 

1 octobre. Sans prodromes, sans frisson antérieur, la malade présente dans la matinée 
un peu de rougeur érysipélateuse pâle à la racine du nez ; l'accablement augmente, 
ainsi que la diarrhée, les selles deviennent môme involontaires. (Riz sucjr. — 2 pil. extr. 
opium de 0«%o5.) Le 3 octobre Térysipèle s'étend aux joues et présente une rougeur in- 
tense avec sensibilité vive à la pression. Le pouls s'élève à 108-1 12. Môme diarrhée. — Le 
5 octobre l'érysipèle occupait toute la face, les 2 joues, les paupières, qui pouvaient encore 
s'écarter et découvrir le globe de l'œil; le front et la lèvre inférieure ainsi que les oreilles 
sont seul épargnés. 

Le 6 et le 7 octobre, la rougeur érysipélateuse conserve la môme intensité sans aucun 
changement dans les phénomènes généraux* 

8-1 loctobre. Diminution graduelle de la rougeur et de l'œdème des parties de la face 
qui ont été le siège de l'érysipèle; accablement persistant, diminution des forces chaque 
jour plus marqué. Diarrhée abondante, selles par moments involontaires. Escarre com- 
mençant au sacrum, teinte violacée de la peau, au niveau de la partie la plus saillante 
des épines du sacrum. P. 80 — 104. (Bordeaux 125 graomies. — 2 piL de extr. opium, 
0«%205 chaque — bouillons.) 

12-30. Pendant ces 2 semaines l'état de la malade demeure presque constamment très- 
fâcheux ; les forces décroissent chaque jour ; diarrhée, selles involontaires. Altération de 
la face; peu de soif, encore un jieu d'appétit. Délire calme. État comateux par moments. 
La malade s'affaiblit de plus en plus et succombe le 31 octobre 1853, 7 semaines après le 
début de la maladie. 



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DU OROS INTESTIN. 49 

Ouverture du cadavre le i** novembre <853, Temps frais et sec. 
Raideur cadavérique marquée, pas de traces de putréraction. 
Téfe.TégumeQt8du crâne sains, pas d'injection des méninges qui s'enlèvent de la sur- 
face du cerveau, sans entraîner aucun fragment de pulpe cérébrale. Épancbemenl sous- 
aracbnoïdiea assez intense. Substance du cerveau d'une bonne consistance, sans piqueté 
ou injection vasculaire; peu de liquide contenu dans les ventricules. 
Larynx sain, sans injection, sans traces de développement folliculaire ou d'ulcérations. 
Les deux poumons sont adhérents à leur sommet, fixés à la cage thoracique par des 
adhérences celluleuses anciennes, difficiles à détacher à la base et en arrière, à gauche 
principalement, où Ton enlève simultanément avec le poumon la plèvre costale, et en 
arrière à la base du poumon droit. Pas d'épanchement dans l'intérieur de la cavité des 
deux plèvres. A chaque sommet les deux poumons présentent un peu d'épaississement de 
la plèvre viscérale noirâtre et rétractée avec augmentation de consistance de la mince 
couche de poumon sous-jacent. Aucun développement de tubercules. Les poumons sont 
en avant d'une couleur grisâtre foncée, crépitants, un peu engoués à la base et en avant, 
laissant écouler dans ce dernier point une quantité assez abondante de sérosité aérée, à 
peine rougeâtre, sans hépatisaiion ou splénisation aucune, à peine un peu plus friables 
que dans l'état normal ; en arrière, à la base de chaque côté, ils présentent une colori- 
sation d'un rouge violacé, sont pesants et donnent écoulement à la coupe à une grande 
quantité de liquide rougeâtre médiocrement aéré et sanguinolent^ dans ce point, fria- 
bilité du tissu pulmonaire beaucoup plus marquée qu'en avant. 

Pas d'épanchement dans le péricarde, deux plaques pseudo-membraneuses, delà gran- 
deur d'une pièce de cinquante centimes, blanchâtres et minces, s'enlèvent par le raclage, 
laissant au-dessous d'elles le feuillet viscéral du péricarde intact. Cœur flasque, cavités 
de grandeur normale ; rien de morbide dans Tépaisseur des parois. Valvules et orifices 
sains. Sang noirâtre contenu dans le ventricule gauche, en partie tioirâtVe et jaunâtre, 
mais mou dans le ventricule droit, se prolongeant dans l'artère pulmonaire et dans To- 
reillette droite. 

Abdimien. Pas d'épanchement dans la cavité abdominale, pas de pseudo-membranes 
on d'injection morbide des deux feuillets du péritoine. 

Estomac sain, muqueuse un peu jaunâtre dans le grand cul-de-sac, ramollie dans ce 
point, ne laissant pas enlever de lambeaux d'une couleur blanchâtre dans la région pylo- 
rique et laissant enlever dans ce point sur la face antérieure des lambeaux de un et demi 
à deux centimètres de longueur. 

Intestin grt^le sain dans toute sa partie supérieure, d'une couleur pâle, avec diminu- 
tion légère de la consistance de la membrane muqueuse ; à un demi-pied environ au- 
dessus de la valvule iléo-cœcale, on trouve les plaques de Peyer un peru grisâtres, fine- 
ment granulées de noir, sans traces d'ulcérations à leur centre, sans rétraction dans ce 
point. Le tissu sous-muqueux s'enlève par le raclage et ne permet pas de former des 
lambeaux. Trois ou quatre plaques principales existent à ce niveau. L'intestin grêle 
contenait une médiocre quantité de matières jaunâtres liquides. 

Les ganglions placés dans le mésentère étaient petits, blanchâtres et nullement 
ramollis. 

Legros intestin était distendu par des matières semi-molles noirâtres, assez abondantes; 
on ne trouvait pas de trichocéphales dans le cœcum. La direction du côlon transverse était 
changée; au lieu de se porter transversalement du flanc droit dans le gauche, arrivé au 
bord inférieur du foie, il se recourbait à angle aigu, descendait Jusqu'à la partie moyenne 



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50 liEUDEV. — DLGÉRÀTION ET PERFORATION 

de la région hypogastrique et remontait ensuite également à angle aigu pour se diriger 
alors vers le flanc gauche, et affecter sa direction normale dans le flanc gauche, et la 
fosse iliaque du môme côté. Le cœcum présentait presque immédiatement au-dessous 
de la valvule iléo-cœcale plusieurs ulcérations, environ une quinzaine, quelques-unes 
de la grandeur d'une pièce decinquante centimes, à bords décollés un peusaillants, lais- 
sant voir à nu les fibres musculaires, les autres n'offraient pas de décollement des bords, 
mais seulement les fibres musculaires recouvertes par une couche mince de tissu 
cellulaire; dans d'autres enfin, l'ulcération n'était plus représentée que par une tache 
noirâtre à centre déprimé et laissant voir encore une petite ulcération. La muqueuse 
à ce niveau ofi'rait une couleur d'un blanc jaunâtre, était ramollie et s'enlevait par le 
moindre raclage. Aucune ulcération n'existait dans les côlons ascendant, transverse, 
descendant ou dans le rectum -, la membrane muqueuse avait partout la môme appa- 
rence et était un peu ramollie. 

Foie d'un volume ordinaire, un peu foncé en couleur, légèrement congestionné, au- 
cune altération de sa surface. Bile peu abondante, d'une couleur Jaune pâle, môlée de 
quelques grumeaux jaunâtres. 

Veines porte, cave inférieure, splénique, rénale et hypogastrique saines. 

Rate d'un petit volume, sans lésion aucune de sa membrane d'enveloppe, sans adhé- 
rence aux parties environnantes, nullement ramollie, ne présentant aucune altération à 
l'intérieur. 

Reins d'un volume normal, un peu congestionnés, offrant à leur surface une injection 
vasculaire abondante, comme à la coupe ; au-dessous de la membrane interne des bassi- 
nets existait une riche arborisation vasculaire. 

Vessie saine. 

Utérus d'un volume normal, col conique, orifice non déchiré, laissant suinter un bou- 
chon de mucus épais et visqueux ; sur la lèvre postérieure existaient deux follicules 
saillants, remplis de mucus du volume d'un petit pois. Le col de l'utérus contenait un 
mucus épais qui ne pénétrait pas dans la cavité du corps^ et ne présentait pas d'hyper- 
trophie folliculaire visible à l'œil. Le tissu môme de l'utérus était sain. 

Dans chacun des ovaires, parsemés de nombreuses cicatrices, existait un corps jaune 
du volume d'une petite lentille, avetî cavité centrale noirâtre vide et entourée d'une 
membrane jaunâtre lisse. 

Aucune adhérence n'existait entre les annexes de l'utérus. 

Au sacrum on trouvait une vaste escarre égalant la largeur de deux fois la paume de la 
main, les bords de la peau étaient violacés et décollés, le fond constitué par les os à nu 
et le tissu cellulaire friable. Les os à ce niveau n'étaient pas ramollis et ne présentaient 
à la coupe qu'une vascularisation à peine anormale. 

Obsebvation vil — Fièvre typhoïde de forme adynamique; vers la 6« semaine de la maladie j 
pleuropneumonie intercvrrente. Amélioration de la phlegmasie thoradque ; accidents adyna- 
miques. Mort. Cicatrisation des ulcérations de Vintestin grêle. Ulcérations étendues du gros 
intes'in» Abcès contenu dans les parois de la vésicule biliaire adhérente au côlon tramverse. 
— Raynal Joseph, âgé de 3o ans, charbonnier, demeurant rue d'Argenteuil, 15, 
entre le 23 septembre 1853 à l'hôpital de la Charité de Paris, et est couché au lit 
n» i, de la salle Saint-Michel, service de Bayer auquel nous étions alors attaché 
comme interne. 

D'un embonpoint ordinaire, face colorée, R... dont l'intelligence est peu développée, se dit 



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DU GROS INTESTIN. 51 

malade depais deux lepfenaires; alité depuis cette époque sans interruption. Au moment 
de l'admission à la Charité, R... présentait de la céphalalgie gravative générale, des étour- 
dissements, de la diarrhée médiocrement abondante, une éruption encore visible de 
taches rosées lenticulaires sur le ventre et des râles sifQants et sonores en petite quantité 
des deux côtés de la poitrine à la hase. Le pouls varia dans les jours suivants de 96-124 p., 
la température de la peau était élevée (Gom. suer. D.) 

24-30 septembre. Le pouls varie de 110-112. Chaleur de la peau. Dyspnée, toux ; les 
râles sifQants et sonores signalés dans les deux poumons deviennent plus abondants. 
Le 27 on applique un vésicatoire volant sur la partie antérieure du thorax. 
i-8 octobre. L'état général du malade devient meilleur, intelligence bonne ; moins de 
diarrhée, 1 à 2 selles par jour sans coliques, diminution de la toux. 

Le 5 octobre, le malade mange 2 bouillons et 2 potages, et le 8 on lui donne une por- 
tion d'aliments. Cet état satisfaisant continue jusqu'au 25 octobre ; à cette époque le 
malade accuse un peu de malaise, un peu plus de difficulté dans la respiration ; de la 
toux sans crachats caractéristiques. Nous constatons de la matilé à la percussion dans 
le i/4 inférieur et postérieur du poumon droit, un peu de râle sous crépitant profond et 
une égophonie bien distincte. (Vésicatoire volant en avant à droite à la base du thorax.) 
Les jours suivants l'étendue de la matité augmente dans le poumon, simultanément 
les forces du malade décroissent, un peu de diarrhée, deux selles dans les 24 heures. 
A partir du 5 et 6 novembre, la matité devient moins intense dans la poitrine à droite, 
la respiration est perçue beaucoup plus distinctement, cependant l'égophonie persiste. 
Le 13 novembre l'épanchement a considérablement diminué, et l'on constate unique- 
ment un affaiblissement du murmure respiratoire ; le malade mange 2 portions le 16. 
20 novembre. Ce jour, sans cause connue, le malade, dont les forces n'avaient pas 
repris autant d'intégrité que le pouvaient faire espérer son appétit et la quantité d'aliments 
ingérés, fut de nouveau atteint de diarrhée. 4 selles dans la première journée, sans co- 
liques. (Gom. édulc.y eau vineuse, i/4 lavement, avec laudanum de Sydenbam 12gout« 
tes, 2 bouillons.) 

21-30. La diarrhée augmente chaque jour, les selles deviennent involontaires, soif, 
appétit, langue sèche. Pas de ballonnement du ventre, la face s'altère, l'amaigrissement 
augmente et le malade succombe le i«' décembre 1853, à minuit. 
Ouverture du cadavre le 2 décembre 1853. Tempe froid, 2<»cent. et sec. 
Raideur cadavérique marquée, pas de traces de putréfaction. 
Tête non examinée. 
Larynx sain. 

Épanchement d'un verre environ de sérosité citrine jaunâtre dans les deux cavités 
pleurales, pas de traces de pseudo-membranes récentes. Les deux poumons sont fixés 
an sooimet de chaque cavité pleurale par des liens celluleux étroits et anciens. Le 
sommet de chaque organe est le siège de nombreuses dépressions irréguliôres, d'une 
couleur noirâtre ; à ce niveau le parenchyme pulmonaire est dur, et se laisse facilement 
couper par le scalpel. Le parenchyme contient plusieurs petites masses semi-crétacées 
blanchâtres, entourées d'un tissu dur auquel aboutissent plusieurs petits canaux bron- 
chiques oblitérés. Au sommet du poumon droit existe une petite cavité kysteuse à parois 
lisses, formées par le tissu pulmonaire épaissi et tapissé d'une mince couche de produit 
tuberculeux. D'autres petites masses tuberculeuses crétacées, entourées par un paren- 
chyme noirâtre induré, se rencontrent dans le reste de la partie antérieure de chaque 
poumon. Nulle part on ne troave de tubercules grisâtres demi-transparenti ou Jaunâtres 



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52 I4EIJDEV. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

et mou8. Tout le lobe inférieur et postérieur droit est d*une couleur rouge, bruufttre 
foncée, augmenté de densité, ne surnage pas, mais n'est point friable. Ce tissu laisse 
érouler à la coupe une très-petite quantité de liquide rouge clair, non mêlé d'air. Pas 
d'altération des ganglions bronchiques. La membrane muqueuse des bronches est saine. 
Le péricarde contenait environ un demi-verre de sérosité citrine, claire, sans dépôt 
pseudo-membraneux. 

A la surface antérieure du ventricule droit et vers le milieu de sa hauteur existait une 
plaque blanchâtre, un peu ridée, se laissant facilement enlever sans entraîner le feuillet 
du péricarde sous-jacent. Le reste de la surface du péricarde viscéral était d'une cou- 
leur blanchâtre un peu opaline et analogue à celle d'un cœur qui aurait macéré quelque 
temps dans un liquide. 

Le cœur offre un volume normal, sans aucun ramollissement, sans altération de ses 
parois, de ses orifices ou de ses valvules, un peu de sang incomplètement coagulé était 
contenu uniquement dans ses cavités droites. 

Ëpanchement dans la cavité du péritoine d'un litre environ de sérosité citrine trans- 
parente, sans aucun dépôt floconneux ; la séreuse viscérale^ comme la pariétale, offre une 
couleur d'un blanc légèrement noirâtre, sans aucune trace de vascularisation* 
Veine porte saine. 

L'estomac, peu développé, revenu sur lui-môme, offrait à son intérieur beaucoup de 
plis d'ampliation, la membrane muqueuse était le siège d'un grand nombre de petites 
taches d'un brun rougeâtre sous muqueuses sans traces d'ulcérations. Nulle part ces 
taches ne se confondaient pour former une ecchymose d'une certaine largeur. La mem- 
brane muqueuse de l'estomac n'était pas ramollie. 
Le duodénum et le jéjunum étaient sains. 

Dans la moitié supérieure de l'ileum, la muqueuse offrait une teinte légèrement noi' 
râtre, cette coloration provenait du développement dans son intérieur d'une fouie de 
petites granulations noirâtres très-fines. Dans le 1/4 inférieur de l'intestin grêle, on 
rencontrait une altération marquée des follicules isolés et des plaques de Peyer. Ces 
dernières â 0°>,45 de la valvule iléocœcale apparaissaient plus saillantes que dans 
l'état normal, finement granulées de noir, sans épaississement du tissu cellulaire sous- 
jacent. Plus près de la terminaison de l'intestin grôle, elles étaient d'une couleur noire 
foncée, criblées d'ulcérations, variant de la grandeur d'un pois à celle d'une amande ; 
ces ulcérations sont toutes cicatrisées, leur fond étant constitué par une membrane lisse, 
opaque et d'aspect fibreux, qui s'étend entre les bords do l'ulcération non décollés et non 
saillants. Pas de follicules isolés saillants. Toute la surface de la muqueuse à ce niveau 
est lisse et paraît plus molle que dans l'état normal. 
Ganglions mésentériques volumineux, d'une couleur noirâtre, un peu mous. 
Le gros intestin était, dans toute sa longueur, le siège de nombreuses lésions ; dans le 
cœcum les follicules isolés sont largement ulcérés, leur orifice est marqué par une 
large ouverture, la muqueuse est de plus ulcérée par larges bandes transversales ; 
dans le côlon ascendant et d'autant plus qu'on approche du rectum, où la lésion 
atteint son plus haut degré, on voit la muqueuse criblée d'ulcérations superficielles 
comme végétantes qui donnent à sa surface un aspect irrégulier ; elle est d'un rouge 
vineux pâle, très-épaissie ainsi que la tunique sous-muqueuse et la musculaire. 

Foie d'un volume normal, d'une couleur foncée, un peu noirâtre et ferme. La vésicule 
biliaire adhérait fortement par son fond au côlon transverse ; dans ce point la face pos- 
térieure était le siège d'une collection purulente dans l'étendue d'une pièce de un franc 



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DU GROS INTESTIN. 53 

située entre la membrane musculaire et la séreuse externe, mais n'ayant détruit ni 
Tune ni l'autre. La bile conteuue dans l'intérieur de la vésicule était d'une couleur 
Jaunâtre claire ; la paroi interne de la vésicule était pâle, mais saine, le col et le caoal 
cystique un peu dilatés, mais partout perméables. 

La rate était peu volumineuse, assez ferme, nullement congestionnée et saine. 

Les reins, d'un volume ordinaire, étaient pâles et sains. 

Vessie non examinée. 

Veines cave, rénale, splénique, etc., saines. 

Observation VIIL — Fièvre typhoïde de forme ataxique. Mort au troisième septénaire. Ul- 
cérations de Virdetlin grêle en voie de progression. Ulcérations étendues de la muqueuse du 
cœrum. — Albert Philippe, âgé de iS ans, chapelier, entre le 3 septembre 4852 à l'hôpi- 
tal de la Charité, et est couché au lit n<* 7, de la salle Saint-Michel, dans le service de 
Rayer auquel nous étions attaché alors comme interne. 

Â... était malade depuis eaviron trois semaines. Placé d'abord dans le service de 
Velpeau à la Charité, pour un furoncle situé à l'angle de l'œil; il avait été le 3 sep- 
tembre transféré dans les salles de Médecine. 

Tels furent les renseignements qu'il nous fut possible d'obtenir le jour de l'admission 
du malade dans le service de Rayer; nous le trouvâmes dans l'état suivant: un peu 
de dclire, calme depuis le matin. P. 132 dicrote, peu développé, chaleur de la peau, 
étourdissements, bruits dans les oreilles ; météorisme léger, taches rosées lenticulaires, 
pâles, encore visibles sur la peau du ventre ; diarrhée, selles involontaires, toux, râles 
sifflants et sonores abondants dans les deux côtés de la poitrine. (Limon, suer. J. G. D.) 

4. Délire plus marqué, soubresauts des tendons, selles involontaires, langue sèche, 
lèvres un peu fuligineuses. 

Limon. Ventouses à la nuque pour 150 grammes de sang. 

5. État plus grave, délire, selles involontaires, soubresauts des tendons ; aucune con- 
naissance. (Limon, vin., vésic. à la nuque, D.) 

Mort, le 5 septembre à 2 heures de l'après-midi. 

Ouverture du cadavre le 6 septembre à 3 heures de l'après-midi. 

Raideur cadavérique légère, teinte légèrement verdâtre des parois de l'abdomen. 

Tête. Pas de congestion des téguments du crâne, un peu de congestion des vaisseaux 
delà pie mère, épanchement arachnoldien transparent assez abondant, pas d'adhérence 
des membranes à la surface du cerveau. La pulpe cérébrale légèrement piquetée de 
rouge est d'une bonne consistance sans aucune trace d'altération. Peu de liquide dans les 
ventricules latéraux. Bulbe, protubérance et cervelet sains. 

ITwrax, Plèvres saines, les deux poumons sont libre:», un peu congestionnés h la base 
et en arrière, laissant écouler une assez grande quantité de sérosité sanguinolente peu 
aérée, pas de diminution de consistance du parenchyme pulmonaire. Cœur un peu flas- 
que, valvules saines, sang liquide noirâtre contenu dans les cavités du cœur. 

Pas d'épanchement dans l'abdomen. 

Estomac d'une capacité ordinaire, membrane muqueuse d'une médiocre consistance, 
ne laissant pas former de lambeaux dans le grand cul-de-sac ; dans ce point la mu- 
queuse est d'une couleur rougeâlre, lie de vin avec petit pointillé ecchymotlque sous- 
muqueuxpar places. 

Dans les trois quarts supérieurs de l'intestin grêle, la muqueuse est saine, seulement 
les plaques de Peyer et les follicules isolés sont un peu saillants. Dans toute la moitié 



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54 liEUDET. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

inférieure de l'intestin grêle la membrane muqueuse est friable et ne se laisse pas tirer 
en lambeaux. L^aKération des plaques de Payer commence quatre pieds environ au 
dessus de la valvule iléo-cœcale, dans ce point elles sont peu saillantes, le devenant de 
plus en plus à mesure qu'on examine une partie plus inférieure de Tinteslin. Dans ce 
point elles sont pâles, finement ulcérées. Plus bas les ulcérations deviennent plus larges, 
les bords décollés, saillants, les follicules isolés du volume d'une té te d'épingle se déta- 
chent sur la muqueuse toujours grisâtre. A deux pieds environ au-dessus de la valvule 
iléo-cœcale les lésions commencent à devenir très- intenses. Tune des plaques a 0°*,08 de 
long sur 0™,03 de large ; elles sont saillantes, parsemées de dépressions plus ou moins 
profondes dont l'une va Jusqu'à la surface péritonéale. Les ulcérations sont encore 
recouvertes d'une matière pu trilagineuse, bourbillonneuse, les bords de ces ulcérations 
sont saillants ; le fond de beaucoup d'ulcérations est formé par les fibres musculaires. 
Beaucoup d'ulcérations ont un diamètre moindre et varient depuis le volume d'un petit 
pois Jusqu'à celui d'une tête d'épingle. 

Les ganglions mésentériques sont volumineux, d'un rouge un peu livide, mous. 

Le cœcum est d'un gris foncé ; sa surface muqueuse parsemée d'ulcérations follicu- 
laires nombreuses béantes. L'une de ces ulcérations placée au commencement du côlon 
ascendant a pour fond les fibres musculaires transversales. La membrane muqueuse est 
partout épaissie, friable, la tunique musculaire elle-même augmente d'épaisseur. Les 
ulcérations sont beaucoup moins nombreuses dans le cOlon ascendant, elles cessent com- 
plètement dans le côlon transverse, et la muqueuse du rectum est saine. 

Foie d'un volume ordinaire. Hauteur, lobe droit 0'°,IS5 ; hauteur, lobe gauche 0"*,I5 ; 
largeur O^jSSS ; épaisseur du lobe droit 0",055 ; épaisseur du lobe gauche 0*,025. Tissu 
hépatique un peu mou, à peine un peu congestionné, sain. 

Bile claire Jaunâtre, médiocrement consistante. 

Rate. Longueur 0"',205; largeur O*",! i ; épaisseur 0n,045. Parenchyme splénique d'une 
couleur noirâtre, pesant, médiocrement friable, se laissant facilement réduire en pulpe 
par la pression. 

Reins, bassinets, uretères et vessie sains. 

Observation IX. — Fièvre typhoïde; prédominanre des symptômes gastro-intestùiaux. Mort. 
Perforation intestinale. Vlcà-aiions nombreuses de l'intestin grêle et du cœcum. Péritonite 
aigué, limitée presque complètement à la partie inférieure du ventre, — Gîrod Aimée, âgée 
de 23 ans, trameuse, entre le 8 Juin 1855, à l'hûtel-Dleu de Rouen^ elle est placée dans 
ma division, au lit n^ 46 de la sallel. 

D'une taille moyenne, embonpoint médiocre, G. a été menstruée pour la première 
fois à l'âge de il ans ; depuis cette époque les menstrues ont été régulières, mais s'ac- 
compagnant quelquefois de douleurs dans les lombes ; la dernière époque menstruelle 
a eu lieu le 7 Juin au matin. 

I^ maladie actuelle aurait débuté il y a cinq Jours par des coliques sans diarrhée, le 
lendemain survint de la diarrhée, des envies de vomir avec vomissements, pas d'épi- 
staxis. Pas de toux. Peu de céphalalgie, pasd'étourdissements. Aucun traitement n'a été 
fait avant l'entrée à l'hôpital. 

Au moment de l'admission à l'hôpital, nous trouvons G... dans l'état suivant intelli- 
gence bonne, pas d'accablement, douleurs accusées dans le ventre, non localisées à une 
partie de son étendue, s'exaspérant par moments. P. 120, peu développé, régulier, cha- 
leur de la peau. La palpation du ventre ne permet pas de reconnaître aucune tumeur 



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DD GROS INTESTIN. 55 

oo réoitence partielle dans Tabdomen. (Limon. — Eau de SelU avec sp. de Gros. •* 
Foment. narcot. tur le ventre. — 2/4 lavement avec 15 gouttes de laudanum chaque.) 

9. Même état. Tension des parois de Tabdomen, rénilence surtout limitée à l'hypo- 
gastre. Selles toujours très-nombreuses, 8 à 10 dans les vingt quatre heures, coliques 
sourdes s'aagmentant avant l'évacuation des fèces; face un peu grippée, yeux un peu 
caves ; pas de nouvelles envies de vomir. Les menstrues n'ont pas reparu. Aucune érup- 
tion de taches rosées lenticulaires ou de sudamina sur le ventre. (Sellz sp. de Gros. — 
Frasent, narcot. 2 sangsues au haut de chaque cuisse. — Bouillon.) 

Soir. iOB p. — Persistance des douleurs dans l'abdomen et de la diarrhée ; pas de cé- 
phalalgie ni d'étourdissements. 

410. P. il2. — Chaleur de la peau. Môme état. 

11. Les douleurs abdominales, loin de diminuer, semblent avoir subi une augmentation 
marquée; la malade ne peut remuer que difficilement les membres; la palpation du 
ventre ne peut être pratiquée profondément. Pas de nouveaux vomissements^ selles tou- 
jours nombreuses, volontaires. Ventre ballonné, lisse, tympanique, sans distension des 
anses intestinales. (Décoction blanche de Sydenham. Riz gom. — 10 sangsues sur le 
ventre. — Fom. émoL — Bouillon. J/4 1av. avec laudan. de Sydenham iO goût. — 
Julep gom. avec sirop de morphine 30 gram.) 

12. Les sangsues ont bien coulé, les douleurs, depuis leur application, semblent avoir 
un peu diminué d'intensité. P. il 2. Chaleur de la peau marquée. Face moins altérée, 
plusieurs selles diarrhéiques. Pas de douleur de tête, ni d'étourdissements. (Gom. suer. 
^ Décoct. blanche. — J. Gom. avec sirop de morphine 30 gram. — Bouillon.) 

Soir. 104 P. — Même état. 

13. 88 P. Les douleurs semblent toujours un peu calmées, pas de miction depuis hier : 
la région hypogastrique donne néanmoins comme tout le reste du ventre une sonorité 
tympanique à la percussion. La sonde introduite dans la vessie donne issue à un quart 
de litre environ d'urine d'nne couleur foncée ne présentant du reste rien d'anormaL 

Soir. 120 P. Peu développé, peu fort; recrudescence des douleurs de ventre : plusieurs 
vomissements verdâtres amers, depuis le matin ; diarrhée intense, plusieurs selles 
toujours volontaires. Pas d'émission d*urine. (2/4 de lavement de lin avec 15 gouttes de 
Uodanom chaque.) 

44. Suppression des vomissements : pas de selles pendant la nuit, plusieurs involon- 
taires dans la matinée. Un peu plus d'abattement, douleurs de l'abdomen toujours très- 
vives : les téguments du ventre sont tendus et toute palpation profonde impossible à 
cause de la douleur qu'elle provoque. Pas d'éruption d'aucune espèce. Langue humide, 
un peu blanchâtre. (Décoction blanche. — (^m. suer. -> J. g. avec sp. de morphine 
30 grammes. Bouillon.) 

io. 420 P. Même état ; seulement la malade a rendu spontanément ce matin une 
petite quantité d'urine. 

Soir. Dans la Journée aucune nouvelle émission d'urine n'a lieu, et l'on est obUgé de 
vider la vessie au moyen du cathétërisme ; diarrhée plus abondante : selles fréquemment 
involontaires. 

17. 21 P. Pendant cet espace de temps l'état de la malade n'éprouve aucune modifica- 
tion. La face s'altère, s'amaigrit, les yeux sont plus excavés ; la peau d'une teinte un peu 
bistre. Cependant la fréquence du pouls diminue, il bat en général de Io0-I04 par 
minute. Chaque Jour un ou deux vomysements d'une couleur verdâtre à goût amer 
rendus aprèa beaucoup d'eiforts. Mêmes douleurs de ventre continues, maiss'exaspérant 
zxx. 10 



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56 liEUDBT. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

par moments ; les téguments de Fabdomen sont toujours uniformément tendus ; la 
palpation pratiquée avec de grands ménagements semble faire reconnaître un peu moins 
de souplesse au niveau de Thypogastre, endroit où la sensibilité est également beaucoup 
plus développée. Persistance de la diarrhée, les selles toujours d'une couleur légèrement 
fauve, non mêlées de sang, sont rendues quelquefois involontairement. (Sel et sp. de 
gros. — Riz sp. de coings., fomen, narcot. — P. g. avec hydrocblorale de morpliineO <% 
03. — Bouillon.) 

: 22. La rétention d'urine, qui Jusqu'alors avait forcé à recourir au catbétérisme, cesse 
aujourd hui et ne reparait plus les jours suivants, les urines s'écoulant involontairement 
avec les matières fécales. L'affaiblissement de la malade augmente chaque Jour ,* les dou- 
leurs au niveau de l'hypogastre deviennent chaquejour plus vives. Vomissements de ma*^ 
tières bilieuses. 

23. Môme état. — (Môme prescription : à laquelle on ajoute des frictions avec la pom** 
made suivante : axonge 15 parties, tartre stibié 5 parties et huile de croton i partie. 
2/4 de lavement avec laudanum 12 gouttes chaque.) 

24. L'éruption stibiée s'est déjà produite sur le ventre. — Môme état — Diarrhée et 
vomissements. 

25. On pratique sur le ventre des frictions avec la pommade suivante : 

Axonge^ 30 grammes 

Extrait de Belladone, 8 grammes 

Chloroforme, 4 granunes. M. 

26 — 28. -- L'état de la malade s'aggrave chaque jour. 

128 — 130 P. petit, peu développé. Altération de la face, yeux caves, ballonnement du 
ventre marqué, coma. 

Mort, le 28 juin 1855 dans la matinée. 

Examen du cadavre le 29 juin 1855, à 6 heures du matin. Temps chaud, putréfaction 
commençante, écoulement de liquide sanguinolent ficre par la bouche. 

Tête non examinée. 

Thorax. — Pas d'épanchement dans les plèvres : les deux poumons sont libre d'adhé- 
rences, sains, congestionnés, crépitants et aérés, quelques tubercules crétacés dans les 
ganglions bronchiques, aucun dans les poumons. 

Péricarde et cœur sains. 

Tension considérable du ventre. Péritonite presque exclusivement limitée à la région 
bypogastrique du péritoine ; la plus grande partie de l'épanchement purulent est limité 
en avant par la paroi abdominale, en arrière par les anses intestinales accolées, des 
adhérences celluleuses assez fermes sans mélange de pus ou de flocons fibrineux récents 
réunissent ensemble les anses intestinales supérieures et le côlon transverse ainsi que 
l'estomac distendu. Plus on approche de la partie inrérieure de l'hypogastre, plus les 
adhérences qui réunissent les anses sont épaisses et serrées. La paroi intestinale antérieure 
présente un ramollissement du péritoine pariétal qui s'enlève facilement et laisse voir 
par transparence des développements vasculaires nombreux. 

L'estomac était sain ; sa muqueuse d'un blanc grisâtre non ramollie. 

Le tiers supérieur de l'intestin grôle est sain ; une ulcération profonde ayant la gran- 
deur d'un pois et intéressant toutes les tuniques fait communiquer l'intestin grêle avec le 
péritoine. Les bords de l'ulcération sont taillés en biseau aux dépens de la tunique 
interne ; extérieurement l'ulcération présente quelques dépôts de lymphe plastique 



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DU GROS INTESTIN. 57 

adhérant aux bords de la solatîon de continuité. A ce niveau le tissu sous-séreux est un peu 
injecté. A partir de ce point Jusqu'au niveau de la valvule iléo-cœcale, la muqueuse de 
Tintestin grêle présente des lésions qui vont eu augmentant de gravité à mesure qu'on se 
rapproche de la valvule. Ce soûl d'abord des ulcérations étendues des plaques de Peyer 
à bords décollés, le fond constitué ou par les tuniques musculaires ou par le feuillet 
séreux seul. Au niveau de la valvule ces ulcérations sont presque conQuentes et ne sont 
séparées que par des débris de muqueuse altérée. La valvule iléo-cœcale était presque 
complètement érodée, réduite à une cloison incomplète. 

Dans le cœcum immédiatement au-dessus de la valvule iléo-cœcale, la membrane mu- 
queuse est profondément ulcérée, plusieurs de ces pertes de substances n'ont le fond 
constitué que par une mince couche péritonéale qui se rompt quand ou enlève Tintestin. 
Ces ulcérations disparaissent dans le côlon ascendant transverse et existent de nouveau 
dans le côlon descendant, l'S iliaque et le rectum. Ces dernières ulcérations sont peu 
étendues, sans saillie ni décollement des bords, de la grandeur d'un pois environ. 

Les ganglions mésentériques sont un peu volumineux, d'un rose légèrement brunfttre, 
mous. 

La rate de volume ordinaire était saine et nullement ramollie. 

Foie un peu décoloré, sain. Vésicule biliaire saine ; bile verdâtre, assez abondante, 
fluide. 

Reins et vessie sains. 

Utérus sans aucune altération* 

OBssRVAnoN X.*^ Fièvre typhoïde. Pleurésie drciU intercwrrente^ accidents ataxiquie$,e(mtr(JC'' 
ture des membres; diarrhée^ vomissements. Mort après sept semaines de maladie. Ulcérations 
nombreuses de l intestin grêle et du gros intestin dans toute son étendue, — Minette Marie, femme 
Saturaire, figée de 26 ans, couturière, demeurant rue Geoffroy Langeoin, n® 35, entre le 
25 septembre 1849 à l'Ilôtel-Dieu de Paris et est couchée au n<» il de la salle Saint-Lan* 
dry dans le service de M. Louis auquel J'étais alors attaché comme interne. 

Cette femme, d'un embonpoint médiocre, bien musclée, assurait Jouir habituellement 
d'une bonne santé et annonçait être déjà malade depuis trois semaines ; alitée depuis cette 
époque d'une manière constante, elle avait éprouvé une céphalalgie continue, de 
la surdité, de la diarrhée peu abondante il est vrai, pas d'epistaxis. La faiblesse n'a Ja- 
mais été très-grande, car la malade a pu venir aujourd'hui à pied du quartier Popincourt 
à r Hôtel-Dieu. 

An moment de l'entrée de la malade à l'hôpital, nous la trouvons dans l'état suivant : 
I^. 128 assez développé, chaleur de la peau, céphalalgie, surdité, peu d'élourdisscments; 
pas d'epistaxis depuis le début de la maladie. Toux à l'auscultation, rfiles siftlants 
et sonores abondants des deux côtés de la poitrine. Peu de sommeil, pas de rêvasseries la 
nuit. Ventre ballonné sans aucune éruption à sa surface. T^is à quatre selles dans les 
vingt-quatre heures, pas de vomissements depuis le début de la maladie. 

26. (Uùion. 2 p. — 2 lavements de lin. — D.) 

27. Prostration plus marquée. Mômes râles dans la poitrine. Deux selles dans les der- 
nières 24 heures; émission des urines involontaires; ballonnement du ventre, surdité, 
hébétude. P. 120 — 124. Chaleur vive de la peau. 

(Limon. 2 p. — 2 verres d'eau d^ Sedlilz. D.) 

28 "* 29. Plusieurs selles diarrhéiques, sans coliques ; P. 120, abattement, pas d'appé- 
tit Ventre toujours météorisô. Taches rosées lenticulaires nombreuses sur les téguments 



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58 lOSUBET. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

du Yentre. Toux, crachats un peu visqueux aérés, l'un d'eux présente une teinte légère- 
ment roliillée. Matité à la percussion dans le 4/i inférieur et postérieur droit de la poi* 
trine; affaiblissement du murmure respiratoire dans cette étendue. On entend profondé* 
ment quelques bulles de râle sous-crépitant qui existent plus nombreuses dans le i/3 
moyen et postérieur. Retentissement égophonique de la voix dans toute la hauteur de la 
matité. 

1 — 2 octobre. Coloration bistre de la face, prostration, selles et urines involontaires. 
Persistance de la matité dans le I /4 inférieur et postérieur du côté droit de la poitrine ; 
un peu de respiration bronchique dans cette étendue, quelques bulles de râles sous-cré- 
pitants médiocrement grosses. Broncho-égophonie. Persistance des taches sur le ventre, 
qui est toujours ballonné. Pouls à 120. 

3 — 6. L'état général de la malade demeure à peu près le même. Aucun changement 
dans les symptômes obtenus par l'examen local de la poitrine. P. 92 — 116; chaleur de 
la peau, un peu de délire, surtout pendant la nuit. 

8. Aggravation des accidents morbides. Délire calme, presque continu; la malade re- 
connaît à peine les personnes qui l'entourent : lèvres fuligineuses depuis quelques Jours 
ainsi que loritice antérieur des narines. Face pftle, taches rosées lenticulaires persistant 
sur la peau de l'abdomen. Selles toujours involontaires. (Limonade vineuse — 3/2 bouil- 
lons). 

1 1 . L'agitation et le délire diminuant un peu, on donne un bain tiède dans lequel la ma- 
lade demeure 3/4 d'heure sans difficulté. 

12. Prostration moins marquée, persistance du*délire, surtout dans la soirée ou pendant 
la nuit. Diarrhée abondante, selles involontaires. Vomissement depuis la veille des bois- 
sons ingérées. Le pouls est à 1 08 — 112. 

13. Môme état adynamique; diarrhée et vomissements, ballonnement du ventre* 
(Vessie au creux de l'estomac). 

14. P. 11 2. Vomissements continuant aujourd'hui, mais moins abondants; moins de dé- 
lire ; abattement, fuliginosilés abondâmes aux narines et aux lèvres. Ballonnement 
du ventre, les taches qui existaient à sa surface ont complètement disparu. Toux; môme 
matité à la partie inférieure droite du poumon avec égophonie et râles sous-crépitants, à 
peine un peu d'expiration soufflante. 

15 — 19. Amélioration marquée dans l'état général et local pendant cette période : di- 
minution de la diarrhée qui ne cesse cependant pas complétenient : les boissons ingérées 
sont quelquefois vomies. (On donne comme boisson une infusion de menthe et on 
nourrit la malade avec quelques bouillons.— Le 19 on fait prendre à la malade de la gelée 
de viande.) 

22. (Bain. — Infusion de menthe. — 2 Bouîl.) 

24. État assez bon, diarrhée; quelques envies de vomir. Môme absence de respiration 
avec égophonie à la base du poumon droit en arrière. P. 80 — 110 — (Môme prescription 
à laquelle on ajoute un ou deux verres d'eau de Vichy.) 

Dans la Journée de ce Jour, la malade qui avait déjà éprouvé la veille quelques dou- 
leurs vagues dans les bras et les Jambes qu'elle compare aux crampes, est atteinte de 
douleurs très-vives dans les membres, douleurs analogues aux crampes éprouvées la 
.veille, mais beaucoup plus intenses et qui lui arrachent des cris. Les mains comme 
les pieds de chaque côté sont contractures : les membres inférieurs demi*fléchis, les orteils 
inclinés vers la plante des pieds. La contracture est encore beaucoup plus vive aux mem- 
bres supérieurs. Les avant-bras sont demi- fléchis sur les bras, les doigts fortement appli- 



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DU GROS INTBSTIN. 59 

que» Sûr la paame de k nmin. Qn^né on essaye d'étendre ces membres contractures^ 
on proi^oque une exaspération considérable de la douleur. Pas de mouvemenfs convul- 
sifc ni de soubresauts dans les membres contractures. La face n'est pas rouge, rintelli- 
gence & moitié développée. 

25. Dans la soirée, la contracture que nous avons observée la veille a complément disparu , 
la malade est tombée alors dans un état demi-comateux. Le matin à la visite, le pouls est 
i 130, régulier; la malade accuse des douleurs encore assez vives dans les mains quand 
elle exécute des mouvements. Selles toujours involontaires, quelques envies de vomir. 
(Tilleul gom. Jul. Gom. avec extr. d*opium Os* 05 ; — sinap. aux membres inf. D.) 

Soir 4 heures. — Au moment de la visite du soir, nous trouvons la malade dans un état 
de contracture complète. Perte de connaissance absolue; face pâle; un peu fraîche; 
pouls très-rapide et faible; mains un peu bleuâtres, fléchies sur les avant-bras, sur 
les bras : flexion forcée des Jambes sur les cuisses. Selles involontaires abondantes. (Po- 
tion laudanisée antispasmodique.) 

Mort, à 8 heures du soir le 25 octobre 1849. 

Ouverture du cadavre le 27 octobre 1849 à 7 heures du matin. Température assez 
chaude* 

État extérieur.— Persistance de la contracture, roîdeur cadavérique.— Coloration légè- 
rement verdfttre des téguments de l'abdomen. 

Tête. — Pas d'injection des méninges, pas d'épanchement sous-arachnoidîen, consis- 
tance de la pulpe cérébrale normale. Une cuillerée à café de sérosité environ dans les 
ventricules latéraux du cerveau. La protubérance, le bulbe et le cervelet sont sains. 

Êpanchement, dans la plèvre droite, d'un demi-verre environ de sérosité infiltrée dans 
des pseudomembranes Jaunâtres molles qui recouvrent toute la hauteur du poumon droit 
et s'écrasent facilement sous le doigt. 

Le poumon droit est pesant principalement dans ses 2/3 inférieurs, d'une couleur bru- 
nâtre, friable, sans granulations, ne surnageant pas et laissant écouler à la coupe 
une grande quantité de liquide sanguinolent trouble, peu aéré. Bronches et ramifications 
bronchiques du poumon droit d'une couleur un peu rougeâtre uniforme. 

Poumon gauche crépitant, aéré, sain. Pas de trace de tubercules dans l'un ou l'autre 
poumon. 

Le péricarde contenait une cuillerée à bouche environ de sérosité claire et transpa- 
rente, les deux feuillets du péricarde sont parfaitement intacts. 

Le cœur offre son volume ordinaire, un peu de sang liquide contenu dans le ventricule 
gauche avec coloration rougeâtre légère de l'endocarde ; valvules saines, caillots Jaunâtres 
moins contenus dans le ventricule droit. 

A5iomm.— Le tube digestit était distendu par des gaz et des matières Jaunâtres liquides 
plus abondantes dans le gros intestin que dans le grêle. Pas de développement des folli- 
cules dnodénaux. En partant de la valvule iléo-cœcale, on rencontre les lésions suivantes : 
dans une étendue de deux décimMres au-dessus de la valvule ulcératimis nombreuses t\ 
bords assez décollés; eous quelques-uns de ces bords on glisse un scalpel, dans une étendue 
d'un centimètre environ ; le fond d'un grand nombre de ces ulcérations est constitué uni- 
quement par la tunique musculaire dont on aperçoit les fibres transversales à nu. 
D'autres ulcérations sont irrégulières, résultant de la fusion de plusieurs pertes de subs- 
tance ; d'autres sont séparées par un pont de membrane muqueuse décollée. A partir de 
0"^, 40 au-dessus de la valvule iléo-cœcale, les ulcérations deviennent plus rares; le fond 
d'un certain nombre est formé par une membrane celluleuse peu épaisse ; d'autres ne sont 



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60 liBUDET. -^ ULCÉRATION ET PERFORATION 

séparées de la cavité péritonéale que par la tunique séreuse externe. Dans le 1 /3 supérieuv 
de rintestin, la muqueuse intestinale est saine. 

Le gros intestin dans toute sa hauteur est criblé d'ulcérations dont la grandeur varie 
depuis celle d'une pièce de 50 centimes jusqu'à i franc ; les bords de ces ulcérations sont 
nets, non décollés ; le fond est formé par les fibres musculaires. D'autres ulcérations 
n'atteignent pas autant en profondeur. Ces ulcérations existent avec une fréquence égale 
dans le cœcum, les côlons etle rectum. La muqueuse dans toute cette étendue est d'une 
coloration blanc rougeâtre, interrompue par places par de riches arborisations; la mem- 
brane interne de l'intestin s'enlève difficilement en lambeaux, elle est épaissie ainsi que 
la tunique musculaire sous-jacente. 

Les ganglions mésentériques sont assez volumineux, paraissent légèrement bleufttres à 
travers les feuillets du ligament; ils sont mous, d'une couleur brune, mous à la 
coupe. 

Le foie, d'un volume ordinaire, est peu coloré, sain. Bile jaunâtre claire, médiocrement 
abondante. 

Rate d'un volume normal, hauteur 0^^,08 ; largeur 0™,06, non ramollie, médiocrement 
congestionnée. 

Reins et vessie sains. 

L'utérus est un peu infléchi à droite et légèrement tordu sur lui-môme ; col un peu 
fendillé sur ses côtés, petites ulcérations superficielles de la muqueuse, des lèvres au 
niveau du museau de tanche. Ecoulement d'un mucus glaireux à travers l'orifice du 
col. Cavité du corps, saine. Ovaires parsemés de cicatrices nombreuses, sains. 

Observahon XI. — Fièvre typhoïde ; état adynamique, Hémorrîiagie inte4inale six semaines 
environ près le début de la mnladie, Ces^alim de Chémorrhagie. Mort, Ulcérations cicatrisées^ 
les autres non cicatrisées de Vintestin grêle, Plusieurs petites ulcérations delà muqueuse du rec- 
tum. — Chaîne Françoise âgéede45 ans, journalière, entre le 12 décembre i854à l'hôtel- 
Dieu de Rouen ; elle est couchée dans la salle I au lit n** t4. 

A la fin de décembre 1854, époque où je fus chargé du service de cette salle, C... y était 
déjà depuis plus d'un mois, j'appris seulement que la malade avait présenté depuis l'en- 
trée les accidents d'une fiùvre typhoïde avec accidents adynamiques. Je la trouvai dans 
l'état suivant : prostration, état comateux ; fièvre, pouls petit, étroit, langue sèche et un 
peu brune : selles dîarrhéiques fréquentes, mais volontaires, intelligence afl'aiblie : C... ne 
peut fournir que quelques renseignements très-incomplets sur sa maladie antérieure. 

Le 27 décembre au soir le pouls de la malade était à 112, la peau un peu chaude, 
dans la journée un épistaxis abondant était survenu et s'était répété deux fois. (Limon, 
avec acide sulfurique t^,50. Potion tonique. — Bouillon.) 

28-30. Les selles qui sont toujours abondantes, liquides, sont un peu teintes de sang 
noirâtre ; on trouve même dans quelques garde-robes des caillots noirs. Le pouls varie 
de 112-124; la peau est chaude et sèche : abattement. (Limon, suif. — 2 lavements 
Croids. — Vin de Malaga 50 grammes. — Bouillon froid.) 

31. Dans la nuit précédente l'affaiblissement est devenu très-marqué ; les évacuations 
ahines très-abondantes, mélangées d'une petite quantité de sang rouge. La face est pâle 
et un peu jaunâtre. Dyspnée. 48 R. — 104 P. petit, peu développé. (Limon, dlr. — 
2/4 de lavement avec chacun 2 grammes. — Bouillon.) 

Dans lajournée l'affaiblissement devenant très-marqué, on ajoute au traitement une 
potion avec acétate d'ammoniaque (2 grammes). 



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DU GROS INTESTIN. 6i 

Dans la journée rafldblissement diminne ; pas de selles sanguinolentes. 
4 janvier 1855. Affaiblissement de plus en plus marqué, absence de connaissance; un 
peu de délire calme ; langue sèche. Pas de sang dans les selles. 
Mort, le 2 janvier 1855 à 6 heures du matin. 
Ouverture du cadavre le 3 janvier 1855. 
Cerveau non examiné. 

TAorax.— Aucune altération des deux plèvres ; les deux poumons sont en avant d'une 
couleur grisâtre claire; les deux lobes inférieurs en arrière un peu pesants, d'une cou- 
leur rougefttre, lie de vin, friable et donnant lieu à la coupe à un écoulement sero-san- 
guinolent médiocrement aéré. Les bronches sont rouges et contiennent un liquide lie de 
vin clair : nulle part de granulations tuberculeuses ou pneumoniques. 

Le cœur est un peu flasque, mou, d'une couleur feuille morte à Tintérieur ; ses ca* 
vîtes ne renferment que du sang liquide. 
Péritoine sain. 

Estomac d'une capacité normale, présentant une coloration d'un rouge clair avec un 
léger piqueté plus marqué dans la région pylorique que dans le grand cul-de-sac ; sa 
consistance est partout diminuée ; les lambeaux que l'on détache sont à peine formés 
qu'ils se rompent, surtout ceux du grand cul-de-sac. 

La moitié supérieure de Fintestin grêle présente une injection très-marquée des vais* 
seaux sous-muqueux. Au 1 /3 inférieur on trouve des plaques de Peyer saillantes, épais- 
sies, adhérentes au tissu cellulaire sous-muqueux. Quelques-unes présentent des ulcé- 
rations recouvertes d'une matière bourbillonneuse analogue à de la fibrine de sang 
coagulé ; les bords des ulcérations sont affaissés. Immédiatement au-dessus de la valvule 
la muqueuse d'une couleur grisfttre claire présente un certain nombre de plaques cicatri- 
sées avec pertes de substance, dont le fond est constitué par un tissu cellulaire dense et 
blanchâtre, sur lequel se dessinent les bords des ulcérations recollés et d'une couleur 
grisâtre : presque immédiatement au-dessus de ces plaques cicatrisées existent d'antres 
ulcérations, rondes ou ovales, profondes et dont les bords présentent un peu de matière 
bourbillonneuse adhérente. 

Le gros intestin contenait des matières jaunes, verdâtres, assez abondantes, sans traces 
de sang; la muqueuse est pâle, sans arborisations et présente dans le rectum une ving- 
taine d'ulcérations arrondies â bord non décollés^ du volume d'un gros pois et n'occupant 
que la muqueuse rectale. Aucune ulcération n'existait dans le cœcum ou dans les 
côlons. 

Le foie d'un volume ordinaire, d'une couleur fauve, assez uniforme et mou : la bile est 
claire, asses abondante et jaunâtre. 

Bâte un peu volumineuse, assez ferme, à peine ramollie, peu congestionnée, sans 
épaississement ou adhérence de la fibreuse. 
Reins sains. 

Hydropitie avec adhérences de la trompe gauche. 

Le col de l'utérus est virginal, un peu aplati ; sa cavité contient un peu de mucus san- 
guinolent et quelques petits caillots. 
Ovaires sains. 

OBStRVATiOR XU. — Fiéûre ty^^ioidê de forme adynamique. Mort, à la fin de ia quatrième 
$enwine. Perforation du gros intestin. Péritonite. — Mallet Auguste, âgé de 19 ans, d'nne 
taille moyenne, maigre, la Ikce marquée de nombreuses cicatrices résultant d'nne variole 



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62 liBinET. •— ULCÉRATION ET PERFORATION 

contractée il y a un an en l'absence d'inoculation vaccinale, éprouve vers le milieu du 
mois de novembre i 855 de la courbature avec douleurs dans les reins, de la céphalalgie 
et peu de temps après de la diarrhée. Le 13 novembre M. est obligé de s'aliter et le 16 il 
entre à l'bôtel-Dieu de Rouen et est couché dans ma division au lit n* i8 de la salle XI II. 

Nous trouvons le 26 novembre au soir le malade dans l'état suivant : intelligence assez 
bonne, cependant affaiblissement et étal comateux; pouls à 120, dicrote, pas d'épistaxis. 
Céphalalgie, diarrhée, selles assez nombreuses, mais toujours diarrhéiqnes ; ventre bal- 
lonué, gargouillement dans la fosse iliaque droite, sensibilité à la pression dans cette 
région. Pas de taches sur l'abdomen. Toux ; à l'auscultation râles sifflants et sonores dans 
les deux côtés de la poitrine. (Limonade 2 pots.) 

Du 27 novembre au 1^ décembre 1855 l'état du malade demeure à pea près le même : 
abattement, cependant l'intelligence est parfaitement nette; le malade répond lente- 
ment mais exactement aux questions qui lui sont adressées. Les deux ordres d'accidents 
qui dominent sont d'une part la toux et le ballonnement du ventre, d'autre part la diar- 
rhée ; cependant les phénomènes perçus à la- percussion et à l'auscultation de la poitrine 
sont toujours les mêmes, les selles assez nombreuses, 4 à 6 dans les 24 heures, mais 
toujours volontaires. Le pouls varie de 06 à H8 par minute, il est faible. Pas de cépha- 
lalgie, langue humide, soif médiocre, pas de vomissements: pas de délire pendant lanuit. 
Quelques taches rosées lenticulaires, à peine saillantes, d'une couleur assez pftle, 
appareissont sur l'abdomen ; simultanément sudanima nombreux sur le ventre. 

Du !«' au 7 décembre les accidents deviennent plus graves ; le l** la toux augmente, 
râles sous-crépitants à la base des deux côtés du thorax. (Vésicatoire volant sur le sternum. 
Looch avec kermès minéral 0^, 15.— Bouillon. — Un peu devin.) Les Jours suivants 
l'affaiblissement du malade augmente, sa face s'amaigrit, la langue et les narines sont 
fuligineuses ; le ventre médiocrement météorisé, mais uniformément tendu : beaucoup 
moins de diarrhée. Le pouls, variant de 104 à 116 battements par minute, est petit, 
faible, tremblotant. Le 5 décembre on ajoute au traitement 60 grammes de vin 
de quinquina. 

Du 7 au 21 décembre aucun changement ne survient dans l'état du malade ; aucun 
nouvel accident ne se manifeste, chaque Jour nous notons l'accablement des forces, l'in* 
tégrité de lintelligence quoique avec un peu de lenteur dans les réponses ; le& selles sont 
peu nombreuses, 2 à 4 dans les 24 heures, le ventre toujours assez développé, tympa- 
nique, douloureux à la pression qu'on exerce très-rarement et avec les plus grands ména- 
gements. Le langue demeure sèche, les lèvres et les narines fuligineuses; ni nausées ni 
envie de vomir. Le pouls varie de 104 à 120 battements par minute, il est toujours faible. 
Persistance de la toux ; à l'auscultation, mêmes râles sibilants dans la poitrine des deux 
côtés avec râles sous-crépitants surtout marqués à droite à la base, dyspnée augmentant 
chaque Jour. (Limonade vineuse, vin de quinquina, vésicatoire sur le côté droit de la poi- 
trine le 19.) 

Le 19 au soir le malade succombe sans avoir accusé à aucune époque de son afTection 
de douleur vive dans l'abdomen. 

Ouverture du cadavre le 2i décembre 1855 à 7 heures du matin. 

Cerveau et moelle non examinés. 

Poitrine. — Plèvres saines. A la base des deux poumons, surtout à la base du droit, 
coloration d'un rouge brunâtre du tissu pulmonaire, avec augmentation de densité 
et friabilité, coloration rouge foncée de la coupe sans traces de graniiktioiii. Pm de 
tubercules. 



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DU QROS INTESTIN. 63 

Péricarde et eœur Bain. 

Dans la cavité péritonéale existe un épanchement purulent très-peu abondant, les bords 
opposés des anses intestinales sont séparés par une mince couche de fausses membranes 
et de pus. Injection vasculaire abondante sous-séreuse de la paroi intestinale. Les 
feusses membranes et le pus sont rassemblés surtout dans la fosse iliaque et dans le 
bassin. Peu d'injection sous-séreuse du péritoine pariétal. On ne trouve dans la cavité pé- 
litonéale aucune trace d'épanchement de matières fécales ou intestinales. En recherchant 
si une perforation quelconque du tube digestif n*a pas été la cause de cette péritonite, on 
voit que les matières intestinales liquides s'écoulent par une perforation du gros 
intestin au point de réunion du côlon ascendant et transverse. 

Estomacd'un petit volume, membrane muqueuse d'une teinte grisâtre un peu ramollie 
dans le grand cul-de-sac principalement. 

Le tiers inférieur de Fintestin grêle présente un grand nombre de cicatrices plus ou 
moins avancées d'ulcérations ; les unes sont complètement guéries et marquées seulement 
par une petite tacbe d'un gris bleuâtre siégeant au niveau d'une portion de la muqueuse 
froncée ; ailleurs et plus près de la valvule iléocœcale, le rapprochement des bords de 
l'ulcération ancienne n'est pas encore complet ; les bords adhérents recollés, grisâtres» 
sont maintenus en rapport par du tissu cellulo-fibreux d'une teinte nacrée et confondue 
avec le tissu cellulaire sous-muqueux. Quelques ulcérations sont encore moins avancées, 
et à leur centre on distingue au milieu d'une muqueuse ulcérée un petit bourbillon 
jaunâtre. Les plaques de Peyer au niveau de la valvule iléocœcale sont encore marquées 
de cicatrices. 

Dans le cœcum les ulcérations de la muqueuse sont beaucoup plus nombreuses et plus 
profondes; quelques-unes, de la dimension d'une piùced'un franc, intéressent toute la mu- 
queuse; elles sont par places très-rapprochées, ne laissant que quelques intervalles de 
membrane muqueuse. Le bord des ulcérations est grisâtre, décollé. A l'angle du gros 
intestin, à la fin du côlon ascendant et au commencement du côlon transverse, existe au 
milieu d'un grand nombre d'ulcérations, une perforation siégeant sur 1 une d'elles. La 
perforation pourrait facilement laisser passer une plume d'oie; à son pourtour, la mem- 
brane muqueuse est largement décollée, et à la surface externe le péritoine est un peu 
marbré de noir et parsemé de fausses membranes. Ces ulcérations deviennent de moins 
en moins nombreuses à mesure qu'on descend dans le gros intestin, enfin dans le rectum 
elles disparaissent complètement. 

La rate est assez volumineuse, friable, médiocrement congestionnée. 

Foie et reins sains. 

Obsebvation Xin. ^ Fièvre typhoïde de forme adynamique, rétention d^wrine. Bémorrhagie 
mtestinaie. Mort au vingt-septième jour. Ulcérations étendues des plaques de Peyer dans Vintes- 
tin grêle, perforation du cœcum. Péritonite limitée et épanchement de matières fécales dans la 
fosse Uiaqne droite. — Léger (Jules), âgé de 26 ans, domestique d'une taille moyenne, 
muscles bien développés, embonpoint médiocre, entre à l'hôpital de la Charité de Paris 
le 28 mai 1853, il est couché au lit n» 4 de la salle Saint-Michel (service de M. Rayer). 

n assure avoir toujours joui d'une bonne santé et n'avoir jamais fait de maladie grave ; 
le début de la maladie actuelle ne remontrait qu'à 7 jours et se serait manifesté par de 
l'anorexie, des vomissements, de la céphalalgie, de la courbature. Au moment de l'entrée 
le pouls était à 80 :1a chaleur peu élevée, la langue blanche, la soif vive, les selles diar- 
rhéiques peu nombreuses mais liquides depuis le début de la maladie. 

XXX. H 



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64 1.EUDBT. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

29 mai. Gom. édulc. Saignée du bras de 200 grammes. — 2 bouillons. 

30. L'accablement et la prostration sont intenses depuis la veille au soir, jun peu de 
douleur de gorge ; douleur dans la déglutition; rougeur de la voûte et du voile du palais 
interrompue par de petits points blanchâtres que Ton enlève par le grattage; pas de saillie 
des amygdales. Le pouls à 84. La chaleur peu vive. 

2 juin. Un nouveau symptôme se manifeste, c'est une rétention d'urine qui force de 
pratiquer le cathétérisme. L'urine ne contenait pas d'albumine. Pas de selles depuis la 
veille; ballonnement du ventre; taches rosées lenticulaires légèrement saillantes, dispa- 
raissant incomplètement sous la pression du doigt, apparaissant sur la partie inférieure 
de l'abdomen. (Gom. édulc.)— 2 verres d'eau de Sedlitz, vésicatoire à une cuisse. D. 

3. Aucune diminution dans l'abattement et la prostration qui demeurent les mêmes; 
pas de selles; persistance de la rétention d'urine. (Limon. 2 p. — Magnésie calcinée, i 
gramme. D). 

4-tO. Pendant cette période, la prostration diminue graduellement, l'hébétude devient 
moindre, néanmoins le puuls s'accélère chaque jour davantage; il s'élève de 80, 88 à 92, 
96 et 98, la rétention d'urine persiste toujours^ le cathétérisme est pratiqué 2 ou 3 fois 
pendant les 24 heures ; la perte de contractilité de la vessie, loin de diminuer, semble 
augmenter, la main qui presse sur l'hypogastre parvient seule à vider le réservoir uri- 
naire; de plus, l'urine présente un dépOt de mucus légèrement purulenL 

14. P. 128. Dans la nuit du i 3 au 14, manifestation d'une hémorrhagie intestinale avec 
sang abondant rougeâtre. A la visite du matin la face est grippée, les yeux caves; sou- 
bresauts des tendons. Ventre météorisé; persistance de la rétention d'urine. (Eau vineuse, 
glace à l'intérieur, vin de Bordeaux. 125 grammes— D.). 

15. Plusieurs selles hémorrhagiques nouvelles; dans la journée d'hier et dans la nuit, 
les urines se sont écoulées involontairement. Affaissement. Refroidissement. Pouls 
insensible. 

Mort le 15 juin à il heures du matin. 

Ouverture du cadavre le 16 juin à 3 heures après midi. Temp* 25® c. Temps chaud 
et sec, aucune roideur cadavérique, putréfaction avancée, téguments de l'abdomen 
verdâtres. 

Thorax. — Larynx sain. Plèvres saines. Poumons libres d'adhérences, crépitants, à 
peine un peu congestionnés en bas et en arrière sans traces de pneumonie ou de tuber- 
culisation. Pas d'épanchement dans le péricame. Cœur d'un volume normal un peu 
flasque, orifices sains ; caillots mous dans le ventricule droit, sang liquide dans le gauche. 

Abdomen, — Pa^ d'épanchement dans la cavité du péritoine, mais développement 
abondant et hyperémie des réseaux vasculaires situés à la surface des anses intestinales 
sous le péritoine viscéral. Dans la fosse iliaque droite on voyait le cœcam entouré par 
un dépOt de pseudo-membranes circonscrivant un épanchement de matières fécales noi- 
râtres et liquides; outre les fausses membranes, la cavité contenait des lambeaux de tissu 
cellulaire sphacélé ; elle communiquait par une ouverture oblongue, du diamètre d'un 
pois, avec une altération du cœcum. Aucune ulcération de la veine-porte et des princi- 
pales artères et veines de la cavité abdominale. 

Estomac vide ; muqueuse d'un brun livide sans traces d'ulcérations, sans mamelonne- 
ment, ramollie dans toute son étendue. Dans les 2/3 supérieurs, plaques de Payer 
légèrement saillantes, épaissies^ adhérentes, plus que dans l'état normal, au tissu cellulaire 
sous-muqueux, présentant par places de petites ulcérations fines à leur surface. Dans une 
étendue de 4o centim res au-dessus de la valvule iléocœcale, toute la surface de l'in- 



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DU GROS INTESTIN. 65 

testin grêle est d'un gris yerdâtre uniforme, irrégulière, criblée dHilcérations avec bour- 
souflement, épaîssissement et ramollissement de son tissu. Les ganglions mésentériques 
sont volumineux, d'une couleur brunâtre claire» un peu mous et frial^les. 

Gros intestin. Muqueuse d'une couleur lie de vin, claire, épaissie et ramollie, s'enle- 
vaut difficilement en lambeaux, teinte de sang qui, sous forme de liquide noirftlre fluide, 
remplit toute la cavité du gros intestin, mais ne se rencontrant pas dans l'intestin grêle. 
Dans le cœcum existe une douzaine d'ulcérations larges ayant le diamètre d'une pièce do 
dix sous, un peu elliptiques, la plupart d'entre elles intéressant les tuniques de tissu 
cellulaire sous-muqueux et musculaire. L'une d'elles a complètement perforé la paroi 
du cœcum, taillée en biseau aux dépens de sa face interne; elle présente une perte de 
substance qui va graduellement en diminuant d'étendue jusqu'à la séreuse, qui offre un 
orifice du diamètre d'un gros pois. Cet orifice communiquait avec la cavité décrite plus 
haut. Les autres ulcérations n'offrent nulle part dans leur fond de traces de tissu cicatri- 
ciel ; les bords sont décollés, non saillants. Ces ulcérations deviennent graduellement 
moins nombreuses h mesure qu'on se rapproche de la fin du gros intestin, elles sont 
également beaucoup moins profondes ; dans le rectum on n'en trouve que deux. 

Foie d'un volume ordinaire, sain. Rate un peu volumineuse; hauteur, 0™,13 ; largeur^ 
0",75; épaisseur, 0,025, médiocrement molle. 

Reins d'un volume ordinaire, leur tunique fibreuse s'enlève normalement ; un peu de 
congestion des substances des deux reins, sans décoloration partielle, sans ramollissement 
aucun. Les bassinets sont un peu épaissis et offrent une vascularisation marquée sous- 
muqueuse, leur couleur est un peu blanchâtre opaline. 

Vessie vide : la membrane interne est blanche et saine, excepté à droite et un peu en 
avant, dans une étendue de 0,06 en hauteur, sur 0^,05 en largeur. Dans ce point on 
observe, au-dessous de la membrane muqueuse, une riche arborisation vasculaire 
avec de petits points hémorrhagiques, les plus volumineux ayant le volume d'un gros 
pois. 

Urëthre sain. 

Prostate un peu volumineuse ; vésicules séminales et testicules sains. 

OBSEBVAnoN XIV. — Fièvre typhoïde de forme adynamique, Otorrhée. Symptômes de per- 
foration intestinaley accidents adynamiques. Mort* Cicatrisation des ulcérations de l'intestin 
grêle. Perforation du cœcum bouchée par Vaccolement des anses intestinales voisines» — Vigne- 
ron (Placide), âgé de 24 ans, charcutier, entre le 30 août 1853 à Thôpital de la Charité de 
Paris, il est couché au lit n® i i de la salle Saint-Michel, dans le service de M. Rayer, auquel 
nous étions alors attaché comme interne. 

Arrivé au dixième jour de la maladie. Vigneron offrait l'ensemble complet des symp- 
tômes de la fièvre typhoïde : céphalalgie, étourdissements, rêvasseries^ bruits dans les 
oreilles, épistaxis, diarrhée, état fébrile prononcé ; enfin, sur la peau de l'abdomen, on 
reconnaissait la présence de taches rosées lenticulaires trèsyprononcées. 

Les accidents adynamiques graves persistèrent jusque vers le milieu de septembre. 
Pendant la dernière partie de cet intervalle, les selles demeurèrent toujours fréquentes, 
même involontaires ; il survint un écoulement purulent par le conduit auditif externe 
gauche. 

Le 24 septembre, apparurent dans la journée les symptômes de perforation, frissons, 
douleurs' trës-vîves dans le ventre, localisées dans la fosse iliaque droite, pas de bal- 
lonnement de l'abdomen, pas de vomissements ; pouls très-fréquent à 160, petit et 



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66 liEUDET. — ULCÉRATION ET PERFORATION 

faible; aspect grippé i}e la face. Des opiacés furent administrés (Extrait d'opium, Oc*, 10). 

Les jours suivants la faiblesse alla graduellement en croissant, mais les phénomènos 
abdominaux diminuèrent légèrement d'intensité ; la douleur dans la fosse iliaque était 
moins vive, les selles étaient rares et non liquides; une éruption pultacée se manifesta 
sur la langue. Enfin, sans nouveaux accidents, par suite de l'affaiblissement progressif 
des forces, le malade succomba le 24 octobre i853 au matin, dans un état d'émaciation 
extrême. 

Examen du cadavre. Le cerveau était sain, le poumon à peine un peu engoué à la base. 
Aucune trace d'épanchement dans la cavité péritonéale, pas de traces d'inflammation 
des feuillets pariétal ou abdominal. La direction du côlon transverse était changée ; au 
lieu d'être horizontale de droite à gauche, cette portion du tube digestif formait une 
sorte d'S iliaque ; cette déviation était occasionnée par une adhérence de l'extrémité in- 
férieure du grand épiploon qui, fixé à la face antérieure du cœcum, tirait eu bas le côlon 
transverse. Le rectum était placé complètement à droite du sacrum, formant une masse 
compacte unie au cœcum et au grand épiploon. L'adhérence de ces trois parties corres- 
pondait à une portion du cœcum placée à gauche, un peu en avant et immédiatement 
au-dessus de la valvule iléocœcale. Des adhérences celluleuses noirâtres maintenaient 
ces organes en contact et avaient empêché l'issue des nlatières fécales. Le cœcum exa- 
miné à son intérieur présentait dans ce point trois larges ulcérations, avec destruction 
de toutes les tuniques bouchées par les organes accolés, comme nous l'avons vu plus 
haut. Les bords de ces ulcérations étaient noirfttres, flottants, amincis. Le reste du gros 
intestin ne présentait pas d'ulcérations. L'intestin grêle offrait, dans une étendue de 4 
pieds au-dessus de la valvule iléocœcale, des ulcérations cicatrisées et un peu noirâtres 
sur les bords des glandes de Peyer. Les autres organes étaient sains (!)• 
# 

Observation XIV bis. — Fièvre typhoïde de forme ataooigue. Mort vers la 4^ semaine» Péri" 
tonite. Perforation du coscum. Issue des matières fécales dans la cavité péritonéate.-^ Vamier 
(Edouard), âgé de 37 ans, entré le 10 juillet 1858 à l'hôtel-Dieu de Rouen, salle IX n* 5, 
dans ma division. 

Le malaise initial remonte à 3 semaines. V. est alité depuis 13 Jours. Les principaux 
symptômes accusés depuis 2 semaines sont de la céphalalgie, une adynamie marquée, 
des vertiges, des bourdonnements d'oreilles, de la diarrhée par moment. 

Depuis l'entrée jusqu'au t*»' août 1858, jour de la mort, l'état du malade demeura 
constamment le même. Délire fréquent, avec soubresauts des tendons, diarrhée, météo* 
risme, absence de taches rosées lenticulaires. Pouls de 104-128 puis. Toux* 

Examen du cadavre le 2 août 1858. Cerveau sain. 

Infiltration apoplectique de la base et de la partie postérieure du poumon gauche. 

Péritonite aiguë ; injection abondante des réseaux vasculaires sous-péritoneaux. Suin* 
tement des fèces par une perforation du cœcum. Ulcérations nombreuse^ profondes, non 
cicatrisées de la muqueuse, de l'intestin grêle dans une étendue de 0,50 au-dessus de la 
valvule iléocale. Dans le coècum, on trouvait plusieurs ulcérations du diamètre d'une 
pièce de 50 cent. L'une d'elles était perforante et donnait issue aux fèces. Aucune ulcé- 
ration de la muqueuse du gros intestin. Les autres viscères de l'abdomen ne présentaient 
aucune lésion. 

(1) Observation extraite de mop Mémoire publié en 18&4 dans la Chx. h§bd. de wiéa, et dé eUr.» 
I, p. 217. 



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DD GROS IlfTBSTm. 67 

OisniYATioH XV(1).— A5o^ êouê-muqueux dans laparoidu redwmauvoiiittagedê fanm, 
développé dans le cours é^une fièvre typhoïde. — Une domestique ftgée de 25 ans, d'une 
constitution médiocrement forte, fut conduite à Thôpital de la Charité le il mai 1826. 
A Paris depuis un an, malade depuis huit jours, sa maladie avait débuté par des maux 
de tôte, ranorede et la toux. — On lui avait donné de Fémétique, appliqué des sang- 
sues sans soulagement. 

Elle fut assoupie dans la Journée du 11, et le lendemain je la. trouvai dans l'état sui- 
vaut: 

Somnolence, stupeur moyenne, surdité légère, bourdonnements d'oreilles, éblouisse- 
ments, intelligence obtuse, céphalalgie nulle, douleurs dans les membres^ lèvres pâles, 
langue sèche et rouge à la pointe, soif assez vive, anorexie, ventre météorisé insensible 
à la pression ; évacuations alvines rares, pour lesquelles la malade descend encore au 
bassin; pouls régulier à 102 ; chaleur médiocre, toux peu fréquente, excitant des dou- 
leurs de ventre ; respiration peu accélérée ; râle muqueux et sifQant du côté gauche de 
la poitrine, on arrière. La malade assure ne pas souffrir et succomber de faiblesse 
(Petit lait, solut. de sir. tart.). 

11 7 eut quelques selles involontaires, du délire et des cris pendant la nuit : le 13, à 
l'heure de la visite, air d'affaissement, et comme la veille, la malade assure ne souffrir 
nulle part; langue sèche et rousse mal tirée ; pouls à 101. Le sang de la saignée n'off^t 
ni retrait, ni couenne. (Sinap. aux memb. inf.) 

L'assoupissement fut presque continuel, la déglutition un peu gênée le lendemain, et 
on ordonna des vésicatoires aux jambes. 

Le 16. Figure jaunâtre, assoupissement plus profond, stupeur plus mjurquôe que la 
veille. La malade répond un mot et s'assoupit aussitôt; la chaleur est médiocre, le pouls 
à 104, sans caractère particulier. 

Point d'évacuations alvines dans la Journée, nuit calme. Le 17, figure presque naturelle, 
regard assuré, la malade répond du geste et de la voix qu'elle ne va pas bien ; son ventre 
est très-météorisé, indolent^ sa voix faible. 

Elle eut par intervalles un peu de délire le jour et la nuit ; le lendemain, sa physiono- 
mie était encore plus altérée que la veille. 

Depuis ce jour jusqu'au 23, époque de la mort, l'assoupissement fut continu, à part 
quelques intervalles d'agitation et de délire. La figure était pâle et cooame égarée le 
20 ; presque cadavéreuse le 21 ; et ce même jour et les deux suivants la mâchoire infé- 
rieure fut souvent agitée de mouvements spasmodiques. — La langue fut sèche et bru- 
nâtre du 18 au 21 ; tremblante et mal tirée les derniers jours, les selles furent involon- 
taires et médiocrement fréquentes, le ventre météorisé et indolent comme par le passé. 
Le pouls fut successivement plus faible et plus accéléré, de manière qu'il battait 
130 fois par minute le 20; la chaleur fut peu éle?ée, la toux rare. 

Le 22, à rheure de la visite, la malade semblait encore attentive à ce qui se passait au- 
tour d'elle ; des spasmes agitaient ses lèvres ; son pouls était régulier ; sa respiration non 
stertoreuse; et â neuf heures, une heure après la visite, elle expira. 
Ouverture du cadavre 22 heures après la mort. 

État extérieur. •— Boideur cadavérique considérable, rien autre chose de remar- 
quable. 
Ték. -- Os du crâne deux fois plus épais que dans l'état ordinaire ; six petites granula* 

(1) mwifVitlon en^rantée à M. Louis, Traiié de h /lèvre lypMde. 



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68 I^EUDET. -^ nLCÉRATION Et PERFORATION 

tioQS opaques nées^de rarachnoîde, de chaque côté de la faux du cerveau ; ùuUe infil- 
tration arachnoïdienne. Une demi-cuillerée de sérosité bien claire dans chacun des ven- 
tricules latéraux. Tout Fencéphale d'une bonne consistance, très-peu injecté. 

Cou. — Petites taches rouges, sans ulcérations à la face interne de Tépiglotte. Larynx 
parfaitement sain. Trachée-artère un peu rouge inférieurement. 

Poitrine. — Cœur un peu petit et légèrement ramolli d'ailleurs dans Tétat naturel 
comme l'aorte. — Le poumon droit n'avait que deux lobes et offrait quelques adhérences 
celluleuses avec la plèvre costale ; son lobe inférieur était comme celui du côté gauche, 
noirâtre en arrière, dans l'épaisseur de 40 millimètres, et le tissu correspondant était dur, 
pesant, allait au fond de l'eau, n'avait pas l'aspect grenu et donnait par expression un 
peu de liquide rouge, non aéré. Une autre partie des mômes lobes était engouée et 
ramollie. Ils n'offraient rien de remarquable antérieurement ni l'un ni l'autre. 

Abdomen. — L'œsophage était dans l'état normal. — L'estomac avait un volume médiocre, 
contenait une petite quantité d'unliquide roussâtre. Sa membrane muqueuse était Jaune 
dans le grand cul-de-sac, si ce n'est près du cardia, dans une superficie de 150 milli- 
mètres environ, où elle était pointillée de rouge vif ; grisâtre à sa face supérieure, d'un 
gris môle de rouge à sa surface opposée, légèrement ramollie dans le grand cul-de-sac 
et le long de la grande courbure, d'une épaisseur et d'une consistance convenables ailleurs. 
— La muqueuse du duodénum était un peu ramollie. •— L'intestin grôle avait un vo- 
lume considérable ; contenait une médiocre quantité de bile ; sa membrane muqueuse 
était Jaunâtre et verdâtre dans toute son étendue, mince, légèrement ramollie dans sa 
première moitié, beaucoup plus dans la seconde, et elle ne fournissait par traction, dans 
le dernier mètre, que des lambeaux de 2 millimètres. Dans cette dernière partie se 
trouvaient, à l'opposite du mésentère, huit ulcérations plus ou moins dentelées de 12 à 
50 millimètres de surface, offrant la tunique musculaire à nu, dont les bords rouges et 
saillants, plus ou moins larges, étaient formés par la muqueuse et le tissu sousHoiuqueux 
également rouges, épais l'un et l'autre d'un demi-millimètre ou environ. Entre ces ul- 
^cératioDs s'en trouvaient neuf autres beaucoup plus petites, arrondies, de 4 à 6 milli- 
mètres de diamètre, d'ailleurs semblables. — Le gros intestin était médiocrement 
distendu, contenait beaucoup de matières fécales pultacées ; sa membrane muqueuse 
était Jaunâtre et verdâtre, d'une épaisseur et d'une consistance convenables. Immédiate- 
ment au-dessus de l'anus se trouvaient trois ulcérations de la largeur d'une pièce de 
dix sous, à bords plats, à fond celluleux, dont l'une communiquait avec un petit abcès 
sous-muqueux, de la grosseur d'un pois. — Les glandes méscntériques étaient d'un gris 
bleuâtre, un peu augmentées de volume, médiocrement ramollies. — Le foie était un peu 
friable, un peu plus rouge et plus volumineux que dans l'état naturel; la bile de la vési- 
cule, rousse, très-liquide et très-abondante. — La rate était quadruplée de volume, d'une 
couleur bleuâtre foncée, moins consistante de moitié que dans l'état naturel. — Les 
autres viscères étaient sains, à part l'ovaire gauche;qui était rouge et bleuâtre à l'intérieur. 

Observation XVï. — Fièvre typhûtde ; diarrhée abondante. Abcès stercoral de la fosse droite ; 
érysipèle gangreneux du scrotum. Issue des matières fécales par la fistule à fanus. — Basile 
(François) âgé de 16 ans, Journalier, d'une taille élevée, peu d'embonpoint, muscles mé- 
diocrement développés, a Joui habituellement d'une bonne santé et n'a jamais été atteint 
de maladie grave, excepté il y a trois ans, époque à laquelle il eut une fièvre accompa- 
gnée d'éruption rouge à la peau, mais dont les autres symptômes ne sont plus présents à 
l'esprit du malade. 



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DU GROS INTESTIN. 09 

Yen le milieu de janvier i859, B, commença à éprouver des douleurs de ventre qui 
attirèrent peu son attention ; ces accidents s'accompagnèrent d'un abattement de forces 
si considérable qu'il fut forcé de s'aliter le 22 Janvier. La céphalalgie était le symptôme 
dominant. B. éprouvait en môme temps des étourdissements, des bruits dans les oreilles; 
la diarrhée ne se serait établie d'une manière persistante qu'après l'ingestion d'une bou* 
teille de Sedlitz. 

L'aggravation successive de ces accidents força le malade à se présenter à l'hôpital, 
il fut admis à l'hôtel-Dieu de Rouen et couché au n. 1 1 de la salle XIII^ dans ma divi- 
sion. 

A l'heure de la visite du soir, nous trouvons B. dans l'état suivant : conservation dâ^ 
l'intelligence, céphalalgie, un peu de surdité, anorexie, pas de vomissements, un peu de 
diarrhée, selles volontaires ; pas de coliques, pas d'éruption sur les parois de l'abdomen, 
de sensibilité à la pression ou de gargouillement dans la fosse iliaque droite; ballonne- 
ment du ventre, un épistaxis il y a 5 à 6 jours, peu abondant Pas de saillie de la rate. 
Toux depuis le début de la maladie. I/auscultation fait constater l'existence de rAles sif- 
flants et sonores épars dans les deux côtés de la poitrine, sans modification morbide du 
murmure respiratoire et sans changement de son à la percussion. Faiblesse générale, 
titubation dans la marche, surdité, bruits dans les oreilles, pas de rêvasseries. Le pouls 
est à 194, peu développé, peu résistant; chaleur de la peau assez vive; souflQe doux, in- 
termittent, dans les carotides de chaque côté, rien de morbide au cœur, (limon, lav. 
emol. — ). 

1-2 février i856. L'état du malade demeura à peu près le môme; l'abattement très- 
marqué, les selles deviennent plus nombreuses, sans coliques. Môme traitement. 

Du 3 au iO février, l'abattement augmente chaque jour^ la face est pflle; le 6, les taches 
rosées lenticulaires en petit nombre, à peine saillantes, sont visibles sur le ventre et s'ac- 
compagnent le lendemain d'une éruption assez abondante de sudamina. Sueurs pro- 
fuses. Diarrhée plus abondante, 3-4 selles chaque nuit, plusieurs également dans la jour- 
née; les râles sifflants et sonores sont plus nombreux dans la poitrine. (Riz suer. — Li- 
mon« — Jul. diac. — 1/4 lavem. avec 10 gouttes de laud. — Bouillon.) 

Le 10, dans la journée, la diarrhée diminue un peu, ainsi que le lendemain ; persistance 
de la céphalalgie, delà surdité et de la toux, un épistaxis survient le 11 et se renouvelle 
le 12. Jusqu'au 14^ l'état du malade demeure le môme; coliques^ diarrhée. 

14. Le matin, à la visite, le malade accuse une douleur vive au niveau de la partie in- 
férieure du sacrum et dans la fesse gauche. On reconnaît à la partie interne de la fesse 
gauche une tuméfaction avec empâtement profond sans fluctuation nette ou crépitation ; 
la peau à ce niveau offre une coloration d'un rouge brunâtre ; cette coloration avec em- 
pâtement du tissu cellulaire s'étend jusqu'à la base du scrotum, principalement à gauche. 
Par le toucher rectal on ne sent aucune tgmeur ou rénitence partielle. Une incision de 
G centimètres de longueur est pratiquée sur la fesse gauche ; cette incision permet la sortie 
debullesd'ungazàodeurfétide, et d'un liquide qui infiltre les muscles et le tissu cellulaire 
disséqué. Ce liquide offre complètement et l'aspect et l'odeur des matières fécales. 
(Gom. suer. — Jul. diac. Cai. emol. — Bouillon.) 

15. La plaie de la fesse gauche donne issue à des matières fécales qui suintent cons- 
tamment par l'ouverture; les bords de la plaie sont décollés, le décollement s'étendant 
principalement le long du rectum sans qu'on puisse reconnaître un orifice interne à la 
fistule. La partie la plus déclive du scrotum a pris depuis hier une teinte noirâtre, 
dans une étendue d'une pièce 5 francs environ ; une incision pratiquée sur le milieu de 



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10 liBUDEV. — ULCÉRATION Bt PERFORATION 

cette plaqne laisse écouler qq liquide sanîeux qui n'offre pas les caractères des lècesy au- 
cun trajet fistuleux ne s'étend du côté de la fesse. 

Du i6 au 21 février, l'écoulement de matières fécales continue à se faire par la plaie 
de la face interne de la fesse gauche, le décollement des bords de la plaie augmente, 
ainsi que l'étendue de la plaque noirâtre sphacélée du scrotum. L'état général du malade 
est toujours le môme, pflleur de la face, diarrhée. (Tis. vineuse. —Vin deMalaga,50 gram- 
mes. — Lotions chlorurées. — Bouillon vermicelle.) 

21 février au 15 mars. L'amélioration progressive se manifeste dans l'état général du 
malade: B. annonce avoir de l'appétit, moins de diarrhée, 2 à 3 selles dans les 24 heures. 
La face est moins pftle ; l'écoulement de matières fécales des gaz se fkit toujours par la 
fistule de la fesse gauche, cependant la plus grande partie des fèces continue à suivre le 
trajet ordinaire. La plaie du scrotum est considérablement réduite de volume. (Tis. 
vineuse. — I /4 d'aliments. — Poulet. — Vin. — Pansement avec de la décoc. de quinquina .) 
La quantité d'aliments est- portée, à partir du commencement de mars, à i/2 portion). 
Le 21 mars, le malade accuse des frissons, du malaise, de la perte d'appétit, de la diarrhée 
plus abondante depuis quelques jours. Le 24, on trouve une rougeur de tout le scrotum 
avec engorgement des ganglions lymphatiques dans l'aine. (Riz, suer. —Vin de quinqui- 
na. — I /4 d'aliments, julep avec 12 gouttes laudan. — Cat. sur le scrotum.) 25 et 26 mars. 
Le gonfiement du scrotum devient plus marqué, prenant une teinte brunfllre à la partie 
la plus déclive. Le 27, je pratique sur la base du scrotum plusieurs incisions, de manière 
à amener le dégorgement des parties sphacélées. Du liquide séreux un peu brunâtre 
s'écoule en abondance. L'état général du malade est meilleur ; moins de diarrhée. Per- 
sistance de l'écoulement des matières fécales par la fistule de la fesse gauche. Le malade 
assure que cet orifice anormal donne également issue à des gaz. Jusqu'à la fin de 
mars 1856, l'état local de la peau du scrotum s'améliore graduellement, les bords des 
incisions pratiquées antérieurement se dégorgent, les lambeaux de tissu cellulaire spha- 
célé du scrotum sont excisés. La fistule de la fesse droite diminue considérablement de 
diamètre, continue à donner issue aux fèces. A cette époque le malade présente un peu de 
bouffissure de la face, de l'œdème des membres inférieurs et supérieurs, sans que l'examen 
du cœur par l'auscultation présente rien d'anormal. L'urine ne contenait pas d'albu- 
mine; mais le souffle doux, anémique, persistait dans les carotides. (Us. vineuse. — Fer 
réduit par l'hydrogène, 0«',20; 1/2 portion d'aliments. Vin.) 

Sous l'influence de ce traitement le malade reprend graduUement ses forces l'anasarque 
disparaît. L'appétit est bon; pas de diarrhée. La cicatrisation delà place du scrotum est 
presque complète; la fistule à l'anus dans l'état indiqué plus haut. L'opération est remise 
à une époque où les forces du malade auront repris leur intégrité, et B. quitte l'hôpital 
le 23 avril 1856, pour aller compléter sa convalescence à la campagne. 

GBSBBVAnoN XVII. — Fiéwe typhoïde ; dans le troisième septénaire de la maladie^ hénwr- 
rhagie intestinale^ suivie d'une diarrhée abondante dyssentériforme. Douleur à l'anus. Abcès 
situé dans la cloison vaginorectale. Issue des matière fécales. Fistule complète. Opération. — 
E... âgée deSO ans, d'une taille moyenne,jouissait habituellement d'une assez bonne santé; 
seulement elle éprouvait souvent des étoufi'ements à propos de la moindre contrariété, 
des vomissements de matières alimentaires; accouchée antérieurement d'un enfant 
vivant, l'accouchement et les suites de couche ont été normaux. 

Dans les premiers jours de février E... éprouva du malaise et un peu d'abattement des 
forces. Ces accidents allèrent successivement en augmentant et s'accompagnèrent d'un 



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DU GROS INTESTIN. 71 

pea de mal de tête, sans diarrhée. Alitée le i6, la malade garda à partir de cette époque 
constamment le lit, et c'est alors que nous fûmes appelé à lui donner des soins. Pendant 
les deux premières semaines^ la marche des accidents semblait indiquer et annoncer une 
fièvre bénigne. Le pouls ne s'éleva Jamais dans cette période au-dessus de 92 parminute, 
la peau était médiocrement chaude, Tintelligence parfaite, peu de mal de tète, seulement 
quelques bruits dans les oreilles. Le ventre légèrement ballonné présenta cinq jours 
après Tépoque où nous la vîmes des tachesrosées lenticulaires bien distinctes, légèrement 
saillantes et disparaissant sous la pression du doigt. Les selles étaient peu nombreuses, 2 
à 3 dans les 24 heures. Jamais de toux, Tauscultation ne révéla aucun jour Texistence de 
rflles sifflants et sonores. Le traitement fut purement expectant; des solutions de sbop 
de groseilles dans de Feau, de la limonade et quelques lavements simples. 

Dans les premiers jours de mars la fièvre augmente, atteignant 96-iOO. L'affaiblisse- 
ment des forces alla croissant. Le 8 dans une selle peu liquide nous observâmes un peu 
de sang rouge. Nous prescrivîmes inmiédiatement de la limonade sulfurique avec i gram- 
me et demi de limonade et des boissons froides. La limonade par une circonstance indé- 
pendante de notre volonté ne fut pas administrée. 

Le iO dans la soirée l'affaiblissement alla en croissant, le pouls s'éleva à 110-120; il 
était peu développé et étroit ; la face pâle, la peau fraîche ; le ventre un peu ballonné. 
Aucune selle n'avait été rendue depuis la veille. Vers 10 heures du soir une selle hé- 
morrhagique fut rendue par la malade, et à peu de distance ces selles sanguinolentes se 
répétèrent trois fois la nuit. La quantité de sang pouvait être évaluée à deux verres en 
tout, il était rouge, en partie liquide, en partie coagulé. (Glace maintenue au moyen 
d'une vessie sur le ventre, et introduite par petits fragments dans la bouche, limon, 
sulfurique. ^ Julep avec extrait de rataohia 4 grammes). 

Les il et 12 les selles hémorrhagiques se répétèrent 4 à 5 dans les 24 heures ; le sang 
rendu était moins abondant. Le pouls varia de 112 à 138, il était petit, faible; la peau 
fraîche, les extrémités surtout. La face était tirée, les yeux caves ; la voix affaiblie ; ten- 
dances aux lypothimies. Un peu de ballonnement du ventre. (Limon, suif. ^ J. G. avec 
extr. de ratanhia. — Sinap. aux memb. inf. — Bouillon. — Vin de Malaga.) 

Dans les nuits du 11 au 12 et du 12 au 13 mars la glace constanmient renouvelée fut 
maintenue sans aucune interruption sur le ventre. 

Les jours suivants, les selles ne furent plus que rosées, mais les forces de la malade de- 
meurèrent prostrées, la céphalalgie existait toujours et s'accompagnait d'un peu de 
bruissements dans les oreilles, d'étourdissements. A partir de la fin du mois nous sup- 
primâmes la limonade sulfurique et l'extrait de ratanhia que nous avions remplacé dans 
les derniers temps par une potion à l'eau de Rabel. Dans le commencement d'avril, les 
selles, au lieu d'être diarrhéiques, prirent une couleur blanchâtre et devinrent très-nom- 
breuses, 15 à 20 dans les 24 heures : l'affaiblissement était extrême. Les autres accidents : 
céphalalgie, étourdissements avaient du reste disparu, plusieurs fois la malade eut 
quelques envies de vomir et rendit quelques boissons ingérées. Nous eûmes recours suc- 
cessivement aux décoctions de riz, aux {solutions de sirop de coing, au sous-nitrate de 
bismuth, au dlascordium, à lathériaque, au sirop diacode et à la morphine, données par 
la bouche et par la voie endermique. Malgré ces médications multiples, la diarrhée per- 
sistait encore vers le milieu d'avril ; les selles peu abondantes, blanchâtres ou muqueuses 
sans aucun mélange de sang, étaient rendues 1 à 1 5 fois dans les 24 heures accompagnées 
de vives coliques : avant même l'expulsion des matières fécales, la malade avait des 
coliques revenant par crises qui duraient 15 à 30 minutes et se répétaient jusqu'à 8 et 
XXX. 12 



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72 IJBUIIEV« — ULCÉRATION ET PERFORATION DU GROS INTESTIN. 

iOfois par jour, troublant complètement le sommeil pendant la nuit Noos adminis- 
trâmes alors des pilules de nitrate d'argent à la dose de 0^,03, puis de 0^,06 par jour en 
2 pilules en 2 fois. Cette médication a diminué la diarrhée qui cessa presque complète- 
ment pendant Tusage de la décoction blanche de Sydenham. Les douleurs vives du côté 
de l'anus attirèrent Tattention de ce côté, et nous observâmes, en avant de l'anus, une 
petite tumeur dure, analogue à une hémorrhoîde enflammée, et qui donnait issue à des 
matières fécales. Cette fistule assez large pou rpermettre l'introduction de l'indicateur était 
situéedans la cloison recto-vaginale et un peu à gauche, et communiquait avec le rectum. 
Pendant la fin d'avril et le commencement de mai la diarrhée se supprima, les matières 
fécales demi-liquides traversaient exclusivement la fistule ; rien ne sortait par l'anus. 
L'appétit était normal ; les forces et l'embonpoint revinrent rapidement. Le 13 mai, nous 
opérâmes la fistule à l'anus par l'incision, laguérison fut rapide. 



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OBSERVATION 

DE FISTULE (ESOPHAGO TRACHÉALE 

SUIVIE DE RÉFLEXIONS 

PAR MM. SAUSSIER et paul GARTERON, 
Docteurs en médecine, à Troyes (Anbe). 

MÉMOiaB PlUtSUCTâ A L'AGADÉIIIE de MiOECmB LE 6 AOUT 1854 (i). 



Obsebvation zvni. — M. Bertrand, ftgé de 57 ans, habituellement d'une bonne santô^ 
consulta pour la première fois, le 7 Juillet 1853, Tun de nous^ M. le D' Garteron. A cette 
époque il éprou?ait en avalant un sentiment de gêne qu'il attribuait à un obstacle 
situé, suivant lui, dans la gorge au niveau de l'articulation sterno-claviculaire droite. 
L'examen de cette région ne fit découvrir aucune tuméfaction, aucune sensibilité anor- 
males. Il existait seulement une rougeur assez intense de tout l'isthme du gosier et de la 
bce postérieure du pharynx. 

Le 20 Juillet, c'eçt-à-dire treize jours après la première visite, les moyens prescrits 
n'ayant amené aucune amélioration, M. Bertrand fit appeler M. Garteron pour la seconde 
fois. La déglutition n'était pas devenue plus difficile, mais le malade ressentait toujours 
à l'endroit indiqué la sensation d'une grosseur dont il ne pouvait se débarrasser à l'aide 
de la toux et de Texpuition. Un examen plus minutieux ne révéla encore dans la gorge, 
ni sur Fépiglotte, aucune lésion appréciable. Usage d'un sirop additionné de bichlorure 
hydrargyrique, moyen qui avait guéri en 185i des ulcérations que madame Bertrand 
avait sur la muqueuse nasale et pharyngienne. 

Le 25 Juillet If. Bertrand partit pour Besançon où il resta Jusqu'au 28 septembre. Pen- 
dant ces deux mois d'absence la difficulté d'avaler n'augmenta pas. Aussi cette incom- 
modité ne fut-elle pas môme soupçonnée parles parents de M. Bertrand qui ne surprirent 
aucun changement dans son état physique et normal. 

A son retour à Troyes le malade éprouva plus de gêne dans la déglutition, et il 
survint bientôt une toux sèche, avec picotement dans le larynx. Cautérisation avec le 
niurate d'argent. 

Le 5 octobre, déglutition plus difficile, toux plus fréquente, crachats épais, mats. Nou- 
velle cautérisation avec le nitrate d'argent. Narcotiques à l'intérieur. 

Le 14 octobre, aggravation de la toux et de la difficulté d'avaler : douleur dans le la- 

(1) 0m//. de VAcadimU de médecine. Paris, 1853-54, tome XIX» p. 1001 — Voyei le rapport de 
la coounUsioo composée de MM. Yelpeau, Jobert et Bartb, rapporteur (Buli, de Pacad, de méd. 
2 novembre 1870). 



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74 «AUMIEB ET CAirrraiieiv. — fistule (esophago-trâchéâlb. 

rynx à la pression ; sentiment de chaleur et de sécheresse dans cet organe ; augmentation 
de l'expectoration; amaigrissement. A l'intérieur, boissons émollientes et narcotiques, à 
l'extérieur, frictions sur le larynx avec la poomiade émétisée. 

Le 24 octobre, augmentation de tous les accidents, légers frissons le soir, fièyre, rftles 
muqueux et humides à la base des poumons, râle caverneux à la partie supérieure, en 
avant et en arrière, du poumon droit au point de faire croire à l'existence d'une 
vaste caverne. Préparations narcotiques, vésicatoires sur le larynx et au-dessous des cla- 
vicules. 

Le 5 novembre, persistance des accidents, aggravation de la toux, des rftles, de la 
fièvre et de l'amaigrissement. 

Le i2, toux revenant pour la première fois par quintes très-fréquentes. 

Le i8, quinte de toux suivie de l'expectoration d'un verre de matière purulente, et 
accompagnée d'une suffocation telle que sa figure devient violacée comme dans les cas 
d'asphyxie imminente. Dès lors, impossibilité absolue pendant trois jours d'avaler le 
moindre liquide sans que sa présence dans un certain point de l'œsophage n'amène aus- 
sitôt de la toux et de lasufi'ocation. Pendant tout ce temps le malade putseulement avaler 
un peu de marmelade de pomme. 

Le 46 octobre, possibilité d'avaler des liquides à l'aide d'une petite éponge et du bibe- 
ron Darbot : mais continuation d'une toux incessante et d'une expectoration de plus en 
plus abondante. 

Le 18, M. le D' Saussier est appelé en consultation. Il ne découvrit dans la gorge et dans 
la région stemo-claviculaire droite aucune lésion susceptible d'expliquer les accidents. 
n confirme donc le diagnostic porté, celui d'une phthisie laryngée et pulmonaire. Cau- 
térisation profonde du larynx avec une solution plus concentrée de nitrate d'argent. On 
nourrit le malade à l'aide de la sonde œsophagienne qui pénétra dans l'estomac sans 
rencontrer le moindre obstacle. 

Le 24, inutilité de la sonde, le malade pouvant avaler en notre présence sans plus de 
gêne que les jours qui avaient précédé la suffocation du i3. 

Le 29, déglutition devenue une seconde fois impossible. Usage de la sonde dont on se 
sert pour introduire des bouillons et des potages, afin de lutter contre l'amaigrisse- 
ment qui fait des progrès : des narcotiques pour combattre la toux dont la fréquence reste 
la même. 

Le 3 décembre, M. Saussier vit le malade pour la quatrième fois. La position étant la 
môme, on ne change rien au traitement. 

Le 7, la sonde ne peut plus pénétrer. Elle rencontre pour la première fois un obstacle 
infranchissable. Au bout d'une heure de nouvelles tentatives ont lieu. La sonde pé- 
nètre sans causer plus de douleur au malade. — Frictions avec la belladone sur le col et 
sur le sternum. 

Le 12, nouvelle impossibilité d'introduire la sonde. Au lieu de descendre tout le long 
de l'œsophage, nous acquérons la certitude qu'elle pénètre dans la trachée parunefistule et 
s'arrête au niveau des grosses bronches. Il est impossible, en insistant par une pression 
assez forte, de la faire pénétrer plus profondément. Une sonde d'homme en caoutchouc 
étant arrivée sur l'obstacle, son pavillon ne dépasse la bouche que de trois centimètres 
environ. En outre, l'airsort librement et avecexplosiouparTextrémité de cette sonde cha- 
que fds que le malade tousse volontairement Mais nous remarquons avec surprise qu'il 
peut conserver la sonde dix minutes sans éprouver de gêne ni de besoia de tousser. 

A partir du 12 décembre le malade fut nourri avec des lavements. L'insuffisance de 



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FISTULB (B80PHAG0«TIUCHÉALE. 75 

cette alimentation'ameQa im amaigrissement notable. La langue devint ronge et courerte 
de muguet. La toux continua malgré les névrotiques donnés par le rectum. La fièvre 
augmenta de Jour en Jour, et le malade mourut le 1"' Janvier i854, à il heures du soir, 
sans qu'il lui ait été possible d'avaler^ depuis le 12 décembre, une seule goutte de li- 
quide. Pendant ces vingt jours il avait donc été réduit à la dure nécessité de se garga- 
riser la bouche et demâcher des quartiers d'orange, afin de tromper la soif et d'apporter 
un peu d'humidité dans la cavité buccale. 

Autopsie. —L'autopsie fut faite vingt-quatre heures après la mort. 

Rien n'a pu au premier abord nous faire soupçonner une lésion quelconque de l'œso- 
phage, du larynx ou de la trachée le long du col. Il n'en existait pas, en effet. Nous 
primes la résolution d'examiner complètement ces organes Jusque dans la poitrine; et, 
après avoir scié le maxillaire inférieur, incisé les téguments du col et enlevé le sternum, 
nous détachâmes la langue, le pharynx, puis l'œsophage et la trachée d'abord Jusqu'au 
niveau des bronches. 

Arrivés là, nous fûmes quelque peu inquiets sur les résultats de notre diagnostic pen- 
dant la vie relativement à l'existence d'une communication de l'œsophage avec la trachée. 
La palpation des organes les fit paraître parfaitement sains. Nous incisâmes sur. leur 
partie postérieure le pharynx et l'œsophage. Parvenus au niveau de la bifurcation de la 
trachée, nous découvrîmes la perforation que nous avions soupçonnée et que nous allons 
décrire* 

Le tissu de l'œsophage est transformé en une espèce de poche ulcéreuse de trois 
centimètres de diamètre, enduite d'une couche de matière purulente. Sur sa partie 
antérieure il communique avec la trachée, au niveau des deux grosses bronches, par 
une solution de continuité inégale dans ses dimensions, lesquelles offrent une étendue 
verticale de quatre centimètres, et une largeur transversale de trois centimètres. 
L'ouverture des deux grosses bronches constitue la limite inférieure de la poche et de la 
perforation. 

La paroi antérieure de la trachée est saine, n^en est de môme des parois bronchiques. 
Mais le tissu de l'œsophage n'est plus reconnaissable. Il est transformé en une espèce de 
détritus gangreneux, et squirrheux limité dans son pourtour par du tissu cellulaire in- 
duré. Impossible de retrouver quelques traces de la tunique musculeuse de l'cBsophage, 
sauf dans une étendue d'un centimètre environ dans sa partie postérieure où se trouve 
une espèce de cul-de-sac qui, dans les derniers temps de la vie du malade, renvoyait 
l'extrémité de la sonde dans la trachée, au lieu de l'admettre au passage dans le bout 
inférieur de l'œsophage. 

Dans la disposition de la poche, de la perforation et du cul-de-sac se rencontre 
l'explication de tous les phénomènes que nous a présentés le cathétérisme pendant 
la vie. 

L'œsophage s'étant d'abord détruit par la partie antérieure a permis le passage de la 
sonde Jusque dans l'estomac, tant que la structure du conduit n'a pas été altérée dans 
une trop grande étendue et que le diamètre de la fistule trop étroit s'est opposé à son 
entrée dans la trachée. Mais une fois la lésion arrivée à un certain degré, il nous fut 
impossible de faire passer le cathéter, et nous arrivions forcément dans la trachée au 
niveau de la bifurcation. C'est ce qu'il nous a été facile de répéter sur le cadavre. 

L'œsophage et les poumons enlevés, on ne remarque aucune altération le long de la 
colonne vertébrale, ni adhérence, ni coloration anormales. Lesganglions qui environnent 
la racine des bronches sont seulement un peu hypertrophiés. 



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76 MAvmmEM wsnr campbb#iv. — fistule œsophago-teaghéale. 

Les portions de l'œsophage et des voies aériennes situées au-dessus et au-dessous delà 
lésion décrite sont dans un état parùdt d'intégrité. Le parenchyme pulmonaire en par- 
ticulier n'offrait aucune espèce d'altération. 

Nous allons maintenant analyser cette observation et en faire ressortir 
les points importants. Dans notre élude nous comparerons Thisloire de 
cette communication de l'œsophage avec les voies aériennes à celles que 
nous avons pu trouver dans divers ouvrages scientifiques et dont nous 
donnerons l'indication. 

1^ EspJËGES ET Variétés. — Les communications de l'œsophage a^ec 
les canaux respiratoires s'établissent de trois manières, savoir : 

A. Congénitalement. 

B. Par blessures y corps étrangers. 

C. Par maladie proprement dite. 

A. Communications congénitales. — Nous en avons rencontré dix ob- 
servations. Dans toutes l'œsophage est partagé en deux portions : l'une, 
supérieure, se termine, en bas, par un cul-de-sac, au-dessus et à une dis- 
tance plus ou moins grande de la bifurcation de la trachée. L'autre por- 
tion, inférieure, suit, à partir de l'estomac, son trajet habituel, puis 
vient s'ouvrir, par en haut, dans les voies aériennes, neuf fois immédia- 
tement au-dessus de la bifurcation trachéale, une fois dans la bronche 
droite. Les nouveau-nés chez lesquels on a trouvé ces anomalies ont 
vécu de quelques heures à quatre jours. 

