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Full text of "Bulletins de l'Academie royale des sciences, des lettres et des beaux?arts de Belgique."

BULLETINS 

LAGADEMIE KOYALE DES SCIENCES, 



LETTRES KT DES BEAUX-ARTS DE BELGHJUE. 



BULLETINS £?* 



L'ACADEMIE ROYALE 

J SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS 

DE BELGIQUE. 

GINQIANTIEME AKiN'EE. — 3»' SERIE , T. i. 



Mo. Bot Garden, 

1896. 

BRUYELLES, 



BULLETIN 

L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES, 

LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 

1881. — No 7. 

CI.ASSE DES SCIENCES. 

Seance du 2 juillet 4884. 

M. P.-J.Van BENEDEN,directeur de la Classe et president 
de I'Acadernie. 
M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Montigny, vice-directeur ; J.-S. Stas, 
L. de Koninck, Edm. de Selys Longcharaps, Gluge, Melsens, 
F. Duprez, J.-C. Houzeau, H. Maus, Ern. Candeze, Steichen, 
Brialmont, C. Malaise, F. Folie, F. Plateau, F. Crepin, 
Ed. Mailly, J. De Tilly, Ch. Van Bambeke, membres'; 
Th. Schwann, associe; G. Van der Mensbrugghe, M. Mour- 



3 m * SERIE , TOME I 



( 2) 



CORRESPONDANCE. 



La Classe apprend, avec un vif sentiment de regret, la 
perte qu'elle vient de faire en la personne d'un des associes 
de sa section des sciences mathemaliques et physiques, 
M. Henri Sainte-Claire-Deville, dec£d6 a Boulogne-sur- 
Seine le l er de ce mois. 

M. Sainte-Claire-Deville etait ne a Saint-Thomas 
(Antilles) le 11 mars 1818. 

— M. le Ministre de l'lntlrieur invite TAcademie, — en 
raison des lacunes qui lui ont ete signages dans la nomen- 
clature des disciplines pour lesquelles les prix quinquen- 
naux ont ete institues, et vu les difficult^ qui se sont 
Slevees au sujet du classement de certains ouvrages dans 
Tun ou l'aulre de ces concours, — a examiner s'il n'y a pas 
lieu de modifier le classement et les reglemenls,de maniere 
a eviter, dans 1'avenir, loute incertitude a cet egard. — 
La Classe designe MM. P.-J. Van Beneden et Liagre pour 
composer, avec les delegues des Classes des lettres et des 
beaux-arts, la Commission chargee d'examiner la question 
posee par M. le Ministre de 1'Interieur. 

— M. le Ministre de Tlnlerieur envoie, pour la Biblio- 
theque de l'Academie, un exemplaire : 

1° De la 3 e livraison du 4 e volume du Porlefeuille de 
John Cockerill. In-4°; 

2° Du Rapport sur la situation des Societes de secours 
mutuels, pendant Fanned 1879. Gr. in-8°. 



(5) 
M. le Ministre des Travaux publics envoie un exemplaire 
des Diagrammes des variations de niveau de la mer obser- 
vers a Vextremile de Vestacade Est du chenal d'entree du 
port d'Ostende, pendant I'annee 4880, graves par le mareo- 
graphe perfection^ de M. Van Rysselberghe. Bruxelles 
1881, vol. in-4° oblong. 

M. le colonel d'etal-major E. Adan, directeur de l'institut 
cartographique militaire, envoie, au nom de M. le Ministre 
de la Guerre, deux exemplaires du tome III de la Trian- 
gulation du royaume de Belgique, comprenant les calculs 
des coordonnees geographiques et la construction de la 
carte. 

La Classe vote des reraerciments pour ces dons ainsi 
que pour les ouvrages suivants qui lui sont offerts par les 
auteurs : 

1° Bibliographie generate de I'astronomie, par J.-C. Hou- 
zeau et A. Lancaster, tome second (memoires et notices 
inseres dans les collections academiques et les revues), 
3 e fascicule. Bruxelles, 1881 ; gr. in-8°; 

2° Tactique de combat des trois armes, par le lieutenant 
general Brialmonl. Bruxelles, 1881, 2 vol. in-8° et atlas; 
Z°Biographie d'Auguste Grisebach (1814-1879), par 
M. Edouard Morren, extr. gr. in-8°; 

4° Monographiw phanerogamarum prodomi nunc conti- 
nuatio, nunc revisio, auctoribus Alphonso et Casirair de 
Candolle. Vol. lertium Cucurbitacece , auclore Alfredo 
Cogniaux. Paris, 1881, in-8°. (Presente par M. de Selys.) 

— L'Academie des lettres, sciences, arts et agriculture 
de Metz envoie le programme des concours ou verts pen- 
dant I'annee 1881-1882. 



(4) 

— La Classe renvoie : 1°a I'examen de MM. de Koninck 
et Malaise, une notice de M. A. Renard, sur la Monaziti 
(Monazile) des carrieres de Nil-Saint-Vincenl; 

2° A I'examen de MM. Folie, Van der Mensbrugghe el 
Melsens un meinoire de M. Hirn, intitule: Recherches 
experimentales sur la relation qui existe entre la r 
de 1'air et la temperature. 



nalyse de la lumiere de la comete de 4881 ; note de 
M. Ch. Fievez, astronome-adjoint a l'Oservatoire royal 
de Bruxelles. 



« L'apparition dans noire hemisphere de la brillante 
comete signalee au Cap de Bonne-Esperance etdans TAme- 
rique meridionale, a ele l'occasion de travaux de recherche 
ires-varies, dans les observatoires europeens. 

L'Observaloire de Bruxelles ne pouvait manquer d'uti- 
liser, dans cetle circonstance, le grand refracteur qui vient 
d'elre monte hors de la ville, dans une suecursale de cet 
etablissement. Differents dessins du noyau avec sa cheve- 
lure out ^te pris par M. E. Sluyvaert : ils seront publics 
dans les Annales de I'Observatoire. 

Les recherches spectroscopiques et j>olariscopiques ont 
ele confiees a M. Fievez, deja bien connu de I'Academie. 
II a paru desirable que les resultats de ces recherches 
fussent communique's immediatement. 



(S) 

Le fait principal est que le spectre de la comete actuelle 
reproduit le type des differents spectres de comeles exa- 
mines jusqu'ici. M. Fievez a determine les longueurs d'onde 
qui correspondent a quatre raies brillantes. 

Un second fait, deduit des observations polariscopiques, 
est que les rayons de Fastre renferment a la fois de la 
lumiere propre et de la lumiere reflechie. 

On voit dans la note les precautions minutieuses que 
I'auteur a prises pour assurer 1'exactilude des observations, 
ainsi que le caractere des fails qu'elles expriment. J'ai 
l'honneur de proposer a la Classe d'inserer ce travail dans 
le Bulletin de la seance. » 

La Classe adople les conclusions de ce rapport auxquelles 
souscrit M. Stas, second commissaire. 



Sur la theorie des formes binaires a plusieurs series de 
variables, par M. C. Le Paige. 



< Dans cette note, M. C. Le Paige aborde I'etude des 
formes plurilineaires, au moyen d'une methode qui nous 
semble preferable a celle de Clebsch. II emploie directe- 
ment la notation symbolique pour les formes a plusieurs 
series de variables, au lieu de calculer un systeme binaire 
re"duit. 

La methode de Clebsch donne des covariants difficiles a 
interpreter geomCtriquement, et suppose, de plus, toutes 
les variables transformers par une meme substitution 



(6) 

Afin de presenter une theorie a peu pres complete, 
M. C. Le Paige s'est borne', dans le travail actuel, a I'&ude 
des formes trilineaires. 

Sa melhode n'en est pas moins applicable aux formes 
superieures. 

II arrive facilement a la forme canonique 

d'ou decoule toute la theorie, et qui permet de faire ais6- 
ment I'etude du faisceau 

in£aire. 
laseconde forme canonique 



moins importante au point de vue analytique, ainsi que 
les equations aux derivees partielles des invariants et 
covariants 

La note se termine par une courle etude georaetrique 
de f= 0, c'est-a-dire de l'homographie du 3 e ordre; elle 
ne traite pas, toutefois, des applications de cette homogra- 
phie aux courbes et aux surfaces du 3 e ordre, applications 
qui sont reservees au Memoire dont M. Le Paige et moi 
nous nous occupons en ce moment. 

On voit que le nouveau travail de M. Le Paige realise un 
progres important dans la theorie des formes algebriques, 
t de nature a faire honneur aux publications de 



Je propose a la Classe d'en ordonner I'ii 
Bulletin et d'adresser des remerciments a Ta 
Adople. 



(7 ) 
COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Le bicarbonate d'ammoniaque C0 2 AzH 3 H 2 est un sel 
peu volatil. On I'obtient de di verses facons et il presente 
des proprietes physiques un peu differentes d'apresle mode 
de preparation. 

Dans les experiences que j'ai faites sur les inhalations 
ammonicales des carbonates divers d'ammoniaque, j'ai fait 
sur ce bicarbonate une observation qui me parait assez 
importante au point de vue chimique. Ce sel, qui est pres- 
que fixe dans Fair ordinaire, jouit de la propriete de se 
dissocier tres-facilement si on 1'humecte d'une petite 
quantite d'eau. En effet, il est tres-peu odorant, sinon 
absolument inodore; mais il suffit de I'humecter pour 
s'apercevoir en quelques instants que l'odeur d'ammoniaque 
devient tres-forte; le sel qui ne perdait qu'une faible 
quantite de son poids en 24 heures en perd beaucoup en 
quelques heures sous 1'influence de I'eau avec laquelle on 
se contenle de 1'humecter. 

L'auteur aura l'honneur de presenter une note plus 
d&aillee dans une prochaine seance. 



Quelques experiences sur les lames liquides minces; 
par J. Plateau, membre de 1'AcadSmie. 

I. — AMINCISSEMENT SPONTANE DES LAMES LIQUIDES. 

Dans mes Memoires Sur les figures d'equilibre d'une 
masse liquide sans pesanteur, et dans ma Statique des 
liquides soumis aux seules forces moleculaires, j'ai insiste 
a diflerentes reprises sur ce point que l'amincissement 
graduel des lames liquides est du,en tolalite dans certains 
cas, et en grande partie dans lesautres, a la succion exercee 
par les pelites surfaces a courbures transversales forte- 
mentconcaves quigarnissent les bords de ces lames. Or, en 
conside>ant les pressions capillaires en elles-memes, et en 
partanl du principe que la pression d'une surface plane ou 
relativement peu courbe 1'emporte sur celle d'une surface 
fortement concave, on peut se demander si l'amincisse- 
ment graduel ne consiste pas en ce que, par leur excesde 
pression, les deux couches superficielles de la lame expri- 
ment d'entre elles la couche inlerposee en la chassant vers 
les portions tres-concaves, ou bien si les couches superD- 
cielles participent a ce mouvement. 

Pour resoudre la question, j'ai eu reeours a 1'experience 
suivanle: une lame plane de liquide glyce>ique a ete r^a- 
lisee dans un anneau en fil de fer de 7 centimetres de dia- 
raelre, port6 par troispetils pieds, etbien horizontal. Tandis 
qu'elle elait encore incolore, on fa saupoudree d'un leger 
voile de lycopode, puis on I'a recouverte d'une cloche en 
verre, et on I'a observee pendant qu'clle s'attenuait gra- 
duellement, ce qu'on reconnaissait a I'apparition et a la 



(9) 
succession des couleurs. Or, on a vu le lycopode gagner peu 
a pen le bord ; apres une demi-heure environ il s'£tait 
accumule le long de l'anneau, et la lame en etait debar- 
rassee. 

Ainsi, dans l'acte de I'amincissement, les couches super- 
ficielles marchent vers les bords des lames; mais comme ces 
couches adherent necessairement a la couche interposee, 
elles ne pourraient se mouvoir sans entrainer cette der- 
niere. II faut done admettre que tout I'ensemble de la lame 
partage ce mouvemenl, soit que Taction ne s'exerce direc- 
tement que sur les couches superGcielles, soit qu'elle 
s'exerce direciement aussi sur la couche interposee, soit 
enfin qu'elle s'exerce seulement sur cette derniere. 

Quand on ne recouvre pas 1'appareil d'une cloche, les 
petites agitations de I'air ambiant determinent, dans la 
lame, des mouvements irreguliersetetendus,qui sont accu- 
ses par le lycopode. Disons encore que, pour amener con- 
venablement le lycopode sur la lame, on introduit un peu 
de cette poudre dans un petit tuyau de papier, et on la 
souffle dans l'air a une certaine distance de 1'appareil; la 
poudre alors descend et vient se deposer sur la lame dans 
un etat suffisanlde dissemination. 



II. — TRANSFORMATION D UNE VEINE LAMINAIRE. 



Une veine liquide pleine lancee de haut en bas se converlit 
progressivement, on le sail, en spheres isolees pendant 
la descente du liquide, et j'ai indique (§§497 a 500 de 
1'ouvrage cite plus haut) comment on peut produire la 
meme transformation dans une veine laminaire de grand 
1'appareil etait assez complique, et la 



(10) 

lame avait une epaisseur d'un demi-millimetre. D'autre 
part, j'ai rappele (ibid. §501 ) la file de petites bulles de resine 
montr^e a Morey par une enfant, et j'ai dit qu'on pouvait la 
considerer comme une veine laminaire dans laquelle on 
insuffle de I'air, et qui se solidifie pendant sa transforma- 
tion ; or, j'ai obtenu recemment, par le moyen tres-simple 
qui suit, un r&ultat analogue avec un liquide reduit en 
lame mince, et sans solidification : 

Un tube en verre de 4 millimetres de diametre exte- 
rieur, et d'nne longueur suflisante, 40 centimetres par 
exemple, est replie a angle droit a l'une de ses extremites 
sur une longueur de 4 a 5 centimetres; il est maintenu 
dans une position horizontale, et de maniere que la courte 
branche soit verticalement descendante; au-dessus du 
coude est dispose sur un support un vase arobinet conte- 
tenant du liquide glycerique ou une simple solution de 
savon, et pouvant laisser sortir le liquide par un orifice 
d'un millimetre environ de diametre ; on regie d'ailleurs la 
vitesse de l'ecoulement en ouvranl plus ou moins le robi- 
net; le petit orifice doit etre tres-rapproche du sommet du 
coude, et place de facon que le liquide sortant s'etale sur 
toute la petite branche verlicale du tube; celle-ci doit avoir 
ete prealablement mouillee du meme liquide. 

Dans ces conditions, si Ton souffle tres-moder6ment 
parl'autre extr6mit6 du tube, et si la vitesse de l'ecoule- 
ment ainsi que I'intensite du souffle sont convenables, une 
pluie continue de petites bulles se dStachent de 1'orifice de 
la branche verlicale, et vont former, dans la capsule qui 
les recoit, un edifice cloisonne^ 

De meme que les spheres isole'es provenant de la trans- 
formation d'une veine liquide pleine, les petites bulles 
donl il s'agit descendent trop rapidement devant I'oeil pour 






( u ) 

qu'on puisse les distinguer; mais si, pendant qu'une per- 
sonne souffle, une autre fait passer avec vitesse, a travers 
la trainee liquide, une feuille de carton tenue horizontale- 
ment, on y trouve ranges une suite d'hemispheres lami- 
naires, qui accusent ainsi l'exislence de bulles separees; 
du reste, c'est ce qu'indique deja la production de l'edifice 
cloisonne". La mesure du diametre des hemispheres laisses 
sur le carton, mesure qu'on peut prendre au compas, con- 
duit a la valeur de celui des petites bulles de la trainee : 
ce dernier diametre a ete evalue ainsi, en moyenne, a 
11 millimetres environ. Si Ton souffle un peu plus faible- 
ment encore et qu'on diminue en meme temps l'afflux du 
liquide, les bulles se succedent moins rapidement, et on 
les distingue a l'oeil nu ; mais elles sont alors un peu plus 
grosses. Quelques essais apprendront bientot a etablir les 
meilleures conditions. 

Ici Taction du souffle, action que la branche verticale du 
tube dirige de haut en bas, remplil le rdle que joue la 
pesanleur dans les veines pleines; mais, dans celles-ci, a 
cause de la masse et de la viseosite du liquide, la conver- 
sion en spheres isolees exige un certain temps, de sorte 
qu'elle n'est complete qu'a une distance plus ou moins 
grande de I'orifice; jusqu'a cette distance la veine est done 
continue, et les renflements et etranglemenls qui la sillon- 
nent ne commencent a prendre un developpement notable 
qu'assez pres de I'extremite de cette partie continue. Au 
contraire, dans notre veine laminaire, il resulte du peu de 
masse de la lame et de la mobilile de I'air qu'elle entoure, 
que la transformation s'effectue en un temps tres-court, et 
que, par consequent, les renflements acquierent tout leur 
developpement a I'orifice meme, e'est-a-dire qu'il s'y forme 
une petite bulle que le souffle allonge, et qui,s'etranglant a 



( *2.) 
sa partie superieure, se detache a l'6tat de sphere com- 
plete pour faire place a une seconde bulle qui se detache 
a son tour, etainsi de suite; notre veine laminaire n'a done 
pas et ne peut avoir de partie continue. 

J'ai &udie\ dans les §§ 502 a 504 de l'ouvrage deja cite\ 
la constitution d'un courant de gaz traversant de bas en 
haut une couche £paisse de liquide, et j'ai fait voir que, 
par suite du pen de masse et de la grande mobilite des gaz, 
une semblable veine gazeuse ne peut avoir de partie con- 
tinue; aussi, meme lorsque la vitesse du courant est con- 
siderable, les bulles gazeuses se complement des la sortie de 
l'oritice, et montent en se succedant avec rapidite,de sorte 
que le courant parait continu ; notre veine laminaire et 
la veine gazeuse ont done des constitutions tout a fait ana- 
logues, et par les memes causes. 

III.— TRANSFORMATION DES FIGURES LAMINAIRES ALLONGEES. 

J'ai dSmontre que les figures des lames liquides minces 
sontidentiques, abstraction faile de Pinfluence minime de 
leur poids, aux figures des masses pleines soustraites a 
Taction de la pesanteur, et il resulte de mes experiences 
que les proprietes des unes se retrouvent dans lesautres, a 
quelques rares exceptions pres. L'une de ces exceptions 
concerne les figures allongees, e'est-a-dire celles dont une 
dimension est considerable relalivement aux deux aulres. 
Je suis arrive, dans mes recherches, a la conclusion qu'une 
semblable figure a I'etat de masse pleine se transforme 
spon tankmen t en une seriede spheres isolees. Or, on concoit 
que si cette figure etait realisee a I'etat laminaire, et que, 
tendant consequemment a se fraclionner en portions 
isolees, elle commencat a presenter des ^tranglements el 






( 13 ) 
des renflements, ces derniers ne seraient pas rigoureuse- 
mentegaux entre eux; il y en aurait toujours un qui, par 
suite de ses moindres courbures, exercerait sur l'air inte- 
rieur un peu moins de pression que les autres, et des lors 
cet air, a cause de son extreme mobilite, serait necessai- 
rement chasse" vers le renflemenl dont il s'agit, lequel 
continuerait seul a s'accroitre. C'est ce que continue l'ex- 
perience suivante : 

J'ai fait construire en idle le petit appareil represents ici 
en coupe. 




Le diametre exterieur de la portion cylindrique qui le 
termine inferieurement est de 10 centimetres; l'espace 
compris entre les lames cylindriques ab et cd est de 4 mil- 
limetres de largeur. On a oxyde ces deux lames, jusqu'a 
une petite hauteur a partir de leurs bords libres, au moyen 
d'acide azotique affaibli, el Ton a muni l'extremite libre 
du lube gf d'un tube de caoutchouc sufBsamment long, 
termine lui-meme par un bout de tube de verre. On attache 
cet appareil a un support convenable, les bords libres tour- 



(14) 
nes vers le bas; on souleve jusqu'a ces bords une capsule 
contenant du liquide glycerique, et on les y fait plonger, 
puis on enleve doucement la capsule. Une lame liquide 
s'etend alors necessairement entre les bords en question, 
et une autre occupe quelquefois Pespace circulaire limite 
par le bord solide interieur; on creve cette derniere si 
elle exisle, puis on souffle legerement par Pextremite libre 
du tube, pendant qu'on observe I'appareil par-dessous; le 
tube de caoutchouc permet a Pobservateur de choisir une 
position commode. 

La lame liquide annulaire commence alors a se bomber 
exterieurement, et constitue ainsi une figure laminaire 
allongee; mais bientdt, quelques precautions que Ton 
prenne, on voit se d£velopper, d'un cdte" ou d'un autre, un 
renfleraent prononce, tandis que la convexite du reste de 
la lamediminue, et, si Ton continue Pinsufflation, ce ren- 
flement devient de plus en plus volumineux. 

Si done on parvenait a realiser dans Pair un cylindre 
laminaire d'une longueur considerable par rapport au 
diametre, la transformation spontanee ne donnerait sans 
doute lieu qua un seul renflement, et consequemment a 
une seule sphere isolee, laquelle engloberait la presque 
totalite de Pair interieur. Pareille chose n'arrive pas avec 
les figures pleines, parce que dans celles-ci la masse et la 
viscosite du liquide entravent le transport des molecules 
vers le renflement de moindre pression. 



IV. 



Quand une bulle eclate, elle disparait instantan6ment,de 
sorle qu'il est impossible desaisir, par Pobservationdirecte, 
ce qui se passe dans le phSnomene; on reconnait seulement 
que la bulle a lance" au loin une multitude de gouttelettes. 



( 18) 

La premiere idee qui se presente, c'est que la lame tout 
entiere s'est convertie simultanement en minimes sphe- 
rules; mais il n'en est pas ainsi, et, dans les §§ 428 et 429 
de I'ouvrage deja cite, j'ai deerit la marche du phenomene. 
Qu'il me soil permis de reproduire ici celte description, 
en omettant les notions theoriques et les faits sur lesquels 
je me suis appuye: 

La bulle ne se perce qu'en un point, et la petite ouver- 
lure s'accroit rapidement par le retrait de la lame; ce 
retrail determine, tout le long du bord libre, la generation 
d'un bourrelet, lequel se transforme aussitot en spherules; 
mais ces effets sont accompagnes d'un autre : des que 
l'ouverture existe, la bulle, en vertu des pressions capil- 
laires dues a ses courbures, commence a diminuer de dia- 
metre, en chassant au dehors l'air qu'elle eontenait; la 
force qui agit ainsi, bien que faible, expulse l'air avec rapi- 
dity, parce qu'elle est continue et croissante, et ces mouve- 
ments lancent au loin les spherules detachees. Immediate- 
ment apres la disparilion des spherules ci-dessus, un 
nouveau bourrelet se forme au bord de l'ouverture agran- 
die,puisse redout egalemeut en spherules qui sontempor- 
tees comme les precedentes, et ainsi de suite. 

L'experience que voici coniirme surabondamment la 
contraction qu'eprouve la bulle pendant sa rapide destruc- 
tion : on a gonfle avec de la fumee de tabac une bulle de 
liquide glycerique d'environ 11 centimetres de diametre, 
et on I'a deposee sur un anneau de 4 centimetres; on 
a attendu jusqu'a ce que, en la regardant a la hauteur de 
son centre, le sommet parut bleu du 3 me ordre, puis on 
l'a crevee a ce sommet au moyen d'un hi melallique. On a 
vu aussitot la masse de fumee lancee verticalement a une 
dizaine de centimetres au-dessus de la bulle, puis s'etaler 



( 16) 
spece de parapluie, et continuer a 
monter plus Jentemenl en se disseminata dans Fair, 
[.'experience a ete repetee plusieurs fois, avec un resultat 
identique. On a soumis ensuite au meme essai une bulle 
de 5 centimetres, et l'effet a ete" semblable, seulement avec 
des dimensions moindres. 

V. — PETITE RECREATION. 

J'ai cherche a tirer des lames liquides minces un petit 
amusement: j'ai fait conslruire en fil de fer d'environ 
0,5 millimetre d'epaisseur, le contour d'une fleur a six 
petales de forme ovale; ceux-ci ont chacun 24 millimetres 
en longueur et 19 millimetres dans leur plus grande lar- 
geur; l'anneau central, en meme Gl de fer, auquel ils sont 
attaches, a un diametre de 14 millimetres ; cet anneau est 
porte en dessous par une petite fourche,laquelle est fixeea 
un til de fer plus gros formant la queue de la fleur; enfin 
ce dernier fil est implanle dans une planchette servant de 
support. Tous les petales sont dans un meme plan, et, 
lorsque la planchette repose sur la table, la fleur esthori- 
zontale. 

On a d'abord oxyde iegerement tout le contour de la 
fleur en le mainlenant pendant quelques instants dans de 
l'acide azotique affaibli; puis, apres Fa voir Iav6, on l'a 
immerge horizontalement dans le Jiquide glycerique, en 
ne l'y faisant penetrer que d'une tres-petile quantite, afin 
d'eviter la formation d'une lame dans la fourche; on l'a 
retire horizontalement aussi,et, apres 1'avoir relourne', on a 
pose la planchette sur la table ; enfin on a recouvert le 
tout d'une cloche de verre, pour soustraire les lames aux 



( 11) 

petites agitations de Fair. L'appareil etait place devant 
une fenetre de maniere qu'on vil le ciel par reflexion sur 
les lames. 

Je croyais que les petales auraient bientdt presente des 
teintes uniformes, teintes qui auraient ensuite varie gra- 
duellement a mesure de l'attenuation des lames; mais il 
n'en a pas ete ainsi. Dans les premiers moments, la fleur 
s'est naturellement montree ineolore, puis, sur chaque 
petale et sur le cercle central, on a vu apparailre des 
nuances de rose et devert des derniers ordres, qui ont fait 
place a des bandes et a des taches irregulierement distri- 
butes, offrant des teintes des ordres plus eleves. L'aspect 
etait alors celui d'une fleur panachee des plus vives cou- 
leurs; celles-ci se sont ensuite modifiees lentement,et dix 
heures apres la formation de la fleur on dislinguait sur 
les petales quelques petites taches noires. On a du cesser 
Pobservation a cause de l'heure avancee, et le lendemain 
matin piusieurs des petales avaient eclate. 

Je dois dire que le liquide glycerique qui a servi a cette 
experience etait de tres-m&iiocre quality, soil que l'oleate 
employe n'ait pas et6 prepare avec tout le soin convenable, 
soit que la glycerine de Price fabriquSe aujourd'hui ne soit 
plus aussi pure que celle d'autrefois; mais c etait peut-etre 
un avantage, car, avec tin excellent liquide, les modifica- 
tions de la fleur auraient ete par trop lentes. 

Si, apres avoir retire la fleur du liquide, et lorsque tous 
les petales sont encore incolores, on les creve suceessive- 
ment en leur milieu a Taide d'un fil tnetallique ehauffe 
dans la flamme d'une lampe a alcool, on voit a l'instant 
meme une serie nombreuse de petites masses liquides bril- 
lantes attachees a tout le contour metallique,qui les enfile 
3 me s£rie, tome ii. 2 



( «) 
comme les perles d'un collier; Ieur arrangement est a fort 
peu pres regulier, et il y en a quatorze a chaque petale. 

Je saisis cette occasion pour insister sur deux precau- 
tions a prendre dans la confection de Toleate de soude, 
precautions indispensables si Ton veut former un bon 
liquide glycerique: en premier lieu, l'acide oleique qu'on 
obtient a une epoque de la preparation, doit etre garanti 
avec le plus grand soin contre Taction de Poxygene de 
1'air; en second lieu, le sel marin qu'on emploie pour 
separer 1'oleate a la fin des operations, doit avoir ele par- 
faitement purifie. Ajoulons que, lorsque l'oleale est pre- 
pare, il faut se garder de le dissoudre dans I'alcool pour 
le rendre plus pur; je crois avoir constate que cela le gate 
au contraire. 

Mentionnons, en terminant, a proposde Texperience de 
la fleur, un fait curieux de persistance des impressions, 
fait qui, du resle, n'est pas sans precedent (1). Ma 
femme, dont les yeux sont tres-sensibles, avait observe la 
fleur a diflerentes reprises pendant la journee; or, le len- 
demain a son reveil, en jetant les yeux sur les rideaux 
blancs du lit, elle y vit l'image de la fleur; Tun des petales 
etait si netlement dessine, qu'elle y distinguait meme le fil 
metallique formant le contour; l'interieur etait raye de 
blanc et de jaune; les autres petales etaient plus ou moins 
confus; un changement de direction du regard a fait 
paraitre Timage. 



- 



Stevelly, 1858 (voir !e journal Vlnstilut, annee 1859, n« 1309, p. 38). 
Gorisi, 1874, Un caso estraordinario di lungapersis 
tini neir occhio umano (Axn. di Ottalm , t. Ill, p. 164). 



Des effets de la foudre sur des arbres places pres d'un 
fil telegraphique ; par M. Ch. Montigny, membre de 
I'Academie. 

Beaucoup de physiciens se sont occupes des effets de la 
foudre sur les arbres. M. D. Colladon publia, il y a dix ans, 
un travail remarquable sur cette question (I). D'autre part, 
Arago, dans sa belle notice sur le tonnerre, a examine' 
les causes de dangers auxquels peuvent etre exposees les 
personnes qui se trouvent pres d'un fil telegraphique en 
temps d'orage. Mais, dans aucun de ces ouvrages, il n'est 
question d'une rangee d'arbres pres de laquelle passe 
un fil telegraphique, et dont un grand nombre ont eie 
frappes par la foudre preasement du cote du fil. Le fait 
s'est produit aux environs de Rochefort, sur une partie 
de la route qui se dirige de cette localite vers Dinant, 
particulierement dans la traversee d'un bois: le nombre de 
ces accidents est tel, que, sur pres de cinq cents peupliers 
qui composent la rangee d'arbres bordant le Nord de la 
route, et tres-pres de laquelle passe, a l'inlerieur decelle- 
ci, un fil telegraphique, quatre-vingt-un de ces arbres, soit 
un sixieme, ont ete alteints par la foudre,au Sud du tronc 
et presque toujours en face du fil. Circonslance remarqua- 
ble, les arbres de l'autre rangee, qui est Soignee du fil, 
sont tres-rarement frappes par le fluide electrique. 



(1) Memoire sur les effets de la foudre sur I 
ligneuses, etc., par D. Colladon. Memoires de l* 
d'histoire matcrelle de Geneve, I, XXI, -2< pai 



(20) 
Ces accidents tres-curieux et qui sont connus dans le 
pays, meritent d'etre signalesa l'Acadernie.Maisje ne puis 
le faire sans indiquer avec details toutes les circonslances 
locales, en presence de l'importance du fait et de l'in- 
fluence bien manifeste du fil telegraphique sur le pheno- 
mena Comment cette influence s'exerce-t-elle ? Pourquoi 
des arbres sont-ils epargnes dans la premiere partie de la 
route; pourquoi le sont-ils beaucoup moins et les acci- 
dents plus frequents dans la traversee du bois, toujours 
au voisinage du til telegraphique? Celui-ci est-il atleint 
par la foudre? Telles sont les questions qu'il importera 



La route de Rochefort vers Dinant,a partir de sa bifur- 
cation avec celle de Ciney, qui est situee a moins d'un 
quart de lieue de la premiere ville, traverse d'abord une 
plaine a peu pres horizontale sur un parcours de 1500 
metres environ. C'est a I'entree de cette plaine que 
commence la double rangee de peupliers qui bordent les 
deux cdtes de la route, sur toute la partie que j'ai exploree 
a deux reprises. Apres cette plaine, la route s'eleve insen- 
siblement, traverse les bois dits de Famenne, el de Mon- 
sieur, qui sont contigus, et au milieu desquels la route 
alteint un plateau boise de 200 metres d'etendue, qui est 
eleve de 61 metres au-dessus du niveau de la plaine 
horizontale (1). La route descend ensuite, toujours a tra- 
vers lebois, dans la direction du chateau royal de Ciergnon, 
que Ton voit a distance sur une eminence; puis elle aboutit, 
au sortir du bois, a une plaine que traverse le ruisseau 



(1) D'apres la ca 
plaine est a 175 metres i 
au sommet du bois, a 236 n 



(21 ) 
du Vachaux, a une distance de 400 metres environ. 
C'est a l'entree de celte plaine, la ou la double rangee 
momentanement interrorapue et ou la route 
premiere, que finit mon 
exploration, qui s'elend sur une longueur de 4600 metres 
depuis l'entree de la plaine au sortir de Rocheibrt, jusqu'a 
celle du Vachaux. Dans cette longueur la traversee du bois 
comprend 2400 metres environ. C'esl dans cette traversee, 
a la montee et a la descente de la route, et particulierement 
sur le plateau superieur au milieu du bois, que les effets 
de foudroiement sur les arbres de la rangee pres de 
laquelle se trouve le fil telegraphique, sont les plus nom- 
breux et les plus marques. 

La route est a tres-peu pres orientee de I'Est a I'Ouesl 
depuis les dernieres maisons de Rochefort jusqu'au plateau 
superieur du bois, ou sa direction incline un peu vers 
POuest-Sud-Ouest, mais de 4° s 
rerons la route comme etant 
a 1'Ouest sur le parcours explore\ 

Les grands arbres plantes des deux cotes de la route 
sont des peupliers de Virginie . appeles aussi peupliers de 
Canada dans le pays. lis sont d'une belle venue, car j'en ai 
mesure dont le tronc a l m ,00 et meme l m ,20 de tour a 
hauteur d'homme; d'aulres n'ont que m ,80 a m ,50. Enlre 
ces peupliers, qui sont generalemenl plantes a 8 metres 
l*un de Pautre, il exisle parfois des lacunes dans lesquelles 
des frenes et des Arables, encore jeunes, ont sans doute 
remplace des peupliers. Je n'ai remarque qu'un seul de 
ces jeunes arbres qui ait ete atteint par la foudre au voisi- 
nage du fil telegraphique. Dans Penumeration des arbres 
foudroyes, il ne sera jamais question que des peupliers et 



( 29 ) 

non des Irenes et des erables, qui sont beaucoup plus petits 
que les premiers (1). 

Le fil telegraphique est soutenu par des poteaux de bois, 
de 4 a 5 metres de hauteur, a I'interieur de la double 
rangee d'arbres de la route et tout a cote de celle qui la 
borde au Nord; il se trouve ainsi au Sud el pres des peu- 
pliers de celte rangee, parmi lesquels qualre-vingt-un ont 
ete atteints par la foudre. 

La distance du fil electrique au tronc de chaque arbre 
varie beaucoup a cause de I'inclinaison des arbres sous la 
tete desquels il passe, et de celle de quelques poteaux eux- 
memes. Dans la plaine en avant du bois, la ou les coups de 
foudre sur les arbres sont moins frequents, j'ai vu des peu- 
pliers epargnes dontle tronc se lrouvaitaO m ,50du iil,tandis 
que d'autres en etaient eloignes de l m ,00a l m ,50. Dans le 
bois, la ou les accidents sont les plus frequents, le fil passe 
a m ,30, a m ,40 et meme a l m ,20 et a l m ,50 de peupliers 
foudroyes. Pendant les orages, ces distances ont du varier 
momentanement sous I'influence du vent, et les arbres se 
rapprocher ou s'eloigner successivement du fil, surtout 
quand ils etaient jeunes et leurs troncs tout a fait flexibles. 

Le fil telegraphique est eloign^ de 7 metres de I'autre 
rangee de peupliers qui borde le cdte Sud de la route, dont 
la largeur est de 8 metres sur toute son elendue. II est 



(1) D'aprt 
Geneve, le peuplier d'llalie (Populu.s iinlica) .-st I'arhre qui est le plus 

marronniers et autres. Cetle difference est attribuee par ce savant a 
plusieurs causes : d'abord a I'elevation du peuplier d'ltalie, puis a ce que 
ces arbres sont d'excellents conducteurs de I'electricite a haute tension, et 
qu'a cet egard ils surpassed la plupart des plantes ligneuses (MUmoirecitd, 
p. i II est tres-probable que le peuplier de Virginie jouit aussi de cette 
propriete conduclrice, et a un plus haul degre que les frenes et les erables. 



(25) 
a remarquer qu'un tres-peht nombre de ces arbres ont ete 
alteinls par la foudre, quoique ses eclats traversent neces- 
sairementcette rangee d'arbres pour frapper, presque tou- 
jours au Sud du tronc, ceux de la rangee voisine du til. 

Les poteaux supportant le (11 sont aussi frappes par la 
foudre : plusieurs ont ete reuiplaces; d'autres, encore sur 
pied, portent des marques desastreuses de son action. 
D'apres ce que ra'a dit If. le D r Crepin, le frere de notre 
honorable collegue, avec lequel je me suis entretenu a 
diverses reprises de ces accidents, il y a trois ou quatre 
ans pendant un violent orage, une vingtaine d'arbres furent 
atteints par la foudre et plusieurs poteaux detruits. 

Les blessures faites par ces fulminations sont de trois 
especes : 

1° L'ecorce est dechiree et dechiquetee ou arrachee en 
face du fil, sur une portion reslreinte du tronc ; 

2° Le coup de foudre trace sur I'arbre un sillon plusou 
moins large, qui commence a la hauteur du fil, descend le 
long du tronc jusqu'au sol,le plus souvent en ligne droite, 
rarement en helice; 

5° Les meurtrissures ont une forme ovale tout a fait 
particuliere : en effet, l'ecorce enlevee et le tronc mis a 
nu presentent une plaie a contour ovale, dont le grand 
axe de 10 a 20 centimetres de longueur, est vertical. Les 
bords de l'ecorce formant les levres de la plaie sont colores 
en brun clair. Le tout semble avoir pris une forme r£guliere 
apres la meurtrissure produite par la decharge fulminante. 
Plusieurs de ces blessures, qui ont ete incontestableraent 
produites par la foudre, paraissent anciennes et comme 
si les arbres etaient encore jeunes quand la foudre les 
atteignit. Vingt-quatre peupliers places dans la partie la 
pluselevee du bois, sont les seuls qui presentent ce genre 
de lesion, la pluparl a la hauteur du fil. Parmi les arbres 



(24) 
portant ces blessures, trois sont en outre frappes d'un 
coup de foudre en sillon (1). 

La repartition desatteintes de la foudre sur les arbres de 
la rangee de droite ou au Nord de la route, du cote du fil, 
la seule dont nous nous occupions ici, est loin d'etre regu- 
liere sur tout le parcours de 4,600 metres que j'ai indique" 
precedemment. En effet, dans la premiere partie de la 
route, celle qui traverse la plaine horizontale, au dela des 
dernieres maisons de Rochefort, les accidents sont tres- 
rares. Sauf un coup douteux, je n'ai remarque de bles- 
sure bien caracterisee qu'au cent trentieme arbre de la 
rangee de droite pres de laquelle passe le fil telegraphique. 
Mais, dans la seconde partie de la route, celle qui s'eleve 
insensiblement jusqu'a l'entree du bois, sur cent arbres qui 
la bordent du cote du fil, onze ont ete alteints par la foudre 
en face de celui-ci. Celte difference qui caraclerise les 
deux parties de la route en avant du bois, nous montre 
tout a la fois l'influence de son voisinage et celle de Pel£- 
vation progressive de la montee; la seconde section de la 
route est en effet, a l'entree du bois, a X 5 metres au-dessus 

le sept taches 



de 8 i 

sillon vertical trace par la foudre le long du tronc. D'apres le meme 
savant, un sapin de I6 m ,50 de hauteur, frappe par un coup de foudre en 
boule a Nyon, presenta egalement dix taches circulaires de 5 a 5 centi- 
metres de diametre, d'une couleur brun fonce le long de deux fissures 
verticales formees par la foudre vers le has du sapin. 

i les deux cas, 



. ecte du fluide fulminant sur le 



(23) 
de la plaine horizontale. L'influence desapproches du bois 
se manifeste d'une maniere d'autant plus evidente qu'en 
avant de celui-ci, une portion de laillis assez irregulier, 
descend jusque pres de la route et precisement du cote de 
la rangee ou les onze peupliersen question sontfoudroyes 
en face du 61. A I'epoque de la confection de la partie de 
la carte du Depdt de la Guerre ou figurent Roche fort et ses 
environs (feuille LIX, planchetle n° 2), cette portion du 
taillis paraissait plus importante qu'elle ne Test maintenant, 
et formait une dependance de la portion du bois appele 
Fond de bataille, s'etendant Ie long de la partie de la route, 
qui s'eleve vers le bois. 

Afin de simplifier I'expose de la repartition des arbres 
atteints par la foudre dans toute la rangee de droite, sur 
le parcours de 4600 metres, j'ai reuni, dans le tableau 
suivant, les indications relatives aux diverses parties de 
ce parcours. 



INDICATIONS. 


— 


™ S 


Proportion 


Sur la panie en elevation vers le bois. 

Sur le plateau superieur dans le bois. 

A la descente du cSte du ruisseau le 
Vachaux 

Sur tout le parcours explore. . . - 


129 

100 

14 

138 
262 
491 


1(?) 
11 

27 
9 

70 


25% 
64°/o 

27o/o 
16° Jo 



(26) 

La proportion des arbres foudroyes est beaucoup plus 
forte dans le bois et dans chacune de ces parties qu'en 
dehors de celui-ci. Elle est la meme a la montee et a la 
descente dans le bois et excessive sur le plateau superieur. 

Les trois especes de blessures produites sur les peu- 
pliers sont reparties de la maniere suivante entre les 
arbres qui portent des marques de la foudre : 



La comparaison suivante nous raonlre que ces trois 
especes de meurtrissures ne sont pas egalement distri- 
butes sur les parties du parcours ou Ton rencontre des 
arbres foudroyes : 



Les sillons qui ont ete produils, sans contredit, par les 
deeharges les plus violenles, sont relalivement beaucoup 
plus frequents sur le plateau superieur et du cdte de la 
descente du bois, qui est dirigee vers la region Ouest d'ou 
arrivent sou vent les orages (1). 

Au dela de la limite du bois, du cote du ruisseau, on 
rencontre cinq peupliers plantes a la suite Tun de 1'autre 
surle bord de la route, pres du fil telegraphique, etdont 
les troncs sont laceres chacun par plusieurs sillons, qui 

(1) Les nombresde peupliers de la meme rangee qui se trouvent sur 



(27) 

marquent la violence des coups de foudre de ce cdte en 
regard de l'Ouest. Ces cinq peupliers sont compris parmi 
les trente-quatre arbres foudroyes du cote de la descente; 
ils sont isole's du bois qui finit plus haut, et ils se trouvent 
au voisinage de la prairie dans laquelle coule le Vachaux, 
a 200 metres du dernier de ces arbres, et dont la proximite 
rend evidemment le sol tres-humide. 

Occupons-nous actuellement d'indiquer la position des 
lesions faites par la foudre sur le tronc des peupliers rela- 
tivement au fil telCgraphique : 

Arbres atteints au-dessus du fil t 



Ainsi les trois quarts des arbres sont frappes en face du 
fil et un quart au-dessous (1). Le seul arbre qui ait ete 
atteint au-dessus du fil, presente deux dechirures de 
l'ecorce, orientees au Sud, Tune superieure au fil qui est 
ancienne, et l'autre a la hauteur de celui-ci. 

Les coups de foudre sont le plus souvent orientes au 
Sud, en face du fil ; les exceptions a ce fait general sont en 
tres-petit nombre, comme les indications suivanles nous 
le montrent : 

AuSud 75 

Au Sud-Sud-Est 2 

AuSud-Est 2 



(i) Parmi le< ni 
dechirure, puis un sillon qui cor 
fil et descend ensuite sur une 



( 28 ) 

Le dernier est un sillon commencant au-dessous du fil 
el descendant verticalemenl. 

Dans leur trajet le long du tronc Ies sillons s'ecartent 
rarement de la verticale. Voici cependant quelques 
exceptions a ce fail general. Sur le plateau superieur, 
deux peupliers plantes a 8 metres l'un de 1'autre dans la 
rangee voisine du fil , presentent les particulates sui- 
vantes : le tronc du premier, d'un metre de tour, est 
dechire par un sillon qui commence au Sud, a la hauteur 
du fil, contourne le tronc a I'Ouest et descend au Nord, la 
ou la largeur du sillon est de m ,20. Sur le second, de 
meme grosseur, un large sillon commence a 1'Est, au- 
dessous du fil, puis descend suivant cette direction. Ces 
deux arbres sont distants du fil de l m ,20. Un troisieme, 
faisant suite aux precedents, presente au Sud une blessure 
ovale a hauteur du fil, et plus bas, un large sillon contour- 
nan t le tronc (1). 

En presence de ces accidents qui temoignent de la 
violence des coups de foudre dans cette partie la plus 
elevee du bois, il n'est pas surprenanl qu'a la suite d'un 
violent orage, comme me I'a dit M. le D r Crepin,on ait vu 
des lanieres d'ecorces, arrachees aux arbres par la foudre, 
joncher le terrain en cet endroit, ou, parmi quatorze peu- 
pliers places pres du fil telegraphique, neuf ont ete frappes 
par la foudre. 




(29) 
i concoit aussi que des personnes hesitent avant de 
f dans cette partie de la route pendant un temps 
d'orage. J'ai regrette de n'avoir pu me trouver en rapport 
avec un conducteur de la malle-posle faisant le service 
enlre Rochefort et Dinant, qui avait ete" souvent temoin 
des eifets de la foudre dans le bois. Mais facheusement, il 
a quitte le pays. Voici le seul fait qui m'ait ete rapporle a 
son sujet : pendant un orage, il vit, dans la partie la plus 
elevee du bois, un sillon fulminant arriver du Sud, passer 
au-dessus du fil telegraphique sans le toucher, puis se 
perdre dans le taillis a droite de la route, au dela de la 
raug6e de peupliers que la foudre frappe souvent. 

Le percepteur de la poste a Rochefort, qui precedem- 
ment etait charge du service telegraphique, m'a dit que, 
lorsqu'il manipulait les appareils pendant qu'un orage 
grondait du cote" du bois, il eprouvait une commotion 
sensible a chaque coup de tonnerre eclatant dans cette 
direction. A mon avis, ces commotions sont le resultat 
deseffetsd'induction d'intensite variable, qui se produisent 
dans le fil telegraphique lors des decharges des nuages 
orageux planant au-dessus de celui-ci. 

Les arbres de la rangee bordant le cote gauche ou Sud 
de la route, qui se trouvent eloignes de 6 metres environ 
du fil, sont generalement epargnes par la foudre, quoique 
des traits fulminants traversent les intervalles existant 
entre ces peupliers avant d'atteindre ceux de la rangee ou 
passe le fil. L'existence du taillis au Sud de la rangee de 
gauche ne m'a point permis de voir le cote Sud du tronc 
des peupliers de ce cdte. Parmi ceux que j'ai pu examiner, 
je n'en ai trouve que quatre porlant des marques de la 
foudre, au Sud et au Sud-Ouest. Du reste, il est admis dans 
le pays que les arbres de cecote de la route sont rarement 
atteints par la foudre. 



(50) 

Les phenomenes que je viens d'exposer avec les details 
necessaires, interessent non-seulement la science specula- 
tive, mais la question de securite au voisinage des fils de 
telegraphe et merne de telephone quimaintenant sillonnent 
l'espace au-dessus de nos grandes villes. Ann de nous 
guider dans leur explication, rappelons d'abord les conse- 
quences de nombreuses observations au sujet des objets et 
des lieux que la foudre frappe de preference, qui ont et6 
formulees, de la maniere suivante, par Arago : 

1° Les arbres sont frappes de la foudre beaucoup plus 
qu'on ne 1'imagine. 

2° La foudre frappe principalement les lieux eleves. 

3° La foudre se porte de preference sur les metaux, 
lorsquil en existe, a decouvert ou caches, soit dans le 
voisinage des lieux vers lesquels elle tombe directement, 
soit pres de ceux ou sa course serpentante Famene 
ensuite (1). 

Remarquons d'abord que les accidents produits, aux 
environs de Rochefort, par la foudre sur les arbres places 
pres du fil telegraphique, ne commencent qu'au voisinage 
du bois, puis que leur nombre augmente dans son parcours, 
et que c'est dans les parties les plus Slevees de la route que 
les accidents sont les plus frequents et les plus violents. 
Ces faits concordent parfailement avec les deux premieres 
consequences. 

Mais quel est ici le role du fil metallique du telegraphe : 
attire-t-il la foudre et provoque-t-il en realite sa chute 
sur les arbres pres desquels il passe ? Le fluide fulminant 
frappe-t-il d'abord le fil pour se porter ensuite a la hau- 
teur de celui-ci sur I'arbre qui s'eleve en face; ou bien, 

(i) CEuvres d Arago, t.IV.p. 205 et 307. 



(31 ) 
aprds avoir £te attire par le 61, passe-t-il pres de celui-ci et 
atteint-il directement l'arbre sans toucher le metal? 

Remarquons d'abord que la route etant exactement 
dirigee de I'Est a l'Ouesl, cette direction est precisement 
celle des couranls lelluriques dont on admet l'existence 
sous le sol, dans les conditions ordioaires. On sait aussi 
que des courants se produisent ineontestablement dans 
des fils lelegraphiques quand on les met en communi- 
cation avec le sol; ces courants ont ete considered comme 
des derivations des courants terrestres. Mais on a constate 
que les courants derives cessent des que Ton supprime la 
communication du fil avec le sol. Quoi qu'il en soil de ces 
fails, a mon avis, il n'y a pas lieu de tenir compte de 
Taction, d'ailleurs tres-faible, des couranls lelluriques 
ordinaires dans Pexplication des phenomenes qui nous 
occupent. 

U importe de remarquer qu'un fil telegraphique soutenu 
par des pieces de porcelaine fixees a des poteaux, est 
suffisamment isole a I'egard d'un courant de la pile, ou de 
I'electricite a l'etat dynamique. Mais son isolement n'est 
plus absolu pour I'electricite a forte tension. Cependanl, 
tout le systeme oppose par lui-meme une resistance a 
Tecoulement rapide de cette electricite vers la terre, 
puisque Ton a vu la foudre frapper des poteaux, les 
briser, puis parcourir la longueur du fil, arriver dans une 
station, y fondre les fils finsde I'electro-aimant et y produire 
des decharges dangereuses. On sait que ces dangers sont 
evites au moyen des parafoudres. 

Considerons actuellement un fil telegraphique au-dessus 
duquel s'etend un nuage orageux fortement charge d'elec- 
tricite : le fil s'electrisera par induction dans les parties 
qui seront rapprochees du nuage. Mais la tension de la 
charge electrique du fil variera, non-seulement selon la 



( 32 ) 
proximite du nuage, toules choses egales d'ailleurs, mais 
selon l'£tat d'isolement du fil et sa longueur. Pour bien 
Stablir les differences dont il s'agit a cet 6gard, nous 
emploierons le langage commode de la theorie de Symner, 
et nous supposerons le nuage charge d'electricite positive 
dans les trois etats du fll telegraphique que nous allons 
examiner. 

St le fil est isole, mais de peu d'etendue, la tension 
negative electrique qu'il prendra sous ^influence du 
nuage sera limitee. En effet, a cause de la longueur 
restreinte du fil, son electricite positive ne pouvant etre 
repoussee sur celui-ci a une grande distance de la partie 
du til qui est soumise a Paction directe du nuage, la 
decomposition du fluide naturel sera necessairement 
limitee. 

Si ce fil court, au lieu d'etre isole, communiquait avec la 
terre, la tension negative sur le fil deviendrait tres-forle. 
Dans cet 6tat, l'electricite* positive repoussee par le nuage 
s'ecoulera facilement dans le sol. 

Quand le fil isole est tres-long, la tension negative qu'il 
prend dans la partie soumise a V influence electrique du 
nuage orageux, est egalemenl tres- forte. En effet, l'elec- 
tricite positive, repoussee par Taction inductrice de celui- 
ci, s'ecoulera a de grandes distances dans le til des deux 
cdtes de la partie soumise a 1'induction. II faut done 
admettre que si le fil est tres-long, ce qui est le cas ordi- 
naire, la tension negative sur celte partie sera tout aussi 
forte, toutes choses egales d'ailleurs, que si le fil etait en 
communication directe avec le sol. 

Ces effets d'induction, qui sont hors de doute, seront 
evidemment le plus energiques pour la partie du fil 
telegraphique qui sera la plus rapprochee du nuage. Or, 
la portion du fil traversant le plateau superieur du bois 



(33) 
de Rochefort se trouve precisement dans ces conditions ; 
il n'esl done pas surprenant que les effets de la foudre 
soient plus frequents et si dangereux dans cette partie 
elevee du bois (1). 

Dans cet etat d'electrisation par influence, le fil telegra- 
phique, qui est d'ailleurs tout a fait a decouvert, doit agir 
comme cause provocatrice de la chute de la foudre des 
plus puissantes. Quand elle eclate par le fait de l'influence 
predominate du fil et aussi par celle des objets voisins, 
tels que les arbres, car ceux-ci participent plus ou raoins, 
chacun selon sa faculte conductrice de I'electricite, a Fin- 
duclion generale produite dans une region du bois par le 
nuage superieur, la foudre se porte necessairement dans la 
direction du fil metallique. Mais elle ne le frappe pas, parce 
que ce fil se trouve dans un etat d'isoleraent relatif a cause 
de son mode d'attache au poleau ; celui-ci occasionnerait 
une resistance a 1'ecoulement prompt et rapide du fluide 
vers la terre, s'il devait suivre cette voie pour y arriver. 
Le fil echappe ainsi aux atteintes de la foudre, qui se porte 
unmediatement et de preference sur les peupliers voisins 
du fil ; ces arbres sont, par leur nature, de tres-bons conduc- 
teurs de I'electricite, et pendant un orage, ils se trouvent 
dans des conditions a faciliter son ecoulement rapide vers 
'e sol , leurs troncs etant mouilles par la pluie. 




(54) 

On concoit aisement ainsi que les blessures faites aux 
arbres dans ces circonstances sont pour la piuparl a hau- 
teur du fil et pour quelques-unes au-dessous de celui-ci. 

II n'y a point lieu d'admettre que le fil soit d'abord 
touche par la foudre et qu'elle frappe ensuite les arbres. 
Si le fil etait atteinl directement, il se produirait parfois 
d'autres accidents, peut-etre meme la rupture du fil; or 
on ne m'a point parle" d'accident de ce genre qui se fut 
produit dans les lieux dont il s'agit. 

Rappelons ici au sujet de la conductibilite electrique de 
certaines essences d'arbres, que M. Colladon a constate, 
par des experiences directes, qu'un jeune arbre ou une 
branche fraichement coupee soutirent des nuages ou 
conduisent dans le sol , une quantite de fluide electrique 
aussi considerable qu'une tige metallique de la meme 
hauteur, mise en communication avec un terrain humide 
et terminee a sa parlie superieure par un faisceau de 
longues aiguilles acerees (1). 

L'action predominate du fil telegraphique sur la chute 
de la foudre, action qui est un effet reciproque de 1'induc- 
tion exercee par le nuage orageux sur le fil metallique 
lui-meme, nous explique comment les traits fulminants 
passent entre les arbres de la rangee de gauche, le plus 
souvent sans les atteindre, avant d'aller frapper au Sud les 
peupliers de l'autre rangee, voisins du fil. 

Les phenomenes d'induction qui se produisent a Tegard 
du fil telegraphique dans les circonstances indiquees, varient 
rapidement d'intensite lors de la decharge des nuages 
orageux quand la foudre delate : ces changements subits 






(33 ) 
expliquent d'une maniere tres-satisfaisante les commotions 
que ressent, a Rochefort, la personne qui y manipule les 
appareils lelegraphiques pendant un orage (1). 

Les peupliers s'elevant aux deux cdtes de la route dans 
la traversee de la plaine horizontale au sortir de Rochefort, 
ne sont guere atteints par la foudre, meme pres du fil : cette 
preservation resulte de ce que cette section de la route se 
troave a 61 metres au-dessous du plateau superieur dans 
lebois, la ou les accidents sont les plus frequents et les plus 
desastreux ; cette partie du fil telegraphique ne subit plus 
ainsi avec la meme intensite 1'influence inductrice des 
nuages orageux qui sont beaucoup plus eleves, relativement 
au fil, qu'ils ne le sont dans le bois. En outre, cette section 
est Sloignee du bois lui-meme, la ou la reunion d'un grand 
nombre d'arbres contribue a provoquer la chute de la foudre. 

En terminant Pexamen de la question des dangers que 
causent les flls des telegraphes electriques, Arago s'exprime 
ainsi : « Au surplus, il sera prudent, en temps dorage, 
» de se tenir a distance du fil du telegraphe electrique; 
> c'est le seul moyen d'echapper a des etincelles qui 



( 36 ) 
» peuvent dependre, comme nous venons de le dire, des 
d phenomenes d'induclion. » 

Les faits que j'ai indiques dans celte notice, prouvent 
incontestableraent que le voisinage d'un fil telegraphique 
expose, non-seulement aux dangers des etincelles d'induc- 
lion dont parle Arago, mais aux atteintes directes de la 
foudre, les objets voisins du fil et bons conducteurs natu- 
rellement, ou dans les circonstances indiquees. La theorie 
explique parfailement , comme je l'ai fait voir, Taction 
attractive exercee par le fil telegraphique sur Telectricite 
des nuages orageux planant au-dessus de celui-ci, action 
qui est la reciproque de cet etat des nuages electrisant le 
fil par induction. Mais, remarquons-le encore, la foudre ne 
semble obeir a l'atlraction exercee par le fil que dans des 
endroils ou d'autres circonstances favorisent son action 
provocatrice. Ainsi, dans la plaine horizontale pres de 
Rocbefort, sur un parcours de 1,500 metres, les peupliers 
places pres du fil sont epargnes par la foudre; mais dans 
le bois, la ou la route s'elevant progressivement se rap- 
proche des nuages, et ou des arbres nombreux agissent 
eux-memes sur le fluide electrique de ceux-ci, ces circon- 
stances favorisent I'appel de la foudre exerce par le fil 
lui-meme. 

II resulte de la que, si nous supposons dans une meme 
region, deux edifices identiques, batis l'un dans une plaine, 
Tautre dans un bois, et aux murs desquels un fil telegra- 
phique est fixe, le second sera bien plus expose que le 
baliment de la plaine a recevoir les atteintes de la foudre 
sous Hnfluence provoquante du fil; de plus, cette influence 
sera plus energique encore et le danger plus grand si 
Pedifice s'eleve, dans le bois, sur une eminence. 






Analyse de la lumiere de la comele (b) de 488i ; note 
par M. Ch. Fievez, aslronome-adjoint de l'Observatoire 
royal de Bruxelles. 

Les observations ont ete faites avec I'equalorial de 
15 pouces de Merz, construil par Cook, inslalle provisoi- 
remenl avenue de Cortenberg chez M. Giesler. 

Commencees des les premiers jours de Papparition de 
la comete sur notre horizon, elles ont eu pour objet 
I etude spectrale el polariscopique de sa lumiere. 

On sait que l'analyse polariscopique est employee actuel- 
Iement en astronomie pour decider si lout ou parlie de la 
lumiere d'un astre est de la lumiere reflechie ou lui est 
inherente. De semblables recherches faites sur les autres 
comeles ont deja fourni des resultats interessanls. 

L'appareil employe est forme d'un polariseur lenticu- 
laire precede de deux plaques de quartz de rotation con- 
iraire el juxtaposees : le polariseur lui-meme est compose" 
d'un prisme de crown convexe et d'un prisme de spath 
doublementrefringent. 

L'influence de la polarisation atmospherique a ete eli- 
mineeen observant dans le meme moment la polarisation 
du ciel proche de la comete et a la meme altitude. 

Le noyau de la comete ayant ete amene au milieu de la 
plaque a deux rotations, de maniere que son disque 
recouvrit en partie les deux moities de la plaque en lais- 
sant libre un rebord annulaire, on a pu constater que la 
polarisation du noyau elail tres-nelte et bien accenluee 
(les couleurs complementaires de chaque moitie de disque 
etant fortement accusees tandis que celles du rebord annu- 
•aire etaient a peine perceplibles) et celle de la cbevelure 
tres-faiblc. Ces observations ont ete repetees a plusieurs 



(38) 
jours d'intervalle et a la merae heure, de onze heures a . 
minuit, avec un entier succes.La polarisation de la region 
du ciel pres de la comete etaita peine sensible. 

Divers spectroscopes ont 6te employes pour les recher- 
ches spectrales, savoir: 

1° Un petit spectroscope a vision directe (Clean' spec- 
troscope) muni d'une fente ou d'une lentille cylindrique a 
volonte. 

2° Un spectroscope a un prisme compose de Grubb 
d'une dispersion equivalente a trois prismes de 60°. 

3° Un spectroscope automalique a deux prismes com- 
poses d'une dispersion equivalente a six prismes de 60°. 

Ces instruments ont ete regies sur le spectre solaire et, 
au moment de ['observation, sur le spectre d'Arcturus. 

Le spectre de la comete consiste en quatre bandes bril- 
lantes (une jaune, une verle, une bleue et une violette) 
nettement terminees vers l'extremite rouge du spectre et 
degradees vers le violet. La bande verte, qui est la plus 
intense, presente cette structure d'une maniere remar- 
quable; la bande bleue vient ensuite par ordre d'intensit£. 
puis la violette et enfin la bande jaune dont la structure 
degradee est beaucoup moins marquee. 

L'aspect primitifdeces bandes semble s'etre quelque peu 
modifie a mesure que la comete s'eloigne du soleil, leur 
bord vers l'extremite rouge s'etant de plus en plus accuse. 

Le noyau a presente, les premiers jours, un spectre con- 
tinu tres-brillant ou les bandes spectrales de la chevelure 
qui I'entoure n'etaient pas visibles; mais ce spectre con- 
tinu s'est affaibli de plus en plus, de telle maniere que les 
bandes spectrales le traversaient entierement. 

La bauteur de la fente des spectroscopes permettait 
d'observer en meme temps le spectre du noyau et celui 
d'une partie de la chevelure. 



(39) 

Quelque brillant qu'ait et6 le spectre du noyau, on n'a 
pu neanmoins y reconnaitre la presence des raies de 
Fraunhofer. 

La position de la bande verte a pu etre determined avec 
une fente etroite au grand spectroscope muni d'un micro- 
metre a pointe: le bord net et bien tranche vers le rouge 
de cette bande a 5160 de longueur d'onde {moyenne). 

Le bord de la bande bleue a une longueur d'onde de 
4780; cette mesure est moins precise parce qu'on a du 
ouvrir davantage la fente de l'instrument. 

La position de la bande jaune est moins certaine encore 
a cause de sa faiblesse : le milieu de cette bande a 5620 de 
longueur d'onde. En fin la bande violette est situee vers la 
longueur d'onde 4200. 

Cette bande n'a pu etre reconnue qu'avec un prisme de 
spalh de 45°, sa position doit done etre considered comme 
approximative. 

La position de ces bandes differe tres-peu de celle assi- 
gnee par Huggins et Secchi aux bandes des cometes obser- 
vers par ces savants. Nous croyons done pouvoir conclure 
de I'ensemble de ces observations que : 

Une grande partie de la lumiere de la comete est inhe- 
rente a eel astre. 

Une autre partie est de la lumiere solaire refl^chie. 

La forte polarisation du noyau indique un etat deconden- 
sation marque de la maliere qui le compose. 

Le spectre de la comete est tres-peu different de celui 
des autres cometes etudiees. 

Enfin, les modifications marquees dans I'eclat du spectre 
continu du noyau et surtout dans 1'apparence des bandes 
spectrales, semblent indiquer un abaissement progressif 
de la temperature de l'astre. 



Sur la theorie des formes binaires a plusieurs series de 
variables , par M. C. Le Paige, charge de cours d'analyse 
a I'Universite de Liege. 



Nous n'avons pas 1'intention, dans ce qui va suivre, de 
donner une theorie complete des formes binaires a plu- 
sieurs series de variables, ni meme des formes plurilin£aires, 
mais seulement de presenter quelques considerations qui 
nous paraissent de nature a siraplifier l'etude de ces 
formes. 

D'ailleurs le sujet que nous nous proposons d'aborder 
presente encore, nous semble-t-il, quelque interet de nou- 
veaute\ 

En eflfet, a part l'etude faile depuis longtemps de la forme 
bilineaire 

f= 2a.iX.Vi, 

et les quelques travaux que nous avons publies nous-meme 
sur la forme trilineaire ("), nous ne pensons pas que ces 
expressions aienl fait Tobjet d'une etude speciale, au point 
de vue de Talgebre moderne. 

Cependant Clebsch, dans son Traite des formes binaires, 



Comptes-rendus de I'Acade'mie des sciences de Paris, 

et,t° XXXIV. I2Giu 



( a ) 

a fait voir comment on pouvait ramener I'etude des formes 
a plusieurs series de variables, a celle d'un systeme de 
formes a une seule serie de variables et aux polaires de 
celles-ci. 

II nous semble plus avantageux de determiner les inva- 
riants et les covarian ts des formes plurilineaires, considerees 
comme telles, que de calculer le systeme binaire reduit, 
systeme qui conduit, en general, a des formes dont Inter- 
pretation geometrique est difficile. 

De plus, cette methode presente un defaut plus impor- 
tant : c'est de supposer que toules les series de variables 
soient soumises, a la fois, a une meme substitution 
lineaire. 

I. Soit 

f=i.i.i.a ikl x i y k z l (1) 



On peut employer la notation symbolique 

f = a x a' y a' == b x b' y b'J = ... 

>u nous faisons 

afi'ifli == bjb'Jb'i = — = aw 

Nous rencontrerons d'abord les covarian ts du premier 
mire 

Xi = (a'a")a x ; %s - (a"a)a y , x> - (««>*'• 

Nous aurons ensuite les trois covariantsdu second ordre 

=(a'6')(o"6")aA; 2,= (<*"*") (a&)a#, 2, = (a&) (a'&Xfc' 



(42) 
Si nous developpons, nous trouvons 
2,=2[(a, H a, 2s — a 112 a, 81 )x? -*- (a,„o„ -f- OniOm— tt«,a M »— «*»a H1 )x,X| 

"♦-(ajuam— aj«Ma£], 
2 s =2r(o lll a M , — a lsl a 211 )i/J -+- {a^a^ -4- Omana-"^,?,,, — a m a, H )y,t/, 

2 3 =2[(a 1H a„ 1 — 0^0,,,)^+ (a ul «ai + a llt a m — a m a m — amfm) 2 ^ 
Nous poserons encore 

Ces formes donnent, avec /*, naissance a une forme trili- 
neaire nouvelle. 

On remarque aisement que 

i (<ra)<r x a s a' x ' =i(So')S y a r z; = *(•«>*&• 
Je repr£sente par k cette forme trilineaire, de sorte que 

*-M#' (2) 

Puisque 

^ = (a'6')(a"6")a x 6„ f=c s c/;, 
on trouve 

fc = i[(a'6')(a"6") ia c)6 x c;c;' + («'6')(«"6")(6c)a lCy c;]. 
Nous pouvons intervertir les a et les 6, ce qui nous 
donne, finalement, 

k=(a'b')(a"b")(ac)b x c'/ x '. 
Nous pourrions encore trouver d'autres formes : nous 
nous bornerons a ces covariants. 

Parmi les invariants, il en est un particulierement 
remarquable. Posons 



(43) 



Nous repr&enterons cet invariant par A etnous l'appel- 
lerons le discriminant de f. 

A 1'aide des expressions que nous venons de calculer, 
on arrive a l'identite suivante 

i 2,2,2, + **/■»=-*' (3) 

on en deduit 

(**V?r)(»-V^)~*«*- 

Designons par u it « 2 ; v lf v 2 ; w A tv 2 > ,es facteurs lineaires 
de 2 1t 2 2 , 2 5 ; il resulte, evidemment, de l'identite que nous 
venons d'ecrire que I'on a, en combinant convenablement 
ces facteurs lineaires 

,-v/|,-..»~ 

« et(3etant desconstantes determinees par la condition (3). 



2 V ~T f """ * u * VlW * ~ P u * v * w * W 

Ik =««.»,*.-♦- Piwp, (5) 

Nous pouvons, d'apres cela, prendre comme forme 
canonique de f 

f=aL tll U l V i W i -^c^ m U 1 V t W t (6) 

Cette expression sera utile pour la demonstration de la 
plupart des proprtetes de f. 



(44) 

On peut d'ailleurs demonlrer, d'une autre maniere, que 
la forme (6) est toujours possible, si A n'est pas nul. 

Supposons que 1'on effectue, sur les trois series de varia- 
bles x, y et g, les substitutions suivantes : 
* = >,X, -*- *X„ y t — x,T, -+- *Y„ z, = iJ'Z, + ^'Z,, 
x 2 = i,X, -4- ^X* , y a = > 2 Y, -+- ^X, , z 2 = ;.;'Z. -*- f4'Zi ■ 

Les parametres symboliques a, a' a", sont transformed 
par la substitution transposed, c'est-a-dire que 1'on a : 
A, = >,o, -+- > 2 a 2 , A; = ijoi 4- i 2 <4, A;' = ij'aj' -+- } 2 'a 2 \ 

II est alors facile de verifier que Ton peut satisfaire aux 
equations 

ou f, k et / ne prennent pas tous a la fois la valeur un ou 
deux, et cela en determinant les elements de la substitu- 
tion par les Equations 

2,=0, z 2 = 0, 2 3 = 0. 

On deduit, de la forme canonique (6), Interpretation 
de A = 0. 

Dans ce cas, une des formes 2 est un carre parfait , de 
telle sorte que fse decompose en un facteur lineaire et un 
facteur bilineaire. De plus, deux des covariants 2 s'annulent. 

Si cette derniere condition n'est pas remplie, les trois 
formes 2 sont des carres el la forme canonique (6) est 
impossible. 

Calculous encore les differenls covariants pour la forme 

/'= «,„ (ax, -h a'x 2 ) (6x, -*- 6'x 2 ) {ez t + c'z t ) 

-f- ««, (ax, -4- a'x 2 ) (py, + (3'y 2 ) ( r z, -*- y'z t ). 

2, = (6p) (cy) Ml w 2 ; 2, = (cr) {a*) Vi v, ; s, = ( aa ) {bp)w t w t ; 
,=(a«f(6^(cr) s ; 



(45) 
On estamene, de la sorte, a une representation des 
covariants de f,h 1'aide des six covariants lineairesw 1t i/ 2 ; 
v h u 2 ; io ]} iv 2 . 

On peut emre, en effet, en se servant d'une notation 
symbolique fort simple 
. = M fawju&i ; 2, ={w i wj (c.^v.r, ; 2 5 = (u.ti,) (9<tjvi«v 
i = «,., («iN^, + « 222 (t?,u?,)«,; %* = «,« fatfjv, -+- ««(«;,«, )»,; 

» — "Hi («!»,}«, -f- a^UiVjlVt. 
& = (l/jl*,) 8 (U,U 2 ) 2 (W,M> 2 ) S . 

II. A la forme f se rattache le faisceau de formes trili- 
neaires 

Pour en calculer les covariants, nous nous servirons de 
la forme canonique 

^=a lll X 1 Y 1 Z 1 + a 4B X a Y,Z s , 
d'ou 

k = aJ«o« X.YA — amain X 2 Y 2 Z 2 . 



,Y,Y,; Z 8 = a IH ^ : Z 1 Z,; 



Posons, pour abreger, 
Nous aurons 



v-i.(»S-rJ). 



(46) 

Ces formules , bien faciles a demontrer directement , 
contiennent toute la theorie de la forme /i M . 

On voit que les fonctions k et f se reproduisent, pour 
ainsi dire, periodiquement. 

En effet, 

A l'aide de la notation symbolique que nous avons 
exposee a l'origine de ce travail, on arrive aux expressions 
analogues 

WWW I . (ll) 

Nous devons encore remarquer liquation 

{ak)(a'k')(a"k")=A, (12) 

qui donne ['invariant simultane Ie plus simple des deux 
formes trilineaires f et k. 

En general, deux formes trilineaires donnenl naii 
a trois covariants a deux series de variables, et du second 
ordre. 

Ces covariants, dans le cas actuel, sont decomposables, 

Considerons, parexemple, lecovariant 



df 

dx, 


df 
dx t 


dk 
dxt 


dk 
dx. 



Comme nous avons pose 

f= ax xa' v a' s ' 
df , df 

dir ai ' aya : d^r 



(47) 
nous aurons 

n{y,z) = {ak)a' y a:k v K'. 
II est facile de voir que 

(ak)a' t a:'kX = — i^Z, (13) 

od a de raeme 

(a'^X'aM^-i^ (14) 

(a'T')a x a;M; = -i2,2 2 (15) 

Les formes 2, combinees deux a deux avec f, reprodui- 
seutf. 
Ainsi 

(<ra)(Sa')c x S 9 a' z '=*.f . .... (16) 
observons eucore que de 

il resulte que, dans le faisceau fo, il existe deux 
formes trilineaires dont le discriminant s'annule, c'est-a- 
dire decomposables. 
On s'apereoit, d'ailleurs, que ces deux formes, obteuues 



sont decomposables , non pas seulement en un facteur 
lineaire et un facteur bilineaire, mais en trois facteurs 
lineaires. 

En effet, dans ce cas, les trois covariants2, calculi 
Pour fo, s'annulent a la fois {*)■ 

De cette remarque decoule une troisieme justification 
de la forme canonique (6). 

O Mimoire sur les courbes du 3' ordre, i" partie, p. 11. 



(48) 

III. II est assez facile de voir que la connaissance clu 
premier terme d'un covariant suffit pour en deduire tous 
les autres. Cette propriete resulte immediatement de leur 
expression symbolique. 

Supposons, par exemple, qu'il s'agisse de calculer les 
differents coefficients de A% connaissant le premier k^. 

On verifie sans peine que 
id d d d \ 



(^o,;, cfa ttt rfa m da m I \ 

De plus, le premier terme k Ui satisfait aux equations 






les symboles des operations que nous venons d'appliquer 



Ce que nous venons de dire relativement aux equations 
differenlielles auxquelles satisfonl k et A, s'applique aux 
eovariants de fen general. 

Nous pouvons faire observer qu'il s'agit ici des cova- 
nants proprement dits de f, c'est-a-dire de ceux qui ne se 
modifient pas si Ton soumet les trois series de variables a 
des transformations lineaires distinctes. 

Iln'en serail plus dememe, par exemple, des eovariants %. 
Ceux-ci ne sont eovariants que pour autant que les 
diverses series de variables soient soumises a une meme 
transformation lineaire. 

On peut encore s'en rendre compte a 1'expression sym- 
bolique de ces eovariants. 

Si nous convenons de dire que les symboles tels que 
a . 6, k\ a', 6', A', etc., sont cogredients, et que les symboles 
°> a', a'', etc., sont digredients, nous verrons que les eova- 
riants proprement dits sont ceux ou n'entrent, dans les 
facteurs symboliques, que des symboles cogredients, tels 
<\^(ab),(ac),(ak),etc. 

IV. Ce que nous venons de dire de la forme trilineaire 
contient, en fait, toute la theorie des faisceaux de formes 
bi lineaires 

/"; u =let I a; -+- f*Mv 

Nous verrons, par exemple, que les trois eovariants 
2i, 2t, 2 3 , represented les eovariants 



Bot Garden, 

1S96. 



( so ) 

On oblient ainsi trois formes quadratiqueso-j, o- 2 , <r 3 . 

D'aprcs ce que nous avons vu, plus haul, de ridenlite 
des discriminants de 2,, 2 2 , 2s , ]es trois formes cr,, <j 2 , o- 3 , 
ont egalement meme discriminant. 

Si nous supposons « 12 = a 2i; 6 i2 = 6 21> n ° u s retrou- 
vons un theoreme connu, du a Boole, sur les formes qua- 
dratiques binaires, theoreme dont nous avons donne 
naguere une extension differenle, relative a des formes 
binaires d'un degre quelconque (*). 

V. Outre la forme canonique (6) deduile, on le voit, de 
considerations purement analytiques, nous devons encore 
signaler une autre forme de la fonction f, a laquelle on est 
conduit par des considerations geom&riques. 

G'est la suivante 

p,(x,— a t x 4 ) (t/ 4 — p^s) (zi— r &%)-*- p&i -atXt) (s/.-frt/s) {zi-nzi) 
•*-Pz{x i —a 7> x t ) 'y-fryt) (zi-nzi) 

Nous nous bornerons a demonlrer que cette forme est 
loujours possible, etcela d'une infinite de manieres. 

II suffirail presque de faire observer qu'elle est plus 
generale que la forme (6), dont nous avons demonire la 
possibility. 

Mais, comme on peut le remarquer, pour que la forme 

(17) exisle reellemenl, il suftit que les systemes de valeurs 

««, fc, r 3 ; 



(51 ) 



satisfassent a l'egalite 

/"= so^x,. y k z, = 0. 

Or, choisissons pour x une valeur a,, et pour les y les 
valeurs (3 2 et (3 3 , nous determinerons , sans ambiguite y 3 
ety 9 . 

Si Ton choisit a 2 , les valeurs y 3 , (3 3 , deja oblenues, de- 
termineraient (3, el y,. 

On voit alors qu'aux groupes (3,,,y 2 ; (3 3 , y { , correspon- 
dront en general deux valeurs distinctes a' 3 , a "~. II suffira 
d'assigner une valeur convenable a a 2 , pour que a' 3 soil 
ideniique a a" 3 . 

Par suite, on peut, d'une infinite de manieres, donner a 
/"la forme (17). 

VI. Comme complement de cette petile note analytique, 
nous signalerons rapidement quelques interpretations 
geometriques, en nous bornant a rappeler, sans demon- 
stration, celles que nous avons eu deja 1'oecasion de men- 
tionner dans des travaux anterieurs. 

Nous avons dit ailleurs(*) qu'une equation telle que 
f=0, 

caracterise une homographie du troisieme ordre et du 
second rang. 

Nous pouvons supposer que les trois series de variables 
representent trois series de points situes sur trois droites, 



(82) 

ou irois faisceaux de droites, ou trois faisceaux de plans. 

Les formes 2, k, A, sont alors des invariants, par rapport 
a ces trois series distincies, que Ton peut transformer, 
individuellement, sans alterer ie caractere d'invariance. 

II resulte de (6), ce que nous savons d'ailleurs, que les 
six groupes de points w< c< w 2 ; w 1 v 2 w^; u 2 u, w 2 ; ti 2 v 2 
wt\ m 1 v a w t ; w 2 v t w t font partie de l'homographie; dv. 
plus que les points w,, v 2 ; v 2 , »,, sont tels que Ie point de 
la troisieme serie qui leur correspond est indetermine. 

Si Ton suppose que les series de points soienl siluees 
sur une raeme droite , et que Ton fasse , dans (6) et dans 
(17), x =y = z, on en deduil ces deux Iheoremes : 

A). Lorsque des points S u $ 2 , $ 9 ; d' { , <5 2 , <J 5 , sont tels, 
quen prenant trois points, d'une maniere quelconque, 
dans les deux series, on obliennc mi gronpe de Vhomogra- 
phie f = 0, les points triples de cette homographie sont en 
involution \\ avec les deux groupes d it <5 2 . $ z ; $',, d' 2 , <5' s . : 

B). Lorsque neuf points d t <J 2 d 3 ; d', <5' 2 d' 3 , d"^ §" 2 <T 3 \ 
sont tels, quen prenant trois points , d'une maniere quel- 
conque, duns les trois series, on obtienne un groupe de 
l'homographie f = 0, les points triples de cette homo- 
graphie sont en involution \\ avec les trois groupes <5,, 

Ces theoremes constituent Textension, a l'homographie 
du troisieme ordre, de la propriete suivante : 

Lorsque des points a, 6; a' , 6',... appartiennent a tine 
homographie H\ , les points doubles de cette homographie 
sont en involution avec les couples a, 6'; «', b. 

Si nous employons la forme canonique (6), nous pour- 



( 53 ) 
Representor par x„ y^z K ; X,, Y 4 , Z lf deux groupes 
de points definis par 

A=0, A = 0, 
nous aurons 

(x,-J t )( yi — ^(g.-.jj (x.-eKHy, — £)(*,--<%) 

(X, - *,) (Y, - ^) (Z, - J s ) (X, - <?,) (Y, - 3% (z t - *) ' 

W,-o,-«^ W.-^'yT^TJ IzT^'Zi-^/ 

Par suite, si Ton considere 2, = 0, 2 2 = 0, 2 3 — 0, 
comme definissanl les points doubles de trois involutions 
quadratiques, et que Ton se donne un groupe x 1t y 1t «„ de 
I'homographie /■= 0, les trois points X f , Y 1f Z^homolo- 
gues de a?!, j^,z fl dans ces trois involutions, constitueront 
un groupe de A = 0. 

II en sera de merae des groupes 

a-|»yi,Z,; x„ Y„ «,; X„ "y„ zj. 

Nous ne nous etendrons pas davantage sur ce sujet. II 
nous suflit d'avoir indique la melhode que nous aurons 
I'occasion d'appliquer a d'autres formes. 



(U) 



CLASSE DBS LETTRES 



Seance du 4 juillet 488L 



M. Conscience, directeur. 

M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents: MM. Alph. Le Roy, vice-directeur 
Gachard, P. De Decker, M.-N.-J. Leclercq, Ch. Faider, le 
baron Kervyn de Lettenhove, Chalon, Thonissen, Th. Juste, 
Felix Neve, Alph. Wauters, G. Nypels, A. Wagener, 
P. Willems, Edm. Poullel, G. Rolin-Jaequemyns, S. Bor- 
raans, Ch. Piot, Ch. Potvin, J. Stecher, membres ; J. Nolel 
de Brauwere van Steeland, Scheler, E. Arntz, Saripolos, 
associes ; P. Henrard, correspondant. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministrede rinterieur invite I'Academie, — en 
raison des lacunes qui lui ont ete signalees dans la nomen- 
clature des disciplines des prix quinquennaux, et vu les 
difficultes qui se sont elevees au sujet du classement de 
certains ouvrages dans Tun ou dans 1'autre de ces con- 
cours — , a examiner s'il n'y a pas lieu de modifier le 
classement et les reglements, de maniere a eviter, dans 
1'avenir, loute incertitude a cet egard. 






( BB) 

La Classe designe MM. Thonissen, Le Roy, Willems et 
Potvin pour examiner cetle question avec les delegues de 
la Classe des sciences, MM. P.-J. Van Beneden et Liagre, 
el les delegues que la Classe des beaux -arts nommera 
dans sa seance du 7 juillet. 

— Le meme Ministre envoie pour la Bibliolheque de 
I'Academie le tome I" des Annates de la Societe archeolo- 
gique de Varrondissement de Nivelles. — Remercimenls. 

— La Classe recoit, a litre d'hommage, les ouvrages 
suivanls, au sujet desquels elle vote des remerciments aux 

auteurs : 

1° Correspondence de Marguerite d'Autriche, duchesse 
de Parme, avec Philippe II, publiee par 81. Gachard, t. Ill, 
(6 juillet 1563-5 fevrier 1565). Bruxelles, 1881, in-4°; 

2° Des localites distinguees par le quali/icatifvieux (oud) 
et de leur anciennete, par M. Alphonse Wa liters. Bruxelles, 



3° La confrerie, I'eglise et Vhopilal de Saint-Claude des 
Bourguignonsde la Franche-Comte, a Rome. Notice histo- 
rique suivie de documents, par M. Auguste Castan. Paris, 
Besancon, 1881; ext. in-8°. 

— M. Gachard, secretaire de la Commission royale d'his- 
toire, adresse, pour etre deposes dans la Bibliolheque de 
I'Academie, les ouvrages recus par la Commission depuis 
son dernier envoi. La lisle figure sous la rubrique : 
Ouvrages presentes. 

— La Societe d'Emulation de Bruges envoie le pro- 
gramme des questions qu'elle a mises au coneours pour 
I'annee 1882. 



( 56 ) 

RAPPORTS. 

La Classe, consultee par M. le Conservateur en chef de 
la Bibliotheque royale de Bruxelles, sur un projet d'inscrip- 
tion destine a etre grave" sur une pierre commemorative 
rappelant les transformations subies, en 1880, par I'edifice 
qui renferme cette Bibliotheque, adopte le texle suivant : 



AMPLIFICATVM 

NOVOQVE . ORNAT 

DECORATVM. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 

M. le baron Kervyn declare renoncer aux propositions 
qui ont fait I'objet de son rapport presente a la seance du 
4 avril, sur les ecrivains beiges ayant fait usage de la 
langue latine, rapport dont la discussion avait e"te portee 
a Pordre du jour de la stance actuelle. 

— M. le baron Kervyn donne lecture de la premiere 
partie d'une etude historique sur le Taciturne f et en 
demande 1'insertion au Bulletin. 

La Classe se prononcera sur cette demande lorsqu'elle 
aura entendu la fin de ce travail. 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Seance du 7 juillet 1881. 

M. Balat, directeur. 

M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. fidm. De Busscher, vice-directeur ; 
L. Alvin, G me Geefs, Jos. Geefs, C.-A. Fraikin, le chevalier 
L. de Burbure, Ad. Siret, Ern. Slingeneyer, F.-A. Gevaert, 
Ad. Samuel, Ad. Pauli, God. Guffens, Jos. Schadde, mem- 
bres; Alex. Pincharl, J. Demannez, correspondants. 

MM. Chalon et Waulers, membres de la Classe des lettres, 
el Noiet de Brauwere Van Steeland, associe de la meme 
Classe, assistent a la seance. 



COBRESPONDANCE. 

La Classe apprend avec un profond sentiment de regret 
'a perte qu'elle a faite en la personne d'un des membres 
de sa section de musique, M. Henri Vieuxtemps, decede le 
6 juin dernier, a Mustapha-Superieur (Algerie). M. Vieux- 
temps, ne a Verviers le 17 fevrier 1820, avail ete nomm6 
membre le l er decembre 1845, lore de la creation de la 
Classe dos beaux-arts. 



( 38 ) 

La Classe decide qu'une letlre de condoleance sera 
adressee a la famille du defunt. 

M. Ad. Samuel sera prie de faire pour le prochain 
Annuaire la notice necrologique de M. Vieuxtemps. 

— M. le Ministre de I'lnterieur invite PAcademie — en 
raison des lacunes qui !ui ont ete signalees dans la nomen- 
clature des disciplines pour lesquelles les prix quinquen- 
naux ont ete institues et vu les difficultes qui se sonl 
elevees au sujet du classement de certains ouvrages dans 
Tun ou l'autre de ces concours — a examiner s'il n'y a pas 
lieu de modifier le classement et les reglements de maniere 
a eviter, dans Pavenir, toute incertitude a cet egard. 

La Classe designe MM. Alvin etGevaert pour faire partie, 
avec les delegues des Classes des sciences el des lettres, 
de la Commission qui examinera cette question. 

— M. le Ministre de I'lnterieur invite la Classe, 
termes de Particle 5 de Parrete" royal du 5 n 
relalif aux grands concours de composition musicale, i 
designer trois de ses membres pour faire partie 
concours de cette annee. 

La Classe designe MM. Gevaert, le chevalier de Burb 
et Samuel. 

— Le meme haul fonclionnaire : 
1° Informe la Classe qu'il a invite le conseil d'adminis- 

tration de PAcademie royale des beaux-arts d'Anversa 
transmettre a MM. De Jans et Dillens, prix de Rome pour 
la peinlure et la sculpture en 1877 et en 4878, Pappre- 
ciation de leurs derniers rapports semestriels ; 

2° Demande, conformement a Particle 16 du reglemeni 



(89) 
du 22 mai 1875 sur les grands conconrs, que la Classe lui 
adresse ses observations concernant une copie demi-gran- 
deur, faite par II. Julien Dillens, de la statue deZenon qui 
se trouve au Musee du Capitole a Rome. — Renvoi a la 
section de sculpture a laquelle est adjoint M. Pinchart. 



Les reliques et tes reliquaires donnes par saint Louis, 
roi de France, au convent des Dominicains de Liege; 
par M.J. Helbig. 



« La notice de M. Helbig sur les reliquaires donnes par 
Louis IX au couvent des Dominicains de Liege presente 
»n interet archeologique qui doit la faire bien accueillir 
par l'Academie. La derniere partie surtout, celle qui est 
consacree a la description et a l'histoire de ces curieux spe- 
cimens de 1'orfevrerie du XIII e siecle,est tout a fait 
digne d'attention. Dans la premiere partie, 1'auteur s'est 
l rop etendu, selon nous, sur l'histoire de la couronne 
d'epines et sur les miracles altribues aux fragments de cette 
relique qui furent disperses. Ces details, etrangers a I'objet 
de son travail, tiennent trop de place dans celui-ci. II le 
reconnait en quelque sorle lui-meme lorsque, arrive a la 
moitie de son manuscril, ii dit : « II est temps de porter 
uotre attention sur les reliquaires donnes par saint Louis. » 
Tout en proposant d'imprimer la notice de M. Helbig dans 
|a collection des Memoires in-4° de l'Academie et d'y 
joindre les planches qui en sont le complement necessairf, 
je ne puis pas m'empecher d'exprimer le desir que 1'au- 



(60) 
teur soit invite a supprimer les passages qui n'ont qu'un 
rapport tres-in direct avec le sujet qu'il s'est propose de 
trailer. Cette suppression pourrait etre cooseillee a M. Hel- 
big, mais non pas exigee, car dans tous les cas je propose- 
rais d'accueillir favorablement sa communication. » 



« Les details historiques, un peu longs peut-etre, dans 
lesquels M. Helbig est entre a 1'effet de bien etablir l'ori- 
gine et les vicissitudes de ces precieux morceaux d'orfe- 
vrerie religieuse, ne me paraissent nullement deplaces;ils 
constituent, avec les descriptions claires et precises des 
objets eux-memes, un ensemble susceptible de satisfaire 
les archeologues. 

En joignant a son memoire des reproductions obtenues 
par les procedes photographiques, Fauteur y a ajoute un 
altrait de plus qui fera comprendre, au lecteur moins 
verse dans la science des antiquites du moyen age, Tim- 
portance de sa communication. 

Ainsi que mon savant confrere, M. fid. Fetis, je suis 
d'avis que le travail de M. Helbig tiendra honorablement 
sa place dans la collection des Memoires in-4° de la Com- 



< Amsi que les deux premiers commissaires, je propose 
a la Classe de publier dans les Memoires in-4° le travail de 
M. Helbig, mais sans demander a l'auteur aucune suppres- 
sion. Ces details historiques, un peu trop etendus peut- 
etre, sont precieux pour les archeologues. lis servent a 



(61 ) 
laire comprendre tout l'int^r^t que presentent les objets 
decrils, et a conslater, autant que faire se peut, leur ori- 
gine et leur authenticite. » 



MM. Pauli, Balat et Schadde donnent lecture de leurs 
appreciations du 3 e rapport de M. Oscar Raquez contenant 
la description des principaux edifices de la ville de Vienne. 
Ces appreciations seront communiquees a M. le Minislre 



OUVKAGES PRfiSENTES. 



Gachard. - 
duchessc de Parme, avec Philippe II, tome 
'881 ; vol. in-4° [2 exemplaires]. 
ffouzeau (J.-Q et Lancaster (A.). — Bibliographie generate 
e ^ronomie, etc., tome II : Memoires et notices ioseres 
ia ns les Collections academiques et les Revues, o me fascicule, 
belles, 188l;eah.in-8°. 

Morren{Ed.). — Biographic d'Auguste Grisebach, 1814- 
•879. Liege, 1881; extr. in-8°. 

auters [Alpfi.). — Des Jocalites distinguees par le qualifi- 
' ud) et de leur anciennete. Bruxelles, 1881 ; extr. 



calif vieux 
JQ-8°. 
p irmez (Eudore) 



Preudhomme de Borre {A.). — Materiaux pour la faune 
cntomologiquc de la province d'Anvcrs : Coleopteres. Bruxelles, 
1881;extr. in-8°. 

Rutot (A.). — Compte rendu au point de vue paleontolo- 
gique de 1'excursion de la Societe malacologique de Belgique, 
aux environs de Renaix, en 1879 : Etude sur la constitution 
geologique du mont de la musique. Bruxelles, 4880; br. in-8". 

— Compte rendu des excursions faites en coinmun par les 
Societes geologique ct malacologique de Belgique, aux environs 
de Bruxelles (5-7 septembre 1880). Bruxelles, 1884 ; br. in-8'. 

— Compte rendu presente a la Societe malacologique de 
Belgique de 1'excursion de la Societe geologique de France 
dans le Boulonnais (1880). Bruxelles, 4881 ; br. in-8°. 

— Compte rendu d'une course dans le quaternaire de la 
vallee de la Somme aux environs d'Abbeville. Bruxelles, 4881 ; 
br. in-8°. 

Butot (A.) et Vincent (<?.). — Coup d'ceil sur I'etat actuel 
d'avancement des connaissanees geologiques relatives aux ter- 
rains de la Belgique. Liege, 4879; extr. in-8°. 

Cogniaux (Alfred). — Monographiae phanerogamarum pro- 
dromi nunc continuatio, nunc revisio auctoribus A. el C. de 
Candolle, vol. III. Paris, 1881 ; vol. in-8". 

Ministere de Vlnlerienr. — Rapport sur la situation des 
societes de secours mutuels pendant l'annee 4879. Bruxelles, 
4881; br. pet. in-8°. 

Institut cartograpkique militaire. — Triangulation du 
royaume de Belgique : Calcul des coordonnees geogi 
el construction de la carte, tome III. Bruxelles, 1 
in-4° [2 exemplaires]. 

Societe Cockerill, a Scraing. - Portefeuille John Cockerii 
nouvelle serie, 3 e Hvraison. Liege, 1881 ; cah. in-folio. 

Ministere des Travaux publics. — Port d'Ostende. Dia- 
grammes des variations de niveau de la mer, 4880; Bruxelles, 
4884; vol. in-folio, oblong. 



: 



( 63 ) 

Societe archeologique de Nivetles. — Annales, tome 1. 
iNivclles.1879; vol. in-8°. 

Societe royale de medecine publique de Belgique. — Assem- 
ble nationale scientifique d'hygiene publique 1880, tome II. 
Bruxelles, 1881 ; vol. in-8°. 



ImversUat , Konigsberg. — Vorlesungen im Winter- Halb- 
Jahre. 1881 ; 2 br. in-4°. 

Universitat in Tubingen. — Der ersle Buchdruk in Tubingen 
(1498-1534), von K. Steiff. Tubingue, 1881 ; vol. in-8°. 

— XXVI. Zuwachsverzeiclmis, 1878-80.— Schriften, 1880 
— Inaugural- Dissertationen. Tubingue, etc. 16 br. et vol 
iu-8° et in-4°. 

Societe des sciences, agriculture et arts de la Basse-Alsace. 
~ Bulletin trimestriel, tome XIV, 1880, 4 e fasc.; 1881, l e ' fasc. 
Strasbourg; 2 cab. in-8°. 

Scheffler (O.). — Die Naturgesetze, Tbeil IV. Leipzig, 1881 ; 
vol. in-8°. 

Kolliker(A.). — Zur Kenntniss des Baues der Lunge de 
•Menschen. Wurzbourg, 1881; br. in-8°. 



Ltste d'ouvrages deposes dans la Bibliotheque de V Academic 
par la Commission royale d'hisloire. 

Cruyplants [Etig.). — Histoire de la eavalerie beige au 
service d'Autricbe, de France, des Pays-Bas et pendant les 
Premieres annees de notre nationality Gand, 1880; vol.in-8". 

Ministere de Vlnterieur. — Expose de la situation du royaumc 
(i e 1861 a 1873, 7 e fascicule. Bruxelles, cab. in 8°. 

~ Anniiaire statistique de la Belgiqne, 1880. Bruxelles, 
i8 8i; vol. in-8°. 



( 64 ) 

Cercle archeologique d'Engkien. — Statuts. — An 
tome I, livraison 1. Enghien, 1880; 2 cah. in-8°. 

Cercle archeologique du Pays de Waes. — Annales, t 
5 e livraison. Saint-Nicolas, 1881 ; cah. in-8°. 

Societe archeologique de Namur. — Annales, tome XV, 
\" livraison. Namur, 1881 ; cah. in-8°. 

Grossherzog I. general- Landesarchive zu Karlsruhe. — Zeil- 
schrift, Band XXXI V, 1 und 2. Carlsruhe, 1881 ; 2 cah. in-8°. 

Societe des antiquaires de la Morinie. — Memoires, t. XVI, 
2 de partie. Saint-Omer, 1881 ; cah. in-8°. 

Ministere de V Instruction publique de France. — Bib 
theque des ecoles franchises d'Athenes ct de Rome, fascici 
19-22. Paris; 4 vol. in-8°. 

— Etude sur les sarcophages chrctiens antiques de la a 
d'Arles, par M. E. Leblant. Paris, 1878; vol. in-4°. 

— Inventaire du mobilier de Charles V, par Jules Labarlc 
Paris, 1879; vol. in-4\ 

— Lettres du cardinal Mazarin, tome II. Paris, 1879; vol 
in-4°. 

— Lettres de Catherine de Medicis, tome I. Paris, 1880; 
vol. in-4°. 

— Melanges historiques. Choix de documents, tome HI 
Paris, 1880; vol. in-4°. 

— Lettres de Jean Chapelain, tome I. Paris, 1880; vol. in-4°- 

— Recueil des chartes de Tabbaye de Cluny, tome II. Paris, 
1880; vol. in-4°. 

— Comptes des batiments du roi sous le regne de Louis XIV, 
tome I. Paris, 1881 ; vol. in-4\ 

Institut du Luxembourg. — Cartulairc de la ville de 
Luxembourg (1244-1795). Luxembourg, 1881; vol. in-8°. 



BULLETIN 

DE 

L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES, 

LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQCE. 

1881. — No 8. 

CLASSE DES SCIENCES. 



M. P.-J. Van Beneden, directeur, president de l'Aca- 
demie. 
M. Liagre. secretaire perpeluel. 

Sont presents : MM. Montigny, vice-directeur ; L. de 
Koninck, Edm. de Selys Longchamps, Gluge, Melsens, 
P. Duprez, J.-C. Houzeau, H. Maus, Ern. Candeze, 
fid. Dupont, Ed. Morren , C. Malaise, F. Folie, Alph. Briart, 
J.Crepin, Ed. Mailly, J. De Tilly, F.-L. Cornet, Ch. Van 
Bambeke, membres; E. Catalan, associe; G. Van der 
Mensbrugghe, W. Spring, E. Adan et L. Fredericq, corres- 
pondants. 

5 me SEME , TOME II. S 



( 66 ) 



CORRESPOINDAIVCE. 



M. le secretaire perpetuel annonce que la statue de 
M. d'Omalius sera erigee a Namur, ville natale de l'illustre 
academicien, le dimanche 21 de ce raois. 

La Classe delegue M. de Koninck pour representer 



— La Commission speciale beige de 1'Exposition inter- 
national d'electrieite de Paris fait savoir que l'ouverture 
iixee au l er aout est remise au 11 du meme mois. 

— M. le colonel d'etat-major Adan, directeur de l'ln- 
stitut cartographique militaire, envoie, par ordre de M. le 
Ministre de la Guerre, un exemplaire de la 15 e Iivraisoo 
de la carte gravee de la Belgique, a l'echelle de 1/40,000, 
comprenant les feuilles de Durbuy et de Paliseul. 

M. le Directeur du Musee d'histoire naturelle adresse 
le tome VI des Annales de cet etablissement. Ce tome ren- 
t'erme la troisieme partie, texte et planches c 
calcaire carbonifere de la Belgique 
M. L.-G. de Koninck, 2 cah. in-folio. 

M. Dupont dresente, 
Tlnterieur, uu exemplaire de la Planchellc d'Hastiere, 
de la carte geologique de la Belgique, dressee par ordre du 
Gouvernement. (Specimen des systemes cartographique e l 
typographique proposes par le service du leve). — Remer- 



issemeni. L.e tome reu- 
lanchesdelaFaunedu I 
e (Gasteropodes), par 

de M. le Ministre de 



(67) 

— L'auteur du memoire porlant pour devise : Felix qui 
poiuit, etc., envoye au concours de la Classe, pour Tan- 
nee 1880, demande le depdl dans les archives d'un billet 
cachele, portaut pour titre : Des variations qu'eprouve 
avec la temperature la hauteur de V ascension cap ilia in- des 
solutions salines. — Accepte. 

— Le Cercle Copernic pour les sciences et les arts a 
Thorn (Prusse),envoie le 3 e cahier de ses Mittheilungen,et 
demande l'echange de ce recueil contre les publications 
academiques. — Renvoi a la Commission administrative. 

— M. Jules Gosselet, associe, a Lille, envoie le 2 e fasci- 
cule, Terrains secondaires, teste et planches, de son 
Esqaisse geologique du nord de la France et des contrees 
voisines. 2 cah. in-8°. — Remerciments. 

— M. A. kolliker, associe, a Wurtzbourg, envoie un 
exemplaire de sa brochure imprimee : Zur Kenntniss des 
Baues der Lunge des Menschen. — Remerciments. 

— M. Em. Harze, ingenieur principal des mines, faisant 
fonclion de directeur des mines a I'adminislration centrale, 
fait hommage de deux exemplaires d'une note intilulee : 
^e.s mines a yrison et ties depressions atmospheriques. — 
Remerciments. 

— M. Donders, associe, envoie Aflevering 4, deel VI, 
derde reeks der Onderzoekingen gedaan in het physiolo- 
r jisch Laboratorium der Ulrechtsche Hoogeschool, qu'il 
publie avec M. Th.-W. Engelmann. 

— M. Van Bambeke fait hommage d'une brochure faite 



en collaboration avcc M. Heron-Rover, mlitulee : Sur les 
caracteres fourtiis par la bouche des tetards des Batracieus 
anoures d'Europe. Ext. in-8°. 

— Le Comite pour l'annee acluelle de la Sociele des 
naturalistes snisses annonce I'ouvertnre de ia 64 e assem- 
ble annuel le de cette association pourle dimanche 7 aoiit 



— Les travaux manuscrits suivants sont renvoyes a 
I'examen de commissaires : 

\° Sur les ethers composes de Vacide hyposulfureux, par 
MM. W. Spring et Em. Legros.— Commissaires : MM. Stas 
et Melsens; 

2° De faction du chloresur les combinaisons sulfur iques 
et sur les oxysulfures organiques, par MM. Spring et 
Winssinger. — Commissaires : MM. Stas et Melsens; 

5° Sur la substance micacee des filons de Nil-Saint-) 'it- 
cent, par M. A. Renard.— Commissaires: MM. de Koninck 
et Malaise; 

4° La comete de 1881, observee a Louvain, du 23 ju 
au 18 juillet, par M. Terby. — Commissaires : MM. 
zeau et Liagre; 

5° De I 'action du chlore sur Valcool butylique t 
par M. d'Olreppe de Bouvetle. — Commissaires : MM. Stas 
et Spring. 

— M. Catalan presente une suite a son 
les fonctions X n de Legendre. 

La Classe vote i'impression de ce trai 
Mem oi res. 



( 69 ) 

M. Ed. Duponl, en offrant le tome VI precite des 

Annates du )I )/*<■,■ r<><iai d'!,i<li>ire naturelle, a appele de 

la maniere suivante Paltention de I'Academie sur le travail 

qu'il renferme : 

« Ce travail forme la 5 e partie <le la Description de la 
faune du cakaire carbonifere de la Belgique, par noire emi- 
nent confrere, M. L.-G. Koninck. C'est incontesiablement 
Tune des oeuvres dePaleontologie descriptive les plus mar- 
quantes de notre temps. Ce volume, accompagne d'un atlas 
de 21 planches petit in-folio,commence l'etude des Gaste- 
ropodes dont il decrit el figure 207 especes. 

Les deux premieres parlies de cet immense ouvrage 
decrivaient 44 especes de poissonset 167 especes de Cepha- 
lopodes. En y ajoulant les 207 especes de Gasleropodes 
qui ne comprennent guere que la moitie de leur classe, 
c'est un total de 418 especes dont nous sommes en posses- 
sion de la diagnose precise. Sur ce nombre, 217 sont 
nouvelles pour la science. 

Ces especes, si distantes de noire faune actuelle, ont 
donne lieu a la creation de bon nombre de nouveaux 
genres etablis sur une critique large et approfondie. 

Comme pour les Cephalopodes, M. de Koninck reparlit 
cet ensemble en trois groupes fauniques coincidanl avec 
les trois principaux gites fossiliferes du pays, Tournai, 
Waulsort el Vise et restant distincts par loutes leurs 
especes, saufde Ires ra 

Anterieurement on a 
bonifere evoluait graduellement. Nous devons aujourd'hui 
considerer comme acquis qu'elle se divise en trois faunes 
successives dont lescaracteresrestentnettement differents. 

C'est une donnee sur laquelle j'aurai prochainement a 
appeler I'auention de I'Academie. » 



(70 



M. le secretaire perpeluel presente les manuscrits sui- 
vanls qu'il a re?us avant lel er aout,en reponse au concours 
tie 1881. 

1° Unmemoire portant pour thre : Interpretations geome- 
triques de la theorie des substitutions de n lettres partici- 
lierement pour n = 3, 4, 5, 6, en relation avec les theo- 
ries de I'hexagrannnum mijsticum ; et pour devise : 

« Les theories de Yhexagrammum mysticum donnent 
une expression geomelrique particuliere bien simple et 
elegante des groupes des substitutions de six lettres, » a 
ete recu en reponse a la question : 

Etendre, autant que possible, les theories des points et 
des droiles de Steiner, Kirkman, Cayley, Salmon, Hesse, 
Bauer, aux proprietes qui sont, pour les courbes planes 
superieures, pour les surfaces et pour les courbes gaudies, 
les analogues des theoretnes de Pascal et de Brianchon. 

(Voir, pour ces derniers, les Iravaux de MM. Cremona, 
P. Serret et Folic) 

Commissaires : MM. Folie, Catalan et De Tilly. 

2° Un memoire intitule : Nouvelles recherches sur la 
germination et sur la nutrition de Vembryon pendant la 
periode germinative, et portant pour devise : « Non exco- 
gitandum sed inveniendum... (Bacon), » a ete recu en 
reponse a la question : 

On demande de nouvelles recherches sur la germination 
des graines , specialement sur V assimilation des depots 
nulrilifs par Vembryon. 

Commissaires : MM. Morren, Fredericq et Gilkinet. 



r la Monazite des carrieres de NilSaint-Vineini; 
A. Renard, conservateur au Musee d'histoire 



« La Notice que le Pere Renard vient de communiquer 
a 1'Academie a pour objet la description et 1'analyse d'un 
mineral dont I'existence n'avait pas encore ete constatee 
en Belgique. 

II se presente sous forme de petits cristaux tubulaires 
mesuranta peine un millimetre. Malgre leur exigu'ite, leur 
forme cristalline a pu etre exactement determinee. Leur 
analyse qualitative faite avec soin a demontre qu'ils sont 
composes de phosphate de cerium , de lanlharium et de 
didynium. Quoique la presence du thorium qui entre dans 
la composition de la Monazite ouralienne n'ait pas ete 
constatee, le Pere Renard est neanmoins d'avis que le 
mineral de Nil-Saint-Vincent ne s'en distingue pas speci- 



Cette Notice, comme tout ce qui a ete fait par le Pere 
Renard, offre beaucoup d'inleret, non-seulement parce 
qu'elle se rapporte a un mineral nouveau pour le pays, 
mais encore parce qu'elle renferme la promesse d'un autre 
travail qui fera connaitre les particularity les plus interes- 
santesqui distinguent les mineraux associes dans lesfilons 
du quartzite de Nil-Saint-Vincent et les deductions que 



(72) 
leur forme et Jeur association peuvent fournir au geologue. 
pour elucider les questions relatives a la formation des 
roches schislo-cristallines et des phyllades en particulier. 
Je propose d'inserer la Notice du Pere Renard dans le 
Bulletin de l'Academie et d'adresser des remerciments a 



M. Malaise, second commissaire,se ralliea la proposition 
de M. de Koninck, qui est adoptee par la Classe. 



M. Cornet donne lecture de son rapport sur un travail 
manuscrit de M. Delaey, intitule : Moyens de prevenir les 
feux grisous dans les houilleres. 

Ce rapport, auquel adhere M. Briart, second commis- 
saire, conclut au depot de ce travail dans les archives de 
l'Academie. — Adopte. 



( 73) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Documents paleontologiques relatifs au terrain cambrien 
de I'Ardenne; par M. C. Malaise, membre de l'Aca- 
demie. 

I. — SUR LE DlCTYONEMA SOCIALE, Salt. 

Les roches anciennes, si tourmentees, constituant le 
terrain ardennais de Dumont el considerees actuelle- 
raent comme cambrien, ont donne lieu a divers travaux 
stratigraphiques. II suffit de jeter un coup d'ceil sur les 
publications faites a ce sujet par MM. Sauvage el Buvi- 
gnier, A. Dumont, J. Gosselet et C. Malaise, pour se faire 
une idee de la difficulte deles interpreter. Tous ces auteurs 
ont emis des opinions differentes, et A. Dumont lui-merae 
dont la maniere de voir a une simplicite seduisante au 
premier abord, surtout sur les legendes explicatives de ses 
cartes geologiques, avait, en 1836 (1), emis une opinion 
entierement opposee, preuves done des difficultes que 
presentent ces strates. 

Les diverses divisions de ce terrain ont ete etablies, en 
prenant comme base les caracteres stratigraphiques et 
lithologiques, les seuls dont on pouvait disposer pour ces 
torma tions. 

Je ne crois pas le moment arrive de trancher la question, 

de la carte geologique (Bil- 



(74) 
ni d'etablir ie synchronisme, les materiaux etant encore 
insuffisants. 

Notre illustre maitre A. Dumont, g£ologue des plus 
experiments, s'est cependant trompe en £tablissanllesyn- 
chronisme des couches de l'Ardenne et du Brabant en se 
basant uniquement sur les caracteres pr^ciles. Si des cou- 
ches de nature tres-differenle peuvent etre de meme age, 
d'un autre cote, des couches presentant les monies carac- 
teres peuvent etre d'age tres-different. 

L'age relalif et le synchronisrne des couches anciennes 
de l'Ardenne ne pourront etre surtout determines qu'a 
l'aide des caracteres paleonlologiques. II faut done trouver 
et recueillir des materiaux, e'est-a-dire des fossiles; r^unir 
ceux-ci, e'est le premier but a atteindre. 

Les divers fossiles, ou traces de fossiles, au nombre d'une 
dizaine environ, rencontres dans les d liferents massifs du 
cambrien par MM. G. Dewalque, Jannel et par moi, se 
rapportent, si Ton en exceple deux especes, Dictyonema 
sociale, Salt., et Oldhamia radiata, Forbes, a des formes 
douleuses, traces de plantes ou d'annelides, et quelques 
debris ne sont meme determines que generiquement. 

J'insisterai d'abord specialement sur le Dictyonema 
sociale, Salt., dont j'ai annonce jadis la decouverte (1), et 
qui caracterise un niveau si remarquable a la partie supe- 
rieure des Lingula flags du pays de Galles. 

Le genre Dictyonema se rencontrant dans la faune pri- 
mordiale el dans la faune troisieme, il pourrait egalement 
en exisler dans la faune seconde, et peul-etre aussi dans 



( 75 ) 
Jes faunes devoniennes; il fallait done en premier lieu 
s'assurer que le Dictyonema de Spa est bien reellement 
l'espece d'Angleterre ou de Suede, le genre seul ne carac- 
terisant pas la faune primordiale. 

J'ai pu, en 1870, comparer, grace au savant concours de 
If. Robert Etheridge, les exemplaires de Spa avec ceux 
d'Angleterre el m'assurer qu'ils appartiennent au Diclyo- 
nema sociale, Salt. J'ai egalement recueilli cette espece 
dans differentes localites du pays de Galles, notamment a 
Pennmorfa et a Pentwardine. 

Sailer, qui parait avoir fail une etude tres-consciencieuse 
de ce fossile, donne a son sujet d'interessanls details (1). 
Le caractere distinctif de ce genre est d'affecter en general 
la forme d'une coupe avec des dents sortant de la surface 
interne du sommet des rameaux, caractere qui les rapproche 
des Graptolilhes, d'ou le nom de Graptopora qu'il avail pro- 
pose en 1857, et celui de Dictyograptus, de J. Hall. En 
effet les cellules des extremites presentent souvent des 
terminaisons en pointe a Pexterieur; elles sont placees les 
unes sur les autres et rappellenl Paspect d'une scie comme 
on le remarque en general chez les Graptolithes. Le genre 
rappelle le port des Fenestella. 

L'espece qui nous occupe, Dictyonema sociale, Salt., a 
de meme que celles du meme genre la forme d'une coupe; 
ici elle est generalement conique; les coupes sont en outre 
frequemment groupees. Le point d'attache se divise en 
filaments qui se subdivisent a leur tour. Quelques-uns 
de nos exemplaires complets onl une longueur de 3 a 6 
centimetres el une largeur au sommet de 2, 6 et 8 cenli- 



L-C Ramsay, The Geology o 
sils by J.-W. Salter (Memoirs 
«, vol. the third), pp. 531 a 5. 



( 76 j 

metres. Des exemplaires incomplets font supposer une 
taille bien plus considerable. Lo Gorgonia flabelliformis, 
Eichw., qui est abondant dans les schistes inferieurs de 
Russie, de Norwege et de Suede, paraft, d'apres Salter (1), 
ne pas diflerer d'une maniere imporlante de Dictyonema 
sociale, a part les dimensions et la regularite des mailles. 
Dans un travail manuscrit, Angelin avail propose le nom 
de Phyllograpsus, pour indiquer I'analogie avec les Grap- 
lolithes. 

Le D r H.-R. Goeppert (2) decrit cette espece sous le 
nom de Dictyonema Hisingeri, et la considere comme un 
vegetal. W. Ph. Schimper (5) admet la meme conclusion: 
« La circonstance que ce fossile se trouve change en 
anthracite dans les couches siluriennes de I'Eslhonie et 
de la Norwege et la decouverte faite par M. Gceppert d'un 
sporange place sur un ramule de conjonction entre deux 
rayons, paraissent mettre hors de doute la nature vegetale 
de cette singuliere production » (4). 

Notre savant et regrette confrere feu Eug. Coemai 
nous a dit et nous a meme ecrit qu'il n'admettai 
ment la nature vegetale de cette espece. Rien de 
ne lui a ete fourni par I'examen microscopique, e 
au seul sporange, si sporange il v a. ou bien cela pouvait 
etre une cellule deformee ou bien un sporange provenant 
d'une autre planle. il considerait le Dictyonema comme 



(1) The Geology of North Wales, etc., p. 351. 

(2) Ueber die :<hen,der 
ren Kohlen formation, etc., Breslauw 1859, pp. 4, 5, 9. 

(3) Traitdde paleonloloyie vegetale, etc., p. 183, Paris 1869. 

(4) Dictyonema Hisingeri (Algue?) Goepp., Patria Belgica, vol. I, 
p. 473, Bruxelles 1873, est sign.!.- conim-- -e icivant a Houffalize. 
Cette HKiicai > u doit ; i ivcuir d'une errt-ur u'etiquetti- de la coileclion 
d*Bog. Coemans. 



(77) 
on le fait gen^ralement, comme un Polyzoaire ou Bryo- 

Quoi qu'il en soit, le Dictyonema (Graptopora) sociale, 

remarqnables a la parlie superieure des Lingula flags du 
pays de Galles, niveau cependantexcessivementpauvre en 
Ibssiles, a part l'espece caracteristique precilee. Nous 
trouvons sur sa position exacte d'excellents renseigne- 
ments dans le remarquable m^moire de M.A.-C. Ramsay : 
The Geology ofNorth Wales. La coupe a travers le promon- 
toire Penrhyn nous raontre que Ton trouve successivement 
dans Lingula flags : des gres micaces legerement colores 
avec Olenus et Lingnlella Davisii, puis des ardoises noires 
avec enduits ferrugineux, Orthis, Olenus, etc.; et dans 
Lower Tremadoc slate (Tremadoc inferieur) des ardoises 
noires tach6es de fer, etc., avec Psilocephalus innotatus, 
Mobe Homfrayi, avec de petils Lingula et Dictyonema 
sociale (1). Nous voyons egalement par ce qu'en dit Salter, 
et par les listes qu'il en donne (2), que Dictyonema se 
trouve a la partie tout a fait superieure des Lingula flags 
el inferieure du Lower Tremadoc slate. 

Nous voyons dans le Siluria (3) que la zone primor- 
dial du Malvern Hills consiste, en descendant l'ordre, en 
Dictyonema shale, renfermant une seule espece, le Dictyo- 
nema sociale, puis vient Olenus Black shale avec huit 
especes, Hollybusch sandstone avec six especes el le Con- 
glomerate egalemenl avec six especes. Dans le Siluria, le 
Dictyonema sociale est considere comme caracterisant la 



( 78 ) 
zone, tres-pauvre en fossiles, tout a fait superieure des 
Lingula flags (1). 

Le Dictyonema sociale, Salt., de Spa, a ete signale sous 
le norn d'empreintes vegetales. La mention la plus 
ancienne en a ete faite par feu d'Omalius d'Halloy (2). 
Nous yvoyons que « M.Cauchy possedeunechantillon d'ar- 
doise provenant des environs de Spa, sur lequel on distin- 
gue des empreintes qui paraissent appartenir a des veg£- 

C. Davreux rapporte que (3) « en 1823, M. Wolff de 
Spa, a decouvert dans la montagne de Spaloumonl au 
nord de Spa des empreintes vegetales. d M. Wolff en 
avait fourni a differents naturalistes, et a nous-meme nos 
premiers exemplaires. 

A. Dumont le caracterise parfaitement (4) « Les fossiles 
de Spa paraissent appartenir au regne vegetal; ce sont 
des especes de membranes reticulees ou branchues, extre- 
mement minces, etendues et superposees en tous sens a la 
surface des feuillets d'un quartzophyllade gris-verdatre. > 

J'ai rencontre le Dictyonema sociale en differents points 
des environs de Spa : l°Dans la bande salmienne du 
Marleau entre cette localite et Spa; c'est la que se trou- 
' vent les plus grands exemplaires, et ou on les observe 
le plus abondamment. 



gMogique des Pays- 
Bas, etc., p. 122. Namur 1828. 

(o) C. Davreux, Essai sur la constitution geognostique de la province 
dv Lieije, \». -20 (Memoires couronnes par l'Acadeniie royale des sciences 
et belles-lettres de Belgique) , t. IX , Bruxelles 1 833. 

(4) A. DimosT, Memoire sur les terrains ardennais et rhdnan; 
l re partie, terrain ardennais, p. 37. (Memoires de l'Academie des sciences, 
des letlres et des beaux-arts de Belgique, t. XX, Bruxelles 1847). 



(79) 

2° lis out ete indiques dans la vieille carriere au N.-E. de 
la ville, dans un quartzophyllade grisatre paillele avec 
enduit noiratre. Je ne les y ai pas retrouves, mais j'y ai 
rencontre des traces assez abondantes dans lesquelles je 
crois voir des pygidiums de Trilobites, excessivement 
deformes. 

5° Dans une excavation sur la nouvelle route du Sart, 
pratiquee dans les memes roches, ou j'ai recueilli un frag- 
ment de Trilobite reconnu par M. Barrande pour une plevre 
deParadoxides. C'est dans celte carriere et dans la carriere 
precedente que feu Eug. Coemans et moi avons rencontre 
des traces de fucoides qu'il a rapport&s au Bythotrephis 
gracilis, J. Hall, et au Russophycus pudicus, J. Hall (1). 

J'ai trouve" des formes analogues aux environs de Tre- 
madoc, dans les Lingula flags; maisjen'oserais en tirerde 



4° Sur la merae route de Spa, en remontant dans les 
couches de phyllades noirs tres-feuilletes, rapportees par 
Dumont au revinien, et constituant la bande revinienne 
de Spa, roches que M. J. Gosselet et moi avons propose 
de reunir au salmien, couche de contact, si Ton veut, nous 
avons rencontre le Diclyonema assez abondant ; il semble 
confirmer cette reunion (2). 

o° jNous avons recueilli dans les memes couches noires, 
entre Charneux et Solwaster, le Dictyonema sociate assez 



Patria Belgica, Bruxelles 1873, F. Crepin, article Paleonlologie 
t sigDale la presence du Dictyonema sociale, Salt., 






• LWuvi!, 



., de Belgiqui 






( 80 ) 
abondant; raais les phyllades noirs sont malheureusement 
tres-alteres. 

6° Nous en avons egalement trouve deux exemplaires 
dans la bandesalmienne pres Charneux (Jalhay). 

M. le professeur G. Dewalque a annonce avoir vu la 
meme espece a Ruy, dans la bande salraienne de Fran- 
corehamps. 

Ce meme geologue a signale (1) la presence du Dictyo- 
nema sociale dans de nouveaux points. 

Le glte indique a la sortie de Spa, dans une carriere 
abandonnee sur la route de Spa 7 me parait concorder avec 
le point signale au 3°. 

« Un second gisement se trouve a Sart, dans le chemin, 
a environ 200 metres au S.-E. de 1'eglise. 

Le troisieme point est situs' sur la rive droite du reser- 
voir de la Gileppe. Comme dans les autres gisements, Die- 
tyonema sociale s'y trouve a la base du systeme salmien. b 

M. G. Dewalque tire de la position du premier et du 
second point la deduction suivante : « Le premier point 
est sur le bord N.-O., le second sur le bord S -E. de la 
bande salmienue de Spa. Cette bande forme done un bas- 
sin dans le systeme revinien. La reapparition des roches 
reviniennes vers le N.-E., est le resultat d'un plissemeut, 
et non d'une faille, comme on aurait pu le croire. » 

Si on reunit les phyllades noirs du revinien de la bande 
de Spa au salmien des bandes du Marleau et de Spa-Jal- 
hay, et si Ton rencontre en outre Diclyonema sociale dans 
1'assise inferieure du salmien de Viel-Salm, celle espece 



e Diclyonema sociale, Salt (As? 
i Belgiqle, t. VIII, Bulletins, pp. lxvi-i 
a seance du 19 decembre 1880). Liege, 1 



Bail J, I Acad fty 




(81 ) 
deviendra le fossile caracteristique du salmien inferieur 
de Dumont et constiluera un horizon fossilifere pour le 
massif de Stavelot. 

En Angleterre on renconlre au-dessous le Lower Lin- 
gula flags, caraclerise par Tabondance des Lingulelta 
Davisii, les Paradoxides, et une vingtaine d'autres especes 
et au-dessus le Lower Llandeilo flags on Tremadoc beds 
qui renferme £galement une faune assez riche. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE. 



DlCTVONEMA SOCIALE, Salt. 

1. tfchantillon de grande taille, mais incoi 
Phyllade du Marteau-lez-Spa. 

2. Fragment d'un phyllade de Solwaster. 

3. Echantillon n 
zophylla 
! grandeur, fig. 2 et 3, grandeur naturelie. 



Quarre magique de la Villa Albani (Rome); communica- 
tion de M. E. Catalan , associe" de l'Academie. 

Le i c 2 avril dernier, en visitant la Villa Albani, je fus 
mrt elonne* de irouver, sur le mur d'un escalier de cet 
Edifice, une plaque de marbre, porlant le carre magique 
ci-apres avec la curieuse explication qui le suit. A ma 

3 me SERIE, TOME II. 6 



(82) 
priere, le prince Boncompagni a bien voulu faire copier, 
exactemenl, celte inscription. 



QVADRATVS MAXIMVS 



as 

78 
2 3 


27 

38 

84 


7-2 
39 

13 


34 
81 

i] 

88 


63 

2 


20 

3 

43 


80 
21 

28 

81 


78 
68 

24 

88 

31 


26 
56 

59 
11 

57 



LECTOR SI DOCTVS ADMIRATOR SI IGNARVS SCITO 

QVADRATVS HIC MATHEMATICE CONSTRVCTVS 

AB VNO VSQVE AD OCTOGINTA VNYM 3321 VNITATES 

INCLVDIT QV^LIBET IPSIVS COLVMN^E TAM IN LINEA 

PLANA QVAM IN RECTA ET TRANSVERSALI VNITATES 

369 QVj; DVCT.E PER NOVEM EASDEM 3321 VNITATES 

REST1TVVNT ET APPELLATVR MAXIMVS QVIA MAXIMAM 

POSSIDET EXTENSIONEM VALE 

CAIETANVS GILARDONVS ROMANVS PHILOTECBNOS 

INVENTOR A. D. MDCCLXVI. 






ur le poid$ specifique du soufre de Ch. Sainte-Claire- 
Deville; par M. W. Spring, eorrespondant de I'Aca- 
demie. 



Ch. Sainte-Claire-Deville a montre, dans ses etudes sur 
le soufre (1), qu'en epuisant par du sulfure de carbone 
bouillant, !a fleur de soufre, on obtenait une variete de 
soufre insoluble dans le sulfure de carbone, et plus stable 
que les autres varietes connues de soufre amorphe et 
insoluble. II crut pouvoir distinguer ce soufre pour en faire 
une variete a part, mais il lui manquait, a cette fin, un 
element essenliel : le poids specitique de ce corps. 

On sait , en effet, que le soufre obtenu corame il vient 
d'etre dit, se presente sous forme d'une poudre d'une 
lenuite extreme : chaque grain est une vesicuie creuse que 
le moindre vent emporte el que I'eau ne penetre pas. 
Toutes les tentatives faites pour en prendre le poids spe- 
cifique ont echoue. 

M. Ch. Sainte-Claire-Deville a bien voulu appeler mon 
attention surces fails, il y a un an, environ, et me prier 
de comprimer ce soufre sous une pression suffisante, au 
rooyen du puissant appareil que j'avais fait construire, 
a »in d'obtenirdes blocs homogenes pouvant faire l'objet 
d'une etude. 

-'les experiences, retardees par des circonstances inde- 
pendantes de ma volonte, n'etaient pas encore achevees, 
^rsque la mort enleva 



XXXIV. pp. 654 et 561 et t. XLIV, p. 582. 



( 84 ) 
physicien et chimiste. Qu'il me soit permis cle presenter a 
I'Aeademie cette note comme une des dernieres impul- 
sions scienlifiques de cet homme celebre. 

En soumettant, a des pressions elevees, des poudresde 
substances diverses, j'avais pu observer que les corps 
jouissant de la propriele de se presenter sous des etats 
allotropiques differents, prenaient, sous pression, I'etat 
correspondant au maximum de leur densite. Ainsi, le 
soufre prismatique, de densite 1,96, devient du soufre 
octaedrique, de densite 2,06 sous une pression de 5,000 
atmospheres. 

Ceci etant, on doit transformer, par la pression, une 
partie, sinon la totalite,du soufre vesiculate deCh. Sainte- 
Claire-Deville en soufre octaedrique, si la densite du soufre 
vesiculate est plus faible que 2,06; dans I'hypothese con- 
traire, ou la densite depasserait 2,06, I'etat du soufre ne 
doit pas s'alterer. 

La compression permet, on le voit, de controler deux 
fails : d'abord celui du passage d'un etat d'un corps a m 
autre par Taction de la pression ; ensuite la grandeur rela- 
tive du poids speciliqtie du soufre vesiculate. 

La compression eut lieu a la temperature de 15°, sous 
8000 atmospheres pendant quelqiies in* rants : le soulre 
v&iealaire se soude en blocs dursd'un jaune pale. 

Pour m'assurers'il y avail une transformation de I'etat 
du soufre, j'ai traite quelques blocs, finement pulverises 
d'abord, par du sulfure de carbone, celui-ci devant dis- 
soudre seulement le soufre octaedrique s'il s'en etait 
forme. Or, 16 g M750 de soufre comprime et pulverise 
abandonnerent gr ,6818 au sulfure de carbone; par con- 
sequent, sous une pression de 8000 atmospheres, 4,21 °j» 



(83 J 
e transforment en soufre octae- 

Ce resultal montre deja que la densite du soufre vesi- 
culate est inferieure a celle du soufre octaedrique. 

Pourm'assurer de la chose directement, j'ai determine 
le poids specifique des blocs de soufre vesiculate a diffe- 
renles temperatures. Pour cela, j'ai determine le coefficient 
de dilatation de ce corps par la methode dont j'ai fait 
usage pour determiner la dilatation du soufre, du selenium 
et du lellure; il est par consequent inutile de 1'indiquer de 
nouveau ici. 

Void les documents des experiences : 

Poids du soufre employe : 5 gr ,1698. 
Poids du thermometre a poids rempli de soufre et d'eau 
a 13,50: 25^,4204 



'•- 


« 


T 




T 


T 


*"""' 


— — 


*JL«, 


r- 


— -*- 


, k Jl,„. 


13.50 


17,1400 


o 


44.90 


•17,0378 


0,1022 


17.90 


17,1314 


0,0086 


43.40 


17,0362 


0,1038 


19.70 


17,1260 


0,0140 




17,0346 


0,10^4 


33.00 


17,0768 


0,063! 




16,9488 


0,2212 


34.90 


17,0776 


0,0624 


69.10 


16,9162 


0,2238 


35.30 


17,0770 


0,0630 









,,.„„,„„ 


;:::: 


4u :::r 




90 


2,6193 
2,6268 
2,6338 
2,6296 


0,0075 
0,0103 


1,000000 

•1,003932 ■ 
0.999M2 



Si Ton tienl compte de la quantite de soufre octaedrique 
que la substance renferme, on arrive facilement, par le 
calcul, aux elements du tableau suivant, qui s'appliquent 
exclusivement, par consequent, au soufre vesiculate. 













Tem- 


VOLUMES 


***** 


LEGUME 


POIOS 


peratures. 




au, olnm e. 


etamde.aoo. 


S p eclfiq ue, 





2,2281 




1,000000 


1,9556 


20 


2,2345 


0,0064 


1,002872 


1,9496 


40 


2,2404 


0,0123 


1,005522 


1,9041 


60 


2,2360 


0,0079 


1,003545 


4,9438 


80 


2,2273 


- (0,0008) 


0,999641 


1,9559 


100 


2,2177 


-(0,0104, 


0,995336 


1,9643 



On voil qu'a la temperature de 0°, le poids specifique 
du soufre vesiculate est un peusuperieur a celui du soufre 



(87) 
plastique que Ton oblient en refroidissant brusquement 
du soufre porle a une temperature de 350-400°. Ce der- 
nier a, en effet, un poids specitique exprime par 1,930 
(moyenne des diverses observations connues). 

Le soufre prismatique a un poids speeifique traduit par 
1,960; il en resulte que le soufre vesiculaire doit etre 
place entrele soufre plastique et le soufre prismatique. 
Remarquons cependant que la difference des poids speci- 
fiques 1,9556 et 1,960 rentre dans les limites des erreurs 
d'observations; il est done egalement probable que le 
soufre prismatique et le soufre vesiculaire aient meme 
poids speeifique. 

Ch. Sainte-Claire-Devilie avait trouve, pour la densite 
de la fleur de soufre, le nombre 2,086; il est plus eleve 
quecelui du soufre octaedrique; aussi ce savant a-t-il 
pense que le soufre vesiculaire, qui se trouve dans la fleur 
de soufre, devait avoir un poids specitique plus grand que 
•e soufre octaedrique. Mes experiences montrent que cette 
supposition n'est pas fondee et que la raison de la densite 
de la fleur de soufre se trouve probablement ailleurs. 

On peut deduire un autre resultat encore du tableau 
precedent. 

Jusqu'ala temperature de 45 degres, environ, le soufre 
vesiculaire se dilate regulierement par la chaleur, mais 
apres cette temperature, il se contracle d'une maniere 
continue de facon qu'a 80 degres il a meme poids speei- 
fique qu'aO. 

Cette contraction est probablement due a une transfor- 
mation du soufre vesiculaire en soufre octaedrique sous 
1'mfluence de la chaleur. 



Sur la dilatation du soufre, du selenium el du tellure; 
par M. W. Spring, correspondant de P Academic 

En 1869 Fizeau (1) fit connaitre le resultat de ses 
recherches sur la dilatation d'un grand nombre de corps. 

On sail, d'apres ce physicien que, Ton peul ranger les 
corps en diverges classes d'apres les particularity qu'ils 
presentent pendant la dilatation : ainsi, Tune de ces classes 
renferme les corps crislallisant dans le systeme cubique 
et les autres classes comprennent lous les corps apparte- 
nant a un autre systeme cristallin. 

Les corps de la premiere classe ont un coefficient de 
dilatation egal dans toutes les directions; les autres, au 
contraire, se dilatenl d'une maniere inegale dans la direc- 
tion des axes cristallins. Des metaux tels que l'etain, le 
zinc, le cadmium, etc. donnent meme, par fusion, des 
barres ou Ton trouve aussi cette inegalile de la dilatation 
dans diverses directions, car, pendant la cristallisation de la 
masse fondue, il y a toujours une orientation partielle des 
cristaux; celle-ci a pour effet de disposer, dans une meme 
direction, les axes cristallographiques de memes proprietes. 

En examinant les nombres qui expriment, d'apres les 
recherches de Fizeau, la dilatation lineaire de 0° a 100° 
des substances qui furent etudiees, on decouvre la trace 
d'une relation sur laquelle je desire appeler l'attention 
parce que, a ma connaissance du moins,elle n'a pas encore 
ete signalee d'une maniere explicite. 



(1) < 



Fizeau a trouve, pour le soufre, le selenium et le tellure, 
les nombres suivants, exprimant I'augmentation de l'unite 
de longueur de 0° a 100°: 

Soufre de Sicile 0,006748 

Selenium 0,003792 

Tellure 0,001752; 

c'est-a-dire que la dilatation de ces elements va en dimi- 
nuant rapidement du soufre au tellure. 

Si Ton multiplie les nombres precedents par le poids 
atomique dn soufre, du selenium et du tellure, on arrive 
aux resultats que voici : ■ 



cest-a-dire que, pour le soufre et le tellure, on arrive a 
deux nombres concordant d'une maniere tres-satisfaisante, 
et, pour le selenium, le produit n'est pas eloigne d'etre le 
naeme aussi puisque la difference ne commence a paraitre 
que dans un chiffre de deuxieme ordre. 

Plusieurs relations ont deja ete signalees entre les coef- 
ficients de dilatation des corps et d'autres grandeurs carac- 
teristiques et, chose curieuse a constater, elles ont ete 
"idiquees, presque en meme temps, par quatre physiciens 
differeots. 

Ainsi, en 1876, M. P. De Heen (1) a fait connaitre a 
1'Academie que pour les metaux appartenant a un meme 
(jroupe naturel, le produit du coefficient de dilatation par 
'a temperature absolue de fusion est tine quantile con- 

") Bulletins de VAcademie royale de Belgique, t XLI, 2' serie, p. 1019. 



(90) 
stante; et aussi que le produit du coefficient de dilatation 
des liquides appar tenant a une meme serie homologue, 
par la temperature d'ebullition est aussi une quantite con- 

Ce travail de notre compatriote ne fut sans doute pas 
assez connu puisque, eo 1879 M. Wiebe (1) a Berlin, 
M. Pictet (2), a Paris et, cette annee meme, M. Schro- 
der (5) a Munich, enoncerent des propositions semblables 
et meme identiques. 

M. Wiebe, qui s'est plus particulierement occupe de la 
question, a fait conaitre encore d'autres relations. II s'est 
rencontre, la aussi, avec M. de Heen. 

Voici, en effet, les resultats principaux des observations 
de M. Wiebe : 

1° La dilatation absolue des atomes est une fonction 
periodique des poids atomiques, 

Par « dilatation absolue des atomes » Wiebe comprend 
le nombre qu'on obtient en divisant le volume atomique 
d'un corps par le coefficient de dilatation. 

2° Dans les series homologies, les produits des coeffi- 
cients de dilatation par la temperature absolue d'ebullition, 
sont multip ratants. 

Ce qui rappelle la loi de P. de Heen. 

3° // existe une relation simple entre la chaleur speci- 
fique et la dilatation des corps solides. 

MM. Wiebe et Pictet ont deduit leurs reusltats des 



■'.</, t. XI, p. 610; I 

(2) Comptes rendus, 1879, t. LXXXVIII p. Boo. 

(3) Silzungsberichte d. math. phys. Classe der K. B. A 
Whsensrhaftri, zu Munchen, 1881 p. 63. 



(91 ) 



v *2 ) , 

experiences faites par d'autres physiciens; celles deFizeau 
ont servi surtout de point de depart a M. Wiebe. 

On voit, par le pen qui precede, que Ja relation, si 
simple, entre le poids atomique du soufre, du selenium 
et du tellure et la dilatation de ces corps, n'a pasete mise 
en evidence. Implicitement renfermee dans la premiere 
proposition de Wiebe, elle ne s'en degage pourtant pas 
d'une maniere claire puisque le rapport de la dilatation 
absolue des atomes au poids atomique est exprime par : 



543 . tellure (voir Wiebe), 

tandis que le produit de la dilation de 0° a 100° de ces 
trois corps, par le poids atomique, est constant. 

11 importe que des relations de la portee de celle que 
je viens de rappeler ne s'appuient pas sur un petit nom- 
bre d'experiences, mais qu'elles soient controlees par un 
nombre suffisant d'observations. Alors seulement on pourra 
en apprecier la justesse. 

Guide par cette consideration, j'ai entrepris d'etudier, 
par 1'experience, la dilatation des corps qui peuvent etre 
directement compares entre eux, c'esl-a-dire de ceux qui, 
chimiquement differents, se rapprochent le plus par leurs 
proprietes physiques : je veux parler des substances iso- 
morphes. II est clair que ces substances se preteront mieux 
que d'autres a la solution de la question de savoir s'il 
existe une relation entre la dilatation et le poids atomique. 

Cependant, avant de proceder a cette etude, j'ai deter- 
mine la dilatation du soufre, du selenium et du tellure, en 
vue de contrdler le point de depart de ces recherches; en 



(92) 
d'aulres termes, pour vender si la relation deduite des 
experiences de Fizeau se maintient. 

C'est cette partie de mon travail que j'ai 1'honneur de 
presenter aujourd'hui a 1'Academie. 

Pour plus de simplicity j'exposerai d'abord les resultats 
obtenus, puis je ferai connaitre le detail des experiences 
que j'ai faites. 

■iNlTift. 

J'ai determine la dilatation du soufre pur, prepare, 
comme il sera dit plus loin, du selenium pur et du tellure 
pur. 

L'augmentation de volume de 0° a 100° est la suivante : 

pour le soufre 0,035408 

» tellure 0,010634. 

Si Ton mulliplie ces nombres par les poids atomiques 
respectifs on obtient : 

0,035408 x 32 = 1,2330 



Ainsi, pour le selenium et le tellure la verification est 
aussi satisl'aisante que possible, tandis que pour le soufre, 
on obtient un nombre trop petit de pres de 40 °/ c . 

Dans le resultat deduit des experiences de Fizeau nous 
avons vu le selenium faire exception, et non le soufre, 
puisque nous etions arrive aux nombres suivants : 



( ^3 ) 

On ne doit pas perdre de vue, pour juger la valeur de 
cette difference, que les experiences de Fizeau sur la 
dilatation de ces substances n'ont ete faites qu'a des tem- 
peratures comprises entre 0° et 40°, tandis que les miennes 
ont ete poussees jusque pres de 90°. Les nombres donnes 
par Fizeau, pour exprimer la dilatation jusque 100°, sont 
done une extension par le calcul, d'observations qui se sont 
arretees a 40°. lis ont un caraclere plus hvpothetique que 
les miens. 

En outre, il est clair que pour verifier rigoureusement la 
relation qui parait exisler entre la dilatation des corps et 
leurs poids atomiques, il faudrail pouvoir determiner 
l'augmentation de volume entre des limites de temperature 
correspondant a des etats homologues des corps. Ces 
limites s'indiquent d'elles-memes, mais elles nous sont 
malheureusement inaccessibles : Tune d'elles, veritable 
point de depart des phenomenes calorifiques, serait le zero 
absolu, et 1'aulre serait le point de fusion puisque, pendant 
la liquefaction des corps il s'accomplil, en eus, un chan- 
gement equivalent dans leur cohesion. 

En mesurant l'augmentation de volume entre et 100 
de trois substances lelles que le soufre, le selenium el le 
lellure.dont les points de fusion different 1'un de I'autre 
de 150° el de 250°, on doit arriver a des resultats peu 
eomparables entre eux. 

Telle est peut-elre I'origine de la difference que I'expe- 
riencerevele;maisil est clair qu'on ne peut pas consi- 
derer la question comme resolue. 

Si Ton compare, d'autre part, les resultats numeriques 
*^ue j'ai obtenusa ceux de Fizeau, on voit que les nona- 
ges de Fizeau sont beaucoup plus petitsque les miens. 



(94) 
En effet, la dilatation lineaire de 0° a 100° est, d'apres 
Fizeau : 



0,006748 pour le soufre 
0,003792 i seleniu 
0,001732 » tellure. 

On en deduit la dilatation cubique : 



tandis que j'ai obtenu : 



Pour le selenium et le tellure, la difference entre mes 
nombres et ceux de Fizeau est presque la meme 



tandis que pour le soufre elle c 



Cette difference est done d'autant plus faible que la 
substance a un point de fusion plus eleve\ Comme je me 
suis plus approche" du point de fusion du soufre (111 ) dans 
mes experiences que ne Pa fait Fizeau, il est assez plau- 
sible de conclure que Pecart existant entre nos resultats, 
provient de ce que la dilatation a ete mesuree entre des 
iimites de temperature differentes. 

La conclusion utile a tirer de ces faits, e'est qu'il est 



( 95 ) 

premature de deduire d'observations quiont eu lieu entre 
des limites arbitraires de temperature , les lois de la dila- 
tation. En un mot, les resultats que Wiebe a obtenus par 
I'etudedes nombresdeFizeau,pourraientse modifier si Ton 
connaissait la dilatation des corps depuis le zero absolu 
jusqu'au point de fusion. 

Une autre circonstance influe puissamment aussi sur la 
dilatation. 

Le coefficient de dilatation moyen de OalOO du soufre 
pur cristallise du sulfure de carbone a ete trouve egal a 
0,00035408, ainsi que je I'ai dit plus haul. 

Or, H. Kopp(l) qui a determine la dilatation du soufre 
non-seulement a 1'etat solide, mais encore pendant son 
passage a 1'etat liquide, est arrive au resultat suivant : 



qui est inferieur au mien. 

Ici le seul facteur different elait la nature du soufre. 
H. Kopp avait employe du soufre natif de Sicile. J'ai repete 
roes experiences en me servant aussi de soufre de Sicile 
et je suis arrive au resultat que voici : 

cT = 0,0002605, 



qui concorde assez bien avec celui de Kopp. 

II est done vrai que deux substances, pures toutes deux, 
peuvent avoir des coefficients de dilatation bien differents, 
selon 1'etat sous lequel elles sont examinees. Fizeau avait 



v 96 ) 
ileja montre, en etudiant la dilatation du diamant et du 
graphite, que les corps presentent des dilatations differenles 
dans leurs diflerents etats allotropiques. Le soufre cristal- 
lise du sulfure de carbone etant identique, au point de 
vue crislallographique, au soufre de Sicile, il paraitrait que 
cette difference dans la dilatation des corps ne bornerait 
passes manifestations aux etats allotropiques, niais qu'elle 
serait encore sensible pour des etats plus voisins. 

Revenons a la relation signalee entre la dilatation 
des corps et leur poids atomique. 

Si Ton accepte comme exacte la dilatation que j'ai trou- 
vee, on observe, comme je l'ai deja dit, que le selenium et 
le tellure onl un coefficient de dilatation exactement en 
relation inverse avec leur poids atomique; pour le soufre, 
dont la dilatation a ete mesuree trop pres du point de 
fusion relativement au selenium et au tellure, le fait nese 
veriue pas. En etendant cette observation, on est conduit 
a se demander si les autres corps dont on connait la dila- 
tation pour des limites de temperature plus ou moins 
comparables — c'est-a-dire assez egalement eloigneesde 
leur point de fusion — ne presenteraient pas une relation 
semblable? 

En fait, on trouve pour le nickel et le cobalt, d'apres 
Fizeau de 0° a 40° : 

<f = 0,0001279 pour le nickel 
f = 0,0001236 » cobalt. 

valeurs identiques dans les limites des erreurs d'obser- 
vation ; d'autre part, ces metaux ont meme poids atomi- 
que, 59. 

Le fer el I'aln minium, qni ont plusieurs points de con- 



(97) 
rapporl chimique, donnent de a 100°, les 



En rnultipliant ces norabres par les poids atomiques 
respectifs, on a : 



cest-a-direqu'on arrive encore a des nombres pres d'etre 
identiques. 

Pour les autres elements dont nous eonnaissons la dila- 
tion, la relation n'est pas si simple. 

On doit conclure, de ce qui precede, qu'il parait exister 
une relation enlre la dilatation et le poids atomique des 
corps simples; pour certains d'entre eux, tels que le soufre, 
'e selenium et le tellure, le nickel et le cobalt, le fer et l'alu- 
minium, la dilatation est inversement proportionnelle au 
Poids atomique. 

Ce fait peut etre exprime autrement, si Ton veut le 
comparer a la loi de Dulong et Petit sur les capacites 

orifiques, ^ ui ' ra ppelle d'ailleurs tres-bien: pour ten 
Qroupes de corps precites , la dilatation par atome est 
wnstante. 

Sous cette forme, on entrevoit la possibility de determi- 
ne 1 " le nombre d'alomes renfermes dans une molecule 
d un corps solide, determination qui a encore <§chappe a 
t0us nos moyens d'investigalion. 

Je ne developperai pas cetle proposition actuellement, 
P a «-ce que les points sur lesquels on doit s'appuyer ne sont 

5n,e SfiRIE,TOME II. 7 



( ™ ) 

pas encore etablis d'une maniere assez positive. Je me pro- 
pose d'ailleurs d'y revenir, plus tard, si les resultats des 
experiences confirment ces vues. 

Un mot encore. 

Si Ton combine la relation que je viens de faire connai- 
tre avec la loi de de Heen et Pictet, on trouve que pour 
les corps qui nous occupent (soufre, selenium et tellure; 
nickel et cobalt, fer et aluminium), les points de fusion 
sont une fonction simple des poids alomiques. 

En effet, si 3, d', 5"..., representent les dilatations de 
corps differents entre des limites donnees de temperature, 
F, F', F"... leur point de fusion, 
p, p', p"... leur poids atomique, 
on a : 

d>F = t rF'=<r , F". . . . (loi de De Heen). 

or nous venons de voir : 



j»p = ty = <Tp" d'ou 

F r r' 

- = — = — c. q. f. d. 
P P' P" 

Comme verification, nous pouvons calculer le point de 
fusion du selenium et du tellure, etant donne le point de 
fusion du soufre (111 ), les poids atomiques etant connus 
d'ailleurs. 



Or, le point de fusion du selenium est difficile a deter- 
miner par l'experience parceque ce corps se ramollit beau- 



(99) 
coup avant de fondre, maistous leschimistessont d'accord 
pour !e placer aux environs de 250; quanl au tellure, ii 
fond en effet vers 450°. 



Preparation des substances. 

Pour obtenir du soufre exempt d'hydrogene et d'acide 
sulfhydrique , j'ai traile du chlorure de soufre par de 
I'hyposulute de potassium. Le soufre, devenu libre, pent 
etre lave avec facilite. II a ete fondu, puis soumis a deux 
cristallisations du sulfure de carbone. Knfm les cristaux les 
plus transparent ont ete recueillis, concasses et chauffes 
a 100° pendant pres de deux jours, pour les debarrasser 
du sulfure de carbone qu'ils auraient peut-etre empri- 

Le selenium et le tellure ont ete prepares d'apres les 
indications que M. Stas a bien voulu me donner : qtfil me 
soit permis de lui reiterer, ici, I'expiession de ma grati- 
tude. 

Le selenium du commerce a ete d'abord transforme eu 
chlorure, a I'aide d'un courant de chlore sec en grand 
exces, pour enlrainer, a l'etat de chlorure, tout le soufre 
contenu dans la substance employee. A cette fin, le chlo- 
rure de selenium a ete chauffe encore dans un courant de 
chlore pendant quelques heures et finalement volatilise. 
La tension de vapeur du chlorure de soufre est de 
beaucoup superieure a celle du chlorure de selenium, le 
chlore tinit done par 1'entrainer completement. 

Le chlorure de selenium a ete repris par de I'eau aci- 



( WO ) 
dulee par de Tackle chlorhydrique et reduit ensuite par du 
fer pur. Le selenium a ete lave" a l'eau bouillante acidulee 
par de l'acide chlorhydrique, puisseche et distille dans 
un courant d'anhydride carbonique. 

Le selenium vilreux, ainsi obtenu, a ele maintenu 
ensuite, pendant plii.sieur> liriires a une temperature de 
130M40 pour le transformer dans la variete cristalline 
la plus stable et la plus dense. 

Quant au tellure, il a d'abord ele transforms en acide 
tellureux par Taction de l'acide nitrique, puis en tellu- 
rite de potassium qui a ete reduit, a chaud, par le car- 

Le tellurure de potassium obtenu a ete dissous dans une 
lessive de polasse caustique et soumis a Taction d'un cou- 
rant d'air. Le tellure precipite a ete lave, secheel fondu. II 
avait un eclat melallique beaucoup plus blanc que celui 
du tellure que Ton voit generalement. 

METHODE SUIVIE. 

J'ai fait usage d'un thermometre a poids pour la deter- 
mination de la dilatation. 

Ce thermometre etait forme d'un petit ballon en verre 
au col duquel s'adaplait exactement, par rodage, un bou- 
chon lube se terminant par une brancbe capillaire. 

Pour remplir le thermometre charge de la substance a 
examiner, j'ai fait choix de Yeau pure. C'est d'ailleurs le 
seul liquide sur lequel le soufre, le selenium et le tellure 
soient sans action chimique, ou, du moins, sans action tres- 
sensible, car j'ai constate que le soufre, au moins, agil deja 
sur Teau, apres un contact de 3 a 4 heures, a la tempera- 



( 101 } 
lure de 60°. L'eau colore alors en noir une solution de 
sulfate de cuivre ammoniacal. Je n'ai cependant pas pu 
m'apercevoir, dans les observations sur les dilatations, 
d'une perturbation provenant de ce fait. 

II est inutile d'ajouler que tout I'air qui se trouve 
dissous dans l'eau a loujoiirs ele complement expulse 
en faisant bouillir, dans le vide el sur la substance, l'eau 
quise trouvait dans le thermometry Le depart complel 
de I'air est ires-lent et demande souvent del5 a 20 heures 
'I'tlmlUthn de l'eau. 

Le thermometre a poids, charge de la substance et de 
eau, etait porte ensuite a une temperature constanle pen- 
dant 5 a 4 heures dans une etuve a triple enveloppe : la 
premiere servait de passage a de la vapeur d'ether,ou bien 
a de la vapeur d'acelone, d'alcool ou d'eau selon la tempe- 
rature a produire. Les aulres enveloppes etaient bourrees 
d etouppe pour diminuer le refroidissement. 

La vapeur qui avail circule dans la premiere enveloppe 
^tait condcnsee dans deux rt'lrigerenb inclines etleliquide 
retournait a la chaudiere. 

II est facile, de celte maniere, de maintenir one tempe- 
rature constanle pendant un temps Ires-long, si la pres- 
sion barometrique ne vienl pas a changer; on peut etre 
convaincu que toutes les parties du thermometre a poids 
sontegalementchauffees. 

On verra, par les resultats des experiences, que deux 
Pesees du thermometre a poids, se rapportant a deux 
^terminations a meme temperature, n'ont jamais differe 
dun milligramme. 

Les resultats des observations ont ete traces graphi- 
quement, a une echeile telle que les milligrammes etaient 
represented par des millimetres et les dixiemes de degre 



( 102 ) 
par ties demi-millimetres. En i'aisaiil passer cnsuite une 
courbe moyenne par les points donnes par les observations, 
on obtenail les elements necessaires pour calculer les 
volumes a des temperatures equidislantes de 0, 20, 40, 60, 
80 el 100°. 

Ces calculs elant tout elementaires, il est inutile d'en 
parler. Quanta la dilatation du verre du thermometre, elle 
a ete determined par la methode ordinaire. 



- observations. 



Poids du soufre employe, 9 gr ,3650. 
Poids du thermometre vide 6 gr ,1840. 



Tem- 


T 


T 


r„ 


T 


T 


peratures. 


.oufre.cd.Peaa. 




^ 


•oufreetdeleau. 


VeauecouKe. 


13.70 


18,1964 





41.60 


18,1094 


0,0862 


44.80 


18,1941 


0,0023 


12.8<l 


18,1036 


0,0908 


16.30 


18,1914 


0,0050 


42.80 


18,1060 


0,0904 


46.40 


18,1908 


0,0056 


43.10 


18,1044 


0,0920 


17.05 


18,1890 


0,0074 


S8.10 


17,9734 


0,2230 


24.30 


18,1702 


0,0262 


8MB 


17,9724 


0,2240 


36.40 


18,1324 


0,0640 


twin 


17,9730 


0,2230 


36.10 


18,1316 


0,0648 


71.00 


17,9514 


0,2450 


37.00 


18,129. 


0,0674 


83.2i") 


17,8634 


0,3330 



(103) 
D'oii Ton obtient les elements servant a calculer les 
nombres du tableau suivant : 



l CRISTALLISE DU SULFURE DE 

Tableau des dilatations. 



3 


— 


tr 




COEFFICIENT 


.,„„«.. 





4,5723 




1,0000 




2,0477 


->u 


4,5915 


0,0192 


1,004243 


0,0002122 


2,0370 


40 


4,6150 


0,0427 


1,009336 


0,0002334 


2,0283 


60 


4,6392 


0,0669 


1,014632 


0,0002438 


2,0182 


SO 


4,6782 


0,1060 


1,023183 


0,0002895 


2,0014 


100 


4,7342 


0,4619 


1,035408 


0,00035408 


1,9756 



Soufre de Sicile. — Tableau des observations. 

Poidsdusoufre5^,i3i0. 

Poids du thermometre vide 4 gr ,5228. 



| Tem- 


PCS 


T 1 




M 


t 


' ■ 


soo fr eet„ e ,e,„. 


~ ! 


penturfs. 


S o U r«. t dereau. 




13.80 


8,2586 




35.20 


8,2330 


0,0256 


14.60 


8,2576 


0,0010 


35.25 


8,2332 


0,0254 


14.95 


8,2570 


0,0016 


39.90 


8,2262 


0,9324 


16.60 


8,2550 




6&S0 


8,1782 


0,0804 ! 


21.85 


8,2506 


0,0080 


68.00 


8,1756 


0,0830 I 


33.50 


8,2356 


0,0230 1 


82.00 


8,1470 


0.1.16 



(104) 



j 1 


VOLUME 


A^en.atioo 


L _ 


co_ 


POIDS 




dU .o„ fre . 


aovo, Um e. 


.i* 


:;::: 


•*— 





2,4683 




1,000000 




2,0788 


-Jo 


2,4803 


0,0120 


1,0048616 


0,000243 


2,0688 


$0 


2,4928 


0,0245 


1,0098893 


0,000217 


2,0583 


60 


2,5054 


0,0371 


1,0150350 


0,000250 


2,0479 


80 


2,5185 


0,0502 


1,0203378 


0,000234 


2,0373 


100 


2,5326 


0,0643 


1,0260303 


0,000260 





On voit que !e soufre natif est plus dense que le soufre 
cristallise du sulfure de carbone. 

Voici, comme element de comparaison, les poids speci- 
fiques trouves pour le soufre cristallise du sulfure de car- 
bone et pour le soufre natif, a 0° par divers physiciens et 
chimistes. 



~— - 


EXPERIMEXTATEURS. 


2,063 
2,050 
1,927 


Ch. Sainte-Claire-Deville. 
Bischoff. 


Moyenne : 



(JOS) 



— 


— 


2,062 


MarchandetScherrer. 


2,070 


Ch. Deville. 


2,069 


H. Kopp. 


2,072 


Mohs. 


2,030 


Karsten. 


2,033 


Brisson. 


~=~ 





Mes resullatsconcordent, par consequent, avec la moyenne 
des observations que I'on possedail deja pour la tempera- 
ture de O et ils montrent de pins que le poids specitique 
<lu soufre crislallise du sulfure de carbone diminue beau- 
coup plus rapidement, quand la temperature s'eleve, que 
celui du soufre natif. 



SfeLfeMUM NON COMPRIMfe. 

Mes observations ont ete failes, en premier lieu, s 
selenium crislallise poreux, lei qu'il se forme quanu uu 
chauffe le selenium amorphe, puis sur du selenium cris- 
l allise, broye d'abord en poudre impalpable - - 
Woes par une pression de 6000 atmosphere; 

Les derniers resullats doivent etre plus ex; 
employee n'ayant pu presenter de cavites 
resultats qui m'onl servi precedemment. 



t reforme en 



( 106 ) 



Tableau des observations. 
Poids du selenium 12^,8000. 



Tem- 


JZL 




Tem- 


:::l 


- 


perate, 


**- 




peratures. 


- 




46.00 


15,7052 


1 


39.90 


15,6830 


0,0222 


17.00 


15,7048 


0,0004 


40.80 


15,6806 


0,0246 


18.40 


15,7040 


0,0012 


62.20 


15,6342 


0,0740 


18.60 


15,7036 


0,0016 


68.8(1 


45,6308 


0,0744 


19.20 


15,7030 


0,0022 


09 JO 


15,6302 


0,0750 


19.40 


15,7024 


0,0028 


82.40 


15,6026 


0,1026 


-J! -;•> 


15,7008 


0,0048 


82.50 


15,6030 


0,1022 


39.60 


45,6830 


0,0222 


85.10 


15,5962 


0,1090 



Selenium compr 
Poids du seleniun 





POIDS 


POIDS 


,.- 


POIDS 


POIDS 




da tfUatmg 




da senium 


de 


peraUre, 


de.eaa. 


,,aa*oa,. 


,„>, 


-'~ 


,.«— 


20.3 


14,6050 





57, s 


14,5480 


0,0570 


22.0 


14,6024 


0,0026 


sas 


14,5470 


0,0580 


22.4 


14,6020 


0,0030 




14,5056 


0,0994 


22.6 


14,6006 


0,0044 


83.0 


14,5024 


0,1026 


57.2 


44,5486 


0.0564 


85.2 


14,4982 


0,4068 



107 ) 



Tellure non comprime. — Tab! 
Poidsdu tellure = i5«\0937. 



Tem- 


T 


T 


Tcm- 


T 


T 


13.70 


18,2744 




38.40 


18,2300 


0,0244 


17.00 


18,2716 


0,0028 


39.50 


18,2494 


0,0250 


17.90 


18,2716 


0,0028 


44.80 


18,2468 


0,0276 


18.00 


18,2710 


0,0034 ! 


66.10 


18,2092 


0,0652 


18.40 


18,2706 


0,0038 


67.60 


18,2064 


0,0680 


19.70 


18,2700 


0,0044 


67.90 


18,2068 


0,0676 


19.90 


18,2694 




81.90 


18,1786 


0,0958 


19.90 


18,2698 




B9L80 


18,1774 


0,0970 


22.00 


18,2678 











Tellure comprise. — Tableau des observations. 
Poids du tellure 13 gr ,66o8. 



*** 


T 


T 




T 


POlOS 


18.50 
22.20 


17,0432 


II 65.60 


16,9822 
16,9830 


0,0652 


0,0046 


65.80 


22.70 


17,042i 


0,0058 




16,9798 


0,0684 


22.70 


17,0430 


0,0052 


80.80 


16,9570 


0,0912 


34.00 


17,0290 


0,0192 


82J0 


16,9342 


0,0940 


33.00 


17,0272 


0,0210 




16,9506 


0,0976 


36.20 


17,0264 


0,0236 









( 108) 



1 


VOLUME 


Annotation 


„™„ 


_™ 


POIDS 


i 


du ,e Ilur e. 


" -■ 


,71. 


deot- 


.*,.,.. 





2,4217 




1,000000 




6,2322 




2,4267 




4,0020647 






in 


2,4324 


0,0107 


4,0044184 


0,0001104 


6,2052 


f'O 


2,4,380 


0,0163 


4,0067308 


0,0004421 


6,4500 


81) 


2,4433 


0,0216 


4,00894935 


0,000142 


6,4366 


11.11 


2,4485 


0,0968 


4,01406247 


0,0001106 


6,4640 




TtLLURE 




Tableau des observations. 


c 


2,2008 




4,000000 




6,2549 


-" 


3,9054 




1,002082 


0,000-1041 




in 


2,2098 


0,0090 


4,00407S 


0,0001029 


6,2294 




2,2142 


0,0i34 




0,0004041 


6,2170 




2,2192 


0,0184 


4,008360 




6,2030 


-100 


2,2242 


0,0234 


4,040634 


0,0004063 


6,4894 



Le poicls specifique du tellure a 6t6 trouve, d'a 



-»« 


POIDS SPECIFIQUES. 


»— 




6,2445 
6,343 


Klaproth. 
Magnus. 
Berzelius. 


6,210 



Tableau des dilatations. 









LE VOLUME 


COEFFICIENT 




1 












L 














!.««_ 


da yolome. 


iaoo. 


deOa: 


a p.c ifiqu «. 


I 


2,7052 




1,000000 




4,7312 


in 


2,7132 


0,0080 


4,002957 


0,0001478 


4,7176 




2,7228 


0,0176 


1,006542 




4,7010 


60 


2,7335 


0,0283 


1,040464 


0,0001743 


i,0«2« 




2,7454 


0,0402 


4,014860 


0,0001837 


i,W523 


400 


2,7588 


0,0536 


4,049813 


0,00019843 


4,6396 




Selenium 


COMPB.ME. - 


- Tableau des dilatations. 


u 


2,3714 




4,000000 




4,7994 


■In 


2,3776 


0,0062 


1,002014 


0,0001307 


4,7869 


40 


2,3860 




1,006156 






130 


2,3948 


0,023 i 


1,009867 


0,0004644 


4,7526 










0,0001803 


4,7351 


100 


2,4130 


0,0416 


1,017510 


0,0001751 


4,7167 



ici, d'un autre cote, les observations qui ont ete faites 
i poids specifique du selenium. 



: ^™, 


POIDS SPECIFIES. 




15 


4,796 a 4,805 


Hittorf. 

Schaffgotscli. 
Bettendorf et WQllner. 


17,50 


4» 





( HO) 



Sur le pouvoir rotatoire de Valbumine du sang de chien; 
par M. Leon Fredericq , correspondant de l'Academie. 

(Travail du laboratoire de physiologie de PUniversite de Liege.) 

Dans une note inseree dans les Bulletins de l'Academie 
(2 e serie, tome L, n° 7, juillet 1880, Sur le dosage des sub- 
stances albumhawle* da sernm sanguin par circumpola- 
risation), j'ai fait connaitre un procede permettant de 
doser l'albumine et la paraglobuline du serum sanguin 
par circumpolarisation. J'avais trouve que l'albumine du 
serum de boeuf , de lapin , de cheval possede un pouvoir 
rotatoire specifique a[D] de 57°.3, tandis que celui de la 
paraglobuline est notablement moins eleve a[D] = 47.8°. 

J'ai depuis etendu les memes recherehes 
chien. Une solution de paraglobuline de chien purifiee par 
quatre precipitations successives et produisant une rolation 
de 5.09°, dans le tube de lOcentimetres, fournit a l'ebullitloo 
0.640 milligrammes de coagulum par 10 c. c. Le chiffre 
du pouvoir rotatoire de la paraglobuline de chien qu'on en 
deduit a[D] =48°.2, differe tellement peu de celui indique 
plus haut a[D] =47°.8 pour la meme substance exlraite du 
serum de bceuf, de chien, etc., qu'on peut les considerer 
comme optiquement identiques. II y a d'ailleurs similitude 
complete de proprieles chimiques et physiques. 

L'albumine, au contraire, c'est-a-dire la substance albu- 
mino'ide qui reste dans le serum apres la precipitation de 
la paraglobuline par le sulfate de magnesium, presente un 
pouvoir rotatoire different de celui de l'albumine du sang 
de lapin, de bceuf ou de cheval. Dans cinq determinations 



3 ar 
on 



■44.5% — 43.0°, 



-42.9% —44.44% 



La moyenne deces nombres esl un peu inferieure a — 44°. 

Connaissant le pouvoir rotatoire de 1'albumine ( — 44°) 
et de la paraglobuline ( — 47.8°) du sang de chien, nous 
pouvons appliquer au serum de ee sang la methode de 
dosage des albuminoides par circumpolarisation.Le tableau 
suivant contient les chiffres de quatre de ces analyses. J'ai 
fait comparativement les memes dosages par pesee du 
coagulum alcoolique. Les chiffres obtenus par les deux me- 
thodes presentent une concordance des plus s 



















1 

i 


•;:: 


»- 


„:;:.. 


r "T 


(«[»]=«•). 


de,aZ!Ldes 


'):: 


;:::: 




..-- 


1.00* 


48'.08 

2P.09 

2B1-.09 




3g'.63 

3e<-.95 


7P.00 
IvJSl 


';-r.,v; ; 
7-71:2 



Toutes les determinations de pouvoir rotatoire ont e 
ait es au moyen du polarimetre Laurent, grand modele. 



a* ) 



Latitude en voyage. — Procede graphique; par M. E. Adan, 
correspondant de l'Academie. 

Parmi tous les raoyens employes par les voyageurs pour 
obtenir la latitude d'un lieu d'etape, il en est peu qui 
n'exigent pas des conditions, faciles a reunir dans les 
observatoires, mais presque toujours assujetissantes, sinon 
impossibles pendant la route. 

Un grand avantage serait obtenu si l'explorateur ne 
devait pas attendre le passage meridien d'un astreconnu, 
ou faire des observations correspondantes dont la seconde 
est souvent perdue a cause de J'etat du ciel, si entin il 
n'avait pas a etablir I'heure locale ou 1'azimut de I'astre, 
quand le temps passe a la halte l'oblige a faire des obser- 
vations d'un seul cole du meridien. 

Aussi Ton a preconise depuis longtemps le procede des 
distances zenithales extra-meridiennes soit de deux etoiles, 
soit de la meme etoile a des instants dont rintervalle, 
donne par le chronometre de poche , est traduit en temps 
sideral et convert! en arc. Une observation douteuse peut 
etre reeommencee quelques minutes plus tard et en peu 
d'instants le voyageur aura la latitude dans tous les cas. 

Cependant cette methode n'a jamais, que je sache, ete 
employee, probablement a cause de la complication des 
formules trigonometriques non calculables directement par 
logarithmes auxquelles il faut avoir recours. C'esl peut- 
etre pour cette raison que les voyageurs ne rapportent pas 
de leurs longues traversers les coordonn£es geographiques 
des elapes et laissent planer des doutes sur les itineraires 
suivis. 11 suffirait pourtant de connaitre quelques points 



( H3 ) 

avec une approximation (Tune a deux minutes sexagesi- 
mals pour pouvoir les dessiner sur les cartes aussi exac- 
tement que le comporte 1'echelle employee dans la confec- 
tion de ces documents. 

Or il est possible d'obtenir la latitude par un procede 
graphique avec une precision d'autant plus grande que Ton 
aura mis plus de soins a construirc la projection stereogra- 
phique de la sphere celeste et que Ton se sera adresse a 
des etoiles plus eloignees du zenith, sans toutefois depasser 
la limite des distances ou la refraction ne produit pas des 
effels inconstants. 

A chaque moment, le lieu geometrique des zeniths de 
tous les points de la terre d'ou Ton voit une etoile a la 
meme distance zenilhale est une circonference de cercle 
dans un plan perpendiculaire a la ligne menee de la terre 
a I'etoile; le rayon de ce cercle est egal au sinus de la dis- 
tance zenilhale. 

Les positions respectives des etoiles observees peuvenl 
etre indiquees aisement sur la projection; la precision 
dependra des dimensions de la carte et de I'exactitude de 
son trace*. Cela etant, par une construction simple et 
facile, on obtiendra les perspectives des deux lieux geo- 
raetriques qui seront Ggures par des circonferences sur !e 
Planisphere d'Hipparque. 

M regie et le compas suffisenl done a la solution de la 
question qui nous occupe; le voyageur n'aura plus a s'in- 
quieter des ephemerides, des formules trigonomelriques 
ni des logari'lhmes et, surtout, il ne devra pas attendre la 
fio de son exploration avant d'avoir pu reduire ou faire 
calculerses resultats. L'un des points d'intersection des 
deux circonferences est la projection du zenith du lieu 
3 me s£rie, tome ir. 8 



( m ) 

d'observalion. La latitude sera alors donnee par la carte 
sur le cercle du contour de la projection. 

La projection stereographique polaire semble la meil- 
leure a employer dans la plupart des cas; les meridiens 
celestes sont des lignes droites concourant au centre; les 
parall les sont des circonferences concentriques dont les 
rayons croissent comme les tangentes des demi-distances 
polaires. Cependant il pourrait etre avantageux, si Ton 
voulait toujours observer la meme etoile brillanle, de 
placer cetle etoile au centre de la projection, le premier 
lieu geom&rique serait constamment une des circonfe- 
rences ayant pour centre la projection meme de I'etoile 
et il serait seulement necessaire de construire le second 
cercle par des moyens geometriques. 

Quand le voyageur sera, par une cause quelconque, 
prive de 1'instrument propre aux mesures des distances 
zenilhales, il pourra tracer sur la projection stereogra- 
phique deux verticaux dans lesquels se trouvent , a des 
instants dont I'intervalle est connu par le chronometre, 
des couples d'etoiles cataloguees reporlees au prealable 
sur la projection , a moins que le voyageur ne possede les 
ephemerides qui lui permeltront de choisir les etoiles 
les plus favorables a 1'inslant on il a le loisir de faire les 

Si enfin le voyageur a soin de fignrer sur la carte, par 
rapport aux etoiles observees au premier lieu d'etape, les 
positions de celles dont il prendre les distances zenithales 
a tous les repos pendant la route, il obliendra ainsi les 
situations relatives des zeniths des endroits traverses et, 
par la carte, il connaitra approximalivement les longi- 
tudes, si loutefois sa monlre est digne d'une certaine 
confiance. 



( us ) 

La lisle suivante presente un certain nombre de couples 
d'etoiles dont le choix est a recommander, sous le rapport 
de la precision des resultats graphiques auxquels conduit 
leur observation : 



Les conditions sont les plus favorables quand les etoiles 
ont eloignees Fune de 1'autre el que les circonferenees, 
represenlam leslieux geometriques du zenith, se coupent 
sous des angles compris entre 60° et 120°. 

Les etoiles doivent etre a 15° au moins de I'horizon 
et, si Ton se sert du sextant, eloignees du zenith de plus 
de 30°. Les etoiles dont la distance zenithale atteint cette 
limite ou lui est inferieure, sont designees par le signe 
(T); elles conviendront si le voyageur a un cercle a 
reflexion ou un theodolite porlatif. Ce dernier instrument 
permet de s'adresser aux etoiles de deuxieme et de troi- 
sieme grandeur, tandis que 1'emploi du sextant et de 
•'horizon arlificiel necessile des eloiles brillantes. Nous 
avons compris dans la liste les seize eloiles dm premiere 
grandeur et les cinq eloiles de premiere a deuxieme gran- 
deur indiquees dans la connaissance des lempsde 4882, et 
nous y avons inlroduit deux etoiles de deuxieme grandeur, 
* d'Andromede et Denebola, afin de combler quelques 
vides. 

Les hemispheres represenies par la projection ster^ogra- 
phique polaire seront elendus jusqu'a 110° de distance 
Polaire, de facon que Ton pourra faire concourir aux 
determinations: dans I'hemisphere nord , trois etoiles 
australes, I'Epi, Sirius et Rigel ; dans Hemisphere sud, 
les etoiles boreales Aldebaran, Beleigeuze, Procyon, 
R egulus, Arcturus et Allair. Le voyageur aura ainsi des 



( 116) 

couples d'etoiles bien placees a toutes les heures de la nuit 
d'un lieu quelconque de la zone tropicale. La plupart des 
indications conviennent egalement pour les basses lati- 
tudes des zones temperees. 

Le procede par deux observations successives sur la 
meme etoile exige quelquefois un temps assez long si 
Ton veut attendre que les deux positions soient suffisam- 
ment eloignees Tune de l'autre pour que les lieux geome- 
triques du zenith se coupent sous un angle convenable. 
En general on attendra d'autant plus iongternps la seconde 
observation que la premiere aura ete faite plus loin du 
zenith ; sous le rapport de la rapidite la melhode par les 
distances zenithales de deux etoiles I'empurte de beau- 
coup, elle n'exclut pas d'ailleurs un intervalle assez long 
entre les observations, si les eirconstances contrarient 
1'operateur apres la premiere observation. 



LATITUDE EN VOYAGE 



MI 


-THODE ORAPHIQUE 


Voject 


on stereogTaphique pol 




— — — 


v^ 





LISTE DES tTOILES 



OBSERVER DANS LA MISE EN PRATIQUE DU PROCEDfc GRAPHIQUE 
POUR OBTENIR LA LATITUDE PENDANT LES VOYAGES. 



RE AUSTRAL. 



Aldtibarau. . 

ll.'li^ouzc . 



Rigel . . 

l;rl.-i;.;cu/.. 



£ 



AI.Ii-ImmikTJ 

Rigel 



Procyon. • • • 1 

Pollux 

Beleigeuxe (T) I 



La Chevre. . . | Sirius. 

Procyon. . . . ) 

« And! 
Pollux ) 



Rigel 
Sirius . . 



Procyon. . . . | Canopus. 



HEURE 


HEMISPHERE BOREAL. 


HEMISPHERE AUSTRAL. 


REPERES. 


»— 


Regulus. . . . 


Aldebaran (T). 


Procyon (T). 


/ Achernard. 
( Canopus. 


Beteigeuze et Canopus 
meridien. 


pres du 




Procyon (T). . | 
Dubhe 


Aldebaran (T). 


Regulus. . . 


{ Achernard. 
( Canopus. 






7 , 


Regulus. . . . 


La Chevre. 
Aldebaran. 


,3 Navire . . 


( Rigel (T). 

( Beieigeuze(T). 


Sirius pres du meridieu 






Dubhe | 


Aldebaran. 


Canopus. . . 


. | Aldebaran. 








Beteigeuze (T) 
Rigel (T) 


Pollux (T). 
Beteigeuze. 


Regulus. . . 

*' Croix . . . 

\ 


f Canopus. 
' ( j3 Navire. 

,'j3S 


Procyon et Pollux pres 

\ 


— . 


/ 


,'■ 










9 i 


Dencbola . . . 


i Aldebaran. 
La Chevre. 




1 Rigel. 

1 B&eigeuze. 


Navire pres du me>i( 






Dubhe 


Procyon (T). 

Rigel. 

Procyon (T). 
Pollux. 


L'Epi .... 
«' Croix. . . 


\ Q Navire. 

/ Rigel. 

1 Beteigeuze. 








Denebola . . . 


La Chevre. 
Aldebaran. 


j3 Cenlaure . 


\ Rigel. 

j Beteigeuze. 

( Aldebaran. 







1IKURE 


HEMISPHERE BOREAL. 


HEMISPHERE AUSTRAL. 


REPERES. 




0I««. 


1 Procyon (T). 










1 Pollux. 










Beteigeuze. 










L'Epi LaGhevre. 










J Aldebaran. 






<-> 




1 Rigel.. 






i 




1 Procyon. 


1 Rigel. 


Regulus prcs du meridien. 






Pollux. 


1 Beteigeuze. 








1 Beteigeuze. 


] Sirius. 

L'Epi ( 

J Procyon. 








Arcturus. . I LaChfev re. 






1 


\ 1 Dubhe. 


\ 1 Canopus. 






\ 


-\ v^„, 


\ 


\ 






L'Epi (La CAevm 

■ Rigel. 


j Procyon. 
f Canopus. 
1 [i Navire. 

/ Rigel. 








j Beteigeuze. 


J Beteigeuze. 

' ' J Sirius. 




£ 




J Sirius. 


( Rigel. 






( Rigel. 


[ Rigel. • 

j Beteigeuze. 
/3 Centaure . . / 






I) . 


/ Procyon. 


( Procyon. 








\ Pollux. 


/ Sirius. 


liuhlic pivs du meridien. 






' ' ' j Dubue. 


(3 Centaure . . | Canopus. 








' Sirius ' 


(proco,, 









HEURE 


HEMISPHERE BOREAL. 


HEMISPHERE AUSTRAL. 


REPERES. 




..here, 




P,oc,o„. 


,Siriu, 








L'Epi 


Pollux. 
Dubhe. 
Sirius. 


L'Epi / 

[ Navire. 








Dubhe 


Procyon. 
Sirius 


[ Navire. 






\ 


\ 


| Pollux. 


/ Navire. 
( Procyon. 

\ \~ 


«' Croix ct y Grande Ourse pros 
du meridien. 

\ 




: -fe 


1 










( Navire. 






ir> i 


Arcturus (T) 


[taut 


Centaure . > Regulus. 
«' Croix ) 

Arcturus (TJ . j 

( «' Croix. 


l.'Kpi |»ic du meridien. 




i.t » 


Vega 


( Regulus. 
( Dubhe. 


Centaure . . > Regulus. 
«' Croix. . . . ) 


Arcturus et Centaure pres du 
meridien. 




15 i 


Allair 

Vega 

Ai'Cturus(T). 


| Dubhe. 

1 Dubhe. 
( I'Epi (T). 
|rEpi(T). 


j 1'Epi (T). 

( Regulus. 

/ Centaure. 

Allair \ 

( «' Croix. 


de la Balance pres du meridien. 



niiMispiiKiti-: lutiuUi,. 



HEMISPHERE AI.MIiM.. 



:.-■> \ 



Vega | Altair (T). 



Parmi les mineraux recueillis a i\il-S l - Vincent, il n'en 
est pas qui soient a la fois aussi rares et aussi interessants 
que la Monazite. Dans cette notice preliminaire nous nous 
bornerons a faire connaitre les caracteres principaux phy- 
siques et chimiques, sur lesquels nous nous appuyons pour 
rapporter le nouveau mineral de Nil a cette espece. 

Les cristaux de Monazite de cette localite mesurent a 
peine un millimetre; ils sont de forme tabulaire, leur eclat 
est vif, legerement gras, leur couleur jauned'ambre fonce 
tirant sur le rouge. Ils sont nettemeut cristallises et Ton 
peut, malgre leurs pelites dimensions, distinguer a la loupe 
les formes crislallographiques suivantes : -+- P, hemipy- 
ramide fondamentale posterieure, Poo , hemiclinodome ; 
00P00 orthopinakoide. Cette face est la plus developpee. 
On entrevoit en outre: ooP prisme et - Poo hemiortho- 
dome anterieur. 

Ce qui differencie surtout nos cristaux des Monazites 
de Russie decrites par von Koscharow, c'est le developpe- 
ment de la face ooPob orthopinakoide; elle donne aux cris- 
taux de Nil nne forme tabulaire; par contre, les faces du 
prisme sont a peine visibles. Sauf ces details, la Monazite 
de Nil-S'-Vincent oiFre exactement tousles caracteres oris- 
tallographiques types de cette espece. 

Nous ferons connaitre bientot les valeurs de tous les 
angles susceptibles d'une evaluation goniometrique ; nous 



( 129) 
nous bornons aujourd'hui a indiquer celles des faces de la 
zone vea (notation de von Koscharow.) 

e(PSe): v{?) = 58%59'39" [K, e : v = 58°32'9"] 
a(oo P ofc) : e(P ») = 79*44' [K, a : e = 79 u 47'22"]. 

La lace a n'est pas tres-reflechissante, a cause des 
lignes de clivage qui la sillonnent. Elles sont orientees 
parallelenient a l'orthodiagonale. Un second clivage moins 
distinct s'observe paralleleraent a la klinodiagonale. Ce 
sysleme de clivages provoque la rupture des cristaux en 
petits prismes allonges semblables a ceux que Ton obtienl 
par le clivage du feldspath. Ces cristaux se clivent faeile- 
ment, et une grande quantite de la matiere recueillie au 
giseraent fut trouvee sous la forme de solides de clivage. 

Vu le developpement de la face ocPob , il est impos- 
sible de saisir sur ces petits cristaux la valeur des angles 
d'extinction. 

Etudiee au microscope a la lumiere transmise, la Mona- 
zite, que nous decrivons,est parfaitement transparente, de 
leinte jaune-citron, a polarisation chromatique peu intense, 
sans dichroisme. Elle est souvent remplie d'une substance 
floconneuse brunatre; mais nous n'y avons pas remarque 
•es microlitbes que Fischer a observes dans cette espece 
mioerale. II nous parait que quelques cristaux renferment 
des enclaves liquides. On observe aussi au microscope que 
ces cristaux elaient attaches autrefois et qu'ils ont ete 
arraches au mineral qui leur servait de support. Au point 
ou ils ont ete brises, il s'est fait un nouvel apport de sub- 
sl ance, et de nouvelles faces denlelees s'y sont formees. 
Ce fait est a rapprocher de ce que 1'oq voit aux cristaux 
d e quartz de cette localile. Comme les cristaux de Monazile, 

3 me S£R,E, tome II. 



( 130 ) 
ils ont ete gudris et de nouvelles faces sont venues 
s'ajouter apres que des mouvements mecaniques avaient 
detache ces mineraux de leur gangue.Nous n'avons vu que 
des cristaux simples; loutefois, dans quelques cas, deux ou 
trois individus lamellaires sont superposes et attaches sui- 
vant la face oo Pec . 

Les proprietes pyrognostiques sont celles de la Monazite. 
Les petits cristaux, que nous decrivons, sont difficilemenl 
fusibles, ils se decolorent au chalumeau ; humectes avec 
l'acide sulfurique , ils colorenl la flamme en verl. 

Les determinations obtenues par Tanalyse chimique 
confirment a leur tour Tidentite de ces cristaux avec la 
Monazite. N'ayantjusqu'ici a notre disposition qu'une petite 
quantite de substance (0 gr ,1167), il nous a paru preferable 
de doser l'acide phosphorique ; car cet acide, dans les ana- 
lyses de la Monazite, donne un chiffre constant. II n'en est 
pas de menie des terres, dont Tanalyse quantitative offre 
d'ailleurs des difficultes que nous n'esperions passurmon- 
ter, vu le peu de matiere a notre disposition. Pour celles-ci 
nous nous sommes borne a les d&eler qualitativement 
par les reactions les plus caracteristiques. 

La substance analysed consislail principalement en 
solides de clivage prismatiques dont nous avons parle plus 
haut ; ils furent soigneusement tries sous I'olijectif du 
microscope. Voici la marche suivic pour Tanalyse. La sub- 
stance fut fusionnee par le carbonate de soude avec addi- 
tion de silice. La solution liltree, acidiUee par l'acide 
chlorhydrique, fut evaporee a sec pour separer la silice. 
Apres dessiccation, la substance fut dissoute dans I eau 
et filtree; la solution traitee par Tammoniaque ne se trou- 
bla pas; nous avions ainsi la certitude que les terres etaient 



( *31 ) 
eliruinees. On precipita I'acide phosphorique par la liqueur 
de magnesie et on obtint gr , 055 de pyrophosphate de 
magnesie, ce qui repond a Br ,0339 d'acide phosphorique 
on a 29,03 o/ de | a substance analysee. La teneur en 
acide phosphorique obtenue pour la Monazite de lUmen 
par Kerslen et Hermann est de 28 a 29 °/o. 

Suivent maintenant les reactions qualitatives pour le 
cerium, le lanthane et le didyme. La partie insoluble dans 
l'eau tut trailee a chaud par 1'acide fluorhydrique et I'acide 
sulfurique afin d'eliminer la silice. Vers la fin de l'opera- 
tiou on detruisit les sulfates en elevant la temperature. Le 
residu etaitcouleur rose brunatre, ce qui indiquait qu'au 
cerium etaient associes du lanthane et du didyme. On 
sail en effet que l'oxyde de cerium (Ce 3 0*) est jaune, mais 
des que le lanthane et surtout le didyme lui sont melan- 
ges, la couleur passe au rouge brunatre. 

Pour extraire les deux derniers corps, cette poudre 
rouge-brunatre fut traitee par I'acide azolique tres-etendu. 
Le residu recueilli sur le filtre est de l'oxyde de cerium. 
La solution renferme principalement du lanthane et du 
didyme. Apres incineration du filtre, le residu fut dissous 
dans I'acide sulfurique etendu de quelques gouttes d'eau. 
La solution rouge-orange donna les reactions suivantes : 

La potasse caustique y delermina un precipite jaune 
de sulfate basique d'oxyde de cerium. Un exces du meme 
r eactif donna un precipite rose-chair faiblement fonce, 
ressemblant au sulfure de manganese. L'ammoniaque 
d onna aussi le precipite couleur-chair. 

Une tres-petite quantite d'acide oxalique produisit un 
Precipite brunatre, qui, par addition du meme acide, 
devientblanc. 

L'acide sulfureux, en faisant passer le peroxyde de 



( *32 ) 
cerium au protoxyde, decolora immediatement le sulfale 
d'oxyde de cerium sans former de precipite. 

Enhn, ce meme sulfate traite par de la strychnine, 
dissoute dans I'acide sulfurique, donna une coloration 
violette intense, qui passa apres quelques instants au 
rouge cerise. 

Restent les reactions pour le didyme et le lanthane. La 
solution par I'acide azotique fut soumise au spectroscope 
pour deceler le didyme. On sail que les dissolutions 
de ce corps montrent un spectre remarquable par la 
beaute de ses bandes el de ses raies. Nous avons pu obser- 
ver avec beaucoup de netleie les principals bandes de ce 
spectre d'absorption. La raie a (49 — 56) dans le jaune 
etait exlremement bien marquee ; de meme dans le vertja 
premiere raie (3 (71 — 75) se detachait vivement du 
spectre ; (3' (76 — 80) apparaissait plus vaguement. 
C'est a peine si Ton entrevoyait dans le bleu la serie de 
raies et de bandes, ce qui s'explique d'ailleurs par lagrande 
dilution du didyme et la couleur foncee de cette region 
du spectre. 

Le lanthane a son tour nous a donne une reaction deci- 
sive. La solution elendue d'oxyde de lanthane fut precipitee 
par le carbonate d'ammoniaque en exces. Le precipite lave 
fut dissous dans I'acide acetique. La solution traitee par 
I'ammoniaque donna un precipite legerement gelatineux. 
On le recueillil sur le filtre et apres Ta voir lave a 1'eau 
froide, on le saupoudra d'iode pulverise; apres quelques 
instants, le papier avail pris une belle teinle bleue. 

II nous parait done parfaitemeni etabli au point de vue 
analytique que les oxydes des terres contenues dans ce 
mineral et combinees avec I'acide phosphorique, sontceux 
du cerium, du lanthane et du didvme. 



( 133 ) 

Nous n'avons pas, il est vrai, decele le thorium ; niais 
des donnees cristallographiques ne nous permettent pas 
de rapporter ce mineral a la kryptolithe que Ton peut 
considerer comme une iWonazite lanlhanifere ou le tho- 
rium manque. 

L'elude de ce mineral nous a conduit a examiner ceux 
qui lui sont associes dans les filons des quartzites de 
Nil-S'-Vincent. Dans un travail, en ce moment en prepa- 
ration, nous lerons connaitre avec detail les particulates 
les plus interessantes qui les dislinguent au point de \ue 
mineralogique, et les deductions que leur forme et leurs 
associations peuvent fournir au geologue pour elucider 
les questions relatives a la formation des roches schisto- 
cristallines, des phyllades en particulier. Des recherches 
recentes elablissent que ces roches renferment genera- 
lement le rutile, la tourmaline et le zircone. Nous avons 
observe ces memes mineraux dans les roches metamor- 
phiques du Brabant; en outre les especes que nous venons 
de nommer se trouvenl a Nil-S l - Vincent en crislaux ler- 
mines et en leur lieu de formation; nous pouvons deduire 
avec grande probability leur mode d'origine. Ajoulons que 
la matiere jusqu'ici designee sous le nora d'argile el dans 
laquelle sont renfermees les petits cristaux en question, 
s'estmontree au microscope formee de paillettes micacees, 
cristallisees en lamelles a six pans. Les proprietes opliques 
rapprochent ce mineral de la Muscovite. La composition 
de cette substance micacee sera I'ebjet d'une prochaine 
communication. 



131 ) 



Description d'un nouveau barometre enregistreur de pre- 
cision,' par M. Delaey, marechal des logis d'artillerie. 

L'appareil que j'ai imagine a pour bul d'enregistrer 
automatiquement la variation que subit la pression atmo- 
spherique pendant une jouniee, a une echelle sextuple de 
celle des variations reelles, ou, plus generaleraent, a une 
echelle aussi grande que l'on voudra. 

Cet appareil se compose : 1° du tube barometrique a 
mercure BA, dont la partie superieure forme le reser- 
voir B et est suspendue, par le boulon C, a la pou- 
trelleD; 

2° Du lube flolleur EE', qui porte I'index G et le style 
ou crayon H, et dont la partie superieure EE forme la 
cuvette du barometre ; le creux dela tige du flotteur a pour 
butde diminuerson poids; 

5° De I'echelle graduee F, qui est fixe et le long de 
laquelle l'index se meut toujours, parce que tout mouve- 
vement de rotation du flotteur est empeche; 

4° Du bassin a flottaison JJ, contenant du mercure, en 
communication, par le tuyau K, avec la cuve L, dont le 
niveau pent etre rendu constant, avee telle approximation 
que l'on veut (ainsi que celui du bassin J, par consequent) 
en donnant une surface suffisamment large a la cuve L. 
La cuve est munie d'une peau de chamois, puis d'un cou- 
vercle et supportee, au moyen de trois vis, par la 
tablette M; son fond est legerement creux , pour faciliter 
I'ecoulement du mercure. 

Dans la position d'equiiibre que la figure represents et 
qui correspond a une pression barometrique de 800 milli- 



(153) 
metres, le reservoir B est plein de mercure oil a peii pres, 
et le niveau du mercure dans la cuvette depasse de 50 a 
40 millimetres l'extremite inferieure du tube A, corame 
on peut s'en assurer au moyende l'echelledu dessin.Cette 
quantite dont le mercure depasse Textremite du tube A 
est une constante, pour toutes les positions d'equilibre cor- 
pondant a des pressions atmospheriques quelconques, ainsi 
que nous allons l'expliquer. 

Pour cela, il faut et il suffit que la section transversale 
interne du tube A soit negligeable, non-seulement par 
rapport, a celle du reservoir, mais aussi par rapport au 
vide annulaire qui cxisle entre le tube A et la cuvette; el 
que, de plus, la section externe du flotteur en E' soit egale 
a la section interne du fond de la cuvette. Alors la quan- 
tite de mercure qui sort du reservoir peut etre considered 
comme produisanl raugmentation du poids du flotteur 
(rigoureusement, il s'en faut du petit filet central negligea- 
•ble),donc comme egale a la quantite de mercure refoulee 
du bassin de flottaison a niveau constant, laquelle serait 
elle-meme rigoureusement coutenue dans l'espace libre 
cree au fond de la cuvette par le mouvement de descente 
du flotteur. 

Puisque le mercure venu du reservoir trouve exacte- 
roent sa place dans le fond de la cuvette, par le mouve- 
ment de ce fond, le niveau superieur du mercure dans la 
cuvette reste invariable. 

Des lors, la variation de la pression est marquee par la 
variation de hauteur du mercure dans le reservoir, et celle- 
CI est a la variation de hauteur totale dans la cuvette (ou 
auchemin decrit par le flotteur et marque par I'index sur 
I'echelle, ou encore au chemin decrit verticalement par le 
crav on), dans le rapport de la section de la cuvette a la sec- 
tion du reservoir. 



( 136} 

Ce rapport est egal a un sixieme dans I'appareil repre- 
sents par la planche, de sorte que les graduations de 
l'echelle marquant la pression sont six fois plus espacees 
qu'elles ne le seraienl sur le lube barometrique lui-meme. 
L'une quelconque de ces graduations s'obtient par la 
comparaison avec un barometre ordinaire. On peut aussi 
se servir de ce barometre pour controler les autres gra- 
duations. 

Le crayon se meut devant un tambour cylindrique qui 
fait une revolution en vingt-quatre heures et qui est recon- 
vert d'une feuille de papier, sur laquelle le crayon trace le 
diagramme des variations de la pression atmospherique. 
Apres vingt-quatre heures, on remplace la feuille de 
papier. 

Cet appareil, qui n'exige ni surveillance ni frais d'entre- 
tien, sera probablement de quelque utilite pour les obser- 
vations meteorologiques et pourra, sans doute, remplacer 
avec avantage l'enregistreur photographique. II a I'incon* 
venient de devoir rester fixe. 



( 137 ) 
CLASSE DES LETTRES. 

Seance du i eT aout 188L 

M. Conscience, directeur. 

M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Alphonse Le Roy, vice-direct eur; 
P. De Decker, M.-N.-J. Leclercq, Ch. Faider, le baron 
Kervyn de Lettenhove, R. Chalon, J. Thonissen,Th. Juste, 
Alph. Wauters, Em. de Borchgrave, A. Wagener, J. Here- 
mans, P. Willems, Poullet, Ch. Piot, Ch. Potvin, membres; 
J. Nolet de Brauwere van Steeland, Aug. Scheler, 
E. Arntz, Saripolos, Jean Bohl, associes; E. Henrard, 
Gantrelle, correspondants. 

M. le directeur annonce que M. Jean Bohl, d* Amster- 
dam, nouvellement elu associe, fait l'honneur a la Classe 
d'assister a la seance. 

CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'lnterieur adresse, pour etre repartis 
entre les membres de la Classe, cinquante exemplaires du 
rapport du jury qui a ete charge de juger le dernier con- 
cours quinquennal d'histoire nalionale. 

— M. le Ministre de Tlnlerieur envoie, pour la Biblio- 
theque de TAcademie, un exemplaire des ouvrages sui- 
vants : 



\°Monographies historiques et archeobgiques de diverse* 
localites du Hainaut, par Theophile Lejeune. Tome III. 
In-8"; 

2° A cote de la rampe, comedies et saynetes, par 
Edouard Romberg. In-18° ; 

3° Essai de bibliographic yproise : fitude sur les impri- 
meurs yprois, 1750-1834, par Alphonse Diegeriek, 5 e et 
dernier fasicule. In-8°; 

4° Correspondance de Marguerite d'Autriche, duchesse 
de Parme, avec Philippe II, public par M. Gachard. 
Tome III. In-4°; 

5° Eludes sur les noms de famille du pays de Liege, etc., 
par Albin Body. In-8°. — Remereiments. 

La Classe recoil, a titre d'hommage, les ouvrages sui- 
vants au sujet desquels elle vote des remereiments aux 
auteurs : 

1° Pantheon national (1830-1880), par Theodore Juste 
(Bibliotheque beige). Mars 1881 ; in-12; 

2° La Belgique, 1830-1880, poeme historique; Les 
Tristesses, poesies, 2 e edition; La Mer elegante, poesies, 
preface de Jean Aicard, par Georges Rodenbach, 1 broch. 
in-8° et 2 vol. in-12 (presented par ML Wagener); 

3° Histoire de Menin, d'apres les documents authenti- 
ques, par le docteur Rembry-Barth, archiviste de la ville. 
Bruges; 4 vol. in-8°; 

4° La Question greco-tnrque apres I'acle final de fa 
conference de Berlin, par N.-J. Saripolos, ext. in-8°; 

5° Traite de la responsabilite des princes et des minis- 
tres, par J. Aravantinos, avocat a Athenes; vol. in-8% en 
langue grecque (presente par M. Saripolos). 

— M. Stecher envoie la notice necrologique qu'il a 



; i39 ) 

accepte de faire sur Charles-Joseph Steur, membre de la 
Classe, decede a Gand Je 25 Janvier 1881. 

Des remerciments sont votes a M. Stecher, et son tra- 
vail sera imprime dans le prochain Annuaire. 

— M. Saripolos, en presentant le travail de J. Aravan- 
linos, a In la Note suivante : 

J'ai 1'honneur de presenter a 1'Academie, de la part de 
I'auteur, M. J. Aravantinos, docteur en droit, Tun de nos 
jeunes avocats les plus distingues du barreau d'Atbenes, le 
traile qu'il vient de publier recemment sur la responsa- 
bilite des princes et des ministres. 

Un expose sommaire sur l'etendue et la necessite de 
celte responsabilite sert d'introduction a cet ouvrage. Le 
jeune legiste y fait une revue historique de ce que cette 
responsabilite des chefs d'Etat dtait dans l'Orient ancien, 
chez les Spartiates et les Atheniens, a Rome, aux epoques 
des Rois, de la Republique el des Empereurs; il examine 
ensuite ce qu'elle etait sous le regime feodal, ce qu'elle est 
dans les monarchies absolues de nos jours, et il s'etend 
davantage sur son developpement progressif en Angle- 
terre. 

Celte partie occupe le quart de son livre. 

Vienl apres la partie dogmatique qui est la plus impor- 
tanle de 1'ouvrage. L'auteur, tout en se pronon^ant en 
Principe contre I'irresponsabilite du prince en tant que 
Privee de tout foudement logique en theorie, l'admet 
cependant en pratique comme un mal necessaire dans 
^nieretdel'Etat. 

Quant a la responsabilite des ministres, l'auteur, d'accord 
en cela avec tous les publicistes, trouve sa raison d'etre 



( 140) 
dans la nature meme du pouvoir executif. Apres un expose 
Jucide de la distinction a faire des aetes ministeriels qui 
sont dans la nature des fonctions, et des peines dont ces 
actes criminels doivent Stre frappes, ainsi que du temps 
qu'il faut leur assigner pour qu'ils soient couverts par la 
prescription, M. Aravantinos passe a 1'examen: auquel des 
pouvoirs publics doit etre concede le droit d'accuser eta 
quel autre la juridiclion de prononcer sur la culpabilite 
ministerielle; de la procedure a suivre. II Unit son travail 
par quelques pages sur la responsabilite civile des deposi- 
taires du pouvoir executif. 

L'auleur, dans lout ce travail, a fait preuve d'une grande 
erudition bien rare a son age. On peut dire qu'il a lu tout 
ce qui a ete ecrit sur la matiere. Verse dans la connais- 
sance des langues franchise et allemande, il a compulse a 
fond les plus importants ouvrages ecrits dans ces deux 
idiomes, les deux grandes et fecondes sources de la science 
contemporaine.M. Aravantinos expose, examine et discute 
avec ludicite les opinions emises, et, nous nous empres- 
sons de le constater, sans passion et avec impartiality Nous 
memes, nous sommes du nombre de ceux qu'il combat le 
plus souvent. Sans partager en tout les idees que le jeune 
publiciste, notre compatriote, emet dans sa critique, idees 
qui, muries par I'age et Petude,seront sans doute modifiers, 
en partie au moins, nous osons affirmer que M. Aravan- 
tinos, dans sa Monographic de 400 pages, a reuni et 
cousciencieusement expose, avec une rare lucidite, les 
doctrines des publicistes les plus distingues de l'Europe, 
sur la nature, I'etendue et la responsabilite du pouvoir 
executif. 

Des monographies si etendues sont rares, meme en 
Europe, elles le sont bien plus en Grece. Nous nous feli- 



( m ) 

citons de posseder aujourd'hui dans noire langue un tra- 
vail de cette valeur, sur un sujet si important, travail qui 
fait honneur a la Grece et qui prouve que si elle ne compte 
que quelques annees de liberte, ses enfants font tous Ieurs 
efforts pour la faire avancer dans la civilisation dont Ieurs 
ancetres ont autrefois fraye la route aux nations d'Occi- 



PROGRAMME DE CONCOURS POUR 1885. 



La Classe fait choix des cinq questions suivantes pour 
son programme de concours de 1883 : 

PREMIERE QUESTION. 

Faire connaitre ['influence de la poesie neerlandaise 
[flamande et hollandaise) sar la poesie allemande et, reci- 
proquement, de la poesie allemande sar la poesie neerlan- 
daise au moyen age. 

DEUXIEME QUESTION. 

Quelle influence politique la France essaya-t-elle 
d'exercer dans le pays de Liege, depuis Louis XI jusqu'd 
la fin du regne de Louis XIV? Quelle fut, pendant la 
rneme periode, V attitude des souverains des Pays-Bas ? 

TROISIEME QUESTION. 

Exposer et apprecier les efforts qui ont ete fails, dans 



( Ma ) 

les divers Etats de V Europe, depuis 4830, pour nationa 
User Vart dramatique. 

(Les concurrents pourront consulter les documents 
deposes au secretariat de 1'Academie, relatifs au prix Schil- 
ler en Allenaagne et au prix du Roi en Italic) 

QUATRIEME QUESTION. 

Faire le tableau des institutions politiques et civiles de 
la Belgique sous la dynastie merovingienne. 

CINQUIEME QUESTION. 

Faire I'histoire de Vassemblee connue sous le nom de 
Assemblee des echevins de FJandre, depuis son origine 
jusqu'a la constitution des « Etats et quatre membres de 
Flandre.9 

La valeur desmedailles d'or, presentees comme prix pour 
chacune de ces questions, est de six cents francs pour la 
premiere et la troisieme, de rnille francs pour la quatrieme 
et la deuxieme, et de huit cents francs pour la cinquieme. 

Les memoires devront etre ecrits lisiblement et pour- 
ront etre rediges en francais, en flamand ou en latin. Us 
devront etre adresses, francs de port, avant le 1" fe- 
vrier i885, a M. J. Liagre, secretaire perpetuel, au Palais 
des Academies. 

L'Academie exige la plus grande exactitude dans le? 
citations et demande, a cet eflfet, que les auteurs indiquent 
les editions et les pages des livres qu'ils citeront. 

On n'admettra que des planches rnanuscrites. 

Les auteurs ne mettront point leur nom a leur ouvrage; 
t seulement une devise, qu'ils reproduiroot 



( W ) 

dans un billet cachete reni'erniant leur nom et leur adresse. 
Faute par eux de satisfaire a cette formality le prix ne 
pourra leur etre accorde. 

Les ouvrages remis apres le temps prescrit ou ceux 
dont les auteurs se feront connaitre, de quelque maniere 
que ce soil, seronl exclus du concours. 

L'Academie croit devoir rappeler aux concurrents que, 
des que les memoires onl ete sourpis a son jugement, ils 
sont et restent deposes dans ses archives. Toutefois, les 
auteurs pourront en faire prendre des copies a leurs frais, 
en s'adressant, a cet effet, au secretaire perpetuel. 

PRIX DE SAlNT-GEiVOIS. 

Concours pour un sujet de litterature flamande (l' e periode 
decennale). 

Conformement a la volonte du fondateur et a ses gene- 
reuses dispositions, la Classe offre, pour la premiere periode 
decennale de ce concours, un prix de qualre cent cinquante 
francs au meilleur travail, redige en flamand, en reponse a 
'a question suivante : 

In de vlaamsehe gedichten der XIII d " en X7F de eeuwen 
opzoeken wat de zeden en gebruiken des volks herinnert, 
en hpalen ivat er het nationaal gevoel in kenmerkt. 

Rechercher dans les poemes flamands des XIII e etXIV' 
siecles ce qui retrace les rnomrs et les usages du peuple et 
determiner ce qui y caracterise le sentiment national. 

Le delai pour la remise des manuscrits espirera le 
ler fevrier 1882. 



( 144) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Le prince d'Orange. — Etude kistorique, 
par M. le baron Kervyn de Lettenhove. 



Guillaume de Nassau-Dillenbourg, plus connu sous ie 
litre de prince d'Orange, naquit en 1535. II avait pour 
pere I'un des chefs de la ligue de Smalcade, et son horo- 
scope fut, dil-on, tire par Melanchton, qui lui annonca une 
vie marquee par de grands succes, mais terminee par une 



Ces souvenirs s'eflacerent aisement au milieu de la cour 
de Charles-Quint, ou il fut eleve. II y eut pour precepteur 
un frere de Granvelle, et ce fut contre les protestants 
groupes autour de Maurice de Nassau qu'il tit ses pre- 
mieres armes. Charles-Quint, qui avait veille sur sa jeu- 
nesse, le placait a l'age de vingt-deux ans a la tete d'une 
armee et ne le rappelait du camp que pour s'appuyer sur 
son epaule le jour memorable ou il deposa le fardeau, 
devenu trop pesant pour lui, de sa puissance et de sa 
gloire. 

Guillaume de Nassau, forme de bonne heure par l'expe- 
rience et les grandes lemons de I'histoire, etait doue d'une 
intelligence superieure. Profond dans ses desseins plutot 
qu'heureux dans leur execution, eloquent dans ses dis- 
cours, prudent dans ses negociations, ayant plus de perse- 



r m ) 

verance que de courage, temporisateur plutdt que taci- 
turne, quoiqu'il ait garde ce surnom, il semble avoir place 
la froide el irop sonvent astucieuse habilete du genie poli- 
tique au-dessus des qualites brillantes d'un capitaine; et ce 
flit ainsi qu'au milieu de longues epreuves il fit triompher 
la devise de sa maison : Je maintiendray . 

^'illustration de la naissance, l'eclat des nchesses se 
confondaient chez lui. Sa maison avait comple un empe- 
reur au XIII 8 siecle dans Adolphe de Nassau, et ces tradi- 
tions pouvaient autoriser chez son arriere-petit-neveu 
d'altieres esperances et une ambition d'aulant plus redou- 
table qu'il savait mieux la cacher. D'autre part, ses doraaines 
etaient considerables. II les devait a la fois a Engelbert de 
Nassau qui, sous les drapeauxde Maximilien, avait ranconne 
les communes flamandes et a deux seigneurs de la maison 
de Chalon, dont l'un avait livre la Bourgogne a Louis XI, 
aont I'autre avait trahi Francois I er pour aller prendre part 
au sac de Rome (1); mais les depenses d'une somptueuse 
Prodigalites'etaienteleveesmeme au-dessus desesrichesses, 
et ses deltes au-dessus de ses revenus. « Les princes, dit 
• Laurent Melsius, s'efforcoient non pas a ensuivre ct 
■ imiter la magnificence royale,mais a la surpasser(2) ». 

Lorsque Philippe II succeda a Charles-Quint, rien ne 
presageait le role que le prince d'Orange remplirait plus 
tard. 11 avait eu des deraeles fort vifs avec les Etats de 
Hollande en reclamant pour ses biensl'immunite de toutes 
•es taxes (3); et le roi d'Espagne avait voulu porter plus 



( 140 ) 
loin encore les bienfaits de son pere, car il lui donna le 
collier de la Toison d'or et lui confera le gouvernement de 
la Hollande, de la Zelande et d'Utrecht, y ajootant une 
mercededequarante mille ecus (l);et, chose etrange, cefut 
a ce meme prince d'Orange, qui depuis ne cessa de reclamer 
1'expulsion des troupes etrangeres, qu'il confia, a son depart, 
le commandement des Espagnols qui devaient rester dans 
les Pays-Bas. 

Philippe II ne pouvaitassez temoigner au prince d'Orange 
sa bienveillance et son affection : « Vous n'aurez jamais, 
» lui ecrivait-il, lant de biens et d'honneurs que je ne vous 
» en souhaite encore davantage (2) j>. 

Cependant, le prince d'Orange n'obtint point pres de la 
duchesse de Panne la part d'influence qu'il se croyait 
reservee : faut-il ajouter qu'au milieu de ses embarras 
financiers, il se plaignait de ne pasobtenir le pavement de 
sa mercede? 

Indiquons plus nettement, en quelques lignes, la base 
de l'opposilion du prince d'Orange. Les puissanles rela- 
tions de sa famiile aux bords du Rhin lui firent porter 
ses regards vers I'Allemagne : elles devaient, a son avis, 
lui assurer une position preponderante dans les Pays-Bas. 
Tel fut le motif pour lequel il sollicila la main de la fille 
de Maurice de Saxe et chercha a unirpar des liens etroits 
a l'empire le cercle de Bourgogne tel qu'il avail ete cree 
par Charles-Quint. Sur ces deux points, le prince d'Orange 
rencontra pour adversaire Granvelle, qne Philippe H 
avail laisse a la duchesse de Parme comme son principal 
conseiller;mais il n'en persisla pas moins dans ses projets, 



v * 47 ) 
dont la double consequence devait etre d'invoquer les 
liberies des Pays-Bas pour les soustraire a )a domination 
espagnole et la tolerance religieuse pour s'assurer l'appui 
des princes prolestants d'AIIemagne. 

Au mois de Janvier 1561, une assemblee secrete se tient 
a Naumburg, ou les delegues des princes allemands arre- 
lent une ligue qui doit reunir toutes leurs forces. Un agent 
de la reine d'Angleterre s'y est rendu (1), et nous pouvons 
affirmer que le prince d'Orange y assista aussi, car dans 
les derniers jours dedecembre il se trouvait a quinze lieues 
de Naumburg (2). 

Ces intrigues ont leurs resultats immediats. 

Les Etats de Brabant, ou Guillaume de Nassau domine, 
reclameni un lien plus etroit avec J'Empire et proposent 
de conl'erer au prince d'Orange la charge de gouverneur ou 
rewaert de celte province qui, parce qu'elle renfermait 
la capitale des Pays-Bas, semblait a ce litre dominer 
toutes les autres. 