Ce que nous trouvons de remarquable ici, c'est le siège de prédilection 
delà communication entre l'œsophage et la trachée. Neuf fois sur dix il 
existe au niveau et un peu au-dessus de la bifurcation de la trachée. 

Voyez: 

Levy, de Copenhague^ deux cas, Gazette médicale, 1846, page 599. 
Fernet, un cas, ibid.f 4848. 

Andral, un cas de M. Martin, Anatomie pathologique, 2* partie^ page 272. 
Millet Davis, un cas, Gazette médicale 1843, page 786. 
Schœller, un cas, ibid.^ 1848. 

Padieu, un cas, Bulletin de la Société anatom. 1835« page 95. 
Quain, un cas, London Med. Gazette, février 1861, page 29o. 

Reinam, und-Rosas, deux cas, Wiener medidnisch Worhenschrifft, tome IV, 1«' no- 
Tembré 1845. 

B. Communications par blessures^ corps étrangers. — Moins importan- 



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FISTULE ŒSOPHAGO-TRÂGHÉALE. 77 

tes que celles de la troisième catégorie pour le sujet que nous traitons et 
surtout plus rares, nous allons cependant en rapporter brièvement un cas 
décrit par M. Paterson. 

OfiSEnvATioN XIX. — Une jeune fille de ci nq à six ans avale, au commencement de 1 847, 
une petite assiette en métal faisant partie d'un ménage d'enfant. Pendant quatre mois 
cette jeune fille va très-bien. Vers la fin de février i848, la malade ne peut plus rien 
avaler. Autrement dit, les boissons et les aliments parvenus à un certain point de Tœso 
phage étaient arrêtés brusquement et rendus au milieu d'efforts de toux et de vomisse- 
ments. On introduisit une sonde œsophagienne qui fit découvrir la présence d'un corps 
étranger, et tair sortait librement par Vextrémité de la sonde. Il y avait donc communica- 
tion entre l'œsophage et la trachée. L'enfant mourut vingt-six jours après le début des 
accidents aigus. A l'autopsie on trouva le corps étranger pénétrant de l'œsophage dans 
la trachée par un tiers de son étendue. Il était situé à cinq pouces de profondeur. 

Les accidents occasionnés par la déglutition des aliments et la sortie de l'air par la 
sonde avaient porté M. Paterson à reconnaître pendant la vie delà malade l'existence de 
la perforation œsophago-trachéale. 

Nous reviendrons sur cette observation lorsqu'il sera question du 
si^e, du diagnostic, de la durée des perforations œsophago-aériennes. 

C. Communications par maladie proprement dite. — Les cas de ce genre 
que nous avons rassemblés sont au nombre de vingt-deux. La plupart 
ont déjà été analysés, sous différents points de vue, par messieurs Mon- 
dière, Vigla, Follin, qui les ont extraits eux-mêmes de divers recueils. 
Nous donnerons, à la fin de ce Mémoire, l'indication de toutes les obser- 
vations dont nous avons connaissance, y compris celle qui nous appar- 
tient. 

2"" SltOE D£ LA GOIIMUNIGATION DE l' ŒSOPHAGE AVEC LES VOIES AÉRIEN- 
NES. — Elle peut avoir lieu avec le larynx d'abord: mais alors c'est le pha- 
rynx lui-même qui est le siège delà perforation. M. Cru veilhier parle de cas 
où U s'était établi une communication du larynx au pharynx dans laphthi- 
sie et la laryngite oedémateuse. Nous en avons trouvé nous-mêmes un 
exemple, suite de cancer, dans Al. Monro. Mais les perforations les plus 
fréquentes sont celles qui s'établissent entre l'œsophage et la trachée, les 
bronches et les poumons. N^ligeant, pour la suite de ce travail, de nous 
occuper des communications congénitales, nous trouvons, dans les vingts 
trois cas de nos deux dernières catégories, des exemples de perforations 
ou fistules œsophagiennes qui se répartissent de la manière suivante : 

Fistules pharyngo-laryngiennes, 



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78 0AUIMIEB ET CAmnaSM^N. — FISTULE ŒSOPHAGO-TRAGHÉALE. 

Fistules œsophago-trachéales. 
Fistules œsophage-bronchiques, 
Fistules œsophago-pulmonaires, 
Elles occupaient : 

Le larynx deux fois, 

La trachée dix fois, 

La bronche droite trois fois, 
La bronche gauche une fois, 
Le poumon droit sept fois. 

On voit sur-le-champ que les perforations de l'œsophage sont d*autant 
plus fréquentes qu'on s'éloigne davantage de la partie supérieure. 

3* Nature de ia maladie qui produit la perforation. — Autant que 
nous avons pu en juger d'après les détails fournis dans la relation des cas 
soumis à notre analyse les fistules œsophago-respiratoires avaient été pro- 
duites par les maladies suivantes: 



Cancer 


dix-sept fois. 


Gangrène 


deux fois, 


Tubercules 


une fois. 


Abcès 


une fois. 


Corps étranger 


une fois, 



OËdëme de la glotte une fois. 

Nombre et diamètre des perforations. — Ordinairement il n'en existe 
qu'une seule. On en a cependant vu plusieurs, jusqu'à quatre sur le 
même sujet dans la même circonscription de maladie. Leur diamètre a 
varié depuis un millimètre jusqu'à plusieurs pouces, hauteur de trois à 
quatre vertèbres. 

Disposition particulière à l'altération anatomique dans la fistule can-> 
cérause. 

Nous n'avons rien remarqué de spécial dans la manière d'être de la 
gangrène» des tubercules, des abcès, de l'ulcération simple lorsqu'elles 
ont produit la fistule œsophagienne. Mais on observe, dans les cas de 
cancer, qu'il existe presque toujours une dilatation, une espèce de po* 
che dans l'œsophage au niveau de la maladie. Cette disposition nous a 



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flSTULE ŒSOPHÂGO-TAACHÉALE. 70 

para tenir à deux causes : d'abord le rétrécissemeut préalable à la perfo* 
ration : ensuite la destruction du tissu produite par l'ulcération. 

Les dimensions de cette poche sont quelquefois assez considérables, 
quatre à cinq centimètres. Les parois de l'œsophage peuvent avoir entiè- 
rement disparu : alors la poche est constituée par les tissus environnants. 
Dans le cas de communication avec le poumon cet organe est ordi- 
nairement lui-même creusé d'une ou plusieurs cavités, à grand dia- 
mètre en général, dont la nature n'est pas nécessairement carcinoma- 
teuse, mais simplement ulcéreuse, 

Dans l'œsophage et dans le poumon les poches contiennent un 
liquide purulent ou gris blanchâtre, grumeleux, ressemblant assez à 
du lait corrompu, d'odeur aigre ou souvent gangreneuse* 

A"" ÂGE ET SEXE. — En retranchant pour le moment le cas de fistule 
œsophagienne traumalique, nous trouvons que, dans dix-sept cas où 
l'âge des malades est indiqué, il était de 3, 12, 38, 41, 45, 48, 50, 51, 
53, 54, 55, 56, 57, 60, 63, 64, 80 ans. On voit treize hommes contre 
quatre femmes. 

Parmi les dix-6ept observations de fistule cancéreuse, le sexe est 
indiqué treize fois ; masculin dans dix cas ; féminin dans trois cas. 

5"" Symptôme et diagnostic. — L'observation, dont nous publions 
les détails, nous offre à peu près complète la réunion des différents 
signes et phénomènes que produisent, et auxquels on peut reconnaître 
les fistules œsophago-respiratoires. 

!• Dysphagie simple. — Douleur. 

2^ Impossibilité d*avaler. 

3"" Toux violente, suffocation et vomissements occasionnés par la 
déglutition des liquides et des solides, et ayant lieu un certain laps de 
temps aprhtingwgitatioH. 

4'' Expectoration journalière de crachats épais, mats, abondants ; puis 
tout à coup expectoration d'un verre de matières purulentes, nauséabon- 
des, •*- suffocation, — menace d'asphyxie : impossibilité d'avaler pendant 
trois jours : retour momentané de la déglutition qui finit par devenir 
tout à fait inexécutable* 

5^ Le malade éprouve la sensation d'un obstacle dont il fixe le 
siège à un endroit déterminé derrière l'articulation sterno*claviculaire 
droite ou la première pièce du sternum* 

XXX. 1 3 



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80 0AIIMIEB ET €ABTEB#iv. -^ FISTDLE GCSOPHAGO- TRACHÉALE. 

Ô"" Pendant quelque temps il est possible d'explorer et de nourrir 
le patient avee la sonde œsophagienne. Elle passe dans l'estomac avec 
une grande facilité, lorsque déjà la déglutition des liquides et des 
solides produisait depuis longtemps la toux, la suffocation, les vomisse- 
ments. Elle devient même inutile pendant quelques jours : la dégluti- 
lion s'opère librement. 

T" Quatre semaines après la première opération de cathétérisme, im- 
possibilité de faire pénétrer la sonde au delà d'une certaine longueur. 
Elle s'arrête à un point correspondant au niveau de la fourchette 
sternale. L'iûjection de liquides quelconques par la sonde occasionne 
les mêmes crises que la d^lutition de ces substances. 

S"" A un moment donné le malade étant invité à tousser pendant que 
la sonde est introduite sans pouvoir franchir l'obstacle, on entend l'air 
sortir par son piwillon. 

9^ A toutes ces particularités joignons un autre ordre de faits : fétidité 
de l'haleine, altération de la voix, r&les bronchiques et enfin réson- 
nance caverneuse de la voix et de la toux au niveau de la racine des 
bronches. 

lO"" Aucune modification apparente à l'œil et au toucher le long des 
portions des organes digestifs et aérifères situés au-^dessus du sternum. 

Aucune de nos vingt-trois observations ne nous a fourni de symptômes 
qui ne se rencontrent dans celle-ci. Nous pouvons par conséquent la 
regarder comme un type des communications de Tcesophage avec les 
voies respiratoires. 

Mais, parmi tous ces phénomènes, il en est plusieurs qui n'appar-* 
tiennent pas exclusivemrat à ces communications anormales. On les 
retrouve dans quelques autres affections telles qu'un spasme, une 
compression, un rétrécissement simple ou organique de l'œsophage : 
la destruction partiale ou complète de l'épiglotte ; la présence d'un 
corps étranger dans la partie supérieure des voies digestives. 

Quelles sont donc les indications dont nous nous servîmes pou r porter u n 
diagnostic différentiel? Quels sont les symptômes communs et les 
symptômes propres aux communications de l'œsophage avec les voies 
aériennes? 

En ce qui nous concerne nous crûmes d'abord à l'existence d'une 
phthisie pulmonaire et laryngée, avec caverne au sonunet de l'un des 



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FinULB OMOPHAGO^nUCVlALE. 81 

poumons et olcération de l'épiglotte. La toux, la dyspbagie, l'altératioa 
de la voix, les crachats purulents, la résonnance caverneuse de la voix 
et de la toux occasionnée par la poche située au-dessus de la bifurcation 
de la trachée, l'absence de toute tumeur appréciable nous parais- 
saient caractériser suffisamment les lésions dont nous venons de par* 
1er. Mais lorsque nous eûmes obtenu, par l'introduction de la sonde, un 
complément de phénomènes symptdmatiques, nous n'hésitâmes point à 
rapporter à une perforation de l'œsophage et de la trachée la produc- 
tion de tous les principaux désordres. 

Chose singulière pourtant t II n'est presque pas un des symptômes 
que nous avons énumérés qui ne puisse se rencontrer avec un simple 
rétrécissement de l'oesophage. Lebndtifair^ le souffle par la sonde seront 
produits dans une destruction de Tépiglotte et un rétrécissement de 
l'œsophage, si l'instrument, comme il est arrivé quelquefois, pénètre 
dans la glotte au lieu de suivre l'œsophage, ou si le chirurgien fait 
fausse route. Mais, dans l'un ou l'autre cas, il n'est pas probable que 
le cathéter dévie ou s'arrête d'une manière constante. Chez notre ma- 
lade, à partir d'une certaine époque, l'obstacle fut infranchissable. La 
sonde arrivait invinciblement dans la trachée. 

On conçoit sans peine l'introduction involcHitaire de la sonde explo- 
ratrice dans le larynx, lorsque l'épiglotte est détruite. Toutefois, cette 
lésion est excessivement rare, et par cela môme l'esprit du chirurgien 
ne doit pas s'y arrêter longtemps en cas de doute. Mais il est plus com- 
mun, suivant quelques auteurs^ de voir l'instrument s'engager dans la 
glotte^ lors même qu'il n'eoûste qu'un rétrécissement de l'œsophage. On 
a même fait une fausse route et pénétré dans les voies aériennes par 
suite de l'altération des parois qui accompagne souvent la structure de 
ce canal. Il en résulterait alors une fistule cesophagienne accidentelle 
qu'il seraitpresque impossible de distinguer d'avec une fistule formée spon- 
tanénement. Nous conviendrons même qu'en pratiquant le cathétérisme 
œsophagien pour une dysphagie cancéreuse avec un rétrécissement 
plus ou moins prononcé du canal, la sonde, éprouvant de la résistance, 
peut hâter la formation delà fistule. En réalité, cetaccident est moins 
regrettable au fond qu'il ne pourrait le paraître. Le cancer de l'ceso* 
phage sans perforation est également incurable. 

Fletcher a cherché à démontrer les dangers des bougies employées 



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82 nAumiEii ET CAwmismm^. •— pistulb (Ssophagotraghéale* 

dans le traitement des rétrécissements de l'œsophage. Il pense que dans 
la moitié des cas la mort a été hâtée par les accidents survenas par 
suite de fausses routes, soit dans les voies aériennes, soit dans le tissu 
cellulaire voisin . 

MvGerdy conseille de s'assurer, en portant directement Tindicateur 
au fond de la gorge, que l'orifice du larynx est libre pendant que la 
sonde est introduite. M. Nélaton, de son côté, a eu recours à l'explo- 
ration par le cou faite extérieurement pour reconnaître, par les mouve- 
ments de l'œsophage et de la trachée, à quel organe appartenait une 
tumeur située à la région cervicale antérieure. 

Larey parle d'un malade qui avait perdu l'épiglotte par suite d'un 
coup de feu. L'introduction de la sonde dans le larynx ne l'incommo- 
dait pas davantage que lorsque l'instrument s'engageait dans le pha- 
rynx : et on n'était averti de la méprise que parce que, à la chute des 
premières gouttes de liquide, le blessé repoussait promptement la main 
du chirurgien et était saisi d'une toux suffocante qui le mettait quelque- 
fois dans le plus grand danger. Chez notre malade la sonde, arrivée dans 
la trachée par la perforation, se comportait absolument comme chez 
celui dont il est question. 

M. Mondière cite encore M. Worbe qui rapporte un cas dans lequel la 
sonde étant dans l'œsophage, la flamme d'une bougie n'en était pas moins 
agitée. Ce qui fit longtemps croire que la sonde était dans la trachée. Pour 
nous ce fait offre quelque chose d'extraordinaire. Nous l'acceptons diffi- 
cilement. 

Pour ce qui est des fausses routes Charles Bell parle d'un chirurgien 
qui se vantait d'être parvenu dans l'estomac quand le confrère qui l'avait 
précédé n'avait pu y réussir. Le dernier venu avait perforé l'œsophage. 

M. Baillarger et M. Crozant ont rapporté deux cas de perforation du 
pharynx parla sonde œsophagienne chez des aliénés. 

Pour nous qui'avons assisté aux phases importantes de la maladie, nous 
pûmes constater que la sonde arrivait librement dans l'estomac, 'lorsque 
déjà tous les effets résultant de la perforation de l'œsophage et de la tra- 
chée s'étaient opérés. Les progrès de l'ulcération seuls les avaient pro-- 
duits. On ne pouvait s^arrêter à l'idée d'un rétrécissement. Quelques-unes 
de nos observations ont offert la même particularité. 

Chez notre malade comme chez la plupart de ceux dont nous avons 



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rmULE OSOPHACKHniACOlALB. ' 83 

parcouru l'histoire, les accidents occasionnés par Tingestion d'une très-* 
minime quantité de liquide, la toux violente, la régurgitation, les vomis* 
semeQts,n'arrivaient qu'un c^/euV) temps après cette ingestion. Si la maladie 
eût consisté dans une destruction de l'épiglotte ou dans un rétrécisse- 
ment sans perforation de l'œsophage, les accidents se seraient manifestés 
dans le premier cas dès le début de la déglutition^ et, dans le second cas, 
ils auraient manqué, la faible quantité de liquide lui permettant de se 
loger, de séjourner au-dessus du point rétréci. 

Le spasme œsophagien s'accompagne de phénomènes dysphagiques 
intermittents et spéciaux, ténesme, vive anxiété, sensation de boule, con- 
vulsions qui le feront distinguer assez facilement de la perforation du can- 
nai. 

Wichmann a décrit un vomissement œsophagien. Il s'agirait d'une espèce 
de rumination. Les aliments parvenus à une certaine profondeur sont 
rejetés avec des efforts convulsifs violents et douloureux, lorsqu'il existe 
un obstacle à leur cours vers l'estomac. Nous sommes portés à ne point 
admettre ce phénomène pnysiolc^ique et son interprétation. Nous peu* 
sons que les accidents décrits appartiennent à la pénétration des substan- 
ces à tergo et par reflux dans la glotte et le larynx, c'est-à-dire que, le 
pharynx et une portion quelconque de l'œsophage étant remplis par les 
matières alimentaires, elles débordent dans les voies aériennes et font que 
le malade ;^/raf?^fe comme lorsqu'on avale de travers. En tout cas, le vo- 
missement œsophagien ou plutôt leseffets qu'on lui attribue se produisent 
également jors même qu'il n'existe qu'un simple rétrécissement sans per- 
foratian. 

Nous passerons rapidement sur les phénomènes propres à la présence 
d'un corps étranger dans l'cesophage ou à une compression de ce conduit 
par des tumeurs. Dans le premier cas on constatera facilement la pré- 
sence du corps étranger. Dans le second cas les accidents sont analogues 
à ceux des rétrécissements. 

En résumé la série des phénomènes dysphagiques étant donnée, la 
sortie de l'air par une sonde introduite dans l'œsophage et le temps qui se 
passe entre la déglutition des substances alimentaires et leur rejet, peu- 
vent fournir la certitude presque absolue de l'existence d'une perforation 
œsophagienne avec communication dans les voies respiratoires. 

Dans certains cas, comme dans celui que nous avons observé, un 



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84 fUMmniBm et CAMfmm^m. -« pistulb œsophâoo-traghéale. 

• 

obstacle à rinlrodoctlon de la sonde indiquera par la longueur de la 
portion du cathéter qui aura pénétré le siège de la perforation. 

Le diagnostic de la fistule a pu être établi six fois pendant la vie dans 
les Tingt*trois cas dcmt nous avons parcouru la relation. 

En 1784 H. Keîr reconnut qu'un malade auquel il donnait des soins 
portait une perforation de l'œsophage aux symptômes suivants : toux, 
dyspnée, frissons fréquents, haleine fétide, expectoration purulente, vo- 
missements, rejet presque immédiat des boissons avalées et mélangées de 
pus. 

En 1831, M. Carrier reconnaît la perforation chez son malades- 
menace de suffocation quand il avale une seule goutte d'eau : toux 
violente et expectoration abondante, passage de Tair par la sonde; 
cancer. 

Paterson, corps étranger, passage de Tair par la sonde. 

Garteron et Saussier, cancer, 1854; passage de Tair par la sonde et 
phénomènes dysphagiques comme dans le cas de H. Keir. 

Gosselin, passage de l'air par la sonde; arrêt de l'instrument à un 
point fixe. 

Kneppellont, rejet par le larynx des matières alimentaires, secti'ones 
cadaverum. 

Aujourd'hui nous pensons qu'il nous serait possible de reconnaître 
l'existence de la perforation oesophagienne sans attendre la sortie de 
Tair par la sonde. Les autres phénomènes sont généralement trèfr* 
tranchés. D'un autre côté le diamètre de la fistule peut être assez petit 
pour ne point admettre la sonde. On ne pourrait pas conclure de 
l'absence du bruit de souffle que la fistule n'est point établie. 

Jusqu'à ce que l'air se soit échappé par la sonde, nous avons commis 
une erreur de diagnostic, ou nous sommes restés dans l'incertitude. 
Les phénomènes observés pouvaient parfaitement se rapporter à une 
phlhisie pulmonaire et laryngée. 

Maintenant la perforation étant reconnue, quelle est la nature de la 
maladie qui l'a produite ? Nous répondrons, et tout chirurgien pourra 
dire presque à coup sûr : c'est un cancer de l'œsophage si la maladie 
a déjà duré un certain temps. 

En effet, en compulsant nos vingt-trois observations, nous trouvons 
dix-sept cas de cancer, deux cas de grangrène, on cas de tubercule, un 



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FISTULE ŒSOPHAfiKHimACaiàlA* 8^ 

cas d'abcès, un cas d'oedèoie de la glotte et un cas de corps étrao- 
ger. La gangrène n'a qu'une très-courte durée, bien différente de celle 
du cancer. Les fistules par abcès, tubercules, ou œdème sont très- 
rares. Il en est de même de celles produites par un corps étranger. 
Et d'ailleurs cette dernière cause peut être immédiatement reconnue 
ou éliminée. Reste donc le cancer comme cause ordinaire. 

6^ Marche et DUiaÉB. *- Dans les vingt-trois cas dont nous nous 
occupons, nous considérerons la durée de la maladie de deux maniè- 
res différentes : durée totale et durée depuis l'établissement de la 
perforation. 

Autant que Texamen attentif des observatioas a pu nous l'indiquer, 
la durée totale de la maladie a été : 

Au-dessous d'un an il fois, 
D'un an à 13 ans 5 fois, 

et la durée depuis la perforation dans sept cas bien déterminés : 
D'une heure à six semaines. 

L'observation qui fait le sujet de ce mémoire nous montre un cas 
de perforation œsophagienne dont la durée a été bien certainement de 
six semaines. La vie est donc compatible pendant nn certain temps avec 
cet accident si grave. Le malade est mort d'inanition comme dans certains 
cas de cancer de l'estomac où tontes les substances ingérées, sans 
distinction, sont immédiatement rejetées parle vomissement. 

Dans les dix-sept observations de fistule oesophagienne par cancer, 
c'est par l'œsophage que la maladie a commencé. 

Les phénomènes caractéristiques se montrent d'autant plus tôt aux 
yeux de l'observateur que la perforation occupe une région plus élevée 
de l'œsophage et des voies aériennes, les substances ingérées péné- 
trant immédiatement dans ces dernières. 

7^ Pronostic et terminaison. — La mort a suivi, dans nos vingt-trois 
cas, la perforation de l'œsophage. Rien de plus naturel quand elle était 
cancéreuse. Mais en serait-il toujours de même lorsqu'elle est produite 
par un abcès, un corps étranger ? Nous ne connaissons pas de preuve 
conti*aire. 



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86 HAUmiBB BV CJUMSaMM. — FISTULE ŒSOPHAGO-TRAGHÉALE. 

8^ Causes. — Elles sont celles qui produisent le cancer, la gan- 
grène 

9^ Traitement. — Nous ne parlerons que du traitement à employer 
contre la perforation elle-même. Il consiste à empêcher les subslances 
alimentaires de pénétrer dans les voies aériennes, et à nourrir le malade 
par Tusage de la sonde œsophagienne. L'introduction répétée plu- 
sieurs fois par jour de cet instrument n'est pas sans inconvénient. 
Elle peut hâter la production de la déchirure, agrandir son diamètre 
et fatiguer le malade. Elle est cependant indispensable. Nous avons été 
frappés d'un fait curieux pendant que nous sondions notre malade : 
c'est l'insensibilité extraordinaire de la trachée et de l'orifice des 
bronches au contact du cathéter. L'instrument restait quelquefois in* 
troduit et arrêté dix minutes, heurtant vivement les organes sans faire 
éprouver de gêne notable au patient. Nous avons imaginé, un peu trop 
tard (le cathéterisme complet n'était plus possible), d'introduire et laisser 
à demeure une portion convenable d'intestin de mouton. Nous re- 
commanderons cette espèce de sonde. Le même intestin pourrait rester 
plusieurs jours en place sans s'user ou se décomposer. 

Voici la manière qui devait nous servir pour mettre en usage ce 
mode de cathéterisme. 

On prend une portion d'intestin d'un mètre. On lie avec un fil l'extré-* 
mité gastrique. D'autre part, on coupe une sonde ordinaire en gomme 
élastique un peu an-*dessus de ses yeux. On coiffe un long mandrin en 
fil de fer suffisamment flexible avec la portion de sonde où sont les 
yeux : puis on introduit le mandrin ainsi coiffé dans l'intestin de 
mouton jusqu'au bout qui est lié. On tend le boyau sur le mandrin, et, 
après avoir pratiqué une petite ouverture longitudinale au-dessus du 
bout de la soude, on conduit le tout dans l'estomac. On retire le man- 
drin et on peut injecter immédiatement des aliments. Ils entreront dans 
l'estomac par la fente du boyau. Le bout de la sonde sera rejeté par 
les selles lorsqu'il sera abandonné par le boyau digéré. 

1^ INDICATIONS DES SOURCES OU NOUS AVONS PUISÉ NOS OBSERVATIONS. 

10 i'784. — Keir, médecin de l'hôpital Saint-Thomas, Médical communications, -^ 
Tome l> no 1 i, page 157. London, 1784. 



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«AIJ0UEB ET CABVEBOIV. — FISTULB ŒSOPHâCKHTRAGHÉâUB. 87 

2« 1785. — • Blealind, Obtervatio anat. med. de Sana et Morbosa, cesophagi structura, — 
Lugd. Batav., 1785, in-8<> fig., page 94, et Archives générales de médecine^ 1832. 

— Tome XXX, page 509. 
3« 1797. — Alph. Monro, Dissert. medico-inaugur. de Dysphagia, — Edinborgh, 1797, 

in.8 % 14 Planches. 
40 1805. — Kneppelont, Sectiones cadaverum paihologkœ. Lugd. Batav., m-8<», fig., 

page 5. Fistule (Bsophago-trachéale cancéreuse, 
5^ 1805. — - Hantenieck, Becueil d'observations de médecine des hôpiiaux militaires. 

Tome 1**, page 402. — Fistule (Bsoptuigo-trachéale cancéreuse. 
6* 1811. — Extrait d'une observation sur un squirrhe ulcéré de VcBSophage dont la comté 

communiquait avec une large ulcération du poumon, par Moutard Martin. BibliO' 

théque Médicale. — Tome XXXIY, page 85, année 181 1. 
7« 1824. — Lysphagie avec abcès enveloppant Vcesophage, la trachée et les poumons. Perfo- 
ration de l'oBSophage, de la trachée et de la bronche droite, par David Hay, membre 

du Collège royal des chirurgiens. — Transactions of Ihe medico-chirurgical Society 

Edinburgh. — 1824. Tome 1", page 203. — Edimbourg. 
8« 1824. — Leblond, Thèses de Paris, 1824, n» 53, page 21. Fistule ossophago-bron" 

chique droite tuberculeuse. 
9» 1834. — Dysphagie. Rupture soudaine de Vœsophage. Passage des boissons dans le côté 

droit de la poitrine et altération du poumon droit. — Observation de M. Carrier. 

— Annales de la Société royale des sciences, belles-lettres et arts (VOrléans, et Archives 
générales de Médecine, 1831. — Tome XXVII, page 205. 

lOetll^" 1832.— Mondière, Archives générales de Médecine, 1831, tome XXVII^ page 
519, 1832. — Tome XXX^ page 506. Dans le catalogue des pièces anatomiques de 
rhôpital de Guy on trouve l'indication de deux fistules (Bsophago-trachéaks cancé- 
reuses. 

12« 1833. — Cancer de Vcesophage. Communication avec le poumon droit qui est réduit en 
putrUage dans une portion de son étendue, par M. Grisolle. Bulletin de la Société 
anatomique, 1833. BuUetin n» 48 et Revue médicale, août 1833. 

13* 1837. — Barrette, Lancée mai 1847. — Cas de fistule œsophago-trachéale par cancer, 

14<» 1838. — Gosselin, Bulletin de la Société anatomique, 13* année, 1838, page 164. 

150 1838. — Limdesay, Gazette médicale, 1838, page 743. — Fistule ossophago-bronchique 
cancéreuse. 

16« 1840. — Scarlatine suivie de fièvre avec symptômes de pneunomie et plus tard de phthisie 
pulmonaire. Gangrène du poumon dont une caverne communique avec Vossophage par 
quatre perforations. Extrait d'une observation par M. Ernest Boudet. — Archives 
géniraks de Médecine, 4« série, t. II, p. 386, 

17* 1844. — Dysphagie par intervalles après la déglutition. — Accès violents de suffocation. 

— Bétrécissement de Vœsophage tUcéré, —-V ulcère communique a:cec les poumons par 
deux tissus. — Everard Home, London extrait in Bibliothèque médicale, tome 
VIII, page 260. 

18*1845. ^Dysphagie et introduction fréquente des boissons dans les voies aériennes. — 
Symptômes de phthisie pulmonaire. — Mort par inanition et fièvre hectique. ^Fistule 
œsophagienne pulmonaire droite : pas de tubercul£S. — Vigla, Archives générales 
de Médecine, 1846, 4« série, tome XII, page 130. Recherches sur les communica- 
tions accidentelles de l'œsophage avec les poumons et les bronches. Travail 
remarquable que nous avons consulté avec intérêt. 



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88 ftAUJMOUËB SV CABTEBOM. — FISTULE ŒSOPHAGO-TRACUÉALE. 

J9« 1846. — D' Greene, ÏVeattz on tJie diseuses of the air passages, chap. V, page <84. 

New- York, 1846, in Arch. générales deMédecmey 4* série, tome XIX, page 214. 
20» 1849. — D' Robert Paterson, Edinburgh médical and mrgical Journal. — Janvier 

1849, in Archives générales de Médecine, 4* série, tome XIX, page 213. 
%i^ 1862. — Gruveilhier, AnatomiepaihoLy tome XI, page 537. La pièce est au Musée 

Dupuylren. — Elle représente un ukére cancéreux de Vossophage ayant perforé la 

trachée, 
220 1852. — Gruveilhier, AnaL pathologique^ tome II, page 537. — Fistule laryngo- 

pharyngienne. 
23<> 1854. — FoUin, Thèse de concours par ragrégaiion, 1853. 
24» 1854. — Garteron et Saussier, Observation d'un cas de fistule œsophago^rachéale- 

cancéreuse faisant le sujet du présent mémoire. 



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OBSERVATION D'OPEEATION CESARIENNE 

PRATIQUÉE AYEG SUCCÈS 
PAR LE DOCTEUR LE ROT-DES -BARRES. 

Ghirargien de raôtel-Diea de Saint-Denis. 

MÉMOIRE PRÉSENTÉ A L*ACADÉMIB DE MÉDECINE LS 17 NOVEMBRE 1857 (l). 

Ayant eu Toccasion de mettre une fois en pratique, avec succès, l'o- 
pération césarienne, après la mort de la mère, je viens ajouter un fait 
nouveau, assez rare de nos jours, à ceux que la science possède déjà. 

Cette opération était en usage dans les temps les plus reculés. Ainsi, 
à Rome, une loi attribuée aux premiers rois défendait d'enterrer une 
femme morte pendant sa grossesse sans avoir ouvert l'abdomen et l'u- 
térus pour en retirer le fœtus. 

La religion catholique imposait paiement à ses ministres de prendre 
cette précaution et même de procéder à l'opération en cas de nécessité. 

On peut lire dans (2) Cangiamila toutes les ordonnances qui ont trait 
à ce sujet. J'ai encore vu, dit monsieur Paul Dubois (3), « cet usage en 
a vigueur et j'ai assisté plusieurs fois mon père dans de semblables opé- 
a rations qu'il avait été requis de pratiquer, soit par l'autorité publique, 
<t soit par les parents de la femme qui venait de succomber. Ces opéra* 
c( lions ont toujours été sans succès pour la conservation de l'enfant.» 

Cependant, monsieur Paul Dubois est loin de croire, avec quelques au- 
teurs, que l'enfant meurt toujours, soit avant sa mère, soit simultané- 
ment, soit presque inmiédiatement après elle, trop de faits dont on ne 
peut contester la réalité prouvant le contraire. 

Aussi trouve-t*il qu'on a eu très-grand tort de laisser tomber en dé- 
Ci) Bull, de VAcad. de Médecine. — Paris^ 1857-58, tome XXUIy p. 92. ^ Voyez le rap- 
port de M. Barth (Bulletin de l'Académie deUéd. Paris^ 1870). 

(2) EvBRTOLoois sâcb£e. 

(3) Article : opébation cisAimiNB du Didiomuxire de Médecine en 30 volumes. 



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90 MB 1I0Y-D1!«-BABBE». — OBSERVATION d'oPÉRATION CÉSARIENNB. 

suétude cette disposition de police médicale. Lorsque la mort de la mère 
est la suite d une maladie d'une certaine durée, l'enfant est mort le plus 
souvent lorsque Ton ouvre l'utérus, ou meurt peu après son extraction, 
mais, même dans ce cas, ainsi que le prouve le fait que je rapporte, on 
est parvenu à sauver des enfants, et cette heureuse issue a été bien plus 
fréquente, quand la mort de la mère avait été la suite immédiate d'une 
cause accidentelle. 

Les exemples d'enfants trouvés vivants longtemps après la mort de la 
mère sont si rares qu'ils n'autorisent pas à différer l'opération pour at- 
tendre les signes non équivoques de la mort, d'un autre côté, comme des 
faits bien avérés prouvent que des enfants ont survécu un grand nombre 
d'heures après la mort de la mère, on doit y recourir, quoique cette der- 
nière ait succombé depuis longtemps. On se rappelle que l'infortunée 
princesse Pauline de Schwarzemberg périt des suites d'une brûlure surve- 
nue dans une fête chez l'ambassadeur d'Autriche; elle était enceinte et 
l'enfant fut trouvé vivant quoiqu'elle n'eût été ouverte que le lendemain 
de l'accident. 

Quelques auteurs se sont demandé s'il fallait, pour extraire l'enfant du 
sein de sa mère sur le point de succomber, attendre qu'elle ait rendu le 
dernier soupir ; ainsi lorsque la femme mourante est privée de connais- 
sance et de sentiment, doit-on, pour venir au secours de Tenfant, attendre 
qu'il soit exposé à trouver la mort dans le sein qui lui a donné la vie? 

Chez une femme épuisée par une maladie longue, qui s'éteint dans 
une lente agonie, ne serait-on pas autorisé, disent ces auteurs, à devan- 
cer l'instant fatal pour soustraire l'enfant aux dangers qui le menacent ? 

Je ne puis pour mon compte admettre ces principes, et je ne voudrais 
pas pratiquer l'opération césarienne dans de pareilles circonstances : J'aime 
mieuxm'en tenir aux termes du Rituel Romain : Silafemmeenceintemeurt^ 
il faut au plutôt l ouvrir pour en retirer le fœtus. 11 suit de là qu'il faut 
attendre, pour pratiquer l'opération, que la femme soit réellement morte. 

Dans ce cas, c'est un devoir sacré pour le chirurgien d'y avoir recours 
chez toutes les femmes qui meurent avant d'accoucher, quand elles sont 
arrivées à une époque de la grossesse qui permet d'extraire un enfant 
viable. Cetto époque est généralement fixée à six mois. 

Il ne faudrait même pas hésiter, dit Gordien, quand l'on pourrait dou- 
ter si l'enfant est vivant, car il est préférable d'en extraire un grand nom- 



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us B#V-liE»-BAWRni. — OBSERVATION d'oP£RATION CÉSARIENNB. 9) 

bre infructueusement, que d'en laisser périr un seul pour avoir n^Iigé 
d'opérer, ou pour ne pas l'avoir fait à temps; on pourrait même, ajoute- 
t-il, imputer sa mort à celui qui aurait omis de faire la gastro-hystéroto- 
mie(l). 

Danstouslescas, il faut autantquepossibles'assurerdelamortdelamère 
et pratiquer l'opération avec les mêmes précautions et la même régularité 
que si Ton opérait sur une femme vivante; il faut aussi s'assurer s'il n'existe 
pas un commencement de travail qui permettrait de procéder à l'ex^ 
traction de l'enfant par les voies naturelles, comme cela m'est arrivé il y 
a neuf ans. Je vais rapporter le fait d'une manière succincte : 

Une dame Barou, épicière sur la Place aux Gueldres à Saint-Denis, était atteinte depuis 
longtemps d'anévrysme au cœur ayant délenniné une anasarque générale ; depuis deux 
heures que j'étais auprès d'elle, tout marchait parfaitement, la dilatation était presque 
complète, la tôle s'engageant dans le détroit inférieur, je m'attendais à un accouche- 
ment prochain, lorsque cette femme pousse un cri, perd connaissance et meurt malgré 
tous les soins que je m'empresse de lui donner ; je n'avais pas apporté de forceps, mais, 
demeurant très-près de l'habitation de cette femme, je courus en chercher un et je ter- 
minai rapidement l'accouchement, mais j'amenai un enfant mort, quoiqu'il ne se fût pas 
écoulé plus de quinze minutes depuis la mort de la mère. 

On mériterait des reproches si Ton ne se comportait pas ainsi en pareille 
circonstance, et si l'on ne prenait pas, avant de pratiquer l'opération cé- 
sarienne, toutes les précautions nécessaires pour s'assurer de la mort de 
la mère ; car il est quelquefois bien difficile de distinguer un état d'as- 
phyxie, une syncope prolongée de la mort réelle. 

Yesale, Peu, Méry auraient pratiqué l'opération césarienne chez des 
femmes qu'ils croyaient mortes et qui donnèrent des signes de vie (2). 

Tout ce que je viens de dire m'était connu lorsque j'ai pratiqué mon 
opération. Médecin vérificateur des décès dans une des sections de la ville 
de Saint-Denis, j'avais constaté la mort de deux femmes mortes étant en- 
ceintes. 

Cette circonstance m'avait engagé à faire quelques recherches, et, après 
avoir lu les articles de dictionnaires, une foule d'observations publiées 
dans différents journaux, j'avais pris la détermination de recourir à l'o- 
pération césarienne si pareille chose arrivait dans ma clientèle, ou si j'é* 
tais appelé pour y procéder. 

(0 Diclicnnaire des sciences médicales, article opération césaribnne. 
(2) IHcU, 60 volumes. 



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92 UB B#V-IIBlS-BjUWEli. — OBSERVATION D OPÉRATION CÉSARIENNE, 

Cette occasion ne tarda pas à se présenter : 

Le 15 mai 4854, je fus appelé auprès de Françoise-Rosalie Delorme, Agée de 24 ans, 
épouse de François Delorme, garçon boulanger demeurant rue des Ursulines, n® 13. 
Cette fenune, arrivée au terme de sagrossesse, était atteinte depuisle conmiencementdu 
mois d'une fièvre typhoïde qui ne laissait guère de doute sur Tissue fatale de la maladie. 
Madame Roucairol, c'est le nom de la sage-femme qui avait été choisie pour faire Tac- 
couchement, me demanda si je consentirais à faire la gastro-hystérotomie dansle cas où 
cette femme viendrait à succomber avant d'être accouchée, je lui répondis que je m'en 
chargerais avec empressement, croyant remplir un devoir, quel que dût être le résultat 
de mon opération. 

Le 17 mai à 5 heures du seir, la femme Delorme rendait le dernier soupir en présence 
de son mari et de plusieurs personnes du voisinage. On envoya à ma recherche, et, quand 
J'arrivai chez la femme Delorme, il était 5 heures 1/4. Après avoir demandé au mari s'il 
consentait à me laisser ouvrir le ventre de sa femme dans le but de sauver son enfant, et 
après avoir obtenu son consentement, je pris toutes les précautions pour m'assurer que 
la femme était bien morte; elle était mourante depuis la veille. Les extrémités étaient 
froides ainsi que la face, les cornées étaient déjà ternes, plus de respiration, plus de bat- 
tements de cœur, enfin tous les signes d'une mortcertaineàla suite d'une maladie longue 
et grave. 

Je m'assurai en outre qu'il n'y avait aucun commencement de travail ; cet examen 
dura bien cinq minutes; ce n'est donc que vingt minutes après la mort de la mère que 
je procédai à l'extraction de l'enfant. 

L'opération n'ayant offert aucune particularité remarquable, je ne la rapporte- 
rai pas. 

Seulement je dois dire que je la fis avec autant de soin et de prudence que si j'avais 
opéré sur une femme vivante; une longue incision sur la ligne blanche au-dessous de 
l'ombilic mit à découvert la face antérieure de l'utérus; cet organe incisé à son tour me 
permit de saisir l'enfant qu'il renfermait et de l'extraire avec le placenta qui était inséré 
à la partie latérale gauche ; je coupai aussitôt le cordon ombilical, et je fus bien heureux 
en apercevant distinctement les battements du cœur d'une fille parfaitement conformée 
qui, après quelques soins, respira bientôt et se mit à pousser des cris à la grande satis- 
faction et au grand étonnement du père et de deux femmes qui m'avaient assisté pen- 
dant l'opération. Cette petite fille a été inscrite à la mairie de Saint-Denis, comme fille de 
Charles Delorme et de feue Françoise-Rosalie Delorme, sous les noms deRosalie-Victoire- 
Césarine Delorme, et elle se porte parfaitement aujourd'hui. 



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RAPPORT GENERAL 

A SON EXCELLENCE M. LE MINISTRE DE L'AGRICULTURE ET DU COMMERCE 

SUR LE SERVICE MÉDICAL 

DES EAUX MINÉRALES DE FRANCE 

Pendant les années 1868 et 1869 

FAIT AU NOM DB LA GOMMISSIOM PBRMANBMTfi DES BAUX MUtiRALBS 
DB L'aGADÉMIB nationale DE MÉDECINE 

Et ta à r Académie dans la stanoo du 16 janvier 1872 
Par M. MUJLHE 

MEMBRE DB l'aCADÉMIÈ NATIONALE DE MÉOEaNE (i). 



Monsieur le Ministre, 

L'Académie nationale de médecine a rhonneur de vous présenter son 
rapport annuel sur le service médical des établissements des eaux miné* 
raies pendant les années 1868 et 1869. 

En faisant connaître à Votre Excellence les travaux envoyés des dif- 
férentes stations thermales, l'Académie réclame de votre libéralité les ré- 
compenses accordées chaque année aux médecins qui se sont le plus 
distingués dans Taccomplissement de leurs fonctions; en outre, elle si- 
gnale à votre sérieuse attention les améliorations nécessaires qui restent 
encore à exécuter dans un grand nombre d'établissements. 

Nous ne sommes plus au temps où les eaux minérales étaient méconnues 
et dédaignées par beaucoup de médecins, même les plus distingués : ac- 
tuellement des découvertes scientifiques ajoutent chaque jour aux con- 

(1) La Commission des eaux minérales pour les années 1868 et 1869 est composée de 
MM. Chevallier, président ; MM. Devergie, Poggiale, Hérard, de Kergaradeç, et Mialhe, 
secrétaire-rapporteur ; M. Bouis, chef des travaux chimiques, adjoint à la Commission. 



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94 MIJLliHE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES £AUX MINÉRALES. 

naissances déjà acquises dans la composition des éléments minérali- 
sateurs ; des études consciencieuses révèlent l'efficacité des sources et 
tendent à déterminer leur application spéciale aux différents états patho- 
logiques; la science et l'observation s'unissent pour constater les faits, 
expliquer les phénomènes, appliquer les résultats. Aussi les eaux miné- 
rales sont-elles unanimement considérées comme une des médications les 
plus puissantes pour transformer les constitutions, prévenir le dévelop- 
pement d'affections graves, guérir des maladies réputées incurables, en- 
fin apaiser les douleurs et prolonger les jours des infortunés auxquels 
elles ne peuvent rendre complètement la santé. 

Mais, malgré l'efficacité de leurs éléments minéralisateurs, les eaux 
cessent d'être utiles et bienfaisantes, si elles ne réunissent autour 
d'elles les conditions de salubrité et de comfort indispensables aux ma- 
lades. 

Une des plus importantes conditions est certainement le bon état de 
la source, la garantie de son émergence, l'aménagement qui en main- 
tient l'existence, la pureté, la durée. Sous ce rapport, l'Académie n'a que 
des actions de grâces à rendre à l'autorité supérieure qui n'a rien négligé 
depuis plusieurs années pour assurer, augmenter le débit des sources, 
en confiant ces difficiles travaux à des ingénieurs aussi habiles que dé- 
voués. 

Mais ce n'est pas assez de posséder les eaux minérales dans leur état 
naturel de pureté et d'abondance, il est également nécessaire que les 
sources et les établissements qui y sont annexés soient situés dans des 
localités saines, agréables, faciles d'accès même pour les plus infirmes, 
favorisés d'un air pur, pourvus d'eaux potables de bonne qualité et en 
quantité suffisante, à l'abri des débordements des rivières, des miasmes, 
des marais, des exhalaisons putrides d'égouts et de déjections humaines, 
en un mot, de tout ce qui peut donner naissance à des infections nui- 
sibles, à des maladies endémiques ou épidémiques. 

Il nous faut à tout prix suivre l'exemple des stations étrangères qui 
mettent tous leurs soins et font de grandes dépenses pour l'entretien, 
l'embellissement, le comfort de leurs sources minérales, afin d'y attirer 
le plus grand nombre de visiteurs. Nous n'avons rien à leur envier sous 
le rapport du nombre et de l'efficacité des eaux ; mais si, dans les établis- 
sements dirigés par l'autorité supérieure, les aménagements sont aussi 



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miAMjWnR. — RAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MINÉRALES. 95 

complets que possible, dans beaucoup de localités livrées à des adminis- 
trations particulières, ce qui est relatif au bien-être et même au traite- 
ment est, malheureusement, trop souvent négligé. 

C'est seulement depuis quelques années que nos établissements même 
les plus importants se sont décidés à des améliorations depuis longtemps 
réclamées. 

 Yichy on a exécuté des travaux considérables pour empêcher le 
débordement de l'Allier et, sur l'initiative d'un de nos collègues, M. De- 
vergie, on a doté la ville d'eaux potables qui lui manquaient presque 
complètement, remplaçant ainsi par une prise d'eau dans l'Allier les eaux 
des puits de chaque hôtel chargées de carbonate et de sulfate de chaux, 
et partant très-difficiles à être supportées en boisson. En outre, on a en- 
touré la station d'un luxe et d'une magnificence qui lui permettent de 
rivaliser avantageusement avec les splendides établissements de l'Aile^ 
magne; 

Aux Eaux-Bonnes on a créé des routes, des promenades, des con- 
duites d'eaux, à travers des montagnes impraticables ; 

A Plombières on a construit un hôtel dans lequel on a réuni à un 
grand confortable un aménagement balnéaire complet, avec un grand 
luxe et avec la plus grande intelligence du service des eaux ; 

A Enghien la compagnie d'exploitation s'est imposé les plus grands 
sacrifices pour assainir le lac, assurer l'émergence des sources, amener 
partout des eaux potables, embellir les environs, agrandir l'établissement 
des bains et le pourvoir des appareils d'hydrothérapie les plus perfec- 
tionnés; de sorte qu'à quelques minutes de Paris se trouve actuellement 
une station sulfureuse de premier ordre. 

C'est pour conserver à nos sources françaises toute leur importance 
médicale que nous réclamons la haute sollicitude de Votre Excellence 
pour veiller à l'exécution de semblables travaux partout où ils sont encore 
nécessaires. Les malades, par suite de leurs souffrances et de leur af- 
faiblissement, et en raison même de l'action spéciale des eaux, devien- 
nent plus sensibles aux agents extérieurs ; ils subissent plus vivement 
l'influence d'un mauvais air, d'une mauvaise nourriture, d'une mau- 
vaise habitation. C'est pourquoi ils doivent être entourés de toutes les 
conditions de bien-être et de traitement les plus propres à déterminer 
l'allégement et la guérison des maux, et ne pas être exposés aux priva- 
XXX. 15 



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96 UlAJLWnR. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

tions, aux incommodités et même aux accidents que pourrait occasion^ 
nerle séjour des eaux minérales. 

Déjà, dans un précédent rapport, un de nos collègues les plus distin- 
gués, M. le D' Pidoux, a insisté avec juste raison sur ce que présentaient 
de défectueux la plupart de nos établissements thermaux sous le rapport 
du logement, du coucher et de l'alimentation des malades. Nous nous 
unissons à lui pour demander que dans chaque station on apporte une 
économie moins grande et une application plus intelligente dans le con- 
fortable général et dans Thygiëne alimentaire. C'est aux médecins ins- 
pecteurs principalement qu'incombe le devoir de présider au progrès 
de ces éléments qui concourent si efficacement à la cure thermale ; l'ali- 
mentation surtout, cap tantôt elle est insuffisante et nullement propor- 
tionnée aux besoins de réparation nécessaire aux convalescents, aux 
scrofuleux, lymphatiques, phthisiques, albuminuriques, diabétiques; 
tantôt au contraire, par suite de l'abondance, de la diversité, de la suc* 
culence des mets, elle est tout à fait en opposition avec le régime que 
doivent suivre les personnes affectées de pléthore, de congestions , de 
maladies des reins, du foie, de diathèses urique, graveleuse, rhuma- 
tismale, goutteuse, etc. 

Ces considérations peuvent faire facilement apprécier combien l'ac- 
tion des eaux minérales, déjà si puissante par elle-même, serait aug- 
mentée et assurée par les améliorations que nous signalons à Votre 
Excellence et sur lesquelles nous prenons la respectueuse liberté d'ap- 
peler toute sa sollicitude. 

Maintenant, Monsieur le Ministre, nous avons l'honneur de placer 
sous les yeux de Votre Excellence les tableaux qui résument l'ensem- 
ble des documents que la Commission a eu à examiner. 



TABLEAU : 



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RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 



97 



TABLEAU L 

RAPPORTS REÇUS PAR L'AGADÉMIE PENDANT LES SAISONS THERMALES DE 4868 ET 4869. 



ÉTABLISSEMENTS. 



Alel 

Allevard 

Audinac 

Aulus 

Ax 

BagQols 

Bains 

Balaruc 

Bagnères-de-Bigorre 

Baréges (serv. milit.) 

Baréges (serv. milit.) 

Bondonneau 

Bourbon-rArchambault (S^ 

milit.) 

Bourbonne (serv. milit.). . . . 

Bourboule (la) 

Bussang 

Calais (oains de mer) 

Gapvern 

Gastéra-Verduzan 

Challes 

Gharbonaières 

Dax 

Dinan 

Digne 

Eaux-BoDDcs 

Eaux-Chaudes 

Eaghien 

Eugénie-les-Bains 

Evaux • 

Forges 

Gamarde 

Gréoulx 

Hammam-Meskoulin 

Hammam-Riza 

La Malou 

Lamotle 

Miers 

MoUlg 

Moneslier-de-Briançou 

Niederbronu 

Pietrapola 

PierreîOQds 

Pougues 

Préchacq 

Propiac 

Royal 



DtPAETIMKNTS. 



Aude. 
Isère. 
Âriége. 

Id. 

Id. 

Lozère. 

Vosges. 

Hérault. 

H*~.Pyréaée8. 

Id. 

Id. 
DrOme. 



ANNÉES 

DES RAPPORTS. 



1868 

1868 à 1860 

1868 

4868 

1868 

1868 

1868 
1868 et 1869 

1868 

1869 

1869 

1869 



Allier. 


1868 


haute-Marne. 


1868 et 1869 


Puy-de-DOme. 


1868 


Vosges. 


1868 


Pas-de-Calais. 


1868 et 1869 


Hie..pyrénées. 


1869 


Gers. 


1868 


Savoie. 


1868 


Rhône. 


1868 et 1869 


landes. 


1868 


Gôtes-du-Nord. 


1869 


Basses-Alpes. 


1868 


B«»-Pyrénées. 


1867 


Id. 


1868 et 1869 


Seine-et-Oise. 


1868 


Landes. 


1868 


Creuse. 


1868 


Seine-Infér'«. 


1868 


Landes. 


1868 


Basses-Alpes. 


1868 et 1869 


Algérie. 


1868 


Id. 


1868 


Hérault. 


1868 et 1809 


Isère. 


1868 et 1869 


Lot. 


1868 et 1869 


B*«^Pyrénée8. 


1868 


Hautes-Alpes. 


1868 


Bas-Hbin. 


1868 


Corse. 


1868 


Oise. 


18«8 


Nièvre. 


1868 et 1869 


Landes. 


1868 


Drôme. 


1868 


Puy-de-Dôme. 


1808 



AUTEURS 

DBS RAPPORTS. 



Rougé-Rieutort. 

Niepce. 

Deboey. 

Bordes-Pagès. 

Auphan. 

Raynal de Tissonnière. 

Bailly. 

Crouzet. 

Subervie. 

Fégueux. 

Marturé. 

Marmonnier. 

Marcbessaux. 

De Finance. 

Peironnel. 

Ifasson. 

Chély. 
Montagnan. 

Matet. 
Audouy. 

Finaz. 

Massie. 
Piedvacbe. 

Silve. 

Pidoux. 

Lemonnier. 

De Puisaye. 

Arrat-Balous. 

Bona. 

Caulet. 
Batbedat. 

Jaubert. 

Hamel. 
Besançon. 

Privât. 

Gubian. 
Lagasquie. 

Picon. 
Cbabrand. 

Grimaud. 

Perelli. 
Sales-Girons. 

Logerais. 

Batbedat. 

Loubier. 

Basset. 



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98 



HIAIiHIi. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 



ÉTABLISSEMENTS. 


DÉPARTEVENTS. 


ANNÉES 

DBS RAPPORTS. 


AUTEURS 

DES RAPPOnTS. 


Saint-AIban 


Loire. 

Nord. 

Bses.pyrénées. 

Nièvre. 

fliM-Pyrénées. 

B*"-Pyrénée8. 

Marne. 

Isère. 

Ardèche. 

Pyrénées-Or»". 

Galvados. 

Allier. 

Id. 

Id. 


1868 

1868 et 1869 

1868 

1869 
1868 et i 869 

1868 

1868 

1869 

1868 

1868 

1868 

1868 

1869 

1869 


Gay. 

Marbctin. 

Tillot. 

Collin. 

Gharmasson de Puylaval. 

Nogaret. 

Damourette. 

Doyon. 
Cha bannes. 
Masse. 
Foubert 
Barudel. 
Hôckel. 
Dubois. 


Saint-Amand 


Saint-Ghristau 


Saint-Honoré 


Saint-Sauveur 


Salies-en-Béarn 


Sermaize 

Uriage 

Valz 


Vernet (le) 


Villers (bains de mer) 

Vichy (serv.miUt.) 

Id. id. 

Vichy (serv. civil.) 



TABLEAU IL 

^TRAVAUX SPECIAUX INDÉPENDANTS DES RAPPORTS ANNUELS, ET SE RATTACHANT 
AUX SAISONS THERMALES DE 4868 ET 1869. 



ÉTABLISSEMENTS. 


DEPARTEMENTS. 


AUTEURS. 


TITRES DES TRAVAUX. 


Allevard. • • ........ 


Isère. 


Niepce, 


Mémoire sur Taction thérapeuti- 
que des eaux sulfureuses d'Aï- 












levard, 1869. 


Baréges (serv. milit.) 


Ht««.pyrénée8. 


Fégueux. 


Étude sur les eaux de Baréges, 
1868. 


Baréges (serv. milit.) 


Id. 


Marturé. 


Observations générales et relevé 
d'ensemble sur le service mé- 
dical de l'hôpital de Baréges, 
1869. 


Bourbonne(S««milit.) 


Haute-Marne. 


Do Finance. 


Rapport d'ensemble sur le ser- 
vice médical de Thôpital de 
Bourbonne, 1868 et 1869. 


Eaux-Bonnes. • 


B»e».Pyrénées. 


Pidoux. 


Conversion des maladies de Yî- 
chy en maladies d'Eaux-Bon- 
nes sous l'influence de l'abus 
des eaux alcalines. 

Réciproquemenl : 
Production ou régénération des 
maladies de Vichy par les 
Eaux-Bonnes. 

Conséquence en pratique 
médicale, 1867. 



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— RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 



99 



ÉTABLISSEMENTS. 



Eaux de Forges. 



Hammam- Meskoutin 
(serT. miUt.)..... 



La Malou. 



Molitg-les-Bains 

Niederbronn 



Pougues 

Saint-Christau. 



St-Honoré les Bains . 



Sennaixe. 



(Triage. 



Vichj (serY. milit.). . 

Vichy / 

Eaux miner, diverses 



DBPARTIHKTS. 



AUTEURS. 



Seine-Infér'*. 



Algérie. 
Hérault 

Pyrénées-Or»". 
Bas-Rhin. 

Nièvre. 
B*««-Pyrénée8. 

Nièvre. 

Marne. 
Isère. 



Allier. 



Id. 



Gaulet. 



Hamel. 
Privât. 

Picon. 
Grimaud. 
Logerais. 

Tillot. 

CoUin. 

Damourette. 
Doyon. 



TITRES DES TRAVAUX. 



Barudel. 

Rôckel. 

Ghampooillon. 



Contribution à Thisloire théra- 
peutique des eaux ferrugi- 
neuses. 

Choix d'observations pour éta- 
blir Taclion curative directe 
et immédiate des eaux de 
Forges dans les affections 
nerveuses non idiopathiques, 
18ft8. 

Rapport sur le service médical 
de rhôpital thermal de Hom- 
mam-Meskoutin, 1808. 

Tableau récapitulatif des 20 rap- 

Sorts annuels adressés à TAca- 
émie de médecine depuis 
4849, accompagné de quel- 
ques réflexions sur ce sujet, 
i868. 

Notice et observations cliniques 
sur les eaux minérales de 
Molitg-Ies-Bains, 1868. 

Rapport sur le service médical 
de rétablissement thermal d& 
Niederbronn, 1868. 

Du traitement du diabète par 
les eaux minérales de Pou- 
gues, 1869. 

De la poussée aux eaux ferro- 
cuivreuses de Saint-Christau, 
1868. 

Rapport médical sur l'établisse- 
ment thermal des eaux sulfu- 
reuses de Saint-Honoré les 
Bains, 1869. 

Mémoire sur le traitement des 
maladies chroniaues des voies 
digestives par les eaux de 
Sermaize, 1868. 

Le lymphatisme étudié spé- 
cialement à la période d'im- 
minence et à la période d'ac- 
tion. — Hygiène préventive 
et traitement curatif par les 
eaux minérales d'Uriage , 
1869. 

Rapport sur le service médical 
de l'hôpital de Vichy, 1868 et 
1869. 

Etude sur les indications des 
différentes sources de Vichy, 
186P. 

De la statistique officielle rela- 



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100 



HIAI4HE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 



ÉTABLISSEMENTS. 


DÉPAIITEIIENTS. 


AUTEURS. 


TITRES DES TRAVAUX. 


Villep8(baiû8demer) 

Château-Gonlier (eau 
potable) • • 


Calvados. 
Mayenne. 


Foubert. 
Mahier. 


live aux propriétés thérapeu- 
tiques des eaux minérales de 
Baréges , d'Amélie-les Bains , 
de Vichy et de Bourbonne-les- 
Bains, 1869. 
Traitement des affections non 
diathésiques par les bains de 
mer chauds, 4868. 

Recherches hydrologiques sur 
l'arrondissement de GhAteau- 
GonUer, 1869. 





Après cet aperçu général des documents soumis à noire examen, nous 
allons passer en revue ceiix qui nous paraissent particulièrement dignes 
de fixer Taltention de l'Académie. 



Première Classe. — EAUX SULFURÉES. 

CBS EAUX SE DIVISENT EN SULFURÉES - SODIQUES ET SULFURÉBS-CALGIQUES. 



A. 



Eaux sulfurées^odigues. 



Les rapports qui traitent des eaux sulfurées-sodiques sont au nombre 
de 14: 

Ax c Rapport de M. Auphan. 

Bagnols — de M. Raynal de Tissonnière. 

Baréges — de M. Marturé. 

Baréges Mémoire de M. Fégueux. 

Challes Rapport de M. Audouy. 

Eaux- Bonnes — de M. Pidoux. 

Eaux-Chaudes Rapports de M. Lemonnier. 

Molitg Rapport de M. Picoo. 

Pietrapola . • — de M. Perelli. 

Saint'Honoré — de M. Collio. 

Saint-Sauveur Rapports de M. Charmasson de Puy la ?a]. 

Vemet {le) »... Rapport de M. Masse. 



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-— RAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MINÉRALES. lOt 

4868. EAUX d'ax -LES-BAINS (Ariégc). 



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102 MIAJLHE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

4868. EAUX DE BARÉGES (Hautes-Pfrénées). 

M. le docteur Ch. Marturé, médecin principal, chef de l'hôpital mi- 
litaire de BarégeSy qui a déjà obtenu une médaille de bronze, a adressé 
à l'Académie un rapport des plus substantiels. 

Dans ce travail M. Marturé fait tout d'abord connaître le nombre des 
malades traités à Baréges en 1868. Le total de ces malades s'est élevé à 
834 pour les trois saisons réglementaires. 

L'auteur relate ensuite une série d'observations météorologiques re- 
cueillies pendant toute la saison, c'est-à-dire pendant les mois de juin, 
juillet, août et septembre, présentées sous forme de tableau faisant con- 
naître sous le rapport barométrique et thermométrique le maximum^ le 
minimum^ la moyenne et la différence maxima d'un jour à l'autre, et 
quant aux observations hygrométriques indiquant la tension de la va- 
peur, l'humidité relative, l'état du ciel, etc. — De telles observations re- 
cueillies pendant un certain nombre d'années constitueraient un ensem- 
ble de recherches suffisant pour fixer l'opinion des praticiens sur la 
climatologie de Baréges. 

M. Marturé s'occupe ensuite de recherches sur la constitution géolo- 
gique de cette station thermale et arrive à cette conclusion remar- 
quable : 

<( Qu'il faut considérer les plateaux de Baréges comme produits par 
les gigantesques moraines latérales d'un glacier qui couvrait la vallée 
pendant l'époque quaternaire. » 

M. le docteur Marturé a annexé à son rapport une série d'analyses 
sulfhydrométriques des diverses sources de Baréges, analyses exécutées 
avec le plus grand soin, et sous ses yeux, par M. Tricot, pharmacien- 
major, chef de service. 

L'auteur donne ensuite un second tableau comprenant un état réca- 
pitulatif des malades admis, classés par genres et par nature de 
maladies. 

M. Marturé annonce que, comme auxiliaire du traitement hydro- 
minéral, il a administré les préparations mercurielles, iodurées et arse- 
nicales ; et, de plus, qu'il a eu recours à l'électrothérapie sous l'habile 
direction de M. le docteur Navarre, médecin-major de première classe, 
à la science et au zèle duquel il se plaît à rendre hommage. 



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— RAPPORT GÉ14ÉRÀL DES EAUX MINÉRALES. 103 

Les résultats obtenus par l'emploi simultané de la faradisation et de 
la médication thermale, exposés dans un troisième tableau récapitulatif, 
établissent ce fait : c'est que les diverses maladies traitées u*ont pré- 
senté aucun cas de véritable guérison. 12 hommes atteints d'ataxie 
locomotrice ont été soumis au traitement électrique, tantôt avec l'appa- 
reil deDuchenne (de Boulogne), tantôt avec l'appareil adopté par le Con- 
seil de santé. L'intensité moyenne a été de 6^, la durée des séances était 
de 6 minutes : ils ont été faradisés dans des baquets remplis d'eau sul- 
fureuse, et deux par deux. Le chiffre des améliorations a été juste égal 
à celui des effets nuls. Oix chercher la cause de cette différence? Sans 
doute, dit M. Marturé, dans les causes de la maladie; car de tous ceux 
atteints d'ataxie locomotrice par suite de refroidissement, aucun n'a vu 
aggraver son état, et 5 sur 8 ont éprouvé une amélioration sensible. 
Dans ceux au contraire dont l'affection avait une autre cause, un seul 
a ressenti une amélioration très-légère. 

Dans les paraplégies les résultats ont été beaucoup moins satisfai-^ 
sants que dans les ataxies locomotrices. Les malades ont subi le même 
traitement, même intensité, 6"", même durée, 6 minutes, même nombre 
de séances, 20 en moyenne, même mode de faradisation. Sur 6 mili- 
taires un seul a éprouvé quelques soulagements; chez lui la paralysie 
avait été déterminée par un refroidissement. 

M. le docteur Marturé termine son très-intéressant rapport par trois 
tableaux récapitulatifs, faisant connaître les résultats obtenus pendant 
les trois saisons thermales de Baréges ; ces trois tableaux sont suivis de 
deux résumés synoptiques ayant trait, le premier aux effets immédiats 
de l'action des eaux chez les militaires traités en 1868, et le second aux 
effets consécutifs des eaux chez les militaires traités en 1867. 

4869. fiAUx DB BARÉGES (Hautes-Pyrénées). 

M. Pégueux, pharmacien-major, attaché à l'hôpital militaire de Ba- 
réges, qui a aussi obtenu une médaille de bronze, a adressé sous ce 
titre : Étude sur les eaux de Baréges pendant fêté de 1869, un mémoire 
spécial sur lequel votre commission croit devoir attirer, d'une manière 
toute spéciale, l'attention de l'Académie. 

Pendant trois mois consécutifs, tous les jours, à la même heure, 
XXX. 16 



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104 MlAIJHIfi. — «APPORT GÉNÉRAL DES BAUX MINÉRALES. 

M. Fégueux s'est livré à Tessaî sulfhydrométrique des quatre sources 
les plus importantes de Baréges en notant avec soin la pression atmo- 
sphérique, la température ambiante et la quantité d*eau tombée. 

Voici les conclusions de son remarquable travail : 

r La température des eaux de Baréges n'est pas constante ; bien que 
les variations thermométriques ne soient pas grandes, elles se reprodui- 
sent journellement, et rien ne peut faire soupçonner la cause de ces mo- 
difications ; 

2"" La minéralisation sulfureuse varie aussi chaque jour; elle suit une 
marche progressive ascensionnelle du mois de juillet au mois de sep- 
tembre ; 

3^ Les sels précipités par le chlorure de baryum ont des oscillations 
plus grandes que les variations journalières de l'élément sulfureux ; 

4"" La désulfuration de l'eau par l'acétate de zinc indique que les 
composés oxygénés de soufre ne préexistent pas dans l'eau, que leur 
production due à l'exposition du liquide à l'air est minime ; 

5^ L'eau de pluie ne paraît avoir aucune influence sur la température 
et sur la minéralisation; car, après quelques jours pluvieux, les change- 
ments que les chiffres prouvent ont été les mêmes que ceux notés après 
des jours parfaitement secs; 

6* Les phénomènes météorologiques dus à l'électricité n'ont apporté 
aucune modification à la température et à la minéralisation ; 

7"^ L'élévation de température n'amène pas comme conséquence une 
plus grande richesse minéralisatrice sulfureuse ; ou, pour mieux dire, 
l'eau en se refroidissant ne perd pas une somme de degrés sulfhydromé- 
triques en rapport avec les degrés thermomélriques ; 

8^ Après une heure de bain, seule la température de l'eau éprouve un 
abaissement réel. Le soufre, les sels précipités parle chlorure de ba- 
ryum et ceux que décèle l'acétate de zinc ont une diminution insigni- 
fiante; 

9"" Les modifications trouvées dans la température et dans la minéra- 
lisation sulfureuse sont d'autant moindres que les sources ont un degré 
de chaleur moins élevé ; 

lO"" De toutes les sources, celle qui varie le plus est celle de l'entrée ; 

11"" L'opinion qui admet que toutes les sources de Baréges font partie 
d'un même groupe, et que la plus chaude de toutes, le Tambour, est 



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— RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 105 

la veine mère, parait bien avancée, quand on songe qu'il y a des jours 
où rabaissement du Tambour n'est pas suivi d'un abaissement égal dans 
les autres sources. 

1868 ET 1869. EAUX -CHAUDES (Basses-Pyrénécs). 

M. le docteur Lemonnier, médecin inspecteur des Eaux-Chaudes, qui 
a déjà obtenu une médaille de bronze en 1 863, consigne dans la plupart 
de ses rapports des observations médicales empreintes d'un sens pratique 
incontestable, c'est ainsi qu'en i 862 il appuyait par de nouvelles obser- 
vations Futilité des irrigations comme base du traitement des granula- 
tions siégeant au col de l'utérus ; qu'en 1864 il signalait un cas fort 
remarquable de guérison de rhumatisme goutteux^ chez un enfant de 
sept ans, opéré sous l'influence des Eaux-Chaudes, en bains, douches et 
boissons; et qu'en 1865, il avançait qu'après mille observations et mal- 
gré tous ses efforts, il ne pouvait trouver de caractères distinctifs entre la 
goutte et le rhumatisme articulaire constitutionnel, etc. 

M. Lemonnier joint, ordinairement, à ses rapports des tableaux synop- 
tiques, relatifs à la climatologie et à la sulfhydrométrie, tout à fait di- 
gnes de Tattention de l'Académie. 

Dans le rapport de 1868 M. Lemonnier avance que l'eczéma est une 
des maladies traitées avec succès par les Eaux-Chaudes soit seules, soit 
associées à la teinture d'iode. 

(( Dans un certain nombre de cas, dit-il, l'action combinée de la tein- 
ture d'iode en lotions et de l'eau minérale administrée en bains, douches 
et boisson, m'a paru un moyen puissant de guérison, moyen que ces 
agents thérapeutiques ne possèdent pas isolément. Dans la période hu- 
mide de l'eczéma il faut être sobre de lotions de teinture d'iode et se 
contenter d'applications à peu près continues de compresses imbibées 
d'eau minérale, notamment de l'eau de la fontaine de Larressec, qui 
semble plus particulièrement dévolue au traitement des affections cu- 
tanées. » 

Le régime alimentaire a toujours paru à M. le docteur Lemonnier 
eoLercer une action des plus puissantes sur les personnes affectées d'ec- 
zéma chronique. Beaucoup de nos paysans béarnais, dit-il, se nour- 
rissent de viande salée, de poisson salé; peut-être plus encore pendant le 



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106 BIIALHIP. — RAPPORT GÉNÉRAL DES BAUX MINÉRALES. 

temps des eaux où, les vivres étant chers, ils apportent avec eux de quoi 
s'alimenter ainsi durant toute la saison thermale. 

Pour que les eaux, ajoute M. Lemonnier, aient quelque efficacité, il 
est absolument nécessaire que ce régime alimentaire cesse. Cette in- 
fluence fâcheuse, dît-il, qui est notée parles auteurs, devient d'une évi- 
dence palpable quand arrive l'époque oîi les indigents ont l'autorisation 
de se rendre aux eaux. 

Dans le rapport de 1869 M. le docteur Lemonnier s'est surfout occupé 
de l'action des Eaux-Chaudes dans le traitement de la sciatique et du 
rhumatisme articulaire. 

Suivant M. Lemonnier la sciatique récente résultant d'une action exté- 
rieure, sciatique accidentelle produite par un refroidissement passager, 
ou renouvelé peu fréquemment chez un individu non prédisposé, guérit 
facilement sous l'influence des bains de vapeur, des bains simples un peu 
chauds, de quelques douches, de quelques boissons aqueuses propres à 
augmenter la sudation, etc. — Cependant M. Lemonnier pense qu'aux 
Eaux-Chaudes, l'élément sulfureux en agissant sur la peau, et l'élément 
alcalin en agissant sur le sang, comptent pour quelque chose dans la 
prompte guérison delà sciatique dans cette station thermale; il a vu, no- 
tamment, la vapeur d'eau sulfureuse agir plus efficacement que la simple 
vapeur d'eau. 

Toutes les fois que la sciatique n'est pas liée à une disposition héré- 
ditaire ou à une diathèse créée par la répétition d'influences extérieures, 
les urines, au dire de M. Lemonnier, peuvent être plus ou moins rouges, 
mais elles ne contiennent pas d'acide urique en excès, c'est-à-dire se dé- 
posant sous forme de sable au fond du vase de nuit. Parmi les malades 
de ce genre la guérison est la règle. Mais quand les malades accusent des 
antécédents héréditaires, ou des influences de refroidissement souvent 
renouvelé leurs urines déposent généralement, pour ne pas dire tou- 
jours, des petits cristaux d'acide urique, et la guérison en ce cas est beau- 
coup moins prompte et moins certaine. 

Pour M. Lemonnier la sciatique n'est cependant ni un rhumatisme ni 
une névralgie, c'est une forme pathologique particulière qui diffère de 
l'un et de l'autre, et à l'appui de cette manière de voir l'auteur ajoute 
qu'elle en diffère par le manque de métastase d'une part, et par la 
périodicité de l'autre. 



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WaAMéWE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 107 



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108 HIAIiHE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

il également vrai que ces eaux soient, sinon nuisibles, du moins com- 
plètement inefficaces dans tout autre genre de maladies qui réclame 
l'emploi des eaux sulfureuses, ainsi que le pensent bon nombre de pra- 
ticiens ? M. le docteur Picon affirme le contraire, et il appuie sa ma- 
nière de voir sur ce fait que Teau de Molitg, se comportant avec les 
réactifs à la façon de Teau de Baréges, de Saint-Sauveur, etc., doit être 
douée des mêmes attributions médicales, et se prêter, par conséquent, 
aux mêmes médications curatives. Et à cet égard M. Picon assure que 
depuis le début de son service, dans cette station thermale, jusqu a ce 
jour, il a vu s'accroître sensiblement le nombre des baigneurs atteints 
de rhumatismes chroniques, d'engorgements articulaires, d'ophthalmies 
scrofuleuses, de bronchites chroniques, de lésions de Tutérus, etc. Sur 
ce point de doctrine nous sommes tout à fait d'accord avec le docteur 
Picon, les eaux sulfureuses empruntant leur action curativeà un élé- 
ment commun, l'hydrogène sulfuré ou acide sulfhydrique, agent délé- 
tère par excellence, il est évident qu'à ce titre elles doivent avoir toutes 
une action identique, à Tinlensité près, puisque cette action est due à 
la toxicité que cet acide exerce sur les organismes vivants propres aux 
maladies spécifiques sur lesquelles les eaux sulfureuses ont une effi- 
cacité incontestable. 

Après avoir démontré l'utilité pratique des eaux de Molitg dans cer- 
tains cas de maladies diathésiques bien caractérisés, M. Picon termine 
sa notice par des considérations de prophylaxie et d'hygiène que nous 
allons reproduire : 

« La logique, dit-il, ne saurait se refuser d'admettre que leur inter- 
« vention ne sera pas moins efficace pour prévenir le développement de 
« ces affections morbides, quand elles ne sont encore qu'à leur période 
« d'incubation, quand elles existent à l'état latent et qu'elles ne révèlent 
« leur présence dans le sein de l'organisme que par un état de langueur 
« et de souffrance vague, par l'insomnie, l'inappétence et autres anoma- 
(i lies qui font dire aux patients, que, sans être malades, ils ne sont pas 
a en bonne santé. ^ 

1869. EAUX DE SAINT-HONORÉ LES BAINS (Nièvrc). 

M. le docteur Collin, médecin inspecteur des eaux de Saint-Honoré 



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MIAIiHE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 109 

les Bains, vous a adressé un rapport étudié et très-consciencieux sur 
cette station thermale. 

Après un court historique qui démontre que les eaux de Saint-Honoré 
étaient connues des Romains, qu'ils y construisaient des bains dans une 
des sources qui porte encore le nom de source des Romains, l'auteur 
arrive à l'année 1813 où le docteur Baccon, alors propriétaire des eaux, 
fit faire une analyse par Yauquelin; plus tard une autre analyse fut faite 
par le docteur Régnault, qui a laissé un opuscule intitulé : Observa-^ 
tions sur la nature et les heureux résultats des eaux de Saint-Honoré. 
Mais ce n'est qu'en 1851 que fut véritablement fondé l'établissement de 
Saint-Honoré, grâce aux libéralités de M. le marquis d'Espeuilles; une 
nouvelle analyse fut faite à cette époque par M. Ossian Henry, et les eaux 
de Saint-Honoré furent dès lors classées parmi les eaux sulfureuses- 
sodiques. 

Ces eaux sont d'autant plus remarquables qu'elles sont les seules eauï 
sulfureuses de cette nature dans le centre de la France, et qui aient sous 
le rapport de la température ou de la composition chimique quelque 
analogie avec les eaux sulfureuses des Pyrénées et, de plus, particulière- 
ment avec les Eaux-Bonnes. 

L'établissement de Saint-Honoré, d'après le docteur Collin, laisserait 
dans son aménagement peu de chose à désirer, surtout depuis l'installa* 
tion de deux salles, l'une de pulvérisation, l'autre d'inhalation, et enfin 
d'une piscine pouvant contenir 300 mètres cubes d'eau à la température 
de 28<» centigrades. — M. Collin regrette, avec juste raison, de n'avoir 
pas été consulté sur l'installation de la salle de pulvérisation, qui est éta- 
blie, selon lui, dans des conditions de défectuosité que l'on aurait pu 
écarter. Ainsi l'eau employée à la pulvérisation n'émerge pas directement 
des sources, ce qu'il eût été facile de faire, et ce qui entraîne une grande 
déperdition de sulfuration. 

11 n'en est pas de même delà salle d'inhalation proprement dite, ins-« 
tallée d'après les indications de M. Collin et qui parait remplir toutes les 
conditions désirables, tant sous le rapport de la température que sous 
celui de la sulfuration. Aussi en raison de cette affirmation paternelle, 
M. Collin a-t-il étudié d'une manière toute spéciale l'influence de cette 
atmosphère remplie de gaz sulfhydrique chez les individus atteints de 
maladies des voies repiratoires. 



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110 MIAUIE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EàUX MINÉRALES. 

Déjà dans un de ses précédents rapports l'inspecteur des eaux de 
Saint-Honoré avait analysé avec un grand soin les effets physiologiques 
que Ton remarque chez les individus soumis à Tinhalation, effets varia- 
bles suivant le temps de séjour dans la salle. 

C'estd'abord une action hyposihénisante sur la circulation, M. GoUin 
appelle cette période période de sédation ; puis après 15 ou 20 minutes, 
retour du pouls à son type normal^ c'est hpériode de retour ; enfin après 
un séjour plus prolongé, accélération progressive du pouls, signes de 
congestion vasculaire, c'est la période d'excitation. M. Collin insiste à 
juste titre sur ces différents effets de Tinhalation sulfureuse qu'il est essen- 
tiel au médecin de connaître pour se guider dans l'administration des 
eaux et garantir le malade du danger qu'il peut courir en dépassant les 
limites de l'ordonnance qui lui a été prescrite. 

Nous ferons remarquer qne sous ce rapport M. le docteur Collin est 
en parfaite communauté d'idées avec M. le docteur de Puisaye, inspec- 
teur d'Enghien, et avec M. le docteur Niepce, inspecteur d'Aile vard, qui 
tous deux ont signalé les mêmes résultats physiologiques et pra- 
tiques. 

M. le docteur Collin, comme les docteurs de Puisaye et Niepce, atta- 
che une très-grande importance à l'action de l'hydrogène sulfuré libre 
sur les muqueuses des voies respiratoires et sur la circulation, et c'est ce 
qui explique, selon eux, la rapidité d'action de la médication sulfureuse, 
d'abord sur l'économie en général et secondairement sur les organes qui 
en ressentent le plus spécialement Tinfluence. 

M. Collin s'est d'autant mieux rendu compte de cette influence de 
l'hydrogène sulfuré que, dans nombre de cas, il a employé comme uni-* 
que mode de traitement l'inhalation sulfureuse chez des malades atteints 
de maladies de l'appareil respiratoire, telles que bronchites, laryngites 
simples, asthme essentiel ou compliqué d'affections diathésiques telles 
que l'herpétisme, l'arthrilis, la goutte et la syphilis. 

11 n'est pas jusqu'à certaines maladies de la peau qu'il n'ait vu se 
modifier ou céder sous l'influence seule du milieu de la salle d'inhala- 
tion. 

M. Collin, à l'appui de sa manière de voir, cite des observations très- 
détaillées qui ne laissent aucun doute sur les résultats qu'il annonce. 

Mais si dans certains cas l'inhalation a été le seul moyen thérapeutique 



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MIAIiHK. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 111 



»x. 17 



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112 mjLlJBDB. — RAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MINÉRALES. 

Puisaye à la fin de son rapport sur les eaux d'Enghien, nous voyons 
qu'elles sont pour ainsi dire identiques. Il paraît donc acquis à la science 
que les eaux sulfureuses, dans les naaladies où elles sont le plus spéciale- 
ment indiquées, agissent avec d'autant plus d'efficacité qu'elles s'adres- 
sent à des indications d'une constitution lymphatique ou scrofuleuse. 

M. le docteur Collin termine enfin son très-intéressant rapport en con- 
seillant certaines précautions à prendre pour l'embouteillage, afin de 
faciliter l'expédition des eaux de Saint-Honoré et leur éviter le plus 
possible la désulfu ration. 

1868. EAUX DE SAiNT-SAUVBUR (Hautes-Pyrénécs). 

M. le docteur Charmasson de Puylaval, médecin inspecteur des eaux 
de Saint-Sauveur, qui a accoutumé l'Académie à des travaux spéciaux 
très-consciencieux, n'a envoyé en 1868 qu'un simple rapport réglemen- 
taire, non susceptible d'analyse; mais ce rapport est des plus considéra- 
bles : il ne contient pas moins de 170 observations offrant un véritable 
spécimen des affections de l'utérus et de ses annexes, des névropathies 
diverses, etc. 

1868. EAUX DE BONNES (Basses-Pyrénées). 

Pour clore dignement tout ce que nous avons à dire des eaux miné- 
rales sulfurées-sodiques^ nous aurions à vous entretenir du rapport de M. le 
docteur Pidoux sur les Eaux-Bonnes; rapport précédé de considérations 
de philosophie médicale du plus haut intérêt, la permutation des mala- 
dies chroniques, ayant pour titre : 

Conversion des maladies de Vichy en maladies d'EauxSonnes sous 
r influence de l'abus des eaux alcalines. 

Réciproquement : 

Production ou régénération des maladies de Vichy par les Eaux-Bonnes. 

Conséquence en pratique thermale; mais comme nous craindrions 
qu'une simple analyse ne pût donner qu'une idée fort incomplète de ce 
très-remarquable travail, nous croyons devoir réserver à notre savant 
collègue le soin de le mettre au jour et de le faire apprécier par ses con- 
frères comme il mérite de l'être. 



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s, — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 113 

jB. Eaux sulfurées'Calciques. 



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^14 WÊMAMàWœ. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

peut contenir 50 personnes avec toutes les conditions réclamées par 
Thygiène. 

Dans chacune de ces salles se trouve un appareil composé de plusieurs 
vasques superposés et dont le diamètre diminue de bas en haut. L'eau 
amenée de la source tombe sur le premier vasque, puis sur le second 
et ainsi de suite. Pendant ses chutes successives l'eau minérale laisse 
dégager tous ses gaz, c'est-è-dire l'acide sulfhydrique, l'acide carbo- 
nique et Tazote qui se mélangent avec l'air atmosphérique de la salle. 

C'est cette atmosphère sulfureuse que M. Niepce fait respirer d'a- 
bord pendant 10 minutes, 4 fois par jour, et progressivement pendant 
30 minutes aux malades atteints d'affections chroniques de la poitrine, 
jusqu'à ce que des symptômes particuliers lui indiquent la période de 
la saturation. M. Nié^ce a observé qu'à ce moment le gaz sulfuré déter- 
minerait une sorte d'intoxication dont une nouvelle dose troublerait 
gravement les fonctions de l'organisme. 

La nature des produits de l'expectoration, des sueurs et des urines 
provenant des malades soumis à l'action des eaux d'Âllevard fournit à 
M. Niepce l'occasion de remarques sur lesquelles nous ne nous appesanti- 
rons pas, parce que les modifications que ces liquides présentent ne nous 
paraissent pas différer de celles qu'on observe par l'emploi des autres 
eaux sulfureuses. 

1868. EAUX d'enghien (Seine-et-Oise). 

Des faits consignés dans le rapport de M. le docteur de Paisaye, méde- 
cin inspecteur des Eaux d'Enghien, il résulte : 

1** Que les eaux minérales d'Enghien conviennent dans les affections 
diathésiques, et notamment dans les diathèsesscrofuleuse, tuberculeuse, 
rhumatismale et herpétique ; dans la diatbèse syphilitique les eaux 
d'Enghien agissent sur l'économie et la constitution, soit que celle-ci 
ait été profondément lésée par la maladie elle-même, soit par les 
moyens employés pour la combattre. Quant aux symptômes proprement 
dits, les eaux sulfureuses ont sur eux une action analogue à celle 
qu'elles ont dans les autres dermatoses. 

L'habile inspecteur d'Enghien est de jour en jour plus couvain u 
que, dans la diatbèse tuberculeuse, la phthisie proprement dite, le trai- 



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MIAIiHE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 115 

tement thermal trouve mieux ses indications dans la période de ramol- 
lissement des tubercules plutôt que dans toute autre ; les résultats sont 



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U6 lHAIdBDB. — RAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MINÉRALES* 

1868. EAUX d'£UG£NIB-L£S-bains (Laodes). 

M. le docteur Arrat-Balous, médecin inspecteur d'Eugénie-les-Bains, a 
signalé dans ses précédents rapports l'avantage qu'il a retiré de ces eaux 
dans la pellagre. Dans celui qu'il a adressé à TAcadémie en 1866, il 
constatait déjà que cette maladie, qui était alors endémique dans le 
département des Landes, était en décroissance; enfin, dans celui de 
1868, M. Arrat-Balous ne rapporte plus que deux cas d'affection pella- 
greuse. Mais si cette maladie est à peu près complètement disparue, il 
semble qu'elle ait été remplacée par deux autres affections qui ont 
fourni à M. Arrat-Balous la plupart des observations relatées dans son 
rapport. 

En première ligne il faut noter 30 cas de névropathie, la plupart, dit 
M. Arrat-Balous, de nature hystérique entraînant soit des hypéresthésies, 
soit des anesthésies locales, et dont le point de départ serait, suivant 
l'inspecteur d'Eugénie-les-Bains, dans les organes génitaux. lia en effet 
constaté chez ses malades tantôt de la dysménorrhée, tantôt de la leu- 
corrhée, tantôt enfin des fatigues utérines, produites par des partûritions 
répétées. 

M. Arrat-Balous constate dans ces 30 observations que Tétat des 
malades a été considérablement amélioré tant parle traitement thermal 
que par une hygiène bien entendue. 

. A côté de ces névroses ce médecin signale un autre état pathologique 
dont il rapporte 8 observations, et qui est caractérisé par des œdèmes 
partiels soit de la face, soit des membres, avec la présence d'une quan- 
tité notable d'albumine dans les urines. 

En raison des deux états pathologiques qui ont fourni à M. Arrat- 
Balous les deux tiers de ses observations, il est permis de se demander 
si la fréquence de ces névroses, de ces albuminuries, ne serait pas 
due à des conditions hygiéniques particulières ou à la localité elle- 
même. 

M. Arrat-Balous, dans son Rapport de 1866, admet que la pellagre 
ne se développe point sous l'influence de telle ou telle alimentation, 
mais bien plutôt parle fait d'une alimentation insuffisante et spéciale- 
ment de la privation de vin. N'en pourrait-on pas conclure que, si la 



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WOAMJBR. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 117 

pellagre a disparu par suite de meilleures conditions hygiéniques, 
d'autres maladies moins graves évidemment que la pellagre lui ont 
succédé, d'autant mieux que, comme elles, certaines névroses et cer- 
taines variétés d'albuminurie reconnaissent aussi pour causes une dé- 
pression des forces vitales déterminée soit par un défaut de nutrition, 
soit par un vice d'assimilation ? Leurs déviations physiologiques observées 
par M. Arrat-Balous, et qu'il signale comme point de départ des 
maladies, ne seraient que la conséquence d'un état pathologique plus 
général. 11 faudrait donc, comme pour la pellagre, reconnaître comme 
cause une mauvaise hygiène, d'autant mieux que la clientèle qui fré- 
quente les eaux d'Eugénie-les-Bains est en grande partie composée de 
petits artisans des villes, de travailleurs des champs qui, plus que toute 
autre classe de la population, sont exposés aux privations. 

Quoi qu'il en soit, M. le docteur Arrat-Balous a tiré bon parti des eaux 
d'Eugénie-les-Bains, puisque ses malades ont été traités avec succès par 
les eaux de St-Loubouer et par celles du Bois. 

Les observations 'portant les numéros 31 et 39 sont relatives à des 
malades atteintes de phthisie et arrivées à la deuxième période : 
M. Arrat-Balous ne constate ici que des insuccès ; aussi rejette-t-il d'une 
manière complète l'usage des eaux de Ste-Eugénie dans cette maladie 
et à cette période. 

En6n l'auteur termine son rapport par 2 observations de pellagre 
où il constate que l'état des malades a été heureusement modifié ; ces 
deux faits, dit-il, viennent s'ajouter à ceux qu'il a déjà publiés, ce qui 
le fortifie de plus en plus dans l'opinion que les eaux d'Eugénie-les- 
Bains sont d'une efficacité reconnue dans le traitement des affections 
pellagreuses. 

1868. EAUX DE GAMARDB (Laudes). 

M. le docteur Batbedat, médecin inspecteur des eaux de Oamarde, ré-* 
compensé déjà plusieurs fois par l'Académie, a envoyé pour l'année 1 868 
un très-bon rapport comprenant 40 observations rédigées avec soin. 

M. Batbedat conclut de ces observations que ces eaux minérales sont 
efficaces contre certaines affections chroniques du tube digestif : gas- 
trites et gastralgies ; contre certaines affections chroniques des voies res- 



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H 8 MIJXHE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

piraloires : bronchites; et enfin qu'elles sont très-favorables aux per- 
sonnes atteintes de fièvres intermittentes. Toutefois, M. Batbedat 
s'empresse d'ajouter qu'à l'égard des affections chroniques des voies 
digestives et des voies respiratoires l'eau de Gamarde n'est réellement 
efficace que lorsque ces affections sont simples, sans dégénérescences 
organiques; mais il est plus explicite au sujet des fièvres intermittentes : 
<K Tous les baigneurs, dit-il, atteints de fièvres intermittentes ont retiré 
de bons résultats du traitement thermal ; ceux dont l'affection n'était pas 
de date trop ancienne et qui n'étaient pas sous l'inQuence d'une infection 
paludéenne ont le plus souvent quitté les eaux entièrement guéris ; chez 
ceux au contraire qui portaient un engorgement splénique considérable, 
qui étaient atteints de cachexie et d'anémie, la guérison ne se produisait 
que quelque temps après le retour des eaux. » 

Le docteur Batbedat est d'accord avecM. Lemonnier,des Eaux-Chaudes, 
sur l'action curative des eaux sulfurées dans les rhumatismes articulaires 
aigus; il assure que, durant la saison de 1868, en général, tous les bai- 
gneurs qui en étaient atteints éprouvèrent du soulagement à la suite du 
traitement thermal, et que plusieurs quittèrent l'établissement en- 
tièrement guéris. Mais il est permis de se demander s'il est logiquement 
possible d'attribuer la guérison uniquement à l'action de l'eau sulfureuse, 
puisque l'auteur a constaté « que l'action thermale se faisait sentir 
d'une manière d'autant plus prompte que l'éréthisme avait été abattu 
par des émissions sanguines suffisantes» , et que, de plus, dans toutes les 
observations inscrites dans le rapport de M. Batbedat l'action de l'eau 
minérale a toujours été secondée par l'emploi des révulsifs les plus puis^ 
sants... 

1868 ET 1869. EAUX de gréoulx (Basses-Alpes). 

M. le docteur Jaubert, inspecteur des eaux de Greoulx, a adressé pour 
les années 1868 et 1869 deux rapports comprenant ensemble 276 obser- 
vations se rapportant surtout à des affections rhumatismales, des voies 
respiratoires et de la peau, qui forment le cortège ordinaire des maladies 
que l'on traite à Gréoulx. 

Toutes ces observations, très-consciencieusement développées, sont 
intéressantes sans doute, mais elles n'ajoutent rien à ce que la science 
possède déjà sur ces affections. 



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WÊMAMéWR. — RAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MINÉRALES. 119 

C. Eaux chlorurées. 



XXX. 18 



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120 SHAUBOB. ~ EAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MINÉRALES. 

1868 ET 1869. EAUX de balakug-les -bains (Hérault). ] 

Le rapport adressé par M. le docteur Crouzet, médecin inspecteur 
des eaux de Balaruc, pour l'année 1868, est sans contredit l'un des plus 
considérables et des plus intéressants qui aient été soumis au jugement 
de TÂcadémie. 

Dans ce rapport, qui ne renferme pas moins de 126 pages, M. le 
docteur Grouzet donne tout d'abord la description d'une source nouvelle 
ou communale j dont l'exploitadon provisoire a été autorisée par le Mi- 
nistre du commerce en juin 1869. — L'analyse de cette source a été 
faite par le professeur Ghancel, doyen de la faculté des sciences de Mont- 
pellier, elle démontre que cette source est tout à fait identique avec l'an- 
cienne, et les recherches analytiques faites à l'Académie ont conduit au 
même résultat. 

M. le docteur Grouzet rapporte 44 observations médicales particulières, 
presque toutes très-détaillées et suivies de commentaires. Toutes ces 
observations portent le cachet de l'exactitude et sont empreintes d'un 
sens clinique peu commun. 

M. le docteur Grouzet apprécie ensuite le programme officiel des ques- 
tions adressées aux médecins inspecteurs et les cadres destinés à rece- 
voir leurs rapports annuels; d'accord en ce point avec notre savant 
collègue Devergie, il insiste vivement sur l'insuffisance et l'imperfection 
de ce programme et de ces cadres, et il fournit des indications pro- 
pres à remplir celte regrettable lacune. G'est ainsi qu'au tableau ré- 
capitulatif unique, Thabile inspecteur de Balaruc a ajouté 12 autres 
tableaux; les 8 premiers font connaître les résultats thérapeutiques 
obtenus pendant la saison, les autres donnent l'exposé des accidents, 
troubles et effets anormaux constatés en 1868. 

M. Grouzet déduit ensuite des faits particuliers qu'il a observés des 
corollaires spéciaux ou généraux, du plus haut intérêt pratique. Gorol- 
laires ayant rapport : 

A l'état de la boisson minérale, soit chaude à la buvette, soit refroidie ; 

A Faction spéciale des eaux de Balaruc sur l'encéphale; 

Au mécanisme suivant lequel beaucoup de paralytiques ont été sou- 
lagés; 



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— RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 121 

A la manière dont les très-jeunes enfants supportent les eaux de 
Balaruc; 

A la tolérance de ces mêmes malades dans les maladies cérébrales 
très-récentes, pourvu que les symptômes aigus aient disparu ; 

Au relevé de 22 affections paralytiques avec complication d'une ma-^ 
ladie du cœur ou des palpitations, etc.; 

Au choix delà saison la plus favorable au succès des eaux de Balaruc^ 
avec aperçu d'une topographie médicale de la station minérale ; 

Au vice d'installation balnéaire ; 

Au danger d'un usage excessif ou inintelligent des eaux de Balaruc; 

Et enfin aux cas exceptionnels d'intolérance. 

Le rapport de M. le docteur Crouzet pour l'année 1869, est, comme 
le précédent, aussi complet que possible ; il se compose de 98 pages et 
de 9 tableaux récapitulatifs. 

Des faits et remarques contenus dans les 40 observations qui font le 
principal objet de ce rapport, M. Crouzet se croit en droit de conclure : 

« l"" Que les baigneurs atteints de maladies des centres nerveux, 
d'affections paralytiques le plus souvent avec et quelquefois sans lésions 
évidentes de ces centres constituent une très-grande majorité aux eaux 
de la source ancienne et de la source privée de Balaruc-les-Bains. Sur 
181 malades non hospitalisés, traités en 1869 par ces eaux, 160 pré- 
sentaient des affections des centres nerveux, des paralysies, des atro- 
phies, tandis que 21 seulement arrivaient à ces thermes pour des mala- 
dies autres de natures diverses, classées en six catégories différentes; 

« 2^ Que les eaux de Balaruc jouissent d'une action spéciale sur 
l'encéphale : elles en combattent souvent avec un rapide succès les 
états coDgestifs, pourvu que Ton n'ait pas affaire à des symptômes 
cérébraux aigus, à l'état d'acuité d'une période ascendante du mal ; 

<c 3^ Que certaines maladies chroniques des centres nerveux survenues, 
aggravées sous l'influence d'une diathèse strumeuse et de causes débi- 
litantes sont indirectement combattues au moyen de ces mêmes eaux, 
qui possèdent une action toni-résolutive très-favorable dans la plupart 
des cas de scrofules et de débilité diverses; 

« 4^ Que, considérées dans leur action directe, immédiate, les eaux 
de Balaruc sont bien moins un antiparalytique, qu'un antiplastique. 
^ Si la plupart des paralytiques se trouvent soulagés par les eaux de 



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122 MIAIiim. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

Balaruc, c'est bieu un peu directement par Tactioa tonique de cet agent 
sur Tensemble de l'organisme, mais surtout indirectement par leur 
action spéciale décongestive et tonique sur le système nerveux ; 

« 5* Que dans ces dernières années, divers médecins ont envoyé à 
Balaruc, sous une appellation unique : ataxie locomotrice, des malades 
atteints d'états morbides très -différents; tantôt d'une lésion des centres 
nerveux, tantôt d'une paralysie, tantôt enfin d'une paraplégie. » 

En 1869, M. le docteur Crouzet a constaté, comme les années pré- 
cédentes, que les eaux de Balaruc, administrées avec intelligence et 
modération, sont généralement très-bien supportées par les enfants les 
plus jeunes, dans la plupart des cas d'apoplexies récentes, dans certain 
nés maladies du cœur, dans diverses paralysies avec phénomènes con- 
vulsifs et enfin pendant un temps très-prolongé en boisson à doses 
purgatives, 

M. Crouzet a remarqué, au contraire, que ces eaux ont été mal sup- 
portées par les baigneurs atteints de maladies des centres nerveux pen- 
dant la période ascendante du mal avec symptômes d'acuité, et aussi 
pendant la saison des plus fortes chaleurs. 

M. Crouzet a constaté, en outre, chez certains malades affligés par 
une extrême irritabilité des voies urinaires, Tinfluence fâcheuse de ces 
eaux sur la vessie, surtout chez les buveurs avancés en âge et alors que 
la boisson minérale était prise à doses trop élevées. 

Tel est le résumé succinct du second rapport de M. le docteur Crouzet, 
rapport qui couronne la liste de ceux que l'habile inspecteur des eaux 
de Balaruc présente annuellement à l'Académie et qui lui ont mérité 
les récompenses les plus flatteuses et notamment plusieurs médailles 
d'argent. 

1868 ET 1869. BOURBONNE LES-BAiiKS (Haute-Marae). 

M. le docteur de Finance, médecin principal, chef de service à l'hô- 
pital militaire de Bourbonne, a joint à son rapport annuel un second 
rapport d'ensemble sur le service médical de 1868; véritable mémoire 
scientifique faisant pendant à celui de 1867 qui lui a mérité la plus 
haute approbation de l'Académie. 

L'auteur, en se basant sur l'énoncé du tableau récapitulatif qui figure 



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MIAUDE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 123 

dans ce mémoire, tableau où se trouvent relatées toutes les maladies qui 
ont été traitées avec succès à Bourbonne pendant la saison, place au 
premier rang les rhumatismes articulaires, les entorses, les lumbagos, 



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124 MIAIiinS. '-^ RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

« Une affection interne concomittante diminue beaucoup les chances 
favorables du traitement thermal ; 

f^ Souvent les maladies les plus heureusement amendées par les eaux 
de Bourbonne deviennent complètement réfractaires à leur action 
quand elles passent à Tétat chronique (lumbago); 

« Les conditions atmosphériques et météorologiques influent puis- 
samment sur le résultat du traitement thermal; 

« On ne peut conclure des résultais immédiats aux résultats consé* 
cutifs ; 

« Les améliorations graduelles sont plus durables que les améliora- 
tions instantanées; 

« Les effets physiologiques des eaux peuvent être nuls, sans qu'on 
puisse eu conclure que les effets thérapeutiques le seront aussi; 

« La poussée thermale, Tavivement des douleurs au début ne peu- 
vent en rien faire préjuger le résultat définitif du traitement. » 

Au point de vue des indications et des contre-indications des eaux de 
Bourbonne, les propositions formulées par M. le docteur de Finance 
sontde tous points dignes de fixer Fatteation des praticiens. 

4868. EAUX d'hammaii-meskoutin (Algérie). 

M. le docteur Hamel, médecin en chef de Thôpital thermal mililaire 
d'Hammam-Meskoutin, a envoyé à l'Académie un rapport contenant la 
relation de 162 observations comprenant le diagnostic, la marche, le 
traitement des maladies et l'effet consécutif du traitement, toutes les 
fois qu'il a été possible de le connaître. 

M. le docteur Hamel est dans les meilleures conditions pour marcher 
sur les traces de son prédécesseur, M. le docteur Raoult Deslongchamps, 
dont les recherches cliniques ont été, à juste titre, appréciées par l'Aca- 
démie. M. Hamel a, en effet, publié il y a déjà longtemps, en 1858, 
uu travail étendu sur les eaux d'Hammam-Meskoutin où tout ce qui a 
rapport à cette question se trouve envisagé sous ces différents aspects : 
historique, topographie, géologie, légendes, propriétés physiques. 
Composition chimique, effets physiologiques et action thérapeutique des 
eaux; tout a été passé en revue dans autant de chapitres distincts qui ont 
servi de base aux travaux postérieurs. 



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mAIiHE. *— RAPPORT QÉNÉRÀL DES EAUX MINÉRALES. 12S 

Outre son rapport général,M. Hamel a adressé à rAcadémie un second 
rapport sur le service médical de l'hôpital thermal d'Hammam-Meskou^ 
tin pour la saison de 1868. 

Après avoir donné quelques détails sur le service hospitalier, sur la 
climatologie et la nature des sources, l'auteur décrit minutieusement 
l'état sanitaire de la contrée et confirme pleinement Topinion de tous 
les médecins qui Font précédé ; aussi n'hésite-t-il pas à se ranger à Tavis 
de M. le docteur RaoultDeslongchamps qui, dans son rapport de 1865, 
déclarait que la saison d'automne serait pleine de dangers et doit être 
supprimée. On a proposé, il est vrai, quelques moyens pour assainir le 
pays, mais M. Hamel doute qu'ils atteignent complètement le but, parce 
que la cause fébrigène n'est peut-être pas oix nous croyons qu'elle 
réside, et qu'elle dépend très-probablement d'un ensemble de conditions 
telluriques et atmosphériques qu'il n'est pas en notre pouvoir de modi- 
fier. L'expédient le plus rationnel, dit M. Hamel, est de fermer l'établis- 
sement. Notre Commission ne peut que faire des vœux pour qu'une telle 
manière de voir soit prise en sérieuse considération par les autorités 
supérieures. 

L'auteur s'occupe ensuite, d'une manière générale, des effets physio- 
logiques et de l'action thérapeutique des eaux prises en boissons, en 
bains et en douches, et il résume les résultats qu'il a obtenus dans un 
tableau synoptique des mieux ordonnancés. 

Puis M. le docteur Hamel décrit sommairement l'action particulière 
de l'eau sur toutes les maladies traitées par lui pendant toute la saison 
thermale, et dans un tableau récapitulatif il en fait connaître les effets, 
consécutifs jusqu'au 1^' mars 1869. Puis enfin, il termine son rapport 
par les conclusions suivantes : 

« De tous les résultats connus, primitifs ou consécutifs, nous pouvons 
conclure que les eaux ont été utiles : 

« Dans le rhumatisme articulaire chronique, le rhumatisme muscu- 
laire chronique, la sciatique, les suites de fracture, l'arthrite chronique, 
les ulcérations de la peau simples ou spécifiques, certaines affections 
cutanées, quelques états généraux diathésiques ; 

« Leur utilité nous a paru douteuse ou contestable : dans l'hémiplé- 
gie, la paraplégie, l'ataxie locomotrice. » 



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i26 BHiUiHE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

Le rapport de M. le docteur Hamel est fait ayec beaucoup de soin, il 
est de tous points digne d'attention. 

1869. EAUX DE LA MOTTE (Isèrc). 

L'établissement thermal de La Motte a reçu, en 1869 d'après le rap- 
port de M. le docteur Gubian, médecin inspecteur, 464 malades sur 85 
desquels l'auteur donne des renseignements précis. Dans ce nombre 
M. Gubian inscrit 254 affections rhumatismales de toute nature, 64 affec- 
tions des centres nerveux, 58 cas d'affections scrofuleuses, 39 cas de 
maladies utérines et 49 cas d'affections diverses. 

Les sources de La Motte sont très-abondantes et elles appartiennent 
à la classe des eaux chlorurées-sodiques; d'après des expériences per- 
sonnelles de M. Gubian, ces eaux contiendraient des quantités très-sen- 
sibles d'iode et d'arsénite de fer. 



1868. EAUX DE NiEDERBROON (Bas-Rhin). 

Le rapport de M. le docteur Grimaud sur le service de l'établisse- 
ment thermal de Niederbroon pendant l'année 1868, devient particuliè- 
rement intéressant depuis les malheurs de notre pays, puisque cette 
station hydro-minérale se trouve comprise dans la partie du territoire 
que la France a été forcée de céder. 

Le rapport de M. Grimaud se compose d'abord de détails particuliers 
très-succincts sur l'historique, la situation et la composition chimique 
des sources, mais son travail acquiert une importance réelle lorsqu'il 
s'occupe de l'emploi et de l'action tant interne qu'externe des eaux. 

M. le docteur Grimaud rattache avec beaucoup de raison les propriétés 
chimiques, physiologiques et thérapeutiques de l'eau chlorurée-sodique 
de Niederbroon à celle de Châtelguyon (Puy-de-Dôme) : l'une et l'autre, 
en effet, assez voisines par leur composition chimique, administrées à la 
dose de quelques verres seulement, sont franchement laxatives, et elles 
deviennent ensuite purgatives lorsque l'usage en est un peu prolongé; 
aussi la constipation ou la paresse habituelle des fonctions digestives, 
l'état muqueux ou saburral des premières voies, en un mot la dérivation 



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— RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉftALES. 127 

sur le tube digestif trouvent-ils dans l'eau saline de Niederbroon un 
agent précieux de médication. 