Cette fois encore, Granvelle fail echouer ce projet : 
« G'eut ete, a-t-il dit, creer un prince de Brabant place" 
B au raeme rang que le roi (3). * 

Avant 1'assemblee de Naumburg, le prince d'Orange 
fcriuil a Granvelle : « Selon la grande affection que j'ay 
* lousjours cogneu que me avez porte, me sens tellement 
8 oblige que toute ma vie me aurez a commander comme 
» a ung servileur el parfait amy vostre (4). » 



j Marguerite de Parme, i. J 

,-,n cP Orange, t 

prince d'Orange, t. I, p. 46 



( 148 ) 

Apres I'assemblee de Naumburg, Granvelle n'csl plus 
pour le prince d'Orange qu'un ennerai; et tousses efforts 
a I'entendre, n'ont qu'un but: celui de le renverser. 

En ce moment, Bellievre, qui fut depuis chancelier de 
France sous Henri IV, se trouvait a Bruxelles : a On 
» m'assure, lui disait le prince d'Orange, que Ton me 
» reproclie en France d'etre conduit par la religion el de 
» chercher des troubles. On se trompe. Je suis le bon el 
» vrai serviteur de mon prince; el puisqu'il m'a coniie la 
» garde de ses pays, on ne me reprochera jamais d'y 
» avoir fait nailre des troubles (1). » 

Granvelle ne se trompail pas quand il ecrivait a Phi- 
lippe II : < Le prince d'Orange est on homme dangereux, 
» fin, ruse, tantdt catholique, tantot calviniste ou lutherien, 
» capable d'entreprendre sourdement tout ce qu'une vaste 
» ambition et une extreme jalousie peuvent inspirer (2). » 

Desormais s'ouvrira cette carriere de ruses et de dissi- 
mulations qu'il importe de mettre en pleine lumiere. Toul 
en s'offrant aux Allemands comme le champion de la 
liberie religieuse et aux habitants des Pays-Bas comme 
celui de la liberie politique, il feint la veneration pour 
I'Eglise et le respect pour Philippe II, el on le voil tour a 
tourse montrer aux uns le defenseur de I'autorite royale, 
aux autres le protecteur des franchises nationales, ici le 
catholique inebranlable dans ses convictions, la le partisan 
zele de la Reforme. 

Au moment d'epouser Anne de Saxe, il ecrivait a Phi- 
lippe II qu'aucune alliance n'etait plus utile a son service, 
■ligion de sa fiancee, sa famille 



( i49 ) 
s'en elail remise a lui el que le roi pouvait se reposer sur 
In avec louie con fiance, car person ne n'avait en aussi 
grande recommandation «Ia vrate religion catholique » (I). 
Et au meme moment il assislait au preche a Dresde et 
remettait a I'elecleur deSaxe une declaration qu'il laisse- 
rait sa compagne pratiquer libremeiit « la vraie religion 
» chretienne de la confession d'Augsbourg (2). » 

Dans la principaule d'Orange, Guillaumc fait puhlier les 
edits les plus severes contre les dissidents et en prescril 
la rigoureuse execution, car il ne veut lolerer aucune alte- 
ration « a la vraie et ancienne religion (3) » ; il n'a point de 
termes assez amers pour fletrir « les predicaleurs de nou- 
» velles doctrines et autres bandits et fugitifs qui se font 
» appeler ministres et qui, ajoute-t-il, veulent eloigner 
» nos sujets de notre vraie et antique religion et de 
* l'obeissance a la Sainte Eglise, notre mere (4). > II 
a«lresse lui-meme a Pie IV une humble epitre ou, apres lui 
avoir baise les pieds, il prolesle de son zele a remplir tous 
les devoirs d'un prince catholique bien resolu a ne pas 
deserter le giron de l'figlise (o) ; il se declare et signe : 
Sanctw sedis aposlolicce obedientissimnm et per omnia 
tddktimmum, et Philippe II ecrit a ce meme pontife pour 
louer son zele contre les heretiques (6). 



) Gachabd, Correspondance du prince d'Orange, t. I, p. 432 
i»hd, Correspondance de Marguerite de Parme, t. 1, p. 151. 
I Groejt tax Phihsterer, Ardiives de la maison d'Orange, 



( 130) 

Si le prince d'Orange reclame de Philippe II I'eloigne- 
menl de Granvelle, c'est en protestant qu'il est resolu a 
faire son devoir de bon sujet el vassal catholique ; c'est en 
affirmant a Philippe II, en termesdonlil le prie d'excuser 
la simplicity car il est plus accoulume a bien faire qu'a 
bien dire, le zele affeclionne qu'il porte a son service (1); 
mais en mSme temps la duchesse de Parme ecrit a Phi- 
lippe II qu'on lui croil des desseins secrets, que Martini, 
son confident dans ses voyages d'Allemagne, les connait. 
mais qu'il a dit que s'il decouvrait ce qu'il sait, cela lui 
couterait la vie (2). 

En effet, des ce moment, le prince d'Orange avait tout 
prepare pour une prise d'armes. S'il avait quitte la cour de 
Marguerite de Parme, c'etait pour se placer a la tele des 
forces qu'il avait recrutees en Allemagne. Au moisdejuin 
il avait eu une conference secrete avec le ducde Cleves(o); 
c'est encore a des relations avec le due de Cleves que 
se refere une letlre de Louis de Nassau au prince d'Orange, 
ou il s'agit d'avoir a la main, « sans aucun soupcon », 
quelques riitmeisters qui ont jure" de s'assister les uns les 
autres, sans excepter ni empereur, ni prince (4). D'apres 
une lettre ecrile par Assonleville, le bruit courail a Lon- 
dres que les Allemands (Coligny devait les soutenir) allaient 
envahirles Pays-Bas (5). 

La duchesse de Parme cede a I'orage, Granvelle se retire 

(t) G*( 

(2) Id., Corre 

(4) Ghoex tak Phf?tsteber , Archives de I 
p. 14*. Cf. t. II, p. 22. 

(5) Depecbes d'Angleterre (Archives de Br 



( 151 ) 

el Guillaume de Nassau prend la premiere place au Conseil 
d'Etat. Ce ne sera qu'une treve de quelques mois. 

Le premier acte du prince d'Orange, apres la retraile de 
Granvelle, est de chercher a unir toutes les provinces par 
une etroite federation avec le Brabant ou tout subit son 
influence; mais la Flandre resiste, et il en est de meme 
de la Hollande (1). On veut forger ici, eorit Viglius, une 
nouvelle republique (2). 

L'influence du prince d'Orange n'en est pas moins pre- 
ponderante. La duchesse de Parme ne cesse de faire son 
eloge. On raconte que Philippe II ne s'est pas contente de 
lui donner raison contre Granvelle, mais qu'il porte lui- 
meme la livree inventee pour appeler sur Granvelle l'in- 
jure et le mepris. 

Le prince d'Orange prodigue au roi d'Espagne les plus 
humbles adulations. II le remercie d'avoir pour agreables 
ses faibles services tanl au fait de la religion qu'en ce qui 
louche le roi, car jamais il n'a cherche autre chose, sinon 
^'employer a cequi inleressait sa grandeur et son auto- 
rite. II proteste de son affection et de son zele. La satis- 
faction que le roi lui temoigne, est a ses yeux la plus 
haute des recompenses. 11 est inutile que le roi lui recom- 
mande 1'avancement de la religion catholique; car sur ce 
point comme sur tous les autres, il s'emploiera, aussi 
longtemps que Dieu lui laissera la vie, comme un tres- 
humble serviteur et vassal du roi est tenu de le faire (3). 



(2) Id., ibid., U I, p. 378. 

(3) Lettre du prince d'Orange, du 27 fevrier 1 
wndance du prince d'Orange, t. II, p. 86. 



( 152 ) 

Celle leltre est du 27 ievrier \ 565. Trois semaines api es, 
le prince d'Orange chargeait son frere Louis de Nassau 
de prier le landgrave et le due de Cleves de tenir ses 
leltres secretes et surlout de cacher son nora « pour plu- 
» sieurs respects trop longs a ecrire. » Quant au point 
principal, ii croit aussi de ne pas devoir l'indiquer dans 
une lettre (1). C'est a Vianen, chez le bouillant Henri de 
Brederode, que le prince d'Orange aura une entrevue avec 
le due de Cleves, le delegue de tous les princes allemands 
qui n'attendent qu'un signal pour monter a cheval (2). 

Cependant la dissimulation persiste. 

Quand, a la fln de ceite naeme annee, on recoit a 
Bruxelles la fameuse depeche dalee du Bois de Segovie 
ou Philippe II ordonne lexecution rigoureuse de tous 
les edits , depeche devant laquelle la duchesse de Parme 
hesite et que Viglius propose de laisser sans execution 
immediate, c'est le prince d'Orange qui invoque le respect 
du a l'autorite du roi el qui demande que des ordres soient 
publies et adresses aux gouverneurs de toutes les pro- 
vinces; mais , s'il applaudit a ce que fait le roi, c'est qu'il 
a compris qu'il sera le premier a en profiter : « Nous 
» verrons bientdt, a-t-il dit, le commencement d'une belle 
» tragedie (3) » ; el aussitdt apres, c'est ce meme prince 
d'Orange qui, comme gouverneur de la Hollande, declare 
en recevant les ordres du roi qu'il donnera sa demission 
plutot que de les executer. 

L'effroi s'empare des populations des Pays-Bas, el lout 

(1) Gboeh va» PainsTEBEB, Archives de la maison d'Orange, t- U 



(455) 

ce qui s'eloigne du roi d'Espagne, se rapproche du prince 
d'Orange. 

L'annee 1566 sera marquee a la fois par 1'organisation 
des confederes et par les fureurs des sectaires. 

Le prince d'Orange poursuit activement ses intrigues en 
Allemagne ou son frere Louis de Nassau s'abouche avec 
lesreitres (1). 

Dans 1'espace d'nn mois, du 12 Janvier au 10 fevrier 1566, 
on trouve trois lettres du prince d'Orange a Louis de Nas- 
sau ou se revelent ses projets : < Je vous prie me mander 
» si avez traite quelque chose dans Paffaire que scavez... 
» Leplussecretement que pouvez faire tenir ces choses 
» est le meilleur... II m'a semble mieulx de parler genera- 
» lenient sans aucune particularity afin que la chose 
» demeure tant plus secrete (2) ». 

C'est le prince d'Orange qui decide qu'une requete 
conlre les edits sera presentee au nom des nobles confe- 
deres; mais il ne figure ni parmi ceux qui la signent, ni 
parmi ceux qui la remettent a la duchesse de Parme. II 
»e parailra pas davantage a 1'assemblee de Saint-Trond; 
raais il redigcra lareponsequi doit etre faile a Marguerite 
de Parrae (3). 

Le prince d'Orange \ivait entoure de ces seigneurs qui, 
a Vianen, a I'abbaye d'Egmont et ailleurs, avaient preside 
au bris des images; mais au mois de novembre 1566 il 
Parlait encore de l'ancienne religion approuvee depuis si 



( m ) 

longtemps el la mieux fondee et comparait les protestanls 
aux disciples d'Arius (i). 

A quelques jours de distance, il ecrivait au landgrave 
Guillaume de Hesse qu'il etait peu eloigne d'embrasser 
ouvertement la confession d'Augsbourg (2): il avail suffi 
que les princes protestants lui eussent fait connailre que 
leur secours etait a ce prix (3). 

Telle est la situation, telles sont les difficultes dont 
Marguerite de Parme est assaillie, que c'est au prince 
d'Orange qu'elle confie la tache d'apaiser Ja ville d'Anvers 
troublee par Brederode. C'est d'Anvers qu'il assure la du- 
chessede Parme qu'il fera tout ce qui depend de lui pour 
le service du roi (4); c'est d'Anvers aussi qu'il entretient 
Jean de Nassau des levees qui onl lieu en Allemagne (5); 
et si Marguerite s'en plaint a l'empereur, ce sera le prince 
d'Orange qui fera trousser ses lettres. Le mot est d'un 
agent de Guillaume qui ecril : « Memoire de ce que j'ay 
p a dire de la part de Monseigneur le Prince. Touchant 
» le troussement de celuy qu'il sgait, semble que n en 
9 pourroyl venir nul mal, moyennanl qu'il fust faictsecre- 

On cherche, ecrit la duchesse de Parme a Philippe II, 



(3) Id., t. II, p. 489. Cf. t. Ill, pp. 52 et 41. 

(4) Gachahd, Correspondence du prince d'Orange, t. II, p. 139. Cf. 
, Correspondence de Philippe II, tl.pt 466 et Gboeb t»h PhihsterbR, 






( \m ) 

« a fonder un nouveau gonvemement (1) ». Le seigneur 
de Boxlal avoue qu'il a promis au prince d'Orange de 
marcher avec lui, fut-ce contre le roi (2). 

II s'agii de partager les Pays-Bas. On abandonnera au 
due de Saxe el au due de Cleves, la Gueldre et la Frise; 
1'Artois, le Hainaut et la Flandre a la France. C'etait, en 
vue du secours des Huguenots, faire a la France la part du 
lion : a J'ay songe toute ceste nuit, ecrit le prince d'Orange 
> a son frere,comme vous esliez lous Francois (3). » Lui 
seul ne le serait pas, car son lot devait elre le Brabant (4). 

Le premier point a accomplir est d'occuper la Zelande 
afin d'y empecher le debarquement des Espagnols et d'y 
favoriser celui des Huguenots (5). C'esl a Anvers, sous les 
veux du prince d'Orange, que se reunissent les icono- 
clastes hollandais, conduits par Brederode, el les debris 
des bandes de sectaires dispersees pres de Lille etde Tour- 
nay. II est vrai que sur Pordre expres de la duchesse de 
Parmeil leur ordonnede sedisperser,sous peine detomber 
dans 1'indignation du roi; mais il charge de ce message le 
seigneur de Straelen qui crie avec eux : Vivent les Gueux! 
« J'ay beaucoup divertissements, ecrit Marguerite au roi, 
* que toutes les menees se font avec la connivence et 
» intelligence du prince d'Orange (6). j 

(1) GiCHABD, Correspondence de Philippe II, t. I, p. 455. 

(2) Id., f6irf., t. I, p. 484. 

(4) Gachard, Correspondance dePhilippe II, I. 1, p. 475. 

(5) Id., ibid., 1. 1, p. 508 el Correspondance du prince d: Orange, t. II, 
P- 496.— Pocllet, Correspondance de Granvelle,l. 11, p. 106. 

Les Huguenots etaient prets a envahir les Pays-Bas. Lettre adresste d 
Cecil au Record Office. 



(1S6 ) 

Le 2 mars 1567, vers 1'heure de midi, les troupes des 
Gueux Iraversent, tambour battant, les rues d'Anvers pour 
alleratbquer Flessingue, raais ils sonl repousses, puis a peu 
pres aneantis a Austruvveel. II eut ete imprudent pour le 
prince d'Orange de les secourir dans leur defaite (1); mais 
il enlendit une voix s'elever de Ja foule : « Tu es l'auleur 
» de tout ceci et tu laisses massacrer tes freres! * 

Ce n'etait pas assez. Dans une lettre adressee le 
10 avril a Philippe II, Guillaume fletrissait ses amis de 
la veille du tilre : « de peuple de la nouvelle religion, 
» assiste d'un tres-grand nombre de canailles » et terminait 
en ces mots : « Je ne manquerai jamais a mon serment de 
» tidele vassal et de loyal sujet; mon intention est de 
» l'observer jusqu'a la mort,etpeut-etre ne trouverait-on 
9 dans tous les Etats de Votre Majeste personne qui lui 
» porte plus de fidelite et d'obeissance (2). » 

Peu de jours apres, le prince d'Orange se retirait en 
Allemagne, ou il ecrivait au landgrave de Hesse qu'il vou- 
lait se consacrer a l'etude de la doctrine evangelique (5). 

II semble que Guillaume de Nassau se soit eloigne des 
Pays-Bas a l'approche du due d'Albe, que Philippe II avail, 
depuis le mois de decembre, nomine capitaine general des 
Pays-Bas. Place a la tele d'une soldatesqueeffrenee, rendu 
plus redoulable encore par la renommee qui depuis 
longtemps le representail comme rinstrumenl des impi 
toyables vengeances de Philippe II, le due d'Albe semblait 
avoir renonce a sa glorieuse tachede capitaine, pourassu- 



(5) Gboeb v*s Pbiwsti 



( 1W) 
mer, au milieu ties populations consternees, le role infame 
dii hourreau. 

El cependanl ce qu'on appelait le masque du prince 
d'Orange ne tombe pas encore ! II avait flatle Philippe II, 
la duchesse de Parme et Granvelle : nous le verrons, dans 
un document fort interessant parce qu'il est inedit, prodi- 
guer les memes adulations a ce proconsul que les conseil- 
lers beiges a Madrid avaient vu parlir avec effroi el que 
Marguerite de Parme regut aux Pays-Bas avec tant de 
dt-daiti qu'dle ne voulut pas faire un pas au-devant de lui. 

Un des amis du Taciturne lui avait remontre qu'il ne 
serait point mauvais pour son bien et celui de ses vassaux 
d'avoir quelque intelligence avec le due d'AIbe (1). 

C'esl au due d'AIbe que le prince d'Orange ecrit de 
Dillenbourg le 8 septembre 1567 : 

« Monsieur, Ayantentendul'arriveedeVostreExcellence 

8 aux Pays-Bas, n'ay voulu faillir a mon debvoir de en- 
» voyer vers Vostre Excellence pour de ma part luy dire 

9 la bienvenue et luy offrir quant el quant mon humble 
» service et I'asseurer que I'affection que tousjours ay 
» portee a Vostre Excellence de luy rendre bien humble 
» service, n'esl en rien diminuee en mon endroict,comme 
s icelle le trouvera de faict quant me fera ceste faveur 
B de me commander chose qui concernera son service. Je 
» suis ctrtes este bien ayse que Sa Majeste at choisy Vostre 
» Excellence pour donner quelque ordre aux affaires des 
» Pays-Bas, tant necessaire, saichant que nulluy eusse 
• pu mieulx effectuer ceste chose que icelle, qui me 
» donne cerlaine asseurance que les affaires se porteront 



( «»8 ) 
d raieuJx tant pour le service de Sa Majeste que bien du 
» pays. (1) » 

Que ce langage est different de celui que ie prince 
d'Orange tiendra plus tard dans son Apologie! 

La reponse du due d'Albe au prince d'Orange fut une 
citation a comparaitre devant son tribunal pour se jusli- 
fier. Au gouvernement plein de mansuetude de Marguerite 
de Parme succedait une dictature odieuse et violente. 

Au mois d'aout 1568, un traite estconclu entre le prince 
d'Orange, le prince de Conde et Coligny ou, sous la feinte 
reserve de la loyaute due aux princes, ils s'engagent a 
s'entr'aider (2). Peu de temps apres, Guillaume adresse 
un manifeste anx habitants des Pays-Bas contre la tyran- 
nie qui les opprime. Les Espagnols nont-ils pas empeche 
ses plaintes d'eclairer (ce sontses expressions) « la nai'fve 
» debonnairete de Philippe II? » C'est pour son service 
qu'il prend les armes (5). 

Le prince d'Orange envahit les Pays-Bas avec des forces 
bien superieures a celles du due d'Albe sans lui livrer 
bataille et arrive jusqu'aux portes de Bruxelles sans y 
planter son drapeau. Son armee, ralentie par le butin dont 
elle a charge ses chariots, a grand'peine a se refugier en 
France; mais elle peut y faire pencher la balance en 
t'aveur de Conde. On tremble a Paris. Elisabeth presse le 
prince d'Orange depoursuivre sa marche; mais Charles IX, 
pour I'engager a la suspendre, lui fait offrir la restitution 
de la principaute d'Orange et deux cent mille ecus. Le 
prince d'Orange accepte; il declare que son unique but 



(1) British Museum, fonds Cotton, Galba C. III. 

(2) Gboek tan Phijsteeek, t. Ill, p. 284. 

(3) Gachard, Correspondance du prince cTOrang 



( 159 ) 
est d'obtenir la liberte de conscience, et que si les Hugue- 
nots veulent quelque chose de plus, non-seulement il ne 
les secourra point, mais qu'il aidera a etoufler leur rebel- 
lion (1). 

Le 3 d^cembre 1568, il Merita Charles IX que son inten- 
tion a n'a oncques este et n'est encores que de faire tres- 
» humble service au roy et que si Dieu qui lui a mis les 
» armes en la main, n'en a voulu tirer aucun effect en la 
* Flandre, il ne veult pour cela tellement faillir a son 

> devoir qu'il ne tente tous moyens de faire service a Sa 
» Majeste et en tous lieux (2) «. Et Charles IX repond : 
» Je vous prie que je cognoisse par effect, comme je ay 
» tousjours espere, la bonne volonte que vous dictes por- 

> ter au bien de mes affaires (3) » 

On ne pouvait se tromper sur les desseins des Hugue- 
nots, lis demandaient a Elisabeth, selon l'expression du 
prince de Conde, de leur continuer les faveurs qu'elle 
etaitaccoutumeea bailler a ceux qui en ont besoin pour 
soutenir choses saintes et bonnes (4); et afinde mieux les 
menler, ils offraient Dieppe et le Havre aux Anglais qui 
songeaient a occuper toute la Normandie. 

Charles IX se confiait encore dans la promesse du 
prince d'Orange de rompre avec Conde s'il manquait a ses 
devoirs de loyal sujet; mais une lettre intercepted lui 
revela que le prince d'Orange avait forme des liens plus 



I In no wyse helpe ihem in those affaires, but rather with his men 
Jrrto be employed against them, and wold allso helpe to oppress 
i. British Museum, Cotton, Vesp. F. V. 
I British Museum, fonds Cotton , Vesp. F. V. 



C 160) 
etroitsavec les Huguenots; et celui-ci, penetrant de nouveau 
en France, cette fois comme capitaine general des reitres 
protestants, signait bientot une proclamation ou il enga- 
geait les Allemands au service de Charles IX a le trahir et 
a deserter afin de ne pas ressembler a ces Israelites qui, 
pour ne pas s'etre separes de la compagnie des mediants, 
ne virent jamais la Terre de Promission (1). II etait trop 
tard pour prendre part a la bataille de Jarnac; il quitta ses 
allies la veille de la bataille de Moncontour, laissant a 
Louis de Nassau les perils de la lutte; et quand il rentra 
en Allemagne, son decouragement etait profond et sa 
defaillance complete : « Le ducq d'Alve me diet avant-hier, 
» mande l'ambassadeur francais Ferrals a Charles IX, 
» que le prince d'Orange a fait escripre au diet seigneur 
» ducq, ainsi qu'il diet, pour obtenir grace et pardon du 
t> roi catholique (2). » 

L'annee iS70 offre un lout autre caractere. Charles IX 
se rapproche de tous ceux qu'il a combattus, d'Elisabeth 
comme du prince de Conde, des ennemis exterieurs comme 
des fauteurs des discordes intestines. 

Le 8 aout se conclut un traite entre Charles IX et les 
Huguenots, ou il declare tenir le prince d'Orange pour son 
bon parent et ami. C'est au prince d'Orange qu'est reserve 
le soin de renverser dans les Pays-Bas I'autorite de Phi- 
lippe II pour la remplacer par celle du due d'Anjou, frere 
du roi de France. 

Le 9 aout, le prince d'Orange donne sur le mouvement 
insurrectionne! a organiser dans les Pays-Bas les instruc- 



(1) Copies des Archives de Simancas au Ministere des Affaires Eiran- 
geres a Paris. 

(2) Gachard, La Bibliotheque Nationale de Paris.t. II, p. 479- 



( m ) 

tions les plus precises, et il les adresse a maitre Jacques 
de Wesenheke qui, dans un memoire publie I'annee pre- 
cedente, se plaignait d'etre l'un de ceux dont on mecon- 
naissait « ks bons et vrais services faits a la majesle du 
» roy d'Espaigne, son tres-redoubte prince, » mais qui 
•li'puis merita, par son zele pour la cause de laReforme, 
d'etre inhume a Wittemberg pres de Luther et de Melanch- 
ton. 

Des ce jour s'ouvre entre le prince d'Orange et Wesen- 
beke une correspondance secrete qui forme Tun des docu- 
ments les plus inte>essants de celte 6poque. 

Guillaume ne cesse d'exciter a prendre les armes contre 
Je tyran; mais si un manifeste est publie, on aura soin d'y 
insurer que tout se fait pour le service du roi. 

II exhorte vivement le peuple a ne pas oublier son an- 
cienne reputation et renom d'etre pret a verser la derniere 
goutte de son sang pour la defense de ses liberies (1) ; 
mais il sail ce qu'est « la muabilite du populaire (2) » et 
ne dedaigne pas de promettre des pensions, en y joignant, 
si cest possible, un peu d'argent comptanl. 

H invoque sans cesse la gloire de Dieu; mais il redoute le 
Engage imprudent des ministres et Jeur zele inconsi- 
dere (3). 

Ce qui lui importe surtout, c'est qu'on lui envoie de 
fortes sommes de deniers, et si Ton craint qu'il n'enfasse 
us age pour ses profits personnels, il consent a ce que I'era- 
Ploien soil surveille (4). 



h Uttredu 1-2 septembre 157! 

-. Letire du -2(j octobre 1S70. 
(5 ) Letire du 22 octobre 1570. 
U) Lettre du 8 Janvier 1571. 



( 162 ) 

Helas! les collecles produisaient peu. Telle ville qui 
avaitpromis quatre rnille florins, n'en envoyait que deux 
cents; telle autre, quoique riche et opulente, reduisait son 
obole a trente ou quarante florins (1). 

Ce qu'on demandait au prince d'Orange, c'est qu'il vint 
lui-meme arborer le drapeau de la delivrance dn pays et 
qu'il ralliat autour de lui ceux qui comptaient sur son cou- 
rage; mais il ne voulait point s'exposer a ce peril. Ces 
retards donnaienl lieu abeaucoup de plaintes,et c'etait sur 
le prince d'Orange qu'on en rejetait la responsabilite (2). 

Les villes d'Utrecht, de Rotterdam, de Deventer eltant 
d'autres ou des intelligences etaient formees, que nous 
trouvons designees dans ces correspondances secretes sous 
les noms des dieux et des deesses de la fable, resterent 
sous la domination du due d'Albe. Guiliaume desirailsur- 
tout la conquete de Venus, e'est-a-dire d'Utrecht. II n'ob- 
tint pas meme celie de Junon, de Saturne, d'Apollon; et Cfi 
fut un iiien maigre succes que la surprise d'Hamadryaile, 
e'est-a-dire du chateau de Loevesiein. 

La pusillanimite de Guiliaume avait tout compromis- 

Louis de Nassau devait, par son activite et son energy, 
reparer en 1571 toutes les faules commises par le prince 
d'Orange en 1570. 

Des le moisd'avril 1571, lout est prevu pour envahir les 
Pays-Bas et pour en regler le partage apres la conquete. 
Cosse-Brissac a ete envoye a la Rochelle pour traiter avec 
Louis de Nassau des conditions de I'appui de la Franfif- 
Burleigh ecrit le 7 avril a Walsingham qu'il approuve la 
sagesse de son choix en ce qu'il a pris et en ce qu ll a 



laisse(l). Walsingham, de son cote, assure Burleigh que 
la France se conlentera d'une paiiie de la conquete (2). 

Que le prince d'Orange ait connn et approuve ces 
negotiations, c'est ce qui ressort a cliaque ligne des Jet- 
Ires de Walsingham; c'est ce qui resulte de son propre 
temoignage, car il ecrit le 10 mai 1571 a Charles IX: 
« Je remercie tres-humblement Vostre Majeste de prendre 
» de bonne part TolTre qui vous a esle faile de mon 
» service, en laquelle affection je puis asseurer Vostre 

A cette annee appartiennent les entrevucs secretes de 
Umigny etde Foniainebleau (4),sur lesquellcslesrecits de 
Michel de la Hugueric, temoin oculaire, repandent une 
si vive lumiere. « Les habitants des Pays-Bas, disait Louis 
» de .Nassau a Charles IX, se considerent comme delies de 
8 tout lien d'obei>sance vis-a-vis du prince qui a viole ses 
» sermenls el se jettent humblement a vos pieds pour que 
» vous les preniez sous voire protection. » Charles IX parut 
charme de tout ce qu'il entendit el repondit a Louis de 
Nassau « qu'il le pouvoit asseurer que le prince d'Orange 
» et luy en recueilleroient le principal prouffit (5). » 



iongieinps pour s 0( 
; laquais de dire c 



( U54 ) 

Le prince d'Orange et Louis de Nassau, porte la rela- 
tion venitienne de Giovanni Miehiele, out offert de placer 
les Pays-Bas sous la protection et I'obeissance du roi. 

Louis de Nassau, assure de I'assenliment de Charles IX, 
ne craignail plus que la jalousie d'filisaheth. II demanda a 
son ambassadeur Walsingham une conference secrete et 
lui posa la question suivante : « La reine d'Angleterre est- 
d elle disposee a se joindre dans cette entreprise au prince 
r> d'Orange ? Si la perte de Calais fut une honte pour sa 
» sceur, ne serait-ce point une gloire pour elle de reunir 
b a sa couronne la Zelande qui est la cle des Pays- 
» Bas?(l)j> 

Si la Flandre, l'Artois et le Hainaut sonl devolus a la 
France, la Hollande el la Zelande a I'Angleterre, quelle 
sera la part du prince d'Orange? Le Brabant stir lequel se 
portent depuis dix ans ses vues et ses projets, le Brabant 
ou comme les princes des bords du Bhin il ne relevera que 
de I'Empire. 

Bien n'est plus explicile que la lellre que Walsingham 
fait parvenir a Burleigh : 

« Le remede pourrait sembler pire que le mal, si en 
» cherchant a abattre I'orgueil de 1'Espagne, on pouvait 
* accroilre celui d'une autre nation, dont la grandeur ne 
» renferme pas moins de dangers. Neanmoins,pourecarter 
» cette objection, il suffit de se rendre bien compte <te 
» I'etat des choses. Les princes d'Allemagne qui concoa- 
» rent a l'entreprise, comprennent que la France devien- 
» drail trop grande si on y joignait toutes les provinces 
i> des Pays-Bas; mais ils lui imposeront comme condition 
r dela Flandre et de l'Artois qui ontautre- 



(1) Lettrt 



( m : ) 

» ibis appartenu a cette couronne. Quant au Brabant el 
» aux provinces voisines, le gouvernement doit en etre 
■ reniis a quelque prince allemand qui ne peut etre que le 
» prince d'Orange. La Hollande et la Zelande seraient 
» unies a i'Angleterre dans le double but de iaciliter l'en- 
» treprise en oblenant son assistance et de mieux brider 
» la France si elle voulait depasser sa part. Si lout se 
» passe ainsi, le remede parail moins dangereux, le snc- 
» ces plus assure. (1) » 

Burleigh accueille assez froidement ces ouverlures; et 
ce qui tempere le zele de Charles IX, c'est que pour 
donner suite a ces beaux projels il faut de 1'argent : il n'en 
a point et est red u it a en emprunter a Cosme de Medicis, 
a qui il remel en gage les pierreries de la vraie croix de 
la sainte Chapelle; mais il cherche a utiliser ces retards 
par diverses negotiations. II envoie Schomberg vers les 
pnnces allemands pour qu'ils franchissent le Rhin, et afin 
d'oecuper les Espagnols dans la Mediterranee, il noue itoe 
mtrigue a Constantinople: c'est un eveque gagne au parti 
des Huguenots qui traitera avec le Turc. 

Enfin Charles IX remet au prince d'Orange et a Louis de 
argent qu'ils atiendaient impatiemment (2). II 
leurecritpour les encourager. Si 1'on ne trouve pas la let- 
tre ou il engageait le prince d'Orange a lever des troupes 
en Allemagne, on a conserve oelle ou il mandait a Louis 
de Nassau qu'avant appris les grands moyens qui s'offraient 

(1) Lettre de Walsingham, du 12 aout 1571. Digces, p. 128. 

(2) Les hisloriens du XVI« sieele mentionnent ces subsides accordes 
Par Charles IX pour preparer le soulevement des Pays-Bas. Voyez uotam- 
ment sur ce que recul le prince d'Orange : Le Fbebe, La vraye et entiere 
hstoire des troubles et guerres civiles advenues de twtre temps, 1584, 



Xissai 



( 406 ) 

de faire line bonne entreprise dans Jes Pays-Bas, il etait 
bien resolu, selon les circon stances et la situation des 
affaires, a y employer loutes ses forces (I). 

Catherine de Medieis I'apprend Elle accourt a Monpi- 
peau ou s'est retire son fils : <t Permetlrez-vous, lui dit- 
» elle, qu'on aide les rebelles de Flandre? (2) » Charles IX 
ne pouvait' tromper sa mere par les fallacieuses protesta- 
tions qifen ce moment meme il prodiguail a Philippe If. 

« Je prins, dit la Huguerye, la charge des affaires 
» secretes du dit seigneur comte (Louis de Nassau) et 
» sollicitay lous les mandemens tanl pour recepvoir dix 
» milie francs a Paris du tresorier de I'epargne, que des 
» poudres en l'Arsenal et des faveurs en Picardie par lel- 
» tresexpresses au due de Longueville a cet effect et, ayant 
» lout cela, le dit seigneur comle s'achemina tout droit a 
» Paris et, ayant receu la dite somme en monnoye de Flan- 
» dres el eu les cent caques de poudres, nous resolumes 
» de ce que nous avions a faire (5). » 

Le plan de I'expedilion est arrete. Kile doit comprendro 
vingt-huit mille huit cents Iiommes, soit quatre cent qua- 
tre-vingls compagnies de soixante hommes, el voici com- 
ment elles se trouvenlreparliesrdeux cent dix compagnies 
de Francis a cheval, cent dix compagnies de France's 
a pied, quatre-vingts compagnies de Wallons de France, 
quatre-vingis compagnies de Wallons des Pays-Bas. 
Moiis sera livre par le peinlre Olivier el ses amis. 
Cependant loutes ces troupes ne doivent pas se diriger 
est qui sonl deslinees a "occuper 



i ie Haii 



(467) 
Anas, Lille etTournay; il en est d'aulres qui doivent 
aborder a Anvers, et comme tout est regie d'avance avec 
un soin extreme, il est entendu qu'une parlie se rendra a 
Bruxelles en passant par Malines et que le reste s'embar- 
quera de bonne heure afin d'arriver aussi le soir a 
Bruxelles par le canal (1). 

Onpresse les armements de la flotte reunie a la 
Rochelle. Elle est composee de trente ou de trente-cinq 
navires, porte mille hornmes et de l'artillerie et est placee 
sous les ordres de Slrozzi. Peul-etre prendra-t-elle a bord 
s 'x mille hornmes de pied que Coligny reunit aulour de 
'a Rochelle, et, a ce que Ton assure, e'est vers les cotes de 
Flandre qu'elle doit metlre a la voile. Vingt-huit bateaux 
ont passe a Rouen pour cingler vers la Zelande. II y avail 
t'n Picardie « ung couronnel pour I'admiral € qui avoit 
> charge dequatre mil harquebousiers. » L'artillerie etait, 
disail-on, sortie de Paris, et ellese dirigeait vers la Picardie. 
0n rapportait meme que Charles IX avail casse vingt- 
cmq ou vingt-six compagnies, et ceux qui en avaienl fait 
partie, avaient aussitot repris les armes et s'elaient embar- 
ks a Calais (2). 

Le prince d'Orange entre dans les Pays-Bas avec vingt 
et un mille hornmes recrutes en Allemagne. 

Si dans I'armee de Louis de Nassau ii y avail cinq 
sixienies d'etrangers, ils etaient bien plus nombreux encore 
a »tour deGuillaume, car la noblesse des Pays-Bas n'etait 



^ ^r. hivts Xutiouales de Paris, K. V6W, 23. 

I tiomas Smith a Burleigh, Foreign papers; Note du mois 
uments de Simancas aux Archives Natiooales de France 
• pondance de Hainaut, t. IX 
• ""chives de Bruxelles). 



( 168 ) 
representee dans les forces qu : il avait reunies, que par une 
seule cornette de trois cents hommes. 

Cependant il semble que le due d'Albe, altaque de tous 
cotes, ne puisse register. Le prince d'Orange, mailre d'une 
grande partie des provinces du Nord, presque maitredela 
Flandre puisqu'il s'empare de Termonde et d'Audenarde, 
s'avance jusqu'a Malines. Les Francais ne peuvenl tarder a 
le rejoindre. « Ce jourd'hui, ecrit-il le H aout a son frere, 
» j'ay'receu lettre demonsieurl'admiral m'avertissant qu'il 
» se leve douze mille arquebusiers vi trois inille chevaux, 
» faisant le diet seigneur admiral estat de venir en leur 
» compagnie, chose que j'espere qui nous aportera bien 
» grand avancemenl (1). » 

Treize jours plus tard, Catherine de Medicis qui depuis 
longlemps etait bien resolue a ne souffrir en France aucun 
pouvoir qui contre-balancat le sien et qui voyait les Hugue- 
nots prels k realiser par un dernier complot les vaiues 
lentatives d'Amboise et de Meaux, presidaita la sanglanle 
journee de la Saint-Barlhelemy (2). La chevauchee pro- 
testante qui devail triompber a Bruxelles, etail aneantie a 
Paris. 

« Quel coupde massue! s'ecria Guillaurae. Mon unique 
» espoir estoit du coste de la France (3). » 



(1) GrOEKVak PRISSTEBEn ; 


t. Ill, p. 490. 


(2) J'ai reuni un grand noi 


nbre de documents sur la Saint-Bartbelem?- 


On a beaucoup discute recen 


iment sur la question de savoir si ell? t 'ait 


l'ueuvre premedilee de Catbe 


rine de Medicis. Jeme bornera 


ce sujel quelques lignes d'une depeche 6crite de Rome, le 19 mai 1 3*7i ! ' 


Don Juan de Quniga : « Le 


pape m'a dit en grand secret que les souve- 


» rains de la France veulenl 


faire une chose qu'il ne peut ap| 


» qu'en conscience il juge qu'elle ne peut se faire et pour laquelle il <*> 


» en mau^ais termes avec en 


ix : ils ont forme le dessein de faire perir par 



(3) Gboen vah Pbisi 



La Saint-Barthelemy ne produit, dans I'hisloire politique 
du XVI 6 sieole, qu'un resultat fort inaltendu. Catherine de 
Media's se rapproche des protestants parce que les ayant 
decimes, elle croit ne plus avoir a les craindre. Elle a, 
d'ailleurs, besoin de leur appui pour faire des rois de tous 
ses fils, comme l'ont predit les astrologues, pour donner 
a celui qui lui est le plus soumis, le Irone de Pologne, 
pour elever a la souverainete des Pays-Bas le plus jeune 
qui ne cesse de conspirer contre sa mere. II parait d'une 
sage politique d'ouvrir au dela des frontiers franchises 
une arene aussi bien a I'agitation huguenole qu'a la 
B^vrease turbulence du due d'Alencon. 

Guillaume d'Orange repondra a 1'appel de Catherine de 
-Med ids. 

Si les Gueux de mer, si les princes allemands desirent 
surtout une intime alliance avec I'Angleterre, un motif 
Puissant doit desormais lier le prince d'Orange a la for- 
tune de la France. L'union avec Elisabeth livrerail aux 
Anglais, la Hollande et la Zelande, et ne fermerail aux 
Fr ancais, ni le Brabant, ni le Hainaut, ni la Fiandre. L'en- 
l ente avec Charles IX, en faisanl la raerae part a la con- 
quSte francaise, en reserverait une autre a rambition du 
Pnnce d'Orange et lui assurerait un vaste lambeau du 
manteau de pourpre arrache des epaules de Philippe II: 
<*s provinces situees aux bouches du Rhin et de la Meuse 
que protegeront a la fois leur position geographique, la 
jalousie de I'Angleterre et la sympathie de 1'Allemagne. 

Jean de Morvilliers, dans un memoire adresse a Cathe- 



( 170 ) 
rine de Medicis, a soin d'exposer combien il importe de 
secourir sous main le prince d'Orange de quelque somme 
de deniers (1), et en meme temps l'ambassadeur francais, 
Mondoucet, au moment meme ou il engage le due d'Albe a 
passer au iil de Tepee les compagnons de Louis de Nassau, 
continue ses intelligences avec le Taciturne, mais, selon 
son expression, « il marche plus secret (2). » 

C'esl en Allemagne, e'est a Francfort, la ville aux grandes 
foires, que se traitera le marche. Un Genois Fregose, un 
Allemand Schomberg y sont envoyes par le roi de France, 
1'uu pour annoncer de l'argenl, l'aulre pour en payer, tous 
les deux pour en promettre davantage, car iis declareront 
au nom du roi tres-chretien qu'en meltanl la main sur les 
biens du clerge catholique, il trouvera un tresor pour sou- 
tenir pendant longtemps sa querelle, et que, de plus, le 
Turc, impatient de concourir a tout ce qui peut nuire au 
roi d'Espagne, 1'aidera chaque annee de trois millions de 
couronnes (3). 

Le prince d'Orange hesila d'abord : « Les Estats, 
» mande-t-il a son frere, viendronl la-dessus que puisqu'il 
d est question d'estre soubs tyrans, encore vaul-il mieulx 
» estre tyranise de son prince natnrel que d'un estranger. 
j> Jamais ils ne condescendront a livrer ce pays pour trois 
» cent milte florins d'Allemagne (4). » 

Vains scrupules. Inutilis est verecundia, ecrit Marnix 
a Jean de Nassau. Schomberg comple les cent mille ecus, 
el le prince d'Orange charge le sieur de Lumbres de porter 



( *7i ) 
a Paris son engagement (moyennant subside et dans le 
cas de I'appui secret de la France, !e seul qu'on doive 
prevoir) de livrer a Charles IX tout ce qui sera conquis 
sur 1'Espagnol, moyennant que ce soil hors de Hollande et 
Zelande (1 ). 

Schomberg rend compte en ces lerines, le 19 aout 1573, 
de ce qui s'est passe entre lui et Louis de Nassau : « Je 
» peulx assurer Voslre Majeste que nous n'avons rien 
B oublie, ains luy avons bailie fil et esguilles pour bien 
» could re les besognes qu'autrefois Vostre Majeste lui a 
8 taille (2). » Du reste, il ne manque point de declarer que 
Charles JX reconnaitra a toule occasion la singuliere affec- 
tion du prince d'Orange et de Louis de Nassau; et ceux-ci 
Prienl egalement Schomberg d'assurer Charles IX de la 
non inoins singuliere affection qu'ils portent a la grandeur 
du roi de France et de ses (Veres (3). La Saint-Bartheiemy 
y st oubliee; elle est excusee; car on enlend Louis de 
Nassau affirmer qu'il n'y a eu rien de premedite (4); et 
Pour mieux flatter Catherine de Medicis, on n'hesilepasa 
reconnaiire que < les passions qui es aultres soqt vicieuses, 
» sont en elle louables et necessaires (5). p 

Elisabeth, deteslant la France comme I'Espagne, ne 



( 172 ) 
voulait de la preponderance ni de I'une, ni de l'autre, et 
on la voyait tour a tour dans sa politique vacillanle se rap- 
procher de Philippe II et du due d'Albe, des Gueux et du 
prince d'Orange, favoriser le Taciturne quand il se bornait 
a affaiblir les Espagnols, le prendre en haine des qu'il se 
rapprochait des Francis. 

Un agent anglais, nomme William Herle, eut, au mois 
de juin 1575, un long et important entretien avec le Taci- 
turne. Celui-ci developpa habilement tous les motifs qui 
devaient porter Elisabeth a se declarer conlre Philippe II; 
mais, quand on arriva a ce qui le louchait personnellement, 
il affecta de protester qu'il y elait elranger. « Pour eviler 
» lout reproche d'ambition, disait-il, j'ai toujours refuse 
» la souverainete, bien que j'aie ete presse par ceux de 
» Hoilande de 1'accepter d'une maniere absolue, assure 
» d'etre obei en tout ce que je commanderais(l). » 

Le prince d'Orange , pour satisfaire Elisabeth el son 
ambassadeur, faisait publier une lettre adresseea Philippell, 
pleine de pompeuses protestations de fidelile(2); mais en 
nieme temps il se separait des lutheriens aliemands pour 
embrasser la confession des calvinistes francais; et quand 
il voulut faire monter une nouvelle compague dans son lit 
souille par I'adultere, il choisit une priucesse frangaise, 
donton racontait, non sansde piquants details, la fuite de 
I'abbaye de Jouarre sous la garde du capitaine de la Lune. 
II le fait,s'ecrie le landgrave de Hesse, pour obtenir pro- 
tectionem, mais il pourrait bien trouver subjectionem (3)- 



Harley, n» 1582, f<- 196. 



( 473 ) 

Apres Fregose, un autre de ces Italiens dont s'entourait 
Catherine de Medicis, Gondi,qu'on appelait le seigneur de 
Retz,est charge de porter en Allemagne un nouveau sub- 
side; mais, avant de le remeltre, il en perd une partie au 
jeu.D'autre part, le roi de France envoie a Rouen soixante 
mille ecus pour payer La None et ses compagnons qui doi- 
venl s'embarquer pour la Zelande (1). 

Le Taciturne est, selon son expression, bien desireux 
de voir quel succes le fait prendra et recommande au sieur 
de Lumbres de n'epargner ni soin, ni diligence a son 
avancement (2); et le sieur de Lumbres conseille a Louis 
de Nassau de se servir des blancs-seings qu'il a recus de 
son frere, afin de remettre le fait en pratique (3). 

Louis de Nassau voit a Blamont le due d'Alencon au 
mois de decembre 1573. Le due d'Alencon lui serre la 
ma 'n et lui dit qu'il s'emploiera en tout pour seconder le 
prince d'Orange (4). 

«LesFrancaisaffirment,ecrivaitDale lel"fevrier 1574, 

* que le prince d'Orange offre de mettre les Pays-Bas en 

* •eurs mains (5). » Les memes rumeurs arrivaient a 
Madrid : a Leurs beaux diseurs de nouvelles, mandait 
B Saint-Goar le 21 fevrier 1574 a Charles IX, leur ont dit 
» q«e le prince d'Orange alloit traictanl avecVostreMajeste 
» de luy remeltre tous les Pays-Bas aux mains, pourveu 
' qu'elle luy promist luy laisser Hollande et Zelande. » 
Ce que Saint-Goar dementait energiquement en protes- 
la m de l'amitie de Charles IX pour Philippe II (6). 



f 174 ) 

En ce moment, le plus celebre des ministres dont la 
parole vehemente ait retenti dans les preches, le traduc- 
teur des psaumes de Marot, le moine apostat a la barne 
rousse, Pierre Datenns, aceourt pres du prince d'Orange. 
Sans doule son langage reproduit les allusions bibliques 
que nous retrouvons dans d'autres memoires de ce temps; 
et c'est en rappelant les coupables faiblesses d'Herode et 
de Pilate qu'il presse le prince d'Orange de rompre toute 
negociation avec le due d'Alencon. 

Les Huguenots, groupes autour du prince de Conde, ne 
voyaient pas d'un meilleur ceil le prince d'Orange entraine 
par « cette dis ii tousjours a s'entretenir 

» avec le roi de France. » lis chargerent la Huguerie del'en 
dissuader : ce qui fit prononcer alors au due Casimir cette 
parole : « Ce prince-la n'a que son ambition au cceur (1). » 

Etdevant tous ces perils que faisait Philippe II? Im- 
puissantdans la voie de la repression par la force ouverte, 
il se refugiait dans les sombres complots qui preparer 1 '!! 
plus tard le crime des Jaureguy et des Ge>ard (2). 

Ee prince d'Orange persiste dans les traites secrets q>" 
lui assurent la possession de la Hollande. II suflit, pour 
s'en assurer, de recourir aux sources offieielles, notam- 
ment aux Resolutions des fitats de Hollande ou,a cote de 
chaque decision importante, se trouve la clause que le 
silence le plus absolu sera garde. 

On publie a Delft en 1574 un livre ou on lit : « Pouvez- 



( *75 ) 
vous trouver un prince plus puissant, plus zele que 
1'illuslre prince d'Orange? N'a-t-il pas, pour briser le 
joug espagnol, sacrifie ses biens el son sang? » — « Ce 
livre imprime sous les yeux du prince d'Orange, ajoute 
Beaufort, le biographe neerlandais du Taciturne, ne 
peut avoir ete dicte que par lui. C'etait sa coutume de 
preparer ainsi le peuple a la realisation de ses pro- 
jets (1). » 

« Chacun cognoist assez, ecrivait Mondoucet, combien 
le prince d'Orange est ferme et bien estably en ce qu'il 
tient, ayant I'affection des peuples tant a son comman- 
dementqu'ilsne desirent autre maistre, ne seigneur (2). » 
Les actes officiels, mais secrets, ne se font point 
ttendre. 
Le i" fevrier 1574, I'administration de la Hollande 



?oit une nouvelle forme. Le prince d'Orange consul tera 
! fitats, mais lui seul a le droit de decider. 



Le 1 1 juillet 1575, les chevaliers, les nobles et les villes 
de Hollande et de Zelande, appreciant leseminents services 
du prince d'Orange et considerant que les republiques et 
communautes se fortifient par I'unite du commandement, 
deferent au prince d'Orange le gouvernement des dites 
Provinces. Aussi longtemps que se prolongera la guerre, 
" )' exercera la meme autorite que le souverain, veillera 
a tout ce qui concerne la defense du pays, levera les impdts, 
renouvellera les magistrals, assurera I'exercice exclusif du 
c ulte reforme, dirigera toutes les affaires a 
d »n conseil elu par les Etals el rendra la justice ; 



( *76) 
du Roi comme comte de Hollande et de Zelande. On lui 
pretera serment. II sera, selon le texte neerlandais, sou- 
verain en opperhoofd (i ). 

a Le prince d'Orange, porte un document anglais, a £u3 
» inaugure dans les Pays-Bas, et on lui a fait hommage 
» non comme a un roi, mais sous le titre de due et de 
» comte (2). » 

Cependant le prince d'Orange poursuit ses negotiations 
en France. Le sieur de Lumbres a remis a Catherine de 
Medicis des lettres ou il ne laisse que trop entrevoir ce 
qui pourra I'obliger grandement a « estre et demeurer 
» tousjours tres-humble et tres-fidele serviteur de Leurs 
» Majestes et de plus en plus penser a tout ce qui peut 
» concerner le bien et grandeur de Leurs Majestes et de 
» leur couronne (3). » Bonnivet confie a Humieres en 
g-and secret qu'il est charge de conduire vers le roi de 
France les agents du prince d'Orange (4). 

Ce qui ralentissait les choses, e'etaient les troubles inte- 
rieurs de la France, e'etait 1'effet sterile de tant de bnl- 
lantes promesses; mais un obstacle bien plus serieux 
encore, e'etait la jalousie de I'Angleterre. 

Elisabeth aura recours aux moyens les plus extrerneSi 
et tout sera mis en oeuvre pour les justifies On va jusqu'a 
repandre a Londres le bruit que les Calvinistes hollandais, 
d'accordavec les Puritains d'Angleterre et d'ficosse, ont 
forme une conspiration pour renverser Elisabeth de son 
trone (5). 



( *77 ) 
La reine d'Angleterre se montre irritee jusqu'a la colere. 
Elle envoie Cobham a Madrid rappeler a Philippe II sa 
vieille amitie et lui denoncer 1'accord du roi de France et 
du prince d'Orange, auquel il imported'apporter un prompt 
remede si 1'on veut empecher les Pays-Bas de tomber au 
pouvoir des Francais {i). II dira que Henri III, cornme 
Charles IX, n'a cesse d'aider de son argent le prince 
d Orange a poursuivre sa guerre, qu'il lui paye encore un 
subside mensuel, que rien n'est plus funeste a Philippe II, 
»i plusdangereux pour elle, qu'elle est pr.ete a dejouerces 
Wrigues (2). Le due d'Albe soutint a Madrid les conseils 
de Cobham, et Philippe II songea un moment a faire des 
p ays-Bas un royaume pour le donner a Don Juan. 

Le8juin 1575, des instructions secretes sont adressees 
Par Elisabeth a Daniel Rogers qu'elle envoie dans les 
p ays-Bas. Elle aidera le roi d'Espagne pi u tot que de 
voir reussir les negotiations du prince d'Orange avec les 
Francais, et Daniel Rogers ne negligera rien pour exciter 
Chez les populations leurs rancunes hereditaires contre la 
France (3). 

Rogers fait si bien qu'une emeute eclate a Dordrecht 
contre le Taciturnequ'on accuse d'etre devenu papiste(4). 

s Partisans d'filisabeth s'agitent. Les Elats se prononcent 
en sa fav eur. Le Tacilurne lui-meme se voit reduit a tenir 
Un semblable langage, et Rogers, qui est poele, a pu 
s eerier : 

Hie equidem sceptris supponit vota britannis. 

Cependant Elisabeth, au moment ou la souverainete de 



- instructions donnees a Cobham, 1" juillet 1575. Resord Office. 
^ Record Office (8 juin 1575). 

[ ' Jf ttre d e Bodenham, du 22 septembre 1573. Record Office. 
5 me SEME, TOME If. 12 



( 178 ) 
la Hollande lui etait offerte, la refusa pour ne pas s'altirer 
une guerre avec 1'Espagne; et comme on invoquait pres 
d'elle la proteclion de la liberie de conscience, la reine 
lutherienne repondit aucalviniste Marnix : « Quel compte 
» puis-je faire de consciences deja damnees?(l)'i> 

Le refus d'filisabelh permet au prince d'Orange de 
reprendre ses negotiations avec la France et d'enlrainer 
avec lui les Etats de Hollande, que I'Angleterreabandonne. 

Le prince d'Orange a envoye le docteur Junius vers 
le due d' Alencon (2). 

« On ne peut douter des mauvaises intentions du prince 
» d'Orange, ecrit Chester a Burleigh. II n'a aucune affec- 
t> tion pour les Anglais. Marnix, qui jouit de sa faveur 
d speciale, est l'ennemi des Anglais et soutient les interets 
» des Francais (3). » 

Selon William Herle, Henri III s'esl adresse au prince 
d'Orange pour lui offrir son appui et I'engager a rompre 
les negocialions avec I'Angleterre (4), et Rogers affirme que 
I'intervention de la France ne se fera pas attendre (5). 

Les agents anglais elaient bien informes. Le 25 avril, 
les filals de Hollande, confirmant la dictature du prince 
d'Orange, remettent toutes choses a son bon vouloir 
{goede wille en beliefte). Le 28 avril, les chevaliers, nobles 
el etats de Hollande decident qu'il y a lieu de changer de 
seigneur et autorisent le prince d'Orange a trailer sur 

(1) LettredeChampagny,du 17 mars 1 576. Gaciurd , Correspondance 



(179) 
ceite matiere avec le roi de France, son frere ou lout 
autre prince etranger. Quels etaient done les signataires 
de cette importante declaration? Cinq deputes de la 
noblesse et six deputes des viiles (1). 

L'accord est fail et les conditions ne sont pas douteuses. 
Au prince d'Orange la Hollande et la Zelande; au due 
d'Alencon les autres provinces des Pays-Bas qui, selon une 
expression fort usitee en ce temps, lui serviront de rem- 
part. 

Le 19 octobre 1576, le prince d'Orange annonce au 
due d'Alencon « qu'il est prest a luy faire humble service 
» en une si louable entreprise » et qu'il aura soin de 
'avertir de tout ce qui <t appartient a son service et puis- 
sance (2). , 

« S'il s'incline devant le due d'Alencon, ecrit I'agent 
" anglais Wilson, e'est pour le dominer (3). » 

Le due d'Alencon triomphait; mais il croyait ne pou- 
v oir s'assurer assez d'appuis; et, en menie temps qu'il cor- 
respondaitavecle prince d'Orange, il traitait avec Philippe 
1|» flattait Elisabeth, promettait a Henri III qu'il ne ferait 
r| en sans son avis et conspirait avec Conde afiu qu'il I'ai- 
uat « a dresser I'entreprise des Pays-Bas » (4). 

Sur cesenlrefaites, le prince d'Orange voyait sa puis- 
sauce deeliner : il manquait surtout d'argent, et se vit 
r eduit a former le dessein assez etrange d'alimenter la 
guerre conlre les catholiques avec les deniers du Pape, a 

'*) Besolutien van Holland. 

12) GROE* TAN PRmsTERER, t. V, p. 443. 

•3) Leitre de Wilson, du 19 novembre 1576. Record Office. 



( 180 ) 
qui il proposa I'achatde la ville d'Orange en lui en enume- 
rant les eglises, les chapelles, les monasteres (1). 

Au moment ou les armes des Espagnols semblent ne 
plus rencontrer de resistance, ils ouvrent eux-memes, en 
descendant du role de vainqueurs a celui de mutines, le 
Brabant au prince d'Orange, et cette fois bien different 
sera le langage qu'il adressera a des populations catho- 
liques. Dans une declaration du 2 septembre 1576, il 
invoque le service du roi d T Espagne, proclame son propre 
desinteressement, affirme son respect pour la religion 
catholique et va jusqu'a blamer les novateurs guides par 
leur convoitise et leur ambition qui ont excite les troubles 
des Pays-Bas(2). Le3 octobre, il ecrivait de nouveau qu'il 
ne voulait nuire en rien a la legitime ob&ssance due an roi 
d'Espagne(5);et c'esl non-seulement a la gloirede Dieu, 
mais aussi pour le service du roi qu'esl conclue la Pacin- 
cation de Gand ou il est declare dans un langage myste- 
rieux que nous verrons frequemment reproduit, quu 
n'est rien change, ni innove en ce qui louche la Hoi- 
lande et la Zelande. 

Nous avons a peine parle des lutles du prince d'Orange 
avec le due d'Albe; nous avons passe sous silence ses 
negociations avec Requtsens. II faudrait un travail special 
pour etudier ses relations avec l'archiduc Mathias dont il 
fit son greffier, avec don Juan qu'il saluait dans un la D " 
gage plein de respect au moment meme ou il engageait les 
Etats a chereher « par tous moyens a se tenir asseures oe 

(1) Theiseb, Ann. eccl., t. II, p. S09. 

(2) Bob, 1. IX. 

(3) Gachabd, Corresfondante du prince d'Orange, I. HI, P- "'" 



( <81 ) 

» sa personne (1) » ]| faudrait insister avec plus de soin 
encore sur ce cdte trop peii connu de sa politique ou il 
s'abaissa jusqu'a flatter a Bruxelles et a Gaod ceux que 
Duplessis-Mornay fletrissait comme les suppdts de la dema- 
gogue. 

le cadre plus etroit que nous nous somrnes trace nous 
renferme dans le recit dece que le Taciturne, domine par 
ses interets personnels, lit en faveur de la politique fran- 
caise, et apres avoir signale le pacte conclu en Hol.lande, il 
nous reste a montrer comment ce fut a Bruxelles qu'on 
mit en ceuvre ce vain simulacre de plebiscite populaire 
qui clot toutes les intrigues et couronne toutes les ambi- 

Le role principal est confie par un Gascon nomme The- 
ron, ancien banqueroulier exile de France, devenu l'agent 
actifdu Taciturne, a un bourgeois de Bruxelles, intelli- 
gent, influent, ambitieux, sorti d'une famille de brasseurs 
qui sous le regne de Charles-Quint avait compte dans son 
sern un chanoine de Saint-Pierre d'Anderlecht et qui 
s 'etait glissee dans la noblesse en scellant ses letlres d'un 
e cu a trois tetes de bceuf affrontees (2). Henri de Bloeyere 
1J esera pas seuleraent bourgmestre de Bruxelles: lef'utur 
souverain des Pays-Bas le nommera son maitre d'hotel. 

a Son Allesse, ecrit le prince d'Orange, trouvera que de 
» tous mes moyens je m'employeray a son service, comme 
B J e scay q U e mes oflices parliculiers et services n'ont rien 

nui au dit affaire. (3)... Yous vous pouvez tenir pour 



reREH, t. V, p. 488 (9 n 



(182) 
j> asseure que j'advanceray le plus que pourray ['affaire ( ! ).» 
El quand il s'epanche dans ses lettres a Theron, il ne 
dissimule point quels sont les ressorts caches dans sa main : 
« J'aimeray tousjours mieux, lui mande-t-il, que les sei- 
» gneurs du Pays-Bas s'advancent de leur propre mouve- 
» menl, combien que je s^ay que vous n'ignorez que par 
» mes intelligences secretes je n'ai cesse de les emou- 
» voir (2). » 

Le prince d'Orange avanca si bien l'affaire quelesfitats 
du Brabant resolurent de solliciter la protection du due 
d'Alencon, et le message fut confie a Henri de Bloyere. 

L'epee de don Juan, jetee dans la balance ou s'echan- 
geaient tant de fallacieuses promesses, suspendit pendant 
quelques mois la conclusion qui devait leur etre donnee ; 
mais,desque le vainqueur de Lepante fut reduitaseretirer 
aux bords de la Meuse, l'astre a demi voile de la fortune 
du due d'Alencon se degagea des nuages. 

Roch des Pruneaux rappelail en son nom au Taciturne 
qu'il avail 6te « cause d'avoir fait venir le due d'Alen- 
» con » et avait soin d'ajouter que le due d'Alencon, apres 
la gloirede Dieu, ne recherchait rien plus que la grandeur 
de la personne et de la maison du prince d'Orange (5). 
Celui-ci, de son cole, multipliait ses protestations de zele 
etde devouement, temoin celle leltre a Des Pruneaux: 
« Pour l'humble service qne je desire faire toute ma vie a 
» mon dit seigneur, je m'employerai tres-volontiers a tout 
» ce que Son Alteze jugera estre pour Padvancement de sa 
» grandeur et le bien de ce pays (4). » 



TA* Phihstebeb, t. V, p. 318 (12 r 



( "83) 

Chose elrange, Henri III ecrivait au raerae moment au 
prince d'Orange qu'il avail appris, malgre ies bruils con- 
traires, sa bonne volonte pour la paix, qu'il en avait fait 
part a Philippe II et I'avait assure que le prince d'Orange 
ne desirait rien tant que de lui rendre enliere obeissance, 
que Philippe II se monlrait bien dispose et que par suite 
le sieur de Revers (I'agent habituel des relatious entre 
Paris et la Hollande) lui ferait connaitre ce qui elait le 
plus a propos o pour le bien du pays et son interest parti- 
» culier {]). j> 

Leduc d'AIencon quitle la France malgre Henri 111, et 
le 12 juillet 1578 il fait son entree a Mons, porte dans une 
liliere. 

C'est Theron que le prince d'Orange envoie aussitol 
vers lui pour lui baiser les mains el lui dire combien il est 
sonserviteur (2); mais le due d'AIencon, inconstant et 
ingrat, hesite entre le comte de Lalaing et le prince 
d'Orange. Les catholiques qu'il veut flatter se fient peu en 
' u '> et il manque d'argent pour gagner les patriotes qui 
•erepoussenl. II faudrail faire quelques distributions, ecrit 
Mondoucet,et il ajoute : « Sans un escu donner, autant de 
» paroles etdevent!Cestemarchandise-la est decriee ! » (3). 
Le due d'AIencon eut voulu elre proclame souverain : on 
se bornera a le decorer du vain titre de Defenseur de la 
^berte belgique. 

Bellievre engageait le due d'AIencon a menager avec 

(1) Record Office, British museum, fonds Harley ; Archives de Siinan- 

(2) Letire de Mondoucet, du 16 juillet 1578. Lettre du prince d'Orange, 
.doucet, du 16 juillet 1578. Ms. 3277 de la Bibliotheque 



( <Si ) 
soin le prince d' Orange : « C'est un fort sage seigneur. 
* Voyez comme vous l'induirez a s'obliger a vous: sinon 
» vous sera enneray ou conlraire (1). » Le lendemain le 
due d'Alencon signait a Mons 1'engagement formel de 
laisser aux pays de Hollande, Zelande et Utrecht pleine et 
entiere liberie pour « se soubmettreau prince d'Orange el 
» le prendre pour leur seigneur et ses hoirs apres luy suc- 
» cessivement(2). » 

On ecrit le 6 aout 1579 au landgrave de Hesse a pro- 
pos du prince d'Orange : c Desirant se garantir, il s'ac- 
» coste des Francais, es mains desquels, s'il n'y a d'autre 
» rernede, ne faut douler qu'il ne livre le pays a telles 
» conditions neantmoins qu'il tiendra lousjours le gouver- 
» nail entre ses mains (5). * 

Le lendemain , Marnix declare a Utrecht, au nom du 
prince d'Orange, qu'il faut opler entre 1'Espagne et la 
France; et, en ce meme moment, Des Pruneaux remetau 
Taciturne une promesse secrete dont le texte est perdu, 
mais dont la portee sera determineepar un document pos- 

Cependant la resistance la plus vive se manifestejusque 
dans la famille du prince d'Orange, et Datenus reparais- 
sant au precbe dans cette ville de Gand ou sa voix est 
resteesi puissante, l'anathematise en disant qu'il ne connait 
d'autre Dieu que son ambition et son interet. Un fidele ami 
du Taciturne, Schwendi, est plus energique encore dans 



UP 



Nationale de Paris; Ghoei. * 



( m ) 

son langage : « Si vous traitez avec les Francais, lui ecrit- 
» i!, vous et les votres, vous serez abhorres de tout !e 
» raonde (1). » 

Ces remontrances restent sans effet. « Je ne cesseray, 
» ecritGuillaumedeNassauaDesPruneaux,afairetoutbon 
» debvoir ainsi que j'ay faict jusques a maintenant (2). » 
Et, un mois apres, Des Pruneaux lui repondait : « Mon- 
» seigneur, je commenceray en louant Dieu de la 
» bonne resolution qu'a vostre occasion la pluspart des 
> provinces ont prise; je le supplieray que vostre Excel- 
» lence recoive le prix que vostre labeur merite (3). » 

Dans l'intervalle qui separait ces deux lettres, les Etats 
de Hollande et de Zelande, auxquels se joignent ceux 
d Utrecht, ont decide que la souverainete absolue et la pro- 
tection de ces pays seront offertes au prince d'Orange (4). 

Les affaires etant ainsi assurees en Hollande, le Taci- 
turne se rend a Anvers pour presider aux mesures qui 
seront prises afin qu'on aille en France inviter solennelle- 
ffl ent le due d'Alencon a se rendre aux voeux, fort douleux, 
11 fout bien le dire, des populations. 

Le traite conclu au Plessis-lez-Tours le 19 septembre 
1580 reoferme la disposition suivante : a La Hollande et 

■a Zelande resteront ce qu'elles sont en ce moment 

sous le rapport de la religion et aulrement » : mots 
va gues « dont les interesses seuls connaissaient le sens 
* et la portee », dil M. Groen van Prinsterer (5). 

(1) Geoex T A , Pr,5stereh, t. VII, p. 229 (27 fevrier 1580). 

; 5 )Kt.VIi; P p.3lO(aTvr , ill580): 
f4 JBoa,l.xv,fo 197 . 



( m) 

Henri III avait subordonne son approbation a l'apaise- 
ment des troubles excites en France par les Huguenots. 
Des que ce resultat est obtenu, le due d'Alen^on reraet a 
Marnix un engagement qui confirme celui de Des Pruneaux 
de I'annee precedente et on se retrouve, comme garantie 
plus complete de l'authenticite, l'orthographe grossiere 
commune a tous sesecrils : 

« Nous, Fransois, due d'Anjou, en ratifian la promesse 
» que nostre cher et bien-aime le sieur des Pruneaux a 
» fail a mon cher cousin le prinse d'Orange le neufiesme 
» d'aout dernier passe, prometons audit sieur, lantostque 
» les estas nous aron chouesy pour prinse souverain de 
» tous les Pa'is-Bas, nous emploicrons nostre autorite 
» anvers les peuples pour recompanser ledit sieur prinse 
» et 1'aquiter des grans deptes dont il est hoblige en Alle- 
» emagne pour la levee des armees qu'il a conduites contre 
» les Espagnols pour la delivrance dudit pais; et en oullre 
» a rezon des grans el incroiables travaux portes par ledit 
» sieur prinse, avecque les perles des grans biens qu'il a 
b soufert, nous acorderons et acordons des a sete heure 
» que ledit sieur prinse et ses houers desandans en 
b drouecte ligne demeurent prinses et seigneurs souverins 
b de Holande et Zelande et Uutrec et en general ce qui 
» est des depandanses dudit gouverneman ; prometons en 
» fouez et parole de prinse le mintenir ct defendre anvers 
b tous et contre tous sans aucune exzansion, comme 
* aussy ledit prinse jure et promet de demeurer en bonne 
b et ferme intelliganse, comunication, amitie saincte et 
b parfaite avecques nous, nous faire a toutes hocasions 
b ires-humble servisse et procurer an tout et partout I'ad- 
b vanseman de nostre grandeur pardessus toutes cbozes. 
» El en confirmasion de ce que dessus, nous avons sous- 



( 187 ) 
» cript ce et signe Jes prezantes de nostre main, a Cotras, 

> se 29 d^cembre 4580(1). » 

Tel etait l'engagemeot secret et personnel qui touchait 
le prince d'Orange. 11 y en eut un second qui fut remis 
aux deputes de la Hollande; il etait concu en ces termes : 

« Nous, Francois, etc., promettons en foy de prinse que 
» pour le regard du contract que les deputes des fitals 
» Generaux des Pays-Bas ont conclu avecques nous, nous 
» ne contreviendrons a la promesse que nous avons faict 

> a monsieur le prinse d'Orange au regard de ceulx de 
» Hollande, Zeelande et Utrecht, laquelle nous lui avons 
» confirme par un acte signe de nostre main et date de 
» Mons le 48 aougt 4578, ains le maintiendrons en tous 
» les points, ne interpreters ledict contract au preju- 
» dice de la dicte promesse, mais laisserons les diets pays 
» de Hollande, Zeelande et Utrecht en leur pleine et entiere 
» liberie pour se soubsmettre au diet prinse d'Orange et le 

* prendre pour leur seigneur et ses hoirs apres luy 

» Donne a Bordeaux le 23 me de Janvier I'an 1584 (2). » 

Le prince d'Orange s'etait-il en effet engage a faire a 
toute occasion humble service au puine des Valois et a 
procurer en tout et partout I'avancement de sa grandeur? 
^'existence de cette promesse est probable, car nous la 
trouvons reproduite dans une lettre adressee le 4 cr juillet 
1584 a Des Pruneaux : » Je trouve bon toutes choses qui 
B concernent son service et I'avancement de sa gran- 
s' deur. (5) » 

0) Papiers de la reine Elisabeth, dans la collection du marquis de 
Salisbury, a HatGeld. 
(2) Recueil de pieces de XV1< Steele (papiers de Henri de Bloyere), 



( *88 ) 

Un vaste champ s'ouvre a J'ambilion du Taciturne. 

Le 14 mars 1581, les Etats de Hollande prennent 
nouvelle resolution par laquelle ils inveslissent le pr 
d'Orange de 1'autorite superieure jusqu'au 
de la paix : formule qui a pour but de calmpr I'opposition 
qui se manifeste dans plusieurs villes. Ceci est confirme" 
le 5 juillet, et trois jours apres le prince d'Orange jure de 
mainlenir les liberies du pays (1). 

Quelles etaien ten 1581 ces libertes? L'exercice de la 
religion catholique etait non-seulemenl prohibe, et le sou- 
venir des epouvantables tortures infligees par Sonoy etait 
encore present a tous les esprits, mais il etait aussi defendu 
de s'associer et de se reunir, d'imprimer un livre sans le 
soumettre a la censure, d'ouvrir une ecole sans obtenir 
une autorisation prealable (2). Jamais on ne parle plus de 
liberie que lorsqu'on s'en couvre comme d'un masque 
pour cacher I'oppression la plus violente. 

Cette dictature absolue ne suffisait pas au Taciturne. II 
declarait le 22 novembre 1581 qu'avant de prendre 
possession de I'autorite superieure, il voulait savoir quelles 
sommes ou quels domaines on mettrait a sa disposition (3). 
Cependant il accepte le 26 Janvier 1582 : on iui attribuera 
les biens des abbayes confisquees. 

Lorsque le due d'Alencon aborde au mois de fevrier 
1582 a Anvers ou le prince d'Orange place sur ses epaules 
le manteau qu'ont porte les anciens souverains du pays, 
lorsque les herauts Iui donnenl tous les litres dont ils ont 
ete investis, ce n'est la qu'une fiction; car le 2 mars 1582 



(1) Besolutien van Holland. 

(2) Voyez Bon, liv. XVI, f» 47 
(5) Resolutien van Holland. 



( i»9 ) 
Je due d'Aleneon remet au prince d'Orange une contre- 
lettre ou il declare que rien ne modifle la situation assuree 
a Ja Hollande et a la Zelande, qu'il a lui-raeme promis 
au prince d'Orange de maintenir. 

« Nous avons, dit-il, trouve bon de faire declaration 
> plus particuliere de nostre intention que ceulx de 
» Hollande, Zeelande et Utrecht demeureront au meme 
» estat qu'ils ont este, tant pour la pacification de Gand 
» comme par la promesse que nous avons faicte a nostre 
» cousin le prince d'Orange, voulant et enlendant qu'ils 
» y demeurent en leur entter (1). » 

Conformement a cette declaration, le prince d'Orange 
ecrivit le 6 raai 1582 aux Etats de Hollande qu'il conti- 
nuerait a se vouer a leur bien et a leur prosperite et que 
le due d'Aleneon n'entendait point qu'aucun autre noni 
figurat dans les actes publics (2). 

Le 14 aout 1582, par des lettres donnees a Bruges, le 
prince d'Orange, ne se con ten tant plus du role de protec- 
tee et de defenseur des provinces de Hollande et de 
Zelande, accepta le titre de comte de Hollande, de Zelande 
et de Frise (3). 

Le Taciturne, temoin de toutes les imprudences du due 
d'Aleneon, eut voulu 1'abandonner a sa fortune et se reti- 
r er dans ses nouveaux fitats, et il songeait, comme il 
1'avoua a Daniel Rogers, a se faire une residence inacces- 
sible de la citadelle de Flessinghe, jadis commencee par le 
due d'Albe, qu'il eut relevee de ses mains. 



( 190) 

Gependant Elisabeth, qui n'avait pas renonce au projet 
depouser le due d'Alencon, se plaignait du refroidisse- 
ment du prince d'Orange et lui rappelait qu'il avait ete le 
principal instrument de la venue du due d'Alencon aux 
Pays-Bas (1); et le Taciturne lui repondait en protestant 
qu'il n'avait rien tant a coeur que son service et sa gran- 
deur (2). 

La princesse d'Orange, plus sincere, ecrivait au due de 
Bouillon que le due d'Alencon ruinait toutes les affaires et 
que le prince son mari, en travaillant pour sa grandeur, 
n'avait atteinl d'autre resultat que d'irriter davanlage ses 
ennemis resolus a employer tous les raoyens pour le 
perdre. 

Arriva 1'echauffouree de la Saint-Antoine ou les bour- 
geois d'Anvers firent echouer le dessein du due d'Alencon 
d'introduire son armee dans leurs remparts. L'un des capi- 
taines francais, La Fougere, interroge par les magistrats 
de Bruges, declara que le prince d'Orange en etait instruit, 
et il est certain que son batard, Justin de Nassau, se trou- 
vait pres du due d'Alencon lors de sa tentative; mais le 
Taciturne augurait trop mal de I'imprudence du due 
d'Alencon pour s'associer a un projet qu'il blamait sans 
doute; il ne parut que lorsqu'il eut echoue et pour ame- 
ner une reconciliation que Ton croyait impossible et qui 
ne fut conclue qu'apres de nombreuses perip&ies et les 
plus penibles negociations. C'est en termes amers que ie 
Taciturne rappelle au prince francais le sincere devouement 
qu'il a mis a son service, n'ayant jamais eu rien plus a coeur 
que de le voir alteindre le but de ses desirs; il y avait 



(191 ) 

travaille de loutes ses forces, persuade qu'on ne pouvait 
en separer le bien du pays, et !e suppliait de suivre d'autres 
conseils. Cette lettre porlait pour toute suscription : « A 
» mon seigneur (1 ) » . Et, quelques jours apres il ecrit aussi 
a Catherine de Medicis pour lui faire entendre les memes 
plaintes, a I'asseuranl qu'apres le service de Son Altesse 
» il n'a rien autant en recommandation que le bien de la 
» couronne de France (2). » 

Ce qui liail le prince d'Orange au due d'Alencon , 
c'elaienl ces donations sans cesse repetees, tan tot des 
abbayes d'Afflighem, des Dunes ou de Messines, tantdt du 
corate d'Alost. Le prince francos, dans sa declaration de 
Coutras, s'etait engage a l'indemniser de toutes ses deltes, 
el il ne pouvait mieux faire afin d'oblenir qu'il lui conti- 
nual « la bonne et devote volonte qu'il voulail bien lui 
B porter (3). » Elisabeth, de son cote, protegeait encore son 
tiance, et le prince d'Orange n'osait la contrarier : « En 
8 tout ce que je pourray, lui ecrivait-il le 20 mai 1583, 
B ne feray faulte de me faire tres-humble serviteur de Son 
» Altese (4); » mais sa prudence l'avertissait de tenir de 
plus en plus les yeux fixes, non pas sur la fastueuse el 
ephemere devise ou Francois d'Alencon, comme depuis 
Louis XIV, se comparait au soleil, mais sur 1'oeuvre si 
Peniblement et si lenlement accomplie de sa propre ele- 
vation. 

Le 26 mars 1585, les Etats de Hollande decident de 



( 193 ) 

recevoir pour toujours et a perpetuite Ie prince d'Orange 
comme leur prince et seigneur et de I'inaugurer comme 
souverain, comte et seigneur (1). 

« Le diet d'Orange, ecrit le prince de Parme a Philippe II 
» le 21 juin 1583, continue tous jours la pralicque de se 
» faire declarer conte de Hollande et de Zelande, et le due luy 
» quitte et cede, comme Ton diet, son droict, promettant 
» de l'assister et maintenir pourveu que Ton fache le reci- 
• proque pour le maintenir en Brabant et Flandre (2). • 

Le due d'Alencon s'est retire en France (5), et le prince 
d'Orange a recu des fitats Generaux le gouvernement 
des Pays-Bas ; mais, afin que l'organisation speciale de sa 
souverainete ne soil en rien compromise, un traite d'union 
resserre, le 16 novembre 1583, les liens qui existent 
entre la Hollande, la Zelande et le pays d'Utrecht. Le 
caractere de cette federation est mieux determine quelques 
jours apres. L'acte par lequel le comte de Hollande est 
confere au Taciturne, est redige le 6 decembre et lui est 
remis le lendemain. Un nouvel article, adopte le 50 decem- 
bre, porte ce qui suit : a Apres la mort de Son Excellence, 
» les Etats des pays de Hollande, Zelande et Frise rece- 

1) HeiOtutien van Holland, Cf. la lettre des Etats de Hollande, du 



pla$a son eflBgie, mais laisss 

■hi royaume a Bruxelles. 
(3) Dans un memoire presente a la reine 
n peint le prince d'Orange : ^ 
without cause, full of choler, desire of revenge, 



( 193) 
> vront comme corate un de ses fils qu'ils jugeront le 
» mieux convenir a cette dignite. » On voulait exclure le 
corote de Buren eleve" en Espagne sous I'oeil de Philippe II. 
Le prince d'Orange a pu croire, selon ('expression d'un 
agent d'Elisabeth, qu'il avait atteint le but de ses longs 
tiesirs (1); mais cette fois encore I'opposition qui se mani- 
fesle de diverses parts, fait surseoir a la suite que cet acte 
comporte (2). 

II ne fallait pour retablir la position si follement ruinee 
par le due d'Alencon rien moins que 1'intervenlion du roi 
de France, et elle etait trop n&essaire pour qu'elle put 
etre desinteress&. 

Le 19 novembre 1583, les Etats-GSneranx, « afln que 
» la majeste du roy tres-chrestien soit de tant plus inclinee 
» a emprendre leur cause et querelle » decident de i con- 

* clure avec Sadicte Majeste* qu'advenant que son frere 
» vint a trespasser, cesdicts pays seront devolus a la cou- 

* ronne de France sur les mesmes articles et conditions 
1 de Son Alteze (3). > La mission qui est confiee en ces 
termes a leurs deputes, conduit a la convention du 15 avril 
Jo84 ou a cote d'un article qui porte que Ton remettra a 
Henri III deux villes ayant libre acces a la France, il en 
esf - un autre ainsi concu : « Et affin que le roy embrasse 
» l ant plus voulontairement la defifense desdicts pays, les- 

mcts Estats, oultre l'asseurance accordee desdicfes deux 



re, Gilpin ecrit de Zelande a Walsingham : Some diffi- 
wever il is thought his Excellencie shall possesse ye 
s so longe desyred. Record office, 
an Holland. Cf. une lettre d'Eberhard van Reidt, 



- *« r aiasTEBEB, t. VIII, p. 294. 
4 sl Recueild <* Etats-Generaux, t IV, p. ! 



( 194 ) 
j> villes, promettront et donneronl bons enseignements et 
* valables, que, venant Son Altesse a deceder sans enfanls 
> legitimes, les dits pays serontet demeureront perpetuel- 
» lenient unis et annexes a la couronne de France aux 
» mesmes conditions qu'ils estoient avec Son Altesse (i).» 

Le mot annexion est prononce. C'est la conclusion de 
cette politique, poursuivie depuis quinze ans, qui sous le 
vain pretexte d'affranchir la patrie pour la rendre inde- 
pendante et libre, 1'avait mise a Fencan et n'avait cesse de 
la trahir. 

Qnelques semaines plus lard, le due d'Alencon expirait 
d'epuisement et de honte; et les Etats-Generaux ecri- 
vaient a Henri III : « Bien vray est-il que nous a grande- 
» ment consoles l'espoir qu'avons d'avoir en son lieu, en 
» suivant les precedents accords, VostreMajeste pournostre 
» souverain seigneur, prince, pere et protecteur (2). » Le 
prince d'Orange (les Etats-Generaux en ce moment 
n'etaient que son docile interprete) mande au roi de 
France a peu pres dans les meraes termes quesa trislesse 
n'est diminuee que par les esperances qu'il met en 
lui (3). 

Henri (IT hesitait, et Pappui sur lequel il comptail le plus- 
allaillui manquer.Un Franc-Corn tois, du nom de Balthasar 
Gerard, avait ete envoye de France en Hollande pour por- 
ter la nouvelle de la mort du due d'Alencon au prince 




( 198) 

(TOrange, et celui-ci lui avait remis un message pour 
Schoonewal qui negociait avee Henri III. Cet agenl 
obscur de mysterieuses intrigues, c'esl 1'assassin du prince 
d'Orange. 

Le jugement impartial de I'histoire reconnaitra l'habi- 
lete et la perseverance du Taciturne; mais elle doit signa- 
ler aussi les ambages de sa conduite, la dissimulation de 
son Iangage,safroide ambition, sa constante preoccupation 
de ses interests personnels. Ce qui a surtout rendu son nom 
celebre, c'est la haine qu'inspiraient les Espagnols, c'est 
I'emploi des moyens auxquels on eut recours contre lui 
depnis le ban du 15 mars 1580 jusqu'a l'attentat du 10 
juillet 1584, c'est I'inttuence si considerable de la lntte 
qu'il soutint, sur la situation generate de l'Europe; mais 
assurement ce ne fut ni son patriolisme, ni son desinle- 
ressement, car sa politique n'eut qu'un but: le demembre- 
menl du sol national dont une part aurait ele reservee a 
lui-meme eldontl'autre aurait ete devolue a l'etranger. II 
ne revendiqua jamais le role de fondateur de la Republi- 
que des Provinces-Unies; il voulut elre et fut 1'ayeul de la 
dynastie des Nassau. 



( 1%) 

CLASSE DfcS BEAliX-AKTS 



M. Balat, directeur. 

M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents: MM. Edm. De Busscher, vice-directeur; 
L. Alvin, G. Geefs, Jos. Geefs, C.-A. Fraikin, le chevalier 
Leon de Burbure, Ad. Siret, Ern. Siingeneyer, A. Robert, 
Ad. Samuel Ad. Pauli. God. Guffens, F. Stappaerts, Jos. 
Schadde, membres; Alex. Pinchart, correspondant. 



CORRESPONDENCE. 



M. Ch. de Linas, membre de 1'Academie d'Arras, M 
hommage d'un exemplaire en bronze de la medaille frap- 
pee, en 1873, a I'occasion du centieme anniversaire d e 
cette Academie. — Remerciments. 



wi ) 



La Classe entend la lecture des rapporls suivants : 

1° De MM. Pauli, Schadde et Balat sur le deuxieme 

rapport de M. Eugene Geefs, prix de Rome pour 1'architec- 

t"re en i879; 
2° De MM. Geefs freres, Fraikin et Pinchart sur la 

reduction de la statue de Zenon, philosophe grec (envoi 

reglementaire, fait par M. Julien Dillens, prix de Rom? 

Pour la sculpture en 1877): 



3° De MM. Alvin, Robert, Slingeneyer et Guffens sur le 
tableau : La visile du medecin chez des paysans italiens 
(envoi reglementaire fait parM. De Jans, prix de Rome pour 
!a peinture en 1878). 

Ces appreciations seront communiquees a M. Ie Ministre 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Ln reglement de la corporation des artistes a Mons, en 
^92, par M. Ch. Piot, membre de I'Academie. 

Le XlX e siecle, a la fois si centralisateur etsi individua- 
te, comprend diffici lenient Fetal dela societe d'autrefois, 
oul au moyen age. A cette epoqueellerenfermait tous 
es ^ m ents necessaires a la creation d'un nombre infini 
e S0Uy erainetes et de petites nationality formant aulant 



( 198 ) 
de patries que d'agglomeralions d'habilanls, mais reliees 
entre eJles par un vasle reseau dissociations et par les 
liens de la feodalite. Arts, sciences, Industrie, commerce, 
tout tendait a la formation de corps nombreux dans la vie 
civile. L'etat religieux n'en etait pas plus exempt : Iescha- 
pitres, les monasleres, les chapellenies, les couvents, se 
multipliaient partout, en elablissant entre eux des liens de 
contra tern ite. 

En Belgique specialement cette tendance aux federa- 
tions, nominees anciennement conjurationes, se fit jour de 
tres-bonne heure. Au moyen age la societey etait composee 
d'un grand nombre de corporations, constamment en lutte 
les lines conlre les autres, s'atlaquant toujours a I'individu. 
Quiconque n'appartenail pas a une association, n'avaitpas 
le droit d'exercer son art, son industrie, son commerce : 
I'individu etait proscrit partout, son independance etait 
nulle. Personne, pas meme la representation de la nation 
par les fitats, ne pouvait echapper a la contrainte generale, 
sous peine de se voir exclure de la vie commune. L'indi- 
vidu n'avait pas droit a Texistence s'il n'appartenail a un 
corps, a une corporation, a une association quelconque. Les 
patriciens, les nobles eux-memes formaient des corps, on 
s'affiliaienl a un metier. C'etait le cas de rappeler avec 
Hamlet : elre ou ne pas etre, a moins de faire partie d'un 
corps. 

Cette situation dura jusqu'a la chute du regime ancien, 
vers la (in du XVIII* siecle. A cette epoque, la legislation 
nouvelle en France tendait dans ce pays comme chez nous, 
a la disparition complete de loutes les corporations, n'ini- 
porte leur nature. L'individualisme etait a l'ordre du jour 
pour revetir plus lard une autre forme, au moyen de 
laquelle les particuliers peuvent former des associations, 



( 199) 
libres de toules entraves, exemples de tout controle. En 
un mot la liberie dissociation sul concilier les deux ele- 

Lesbeaux-arls, aux allures si libres et si independantes, 
elaient obliges autrefois de eourber la tete devant les exi- 
gences des associations. Partoutdans les villes importantes 
deBelgique, il y avail des corporations d'artistes appelees 
aexercer une influence incontestable sur les destinees de 
'art plaslique. Une hisloire bien etudiee, clairement 
exposee de ces federations aurait I'avanlage de faire con- 
naitre cetle influence et d'en indiquer toute 1'importance. 
La raarche des differentes ecoles, leur action, leur forma- 
tion et leur decadence pourraient y etre developpees au 
moyen de 1'etude de ces corporations. 

Dans le but d'apporter un bien faible contingent a un 
travail semblable, nous dirons un mot du reglement 
accorde, le 19 juin 1592, par le magistral de Mons a la 
connetablerie des peintres, brodeurs, tailleurs d'images et 
verners de cetle ville. Ce document renferme des rensei- 
gnements precieux sur l'organisation de cette corporation 
a " XVl e siecle. 

Un reglement avail deja ete donne a Mons, le M juii- 



let 1487 



corps des fourbisseurs ou lormiers, des 



Peintres, des brodeurs, des tapissiers, des haute-lisseurs, 
es tourneurs, des potiers el des enlumineurs. Ce regle- 
nie nl, imprime dans un travail bien remarquable de 
M. Devillers, intitule : Le passe artistique de Mons (1), est 
tr op connu par cette publication pour nous permeltre d'en 
P ; 'rler p| us longuement. II en est encore un autre, men- 



archMogique de Mons, \ 



( 200 ) 
tionne d'une maniere tres-laconique par de Boussn dans 
son Histoire de Mons, au chapitre intitule : Elabluftemvti 
des metiers en corps de stile et connetableries avec le temps 
que leurs premiers statuts, regies et ordonnances ont ete 
accordez par les echevins et homologuez pa 



L'auteur se borne a y dire simplement : les peintres le 
Vljuin 1592, sans autres renseignements. 

Nous avons retrouve, non pas precisement le texte dii 
reglement cite par de Boussu, mais un resume tres-com- 
plet de cet acte, qui permet d'en reconnaitre toute I'eco- 
nomie. Au lieu de porter la date du 22 juin 1592, indiquee 
par I'hislorien de Mons, notre resume porte celle du 
19 juin de la meme annee. 

Selon ce reglement les eleves peintres devaient faire leur 
education artistique chez le meme maitre pendant trois 
ans, sans pouvoir le quitter, sous peine d'etre obliges de 
recommencer leur apprentissage. C'etail une mesure ten- 
dant a bien initier Televe au faire du maitre, premiere base 
de Tenseignement d'atelier; mais le terme de trois ans 
d'apprentissage n'etait sans doute pas celui au boutduquel 
l'eleve pouvait terminer ses etudes. On ne devient pas 
peintre en trois ans, meme avec les meilleures dispositions. 
C'etait une simple mesure preventive contre des deface- 
ments, toujours prejudiciables aux Aleves, comme aux 



Avant de 



pouvoir exercer Tart pour son propre c 



l'eleve devail produire ce qu'on etait convenu d'appeler 
vulgairement un chef-d'ceuvre, c'est-a-dire un travail des- 
tine a faire connaitre son talent, et a permettre aux juges 
d'apprecier ses capacites; le chef-d'oauvre etait, pour les 
peintres, un tableau d'histoire, d'apres un sujet indique 



(201 ) 
par Jes connetables et les maitres du corps. En premier 
lieu I'eleve devait soumettre sa composition aux chefs de 
l'associalion appeles a juger si elle £tait acceptable. Un 
second examen se faisait au moment ou la couleur de 
fond etait appliquee au tableau, sans doute pour juger des 
ions, de I'harmonie et d'autres details d'une premiere 
coloration. Enfln une troisieme inspection avait lieu au 
moment de I'achevement du tableau. C'etait la derniere. 
Elle etait decisive. 

Ou comprend facilement combien ces inspections a dif- 
ferents degres, ces revisions methodiques devaientexercer 
de 1'influence sur les eleves. C'etaient les moyens les plus 
surs de leur inculquer les bonnes traditions de l'ecole a 
•aquelle ils apparlenaient; ils se familiarisaient ainsi avec 
•'experience longuement acquise de leurs maitres; aucune 
exeentricite ne leur etait permise. L'adage : de I'audace, 
toujours de I'audace, si souvenl prejudiciable aux jeunes 
imaginations, etait remplace par celui-ci : de ('experience, 
toujours de I'experience, sans cependant proscrire comple- 
tement Pimagination ni les libres allures, sans crier a la 
profanation a propos d'une petite escapade etsans repous- 
ser completement un coup de crayon ou de pinceau, tant 
soil pen cavalier, surtout pendant la periode de la renais- 
sance. 

Les transformations qu'a subies l'art du peintre sont la 
pour le prouver. Devenu maitre a son tour, I'eleve restait 
loujours libre de faire de I'audace lorsque son talent avail 
passe par Tepreuve de I'experience ; mais aussi longtemps 
qu'il etait eleve, il devait suivre fatalement les errements 
du maitre. C'etait de regie. Lorsqu'une corporation puis- 
sante ou une commune ricbe faisait la commande d'un 
^bleau, celui-ci etait sou vent examine par les meilleurs 



( 202 ) 
maitres tie 1'epoque. II en etait de meme au moment de la 
construction d'un monument : J'ceuvre de 1'architecte etait 
inspected par plusieurs de ses collegues les plus recom- 
mandables, consequences immediates de la confraternile 
et de ('association. 

Les etoffeurs ou enlumineurs, c'esl ainsi qu'on les 
appelle aujourd'hui, devaient a Mons subir les memes 
epreuves avant de pouvoir s'etablir. D'apres le reglement, 
ils etaienl obliges d'appliquer d'abord a une figure ou a un 
objet quelconque, premierement une couleur blanche; puis 
ils devaient y mettre les tons definitifs, eten dernier lieu 
Tor bruni. Chacune de ses operations etait examinee sepa- 
rement par les maitres de la connetablerie. Excellente 
methode, tendant a conserver le bon gout, le bon sentiment 
et les bonnes traditions. 

On s'explique ainsi facilement la grande harmonie des 
tons appliques aux sculptures polychromees d'autrefois. 
Celles-ci portent loujours les marques de regies parfaite- 
mentetablies par une Iongue experience, preconiseepardes 
maitres habitues a ce genre de travaux, un point de depart 
bien different de celui admis de nos jours. 

Depourvu de toute experience, sans guide, sans educa- 
tion arlistique, denue de tout sentiment de I'harmoniedes 
tons, l'enlumineur moderne cherche generalement Iescou- 
leurs a effets, qu'un sentiment bien souvent vulgaire lui 
inspire. II n'a qu'un but, celui de plaire aux masses, toujours 
avides de tons heurtes. Ses creations portent ainsi fake- 
ment le cachet d'une vulgarite desesperante,en lous points 
dignede la multitude incompetente a laquelle il s'adresse. 

Aujourd'hui I'individualite, aidee d'un gout equivoque, 
a remplace les bonnes traditions de nos anciennes ecoles, 
si remarquables et pourlant si peu etudiees par les maitres 



(203) 
de la polychromie moderne. Est-ce a dire que l'art doive 
rester stationnaire et ne pas aller au dela des limites 
indiquees par l'experience de nos peres? Evidemment non. 
L'art doit subir des methamorphoses comme tous lesautres 
produits du genie de l'homme; il ne peut ni ne doit s'arreter 
dans sa marche. Mais n'a-t-il pas le droit, nous dirons meme 
I'obligation, de mettre a profit l'experience du passe, sans 
se faire plagiaire ; sans renier ou repudier toute action 
nouvelle? Seul le genie est appele a innover ; seul il est 
en droit de modifier les traditions, a condition de ne pas 
confondre les excentricites avec les innovations heureuses. 
Ce beau r6le n'appartient pas au premier vcnu. II y a 
beaucoup de gens qui raisonnent peu ou mal, ou auxquels 
le raisounement manque totalement. Ceux-la font mieux 
de suivre les bonnes traditions du passe, sans avoir la 
pretention de faire du neuf. 

Les precautions prises par le reglemenl precite en ce 
qui concerne les peinlres et les enlumineurs etaient aussi 
prescrites aux brodeurs et aux verriers. Les eleves de ces 
deux dernieres branches devaient subir des epreuves, 
appelees egalement a exercer la plus grande influence sur 
leur avenir artistique. IVetait pas brodeur et verrier qui 
voulail. L'eleve elait oblige de rester fidele aux traditions 
d 'un art, dont nous admirons encore les produits, toujours 
fonde sur une longue experience, passant de generation a 
generation. 

Nous donnons ici a litre d'annexe le texte du resume" 
d « reglement de 1592. II merite d'etre medite, non dans le 
°ut de le faire revivre au grand complet, mais pour en tirer 
P a «"li. L'humanite marche, mais ne revient jamais sur ses 
P a s, si ce n'est par suite d'une reaction momentanee ou 
a u moment d'une decadence complete. C'est a la bonne 



(204) 
critique, bien souvent repudiee par les hommes de tradi- 
tion, qu'appartient le droit d'en faire usage conformement 
aux id^es de 1'epoque; c'est a la bonne critique, sauve- 
gardee de tout radicalisme de parti pris, qu'appartient le 
droit de le meltre a profit dans l'interet de 1'enseignement 



ANNEXE. 



Precis des lettres de connetablerie accordees par le magistrat 
de la ville de Mons aux peintres, brodevrs, tailleurs 
damages, voiriers, et publiees le 49juin 1592. 

Peintres. — Ceux qui apprendront la peinture devront etre 
apprentifs trois ans sous maitre, sans le pouvoir abandonner, 
sous peine de recommencer, payer soixante sols pour droit 
d'apprentissage, le maitre charge" sous peine de quattre livres 
d'amende d'avertir aux connetables I'arrivee de l'apprentif et 
de prendre appaissement de sa conduite. 

Voulant ces apprentifs faire exercice et tenir boutique 
ouverte doivent faire pour chef-d'03uvre un tableau d'histoire, 
tel que les connetables et maitres le prescrivent, faisant un 
vidimus de son invention pour premiere visitte, ou les conne- 
tables cxaminent s'il est suffisant ; le leur donnant une seconde 
fois a visiter quand le tableau est blanchi et mis en couleur 
fausse, et pour la troisieme quand il est acheve. Parmi lequel 
cbef-d ceuvre juge suffisant et de la valeur de vint quattre 
livres pour le moins, ils sont maitres, en payant douze livres 



( 20S ) 

pour la connelablerie et Ja chapelle de Saint-Luc, et quattre 
livres pour salaire des connestables et maitres. 

Les etoffeurs doivent etoffer une figure ou autre chose, a 
I'ordre des maitres pour la dorer d'or bruni, a visiter trois 
fois, si corame quand elle est blanchie, quand elle est rasee et 
quand 1'ouvrage est aeheve. 

Si ce chef-d'oauvre est trouve suffisant, lesdits etoffeurs 
peuvent peindre de platte peinture et d'etoffiere d'or bruni, 
parmi payer les memes droits et salaire qu'est dit ci-devant. 

Brodeurs. — Tous brodeurs, pour exereer ledit stil, doivent 
etre apprentifs trois ans, sans pouvoir abandonner leurs mai- 
tres, sauf excuse legitime, et payer soixaute sols pour la cha- 
pelle. 

Et voulant tenir boutique, doivent faire, pour chef-d'oeuvre, 
une image d'or, une de sept soies de la hauteur d'un quartier 
et demi, le nud ou chanuure boute de cincq soies et la cheva- 
lurede trois choies, suivant patron a donncr par les conneta- 
bles; ce a travailler chez un des maitres et a visiter trois fois : 
la premiere quand on a ruge de 1'or; la seconde quand a nue 
quattre soies, et la troisieme quand 1'ouvrage est aeheve. Et 
s'il est juge suffisant, il est recu, en paiant les memes droits 
que ci-devant, a exereer 1'etat de brodeur, comme de tous 
le ras, et user de toute sorte de peinture entremelee avec la 
broderie. 

Tailledrs d'images — Ceux voulans apprendre le stile de 
tailleurs dimages doivent etre apprentifs trois ans sous mai- 
tr e, sans pouvoir abandonner, sous peine de recommencer, 
°e fut excuse legitime, et paler soixantesols les fils de inaitrc 

Et voulant tenir boutique ouverte, ils doivent, apres avoir 
la >t conster dudit apprentissage, faire pour chef-d'oeuvre une 
,m age haul de quattre pieds, a visiter trois fois : la premiere 



( 206 ) 

quand le modele est fait, la seconde quand il est anvanchie, et 
la troisieme quand il est acheve; pour droit douze livres a la 
chappelle, et pour salaire de visitte quatre livres. 

Les tailleurs d'enriehement doivent aussi faire chef-d'oeuvre 
d'un colonne corinthe de la menie hauteur que ci-dessus, enri- 
chie des branchasses, fouillages ou grottus sur le tiers d'icelle, 
a visiter trois fois, comme premis. 

Entendu que tous tailleurs de bois ou de pierre peuvent 
tailler tous traits de maconnerie quarrez, ronds et demis roods, 
et tenir un ouvrier assembleur pour faire cbose dependante 
de leur oeuvre, telles qu'epitaphes, tables d'autels, dorsales, 
sepulture et cloture tout enricbimens et ornement d egliscs, 
parmi etre recus raaitres et payer les memes droits et salaires 



VOIRIERS ET PE 

sous peine de recomraencer, ne fut excuse legitime et payer 
soixante sols pour la chapelle; les fils des maitres la moitie. 

Voulant tenir boutique ouverte, doivent au surplus fa» re 
chef-d'oeuvre d'un parcq d'histoire, tcls que les raaitres prescri- 
vent, d'un panneau de chambre de six pieds avec un parcq 
(lliistoiie au milieu, et faire le patron de ce panneau de > ,J » 
invention, qui sera visile trois fois : la premiere avec le fond 
et le trail premier, la seconde etant lave et enfonse, et la 
troisieme etant acheve; pour le droit et salaire duquel chef- 
d'oeuvre les m6mes sommes de douze livres, et quatre livres 
sont a payer. 

Tous voiriers besognant sur verre blanc doivent faire pour 
chef-d'oeuvre une verriere avea arraoiries limbrees en feuil- 
lagesdecouleur,et grave comme lesarmoirieslerequienii!, ' ur 
patron a donner par les maitres et a executer chez un deux, 
avec paiementdes memes droits et salaires. 



( 207 ) 

Ces quattre differens chefs-d'oeuvre devront etre rccom- 
meneez, s'ils ne sont pas achevez dans le terme de quattre 

Les compagnons etrangers apportans a Mons ouvrages de 
verrieres pour bourgeois ou eglises doivent payer une fois 
quarante sols a la chapelle. Les compagnons etrangers, pour 
faire chef-d'oeuvre a Mons doivent y avoir reside un an, ou 
appaise le magistrat de leur conduite. Et s'ils deviennent 
compagnons, ils doivent payer, aiant travaille un mois sans 
maitres, dix sols annucllement pour la chapelle. 

Delaissant leur maitre, sans avoir acheve leur piece et sans 
cause legitime, ils ne peuvent etre recus par d'autres maitres, 
sous peine de quatre livres au profit de la chapelle et conneta- 
blerie. 

Tout compagnon etranger ou autres travaillant de 1'une 
desdittes quattre professions en chambre ou fenelre ou secre- 
tement n'etant adniis a maitrise, pcrdra son ouvrage au profit 
que dessus. 

Ceux vendant tableaux paieront vint sols l'an pour la cha- 
Pelle, a la reserve de ceux venant de fa foire et procession. 

Ceux n'etant du stil des brodeurs ne peuvent user d'aucune 
chose en dependante, sauf les tapisseurs, qui sont chargez de 
f aire le merne chef-d'ceuvre, sous peine de confiscation de 
1 ouvrage pour l'ouvrage. 

Les connetables des brodeurs doivent etre avertis pour visit- 
er toutes broderies avant qu'elles puissent etre depacquettees 
a Moos de la part de ceux qui les introduisent pour les vendre 
°u vont querir de cette marehandise au dehors un salaire de 
Vl «t sols pour chaque visitte, et sous peine de douze livres 

foibrmea du regl eme nt. 

comme si elles avoienl leur marit maitres des quattres classes. 
Tous les trois ans les connetables et maitres doivent visiter 



(208) 

toutes les boutiques pour 1'execution et faire rapport des 
defaillans, pour les faire condamner aux loix et en rendre 
compte, presens ceux de la connetablerie ou magistrat, etlors 
Us doivent faire election des quattre autres connetables, qui 
preteront serment audit magistrat d'exereer leur etat bien et 
fidelement. 

Le surplus consiste en staluts pieux ou de ceremonies pour 
I'assemblee de laconnetablerie et sur intervention aux proces- 
sions ou offices du patron, et en etablissement des memes 



OUVRAGES PRESEJNTfiS. 



Juste (Theod.). — Pantheon national (1830-1880). Mons, 
1881; vol. in-12. 

Chalon (R.). — Les monnaies himyaritiques. Bruxellcs, 
1881;extr. in -8°. 

Romberg (Ed.). — A cote de la rampe, comedies et saynetes. 
Paris, Bruxelles, 1881; vol. in-12. 

Rembry- Rarth (D r .). — Histoire de Menin d'apres les docu- 
ments authentiques, tomes I-IV. Bruges, 1881; 4 vol. in-8 9 - 

ffarze (Em.). — Des mines a grisou et des depressions 
atmospheriques. Bruxelles, 1881; br. in-8° [2 exeraplaires]. 