Quant à Tadministration externe de l'eau, M. Grimaud la considère 
seulement comme adjuvante de la médication interne; mais, quoique le 
traitement laxatif doive être placé sur le premier plan, il est impossible, 
dit-il, de ne pas accorder une grande importance aux bains et aux 
douches qui, agissant d'une manière active sur le tégument externe, 
provoquent des actions réflexes d'une utilité incontestable dans la 
plupart des maladies gastro-intestinales qui sont du ressort des eaux de 
Niederbroon. 

Le rapport de M. le docteur Grimaud est plutôt un exposé général de 
la sphère d'application des eaux de Niederbroon qu*un relevé d'observa- 
tions proprement dites; néanmoins votre commission le considère 
comme un travail très-digne d'attirer l'attention de l'Académie. 

1868. BAUX DE PRÉGHAGQ (Landes). 

Outre son rapport sur les eaux de Gamarde, qui sont des eaux sulfu- 
rées-calciques, et dont nous avons déjà rendu compte, M. le docteur Bat- 
bedat a fait parvenir à l'Académie un second rapport sur les eaux de 
Préchacq, qui sont des eaux sulfatées-calciques, également soumises à 
son inspectorat. 

Ce rapport contient 45 observations très-détaillées qui corroborent les 
conclusions des précédents rapports de l'auteur, à savoir : que les eaux 
minérales de Préchacq jouissent d'une grande efficacité contre un bon 
nombre de maladies et spécialement les affections rhumatismales sous 
diverses formes, les névralgies sciatiques, la gastrite et la gastralgie chro^ 
niques, les affections articulaires consécutives aux entorses, luxations, 
foulures, etc. 

1869. EAUX D'uRueB (Isère)« 

Sous le titre de : « Z> lymphatisme étudié spécialement à la période 

d imminence et à lapériode d action^ hygiènepréventive et traitement curatif 

par les eaux dUriage. » M, le docteur Doyon, médecin inspecteur de cet 

établissement, a envoyé à l'Académie un mtooire étendu, savant et cons- 

XXX. 19 



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128 MIATiHE, — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

ciencieux, rempli de remarques judicieuses sur le début, révolution, les 
manifestations de la scrofule et les modifications que peut apporter dans 
les accidents déclarés l'usage d'eaux minérales appropriées. — L'apteur 
insiste surtout sur l'emploi de ces mêmes eaux à l'origine de la maladie, 
alors qu'elle n'a pas encore apparu, qu'elle est pour ainsi dire à l'état 
de germe et que la diathèse ne laisse soupçonner son existence que par 
cet état qui précède son explosion ; état qui à la rigueur est encore la 
santé avec des apparences spéciales qui n'échappent pas au regard atten- 
tif du médecin et qui font de l'organisme un terrain tout préparé pour 
le développement ultérieur de la diathèse. 

Cet état que M. Doyon place entre le tempérament lymphatique et la 
scrofule confirmée et qu'il décrit minutieusement sous le nom de lym- 
phaiisme^ dont les symptômes légers sont souvent une blépharite peu iu- 
tense, un coryza, une otite, une vul vite passagère. Après cette période du 
lymphatisme se montrent plus ou moins rapidement, dans un temps plus 
ou moins éloigné, les accidents de la maladie scrofuleuse, écrouelles, 
dermatoses, tumeurs blanches^ manifestations de la diathèse strumeuse 
confirmée; à moins que par une hygiène bien entendue, un régime ap- 
proprié, une médication opportune, on puisse modifier la prédisposition 
morbide et arrêter au début l'évolution de la diathèse. 

Dans tous les temps les philosophes et les médecins ont tracé des 
règles de conduite et d'hygiène pour l'éducation physique des enfants, 
et si pour les organisations robustes et vigoureuses il est préférable de 
chercher aies aguerrir, à les endurcir contre les vicissitudes atmosphé- 
riques, il est évident aussi qu'on ne peut suivre les mêmes préceptes 
hygiéniques à l'égard des enfants faibles provenant de parents entachés 
de vices dialhésiques, sans s'exposer à de cruelles déceptions. 

Dans ces cas il est au moins utile de procéder par degrés et d'afifermir 
la constitution de l'enfant en amandant ou faisant disparaître les sym- 
ptômes inquiétants qui se traduisent parle lymphatisme. 

Une expérience de douze années confirme l'habile praticien d'Uriage 
dans cette opinion qu'on peut atteindre ce but par l'usage des eaux chlo- 
rurées-sodiques, des bains de mer, de l'hydrothérapie et des eaux sulfu- 
reuses. 

Les eaux d'Uriage qui par leur composition niixte appartiennent à la 
classe des eaux chlorurées-sodiques et à celle des eaux sulfureuses sont 



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— RAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MINÉRALES. 129 

pour lui dans ce cas de la plus grande efficacité et leur emploi est in- 
diqué toutes les fois qu'il s'agit de reformer un état général ; de repren- 
dre en quelque sorte par la base une santé héréditairement viciée ou pro- 
fondément débilitée. 

Le résultat thérapeutique effectivement réalisé par les eaux d'Uriage est 
matériellement une stimulation de la peau, dynamiquement une augmen- 
tation des forces, aussi M. Doyon trouve-t-il leur opportunité non-seule- 
ment dans cette période de symptômes généraux dont l'ensemble cons- 
titue le lymphatisme et qui précède l'apparition des premiers accidents 
de la scrofule confirmée; mais aussi, lorsque la diathèse proprement dite 
a fait explosion et se manifeste par des lésions spéciales et profondes du 
côté des ganglions, de la peau, des articulations et des os. 

C'est dans ce même ordre d'idées qu'il préconise l'emploi des eaux 
chlorurées-sodiques sulfureuses comme reconstituantes et modificatrices 
de l'économie, du lymphatisme, chez les enfants prédisposés à la phthisie 
pulmonaire, prédisposition héréditaire dont on pourra, dit-il, éloigner 
ou même indéfiniment retarder l'échéance. 

Toutefois, il faut que la prédisposition seule existe et que la tubercu- 
lisation n'ait pas franchi la période d'imminence ; car au delà il n'y a 
que contre-indication formelle. 

Mais autant il parait y avoir d'inconvénient à soumettre au traitement 
balnéaire par les eaux chorurées-sodiques sulfureuses la phthisie en voie 
d'évolution, autant il y a lieu d'espérer les meilleurs résultats comme 
agent prophylactique tant que l'affection ne s'annonce que sous les de- 
hors généraux du lymphatisme. 

D. Eaux bicarbonatées-sodiques^ 

Les rapports qui traitent des eaux bicarbonalées-sodiques sont au 
nombre de quatre : 

Vali Rapport de M. Ghabannes. 

Yichy • — de M. BarrudeL 

Vichy — de M. RockeL 

Yichiy — de M.Dubois. 

i867* EAUX DE VALZ (Ardècbe). 
M. le docteur Ghabannes, médecin-inspecteur des eaux de Valz, que 



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130 MIAUDDE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES* 

TOUS avez à diverses époques honoré de plusieurs médailles, a présenté 
pour Tannée 1867, outre un rapport très-étendu et très-riche de détails re- 
latifs à cet établissement, et aux nouvelles sources dont il s'est enrichi dans 
ces derniers temps un ensemble de corollaires déduits des faits particu- 
liers contenus dans son travail réglementaire; ces corollaires tendent à 
préciser l'application des eaux de Yalz dans le plus grand nombre des 
maladies qui sont habituellement traitées par les eaux bicarbonatées- 
sodiques, telles que celles de Vichy, et notamment dans la dyspepsie, 
état morbide que M. le docteur Ghabannes considère, et avec juste raison, 
comme étant peut-être de toutes les maladies de Thomme celle en 
laquelle se transforment le plus communément une multitude d'autres 
affections. 

1868 ET 1869. EAU DE viGHT (Allier). 

M. le docteur Barudel, médecin en chef de l'hôpital militaire de Vi- 
chy, a joint à son rapport réglementaire pendant les saisons thermales 
de 1868 et 1869, un très-intéressant mémoire relatif à des observations 
cliniques sur les principales maladies que Ton traite habituellement 
dans cette station thermale, telles que la dyspepsie, les maladies du foie, 
les affections graveleuses, etc. Ces observations sont précédées de con- 
sidérations générales basées sur les recherches chimiques, physiolo- 
giques et pathologiques les plus récentes, relatives à l'étiologie de ces 
affections. 

L'état récapitulatif des maladies traitées à Vichy par le docteur Barudel 
l'a conduit à poser en principe que la plupart de ces affections, quoi- 
que notées sous des dénominations simples, telles que celles de gas- 
tralgie, dyspepsie^ goutte, sont liées à un état général constitutionnel, 
préexistant ou compliqué d'affections graves, causées par des prédispo- 
sitions organiques héréditaires ou par des altérations profondes de la 
nutrition. 

Partant de ce principe, M. Barudel conclut que cette complexité exis- 
tant chez la plupart des malades est produite : 

10 Par une disposition spéciale de l'organisme en vertu de laquelle plu- 
sieurs organes, ou plusieurs points de l'économie sont à la fois ou suc^ 
cessivement le siège d'affections spontanées dans leur développement et 



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mAun;. — rapport général des eaux minérales. 131 

identiques dans leur nature, lors même qu'ils se présentent sous des 
formes diverses. Ce sont les causes diathésiques; 

2* Par l'altération profonde souvent de la nutrition de l'organisme, par 
suite de lésions qui compromettent la texture des principaux organes, et 
la composition hislologique du sang. Ce sont les causes cachectiques. 

Les premières de ces causes, dit M. Barudel, s'attaquent donc primi- 
tivement à l'ensemble de l'organisme, et les secondes, provenant de con- 
ditions pathologiques diversifiées, reflètent les dernières phases de cha- 
cune des maladies dont l'état cachectique dérive. 

Nulle part, dit l'auteur, plus qu'à Vichy, il est nécessaire de tenir 
compte des diathèses et des cachexies. M. Barudel admet avec les noso* 
logistes modernes et notamment avec nos deux savants collègues Pidoux 
et Sée, que les maladies diathésiques se traduisent par une profonde 
imprégnation de l'économie tout entière, imprégnation telle que la 
cause morbide semble désormais identifiée avec l'individu, l'accom- 
pagne jusqu'à sa mort, et bien plus, lui survit dans sa postérité; c'est ce 
que l'on rencontre surtout parmi les maladies qui réclament un traite^ 
ment thermal : la connaissance de cette dernière proposition revient de 
droit à M. Pidoux. 

Quant à l'action physiologique de Vichy, M. Barudel admet, avec les 
physiologistes modernes, que les alcalins sont indispensables à la pro- 
duction des phénomènes d'endosmose, de combustion, de digestion et de 
sécrétion ; qu'ils sont aussi nécessaires à l'accomplissement de certaines 
fonctions que l'oxygène est nécessaire à la respiration, etc. Que la juste 
proportion des alcalins dans le sang donne à ce liquide la propriété de 
brûler différents éléments qui y sont contenus ; que c'est probablement 
en donnant au sang une composition qui favonse l'oxygénation qu'agis- 
sent les alcalins, que l'on considère comme des agents respiratoires. 
Ainsi, dit-il, l'exagération des combustions sous leur influence est incon- 
testable chez l'individu atteint de gravelle urique; sous leur influence, 
l'acide au bout de quelques jours diminue et l'urée augmente en quan- 
tité; sous leur influence l'obèse voit fondre son tissu adipeux, le dia- 
bétique constate la diminution du sucre dans les urines. 

Toutes ces assertions sont parfaitement exactes, et nous sommes heu- 
reux de pouvoir y donner notre complet assentiment; mais il ne saurait 
en être de même de l'assertion suivante : 



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132 MtAJLWDR, — RAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MINÉRALES. 

«L'expérience de la première année, dit M. Barudel, nous a démon- 
(( tré que, si Ton exagère le traitement alcalin, l'intensité des combus- 
« tiens se porte sur tout l'ensemble de l'économie et se traduit par cette 
(( altération des solides et des liquides qui a reçu le nom de cachexie 
« alcaline. » Gomme on le voit, M. Barudel annonce avoir été appelé 
à constater dès la première année cette exagération de combustion 
▼itale, sous l'influence des alcalins, h laquelle notre illustre collègue 
Trousseau a donné le nom de cachexie alcaline ; or depuis plus de vingt 
ans que nous nous occupons de l'action des alcalins sur l'organisme, il 
ne nous a pas été donné de constater un seul cas bien avéré de cachexie 
alcaline, et M. Durand-Fardel, qui depuis longues années occupe à 
Vichy une haute position médicale, ne l'a pas fait plus que nous. Nous 
sommes loin de nier l'action comburante des alcalins sur l'organisme, 
nul plus que nous, peut-être, n'a cherché à en faire apprécier l'action 
puissante, mais cette action a ses limites et nous craignons que dans 
son appréciation M. Barudel ne se soit laissé influencer, à son insu, par 
l'opinion de Trousseau. A nos yeux la cachexie alcaline est un fait 
extraordinairement rare. Nous croyons donc devoir engager M. Barudel 
à se livrer à de nouvelles recherches à ce sujet et à consulter au préala- 
ble : 1^ un article que nous avons inséré dans V Union médicale en 1847 ; 
T une dissertation de M. Durand-Fardel publiée dans le Bulletin de la 
société et hydrologie médicale de Paris, année 1 867 et 3^ un petit travail con- 
signé par nous dans le même bulletin et à la même époque. Il y verra 
que la cachexie alcaline doit être forcément un fait exceptionnel, l'écono- 
mie ne pouvant s'alcaliniser que dans une faible mesure par suite des 
phénomènes endosmotiques auxquels l'ingestion dans les voies digestives 
d'une solution alcaline concentrée donne naissance. 

L'intolérance des eaux minérales de Vichy, dit M. Barudel, nous a 
toujours paru se manifester dans des cas morbides graves, dans les ma- 
ladies de la vessie, le diabète et la goutte. Nous ne croyons cette propo- 
sition acceptable, qu'en ce qui touche certaines affections de la vessie et 
nullement pour la goutte et pour le diabète : dans ces deux maladies les 
eaux de Vichy sont le plus ordinairement tolérées avec une merveilleuse 
facilité. Nous en appelons donc encore ici à de nouvelles observations. 

Dans une diteertation sur la gravellephospkatique, qui termine le tra- 
vail de M. Barudel, cet habile praticien arrive à cette conclusion : 



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;. ~ RAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MINÉRALES. 133 

« Que la gravelle phosphatique n'est pas comme la gravelle urique 
« une diathèse, qu'elle a une cause locale dans l'état des organes génito- 
« urinaires et qu'elle mérite le nom de gravelle catharrhale. » 

Cette proposition thérapeutique, à l'émission de laquelle nous ne 
sommes peut-être pas étranger, n'est cependant pas exacte, il y a certai- 
nement deux sortes de gravelles phosphatiques parfaitement distinctes : 
l'une est une gravelle contenant, outre les phosphates terreux, existant 
normalement dans l'urine, une certaine quantité d'ammoniaque, c'est la 
gravelle phosphatique ammoniacale : gravelle catarrhale des auteurs; 
l'autre est une gravelle uniquement constituée par des phosphates ter- 
reux, c'est-à-dire par des phosphates de chaux et de magnésie. 

La gravelle phosphatique non ammoniacale est le plus souvent, pour 
ne pas dire toujours, une affection générale reconnaissant pour cause 
une lésion quelconque du système nerveux qui préside aux fonctions 
chimiques s'accomplissant dans les glandes rénales pendant l'excrétion 
de l'urine. Le rein, dans cette variété de gravelle, a perdu ^e% propriétés 
acidifiantes pour employer la saisissante expression du docteur Prout, 
qui, le premier, a signalé ce genre d'affection graveleuse. 

La gravelle phosphatique ammoniacale est admise par la généralité 
des praticiens ; l'existence de la gravelle phosphatique simple, c'est-à 
dire non ammoniacale, est niée ou du moins mise en doute, surtout en 
France, par la majorité des chirurgiens qui s'occupent des maladies des 
voies urinaires. Nous pensons que si ces deux espèces de gravelle ne 
sont pas également connues des thérapeutistes, c'est qu'elles sontloin de 
produire les mêmes désordres pathologiques. 

La gravelle phosphatique ammoniacale donne très-fréquemment 
naissance à des graviers et même à des calculs; ce qui n'arrive presque 
jamais avec l'autre gravelle. L'explication de ce phénomène est facile à 
donner : dans la gravelle ammoniacale l'ammoniaque, qui est la cause de 
la précipitation des phosphates terreux, est également la cause de la pro^ 
ductiond'un mucus vésical,w2^^nm>, très-propreà favoriser l'agglomé* 
ration des sels phosphatiques insolubles et à servir de ciment aux calculs. 
Tandis que dans la gravelle phosphatique non ammoniacale, la vessie en 
donnant lieu à aucune sécrétion muqueuse, les phosphates précipités 
dans et organe ne trouvent aucun obstacle à leur complète évacuation 



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134 MIJJLHE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

par les urines, ce qui fait que les personnes qui sont atteintes de ce 
genre de gravelle ne s'en préoccupent ordinairement pas. 

1869. EAmc DE YiCHT (Allier). 

Nous avons reçu de M. Gustave Rôckel, médecin aide-major au 41^ 
de ligne, un mémoire intitulé : Études sur les indications des différentes 
sources de Vichy. C'est un bon résumé dont l'auteur parait avoir mis 
à profit des observations faites par lui-même à Vichy, mais surtout les 
ouvrages dus aux auteurs les plus autorisés qui ont écrit sur la matière, 
aussi n'avons*>nous rien à vous signaler de bien original dans ce travail, 
où nous aurions voulu voir citer au moins quelques-unes des sources 
où son auteur a puisé. 

Il s*y trouve cependant quelques assertions qui demandent à être 
relevées. Ainsi M. Rôckel dit que la source de Lardy peut déterminer 
des accidents, qu'il attribue à l'arsenic contenu dans Feau de cette 
source. Nous ne connaissons aucun fait qui justifie cette assertion, et 
l'auteur n'en cite pas davantage. 

M. Rôckel parle encore du coupage de l'eau de Vichy, prise en 
boisson, au moyen de l'eau douce, comme usitée dans le traitement 
de la gravelle et dans plusieurs autres cas, et préconise une telle mé- 
thode. Il n'est pas exact de présenter cette pratique comme d'un usage 
général : en outre, sans nier qu'elle ne puisse être commandée par 
quelques circonstances particulières, nous n'admettons pas qu'elle se 
puisse justifier comme méthode générale. 11 ne convient jamais de mo- 
difier d'une manière systématique la constitution d'une eau minérale, 
à moins d'une nécessité absolue, laquelle aboutirait à une véritable 
contradiction, si elle devait se rapporter à toute une série d'indications* 

L'application que fait l'auteur au traitement de la gravelle, d'une 
telle pratique est elle-même basée sur une considération très-contes- 
table : c'est que le traitement de la gravelle réclamerait par lui-même 
l'usage de boissons abondantes, et que le coupage de Teau très-minéra- 
lisée de Vichy se trouverait nécessaire pour se prêter à une telle indi- 
cation. 

Sauf quelques réserves de ce genre, nous n'avons qu'à encourager 
l'auteur de ce travail, écrit et ordonné avec soin et avec méthode. 



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MIJJUnB. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 135 

E. Eaux bicarbonatées-calciques. 

Les rapports qui traitent des eaux bicarbonatées-calciques sont au 
nombre de 2 : 

Alet Rapport de M. Rougé-Rieufort. 

Tougue$ Rapports de M. Logerais. 

4869. EAUX DE FOUGUES (Niëvre). 

M. le docteur Logerais, médecin inspecteur des eaux de Pougues, vous 
a adressé un rapport où se trouvent consignées 85 observations recueillies 
avec soin et terminées par un tableau qui en présente un résumé précis. 

A ce rapport l'auteur a joint un mémoire intitulé : Du traitement du 
diabète par les eaux minérales de Fougues j qui mérite que nous nous y 
arrêtions. 

Ce mémoire contient 9 observations comprenant 6 hommes et 3 
femmes, entre 42 et 76 ans. Dans 5 cas, le sucre a complètement dis- 
paru pendant la durée du traitement thermal, et si, dans un de ces 
cas, Turine ne contenait plus que 2 grammes de sucre quand le traite- 
ment fut terminé, il en renfermait encore 74 grammes dans un autre ; 
et, dans ces deux cas en particulier, l'absence du sucre put être cons- 
tatée de nouveau dans Turine au bout de plusieurs mois écoulés. Dans 
deux autres faits, il n'y avait plus, à la fin du traitement, que des 
traces de sucre. L'un de ces malades albuminurique en même 
temps que glycosurique, ne présentait plus également que des traces 
d*albumine. Une femme de 76 ans ne vit le sucre diminuer que dans 
la proportion de 36 à 22. Enfin, un dernier fait assez curieux montre, 
malgré l'insistance sur le traitement thermal, Tinfluence directe qu'un 
régime diététique bien ou mal suivi peut avoir sur la glycosurie. Dans 
tous ces cas le rétablissement de la santé générale a suivi exactement 
la diminution du sucre urinaire. 

Ces résultats sont excessivement dignes d'attention. On aurait pu 
ne pas les attendre d'une eau minérale d'une telle constitution chi- 
mique; en effet, les eaux de Fougues sont surtout riches en acide car- 
bonique, elles renferment de la chaux, de la soude en plus faibles pro« 
XXX. 20 



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i36 MIAIAE. — RAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MIR&RALES. 

portions, de la magnésie et une proportion semblable de fer, en un mot 
ce sont des eaux minérales faibles. 

On sait que le traitement du diabète tel qu'on peut l'instituer aujour* 
d'hui est basé : d'abord sur le régime diététique qui a pour but de 
réduire, au plus haut degré possible, l'introduction dans l'économie de 
la glycose et des matières alimentaires qui en produisent; ensuite sur 
l'administration des alcalins, qui ont pour effet d'agir à titre d'agents 
comburants et partout de rendre possible l'oxydation vitale du sucre. 
Quels que soient les résultats que l'on ait obtenus par d'autres médica- 
ments, l'arsenic, le tannin, etc., il faut toujours en revenir à la diète 
et aux alcalins. 

Aussi est-il permis de s'étonner que les eaux de Fougues, qui ne 
sont que secondairement alcalines, puissent être rangées parmi les 
médications effectives du diabète. Cependant il faut tenir grand compte 
des résultats obtenus par M. Logerais, surtout s'ils doivent se multiplier. 
Mais on sait combien il faut attendre avant de se prononcer en théra - 
peutique I... N'a-t-on pas publié des observations de traitement effectif 
du diabète par le sucre ? 

Cette réserve est d'autant plus commandée que nous voyons M. Loge- 
rais rapprocher l'action des eaux de Fougues dans le diabète de leur 
action parallèle dans la goutte et surtout dans la gravelle. Nous savons 
que les eaux de Fougues sont d'une excellente application dans les ca- 
tarrhes urinaires et dans la gravelle phosphatique catarrhale. Mais 
nous ne saurions y voir une modification réelle de la goutte et de la 
gravelle urique diathésique. 

F. Eaux bicarbonatées mixtes. 

Les rapports qui traitent des eaux bicarbonatées mixtes sont au nombre 

de 2 : 

Bondormeau Rapport de M. Marmonnier. 

Royat r . . — de M. Basset. 

G. Eaiix sulfatées-sodiques. 

Les rapports qui traîtentjdes eauxsulfatées-sodiques sont au nombre 

de 2 : 

È'oaux Rapport de M. Bona. 

Miers Rapports de M. Lagasquie. 



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— RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 137 

4868. EAUX d'évaux (Crease). 

La station thermale d'Êvaux est, dans le centre de la France, Tune 
des plus importantes par le nombre, le débit et la température de ses 
sources, et cependant elle est loin d*être très-fréquentée, puisque M. le 
docteur Bona, médecin inspecteur, signale dans son rapport annuel 
650 malades seulement. 

M. Bona attribue en grande partie ce résultat à Tinsuffisance réelle 
des divers services de rétablissement, insuffisance qu'il a déjà signalée 
dans ses précédents rapports. Il voudrait que Ton construisît un établis- 
sement spécial, indépendant de toute spéculation accessoire et nulle- 
ment solidaire des hôtels. Il réclame aussi des travaux urgents pour la 
source Sle-Marie, dont l'accès est devenu très-difficile. 

Sur les 650 malades traités à Évaux M. Bona donne les observations 
de 75 d'entre eux se rapportant généralement à des affections de nature 
rhumatismale guéris ou soulagés, soit par leau minérale, soit par l'em- 
ploi des conferves qui se développent dans le bassin chaud. 

H. Eaux sulfatéeS'Calciques. 

Les rapports qui traitent des eaux sulfatées-calciques sont au nombre 
de 7. 

Audinac Rapport de M. Deboey. 

Aulus — de M. Bordes-Pagès. 

Bagnéres-de-Bigorre — de M. Subervie. 

Capvem — de M. Montagnan. 

Hammam-Bira — de M. Besançon. 

Propiac — de M. Loubier. 

Saint'Amand Rapports de M. Marbotin. 

4868. EAUX DB BA6NiRBS-DE-Bi60RRE (Hautcs- Pyrénées). 

La station de Bagnères-de-Bigorre occupe dans le groupe hydro- 
minéral des Pyrénées une place des plus importantes tant par le nombre 
des malades qui s'y rendent que par la quantité et le débit de ses 
sources : il n'y existe pas moins de 70 griffons d'eau minérale émergeant 
de \ 2 sources distinctes. 



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138 VULUIE. — RAPPORT GÉNÉRAL DBS BAUX MINÉRALES. 

Le remarquable rapport qui a été envoyé par M. le docteur Subervie 
pour Tannée 1868 constituerait à lui seul une véritable monographie si 
déjà les eaux de Bagnères-de-Bigorre n'étaient parfaitement appréciées 
par les thérapeutistes. 

M. Subervie présente en tète de son rapport l'analyse de deux sources 
qui, bien qu'appartenant à la même classe, sont placées aux deux ex- 
trémités de Téchelle qui compose la variété des eaux minérales de 
Bagnères-de-Bigorre ; la première est la source de Salies dont le débit 
est de 280,000 litres par 24 heures et qui, par conséquent, mériterait 
d'être conduite à l'établissement de la ville, elle marque 51^ degrés cen- 
tigrades ; elle est franchement sulfatée-ferrugineuse ; la seconde est la 
source de Foulon^ laquelle, par l'absence complète de sel de fer, forme 
dans le groupe une eau minérale distincte dont la médecine thermale 
de Bagnères-de-Bigorre sait habilement tirer parti. 

Bagnères-de-Bigorre ne possède pas moins de 20 établissements par- 
ticuliers appartenant à des propriétaires ou régis par des fermiers; 
M. Subervie voudrait, avec juste raison, que l'on rassemblât ces eaux 
éparpillées sur une surface de 2 hectares 1/2 environ, de manière à 
supprimer les maisons spéciales de bains; on obtiendrait ainsi un vo- 
lume considérable d'eau minérale qui alimenterait de vastes piscines 
placées dans un bâtiment annexé à l'établissement de la ville. Cette pro* 
position a été adoptée en principe par l'administration municipale de la 
localité, mais elle attend encore sa réalisation. 

Le rapport de M. Subervie comprend 85 observations aussi complètes 
que possible et qui dénotent chez leur auteur un rare esprit d'inves- 
tigation. 

Il y a peu de stations thermales qui soient plus favorables à l'étude 
des maladies chroniques que Bagnères-de-Bigorre : les affections ner- 
veuses surtout s'y présentent en très-grand nombre. 

En examinant la colonne du tableau qui indique le nombre des bai- 
gneurs guéris ou soulagés, on trouve que, sur 85 malades, il y si eu 24 
cas de guérison, et 50 cas dans lesquels il y a eu soulagement ; 1 1 ma- 
lades n'ont pas éprouvé d'amélioration ; il y a eu aggravation dans 2 cas 
et 2 malades seulement ont succombé quelque temps après leur dépari. 
— Les malades désignés dans les tableaux appartiennent tous à la classe 
aisée de la société, mais les observations recueillies sur les malades de la 



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MIAUIE. —-RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 139 

campagne, ou sur les malades indigents, donnent des résultats encore 
plus satisfaisants. C'est par milliers qu'il faut compter le nombre des 
paysans qui viennent chercher la santé à Bagnères-de-Bigorre. 

La statistique administrative de l'établissement démontre que pendant 
la saison thermale de 1868 le nombre des malades qui ont pris les eaux 
s'est élevé à 10,150, sur lesquels il y avait 550 indigents. Le nombre 
des bains administrés pendant cette même période a été de 29,278 et 
celui des douches de 12,937. La durée moyenne du séjour aux eaux a 
été de 20 jours, enfin la dépense approximative dans le pays par les ma- 
lades et les visiteurs a été de 1 ,700,000 francs. 

4869. EAUX DE CAPVERN (Hautes-Pypénées). "^ •. 

Lies eaux de Capvern, assez peu connues parmi nous, mais très-con- 
nues et très-appréciées par les habitants du midi de la France, qui les 
désignent sous le nom de : Vichy des Pyrénées, bien que M. Devergie ait 
très-judicieusement fait remarquer qu'elles ont par leur composition 
et par leur action thérapeutique plus d'analogie avec les eaux de Con- 
trexéville, qu'avec les eaux de Vichy, on( trouvé dans l'inspecteur de 
ces thermes, M. le docteur Montagnan, un promoteur autorisé et profon* 
dément convaincu. 

Le rapport que ce médecin a adressé à l'Académie et qui a trait au 
service médical de 1869, contient 80 observations exposées avec autant 
de clarté que de précision et suivies d'un tableau récapitulatif qui con- 
firme de tous points la proposition thérapeutique que l'auteur avait for- 
mulée dans son dernier rapport, à savoir : que l'action thérapeutique des 
eaux de Capvern est tellement importante et accentuée, qu'il est impos^ 
sibled'en méconnaître les effets. 

Le rappport de M. Montagnan se termine par une longue suite de 
corollaires qui peuvent être ainsi résumés : 

En se basant sur les 158 faits signalés dans la brochure de M. Monta- 
gnan et dans ces deux derniers rapports, on peut conclure que le flux 
menstruel et le flux hémorrhoïdal ont été provoqués, rétablis ou régula- 
risés 101 fois, en guérissant ou en améliorant diverses maladies qui en 
dépendent, par l'usage de l'eau minérale de Capvern; 

Que sa principale action s'exerce sur l'appareil digestif et sur l'appa- 



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140 HIAIiHE — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

reil urinaire, et en général sur les organes renfermés dans la cavité abdo^ 
minale dont elle r^ularise les fonctions ; 

Qu'elle possède une vertu éliminatrice constante qui résulte de sa 
composition chimique spéciale, vertu excitatrice à nulle autre pareille, 
d après M. Farr, qui débarrasse lorganisme jusque dans ses éléments 
constitutifs de tout ce qui est étranger ou nuisible, calculs biliaires, cal- 
culs urinaires, graviers uriques et autres; 

Qu'elle possède par conséquent une action évidente et puissante 
contre les diathèses en général et contre la diathèse urique et la diathèse 
goutteuse en particulier, secondant merveilleusement les procédés de la 
nature dont Tune des lois, au dire du docteur Montagn an , est de se 
dépouiller de ce qui est nuisible; 

Que, combinée et maniée par une main habile, elle agit contre les ma- 
ladies chroniques bien caractérisées par les symptômes décrits dans nos 
écoles, mais encore contre ces principes constitutionnels encore latents, 
qui passent inaperçus aux yeux d'un grand nombre de médecins et qui 
n'en sont pas moins la source d'affections qui deviennent incurables. 
Cette dernière proposition qui, au premier abord, pourrait paraître 
discutable, est, au contraire pour nous, d'une incontestable vérité ; une 
multitude de faits cliniques la confirment et notamment ceux qui sont 
rapportés dans trois des meilleurs rapports qui soient parvenus à l'Aca- 
démie : ceux de MM. CoUin, Doyon et de Puisaye. Toutefois, afin de ne 
pas être accusé de partialité en faveur de M. le docteur Montagnan, nous 
demandons à l'Académie la permission de terminer ce rapport en nous 
assimilant les paroles par lesquelles notre savant confrère M. Devergie 
terminait le rapport qui, en t870, a fait décerner à l'habile inspecteur 
des eaux de Capvern une médaille de bronze : 

« L'ensemble des assertions que nous venons de reproduire est 
appuyé de raisonnements qui dénotent un esprit pratique et très-judi- 
cieux. C'est l'exposé simple et méthodique de l'observateur qui se borne 
à relater, sans exagération, ce que sa pratique lui a appris, et le fait en 
médecin consciencieux. » 

Nous n'ajouterons maintenant que quelques mots que nous emprun- 
terons également à M. Devergie : c'est qu'il ressort des faits actuelle- 
ment acquis, qu'on n'a pas donné jusqu'ici assez d'importance aux eaux 
minérales de Capvern. 



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— RAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MUSÉRALES. 141 



1868. EAUX d'hamhah-bira (Algérie). 



M. le docteur Besançon, médecin-major de Thôpital militaire de 
Hammam Rira, a adressé à TAcadémie un rapport contenant la relation 
de 120 observations bien détaillées. 

Après quelques observations générales relatives aux localités, aux eaux 
et au service de Thôpital thermal, Tauteur annonce que Tefiicacité des 
eaux de Hammam-Rira est aujourd'hui un fait hors de doute. Elles pro- 
duisent des améliorations et des guérisons qu'on obtiendrait difficile- 
ment par d'autres moyens. 

Les bains de Hammam-Rira, qui ont généralement une température 
très-élevée (environ 40"* centigrades), produisent les effets connus des 
bains chauds faiblement minéralisés. 

Les douches fournies par une source d'une température de 40^ cen- 
tigrades sont des douches à percussion. Gomme on ne peut les refroidir 
et qu'elles ont une assez grande force de projection, on comprend 
qu'elles doivent être très-énergiques, et, par conséquent, être adminis- 
trées avec circonspection et prudence, car elles produisent assez vite 
une rougeur érythémateuse de la peau avec congestion des tissus sous- 
jaeents. 

L'eau des sources des bains refroidis, prise à l'intérieur à la dose de 
demi-litre à un litre, est légèrement purgative. 

Outre les sources chaudes, il existe aussi à Hammam-Rira une eau 
acidulé ferrugineuse froide qui ne se prend qu'en boisson, soit pure, soit 
mêlée au vin pendant le repas. L'eau de cette source, que l'on compare, 
à tort, à l'eau de Seltz ou à l'eau de Vichy, est, au contraire, suivant 
notre savant collègue M. Poggiale, tout à fait analogue à l'eau de Saint- 
Galmier. Quoi qu'il en soit, cette eau rend de véritables services à la thé* 
rapeutique, au dire de M. le docteur Besançon. 

Quant à la discussion des cas qui paraissent plus spécialement indi- 
quer ou contre-indiquer l'emploi des eaux minérales chaudes de Ham- 
mam-Rira, l'auteur annonce qu'il ne pourra le faire que lorsqu'il aura 
dépouillé les registres qu'il a établis en 1864 et relaté toutes les 
observations qui y sont consignées, de manière à avoir une base numé^ 
rique; et il se borne, pour le moment, à constater d'une manière géné- 



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142 MIAIiOE. •— RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

raie qu'en dehors des maladies indiquées dans rinstruction du conseil 
de santé comme pouvant être traitées avec succès à Hammam- Rira, il a 
en mémoire quelques exemples d'améliorations et de guérisons que nous 
allons reproduire : 

« 1** De bronchites simples et catarrhales; 

« 2® De bronchites très-probablement spécifiques encore au premier 
degré naturellement, qui auraient vraisemblablement suivi une marche 
fatale sans le traitement minéral et le séjour dans un pays où Tair n'est 
jamais froid, la pression barométrique faible et la poussière nulle; 

3* De syphilis au deuxième et au troisième degré, surtout au troi- 
sième, gommes, périostiles, ostéites, chez des hommes très-anémiés et 
saturés de préparations mercurielles et iodurées. » 

Un tableau récapitulatif des résultats obtenus sur les malades traités 
àThôpital thermal d'Hammam-Rira,en 1868, pendant les trois saisons 
réglementaires, termine le rapport de M. le docteur Besançon, rapport 
digne de remarque et auquel on ne peut reprocher que quelques lacunes 
que l'auteur espère être à même de combler un jour. 

4868 ET 1869. eaux de saint-amand (Nord). 

M. le docteur Marbotin, inspecteur de Saint-Amand, a adressé à 
l'Académie pour les années 1868 et 1869 deux rapports comprenant 
ensemble 187 observation^ médicales qui confirment une fois de plus 
la juste et ancienne renommée des boues de Saint-Amand dans les engor- 
gements articulaires, dans les affections asthéniques et particulièrement 
dans certaines formes de paraplégie. 

M. Marbotin attire l'attention de l'Académie sur les nombreux travaux 
entrepris afin de remettre rétablissement qu'il dirige au niveau des 
établissements les plus complets : ainsi une douche puissante, qui sera 
bientôt suivie d'une deuxième, rend dès maintenant des services nom- 
breux; des sondages ont été exécutés pour rechercher une source ferru- 
gineuse disparue depuis un certain nombre d'années; 23 cases de boues 
abandonnées complètement ont été l'objet de captages nouveaux qui ont 
eu pour résultat d'isoler les griffons les uns des autres, puis d'empêcher 
que les eaux qui avaient déjà servi ne revinssent dans le réservoir. 



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IIIAIJIIE« — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 143 

/. Eaux ferruginetises. 

Les rapports qui traitent des eaux ferrugineuses sont au nom- 
bre de 6. 

Bussang Bapport de M. Masson. 

CharbwmUres Rapports de M. Fînaz. 

I>inan Rapport de M. Piedvache. 

Forges — de M. Caulet. 

LaMaUm Rapports de M. Privât. 

SairU-Alban Rapport de M. Gay. 

4868. EAUX DE FORGES (Seine-Toférieure). 

Outre un rapport administratif très-bien fait et bien présenté sur les 
eaux de Forges pendant l'année 1868, M. le docteur Caulet, médecin 
inspecteur, a soumis au jugement de l'Académie un mémoire ayant pour 
titre : Choix cT observations pour établir V action curative directe et im- 
médiate des eaux de Forges dans les affections nerveuses. 

En 1866, dans un mémoire annexé à son rapport officiel sur la sai- 
son thermale M. le docteur Gaulet avait déjà appelé Tattention sur le 
traitement par le fer comme puissant moyen de combattre les névropa- 
thies, traitement fort usité dans les deux siècles derniers, actuellement 
encore d'un emploi classique en Angleterre et en Italie, mais à peu près 
n^ligé par nous. En s'appuyant sur plusieurs cas d'atfeclion nerveuse 
chronique dans lesquels le traitement thermal avait amené dès les pre- 
miers jours une sédalion considérable ou la disparition des accidents, 
sans qu'il fût possible d'invoquer une modification appréciable d'un état 
anémique concomittant, il était arrivé à conclure que cet effet négatif 
devait être rapporté à une action spéciale directe et immédiate de l'eau 
sur le système nerveux, ou pour mieux dire du fer qui la minéralisé. 
Malheureusement les observations produites à l'appui de cette proposi- 
tion, recueillies chez des sujets anémiques, n'étaient pas rigoureusement 
exclusives d'une autre interprétation ; elles étaient d'ailleurs trop peu 
nombreuses pour entratuer la conviction. Aujourd'hui M. Caulet affirme 
qu'une étude attentive de tous les cas d'afiection nerveuse traités à l'é- 
tablissement thermal de Forges lui a démontré qu'il n'existait souvent 
XXX. 21 



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144 MIAUIB. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

aucun rapport entre leffét curatif de Teau, dans ces maladies, et la 
coïncidence d'une altération du sang, et il espère que les 10 observa- 
tions qu'il a consignées dans son travail, ayant trait à la guérison de né- 
vropathies chroniques, chez des malades non anémiques, et dont la 
nutrition n'avait, pour la plupart, subi aucune atteinte, paraîtront à 
cet égard absolument démonstratives. Nous pensons, en effet, que les 
observations que l'auteur présente à l'appui de sa manière de voir sont 
dignes de fixer l'attention. Il est toutefois» une proposition thérapeutique 
émise par M. Gaulet dans son précédent rapport, et reproduite dans 
celui-ci, que nous ne saurions passer sous silence : l'auteur avance que 
l'absorption du fer n'est pas une suite constante ^ fatale , de la cure de 
Forges. 

C'est évidemment là une erreur. Pendant l'ingestion de l'eau de For- 
ges, de même qu'avec toute autre préparation soluble de la médication 
chalibée, l'absorption du fer a fatalement lieu, et partant il est impos- 
sible que l'action curative soit étrangère à cet agent, seulement cette 
absorption est complète ou incomplète : elle est complète toutes les fois 
que le composé de fer ingéré ne se trouve pas mis en rapport, pendant 
son absorption, avec quelque réactif qui puisse en déterminer la pré- 
cipitation; elle est, au contraire, incomplète lorsque la solution martiale 
rencontre dans les voies digestives quelque composé tannifèreou sulfhy- 
drique, auquel cas une partie du fer est précipitée à l'état de tannate ou 
de sulfure et rejetée parles selles qu'elle coloie en noir, ainsi que M. Cau- 
let l'a constaté; ce qui l'a porté à conclure, à tort, qu'en ce cas, aucune 
particule de fer n'est absorbée. 

4868 ET i869« eaux de la malou l'ancien (Hérault). 

M. le docteur Privât, médecin inspecteur de l'établissement thermal de 
La Malou, adresse annuellement des rapports très-consciencieux, dont 
plusieurs ont été récompensés par l'Académie. Le rapport de 1868 est 
accompagné d'un travail spécial résumant les chiffres inscrits dans les 
précédents rapports depuis 1849 jusqu'à 1868. 

11 résulte de ce travail que le mouvement des baigneurs est allé tou- 
jours croissant, grâce sans doute à l'efficacité des eaux et aux soins 
intelligents dont les malades sont l'objet. Cette situation si favorable 



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MIAJLHE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 145 

témoigne da zèle, du savoir et du dévouement avec lequel M. le docteur 
Privât n'a cessé depuis plus de vingt ans de remplir les fonctions qui lui 
sont confiées et justifie, à tous égards, les sympathies générales dont il 
jouit et la bienveillante confiance que l'administration lui a toujours 
accordée. 

Les chiffres inscrits dans le tableau récapitulatif de M. Privât dé- 
montrent : 

l"" Que sous le rapport des maladies traitées aux eaux de LaMalou les 
rhumatismes sous diverses formes et manifestations l'emportent sur les 
autres : c'est le rhumatisme articulaire^ musculaire, viscéral, soit aigu^ 
soit chronique, qui est porté pour un chiffre de 4,860, soit en moyenne, 
^il cas par saison (l'endocardite ayant été notée 577 fois sur ce chiffre 
total); 

T Que les névralgies diverses figurent sur ce tableau pour un nom- 
bre de 1238, c'est-à-dire pour près de 62 cas par année ; 

3* Que les névroses (épilepsie, catalepsie, hystérie, spasmes divers) et 
les névropathies cérébrale, spinale ou ganglionnaire, avec ou sdms para- 
lysies, offrent un chiffre total de 1614 observations, comprenant 446 
paraplégies, et 117 cdiS d'ataxie locomotrice depuis 1860; 

4'' Viennent ensuite 518 cas de chlorose on d'anémie, et un nombre à 
peu près égal, 516, d'affections diverses. 

M. le docteur Privât, sur les instances de notre regretté collègue, Pâ- 
tissier, a publié en 1848 un essai sur le vallon de La Malou, contenant, 
outre l'histoire abrégée de ces thermes et leur topographie, un aperçu sur 
la nature et les principales qualités, soit physiques, soit chimiques de ces 
eaux, sur leur action physiologique et thérapeutique et sur leurs indi- 
cations, et enfin, sur leur application clinique au traitement d'un cer- 
tain nombre d'affection& morbides déterminées. A l'appui des bons effets 
obtenus par l'emploi méthodique de ces eaux, M. le docteur Privât se 
propose de publier prochainement un nouvel exposé des nombreuses 
observations cliniques qu'il a soigneusement recueillies durant le cours 
de sa longue carrière médicale. 

Après avoir relaté les observations de rhumatisme articulaire, mus- 
culaire et viscéral, soit à Tétat aigu, soit à l'état chronique, consignées 
dans le rapport que nous venons d'analyser, M. le docteur Privât expose, 
dans son rapport pour l'année 1869, une série de cas de rhumatisme 



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i46 MlAIiHB. — RAPPORT GÉNÉRAL DES BAUX MINÉRALES. 

goutteux^ de rhumatisme noueux, simples ou compliqués de viscéralgie 
et d'arthrites diverses, et enfin de rhumatisme avec symptômes de para- 
plégie et de quelques autres paralysies. 

On suit, en effet, dans les observations de cet habile praticien, les 
manifestations aussi nombreuses que variées de l'affection rhumatis- 
male se liant à la goutte, à Therpétisme, à la syphilis et à l'arthrite blen- 
norrhagique, revêtant parfois le type spécial du rhumatisme noueux, se 
fixant enfin sur les enveloppes des centres nerveux, sur les organes respi- 
ratoires, sur les organes digestifs, génito-urinaires, et parfois même sur 
l'enveloppe tégumentaire elle-même. 

Les conclusions finales du rapport éminemment pratique de M. le 
docteur Privât, sur les eaux de La Malou, peuvent être ainsi résumées : "^ 

Prises en bains, en douches et en boisson, ces eaux modifient généra- 
lement, d'une manière plus ou moins avantageuse, l'affection rhumatis- 
male et ses modifications diverses, telles que les rhumatismes goutteux, 
les rhumatismes noueux, diverses arthrites, arthralgies, viscéralgies et 
paralysies de la même nature. 

/. Eaux sulfatées mixtes. 

Les rapports qui traitent des eaux sulfatées mixtes sont au nombre 
des. 

Lax Rapport de M. Massîe. 

SaitU-Christau — deM. Tillot. 

Sermaize — de M. Damourette. 

1868. EAUX DE SAINT- cuRiSTAU (Basses-Pyrénées). 

M. le docteur Tillot, médecin inspecteur, a envoyé à l'Académie le ré- 
sultat de ses recherches sur la nature et la valeur des phénomènes patho- 
logiques, connus généralement aux eaux minérales sous le nom de pous- 
sée et que présentent certains malades après l'usage des eaux ferro-cui- 
vreuses de Saint-Chrislau. 

Ce travail, fait avec un soin qui témoigne de l'esprit d'observation qui 
a présidé à ces recherches, tend à prouver ce fait, que la poussée, de 
même que la fièvre thermale, qu'on était disposée regarder comme étant 
lo résultat d'un traitement longtemps prolongé par des eaux thermales 



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— RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 147 

fortement minéralisées, se produit également à Saint-Christau chez plus 
d'un quart des malades, entre le sixième et le dixième jour, en faisant 
usage d'eaux minérales dans lesquelles la chimie n'a révélé qu'une bien 
faible quantité de principes minéralisateurs. 

La poussée n'est donc pas le résultat de la saturation de l'économie 
ou de l'excitation de la peau par des bains ou des douches ; c'est, dit 
M. Tillot, le résultat d'une action pathogénétique parfaitement nette des 
eaux de Saint-Christau, et, en poussant plus loin ses recherches, il espère 
être à même de dégager un jour l'inconnu et reconnaîtVe, s'il est possi- 
ble, quel est le principe ou les principes qui dans l'eau de Saint-Christau, 
si faiblement minéralisée, exercent sur la peau l'influence dont la pous- 
sée est une traduction. 

C'est là un sujet fécond bien fait pour attirer un esprit chercheur 
comme le sien, c'est un vaste champ ouvert à ses investigations et dans 
lequel il trouvera, sans doute, longtemps à moissonner. 

Au sujet de la nature de la poussée; M. Tillot donne en deux tableaux 
le résultat de ses observations. Sur un total de 480 malades observés en 
quatre ans, 89 ont été affectés de poussée; cette proportion suivant lui 
est trop faible, parce que chez un certain nombre de malades la poussée 
est si insignifiante, si fugitive, qu'ils n'y font pas attention et n'en par- 
lent pas au médecin ; chez d'autres elle peut avoir une certaine impor- 
tance, mais ceux-là ne reviennent pas chez l'inspecteur ou ne lui parlent 
de rien dans la crainte de voir suspendre leur traitement. 

Ce qui a dominé à Saint-Christau comme affection génératrice de la 
poussée, c'est par ordre de fréquence l'eczéma, le psoriasis, l'acné, le 
pityriasis, le porrigo, le prurigo, le lichen. Quant à l'éruption, elle a 
surtout manifesté le caractère de Tacné, du lichen, des furoncles, de 
l'ecthyma; les autres éruptions, roséole, pityriasis, etc., se sont montrées 
d'une façon très-rare. 

En raison des difficultés qu'offrent ces statistiques, M. Tillot fait ses 
réserves et ne donne ses résultats que d'une manière approximative; mais 
ce qu'il affirme, c'est que le quart environ des malades de Saint-Christau 
est pris d'une affection autre que celle qui les a amenés dans la station 
thermale; ou il y a exacerbation de la maladie, ou il y a embarras gas- 
trique, fièvre ou éruption à la peau. Cette éruption ne parait pas se déve- 
lopper plutôt chez les sujets sanguins que chez les lymphatiques, et ne se 



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1 48 MIAIiHE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

porte pas plus sur le visage que sur le tronc ou les membres, sur les parties 
soumises à Taction de la douche que sur celles oîi porte la pulvérisation. 
Quant à la valeur de la poussée au point de vue de la maladie initiale, 
M. Tillot ne semble pas y attacher une très-grande importance, parce 
qu'elle ne lui paraît pas avoir sur le présent et sur Tavenir de la maladie 
une influence bien déterminante. 

4868. EAUX DE SERMAizE (Marne). 

M. le docteur Damourette, médecin inspecteur de Sermaize, a déjà 
soumis à l'appréciation de l'Académie des travaux sur Faction thérapeu- 
tique des eaux de cette station thermale qui lui ont mérité sa haute ap- 
probation ; aujourd'hui il communique un mémoire dans lequel il donne 
les résultats de ses observations dans le traitement de la dyspepsie par 
l'emploi des eaux de Sermaize. 

M. Damourette reconnaît quatre formes de dyspepsie : la dyspepsie qui 
est liéeà une diathèse, celle qui est symptomatique d'une maladie d'un 
organe voisin ou éloigné, celle qui est consécutive à une autre maladie 
et enfîn celle qui est essentielle. 

Sans nous arrêter aux motifs qui ont pu déterminer cette division, 
nous voyons que de ces quatre formes, celle qui est liée à la diathèse 
scrofuleuse guérit à Sermaize; liée à la diathèse goutteuse, elle est seu- 
lement soulagée ; quant à celle qui dépend de la diathèse herpétique, 
elle n'est pas du ressort des eaux de cette station. 

La dyspepsie symptomatique guérit si on peut obtenir la guérison de 
la maladie mère par l'usage des eaux de Sermaize. Mais c'est surtout 
dans les deux dernières formes de dyspepsie, celle qui est consécutive à 
une autre affection et dans la dyspepsie essentielle, que M. Damourette 
signale des succès nombreux et très-rapides. 

En efiet, sur 45 malades il obtint 16 guérisons et 23 améliorations 
par l'usage des eaux pendant une durée moyenne de 16 jours. On com- 
prend qu'en présence de ces résultats l'auteur attribue aux eaux de Ser- 
maize une action tonique et reconstituante très-marquée, et cette opi- 
nion est encore confirmée par les succès plus complets qu'il obtient, 
dans le traitement de la chloro-anémie, oîi sur 18 malades il compte 
1 i guérisons et 7 améliorations. Ces résultats tendraient donc à faire 



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MIAIiHE. — n RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 149 

supposer une action thérapeutique énergique ou composée de fer con- 
tenu en si petite quantité dans ces eaux minérales, et, en raison de leurs 
effets reconstituants, à déterminer des applications plus spéciales des eaux 
de Sermaize dans les affections à formes anémiques. 

K. Eaxix minérales diverses comparées. 

1869. DE LA STATISTIOUB OFFICIELLE RELATIVE AUX PROPRIÉTÉS THÉRAPEUTIQUES 

DES EAUX MINÉRALES DE BarégeSy h'Amélie-leS'Bains^ de Vicht/ et de Bourbonne. 

M. le docteur Ghampouill on, ancien médecin principal d*armée, apré- 
senté à l'Académie un ensemble de recherches sur les eaux minérales de 
Baréges, d'Amélie-les^Bains, de Vichy et de Bourbonne. Dans ce travail, 
qui sera continué pour les sources du Mont-Dore^ d'Aix en Savoie^ de 
Conlrexéville et Luchon, Tauteur s'est proposé de déterminer au juste 
le degré d'efficacité de ces eaux minérales dans le traitement de certaines 
maladies chroniques. Des recherches analogues ont été déjà faites par 
plusieurs médecins inspecteurs des établissements thermaux civils; 
mais, dit M. Ghampouillon, quelque talent qu'ils aient apporté dans 
l'analyse des faits, ils n'ont pu fournir que des informations incomplètes 
et fugitives. Il n'en est pas de même des médecins d'armée, conformé- 
ment aux règles établies par le Conseil de santé : un militaire n'est envoyé 
dans une station thermale qu'après avoir été examiné par un médecin 
qui décide quelle est la station qui convient à son affection et combien 
de temps devra durer la cure. L'année suivante tous les militaires qui ont 
été envoyés aux eaux sont examinés par les médecins des corps, lesquels 
rendent compte des résultats obtenus par chaque homme en particulier. 

C'est dans les archives du Conseil que M. Champouillon a puisé ses 
documents, c'est après avoir dépouillé 18,000 fiches individuelles qu'il 
est arrivé à pouvoir formuler un certain nombre de propositions théra- 
peutiques, tout à fait dignes de fixer l'attention des praticiens, proposi- 
tions qui peuvent être ainsi résumées : ^ 

Les guérisons obtenues sur place ne sont, en général, maintenues que 
quelques semaines seulement; tandis que des états morbides, notés comme 
simplement améliorés, demeurés stationnaires ou même aggravés par la 
cure, ont guéri, en général, plusieurs mois après le retour des malades 
à leurs corps respectifs. 



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150 MIAlJlIi:. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

Baréges. A Baréges les récidives soDt plus fréquentes dans les affections 
diathésiques, et lesguérisons tardives plus nombreuses que dans les autres 
stations thermales. 

Amélie-les 'Bains. A Amélie-les-Bains, comme à Baréges, le traite- 
ment des dermatoses est beaucoup plus satisfaisant chez les militaires 
que chez les malades civils ; cela vient de ce que ceux-ci, effrayés au début 
de l'aggravation de leur état, renoncent à poursuivre leur cure, tandis 
que les premiers sont contraints de se soumettre au traitement qui leur 
est imposé. 

Vichy. Vichy, dit M. Champouillon, est le port de salut pour les 
militaires malades qui reviennent de l'Algérie, du Sénégal, de la Co- 
chinchine et des Antilles. — Il est à remarquer que les affections chro- 
niques dont ils sont atteints ne guérissent qu'en repassant à l'état 
aigu. 

Bourbonne. Le rhumatisme articulaire chronique est Tune des affec- 
tions contre lesquelles cette station réussit le mieux. 

Le rhumatisme qui a pour siège une entorse, une luxation, une frac- 
ture, ou une cicatrice ancienne, est d'une ténacité extrême. 

Les eaux de Bourbonne donnent d'excellents résultats dans les en- 
torses chroniques simples; mais quand l'entorse s'accompagne de déchi- 
rures, d'écrasements ou de luxations incomplètes, ces eaux échouent à 
peu près constamment. 

En résumé, les quatre sources d'eaux minérales étudiées par M. le doc- 
teur Champouillon, au point de vue de leur efficacité thérapeutique 
relative, peuvent être classées dans l'ordre suivant : 

fouvle rhumatisme musculaire : Bourbonne, Amélie, Baréges; 

Pour les accidents consécutifs aux entorses^ aux luxations, aux fractu-- 
reSy aux coups de feu : Bourbonne, Baréges; 

Pour les névralgies et les douleurs rhumatismales : Baréges, Bour- 
bonne, Amélie; 

Pour les maladies des os : Bourbonne, Baréges, Amélie; 

f ourles dermatoses : Amélie, Baréges; 

Pour les maladies de la vessie : Vichy, Baréges. 

Les travaux statistiques de M. le docteur Champouillon ont été appré- 
ciés par l'Académie comme ils méritaient de l'être, émanés qu'ils étaient 
d'un médecin aussi distingué. Elle s'empressera de les rapprocher de 



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. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 151 

ceux qu'il leur promet et d'en tirer des inductions plus générales que 
celles qu'elle pourrait obtenir d*un nombre de stations aussi limité, et 
de nature si dififérente ; aussi fait-elle appel à ses recherches statistiques 
qui, basées sur un nombre considérable de malades, fourniront des ren- 
seignements très-précieux pour les praticiens. 

L. Bains de mer. 

Les rapports qui traitent des bains de mér sont au nombre de 2. 

Co/ats*. •••••••••••••• Rapport de M. Chely* 

yukrs • — de M. Foubert. 



BAINS DE MER. 

1868. viLLERS-suR-HBR (Galvados). 

M. le docteur Foubert, médecin inspecteur des bains de Villers-sur- 
Mer, a plusieurs fois déjà soumis au jugement de l'Académie des travaux 
spéciaux sur la météorologie et sur les bains de mer, qui lui ont mérité 
son approbation. Il nous présente aujourd'hui la continuation de ses 
observations météorologiques pendant Tété de 1868, résumées dans 
deux tableaux dressés avec soin, et nous communique un mémoire 
sur le résultat de sa pratique sur le traitement^ par les bains de mer 
chauds f des affections non diathésiques. 

Les difficultés qu'éprouvent un certain nombre de personnes malades, 
dont la santé exige un traitement marin reconstituant, à suivre une cure 
balnéo-marine, en raison d'un état de faiblesse de l'organisme, est le 
point essentiel qui a attiré l'attention de M. Foubert. D'après lui il n'est 
pas toujours possible aux malades pour lesquels l'indication du traite- 
ment parles eaux chlorurées -sodiques est la plus formelle, d'afiTronter 
les rigueurs d'une cure dans laquelle il faut se servir d'éléments im- 
possibles à diriger ni à modifier, tels que le vent et la mer, et s'accom- 
moder de la température, du calme ou de l'agitation sans cesse variables 
de la mer. 

Cette difficulté, qui se présente tous les jours pour les personnes affai- 
XXX. 22 



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152 MIAUBE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

blies chez lesquelles l'état dynamique du bain froid d'eau de mer est trop 
violente et qui cependant ont grand besoin de recourir aux efifets toniques 
et reconstituants de Fair marin, associé à ceux des eaux chlorurées-so- 
diques, a engagé Fauteur à employer les bains chauds d'eau de mer, sur 
une plus grande échelle qu'il ne l'avait fait jusqu'alors et qu'on ne le 
fait généralement dans les établissements de bains de mer. Les bains 
chauds en effet n'y sont guère en usage que dans des conditions excep- 
tionnelles, soit comme traitement unique, soit comme moyen de tran- 
sition, en abaissant peu à peu la température de chaque bain, suivant la 
méthode de Gandet , de Dieppe, pour préparer les enfants ou les personnes 
très-impressionnables à supporter le froid du bain de mer. M. Foubert 
emploie dans sa pratique l'eau de mer à l'intérieur en boisson plus ou 
moins étendue d'eau douce ou d'eau gazeuse, à l'extérieur en douches 
diverses à différentes températures; il a cherché ainsi à mettre à profit la 
riche minéralisation de l'eau de mer et à répéter avantageusement, sous 
le climat marin, le traitement par les eaux chlorurées-sodiques de Sa- 
lins, de Nauheim, de Kreuznach, etc., que l'on peut imiter plus ri- 
goureusement encore en ajoutant aux bains une quantité déterminée 
d'eaux mères provenant des marais Plants. 

Les malades pour lesquels il a employé le traitement thermo-balnéo- 
marin sont surtout ceux dont l'économie eût été trop ébranlée par le 
froid de l'eau, ou dont les forces déprimées n'eussent pu fournir une 
réaction suffisante, car, ainsi qu'il le fait observer, on n'obtient pas la 
réaction après le bain de mer froid aussi régulièrement que par l'hydro- 
thérapie on l'obtient après la douche, dont on peut varier à son gré la 
température, la pression et le degré de division de l'eau. 

Dans son mémoire M. le docteur Foubert s'est borné à étudier les bons 
effets des bains de mer chauds dans les états pathologiques où le chiffre 
des globules du sang est abaissé : dans la chlorose, dans la chloro-anémie, 
l'anémie proprement dite, résultant d'une lésion anatomique ou physiolo- 
gique, hémorrhagie, dyspepsie, affection utérine, ou d'une intoxication 
saturnine ou paludéenne. Les résultats de ce mode de traitement ont tou- 
jours été satisfaisants, et les effets toniques et reconstituants n'ont pas 
tardé à se produire, sauf dans certains cas de chlorose très-accentuée et 
rebelle à tous les moyens. 

Dans un prochain travail M. Foubert se propose de présentera l'Aca* 



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MULIiHE. —RAPPORT GÉNÉRAL DES BAUX MINÉRALES. 153 

demie les résultats qu^il a obtenus par l'emploi de bains de mer chauds 
dans les afifections diathésiques, notamment le lymphatisme, la scrofule, 
l'herpétisme, le cancer, le rhumatisme, toutes les fols que le bain de 
mer froid peut a^oir des inconvénients ou est formellement contre- 
indiqué. 

Nous croyons ne pouvoir qu'encourager le docteur Fou bert à suivre 
la voie dans laquelle il s'est engagé et à donner à cette partie de la cure 
thermo-balnéo-marine la place qu'elle mérite d'occuper parmi les trai- 
tements par les eaux chlorurées-sodiques de la France et de l'étranger, 
en raison de la richesse des principes minéralisateurs contenus dans 
l'eau de mer. 

M. Eaux potables. 

1869. GHATEAu-GONTiER (Mayenne). 

Depuis que MM. Boutron et Boudet ont fait connaître leur remarquable 
procédé d'analyse chimique hydrotimétrique, l'examen des eaux douces 
a acquis une importance considérable, et le temps n'est peut-être pas 
éloigné de nous où la qualité de toutes les eaux potables et économiques 
sera généralement connue. Telle était la tâche que Robinet s'était imposée 
avec tant de dévouement, et l'Académie doit faire des vœux pour que la 
voie si bien tracée par notre regretté collègue ne reste pas interrompue. 

Sous le titre de Recherches hydrologiques sur F arrondissement de Chd- 
teaU'GontieTy un médecin déjà avantageusement connu de l'Académie, 
M. Mahier vous a adressé un opuscule dont les résultats analytiques qu'il 
renferme vous sont déjà connus par un rapport présenté à l'Académie 
le 17 septembre 1867 par MM. Robinet et Yernois, mais sur lesquels la 
commission des eaux minérales croit devoir insister de nouveau. 

L'arrondissement de Ghftteau-^ontier est composé de terrains de 
transition divisés en plusieurs groupes d'après la nature de leurs roches, 
cependant M. le docteur Mahier y constate la prédominance des schistes 
argileux. 

Les eaux courantes qu'on y rencontre constituent deux bassins princi- 
paux, celui de la Mayenne et celui de l'Oudon qui comprend lui-même 
le versant de la Sarthe. 

Ces eaux, étudiées pendant une année, ont donné des températures va- 



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154 WÊMMIàBOE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX BnilËRALBS. 

riant de + 4^ à + 24^ centigrades, et des titres hydrotimétriques qui va- 
rient également de S'' à 2 S'', suivant la nature des terrains sur lesquels 
elles coulent. 

M. Mahier a pu remarquer que les principaux cours d'eau n'exerçaient 
pas une influence fâcheuse sur la santé publique, mais qu'il n'en était 
pas de même des ruisseaux et autres petits cours d'eau qui, à certaines 
époques, deviennent stagnants. Dans tous les cas aucune de ces eaux cou- 
rantes ne saurait être employée dans l'alimentation sans avoir été préala- 
blement épurée, mais dans l'industrie elles rendent de grands services. 

L'eau de la Mayenne, étudiée pendant une année, a donné un titre 
hydrotimétrique moyen de 5**50, et une température de + 4 à -)- 25^. 
Elle est très-chargée, à certaines époques, de substances organiques, et on 
ne peut l'employer dans l'alimentation qu'après l'avoir filtrée, et de plus 
refroidie en été. 

Les eaux stagnantes existent en grand nombre dans l'arrondissement 
de Château-Gontier, quoique le pays ne soit pas, à proprement parler, 
marécageux. M. Mahier croit que l'on ne s'occupe pas assez de la police 
hygiénique à cet égard, et il émet l'avis qu'un médecin devrait être attaché 
à chaque comice agricole, dans le but de dicter les r^les de l'hygiène 
propres au canton, à la commune et aux habitants des fermes. 

Les eaux potables de l'arrondissement sont toutes fournies par des 
puits ou des pompes ; il n'existe jusqu'ici dans aucune ville, dans aucun 
bourg, de distribution d'eaux publiques. 

L'arrondissement de Château-Gontier ne possède que les eaux miné- 
rales ferrugineuses situées dans la ville même de Château-Gontier. 

Ces eaux appartiennent aux eaux carbonatées, à bases terreuses, fer- 
rugineuses-arsenicales, si communes en France, et une ancienne réputa- 
tion leur accorde une grande efficacité contre certaines maladies de l'ap- 
pareil génito*urinaire, aussi les a-t-on toujours désignées sous le nom 
à'eaux de Fougues rouillées. 

Une très-belle carte géographique et hydrotimétrique termine l'opus- 
cule de M. le docteur Mahier, et contribue beaucoup à en faciliter la lec- 
ture et l'intelligence. 

« De semblables travaux, dit M. Yernois, en terminant son rapport (<), 

(1) Bulletin de V Académie de médecine^ t. XXXII, p. H 13. 



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— RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 155 

ne peuvent être exécutés que par des médecins instruits et très-laborieux ; 
et quand on songe que c'est au milieu des exigences et des labeurs d'une 
clientèle de campagne que M. le docteur Mahier a pu conduire à bonne 
fin ses très-considérables recherches, on ne peut que l'en féliciter large- 
ment et publiquement. » 

Votre Commission, Messieurs, ne peut que s'associer à ces éloges si 
justement mérités. 



DEMANDES D'AMÉLIORATIONS 

A INTRODUIRE 

DANS LES STATIONS THERMALES 

INDIQUÉES 

par MM. les médecins inspecteurs. 

Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) . — M, Subervie voudrait que Ton rassem- 
blât en un établissement unique les diverses eaux qui alimentent une vingtaine 
d'établissements particuliers^ on obtiendrait ainsi un volume d'eau minérale con- 
sidérable qui alimenterait de vastes piscines placées dans un bâtiment annexé à 
rétablissement de la ville. 

Balaruc (Hérault). — M. Grouzet demande avec instance rétablissement d'un 
chauffoir précédant les bains et les doucbes ; il demande aussi l'abaissement du 
tarif des eaux qui est beaucoup trop élevé, surtout pour les baigneurs qui ne 
veulent pas loger cbez le propriétaire de la source. M. Grouzet voudrait, en outre, 
qu'il fût interdit au propriétaire de ces tbermes de placarder à la buvette des 
énormités de la nature de celles que nous allons rapporter : 

c( Les eaux de Balaruc sont parfaitement connues et cbacun sait, en outre, que 
« leur usagCy même k plus prolongé y ne peut, en aucun cas^ être nuisible, etc. » 

<( Les malades devront suivre un traitement complet, et éviter tous les frais de 
n'importe quel médecin. » 

Bourbonne (Haute-Marne). — M. de Finance demande qu'en attendant qu'on 
puisse réédifier l'établissement, en entier, on reconstruise au moias les bains pro- 
prement dits et les infirmeries qui leur sont contiguôs. 



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156 MIAIAE. — RAPPORT GÉNÉRAL DBS EADX MIRÉRALES. 

Ghalies (Savoie). — M. Andoay signale comme améliorations urgentes la 
capUUon et l'analyse des eaux, l'installation de nouveaux appareils balnéaires 
de tous genres, et enfin l'interdiction de l'embouteillage de l'eau minérale pen- 
dant les mois de juin, juillet et août. 

Dax (Landes). - M. Massie réclame comme améliorations indispensables • !• la 
capUtion de la source de Soubise ; 2» l'établissement de deux piscines, une pour 
chaque sexe ; S» la construction d'une route conduisant à cette source. 
^ Digne(Basses-Alpes). - M.Silve assure que les propriéUires de cet établissement 
n ont jamais voulu faire exécuter aucune réparation, et cela, dit-il, dans la crainte 
de Im voir prendre une certaine importance qui nuirait, dans leurs idées aux 
bains de Gréoulx. ' 

Eugénie-les-Bains (Undes)'. - M. Arrat-Ballousdemandepourl'établissementde 
Loubter l'installation de douches à pression variable, les douches de l'établisse- 
ment ayant une pression trop forte pour certaines espèces de douches. Il demande 
aussi pour l'établissement du Bois le rétablissement de l'appareU à douches si 
mal à propos supprimé depuis deux ans. 

Gamarde (Landes). — M. Batbedat réclame instamment le changement radical 
du mode de caléfaction des eaux qui leur fait perdre une grande partie de leurs 
principes minéralisateurs. 

Lamotte(Isère).-M. Gubian demande la création d'une ou deux piscines indis- 
pensables, ditil, à cause des affections lymphatiques qu'on traite dans cet éta- 
blissement. 

Molitg-les-Bains (Pyrénées^rientales). -M. Picon voudrait que, pour remédier 
à l'impossibihtéde pouvoir donner des bains suffisamment prolongés, on construi- 
sit une piscine qui serait alimentée par l'eau de la buvette et par l'excédant des 
eaux qui vont aux baignoires de l'établissement. 

Prechacq (Landes). - M. Batbedat demande : *• la modification des dortoirs • 
2» 1 agrandissement du périmètre de l'établissement * 

Royat (PuyHie-Dôme). - M. Basset déplore que l'établissement principal cons- 
truit depuis un vingtaine d'années n'ait jamais été amélioré ni réparé, les répa- 
rations étant cependant indispensables vu le nombre toujours croissant de mala- 
des dans cette station. 

Salies de Béarn (Haute-Garonne). - M. Nogaret se plaint, avec juste raison, 
que le médecin mspecteur ne soit pas logé dans l'établissement qu'il di- 
nge. ^ 



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MIAIJUS. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 157 



CONCLUSIONS 

La Commission des eaux minérales a Thonneur de proposer à l'A- 
cadémie d'adopter et de présenter à la haute sanction de Son Excellence 
M. le Ministre de Tagriculture et du commerce, les récompenses sui- 
vantes, pour le service médical des eaux minérales pendant les saisons 
de 1868 et 1869: 

1® Médailles dC argent à : M. Barudel, médecin en chef du service médical de 
rh6pital militaire de Yichy (Allier), pour son rapport administratif et son rapport 
médical, contenant, outre un coup d'œil général sur les maladies traitées en 1869, 
des considérations physiologiques et thérapeutiques pleines d'intérêt, sur l'ac- 
tion de Teau de Vichy. 

M. Gollin, médecin-inspecteur des eaux de Saint-Honoré les Bains (Nièvre), 
pour ses judicieux travaux tendant à établir que les eaux sulfureuses dans les 
maladies où elles sont spécialement indiquées agissent a^ec d'autant plus d'efQ- 
cacité qu'elles s'adressent à des individus d'une constitution lymphatique ou scro- 
fuleuse. 

M, Pégueux, pharmacien-major attaché à l'hôpital militaire de Baréges, pour 
son excellent mémoire intitulé : Études sur les eaux de Baréges pendant lété 
de\m9. 

M. Lemonnier, médecin-inspecteur des Eaux-Chaudes (Basses-Pyrénées), pour 
ses remarquables études sur les variations de la température et de la sulfuration 
des Eaux-Chaudes. 

M. Mahier, docteur en médecine à Château-Gontier (Mayenne), pour ses belles 
recherches hydrologiques sur l'arrondissement de Château-Gontier. 

M. Marturé, médecin en chef de l'hôpital militaire de Baréges (Hautes-Pyrénées), 
pour un très-bon rapport réglementaire (1869) ne contenant pas moins de 842 ob- 
servations rédigées avec le plus grand soin, et un rapport d'ensemble, fruit de 
longues recherches relatives à la localité, à la nature des eaux et à l'appréciation 
de leurs effets immédiats et de leur action consécutive. 

M. Monlagnan, médecin inspecteur à Capvern (Hautes-Pyrénées), pour un rap- 
port remarquable par la précision de ses observations cliniques, desquelles il ré- 
suite qu'on n'a pas donné jusqu'à présent assez d'importance aux eaux de la 
station qu'il dirige. 

M. Privât, médecin inspecteur à La Malou (Hérault), pour ses deux très-intéres- 
sants rapports annuels (1868 et 1869), et un travail d'ensemble résumant les résul- 
tats obtenus dans cette station thermale depuis 1849 jusqu'à 1868. 

M. Subervie, médecin inspecteur à Bagnères-de-Bigorre (Basses-Pyrénées), pour 



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158 MUULHE. — RAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MINÉRALES. 

son remarquable rapport réglementaire constituant une véritable monographie de 
cette importante station thermale. 

2« Rappels de médailles d* argent à : M. Auphan, pour un rapport judicieux (1868); 
sur remploi des eaux d'Ax (Ariége), dont il est inspecteur, contre la diathèse scro- 
fuleuse, les affections de nature rhumatismale, les maladies de lapeau^ des voies 
respiratoires, etc. 

M. Batbedat, pour ses deux rapports (1868) de Préchacq et de Gamarde 
(Landes), stations soumises à son inspectorat, rapports bien étudiés, œuvres d'un 
praticien habile et consciencieux* 

M. Caulet, médecin inspecteur à Forges (Seine-Inférieure), pour ses intéres- 
santes études sur l'action curative directe et immédiate des eaux de Forges dans 
les affections nerveuses idiopathiques. 

M. ChabaneSy médecin inspecteur des eaux de Valz (Ardèche), pour son rap- 
port (1867) très-étendu et très-riche de détails relatifs à cet établissement, et ses 
études spéciales sur l'action des eaux alcalines dans le traitement delà dyspepsie. 

M. Gharmasson de Puylaval, médecin inspecteur des eaux de Saint-Sauveur 
(Hautes-Pyrénées), pour son très-bon rapport (1868) sur les eaux de cette station, 
contenant un grand nombre d'observations tendant à préciser Faction spéciale de 
ces eaux. 

M. Crouzet, médecin inspecteur des eaux de Balaruc (Hérault), pour ses deux 
rapports (1868 et 1869) tout à fait exceptionnels sur rétablissement qu'il dirige. 

M. Damourette, médecin inspecteur des eaux de Sermaize (Marne), pour son 
mémoire (1868), sur le traitement des maladies chroniques des voies digestives 
par les eaux de Sermaize. 

M. Doyon, médecin inspecteur à Uriage, pour son excellent mémoire (1869) 
intitulé : Le lymphcUisme étudié spécialement à la période d'imminence et à la période 
d'action. — Hygiène préventive et traitement curatifpar les eaux minérales dC Uriage. 

M. de Finance, médecin principal, chef de service à l'hôpital militaire de 
Bourbonne-les-Bains (Haute-Marne), pour ses deux rapports réglementaires con- 
tenant d'excellents préceptes sur les indications et les contre-indications des eaux 
de Bourbonne. 

M. Foubert, médecin inspecteur à Villers-sur-Mer (Calvados), pour un très- 
beau mémoire (1868) relatif au traitement des affections non diathésiques par les 
bains de mer chauds et pour les efforts qu'il ne cesse de faire aQn de mettre en 
évidence cette vérité : que l'eau de mer judicieusement employée peut remplacer 
les eaux chlorurées-sodiques les plus accréditées. 

M. Niepce, médecin aux eaux d'AUevard (Isère), pour ses deux rapports 
annuels (1868 et 1869) et son intéressant mémoire sur l'action thérapeuticiue 
des eaux sulfureuses d'AUevard. 

M. de Puisaye, médecin inspecteur des eaux d'Enghien, pour ses études très- 
consciencieuses et très-remarquables sur les maladies observées à Enghien 
pendant la saison de 1868. 



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MlAIiHE. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 159 

M. Tillol, médecin inspecteur aux eaux de Saint-Chrîsteau (Basses-Pyrénées), 
pour un mémoire, très-original (i868), ayant pour but d'éiablir que la poussée, 
de même que la fièvre thermale, qu'on était disposé à regarder comme le résultat 
d'un traitementlongtemps prolongé par des eaux thermales fortement minéra- 
lisées, se produit également à Saint-Christeau entre le sixième et le dixième jour, 
en faisant usage d'eaux minérales dans lesquelles la chimie n'a révélé qu'une 
très-petite proportion de principes minéralisateurs. 

3» Médailks de bronze à : M. Grimaud, médecin-inspecteur des eaux de Nieder- 
bronn (Bas-Rhin) pour son rapport sur le service de rétablissement thermal de 
Niederbronn (1868), contenant des considérations du plus haut intérêt relatives 
à la sphère d'application de cette eau chlorurée sodique faible que Tauteur com- 
pare, avec juste raison, à l'eau chlorurée sodique de Chatelguyon (Puy-de- 
Dême). 

H. Hamel, médecin en chef de l'hOpital militaire d'Hammam-Meskoutin (Algé- 
rie), pour son très-judicieux rappport officiel (1868) comprenant, outre la rela- 
tion de 162 observations aussi complètes que possible, d'excellentes considé- 
rations sur tout ce qui concerne cette station thermale. 

M. Picon, médecin inspecteur des eaux de Molitg-les-Bains (Pyrénées-Orien- 
tales), pour un bon rapport réglementaire et une très-remarquable notice histo- 
rique et médicale sur cet établissement. 

40 Mentions honorabks à : M. Bailly, médecin-inspecteur des eaux de Bains 
(Vosges), pour son rapport réglementaire contenant 124 observations recueillies 
avec soin dans cette station thermale pendant la saison de 1868. 

M. Bona, médecin-inspecteur des eaux minérales d^vaux (Creuse), pour un 
bon rapport, bien rédigé, donnant une relation de 75 observations sur 650 ma- 
lades traités à Evaux en 1868. 

M. Besançon, médecin-major de l'hOpital militaire d*Hamman-Rira, pour un 
rapport judicieux sur tout ce qui a trait à cette station (1868). 

M. Rockel, médecin aide-major au 41"* de ligne pour ses louables études, 
écrites et ordonnées avec méthode, sur les indications des différentes sources 
de Vichy (1869). 



XXX. 23 



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RAPPORT 



SUR 



LES ÉPIDÉMIES 

POUR LES ANNÉES 1869-70 

PRÉSENTÉ A L*AGADÉMIE DE MÉDECINE 

Par M. CnJLIJFFABDy rapporteur. 



Monsieur le ministre, 

Les événements qui ont marqué la fin de l'année 1870, en interrom- 
pant les communications entre Paris et la province, ont empêché 
l'Académie de vous présenter son rapport annuel sur les épidémies. Elle 
vient aujourd'hui réparer cette lacune et présenter, en même temps, son 
rapport pour les années 1869 et 1870. 

43 départements ont envoyé des renseignements statistiques; 

19 n'ont rien envoyé ; 

11 se sont bornés à constater qu'il n'y avait pas eu d'épidémie sur 
leur territoire, tous les autres ont envoyé des renseignements insigni- 
fiants. 

C'est à l'aide de ces documents , très-incomplets, que nous allons 
essayer. Monsieur le ministre, de retracer le tableau des maladies épidé- 
miques, qui ont frappé nos populations, pendant les deux dernières 
années. 

VARIOLE 

La première de toutes les épidémies, celle que la terreur publique et 
les deuils privés avaient signalée avant les documents officiels, est la 



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CKAUFFJJBD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉBflES 1869-70. 161 

variole. Elle sévissait déjà en 1868 et au commencement de 1869 dans 
plusieurs départements ; dans quelques-uns même elle avait pris le ca- 
ractère d'un fléau; témoins les départements de la Bretagne, le Mor- 
bihan et le Finistère qui l'un et l'autre sont décimés par cette terrible 
maladie depuis plusieurs années. Les documents officiels qui nous par- 
viennent sur le Morbihan nous donnent pour les années 1865, 1866 
1867, 1868, 10,075 cas de variole et 1,712 morts. D'autres départements 
étaient atteints, mais à un moindre degré. 

Pendant l'année 1869 et le commencement de 1870 les épidémies 
demeurèrent locales ou ne se propagèrent, par voisinage, qu'à de très- 
courtes distances; mais lorsque la guerre amena ce grand mouvement 
de population qui suivit nos premiers désastres, l'épidémie reprit de 
toute part une nouvelle intensité. On la vit naître là où elle n'existait 
pas et dans d'autres lieux oii elle s'éteignait, faute d'aliments; elle reprit 
une ardeur qui fit oublier ses précédents ravages. Les militaires ou les 
mobiles atteints la promenaient partout avec eux, et les populations 
fuyant le flot envahisseur l'entraînaient avec elles dans des retraites oii 
elle n'avait pas encore sévi. Il est donc facile d'expliquer l'extension que 
prit la maladie pendant la douloureuse année 1870. De cette extension et 
de cette gravité les documents qui nous sont parvenus ne donnent aucune 
idée. Il est vrai dédire qu'incomplets pour l'année 1869 ils sont presque 
nuls pour l'année 1870. 

Nos renseignements nous permettent d'affirmer que peu de départe- 
ments ont échappé complètement aux coups de la variole ; cependant 
30 seulement sont signalés. En voici la liste avec le nombre des com- 
munes, le chiffre de la population, le nombre des malades et des 
morts : 



TABLKAU: 



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162 CHAVFPJJUD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 

RELEVÉ DES ÉPIDÉMIES DE VARIOLE OBSERVÉES PENDANT LES ANNÉES i 869-70. 



DÉPAIITEIENTS 



Aisne. 



Alpes (Basses-). • • • 
Ardèche 

Ariége 

Aveypon 

Gharente-Ioférieure 
Gôtes-du-Nord....» 

Creuse 

Dordogne 

Gers 

nie-et- Vilaine 

Jura •• 

Haute-Loire 

Lot 

Haute-Marne 

Mayenne 

Meuse 



ARRONDtSSEiENTS 



Loiret. . . . 

Morbihan. 
Nord 



Pas-de-Galais. 



I 



Pyrénées-Orientales 

Finistère 

Bas-Rhin 

Savoie 

Deux-Sèvres 

Tam-et-Garonne. . 

Haute-Vienne. . . . . 
Cher 



Saint-Quentin. 

Vervins. 

Château -Thierry 

Forcalquier. 

Privas. 

Tournon. 

St- Girons. 

Pamiers. 

MiUau. 

Rochefort. 

St-Brieuc. 

Bouseac. 

Bergerac. 

Condom. 

Auch. 

Résultat général. 

Lons-le-Saulnier 

St-Claude. 

Yssengeaux. 

Cahors. 



» 
Verdun. 

Orléans. 



Année 1869 

— 1870 

Dunkerque. 

Cambrai. 

Lille. 

Hazebrouck. 

Arras. 

Boulogne. 

Montreuil. 

Perpignan. 

Brest. 



COMORES 



8 
Vervins. 
Bomeil. 



DHABrrARTS 



9,615 

2,500 

418 



■AUUS 



46 
72 
26 



Épidémie sans importance. 



1 
2 

X 

9 

Millau. 

Rochefort. 

12 

Genouillat. 

Bergerac. 

Auch. 



4,516 
597 

X 

11,500 

X 
X 
X 

1,687 
14,000 

X 

12,500 



Passenaus. 

4 

St-PaldeMons. 

Cahors. 

Pressac. 



750 

2,950 

2,000 

14,115 

2,074 



96 


9 


34 


14 


72 


3 


872 


107 


,808 


214 


350 


32 


}36 


71 


100 


19 


60 


12 


X 


X 


120 


28 


1226 


245 


45 


5 


354 


21 


150 


50 


577 


62 


300 


17 



Pas de chiffres. 



Laboissière. 

Verdun. 

Chauteau. 

HI|iUl. 

Tina.. 



Orléans 



6 
ATenM-Ri-Aibert. 

LiUe. 

Renescure. 

Vaulx-Vaucourt. 

Boulogne. 

3 
Perpignan. 

X 



284 


66 


12,941 


350 


X 


15 




57 TiriilM 


X 


33farNUUM 


X 


X 





255 


» 


1033 


1» 


8745 


X 


220 


3,317 


428 


154,549 


.1600 


1,889 


68 


1,650 


46 


40,250 


X 


7,530 


1063 


X 


390 


X 


18670 



Épidémie dans plusieurs communes. 



8t-Jeai ie lairiene. 

Busseau. 

Moissac. 

Gastel-Sarrazin. 

Rochechouart. 

St-Amand. 






X 


315 


Busseau. 


X 


200 


5 


X 


279 


5 


X 


X 


St-Junien. 


7,288 


204 


Châteaumeillant 


3,404 


320 



iORTS 



X 
3 




5 
25 

1 

6 

23 

33 

230 

3112 

8 

32 

251 

4 

12 

61 

79 

76 

2520 

73 
13 
21 

X 

22 
40 



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CMAUFFABB. 



RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 163 



Qui ne dira en lisant cette longue liste, où n'est accusé, pour la plu- 
papt des départements, qu'un chiffre dérisoire de malades et de morts, 
que les travaux faits à l'aide de matériaux aussi incomplets, n'ont aucune 
Taleur? Pour notre part nous nous garderons de généralisations inop- 
portunes, persuadé qu'elles ne conduiraient qu'à l'erreur. Le rôle du 
rapporteur, puisqu'il ne lui est pas permis, celte année, de jeter un regard 
d'ensemble sur la marche générale des épidémies, doit se borner à noter 
ce qu'elles ont présenté de particulièrement intéressant, dans les divers 
pays où elles ont été signalées. 

Dans presque tous les rapports on nous indique comme cause de 
Tépidémie l'importation par un sujet, qui venait en convalescence, ou 
qui avait contracté la maladie dans un milieu varioleux. D'ordinaire les 
premiers atteints étaient ceux qui lui avaient donné des soins; eux- 
mêmes communiquaient la maladie à d'autres. Le docteur Fouquet nous 
fournit un exemple très-frappant de ce mode de transmission : 

« Au commencement de 1869, il n'existait ni à Vannes, nia Séné, ni 
à Sarzeau, aucun cas de variole, quand, le 7 mai, un chanteur de rue, 
napolitain ambulant, nommé Baptiste Grandpietro, âgé de 16 ans et non 
vacciné, fut admis à l'hospice de Vannes pour variole confluente, qui 
devint mortelle le 16 mai. Une sœur et plusieurs malades de l'hospice 
contractèrent alors cette redoutable affection qui ne tarda pas à se ré- 
pandre dans toute la ville. 

Les rapports incessants qui existent entre les habitants de Vannes et 
ceux de Séné, eurent bientôt créé entre eux une solidarité épidémique, 
funeste aux uns comme aux autres; car, si d'abord Tépidémie a passé de 
Vannes à Séné, cette même épidémie est revenue de Séné à Vannes, a 
parcouru, au commencement de 1870, non-seulement les divers quar- 
tiers de la ville, mais encore plusieurs villages de la commune où, en 
deux mois, elle a fait 30 victimes. 

Au mois d'octobre 1869, une domestique, prise de variole à Vannes, 
eut la funeste pensée de se faire transporter à Sarzeau, alors indemne de 
toute épidémie. Elle fut visitée dans sa demeure par une domestique du 
château de Kerlevenan, situé à deux kilomètres de Sarzeau. Cette do- 
mestique ne tarda pas à être prise elle-même de la variole qui, bien que 
bénigne chez elle, fut transmise, avec des symptômes graves, au cocher 
du château. Douze jours après sa contamination, le cocher succombait 



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164 CHAUFFARD. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 

et était enseveli par le fermier de Kerbot, village voisin de Kerle- 
venan. 

Pour avoir eu avec ce cocher des rapports antérieurs et postérieurs à 
sa mort, le fermier de Kerbot contracta une variole grave, mais non 
mortelle, et transmit son affection à son enfant et à sa domestique, qui, 
tous deux, succombèrent à la violence du mal. Malheureusement encore, 
avant la mort de la domestique on eut la triste idée de la transporter 
chez sa mère à Banaster, village à deux lieues de Sarzeau, où, quinze 
jours après son décès, j'ai compté plus de 30 varioleux dont trois ont 
péri. » 

(Compte-rendu des travaux des conseils d'hygiène du Morbihan, en 
1869, p. 5). 

Nous pouvons ajouter avec le judicieux observateur que nous venons 
de citer, voila comment les épidémies se généralisent le plus souvent, et 
comment les imprudences multiplient les cas et les décès. 

Les causes qui semblent, d'après tous les rapporteurs, avoir le plus 
favorisé l'extension et la longue durée de la maladie, sont la présence, 
dans les milieux infectés, d'individus non vaccinés ou non revaccinés, et 
les rapports constants que ceux-ci avaient avec les malades. Il est, en 
efTet, facile de constater, que toujours le nombre des malades et des morts 
a augmenté avec celui des non vaccinés, et de plusieurs points on nous 
signale des villages ou des établissements qui ont échappé à la maladie 
ou ont brusquement interrompu ses progrès en recourant à la revacci- 
nation. Nous ne citerons que la maison centrale de Vannes, qui depuis 
6 ans que la variole règne dans cette, ville, n'en a pas compté un seul cas. 
Il est vrai de dire, que dans cette maison le personnel a été revacciné 
jusqu'au succès, et il est des sujets chez lesquels, la revaccination n'est 
devenue fructueuse qu'à la troisième et même la quatrième tentative. 

 cause même de la confiance que mérite la vaccination, il convient 
d'instruire la population des conditions qu'elle doit remplir, pour créer 
l'immunité : il ne suffit pas d'avoir été inoculé, comme beaucoup le 
croient, il faut encore qu'il se soit produit une éruption légitime et dans 
les délais prévus ; il faut de plus que l'époque de la revaccination ne soit 
pas trop éloignée. Il est, en effet, des sujets qui jouissent d'une malheu- 
reuse disposition à la réceptivité du virus variolique et qui après avoir 
été vaccinés peuvent contracter la variole une et même deux fois. Enfin 



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CHAIJFFABB. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 165 

il faut que le médecin, pour combattre certains préjugés, très-en racines 
dans l'esprit de certaines gens, sache bien que si la vaccine ne fait pas 
naître la variole il est possible que sur le même sujet l'éruption vacci- 
naleetréruptionvarioliqueévoluentpresquesimuItanément.Les rapports 
que nous avons dépouillés en donnent plusieurs exemples ; nous citons 
le suivant : 

« Le 23 février 1870, une petite fille de 5 mois fut apportée de Ba- 
den à Varmer pour y être vaccinée. L'opération ayant eu tout le succès 
désirable, le 2 et 4 mars on prit du vaccin sur cette petite pour l'ap- 
pliquer à 39 personnes de Baden. 36 eurent une éruption locale légitime 
qui eût du les rassurer contre l'épidémie qui régnait alors à Baden, et 
qui, bien au contraire, leur inspira à ce sujet une grande terreur; car, 
dès le 5 mars, la petite vaccinifère était en pleine éruption variolique ; 
et pourtant, bien que l'enfant fut sous l'empire de la maladie, au mo- 
ment où l'on a employé son vaccin, aucun des vaccinés n'a eu la variole ! 
— donc le vaccin de cette petite n'a été aucunement vicié par la va- 
riole. » (R. de M. Fouquet). 

H eût été intéressant de suivre la marche du fléau, sur les divers 
points de notre territoire, et de savoir si toutes les épidémies étaient 
parties d'un foyer unique pour envahir ensuite le pays, ou bien s'il y 
avait eu plusieurs foyers primitifs et si la maladie était développée si- 
multanément sur plusieurs points. Mais les matériaux nous manquent 
pour ce travail et c'est à peine si dans quelques départements on note 
l'époque précise à laquelle l'épidémie a débuté. Quel intérêt eut aussi 
présenté l'études des épidémies particulières et leur comparaison ! 

Parmi les nombreux mémoires qui nous sont parvenus et qui traitent 
de cette maladie, plusieurs insistent, et avec raison, sur la mortalité 
bien dififérente, suivant les diverses parties du territoire où l'on obser- 
vait : ainsi, tandis que dans certaine communes du Morbihan, la mor- 
talité a atteint le quart, le tiers, la moitié même des malades, dans 
d'autres points on note à peine une mort sur 20 malades frappés. 
Quelle différence ensuite dans les formes! Depuis ces formes fou- 
droyantes, où le médecin a besoin de se souvenir de l'épidémie au milieu 
de laquelle il vit pour connaître le mal, jusqu'aux variololdes les plus 
Itères, tout a été signalé. Mais nous ne pouvons nous laisser aller à 
décrire toute ces formes; d'autres se chargeront de ce soin; pour nous 



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166 CnAlJlVABD. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70> 

qui faisons en œuvre plutôt administrative que médicale, notre soin doit- 
être, non de faire des descriptions nosologiques, mais de signaler tous 
les faits dont Thygiène publique et privée peuvent tirer quelque profit. 
Pour nous aider efficacement dans cette tâche, il serait désirable que 
tous les tableaux statistiques envoyés par les départements fussent conçus 
sur un même plan et que le soin de leur rédaction fut confié, non a 
un employé de préfecture chez qui le bon vouloir ne peut masquer 
l'insuffisance, mais au secrétaire du conseil central d'hygiène ; ainsi la 
tâche du rapporteur serait facile, et son travail rendu plus fécond. Au 
lieu de cela nous n'avons le plus souvent que des documents insuffisants 
qu'aucune idée n'anime et que le désir seul de remplir une formalité a 
inspirés. — Nous nous plaisons cependant à signaler quelques départe- 
ments qui comme le Morbihan, le Nord, le Pas-de-Calais, l'Aisne etc., 
ont adressé à la commission des épidémies, des documents statistiques du 
plus grand intérêt. 

Nous ne pouvons rien dire sur la durée des diverses épidémies de va- 
riole; les rapporteursdépartementaux n'attachantleplussouventàce point 
qu'une importance secondaire. Quant au nombre des victimes qu'a 
pu faire le fléau, un calcul même approximatif nous est interdit, quel- 
ques départements seuls nous ayant donner des chiffres précis. Nous 
citerons seulement pour donner une idée de l'extension et de la gravité 
que peut prendre cette maladie l'exemple du Morbihan oîi en 1870, 
102 communes ont été visitées et ont compté 3012 victimes. Tous les 
moyens qui peuvent mettre à l'abri de ce terrible fléau doivent dont 
être plus que jamais recommandés, et les médecins et les autorités doi- 
vent se concerter pour favoriser partout les vaccinations et les revaccina- 
tions. Ce besoin est signalé avec beaucoup d'autorité par plusieurs rap- 
ports qui nous arrivent de province. Nous citerons celui de M. le profes- 
seur Tourdes, de Strasbourg, où sont signalées les améliorations qu'il 
serait utile d'introduire dans les comités de vaccine départementaux. 

c( Le retour des épidémies de variole, dit le professeur Tourdes, et 
leur plus longue durée indiquent que des mesures doivent être prises 
pour mieux assurer la propagation de la vaccine. On ne peut accuser 
de la situation actuelle un affaiblissement dans le virus vaccinal; l'ex- 
périence montre qu'il a conservé toute son efficacité et d'ailleurs il est 
assez fréquemment renouvelé par des découvertes de cov^-pox. C'est la 



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eHAUFFAn». RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70- 167 

TaccinatioD de bras à bras qui doit être encouragée, et non la vaccine 
animale. Plusieurs médecins cantonaux demandent que la vaccination 
soit déclarée obligatoire; il faudrait à cet égard une disposition législa* 
tive qui pour bien des motifs serait difficile à obtenir. D'autres mesures 
contribueraient efficacement à la propagation de la vaccine. Nous 
proposerions : V de récompenser et d'activer le zèle des vaccinateurs, en 
rétablissant les. prix de vaccine, tels qu'ils existaient autrefois dans 
notre département, et qui témoignaient de toute Timportance que l'ad- 
ministration attachait à la propagation du seul moyen d'empêcher le 
retour de cruelles épidémies ; 2* de n'accorder le certificat de vaccine que 
pour les vaccinations vérifiées, et d'exiger d'une manière beaucoup plus 
absolue qu'on ne le fait aujourd'hui le certificat de vaccine pour l'admis- 
sion des enfants dans les écoles et, des indigents, au secours du bureau 
de bienfaisance ; 3^ d'allouer une prime en argent aux parents pauvres 
qui représentent leurs enfants et qui consentent à ce que le vaccin soit 
pris de bras à bras ; 4^ d'encourager autant que possible les vaccina- 
tions, et de les rendre générales dès que la variole parait dans une 
commune; S"" d'accorder une indemnité aux cultivateurs qui présentent 
du cow-pox. » 

Les travaux reçus par l'Académie sur la variole sont les suivants : 

!• Rapport sur une petite épidémie de variole, par le docteur Confé- 
vron, de Langres (Haute-Marne) ; 

2"" Court récit des épidémies de variole, par le docteur Desfossés- 
Lagravière, de Grenouillât (Creuse) ; 

3* Rapport sur l'épidémie de variole observée, à Lovaveis-les-Mines, 
par le docteur Victor Legros (Creuse) ; 

4'' Rapport sur des épidémies de variole, qui ont régné dans l'arrondisse- 
ment de Villefranche, par le docteur Martin Duclaux (Haute-Garonne) ; 

5*" Rapport sur une épidémie de variole et de fîève typhoïde, observée 
par le docteur Grandmottet (Jura) ; 

6* Rapport sur une épidémie de variole observée, dans le canton 
de Montbrison, par le docteur Rey ; 

V Rapport sur une épidémie de variole, observée à la Providence, à 
Niort, par le docteur Lagardelle (Deux-Sèvres) ; 

8"" Rapport sur une épidémie de variole, observée par le docteur 
Demonchaux, dans la commune de Gouy (Aisne) ; 

XXX. 24 



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168 CHAUFFABO. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 

O"" Mémoire sur la constitution médicale exanthématique, qui a régné 
sur la garnison de Metz, en 1868-69 et sur les épidémies de scarlatine, 
rougeole et i^ariole, qui ont régné pendant cette période, par le docteur 
Molard Paul, médecin major de T* classe ; 

10"* Épidémie variolique de la commune d'Égreville, en 1870 (Seine- 
et-Marne). 

Rapport par le docteur Bessière Emile; 

11"" Rapport sur les épidémies qui ont sévi dans Tarrondissement de 
Brest et sur Tépidémie de variole, pendant Tannée 1869, par le docteur 
Félix Daniel; 

12* Rapport sur une épidémie de variole, observée à Perpignan 
(Pyrénées-Orientales), par le docteur Bocamy ; 

IS"" Rapport sur les épidémies qui ont régné dans l'arrondissement 
d'Orléans, par le docteur Debrou ; 

H"" Rapport général sur la variole, qui a régné d'avril à octobre 1869, 
dans la commune de Russeau, par le docteur Tondu t (Deux-Sèvres) ; 

15"" Relation des épidémies qui ont régné, en 1867, dans l'arrondisse- 
ment de Pontoise, par le docteur Alphonse Bazin ; 

16'' Note du docteur Mottard sur la vaccine, les revaccinations et le 
vaccin ; 

iT Rapport sur une épidémie de variole, qui a régné, depuis le mois 
de février 1 869 jusqu'au 20 mai, dans la commune de Renescure (Nord), 
par le docteur Emile Prévost ; 

18"* Plusieurs notes, du docteur Nadin, sur les épidémies de variole, 
dans l'arrondissement de Verdun (Meuse) ; 

i 9" Rapport général sur l'épidémie de variole, observée à La Bois- 
sière (1869), par le docteur de Montozon; 

20^ Note du docteur Caviale sur la variole, observée à Cahorset dans 
les localités avoisinantes ; 

21'' Rapport du conseil d'hygiène, du département d'IUe-et- Vilaine ; 

22^ Rapport du docteur Pujos, sur une épidémie de variole, observée 
dans l'arrondissement d'Auch; 

23* Rapport du docteur Cressant, sur l'épidémie de Bourg-d'heure 
(Creuse). 



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CHAUFFABD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 169 



FIÈVRE TYPHOÏDE 

La fièvre typhoïde mérite encore cette année le second rang parmi les 
épidémies qui ont si cruellement éprouvé nos populations en 1869; sa 
marche n'a rien présenté de particulier, mais, vers la fin de 1870, les 
fatigues, les privations, l'encombrement résultant de tous les mouve- 
ments de troupes que nécessitait la guerre, ont provoqué dans plu- 
sieurs centres un redoublement très-sensible de cette terrible maladie. 
On peut dire que le nombre des victimes faites pendant la guerre par la 
variole, la fièvre typhoïde et la dysenterie est bien plus considérable 
que celui des blessés. Du reste, il n'est pas encore possible de donner 
des chiffres exacts sur ce sujet, les documents pour Tannée 1870 étant, 
jusqu'à présent, excessivement rares. C'est surtout d'après les statistiques 
et les mémoires de Tannée 1869, que nous allons faire ce rapport. Des 
documents parvenus à l'Académie signalent la fièvre typhoïde dans 
vingt-trois départements, mais il est probable que beaucoup d'autres 
épidémies sont passées inaperçues ; aussi n'oserions-nous affirmer que la 
différence entre les années 1868 et 1869 constitue une véritable 
amélioration. 

Voici la liste des départements atteints avec le nom des communes, 
le chiffre de la population, le nombre des malades et des morts : 



TABLEAU : 



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170 CHAUFFABD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 



RELEVÉ DES ÉPIDÉMIES DE FIÈVRE TYPHOÏDE 1869-70. 



OÉPARTEIENTS 



Ain... 
Aisne. 
Allier. 



Alpes (Basses-). 



AMONDISSEKIITS 



Ardèche.. 
Charente. 



Charente-Inlérieure 



Creuse. •• 
Dordogne. 
Gers 



Jura 

Lot , 

Morbihan. 

Moselle... 
Nord 



Pas-de-Calais. 



Rhône 

Seine-et-Marne. . 
Tam-et-Garonne. 
Vienne (Haute-).. 
Alpes (Hautes-)... 

Aude 



Pjrénées (Hautes-).. 



Belley. 

St-Quentin. 

Gannat. 

Lapalisse. 

Barcelonnette. 

Castellanne. 

Digne. 
Largentière. 

Cognac. 
La Rochelle. 

Jonzac. 

Rochefort. 

St-Jean d'Angély. 

Aubusson. 

Bergerac. 

Lectoure. 

LoDE-le-Saulnier. 

St-aaude. 

Gourdon. 

Année 4869 

— i870 

Metz. 

Cambrai. 

Boulogne. 

Montreuil et 

St-Omer. 

Année 1870. 

Coulommiers. 

Montauban. 

Bellac. 

» 

» 

Tarbes. 



DlABITAim 



iAUKS 



Pas de détails. 



3 


3,560 


i35 


3 


X 


73 


mbraux. 


928 


130 



2 
2 
3 
5 

4 

3 
3 

Bellegarde. 

Bergerac. 

4 

Briod. 

3 

Creysse. 

80 

65 

6 

X 

Boulogne. 
3 



Sans gravité. 

975 I 57 
i,600 I 118 

Cas isolés. 
7,200 I 200 I 
Sans gravité. 
Pas de détails. 
Idem. 
Idem. 
727 I 23 
i 4,000 I 50 
Pas de détails 



201 
520 

787 

X 
X 

3,600 

X 

40,250 

1,090 

Pas de détails. 



46 

58 
70 

X 
X 

184 
220. 

X 



19 

6 

14 

7 
il 

50 



Sablonniëres. 


733 


15 


3 


X 


36 


Azat-le-Ris. 


970 


80 


Briançon. 


ISmaiBons. 


36 


Mas Ste-Puelle 


1,218 


43 


Bicaud. 


492 


95 


Tarbes. 


Garnison. 


91 



5 

7 

12 

10 

8 

35t 

335 

25 

39 

72 

21 



3 
9 
8 
12 
15 
18 
19 



Comme on le voit, il est difficile d'établir une distribution géographi- 
que régulière de la maladie, qui semble avoir sévi pour ainsi dire au 
hasard sur tous les points de la France. Cette généralisation et cette 
absence d'ordre dans la propagation constitue un des caractères propres 



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CWUkMJWWAWm. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 171 

de la fièvre typhoïde. Cette fièvre est endémique dans le centre de 
l'Europe : elle peut prendre naissance partout, sous l'influence de cer- 
taines conditions de milieu encore indéterminées, sévir et s'éteindre sur 
place, ou bien se propager au pays voisin sans cependant jamais s'éten- 
dk*6 à une région entière. Les nombreux mémoires que nous avons reçus 
et dont nous allons rendre compte tout à l'heure s'accordent à signaler 
ce caractèrOi et, en cela, ils ne font que confirmer les observations bien 
souvent faites par nos prédécesseurs. 

C'est ordinairement à un petit rayon que reste limitée l'infiuence 
épidémique ; il n'est même pas rare de la voir concentrée dans un petit 
groupe de maisons et même dans une seule. C'est ainsi que le professeur 
Tourdes, de Strasbourg, nous signale le fait suivant : 

Diément Jacques, soldat du 1^' escadron du train, venant de Phi- 
lippeville avec un certificat portant : anémie, suite de fièvre intermit- 
tente, arrive au mois de novembre 1868 à Weiler, hameau dépendant 
de Mars*Kriden. Il est malade et le médecin cantonal, M. Henibren- 
ner, reconnaît les signes du typhus. Cette maladie se communique 
à son frère, âgé de 21 ans, qui succombe le 14 décembre en dix jours. 
Le père, âgé de 57 ans, contracte aussi le typhus et meurt le i 6 décembre 
en 10 jours. Un autre frère, &gé de 14 ans, meurt en 25 jours : une 
sœur mariée, qui est venue les voir, est également atteinte du typhus et 
meurt en 19 jours. La mère reste aujourd'hui seule avec le jeune homme 
qui a importé le fléau et qui survit, lannamn étant isolée , des précautions 
sont prises, les communications sont interrompues et la maladie s'éteint sur 
place, sans faire d* autres victimes dans le village. 

Ce fait renferme plusieurs enseignements que plusieurs fois déjà les 
précédents rapporteurs ont signalé et qu'il est de notre devoir de rappeler 
encore. 

Le premier, c'est l'importance extrême que les médecins de l'armée 
doivent attacher aux certificats qu'ils donnent aux malades envoyés en 
convalescence. Les cas ne sont pas rares en effet où la venue d'un jeune 
soldat dans le village qui l'a vu naître, au lieu d'apporter la joie au 
milieu de ses parents et amis, n'y apporte que la désolation et la mort. Le 
second, c'est le soin que les médecins des épidémies et les autorités doi- 
vent mettre à isoler les malades atteints de fièvre typhoïde. Plusieurs 
dw mémoires que nous avons dépouillés signalent comme cause d'épi- 



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172 CHAUFFJJ». RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 

demie Tarrhée, dans un pays, d'un malade atteint de fièvre typhoïde. 
A rencontre de ces faits, on pourrait en citer beaucoup oîi la dispersion 
des malades n'a amené aucun accident dans les lieux divers où ils ont été 
traités. Le mémoire de M. Leudet, sur l'épidémie de fièvre typhoïde 
observée au lycée de Rouen, insiste sur ce fait. Malgré tout, la règle doit 
être d'isoler les malades autant que le milieu et les circonstances le 
permettent ; et, dans les cas où les malades eux-mêmes ne peuvent être 
isolés, il faut, autant que possible, tâcher de concentrer le mal dans 
le pays où il a pris naissance. 

Les causes de la naissance et du développement des épidémies sont, 
en dehors de l'importation, toutes les causes communes que les auteurs 
signalent, telles que l'encombrement, les privations, l'insalubrité des 
habitations et les excès. 11 est à remarquer que ces causes elles- 
mêmes n'engendrent pas toujours la maladie et qu'un autre élément, 
que les médecins ignorent, est nécessaire pour que la fièvre typhoïde 
apparaisse. La mortalité a varié beaucoup suivant le temps et le lieu. 
Dans un même département, tandis que, dans une commune, le dixième 
des malades succombe, dans une autre, les deux tiers sont moissonnés. 
Nous trouvons sur ce point dans le compte rendu si remarquable du 
conseil d'hygiène du Morbihan, les détails les plus précis. C'est dans ce 
rapport, que nous voyons signaler dans le seul village de Kerner, 
arrondissement de Lorient, 70 malades sur 300 habitants et 60 décès. 
A Saint-Nicolas du Tertre, arrondissement de Ploërmel, sur 12 cas, 
9 décès. En somme, pour l'année 1869, il y a eu dans ce seul dépar- 
tement 80 communes atteintes, 1,245 malades et 352 décès. En 1870, 
65 communes, 1 ,050 malades et 335 décès. 11 serait à désirer que tous les 
autres départements nous eussent fourni des documents statistiques aussi 
complets; nous pourrions alors faire utilement une étude comparative 
de l'épidémie dans les divers points de la France. Ce qui explique le 
mieux les différences que nous avons signalées dans la mortalité, c'est 
l'épidémicité. Beaucoup de rapports, en effet, nous signalent des fièvres 
typhoïdes sporadiques : ces cas doivent être distingués avec soin des cas 
véritablement épidémiques ; car ils ont un tout autre caractère et sont 
le plus souvent beaucoup moins graves. Nous n'avons rien à dire de 
la durée des diverses épidémies ; pour le plus grand nombre, les éléments 
nous manquent ; pour les autres, le plus souvent, la maladie a pris 



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CHAUFFARD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 173 

fin lorsque les lieux, où elle avait pris naissauce, ont été évacués. 

Voici la liste des divers mémoires que nous avons reçus, traitant la 
fièvre typhoïde. 

Nous allons les analyser avec soin pour dégager les faits principaux 
qu'ils signalent. 

!• Rapport du docteur Widal sur deux épidémies de fièvre typhdide^ 
observées à fhôpital militaire de Maubeuge. Une première épidémie 
peu importante s'est développée dans une des casernes de Maubeuge; 
elle a duré du 18 août au 17 septembre. Onze cas graves et cinq cas 
légers. L'épidémie est restée concentrée pendant toute la durée dans 
un pavillon d'une vaste caserne. Elle n'a pas pris naissance dans la 
caserne : le premier malade a contracté son mal sous l'influence de la 
constitution épidémique qui régnait dans la ville. Il n'a été envoyé à 
l'hôpital que le onzième jour, lorsque les accidents typhoïdes étaient des 
plus marqués. Huit ou dil jours après, trois cas nouveaux se sont 
montrés, deux dans la même chambre, et un dans une chambre 
voisine. Quelques jours plus tard, trois nouveaux malades sont signalés 
à Tétage supérieur. Enfin au bout de trois semaines, tout en sévissant 
dans les salles primitives, la maladie traverse le logement des sous- 
officiers, sans les atteindre, pour envahir la deuxième division, qui est 
située dans le même corps de bâtiment. Le 23 septembre, sur les ins- 
tances du médecin, le pavillon est évacué et les dragons vont habiter une 
partie de la caserne d'infanterie qui se trouve dans des conditions 
hygiéniques en apparence moins bonnes et, à partir de ce moment, l'épi- 
démie cesse. Cette relation confirme de tout point ce que nous avons dit 
dans notre rapport sur le développement des épidémies de fièvre 
typhoïde. Les causes communes, très-efficaces pour les favoriser, ne suf- 
fisent pas pour engendrer la maladie. 

La deuxième épidémie que signale ce rapport est l'épidémie de 
Landrecies. Elle est née à la caserne et a respecté la population civile. 
L'auteur l'attribue aux fatigues éprouvées par les jeunes soldats et à la 
mauvaise disposition de la caserne dont les logements sont bas, humides 
et difficiles à modérer. 

Durée : du 25 novembre au 8 janvier. Au début, les cas sont bénins ; 
ils deviennent plus graves en décembre, au moment des plus grands 
froids; 41 malades 6 morts. L'auteur signale quelques cas d'embarras 



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174 CHAUFFABD. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 

gastrique fébrile coïncidant avec l'épidémie, auxquels ils donnent le nom 
de typhus abortif. Ce n'est point ici le cas de discuter sur ces dénomi- 
nations nouvelles qui s'introduisent aujourd'hui si facilement dans la 
langue médicale. Nous ne pouvons cependant nous empêcher de signaler, 
combien nous parait vicieux ce nom nouveau donné à l'embarras 
gastrique. Ce mémoire, qui se fait remarquer par des observations 
thermométriques, très-bien prises, ne fait que confirmer les résultats 
obtenus par divers auteurs. L'auteur a employé daos le traitement de la 
fièvre typhoïde la digitale, à laquelle il attribue une très-grande efficacité 
pour obtenir l'abaissement de la température et du pouls. 

2° Épidémie de fièvre typhoïde observée au lycée de Rouen par le doc- 
teur Leudet. Ce mémoire se recommande par le soin avec lequel sont 
étudiées la naissance et la marche de l'épidémie. L'auteur termine son 
travail par des conclusions dont nous citons quelques-unes : 

4'' La fièvre typhoïde a régné épidémiquementà Rouen pendant l'année 
1869 : elle n'avait pas offert une intensité analogue depuis les années 
1855, 1856, 1857, années pendant lesquelles le lycée avait été complète- 
ment épargné. Vers 1 869, l'épidémie typhoïde régnait dans un grand 
nombre de localités du département de la Seine-Inférieure. Dans ces 
localités, elle avait débuté en juin, atteint son summum d'intensité en 
septembre, et était en diminution en novembre, quand éclata l'épidémie 
du lycée. L'épidémie a débuté le 7 novembre et a duré jusqu'au 29. 
Elle a atteint dès le début une intensité considérable et a frappé 97 per- 
sonnes dont 86 élèves, 6 maîtres répétiteurs et 5 domestiques. 

La mortalité a été de 9 sur 86 chez les élèves, 1 sur 5 chez les maîtres 
répétiteurs et 4 sur 5 chez les domestiques atteints. 

Les élèves, qui ont été presque tous renvoyés dans leur famille, n'ont 
pas importé chez eux la maladie. 

S'* Rapport de M. le docteur Le grand sur une épidémie de fièvre typhoïde 
observée dans le hameau de Slanville {du 30 août 1868 à la fin de février 
1869). Ce travail, où aucun fait nouveau n'est signalé, attribue la mala- 
die à l'importation. La propagation aurait été favorisée par la mauvaise 
hygiène des habitants et se serait faite par voisinage. Durée totale de l'é- 
pidémie, six mois, en y comprenant une période de répit qui dura six 
semaines; sur 80 habitants, 23 furent atteints et 7 succombèrent. 

4^ Rapport sur une épidémie de fièvre typhoïde observée à Pezenas par 



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CMAWWJkWm. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 175 

le docteur Gustave Martio. L'auteur s'attache surtout à l'étude des indi- 
cations qui sont dégagées avec une grande sagesse. Ce mémoire contient 
une observation de double gangrène des extrémités inférieures, surve* 
nue dans la convalescence d'une fièvre typhoïde. Ce fait est de tout point 
semblable à ceux que M. Bourgeois, d'Étampes, a signalés à la société 
médicale des hôpitaux. 

5** Rapport de M. Grandmottet sur les épidémies de t arrondissement de 
Saint-Claude {Juvà). —Fièvre typhoïde à Grand-Chdtel, de février 1869 à 
octobre. Sur 1 1 habitants, 38 malades^ 3 décès. Le premier sujet atteint 
fut un jeune homme de 19 ans qui n'a' 
était très-pauvre et très-sale ; mort. Dès le 
{une seule maison fut épargnée). La fièvre t; 
lage assez éloigné. Le sujet le plus jeune av£ 
toutes les maisons où apparut la maladie, 
sonnes, 35 malades furent obligés de s'alitei 
Fièvre typhoide aux Piards : 

1^"^ cas : garçon de 1 i ans, sans contact suspect ; 

2* cas : sa sœur après 15 jours ; 

3^ cas : leur mère, qui mourut ; 

4^ cas : une autre fille qui était venue soigner sa mère ; 

5^ La maltresse de la 2* malade qui était domestique dans une maison. 
En tout 3 morts. 

La contagion est évidente. 

6"* Rapport du docteur Ladureau sur deux épidémies de fièvre typhoïde 
et de variole qui ont régné conjointement à Alger et dans la province. 

La fièvre typhoïde fut très-grave, surtout pendant le dernier trimes- 
tre, où il y eut 43 décès sur 144 malades. 

V Rapport sur une épidémie de fièvre typhoïde observée à Belley (Ain), 
parle docteur X... (nom de l'auteur illisible). 

8"* Rapport sur une épidémie de fièvre typhoïde observée à Manosque (Bas- 
ses-Alpes), par le docteur Dauvergne. 

9"* Rapport sur les épidémies qui ont sévi dans l arrondissement de Gan- 
nat (Allier), par le docteur Mignot. 

10* Rapport du docteur Jacquez sur une épidémie de fièvre typhoïde ob-- 
servée dans la commune de Longueville (Haute-Saône). 

XXX. 23 



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176 CHAUFFARD. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 



ROUGEOLE 

Nous insisterons peu sur les épidémies de rougeole, les rapports par- 
ticuliers ne leur attribuant que peu d'importance ; nous n'aurions du 
reste qu'à répéter ce qui a été dit par les précédents rapporteurs. 

Comme toujours, cette maladie s'est propagée par contagion, a surtout 
frappé sur l'enfance et ne s'est développée que dans de petits foyers. 
Ainsi, le professeur Tourdes nous signale à Strasbourg plusieurs écoles 
dont le plus grand nombre des enfants a été atteint, tandis que d'autres 
écoles peu éloignées ont échappé à l'épidémie. Ce fait a du reste été bien 
des fois signalé, dans les hôpitaux d'enfants surtout, où une salle était 
infectée à l'exclusion de toutes les autres. 

Voici la liste des départements atteints avec le nombre des malades et 
celui des morts. Nous devons répéter, ce que nous avons déjà dit précé- 
demment, c'est que nous croyons ces chiffres bien inférieurs aux chiffres 
réels. Deux départements seuls nous paraissent avoir donné le chifEre 
exact de leurs morts; ce sont le Morbihan, 234, et l'Aveyron, 252. 



Tableau : 



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CHAUFFA»» . RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 177 

TABLEAU DES ÉPIDÉMIES DE ROUGEOLE PENDANT LES ANNÉES 1869 ET 1870. 



DÉPARTEIENTS 



Âisoe 

AlUer 

Alpes (Basses-) 

Ardëche 

Ariége 

Aveyron 

Cantal 

Charente 

Charente- Inférieure. 

Gard 

Indre-et-Loire 

Meuse 

Morbihan 

Nord 

Pas-de-Calais 

Rhin (Bas-) 

Seine-et-Marne 

Somme 



AMMDISSEIE1ITS 



Laon. 
Moulins. 

Di^e. 

Pnvas. 
Toumon. 
Pamiers. 

Milhau. 

Mauriac. 

Cognac. 

La Rochelle. 

Rochefort. 

Ntmes. 

Alais. 

Loches. 

0)mmerc7. 

Année 1869 

— 1870 

Cambrai. 

Arras. 

St-Pol. 



COIIUNES 



Prouvais. 

Moulins (6 com.) 

Montagnac. 

3 
2 

Milhau. 

2 

i 

La Rochelle. 

Rochefort. 

(^visson. 

Alais. 

Lignes. 

Euville. 

12 

28 

Solesmes. 

Blairerille. 

Auxi-le-Château. 



mm 


lAUKS 


d'habitants 




485 


70 


X 


130 


646 


21 


X 


182 


918 


103 


8,300 


183 


13,663 


961 


» 


» 


X 


60 


18,700 


160 


X 


136 


2,500 


250 


19,964 


825 


2,056 


81 


552 


70 


» 


» 


» 


» 


X 


350 


619 


48 


3,009 


103 



■MTS 



10 
12 

6 

8 
252 
» 

12 
3 

20 

29 

234 

7 

2 

31 

12 

32 

3 





I Plusieurs épidémies à Strasbourg 
j vironnantes (Rapport 

» 7 

Doullens. 6 



et dans les campagnes on- 
de M. lourdes). 



X 
X 



X 

830 



X 

32 



En résumé, 1 8 départements ont été atteints, et sur ce nombre 3 seule- 
ment semblent avoir eu à subir de véritables épidémies, ce sont : TAvey- 
ron où la seule commune de Milhau a compté 96 1 malades et 252 morts ; 
le Gard où la ville d'Âlais a eu 825 malades et 234 morts et la Somme 
où l'arrondissement deDouUen donne pour Tannée 1869 dans 6 com- 
mune 830 cas de rougeole et 32 morts seulement. Quelle différence dans 
la mortalité! Toutes les épidémies sur lesquelles nous avons eu des dé- 
tails semblent être dues à Timportation. La gravité si différente suivant 
les lieux tient à l'existence ou à la non-existence des complications pul- 
monaires. 

Cinq rapports, sur des épidémies de rougeole, ont été adressés à TAca- 
démie, ce sont : 

!• Le rapvort sur t épidémie de rougeole d* Ingrandes (Indre-et-Loire), 



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178 CHAUFFABD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 

par le docteur Beaupoil, 70 malades, en plusieurs communes, La mala- 
die fut importée à Saint- Patrice par une petite fille de Bourgueil, qui 
s'était trouvé en contact avec des enfants rubéoliques (la maladie avait été 
importée à Bourgueil par des élèves du collège de Saumur, renvoyés dans 
leur famille à cause d'une épidémie de rougeole)- Une petite fille qui 
avait été en contact avec la première contaminée continue à aller à l'école; 
elle quitte malade, mais encore sans éruption, et, quelques jours après, la 
rougeole se propage dans l'école. Presque tous les enfants sont successi* 
vement atteints et aussi de grandes personnes (une femme de 70 aus). 
Un certain nombre de malades « qui n'avaient pas été purgés eurent wie^ 
seconde fois la rougeole» . 

Quelques enfants ont été manifestement préservés par risolement* 

Partout oîi la maladie a pénétré, le docteur Beaupoil a pu constater 
l'importation. 

Des enfants ayant communiqué avec des rubéoliques sont emmenés dans 
une propriété lointaine; ils y sont pris de rougeole; il n'y en avait pa$ 
dans le pays, et comme la propriété était isolée, la maladie s'éteignit sur 
place, sans se propagera d'autres habitants. 

2** Rapport par le docteur Jaclot^ sur une épidémie de rougeole à Méziè^ 
res-les-Metz (Moselle). 

3" Rapport sur une épidémie de rougeole qui a sévi à Plancher-les-Mi- 
nés, ^1869, suivi de considérations sur le traitement de la pneumonie mor^ 
bilieuse, par f alcool d haute dose, par le docteur Victor Poulet. 

La rougeole n'avait pas paru, depuis 13 ans, dans la localité. 

3Sf cas sur 1,887 habitants, dont 513 enfoi^ts ; 
Sur ces 351 cas, 

Au-dessous de 12 ans 320 

Au-dessus de 12 ans. • . . , 31 

12 décès. 

Incubation moyenne de 2 à 8 jours. 

Récidive, 4 cas. 

Complications intestinales fréquentes. 

Ce travail très-intéressant contient des considérations étendues sur les 



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cwukMJVWAmm. — rapport sur les épidémies 1869-70, 179 

heureux effets de Talcool contre la pneumonie morbilleuse et sur les effets 
favorables des purgatifs dans les rougeoles ordinaires. 

4* Rcqyport sur les épidémies qui ont régné dans F arrondissement de 
Moulins (Allier), par le docteur Charvot. 

Rien de particulier à noter dans ce mémoire, d'ailleurs intéressant. 

5** Relation dune épidémie de rougeole^ observée en 1 869 dans Parror^ 
dissement d'Aubusson (Creuse), par le docteur Victor Legros. 

L'auteur signale au nombre des complications qu'il a constatées une 
diminution notable de la contractilité de la vessie. 



SCARLATINE 

La scarlatine pourrait être presque négligée dans notre rapport gé- 
néral, tant elle a peu d'importance dans les rapports particuliers. Elle 
est signalée dans 8 départements et n'a donné lieu à aucun mémoire 
ou rapport spécial. 

Voici les noms des départements atteints : 



OÉPARTEIENTS 



Ârdèche 

Cantal 

Morbihan.... 

MoseUe 

Seine-et-Oise. 

Rhin (Bas-).. 

Vosges 

Somme 



ARMNINSSEIEIITS 



Privas. 

X 

Année 4869 
— 1870 
Sarreguemines. 



i 

i 

1 

30 

Valmunster. 

Gonnesse. 



d'habitaiits 



7,504 

B 

X 
X 

1,125 
3,821 



lALADES 



25 

» 
X 
X 

88 
40 



2 
» 
1 
89 
7 
4 



Épidémie très-grave, mais peu étendue, à Strasbourg (Tourdes). 



DouUens. 



4 

Pemois. 



5,735 




82 
168 



DIPHTHÉRIE 
14 départements ont payé leur tribut à la diphthérie. En voici la liste : 



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180 CHAUFFABI». RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 



DÉPARTEMENTS 



Ain 

Aisne 

Allier 

Cantal 

Charente 

Charente-Inférieure. 

Gers 

Indre>et-T^ire 

Morbihan 

Côies-du-Nord 

Meuse 

Seine-et-Marne 

Rhin (Bas-) 

Sèvres (Deux-) 



AMHINIHSSEIEIITS 



Gex. 

Nantua. 

Vervins. 

Château-Thierry. 

Lapalisse. 

Mauriac. 

Cognac. 

La Rochelle. 

Rochefort. 

St-Jean d'Angély. 

Saintes. 

Condom. 

Lectoure. 

Lombez. 

Loches. 

Année 1869 

— 1870 



Niort. 



COimiNES 



6 

Champfronîer. 

La Hérie. 

2 

3 

6 

i 

2 

7 

3 

4 

Toures. 

5 

5 

Vemeuil. 

17 

8 

2 

Pas de détails. 

2 I 

Quelques cas. 
Sciecq. 



DH&BITANTS 



X 
1,053 

354 

760 

2,300 

X 

X 

3,050 

X 

» 
3,300 
950 



824 
» 

X 



300 



lALADES 



159 
96 
36 
14 

101 

100 
17 

100 

282 
» 

730 
55 

111 

» 

12 



lORTS 



I » I 



27 
16 

9 

5 

39 
41 

8 
31 
63 

» 

41 
10 
21 

» 

4 
226 
104 

» 



I ^'1 'I 



Peut-on tirer quelque conclusion de Tétude de ces chiffres? Évidem- 
ment non, car ils portent avec eux le témoignage de leur inexactitude. 
3 mémoires ont été envoyés à l'Académie, traitant de la diphthérie : 

1® Rapport sur une épidémie de diphthérie^ par le docteur Béroud (Ain) ; 

2® Rapport sur une épidémie d'angine diphthéritique^ par le docteur 
Tondut Paul (Deux-Sèvres) ; 

3** Rapport sur une épidémie de diphthérie, par le docteur Âutelot 
(Vienne). 

DYSENTERIE 

Elle est signalée dans 11 départements; mais il est évident que ce 
chiffre est au-dessous de la vérité, surtout si nous voulons tenir compte 
des cas malheureusement trop nombreux de dysenterie qui se sont 
produits pendant la guerre; dans les places et les hôpitaux, et parmi 
les soldats en marche. Peut-être les documents relatifs à cette triste 



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CHAUFFABB. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 181 

histoire médicale de Tannée pendant la guerre, seront-ils publiés, alors 
on verra combien sont plus terribles que le fer et le feu, les maladies 
qui s'attachent aux grandes armées. 

Le Morbihan nous fournit, comme pour toutes les autres épidémies, 
le chiffre le plus élevé de morts; il est vrai que c'est peut-être le seul 
département qui nous livre des chiffres exacts. Pour l'année 1869, il 
accuse 269 morts dans 30 communes atteintes; pour Tannée 1870, 
342 dans 40 communes. A côté de ces chiffres qui évidemment com- 
prennent tous les morts de dysenterie dans le département, les autres 
départements ne nous offrent que des statistiques incomplètes. 

Voici la liste des départements signalés avec le nombre des malades et 
des morts : 



DÉPARTEIENTS 



Charente-Inférieure 

Grense 

Dordogne 

Gers 

Indre-et-Loire 

Morbihan 

Moselle 

Saône (Haute-) 

Tarn 

Rhin (Bas-) 

Pyrénées (Hantes-).. 



AMtONDISSEIENTS 



Jonzac. 
Saintes. 

» 

X 

Lombez. 

Tours. 

Année 4869 

— 1870 

Sarreguemines. 

Vesoul. 

A^y. 
Tarbes. 



9 
4 

i 

X 

Gaigau. 

30 

40 

Birwiller. 



D'HABITANTS 



3,300 

X 
X 

369 
1,200 

X 
X 

264 
Pas de détails. 



«AUDES 



X 

Militaire. 



Tresse. 
Alby. 
Quelques cas. 
Épidémie de la garnison. 



o 
730 

» 
342 

38 

50 

X 
X 

7 



X 

49 



■ORTS 



» 

41 
j» 

76 
3 

14 

269 

342 

3 

33 




, ... I 



3 Hémoires ont été envoyés, traitant de la dysenterie : 

V Rapport sur deux épidémies, observées à Tarbes sur les militaires de la 
garnison (docteur Vignes) ; 

2* Rapport sur une épidémie de dysenterie ^ observée d Presse, canton 
de Melisey, arrondissement de Lure (Haute-Saône) (docteur Jacquez) ; 

Z"^ Rapport sur une épidémie de dysenterie, observée dans le département 
des Deux-Sèvres (docteur Dusouil). 



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182 CKAUFFABD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 



COQUELUCHE 

Elle s'est montrée dans 1 départements, dont voici les noms 



DÉPARTEIENTS 



Alpes (Basses-). 

Aude 

Cantal 

Jura 

Loire (Haute-). 

Morbihan 

Pas-de-Oilais.. 

Rhin (Bas-).. . 

Seine-et-Marne 
Somme 



AUONDISSEIEIITS 



Gastellanne. 

Dinie. 

Forcalquier. 

Castelnaudary. 

Mauriac. 

St-Glaude. 

Yssengeaux. 

Année 1869 

— 4870 

Arras. 

St-Omer. 

St-Pol. 



2 
2 
2 

i 
3 

Ghafsal-Marigua. 

5 

4 

i 

HéninSt-Cogeul. 

Boquetoire. 

Beroiicourt. 



IftHIRE 






■ALAOES 


d'habitants 




3,500 


115 


» 


» 


» 


» 


9,075 


loO 


1» 


» 


287 


28 


1,700 


300 


X 


X 


X 


X 


462 


68 


1,249 


107 


255 


35 



3 

» 

15 

» 



30 

25 



8 

11 

i 



A Strasbourg, plusieurs écoles ont eu la moitié de leurs en- 
fants atteints (Tourdes). 



Amiens. 



Beauquesne. 



300 



550 



12 



Il a été remis un seul mémoire, celui du docteur Martin Duclaux, 
sur une épidémie de coqueluche, dans la commune de Yillefranche 
(Haute-Garonne). 

Les rapports que nous avons dépouillés signalent encore 4 épidémies 
d'oreillons : 

Charente-Inférieure 82 cas. 

Cantal x 

Côtes-du-Nord x * 

DrOme (14,633 hab.) 1,720 mal. 

(dont 1,130 enf.), et • 6 morts. 

2 épidémies de conjonctivite : 

Allier 3,278 hab. 83 mal. 41 en 

Seine-et-Oise » 450 » 



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CnVAUFFAllD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 183 

2 épidémies de grippe, 

Ardèche et Seine-Inférieure; 

et plusieurs épidémies de fièvres intermittentes. 

Arrivé à la fin de ce rapport, nous ne pouvons nous empêcher de re- 
connaître que le travail que nous venons de terminer ne peut porter 
aucun fruit, les documents sur lesquels il s*appuie étant à la fois trop 
insuffisants et trop incomplets; aussi croyons-nous faire notre devoir, 
monsieur le Ministre, en recommandant à toute votre sollicitude le 
service médical des épidémies. Les travaux réunis de tous les médecins 
des épidémies dans les départements peuvent seuls nous permettre de 
tracer le tableau réel des maladies épidémiques qui frappent le pays, 
des causes qui les suscitent, de la marche qu'elles affectent, de Texten- 
sion qu'elles acquièrent, de Tinlensité qu'elles contractent, des pertes, 
enfin, qu'elles infligent à nos populations. Ce n'est que lorsque ces 
études porteront sur des documents sérieux et étendus qu'il sera pos- 
sible d'indiquer aux autorités compétentes les moyens propres à préve- 
nir l'apparition et les progrès ultérieurs des épidémies, et de fournir 
ainsi une conclusion pratique à de longues et méritantes recherches. 

La commission permanente des Épidémies compte aussi dans ses attri- 
butions l'étude des travaux qui sont adressés à l'Académie, sur la géogra- 
phie et la statistique médicales de la France. Elle attache même une impor- 
tance toute spéciale à encourager des travaux dont la réunion permettra 
plus tard d'édifier une géographie médicale sérieuse du sol français et de 
la population qui le couvre, qui le cultive, qui l'exploite, qui en tire les 
produits de sa subsistance, et ceux d'une industrie aussi riche que variée. 

L'Académie a reçu trois mémoires importants sur la géographie et la 
statistique médicales, travaux conçus et menés abonne fin avant le funeste 
mois de juillet 1870. 

Le premier et le plus considérable de ces mémoires, a pour auteur 
M. Hector Bertrand, médecin-major de T* classe à l'hôpital militaire du 
Gros-Caillou : il a pour objet les infirmités et les endémies qui motivent en 
France Feûcemption du service militaire. L'auteur ne s'occupe dans la 
première partie de ce travail, que des affections des yeux, de la myopie 
surtout, du bégaiement et des maladies cutanées. 

Dans une introduction très- bien présentée, il compte environ 40 sortes 
XXX. 26 



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184 CHAUFFARD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 

d'eDdémies, qu'il répartit selon les départements et qu'il rattache 
presque toutes à des influences locales. Son travail a nécessité de si 
longues recherches, et donné lieu à de si nombreux chapitres, qu'il se 
borne en ce moment à l'étude des 4 infirmités comprises dans le titre de 
son mémoire. Le reste viendra plus tard. 

Ses recherches s'étendent sur une échelle, qui va de 1850 à 1864. Il 
les a distribuées en 1 5 classes, et en ofifre le tableau par déparlements. 

Jusqu'ici on admettait comme myopes, tous ceux qui à l'aide de verres 
bi concaves et des n*» 2 et 3 lisaient à 30 et 35 centimètres, et de loin avec 
le no 3. Mais le tir ayant changé, on rejette aujourd'hui les myopes li- 
sant avec les n^* 4 et 5 et voyant nettement, à distance, avec les n*** 6 et 7. 

La principale cause de cette infirmité parait être l'influence d'un 
excès de chaleur et de lumière : de nombreux tableaux, selon les climats 
et toutes les influences météorologiques, sont donnés à l'appui de cette 
opinion. M. Hector Bertrand n'admet pas l'idée de Boudin qui faisait 
jouer un grand rôle à la race. 

Une étude aussi scrupuleuse sur les maladies des yeux et des annexes, 
qui n'entraînent pas la perte des fonctions de l'organe, fait suite au cha- 
pitre de la myopie, et expose l'influence, jusqu'ici ignorée, des régions 
Méditerranéennes et de la région Océanique. 

Le chapitre consacré à l'étude du bégaiement en recherche les causes, 
qui peuvent se trouver dans l'état nerveux, dans des lésions organiques, 
dans l'hérédité, dans l'imitation, dans l'habitude. M. Bertrand n'admet 
pas l'influence des mariages consanguins. 

Les affections du système cutané sont classées dans des tableaux très- 
curieux, qui semblent attribuer à certaines régions, la calvitie, l'alopécie, 
la teigne, etc., etc. 

Cette étude d'hygiène générale, qui embrasse à la fois la pathologie, 
la physiologie et l'épidémiologie, est extrêmement remarquable. Déjà 
M. Hector Bertrand a publié des travaux dans ce sens, et c'est jd'après les 
conseils et avec les encouragements de l'Académie qu'il a continué des 
recherches si intéressantes. Une simple analyse ne peut donner qu'une 
idée très-imparfaite de ce travail. La collection de ces mémoires formera 
un recueil aussi curieux que la géographie médicale de Boudin, et aura 
surelle cet avantage d'être basée sur des études plus sérieuses, plus exactes, 
et qui conduisent à des résultats pratiques très-importants. 



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CBAMJWVAUIB. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 185 

Le second mémoire est intitulé : Esquisse dune statistique médicale de 
la commune et de F arrondissement d Avignon^ par M. le docteur Prosper 
Yvaren, 

On peut dire que ce mémoire est un modèle du genre ; il est aussi 
élégamment écrit que riche de renseignements : c'est une monographie 
complète et des plus intéressantes, de Tun des plus fertiles départe- 
ments du midi de la France : produits du sol, industrie, mœurs, coutu- 
mes, statistique de la population, mortalité à tous les âges, mariages, 
fécondité des époux, éducation morale et physique des enfants, résultats 
constatés dans les conseils de révision, maladies endémiques, épidémies, 
constitution médicale, maladies régnantes, tout y est étudié avec préci- 
sion et sagacité. L'auteur, M. Yvaren, est déjà connu par des publications 
médicales d'un intérêt réel ; il a traduit Baillou et Fracastor, a écrit sur les 
métamorphoses de la syphilis un ouvrage Irès-remarqué ; celte nouvelle 
œuvre témoigne d'un esprit d'observation et d'une puissance de descrip- 
tion au moins égale à ce que l'on connaissait de l'érudition de l'écrivain. 

Enfin le troisième mémoire est une Étude sur la topographie et l'hy- 
giène de l'arrondissement de Lunéville en 1866, parle docteur Châtelain. 

Cette topographie est très-complète. Elle comprend Tétude de la 
structure géologique du sol, des produits végétaux, minéraux et 
animaux, le mouvement comparé de la population, la statistique des 
naissances et des décès, la situation hygiénique des grands établisse- 
ments, des prisons, des hôpitaux, des casernes. Elle donne le résumé des 
rapports des médecins cantonaux réunis par les soins de l'autorité. 

Le docteur Châtelain, en s'aidant des travaux déjà publiés à ce sujet, 
et surtout du travail publié à Toul en 1866 par le docteur Bancel, trace 
la topographie spéciale des cantons de l'arrondissement de Lunéville. 
Des tableaux très-bien faits résument toutes les observations. 

Il n'a qu'un compte rendu très-^court des épidémies qui ont régné. Et 
il termine par une notice bibliographique des mémoires publiés sur la 
topographie du département de laMeurthe. 

Tous ces mémoires ont reçu de la commission permanente des épi- 
démies l'accueil favorable et l'attention particulière dont ils étaient si 
dignes; vous serez appelés, au nom de la commission, à donner à 
chacun d'eux une très-honorable récompense, et pour le premier d'entre 
eux, la plus haute récompense que l'Académie puisse décerner. Votre 



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186 CHAUFFA»». RAPPORT SUR LES ÉPIDÉlflES 1869*70. 

commission forme le vœu qae de tels travaux se multiplient, et qu'en- 
suite il se trouve un patient et laborieux ami de la science qui les réunisse 
en corps, et dote notre pays d'un véritable traité de géographie et de 
statistique médicales. 



DOCUMENTS REÇUS PAR L'ACADÉMIE ET ENVOYÉS PAR ELLE 
A LA COMMISSION DES ÉPIDÉMIES. 

AIN. — 5 ABRONDISSEMENTS. — 450 COMMUNES. 

L'Académie a reçu : 

1"* Un tableau des épidémies dans les arrondissements de Gex et de 
Nantua; 
2* Une relation très- brève de l'épidémie de Champfromier; 
3^ Une relation de l'épidémie de Belley. 

NOMBRE 
ARRONDISSEV. MALàDIES. COMMUNES. POPULAT. ^ — ' " '■' ^ 

DB MALADES. OB MORTS. 

^ ( Angine couenneuse ) « j-a ( 27 

Geaî { \ } 6 » 139 .... . 

t et croup. •) diilSIeif, 

i96 ) 
. 89 f *^ 

(D' BÉROUO.) 

Bdley Fièvre typhoïde. . • • Pas de renseignements statistiques. 

Rien des deux autres arrondissements. 



AISNE. — 5 ARRONDISSEMEIITS. — 886 COMMUNES. 

L'Académie a reçu : 

1^ Un tableau des épidémies envoyé par la préfecture ; 
V Un rapport de M. le docteur Demonchaux sur une épidémie de 
variole qui a régné en 1869 dans la commune de Jouy. 



àRRONDlSSEM. 



MALADIES. 



Lwa Rougeole et croup. 



Ferons. 



Rèvre typhoïde. 

Variole 

Variole 



COMMUNES. 

Prouvais. 

3 

8 

Vervins. 



Angine couenneuse. La Hérie. 



485 

3,560 
9,615 
2,500 

354 



NOMBRE 



DB MALADES. DB MOB78. 



70 j 
i 67 Mf • 



«Ml 

135 

46 

72 

36 

iiit 23 cif. 



10 

19 

» 
3 



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eUAMJWWAWM. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 187 



Soimns Néant. 

Variole. ...•..••... 


Bonneil. 
2 


418 
760 


26 
14 





«*^»-^*^-|AnÏÏe ;;;;.«;::. 


5 



ALGÉRIE. 
L'Académie n'a rien reçu. 

ALLIER. — 4 ARRONDISSEMENTS* — 886 COMMUNES. 

L'Académie a reçu : 

l"" Un tableau général envoyé par la préfecture ; 

T Un rapport pour l'arrondissement de la Palisse (docteur Meil- 
heurat) ; 

y Un rapport sur les épidémies de l'arrondissement de Gannat 
(docteur Mignot) ; 

4'' Un rapport sur les épidémies qui ont régné en 1 869 sur le départe- 
ment (docteur Gharvot). 



NOMBRE 



ARR0NDI8SEM. 



MALADIBS. 



Qannal^ 



(Ophthalmie 3 

) Fièvre typhoïde. ... 3 



POPULAT. 



La Palisse. 



iDiphthérîe 3 2,000 

( Fièvre typhoïde .... Montcombraux. 928 
Moulins Rougeole 6 c. (etMoulios). 




ALPES (Basses-)*— 5 arrondissements. — s 54 communes. 

L'Académie a reçu : 

r Un tableau général ; 

2"" Un rapport du docteur Dauvergne ; 

3"" Un rapport du docteur Bec. 



AllONDISSBIl. 



Digne. 



MALADIES. 



COMMUNES. 



BofceUmneUe. . . • Fièvre typhoïde. • • • 

/ Fièvre typhoïde • • . • 2 

Rougeole Montagnac • 

Coqueluche et oph- j ^ . 

thalmies ) 



POPOLAT. 



NOMBRE 



BB KALÀDU. M MOlTt. 



Sans gravité. 
1,600 ils 

646 21 



11 




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188 eVAUFPASB. RAPPORT SUR Lfô ÉPIDËMU» 1869-70. 

( Fièvre typhoïde. .. • 2 975 57 



^^^'^ I Coqueluche 

Î Coqueluche 
Variole 
Fièv. intermittentes 



3)500 H5 

Sans gravité. 



ALPES (Hautes-). — 3 arrondissements. — 189 gommuiies. 

L'Académie a reçu les extraits des procès -verbaux du conseil 
d'hygiène, desquels il résulte qu'il n'y a pas eu d'épidémie dans le 
département. 

ALPES-HARITIMES. 

Lettre du préfet au ministre, pour dire qu'on n'a pas observé d'é- 
pidémie. 

ARDÈCHE. — s ARRONDISSEMENTS. — 389 COMMUNES. 

L'Académie a reçu le tableau des épidémies du département. 



ARR0IID1S9BH. 



MiLADIES. 



COHHUNBS. 



NOMBRE 



OB MÀLàMM». PM aOMTt. 



Largentiêre. 



Privas, 



Toumon. 



Grippe 

Fièvre typhoïde. 

Rougeole , 

Variole 

Scarlatine. 

Rougeole 

Variole 



2 


2,200 


123 


12 


3 




Cas isolés. 




4 


» 


182 


6 


i 


4,516 


96 


9 


1 


7,204 


52 


2 


3 


918 


103 





2 


597 


34 


14 



ARDENNES. — 5 arrondissements. — 478 communes. 
Tableau absolument insignifiant envoyé par la préfecture. 

ARIÈGE. — 8 ARRONDISSEMENTS. — 886 COMMUNES. 

L'Académie a reçu le tableau des épidémies du département. 



ARROIfDISSEM. 

Saint-^rons .... 


HALiDIBS. 

Variole 


C0MMU1IB8. 

» 
2 
9 


NOMBRE 
Il 72 3 


Pamien 


Rougeole 

Variole 


''^ IJS-r. « 

11,500 872 107 


Poix. 


Pas d'épidémie. 



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cmAWWJkmm. — rapport sur les épidémies 1869-70. 189 

AVEYRON. — 5 ARRONDISSEMENTS. — i41 COMMUNES. 

L'ÀGadéinie a reçu un tableau pour les épidémies de l'arrondissement 
de Milhau, et une courte relation de ces épidémies. — Rien des autres 
arrondissements. 

NOMBRE 

ARRONDISSEM. MALADIES. COMMUNES. POPULAT. ^ — -. 

DB MALADM. oi BOATS. 

(Rougeole Milhau. 43,663 i , .^,\ | 252 

( Variole MUhau. » 808 214 

AUBE. — 5 ARRONDISSEMENTS. — 446 COMMUNES. 

Pas de documents. 

AUDE. — 4 ARRONDISSEMENTS. — 484 COMMUNES. 

L'Académie a reçu un tableau très-incomplet des épidémies, sans 
renseignements statistiques sérieux. 

BOUGHES-DU-RHONE. — s arrondissements. — loe communes. 

L'Académie a reçu sur les épidémies du département un rapport 
envoyé par le docteur Braye, et constatant qu'il n'y a pas eu d'épidémie. 

CALVADOS. — 6 arrondissements. — 767 communes. 

L'Académie a reçu un tableau général des épidémies, avec un très-court 
rapport du docteur Denis Dumont. — Aucune épidémie sérieuseà relater. 

CANTAL. — 4 ARRONDISSEMENTS. — 257 COMMUNES. 

L'Académie a reçu un tableau général des épidémies du départe- 
ment. 

NOMBRE 

ARR0NDIS8EM. MALADIES. COMMUNES. POPDLAT. ^ "- " "" 

DB VÀLADU. Ol VOBTS. 

/Grippe Salin. 1,090 140 11 

Croup et angine I ^ ^ ^^^ ^^ 

J couenneuse S 

™^"^ ] Oreillons Ydes. 1,014 60 

' Coqueluche 3 

^Rougeole 2 



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190 CKAUFFABD. — RAPPORT SOR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 

Pas d'épidéniie dans les autres arrondissements. 



CHARENTE. — 5 arrondissemeiits. 



418 COMMUNES. 



L'Académie a reçu un tableau général des épidémies du dépar- 
tement. 



AIU10IIDI88BM. 



MALAOIBS. 



ÎFièTre typhoïde ••• • 
Rougeole 
Croup. •• 

CHARENTE-INFÉRIEURE. — 



MUNIS. 


POPOLAT. 


^ ^ ^ 








ra ■AI.ÂBU. 


»E MORTf. 


5 


7,200 


200 


50 


i 


» 


60 


12 


i 


» 


17 


8 



6 ARRONDISSEMENTS. — 429 COMMUNES. 



L'Académie a reçu : 
l"" Un tableau général des épidémies; 
2» Un court rapport du docteur Geneuil; 

3^ Une relation de l'épidémie de fièvre typhoïde par le docteur 
Barbay. 



NOMBRE 



ABI10NDIS$BM. 



MALADIES. 



COMMUNES. 



LaRocheUe. 
Jonzac, . • . . 



[ Rougeole [La Rochelle. 



Rochefcrt. 



St-Jeand^Angély, 



j Fièvre typhoïde.... 
( Angine couenneuse. 

l Dyssenterie 

(Fièvre typhoïde.... 

Angine couenneuse. 

Variole 

Rougeole.... 

Fièvre typhoïde... • 

Angine couenneuse. 

Fièvre typhoïde .... 

Oreillons 



4 

2 

9 

4 

7 

Rochefort. 

Idem. 

3 

3 

3 

St-Romaîn de 

Benêt. 



Saintes. 



Marennes. 



I Dyssenterie et an- \ 
gine diphthérili- > 

que / 

Rien de sérieux à noter. 



POPCLAT. 

18,720 
3,050 



I 1,669 



3,:ioo 



160 

Sans gravité. 

100 



350 
136 



Dl MOATt. 

3 

31 



32 
21 



80 



730 



41 



CHER. — I ARRONDISSEMENTS. — 190 COMMUNES. 

L'Académie a reçu un tableau général des épidémies du département. 



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cwukMjFVAmm. — rapport sur les épidémie» 1869-70. 1^1 

t NOUBBB 



ARRONDISSEM. MALADIES. COMMUNES. POPULAT. 



»B MAUkUBS. DB «MTt. 

Saint' Amand... Variole 7 8,000 480 77 

CORRÈZB. — 8 ARRONDISSEMENTS. — 286 COMMUNES. 

Pas d'épidémie. 

•CORSE. — 5 ARRONDISSEMENTS. ^ 885 COMMUNES. 

Pas d'épidémie. 

COTE-D'OR. — 4 ARRONDISSEMENTS. — 717 COMMUNES. 

Pas d'épidémie. 

COTES-DU -NORD. — 5 arrondissements. — 86 a communes. 

L'Académie a reçu : 
1 "^ Un tableau général des épidémies ; 
2^ Un rapport du docteur Piedvache ; 
3' Un rapport du docteur EIjurbert; 
4** Un rapport du docteur Savidan. 

ABIONDISSIM. MAIADOB. COMMUNES. FOPDLAT. 

Scmt'Brieuc.... Variole 12 » 336 71 

Pas de renseignements sérieux pour les autres arrondissements. 

CREUSE. — 4 arrondissements. — i6i communes. 

L'Académie a reçu : 

l^^Un tableau général des épidémies du département; 

2^ Deux rapports du docteur Desfosses-Lagravière : l'un, sur une 
épidémie de variole ; l'autre, sur une épidémie de dyssenterie ; 

3^ Un rapport sur une épidémie de variole observée par le docteur 
Legros, dans la commune de Lavarcis-les-Mines; 

4"^ Un rapport du docteur Gressan sur une épidémie de variole observée 
dans la commune de Bourg-d'Hem (arrondissement de Guéret) ; 
XXX. 27 



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192 CHAUFFABD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 

5"" Un rapport du même auteur sur uue épidémie de variole dans la 
commune de Pionnat. 

ROMBBB 

ARRONDISSEM. MALADU8. COMMUNES. POPCLAT. ^ » , ^ ^ 

DB HâLAOM. DB sort». 

A ubusson Fièvre typhoïde .... Bellegarde. 727 23 5 

Boussac Variole GenouiUat. 4^687 55 - 8 , 

DORDOGNE. — 5 arbondissements. — 58S communes. 
L'Académie a reçu le tableau général des épidémies. 

ARRONDISSBM. MALA0IB8. GOMMCNBS. 



Fièvre typhoïde .... Bergerac. 
. . • • . Idem. 



I Fièvre lyp] 
*«*<"^ (Varioloïde 

Rien dans les autres arrondissements 





NOMBRE 


POPDLAT. 








14,000 


50 7 


Id. 


60 12 



DOUBS. — 4 ARRONDISSEMENTS. — 640 COMMUNES. 

NOMBRE 



ARRONDI88EM. 


MALADIES. 


COMMUNES. 


POPULAT. 


M MALADBt. 


DB MOBTt. 


Pontarlier 


Variole 


Levier. 


» 


164 


6 



DROME. — 4 ARRONDISSEMENTS. — 866 COMMUNES. 

L'Académie a reçu un tableau général des épidémies. 

NOMBRE 
ARIONDISSBM. MALADIES. COMMUNES. POPULAT. ^ " " -^ 

DB MALADBf. DB MORTf. 

EURE. — 5 ARRONDISSEMENTS. — 700 COMMUNES. 

Pas de documents. 

EURE-ET-LOIR. — 4 arrondissements. — 4S6 communes. 
Pas de documents. 

FINISTÈRE. — 5 arrondissements. — S84 communes. 
r Épidémie de variole (pas de détails). 



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CBIAUFFABD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 193 

S"" Rapport du docteur Félix Daniel sur une épidémie de variole qui a 
sévi danslarrondissement de Brest. 

GARD. — 4 ARRONDISSEMENTS. — 848 COMMUNES. 

L'Académie a reçu un tableau général des épidémies du départe- 
ment. 

NOMBRE 
AlBONBISSEM. MALADIES. COMMUNES. POPULAT. ^ '■■ — -^ 

»| BALASEf. 9B MOAT0. 

250 



iVImes Rougeole Calvissan. 2,5i0 | 

AXai» Rougeole Alais. 19,964 825 



29 



234 



HAUTE-GARONNË. — 4 arrondissements. — 518 communes. 

Pas de tableau des épidémies du département. 
L'Académie a reçu deux rapports du docteur Martin Duclos : l'un sur 
une épidémie de coqueluche, l'autre sur une épidémie de variole. 

GERS. — 5 ARRONDISSEMENTS. — 684 COMMUNES. 

L'Académie a reçu : 

l"" Le rapport général des épidémies du département ; 
2* Un rapport du docteur Pujas sur une épidémie de variole quia ré- 
gné à Auch depuis le 7 novembre 1868 jusqu'au 30 mars 1869. 



NOMBRE 



ARRORDI88EM. MALADIES. 

kvuâk Rien de notable. 

Comtom ly^?'" 

( Angine couenneuse. 

Angine couenneuse 
L6c<oufe et croup 

Fièvre typhoïde.... 

lomftez (Dysenterie 

( Angine couenneuse. 

GIRONDE. — 8 ARRONDISSEMENTS. — 547 COMMUNES. 

L'Académie a reçu un rapport du docteur H. Gintrac sur les épidé- 
mies du département. 
Pas de tableau. 



COMMCNBS. 


POPULAT. 


M HALÂDU. 


Bl Mom 


14 

Faurcès. 


950 


55 


10 


5 


» 


iii 


21 


4 

Gayan. 
5 


369 


38 


3 



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194 CHJLUFFAIID. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1S69-70, 

HÉRAULT. — 4 ARRONDISSEMENTS. — 881 COMMUNES. 

Pas de tableau géDéral des épidémies. 

L'Académie a reçu un rapport du docteur Gustave Martin sur une épi- 
démie de fièvre typhoïde observée à Pézénas. 

ILLE-ET-YILAINE. — 6 arrondissements. — 850 communes. 

Nombreuses épidémies de variole. 

La Préfecture a envoyé plus de 50 pièces desquelles il est impossible 
d'extraire aucun renseignement statistique sérieux. Un extrait du regis- 
tre des délibérations du Conseil d'hygiène accuse 1 ,226 cas de variole et 
245 décès. 

INDRE. — 4 arrondissements. — 249 COMMUNES. 

Pas de documents. 

INDRE-ET-LOIRE. — 8 arrondissements. — 29i communes. 

L'Académie a reçu : 

r Un tableau général des épidémies du département; 

2** Un rapport du docteur Mhamie sur une épidémie de dysenterie ; 

3* Un rapport du docteur Beaupoil sur une épidémie de rougeole. 

MOmiRB 

ARROICBI88IM. HALàDIBS. COMMURBS. POPCLAT. ^ * — ^ ■ 

Dl IULADIt. »l XmTt. 

T(m% Dysenterie 2 1,200 50 14 

^^ (Rû^K^ûIe Ligueil.. 2,058 \^^^^\ 7 

(Diphlhérie. ....... Vemeuîl. 824 12 4 

ISÈRE. — 4 ARRONDISSEMEMTS. — 249 COMMUNES. 

Pas de documents. 

JURA. — 4 AERONDISSBUNTS. -«^ 581 COMMUNBS. 

L'Académie a reçu un tableau général des épidémies, et an rapport du 
docteur Grandmottet sur une épidémie de variole et de fièvre ty- 
phoïde. 



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CnVAUFFABD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 195 

NOMBRB 
ABR0ND1S8EM. MALABCES. COMMUNES. POPDLAT. ^ — 

DB MkLÀhEB. BB MOETf. 



Lom^'Saulnier. 
Saint'Claude..». 



Fièvre typhoïde .... Briad. 206 46 12 

Variole Passenan • 756 45 5 

Variole 4 2,950 354 21 

Fièvre typhoïde.... 3 520 58 10 

128 



LANDES. — 8 ABROKDISSEMENTS. — 870 COMMUNES. 

Pas d'épidémie. 

LOIR-ET-CHER. — 8 arrondissements. — 298 communes. 
Pas d'épidémie. 

LOIRE. — 8 arrondissements. — 827 communes. 
Aucun renseignement sérieux. 

HAUTE-LOIRE. — 8 arrondissements. — 26o communes. 
L'Académie a reçu un tableau général des épidémies. 

NOMBRE 
ARRORBISSEM. MALADIES. COMMUNES. POPULAT. ■■ 

Dl KiLA»Bt. M MOBTt. 

Y*iumn^ifn (Coqueluche 5 17,000 300 enf. 30 

issengeaux (variole St-Pol de monts. 2,000 150 50 

LOIRE-INFÉRIEURE. — 5 arrondissements. -« so8 communes. 
Pas d'épidémies. 

LOIRET. — 4 arrondissements. ~ 849 communes. 

L'Académie a reçu un rapport sur les épidémies du département. 
Pas de tableau. 

LOT. — 8 arrondissements. — 815 COMMUNES. 

L'Académie a reçu un tableau général des épidémies. 



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196 CHAUFFABB. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉBflES 1869-70. 

ARBONDISSBH. MALADIES. COMMTOES. POPULAT. WOMBRg 

DK «AI.àPBS. DB aOBTt* 

Cakm j^*"^*® Cahon.] i4,H5 577 52 

' I<^em Pressac. 2,074 300 il 

Gourdon Fièvre typhoïde .... Creyss. 787 70 8 

LOT-ET-GARONNE. — 4 arrondissements. — 826 communes. 
Pas de documents. 

LOZÈRE. — 3 ARRONDISSEMENTS. — 198 COMMUNES. 

Pas de documents. 

MAINE-ET-LOIRE. — 5 arrondissements. — 879 communes. 

NOMBRE 
ARRONDISSEM. MALADIES. COMMUNES. POPULAT. ■■ ^ ^ 

DB MALÀOBfl. DB SOBT*. 

Segré Variole { ^'"^S" **' ! * "« «« 

Cas nombreux dans le reste du département. 

MANCHE. — 6 arrondissements. — 648 communes. 

L'Académie a reçu un rapport sans chiffres statistiques sur les épidé- 
mies du département. 

MARNE. — 5 arrondissements. — 667 COMMUNES. 

Pas de documents. 

HAUTE-MARNE. — 5 arrondissements. — 452 communes. 

Pas de tableau des épidémies. 

L'Académie a reçu un court rapport sur une épidémie de variole par 
le docteur Gonfévran. 

MAYENNE. — s arrondissements. — 452 communes. 

L'Académie a reçu: 

r Un tableau statistique insignifiant; 



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CWAUFFAm». RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 197 

2*» Un rapport sur répidémie de variole observée à Laboissière par le 
docteur Montaudon. 



MEUSE. — 4 ARRONDISSEMENTS. — 589 COMMUNES. 

L'Académie a reçu : 

1* Un tableau général des épidémies pour Tannée 1869, avec un court 
rapport du docteur Sparal; 

2'' Un tableau des épidémies pour l'année 1870. 



AARONOISSBM. 



MALADIES. 



Commercy Rougeole 

MorUmédy... , 



COMMUIIBS. 



EuYiUe. 



POPULAT. 



552 



70 



Fièvre bilieuse ré-] 

mittente ] 

Verdun Variole 



4Mt 68 6if. 
472 82 

12,941 350 



2 
25 



MEURTHE. — 5 ARRONDISSEMENTS. — 714 COMMUNES. 

Pas de tableau général des épidémies. Étude du docteur Châtelain sur 
la topographie et l'hygiène de Tarrondissement de Lunéville. 

Rapport du docteur Bancel sur les épidémies de l'arrondissement de 
Toul. 

MORBIHAN. — 4 ARRONDISSEMENTS. — f 87 COMMUNES. 

L'Académie a reçu les comptes rendus imprimés des Conseils d'hygiène 
du Morbihan pour Tannée 1869-70. 
Résultats généraux : 



MALADIES. 



Variole , 

Dysenterie 

Diphlhérîe 

En 1869. / Fièvre typhoïde.. 

— scarlatine. 

Rougeole 

Coqueluche 

Variole 

Dysenterie 

Diphthérie 

En 1870. i Fièvre typhoïde.. 

— scarlatine. 
Rougeole 

\ Coqueluche 



COMMUIIBS 


NOMBRE 


atteintes. 


DB HOBTt 


24 


230 


30 


269 


17 


226 


80 


352 


1 


10 


42 


31 


4 


25 


i02 


3,H2 


40 


342 


8 


104 


65 


335 


30 


69 


28 


12 


i 






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198 CHAUFFABD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 

MOSELLE. — 5 ARRONDISSEMENTS. — 619 COMMUNES. 

L'Académie a reçu : 

1** Un tableau général des épidémies pendant Tannée 1867 ; 

2'' Des rapports partiels sur les épidémies observées dans les divers 
cantons ; . 

3** Un rapport du docteur Legrand sur une épidémie de fièvre ty- 
phoïde. 

NOMBBE 

ARROIfDISSEM. MALADIES. COMllUIfES. , POPDLAT. ^' ^i — ^ 

DS aALAOBf . DK MOlTt. 

ULtiz Fièvre typhoïde.... 6 3,600 184 25 

^ I Fièvre scarlatine... Volmunster. 1,125 88 7 

Sorregtimtne». . . j ^^3,^^^^, KirchwiUer. 264 7 3 

NIËYEE. — 4 ARRONDISSEMENTS. — 669 COMMUNES. 

Pas de documents. 

NORD. — 7 ARBONDISSEMENTS. — «67 COMMUNES. 

L'Académie a reçu un tableau général des épidémies suivi de rapports 
partiels sur les épidémies des divers cantons. 



ARBORDISSBM. MALADIES. COMIIUTIBS. POPDLAT. 

DK MÂLADM. DK MORTf. 

Dmùiffrqm Variole 6 » 220 8 

(Variole j 'T^:^' \ '''" ''' '' 

Cambnn J pièvre typhoïde. . . . Idem. Id. 220 39 

l Rougeole Solesmes. » 350 32 

Laie Variole LiUe. «54,549 «,600 251 

Hazebrouch Variole ;. Renescure. 1,889 68 4 

OISE. — 4 ARRONDISSEMENTS. — 544 COMMUNES. 

Pas de documents. 



ORNE. — 4 ARRONDISSEMENTS. — - Sil COMMUNES. 

Pas d'épidémie accusée. 



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CKAUFFJLBD. — RAPPORT SUR LES iPIDÉlUES ' tS69-70. 199 



PAS-DE-CALAIS. — 6 abrondissements. •— 908 communes. 

L'Académie a reçu : 

l** Ua tableau général deslépidémies ; 

i"" Un rapport du docteur Manlel sur une épidémie de variole; 

3^ Un rapport du docteur Déhée sur les épidémies de l'arrondissement 



d'Arras. 



ARA01IDI88BM. 



MALADIES. 



COMMUNES. 



Arras. 



Hénin-8ur-Go- 
geul. 
Variole Vaulx-Vraucourt 



Coqueluche. 



Rougeole. 



-^ IS.*'fr.-::: 

; Variole 

Fièvre typhoïde... • 
ScmU-Omer Coqueluche 

(Rougeole Auxy-le-Chftteau 
Coqueluche Bermicourt. 



MontreuU. 



Saint'Pol. 



Blaire ville. 

Boulogne. 

Idem. 

3 

3 
Roquetoire. 



NOMBEB 

POPDLAT. ^ "■ ' ' ■' ^ 

BB MÂLADBt. BB ■OATS. 

462 68 8 

1,650 46 i2 

619 48 3 

40,250 » 72 

Id. », 61 

7,530 1063 79 

1,070 88 21 

1,249 117 11 

3,009 103 

255 35 1 



PUT-ÛE-DOME. — 5 ABRONDISSEMENTS. — 448 COMMUNES. 

Pas de documents. 

PYRÉNÉES (Basses-). — 5 arrondissements. — S69 communes. 
Documents sans valeur. 

PYRÉNÉES (Hautes-). — $ arrondissements. — s 47 communes. 

Pas de tableau général des épidémies. 
L'Académie a reçu : 

l"" Un court rapport du docteur Gaze sur une épidémie de variole ; 
2* Un rapport du docteur Vignes sur une épidémie de fièvre typhoïde 
et de dysenterie observée sur les soldats delà garnison de Tarbes. 

PYRÉNÉES-ORIENTALES. — $ arrondissembnts. — 227 cOMMUi^ps. 

Pas de rapport général. On signale des épidémies de croup, rougeole et 
variole. 



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200 CKAVFFJLBD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉBflES 1869-70. 

L'Académie a reçu un rapport sur une épidémie de variole observée à 
Perpignan par le docteur Bonamy. 

RHIN (Bas-). — 8 arrondissements. — 548 communes. 

Pas de tableau général des épidémies, mais un rapport très-complet du 
professeur Tourdes sur l'état sanitaire du déparlement en 1868. 

RHIN (Haut-). — 8 arrondissements. — 490 communes. 

Pas de tableau général des épidémies. 

L'Académie a reçu : 

1* Un rapport du docteur Wimpffen sur l'état sanitaire de Tarrondis- 
sement de Colmar ; * 

2** Un rapport du docteur Benoît de Gorémagny sur les épidémies de 
l'arrondissement dé Belfort. 

Pas de renseignements statistiques. 

RHONE. — 2 ARRONDISSEMENTS. — 268 COMMUNES. 

1869. Pas d'épidémie. 

1870. Épidémies de variole, fièvre typhoïde, dysenterie. 
Pas de renseignements statistiques. 

SAONE (Haute-). — 8 arrondissements. — 588 communes. 

Pas de véritable épidémie à signaler. 

L'Académie a reçu deux rapports sur une épidémie de dysenterie et 
une épidémie de variole observée par le docteur Jacques. 

SAONE-ET-LOIRE. — 5 arrondissements. — 685 communes. 
Tableau statistique insignifiant. 

SARTHE. — 4 arrondissements. — 889 COMMUNES. 

L'Académie a reçu un tableau statistique absolument nul et un rapport 
du docteur Lebel sur les épidémies observées dans l'arrondissement du 
Mans. 



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CmAWWAMB. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 201 

SAVOIE. — 4 ARBONDISSBMENTS. — $16 COMMONBS. 

L'Académie a reçu un rapport sur une épidémie de variole à Saint- 
Jean deMaurienne (315 cas, 63 morts). 

SAVOIE (Hauts-). — 4 arrondissements. — s 69 communes. 
Pas de documents. 

SEINE. — $ ARRONDISSEMENTS. — SI COMMUNES. 

Pas de documents. 

SEINE-ET-MARNE. — 5 arrondissements. — 6f7 communes. 

L'Académie a reçu un tableau général des épidémies du départe- 
ment. 

ROMMB 
ARBORDIIBBlf. MALADIES. OOMMinm. POPULAT. 

Î-». • ,. ( Villeneuve St- ) 

Fièyre paludéenne. { ,> . ! 

I Denis. ) 

Fièvre typhoïde .... Sablonnières. 



Fùntamebleau. 



Rougeole Bagneaux. 



363 


51 


7 


733 


15 


3 


UO 


83 


1 


289 


37 






Idem Noisy-le-Sec. 

Meaux Pas d'épidémie sérieuse. 

Provins Pas d'épidémie véritable. 

SEINE- ET-OISE. — 6 arrondissements. — 684 communes. 

L'Académie a reçu : 
l"" Un tableau général des épidémies ; 

2'' Des rapports imprimés du Conseil central et d'hygiène du départe- 
ment. 

NOMBKB 
ABROHDIBSBir. MALADIES. COIflItniBS. POPULAT. 



Fontoiie Conjonctivite. Beaumont. 2,82i 450 

Nota. — Presque toutes les maladies épidémiques ont été observées ; 
mais le nombre des malades a été peu considérable, et le nombre des 
morts presque nuU 



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CHACVFABB. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉBIII» 1860-70. 



SEINE-INFÉRIEURE.— 5 arrondissements. — 759 communes. 

Pas de documents officiels. 

L'Académie a reçu un rapport du docteur Leudet sur une épidémie de 
fièvre typhoïde observée au lycée de Rouen. 

SEVRES (Deux-). — 4 arrondissements. — SBi communes. 

Pas de tableau statistique. 
L'Académie a reçu : 

V Un rapport du docteur Dusouil sur une épidémie de dysenterie ; 
2*Un rapport du docteur Tondut sur une épidémie d'angine diphthé- 
ritique; 

3* Un rapport du docteur Lagardelle sur une épidémie de variole. 

SOMME. — 6 arrondissements. 85i COMMUNES. 

Pas de documents. 

TARN. — 4 ARRONDISSEMENTS. — 8Si COMMUNES. 

L'Académie a reçu un tableau insignifiant des épidémies du départe- 
ment. 

TARN-ET-GARONNE. — $ arrondissements.— i9Z communes. 

L'Académie a reçu : 
!• Un tableau général des épidémies; 

2** Un rapport du docteur Lacaze sur la constitution médicale de Mon- 
tauban. 

NOMBRE 

A&&ONDiaaiM. MALADIES. G0MMU1IE8. POWLAT. ^ " ■ 

DB HALADIf . DB UOKtê, 

Montauban Fièmpe typhoïde... • 3 » 36 9 

Mois$ac Variole 5 ,» 279 21 

, / Fièvre BcarlaUne et ) « 

Fièvre Bcarlatine... 5 j 

Variole g j Très-peu de maludee. 



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CMAMjrWAmm. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 203 

YAR. — s ARROHDISSEMENTS. — 141 COMMUNES. 

Pas d'épidémies. 

VAUCLUSE. — 4 ARRONDISSEMENTS. — 16S COMMUNES. 

Pas de tableau statistique. 

L'Académie a reçu : 

l^" Un' rapport du docteur Yvaren sur les maladies qui ont régné dans la 
commune d'Avignon ; 

2*" Du même auteur, une esquisse de statistique médicale de l'arrondis- 
sement d'Avignon. 

VENDÉE. — 8 ARRONDISSEMENTS. — fiS COMMUNES. 

Pas d'épidémies. 

TIENNE. — 5 ARRONDISSEMENTS. — 840 COMMUNES. 

L'Académie a reçu un rapport du docteur Autellet sur une épidémie 
de diphthérie. 

VIENNE (Haute-). — 4 arrondissements. — «os communes. 

L'Académie a reçu : 

1 "" Un tableau général des épidémies du département, suivi d'un rapport 
du docteur Lemattre ; 
2* Un rapport du docteur Fontreaulx sur une épidémie de variole. 

IfOMBiB 
AEAOIIDUSBII. MALADIES. COMMimES. POPULAT. ^ ■'■ — ^ 

BB UÂLÂXtMB. DB H0BT8. 

BeUac «• Fièvre typhoïde... 1 Azat-le-Ris. 950 80 8 

(Variole » » » 40 

^^^^^ j Fièvre puerpérale.. » » » 18 

Rocheehouari.... Variole SWanien. 9>288 S04 22 

VOSGES. — 5 ARRONDISSEMENTS. — 6S6 COMMUNES. 

L'Académie a regu le tableau général des épidémies du déparle- 
ment 



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204 CHAUFFABB. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 

?i OMBRE 
ARR0NOI8SEM. MALADIES. COMMCNES. POPULAT. ^ " ' — >. 

DB MAULDBS. DK XOBT8. 

» Scarlatine 5 5,725 82 4 

Neufchàteau. . • . Idem Cîrcourt. 389 19 4 

Les varioles paraissent avoir été très-nombreuses. — Les renseigne- 
ments transmis à ce sujet sont absolument insuffisants. 

YONNE, — 5 ARRONDISSEMENTS. — 488 COMMUNES. 

Pas d'épidémie. 



CONCLUSIONS. 



La Commission des épidémies a Thonneur de proposer à l'Académie d'adopter et 
de présenter à la sanction de M. le Ministre de l'agriculture et du commerce pour 
la médaille (T or : 

M. le docteur Hector Bertrand, médecin-major de 1" classe à Thôpital militaire 
du Gros-Çaillou, déjà honoré de la médaille d'argent, pour son mémoire sur les in- 
firmités et les endémies qui motivent en France Texemption du service mili- 
taire. 

Pour la médaille d' argent ^ par ordre alphabétique : 

M. le docteur Autellet, médecin des épidémies pour l'arrondissement de Givray 
(Vienne), pour son rapport sur une épidémie de diphthérie qui a régné du 23 fé- 
vrier 1869 jusqu'au 10 juin de la môme année dans la commune de Blanzais. 

M. le docteur Bessiéres (Emile), médecin à Égreville (Seine-et-Marne), pour son 
rapport sur une épidémie de variole. 

M. le docteur Châtelain, pour son étude sur l'hygiène de l'arrondissement de Lu- 
néville en 1869. 

M. le docteur Félix Daniel, médecin à Brest, pour son rapport sur les épidémies 
qui ont sévi dans Tarrondissement de Brest pendant l'année 1869. 

M. le docteur Grandmottet, médecin adjoint des épidémies de l'arrondissement de 
Saint-Claude (Jura), pour son rapport sur une épidémie de variole et de fièvre ty- 
phoïde. 

M. le docteur Lagardelle, médecin des aliénés de Niort, pour son rapport sur une 
épidémie de variole observée à l'asile de la Providence pendant les années 1870-71. 

M. le docteur Martin Duclaux, médecin des épidémies pour l'arrondissement de 



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CHAUFFA»». BAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 205 

Yillefranche (Haute-Garonne), pour son mémoire sur une épidémie de coqueluche 
observée à Nogaret. 

M. le docteur Molard, médecin-major à l'hôpital militaire de Metz, pour son mé« 
moire sur la constitution médicale exanthématique qui a régné sur la garnison de 
Metz en 1868-69, et sur les épidémies de fièvres éruptives (scarlatine, rougeole et 
variole), qui ont été observées pendant cette période. 

M. le docteur Tourdes, professeur à la Faculté de Strasbourg, pour son rapport 
sur l'état sanitaire du département du Bas- Rhin pendant Tannée 1868. 

M. le docteur Widal, médecin à l'hôpital militaire de Maubeuge, pour son rapport 
sur deux épidémies de fièvre typhoïde observées à Thôpital de Maubeuge. 

M. le docteur Prosper Yvaren, médecin des épidémies pour l'arrondissement d'A- 
vignon, pour son esquisse d'une statistique médicale delà commune et de Tarron- 
dissement d'Avignon. 



Pour la médaille de bronze : 

M. le docteur Jules Arnould, médecin-major de r* classe, pour un mémoire sur 
les affinités du typhus. 

M. le docteur Emile Bancel, pour son rapport sur les épidémies qui ont régné dans 
l'arrondissement de Toul pendant l'année 1869. 

M. le docteur Dauvergne père, pour son rapport sur une épidémie de variole et 
de fièvre typhoïde observée à Manosque (Basses- Alpes). 

M. le docteur Dusouil, médecin des épidémies pour son rapport sur une 
épidémie de dysenterie observée dans 3 communes de l'arrondissement de Melle 
(Deux-Sèvres). 

M. le docteur Charvot, de Moulins, pour son rapport sur une épidémie de variole 
observée dans la commune de Coulandon (Allier). 

M. le docteur Legrand, médecin honoraire des hôpitaux civils de Metz, pour son 
rapport sur une épidémie de fièvre typhoïde qui a régné dans le hameau de Flan- 
ville (30 août 1868-fin février 1869). 

M. le docteur Gustave Martin, médecin de Pézénas (Hérault), pour son rapporr. 
sur une épidémie de fièvre typhoïde observée à Pézénas et dans quelques communes 
voisines, 1868-69. 

M. le docteur Poulet, de Planches-les-Mines (Haute-Saône), pour son rapport sur 
une épidémie de rougeole et sur le traitement de la pneumonie morbilleuse par l'al- 
cool à haute dose. 

M. le docteur Tondut, pour son rapport sur une épidémie d'angine diphthéritique 
dans la commune de Sciecq (près Niort) (Deux-Sèvres). 

M. le docteur Vignes, médecin des épidémies, pour son rapport sur deue épidémies 
de dysenterie de diarrhée et de fièvre typhoïde observées à Tarbes en 1869-70, sur 
les militaires en traitement à l'hôpital de cette ville. 



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206 CHAUFFABD. RAPPORT SDR LES ÉPIDÉBflES 1869-70. 

Pour un rappel de médaille d'argent : 

M. le docteur Alphonse Bazin de Saint-Brice (Seine-et-Oise), pour sa relation 
des épidémies qui ont régné dans l'arrondissement de Pontoise en 1869. 

(Mention honorable en 1866. — Médaille d'argent en 1868. — Rappel de médaille 
d'argent en 1869.) 

M. le docteur Lecadre, du Havre, correspondant de l'Académie, pour son rap- 
port sur la constitution médicale de la ville du Havre pendant l'année 1869. 

M. le docteur Victor Legros, d'Aubusson (Creuse), pour sa relation d'une épidé- 
mie de rougeole observée en 1869. 

(Médaille d'argent en 1869.) 

M. le docteur Bocamy, pour son rapport sur une épidémie de variole observée à 
Perpignan du 15 juillet 1869 au mois de mars 1870. 

M. le docteur Lacaze, médecin des épidémies, pour son rapport sur la constitu- 
tion médicale de Montauban (Tarn-et-Garonne). 

Pour une mention honorable : 

M. le docteur Barbrau (Charente-Inférieure), pour son rapport sur les épidémies 
qui ont régné dans Tarrondissemeut de Rochefort en 1869. 

M. le docteur Jacquez, lauréat de l'Académie, pour son rapport sur une épidémie 
de dysenterie observée à Tresse, canton de Melisey (Haute-Saône). 

M. le docteur Pujos, d'Aucb, pour son rapport sur une épidémie de variole obser- 
vée à Auch (Gers) pendant Tannée 1869. 

M. le docteur Montazon, médecin des épidémies pour l'arrondissement de 
Ch&teau-Gontier (Mayenne), pour son rapport sur une épidémie de variole. 

M. le docteur Savidan^ pour son rapport sur les épidémies qui ont régné dans l'ar- 
rondissement de Lannion (Gôtes-du-Nord) pendant l'année 1869. 



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€HAUFFABB« RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70 207 

LISTE DES TRAVAUX 

ARRIVES TROP TARD POUR ÊTRE COMPRIS DANS LE RAPPORT SUR LES ANNÉES 1869 
ET 1870 ET RÉSERVÉS POUR LE RAPPORT DE 1871. 



DÉPARTEMENTS 

ET ARRONDISSBIlBIfTS. 



TITRES DES TRAVAUX. 



Aisne 

Allier 

Alpes [HauteS"). 

Gap 

BriançoQ 

Embrun 

AlpeS'MariHmes 

Charente 

Corrèze 

Corse '. • . . 

Côte-éCOr 

Côtes-dU'Nord. 

Dinan 

LannioD 

Creuse 

Boussac 



Rapport sur les épidémies qui ont ré- 
gné dans le département en 1869. 
Môme rapport (année 1870). 

Tableau général du Préfet pour Tan- 
née 1870. 

Rapport sur la fièvre aphtheuse qui a 
régné dans Farrondissement de 
Montluçon. 

Tableau général du Préfet pour i870. 

Extrait du i>rocès-verbal de la séance 
du 3 mai 1870 du Conseil central 
d'bygiène et de salubrité du dépar- 
tement. 

Rapport sur une épidémie de variole. 

Etat sanitaire de Tarrondissement, 
année i870. 

Etat sanitaire de l'arrondissement, 
année 1870. 

Aperçu général de l'épidémie vario- 
lique chez les militaires traités à 
rhOpital de Nice, de novembre 1870 
à février 1871. 

Tableau général du Préfet, 1870. 

Lettre du Préfet annonçant qu'aucune 
épidémie n'a été signalée en 1870. 

Tableau général du Préfet, 1870. 

Tableau général du Préfet, 1870. 

Tableau des épidémies qui ont régné 
dans le département en 1870. 

Relation de l'épidémie de variole, 1 870. 
Ideniy id. 

Tableau général du Préfet, 1870. 
Rapport sur une épidémie de variole 
qui a régné en 1870. 



NOMS DES AUTEURS. 



D» Guipon. 
Idem. 



Dutoja, médecin-vété- 
rinaire. 



D' Manuel. 
D' Cbabrand. 

Le Sous-Préfet. 



D' Didelot, médecin- 
major de i'« classe. 



D' Robin. 

D' Barbé-Guillard. 
D' Savidan. 



D' Desfosses - Lagra - 
vière. 

29 



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208 CHAUFFABB. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 



DÉPARTEMENTS 

ET ARRONDISSEMENTS. 



Finistère, 
Brest. . . . 



Alais 
Uzès.... 
Le Vigan 



Garonne [Uaute-). 



Gironde, 



Ille-et-Vilaine. 



Fougères. 
Montfort.. 
Redon... 
Vitré 



Isère. 



Jura. 



Loire {Haute-). 
LePuy 



Brioude. 



TITRES DES TRAVAUX. 



Tableau général du Préfet, 1870. 
Note sur les épidémies qui ont régné 
dans l'arrondissement, 1870. 

^f^(i Tableau général du Préfet, 1870. 

^toes Tableau pour raanée 1870. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 



Lettre du Préfet. 

Rapport sur une épidémie de suette 
miliaire qui a régné depuis le 43 fé- 
vrier 1870 jusqu'au 25 juin de la 
môme année dans la conmiune de 
Cinlegabelle. 

Rapport sur une épidémie de variole 
qui a régné à Bordeaux pendant 
l'année 4870. 

Rapport du Conseil d'bygiène de la 
Gironde, 4870. 

Rapport sur les épidémies qui ont 
régné dans l'arrondissement de 
Blaye en 4870. 

Rapport sur les épidémies observées 
dans l'arrondissement de la Réole 
pendant l'année 4870. 

Rapport sur les épidémies de l'arron- 
dissement de Lesparre, 4870. 

Rapport sur les épidémies qui ont sévi 
en 4870 dans le département. 

Rapport. 

Tableau général du Sous-Préfet. 
Idem. 
Idem. 

Un rapport. 

Lettre du Préfet, annonçant qu'au- 
cune épidémie n'a sévi dans le dé- 
partement ni en 4869 ni en 4870. 

Tableau du Préfet, 4870. 

Tableau du Préfet pour 4870. 
Rapport général sur les épidémies de 

1 arrondissement, 4870. 
Rapport sur une épidémie de variole, 

1870-4874. 



NOMS DES AUTEURS. 



D' Daniel. 



(Signature illisible.) 
D' Pages. 
D'Gbabanon. 
D' Antbouard. 



D' Léon Nolé. 



Henri Gintrac. 

Idem. 
D' Lacourtiade. 

(Illisible.) 

Piffon. 

D' Delacour. 
D' Royer. 

D' DucloB. 



D' F. Martel. 
D' Coste. 



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CHAIIFFABD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 209 



DEPARTEMENTS 

CT ARRONDISSEMEirrS. 



Yssengeaux (suite). 



Loire-Inférieure. 
Nantes 



Ancenis 

Gbflteaubriant. 



TITRES DES TRAVAUX 



Lot. 



Lozère.... 
Florac... 
Manrejols. 



Manche. . . . 
Avranches, 



Cherbourg. 



Mewrthe-el'MoseUe . 



Tableau général du Sous-Préfet. 
Rapport annueL 

Tableau général du Préfet, 1870-1871. 
Tableau de répidémie de Tariole qui 

a régné à Nantes en 1870. 
Lettre au Sous-Préfet, «870, et rapport 

final. 
Rapport sur les épidémies qui ont 

régné dans cet arrondissement, \ 870- 

i87K 

Rapport sur les épidémies qui ont 
régné à Villeneuve-sur-Lot, I8t)9- 
1870. 

Tableau général du Préfet, 1870. 

Lettre au Préfet, 1870. 

Rapport sur les épidémies de Tarron- 

dissement, 1870. 

Idem. 

Une lettre du Préfet. 

Rapport sur une épidémie de variole 
qui a régné dans la commune de 
Granville, 1870-1871. 

Rapport sur une épidémie de variole 
qui a régné en 1870-1871 dans plu- 
sieurs communes de Tarrondisse- 
ment. 

Tableau général du Préfet, 1870. 



Meuse Tableau général du Préfet, 1870. 

Bar-le-Duc Rapport sur les épidémies de Tarron- 

dissement, 1870. 

Gommercy : Tableau sur les épidémies de Tarron- 

1 dissement, 187U. 



Montmédy. 
Verdun.... 



Morbihan. 



Nièvre. 



Nord. 



Rapport négatif, 1870. 
Rapport sur les épidémies qui ont 
régné en 1870. 

Compte rendu (imprimé) des épidé- 
mies, des épizooties et des travaux 
des Conseils d'hygiène du Morbihan. 

Lettre sur le choléra. 

Rapport au Conseil central d'hygiène 
et de salubrité du département. 



NOMS DES AUTEURS. 



D» Mouret. 

D' Pihan-Dufeillay. 
D' Puibaraud. 
D'Geinin. 

D' Decroux. 

D' Trémolet. 
(Illisible.) 

D' Poussié. 
D'Davalis. 
D' Le Galcher-Baron. 



D' Nève. 

D' Nivelet. 

D' Spiral. 
(llUsible.) 

D' Fouquet. 

Pigeon. 
Pilât. 



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210 CHAUPPABD. RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 



DÉPARTEMENTS 

ET ARRONDISSEMENTS. 



Oise (Compiègne).... 

Pas-de-Calais 

Arras 

Boulogne-Bur-Mer.. . 

St-Omep 

St-Pol 

Pyrénées {Hautes-). <». 
Argelès 

Bagnèrea 

SaAne (Haute-) 

Lure 

Sarthe 

Mamers 

Savoie (Albertville). 

Savoie (Haute-) 

Seùie-^'Mame 

Seine-Inférieure 

Dieppe 

Havre 

Neufchâtel-ea-Bray. . 
Yvetot •... 



TITRES DBS TRAVAUX. 



Rapport surrépidémie de variole qui 
a régné dans Tarrondissement de 
Compiègne en i 870 et 187 1 . 

Tableau général du Préfet, d870. 

Rapport annuel sur les maladies épî- 
démiques qui ont régné dans l'ar- 
rondissement en 1870. 
Idem. 
Idem, 
Idem. 

Rapport sur une épidémie de variole 
oui a Tégné pendant Tannée 1870 
dans plusieurs communes du pre- 
mier arrondissement. 

Deux rapports sur les épidémies qui 
ont régné dans Farrondlssement , 
Tun pour 1 869-1 870^ l'autre pour 
1870-1871. 

Rapport sur une épidémie de variole, 
1870-1871. 

Tableau général du Préfet, 1870. 
Rapport final sur les petites véroles 
qui ont sévi à Lure en i870-1871. 

Rapport sur la médecine des pauvres 
et Exposé de la constitution médi- 
cale du département, année 1870 
(imprimé). 

Tableau négatif, 1870. 

Rapport sur les maladies qui ont ré- 
gné dans Tarrondissement, 1870. 

Lettre du Préfet, annonçant ou'au- 
cune épidémie n'a sévi dans le dé- 
partement en 1870. 

Tableau général du Préfet, année 1 870. 

Rapport sur les maladies qui ont été 

observées dans l'arrondissement de 

Rouen, 1870. 
Rapport sur les maladies observées 

dans l'arrondissement, 1870. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 



NOMS DES AUTEURS. 



D' Fourrier. 



D' Déhée. 



D'Orion. 
D'Mantel. 
D» Planque. 

D' Vigne. 



(Illisible.) 



D' Jacquei. 



D' Mordret. 



D' Brébion. 
D' Blanc. 



D' Vingtrinier. 



D^ Lallemand. 

D' Lecadre. 

D' Correa de Serra. 

D' Omouton. 



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CHAUFFARD. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES 1869-70. 211 



DÉPARTEMENTS 

ET ARRORDISSEMBIITS. 



Sèvres (Deux) 

Tam^t-^kurorme. . . . 
MoDtauban 

Castel-Sarrazin. ... 
Moissac 

VaucîxjLse 

Jlle- et 'Vilaine (Re- 
don) 

Landes 

Lot 

Manche 

Seine. 90»é ,,<, •««. , 



TITRES DES TRAVAUX. 



Tableau général du Préfet, «870. 
Rapport surTépidémie yariolique qui 

a régné dans l'Asile d'aliénés de 

Niort, iS10-\Sl\. 

Tableau général du Préfet, 4870. 
Extrait du Registre des délibérations 

du Conseil d'hygiène. 

Idem, 

Idem. 

Tableau général du Préfet, i869. 

/rfem, 1870. 
Rapport du médecin vaccinateur du 

canton de Bédarrides, année i870. 

Rapport sur l'épidémie de dysenterie 
ae la commune de Bourg-des- 
Gomptes, 1871. 

Idemj de la commune de Plechatel, 
1871. 

Rapport sur une épidémie de petite 
Térole qui a régné dans plusieurs 
communes de l'arrondissement de 
Mont-de-Marsan, 4871. 

Rapport sur une épidémie variolique 
oui a régné dans le canton de Gour- 
don et dans ses environs, 1871. 

RappNort sur une épidémie Tariolique 
qui a régné dans la commune <rY- 
vetot, 1871. 

Note sur une épidémie d'ictère essen- 
tiel qui a régné à Paris et dans la 
banlieue, 4871. 



NOMS DES AUTEURS. 



D' Lagardelle. 



(niMble.) 



M. Joseph Day, in* 
terne. 

M. Ghollet, interne. 



D' J. Malichecq. 



D' Bonnefon. 



M. Gharles Dancel, in- 
terne. 



D' E. Decaisne. 



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DE LA DIGITALINE ET DE LA DIGITALE 

MÉMOIRE QUI A OBTENU LE PRIX FONDÉ PAR ORFILA 

(Concours de 1870) 

PAR M. 0. A. NATIVELLE (de Bourg-Ia-Reine). 

« Toute substance active recèle un 
« principe immédiat cristallisable, doué 
« de ses propriétés essentielles. » 



Mes premières recherches sur la digitale, qui remontent à une épo- 
que bien éloignée déjà, me donnèrent à penser qu'il devait exister dans 
cette plante si active autre chose que le produit amorphe en usage sous 
le nom de digitaline, et que, le premier^ j'étais parvenu à isoler. 

C'est avec cette conviction, que « toute substance active recèle un prin- 
cipe immédiat cristallisable, doué de s( s propriétés essentielles,» que je 
me livrai à de nouvelles recherches, prenant à tâche, quelles que fussent 
les difficultés que je savais avoir à surmonter, de les poursuivre jusqu'au 
bout, c'est-à-dire jusqu'à ce que j'eusse obtenu, par un mode simple, 
et dans son plus grand état de pureté, ce principe actif cristallisé de la 
digitale, sur l'existence duquel je n'avais aucun doute. 

Après de longues et patientes recherches mes prévisions se sont réa- 
lisées : 

La Digitaline cristallisée^ qui toujours s'était dérobée aux investiga- 
tions des chimistes, est enfin acquise à la science. 

Cette nouvelle substance se présente en cristaux légers, très-blancs, 
formés d'aiguilles courtes et déliées groupées autour du même axe. 



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IVATmEULi:. — DÉCOUVERTE DE lA DIGITALINE GRISXUUSËE. 213 

La digitaline cristallisée est très-amère, d'une amertume persistante, 
qui rappelle, à part son intensité, celle de la digitale. 

Gomme elle est à peine soluble dans Teau, sa saveur se développe len- 
tement; pour bien l'apprécier, il suffît d'en dissoudre une parcelle dans 
une goutte d'alcool ; une trace de ce soluté prouvera son amertume. 

L'alcool froid, à 90 centièmes, la dissout bien : douze parties suffi- 
sent : bouillant, il n'en faut que la moitié; elle cristallise par le refroi- 
dissement. 

L'alcool anhydre la dissout moins facilement, 

L'éther sulfurique, à 65'', exempt d'alcool, n'en dissout que des traces. 

Le chloroforme pur est son meilleur dissolvant : elle s'y dissout à 
froid, en toute proportion; ce caractère servira à conrfater sa pureté. 

Le chloral anhydre la dissout rapidement, peu à peu le soluté prend 
une teinte rosée qui se communique aux cristaux de chloral hydraté qui 
se produisent aux parois du verre, au-dessus du liquide ; cette teinte 
change bientôt, passe au ton vineux, plus durable, et de là au vert-bleu 
foncé qui persiste longtemps. 

La benzine et le sulfure de carbone ne la dissolvent pas. 

L'eau la dissout à peine, même bouillante ; cependant elle acquiert une 
saveur amère prononcée. 

Chauffée au-dessous de 1 00'', elle devient très-électrique; cettepropriélé 
est remarquable : lorsqu'on la sèche au bain-marie pour la soumettre 
au chloroforme par la trituration, elle est lancée contre les parois de la 
capsule et jusque sur les doigts, où elle adhère et dont elle ne se déta- 
che que difficilement. 

Les acides la dissolvent, réagissent sur elle, et donnent les colorations 
suivantes : 

Acide chlorhydrique concentré ; coloration jaune qui passe au vert 
émeraude ; 

Acide sulfurique; coloration verte, qui, par la vapeur de brome, 
passe au rouge-groseille : étendu d'eau, le soluté redevient vert ; 

Acide azotique ; pas de coloration d'abord, puis teinte jaune persis- 
tante par l'addition de l'eau; 

Eau régale; coloration jaune, qui, peu à peu, passe au vert obscur; 

Acides sulfurique et azotique, à parties égales; coloration rose terne, 
qui passe promptement au violet foncé. 



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214 IVATTHEXilii:. — DÉCOUVERTE DE LA DIGITALINE CRISTALLISÉE. 

Chauffée sur une lame de platine, elle fond d'abord sans se colorer, 
brunit, se boursoufle, répand d'abondantes vapeurs, et disparaît sans 
laisser de traces. 

La digitaline cristallisée n'a point d'odeur, elle est neutre, non azotée. 

L'analyse élémentaire de cette substance a donné pour résultats : 

Carbone 61,33 

Hydrogène 6,85 

Oxygène 41,82 . 

100,00 



EXTRACTION DE LA DIGITALINE CRISTALLISÉE. 

(Principe actif pur de la digitale.) 

Lorsqu'on traite par l'eau la digitale, suivant la méthode indiquée 
pour en obtenir le produit amorphe, nommé digitaline, elle est loin d'ê- 
tre épuisée. 

L'eau, n'ayant d'action que sur les parties solubles, extractives et 
salines de la plante, laisse intact dans le résidu, fortement amer encore, 
et qu'on abandonne comme épuisé, le principe actif cristallisable, uni à 
un autre principe, très-amer aussi, qui s'en rapproche par ses propriétés, 
mais qui ne cristallise pas (1). 

Ce principe secondaire, d'oîi semble dériver la digitaline cristallisée, 
possède comme elle, mais à un degré moindre, les mêmes réactions, je 
le nomme « Digitaline amorphe » . 

La liqueur de ce traitement par l'eau ne contient pas trace de digita- 
line cristallisée. 

Le produit amorphe qu'on en sépare est soluble à froid dans l'eau, en 
toute proportion. Je le désigne sous le nom de Digitaléine pour le 
distinguer de la digitaline amorphe, qui n'est soluble que dans Tal- 
cool. 

De ce traitement de la digitale par l'eau, il résulte que c'est le résidu, 

(1) Outre ces deux principes actifs, se trouve dans ce résidu une substance relative- 
ment abondante^ qui cristallise en môme temps que la digitaline et que, d'abord, j'a- 
vais confondue avec elle^ mais qui est totalement dépourvue de saveur. Je la noomie Di- 
gitme. 



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IVATITBIiIiE. — DÉCOUVERTE DE LA DIGITALINE CRISTALLISÉE. 215 

perdu jusqu ici, qui devient le plus intéressant. C'est sur lui surtout que 
j'ai dirigé mes recherches. Le but atteint, j'ai dû, pour éviter deux opé- 
rations,* m'occuper d'un autre mode, afin d'agir directement sur la 
plante. Après de nouvelles difficultés, bien des tâtonnements encore, je 
suis arrivé aux mêmes résultats qu'eu opérant sur le résidu. 

Voici ce mode rendu aussi simple qu'il m'a été possible : 

1000 parties de poudre grossière de digitale des bois (I) sont humectées 
avec 1000 parties d'eau tenant en dissolution 250 parties d'acétate plom- 
bique cristallisé : 12 heures après on ajoute 80 parties de bi-carbonate 
sodique, en poudre fine (2) ; on prolonge le contact 12 autres heures, en 
ayant soin de mêler de nouveau de temps en temps. 

On met ce mélange dans un cylindre à déplacement, en le tassant suf- 
fisamment, et on l'épuisé jusqu'à cessation d'amertume, avec de l'alcool 
à 50 centièmes. 

On obtient environ 5000 parties de liqueur (3) qu'on distille pour en 
retirer tout l'alcool (4). La liqueur restante est évaporée au bain-marie, 
jusqu'à réduction de 1000 parties; refroidie, on l'introduit dans un flacon 
et on l'étend de 3 fois son poids d'eau : il s'en sépare une matière jau- 
nâtre, poisseuse, très-amère, composée de toute la digitaline cristallisée, 
de la digitaline amorphe, et de la digitine ; cette dernière apparaît au 
milieu de la masse en petits cristaux brillants : 24 heures après on dé*- 
cante la liqueur surnageante, devenue claire (5), on met le dépôt sur 

(1) La digitale des bois récoltée en mai, ayant le développement de la tige Qorale, est 
plus riche en principes actifs, notamment en digitaline cristallisée. Elle doit être séchée 
avec soin, dans un grenier bien ventilé ou dans une étuveà courant d'air, et conservée 
à Tabri de la lumière. 

(2) Ce sel a pour but de saturer Tacide acétique rendu libre par la fixaUon du plomb 
sur la partie extractive et tannante de la plante ; le mélange, en se neutralisant, retient 
dans le résidu ce qui est étranger aux principes actifs: la liqueur qui en résulte se 
trouve ainsi très-décolorée et mieux que ne l'aurait fait le sel plombique basique, qui 
d'ailleurs, par son alcalinité, altère les produits. 

Ces réactions, dans la poudre même, évitent les longues et encombrantes filtrations 
nécessaires pour en séparer les précipités, et la perte de liqueur dont ils sont imprégnés. 

(3) Cette liqueur représente toute la digitale, moins la partie ligneuse, le tannin, l'ex- 
(ractif et la chlorophylle. 

(4) Le bain-marie doit avoir, à sa partie supérieure, un diaphragme en toile métal- 
lique ou autre, afin d'empêcher la mousse qui se produit sur la fin de l'opération d'ôlre 
entraînée dans le serpentin. 

(5) Cette liqueur, qui ne contient plus que de la digUdUine, sera traitée à part. 

XXX. 30 



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216 i¥ATmEiii4i:. — découverte de la digitaline cristallisée. 

un filtre, on entraîne par un peu d'eau la liqueur qui l'imprègne, et on 
retend sur des doubles de papier poreux ; bien essorée, on obtient en 
moyenne 50 parties de cette matière. On la dissout dans 1000 parties 
d'alcool à 60 centièmes, bouillant, on laisse refroidir; une partie de la 
digitine cristallise aux parois du ballon. On verse dans cette liqueur un 
soluté fait avec 5 parties d acétate plombique cristallisé et 10 parties 
d'eau chaude, qu'on étend de son volume d'alcool. On sépare, par le 
filtre, le précipité (1), et on ajoute à la liqueur limpide et bien décolorée 
un autre soluté fait avec 3 parties de phosphate sodique et 9 parties d'eau 
chaude; on filtre de nouveau, on distille pour en retirer l'alcool, on 
évapore au bain-marie le résidu de la distillation, jusqu'à réduction de 
100 parties; on laisse refroidir : la matière jaune, poisseuse, se sépare, 
comme d'abord, mais plus pure (2), de la liqueur devenue aqueuse ; on 
met le tout sur un filtre, on lave avec un peu d'eau et on étend sur des 
doubles de papier poreux, comme il est dit plus haut : bien essorée, ou 
obtient de 20 à 25 parties de cette matière : on la dissout, à chaud, dans 
un ballon avec le double de son poids d'alcool à 60 centièmes, et on 
abandonne le tout dans un lieu froid. 

La digitine cristallise aussitôt le refroidissement; puis, quelques jours 
après, apparaissent au milieu d'elle les cristaux rayonnes, jaunâtres, un 
peu opaques, de la digitaline (3). 

Lorsqu'ils ne paraissent plus augmenter, on met le tout dans un cylin- 
dre à déplacement, garni d'un tampon de coton; la liqueur mère écou- 
lée (4), on sépare celle adhérente aux cristaux en versant dessus de l'al- 
cool à 35 centièmes, le magma jaunâtre résultant est dissous à chaud 
dans 100 parties d'alcool à 90 centièmes, on ajoute 5 parties de charbon 
animal lavé, on fait bouillir quelques minutes, on filtre et on dislille 
jusqu'à ce qu'il ne passe plus rien ; on sèche les cristaux résultants dans 
une capsule, au bain-marici on les réduit en poudre fine qu'on iutro- 



(1) Ce précipité sera repris plus loin pour en retirer la digitine qu'il contient eu assez 
forte proportion : 2 parties, au moins, outre ceUe qui sera séparée bientôt de la digita- 
line cristallisée. 

(2) Cette purification est indispensable, autrement la digitaline ne cristalliserait pas. 

(3) Cette teinte et cette opacité disparaissent par la purification. 

(4} Cette liqueur mère tient en solution la digita,lin€ amorphe ; j'indiquerai bientôt le 
moyen de l'en séparer. 



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IVAinrEIi]^. — DÉCOUVERTE DE LA DIGITALINE CRISTALLISÉE. 217 

duit dans un flacon h l'éineri, et sur lesquels on verse 20 parties de leur 
poids de chloroforme pur (1). La proportion de ces cristaux est de 2 
à 3 parties. On agite fortement : la digitaline cristallisée seule se dis- 
sout, la substance inerte (dîgitine), restée intacte, vient occuper la 
partie supérieure du chloroforme, à mesure qu'il s'éclaircit. On filtre 
24 heures après dans un entonnoir couvert; la solution passe vite et lim- 
pide ; on sépare avec un peu de chloroforme celle qui imprègne le ré- 
sidu (2). On distille à siccilé; le produit cristallisé du ballon est la di- 
gitaline colorée par une matière jaune assez tenace (3), on la dissout 
dans 10 parties d'alcool à 85 centièmes; on fait bouillir quelques minu- 
tes avec un peu de noir animal lavé, on filtre et on agite jusqu'à refroi- 
dissement ; le tout ne tarde pas à se prendre eu masse. Quelques jours 
après on sépare par déplacement les cristaux déjà bien décolorés de la 
liqueur mère (4) ; celle restée adhérente est entraînée par un peu d'al- 
cool à 35 centièmes, on recommence celte opération jusqu'à ce qu'ils 
soient blancs. 

Enfin on les dissout une dernière fois, à saturation, dans Talcool dis- 
tillé à 90 centièmes, bouillant : le soluté incolore est versé dans une cap- 
sule en verre couverte d'un disque. La digitahne pure apparaît bientôt 
sous forme d'aiguilles fines, blanches et brillantes, groupées autour du 
môme axe. 

L'alcool presque évaporé, on la sèche sur des doubles de papier de 
soie. 

1000 parties de feuilles de digitale donnent une partie de digitaline 
cristallisée. 

(1) Le chloroforme doil dire bien exempt d'alcool; on l'en sépare facilement en Tagi- 
ant avec son volume d'eau et en distillant après décantation. 

(2) Ce résidu retient peu de digitaline ; il se compose presque en totalité de digitine ; 
il est utile cependant de le reprendre par le chloroforme après l'avoir séché et mis en 
poudre. 

(3) Cette matière colorante rougit par les alcalis comme celle du curcuma. 

(4) Cette liqueur mère, d'une teinte jaune prononcée, retient beaucoup de digitaline 
cristallisée et un peu de digitaline amorphe. On la sépare de cette dernière, et on Tamène 
à la blancheur par des cristallisations successives. 



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218 IVATITEUiE. — DÉCOUVERTE DE LA DIGITALINE CRISTALLISÉE. 

DIGITALINE AMORPHE. 

(Principe secondaire de la digitale, insoluble dans Teau.) 

La digitaline amorphe se trouve dans la première liqueur mère, dense, 
colorée, au milieu de laquelle s'est déposée la digitaline cristallisée. 

Pour l'obtenir, on étend cette liqueur de deux fois son volume d'al- 
cool à 80 centièmes; on ajoute 10 parties de charbon animal, on fait 
bouillir quelques minutes, on filtre et on distille. Le résidu de la dis- 
tillation, séparé de la partie aqueuse surnageante, séché au bain -marie 
et pulvérisé, constitue la digitaline amorphe. 

Elle est insoluble dans l'eau, soluble en toute proportion dans l'alcool 
et en partie seulement dans le chloroforme. 

EXTRACTION DE LA DIGITALÉINE. 

(Principe amorphe de la digitale, soluble dans l'eau.) 

La digitaléine s'obtient de la liqueur d'épuisement d'oîi s'est déposée, 
après en avoir séparé l'alcool, la matière poisseuse qui a donné la digi- 
taline cristallisée. 

Cette liqueur, totalement aqueuse, ne contient plus que ce principe 
secondaire amorphe (1), tout à fait soluble dans l'eau. 

On verse dans cette liqueur un soluté fait avec 50 parties de phos- 
phate sodique (2) et 150 parties d'eau, on filtre et on ajoute à la liqueur 
un autre soluté fait avec 50 parties de tannin et 200 parties d'eau (3) ; le 

(1) En présence des principes immédiats actife se trouvent dans les végétaux d'autres 
principes secondaires amorphes, participant à l'action des vrais principes toujours cris- 
tallisés. 

La digitaléine et la digitaline amorphe sont dans ce cas. 

 Tappui de cette yérité, on pourrait citer autant d'exemples qu'il y a de principes 
immédiats connus. 

(2) Ce sel a pour effet de débarrasser la liqueur des bases insolubles qui, en se combi- 
nant au tannin, empêcheraient Tagglutinalion du tannate digitaléique. 

(3) Pour enlever au tannin Téther, une matière grasse et la chlorophyUe qu'il couliont. 
Ce soluté se prépare de la manière suivante : on fait bouillir la quantité de tannin indi- 
quée dans 300 parties d'eau ; on clarifie avec une légère solution d'albumine ou de gé- 
latine ; réduit d'un tiers et refroidi, on filtre : ce soluté est parfaitement limpide. 



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IVATITEUiE. — DÉCOUVERTE DE LA DIGITAUNE GRISTÂLUSÉE. 219 

tannate digitaléique, en flocons volumineux, ne tarde pas à se réunir et 
à s'agglutiïier au fond du vase. 

Le lendemain on décante la liqueur surnageante, on lave le tannale 
avec un peu d'eau tiède en le malaxant et l'étirant comme on le ferait 
pour une résine; bien essoré, on obtient 100 parties de ce tannate, on 
le mêle intimement dans un mortier de verre ou de porcelaine à son 
poids d'oxyde mercurique en poudre impalpable (1), on ajoute au mé- 
lange devenu pulvérulent 40 parties d'eau, on couvre d'un lingehumide 
et on agite de temps en temps pour faciliter la décomposition. Plusieurs 
jours après, lorsque le mélange, de jaune ocreux qu'il était, est devenu 
vert obscur, on le sèche à l'air ouàTétuve; mais, avant que la dessiccation 
soit complète, on passe le tout à travers un tamis métallique, de manière 
à former une poudre granulée, sans poussière, qu'on achève de sécher 
et qu'on épuise par déplacement avec de l'alcool à 90 centièmes, bouil* 
lant (2). L'alcoolé obtenu, décoloré par le charbon animal et distillé, 
laisse pour résidu la Digitaléine^ à l'état sirupeux, laquelle, séchée et 
pulvérisée, donne une poudre blanche sans odeur, d'une amertume &cre 
prononcée, et soluble en toute proportion dans l'eau. 

La digitaléine est neutre, non azotée: avec les acides elle tend, ainsi 
que la digitaline amorphe, aux mêmes réactions que la digitaline cristal- 
lisée; mais les teintes, lentes à se développer, ne sont point vives et 
tranchées comme avec le principe pur : il en est de même des autres 
produits du commerce, en usage sous le nom de digitaline. 

L'analyse élémentaire de la digitaléine a donné : 

Carbone 54,72 

Hydrogène 9,22 

Oxygène 36,06 



100,00 



(1) L'oxyde mercurîque doit être lavé à Teau bouiUante afin d'en séparer Tacide azo^ 
tique qu'il pourrait retenir. Cet oxyde est bien préférable àlalitharge, qui, par son alcoo- 
linité, réagit sur la digitaléine et la produit toujours colorée. 

(2) L'alcool froid n'épuise pas ce mélange, la moitié du produit reste dans le résidu. 
11 est bien, pour maintenir la température, d'envelopper le cylindre à déplacement d'une 
étoffe de laine. 



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220 IVATIVEliliB. — DÉCOUYERTiS DE LA DIGITALINE CRISTALLISÉE. 

DIGITINE. 

Substance inerte de la Digitale. 

La digiliae cristallise avec la digitaline ; c'est au milieu d'elle que se 
trouve le principe actif pur de la digitale. 

Magnifique comme blancheur, en fines et brillantes aiguilles nacrées, 
cette substance est totalement dépourvue de saveur ; elle est donc sans 
valeur médicale. 

On peut se demander, vu son innocuité, quel rôle elle joue dans la 
plante : contribue-t-elle, de ses éléments, à la formation de la digitaline? 

Son étude chimique pourra être intéressante sous ce rapport. 

Sa purification est très^facile : séparée de la digitaline cristallisée, on 
l'expose à Tair pour dissiper le chloroforme qui l'imprègne, et, pour ne 
faire qu'un seul traitenoent, on y joint celle mêlée au précipité plombique 
mis de côté plus haut. On dissout le tout dans 100 parties d'alcool à 
80 centièmes, on ajoute 5 parties de noir animal lavé, on fait bouillir 
quelques minutes, on filtre : la liqueur se prend en masse par le refroi- 
dissement: repris de nouveau, les cristaux s'obtiennent parfaitement 
blancs ; la liqueur cette fois est entièrement incolore : on la sépare et on 
sèche les cristaux sur des doubles de papier de soie. 

1000 parties de digitale donnent 4 parties de cette substance. 

La digitine est neutre, ne contient pas d'azote; elle n'a pas été encore 
analysée. 

L'alcool là dissout, surtout à chaud, mais moins bien que la digitaline. 

Elle cristallise avant le refroidissement. 

L'éther à 65* privé d'alcool ne la dissout pas. 

Le chloroforme pur est sans action sur elle; à chaud, il n'en dissout 
que des traces. 

L'eau la dissout à peine. 

L'acide sulfurique la dissout en prenant une teinte rose-groseille qui 
passe au jaune par l'addition de Teau. 

L'acide azotique la dissout sans coloration. 

L'acide chlorhydrique la dissout incomplètement, sans réaction; en 
ajoutant de l'eau, les cristaux se déposent. 

Brûlée sur une lame de platine, elle fond sans se colorer, répand 



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IVATrVMXE. — DÉCOUVERTE DE LA DIGITALINE CRISTALLISÉE. 221 

d'abondantes vapeurs d'odeur différente de celle de la digitaline cristal- 
lisée, brunit et disparaît sans laisser de traces. 



Tels sont les résultats d'un long travail, d'assidues recherches que je 
présente à l'Académie de médecine. 

Je n'ai pas à faire valoir l'avantage que la thérapeutique pourra tirer 
de ce principe actif pur de la digitale. 

Invariable par sa nature, ce principe est toujours identique à lui- 
même par la propriété qu'il possède de cristalliser. Désormais le mé- 
decin pourra, en toute sécurité, compter sur son action. 