Rodenbach (G.). — La mer elegante, poesies; preface de 
Jean Aicard. Paris, 1881; vol. pet. in-8°. 

— La Belgique, 1830-1880, poeme historique. Bruxelles, 
1880; br. in-8". 

— Les tristesses, poesies, 2™ edition. Paris, 1879; vol. 



( 209 ) 

Suripolos (AW.). — La question greco-turquc apres l'actc 
final dc la conference de Berlin. Bruxelles, 1881; exlr. in-8°. 

Mont (Pol de). — Melchior I en Melchior II, eene Kerstno- 
velle. Gand, 1880; br. in-8". 

— De Vlaamsehe schiklerschool sedert 1850. Tournai, 1881 ; 
t'xir. in-8°. 

— Mane, Thekcl. Phare-. nivthicsche inuzirkt.iirrcclen. 
1881; ex tr. in-8°. 

Diegerick [Alph.).— Essai de bibliographic yproise, 5 me fase. 
Ypres, 1881; cab. in-8°. 

Lejeune (Theoph.). - Monographies historiques et archeo- 
logiques de dmi.es l.u-.-.litrs dn llairiaul, Ionic HI. Mons, 
vol. in-8°. 

Exposition Internationale d'electricile, Paris 1881, section 
beige, catalogue officiel. Bruxelles, 1881; vol. in-12. 

Inatihti cartograpkique militaire. — Carte grave'e de la 
Belgique a l'echelle de '/ 400M : Durbuy et Paliseul, 55 el 64. 
Bruxelles, 1881; 2 cartes in-plano. 

_ V"see royal d'histoire naturelle. — Annalcs, tome VI, 
»"* panic, avec plancbes. Bruxelles, 1881; 2 vol. in-4°. 

la carte geologique de la Belgique. — 






ystemes • : hique pro- 

d-vice .hi ievr; Pl.uirlicflc d'Hasticre, 1881; 



tret/tag (/?.). __ Ba d Oevnhausen in West lab 
*8 ,J 8; br. in-8». 

A. Stat.-topogr. Bureau. — Besebreibung de 
^'eekarsulm. Stuttgart, 1881; vol. in-8°. 

•\«turwis$enschuftlicher Verein in Karlsruhe. - 
lu »gen, achtes Heft. Carlsrube, 1881 ; cah. in-8°. 



( 210 ) 

Physikalischer Verein. — Jahresbericht, 1879-80. Franc- 
fort s/m, 1881 ; br. in-8°. 

Natnrhistorischer Verein der preuss. Rheinlande, etc. — 
Verhandlungen, Jahrgang 37 und 38 mit supplement. Bonn, 
1880-81 ; 3 vol. in-8°. 

Naturwissenschaftlicher Verein von Hamburg-Altona.— 
Verhandlungen, neue Folge V. Hambourg, 1881 ; in-8°. 

ffistorischer Verein fur Steiermark. — Mittheilungen, 
XXIX. Heft. Gratz, 1881 ; vol. in-8°. 



Ameiuqoe. 

Sheafer (P. W.). — The anthracite coal fields of Pennsyl- 
vania and their exhaustion. Harrisbourg, 1881 ; br. in-8°. 

Barcena {Mar.). — Fenoraenos periodicos de la vegetacion. 
Mexico, 1881 ; br. in-8°. 

John Hopkins University, Baltimore. — Studies from the 
biological laboratory, vol. II, n° 1. Baltimore, 1881 ; cah. \n-&'- 

California Academy of sciences. — Proceedings, 1881. San 
Francisco, 1881; 2 br. in-8°. 

Museu nucional do Rio do Janeiro. — Archivos, 18 78 > 
3° e 4° trimestres. Rio de Janeiro, 1878; cah. in-4°. 

Ministerio de Fomento. — Anales, tomo IV. Mexico, 1881; 
vol. in-8°. 



Castan [Aug.). — La confrerie, 1'eglise et l'hdpital de Saini- 
Claude des Bourguignons de la Franche-Comtea Rome. P ar,s ' 
Besancon, 1881 ; vol. in-8°. 

Matton (L.-P.). — Appendice a la quadrature du cercle. 
Lyon, 1881 ; br. i 



( 211 ) 

ffouel. — Catalogue du musee Orfila. Paris, 1 881 ; vol. in-8<>- 

Heron-Roy er et Van Bambeke (Ch.). — Sur les earacteres 
foumis par la bouche des t&ards des Batraciens anoures 
d'Europe. Paris, 4881 ; extr. in-8°. 

Gosselet (/.). — Esquisse geologique du nord de la France 
et des contrees voisines, 2 e fascicule : terrains secondares, 
texte et planches. Lille, 1881; 2 vol. in-8°. 

Unas (Ch. de). - Causeries iconoographiques a propos 
de quelques ceuvres d'art recerament entrees au Musee du 
Louvre. Paris, Arras, 1881 ; extr. in-8°. 

Collin (£.). — Du diagnostic des affections pulmonaires de 
nature arthritique et de leur traitement par les eaux sulfu- 
reuses sodiqucs et arsenicales de Saint- Honore. 4 e edition. 
Paris, 1881; vol. in-8". 

Faye (If.). Cours d'astronomie de l'Ecole polvtechnique, 
t" partie. Paris, 1881 ; vol. in-8°. 

MinisteredeV Instruction publique.— Archives des missions 
scientifi ques e t litteraires, 3 m « serie, tome VII. Paris, 1881 ; 






nneenne de Normandie. — Bulletin, 3 mt serie, 



volume IV, 1879-80. Caen, 1880; vol. in-8". 

Musee d'histoire naturelle de Caen.— Annuaire, I" volume, 
*880.Caen;vol.in-8'. 

Societedes antiquaires de la Morinit. — Memoires, t. XVII, 
^aint-Omer, 1881; vol. in-8». 

, SQciiu zoologique de Frame. — De la nomenclature des 
etres or ganises. Paris, 1881 ; br. in-8". 

Societe linneemie delyon. — Annales, tomes XXVI et XXVII. 
L >on, 1879-80; 2 vol. gr. in-8-. 



(212) 



Grande-Bretagni 



Royal Society , London. — Proceedings, vol. XXXI, n osw 206- 
211; vol. XXXII, n- 212-214. Transactions, vol. 171, parts 
2 and 3; vol. 172, part 1. Londres, 1880-81 ; 12 cah. in-4° 



Accademia pontificia de' nuovi Lincei. — Atti , anno XXVIU- 
XXXIII, 1874-80. Rome, 6 vol. in-4°. 

R. Accudemia dei Lincei — Atti : Memone della classc di 
scienze fisiche, etc., vol. V-VU; Meraorie della classe di scienze 
morali, etc., vol. IV e V. Rome, 1880; 5 vol. in-4°. 

Accademia d'agricoltura arli e commercio di Verona.— 
Memorie, vol. LV1I, fasc. 1 e 2. Verone, 1881; 2 cah. in-8' 



, Rotterdam. 1881; 
vol. in-4°. 

Donders en Engdmann. — Onderzoekingen gedaaii in he 
physiologisch laboratorium , 3 de reeks, VI, 1. Utrecht, 1881; 
vol. in-8°. 

Institut royal grand-ducal du Luxembourg. — Publication* 
de la section des sciences naturelles, tome XVIII. Luxembourg- 
1881 , vol. in-8°. 



BULLETIN 

L'AGADEMIE ROYALE DES SCIENCES, 

LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 
1881. — JN<* 9-10. 

CLASSE DES BEAUX-ARTS. 

Seance du 8 septembre 4881. 

M. Balat, directeur. 

*'• Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Edm. De Busscher, vice-directeur ; 
L ; Alvin, N. De Keyser, G me Geefs, Jos. Geefs, C.-A. Frai- 
k ">, Ed. Fetis, J. Porlaeis, le chevalier L. de Burbure, 
Alex. Robert, F.-A. Gevaert, Ad. Samuel, God. Guffens, 
membres; Alex. Pinchart et J. Demannez. correspondents. 

M. Mailly, membre de la Classe des sciences, assiste a 
la stance. 



( 214 ) 
CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de 1'Interieur fait savoir que les prix insti- 
tues pour les poemes fran^ais et flamand destines au 
concours de composition musicale de celte annee ont et6 
decernes : 

A M. Gustave Lagye, a Schaerbeek, auteur du poeme 
francais ayant pour titre : Les fdles du Rhin, avec la 
devise : Un plan simple et quelques situations colorees; et 

A M. Charles Bogaerd, a Laeken, auteur du poeme 
flamand ayant pour titre : Scheppingslied, avec la devise : 
Licht. 

— Le meme Ministre transmet une copie du proces- 
verbal du jugement du grand concours de gravure pour 
l'annee 1881. 

D'apres ce document, le grand prix, dit prix de Rome, 
consistant en une pension de voyage a I'etranger pendant 
quatre ans, a ete decerne a Tunanimile a M. Louis Lenain, 
d'Estinnes au Val (Hainaut); 

Un second prix a ete vote a M.Guillaume van der Veken, 
d'Anvers. 

Les resultats de ces concours seront proclames en 



— Le comite pour le monument a eriger au roi Victor- 
Emmanuel II a Florence adresse le programme des condi- 
tions du concours ouvert pour l'execulion d'une statue 
equestre, en bronze, d'une grandeur non inferieure au 
double du vrai. Ce concours sera clos le 31 decembre pro- 



(215) 

— Sur la demande de M. Alvin, president de ia Com- 
mission pour 1'inauguration du monument Wiertz, a 
Ixelles, la Glasse delegue MM. Guffens et Robert a cette 
ceremonie, fixee au 2 octobre prochain. 

— La Classe decide le renvoi a M. le Ministre de l'lnte- 
rieur d'une communication anonyme demandant 1'ouver- 
ture d'un concours annuel et permanent pour la composi- 
tion d'un chceur pour voix d'hommes, avec sujet facultatif, 
au choix et suivant le temperament des concurrents. 



RESULT ATS DU CONCOURS ANNUEL. 



La Classe entend la lecture des rapports : 
"1° De MM. Gevaert, le chevalier de Burbure, Samuel et 
Fetis sur le memoire portant pour devises : « Je n'ai pas 
besoin d'esperer pour entreprendre, ni de reussir pour 
perseverer » (Guillaume d'Orange, XVP siecle), et « Ou 
Peut-on elre mieux qu'au sein de sa famille? > (Quatuor de 
Lucile, opera de Gretry.) > 

En reponse a la question : Faire une etude critique sur 
'« vie et les oeuvres de Grelry, elude fondee autant que pos- 
sible sur les documents de premiere main; donner I'ana- 
l U&e musicale de ses outrages, tant publies que restes en 
manuscrit; en fin, determiner le role qui revient a Gretry 
**ns Vhhtoire de I'art au XVIII* siecle; 

2° De MM. Portaels, Alvin et Pinchart sur les deux 



( 216 ) 
memoires portant pour devise : le 1" <r Hatez-vous lente- 
ment d et le 2 e « Littera scripta manet. » 

En reponse a la question : Determiner, en s'appuyant 
sur cles documents authentiques, quel a eie, depuis le com- 
mencement du XIV e siecle jusqu'a Vepoque de Rubens 
inclusivement, le regime auqueletait soumise la profession 
de peintre, tant sous le rapport de I'apprentissage que sous 
celui de Vexercice de I'art, dans les provinces constituant 
aujourdliui la Belgique. 

Examiner si ce regime a ele favorable ou non au deve- 
loppement et au progres de I'art. 

Conformement au reglement, la Classe se prononcera 
dans sa prochaine seance sur les conclusions de ces 
rapports. 

SUJETS B'ABT APPLIQUE. 

PEINTURE. 

On demande le carton d'une frise decorative qui serait 
placee a cinq metres du sol dans un monument public, et 
representant le Commerce maritime. Prix 1,000 francs. 

Six cartons ont ete re^us : 

Le premier porte pour devise : In labore tenax, sur- 
monte d'une ancre; 

Le second porte pour devise : Fraternite ; 

Le troisieme — Ocean; 

Le qualrieme — JVti/ ne na it mailre; 

Le cinquieme — p ar terre et par mer; 

Le sixieme _ Werken versterkt. 

La Classe, adoptant les propositions de la section de 



(217) 
peinture, vote le prix a I'auteur du carton n° 6 portant 
pour devise : Werken versterkt. 

L'ouverlure du billet cachete fait savoir que ce carton 
est de M. Eugene-Pierre-Charles Broermann,de Bruxelles. 

Une mention honorable a ete votee a I'auteur du carton 
n° 5 porlant pour devise : Ocean. L'auteur est prie de faire 
savoir s'il accepte cetle distinction et s'il aulorise, en 
consequence, l'ouverlure du billet cachele renfermant son 
nom et son adresse. 



( n prix de six cents francs avait ete propose pour la 
meilleiire gravure a Veau- forte, executee en Belgique 
depuis le 1" seplembre 1879 jusqu'aul" septembre 1884; 
vuvre originale ou produisant une production d'un 
maitre de Vecole nationale , ancien ou moderne. 

La Classe avait re?u : 

1° Une gravure, d'apres un tableau de M. L. Dansaert, 
et poriant pour devise : Audaces fortunajuvat; 

2° Une gravure, representant le tableau de Jordaens, du 
Miisee de Bruxelles, le Satyre et le Paysan; 

5° Deux gravures representant : 1° un paysage Pres 
Bruxelles; 2 11 Hiver, et portant pour devise : Travail et 
Proyres. 

La Classe vote le prix a I'auteur de la gravure du tableau 
de Jordaens, M. Danse, professeur a l'Academie des beaux- 
arts de Mons. 

Les resultals de ces concours seront egalement procla- 
mes en seance publique. 



(218) 



CLASSE DES SCIENCES. 



Seance du 8 octobre 1881. 



M. Liagre. secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Edm. de Selys Longchamps, 
Gluge, Melsens, F. Duprez, J.-C. Houzeau, Em. Candeze, 
F. Donny, Steichen, Brialmont, Ed. Dupont, Ed. Morren, 
Ed. Van Beneden, C. Malaise, F. Folie, Ed. Mailly, 
J. De Tilly, F.-L. Cornet, Ch. Van Bambeke, A. Gilkinet, 
membres; E. Catalan, associes; G. Van der Mensbrugghe, 
W. Spring, et E. Adan, correspondants. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'Jnte>ieur fait savoir qu'aux termes 
de l'article 1" du reglement pour Ies prix quinquennaux, 
la septieme periode du concours pour Ies sciences nalu- 
relles sera close le 51 decembre prochain. 

II demande que la Classe veuille bien lui transraettre en 
temps utile la liste double de presentation des candidats 



(219 ) 
pour la composition du jury qui sera charge de juger ce 

La Classe s'occupera de cette liste dans sa prochainc 
seance. 

— Le rneme Ministre adresse une expedition de son 
arrete du 7 aoiit dernier nommant les delegues beiges au 
congres international des eleclriciens, de Paris, parini 
lesquels figurent les deux membres designes par la Classe, 
MM. Maus el Montigny. 

11 adresse en meme temps pour les membres, les cor- 
respondants et pour la Bibliotheque, des exemplaires du 
catalogue de la section beige de l'Exposition inlernatio- 
nale d'electricite. 

— M. le Ministre de l'lnterieur envoie un exemplaire 
desouvragessuivanls: 

1° Geologie de la Belgique, par M. Mourlon, 2 vol. in-8°; 

2° Les Exposes de la situation administrative des 
neuj provinces, pour I'annee 1880, volumes in-8°; 

5° Flora batava, 2o5 e et 254 e livraisons, in-4°. 

M. le colonel d'etat-major Adan, directeur de 1'institut 
carlographique militaire, presente, au nom de M. le 
Ministre de la Guerre : 

1° Les feuilles XV (3, 4, 7, 8) et XXIII (de 1 a 8(revi- 
sees en 1879), et formant la 1" livraison de la deuxieme 
edition de la Carte topographique de la Belgique, a 
•'echelledul^OOO 6 ; 

. 2° La 14 e livraison de la Carte gravee de la Belgique, a 
I'echelle de 1/40,000% comprenan ties feuilles de Huy, de 
%>a et de Sugny ; 

5° Deux exemplaires de la 2 e edition de la Carte de la 
Belgique, a Techelledu l/520,000 e . 



( 220 ) 

M. Ie colonel d'etat-major E. Adan, par ordre du meme 
Ministre etapres remise de semblable document au Depar- 
temenl de l'Interieur, depose sur Ie bureau de la Classe 
un specimen de la Carte geologique execute a I'lnstitut car- 
tographique militaire par un procede realisant la fusion 
des cartes du sol et du sous-sol. 

D'apres M. Adan, ce procede figuratif, donl les premieres 
applications ont ele faites au commencement de 1880, a 
neeessite trois innovations cartographiques qui lui donnent 
un caraclere particulier absolument beige, a savoir : 

1° Le trait topograpbique est polychrome par systemes 
ou par terrains, au gre du geologue; 

2° Les divisions des systemes ou des terrains soot 
tigurees par de simples limites; 

5° Les limites sont en teintes stratigraphiques et peu- 
vent etre nuancees pour les sous-divisions. 

Ces principes de cartologie geologique sont exposes 
brievement dans une notice dont il fait hommage a 1'Aca- 
demie et a tous les membres de la Classe. 

La carte reproduit le leve de M. le capitainedecavalerie 
Delvaux, execute sur la planchette de Renaix et accepte 
par M. le iMinislre de l'Interieur. 

Un deuxieme exemplaire montre ce que Ton obtiendrait 
en appliquant le meme procede a un trait topographique 
grave specialement en vue de l'impression de la carte geo- 
logique. Les details sont simplifies, le nombre descourbes 
de niveau est diminue, en un mot la topographie est incom- 
plete. 

M. Adan remet en meme temps , pour la Bibliotheque 
et pour les membres, des exemplaires de la brochure inti- 
tulee: Cartologie geologique beige, 1881, in-8°. 



(221 ) 

La Classe vote des remercimenls pour ces dons ainsi 
que pour les ouvrages suivants offerls par les auteurs : 

1° Sur le passage des projectiles a travers les milieux 
resistants. Sur I'ecoulement des solides et sur la resistance 
de fair au mouvement des projectiles, par M. Melsens 
(19septembrel88l);extr. in-4°; 

2° II parafulmine Melsens, memoria lelta all' Academia 
olimpica di Vicenze, il febbraio 1880, dal socio prof. Giu- 
seppe cav. Nardi. Vicence, 1881; in-8 u (presente par 
M. Melsens) ; 

5" Materiaux pour la faune entomologique des provinces 
deNamur et de Luxembourg (Coleopteres), par M. Alfred 
Preud'homme de Borre. 2 broch. in-8°; 

4° Memoria interna al sistema nervosa del palcemonetes 
varians, da Adriano Garbinj, Padoue, 1881 ; brocb. in-8°. 

— L'Institut venitien des sciences, Iellres et arts envoie 
,e programme de ses prix. 

— Le comite de la ligue internationale des anti-vacci- 
nateurs adresse les circulaires relatives au deuxieme con- 
gres qui se tiendra a Cologne du 10 au 15 octobre 1881. 

~ M. \V. Spring demande le depot dans les archives 
d'un billet cachete : sur la formation desorageset le siege 
de lelectricite atmospherique. — Accepte. 

— M. Paul Samuel demande a pouvoir retirer sa notice 
bur un nouvel appareil a decrire les ellipses , sur laquelle 
'I n 'a pas encore ete fait de rapporl. — Accorde. 

— Les travaux manuscrits suivants sont renvoyes a 
•'examen de commissaires : 

1° Sur ane machine dynamo-e'lectrique a solenoide 



( 222 ) 
inducteur (avec 1 planche), par le capilaine d'arlillerie 
F. Plucker. — Commissaires : MM. Maus, Montigny el De 
Tilly ; 

2° Sur la delimitation el la constitution de I'etage houil- 
ler inferieur de la Belgique (avec 1 planche), par 
M. J.-C. Purves. — Commissaires : MM. Briart, Cornet et 
Dupont; 

3° Sur quelques sur faces algebriques a courbure moyenne 
mille, par M. J. Deruyls, candidat en sciences physiques 
et mathematiques, a Liege.— Commissaires: MM. Catalan, 
Folie et De Tilly; 

4° Livello altimetrico e planimetrico per uso delle fer- 
rovie (avec planches); par 1'ingenieur Michel Viparelli- 
— Commissaires : MM. Liagre, Houzeau et Adan ; 

5° Lettre de M. A. Daussin, de Dinant, concernant la 
production de courants electriques. — Commissaire : 
M. Valerius. 



Notes sur les cometes b et c de 4881; par M. F. Terby. 



« M. F. Terby a soumis a la Classe, dans noire seance du 
6 aout, une note, accompagnee de figures, sur la secoode 
comete ou comete 6 de 1881. Ses observations ontete 
faites avec le refracteur de Secretan qui lui a servi dans 
ses recherches sur les planetes, notamment celles sur 



(223) 
Mars; !e grossissement a varie de 38 a 180. L'aspect 
general a ete en outre etudie avecdes iumelles de theatre, 
etarceilnu. 

La figure, la longueur et la direction de la queue sont 
representees jour par jour, depuis le 50 join jusqu'au 
18 juillet, sur une carte dressee d'apres 1'atlas de Dien. On 
aurait pu desirer que l'echelle de cette carte fut un peu 
plus grande {1). L'apparence generate de la queue, 1'ine- 
galite de ses deux bords, tant en eclat qu'en longueur, font 
l'objet d'un dessin typique. Puis viennent, avec les descrip- 
tions correspondanles, dix dessins de la lete et de la che- 
velure,ou Ton voit les curieuses aigrettes que les differenls 
observateursontconstatees. 

Je pense qu'il y a lieu d'inserer cette note, avec les 
deux planches qui l'accompagnent, dans le Recueil de nos 
Memoires in-8°. 

L'auteur a depuis adresse a TAcademie une autre note 
analogue, relative a la comete c J 881 . J'ai 1'honneur de 
Proposer a la Classe d'ordonner egaleraent i'impression de 



(»jl!r 



premiere, 



c »ments a M. Terby. 

M. Liagre, second commissaire, ayant partage 
Houzeau, la Classe adopte ces conclusions. 



(224) 



La substance micacee des filons de Nil-S'-Vincent; 
parM.A.Renard. 



« La note presentee par M. A. Renard a pour objet la 
description et l'analyse d'une substance micacee, designee 
communement sous le nom d'argile. Elle est associee aux 
mineraux ou filons de la carriere de Nil-S l - Vincent. Elle 
parait devoir etre exprimee par la formule 

[(Si 03R2) -+- 7 (APO 5 , Si 2 )+ 9H20]. 

Le mineral est nouveau pour le pays. La notice figurera 
avec avantage dans le Bulletin de VAcademie. » 



« De meme que mon savant confrere, j'ai 1'honneur de 
proposer l'inserlion du travail de M. Renard dans le Bul- 
letin de VAcademie. 

J'ajouterai cependant que la substance durcie jaunatre, 
que Ton a pu confondre, a tort, quelquefois avec une argils 
se retrouve, a ce qu'il m'a paru , dans !e filon d'arsenopy- 
rite de Court-S^Etienne. D'autre part, du mica ecailleux 
argenlin, en petits paquels, a ete rencontre dans la car- 
riere de Trois-Fontaines, a Nil-S'-Yincent. » 

La Classe a adopte ces conclusions. 



225 ) 



Recherches experimentales sur la relation qui existe entre 
la resistance de fair et sa temperature; par M. A. Him, 
associe de l'Academie royale de Belgique. 



« Pour faire un rapport circonstancie sur le Memoire 
important que notre savant associe a fait a l'Academie 
1'honneur de lui adresser, il aurait fallu le temps de Tetu- 
dier dans tous ses details. 

Ce temps nous a manque. 

Nous nous bornerons done a presenter les quelques 
considerations que la lecture de ce travail nous a sugge- 
rees a premiere vue. 

Conslatons d'abord que l'idee originale en est tres- 



M. Hirn a vu, dans Phypothese de Clausius sur les gaz, 
le moyen de determiner a priori la resistance de ceux-ci, 
el '1 a cherche a etablir experimentalement si la formule 
d e cette resistance se trouve verifiee. 

D'apres ses experiences, il n'en est rien. 

^est la evidemment le nceud de la question. Les expe- 
riences de M. Hirn, tres-interessantes certainement, et 
a uxquelles il a apporte de grands soins, sont-elles absolu- 
'"entconcluantes? 

^oila surtout le point que nous aurions tenu a examiner 
( | ans tQ us les details. Les loisirs nous ont absolument fait 
defaut. Nous ne presenterons done que sous forme dubi- 
btite les critiques que ces experiences ont fait naitre 
dans noire esprit. 



(226) 

Nous nous sommes demande d'abord si, dans les con- 
ditions ouelles ont ele faites, la masse du gaz renfermee 
dans la bombonne est restee parfaitement constanle, en 
d'autres termes, si M. Hirn a pris le soin de peser rigou- 
reusement la bombonne avant et apres l'experience. 

Le paragraphe qui precede immediatement le releve de 
la quatrieme serie de ses experiences, et l'absence de toute 
mention de pesee nous ont donne quelques doutes a ce 
sujet. 

En second lieu , nous ferons remarquer que la loi de 
resistance, deduite par M. Hirn de l'hypothese de Clausius, 
se rapporte au mouvement d'un disque dans un fluide 
indefini de densite constante, et que cette condition n'est 
pas realisee dans ses experiences. Nous irons meme plus 
loin : ces experiences, sur la resistance opposee par legaz 
au mouvement altematif d'un pendule dans une cageher- 
metiquement close, ne peuvent pas nous inspirer une con- 
fiance absolue, quant a la recherche de la loi de resistance 
au mouvement rectiligne dans un gaz indefini. 

Enfin, elles ont ele" mainlenues dans des limites trop 
restreintes pour qu'on puisse en admeltre les resultats 
comme vrais a toules temperatures, meme dans les condi- 
tions du mouvement alternatif en vase clos. 

La formule de resistance deduite par M. Hirn de ThyP ; 
these de Clausius indique que cette resistance est, a 
densite constante, proportionnelle a la racine carree de la 
temperature absolue. 

Or les temperatures entre lesquelles M. Hirn a opere 
sont comprises entre H° et 50° centigrades. 

Pour ces limites, on a des temperatures absolues cor- 
respondantes de 284 et 523, dont les racines carrees sont 
46,85 etl7,9o. 



( 227 ) 

On voit par la qu'il est bien difficile, dans les limites 
entre lesquelles M. Hirn a opere, d'infirmer le resultat de 
la theorie de Clausius, a supposer meme que les expe- 
riences aient ete i'aites dans un fluide indetini de densite 
constante. 

Tout en reconnaissant done le merite du travail de 
M. Hirn, et en rendant surtout un hommage merite a 
l'idee tres-ingenieuse qui lui a servi de point de depart, 
nous pensons que de nouvelles experiences sont neces- 
saires pour verifier ou pour infirmer la loi de resistance 
deduite de l'hypothese de Clausius. 

Nous ajoulerons quecette loi nous parait a priori ration- 
ale, et que nous aurions, au contraire, quelque peine a 
admettre qu'un accroissement de temperature, qui produit, 
a densite constante, un accroissement de pression du gaz, 
Q e produirait aucun accroissement dans la i 



ce gaz au mouvement d'un disque (d). 

Est-il necessaire de dire que, quelle que soit l'hypothese 
qui rendra le mieux compte des phenomenes physiques 
e * mecaniqnes, nous ne voyons, dans la victoire de l'une 
ou de Tautre, aucun argument qui soit de nature a 
renforcer la theorie materialiste ou la theorie spiritualisle, 
el que l'hypothese de Clausius, que nous admeltons jusqu'a 
preuve du contraire, ne nous a jamais paru contradictoire 
av ec nos convictions, qui sont tout au moins aussi spiri- 
tuahstes que celles de notre savant associe, avec qui nous 
sommes heureux de nous rencontrer sur ce terrain. 



( 228 ) 
Malgre les doutes que nous avons exprimes, avec toutes 
Ies reserves qu'exige l'etude trop peu approfondie qu'il 
nous a ete permis de faire du travail de M. Hirn, nous ne 
lui en sommes pas moins reconnaissant de lhommage 
qu'il a bien voulu en faire a l'Academie; et, en proposant a 
la Classe d'ordonner l'impression in extenso du travail de 
notre savant confrere dans ses Memoires in-4°, nous la 
prions de lui voter des remerciments pour cetle bienveil- 
lanle communication, et de l'engager a nous contiouer ces 
marques de sa sympathie. » 



< Ainsi que l'a declare mon savant confrere , M. Folie, 
le memoire que notre eminent associe, M. Hirn, aadresse 
a l'Academie comme temoignage de reconnaissance, touche 
a des questions si diverses et si imporlantes, qu'il faudrait 
consacrer un temps bien long pour etre a meme de Tap- 
precier d'une facon detaillee; aussi je me vois egalement 
force de donner un simple apercu de ce grand travail, en 
me bornant toutefois a la partie experimentale et aux con- 
sequences theoriques qui en decoulent. 

La resistance d'un gaz au mouvement des corps qui ) 
sont plonges est-elle une fonction immediate ou seulement 
mediate de la temperature? en d'autres lermes, cette resis- 
tance varie-t-elle avec la temperature, quand la densite 
du gaz est maintenue parlaitement constante? Telle est la 
question principale que 1'auteur s'est propose de resoudre. 

M. Hirn avance que si la resistance d'un gaz n'est reel- 
lement qu'une fonction indirecte de la temperature et n e 
varie qu'avec la densite du fluide, il faut de loute neces- 



(229) 
site aDandonner les idees servant de base a la theorie cin6- 
lique des gaz. Convaincu a juste litre que les sciences 
speculalrices doivent avant tout s'appnyer sur des faits 
bien demontres et soumis a une discussion severe, l'habile 
physicien s'est livre a des experiences bien remarquables 
et fort ingenieuses, qui se subdivisent en quatre series : 
les trois premieres se rapportent au cas ou la pression du 
gaz demeure la meme, mais ou la densile est variable : 
dans la quatrieme serie, la densite reste la meme, landis 
que les variations de temperature donnent lieu a des pres- 
sions differenles. 

II serait trop long de decrire ici toutes les precautions 
prises par Tauteur dans ses trois premieres series d'expe- 
riences dans le but d'augmenter l'exactitudedesresultats; 
je dirai seulement qu'il en deduit la consequence suivante : 
la resistance d'un gaz ne s'accroit pas par le seul fait 
d'une elevation de temperature, independammenl du chan- 
gement des densites. A l'effet de rendre cette conclusion 
plus rigoureuse, M. Hirn a enlrepris sa quatrieme serie 
^'experiences, ou il opere sur une meme masse de gaz 
naaintenue a volume constant, et ou il mesure la resis- 
tance du fluide en faisant varier la temperature. 

Voici comment Tauleur decrit l'appareil dont il a fait 
usage : 

« Dans une bonbonne de verre, fermee hermetique- 
roent par un bouchon de caoutchouc vulcanise, se trouve 
suspendu a un til d'acier trempe au bleu une lame de verre 
de m ,4015 de longueur sur ra ,0266 de largeur et pesant 
^01^,85. Le point d'attache du fil a la lame est place de 
telle sorte que ce pendule ou balancier de grande surface 
(relative) se tient horizontalement, un peu plus basque 
lequateur de la bonbonne. L'extremite superieure du lil 

5™ StRlE, TOME II. * 6 



(230) 
est fixee au centre d'un tube de cristal presque capillaire 
traversant a froltement doux le bouchon de caoutchouc et 
coude a angle droit a sa sortie. Par une seconde ouverture 
percee dans le bouchon penelre un tube de verre double- 
men I reeourbe en siphon don l Tune des doubles branches 
est a moilie remplie de mercure : ce manometre a air lihre 
fait ainsi connailre a chaque instant les variations de pres- 
sion et par consequent de temperature du gaz renferme 
dans la bonbonne. Celle-ci est placee sur irois piliers de 
bois eleves, dans Tinterieur d'une cage de verre tres-spa- 
cieuse d'ou son col sort a I'air libre. I/air de ccltc cage 
peut etre chanfle et agite vivement a l'aide d'une plaque 
de carton altachee a une ligede verre sortant par leplan- 
cher de la cage. » 

Pour faire osciller le pendule Fauteur fait alleralter- 
nativement, dans un sens et dans l'aulre,le coude du tube 
de cristal a la branche verlicale duquel est attache le fil 
de suspension; une disposition ingenieuse permet d'aug- 
raenter rapidement l'amplitude des oscillations du pen- 
dule. M. Him a trouve qu'on ne peut accroilre indefiuinient 
celte amplitude, et s'attache a montrer qne le maximum 
atleint par elle est du non pas a un defaut d'elasticite 
parfaite de 1'aeier, mais presque exclusivement a la resis- 
tance du gaz. 

L'auteur cherche ensuile la loi des oscillations du pen- 
dule, d'abord en supposant nulle la resistance du fluids 
puis en admettant que cette resistance croisse propor- 
lionnellement au carre de la vitesse du corps. D'apres le 
calcul, Famplitude maxima des oscillations est alors inde- 
pendanle de la force d'elasticite du ill de suspension de 
pendule, de sorte que, pour une meme disposition de Tap" 
pared, Tamplitude des oscillations ne varie qu'avec la 
resistance du gaz. 



(251 ) 

Tel est le resultat que M. Hirn a soumis au contr6Ie de 
l'experience : en faisant varier la temperature entre 11° 
et SO C, il a trouve" en realite que, la densite du fluide 
demeurant eonstante, la resistance demeurait la meme 
malgre les variations de la temperature. 

Ce fait est en opposition directe avec celui qu'a deduit 
M. Clausius de la theorie cinelique du gaz et d'apres lequel 
la resistance varierait, toutes choses egales d'ailleurs,en 
raison directe de la racine carree de la temperature 
absolue. 

Mais, ainsi que l'a deja fait remarquer le savant premier 
comniissaire, les variations de la temperature absolue entre 
les hmites 275 -+- \\ et 273 + 50 ne sont-elles pas trop 
faibles pour permettre a l'auteur d'enoncer une conclusion 
generale et rigoureuse quant a rindependanee de la resis- 
tance du gaz et de leur temperature? Sous ce rapport, la 
these de notre savant associe me parait devoir s'etayer 
sur des experiences ou les limites de la temperature sont 
sufiisamment ecartees pour dissiper tous les doutes pos- 
sibles. 

M. Hirn passe alors a la seconde partie de son travail, 
intitulee : Consequences qu'a, pour la theorie moderne du 
?«', Vindependance absolue de la temperature et de la 
resistance de ces corps. 

Pour sa voir si la formulequi rattache,dans celte theorie, 
la temperature d'un gaz a la vitesse moyennede ses atomes, 
m erite la confiance des physiciens , l'auteur se propose le 
Probleme suivant : 

Co disque plan de surface S se meut, dans un milieu 
indettni avec une vitesse eonstante V suivanl une direction 
Perpendicula'rre a sa surface : quelle est la valeur de la 
f °rce motrice qu'il faudrait depenser a chaque instant 
Pour conserver au disque celte vitesse eonstante? 



(232) 
Si j'ai bien compris les calculs de l'auteur, ceux-ci sup- 
posent implicitement qu'on puisse negtiger le rapport de 
la masse (Tune particule gazeuse a celle du corps choque; 
dans ce cas, le solide eprouve-t-il une perte sensible de 
force vive? est-on des lors aulorise a altribuer a la resis- 
tance du gaz un effet appreciable sur le mouvemenl du 
corps? A cet egard, 1'analyse de l'auteur semblerait confir- 
mer precisement les resultats de sa quatrieme serie d'expe- 
riences. Mais en admettant meme la parfaile rigueur de 
1'analyse de M. Hirn, en vertu de laquelle la perte de force 
vive du disque est une fonction immediate de la tempera- 
ture, a-t-on le droit de l'invoquer pour combatlrc la theorie 
cinetique des gaz, altendu que,d'apres I'observation deja 
faite par M. Folie, le probleme resolu par l'auteur suppose 
un milieu indelini an lieu d'une enceinte hermetiquement 
fermee,comme celle de sa quatrieme serie d'experiences? 
Ce qui a raffermi les doutes que la lecture de la partie 
experimental du memoire de M. Hirn a fail naitre dans 
mon esprit, c'esl que les experiences de O.-E. Meyer, 
Stefan, Clerk Maxwell, Puluj, Kundt et Warburg surle 
frotlemenl interieur des gaz ont accuse une influence 
incontestable de la temperature. 

Je suis oblige de terminer ici Tapercu du grand travail 
de notre savant associe,car le temps m'a fait absoluineni 
del'aut pour etudier la 5 mc partie relative aux Reflexiont 
sur la theorie moderne qui rapporle I'ttniversalite des p' ie 
nomenes a des mouvements de Catome materiel. 

En resume, malgre mes apprehensions et mes doutes 
sur 1'exactilude rigoureuse des raisonnements de M. B"*; 
et specialement sur la porlee immense qu'il assigne au.t 
resultats de ses quatre series ^observations, je nhesiie 
pas a me rallier aux conclusions du savant premier cow 



( 235 ) 
missaire; comme lui, j'ai l'honneur de proposer a la Classe 
d'ordonner 1'impression du travail in-extenso dans les 
Memoires in-4°, de voter des remerciments a l'auleur et 
de l'engager vivement a continuer ses rapports sympathi- 
ques avec l'Academie. » 



« Lorsque j'ai eu l'honneur de deposer,dans la seance 
du 2juillet, le Memoire que notre illuslre associe M. G.-A. 
Hirn faisait parvenir a l'Academie, a litre d'homraage de 
reconnaissance, et avec priere de bien vouloir nommer des 
cotnmissaires charges d'examiner ce travail, j'avais cru 
pouvoir en donner un resume tres-succinct, en ajoutant 
quelques mots au litre de chacun des chapitres ou des 
divisions du travail. Meme, apres les rapports de mes 
savants confreres, je crois pouvoir rep&er une partie 
de ce que j'avais ecrit a ce sujet. 
^ Le but de J'auteur a ete de constaler : Si la resistance 
du n gaz au mouvement des corps qui s'y meuvent,est une 
fonction immediate, ou seulement une fonction mediate de 
la temperature. 

* L'idee d'une semblable recherche paraitra bizarre, 
5 peul-etre meme absurde. II me suffira pour en effacer ce 
» caractere, pour en montrer au contraire la haule impor- 

* tance, de demontrer que l'emploi et 1'existence de cette 

* nouvelle fonction de temperature seraient une conse- 

* quence forcee de l'exactitude de l'hypothese par laquelle 

* on pretend aujourd'hui & peu pres generalement expli- 

* quer la constitution des gaz et la nature de la chaleur, 

* de demontrer que cetle hypothese tombe, s'il est experi- 



(254) 
» mentalement prouve que R (la resistance) n'est qu'one 
j> fonclion indirecte de la temperature et ne varie qu'avec 
» la densite (I). » 

Experimeotateur et observateur avanl tout, I'auteur 
decrit avec detail les quatre series d'experiences qu'il a 
failes et les quatre appareils dont il s'est servi; il donne 
des tableaux detailles des resultats obtenus. 



son Tram de mecanique (seconde edition, qui a paru en is-w. 
pages 55 a 41, §§ 36a, 366 et 367), S.-D. Poisson analyse la 
la resistance des fluides, fondee sur la consideration qu'elle est 
suite de chocs du mobile conlre les molecules da milieu ij» ' ;1 



fluide au choc des corps, et s 



Comme I illustre geometre fait allusion a la tempdratur, 
je crois devoir transcrire icice passage de son livro: ii 
des recherches de M. Hirn n'est ni bizarre, ni absurde, et que Poisson, 
il y a 50 ans, la considerait comme importante. 



i i forme, oppose: 
ompose d'un froltement conlre 



, surface, 
e surface 



i .I.J.. citf (n« 191) (1). Cette force peul etre differente dans le mouvemeni 
i oscillatoire et dans le mouvement progress!! 

> les gaz ; el dans ceux-ci, elle peut dependre de leur tempi 

> pas seulement de leur densite, ce qui serait important a verifier pa f 

On me permeltra de souligner, dans ma citation, les mots temperature 



( 233 ) 

Les trois premieres sont faitesa pression c 
densite variable; il en discute les resultats, les irregula- 
rites meme; quoi qu'il en soil, elles prouvent que la resis- 
tance de Fair « ne s'accroit nullement par le seul fait de 
» Televation de temperature, independamment du chan- 
> gement des densites »; mais l'auleur a voulu faire une 
derniere serie d'experiences pour mettre sa conclusion a 
l'abri de toute critique. 

Cetle quatrieme serie d'experiences a ele faite a den- 
sites constantes et a pressions variables. 

Mon savant confrere M. Van der Mensbrugghe ayant 
decrit l'appareil dont M. Hirn a fait usage, je constaterai 
seulement que l'auleur avait rencontre dans ('execution 
des experiences des difficulty tellement grandes qu'il avait 
fini par croire qu'il etait impossible de s'appuyer sur une 
methode, qui parait Ires-simple, pour constater si reelle- 
ment la resistance des gaz est une fonction immediate de 
la temperature; il s'agissait de la melhode qui consislerait 
aoperer sur une meme masse de gaz maintenue a volume 
et , par suite, a densite invariable et de mesurer la resis- 
tance en faisant varier la temperature sur la plus grande 
echelle possible du thermometre. 

« Ce n'est,dit-il, qu'apres de longues reflexions et apres 

* de notiveaux efforts, que je suis parvenu a vaincre 

* les obstacles et a eliminer des erreurs qui, par leur 
■ apparence de regularite et de Constance, etaient de 

* nature a fausser les conclusions d'un physicien moins 
9 sceptique que je ne le suis devenu a I'egard de mes 

* propres travaux. > 

Je peose qu'il me suffira de dire que la determination de 
to resistance des gaz, mesuree a l'aide de ce dernier appa- 
ll , consiste a observer rigoureusement le mode d'oscilla- 



( 236) 
tion d'un pendule particular, rlecrit avec detail, I'amplilude 
des oscillations pouvanl servir a trouver la valeur de la 
resistance, lorsque cette amplitude est devenue constante a 
la suite d'un travail mecanique, facile a evaluer. L'ensera- 
ble des procides d'experimentation et de calcul se rattache 
au principe de 1'equivalence des forces. 

Cependant, sous une forme dubilative, mes deux savants 
confreres ont fait a cette derniere serie d'experiences des 
objections qu'il est de mon devoir de signaler. 

lis pensent que les limites de temperature, H*C el 
50°C,sont trop restreintes. En effet, en complant en tem- 
peratures absolues, 284°C. el 323° C, les racines carrees de 
ces nombres 16,85 et 17,95 n 'oflrent qu'une difference de 
(> pour cent environ; de plus, l'un d'eux aurail desire que 
M. Hirn prit, avanl et apres l'experience, le poids tie la 
bonbonne dans laquelle il operait. 

lis font remarquer, en outre, que, dans 1'hypotbese de 
M. Clausius, la loi de la resistance se rapporte au mouve- 
ment rectiligne d'un disque dans un fluide indefini, landis 
que M. Iiirn opere dans un espace hermeliquement clos et 
que la resistance opposee par le gaz, dans son experience, 
est due au mouvement alternatif d'un pendule. 

Je crois devoir faire remarquer que la question se 
debatlra enlre nos deux illustres associes MM. Clausius et 
Iiirn el entre tous les savants qui se sonl occupes de la 
question de la theorie des gaz et des resistances qu'ils 
opposentaux corps qui s'y meuvent; les receuils de I'Aca" 
demie seront, j'ose l'affirmer d'avance, largement mis a 
leur disposition et nos recueils deviendront le champ clos 
ou la question se debattra au grand profit de la science et 
de la verile. 

M. Hirn aura sans aucun doute une rude lutte a sop- 



(257) 

Les critiques moderees et dubitalives de mes savants 
confreres sont done de nature a provoquer ces lutles, 
courtoises toujours, dans lesquelles les adversaires sont 
mus par Je desir d'arriver a la connaissance de la verile. 

Je ne sache pas que des experiences aieni ete failes en 
vue de prouver que les !ois de la resistance des fluides 
appliquees aux pendules ne soient pas applicables au cas 
du mouvemenl rectiligne dans un milieu indeiini. Je crois 
cependant, sauf eneur de ma part, que I'analyse de 
Poisson sur la chute des corps et sur le pendule, le demon- 
irenl, mais le temps me manque pour vender celte asser- 



<^e> <!< Pai s, le -2-2 a a 18.11 . t . .1 1 . d us ' t. XI des M u re> 
1'Academie. Je a t a ce que Poisson dit, dans 

1 Ira'lf >{.. mccauique, a propos de la resistance qu'eprouve un corps 



ut que la vitesse initiate lors de sa proj 

raiions^utL " 

des 51 13 et 14 du memoire que j'ai deja 

Je reproduis les principaux passages de ces paragrapues. Apres avoir 
n m lie, dans le § n« 13, le theoreme de Huygheus sur la reciprocile des 
«es de suspensi - n eherche a demontrer que ce 



que le p, 

11 resulte de l'aualyse de Poisson que : 



(238) 
On sait que c'esl a Dubuat que l'on doit la connaissance 



i du centre de gravite, que repondront les oscil 

> dans le vide. On verra de meme que la duree de cl 
i la meme dans le vide autour des deux axes, 

> rapproche du centre de gravite que repondront 



pendule d'une autre form<\ I 



Us de pression qui peuvent troubler son mouvemeu 
:sions du pendule sont p> u coum I -mblt - relativemeii 
ige, on concoit que cette influence des ondcs reflector 

; iblissemenl 



» du pendule, decuple de son rayon c, an | 

» tout a fait nulle et insensible, s'il <1 ",i« nt parallele a ceite direction. 

• Lorsque les parois de la cage formeront une sari 
» condensations de fair relatives aux ondes n I 



» surface ; mais alors < 



( 239 ) 
que la resistance eprouvee par les corps doues d'un mou- 
vement circulate ou de rotation aufourd'un axe fixe n'est 
pas absolument la meme que pour les corps animes d'un 
mouvement rectiligne parallele. 

Autant qne je puis en juger, il me semble que M. Hirn 
a tenu coraptede toutes les circonstances qui peuvent in- 
lervenir en donnant les details de ses trois premieres series 
d'experiences. 

Le premier commissaire de l'Academie aurait desire que 
M. Hirn prit le poids de la bonbonne dans laquelle il fait 
mouvoir le pendule;or, ce serail la une experience des 
plus difficiles, eu egard au volume et au poids considera- 
bles de la bonbonne compares a la pcrte de poids d'une 
partie du gaz qu'elle renferme. 

^'objection de notre confrere me parait devoir dispa- 
raitre par la forme merae que M. Hirn a donnee a l'appa- 
•reil; il dit en effet : Dans une bonbonne de verre , ferm6e 
hermetiquement par un bouchon de caoutchouc vulca- 
nise, etc... Si la bonbonne est fermee hermetiquemenl, je 
ne vois pas comment le gaz peut en sortir par une augmen- 
tation de pression interieure, ou y rentrer par suite d'une 
augmentation de la pression exterieure. 

L'appareil porte du reste un manometre : qui fail con- 
naitre, d chaque instant, les variations de pression et,par 
suite, la temperature du gaz renferme dans la bonbonne. 
Cette bonbonne fonctionne done comme un veritable, mais 
immense thermometre a air. 

Hemarquons, en outre, que M. Hirn tient constammenl 
conipte des variations barometriques et qu'il a constate, 
ainsi, la sensibilite extreme de Vappareil; a temperature 
constante, des variations barometriques de m ,005 modi- 
faient tres-nettement Vamplilude de I 1 'oscillation. 



( 240 ) 

Je dois encore ajouler un mot a propos de l'observation 
de mes confreres, au siijet des limites restreintes dans les- 
quelles M. Hirn a pu experimenter; notre illustre associe 
s'est vivement preoccupe de la question. Je crains d'alte- 
rer son experience en la resumant et je copie un passage 
du Memoire : 

« On peut se demander si dans les limites relativement 
» restreintes des variations de temperature ou j'ai du 
» operer, l'effel produit sur la resistance a densite con- 
» stante ne m'eut pas Ichappe. L'une de mes exp6- 
» riences (1), faites a dessein pour repondre a cette ques- 
d tion, est tout a fait categorique. 

d La temperature etant portee de I2°9 a 47°25C»#«* 
» variation de densite de I'air, l'amplitude des oscillations 
> pst rosipe invariable en apparence. D'apres l'equation 
,, cette variation de temperature repond a une 



p-pV 



:sr>,7:i 



Afin de constater s 



pour reconnaitre une aussi faible variation de p, P l 
laisse* la temperature de l'air constante et egale a 1- y ' 
mais j'ai fait, en donnant plus de pression, croitre la den- 
sill dans le rapport de 1 ,0o&4; en d'autres termes : je 1 ai 
portee de 1,197 a 1,267. Or, dans ces nouvelles condi- 



nplilude des oscillations, mesuree a 1 
jle, s'est abaissee de l m ,662 a l ro ,< 



, CrV.- 



difference de ra ,022 depasse de beaucoup la limite de> 

avec la bonbonne romp!: 



( 241 ) 
erreurs possibles d'observation. Nous sommes done cer- 
tains que la resistance des gaz au mouvement des corps 
solides ou liquides qui y sont plonge's rCest point une 
fonclion immediate de la temperature; et d'apres ce que 
nous a demontre la discussion ci-desus, nous sommes 
certains aussi desormais : 



II m'a paru necessaire de citer les passages qui prece- 
dent pour monlrer non-seulement avec quels soins et 
quelle exactitude experimental M. Hirn a opere, mais 
pour faire ressortir, en meme temps, qu'il a du se poser 
une serie d'objections avanl d'en arriver a des conclusions 
aussi formelles, j'allais dire aussi radicales, que celles qu'il 
prend dans une question qui, sans aucun doute, sera le 
sujet de nouveaux travaux et de nouvelles controverses. II 
m a paru necessaire de signaler expressement ces passages 
de crainte de voir une certaine mefiance se produire a 
priori, au sujet de cet important travail danslequel M. Hirn, 
comme je le repelerai encore, rend plusieurs fois un ecla- 
( ant hommage a M. Clausius et a la fagon dont il a expose 
'a theorie des gaz. 

5Ion savant confrere M. Folie, auquel la loi de M. Clau- 
L, us parait rationnelle, emet une opinion generate, con- 
forme a celle qui admet que la resistance des gaz est fonc- 
l| on de la temperature; il dit en effet : puisque le choc du 
disque produit une augmentation de temperature, ces deux 
Pnenomenes peuvent etre consideres comme equivalents. 
Quoi d'eionnant des lors qu'une augmentation de tempe- 



(242) 

ralure proditise un surcrnit de resistance < 
du disque ? 

On me permeltra de faire observer que M. Hirn admet 
aussi que la tbeorie de M.Clausius est rationnelle; on verra 
plus loin dans quels termes il rend hommage au grand 
analyste. 

Je veux bien admetlre le raisonnement de mon con- 
frere M. Folie, en faisanl toutefois remarquer que c'est 
un simple raisonnement et qu'il faut encore recourir a de 
nouvelles experiences pour confirmer ou pour infirmer les 
opinions de M. Hirn; mais en attendant ce que l'avenir 
produira, nous pouvons, je crois admettre, d'apres les 
experiences que je viens de citer, qu'elles jeltent le plus 
grand doute sur V opinion qui admet que la resistance est 
fonction de la temperature, alors que les qualre series 
d'expe>iences de M. Hirn, que les deux premiers- conimis- 
saires de l'Academie considerent comme etant remar- 
quables, tres-ingenieuses, executees avec les plus grands 
soins, demontrent le contraire. 

Ceci pose, je continue Pexamen de 1'important travail 
qui nous est soumis. 

Je ne m'arrele pas a l'anahse mathemalique qui suit 
1'expose des experiences; je puis la supposer etre absolu- 
ment exacte, puisque mes savants confreres, compet ents 
dans la question, n'ont fait a ce sujetaucune observation; 
je me contenle de citer succinctement les conclusions^ 

1° L'amplitude des oscillations du pendule est exclusi- 
vement fonction de la densite du gaz contenu dans l'appa- 
reil, ou le pendule execute ses oscillations; et nullenacnt 
de telle autre cause, comme par exemple, de la nature du 
fil de suspension, agissant comme ressort. 

2° A densite constanle, les variations de temperature 



(243) 

n'ont absolument aucune influence sur ramplitude des 
oscillations et, par consequent, elles n'ont aucune influence 
sur la resistance, d'ou il suit : 

« Que la resistance des gaz n'est point une fonction 
» immediate de la temperature, v 

L'auteur va plus loin; il se demande si, pour un merae 
gaz, la resistance est exaclement proportionnelle a la den- 
site et si elle est surtout proportionnelle aux seules densiles, 
quand on passe d'un gaz a un autre ? 

Les experiences et le calcul donnent une reponse affir- 
mative a la premiere question; quant a la seconde, M. Hirn 
conclut : que menu pour deux gaz differents , la resistance 
est, a fort pen , U a la seule densite. Les 

experiences ont ete faites dans Pair, I'acide carbonique et 



Les physiciens experimentateurs liront, sans aucun 
dome, cette exposition avec le plus vif inleret. Comme dans 
tant d'autres travaux, noire confrere a fait preuve d'un 
esprit invenlif, d'un courage hors ligne pour la recherche 
de la verite. J'ose dire, en attendant le jugemenl du raonde 
scientifique, que l'Academie est heureuse d'avoir un associe 
aussi merilant, cherchant a entretenir avec elle de telles 
relations scieutifiques, el pour ma part je suis heureuxde 
savoir que M. Hirn compte parmi nous de xerilables amis. 

L'expose et 1'analyse de la quatrieme serie d'experiences 
est suivie d'un chapitrc intitule : Consequences qua, pour 
'a theorie modeme des gaz, V independence absolue de la 
temperature et de la resistance de ces corps. 

Dans la physique moderne, depuis que la thermodyna- 
mique a demontre le grand principe de ['equivalence des 
forces, ou comme M. Hirn l'admet, leur substitution 



(244) 
mutuelle, lorsque Tune d'elles semble disparailre dans les 
experiences, il y a une tendance generate a expliquer les 
phenomenes des imponderables (des agents, de la chaleur, 
de la lumiere, de 1'electricile, da magnetisme), par des 
mouvements vibratoires de la matiereou de 1'atome materiel 
lui-meme; il s'ensuit que la notion primitive de force, 
considered comme cause de mouvement tend a disparailre, 
pour etre remplacee par celle du mouvement pur et simple 
de la matiere elle-meme. 

M. Hirn, apres avoir signale cette tendance, qu'il a t° u " 
jours combattue, examine la maniere dont M. Clausiusa 
explique les phenomenes de la chaleur, et, rendant un 
eclatant hommage a noire illustre associe, il reproduit 
l'expose qu'il avait donn6, a ce sujet, dans son « Analyse 
elementaire de I'Univers. » 

L'hypothese de M. Clausius,etendue aux gaz, a uncarac- 
tere de clarte et de simplicile remarquables; elle se laisse 
facilemenl traduire en symboles matheraatiques. Dans cette 
th^orie, les gaz pourraienl etre representes par un assem- 
blage de billes elastiques, animees de vitesses tres-grandes, 
mais assignables et non infinies. Ce sont les chocs de ces 
billes elastiques (atonies, molecules) con Ire les surfaces 
resistantes qui constitueraient ce que nous appelons 
pression des gaz et des vapeurs ; c'est la vitesse relate 
qui constituent ce que nous appelons la temperature, 
vitesse variable, par suite, avec la temperature et variable 
d'un gaz a l'aulre pour une meme temperature. Ici M.Hirn 
inlervient a la fois comme analysle et comme experimen- 
tateur. 

Comme analyste, il demonlreque, si cette hypo*^ 
admise pour expliquer les fails est correcte et reellenien 
vraie, il en resulle que la resistance des gaz au mouvement 



(24S ) 
des corps solides ou liquides, qui y sont plonges, doit 
dependre directement de Ja temperature du gaz dans 
lequelon experimente, ou dans Iequel le corps resistant se 
raeut, c'est-a-dire de la vitesse actuelle des atomes ou 
molecules (des billes elastiques) ; en d'autres ternies : un 
gaz, tenu a volume et, par suite, a density invariables, 
doit resisterd'autant plus au mouvement du corps qui s'y 
meut, qu'il est plus chaud. 

line fois cette relation demontree analyliquement, notre 
associe a appele l'experience a son aide, par les trois 
methodes que j'ai rapportees tres-succinctenent, mais sur- 
tout par la qualrieme, veritable modele d'experience et 
d'analyse dont l'auteur a le droit d'etre fier a juste litre. 
Or, l'experience est decisive : il est prouve que la tempe- 
rature ria aucune influence sur la resistance des gaz; elle 
la modifie quand elle peut modifier la densite; et, en ce 
sens, on fait varier directement la resistance en faisant 
v arier la densite, sans alterer la temperature. 

Si I'analyse par Iaquelle l'auteur etablit la dependance de 
■a temperature et de la resistance des gaz, dans Thypothese 
modeme, estcorrecte, il est demontre que cette hypothese, 
tout en conservant son caractere explicatif des fails, est 
fausse; et, avec elle, tombe tout l'echafaudage des hypo- 
theses explicaiives, presentees aujourd'hui comme verites 
demontrees quant aux phenomenes de chaleur, de lumiere 
d'electricite 

Ce que je viens de dire prouve l'importance du travail 
de noire confrere; il y a dans son oeuvre une donnee des 
P'us importantes pour la science considered au point de 
vu e le plus eleve; aussi, dans une leltre qu'il m'adressait 
» l'auteur nie disait-il : < La demonstration de la relation 



(246) 
forcee qui, dans i'hypothese moclerne , s'etablit entre la 
temperature et la resistance des gaz, me semble un fait 
capital, en ce sens, qu'il donne prise directe a I'expe- 
rience pour la verification, ou pour la refutation de tout 
un ensemble d'hypolheses du meme ordre. — \oici trois 
ans que je suis arrive a etablir analyliquement cette 
dependance, et il m'a semble tellement inoui que per- 
sonne ne soit encore arrive a ce resultat, que je me suis 
mefie de moi-meme, et que j'ai cru etre dans I'erreur. 
J'ai repris mes raisonnements, sous toutes les formes 
possibles et toujours je les ai gardes en portefeuilledans 
ia crainte de m'etre trompe. Aujourd'hui je suis sur que 
j'ai frappe juste. » 

Le dernier chapitre est intitule : Reflexions critiques sur 

doctrine moderne qui rapporle I'universatite des pheno- 

enes a des mouvements de I'atome materiel. 

II me parait necessaire d'exposer succinctement les 

opinions de I'auteur qui en accepte la responsabilite, les 

commissaires d'une Academic n'etant, en fait, pas forces 

de se prononcer, ni de faire un choix entre les diverse 

opinions, surtout lorsqu'il s'agitde questions commecelles 

que I'auteur a le courage d'aborder. 

Les savants qui s'occupent de mecanique, de physique- 
de chimie, et de physiologie, el qui ont lu les travaux 
publies par M. Hirn depuis 1857, les philosophes et les 
me^taphystciens, et meme les gens du monde, qui ont I" 
principalement son livre : Consequences phii 
et metaphysiques de la thermodynamique, les artistes q" 1 
ont lu son travail : la Musique et I'Acoustique, retrouve- 
ront dans ces pages concises, les opinions que M. B |fB 
professe depuis longtemps; cette discussion prouvera u ne 
fois de plus: qu'un mathematicien et un physicien petit ', 



(247) 

quand il le vent, penser, sentir et ecrire dans la langue de 
lout le monde (Hirn). 

L'auleur, on le voit, tout en prenant comrae point de 
depart des fails materiels , des experiences susceplibles 
d'etre analysees mathematiquement, en revient a une 
pensee qu'il a exprim^e des 1858 et a diverses reprises 
depuis : c'est-a-dire, qu'il est possible, avec les donnees 
positives de la science, de fonder les assises solides d'une 
metaphysique expert men tale a I'abri des injures du temps. 

Des 1862 (1) M. Hirn a emis des considerations metaphy- 
siques et experimentales sur les forces du monde inanime, 
mais en 1868 (2) il a e"tendu son analyse a tous les pheno- 
menes de la nature, tant dans le monde inanime que dans 
le monde anirne; il Pa fait sous la forme que je rappelais 
plus haut, son livre etant redige de facon a pouvoir etre 
■u et compris par toute personne ayant regu un certain 
degre destruction, sans avoir, cependant, fait des etudes 
approfondies de mathemaliques, de mecanique, de phy- 
Sl que, de chimie ou de physiologie. 

Rlsuraoas en quelques mots: pour M. Hirn la force 
e xiste au meme litre que la matiere eomme principe consti- 
tuant deVUnivers; et marchant de deduction en deduction, 
'' arrive a montrer qu'au meme titre existe aussi ce qu'il 
a PPelle le principe animique de chaque etre vivant. 

M y a dans le monde inanime au moins quatre forces a 
considerer, la force gravifique, la force calorique, la force 
electrique el la force luminique; I'intensilede la premiere 



mentale de la theorie it 



(248) 
est immuable, les autres sont variables, d'un instant a 
Tautre, de zero a Tinfini; il leur a donue le nom caracte- 
ristique de principle inter mediaires , principes transcen- 
dants, non soumis aux conditions finies du temps et 
de I'espace, se manifestant comme forces ou puissances 
dyuamiques et comme moyens de revelation enlre les 
corps, dans les phenomenes d'attraction, de repulsion, de 
lumiere, de chaleur et d'electricite. 

Quant au principe animique, M. Hirn accepte cetle 
hypothese comme une necessite, ou une affirmation qui 
ne subsiste reellement que parce qu'on ne trouve rien a 
mettre a sa place, en lui assignant cependant les proprie- 
ty que 1'observalion des fails nous force a lui reconnaitre. 

Ces preliminaires, que j'ai rMuits aulant que possible, 
nous montrent l'auteur preoccupe de poursuivre les con- 
sequences qui sont du domaine du calcul, de la mecaoique, 
de la physique et de la chimie, jusqu'aux limites du pos- 
sible de 1'intelligence humaine, de la melaphysique. 

Devant les consequences si forraelles de 1'independance 
absolue de la temperature et de la resistance des gaz pour 
la theorie moderne de la constitution de ces corps, » 
devait necessairement arriver aux reflexions generales d'un 
ordre d'idees plus el eve. 

II n'a pas recule devant cette tache difficile, ingrate 
peut-etre. Revenant sur son analyse elementaire de I'Vnt- 
vers, dans laquelleil fail ressortir 1'insuffisance des hypo- 
theses explicatives admises, tant sur les details de la 
forme, que sur le fond, il a soin d'ajouter qu'au point de 
vue critique, il n'a rien a relrancher de ce qu'il a avance 
dans son livre, n'ayant pas eu la pretention de direce qu e 
sont releclricite", la chaleur, Tattraction etc... mais, s'etant 
surtout astreint a demonlrer ce qu'elles ne sont pas: « On 
» peut, je le repete, dit-il, ne pas admetlre la partie syn- 



( 249 ) 
» thelique, mais la partie critique de mon livre reste debout, 
» intacte, sans refutation, sans reponse. » 

L'auteur, on le voit, est un veritable revolutionnaire; 
il ^limine de la science ce qu'il croit etre faux , ce qui est 
encore admis par la generalite des physiciens et professe 
comme un veritable eVangile, parce qu'on n'a pas, comme 
lui,abordeles problemes, que la question des imponde- 
rables comporte, en les poursuivanl jusqu'aux limites 
possibles de Fentendement bumain. 

On sait que M. Hirn, s'appuyant sur les principes, absolu- 
raent prouves de la thermoydynamique, conclut a l'existence 
de I'atome materiel, fini, indivisible et incompressible (1). 

Le volume apparent et variable des corps est constitue 
par le volume de la somme totale des atomes ou volume 
atomique immuable et par le volume interatomique, fonc- 
tion de la pression et de la temperature. La discussion qu'il 
presente dans son nouveau memoire sur les atomes, lels 
que les admettent, sous d'autres formes, les chimistes, les 
mathematiciens, les physiciens, etc... sera lue avec le plus 
vif inter&t. 

Partant de l'alome lei qu'il le deTinit, l'auteur cherche 
^demontrer que la theorie vibratoire, qui fait de I'atome 
et de ses seuls mouvements le Dieu crealeur del'Univers, 
estrefutee par les principes roemes dela tbermodynamique. 

H montre, en remontant aux magnifiques travaux de 
noire illustre associe M. Clausius, que les mondes, tels 
t»3fa s'offrent aujourd'hui a nos regards, ne sauraient 
tore considered comme resultant de la destruction etde la 
reproduction indefinies de mondes anterieurs. 

O Voir: Consequences philosophises et metaphys'ques de la ther- 



(230) 

On est force d'opter entre a un Dien mouvement, aveugle, 
» fatal, agissant de fait comme createur des formes de 
» l'Univers ou le Dieu-vivant conscient de lui-meme, agis- 
» sant par sa volonte propre » ; 1'oplion ne peut guere 
laisser place a l'hesitation ; tous les arguments que M. Him 
invoque reposent sur les donnees fond amen tales de la 
science moderne. 

II analyse ensuite les idees de 1'ecole materialiste, en 
citant, entre autres, le livre de M. Louis Biichner: Force 
et maliere et montre que bien peu de lecteurs sans doute 
apres la lecture de ce livre ont pu dire: « liier, je croyais, 
aujourd'huije sais » . Pour M. Hirn ils en sont « encore 
» reduits a croire I'auteur sur parole et, pour croire a ce 
b quMIs ont lu, il leur faut une foi aussi robuste que 
■ celle du plus aveugle des erovants passes, presents et 
» futurs,etc... » 

L'auteur passe ensuite en revue les phenomenes de 
("attraction, la gravitation, les phenomenes de l'elasticite 
I'affinite chimique, les phenomenes d'attraction ou de 
repulsion oroduits par des spheres electrisees dans I'air, 
dans le vide, et fait ressortir que toutes les explications 
fondees sur les mouvements vibratoires de la matter* 
consideree abstraction faite de la Force, presentent an 
caraetere d'arbitraire ou de haute fantaisie : « pas " ne 
» d'entre elles ne revet seulement une apparence de forme 
» scientifique ou rationnelle ». 

Arrive a cette partie de son ceuvre, l'auteur se demande: 
» Comment une doctrine qui, regardee de pres, et analyse, 
» repose sur une assise scientifique aussi peu solide, a-t-e| le 
> pu gagner tant d'adeptes et devenir le Credo des esprits 
* les plus cultives des diverses classes de nos societes 
» modernes? 



(251 ) 
II en cherche les raisons, et en discute deux, qui soni 
reellement du domaine de la science. 
« La premiere repose visiblement sur une meprise que 

> commetlent beaucoup de personnes quant a la vraie 

> portee des mathematiques, considered comme instru- 
* ment d'investigation dans le monde des phenomenes 

> naturels, meprise qui semble exagerer la puissance de 

> cette belle science, et qui en realite la diminue ». 
Fourier, pour citer un analyste, n'a-t-il pas donne une 

ihe'orie malhematique de la chaleur, sans se preocuper le 
rooins du monde de ce que c'cst que la chaleur ? N'a-t-il pas 
donne cette theorie en se basant sur de simples fails ? (1 ) 

•is utile de reproduire ici, a propos de I'opiaion exprimee par 
ts de l'ouvrage : 



Theorie analytique de la chaleur, par M. Fourier, Paris, 

Ces passages c 



» assujeties a des lois simples et constantes, que Ton peut decouvrir i 
1 ''observation, et dont l'etude est 1'objet de la philosophie nalurelle. 

» La chaleur penetre comme la gravite, toutes les substances de l'ui 
• vers, ses rayons occupent toutes les parties de I'espace. 

» J'ai deduit ces lois d'une longue etude et de la comparaison attenti 



s de la chaleur sont assujetis a des lois con- 
decouvrir sans le secours de l'analyse mathe- 



'Ue reduit toutes les recherches physiques, 
tleur, a des questions de calcul integral d< 
s par l'experience. » 



( 25-2 ) 
Ed un mot, on pent elablir les rapports r 
des phenomenes, independamment de toute hypothese sur 
la nature intime des choses; d'ailleurs une hypothese 6tant 
introduite, rien ne prouve que ce soit la seule, valable. C'est 
ce que fait fort bien ressortir l'auteur : il rend, d'abord et 
pour la troisieme, fois un hommage eclatant a notre con- 



frere M. Clausius. 




» adopte par t 


precises et variees dont les 


avec la theorie, on a fait des 
resultats sont conformes a 


iences confirment le principe 
ous les physiciens, malgre la 
edelachaleur 


donl on est parii, et qui est 
diversite de leurs hypotheses 



i des arts utiles et a ceux de 1'elude de la nature. » 
Art. 22. — « On ne pourrait former que des hypotheses incertaines 



force repulsive qui conserve la figure des masses solides et 
des liquides. Dans les substances solides, les modecules vois 
| raient a leur attraction muluelle, si son effet n'etait pas det 
chaleur qui les separe. 
» Cette force elastique est d'autant plus erande ( 



i eievee ; c esi pour ceia que les corps < 
qu'on eleve ou lorsqu'on ahaisse leur i 
. 36. — « Les lois de la chaleur rayo 



(255) 
Je cite de nouveau le passage important da travail : 
« Des l'apparition de la thermodynamique, et pour 
» expliquer comment la chaleur peut sembler apparaitre 

> et disparaitre par le fait d'un travail mecanique, positif 

> ou negatif, opere dans des conditions convenables, on 

> s'esl hate de toutes parts d'assimiler cette force a un 

> mouvement materiel et Ton a fini par admettre se>ieu- 

> sement que la thermodynamique repose sur cette hypo- 

> these auxiliaire. 

» M. Clausius, en ce sens, a fait une exception m6mo- 
* fable, qui, je ne crains pas de le dire, ne trouve sa 
5 pareille que dans la maniere de proc^der de Newton 
B quant a la decouverte de la gravitation. 

» Tout en admeltant que la chaleur est, en effet, un 
» mouvement des alomes ponderables, tout en donnant a 
1 cette interpretation la forme la plus acceptable, M.CIau- 
» sius a eu la sagesse de construire les equations fonda- 
■ men tales de la nouvelle science, sans recourir a autre 
5 chose qu'a I'enonce de deux points, servant d'assises 
» mebranlables, 1'un a la premiere proposition de la ther- 
» modynamique, l'autre a la seconde. Et c'est la, il faut le 
1 dire, ce qui donne au travail du grand analyste un 
B caractere monumental et imperissable. En m'expri- 
» maut ainsi, je ne fais qu'obeir a un sentiment de legi- 
' ^me admiration, independant de toute consideration 
» Personnelle. » 

A 1'appui de ce qu'il avance, M. Hirn nous cite un autre 
an alyste eminent, Rankine, expliquant les pheuomenes 
{ uermiq ues par \ e mouvement tourbillonnaire des atomes 
et arrivant avec M. Clausius aux memes resultats finals, 
quant aux equations. 

La seconde raison qui a amene tant de partisans aux 



( 2o4 ) 
theories generalement admises, est 1'esprit de generali- 
sation joint a 1'esprit de systeme. On a appliquSa tons les 
phenomenes imponderables, ou dynamiques, ce qui n'est 
applicable, en definitive, et avec des restrictions profondes, 
qu'a la lumiere et aux gaz parfaits, compris comme 
M. Clausius expose la question ; l'auteur a bien soin d'ajou- 
ter : « Rien dans les ecrits de M. Clausius, rien absolu- 
te ment n'autorise personne a le ranger parmi les partisans 
p de la doctrine que je discute dans ces pages. > 

Je m'arrete ici dans ('analyse du memoire de notre 
illustre confrere. Le fond de sa pensee et de son oeuvre 
constitne, selon moi, la plus parfaile, comme la plus 
effroyable refutation du materalisme moderne, admettaot, 



que du mouveraent des atomes et, d'autre part, que tous 
les phenomenes possibles, tant du monde inanime" que du 
monde anime\ s'expliquent par l'atome et ses seuls mou- 
vements. Mais, severe, quoique juste, notre confrere nous 
montre aussi, comment un spirilualisme exclusif et incon- 
sequent donne, pour ainsi dire, gain de cause au maleria- 
lisme en s'associanta lui dans Interpretation des pheno- 
menes du monde physique, en bannissant la notion de force, 
et en se condamnant ainsi a admettre que dans le corps 
ir exemple, Vame a directement prise sur la 
isertion qui conduit directement a cette heresie 
een thermodynamique, a savoir que Tame pour- 
n travail mecanique, sans depense aucune ! 
ne resume en cilant textuellement les dernieres 
phrases du memoire : 

« Arretons-nous sur cette voie. De pareils egarements 
• ne supportent plus, meme I'examen du critique le plu s 
» conciliant. U est une notion sans laquelte,quoi qu'on en 



r m ) 

puisse dire dans toutes les ecoles de negation, aucune 
societe civilisee n'est possible : c'esl celle d'une respon- 
sabiliie future chez tous les membres de cette societe. 
En presence des incroyables affirma lions que nous ren- 
controns sur notre route, on peut, a bon droit, se deman- 
ded qui a le plus contribue a ebranler cette notion 
elemenlaire, de ceux qui se posent comme ses defenseurs 
ou de ses agresseurs? 

• Repetons-le bien haut : un exces en engendre un 
autre et I'explique J'ajoute cette fois formellement : 
sans le jusiifier. J'ajoute aussi, pour rester dans l'esprit 



i dicie i 



erreur pour erreur, ll serait 



* tt ngueur permis de preferer celle qui, 
1 fruit, montre dans le lointain une lumiere consolalrice, 
» a celle qui le condamne a une sombre et sloique resi- 
' gnation. Mais le savant, le philosophe et I'honnele 

■ homme ont sans doute le droit de dire : in medio Veritas, 

■ de rejeter les extremes et de tenir pour vraie une doc- 
trine plus tolerante qui grandit l'homme, en elevantet 

* en grandissant en meme temps tous les etres. 

» Ici s'arrele naturellement mon ceuvre de critique 
» scientifique. J'y suis reste physicien pur sans oublier, 

* cependant, qu'apres tout, le physicien est un homme et 
' n'a pas le droit de se croire superieur a ce qui est 
' humain. » 

II ne m'apparlient pas de me prononcer sur des ques- 
tions de metaphysique pure; chacun doit conserver sa 
liberie et ses convictions; je constate cependant que, dans 
'^position rationnelle de noire confrere, celui-ci reste 
''dele aux fails de l'experience,a la methode experimental, 
0U a posteriori, mais il ose en d^duire les consequences 
I 1 " lui apparaissent comme etant les seules logiques. 



( 236 ) 
Celles-ci, abstraction faite d'une hypothese que l'on pour- 
rait ranger an nombre des hypotheses non verifiables, 
pourra donner lieu a de graves et sublimes discussions. 

Bornons-nous a signaler une comparison que je trouve 
dans I'ouvrage de M. E. Chevreul (1). 

Nier une chose sans preuve a 1'appui, ne prouve pas que 
Ton soit dans le vrai; affirmer sa negation sans preuve est 
une proposition conforme a I'esprit de la methode a priori, 
absolument rejetee en science, car : 

« La mSlhode a posteriori, experimentale, est le seul 
» flambeau capable de diriger I'homme dans la recherche 
» des veriles de la philosophic nalurelle. Si cette methode 
» {dont M. Him ne s'ecarle jamais) ne pretend pas donner 
» une demonstration parfaite de ^existence de Dieu, con- 
» venons qu'il est plus conforme a son esprit et a la logique 
» d'admettre une cause supreme intelligente que de la 
» rejeter » 

Ces opinions de notre illnstre associe, M. Chevreul, 
s'intitulant le doyen des etudiants de la France, et qui 
est, en effet, le doyen de toules les societes savantes du 
monde, me paraissent en lout applicables a I'admission 
logique du principe animiqne; puisqu'il est prouve que la 
matiere et la force sont indestructibles, conformement 
aux principes indisculables de la physique, de la chimie, 
el de la Ihermodynamique, pourquoi le principe animique 
ne le serait-il pas de meme? Tout nous porte a Tadmettre 
avec M. Hirn, Colding et bien d'aulres savants illustres. 

L'Academie voudra bien me pardonner la longueur de 
ce rapport parce que j'ai tenu a lui donner une idee sue- 



(2S7 ) 
cincte de 1'interessanl et important memoire de noire 
associe, tant en ce qui eoncerne la question principale de 
physique qui y est traitee, que les consequences que l'au- 
teur en deduit. 

Je me rallie aux conclusions de mes savants confreres 
pour prier TAcademie : 4° de voter I'impression in 
exteuso du memoire et des planches dans les Memoires 
in-4"; 2° d'adresser des remerctments a l'auleur pour 
I'hommage de reconnaissance qu'il lui a adresse ; 5° d'en- 
gager vivement notre savant associe a continuer ses rela- 
tions scientifiques et sympathiques avec I'Academie. » 

Les conclusions des rapports de MM. Folie, Van der 
Jghe et Melsens sont adoptees. 



ATIONSET LECTURES. 



A propos de la determination de la latitude, par M. F. Folie, 
membre de I'Academie. 

Depuis un certain nombred'annees, on tend a substituer 
a « calcul des procedes plus rapides, comme celui de la 
regie a calcul, ou celui du calcul graphique. Le mal ne 
serait pas grand dans les sciences ^application, ou le 
resultat, determine par ces procedes, est toujours multi- 
ple par un coefficient de securite, si ces procedes ne 
deshabituaient du calcul, el n avaient meme trop souvent 
Pour resultatde faire considerer celui-ci comme inutile. 

Mais leur introduction dans les sciences de precision 



( 258 ) 
nous semble beaucoup plus funeste. Un de leurs defauts, 
tout a fait irremediable, est I'impossibilite ou Ton se 
trouve d'en controler les resultats. 

Le calcul, au contraire, si meme il est incorrect, permet 
toujours de retrouver le vrai resultat a l'aide des donn&s, 
et meme d'introduire dans cel!es-ci des corrections, dont 
des observations poslerieures ont demontre la n£cessite\ 

Telles sont les raisons qui nous empeehent d'approuver, 
quelque simple qu'elle soit, la m&hode graphique exposee 
par M. le colonel Adan pour la determination de la 
latitude. 

Cette methode est exclusivement destinee, il est vrai, aux 
personnes qui ne connaissent pas Pusage deslogarithmes. 

Nous rendrons peut-elre service aux explorateurs, ainsi 
qu'a la geograpbie, en montrant aux premiers qu'ilspeuvent, 
en employant la methode de Bessel, calculer la latitude 
au moyen de simples operations arithmetiques. 

Cette methode consiste, on le sait, sous sa forme la pli^ 
pratique, a observer le passage de deux etoiles zenithales 
dans un meme plan voisin du premier vertical, I'une J 
l'Est, l'autre a POuest; et elle est d'aulant plus aisee a 
appliquer au Sud de Pequateur, que la determination 
approcheedu meridien y est rendue tres-simple, par suit*' 
de Pexistence d'une etoile (crOct : d = — 89°16',3) extre- 
mement rapprochee du pdle austral (1). 

(1) Si Ton pointe ceite etoile a l'instant oil, d'apres I'epbenieride , elle 
passe au meridien, une avance ou un retard de 10 minutes, dans l'beure 
marquee par !e chronometie, n'entrainera qu'une erreur inferieure a 
2 m'nutes d'arc dans la determination du meridien, pour les regions q" 1 
s-etendenl depuis l'equateur jusqu'a 5" au Nord ou au Sud de cette tfc* 



( 259 ) 

L'explorateumon muni d'ephemerides pourrait se bor- 
ner a consigner, en une page, les positions moyennes des 
Voiles qui passent a peu de distance du zenith des lieux 
qu'il parcourt, ainsi que les A.R de cette circompolaire de 
dix en dix jours, el determiner tres-approximativement sa 
latitude a 1'aide de ces donnees, el des observations qu'il 
aura faites. 

II serait aise de corriger plus tard le resultat en se ser- 
vant des positions exacles des etoiles pour le jour de lob- 
servation. 

Le modede calcul,dont je vais donner un exemple, sup- 
pose qu'on ait a sa disposition une table des lignes trigo- 
nometriques naturelles. J'en ai construit une, il y a quelque 
temps, pour mon usage (1), afin de faciliter le caleul de 
certaines reductions, dans lesquelles je n'ai besoin que de 
d ux ou trois chiffres exacts. Elle est a A dec-males seule- 
ffi enl, et ne donne les lignes triginometriques que de 10' 
en 10'; elle ne permet done pas, en general, une grande 
approximation; mais, comme nous le verrons plus bas, on 
P eul e « atlendre beaucoup d'exactitude dans le caleul de 
•a latitude des regions equatoriales. 

Comme elles se reduisent a A pages in-8°, elles sont 
Q un usage tres-commode. Nous en mettrons bien volon- 
l| ers a la disposition des explorateurs. 

Exposons maintenant le caleul, qui peut se faire tres- 
a 'sement en moins d'une demi-beure. 



( 260 ) 
Les donnees sont deduites d'observations au theodolite, 
faites a Kronstadt, le 9 aout 1843. Les voici (1) : 



a = ih 15m 40 s 38 h 47* tl'W. 

3 = 59°23' 6" 2 59" 5* 2"3. 

Passage or. t = h 26™ 20*9 h 24* 6-6. 



angle horaire or. — 49 19.48 . 



" 



Nous combinerons le passage oriental de la premiere 
etoile avec le passage occidental de la seconde, et vice- 
versa, ce qui fourniraun conlrdlede I'exactitude alaquelle 
on peut atteindreen faisant usage de nos tables. 

Si nous appelons <5 et $', y et i?' les declinaisons et les 
angles horaires des. deux etoiles, et si nous posons 

tg S sec if = m, tg <T sec *,' = m, 
la latitude <p pourra se trouver par la formule 

On deduit des donnees qui precedent, dans la premiere 
combinaison (pass. or. de 8 Cass., occ. de yCass.) 
9 = - 12°19'52" 
,' = -+- 5 58 29 
d'ou 

« -*- V — — 6 41 23 
, — ,'=_ 17 5831. 
Calculons m et m' : 

tg* = 1.692 tg*' = 1.723 



m -+- m' = 5.455 
Cherchons main tenant 



( v 4. .,') = - 0.1165 
» ( y — ,') = _ 5.240 



qui, multiplie' par m — m\ donne — 0,004. Ce dernier 
produit, retranche de m -+- m', donne enfin 

2 fg ? = 3.457, tg f = 1 .7285, ct ? = 59" 57'. 

La seconde combinaison (pass. or. de y Cass., occ. de <5 
Cass.) aurait donne * = — 5°48 43", ,'=-+- 12°7'S0"; 
c e qui conduit, avec nos tables a 4 decimales, aux memes 
valeurs de m et m' , les indices seuls etant changes : 
m =1,732, m' = 1,721. On trouve ensuite 
sin (>,-+->,') = 1 100 



p roduit = _ 0.5571, 

<Jui, multiplie par + 0,011, donne — 0,0039. 

Cette valeur, retranchee de m -+- m', conduit absolument 
an meme resullatque le precedent pour 2 tg<p. 

La latitude, ainsi trouvee a I'aide des tables a 4 deci- 
males, 50°57', est en defaut de 2' '/a, comme nous allons 

5 me SERIE, TOME If. * 8 



( 262 ) 
le monlrer en la calculanl par logarilhmes, d'apres 
donnees de la premiere combinaison d'etoiles, el en nc 
servant de tables a 6 decimales. 

^- =tg P cl (g(4o -^) ™ l^_ = »g *S 
1'expression preeedente de tg 9 pourra s'ecrirc 

cos(4o"- F ) S in(45"-v) 



ig ? — in 


COS 


^ COS V 


et se calculera comme suit 






Ig tg J 0.228438 | 
— Ig cos y 9.989803 ) 




Ig m = 0.238575 + 


Ig tg «T 0.25(5241 






— Igcos,' 9 907891 






lg tg ^ 0.999775 




Ig cos fi 9.849597 - 


ft = 44° 59' 6"7 






lgtg(45«— ^(U12285 


lg ( 


> (43°— p) 0.000000 


Ig sin (* -4- i,') 9.0G6298 






lg sin [ n - ,') 9.489405 






Iglg* 5 989178 




Ig cos v 000000 


* = ()• 0' 20"! 


! K <i: 


1 (45- — y) 9.849441 + 



? — 59 o 39'50"8. 

La seconde combinaison d'etoiles donncrait one vaiei 
ires-pen different de cclle-ci. 

Lcs valours deduites par Sawilch dcs passages respct^ 
de Cass. ,ol de y Cass.cl eorrigees de I'inclinaison de l'a.' 
<>'> tb« -iluiito, ^w-.ic = :".«r.VJ'o0".8ct59°S9 5l"5. 



(265) 

On voit quelle precision on peut altendre de cette me- 
thode, et, en meme temps, I'exactilude tres-suffisante 
qu'on est droit d'esperer de nos pelites tables de deux 
feuillets; meme a des latitudes tres-fortes, comme celles 
que nous venons de calculer, 1'erreur n'est que de 2' «/ 2 ; 
elle serait bien inierieure pour les latitudes des regions 
equatoriales. 

Supposons, en eflet, qu'on arrive a la valeur 
tg ? = 0.0360. 



tg 2' 0' = 0.03492 ; diff. 108 
tg 2° 10'= 0.03783. 



L'inverse de ce nombre, donne" dans nos Tables, est 
343, qui, multiplie par 108, donne 371. 

Pour 108, on a done 3',71 ou 3'42",6 a ajouter a 2°. 
Le calcul par logarithmes donnerait 2°5'43",4. 

Nous croyons done pouvoir recommander avec confiance 
I'emploi de la methode que nous venons d'exposer, en 
raeme temps que celui de nos Tables, en deux feuillets, 
<tes lignes trigonomelriques naturelles, aux explorateurs 
^i ignorent l'usage des tables de logarithmes, ou qui ne 
veulent pas perdre de temps a les feuilleter. 



( 264 ) 



Sur Vorigine des calcaires devoniens de la Belgique; par 
M. £d. Dupont, membre de F Academic 

L'allure speciale de nos calcaires devoniens s'eloigne 
d'une maniere saillante de celle que le calcaire carbonifere 
affecte dans ses contacts avec le terrain devonien superieur 
et avec le terrain houiller, comme la carte de Dumontrin- 
dique clairement. Alors que le calcaire carbonifere se dis- 
pose en longues bandes, tantot separees, tantot r^uniesen 
massifs que la regularile des limites caracterise, les cal- 
caires devoniens, surtout au cote sud de noire bassin pri- 
maire meridional dont il sera particulierement question 
dans cette note, forment une ceinture continue avec des 
renflements et des etranglements brusques et frequents, 
qui ne sont evidemment pas dus a des dislocations. Us 
sont en outre accompagnes d'un cortege d'innombrables 
lentilles calcaires de dimensions et de formes variees, et 
dispersees jusqu'au centre du bassin. 

Cette disposition lenticulaire, si bien accusee dans les 
ilots de calcaire au milieu des schistes de la Famenne et 
des Fagnes, a eti§ mise en Evidence par Dumont et par 
M. Gosselet qui la definit ainsi : 

« C'est surtout au calcaire de Frasne qu'il faut appb- 
» quer les vues de M. d'Omalius sur la disposition du cal- 
» caire en lentilles. Rien n'etonne plus le geologue habitue 
> a la continuite des couches que de se trouver en pre- 
» sence d'une de ces collines telles que celle de la croix 
» de Frasne. Voila une masse calcaire ^paisse de 500 a 
» 600 metres et composee de bancs tres reguliers, qui dis- 



( 26a ) 
» parai't lout a coup. Que devient-elle? Est-ellerejetee en 
n avant ou en arriere par une faille? C'est la premiere 
» pensee qui vienl a Fesprit; mais on se convainc bientot 
» qu'elle est erronee. On a beau chercber, on ne trouve 
» plus de calcaire; d'un bout a I'autre, ['assise est schis- 
» teuse. >(Bull. del' Acad. roij. de Belg., 2 e ser. t. XXXVII, 
P- 100, 1874). 

Le meme savant, par ses perseverantes etudes sur nos 
terrains paleozoiques, a non moinsnetlemenl etabli un fait 
deja observe par MM. de Koninck et Roemer, que nos 
calcaires devoniens renferment trois faunes distinctes en 
rapport avec la succession de ces formations, a savoir : la 
frunea Calceoles, la faune a Stringocephales et la faune a 
Terebratula cuboid es. II a de plus demon tre que la pre- 
miere et la derniere se relrouvent dans les scbistes qui 
entourent les lentilles calcaires. 

Ces consfalations ont ete longuement exposees par 
«■ Gosselet depuis vingt ans dans une serie de publica- 
tions et doivent etre considerees comme definilivement 
acqmses. 

Je sonp^onnais depuis longtemps que ces calcaires sont 
"us a un mode de formation diflerant de la plupart des 
couches d« calcaire carbonifere. D'une part, leur tendance 
a "ne disposition lenticulaire qui frappe des le debut tout 
>servaleur, et d'aulre part la presence de nombreux poly- 
mers dans les marbres qui en proviennent, etaient deux 
bisons correlatives pour les considerer comme des recifs 



A )'ant aborde depuis quelques temps leur etude d 
ou r 1'execulion de la carte geologique du royaumc 
rois en mesure d'etablir que tel est bien leur a 



( 266 ) 

La pnncipale difficult de cette eMude consistait a recon- 
naitre la presence des corps organiques que les calcaires 
renferment. Quand on casse la roche, la premiere impres- 
sion est generalement celle d'un calcaire amorphe, passant 
a une structure plusou moms saccharide. Une exploration 
prolongee montra cependant que les parties, exposees anx 
influences atmospheriques, paraissent vaguement br6chi- 
formes en dessinant de nombreux organismes d'aspect 
coralliaire ou d'aspect spongiaire, legerement mis en relief 
sur un calcaire grenu plus alterable. Si I'on enlame la roche 
a l'endroit ou Tun de ces organismes apparait clairement, 
on remarque qu'elle revet le caractere saccharose qui vient 
d'etre cite, tandis que le calcaire qui I'entoure reste grenu. 
L'examen microscopique confirmait ces donnees. Nous 
avions done affaire a d'innombrables squelettes de Coelen- 
ter6s dissimules par une obliteration intense que I'altera- 
bilite plus grande du calcaire de remplissage meltait a nu 
dans cerlaines conditions. 

De son cote, M. Renard, ayant eu 1'obligeance de sou- 
metlre des specimens a Texamen micrographique, recon- 
naissait de menus fragments coralliens dans la pate grenue 
qui s'assimile ainsi au sable corallique. 

Ces fails etablis, j'arrivai bientot a m'assurer qu'ils se 
retrouvaient dans presque tous les calcaires devoniens 
dont Torigine corallienne devenait des lors incontestable. 

Cependant les calcaires gris et rouges de Frasne, dont 
la structure lenticulaire est la mieux prononcee, dissimu- 
laient plus completement ces caracleres. Les Favosites, 
Alveolites et Cyathophyllum y sont generalement beaucoup 
plus rares et la roche se montre sous l'aspect de calcaires 
amorphes crinoidiquesetcoquillers avec de longues bandes 
ou de petiles masses cristallines irregulieres. La texture de 



( 267 ) 
ces dernieres est laminaire, rayonnee, avec tendance a une 
disposition ondulee ou concentrique. 

Generalement le marleau ne parvenait pas a disjoindre 
les lames de ces bandes. Mais des carrieres pres de Roche- 
fort etde Philippeville finirent par me donner des specimens 
ou la separation se fit avec nettele et demontra une sur- 
face organique. Une longue etude micrographique rev61a 
ensnile leurs affinites avec les Stromatopores. Ces caicaires 
etaient ramen6*s des lors aux caracleres des caicaires 
coralliens precedemment etudies. 

II restait a prteer la disposition stratigraphique de ces 
roches devoniennes pour s'assurer qu'elies aflectent la dis- 
position propre aux constructions coralliennes et comple- 
ter la demonstration que nous nous trouvons reellement 
devant les formations speciales qu'on appelle recifs. 

Les tertres de caicaires rouges et gris qui emergent an 
milieu dessehistes de la Famenne imposent deja, ainsi que 
J e l'ai dit, immediatement a I'esprit, I'opinion que Ton se 
trouve en presence d'ilots coralliens, au point que dans les 
endroits ou le ravinement des schistes a bien delimite ces 
5| ots, on etait amene a dire a priori qu'ils ne pouvaient etre 
<l«e le resultat de constructions coralliennes. 

Cependant celles-ci ont pour structure caracteristique 
■a forme annulaire des atolls et des recifs barrieres, et ii 
s'agissait de la retrouver assez clairement dans Pan ou 
'autre des massifs devoniens pour pouvoir identifier la 
formation de ces amas avec les recifs de la zone intertro- 
picale. 

Uo leve precis des masses caicaires qui s'elendent au 
s Qd de Philippeville, vient de prouver de la maoiere la 
Ptos marquee 1'existence de ces dispositions annulaires. 
A «lour de longs ilots de caicaires remplisde Stromatopores 



( 268 ) 
et de Favositides et renfermantla faune aStringocephales, 
se developpent, en ovales allonges, des rangees de bandes 
constitutes par des organismes similaires et contenant la 
faune de Frasne. Devant me borner aujourd'hui a un 
expose somraaire des resultats de mes recherches sur ces 
masses coralliennes, j'aurai prochainement Thonneur de 
communiquer a PAcademie une esquisse de cetle disposi- 
sion caraclerislique et demonstrative. 

Considered en dehors de toute donnee stratigraphique, 
les calcaires devoniens peuvent se repartir dans les cate- 
gories suivantes : 

Calcaire bleu avec nombreux Stromatopores, Favosites, 
Alveolites; plus rarement des Cyathopliyllides; 

Calcaire gris avec Alveolites et Favosites et de nombreux 
Stromatoporoides rapporlables pour la plupart auxPacAy- 
stroma de MM. Nicholson el Murie — il est souvent 
transforme en dolomie; 

Calcaire rouge avec Alveolites suborbicularis, Acervu- 
laria, de nombreux Stromatoporoides que j'appellerai 
Stromatactis et plus rarement des Cyathophyllum; 

Calcaire bleu grenu massif avec de rares articles de 
crino'ides et des Favosites cervicornis; 

Calcaire gris a crino'ides rappelantle calcaire a crino'ides 
du calcaire carbonifere; 

Calcaire bleu indigo; 

Calcaire fonce compacte coquiller; 

Calcaire oolilhique; 

Calcaire lilas subcompacte ; 

Dolomie grise cristalline; 

Calcaire noduleux passant au raacigno. 

Au point de vue stratigraphique, ces roches se distn- 



( 269 ) 

Les calcaires bleus coralliens sont tres developpes dans 
les trois etages de Couvin, de Givet el de Frasne et consli- 
tuent presquea eux seuls le centre des recifs; 

Les calcaires coralliens gris et rouges sont particuliers a 
l'elage de Frasne; 

Le calcaire bleu grenu sert surtout de revetement aux 
Hotsde Couvin etde Frasne; 

Le calcaire gris a crinoides prend specialement place 
dans les couches de Couvin; 

Le calcaire bleu indigo alterne avec le calcaire corallien, 
Particulierement dans l'etage de Givet; 

C'est aussi dans cet etage que le calcaire compacte 
coquillier prend place, a la partie interieure des recifs 
frangeants ou il alterne souvent avec du calcaire argileux, 
du gres et parfois du poudingue ; 

Le calcaire oolithique y est associe et parait manquer 
dans les autres etages; 

Le calcaire lilas est une roche caracteristique des recifs 
frangeants de l'etage de Frasne; 

Les dolomies n'ont encore ete observees que dans l'elage 
d e Couvin et de Frasne ; 

Quant aux calcaires noduleux, ils se trouvent intercales 
dans les schistes qui entourent les recifs frangeauts et les 
Bote. 

Ainsi qu'on a pu le pressentir plus haut, nos roches 
coralliennes proprement diles varient d'apres les organisraes 
qui leu r ont donne naissance. 

Le s types de ces roches sont le marbre dit Florence, le 
^arbre Sainte-Anne, le marbre rouge des carrieres de 
Saint-Remy et de Malpiaquet et I'amas de calcaire a Cal- 
c ^oles au nord de Pondrorae. 

Celuki est forme de Stromatopores atteignant jusqu'a la 



(270 ) 
taille d'un metre cube, d'enormes coralliaires rapportables 
au groupe des Cyathophyllum et souvent de gros specimens 
tftielioliles. 

Le marbre Florence, sans doute appele ainsi parce qu'il 
rappelle plus ou moins les mozaiques de cette ville, pre- 
sente deux varietes nommees dans le commerce grand et 
petit melanges. Le grand melange requite de la presence 
de Stromatopores pugilaires unis a des branches de Favo- 
sites et surtout d' Alveolites reticulata. Ces organismes tor- 
ment parfois les neuf dixiemes de la roche. Le petit melange 
ne montre guere de Stromatopores; kV Alveolites reticulata 
se trouve jointes d'innombrables Alveolites rapportables a 
VA. gracilis de Steininger. 

Le marbre Sainte-Anne est un amas serre de Stromato- 
pores allonges, tels que ceux que M. Bargadsky vient de 
decrire sous le nom de Diapora, avec des Favosites et 
Alveolites et des Cyathophyllum rapportables au C. Ccespi- 

Les marbres rouges de Sain t-Remy et de Malplaquet 
sont constitues par des amas du Stromatactis deja roen- 
tionne, de tailles et de formes variees, avec des Alveolites 
suborbicularis, des A cerv u laria et parfois des Cyathophyl- 
lum heliantho'ides. 

Mais le caractere corallien se prononce mieux encore 
par les masses serrees de Cyathophyllum ccespitosum, 
d'une epaisseur de l m ,50 a 2 metres, qu'on observe souvent 
a la partie externe des recifs de Frasne. 

Les recifs de Pelage de Couvin se presentent en bandes 
allongees assez etendues, comme le montre la carte de 
Dumont et celle de M. Gosselet au sud de Chimay, mais 
vers Test, ou Ton peut les suivre facilement jusqu'a Wellin. 



( 271 ) 
ilsoni la forme d'ilots ovales, isoles, generalementrevetus 
de calcaire bleu crinoidique a tendance noduleuse, dont le 
centre est forme par un amns corallien. M. Gosselet a 
observe cinq rangees de ces lenlilles au sud de Givet. II 
arrive aussi, comme dans la tranchee de Forriere, que le 
calcaire soit un amas de crinoides, avec Stromatopores et 
dolomie a la partie externe. 

Ces recifs sont entoures de schistes grossiers avec des 
bandes repetees de calcaire noduleux tres fossilifere. Les 
fossiles sont ceux de I'etage a calceoles et parfois de gros 
nodules calcaires, qui ne sont autre chose que des Cyatho- 
Phyllum et des Favosites massifs, s'y trouvent meles. 

Les recifs a Stringocephales sont principalement formes 
par les especes dont la reunion constitue le marbre 
Florence. Le nombre et la variete de coralliaires y sont 
c ependant plus grands que dans le Florence de Frasne. On 
) *oit notamment des masses buissonneuses du Cyalho- 
phyllum quadrigeminum. Mais je n'ai pu encore constater, 
sauf dans les localites si connues d'Alvaux, du Docq et 
°i u elques aulres, qu'ils fussent disposes en petils amas 
•'imuliformes, comme ceux qui viennent d'etre cites dans 
'^ la ge de Couvin et que nous allons voir en si grand 
n ombre dans I'etage de Frasne. Parlout ailleurs les recifs a 
Stringocephales frangenl, avec un caractere de continuity 
'ancienne cole de nos deux bassins primaires,ou bien, 
dans le massif de Philippeville, ils forment qualre ilots 
all °nges dont Failure rappelle la structure de ceux de la 
c6te. 

Ces recifs c6tiers sont separes de la bordure de couches 
devoniennes plus anciennes par des calcaires amorphes 
mouchetes avec bancs de Murchisonies et de veritables 
Iu naachelles de Stringocephales, alternant,suivantleslieux, 



(272.) 
avec des calscbistes, gres et poudingues et renfermant des 
masses oolithiques. A mes yeux, ces roches sont les temoins 
du remplissage de la lagune inlerieure du recif frangeant 
par du sable et de la boue coralliques localeraent melanges 
a des substances de transport. 

Un autre caraclere saillant distingue cet 6tage. Par 
conlraste avec les etages de Couvin et de Frasne, il n'y a 
pas de schisles a Slringoc^phales, comme ceux que nous 
venons de voir aulour des recifs a Calceoles. L'epoque des 
recifs de Givet ne s'est pas terminee par un envasement 

Si nous passons a la description sommaire des recifs <Ie 
I'etage de Frasne, nous y verrons le phenomeue des con- 
structions coralliennes prendre son principal developpe- 
mentsons une variete d'aspecls parliculiere. lis compren- 
nenl les marbres Florence developpes parallelement et 
exterieurement aux calcaircs a Stringocepbales sur les 
bords des deux bassins, le marbre S tc -Anne dont les 
gisements se trouvent en ire la Meuse et les environs de 
Maubeuge et qu'on voit souvent passer a la dolomie, les 
lentilles de calcaires g'ris et rouges de la Famenne et des 
Fagnes. 

Le calcaire bleu a Slromalopores, qui s'elend parallele- 
ment au calcaire a Stringocepbales sur le bord sud du 
bassin meridional, avait ele depuis longtemps considere 
comme se rattachant a ce dernier. En 4879, ML Gosselet 
voulut bien me consacrer quelques jours pour visiter les 
environs de Givet qu'il a si savamment etudies. Je lui n" s 
part d'observa lions qui me pnrtaient a ranger ce calcaire 
a Stromatopores superieur dans I'etage de Frasne. M<> n 
savant ami me promit d'examiner la question et m'eerivtt, 
quelque temps apres, qu'il la resolvalt aussi dans ce sens. 



(275) 
C'est une donnee capitale pour les phenomenes de con- 
structions coralliennes de cette epoque, dans leurs rapports 
avec les recifs de nos oceans. 

Le calcaire de Frasne se presente surtout sous cette 
forme, lorsqu'il enveloppe d'une bande presque continue 
nos deux bassins primaires. 11 est alors separe du recif a 
Stringocephales, gSneralement au moins, par une etroite 
bande de schistes argileux et parfois noduleux (Beauraing), 
renferraant anssi la faune de Frasne. Exterieurement, il 
est recouvert par un epais depdt de schistes avec nodules 
calcaires et calcaire noduleux dont la coupe du fort Conde 
a Givet, figuree par M. Gosselet en 1860, donne le type 
normal a savoir : Sur le recif, du calcaire bleu plus ou 
moins impur avec Spirifer orbelianus et Receptacalites 
Neptuni, suivi de schistes noduleux remplis de petits 
Cyathophyllum, puis de schistes a Spirifer Verneuili, de 
calcaire noduleux, de schistes de moins en moins grossiers 
a Strophalosia productoides qui soot surmontes des schistes 
noirs a Cardiola palmata. 

Cette serie de la partie sud du bassin meridional est 
souvent troublee par la presence des ilots coralliens dont 
,e s flancs sont entoures par des suites analogues de depots 
senchevetrant dans ceux qui recouvrent le recif frangeant. 

Sur le bord nord de ce bassin et dans le bassin septen- 
trj onal, tant6telle est remplacee par des schistes argileux 
°o les Acervidaria et les Cyathophyllum helianlhoides sont 
tr esabondants, tantot les calcaires noduleux, represenles 
P ar le celebre calcaire a chaux hydraulique de Rhisnes, — 
et ceci resout definitivement la question de son raccorde- 
m ent stratigraphique — prennent un developpement con- 
siderable. 

C'est egalement dans le recif cotier de Tetage de Frasne 



(274) 
que se rencontre, entre la Meuse el Ie Hainaut francais, le 
marbre S l5 -Anne et les masses compactes de Cyathophyl- 
lum coespitosum. 

Les autres calcaires coralliens de eel etage sont les 
calcaires gris, a bords transparents, abondanfs en Pachy 
stroma et les calcaires gris et rouges ou les Slromataclis 
jouent un role preponderant. Dans Tetat acluel de roes 
rccherches, ces organismes caracleriseraient deux groupes 
de recifs de forme et d'allure differentes, qui leur donne 
une importance particuliere. 

Les calcaires a Pachystroma forment des bandes plus 
ou moins allongees, aux formes capricieuses, le long de la 
bordure sud du bassin meridional, et autour d'une partie 
des ilots a Stringocephales de Philippeville. lis constituent 
encore le recif de Roily et sont souvenl transformed en 
dolomie. 

Au conlraire, les petits recifs a ovales regu Hers sont du 
calcaire a Stromatactis. lis se trouvent d'ordinaire le long 
du rexif frangeant meridional dans les intervalles schis- 
teux qui separent les recifs de Pachystroma. lis entou- 
rent, au nombre de plusieurs cenlaines, I'amas de recifs 
de Philippeville et y penetrenl dans les principaux chenaux 
qui s'etendent entre les recifs allonges a Pachystroma 
ou a Stroma lopores de l'etage de Frasne. lis se trouvent 
enlin dans la Fagne, disperses au milieu des schistesdela 
Famenne et eloignes des autres recifs. Leur limitesepten- 
trionale est Hamoir et Leugnies. 

Le terrain devonien superieur renferme aussi quelquos 
recifs qui lui appartiennent en propre. Les calcaires du 
Limbourg, sur lesquels I'allention a ete appeleeil y a long 
temps et que Dumont indique comme intercales dans les 
psammites du Condroz, m'ont amene a me demanders'ils 



(275) 
n'elaient pas des recifs d'epoques anterieures, qui n'au- 
raient ete envases qu'a 1'epoque des psammites et nous 
auraient ainsi prcsente des colonies apparentes. Le mame- 
lon calcaire, exploite a l'esl de Dolhain sur la route 
d'Eupen, est reellement un recif de Stroma toporoides,mais 
il renfermele Produclus prcelongus et d'aulres fossiles que 
M. Mourlon a fait connaitre comme caraclerisant I'elage 
des psammites du Condroz. L'etude de ces points inie- 
rcssants revienl done au savant geologue qui embrasse la 
monographic de ce puissant terrain. 

D'importants terrains construits, d'un caraclere ties 
curieux, existent aussi dans le calcaire carbonifere el nous 
explique, par leur disposition sporadique, une parlie des 
lacunes qui I'affectent. 

^interpretation de quelques-unes des dispositions que 
je viens d'esquisser, nous est fournie par 1'application des 
^gles formulees a l'egard des recifs de nos oceans. 

On estgeneralement d'accord pour repartir ceux-ci en 
'rois categories: Les atolls caraclerises par leur disposi- 
tion annulaire avecune lagnne libra au centre, les recifs- 
barrieres qui different des atolls par la presence d'une ile 
dans la lagune inlerieure, les recifs cotiers ou frangeants 
{ l»i sont separes des cotes par une elroite lagune. 

Cest bien aux recifs frangeanls qu'il convient de rap- 
Porter la triple rangee de recifs avec son innombrable cor- 
'^ge meridional d'ilols coralliens, qui se continue, en 
S1 «nple bordure etroite, parfois interrompue, generalement 
r «duite a deux etages. sur le bord nord du bassin meri- 
dional et dans le bassin septentrional. 

p our l e massif de Philippeville, on pourrait voir dans 
lo s quatre bandes de ca « autanl de 



( 276 ) 
recifs annulaires dont la lagune interieure eut (He comblee 
par du sable et de la boue coralliques. La presence d'oolithes 
a leur centre les fait en effet comparer aux atolls de nos 
jours dont la depression centrale a ele remplie de cette 
maniere. Ce serait done des atolls vrais. On serait aussi 
porte a voir des recifs-barrieres dans la disposition annu- 
laire des rangees de recifs de 1'etage de Frasne qui 
entourent ces recifs plus anciens; mais I'etroitesse des 
chenaux les rapproche plutot des recifs frangeanls. 

De leur cote, aucun des ilots ne presente en lui-meme 
le creux interieur des atolls, sauf peut-etre une petite 
masse de calcaire rouge pres de Francbimont sur laquelle 
je reviendrai a une autre occasion. 

La lagune-chenal des recifs frangeanls qui bordent les 
deux bassins, est clairement indiquee par les intervalles 
remplis de schistes ou de calschistes qui limitent interieu- 
rement les calcaires des trois ages. II a ete en effet fait 
mention plus haut de la circonstance significative que ces 
depdts interieurs renferment la faune conchyliologique de 
leurs recifs eux-memes. 

Nous avons egalement observeque les recifs a Calceoles et 
a Terebratula cuboides et non les r<§cifs a Stringoceplia IeS ' 
sont bordes exterieurement de schistes caracterises pa p 
leurs fossiles. lis ont done subi seuls un envasement qm a 
en lieu d'une partentre la formation des recifs a calcew* 8 
el a Slnngocepbales et d'aulre part apres la formation des 
recifs de Frasne, mais a Tepoque ou la faune de ceux-ci 

II resulte de ces considerations que, l'orsqu'on obser>e 
des bandes de schistes au milieu de ces calcaires construes, 
ceux-ci sont de formation anterieure au depot schisteux, 
quoique par 1'effet de leur dislocation a la fin de la periode 



(277) 
primaire, les calcaires puissent reposer sur ces schistes. 

C'est une donnee de haute importance pour J'etude de 
ces sortes de terrains. En effet, si on leur appliquait les 
regies de la stratigraphie usuelle qui a pour base la dispo- 
sition des terrains sedimentaires marins ou une couche, 
reposant sur une autre, est d'age plus recent que celle-ci, 
on considererait necessairement, sauf le cas de plis ren- 
verses, les schistes inferieurs au calcaire comme plus 
anciens. Mais, quand nous avons affaire a des terrains con- 
struits enloures de depots sedimentaires, il est evident que 
cette regie serait de mauvaise application et que la roche 
construite est anterieure aux sediments argileux qui la 
hordent. 

De meme que, pour les terrains fluviaux quaternaires 
dans leurs rapports avec le creusement des vallees, on a 
«u faire appel a de nouvelles regies straligraphiques, la 
^termination de Page des masses coralliennes et des 
d ep6ts qui l es environnent, par leurs relations mutuelles, 
doit constituer une nouvelle branche de la stratigraphie. 

C'est done a tort qu'on reprocbe a la carte de Dnmont 
d'avoir donne la meme teinte aux schistes interieurs et 
e xterieurs d'un recif. Quoique Tillustre geologue semble 
av 'oir considere la presence des calcaires devoniens au milieu 
de masses schisteuses comme le resultat de plissemenls, 
ce qui est inadmissible, il n'en reste pas moins vrai que 
let figures de cetle partie de sa carte restent generalement 
e *acts et qu'on tomberait dans une erreur evidente en 
n, identifianl pas chronologiquement les affleuremenls schis- 
ms interieurs et exterieurs. 

J'ai dej& insisle sur la circonstance que le bord sud de 
n °tre bassin meridional presente d'innombrables iles coral- 
lle »nes sur une Iargeur moyenne de 15 kilometres, tandis 

° me SJfcRIE, TOME II. 19 



( 278 ) 
que Ie bord nord et le bassin septentrional sont seulemeni 
hordes par d'etroils recifs frangeants, sauf dans la region 
de l'Eau-d'Heure ou ils s'elargissent. 

Nous savons que Tun des facteurs preponderants de la 
formation des recifs consiste dans Je fait que les organismes 
constructeurs ne peuvent etablir leurs editices qu'a une 
profondeur limitee. Cest une regie que tous les observateurs 
ont reeonnue comme incontestable et que MM. Darwin et 
Dana, dans leurs celebres ouvrages sur les ilescoralliennes, 
mettent en premiere ligne. 

La presence de nombreux ilots disperses dans notre 
region sud prouve que les constructions coralliennes qui 
leur ont donne naissance, obeissaient a une loi balhyme- 
trique analogue, en ce sens que cette partie de la mer de- 
\onienne avail un fond ondule donl les protuberances 
etaient relativement peu eloigners de la surface et permet- 
taienl la formation des recifs. 

jXous savons aussi que, a peu de distance des recifs, la 
profondeur de Pocean augmente rapidement. 

Cest encore une circonslance que nous relevons dao» 
l'aire occupee par nos recifs meridionaux, surtout autour 
du massif de Philippeville dont je viens de terminer le leve 
detaille. Les schistes a Terebratula cuboides y torment une 
ceinture elroite et continue autour des recifs. Mais ce nes 
que dans le cas oil la lagune a tres peu de largeur que ces 
schistes la remplissent seuls. Dans les chenaux de plus 
grande dimension et sur le bord exterieur des recifs? & 
schistes a nodules calcaires avec leurs bancs de calcair ^ 
noduleux forment une bordure qui depasse rarement l 
metres. Elle se termine souvenl par les schistes finsaC^ 
diola palmata; mais, que ceux-ci soient presents ou r 
une puissante serie de schistes dits de la Famenne suc< 



uccca. 



(279) 
a ces schistes de Frasne et remplissent le centre des inter- 
files entre les recifs. 

La signification de ces faits se presente d'elle-meme. 
L'envasement argileux qui a eu lieu a la fin de l'epoque de 
Frasne, n'a pas suffi en regie generate, malgre 1'epaisseur 
de ses depots, pour combler les profondeurs qui separaien t 
les iles coralliennes et dont le remplissage a exige 1'arrivee 
des depots plus epais encore de l'epoque suivante. 

Ces profondeurs etaient beaucoup plus irnportantes dans 
les regions septentrionales. Elles nous sont prouveesnon- 
seulement par 1'absence des ilolsqui parsementsporadique- 
ment la partie sud, raais surtout par l'enorme amas de 
sediments que leur remplissage a exige et qui se composent, 
outre les schistes se rapportant aux epoques de Frasne 
et de la Famenne, des puissantes formations des psammites 
duCondroz, du calcaire carbonifere et du terrain houiller. 

H en resulte que notre bassin meridional etaif constilue 
hydrographiquement de la maniere suivante : au sud par 
u « plateau sous-marin fortement ondule, presentantcomme 
dans les mers coralliennes une serie de hauts-fonds que 
quelques centaines de metres de sediments purent combler 
et de bas-fonds assez voisins de la surface pour que des 
f ecifs coralliens s'y etablissent; — au nord par des pro- 
fondeurs beaucoup plusprononcees ettoujours tropgrandes 
pour la creation d'iles coralliennes. Cette derniere deduc- 
ll °n s'appliq U e egalement au bassin septentrional qui avait 
deja son existence propre a ces Epoques, comme le prouve 
Peremptoirement ce fait que la crete silurienne dn Con- 
dr °z est bordee, au nord et au sud, par des recifs fran- 
geants. 

M. Darwin formule encore une autre regie qui nous sera 



( 280 ) 
precieuse dans nos recherches pour la ^constitution de la 
geographie physique de ces epoques reculees. 11 insiste a 
plusieurs reprises sur l'etroite relation enlre la disposition 
et la forme des recifs frangeants et 1'inclinaison des cotes. 
Cette donnee nous permettra de nous rendre compte des 
irregularites de formes et de largeur de nos longs recifs 
frangeants et de retablir approximativement l'inclinaisoti 
des couches qui etaientalors submergees. 

On n'est pas moins d'accord sur la circonstance que les 
solutions de continuity qui existent dans les recifs, sur- 
tout dans les recifs frangeants, se trouvent en face de I'em- 
bouchure des rivieres et sont provoquees par l'apport des 
eaux douces qui empechent la vie corallienne par elles- 
memes et par leurs sediments. Un cas analogue a ete ob- 
serve jusqu'a present au nord de Couvin dans le recif 
frangeant de Petage de Frasne. Une breche y existe dans la 
continuity du recif a Stromatopores avec des circonstances 
remarquablement comparables a celles des recifs des niers 
interlropicales. 

Plusieurs questions de grand interet, se rattachant aux 
probiemes que je viens d'essayer de resoudre, sont encore 
en elaboration. Mais je n'ai pas cru devoir larder plus long- 
temps de communiquer a l'Academie 1'expose somnaa |re 
des resultats de mes explorations dans nos calcaires 
devoniens. Je me propose de reprendre ulterieurenienl 
avec plus de detail quelques-uns des principaux poinj 5 
qu'ils soulevent, afin de defmir dans toutes ses donnees le 
beau phenomene des constructions coralliennes pendant 
la periode primaire. 



(281) 



Une application des images accidentelles (deuxieme Note); 
par M. J. PJateau, membrede 1'Academie. 

Dans ma premiere Note (1), j'ai montre qu'on pent eva- 
luer d'une maniere assez exacte la distance a laquelle on 
rapporte la lune dans le ciel, et cela en projetant sur un 
muri'image accidentelle obscure qui succede a la contem- 
plation de l'aslre, puis s'eloignant ou se rapprochant du 
mur jusqu'a ce qu'on juge le diametre de l'image egale a 
celui de l'objet celeste, et enfin mesurant la distance ou 
■on se trouve du mur lorsque cette condition parail rem- 
Plie. J'ai dit alors que 1'un de mes fils avait obtenu,par ce 
rooyen , environ 51 metres pour la distance en question. 
Comme cette valeur semblait bien petite, j'ai engage plus 
recemmentmon Qls a effectuer une experience de eontrdle, 
<|aoique moins precise : il a cherche, en face du mur, une 
Position telle, que le diametre de l'image sombre lui 
parut, aussi exaclement que possible, moitie de celui de 
Ptttre, ce qui a exige qu'il ne Jut plus eloigne du mur que 
de 25,5 metres. Or, en verlu delaproportionnaliteconnue 
enf re le diametre de l'image accidentelle et la distance a 
la quelle on la projette , le double de la quanlite cklessus, 
c est_ 3-dire 47 metres, representait consequemment d'une 
roaoiere approchee la distance a laquelle mon fils placait 
!ns tinctivement la lune, et Ton voit que cette derniere 



f listanc< 



sans coincider avec les 51 metres de 3'experience 



Precedente sujette a moins d'erreurs, est cependant du 
Nerae ordre. 



:i>v 



• Bulletins de I'Acade-mie,, 2»« a 



(282) 

Depuis lors, M. I'abbe Thirion, professeur au College de 
la Paix a Namur, a fait connaitre (1) une evaluation a 
laquelle il est arrive par un procede tout different : il a 
reuni douze de ses eleves, et a demande a chacun d'eux 
de tracer sur un tableau noir une circonference de la 
grandeur dont il voyait la lune dans le ciel. Ces douze 
circonferences etaient tres inegales; la plus petite n'avait 
que 19 centimetres de diametre, tandis que la plus grande 
en avait 72; la moyenne des douze elait de 32 centi- 
metres. Partant de la et de la valeur moyenne 31' de 
Tangle sous-tendu par le diametre lunaire, M. Thirion 
trouve 35 metres environ pour la distance cherchee, c'est- 
a-dire pour la moyenne de celles auxquelles les eleves 
rapportaienl respectivement notre satellite. 

Enfin M. le D r Charpenlier (2), qui avait besoin pour la 
discussion d'un phenomene enloptique, de savoir a quelle 
distance son oeil « projette les images reliniennes dans la 
vision au loin, » a determine accessoirement, par un pro- 
cede different encore, celle ou il place la lune: cet astre 
lui parait avoir un diametre de 15 centimetres seulement, 
et presenter la meme largeur qu'un disque de 7 mm ,S de 
diametre tenu a 645 ram de I'oeil. II deduil de la, pour la 
distance apparente de la lune, la valeur 12,9 metres. 

De tout cela il resulte, en premier lieu, que la distance 
dont il s'agit varie considerablement d'un observateur a un 
autre, et, en second lieu, qu'elle est toujours beaucoup 
plus petite qu'on ne I'aurait cru a priori. 

J'ai applique mon procede des images accidentelles a la 



( 283) 
recherche d'un element pour la determination approxima- 
tive duquel ce procede est, je crois, le seul praticable: 
Lorsque, dans le jour et par un temps serein, nous regar- 
dons le ciel, il nous offre Papparence d'une surface azuree* 
en forme de voute surbaissee; mais a quel eloignemenl 
nous figurons-nous cette surface imaginaire? Les yeux 
plongent alors dans un milieu indefini,etcependant ilss'y 
arretent quelque part ; mais ou ? A quel eloignement 
s'adaptent-ils? C'est encore ce que les images accidentelles 
nous permettront d'apprecier. 

Je repeterai ici que j'habite line maison situee sur une 
place, et dont la facade regarde le Sud. L'experience a ele 
take de la maniere suivanle: en juillet dernier, versquatre 
heures apres-midi, et par un temps serein, un carre de 
papier blanc de 5 centimetres de c6te, marque d'un point 
noir en son milieu , a ete applique sur une surface noire, 
et cet ensemble a ete pose sur Pappui d'une fenetre ou- 
v erte; mon gendre a contemple pendant 20" le carre 
h 'anc, en tenant les yeux fixes sur le point noir, puis il a 
(lirige le regard sur le ciel, a une assez grande hauteur 
a u-dessus des maisons opposees de la place, pour observer 
'"'mage accidentelle obscure, apres quoi il a projete celle-ci 
sur le mur d'une de ces maisons, et il a trouve qu'elle 
avail augmente un pen de grandeur: les cotes respectifs 
de l'image dans les deux conditions etaient, d'apres son 
estimation, a peu pres dans le rapport de o a 6. Mon fils 
F elix a eflectue les memes operations, et, pour lui, le 
ra PPort a ele d'environ 4 a 5. Les deux obsenaleurs 
etaient a 56 metres des maisons opposees; cousequemment 
»' suit de la proportionnalite rappelee plus haut, que mon 
gendre rapportait approximativement la voute celeste a la 
distance de 50 metres, et mon fils a celle de 29 metres. 



(284) 
Ainsi Ieloignement qu'on allribue a la voute celeste est 
£galement fort peu considerable. 

Je me suis demande si le plus ou le moins d'eclat du 
ciei n'influe pas sur la distance cherchee. Pour le savoir, 
j'ai prie mon gendre de repeler l'experience la nuit, en 
«3clairant le carre blanc au moyen d'une lampe; il Pa fait 
au milieu de septembre a neuf heures du soir, par un ciel 
serein et sans lune. Pour ecarter toute lumiere lalerale, 
un aide enlevait la lampe des que Pobservateur, apres 
avoir contemple le carre blanc, dirigeait ses yeux vers le 
ciel. Or, a ma grande surprise, le resullat a ete sensible- 
ment le meme que dans l'experience de jour. Mon second 
ills a opere ensuile, et a trouve une valeur du meme ordre 
encore. Ainsi Pedal parah sans influence notable sur Pap- 
pre*ciation de la distance ou Pon place instinctivement le 
point observe de la voute celeste. 



Les moyens employes pour mesurer la flexion des 
lunettes sont sujets a bien des inconvenients. On s'etait 
borne d'abord a determiner cette flexion dans la position 
horizontale de Pinstrument, pour en deduire la correction 
qui se rapporte aux differentes inclinaisons, dans Phypo- 
these d'une loi donnee. Plus tard, on remarqua que les 
distances zenitales d'etoiles diverses, prises directement et 
par reflexion, donneraient la flexion sous des inclinaisons 
variees; mais il failait supposer, ce que l'experience est 
venue dementir, que toutes les conditions demeurent preci- 



(285) 
sement les memes dans ]es deux parties de chaque obser- 
valion couplee. On songea alors a substituer l'oculaire a 
I'objectif et reciproquement. Independamment de toute 
autre objection, cette substitution ne pent pas s'effectuer 
dans tous les instruments, notamment dans ceux dont la 
construction date d'un demi-siecle, comrae le cercle mural 
de Bruxelles. Aussi, par suite de ces difficulty, la correc- 
tion de flexion n'a-t-elle pas ete appliquee, dans les Obser- 
vatoires, d'une maniere aussi complete ni aussi systema- 
'"que que les autres corrections instrumentales, bien qu'elle 
raerite aulant d'attention el qu'elle soil du meme ordre de 
grandeur. 

Dans ces derniers temps, deux astronomes, M. Nobile a 
Naples et M. Loewy a Paris, ont installe sur leurs instru- 
ments verlicaux, pour en etudier la flexion, des systemes 
<fe reflecteurs, par lesquels le rayon lumineux est amene 
(I ans la direction de 1'axe de rotation. On peut alors voir, 
pendant revolution du cercle, le displacement de la croisee 
Je s fils relativement a cette droite fixe. 

toutefois, ce moyen est d'une execution compliqnee, 
« les conditions geometriques qu'il faut remplir pour 
jjapoeer au rayon lumineux la marche voulue, en rend 
application fort delicate et Installation laborieuse. 
Heureusement il existe un moyen beaucoup plus simple, 
et auquel on s'etonne que Ton n'ait pas songe auparavant. 
ors< l u 'on fait 1'observation du nadir sur le mercure, on 
recouvre l'image directe des fils par leur image reflechie. 
"i dans ce moment, on pouvait rendre le mercure solide, 
eQ lattachanl a I'objectif, et 1'enlever avec la lunette dans 
,a Evolution de celle-ci, les deux images, abstraction faite 
. ' a flexion, continueraient a se recouvrir dans toutes les 
ln clinaisons de 1'instrument , c'est-a-dire sous toutes les 



(286) 
distances zenitales. Mais si la flexion existe, ces images 
iront en se separant a mesure qu'on relevera I'objectif, 
et I'ecart qui s'etablira entre elles donnera, dans chaque 
position, la mesure de la flexion. On pourra done etudier 
cette correction sous tous les angles avec la plus grande 
facilite. 

Au lieu du bain de mercure, si nous prenons un miroir 
plan d'horizon artificiel, que nous appliquons fixement a 
l'objectif, la combinaison dont je \iens de parler sera 
realisee. On peut rendre ce miroir assez leger pour ne 
point augmenter d'une maniere sensible la flexion du tube, 
circonstance dont on s'assure en recommencant les opera- 
tions, apres avoir charge le miroir d'un poids additional 
comparable au sien. 

Telle etait la combinaison dont je m'etais propose de 
faire usage. Mais lorsque j'ai voulu Fappliquer au cercle 
mural de notre Observatoire, le premier miroir plan que 
j'ai employe n'a donne que des images tout a fait impar- 
failes et distordues des tils. J'ai cru un instant que celte 
difficulte inatlendue etait la cause pour laquelle un pro- 
cede si simple n'avait jamais ete indique. Les moindres 
defauts de la surface reflechissante sont grossis en effet 
par 1'instrument, et comme rien n'est si difficile a executer 
qu'un miroir plan, la methode devenait-elle impossible en 
pratique, dans I'etat actuel de I'art de 1'oplicien ? 

Ayanl fait part de cette difficulte a MM. Steinheil fils de 
Munich, ces habiles constructeurs nous ont envoye un 
miroir plan, de 10 centimetres de diamelre, noirci sur une 
de ses faces, qui, place devant 1'objectif, a donne des images 
excellentes. La difficulte qui setait presentee n'est done 
pas capilale, et I'optique est en mesure de fournir a 
1'astronomie l'oulil auxiliaire dont elle a besoin. 



(287) 

A l'aide de ce rairoir d'une execution superieure, on 
s'est trouve en mesure de commencer l'etude de la flexion 
de notre cercle mural. M. L. Goemans, astronome a 
l'Observatoire, s'en occupe en ce moment. On peut deja 
conclure des premieres observations que, dans ce bel 
instrument, la correction pour la flexion de la lunette 
sera peu considerable. 

La simplicity de ce procede, la facilite d'installer le 
miroir a la bouche de la lunette, permettant l'etude de la 
flexion sous toutes les inclinaisons et dans toutes les cir- 
constances, rendront, je l'espere, un certain service a 
l'astronomie d'observation. 



*ur la substance mkacee des filons de Nil-S'-Vincent, 
note par M. A. Renard, conservateur au Musee d'histoire 
naturelle. 

Le substance micacee de Nil -S l -Vincent, que nous 
decrivons sommairement dans cette note, a ete designee 
comraunement sons le nom d'argile. Elle est associee aux 
mineraux des filons de cette carriere. Au premier aspect 
el 'e presente de grandes analogies avec les malieres argi- 
,e uses; mais un examen detaillee fait decouvrir des earac- 
hes speciaux, qui nous ont porte a etudier les proprietes 
Physiques et chimiques de ce mineral. 

La substance sechee est une poussiere jaune-paille, 
homogene, en lamelles impalpables n'ayant pas plus de 
°>1 millimetre. Ce mineral est doux au toucher et possede 
jisqu'a un certain point la tactilite savonneuse du talc; il 



( 288 ) 
fait pate avec Feau, mais chauffe, il ne s'agglomere pas et 
nedurcif pas comme les argiles; il est infusible au chalu- 
meau, insoluble dans l'acide chlorhydrique bouillant et 
dans la potasse eaustique. II donne de 1'eau dans le tube. 

Soumise au microscope, celte substance se montre, sous 
de forts grossissemenls, composee presque exclusivement 
de paillettes hexagonales, incolores, parfaileraenl transpa- 
rentes. Etudiees avec le condensateur, on voit sur les plus 
grandes que le mineral est biaxique, les axes formant un 
angle tres-ouvert (environ 60° a 65°); il est negatif, P < « 
Les proprietes optiques rapprochent done ce mineral de la 
muscovite; mais, vu la petite dimension des paillettes, 
on n'a pu saisir fomentation des axes optiques : s'ils sont 
parallels ou perpendiculaires aux aretes de la lamelle 
hexagonale. 

Quant aux methodes suivies pour 1'anaivse, nous avons 
pris celles indiquees par M. Tschermak dans son travail sur 
le groupe des micas. La substance qui servit aux analyses 
fut obtenue par des decantations successives, qui permirent 
de la separer presque intierement des mineraux micro- 
scopiques, auxquels elle est associee; toutefois il n'a pas 
ete possible de l'isoler completement des petils prismes 
de tourmaline, mais ils sont restes en nombre tellement 
restreint que leur presence ne peut pas influer d'uue 
maniere sensible sur les resultals de l'analyse. 

La substance analysee renferme de la silice, de Talumine, 
du fer a l'etat de protoxyde et de peroxyde, de la chaux, 
de la magnesie, de la potasse, de la soude et de l'eau 
basique. 

Les resultats des determinations quanlitatives sont les 
suivants : 

I. 0,8760 gramme de substance sechee a H0° C donna 



(289) 
0,4125 gr. de silice, 0,02839 gr. de peroxyde de fer, 
0,0126 gr. de pyrophosphate de magnesie repondant a 
0,00459 gr. de magnesie, 0,0016 gr. de chaux. 

II. 0,9876 gramme de substance sechee a 1 1 0° C. donna 
0,0825 gr. d'eau, 0,4657 gr. de silice, 0,0538 gr. de per- 
oxyde de fer, 0,54399 gr. d'alumine, 0,0023 gr. de 
chaux. 

III. 0,9994 de gramme substance sechee a 1 1 0° C. donna 
0,0763 gr. de chlorure de sodium et de potassium, 0,239 gr. 
de chloroplatinate de potassium = 0,0729 gr. de chlorure 
de potassium — 0,04596 gr. de potasse. Par difference : 
0,0034 gr. de chlorure de sodium = 0,0018 gr. de 



IV. 1,4228 gramme de substance sechee a 110°C. iraite 
en tube scelle par 1'acide sulfurique servit a la determi- 
nation du protoxyde de fer et fut titre par le permanganate 
de potassium (1 cc. = 0,004813 gr. Fe 0). On employa 
Pour I'oxydation 2 cc, ce qui repond a 0,009626 de proto- 
oxyde de fer. 



( 290 ) 
La formule que donnent ces analyses peut se rendre par: 

Si ls Al 14 K a H„ O ei . - [(SiO B K 2 ) h- 7 (Al 9 3 . Si 0.) -t- 9 HOJ. 

On voit qu'elle s'ecarte de celle de la muscovite ou de 
celle du groupe des Phengites. Le mineral dontla compo- 
sition chimique offre le plusd'analogie est l'hygrophyllite, 
mais les earacteres physiques de cette espece sont trop 
differents pour permettre une assimilation. Nous rappor- 
tons ce mineral au gronpe des micas; c'est tres-probable- 
ment une muscovite altered. 



La Classe s'occupe ensuite, en comite secret, de la for 
lation de la liste des candidatures aux places vacantes. 



( 291 



CLASSE DES LETTRES. 



Seance du iO octobre 188L 

M. Conscience, directeur. 

M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents: MM. Alph. Le Roy, vice-direcleur ; 
Gacbard, P. De Decker, Je baron Kervyn de Lettenhove, 
K. Chalon,J. Thonissen, Th. Juste, Felix Neve, G.Nypels, 
Edm. Poullet, S. Bormans, Ch. Piot, Ch. Potvin, J. Ste- 
elier, membres; J. Nolel de Brauwere van Steeland, Aug. 
Scheler, associes ; Lamy, Henrard et Vandenpeereboom, 
correspondants. 

M. Le Roy se leve avant la lecture du proces-verbal pour 
feire la motion suivante : 

« La Classe des lettres ne saurait resler indiflerente en 
Presence de 1'imposante ovation dont son illustre directeur 
a ele le heros, le 25 septembre dernier. 

» Parnii les ecrivains beiges contemporains, M. Henri 
Conscience occupe une place a part. Nul ne s'est plus 
complement assimile les instincts, les aspirations, le 
genie de nos populations flamandes. On peut merae dire 
flue son originalite tient moins a la langue dont il s'est 
servi qu'a la verite frappante, a la sincerite de ses crea- 



(292) 
lions. De la le succes plus qu'europeen de ses oeuvres : 
elles ont pu subir la redoulable epreuve des traductions 
sans perdreleur saveur premiere. 

» Ce n'est pas seuleinent a l'eminent litterateur qu'il ya 
lieu de rendre horamage, c'est aussi a l'une de nos gloires 
les plus pures. Sans esprit de systeme, sans effort, natu- 
rellement et presque naivement, M. Conscience, dans tout 
le cours d'une carriere dont la fecondite etonne, a su res- 
pecter la moralite dans l'art. On a lu, on relit el on relira 
ses touchants recits au foyer des families, et partout ou 
ses livres auront passe, ils auront fait du bien. Aucun 
triomphe ne vaut celui-la : nous le connaissons assez pour 
savoir qu'il en est fier, et c'est a bon droit. 

» Je propose un vote de felicitations a 1'adresse de 
M. Henri Conscience, noire romancier populaire. » 

Les applaudissements unanimes de la Classe accueillent 
cette motion, a laquelle M. Henri Conscience repond par 
quelques mots affectueux de remerciment. 

M. Polvin presente un exemplaire d'une traduction en 
langue tcheque de l'ouvrage de If. Conscience : Siskavan 
Roosemaal, pour qu'elle soit comprise dans la collection 
des ceuvres beiges traduites. 



CORRESPONDANCE. 

La Classe apprend avec un profond sentiment de regret 
la perte qu'elle a faite en la personne de 1'un de ses 
membres les plus eminents, M. J.-B. Nothomb, decede a 
Berlin, le 16 septembre dernier. 



(293) 
M. Th. Jusle redigera pour VAmiuaire de l'Academie 
ia notice necrologique de l'illustre defunt. 

— M. le Ministre de l'lnterieur fait savoir que la hui- 
tieme periode du concours triennal de litteralure drama- 
tique en langue franchise sera close le 51 decembre 
prochain. 

II demande que la Classe lui fasse parvenir en temps 
utile la liste double descandidats pour la composition du 
j»ry qui sera charge de juger ce concours. 

— Le meine Ministre envoie une expedition de deux 
arretes royaux : le premier en date du 26 aout, qui admet 
aux concours triennaux de litlerature dramalique en langue 
flamande, institues par arrete royal du 10 juillel 1858, 
les ouvrages dramatiques ecrits par des auteurs beiges et 
'^primes a 1'etranger. 

Le second, en dale du 1" septembre, portant la raerae 
resolution en ce qui concerne les concours triennaux de 
1'Uerature dramatique en langue francaise, institues par 
arrete royal du 30 septembre 1859. 

— Le merne Ministre envoie, pour la Bibliotheque de 
l'Academie, les livraisons 13, 14, 15 et 16 de la Biblio- 
theca Belgica, publiee par M. Ferd. Vanderhaeghen ; 

Et les tomes 8 , 9 et 10 des Documents et rapports de la 
Societe paleontologique et areheologique de Charleroi. 

Des remerciments sont votes pour ces dons, ainsi que 
pour les ouvrages suivants offerts par les auteurs : 

*° Gli ultirni Stuardi : la contessa d' Albany e Yiltorio 
Alf'eri; memoria di Alf. di Reumont. Broch in-8°, pre- 
s «"eeparM. Gachard; 

3- SEH.F. TA« T, 20 



(294) 

2° Philosophic de la science economique, par Mariano 
Carreras y Gonzalez, avec prologue de Joaquin M. Sauroma. 
Madrid, 1881, vol. in-8°, presente par M. Thonissen; 

3° D r A. de Jager. In memoriam. In-4°, offert, au nom 
de la famille, par M. A. de Jager; 

4° Aug. Hock. Liege au XV e siecle. Promenades retro- 
spectives. Vol. in-8°, offert, au nom de l'auteur, par 
M. Stecher ; 

5° Lentezotternijen, poezie;— Mekhior I en Mekhiorll, 
eene kerstnovelle; — Mane, Thekel, Phares, mijtische 
muziektafereelen ; — De Vlaamsche schilder school sedert 
1850; door K.-M.-Pol de Mont, 4 broch. in-8°; 

6° Un libelliste au XVIII s siecle : Jean-Francois de 
Bastide en Belgique, 1766-i769; publication d'une come- 
die contemporaine inedite, accompagnee d'une notice par 
M. Frederic Faber. Bruxelles in-8°. 

Les notes lues par MM. Gachard, Thonissen et Stecher 
en presentant les onvrages precites, figurent ci-apres sous 
la rubrique Bibliographie. 

— M. Alfred Valerius, de Gand, se declare l'auteur du 
memoire redige en langue francaise envoye en reponse a 
la question du programme du concours de 1881 ,^« r le 
parti des Malcontents, memoire portant la devise : f aC 
et Spera, lequel a obtenu une mention honorable. 

— Les travaux manuscrits suivants sont renvoyes a 
Pexamen de commissaires : 

i ° Sedulius de Liege; par M. Pirenne. — Commissaires : 
MM. Bormans, Willems et Neve; 

2° Sur la date du proconsulat d'Afrique de P. Vigell* 1 " 
Saturninus et de la Mort des martyrs scilli tains; P* r 



( 295 ) 
M. Adolphe de Ceuleneer, sous-bibliothecaire de l'Univer- 
site de Liege. — Commissaires : MM. Wagener, Willems 
et Lamy. 



BIBLIOGRAPHIE. 

M. Gachard, en presenlant le travail de M. deReuraont, 
a lu la note suivaute : 

« Le 13 juillet 1807 mourut a Frascati le dernier des- 
cendant des Stuarts, Henri-Benoit-Marie-Clement, due 
d York, cardinal doyen du sacre College, eveque d'Ostie et 
ne Vellelri. Quoique la plus grande partie des archives de 
'a maison des Stuarts eut passe" en Angleterre en 1798, 
a'ors que l e roi Georges III avail eu la generosite de gra- 
''»er le cardinal d'une pension de cent mille francs, le due 
York laissait beaucoup de lettres et de papiers d'impor- 

» En 1815 le cardinal Consalvi, voulant se rendre 
a greable au prince regent de la Grande-Bretagne , depuis 
Georges IV, lui fit present de ces papiers. Un paquet en 
ava,t cependant ete separe, on ne sail de quelle maniere, 
el etait devenu propriete privee. M. Alfred de Reumont 
e »aeu communication; il l'a curieusement compulse: les 
P'eces qu'il contenait lui ont servi a composer le memoire 
aoot j'ai I'honneur de faire hommage, en son nom, a 
1 Academic 

/Notre honorable confrere a tire de ces materiaux des 
details pleins d'interet, non-seulemen sur le cardinal 



d'York, 



waissur le prelendant Charles-tfdouard 



Jetnme, l a eelebre comtesse d'Albany, sur le grand poete 



( 296 ) 
tragique Vittorio Alfieri , sur la fille naturelle de Charles- 
fidouard, qui, selon 1'expression de I'auteur, devint Fange 
gardien de ses demieres anne>s, et sur divers personnages 
marquants de la fin du XVHI e siecle. 

» Son memoire est, en quelque sorte, un appendice aux 
deux volumes qu'il donna a Berlin, en i860, sur lacom- 
tesse d'Albany, et dont la traduction qui en a paru en 
italien et les nombreux emprunts que leur a faits Saint- 
Rene Taillandier ont alteste le legitime succes. » 

M. Thonissen, en presenlant le travail de M. Carreras y 
Gonzales, a lu la note suivante : 

« Au nom de M. Carreras y Gonzalez, ancien depule 
aux Cortes, ancien directeur general des finances aux uVs 
Philippines, actuellement professeur a 1'Institut de Saint- 
Isidore a Madrid, j'ai I'honneur d'offrir a 1'Academie un 
volume intitule : Philosophie de la science economiqw. 
C'est un livre serieux qui revele a toutes ses pages la 
science profonde, l'esprit de critique et Fexperience con- 
sommee de son auteur. M. Carreras examine successive- 
ment le concept philosophique de l'economie politique, sa 
definition el son caractere, ses rapports avec les autres 
branches du savoir huraain, la place qu'elle doit occuper 
dans la classification des sciences, la methode qu'elle em- 
ploie dans ses recherches, son origine et ses progres, les 
ecoles qui se son l produites dans son sein, les biens et les 
maux qui decoulent de Tobservance ou du mepris de 8» 
lois et, enfin, les jugements dont elle a eie lobjet de la 
part de ses adversaires. L'auteur a su lirer profit des lr a " 
vaux et des publications de ses devanciers, mais il a ' ar B " 
ment puise dans son propre fonds et toutes les parties do 



( 297) 
livre portent 1'einpreinte de la science et de la person- 
nalite de 1'auteur. 

» M.Carreras y Gonzalez appartienla 1'ecole liberate. II a 
pris pour devise : laisser faire, laisser passer. II exalte les 
bienfaits de la liberte et soutient que le raeilleur moyen de 
favoriser le developpement du bien-etre des nations con- 
siste a la reconnailre, a la garantir, a favoriser ses mani- 
festations dans le vaste domaine des interets materiels. II 
combat le socialisme de la chaire (kateder Socialismus) qui 
a fait, dans ces dernieres annees, son apparition en Alle- 
magne. 

» Un autre raerite de ce livre ne doit pas etre passe sous 
silence. II constitue, dans un cadre bien trace, un veritable 
repertoire bibliographique de la science favorite de I'au- 
teur. II n'existe pas un e'conomiste europeen de quelque 
v aleur qui ne soit cite et apprecie. 

» Certainesideesde M.Carreras y Gonzalez rencontreront 
des contradicteurs; mais, quelle que soit I'opinion qu'on 
s e forme a l'egard de ses doctrines, il n'est pas possible 
de meconnaitre qu'elles se distinguent toutes par un carac- 
tere scientifique de bon aloi. > 

M. Stecher, en presentant le livre de M. A. Hock, a lu 
la note suivante : 

« M. Hock n'a pas voulu faire une etude scientifique; 
ma «sil a, pour ainsi dire, fourni un cadre aux roman- 
cers qui voudraient apres lui se transporter a Liege au 
XV e siecle, sous ce qu'on appelle le Nouveau regiment ou 
,a constitution reactionnaire de Jean de Heinsberg (1430). 
c 'est une tentative a laquelle l'Academie peut applaudir, 



( 298 ) 
d'aulant que notre histoire nationale se retrouve surtout 
dans le passe si original et si varie de nos provinces. 

s> Je regrette que M. Hock n'ait pas pris pour point d'aspect 
de son tableau le moment ou la reine Margot habitait le 
beau palais du prince-eveque Gerard de Groesbeek (1 577). 
L'auteur aurait pu disposer plus completement des plans 
et des gravures qu'il possede dans sa riche collection d'ama- 
teur et dont les eaux-fortes de son volume fournissent 
qualre beaux echantillons. 

» Quoi qu'il en soit, il faut encourager le culte intelligent 
et desinteresse que Ton voue ainsi 
plus celebres communes. » 



Sur le rapport verbal de M. le baron Kervyn de Let- 
tenhove, la Classe vote des remerciments a M. Bouton, 
pour avoir communique a FAcademie I'introduclion de sa 
publication : L'armorial du heraut Gueldre. 



( 299 ) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Les combats judiciaires, a propos (Tan appel en champ 
clos d Namar , en 1412; par M. S. Bormans, membre 
de l'Acadernie. 

Aujourd'hui que I'exercice du droit de punir se trouve 
eutoure de tant de garanties en faveur de I'accuse, on 
eprouve un etonnement profond , mele lout a la fois d'hor- 
reur et de pitie, quand on songe a la longue application du 
mode de procedure connu sous le nom de combat jndi- 
ciaire; institution barbare, dont il faut chercher I'origine 
dans les mceurs larouches des Germains. « Chez un peuple 
qui considerait la valeur guerriere comme la yertu par 
excellence, il semblait naturel de supposer que le bon 
droit etait du cote du plus brave ou du plus heureux; la 
lachete et la faiblesse paraissaient des signes non equivo- 
ques d^une mauvaise conscience » (1). C'est sur ce prin- 




. 



( 300 ) 
cipe, aussi faux que Irompeur, et en meme temps sur 
1'instinct cruel de la vengeance personnels, que reposail 
le privilege des hommes libres de se rendre justice a eux- 
memes. C'etait, an fond, le regne absolu de la force bru- 
tale, de la force priraant le droit. 

Lorsque les Francs s'elablirent dans nos contrees, ils y 
introduisirent leurs usages et conserverent dans leur legis- 
lation la pratique du duel. Mais, grace aux notions de 
justice qui, peua peu, se firent jour, grace aussi a 1'orga- 
nisalion des tribunaux, quelque rudimentaire qu'elle fut, 
caractere de cette institution se modilia sensiblement. La 
rencontre a main armee de deux ennemis, d'abord arbi- 
traire et sauvage , fut soumise a des regies determiners, et 
le combat en champ clos, admis comme preuve juridique, 
devint, sous le nom de jugement de Dieu, un des elements 
essentiels de la procedure criminelle. II <r constitua un 
droit place au-dessus du droit commun, non pour le com- 
battre, mais pour le gardcr, pour le suppleer quand il ** ait 
defaut, pour le redresser quand ii devie (1). » C'est sous 
cette forme, pour ainsi dire definitive, que le combat 
judiciaire se trouve inscrit au VI e siecle dans la loi des 
Ripuaires, creee principalement, comme on le sait, pour 
reprimer les vengeances privees, et qu'il resta en vigueor 
pendant une grande parlie du moyen-age. 

Du moment ou rhomme qui se eroyail blesse dans son 
honneur ou lese dans ses interets , dut soumellre son diffe- 
rent! a une juridiction reguliere, il ne lui fut plus permis 
d'intervenir dans la penalile a infliger au coupable. Au 
magistral desormais appariint cette mission. Apres avoir 
re?u la plainte, il ecoulait la justification de I'accuse, pu ,s 
admettait les depositions des temokis. Sa conviction devait 

(i) PaoosT, op. cit. 



( 50i ) 
se former a 1'aide de ces seuls elements, car, dans ces 
temps recules, la loi ne fournissait guere aux juges d'autre 
moyen de s'eclairer que des preuves negatives. Si done 
les temoignages etaient contradictoires ou insuffisanls a 
dissiper les doutes, la justice humaine se trouvait force- 
ment en defaut. Des lors, reconnaissant son impuissance, 
elle faisait appel au juge supreme et, s'en remettant a lui 
du soin de faire folater le bon droit, elle ordonnait aux 
deux aniagonistes de prouver par les armes la justesse de 
leur cause. « La divinite, d'apres la conviction de nos 
Peres, venait au secours de 1'innocence et de la verite. La 
fourberie et le crime, le mensonge et I'iniquite, devaient 
B^cessairement succomber, parce que Dieu ne pouvait les 
proteger(l ). » Mais il n'appartient pas a l'homme d'obliger 
D| eu a manifester sa puissance, et si parfois le crimiuel 
^'cevait un chaiiment merite", tropsouvent aussi 1'innocent 
succombait dans l'epreuve. Cependanl, en vertu de cette 
advance generate que Tissue du combat etait Tarret d'un 
juge infaiJIibJe, le resultat de celle-ci etait decisif : tou- 
jours le vaincu etait declare coupable et le vainqueur pro- 
dame absous; or, ce verdict impliquait, pour ce dernier, 
,e droit d'achever son adversaire dans I'arene. Et s'il 
ap nvait que le coupable triomphant, mais louche de pitie 
0u n-appe de remords, epargnait 1'innocent trop faible 
Pour lui r e S i s t er) i a sentence du juge, elle, ne lui faisait 
point grace, car la coutume feodale voulait que le vaincu 
P a .vai de la vie sadefaite, et son supplice etait immddiat (2). 

0) Notons cepeudant un fait rapporle par le chroniqueur Gislebert et 
* apres lequel un certain Robert de Beauraing, declare vaincu a la suite 



( 502) 

Leduel judiciaire, on le voit, 6lait uniquement impost 
dans les causes obscures, alors que les preuves ordinaires 
ne suffisaient pas a faire la lumiere dans l'esprit des juges. 
Ajo-.itons que, le plus souvent, il elait reserve pour les 
affaires criminelles, comme le meurtre ou I'homicide, ou 
pour des causes civilesd'une telle gravite, qu'elles entrai- 
naient la peine capitale. II etait, de plus, considere comme 
Tapanage exclusif des classes superieures de la societe : 
rhomme de condition libre, riiomme feodal en pleine 
possession de tous ses droits, etait seul admis a eombattre 
en champ clos; le serf et 1'affranchi devaient se juslifier 
par 1'eau bouillante, le fer ardent et d'autres ordalies. 

Quelque odieux et absurde que nous paraisse aujour- 
d'hui ce procede, qui blesse a la fois notre raison,nos 
sentiments d'humanite et nos convictions religieoWS, 3 
s'explique cependant et trouve presque sa raison d'etre 
dans les temps d'ignorance profonde et de superstition 
grossiere ou il etait en vigueur. Qui oserait nier, par 
exemple, qu'alors rhomme coupable d'un meurtre commis 
a I'ecart et sans temoins, appele par un parent de la 
victime a se juslitier en champ clos, n'ait tremble souvent, 
a la pensee d'une intervention divine, d'affronter celie 
epreuve solennelle et redoutable, et ne se soit decide a 
faire l'aveu de son crime (1). 

Mais par contre, lorsque cet aveu enlrainait une mort 
certaine, on ne peut douler que, plus d'une fois,conhan| 
dans sa force ou dans son adresse, le criminel n'ait etouffe 



justices qu'elles ne fureut injustes, 
tyranniques. » Montesquieu, Esprit d 



( 303 ) 
le cri de sa conscience el brave Ja colere c&este, pour 
chercher dans une lutte qui pouvaitetre heureuse, sa der- 
niere chance de salut. 

Quoique la loi sanguinaire des judgements de Dieu se 
trouvat en harmonie complete avec les raoeurs grossieres 
denos ancetres, elle etait condamnee par I'Eglise; et si 
des eveques et des abbes, en leur qualite de seigneurs 
haut-justiciers, ont souvent preside a ces luttes impies et 
'nhumaiues, toujours les papes etles conciles les ont com- 
battues avec energie et proscrites sous les peines les plus 
severes (1). A la preuve par le combat, I'Eglise avail sub- 
stitue le serment. Mais ce nouveau mode de justification 
eogendra a son lour un nouvel abus, et l'habitude de se 
Parjurer devint bientot si generale, que le juge se trouva 
P'onge dans les meme perplexites. 

Afin deviter les serments faux ou temeraires, il fallut 
e n revenir aux anciens usages. C'est ce que le roi Gonde- 
b »ud fit des Pan nee 501 ; et lorsque Charlemagne publia sa 
101 dts Lombards, il n'hesita pas a relablir le duel: « Etant 
,nf omie, dit ce prince, qu'aux plaids de I'an dernier, accu- 
saieurs et accuses se parjuraient sans scrupule, nous avons 
J u ge qu'il valait mieux desormais faire combattre les plai- 
. eurs en champ clos que de les exposer a faire dans 
^bre un faux serment (2). » 



^nales en Belgique , p. H9. 



( 504 ) 

Cependant les efforts de l'Eglise et des premiers rois 
francs, secondes par Paction lente, mais irresistible, de la 
civilisation qui, dans sa marche progressive, adoucit les 
mceurs et police les* socieles, battaient conslamment en 
i rbare des jugements de Dieu. Insen- 
siblement, ils deviennent moins frequents, parce que les 
juges, plus eclaires, n'imposent desormais le duel que dans 
des cas particuiierement graves ou obscurs. Mais alors il 
arriva ceci, que les accuses, el parfois aussi les accusa- 
teurs, manquant de preuves suflisantes pour etablir leur 
innocence ou asseoir leurs griefs, reclamerent eux-memes 
le droit d'appuyer leur justification ou leur accusation par 
le duel ; sauf les cas de flagrant delit ou d'accusalion 
notoirement fausse, 1'epreuve etail generalemenlaccordee; 
de son cote, la partie provoquee etail obligee d'accepter le 
defi : son refus equivalait a un aveu de culpabilite. 

Telle fut la jurisprudence qui prevalut pendant plusieurs 
siecles. Si la perspective d'un combat a oulrance sutfisait 
pourarreter sur bien des levres une plainte iniqueou une 
denegation mensongere, par contre, il saute aux yeus que, 
dans un pared etat de clioses, un homme robuste et dans la 
force de Page ne craindra pas d'accuser d'un crime imagi- 
naire un ennemi plus faible que lui, avec la certitude de 
le vaincre en duel ; tandis que le vieillard ou Vhotniae 
debile, victimes de la mechancete d'un rival fort et auda- 
cieux, hesiteront, dans la crainte d'une lutte mortelle, a 
dresser une accusation. 

pouvait resulter ae» 
trp.hnbncer les abus 



Evidemment, le bien qui, parfois, pouvait resulter des 
combats judiciaires, etait loin de contre-balancer I 



revoltants qui marchaient a leur suite. Cetle reflexion ne 
pouvait manquer de frapper Pesprit des juges et meme de 
se presenter au bon sens instinctif du peuple lorsqu'ils 



{ 305 ) 
voyaient succomber dans I'epreuve Phomme qui jouissait 
de leurs sympathies, et sorlir triomphant de 1'arene celui 
que la rumeur publique designait comme le coupable (1). 
La foule, surprise d'abord, mais toujours croyante et sou- 
mise, cessa peu a peu de voir le doigt de Dieu dans ces 
combats qui, si souvent et si violemment, heurtaient ses 
sentiments d'equite" et de justice (2). 

Au XII e siecle, une circonstance heureuse, en amenant 
dans la procedure criminelle une evolution capitale, vint 
tonler profondement Institution des duels. 

Ainsi que nous 1'avons dit, Pfiglise dans sa legislation, 
n'avait jamais admis les duels, ni d'autres ordalies que les 
conjurations. Lorsque 1'etude du droit romain fut intro- 
4wte da&s les ecoles, elle eut pour premier effetd'en faire 
penetrer les principes dans le droit ecclesiaslique , les 
Decr&ales et le Seste. II se forma ainsi une procedure 
canonique rigoureuse, qui fut perfecliounee au Xlll e siecle 
par l'introduciion de la poursuite d'office, due a Inno- 
cent HI; et e'est au contact des tribunaux ecclesiastiques 
que les cours seculieres modifierent a leur tour leur pro- 



(2) Les chroniqueurs nous out I 
I'm ter ven tion divine paraissait mani 
disproportionnes, entre un manchot 



^anovre, 1680, in-4°, p. 105), qui se termi 
B,E », Vesprit dans Chistoire, recherches e 
fo ^«M,Paris,1857,p.26.) 



( 306 ) 
cedure, et creerent celle qui etait encore en usage dans 
l< s (lcrni rs s im'!< - ilc l'ancien regime. 

Aussit6t done que le droit romain eut mis a la disposition 
des jugesde nouveaux moyens de resoudre lescas difficiles, 
ils ne se tiouverent plus dans la necessite de recourir a la 
mesure extreme de placer les parties en presence, le fer 
a la main. Aussi abandonnerent-ils completement ce mode 
brutal de justification, et se bornerent-ils dorenavant a 
I'autoriser lorsque les parties le revendiquaient comme 
une sorte de privilege base sur d'antiques usages. 

Par une consequence naturelle, les duels, moins fre- 
quents, devinrent aussi moins cruels, et les juges s'effor- 
cerent d'empecher les Iuttes a outrance; par trois foisJIs 
avaient le droit de separer les combattants afin de tenter 
des moyens de conciliation. De leur cote, les champions, 
a moins d'etre animes d'une haine morlelle, se conten- 
taient le plus souvent de mesurer leurs forces: des que 
fun d'eux s'avouait vaincu, la lutte etait terminee. 

Mais, par la-meme qu'ils n'etaient plus aussi dangereux, 
les combats singuliers furent moins redoutes, et alors s'm- 
troduisit fusage de decider en champ clos un plus grand 
nombre de contestations civiles. On y eut recours pour 
prouver un droit de propriete, pour nier une dette. Celte 
sorte d'extension du ressortdes duels, ne les rendit cepen- 
dant pas plus frequents : ce fut tout a fait exceptionnel- 
lemenl que les parties le reclamerent, et plus exception" 
nellemenl encore que les juges crurent devoir I'autoriser. 

En effet, le temps emportait rapidementcette institution. 
La legislation des jugements de Dieu, condamnee par les 
lois divines et humaines, sombrait sous le poids de a 
reprobation publique, et, faisant place a un ordre social 
plus avance, s'emiettait, pour ainsi dire, sans qu'on s'en 



(507) 

apercut. Ce qui prouve combien elle pesait aux populations 
et leur etait devenue odieuse, c'est que souvent un sei- 
gneur feodal, lorsqu'il accordait a une commune sa charte 
'l';d]'i;"mcliissement, yinscrivait, comme un privilege, que 
les bourgeois ne pouvaient etre provoques en duel. Enfln , 
dans lu cours du XIU e siecle, iorsque les coutumes forest 
a peu pres partout receuillies et codifiees, « le duel judi- 
ciaire disparut completement, comme preuve legale, dans 
les proees civils et criminels intentes a des bourgeois (1). » 
•I fat, il est vrai, remplace par la question ou torture, 
autre sysleme non moins r^voltant et absurde, a 1'aide 
duquel les tribunaux pretendaient arracher par la douleur 
des aveux sinceres, et — chose aussi incroyable que hon- 
teuse pour notre siecle eclaire — il en subsisle aujourd'hui 
une derniere trace dans le duel proprement dit, triste 
epave des temps barbares,et qu'un stupide prejuge tolere 
encore quelquelois comme un moyen certain de reparer 
I'honneur outrage (2). 

Le duel judiciaire fut longtemps en usage dans nos 
provinces. Si nos plus anciens codes criminels n'en con- 
staieni que rarement l'existence, c'est que, primitivement, 
■ a procedure etait uniquement basee sur la coutume tra- 
diiionnelle et qu'il n'existaitpas de loi ecrite. A I'epoque ou 
le s vieux usages furent modifies suivant les besoins du 

U) POULIET, 

societe; elle ne peut tolerer des actes qui tiennent a la fois du desordre 
m °ral et du desordre civil, substituant la violence et le hasard a laclion 

4t V'i i if it,- la loi. > (Joyeuse entree, p. 98.) 
I 2 ) Le duel actuel e 



■ intervention de la divinite. 



( 308 j 

temps, pour servir de regie fixe dans la jurisprudence des 
tribunaux, ce mode de preuve avail deja beaucoup perdu 
de la faveur dont il jouissait d'abord; dans Ies premieres 
chartes de franchises, lorsqu'on mentionne le duel, c'est 
generalement pour en restreindre ['application ou pour 
1'abroger tout a fait; mais nous Irouvons dans ce fait 
meme la preuve de son existence anterieure. 

11 est assez inleressantde mettre en presence, par ordre 
chronologique, les textes qui, d'nne part attestent et con- 
firment l'usage du duel dans nos communes flamandes et 
wallonnes, et de l'autre ceux qui en proscrivent la pra- 
tique (1). 

Bauduin III, comte de Hainaut, donnant en 1114, une 
loi ecrite a la ville de Valenciennes, stipula que le meurtre 
commis, soit par un chevalier, soit par un manaut, pour- 
rait etre prouve par le combat : Si reus neget et non possit 
per testes dictce pads convinci, si damnificatus appellet 
reumde duello, turn reus aut reddat quidquid damnificatus 
petit, juramento prius prcestito, aut duello se defendat (2). 

Le keurbrief de la chatellenie de Bruges, qui date de 
I'an 1190, atteste qu'une juridiction speciale siegeait toute 
la semaine pour fixer les epreuves judiciaires, et que 
chaque samedi le role des epreuves inscrites etait envoye 
aux echevins, charges de 1 



(2) « Ea 1138, dit ' 
on pays une paix qui, suivant de Mayer, 



( 509 ) 

En 1237, le seigneur de Wesemael declare qu'apres 
avoir admis deux plaideurs au champ clos, il doit ren- 
voyer la suite de I'aflaire au due de Brabant : Si contigeret 
aliquos in terra nostra ad duellum provocari, illos usque 
ad duelli pugnani judkaremus , el tunc eos domino duci 
traderemus, sub suo judicio pugnaturos. 

C'est au XIIP siecle qu'il faut faire remonter les lois 
feodales de la cour de Bruges qui exposent longuement les 
regies du duel (1). 

Une charte de Tan 1283 autorise les bourgeois liegeois 
ou brabancous de Maeslricht a se provoquer reciproque- 
mentdevant le tribunal des echevins: Sooeen des bisschops 
man beriepe le campe eenen des hertoghs man, den schoutetti 
ende schepenen des bisschops souden den camp huden, etc. 

Enfm, aux mois de mai et juin 1339, la cour de Hai- 
n aut, fixe certaines regies a observer, par deux chevaliers, 
dans un combat singulier (2). 

Telles sont les dispositions legislatives que j'ai pu 
recueillir pour attester l'usage du duel (5). Je n'y ai fait 



(1) Vredias a publi, 


b de cette coutume feodale un 


texte incomplet et 




it qu'une traduction flamande 




- Cfr. uce ordonnam 


;e de 1'an 1230 environ, sur les 


gages et appels de 


bataille,etsurlamani 


ere de proceder dans les duels judiciaires a Cambrai 


< Lb Guy, Analectes 




Item, un accord du 


Det 1200, 


conclu entre Guv, sire de Damj 


pierre, et Thibaut, 


Comie de Baret de Luxembourg, au sujet des combats 


singuliers de Ieurs 




de Bar et de Saint-Dizier . (G 


aliet, Histoire de 


Lor rame, t.\l, p . 7 \) 






l*)L«OKD»TlU. B gs' 


, Cartulaire des comtes de Bainaut, de I'avenement 


* e GuMaume 11 a la i 


norl de Jacqueline de Baviere, \ 


K l7 ' 



le duel judiciaire e 
5 certain cas. 

^ me SER1E, TOME II. 



( 510 ) 
figurer la derniere que pour memoire, car on sail qu'au 
XIV e siecle la noblesse se placet encore au-dessus du 
droit commun; du reste, la nature meme du document 
semble attesler que le duel judiciaire etait tombe en 
desuetude meme chez les nobles, puisque, a propos de 
celui-ci, il fallut rediger un reglement special. 

Passons aux textes qui abolissenl ou restreignent cetie 
institution : 

Le 15 septembre H16, Bauduin a la Hache, comtede 
Flandre, affranchit les bourgeois d'Ypres de toutes les 
£preuves judiciaires : Nee duellum nee judicium ignili 
ferri out aque infra jus Iprense faciant. 

Le U avril 1127, Guiilaume de Normandie, comtede 
Flandre, declare les habitants de la ville de St-Omer 
exempts du duel dans tout son comte -.judicium scabi- 
norum de omni clamore sine duello subeant; ab duello 
vero ulterius liberi sint. 

En 1187, Philippe-Auguste, renouvelant d'anciens pri- 
vileges, octroie un eharte communale a la ville de Tour- 
nai, et defend les provocations entre bourgeois : nemo 
civium alium civem ad duellum poterit provocare. 

La Ioi de Grammont, de 1'annee 1190 (1), stipule que 
personne ne pourra elre force a accepter le duel : nemo 
nisi spontaneus stabit duello. 

Henri l er , due de Brabant, accorde en 1206 aux bour- 
geois de Haelen un privilege en vertu duquel nul ne pou- 
vait les appeler en champ clos s'il ne residait depuis un 
an dans la ville : munimus etiam eos {homines nostros de 
Halen) hac libertate quod nullus eos de jure duelli impetere 
potest, nisi per integrum annum ibi burgensis fuerit. 



(3H ) 

Par la charte de Leau, de Pan 1213, aucun habitant de 
la ville ne pouvait etre provoque au combat, meme par un 
etranger : nullus extraneus burgensem, vel ipsi se invicem 
ad duellum provocare possint. 

Un privilege de I'annee 4229 statuait £galement qu'un 
bourgeois de Diest ne pouvait, pour aucun crime, etre 
appele en champ clos : nullus oppidaneus de Diest, pro 
quocumque forefacto in Diest, potest proiocari ad duel- 

Le 4 novembre de I'annee 1304, Philippe, Ills de Gui 
comte de Flandre, defend aux bourgeois de Bruges d'ac- 
cepter aucun gage de bataille : Dat niemen poor Ire beroepen 
wac/i te campe... Ende hierbi es elc poorler los ende ledich 
van campe (1). 

Jean II, due de Brabant, dans la charte qu'il octroys 
aux bourgeois de Tirlemont le 1" octobre 1506, abolit 
complement l'usage du combat en champ clos : Hebben 
W U hen gegeven dat niemand bynnen onsen lande geseten 
en gheenen porteren van onser slat van Thienen campe 
hysschen en mag noch roepen van en ghenen faite buyten 



a,le r • (Gilliodts, Coutumes de la ville de Bruges, I, 298, 395). Le *tatut 
<je 1304 fm confirme le 10 juillet 1330 ences lermes:« Nulzfrans hostes 
enostre terre de Franc ne puet appieller de champ de bataille fauire par 

G a >'ges ne adju^iez, et si paiera 60 1. pour amende li appieilans, et li 

aquiseratfaitecontre 



(512) 
onsen lande, op dat die porteren voere ons ochle voere 
onsen richteren rechts plegen wilt. 

Une mesure semblable est appliquee, presque dans ies 
memes lermes, aux habitants de Louvain par la keure du 
17 seplembre de la raerae annee : Hebben wi aen de por- 
tren gegeven dat niemant, buuten onsen lande geseten, 
enghenen porter van onse stat van Lovene te campe eis- 
schen en mach noch roepen, van enghenen fatten, en ware 
of die portren van tueder side vechten wouden. 

En l'annee 1335, alors que les duels etaient deja pros- 
crits entre bourgeois dans le duche de Brabant, Jeanne et 
Wenceslas defendirent, sous peine de mort, d'appelerun 
de leurs sujels en champ clos hors du territoire braban- 
con : Gheloven tot hen, dat soe wie in onsen lande van 
Brabant gheseten is, die ghegaen hadde oft ghereden, 
ochte die rede ochle ghinghe met vore rade den anderen U 
campe te eysschene buten landts, ochle yeste in eniger 
manieren ende niet ghebetert en hadde, dat hi hadde ver- 
beurl siin liif en siin goet gheliic of hi enen man doet 
gheslaghen hadde. 

Enfin, dans la charte de privileges accordee aux nego- 
tiants de la hanse leutonique residant a Bruges, par Louis 
de Male, le d3 avril 1349, on lit : Volumus eliam q^d 
i prediclorum in nostro dominio duello 



II seraitassez difficile de tirer, de ces differents testes, 
une conclusion rigoureuse pour fixer Tepoque a laqueii 
le duel judiciaire disparut de nos contrees. Car, s'ils pro"" 
vent qu'au XII e siecle, etmeme parfois au xni e ,l'usage<* 
existait encore dans quelques localites, ils nous font voir, 
d'aulre part, que, dans d'autres, et deja des le commen- 
cement du XIl e , le seigneur en avail affranchi les bourgeois 



C 313 ) 
comme d'un honleux servage, pour les placer sous la juri- 
diction reguliere des echevins (1). 

Cependant, si dans beaucoup de villes franches les 
bourgeois etaient liberes du duel judiciaire, les habitants 
des campagnes y etaient toujours sourais; mais on concoit 
que, proscrit dans les communes, il ne devait pas tarder 
a etre supprime dans le plat pays. C'est a peine si, de loin 
en loin, on en rencontre un dans lesdernieres annees du 
XIV e siecle (2), et jusqu'a present, on n'en avail meme plus 
signale — que je sache du moins — qui eut franchi les 
limiles de ce siecle. Aussi, n'est-ce pas sans surprise, 
qu'en feuilletant les registres aux plaids du souverain bail- 
liage de Namur pour 1'annee 1412, je tombai sur une pro- 
vocation en duel. A la verite, Tissue n'en fut pas tragique; 
roais le fait n'est pas moins interessant par les details 
locaux qu'il fournit, et merite d'etre note comme le der- 
nier vestige d'un usage depuis Iongtemps disparu. 



d 'exces, permit de nouveau le duel dans certains cas determh 
(Leglay). En Angleierre, la loi du duel fut encore invoquee en 181' 
Un nomine Thornton, et lesjuges autoriserent le combat (Proost). 
(-) Si 1'histoire de Valenciennes nous en fournit des exemples 
Pieurs a celte dale, c'est en vei 
etranger poursuivi pour homicid 
moment oil quelqu'un venait lu 
• -bilge de se batln 

combat celebre dont Malhieu de Coucy 
Lebouq et Olivier de la Marche nous ont t 
e Vernier, car Philippe le Bon, qui y av.-iit 
ce saoglaot usage. (Cfr. Waotebs, J 




( 314 ) 

Le 21 aout de 1'annee 1412, dans une salle du donjon 
dc Namur ou siegeaient le bailli el les hommes de loi du 
comte, comparurenl Gobin d'Avin dit le Grand Gobin,el 
Colart le Mingnot dit le Grand Colart, tous les deux du 
village d'Avin , pres de Huy. Apres un debat assez confus 
au sujet d'une correspondance echangee entre eux, Colart 
exposa a la cour que, nagnere, etant bailli d'Atrive, il 
avait invite Gobin a faire hommage au comte de Namur 
pour dix bonniers de terre qu'il possedait entre Alrive et 
Ambresin. Oblige de s'executer, Gobin, quelque temps 
apres, avait profile de ce que Colart n'elait plus en fonc- 
tion, pour lui chercher querelle et le qualifier d'homme 
faux et traitre. A quoi I'ancien bailli avait riposte en disant 
que jamais on ne l'avait pris en delit de faussete ou de 
trahison, mais que lui, Gobin, en denalurant les biens de 
son seigneur droiturier, avait merile les epilhetes dont il 
l'avait qualifie. 

Devant la cour, Colarl soutint son accusation et se fit 
fort d'en fournir la preuve. A cette declaration, Gobin se 
relira a I'ecarl pour conferer avec ses parents et ses amis, 
ct revint bienlot en prolestant que les fails qui lui etaient 
imputes etant calomnieux, il voulait defendre son honneur 
au peril de son corps. En meme temps, comme gage de 
ce qu'il avancait, il jetason chaperon a terre. 

Colart, de son cote, apres deliberation avec les siens, 
mainlint ses paroles, et demanda au juge la permission 
de ramasser legagede son adversaire. 

Jean de Celles, bailli du comte et president des homnics 
de loi, invila Massart Colle, un des membres de la cour, 
a examiner ce qu'il y avait a faire dans cette circonstance, 
en droit et en equile. Celui-ci , apres avoir, suivanlTusage, 
recueilli l'avis de ses confreres, declara a haute voix que 



( W ) 

leshommes de loi, a 1'unanimite, ne voyaienl pas d'em- 
pechement a ce que la prenve par le combat en champ 
closeutlieu (1). Aussil6t Colart ramassa it- chaperon de 

Sur une nouvelle invilation du bailli , et toujours d'apres 
1 avis unanime des hommes de loi, Massarl Colle proclama 
que le duel aurait lieu dans quarante jours (le 50 sep- 
tembre) et que les champions, vetus de cuir rouge, 
n'auraient pour arme qu'un baton, sans fer et sans acier. 

Le bailli, a son lour, decida que I'epreuve aurait lieu 
dans les limites de la franchise de la ville, mais que l'en- 
aroit precis serail designe par le comte de Namur. 

Apres ces preteminaires, Colart el Gobin s'engagerent 
sur l'honneur a se trouver sur le lieu du combat au jour 
fi xe; mais, pour plus de surete, la cour les obligea a desi- 
gner, chacun de son cote, qualorze personnesconnues qui 
devaienl se porter caution de leur exactitude ; en cas de 
defaut de I'un d'eux , ses repondants s'obligeaient a venir 
s installer a leurs frais dans I'hdtellerie du Mouton, a 
N amur,jnsqii'a 1'enlier payement d'une amende de mille 
c «uronnes de France. Enfin, avant de les renvoyer, le 
Willi leur fit promeltre de rester en paix jusqu'au 50 sep- 
tembre. 

Les details minutieux dans lesquels le greffier est entre 
Pour acter le proces-verbal de celte premiere seance, 
atlestent, a mon avis, la rarete de I'evenement. lis elaient 

\») Ceiie decision des juges doit nous surprendre. En fflei, il nes'agil 



( 316 ) 
de nature a nous promeltre un reeit piquant du combat. 
Mais, Ik iireusement pour eux, Gobin el Colart, ayant eu 
le temps de reflechir a leur situation et d'envisager sous 
toules ses faces la perilleuse avenlure dans laquelle leur 
amour-propre les avait engages, cedant peul-elre aux 
solicitations de leurs parents et aux instances de leurs 
amis , n'altendirent pas le jour fatal pour entrer en accom- 
modement. 

Deja , le 22 septembre , nous les relrouvons devant le 
tribunal des hommes de loi, accompagnes chacun de leurs 
deux fils et d'un ami; la, ils prometlent d'accepter la sen- 
tence que Jean de Namur, apres avoir pris connaissance 
de tous les documents de nature a l'eclairer, prononcera 
sur leur differend avant le 50 novembre, jour de S'-Andre. 
De plus, ils s'engagent a verser a la banque des Lom- 
bards, a Namur, avant la Toussaint, une somme de cent 
florins de Hollande ou quarante couronnes de France, 
pour couvrir les frais de justice occasionnes par 1'appel en 
champ clos. 

Quelques notes jetees au hasard dans le registre de la 
cour nous font voir que ces frais etaient enormes ct de 
nature a degouter les plaideurs de ce moyen violent de ter- 
miner leurs querelles. Elles nous apprennent, en outre, 
que 1'on mit a la charge des deux parties toules les de- 
penses faites a Namur par le bailli pendant la duree des 
debats, depuis le jour ou le champ ful lie jusqu'au mo- 
ment ou la paix fut conclue. 

Le 21 aout, au sortir de la premiere seance, les hommes 
de loi allerent, en corps, causer de l'affairc dans une 
auberge;la depense, s'elevant a trois florins de Hollande, 
fut raise au comple de nos deux adversaires. Quelques 
jours plus lard , la cour se transporla a Herbatte, ou I'on 



(317) 

disposait la lice, pour en inspecter les travaux : et cette 
fois, elle jugea convenable de faire haite dans deux 
auberges differentes, entre-lemps d'acheter des poires, des 
raisins et du fromage, le tout s'elevant a la somme de 
2 griffons et 9 heaumes, toujours aux depens des deux 
champions. 

Le 23 septembre, lendemain du jour de la reconciliation, 
les jtiges, accompagnes de plusieurs sergents allerent , aux 
frais des parties, feter cet heureux denouement dans plu- 
sieurs cabarets; dont coul , 60 heaumes. 

Gobin et Collar! durent anssi indemniser Jean de Flo- 
rence, lequel avail ete a Montaigle prendre les ordres du 
comte, etait revenu presider au trace du camp, dinger les 
travaux , et avait meme commence a confectionner la porte 
de Parene. 

Ce n'est pas tout; on leur porta en compte le travail de 
sept bucherons occupes pendant deux jours a couper des 
epines pour la cloture de la lice; cinquante journees, a 
cinq heaumes chacune, pour les terrassiers charges de 
niveler le terrain ; plus, d'autres journees encore pour les 
charpentiers; et enfin, 14 heaumes et \ wichol pour le 
baton confectionne comme modele de ceux qui devaient 
servirau combat. 

Comme on le voit, si la querelle de Gobin et de Collart 
se termina sans effusion de sang, ce ne fut pas, toulefois , 
sans leur occasionner des frais considerables. Aussi, a la 
Toussaint, se trouverent-ils dans rimpossibilite de verser 
a 'a caisse des Lombards la somme convenue, et ils durent 
recourir a Temprunt pour payer leursdelles. Le banquier 
av anca a chacun d'eux 40 couronnes, a 1'inleret exorbi- 
tant de sept couronnes, soil presqu'au taux de 20 p. c pour 



(318) 
Ainsi finit, tres-prosaiquement, cette provocation dont 
los debuts semblaient promettre le recit emouvant d'un 
combat en champ clos. L'interet qu'elle presente reside 
lout enlier dans cette circonstance qu'elle est — provi- 
soirement du moins — la derniere en Belgique dont le 
souvenir soit parvenu jusqu'a nous, et que, grace aux 
soins munilieux du greffier, elle nous donne, comme je 
1'ai dit plus haut, quelques echappees curieuses sur les 
moeurs locales. A ce double litre, j'ai pense qu'elle avait 
la valeurd'un document et qu'il pouvait y avoir quelque 
utilite a la faire connailre. 



Parollez sur champ , et camp jugiet. 
Le xxi" jour d'aoust Fan mil IIIF ct XII, ou casteal de 
Namur, pardcvant mess. Jchan dc Cheelles bailli dele conte 
de Namur, prcsens Hassart Colle maeur de Namur, qui le juge- 
ment porta, mess. Daneal de Gesves chevalier, IT. de Forvie 
bailii de Wasege, R. dele Haie bailli de Bovingne, G. de St-Mar- 
lio, Libert de Hun, J. dou Pont, Lambier dc Templous receveur 
des mortesmains el formortures, jehan de Rollouz, Jehan de 



i li! I; 



i, Jehan Baduelle 



lame de Fumallc, Hincmant dc Forchcelle bailli d'Attrive, 
Pirart les Farchiez, Jehan dit Blondeal chairier de Namur, Noel 
dc Flerus et pluseurs autres, se comparurent Gobin d'Avin dit 
le Grant Gobin, dune part, ct Colart le Mingnot dit le Grant 
Colart, demoranta Avin, d'aulre part; et, la dissent et r»f* 



( 5*9) 

narent (I ) lesdictes partieez pluseurs parolles Tun contre 1'autrc 
a cause de ccrtaincz lellres qu'il se cstoent escript l'un a 
l'autre, et tant que Icdit Colart, aprcs pluseurs parolles ditez 
par et cntre eulz lesdictcz n parties, dist ensi : que veritct estoil 
que, i jour passet, il cstoit bailli d'Alryve, si li fut donne par 
Jehan de Bienenne, cler du bailli de Namur, i estrait des pap- 
piers des fieufs d'Atrivc ou qu'il se contenoit que messire 
Hustin de Borsut, jadit, soloit tcnir i fieuf contenant environ dc 
x boniers de lerre gissans entre Alrive et Arabresin, lequel 
fieuf Gobin d'Avin soloit tenir ; liqucil Colart rcquist audit 
Gobin qu'il en fezist boraage a mondit seingncur, si come il 
apparlenoit. Et poul apres, lidis Colart fut jus de Tofliee dele- 
dite baillerie d'Atrivc. Et depuis, debas se montat entre caulz, 
tant que ledit Gobin dubt avoir ditez pluseurs vilanez parollcs 
audit Colart, come ledit Colart dist, en li nomant fauls ct 
traiitcz. Et adont li respond roentoit, car il 

n estoit point faulz ne Iraiil nest 1'csloit, car 

il avoit vendut et annicbilleis les hiretages de son droit sein- 
gneur malvaisement et fausement, el ce li voloit-il maintenir 
allensingnement (2) desdis hommez. Et adont ledit Gobin se 
a'lat consiliier; et luy revenut de son conscl, dist et respondit 
que le maiselet, le fausetct, 1c traiison, le larchien, rannicbil- 
Jement et tous les vilains cas que ledit Colart li amettoit, il les 
"icttoit jus ct en voloil deffendre son honncur en poroffrant 
son corps allensingnement desdis hommez ; et jeclat la se 
capiron jus a tcrre si que wage, et dist qu'il mentoit fausement. 
£ t adont ledit Colart allat a consel, et luy revenut, dist que les 
parolles qu'il avoit dites audit Gobin il lez voloit maintenir, et 
v °!oit approchicr le wage allensingnement desdis hommez; el 
demandat congier de lever ledit wage. El sur ce, ledit bailli 
mist teutcs les raennes desdites partieez en le warde et rete- 



( 320) 

nanche desdis hommez, et tournat en jugement sur Massart 
Colle, maeur de Namur, homme de loy deledite court, la pre- 
sens, qu'il raportaist par jugement et par loy ce que affaire en 
estoit; liquel Massart Colle, luy sur ce conselhie aus hommez 
devannommes, raportat, par plane sieute d'eaulz (1), qu'il "* 
savoit chouse que ledit Colart n'ewist bien a lever le wage, ct 
que dist ausi qu'il ne savoit chause que ce nc foist camp; et sur 
ce, tantost lidit Colart levat ledit wage et le levat (2). 

En oullre, fut jugiet par ledit Massart Colle, alle requeste 
dudit bailli, lout par plane sieute desdis hommez, que la jour- 
nee doudit camp estoit droit a xl 6 jour ensuivans, comenchant 
le premier jour a ccdit jour que enlrepris est; et ausi, que le- 
dit bailli les avoit bien a asseiicr (5) lieu et plaehe pour laditc 
journee tenir. Et devoent estre vestis de roge kuirc et avoir 
bastons de bos, sans fier et sans achire. 

Et les assistc ledit bailli, la en presenche lesdictez partiees, 
plaehe dedens le franchiese de Namur, ou lieu ct a plaisire de 



tin-. 



t Iez obligancez desdit 



fien (4) qu'il ont donne d'eulz rclivrer a j 

plaehe que assiesc leur sera , par la maniere que jugiet a 

Proraies, s'est obligict li devannomme Colart le Mingn< 
pardevant ledit bailli, presens les hommez devannommes, d 
h relivrer au jour, ou lieu et en le plaehe que assiese li sei 

hault que sur le cas et sur son honneur. 

Ledit Colart paiat a mess., ale maison Jehan de Bienenne,s 



(1) Par leur vote unanim 

(2) II y a probablement ic 
>u remplacer un des deux / 



( 321 ) 

cler, le jour S l Jehan-Ewangelist, xn griffons d'or, une cou- . 
ronned'or, 1 florin de Rin et la raoitie d'une angle d'or. 

Et comme plcges dudit Colart relivrer par la manicre que 
dit est, se sont obligies : premirs, Hubin de Hosden ; Otaur le 
Mingnot, frere audit Colart; Hinemant des Commoingnes, le 
vielli; Otaur, fil Jehan de Chipelet; Liber Boton, de Toulrines; 
Henry de Hosden; Robicr de Thiribulz; Hellin, fil Gerart le 
Mingnot; Libier, fil Hubin de Viler; Jehan de Chiplet; Jaque- 
mart de Toulrines; Phlipines et Oteles, effans ledit Colart le 
Mingnot; Jaquemin dou Caenne, demorant a Ville en Hesbaie; 
et cascun pour le tout, de relivrer ledit Colart le Mingnot par 
la maniere que dit est, sur le pacnne et miese de mil coronez 
de Frances; par tel condicion que, se Dieux faisoit ses volentet 
dudit Colart et qu'il allaist de vie a trespassement devant ledit 
jour et quarantaine, come dit est pardessus, que adont tous 
lesdis plcges fuissent te demoraissent quittez et em pais de la- 
ditc obligance, sans mallengien, et ausi que on ne pozist rins 
rcsiere sur 1'onneur dudit Colart touchant celli obligance. 

En oultre, pour plus grant seurtetdes cboscz desseurdictes, 
°nt tous les devannommes pleges creantet en le main dudit 
i,a Ili, cascun a sa foid et appar li, que s'ensi advenoit que ledit 
Colart le Mingnot fuist en deffaulte d'acomplir sesdis convens, 
c ora dit est pardessus, ou il n'ewissent paiit et satisfait a 
•nondit seingneur le conte deledite sorarae de mil coronez de 
Prances come dit est, que dont il devoent et avoent enconvent 
par leur foid, comme dit est, venir tenir en hostage en une 
hostel herbihalle dedens le ville de Namur, cascun selon son 
0st at, et de la nient partir sans le gre de mondit seingneur 
°o de son souverain bailli. 

Et encor en oultre, obligerent Hynemant des Commoingnes, 
Kobier de Thiribulz et Jaquemien dou Caenne devannommes, 
'ous leurs hiretages qu'il avoent gissans ou paiis de ladicte 
l '"ntti, pour vendre a stapple et faire argent solable en acom- 
Piissant 1'obligance. 



( 522) 

Par tel condition que lcdit Colart le Mingnot, luy relivrct 
au jour, ou lieu et par la raaniere que dit est pardessus, que 
tous lezdis pleges soent quittez de leurditez obligances; ou, 
s'il estoit trespasset par la maniere que devant dit est, ausi 
fuissent quittez de leurditez obligances. 

Et apres, la-meisme, tantost ct en presenche, se obligat le 
devannomme Gobin d'Avin, si hault que sur le cas et surson 
honneur, de li relivrer au jour, ou lieu et en le placbe que 
assies* h sera par mondit seingneur le conte ou son souverain 
bailli. 

Et comrae pleges audit Gobin se sont obliges : premirs, 
mess. Robert de Jupeleu, chevalier; Jehan, fil Colart aus Lo- 
vingnis; Philippart dou Pont; Jehan dele Porte, de Rosirez; 
Rinnewart dele Porte, de Merdop; Colart de Mozen; Gerart de 
Froymont; Jehan de Frankengneez; Willame de Tavers ; Colart 
d'Otrimont; Jehan dez Bois, de Frantegneez; Goudefroit de 
Walhal; Lowy et Henry, freres, et effans audit Gobin d'Avin; 
ct Libaur d'Acoche, fil Willame le Castellain, de relivrer ledit 
Gobin au jour, ou lieu et en le plache que assiese li sera, sur 
tel paenne et miese eomme lez pleges dou devannomme Colart 
le Mingnot; en ce adjoustet ausi toutes Ies condicions en 
ycclles conlenueez. 

Et en oullre, en ont tous lezdis pleges obligie leur corps ct 
tous leurs buns, meublez et hirelaiges, si avant qu'il sont 
gissans ou paiis de ladite conte, en accomplissant ce que 
dit est. 

Et commandat lcdit bailli ausdicfes parties, en le presence 
desdis hommez, que de ce jour en avant jusquez ladite quaran- 
tine expiree, il fuissent et soy tenissent, d'eaulz et de tous les 
leurs, en estat seur, si hault que sur leur honneur et que sur 
telz cas appartient. 

Le xxn e jour deseptembre 1'an mil HIP et XII, pardevant 
mess. Jehan de Ceellez balli, p res ens Massart Colle inaire de 
iXamur, H. de Forvie bailli de Wasege, Thiry as Lovingnis, 



(523) 

Williame de Fumalle, Noel de Flerus, Jaquerainct d'Ev ve et plu- 
seurs aultres, se obligerent le Grant Colart, Olelet et Phlippi- 
net, sez n filz, et Jacquemart, fil Jacquemin de Toulrinez, et 
caseun pour le lout, de paier, mettre et delivrer as cambges a 
Naraur, dedens le jour de tous lez Sains proehain vennanf, le 
somme de cent florins de Hollande pour les frais, paennez, 
costenges, drois de bailli, d'ommez, de cler et de sergant, eus et 
soustenuz a cause du camp qui estoit loiiez entre ledit Colart 
et ledit Gobin; par tel condicion, que se faulte y avoit, il doent 
venir tenir hostage a l'ostel a Moton jusquez a tant qu'il aront 
aecoraplit ce que dit est. 

Ce jour-la meismes et en le presenchc, pardevant ledit 
bailli, presens les hommez devannommes, et parellenient se 
obligerent Gobin d'Avin, Lowy et Henry, sez n filz, et avecquc 
Colart d'Outremont, et caseun pour Jui, de paicr, mettre et 
delivrer aus cambgez a Namur, dedens le jour de tous lez 
Sams proehain, le somme de cent florins de Hollande pour lez 
costengez dessusdites. 

Ce jour dessusdit, pardevant ledit bailli, presens lez hom- 
m ez devannomme's, se obligerent si hault que loy porte, lez 
devannommes Gobin et sez n filz, dune part, et ledit Grant 
Colart et sezdis n filz devannommes, d'autre part, de tenir et 
accomplir tout ce que par monseigneur Johan de Namur sera 
ditet sentenchiet et determinet a cause de tous leurs debas ct 
discors qu'il avoient eut le temps passe jusquez a celli, reser- 
ve! lez parollez du champ, dont pais est, et reservet ausi ce 
dont pais at este faite du temps passet; par ensi que lezdictes 
Partiiees et caseun deaulz doent livrer et mettre es mains 
doudit mons. Jehan tout ce qu'il se vullent demander l'un 
1 autre; el dedens le jour saint Andrie apres ensuivans, roondit 
se "gneur Jehan en doit sentenchier et determiner. 

L e jour de tous les Sains Tan mil III1 C ct XII, pardevant Jo. 
de Bienenne bailli establi, presens Phlippart dou Pont, Jamar 
B arbesalle, H. dele Spince, Colart Hellin, Watelet de Wasege 



(524) 

et pluseurs auttres hommez dc loy monseigneur le conte, se 
robligerent Colart le Mingnot dit le Grant Colart d'Avin, Otelet 
se fil, et Jacquemar fil Jacquemin de Toulrinez, de paier audit 
souverain bailli, dedens le jour saint Andrieu prochain, la 
somme de xl coronez de Francez, sur tel paenne, miese, et en 
ce adjosteez totes lez conditions contenuez en l'obligance dez 
cent florins chi-devant contenue, sans en ce querre fraude, 
bidiese ne nul mal oquison. 

Ce dit jour eutenconvent Colart d'Otreniont, en le cbambre 
de monseigneur Jo. de Namur, et en sa presenche, et sour sa 
foid, de tenir convent, corume promis l'avoit paravant, ennom 
de Gobin d'Avin. 

Le vi e jour de novembre, pardevant messire Jo. de Chelle 
balli, presens messire Daneal , G. de S'-Martin , H. de Hun, 
J. do Pont et autres, se robligat Gobin d'Avin commc dcssus. 

Le dit Gobin paiat, lendcmain dou jour de Tan, l'an X1H, » z 
Lombars a Namur, xl coronez de Frances. 

Le desseurdit at paiit a plusieurs paemenz : 

Premier, paiit a Jehan de Bienenne xu griffons en or, i co- 
rone de France en or, i florin de Rin, et demi griffon en or: 
qui montent xm coronez i hyame. 

Item, paiet encor lidit Colart, le mardi x e jour de jenvier, 
in coronez en or, 1 griffon, i florin deRin, i demi grilfon en or, 
et in coronez en paicment : qui montent, lez n paemenz des- 
seurdis, xxi e coronez et n byame. 

Item, que Lancbelot at finet pour ledit Colart, de xxii flo- 
rins de Hollande (xxx hyames pour le florin), qui montentpar 

Item, paiit az Lombars a Namur, pour lez montez de xl coro- 
nez qui y furent prestez, vu coronez demie. 

Item, pour autre montez azdis Lombars, n coronez demie. 

Item, a maistre Jehan de Floreffe, pour 11 journeez qu'd fut 
a celli cause vers mondit seingneur, a Montaigle, et ausi i e jour- 
nee qu'il fut veoir le plache du camp messire Hubin, abataige 



(528) 

de raaisrien, squerrage (I) et ce de charpentage qu'il avoit fait, 

montant euserable . ■ vi coronez. 

Item, que messire en at receu par les mains 

Item, pour drois donnez parmi pluseurs despens qui en ont 



eNamuretaH. de Forvie. 
Item.acler, pour sez dr< 



Item, a sergant 

Item, a Jamoton dou Pont, pour les espinez 



Item, a fossieuz qui fossierent le champ . . 
hon qui tailherent et loarent 



i faix lez ( 



: dont ondevoit clore Iecamp 



Memoreque messire doit, dont ons estimat 
ejour de l'an, montant ensembre . . xin coronez i hyamc. 

Frais fais pour le fait touchant le champ d'entre Gobin 
el le Grant Colart d'Avin. 

Premirs, fut despendut ale maison Henry Canonne, par 
rae ss. le bailli et pluseurs hommez de loy de monseigneur le 
conte, a revenir dou casteal le jour que le champ fut 
,(, yez, in florins de Hollandc. 

Item, le jour que on fut visenter et ordener le plache en 
Harbatt, la I e camp se devoit faire, despendu par mess. Ie 
ba, Ui, pluseurs hommez de loy et lez overier (2) de monsei- 
gneur avoque eulz, . . n griffons. 



(326) 

az Lovingnis, v loz; et l'auttre sorplus de l'argent at payet 
Jehan dc Binenne. 

Item, en doit-on a Jehenne de Dynant pour puers, roisin 
et froraage, ix hyames. 

Item, pour le baston la on doit prendre Ie rausure dou 
baston des champions, mi hyames v wihot. 

Item, le jour que le champ fut pourjetteis et stancheliiez, 
pour le journee de maistre Jehan de Floreffe et dou fosseur dc 
monseigneur ... 

Item, pour vu bosquilhons, cascun u jours a talhier spinez, 
montant cascun le jour vi hyames. Encor i journee d'un ove- 
rier de vi hyames; qui monte en toute sommc, mi" ct x hyames. 

Item , pour l journees de fossous qui fosserent le champ et 
le reraplissent quant le traitie fut passeis, a v hyames le jour- 
nee, a leurs frais, ct les aucuns a vi hyames. 

Item, paiit a Jehan de Floreffe, pour l'overage, qu'il avoit 
comenchiet dele porte doudit champ, d'abattre maisricns et de 
quairage, parmi 11 journees que on li devoit de ce qu'il fut a 
Fezien veiir le champ mess. Hubin, et le jour que le plachcfut 
commenchie a fossiier a Herbatte, vi coronez. 

Item, lendemain que la pais fut faite, despendu sour les 
drois des horamez presens, messire le balli, le maire de 
Namur, H. de Forvie, Michar Hellarde, J. dou Pont, Gilkin 
clers et pluseurs sergans, ........ lx hyames. 

Item, que on doit a Jamoton dou Pont pour sez spines qui 
furent lalhieez sur son hiretaige, i corone. 

Item, a Ernar, le sergant, pour ses paennez qu'il ateutou 
terme du champ pendant. 

Item, a cerpentiers qui commencherent l'overage, nil coro- 

Itcm, a maistre Johan de Floreffe pour scz paennez et jour- 
necz, tant en allant vers monseigneur commc a deviser Iedit 



( 327 ) 
Item, a cler, pour sez droiz dez obligances et ses paennez, 

Hem, au bailli pour sez despens fais en sorjornant a Namur 

Hi fait 

Item, a.idit bailli, pour sez droiz dez obligancez 

Archives de I'Etat a Namur. Souverdin 
bailliage, plaids du chateau, 2 juillet 
1412 etau 17juin 1413, n« 260, fol. 5 et 



CLAUSE DES BE AFX- ARTS. 



Seance du 6 oclobre 4881. 

M. Balat, directeur. 

M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. L. Alvin, L. Gallait, Jos. Geefs, 
C.-A. Fraikin, Ed. Fetis, le chevalier Leon de Burbure, 
Ad. Siret, Em. Slingeneyer, A. Robert, F.-A. Gevaert, 
Ad. Samuel, God. Guffens, membres; J. Demannez, cor- 
respondant. 



CORRESPONDANCE. 



M. Ie Ministre de 1'Interieur envoie une copie du proces- 
verbal des operations du jury charge de juger le grand 
concours de composition musicale de cette annee. 
, D'apres ce proces-verbal , le grand prix consistant en 
une pension de voyage a 1'elranger pendant quatre ans, 
a ele decerne a M. Sylvain Dupuis, de Liege; un second 
prix a ele vote a M. Leon Dubois, de Bruxelles. 

— M. Danse remercie la Classe pour le prix vote a sa 
gravure qui a pris part au concours d'Art appliqu^. 
M. Isidore de Rudder, sculpteur aMolenbeek-Saint-Jean. 



(329) 
fait savoir qu'il est I'auteur du carton portant la devise : 
« Oc&m » auquel la Classe a vote une mention honorable 
Iors du concours d'art applique, ayant pour sujet une frise 
decorative representant le Commerce maritime. 

— La Classe passe a 1'ordre du jour sur une lettre de 
M. A.-J.-B. Massart, de Bruxelles, demandant que la ques- 
tion sur les menestriers soil rayee du programme du con- 



JUGEMENT DU CONCOURS POUR 1881. 



ueux memoires out ete recus en re'ponse a la question : 

Determiner, en s'appuyant sur des documents authenti- 
Wes, quel a ete,— depuis le commencement du XIV Steele 
Jusqu'd Vepoque de Rubens inclusivement, — le regime 
auquel etait soumise la profession de peintre, tant sous le 
ra PPort de Vapprentissage que sous celui de Vexercice de 
art, dans les provinces constituant aujourd'hui la Bel- 
Qique. 

Examiner si ce regime a ete favorable ou non au deve- 
lo Ppement de I' art, 

Le premier porte pour devise : « Hatez-vous lente- 
m ent. » (Boileau, Art poetique.) 
Le second : « Littera scripta manet. » 



( 330 ) 



« La question que l'Academie a mise au concours nous 
a valu deux memoires inleressants. 

Celui qui a pour devise : Littera scripta manet, fera un 
bon livre ou tout ce qui a rapport au sujet donne me 
semble resolu; ce livre sera fort utile a ceux qui desirent 
bien connaitre la marche des arts dans notre pays. 

L'auleur etudie avee grande connaissance toutes les 
epoques, faisant valoir ainsi les artistes qui les ont illus- 
trees, et indique aussi bien que possible le role desapprentis 
dans l'atelier du maitre. 

II est evident que les eleves ont du etre employes 
d'apres leurs tendances personnels, car les tableaux de 
toutes les epoques prouvenl que souvent plusieurs mains 
ont <5te" occupees a la mSme oeuvre. Cela se voit surtout 
dans les accessoires, tels que les ornements, I'architec- 



Quant a la technique proprement dite, elle est moins 
difficile qu'on ne le pense; ne voit-on pas aujourd'hui des 
jeunes gens, incapables de dessiner une tete, peindre 
celle-ci avec habilete ? 

Je vois dans le memoire n' 2 que le Giotto ne se serait 
pas inspire de la nature; je ne puis admettre cette idee. La 
variete des mouvemenls dans ses admirables compositions, 
la verile des expressions, tout denote une observation tres- 
serieuse du sentiment de la nature. 

Que ce grand maitre, un des plus grands peut-etre>< 
peint d'apres ses dessins, cela doit etre, la fresque et la 
mosaique ne demandant pas I'imilation absolue. C'est le 



(331 ) 
Giotto qui a amene la grande reforme dans Tart en se 
basant sur la nature. II voyait vrai a travers son sentiment 
personnel; on est frappe et £mu de la profondeur avec 
laquelle it a etudie les passions ainsi que de la verite qu'il 
a mise a les rendre. 

L'auteur, d'autre part, indique bien les sources grecques 
auxquelles les Italiens ont puise et qui leur ont donne le 
style qu'on admire dans Ieurs oeuvres. 

Ce raemoire nous donne des apercus curieux sur Tart 
du moyen age; l'auteur a bien etudie cette epoque, mais 
la question posee, celle de I'enseignement, ne me semble 
pasresolue. 

Dans le memoire n° i, je vois que eette etude a ete faite 
avec plus de recherche et se rapprochant plus du but a 
atteindre; cependant l'auteur n'indique pas assez de quelle 
raaniere les procedes de l'art se communiquaient du patron 
a l'apprenti. 

Les maitres devaient s'occuper particulierement de 
ceux qui montraient le plus de dispositions. Agir diffe- 
remmenl, c'eut ete meconnaitre son propre interet , puis- 
que souvent il associait son eleve a son travail. 

Les auteurs des memoires indiquent bien les raisons 
Pour lesquelles la renaissance flamande a ^te en retard. 

Le Midi, plus favorise que nous et ayant conserve les 
traditions des anciens, a toujours eu le benefice d'un climat 
Privilegie. Deja au XI" siecle, il y avail une ecole renommee 
e n Sicile. Puis les grands monuments a decorer, de grands 
sujets a developper, tout cela devait donner un immense 
e ssor a Fimagination. Le Dante ouvrait ensuite la marche. 

Mais nos climats plus sombres, nos habitudes plus 
renfermees, ont fait nailre un art different, puise cependant 
a ux memes sources. 



( 332 ) 

Toute celte partie est bien etudiee dans les deux memoires. 

Le memoire n° 1 exprime le desideratum de voir mettre 
un frein a un exces de fantaisie qui peut amener une 
ecole a sa decadence; il dit a ce sujet que « par les expo- 
sitions, les recompenses el l'enseignement on pourrait en 
arriver a diriger le principe d'art. » Mais nous avons tout 
cela; trop d'expositions meme; quant aux recompenses, 
dies ne manquent pas. 

L'art a-t-il fait tant de progres a la suite de nos expo- 
sitions et des facilites donnees a I'enseignemenl ? 

Le nombre de jeunes gens frequentant les nombreuses 
Academies en Belgique est grand; voit-on en sortir beau- 

Sil faut mettre a la portee de lous les elements du 
dessin, il en est tout aulrement lorsqu'il s'agit d'art; on 
se jelle avec trop de facilite dans la carriere et il y aurait 
avantage et peut-etre charite a decourager les incapables, 
qui souvent ne cherchent qu'une occasion d'amusement et 
de flanerie, se preparant ainsi pour I'avenir des deceptions 
et des mecontentements. 

On en vient parfois a regretler les mailrises qui devaient 
porter sur leurs drapeaux : 

« Respect a l'art. » 

Je n'entrerai pas plus avant dans I'analyse de ces 
memoires ; celui qui porte pour devise : Littera scripta 
manet, me parait meriter les suffrages de l'Academie. 

II ne me parait guere possible d'arriver a une solution 
plus complete de la question : aussi proposerai-je a la Classe 
de lui decerner la medaille d'or et d'en voter 1'iropression. 

Je me plais aussi a rendre justice a Terudition dont a 
fait preuve 1'auleur de 1'aulre memoire. > 



« L'Academie a re?u deux memoires en reponse a la 
troisieme question qui concernele regime auquel a ele sou- 
mise, chez nous, la profession de peintre, depuis le com- 
mencement du XIY e siecle jusqu a l'epoque de Rubens. 

Celui des deux memoires qui porle pour devise: Hdlez- 
vous lenlement, est fort court, il n'a que soixante-trois 
pages. II est divise en trois parties : 1° L'artet les artistes 
ou moyen-dge; 2° Le regime des corporations el 5° Vap- 
pnntissage; la deuxieme partie surtout est fort ecourtee. 
Lauteur eflleure a peine le sujel principal et s'etend quel- 
quefois complaisammenl sur des details qu'on rencontre 
partout. Negligeant de s'appuyer, comme le demandait le 
programme, sur des documents authentiques, il multiplie 
les occasions de montrer une science de seconde main el 
(| e produire de nombreuses citations emprunteesauxhisto- 
r 'ens de Part; mais de recherches personnelles, point. 

Quant a cette partie de la question qui demandait un 
Jugement sur le point de savoir si le regime aucien a ele" 
favorable ou non aux progres de Tart, il se contente de for- 
muler quelques affirmations telles que celle-ci : « II n'est 
Pas probable que le progres de Fart ail souffert le moins 
du monde de ces prohibitions (de celles que contenaienl 
le s reglements des corporations), car ces progres ne pren- 
yl point leur source dans les gildes ainsi fermees aux 
jeunes artistes, puisque tout progres etait base sur I'imita- 
l 'on de l'ltalie. C'etait done une question de concurrence » 
(Page 53). Un peu plus haul, il avail dit : c De nos jours, 
11 faudra bien qu'on en revienne a restreindre le nombre 
des artistes » (page 29). 



( 334 ) 

Dans la premiere partie : L'arl et les artistes au moyen- 
dge, Fauleur enonce des propositions telles que celle-ci : 
« L'ecole frangaise de peinture etait absolument insigni- 
fiante au milieu du XI V e siecle; » et un peu plus loin, il 
trouve que nos contrees etaient assez sauvages vers la (in 
du XV e siecle. 

L'autre m^moire portant pour devise : Litlera scripta 
manet n'est autre que celui que nous avons examine en 
1879 et qui portait alors pour devise : Pour mieux valoit; 
je 1'ai assez longuemenl analyse* dans mon rapport prece- 
dent pour n'avoir plus besoin d'y revenir, sinon alin tie 
signaler les ameliorations que le travail a recues. L'anteur 
a tenu compte, dans une cerlaine mesure, des observations 
consignees dans nos rapports de 4879. Le travail est ame- 
liore; les conclusions auxquelles il arrive ne sont peut-etre 
pas toutes acceptables, elles temoignent neanmoins d'unc 
etude serieuse des di verses faces de la question et d'ut'.e 
connaissance suffisante des faits. 

Reconnaissant ce que les gildes avaient de bon, sans 
meconnailre les obstacles qu'ellesontpu apporteraux pro- 
gres de quelques individualites, l'auteur compare la silua- 
tmn qui est faite aujourdhui aux artistes a ce qu'elleetaU 
an temps passe, et il regrette, non sans raison, I'isolement 
dans lequel ils vivent aujourd'hui. II voit le remede dans 
le developpement de I'institution des Cercles artisliques,et 
preconise Timilation de ce qui se fait deja en Allemagne: 
la federation de ces associations. Ce remede, en effet, 
serait conforme aux moeurs de notre epoque et aux insti- 
tutions qui regissent la plupart des nations modernes. 

Je suis d'avis que ce memoire, ainsi ameliore, ne ^? x ' 
rera point la collection academique ; s'il laisse encore a 
desirer sous certains rapports, l'auteur a du moins le merite 



( 335 ) 
d'avoir reuni et classe, celle fois avec methode, les don- 
nees les plus completes sur le sujet qu'il avail a trailer. 

Je vote, en consequence, pour que la medaille d'or soil 
decernee au memoire ayant pour epigraphe: Lhterascripta 
manet. Je vote (kjalement 1'impression. » 



« Deux memoires onl e'te' envoy^s en re>onse a la troi- 
sierae question du programme. Celui qui porte pour devise 
eel hemistiche de I'Art poetiqve de Boileau : Hdtez-vons 
tenement, est ecrit sur soixanle-trois pages, et divise en 
trois parties qui ont respectivement pour litre : L'art et les 
artistes du moy en-age (pp. 1-22); — Le regime des corpo- 
rations (pp. 23-54), — et Apprentissage de la peinture 
d » XIV* auXVIF siecle. 

En lisant les premieres pages de ce travail, on ne s'ima- 
gmerait gtiere que le concurrent eut en vue de trailer de 
Twstoire de Fart en Belgique. 11 s'occupe, en effet, de 

Italie, et cetie idee de 1'influence directe de Part italien 
dans nos peintures, sculptures et miniatures du haul 
,n <>yen-age le domine lellement, au point qu'il n'a pas tenu 
compte des traditions de l'art merovingien el de 1'influence 
Hen etablie pourtant des missionnaires irlandais et saxons 
(,a ns nos conlrees, et semble ignorer celle des abbayes 
Jj u Hs ont fondees. II passe ensuite aux temoignages de 
j'Dfloence de l'art de Byzance qui avail ete importe dans 
• a Peninsule, et que les expeditions des crois^s nous ont 
a,t ""'eux connaitre. 

A Pres quelques pages consacre'es aux temps anterieurs 
a ° X!V e siecle, l'auteur s'occupe des carac teres qui dis- 
l, nguent l'art de notre pays a celte epoque; il les rapproclie 



(336) 
de ceux de Tecole colonaise. Ces derniers conservent les 
traditions byzantines; « lesFlamands,aucontraire,— dit-il, 
— » s'en eloignent peu a peu par suite de leur sentiment 
• naluraliste jusqu'a se former bientdt un style special. » 
Cette comparaison est assez longuement exposee. II con- 
state dans le retable de Broederlam du Musee de Dijon des 
emprunts fails a 1'ltalie que j'y ai vainement recherches 
pour ma part; d'apres lui encore , les artistes de ce pays 
auraienl alors aussi pese considerablement sur les ten- 
dances de nos compatriotes. 

Dans ce memoire, le regime des corporations est beau- 
coup trop generalise. Les principals dispositions des 
reglements sont successivement passees en revue, mais 
Tauteur ne nous a pas suffisammenl fait voir ce que 
chacun d'eux renfermait de prescriptions particulieres. 
Tous lesslatuts tendaient evidemment au meme but, a 
entraver Texercicc du metier, pour me servir de l'expres- 
sion du temps, par des gens n'ayant pas les capacites 
voulues. On retrouve dans les differentes chartes des gildcs 
les memes articles relativement a 1'apprentissage et a la 
mailrise. Cependant il y avail dans beaucoup d'entre elies 
des dispositions toutes locales. Ces details ont ete negliges 
par le concurrent. 