Je joins à l'appui de ce Mémoire un flacon de digitaline cristallisée 
pure : un de digitaline amorphe ; un de digitaléine et un de digitine. 

Ces quatre produits, pour l'extraction desquels je me suis appliqué 
à éviter toute réaction susceptible de les transformer, représentent, 
moins la digitine^ la partie active de la digitale. 



EXPÉRIENCES PHYSIOLOGIQUES FAITES AVEC LA DIGITALINE 

CRISTALLISÉE. 

J'ai rencontré pour les essais physiologiques de grandes difficultés; 
il n'est pas facile, comme on pourrait le penser, de faire expérimenter 
une substance nouvelle. Les personnes compétentes ne s'en occupent 
guère, attendu que cela les dérange de leurs propres travaux. Si elles les 
eutreprennent, après quelques constatations, l'étude en reste là. Mal- 
heureusement, je ne pouvais faire ces expériences, ce qui m'aurait évité 
bien des démarches, des sollicitations, du temps perdu. 

Je prie l'Académie de prendre en considération ces difficultés qui ont 
surgi jusqu'à la dernière heure, et de vouloir bien nommer une commis- 
sion pour examiner sous le rapport physiologique et thérapeutique ce 
premier principe de la digitale. 

Le lundi 27 septembre 1869, j'ai remis à M. le D'Gubler un tube 
renfermant 1 5 centigrammes de digitaline cristallisée mire pour étudier. 



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222 WATTrBIiMB. — DÉCOUVERTE DE LA DIGITALINE CRISTALLISÉE. 

ainsi qu'il en avait le désir et qu'il me l'avaitipromis, raction de cette 
substance sur F homme. 

Le mardi 22 février 1870, M. Gubler me remit des notes d'expéri- 
mentations faites sur les grenouilles ; 

Le vendredi 25, trois jours après, d'autres notes sur deux malades 
traités par la même substance. 

Voici la copie de ces notes : 

EXPÉRIENCES FAITES AVEC LA DIGITALINE CRISTALLISÉE. 

Grenouille A. 

A ^0*20», 72 pulsations cardiaques. — Injectioa de 0K',00i de digiMvM cristcUlisée. (Pé- 
ricarde intact.) 
40*» 25», 60 pulsations. — 36 respirations irrégulières. 
40*33», 42 — 
40»» 37», 44 — 

40*40», 44 — — (Celte grenouille possède un pouvoir réflexe bien puissant. ) 
i0*45», 44 — 

40*50», 44 — — Le ventricule pâlit, mais il se contracte toujours très-régu- 
lièrement. 
40*55», 45 — 

14*45», 20 pulsations cardiaques. — Il y a des irrégularités aussi bien dans les con- 
tractions auriculaires que dans les contractions 
du ventricule; néanmoins le rhythme reste 
régulier. 
41*30», 42 pulsations sous l'influence d'excitations périphériques ; mais, quelques 

instants après, le pouls a repris son rhythme. 
— 22 pulsations. 
4*20» du soir, 14 pulsations régulières. -^ Persistance de mouvements réflexes assez 

énergiques. 
10* 15» — 44 — — Le ventricule reçoit peu de sang. Plus de 

mouvements réflexes. 
A minuit, on distingue avec peine quelques oscillations cardiaques. 

Grenouille B. (28 novembre 4869.) 

A 10*02», on pratique à Tune des cuisses une injection de 40 gouttes de digitaline cris* 

tallisée (0«%00i}. 
Avant Finjection, 72 pulsations cardiaques, 72 respirations. 
A 40*10», 72 pulsations. 
40*47», 60 à 62 pulsations très-irrégulières. — Le ventricule semble tétanisé; par 

contre, les oreillettes se contractent 
bien plus énergiquement. 



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NAVrnSIiUB. — DtCOUVBRTB DE LA DIGITALINE CRlâTALLKÉK. 223 

J0*22», 60 à 62 — — 60 respirations. — Le ventricule reste 

convulsé, tandis que la région des 
oreillettes est rouge, dilatée, grosse 
comme une cerise à Teau-de-vie. 
f0^32», 44 oscillations auriculaires. — Le cœur semble presque immobile. Il n'y a 

plus que 18 diastoles ventriculaires par mi- 
nute. 
10* 35», 44 — — 62 respirations. 

10* 40», 44 — — 16 diastoles ventriculaires sensibles. — Le ven- 

tricule est toujours petit, conique, blanchâ- 
tre, tétanisé, tandis que la région des oreil- 
lettes est énorme, trës-îpj^ctée. 
10*50", 44 — — 40 pulsations cardiaques, 62 respirations. — Il 

semble que le muscle cardiaque reprend ac- 
tuellement de la force, deTénergie. 
11*12", 40 pulsations, 58 respirations. 
42*15-, 22 — 22 — 

2*30", 14 pulsations. — La respiration ne peut être comptée. De temps à autre, 

contractions généralisées assez énergiques. 
4* 10», 16 — — 11 n'y a plus d'état tétanique du cœur. 
6*30-, — — Mais les contractions cardiaques sont très-éoeigiques ; le 
ventricule se remplit bien et projette le sang avec force. 
— État de mort apparente. 
I.a grenouille (morte le lendemain matin) a le cœur, aussi bien que le ventricule et les 
oreilleUes, distendu, gorgé de sang, injecté. 



Grenouille C. (20 décembre 1869.) 

A 10*, 70 à 72 pulsations. 

10* 7". — On ii^ecte 10 gouttes d'une solution de digitaline cristallisée, c.-à-d. 0*^,001) 

10*12". — — 82 respirations. 

10*17", 72 pulsations. 

10*22", 72 — très-régulières. 

10*29", 82 respirations. 

10*30". — Par la plaie s'écoule encore une assez grande quantité de sang. 

10*34", 64 pulsations. — Le cœur a une teinte légèrement cyanique. 

10*40", 32 — ventriculaires, 60 diastoles des oreillettes. 

10* 50", 32 pulsations. — Le cœur commence à se rapetisser. L'hémorrhagie continue 

à se faire par la plaie. 

11* 5", 20 — 

ll*lo", 25 — 46 respirations. 

1 1*30", 12 — — Le cœur est en diastole aussi, mais cyanose. 
Le lendemain, 21 décembre, à 10 b. du matin, 20 pulsations cardiaques. Pendant un 

certain temps, les contractions cessent complètement^ puis reparaissent. 
Respirations très-irrégulières. Elle meurt dans la soirée. 

XXX. 31 



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224 IVATlTBIiUB. — DÉCOUVERTE DE LA. DIGITALINE GRISTALUSÉB. 



EXPÉRIENCES SUR L'HOMME. 

!«' malade. — Le nommé Jean D. • ., 39 ans, atteint d'un rétrécissement avec insuffi- 
sance mitrale. — On trouve au cœur des battements irréguliers dans leur rhythme et 
dans leur intensité. Le choc de la pointe se fait sentir très-bas. Pendant le choc, il y a 
un souffle aigu, court ; à la base il y a un peu de défaut de synchronisme entre les deux 
battements valvulaires. 

Le poub présente à la main une faiblesse considérable ; c'est à peine si Ton peut sen- 
tir et distinguer chaque battement. Ces battements sont très-fréquents; ils sont difficiles 
à compter. Le tracé présente une ligne où les ondulations sont très-faibles et d'inégale 
durée. 
Le 3 février 1870, à 3 heures : 

Pouls 80 

Respiration 20 

Température 38» R. \ 

On lui donne à ce moment : 
10 tours de la seringue de Pravas (environ OV'iOOl) de la solution de digitaline cris- 
tallisée au i/500. 
A 6 heures du soir : 

Pouls 84 

Respiration 20 

Température 38o R. 

Pas de phénomènes particuliers. 

Le tracé montre sur une ligne d'ascension plus nette des pulsations plus distinctes les 
unes des autres^ mais toujours très-irrégulières. La fréquence est la même. 

Le 4 février. — On lui donne, dans un julep gommeux, tout le contenu de la seringue 
(qui doit contenir 1 gr. de solution, et par conséquent û>%002 de digitaline). 

A 6 heures du soir : 

Pouls 80 

Respiration 20 

Température 38<> H. 

Le malade ne se plaint que de l'amertume de la solution. 

Le 5 février, matin : 

Pouls 80 

Respiration 20 

Température 37*,5 R. 

Prend la même ,dose de digitaline cristallisée que la veille. 

A 6 heures du soir : 

Pouls ^0 

Respiralion 2^ 

Température 37»,8 R. 

Le tracé montre une ligne d'ascension plus élevée pour certaines pulsations. Une des- 
cente plus lente et quelquefois régulière : d'autres fois, pendant la descente, on voit un 



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]VAVT¥EIiIJS. — DÉGOOVERTE DE LA DIGITALINE GBISTALLISÉE. 225 

petit soulèvement qui correspond à un nouveau battement du cœur^ mais qui n'est pas 
perçu par la main. 

Le malade se plaint de douleurs à la région épigastrique ; arrive un vomissement. 11 
7 a des séries de pulsations lentes et des séries de pulsations plus rapides. 

On supprime la digitaline. 

Le 6 février, soir. — Le malade u*a rien pris ; il se plaint toujours de ses douleurs épi- 
gastriques et d'une diminution de Tappétit. Le ralentissement des pulsations est encore 
prononcé. 

Il 7 a 42 pulsations. 

Le malade remarque une augmentation de sécrétions urinaires. 

Le 7 février, au malin. — Le ralentissement des pulsations persiste, il est de 42 à 50 ; 
mais il 7 a inégalité entre le nombre des battements du cœur et le nombre des pulsa- 
tions radiales. Gela tient à ces petites pulsations qui ne sont pas perçues par le doigt et 
que le 8ph7gmographe indique par une petite élévation. 

2« malade. — Entré le 15 février au n^ 24, salle Saint-Louis, pour une pneumonie tu- 
berculeuse. Le malade présente une fréquence et une irrégularité de pouls considéra- 
ble ; de temps en temps, uue pulsation présente une ligne d'ascension plus élevée que 
les autres, puis suit une série de 6, 7, 8 petites pulsations. Il n'est pas possible au doigt 
de compter le pouls. 

Le 17, soir, on lui donne une seringuée de Pravas (environ 0'',002) de la solution de 
digitaline au 1/500. 

Le 18 février, matin, il 7 a une modification considérable dans le tracé sph7gmogra- 
pbique. On peut compter les pulsations ; il 7 en a à peu près 90. Il existe encore une 
assez grande inégalité des pulsations entre elles. Néanmoins, la ligne d'ascension est 
d'une façon générale plus élevée, et la descente, avec un peu de dicrotisme, est assez 
régulière ; mais de temps en temps, sur cette ligne de descente, apparaît une petite pul- 
sation. 

Le 18 février, soir, nouvelle seringuée de digitaline. 70 pulsations. 

Le 19 février, matin, 56 pulsations. ^ Le malade a eu quelques nausées; pas d'aug- 
mentation de l'urine. 

Le 20 février^ le pouls se maintient à 56. 

Suppression de la digitaline. 

Le 23 février, le pouls a conservé les caractères de régularité relative qu'il avait pris 
le surlendemain de l'administration de la première dose de digitaline. 

« En définitive, mes observations cliniques et mes expérimentations sur 
« les animaux me permettent de conclure que la digitaline cristallisée 
possède les propriétés thérapeutiques et toxiques de la digitale elle- 
« même, avec une intensité d'action incomparablement supérieure et 
« telle qu'on doit l'attendre du principe actif pur de la plante. 



Signé : A. Gublër. 

H6piUI Beaujon. 



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226 nrATiwuixK. — découverte de la digitaline giistalusée. 

EXPÉRIENCES FAITES A LA SORBONNE, DANS L'AMPHITHÉÂTRE 

DE M. BERT. 

Le 15 février 1870, j'ai remis à M. Bert 0^,15 cenlig. de digitaline 
cristallisée pure, le priant de vouloir bien examiner son action sur 
les chiens. M. le docteur Jolyet, son préparateur, a été chargé de ces 
expériences; les voici : 

i^ février 1870. 

Chien ayant servi antérieurement à une expérience, sur la circulation 
veineuse. — Poids, 10 kilog. 

Pression du sang, l'artère crurale à 140"", mercure. 

Injection dans la veine crurale de 2 centig. de digitaline dissoute 
dans 5 gr. d'alcool et 5 gr. d'eau distillée de 4 h. 6 à 4 h. 8. 

II y a actuellement 130 battements à la minute, réguliers (avant l'in- 
jection ,110 pulsations) . 

La pression est de lôO""; et elle oscille entre 150 et 170 : 4 h. 10. 
Les battements du cœur sont très-ralentis et irrégulîers (50 à 70 mi- 
nutes). La pression est de 60. — Elle tombe par instants à 40, oscille 
entre 50, 60 et 80. 11 semble que les contractions du ventricule gauche 
se fassent en deux temps, comme semblent l'indiquer les oscillations de 
la colonne mercurielle manomélrique : ainsi le cœur étant en repos, et 
la pression à 50°*"", il y a une contraction du ventricule qui fait monter 
la colonne mercurielle à 60; mais cette contraction n'est pas complète 
et ne vide pas le ventricule ; le ventricule alors achève la contraction, et 
le mercure monte à 70 et 80. 

4 h. 15. Battements de cœur très-lents, séparés par des séries accélé- 
ratrices, puis très-rapidement, la pression sanguine monte à 230; les 
pulsations sont très-rapides, les oscillations très-faibles, et (4 h. 17) 
presque subitement, la pression tombe à 25. Le cœur semble arrêté, 
puis deux pulsations qui font monter le mercure d^ns le manomètre à 
45, et finalement arrêt du cœur. L'animal fait encore une dernière res- 
piration alors que la colonne mercurielle est immobile depuis quelques 
instants. 

On ouvre, aussitôt après la mort, la poitrine, et on met le cœur à 



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IHAmVBIJLE. — DÉGODVfiRTE DE lA DIQITAUNB GRISTALUSâE. 227 

nu : cœnr arrêté en diastole. Il y a encore quelques contractions des oreil- 
leites, mais très-faibles. Le sang est noir dans le yeniricule droit» rouge 
dans le ventricule gauche. 

Sur un chien du poids de 8 kilogrammes. 

On injecte dans la veine crurale gauche une solution de 0^,01 de di- 
gilaline cristallisée dans 5 grammes d'alcool ordinaire et 5 grammes 
d'eau, à 4 h. 26. 

La pression sanguine, mesurée dans Tarière crurale du côté droit, 
avant l'injection, est de 13 centimètres de mercure, et le nombre des 
battements cardiaques de 100 à la minute. 

PKKS8I0N. BATTBVFIVTS. 

4"» 28°' 0",I5 92 

4»» 34- 0»,I5 48 

A ce moment l'animal est pris de vomissements alimentaires et mu- 
queux. 



4»» 40" 
4M0" 



PRESSION. 


BATTEMENTS 


0»,t4 


40 


0",13 


32 



On observe que les battements du cœur, depuis quelques moments, en 
même temps qu'ils sontralentis, sont irréguliers : il y a des séries de bat- 
tements plus rapides, et des repos assez longs : ces battements sont aussi 
irréguliers comme force : la pression moyenne étant 13, elle descend par 
moments, lors des pauses du cœur, à 8 et 6 centimètres. 

4 h. 55. 11 y a comme un arrêt dans les mouvements du cœur, la 
pression étant de 4 centimètres; puis les battements reprennent, et la 
pression monte à 6, 10 et 14 centimètres. Les battements du cœur à 
haute pression (10 et 14^) sont rapides, et les oscillations faibles; ceux 
à basse pression sont plus lents, et les oscillations étendues. Pendant les 
minutes qui suivent, les pulsations deviennent déplus eu plus irrégu- 
lières et s'arrêtent à 5 h. 10. 

23 février 1870. Sur un chien de petite taille, on injecte dans la veine 
fémorale gauche 4 cent. cub. de la solution suivante: 

2 centigr. âe digitaline cristallisée, 
10 grammes d'alcool ordinaire, 
10 — d'eau distillée. 



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228 IVATITEULE. — DÉCOUVERTE DE LA DIGITAUNE CRISTALUSÉE. 

La pression du sang dans Tartère fémorale droite, mesurée avant l'in- 
jection, est de 130 à 155™. 

Le nombre des battements cardiaques 120. 2 b. 

PDLSATI0N8. PRBS6I0N. 

Après TinjecUon 08 0",i40 à O^iSO 

2*54" 136 — 

3*iO" 160 0»,140 

3*20" 160 — 

3»» 45» 60 0»,090 

(Vomissements.) 

a»» 50» 4 60 0",080 

4*iO» 120 — 

(Vomissements.) 

On cesse Texpérience, on suture les plaies. 

L'animal, mis à terre, est extrêmement faible, ne peut se tenir sur ses 
pattes, soutient avec peine la tête levée ; il a perdu une certaine quantité 
de sang. 

Le lendemain il est encore vivant, mais bien malade. 

On tue ce chien en lui injectant de l'air dans les veines. 

Pabis, 28 février 1870. 



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DU LICHEN HYPERTROPHIQUE 

MÉMOIRE QUI A OBTENU UNE MENTION HONORABLE AU CONCOURS DE 1870 
(Prix Godard) 

PAR M. LE D' E. DEMEULES 



INTRODUCTION 

L'histoire du lichen hypertrophique n'a pas encore été écrite. Les cas 
dans lesquels raSection, par son grand développement, en était arrivée 
à constituer une véritable difformité, ont assurément dû être remarqués. 
Mais nulle part^ ni dans les écrits des anciens dermatologistes, ni dans 
les ouvrages de nos maîtres contemporains, on ne trouve une description 
A% cette affection. 

L'étude qu'il m'a été donné de faire d'un certain nombre de cas de 
lichen hypertrophique m'engage à essayer de combler cette lacune dans 
l'histoire des maladies cutanées. Ce travail sera disposé dans l'ordre 
suivant : 

I. Introduction. 

II. Historique. 

III. Symptômes. 

IV. Diagnostic. 

V. Pathogénie. 

VI. Traitement. 

On trouvera ci-joints plusieurs dessins reproduisant différents états de 
la maladie. Les observations qui ont servi de base à ce travail sont 
réunies dans un dernier chapitre. 



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230 OEHEVUra. — DU LICHEN HTPERTROPHIQUE. 

HISTORIQUE 

Alibert^ dans son chapitre intitulé : Des dermatoses lépreuses^ a donné 
sous le nom à' éléphantiasis tuberculem^ quelques faits que Ton doit 
rapporter au lichen hypertrophique. 

M. Bazin, dans ses leçons sur les difformités de la peau, a décrit 
V hypertrophie cutanée avec certains caractères qui appartiennent aussi au 
lichen. Mais pas de description spéciale. 

M. Hardy, dans ses leçons sur les maladies dartreuses (1868), recon- 
naît comme variété du genre lichen, le lichen hypertrophiquje, et à ce 
propos il dit : « Cette forme est très-rare et na pas encore été décrite. 
« Elle est caractérisée par de véritables végétations fongueuses exulcé- 
« rées, en forme de choux-fleurs ; ]^bv des masse*s aplaties végétantes, ou 
a des tubercules mous, pédicules. Au premier abord, on serait fort 
« embarrassé de rattacher cette affection au lichen, si, en remontant des 
« végétations plus volumineuses à celles qui ont déjà disparu, et en sui- 
« vant la transformation graduelle et imperceptible des tumeurs les 
« plus saillantes, aux taches pigmentaires, on ne rencontrait entre ces 
« deux états pathologiques les plus opposés des plaques de lichen 
« type, qui démontrent d'une manière irréfutable la véritable nature de 
a la maladie, et servent de lien entre ces deux extrêmes. 

« Notons enfin les poussées eczémateuses qui viennent fournir encore 
« un nouvel appoint à cette opinion et dissiper tonte espèce d'hésita- 
« lion. » 

Tel est le bilan de la science au sujet du lichen hypertrophique : 

Pas de description de la maladie. 

Un seul auteur donne les symptômes de la dernière période. 



SYMPTOMES 

Le lichen hypertrophique se développe surtout aux membres infé- 
rieurs. Tous les cas que je rapporte occupaient ce siège. Les deux 
jambes, ou une seule, peuvent être atteintes : le plus souvent, raffection 
est unilatérale. 



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DfilUBUl4fi». -^ OC UCHEN HYPERTEOBBIQOB. 231 

Le membre affecté est plus volumineux que le membre sain. L'aug-* 
mentalion de volume est surtout aceentuée au niveau du cou-de^pied 
et aiuc orteils. Au début la peau> présente sa teinte normale ^ mais elle a 
perdu toute élasticité : elle est considérablement épaissie : à Xd^face dorsale 
des orteils, elle peut mesurer jusqu'à 2 centimètres d'épaisseur (voir 
PL III, fig. 3 et observation XI)* 

Les papilles s'accentuent davantage; d'abord, elles, conservent leur 
forme aplatie, elhnt délimitation normale par les sillons qui les circons- 
crivent; un peu. plus, tardv elles deviennent arrondies et forment de petits 
tubercules de la girosseurd:un grain de millet : On dirait une peau de cha- 
grin. Jusque-là il n'y a que ie derme qui se soit hypertrophié ; mais 
Vépiderme participe lui aussi à la manifestation morbide, et selon qu'il 
se prendra plus ou moins tôt à se développer d'une façon exagérée, la 
maladie présentera deux modes d'évolution bien distincts : 

Premier mode. C'est le plus simple. Sur chacun des petits tubercules, 
comme miliaires, que je viens de décrire, se produit upe sorte de piquant 
constitué par la portion cornée de Tépiderme, mesurant de 2 à 3""" en 
hauteur. La juxtaposition de toutes ces petites saillies donne à la 
région sur laquelle elles se sont développées, l'aspect d'un gazon. Le 
doigt, promené à leur surface, éprouve la même sensation que s'il glis- 
sait sur la langue dun chat. Les observations 111 et X sont des exemples 
de cette période. 

Il arrive souvent ,que l'on ne peut constater cette disposition. Le fait 
provient de ce que, sous l'influence d'applications humides, la partie 
épidermique s'est séparée du tubercule qui la supportait et celui-ci est 
resté à découvert; de là résulte un changement dans la coloration des 
parties lésées: 

Dans le premier cas, la présence d'une épaisse couche épidermique, 
ou plutôt cornée, donnait une teinte grisâtre. 

Dans le second cas, les parties dénudées offrent une coloration rosée 
avec un léger reflet grisâtre, dans les points où l'épideiime n'a pas été 
totalement enlevé. 

La maladie peut en rester là. Tous les tubercules sont petits et du 
même volume. 

Deuxième mode. Le derme ne s'arrête pas à ce premier développe- 
ment, les papilles continuent à s'hypertrophier, elles en arrivent alors à 
XXX* 32 



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232 OfiMEVIiEil. — DU U€HBN HYPERTROPHIQUE. 

présenter la forme de mamelom^ plus ou moins arrondis^ quelquefois un 
peu rétrécis, à leur base , figurant assez bien alors une petite tète de 
choux-fleurs. Il peut n'y avoir que quelques papilles très-développées, au 
milieu d'un grand nombre de petites saillies (observation VI). D'autres 
fois, un grand nombre de papilles ayant suivi cette même marche, il 
arrive un moment où elles se trouvent très^-génées , serrées les unes 
contre les autres. C'est le fait du malade, de l'observation YIII chez 
lequel la face dorsale du pied et des orteils est tout entière recouverte 
de mamelons du volume d'tm pois à celui d'une aveline^ déformés par 
pression réciproque. Ces tubercules peuvent eux-mêmes présenter une 
certaine variété, dans l'état de leur surface. Celle-ci peut être complète- 
ment lisse ou à peu près^ ne présentant que de légères irr^larités 
(observation YIII). Ou au contraire^ sur chacun des gros tubercules, il 
se produit plusieurs petites saillies, qui elles-mêmes fourniront au déve- 
loppement épidermique. Ce sont ces saillies de second ordre, qui dans 
la figure 2 (PL II) présentent une forme conique et sont comme demi- 
transparentes, dans leur partie supérieure. Cet ensemble reproduit assez 
bien la disposition qui nous est offerte par le fruit du framboisier ou du 
mûrier. Dans le cas où les gros tubercules, dépourvus de saillies secon- 
daires, présentent une surface à peu près lisse, le revêtement épider^* 
mique est peu considérable et ne modifie en rien la couleur normale 
de la peau. 

Si, au contraire^ des tubercules de second ordre, sont venus recouvrir 
la surface des premiers, il y a une abondante production épidermique, 
jusqu'à donner des filaments qui peuvent mesurer 1 centimètre de lon- 
gueur (voir PI. III, fig. 1 , et observation X). Ces piquants sont formés d'une 
substance cornée, analogue à celle des ongles, de coloration grisâtre ; ils 
sont plus ou moins cylindriques, quelquefois coniques. Ils forment en 
certains points comme de véritables faisceaux que l'on ne saurait mieux 
comparer qu'à un des paquets de crinSj qui par leur réunion constituent 
une brosse. On peut facilement les détacher du tubercule qui les sup- 
porte, mais en enlevant une petite portion de celui-ci, ce qui donne 
lieu à un léger écoulement sanguin. Ils présentent à leur partie inférieure 
une consistance molle j une teinte opaline et comme une demi^-transpa- 
retKe, caractères que l'on retrouve dans la portion de l'ongle, engagée 



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iWMJSMM. — DU UGHEN HTPBRTROPHIQUB. 233 

dans la matrice unguéale. Le malade de Tobservation X réunissait tous 
les points sur lesquels je viens d'insister : 

Lors de son entrée à l'hôpital, la jambe, dans son tiers inférieur, et 
au niveau du cou-de-pied, était entourée d'une sorte de cuirasse cor- 
née, formée de pzçuants juxtaposés et mesurant près d'un centimètre en 
hauteur. Leur consistance assez grande avait fait que le vêtement, qui 
frottait constamment contre elle, y avait laissé beaucoup de filaments 
d'étoffe; de plus, le malade travaillant au charbon, il s'y était joint 
beaucoup de poussière noire, de telle sorte que la jambe en était arrivée 
à ressembler à im tronc darhre dont Vécorce serait épaisse et toute fen- 
dillée. 

Enfin nous trouvons chez ce malade une lésion très-remarquable 
des ongles. Celui du gros orteil est fortement soulevé par une abondante 
production de filaments cornés, qui ont poussé à sa face inférieure et se 
dirigent en avant. De même pour les autres ongles, mais en s'atté- 
nuant, du premier au cinquième. La raison de cette décroissance sera 
donnée au chapitre Pathogénie. 

Chez tous les malades atteints de lichen hypertrophique, j'ai trouvé des 
varices du membre correspondant. J'insiste sur cette coïncidence, qui est 
d une importance capitale, au point de vue de la pathogénie de cette 
affection. Le lichen hypertrophique est une maladie complètement îWo- 
lore. Souvent il passe inaperçu, lorsqu'il n'est encore qu'au début de son 
évolution (voir l'observation II). Plus tard il ne préoccupe le malade que 
comme une difformité qui réclame l'usage d'une chaussure spéciale et 
nuit à l'agilité des mouvements de la jambe et du pied. 



MARCHE 

Le lichen hypertrophique suit une marche très^lente, il progresse 
d'une façon continue et n'arrive qu'après des années à présenter l'état que 
reproduit la fig. { de la PI. III. 

Première période. Simple développement papillaire, sans épaississe* 
raent de l'épiderme ; cet état se manifeste d'abord au-dessous des mal- 
léoles, au-devant de l'articulation tibio-tarsienne, à la partie antérieure 
liu métatarse, sur le gros orteil. Simultanément la peau s'épaissit et oc- 



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234 HEmBUUW. — DU LICHEN HYPBMUOPflfQOfc. 

casionne la production de gros boairrelete, au niveau du cou-de-pied, et 
de plis très-profonds sur le dos des orteils, les uns et les autres détermi- 
nés par le jeu des articulations correspondantes ; de plus en plus les 
saillies et les dépressions s'accentuent, le déyeloppement ne pouvant se 
faire que dans le point non comprimé^ c'est-à-dire au sommet du bourre- 
let, ce qui fait un pli de plus en plus profond (voir PL III). 

Deuxième période. L'épiderme devient plus épais, donne une teinte 
grisâtre aux saillies qu'il recouvre, il se dispose en productions /î/î/bnw^^, 
plus ou moins coniques et de longueur variable, on dirait alors une véri- 
table langue de chat^ même sensation pour le doigt. 

Troisième période. Le développement continue à se faire, les tuber- 
cules deviennentgroscommeunefly^/m^ et on voitseproduireàleursurface 
des tubercules de second ordre. Chacun de ces derniers est surmonté d'un 
\ox\^ piquant. La fig. 1 (PL III) montre cette disposition, réalisée au niveau 
du cou-de-pied; certains mamelons ont conservé leurs piquants ; d'autres 
les ont perdus sous l'influence des bains et des cataplasmes, ils res- 
semblent alors tout à fait au fruit du framboisier ou du mûrier. 

Ces trois états, que je viens de décrire comme autant de périodes suc- 
cessives, coexistent, le plus souvent, chez le même malade. Ainsi, dans 
l'observation lY, qui est un exemple des plus remarquables, comme évo 
lution de la maladie. 

Le cou'de-pied ]^résente de gros mamelons surmontés de tubercules du 
second ordre ^ tandis qu'au niveau des malléoles les papilles sont simple- 
ment hypertrophiées. De même le ^ro5 or/^f/ />or/^ cinq ou six mamelons 
du volume d'un petit pois. 

Le 2* orteil n'a que deux gros tubercules. 

Le 3* — ne porte que de petits tubercules. 

Le 4* — porte seulement quelques petits tubercules à sa base. 

Le 5* — est indemne. 

A la racine des orteils, sur le métatarse existe une sorte de liséré, for- 
mé de granulations assez volumineuses^ avec épaississement de l'épi- 
derme, mais en suivant sur le dos du pied^ la lésion s'efface progressive- 
ment en devenant une simple hypertrophie papillaire. Enfin, la planche 1 i 
retrace à peu près les mêmes faits, mais plus accœtués encore» Au ni- 
veau du cou-de-pied, grosses saillies framboisées revêtues de piquants 



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— DU LICHBN HTPERTHOPHIQUE. 235 

élerés ; au-dessous des malléoles et tm les bords du pied ^ simple hypertro- 
phie des papilles, plus ou moins développées. 

Décroissance très-notable de la lésion en suivant du premier au ûin" 
çuième orteil, autant pour la peau que pour les ongles. 



DTAGNOSTIC 

Le lichen hypertrophiqxte a été rangé par beaucoup d'auteurs dans 
Vf^éphantiasis. Alibert en avait fait une variété, il le décrit sous le nom 
d'élépkantiasis tuberculeux. Il est cependant impossible de confondre ces 
deux maladies. Uéléphantiasis produit un développement général du 
membre qui est hypertrophié dans tonte sa hauteur depuis les orteils, 
jusqu'à sa racine. Dans le lichen hypertrophique^ au contraire, l'augmen- 
tation de volume est localisée^ à la région malléolaire et au pied. 

Le reste du membre a conservé ses caractères normaux. La peau pré- 
sente, dans ces points, sa souplesse et son élasticité habituelles. Il y a loin 
delàà l'énorme distension qu'elle a subie dans r^/^Aan//(z^>.Mais le carac- 
tère le plus important et qui esi fondamental^ dans la distinction à établir 
entre ces deux états morbides, c'est que : dans réléphantiasis,la peau reste 
lisse et présente des papilles de volume normal ou plutôt effacées par la ten- 
sion de la membrane tégumentaire.Dans le lichen hypertrophique, au con- 
traire, c'est surtout la peau qui est malade, tous ses éléments ont été pris, 
pour ainsi dire, d'une survie, ils se sont tons hypertrophiés : lederme est 
devenu beaucoup plus épais, d'une façon générale, jusqu'à acquérir (/^i^r 
centitnètres et demi d'épaisseur (voir observation XI et PI. III, fig. 2). On 
voit très-bien sur cette figure que la peau seule est hypertrophiée, l'or- 
teil dans son ensemble n'a été nullement modifié, la lésion s'est localisée 
à la peau de la face dorsale des ikux premières phalanges, la peau de la 
troisième phalange n'a subi aucune modification. 

Donc : 

^paississement général du derme^ dévdoppëmedt des papilles^ pou« 
vaut atteindre un volume considérable, comme le prouvent 'plusieurs de 
nos observations, enfin, sécrétion abondaûte d'épiderme produisant une 
véritable (wo^.^^ cornée. L'ensemble de ces earaiitèrea notta semble dif- 
férencier d'une façon ineonteati^ le lidken kifpertrâphique elVéiéphan- 



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S36 ^BHEIIIJBS. — DU LICHEN HYPERTROraïQUE. 

tiasis : d'un côté la peau est indemne^ de l'autre côté elle est le siège 
presque exclusif Aq la maladie. 

J'ai réuni dans une même planche deux exemples, Tun d'éléphan-- 
tiasiSj l'autre de lichen hyper trophique. Ce rapprochement permet de 
saisir, au premier coup d'œil, la différence notable qui existe entre 
ces deux affections (V. PL IV). 



PATHOGÉNIE. 

Il me semble difficile de ne pas reconnaître comme cause de cette hy- 
verh'ophie cutanée un trouble de la circulation veineuse dû à un état va- 
riqueux. Tous les malades, dont je rapporte Tobservation, ont en effet 
commencé par avoir des varices, et dans l'observation IX existe ce fait 
remarquable d'un malade ayant vu disparaître les varices de la jambe 
qui se prenait de lichen hypertrophique, au fur et à mesure que la lé- 
sion cutanée s'accentuait davantage. Maintenant, quelle action, le sang 
gêné dans son cours exerce-t-il sur les tissus qu'il traverse? Y a-t-il 
simple infiltration, par transsudation du sérum à travers la paroi vascu- 
laire, pour produire un œdème? Je crois que cette explication n'est nul- 
lement applicable au lichen hypertrophique, qui n'est point une affec- 
tion de l'ordre des œdèmes. Dans cette maladie, en effet, nous avons vu 
une vitalité exagérée de toupies éléments qui constituent la peau ; arrivant 
à acquérir des proportions véritablement gigantesques, si on les com- 
pare au volume que présentent ces parties à Tétat normal. Ne serait-ce 
pas plutôt l'effet d'une excitation produite sur les tissus, par un contact 
prolongé du sang veineux? 

Toujours est-il que le fait constant de varices volumineuses précédant 
l'apparition du lichen hypertrophique porte beaucoup à établir entre ces 
deux états une relation de cause à effet. 

Encore, faut-il faire intervenir uneidiosyncrasie, faisant qne tel indi- 
vidu prendra du lichen hypertrophique, tandis que tel autre variqueux 
n'aura qu'un eczéma. Nous devons dire ici que les faits s'opposent à 
laisser admettre l'opinion de M. Bazin, au sujet de \k pathogénie du li- 
chen hypertrophique. Cet auteur, en effet, donne cet état de la peau, que 
M. Ha^yaselon nous bien dénommé, comme le résultat d'une cause 



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— DO UGHEN HTPSRTROPHIQOB. 237 

excitante, venaiit agir sar une partie affectée d'eczéma. M. Bazin n'a pas 
remarqué que V hypertrophie papillaire existe d abord seule et peut ne ja- 
mais être accompagnée de production épidermique exagérée. Ce fait re- 
jette complètement l'idée d'un eczéma antérieur et nous rattache à l'ap* 
préciation de M. Hardy sur cette affection (voir le chap. I, historique). 

Beaucoup d'anatomo-pathologistes ont admis, comme cause produc- 
trice de l'éléphantiasis, une oblitération des reines profondes du mem- 
bre; et des autopsies sont venues appuyer cette opinion. Mais de même 
que dans notre chapitre diagnostic nous avons établi une distinction in- 
contestable entre Véléphantiasis et le lichen hypertrophique, de même ici 
à propos de la pathogénie donnerons-nous à chacune de ces maladies une 
origine différente. 

D'après le fait constant d'un état variqueux des veines superficielles^ 
précédant l'apparition du lichen hypertrophique, nous pensons que 
c'est dans ce groupe déveines^ que doit être placée la came déterminante de 
r affection. 

Il nous semble trouver encore une preuve anatomique de notre opi- 
nion, en ce que la lésion se produit d'abord et souvent d'une façon ex- 
clusive, sur les régions desservies par la veine saphènè interne. Dans plu- 
sieurs de nos observations nous voyons en effet que les premiers orteils 
sont seuls recouverts de tubercules; le plus sou vent, les deux derniers 
sont indemnes ; or chacun sait que chez les variqueux c'est, l^plus sou^ 
vent^ la veine saphène interne qui est malade. De là découle, pour notre 
cas particulier, une explication très-naturelle de ce fait constant d'une 
progression décroissante dans l'intensité de la lésion, en suivant des pre- 
miers aux derniers orteils (voir les observations et les planches). 



PRONOSTIC — TRAITEMENT 

Le lichen hypertrophique est une affection bénigne; comme je l'ai 
dit, les malades n'éprouvent pas de douleurs. Dans les cas peu accen- 
tués, cet état de la peau passe complètement inaperçu et ne gêne en rien 
le malade. Ce n'est que plus tard lorsque se sont notablement accen- 
tués l'hypertrophie du derme, le développement des papilles et une abon- 
dante production épidermique, c'est alors que la marche devient pé- 



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238 pEMEVURU. — pu UjCHEN HYPEBTaOPHIQQfi« 

nible, en raison des difficultés des mouvements de rarticulajtion tibio- 
tarsienne dont le jeu est empêché par l*épaississement des parties qui 
reutourent. Enfin le poids du i^embre devient lui-môme un sérieux 
obstacle. 

TRAITEMENT 

Le traitement sera différent, selon le degré de la maladie. Tout à fait 
au début, lorsqu'il y a simple développement papiliaire limité au cou- 
de-pied, il faudra insister sur l'emploi d'une compression bien réguliè- 
rement exercée. Plus tard, lorsque se sera formée une véritable cuirasse 
cornée, on devra d'abord recourir à l'application de topiques émollients; 
le malade prendra un bain tous les jours, et lorsque la peau aura été aiusi 
débarrassée de son revêtement, on aura recours à la compression et aux 
douches de vapeur. Sous l'influence de ce traitement la jambe diminue- 
ra de volume, les saillies s'affaisseront ; et bientôt à la place de ces sortes 
de choux-fleurs, qui existaient tout d'abord, on ne trouvera plus que 
des tubercules aplatis; par là même, les plis delà peau, au niveau de 
l'articulation tibio-tarsienne et sur le dos des orteils, auront diminué de 
grosseur et les mouvements seront devenus beaucoup plus faciles. Il 
nous a été donné d'obtenir ce résultat dans le cas du malade qui fait le 
sujet de l'observation X. Mais, comme il est facile de le prévoir, l'amé- 
lioration est lente à se produire, ce n'est qu'après plusieurs mois, qu'il 
est permis d'espérer la voir se manifester d'une façon notable. 

La maladie est-elle susceptible d'une guérison radicale ? 

Aucun fait jusqu'ici ne permet de répondre par l'affirmative à cette 
question. Mais, par contre, dans tous les cas qui ont été suivis durant un 
certain temps on a pu réaliser un mieux satisfaisant. 

Voir après les observations, une communication orale que je dois à la 
bienveillance de M. Hardy. 

OBSERVATIONS. 

Observation I. — Le nommé, Ck)pvet Victor, âgé de 61 ans, saUe SaiAte-£ugénie (Bi- 
cotre). 

Ce malade, depuis l'âge de- 85 ans^a toujours eu des varica volumineuses. U y a deux 
ans se produisirenti au niveau de cliaque maUioleii deux ulcévatioai, aoo encore cica- 
trisées. , ^„ _^ 



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Mnmnjw. -« du uanm sTPHMHomosB; 239 

« A!K468foin de la malléole fntene et un oèté du ttlon, on obienre un déreloppe- 
« ment papilUfùnM trè^mofiifesiê. Ce sont de petits tubereula iorrùndù Turiant dn Tolume 
« d'un grain de milUt à celui d'un petit poù* A leur niveau la plaie présente sa colora- 
« tion normale. » Ce vieillard nous fait obserye^ que cet état particulier de la peau ne 
s'est manifesté que depuis cinq ou six mois. 

Lorsque je fis ce malade. J'étais allé à Bieêtre, poussé par cette idée à pHorty que Je 
devais évidemment rencontrer la maladie que J'étudiais, dans cet asile qui contient beau- 
coup de variqueua* La difficulté que l'on éprouve à se faire comprendre par des gens 
étrangers à la science, fit que Je ne pus rencontrer d'autre cas que celui-ci. Je n'en 
trouve pas moins dans ce Adt unique une confirmation remarquable de mon opinion 
sur la pathogénie du licben bypertropbique. 

Observation IL — Le nommé Gordier Victor, 50 ans, salle Saint-Augustin, n* 35, Mpi- 
tal Saint'LouiSj service de M. A. Guérin. 

Ce malade entre le i«' octobre 1869 atteint d'un ulcère variqueux, qui occupe toute la 
partie antérieure de la jambe droite. 

Ywrices aux deux membres inférieurs depuis l'ftge de 20 ans. 

A 25 ans« pendant son travail (maréchal) la face interne de la euUse droite présentait 
un paquet variqueux du volume d'une noix ; il prit alors l'habitude de %*appliquer lui- 
même un bandage roulé de la jambe, et depuis lors il a toujours continué la même pra- 
tique. Mais il ne recouvrait ni les régions maUéolairet ni le talon. 

Aujourd'hui le cou-de-pied droit mesure en circonférence 9 centimètres de plus que 
celui du côté opposé. 

Au niveau des malléoles existent deux grosses saillies recouvertes d'un nombre consi- 
rable à'élevures de forme lenticulaire^ aplaties. 

La peau qui recouvre la face dorsale des orteils est considérablement épaissie (8 milli- 
mètres) ; elle est comme lardacéSy de couleur mate. 

Les papilles y sont notablement hypertrophiées. 

Les ongles des trois premiers orteils sont redressés par une production filamenteuse de leur 
face inférieure. 

Cette observation me semble présenter un très-grand intérêt, au point de vue de la 
pathogénie du lichen hypertrophique. Elle nous montre l'affection tout à fait au début, se 
produisant dans des conditions très-manifestes d'obstacle à la circulation en retour par 
la saphéne interne. 

OssiRVAnoif III. — Le nommé Giraud, 64 ans, homme de peine, malade observé à la 
consultation de l'hôpital SottU-Lonti le l** décembre 4869. 

A l'flge de 20 ans, des varices ont commencé à se produire ; elles sont devenues asses 
volumineuses pour fkire réformer le malade. 

Acgourd'hui: énorme chapelet variqueux occupant la foce interne de la cuisse 
droite. Deux ulcérations au niveau de la région malléolaire. Ces plaies existent depuis 
45 ans. 

Att-dessotts de l'ulcération inférieure dans une étendue de 5 centimètres carrés, la 
peau est recouverte de tubercules aplatis. Le cou^de-pled a augmenté de volume et pré- 
sente de gros bourrelets du côté de la flexion* Mais ce qui est surtout remarquable, c'est 
la présence d'un semis de petits piquants mesurant 4 à 5 millim. en hauteur, recouvrant 
tout le tour du coo-de-pied; toute la peau du takm en remontant le long du tendon 
d* Achille, en est parsemée : on dirait une peau de hérisson. 

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240 PElimJUBK* '■^ DU LICHEN HTPERTROPHIQQE. 

Nous trouvoiiB dans ce bit le d&mt du Uchm hypertrophique : une hypertrophie des 
papilles, transformées en tubercules et recouvertes de saillies épidenniques. 

ÛBSERVAnoN IV* — Sous co titre je donne la description de la pièce n<> 61 du musée de 
rhôpital Saint^Louis. 

La jambe et le pied sont œdématiés, la saillie des malléoles disparaît daos un empâte- 
ment général de la région du cou-de-pied. A ce niveau la peau fortement épaissie pré- 
sente de gros plis déterminés par la flexion du pied sur la jambe et surmontés de pro^ 
duciions papilliformes* Ce sont des saillies mamelonnées^ isolées et de deux ordres : 

10 Une sorte de tubercule arrondi, de la grosseur à*m pois; 

2<» Sur chacun d'eux existe un nombre variable de petites saillies; 

Le 3* orteil n'a que de petites saillies ; 

Le 4* orteil en a quelques-uns, seulement à la base ; 

Le 5^ orteil est indemne • 

Vongle du gros orteil est fortement épaissi et est soulevé par une sorte de chevelu 
développé à sa face inférieure» 

Les autres ongles présentent à peu près le même aspect, mais, moins accentué. 

La peau de la jambe présente tous ses caractères normaux. 

Cette observation réunit tous les degrés de Taffection^ depuis le simple développemenl 
papillaire, jusqu'au tubercule volumineux. Elle permet aussi de suivre sur les orteils la 
décroissance signalée au chapitre : pathogénie. De la grosseur d'un grain de millet^ ces 
points présentent une teinte gmd/re due à l'épaississement de répidermp. 

Au niveau des malléoleSj les papilles sont seulement plus accentuées. 

La lésion descend un peu sur le dos du pied où elle disparait bientôt^ n'étant plus 
représentée que par de petites saillies miliaires. 

A l'union des orteils et du métatarse on retrouve la môme disposition, formant une sorte 
de liseré. 

Les orteils sont comme carrés, la peau de leur face dorsale est notablement épaissie. 

Le gros orteil porte 5 mamelons du volume d'un petit pois. 

Le 2« orteil deux gros tubercules et sur le reste de sa surface un semis de petites saillies 
miliaireSf recouvertes de productions cornées. 

Observation V. — Mon collègue et ami Barety me dit avoir vu, en 1867, à THOtel-Dieu, 
salle Sainte-Marthe, service de M. Laugier : « un malade qui présentait à l'une des jam- 
« bes, des varices très-développées, en partie oblitérées par des coagulations dues à des 
« injections de perchlorure pratiquées par M. Maisonneuve, quelques mois auparavant 
« (8 mois environ). Le malade faisait observer lui-môme que s'il avait bénéficié, au point 
« de vue de l'effacement de ses varices, en opposition, était survenue depuis lors du 
« côté de la peau du pied et du tiers inférieur de la jambe une altération qui présentait 
M les caractères suivants: 

« Le volume du membre avait pris, dans cette étendue, des proportions plus grandes 
qu'à l'état normal. La peau était hérissée d'une sorte de production velvétiquey dont les 
saillies toutes de môme longueur, mesuraient 2 ou 3 millimètres en hauteur et i milli- 
mètre et demi de largeur, à leur base. 

« C'étaient bien là des productions papilliformes dont le développement semble se ratta- 
cher d'une façon évidente aux modifications nouvelles apportées dans la circulation en retour 
par roblilération d'un certain nombre de veines. » 



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BEMEVIiES. — DU LICHEN HYPERTROPHIQUE. 241 

Obsbryition VI, — Dans le même service, quelque temps auparayant, s'était présenté 
un cas tout à lait analogue. 

C'était chez un malade entré à rhCpltal pour un gonûement considérable des Jambes, 
survenu à la suite de marches forcées. Cet homme qui avait de grosses varices présentait 
à la partie antérieure du cou-de-pied, dans la largeur de la mAin, une production ru* 
gueuse donnant, au doigt qui glissait à sa surface, la sensation d'une râpe. 

Observation VU. — Dognan Jean, 69 ans, marchand des quatre saisons, entré le 3 dé- 
cembre i868, salle Saint-Jean 46, service de M. Hardy, hôpital Saint-Louis, a toujours été 
bien portant, et ne présente aucun accident de scrofule ou de syphilis; tailleur de pierres 
depuis l'âge de 21 ans, puis à Tftge de 55 ans marchand des quatre saisons, il se trou- 
vait, pendant douze à quinze heures debout, souvent à l'humidité, sans cependant en 
éprouver d'inconvénient; il n'eut jamais de douleurs rhumatismales. 

En 1844, eczéma des jambes; pendant 6 ans, il fut bien portant; les Jambes, cepen- 
dant, étaient quelquefois enûées le soir. 

En { 850, le malade revient à Saint-Louis pour la môme maladie qu'en 1844 ; peu à peu 
ses jambes se guérirent complètement. 

Il y a 3 ans elles deviennent le siège d'une nouvelle éruption, durant un an il se soigne 
à peine, puis il vit apparaître du milieu des croûtes, près de la maUéoU externe, de 
petites grosseurs jusqu'au mois de décembre, il se contenta de frictions avec l'huile de 
cade. Les grosseurs se multipliant, il entre à Saint-Louis : « La jambe gauche dans son 
« tiers inférieur est couverte de nodosités du volume d'un pots à celui d'une petite noix. » 
Le volume total du membre est augmenté; la Jambe est recouverte de croûtes assez 
adhérentes sans suintement, jusqu'au voisinage du genou. Sur la jambe droite, croûtes 
moins épaisses sans hypertrophie papUlaire. « Les deux Jambes présentent des dilatattom 
« variqueuses considérables, qui s'étendent Jusqu'à la partie supérieure des cuisses. » 
Pas d'éruption dans d'autres régions, le malade, pendant 3 mois, prend un bain, tous 
les deux jours : enveloppement avec le caoutchouc. 

Les croûtes tombent peu à peu, laissant voH' à leur place, dans la partie inférieure 
de la lésion, de petites saillies^ offrant comme les autres la coloration de la peau saine. 

Au mois de janvier 1869, traitement arsenical ut suprà^ du reste les grosses papilles s'af 
faissent et s'effacent progressivement, tandis que la peau qui était recouverte de croûtes 
prend un aspect lisse et luisant, tout en conservant une teinte ardoisée. 

Avgourd'hui 25 mars i869, le malade demande sa sortie, il se trouve véritablement 
amélioré, le volume du membre gauche a diminué de près d'un tiers, résultat très-satis- 
faisant. 

« Cette observation a été publiée dans la revue photographique des hôpitaux (1869), 
avec une photographie reproduisant la jambe du malade (Voir notre pi. IV, flg. 1). » 

La pièce n» 106 du musée de r hôpital Saint-Louis représente le même cas: la jambe est 
presque aussi volumineuse au niveau du cou-de-pied qu'au mollet. Dans son tiers supé- 
rieur, la peau est tendue violacée, mais lisse. 

Dans les deux tiers inférieurs, toute la périphérie du membre est recouverte d'une 
couche épidémiçue noirâtre fendillée ; épaisse d'au moins 3 millimètres. Sous cette couche, 
existe un développement papilliforme, très-accentué, mis à découvert au niveau du cou-de- 
pied. En ce point onvoitdeshiè«rctt/e5 du volume d'une aveline kcéiuid'nn petit pois, serrés 
les uns contre les autres de coloration rosée. 

Sur la face dorsale du pied, léger dé'^tlftppement des papilUs, épaississement épidermique, 
par places. 



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242 DEWEUUS». — DU UGHEN HYPERTBOraïQIIB. 

Les deux premiers orteils présentent un état analogue. 

Observation YIIU ^ Sous ce titre }e donne la description de la pièce n^ ^2, du Husée 
de VhôpitcU Saint-Louis. Le registre des obserrations ne contient aucun renseignement au 
sujet du malade qui a été l'occasion de cette reproduction; tout ce que j'ai pu savoir, 
c'est qu'il était ftgé de 28 ans et commissionnaire; il fut reçu à ThCpital Saint-Louis le 
30 janvier 1868. 

« La jambe et le pied droit sont augmentés de volume; sur toute la surface du dos du 
« pied et des quatre premiers orteils on voit un grand nombre de mamelons, variant de la 
« grosseur d'une lentille, à celle (Tune noisette; sur les limites de ce grand développe- 
« ment, le long du bord externe du pied, les papiOes sont hypertrophiées, mais ont con- 
« serve leur ferme aplatie. » 

De môme du c6té de la limite supérieure qui remonte à 4 centimètres au-dessus du 
cou-de-pied. 

La peau de toutes ces parties est de teinte rosée. 

Les orteils, complètement déformés par les tubercules qui les surmontent, ne peuvent 
plus être facilement délimités, il y a imbrication des tubercules d'un orteil sur ceux de 
l'orteil voisin et réciproquement. 

C'est sur cette pièce, que nous avons rencontré les tubercules les plus volumineux, 
tellement rapprochés, sur le dos du pied, qu'ils se sont déformés par pression réci- 
proque. 

Observation H. — Alibert dans sa monographie des dermatoses donne comme 
deuxième genres des dermatoses Ujpreuses : la spiloplaxie. 

Lèpre caractérisée par ded croûtes tuberculeuses sillonnées^ offrant beaucoup d'as- 
pérités et de profondes gerçures — et à ce propos U rapporte le fait suivant : « Feu l'es- 
« timable professeur Leclerc me conduisit un Jour à Yhôpital Sain^Antoine pour me 
« faire examiner l'état de Marie Claire Mathieu, âgée de 57 ans. Son travail consistait à 
« vendre des gâteaux dans les rues, dans le temps de la disette causée par les troubles 
« de la première révolution de France. 

« Les menstrues disparurent pour ne plus se montrer. Alors, la malade habi- 
« tait une chambre obscure, basse et étroite; la pénurie absolue où elle se trouvait 
« la plongea dans une malpropreté insigne. Huit mois s'étaient à peine écoulés, depuis 
«la cassation des règles, qu'elle fut atteinte d'une fièvre continue, à laquelle se joignit 
* un érysipèle caractérisé par un gonflenient considérable, aux extrémités inférieures; trans- 
« portée à l'Hôtel-Dieu, on appliqua des compresses d'eau de sureau sur la partie affectée, 
ic Au bout de sept semaines ce gonflement était diminué, mais il parut, au bas de la 
ii jambe gauche des espèces de végétations dures et noirâtres. Ces productions singulières 
«n'occasionnaient uï prurit m' douleur; aussi la malade abandonna l'hôpital. Elle re- 
« prit ses travaux accoutumés; et fit de longues courses; — l'éruption s'accrut lente- 
« ment depuis sa première apparition. Les croûtes tuberculeuses tombaient néanmoins, 
« soit spontanément — soit que leur chute fût accélérée par des bains ou des lotions. 

« Voici^ continue Alibert, quel était l'état de la malade, quand nous la visitâmes avec le 
« professeur Leclerc : 

<( {• Gonflement résistant de la Jambe gauche qui offrait une couleur rougeâtre. 

« 2« Peau épaisse écailleuse. 

« 3» Immédiatement au-dessus et sur l'articulation tibio-4airsienne et les maUéoleSy il 
« s'élevait de k lurface cutanée une production noirâtre, dore, soUde, rugueutCf comme 



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-- DO UGHEN HTPBRTftOraiOm. 243 

« cmiée^ insemiblej trvrené6 par des it71ofit proffmdef les uns superfidelii les oulrei 
« profonds et qui se coupaient en divers sens. 

« 4« Une énorme quantitë de poux pullulait sous les croûtes et dans les interralles* 
« La sensibilité de la peau était un peu exaltée au fonddeiscissura. • 

Obubvation X. — Leguay Jean-Baptiste, charpentier 51 ans. Entré à Vhâpital Smkt- 
Louis, le i^ avril 1869, saUe St-Charles n* 56, serrice de M. Quibout. Vers rigttide 
18 ans (ies voHcessesont développées aux deux Jambes^ mais dayantage du côté ganobe. 
Sunrint un petit ulcère qui se guérit après trois ou quatre ans de durée. 

Aigourd'hui le membre inférieur droit présente dans t«ute sa hauteur, sur le trajet 
de la saphène interne, un cordon variqueux très-volumineux formant une sorte de feston. 
La jambe de ce côté ne présente aucune difformité» ni plaiOi ni gonflement. Avant le 
développement du lichen hypertrophique à IsLJcunbe gfxachB^ des varices aussi volumi- 
neuses que celles de Tautre membre existaient aussi de ce côtéé — Elles ontcompléta- 
tement disparu depuis ïapparUian de la lésion cutanée. 

Jusqu'à il 7 a quatre ans, la Jambe gauche était seulement plus volumineuse, en raison 
des varices plus accentuées, que celles de l'autre Jambe. Alors apparurent vers le tiers 
moyen de la jambe, au niveau de la crête du tibia, des squames qui se sont étendues 
jusque sur le pied, et peu à peu au bout de deux ans la jambe en était arrivée à présen- 
ter l'état que nous allons décrire et qui est resté stationnaire, depuis deux ans et demi. 
« — Augmentation considérable de volume surtout au niveau du cou-de-fied. En cet 
endroit on remarque plusieurs sUlons profonds, correspondant à des plis de la peau 
dans le sens de la flexion. » 

Une couche cornée^ épaisse de 1 à 2 centimètres, forme avec de la poussière de charbon 
et de petits débris de laine provenant des vêtements, une sorte de coque notrd^e consti- 
tuée par l'accolement d'une foule de prolongements épûiermi^ii^f /iJi/brmei. Il est très-dif- 
ficile de détacher ce revêtement même à l'aide d'une spatule, opération qui^ du reste, 
est complètement indolùre. Cette disposition est surtout bien marquée au niveau du cou* 
de-pied; derrière le talon on dirait une peau de hérisson. A mesure que l'on remonte vers 
la jambe, cette production cornée devient moins épaisse et ne fournit plus que des sortes 
de plaques aplaties et faciles à détacher. Plus haut encore, la lésion se rédoîl à quelques 
petites squames asses minces. 

Pied. Hypertrophie considérable des orteils surtout du premier. Ils ont une forme 
conmie quadrilatère. La peau de leur Dsce dorsale présente un épaissiasement considé- 
rable et est secouvorte de (tt^sfouiss. 

En certains points, on voit la lésion pour ainsi dire à son débat, répiéemeeal un peu 
épaissi et fendillé, formant comme des viUoeités. 

Ongles. lissant tous plus ou moins altérés; celui du gros orteil surtout est soulevé par 
des viUoêités épidermiques qui poussent au-dessous de lui. Tous les autres ongles sont sou- 
levés de la même manière (voir Planche HI, fig. 1). 

Après avoir pria quelques bains savonneux, et s'être trotté avec une broese^ û est par- 
venu à débarrasser en partie la surface malade de l'espèce de coque décrite ci-dessus* 
Elle a totalement disparu au niveau du oou-de-pied,on voit dans ce point un nombre assex 
considérable de mamelons tout à fait comparables, quant au volume et à Taspect^ au fruit 
du framboisier ou du miarier. De coloration Msée^ ces saillies sont disposées parallèle- 
ment aux plis de U peau (Voir H. U, fig. 2 et 3); on peut très-facilement détacher 
decesmooislofliddpsMNil^Mliiiooniataéesptf V^mmUMg^d^fiimmnU^^éemiquu, 



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244 mBMElJUBli. — DU UGHEN HTPERTROraiOUE* 

comparables au fmn d'un artichaut. Le derrière du pied est tout hérissé de petits piquants 
formant un semis très-régulier. 

La moitié supérieure de la jambe présente un certain épaississement de la peau et quel- 
ques squames à ce niveau. 

Traitement. Bains d'amidon^ applications Seau blanche. 

Après deux mois^ on constate un effacement notable des saillies framboisées, dans 
le tiers inférieur de la jambe jusqu'au niveau des malléoles. Douches de vapeur quo- 
tidiennes» 

En septembre (six mois après l'entrée du malade) la jambe a beaucoup diminué de 
volume. L'améliorati(m est des plus manifestes aux orteils, dont les mouvements sont 
devenus assez faciles. 

Sur la Jambe, jusqu'aux malléoles, la peau est presque lisse, il n'existe plus que 
quelques saillies aplaties comme de larges papules. 

Cou-de^edf môme modification, il ne reste plus que deux ou trois gros mamelons, 
sur les plis, du côté de la flexion. Ils sont entourés d'un grand nombre d'autre saillies 
autrefois mamelonnées, maintenant affaissées, comme de larges papules de lichen, leur 
surface est complètement dépourvue des tubercules de second ordre qui les recou- 
vraient. 

Or<d^. Aspect comme cbagrinéde la peau ; à peine quelques filaments cornés, sous les 
ongles. 

1*' décembre 69. Le malade quitte l'hôpital, après un séjour de 7 mois. L'amélioration 
n'a cessé de se produire : toute la couche cornée a disparu, le membre a beaucoup 
diminué de volume. A la place des grosses saillies mamelonnées, il ne reste plus que des 
papules. 

Obskrvatiom XL — Vail Lambert, 49 ans, imprimeur, voit apparaître, à l'âge de 20 ans, 
des varicesy qui occupèrent durant 5 ans la jambe droite seule, et se manifestèrent en- 
suite à la jambe gauche. Ce malade est affecté d'un pied bot varus acquis, à gauche, de 
sorte que depuis il s'appuie presque exclusivement sur la jambe droite. 

Il y a dix ans, survient un érysipèle de ce côté ; il resta des démangeaisons; sous l'in- 
fluence du grattage apparut un eczéma. 

Depuis quatre ans, les malléoles ei le covHÎe^ied ont pris des dimensions énormes. 

Depuis trois ans, le dos du pied et les orteils ont été envahis par la maladie. Ai:gourd'hui 
ils sont quadrilatères, la peau de leur face dorsale est fortement hypertrophiée au niveau 
des deux premières phalanges. En ces points elle mesure 2 centimètres d'épaisseur, 
formant une sorte de crête qui vient recouvrir en partie la troisième phalange dont la 
peau est normale (voir PL III, fig. 3). 

Des saillies papillaires du volume d'un grain de millet ou de chènevis recouvrent com- 
plètement ces parties. 

La même lésion occupe tout le tour du cotnie-pied; au niveau de la malléole exterae, 
dans une étendue de la largeur de la main : épaisse couche cornée, brunâtre, taule fen- 
dillée. Au-dessous et en remontant vers le dos du pied, simple hypertrophie papUlaire. 

La flexion du pied sur la jambe a déterminé la production de gros bourrelets recouverts 
de saillies mamelonnées. 

Môme revêtement corné, au niveau de la malléole interne. 

La peau de la face plantaire du gros orteil et du bord interne du pied est semée d'un 
grand nombre de saiUies velvétiques reproduites dans la figure 2 de la PI. ilL 



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BEMElJIiEtt. — DU LICHEN HTPERTROPHIQUE. 245 

Sous l'influence des bains, toute la couche cornée est tombée et maintenant les saillies 
papillaires toutes à découfert sont d'une teinte rosée très-fîralche* 

Chez ce malade, aussi, il y a décroissaice de la lésion, en suivant du premier au çiq- 
quième orteil. 



M. Hardy a observé des cas de lichen hypertrophique siégeant au tronc, 
aux membres supérieurs et à la face; aucune relation écrite ne fait men* 
tion de ces localisations particulières. 

Dans cette même communication orale ^ M. Hardy m'a cité des cas de 
lichen, ayant déterminé la mort, d'autres fois il a obtenu une guérison 
radicale et sans dca/rtc^. 

En raison de la préexistence, chez certains malades, de la coexistence 
chez d'autres, d'un eczéma occupant ]a même région ou des régions voi- 
sines de celles où siège le lichen hypertrophique, tenant compte aussi de 
la guérison de cette maladie, sans trace cicatricelle, M. Hardy me disait 
qu'il voyait dans le lichen hypertrophique une affection de nature dar^ 
treuse^ dartre modifiée ^av des conditions spéciales de la circulation en 
retour. Cet auteur admet le mode pathogénique que j'ai décrit au char 
^^itve pathogénie. M. Hardy se refuse aussi à admettre l'opinion de M. Ba- 
zin sur le lichen hypertrophique j cet auteur l'assimilant au mycosis et ad- 
mettant dans ce cas un état diathésique qu'il désigne sous le nom de 
diathèse fongdide. 

Comme M. Gillot l'a très-bien établi dans sa thèse sur le mycosis fon- 
golde (1868), on a dans ce fait une production exagérée de tissu lym- 
phatique et, du reste, à la simple inspection du malade, il est impossible 
de se méprendre. Les tubercules du mycosis ne ressemblent en rien à 
ceux du lichen hypertrophique. Jamais il n'y a de productions épideimiques 
exagérées comme dans le lichen. Enfin les tumeurs mycosiques finissent 
par se ramollir et peuvent ainsi donner des ulcérations. Distinction abso- 
lue. 



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TABLE DES PLANCHES 



PUNCHB m. 



Fig. i. -. Elle fournit une pièce d'ensemble sur laquelle on trouve la lésion à une 
période jieti àmncée. Le cot-de-pied et les premiers orteils sont seuls malades. On voit 
très-bien la décroissance de la lésion en suivant des premiers aux derniers orteils. La 
couleur rosée des gros tubercules non recouverts d'épiderme^ la teinte grisâtre de ceux 
qui en sont tapissés. Les ongles présentent aussi une déformation, un épaississement 
remarquables. Les plis du cou-de-pted sont très-bien accentués. 

Fig. 2. — Saillies arrondies ou coniques présentant alors une teinte opaline à leur som- 
met. Elles sont dépourvues de leur revêtement épidermique. 

Fig. 3, Tubercules mûri/ormes, siégeant au niveau du cou-de-pied. Voir la pièce d'en- 
semble PL II, flg.i. Sur les gros tubercules existent de petites saillies analogues à celles 
de la fig. 2. 

Planche IV. 

Fig. 1. Lésion très-avancée et des plus complètes réunissant tous les degrés de la mala- 
die : filaments cornés très-longs autour du cou-de-pied. Déformation des ongles. 

Fig. 2« — Dessins en raccourci des trois premiers orteils du malade de l'observation XL 
La face plantaire du gros orteil est semée de petits piquants disposés en tourbillon 
comme les papilles qui les supportent. 

Hypertrophie énorme de la peau du dos, des orteils. 

Fig. 3. — Dessin d'ensemble, reproduisant le pied et la partie inférieure de la Jambe, du 
sujet de l'observation XL . , 

Gros bourrelets du cou-de-pied. Tubercules mamelonnés à ce niveau. Sillons ptofonds, 
filaments cornés, fonnant comme une brotu autour du talon. 

Épaisaissement énorme de la peau à la face dorsale des deux premières phalanges 
des trois premières orteils. Les quatrième et cinquième orteils sont presque sains. 

Lésion des ongles. 

Planche V. 

Destinée à faire saisir,au premier coup d*Œil, les différences qui existent entre le hchen 
hypertrophique et l'éléphantiasis. 



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Mémoires de l'Académie de Médecine. 



Tome XXX PL. C 



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I-mp Bectpiel.Par: 



Publie par G.Masson a Pari s. 



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Mémoires de l'Académie de Médecine . Tome XXX . PL . 4 . 



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1 11 b lie. par Masson a rans . ^ ■' O 



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es (Je l'Acadcmie de Médecine. Tome XXX . PL . 5. 



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Formant litli. Itnp Bccquci, Pans . 

Public par G. Maison a Pans. 



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RAPPORT GENERAL 

K M. LE MINISTRE DE L'AGRICULTURE ET DU COMMERCE 

SUR LE SERVICE MÉDICAL 

DBS EAUX MINÉRALES DE LA FRANGE 

Pendant les années 1870-71 

FAIT AU NOM DE LA COMMISSION PERMANENTE DES EAUX MINÉRALES 
DE l'académie nationale DE MÉDECINE 

Far M. A. «IJBUEB 

MEMBRE DE L'aCAD&MIS. 



Monsieur le Ministre/ en vous présentant chaque année un rapport 
officiel sur le service médical des eaux minérales de la France, suivi 
d'une liste de récompenses à distribuer aux auteurs des meilleurs travaux 
afférents à la médication thermale, l'Académie nationale de médecine 
remplit une tâche assurément utile, mais bien plus profitable à l'admi- 
nistration qu'à la science elle-même. 

Elle trouve cependant une compensation à ce labeur passablement in- 
grat, c'est de pouvoir vous entretenir des graves intérêts confiés à sa 
garde et de prendre au besoin l'initiative des progrès dont la réalisation 
vous appartient. 

En effet, la question des eaux médicales naturelles touche non-seule- 
ment aux intérêts humanitaires et scientifiques, mais encore aux intérêts 
moraux et matériels du pays. Les sonrces-minérales ne sont pas seule- 
ment appelées à guérir des malades, on leur demandera bientôt d'amé- 
liorer la race et d'accroître ainsi les forces vives de la nation, pour 
laquelle elles constituent déjà une lîchesse territoriale d'une valeur inesti- 
mable. Elles ne se bornent pas à enrichir les localités où elles émergent ; 
XXX. 34 



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248 «UBIiEB. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

mais, en y appelant une foule d'étrangers que la douceur de notre climat 
et les charmes de notre beau pays parviennent souvent à retenir, elles 
contribuent à la prospérité de la France entière, dont elles augmenteront 
encore les attraits ainsi que le lustre et jusqu'à Tinfluence sur les nations 
civilisées* 

Nos malheurs mêmes tourneront au profit de nos stations thermales, 
car la France a besoin de réparer ses désastres par une sage économie et 
par la multiplication de ses ressources. La situation qui nous est faite 
vis-à-vis de T Allemagne, le soin de notre dignité, les exigences du trai- 
tement moral non moins impérieuses que les autres, tout nous invite à 
demeurer dans nos foyers et nous défend d'aller à l'étranger chercher ce 
que nous trouvons si bien chez nous. 

Quelques membres autorisés du corps médical se sont faits les initia- 
teurs de ces sentiments dont la première expression, il faut le recon- 
naître, s'était produite dans un organe influent de la science hydrolo- 
gique. 

L'appel adressé aux médecins comme au public a produit des résultats 
dont nos vainqueurs n'ont pas lieu de se réjouir. Â l'exception d'un petit 
nombre de mécontents et de malades fanatiques ou peu éclairés, les 
Français se sont généralement abstenus de paraître aux eaux des bords 
du Rhin, et les conséquences de cette abstention se calculent par mil- 
lions de francs (1). Or, tout ce qu'a perdu l'empire d'Allemagne notre 
pays l'a gagné, et nous savons dès à présent que Tannée qui finit a été 
la plus fructueuse de toutes pour nos établissements hydrologiques. 

Mais cette affluence croissante de baigneurs impose à nos hydropoles^ 
qu'on nous permette ce néologisme, de plus grands devoirs et des sacri- 
fices plus étendus, 11 faut savoir mériter le succès et le fixer par d'io- 
cessants efforts, quand des circonstances fortuites l'ont une fois amené. 

A aucune époque, par conséquent, l'expression des opinions et des 

(I) En l'absence de données statistiques exactes sur le mouvement en malades et en 
numéraire dans les villes d'eaux des provinces rhénanes, il est impossible de donner 
une évaluation môme approximative. Toutefois, en fixant à 3 ou 4 millions la dépense 
moyenne effecluée dans chacune des stations de Baden-Baden, Ems, Griesebach, Hom- 
bourg, Kissingen, Kreuzoach, Nauheim, Schwalbach, Soden, Weilbach et Wiesbaden, et 
admettant que le tiers de cette dépense était faite par des Français^ on arriverait à 
calculer que le déficit des stations allemandes atteindrait au moins une dizaine de 
milUons. 



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«imjIB. — RAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MINÉRALBS. 249 

vœux de TAcadémie n'a été plus opportune; jamais non plus la haute 
intervention du ministre de Tagriculture n'a été plus désirable et n'a 
trouvé une meilleure occasion de se montrer efficace ; car un nouvel et 
brillant avenir s'ouvre pour nos établissemonts si nous savons tirer parti 
des biens que la nature nous a prodigués. 

La France, monsieur le Ministre, est sans contredit Tune des régions 
du globe les mieux pourvues en eaux minérales abondantes, variées et 
éminemment salutaires. On peut s'en convaincre en jetant un coup d'œil 
sur les traités d'hydrologie, même publiés par nos rivaux. El pourtant, 
combien l'énumération de nos sources est incomplète, combien leur va- 
leur est encore mal appréciée, malgré les travaux accomplis depuis quel- 
ques années par les soins de l'État ou par l'initiative privée ! 

L'un de vos prédécesseurs, monsieur le Ministre, un chimiste illustre 
que notre Compagnie s'honore de compter parmi ses membres, avait 
conçu le projet de doter la France d'une publication qui permit d'établir un 
jour le bilan exact de nos richesses hydrologiques. Avec le concours 
d'une réunion de savants, M. Dumas fit paraître, en 1851, un volume 
considérable où se trouvaient consignés tous les résultats alors connus 
sur le nombre, la nature, le rendement des sources minérales et sur leur 
composition chimique, ainsi que sur celle des eaux potables. Mais depuis 
l'apparition de cet ouvrage, qui fait époque dans la littérature hydrolo- 
gique, de nombreux travaux sont survenus : la science s'est enrichie de 
nouvelles méthodes d'investigation, les procédés de recherches ont été 
perfectionnés, des analyses plus exactes nous ont fait mieux connaître 
les eaux minérales, de nouvelles sources ont été découvertes et étu- 
diées. 

Parmi les sources dont l'analyse a été récemment complétée ou abor- 
dée pour la première fois, nous nous contenterons de citer les suivantes : 



Vichy, Néris, 

Hauterive, La Bourboule, 

CuBset, Saint-Nectaire, 

Saint-Alban, Royat, 

Ghdteauneuf, Salat-Myon, 

Vic-le-Comte, Grand-Rif, 

MoQt-Dore, Vic-sur-Cère, 

Rouiat, SaU-8ou8-CousaD, 



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250 



RAPPORT GfiNÉRAL DES EAUX MltfMÀLES. 



Vais, 

Plombières, 

Jaude, 

GhâtelguyoD, 

Sarcey, 

Montmirail^ 

Aurensao, 

Précourt, 

Ghabetoat, 

Barbazan, 

Gazosti 

Les Rochesi 

Ghampagaealle, 

Digne, 

Saint-Martin de Lantosque, 

Campagne, 

Mariiez^ 

Londunais, 

Fontaine Bonne-l'Ëau, 

Montbrun, 

Argentières, 

Moingt, 

Fontaine Marin, 

Doobaou de Germs, 

Martigny-lès-la-Marche, 

Sainte-Glaire, 

Saint-411yre, 

Pougoes, 

Le Ghambon, 

Saint-Galmier, 

Aix, 

Neyrac, 

Amôlie-les-Bains, 

Lucbon, 

Barége», 

Saint-SauTeur, 

Gauterets, 



Eaux-Bonnes, 

Saint-Gbristau, 

AUevard, 

Salies de Béarn, 

Uriage, 

Pierrefonds, 

Gransac, 

Sail-lès-Ghâteau-Morand, 

Balaruc, 

Bourbonne, 

Luxeuil, 

Vittel, 

Saint-Romain, 

Velleron, 

Gimeaux, 

Saint-Yorre, 

Salins, 

Ussat, 

Villeminfiroy, 

Encausse, 

Gbâteldon, 

Oriol, 

Goudes, 

Gamoins, 

Labestz-Biscaye, 

Icay, 

Saint-Marcel-de-CruiSol, 

Madie, 

Lamalou, 

NeuYille-snr-SaOne, 

Maléon, 

Mirai, 

Quézac, 

Pont-à-Mousson, 

Guillon, 

Saint-Boés, 

Etc. 



Dans ces nouvelles analyses, dues en grande partie à MM. Bouquet, 
Filhol, Garrigou, Ossian Henry, h M. Bouis, chef des travaux chimiques 
de FAcadémie, et surtout à notre savant et zélé colique M. Jules Lefort, 
nous avons à signaler non-seulement une exactitude quantitative plus ri- 
goureuse, une plus grande précision relativement à l'état sous lequel les 
corps se trouvent en combinaison, mais aussi la découverte d'éléments 



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«IJBUB». — RAPPORT GÉNÉRAL DBS BAUX MINÉRALES. 251 

minéralisateurs inconnus jusque-là ou non constatés. C'est ainsi que le 
cuivre a fait son apparition dans les analyses de plusieurs sources pyré- 
néennes et particulièrement dans celle de Balaruc d'après les recherches 
de M. Béchamp. C'est encore ainsi que l'analyse spectrale a fait recon- 
naître la présence du lithium dans un grand nombre d'eaux salines, no- 
tamment dans celles du groupe de Contrexéville et Yittel ; puis, tout 
dernièrement, dans l'une des sources de Vais dites vivaraises^ d'après les 
analyses de M. Glénard et les expériences de M. Gariel. La merveilleuse 
découverte de Kirkhoff et Bunsen nous a donné aussi la première notion 
de deux métaux ignorés, quoique très-répandus, le césium et le rubidium. 

Ces citations suffisent, monsieur le Ministre, à vous donner la mesure 
des lacunes importantes que présente aujourd'hui l'ouvrage de 1851. 
Elles vous convaincront sans doute de la nécessité de mettre V Annuaire 
des eaux de la France au courant de la science actuelle. L'Académie atta- 
che un grand prix à l'achèvement de ce monument scientifique et réclame 
instamment de votre initiative éclairée sinon une édition nouvelle de la 
partie consacrée aux eaux minérales, du moins l'impression d'un Sup- 
plément offrant, dans un ordre méthodique, la série nombreuse des tra- 
vaux exécutés depuis vingt-deux ans et des perfectionnements apportés 
depuis lors dans l'aménagement des sources ainsi que dans l'installation 
des établissements hydriatiques. 

En faisant connaître l'opulence de nos eaux médicales naturelles, 
leur infinie variété, la minéralisation remarquable d'un grand nombre, 
la puissance exceptionnelle de quelques sources, enviées par l'Europe, 
on réussirait certainement à solliciter l'attention publique et à stimuler 
l'esprit d'entreprise ; mais ce ne serait encore que la préface de l'œuvre. 
Le progrès véritable ne commencera qu*à partir du moment où, après 
enquête sérieuse, chacun sera pénétré de l'infériorité relative de plu- 
sieurs de nos établissements thermaux et de la nécessité de les mettre 
immédiatement à la hauteur des stations similaires, à l'étranger. 

Mais quels seront les agents de ces réformes indispensables? Nous ré- 
pondrions volontiers : tout le monde. Ce ne sera pas trop, sans doute, 
du zèle de l'administration supérieure, du dévouement des médecins et 
du bon vouloir des propriétaires individuels ou collectifs des sources. 
Cependant nous insisterons particuUèrement sur le rôle assigné aux mé- 
dedns. 



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252 «IJBUBB. — RAPPORT GÉNÉRAL DBS BAUX MINÉRALES. 

Dans la première leçon d*uD cours qui n'a peut-être pas été sans in- 
fluence sur Tabandon des eaux allemandes, celui qui a Thonneur de porter 
* la parole au nom de TAcadémie disait : que des améliorations matérielles 
étaient indispensables chez nous et que le corps médical en serait né- 
cessairement le principal promoteur ; mais que, pour remplir ce rôle 
éminemment utile, il lui fallait acquérir une force et conséquemment 
une autorité qu'il ne possédait pas encore. Cette force, il doit selon nous 
la puiser non dans les pouvoirs dont il sera armé, mais bien dans l'as- 
cendant légitime de la science et dans la connexité des efforts de tous ses 
membres réunis dans un même but et confondus dans une même pensée. 

Le principe de la prépondérance médicale dans les établissements oii 
tout est fait en vue de la guérison des malades peut être considéré 
comme un axiome et n'a pas besoin de démonstration. Nous n'avons 
donc qu'à rechercher comment cette influence doit s'exercer et si le corps 
médical doit intervenir collectivement et directement, ou bien par délé- 
gation d'un de ses membres, ou encore de ces deux manières simul- 
tanément. 

Ici nous rencontrons une question brûlante qui s'agite depuis 
plusieurs années dans la presse, pénètre dans le monde politique et 
s'impose aux méditations de l'Académie de médecine aussi bien qu'à la 
sollicitude du gouvernement : nous voulons parler de l'inspectorat. 

L'inspectorat médical, violemment attaqué, passionnément défendu, 
est menacé de succomber dans la lutte si, pénétrés du danger, ceux qui 
ont foi dans l'utilité de cette institution ne parviennent à la consolider 
en la rajeunissant. 

L'Académie partage généralement la conviction des défenseurs de 
l'inspectorat ; elle pense que la présence, près des établissements ther- 
maux, d'un membre du corps médical investi du droit de contrôle et 
d'une autorité morale qu'il doit tenir de sa valeur personnelle plus que 
de ses pouvoirs, est tout à fait propre à empêcher les regrettables abus du 
mercantilisme et peut exercer une influence favorable sur le dévelop- 
pement régulier et la prospérité de ces établissements. D'ailleurs, par 
ce seul fait qu'elle confie au médecin inspecteur la noble mission de 
soigner les indigents, venus de toutes les provinces et dont la protection 
appartient nécessairement à l'État, l'institution devient respectable aux 
yeux de tous et se trouve suffisamment motivée. 



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— RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 253 

Mais si l'inspectorat doit être maintenu, faut-il le conserver abso- 
lument tel que l'ont fait les derniers règlements ? Peu d'hommes com- 
pétents seraient de cet avis, et les inspecteurs moins que personne, car 
ils sentent leur situation amoindrie et chancelante. 

A la vérité, le cercle dans lequel se meut Tinspecteur médical s'est 
trouvé graduellement restreint par les empiétements des régisseurs, 
fermiers ou propriétaires de sources et par des mesures administratives. 
Par exemple, son action sur le personnel des établissements est devenue 
moins efficace. L'autorilé a cessé de le consulter sur Topporlunité d'un 
certain nombre d'améliorations, et les permissions d'exploiter de non* 
velles sources ont été délivrées sans son avis préalable, en tout cas sans 
son consentement, et parfois au détriment des établissements principaux 
qui fondent la renommée de la station tout entière. 

De la part de l'administration supérieure, ce fut un jour un parti pris 
de saper les privilèges de l'inspectorat. Quand l'opinion publique ré- 
clamait les libertés nécessaires, le gouvernement impérial lui jetait en pâ- 
ture les libertés inutiles, d'autres disent nuisibles. 

Telle fut l'origine du libre usage ou, si Ton veut, de la licence des 
eaux minérales, c'est-à-dire de la faculté pour chaque malade de s'a- 
breuver aux sources les plus puissantes et conséquémment les plus re- 
doutables sans être astreint à la surveillance tutélaire de la médecine 
officielle ni même officieuse. C'est ainsi que, dépouillé peu à peu de ses 
plus beaux fleurons et finalement réduit à l'impuissance, l'inspectorat, 
décrété alors de nullité, eût été condamné à disparaître comme devrait 
le faire tout rouage superflu dans une société bien organisée. 

Loin de nous la pensée de remonter tout ce courant. En nous faisant 
l'écho des plaintes de l'inspectorat, nous avons surtout voulu démontrer 
l'urgence de lui faire gagner en prestige et en autorité scientifique tout 
ce qu'il a perdu en attributions administratives. Comment obtenir ce 
résultat ? Une réponse explicite et de tous points catégorique ne saurait 
être formulée sans une discussion approfondie sur le mode de recru- 
tement, les attributions et la durée du mandat des médecins inspecteurs. 
Doivent-ils élre élus par leurs confrères ou noninriés au concours; ou 
bien ne vaut-il pas mieux, comme nous le croyons, qu'ils continuent à 
être choisis par l'État sur une ou plusieurs listes de présentation dressées 
par des assemblées compétentes 7 Graves problèmes dout la solution ex- 



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254 «miiBB. — BAPPORT GÉMÉRAL DES BAUX MI1IÉRALE6. 

céderait les limites accoutumées d'un rapport officiel. Permettez-nous 
seulement, monsieur le Ministre, de résumer en quelques mots notre 
opinion et de la faire suivre des explications et des éclaircissements in- 
dispensables. 

L'Académie, gardienne des traditions médicales, désire qu'il soit 
procédé avec une sage lenteur aux réformes inspirées par l'esprit d'in- 
novation. Ennemie des entreprises aventureuses, elle verrait avec inquié- 
tude disparaître tout à coup une institution vieille de plus de deux siècles 
et dont on ne pourrait sans injustice méconnaître les longs services. Seu- 
lement, elle souhaiterait que l'inspectorat médical subissant, comme 
toute chose humaine, la loi d'une évolution régulière, fût mis graduel- 
lement en harmonie sinon avec l'idéal rêvé par certains hommes de 
progrès, du moins avec les exigences d'une opinion que le temps a mûrie. 

Dès aujourd'hui, monsieur le Ministre, l'Académie s'avançant dans 
cette voie de progrès croit devoir vous proposer deux modifications d'im- 
portance fort inégale, mais dont l'opportunité lui parait évidente et 
l'utilité incontestable. 

La première consisterait à dégager les médecins inspecteurs de cer- 
taines entraves administratives désormais sans objet, afin de les laisser 
tout entiers aux fonctions plus utiles qui leur sont rationnellement 
dévolues. 

Pourquoi forcer les inspecteurs et par suite l'Académie à s'occuper 
des mouvements en malades et en numéraire, à supputer le nombre des. 
bains, des douches ascendantes ou autres, administrés durant chaque 
saison thermale? Ce tableau serait mieux l'affaire du régisseur, ce qui ne 
l'empêcherait pas d'être transmis au ministre par l'intermédiaire obligé 
de l'inspecteur médical qui profiterait de l'occasion pour exposer ses 
demandes avec les motifs à l'appui. 

Nous voudrions également voir supprimer ces tableaux réglés d'avance, 
cadres invariables qui restent quelquefois vides, sortes de lits de Procuste 
dans lesquels on exige que les inspecteurs fassent entrer de force toutes 
leurs observations scientifiques et pratiques. Les faits mutilés y restent 
sans signification, les réflexions écourtées y sont dénuées de valeur et 
les brèves indications des résultats généraux y perdent toute clarté. On 
se demande à quoi peut servir une sèche énumération de noms de 
malades et de diagnostics, suivie de la mention : guérison, amélioration. 



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«ïUBI^fiB. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALHS; 255 

état stationnaire, etc. Sans compter qu'il est une colonne à peu près im- 
possible à remplir, c'est celle des conséquences éloignées du traitement 
thermal. 

D'ailleurs, la statistique fournie par la clientèle particulière du 
médecin inspecteur ne donne qu'une notion très-insuffisante du mou- 
Tement des malades de la station et des effets curatifs du traitement 
hydriatique. Et, qui plus est, cette statistique, si restreinte qu'elle soit, 
devient rfe plus en plus difficile à établir, puisqu'un grand nombre de bu- 
veurs ou de baigneurs échappent à toute observation régulière et sérieuse. 

Aussi, monsieur le Ministre, voyons-nous le nombre des rapports 
officiels diminuer d'année en année. Il était de 93 en 1862 ; quatre ans 
plus tard il tombait à 46 seulement, et depuis lors il s'est encore réduit. 
Nous n'en comptons pas plus de 20 pour la saison thermale de 1870. 

Les rapports annuels sont encore entachés de vices communs qui en 
rendent la lecture fort pénible. Ils sont remplis de redites et de notions 
vulgaires, surchargés de détails non pas inutiles ni dénués d'intérêt, mais 
superflus et sans emploi. A quoi sert de rappeler ce qui est dans tous les 
dictionnaires ou les traités d'hydrologie, de reproduire invariablement 
l'énumération des sources, leur débit, le nombre des baignoires, la com- 
position chimique de l'eau, ses modes d'emploi et ses effets physiologi- 
ques 7 Tout cela doit être supposé connu. 

Les seules particularités qui puissent intéresser l'Académie et le public 
sont les changements survenus dans les eaux ou dans les établissements, 
les modifications imprimées aux pratiques hydrologiques, les résultats 
d'analyses récentes, les vues particulières au médecin inspecteur sur les 
applications, les adaptations, l'action physiologique et les résultats thé- 
rapeutiques de son eau minérale. Ce sont, en un mot, les nouveautés 
du sujet. Or, ces primeurs se font généralement attendre plusieurs an- 
nées ; d'où les répétitions inévitables et le caractère banal de la plupart 
des rapports officiels dont l'élaboration a dû être aussi fastidieuse que la 
lecture en est peu attrayante. 

La conclusion logique à tirer de ces remarques, c'est que les rapports 
officiels, dans la forme surannée et défectueuse que nous critiquons, 
devraient être supprimés et les médecins inspecteurs invités à fournir 
des mémoires sur des sujets de leur choix. 

Si ce conseil trouvait faveur auprès de vous, monsieur le Ministre, 
XXX. 35 



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256 «ITBI^EB. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

l'Académie profiterait de cette occasion pour recommander aux médecins 
hydrologues une étude plus rigoureusement poursuivie des efifets phy- 
siologiques des eaux, ainsi qu'une analyse plus sévère des faits à l'aide 
de tous les moyens de précision dont dispose la science moderne, savoir : 
le thermomètre, le sphygmographe, l'analyse clinique des urines, les 
procédés graphiques, etc. Elle recommanderait, en définitive, d'appli- 
quer aux eaux médicales les méthodes exactes d'observation usitées dans 
l'étude des médicaments pharmaceutiques. 

Des travaux scientifiques conçus dans cet esprit et exécutés, de tous 
côtés à la fois, par des médecins généralement instruits et capables, ne 
manqueraient pas de jeter un vif éclat sur l'hydrologie française et de 
tourner au profit de nos stations thermales. 

Mais, quel que soit le mérite du médecin inspecteur et si grande que 
puisse être son activité, on ne peut laisser reposer sur lui seul tout l'avenir 
d'une station hydro-minérale. 11 faut appeler à son aide la totalité des 
médecins de la station, non-seulement pour élucider par des recherches 
personnelles et indépendantes les faits d'ordre purement scientifique, 
mais encore pour résoudre en commun et solidairement les questions 
pratiques d'intérêt local. Le progrès rapide et permanent ne nous parait 
pouvoir être obtenu qu'au moyen de cette association d'efforts convergents. 

La possibilité d'arriver à cette harmonie sera mise en doute. On 
objectera les tiraillements en sens contraires, amenés par la divergence 
des inétrêts, les obstacles suscités à chaque pas par les médiocrités envieu- 
ses et jalouses. A ces craintes nous (!»pposerons un exemple victorieux, 
fourni par l'une de nos principales stations durant une période de plu- 
sieurs années qui précéda le retour de la Savoie à la France. 

A Aix-les-Bains, la direction de l'établissement fut confiée par Cavour 
à une commission médicale sous la surveillance d'un conseil formé de 
membres choisis par l'État, le département et la commune. Nous tenons 
de la bouche d'un magistrat, membre de ce conseil, qu'à aucune époque 
l'administration de cette grande hydropole ne fut ni plus régulière, ni 
plus digne d'éloges, et nous savons de bonne source que la meilleure 
entente n'a cessé de régner entre tous les médecins de la station, aussi 
bien pendant qu'ils étaient chargés de la responsabilité que depuis qu'ils 
ont cédé le gouvernail à d'autres mains, d'ailleurs très-dignes, nous 
nous plaisons à le reconnaître. 



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CtraUBB. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES* 257 

Cet exemple ÎDcontestable et incontesté ne parait pourtant pas décisif 
aux yeux des adyersaires de cette mesure libérale. 

Âix-en-Sa^ie est, disent-ils, une exception ; le hasard a réuni là une 
phalange de praticiens aussi honorables par le caractère que distingués 
par le talent. Ailleurs, ajoutent-ils, ce serait tout autre chose. 

Une telle méfiance nous parait souverainement injuste. Nulle part la 
médecine hydrologigue n'est mieux représentée que dans notre pays, et 
nous pouvons affirmer que les praticiens qui exercent près des établisse- 
ments d'eaux minérales sont généralement des hommes de science et de 
conscience, dignes de notre estime et de notre intérêt. Pourquoi donc se 
priver de leur précieux concours ? 

Les médecins consultants près des eaux minérales r^rettent amère- 
ment, monsieur le Ministre, de ne prendre aucune part à l'organisation 
du présent et de ne pouvoir exercer aucune influence sur l'avenir des 
établissements thermaux, alors qu'ils pourraient rendre de si grands 
services à la station de leur choix. La justice et l'intérêt général com- 
mandent aux législateurs de faire droit à cette légitime revendication, 
sans préjudice des prérogatives de l'inspectorat. 

En agissant ainsi, on ferait tout ensemble un acte de bonne adminis- 
tration et de bonne politique. 

En effet, monsieur le Ministre, créer entre les hommes des relations 
inévitables^ c'est préparer l'adoucissement des mœurs ; les rendre dé- 
pendants les uns des autres, c'est les habituer aux égards réciproques ; 
leur proposer pour but commun l'intérêt général et associer les moins 
favorisés à la poursuite du progrès, c'est relever ceux-ci à leurs propres 
yeux et les disposer à une bienveillante justice vis-à-vis de leurs supé- 
rieurs hiérarchiques ou de ceux à qui la fortune sourit davantage. 

Au résumé, monsieur le Ministre, l'Académie de médecine est con- 
vaincue qu'une surveillance médicale active et incessante près des 
établissements d'eaux minérales est indispensable à la bonne tenue et à 
la prospérité de ces établissements, aussi bien qu'elle est une garantie et 
une sécurité pour les malades qui les fréquentent. Elle reconnaît que 
cette intervention ne saurait être efficace si elle était collective et que la 
responsabilité deviendrait illusoire du moment où elle serait anonyme. 
L'Académie est donc favorable au maintien d'un inspectorat médical ; 
seulement, afin d'en augmenter le prestige et d'en fortifier l'autorité 



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258 «UBIiEK. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

morale, elle voudrait entourer cette institution de garanties nouvelles. 
Dans ce but, et sans craindre d'être accusée d'égoïsme collectif, mais 
uniquement préocupée des intérêts généraux, elle souhaiterait l'hon- 
neur et la charge de dresser, par ordre de mérite, une liste de candi- 
dats parallèlement à celle du Comité consultatif d'hygiène publique. 

Mais, en outre, l'Académie de médecine voudrait que le gouvernement 
fit appel au dévouement et aux lumières de tous les médecins, dans 
chaque station, afin d'assurer par leur participation efficace le succès 
de l'œuvre d'amélioration et de progrès à laquelle se rattachent des in- 
térêts publics de la plus haute importance. 

Déjà, à Aix-les-Bains et à Cauterets, les médecins traitants se sont 
constitués en société libre pour l'étude des questions scientifiques et 
pratiques. Il serait & désirer que ce bon exemple fût imité partout ; 
mais cela ne répondrait pas encore parfaitement aux nécessités présentes. 

En conséquence, monsieur le Ministre, l'Académie de médecine 
exprime formellement les vœux suivants : 

r Qu'il soit donné un supplément à V Annuaire des eaux de la France; 

2''Querinspectoratsoitmaintenu dans ses dispositions fondamentales ; 

3** Que le rapport officiel soit supprimé et remplacé par des travaux 
scientifiques laissés au choix des inspecteurs ; 

4** Que la nomination des inspecteurs par le ministre ait lieu sur une 
double liste de présentation, dressée d'une part par le Comité supérieur 
d'hygiène, d'autre part par l'Académie de médecine ; 

5^ Que les médecins exerçant dans chaque station d'eaux minérales 
soient réunis une fois l'an en commission consultative^ de préférence vers 
la fin de la saison thermale, à l'effet de discuter en commun les amé- 
liorations à introduire dans l'aménagement des sources, leur mode 
d'emploi, les installations balnéaires ou autres, en un mot, toutes les 
questions de pratique médicale qui intéressent la station. 

Pendant la session, dont la durée serait en rapport avec le nombre et 
l'importance des questions à Tordre du jour, la Commission médicale 
serait présidée soit par le préfet ou le sous-préfet, soit par le médecin 
inspecteur, de la localité. 

Les résolutions adoptées par la majorité n'obligeraient pas l'inspec- 
teur qui devrait seulement les consigner en regard de ses opinions 
personnelles dans les demandes qu'il aurait à formuler près de l'fi- 



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«ITBUBB. — RAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MINÉRALBS. 259 

tat, OU directement, ou dans le sein d'une commission administra- 
tive, formée sur le modèle donné autrefois par notre éminent collègue 
M. Pidoux, et dont feraient partie de droit, outre le médecin inspec- 
teur, un chimiste, l'ingénieur des mines et l'architecte du départe- 
ment, les propriétaires ou leurs délégués sous la présidence du préfet 
du département. 

Une telle combinaison nous parait, monsieur le Ministre, de nature à 
concilier tous les intérêts contraires. En maintenant intactes les préro- 
gatives de l'inspectorat, elle donne cependant satisfaction aux aspira- 
tions légitimes des médecins consultants, et nous pouvons dire qu'elle est 
inspirée par le respect de la tradition autant que par l'amour du progrès. 

Après avoir traité ce grave sujet, il nous reste, monsieur le Ministre, 
à vous rendre compte des mémoires soumis à l'Académie soit par les 
médecins inspecteurs, soit par d'autres médecins hydrologues. 

Mais, avant de passer à l'exposition de ces travaux sciejitifiques, nous 
devons accorder une mention spéciale à un envoi exceptionnel, accom- 
pagné d'une lettre explicative, de M. Germond de Lavigne. 

Le rédacteur en chef de la Gazette des Eaux a adressé à la Commis- 
sion les dix dernières années de son journal qui compte maintenant 
quatorze ans d'existence, et sollicite pour celte œuvre collective, à la fois 
mondaine et savante, l'une des récompenses que TAcadémie accorde aux 
travaux distingués. La Commission des Eaux minérales reconnaît les 
services rendus au public par cette publication souvent instructive et 
bien écrite. Elle fait aussi un mérite sérieux à la rédaction d'avoir 
poussé le premier cri de guerre contre les stations des bords du Rhin et 
d'avoir eu de la sorte l'initiative d'un mouvement entretenu et accru pro- 
gressivement par d'autres efforts en faveur des eaux médicales françaises. 

Les travaux adressés à l'Académie par les médecins des stations ther- 
males se divisent naturellement en deux classes : les rapports officiels 
et les mémoires manuscrits ou imprimés. 

Nous allons d'abord nous occuper des premiers. 

Le nombre en est relativement peu considérable, eu égard à la mul- 
titude des établissements pourvus d'un inspecteur, puisqu'il ne s'élève 
pas au delà de trente-cinq, fournis par trente -deux stations seulement, 
deux de ces stations étant représentées par deux rapports annuels et 
une autre par trois. 



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260 «UBI^EB. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MmÉRALES. 

En effet, dans le triste désarroi de ces dernières années, beaucoup d'en- 
vois de MM. les médecins inspecteurs ne sont pas parvenus à temps, en 
sorte que le présent Rapport académique (1872) porte sur des travaux 
relatifs non-seulement à l'année précédente (1871), mais encore aux 
années 1869 et 1870. 

Dans l'impossibilité de classer les Eaux minérales d'une manière ab- 
solument satisfaisante, soit en adoptant la division régionale, soit en les 
réunissant d'après leurs analogies de thermalité, décomposition chimique 
et d'action physiologique ou thérapeutique, nous allons les passer en 
revue en suivant Tordre alphabétique. 

1. Aix-ie0-Bain0. Rappopt officiel (1870) par M. le docteur Vidal, ins- 
pecteur. — L'auteur débute par des considérations générales sur les 
diathèses, dont les quatre principales envoient des échantillons aux 
thermes d'Aix en Savoie. Il admet la doctrine des transformations pro- 
mulguée par M. Pidoux, et déclare qu'il a souvent l'occasion d'en voir 
les types purs ou dégénérés dans les membres d'une même famille qui, 
les uns sont herpétiques ou arthritiques, les autres scrofuleux ou tuber- 
culeux. 

Il combat Topinion de M. Bazin sur l'arthritis, se prononce pour la 
séparation de la goutte d'avec le rhumatisme, et affirme que si le médecin 
de l'hôpital Saint-Louis avait fait la distinction, il n'auraitpas dirigé tous 
les arthritiques sur les eaux alcalines, lesquelles ne conviennent pas aux 
goutteux. Les eaux sulfureuses réclament les rhumatisants. 

Un point de pratiqué très-important, mis en relief par M. Vidal, c'est 
l'utilité de l'emploi des eaux d'Aix à une température modérée dans 
certaines circonstances déterminées. Il s'efforce de justifier les paroles 
de M. Pidoux (Rapport de 1866), disant que la cure d'Aix est aujourd'hui 
moins aveuglément excitante et sudorifique à tout prix. M. Vidal ne 
relate qu'un petit nombre d'observations (22), mais il entre dans des dé- 
tails circonstanciés pour établir l'étiologie, les enchaînements diatbé- 
siques, les symptômes et pour exposer les méthodes curatives. 

L'eau est prise en boisson ou administrée sous forme de douches et 
de bains de baignoire ou de piscine à des températures variées, de manière 
à obtenir Vaction tonique par les bains tièdes, et l'action stimulante, 
diaphorétique, révulsive, à l'aide des bains chauds et des étuves. 



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«tJBIiBB. — RAPPORT GÉNÉRAL DES BAUX MIHÉRALES*. 26 1 

L'habile inspecteur d'Aix-les-Bains combine souvent la cure thermale 
avec remploi des eaux de Ghalles ou de Mariiez. On lui doit en partie la 
création d'un établissement pour la cure de petit-lait déjà en faveur et 
dont il est permis d'espérer d'excellents résultats. 

2. AméUe-iM-BaiBs. Rapport officiel ou plutôt état nominatif des mi- 
litaires qui ont fait usage des eaux au susdit établissement pendant les six 
saisons de tannée i SIO Jusqu'au 30 avril 1 871 , par le doAenv Lemarchand, 
médecin principal en chef. — Ce volumineux relevé ne mentionne pas 
moinsde 1 ,040 cas, mais si brièvement énoncés, que la science n'en peut 
guère tirer profit. C'est avant tout un document administratif. Beaucoup 
de travail peu fructueux. 

3. Ax (Ariége). Rapport officiel (1870) par M. le docteur Auphan. — 
Ce rapport commence par une description circonstanciée des sources 
(température, composition) et des établissements. Puis il relate {{^ob- 
servations individuelles, comprenant de bons renseignements symptoma- 
tologiqueset thérapeutiques, avec des indications suffisamment précises 
sur le diagnostic, les moyens employés, l'établissement oîi ils ont été mis 
en œuvre (Breilh, Couloubret, Teich, établissement modèle), ainsi que 
sur l'état des malades après la saison. 

Il se termine par un tableau récapitulatif àe 366 cas (dermatoses, af- 
fections des articulations et du système osseux, affections rhumatismales, 
goutteuses, etc., etc.). 

M. Auphan fait remarquer la spécialité d'action des eaux d'Ax 
contre la scrofule, principalement avec suppuration, ulcération, leur 
efficacité contre les rhumatismes et les maladies fluentes de la peau. Elles 
sont utiles aussi contre les affections utérines avec éréthisme, ou bien 
torpides. A celles-ci conviennent les eaux richement minéralisées et spé- 
cialement les douches utérines de 1 à 2 mètres de pression. Aux pre- 
mières, les eaux faibles, alcalines, à basse température {IT) , et les douches 
presque sans pression. Les eaux sulfureuses, fortes, non contrariées par 
le mercure, donnent la poussée en 20 ou 25 jours et fouettent les mani- 
festationssyphilitiques ou démasquent la syphilis larvée. Les eaux dégéné- 
rées, hyposulfitées, concunremment avec l'usage du mercuœ, blanchis- 
sent les syphilitiques en i5 à 20 jours. 

Le Rapport donne de bons renseignements sur la constitution atmosphé- 
rique et la constitution médicale d*Ax; sur V action des eaux si abondantes 



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262 «ITBIiEB. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

et si variées de cette belle station : 1" les sulfureuses pures sont excitantes ; 
V les sulfureuses dégénérées sontsédatiyes. Les unes et les au très impriment 
des modifications profondes, diathésiques. M. le docteur Auphan prend 
soin de déterminer la spécialisation des diverses sources. 

C'est là un bon travail^ consciencieusement exécuté par un esprit éclairé 
et judicieux. 

4. Ba8riière»4frié«ehoB. Rapport officiel (1870) par M. le docteur £m^^/ 
Lambron^ inspecteur. 

Le savant hydrologue se contente de signaler la diminution du débit des 
griffons sous l'influence de la sécheresse excessive de l'année et de faire 
remarquer que les sources ont gagné un à deux degrés à peine de tempé- 
rature, sans augmenter leur degré de sulfuration. Vu la pénurie des 
faits, il ne donne aucune observation particulière ni aucun tableau d'en- 
semble et montre seulement par quelques chiffres à quel point la guerre 
déclarée à la Prusse a été funeste aux intérêts de la station thermale de 
Luchon, où 2 millions seulement ont été versésen 1870, au lieu de 3 mil- 
lions et demi à 4 millions représentant Tannée moyenne. 

5. Baffnois-ies-Bains (I^ozèro). Rapport officiel par M. le docteur Aay- 
nalde lissonière {iSlO). 

L'auteur signale les trois sources nouvelles dont la thermalité s'élève 
à 35% 25^ et 20% et forme le t;û?z/ qu'une nouvelle analyse en soit faite. 

Rien que le travail soit relatif à l'année 1870, on y trouve indiqués 
dans quelques cas particuliers des traitements faits en (871. 

Néanmoins l'inspecteur ne mentionne en tout que 25 cas. Il entre dans 
quelques détails sur le mode d'emploi des eaux. 

6. Bains. Rapport officiel (1871) par M. le docteur Bcdlly. 

Les deux années 1870 et 71 ne représentent, dit l'auteur, qu'une seule 
saison. Les 1 70 observations individuelles qu'il mentionne sont d'une con- 
cision extrême; mieux vaudrait assurément un tableau récapitulatif con- 
venablement détaillé : arthrites rhumatismales et autres, névralgies et 
affections du système cérébro-spinal, affections des organes abdominaux 
et spécialement del'appareil génital, scrofule, syphilis, etc. ; telles sont 
les principales maladies observées à Rains. 

7. BarèfM (Hôpital militaire de), année 1869. Ce registre anonyme ne 
mentionne pas moins de 766 cas. Il est mieux rédigé que celui d'Amélie. 
Néanmoins, c'est surtout un document administratif. 



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«innaE». — rapport général des eaux bonérales. 2C3 

8. BourboBBe. Rapport ^ensemble sur le service médical^ pendant 
tannée 1871, adressé au Conseil de santé des armées par M. Gouget, 
médecin principal. — Ce rapport est bien fait, seulement l'auteur té- 
moigne d'un scepticisme un peu outré. Il refuse justement toute valeur 
à l'absorption cutanée; mais il ne croit ni à l'influence de la dose de sels 
introduite par l'estomac, ni à la fièvre thermale. 

Les eaux de Bour bonne n'agiraient selon lui que par leur thermalité. 
Du reste, il convient qu'en 1871 les résultats thérapeutiques ont été peu 
favorables, et émet le vœu : Que l'administration des bains et douches 
soit surveillée par un médecin ad hoc. 