Dans le chapitre de 1'apprentissage de la peinture, il a 
cherche dans l'etude des miniatures de quelques manu- 
scrils a se rendre compte des precedes suivis au XlV'siecle. 
II fait dans cette question encore une part considerable a 
1 'influence des procedes employes dans le Midi. Tout dans 
la peinture de ce temps, — ecrit-il (p. 36), — indique un 
« travail de memoire et d'invention, el rien, la copie de la 



t fut assez naif. La pall- 
et la volonte tenaient lieu de principes, et cette naivete 
qu'on y remarque etait reflet d'une tension d'esprit vers 



( 337 ) 
» la nature, mais non de l'imitation directe de la nature.* 

La pensee de l'ltalie continue a preoccuper 1'auteur et 
a l'absorber entierement. Au lieu de recourir aux vraies 
sources pour trailer la question mise au concours, el de 
consulter les livres et les articles publiesen Belgique dans 
ces trente ou quaranle dernieres annees, il est alle puiser 
a pleines mains dans les biographies de Vasari et dans les 
ouvrages de Lanzi et de Rosini. 

Ce travail ne repond done sous aucun rapport a la 
question mise au concours. 

Le memoire de 1'annee derniere nous est revenu avec 
one autre devise. L'ordonnance generate est restee la 
meme, mais 1'auteur a fait a son manuscrit des retranche- 
ments et de grandes modifications. II en a multiplie les 
divisions qui sont actuellemenl les suivantes : Introduction 
(fol. 1-1 1); — PeHode anlerieure a la rnaison de Bourgogne 
(fol. \ 2-23); — Travaux de la 2 e moitie du XIV* siecle 
(fol. 24-50); — La peinture au XV siecle, de 1410 a 1490 
(fol. 51-76); - Le XVI* siecle (fol. 71-109); — XVW sie- 
c/e(fol. 110-159);— Conclusion (fol. 140-143). En marge 
s e trouvent cette fois des indications qui facilitent consi- 
derablement l'examen du memoire, el permetlent de se 
rendre mieux compte du plan qui a ele suivi. 

Je ne saurais approuver les divisions par siecles dans les 
°uvrages sur fhistoire des arts pas plus que dans ceux qui 
seraieut consacres a I'hisloire de la litlerature. Ce n'est 
P^s generalement a la fin d'une periode quelconque de cent 
a Qs que les modifications dans les tendances de Part se sont 
P/oduites. II faut prendre pour base, me parait-il, soil un 
tenement qui a eu sur elles une action directe, soil la 
v ^oue d'un homme en position deleurdonner une notable 
lm Pulsion, soil plus souvent encore celle d'un artiste 
c omrne Jean Van Eyck, Quentin Metsys, Gossart, Pourbus, 



( 538 ) 
Rubens, elc, dont le talent bien individuel a eu sur leurs 
disciples et sur leurs contemporains une influence consi- 
derable. 

La dale de 1410, que je suppose avoir ele choisie par 
I'auteur parce qu'elle est indiquee par Van Vaernewyck 
comme etant celle de l'invention de la peinture a I'huile, 
ne peut etre conserved, car il est aujourd'hui suflisamment 
£tabli qu'elle ne repose suraucun document. La veritable 
carriere de Jean Van Eyck commence a I'annee 1425, 
alors qu'il fut appele par Philippe le Bon aux fonctions de 
peinlre officiel de ce prince ; la revolution qui s'est operee 
dans la peinture ne saurail remonter qu'a I'epoque ou fut 
termini le fameux polyplique de VAgneau pascal, en 1432. 
Aucun artiste de notre pays n'avait encore execute d'ceu- 
vre picturale de cette importance a tous les points de vue. 
Sa reputation a du se repandre assez rapidement, malgre 
Jes difficulty de communication de ce temps. Le millesirae 
de 1490 n'a pas plus de raison de figurer en lete du cba- 
Pitre que celui de 1410. On ne trouve dans le meraoire 
1'explication d'aucun des deux. II serait plus exact de dire 
fin dti XV e siecle, parce que la pensee pourrait se reporter 
soil a Metsys, soil a Gossart, et avec ce dernier a I'appa- 
ntion bien caraclerisee de l'influence des mailres italiens. 

Dans ce nouveau memoire, les differentes questions qui 
se rattachent a la profession du peintre sont traitees avec 
plus de methode. 

Quant a la transmission des principes de 1'art, nous 
avons dit, Tan dernier, que I'auteur les explique, pour les 
bis de mailres, par les liens de famille; c'etait un veri- 
table legs paternel. L'opinion qu'il exprime aujourd'hui 
au sujet de l'education des apprentis etrangers est mieux 
developpee et plus admissible; elle consistait, croit-il, 
dans un exercice gradue du maniement de la couleur au 



( 539 ) 
moyen de la delrempe ou de tout autre procede peu cou- 
teux; ils peignaient d'abord des ornements, des figures 
ensuite, avant d'aborder 1'emploi des couleurs a 1'huile 
dans les tableaux du patron ou du rnaitre, expression syno- 
nymejusqu'auXVJH 6 siecle. On continuait les traditions 
locales ct individuelles; de la, ce que plusieurs ecrivains 
appellenldes ecoles; mais peut-on raisonnablement appli- 
quer cette expression a de tels groupes d'artistes ? 

Le concurrent emet encore une autre opinion qu'il 
n avail fait qu'indiquer auparavant, et qu'il serable parta- 
ger. II s'agit des associations mysterieuses des sculpteurs 
' smaconsdonl parlent certains publicistes. « Pour- 
quoi, — dit-il, p. 15 v % — dans nos provinces les loges 
admirablement organisees n'auraient-elles pas servi de 
modeles a 1'etablissement des confreries des sculpteurs 
el des peinlres? Celles-ci d'ailleurs etaient la suite 
obligee des autres, et puisque d'apres la plupart des 
auteurs qui ont traile ce sujet, les corporations laiques 
des macons recurent des loges (quand celles-ci porle- 
rent ombrage aux souverains), les connaissances neces- 
saires pour leur travail, pourquoi neserait-ce pas par la 
merne voie que le dessin lineaire et la science geome- 
lr «que parvinrent aux peintres? » 
A la suite de ces lignes je ru'atlendais a trouver quelques 
citations d'anciens lextes pour appuyer et faire admettre 
cel te theorie, mais dans aucun des nombreux rcglements 
c oncernant les gildes arlisliques de la Belgique, qui sont 
analyses dans le memoire, il n'est fait la moindre allusion 
a des traditions secretes qu'auraient possedees ceux qui 
^aient passes raaitres, et qui, a ce titre, etaient char- 
§ e s de juger de la capacite des apprentis sur la pro- 
duction de leur chef-d'ceuvre ou de leur piece d'epreuve. 
ans ' e s comptes de la construction de plusieurs de nos 



( 3i0 ) 
principaux edilices il est, en effet, question de loges; 
toutefois je suis convaincu, — et bien d'autres personiies 
habituees a fouiller dans les vieux documents partagent 
cette maniere de voir, — qu'il ne s'agit la que de la 
baraque ou Ton renfermait les plans et les dessins de 
1'architecle , les patrons, les modeles et meme les outils 
des sculpteurs, des tailleurs de pierre et des peintres. 

Aucun des reglements mentionnes dans le memoire ne 
parle de Papprenlissage du dessin propremenl dit. J'en ai 
trouve trace dans les statuts octroyes au metier des pein- 
tres el verriers de Tournai, le 27 novembre 1480, qui sont 
restes inedils, et qui out remplace la charte de 1425, que 
les maitres comme les ouvriers avaient jugee fort insuf- 
sante. Voici ce qu'elle declare a ce sujet : « Item, que tous 
» ceulx et celles qui volront apprendre a pourtraire en 
» ladicte title et banlieuwe,seront tenus de l'aprenreavecq 
» francq maistre paintre, et de pa'ierx solz tournois, et v 
• solz a Sain-Luc, et ne poront iceulx ou icelies qui apren- 
» droienl a pourtraire eulx tenir ne reputer apprentis 
» d'icellui mestier, faire ou apprendre aultre chose que 
» pourtraire, se n'estoit que iceulx volsissent apprendre 
» lesdicts mestiers, d'eulx, le terme et espassede iiij ans 
» continuelz, maisseullement aprendre a pourtraire pour 
» ung an ou deux, pour eulx servir en ce qu'ilz en aue- 
» roient a faire, sans pooir faire les mestiers de paindre 
> ou de voirre, sur x solz d'amende pour chascune fois 
» qu'ilz feroient le contraire, sauf el reserve les enffans de 
» frans mureliers, broudeurs, graveurs de lames, tappis- 
» seurset autres, lesquelz pourront aprendre a pourtraire 
» touchant chascun sons til , avec leurs peres ou maistres 
» desdicts mestiers et non d'autrez. - 

En Belgiqne, les statuts des gildes artisliques conte- 
naient toutes sortes dentraves mises a l'exercice de la 



(Ui ) 
profession. Quelle difference avec ceux de Paris (1), par 
exemple, qui remontent au XIII* siecle, et dans lesquels on 
lit que « les painlres et taillieres yraagiers » pouvaient avoir 
autant de vaiels et d'apprentis qu'ils voulaient, et travail- 
ler la nuit « quant mestier li est », c'est-a-dire quand il y 
avail pour eux ntesite de le faire. Une particularite bien 
curieuse a noter, est qu'ils etaient francs du guet € par la 
> raison de ce que leurs mestiers n'apartient fors qu'au 
» service de Nostre-Seigneur et de ses sains, et a la hon- 
» nerance de Saincte-Yglise. » 

Rien de pareil dans les chartes de nos gildes; pas 
d'exemption a quelque titre que ce soit; 1'art est partout 
ravale au niveau des autres professions manuelles. Nos 
reglements vont meme si loin dans leurs dispositions 
restrictives que celui de Tournai spe'cifie les « coulleurs, 
B ostieux et estophes appartenans ausdits paintres », et 
dont ils pouvaient seuls faire usage (2). 



. 0) Voy, les Rtglements sur les arts et m 
Stienne Boileac (publies par Deppimg), p. 157. 
(2) « Item, que d'ores en avant il ne soit personne a 







5, vert de montaigne, vert de vesie, vert de glay, i 
"•man, okere, brun d'Austrice, rouge common, bolarme 
«e* aatres coulleurs lesquelles se desteniprenl a olle ou vernis a 

5me SERJE, TOME J 



(tin) 

L'auteur du m&noire a tire un grand parti de textes 
qu'il a recueillis ca et la, et d'observations qu'il a faites sur 
les tableaux du XV e siecle pour nous expliquer comment 
procedaient, selon lui , les peintres d'alors dans l'execution 
de leurs oeuvres. 

Je suis porte a contester ce qu'il dit de la difficult^ 
qu'ils avaient a se procurer des modeles; il oublie que 
cette epoque est celledu pluscomplet realisme, et que les 
artistes cherchaient peu a corriger les defauts des figures 
qui posaient devant eux. Puis il faut noter qu'il y avait 
des types conventionnels dont ils ne pouvaient risquerde 
s'ecarter sous peine de voir leur tableau refuse par la per- 
sonne qui 1'avait commande. J'ajouterai enfin que les 
figures du XV e siecle avaient leur earaclere parliculier 
qu'il ne faut pas comparer avec eel les d'autres temps. 
Tableaux, portraits, sculptures, verrieres et miniatures 
sont la pour le demonlrer. Les voyages des peintres sur- 
tout etaient peu frequents sous le regne des dues de Bour- 
gogne et de Philippe le Beau ; Jean Van Eyck, Roger Van 
der Weyden et Juste de Gand sont a peu pres les seuls 
dont les deplacements soient constates par des documents. 
Ce n'etait qu'en Italie qu'ils auraient pu aller Studier les 
beautes des statues de I'antiquite grecque et romaine que 
les fouilles mettaient au jour. La gravure ne les avait pas 
encore fait connailre. II n'y a done pas lieu de s'etonner 
des defauts que Ton rencontre dans les productions 
artistiques que nous avons conservees de cette epoq" e 
reculee. 

Les changements que les temps, la pratique et les rap- 
ports de nos peintres avec ceux des pays etrangers occa- 
sionnerent dans les gildes de Saint-Luc pendant le 
XVP siecle, et, plus tard , par suite de la creation des 



(343) 
academies, sont tres-methodiqueraent exposes dans le 
memoire dont je parie. Le livre de Van Mander qui a paru 
en 1604, et dont le concurrent a fait une lecture attentive, 

ui a fourni des donnees precieuses sur l'enseignement de 
1 art. A bien des points de vue il est incontestable que I'in- 
stitulion des glides des peintres presentaient des avantages 
seneux, dont les principauxelaient degarantir I'execulion 
des ceuvres avec de bons rnateriaux sous le controle des 
doyens de la corporation, et de les soumeltre a un juge- 
ment impartial en cas de contestation sur leur merile 
Ouire qu'ii fallait prouver, pour devenir maitre, sa capa- 
ble sans intervention d'aucune sorte, on payait assez 
cnerement ce titre. Bien des apprentis ne possedant pas 
'a science requise ni les moyens de solder les taxes pres- 
ses, restaient done forcement dans la condition d'ou- 
v ner. Pendant les quaire derniers siecles il y a peut-etre 
eu pour cette raison moins de jeunes gens qu'aujourd'hui 
1"' ont suivi la carriere de la peinture si altrayante par 
elle-meme. Retablir les corporations, ce serait une cbose 
'oipraticable avec nos idees modernes de liberie". Le con- 
current est de cet avis; il voudrait voir se creer en Bel- 
g'quedes associations artistiquesd'un autregenre,al'instar 
^ ce qui existe dans la patrie de Diirer, de Holbein el de 
Kaulbach. II deplore avec raison la multiplicities produc- 
es insen sees clues aux tendances nouvelles, qui inondent 

s expositions et ne revelent en general aucun talent. Le 
te mps est la pour en faire justice. 

Au resume, je conslate dans le memoire soumis an 
jugement de la Classe de nombreuses ameliorations. Test 
ceuvre d'un cbercheur patient, erudit meme, qui s'est 
efforce de repondre dans la mesure du possible a la ques- 
l '0a mise aux concours. 



( 344) 

Je parlage l'opinion de mes deux honorables collegues, 

et je suis egalement d'avis done aussi d'accorder a l'auteur 

la medaille d'or et de voter l'impression de son travail. » 

La Classe a adopts ces conclusions. 

L'ouverture du billet cachete, joint au memoire cou- 
ronne, fait savoir que ce travail est de M. Edgar Baes, 
artiste peinlre a Bruxelles. 



a £te recu en reponse a la questiou 



Faire 



critique sur la vie et les ceuvres de 
Gretry, etude fondee autant que possible sur des docu- 
ments de premiere main; donner I'analyse musicale de 
ses outrages, tant publies que restes en manuscrit; enfin, 
determiner le role qui revient a Gretry dans I'histoire de 
i'art au XVIII e siecle. 

H porte pour devises : « Je n'ai pas besoin d'espfrer 
pour entreprendre, ni de reussir pour perseverer (devise 
de Guillaume d'Orange, XVII e siecle); —et « Ou peut-oo 
etre mieux qu'au sein de sa famille? • (Quatuor de Lucile, 
opera de Gretry.) 



« Le memoire n'apprend rien de neuf sur 1'illustre 
musicien liegeois. C'est un travail consciencieux, ruais 
tres-incomplet et de pure compilation. L'auteur n'a juge 



(545) 
Gretry que d'apres les comptes rendus des r 
raires de Fepoque; il se borne, en general 
("opinion des autres, ce qui ferait douter qo'il ail pris suf- 
fisamment connaissance des partitions enumerees dans 
son travail, ou Ton cherche vainement quelqnes donnees 
sur les etudes de Gretry, sur les elements de son style 
musical, sur I'influence exercee par noire celebre compa- 
triote et qu'onl subie les compositeurs dramatiques qui 
ont vecu apres lui. 

quon se plait a supposer, il aurail du etudier Gretry dans 
ses ceuvres, sur lesquelles il aurait porte un jugement per- 
sonnel en les comparant a celles des autres maitres du 
XVIII e siecle. II est encore a remarquer que Gretry a ecrit 
non-seulement des operas, mais encore des symphonies, 
des quatuors et de la musique d'eglise. II fallait dire la 
v aleur de ces diverse? creations et ce qui les earaelerise; 
il fallait exposer leurs qualites el leurs cotes faibles au 
point de vue de I'inspiration et de la technique. 

Les lacunes que nous venons d'indiquer, I'absenced'un 
examen critique et I'imperfeclion de la forme litteraire, ne 
permettent pas a TAcademie de couronner ce travail, donl 
•'auteur, anime des meilleures intentions, ponrra recon- 
nailre lui-meme les defauts, s'il le soumet a une revision 
attentive. 

Malgre les imperfections quits ont du signaler, les 
commissaires se plaisenl a reconnailre que I'auieur du 
memoire a revele sur la jeunesse de Gretry et sur les 
Hjours qu'il a faits dans son pays natal , des particulates 
!ll '--i' -ssantes qu'il serait desirable de voir publier. 

^'importance qui s'attache a celte Question d'une his- 



I 

( 346 ) 
toire de la vie et des oeuvres de Gretry, engagera sans 
doute la Classe a la maintenir a son programme. » 
La Classe a adople ces conclusions. 



PROGRAMME DE CONCOURS POUR 1883. 



La Classe s'occupe, d'apres I'arlicle 13 de son reglement, 
de la determination des matieres dont se composera son 
programme de concours pour 1883. 

Les sections de peinture et de sculpture sont invitees a 
presenter, chacune, un sujet d'art applique pour la pro- 
chaine seance. 

La section de peinture presenteraegalementune question 
litteraire pour ce concours. 



PREPARATIFS DE LA SEANCE PUBLIQUE. 

M. Balat donne lecture du discours qu'il se propose de 
prononcer comme directeur dans la seance publiquede la 
Classe, fixee au dimanche, 30 octobre, a une heure, dans 
ia grande salle des stances solennelles du Palais des 
Academies. 






(347) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



If. Robert rend compte de la mission que ML Guffens et 
lui ont remplie, comme delegues de la Classe, a l'inau- 
guration du monument Wiertz. 

II termineen disant que M. le bourgmestre de la com- 
mune d'helles les a charges de remercier I'Academie 
d'avoir bien vonlu se representer a celte solennile par deux 
de ses membres. 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



( publique du 30 octobre i88i. 



M. P.-J. Van Beneden, president de TAcademie. 
M. Liagre, secretaire perpetuel. 



Sont presents : MM. Alvin, L. Gallait, Jos. Geefs, 
Ch.-A. Fraikin, Ern. Slingeneyer, A. Robert, F.-A.Gevaert, 
Ad. Samuel, God. Guffens, F. Stappaerts, J. Schadde, 
Th. Radoux, membres; Alex. Pinchart, J. Demannez, 
correspondents. 

Classe des sciences: MM. Montigny, vice-directeur ; 
J.-S. Stas, L. de Koninck, Gluge, Melsens, F. Duprez, 
G. Dewalque, H. Maus, Steichen, Ed. Van Benedeo, 
C. Malaise, F. Crepin, Ed. Mailly, J. De Tilly, membres; 
E. Catalan, associe. 

Classe des lettres : MM. Conscience, directeur ; P. De 
Decker, M.-N.-J. Leclercq, Ch. Faider, Th. Juste, Alph- 
Wauters, Rolin-Jaequernyns, Potvin, membres ; J. Nolel 
de Brauwere van Steeland, Aug. Scheler, Alph. Rivier, 
associes ; Henrard, P. L.Hymans, Alph. Vandenpeereboona , 
correspondants. 

A i heure, M. Van Beneden ouvre la seance et donne la 
parole a M. Liagre, qui s'exprime en ces lermes : 



xMesdames, Messieurs, 

Le directeur de la Classe des beaux-arts de l'Academie, 
M. Alphonse Balat, se trouve malheureusement dans un 
etat de saute" qui lui rend la locomotion tres-penible. II ne 
peut par consequent venir prononcer le discours qu'il a 
ecrit en vue de cette seance publique et m'a demande de 
vouloir bien le lire en son nom. 

Ma position de secretaire perpetuel, organe et interprele 
nature! de l'Academie, me fait un devoir de deferer au 
desir de Thonorable directeur. Je ne me dissimule pas 
dependant I'inconvenient qu'offre, en pareille circonstance, 
1 intervention d'une personne tierce. Lorsque le public 
went ecouler un discours, il aime a se trouver en presence 
de I'auteur lui-meme, a entendre 1'accent de sa voix, a 
suivre l'expression de son geste. C'est ainsi et seulement 
a »nsi que peut s'etablir entre 1'orateur et son audiloire un 
ne ces courants sympathiques qui predisposent a la bien- 
veillance et entrainent la persuasion. 

Je sais bien que certains lecteurs parviendraient, dans 
nne circonstance comrne celle-ci, a se substiluer a I'auteur 
n*e maniere a faire illusion au public; mais pour cela il 
feut un art que je regrette vivement de ne pas posseder. 

Vojci le discours de M. Balat : 
Mesdames, Messieurs, 

« II m'est impossible, au retour de cette seance annuelle, 
de ne pas appeler voire attention sur une question qui 
Preoccupe deja depuis longlemps — trop longtemps ! — 
les amis des arts. Je veux parler de la crise artistique. 



( 550 ) 
Cette crise a pris cela de grave qu'elle atleint aetuelle- 
ment 1'art jusque dans son expression la plus haute: la 
peinture monumentale. II semble que les villes et le gou- 
vernement lui-meme — ses seuls protecteurs possibles — 
lui aient retire depuis quelque temps leur patronage, en 
suspendant ces grands travaux sans lesquels elle ne peut 
vivre, et qu'ils entreprenaient jadis de concert el a frais 



Or, 



vous le savez, sont les plus imporlants, 



les plus feconds de tous. L'elevation des sujets qu'il traite, 
la majeste des edifices qu'il decore y obligent 1'artiste a un 
effort supreme s'il veut ne pas rester au-dessous de la tache 
a remplir, et c'est la qu'il doit deployer ses plus hautes 
qualites de style, de science et de conception. 

Ainsi que voyons-nous? A mesure que les grandes pages 
se font plus rares dans nos expositions, le niveau general 
de l'arl semble baisser. Ce sont les grands efforts qui cessent 
en meme temps. Nous assistons a l'invasion des productions 



hatives. Nous 



sommes sous le regne de la peu pres. 



Uu nous conduit, Messieurs 
seul qui doit en patir? Qu'on ne s'y irompe pas : si elle se 
prolongeait, les consequences seraient desastreuses. La 
decadence de noire ecole d'art aurait pour inevitable eorol- 
laire celle de beaucoup de nos industries d'art, e'est-a-dire 
une diminution notable de la richesse nationale. Car 1'art, 
qui ne le sail? 1'art multiplie dans des proportions infinies 
la valeur des produits industrials par l'elegance, le gout, 
le charme qu'il y mele, et la prosperite materielle de la 
France est due pour une bonne part a Timmense debit des 
produits parisiens dans le monde entier. 

Notons-le aussi en passant: c'est d'en haut que vient 
la direction, et t'industrie d'art se raffine a mesure que la 



( 351 ) 
grande culture artistique prospere davantage. Jci encore 
la France el PItalie fournissent des arguments peremp- 

Qu'avons-nous tenle pour conjurer la crise qui menace 
noire 6cole? 

Je viens de citer la France : nous savons ce qu'elle a 
fait dans des circonstances plus graves. Au lendemain de 
ses desastres, alors qu'elle venait a peine de payer une 
enorme contribution de guerre, elle n'hesitait pas a s'im- 
poscr encore d'autres sacrifices; bien loin de suspendre ses 
grands travaux d'art — comme nous semblons vouloir le 
faire — elle volait des millions pour les etendre et les 
multiplier. C'est alors que se sont executees simullane- 
menl toules les vasles peintures decoratives du palais du 
Luxembourg, du palais de la Legion d'honneur, de Sainte- 
Genevieve, et tant d'autres destinees aux mairies de Paris, 
aux monuments de province, etc. On multipliail en meme 
temps les stimulants, en ouvrant les concours de Sevres et 
des Gobelins, en inslituant, a cdte des prixde Rome, le prix 
du Salon el les bourses de voyages. Le budget de Tex position 
annuelle des artistes vivants, qui est aujourd'hui d'un 
demi-million,rece\ait alui seul une augmentation annuelle 
de 200,000 francs. 

La France n'a pas tarde a recueiflir les fruits de ces 
defenses intelligenies. On en a vu le resultat a cette Expo- 
sition universelle de 1878 qui a ete un triomphe pour 
^'ecole francaise de peinture el de sculpture, et qui a con- 
solide pour longtemps a 1'etranger la vogue des produits 
francais. — Vogue enorme! En 1875deja, lesseuls droits 
d'exportation sur ses industries d'art rapportaient a la 
F ^nce un benefice de 150 millions! 

Ce n'etait pas la premiere fois, du reste, que la France 



(552) 
s'imposait ces sacrifice est en retirait de pareils resultats. 
De tout temps, rendons-lui cetle justice, elle a compris que 
l'artetait la premiere des industries, et que d'immenses 
interets materiels s'y rattachaient, independamment de 
cette gloirequi rend a jamais celebres dans 1'histoire les 
siecles de grande culture artislique, le siecle de Pericles, 
le siecle des Medicis. De tout temps, le gouvernement fran- 
cos s'est preoccupe de tenir en haleine par d'incessants 
travaux le genie de ses artistes. 

C'elait pour leur ouvrir en quelques sorte de grands 
chanliers d'etudes et de travail que le gouvernement de 
Louis-Philippe avait cree le Musee de Versailles. Le pro- 
gramme de cette immense decoration donne prise sans 
doute a des critiques; les balailles y tiennent peut-etre 
beaucoup de place, et la variete comme 1'unite s'y font 
egalement riesirer. iMais I'ecole s'instruisait par ses fauies 
memes, et, en somme, c'est decesimporlants travaux — 
si incompletemenldigeresqu'ils fussent — que date l'essor 
de la grande peinture en France et le developpement de 
toute I ecole frangaise. 

J'ajoute que cette tradition s'est perpetuee. Lesgouver- 
nements qui ont succede a Louis-Philippe ont i'avorise par 
les memes moyens que lui l'essor de 1'art francais. Je n'ai 
pas besoin de rappeler les travaux du nouveau Louvre, 
ceux du nouvel Opera, et tant d'aulres vastes enlreprises 
decoratives qui ontservi a faire marcher et progresserune 
legion d'artistes. 

Et nous, Messieurs, nous qui possedons une ecole d'art 
dont le passe est bien plus glorieux encore que celui de 
1 ecole frangaise, qu'avons-nous fail pour elle dans les 
temps difficiles que nous traversons? Quelles mesuresefli- 
3s en faveur de cette ecole qui a 



( 585 ) 

tenu une place si considerable dans notre histoire, et qui 
— nous pouvons bien le dire hautement — est encore digne 
de son passe? 

Des efforts ont ele tentes, sachons le reeonnaitre, et 
rendons hommage aux hommes d'Elat qui ont voulu, il y 
a qtielquesannees, remettre en honneur la peinlure monu- 
mentale. Grace a leur initiative intelligente, plusieurs de 
nos antiques edifices ont ete enrichis de remarquables 
decorations piclurales; mais ce mouvement, sur lequel 
on fondait de brillantes esperances, s'est insensiblemenl 
ralenti, et aujourd'hui nous ne comptons que peu ou point 
d'entreprises nouvelles de quelque importance. 

On a parle un instant d'une vaste et patriotique concep- 
tion qui devait iraprimer a toute I'ecole un nouvel et 
roagnifique elan. II s'agissait d'attesler a I'Europe entiere 
'e prix que nous atlachons a Pindependance reconquise en 
Perpetuanl, par l'erection d'un Pantheon national, le sou- 
venir des fetes de notre cinquantenaire. Ce Pantheon 
aurait rappele a la foisdans sa decoration peinte et sculptee 
°os principaux evenements, nos grands hommes, nos 
grands travaux, nos monuments celebres, nos sites caracte- 
"stiques, toutes les gloires du pays, toutes ses richesses. 
Ce programme decoratiielait ainsi concu que par la variete 
d e ses sujets, il faisait appel a tous les talents, et utilisait 
l ous les genres, peinlure d'histoire, genre, portraits, vues 
de wUe, passages, etc. Et il les appelait a s'exprimer dans 
le if forme la plus male, sous leurs aspects, avec leurs effets 
!es plus energiques, car la peinture monumentale dedaigne 
le s minuties de la peinture ordinaire el elle porte Tart a 
son maximum de simplicite el de puissance. 

N est aise de comprendre, sans qu'il faille y insister, les 
P r ogres dont toute I'ecole serait redevabiea uneenlreprise 



( 354 ) 
de ce genre. Celle-ci presenlait en meme temps I'a vantage 
d'etre con^ue non-seulement dans les idees les plus pra- 
tiques pour Tart, mais encore dans les conditions les plus 
eeonorniques pour le budget, puisque sa realisation com- 
plete, construction et decoration, ne devait couter que cinq 
millions; elle devait done, en s'echelonnant sur dix ans, 
a raison de 500,000 francs par an, grever a peine le bud- 
get ordinaire. 

J'ignore, Messieurs, quand on mettra la main a ce grand 
projet qu'une auguste initiative avait indique, qu'une rare 
unanimite de suffrages avait acclame, que le gouverne- 
ment avait prissous son patronage, et qu'avait elabore un 
comite d'hommes competents, nomme par lui, fonction- 
nant sous ses auspices, el compose principaiement de 
membres de cette Academie parmi lesquels tigurait I'arliste 
illustre qui, Tan dernier, entretenait ses confreres de cette 
belle entreprise, honoree aussitot de I'appui et des encou- 
ragements de I'Academie. Le comite du Pantheon avait 
longuement et patiemraenl etudie le programme de cette 
construction an double point de vue des souvenirs patrtO* 
tiques qu'elle devait perpetuer et des besoins artistiqnes 
auxquels elle pouvait donner ample satisfaction. II s'etait 
ingenie a y associer tous les genres dans un travail cora- 
mun ; et quelle occasion unique de stimuler loute l'ecole 
en meltant I'arl au service du patriotisme general! Si I'ou 
a trouve d'autres moyens d'atteindre aux memes resollats, 
s'll en est de plus efficaces, s'il en est de plus eeonorniques, 
qu on les signale; I'Academie, j'en ai la conviction, ne se 
fera pas faute d'y applaud ir. Mais ce qu'il lui appartienl 
de demander — aujourd'hui que l'art semble menace dans 
ses sources d'inspiration les plus elevees, — e'est un 
remede qui soil a la hauteur du mal. 



( 355 ) 
La sollicitude eclairee du gouvernement pour les arts 
nous est connue. Nous sommes fermement convaincus 
qu'il ne voudra pas laisser s'etcindre, faute d'alimenls et 
de travaux serieux, une ecole qui a jete tant declat sur la 
patrie et qui a compte loujours pour une part si conside- 
rable dans la fortune publique. Ce serait assumer devant le 
present et devant l'histoire la plus grave responsabilite. » 

— M. le secretaire perpetuel a proclame de la maniere 
suivante les resultals des c 



LITTEHAIBES. 



memoire portant les devises : 



« Je n'ai pas besoin d'esperer pour enlreprendre, ni de 
reussir pour perseverer (devise de Guillaume d'Orange, 
XVlI e siecle) »; — et « Ou peut-on etre mieux qu'au sein 
d e sa famille? » (Quatuor de Lucile, opera de Grelry). 

A ele regu en reponse a la deuxieme question : 






elude critique 



Grelry, etude fondee autant que possible sur des docu- 
ments de premiere main;donner V analyse musicale de ses 
ouvrages, tant publies que resles en manuscril; en fin, 
determiner le role qui revient a Grelry dans lliisloire de 
?m au XVIII* siecle. 

La Classe a adopte l'avis de ses commissaires qu'il n'y 
av ait pas lieu de decerner la medaiile de concours a ce 

La question sera reportee au programme de 1885. 

Deux memoires portant pour devise : le premier « Littera 
scripta manet » el le second : « Halez-vous lentement » 



( 5S6 ) 
ont etd recus en reponse a la troisieme question : 

Determiner, en s'appuyant sur des documents authen- 
tiques, quel a ete — depuis le commencement du XIV Steele 
jusqu'd I'epoque de Rubens inclusivement — le regime 
auquel elait soumise la profession de peintre , tant sous 
le rapport de I'apprentissage que sous celui de I'exercice 
de Vart, dans les provinces constituant aujourd'hui la 
Belgique. 

Examiner si ce regime a ete favorable ou non au deve- 
loppement et aux progres de I' art. 

La Classe, adoplant les conclusions des rapports de ses 
commissaires a decerne sa medaille d'or, d'une valeur de 
huit cents francs, au premier de ces memoires. 

L'ouverture du billet cachele" a fait connaitre comme en 
&ant 1'auteur M. Edgar Baes, artiste peintre, a Ixelles, 
deja plusieurs fois laureat de l'Academie. 



Six cartons ont ete re^us en reponse au sujet propose : 

On demande le carton d'une frise decorative qui serait 
placee a 5 metres du sol dans un monument public et 
representant le commerce maritime. 

La Classe, sur les propositions de sa section de pein- 
ture, a vote le prix de mille francs a I'auleur du carton 
n° 6, portant la devise : « Werken versterkt. » 

L'ouverture du billet cachete" a fait savoir que ce projet 
est deM. Eugene Broermann, de Bruxelles. 

Une mention honorable a ete votee a 1'auteur du carton 
n° o, portant la devise : c Ocean. » 



(357) 

M. Isidore De Rudder, sculpteur a Molenbeek-Saint- 

Jean, s'est fait connaitre comme etant 1'auteur de ce 

Gravure. 
Un prix de 600 francs avait ete propose pour la meil- 
leure gravure a feau forte, executee en Belgique depuis le 
1" septembre 1879 jusqu'au 4 eT septembre 4881 ; ceuvre 
originate ou reproduisant une production d'un maitre de 
fecole nationale, ancien ou moderne. 

La Classe avait recu : 

1° Une gravure d'apres un tableau de M. Dansaert et 
portant pour devise : Audaces for tuna juvat; 

2° Une gravure representant le tableau de Jordaens, du 
Musee de Bruxelles, « le Satyre et le paysan » ; 

3° Deux gravures representant : a) un paysage pres 
Bruxelles; b) un hiver, et portant pour devise : « Travail 
M Progres. » 

La Classe a vote" le prix a 1'auteur de la gravure du 
tableau de Jordaens, M. Danse, professeur a 1'Academie 
(l <* beaux-arts deMons. 

PRIX Dl GOIYERSEMENT. 

GRAND CONCOURS DE GRAVURE. 

M- le Miuistre de Hnlerieur a fait savoir que, d'apres le 
proces-verbal des operations du jury qui a juge le grand 
c °ncours de gravure, ouvert cetle annee a I'Academie 
ro )ale des beaux-arts d'Anvers, le grand prix, consislant 
en une pension de voyage a I'etranger pendant quatre 

3 me SERIE, TOME H. 24 " 



( 358 ) 
annees, a ete vole a l'unanimite, a M. Louis Lenain, 
d'Estinnes-au-Val (Hainaut). 

Un second prix a ete vote a M. Guillaume Van der 
Veken, d'Anvers. 

GRAND CONCOURS DE COMPOSITION MUSICALE. 

M. le Ministre de 1'Inlerieur a fait savoir que, d'apres 
le proces-verbal des operations du jury qui a juge le 
concours biennal de composition musicale, le grand prix 
consistantegalemeoten une pension de voyage a 1'etranger 
pendant quatre ans, a ete vote a M. Sylvain Dupuis, de 
Liege. 

Un second prix a ete vote a M. Leon Dubois, de 
Bruxelles. 

CONCOURS POUR LES CANTATES. 

Sur la proposition du jury charge de juger le double 
concours des cantates devant servir de theme aux concur- 
rents pour le grand concours de composition musicale. 

Le prix pour les poemes frangais a ete decerne a 
M. Gustave Lagye, a Schaerbeek, pour son ceuvre in l ~ 
tulee : Les fdles du Rhin, et porlant la divise: c Un.plan 
simple et quelques situations colorees; d 

Le prix pour les poemes flamands a ete decerne a 
M. Charles Bogaerd, a Laeken, pour son ceuvre intitulee : 
Scheppingslied, et porlant la devise : « Licht. » ^ 

Tous les laureals, a I'exception de M. Lagye, """ 
venus recevoir au bureau leur diplome et leur i 



. medaille- 



La seance a ete terminee par l'execution du 
la Creation, cantate pour soli, chceur et orchestre : 



(559 ) 

de M. Bogaerd, laureat du concours pour les cantates 
flamandes; iraduction francaise par M. J. Antheunis ; 
musique de M. Sylvain Dupuis, laureat du grand concours 
tie composition musicale de 1881. 

Les soli ont ete chantes par M me Cornells -Servais, 
MM. Blauwaert, Kips, Marcolty et Duyzings. 

Les choeurs ont ete executes par une fraction de la 
Societe royale la Legia. 

Voici la traduction qui a servi de (heme a H. Dupuis : 



LE CHANT DE LA CREATION. 



560 ) 



Ou que la nm 



L'angoissc du ncant 





( 561 ) 


Oui, dans 


ce chaos rebel le 


La vie ec 


item, belle, 


Forlc, fee 


onde, eternelle, 


Ren.,,1 


ssant Timmensite. 



Remonte plus limit, va-uc I'uri 

Nuage, elargis-toi, deseeu 

Et voile de Dieu la face odieus 



( 562 ) 



Honte supreme! 



S his res rayons, 



niere!... Helas! fuyo 

i Braute supreme, 



1 



Du sombr 


e scjour, 


Mort, Neant, Tcnebres, 


Obscureissez 


I'cclatdujour. 


K.prlts de« 


tenebre,. 


Jourmaudit 


Helas! fuyons! 


l.e Roi de* 


tenebres 


Haine, 


Envic, 


Egoisme au 


coBurd'airain, 


Passions, jc 


vous convic! 


Souillez lcs 


ourccsdevic, 


Blasphemez 


leJourdivin! 


Jour hai, jc 


te defic, 


Moi, ton etc 


rnel rival, 


Moi, PEsj 




E.prlta de 


. tenebres. 


Jour maudit 


! Helas! fuyons! 



( 363 ) 



Tout dit, chantc, ri 
L'ordrc divin : 



Fruillairf immvant, 



Fauves rcdoutables; 
Paisibles troupeaux; 



( 364 ) 



Leve , heurcuse et fierc , 

mnt le soleil, dont l'orbe radieux, 

la cime des monts empourpres de 1 

Monte dans l'infini des eicux. 

Trolsli'mc *olx. 

Et parmi la splendour des choses 
Regncs, races, forces ecloscs, 
Dans sa male et jcune vigueur 
Apparait 1'homme, leur seigneur; 
Pres de lui, charmec et ravie, 
Compagne aimante de sa vie, 
Pleine de grace et de candeur, 



; divin de la Creation 



Texte original : 

SCHEPPINGSLIED. 



De Chaos hccrscht in voile macht. 
Een grijze en doodsche nevellucht 

Omvangt 't heelal. 

Geen windje zucht, 
Geen beekje ruischt met blij gcschal; 
Gecn brongesuis, geen waterval, 
Alleen de wilde golvenvlucht 
Der waatren die nog alles dekken. 
De dood zwaait onbeperkt den staf 
Op dat onmeetlijk watergraf, 
Waaruit weldra Gods woord een wereld op zal wekken 



Grensloos is mijn rijksgebied : 
Wicgende en vliegende op donkere baren, 
Mag ik op wolken de ruimte doorvaren 
Vaar nooit een licbtstraal het duister doorschiet. 
Niets in mijn rijk draagt het merk der bezielinj 
Waar ik gebied heerschen angst en vernieling, 



i heen en de dood i 



( 366 ) 



Door die don 



Eenmaal zal er licht en 1 
Door de donkre ruimte 2 
Waar de zwarte waatren 
Zal een schooner Schepp 
Breekt bet licht eens t 



Hosanah! 

De Schcpper van leven en licht 
Doet dc ncvclcn vlnclilc 
De duisternis zwicht; 
Een schemer van licht 

Gaat op in dc donkere luchten. 



De vaatren dalen diepcr afj 
De bergen hcuren uit het sop 
De donkergrauwe kruinen op, 
Als rcuzen klimmende uit het graf. 

Schuimende golven schiet wilder omhoog, 

Donkere wolken daalt neer, 
Dekt met uw duister den glans van Gods oog!. 



5 «eest der Oulste. uls 

Angst en beven, 
Helleduistcr, 
Nacht, vernieling 
Zullen zwevcn 
°Pde vlerkderdood! 



HemeJluister, 

Kracht, bezieling 
Zult gij geven, 
Rijzend raorgenrood ! 



Wee! Het licht! 



Roofzucht, haat, 
Hartverdrogende eigenbaat, 
Wraakzucht, logen, al de driften 
Die, als brandende vergiften, 



Eerzucht, moed, 
Ilartverheffend licfdezoet, 
Goedhcid, waarheid, al de g 
Die de harten zullen laven , 



Wie zal mij den schepter 
Mij, de geest van 't kw 



!)»]« ii nH-t mij mee van boven 

Wie zal mij den schepter roov 

Mij, de geest van 't goed? 



lieeft de doode s 

Het scheppend woord 

Gehoord, 

Of duizenden stemmen breken 

En zingen der jonge schepping 

Gehuld in lentedos. 



Zingen dien lofzang mec, 
Eeuwig bezield akkoord ; 
Bergen, dalen, 



Warme dampen stijgend' 



En dedauwdrop, nedcrzijgcnd 
Van de hooge wolkenbaan, 
Laaft de planten en de bloemen, 

Onder 't scheppend licht ontstaan. 



Op duizende wijzen, 
Ten danklied ontvaren 
Aan 't schommelend woud. 



In midden in die prachtvertooning 
'erschijnt de man, als heer en konini 
Begroet door elk geslacht; 




OUVRAGES PRESENTED. 



Melsens. — Sur Ie passage des projectiles a travers les 
milieux resistants, sur 1'ecoulement des solides et sur la resis- 
tance del'air au mouvemeut des projectiles. Paris, 1881; extr. 

Mourlon (M.). — Gcologie de la Belgique, tomes I et II. 
Bruxelles, 1881; 2 vol. in-8°. 

Vanderhaeghen. — Bibliotheca Belgica, livraisons 15-16- 
Gand, 188l;in-12. 

Genard (P.). — Catalogue du Musee d'antiquites d'Anvers, 
2 e ed. Anvers, 1881; vol. in-12. 

Michaels [CUment). — Meli-mclo dramatique, 2 e serie : 
Philippe II et don Carlos. Les soupcons de Bergerac. Tor- 
quato Tasso. Pendant la pluie. Les ruses de l'amour. Hermold 
le Normand. Notes. Bruxelles, 1881 ; vol. in-18. 

Preudhomme de Borre {A.).— Liste des criocerides recueil- 
liesau Bresil par feu Camille van Volxem, suivie de la des- 
cription de douze nouvelles especes americaines de cette 
tribu. Bruxelles, 1881; extr. in-8°. 



(57) ) 

Preudhomme de Borre {A.). — Materiaux pour la faune 
entomologique de la province de Namur : Cole'opteres, pre- 
miere centurie. Bruxelles, 1881; extr. in-8° 

— Materiaux pour la faune entomologique de la province 
du Luxembourg beige : Cole'opteres, premiere centurie. Luxem- 
bourg, 1881; extr. in-8°. 

MacLeod (J.). — Contribution a 1'etude de la structure de 
1'ovaire des mammiferes, 2 e partie : ovaires des primates. 
Gand, 1881; extr. in-8°. 
Monnier (C). - La Guerre des Bois. Gand, 1881 ; vol. in-12. 
Faber (Frederic).— Un libelliste duXVIII'siecle.Jean-Frane. 
de Bastide en Belgique, 17G6-1769. Publication d'une comedie 
contemporaine inedite. Bruxelles, 1880 ; br. in-8°. 

Bock (Aug.). — Liege au XV s siecle. Promenades retrospec- 
tives. Liege, 1881; vol. in-8°. 

De Mont (Pol.). — Lentesotternijen, poezie, met een gedicht 
van Klaus Groth. Gand, 1881 ; vol. pet. in-8°. 

Societe paleontologique et archeologique de Charleroi. — 
Documents et rapports, tomes V1II-X. Charleroi, 1877-80; 
3 vol. in-8°. 

Ministere de Vlnterieur. — Expose" de la situation adminis- 
trative des provinces pour I'annee 1880. Bruxelles, Anvers, etc.; 
™ vol. et br. in-8°. 

Societe d'emulation. — Les trois cartulaires de la prevdte 
°u abbaye de Saint-Martin, a Ypres, t. 11. Bruges, 1881 ; in-4°. 
Ministere de la Guerre. — Carte topographique de la Bel- 
gique a l'echelle de 740,000, feuille 48, Huy, 49, Spa, 66, Sugny. 
- Carte a l'echelle du «/20,ooo IF. XV, 3, 4, 7, 8; XXIII, 1-8. 
Bruxelles, 15 ft*, iu-pl. 

Institut cartographique militaire. — Procede figuratif 
applicable aux cartes geologiques, 1881.Ixelles,188I ;br.in-8* 
[2 exemplaires]. — Carte des chemins de fer, routes et voies 
navigables de la Belgique, a lecbelle du '/32o,ooo e . Bruxelles; 
f euille in-plano. 



(372) 

Universite de Bruxelles. — Annales, tome II. Bruxelles, 
1881 ; vol. in-8°. 

Ministere des Travaux publics. — Carte des chemins de fcr, 
routes et voies navigables de la Belgique, a l'echelle du 7320,000 
Bruxelles, 1881 ; feuille in-plano, [2 exemplaires]. 

Conservatoire royal de musique. — Annuaire, 5 e annee 
1881. Bruxelles; vol. in- 12. 

Congres de botanique et d'horticulture. — 1880. Bruxelles, 
1881; vol. in-8°. 



Jack. — Die europaischen Radula-Arten. Ratisbonne, 1881 ; 
exlr. in-8°. 

Conscience {&.). — Siska van Rosemal , traduction de 
J.-B. Maly. Prague, 1881 ; vol. in-16, en tongue tcheque. 

Verein fur vaterldndische Nalurkunde in WiirUemberg.- 
Jahreshefte, 37. Jahrgang, Stuttgart, 1881 ; vol. in-8°. 

Zoolog. -mineral. Verein in Regensburg. — Correspondenz- 
Blatt, 54. Jahrgang. Ratisbonne, 1 880 ; vol. in-S°. 

Oberl. Gesell. der Wissenschaften. — Neues I 
Magazin, Band 56, 2. H.; Band 57. 4, Heft. Gorlitz, 1881; 
2 cah. in-8». 

Physikal. Gesellschaft zu Berlin. — Die Fortschritte der 
Physikim Jahre 1876, Jahrgang 32, 1. und 2. Abtbedung- 
Berlin, 1881; 2 vol. in-8». 

Ferdinandeum fur Tirol und Vorarlberg. - Zeitscli" . 
25. Heft. Innspriick, 1881 ; vol. in-8°. , 

Gesell. der Wissenschaften. - Bcrichte fiber die Verband- 
lungcn, pbilos. histor. Classe, 1880, 1, 11. Abhandlungco, Ban , 
VIII, n« 2 und 3; XII, n" 2a, 5, 6. Matbera. Classe, BerK'bU' 
1880, I und II. Leipzig, 1881 ; 6 cah. in-8° et in-4". 

FJablonou , 1881. I^P**- 



(373) 

Verein fur Geschichte und Alterthum Schlesiens. — Zeit- 
schrift, XV. Band. 2. Heft. Codex diplomatics, Bd. X. Breslau, 
188i;2cah.8-etin-4'. 

K- ung. geol. Anstalt. — Mittheilungen, Band IV. 4. Heft. 
Budapesf,1881;cah. in-8°. 

Inshtut Ossolinski. — Catalogus codicum manuscripto- 
ramJF. Leopol, 1881 ; vol. in -8°. 

Statistisches Bureau, Budapest. — Publicationen, XV: Die 
Hnuptstadt Budapest im Jahre 1881. Berlin, 1881 : vol. pet. 



Am^rique. 

Cipher. — On certain problems in refraction. S. 1. ni d. ; 
«tr. in-8\ 

Essex Institute. — Historical collections, vol. XVII, parts 
14 - Bulletin, 1880, n" 1-12. Salem; 6 cah. in-8°. 

Academy of natural sciences of Philadelphia. — Procee- 
d, °gs, 1880. Philadelphia 1880; 3 cah. in-8". 
, — Journal, vol. VIII, part. 4. Philadelphia 1874-81 ; cah. 

Winchester Observatory of Yale College. — First annual 
re Port, 1880-81. New-Haven, 1881; br. in-8°. 

American Academy of arts and sciences. — Proceedings, 
Vo1 - XVI, part i. Boston, 1881 ; vol. in-8". 

Numismatic and antiquarian Society of Montreal. — The 
Radian antiquarian journal, vol. II, n" 2; vol. IV, 4; vol. IX, 
n " *4. Montreal, 1873-80; 4 cah. in-4°. 

American philosophical Society. — Proceedings, vol. XIX, 
?"*07 and 108. Transactions, vol. XV, part 3. Philadelphie; 
°<*h.in-8°etin-4<>. 

Boston Society of natural history. — Anniversary memoirs, 
* 8 30-80. Boston, 1880; vol. in-4'. 



(574) 

Sociedad mexicana de historia natural. — La Naturaleza, 
torao V, entrega 5-8. Mexico, 1880; 4 cah. in-4°. 

Historical Society of Pennsylvania. — The Pennsylvania 
magazine, vol. IV, n" 3 and 4. Philadelphic , 1880; 2 cah. 
in-8°. 

Smithsonian institution. — Miscellaneous collections, vol. 
XVIIi-XXI. Contributions to Knowledge, vol. XXIII. Smithso- 
nian report, 1879. Washington, 1880-81 ; 6 vol. in 8 etin-4'. 

— A memorial of Joseph Henry. Washington, 1880; vol. 
gr. in-8°. 

U. S. Naval Observatory. — Reports on the total solar 
eclipses of July 29, 1878. Washington, 1880; vol. in-4°. 

Office of the chief of engineers. — Annual report, 1879 
and 1880. — Exploration of the 40 ,h parallel, vol. Ill, with 
atlas, V, VI, VII. — Professional papers of the corps of engi- 
neers, n° 4: Report of the physics and hydraulics of the Mis- 
sissipi River; n° 20: A report on the defenses of Washington; 
n°22: Report on the North Sea canal of Holland. — Pacific 
railroad reports, vol. XII parts 1 and 2. — Treatise on the 
various elements of stability in the well-proportioned arch, 
by Woodbury, 1858 ; in-8°. — Memoir to accompany the map 
of the territory of the U. S. from the Mississipi River to the 
pacific. Ocean, 1859; in-4°. —Siege of fort Pulaski, 1862; 
in-8°. — Exploration of the Yellowstone and Missouri Rivers, 
1859-60, 1869; in-8°. — Foundation of the Washington natio- 
nal monument. 1875; in-8°. — Method of sinking cribs. 1874; 
in-4°. — Reconnaissance of the black hills of Dakota. 1875; 
in-4°. — Explorations in Nebraska and Dakota, 1875; in-8°- 
— On the compressive strength... of absorption of the b»* 
ding-stones, 1875; in-8°. — Alluvial basin of the Mississipi 
River, appendix 0. 1875; in-8°. — Expedition from Santa Fe, 
New Mexico etc. 1876; in-4°. — Reconnaissance from Carroll, 
Montano etc. to the Yellowstone national park. 1876; in-4 .- 
Laws to public works. 1877; in-8°. — Reports upon the sur- 



(375) 

▼ey of the boundary. 1878; in-4°. — Memoir on foundations 
in compressible soils. 1878; in-8°. — Reclamation of the allu- 
vial basin of the Mississipi River. 1878; in-8\ — Reply to 
criticisms made by D r Hagen : physics and hydraulics of the 
Mississipi. 1878; in-8". — Rridgiug the Mississipi. 1878; 
in-8". — Experiments with the Seely and Bethell processes 
for the preservation of timber. 1879; in-8*. — Tables sho- 
wing difference of level in feet. 1879; in-12. — Refunding 
of the national debt. 1881; in-8°. — Annual report of the 
comptroller of the Currency. 1880; in-8°. — Blasting ope- 
rations at Lime point, California in 1868 and I860. 1880; 
in-8".— Explorations and surveys west ef the 100 th meridian, 
V Wheeler: 50 views, photographies. Washington. 

Surgeon generals office, U. S. army. — Index-catalogue of 
lbe ''brary, vol. II. Washington, 1881 ; vol. gr. in-8°. 



Carrerasy Gonzalez (J/.). — Philosophic de la science eco- 
n °mique, avec un prologue de Joaquin M. Sauroma. Madrid, 
Pa "s, 1881; vol in-8°. 

& Academia de ciencias morales y politicas. — Diseursos : 
Sc gundo centenario de D. Pedro Calderon de la Barca. — 
c °stumbres publicas y privadas de los Espanoles en el 
s 'g'io XVII. — Los Espanoles segun Calderon. — Diseursos 
'cidos 22 de mayo de 1870, 13 de junio de 1875, 29 de junio 
de 1880, 16 de enero de 1881. — Las eolonias penales de la 
Australia y la pena de deportacion. — La colonizacion peni- 
tenciaria de las Marianas y Fernando Poo. — A las islas 
Ma Hanas o al golfo de Guinea ? — La liga aduanera iberica. — 
U hnelga en los ferro-carriles de los Estados-Unidos de la 
America del Norte en 1877. — Luz en la tierra. — La ciencia 
v la divina revelacion. — Los Supuestos conflictos entre la 
re %ion y la eieneia. — Madrid, 1870-81 ; 15 vol. in-8°. 



(376) 

Institute y Observatorio de Marina de San Fernando. 
Anales, seccion 2*. 1880. San Fernando, 1881; in-4\ 

Institute geografico y estadistica. — Meraorias, tomo II 
Madrid, 1881; vol. gr. in-8°. 



France. 

Bitter {Ch.). — Influence des fore'ts sur les nappes liquides 
souterraines et sur la pluie. Paris, 1880;br. in-8°. 

Delaborde (le v" Henri). — Notice sur la vie et les ouvrages 
de M. Leon Cogniet. Paris, 1881 ; extr. in-4°. 

Museum d'histoire naturelle.— Nouvelles archives, 2« serie, 
t. IV, 1" fasc. Paris, 1881 ; vol. in-4°. 

Academie des inscriptions. — Corpus inscriptionum semi- 
ticarum, torn. I, fasc. 1. Paris, 1881 ; 2 cah. in-4°. 

Societe scientifique industrielle de Marseille. — Bulletin, 
1872-1880. Marseille; 7 vol. in-8°. 

Societi savoisienne d'histoire et d'archeologie. — Memoires 
et documents, tome XIX. Chambery, 1881; vol. in-8". 

Academie de Stanislas. — Les patois lorrains, par Lucien 
Adam. Nancy, 1881 ; vol. in-8°. 

— Memoires, 4 B,e serie, tome XII. Nancy, 1881 ; vol. in-8* 

Academie des sciences, Paris. — OEuvres completes de La 
Place, tome IV. Paris, 1880; vol. in-4°. 

Societe industrielle et agricole d' Angers. — Bulletin, 1880, 
2 d semestre. Angers, 1880; cah. in-8°. 

Acadimie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon. - 
Memoires, 3- serie, tome VI, 1880. Dijon, vol. in-8». 



(377) 

Grandb-Bretagne et Colonies Britanniqdes. 

Fleming (S.). — L'adoption d'un metre me'ridien interna- 
tional, la fixation de raeridiens servant dunite pour la stipu- 
lation du temps, etc. Londres, 1881 ; br. in-8". [Meme ouvrage 
en anglais.] 

Merille de Colleville. — Epitre nephalienne a Sa Majestd 
Leopold II, roi des Beiges. Londres, 1881 ; br. in-8". 

Cambridge philosophical Society. — Proceedings, vol. Ill, 
Parts 7 and 8; vol. IV. part 1. Transactions, vol. XIII, part 1. 
Cambridge, 1880-81 ; 4 cah. in -8° et in-4". 

Meteorological Department of the Government of India. — 
Report, 1879-80. — Report on the meteorology of India in 
^878. Calcutta; 2 vol. in-4°. 

Physical Society. — Proceedings, 1879-80. Edimbourg; 
vol. i n -8\ 

Meteorological service of the dominion of Canada.— Report 
^H 879. Ottawa, 1880; vol. in-8", 

Geological survey of Canada.— Geological chart in 3 sheets: 
S -E.; S. W. ; N. E. with sections to illustrate sheets. 1880; 
4 f- in-plano color. 

Historical Society. — Transactions, vol. IX. Londres, 1881 ; 
vol. in-8*. 

Wew-Zeeland Institute. — Transactions and proceedings, 
v °l- XIII. Wellington, 1881 ; vol. in-8*. 



teumont (A.). — Gli ultinii Stuardi : la contessa d'Albany e 
Vittorio Alfieri Florence, 1881 ; exlr. in-8°. 

Garbini(Adr.). — Memoria intorno al sistema nervoso del 
Palacmonetes varians. Padoue, 1881; br. in-8°. 



(378) 

tfardi{Gius.) — II parafulmine Melsens, sistema nuovissimo. 
Vicence, 1881 ; vol. in-8\ 

Academia fisio-medico-statistica. — \Atti, 1881. Milan; 
vol. in-8°. 

Comitate geologico d : Italia. — Bollettino 1880. Rome; vol. 

Accademia delle scienze. — Memorie, tomo XXXIH. Turin, 
1881 ; vol. in-4*. 

R. Istituto di studi superiori pratici e di perfezionamento 
in Firenze. - II comraento di sabbatai Donnolo sul libro della 
creazione (D. Castelli). — II pr imo anno della clinica ostetrica 
(E. Grassi). — Favole per una anatoraia delle piante aqua- 
ticbe(F. Parlatore). Florence, 1880-81; 3 vol. in-8°. 



Suede et Norwege. 

Angetin (tf-P.). _ Geologisk Ofversigts-Karta ofver Skane 
med atfoljande Text. Lund, 1877; vol. in-8». 

Lundgren (/?.). - Ueber Angelin's geologische Uebersichts- 
Karte von Schonen. Stockholm, 1878; extr. in-8". 

Santesson (C). — Minnesteckning ofver Christopher Car- 
lander. Stockholm, 1877; extr. in-8°. 

Malmsten. - Minnesord ofver Carl von Linne. Stockholm, 
1878; extr. in-8°. 

— Minnesteckning ofver Pehr of Bjerken. Stockholm, 1878; 
extr. in-8\ 

Areschoug (J.-E.). — Minnesteckning ofver Carl Jacob Sun- 
devall. Stockholm, 1879; extr. in-8°. 

Hildebrand. — Minnesteekning ofver Jonas Hallenberg. 
Stockholm, 1880; extr. in-8°. 

K. Norske Videnskabers Selskabet. — Skrifter, 1878-79. 
Trondhjem; 2 vol. in-8°. 

Sveriges geologiska Undersbkning. - Ser. A» : Kartblad 



( 379 ) 

med Beskrifningar, n" 75-79. — Ser. A b : Kartblad Nissafors 
med Beskrifning. — Scr. C : n 05 36-44. Stockholm; broch. et 

Archiv for Malhematik og Naturvidenskab, of Lie etc. 
Bind 111, n° 4; IV, 1-3; V, i-4. Chrisliania, 1878-80; 
10 cab., in-8 9 . 

Videnskabs-Selskabet i Chrisliania. — Forhandlinger, 
1878-80. Christiania ; 5 vol. 8'. 

K. Vetenskaps A cademien.— Handlingar, ny Foljd, Bt. XIV, 
andra Haftet, XV-XVII. — Bihang till Handlingar, Bandet 
IV-V. — Ofversigt, 1877-80. — Meteorologiska lakttagelser, 
Band XVH-XIX. — Lefnadsteckningar, Bd. II, 1. - Icones 
selcctae hymenomycctum nondum delineatorum, vol. II, 1-6. 
Stockholm, 1876-81. 

Universile d'Upsal. — Bulletin mensuel, vol. XII. Upsal, 
<880;i n - 4 o. 

Vorske Nordhavs-Expedition. — III. Zoologi, Gephyrea 
v ed Danielssen og J. Koren. Chrisliania, 1881 ; vol. in-4°. 



Societe helvetique des sciences naturelles. — Comple rendu 
destravaux de la 63 e session. Verhandiungen der 63. Jahres- 
v ersammlung. — Materiaux pour la carte geologique de la 
Suisse, 14'livr. o°" partie, 1880. Geneve, Lausanne, 3 vol. 
in -8' et i n -4». 

Xalurforschende Gesellschaft Graubundens. — Jahres- 
Bericht, neue Folge, 25. und 24. Jalirgang, 1878-80 Coire, 
^Ijvol.in-g-. 

Xaturforschende GeselL in Bern. — Mittheilungen, 1880. 
Be mc; vol. in-8°. 

Societe vaudoise des sciences natureUes.-BuUetin, vol. XVII, 
n ° 85. Lausanne, 1881 ; cah. in-8°. 



( 580 > 



Bonders (F.-C.) — Twee-en-twintigste jaarlijksch vcrslag 
betrekkelijk de veppleging en het onderwijs voor ooglijders. 
Utrecht, 1881; vol. in-8°. 

Aravantinos (J.). — Traite' de la rcsponsabilite des princes 
et des ministres. Athenes, 1880; vol. in-8». [En langue neo- 
grecque.] 

Sociele Khedivale de geographie. — Bulletin n" 3, S, 6, 8-1 1, 
1876-81. LeCaire; 7 cah. in-8<\ 

Commission impiriale d'archeologie. — Compte rendu 
de 1878-79. St-Petersbourg; vol. in-4» avec atlas. 



BULLETIN 

L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES, 

LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 

1881. — IN* 11. 

CL1SSE DES SCIENCES. 

Seance du 5 novembre 1884. 

M. P.-J. Van Beneden, directeur, president de F Aca- 
demic 

M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Montigny, vke-directeur; Stas, 
l - de Koninck, Melsens, F. Duprez, J.-C. Ho 
H- Maus, Ern. Candeze, F. Donny, Steichen, Brialmont, 
Ed. Morren, Ed. Van Beneden, C. Malaise, F. Folie 
F- Plateau, Fr. Crepin, Ed. Mailly, J. De Tilly, F.-L. Cor- 
&et, Ch. Van Bambeke, A. Gilkinet, membres; E. Cata- 
Jan, associe; H. Valerius, G. Van der Mensbrugghe. 
M. Mourlon et E. Adan, correspondents. 

Z*" SERIE, TOME II. 26 



CORRESPONDENCE. 



Le Departement de l'lnterieur transmet un exernplaire 
de l'extrait du Moniteur beige du 24 octobre dernier, 
faisant savoir que l'Academie a obtenu un diplome de 
cooperation a l'Exposition inlernationale d'electricite de 
Paris, del 881. 

— M. Ic major L.-A. Huguet-Latour du l er regiment 
de Rifles du Prince de Galles, a Montreal (Canada), ecrit 
que l'annee prochaine aura lieu, dans cette ville, un con- 
gres scientifique sous les auspices de Y American Associa- 
tion for the advancement of science fondee a Cambridge 
(Massachussels). 

U demande que l'Academie veuille bien lui faire con- 
naitre les noms de ses membres qui se proposeraient 
d'assister a celte reunion ou qui communiqueraient a 
celle-ci des memoires qu'il lirait avec plaisir a I'assemblee. 

^ — La Classe accepte le depot, dans les archives de 
l'Academie, des trois billets cachetes suivants : 

1° Application de la theorie des centres instantanes, par 
M. F. Folio, membre de la Classe; 

2° Note concernant une relation qui existerait entre la 
temperature de fusion et le coefficient de dilatation des 
composes solides isomorphes; 

3° Note concernant une loi emise par M. von Reis, tou- 
cbant la chaleur moleculaire des corps appartenant a une 
serie homologue. 



(383) 

Ces deux dernieres notes sont adressees par I'auteur du 
memoire portant la devise : Felix qui potuit, etc., qui a 
concouru en 1 880 pour la question : Sur les relations qui 
existent entre les proprietes physiques et les proprietes ehi- 
miques des corps. 

— Les travaux manuscrits suivants sont renvoyes a 



1 Verzeichniss der von Prof. Dr. Ed. Van Beneden an 
«er Kiiste von Brasilien gesammelten Ecltinodermen, par 
". le D r Hubert Ludwig, de Giessen. — Commissaires : 
MM. F. Plateau et Ed. Van Beneden; 

2° Sur la structure des Pedkellarice globiferce de Sphai- 
rechinus granularis et d'autres Echinides, par M. Alex. 
Foettinger. — Commissaires : MM. Ch. Van Bambeke et 
Ed. Van Beneden ; 

d" Recherches sur I 'organisation et le developpement des 
°rthonectides, par M. Ch. Julin. — Memes commissaires. 

M. Aehille Brachet adresse une lettre sur des ecrans 
fluorescents. II sera donne suite a cette commum'eaiion 
Wsque la Classe aura reeu Teeran dont I'auteur annonce 



?rit de M. Michele Viparelli, intitule : 
planimetrico per uso delle ferrovie, 
'examen de MM. Liagre, Houzeau et 



(384) 

Conform^ment aux conclusions des 
remerciments seront adresses a I'auteui 
depose aux archives. 



Notede M. A. Daussin, de Dinant, concernant la produc- 
tion de courants electriques au moyen de lames de fer 
portees a des temperatures differentes. 



« M. Daussin a observe qu'il sc produit un courant elec- 
trique lorsqu'on plonge dans une dissolution de sel mariii 
dans Feau, deux lames de fer reliees a un galvanometre, 
et dont Tune est a la temperature ordinaire, tandis que 
Fautre a ete prealablement chauffee, en la tenant pendant 
quelques instants au-dessus de la flamme dune lampe. 
Le courant produit n'a qu'une duree tres-courte. Mais 
M. Daussin a trouve quon pouvait le rendre permanent 
en restituantla chaleur a la lame de fer chauffee, a mesure 
qu'elie la cede a la dissolution saline. A cet effet, il a rem- 
place cette lame par un petit vase en fonte dans lequel il 
a verse la dissolution. Apres avoir relie le vase a Tune des 
bornes du galvanometre, il l'a chauffe legerement, par en 
bas, au moyen d'un foyer, puis il y a plonge un cylindre 
en fonte mis en communication avec Taulre borne du 
multiplicateur. Le courant obtenu a la meme direction 
que dans Texperience precedente. II passe de la lame 
chauffee vers la lame froide, a travers le galvanometre. 
Au moyen du foyer, qu'on approche ou quon eloigne du 
fond du vase, on peut rendre le courant a peu pres con- 



(385) 

temperature qu'on etablit entre Tune des lames et le 
liqmde dans lequel on la plonge. Pour s'en assurer, il 
suffit de repeter deux fois la premiere experience, en 
chauffant d'abord Tune des lames, et ensuite la seconde. 
Les deux courants obtenus de cette maniere sont constam- 
ment de sens contraire, pourvu qu'on ne porie pas les 
deux lames a des temperatures trop differentes, car, dans 
ce cas, le courant de la lame surchauffee est dirige en sens 
contraire de celui quelle aurait developpe par une moindre 
elevation de temperature. Walker avait deja remaique une 
'nversion analogue avec le platine. 

Les courants obtenus par M. Daussin sont done des 
courants thermo-electriques ; mais il n'est pas le premier 
qui les ait observes. En effet, ces courants ont ete decrits 
depuis longtemps, ainsi que ceux que Ton obtient avec 
d'autres metaux et d'autres liquides. (Voir Wiedemann, 
Me Lehre vom Gahanismus, t., I, et Wiillner, Lehrbuch 
der Experimental-Physik, t. IV.) En consequence, il n'y 
a pas lieu de publier la note de M. Daussin. Mais comme 
' auteur a declare lui-meme qu'il n'avait pas eu le temps 
de resoudre la question de priorite, je propose de lui voter 
des remerciments pour sa communi " 

— Adopte avec depot aux Archil 



La Classe procede a la formation de la liste double 
des candidats pour le choix du jury charge de juger la 
se ptieme periode du concours quinquennal des sciences 
n aturelles. 

Cette liste sera transmise a M. le Ministre de l'lnte- 
r«eur. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



M. Maus fait savoir que M. Montigny et lui ont assiste, 
comme delegues du Gouvernement, au Congres d'electri- 
cite de Paris; il rend compte en particulier des expe- 
riences telephoniques qui ont ete faites entre les Champs- 
Elysees et 1'Opera. 



La Classe se constitue en comite secret pour la discus- 
sion des titres des candidats aux places vacantes. 



CLASSE DES LETTRES. 



Seance dn 7 novembre 4881. 

M. Conscience , directeur. 

M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Alph. Le Roy, vice-directeur ; 
Gachard, P.De Decker M.-N.-J. Leclercq, Ch. Faider, le 
baron Kervyn de Lettenhove, R. Chalon, Th. Juste, 
A lph. Warners, Em. de Laveleye, G. Nypels, A. Wage- 
n er, J. Heremans, P. Willems, Edm. Poullet, F. Tiele- 
ffl ans, S. Bormans, Ch. Piot, Ch. Potvin, J. Stecher, 
membres; J. Nolet de Brauwere van Steeland, Aug. Sche- 
,er > Alph. Rivier, E. Arntz, associes; Lamy, Henrard, 
AI ph. Vandenpeereboom et L. Hymans, correspondants. 

M. Mailly, membre de la Classe des sciences , assiste a la 



CORRESPONDANCE. 

La Classe apprend avec un profond sentiment de regret 
,a Perte qu'elle vient de faire en la personne de Tun de 
se *> associes, M. J.-C. Blunlschli, professeur a I'Univcrsite 



(588) 
d'Heidelberg, decede en cette ville, le 21 octobre'l881, a 
1 age de 74 ans. 

— II est fait hommage des ouvrages suivants pour les- 
quels des remerciments sont votes aux auteurs: 

1° Le poeteSadi, moraliste oriental du XIIP siecle, par 
Felix Neve. Louvain, 1881 , br. in-8"; 

2° International bimetallism, and the battle of the Stan- 
dard, by Emile de Laveleye. Londres, 1881, br. in-8°; 

5° Wallonismes, par Isidor Dory (memoire couronne 
par la Societe liegeoise de litterature wallonne). Liege, 
1880, vol. in-8°,presenteau nom del'auteur parM.LeRoy; 

4° Verslarj over het bestnur en den toestand der zaken 
van de stad Turnhout, 1881 , in-8% offerl par M. Heuvel- 
mans, secretaire communal. 

La note lue par M. Le Roy au sujet du livre de M. Dory 
figure a la page suivante. 

— La Classe renvoie a l'examen de MM.Liagre, Wau- 
ters et Willems un memoire de M. P. Henrard, intitule: 
Jules Cesar et les Eburons. 



Elections. 

II est procede a la formation de la Iiste double des can 
didats pour la composition du jury, charge de juger I 
VIH e periode du concours triennal de litterature drama 
tique en langue francaise. Cette liste sera communique 
a M. le Ministre de llnterieur. 



Note bibliographique deM. Alph. Le Roy. 
. le professeur Isidore Dory, de Liege , i 






u\e:Wallo- 
nismes, couronne en 1878 par la Societe Liegeoise de 
Litteralure wallonne, mais publie il y a quelques mois 
seulement. L'auteur s'aitache a demontrer par de nom- 
breux exemples que les locutions vicieuses employees dans 
le francais parle en Belgique « s'expliquent, a peu pres 
toutes, par des tournures propres a l'un ou l'autre patois 
de notre pays. » Ce sont, dans la plupart des cas, des 
archaismes repudies par les lettres, mais conserves fidele- 
ment dans le. parler populaire. 

Cette Uiese est interessante sous plus d'un rapport. D'une 
Pntt, M. Dory premunit nos ecrivains contre le purisme 
exagere qui leur fait ecarter, par la foi des recueils vul- 
gaires dOmnibus, une foule de mots et de tournures pitto- 
resques que les meilleurs ecrivains francais adoptent sans 
Hesitation, redoutant avant tout la secheresse du style et 
la roideur pretentieuse. D'autre part, l'examen minutieux 
tie ces locutions donne lieu a des remarques des plus in te- 
tanies sur les transformations et sur le veritable genie de 
,a langue litteraire elle-meme. Grace a Liltre, a M. Michel 
Breal et, en Belgique meme, a M. Scheler, entre autres, on 
apprecie aujourd'hui a sa valeur l'etude historique du fran- 
cs, trop longtemps negligee sous 1 Influence des prejuges 
des latinistes. Des recherches telles que celles-ci contri- 
bueront au triomphe d'une reaction si salutaire. 

M. Dory, qu'on ne s'y trompe pas, est loin de se faire le 
tampion des facons de parler irregulieres; il les exphque 



( 590 ) 
settlement en recourant aux palois et, en les analysant, il 
arrive a decouvrir jusqu'a quel point elles doivent etre 
regardees comme suspectes. II y aurait bien des choses a 
relever dans son livre ; mais, tel quil est, il merite a coup 
sur de ne point passer inapercu. Je ferai remarquer en 
passant qu'on y trouvera des observations curieuses sur les 
germanismes du patois liegeois, notamment au point de vue 
grammatical. Ch. Grandgagnage eut fait grand cas de ce 



Sedulius de Liege, memoire par M. Pirenne. 



« En l'annee 881, les Normans font leur premiere appa- 
rition dans nos contrees; sur leur passage, rien ne reste 
debout; le pillage et Tineendie marquent leurs etapes, el 
la ville de Liege tout entiere peril dans les flammes. Ce qui 
les attirait particulierement, c'etaient les monasteres, oil les 
richesses s'etaient accumulees. Malheureusement, e'etait 
aussi dans les monasteres, alors l'unique refuge de toute 
vie intellectuelle, qu'existaient les seules bibliotheques de 



ces temps recules : la se conservaient les 
siecles passes, la encore se composaient les chroniques des 
faits contemporains. Aussi, lorsqu'apres dix annees de sejour 
dans la vallee de la Meuse, les barbares du Nord eurent 



(391) 

quitte definitivement notre pays, e'en etait fait de son his- 
loire : eomme les villes, comme les monasteres, die avail 
disparu dans la tourmente. Ceux-la se releverent de Ieurs 
mines, mais celle-ci, en grande partie du moins, etait a 
jamais aneantie. 

La place que le IX e siecle devait occuper dans les 
Annates liegeoises reste done vide. En presence de ce fait, 
on peut juger quel prix il faudrait attacher a un document 
de cette epoque qui aurait survecu au desastre. Or, e'est 
precisement ce qui est arrive aux poesies de I'lrlandais 
Sedulius, qui, comme une epave jetee a la cote apres une 
effroyable tempete, out, par un bonheur singulier, eehappe 
■ U destruction, et dont l'unique manuscrit est venu echouer 
a notre Bibliotheque royale. 

II y a cinquante ans,Sedulius n'etait connu que comme 
prosateur, auteur du De rectoribus christianis. Ses poesies, 
s 'gnalees pour la premiere fois, en 1839, par Pertz, ont 
fa >t depuis lors, en Allemagne l'objet de differents travaux 
d erudition et de plusieurs etudes litteraires (1). Des 
quatre-vingt-sept pieces qui composent Tceuvre du potite , 
s oixanie-sept ont ete publiees dans ce studieux pays. 

Mais ce n'etait la qu'un point de depart. Personne encore 
n ' a vait fait de Sedulius l'objet d'un travail d'ensemble, 
e mbrassant tous ses ecrits connus, en prose et en vers, 
•mprimes et inedits. Lire toutes ses ceuvres, en apprecier le 
m erite scientitique, preciser la valeur du poete, marquer 
s °n role dans le mouvement litteraire de son temps, 



(392) 

penetrer sa vie et son epoque , eclaircir au moyen de ses 
ecrits plus d'un fait obscur des Annales du IX e siecle, et 
— speeialement au point de vue beige et liegeois — res- 
tituer a la science toute une page de l'histoire de ce grand 
siecle, enfin, publier celles de ses poesies qui etaient restees 
inedites, telle etait la tache qui s'imposait a M. Pirenne et 
que, disons-le tout de suite, il a remplie avec bonheur. 

Dans un court preambule, l'auteur jette un coup d'oeil 
sur le lX e siecle qui, partout aillcurs, est une epoque de ' 
profonde transformation politique en meme temps qu'une 
ere de progres et de renaissance litteraire, mais qui n'ap- 
porte a I'histoire de Liege aucun fait saillant. II en con- 
clut a l'importance des poesies de Sedulius, qui, par leurs 
allusions aux evenements dont il a ete temoin, ou a des 
personnages qu'il a frequentes, constituent une veritable 
source hislorique et permettent de combler quelques-unes 
au moins des nombreuses lacunes que presente cette j 
histoire. 

Abordant ensuite plus directement son sujet, M. Pirenne 
soccupe, dans un premier chapitre, de l'origine etrangere 
de Sedulius et des motifs qui l'amenerent sur le conti- 
nent. II prouve, par une curieuse digression, que, loin 
d'etre un cas isole, Tarrivee d'Irlandais en Austrasie con- 
stitue un fait general. 

Le chapitre II est consacre a la biographie de notre 
poete, formee a Taide des renseignements fournis par ses 
propres ecrits. Apres avoir distingue sa personnalite de 
celle de son homonyme, l'auteur du Carmen paschale, q ul 
vivait au V siecle, et avec lequel il avait ete confondu 
jusque dans ces derniers temps (1), M. Pirenne raconte 

(1 ) Voyez l'etude du D' Joh. Huemer, De Sedulii poetce vita et scrips 



393 ) 
comment Sedulius, apres avoir quitte sa patrie pour abor- 
der sur le rivage de la Gaule, erra peniblement de ville en 
ville, jusqua ce qu'enfin, entre les annees 840 et 851, aii 
milieu d'une bourrasque d'hiver, suceombant sous le 
poids de la fatigue, il arrival a Liege dans la plus profonde 
detresse. 11 souffrit d'abord de la faim et de la soif, et la 
chetive demeure qu'il occupait dans la ville episcopate ne 
le garantissait pas des intemperies de lair. Mais bientot, 
reconnu comme lettre et comme poete, il vit son sort 
s'ameliorer ; l'eveque Hartgaire lui-meme le recut favo- 
wblement, le mit a l'abri du besoin , et ne tarda pas a 
ladmettre dans son intimite. Enfin, Sedulius devint le 
poete officiel des Liegeois, charge de haranguer en vers 
ks grands personnages qui visitaient leur cite. En cher- 
chant a se rendre compte de la position que 1'etranger 
°ccupa a Liege, M. Pirenne, ce me semble, va trop loin 
lorsqu'il lui attribue la qualite d'ecolatre de Saint-Lam- 
bert. Au moins aurait-il du se servir de la qualification de 
directeur des ecoles de Saint-Lambert, oar e'est a peine si, 
a eette epoque, les dignites ecclesiastiques etaient etablies 
c hez nous (1); et d'ailleurs, si Sedulius eut fait partie du 
chapitre de la cathedrale de Liege, ou plutdt du ckrge du 
^onastere de Saint-Lambert, il n aurait certes pas manque 
de nous l'apprendre. Le point de savoir si notre poete, en 
q"ittant Liege, n'a pas ete terminer sa carriere a Milan, ne 
Parait pas suffisamment elucidee. Les Carmina mwdii mvi 
P»blies en 1877, a Bonn, par M. Hagen, devaient mettre 



i meme de dis 



i a fond. 



Dans le chapitre III, M. Pirenne examine les ecrits de 



(594) 

Sedulius au point de vue litteraire et en fait une etude 
approfondie. Ce qu'il dit de la poesie du IX e siecle en ge- 
neral et du caractere des ecrits de Sedulius en particulier, 
est finement expose. Ses analyses et ses appreciations 
attestent chez lui un sens litteraire tres-sur et tres-eleve. 
Elles l'amenent a cette conclusion que Sedulius fut un des 
promoteurs du mouvement intellectuel liegeois. 

Enfin, dans un dernier chapitre, Tceuvre poetique de 
Sedulius est envisagee au point de vue historique et habi- 
lement scrutee pour combler la lacune produite par 1'inva- 
sion normande. Sans doute, des pieces de vers ne peuvent 
remplacer des vitce ni des chroniques ; ma is on ne peut 
nier que M. Pirenne n'ait tire de celles de Sedulius assez 
de renseignements pour eclairer l'episcopat de Hartgaire 
d'une vive lumiere. 

Ce qui augmente singulierement la valeur et 1'interet 
de ce memoire, c'est l'appendice, qui renferme les Car- 
mina inedita de Sedulius. Mais, avant d'etre livrees a 



ies 



ingt-quatre pieces qui 



serieuse revision. II faudra 
les collationner de nouveau au manuscrit, et puis etablir 
le texte, en l'accompagnant d'un apparatus criticus q" 1 
aura prineipalement ponr objet de signaler les fautes du 
copiste et la defectuosite d'un grand nombre de vers. 

L'importance du sujet, la facon tout a fait remarquable 
dont il est traite, sont des motifs suffisants pour engager la 
Classe a accueillir favorablement le memoire de M. Pirenne. 
II en est encore un autre qui, selon moi, a bien aussi sa 
valeur. Jusqu'ici, les Allemands seuls avaient exploite le 
pseudo-liegeois Sedulius, et le D' Dummler est a la veille 
de publier ses poesies completes dans le second volume 
des Poeta latini wvi CarolinL Or, il est bon, pour I'honneur 



(393) 
litteraire de noire pays, que le savant editeur puisse, a cette 
occasion, eiter un nom beige » (1). 

La Classe vote Timpression du travail de M. Pirenne 
dans les Memoires in-8°, apres avoir entendu l'avis de 
MM. Willems et Neve. 



COMMl MCATIONS ET LECTURES. 



La revolution du XVI e siecle et Guillaume le Taciturne; 
par M. Alphonse haulers, membre de l'Academie. 

A presque toutes les grandes revolutions s'attache un 
n om qui les resume et les personnifie en quelque sorte. 
Le heros caraclerise le temps pendant lequel il a vecu 
e t le represente aux yeux de la posterite. Qu'est-ce qu'un 
certain nombre d'annees, un siecle, une periode? C'est une 
formule vague qui se noie dans le courant des ages. Mais 
u n nom survit, se transmet de generation en g£n&ratton 
et , en s eloignant dans le passe, se revet de couleur et de 
Poesie. Ainsi, citer Gustave Wasa, Guillaume le Taci- 
tu me, Cromwell, Washington, Napoleon I er , Lincoln, c'est 
evoquer reellement les lultes terribles d'ou est sorti le 
m o»de moderne. 

Mais la meme gloirc n'est pas reservee a tous ceux qui 
°M dirige ces evenements memorables. Pour ceux qui ont 
voulu conlisquer a leur profit les perturbations de I'huma- 
ni[ e, qui ont detourne de leur direction veritable les aspi- 
rations de leurs compatriotes, la punition ne s'est pas fait 



( 596 ) 
attendre : l'avortement de leurs preoccupations egoi'stes 
les a relegues parmi les fabricants de projets et les 
aventuriers sans vergogne. Leurs emules, plus conscien- 
cieux, ont, non-seulement merite les louanges de leurs 
contemporains et l'admiration de la posterite, ils ont encore 
atteint leur butetfonde des institutions durables. 

Au premier rang de ceshommes d'elite, dont les actions 
consolent du tableau des perfidies et des bassesses a tra- 
vers desquelles ils ont du peniblement cheminer, il faut 
placer Tillustre fondateur de la republique des Provinces- 
Unies, Guillaume d'Orange dit le Taciturne. Comme 
Washington, comme Lincoln, il a rempli une haute mis- 
sion, qu'il a acceptee sans l'avoir recherchee; comme eux, 
il s'est toujours montre digne de la confiance du penple; 
comme Lincoln, il est tombe victime de son devouement; 
comme les deux grands hommes de la republiqu. am&*" 
caine, il semble avoir pris pour regie de conduite ces bm*», 
plus grands dans leur simplicite que les phrases les plus 
pompeuses et qui ornaientTecusson du chevaleresqueJean, 
roi de Boheme : Ich dien, je sers. 

Servir son pays de maniere a le faire arriver au port 
malgre une tempete effroyable, quelque taehe a faire 
reculer le courage le plus hardi , la determination la pl« s 
energique. Guillaume d'Orange fut oblige de sen char- 
ger; il avait reussi, lorsqu'il mourut assassine apres dix- 
sept ans d'efforts. 

Si Ton considere, dans son ensemble, Thistoire des 
Pays-Bas, les troubles du XVI e siecle sy dessinent coninie 
une phase par laquelle nos provinces devaient passer, je 
ne dirai pas fatalement, ce mot comporte une nuance q" 1 
n'est pas la veritable, je dirai de preference necessairenienl. 

Entre le moyen-age, pendant lequel le peuple fit « heZ 



( 597) 

nous son apprentissage de la vie politique dans les c 
munes, et le XIX" siecle, qui a vu notreliberte s'epan 
avec toutes ses consequences, la revolution 
le Taciturne fut le guide, realisa, pour les provinces sep- 
tontrionales, ce que les Pays-Bas avaicnt desire apres la 
mort de Charles le Temeraire; je veux dire le gouverne- 
ment par le pays et au profit du pays. Les Etats Generaux 
qui essayerent sans succes, en 1477, de reagir contre le 
gouvernement despotique, centralisateur et egoiste des 
dues de Bourgogne, parvinrent a se substituer, en 1580, a 
Philippe II, dont ils proclamerent la decheance. L'ere nou- 
velle dans laquelle entra alors la Neerlande justifia leur 
audace. 

Comment d'ailleurs pourrions-nous les blamer? 1850 
ne constitue-t-il pas le complement logique de l'acte pose 
en 4580. Ce fut, apres 250 ans, un nouvel effort pour 
asseoir sur de plus larges bases nos institutions politiqucs. 
Sans doute, a certains points de vue, la separation des 
provinces septentrionalcs et des provinces meridionales du 
r oyaume des Pays-Bas fut tres-regrettable, mais a quoi bon 
des lamentations et des recriminations tardives. Les evene- 
ments allerent au dela de ce que Ton avait attendu, et, 
d'ailleurs, ce qui justifie la Belgique, e'est que, quelques 
annees plus tard, la Hollande nous imita, en modiOant sa 
constitution pour la modeler sur la noire. 

De meme que les hommes de 1850 ne prevoyaient pas la 
feconditedel'ceuvrea laquelle ils allaient attacher leur nom, 
,a venir de ce royaume si faible eomme etendue, mais si 
•fore, si vivant, si remarquable par son industrie, son com- 
merce, ses voies de communication, Guillaume le Taciturne 
&«l loin de s'attendre a la lutte de quatre-vingts annees 
1«i allait s'engager entre l'Espagne, a moitie maitresse du 
a"* serie,tomeii. 27 



( 398 ) 
monde, et Ies provinces ou il exercait les fonctions de 
gouverneur; a peine put-il esperer pour les siens d'en sortir 
victorieux, mais jamais ses reves les plus ambitieux n'at- 
teignirent a cetie realite du XVH e siecle : les ambassa- 
deurs des Provinces-Unies dictant, pour ainsi dire, la paix 
en Europe. 

Si Guillaume le Taciturne tira enfin Tepee, ce fut pour 
defendre sa tete, mise a prix comme celle d'une bete fauve; 
pour servir de capitaine a celte population afTolee qui 
prevoyait le sort reserve par le due d'Albe aux habitants 
des Pays-Bas; pour sauver les droits imprescriptibles de 
la pensee et de la conscience (1). II n'etait pas Beige ou Hol- 
landais, puisque l'Allemagne l'avail vu naitre; il aurait pu 
abandonner nos a'ieux a leur triste destinee et faire, comme 
tant d'aulres, sa paix avec Philippe dans de bonnes condi- 
tions. Ni l'occasion, ni les sollicitationsne lui manquerent. 
Cost pour nous qu'il a sacrifie son repos a ce qu'd I 
considere comme son devoir; e'est aussi pourquoi notre 
reconnaissance lui est acquise a jamais. 

Sans doute, dit-on, le role a ete grand, mais les nioyens 
employes ont ete detestables. Habile, Guillaume le fal * 
I'avis de tous; mais, dissimule et perfide, il se crut lou 
permis pour atteindreau but.— Juslifier le Taciturne, apres 
que tant de plumes eloquentes ont chante ses louanges, 
n'est-ce pas une oeuvre inutile? Oui, la chose a ete fate, 
et faite beaucoup micux que je ne pourrais i'essayer, en 
plus ample connaissance de cause, a 1'aide de centaines 
de documents revus, coordonnes et controles avec talent, 
mesure et prudence. Quon Use les belles introducing 
placees en tele des six volumes de la CorrespondaW* <** 
Guillaume le Taciturne, prince d'Orange (Bruxeltes, I s t; ' 
1837, in-8"), par notre honorable confrere, N. Gachard; 



(399) 

qu'on Use ces pages etudiees, et pourtant emues, et Ton ne 
pourra s'empecher de reconnaitre que les actes et les ecrits 
du prince ne redoutent pas la lumiere, que Ton y rencon- 
ire,a ehaque instant, la preuve d'une elevation de pensees, 
d'une justesse de vues, d'un esprit prudent et modere, que 
bien peu de personnages historiques ont possedes a un 
degre si eminent (2). 

On moppose la lisle des bienfaits et des marques de 
confiance dont Ie prince fut comble par Charles-Quint et 
Philippe II et 1'amitie que lui temoigna d'abord Granvelle. 
On peutrepondrc [jar rOuumerution des services qu'il ren- 
du aux deux souverains, tant comme general que comme 
fonseiller. Depuis 1551, que la reine Marie de Hongrie 
tai confia une compagnie de deux cents chevaux, jusqu'en 
!oo9, date de la paix de Cateau-Cambresis, le Taciturne 
Scrv » a l'armee avec distinction et, pendant longtemps, 
defendit avee succes la frontiere du pays d'Entre-Sambre 
ct blouse. Ce fut lui aussi qui presida a la fondation de la 
forteresse nouvelle a laquelle il donna le nom qu'elle porie 
e ncore aujourd'hui, celui de Philippeviile, « pour etre, 

* comme il le dit dans une lettre au roi Philippe II, datee 

* du 29 deeembre 1555, fondee et batie a l'avenement de 
' son regne (3). » 

Comnie conseiller d'Etat, comme gouverneur du pays 
{,e Hollande, de Zelande et d'Utrecht, sa conduite fut aussi 
c °rrecte. En 1566, dans eette annee pleine de perplexites 
ei ^'incidents terribles, Guillaume aurait du eire partout : 
a k cour de Bruxelles, pour donncr ses avis a la gouver- 
nante generate, Marguerite de Panne; a Anvers, pour 
^ainienir une population exasperee contre la tyraunie ; 
° n Hollande, pour assurer la tranquillite. Que fait-il ? il 
s epuise a donner des conseils que Ton ne suit pas; sil 



(400) 

quitte Anvers, il y laisse Ie calme qui n'esl trouble qu'apres 
son depart ; en Hollande, on Ie place dans une position 
difficile, pour le compromettre aux yeux de ses amis. 
Toujours on veut Tentrainer a renier ses convictions. Et 
Ton setonne s'il a parfois montre de l'indecision; mais, 
c'est que, plus que personne, il eut la prescience de la crise 
qui eclata et des difficultes que Tavern r Iui reservait. Au 
surplus, la diversite des reproches donl on l'accable con- 
stitue sa justification. Si les defenseurs de la cause royale 
l'accusent de trahison et de deloyaute, d'autres lui en veu- 
Ientd'avoir empeche les calvinistes d'Anvers de sejoindre 
aux vaincus d'Austruweel, et, tout recemment, M. Rahlen- 
beck lui faisait un grief de n'avoir pas enlrepris une guerre 
impitoyable contre le eulte des images et de ne s'etre 
pas range parmi les plus ardents adversaires du calholi- 
cisme (4). 

Jeme contenterai, a ce propos, d'emprunter les lignes 
suivantes a M. Gachard : 

« En montrant, sous son vrai jour, la conduite de 
» Guillaume le Taciturne a cette epoque importante de sa 
» vie, j'ai voulu remplir Tun des plus imperieux devoirs 
» de Thistorien. Je ne crois pas d'ailleurs que la gloire de 
» rimmortel fondateur de la republique des Provinees- 
» Unies receive la moindre alleinte des fails que J a' 
• rapportes : adversaire declare du systeme de gouvcrne- 
> ment de Philippe II, il etait naturel que Guillaume se 
» montrat favorable aux mouvenients dont le but etait le 
» renversement de ce systeme, et puis n'avait-il pas, des 
» le mois de Janvier 1566, refuse son concours au ro» et 
» offert la demission de ses charges, demission reiterec 
» plusieurs fois depuis (5)? • 

On me demandera sans doute ce que je pense de c 
lettre que Ton dit avoir ete" ecrite par le prince a 



: au due 



(401 } 
d'Albe, quelques jours apres Parrivee de celui-cien Bel- 
gique. Ma reponse sera des plus simples. J'attendrai pour 
discuter ce document qif il soil publie en entier et non 
dans une forme incomplete et avec des indications insuffi- 
santes (6). Pour juger le prince d'Orange, ses sentiments 
ct ses intentions a cette epoque, il existe une piece bien plus 
instructive, e'est la lettre en espagnol, datee d'Anvers et 
du 10 avril 1567, que Guillaume ecrivit a Philippe II, 
tn lui faisant connaitre ses derniers actes en Hollande el 
a Anvers et sa resolution de se demettre de ses charges, 
tout en restant le fidele vassal du roi (7). On sait que des 
[ors sa perte etait juree et que, s'il etait reste a Bruxelles, 
'I aurait partage le sort de d'Egmont et de de Homes. 

Comme politique et comme capitaine, Guillaume a et£ 
souvent blame et critique. On lui a reproeheses negotiations 
avec la France et 1'Angleterre, et, circonstance que Ton ne 
doit pas laisser dans Toubli, on va surtoul chercher des 
armes contre lui dans la correspondance des agents de ces 
Puissances, qui l'ont si souvent leurre de belles promesses. 
Quels accusateurs dignes de foi que ces envoyes de 
Charles IX, le heros de la Saint-Barthelemy, et de ce due 
d'Anjc-u, dont 1'exploit le plus considerable flit la perfide 
& ridicule attaque de la ville d'Anvers ou perit la fleur de 
la noblesse francaise ? Un membre de la Commission royale 
d bistoire, dans une desdernieres reunions dece corps, s'est 
rallie avec raison de certains reporters diplomatiques du 
X^I e siecle, qui remplissaient leur correspondance de 
n ouvelles repandues dans differentes directions par lememe 
ve dacteur. Son observation, tres-juste, doit mettre en garde 
c °ntre les appreciations dont fourmillent les papiers d'Etal 
de 1'epoque, pieces ou les vues, les desseins, les efforts du 
Taciturne sont souvent traveslis par t" 
ou des ennemis caches (8). 



(402) 

Quant au role militaire de Guillaume le Taciturnc, il 
est facile de le critiquer quandon l'etudie supeiiietlliiiioiit. 
Dans ses deux campagnes de 1568 et de 1572, le prince 
avait affaire a l'ennemi le plus redoutable qu'il put ren- 
contrer : un capitaine habile, calme, temporisateur, con- 
duisant des troupes rompues a la discipline la plus parfaite. 
Guillaume avait pour lui 1'ardeur des siens et l'appui secret 
des populations, mais le due d'Albe, rassure sur ses res- 
sources, maitre des grandes villes, refusa toujours de livrer 
une bataille ou I'imprevu jouerait son role. C'esl ainsi qu'il 
forca le prince a la retraite; toutefois il faut le dire a la 
louange de celui-ci : en 1572, il reussit a ramener en Alle- 
magne son armee presque intacte; il ne fut pas vaincu, 
encore moins ecrase; il rcsta longtemps et paisiblement 
campe entre Bruxelles et Louvain et , s'il s eloigna, ce fut 
parce que la nouvelle de la Saint-Barthelemy, eclatant 
comme un coup de tonnerre, avait mine ses esperances. 

On l'accuse, mais ou sont les places qu'il livra a l'etran- 
ger, ou est Kami qu'il abandonna dans le peril, oil est la 
population ou la personnalite qu'il traita avec inhumanite, 
oil est le sentiment cruel ou vil dont il fit parade? Oserait-on 
etablir une comparaison entre lui et ses adversaires, entre 
1'homme que les peuples des Pays-Bas regards tnt r me 
Ieur pere, leur protecteur, leur sauveur, presque leur 
Dieu, et les bourreaux attitres de Philippe II, ceux quiont 
saecage Malines, Naarden, Harlem, Anvers, Maestricht ? 
Faut-il le mettre en opposition avec ces nobles orgueilleux 
qui n'ont su que troubler leur patrie, pour la livrer a son 
tyran, a 1'homme qui se plaisait aux auto-da-fes, au roi q«> 
illustra une des premieres annees de son regne par une 
banqueroute scandaleuse, au politique qui avait deux 
correspondances, dont la premiere, celle ecrite en francais 



( 405 ) 
et qui pouvait etre rendue publique, netail destinee qu'a 
cacher la seconde, redigee en espagnol et dementant en 

Puisque nous parlons de Guillaume le Taeiturne, 
rappelons, a propos du monarque espagnol et de ses con- 
seillers, que des temoignages irrecusables, rassemhles par 
H. Gachard, etablissent, comme il le dit dans la Corres- 
pondance de Guillaume le Taeiturne (t. I", introduction, 
P- xv), les points suivants : 

■ Le projet de faire assassiner le Taeiturne fut congu 
" des le temps du due d'Albe ; 

■ Le grand commandeur de Castille, don Louis de 

* R e quesens, eut recours aux memes machinations que 
» son predeeesseur, pour atteindre ce but ; 

» Au eongresde Cologne, apres que le ducde Terranova, 

» ambassadeur de Philippe II, eut vainement essaye de 

■ detacher Guillaume du parti des Elats de Hollande et 

' de Zelande, il ne rough pas (ce n'est pas moi, e'est 

* M. Gachard qui parle) de recourir a Tassassinat, car il 

* s'gna un acte par lequel il s'obligeait de payer 20,000 

* ecus a Jean Vanderlinden, abbe de Sainte-Gertrude, de 

* Louvain, qui lui avail propose de mettre a mort le 

* prince. > 

Voila des procedes caracteristiques, lepoque s'y peint 
au vif. La perfidie et la cruaute, voila les armes que Ton 
e mploya contre rhomme qui, toute sa vie, fut un modele 
de loyauie et de moderation. Ce fut le cardinal Granvelle 
qui conseilla au roi d'offrir une magnifique recompense au 
tteuririer du stadhouder, ce fut lui aussi qui minuta de sa 
nia 'n la lettre adressee en cette occasion au gouverneur 
general des Pays-Bas (9). II est vrai que Philippe, toujours 
endette et toujours peu desireux d'accomplir ses pro- 



(404) 
messes, Iaissa languir les beritiers de BaUhasar Gerard. 
Celui-ci avail execute, Ie 10 juillet 1584, ses « louables et 
» religieuses intentions; » ce ne fut que le 4 mars 1589 
que ses parents furent anoblis et le 20 juillet 1590 que 
les seigneuriesdc Lievremont, de Hostal et de Dammartin, 
dans le eomte de Bourgogne, leur furent abandonees en 
toute propriele en attendant qu'ils eussent reeu les bien- 
lieureux 25,000 ecus pour lesquels Gerard avait couvert leur 
nom d'infamie (10). Les efforts de tant de « braves gens » 
avaient enfin abouti au resultat que Ton sail. Pour Tbon- 
neur de notre pays, les miserables qui attenterenta la vie 
de Guillaume ne lui appartenaient pas : d'abord Gaspar 
Anastro, man-band espagnol etabli a Anvers et que des 
speculations malbeureuses avaient ruine,arma le bras d'un 
compatriote, le bisca'ien Jean Jaureguy; plus tard,Balthasar 
Gerard vint de la Franche Comte. On comprend que les 
eontemporains ne furent pas unanimes dans Ieurs senti- 
ments a propos de ces tentalives criminelles. Ce qui est a 
la fois curieux et instruclif, cest de voir certains person- 
nages, que Ton est parfois tente de considerer comme des 
exemples de loyaute, les apprecier de differente maniere 
selon la langue dans laqueile ils s'exprimcnt. Dans ses 
depeches en francais coneernant le ban public eontre le 
prince d'Orangc, Alexandre, due de Parme, se montre assez 
peu porte pour la proscription du prince, tandis que, en 
opprenant Taltentat de Jaureguy, il exprime, en espagnol, 
sa joie du chatiment inflige au prince, sa reconnaissance 
covers Dieu, son admiration pour la conduite de Jaureguy 
etd' Anastro (11). 

Dans le travail de M. Kervyn, on parle de la pusillani- 
mite du prince d'Orange et, en effet, Granvelle disait du 
Taciturne, dans sa jetinesse, qu'il etait timide. Plus tard 



(403) 

le raeme ministre de Philippe II, en conseillant a ce mo- 
narque 1'assassinat du prince, ajoutait que, « vu la pusil- 
» lanimite de Guillaume, la seule publication de l'arret 
» rendu contre lui par le roi, le feroit mourir de peur. » 
Si Guillaume, dit avec raison M. Gachard, avail ete si 
pusillanime, se serait-il, comme il le faisait depuis dix-sept 
ans, expose aux dangers d'une guerre sans rei&cbe el on 
fer des assassins (12). 

Que de grandeur, au contraire, dans les dernieres 
paroles du prince. Au moment de mourir, il s'eerie: 
■ Mon Dieu, prenez pilie de ce pauvre peuple » II ne 
s onge plus a lui, ni aux sicns ; il n'a du souci que pour la 
nation naissante dont il a ete le conseiller courageux et 
UMegre. Meurs sans crainle, prince illustre, dont les enne- 
n 'i> releverent encore la gloire en te donnant la palme du 
nartyre. Ces faibles provinces, que lu as raises en etat de 
s e defendre contre la plus vaste monarchic du monde, 
sauront continuer une lutte heroique. Quoique decouragees 
P a r ta inort, exposees aux convoilises de leur principal 
*Bfc, menacees par un capitaine habile, elles vont monter 
a 1'apogee de la grandeur. Le XVII e siecle les verra a la 
f ois briller de Fecial des Iettres et des arts et servir d'asile 
a ux penseurs et aux proscrits. Leurs marins leur procure- 
f0 «t d'immenses colonies et ne craindront pas de braver 
les flottes reunies des deux principals puissances mari- 
""mes, 1' Angleterre et la France. Bienfot, grace a un autre 
G «illaume, le dernier, le plus illustre de tes descendants, 
les Provinces-Unies arreteront en Belgique les progres de 
,a politique envahissante et despotique de Louis XIV el 
as sureront, dans la Grande-Bretagne, le triomphe des idees 
e oi'stitutionnelles, se montrant a la fois 1'egide de 1'Espagne 
«nervee et de la jeune Angleterre. 



(406) 

Trois siecles n'ont pas affaibli les s 
naissance que le peuple hollandais te porte, et si, quelque 
jour, il etait menace par de nouvelles convoitises, ce serait 
encore aux accents du Guilielmus lied qu'il combattrait 
pour defendre ces deux grands biens que tu lui as procures: 
Imdependanee nationale, sans laquelle une eonlree ne 
connait qu'un semblant de vie, et la liberie politique, qui 
en transforme les habitants en citoyens et leur apprend a 
mieux aimer, a feconder davantage, a embellir encore leur 
patrie. Tant que Ton n'aura pas eleint dans le coeur du 
hollandais la flamme du patriotisme, il entourera de ses 
respects le souvenir du Taciturne, il regardera comme le 
palladium de la Neerlande la tombe qui garde les restes 
mortels de la victime de Balthasar Gerard, de l'homme que 
Philippe II et Granvelle ont poursuivi de leur haine et de 
leurs sarcasmes, et aupres duquel ils paraissent a la fois 
meprisables et odieux. 



Notes et documents. 