9. Brides. Rapport officiel (1869) par M. le docteur Camille Laissus, 
inspecteur. — Après un mol d'historique et la reproduction des résul- 
tats de l'analyse faite par M. Gobley et complétée par l'indication du 
cuivre et du manganèse d'après une note du journal de l'Académie mé- 
dico-chirurgicale de Turin, M. Laissusjette un coup d'œil sur l'établis- 
sement de Brides et ses installations balnéaires. Puis il donne le résumé 
de 89 observations individuelles réunies ensuite dans un tableau récapi- 
tulatif où nous voyons prédominer les maladies des organes digestifs e: 
de leurs annexes, celles du cerveau elles dermatoses. 

Le docteur C. Laissus conclut avec raison que les eaux thermales de 
Brides qui sont purgatives conviennent spécialement dans les maladies 
de l'appareil biliaire, l'état bilieux, les engorgements du foie où l'auteur 
les a vues réussir quand les eaux alcalines avaient échoué; qu'elles sont 
aussi très-efficaces dans la pléthore veineuse abdominale, les affections 
chroniques de l'utérus et, à titre de révulsif, dans les congestions céré- 
brales et les hémiplégies. 

10. BmsMiBr Rapportofficiel(1871)parM.ledocteurilfa^^(7n, inspecteur. 

D'après M. Masson, la source d'en haut serait alcaline et plus ferrugi- 
neuse que celle d'en bas ou source Salmade^ la seule usitée et qui offre la 
particularité d'exhaler Vodeur dœufs pourris à l'approche des orages 
seulement. — L'auteur espère que Bussang, où Léopold !•', duc de 
Lorraine, fit jadis pour les malades un établissement détruit par un in- 
cendie en 1794, redeviendra une station fréquentée comme Griesbach, 
Rippoldsau, etc. Nous nous associons pleinement à ce souhait et à cette 
espérance, convaincus que l'eau ferro-arsenicale gazeuse de Bussang est 
l'une des plus efficaces de cet ordre. 

XXX. 36 



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264 «iniiEB. — Rapport général des eaux minérales. 

H. capTerii. Rapport officiel (1870) par M. le docteur Ticier, 
inspecteur. 

M. Ticier rappelle qu'il existe trois sources : 1" Hount-Caoude; 2* la 
Bouride ; 3*" Fontaine ferrugineuse. Il constate que rétablissement est 
insuffisant, mais s'empresse d'ajouter que la municipalité s'est décidée 
à en donner la concession à une compagnie qui va le transformer. 

85 cas sont indiqués sommairement. En outre dans ce rapport, M. 
Ticier donne lobservation plus détaillée de 18 cas intéressants. On 
remarque dans ce nombre assez considérable beaucoup d'affections du 
tube digestif dont 22 gastralgies ou dyspepsies, entéralgies ; surtout des 
affections des voies urinaires (gravelle 34, catarrhe vésical, 10) et enfin 
10 cas d'affections rhumatismales, etc. 

12. cauTaiat. Rapport officiel (1869) par M. le docteur E. Verdier, 
inspecteur /bwûfe/ewr de l'établissement. — M. le docteur Verdier donne 
l'analyse de l'eau, les noms des sources qui s'appellent des pompes^ parce 
que sans doute ce sont des puits ; le nombre des baignoires et l'indica- 
tion des douches. Sous la rubrique améliorations il commence par dé- 
clarer fièrement : a L'établissement ne manque de rien; tout y est bien 
établi » , ce qui ne l'empêche pas d'avouer qu'il n'y a pas de piscine et 
que l'aménagement est très-imparfait. 

L'auteur mentionne 225 cas traitésà Cauvalat, seulement il ne donne 
pas toujours ce qu'on peut appeler des « observations individuelles » , 
mais bien des indications collectives. Ainsi, sous les numéros 120 à 180 
sont réunis en bloe divers malades signalés à la colonne de la description 
succincte de la maladie sous ce titre « Curieux ou légèrement malades » . 
De même de 180 à 225 se trouvent groupés une quaranteHnnçuaine d'en- 
fants (sic) « pour changer d'air ou se guérir de légère indisposition. » 

Ce qui nous frappe le plus dans les corollaires c'est que les eaux de 
Cauvalat saponifient les acides gras et qui surchargent le sang^ et que ces 
eaux minérales sulfureuses, alcalines, ferrugineuses agitent, picotent 
vivement la peau des sujets à cheveux rouges. Celte dernière remarque est 
sans doute juste, mais il eût été bon de la donner sous une forme plus 
scientifique en ayant soin d'expliquer ce privilège des roux par la finesse 
et l'irritabilité de leur peau. 

13. charbonnièrea. Rapport officiel (1870) par M. le docteur JP/ww, 
médecin inspecteur. 



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«IJnLBR. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 265 

77 cas sont simplement mentionnés, sans que les diagnostics soient 



14. Contrexe^iue* Rapport officiel (1870) parle docteur Debout, mé- 
decin inspecteur. 

28 observations relatives à des affections des voies urinaires parmi les- 
quelles trois méritent une mention particulière. Ce sont deux cas de 
gr av elle pileuse, ei un cas de graviers brisés et spontanément exfoliés dam 
la vessie. L'auteur donne la figure de quelques-uns des fragments ren- 
dus. 

15. CvMet. — Établissement Sainte-Marie. Rapport officiel (1869) par 
M. le docteur Félix Cornil, inspecteur. 

M. Cornil donne les analyses des deux sources Sainte-Marie et Eli- 
sabeth, et entre dans quelques détails historiques sur les établisse- 
ments de Gusset. Mais il ne cite absolument aucun faity ni ne donne aucun 
résumé. 

16. CMx-ciiMdM. Rapport officiel (1870)' par M. le docteur Lemon- 
nier, inspecteur. — L'auteur se dispense cette fois des observations indivi- 
duelles. Il insère à la place deux notes d'inégal intérêt. Dans la seconde 
il s'agit du traitement et incidemment de l'étiologie de la sciatique. 
M. Lemonnier distingue les sciatiques a frigore, des sciatiques de cause 
diathésique. De plus il établit une différence suivant que les urines sont 
normales ou altérées pour un excès d'acide urique ou d'urates. Dans ce 
dernier cas la maladie (sciatique) est plus tenace. 

Cet excès d'acide urique, dit- il, ne prouve pas nécessairement l'existence 
de la diathèse goutteuse. 

Deux manières se présentent d'utiliser le traitement par les eaux- 
chaudes. 

1* A toute vapeur à l'aide de l'étuve, de deux bains chauds quotidiens, 
de boisson prise en abondance ; 

2^ Avec modération : un seul bain tiède chaque jour et boisson restreinte. 

La première note concerne un fait intéressant déjà remarqué par 
Brachet (de Lyon) dans d'autres circonstances. M. Lemonnier a vu des 
accès de fièvre intermittente se développer chez un jeune homme bien 
portant qui prenait par plaisir et clandestinement un bain de piscine tous 
les jours à minuit. Au sortir de chaque bain il ressentait de petits frison- 
nements suivis de réchauffement et de moiteur ; mais il croyait que cela 



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266 «UBIiEB. — RAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MINÉRALES. 

devait se passer ainsi. Enfin un jour un violent accès se déclara avec 
tremblement, refroidissement des extrémités, chaleur brûlante à la tête, 
pouls innombrable et irrégulier. Un traitement des symptômes et l'ad- 
ministration de la quinine mirent fin à Taccès et conjurèrent les sui- 
vants. Un autre fait a été observé sur une jeune femme qui prenait des 
bains prolongés et refroidis. Enfin, un troisième fait analogue a confirmé 
Fauteur dans son opinion sur l'influence de la balnéation faite d'une ma- 
nière intempestive et imprudente. 

17. EBfkieii. Rapport officiel (1871) parM.le docteur De Pvisaye.— 
L'occupation prussienne a fait déserter cette station. Les sujets de re- 
cherche ayant fait défaut, M. De Puisaye se contente de donner un re- 
levé des bains et douches administrés dans l'année. 

18. Ctaux. Rappports officiels (1869 et 1870) par M. le docteur Henri 
Bonay inspecteur. — Dans son rapport de 1869, M. Bona expose parfai- 
tement les conditions physiques et particulièrement la thermalité des 
nombreuses sources de la station. Puis il en étudie avec le plus grand 
soin la composition chimique et donne un tableau comparatif des ana- 
lyses effectuées par M. 0. Henry sur les différentes sources. II déclare 
n'avoir pas été plus heureux que ses devanciers dans la recherche de 
l'arsenic. Le brome et l'iode ne se trouvent aisément que dans les confer- 
ves. Quant à l'hydrogène sulfuré il se sent plutôt qu'il ne se démontre 
dans la plupart des sources. Il en est deux toutefois qui en présentent 
une proportion notable, ce que notre confrère attribue naturellement à 
la réduction des sulfates par les matières organiques. Aussi les boues 
qui sont abondantes sont-elles très-riches en gaz sulfbydrique. 

M. Bona constate que l'eau évaporée laisse sur le sol une abondante 
cristallisation principalement formée de sulfate de soude et que la va- 
peur d'eau minérale condensée sur les parois d'un vase refroidi restitue 
à peu près la minéralisation primitive, à cette différence près de l'ab* 
sence de quelques principes, notamment du sulfure de sodium ou de 
l'hydrogène sulfuré. 

L'inspecteur d'Evaux a répété souvent les expériences de Scoutettenet 
adhère sans réserve aux conclusions du savant médecin de Metr, c'est-à- 
dire que l'eau minérale d'Evaux dégage une certaine quantité d'électricité 
de tension. lia même institué des expériences dans le but de s'assurer de la 
part d'action qu'on pouvait attribuer à l'électricité dans les effets physiolo- 



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«UBIiBB. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 267 

giques des eaux minérales. Pour cela il a administré comparativement à ses 
malades soit des bains d'eau naturelle, soit des bains d'eau artificiellement 
chauffée et rendue électrique par le passage du courant d'une pile de 
Daniell ayant traversé un multiplicateur de Morin. Mais les résultats 
n'ont pas été suffisamment clairs pour permettre une conclusion formelle. 
M. Bona donne encore des renseignements complets sur la construction 
et rinstallalion de l'établissement d'Ëvaux. Chemin faisant, il note les dé- 
fectuosités et revient sur une opinion qu'il a déjà exprimée en 1868, re- 
lativement à la nécessité de créer un établissement balnéaire absolument 
indépendant de toute hôtellerie, de toute propriété privée, ce qui per- 
mettrait la concurrence, augmenterait les ressources et le comfort et 
deviendrait par conséquent une cause de progrès pour la station. 

Après cela M. Bona donne les fésumés de 75 observations individuel- 
les qu'il fait suivre d'un tableau récapitulatif oîi Ton trouve, chose rare, 
des renseignements sur les malades dont le soulagement ou la guérison 
n'a eu lieu qu'après le départ des eaux. Ce détail montre quel zèle l'ins- 
pecteur d'Evaux met à compléter ses observations médicales. 

Les affections dominantes à Evaux sont celles de nature rhumatis- 
male, les engorgements articulaires et les hydarthroses, les névropathies 
et les manifestations scrofuleuses. On y voit aussi des paralysies, des 
contractures, des dartres et des affections utérines, etc. Dans les corol- 
laires qui terminent ce rapport, M. Bona regrette et pour la science et 
pour les malades eux-mêmes la liberté qui leur est accordée d'user des 
eaux sans prendre aucun conseil médical. Il montre que, même avec un 
emploi méthodique, les eaux thermales excitent rapidement de Tembarras 
gastrique avec fièvre, insomnie, poussée érythémateuse, accidents qui 
disparaissent du reste assez facilement. Il fait remarquer que cette fièvre 
thermale est ordinairement le signal d'un réveil des douleurs avec un 
caractère d'acuité. 

L'action curative des sources d'Evaux est souvent secondaire et indi- 
recte dans la névralgie sciatique et d'autres affections, elle se fait sentir 
d'emblée au contraire dans le rhumatisme articulaire chronique ou su- 
baigu. L'excitation déterminée parles sources thermales d'Evaux se fait 
sentir d'une manière visible sur la fonction menstruelle qui se trouve 
avancée de plusieurs jours, ce qui semble indiquer, selon l'auteur, une 
maturation plus rapide de la vésicule de Graaf, tandis qu'il se pourrait 



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268 ClUBUBR. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX BimÉRALES. 

que ce fût Joui simplement une rupture prématurée de cette vésicule 
avec les phénomènes fluxionnaires concomitants. 

La réputation autrefois acquise parles thermes d'Évaux pour la cura- 
tion des maladies cutanées rebelles paraissait n'être plus justifiée par les 
faits. M. Bona chercha la cause de cette différence et la trouva dans la 
diminution de la température des anciens bains depuis la démolition des 
bâtiments dits, de la mère Juliette. Cette interprétation conforme d'ail- 
leurs à ce que nous savons de l'influence d'une eau très-chaude sur les 
dermatoses sèches et squameuses a trouvé sa vérification dans les 
succès obtenus à l'aide de bains que M. Bona ne craint pas d'élever à 
42* c. 

Une note sur le service des indigents complète le rapport. Nous y 
voyons qu'ils sont réunis dans un même hôtel, ce qui leur procure, au 
point de vue de la surveillance et des visites médicales, les mêmes 
avantages qu'ils pourraient rencontrer dans les établissements hospita- 
liers. 

Le rapport de 1870 reproduit à peu près les mêmes renseignements et 
les mêmes réflexions générales que celui de 1869. 

Il renferme aussi l'énoncé de 75 observations individuelles suivies 
d'un tableau récapitulatif, et se termine comme le précédent par des 
corollaires semblables, ainsi que par une note sur le service des indi- 
gents. 

19. «réouix. Rapport officiel (1870) parle docteur/. B. Jaubert, por- 
tant énonciation de 112 malades ou numéros avec résumés diagnostiques 
et indications sommaires des résultats. 

20. «uairBo. Deux rapports officiels ont été envoyés de cette station 
insulaire : T par le docteur Massord pour l'année 1870. 

C'est l'un des rapports qui auront coûté le moins de peine à leur au- 
teur. Rien en fait de renseignements généraux dans le tableau récapitu- 
latif des résultats obtenus. 73 indications de cas particuliers où les dia- 
gnostics même sont insuffisants. 

20 bis. 2^ Par le docteur Costa, médecin major de première classe, 
pour l'année 1871. Le travail consiste en un rapport manuscrit suivi 
d'un supplément. 

M. Costa constate avec chagrin la décadence d'une station située dans 
un climat privilégié, dans un pays sain et pittoresque, conditions émi- 



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«imLBB. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 269 

nemment favorables à la guérison des maladies chroniques, et qui offre 
à la thérapeutique une eau sulfureuse thermale d'une puissance équi- 
valente à celle des sources les plus fréquentées du Continent. 

11 donne un tableau de ses observations météorologiques pendant les 
mois de juin, juillet, août et septembre 1871 et les fait suivre de re- 
marques judicieuses sur ce sujet ainsi que sur les ressources alimentaires 
et autres offertes par « Tombreuse et pittoresque vallée de Saint-An- 
toine de Guagno. » 

L'auteur s'appuie sur la dernière analyse, faite par M. Poggiale» pour 
expliquer les propriétés curalivesde l'eau de Guagno qui, moins sulfurée 
que les principales sources pyrénéennes, présente en revanche de plus 
fortes proportions de sels neutres, ce qui rend compte de sou efficacité 
contre les affections des voies uro-génilales et particulièrement dans la 
gravelle rouge. Elles rendent aussi de grands services dans une foule 
d'affections chroniques des organes respiratoires, de l'appareil locomo- 
teur, de la peau ; dans la syphilis, les névralgies, les états chloro-anémi- 
ques. 

Un tableau récapitulatif met en relief ces bons résultats, chez 135 
malades dont 69 ont été guéris et 55 améliorés. Mais M. docteur Costa 
se loue particulièrement du traitement thermal de Guagno dans les cas 
d'affections syphilitiques, constitutionnelles et rebelles trop fréquentes 
dans l'année. Il donne le résumé de trente observations do ce genre, 
offrant les caractères les plus variés, et dans la plupart desquelles de très- 
bons résultats ont été obtenus. 

Le supplément réservé aux observations individuelles ne renferme pas 
moins de 135 cas résumés dans des tableaux convenablement développés 
et précis. 

21. lismaiow (l'ancien). Rapport officiel (1870) par M. le docteur Priz^a/, 
inspecteur. Nous signalerons dans ce rapport les vœux suivants : l"" ex- 
trême urgence de l'aménagement de Tancienne source dont les fuites et 
les pertes égalent maintenant le débit, et amènent un abaissement gra- 
duel de température qui a dépassé 2%5 les 3 ou 4 dernières années ; 
2® captation et aménagement des sources de l'Usclade (sources nou- 
velles), pour empêcher leur mélange avec des sources plus tièdes. 

Le corps du travail renferme 27 observations avec des détails suffisants 
et nn tableau récapitulatif portant des chiffres très-élevés. Ainsi, M. Pri- 



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270 «CBIJE». — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

vat ne compte pas moins de 256 rhumatismes francs et de 38 rhumatis- 
mes nerveux; beaucoup d'affections du système nerveux, de névroses 
graves, de paralysies avec ou sans lésions organiques, d'ataxies. — Deux 
choses nous frappent dans ce tableau : c'est, d'une part, le petit nombre 
des succès obtenus; d'autre part, la manière défectueuse de remplir les 
colonnes affectées, à chaque sorte de résultats. Par exemple, il y a 33 cas 
d'ataxie sur lesquels guérison, 5 soulagements et aggravation. Donc 
il doit y avoir 27 sujets partis sans changement, pas du tout; on en note 
10 seulement, et l'on en indique i 7 dans la colonne des malades dont le 
soulagement ou la guérison n'a eu lieu qu'après leur départ des eaux ou 
bien sur le compte desquels on est resté sans nouvelles. 

22. iiAmo«te-ic»-Baiiis. Rapport officiel (1870) par M. le docteur Gubian, 
inspecteur. Nous y trouvons d'abord un bon résumé de la description 
des sources et de l'analyse des eaux, ainsi que du climat et de l'établis- 
sement; puis l'émission d'un vœu bien légitime, relatif à la construction 
d'une piscine qui aurait de très-grands avantages pour les petits scrofu- 
leux. Le rapport renferme le bref énoncé de 80 observations indivi- 
duelles, un tableau récapitulatif de 505 cas dont 218 rhumatismes ou 
affections goutteuses; 96 affections scrofuleuses de toutes sortes; 80 ma^ 
ladies du système nerveux, parmi lesquelles on remarque 6 ataxies dont 
3 soulagées, 2 stationnaires, 1 aggravée pendant le séjour; 84 maladies 
del'utérus et organes génitaux; enfin 27 maladies diverses. Le docteur 
Gubian constate dans les corollaires que le rhumatisme est traité depuis 
60 ans à Lamotte avec plus ou moins de succès. — Il reconnaît avec la 
meilleure grâce du monde la supériorité d'Aix sous le rapport de l'abon- 
dance des eaux, de l'installation balnéaire et des pratiques perfectionnées. 
Mais il revendique en faveur des chlorurées-sodiques chaudes la supré- 
matie dans les rhumatismes articulaires francs, ou bien goutteux ou bien 
encore de forme noueuse. Ces eaux doivent être préférées, dit-il, « toutes 
les fois qu'il s'agira de combattre parles fondants et les résolutifs les dé- 
pôts plastiques constitutifs des productions morbides de la goutte, de la 
gravelle, des tophus, des fongosités articulaires, etc. » 

Après ces affections viennent les maladies du système osseux. L'au- 
teur annonce pour le rapport de 1871 des observations remarquables 
de succès obtenus contre les désordres consécutifs aux blessures de 
guerre. M. Gubian ne saurait, dit-il, trop insisfter sur les beaux résultats 



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. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MTIfÉRALES. S71 

fournis par les thermes de Lamotte dans les arthrites chroniques datant 
seulement de quelques mois, sans trop de fongosités, au moyen de l'eau 
bue à doses altérantes ^ administrée en douches locales et générales, appli- 
quée sous forme de compresses humides et associée à l'usage de TEau d'O- 
riol aux repas. M. Gubian signale les bons effets de l'eau minérale contre 
les corps fibreux de l'utérus. Sur une quinzaine de cas de fibromes utérins, 
il n'en est pas un qui n'ait été très-réellement amendé par un on plusieurs 
traitements. La tumeur selon lui subissait toujours un retrait de l/8„ 
1 /6 on même 1/4. L'auteur ajoute que la cure fait disparaître les sym- 
ptômes les plus alarmants parmi lesquels les métrorrhagies^ et comme 
cet accident accompagne les fibromes qui font saillie dans l'intérieur de 
la cavité utérine, sans que le volume y fasse grand'chose, il y a lieu de 
penser que la cure hydriatique réduit à la fois le volume et la vascula- 
rité. M. Gubian place Lamotte au même rang que Balaruc ou Bourbonne 
pour le traitement des maladies des centres nerveux. Ce rapport est l'un 
des meilleurs qui aient été soumis à l'examen de la Commission des Eaux 
minérales. 

23. imxrau. Rapport officiel (1869) par M. le docteuri>^/acrofx, ins- 
pecteur. — M. Delacroix remarque d'abord l'état stationnaire de la 
clientèle des bains de Luxeuil et l'attribue en partie à la défection des 
Lyonnais qui se répandent davantage dans les thermes du versant fran- 
çais des Alpes, en partie à la pénurie des cabinets et des baignoires, la- 
quelle ne permet pas d'introduire immédiatement dans les séries les 
derniers venus et lasse leur patience. Il y aurait d'après l'inspecteur deux 
manières de remédier à cet inconvénient : augmenter le nombre des 
baignoires, mais le débit des sources n'y suffirait plus ; ou bieui ce qui 
serait d'une exécution plus facile, établir une grande piscine de natation 
depuis longtemps réclamée et promise. 

/ M. Delacroix s'occupe successivement de la réparation des piscines, 
des douches de toutes espèces, des étuves, et manifeste un regret à pro- 
pos des malades indigents qui sont souvent logés trop misérablement et 
trop loin de l'établissement pour bénéficier beaucoup du traitement 
thermal. Cependant M. Delacroix espère que la situation de celte inté- 
ressante cat^orie de malades s'améliorera par le fait de la création d'un 
hôpital de 70 lits, dû à la munificence de M. de Orammont. 
L'auteur donne des tableaux récapitulatifs de chacune des années 
XXX 37 



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278 CWBUSm. — BAPPO&T général des eaux MUIÉBMiSS, 

1866, 1867, 1868 el 1869, puis il condense les résultats de ces quatre 
années dans un tableau général comprenant 704 cas des maladies les 
plus diverses traitées avec plus ou moins de succès, et parmi lesquelles 
on remarque principalement des affections utérines, des dyspepsies et des 
gastralgies, des anémies, des névropathies et des affections rhumatismales 
variées. 

Le travail se termine par des observations générales empreintes d'un 
bon esprit médical. M. Delacroix fait remarquer que si des maladies 
disparates sont avantageusement traitées à Luxeuil, cela s'explique par 
la coexistence de deux eaux minérales assez différentes : que cependant 
toutes les sources de Luxeuil, dont la composition lui parait en somme 
intermédiaire entre celles de Plombières et de Bourbonne, sont d'abord 
toniques, ensuite plus ou moins altérantes, la source ferro-manganique 
étant spécialement reconstituante. Veau des cuvettes^ ainsi nommée parce 
qu'elle émerge dans deux petites cuves, n'a aucune propriété laxative, 
malgré le préjugé répandu et qu'avait fait naître la dénomination dont 
on avait oublié l'origine. 

A l'occasion des affections utérines M. Delacroix déplore l'abat qu'on 
fait, suivant lui, des eaux ferrugineuses et recommande le traitement 
gradué, c'est-à-<lire le bain dit alcalin d'abord et plus tard le bain ferru- 
gineux. 

Pour les dyspepsies Tauteur proclame la supériorité de Luxeuil sur 
Plombières surtout dans les états atoiiiques de l'estomac. 

L'anémie y trouve des secours tout particuliers. Les gastralgies don- 
nent aussi de bons résultats sous l'influence de bains à température 
constante, prolongés et pris quelquefois dans la case chaude du bain 
gradué. 

Parmi les affections dont il s'occupe encore particulièrement, M. Dela- 
croix signale plus expressément la goutte comme étant modifiée avanta- 
geusement à Luxeuil, quand on administre l'eau salino-alcaline légère 
en boissons, concurremitaent avec des bains dans la piscine des capu- 
cins. 

24. Bioutff. Rapport officiel (1870) par M. Picm Vœu — qu'une 
piscine soit établie, car l'auteur a reconnu les avantages des bains pro- 



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•ra&BA. — RAPPORT 6ÊNÉRAL DES BAUX MINÉRALES. 273 

Énoncé de 75 cas morbides, surtout affections cutanées : 

Pityriasis, 

Psoriasis, 

Eczéma, 

Impétigo, 

Prurigo, 

Acné, 

Lupus. 

(articulaire, 
fibreux, 
musculaire, 
c , 1 (ganglionnaire, 

S<^'^^"1^ (articulaire. 

Otite, 
Coryza. 

On Toit avec satisfaction que plusieurs cas de psoriasis invétéré ont guéri, 
et que parfois la guérison s'est maintenue, que d'autres ont été améliorés. 

25. Po«riM. Deux rapports officiels pour 1869 et 1870, parM. le doc- 
teur Logerais^ inspecteur. — Ces deux pièces ne constituent à vrai dire 
qu'un seul rapport ; car en 1869 l'auteur n'a donné qu'une ébauche de 
renseignements généraux sans observations, et en 1 870 il a consigné 85 
observations individuelles sans renseignements généraux préalables. 

Un tableau récapitulatif portant sur 185 cas traités termine le dernier 
rapport et montre surtout des affections des organes digestifs ou de leurs 
annexes, ainsi que des maladies des organes génito-urinaires avec quel- 
ques cas d'affections générales. 

26. Bemmefl-ieiKB»iMs. Rapport officiel se rapportant aux deux an- 
nées i 870 et 71 , par M. le docteur Rougé-Rieutort^ inspecteur. — Après 
des renseignements généraux sur les sources du bain fort 51'', du bain 
de la Reine 41% du bain doux 36"* ou des Ladres, du Cercle 16"*, du 
Pont 16*, et de l'eau de la rivière de Salz; sur leur composition et sur 
l'aménagement des établissements, M. Rougé-Rieutort donne 85 résumés 
d'observations individuelles dans lesquels on trouve des détails plus cir- 
constanciés que dans la plupart des autres rapports officiels. 

Dans la revue inscrite sous le titre de Corollaires l'auteur établit avec 
soin la diversité et la spécialité des effets de chacune des 6 sources, d'où 



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274 «UBIiEB. — RAPPORT GÉNÉRAL DES BAUX 1III9ÉRALES. 

la nécessité d'une adaptation à chaque cas morbide sous peine de pro- 
duire de fâcheux effets. Bien des malades livrés à eux-mêmes éprouvent 
de pénibles mécomptes. Il faut, dit M. Rougé-Rieutort, faire cesser l'onor- 
cA2> instituée sous le nom de liberté des eaux, et il appuie cette proposi- 
tion sur un exemple. 

M. B. de F., atteint de rétraction musculaire, la jambe formant un 
angle droit avec la cuisse et affecté d'atrophie musculaire, le tout pré- 
cédé de douleurs rhumatoïdes, avait été mis à l'usage du bain doux et 
en avait obtenu une amélioration rapide. Cédant aux suggestions de 
quelques personnes, M. B. va de lui-même au bain fort, et après 2 bains 
est pris de douleurs violentes avec rétraction nouvelle et flexion du mem- 
bre comme au début. Il confesse son imprudence, retourne au bain doux 
et guérit. 

Dans la saison de 1 870 et dans les 2 premiers mois de la saison de 1 87 i , 
l'établissement de Rennes-les-Bains a été fréquenté par environ 1500 
malades sur lesquels 200 seulement sont venus consulter M. Rougé- 
Rieutort dans son cabinet, mais^l'inspecteur est allé au devant d'un grand 
nombre d'autres et leur a demandé comme une faveur de diriger et de 
suivre leur traitement, obéissant en cela à son désir de leur être utile 
autant qu'à sa curiosité scientifique. 

Il est parvenu à réunir ainsi 470 observations comprises dans un 
tableau récapitulatif ei accompagnées de remarques instructives sur les 
modes balnéothérapiques usités dans chaque catégorie de faits. 

Les cas sont partagés en quatre groupes selon qu'ils ressortissent au 
bain doux, au bain de la Reine, ou bien au bain fort, ou encore au bain 
mixte dit ferro-salé, parce qu'il résulte du mélange d'eau thermale ferru- 
gineuse avec l'eau de la Salz. Au bain doux reviennent les rhumatismes 
subaigus ou chroniques accompagnés d'excitabilité, les contractures, cer- 
taines névralgies, l'entérite rhumatismale. Au bain de la Reine, les rhu- 
matismes non très-anciens, les névroses, la gravelle, les névralgies, les 
affections herpétiques avec douleurs rhumatismales. Au bain fort appar- 
tiennent les rhumatismes chroniques, les coxalgies, les catarrhes pul- 
monaires; enfin au bain ferroHsalé, les anémies, la leucorrhée, les 
affections diathésiques et cachectiques : tumeurs blanches, affections 
ganglionnaires, diabète, etc. 

H. Rougé-Rieutort décrit les effets physiologiques de ces divers bains. 



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— RAPPORT GÉNÉRAL DES BAUX MINÉRALES. 275 

Pour le bain doux sensation agréable, toute naturelle d'ailleurs. 

Pour le baxndela ReineW note l'accroissement de transpiration et pour- 
tant V augmentation delà diurèse^ ce qui fait, le cas échéant, rendre des gra-^ 
viers. 

Dans le bain fort l'immersion générale étant impossible, on se contente 
d'immersions partielles, à moins que l'eau ne soit refroidie par Teau de 
la Salz mélangée avec la source du Cercle ei celle du Pont. Celles-ci se pren- 
nent en boisson, la première est plus tonique que la seconde. 

L'auteur ne croit pas que Taction des bains de Rennes se résume 
dans le seul mot excitation^ ni qu'elle s'explique uniquement par la tem- 
pérature et la composition chimique. Existe-t-11 un agent supérieur ? Est- 
ce un calorique particulier, le fluide électrique ou des principes fugaces 
qui échappent à l'analyse? fin tout cas il existe une action spécifique. 
Telle est sa conclusion en face des résultats expérimentaux. 

On le voit : le rapport de l'inspecteur de Rennes-les-Bains est un tra* 
vail consciencieux, réfléchi et d'un mérite réel. 

27. SaUMdeBéwm. Trois rapports officiels (1869, 1870, 1871) ont 
été adressés à l'Académie par M. le docteur Nogaret, inspecteur. — 
Dans le premier rapport de 1869, Tinspecteur signale quelques amélio- 
rations matérielles exécutées par les nouveaux fermiers de l'établisse- 
ment et de l'usine, mais il exprime en même temps le regret que le prix 
des bains ait été augmenté, ce qui a donné pour résultat iipmédiat 
d'en réduire le nombre. 17 observations individuelles. Pas de tableau 
récapitulatif. 

27 bis. Dans le rapport de 1870, figurent une dizaine d'observations 
seulement, fort brèves d'ailleurs ; pas de tableau récapitulatif* L'auteur 
s'excuse sur ce que « la plus grande partie des baigneurs ne consulte pas 
de médecins et parmi ceux qui les consultent plusieurs s'en vont sans 
donner plus tard de leurs nouvelles. » 

27 ter. Dans le rapport de 1871 M. Nogaret se loue des fermiers; la 
•tatioa leur doit des améliorations notables et, quoique le noiivel établis- 
sement ne soit pas encore complet, des bains y ont été déjli domi$s« U 
existe une salle de pulvérisation dont l'inspecteur se loue beaucoup 9t 
qui aurait donné des résultats r^narquables chez des sujets «tteints de 
coqueluche, chez une tuberculeuse et chez un emphysémateux. 

Le rapport fait mention de douze cas traités dans Tannée,, et^.ne 



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276 C^UHljat. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

donne pas de tableau récapitulatif pour la raison énoncée ci-dessus. 

28. s«iAi-Ama«d. 2 rapports officiels, pour 1869 et 1870, par 
M. le docteur ilfar3o/m, inspecteur. 

r Le rapport de 1869 donne l'indication de 112 cas morbides obser- 
vés par l'auteur, suivis de quelques réflexions sur l'installation satisfai- 
sante de l'établissement. 

T Le rapport pour l'année 1870 est plus considérable. Autrefois il 
existait une source ferrugineuse, perdue depuis et non retrouvée malgré 
les recherches faites récemment. M. Marbotin décrit les 4 sources ac- 
tuelles : 

r Fontaine du Grand-Bouillon. 

2* Pavillon-Ruiné. 

3* Petite-Fontaine ou Fontaine du Petit-Bouillon. 

4^ Fontaine d'Arras ou de l'Evoque d'Arras. 

La première, la plus ancienne et la plus connue, est maintenant aban- 
donnée. 

La deuxième et la quatrième sont les plus minéralisées, et les plus 
employées. Elles ont été analysées par Pallus (1832). 

La fontaine du Petit-Bouillon a été analysée par Kulmann, à qui l'on 
doit aussi une analyse de la Fontaine d'Arras. 

Cette source est non-seulement la plus minéralisée, mais aussi la ^Ins 
sulfureuse (plus sulfureuse que le Pavillon). 

Analyse Kulmann : 

Acide carbonique libre . . . 0,97^ Carbonate de magnésie . . . 0,303 

Chlorure de magDénnm.. 0,230 — chaux 0,436 

— sodium 0>055 Silice OfiW 

Sulfate de magnésie 0,384 Matière organique^ fer, hj- 

-. soude 0,5 1 1 drogèoe sulfuré traces. 

— chaux 2,625 

Le docteur Marbotin ne donne pas moins de 75 analysas de cas traités 
à Saint*Amand chez des sujets habitant l'établissement, 21 autres anc- 
raient pu trouver place, mais les sujets ont été trop mal observés, parce 
qu'ils vivaient en dehors ou parce que, profitant 6^ T'ar/ic/^ lH sur la 
liberté des Eaux, ils n'ont pas demandé de conseils. 

Le tableau récapitulatif comprend 96 cas, se rattachant pour la plu- 



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mmUtm* — RAPPOET OÉNÉRAL DBS BAUX MUlt^AfiCa^ 277 

part à des paralysies ou à des affections articulaires et rhumatismales. 
Plus de la moitié des sujets (50) ont été guéris ; plus du tiers (31) sou- 
lagés et 15 seulement non modifiés. 

Par malheur, ce ne sont pas les cas rebelles aux médications ration- 
nelles qui ont cédé. Nous voyons guérir 3 paralysies rhumatismales 
sur 3 cas, une paralysie hystérique sur 2, 2 myélites lombaires sur 6. 
Mais sur 3 cas d'ataxie locomotrice on indique 2 soulagements et un 
état stationnaire. Or les améliorations signalées sont bien légères. Cette 
remarque ne doit pas diminuer le crédit justement accordé à la station 
de Saint-Âmand, elle signifie seulement que le traitement hydro-miné- 
ral demeure impuissant aussi bien que les médications ordinaires vis-à* 
vis de certaines affections intimes où la nutrition et la formation sont 
profondément altérées. 

Les baius et les boues sont à Theqre présente la partie essentielle du 
traitement. Il existe 12 cabinets de bains et 12 cabinets de douches 
froides, chaudes, écossaises, en pluie, en jet, etc., avec lesquelles se fait 
une hydrothérapie variée. 

68 cases à boues sont disposées autour d'une rotonde dans lesquelles 
arrive sans cesse l'eau tiède. Si la température de 25^, 5 est insuffisante, 
des cylindres pleins de sable ou d'eau chaude sont placés dans le milieu 
de la case. Le séjour dans la boue dure 5,6 et 7 heures. 

Voici les effets physiologiques de ces séances (fillutation. Elles acti- 
vent la circulation, augmentent les sécrétions intestinales et la diurèse 
aqueuse, une légère diarrhée assez habituelle au début cesse d'elle- 
même. Les bains d'eau et de boues occasionnent des démangeaisons et 
paraissent quelquefois aggraver les douleurs ; mais le calme ne tarde pas 
à suivre cette exacerbât ion momentanée. Dans un très-bon mémoire ma- 
nuscrit annexé au rapport officiel, le docteur Marbotin exprime le regret 
que les Eaux de Saint- Amand soient encore méconnues. 

Elles rendraient comme autrefois degrands services dans les affections 
des voies urinaires, catarrhe, gravelle, calculs. (L'affection calculeuse 
était, paratt-il, fort commune en Flandre pendant le 17* siècle.) Los 
eaux de Saint-Âmand agiraient alors en qualité de salines et de sulfu- 
reuses tout ensemble. L'auteur |ajoute alcalvie^ ce qui est une erreur 
partagée d'ailleurs par nombre d'hydrologues. 

Dftns l'opinion de M. Marbotin, les boues agiraient par Vabsarption 



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278 «tDBUn. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 

des principes minéralisateurs, et aussi par irritation de la peau qni 
rougit et se couvre d'une éruption appelée poussée. 

L'auteur passe en revue l'influence des Eaux dans une nombreuse 
série d'affections : 1^ rhumatisme musculaire et articulaire ; Z"" goutte ; 
3^ entorses, luxations, suites de fractures ; 4^ plaies, ulcères, trajets 
fistuleux ; 5^ dartres ; 6'' affections des voies urinaires ; T affections du 
foie ; 8"* maladies des voies respiratoires ; 9^ accidents syphilitiques ; 
10* coxalgie; IT sciatiques ; 12^ maladies de l'apppareil cérébro- 
spinal « 

Le travail se termine par un chapitre sur la Salubrité des thermes de 
Satnt'Amand^ c'est-à-dire du pays oîi sont situés ces thermes. 

29. Saiiii-€hrtot»«. Rapport officiel (1870) par M. le docteur E. Tillot. 

Ce qui frappe tout d'abord dans les détails descriptifs de ce rapport, 
c'est qu'une eau minérale cuivreuse est administrée dans des baignoires 
de cuivre. Ce rapprochement ne parait pas avoir choqué Thonorableins- 
pecteur. A la vérité M. Emile Tillot réclame des baignoires de marbre, 
mais c'est parce qu'elles sont plus propres et donnent plus de garanties 
contre la contagion des maladies de peau. 

L'honorable inspecteur ne donne pas d'observations individuelles^ mais 
seulement un tableau récapitulatif portant surtout sur des affections cu- 
tanées : syphilides, scrofulides et herpétides, avec quelques ophthalmies. 
On y relève 3 guérisons en tout, mais beaucoup d'améliorations, avec 
une proportion considérable de cas restés stationnaires ou non suivis 
après la saison thermale. 

Ce qu'il y a de plus intéressant dans le travail de M. Tillot, c'est le 
tableau relatif à h Poussée: phénomène si étrangement facile à produire 
avec l'eau en apparence inoffensive de Saint-Ghristau, alors même 
qu'elle n'est employée qu'aux usages externes. [Peut-être y a-t-il quel- 
que chose à rabattre de cette fréquence et de cette facilité de produc- 
tion. Ainsi l'auteur considère comme poussée une exacerbation survenue 
le quatrième jour, ou bien de Vacné apparaissant au bout de 48 heures, 
chez un sujet venu pour une acné pustuleuse ou, encore, de Vhydrosadé- 
nite chez un sujet atteint d'eczéma strumeux. On a peine à croire qu'il 
faille mettre sur le compte de la poussée des phénomènes survenus 
24 ou 48 heures, après le début du traitement lorsqu'il s'agit de dartreux, 
c'est-à-dire de sujets exposés à des recrudescences en apparence sponta- 



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«UBIiER. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 279 

DéesdaDsIeursmanifestationscutanéesdiathésiques. Néanmoins les obser- 
vations délicates et sagaces de M. le docteur E. Tillot méritent de fixer 
l'attention des médecins hydrologues et d*être encouragées par l'Académie. 

30. «aint-SanTew. Rapport officiel (1870) par M. le docteur Char-' 
masson de Puy lavai (2 cahiers inscrits sous le n* 8895). 

Les renseignements généraux se bornent à l'indication des sources, de 
leur température et de leur composition.Puis vient l'énumération de 1 70 cas 
individuels suivis d'un tableau récapitulatif ^oviàni sur 170 cas relatifs : 

A la leucorrhée, 

Aux affections de l'utérus, 

A des dyspepsies, 

— névralgies, 

— rhumatismes, 

— bronchites, 

— catarrhes, 

— angines, 

— dermatoses, etc. 

Sur ce total on compte 30 guérisons, 18 améliorations, 22 états sta- 
tionnaires et 58 malades qui ont été perdus de vue. Les corollaires sont 
simplement l'énoncé des indications des eaux de Saint-Sauveur, et la 
colonne consacrée à V action des eaux ne renferme que des remarques 
devenues classiques. 

31. TaU. Rapports officiels pour les années 1869-71 par M. le doc- 
teur ChabanneSy iqspecteur. 

M. Ghabannes, dont le zèle ne se démeut pas, entre dans d'intéres- 
sants détails sur les 40 sources et sur les trois établissements balnéaires 
de Vais. 11 insiste avec raison sur les sources arsenicales et sur la dé-« 
couverte faite par M. Glénard d'une notable proportion de carbonate de 
lithine dans la source Vivaraise, n"" 5, laquelle se distingue encore par 
l'absence complète de fer. 

L'auteur constate la prospérité toujoui*s croissante de l'importanto 
station qu'il dirige, prospérité qui ne parait pouvoir qu'augmenter par 
l'établissement prochain d'une voie ferrée reliant Aubenas avec le Nord, 
Lyon et Paris et, du côté du midi, avec Nîmes et Marseille. 

Une autre circonstance doit faire acquérir à Vais une importance 
exceptionnelle, c'est la douceur et la constance de son climat à une épo- 
XXX. 38 



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280 «VBI^l». — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES* 

que de Tannée où déjà d'autres stations situées plus au Nord souffrent 
d une température peu favorable aux valétudinaires. Aussi, selon la re- 
marque de M. Chabannes, le nombre des baigneurs d'automne augmente- 
t-il chaque année. Mais, à côté de ces motifs de satisfaction, l'inspecteur 
de Vais trouve aussi quelques sujets de plaintes ou d'appréhension pour 
l'avenir. Il redoute les effets de ces forages multipliés sans discernement 
et sans contrôle, et constate à regret qu'il en est déjà résulté des troubles 
évidents dans le rendement de certaines sources anciennes. 11 en résulte 
un autre inconvénient, c'est qu'on livre à la consommation des eaux miné- 
rales qui n'ontguère de commun que le nom avec les sources qui ont fait la 
réputation de Vais. M. Chabannes se plaint à bon droit que l'inspecteur 
n'ait connaissance de l'autorisation d'exploiter que par les journauxde mé- 
decine, et exprime le vœu de voir l'État sauvegarder davantage les éta- 
blissements d'intérêt public et faire revivre des règlements plus efficaces. 
M. Chabannes donne comme spécimen 85 résumés d'observations in- 
dividuelles sur 357 malades qu'il a pu suivre assez régulièrement parmi 
600 environ qui se sont présentés à sa consultation. Les affections qui 
sont le plus représentées dans le tableau récapitulatif se rapportent aux 
organes de la digestion et à leurs annexes, ainsi qu'aux organes génito- 
urinaires. On y voit figurer aussi des suites de fièvres intermittentes et 
des chloro-anémies en assez grand nombre. 

Dans les Corollaires M. Chabannes appelle l'attention sur le prolapsus 
de la luette qui accompagne un grand nombre de dyspepsies, et auquel 
il attribue des inconvénients assez marqués : toux, douleur thoracique, 
sueurs, amaigrissements, vomissements, ensemble symptômatique, 
qui peut simuler la tuberculose. Ce sont des accidents dont triomphent 
les sources toniques à l'intérieur et les eaux arsenicales en gargarismes. 
Les eaux de Vais feraient surtout merveille dans les dyspepsies avec 
embarrasgastrique et teudancehypochondriaque. Certains symptômes de 
gastrite seraient aussi améliorés par les sources arsenicales qui convien- 
nent également aux dermatoses, aux cachexies palustres et aux états 
chloro-anémiques. 

Les eaux bicarbonatées-sodiques de Vais rendent encore de fréquents 
services dans les engorgements du foie et les coliquse hépatiques, la 
gravelle urique et les affections de l'utérus. M. Chabannes insiste parti- 
culièrement sur l'utilité des sources faibles dans la goutte. 



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«raUEB. — RAPPORT OÉNÉRÂL DES EAUX MINÉRALES. 281 

32. Tieiiy. 2 Rapports officiels par M. le docteur Am. Z)u6o2>,iDspecteor. 

i"* 1869. — L'auteur signale un curieux phénomène survenu 
en 1867 dans l'eau de la Grande-Grille qui est devenue laiteuse et est 
restée telle pendant plusieurs jours. Il se plaint que la buvette Lucas ait 
été supprimée par les fermiers de leur autorité privée, et que ces mêmes 
fermiers aient résolu sans avis préalable de construire une piscine dans 
ce grand établissement. M. A. Dubois exprime la crainte que les deux 
sources des Célestins ne viennent à disparaître si des travaux decaptages 
ne sont pas exécutés à temps, et constate avec tout le monde la diminu- 
tion du rendement de la source de l'hôpital. 

L'honorable médecin inspecteur de Vichy donne ensuite 85 observa- 
tions individuelles avec des détails plus circonstanciés que dans la plupart 
des antres rapports et qui témoignent d'un bon esprit d'observation et 
du désir de servir les intérêts de la science. 

2"" 1 870. — Les mêmes qualités se retrouvent dans les 85 observa- 
tions individuelles qui constituent tout le rapport relatif à l'année 1870. 

On regrette dans ces deux envois l'omission d'un tableau récapitulatif 
et de remarques générales qui, sous la plume d'un médecin hydrologue 
expérimenté^ eussent présenté un intérêt véritable. 

Tels sont en substance, monsieur le Ministre, les rapports officiels 
soumis à notre examen. 11 ne nous reste plus qu'à vous rendre compte 
des travaux manuscrits, relatifs aux eaux minérales, adressés à l'Aca- 
démie soit par des médecins libres, soit par des médecins inspecteurs. 

L ANALYSE DE l'baU CHLORURÉE SODIQUE ET BROMO-IODURÉE DE SALIES (B ASSES-PTRÉNÉBS) , 
PAR LE DOCTEUR F. 6ARRI60U, MÉDECIN CONSULTANT A LUCHON. 

L'habile hydrologue donne les résultats très-précis des analyses exé- 
cutées sur les eaux naturelles et sur les eaux mères. 11 montre que ces 
dernières, concentrées jusqu'à 35'' de l'aréomètre de Baume, renferment 
la moitié de leur poids de principes solides et n'a pas de peine à établir 
la supériorité de minéralisation des unes et des autres sur toutes les 
sources chlorurées sodiques de l'Allemagne. L'analyse dont il s'agit 
n'est qu'une fraction peu considérable de l'immense travail entrepris 
par l'auteur sur l'ensemble des eaux minérales delà chaîne des Pyrénées 
et des régions avoisinantes. 



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282 «IJBIJBai. — RAPPORT GÉNÉRAL DES BAUX MINÉRALES. 

II. DE l'emploi de la MÉDICATION THERMALE DANS LE TRAITEMENT DES LÉSIONS TRAU- 
MATIQUES RÉCENTES : PLAIES d'ARMES A FED COMPUQUÉES OU NON DE FRACTURES, OU 
DOCUMENTS POUR SERVIR A L'HISTOIRE DES INDICATIONS RATIONNELLES DES EAUX DE 
BOURDONNE EN PARTICULIER, PAR M. LE DOCTEUR CABASSE, MÉDECIN-MAJOR A l'hOPITAL 
MILITAIRE DE BOURBONNE-LES-BAINS. 

L'auteur rappelle que l'usage des traitements thermaux est générale- 
ment interdit pour les traumatismes récents, que là-dessus tous les hydro- 
logues s'entendent avec les chirurgiens et que les eaux chaudes adminis- 
trées intempestivement sont accusées de ramollir le cal des fractures en 
voie de consolidation. Cette opinion est certainement exagérée; mais 
comme elle ne s'applique qu'aux résultats des traitements thermaux com- 
plets, les faits observés par M. Gabasse ne seraient pas suffisants pour la 
détruire, puisqu'il a employé surtout les lotions et les injections, les im- 
mersions locales et fort peu les bains généraux, ou du moins n'a prescrit 
que des bains courts et probablement à une température douce. 

Quoi qu'il en soit, les résultats obtenus à Bourbonne chez les blessés 
français et prussiens ont dépassé toutes les espérances. Pas un seul mort 
et généralement des guérisons rapides ou plus complètes que la gravité 
des cas ne permettait de l'espérer. 

Il est facile de se rendre compte des succès de ce traitement hydro- 
minéral. L'eau chlorurée sodique agit comme stimulante, antiputride, et 
comme moyen de propreté. 

L'auteur oppose sa manière de faire à l'emploi de l'eau froide et lui 
donne naturellement la prééminence. Il eût mieux fait déposer parallè- 
lement les indications de l'eau froide et de l'eau chaude. Mais d'abord 
remarquons que c'est à tort qu'il croit avoir fait surtout de l'hydrothé- 
rapie thermale. L'eau de Bourbonne n'a pas agi seulement en qualité 
d'eau chaude. En tout cas, l'eau froide peut conjurer les inflammations 
traumatiques et rendre par là de grands services. 

M. Gabasse raconte dans quelles circonstances il fut conduit à utiliser 
les eaux thermales chlorurées sodiques contre les traumatismes. Ge fut 
en Algérie (1845) à la suite des désastres d'une partie de notre armée dans 
la guerre contre Abd-el-Kader. Manquant de presque tout : vivres, 
linges, charpie, il lui fallut suppléer au défaut de pansements réguliers 
par une grande propreté. 



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«innun. — rapport général des baux minérales. 283 

Or, il y avait dans le voisinage du camp aux bords de la Mélonijà 
plusieurs sources thermales salines et ferrugineuses de 32* à 35' centigr. 
approximativement, et des Kabyles malades venaient presque chaque 
jour se baigner^dans un réservoir taillé dans le roc et pouvant contenir 
quatre personnes à la fois. M. Cabasse eut l'idée d'y faire baigner les 
blessés, surtout de les y faire nettoyer et d'immerger les membres at- 
teints de blessures où des vers pullulaient. Il fit aussi apporter de l'eau 
minérale dans l'ambulance pou rlotionner les plaies. Grâce à cet adjuvant 
et sans doute aussi à l'habitation sous la tente et par conséquent dans un 
air renouvelé, il y eut pfeu de morts, et les cicatrisations s'opérèrent dans 
un temps très-court. M. Cabasse profita de sa présence à Bourbonne 
en 1871 pour renouveler l'expérience. 

On voit qu'elle a réussi. 

III. BO TRAITEMBHT DES MAIADIIS HBRVEUSBS PAR lES BAUX DE SAUES DE BÉABN. 
PAR LE DOCTBDR H06ARBT, "ÉBECXM «SPECTEDR. 

C'est le second travail de l'auteur sur ce sujet. 11 renferme les obser- 
vations recueillies depuis 1869. - M. Nogaret se flatte d'avoir trouvé 
dans sa sUtion, déjà égale devant la scrofule à Kreuznach et à Nauheim, 
une supériorité immense vis-à-vis des affections du système nerveux. 
Cette « vertu merveilleuse qui pour une station thermale serait à elle 
seule une grande fortune » , M. Nogaret en trouve l'explication dans les 
substances, qualités et quantités, trouvées par M. Garrigou de Toulouse. 

U est digne de remarque, dit-il, que l'atmosphère de Salies participe 
des vertus sédatives de l'eau minérale, et notre confrère en donne pour 
preuve que les malades qu'U observe montrent une grande propension 

au sommeil. . ,., . . 

Salies appartenant à la région de Pau, on aurait pu croire qu il s agis- 
sait du climat sédatif de la vallée de l'Adour, mais point : ce sont les 
parties constituantes de l'eau minérale en suspension dans l'air qui pro- 
duisent ces effets calmants. 

Les observations parHculières ne sont guère probantes. Dans la pre- 
mière il s'agit d'une névralgie des branches maxillaires inféri-cervicales du 
trijumeau, etc., ramollissement cérébral probable. Salies guérit la né- 
vralgie, parce que, dit l'inspecteur, eUe est primidve (lisez prémonitoire), 



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284 «UBUBB. — RAPPORT GÉNÉRAL DBS BAUX BflMÉRALES. 

mais Don les fourmillemeutsdes doigts, les douleurs contuses des mem* 
bres parce qu'ils sont symptomatiques de la lésion cérébrale. 

2. Névralgie trifaciale. Enlevée comme par enchanlement. 

3. Névralgie temporale et sus-orbitaire ; ménorrhagies chez une lym- 
phatique anémiée. Vingt bains font disparaître la névralgie tout en laissant 
subsister les hémorrhagies et le reste. C'est de la spécificité. 

4. Névropathie. Névralgies de la tempe, de l'estomac, chez une fille 
débile, lymphatique, ayant ses règles deux fois par mois. 15 bains; dis- 
parition de la névralgie. 

5. Névralgie surtout dentaire et un peu trifaciale chez un homme san- 
guin habitant le département de la Haute-Marne. Guérison, sans doute, 
dit l'auteur, par le moyen des bromures. 

6. Névralgie sus-or bitaire. En 7 jours la névralgie disparaît complè- 
tement. 

7. Névralgie trifaciale. A l'arrivée les exacerbalions périodiques 
ont cessé. On ne s'étonnera donc pas qu'après douze bains les douleurs 
aient disparu. 

8. Douleurs de tête évidemment congestives^ aménorrhée. Le fer ramène 
les règles, mais laisse subsister la douleur. Les eaux de Salies suppriment 
la céphalalgie. 

9. Sciattque. Pendant le séjour à Salies, et le traitement, rien. Mais 
quelques semaines après, guérison par les eaux. 

10. Sciatique rhumatismale ou du moins àfrigore. Douleur exaspérée 
^ar Barèges. 15 bdins de Salies. Guérison. 

1 1 . Sciatique exaspérée par Dax, guérie par 12 bains de Salies. 

12. Ressemble presque de tous points à la précédente. 

13. Sciatique guérie, 15 bains. 

1 4 . Sciatique guérie, 1 2 bains. 

15. Fait obscur. Hystéricismeî Épuisement? 

Aucune conclusion à tirer, puisque celte malade a quitté Saliesau bout 
de 8 jours après avoir offert une amélioration si rapide, qu'il est impos- 
sible de l'attribuer au traitement. 

Les 13 observations suivantes (il yen a 28 en tout) ne sont pas plus 
probantes. 

Dans l'observation 19il s'agit d'une névropathie hystériforme, la crise 
à l'époque menstruelle pendant le traitement est relativement faible. 



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«raU». — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX MINÉRALES. 285 

Tinspecteur déclare qu'il espère la guérison. Cependant plus loin, il avoue 
avoir appris que la crise suivante avait été plus forte que d'ordinaire. 

L observation 26 est plus étrange. Jeune homme épileptique. Traite- 
ment. A la suite accès plus rapprochés que jamais et suivis d'oppres* 
sion cardiaque, de prostration, d'hébétude et de délire tranquille. 

D'où l'auteur conclut que les eaux de Salies sont efficaces contre l'épi- 
lepsie, qu'elles semblent s'adresser au principe du mal et que, si elles 
l'excitent, elles peuvent aboutir à une guérison détinitive. 

Après cela M. Nogaret n'hésite pas à conclure que Salies est le remède 
le pltds efficace connu pour le traitement des maladies nerveuses. 

Nous ne pensons pas que l'Académie soit de son avis. 

Toutefois, tout le monde accordera que les eaux fortement chlorurées 
sodiques de Salies peuvent, en stimulant un organisme languissant et 
favorisant, ainsi que le climat et le grand air, le retour régulier des fonc- 
tions,amenerd'une manière détournée la cessation d'états névralgiques ou 
névropathiques pluscomplexes liésà la débilité, à l'anémie, à la chlorose. 

ly. ACTION PHTSIOLOGIQUB DES EAUX THBBMALBS SULFURÉES SODIQUBS D'aMÉUE-LES- 
BAINS, PAR LE DOCTEUR HENRI LBSPIAU. 

M. Lespian prend le contre-pied de la doctrine universellement pro* 
fessée (sauf par M. Armieux de Barèges) sur l'action des eaux sulfureuses. 
On les croit excitantes^ M. Lespiau soutient qu'elles sont calmantes au 
contraire. On dit qu'elles stimulent la circulation, élèvent la température, 
favorisent les fluxions sanguines, causent de l'agitation et de l'insomnie ; 
le médecin d'Amélie-les-Bains prétend démontrer qu'elles abaissent le 
pouls, modèrent la calorification, calment le système nerveux et qu'en un 
mot elles sont manifestement sédatives. Pour établir cette proposition 
l'auteur expérimente l'eau prise en boisson et en bains concurremment, 
puis l'eau prise en bains seulement, puis l'eau prise en inhalation. D'ail- 
leurs il ne se contente pas de compter le pouls et de t&ter la peau, il fait 
usage du thermomètre et du sphygmographe. 

Malheureusement nous sommes obligéde dire que les résultats obtenus 
avec l'usage simultané de la boisson et des bains ne nous paraissent pas 
aussi démonstratifs qu'à l'auteur. 

D'abord les tracés sphygmc^raphiques reproduits par la lithographie 



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286 «roiiB». — RAPPORT GÉNÉRAL DBS BAUX MINÉRALES. 

présentent une telle uniformité et indiquent partout une si grande ten-* 
sion qu'un doute a surgi dans notre esprit et que nous avons dû nous 
demander si l'expérimentateur, peu habitué à ce genre de recherches, 
n'avait pas involontairement faussé les traductions du pouls en soumet- 
tant l'artère radiale à une pression trop forte ou trop faible, ce qui revient 
au même. En effet, dans le premier cas, l'artère trop comprimée ne peut 
se dilater; et, dans le second, le ressort n'est soulevé qu'au moment où 
la diastole va s'achever, ce qui donne lieu toujours à des courbes sur- 
baissées et simulant les grandes tensions. Mais, quand même cette cause 
d'erreur n'existerait pas, les conclusions de M. Lespiau ne seraient pas en- 
core à l'abri de toute critique, attendu que ses tracés ne montrent que des 
différences véritablement insignifiantes dans le chiffre des pulsations et 
que, de plus, contrairement à la règle posée, le premier tracé pris sur le 
sujet B, avant tout traitement, dénote une tension plus grande que dans 
tous les autres. 

L'auteur ne justifie pas mieux la proposition relative an ralentissement 
de la circulation. Les variations observées se sont maintenues dans les 
limites où se tiennent les modifications accidentelles du pouls produites 
par une l^ère émotion, parle repos ou le mouvement, parl'alimentalion 
ou le jeûne. Et ce qui prouve bien qu'elles ne reconnaissaient pas d'autre 
cause, c'est que le pouls oscillait en sens inverse d'un jour à l'autre. Par 
exemple, à 70 au point de départ il marquait deux jours de suite 64, puis 
remontait à 68. Mêmes remarques à l'occasion de la température axillaire. 

Quant à la densité de l'urine, l'auteur reconnaît lui-même qu'elle a 
présenté des variations qui paraissaient n'être soumises à aucune règle, 
nous n'insisterons donc pas pour faire remarquer qu'il aurait dû en être 
autrement si l'action sédative de l'eau sulfureuse avait été bien prononcée, 
ni pour signaler les densités extraordinaires de 1028, 1030, 1034 et 
même 1036 observées chez les sujets en expérience et chez Tun d'eux 
après un traitement prolongé qui était censé avoir amené la sédation. 

Les résultats observés pendant et après les bains ne sont pas plus clairs. 
On ne peut rien conclure non plus des observations relatives aux effets 
des inhalations, tant parce qu'ils ne sont pas très-accentués que parce 
que l'auteur ne s'est pas mis en garde contre diverses causes d'erreur, 
telles que l'accélération du pouls et de la respiration par la marche et 
leur ralentissement par un repos de quelques minutes. 



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— RAPPORT OtNÉRÂL DES BAUX MmÉRALRS. 287 

En définitive, le travail de M. Lespiau ne prouve pas l'action sédative 
des eaux d'Amélie^les-Bains. 11 démontre seulement ce que nous croyions 
savoir, c'est que dans les conditions oîi il s'est placé, cette eau n'a pas non 
plus déterminé les phénomènes de stimulation attribués trop facilement 
aux eaux sulfurées sodiques et considérés comme leur attribut essentiel. 
Ces eaux prises en boisson et en bains à des températures modérées ne sont 
pas aussi nécessairement stimulantes qu'on le pense, et leur action phlo- 
gistique n'acquiert une grande intensité que chez des sujets prédisposés. 
Mais avec l'aide d'une haute thermalité et d'un érélhisme vasculaire préa- 
lable elles amènent toujours plus ou moins d'excitation, et M. Lespiau ne 
méconnaitpasrexistenced'une^^re/A^mo/^produite dans ces conditions. 

M. le docteur Armieux, médecin principal d'armée, détaché près de la 
station militaire de Barèges, a envoyé à l'Académie ses 

y. ÉTUDES MÉDICALES SUR BARÈeSS. 

Ce volume qui porte le millésime de 1871 débute par une introduction 
antérieure de deux années à sa publication. 

Il comprend trois parties d'importance diverse au point de vue de l'hy- 
drologie. 

Après un index bibliographique probablement complet, nous trouvons 
un chapitre intitulé : Coup dœil historique et géographique^ puis deux 
autres sur la géologie et la minéralogie et sur V hydrologie. 

La Flore est mentionnée dans le chapitre vi. Nous y remarquons une 
foule de fautes typographiques qui prouvent que le correcteur n'était 
pas familiarisé avec les noms botaniques. Les mêmes imperfections exis*- 
tent dans les dénominations zoologiques. 

Le chapitre vin est relatif à la météorologie et an climat. Le suivant 
traite de la population^ de Vindustrie locale et de \ hygiène. Toute cette 
partie du livre est traitée avec des développements qui montrent que 
l'auteur s'éloigne sans regret de la localité sibérienne qu'il entreprend 
de faire mieux connaître. 

Une description minutieuse des établissements civils et militaires pré- 
cède celle des eaux^ de leur émergence^ de leur aménagement^ de la cons-- 
tttution physique^ chimique et organique des différentes sources, pour 
laquelle l'auteur a mis à profit les dernières et si remarquables analyses 
de M. Filhol, ainsi que les recherches inédites d'un médecin distingué de 
XXX. 39 



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288 VVBSJEM. — RAPPORT GÉNÉRAL DBS EAUX MINÉRALES. 

la marine, M. Vincent, sur la zoologie et la physiologie des eaux de Ba- 
règes. M. Vincent a constaté un grand nombre d'espèces végétales ef 
animales parmi lesquelles plusieurs n'avaient pas encore été vues ; de 
plus il croit devoir remplacer la dénomination deLeptomitus sulfuraria^ 
imposée à la sulfuraire par Montagne, par celle de L. viireus avec l'ad- 
dition Var. sulfurarius (Vincent), M. Armieux mentionne à l'occa- 
sion de cette même production l'opinion de M. le professeur Jolly de 
Toulouse qui en fait un animal du genre des oscillaires. 

L'auteur donne ensuite quelques conseils aux baigneurs, indique les 
règles à suivre et les précautions à prendre, les ressources locales et les 
améliorations à introduire dans l'installation des établissements et le ser- 
vice des eaux. 

La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée aux expériences physio^ 
logiques et pathogénétiques sur Faction du climat et des eaux. M. Armieux 
fait précéder l'exposition de ses propres remarques sur les effets de l'alti- 
tude d'une discussion des opinions émises sur le même sujet, notamment 
par MM. Jourdan et Goindet et Cavaroz. Il s'attache à démontrer, con- 
trairement aux vues de M . Regnault et à la loi de diffusion des gaz, que par 
suite de la raréfaction de l'air l'amplitude des mouvements respiratoires 
doit s'accroître proportionnellement. Il en donne pour preuve le dévelop- 
pement de la poitrine acquis par les infirmiers qui sont détachés chaque 
année de Toulouse, qui est dans la plaine, à la station de Baréges qui est 
à 1232 mètres d'altitude. Chez ces militaires la circonférence du thorax 
augmenterait en moyenne de 25 millimètres durant la« saison, et chez 
quelques-uns le maximum observé aurait été de 8 centimètres. 

Seulement l'auteur reconnaît un peu plus loin que ces mêmes hommes 
augmentent de poids et conséquemment de volume, ce qui enlève aux 
ésultals de la mensuration une partie de leur valeur. A l'avenir il fau- 
dra que les recherches portent non sur les dimensions de la cage thora- 
cique, mais sur la capacité des voies pulmonaires, et ce senties appareils 
spirométriques qu'il faudra employer. 

M. Armieux a examiné également les conditions de la circulation et de 
la respiration à Barèges et, loin d'avoir eu à noter une accélération du. 
pouls, il a constaté un effet tout inverse : le pouls se ralentit, mais la 
respiration s'accélère. Avant d'en tirer des inductions physiologiques et 
pratiques, cette discordance demanderait à être plus souvent observée 



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. — RAPPORT GÉNÉRAL DES BAUX MINÉRALES. 289 

pour passer à l'état de fait démontré. Nous ferons d'ailleurs remarquer 
que le pouls s'abaisse bieu peu, puisque la moyenne du ralentissement 
est inférieure à 4 pulsations par minute. 

L'auteur signale encore quelques autres effets de la grande élévation 
de Baréges et notamment ceux qui indiquent une nutrition plus active 
ainsi qu'une meilleure crase sanguine ; puis il traite des maladies et de la 
mortalité à Barèges, étudiées à la fois chez les habitants valides et séden- 
taires et chez les sujets soumis au traitement thermal, et mentionne quel- 
ques incidents de la cure thermale^ spécialement les refroidissements avec 
leurs conséquences habituelles. 11 saisit cette occasion de déclarer qu'il 
n'a jamais vu V angine thermale si fréquemment nommée" dans les rap- 
ports sur les autes stations sulfureuses et qui serait d'après lui une irri- 
tation à frigore. Toutefois nous voyons plus loin, dans un tableau 
récapitulatif où sont résumés les phénomènes pathologiques dus à l'ac- 
tion des eaux, figurer une grippe thermale^ ce qui implique contradiction. 
Mais nous aurons à revenir sur ce point à l'occasion de la doctrine de 
l'auteur. M. Ârmieux est cependant obligé de reconnaître que \dL fièvre 
thermale n'est pas une chimère, car il cite trois cas où, malgré tout, la 
fièvre dut être mise sur le compte de l'excitation par les eaux ; seulement 
elles l'auraient produite d'une manière indirecte en agissant sur le tube 
digestif qui n'aurait pas autrement témoigné sa souffrance. 

A ce sujet l'auteur nous parait commettre une pétition de principe en 
disant : « l'action des eaux de Barèges étant bien évidemment sédative, on 
ne voit pas comment leur influence pourrait déterminer une accélération 
fébrile du pouls et une augmentation de la température cutanée en dehors 
de toute complication viscérale. » 

Le chapitre consacré à ï action sédative aes eaux de Barèges sur la cir-- 
culation est manifestement celui auquel l'auteur attache le plus d'im- 
portance. Son opinion y est appuyée sur des résultats numériques 
Condensés dans un tableau qui ne comprend pas moins de 100 malades 
et suppose un très-grand nombre d'observations. 

Nous y voyons avec étonnement que la moyenne des pulsations qui était 
avant le premier bain de 66,5 tombait à 59,83 après le quinzième et à 
58,68 après le trentième bain. Quoi I la circulation chez les malades de Ba- 
r^iesest naturellement si lente, tandis qu'elle serait relativement accélérée 
chez les sujets bien portants. Rappèlons-nous en effet que la moyenne chez 



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290 «UBUBB. — RAPPORT GÉNÉRAL DBS BADX MiMÉRALBS. 

les infirmiers aurait été de 74,07 à Barèges. On ne saurait admettre dans 
un si grand nombre de cas Tinfluence fortuite de ce qu'on nomme les sé- 
ries, la divergence ne peut s'expliquer que par une erreur d'observation. 

Le tableau relatif au prétendu abaissement de la température du corps 
sous l'influence de la cure de Barèges ne nous satisfait pas davantage. 
La moyenne chez 9 sujets avant le traitement était, dit-on, de 36% 60, puis 
elle serait tombée successivement à 36%54, 36%41, 36%35, et 36%08. 

Toutes ces températures sont trop basses, elles sont inférieures à la 
normale, et dès lors nous sommes en droit de supposer que les expériences 
th^rmométriques n'ont pas été convenablement exécutées. Mais nous 
pouvons combattre M. Armieux avec ses propres déclarations. Ne voyons- 
nous pas, dans le tableau auquel il a été fait allusion précédemment, ins- 
crits au nombre des phénomènes pathogénétiques des eaux de Barbes 
des fièvres diverses, et notamment une fièvre ortiée, des éruptions de tou- 
tes sortes, un érysipèle de la face, des céphalalgies, des congestions 
cérébrales, des palpitations, ne voyons -nous pas des inflammations vis- 
cérales, des rhumatismes, des uréthrites, etc., réveillés ou exaspérés par 
Tusage des eaux. Qu'est-ce donc que cela, sinon des symptômes d'une 
excitation thermale qui peut aller jusqu'à la phlogose et à la fièvre? 
Et dans le tableau des phénomènes physiologiques dus à F action des eaux 
nous retrouvons la même démonstration. Il n'est question que de sueurs 
abondantes, de dysurie, d'érections fatigantes suivies de pollutions, de 
flux hémorrhoïdal rappelé, d'agitation, de palpitations, de crampes, de 
contractures. Est-ce donc de la sédation tout cela 7 

Non, les faits ne s'accordent pas avec la doctrine générale de l'auteur. 
Tout ce que nous pouvons accepter c'est que le traitement thermal parles 
eaux sulfureuses n'est pas aussi fatalement excitant qu'on le dit, quel'action 
phlogistique de ces eaux appartenant en partie à leur température élevée 
peut être assez facilement évitée et que, même dans de certaines condi- 
tions, faible quantité de boisson, bains prolongés à basse température, 
on peut obtenir des effets sédatifs alors imputables à la balnéation seule 
et ne retenant rien de l'influence propre d'une minéralisation spéciale. 

M. Armieux étudie la question de V absorption cutanée et de la compo- 
sition des urines, et se montre trop facilement satisfait des conclusions 
positives d'un certain nombre d'expérimentateurs. 11 ne fait qu'indiquer 
les travaux sur l'électricité des eaux minérales. 



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«raUUI. — - EÀPPORT GÉNÉRAL DBS BAUX llttlÉRALBS. 291 

Dans le chapitre sur Y action des eaux minérales en général et de celles 
de Barèges en parliculier, l'auteur revient sur Tinfluence de l'altitude et 
des climats et reproduit naturellement son opinion sur l'action sédative 
des eaux de Barèges. Nous ne pouvons le suivre dans les discussions 
théoriques où il s'engage et qui témoignent d'ailleurs de lectures nom- 
breuses et de longues méditations sur les opinions émises dans la science. 

La troisième partie du livre de M. Ârmieux est réservée aux effets thé- 
rapeutiques des eaux de Barèges. Elle débute par une statistique et par 
l'énoncé de résultats généraux et traite dans des chapitres séparés des 
résultats obtenus dans les maladies nerveuses, les affections rhumatis- 
males, herpétiques, syphilitiques, scrofuleuses, traumatiques et autres. 
Cette partie n'est pas susceptible d'analyse. 

L'ouvrage se termine par un résumé et des conclusions. Nous ne ferons ici 
qu'une seule remarque, c'est que les conclusions s'harmonisent mal avec 
les prémisses posées dans les considérations relatives àl'action physiolc^i- 
que et pathogénétique des eauxsulf ureuses de Barbes. Si ces eaux sont fon- 
cièrement et généralement sédatives, la théorie voulait qu'elles fussent par- 
ticulièrement indiquées dans les affections essentiellement hyperslhéni- 
ques, dans les états éréthistiqueSj ou même dans les formes inflammatoires 
des maladies diathésiques. Point ; M. Armieux en trace les indications exac- 
tement de même que ceux qui croient à leur action stimulante. Ce sont les 
scrofuleux, les syphilitiques, les rhumatisants à affections invétérées et 
torpides qui doivent en bénéficier le plus. Elles sont déclarées nuisibles au 
contraire à tous les sujets chez qui pourrait se réveiller une fluxion ou une 
phlogose : ceux qui sont atteints de paralysie générale, d'bémipl^e suite 
d'apoplexie, de goutte, de syphilis à la période secondaire, d'affections 
viscérales, etc. 

Malgré cette contradiction, et malgré les opinions doctrinales de l'au- 
teur, le livre de M. Armieux constituant une monographie complète de la 
station thermale de Barèges est une œuvre très-méritoire où l'auteur a 
fait preuve de connaissances solides et variées, ainsi que d'un grand zélé 
pour la science, et dans laquelle on pourra toujours puiser des rensei- 
gnements intéressants et des données importantes pour l'élucidation des 
questions théoriques et pratiques qui s'y rattachent. 

M. Villemin^ bien connu du public médical notamment pour ses tra- 
vaux sur l'absorption cutanée et sur l'action des eaux alcalines dans le 



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292 «miii». — Rapport qénërâl des eaux minérales. 

traitement de$ affections utérines, a présenté au concours la seconde 
édition de son ouvrage intitulé : 

VI. DES COLIQUE» HÉPATIQUES ET DE LEUR TRAITBMEHT PAR LES EAUX DB VICHT, 
PAR M. YILLEMIN, MÉDECIN INSPECTEUR ADJOINT, A YIGHT. PARIS, 4 87t. 

C'est un volume in-12 de 340 pages qui peut être considéré comme une 
monographie de Taffection calculeuse établie d'après les lectures, mais 
aussi en grande partie d'après l'observation personnelle de l'auteur. 

M. Yillemin a puisé à toutes les sources delà littérature spéciale, fran- 
çaises et étrangères, son livre est par conséquent très au courant de la 
science. De plus il donne les résultats de sa propre expérience, et cette 
expérience ne porte pas sur moins de 917 observations de cas particuliers 
vus et traités aux thermes de Vichy par l'honorable inspecteur adjoint de 
cette grande hydropole. 

Le traité des coliques hépatiques de M. Yillemin est assez connu déjà 
du public médical pour que nous puissions nous dispenser d'en faire une 
analyse compendieuse. D'ailleurs la plus grande partie des questions qui 
y sont traitées avec tant de soin et de talent ne rentre pas directement 
dans l'objet du concours dont nous rendons compte en ce moment à 
l'Académie. De ce nombre sont les chapitres relatifs à Tétiologie, à la 
symptomatologie, aux complications en général, à la complication de 
l'affection calculeuse du foie avec l'affection goutteuse, la gravelle uri- 
que et la dialhèse rhumatismale, au diagnostic; tels sont encore les pa- 
ragraphes du traitement où il est question des remèdes ordinaires ou 
pharmaceutiques. La seule partie qui nous touche en ce moment c'est 
celle oti il s'agit de l'action des eaux minérales alcalines et particulière- 
ment de la cure de Vichy. C'est aussi celle qui est développée avec le 
plus d'amour et traitée avec le plus d'autorité par M. Villemin. L'auteur 
y étudie la résistance relative ou absolue des malades aux effets du trai- 
tement hydro-minéral, enseigne magistralement les effets habituels dti 
traitement de Vichy et en pose nettement les contre-indications. 

I^s principales propositions sont étayées d'observations ou d'exem- 
ples empruntés à la pratique personnelle de l'auteur. Ce livre riche de 
faits, sobre de vues théoriques, classique par les doctrines, sera consulté 
. avec fruit par tous les praticiens et fait honneur an savant inspecteur 
. a4jpmt€[as thermes de Vichy^ 



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. -^ BAPPORT OtNÉRAL 0S8 BAUX MUftftAUS* 293 

En conséquence des appréciations formulées ci-dessus, l'Académie de 
médecine a l'honneur, monsieur le Ministre, de soumettre à votre ap- 
probation la liste suivante des récompenses à décerner aux médecins 
hydrologues : 



RÉCOMPENSES PROPOSÉES PAR LA COMMISSION DES EAUX 
MINÉRALES (1872). 

Médaille d'or : 

M. le D' VuLEMiR, médecin inâpecteur adjoint à Vichy, pour son ouvrage im* 
primé sur les coliques hépatiques et leur traitement par les eaux de Vichy. 

Médailles ^argent : 

MM. Armibux, médecin principal des armées, pour son livre imprimé intitulé : 
Études médicales sur Barèges. 

— Casasse, médecin major, pour son ira?til manuscrit sur l'emploi des eaux 
de Bourbonne dans les traumatisme^ 

— Gubian, médecin inspecteur, pourson Rapport officiel sur rétablissement de 
Lamotte-les-Bains. 

— .Lbspiau, médecin major, pour son Mémoire manuscrit sur r action physiologi- 
que des eaux (fAméUe-les-Bains. 

Marbotin, médecin inspecteur, pour son rapport officiel et deux travaux ma- 
nuscrits sur les résultats du traitement thermal à Saint-Amand. 

— PÉRiBR, médecin inspecteur, pour soq Guide médical aux eaux de Bourbon- 
PArchambauU. 

— RouGÉ'RiEirroRT, médecin inspecteur, pour son Rapport officiel sur les eaux 
mxnkvdXtsàt Rennes- leS'Bains. 

Bappels demédailles d'argent : 

MM. AupHAN, médecin inspecteur, pour son Rapport officiel sur les eaux d'^x* 

— Ghabarnes, médecin inspecteur, pour son Rapport officiel sur les eaux dé Vais. 

MédaiUes^ de bronze : 

MM. BoNA, médecin inspecteur, pour ses deux Rapports, officiels sur les ther* 
mes d'Evaux. 

— Costa, médecin major pour son Rapport sur les eaux de Guagno (Corse). 

— GouGBT, médecin principal, pour son Rapport d'ensemble sur le service mé- 
dical de Bourbonne-leS'BainSp 

— TiciER, médecin inspecteor, pour son Rapport officiel sur les eaux dé Capàern. 



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294 mmaumm. — rapport oÉiniRAL des baux MmfiRjOBs. 



TABLEAU N» i. 

RÂPPOBTS BEÇD8 PAR l'aCADÉMIB POUR LA SAISON THBRMALE DB 1869. 



ÉTABUSSEBIENTS. 



Amélie-les-Bains {\ 869) 

Barèges (service militaire) 

Brides-les-Bains (i 869) 

Capvern 

Cauvalat(i869) 

Ck)ntrexéville (1869) 

Gusset, Etabliss. Ste-Marie (1869). 

Evauxn869) 

Luxeuil 

Rennes-les-Bains (1 869). ........ 

Saint-Amand 

Salies-de-Béarn (t 869) , 

Vichy (1869) 



DÉPARTEMENTS. 



Pyrénées-Orientales. 
Hautes-Pyrénées. 

Savoie. 
Hautes-Pyrénées. 

Gard. 

Vosçes. 

Allier. 

Greuse. 
Haute-SaOne. 

Aude. 

Nord. 
Bastes-Pyrénées. 

Allier. 



AUTEURS DES RAPPORTS. 



Génieys. 

Marturé. 

Laissus Gamille. 

Montagnau. 

E. Verdier. 

Debout. 

Gornil. 

Henri Bona. 

Delacroix. 

Gasaintre. 

Marbotin. 

Nogaret. 

Amable Dubois. 



•aImb tlkcraude de 16fO. 



Aix-les-Bains (1870) 

Amélie-les-Bains (service notaire). 
Ax 



Bagnères-de-Luchon . 
Bagnols-les-Bains. . . , 

Gapvern , 

Gharbonnières 

GontrexéTille 

Eaux-Ghaudes 

Evaux 

Gréoulx 

Guagno 

Lamalou 

Molitg-les -Bains 

Pougues 

Saint-Amand 

Saint-Ghristau , 

Saint-Sauveur 

Salies-de-Béarn 

Vichy 



Savoie. 
Pyrénées-Orientales . 

Ariége. 
Haute-Garonne. 

Lozère. 
Hautes-Pyrénées. 

Rhône. 

Vosges. 
Basses-Pyrénées. 

Greuse. 
Basses-Alpes. 

Gorse. 

Hérault. 
Pyrénées-Orientales . 

Nièvre. 

Nord. 

Basses-Pyrénées. 

Hautes-Pyrénées. 

Basses-Pyrénées. 

AlUer. 



••IMB iherMale ém 18f 1. 



Vidal. 

Auphan. 

Lambron. 

Raynal de Tissoniëre. 

Ticier. 

Finaz. 

Debout. 

Lemonnier. 

Henri Bona. 

J.-B. Jaubert. 

Massoni. 

Privât. 

Picon. 

Logerais. 

Marbotin. 

Tillot. 

Gharmasson de Puylaval. 

Nogaret. 

Amable Dubois. 



Bains (1871) 

B>r.rbonne (service militaire). 

fiussang 

Enghien 

Guagno 

La Motle-les-Bains 

Rennes-les-Bains 

Salies-de-Béarn 

Vais (1860-71) 



VoMes. 
Haute-Marne. 

Vosges. 

Seine-et-Oise. 

Gorse. 

Isère. 

Aude. 

Basses-Pyrénées. 

Ardèche. 



BaiUy. 

Goujet, méd. princ. l'hélasse. 

Maison. 

De Puysaye. 

Gosta. 

Gubian. 

Rougé-Hieutort. 

Nogaret. 

Ghabannes. 



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«UBIiEB. 



RAPPORT GÉNÉRAL DES BAUX MINÉRALES. 



295 



TABLEAU N<» 2. 

TRAVAUX SP£CUUZ INDÉPENDAlfTS DU RAPPORT ANNUEL BT ADRESSÉS A l'ACAOÉMIE, A l'oCGASION 
DE LA SAISON THERMALE DE 1870, PAR LES MÉDECINS INSPECTEURS DBS ÉTABUSSEMENTS d'EAUX 
MINÉRALES. 



ÉTABUSSEMENTS. 


DÉPARTEMENTS. 


AUTEURS. 


TITRES DES TRAVAUX. 


Amélie-le8-Bain8(m0). 


Pyrénées-Orienteles. 


Henri Lespiau. 


Action physiologique des 
eaux tnermales sulfurées 
sodiques d'Amélie - les - 
Bains* 


Bourbonne - les - Bains 
(1871) 


Haute-Marne. 


Cabasse. 


De remploi de la médica- 
tion thermale dans le 
traitement des lésions 
traumaliques récentes , 
plaies d'armes à feu com- 
pliquées ou non de frac- 
tures. 










ou 








Documents nour servir à 
rhistoire des indications 
rationnelles de9 eaux de 
Bourbonne en particu- 
lier. 


Saint- Amand (1871).... 


Nord. 


Marbotin. 


Les plaies d'armes à feu 
traitées dans tous les 
temps aux eaux et boues 
thermales de St-Amand, 


Salies 


Basset-Pyrénées. 


F. GarrigoQ. 


Analyse de l'eau chlorurée 
sodique et bromo-iodurée 
de Salies. 




SaUe»-de-Béarn 


Idem. 


Nogaret. 


Du traitement des maladies 
nerveuses par les eaux de 
Salies-de-Béarn. . 



XXX. 



40 



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296 «UBIdBB. — RAPPORT GÉNÉRAL DES EAUX liUiÉRÂi^BS. 

TABLEAU N* 3. 

MOUVEMENT, EN MALADES ET EN NUMÉRAIRE, DES ÉTABLISSEMENTS d'EAUX MINÉRALES 
PENDANT LA SAISON THERMALE DE 1869, 



ÉTABUSSBUNTS. 



Amélie-les-Bains (1869). 
Barèges (service milit.}* 

Brides-les-Bains 

Gapvern 

Gauvalat 

Contrexé ville 

Gosset (EU Ste-Marie). 

Evaux 

Luxeuii 

Rennes-ies -Bains 

Saint-Amand 

Salies-de-Béarn 

Vichy 

Aix-les-Bains (1870).... 
Amélie-les-Bains (ser- 
vice militaire) 

Ax 

Bagnères-de-Luchon . . . 

Bagnois-les-Bains 

Capvem 

Charbonnières 

Gontrexéville 

Eaux-Gbaudes 

Evaux 

Gréoulx 

Goagno 

Lamalou 

Molitg-lea-Bains 

Poogues 

Saint-Amand 

Saint-Ghristau 

Saint-Sauveur 

Salies-de-Béam 

Vichy 

Bains (1871) 

Bourbonne (serv. milit) 
Bussang 

Enghien 

Guagno 

La Mothe-les-Bains .... 

Rennes-les-Bains 

Salies-de-Béarn 

VaU (1869-71) 



DÉPARTIISNTS. 



Pyrénées-Orient. 
Hautes-Pyrénées 

Savoie. 
Hautes-Pyrénées 

Gard. 

Vosges. 

AlUer. 

Greose. 

Haute-Sa6ne. 

Aude. 

Nord. 

Basses-Pyrénées, 

AUier. 



NOUES 

DU HALADIB 

PaytDli. Gratiib. 



2000 

» 

760 



3000 



190 

1189 

824 

5i8 

1396 

1500 

1 

617 



12 



150 
766 
140 

35 

23 
22 
46 
169 
300 



PRODUIT 

deU 
me M régie. 



30,000 » 
3,711 45 



36,680 
9,400 

18,000 
3,425 



ARGENT 

laissé 

dm le paji. 



400,000 

136,000 

> 

Kepeot 

être détermiiJ. 

350,000 

10,000 

54,000 

j» 

100,000 

» 

120,000 



«eieloii tkerauile 1890< 

Savoie. 



Pyrénées-Orient. 

Ariége. 
Haute-Garonne. 

Lozère. 
Hautes-Pyrénées 

Rhône. 

Vosges. 
Basses-Innées. 

Greuse. 
Basses-Alpes. 

Gorse. 

Hérault 

Pyrénées-Orient 

Nièvre. 

Nord. 
Basses-Pyrénées. 
Hautes- Pyrénées 
Basses-Pyrénées. 

AUier. 



MeMion tkermale 1S91. 



5000 


600 


lO' 


tO 


1000 


1500 


2882 


793 


» 


» 


2000 


200 


» 


» 


961 


12 


1473 


71 


567 


45 


» 


9 


200 


170 


1189 


90 


» 


» 


342 


35 


79 


19 


525 


» 


520 


70 


631 


» 


» 


» 



Vosges. 
Haute-Marne. 


518 


» 


4< 


)0 


Vosges. 


» 


» 


Seine-et-Oise. 


346 


610 


Gorse. 


U 


5 


Isère. 


431 


74 


Aude. 


1300 


200 


Basses-Pyrénées. 


701 


» 


Ardèche. 


2600 






AUTEURS 
DBS EAPPORTS. 



V. leubleau n" 1. 



98,509 » 


2,600,000 


» » 


» 


11,216 » 


60,000 


140,300 » 


2,000,000 


» » 


» 


9,600 » 


100,000 


» » 


» 


80,887 » 


280,000 


20,100 » 


298,050 


9,600 » 


55,000 


j» » 


» 


839 » 


9,000 


. ^^fr. 


230,000 


le frffnéUire. 




» » 


» 


» » 


75,000 


8,510 45 


22,000 


3,184 » 


» 


11,512 » 


180,000 


» p 


150,000 


» » 


» 



V. le Ubleau n* I. 



4,000 » 


35,000 


» » 


» 


Yeile de 


» 


i58,4S6 litres 




133,201 » 


200,000 


Sen. Bililaire. 


» 


1,640 30 


» 


18 à 20,000 


824,000 


7,000 » 


150,000 


180,000 » 


270,000 



V. leubleau n'* 1. 



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RAPPORT 

SUB 

LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS 

QUI ONT RÉGNÉ EN FRANGE PENDANT LES ANNÉES 4854 ET 186S 
Pmt m. Bwtk 

AU NOM D'UNE COMMISSION COMPOSÉE DE MM. BOUILLAUD, PRÉSIDENT, BRIQUET, 
DAYENNE, DE KEBKARADEC, J. GUÉBIN, MÉLIBB, BARTH, BAPPOBTBUB. 

ÉPIDÉMIE DE 1854 (I). 
ÉPIDÉMIOLOGIE. 

Cfoup «'«eU fénéml •» le «ébot et rezt«iiii«M «• ré»l«émte. 

Deux fois déjà, dans l'espace de douze anuées, le choléra-morbus 
avait envahi l'Europe et ravagé la France; nos populations commen- 
çaient à peine à se remettre des désastres de Tépidémie de 1849, dont 

(1) Parmi les documents parvenus à TAcadémie et relatife à l'épidémie de 1854, il en 
est quelques-uns écrits en firançais ou en langues étrangères et concernant divers pays ; 
mais les plus nombreux sont relatifs à la France, y compris l'Algérie, et c'est sur ces 
derniers surtout que porte l'analyse rigoureuse qui fait la base de ce rapport. 

Les uns ne consistent qu'en propositions sans preuves ni faits à l'appui, et conséquem* 
ment sans valeur, comme éléments d'un travail sérieux; d'autres ne sont que des idées 
spéculatives, des conceptions bizarres ou excentriques ; d'autres encore ont la préten- 
tion d'être des mémoires statistiques, mais n'inspirent absolument aucune espèce de 
confiance. 

De tous ces éléments, nous n'avons pu tenir aucun compte dans notre analyse. Beau- 
coup de pièces encore ne consistent que dans la mention de flûts isolés rapportés sans 
détails et sans commentaires. 

D'autres, en revanche, et en très-grand nombre, sont des rapports dignes d'attention, 
dont les uns, quoique sommaires, ont un cachet de vérité qui commande l'intérêt, et 
dont plusieurs sont des mémoires complets, des études sérieuses d'un vrai mérite. 



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298 BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS . 

M. Briquet vous a tracé l'histoire, lorsque de sinistres rumeurs signa- 
lèrent Timminence d'une invasion nouvelle : dès le milieu de Tannée 
1853, le fléau promenait ses ravages dans plusieurs contrées du nord 
de l'Europe; peu à peu le mal se rapprochait de nos frontières; le 22 
octobre il signalait sa présence, par un cas isolé, dans le département 



En retranchant tous les premiers groupes, comme ne pouvant servir à un travail d'en- 
semble digne de l'Académie, il reste environ 300 documents dont l'analyse soigneuse 
fait la base à ce rapport. 

Nous signalons ici les auteurs dont les mémoires nous ont paru les plus méritants : 

MM. les Docteurs : 



Jacques, de Lure (Modèle d'enquête); 

H. Gintrac, de Bordeaux; 

Bocamy, de Perpignan; 

Boursier, de Creil (Observations météo- 
rolog., carte); 

Masson, de Mirecourt (Statistiques nom- 
breuses, cartes topographiques) ; 

Martin Duclaux, de Villefranche (Haute- 
Garonne), (51 observations détaillées); 

Debrou, d'Orléans; 

Golson, de Commercy; 

Michel^ de Strasbourg (Recherches sur 
le sang, sur les matières intestinales). 

Heulard d'Arcy, de la Nièvre (Étude 
comparée des épidémies de 1S32, 49 
et 54); 

Penant, de Vervins; 

Gazaintre, de l'Aude ; 

Niobey, de Paris (en mission dans la 
Haute-Loire); 

Anthourd, du Vigan; 

Lafaye, de l'Hérault; 

Henry, de Vesoul (Épidémie de choléra et 
de suette, expériences sur la conta- 
gion); 

Foucart, de Paris (en mission dans la 
Haute-Marne et la Haute-Garonne); 

Bouchet, de Lyon ; 

Millot, de Gambrai ; 



Via], de Saint-Étienne; 
Huette, de Montargis; 
Vaillandet, de Gray; 
Madin, de Verdun. 

V. Guillemin, de Briey; 
Giraud, de Draguignan; 
Barret, de Garpentras ; 
Philippe, à Batna ; 
P. Rouet^ du Gard ; 
Ghevillon, de Vitry-le-François. 

Bucquoy, de Péronne; 
GalYy,de Toulon; 
Gastel, de la Charente -Inférieure; 
Armieux, de Calvi (Corse) ; 
Noirot, de Dijon ; 
Germain, de Poligny; 
Nève,de Bar-le-Duc; 

Vergue, de Paris (en mission dans la 
Haute-Marne). 

Lecadre, du Havre ; 

Rolhureau^ de Paris (en mission dans la 
Meuse); 

Crousse, des Vosges ; 

Durand, de Chartres ; 

Thiberge, de la Haute-Marne (Carte inté- 
ressante sur la propagation du choléra) ; 

Jobert, de Guyonvelle. 



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BJJRTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 299 

deFÂisne (1); dès le 7 novembre il était à Paris, et, dans le courant 
de décembre, il frappait quelques coups dans les départements de Seine- 
et-Oise (1 2) , de l'Yonne (3 cas) et de la Moselle (1 cas) . Mais, après avoir fait 
un millier de victimes, presque toutes dans le département de la Seine, il 
sembla s'éteindre complètement dans les premiers mois de Tannée 1854. 
Ce ne fut toutefois qu'un répit de courte durée : dans le courant du 
mois de mars, le fléau se ranima surtout à Paris. 



(1) Date de rapparition du choléra dans les 

1 Aisne 22 octob. 1853. 

2 Seine. 7 nov. 

3 Seine-et-Oise 4 d6c. 

4 Yonne 5 — 

5 Moselle iS — 

6 Oise 18févrierl854. 

7 Meupthe 23 — 

8 Eure 31 mars. 

9 Haut-Rhin 4 avril. 

10 Aube 10 — 

1 1 Seine-et-Marne 16 — 

12 Nièvre 17 — 

13 Vendée 27 — 

14 Meuse. •... 28 — 

1 5 Haute-Marne 5 mai. 

16 Morbihan 5 — 

17 Marne 8 — 

18 Seine-Inférieure. ... 11 — 

19 Haute-Saône 17 — 

20 Pas-de-Calais 20 — 

21 Côte-d'Or 22 — 

22 Loiret 26 — 

23 Nord 26 — 

24 Vosges 28 — 

25 Somme 1^'juin. 

26 Vaucluse 7 — 

27 Eure-et-Loir 9 — 

28 Gard 9 — 

29 Loire-Inférieure 10 — 

30 Bouches-du-Rhône.. 15 — 

31 Hérault 19 — 

32 Ardennes 20 — 

33 Var 22 — 

34 Pyrénées-Orientales . 1 •' juillet. 

35 Rhône 4 — 



départements envahis. 

36 Aude 

37 Finistère 

38 Indre-et-Loire 

39 Saône-et-Loire ...... 

40 Jura 

41 Hautes-Alpes 

42 Doubs 

43 Bas-Rhin 

44 Deux-Sèvres 

45 Isère 

46 Puy-de-Dôme 

47 Charente 

48 Drôme 

49 Indre 

50 Aveyron 

51 Corse 

52 Ardèche 

53 Maine-et-Loire 

54 Basses-Alpes 

55 Gironde 

56 Charente-Inférieure. 

57 Haute-Loire 

58 Orne 

59 Loir-et-Cher 

60 Cher 

61 Ariége 

62 Haute-Garonne 

63 Ain 

64 Loire 

65 Tarn 

66 Tarn-et-Garonne. . . . 

67 Côtes-du-Nord 

68 Manche 

69 AlUer 

70 Basses-Pyrénées 



5 Juillet 1854. 

5 — 

5 — 

6 — 
8 — 

10 — 

10 — 

10 — 

11 — 

13 — 

14 — 

15 — 

15 — 

16 — 
19 — 

19 — 

21 — 

22 — 

23 — 

24 — 
28 — 
28 «- 
31 — 
l«août. 

2 — 

3 — 
3 — 
5 — 

7 — 
7 — 
7 — 

24 - 

11 octobre. 

20 — 

25 « (1) 



(1) Extrait des Documenté itatittiques publiés par M. Blondel. 



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300 



• — RAPPORT SUR LBS ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA* MORBUS. 



Dès la fin d'avril, 9 nouveaux départements se trouvaient envahis (1), 
10 autres étaient visités dans le courant du mois de mai (2) ; 9 en juin (3) ; 
25 en juillet (4) ; 9 durant le mois d'août (5), et 3 autres en octobre (6), 
de telle sorte que, dans le courant de l'année, l'épidémie avait envahi 
70 départements dans plusieurs desquels la maladie se prolongea pen- 
dant les premiers mois de 1855. 

En suivant le fléau dans sa marche et son extension géographique, 
nous le voyons entrer par le Nord, s'abattre aussitôt sur Paris, comme 
il l'avait déjà fait en 1832 et 1849, y concentrer à peu près ses ravages 
durant les deux derniers mois de l'année, en ne faisant que quelques 
victimes dans plusieurs départements voisins, notamment Seine-et-Oise 
qui entoure le département de la Seine, diminuer ensuite rapidement en 
janvier, et s'éteindre à peu près en février; puis, se réveillant à la fin de 
mars, il s'étend en surface en même temps qu'il augmente d'intensité, 
avec les chaleurs de l'été, et, dans son expansion successive, nous le 
voyons embrasser d'abord jusqu'au premier juin, toute la région nord- 



(i) Oise. 


Haut-Rhin. 


Meuse. 


Meurthe. 


Aube. 


Nièvre. 


Eure. 


Seine-et-Marne. 


Vendée. 


(2) Haute-Marne. 


Haute-Saône. 


Nord. 


Morbihan. 


Pas-de-Calais. 


Vosges. 


Marne. 


Côte-d'Or. 




Seine-Inférieure. 


Loiret. 




(3) Somme. 


Gard. 


Hérault. 


Vaucluse, 


Loire-Inférieure. 


Ardennes. 


Eure-et-Loir. 


Bouches-du-Rhône. 


Var. 


(4) Pyrénées-Orientales. 


Bas-Rhin. 


Ardèche. 


Rhône. 


Deux-Sèvres. 


Maine-et-Loire. 


Aude. 


Isère. 


Basses-Alpes. 


Finistère. 


Puy-de-Dôme. 


Gironde. 


Indre-et-Loire. 


Charente. 


Charente-Inférieure 


Saône-et-Loire. 


Drôme. 


Haute-Loire. 


Jura. 


Indre. 


Orne. 


Hautes-Alpes. 


Aveyron. 




Doubs. 


Corse. 




(5) Loir-et-Cher. 


Haute-Garonne. 


Tarn. 


Cher. 


Ain. 


Tam-et-Garonne. 


Ariége. 


Loire. 


Gôtes-du-Nord. 


(6) Manche. 


AUier. 


Basses-Pyrénées. 



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BABVH. — RAPPORT SUR LBS ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBDS. 301 

est delà France comprenant les 23 départements qui s'étendent depuis les 
côtes de la Manche jusqu'au versant sud-est des Vosges. Puis, dans le 
courant de juin, il envahit plus spécialement la région du sud compre- 
nant le littoral de la Méditerranée et la vallée du Rhône et de la Saône in- 
férieure, s'étend pendant le mois de juillet sur tout le versant français des 
Alpes et se propage un peu plus tard aux départements du centre compris 
dans Tes bassins de la Loire et de laGaronne, en frappant çà et là quelques 
localités baignées par les côtes de l'Océan et de la partie occidentale de 
la Manche, de manière à couvrir entin d'un vaste réseau presque toute 
la surface de TEmpire, en respectant à peu près complètement 16 dé- 
partements qui s'étendent presque sans interruption du nord au sud de 
la France, depuis le Calvados jusqu'aux Hautes-Pyrénées. 

Comparaison des départements envahis et préservés dans les trois épi- 
démies de 1832-49 et 54. — En jetant un coup d'œil comparatif sur 
les trois grandes épidémies cholériques de 1832, 49 et 54, sous le point 
de vue de leur extension en France, nous voyons que sur les 86 dé- 
partements de l'Empire 30 avaient été épargnés en 1832 (1), et 29 sont 
restés indemnes en 49 (2). 



(1) rAriége. 


FHérault. 


les Pyrénées-Orientales 


l'Aude. 


le Jura. 


le Bas-Rhin. 


rAveyron. 


les Landes. 


le Haut-Rhin. 


le Cantal. 


la Loire. 


le Rhône. 


la Corrèze. 


la Haute Loire. 


la Saône-et-Loire. 


la Corse. 


le Lot. 


la Sarthe. 


la Creuse. 


la Lozère. 


le Tarn. 


la Dordogne. 


le Puy-de-Dôme. 


le Tarn-et- Garonne. 


la Haute-Garonne. 


les Basses-Pyrénées. 


leVar. 


le Gers. 


les Hautes-Pyrénées. 


la Vauduse. 


(2) Ariôge. 


Isère. 


Pyrénées-Orientales. 


Aude. 


Jura. 


Rhône. 


Aveyron. 


Landes. 


Saône-et-Loire. 


Cantal. 


Loire. 


Tarn. 


Corrèze. 


Haute-Loire. 


Tam-et-Garonne. 


Corse. 


Lot. 


Var. 


Creuse. 


Lot-et-Garonne. 


Vauduse. 


Dordogne. 


Lozère. 


Vienne. 


Haute-Garonne. 


Basses-Pyrénées. 


Haute-Vienne (\). 


Gers. 


Hautes-Innées. 





(i) Diaprés les documents statistiqaes de M. Blondel. 



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302 BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 

En 1854 au contraire il u y en a plus que 16 d'épargnés par l'épidé- 
mie, savoir : 

Calvados. 

Cantal. 

Corrèze. 

Creuse. 

Dordogae. 

Gers. 

Sur ces 16 départements épargnés en 1854,6 avaient payé leur tribut 

TABLEAU DES DÉPARTEMENTS ENVAHIS OU ÉPARGNÉS DANS LES 8 ÉPIDÉMIES 

DE 1882, 49 ET 54. 



nie-et-VUaine. 


Mayenne, 


Landes. 


Hautes-Pyrénées 


Lot. 


Sarthe. 


Lot-et-Garonne. 


Vienne. 


Lozère. 


Haute-Vienne. 



Ain 32 49 54 

Aisne 32 49 53-54 

Allier 32 49 54 

Alpes (Basses-).. 32 49 54 
Alpes (Hautes ).. 32 49 54 

Ardèche 32 49 54 

Ardennes 32 49 54 

Ariége 54 

Aube 32 49 54 

Aude 54 

Ayeyron 54 

Bouch.-du-Rhôn. 32 49 54 

Calyados 32 49 

Cantal 

Charente 32 49 54 

Charente-Infér. . 32 49 54 

Cher 32 49 54 

Corrèze 

Corse... .. .... 54 

Côte-d'Or 32 49 54 

Côtes-du-Nord. . 32 49 54 

Creuse 

Dordogne 

Doubs 32 49 54 

Drôme 32 49 54 

Eure 32 49 54 

Eure-et-Loir.. .. 32 49 54 

Finistère 32 49 54 

Gard 32 49 54 

Garonne(Haute-). 54 



Gers 

Gironde 

Hérault 

Ule-et- Vilaine... 

Indre 

Indre-et-Loire... 

Isère 

Jura 

Landes 

Loire-et-Gher... 

Loire 

Loire (Haute-] . . . 
Loire-Inférieure. 

Loiret 

Lot 

Lot-et-Garonne.. 

Lozère 

Maine-et-Loire. . 

Manche 

Marne. » 

Marne (Haute-).. 

Mayenne 

Meurthe 

Meuse 

Morbihan 

Moselle 

Nièvre 

Nord 

Oise 

Orne 



32 49 54 
49 54 
32 49 
32 49 54 
32 49 54 
32 54 
54 

32 49 54 

54 

54 

32 49 54 

32 49 54 

32 

32 49 54 
32 49 54 
32 49 54 
32 49 54 
32 49 
32 49 54 
32 49 54 
32 49 54 
32 49 53-54 
32 49 54 
32 49 54 
32 49 54 
32 49 54 



Pas-de-Calais... 
Puy-de-Dôme.. . 
Pyrénées (Bas.-). 
Pyrôn. (Haut.-). 
Pyrén. -Oriental. 

Rhin (Bas-) 

Rhin (Haut-).... 

Rhône 

Saône (Haute-).. 
Saône-et-Loire. • 

Sarthe 

Seine 

Seine-Inférieure 
Seine-et-Marne. 
Seine-el-Oise. • 
Sèvres (Deux-). . 

Somme 

Tarn 

Tam-et-Garonne 

Var 

Vaucluse 

Vendée. 

Vienne 

Vienne (Haute-). 

Vosges 

Yonne 



32 49 54 

49 54 

54 

54 
49 54 
49 54 
54 
32 49 54 
54 
49 
32 49 53-54 
32 49 54 
32 49 54 
32 49 53-54 
32 49 54 
32 49 54 
54 
54 
54 
54 
32 49 54 
32 
32 

32 49 54 
32 49 53-54 



Départements • 1832-49-54 
Envahis... 56 57 70 
Épargnés. 302916(1) 



(1) Docaments pabiiés par M. Blondei. 



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BARTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRÂ-MORBUS. 303 

dans Tune des deux épidémies antérieures ou dans les deux successive- 
ment : 

Ce sont : le Calvados frappé en 1832 et 40. 
Ille-et-Vilaine — en 1832 et 49 
Mayenne — en 1832 et 49 

Sarthe — en 49 

Vienne — en 1832 

Haute-Vienne — en 1832 

Sur les 70 départements envahis en 1854, il en est 21 qui avaient 
été épargnés en 1832 (1), il en est 17 qui avaient été épargnés en 1849 (2), 
il en est 16 qui avaient été épargnés dans les deux épidémies antérieures, 
savoir : 

Ariége qui a fourni. 1 1 ,226 décès. 

Aude — 4,830 — 

Aveypon — 312 — 

Corse - 220 — 

Haute-Garonne — 2,226 — 

Jura — 2,823 - 

Loire — 227 - 

Haute-Loire — 22 — 

Basses-Pyrénées — l*? — 

Pyrénées-Orientales — — 3,031 — 

Rhône — 298 — 

Saône-et-Loire — 931 — 

Tarn -- 1,241 — 

Tarn-et-Garonne — 17 — 

Var.. — 3,494 — 

Vaucluse — 2,341 — 

(1) Ariége. Loire. Rhône. 
Aude. Haute-Loire. Saône-et-Loire. 
Ayeyron. Puy-de-Dôme. Sarthe. 
Corse. Basses-Pyrénées. Tarn. 
Haute-Garonne. Pyrénées-Orientales. Tarn-et-Garonne. 
Hérault. Bas-Rhin. Var. 

Jura. Haut-Rhin. Vaucluse. 

(2) Ariége. Jura. Saône-et-Loire. 
Aude. Loire. Tarn. 
Aveyron. Haute-Loire. Tarn-et-Garonne. 
Corse. Basses-Pyrénées. Var. 
Haute-Garonne. Pyrénées-Orientales. Vaucluse. 
Isère. Rhône. 



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304 BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

Enfin, après Tépidémie de 1854, il reste 9 déparlements qui sont de- 
meurés jusque-là complètement indemnes, savoir : 

Cantal, Dordogne. Lot. 

Corrèze. Gers. Lozère. 

Creuse. Landes. Hautes-Pyrénées. 

En résumé, sur les 70 départements envahis en 1854 il en est 16 qui 
jusqu'alors avaient échappé aux atteintes de l'épidémie, et sur lesquels 
sept ont fourni chacun plus de 2,000 victimes, et d'autre part sur les 16 
départements épargnés en 1854, il en est 6 qui avaient payé leur tribut 
antérieurement, un dans l'épidémie de 49 seulement, deux dans celle 
de 1832et trois autres dans celles de 1832 et de 1849. 

Mode dévolution et phénomènes précurseurs de F épidémie. — Con- 
sidéré d'une manière générale au point de vue de son évolution dans 
une contrée, le choléra-morbus a présenté, en 1854 comme dans les 
autres épidémies, quelques notables différences. Dans un certain nom- 
bre de localités, divers troubles de la santé publique, notamment des 
dérangements intestinaux, ont précédé la manifestation du choléra. 

Ces troubles constituaient-ils une ébauche du mal qui devait bien- 
tôt éclater dans toute sa force, une période d'incubation de l'épidémie, 
dont le germe déjà déposé demanderait quelque temps pour prendre 
tout son développement ? Ou bien ne faut-il considérer ces troubles que 
comme des conditions sanitaires habituelles pendant les ^chaleurs de 
Tété et qui prédisposaient les populations à contracter le choléra dès que 
le mal arrivait au milieu d'elles par importation ou de toute autre ma- 
nière ? 

Plusieurs rapports disent que bien des fois, en effet, le choléra-mor- 
bus est apparu d'emblée avec tous ses caractères, sans que la santé pu- 
blique présentât des modifications pouvant être considérées comme des 
prodromes de l'épidémie cholérique. 

Ainsi, dans l'arrondissement de Mirecourt, dit le docteur Masson, la 
santépublique n'était pas manifestement altérée avant l'invasion de l'é- 
pidémie, qui sévissait avec violence dans des départements voisins. Le 
choléra ne s'était même pas fait précéder de la cholérine, son avant-cou- 
reur, lorsqu'il éclata tout à coup avec plus d'intensité qu'en 1832 
et 1849. 



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• — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 305 
Allares de l'épidémie considérée dans loii mode dUiiTasioii) son Intensité. 

Mode cT invasion d'une localité. — De grandes différences ont été d'ailleu rs 
observées au point de vue de la lenteur et de la bénignité deTinvasion du 
choléra dans une localité ou de la promptitude et de la violence de son 
irruption et du nombre proportionnel de ses victimes. Dans quelques lo- 
calités, l'épidémie a eu comme de la peine à sedévelopper : àunpremier cas 
en succédaient d'autres à des intervalles plus ou moins éloignés, et la pro- 
portion des atteintes restait pendant quelques semaines peu considérable. 
Dans d'autres localités, l'épidémie s'est abattue comme un ouragan : une 
première attaque était promptement suivie d'atteintes nouvelles qui se 
multipliaient avec rapidité et faisaient en peu de temps de nombreuses 
victimes. 

Violence relative de répidémie. — Proportion des atteintes. — La 
proportion des atteintes comparativement au chiffre de la population a 
été du reste très-variable. Telle localité ne fournit que quelques rares 
décès sur un petit nombre d'atteintes ; telle autre est plus que décimée. 
C'est ainsi que dans la commune d'Aubepierre (Haute-Marne) une po- 
pulation de 896 habitants a compté 340 malades, et 1 06 décès, c'est-à-dire 
une victime sur moins de 9 habitants. 

M. le docteur Madin dit de son côté qu'il « pourrait citer plusieurs 
villages de l'arrondissement de Verdun où la population a été plus que 
décimée en 6 semaines, en un mois, et même en 14 jours. » 

Dans 22 communes de la Haute-Saône, où le choléra-morbus a régné 
pendant les mois de juillet, août et septembre, au rapport de M. le doc- 
teur Michel, en ne tenant compte que des personnes ayant gardé le lit 
plus de trois jours, on compte 1 malade sur 4 habitants. La mortalité 
comparée au nombre des malades est de 1 mort sur 5 environ, et sur 
350 cholériques il n'y a eu que 75 guérisons. 

Parmi les endroits les plus cruellement frappés figurent en première 
ligne deux établissements hospitaliers : la maison d'aliénés de Cler- 
mont-Ferrandqui, dans l'espace de 51 jours, compta 56 décès (presque 
le quart de la population), portant principalement sur les gâteux; 
et la maison centrale d'Âniane, dont l'histoire rappelle celle du péni- 
tencier de Tours en 1849 : ainsi le 1*' jour, sur 720 détenus, 4 sont 
frappés et 2 succombent; le 2'' jour on compte 60 atteintes et 12 décès; 



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306 BA»TH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

du 3* au 6* jour, 84 attaques et 66 décès ; du 6* au 1 1* jour, 54 atteintes 
et 52 décès, tellement qu'à la fin de Tépidémie plus du tiers de la popu- 
lation est frappé, et sur 295 malades 179 succombent. 

Durée de F épidémie^ chiffre des décès dans les divers départements. 
— Dans les diverses régions envahies, l'épidémie s'est comportée très- 
différemment tant au point de vue de sa durée (1) que dn chiffre général 



(i) 



DURÉE DE l'Épidémie dans les 70 départements envahis. 



1 Seine 13 mois 23 Jours. 

2 Aisne 13 — 3 — 

3 Yonne 12 — 26 -« 

4 Seine-et-Oise 12 — 25 — 

5 Moselle 12 — 9 — 

6 Meurthe lo — 7 — 

7 Oise 10 — 2 — 

8 Haut-Rhin g — 26 — 

9 Eure 7 — 25 — 

10 Morbihan 7 — 25 — 

H Seine-et-Marne 7 — . 21 — 

12 Aube 7 — 16 — 

13 Meuse 7 «. 9 __ 

14 Vendée 7 ~ 9 — 

15 Marne 7 — 5 — 

16 Pas-de-Calais 7 — 4 — 

17 Nièvre 6 — 27 — 

18 Nord 6 — 17 — 

19 Eure-et-Loir 6 — 13 — 

20 Haute-Saône 6 — 11 — 

21 Côte-d'Or 6 — 7 — 

22 Bouches-du-Rhône. 6 — 5 — 

23 Loiret 6 — 4 — 

24 Seine-Inférieure.... 6 — » — 

25 Vosges 5 — 27 — 

26 Finistère 5 — 25 — 

27 Aude 5 — 21 — 

28 Loire-Inférieure.... 5 — 20 — 

29 Hérault 5 — 19 — 

30 Somme 5 — 17 — 

31 Charente 5 — 10 — 

32 Doubs 5 — 4 — 

33 Jura 5 — a — 

34 Cher 4 — iiS — 

35 Var 4 — 20 — 



36 Indre-et-Loire 4 mois 25 jours. 

37 Pyrénées-Orientales. 4 — 25 — 

38 Haute-Marne 4 — 23 — 

39 Tarn 4 — 21 — 

40 Gard 4 — 19 — 

41 Bas-Rhin 4 -. 15 — 

42 Maine-et-Loire 4 — 14 — 

43 Indre 4 ^ 13 — 

44 Drôme 4 — 12 — 

45 Isère 4 «. 12 — 

46 Ardennes 4 — 10 — 

47 Ariége 4 — 9 — 

48 Côtes-du-Nord 4 «- 7 — 

49 Saône-et-Loire 4 — 7 — 

50 Rhône 4 — 5 — 

51 Vaucluse 4 — 5 -« 

52 Charente-Inférieure 4 — 4 — 

53 Corse 3 — 27 — 

54 Gironde 3 -« 26 — 

55 Pny-de-Dôme 3 — 26 — 

56 Haute-Garonne 3 — 24 — 

57 Ardèche 3 — 13 — 

58 Loire 3 — 4 — 

59 Orne 2 — 29 — 

60 Loir-et-Cher 2 — 28 — 

61 Tarn-et-Garonne.. . 2 — 24 — 

62 Basses-Alpes 2 — 22 — 

63 Hautes-Alpes 2 — 20 — 

64 Ain 2 — 16 — 

65 Aveyron 2 — 14 — 

66 Allier 2 — 11 ~ 

67 Manche 2 — 11 — 

68 Haute-Loire 2 — 9 — 

69 Deux-Sèvres 1 — 25 — 

70 Basses-Pyrénées.... 1 — 5 — 



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BARTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBDS. 307 

des décès (1 ) . Sous ce double rapport, c'est Paris qui a eu le triste privilège 
d'être au premier rang. Dans le département de la Seine, en effet, la 
maladie, commençant en octobre 1853 et ne s'éteignant qu'en décembre 
1854, a duré plus de 13 mois et causé plus de 1 1 ,000 décès. Dans pres- 
que tous les autres départements au contraire, l'épidémie n'a duré en 
général, au moins avec un peu de violence, que de trois à cinq mois, et il 



(1) 



NOMBBE DBS DÉCÈS DANS LES 70 DÉPABTEMENTS ENVAHIS. 



i Seine il,520 

2 Ariége 11,226 

3 Haute-Marne 10,653 

4 Haute-Saône 9,882 

5 Meuse 8,510 

6 Vosges 6,066 

7 Bouch.-du-Rhône. 5,848 

8 Marne 5,590 

9 Aude 4,830 

10 Côtes-d'Or 4,409 

11 Meurlhe 4,398 

12 Yonne 4,022 

13 Var 3,494 

14 Aube ,... 3,100 

15 Pyrén.-Orien taies. 3,051 

16 Moselle 2,880 

17 Jura 2,825 

18 Gard 2,495 

19 Hérault 2,456 

20 Vaucluse 2,341 

21 Haute-Garonne.. . 1,226 

22 Seine-et-Marne... 2,214 

23 Aisne 2,052 

24 Pas-de-Calais .... 1 ,708 

25 Nord 1,522 

26 Haut-Rhin 1,485 

27 Isère 1,320 

28 Finistère 1,248 

29 Tarn 1,241 

30 Seine-et-Oise 1 ,221 

31 Doubs 1,104 

32 Bas-Rhin 1,070 

33 Char.-Inférieure.. 1,023 

34 Loire-Inférieure . . 1 ,0 1 6 

35 Ardennes 1,008 



36 Drôme 982 

37 Basses-Alpes 965 

38 Somme 962 

39 Saône-et-Loire ... 931 

40 Nièvre 913 

41 Loiret 839 

42 Gironde 800 

43 Oise 790 

44 Ardèche 558 

45 Indre 521 

46 Seine-Inférieure . 521 

47 Hau te- Alpes 493 

48 Cher 359 

49 Aveyron 312 

50 Rhône 298 

51 Charente 272 

52 Morbihan 230 

53 Loire 227 

54 Corse 220 

55 Eure-et-Loir 214 

56 Indre-et-Loire. .. 182 

57 Puy-de-Dôme 1 68 

58 Ain 106 

59 Eure 99 

60 Maine-et-Loire ... 83 

61 Côtes-du-Nord.. . 79 

62 Vendée 74 

63 Loir-et-Cher 52 

64 Orne 41 

65 Allier 39 

66 Manche 27 

67 Haute-Loire 22 

68 Basses-Pyrénées . . 17 

69 Tarn-etGaronne . 17 

70 Deux-Sèvres 11 



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308 BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBDS. 

D'en est que 7 dans lesquels le chiffre total des victimes ait dépassé 5,000. 
Ce sont, dans Tordre du nombre des décès, TAriége qui a donné ( 1 1 ,220), 
la Haute-Marne (10,653), la Haute-Saône (9,882), la Meuse (8,510), les 
Vosges (6,066) les Bouches- du-Rhône (5,848) et la Marne (5,590), 

Dans 15 autres départements la mortalité a varié entre 4,000 et 2,000 ; 
dans 12 elle a oscillé entre 2000 et 1000, et dans les 35 autres elle s'est 
abaissée de 900 à une dizaine seulement de cas mortels. 

Si le département de la Seine a fourni le chiffre le plus élevé de 
victimes, ce n'est pas lui cependant qui a eu la plus grande mortalité 
proportionnellement à sa population. Sous ce dernier rapport 16 départe- 
ments ont été plus maltraités que la Seine. Ce sont, en première ligne, 
TAriége qui en 4 mois a donné 1 décès sur 23 habitants, la Haute- 
Marne qui en compte 1 sur 25, la Haute-Saône qui en fournit 1 sur 35, la 
Meuse 1 sur 38, puis les Pyrénées-Orientales, TAude^ la Marne, les Vos- 
ges, les Bouches-du-Rhône, TAube, TYonne et la Côte-d'Or qui donnent 
1 victime sur 60 à 100 têtes ; enfin la Meurthe, leVar, Vaucluseet le 
Jura, qui comptent 1 décès sur 100 à 120 habitants, tandis que la Seine, 
malgré ses 11^520 morts, n'a fourni qu'un décès sur 123 après avoir 
duré 13 mois entiers. 

Les deux tableaux précédents, extraits du beau rapport de M. Blon- 
del (1), donnent la durée de l'épidémie dans chacun des départements 
envahis et le chiffre des décès dont l'addition s'élève pour toute la 
France à plus de 142,000, chiffre supérieur à celui de la mortalité gé- 
nérale des épidémies de 1849 et de 1832. 

Immunité relative des lieux fortement éprouvés dans les épidémies anté- 
rieures. — Les particularités que nous avons signalées plus haut pour les 
départements envahis ou épargnés dans une ou plusieurs des trois grandes 
épidémies, ont été fréquemment observées dans les localités diverses d'un 
département, d'un arrondissement et même d'un canton, dans le cours 
de l'épidémie de 1854. Ainsi certains endroits ont été plus ou moins 
frappés après avoir déjà fourni un contingent de victimes plus ou moins 
considérable dans Tune ou l'autre des épidémies antérieures. Cette répé- 
tition d'épidémies successives, plus fréquente dans les villes populeuses 

{\)J)ocament8 statistiques et administratifs concernant l* épidémie de choléra de 1854, Paris, 
Imprimerie impénale, MDCGCLXU. 



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BABVH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 309 

au milieu de grandes agglomérations d'hommes, a été maintes fois aussi 
constatée pour de petites localités. 

Par opposition, plusieurs rapports signalent, au milieu d'une contrée 
envahie, une immunité relative en faveur de certaines localités fortement 
atteintes dans Tune ou l'autre des épidémies antérieures, tandis que 
d'autres, précédemment épargnées, ont payé, en 1854, un large tri- 
but à la maladie ; ainsi : dans Tarrondissement de Briey, Homécourt 
et Jœuf, décimés en 1849, ne présentent aucun cas de choléra en 1854 
(V. Guillemin), et dans la ville d*Âuxerre le choléra qui, en 1846, 
avait exercé de cruels ravages dans les vieux bâtiments de l'asile des 
aliénés, en touchant à peine la ville, a sévi avec intensité, en 1854, sur la 
population urbaine, en épargnant presque complètement l'asile (docteur 
Giraud). 

Préservation de certaines localités^ de certains établissements. — 
Au rapport de M. le docteur Colson, dans l'arrondissement de Com- 
mercy, universellement envahi en 1854 par le choléra et la suette, 
le village de Baudremont a été seul exempt de l'une et l'autre de ces 
deux maladies, « heureux privilège dont on chercherait vainement l'ex- 
plication dans la nature du terrain ou dans la situation de cette localité. » 

Dans les Basses* Pyrénées, dit le docteur Bocamy, plusieurs établisse- 
ments ont joui d'une immunité complète; la prison de Prades, la mai- 
son d'arrêt de Perpignan, le couvent du Bon-Pasteur, le collège et plu- 
sieurs autres établissements publics ; « une seule maison d'éducation a 
été atteinte et M. le docteur Bocamy en cherche l'explication dans sa po- 
sition au milieu d'un quartier qui a été un des foyers de l'épidémie. » 

Le docteur Pages (du Gard) rapporte, à son tour, que «les grandes usi- 
nes de lagrande-Combe, de Portes, de Thamarisdans la vallée du Gardon , 
et de Bességes dans la vallée de la Gèze, qui réunissent toutes une grande 
population d'ouvriers, ont été entièrement à l'abri du fléau. » Il est très 
à regretter que le docteur Pages n'ait pas recherché les causes de cette 
immunité. 

Enfin sur 107 individus prenant les eaux sulfureuses d'Enghien, dit 
M. le docteur de Puisaye, il n'y a eu aucun cas de choléra; un seul a 
été pris d'une cholèrioe grave. 

Rouen aussi a peu souffert comparativement à sa population, et, quoi- 
que le choléra en 1854 s'y soit prolongé de mai en novembre, il n'a fait 



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310 BARVH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

qu'une seule victime le premier mois; 5 dans le second; 13 dans le troi- 
sième ; 33 dans le quatrième ; 23 dans le cinquième ; 23 dans le sixième ; 
9 dans le septième et dernier mois, en tout 107 décès pour une popula- 
' tion de plus de 100,000 têtes. 

Enfin il est des localités qui, jusqu'à ce jour au moins, ont presque 
échappé à toutes les épidémies ou n'en ont été que très-légèrement ef- 
fleurées, sans qu'il soit possible de saisir les causes de cette immunité. 

Pour ne citer qu'un exemple parmi les cités populeuses, la ville de 
Lyon a joui d'une immunité assez remarquable, quand on considère 
l'étroitesse et la malpropreté de ses rues, la hauteur exagérée des maisons, 
le manque d'eau courante et les mauvaises conditions hygiéniques d'un 
grand nombre de ses habitants. 

Complètement épargnée en 1832, à peine effleurée en 1849 (les sta- 
tistiques ne donnent que 56 décès), Lyon n'a eu, en 1854, qu'environ 600 
malades sur lesquels les 3/5 à peu près ont succombé. C'est peu de chose 
assurément pour une population de plus de 250,000 habitants. 

Cette immunité relative, M. le docteur Bouchet l'explique parles cou- 
rants atmosphériques qui, suivant le cours des deux rivières avant leur 
jonction, convergent à Lyon et y entretiennent une ventilation constante 
en deux sens différents, laquelle balaye et disperse les émanations dont 
l'air peut être le véhicule. 

PATHOLOGIE. 

Caraetères eoselttlels du ekoléra de 1964k comparé à ceax de 188^ et 40. 

Considéré dans ses manifestations morbides, le mal indien s'est 
montré, en 1854 comme en 1832 et en 1849, sous forme de cholérineel 
de choléra confirmé; la cholérine caractérisée par des selles liquides, 
abondantes, repétées coup sur coup, suivies le plus souvent d'un prompt 
retour à la santé; — le choléra, proprement dit, commençant le plus 
souvent aussi par des évacuations liquides, suivies bientôt de vomisse- 
ments et de tous les autres symptômes caractéristiques et se terminant 
le plus souvent par la mort. 

A en juger par les descriptions qui relatent les phénomènes de la ma- 
ladie, le choléra-morbus a présenté, en somme, dans l'épidémie de 1854, 



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— RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉR A-MORBUS . 3 H 

la même physionomie que dans les épidémies antérieures; un certain 
nombre de rapports seulement signalent çà et là quelques différences, 
de valeur secondaire, et qui ne détruisent pas l'identité d'une maladie 
apparaissant partout semblable à elle-même, et constituant une entité 
morbide parfaitement définie. 

Mais avant d'étudier le choléra dans ses caractères pathologiques, di- 
sons un mot de la période qui précède, chez l'individu qui va être 
atteint, l'explosion delà maladie et de l'heure à laquelle apparaissent le 
plus habituellement les premières manifestations qui en signalent le 
début. 

Incubation. — Et d'abord y a-t-il une période d'incubation individuelle 
et quelle en est la durée; en d'autres termes, combien de temps se passe- 
t-il entre le moment oîi la cause morbigène, quelle qu'elle soit, pénètre 
dans l'organisme vivant , et celui où se déclarent les premiers symp- 
tômes? 

Un petit nombre de rapports seulement soulèvent cette question in- 
téressante et l'on conçoit qu'elle est généralement difficile à résoudre au 
milieu des populations placées sous des influences dont la venue ou le 
développement ne s'annonce par aucun signe manifeste. 

On ne peut, en effet, l'élucider que dans les deux conditions suivantes : 

1^ Par les malades frappés autour d'un premier cholérique venu de 
loin dans nn pays oti la maladie n'existait pas encore. — 

Mais conclure de ces faits, c'est admettre implicitement! a contagion 
encore en litige. 

H" Par les cas de choléra développés chez des personnes venues d'une 
contrée saine au milieu d'un foyer cholérique. — Parmi les individus 
placés dans ces conditions et atteints par la maladie, les uns sont frappés 
dans l'espace de 24 heures, les autres ne le sont qu'au bout d'un certain 
nombre de jours qui varie de 2 à 8. — Le terme le plus ordinaire 
nous a paru être d'environ 4 jours. 

M. le docteur Raimbert, d'Eure-et-Loir, donne, pour la durée de 
l'incubation, le tableau suivant de 63 observations : 

De quelques heures à i jour. \ 1 cas. 

De 2 à 4 jours. 35 — 

De 5 à 7 — << — 

De 8 à 12 — 6 — 

XXX. 42 



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312 BABTH. — RAPPORT SUR LBS ÉPIDÉMIBS DB GHOLÉRA-MORBUS. 

Les données de ce tableau concordent avec les résultats de l'expérience 
générale d'après laquelle la période d'incubation ne dépasse pas ordinai- 
rement huit jours ; mais il montre aussi que, dans quelques cas excep- 
tionnels, celte période pendant laquelle le mal couve dans l'économie vi- 
vante peut dépasser ce terme. 

Ainsi M. le docteur Padioleau cite quelques faits d'après lesquels la 
période d'incubation aurait duré 8 et 10 jours. Un homme est pris de 
choléra dans les premiers jours de septembre; il guérit. Huit jours après 
sa femme est atteinte et succombe; dix jours plus tard c'est la fille et 
enfin une sœur qui tombent malades à leur tour. 

Moment de la journée où le choléra débute le plus souvent. — 
Quant au moment d'explosion le plus habituel des accidents morbi- 
des, plusieurs rapports signalent ce fait, généralement observé dans les 
différentes épidémies, que, soit sous forme de cholérine, soit sous forme 
de choléra, le mal débute le plus fréquemment dans la nuit, dans une 
proportion que plusieurs des médecins dont nous avons analysé les tra- 
vaux estiment aux 8/10 des cas. 

Cela est*il dû, comme le pensent quelques-uns, à cette circonstance 
que ce sont les heures où s'accomplit la digestion intestinale du repas 
le plus copieux de la journée ; ou cela dépend-il du non-renouvelle- 
ment de l'air ou bien encore de l'immobilité du corps, circonstances qui 
ont pour effet de faciliter l'explosion du mal? 

Mode dévolution de la maladie chez les individus. — Les mêmes diffé- 
rences qu'a présentées ['épidémie en général dans son mode d'évolution, 
se développant avec lenteur et modération dans une localité, avec vio- 
lence et rapidité dans une autre, se sont retrouvées, en 1854 comme 
précédemment, dans la maladie considérée chez les individus en particu- 
lier : tantôt l'explosion du choléra est brusque; tous les symptômes 
caractéristiques se succèdent avec rapidité et, dans l'espace de quelques 
heures, la maladie se termine d'une manière funeste. 

C'est surtout au début et dans le fort de l'épidémie que l'on observe 
cette évolution rapide qui constitue les cdi% foudroyants. 

Ces cas sont du reste considérés dans la plupart des rapports comme 
exceptionnels, et plusieurs auteurs déclarent n'en avoir jamais observé 
d'exemple. Beaucoup plus souvent, au contraire, l'évolution du mal est 
plus lente à s'accomplir et le développement des accidents les plus graves 



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BARTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 313 

est précédé par une diarrhée de quelques heures à plusieurs jours, dé- 
signée sous le nom de diarrhée prémonitoire et que nous aimons mieux 
appeler diarrhée prodromique ou initiale. 

Prodromes de la maladie ; diarrhée initiale , prodromique. — Cette 
diarrhée est en effet, dans Timmense majorité des cas, le seul signe 
véritablement précurseur d'une explosion plus complète de la ma- 
ladie. 

Les borborygmes, la perte de Tappétit, un état de malaise, d'abatte- 
ment et d'inquiétude, signalés par plusieurs rapporteurs, ne sont consi* 
dérés par d'autres que comme les effets de la terreur qu'inspire la venue 
ou la simple approche d'un mal si mystérieux dans son origine et si 
grave dans ses conséquences. 

Dans un grand nombre de cas, cette diarrhée est restée le fait uni- 
que, la seule manifestation morbide de l'influence épidémique, cédant, 
après un temps variable, soit à une médication opportune, soit aux 
simples prescriptions de l'hygiène. 

Mais souvent aussi elle a persisté plus ou moins longtemps malgré 
tous les efforts de la médication la plus énergique, et plus souvent en- 
core elle a été fatalement suivie de tous les autres symptômes du cho- 
léra, dont elle a ainsi constitué le phénomène initial le plus saillant et 
le plus généra). 

Sur 112 rapports qui notent spécialement la diarrhée initiale, 4 en affir- 
ment simplement l'existence ; 2 la signalent comme constante sans excep- 
tion; 2 autres la mentionnent aussi comme constante, en ajoutant quel- 
ques restrictions sur sa durée et sur sa valeur ; 2 autres énoncent qu'il n'y 
a pas eu de cas d'emblée, que jamais le choléra n'a été foudroyant ; 43 rap- 
ports signalent la diarrhée comme habituelle (14) ou comme à peu près 
constante (29) ; 17ne notent que de rares exceptions, quelques cas peu 
nombreux de choléra dits foudroyants. Un autre énonce que la diar- 
rhée prémonitoire s est montrée dans les 9/ 1 des cas. Plusieurs rapports, 
spécifiant davantage , signalent Tuu (docteur Perrochaud à Boulogne) 
2 exceptions seulement sur 426 décès ; l'autre 2 exceptions douteuses sur 
79 malades; un troisième 6 cas sans prodromes sur environ 1,800 ma- 
lades ; un quatrième 3 cas d'emblée sans autre détail ; un cinquième 
12 cas de choléra foudroyant sur 100; deux autres ne mentionnent que 
2 exceptions sans donner le chiffre proportionnel des malades. 



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314 BABVH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBDS. 

Selon deux rapports, la diarrhée prémonitoire n'aurait existé que dans 
les 3/4 ou dans la moitié des cas. 9 rapports seulement signalent 
des exceptions un peu fréquentes : le docteur Pietra Santa en énonce 2 
sur 12 ; le docteur Bouvier dit avoir observé 12 cas de choléra sans pro- 
dromes sur 45 malades. Mais rappelons que dans des communes voisi- 
nes de ce même département (Haute Saône), le docteur Bertrand dit 
avoir observé que la diarrhée initiale était constante. Un seul rapport 
signale des «exceptions nombreuses» ; et un seul auteur émet l'idée que 
Timporlance de la diarrhée préexistante a été exagérée. 

En résumant en deux groupes les données qui précèdent, nous trouvons 
97 rapports sur 112 qui signalent la diarrhée initiale comme constante 
ou comme le fait le plus général ; — 15 rapports seulement admettent 
des exceptions qui ne se sont d'ailleurs rencontrées nulle part en assez 
grand nombre pour infirmer cette proposition que, dans la très-grande 
majorité des cas, le choléra est précédé pendant quelques heures à plu- 
sieurs jours d'une diarrhée qui doit donner l'éveil et dont le traitement 
immédiat pourrait prévenir le développement des phénomènes les plus 
graves et réduire ainsi de beaucoup le chiffre delà mortalité. 

Choléra sec. — Quant au choléra sec, 10 rapports seulement sur 235 
signalent un ou plusieurs cas mortels dont quelques-uns d'ailleurs sont 
présentés comme douteux. 

M. le docteur Giraud, de Draguignan, sur plus de 800 cholériues et 
140 cas de choléra confirmé, n'a observé qu'un seul cas de choléra sec. 
Il s'agit d'un conducteur des messageries entre Draguignan et Toulon 
où sévissait l'épidémie, et la maladie était caractérisée par « des envies de 
vomir continuelles, une réfrigération complète, une sueur visqueuse gé- 
néralement répandue sur le corps, le froid glacial de la langue, la 
cyanose et la disparition du pouls. Le malade a échappé à la mort 
sans que la réaction ait été franche, et sa convalescence a été inter- 
minable. » 

M. le docteur Chapelet, de Neufchateau (Vosges), rapporte également 
un cas de choléra sec observé à Vrécourt : o tous les symptômes, dit-il, 
semblaient se résumer dans l'algidité et la cyanose. Le patient 
présentait un faciès morne et silencieux, une voix éteinte, un amai- 
grissement général immédiat, l'œil excavé profondément, avec un lé- 



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BARTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 315 

ger cercle bleuâtre autour des orbites, un refroidissement glacial, 
Tanéantissement complet du pouls ; pas de vomissements ni d'évacua- 
tions alvines. » 

Voici encore un exemple que M. le docteur Ânthouard croit pou- 
voir donner comme un cas de choléra sec : « une femme de 40 ans, 
habitant le Yigan où l'épidémie ne sévissait que d'une manière isolée, 
fut prise au mois de septembre, sans cause appréciable, et pendant la 
nuit, d'un état frigorique tel que tous les moyens, tant internes qu'ex- 
ternes, mis en usage pour la réchauffer, furent inutiles; cet état d'algi- 
dité, sans autres symptômes cholériques^ se prolongea deux jours et 
deux nuits, après lesquels la malade expira, complètement cyanosée. 
Dans ses derniers moments, elle devint aphone. » 

Eu6n M. le docteur Gintrac avu « des individus être pris brusquement 
d'un froid général, d'une anxiété épigastrique atroce, de crampes, et 
mourir en quelques heures. Ils n'avaient eu soit au début, soit dans le 
cours de la maladie, m vomissements ni diarrhée, d Ces cas, dit-il, ont été 
surtout constatés dans les mauvais jours de l'épidémie. 

Les faits précités sont-ils réellement de nature à entraîner la convic- 
tion ? — Nous inclinons à penser que plusieurs des cas présentés, dans 
la science, comme des exemples de chloréra sec, ne sont que des erreurs 
de diagnostic. 

SymptèBàM. — Quoi qu'il en soit de ces faits exceptionnels, le dévoiement 
est, de tous les symptômes du choléra, le plus constant, le plus impor- 
tant, et, dans l'immense majorité des cas, il est le premier dans l'ordre 
de leur apparition ; Tiennent ensuite les vomissements, les crampes, la 
cyanose, l'affaiblissement progressif du pouls et le refroidissement des 
extrémités. 

Tel a été le choléra dans toutes les épidémies antérieures, tel il s'est 
montré dans celle de 1854, ne présentant, selon les auteurs des rapports 
reçus par l'Académie, que quelques différences d'ensemble et de détail 
très-peu importantes. 

Dans quelques localités il s'est présenté plus intense et plus grave que 
dans les épidémies antérieures. Un peu plus souvent, au contraire, il est 
signalé comme moins accentué qu'en 1849, moins caractéristique et moins 
intense que dans les autres épidémies ; ou bien il ne présentait pas le carac- 
tère foudroyant qu'il avait en 1849 et surtout en 1832; mais ses allures 



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316 BABVH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

étaient plus insidieuses; et, en somme, sa gravité définitive était la 
môme. 

Comme détail, ici les déjections ont paru moins abondantes; là, les 
selles riziformes ont fait quelquefois défaut ; ailleurs les matières alvines 
présentaient une odeur souvent infecte. Plusieurs auteurs ont examiné les 
évacuations cholériques : M. le docteur Julien, de la Haute-Saône, a trouvé 
les déjections alcalines, albumineuses ; M. Charles Monot (du même dé- 
partement) a trouvé les vomissements acides, et les matières fécales alca- 
lines. Selon M. Martin Duclaux, de la Haute Garonne, (des déjections 
étaient neutres aux papiers réactifs, contenant de Talbumine et donnant, 
par Tacide sulfurique, un précipité rose, analogue à lacide rosacique. On 
y a aussi trouvé du chlorure de sodium » . M. le docteur Michel de Stras- 
bourg y a constaté, au microscope, « beaucoup de cellules épithéliales 
coniques plus ou moins altérées. » 

Les crampes signalées par plusieursauteurs comme très-violentes, très- 
douloureuses, ou plus fréquentes qu'en 1849, sont notées par d'autres 
comme ayant été moins communes et moins marquées que dans les épidé- 
miesprécédentes. La cyanose et ralgidité,notées cà et là comme prononcées 
et rapides, ont paru, dans quelques localités, moins fréquentes et moins pro - 
noncées qu'aux époques antérieures. Selon quelques auteurs, les sueurs et 
Thaleine étaient fétides ; le corps du malade exhalait une odeur infecte, une 
odeur de putréfaction cadavérique. Selon M. Charles Monot, les urines 
étaient alcalines et contenaient quelquefois de l'albumine. 

La réaction, variable dans quelqueslocalités, généralement douce et mo- 
dérée dans quelques autres, a été plus souvent difficile, incomplète ou 
bien excessive, et fréquemment suivie d'une terminaison funeste. La forme 
de la réaction la plus habiluelle était caractérisée par la prédominance 
des phénomènes typhoïdes et ces accidents étaient souvent suivis de 
mort. 

Plus rarement la réaction affectait la forme comateuse, ou bien se ca- 
ractérisait par la prédominance des phénomènes de congestions célébrale 
ou pulmonaire. Dans cette deuxième période les selles ont été quelque- 
fois sanguinolentes, et, selon le docteurMichel, de Strasbourg, l'urine ren- 
due par les malades, comme celle trouvée dans la vessie après la mort, dans 
le période de réaction, a toujours renfermé de l'albumine. Il en a été de 
même chez les individus atteints pendant la convalescence. 



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— RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS, 317 

M. le docteur Paris, de Gray, signale parmi les phénomènes clinique- 
ment observés, un notable développement du foie qui aurait présenté 
jusqu'au double et au triple de son volume naturel. 

Lombrics. — Une des particularités les plus fréquemment signalées 
dans nos rapports, c*est la présence de vers lombrics entraînés le plus 
souvent par Tanus avec les selles, beaucoup plus rarement rejetés par la 
bouche avec les matières vomies. Sur 22 rapports qui mentionnent 
cette coïncidence, un seul note les lombrics comme rares et sans impor- 
tance ; six autres rapports mentionnent le fait simplement, sans indi- 
cation de fréquence relative; 15 signalent les lombrics comme plus ou 
moins fréquents, plus communs que dans les autres épidémies, tellement 
qu'on les rencontrait « dans les deux tiers des cas » , « chez presque tous 
les malades ou au moins chez la plupart des cholériques gravement 
atteints. » 

La présence des lombrics n'est en effet pas rare chez les malades de 
la campagne. C'est ainsi qu'à Paris on Tobserve souvent dans la fièvre 
typhoïde chez les ouvriers venus depuis peu de la province; ils n'ont 
d'ailleurs point paru exercer d'influence marquée sur la marche du 
choléra. 

MaUdies eoexistanies^ «nette. — L'épidémie cholériquc de 1854 est 
surtout remarquable par la fréquence de la suette régnant concurrem- 
ment avec le choléra, dans un grand nombre de départements. Tantôt 
la suette, précédant l'invasion du choléra, est apparue comme le pro- 
drome, comme « Vavant-garde » ou l'avant-coureur du fléau indien. 
Ailleurs elle l'a devancé et accompagné en persistant encore quelque 
temps après lui. Dans plusieurs endroits les deux épidémies ont mar- 
ché de front, la suette accompagnant le choléra dans toutes ses phases. 

Le plus souvent les deux affections suivaient leur cours indépen- 
damment l'une de l'autre. D'autres fois on les a vues se succédant chez 
le même individu, et, pour quelques observateurs, la préexistence de la 
suette semblait une prédisposition au choléra qui s'en trouvait aggravé, 
en ce qu'il s'implantait sur des organismes déjà éprouvés, tandis que, pour 
d'autres, la première de ces deux affections n'influençait pas la seconde 
d'une manière fâcheuse. Quelques rapporteurs même ont cru voir dans 
la suette un incident plutôt heureux que nuisible : selon M. le docteur 
Martin Duclaux, de Villefranche (Haute-Garonne), la suette miliairepou- 



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318 BARTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

vail être considérée comme «une protectrice puissante, une véritable vac- 
cine qui préservait du choléra tous ceux qui l'avaient subie;» et un autre 
observateur rapporte que, dans la commune de Villiers-sur-Authie, qui a 
été très-malt rai tée par le choléra, l'épidémie cessa parsuite d'améliorations 
apportées aux conditions hygiéniques et «sous l'influence heureuse du dé- 
veloppement d'une suelte.» Quoi qu'il en soit de l'action réciproque de ces 
deux maladies, la fréquence de leur apparition simultanée est un fait 
assez remarquable. 

90 rapports signalent la coexistence de ces deux affections dans 90 loca- 
lités ou groupes de communes réparties entre 21 départements : 35 fois 
dans la Haute-Saône ; — 12 fois dans la Haute-Marne; — 7 fois dans 
l'Aube et la Meuse ; — 6 fois dans la Moselle ; — 3 fois dans la Garonne; 
— 2 fois dans l'Hérault, le Jura, la Somme et l'Yonne, 1 fois dans TA- 
riége, les Hautes-Alpes, les Ardennes, la Côte-d'Or, le Nord, l'Oise, le 
Pas-de-Calais, les Pyrénées-Orientales, le Var et les Vosges. 

Cette coexistence si commune des deux affections épidémiques a 
fait considérer par plusieurs auteurs le choléra et la suette comme deux 
maladies essentiellement liées l'une à l'autre ; le docteur Racine a cru 
pouvoir appeler la suelte «le choléra de la peau » ; et, selon le docteur 
Madin, « la suette qui accompagne le choléra aurait la même origine 
que lui, et l'on pourrait la considérer comme un choléra retourné où le 
molimen^ au lieu de s'exercer sur le canal intestinal, se porterait à la 
peau. » Enfin pour M. le docteur Bucquoy, de Peronne, cette affection ne 
serait ni la suette miliaire, ni une forme particulière de choléra, mais 
une crise salutaire et une transformation heureuse de cette maladie, un 
effort curateur suscité par la nature pour débarrasser l'organisme du 
principe morbide qui produit l'intoxication cholérique, une suette cri- 
tique en un mot. 

Épiptaénomènefl. — Lcs épiphénomèues les plus ordinaires observés 
dans le cours de la deuxième période du choléra sont : la diphthérite 
buccale et pharyngienne au déclin de la maladie, les parotides, et le 
gonflement des glandes sous-maxillaires et des ganglions inguinaux. 

Dans le canton d'Amance, 20 cas des plus graves auraient abouti, 
selon M. le docteur Letellier, à une heureuse terminaison par suite d'in- 
flammations glandulaires considérables. 



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-— RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CH0LÉRA*liORB0S. 319 

M. le docteur Michel^ sur 361 malades atteints de choléra, a noté 
5 fois la parotide, 4 fois la rétention d'urine, 2 fois la pneumonie, 
1 fois la gangrène en masse de l'extrémité supérieure du vagin et de la 
portion saillante du col de la matrice. 

Muwke. — Quant à la manière dont la maladie parcourt ses phases, 
chez les divers individus frappés, nous avons déjà vu plus haut, en par- 
lant de la diarrhée initiale, que le plus souvent le choléra se développe 
graduellement en commençant par le dévoiement qui précède d'un ou 
plusieurs jours la manifestation des accidents les plus graves ; mais que 
souvent aussi cette diarrhée, qui constitue en quelque sorte une première 
période, aboutit promptement au choléra confirmé, et que, dans quel- 
ques cas enfin, heureusement assez rares, le mal éclate d'une manière 
foudroyante, et atteint en quelques heures tout son développement. 

 en juger par les différents rapports que nous avons analysés, si, 
dans certains endroits, l'évolution des accidents morbides a semblé 
moins complète que dans les autres épidémies, ailleurs le début a paru 
plus brusque et le cours du mal plus rapide, aboutissant tantôt à une 
convalescence plus courte, tantôt à une sidération promptement 
funeste. 

Dans quelques localités à influences palustres (comme dans l'tle 
d'Oléron), la maladie a présenté dans son cours quelques phénomènes 
de périodicité, de telle sorte que son caractère la rapprochait des accès 
de fièvre pernicieuse. 

En quelques endroits le choléra-morbus a coexisté avec la fièvre 
paludéenne ; ailleurs on a cru voir un antagonisme entre le choléra, 
les fièvres intermittentes et les autres épidémies. 

Bvrée. — La durée de la maladie a été, comme dans toutes les épi- 
démies antérieures, infiniment variable. Dans les cas graves, terminés 
par la mort, surtout au début et dans la période croissante de l'épidémie, 
au rapport de plusieurs observateurs, il s'écoulait quelquefois à peine 
un espace de 6 à 8 heures entre le début et la terminaison funeste. Se- 
lon le docteur Jacquez, le choléra dans sa forme grave a eu dans Tar- 
rondissement de Lure, une durée moyenne de 1 2 heures ; et la mort 
est survenue généralement plus vite chez les enfants et les vieillards. 
Plus souvent cependant les malades n'étaient emportés qu'au bout de 24, 
36 et 48 heures. 

XXX. 43 



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320 BARVH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-liORBUS. 

Dans toutes ces morts promptes^ la vie s'éteignait pendant la période 
algide. Quand, au contraire, la réaction avait été obtenue, la mort n'a- 
vait lieu qu au bout de plusieurs jours dans Tétat comateux, et même 
au bout d'un terme plus long, dansTélat typhoïde. 

Chez les malades guéris, le retour à la santé était quelquefois accom- 
pli en 48 heures, dans les cas légers, en 3 ou 4 jours pour les cas moyens, 
quand la réaction obtenue vite, restait douce et modérée; dans le cas, 
au contraire, de réaction incomplète, ou excessive, le rétablissement se 
faisait souvent attendre un ou deux septénaires. 

coMTsieMienee. — Dans presquo tous ces cas, et chez plusieurs mala* 
des, quelle qu'ait été d'ailleurs la durée du choléra, la convalescence 
était longue, pénible, troublée par des douleurs de forme rhumatismale, 
et chez bon nombre d'entre eux un état de débilité plus ou moins mar- 
quée persistait longtemps après la maladie. 

Que de malades en effet nous avons vus après les grandes épidémies, 
qui faisaient remonter l'altération de leur santé au choléra dont elles 
avaient été atteintes plusieurs années auparavant. 

BeckutM. — Les rechutes ne sont pas rares dans la convalescence du 
choléra, et plusieurs rapports les signalent comme fréquentes, surve- 
nant sous l'influence surtout des écarts de r^ime et presque toujours 
funestes. Le choléra s'éloigne sous ce rapport des fièvre éruptives graves 
qui ne présentent à peu près jamais une nouvelle poussée après une 
première explosion de variole, de rougeole ou de scarlatine ; et il se 
rapproche davantage de la fièvre typhoïde qui présente quelquefois une 
recrudescence constatable anatomiquement, par la présence, dans l'in- 
testin grêle, de plaques saillantes en partie gangrenées, à côté d'autres 
plaques ulcérées et déjà en voie de cicatrisation. 

BécidiTM. — Contrairement aussi à ces maladies de nos pays qui ne 
frappent qu'exceptionnellement deux fois le même individu, une pre- 
mière atteinte de choléra ne préserve pas d'une récidive après complet 
rétablissement dans le cours de la même épidémie, ni d'une deuxième 
atteinte dans une épidémie subséquente. Plusieurs rapports mentionnent 
ces récidives. 

« Nousavons vu, dit le docteur Guillemiu, de Briey, dans le délai de trois 
semaines,un individu atteint trois fois par le choléra, guérir les deux pre- 
mières foiset succombera la troisième. »> « Unaulre individu a été atteint 



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BABVH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CflOLÉRA-MORBUS. 321 

deux fois par la maladie et s'est rétabli parfaitement. » a Nous n'avons 
pas appris, ajoute le docteur Guillemin, qu'aucun des individus at- 
teints en 1849 ait été frappé en 1854; »> et le docteur Jeannin dit aussi 
que dans la commune de Ghampvans, qui a fourni 162 cas de choléra, 
dont 80 mortels, aucun des individus atteints dans les épidémies anté- 
rieures n'a été frappé de nouveau. 

Mais les faits inverses ne manquent pas : M. le docteur Millot, du Gâ- 
teau, cite deux individus pris du choléra en 1854 qui avaient déjà été 
gravement atteints en 1849. M. le docteur Boursier, deGreil, mentionne 
trois malades qui ont eu le choléra dans ces deux épidémies et un qua- 
trième qui a été atteint en 1832, 49 et 54. Enfin le docteur Ghevance cite 
une personne quia guéri en 1832 et en 1849 d'un choléra cyanique 
grave et qui a succombé en 1854 à une nouvelle atteinte. 

Effets immédiats^ fâcheux^ heureux. — Outre les désastreux effets 
que le choléra produit chez les personnes qui en subissent l'atteinte, 
outre les nombreux individus dont il tranche la vie, ou dont il altère 
pour longtemps la santé, ce mal a encore d'autres fâcheuses conséquen- 
ces : ainsi il prédispose à l'avortement et tue Tenfant dans le sein de la 
mère. Selon le docteur Jobert, de Guyonvelle, l'avortement aurait tou- 
jours lieu à partir du 7^ mois de la grossesse (proposition trop absolue) ; 
et de deux femmes accouchées par lui et dont une seule a survécu, les 
enfants étaient morts, depuis peu de temps, et paraissaient « évidemment 
cyanoses. » 

Le docteur Passerini (de la Meuse) cite également une femme atteinte 
de choléra et qui accouche, à 8 mois, d'un enfant mort-né ; et, au rap- 
port du docteur Rotureau, il y aurait eu accouchement avant terme de 
toutes les femmes enceintes prises du choléra et même d'une cholérine 
intense, et toujours le résultat aurait été un fœtus privé de vie. Enfin les 
opérations césariennes, quoique pratiquées immédiatement après le 
décès de la mère, n'ont généralement amené que des enfants déjà morts. 

A côté de ces tristes conséquences on peut citer quelques cas exception- 
nels où le choléra-morbus a été suivi d'un effet salutaire. G'est ainsi 
que, par suite de grandes évacuations séro-alvines, on a vu des hydro- 
pisies du ventre disparaître promptement. 

Influence du choléra sur les autres maladies. — Quant à l'influence 
que le choléra-morbus a pu exercer sur les autres maladies et récipro- 



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322 BABVH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 

qpement, selon le docteur Demâiche, de la Haute-Saône, l'épidémie 
n'aurait eu aucune influence appréciable sur les afifections habituelles, 
et réciproquement celles-ci n'en auraient exercé aucune sur le choléra. 

Il est d'observation cependant que, lorsque le choléra règne dans une 
localité, il n'est pas rare de voir diminuer d'autres maladies. Selon le 
docteur Meizger, de Montbason, on n'aurait pas observé de maladies spo- 
radiques pendant l'épidémie. Dans la Haute-Saône la fiève typhoïde a 
été plus rare qu'en temps ordinaire. A Ëpernon, dit encore le docteur 
Durand, de Chartres, il y avait beaucoup de varioles avant l'apparition 
du choléra ;jt>^n(/an/ l'épidémie cholérique la petite vérole a entièrement 
disparu, pour revenir de nouveau après la cessation du choléra. 

Une maladie cependant a fait exception à cette règle ; c'est la suette 
miliaire, dont nous avons signalé, plus haut, la fréquente coïncidence 
avec le choléra-morbus dans l'épidémie de 1854. 

Phénomènes cadavériques; — altérations anatomiques. — Dans les 
diverses épidémies dont nous avons été témoin, on a noté quelques par- 
ticularités dignes de mention observées sur les cadavres des cholériques. 

Tel sonts la promptitude de la rigidité cadavérique et certains mou- 
vements qui se produisent après la mort. 

M. le docteur Racine, de la Haute-Saône, signale que, « surq nelques 
cadavres d'individus morts dans la période algide, on a vu des corps se 
réchaufiTer et des mouvements spontanés avoir lieu dans les membres 
inférieurs. » 

Les rapports envoyés à l'Académie ne fournissent que peu de rensei- 
gnements sur les altérations anatomiques trouvées après la mort ; et 
cela se comprend : les autopsies sont absolument impraticables dans les 
petites localités ; et, dans les lieux oii l'existence d'un hôpital rendait 
ces recherches possibles, il arrivait souvent que les soins à donner aux 
malades absorbaient tous les instants des médecins et ne leur laissaient 
plus le temps de faire des études sur le cadavre. 

Nous rencontrons cependant cà et là quelques indications sommaires 
que nous consignons ici brièvement : 

Dans quelques nécropsies faites à Brest, on a trouvé, en général, 
les caractères anatomo-pathologiques habituels, notamment la con- 
gestion des viscères. — Au rapport du docteur Daniel, o la rate était 
plutôt exsangue^ rapetissée. ») — Deux autopsies ont été faites à l'hô- 



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BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 323 

pital d'Alais : « les cadavres présentaient une roideur très-prononcée; 
la peau était foncée, de couleur bleuâtre, les yeux cernés, profondément 
excavés, ramaigrissement considérable. L'estomac contenait un liquide 
blanchâtre, riziforme ; un pareil liquide, ayant une teinte rosée, se 
trouvait aussi dans les intestins, surtout dans le côlon. Dans toute Té- 
tendue du tube digestif on voyait de petits corps blanchâtres, durs, du 
volume d'une grosse tête d'épingle. Toute la membrane muqueuse en 
était comme semée. La vessie était vide et rétractée; la rate était ra- 
mollie comme dans la fièvre typhoïde ; le cœur contracté contenait du 
sang poisseux; les poumons étaient flasques, gorgés de sang. » 

D'après M. le docteur Michel, « chez les individus morts dans la pé- 
riode algide, les globules sanguins, vus au microscope, avaient une 
couleur plus foncée, sensiblement identique dans le sang veineux et le 
sang artériel. C'est à cette altération que l'on doit rattacher ces colo- 
rations violacées, de différents tissus et de certaines régions, extrémités 
digitales, orbite, verge, oreilles, lèvres, arborisations intestinales, con- 
gestions pulmonaires, rénale, cérébrale.» 

U état poisseux du sang, ajoute M. Michel, est dû à la diminution du 
sérum et à l'adhérence plus grande des globules sanguins entre eux (1). 
« Les globules blancs du sang nous ont paru quatre fois plus nombreux 
qu'à l'état normal. » 

ÉTIOLOGIE. 

inflMMeM méiéoroio|^4a«9. — Satsons ks plus chargées. — Après avoir 
étudié le choléra dans ses manifestations directes, si nous passons à 
l'étude des conditions dans lesquelles l'épidémie est apparue, et des 
circonstances locales ou individuelles qui auraient pu favoriser le déve- 
loppement de la maladie, nous voyons d'abord, au point de vue des sai^ 
sons, que, dans presque tous les départements, c'est durant les mois de 
juin, juillet, août et septembre que le fléau a sévi avec le plus de vio- 
lence, et c'est dans le mois d'août que la mortalité a le plus générale- 
ment atteint le chiffre le plus élevé. 

(i) On a pu s'assurer de cet état de cohésion en faisant arriver, sous la plaque du mi- 
croscope, un courant de sérum ; sous cette influence, leur séparation n'était pas inmié- 
diate ; on voyait, avant cela, les globules s'allonger en ligne, s'étirer en fuseaux, etc. 



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324 BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

Par contre la maladie a généralement perdu de son intensité en au- 
tomne, et, dans plusieurs endroits, elle a complètement disparu à Tap* 
proche de Thiver. 

Température. — Dans ce fait, conforme d'ailleurs à ce que Ton a ob- 
servé dans tous les pays et dans toutes les épidémies antérieures, il 
est impossible de ne pas voir que la saison chaude et V élévation de la 
température habituelle sont des conditions qui favorisent le développe- 
ment du choléra, et la multiplication de ses atteintes. 

Cette influence des chaleurs de la saison d'été s'est aussi montrée 
nombre de fois dans les élévations accidentelles de la température. 

Pression atmosphérique. — Quelques observations barométriques 
faites Qà et là ne permettent de tirer aucune déduction de quelque 
valeur sur l'influence àe^ [dépression atmosphérique dans la production 
de l'épidémie. 

Dans l'arrondissement de Creil, le baromètre descendit à 746"" le 
jour de l'invasion du choléra, mais ensuite la plus grande proportion 
des cas correspond à la plus grande élévation du baromètre. 

Hygrométrie. — Relativement à l'état de sécheresse et d'humidité de 
l'air, M. le docteur Bocamy, qui a étudié avec soin ces conditions atmos- 
phériques, n'est arrivé qu'à des résultats contradictoires; on peut^ tout 
au plus, conclure avec l'auteur que l'état hygrométrique de l'atmosphère 
a une influence bien secondaire sur la production du choléra, et que 
l'humidité de l'air, considérée par quelques auteurs comme condition 
étiologique, se borne à provoquer dans l'organisme des modifications qui 
amènent un état d'atonie qui peut rendre les individus plus accessibles à 
l'influence cholérique. 

Électricité. — Quelques auteurs croient devoir faire intervenir Vélec- 
tricité parmi les conditions météorologiques qui ont influé sur la pro- 
duction de l'épidémie. « Je crois être dans le vrai^ dit le docteur Bour- 
sier, de Creil, en attribuant à l'électricité la perturbation générale de la 
santé en 1854, chez l'homme et chez les végétaux]; » mais il n'en donne 
aucune preuve, et il ajoute lui-même un peu plus loin, que pour la dé- 
termination de la cause spéciale du choléra, on ne trouve qu'une accu- 
mulation de circonstances que l'on cherche vainement à considérer comme 
étiologiques. 

Pourquoi, en effet, telle commune a-t-elle eu beaucoup de malades, 



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. •— RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 325 

(andis que la voisine n'en a pas eu, quoique placée dans des circonstances 
identiques? 

Perturbations atmosphériques. — Il n'en est peut-être pas de même 
des grandes et subites perturbations atmosphériques : les orages sont 
plusieurs fois notés comme ayant été suivis d'une recrudescence de l'é- 
pidémie, caractérisée soit par un brusque accroissement du nombre 
des atteintes, soit par une aggravation notable de la maladie. 

Ainsi à Bordeaux le choléra, se manifestant au commencement d'août, 
n'avait encore fait que 21 victimes à la fin de ce mois, et l'épidémie, 
qui marchait irrégulièrement jusqu'au 8 octobre, prit alors des pro- 
portions effrayantes après une chaleur excessive et un violent orage. 

Ainsi encore, à Chau mont (Haute-Marne), le 14 juillet, après un orage, 
le nombre des malades qui n'était, par jour, que de 6 à 8, fut, en quel- 
ques heures, porté à environ 50^ qui, presque tous, périrent partie dans 
les 24 heures, partie les jours suivants. 

Ozone. — Quant à l'influence possible de Vozone^ il en est peu ques- 
tion dans les rapports concernant l'épidémie de 1854. M. le docteur 
Poulet, de la Haute-Saône, qui a fait quelques recherches sur ce sujet, 
regarde comme peu fondée la prétendue influence de la diminution de 
l'ozone sur le développement du choléra. Il résulte en effet des observa- 
lions de ce médecin que la diminution de l'ozone pendant l'été et son 
existence en plus grande quantité pendant l'hiver, est un fait habituel. 
Et, c( si l'ozone, dit-il, diminue ou disparaît, comme on l'a avancé, 
pendant le règne du choléra, comment expliquer l'apparition si brusque 
et si grave du fléau à Toulouse et à Bordeaux, immédiatement après de 
violents orages, qui ont pour résultat, comme on le sait, d'accumuler 
l'ozone au sein de l'atmosphère par l'action de l'étincelle électrique?» 

Vents. — L'étude des vents au point de vue de leur influence sur 
le choléra dans les diverses localités envahies ne conduit à aucune 
déduction générale de quelque valeur. 

Dans les 65 rapports qui font mention des mouvements de l'atmo- 
sphère, on voit mentionner comme prédominants tous les vents de la 
rose géographique : le nord, le nord-est, Test, le sud-est, le sud, le sud- 
ouest, l'ouest et le nord-ouest. Souvent aussi les vents sont signalés 
comme variables ou comme ayant soufflé successivement dans des di- 
rections différentes et même quelquefois diamétralement opposées. 



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326 BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIBS DE CHOLÉRA-MORBUS. 

En partageant en 4 grodpes principaux les vents qui ont prédominé 
pendant l'épidémie, on trouve que les vents du nord et du nord-est ont 
soufflé 29 fois, les vents du sud et du sud-ouest ont soufflé 17 fois, ceux 
de Test et du sud-est ont soufflé 1 1 fois ceux de louest et du nord-ouest 
ont soufflé 11 fois aussi. 

Le plus souvent les rapports ne s'expriment pas sur l'influence que 
les vents auraient pu exercer, ou signalent des faits contradictoires j quel- 
ques-uns seulement semblent attribuer une action de cause à effet aux 
mouvements de l'atmosphère : 

Selon M. le docteur de Villan, d'Embrun, les lieux exposés au vent 
du nord-est ont été les plus atteints ; 

Suivant M, Jacquinot, de Jussey, l'épidémie se serait aggravée sous 
l'influence des vents du nord-ouest, du sud et du sud-ouest; 

Au rapport de M. Magitot, de Combeau fontaine, il y aurait eu éga- 
lement aggravation sous l'influence des vents du sud-ouest ; 

Selon M. Yaillandet, de Gray, le passage du vent du nord au sud aurait 
eu une influence défavorable; 

Pour M. le docteur de Courcelles, de Sens, au contraire, il y aurait 
eu amélioration sous l'influence du vent du sud; 

Et suivant M. Vergue, à Chaumont, les vents du nord et du nord-est 
faisaient diminuer l'épidémie; 

Selon M. le docteur Colson, dans l'arrondissement de Commercy, 
« l'épidémie s'est lancée sous l'influence simultanée d'un ciel nuageux et 
des vents d'ouest (qui sont d'ailleurs ceux qui régnent le plus habituel- 
lement dans le pays), et elle s'est arrêtée brusquement dès que le ciel est 
resté pur, dès que le vent d'est a donné, et que ces deux phénomènes 
météorologiques ont persisté. x> 

Mais si les vents n'ont pas semblé avoir d'influence sur la venue du 
choléra dans une contrée, ou sur sa disparition, ils ont paru dans 
plusieurs endroits avoir une influence réelle sur la propagation du 
mal à de courtes distances; et, dans ces conditions, les courants (ïair 
ont maintes fois été considérés comme un agent de Tex tension du 
fléau. 

C'est là un fait qu'on a surtout pu bien observer dans les villages : 
«Ayant vu, en 1849, dit le docteur Léger (Villersexel et Saint-Loup), 
une rue toute seule infectée sous le vent d'un cimetière où une cholé- 



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— RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉUA-MORBUS* 327 

rique apportée de 15 kilomètres avait été enterrée et cette seuler ue par- 
ticiper à l'épidémie avec les quelques maisons isolées sous le vent au- 
dessous d'elle, je recherchai des faits pareils (en 1854) et je retrouvai les 
mômes conditions. A Yillersexel , dans la cour dite du Parlement 
restée indemne, lorsqu'un cas s'y déclara, je désignai à l'avance les 
maisons qui allaient être frappées : c'étaient celles sous le vent de l'en- 
droit où Ton jetait les déjections du malade ; ma précision se justifia de 
point en point. » 

Au rapport du docteur Battandier, de la Charente-Inférieure (commune 
de Marennes), a pendant tout le temps qu'a duré l'épidémie à Maren- 
nés, elle régnait avec intensité à l'Ile d'Oléron située au nord-ouest de 
Marennes ; et chaque fois que ce vent régnait^ il y avait dans les villages 
atteints une recrudescence très-marquée; ce vent semblait nous apporter 
les émanations pestilentielles de TUe d'Oléron. » 

En résumé, de toutes les conditions atmosphériques, c'est l'élévation 
de la température qui parait avoir eu le plus d'influence sur le dévelop- 
pement et la multiplication du choléra. Mais cette influence n'est pas 
constante et absolue; et le docteur Guillemin, deBriey, rappelle que si le 
choléra s'est développé avec intensité, par une chaleur de 30 degrés 
centigrades (le 26 juillet), l'épidémie a persisté, quoique la température 
se fût abaissée à 14 degrés en août, et à 10 degrés en septembre, et n'a 
commencé à décroître que vers la fin de ce mois. 

Concours de circonstances atmosphériques et climatologiques. — Si au- 
cune condition météorologique considérée isolément ne peut rendre 
compte du développement du choléra, trouverait-on, dans un concours de 
circonstances f&cheuses, quelques éléments de solution de cet important 
problème ? 

Après avoir rappelé l'origine du choléra dans l'Inde, M. le docteur 
Henry, de la Haute-Saône, se demande si les modifications nom- 
breuses survenues dans les conditions atmosphériques et climatalo- 
giques de l'Europe, modifications manifestées, par exemple, par les ma- 
ladies des végétaux, ne doivent pas être prises en considération pour 
expliquer la facilité avec laquelle les miasmes indiens ont pu se dé- 
velopper et se multiplier en France. Enfin l'invasion étendue que le pays 
a subie aurait été occasionnée « par l'état de débilité des fluides de l'éco- 
nomie animale, résultat des produits du sol qui donnent la plupart des 
XXX. 44 



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328 BABin. — RAPPORT SUR LBS ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

signes non équivoques de maladie, et qui fournissent à Thomme une 
réparation insuffisante. » 

Fuite des hirondelles. — Devons-nous mentionner ici la prétendue 
émigration des hirondelles loin des lieux contaminés ? Le fait avancé par 
M. Dausse, ingénieur des ponts et chaussées à Grenoble, et communiqué 
à l'Académie des sciences par M. Élie deBaumont, est nié, par M. Im- 
bert Gourbeyre, de Clermonl-Ferrand, et traité de fable par M;le docteur 
Madin, de Verdun. Le docteur Bocamy dit aussi ne l'avoir pas constaté 
dans les localités des Basses-Pyrénées ravagées par le fléau. Cependant 
cette émigration des hirondelles et autres oiseaux est affirmée par plusieurs 
médecins : M. le docteur Jobert, de Guyonvelle, en a fait le sujet d'un rap- 
port spécial et se demande si cette fuite ne serait pas due à la présence 
momentanée, dans Tair, d'insectes nuisibles à ces oiseaux. 

M. le docteur Heulard, d'Ârcy, dit de son côté que dans les trois épidé- 
mies (1832-49 et 54) on a vu les oiseaux fuir les lieux infectés, o Cette 
fuite des oiseaux, ajoute-t-il, a été observée par tout le monde dans no- 
tre pays ; leur absence pendant l'épidémie ajoutait encore à la tristesse 
générale, b 

iBflueneM ^^Mkio^numy teUmri^mM. — Position géographique. — En 
nous reportant à ce que nous avons dit plus haut des régions envahies, 
nous voyons les contrées les plus diverses au point de vue AqX^wt position 
géographique frappées tour à tour, depuis les montagnes du nord-est de 
Vosges et les gradins des monts du Jura et des Alpes, jusqu'aux plateaux 
inférieurs et aux vallées qui aboutissent à la mer au nord, à Touestet au 
sud de la France, depuis les sommets des Pyrénées dans les départements 
del'Ariége, delà Haute-Garonne, de l'Aude, de l'Hérault et des Pyrénées- 
Orientales, jusqu'aux pentes qui se baignent dans le golfe du Lion; 
et, fait remarquable, ce sont quelques groupes de départements les plus 
élevés par leur situation géographique qui sont (avec Paris) les plus 
éprouvés, notamment laHaute-Saône, la Haute-Marne, dans le nord-est; 
les Hautes- et Basses-Alpes dans le sud-est ; l'Ariége, l'Aude et les Pyré- 
nées-Orientales dans le Midi, et l'Ile de Corse dans la Méditerranée. 

Constitution géologique du soi — Le choléra de i 854 s'est montré 
dans les contrées de constitutions géologiques les plus diverses, de forma- 
tion primitive, secondaire et de formation récente; simple ou de compo- 
sition variée ; sur le flanc des montagnes et dans les vallées, sur les pla- 



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— RAPPORT SDR LES ÉPIDÉBUES DE GHOLÉRA-MORBUS* 329 

teaux et dans les bas-fonds, sur des terrains secs et humides, sans ri- 
vières ou arrosés de nombreux cours d'eau, nus ou boisés, incultes ou 
cuItiTés. Les rapports particuliers signalent souvent (12 fois) des terrains 
bas, humides et marécageux ; mais souvent aussi les lieux envahis sont 
constitués par un sol granitique (5) ; calcaire sec, sablonneux; on couvert 
d'alluvion et arrosé de cours d'eaa (13); ailleurs c'est un terrain juras- 
sique (7) ; marneux (2) ; liaso-keupérien (1). Ici le sol est constitué par 
le lias (2), le grès des Vosges (1) ; là ce sont des terrains siliceux (1), 
argileux (1), carbonifères (2)*; ailleurs encore ce sont des régions sa- 
blonneuses (2), formées de galets et de qnartz (1), riches en minerai de 
fer ; fréquemment ce sont des terrains d'alluvion (6) ; souvent encore 
c'est nn sol de constitution variée (6), où se combinent en proportion 
diverse le calcaire et l'argile, la marne et le grès, l'argile, le sable et les 
alluvions. 

M. le docteur Nève donne des détails intéressants sur la constitution 
géologique du sol des localités envahies dans l'arrondissement de Bar- 
le-Duc. 

a Le sol de l'arrondissement, dit-il, appartient principalement à 
la formation jurassique: sur les 128 communes de l'arrondissement, 
70 reposent sur le calcaire portlandien; 23 sur un terrain calcaire mar- 
neux ; 15 sur une couche de gault ; 15 sur une couche du terrain néo- 
comien, 4 sur un terrain d'alluvion et 1 sur une couche de gneiss. 
Le choléra a sévi à peu près également sur tous ces terrains ; ainsi il 
s'est montré dans 55 communes sur les 70 qui sont situées sur le ter- 
rain portlandien ; dans 12 sur 15 communes qui sont situées sur le ter- 
rain néocomien ; dans 10 sur 15 communes qui sont placées sur le 
gault ; dans 14 sur 23 qui reposent sur le terrain marneux ; dans 4 com- 
munes sur 4 qui reposent sur le terrain d'alluvion ; dans plusieurs lo- 
calités, les différentes parties ont été inégalement éprouvées par la 
maladie. »> 

A Épinal le choléra s'est développé sur les terrains calcaires, et la par- 
tie située sur le grès vosgien est restée indemne. 

Dans l'arrondissement de Galvi, sur un sol granitique, la partie basse 
a été surtout atteinte. A Limoges, les quartiers situés sur la pente infé- 
rieure au bord de l'eau ont été seuls envahis. Dans l'arrondissement de 
Semur, Tépidémie a frappé surtout les terrains d'alluvion bas et humides. 



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330 BABTK. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBDS. 

Dans plusieurs communes de la Haute-Saône, les pays situés sur les ri- 
vières au milieu des marécages ont le plus souffert ; et, dans le canton de 
Jussey, les communes atteintes sont pour la plupart marécageuses et bas- 
ses, et les communes situées dans des positions opposées ont été gêné* 
ralement exemptes. 

Mais il y a aussi de nombreux faits contradictoires (8). Et dans l'ar- 
rondissement de Montargis, il est dit que le choléra-morbus a envahi les 
communes du nord-ouest situées sur un sol calcaire formant un pays 
plat, tandis que les pays bas et marécageux de Varennes ont joui d'une 
immunité complète. 

Topographie. — M. le docteur Jacquez, de Lure, résumant les données 
fournies par les commissions cantonales d'hygiène de l'arrondissement 
de Lure sur Tensemble des conditions que nous venons d'étudier, s'ex- 
prime de la sorte : « La topograohie faite en général avec soin dans les 
travaux parvenus au Conseil n'apprend rien (de précis) sur l'influence 
que les conditions locales ont pu avoir dans la marche de l'épidémie. On 
voit que les localités atteintes se trouvent dans des conditions topogra- 
phiques bien différentes, et souvent opposées : les unes sont sèches et 
élevées co^mQ^mix^ Montdoré, Grange-le-Bourg, Dampierre-les-Con- 
flans, Hautevelle; les autres occupent des bas-fonds^ des gorges étroites^ 
ou des plaines humides, comme Mignavillers, Anjeux, Brotte, Meur- 
court , Mailleroncourt , Charette, La Chapelle, Saint-Loup et Cor- 
benay. 

Le voisinage des forêts, des rivières, des étangs, n'a pas influé davan- 
tage : des communes qui avaient ce voisinage, d'autres qui ne l'avaient 
pas, ont été également atteintes ; tandis que bien d'autres, qui se trou- 
vaient dans les mêmes conditions que celles-ci, ont été respectées. 

Tous les nombreux terrains qui forment la surface de l'arrondisse- 
ment, depuis les granits et les porphyres de la montagne, jusqu'aux 
terrains modernes des plaines de Lure et de Saint-Loup, ont reçu la 
visite du choléra; dans tous aussi on trouve des localités qui ont été 
préservées. Tandis que le fléau allait chercher 25 à 30 victimes au fond 
des galeries souterraines des houillères de Champagney^ il respectait entiè- 
rement rétablissement des Salines et houillères de Gouhenans, qui était 
entouré de foyers épidémiques. 

« 11 faut reconnaître, cependant, que la partie montagneuse qui 



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BAKTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 331 

forme à p6u près le tiers de la superficie de rarrondissement, et qui 
est loin d'en être la plus saine, a été très-peu endommagée par l'épi- 
démie. A-t-elle dû cette immunité à son sol primitifs à ses forêts plus 
nombieuses, à ses eaux vives et pures ; à son éloignement des pre- 
miers foyers épidémiques, ou bien, enfin, à la disposition des habi- 
tations qui 7 sont beaucoup plus disséminées que dans le reste de 
l'arrondissement? C'est ce que le Conseil ne croit pas pouvoir 
décider. » 

Altitude. — En considérant spécialement V altitude comparative des 
localités envahies, nous voyons le choléra visiter les hauteurs les plus 
variées, depuis le niveau de la mer au Havre, à Marseille et à Ttle d*0- 
léron, jusqu'à 130 mètres d'altitude à Vitry (Meurlhe) et 250 mètres 
et plus à Dijon; depuis Poligny situé à 360 mètres, Commercy à 448, 
Langres à 475, Glamecy à 500, Saint-Élienne à 540, et Embrun à 800 
et 1,100 mètres, jusqu'à Saint-Véran (arrondissement deBriançon) situé 
à 2,000 mètres et la ré^on habitée la plus élevée de la France. 

Ainsi les pays de montagne ont été frappés comme les plaines, et les 
points les pltis élevés de l'Empire n'ont pas été prései*vés des atteintes 
du fléau. 

Mais s'il n'existe pas de région ni d'altitude absolument à l'abri du 
choléra, il est vrai cependant que les vallées sont plus favorables 
à son développement et à sa propagation, tandis que les monta- 
gnes lui sont réfraclaires ; et que, toutes choses ^ales d'ailleurs, les 
lieux élevés offrent comparativement plus de sécurité. « Nous avons vu , 
dit le docteur Germain, de Poligny, une foule d'habitants de la plaine 
se rendre, des rives du Doubs et de la Saône, dans les régions des sapins, 
sur les plateaux du Jura, élevés de 800 à 900 mètres au-dessus de la 
Méditerranée. Leur prévision n'a point été trompée : ces hauts gradins 
de l'amphithéâtre de nos monts eurent le privilège de n'avoir point été 
visités par cette maladie qui affligeait cruellement la première vallée, 
située à 600 mètres de hauteur, formée par des dépôts de marnes oxfor- 
diennes et d*alluvion récente que les rivières sans encaissement sub- 
mergent après les grandes pluies. Ce seul fait, ajoute le docteur Ger- 
main, témoigne que le miasme cholérique acquiert (aisément) une 
grande puissance d'activité dans les dépressions du sol d'ail uvion, foyer 
constant d'exhalations humatiles et d'hygrométricité, tandis qu'il se 



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332 BABm. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 

dissémine et perd de sa force léthifère, lorsqu'il arrive sur un sol aride ba- 
layé par les vents, sous l'action d'un air raréfié et plus frais, condition la 
plus essentielle de cette préservation. » 

Il est à remarquer aussi que dans une même contrée, comme dans une 
même ville, les parties les plus élevées sont en général moins maltraitées 
que les parties basses : ce fait est souvent mentionné dans les documents 
relatifs à l'épidémie de 1854. 

C'est ainsi que, dans le département de la Loire, Saint-Étienne, situé à 
plus de 540 mètres d'altitude, a été sensiblement moins maltraité que 
Rive-de-Gier, dont la hauteur n'est que de 250 mètres au-dessus du ni- 
veau de la mer. 

Dans l'arrondissement de Dijon (Côde-d'Or) au-dessous de 250 mètres 
la mortalité a dépassé 4 0/0 de la population, tandis que au-dessus de 250 
mètres cette proportion n'est plus que de 2 1/4 pour cent 

Dans le canton de Saint- Amance (Haute-Saône) on voit surtout les 
parties basses des villages ravagées. A Boulogne enfin c'est le bas Bou- 
lonnais qui est le plus maltraité par l'épidémie. 

Cependant cela n'a rien de constant et les documents que nous avons 
analysés fournissent nombre de faits contradictoires. 

Dans beaucoup d'endroits le mal atteint indistinctement des points 
de hauteurs variées ; ainsi, dans la commune d'Acheux, les coteaux et le 
bas-fond sont également envahis. 

Nous avons vu, dit le docteur Foucart, des villages situés sur des col- 
lines élevées, d'autres dans de profondes vallées, les uns situés sur des 
cours d'eau et inondés de sources, les autres sur des localités presque 
privées d'eau, être ravagés de la même manière par l'épidémie. 

Il y a plus ; c'est que, dans plusieurs endroits, ce sont les lieux les plus 
élevés qui ont été le plus frappés : ainsi on voit, dans la Haute -Saône, 
le choléra envahir la commune de Saulx qui domine toutes les vallées 
voisines ; 

Dans l'arrondissement de Commercy c'est à un maximum de 448 
mètres que le mal a le plus sévi ; 

Dans celui de Briey, le village d'Aubué, qui est l'entonnoir de tout le 
canton, ne présente que 10 cas de choléra, tandis que les villages d'Avielet 
Saint-Privat, tous deux fort élevés au-dessus des communes épargnées, 
sont décimés par le choléra ; 



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— - RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRÀ-KOfiBUS^ 333 

Dans le canton de la Ferté-sur-Amance (Haute-Marne), les villages 
placés sur les hauteurs ont été les premiers pris et les plus maltraités; 

Dans celui de Limoux (Aude) , les communes situées à plus de 1 50 mè- 
tres de hauteur ont plus souffert que celles de la plaine ; 

A Embrun, dans les Hautes- Alpes, ce sont les lieux les plus élevés 
qui ont été les plus attients; 

A Vannes, dans le Morbihan, c'est aussi un des quartiers les plus 
élevés qui acompte le plus de victimes, et à Sens, sur un coteau, ce sont 
les maisons situées le plus haut qui ont payé le plus lai^e tribut à la 
maladie. 

C'est que la question est complexe : que l'altitude relative d'une 
localité ou d'une partie de ville ne peut être considérée isolément ; 
et qu'il est d'autres circonstances accessoires et souvent plus importantes 
qui en font varier les résultats : ainsi, que la région inférieure soit 
occupée par les habitations les plus saines et les plus spacieuses tandis 
que les masures seront reléguées et accumulées sur le haut d'une col- 
line, c'est en haut que le mal trouvera les conditions les plus favorables 
à sa multiplication. Inversement, si c'est au haut de la colline qu'on 
trouve l'espace et le confortable des habitations, tandis que le fond de 
la vallée manque d'air ou avoisine un cours d'eau insalubre, c'est dans 
ces régions inférieures que la maladie fera le plus de ravages. 

Hjvitee des loeailiés. — L'influenco prépondérante des conditions 
hygiéniques du solel des habitations ressort en effet avec évidence de l'a- 
nalyse de nos documents : sur 108 localités où ces conditions ont été 
mentionnées, elles sont souvent (6 fois) notées conune médiocres ; et 
dans la grande majorité des cas (58 fois) elles sont signalées comme mau- 
vaises et insalubres; cinq fois on mentionne spécialement le voisinage 
de ruisseaux fangeux ou autres foyers miasmatiques. 

Dans un même canton, le mal atteignait de préférence les localités 
pauvres, et dans une même localité il sévissait avec plus de violence sur 
les quartiers misérables (à Bordeaux, au Havre), sur les rues les plus 
malsaines, sur les habitations les plus insalubres. 

Mais cette règle n'était pas non plus sans exception : nombre de rap- 
ports fournissent des faits contradictoires, et 10 fois les conditions 
hygiéniques locales sont notées comme satisfaisantes (4), bonnes (5) et 
même excellentes (1). 



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334 BAimi* — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA -MORBUS. 

Plusieurs localités plus ou moins atteintes n'étaient pas plus mauvai- 
ses que d'autres peu éloignées et respectées par l'épidémie; dans bon 
nombre d'endroits le fléau frappait également les bonnes comme les 
mauvaises parties. 

Il ne manque même pas d'exemples où les villages les mieux situés, 
les quartiers les plus safubres, les mieux aérés, ont été plus parti- 
culièrement maltraités. Ainsi, dans l'arrondissement de Carpentras, 
Valleron, village bien percé et aéré, bâti sur un petit tertre au milieu 
d'une plaine riante et fertile, et peuplé d'habitants en général très- 
aisés, a eu jusqu'à 12 décès par jour, avec une population réduite par 
l'émigration à moins de 1,000 âmes. A Flayosc, arrondissement de Dra- 
guignan, « les quartiers propres, aérés, ont été décimés; les 6/7 des 
malades sont morts dans la plus belle et la plus riche partie de la ville. » 

Par contre, plusieurs rapports signalent des pays malsains plus ou 
moins préservés. Et le docteur Heulard, d'Arcy, cite plusieurs localités 
marécageuses complètement épargnées du choléra, quoique proches 
d'autres localités où l'épidémie sévissait avec violence. 

Hygiène de* habitasis. — Il en est de même des conditions hygiéni- 
gués individuelles : dans la grande majorité des cas, elles étaient médio- 
cres (5 fois) ou mauvaises (72 fois). Beaucoup de rapports mentionnent 
comme particulièrement frappées les classes malheureuses, indigentes, 
nécessiteuses, et signalent, comme cause adjuvante de la maladie sous 
forme épidémique, la pauvreté, la misère qui impliquent à la fois le man- 
que d'air et l'encombrement, l'insuffisance de vêtements et de chaleur, 
les fatigues du travail et la mauvaise qualité de la nourriture, la priva- 
tion de soins efficaces, et l'appel tardif des secours de l'art. 

Cette influence de la misère est telle que, dans certains endroits, où 
les conditions de localité étaient d'ailleurs bonnes, le mal atteignait plus 
spécialement ou presque exclusivement les individus placés dans de 
mauvaises conditions individuelles. Cependant ici encore il ne manque 
pas de faits contradictoires qui prouvent qu'il n'y a rien d'absolu dans 
l'influence d'une mauvaise hygiène. De même qu'aucune sorte de loca- 
lité n'est restée indemme, de même aucune classe d'individus dans l'or- 
dre social n'a été respectée par l'épidémie. 

Dans un cinquième des cas, les conditions individuelles étaient géné- 
ralement satisfaisantes, quelquefois parfaites; souvent même elles ne 



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mAmrm. — rapport sur les épidémies de choléra-morbus. 335 

laissaient rien à désirer sous le double rapport de Thygiène locale et 
individuelle : dans un certain nombre d'endroits le mal frappait indis- 
tinctement les riches et les pauvres, et, dans plus d'une localité même, 
ce sont les riches qui ont fourni les cas les plus nombreux. Ainsi, « dans 
la commune d'Aubepierre, dit le docteur Niobey, les habitants riches 
ou aisés, presque tous cultivateurs, ont payé le plus large tribut à l'é- 
pidémie. La classe inférieure au contraire la moins soigneuse, quant à 
l'hygiène, la plus exposée en raison de l'encombrement et de l'insalu- 
brité du quartier où elle demeure, s'est vue cernée complètement par 
le fléau, sans en subir les atteintes. » 

a Dans plusieurs localités, dit, de son côté, le docteur Jobert,de Guyon- 
velle, la maladie a respecté ces foyers déjà si malheureux où règne la 
plus affreuse misère, pour venir s'implanter au sein de l'abondance 
même. » 

« Toutes les classes, au rapport de M. le docteur Claude (des Vos- 
ges), ont payé à peu près un égal tribut à l'épidémie, excepté à Vittel, 
où la classe aisée principalement a été plus maltraitée, et la classe 
malheureuse épargnée; » et il en donne pour preuve que « sur 60 indi- 
gents venant mendier aux portes à jour fixe, il n'en manquait que deux 
à rappel. » 

Enfin, d'après la relation de M. le docteur Chevance (de la Haute- 
Marne), tels villages qui sont dans les meilleures conditions de site, 
d'exposition, de bien-être, ont été plus que décimés ; et d'autres, où les 
habitans manquent des premières choses de la vie, qui végètent dans la 
misère et les souffrances de toute sorte, n'ont eu relativement que peu da 
victimes. 

A«trmi coBdIitoas dlTerses po«T«at être eoasldérées ednuae causes «dj«- 

TAAtes o« déteratiaaBimi. — Outro les couditious étiologiquos que nous 
venons de passer en revue, les auteurs des rapports signalent comme 
causes efficientes ou adjuvantes^ à divers titres encore, certaines circon- 
stances, soit permanentes, soit accidentelles et passagères, telles que : 
des émanations telluriques dues à l'humidité du sol, au voisinage de 
prairies marécageuses, à des inondations pendant les chaleurs, au dé- 
boisement des terrains avoisinants ; l'insalubrité des habitations; l'en- 
combrement. et la malpropreté dans des abris insuffisants, privés d'air 
pur et de lumière; les grandes agglomérations d'individus causées par 
XXX. 45 



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336 BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

les fêtes de village; Tentassement dans les hôtels (au Havre) des émi- 
grants pour TAmérique, la viciation accidentelle de Talinosphère am- 
biante par des émanations fétides (fosses d'aisances mal tenues ou vidées 
sans précautions suffisantes) ; Tallération de l'air, enfin, autour des 
cholériques déjà frappés. Ajoutons cependant encore une fois qu'aucune 
de toutes les circonstances que nous venons d'énumérer ne peut être consi- 
dérée comme cause productrice du choléra, que la réunion de la plupart 
d'entre elles ne suffit point non plus pour lui donner naissance : nos 
rapports signalent des individus placés dans toutes les conditions exté- 
rieures les plus mauvaises, et bravant par des excès de tout genre toutes 
les lois de l'hygiène, restés indemnes pendant toute l'épidémie. 

Telles sont encore : la cherté des vivres, l'insuffisance de la nourriture, 
ou la mauvaise qualité des aliments, la mauvaise eau, le manque de vin, 
en un mot les privations qui accompagnent la misère, et la débilité qui 
en est la conséquence. 

Ce sont ensuite des influences morales énervantes et principalement la 
peur du mal. 

Enfin parmi les circonstances ou causes accidentelles qui paraissent 
avoir déterminé F explosion de la maladie, les rapporteurs signalent les 
fatigues de tout genre, les écarts de régime, l'abus des fruits, de 
mauvaise qualité surtout, l'ingestion de grandes quantités d'eau pen- 
dant les fortes chaleurs, les excès de boissons alcooliques, et toutes les 
violations des règles de l'hygiène. 

Professions. — Quant à l'influence des professions^ les documents 
parvenus à l'Académie ne nous fournissent que des données contradic- 
toires : ainsi M. le docteur Lafaye, de l'Hérault, incrimine particulière- 
ment le métier et l'industrie du tanneur : « sur le nombre des individus 
que j'ai vus en ville et qui sont décédés, dit-il, il y a les 2/3 d'ou- 
vriers tanneurs environ et un tiers de cultivateurs. » a Le choléra, dit 
au contraire M. le docteur Authouard a fait une exception en faveur 
des tanneurs de Quissac, qui, quoique nombreux, n'ont fourni au- 
cune victime. C'est d'autant plus surprenant que lé quartier qu'ils habi- 
tent est non-seulement très-sale par la nature même de leurs usines et 
des matières qu'ils travaillent, mais encore parce que ce quartier de Quissac, 
étant le plus ancien, est aussi le plus mal percé dans ses rues et dans 
ses habitations. C'est, au reste, un privilège que Thistoire nous apprend 



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BASVn. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 337 

leur avoir été encore accordé lors de la peste de Marseille en 1720. La 
nature des matières qu'ils emploient, telles que le tan, l'alun, la 
chaux, le sumac, etc., ne peut-elle pas expliquer cette espèce de 
préservation ? » 

Dans plusieurs publications M. le docteur Burcq a, dès 1854, attribué 
une immunité plus ou moins complète aux ouvriers employés à travail- 
ler le cuivre ; mais les recherches de M. le docteur Mélier, notre digne 
et regretté collègue, n'ont malheureusement pas confirmé partout cette 
salutaire influence. 

Selon le docteur Bocamy, de Perpignan, à part quelques professions 
qui exposent les individus à un contact fréquent avec les malades ou 
leurs déjections, « toute Tinfluence des professions se réduit à peu 
près aux différences de la position sociale et aux conditions de bien- 
être qu'elles comportent. » Plusieurs rapports s'accordent cependant 
à signaler comme plus particulièrement exposées et comme plus fré- 
quemment atteintes, les personnes donnant leurs soins aux cholériques 
(médecins, prêtres), celles employées à leur service (religieuses et 
gardes-malades), celles chargées du maniement et du blanchissage des 
linges contaminés par les déjections cholériques, comme aussi les indi- 
vidus rendant les derniers devoirs aux corps des victimes. 

Influence de tâge. — En étudiant l'influence de Vâge comme con- 
dition prédisposante, nous trouvons dans un certain nombre de rapports 
ce fait que les très-jeunes enfants et les vieillards, en raison proba- 
blement de la moindre résistance de l'organisme aux deux termes ex- 
trêmes de la vie, ont été frappés en proportion plus grande que les adultes. 

Ainsi, dans l'arrondissement de Commercy, dit le docteur Colson, sur 
un total de 2,861 malades on a compté \ ,252 vieillards. 

Influence du degré de force et desmté. — 11 ressort aussi de la lec- 
ture des documents parvenus à l'Académie que certaines conditions de 
s(mié habituelle constituent une prédisposition soit à contracter le cho- 
léra plus aisément, soit à en subir les ravages dans des proportions plus 
fâcheuses. Ainsi les individus faibles, débiles, ont paru offrir en général 
moins de résistance. 

Mais ce fait n'est pas non plus sans exceptions; selon le docteur Jobert, 
de Guyonvelle, « ce seraient même les personnes les plus robustes qui au- 
raient eu le plus à souffrir de l'épidémie. » 



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338 BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GBOLÉRA-MORBOS. 

Cette assertion, que l'auteur n'a d*ailleurs point appuyée de relevés 
statistiques, serait en opposition avec l'expérience générale, et ne pour- 
rait être considérée que comme l'expression d'un fait local exceptionnel, 
servant de preuve à cette autre vérité que la constitution la plus robuste 
n'est point à l'abri du choléra. 

Influence de certains états physiologiques. — Au rapport de plusieurs 
médecins, certains états physiologiques ont semblé constituer une prédis* 
position fâcheuse : ainsi les nourrices, selon M. le docteur Rotureau, 
auraient été plus sujettes à contracter le choléra, et le mal a paru chez 
elles plus grave que chez les autres femmes de leur ftge. 

En plusieurs endroits aussi les femmes enceintes auraient été frap- 
pées dans une proportion supérieure à leur nombre relatif. Ainsi, au 
rapport de M. le docteur Niobey, dans l'épidémie de 1854, comme 
presque constamment, les femmes enceintes, de même que les nour- 
rices, ont été fréquemment atteintes et quelques-unes ont succombé. 

M. le docteur Jobert, de Guyonvelle, dit aussi avoir eu à soigner plu- 
sieurs femmes grosses qui ont eu le choléra. Quelques-unes d'entre elles 
ont survécu aux plus graves accidents, quoiqu'il y ait eu chez elles un 
avortement, mais le plus grand nombre ont succombé à la maladie. Le 
même auteur a noté que plus les femmes étaient près du terme de la 
grossesse, plus elles étaient exposées au choléra, et plus la terminaison 
était fatale pour la mère et pour l'enfant. 

Influence des états morbides antérieurs. — Contrairement à plusieurs 
autres affections dont la cause première ne nous est pas plus connue que 
celle du choléra, la fièvre typhoïde par exemple, qui ne s'attaquent gé- 
néralement qu'à des organismes dans l'état de la santé, le mal indien 
saisit aussi bien les malades que les bien portants. 

En opposition à Topinion de quelques médecins qui inclinent à voir 
dans certaines dialhèses, dans certaines affections chroniques, parmi 
lesquelles on cite plusieurs maladies de la peau, une sorte d'immunité, 
un beaucoup plus grand nombre de praticiens considèrent l'état de 
maladie comme une condition fâcheuse qui donne prise au choléra et 
en aggrave notablement les conséquences. 

Ainsi les individus affectés de diarrhée chronique et notamment les 
phthisiques, les convalescents de fièvre typhoïde, sont des victimes 
particulièrement exposées. De même la variole, la scarlatine, la rou- 



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— RAPPORT SUR LBS ÉPIDÉMIBS DE GHOLÉRA-MORBUS. 339 

geôle, la fièvre puerpérale et toutes les affections qui ont imprimé à Té* 
conomie une modiBcatiou pathologique profonde, livrent les malades 
en proie aux atteintes du mal. 

ApUinde iB«iTi«meUe spéciale. — Indépendamment de toutes les con- 
ditions étiologiqnes que nous venons de passer en revue, il faut 
nécessairement admettre encore une disposition organique individuelle 
qui agit comme cause prédisposante : autrement comment expliquer 
que , dans une même localité, des individus placés dans des condi- 
tions identiques au point de vue de l'hygiène sont, les uns complè- 
tement épargnés, les autres frappés à des degrés de violence variable? 
Gomment comprendre surtout que tels individus restent indemnes 
au milieu des circonstances les plus défavorables, tandis que d'autres 
sont emportés par le fléau, quoique placés dans les conditions les 
meilleures ? 

Cela tient assurément à une prédisposition spéciale, innée ou acquise, 
à une sorte de réceptivité idiosyncrasique particulière qui rend plus apte 
à contracter la maladie. — En quoi consiste cette aptitude, on ne peut le 
dire, mais elle n'en est pas moins incontestable. On en voit l'analogue 
pour certaines maladies ou agents morbides bien connus : il est des in- 
dividus qui ne prennent pas la variole, qui sont réfractaires à la vaccine, 
les uns momentanément, les autres pour toujours, tandis qu'il en est 
d'autres qui payent leur tribut à toutes les influences épidémiques. La 
même chose a lieu pour le choléra, qui semble choisir ses victimes parmi 
certains organismes aptes à favoriser son développement. 

Consanguinité. — Comme fait tendant à démontrer la réalité d'une 
prédisposition idiosyncrasique ou mieux d'une aptitude organique à con- 
tracter le choléra, nos rapports mentionnent fréquemment cette particu- 
larité que, quand la maladie avait apparu dans une famille, on voyait 
plusieurs de ses membres frappés successivement, et ces nouvelles victi- 
mes n'étaient pas prises indistinctement parmi les parents des premiers 
malades ; mais elles se trouvaient en proportion notablement plus grande 
parmi les consanguins que parmi les alliés même les plus proches. Ainsi 
on voyait le mal se reproduire plus souvent chez le frère *ou la sœur 
que sur la femme d'un premier cholérique, plus souvent sur le fils que 
sur la belle-fille ; en un mot, la maladie, toutes choses égales d'ailleurs, 
atteignait plus les parents par le sang que les parents par alliance. C'est 



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340 BAMII. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 

un fait signalé dans 17 de nos rapports (1) ; et M. le docteur Delastre 
pense que la plupart des faits de contagion s'expliquent par cette prédis^ 
position de la consanguinité. 

Et ce n'est pas seulement dans une même habitation, parmi les mem- 
bres assistant de près les malades, que le choléra semblait choisir de 
préférence les victimes parmi les consanguins; mais cette influence se re- 
trouvait encore à des distances plus ou moins éloignées : ainsi, dans plu- 
sieurs localités envahies, les parents par le sang d'une même famille 
étaient frappés simultanément ou successivement, même à de cer- 
taines distances et sans avoir eu de contact avec leurs parents malades. 
Voici comment s'exprime sur cette question M. le docteur Millon, de 
la Haute-Garonne : « qu'une sorte de prédisposition, pour ainsi dire de 
famille, soit aussi une des causes qui donnent plus de facilité à contrac- 
ter la maladie, nous en avons vu des exemples frappants : des familles 
entières ont été décimées, foudroyées, tandis que les personnes étran- 
gères qui leur prodiguaient les soins les plus assidus ont été préservées. 
Le choléra a été choisir, dans certaines maisons, des individus qui ap- 
partenaient à ces mêmes familles bien qu'ils fussent éloignés du foyer 
domestique (2). » 

DtepMitioM oFfamMiu réfr»etatre. — Gomme coutraste, M. le docteur 
Millon cite des faits remarquables à' organisations réfractaires. « Pen- 

(1) Docteurs: Foaquet, à Vimnes et Lorient, 
Penaat, à Vervins, Guillemin, à Briey, 

Douât, à Bar-sur-Âube, Guillaume, à Sarreguemiaes, 

Viard, de Semur, Spire, à Thionville (faits), 

Milloo, à Rével (faits), Millot, de Cambrai, 

Germaio, de Poligny, Maoouvriery de Valeacioanes, 

Berriat, dans l'Isère, Bocamy, des Pyréuées-Orientales, 

ChevilloD, à Vltry-le-Françoîs, Delastre, de Nemours, 

Danét et Picard^ dans la Marne, Crousse, d'ÊpinaL 

(2) Voici encore, sur la question des prédispositions consanguines, un extrait du rap- 
port de M. le docteur Chevillon, de Vitry-le-François : « Pendant que certaines famiUes 
très-nombreuses ont Joui, durant Uépidémie, d*une immunité complète, d'autres ont été 
horriblement maltraitées, et^ dans ces dernières, la consanguinité a paru commander, 
d'avance, les attaques chez des indifidus n'ayant entre eux d'autres liens que les liens du 
sang. 

Citons des exemples : 
' io Famille Renaud. Père malade; mère morte en 24 heures ; fille aînée morte en 12 
heures ; enfeuit de l'une d'elle! mort en quelques heures; les deux fils malades. 



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. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS* 341 

dont répidémie, dit-il, nous avons vu des individus qui semblaient 
investis du privilège de braver impunément les coups les plus meur* 
triers du choléra. 

(c En vain portaient-ils une diarrhée caractéristique et abondante, ils 
vaquaient à leurs affaires, méprisant les conseils de Tart ; ils se livraient 
même aux excès, préférant ceux même qu*on défendait davan- 
tage; et^ contre toute prévision possible, ils échappaient au dan- 
ger. » 

Comme exemple d'immunité remarquable et qui servirait d'ai^ument 
contre la contagion s'il n'était pas infirmé, à ce point de vue, par nombre 
de cas contraires, le docteur Lafaye, de l'Hérault, rapporte le fait sui- 
vant : (( Une femme meurt; le mari, désespéré de la perte de sa femme, 
veut, dit-il, la suivre et mourir avec elle; il met sur son corps la che- 
mise toute humide de sueur qu'on vient de retirer à sa femme, se cou- 
che dans les draps où celle-ci venait de mourir, et ne devient pas ma- 
lade. » 



Cette famille est disséminée dans le village. Tous étaient malades en môme temps, 
dans leurs maisons respectives. Deux des filles étaient mariées. Les deux gendres sont 



20 Famille Valleret : 18 malades, 15 morts. 

3<» Famille Hance et Cogniard : 8 malades, 8 morts. 

4<> Famille Petitpot : 1 i malades, 6 morts. 

o<» Famille Bonnet-PeUetier : 23 malades, 11 morts. 

6<> Famille Bathelier : 5 sœurs malades, pas une de morte. 

7<> Famille Jean-Gillet : le père, la mère, la fille aînée meurent en trois Jours. U restait 
deux Jeunes filles et un garçon de 11 ans ; tous les trois ^ont pris en même temps de la 
scarlatine dont on ne comptait encore que trois cas. 

80 Pendant que le choléra sévissait au Pays (hameau dépendant de Cheminon), deux 
jeunes gens, deux frères, qui travaillaient à trois lieues de là, sont frappés du choléra 
dans les champs, simultanément, et seuls au milieu d'un grand nombre d'ouvriers. On 
les transporte au Fays, leur pays natal, qu'ils avaient quitté depuis quelque temps déjà, 
ns y arrivent mourants pour être couchés près de leurs père et mère décédés, Tun le 
matin même, l'autre la veille. 

Ainsi, voilà des consanguins cruellement frappés malgré la distance qui les sépare, et 
bien que souvent ils n'aient eu entre eux aucune communication, tandis que leurs alUés 
restent indemnes. 

D'un autre côté, au milieu d'un pays presque tout entier malade, des fiimiUes qui 
comptent 25, 30 consanguins et plus ne sont pas môme effleurées parle fléau. » 



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342 BABTII. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 

NATURE DE LA MALADIE. 

Depuis la première invasion du choléra-morbus en Europe, de nom- 
breuses opinions ont été émises sur la nature de cette maladie étrange 
dont on ne retrouvait pas de traces évidentes dans Thistoire des 
épidémies. 

En 1832, à l'époque oit les idées de phlegmasie avaient envahi la 
pathologie tout entière, on en était venu à voir aussi dans le choléra une 
maladie inflammatoire, une gastrite ou au moins une phlegmasie gas- 
tro-intestinale dont on croyait trouver la preuve dans les injections capil- 
laires que l'on rencontre dans Testomac et l'intestin des individus morts 
après une forte réaction. 

Les choses ont bien changé depuis lors; dans les rapports concernant 
l'épidémie de 1854, on ne trouve déjà presque plus de traces de cette 
manière de voir, et aucun des auteurs qui s'expriment sur la nature du 
choléra n'essaye plus d'en faire une phlegmasie. Bien plus, ce qu'il y 
a de congestion naire et d'inflammatoire dans la période de réaction 
nous semble trop complètement méconnu. 

Quelques médecins trouvent une grande analogie entre le choléra et 
la fièvre intermittente. Le docteur Roblin, de la Haute-Saône, a cru 
pouvoir dire que aie choléra confirmé n'est qu'un accès pernicieux ;n et 
le docteur Armieux, de Galvi, voit des analogies entre le stade du froid et 
la période algide, entre le stade de chaleur et la période de réaction 
dont la forme grave serait l'équivalent des accès pernicieux de nos pays; 
et il ajoute que « le poison de l'Inde est à celui de nos climats comme 
le venin des crotales à celui de la vipère. » 

Cependant le sulfate de quinine donné par M. le docteur Armieux, en 
consé(|uence de ces idées théoriques, ne lui a point réussi. 

C'est que ces analogies sont trompeuses ; et si, par quelques points, 
le choléra-morbus présente l'apparence de la fièvre intermittente perni- 
cieuse cholérique, il en diffère par bien d'autres caractères plus essen- 
tiels: dans la fièvre intermittente en effet la température du corps est 
accrue même dans le stade de frisson, tandis que dans la période algide 
du choléra la chaleur descend au-dessous de la normale, plus que dans 



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BABTS. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 343 

toute aulre maladie. Le quinquina coupe les fièvres palustres et reste 
inefficace contre le choléra. 

D'autres observateurs, au contraire, n'admetteol pas d'assimilation en- 
tre le choléra-morbus et les fièvres d'accès. Plusieurs même pensent 
qu'il y a antagonisme entre ces deux maladies. A l'appui de cette opi- 
nion, M. le docteur Heulard, d'Arcy, cite plusieurs localités marécageu- 
ses où les fièvres palustres sont endémiques, et qui ont été complètement 
épargnées par le choléra, lequel cependant ravageait des communes 
distantes à peine de quelques kilomètres. 

M. le docteur Durand, de Chartres, dit, de son côté, que le choléra n'a 
jamais paru sur les bords de la Conie, où régnent presque continuelle- 
ment des fièvres intermittentes. 

En 1854, comme en 1832 et 1849, dit encore le docteur Heulard, je 
n'ai observé aucun cas de choléra chez les individus affectés de maladies 
aiguës ou chroniques du foie et de la rate ; je n'ai pas vu une seule per- 
sonne atteinte de fièvre d'accès devenir cholérique, et les personnes 
ayant la cachexie paludéenne traversèrent l'épidémie, sans en être le 
moins du monde impressionnées. » 

Un assez grand nombre de médecins considèrent le choléra comme 
une affection du système nerveux^ une névrose du système ganglionnaire. 
Selon le docteur Ourgaud, c'est « une wa/arf/e hyposthénique du système 
cérébro-spinal ganglionnaire ; » le docteur Bretet, de la Haute-Saône, en 
place le siège dans le nerf grand sympathique et ses ganglions qu'il a 
trouvés rouges et tuméfiés. Le docteur Champreux y voit une variété de 
typhus avec sidération des nerfs ganglionnaires ; pour M. le docteur Odille, 
(1 c*est le /ypAw^ûTA^f^ accompagné d'une suette miliaire qui n'en est qu'un 
mode bénin, » et M. le docteur Garnier, comparant les accidents produits 
par le choléra à ceux que causerait un poison violent, propose de rem- 
placer le mot choléra par celui de peste noire asphyxiante. Selon 1^ 
docteur Paris, le choléra débuterait par un engorgement du foie; et M. le 
docteur Raphaël, de Provins, l'attribue à une a fermentation qui se pro- 
duirait dans l'estomac, sous l'iafluence de conditions atmosphériques 
particulières. » 

cattie première. — Pour d'autres obscrvateurs, le choléra-morbus 
est une affection nouvelle, sui generis; et la plupart des rapporteurs 
ajoutent que la cause première est inconnue. Us admettent d'ailleurs 
XXX. 46 



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344 BABVH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 

comme condition favorable à son développement une prédisposition na- 
tive, la violation des lois de l'hygiène, etc. ; et plusieurs d'entre eux 
remarquent que cette cause agit surtout avec énergie là où la maladie 
n'avait pas encore sévi. 

Selon M. le Docteur Ourgaud, de Pamiers, les causes du choléra dit 
épidémique ne seraient autres que celles qui agissent isolément dans la 
production du choléra sporadique et qui, devenues plus générales et plus 
intenses, frapperaient les masses en constituant ainsi l'épidémie* 

M. le Docteur Germain, de Poligny, croit aussi pouvoir expliquer le 
développement du choléra « par le concours des circonstances recon- 
nues comme causes prédisposantes habituelles. » 

D'autres observateurs attribuent le choléra-morbus à une constitution 
atmosphérique spéciale, telle qu'un été chaud à la suite d'un printemps 
pluvieux, à des perturbations électriques, ou se bornent à signaler que 
le mal a débuté après un violent orage, pendant un brouillard épais, fé- 
tide ! D'autres y voient une infection atmosphérique^ qui fait que les oi- 
seaux mêmes quittent les lieux contaminés; une altération des éléments 
constitutifs de l'air, telle qu'une absence (Toxigène dont ils ne fournissent 
d'ailleurs aucune preuve ; ou attribuent la maladie à une asphyxie par 
un principe délétère ou à des conditions météorologiques spéciales^ gaz, 
électricité. 

Quelques auteurs placent la source des modifications que l'air aurait 
subies, daus l'état de souffrance des végétaux qui ne suffiraient plus à 
la régénération de l'atmosphère, et dans une débilité générale simulta- 
née de l'organisme provenant de l'altération des substances ali- 
mentaires. 

Pour le plus grand nombre des médecins qui ont essayé de pénétrer 
la nature du choléra, c'est un empoisonnement miasmatique de cause in- 
saisissable, animé peut-être, ou provenant d'émanations putrides dues, 
selon quelques-uns, à la décomposition de myriades d'insectes et dezoo- 
phytes (docteur Champreux), miasme portant primitivement, selon les 
uns, son action sur le système nerveux de la vie organique, donnant lieu 
pour d'autres à une altération du sang, — principe toxique, pénétrant 
selon les uns par les voies pulmonaires, selon les autres par les voies 



OeiièM. — La multiplicité même de ces diverses hypothèses témoi- 



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. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLËRArMORBUS. 345 



gne assez d'une grande incertitude ou mieux d'une ignorance absolue 
concernant la nature intime et la cause première du choléra-morbus. 

Les opinions sont-elles plus concordantes sur son mode de développe- 
ment dans une contrée? En d'autres termes, lorsque le choléra-morbus 
apparaît dans une contrée, comment faut-il en expliquer l'invasion? 

Éclosion spontanée. — Sur 49 auteurs de rapports, qui s'expriment 
sur cette question, 18 considèrent la maladie comme développée sponta- 
nément dans la localité' même ; plusieurs ajoutent qu'ils n'ont pu lui 
trouver d'autre origine et quelques-uns citent des faits oti ce mode de 
développement leur paraît seul admissible; ce sont MM. : 



Penant, de Vervins, 

Bonnans, de l'Ariégei 

Dauvergne, de Forcalquier, 

Castel, de Hle d'Oléron, 

Battendier^ de la Charente-Inférieure, 

De Casteinau, de Nîmes, 

H. Gintrac, de Bordeaux, 

Lafaye^ de THérault, 

Nève, de Barle-Duc^ 



Fouquet, de Vannes, 
Guillaume, de Sarreguemines, 
Rudolphi, de Grostenquin, 
Bertrand^ de la Haute-Saône, 
Lecadre, du Havre, 
Clerc, de la Haute-Saône, 
Calvy, de Toulon, 
Bardinet, de Limoges, 
Boyer, de Cruzy. 