(1) Dans la Correspondance du cardinal de Granvelle on voit 
(t. II, p. 356) celui-ci regretter que le prince d'Orange n'eut pas 
imite 1'exemple dn comte d'Egmont et pris la resolution de servir 
sincerement « Dieu et son maitre, que seroit, ajoute Granvelle, le 
» vrai chemin pour regagner la grace et confiance du maitre »• L a 
lettre oil le cardinal emet cette opinion, est datee de Rome le 2 avril 
1307. Si le*Taciturne avait eu la malencontreuse idee de resteraux 
Pays-Bas, son sort, comme celui de d'Egmont, etait decide : la 
GrandPlace de Bruxelles aurait vu, le 5 juin 1568, tomber trois 
teles au lieu de deux. Le prince, sans avoir eu connaissance des pcn- 



que la meme correspondance nous revele (p. 373). LorsqueGuillaume 



(407) 

it d'Anvers pour se retirer en Allemagne, avec 150 an 
s pour lui servir d'escorte : « ce n'etoit point, dit-il , po 
>e Ton demandoit Anvers, mais pour I'oiselet qui etoit 
omelet tant recherche, c'etait lui. 



■g, repooa 

» prendre desoiseletsquand la saisonsera«. — Scsinterlocuteursayant 
replique : « Un prince d'Orangc, qui a eu tant de gouvernements, 
prendre des oiselets » , il n'ajouta plus un mot (Lettre de Morillon a 
Granvelle, du 13 avril 1B67). Ce persifflaj 



" ,eure reponse que meritait le langage hypocrite de Granvelle. 

' fit eelui-ci, ce doucereux apotre, plus mechant encore que le due 
d Albe, qui donna a Philippe II le perfide conseil d'envoyer en 
%>agne le fils du prince d'Orange (voir sa Correspomlancc, t. Ill, 
P- 'ij, afln de separer pour toujours le pere de l'enfant. 
(*) Lorsqu'on veut apprecier sainement la politique du prince 

0r ange, il f au t lire les pages que 31. Jules Van Praet a consacrees 
au Taciturne dans ses Essais sur I'hislvir, politique des derniers 
*Ww, t. |« p. 201 et suivantes. Les differentes phases de la grande 
"•evolution des Pays-Bas, au XVI e siecle, y sont signalees et nuan- 



" « qui domine dans Tintervalle (e'est-a-dire depuis le depart du 
d «c d'Albe jusqu'a la mort du prince) ce sont, dit M. Van Praet, 
ies efforts patients, intelligents, conciliants, quoique infructueux, 
d « prince d'Orange, pour arracher a l'Espagne toutes les anciennes 
"-:uignonnes, pour les reunir, non pas dans une con- 
dition d'independance absolue qu'il n'a jamais esperee pour elles, 
mais sous le protectorat d'une puissance ctrangere, et preferable- 
'nent sous celui de la France, et sur la base de la plus large tole- 



u «eux pour i e pays? peu prevoys 
•neme, de ses esperances. Quelqn 
s «Pposaient que la formation sep 



5 d'independance e 



f 408 ) 

Plus loin, aprcs avoir parle dcs sollicitations plus chaleureuses, 
mais egalement infructueuses, adressees tour a tour a la France et 
a l'Angleterre par des hommes considerables, I'historien reprend en 
ces termes (p. 234) : 

« Au sein de cette confusion prolonged, le prinee d'Orange etait 
» tres- consequent avec lui-meme, tres-ferme dans une politique 
» defiante. II jugea qu'il se briserait s'il formait ou annoncait des 
» projets absolus dans leurs tendances, exigeant une execution 
» prompte et temoignant do sa part d'une haute ambition. 11 di'-sirait 
» arracher les provinces a l'Espngne et les constituer a l'instar de 
» Tancienne puissance bourguignonne, mais sous le patronage plus 
» immediat de la France : cetle situation ne comportait pas une 
» marche plus decidee. II avait surtout confiance dans le temps, dans 
» le resultat de ce travail que le pays operait sur lui-meme, dans 
» 1'experience des tentatives avortees et dans sa propre opimatrete. 
» L'acte appele la Pacification de Gand fut son ceuvre. Elle avait 
» pour objet de reunir les representants de toutes les provinces en 
un mcme accord, d etablir la tolerance complete de tous les cultes, 
» de ne ricn affirmer pour ou contre FEspagne, de s'affranchir de la 
» domination sans le declarer, de rallier toutes les opinions par le 
» vague meme du contrat. Elle est Texpression la plus fidele et la 
s politiques... Elle ne dura pas, parce que 

, parce qu'il est 



dence re 


igieuse, 


t, do 


Fautre, sur une I 


ase politique negative..- 


V Union 


de Bruxe 




ne vecut pas dava 


ntage, et quand plus tard 


Guillaume fit sigi 




x delegues assem 


bles a Utrecht une union 


destinee 


a fonder 


i Jan 


ais dans le Nord u 


ne puissante republique- 


il donna 


une moindre satisfaction a ses 


eves politiques que lors- 


qu'il ace 


omplissai 




nt cela, des oeuvr 


s d'une conception gen«- 


reuse as 


urement 


fondees sur le princip 


fecond de la conciliation 


et de la 


iberte de 


tous, 


mais d'une const 


tulion ephemere. • 



( m ) 

el 'le ms niinistres, c'cst qu'en rcfusant au pcuple des Pays-Bas Ie 
droit d'adopter la confession protestante, ils se servaient sans ver- 
gogne do soldats lutheriens, c'est-a-dirc d'heretiques, pour maintcnir 
leurautorite. lis levaicnt a grands frais ft payaient des mercenaires 
lutheriens pour nous opprimer et nous piller, parce que la majorite 
des dissidents, chez nous, suivaitla doctrine calviniste. II resultait de 
cette politique a double face des situations extraordinaires. Lors- 
qu'on confia la garde de Maestricht au comte d'Eberstein,on s'etonna 
que les habitants frequentaient en grandc multitude . lcs sermons 
de ses precheurs » (Groen van Prinsterer, Archives de lamaison 
^'Orange-Nassau , t. Ill, p. 77). 

(8) M. Gachard, t. Il', p. clih. 

(♦>) Dcpuis que ces lignes ont ete ecrites, M. le baron Kervyn, avec 
«ne courtoisie que je me p 



7" P 0UI * qu'on puisse en apprecier la valeur. Disons d'abord que 
•en n en etablit Tauthenticite : e'est une copie, copie qui peut etre 
' ''' ; ■'• BMis qui pent aussi avoir etc fabriquee dans un but que je 
n ai pas a recherchcr. 

^adrcsse : D'Orange to Alva est 1'oeuvre du copiste. L'emploi, 
Par l e prince, du simple mot Monsieur en s'adressant au due, ne me 
Parait pas s'accorder avec le respect que I 'on devait au representant 

'"•l. avec le ton general de la lettre. En outre, comment s'expliquer 

,enil »re 1 ;>t»7 et annonce le depart pour Bruxelles du seigneur dc 
s '-["'I'll !■( du conseiller Hovelmans, qui sont charges desouhaiter 
a tienvcnue a d'Albe. Or, d'apres une note deM. Kervyn lui-meme, 
n^nride Wiltperch, 1'un des secretaires du prince, se trouvait, le 
aout 1567, a Louvain, lorsque leduc y arriva. Peut-on admettre 
*j i -n dix-lmit jours Wiltperch ait quitte Louvain, puis de nouveau 
^'Hcnbourg, et trouve, dans I'intervalle, le temps dc conferer avec Ie 
Prince au sujet de la conduite a tenir dans ces circonstances? Les 



( 410 ) 

quand ils Ie yi itil pas des passcports? Une 

pareille mission n'etait-elle pleine dc difficultes et meme dc dangers? 
Au surplus ce Wiltperch n'etait pas mal vu de la cour de Madrid 
puisque Philippe II fit une exception en sa faveur, lorsqu il ordonna 

Espagne apres I'avoir precedemraent servi en Flandreet en Allcmagne 
(Poullet, Correspondence de Granvelle , t. Ill, p. 72, note 2). 

Je ne m'arreterai pas sur les expressions du prince, qui seraient 
Men etranges si on pouvait reellcment les lui attribuer. Parlcr de son 
affection pour le due d'Albe, qu'il savait etre charge du soin de Ten- 
pays par douceur et bons moyens, et ajouter que le due a toujour* ««' 
de ces moyens, tout cela me sembh I c i Her e a laquelle le 



Mais, il \ ,. :, ,, H ; nl( , ^.-jiljle, ; , jiriori, 

condamncr cettc letlre : elle est ecrite en francais. Le due ffA* 
n'entendait guere cette langue et ne s'en servait pas volontiers. Pour 
se faire bien entendre de lui comme de Philippe II, il fallait 6e*« 
en espagnol. Guillaume redigea dans celte langue la leltre par laquelle, 
avant son depart des Pays-Bas, il rendit compte de ses actions; nul 
doute que s'il avait voulu user de duplicite envers le due d Albe, care'est 
la ce qu'on lui reproche en mentionnant la Icttre ou pretendueW*** 
il ne se soit servi de 1'espagnol. En terminant, je mainliens que le 
document, dont je discute ici Tauthcnticite, n'est pasdigne du prince 
et qu'il n'etait nullemcnt dispose, a la date du 8 septembre 1567, a 
se dire V humble serviteur de d'AIbe. 



leur, avant entendu 1'arrivec de Votre Excellence au Pay! 
y voulu faillir a nion debvuir dc envoyer les portcurs i 
i seigneur de Wilpourg (*) et le conseiller Hovelmans, vei 



(4H ) 

otrc Excellence, pour de ma part luy dire la Lienvenue et luyoffrir 
uant et quant mon humble service et I'asseurer que l'affcction que 
>usjours ay porte a Voire Excellence de luy rendre bien humble 

•onvera de faict, quant me fera ceste faveur d< 



suis certes este bien ayse que Sa Majeste at chosy Votre Excel- 
; pour donncr quelque ordre aux affaires du Pays-Bas lant 
isaire, saichant que nulluy eusse peu mieulx effectuer ceste 
;e que icelle, tant pour la grande affection qu'clle at toujours 
nstrec au service de Sa Majestc Imperialle que Royalle, comme 

la grande experience que Votre Excellence pcult avoir des 
es du Pays-Bas, comme des pays circumvoysins, qui me donne 
me asseurance que les affaires se porteront de mieulx tant pour 
'vice de Sa Majeste que bien du pays, et que Votre Excellence 



a Ppaiser les choses el 


; les remectre a IV. 


.spcrile. ains 


les augmenter et donner moyen et couraige que si 




°nt bien et leallemen 


t scrvy, qu'ils le puissent contir 


)uer et faire 


du.untase, s offrant 


roccasion. Et comme tout cecy se peult faire 


Par doulceur et bons 


moyens et saichant que Votre Excellence at 


*ousjours use de ces 


moyens, 1'ayant apprins d'ung s 


i bon maitrc 


c °mme f cu de tres-haulte memoire TEmpereur, et que Sa Majeste 


Royalle notre maitrt 


■ a suyvi les memes vestiges et i 


jue pourtant 



an d honneur, service du Roy et prosperite du pay 
Au surplus, Monsieur, comme il pourra advenir 
v otre Excellence, mesmement pour mon absei 



apport a icelle 



"'aivcuiJaus pourront avoir inlon 
aucune chose de moy, ay bien voulu supplier Votre Excellence 
P ar la presente point vouloir adjouster foy au moindre poinct qui 
P°«Tat contrevenir le debvoir dhomme de bien et tres-humble 
Sc ''viteur de Sa Majeste, faire la mercede et faveur in adviser et 
Rendre mes raisons au contraire, me asseurant que les ayant 
U ";e Excellence veues, clle en aurat appaisement et cognoistral a 
la v erite de combien les rapports se(ront) fauls et du tout contraires 



pur zele et vrayc affection que j'ay tousjours porte 

ses pays. Et me obligerat Votre Excellence cVaultant p 
meurer a jamais humble serviteur, la suppliant en oui 



De Dillcnbourg, ce vm e de septembre i 



(7) M. Gachard, t. IF, pp. 360-365. 

(8) Rien n'cst plus honteux pour la memoire du roi Charles IX 
de ses agents que la duplicite insigne avec laquelle ils agirent a 
Pays-Bas, lors de la Saint-Barthclemy. Sous ce rapport, la lettre 
roi a son ambassadeur Mondoucet, du 26 aout 1572, est un mod 
du genre. Le monarque y raconte le massacre des huguenots, 
attribuant tous Ies torls a Coligny et aux siens, avec une audace dc 
il est difficile de donner une idee (M. Gachard, Lei bibliotheques 
Madrid et de I'Escurial, t. II, p. 522). 

Les instructions donnees a Mondoucet et les reponses de celm 
depassent, comme cynisme, ce que Ton rencontre de machiaveliq 



cer d'obtenir du due d'Albe qu'il n'epargne pas un de ses compa- 
triotes que Ton trouvera dans Mons avec le comte Louis de Nassau, 

nir des rapports continuels avec d'Orange et ses partisans (voir 
notamment Ibidem, pp. 525 et 528). 

Guillaume le Taciturne pouvait-il seulement imiter cet exempt 
Non. II devait agir avec la plus extreme prudence et de mantle ; 
s'aliener ni ses partisans, a qui il avait a rendre comptc de ses actes 
et de ses negociations; ni les puissances dont il esperai- 
la France, l'Angleterre, les princes allemands. Devenu le chef d'un 
grand parti, il etait tenu d'en menager les aspirations et de s'en con- 
server la confiance : il ne pouvait reussir qu'en suivant une lig ne e 
conduite a la fois ferme et loyale. 



( 413 ) 

On loi reproche ses negotiations avec les Francais; mais qui ne 
sail combien etait violent le eourant qui portait un grand nombre 
de Beiges vers leurs voisins du Midi, avec qui notre pays a toujours 
entretenu les rapports les pi as uJieuse, I'An- 

glcterre eloignee, 1'AIIemagne indifferente a notre sort} il fallait 
bien reehercher et s'assurer un appui. 

(9)M. G A CHA R D,t.VI,p.xx X n. 

(10) Ibidem, t. I", p. xr. 

(H) Ibidem, p. xiv. 



M. Arntz a donne lecture de la l re partie d'un travail 
• s ">- forigine, les motifs et la portee de Valinea 2 de I'arti- 
c fe 27 de la Constitution beige, d'apres lequei toute loi 
relative aux recettes et aux depenses de l'Etat ou au con- 
tingent de l'armee, doit d'abord etre votee par la Chambre 
des Representants. L'auteur n'a traite, dans cette partie, 
que de Torigine historique de cette disposition ; il annonce 
la fin de son article pour la seance du mois de decembre. 



(414) 



CLASSE DES BEA.UX-ARTS. 



Seance du 3 novembre 1881. 



M. Balat, directeur. 

M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Edm. De Busseher, victor**** 
L. Alvin, Jos. Geefs, C.-A. Fraikin, Ed. Felis, J. Portaels, 
le chevalier Leon de Burbure, Ad. Siret, Ern. Slinge- 
neyer, Alex. Robert, F.-A. Gevaert, God. Guffens, F. Stap- 
paerts, Jos. Schadde, membres; Alex. Pinchart, J.Deman- 
nez, correspondants. 

M. Chalon, membre de la Classe des lettres, assiste a la 



CORRESPONDANCE. 



La Classe apprend avec un sentiment de regret la 
de M. Hitzig, president de r Academic des beaux-arts^ 
Berlin, elu le 8 Janvier 1880 associe de la section dare 
ture, decede a Berlin le 12 octobre 1881. 



(418) 

M. le Ministre de l'lnterieur transmet en copie : 

1° Le septieme rapport semestriel de M. Julien Dil- 
lens, prix de Rome pour la sculpture en 1877. — Renvoi 
a MM. J. Geefs, Fraikin et Pinchart. 

2° Le troisieme rapport semestriel de M. Eugene Geefs, 
prix de Rome pour l'architecture en 1879. — Renvoi a 
MM. Pauli, Schadde et Balat ; 

3° Le cinquieme rapport semestriel de M. De Jans, 
prix de Rome pour la peinture en 1878. — Renvoi a 
MM. Slingeneyer, Robert, Guffens et Alvin; 

4° Le premier rapport semestriel de M. Cogghe, prix de 
Rome pour la peinture en 1880. — Renvoi aux memes 
commissaires. 

— M. le Ministre de l'lnterieur, repondant a une demande 
de la Classe, a fait savoir que M. Dupuis, Iaureat du grand 
concours de composition musicale de 1881, 1'avait informe 
qu'il etait en mesure de faire executer sa cantate dans !a 
seance publique de la Classe. 

— LL. MM. le Roi et la Reine, et LL. AA. RR. le Comte 
et la Comtesse de Flandre ont fait exprimer leurs regrets 
de ne pouvoir assister a cette solennite. 

M. le Ministre de l'lnterieur a ecrit qu'il se fera un 
plaisir d'y assister. 

MM. les Ministres de la Guerre et des Travaux publics 
°nt remercie pour I'invitation speciale qui leur avait ete 
e nvoyee. 

Des remerciments scmblables ont ete exprimes par 
M. Thiernesse, au nom de I'Academie royale de medecine. 

~~ MM. Edgar Baes et Danse adressent leurs remerei- 



(416 ) 

ments pour les distinctions dont ils ont ete l'objet lors du 
eoncours de la Classe. 

— M. Ie Ministre de l'lnterieur envoie, pour la Biblio- 
theque de l'Aeademie, un exemplaire de la livraison pour 
1881,XVII e annee, partie profane, de la publication musi- 
cale intitulee : Tresor musical, par M. R. Van Maldeghem. 

— M. Ie vicomte Henri Delaborde, associe de la Classe 
et secretaire perpetuel de l'Aeademie des beaux-arts de 
Tlnstitut de France, adresse, a titre d'hommage, un exem- 
plaire de sa Notice sur la vie et les ouvrages de M. Leon 
Cogniet, de son vivant associe de l'Aeademie de Belgique.— 
Remerciments. 

— M. A.-J.-B.Massart adresse une nouvellelettre ausujet 
de la question des menestriers qui figure au programme 
de eoncours pour 1882; il est d'avis que la solution de 
celte question est irrealisable. — Sur la proposition de la 
section de musique, cette question figurera dans les tcrnies 
suivants au programme pour 1882. 



PROGRAMME DE CONCOURS POUR 1882. 



Premiere question. 
Quelle etait la composition instrumental des bandes e 
nusiciens employees par les magistrats des villes, par 
ouverains et par les corporations de metiers, principa e- 



( W ) 

ment dans les provinces beiges, depuis le XV" Steele jusqu'd 
la fin de la domination espagnole? Quel etait le genre de 
musique qu'executaient ces bandes? Quelles sont les causes 
de la disparilion presque Male des morceaux composes a 



Deuxieme question. 
Faire Vhisloire de la ceramique au point de vue de 
I'art, dans nos provinces, depuis Vepoque romaine jusquau 
XVIII- siecle. 

Troisieme question. 
Rechercher les origines du bas-relief et du haul-relief, et 
faire un examen critique des developpements et des modi- 
fications qua ce mode de svulptwe a subis aux differentes 
epoques de I'art et dans les divers styles. 

Quatrieme question. 

Determiner les caracteres de V architecture flamande du 
XVI* et du X VIP sikle. Indiquer les edifices des Pags-Bas 
dans lesqueh ces caracteres se rencontrent. Donner I'dna- 
lyse de ces edifices. 

La valeur des medailles dor, presentees comme prix 
Pour ehacune de ces questions, est de 1,000 francs pour 
la premiere, pour la troisieme et pour la quatrieme, et de 
800 francs pour la deuxieme. 

Les memoires envoyes en reponse a ees questions doi- 
v ent etre lisiblement ecrits et peuvent etre rediges en 
foncais, en flamand on en latin. lis devront etre adress^s, 
francs de port,avant le i« join 1882, a M. Liagre, secre- 
taire perpetuel de TAcademie (Palais des Academies). 



(418) 



Architecture. 



La Classe met au concours un projet d'entree monu- 
mental en tete d'un tunnel de chemin de fer, traversant 
les Alpes. 

Le tunnel aura une largeur de 12 metres. 

Les plans, coupe et elevation devront etre faits a Techelle 
dun centimetre par metre. 



La Classe met au concours la composition d'un trto 
pour piano, violon et violoncelle. 

Par mesure exceptionnelle, ce concours est limite exclu- 

Un prix de mille francs, attribue a chacun des sujets 
precites, sera decerne a l'auteur de l'oeuvre couronnee. 

Les plans, ainsi que les compositions musicales, devront 
etre remis au secretariat de l'Academie avant le 1" sep- 



PROGRAMME DE CONCOURS POUR 1883 



Premiere question. 
Faire I'histoire de V architecture qui florissail 
gique pendant le cours du IP siecle et 
du XVI', architecture qui a rf ( 



( 4*9 ) 
fices civils remarquables, tels que halles, hotels de ville, 
beffrois, sieges de corporations, de justices, etc. 

Decrire le caractere et I'origine de 1'architecture de 
cette periode. 

Deuxieme question. 
Faire une etude critique sur la vie et les ceuvres de 
Gretry, etude fondee autant que possible sur des documents 
oe premiere main-, donner V analyse musicale de ses 
outrages, tant publies que restes en manuscrit ; en fin, 
determiner le role qui revient a Gretry dans I'histoire de 
l 'art au XVIII' siecle. 



ftefmir le realisme et indiquer son influence sur la 
peinture contemporaine. 

QuATRlEME QUESTION. 

On demande la biographie de Theodore- Victor Van 
oerckel, graveur des monnaies beiges au siecle dernier, 
Wee la list 



La valeur des medailles d'or presentees comme prix 
Pour ces questions sera de mille francs pour la premiere, 
de huit cents francs pour la deuxieme et la troisieme, de 
*'* cents francs pour la quatrieme question. 

Les memoires envoyes en reponse a ces questions doi- 
vent etre lisiblement ecrits, et peuvent etre rediges en 
faneais, en flamand ou en latin. lis devront etre adresses 
francs de port, avant le i er juin 1883, a M. J. Liagre, 
secretaire perpeluel, au Palais des Academies. 



(420) 



/ 



On demande le carton d'une frise decorative qui seraii 
placee a 5 metres du sol dans un hopital militaire et 
represent ant les Seconrs en temps de guerre. Grandeur, 
2 metres minimum. ~> nntn-s maximum. 

Le carton doit avoir m ,7S de haul sur 2 m ,25 de develop- 
pement. 

Sculpture. 



pr£cit£s, sera decerne a Tauleur de V 

Les cartons ainsi que les statues devront etre remis au 
secretariat de l'Academie avant le l er septembre 1885. 

L'Academie n'aeceplera que des travaux CO] 
termines; les cartons et statues devront etre soigneuse- 
ment acheves. 

Les auteurs couronnes sont tenus de donncr i 



duction photographique de l'ceuvre pour 






Les auteurs ne metlront point leur nom a leur travail ; 
ilsn'y inscriront qu'une devise, qu'ils reproduiront dans 
un billet cachete renfermant leur nom et leur adresse. 
Faute, par eux, de satisfaire a cette formalite, le pn* n. e 
pourra leur etre accorde. 

Les travaux remis apres le terme present on eeux 
les auteurs se feront connaitre de quelque maniere q" e 
soit, seront exclus du ( 



( 421 ) 



Les auteurs ne mcttront point leur nom a leur ouvrage ; 
•Is n'y inscriront qu'une devise qu'ils reproduiront dans 
un billet cachete renfermant leur nom et leur adresse. 
Faute, par eux, de satisfaire a cette formalite, le prix ne 
pourra leur etre accorde. 

Les ouvrages remis apres le temps present, ou ceux 
dont les auteurs se feront connaitre, de quelque maniere 
que ce soit, seront exclus du concours. 

L'Academie demande la plus grande exactitude dans les 
citations : elle exige, a cet effet, que les concurrents indi- 
gent les editions et les pages des ouvrages qui seront 
nientionnes dans les travaux presenters a son jugement. 

Les planches manuscrites, seules, seront admises. 

L'Academie se reserve le droit de publier les travaux 
couronn^s. 

Elle croit devoir rappeler aux concurrents que les 
manuscrits des memoires soumis a son jugement restent 
deposes dans ses archives comme etant devenus sa pro- 
Pfiete. Toutefois, les auteurs peuvent en faire prendre 
c °pie a leurs frais, en s'adressant, a cet effet, au secre- 
taire perpetuel. 

La Classe s'est constitute en comite secret pour prendre 
eonnaissance de la liste des candidatures aux places 
v acantes, arretee par les sections. 



OUVRAGES PRfiSENTfiS. 



Laveleye (Em. de). — International bimetallism and the 
battle of the standard. Londres, 1881 ; vol. in-8». 

Neve (F.). — Le poete Sadi, moraliste oriental du XIII - 
siecle. Louvain, 1881; extr. in-8°. 

Michaels (Clement). — Meli-melo dramatique, 2* serie. 
Paris, Bruxelles, 1881 ; vol. in-18. 

Body (Isidore). — Wallonismes. Liege, 1880; vol in-8». 

Doss (A. de). — Les comtes de Moha, ballade de Dieudonne 
Hasselle, partition reduite: piano et chant. Liege, vol. pet. in4 # . 

Preudhomme de Borre (A.). — Materiauxpourlafauneento- 
mologique des Flandres, Coleopteres, 1" centurie. Bruxelles, 
1881; cxtrait in-8°. 

— Du pen de valeur du caractere sur lequel a (He etabli le 
genre ou sous-genre Rhombonyx. Bruxelles, 1881 ; extr. in-8V 

— Les sceaux, leur origine, leur usage, principalement dans 
le Hainaut. Mons, 1881; br. 8°. 

Varenbergh (Em.). — Le baron Kervyn de Volkaersbeke, 
notice biographique. Gand, 1881; extr. in-8°. 

Malherbe (B.). — Observations relatives a l'etude de M. de 
Macar sur les bassins houillers de Liege et de Herve. Liege> 
1881; extr. in-8°. 

— Rapport de la Commission chargee d'examiner la propo- 
sition relative a l'analyse des charbons. Liege, 1881 ; extr. in-8°- 

— Observations sur la communication de M. Bustin relative 
au bassin houiller de Beyne. Liege, 1881; extr. in-8°. 

— De la richesse et de la division du systeme houiller de 
la province de Liege. Liege, 1881; extr. in-8". 

Societe des sciences, des arts et des lettres du Hainaut. — 
Memoires, 4- serie, tome V. Mons, 1880 ; vol. in-8'. 



(423) 



ALLEMAGNE ET AoTRICHE-HoNGni 



i geodesique Internationale. — Comptes rendus 
des seances de la sixieme conference, reunic a Munich du 13 au 
16 septembre 1880. Berlin, 1881 ; vol.in-4 (2 exeraplaires). 

Becker (E.). — Bestimmung des Zeitunterschicdes zwischen 
dem Meridian von Berlin und den Meridianen von Greenwich 
und von Wien, im Anschluss an eine gleichzeitige Bestimmung 
des Zeitunterschiedes zwischen Wien und Greenwich, unter 
Leitung der professoren D'Th. von Oppolzer und D r W. Forster. 
Berlin, 1881 ; vol. in-4°. 

Unnersile de Strasbourg. — Dissertations inaugurales. 
Strasbourg, Geneve, etc. 1881 ; 55 br. in-8\ 

Universite de Fribourg enjB. — Dissertations inaugurales, 
Programmes, etc. 1880-81. Fribourg, Bade, etc.; 57 br. in-8" 
et in-4\ 

Oberhessische Gesellschaft fur JVatur- und Heilkunde. - 
20 - Bericht. Giessen, 1881; vol in-8*. 

Verein fiir Naturhunde zu Kassel. — 28. Bericht. Cassel, 
"81; vol. in-8. 

Handelsstalistisches Bureau. — Hamburg's Handel und 
SchiflFahrt, 1880. Hambourg, 1881; vol. in-4°. 

Awdemiedes sciences, Cracovie. — Acta historica resgestus 
PoI °niae illustrantia, tomus II, volumen V. — Rocznik zarzadu, 
188 0- - Rozprawy : a. histor.-philos. t. XIII; b. matem. 
1 VIII. _ Sprawozdania Komisyi... t. I, II, XV. Cracovie 
1880-81. 

Mttelrheinischer geologischer Verein. - Abhandlungen, 
830(1 I- 1 Lief. : Halitherium Schinzi, die fossile Sirene des 
Mainzer Beckens. Darmstadt, 1881 ; vol. in-4°. 

Mademie der Wissenschaften. — Abhandlungen, a. math.- 
hw ' k - Classe, XIV. Bd. 1. ; b. philos. Classe, XVI. Bd. 1.— 
Ge daehtnisrede auf Leonhard von Spengel ... am 28 Marz 



( m) 

1881, von W. von Christ. — Die Wittelsbacker in Schweden. 
Festrede. . . 28 Marz 1881, von K. Heigel. Munich; 4 br. in-4P. 
Akademie der \Vts.sens<-l><ifl(?n, Wien. — Sitzungsberichte 
philos.-histor. Classe, Jahrgang 1880. 97. Band, Heft 1-3; 
Jahrgang 1881, 98. Band. Heft 1, 2. Sitzungsberichte, raath.- 
naturw. I. Abthlg. 1880, 8-10; 1881, 1-4; II. Abthlg 1880, 
8-10; 1881, 1-4; III Abthlg. 1880,8-10; 1881, 1,2 — Denk- 
schriften, philos.-histor. Band. 31. — Almanach, 1881 . Vieone ; 
1 vol. in-4° et 18 cah. et vol. in-8°. 



Espagne. 

Sociedad geografica de Madrid. - Boletin, torn. VH-X; XI, 
n" 1-4. Madrid, 1879-81 ; 4 vol. et 4 cah. in-8°. 

Academia de ciencias morales y politicas. — Discursos 
Icidos. . . en la recepcion publica el dia 13 de noviembre de 
1881, (C. M. Perier), Madrid, 1881 ; br. in-8». 

— La instruccion del pueblo, memoria por Concepcion 
arenal. Madrid, 1881 ; vol in-8'. 



Derenbourg {H.). — Le livre de Sibawaihi, traite de gram- 
maire arabe par Sibouya, dit Sibawaihi, texte arabe pubw 
d'apres les raanuscrits du Caire, de l'Escurial, d'Oxford, de 
Paris, de Saint-Petersbourg et de Vienne, tome I. Paris, 1881; 
vol. in-8°. 

Van den Gheyn (/.). _ Les dialectes du Pamir d'apres le» 
plus recents travaux. Paris, 1881 ; br. in-8°. 

Guccia (J.). — Sur une classe de surfaces, representables, 
point par point, sur un plan. Paris, 1880 ; extr. in-8°. 



(4») 

Societe academique indo-chinoise de Pat 
la possibilite d'e'tablir des relat 
France et la Birmanie, par L. Vossion. Paris, 1879; br. in-8\ 

— Lcs monuments de I'anrien i'. liiibmluv. par de Croizier. 
Paris, 1878; br. in-52. 

- Actes, 1877-79. Paris, 1879; eah. in-8°. 

- Les explorateurs du Cambodge. Paris, d878; br. in-8°. 

— Memoires, tome II : L'ouverture du flcuve rouge au com- 
merce. Paris, 1879; vol. in-4°. 

Musee Guimet. — Annales, tomes II et III. Paris, 1881 ; 



tociete d emulation du Doubs. — Memoires, 1880. Paris, 
18 8l ; vol. i n -8». 

Ecole polytechnique. — Journal, 49' cahier, tome XXX. 
Paris, 1881; cab. in-4». 



Grande-Bretagne et Colonies Britanniques. 

#• Institute of britisch architects. — Transactions, 1880-81 . 
-ondrcs, 1881 ; vol. in-4°. 
Tlt t nautical almanac, for the year 1883. Londres, 1881 ; 

tinnean Society. — Journal, Botany, vol. XVIII, n os 108- 
13. Journal, Zoology, vol. XV, n" 84 and 85; Transactions, 
" «r. vol. II, part 2. Londres, 1880-81 ; 9 cah. in-8- et in-4". 

Observatory, Cape of Good Hope. — Catalogue of 12,441 
laT sfor the epoch 1880 (E.-J. Stone). Londres, 1881 ; vol. in-4°. 

Society of antiquaries of London. — Archaeologia : or, mis- 
rilar.eous tracts, vol. XLVI. Londres, 1881 ; vol. in-4". 

Society of Victoria. — Transactions and proceedings 



* - XV 



Melbourne, 1881 ; vol in-! 



Meteorological department of the Government of Im 



( 426 ) 

neteorological memoirs: vol. I, part 5. Calcutta, 1881 ; 



Italie. 

Bartoli {A.) e Paposogli (G.). — Sintesi di varii e nuovi 
composti organici per via ellettrica, seconda nota prelirainare. 
Pise, 1881 ; extr. in-8<\ 

— Sintesi di varii acidi organici per mezzo della elettrolisi 
dell* acqua e di varie soluzioni acide e alcaline con elettrodi 
dicarbone, nota preliminare. Pise, 1880; extr. in-8*. 

Gozzadini (G.). — II sepolcreto di Crespellano nel Bologncse. 
Bologne, 1881; br. in-8°. 

— Note archeologiche per una guida dell' Apennino bolo- 
gnese. Bologne, 1881; br. in-8°. 

— Nella solenne inaugurazione del museo civico di Bologna, 
discorso. Bologne, 1881; br. in-8°. 

Sacchi(A.). — Notizie priliminari intorno ai proietti vulca- 
nici del tufo di Nocera e di Sarno. Rome, 1881 ; extr. in-4". 

— Notizia dellc feuditure apertesi nella pianura di aversa 
nell' autunno del 1852. Naples, 1881 ; extr. in-4°. 

— Sul legno carbonizzato del tufo di Lanzara. Naples, 1881; 

Osservatorio di Brera in Milano. — Pubbl.icazioni, n. XIX: 
determinazione della latitudine dell' Osservatorio di Brera m 
Milano e dell' Osservatorio della R. Universita in Par" 13 
(M. Rajna). Milan, 1881; br. in-4°. 

Ateneo di Brescia. — Commentari 1881. Brescia, * 881 ' 
vol. in-8°. 

Beale Accademia dei Lincei. — Atti, serie seconda, vol. 
VII, 1875-76. - Memoriedelleclasse di scienze morali, storicbe 
e filologiche, vol. VI. Rome, 1881; 4 vol. in-4°. 



(427) 

hlituto veneto di scienze, lettere ed arti. — Atti, tomo VII, 
1-9. — Memorie, vol. XXI, parte 2. Venise, 1880-81; 9 cah. 
in-8" ct I cah. in4». 

Congres geologique international. — Resolutions votees par 
ie congres, 2 e session. Bologne, 1881 ; br. in-8°. 

Chelini. — Collectanea mathematica nunc primum, edita 
cura et studio L. Cremona e Beltrami. Milan, 1881: vol. in- 8'. 

Genocchi(A). — Intorno ad alcune cgualita duplicate della 
dottrinadei numeri Naples, 1881; ext. in-4°. 



Pavs-Bas. 

A T . Bibliotheek, 's Gravenhage. — Verslag van de aanwinsten, 
*867, 1808, 1880. La Haye; 3 br. in-8°. 

De Vries. — Woordenboek der Nederlandsche taal, tweede 
d eel, 1"« aflevering: Akant-Alleens. La Haye, 1881 ; cah.in-8°. 

Bonders en Engelmann. — Onderzoekingen gedaan in bet 
Pliysiologisch laboratorium der Ulrechtsche hoogescbool, 
5 de reeks, VI, aflever. 2. Utrecbt, 1881 ; cab. in-8°. 



Wartmann (A.-H.). — Recherches sur I*l_ 
nstologie et sa genese. Geneve, Bale, 1880 ; vol. pet. in-4 
Xaturforschende Gesellschaft in Bern. — Mittbeilun 



Societe del sciences naturelles. - Bulletin, t. XII, 2 e cal 
Achate], 1881; vol. in-8*. 

Sociele helvetique des sciences naturelles. — Xouvcaux 
moires, vol. XXVIII, 1" livr. Bale, etc., 1881; vol. in-4". 



Biker {J.). — Colleceao de tratados e concertos de pazes que 
o Estado da India fez com os Reis, etc., tomo I. Lisbonne 1881 ; 

Jornalde Sciencias mathematicas e astronomicas (Teixeira), 
vol. I, II, III, 4-5. Coimbre, 1878-81; 2 vol. et 5 can. in-8". 

Universite d'Upsal. — Dissertations inaugurates. Upsal, 
1881; 11 br. in-8° et in-i°. 

Institut meteorologique danois. — Annuaire, 1874-80. 
Copenhague, 1873-81; G vol. et 2 cah. in-4°. 

Universite de Kazan. — Bulletin et Memoires, t. XXVII, 
1880. Kazan; 5 cah. in-8°. 

Gesellschaft fur Lileratur und Kunst. — Sitzungs-Bericbte, 
1880. Mitau; vol. in-8°. 

Academie de St-Petersbourg. — Rapport sur les aetes et 
resultats de la 5« conference interna tionale tenue a St-Peters- 
bourg en 1881. St-Petersbourg; br. in-4°. 



BULLETIN 

L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES, 

LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 
1881. — No 12. 

CLASSE DES SCIENCES. 

Seance du samedi 3 decembre 1881. 

M. P.-J. Van Beneden, directeur, president de I'Aca- 
demie. 
*'• Liagre, secretaire perpetuel. 



Sont presents : MM.Montigny,vice-directeur; J.-S. Stas, 
Etlm. de Selys Longchamps, Melsens, F. Duprez, J.-C. 
Houzeau, H. Maus, E. Candeze, F. Donny, Steichen, 
firialmont, Ed. Dupont, Ed. Morren, Ed. Van Beneden, 
C - Malaise, F. Folie, Alph. Briart, Ed. Mailly, J. De Tilly, 
F --L. Cornet, Ch. Van Bambeke, Alf. Gilkinet, membres; 
Th - Schwann, E. Catalan, associes; G. Van der Mens- 
bru gghe, M. Mourlon et L. Fredericq, correspondants. 



(430) 
CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'lnterieur ecrit qu'un credit special, 
inscrit au budget de son Departement, est destine a cou- 
vrir les frais de la location d'une table d'etudes a la station 
zoologique de Naples, et a indemniser les savants admis 
a faire des etudes dans 1'institution du docteur Dohrn. 

Ce credit etant disponible, il prie la Classe des sciences 
de lui indiquer le savant auquel le benefice pourrait en 
etre attribue, et a lui soumettre le programme des recher- 
ches qu'il conviendrait de lui confier. 

M. le Ministre communique, en meme temps, le rap- 
port qui lui a ete adresse par M. Mac Leod, le savant que, 
d'accord avec son collegue de l'lnstruction publique, il 
avail designe pour visiter en dernier lieu 1'institution du 
docteur Dohrn. — Renvoi a MM. Ed. Van Beneden, 
Morren et Felix Plateau. 

— Le meme Ministre soumet a l'avis de la Classe une 
nouvelle requete de M. Waelput, constructeur de paraton- 
nerres a Gand, qui lui a ete comuniquee par son collegue 
du Departement de l'lnstruction publique. 

M. Waelput fait connaitre qu'il a obtenu pour son sys- 
teme la medaille de merite a 1'Exposition internationale 
d'electricite de Paris, et demandede nouveau a etre charge 
du placement des paratonnerres sur les ecoles normales de 
Gand et de Bruges, ou sur d'autres batiments de l'Eiat. — 
Renvoi a la commission des paratc 



(431) 
— M. F. Crepin soumet, comme r 
sion organisatrice, une liste de souse. r .„ 
clever, dans la ville de Dinant, le groupe sculptural d'An- 
toine Wiertz, representant le Triomphe de la i 



1 de la Carte geologique de la Belgique 
envoie le leve geologique (avec texte explicatif) de la plan- 
chette XXIX, feuille 8 (Renaix), et de la planchette XVI, 
feuilles 3, 4, 7 (Lille, Casterle, Hermthals) de la Carte 
topographique de la Belgique, par MM. van Ertborn et 
Cogels. 

L'Institut cartographique militaire envoie deux exem- 
Plaires de sa 20 e communication : Conference sur VAfrique 
centrate, par M. le capitaine Cambier. 

Des remerciments sont votes pour ces dons, ainsi que 
Pour Ies ouvrages suivants offerts par Ies auteurs : 

1° La vie future et la science moderne, lettre a 31. le 
Pasteur***, par G.-A. Hirn. Colmar, 1882; br. in-8°; 

2° Le canal naso-palalin chezl'homme, parH. Leboucq, 
et Ein Fall von *Situs inversus* beim Menschen, mitRiich- 
sicht aufdie Bronchialarchitektur. Deuxextr. in-8°; 

3° In memo '<A Collectanea mathe- 

niatica nunc primum edita cura et studio L. Cremona et 
E - Beltrami. Milan, 1881 ; vol. in-8°; 

*° Sur Ies series recurrentes, dans lews rapports avec 
les equations. — Critique de l'ouvrage: Le calcul des ope- 
r *tions chimiques, etc. (Brodie), par C.-A. Laisan. 2 extr. 
in-8° ; 

o' Les fondations deprix a VAcademie des sciences. Les 
threats del' Academic 1714-1880, parE. Maindron. Paris, 



(452) 

— Les travaux manuscrits suivants sont renvoyes a 
l'examen de commissaires : 

1° Exposition critique de la methode de Wronski pour 
la resolution des problemes de mecanique celeste, par 
C. Lagrange. — Commissaires : MM. Folie, Van der Mens- 
brugge et De Tilly; 

2° Sur t integration d'une classe d'equations aux deri- 
vees partielles du deuxieme ordre, par F. Gomes Teixeira, 
de l'Universite de Coimbre. — Commissaires : MM. Cata- 
lan, Folie et De Tilly; 

3° Nouveaux vers parasites de V Uromastix acanthinurus, 
par J. Fraipont. — Commissaires : MM. P.-J. Van Bene- 
denetCh. Van Bambeke; 

4° Sur Vappareil excreteur des Turbellaries rhabdocoeles 
et dendrocoeles, par Francotte.— Commissaires: MM.P.-J- 
Van Beneden et Ch Van Bambeke. 

M. A. Brachet, a Paris, communique une note Sur un 
obturateur solido-fluide dans la lumiere electrique engen- 
dree ou par incandescence ou par arc voltaique. 

II envoie, en meme temps, l'echantillon d' ecran fluores- 
cent, qui a fait l'objet de sa note presentee a la seance du 
5 novembre. — Commissaire : M. Montigny. 

— La Classe autorise M. Deruyts a retirer sa note Sur 
quelques surfaces algebriques a courbure moyenne nulls, 
sur laquelle il n'a pas encore ete fait rapport. 



MM. Gluge, Houzeau, Maus, Montigny et P.-J. Van 
Beneden, membres sortants dela commission des finances 
de la Classe, sont reelus pour l'annee 1882. 



(453) 



Sur les ethers composes de facide hyposulfureux; 
MM. Walthere Spring et Em. Legros. 



« Le but que les auteurs de ce travail se sont propose 
est de verifier, experimentalement, si tous les corps, dits 
radicaux earbones, quelle que soit leur nature, peuvent 
entrer dans la composition des hyposulfites et donner 
naissance a des composes semblables a I'ethylhyposulfite 
de sodium. Jusqu'ici les auteurs ne sont parvenus qu'a 
produire le methylhyposulfite sodique. D'apres la com- 
position et les propn'etes constatees, cet ether correspond 
Parfaitementa son homologue superieur. 

Nous avons l'honneur de proposer a la Classe d'ordon- 
°er l'impression de cette note dans le Bulletin de la 
seance et d'engager MM. Spring et Legros de continuer 
leurs recherches. » 

M- Melsens, second commissaire, adhere a ces conclu- 
sions qui sont ratiflees par la Classe. 



(434) 



De Faction du chlore sur les combinaisons sulfoniques et 
sur les oxysulfures organiques; par MM. Spring et 
E. Winssinger. 

« Apres avoir brievement expose les idees que se font 
certains chimistes de la constitution des combinaisons 
organiques, MM. Spring et Winssinger combattent la 
conception emise dans ces derniers temps par M. Kolbe, 
qui assimile ces composes a des organismes. 

L'Academie n'ayant pas a se prononcer sur des doc- 
r cet expose pour en arri- 



Les auteurs ont constate l'inaction absolue du chlore 
libre sur 1'acide ethylsulfonique et sur les ethylsulfo- 
nales. 

Les cinq atomes d'hydrogene contenus dans la molecule 
Ethylsulfonique, sont done soustraits a Taction du chlore, 
quoique ce corps libre puisse enlever successivement, par 
voie de substitution, tout l'hydrogene a l'hydrure d'ethyle. 
Ainsi que les auteurs le font remarquer, le remplacement 
d'un atome d'hydrogene par le groupe S0 3 H a change le 
caractere chimique de tous les autres atomes d'hydrogene. 

II existe neanmoins des derives chlores de 1'acide ethyl- 
sulfonique, mais ils se produisent par voie indirecte. 
MM. Spring et Winssinger ont voulu s'assurer si un chlo- 
rurant plus energique que le chlore libre ne realiserait 
pas le remplacement partiel ou integral de l'hydrogene de 
1'acide ethylsulfonique par du chlore. A cet effet ils ont 
fait reagir le trichlorure d'iode sur 1'acide ethylsulfo- 



(40) 

nique. L'experience Ieur a demontre qu'en employant unc 
quantite de ehlorurant suffisanle pour remplacer (out 
Thydrogene de Telhyle, la molecule ethylsulfonique est 
detruite avec formation d'hexa-chlorure de carbone et 
d'acide sulfurique. En se servant, au conlraire, de la quan- 
tite de trichlorure d'iocle necessaire pour remplacer deux 
atonies seulement d'hydrogene, il se produit un compose 
chlore qui, sous rinfluence de 1'ammoniaque dissoute, 
donne naissance k un corps solide, cristallisable, presen- 
tant la composition et les proprieles d'une taurine chloree. 
MM. Spring et Winssinger ont etendu leurs investiga- 
tions au diethylsulfone. lis ont constate l'inaction absolue 
du chlore libre sur les dix atomes de Thydrogene conte- 
nus dans le diethylsulfone, la destruction complete de la 
molecule sulfonique lorsqu'on la traite par le trichlorure 
d'iode en quantite suffisante pour remplacer tout Thydro- 
gene, et enfin le remplacement, par le chlore, d'une partie 
de Thydrogene en employant une quantite insuffisante de 



Enfin, les auteurs du travail que j'analyse ont etudie 
•'action du chlore sur Toxysulfure d'ethyle. lis ont reconnu 
qu'en presence de Teau, le chlore amene une partie de cet 
°xysulfure a Tetat de diethylsulfone, transforme une autre 
partie en chlorure d'ethyle, et en chlorure de Tacide ethyl- 
sulfonique, ce dernier resistant indefiniment a Taction du 
chlore. L'oxysulfure d'ethyle sec absorbe abondamment 
te chlore en produisant un compose complexe dont les 
auteurs ne sont pas parvenus jusqu'ici a determiner la 
composition et la nature. 

Le travail soumis au jugement de la Classe a ete d'une 
execution longue, penible et fort delicate ; il a fallu une 
habilete et une sagacite fort grandes pour Tamener a Tetat 



( 436) 
meme tres incomplet ou il se presente. Tout en admettant 
que, completement acheve, il ne pourra pas donner la 
solution du probleme pose par les auteurs, je suis d'avis 
qu'en fait il realise un progress et que, sous ce rapport, il 
merite toute l'approbation de TAcademie. J 1 ai en conse- 
quence Thonneur de proposer a la Classe d'ordonner l'im- 
pression du travail dans le Bulletin de la seance, d'adres- 

poursuivre Ieurs recherches. » 

Ces conclusions, appuyees par M. Melsens, second com- 
missaire, sont mises aux voix et adoptees. 



ion du chlore sur Vakool butylique tertiaire; note 
par M. le baron d'Otreppe de Bouvette. 



« Le travail soumis au jugement de la Classe contiew 
une elude preliminaire de Faction exercee par le chlore 
sur I'alcool butylique dit tertiaire. En se placant dans des 
conditions convenables, l'auteur a constate que sous l in- 
fluence du chlore cet alcool fournit des derives chlores du 
butane. L'auteur explique avec raison la formation de ces 
corps en rappelant que Talcool butylique dit tertiaire, 
fournit aisement du chlorure de butyle sous I'influence de 
Pacide chlorhydrique. Ce chlorure dc butyle produit a son 
tour par Taction du chlore des derives chlores. Ams>» 
d'apres M. d'Otreppe de Bouvette, il ne se forme pas des 
derives chlores directs de Talcool butylique tertiaire par 
Taction du chlore. Le fait sijmale par Tauteur est d'accord 



(437) 

avec les analogies connus et il n'y a aucun motif pour le 
revoquer en doute. 

J'ai l'honneur de proposer a la Classe d'inserer le tra- 
vail du jeune chimiste dans le Bulletin de la seance et de 
l'engager a continuer ses recherches. » 



M. Spring, second commissaire, se rallie a ces conclu- 
sions qui sont adoptees par la Classe. 



Sur la delimitation et la constitution de Vfitage houiller 
inferieur de la Belgique; par M. Purves. 



« Bien que d'une puissance relativement considerable 
(puisque, d'apres certaines coupes publiees par divers 
mgenieurs des mines, on peut 1'estimer a 2,500 metres), la 
sene entiere de notre terrain houiller n'avait fait l'objet 
quede tentatives de subdivisions assez restreintes. L'illustre 
auteur de la Carte geologique de la Belgique y avail etabli 
de ux systemes, le systeme houiller sans houille et le systeme 
houiller avec houille. Le premier ne comprenait que les 
assises relativement faibles des phtanites etdes ampelites ; 
le second, incomparablement plus puissant, renfermait tout 
te reste de la formation. Cette subdivision avait ete admise 
Par les geologues qui, apres lui, s'etaient occupes de la 
geologie de notre pays, et ils etaient generalement daccord 
P°ur rapporter le systeme houiller sans houille de Dumont 
a " Millstone grit des Anglais. 

Dans ces dernieres annees, des assises greseuses et pou- 
d[ ngiformes, d'une nature loute particuliere, ayant ete 
s 'gnales dans la province de Liege, nous fumes amenes a 



(-138) 

lui rapporter des assises d'aspect petrographique entiere- 
ment semblable, que nous connaissions depuis longtemps 
en divers points de la province de Hainaut et occupant la 
meme position stratigraphique. Ces couches avaient done 
un caractere de continuite reellement remarquable et, se 
retrouvant dans le Hainaut aussi bien que dans la province 
de Liege sur les deux versants du bassin, elles constituaient 
un horizon geologique d'une importance incontestable. De 
plus, la ressemblance de ces roches avec le MHUtoM &% 
des Anglais nous avait fait proposer de relever jusqu'a 
elles la limite du systeme inferieur de Dumont, mais en 
abandonnant cependant la qualification de houiller tiM 
houille de Pillustre geologue, puisqu'il existe, en eflet, des 
couches de houille dans la serie inferieure ainsi limitee. 
Des recherches ulterieures sont venues confirmer ces pre- 
visions (1). 

Le memoire soumis a la Classe a pour objet l'etude de 
la partie inferieure de notre terrain houiller. L'auteur fait, 
dans une courte introduction, l'historique de la question, 
en rappelant succinctement les travaux de Dumont, de 
d'Omalius d'Halloy et de Murchison qui s'en sont occupes 
les premiers, et de MM. Gosselet, Dewalque, Briart et 
Cornet, Joly, Hock, Firket et Mourlon, dont les recherches 
tendaient a combler successivement les lacunes existant 
encore dans cet horizon. Son but a ete, dit-il, de s'assurer 



la partie centrale de la proi 
nationale de 1880, nous avoi 
deuxaages, d 



(439) 

si la disposition stratigraphique r 
certain nombre de localites se realisait egalement dans toute 
I'etendae du bassin principal et, le cas echeant, dans lespetits 
bassins secondaires laleraux. 

L'auteur divise son travail en cinq chapitres. Dans le 
premier, il s'attache a demonlrer la continuite des gres 
poudingiformes auxquels il propose de donner le nom de 
gresd'Andenne, et il les suit tant sur la lisiere sud que sur 
la lisiere nord du bassin houiller. Cette partie du travail 
denote de nombreuses et actives recherches et des obser- 
vations judicieuses. 

Nous signalerons cependant a l'auteur une lacune 
regrettable. Quand on etudie le terrain houiller, il est utile 
e * meme necessaire de s'aider d'autres indices que des 
affleurements. II y a des travaux miniers qui peuvent par- 
iois etre d'un tres-grand secours, et qui, dans le Hainaut 
su rtout, auraient pu Iui permettre de suivre cette assise 
•"emarquable j usque dans le Couchant de Mons, bien plus 
a 1'Ouest, par consequent, que les affleurements les plus 
oc cidentaux qu'il signale. Nous citerons, entre autres, le 
Puits actuellement abandonne du charbonnage d'Epinois, 
ce lui du charbonnage du Levant de Mons a Harmignies, et 
un des puits du charbonnage de Ciply, ou l'assise a ete 
Parfaitement reconnue (1). 

D{ *ns le chapitre II, l'auteur examine quelle est la suc- 
tion des couches comprises entre l'assise du gres grossier 



"wi a etre question. Nous e 

^klafennedfiTont-y-fcut 
^yeedepuispeu.etun autre 



(440) 

et le calcaire carbonifere. II analyse longuement et minu- 
tieuseraent Ies caracteres lithologiques de ces couches. II 
deerit de nombreuses coupes dont il donne les dessins et qui 
nous ont paru relevees avec soin et exactitude, et il en deduit 
l'echelle stratigraphique. Deux divisions principals res- 
sorlent, d'apres lui, de l'etude de ces coupes. L'inferieure 
a laquelle il donne le nom de schistes a posidonomyes et a 
goniatites, et la superieure a laquelle il donne le nom de 
schistes el psammites avec houille maigre. A cette demiere 
seulement il fait subir quelques subdivisions secondares 
qui n'ont peut-etre pas toute la Constance de caracteres que 
Ton pourrait desirer. 

L'etude des caracteres paleontologiques fait 1'objet du 
chapitre III. Ce chapitre est assez peu important, mais 
l'auteur annonce l'intention de reprendre la question qui 
fera, plus tard, 1'objet d'un travail special. Pour ce motif, 
il serait peut-etre preferable de le supprimer, d'autant 
plus qu'il ne nous apprend rien de nouveau, et meme 
que certains faits, anterieurement connus, sont passes sous 
silence. Tout ce qu'il dit pourrait elre avantageusement 
repandu dans les chapitres precedents. 

Jeferai les memes reserves quant au chapitre IV q" 1 
traite des conditions du depot des couches de I'etage houiUer 
inferieur. II n'apprend rien de bien neuf, et les theories 
que l'auteur rapporte sur la formation houillere auraient 
besoin d'etre longuement discutees. C'est ainsi qu'admet- 
tant la formation de la houille sur place, par voie mareca- 
geuse, depuis longtemps exposee et admise generalement, 
il ne dit rien de la theorie opposee, par voie de transport, 
qui a ete reprise il y a peu d'annee par un homme du plus 
grand merite et dont le nom a acquis tout a coup "° e 



(Ml ) 

notoriete en quelque sorte preponderante. Je veux parler 
de M. Grand'Eury. 

Le chapitre V recherche les equivalents a I'etranger de 
notre etage houiller inferieur. L'auteur s'oecupe seulement 
du rapprochement des couches des bassins houillers beiges 
et anglais. Ainsi restreinte, il traite la question en se basant 
sur les donnees fournies par la paleonlologie et la strati- 
graphie. Les comparisons qu'il etablit entre les assises 
inferieures du terrain houiller des deux pays sont fort 
interessantes, et, frappe des ressemblances petrologiques 
et paleontologiques qu'il y constate, il conclut au syn- 
chronisme des deux assises qu'il signale dans notre bassin 
houiller inferieur avec les Goredale beds et le Millstone grit 
1'Anglelerre, confirmant ainsi les previsions de ses 



Tel est le resume du travail soumis a la Classe. Comme 
°n le voit, l'auteur rappelle tout ce qui etait connu ou 
nieme entrevu avant lui, il y ajoute ses propres observa- 
l, ons et en forme un faisceau assez respectable de preuves 
e n faveur des conclusions qu'il preconise. II promet d'y 
revenir par la suite, et de continuer au moyen des nom- 
hreux documents qu'il possede deja, mais qu'il est neces- 
s aire de completer, la monographic qu'il a entreprise de la 
ba se de notre terrain houiller. 

Ce travail denote de nombreuses recherches faites avec 
D eaucoup de soins et de conscience, et au point de vue 
s cientifique, il a une serieuse valeur. Tout ce qui se rat- 
lac he a 1'etude de tout ou partie de nos bassins houillers 
eomporte, outre un interet scientifique, un interet indus- 
,r Jel incontestable. Les parties superieures ou centrales 
s °nt suffisamment connues et activement exploitees. C'est 
en partie a ces exploitations que la Belgique doit sa grande 



(442) 
prosperite. Mais il exisle, aux limites nord et sud de nos 
bassins, eertaines parties peu ou point explorees, dont 
1'industrie s'est depuis longtemps preoccupee. Des travaux 
de recherches y ont parfois ete entrepris; quelques-uns 
ont donne des resultats satisfaisants, tandis que d'autres 
n'ont donne que des resultats negatifs, probablement parce 
qu'ils ont ete abandonnes trop tot. La plupart de ces 
recherches s'etant faites, ou devant se continuer dans les 
assises inferieures, on concoit 1'importance qu'il y a a ce 
que ces assises soient bien connues. Aussi je n'hesite pas 
a proposer a l'Academie 1'impression dans ses Bulletins du 
travail qui nous est soumis et de la planche qui en est le 
complement indispensable. » 



« L'analyse du memoire de M. Purves faite par M. Briart, 
suffit pour donner a la Classe une idee complete de 1'im- 
portance de ce travail. Aussi, je declare me ralliercomple- 
tement aux conclusions du premier rapporteur. Cependant 
j'ajouterai qu'il est regrettable que M. Purves n'ait pas 
etudie tous les affleurements de la lisiere septentrionale 
du bassin houiller aux environs de Mons, prii 
ceux de St-Denis, du Bois d'Hasnon, dErbisoeul, de Vil- 
lerot, d'Hautrages et de Sirault. II aurait pu y constater 
des fails d'une certaine importance au point de vue de 
Tetude de la partie inferieure de notre terrain houiller. » 

M. Dupont, s'etant rallie aux conclusions des rapport 
precites, la Classe les a adoptees. 



(443) 



Sur la structure des Pedicellari,e globifer*: de Sph^re- 
chinus granularis A. Ag., par M. Alex. Foettinger. 



« Des glandes speciales renfermees dans les Pedicellarice 
globiferce de Spcerechinus granularis, A. Ag., ont ete signa- 
ges pour la premiere fois par P. Sladen. M. Alex. Foettinger, 
travaillantau laboratoire de M. le prof. H. Ludwig, a entre- 
pris des recherches sur le meme sujet. Ces recherches l'ont 
conduit a des resultats qui different, sous plusieurs rapports, 
de ceux donnes par son predecesseur. 

M. Foettinger decrit d'abord les caracteres visibles a 
''ceil nu des curieux organes dont il s'occupe; il donne 
ensuite les renseignements histologiques fournis par la 
dissociation. Mais, eomme il en fait la remarque, cette 
derniere ne suffit pas, et on est oblige, pour se faire une 
•dee exacte de la composition des organes, d'avoir recours 
a «x coupes longitudinales et transversales. 

Ici se presentait, an point de vue de la technique, une 
difliculte assez grande provenant de ce que les sacs glan- 
dulaires renfermentordinairement, mais pas toujours, une 
substance muqueuse qui se gonfle fortement au contact 
de l'eau et de beaueoup de solutions aqueuses. M. Fcet- 
,in §er a fait choix d'une methode differente de celle pre- 
c °nisee par Sladen, et donnant de meilleurs resultats. 
c ette methode lui permet de classer les Pedicellaires en 
deux categories : dans la premiere sont ceux dont le con- 
te «u des glandes de la tige se gonfle par l'eau, et dans la 
seconde ceux dont ce contenu ne subit pas de modification 
a Pparente au contact de ce liquide. Or, cette distinction est 



d'une grande importance, car chez Ies premiers !e contenu 
est a peu pres forme uniquement par de la substance 
muqueuse, tandis que chez les seconds il se montre con- 
stitue, pour la plus grande partie, par des cellules intactes 
ou en voie de transformation speciale plus ou moins 



Sur une coupe transversale du Pedicellaire faite au 
niveau de la dilatation, c'est-a-dire au niveau de la couche 
glandulaire, on distingue en allant de l'exterieur vers 
I'interieur : 1° une membrane epitheliale enveloppante, 
2° une couche de tissu conjonctif. Ces deux couches sont 
communes aux trois sacs glandulaires et enveloppent ces 
derniers ; elles se continuent avec les memes tissus de la 
tige en dehors des glandes. A I'interieur de la couche con- 
jonctive, et reunies par cette derniere, se trouvent les 
coupes des trois sacs glandulaires constitues en dehors 
par une couche de fibres musculaires, et en dedans par un 
contenu excessivement variable d'aspect selon les Pedicel- 
laires observes. 

Apres avoir examine les caracteres propres a chacunde 
ces tissus, M. Foettinger etudie avec soin Ie contenu glan- 
dulaire renferme a I'interieur de la paroi musculaire. Ce 
contenu non-seulement varie d'un Pedicellaire a l'autre, 
mais encore n'est pas identique chez les trois sacs d un 
meme Pedicellaire. 

L'auteur decrit les differenls aspects principaux q« e le 
contenu des sacs glandulaires peut presenter, depuis celui 
ou la transformation de ce contenu en mucus semble avoir 
ete poussee a ses extremes limites, jusqu'a celui ou le 
contenu glandulaire est pour ainsi dire uniquement forme 
par des cellules; le mucus est dans ce cas en petite quan- 



(M) 

tile. Ces derniers Pedicellaires sc reconnaissent generale- 
mcnt, ;i l'oeil nu ou a la loupe, par les faibles dimensions 
de la dilatation de leurs tiges ; parfois cette dilatation est 
si peu prononcee quelle peut facilement ecbapper aux 
yeux d'un observateur peu attentif. Toutefois, M. Foettinger 
n'a jamais rencontre de Pedicellarias globiferes depourvus 
de dilatation et de glandes, comme Sladen dit en avoir vus. 
Apres avoir donne la description des coupes longitudi- 
nals, l'auteur cherche a interpreter les fails observes par 
J ui. II s'agirail d'une transformation muqueusedes cellules 
Polyedriques constituant d'abord le contenu des glandes, 
et cette transformation partirait de rorifice du sac glandu- 
laire pour gagner peu a peu les parois et le fond de la 
glande. 

M. Fu-itinger cite un certain nombre d'autres Echinides 
1«i possedent egalement des Pedicellaires globiferes, munis 
c «acun d'une dilatation a l'interieur de Jaquclle existent 
•rois sncs glandulaires. Chez toutes ccs cspe:-cs, pour autapt 
1 Uc M. Foettinger a pu s'en convainere, ces glandes ont la 
Meme composition gencrale of les memes rapports. 

Mais ce ne sont pas seulemcnt les glandes de la lige des 
Pedicellaires globiferes de Sph. granulans qui sont char- 
ges d'une fonction secretaire ; cette function apparlient 
aus si aux trois valves qui constituent la telede ces memes 
Pedicellaires. Ces valves presentent une structure analogue 
1 telle des glandes de la lige, e'est-a-dire que cbacune 
r enferm e un sac glandulaire destine a secreter une sub- 
stance partieuliere. 

hauteur deerit la disposition et la structure de ces 
Pities. II constate que le contenu glandulaire est forme 
P^ un ti« su analogue a celui que 1'on trouve a l'interieur 
des sacs de la lige. 

M. Fosiiinger signale ensuite certaines particulariles 



(446) 

propres aux Pedkellarice globiferce de plu 
d'Echinides. 

Enfin il fait connaitre la forme et la structu 
de Pedicellaires particuliers trouves par lui chez deux 
especes de Diadema, D. selosum, Gray et D. mexicanum, 
A. Ag. II croil devoir rattacher ces Pedicellaires, non encore 
mentionnes jusqu'a present, aux Pedkellarice globiferce. 

I/auteur regrette vivement de s'eire trouve dans Hm- 
possibiliie de faire des recherehes sur les fonctions accom- 
plies par les Ped. globiferce, n'ayant pas opere sur des 
animaux vivants. 11 se voit done oblige d'adopler, au 
moins en partie et pour le moment, les vue de P. Sladen 
relativement a cette partie du sujet. 

Comme on a pu le voir par cette rapide et incomplete 
analyse, le travail de M. Foettinger contient un grand 
nombre de faits nouveaux et tres-interessants relalifsa une 
question de morphologie toute neuve pour ainsi dire et 
dont, excepte Sladen, personne ne s'etait occupe jusqua 
present. Les recherehes de 1'auteur ont porte sur un 
nombre deja assez respectable de formes ; toutefois, comme 
lui-meme en fait la remarque, il faudrait pouvoir examiner 
ees Pedicellaires dans toute la serie des Echinides, tant 
reguliers qu'irreguliers. 

Nous emettons le voeu de voir M. Fosttingcr combler 
un jour ce desideratum, et nous esperons aussi qu'il < roU ' 
vera bientot l'occasion d etudier, sur des animaux vivants, 
les fonctions accomplies par les Pedicellaires globiferes. 

Nous proposons a la Classe : 1° de voter des remerei- 



i 



nger pour son inleressante commu 



a inserer sa notice dans le Bulletin de la seance. » 
Ces conclusions, auxquelles souscrit M. Ed. Van Bene- 
^n , sont raises aux voix et adoptees. 



Reckerches sur V organisation et le developpement des 
Orlhonectides, par M. Charles Julin. 



« Ces recherches ont ete faites pendant Ies mois d'aout, 
septembre et octobre derniers, au laboratoire zoologique 
de Wimereux. 

L'auteur a etudie le developpement des Rhopalura 
Ciardii, Metschnikoff, male et femelle, d'abord considerees 
par Giard comme formes distinctes, et designees par lui 
sous les noms de Rhopalura Ophiocomce et de Intoshia 
Gi 9as. Contrairement a ce qu'avaient avance Giard et 
Metschnikoff, M. Julin, qui a eu a sa disposition un maie- 
r iel considerable, n'a jamais rencontre les deux formes 
susdites dans la meme Ophiure. 

11 decrit d'abord le developpement de Rhopalura Giardii, 
m a'e, dont il a pu examiner les oeufs a tous les stades de 
'evolution. II trouve, des la premiere segmentation, Tun 
des globes bcaueoup plus considerable que l'autre, et 
se comportant un peu differemment vis-a-vis de I'acide 
°smique. U designe le plus petit globe sous le nom de 
9lobe ectodermique, et le plus grand sous le nom de globe 
wdodermique. II suit et decrit avec soin les modifications 
ulterieures de ces deux globes primordiaux : Tun, l'ecto- 
dermiqucse divise d'abord et recouvre par epibolie le globe 
endodermique; des deux pdles de ce dernier se detachent 
b 'ent6t deux petites cellules ; celles-ci se divisent a leur 
tou r,donnent naissancea des elements fusiformes, allonges, 
Probablement de nature musculaire, qui finissent par en- 
l °urer la masse endodermique centrale. 



(448) 

Cette masse aussi se segmente, et les nombreuses petites 
cellules issues de cette division donnent origine aux sper- 
matozoides. Une vraie membrane cellulaire entoure la 
cellule endodermique primitive, apres que celle-ci a pro- 
duit les cellules musculaires primordiales, et persiste pen- 
dant toute la duree de la vie de Tanimal. 

Tandis que les formes males, adultesouembryonnaires, 
nagent toujours librement dans un liquide hyalin, au con- 
traire, toutes les formes femelles sont reunies entre elles 
par une masse granuleuse, constituent les amas souvent 
irreguliers auxquels Giard a donne le nom de Sporocystes 
et que Metschnikoff appelle tubes a Orthonectides. On con- 
coit que, dans ces conditions, les tous premiers stades 
aient pu echapper a Fobservation de M. Julin. 

Chez la femelle, comme chez le male, l'ectoderme 
recouvre la cellule endodermique par epibolie; mais, chez 
la femelle, la division de cette derniere est plus precoce; 
de meme que chez le male, ses cellules externes vont 
former une couche fibrillaire, probablemcnt une coucbe 
musculaire, tandis que ses cellules polyedriques centrales 
donnent origine a des ovules. 

M. Julin decrit ensuite le mode d'expulsion des prodm'ts 
genitaux. Nous devons nous borner ici a indiquer raj**" 
ment les principates phases de cet interessant processus 
Ainsi, chez le male, pression exercee par les spcrma 
zoidcs sur la paroi de la poche qui les enferme, ecartetnfn 1 
des fibres musculaires, atropine de la couche ectodermiq ue 
dont les cellules se decollent et finissent par livrer passage 



Chez la femelle la 
speciale, par la rupture d'u 
cilie situe en arriere de la tete de 1 



(449) 



alors les ovules peuvent facilement s'echapper. 

En accord avec Topinion de Metschnikoff, M. Julin 
considere cette forme femelle comme adulte. Mais a cdte 
de cette forme qui est cylindrique, il y a une forme femelle 
aplatie et ciliee sur toute son etendue. L'auteur croit pou- 
voir conclure de ses recherches que cette forme aplatie 
peut se fragmenter en deux ou plusieurs morceaux. II a 
irouve chez la forme femelle aplatie un element ceilulaire, 
qui correspond a l'amas pluricellulaire que Metschnikoff a 
decrit sous le nom de Polarenzellen. 

En se basant sur ses propres observations, M. Julin 
expose ensuite la maniere dont il comprend le cycle de 
developpement des Orthonectides. Ici encore, nous devons 
nous borner a donner quelques breves indications. 

Les deux formes femelles peuvent sortir du corps de 
leur hole et nager librement dans l'eau jusqu a ce qu'elles 
rencontrent un nouvel bote, dans lequel elles puissent 
pt-'netrer. La femelle cylindrique donnerait origine exelu- 
sivement a des males; la femelle aplatie s'introduit proba- 
blement dans une Ophiure, et la se fragmente en un nom- 
Dr e plus ou moins considerable de morceaux subissant des 
modifications speciales et renfermant des ovules qui conti- 
tinuent a se developper. 

On explique, de cette faeon, comment il se fait qu'il 
existe deux formes femelles, et de plus que M. Julin n'a 
jamais rencontre chez la meme Ophiure que tous males ou 
l °utes femelles. Comme le remarque l'auteur, on com- 
Prend aisement qu'il puisse arriver que la meme Ophiure 
renferme a la fois des males et des femelles, car il est pos- 
sible que les deux formes femelles s'introduisent dans le 
ra eme hote. 



(4S0) 

M. Julin se demande ensuite oil se fait la fecondation. 
II est probable que, pour ce qui concerne la forme cylin- 
drique, elle a lieu dans le corps de TOphiure, lors de la 
rupture de Tanneau ectoderm ique, les spermatozoides 
pouvant etre amenes par leau. Mais y a-t-il fecondation 
dans la forme aplatie et comment se fait-elle ? Ce sont la des 
questions que, jusqu a present, I'auteur ne peut resoudre. 

Enfin, quant a la place que Ton doit attribuer aux 
Orthonectides dans la classification, M. Julin croit pouvoir 
affirmer que c'est surtout avec les Dicyemides que les 
Orthonectides ont le plus d'affinites. 

Les observations de M. Julin sont bien faites, et le 
resultat en est clairement expose dans la communication 
qu'il presente a I'Academie. Elles constituent une page 
imporiante de I'histoire des Orthonectides et seront favo- 
rablement accueillies par le monde savant. 

Nous vous proposons : 1° de voter des remerciments a 
Tauteur; 2° d'inserer son travail dans le Bulletin de la 
seance. » 

Ces conclusions, auxquelles s'est rallie M. Ed. Van 
Beneden, ont ete adoptees par la Classe. 



Verzeichniss der von Prof. Dr. Ed. van Beneden an 
Kusle von Brasilien gesammelten Echinodermen; 
prof. Dr. Hubert Ludwig, in Giessen. 



« Le travail de M. le professeur Ludwig de Giessen 
renferme les resultats de ses observations sur les Echino- 
dermes recueillis au Bresil, par notre savant confrere 
M. Ed. Van Beneden. 



(m ) 

Ces resultats sont fort interessants; en effet, sur les 
trente-deux formes que comprend la collection soumise a 
son examen, M. Ludwig en indique neuf qui n'avaient pas 
ete signalees, jusqu'a present, le long de la cote bresi- 
Henne ; ce qui eleve a soixante et onze le nombre des types 
connus de cette region. 

L'auteur decrit, en outre, un genre entierement nou- 
veau, le genre Ophiothrichoides, voisin de lancien genre 
Ophiothrix, et indique quatre especes nouvelles: unOphio- 
Arix et un Ophiothrichoides dont il donne les descriptions 
detaillees, puis deux Holothurides dont il a publie succes- 
sivement les diagnoses dans le tome II des Archives de 
biologie. 

II est a peine besoin d'ajouter que le Memoire de 
M. Ludwig dont la competence en fait d'Echinodermes est 
bien connue, est accompagne de notes synonymiques et 
bibliographiques tres-completes et qu'il est, en tons points, 
d'gne de figurer dans les publications de TAeadeinie. 

J'ai l'honneur d'en proposer rimpression dans le recueil 
d es Memoires in-4°. • 

Ces conclusions, auxquelles M. Ed. Van Beneden a 
adhere, ont ete adoptees par la Classe. 



( 482 ) 
JUGEMENT DU CONCOURS ANNUEL. 



La Classe emend la lecture : 

1° Des rapports de MM. Folie, Catalan et De Tilly, sur 
Ie memoire porlant la devise : Les theories de I'Hexagram- 
mum myslkum donnent line expression rjeomelriqut' ymr- 
ticuliere, etc., envoye en reponse a la premiere question 
des sciences mathematiques et physiques du programme 
de 1881 : 

« E tend re, autant que possible, les theories des points et 
des droites de Steiner, Kirkman, Cayley, Salmon, Hesse, 
Bauer, aux proprieles qui son!, pour les courbes planes 
superieures, pour les surfaces, et pour les courbes 
gauches, les analogues des theoremcs de Pascal et de 
Brianchon. » 

(Voir, pources derniers, les travaux de MM. Cremona, 
P. Serretet Folie); 

2° Des rapports de MM. Morren, Fredericq et Gilkinet, 
sur le memoire portant la divise : Non excogitandtim sea 
inveniendum (Bacon), envoye en reponse a la premiere 
question des sciences naturelles du meme programme: 

• On demandedenouvellesrecherches sur la germination 
des graines, specialement sur Tassimilation des depots 
nutritifs par l'embryon. » 

La Classe se prononcera dans sa seance du 15 decembre 
sur les conclusions de ces rapports, lesquels seront impn- 
mes dans le compte rendu de ladite seance. 



( 453 ) 
COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Sur la cause probable des variations de latitude et t 
me terrestre, par M. F. Folie, membre de 1'Ac 



5 propose, d'examiner quel doil etre 
e de la terre, sous la double influence 



g que le soteil el la lune exercent sur elle, 
dans 1'hypothese suivante, admise par beaucoup de geolo- 
gnes : 

Que la terre se compose d'une croute solide et d'une 
masse plusou moins fluide renfermee sous cetteenveloppe. 

Hopkins a deja caleule ce que deviendrail la precession 
et la nutation dans 1'hypothese dun noyau fluide, meme 
"eterogene (1). 

Mais il est arrive a cette conclusion que la nutation 
lunaire n'est pas alteree dans cette hypothese, et que la 
nutation solaire reste sensiblement la meme que si la terre 
eiait homo^ene (2). 



(') Phil. Trans. 1839, p. 581, et 1840, p. 193. 

< 2 ) « II. The lunar nutation will be the same as for the homogeceous 
spheroid to such a degree of approximation that the difference is inap- 

•H- The solar nutation will be sensibly the same as for the homo- 
geneous spherui id t lhe she11 be yer - v Deai,y of 



(HI) 

Ces resultats nous ont surpris, et nous ont engage a 
reprendre la theorie de la rotation de la terre, dans l'hypo- 
these de 1'existence dun noyau fluide. 

Or, il est elair que, le noyau fluide participant des l'ori- 
gine au mouvement de rotation de la terre, on peut 
admettre, sans erreur sensible, qu'il forme, avec l'ecorce, 
une masse unique, quant a ce mouvement de rotation. 

II n'en est pas de meme, evidemment, quant au mou- 
vement de nutation de l'axe du monde. 

Afin d'analyser plus simplement le phenomene, admet- 
tons provisoirement que ce noyau fluide soit spherique, 
on, si Ton veut, que sa portion ellipsoidale fasse corps 
avec Tenveloppe solide. 

Les actions du soleil et de la lune sur le noyau fluide, 
suppose spherique, seront nulles. 

Imaginons maintenant un sphero'ide creux tournant 
antour de son petit axe, et supposons que ce sphero'ide soit 
d'abord rempli d'un liquide, puis d'un solide de meme 
densite que celui-ci. 

Personne ne doutera un instant qu'il ne soit beaucoup 
plus aise de renverser l'axe de rotation dans le premier cas 
que dans le second. 

Car il suffira, dans celui-la, en premier lieu, de deplacer 
la masse du spheroide creux, non celle du liquide, qu» 
continuera,envertu de l'inertie, a tourner autour de l'axe 
primitif de rotation, en frottant contre son enveloppe ; «" 
second lieu, de vaincre le frottement de Tune des masses 
sur 1'autre, enfin , de produire le leger deplacement de 
l'axe de rotation du liquide qui sera occasionne par ce 
frottement. 

Dans le second cas, au contraire, il s'agira de deplacer 
l'axe de rotation commun de 1'enveloppe et de son noyau, 



(4S5) 

qui ne formeront qu'un solide unique, et ce emplacement 
exigera un effort plus considerable que dans le premier cas. 
Or, nous croyons pouvoiretablir, contrairement a Topi- 
nion de Hopkins, que Thypothese d'un noyau fluide intro- 
duira un coefficient plus grand que Tunite dans les termes 
qui expriment la nutation. 

Ce n'estqu'a Taided'observationstres-precises^outefois, 
qu on pourra determiner la valeur numerique de ce coeffi- 
cient; et cette valeur, ainsi determinee, pourra permettre 
de calculer, au moins d'une maniere approchee, Tepais- 
seur de la croute terrestre. 

Examinons les consequences qui doivent resulter de 
Thypothese d'un noyau fluide, en limitant ici cet examen 
a Taction seule du soleil. 

En premier lieu, la variation d'obliquite de l'axe de la 
croute solide sera plus gran de que celle qui a ete deter- 
minee par Laplace. 

Admettons, faute d'aucune donnee sur le frottementdu 
noyau fluide, suppose spherique, contre son enveloppe, 
que l'axe de ce noyau ne se deplace pas, et que le noyau 
et son enveloppe aient la meme vitesse angulaire: nous 
pourrons calculer aisement Tangle que Taxe de la rotation 
fesultante fait avec celui du noyau. 

Alors, si nous appelons poles fixes de la terre ceux qui 
s °nt determines a sa surface par ce dernier axe, el poles 
vrais les poles determines par l'axe de la rotation resul- 
tante, nous voyons que ceux-ci doivent etre animes d'un 



(486) 

tour des poles fixes, mouvement 
dont la periodeest la meme que celle de la nutation. 

Les latitudes des differents lieux de la terre sont done 
variables dans cette hypothese. 

Or, cette variation des .latitudes a ete constatee par Tob- 
servation, circonstance qui confirme Thypothese, et qui 
n'a pas ete expliquee,que nous sachions (1). 

II resultera, dans tous les cas, de notre theorie, que, 
pour determiner avec une exactitude absolue la latitude 
d'un lieu, il faut avoir soin de n'observer qu'aux moments 
oil la nutation estnulle, ou de faire des observations tres- 
nombreuses, egalement reparties sur toute la periode de 
la nutation. 

Une seconde consequence qui se deduit de cette theorie, 
e'estque, si la masse fluide, qui occupe, par hypothese, 



• IV. In addition to the above motions of precession an I 
pole of the earth would have a small circular motion, depending entirely 
on the internal fluidity. The radious of the circle thus described would 
be greatest when the thikness of the shell should be least; butd theine- 
qoalitj (bus produced would not for the smallest thickness of the shell 
exceed a quantity of the same order as the solar nutation; and for a»J 
but the most inconsiderable thickness of the shell would be entirely 
inappreciable to observation » (Loc. cit. p. 423). 

Poisson, au mii[.!i,s .,\ „t ,i tJll (il , „■,. , , , , , | _ 
des poles de rotation a la surface de la terre, en supposant celle-ci en i 
■ et il elait arrive a un resultat qu'il considerait co 

centre de gravite, p. 259. Mem. de VAc. des sc. de Must., t. VII). 



( 4»7 ) 

la partie centrale du globe, est quelque peu considerable, 
on ne pourra pas negliger de corriger les positions abso- 
lues des etoiles des effets de la nutation luni-solaire, tels 
qu'ils devront etre calcules d'apres cette theorie. 

C'est la un point que nous aurons a approfondir plus 
tard, par la discussion des observations les plus precises 
qui ontete faites, d'une maniere suivie, sur la declinaison 
de certaines etoiles, telles, par exemple, que les observa- 
tions suivies faites a Greenwich sur y Drac. 

Une comparaison rigoureuse des valeurs observees, avcc 
notre hypothese , permettra sans doute de determiner quel 
est Ie rapport des moments d'inertie du noyau et de len- 
veloppe ; elle jettera aussi quelque lumiere sur rexactilude 
des valeurs adoptees pour la constante de la nutation el, 
peut-etre, de l'aberration. 

Un dernier point enfin, sur lequel je desire appeler, des 

tard, est le suivant : ' 

Si Tecorce solide du globe oscille autour de son noyau 
fluide, dont 1'axe de rotation reste toujours parallele a lui- 
meme, tandis que 1'axe de l'ecorce se rapproche et 
s'eloigne alternativement de cet axe fixe, le frottement qui 
resulte de la pression exercee par le noyau fluide sur son 
enveloppe, pendant ce mouvement, ne va-t-il pas engen- 
der constamment une grande quantite d'electricite, qui 
es t peut-etre Tune des causes principals du magnetisme 
terrestre ? 

Le refroidissement graduel de I'interieur du globe 
devrait, dans cette hypothese, se manifester par une dimi- 
nution de la constante de la nutation qui se rapprocherait, 
de plus en plus, de la valeur quelle doit avoir dans I'hypo- 



(458) 
these de Laplace, et dans une diminution semblable dans 
l'intensite du magnetisme terrestre. 

Mais ces diminutions ne deviendraient probablement 
sensibles qu'apres une longue suite de siecles. 



Remarques sur les phenomenes electriques qui accompagnent 
les variations d'energiepotentielle du mercure; par M.G. 
Van der Mensbrugghe , correspondant de TAcademie. 

I. Dapres une experience faite en 1816 par Des- 
saignes (1), si Ton plonge une baguette de verre dans du 
mercure, elle en sort electrisee; ce physicien attribua la 
production de relectricite au frottement du verre contre la 
surface du mercure; mais, comme I'a fait tres-justement 
remarquer mon savant confrere et ami M. Spring (2), le 
frottement est entierement Stranger au phenomene; car il 
suffit, pour s'en convaincre, de couvrir la surface mercu- 
rielle d'une mince couche de poudre de lycopodc; si Yon 
plonge alors la baguette de verre, on constate que la 
poudre penelre tout entiere dans le liquide, absolument 
comme si elle formait une pellicule flexible a la surface de 
ce dernier; est-ce la le caractere du frottement? evidem- 
ment non; il ne s'est produit qu'une simple extension de 
la couche superficielle servant de support au lycopode, et 
grace a cette extension, elle a pu s'appliquer contre la 



Fails r : j r s d rinfiuence de la temperature, 
:oir electrique... (Ann. de Chim et de Phvs., *> si 
) Sur le deveioppement de MectriciU slatiqui 



(459) 

surface laterale de la baguette de verre. Je repeterai ici, 
en passant, que cette penetration complete du lycopode 
sexplique parfaitement par la difference des tensions de la 
surface fraiche du mercure produit par le mouvement de 
la baguette et dela surface recouverte de lycopode; comme 
la tension de la premiere surface est de beaucoup la plus 
forte, elle entraine la couche superficielle la moins tendue, 
et fait ainsi disparaitre completemenl la poudre de lyco- 
pode. 

M. Spring a ete conduit par l'observation de Dessaigncs 
a etudier lmfluence de la temperature et du degre de 
purete du liquide : il a trouve que la quantile d'eleetricite 
etait reduite au tiers quand la temperature s'elevait de 
I* c. a 25°, au sixieme lorsquen soufflant a la surface du 
mercure, il y avait depose un voile d'humidite. Seulement 
'1 a attribue ces variations d'eleetricite developpee aux 
differences d'adhesion du verre et du mercure. II m'a paru 
suffisant d'invoquer les variations de lenergie potentielle 
d e la surface du mercure ou Ton plonge le verre : comme 
eeite energie diminue notablement quand la temperature 
seleve ou qu'on altere la purete de la surface, il faudra, si 
ma iheorie est vraie, qu'une meme variation de surface du 
mercure developpe d'auiant plus d electricite que le mer- 
cur e est plus pur ou possede une temperature moins 
elevee : or e'esi ce qui est de tout point conforme aux 
observations de M. Spring. 

J e suis amene ainsi a completer la proposition que j'ai 
demontree il y a cinq ans (1), d'apres laquelle « toute 

(') Application de la thermodynamique a filude des variations 
d'eneraie potentielle des surfaces liquides. (Bull, de i/Acad. rot, 
-"" serie, t. XLI, p. 769, 1876.) 



(460) 

masse liquide dont la surface croit ou decroit devient le 
siege d'un courant thermo-eleclrique » ; si la variation de 
surface se produit en presence d'un mauvais conducleur 
telle que le verre ou lair, le courant thermo-eleetrique 
cngendre des phenomenes d'electricite statique. On se rap- 
pelle que l'observation a conduit M. Spring au meme prin- 
cipe (1). 

Je suis porte a croirc que cette proposition, une fois 
parfaitement etablie el soumise au controle de nombrcuses 
experiences, faciliterait singulierement I'explication de 
l'electricite atniu<pli<'i itjuc. ;ii tcinlu que, dansratmosphere, 
il se passe constamment d'enormes variations de surface 
libre dans Ics spherules constituant les brouillards et les 



assez nombreux a Fappui de ma these independammentde 
ceux qu'a fait valoir M. Spring. En premier lieu, Picard a 
constate que si Ion deplace brusqucment le niveau du 
mercure dans le lube d'un barometre, il se produit de* 
lueurs ; Hawksbee a reconnu que ce phenomene se pro^«^ 
aussi dans le vide imparfait et l'a atlribue le premier a 
l'electricite. 

Quand on agite du mercure bien sec dans un verre, o 
voit des lueurs dans Fobscurile, et le verre est elecinse. 
LVxperif nee peut se faire egalemenl avec un tube a ren- 
flement, de forme circulaire el ne contenant pas d'air:des 



u on le fait tourner, le mercure parait lummeux. 
Hawksbee, ayant fait passer de fair par bulles a travers 






( 461 ) 

du mercure place sous le recipient de la machine pneuma- 
tique, vit le mercure lout en feu dans I'obscurile. 

Enfin dans l'experience classique destinee a demontrer 
la porosite du bois, la pluie de mercure qui a traverse la 
capsule en bois fermant l'ouverture superieure du tube de 
verre, est accompagnee de lueurs assez vives, et le mercure 
est elecirise ; car il suflit d'approcher un pendule electrique 
du tube de verre pour constater une vive attraction; c'est 
que les gouttelettes de mercure qui adherent a la surface 
interne du tube etaient eleclrisees avant leur contact. On 
Peut aussi faire communiquer la masse de mercure con- 
tinue dans la capsule en bois avec le bouton dun electro- 
de a feuilles dor, et Ton verra que le commencement de 
J a pluie mercurielle est accuse par la divergence des feuilles, 
laquelle devient de plus en plus prononcee a mesure que 
,es gouttelettes de mercure sont plus nombreuses Tous 
ce uxqui ont fait cette experience doivent avoir ete surpris 
ue voir la face interieure du tube tapissee sur presque 
0ute s on etendue de gouttelettes exlremement petites qui 
0nt cte devices de la verticale par les attractions elec- 
lri ques exercees entre elles et le verre. 

Dans les traites de physique, on attribue Tensemble de 
t0us 'es effets ci-dessus a Taction pure et simple du frotte- 
nient; or je crois que cette cause ne peut pas plus etre 
,n voquee dans les cas precedents que dans le fait observe 
P ar Dessaignes; partout, je pense, le mercure dont la 
eouche superficielle est sollicitee a croitre vient s'appliquer 
implement sur les corps solides en presence; et dans 
experience de Hawksbee ou les surfaces fraiches a mer- 
cur e ne sont en contact qu'avec lair, le froltement existe 
4 "n degre moindre encore. L'explication consacree par un 
' 0n g usage me parait done tout a fait insuffisante : car le 

3 me S*RIE.TOMEII. M 



(462) 

developpement de l'electricite est lie plutdt a une variation 
considerable de l'energie potentieile de la surface mercu- 
rielle qu'a une puissante action mecanique. Ce qui confirme 

c'est que la pleine reussite de chaque experience exige que 
le mercure soil pur et consequemment ne mouille pas le 
verre ; d'autre part, le mercure s'electrise, que Ton operc 
soit dans le vide, soit dans lair ; et cependant 1'adhesion 
entre le verre et le liquide ne peut avoir la meme valeur 
dans les deux cas ; enfin, et c'est la mon objection princi- 
pale, le froltement, meme considere a la facon ordinaire, 
ne fait que mettre a nu des surfaces fraicbes de mercure, 
et, par consequent, realise pleinement les conditions ou ma 
proposition relative aux ehangements d'energie potentieile 
des surfaces liquides est applicable. Ainsi, par exemple, 
les vives attractions manifestoes par les petites spherules 
dans l'experience de la pluie mercurielle, resulient, d'apres 
ma theorie, des variations relatives d energie de la couche 
superficielle, variations d'autant plus prononcees que les 
spherules ont des dimensions moindres; il se trouve done 
que les spherules les plus petites sont le plus fortement 
electrisees, ce qui fail comprendre pourquoi elles adherent 
a la surface interne du tube. 

Ces considerations me paraissent apporter tin serieirx 
appui oux idees que M. Spring et moi nous avons deve- 
loppees presque simultanement il y a cinq ans; si j'ai tenu 
a appliquer brievement mes vues theoriques aux pheno- 
menes electriques du 'mercure en particulier, c'est paree 
que je les regarde comme une introduction naturelle a 
l'etude du developpement de relectricite atmosphenque, 
e'est-a-dire d'une question qui preoccupe toujours vive- 
ment les physiciens de tous les pays. 



(163) 

Sur les ethers composes de I'acide hyposulfureux, par 

MM. W. Spring el fim. Legros. 

(Laboratoire de la Faculte des sciences de l'Universite de Liege.) 

COMMUNICATION PRfiLIMINAlRE. 

En 1874, H. Bunte (1) fit reagir Ie bromure d'ethyle 
avec rhyposulfite de sodium. U avait en vue de resoudre 
la question de la structure de l'acide hyposulfureux. A 
cette epoque, en effet, il n'etait pas encore etabli, d'une 
maniere satisfaisante, si l'acide hyposulfureux renfermait 
deux groupes oxhydryles, ou bien un groupe -OH et un 
groupe -SH ; en d'autres termes, si la formule rationnelle 
de ce corps etait : 

H0S 2 00H, ou HSSO*OH. 

La reaction du bromure d'ethyle demontra la second e 
formule, puisqu'elle conduisit a un corps ayant une com- 
position exprimee par : C 2 H 5 S 2 5 Na et dont l'ensemble 
des proprietes montrait, a suffisance de preuve, que Ie 
groupe ethyle s'y trouvait uni au soufre et non a 1'oxygene. 
Ainsi, l'eau reagit avec cette substance pour donner du 
sulfate acide de sodium et du mercaptan eihylique : 

C*H3S*Os.\a + H*0 = C*H*SH +- HOSO'Xa, 
et, chose plus caracteristique, une temperature de 100° 
transforme ce corps en bisulfure d'ethyle et en dithionate 
de sodium selon : 

2C 2 H^03Na = [CIFfi & ■*■ Ka*SH* 

U) Berichte d. deutsch. chem. Gesellschaft , t. VII, p. 646. 



(464) 

A la meme epoque, Tun de nous (1) obtint de son c6te, 
a la suite de ses recherches sur les acides polythioniques, 
le compose de Bunte, par une autre voie. II fit reagir de 
1'iode avec un melange d'ethylmercaptate de sodium et 
d'hypos ul file de sodium et il observa la formation dn corps 
C^lPSH^Na, a cote d'une quanlite rclativement grande 
de bisulfure d'ethyle, de tetrathionate de sodium et de 
sulfate de sodium. 

Cetie derniere reaction confirmait celle de Bunte et, 
montrant aussi la structure de l'aeide hyposulfureux, die 
etablissait que le corps nouvellement decouvert etait un 
ether compose derivant de l'aeide hyposulfureux, ou mieux, 
d'un hyposulfiie. 

Jusqu'iHijourd'hui on n'a pas prepare les homologies 
de cet ether, et, bien que l'existence des corps tie cette 
composition soit demontree possible Vrtfij/lln/iiosul/ite de 
sodium est demeure le seul representant de cette serie. 
Nous nous sommes propose de combler celle lacune et de 
verifier, experimentalement, si tous les radicaux carbones, 
quelle que soil leur nature, pourront entrer dans la compo- 
sition d ethers semhlables. 

Comme ce long travail demandera du temps pour e-re 
acheve, nous prions l'Academie de vouloir bien acc«e»I ir 
le resultat de nos premieres recherches dans cette direction 
comme une prise de date. 

Methylhyposulfite de sodium. 

Si Ton chauffe, dans un appareil a reflux, des quantites 

moleculairemt nt egales, d mdure de methyle et d'hyp°- 



(463) 

sulfite dc sodium, la reaction s'acheveen quelques heures. 

On evapore lentement, a see, le liquide et on reprend 
par de Taleool chaud la masse cristalline. II cristallise, par 
refroidissement sous un exsiccateur, un sel.en belles pail- 
lettes ineo'ores ; en les soumettant a une ou deux crystalli- 
sations de 1'aleool on obtient un produit tout a fait exempt 
d'iodure de sodium. 

Abandonnees a elles-memes, sous un exsiccateur, ces 
paillettes perdent une partie de leur eau de cristallisation 
<-'t deviennent opaques. 

Le produit ainsi prepare, a ete analyse. Voici les resultats 
obtenus : 



Nous n'avons pas expulse completement l'eau de cristal- 
lisation paree que cet ether ne supporte pas une tempe- 
rature de 100°, sans se decomposer. 

On doit done ecrire lequation suivante : 

Na «S*0* -H CH 3 I = CH*S»0»Xa -I- Sal. 

Voici, comme complement, les proprietes les plus evi- 
dentes de ce corps. 

II est soluble dans l'eau et dans l'alcool, insoluble dans 
'ether ; il se decompose par la ehaleur deja a 50°. 

L'eau reagir, surtout a chaud, avec cet ether pour donner 



(466) 

du mercaptan methylique et du sulfate acide de sodium. 

Chauffe a 100, il forme du bisulfure de methyle et pro- 
bablement du dithionate de sodium. 

Les bases agissent energiquement ; elles determined la 
formation de mercaptan methylique. 

Enfin, l'acide nitrique oxyde ce corps avec facilite ; il se 
forme de l'acide methylsulfonique et du sulfate de sodium. 

En un mot, le methylhyposulfite de sodium est bien 
l'homologue inferieur de l'ethylhyposulfite de sodium. 

Nous avons essaye aussi de former les ethers propylique 
et butylique ; mais nous n'avons pas reussi jusqu'a present: 
1'iodure et le chlorure de butyle ont refuse de reagir avec 
l'hyposulfite de sodium; 1'iodure d'isopropyle, de son cote, 
reagit lentement, mais le produit forme se decompose faci- 
lement et donne du bisulfure d'isopropyle. 

Nous reviendrons plus tard sur ces reactions. 



De I'action du chlore sur les combinaisons sulfoniques et 
sur les oxysulfures organiques; par MM. W. Spring et 
C. Winssinger. 

(Laboratoire de la Faculle des sciences de l'Universite de Liege.) 

COMMUNICATION PRELIMINAIRE. 

Les idees des chimistes, sur la constitution des combi- 
naisons chimiques en general et surtout des combinaisons 
organiques, peuvent etre ramenees, en resume, a deux 
conceptions differentes. 

Dans la premiere, qui est surtout une consequence de 
ridee de ratomicite telle que Kekule Fa devcloppee, les 



(467) 

atomes seraient unis les tins aux autres, dans une meme 
molecule, de maniere a former unti chaine plus ou moins 
compliquee. Dans un corps tel que 1'acide slearique 
C ,8 H 3 fi0 2 , par exemple, les 18 atomes de carbone ne 
seraient pas unis dans ordre quelconque, ou, pour mieux 
dire, sans ordre aucun, mais ils seraient accroches Tun a 

d'oxygene, de leur cote, seraient groupes a Tun des bouts 
seulement de cette chaine, tandis que les atomes d'hydro- 
gene se trouveraient repartis d'une maniere uniforme. 
Dans une telle chaine, des parlies de meme composition 
memes proprietes : ainsi un groupe 



II est un fait constate depuis longlemps par Texperience, 
c'est que le remplacement d'un atome d'un corps par un 
alome dune autre nature, ou par un groupe alomique, 
modifie, le plus souvent d'une maniere profonde, le earac- 
he chimique de la combinaison entiere dans Iaquelle il 
est engage. Un des exemples classiques cites est la transfor- 
mation du phenol en acide pier i que, par le remplacement 
de trois atomes dhydrogene par trois groupes NO 2 : 
C 6 H 6 devient C«H 3 (N0*) J 0. 

Le phenol ne forme des sels plus ou moins stables 



(468) 

dcs bases fortes, landis que 
alsement el sont plus nombreu 
sut conclure de la que chaque 

sphere d'aetion dans Iaquellc 


es picrates se 

groupe NO 2 
son influence s 


ne le rayon de cett 
peut se demander j 


'Jg?u 


s'etend? Or, 



qu il soil possible de re] lion, il fauique 

les atonies divers dune mole.uile ne viennent pas g aviter, 
tour a lour, dans lor bite de ce groupe elranger, mais 
qu'i's soiiii! mi ., .T'liic in.-'icic u i. i mince, les uns aux 
autres, pour former un tout continu dans lequel les par- 
ties conservent leurs positions relatives; en un met: un 
edifice dont il soit possible de [insurer !;•> dimensions. 

Dans la conception de Kekule, que nous venous de rap- 
peler en pen de mots, une molecule realiserait les condi- 
tions indiquees. Ainsi, pour rendre plus clairement notre 
pensee, nous pouvons mesurer une cbaine d'atomes de 
carbone comme on mesurerail des cbaines quclconquescn 
comptant le nombre d'anneaux qui les composent : nous 
dirons qu'une chaine de 20 atonies de carbone est double 
d'une cbaine de 10 atonies. En un mot, si un groupe i>0 2 
Occupait rextremite d'une chaine de 20 atonies de carbone 
et si son influence se faisait sentir jusqu'au milieu de la 
cbaine, nous dirions qu'elle est sensible j usqu'au \ O me alome 
de carbone. 

Dans la seconde maniere de se ligurer la constitution 
des corps composes, les choses sont bien differentes. 

Au lieu de comparer un corps compose a une chaine 
formeed'un certain nombre de parties ayanl cbacune, en 
somme, memo valeur et meme fonclion chimique par elles- 
memes, si elles sont identiques en composition, on assi- 



(469) 

mile plutot une molecule a unorganisme. D'apresKolbe(l), 
dans une combinaison cliimique, ions les elenxnts stibi- 
raient des influences reciproques; ils seraient , de plus, 
subordonnes a certains d'entre eux dont I'influcnce serait 
pri'-ponderante. 

Ce chimisle compare meme une combinaison cbimique 
a un * Etat canstitiitiuHHel //ten orr/(ini.«e, ayant un chef 
principal aide par plusieurs chefs secondaires, el forme de 
maniere qu'une individual}^ de cct Etat puisse etre rem- 
placee par un groupe d'individus divers, mais remplissant 
pouriant des functions analogues. » 

Comme cxemple, Kolbc cite les homologues de 1'alcool 
m eibylique. 

« Des deux atonies de carbone de 1'alcool etlnlique, il 
)' en a un qui occupe une posiiion plus eJevee que I'autre 
<i( i i; i fonetionne conum; chef principal: e'est I'atonie de 
carbone auqucl sont soumis les quatre membres II, II, H 
et OH dans 1'alcool methylique. On ne pent pas douter 
que, dans 1'alcool rih\!!qu ■, 1<- .-croud alome de carbone 
j°"e un role moins important que le premier si Ton con- 
sidere que le remplacement d'un alome d'hydrogene de 
l'alool methylique par ce second alome de carbone accom- 
P"gne de trois atonies d'hulrogenc, altere bien pcu le 
caraciere cbimique de 1'alcool methylique. 

* En sommc, ce second atomede carbone n'est pasnuft*- 
Pcnsablc a la formation d'un corps jouissant des proprietes 
d u n alcool, tandis que le premier est essentiel. 

* H est evident que dans 1'alcool propylique le iroJsi&ne 
aioiue de carbone, qui remplace, accompagne de irois 
Monies d'hydrogene, un alome d'hydrogene du radical 

(') Journal fiir praktische Chemie, 1871, I, -202. 



(470) 
carbone de l'alcool ethylique, joue un role plus secon- 
dare encore. Et ainsi de suite. » 

Le caractere alcool s'etend, cependant, a toute la mole- 
cule; quel que soit le nombre d'atomes de carbone entrant 
dans la formation de la substance, la fonction principals 
remplie par le premier alome de carbone ne s'efface 
jamais ; elle donne a la combinaison une maniere d'etre 
speciale a laquelle aucune parlie ne saurait se soustraire. 
Nous le repetons : on a l'image d'un organisme. 

Nous ne discuterons pas la valeur de cetie maniere de 
voir, en nous plac.ant au point de vue de la question de 
savoir quelle est, dans la nature, l'origine d'un organisme? 
Les biologistes cherchent, aujourd'hui, a interpreter les 
phenomenes qu'ils etudient en ne demandant, pour ainsi 
dire, qua la chimie et a la physique, les elements qui leur 
sont necessaires. Est-on fonde a poursuivre la trace d un 
organisme jnsque dans les combinaisons chimiques? cest 
la une question qui n'entre pas dans le cadre que nous 
nous sommes trace. Nous nous bornerons a faire reniar- 
quer maintenant qu'en assimilant une combinaison chi- 
mique a un organisme, on ne peut plus concevoir qu en 
introduisant, dans une molecule, un groupe atotnique 
determine , il existe dans cette molecule des parties res- 
tart completement en dehors de influence des groups 
car dans un organisme une de ses parties donne une im- 
pulsion a toutes les autres. 

Dans cette maniere de voir, le changement apporte dan 
une molecule par la presence d'un groupe atomique q 
conque, ne peut elre traduit par une distance determine 
a laquelle il se ferait sentir ; il doit elre d'une nature diflte- 
rente. 

Les quelques mots qui precedent suliisent, P enS °^ e 
nous, pour montrer que la question de savoir quelle i 



{ill ) 

nous devons nous former des combinaisons chimiques, 
n'echappe pas completement a 1'experience. 

Nous nous sommes propose de repondre a cetie question 
dans les limites de nos mo>ens. 

Comme des eirconstances independantes de notre volonte 
nousobligent d'interrompre assez frequemment un travail 
qui, par lui-meme, dcmande deja un temps considerable, 
nous desirous faire eonnaitre aujourd'hui, d'une maniere 
succincte, les fails principaux que nous avons recueillis. 
Nous prions la Classe des sciences de l'Academie de Bel- 
gique, de vouloir bien accueillir cede note comme une 
communication preliminaireet de nous permettrederester, 
dans une certaine reserve, sur les conclusions des faits 
decouverts, jusqu'au moment ou nous serons en possession 
de toutes les donnees qui nous sont neeessaires. 

Nous avons expo inicnh'", jusqu'a present, sur des corps 
renfermant des chaines carbonees composees de deux 
a tomes. 

On sait que I'hydrocarbure sature C 2 H 6 , Vethane, comme 
I ses homologues d'ailleurs, entre facilement en reaction 
avec lechlore, surtout sous 1'influence dc la lumiere solaire. 
tn, deux, trois atomes d'hydrogene ou davantage, sont 
J remplaces par du cblore et Ton obtient des derives mono- 
chlores, bichiores, etc. En un mot, dans I ethane, les atomes 
d'hydrogene jouissent de la propriete d'etre facilement 
remplaces par le chlore. 

| * ° Action du chlore sur Vacide ethylsulfonique. 