Importation. — 23 en revanche attribuent formellement la venue du 
mal à l'importation^ et plusieurs d'entre eux citent des faits qui leur sem- 
blent la démonstration positive de ce mode d'invasion dans la localité ; ce 
sont MM. : 



Dechanx, de Montluçon, 

Michel, de Gap, 

Cbabrand, de Briançon, 

Fruchier, de Digne, 

Ghabas, de Sisteron, 

Armieux, de Galvi, 

Viard, de Semur, 

Durand, de Chartres, 

Martin Duclaux, de Villefranche, 

Berriat, de Grenoble, 

Sebire, de Valognes, 

Niobey, dans la Haute-Marne, 

Les documents relatifs au choléra de 1854 fournissent au moins de 
nombreux exemples de ce fait que le premier cas observé dans une loca- 
lité est relatif à un individu venant d'un autre lieu infecté. 

* Nom illisible sur roriginal. 



Golson, de Commercy, 
* Henriot, de la Meuse, 
GuiUemin, de Briey, 
Estre, de la Moselle, 
Jacquez, de Lure, 
Blandin, de la Haute-Saône^ 
Bals et Duval, de la Haute-Saône, 
Barre t, de Carpentras, 
Le docteur % de Doullens, 
Pamard, d'Avignon, 
Crousse, d'Épinal. 



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346 BARTH. — RAPPORT SDR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

A Bourg-d'Oisans (Isère), dit le docteur Berriat, a une jeune fille de 
25 ans avait quitté Marseille pour fuir le fléau et était revenue chez ses 
parents. Elle a été atteinte la première et a guéri. Le lendemain, invasion 
de la maladie chez le père et la mère, qui ont succombé. Delà le fléau 
s*est étendu de proche en proche. » 

Quatre autres rapports ne s'expriment sur la spontanéité qu'avec doute 
ou n'admettent l'importation qu'avec réserve. 

Quatre enfin admettent à la fois ces deux modes d'invasion comme 
concourant simultanément ou tour à tour à la multiplication des victimes. 

Il y a donc une prédominance de nombre au moins, en faveur de 
l'importation du choléra dans une localité par des individus venus d'une 
localité plus ou moins voisine où régnait l'épidémie. 

Mode et voies de propagation. — Quant aux voies plus spécialement sui- 
vies par le choléra dans son extension progressive d'une localité dans une 
autre, plusieurs rapports signalent la propagation dans la direction de 
la grande route et des rivières ( Vial, de St-Élienne ; Pollosson, de la Tour- 
du-Pin ; Vergue, à Ghaumont ;Heulard, de Clamecy), soit dans le sens de 
leur pente, soit en remontant leur cours, comme le signale le rapport 
sur le choléra de Lyon qui dit que, « la maladie a remonté le cours du 
Rhône, transporté par les bateaux à vapeur. » 

Relativement au mode spécial de propagation du choléra dans une 
localité, tantôt il s'est disséminé sans qu'il fût possible de suivre ses tra- 
ces pas à pas ; mais souvent aussi on a pu constater son extension par 
familles, par maisons, par rues, ou son rayonnement autour du foyer pri- 
mitif. Il y a ceci encore de curieux dans l'extension du fléau que, dans 
plusieurs localités, on a remarqué dans un village une seule rue envahie 
et, dans telle rue, une seule rangée de maisons contaminées successive- 
ment d'un bout à l'autre, le côté opposé restant à peu près ou complète- 
ment indemne. 

Cette particularité singulière ne trouverait-elle pas une explication 
dans l'observation faite par plusieurs auteurs de rapports que le fléau se 
déclarait plus particulièrement dans les rues et les maisons situées sous 
le vent d'un foyer d'infection? et Ton comprendrait ainsi que, si les cou- 
rants se maintiennent pendant un certain temps et soufflent, par exemple, 
du côté A vers le côté D primitivement contaminé, le côté A soit de la 
sorte respecté. 



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. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉR^-MORBUS. 347 
Maltiplfeation des cas dans «ne loeaUté. — Une fois apparu daOS UI16 

localité, que ce soit par importation ou autrement, comment le fléau se 
comporte-t-il ultérieurement? — Tantôt il reste borné à une ou plu- 
sieurs maisons, ne frappe qu'un petit nombre d'individus et ne tarde pas 
à disparaître; tantôt au contraire il s'étend, multiplie ses atteintes et ne 
disparaît qu'au bout d'un temps plus ou moins long, après avoir fait de 
nombreuses victimes. 

Comment se fait cette multiplication 7 A-t-elle sa source dans la com- 
munication d'individu à individu, par reproduction et transmission du 
germe de la maladie 7 

Ou bien les cas se multiplient-ils sousTinfluence d'une même cause 
générale, placée en dehors des individus et planant à la fois sur la popu- 
lation tout entière? — Cette dernière opinion semble trouver un appui 
dans ce faitque dans certaines localités, notamment les villes plusou moins 
populeuses, les victimes sont frappées sur divers points à la fois. L'opi- 
nion inverse de son côté semble trouver sa conGrmation dans cet autre 
fait, souvent signalé dans nos rapports, que les cas se montrent succes- 
sivement dans les maisons contiguës. 

Epidémicité ou transmission. — Dans les épidémies antérieures, en 
1832 surtout et encore en 1849, les partisans delà commuiiicabilité du 
choléra d'individu à individu, par contagion directe ou médiate, étaient 
rares. 

Mais en 1854, à mesure que l'attention a été plus éveillée à ce sujet, 
les observations se sont multipliées sur cet te question qu'on ne peut bien 
élucider que dans les villages ; et les opinions pour ou contre la contagion 
se sont notablement modifiées : nous en trouvons la preuve dans l'ana- 
lyse de nos rapports. 

Parmi les auteurs qui ont cherché la solution de ce problème, 29 re- 
jettent la contagion^ ou ne trouvent pas, dans les résultats de leurs ob- 
servations, de raison suffisante pour l'admettre ; ce sont : 



1. MM. Penant, de Vervins, 
il. DaovergQe, de Forcalquier, 
29. CazaiQtre, de Limoux, 
47. De Gastelnau, de Nîmes, 
52. H. Gintrac, de Bordeaux, 
56. Germain, de PoligDy, 



75. Vergne, à Ghaumont, 
iOi. Fouquet, à Vannes, 
ii9. Maréchal, de la Moselle, 
i22. Marquet, de la Nièvre, 
138. Neboux, de la Seine, 
i45. Jeux, de la Ferté-Gaucher, 



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348 BABTH. — - RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 

U8. Michel, de lu Haute-Saône, 177. Massuia, de la Haute-Saône, 

456. Roblin, » » 18i. Magitot, » » 

459. Mornac, » » 194. Garnier, » » 

465. Merrièpe, » * 495. Heuchel, » w 

468. Pinguet^ » » 201. Euvrard, » » 

470. Gast, » » 215. Vingtrinier et Duclos, de Rouen, 

471. Charpentier, » » 227. Bardinet, de Limoges, 

474. Letellier, » » 236. Royer, de FYonne ♦. 

475. Pasteur, » » 

Quelques autres, moins affîrmatifs, re^^vàeinUdi contagion comme dou- 
teuse (docteur Crousse, d'Épinal ; docteur Debrou, d'Orléans), ou comme 
difficile à prouver ; ou bien ne considèrent pas comme nécessaire de la 
faire intervenir pour s'expliquer Textension de la maladie (docteur 
Corne, de Villersexel). 

Le docteur Bonnans, de l'Ariége, tout en révoquant en doute la con- 
tagion, admet cependant une infection puissante par les cadavres. 

A côté de ces auteurs, qu'on peut considérer comme niant la transmis- 
sibilité du choléra d'individu à individu, d'autres, cherchant à préciser 
l'acception qu'il faut attacher aux mots, se bornent à cette proposition 
moins exclusive, que la contagion proprement dite ne joue aucun rôle 
(docteur Bocamy, des Pyrénées-Orientales), ou se contentent de dire que 
le choléra n'est pas contagieux dans le sens absolu du mot (docteur Bour- 
sier, de rOise; docteur Calvy, du Var). 

Cette manière de s'exprimer ne semble pas entraîner l'exclusion d'un 
autre mode de transmissibilité, et cela est tellement vrai que le docteur 
Chapelet, des Vosges, tout en disant que «le choléra n'est point contagieux 
dans le sens absolu du mot » ajoute, « mais il est contagieux à la manière 
du typhus». 

C'est dans la même pensée que le docteur Desperrières, de la Haute- 
Saône, dit que « le choléra n'est pas contagieux, mais il se gagne ; » et le 
docteur Laboulaye, de Dampierre, tout en regardant la contagion comme 
douteuse, ajoute: « la maladie voyage avec l'homme. » 

En opposition aux médecins qui repoussent la contagion d^une manière 
formelle, ou ne l'admettent qu'à la manière du typhus, nous trouvons 
36 auteurs de rapports qui admettent la contagion comme positive : 

* Les chiffre en tète des noms correspondent an n«« d'ordre des rapports originaux. 



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[• — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA' BfORBUS^ 349 

MM. les Docteurs : 

2. Dechaux, de Montluçoo, 114. Eslre, de Pont-Pierre (faits), 

7. Michel, de Gap, 1 17. Spire, de ThioQville, 

8. Chabrand, de Briançon (faits précis), 123. Millet^ de Cambray (faits), 
10. Cbabas, de Sisteroa, 131. Dehée, d'Arras (faits), 

18. Douât, de Bar-sur-Aube, 136. Bouchet, de Lyon, 

3o. Noirot, de Dijon, 146. Jacquez, de Lure (faits), 

38. Viard, de Semur, 149. Bretel, de Vauvillers, 

40. Causard, de Châtillon-sur-Seine (faits), 154. Boilley, de Vy-les-Lure, 

43. Durand, de Chartres (faits), 173. Gevray, de Vesoul, 

44. Charcellay, de Tours (faits nombreux), 176. Racine, de Scey-sur-SaOne, 
51. Marlin Duclaux, de Viliefranche (Haute- 178. Metzguer, de Montbazon, 

Garonne) (faits), 184. MM. Guyot, de Cugney, 

62. Pollosson, de la Tour-du-Pia (faits), 202. Froniantel, de Gray, 

68. Padioleau, de Nantes (faits), 204. Paris, de Gray, 

7i. Sebire, de Valogne, 218. Bucquoy, de Péronne, 

77. Thiberge, de Langres, 219. M. X. (illisible), de DouUens, 

85. Bouvier, de Jonchery (faits), 224. Giraud, de Flayosc (faits nombreux), 

99. Madin, de Verdun, 225. Barret, de Carpentras (faits). 
103. Guillemin, de Briey, 

et 14 au moins d'entre eux citent à Tappui de leur opinion des faits qui 
leur paraissent prouver la transmission sans réplique. En voici quel- 
ques exemples : 

Le 15 juillet, une femme de Mance va à Jarny où le choléra faisait 
de grands ravages ; elle porte avec elle un enfant de six mois, bien por- 
tant, bien constitué, qu'elle allaitait. Arrivée là, elle communique avec 
deux cholériques; la peur la saisit et elle revient le jour même à Mance, 
où il n'y a aucun malade. Pendant la nuit V enfant est pris de choléra et 
meurt le 16 juillet. 

La grand-mère de l'enfant est prise le lendemain et meurt également» 
Le grand -père ^ un frère de 13 ans et enfin le 'père sont atteints à leur 
tour et succombent trois jours après. 

De ce foyer la maladie se répand bientôt dans la commune. 

La femme mère de l'enfant, pris le premier, n'est prise que 10 jours 
après l'invasion de la maladie dans sa maison, d'une cholérine qu'elle 
néglige, et après huit jours d'alternatives d'arrêt et de retour de la diar- 
rhée, elle succombe à son tour. Le choléra était répandu dans toute la 
commune (docteur Guillemin, de Briey). 

Le 18 septembre, le choléra ne régnait point à Saint-Bénin, on ne 



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350 BJJMTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

parlait même pas de cholérine, lorsque, le soir, arriva de Bertry la veuve 
Taine (Agnès), âgée de 68 ans, atteinte par le choléra, qui dans la nuit 
fit chez elle de si grands progrès, que le 19 au matin elle était arrivée à 
la cyanose et mourait dans la soirée du même jour. 

Le 22, le petit-fils de cette femme, âgé de 5 mois, meurt dans 
la nuit. 

Le 23, une autre petite fille âgée de 6 ans est atteinte. 

Le 26, la mère^ à son tour, est frappée. 

Le 30, un autre petit garçon de la même famille ^ âgé de 2 ans, suc- 
combe. 

Mais déjà le choléra se répand dans les maisons voisines. La femme 
du maire de Saint-Bénin (qui avait visité Agnès Taine) est atteinte. 

La fille du maire, épouse du sieur Taille, est frappée, son mari suc- 
combe ; ses deux enfants sont atteints, et le fils du maire succombe 
également. 

Deux jeunes filles cm ont donné des soins aux précédents malades sont 
atteintes à leur tour, mais heureusement se tirent du danger (docteur 
Millot, du Gâteau). 

Dans la commune deSouastre (arrondissement d'Arras), vers le 15 du 
mois d'août, un mendiant venu d'un village voisin (de Picardie) , oùsévissait 
le choléra^ fut pris de tous les symptômes du choléra au milieu des rues 
du village. Quelques personnes voulurent bien Taccueillir chez elles; 
mais on ne put le rappeler à la vie ; il succomba, et, quelques jours plus 
tard, il y eut trois décès dans les familles qui avaient eu des rapports avec 
ce malade (docteur Dehée). 

La réalité de la contagion est, pour M. le docteur Giraud, du Var, une 
profonde conviction et il rapporte nombre de faits à Tappui. 

« Une petite fille, en pleine santé, allait tous les soirs avec son père 
dans un café fréquenté par des émigrants du choléra de Marseille, elle 
meurt la première. Dans l'espace de 15 jours, 7 personnes faibles et 
maladives succombent. — Répit de 7 jours; une foire amène les habi- 
tants de localités voisines envahies par le choléra; peu après il mourait 
1 à 4 personnes par jour. Dans plusieurs autres localités, au Dragin, à 
Pierrefeu, cest toujours un individu arrivant d un pays infecté qui corn'- 
munique le choléra à sa famille ou aux personnes qui le soignent. » 

L'hôpital de Garpentras, dit le docteur Barret, a de vastes salles qui 



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BABTH. — B APPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 351 

s'aèrent par leurs quatre faces, et qui cubent plus de 100 mètres d'air 
par lit de malades. Eh bien, dans ces immenses galeries, oh la ventila- 
tion est si facile,le premier cholérique(non*seulement de l'hospice, mais 
de la ville), a d'abord été un syphilitique venu du foyer d'Avignon; et 
après ce syphilitique, le choléra a atteint tant de pensionnaires et d'in- 
firmes, sans parler du portier et d'une fille de salle, que le danger de 
contracter la terrible affection a été vingt fois plus grand à l'hôpital que 
dans le reste de la ville (i). » 

(i) L'un des auteurs, qui s'exprime sur la contagion le plus nettement et ayec le plus 
d'autorité en s'appuyant sur un nombre de faits considérables, est M. le docteur Jacques, 
de Lure^ déjà bonoré d'une médaille d'argent par l'Académie. 

Après avoir longuement et laborieusement étudié le mode de développement, et suivi 
les filiations de l'épidémie dans les diverses localités de l'arrondissement ; après ayoir 
cité un grand nombre de faits, l'auteur se résume de la manière suivante :. 

« Sur SO conmiunes qui, dans Tarrondissement^ ont reçu la visite du cboléra, il y en a 
17 sur lesquelles je n'ai aucun renseignement, et qui ne doivent pas entrer en ligne de 
compte ; du reste, elles ont été peu maltraitées. Des 63 communes dont J'ai pu parler 
avec quelque connaissance de cause, j'en retranche encore 3, Grange-la-Ville, Fromont 
et Frahier, qui n'ont eu que des cas isolés, venant du dehors* Sur les 60 communes qui 
restent, 9 pourraient être considérées comme donnant des preuves trop peu évidentes de 
contagion, soit dans l'importation, soit dans l'extension de la maladie. . • » 

a Dans iO autres communes, l'importation par contagion n'est pas bien démontrée; 
mais on voit assez clairement la contagion dans la transmission des premiers cas aux sui- 
vants. 

« J'ai donc prouvé que 41 coaununes sur 60 ont reçu le choléra du dehors, et que, dans 
51, il s'est transmis par con/agton des premiers malades aux suivants. D'un autre cOlé, 
rien ne prouve qu'il n'en ait pas été ainsi dans les autres communes ; on voit môme la 
contagion percer dans plusieurs de celles que j'ai éliminées, il est très-probable que si 
partout les recherches avaient été faites à temps, et avec tous les soins possibles, partout 
on aurait trouvé les traces de la contagion. 

« J*ai eu lieu d'observer un certain nombre d'épidémies de scarlatiney de rougeole j de variole 
et de fièvres typhoïdes, maladies dont la transmission par contagion n'est plus guère mise en 
doute ; je crois y a/voir recherché cette cause avec assez de soin, e/, pourtant, je Vai trouvée 
moins facilement et moins souvent que pour le choléra. 

« Donc, pour dernière conclusion, le choléra est contagieux > il l'est éminemment. 

« L'est-il toujours, et la contagion est-elle sa seule cause déterminante dans nos cli- 
mats, je le crois, j'en suis convaincu. 

« Non-seulement le choléra confirmé se transmet, mais la simple diarrhée cholérique 
peut communiquer le choléra, comme onl'a vuà St-Germain,àMélis8y,àSt-Barthélemy, 
à ViUedieu, etc., etc. 

« Le choléra peut- il se transmettre par simple contact, je n'en sais rien; mais ce qu'il 
y a de certain, c'est que le contact n'est pas nécessaire. 

« Dans le choléra, les personnes qui visitent les malades sont, quoi qu'on en dise, 

atteintes dans une proporUon beaucoup plus grande que le reste do la population. Sur 
XXX. 47 



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352 BARTO. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS . 

A l'appui de faits d'extension de la maladie par contagion résultant de 
la libre communication des individus entre eux, quelques auteurs signa- 
lent l'immunité complète dont auraient joui certains établissements 
(docteur Padioleau, de Nantes) oîi l'on n'avait laissé entrer aucun ma- 
lade atteint de choléra ; tandis qu'aux rapports d'autres médecins, 
les gardes-malades ont été fréquemment atteintes (docteur Gevrey, de 
Yesoul) et que, dans plusieurs localités presque tous les médecins au- 
raient été malades (docteur Racine, de la Haute-Saône) et quelques-uns 
frappés mortellement par suite de leurs fréquents rapports avec les cholé- 
riques. 

Plusieurs autres médecins admettent la dissémination du choléra par 
des modes multiples de transmission (docteur Huette, deMontargis), par 
contagion et infection (docteur Desterne, de Bar-sur-Seine), par contagion 
et épidémicité (docteur Henry, de Vesoul) (1), par épidémicité, conta- 
gion ou infection (docteur Bodier, de Marney). 

trente et quelques médecins qui, dans rarrondissement, ont soigné les cholériques, plus 
de la moitié ont ressenti^ d'une manière plus ou moins prononcée, les atteintes de Tépi- 
demie ; et sept ont été bien malades. 

«Plusieurs de nos religieuses, de nos curés et vicaires ont succombé; un très-grand 
nombre ont été assez sérieusement atteints, et ils Tauraient été bien plus encore si, 
comme la plupart des gens du peuple, ils n'avaient pris aucune précaution pour arrêter 
le mal à son début. » 

(1) « Le premier cas survenu chez nous, dit le docteur Henry, n'est explicable que par 
rinduence épidémique. Aucune relation directe n'avait eu lieu entre la femme Perrin et 
d'autres localités ou individus affectés à une distance de 25 kilom*.. 

« Mais Gaillard, qui succombe le second^ était allé visiter la femme Perrin, dont la 
famille était en relations habituelles avec cet individu. Et, tout autour de l'habitation de 
Gaillard, se déclarèrent les autres cas de maladie. Lorsque le mal se fut étendu, chaque 
fois qu'il sévissait sur un membre d'une famille, tous les autres étaient, en môme temps 
ou successivement, envahis à l'un des degrés que j'ai décrits, etc., etc. » 

« Le dimanche 5 août 1854, une femme Bigoulot, de Bucey4ès-Sy, fuyant son pays où 
le choléra commençait à sévir, vint à Oiselay, avec son mari, à 8 kilôm. de distance. 
2 heures après son arrivée, au moment où elle parlait à ses hôtes de sa bonne santé, et du 
bonheur qu'elle éprouvait de se trouver chez eux pour se garantir, cette femme est sur- 
prise, contre toute attente^ du choléra le plus désespérant. On la charge sur une voi- 
ture aussitôt pour la reconduire dans son village ; eUe succombe en route. Le lendemain, 
la femme de la maison qui avait recueilli la fugitive est saisie du choléra, et périt en 
quelques heures. La maladie se propage de proche en proche dans le reste du village 
jusque-là complètement épargné. » 

Pour les faits de cette nature, dit l'auteur, il est impossible de ne pas admettre la con- 
tagian, « Un village est intact ; arrive dans son sein un individu venant d'un foyer de ma- 



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— - RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 353 

Parmi ceux qui admettent la conlagion, plusieurs, spécifiant davan- 
tage, considèrent la maladie comme pouvant se communiquer par sim- 
ple contact ou approchement (Boilley, de Vy). 

Pour d'autres la contagion serait médiate, c'est-à-dire infectieuse (Vial, 
deSaint-Êtienne), m2a^ma/2i^(Bucquoy,dePéronne) (1), comme pour la 
fièvre typhoïde (Delastre, de Nemours) , le choléra se communiquant de l'in- 
dividu malade à l'individu sain par l'altération de Tair ambiant (Durand, 
de Nemours) et pénétrant dans l'économie par les voies respiratoires 
(Madin, de Verdun ; Spire, de Thionville) ; c'est ainsi que, selon le docteur 
Bertrand, de Saint-Germain, tout malade constituerait un «foyer mias- 
matique » . 

D'autres encore, rejetant le terme de contagion comme impropre, tout 
en maintenant la chose comme vraie, déclarent le choléra transrmsible 

ladie. n est pris du choléra, puis son père, sa mère, ses frères, ses voisins, ses gardes- 
malades. 11 n'avait cependant pas apporté avec lui V atmosphère ^m lieu infecté, l'influence 
épidémique de la maladie. Il était seulement atteint dans ses entrailles du germe du cho- 
léra ; le mal le saisit, et, en se développant, il forme du malade un foyer de rayonnement, 
de génération et de transmission du miasme morbifique. Voilà la contagion irrécu- 
sable. » 

(i) « Si, par maladie contagieuse, dit le docteur Bncquoy, on entend une maladie qui se 
transmet, nécessairement, par le contact de Tiodividu qui la porte à un individu sain, le 
choléra ne serait pas contagieux. • • 

... « Mais si, par maladie contagieuse, on entend toute maladie susceptible d'être com- 
muniquée, par le sujet qui en est affecté, à un ou plusieurs autres sujets, placés dans 
certaines conditions d'opportunité pour la recevoir, le choléra est assurément conta- 
gieux ;. • • » en voici un exemple : / 

« Une fille des hospices, élevée à Ytres (canton de Combles), va passer quelques jours à 
Paris, au moment où le choléra sévissait dans cette ville avec le plus de violence. Reve- 
nue chez ses nourriciers, eUe est prise, presque aussitôt son arrivée, et de la manière la 
plus grave, de tous les symptômes du choléra. Bientôt, Vhomme et la femme qui l'avaient 
élevée^ et un autre enfant de l'hospice ftgé de 14 ans, logés sous le même toit qu'eUe, sont 
pris des mêmes symptômes et y succonai>ent. La fille finit par guérir; mais le choléra ne 
tarde pas à se manifester dans toutes les maisons voisines de la sienne, puis dans les rues 
aboutissant à celle qu'elle habitait, puis à tout le village, de telle sorte que, dans l'espace 
d'un mois, plus de iOO personnes furent atteintes à différents degrés de la maladie, et 
47 en moururent, ici, je le demande, peut-on se refuser d'admettre que le choléra, ap- 
porté en germe de Paris par la fille en question, et développé aussitôt son arrivée, n'ait 
été communiqué par elle à ses nourriciers, puis à ses voisins et à tout le village, puisque 
la commune d'Ytres n'en avait offert, jusque-là, aucun cas, et que le choléra ne s'était 
encore montré alors, dans l'arrondissement de Péronne,que dans une ou deux communes 
éloignées de celle-là de plus de 25 kilomètres. . . 7 » 



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354 BARVH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉR\*MORBUS. 

par infection d'individu malade à individu sain, et plusieurs auteurs de 
rapports mentionnent, à l'appui, des faits qui semblent laisser peu de 
doutes (docteur Foucart, dans la Haute-Marne et la Garonne; Colson, 
de Commercy (faits) ; Mannouvrier, de Valenciennes ; docteur Bouchet , 
du Rhône (1) ; Pamard, d'Avignon). 

Un certain nombre de médecins encore citent des faits contradic* 
toires qui laissent à leurs yeux la question indécise. 

En laissant de côté les auteurs qui s'abstiennent et en ne tenant 
compte que de ceux qui émettent une opinion plus ou moins explicite 
dans un sens ou dans un autre, nous trouvons, en résumé, 36 auteurs 
qui nient la contagion (29) ou la révoquent en doute (4), ou ne l'admet- 
tent pas dans le sens absolu du mot (3), et 52 qui adoptent la contagion 
ou la transmissibilité du choléra, soit directement, soit médiatement 
ou par infection à la manière des fièvres graves. 

Et si à ce dernier chiffre nous ajoutons 9 auteurs qui, sans traiter spé- 
cialement de la contagion, admettent cependant l'importation, soit 
comme le seul mode, soit comme le mode habituel, soit comme l'un des 

(1)« Ici, dit M. le docteur Bouchet, trouve place une question importante et contro- 
versée, c'est celle de la contagion, mot impropre ea lui-môme, appliquée au choléra. On 
deyrail plutôt l'appeler mode de transmission. Très-certainement le choléra n*e8t pas con- 
tagieux à la manière de la peste, de la petite vérole, de la syphilis, etc., c'est-à-dire que 
vous pouvez approcher d'un cholérique, le toucher, le soigner, lui rendre divers ser- 
vices, sans que vous soyez beaucoup exposé à contracter, de lui, la maladie dont il est 
atteint, à moins de rester longtemps auprès de lui, de vivre, pour ainsi dire, dans son 
atmosphère. Ceci est un fait établi, constaté par de nombreuses observations. Mais, de là 
à conclure, comme de nombreux auteurs l'ont avancé, que le choléra n'était pas plus 
contagieux, c'est-à-dire transmissible, qu'une jambe cassée, il y a loin. La vérité en 
tout doit être cherchée de bonne foi, et établie, ensuite, sans trop se préoccuper des 
fausses interprétations, et des conséquences, soi-disant, mauyaises. 

Je sais bien qu'on dira : Mais si toutes les personnes d'une famille, d'une maison, sont 
atteintes, c'est qu'elles vivent ensemble, ressentent, ensemble, les mômes influences ; 
elles devraient alors ôtre frappées toutes à la fois, mais non pas successivement. Il est 
plus conforme à la saine appréciation des choses d'admettre que du corps d'un malade 
s'exhalent certains miasmes Iransmissibles, qui forment de ce corps un moyen irradiant 
de transmission. Le bon sens public Ta compris ainsi, et, malgré toutes les affirmations de 
nos anticontagionistes, il est resté avéré dans l'esprit de tout le monde que soigner un 
cholérique ou un malade atteint d'une gastro-entérite, d'une pneumonie ou d'une fièvre 
intermittente n'était pas la môme chose sous le rapport de la transmission. Le danger 
daiiâ un cas est nul, tandis que dans l'autre il n'est pas encore déterminé ni bien défini, 
mais il existe incontestablement. » 



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BjUITH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 355 

modes d'introduction du choléra (1), nous voyons, en opposition à 36 au« 
teurs qui repoussent la contagion, 61 médecins, qui reconnaissent que 
le choléra est transmissible soit directement, soit médiatement h la ma- 
nière du typhus. 

Mode de transmission. — Ce dernier mode de contagion, c'est-à-dire 
transmission médiate par infection de l'air ambiant, semble bien plus 
réel que la transmission directe par le contact immédiat. 

Et d'abord, de la plupart des faits de contagion consignés dans les rap- 
ports, il ne résulte pas clairement que ce soit par le contact plutôt que 
par le séjour plus ou moins prolongé dans l'atmosphère ambiante des ma- 
lades qu'a eu lieu la transmission du choléra. 

Le seul maniement des malades est resté souvent sans résultat fâ- 
cheux. Ainsi des nourrissons atteints de choléra ont pu ne pas quitter en 
quelque sorte les bras de leurs mères, sans que ces dernières soient tom- 
bées malades. 

Bien plus, on a vu plusieurs fois des personnes coucher impunément 
avec des malades atteints de choléra sans rien ressentir. Mais on a vu 
maintes fois aussi l'inverse et, dans ce cas encore, on peut invoquer, aussi 
bien que le contact, l'infection par les miasmes émanés du malade et 
de ses déjections. 

Ce n'est pas non plus par inoculation que le mal se communique : on 
ne connaît pas d'exemple de choléra développé après une piqûre faite 
par un scalpel servant à l'autopsie d'un cholérique; du sang de malade, 
le produit des selles et des vomissements ont été, par M. le docteur Mi- 
chel, mis en contact avec une plaie récente, sans produire d'accidents. 

Source du contagium. — A en juger par les expériences précitées, le 
principe communicable ne paraîtrait pas résider dans le sang du cholé- 
rique; mais ces faits sont encore trop rares pour en tirer des conclusious 



La source du contagium, du principe contagieux, ne paraît pas non plus 
résider dans certains produits de sécrétion normale, comme le lait. Ainsi 
plusieurs rapports signalent ce fait curieux, déjà antérieurement observé 



(1) MM. 1 


es docteurs Feuchier, 


Heariot, 




Armieux, 


Blaadio, 




Carré et Judrin, 


Bals et Duval, 




Berriat, 


Croasse. 




Niobey, 





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356 BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

et plus récemment confirmé par de nouveaux exemples, que des nour- 
rices atteintes de choléra ont allaité leurs nourrissons sans leur donner 
la maladie. 

C'est donc ailleurs qu'il faut chercher la source du contagium ; mais 
les auteurs de rapports donnent sur ce point de la question peu de ren- 
seignements. 

Selon le docteur Bonnans, les cadavres seraient une cause puissante 
d'infection. M. le docteur Spire considère les malades graves et les ca- 
davres comme étant surtout dangereux. Mais le plus grand nombre, 
parmi ceux qui émettent une opinion à ce sujet, pensent que l'origine 
des miasmes cholériques émane surtout des déjections intestinales (i). 

Inconvénients. — Avantages de la notion de la transmissibilité. — 
L'opinion que le choléra peut se communiquer d'un individu à un 
autre a certainement quelque chose de grave, et peut dans certaines 
circonstances conduire à de fâcheuses conséquences. Mais il faudrait bien 
s'y résigner si les faits de plus en plus nombreux démontraient qu'elle 
est fondée. On se familiariserait d'ailleui's peu à peu avec cette pensée, 
et les effets de la peur s'atténueraient beaucoup quand on saurait dans 
quelles conditions la maladie peut se transmettre: que ce n'est point le 
contact et le maniement des cholériques qui sont dangereux, mais bien 
plutôt un trop long séjour dans un espace circonscrit, au milieu d'un 
air surchargé d'émanations morbides ; quand il serait démontré que ce 
sont les déjections intestinales qui constituent la principale source d'in- 
fection; quand enfin, mettant les mots d'accord avec les faits, on raye- 
rait le ferme impropre de contagion pour lui substituer l'expression 
bien mieux appropriée de transmissibilité. 

Les cholériques ne manqueraient pas plus d'assistance de toute sorte 
que les malades atteints du croup, de la scarlatine ou delà variole. 

Et, en prenant les précautions commandées par des notions plus exac- 
tes concernant le séjour trop prolongé près des cholériques, Téloigne- 
ment des personnes inutiles, le renouvellement de l'air, l'entretien d'une 

(i } M. le D' Henry, de la Haute-Saône, a administré à un chien, par la bouche et par Ta- 
nus les selles et les vomissements réunis d'un cholérique. L'animal a été pris pendant 
huit jours de diarrhée, de coliques manifestées par ses cris, de tremblement dans les mem- 
bres. Il ne buvait que de Teau et refusait même la viande; on ne l'a pas vu vomir; il s'est 
rétabli. 



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— RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 357 

grande propreté, le soin d'ealever promptemenl et d'enfouir le produit 
des déjections, celui de désinfecter les vases, les objets de literie, etc., on 
arriverait à réduire la multiplication des atteintes, à étouffer souvent le 
mal dans son commencement, en l'empêchant de faire explosion dans 
une localité autour d'un premier malade venant d'un endroit contaminé; 
à préserver certains pays par des mesures d'hygiène publique ; à dimi- 
nuer en un mot considérablement les victimes d'un mal qui déjoue trop 
souvent tous les efforts de la médecine. 

TRAITEMENT. 

Traitement curatif. — Les traitements les plus divers ont été mis en 
usage contre le choléra. Cependant, après quelques tentatives plus ou 
moins infructueuses de telle ou telle médication prétendue spécifique, 
entraînés aussi par la force des choses et guidés par l'étude même des 
divers actes pathologiques qui s'accomplissent dans révolution de cette 
maladie, le plus grand nombre des praticiens en sont revenus à la mé« 
decine des mdications, en mettant en pratique les moyens les plus ra- 
tionnels, les plus capables d'atténuer les graves perturbations qu'ils ob- 
servaient chez leurs malades. 

Émissions sanguines. — Le traitement antiphlogistiçue, employé par un 
certain nombre de praticiens en 1832, déjà plus rarement adopté en 
1849, n'a plus trouvé en 1854 qu'un petit nombre de partisans. Parmi 
ces derniers^ les uns associent les émissions sanguines à divers autres 
moyens, tels que Tipécacuanha, les opiacés, les excitants cutanés ; d'autres 
proscrivent les excitants et les purgatifs. 

* Ajoutons que la plupart réservent (avec raison) les saignées et les sang- 
sues pour combattre les accidents congestifs de la réaction. Un seul, M. le 
docteur Robert, de la Haute-Marne, pense que Ton peut pratiquer les 
émissions sanguines même dans la période algide; un seul enfin a employé 
lasaignée d titre préventif ; et sa statistique donne 13 décès sur 27 malades. 

Traitement mixte par les opiacés^ les astringents^ les excitants externes y 
et les antispasmodiques. — La grande majorité des médecins (63 en- 
viron), ont mh simultanément en usage les opiacés et les astringents pour 
modérer les évacuations, les excitants externes et divers moyens de ré- 
chauffement pour arrêter le refroidissement du corps et entretenir la cir- 
culation périphérique; les boissons froides dans le but de calmer la soif, 



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358 BAIITH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

les antispasmodiques à Fintérieur pour modérer les vomissements, les 
frictions simples ou médicamenteuses afm de calmer les crampes. 

Opium. — V opium qui, dans celte méthode mixte de traitement, 
joue le principal rôle, est aussi Tagent thérapeutique le plus souvent 
usité parle plus grand nombre de médecins, en 1 854, comme dans les épi-* 
démies antérieures. Quelques praticiens en sont prodigues, et préten* 
dent qu'à hautes doses, il a une grande erficacité. D'autres, tout aussi 
exagérés en sens inverse, le rejettent absolument comme un moyen 
infidèle et dangereux. Le plus grand nombre, et avec plus de raison, 
en usent avec mesure, et justifient cette modération dans l'emploi de To- 
pium durant la période algide, par Tintention de prévenir des phéno- 
mènes d'intoxication médicamenteuse quand l'absorption se ranime dans 
la deuxième période. 

M. le docteur Garnier, de Dampierre, pousse même cette crainte assez 
loin pour admettre comme possible « qu'on ait enterré bien des indivi- 
dus vivants, en léthargie d'opium, dont on fait, dit-il, un si déplorable 
abus dans le traitement du choléra. » 

Ipécacuanha. — A l'ensemble des moyens composant le traitement 
mixte un certain nombre de praticiens (20 environ) ont, avec des résul- 
tats divers, associé comme adjuvant, Vipécacuanha^ soit d'une manière 
habituelle, soit pour remplir exceptionnellement une indication dominante 
réclamée par un état saburral plus ou moins prononcé. M. le docteur Ju- 
lien recommande cet agent thérapeutique à haute dose (2 grammes au 
début) comme déterminant une excitation de l'estomac qui réagirait favo- 
rablement sur le système nerveux, et il pense que, si d'autres médecins 
n'ont pas obtenu de succès, c'est qu'ils ne l'ont pas donné à dose assez 
élevée. 

M. le docteur Julien ne nous fait pas connaître les résultats de sa prati- 
que, mais plusieurs de nos rapports donnent des statistiques peu encou- 
rageantes : 

No* 156. 90 morts sur 170 malades. 



127. 


71 


— 


123 


140. 


2,033 


— 


3,500 


13. 


40 


— 


60 


\% 


20 


— 


27 


1. 


235 


— 


300 



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MAWm. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 359 

Évacuants. — D'autres, en plus petit nombre, ont employé la méthode 
évacuante, soit comme moyen prophylactique, soit seulement au début 
de la maladie, soit comme base principale du traitement, sans repousser 
toutefois quelques moyens accessoires qui, à nos yeux, ne sont pas sans 
importance. La plupart administraient simultanément les vomitifs ^ parmi 
lesquels le plus souvent l'ipécacuanha, beaucoup plus rarement l'émé- 
tique elles purgatifs, notamment les laxatifs salins, tel que le sulfate de 
soude, plus rarement le calomeL 

Quelques-uns r^rdent les vomi-purgatifs comme un traitement spéci- 
fique de la première période et pensent que leur emploi doit toujours pré- 
céder l'emploi des opiacés. Quelques autres, en petit nombre du reste, à 
l'exemple de M. le docteur Gorlier, vantent les purgatifs emflo'^és sur la 
plus large échelle, même comme mot/en prophylactique. 

Parmi les partisans les plus ardents de cette méthode se place M. le 
docteur. Martineau, de Meaux, qui dit avoir purgé plus de 6 à 700 ma- 
lades de tous les âges, de divers tempéraments, et n'en avoir pas vu un 
seul atteint du choléra. Que penser de cette affirmation, lorsqu'il est avéré 
pour beaucoup d'autres médecins que nombre de fois Tàdministration 
d'un purgatif a été suivie du développement du choléra ! Et quand M. le 
docteur Martineau ajoute qu'il n'a pas perdu plus d'un cholérique sur 10, 
nous craignons que ses souvenirs ne le trompent et nous aimerions mieux 
des relevés exacts, comme aussi nous voudrions que l'auteur tll la part 
qui revient aux moyens propres à amener la réaction et qu'il employait 
simultanément chez ses malades. 

Contrairement à ces partisans fanatiques de la méthode évacuante, M. le 
docteur Jacquinot attribue à la médication par les vomitifs et les purga- 
tifs le chiffre élevé des victimes, et il ajoute que, par l'emploi de 25 à 60 
centigrammes d'opium dans une décoction de riz, de l'eau froide pour 
boisson, le rhum et un vin généreux, dans l'algidité, et une caléfaction ex* 
terne énergique, il aurait constamment sauvé ses malades. Nous ne pou* 
vous admettre une semblable proposition, et nous aimons mieux accuser 
l'auteur d'un défaut de mémoire que de toute autre intention plus répré- 
hensible chez un médecin digne de ce nom. 

Antispasmodiques. — Parmi les antispasmodiques^ c'est Véther qui a 
été le plus généralement usité. Quelques praticiens ont aussi employé 
avec avantage le chloroforme, administré en potion, à la dose de 12 à 
XXX. 48 



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360 BABTH* — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 

15 gontles; ce médicament a donné de bons résultats contre les vomis- 
sements et la douleur épigastrique. 

Excitants cutanés. — Quant aux moyens destinés à produire une ex-* 
citation salutaire à la peau, et à maintenir la circulation du sang à la 
périphérie du corps, outre les sinapismes, les frictions sèches, les mé- 
langes ammoniacaux et Tessence de térébenthine, qui constituent les 
agents les plus généralement usités, le docteur Lecadre a employé les 
bains d'air chaud administrés à l'aide d'un simple tuyau de poêle coudé, 
conduisant sous les couvertures l'air qui s'élève soit d'un réchaud, soit 
d'une lampe à alcool; d*aulres ont eu recours aux briques chaudes pla- 
cées dans le lit des malades, pour maintenir ou rétablir la chaleur 
vitale et empêcher le refroidissement des cholériques : plusieurs prati- 
ciens, enfin, ont mis en usage Yurtication comme l'un des moyens les 
plus simples pour opérer à la périphérie du corps une stimulation sa- 
lutaire, par l'éruption spéciale que détermine sur la peau le suc acre de 
l'ortie. 

Froid à tintérieur. — L'emploi du froid d tintérieur sous forme de 
boissons fraîches, d'eau glacée, ou de la glace pilée ou en fragments, est 
non-seulement un des moyens adjuvantsles plus usités par les médecins 
qui remploient concurremment avec les opiacés, les révulsifs, etc., mais 
il constitue, pour plusieurs, la médication la plus efficace et, pour quel- 
ques-uns même, la base essentielle du traitement. 

Un seul auteur rejette l'eau froide comme ayant l'inconvénient de re- 
tarder la réaction généralement considérée comme désirable et salutaire 
par tous les médecins, à l'exception d'un seul qui prétend que la réaction 
ne serait jamais que le résultat d'un « traitement incendiaire » . 

M. Monot rapporte 16 cas de succès obtenus en laissant, pour tout 
traitement, les malades boire de Veau froide à leur guise. 

Le docteur LabouUaye cite aussi plusieurs malades qui se sont guéris 
en ne buvant que de l'eau ou en ne prenant que de la glace. 

Enfin on sait que l'excellent docteur Tourette préconisait l'eau froide 
prise en abondance comme le seul et le vrai traitement du choléra , 
et il a payé de sa vie la conviction d'une idée malheureusement trop 
exclusive. 

Eau froide intùs et extra. — Quelques médecins employaient Y eau 
froide et la glace à la fois intùs et extra dans les cas graves: ainsi, en 



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BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 361 

même temps qu'il administrait la glace et l'eau froide à Tintérieur, le 
docteur Millon appliquait encore Teau froide et l'eau glacée à la région 
épigastrique ; c'est, dit-il, le traitement dont il aurait eu le plus à se 
louer. 

Enfin le docteur Dumas, de l'Aude, employait à la fois de larges ca- 
taplasmes froids sur toute la surface abdominale ; l'eau froide en boisson 
et en lavements; la chaleur et les sinapismes sur les membres inférieurs. 
Sur 200 malades soumis à ce traitement, « un seul, dit-il, mourut dans 
la période algide ; 20 succombèrent après la réaction et \ 79 guérirent ! » 

Sulfate de quinine. — Le sulfate de quinine^ l'un des agents les plus pré- 
cieux dont la thérapeutique dispose, et le moyen le plus efficace contre 
les affections paludéennes, pouvait inspirer confiance pour le traitement 
du choléra, aux médecins qui inclinent à voir dans cette maladie une 
espèce particulière de fièvre pernicieuse. 

Employé avec succès comme moyen prophylactique par M. le doc* 
teurArmieux, delà Corse, il n'a plus eu d'effet salutaire apparent contre 
le choléra une fois bien déclaré, et la plupart des praticiens se sont bor- 
nés à y recourir dans le cas oîi les symptômes ont présenté une intermit- 
tence plus ou moins marquée* 

Le sulfate de quinine, dit le docteur Gausard, de Châtillon-sur-Seine, 
nous a été d'un grand secours quand, après la réaction, le choléra pre- 
nait le caractère de fièvre cérébrale ou pernicieuse (1,323 décès sur 
3%,512 habitants). 

Sulfate de strychnine. — Dans le but de réveiller l'action du système 
nerveux regardé comme sidéré, 35 médecins ont eu recours soit au ^Z- 
fate de strychnine^ soit, beaucoup plus rarement, k la noix vomique. Sur 
ce nombre, deux ne s'expriment pas quant aux résultats obtenus ; six 
disent avoir eu à se louer de l'emploi de ce médicament, et l'un d'eux, 
M. le docteur Goudot, de la Haute-Saône, fait honneur à la strychnine 
de ses plus grands succès (sa statistique donne 99 décès wr 185 mala- 
des) ! 

Dans les cas légers, le docteur Bocamy,de Perpignan, pQuse quç le 
sulfate de strychnine, détermine quelquefois des modifications heureuses 
dans le caractère des évacuations et calme les crampes et les vomisse- 
ments ; mais il considère ce médicament comme peu efficace çt sans ac- 
tion appréciable dans l'état algide bien établi* 



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362 BABXH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRÀ-MORBUS. 

26 de nos correspondants n'énoncent, au contraire, que des insuccès 
ou des revers, et plusieurs ajoutent que ce médicament a souvent déter- 
miné des accidents graves, et parfois hâté d'une manière évidente la ter^ 
minaisou fatale. 

Le docteur Dumas, de l'Aude, dit que les 35 premières personnes at- 
teintes et traitées par les excitants et le sulfate de strychnine succombè- 
rent. 

Le docteur Lafaye, de l'Hérault, sur 24 malades qui ont pris le sulfate 
de strychnine dans la période algide, en a vu mourir 20 au bout d'un 
temps plus ou moins long. 
Le docteur Avisard, de l'Aube, sur 6 cas a compté 6 morts. 
Le docteur Michel^ de Gap, dit que ce médicament a toujours échoué; 
et il ajoute même que, lorsque la réaction avait lieu, des effets fâcheux 
ont été observés sur le système nerveux. 

(( Chez un malade traité par la strychnine et qui venait de franchir 
heureusement la période algide, le docteur yial,de Saint-Ëtienne, a vu 
se manifester des secousses tétaniques bientôt suivies de mort •» 

Valérianate de zinc. — Quant au valérianate de zinc, vanté avec en- 
thousiasme par M. le docteur Ourgaud, de Pamiers, M. le docteur Bo- 
camy n'a pas eu à constater les effets merveilleux de ce spécifique. Loin 
de là, il n'a eu aucun succès entre les mains de M. le docteur Gazaintre, de 
Limoux ; M. le docteur H. Gintrac n'a compté que des revers (14 essais, 14 
décès) ; et « après 42 insuccès sur 42 malades traités par ce médicament, 
M. le docteur Bonnans a dû revenir à une médication plus rationnelle. » 
Enfin sur 24 malades soumis au valérianate de zinc (à la dose de 0,30,) 
dit encore l'auteur d'une lettre adressée à l'Académie sous le nM769, 
3 seulement ont survécu, et encore ils devaient leur salut à des vomisse- 
ments incessants. 

Moyens divers internes. — Outre les moyens que nous venons d'énumé- 
rer, il est un certain nombre d'autres agents mis en usage par divers pra- 
ticiens, soit comme moyen empirique, soit comme moyen rationnel 
pour répondre à une indication déterminée ; mais ils ont été trop rare- 
ment employés pour qu'il soit possible d'en porter un jugement fondé; 
tels sont : 

Les alcalins plus récemment préconisés par M. Baudrimont pour 
maintenir la fluidité du sang; l'eau minérale naturelle de Luxeuil, Va- 



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. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 363 

cide sulfurique employé en limonade d'après la formule du docteur 
Worms ; la décoction d'ail, Finfusion de café comme stimulant ; Vammo-' 
niaque liquide dans une potion en remplacement de l'acétate d'ammo - 
niaque ; V alcool camphré (37 morts sur 40 cas de choiera bien constatés) ; 
ïesprii de camphre; l'acide arsénieux; la belladone ;\ecalomel à doses frac- 
tionnées; Viodure de potassium. 

Quelques auteurs, frappés de la fréquence des vers lombrics trouvés 
dans les selles ou les vomissements, ont été amenés à donner les vermi-- 
juges comme moyen prophylactique. MM. Roussel et Gouriet (élevés en 
médecine, dans l'Yonne), se demandent si les anthelminthiques ne de- 
vraient pas être au premier rang delà thérapeutique du choléra! I 

M. le docteur Paris recommande les inspirations d'oxygène ;eX le doc- 
teur Raphaël les inhalations de vapeurs de térébenthine. M . Mornac dit avoir, 
dans quelques cas, employé avec succès le nitrate d! argent en lavement. 

Enfin M. le docteur Meizger a mis en usage les frictions mercuriellesen 
même temps que le calomel à l'intérieur ; et plusieurs autres ont appliqué 
de hvgesvésicatoires sur labdomen. 

Ajoutons que, dans les diverses médications employées avec plus ou 
moins d'avantage, les résultats favorables obtenus ne sont pas l'œuvre 
unique des agents de la matière médicale, et qu'une grande part de 
succès revient aux moyens hygiéniques mis concurremment en usage, 
et notamment aux divers moyens de réchauffement des malades* 

Quelques médecins même placent ces moyens en première ligne et 
en font la base du traitement sous le nom de sudo-caléfaction : ainsi le 
docteur Germain, de Poligny, entoure ses malades de briques chaudes, 
de bouteilles d'eau, de sachets de son chaud, etc., pendant 15 à 20 
heures ; et « si ce traitement n'est pas employé trop tard, dit-il, la gué- 
rison serait la règle et la mort l'exception ; » les statistiques qu'il donne 
du chiffre comparatif des guérisons et des décès, selon que les malades 
ont été traités par cette méthode ou par divers agents thérapeutiques, 
témoignent au moins de l'avantage qu'il y a d'empêcher la déperdition 
de la chaleur vitale : 33 cholériques cyanoses, traités par des méthodes 
curatives diverses, donnent 25 décès et 8 guérisons ; 9 cholériques, au 
même degré de gravité que les précédents, traités par la caléfaction, 
donnent 8 guérisons et un seul décès. 

Homœopathie. — Vhomœopathie a été employée aussi en plusieurs 



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364 BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

endroits avec ses prétendus succès dans le genre de ceux constatés en 
1849 à la Salpètrière et en 1855 à Marseille (hélas I). 

Voici les renseignements qui nous sont fournis à ce sujet par deux 
rapports sur Tépidémie de 1854 : 

« Dans la commune de D.... (1), dit le docteur L...., de B...., 
Tépidémie, qui a commencé le 29 juillet, avait attaqué, le 16 septembre, 
32 personnes dont 17 femmes et 15 hommes. De ces 32 malades, 16 ont 
eu le choléra parfaitement caractérisé. Ces 16 cholériques traités ho- 
mœopathiquement par le docteur D.... ont donné 14 décès : (6 hommes 
et 8 femmes). » 

«La mortalité, dit le docteur V..., de S...., fut effrayante dans 
les premiers moments de l'invasion épidémique ; les chiffres, très-élevés 
d'abord, s'abaissèrent en peu de jours. L'homœopathie seule prélendit 
avoir opéré des miracles : sur 121 cholériques, trois seulement ont résisté 
à sa puissance... Toutefois les registres de F état civil prouvent que les 
certificats mortuaires du représentant d Hanemann dans le pays étaient 
au moins aussi nombreux que ceux des autres médecins ; ces deux faits si 
contradictoires en apparence sont pourtant faciles à expliquer : tous les 
malades guéris par Fhomœopathie étaient affectés du choléra ; tous ceux 
quelle perdait succombaient à la fièvre typhdide. De pareils traits n ont pas 
besoin de commentaires; ils prouvent que le côté moral de la doctrine ne 
vaut pas mieux que le côté scientifique. » 

Non-absorption. — En présence du peu de succès obtenus parles divers 
médicaments internes, plusieurs médecins en sont venus à douter de 
l'absorption des agents thérapeutiques dans le cours de la maladie, et 
quelques-uns même ont cru pouvoir soutenir l'abolition complète, pen- 
dant la période algide, de l'absorption par des surfaces naturelles. Tels 
sont MM. Vemois, Duchaussoy et M. le docteur Deroy, de Beton-Bazoches, 
qui réclame la priorité de cette découverte. Ce dernier médecin déclare 
que dans la période algide chez les malades gravement atteints, il n'a 
jamais observé que les médicaments administrés à quelque dose que ce 
soit aient en rien modifié la maladie. Sur 18 malades qu'il a traités par 
le sulfate de strychnine selon la méthode de M. Abeille, et dont 8 seule- 

(I) Nous supprimons les noms pour ne pas causer de froissements inutiles à roccasiin 
de faits dont nous ne sommes pas garants. 



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BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 365 

ment ont été sauvés, M. Deroy n'a jamais observé d'effets physiologiques 
appréciables; et, enhardi par ce résultat, il a, dit-il, administré dans l'état 
algide des doses vraiment fabuleuses de strychnine soit par l'estomac, soit 
par la peau, sans remarquer le moindre changement physiologique et 
pathologique chez aucun de ses malades. 

De ces faits et d'autres expériences avec d'autres médicaments, M. le 
docteur Deroy a cru pouvoir conclure à la non-absorption des médica- 
ments dans cette période de la maladie* 

Nous ne pouvons admettre ces conclusions dans ce qu'elles ont d'ab- 
solu, et nous considérons comme dangereuses les expériences surlesquelles 
se fonde M. le docteur Deroy ; témoin les remarques de plusieurs mé- 
decins cités plus haut sur les accidents produits par la strychnine et les 
secousses tétaniques observées chez quelques malades au moment de ta 
réaction. 

Nous concédons que l'absorption est grandement dimin uée dans la période 
algide, mais elle n'est point absolument supprimée, et le rétablissement 
de la circulation du sang momentanément ralentie, presque arrêtée dans 
le système vasculaire, démontre péremptoirement qu'une certaine quan- 
tité d'eau a été absorbée dans l'intestin et versée dans le torrent de la cir- 
culation sanguine. 

11 en est de même de l'absorption du tégument externe « chez plusieurs 
cholériques à qui l'on avait fait des frictions avec la térébenthine pendant 
la période algide ; M. le docteur Jobert, de Guyonvelle, a retrouvé dans 
Turine rendue après la réaction une odeur de violettes bien caracté- 
risée. » 

Lorsque les sinapismesoules vésicatoires ontété appliqués, le résultat, 
dit aussi le docteur Rotureau, était plus long à se produire ; mais il n'a 
jamais ou presque jamais manqué : toujours il y a eu rougeur des par- 
ties parles sinapismes, à l'instant où on les enlevait. Toujours l'épiderme 
s'est détaché sur les vésicatoires appliqués dès le commencement, et 
levés pendant que la période algide était encore marquée. Je ne partage 
donc point, dit-il en terminant, l'opinion de ceux qui nient absolument 
Tabsorptionde la peau dans la première période du choléra. 

DlTersIté des résiUtato obtemus mIoh 1» i^raTiié des cas, Vàge des malades, — 

Quelles qu'aient été les médications mises en usage, les résultats ont été 



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366 BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

généralement tristes, en 1854 comme dans les épidémies antérieures; 
et la morUzliiéj^vise en masse, oscille le plus souvent autour du chiffre de 
50 décès pour 100 malades. 

Quand la proportion des morts n'est que du tiers des malades pour 
toute la durée d'une épidémie, elle peut être considérée comme un ré- 
sultat très-satisfaisant au moins jusqu'à ce jour; et quand ce chiffre 
descend plus bas encore (1), ce sont des faits exceptionnels, qui jamais ne 
se prolongent, ce sont de ces veines heureuses qui ne peuvent servir de 
règle. 

Il est en effet peu de statistiques sérieuses, parmi celles qui ont été 
adressées à l'Académie, qui atteignent une limite aussi favorable. Nous 
disons statistiques sérieuses ; car il en est qui donnent des résultats par 
trop merveilleux : l'un dit n'avoir perdu qu'un malade sur 93 ; l'autre 
dit n'avoir pas perdu de malades et accuse les traitements de ses con- 
frères des décès. 

Nous ne pouvons accorder aucune confiance à de semblables docu- 
ments, ni ajouter aucune foi à de telles assertions. Ces gens oublient 
leurs insuccès ou les déguisent, ou comptent comme choléra les moin- 
dres cholérines. Que de fois, en effet, n'avons-nous pas entendu ces affir- 
mations faites avec une apparence de conviction profonde et cruelle- 
ment démenties par l'épreuve et l'expérience ! 

Oui, nous le répétons, le nombre dos victimes est malheureusement 
à peu près la moitié des malades. Trop souvent même la mortalité dé- 
passe cette proportion et atteint quelquefois le chiffre de 60, de 75 et 
même de 80 pour lOO (2). 

(1) Le mémoire n* 122 énonce 13 morts sur 50 malades = 26 p. 100 environ. 



(2) 



169 — 64 


— 


284 


— 


= 22 — 


2 — 48 


w. 


220 


-. 


= 21 — 


198 — 33 


— 


180 


— 


= 20 — 


48 — 11 


— 


i04 


— 


= 10 — 


204 — 13 


— 


162 


— 


= 8 — 


129 donne 17 décès sur 30 malades 


= 56 p. 100 € 


42 — 123 


— 


214 


— 


= 57 — 


m — 26 


— 


45 


— 


= 58 - 


38 — 22 


— 


35 


— 


= 63 — 


13 — 40 


— 


60 


— 


= 66 — 


124 — 505 


— 


739 


— 


= 68 - 


175 — 70 


— ~ 


100 


-. 


= 70 - 



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— RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRÂ-MORBUS. 367 

Influence de Fintensité des cas sur la proportion des guérisons. — 
Pour bien juger soit la léthalilé du choléra d'une manière absolue, 
soit les influences de là médication^ il est indispensable de faire des ca- 
tégories et de partager au moins les malades enca* légers et en cas graves. 
Les résultats, en effet, sont généralement désastreux chez les premiers et 
comparativement bien plus favorables chez les seconds. Ainsi en Corse, 
dans Tarrondissement de Galvi, il y a eu 587 individus influencés par 
l'épidémie, et 77 cas de choléra confirmé : sur ce dernier nombre, 34 cas 
graves ont donné 22 décès, et 43 cas légers ont fourni 7 décès seule- 
ment. 

Dans l'asile d'aliénés de Dôle, M. le docteur Yonon signale les ré- 
sultats suivants : 

Cas très-graves : 28 malades. 22 décès. 
Cas graves : 22 — 10 — 
Cas moyens : 25 — i se ol décès. 
75 malades. 33 décès. 

Ce qui prouve encore que la proportion varie selon que les relevés 
comprennent à la fois les cas graves, les cas légers et même les cho- 
lérines, ou selon que l'on tient compte seulement des cas de choléra 
confirmé, c'est que sur un total de 67 malades M. le docteur Bos- 
sion (Seine) n'a que 27 décès ; mais qu'en les subdivisant, on trouve 
1 7 décès sur 21 cas graves, 8 décès sur 20 cas moyens et 2 décès seulement 
sur 26 cholérines. 

Ce qui tend à démontrer enfin que certaines statistiques englobent en 
masse les cas de choléra, de cholérine et de diarrhée, c'est le relevé con- 
signé à la fin du rapport de M. le docteur Bucquoy, de Peronne, qui 
signale 1039 malades et seulement 360 décès, tandis que dans le cours de 
son travail M. Bucquoy dit que plus de la moitié des individus atteints de 
choléra confirmé ont succombé à la maladie. 

Influence de F âge. — Vâge est aussi un des principaux éléments dont 

Le mémoire n^ 52 donne fO décès sur 44 malades ■• 72 p. 100. 



12 


— 20 


— 


27 


— 


«74 


173 


— 3 


«i 


4 


— 


— 75 


3 


— 85 


— 


110 


— 


— 77 


1 


- 235 


— 


300 


— . 


— 78 


100 


— 82 


— 


101 


— . 


— 81 



XXX. 49 



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368 BAlftra. — RAPPORT SDR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 

il faut tenir compte dans Tappréciation des résultats obtenus : le plus 
habituellement, en effet, le chiffre proportionnel des décès par rapport 
à celui des malades est moindre dans la jeunesse et dans la période 
moyenne de la vie, que dans l'enfance et dans la vieillesse, qui offrent 
moins de résistance aux atteintes du mal. 

« Les^ deux extrêmes de la vie, dit le docteur Ârnoux (Haute-Marne), 
ont fourni proportionnellement une mortalité beaucoup plus considéra- 
ble que Tâge moyen. Ainsi sur un total de 101 décès, il y a eu 16 en- 
fants ayant moins de 6 ans, et 22 vieillards ayant plus de 60 ans. » 

Dans le village de Diève (Meuse), 35 malades ont fourni 13 décès dont 
6 vieillards et 3 enfants (docteur Passerini). 

A Ghaumont (Haute-Marne), le maximum de la mortalité a eu lieu 
de 50 à 70 ans, et le minimum de 10 à 20 ans (docteur Vergue). 

Dans les arrondissements de Yesoul et de Gray, la mortalité a porté 
surtout sur les vieillards (docteur Simonin). 

Dans la Haute-Garonne, les décès, comme partout, ont frappé dans 
une grande proportion la partie âgée de la population (docteur Milieu). 
Dans l'arrondissement de Mirecourt, sur 2,907 individus morts du 
choléra, 760 avaient plus de 60 ans (docteur Masson) et, dans la Haute- 
Saône, au rapport dé M. le docteur Michel, le maximum de la mortalité 
s'est trouvé au delà de 60 ans : sur 1 5 cholériques ayant dépassé cet âge 
il n'y a eu qu'une guérison. 

Certaines conditions^ même physiologiques ^ paraissent avoir influé sur 
la proportion relative des décès. 

Chez les nourrices, dit le docteur Michel (Hautes-Alpes), le choléra 
algide, sauf une seule fois, a été constamment suivi de mort ; et selon 
le docteur Jobert, de Guyonvelle, le plus grand nombre des femmes en- 
ceintes prises du choléra ont succombé à la maladie. 

11 est presque superflu d'ajouter que, partout à peu près, le chiffre 
proportionnel des décès comparativement à celui des malades, s'est 
élevé en raison de l'absence de toutes les ressources de l'hygiène. 

Gomme considération générale sur le traitement du choléra, disons que 
beaucoup de médecins, voyant l'insuccès de leur premier traitement, ont 
successivement employé des méthodes diverses selon les indications qui 
leur paraissaient dominantes, et la plupart en sont revenus aux moyens les 



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— RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBDS. 369 

plus simples et les plus rationnels en proclamant la nullité des pré* 
tendus spécifiques. 

Les uns sont pleins de confiance dans la thérapeutique, surtout de 
celle qu'ils ont préconisée ; et nous avons été témoin de maintes illusions, 
de maintes convictions, ayant toutes les apparences de la sincérité, que 
la statistique et l'expérience ont cruellement démenties. Nous avons vu, 
par exemple, ce qu'il en est des prétendus succès invariables des purga- 
tifs, du valérianate de zinc, de l'eau froide. C'est une illusion sem- 
blable assurément qui fait dire à M. le docteur Stock, de Saint-Âvold, 
que l'épidémie diminue aussitôt qu'elle est attaquée vigoureusement. 

D'autres, au contraire, en présence des ravages que fait, en certains 
moments, cette maladie qui semble se jouer de tous les efforts de l'art, 
se sentent découragés, et, ne sachant plus à quelle méthode donner la 
préférence, reconnaissent qu'aucun traitement n'a eu de succès nota* 
blés, et avouent avec dépit que toutes les médications ont donné à peu 
près les mêmes résultats; qu'aucune méthode n'est supérieure aux 
autres, une fois le choléra confirmé ; qu'il n'y a rien d'absolu dans les 
indications et que le mieux est peut-être de suivre les instincts du ma- 
lades. 

D'antres avouent avec regret que le traitement est peu efficace dans 
les cas graves, et au fort de l'épidémie; et quelques-uns, plus décou- 
ragés encore, en voyant que tous les malades atteints de choléra violent 
sont morts, expriment la pensée que l'on n'a d'action que contre les 
accidents prémonitoires et regardent toute médication comme inutile 
quand le choléra est parvenu à son summum d'intensité. 

Nous ne pouvons partager ni l'absolue confiance des uns ni l'excès 
de découragement des autres. Nous admettons les incertitudes inhérentes 
à cette nftiladie insidieuse, étrange dans ses allures et dans ses effets ; mais 
nous ajoutons que si, d'une part, on n'est jamais sûr de sauver un indi- 
vidu en apparence légèrement frappé, il ne faut d'autre part jamais dé- 
sespérer absolument de tel autre dont l'état semblerait sans ressource. 

Nous reconnaissons encore ce fait proclamé par d'autres auteurs, que 
les résultats, dans les cas particuliers, varient avec la gravité ou la béni- 
gnité générale de l'épidémie ; et que le succès est le plus souvent là où 
est l'aisance, là où la population est saine et vigoureuse, et que l'insuc- 
cès accompagne habituellement les conditions inverses. 



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370 BABTli. -— RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GROLÉRA-MORMIS* 

Nous nousrangeon»aussi àlavis des médecins en grand nombre qui 
admettent que les succès dépendent surtout de la promptitude des se* 
cours de la médecine : attaquer le mal à. son origine est, selon beaucoup 
d'entre eux, le point capital ; et c'est en combattant la diarrhée, dès son 
début, c'est en arrêtant le développement de la maladie dans ses premiè- 
res manifestations, qu'on peut en atténuer le plus sûrement les rava* 
ges. Plusieurs médecins constatent, en effet, que les malades traités dès 
le début ont été généralement sauvés. « Savoir combattre la diarrhée 
prémonitoire, c'est, dit le docteurRoyer, de T Yonne, avoir la vaccine du 
choléra. » 

Mais l'ignorance, l'incurie, une coupable insouciance, font que les 
secours de la médecine sont rarement invoqués dès le début, parce que 
la diarrhée initiale ayant lieu sans douleur, sans fièvre, sans perte d'ap- 
pétit, laisse les individus dans une funeste sécurité, jusqu'à ce que se 
déclarent les accidents graves du choléra confirmé, et le plus sou- 
vent alors les sources de la vie se trouvent taries et le mal est sans 
remède. 

TFattement préTentlf i mesiurea d'hygiène. — C'est en raisOU de la grande 

mortalité du choléra, du peu de succès de la thérapeutique contre la ma- 
ladie confirmée, qu'un grand nombre de médecins parmi ceux qui ont 
envoyé des travaux à l'Académie, en sont venus, les uns à fonder de meil- 
leures espérances sur \di prophylaxie^ les autres à placer le traitement 
préventif au premier rang, quelques-uns à ne voir de condition de salut 
que dans les mesures hygiéniques destinées à préserver les personnes et 
les localités menacées par le fléau. 

Plusieurs auteui's justifient la valeur qu'ils attachent à la prophy- 
laxie en citant des faits qui démontrent l'efficacité des moyens de préser- 
vation. 

Ce qui prouve l'importance des préceptes hygiéniques, dit le docteur 
Martin Duclaux (Haute-Garonne), c'est que «partout, et dans toutes les 
familles qui les ont observés, on a été complètement exempt de la mala- 
die, ou elle a été plus légère. Je crois donc, ajoute-t-il, qu'on peut dire 
de notre épidémie : a le choléra qui veut. » — Nous n'oserions pas en 
dire autant, tout en reconnaissant l'excellence d'une prudente hygiène. 

Parmi les moyens les meilleurs et les plus faciles à mettre en pratique 



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— RAPPORT SUR LES ËPIDÉMIBS nz CflOLÉRA-MORBUS. 371 

les rapports signalent la propreté, l'aération et la ventilation, et le doc- 
teur Baduel, de Sèvres, cite le fait suivant comme preuve de l'efficacité 
de ces moyens de renouveler Tair et d'en entretenir la pureté : 

(c Des hommes appartenant au môme régiment sont casernes moitié à 
Saint-Gloud, moitié à Sèvres. L'auteur, chargé du service médical de 
la caserne de Sèvres, fait tenir les fenêtres ouvertes tout le jour ; et 
pendant les chaleurs, celles qui sont exposées au midi restent ouvertes 
toute la nuit. A Saint-Gloud la caserne est située dans un bas-fond et 
la disposition des fenêtres ne permet pas d'établir des courants d'air. 
Pendant l'épidémie, la caserne de Sèvres n'a pas eu un seul cas de 
choléra. Le caserne de Saint-Cloud en a eu 34 et 14 décès. » 

Aux divers moyens d'empêcher la viciation de l'air par le défaut de 
renouvellement, beaucoup de médecins conseillent d'ajouter la désin* 
fection des maisons menacées, surtout de celles déjà envahies, par les di- 
vers agents dont la chimie dispose, et M. le docteur Letellier, d'Amance, 
voudrait qu'on évacuât les habitations où il y aurait eu des cholériques 
pour n'y rentrer qu'après une aération et un nettoyage complets. 

Plusieurs insistent spécialement sur la désinfection des matières re- 
jetées par les cholériqnes et des linges souillés par les excrétions mor- 
bides (Durand, de Nemours; Simonin, deGray). 

Quelques-uns conseillent la désinfection en grand soit par les feux 
de houille (1), soit par la poudre de mine. A l'appui de l'utilité des vas- 
tes combustions le docteur Metzger cite ce fait que dans le village de 
Thiénant «l'épidémie a presque disparu après un incendie qui a consumé 
plusieurs maisons. » 

A côté des moyens capables de modifier l'air, d'en entretenir la pu- 
reté et d'y détruire les germes malfaisants, plusieurs auteurs signalent 
l'utilité de l'isolement des cholériques ; l'importance de ne pas intro- 
duire de cholériques dans les hôpitaux ordinaires ; les avantages de la 
dissémination des individus contaminés, et le docteur Thomas, de la 
Haute-Marne, conseille le transport des malades sur les hauteurs. D'au- 
tres verraient une excellente mesure dans l'éloignement des populations 
des lieux infectés, et le docteur Germain^ de Poligny, cite les bons effets 
de l'émigration sur les lieux élevés. 

(1) A la saline de GoubeDans» dit le docteur Thirîon, oo avait allumé des feux de houille 
aux quatre coins ; il n'y a pas eu de décès. 



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372 BASTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 

Enfin parmi les mesares prophylactiques, une de celles qui paraît avoir 
aux yeux de plusieurs médecins l'importance la plus grande, consiste dans 
les visites préventives destinées à prescrire les mesures d'hygiène les plus 
indispensables concernant les individus et les habitations, et à découvrir 
les malades dont l'incurie habituelle menacerait l'existence d'une ma- 
nière plus ou moins prochaine. 

Les bons résultats que cette mesure a produits à Londres, en consta- 
tent l'opportunité ; sur plus de 43,000 individus trouvés atteints de 
diarrhée et soignés à temps, 58 seulement furent pris de choléra grave 
malgré le traitement. 

Inhumations précipitées. — Disons, pour clore l'analyse des rapports 
concernant le choléra de 1854, que la possibilité de l'enterrement de 
malades en état de mort apparente, n'a point passé inaperçue ; et le 
docteur Michel, de Strasbourg, voudrait qu'on «établit dans chaque cime- 
tière une salle de dépôt des morfs pour éviter les graves inconvénients 
des inhumât ions précipitées (i). » 



ÉPIDÉMIE DE 1865. 



Dix ans s'étaient écoulés depuis la cessation de l'épidémie dont nous 
venons de retracer le tableau, quand le choléra-morbus fit, dans l'année 
1865, une nouvelle irruption en Europe, et visita la France pour la 
quatrième fois. 

Invasion. — Développement et marche de F épidémie. — Tandis que, 
dans les trois premières grandes épidémies, le mal nous était venu par 
le nord-est, cette fois c'est par le sud qu'il fit son apparition dans nos 
contrées : au mois de juin le choléra éclate à Marseille. Bientôt après il 
envahit le département du Rhône. Au mois d'août les rapports originaux 
le signalent dans la Saône-et-Loire. — En septembre, il apparaît dans les 

(\) Après rachèvement de ce rapport, dont la rédaction nous a coûté beaucoup de 
temps par le désir que nous avions de donner de tous les travaux originaux une fidèle 
analyse, il nous est arrivé encore un grand nombre de notes, de mémoires, etc., dont 
nous n'avons pu tenir compte ; car notre travail eût été incessamment à recommencer. 



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— RAPPORT SUR LES ËPIDËMIBS D£ CHOLÉRA*MQRBUS. 373 

départements de la Seine et de Seine-et*Oise, dans la Drôme, l'Hérault, 
la Haute-Marne, la Savoie et les Pyrénées-Orientales. 

Le mois suivant il se manifeste dans TAUier, l'Eure-et-Loir, l'Oise, 
TAisne, la Seine-Inférieure, la Moselle et le Pas-de-Calais. 

En novembre il éclate dans l'Orne, la Manche, le Tarn-el-Garonne et 
les Vosges, en disparaissant de T Allier, de l'Hérault, de l'Eure-et-Loir 
et de la Haute-Marne. 

En décembre, enfin, il gagne le Finistère et le Calvados, en persistant 
encore dans plusieurs des départements envahis pendant les trois mois 
précédents, et sévit avec violence à Cherbourg durant les mois les plus 
rigoureux de l'hiver. 

Dans le courant de Tannée suivante, le mal, qui partout ailleurs sem- 
blait assoupi, se réveille h Paris avec les chaleurs de l'été, fait en juin et 
juillet les plus cruels ravages dans la ville d'Amiens, se prolonge pendant 
l'arrière-saison dans le nord-ouest de la France et ne disparaît complète- 
ment qu'à la fm de 1867, après avoir envahi un nombre de départements 
plus restreint et causé un chiffre de mortaUté beaucoup moins considé- 
rable que celui des épidémies précédentes. 

Parmi les documents nombreux (t) qui sont parvenus à la commission 

(i) Ces documents, non compris beaucoup d'autres, transmis trop tardivement aux 
bureaux de TAcadémie, se composent de 32 rapports manuscrits plus ou moins étendus, 
et de 89 pièces diverses, manuscrites ou imprimées sur différents points spéciaux rela- 
tifs au développement, à la propagation^ à la nature du choléra; de recettes, moyens 
thérapeutiques et traitements préventifs et curatifs de la maladie, de considérations sur 
les mesures de prophylaxie publiques à opposer au développement des épidémies cholé- 
riques. 

Parmi les travaux du premier groupe, nous devons placer en première ligne : 

1<» Un travail trè&HX)mplet et très-méritant de M. le docteur Calvy sur l'épidémie de 
Toulon ; %o un remarqufiJ)ie rapport de M. le docteur Perrochaud, de Boulogne^ accom- 
pagné de pluflieurs cartes très-intéressantes ; 

Signaler comme trés-^on le rapport de M. le docteur Bourguet sur les épidémies cho- 
lériques observées dans l'arrondissement d'Aix ; 

Et mentionner comme dignes d'estime, le rapport du docteur Braye sur le choléra de 
la ville d'Arles; celui du docteur Rimbert sur l'épidémie cholérique dans plusieurs 
communes d'Eure-et-Loir; celui du docteur Dehée sur le choléra de l'arrondïssement 
d'Arras ; celui du docteur Carret sur l'épidémie observée de l'arrondissement de Gham- 
béry , et celui de M. le docteur Carrière sur le choléra de Raon-I'Étape. 

Parmi les documents du deuxième groupe, nous mentionnerons comme particulière- 
ment dignes d'éloges : le mémoire de BL Langaudinsur la contagion du choléra, et la bro- 
chure deUM. Sirus-Pirondy et Fabre sur le choléra de Marseille* 



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374 MAMrm. — rapport sur les ëpidémibs de choléra-morbus. 

du choléra sur Tépidémie de 1865, il en est assurément plusieurs qui 
sont, à tous égards, dignes d'intérêt ; mais deceux-ci même on en compte 
peu qui contiennent autre chose que la reproduction de faits ou d'idées 
souvent déjà mis en avant ; il en est enfin, comme toujours, quelques-uns 
émanés surtout de personnes étrangères à la médecine, qui ne sont autre 
chose que des élucubrations plus ou moins bizarres n'ayant pas même, 
le plus souvent, le mérite de l'originalité. 

Aussi, bien que nous ayons résumé la plus grande partie des travaux 
qui nous ont été confiés, nous n'avons pas jugé opportun de les soumettre 
à une analyse comparative de tous les points delà question. Conçu de 
la sorte, notre travail n'eût été, abstraction faite des dates et des lieux, 
qu'une reproduction de notre précédent rapport; et nous nous sommes 
contenté d'extraire de ces nouveaux documents les faits les plus saillants 
et les plus digues d'une mention spéciale. 

Pour justifier cette manière de procéder, disons d'avance qu'à part son 
point d'arrivée en France et la direction qu'il a suivie, le choléra de 1 865, 
envisagé dans sa généralité, ne présente avec celui des épidémies anté- 
rieures, aucune différence capitale : les divers documents que nous avons 
compulsés ne montrent ni dans les modes d'invasion, ni dans la forme 
symptomatique de la maladie, ni dans ses terminaisons, ni dans ses 
complications diverses, aucune particularité saillante. C'est pour ce 
motif sans doute qu'un certain nombre d'auteurs se sont attachés à pé- 
nétrer les points obscurs de la question, ou ont étudié avec un soin spé- 
cial ce qui concerne la prophylaxie publique et privée, tandis que d'au- 
tres, en raison du peu de succès des médications connues, se sont ingéniés 
à trouver des agents d'une plus grande efficacité. 

L'influence de h température s'est montrée, dans l'épidémie de 1865, 
ce qu'elle a été dans les épidémies antérieures. Généralement, en effet, 
c'est durant la saison chaude que le mal a sévi avec le plus de violence : 
à Marseille à Toulon, c'est pendant l'été que le choléra fait le plus de vic- 
times. Dans Paris, c'est d'abord à son début, eu octobre 1 865, puis lors de 
sa recrudescence en juin et juillet 1866, qu'il multiplie ses coups; et c'est 
pendant ces deux mêmes mois qu'il fait, dans Amiens, de cruels ravages. 

La ville de Cherbourg seule semble avoir fait exception. En effet, dit 
le docteur Loysel, Tépidémie cholérique prit k h fin de décembre des 
proportions inattendues. 



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BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CQOLÉRA-MOafiUS. 375 

Des faits de ce genre ont été observés dans d'autres temps, dans d'au- 
tres pays ; mais le docteur Loysel ne dépasse-t-il pas les limites d'une 
appréciation rigoureuse quand il ajoute : « loin de décroître comme celle 
de 1849 aux approches de Tbiver, l'épidémie semblait puiser, dans les 
conditions atmosphériques de cette saison, un aliment propice à son dé- 
veloppement. » 

Ces exemples prouvent uniquement que, quand le choléra éclate dans 
telle localitépendant l'hiver, il ;9^u/ y /aire autant de mal qu'à d'autres 
époques de l'année, et que la saison froide n'est pas absolument impro- 
pre à l'évolution de la maladie ; mais ils ne sauraient détruirece fait beau- 
coup plus général que les chaleurs favorisent le développement du fléau 
qui tend à s'atténuer sous l'influence de l'abaissement de la tempé- 
rature. 

L'épidémie de 1865 a conBrmé quelques observations, faites dans les 
épidémies précédentes sur Timmunité relative de certains endroits, sur 
retendue des ravages du mal dans des localités précédemment restées 
indemnes ou très-modérément éprouvées. Ainsi la ville d'Amiens 
qui, sur une population d'environ 50,000 âmes, n'avait compté que 
165 décès dans l'épidémie de 1854, a vu, en 1866, s'élever à 1694 le 
chiffre des victimes, dont 1416 en juin et juillet. 

D'autre part Lyon a été, en 1865 comme dans les épidémies anté- 
rieures, sensiblement ménagé : bien que plusieurs milliers d'habitants 
de cette ville aient été atteints de diarrhées séreuses et bilieuses, et que 
comme toujours les relations entre Lyon et Marseille aient été nom- 
breuses et incessantes, le choléra confirmé est resté limité à de très-pe- 
tites proportions. 

«La ville de Lyon, dit le docteur Bouchot, a encore été, cette année, 
exempte de payer un tribut trop rude à l'épidémie. En 1849, le choléra 
avait été restreint à l'hôpital militaire. En 1854, ce fut plus sérieux 
puisqu'il y eut 525 décès; une centaine seulement en 1855. Cette an- 
née, après dix ans, il y a eu 18 décès, preuve d'une cinquantaine de 
cas environ. Sous un rapport ce n'est rien; mais pourtant, en rappro- 
chant ces cas certains de l'épidémie diarrhéique cholériforme que j'ai 
signalée, on peut affirmer qu'il y a eu à Lyon comme des effluves cho« 
lériques, qui heureusement se sont éteints. » 

Le réveil du choléra-morbus à Paris dans le mois de juin 1866, après 
xxz. 50 



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376 BAWm. — RAPPORT SDR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA- MORB US . 

un sommeil de 6 mois, semble indiquer que le germe du mal peut per- 
sister dans un point à l'état latent pendant un certain laps de temps, et 
s'y ranimer après une période d'hibernation plus ou moins longue, sous 
l'influence de causes occasionnelles adjuvantes, parmi lesquelles la 
chaleur semble jouer le principal rôle ; à moins que l'on n'admette que 
ce réveil du mal est dû à l'importation de germes nouveaux. 

Quant à la diminution et à la cessation des épidémies cholériques dans 
une localité, M. le docteur Vinci, de Naples, en voit l'explication natu- 
relle dans la diminution progressive des individus aptes à contracter le 
choléra, et, partant de cette idée, il donne le judicieux conseil aux 
émigrés d'un lieu contaminé, comme aux personnes qui n'ont point 
subi l'influence épidémique, de ne se rendre ou de ne revenir dans les 
endroits ravagés que plusieurs jours après la disparition des derniers 
cas particuliers. 

Symptômes. — Ainsi que nous l'avons dit, le choléra n'a présenté 
dans ses caractères nosologiques aucune particulariténouvelle : la phy- 
sionomie générale de la maladie a été la même que dans les épidémies 
antérieures. 

Comme toujours la diarrhée initiale, àii^ prémonitoire^ a constitué un 
prodrome, non pas constant, mais habituel, et qui, malgré d'assez nom- 
breuses exceptions, signalées par divers auteurs, n'en conserve pas 
moins une importance considérable. 

Rien de nouveau d'ailleurs à propos des évacuations. Notons seulement 
les recherches de M. Baudrimont d'après lesquelles l'albumine du sang, 
transformée en diastase, dans l'attaque cholérique, se retrouverait, dans 
les déjections alvines, mélangée à une matière analogue à la levure de 
bière. 

Rien de spécial, non plus, soit sur les formes de la maladie et l'inten- 
sité des symptômes, variant suivant les cas et les lieux, sous l'influence 
de causes diverses au milieu desquelles les conditions individuelles et 
locales ne jouent pas toujours un rôle parfaitement accentué, soit sur la 
gravité des atteintes et leurs divers modes de terminaison. 

Étiologie. — Les conditions meilleures dans lesquelles se sont placées 



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— RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 377 

nn grand nombre de localités et les mesures hygiéniques générales et 
individuelles adoptées par les populations instruites par l'expérience, pa- 
raissent avoir diminué le nombre total des cas ; mais la proportion de 
mortalité n'a pas sensiblement varié comparativement à celle des épi- 
démies antérieures ; et Ton a pu voir dans une ville (celle de Paris par 
exemple) le choléra présenter une grande gravité pour un nombre assez 
considérable de cas particuliers, en môme temps que le chiffre total des 
atteintes est resté néanmoins peu élevé. 

Relativement à la prétendue immunité de certaines professions en 
présence du choléra, nous n'avons à signaler pour l'épidémie de 1865, 
comme pour les précédentes, que des faits négatifs ou contradictoires. 
C'est ainsi qu'on a voulu voir, dans l'inhalation des gaz qui se dégagent 
de la combustion de la houille, une influence salutaire et de préserva- 
tion contre le choléra; et M. le docteur Gréquy, médecin de la Compa- 
gnie du gaz, est venu démontrer par des chiffres que, dans l'épidémie de 
1865, les ouvriers qui sont soumis quotidiennement à cette inhalation, 
ne sont en aucune manière plus réfractaires que les autres aux atteintes 
de la maladie. 

Nature de la maladie. — Quant à la nature du choléra-morbus, plu- 
sieurs rapports reproduisent les tentatives faites depuis longtemps pour 
établir Videntité de la fièvre intermittente^ de la fièvre typhoïde et du 
choléra (Dingé) ; l'analogie du mal indien avec les fièvres paludéennes 
pernicieuses (Bourgogne père) ; avec les fièvres palustres à type contenu^ 
la période algide étant composée dune série d'accès sub-intrants (Barth, 
de la Moselle) ; etc. 

Nous ne reviendrons pas sur les objections que soulèvent ces idées 
spéculatives. Nous ne chercherons pas davantage à démontrer le peu de 
fondement de plusieurs autres propositions, mises en avant sans preu- 
ves, sans fondement réel, comme celle de M. le docteur Poggioli qui 
considère le choléra comme un manque ou une diminution d'électricité 
chez l'individu qui en est atteint. Et nous nous croyons en droit d'ajou- 
ter qu'en somme rien de scientifiquement nouveau n'a été établi sur la 
nature du choléra : aucune des démonstrations tentées n'est plus pro- 
bante que celles qui se sont produites jusqu'alors ; chacun, suivant sa 
doctrine de prédilection, ou suivant que telle ou telle manifestation 



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378 BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

morbide Ta frappé davantage, place, soit dans le système nerveux, 
soit dans le système sanguin, le siège d'une maladie qui peut avoir des 
analogies plus ou moins grandes avec telle ou telle autre affection du 
cadre nosologique, mais qui, en définitive, n'est identique avec aucune 
d'entre elles et constitue, nous le répétons, une entité morbide sud 
generis parfaitement bien définie. 

Genèse. — Aucune théorie nouvelle n'a été proposée non plus, sur 
l'origine et la genèse du choléra-morbus; c'est tout à fait exceptionnel- 
lement que l'on invoque l'action cholérigène de miasmes infectieux dé- 
veloppés localement (docteurs Sérée, d'Ârette), une constitution médi- 
cale anomale (docteur Martinencq, de Grasse) ; la grande majorité des 
médecins reconnaissent toujours l'Inde comme le foyer primitif et le 
berceau de la maladie ; et le docteur Balaguer en place le principal foyer 
àHydérabad, cité populeuse, oîi, sous un ciel brûlant, sont réunies ton* 
tes les causes d'insalubrité, toutes les mauvaises conditions hygiéniques 
des habitants capables d'engendrer les épidémies. 

Le point d'origine du choléra dans l'Asie méridionale et son chemine- 
ment progressif à travers ce continent jusqu'en Europe n'ont été mis en 
doute par personne, pour la grande épidémie qui a envahi la France 
en 1832. 

Il y a peu de doute aussi pour la provenance indienne de l'épidémie de 
1 859 ; et si celle de 1 853 a eu l'apparence d'une recrudescence de germes 
mal éteints dans certaines contrées européennes, tels que le Nord et l'Est 
de l'Europe, l'épidémie de 1865 nous est de nouveau manifestement 
venue de l'Inde, et cette fois c'est par la voie de mer qu'elle a fait irrup- 
tion dans nos contrées. 

En mai 1865 les pèlerins, disciples de Mahomet, partis de tous les 
points de l'Islamisme, convergent en foule à la Mecque pour la fête du 
Beïram. Tant que la colonne indienne n'est pas venue, il n'y a pas de 
choléra ; mais dès son arrivée, le mal se manifeste et se multiplie rapi- 
dement au milieu d'une population agglomérée dans les plus mauvaises 
conditions hygiéniques. Les fêtes terminées, les pèlerins s'embarquent 
en grand nombre à Djeddah, arrivent à Suez, puis à Alexandrie. 

Avec leur venue, dit le docteur Colucci-Bey, la maladie éclate dans 
cette dernière ville, le 11 juin, à un moment où la santé du pays tout 
entier était parfaite. Il se concentre pendant quelques jours dans cette 



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— RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 379 

ville; puis le 17 il envahit Aboukir, Tantah, le Caire; puis sept jours 
après, il apparaît à Rosette, à Damielte, à Mansourah. 

M. le docteur L. Mongeri nous montre le choléra éclatant à Constan- 
linople, le 28 juin, trois jours après que la frégate MoukbirirSurur, venant 
d'Egypte, eut débarqué, à l'hôpital de la marine, des malades atteints de 
diarrhée, et dans le lieu même où ces malades avaient été mis à terre. 

Bientôt après il apparaît à Ancône, à Barcelone et à Marseille d'où il se 
propage du midi au nord, à Lyon et à Paris. 

En suivant attentivement celte marche du choléra de la Mecque à 
Alexandrie, et en le voyant apparaître peu de temps après à Constantino- 
ple, capitale des Mahométans et successivement dans les trois grands 
ports de commerce, de l'Italie, de l'Espagne et de la France, ouverts sur 
la Méditerranée et qui ont avec Alexandrie les relations les plus fréquen- 
tes, on ne peut pas se refuser à voir dans cette succession tous les carac- 
tères d'une maladie venue de l'Inde et transportée en Europe par les na- 
vires; car la Sicile, qui n'a laissé approcher de ses côtes aucun bâtiment 
suspect, est restée absolument indemne. 

Une fois apparu en France, comment le choléra s'est-il comporté 
ultérieurement et comment expliquer son mode d'extension aux diffé- 
rentes localités successivement envahies 7 

C'est là une des questions qui a le plus préoccupé la majorité des mé- 
decins qui ont envoyé des rapports à l'Académie ; et de la lecture attentive 
de ces documents, il résulte que, si quelques voix s'élèvent encore pour 
soutenir l'opinion que le choléra natt spontanément et sur place de cer- 
taines conditions dont on ne précise point l'essence, l'idée de l'impor- 
tation du mal d'un lieu contaminé dans une localité indemne jusqu'alors, 
prédomine à ce point qu'il reste à peine quelques opposants qui nient 
cette importation et repoussent les conséquences qui en découlent. 

Il n'en ressort pas toutefois, avec la même certitude, que chaque explo- 
sion nouvelle soit le résultat d'une nouvelle importation, et nous devons 
mentionner sur ce point de la question les réserves formulées par M. le 
docteur Cazalas avec l'insistance d'une convicion profonde. 

Quant aux affpnts de rimportation du choléra d'un lieu dans un autre 
et aux modes de transmission de la maladie, on ne saurait tirer des rap- 
ports qui nous sont parvenus aucune proposition exclusive : Et si, dans un 
grand nombre de cas, les agents directs de l'importation paraissent évi- 



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380 BAMTH. -— RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRÂ-MORBUS. 

demment les hommes et les choses, il y a lieu pour un certain nombre 
d'entre eux d'admettre encore d'autres agents de transport. 

En Russie, pendant toute l'épidémie de 1865, au rapport de M. Eugène 
Pélikan, la transmission du choléra par les hommes atteints de cette 
maladie n'aurait été marquée que pour deux villes : Odessa et Borchi. 

Dans l'isthme de Suez, dît M. le docteur Aubert Roche, le choléra 
morbide a été importé par des foyers; il n'y a pas eu de contagion pro- 
prement dite. « Les foyers transportés par les pèlerins débarqués à Suez 
ou formés par eux à Alexandrie, ont rayonné et atteint le kilomètre 42 
du canal d'eau douce, puis le Sérapéum, Ismaïlia et le seuil d'El-Guisr 
où l'épidémie semble s'être arrêtée. » 

En France, de nombreux auteurs de rapports assurent que la maladie 
n'a pas été directement importée : à Raon-l'Étape, Vosges (docteur Car- 
rière) ; dans Tarrondissement de Pontoise (docteurs Preslat et Martin) ; 
dans celui d'Argentan , Orne (docteur Morel) ; dans celui de Mayenne 
(docteur Ponthault) ; dans la commune de Montataire, Oise» au rapport 
de M. le docteur Boursier qui cependant dit dans un autre passage que 
la contagion a paru démontrée par la succession des malades dans les 
mêmes maisons, chez des sujets ayant eu des points de contact. 

Dans un très- remarquable travail, sur l'épidémie d'Aix en Provence, 
M. le docteur Bourguet arrive à cette conclusion que non-seulement les 
hommes et les choses, mais encore l'air, peuvent servir à la transmission 
du choléra comme de toutes les autres maladies épidémiques. Dans 
9 communes sur 16 atteintes dans cet arrondissement, il lui a été impos- 
sible de rattacher l'origine du fléau à son importation directe par d'autres 
cholériques, ou par des objets quelconques leur ayant servi. 

Mais à côté de ces cas oîi le choléra est apparu sans qu'on ait pu saisir 
aucune trace d'importation, les documents de 1865, 66 et 67 en citent 
un grand nombre d'autres où l'on a pu suivre la piste des explosions suc- 
cessives et où l'importation de la maladie d'un lieu contaminé dans un 
lieu sain et la transmission d'une personne malade à d'autres personnes 
bien portantes n'a paru laisser aucun doute (1). 

(1) a Le Bourg de Bringolo est situé à l'extrémité nord de rarrondissement de Guim- 
gamp. Au mois de janvier i866, le choléra n'avait été signalé sur aucun point du dé- 
partement des Gôtes-du-Nord. Il existait à Lorient, distant de 100 kilom. de Bringolo, et 
à Brest, éloigné du même bourg de 145 kilomètres. . 



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— RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORSaS. 381 

11 ne manque pas même de faits tendant à démontrer que des individus 
venant d'un pays infecté peuvent apporter ailleurs la maladie mns en 
subir erij^-mêmes les atteintes ni actuellement ni ultérieurement, ce 

Le 14 janvier arrive de Brest à Bringolo un terrassier du nom de Moysan. Cet homme, 
à son départ de Brest, était atteint de diarrhée grare et de crampes dans les extrémités 
inférieures. Le H, son état s^aggrave subitement, et le 19 au matin il succombe après 
avoir présenté les symptômes les moins équivoques du choléra. 

Le 22 sa femme et l'un de ses fils tombent malades; l'enfant meurt dans la journée, 
la mère le 25. 

Plus tard deux autres enfants de celte famille, une fille de 12 ans et un garçon de 10, 
sont frappés à leur tour ; la fille seule guérit. 

Les époux Moysan habitaient une maison distante du bourg d'environ 200 mètres. Le 
jeune Gouranton, âgé de 19 ans, vient visiter ces premiers malades eV s'arrête quelques 
heures chez eux. Trois jours plus tard, les symptômes les plus caractéristiques se déve- 
loppent, et Gouranton succombe au bout de 24 heures. 

La mère de ce jeune homme, femme robuste, âgée de 45 ans, enceinte de 8 mois, 
donne à son fils les soins qu'exige sa position. Elle succombe au bout de peu de jours 
après être accouchée d'un enfant mort. 

Dans une maison voisine, séparée de celle de la famille Gouranton par une légère 
cloison, habite la /amille Lemoigne (père, mère, une fille, trois garçons), ayant avec 
l'autre ménage des rapports de tous les instants. La petite fille Lemoigne est prise de 
vomissements le 29 janvier, à 9 heures du matin, et meurt le môme jour à minuit. 

Ses trois frères et leur mère sont successivement atteints; deux des enfants succom- 
bent. La mère et le fils atné se rétablissent malgré la gravité de leur maladie. 

La fille Rault, placée dans les mêmes conditions de voisinage et de fréquentation, est 
éveillée à 1 heure du matin par son fils, âgé de 10 ans, pris des symptômes du choléra le 
plus intense, auquel il a le bonheur d'échapper. 

La femme Le Fèvre, du hameau de Boulevet, distant du bourg de Bringolo d'un kilo- 
mètre environ, après une visite prolongée à la femme Gouranton, ressent elle-même les 
premiers symptômes qui s'aggravent lentement et meurt dans les premiers jours de 
février. Un de ses enfants, gravement atteint, se rétablit heureusement. 

Dans une maison voisine, la fenune Le Roux, qui a veillé la femme Le Fèvre, meurt 
quelques jours après celle-cL Un de ses domestiques tombe également malade. 

Enfin la veuve Gray, femme de forte constitution et d'une rare énergie, avait prodigué 
ses soins à plusieurs malades. Un matin, elle est subitement frappée et périt le lende- 
main, victime, dans la pensée de tous, de son dévouement. 

Quelques faits relatifs à des personnes d'autres conmiunes complètent ce lugubre 
tableau : 

La belle-mère d'une des premières victimes, la veuve Doré, de la commune de Plou- 
vara, était venue donner des soins à sa belle-fille, la femme Moysan. Après l'enterrement 
de cette dernière, la veuve Doré reprend le chemin de Plouvara, tombe malade en route, 
est recueillie dans une grange, où elle meurt après quelques heures de souffrance. 

Le nommé Jégou, de Goudelin, vient aux obsèques de sa parente, la femme Le Fèvre, 
couche chez cette dernière et succombe dans son domicile trois jours après son 
retour. » 



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382 BABTH. — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA- MORBUS. 

qu'il D6 répugne pas d'ailleurs d'admettre si Ton songe que les objets 
dont ils étaient porteurs pouvaient être imprégnés du germe cholé- 
rique (1). 

(1) « Le sieur Pommeret travaillait à Nantes dans une raffinerie. Sa femme tombe ma- 
lade du choléra dans les derniers jours du mois de février; conduite à l'hôpital, elle y 
succombe le 28 du môme mois. Cette femme allaitait un enfant de 10 mois qui l'avait sui- 
vie à rhôpital. 

Pommeret quitte Nantes, arrive le 18 mars au village de Bigodon^ commune de Plou- 
guernevel, et confie son enfanta sa mère âgée de 62 ans. 

Le 25 mars cette femme est frappée du choléra et meurt le 27. L'enfant est remis 
entre les mains de Marie-Anne Kergréîs, femme Gloux, qui tombe malade à son tour, 
ainsi que sa sœur, Marie-Renée. Atteintes l'une et l'autre le 3 avril, elles succombent, la 
première le 5, l'autre le 6. 

Après ce dernier décès, Marie- Yvonne Stennon recueille le jeune Pommeret et subit le 
môme sort, ainsi que sa fille, âgée de 23 ans. 

Un cri d'alarme s'élève dans le village. On incrimine le malheureux enfant qui ce- 
pendant n'est pas malade; mais bientôt on apprend que Pommeret avait apporté chez 
sa mère un sac plein de draps de lit et de vêtements ayant appartenu à sa femme qui 
s'en était servie le premier jour de sa maladie avant son admission à l'hôpital. 

Alors tout s'explique : on entrevoit la source où la grand'mère a pris la maladie. Les 
sœurs Kergréls l'ont veillée et c'est près d'elle, sans doute, que toutes deux ont été 
infectées. Elles avaient été soignées par Yvonne Stennon, et celle-ci à son tour par sa 
fille. Trois autres femmes succombent dans le village, et toutes les trois ont donné leurs 
soins aux premières victimes. 

Le 28 mars, un charpentier du bourg de Saint-Tréphine, Mathurin doux, après avoir 
préparé le cercueil destiné à la femme Pommeret, vient au Bigodon pour l'ensevelir. 
Quatre jours plus tard, le malheureux charpentier tombe malade pour ne plus se 
relever. 

Le 28 mars, la femme Pommeret était morte delà veille; les Kergréîs n'étaient pas 
encore malades : il n'y avait donc plus de malades au Bigodon, or il n'y en avait pas 
encore à Sainte-Tréphine, domicile de doux. Ce dernier ne s'est donc trouvé en rapport 
qu'avec le cadavre de la femme Pommeret Est-ce au contact de ce corps devenu inerte, 
est-ce au contact du lit sur lequel il reposait et où doux a dû le prendre que cet 
homme a été afi'ecté ? 

Quoi qu'il en soit, doux est soigné dans isa demeure^ à Sainte-Tréphine, par safemmôi 
par Catherine Conan et Marie-Louise BothoreL Ces trois fenunes tombent successive- 
ment malades les 3, 4 et 8 avril et meurent les jours suivants. 

La veuve Le MouU et Catherine Bour'his veillent Catherine Conan le 6 et le 7 avril, 
sont atteintes le 9, et périssent l'une le 10, l'autre le 12* 

Les femmes Le Coz et Péru assistent Marie-Louise Bothorel et succombent à leur 
tour. » 

« La femme Fercoq reçoit chez elle à Plusquellec, arrondissement de Guingamp,soa 
beau-père, le nommé Lalour, qui venait de Saint-Nazaire (distant de plus de 45 lieues), 
où il avait perdu le môme jour sa femme et sa fille atnée âgée de 9 ans. Il était suivi de 
deux enfants en bas ftge, et apportait un paquet d'effets et de vêtements ayant appar- 



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. * — RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 383 

Plusieurs exemples de ce mode particulier d'importation ou de trans- 
mission sont donnés dans les documents recueillis sur l'épidémie de 1 865, 
et notamment par M. Dehée, d'Arras, par M. Langaudin dans un mémoire 
des plus remarquables et par M. Calvy dans un excellent travail clini- 
que; ce dernier montrant le début d'une épidémie cholérique dans une 
maison isolée de toute autre au milieu de la campagne du Yar, par un 
sujet dont le père, arrivé de Marseille depuis deux jours, resta lui-même 
indemne. 

U ressort aussi des faits observés, que, alors même que les germes du 
mal sont importés dans une contrée par des individus venus d'autres 
contrées infectées par l'épidémie, le choléra n'y éclate pas d'une manière 
fatale ; d'où l'on peut induire qu'il est nécessaire, pour cela, qu'il ren- 
contre dans cette localité nouvelle des conditions spéciales atmosphé- 
riques, climatériques ou telluriques, qu'il est difficile de déterminer. 

Nous en dirons autant pour les individus qui seront frappés ou resteront 
indemnes selon qu'ils présenteront des conditions de force, de santé, de 
prédisposition idiosyncrasique, permanente ou transitoire, dont les carac- 
tères ne sauraient jusqu'à ce jour être spécifiés. 

Dans l'arrondissement de Ghàteaudun, une nourrice arrivant de Paris 
où règne le choléra et rapportant un nourrisson pris à l'hôpital Beaujon, 
est frappée de la maladie et meurt ; deux de ses enfants, puis les per- 

tenu aux deux yicUmes. Ce paquet fut ouvert le 25 mars par la femme Fercoq eUe* 
même. 11 répandait, a-t-OD prétendu, une odeur infecte. Cette femme^ Agée de 44 ans, 
était d*une mauvaise santé. Le 27 mars, elle est prise de diarrhée spécifique et meurt 
du choléra le 2 avril. Sans relations avec ses voisins, elle n'a été pour personne l'occa- 
sion d'une nouvelle contagion. » 

« Lalour et ses enfants étaient bien portants, n'est-ce pas aux vêtements venus de 
Saint-Nazaire, ajoute le docteur Benoist, qu'il faut attribuer la contagion dont la femme 
Fercoq a été victime 7 » 

Gomme corollaire, après la relation d'une série de faits de ce genre, le docteur Benoist 
ajoute : « Ainsi, dans le même département, dans dnq localités différentes, séparées par 
d'assez grandes distances, cinq individus arrivent de pays où sévit le choléra, et aussi- 
tôt un ou plusieurs membres de leur famiUe sont atteints de la même affection. » 

< Gomment admettre que, cinq fois dans le cours de deux années, le hasard ait pu 
produire de pareilles coïncidences 7 » 

GouYenons-en, la seule conclusion logique qu'on puisse tirer de ces faits, c'est que le 
choléra est contagieux et que sa transmission peut résulter des rapports avec les ma- 
lades ainsi que de linges contaminés. » 

DOCTEUB BbNOIST, DE GuiNOAMP. 

XXX* 51 



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384 BAMnB. — RiO'PORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA-MORBUS. 

sonnes qui l'ont soignée ou se sont assistées entre elles ont le même sort 
(docteur Raimberl), et par contre, dans l'arrondissement de Vassy, un 
infirmier épuisé de fatigue et qui, par dévouement^ partage^ toute une nuit, 
le lit dun cholérique qui succombe dans la période algide, ne subit lui- 
même aucune atteinte du mal (Chevance). 

Ainsi comme pour toute autre maladie importable et transmissible, 
le choléra, quand il a été apporté dans une localité, peut se transmettre 
d*un individu malade à un individu sain ; mais cette transmission n est 
pas fatale. Il faut, pour les individus comme pour les localités, l'aptitude 
morbide, laquelle peut exister pour les individus sans rencontrer dans la 
localité les éléments, les conditions adjuvantes, nécessaires à la multi- 
plication successive, comme le démontrent les exemples assez fréquents 
de foyers limités tels que le suivant rapporté par le docteur Lemaistre, de 
la Haute-Vienne : à Château-Ponsac, un ouvrier venant de Paris im- 
porte le choléra ; quatre personnes qui ont approché le malade sont 
atteintes et succombent ; mais tout se borne là : « l'aptitude au choléra, 
dit M. Lemaistre, avait disparu. » 

Prophylaxie. — L'épidémie de 1865 a de nouveau mis en évidence 
ce fait que les conditions hygiéniques mauvaises des individus et des ha- 
bitations constituent une prédisposition manifeste aux atteintes de la 
maladie. L'influence de ces conditions comme causes adjuvantes est 
fréquemment signalée dans les rapports originaux parvenus à TAcadémie, 
et quelques médecins (comme lé docteur Maurin, de Marseille), vont 
jusqu'à penser que la contagion du choléra s'exerce seulement si les 
maisons sont mal tenues et si les déjections sont abandonnées sans dé- 
sinfection préalable. 

Cette nécessité de désinfecter les objets et les habitations des cholé- 
riques est signalée avec plus d'insistance encore dans les travaux sur l'é- 
pidémie de 1865 que dans les précédents, et cette mesure est considérée 
comme d'autant mieux justifiée qu'objets et habitations, peuvent, cela 
parait hors de contestation, dans certaines conditions de confinement, 
conserver pendant longtemps la propriété cholérigènOi Le docteur Baldou 
en a rappelé un exemple dans lequel les germes cholériques paraissent 
avoir persisté durant une année entière dans une chambre de domesti- 
que qui resta fermée pendant ce temps, sans avoir été nettoyée après le 
décès du malade qui y avait succombé. 



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— RAPPORT SUR LES ÉPIDÉMIES DE GHOLÉRA-MORBUS. 385 

Vùolement des cholériques préconisé par un certain nombre de mé- 
decins, soit dans les habitations particulières « soit dafas les établisse- 
ments publics, est assurément une mesure prophylactique excellente en 
principe et qui devrait toujours être appliquée, si elle était réalisable ; 
mais elle présente dans la pratique des difficultés d'exécution qu'il est 
souvent mal aisé de résoudre. Tout le monde au moins est d'accord sur 
la fâcheuse influence de l'encombrement et sur l'utilité de disséminer les 
cholériques dans la mesure du possible. 

La séparation des malades dans les hôpitaux, et l'admission des cho- 
lériques danstles salles spéciales présente aussi théoriquement d