Si I'on remplace, dans lethane, un atome d'hydrogene 
Par un groupe sulfone (— S0 5 H), on obtient de l'acide 
ethylsulfonique : 



cm) 

L'experience nous a montre que, des cinq atonies 
d'hydrogene du groupe C 2 H 5 , aucun ne se laisse sub-tituer 
par du chlore, soit qu'on opere sur l'acide sulfonique Kii- 
meme, ou sur ses sels, soit que Ton opere a froid ou a 
chaud, ou merae a la lumiere solaire. 

Le remplaccment d'un atome d'hydrogene de lelhane 
par SO^II a done change le caraclere chimique de tons les 
autres atomes et l'influence du groupesulfonimn on I ra-' 
toute la molecule. 

II existe des derives ehlores de l'acide frhylsulfonif^ 
mais on les a tous oblcnus indirectement; ainsi : enchauf- 
fant a 140° une solution de sulfite de sodium avec du 
chlorure d'ethylidene, on obtient de l'acide a chlorethjl- 
sulfonique : 

CH».CHCI.SO»H; 

ensuite, en oxydant le sulfocyanure d'eihyle chlore par 
l'acide nitrique fumant, on obtient de l'acide (3 chlorethyl- 
sulfonique. 

II etait done interessant de savoir si la resistance p**" 
sentee par l'acide ethylsulfonique a Taction du chlore ne 
cederait pas devant un agent de chloruration tres-ener- 
gique et, si Ton arriverait, dans ce cas, a l'acide <x chlo- 
rethylsulfonique, (3 ehlorethylsulfonique ou a un autre 
corps. 

Nous avons fait reagir, en premier lieu, de I'ackk S*J& 
sulfonique avee du trichlorure d'iode, en tubes sccJMM 
*o0°, en proportions telles que lout I'hydrogene de l'acide 
put ctre remplace par du chlore. 

La reaction demande 6 a 7 heures pour s'accompl"'- 
se degage des tuhes, quand on les ouvre, des torrents 
d'acide chlorhydrique, et il reste dans les tube? une masse 
cristalline blanche, mais coloree accidentellemcnt par & 



(473) 
1 iode, un liquide a odeur tres-piquante et de l'iode. Le 
contenu d'un tube fut verse dans de 1'eau et l'iode fut dis- 
sous par un courant de SO 2 . La masse crislalline blanche 
fut recueillie sur un filtre, Iavee, sechee et cristallisee de 
•'ether. C'eiait de l'hexachlorure de carbone pur C 2 C|C. 

Le conienu d'un autre tube fut verse dans un peu d'eau ; 

celle-ei s'echaufTa et Ton y constata la presence d'une 

grar.de quantite d'acide sulfurique. On doit done ecrire : 

C*H S S0 3 H -*- 4IC1 3 = C s Cl e ■+■ ClS0 3 H -+- 5HCI -*- 2l». 

Cette reaction raontre que les atomcs d'hydrogenc 
Peuvent etre enleves par du chlore dans I'acide ethylsul- 
'onique, mais, si la substitution est tolale, on peut-etre 
seulement partielle, le groupe sulfone est e.rpulse. 

ftous avons fait reagir ensuite du triehlorure d'iode sur 
^ I'acide ethylsulfonique en proportions telles qu'un, 
eu * ou trois atomcs dhydrogene de I'acide pouvaient etre 
re niplaces par du chlore. Comme nous n'avons observe 
aucune difference dans les produits des diverses reactions, 
n °us nous bornerons a faire connaiire le resultat general 
obtenu. 

Le triehlorure d'iode a ete chauffe avec I'acide ethylsul- 
fonique pendant 4 a 6 heures a 170°, dans des tubes 
scelles. 

Le produit d'une premiere serie de tubes fut verse dans 
de I'eau. II s 'y dissout completement. Le liquide fut sature 
e xaciement par de l'hydroxyde de baryum, fdtre, evapore, 
re P r is par de l'eau et additionne d'alcool absolu. 11 s'est 
P r ecipite un corps cristallin blanc qui fut analyse apres 
avoir ete cristallise deux fois par evaporation spontanee 
de sa solution, sous un exsiceateur. II se presente alors 
s °us forme de minces tables rhombiques, Ires nettes. 



(m ) 

Ce corps donne avec le nitrate dargeot un precipite de 
chlorure d'argent ; il parait done renfermer du chlore 
n'apparlenant pas a la chaine carbonee. 

Un dosage du soufre, du baryum et du chlore a conduit 
aux resultats suivants : 



Les nombres concordent assez bien avec ceux que d 
nerait la formule empirique C 2 H 4 C1 Ba SO 4 , car c 



II y a un exces de baryum, mais il trouve sa raison 
d'etre parce que le sel a une reaction alealine; en dirigeant, 
dans sa solution, un courant d'anhydride carbonique, il 
s'est precipite, en effet, un peu de carbonate de baryum. 

Pour decouvrir la structure chimique de cette substance, 
et surtout, pour verifier si le chlore qu'elle renfernie 
appartient au noyau carbone, ou non, nous avons traite le 
produit primitif par de l'ammoniaque. Dans l'hypo these on 
le chainon carbone aurait ete conslitue ainsi : 



on aurait du arriver a la taurine, ou a un isomere de w 
taurine. 

Le produit de la reaction du chlorure d'iode sur Taeide 
eihybulfonique fut traite par de rammoniaque, a 100°. 
pendant k heures dans un matras scelle. 

Le contenu du matras fut chauffe pour chasser l'amm " 
niaque libre, puis soumis a une ebullition, pendant trois 



(473) 

heures, avec de I'hydroxyde de plomb, pour decomposer 
les sels ammoniacaux qui auraicnt pu se former. 

Le liquide fut fillre, traite par de I'acide sulfhydrique, 
cvapore et le produit obtenu fut soumis a qnttre cristaHi- 
sations successives. On obtint de magnifiques cristaux, 
ressc'mblant aceuxde la taurine, mais n'en ayantcependanl 
pas toutes les proprietes, en effet : 

i'Le corps obtenu etait soluble dans 1'alcool froid, tandis 
que la taurine est insoluble, meme dans I'alcool bouillant. 

2° Son point de fusion est compris entre 191 et 201, 
tandis que celui de la taurine est superieur a 504. 

5° II degage de Tammoniaque, quand on le traite par de 
la potasse en solution tres concentree ; la taurine n'en 
donne pas dans les memes conditions. 

4° Ce corps renferme beaucoup de chlore. 

Les autres proprietes sont celles de la taurine. 

tn dosage du soufre a donne le resultat suivant : 
S = 20,59 «/ ; 

d 'autre part, le corps repondant a la formule C*H*C1 
WPSOSH renferme 20,06 % de soufre. 

On doit conclure, de I'ensemble des resultats precedents, 
q ue nous sommes arrives a une taurine monochloree. II 
B *«« pas a notre connaissance qu'on ait deja obtenu des 
Murines chlorees ; nous n'avons done pas pu comparer 
n °tre substance a des corps connus. 11 s'agira de determiner 
e "core a quelle taurine monochloree nous avons afTaire 
Car la theorie prevoit 1'existenee de quatre cas d'isomene. 

H est evident que le corps qui a donne naissance a celle 
Murine monochloree doit avoir eu la composition suivante : 

C*H 3 CI*.S0 3 H; 
c est-a-dire qu'il a du etre un acide sulfonique bichbre; 



(476 ) 

s de ehlore a ete eehange e 



Quant au sel de baryum obtenu au prealable, il devient 
t tres-probable que sa composition est : 



En effet, puisque Tacide ethylsulfonique bichlore aban- 
donne tres -facilement Tun de ses atomes de ehlore, on 
peutadmettrcque I'eau, qui dissout I'acide, donne la reac- 
tion suivante : 

elle conduit, comme on le voit, a tin acide isethionique 
monochlore. Ce dernier formerait un sel avec un seul 
atome de baryum, e'est-a-dire fonctionnerait comme acide 
bibasique, a cause de la presence du ehlore. Nous nous 
reservons de faire, plus tard, la verification directe de cette 



La formule du sel de baryum peut etre doublee et ecrite 
alors sous la forme suivante, qui est mieux d'accord avec 
la nature de I'acide isethionique et de I'acide ethylsulfo- 
nique : 




Nous avons essaye, ensuite, de former un sel d'argenlde 
it acide, nous proposant d'en faire une analyse eomp&f" 
A cet efifet, nous avons traite d'abord par 1 ether Je 



(477) 

produitde la reaction du chlorure d'iode avec 1'acide ettoyl- 
sulfonique. Apres evaporation de Tether et expulsion de 
l'iode, il demeure un liquide sirupeux qui ne preeipite 
pas le nitrate d'argent, mais bien Ie chlorure de baryum : 
il renferme done de 1'acide sulfurique libre. 

Traite par du carbonate d'argent, il donne un sel facile- 
ment fusible, mais qui se decompose alors avec formation 
de chlorure d'argent. 

Evaporee au bain-marie, la solution du sel d'argent se 
decompose lentement ; il se preeipite du chlorure d'argent 
et la liqueur devient acide. La precipitation du chlorure 
d'argent parait s'arreter au bout d'un certain temps Si Ton 
neutralise, alors, 1'acide libre par du carbonate d'argent, 
on observe la formation d'une nouvelle quantite de chlorure 
d'argent. II n'est done pas possible d'obtenir un sel d'argent 
cristallise, par cette voie. 

En traitant par de 1'alcool absolu, la solution premiere 
du sel d'argent qui n'a pas encore abandonne de chlorure 
d'argent, il se preeipite un sel en paillettes blanches, 
accompagne de sulfate d'argent et de chlorure d'argent. 

Enfin, par cristallisation lente de 1'alcool, on n'arrive 
Pas non plus a des resultats meilieurs ; le produit cristallise 
est toujours acide et souille par du chlorure d'argent. 

Quoi qu'il en soit, nous avons fait l'analyse d'un sel 
d'argent qui avail cristallise un grand nombre de fois et 
^i pouvait avoir abandonne la plus grande partie de son 

Nous avons irouve' : 



(478) 

Cesnombres sontcompris entre ceux donnes par C J H 5 CI 
OH.S0 3 Ag et C 2 H5S03Ag; en effet on a: 

pour C»H 5 C10HS0 s Ag et pour C*H s S0 5 Ag 

Ag 40.22 o/o 49.77 

CI 13.22 0.00 

H 1.49 2.30 

C 8.92 1106 

Bien que Ton ne puisse pas preparer un sel d'argent 
pur de cet acide sulfonique bichlore, les faits precedents 
concordent bien avec ceux que nous avons fait connaitre 
d'abord. Ainsi, une partie du chlore de I'acide sulfonique 
chlore entre facilement en reaction avec l'eau etabandonnc 
la molecule carbonee : 

C*H"Cl»SO s Ag -+- H*0 = C*H 5 C1.0H.SO»Ag -+- HGI 
C*H 5 C1.0H.S0 s Ag + HC1 = C'H S C1.0H.S0 5 H -4- AgCI. 

On peut exprimer la chose en disant que le groupe 
— S0 3 H admet, dans son voisinage, un atome de chlore, 
mais qu'il est difficile a un second atome de s'y maintenir: 
si, au contraire les atomes de chlore sont en nombre, c'est 
le groupe sulfone qui cede la place. 

Ces deux actions antagonistes seraient equilibrees par 
un groupe S0 3 H, d'une part, et 2 a 3 atomes de chlore, 
d'autre part. 

2° Action du chlore sur la diethyhtilfone. 

Ces resultats acquis, nous nous sommes demande si 

rinfluence d'un groupe sulfonique sur une chaine carbonee 

diminue lorsqu'il se trouve uni, a la fois, a deux chaines 

carbonees, comme c'est le cas dans les sulfones proprement 



(479) 

En d'autres termes: dans un acide sulfonique C 9 H 8 SO*. 
OH, le groupe SO 2 ne peut agir que sur 5 atomes d'hydro- 
gened'un noyau carbone, tandis que dans la diethlysulfone, 
il en a dix dans son voisinage. Son influence s'etend-elle 
aux dix atomes egalement, ou non ? Telle est la question 
a resoudre. 

La diethylsulfone a ete preparee par Taction de l'acide 
nitrique fumant sur le sulfure d'ethyle. 

On a constate, en premier lieu, que le chlore libre n'agit 
Pas plus sur la diethylsulfone que sur l'acide sulfonique. 
Quellos que soient les conditions realisees, le chlore traverse 
la diethylsulfone sans entrer en reaction avec elle. 

Cette experience montre que les deux groupes C 2 H S de 
'a diethylsulfone se component comme celui de l'acide 
ethylsulfonique. 

On a soumis, ensuite, la diethylsulfone a Paction du 
trichlorure d'iode. 

Dans un premier essai, la quantite de trichlorure d'iode 
a ete suffisante pour remplacer tous les atomes d'hydrogene 
de la diethylsulfone par du chlore. La reaction a ete faite 
«> tubes seel les ; elle demande 7 a 8 heures et une tempe- 
rature deUOa 150°. 

Le produit de la reaction, un liquide brun-rougeatre 
lr es-epais, rempli de cristaux d'une matiere incolore, a 
^e soumis a la distillation fractionnee. On a pu en extraire, 
lr es-nettement,du chlorure de sulfuryle et de Yhexachlorure 
rfe ^rbone. Une petite quantite de matiere etait restee dans 
la Ppareil distiilatoire ; c'eiait en majeure partie de la 
d| ethylsulfone n'ayant pas reagi. 

Le chlorure de sulfuryle fut identifie davantage encore 
Pa* - sa reaction avec I'eau ; il se forma de l'acide chlor- 
h ydriqi le et de l'acide sulfurique. 



(480) 

L'hexauhlorure de carbone, C 2 CI 6 , fut soumis, de son 
cote, a plusieurs cristallisations et brule; il ne renfermait 
que du chlore et du carbone. 

On doit done ecrire : 

C 2 H 5 SO J C*H 5 -t- 8IC1 3 = 2C»C1 6 + Cl»SO* -*- 4I« -t- 10HCI. 

L'analogie de proprietes entre la diethylsulfone et facidc 
ethylsulfonique se manifeste, par consequent aussi, dans 

Enfin, nous avons fait reagir du triohlorure d'iode sur 
de la diethylsulfone en proportions suflisant seulement au 
remplacement de quelques atomes d'hydrogene. 

Ici egalement, les deux substances ont ete chauffees 
dans des tubes scelles pendant 6 a 7 heures a une tempe- 
rature de 140 a 150°. 

Les tubes renferment beaueoup d'acide chlorhydri ;"^ 
un liquide epais rougeatre et de grands cristaux diode. 

Une partie du liquide epais a ete soumis a la distillation 
fractionnee : il se degage beaueoup de HC1 ainsi que des 
vapeurs d'iode, tandis que le liquide se decolore. Le ther- 
mometre monte continuellement, pendant qui! distille un 
liquide a odeur tres-piquante tenant beaueoup <!«■ < -r.-tau^ 
en suspension ; puis le thermometre se fixe a 251 et il 
distille une quantite, relativement grande, d'un corps qu> 
se condense dansle refrigerent en beaux cristaux incolores. 
L'analyse a appris que c etait de la diethylsulfone pure. 

Le liquide a odeur piquante a ete separe des cristaux 
quil renfermait. 

II est insoluble dans 1'eau ; lentement volatil au bain- 
marie. 

Apres lavage a leau chaude, puis au moyen d'une Imb* 
de potasse caustique, il a ete brule dans un melange de 



( m ) 

carbonnte de sodium et do nitrate de potassiui 
Par k's produits tie la combustion, nous avons cc 
presence d'une notable quantite de chlore, in 
n 'avons pu deceler la moindre trace de soufre. 

Un dosage du chlore, execute en detruisant la s 
par de la chaux pure, au rouge, a donne le res 



85.60 »/, 

'renfemie 79.63 °/o, dec 



la substance obtenue est done un melange des deux derives 
ehlores mention nes. 

Les eaux de lavage de ee derive chlore renfermaient 
beaucoup d'acide cklorhydrique et d'acide sulfurique, par 
consequent, le produit brut de la distillation renfermait 
du chlorure du sulfuryle ; e'est la ce qui lui donnait son 
odeur piquante. 

Enfin, les eristaux separes du Iiquideepais ont ete laves 
a I ether, dissous dans Tether chaud et soumis a plusieurs 
•^tallisations. On obtient des paillettes nacrees brillantes, 
dans lesquelles une combustion par le nitrate de potassium 
Permet de constater la presence du soufre et du chlore. 
Cette substance est soluble dans Teau et dans Talcool et se 
comporte comme une matiere parfaitement neutre. 

In dosage du chlore y a revele la presence de 8,56 % 
de ce metalloide. 

D'autre part, le melange : 

2 (C'tPSO'CH*) -f- C»H s SO»C 5 H'Cl 

renferme 8,84 % de chlore. 

En soumettant la substance, de nouveau, a plusieurs 
e ristallisations de Tether, nous avons obtenu un corps ne 



(482) 
renfermant plus que 6,50 % de chlore. A cause de cede 
inconstance de la composition el surtout a cause de la 
difliculte insurmontable, de separer nettement les corps 
melanges, nous avons juge superflu de proceder a une 
analyse complete. 

Quoi qu'il en soit, nous devons considerer cette substance, 
comme un melange de diethylsulfone pure et de diethyl- 
sulfone plus ou moins chloree. 

En resume, on voit que si la chloruration de la diethyl- 
sulfone est suffisamment forte, le groupe SO 9 est expulse; 
si, au contraire, la chloruration est plus moderee, il se 
forme une diethylsulfone chloree. Toutefois, lorsque 
celled renferme, dans la molecule, de trois a quatre 
atonies de chlore, elle se decompose nettement en derives 
chlores de Tethane et en chlorure de sulfuryle. 

Les fails que nous venons de faire connaitre, montrent, 
par consequent, que Introduction dans une molecule 
d'ethane, d'un groupe — S0 2 OH ou Tintroduction, dans 
deux molecules d ethane, d'un groupe — SO 2 — , res- 
sere energiquemcnt les attaches du carbone a Thydrogene 
et donne une grande stabilite a la molecule ; d'autre part, 
Tintroduction du chlore dans une molecule d'une corabi- 
naison sulfonique amene un relachement dans les liens de 
toute la combinaison. S'il est permis de traduire ici ce 
fait par une comparison, nous dirons que le chlore est, 
pour un hydrocarbure, Vantidote du groupe sulfone. 

o° Action du chlore sur Voxysulfure d'ethyle. 

En dernier lieu, nous avons essaye de decouvrir si Ton 
pouvait suivre le developpement de cette action du groupe 
sulfone sur les combinaisons hydrocarbonees, pendant 



(483) 

la generation des combinaisons sulfoniques elles-memes. 
Ainsi, enlre la dielhylsulfone, qui n'est qu'un produit 
d'oxydation du sulfure d'ethyle et le sulfure d'ethyle, on 
connait un produit intermediaire : Y ox y sulfure d'eihyle 
C*H»SOC»H\ 
Ce corps est vraiment un produit intermediaire, puis- 
qu'il s'obtient du sulfure d'ethyle par oxydation moderee 
et qu'il passe ensuite, par oxydation plus forte, a la die- 
thylsulfone. En resume, on peut dresser le tableau suivant : 
c*h* - so* — C*H S 



qui montre toute revolution de l'ethane vers la diethylsul- 
fone et Ton peut comparer, entre elles, les resistances que 
presentent chacune de ces substances a la chloruration. 

Voici les fails que nous avons observes jusqu'a present : 

Si Ton fait passer un courant de chlore sur de I'oxysul- 
lur t' d'ethyle dissous dans 1'eau, le chlore est absorbe avec 
ia plus grande facilite; le liquide scehauffe fortement; il 
se degage de I'acide chlorhydrique en grande quantite et 
du chlorure d'ethyle; bientdt le liquide se divise en deux 
couches. 

La couche superieure est une solution d'acide chlorhy- 
drique et de diethylsulfone dans l'eau, la couche inferieure, 
un liquide organique, chlore, a odeur tres-piquante. 

Ce liquide ne bout pas sans decomposition sous la pres- 
s 'on ordinaire, mais sous une pression de 2° d'eau seule- 
m ent, il bout a la temperature constante de 81°. II a ete 
rectifie plusieurs fois et il a presente alors une densite 
de 1,34 a 19°. 



(484) 

Insoluble dans l'eau froide, il se dissout dans l'eau 
chaude avec decomposition. 

Traite par du nitrate d'argent, il finit par abandonner 
tout son clilore et cela d'autant plus vite que la tempera- 
ture est plus elevee. 

Une analyse du produit dcsseche sur du ehlorure de 
calcium a montre que ce corps repond a la formule C 2 H 5 
S0 2 Cl;eneffet: 



Pour determiner le genre de corps auquel cette substance 
appartient, nous l'avons traitee par de l'oxyde d'argent a 
ehaud. II s'est forme exclusivement du ehlorure d'argent et 
de I'ethylsulfonale d'argent 

CsHSSO'Ag. 

En effet un dosage de l'argent dans ce sel a donne : 

Ag % 49.60 au lieu de 49.77. 

Ainsi, en presence de l'eau, le chlore agit sur I'oxysul- 
fure d'ethyle pour en oxyder une partie a l'etat de diethyl- 
sulfone et en transformer une autre en ehlorure d'ethyle et 
en ehlorure de Cacide ethytulfonique. C 2 H 5 S0 9 C1 ; ce der- 
nier resiste ensuite a Taction du chlore. 

Ce fait met deja en evidence le pouvoir du chlore de 
detacher de I'oxysulfure d'ethyle un groupe C*H 5 . H est 

(1) Un accident survenu pendant le dosage du carbone nous oblige i n e 
pas considerer comme exact le nombre 16,56 auquel nous son»n es 



tm.) 

ires-probable que la reaction comprend deux phases; on 
peut les exprimer comme il suit : 

1° C*H3 - SO — C a H5 -t- Cla = C^IP - SOCI + C»B«GI; 
2» cm- ~ SO — CI -+- H*0 -t- CI2 = CiB»SO«CI -+- 2HGI. 

Enfin nous avons fait reagir le chlore sur Toxysulfure 
d eihyle sec. 

La reaction est plus compliquee. Le clilore est absorbe 
a la temperature ordinaire, avec la plus grande facilite; la 
masse sechauffe considerablement ct onobtient un liquide 

c e liquide a ete epuise par Tether. La solution filtree 
s «r du noir animal, se decolore bien et donne, apres eva- 
poration de Tether, une huile epaisse, plus lourde que 
' eau, a odeur tres-piquante. Elle ne peut etrc distillee 
s ans decomposition, mais elle est facilement enlrainee par 
»n courant de vapeur d'eau a 100°. II reste dans Tappareil 
d'stillatoire une masse noiratre dont la vapeur d'eau n'en- 
'eve plus rien. 

Le produit de celte distillation a ete analyse; on a obtenu 
lcs fesultats que void : 



''n'esi pas possible de tirer une conclusion de cesnombres, 
81 ce n'est que le corps analyse etait un melange de divers 
Produits chlores. 

Pour resoudre cette question d'une autre maniere, nous 
avons oxyde cette huile par Tacide nitrique fumant. II se 
•°rme un corps soluble dans Teau, en toutes proportions 
el lonctionnant comme un acide. On a prepare un sel dar- 



(486) 

gent en neutralisant l'acide par de l'oxyde d'argent. II s'est 
forme du chlorure d'argent et nous avons obtenu un sel 
jouissant des proprietes d'un ethylsulfonate d'argent chlore. 
Ainsi, chaque fois que ce sel etait soumis a la cristallisa- 
tion, il se formait du chlorure d'argent et la solution 
devenait acide. Les analyses qui ont ete faites de ces sels 
n ont conduit a aucun resultat exact. 

D'autre part, la masse noire restee dans l'appareil dis- 
tillatoire a ete traitee aussi par de l'acide nitrique fumant. 
EHe a donne un acide sufonique chlore qui allait se decom- 
posant quand on en preparait le sel d'argent. 

S'il est permis de tirer une conclusion de ces derniers 
fails, nous dirons qu'on peut admettre que le chlore, 
agissant sur 1'oxysulfure d'ethyle sec, donne d'abord un 
chlorure ethylsulfoneux chlore C2(H x Cl y ) 5 SOCl et du 
chlorure d'ethyle. Ensuite l'acide nitrique donne, paroxy- 
dation, un chlorure sulfonique chlore que l'eau transforme 
en acide sulfonique chlore. 

Telles sont les observations que nous avons. faites jus- 
qu'a ce jour. Nous prions l'Academie de bien vouloir les 
accueillir, malgre les Iacunes qu'elles presentent et nous 
esperons pouvoir les completer bientot par un nouveau 
travail. 



(487) 



du chlore sur Valcool butylique tei 
M. le baron d'Otreppe de Bouvette. 



COMMUNICATION PRELIMINAIRE. 

On distingue, parmi Ies alcools, trois classes differentes, 
fl'apres Taction qu'exercent sur eux Ies corps oxydants: Ies 



ce sont Ies alcools primaires. Les autres se changent en 
cetones, ce sont Ies alcools secondares, et enfin il en est 
qui resistent a Taction d'oxydants moderes, ce sont les 
alcooh terliaires. 

Les alcools des deux premieres classes reagissent facile- 
roent avec le chlore, mais ils ne donnent pas, comme on 
le sait, des produits de substitution directe; on obtient des 
aldehydes chlorees ou des cetones chlores. La raison de ce 
fait n'est pas connue d'une maniere positive, mais on sup- 
pose que oes alcools produisent dabord, avec le chlore, un 
derive monoehlore qui, perdant les elements de Tacide 
chlorhydrique, donne une aldehyde ou un cetone ainsi : 



Comme les alcools tertiaires n'ont pas d'aldehydes ou 
d e cetones qui leur correspondent, Taction du chlore peut 
avoir lieu d'une maniere differente : en effet deux hypo- 
theses sont Dossibles : 



( 488 ) 
1° Formation pure et simple d'un derive chlore de 
l'alcool : 

CH 2 CI 

CH» - C - OH 

CH 8 

2° Elimination des elements de l'acide chlorhydrique 
du derive precedent et formation d'un corps qui rappelle- 
rait un derive de Yoxyde d' ethylene : 

CH'Cl H'c \ 

I I o 

CHS— C _ OH = CH ! C / -t- HC1. 

CH 1 CH 8 

1'oxyde d'ethylene etant : 



Dans la premiere hypothese les alcools tertiaires seraient 
a comparer aux phenols qui forment directement, avec le 
chlore, des derives chlores ; dans la seconde hypothese les 
alcools tertiaires se rapprocheraient davantage des alcools 
primaires et des alcools secondaires. 

Cetle question n'etant pas encore resolue, je me suis 
propose d'y repondre, en etudiant Taction du chlore sur 
Talcool butylique lertiaire. 

Mes recherches etaient deja terminees Iorsque j'ai eu 
connaissance, par M. Spring, d'un travail qui a ete fait par 
M. Loidl dans le laboratoire de M. le professcur Lieben 
a Prague (1) et qui n'a pas ete mentionne dans le « Jalires- 
berieht fur Chemie » a 1'article alcool lertiaire. 

Ce chimiste a fait reagir le chlore sur l'alcool butylique 

(1) Berichie der deut. chem. Gesellschaft , t. VIII, P- 1017, 1875. 



(489) 

lertiaire jusqu'a ce qu'il n'y eut plus de reaction. II observa 
la formation de deux couches liquides : 1'une d'elles, 
etait une solution d'acide chlorhydrique dans l'eau. L'autre 
un melange de derives chlores bouillant a des tempera- 

Le produit principal bouillait a 185°— 188° sous une 
pression de 46 clm de mercure; il donna a l'analyse des 
nombres concordant, a peu pres, avec la formule OH 3 CI s . 
Le corps etait done du butylene pentachlore. Comme, 
dune part, Loidl n'a plus rien fait connaitre sur cette 
question depuis 187o et que, d'autre part, les experiences 
que j'ai faites, cxecutees dans des conditions differentes de 
celles ou Loidl s'etait place, m'ont conduit a d'autres resul- 
ted, j'ai cru rendre service a la science en faisant con- 
naitre mes experiences. J'ai 1'honneur de prier l'Academie 
des sciences de vouloir bien accueillir les resultatsde mes 
Premieres recherches. 

Si Ton fait passer du chlore dans de 1'alcool butylique 
lertiaire a froid, ou meme a la temperature d'ebullition de 
I'alcool, on n'observe aucune reaction. Soil que Ton opere 
a 'a lumiere diffuse ou a l'eclairage au magnesium, le 
ehlore se dissout simplement dans 1'alcool et donne une 
solution d'un jaune assez prononce. 

II n'en est pas de meme si Ton opere a la lumiere solaire. 
^ n melange de vapeurs d'alcool et de chlore fait violem- 
me nt explosion avec flamme, ct il se forme un epais nuage 
de earbone. 

L'action du chlore sur I'alcool liquide a lieu d'une 
maniere lente : le chlore reagit sans mettre de earbone en 
u l>erte. Si Ton fait arriver, comme c 'etait souvent le cas 
" a ns mes experiences, le chlore a la surface de I'alcool, il 



(490) 

s'eleve des vapeurs d'alcool qui, devenues assez abon- 
dantes, reagissent avec explosion. II y a alors mise en 
libertede carbone. Au bout d'un cerlain temps, on observe 
la formation de deux couches dans le vase ou se trouve 
l'alcool, et Faction du chlore devient moins energique, le 
Iiquide se refroidit et le chlore est difficilement absorbe. 

C'esta ce moment que j'ai cesse Taction du chlore. Les 
deux couches liquides furent separees. 

La superieure etait une solution d'acide chlorhydrique 
dans l'eau : je suis, sous ce rapport, d'accord avec Loidl. 
La couche inferieure fut distillee pour separer le carbone 
libre qui la souillait. Le residu de la distillation renfermait 
a cote du carbone une matiere resineuse brune et de petit* 
cristaux incolores solubles dans le benzol. La quantite de 
ce corps a ete trop faible pour pouvoir en faire une analyse. 

Le distillat, completement incolore, presentait une odeur 
aromatique rappelant celle de l'essence de terebenthine. 
II fut fractionne apres avoir ete lave a l'eau pour enlever 
Tacide chlorhydrique et seche sur du chlorure de calcium. 

Comme je n'ai opere, cette fois-ci, que sur 100" d'alcool 
tertiaire, je n'ai pu separer nettement par la distillation 
fractionnee, tous les produits qui se sont formes. Je me 
propose de revenir sur cette question plus tard. 

Voici les corps obtenus jusqu'aujourd'hui : 

1° Un Iiquide bouillant a 50°— 55°, brulant avec flamme 

Un dosage du chlore a fait connaitre que ce corps ren- 
fermait 38,78 % de chlore. 

Le chlorure de butyle tertiaire (CH^CCl, d'autre part, 
bout a 50°— 51° et renferme 37,97 °/ de chlore. 

Le premier produit obtenu etait done du chlorure de 
butyle tertiaire; le petit exces de chlore trouve par Tana- 



(491 ) 

lyse et 1'elevation du point d'ebullition doivent etre attri- 
bues a la presence de produils plus chlores qui n'ont pu 
etre elimines par la distillation fractionnee. 

2° Un liquide bouillant entre 106° et 109° et renfermant 
55,68 •/„ de chlore. 

C*H«CI* conduit a 55,90% de chlore. 

Un derive chlore de celte composition et de ce point 
d'ebullition n'a pas encore ete signale, le produit est done 
un corps nouveau. Je me propose d'en faire l'etude com- 
plete par la suite. 

5° Un liquide bouillant entre 435°— 154° contenant 
S8 >34 °/ de chlore. 

C'est tres-probablement un melange de C*H 8 C1 2 et 
Wci3. 

*° Un liquide bouillant entre 154° et 170° renfermant 
6 2,5o / o de chlore. 

Or OIFC1 3 conduit a 65,94. On voit par ces deux der- 
n 'ers produits que Ton obtient en somme des corps de plus 
e n plus chlores. 

Ues substances que je signale sont done anterieures au 
butylene pentachlore que Loidl a obtenu. 

Enfin je signalerai encore la presence de traces d'acide 
antique parmi les produits de la reaction, mais je crois 
qu'il n'y a pas la un fait essentiel a noter. 

En resume le chlore donne avec l'alcool butylique ler- 
,ia 'i"e des derives plus ou moins chlores du butane, de l'eau 
en grande quantite, et de l'acide chlorhydrique. 

H ne reste pas de produits carbones oxygenes, tout l'oxy- 
^«e de l'alcool est enleve et forme de l'eau. II en resulte 
^e l'alcool butylique terliaire ne forme pas de derives 
chlores proprement dits et de plus que, s'il s'en forme 
m eme (Tune man iere passagere, ils ne se decomposent pas 



(492 ) 

pour former un produit comparable a un oxyde de buty- 
lene. L'alcool butylique tertiaire ne doit par consequent 
pasetre compare au phenol. 

On peut donncr une interpretation de la reaction que je 
viens de faire connaitre. 

En effet, si Ton fait passer de I'acide chlorhydrique sec 
sur de l'alcool butylique tertiaire celui-ci l'absorbe avec 
la plus grande facilite; il y a echauffement et il se forme 
deux couches dans le liquide. 

La couche superieure est une solution d'acide chlorhy- 
drique dans l'eau ; la couche inferieure est un liquide qui 
bout a 52° (sans correction) et qui renferme 58,55 % de 
chlore. 

Ceci montre que I'acide chlorhydrique reagit avec la 
plus grande facilite sur l'alcool butylique selon : 

C*H 9 OH -4- HCl = C»IPC1 + H=0 

Ceci pose, comme le chlore entre en reaction, il doit se 
passer, dans l'hypothese la plus simple, la reaction que 
voici : 

C*H»OH •+- CI* = C»H«CIOH -4- HCI, 

Puis: 

C'H'CIOH -f- HCI = C«H 8 C1 ! -t- H*0. 

L'acide chlorhydrique, devenu libre, reagirait aussi avec 
l'alcool pour donner C*H 9 C1, de maniere que C 4 H 9 Cl et 
C*H 8 Cl a se presentent comme etant les produits prem*** 
dela reaction. Ensuite le chlore poursuivrait son action sur 
les corps deja formes et donnerait des produits de plus en 
plus chlores. 

Je me propose d'etudier en detail tous les produits de 
cette reaction, ainsi que Taction du chlore sur les honio- 
logues de l'alcool butylique tertiaire. 



( 495 ) 

Avant de terminer, qin'l me soit permis de presenter a 
M. Ie professeur W. Spring Fhommage de ma sincere 
reconnaissance et de le prier d'agreer tons mes remerei- 
ments pour Ie bienveillant concours qu'il a bien voulu me 
donner en m'aidant de sa science et en me dirigeant de 
ses conseils pendant Ie cours de ces recherches. 



Sur la structure des Pedicellaires gemmiformes de SphjE- 
Rechinls granllaris et d'autres £chinides, par M. Alex. 
Fcettinger, docteur en sciences naturelles. 

Les Pedicellaires gemmifhrmes de Sphcerechinus granu- 
hris, A. Ag., possedent des glandts speciales qui ont ete 
S| gnalees pour la premiere fois par P. Sladen (1). Les 
recherches que j'ai faites sur Ie meme sujet, au laboraloire 
de M. le professeur H. Ludwig, a Giessen, m'ont conduit a 
des resultats suffisamment differents de ceux obtenus par 
m <>n predecesseur, pour que je ne croie pas inutile de les 
publior. 

C'est Ie resume de ces recherches que j'ai l'honneur de 
Presenter a l'Academie. 

Lorsque Ton enleve du test d'un exemplaire de 5. gra- 
nulans un Pedicellaire gemmi forme, on observe deja, a 1'oeil 
nu > que son pedicule montre une dilatation plus ou moins 
considerable et situee plus ou moins pres de la tete de 
r ° r gane. Cette dilatation renferme trois sacs glandulaires 



( { ) W. P ERCY Sladen, On a remarkable Form of Pedicellaria, and 
k Functions performed thereby, Am of Nat. H.st., Vol. 6. Aug. 1880, 
• 1Q 2. pi. XU et XIII. 

3 me SERIE.TOME II. 53 



( 494 ) 
particuliers entourant la baguette calcaire centrale. A la 
surface externe de la dilatation, on remarque trois sillons 
longiludinaux qui sont precisement dus a l'existence des 
angles rentrants formes par la juxtaposition de deux sacs 
glandulaires voisins. Ceux-ci sont ovoi'des; ils sont alternes 
avec les trois valves qui constituent la tete de ces Pedi- 
cellaires, et s'ouvrent a Texterieur par un petit orifice 
circulaire situe a leur exiremite superieure. 

La dilaceration permet de reconnaitre que cette dilata- 
tion,formee exterieurement par une membrane epitheliale 
tapissee a sa face interne d'une couche de tissu conjonctif, 
renferme trois sacs a paroi musculaire con tenant une 
substance blancbatre dans laquelle on ne distingue que 
rarement des elements cellulaires. Immediatement en 
dessous de la paroi musculaire, on observe une sorte de 
reseau dont les mailles semblent parfois contenir des 
noyaux de cellules. 

Mais la dilaceration ne suffit pas, et on est oblige, pour 
se faire une idee exacte de la composition de ces organes, 
d'avoir recours aux coupes longitudinales et transversales. 
Dans ce but, Ton doit decalcifier et colorer les Pedicel- 
laires, et ici Ton se trouve en presence d'une difficulte 
provenant de ce que ces sacs glandulaires renferment ordi- 
nairement, mais pas toujours, une substance muqueuse(?) 
qui se gonfle fortement au contact de l'eau et de beaucoup 
de solutions aqueuses. Ce gonflement amene generalement 
la. rupture des sacs, et alors il est difficile de faire de 
bonnes coupes, car on est oblige de traiter Torgane par 
Falcool qui fait retracter les tissus au point qu/i' est 
presque impossible d'obtenir une coupe bien transversale. 

AGn d'eviter cette augmentation de volume, P. Sladen 
decalcifie par l'alcool acidule d'acide chlorhydrique, puis 



( 495 ) 
il colore par I'hematoxyline. Je dois dire cependant, a en 
juger par les dessins donnes par cet auteur, que ce procede 
»e doit pas lui avoir fourni des resultats bien favorables; 
son dessin (1) represente, non une coupe transversale, 
mais une coupe en partie oblique. 

Je prefere adopter la methode suivante : je decalcifie 
par l'acide chromique en solution faible et je colore par 
le carmin. Cetle methode me permet de classer les Pedi- 
cellaires traites de cette fac,on en deux categories : dans la 
premiere sont ceux dont le contenu des glandes de la tige 
segonfle par l'eau, et dans la seconde, ceux dont ce con- 
^nu ne subit pas de modification apparente au contact de 
ce liqnide. 

Cette distinction est d'une grande importance, car chez 
• e s premiers le eontenu est a peu pres forme uniquement 
parde la substance muqueuse, tandis que chez les seconds 
H se montre constitue, pour la plus grande partie, par des 
cellules intactes ,ou en voie de transformation speciale plus 



Lne coupe transversale du Pedicellaire, faite au niveau 
de la dilatation, c'est-a-dire au niveau de ces glandes, 
donne, en allant de l'exterieur vers Tinte'rieur: 1° une 
m embrane epitheliale enveloppante ; 2° une couche de 
,is su conjonctif. Ces deux couches sont communes aux 
trois sacs glandulaires et enveloppent ces derniers; elles 
se continuent avec les memes tissus de la tige en dehors 
des glandes. A Tinterieur de la couche conjonctive et 
reunies par cette derniere, se trouvent les coupes des trois 
Sac s glandulaires constitues en dehors par une couche de 



(496) 

fibres musculaires, et en dedans par un contenu excessi- 
vement variable d'aspect selon les Pedieellaires observes. 

Voyons brievement quels sont les caracteres propres a 
chacun de ces lissus. 

La membrane epitheliale superficielle semble constitute 
par une couche de protoplasme vacuoleux (?) renfermant 
de petits noyaux et des corpuscules pigmentaires nom- 
breux. Ces deux sortes d'elements sont colores en violet 
sur les Pedieellaires qui n'ont pas ete traites par l'acide 
chromique. Le protoplasme a lui-meme une teinle legere- 
ment violeite. 

Le tissu eonjonctif sous-jacent a I'epithelium est forme 
de fibrilles plus ou moins parallels ou se croisant de 
facon a consumer une sorte de feutrage. L'epaisseur de 
cette couche est excessivement variable. On trouve repan- 
dus dans ce tissu un grand nombre de petits noyaux. 

La paroi des sacs glandulaires est composee de fibres 
musculaires longues, plates, etroites et effilees aux deux 
extremites ; elles sont colorees faiblement en violet sur les 
preparations non decalcifiees. A la surface de chacune de 
ces fibres, on observe un noyau ovalaire, aplati, entoure 
d'une faible quantite de protoplasme. Cette couK'ur uo- 
lette est uniforme et surtout bien marquee aux endroits ou 
les fibres sont contractees, e'est-a-dire, larges et epaisses- 
Ces fibres forment une couche unique et sont ju\i;i; *•* 
de facon a constituer la paroi du sac; elles sont dispfl 8 ^ 
transversalemenl par rapport a l'axe longitudinal ae 
glande, mais dans la partie superieure, elles devienneni 
concentriques a Torifice. . 

A l'interieur meme de la paroi musculaire se tr0l j^.. 
contenu glandulaire qui non-seulement varie d'un Ve 



(497) 

les trois sacs d' 



i les differents aspects principaux que ce con- 
tent! peut presenter. 

L'examen d'un Pedicellaire dont les sacs glandulaires 
se gonflent et se dechirent en presence de 1'eau, montre 
'e contenu forme par une matiere blanchatre, granuleuse, 
plus on moins Qlamentcuse ou fibrillaire, et contenant un 
grand nombre de petits corpuscules tres-refringents, d'as- 
pect souvent cristalloide. Ces corps sont probablement des 
noyaux degeneres; au contact de l'eau ils se gonflent forte- 
m ent, puis disparaissent sans laisser de trace ; ils se colorent 
par Ie earmin et 1'hematoxyline. La matiere blanchatre 
n e constitue pas a elle seule tout le contenu des sacs; on 
trouve appliques contre la couche musculaire des corpus- 
cules qui se colorent fortement par le earmin, et qui se 
montrent entoures d'une faible quantite' de protoplasme. 
Ces elements semblent etre des noyaux ayant subi une 
certaine transformation. Si Ton examine une portion de la 
P a roi du sac etalee sur le porte-objet, on trouve ces 
dements a l'interieur de mailles que, par la comparison 
ay ee les cas suivants, Ton doit considerer comme des 
re stes plus ou moins complets de parois cellulaires; ce sont 
ce s restes qui constituent Ie reseau que j'ai signale prece- 
demment en parlant des dilaccrations. La transformation 
" u contenu primilif des sacs glandulaires en mucus 
se nible avoir ete poussee ici aussi loin que possible. 

Chez d'autres Pedicellaires, on trouve qu'a la place de 
Ce s corpuscules peripheriques, il existe des noyaux defor- 
m es ovalaires ou plus ou moins aplatis, et entoures d'une 
luantite de protoplasme plus grande que celle qui enve- 
lo Ppait les corpuscules dans le cas precedent. Ce proto- 



(498) 

plasme montre des delimitations autour de chacun de ces 
noyaux. Le reste du contenu est toujours forme par la 
meme substance que celle que Ton trouve dans le Pedi- 
cellaire dont il vient d'avoir ete question. lei la transfor- 
mation n'est pas aussi avancee que dans le premier cas. 

Certains Pedicellaires montrent le contenu de ces 
glandes constitue a la peripheric par des cellules plus ou 
moins allongees, pourvues chacune d'un noyau spherique; 
plus au centre du sac, on trouve ces cellules remplacees 
par du protoplasme tenant en suspension des noyaux 
spheriques et cji et la des restes de parois cellulaires; 
plus au centre encore il existe du protoplasme ayant perdu 
ses caracleres, ressemblant assez bien au mucus, et dans 
lequel il y a des noyaux tout a fait deformes; enfin au centre, 
il y a cette substance granuleuse que nous avons vue prcce- 
demment et que, par abreviation, je designerai sous le nora 
de mucus. Cette matiere semble etre, en effet, de nature 
muqueuse. La transformation n'a envahi, dans le cas present, 
qu'une partie relativement petite du contenu primiuf. On 
trouve ici les phases de passage entre les cellules et le 
mucus. 

Dans les cas suivants ces phases sont encore plus nettcs. 



contenu glandulaire est pour ainsi dire uniquement f 
par des cellules; le mucus est dans ces cas en petite quan- 
tite. Ces Pedicellaires se reconnaissent generalement a 
l'oeil nu ou a la loupe, par les faibles dimensions de la dila- 
tation de leurs tiges; parfois cette dilatation est si peu pro- 
noncee quelle peut facilement echapper aux yeux d'un 
observateur peu attenlif. Je dois dire que jamais je n ai 
rencontre des Pedicellaires gemmiformes depourvus de 



dilaiation e 


(499) 

t de glandes, comme P. 


Des coupes longitudinales, pratiquee 



; a travers une de 



dautaru plus abondant que Ton se rapproche du centre de 
1'organe et de son orifice; c'est-a-dire que le fond du sac et 
ses parois sont tapissees par une couche de cellules d'au- 
lant plus epaisse que Ton s eloigne de l'orifice ou du centre 
de la glande. 



Le contenu des glandes de la tige des Pedicellaires gem- 
wiformes est consume par un tissu eompncte forme de 
Pilules polyedriques et remplissant entierement la cavite 
crconscrite par la paroi musculaire. A un moment donne, 
ce s cellules subissent une transformation particuliere et se 
ehangent en une sorte de mucus. Cette transformation part 
de 1 orifice du sac glandulaire pour gagner pen a peu les 
Parois et le fond de la glande. Je n'ai pu determiner jus- 

J quel point se poursuit ce processus. Je ne sais s'il 



noyau* d dontj'ai parle 



envahit 

dans le premier cas, ou le contenu semble uniquement 
forme par du mucus; car, dans les glandes oil la transfor- 
mation semblait avoir ete poussee aussi loin que possible, 
J ai toujours trouve a la peripheric du contenu des corps 
9 U ' ne sgnt que des noyaux modifies. 

D'autres Eehinides possedent egalement des Pedicel- 
la,r es gemmiformes munis chacun dune dilatation a Tinte- 
r,e ur de Iaquelle existent trois sacs glandulaires. Ce sont 
es especes suivantes : Toxopneustes pileolus Ag., Toxo- 



Lo,. c 



( 500 ) 
pneustes variegatns A. Ag., et Hipponoe esculenta A. Ag. 
J'ai observe ces especes a Giessen. J'ai examine les 
Echinides que possede le Musee de Bruxelles et j'ai trouve 
que Hipponoe variegata A. Ag. possede aussi des Pedicel- 
laires gemmiforrnes pourvus de glandes. 



Chez toutes ces 



espeees, pour autant que j s 



5 out la meme composition generate 
et les memes rapports. 

Ce ne sont pas seulement les glandes de la tige das Pedi- 
cellaires gemmiforrnes de Sph. granulans qui sontchargees 
d'une fonction secretaire, mais encore les trois valves qui 
constituent la tete de ces memes Pedicellaires. Ces valves 
presentent une structure analogue a celle des glandes de 
la tige, e'est-a-dire que chacune renferme un sac glandu- 
laire destine a secreter une substance particuliere. 

Je ne parlerai pas ici des parties calcaires, ni des fais- 
ceaux musculaires puissants qui relient entre elles les trois 
parties de la tete. 

Chaque valve est formee exterieurement par une mem- 
brane epitheliale qui est identique a celle enveloppant les 
sacs glandulaires de la tige et qui, a la base de la tete, se 
continue avec Fepilhelium du pedicule. En dessous de 
cet epithelium se trouve une couche assez mince de tissu 
conjonctif granuleux ou fibrillaire qui recouvre le sac 
glandulaire proprement dit ; celui-ci est forme par une 
couche de fibres musculaires plates et longues, dMsposees 
transversalement; ces fibres sont legerement violates et 
semblables a cellesdes glandes de la tige. Ce sac sebifurque 
a la partie superieure ; les deux branches de division se 
dirigent vers fextremite peripherique de la valve, puis 
se reunissent pour former un canal unique qui s'ouvre 
pres du sommet de cette derniere. 



(501 ) 

Le contenu de ce sac est tres-variable, selon les Pedi- 

cellaires observes. En comparant un certain nombre de 

ces appendices, on arrive a cette conclusion que ce con- 

trouve a I'interieur des sacs de la tige, c'est-a-dire par un 
tissu cellulaire compacle. Cet amas de cellules qui remplit 
loute la cavite du sac, subit une transformation speciale et 
se change en une substance muqueuse (?) qui est expulsee 
a I'exterieur par 1'orifiee de la glande. 

D'habilude, ce contenu se presente sous I'aspcct d'une 
masse granuleuse, plus ou moins filamenteuse, monlrant 
encore ca et la des noyaux deformes et des debris de parois 
cellulaires, et a la peripheric de Iaquelle il existe des cor- 
puscules qu'il est aise de reconnailre pour des noyaux 
cellulaires entrepris par le processus de transformation. 
K le mucus ne renferme pas ces corpuscules refringents 
d'aspect cristalloide que nous avons trouves dans le mucus 
d es glandes du pedicule. Chez d'autres Pedicellaires on 
observe dans ce contenu des valves de la tete des traces 
evidentes de cellules, consistant en parois polyedriques 
fenfermant encore des noyaux intacts on deformes. 

Ceriains Echinides, tels que Echinus melo Lamk (d'apres 
P- Sladen) et Echinometra subangularis Desml., montrent, 
4 !a base de la tete des Pedicellaires gemmiformes, des 
ca ^ites qui sont probablement homologues des glandes 
d e la tige de ces Pedicellaires chez Sph. granulans. 

Chez Strongylocentrotus lividus, Br., les trois pieces 
ealcaires des valves de la tete des Pedicellaires gemmi- 
f °rmes sont plus longues que les trois sacs glandulaires; 
de plus, elles ne sont pas articulees avec la baguette 
c alcaire du pedicule, mais elles sont separees de Fextremite 
s «perieure de celle-ci par une portion i 



C S02 ) 
braneuse, analogue a celle qui relie la tige calcaire a la 
tele des Pediceliaires ophicephales et tridactyles. 

Une autre espece, S. Drobachiensis, A. Ag., montre ses 
Pediceliaires gemmiformes pourvus d'une tete egalement 
non articulee directement a la baguette du pedicule. 

Les Pediceliaires gemmiformes de Mespilia globulus, 
Ag., sont excessivement petits et tres-nombreux. Les pieces 
calcaires de la tete sont plus longues que les sacs glandu- 
laires des valves. 

J'ai trouve chez deux especes de Diadema, D. setosum, 
Gray, elD.mexicanum, A. Ag., des Pediceliaires particu- 
liers qui nont, je pense, pas encore ete mentionnes et 
que je crois devoir ratiacher aux Pediceliaires gemmi- 
formes. 

Ces organes ont une forme de massue; leur longueur 
est d'environ 2 millimetres, et on pourrait les designer 
sous le nom de Pediceliaires claviformes. On y distingue 
deux parties : une partie peripherique, le corps, et une 
partie centrale, courte, le pedicule. Je n'ai eu a ma dispo- 
sition qu'un petit nombre de ces Pediceliaires, et tous 
etaient dans un mauvais etat de conservation, de telle 
sorte que je n'ai pu en faire une etude histologique tres- 
preeise; toutefois, il m'a ete possible de me faire une bonne 
idee de leur composition anatomique. 

Chacun de ces Pediceliaires contient trois sacs glandti- 
laires ovoides, allonges, termines a leur extremite supe- 
neure par un petit orifice. Ce sont ces trois sacs qui consii- 
tuent la majeure partie du corps proprement dit de 
Tappendice. Ces trois glandes entourent une baguette cal- 
caire centrale qui sarrete a quclque distance de I'extremite 
peripherique du Pedicellaire. Les trois sacs glandulaires, 
a la base de l'organe, sont accoles Tuna l'autre, de telle sorte 



( 503 ) 
que, sur une coupe transversale, la section de chacun d'eux 
occupe un tiers de la surface de cette coupe; mais, vers 
I'extremite superieure, ces sacs se retrecissenf, et la ils 
sont separes par six cavites closes (?) disposers par paires. 
Ces cavites sont plus ou moins allongees et, par leur posi- 
tion, leur structure et Ieurs rapports avec Ies autres parties 
du Pedicellaire, je Ies considere comme homologues de la 
tete des Pedicellaires gemmiformes, en ce sens que chaque 
paire de logettes representerait une valve. 

Ces trois paires de cavites sont alternes avec Ies trois 
glandes. Ces dernieres montrent une structure et un con- 
'enu qui me paraissent tout a fait semblables a ceux des 
g'andes de la tigedes Pedicellaires gemmiformes chez Sph. 
granulans, et Ies six logettes renferment une matiere 
analogue a cellc que Ton trouve a l'interieur des sacs 
glandulaires des valves de la tete de ces memcs Pedicel- 
laires. 

Chez Sph. granulans, etc., Ies glandes et la tete ont un 
e gal developpement. 

Chez E. melo et Echinom. subangularis, Ies glandes sont 
r « di men la ires. 

Chez Diadema setosum et D. mexkanum, e'est la tete 
flu se trouve rudimentaire. 

Enfm, chez Ies deux especes citees du genre Strongylo- 
ce ntrotus, Ies Pedicellaires gemmiformes montrent un 
P e dicule qui a beaucoup d'analogie avec ceux des Pedi- 
cellaires ophicephales et tridactyles. II faudrait pouvoir 
examiner ces Pedicellaires dans toute la serie des Echi- 
ni des, tant reguliers qu'irreguliers. 

A mon grand regret, je n'ai pu faire des recherches sur 
es fonctions accomplies par Ies Pedicellaires gemmiformes, 
na yant pas opere sur des animaux vivants. Je suis par 



( 504) 

consequent oblige d'adopter, au raoins en partie, et pour 
le moment, les vues de P. Sladen, relatives a cette panic 
du sujet, car je n'ai aucune observation qui me permette 
de discuter avantageusement la question. 



Recherches sur I' Organisation et le Developpement des 

Orlhonectides; par M. Charles Julin, assistant ducours 

d'Embryologie a 1'Universite de Liege. 

J'ai l'honneur de soumettre a 1'Academie un resume de 
recherches que j'ai entreprises sur le developpement et 
l'organisation des Orthonectides, recherches que je publie- 
rai in extenso prochainement dans les Archives de Biologie. 

Mes observations ont ete faites, pendant les mois d'aout, 
septembre et octobre derniers au laboratoire de zoologie 
de Wimereux. Je prie Monsieur le professeur A. Giard de 
recevoir ici 1'expression de mes remerciments les plus 
sinceres pour l'accueil sympathique qu'il a bien voulu me 
fa ire dans son laboratoire ! 

J'ai etudie le developpement des deux formes que Ton 
rencontre chez Amphiura squamata et que Giard avait 
decrites (1) sous les noms de Rhopalura ophiowma et de 
Intoshia gigas. Melschnikoff (2) a demonlre recemment 



chinodermes et des Tur beltane's, Comptes reicdi s, -'•' ' " ; 
>, Les Orlhonectides, nouvelle classe du phylum des Vet 
l'Axat et de la Phts. t. XV. 1879. 
Ii r* rm&Off, Zur Naturgeschichle der Orthonectiden. ' 



El. Metschmkoff, Nachlragliche 
tooi.. Ajszeiger, 1879. N» 43 p 61g 

Eli as Metschmkoff, Untersuchungen iiber Orthonediden, Zeitscs. 
'. Wissehs. Zool. Bd. XXXV. 1881. 



( 505 ) 
que ces deux formes sont respectivement Tune Ie male et 
Tautre la femelle (Tune seule et meme espece, a laquelle 
il a propose Ie nom de Rhopalura Giardii. Je ne puis que 
confirmer cette maniere de voir, bien que je n'aie jamais 
trouve, comme Metschnikoff l'a signale et comme Giard 
lui-meme declare l'avoir rencontre, ces deux formes d'Or- 
thonectides dans la meme Ophiure. J'ai cependant eu un 
tres-grand materiel a ma disposition et j'ai eu loccasion 
d'examiner un bon nombred'Ophiuresinfesteesdu parasite. 



Developpement du male. 

Quand on ouvre une Ophiure infestee de Rh. Giardii 
males, il s'en echappe des centaines d'individus a tous les 
stades du developpement, tous sont renfermes dans une 
°u plusieurs poches dont la paroi est tres-facile a rompre , 
et ils semblent circuler librement dans un liquide hyalin, 
qui remplit toute la poche. 

A cote d'ovules non segmentes, spheriques et pourvus 
d'un noyau arrondi tres-refringent, on en trouve un grand 
nombre fractionnes en deux. Des la premiere segmentation 
l'un des globes est notablement plus considerable que 
1'autre et se comporte un peu differemment vis-a-vis de 
!'acide osmique. Pour des raisons que j'exposerai dans mon 
tr avail, j e designerai Ie plus petit globe sous Ie nom de 
Olobe ectodermique et le plus grand sous le nom de globe 
endodermique. Le globe ectodermique continue seul a se 
diviser et la cellule endodermique est encore indivise, que 
1'eetoderme est deja constitue par quatorze cellules prove- 
n ant de la division de la cellule ectodermique primitive. 
Ces cellules tendent a envelopper de plus en plus la cellule 



( 506 ) 

endodermique par epibolie. A ce moment la cellule endo- 
dermique a la forme d'un ovoide dont les deux extremites 
du grand axe sont dirigees 1'une en avant, l'autre en arriere. 

La couehe ectodermique est encore incomplete lorsque 
la cellule endodermique primitive se divise a son tour. II 
sen separe, d'abord a son pole posterieur, une petiie cellule; 
le merne phenomene ne larde pas a se produire au pole 
anterieur de la cellule endodermique, de sorte qua ce 
moment Tembryon, qui a une forme ovoide, presente a 
considercr une couehe externe de cellules ectodermiques 
cubiques, couehe qui offre encore une solution de continuite 
(blastopore) au niveau de l'extremile anterieure de 1'em- 
bryon, et une masse interne formee par trois cellules : une 
grande cellule centrale et deux petites. De ces deux pelites 
cellules la posterieure est interposee entre les cellules ecto- 
dermiques et la grande cellule centrale, tandis que 1'ante- 
rieure n'esl pas encore entouree de cellules ectodermiques 
et se trouve par la en contact avec le liquide hyalin remplis- 
sant la poche.Ces petites cellules ne lardent pas a se diviser 
a leur tour, bien que cependant elles ne deviennent jamais 
tres-nombreuses ; on en compte d'liabitude six a la partie 
anterieure et quatrea la partie posterieure. 

L'embryon a en ce moment sa couehe ectodermiqu e 
complete et il est cilie a la surface. Les pelites cellules 
persistent avec leurs caracteres primitifs, accumulees aux 
deux extremites de la masse endodermique, mais sans 
cependant envelopper completement cette derniere, pen- 
dant toute la periodedurant laquelle l'embryon reste ovoide. 

Quand ce dernier s'allonge, les petites cellules s'allongent 
aussi, prennent la forme de fuseaux tres-allonges, q" J 
finissent par envelopper completement la masse endoder- 
mique. Chez l'adulte elles constituent des fibres striees 



(507) 
longitudinalement et sur le Irajet desquelles j'ai pu dis- 
linguer souvent des noyaux, en examinant des individus 
bien frais dans l'eau de mer, sans Taide d'aucun reactif. 
Ces fibres sont probablement de nature musculaire ; elles 
s'inserent par leurs exlremiles a la face interne des cellules 
constituant la tete et la queue du parasite aduhe : ce sont 
elles que Giard a le premier signalees et qui permettent 
tres-probablement a 1'animal de produire ces mouvements 
brusques de la queue que le savant francais a decrits pour 
la premiere Ibis. 

Immediatement apres que la cellule endodermique pri- 
mitive a donne origine a ses deux poles aux deux petites 
cellules musculaires primordiales, elle se divise a son tour 
en un tres-grand nombre de petites cellules, renfermant 
chacune un fragment du noyau de la cellule endodermique 
primitive : chacun de ces elements donne origine a un 
spermatozoide, et a un moment donne on voit tres-nette- 
ment tous ces spermazoides se mouvoir au centre de l'ani- 
mal. Mais un fait important c'est que la cellule endoder- 
mique primitive, apres avoir donne naissance aux cellules 
musculaires primordiales, presente une membrane reelle, 
"°nt le contour reste toujours tres-net et qui persiste 
Pendant toute la duree de la vie de I'animal, constituant 
a '»si la paroi d'une vraie poche dont le contenu donne 
naissance par fractionnement aux spermatozoides. J'indi- 
^"erai plus loin ce que devient cette poche et comment se 
kit Texpulsion des produits genitaux. 

De\'ELOPPEMENT DE LA FEMELLE. 

Tandis que je n'ai jamais rencontre de formes males 
Suites ou embryonnaires que nageant librcment dans un 
1'quide hyalin, au contraire, toutes les formes femelles 



( 508 ) 
embryonnaires que j'ai examinees etaient reunies entre elles 
par une masse granuleuse, constituant les amas souvent 
irreguliers, auxquels Giard a donne le nom sporocystes et 
que Metschnikoff appelle tubes a Orthonectides (Plasmo- 
$ium$chlauch). Les formes adultes seules etaient libres. 
Je n'ai pu parvenir a dechiffrer dans ces amas granuleux la 
texture des embryons les plus jeunes; aussi n'ai-je pu 
observer les tout premiers stades du developpement des 
femelles. Je m'explique cette parlieularite' par ce fait que 
ces jeunes embryons sont entoures la d'une masse granu- 
leuse tres-considerable et qu'il est presque impossible de 
les isoler par dilaceralion. Au contraire, j'ai pu tres-bien 
degager par dilaceration des embryons plus developpes. 

Ici encore j'ai constate une epibolie manifeste des 
cellules de la couche ectodermique , mais tandis que la 
cellule endodermique primitive reste longtemps indivise 
chez le .male, cette division est beaucoup plus preeoce chez 
la femelle et l'embryon se trouve bientot constitue par une 
masse interne de cellules polyedriques, entourees par une 
couche complete de cellules cubiques depourvues de cils 
vibratiles. L'embryon s'agrandit progressivement et Ion 
remarque bientot que les cellules peripheriques de la masse 
endodermique deviennent cylindriques, tandis que le 
restant de cette masse est constitue par un grand nonibre 
de cellules polyedriques. Au fur et a mesure que l'embryon 
s'accroit, ces cellules cylindriques s'aplatissent et chez 
1'adulte on trouve sous l'ectoderme une couche complete 
de fibrilles, que je crois pouvoir rapporter a la couche des 
cellules plates, bien que jamais je n'aie vu de noyau de 
cellules sur leur trajet. Cette couche fibrillaire constitue 
probablement une couche musculaire semblable a celle 
que j'ai decrite chez la forme male adulte. 



(S09 ) 

Quant aux cellules polyedriques centrales, elles donnent 
origine a des ovules et sarrondissent au fur et a mesure 
qu elles avanccnt dans leur developpement. 



Expulsion des produits BiiUTAUX. 

Chez le male arrive a maturite sexuelle on voit les sper- 
matozoides, dont les tctes semblent formees par des frag- 
ments du noyau de la cellule endodermique primitive, se 
mouvoir tres-rapidement a l'interieur de la poche formee 
Par la paroi de la cellule endodermique. Puis celle-ei creve 
et Iaisse s'echapper les spermatozoides entre les fibres 
musculaires. Ces dernieres s'ecartent progressivementlune 
de lautre et finissent par ne plus consumer que quelques 
faisceaux delimitant entre eux une cavite, dans laquelle 
continuent a se mouvoir les spermatozoides. A ce moment 
°n constate que Tanimal se meut tres-difficilement, ce qui 
e st du a I'atrophie subie par la couche ectodei mique. Les 
cellules ectodermiques se gonflentd'al>ord,puisde profonds 
s »Hons se creusent entre elles, en merae temps qu'elles se 
decollent avec la plus grande facilite et se detaehent de la 
ra asse endodermique. Puis, lectoderme elant creve, les 
spermatozoides s echappent facilement entre les faisceaux 
musculaires, lesquels d'ailleurs ont aussi subi une atrophic 
ttanifeste : car il est desormais impossible d'y retrouver 
d e trace de leurs noyaux. 

Chez les femelles, les ceufs d'abord constitutes par des 
cellules polyedriques sarrondissent de plus en plus au fur 
ei a mesure qu'ils murissent. La couche ectodermique, 
d'abord ciliee sur toute son elendue, ne tarde pas a montrer 
'oimediatement en arriere de la tete de ranimal un anneau 

3 me SERIE , TOME II. 54 



(510) 

constitue par une seule rangee de cellules, qui perdent 
toules leurs cils vibratiles. C'est selon cet anneau que se 
fait la rupture de Tectoderme : la tete et l'anneau reunis 
se detachent comme une calotte et alors les ovules peuvent 
aisement s'echapper. 

Je design e la forme femelle qui presente ce mode 
d'expulsion des ovules sous le nom (je forme cylindriqw. 

Mais a cote de cette forme femelle, on en trouve une 
autre que Giard et Metschnikoff ont signalee et qui, au lieu 
d'etre cylindrique est aplatie et presente parfois sur Tune 
de ses faces une depression assez profonde. Cette forme est 
cilice dans toute son elendue et legerement effilee a ses 
deux extremites. Un fait extremement remarquable et que 
j'ai pu constater plusieurs fois, c'est que, a cote d'individus 
deja constitues, Ton en trouve souvent d'autres joi 
paraissent elre des fragments de cette forme aplatie : j en 
ai rencontre plusieurs qui avaient Tune de leurs extremites 
effilee tandis que l'autre etait tout a fait tronquee : la couche 
ectodermique etait complete. Je crois que la forme femelle 
aplatie peut ainsi se fragmenter en deux ou plusieurs 



MelschnikofT signale chez la forme femelle aplatie un 
amas de cellules situees pres de l'extremite anterieure de 
Tanimal entre la couche ectodermique et la masse des 
ovules : il donne a ces cellules le nom de cellules subpo- 
laires (subpolaren Zelleri) et considere cette masse comnie 
representant le lube digestif de rdrthonectide. Dans ce 
epaississement que Ton constate sur le cote du corps 
la forme aplatie on trouve toujours un seul noya" e 
cellule, tres-volumineux : je ne sais quelle est la signifi- 
cation de cet element. 

Bien que mes recherches ne mepermettentpas d'expostf" 



(3H ) 

dune facon complete revolution de ce groupe si i 
des Orthonectides, je crois cependant pouvoir exposer ici 
l'idee que je me fais du cycle de leur developpcment, en 
me basant sur mes propres observations. 

Les Orthonectides femelles, qu'elles appartiennent a la 
forme cylindrique ou a la forme aplatie, quand elles sont 
arrivees a maturite, peuvent sorlir du corps de leur hote et 
nager librement dans l'eau jusqu'a ce qu'elles rencontrent 
«n nouvel hote, dans Iequel elles puissent penetrer. Jen 
ai en effet trouve assez frequcmment qui nageaient libre- 
ment dans le vase, dans Iequel je lenais mes Ophiures, 
surtout lorsque celles-ci y avaient sejourne quelques jours. 

Ophiures renfermant seulement quelques femelles mures, 
tandis que, au contraire, toutes les Ophiures infestees ren- 
'erment generalemenl des Orthonectides a tous les etats 
d e developpement. Ce fait est pour moi hors de doute. 

Nous avons vu que la forme femelle cylindrique arrivee 
a niaturite laisse echapper ses oeufs d'apres un processus 
tout particulier. Ce qui caracterise nettement ces oeufs c'est 
qu'ils ne sont nullement unis les uns aux autres. 

Considerant d'un autre cote que j'ai trouve les ovules 
^i donnent naissance a la forme male, nageant en liberie 
dans le corps de l'Ophiure, et de plus que les dimensions 
des ovules murs de la forme femelle sont identiques a 
ce,1 es des ceufs 



lc s autres stades embryonnaires dans le corps de la meme 
°Phiure, j'en conclus qu'il est tres-probable que la forme 
em elle cylindrique, apres avoir nage librement dans l'eau, 
Penetre dans le corps d'un Ophiure, que la elle expulse 
^ es ^ufef et que ceux-ci donnent origine exclusivement a 



La forme femelle aplatie, au contraire, a tous ses ovules 
murs reunis dans une masse granuleuse : de plus, elle pent 
se fragmenter. Nous constatons de meme que les ceufs qui 
donnent naissance a la forme femelle, de meme que les 
embryons femelles jusqu'a un stade tres-avance de leur deve- 
loppement,sontrenfermes dans des amas granuleux,consti- 
tuant les sporocystes de Giard, les tubes de Metschnikoff. II 
est tres-probable que cette forme aplatie s'introduit dans un 
Ophiure ; la elle se fragmente en un nombre plus ou moins 
considerable de morceaux ayant chaeun leur paroi propre 
constitute par les cellules ectodermiques ciliees de la mere. 
Ces cellules se modifient, s'aplatissent et on trouve alors 
de ces petils amas arrondis encore cilies, comme Giard en 

paraissant etre libres dans le corps de TOphiure. Plus tard 
ces amas perdent leurs cils vibratiles et les ovules qu'ils 
renferment continuent a se developper. 

Je puis de cette facon expliquer comment il se fait qu'H 
existe deux formes femelles et de plus que je n'ai jamais 
rencontre chez la meme Opbiure que tous males ou toutes 
femelles. Cependant on comprend aisement qu'il pmsse 
arriver que la meme Ophiure renferme a la fois des males 
et des femelles, car il est possible que les deux formes 
femelles s'introduisent dans le meme bote. 

Mais ou se fait la fecondation ? II est probable que, pour 
ce qui concerne la forme cylindrique, elle a lieu dans le 
corps de TOphiure, lors de la rupture de l'anneau ectoder- 
mique, les spermatozoides pouvant etre amenes par l'e au - 
Mais y a-t-il fecondation dans la forme aplatie, et comment 
se fait-elle ? Ce sont la des questions que je ne puis re- 
soudre. 

EnGn, quelle est la place que Ton doit attribuer aux 



( 513) 
Orthonectides dans la classification? Pour un grand 
nombre de motifs que j'exposerai dans mon travail, raison 
tirees surtout de l'etude du developpement de ces animaux, 
je erois pouvoir affirmer que c'est surtout avec les Dicye- 
le plus d'aflinites. 



Sur ks oscillations respiratoires de la pression arterielle 
chez le Chien ; par M. Leon Fredericq, correspondant 



(Laboratoire de physiologie de 1'Universite de Liege.) 
COMMUNICATION PRELIMINAIRE. 

Les mouvements respiratoires sont accompagnes de 
^nations periodiques de la pression sanguine. On admet 
generalement que tout mouvement d'inspiration, de dila- 
tation du thorax, loin de faire baisser la pression arterielle, 
se traduit, au contraire, par une hausse de cette pression, 
al >endu que IVffet mecanique du a ia rarefaction de l'air 

ans le thorax, se trouve plus que compense par l'aug- 
'"entation du nombre de pulsations cardiaques, par 1'acce- 
^ration de la circulation pulmonaire et par la compression 

es vis ceresabdominaux qui accompagne I'inspiration. Les 
m °uvements d'expiration, quoique diminuant les effets du 
A _ e 'horacique sont accompagnes d'une baisse de la pres- 
*»on sanguine pour des motifs de meme nature. J'ai verifie 
'Exactitude des rapports des deux phenomenes en usant 

e la methode graphique pour enregistrer sii 
a pression dans le thorax et dans Ia carotide, 



(514) 

En variant les conditions de Texperience, j'ai pu etudier 
isolement chacun des facteurs qui font varier la pression 
dans la carotide pendant les excursions de la cage thora- 
cique et je suis parvenu a renverser a volonte les rapports 
des maxima et des minima de la pression sanguine et de 
la pression intrathoracique. Pendant la fievre traumatique ct 
rempoisonnement par Tatropine (suppression du ralentis- 
sement expiratoire des pulsations cardiaques), les oscil- 
lations respiratoires de la pression arterielle deviennent 
;c les varialions de la pression thoracique 
1 lieu d'alterner avec ces dernieres. 



Sur la delimitation et la constitution de I'etage houiller 
inferieur de la Belgique; par M. J.-C. Purves. 

INTRODUCTION. 

Partout ou la grande serie carbonifere existe representee 
d'une facon complete et typique, on rencontre, vers le 
milieu de la serie, c'est-a-dire entre la masse du calcaire 
carbonifere normal et celle du terrain houiller proprement 
dit, des roches stratifiees quon a quelque peine a rattacher 
directement soil a l'une, soit a 1'autre des deux grandes 
divisions dont il vient d'etre question, 

En effet, si Ton etudie ces roches inlermediaires au point 
de vuepaleontologique,on remarque qu'il existe degrandes 
affinites entre la faune de ces roches et celle du calcaire 
carbonifere; mais, dun autre cote, si Ton considere les 
roches constituantes au point de vue purement minera- 
logique, il est evident que les affinites les plus serieuses 
existent avec la serie houillere. 



(313) 

Les terrains carbonifere et houiller, etant bien developpes 
en Belgique, sont naturellement aussi relies par la serie 
intermediaire, mais, a cause de peu deludes d'ensemble 
auxquclles ces roches avaient donne lieu jusqu'iei, la serie 
intermediaire n'avait ete considered que comme de puis- 
sance restreinte, et par consequent, de faible importance ; 
aussi ses relations exactes avec les deux autres teimes 
beaueoup mieux connus, et surtout avec les couches cor- 
respondantes de 1 etranger, etaient-elles restees obscures 
ou tout au moins incertaines. 

Pour nous rendre compte de l'etat aetuel des connais- 
sances, nous avons recherche tout ce qui a ete publie an 
sujet des couches comprises cntre le calcaire carbonifere 
e t le terrain houiller productif, et nous avons ete ainsi mis 
a tneme de retracer en quelques mots l'opinion des divers 
auteurs et l'historique de la question. 

1852. — Dumont, dans les derniers documents qu'il a 
la 'sses, divise le terrain houiller en deuxetages, Tun infe- 
rieur ou Houiller sans houille, I'aulre superieurou Houiller 
fl *?c houille. 

Dans sa division infericure, Dumont ne comprend que 
,e s phtanites, quarlzites et schistes aluniferes immediate- 
ment superposes an calcaire, et son etage superieur com- 
Prend tout le reste de la serie houillere ; toutefois, l'illustre 
Seologue fait remarquer que les phtanites, qui commencent 
s °n etage inferieur, semblent, par leur nature et leur 
imposition, relier ou former le passage entre le facies 
^rbonifere et le facies houiller. 

1853. — D'Omalius, lout en admetlant la delimitation de 
^age inferieur telle que 1'avaitconcue Dumont, lui donne 
P l us d'importance en l'erigeanl en division independante 



(516) 
et en le considerant comme l'equivalent en Belgique du 
terrain carbonifere moyen. 

1859.— Mlrchison adopte la classification de d'Omalius 
et, par des considerations paleontologiques, il synchronise 
Ies ampelites et les phtanites avec le Millstone grit de 
I'Anglelerre. 

1860. — M. Gosselet, dans son Memoire sur les terrains 
primaires de la Belgique, p. 119, reunit les phtanites et 
schistes aluniferes au calcaire carbonifere, a cause de la 
similitude des faunes. 

1880. — Plus tard/dans son Esquisse du nord de la 
France et des contrees voisines, le memeauleur synchronise 
le terrain houiller sans houille de Dumont, c'est-a-dire les 
ampelites et les phtanites, avec lePennystone deCoalbrook 
Dale, ce qui fait remonter nos couches au-dessus du 
Millstone Grit. 

1868. — M. G. Dewalque, dans son Prodrome d'une 
description geologique de la Belgique, adopte la classification 
de Dumont, c'est-a-dire que les phtanites et les ampelites 
sont ranges a la base du terrain houiller sous la denomi- 
nation de Etage houiller sans houille. 

1876. — En 1876, MM. Briart et Cornet attirent 
l'attention des membres de la Soeiete geologique de Bel- 
gique sur la presence pres de Fontaine-l'Eveque, dans le 
Hainaut, d'une bande epaisse de gres poudingiforme, en 
faisant remarquer la persistance de Taffleurement de ce 
gressuivantune ligne parallele etrelativement peu eloigned 
de la limite superieure du calcaire carbonifere, et la 
ressemblance mineralogiquedecetteroche avec le Millstone 
grit d'Angleterre. 

MM. Briart et Cornet concluent de leurs observations 
que le gres de Fontaine-l'Eveque pourrait tres-bien repre- 



(■«*■) 

senler exactement le Millstone grit, et s'il en etait ainsi, 
qu'il y aurait lieu de relever la limite inferieure du houiller 
proprement dit, c'est-a-dire de la placer au niveau constant 
dugres poudingiforme, au lieu de la conscrver immedia- 
diatement au-dessus des phtanites et des ampelites.. 

Ces interessantes remarques semblent avoir etc le point 
de depart des recherches faites en quelques points de la 
bande houillere par MM. Faly, Hock, et Firket, recherches 
qui ont abouti dans la decouverte d'affleurements locaux 
d'un gres ayant les memes caracteres mineralogiques et 
situe dans la meme position slratigraphique que celui 
mdique en premier lieu par MM. Cornet et Brian. 

M. Faly a d'abord suivi l'affleurement du gres vers IE., 
puis il a egalement reconnu ia presence de la meme 
roche vers le bord N. du bassin de Charleroi et enfin 
MM. Firket et Hock ont etcndu ces observations en signa- 
lant dans le bassin de Liege, le premier a Seilles et a 
* m ay, le second dans les environs d'Andenne, la presence 
d un gres grossier dans une posiiion analogue a celle qui 
av ait ete reconnue auparavant par MM. Briart, Cornet et 
F alv dans le bassin de Charleroi. 

1880. — Enfin M. Molrlon, dans sa Geohgie de la 
Belgique, apres avoir relate les observations que nous 
y enons de faire connailre, adopte le changement propose 
Par MM. Briart et Cornet. 

L'auteur comprend done, dans Pelage houiller, les 
ampelites, les phtanites et les couches qui les surmontent, 
eelles-ci etant terminees par la bande de gres dont il a ete 
question, et qu'il propose de nommer : Poudingue de 
Monceau-sur-Sambre. 

Tel est, expose le plus brievement possible, 1'hislorique 
de la question. 



( 518 ) 

fividemment, avant de pouvoir considerer comme 
entierement justifiee lanecessite du deplacement de la base 
du terrain houiller proprement dit et sa fixation au niveau 
du gres poudingiforme, dont 1'extension s'etait successive- 
men t accrue a la suite des decouvertes des geologues cites 
ci-dessus, il fallait s'assurer que la disposition stratigra- 
phique reconnue eonstante dans un certain nombre de 
localites se realisait egalement dans toute Tetendue du 
bassin principal et, le eas echeant, dans les petits bassins 
secondaires lateraux. 

C'est cette generalisation que nous avons eu tout dabord 
1'occasion de verifier. 

M'occupant, depuis un certain temps, de l'etude com- 
parative des faunes des terrains anciens de la Belgique, 
mes rechcrches m'avaient souvent conduit le long des 
limites des terrains carbonifere et houiller et, presque 
constamment, lorsque des failles on d'autres circonstances 
ne venaient pas supprimer ou cacher la succession des 
couches, je rencontrais, a peu de distance du sommet du 
caleaire carbonifere, des affleurements dune roche grossie- 
rement poudingiforme, d'une continuite remarquable et qui 
me frappait tout particulierement a cause de la ressem- 
blance considerable qui existe entre cette roche et les 
grits qui se trouvent en Angleterre dans le carbonifere 
moyen, e'est-a-dire dans les series connues sous les nonis 
de Yoredale et Millstone grit dont l'aspect m'etait depuis 
longtemps familier. 

Je profitai done de toutes les occasions qui se presen- 
taient pour noter partout, non-seulement la position du 
caleaire et du gres, mais encore pour lever la coupe des 
, et, ayant ainsi recolte un tres-grand 
, parmi lesquelles il en est qui sont tres- 



( 519 ) 

completes, grace a des recherches longues f 

jai cherche a me rendre compte de la nature exacte des 

strates que j'avais rencontrees. 

La comparaison de toutes mes coupes m'a bientot mon- 
tre, outre la realite du parallelisme de la bande de gres 
avec le calcaire et la continuite de raffleurement beaucoup 
plus complete que celle qui avail ete signalee jusqu'ici, 
que la serie des couches intermediaires entre le calcaire 
etle gres presentait toujours certains caracteres constants, 
une disposition generate analogue, qui lui donnait un facies 
distinct, assez aisement reconnaissable au moins pour cer- 
taines parties, et dont Tensemble devait etre considere 
comme division nette et d'importance assez notable. 

C'est alors que, m'etant assure qu'aucun travail d'en- 
semble suffisamment detaille n'avait encore ete publie sur 
cesujet, j'ai cru le moment venu de faire part a FAcademie 
de mes observations. 

Je me suis done propose, dans le present travail, de 
resoudre les questions suivantes : 

1° Lassise du gres grossier forme-t-il un horizon con- 
stant dans le grand groupe carbonifere? 

Et s'il en est ainsi : 

2- Quelle est la succession des couches entre cette assise 
et le calcaire? 

3° Quels sont les caracteres paleontologiques de ces 
couches ? 

*° Quellesont ete les conditions de leur depot? 

5° Avec quels depots etrangers peut-on les synchroniser ? 

La resolution de ces cinq questions entraine^evidem- 
ttent l a connaissance complete du sujet par ordre metho- 
dise, aussi aborderai-je directement ces questions dans 



L'assise du Gres grossier forme-t-il un horizon constant 

ET CONTINU DANS LE GRAND GROLPE CARBONIFERE? 

L'assise greseuse grossiere dont il est ici question, ne 
pent etre nulle part plus faeilement etudiee que dans les 
environs d'Andenne. 

Au N., el plus particulierement au S. et au S.-E. de 
cette ville, le gres se montre sur une grande etendue, el 
des affleurements importants sont souvent mis a decouvert 
tant par des coupes artifieielles que naturelles. 

C'est egalement dans cette region que l'assise semble 
avoir atteint son plus grand developpement; aussi, je crois 
utile de proposer, pour designer l'ensemble de l'assise, le 
nom de Gres d'Andenne plus eonforme a la realite que 
celui de poudingue de Monceau. 

Dans les pages qui suivront, j'adopterai done le nom 
de Gres d'Andenne ou simplement Gres grossier pour desi- 
gner la roche , attendu que les parties reellement poudin- 
giformes ne constituent qu'une faible fraction de la masse 
et que souvent elles manquent tout a fait. 

Avant d'aborder la solution de la question posee ci- 
i du gres d'Andenne, 
! cette roche, quelle est sa 
nature et quels sont ses principaux caracteres. 

Cqracteres lilhologiques du Gres d'Andenne. 
Le Gres d'Andenne est une roche dont la texture et la 
couleur sont tres-variables, mais dont la composition mi* 
neralogique 



(521 ) 

Lorsque la roche est extraite ties profondeurs du sous- 
sol, c'esl-a-dire lorsqu'elle a ete preservee des atteintes des 
agents atmospheriques, elle est de couleur gris fonce, 
parfois bleuatre, due a la presence de particules charbon- 
neuses, ou a celle d'une quantite toujours peu considerable 
de carbonate ferreux dissemine. 

Dans des affleurements, an contraire, ou la roche a ete 
exposee aux actions physiques et chimiques de I'atmo- 
sphere, elle prend une teinle gris pale, quelquefois rose ou 
meme rougeatre, causee par Foxydalion des sels ferreux, 
ou bien elle perd entierernent toute couleur et devient d'un 
olanc pur par combustion lentc du carbone interpose. 

Pour ce qui concerne la texture, la roche presente toutes 
les transitions entre le gres a grain moyen et le conglome- 
rat a elements grossiers. 

La masse greseuse est generalement constitute de par- 
ticules de volume variable, ordinairement subangulaires, 
de quartz blanc et de phtanite, entre lesquelles sont inter- 
nes des granules de kaolin et parfois de fragments cris- 
'allins de felspath plus ou moins decomposes el, beaucoup 
Plus rarement, de paillettes de mica argente. 

Ces elements semblent soudes et reunis en une masse 
dure, par de la silice soluble resultant probablement de la 
decomposition du felspath. 

Q"ant au conglomerat ou facies le plus grossier de 
I assise greseuse, il contient les memes elements que ceux 
qui constituent le gres proprement dit,cest-a-dire quil est 
forme de cailloux de quartz et de phtanite reunis par de 
'a silice, ou, plus rarement, par un ciment argilo-siliceux. 
Les cailloux de phtanite sont toujours de forme plus angu- 
leuse que ceux de quartz, et d'ordinaire, ces derniers sont 
sensiblement les plus nombreux. - 



( S22 ) 



Caracteres paleontologiques du Gres d'Andenne. 

Les fossiles sont peu abondanls dans le Gres grossier. 

Les debris organiques que Ton rencontre le plus com- 
munement, sont d'origine vegetale et consistent en frag- 
ments de troncs de Lepidodendron,' de Calamiles et de 
Sigillaria. Ces fragments atteignent quelquefois des dimen- 
sions assez considerables. 

Je n'ai pu decouvrir de fossiles animaux que dans une 
seule localite : c'est dans la tranchee du chemin de fer de 
Monceau, ou j'ai recueilli, dans une couche de schiste 
intercale entre deux bancs de gres poudingiforme, trois 
specimens de Li?igula mytiloides, Sow. 



Cette decouverte 



tres-importanfe 



quand nous en serons arrives a trailer des conditions de 
depot de la masse greseuse. 

Les prineipaux caracteres du Gres grossier d'Andenne 
etant ainsi connus, abordons maintenant la question posee 



Affleurements, etendue geographique et allure 
du Gres d'Andenne. 

Nous avons releve avec soin sur les feu ill es au 20,0W 
les affleurements du Gres grossier signales par nos devan- 
ciers ou decouverts par nous-meme, en operant leurs rac- 
cordements probables dans les points ou les circonstances 
empechent de les atteindre et de les observer. 

Nous allons les suivre rapidement en partant du bord 
meridional dubassin de Charleroi vers les bassins de Namur 



(S23) 
et Liege, c'est-a-dire en allant de TO. vers YE., puis en 
revenant par le bord septentrional des memes bassin en 
prenant la direction E.-O. 

Le point le plus occidental de raffleurement du Gres 
grossier dans l'ensemble du Bassin houiller est situe sur 
la rive gauche du ruisseau de Forchies, a 1 kilometre 
environ au N. de la station de Fontaine-l'Eveque , et a un 
peu plus de 600 metres de la limitedu calcaire carbonifere. 

De ce point extreme, raffleurement passe a travers le 
Bois de la Charbonniere (1) vers la tranchee du chemin 
de fer a TO. de Monceau ou Ton peut en observer une 
coupe. De la le Gres se dirige vers la Sambre pres de 
Hameau, ou existe une coupe de toute la serie comprise 
entre le gres et le calcaire. 

Traversant la riviere, la bande de GVesprend une direc- 
tion S.-E. et passe, en se maintenant toujours parallele au 
calcaire, au N. de Mont-sur-Marchiennes ou son affleure- 
rement disparait sous les depots recents. Mais le Gres se 
retrouve bientot plus bas au N. de la bande de calcaire 
de Jamioulx, puis dans le Bois de Hublicobut au S.-O. de 
Loverval, d'ou il se dirige vers le N.-E., passant par La 
Queue, et Fisteaux, en se poursuivant jusqu'aux environs 
de Chatelet. 

Dans les environs de celte localile, raffleurement est 
cache par le limon, mais il reparait bientot dans la colline 
d u Bois de Broue dont il forme la crete, s'etendant jusqua 
Aiseau, puis au S. d'Oignies et au i\. de Falisolle; il tra- 
verse ensuite le village d'Arsimont et continue au travers 
^u Bois de Ham jusqua Deminche. 

(1) Tous les noras de localile:. sont tires de la carle au 20.000* du Minis- 



(524) 

A Floreffe, le Gres forme la crete sur laquelle est siluee 
la tour du signal, puis il prend une direction presque orien- 
tate en passant par le J\. de Malonne au Bois de la Vequee 
et de la vers la Meuse qu'il atteint a mi-chemin entre la 
Pairelle et La Plante. 

A partir de Namur en se dirigeant vers l'E., laffleure- 
ment du Gres disparait momentanement. Mais il est facile 
de constater que cette dispuniicn *V\|-lique par le fait de 
la constitution menie de la partie E. du bassin de Namur 
qui ne presente que des conches inferieures au Gres, les 
parties superieures ayanl ete enlevees par denudation. 

C'est vers Andenne que raffleurement commence afaire 
sa reapparition. En effet, nous retrouvons le Gres formant 
un petit bassin au sommet du Bois de Stud a TO. d'An- 
denne, puis au sommet du Calvaire, pres de la ville ou une 
belle coupe, montrant toute la serie comprise entre le Cal- 
caire el le Gres, est visible. 

Omettant pour le moment les affleurements multiples 
causes par le plissement de la bande de Gres au S. et au 
S.-E. d'Andenne, nous pouvons suivre presque sans inter- 
ruption la crete formee par rafileurement da Gres a partirdu 
calvaire sur les sommets de Pelemont et Cheneux jusqu'au 
Bois de Mont de Gosnes pres de Ben Ahin. En ee point le 
Gres s'abaisse et passe sous les alluvions de la Meuse, ainsi 
que sous celles qui remplissent la vallee au pied de Mont 
Falhize au N. de Huy; puis il reparait ensuite sur les hau- 
teurs entre les Paturages et Kakerie d'ou il prend une 
direction N.-E. en se poursuivant vers Henrotia, Amp 8 "' 
Wahairon, Thier Pirka, Amay, Flone, Aigremont et Fle- 
malle-Haute. Arrive en ce point I'aflleureiiient s'infleclut 
en suivant la sinuosite du calcaire vers le S.-O. et traverse 
la Meuse pour contourner, pres de Ramioulle a I'B. d E«" 
gihoul, le sommet de Tangle du bassin houiller. 



(MS ) 

Le dernier endroit ou j'ai observe Ie Gres dans cette 
panie du bassin de Liege est situe a 600 metres environ 
a FE. de la houillere d'lvoz sur la lisiere du Bois du 
Val-St-Lambert, c'est-a-dire pres de la grande faille qui 
rejette le terrain houiller contre le devonien inferieur. 

En continuant a suivre la limite meridionale du terrain 
houiller vers le N.-E., nous ne rencontrons plus le Gres 
grossier avant d'arriver a Chevremont ou on l'a mis a 
decouvert en creusant les fondations d'une maison situee 
a 1'E. du nouveau couvent. De la l'affleuremcnt reparait 
sur une assez grande etendue dans le Bois de la Roehette, 
pres de la ferme de Besle, puis a la cour de Freneaux, au 
"•-E. de Magnee d'ou on peut le suivre passant au N. de 
S'-Hadelin, Xhendelesse, Stoquis, et les deux Rechains 
jusqu'a Haute Sauree ou il est coupe par Ie chemin de fer 
du Plateau de Herve. 

Le Gres, dans ses affleurements situes pres des quatre 
dernieres localites, estgrossierement poudingiforme. 

En continuant toujours vers le N.-E., nous rencontrons 
beaucoup de blocs de gres et poudingue eparpilles Ie long 
de la faille qui rejette le terrain houiller contre les psam- 
ro 'tcs du Condroz, jusque pres de la froniiere allemande, 
et on peut egalement observer dans cette region une cein- 
tur e de la meme roche autour des petites voiites de ealcaire 
qui percent le terrain houiller, suivant une ligne passant pres 
de Quatre Chemins , Villers, Muschemen et La Bruyere, 
a « N. de Welkenraedt. 

On trouve encore le poudingue dans un petit bassin 
houiller qui n'est pas indique sur la carte de Dumont, et 
^i est situe dans la bande de ealcaire au S. de Welken- 
rae dt et, a peu pres a moilie chemin entre les hameaux de 
Nereth et de Lanzenberg. 

3 me serie , TOME II. 5S 



(526) 

Ayant ainsi esquisse rapidemenl la position de l'affleu- 
rement du Gres grossier le long de la limite meridionale 
des bassins de Charleroi, Namur et Liege, nous allons 
maintenant retourner sur nos pas en suivant la limite 
Nord des memes bassins. 

A cause des grands espaces recouverts par le limon 
quaternaire et les terrains cretace et terliaire, nous ne 
pourrons mallieureusement pas suivre pas a pas lesaffleu- 
rements du Gres grossiei*\e long de la limite septentrionale; 
nous rencontrerons des solutions de coniinuile regretta- 
bles, mais cependant, les parlies visibles suffiront pour 
donner des preuves suifisantes de la Constance de l'horizon 
du Gres dont nous avons ici entrepris 1'etude. 

En ometlant la partie N.-E. du bassin de Liege qui a 
presente certaines difficultes d'observation et dont nous 
n'avons pu encore jusqu'ici lirer un parti convenable, le 
premier point ou nous trouvons le Gres grossier est situe 
au S. d'Hozemont. Plus loin nous le retrouvons au village 
de Fize-Fontaine, ou on le voit, dans une grande earriere 
abandonnee, faiblement incline vers le S., puis a Vinal- 
mont d ou on peut suivre laffleurement jusqu'a Moha dont 
l'eglise est batie sur le Gres. Ce point fournil < '-gaU-ineiit 
une asscz bonne coupe de la serie des couches inferieures. 

Entre Moha et Seilles nous avons rencontre le Gres pies 
du village de Sur les Trixbes au S. du caleaire de Couihuin, 
et enfin nous Tavons vu pour la derniere fois au N. de a 
station Andenne-Seilles ou la bande greseuse est coupee 
par la grande route qui mene a Bierwart. 

Entre ce dernier point et Namur le Gres disparait par 
suite des denudations, mais on le voit bientot apparaitre 
sur les hauteurs pres du Chateau avec une inclina |S0D 
generale vers le S., mais faisant de grands plis dont deux 



(S27) 
traversers la Meuse pres de Flawinne el continuent dans 
la direction 0. jusqu'au dela de FlorilToux. 

Nous retrouvons encore le Gres ondulant et inclinant 
vers le S. entre Moustier et Goyet, apres quoi il disparait 
sous le limon jusqu'a Piersoulx au N.-E. de Gosselies ou 
on le voit dans une carriere abandonnee. 

II passe ensuite au N.-O. de cette derniere Iocalite pour 
reapparaitre dans le bois pres du village de Grands-Sarts 
ou il forme une erete qui descend a 10. vers le canal et le 
chemin de fer de Charleroi. 

Cos voies de communication traversent la bande du Gres 
qui, alors, se courbe un peu au N.-O. pour se dinger vers 
la voie ferree des houilleres de Courcelles a proximite de 
laquelle une petite carriere situee a 1400 metres au S. de 
1'ancienne carriere de calcaire de Chaussee, montre le Gres 
a texture poudingiforme pour la derniere fois. 

En ce point, nous sommes en effet peu eloigne du meri- 
d ien de Fontaine-rEveque , e'est-a-dire du point ou nous 
avons commence a suivre 1'affleurement du Gres autour 
des bassins houillors. 

Enfin pour ce qui concerne le bassin de Mons, toutes 
le s pointes S. des affleurements du calcaire sont recou- 
v ertes par des epaisseurs assez considerables de depots ter- 
tia ires et creiaces qui masquent partout la place ou on 
s'attendrait a voir paraitre le Gres. 

Outre les deux lignes principales d'affleurement dont 
nous venons de suivre le trace le long des bords du bassin, 
11 en existe encore d'autres qui apparaissent lorsque le 
Gr ^ est ramene a la surface par les plissements de l'inte- 
rj eur du bassin, ou par des failles. 

Nous menlionnerons comme affleurements secondares 
qui semblent etre de cette categorie ceux de La Supexhe a 



( 528 ) 
IE. (TArgenteau, de la ferme St-Remacle an N. des Awirs, 
du Bois St-Lambert entre Ampsin et Fize-Fontaine, et 
enfin du Culot-dcs Hayes au S. dc Charleroi. 

D'apres ce qui precede nous nous croyons done autorise 
a affirmer en toute certitude que le Gres grossier d'Andenne 
constitue un horizon stratigraphique bien caracterise et 
dont la position et la continuite sont constantes tout aulour 
des bassins houillers de la Belgique. 

Ainsi se trouvent confirmees les vues emises par 
MM. Briart et Cornet et que nous avons fait connaitre 
plus haut ; de meme aussi se trouve resolue la question 
que nous nous etions posee au commencement de ce cha- 
pitre. 

Nous pouvons done passer maintenant a la solution de 
J question. 



Quelle est la succession des couches comprises entre 
l'assise du Gres grossier et le calcaire carbonifere. 

Caracleres lithologiques. 
D'une maniere generate, on peut dire que la serie des 
couches qui se trouvent comprises entre le Gres et le ca 
caire carbonifere consiste en une puissante masse de 
schiste argileux dans laquelle sont intercales, a des mter- 
valles inegaux et variables, des couches de gres argileux, e 
vers le milieu de laquelle se presentent deux ou troi 
minces couches de houille maigre dont Tune au moins 
accompagnee de son « under clay » e'est-a-dire de la ti" aC 
du sol portant les racines des plantes qui, par leur acci 
mulalion, ont forme la houille. 



( 529) 

En general, le schiste argileux ne differe point essentiel- 
lement des schistes houillers ordinaires, sa couleur varie 
du noirau gris noiratre quand il est fraicheraenl cxtrait 
des profondeurs, mais expose a Fair il devient, au bout 
d'un certain lemps, gris verdatre ou jaunalre. 

Par Taddition d'une certaine quantite de sable, le schiste 
passe au psammite schistolde et lorsque ees schistes et psam- 
miles sont fortement imprcgnes de -Mice, ainsi que cela se 
presente en plusieurs points du bassin, vers le bas de la 
s «ne, ils constituent des roches fissiles, dures, quelquefois 
presque companies, et qui ont regit, assez improprement, le 
nom de phtanites. 

11 est en effet necessaire de ne pas confondre ces 
inches silieifiees avec les vrais phtanites en lits ou en 
rognons du calcaire earbonifere, car, non-seulement il 
e *iste entre elles une difference pe'trologique, mais aussi 
u ne difference notable dans le monde de formation (1). 

Le phtanite houiJIer n'est qu'un schiste argileux addi- 
l 'onne d'une quantite plus ou moins grande de sable fin et 
dont la masse a ete plus tard fortement impregnee de 
silice. 

Les phtanites du calcaire earbonifere, au contraire, sont 
des lits de calcaire schistolde dont le calcaire a ete remplace 
P ar de la silice ; ou bien lorsqu'ils offrent la forme de 
r °gnons, on peul dire que leur formation est identique a 
CeIle des silex de la craie. 

Les phtanites houillers sont d'ordinaire noirs ou gris 
f °nce lorsqu'ils ont ete soustraits aux influences atmosphe- 



Voir a ce sujet le beau travail de M. Renard, i 
au Musee royal d'histoire nalurelle de Biuxelles, intitule : Recher- 
Hthologiques sur les Phtanites carboniferes de la Belgique, Bcll. 
^cab. eot. de Belgiqce, 2' ser., t. XLVI. uovembre 1878. 



(330) 

riques, mais par alteration, ils deviennent gris clairs, 
blonds ou me me blancs. La texture est toujours plus ou 
moins distinctement grenue, meme dans les varietes en 
apparence les plus eompactes, et sous un faible grossisse- 
ment les grains apparaisseni d'une maniere tres sensible. 

Lorsque les memes roches sont peu fissiles et formecs 
principalement de grains de sable fin cimentes par de la 
silice, on leur a donne le nom de quartzites. 

En general, on peut done dire que la serie comprise 
entre le gres grossier et le calcaire est constitute par un 
schisteargileux traverse de bandes plus ou moins sableuses 
dont la partie inferieure a souvent ele impregnee de silice 
et transformee en phtanites et quartzites, et dont la partie 
superieure conservee intacte sous forme de scbistes et de 
psammites, renferme, vers son milieu, quelques couches de 
houille maigre. 

Telle est la succession des couches de la serie et sa con- 
stitution mineralogique sommaire;entrons maintenantdans 
quelques details au sujet des variations qui peuvent se 
presenter. 

On rencontre quelquefois, intercales dans les phtanites, 
des lils de schistes argileux qui n'ont pas ele atteints par 
la silicification et sont alors petris dempreintes de fossiles. 
La couleur de ces schistes est noire, passant au gris rou- 
geatre par alteration. 

En quelques localites, comme a Samson ces schistes 
sont situes entre le calcaire et les phtanites; a Seilles et a 
Antonne, N.-E. de Stud, ils sont au-dessus et au-dessous 
des phtanites ; enfin a Vise on les voit sous les phtanites 
et intercales avee ceux-ci. 

Dans la vallee de la Meuse a 1'E. de Huy ils remplacent 
completement les phtanites ou, pour parler plus correcte- 



( 331 ) 

merit, ils ont ete souslraits a la silicification qui devait les 
tranformer en phtanites, mais, en revanche, ils sont forte- 
ment impregnes de matieres charbonneuses et de pyrite et, 
a cause de eetle composition particuliere, ils ont recu le 
nom VAmpelite. 

Lorsque ces schistes pyriteux sont exposes a Fair la pyrite 
s'efileurit, absorbe de Koxygene el 
en sulfate de fer et en acide sulfi 
sur Targile de la roche , donne 
qnantite de sulfate d'alumine. C'est pour cette raison que 
•es schistes suffisamment charges de pyrite pour donner 
des quantites sensibles de sulfate d'alumine propre a la 
fabrication de Tallin et permettrc ainsi une exploitation 
mdustriclle, ont recu le nom de schistes ahmiferes. 

Toutes les roches de la partie inferieure de la serie que 
nous venons de decrire en dernier lieu, c'est-a-dire les 
phtanites, les schistes argileux qui les aecompagnent, et 
les ampelites, renferment a certains niveaux des fossiles 
animaux, se rapportant aux genres de mollusques marins, 
f'oniatites et Posidonohiya. Kilos torment <lone a la base de 
•a serie dont nous nous occupons une assise bien caracterisee 
mineralogiquement et paleontologiquement et que nous 
Proposons d'appeler d'une maniere generate : Schistes a 
Posidonomyes et Goniaiites. 

Ces Schistes a Posidononnjes renferment encore en quel- 
ls points, comme entre Flemalle et Chokier, des concre- 
tions calcareuses formees d'une agglomeration dcGoniatiles 
et d'autres fossiles. Dumont les a signalees a Melin, mais 
n °us les avons retrouvees egalement pres d'Engihonl ainsi 
qu a Warnant dans le bassin houiller isole d'Anhee. 

A Engihoul, Chokier et pres d'Aigremont, les memes 
schistes presentent encore des concretions calcareuses qui 



( 532 ) 
semblent formees par des series parallels d'entonnoirs 
slries, emboiles les uns dans les autres et semblables a 
ceiles que les Anglais appellent cone in cone. Des concre- 
tions analogues ont ele rencontrees dans les nodules <Ie 
siderose qui se trouvent souvent en Angleterre dans les 
schistes houillers. 

Des bancs irreguliers ct Ienlieulaires de calcaire inipnr 
renfermant des tiges de Crinoidcs, des Brachiopodes ct des 
Lamellibranches seprescntent aussidans eertaines loeaiil^s, 
inlercales vers le bas des schistes qui surmontent les 
schistes a Posidonomyes. Nous citerons lout particuliere- 
ment les talus de la tranehee du chemin de fer au N.-E. 
de Baudour, ainsi que l'ont fait, du reste, eonnailre 
MM. Brian et Cornet; Cauchy les signale a Mouslier. 

De notre cote, nous en avons observe deux couches vis- 
a-vis de la fabrique d'acide sulfurique d'Angleur et eon- 
sistant en deux lentilles allongees de calcaire argileux 
intercalees dans des schistes noirs contenant d'abondantes 
empreintes d'un petit Lamellibranche de la famille de M>n- 
lidees. Ces Jits de calcaire occupent a Angleur la meme 
position que ceux dont il a ete question ci-dessus. 

Tels sont les principaux details que nous tenions afaire 
connaitre relativement a la partie inferieure de la serie 
comprise entre le calcaire carbonifere et le gres grossi^! 
entrons maintenant dans quelques details au sujet de la 
partie superieure. 

Nous avons vu precedemment qu'en general cette partie 
superieure est constitute par des schistes argileux n° n 
modifies avec lits sableux intercales, dont le durcissement a 
forme des gres argileux ou psammites, et veines de charbon 

Nous designerons dans la suite sous le nom de psam- 



( 533 ) 
mites les gres argileux dont il vient d'etre question, bien 
qu'ils ne renferment ordinairement que tres-peu de mica. 
Ces psammites sont principalement composes de grains 
arrondis de quartz avec quelques particules de phtanite 
noir et des granules de kaolin blanc ou brun; le tout 
"g^lutine parde la siliceou par un ciment argilo-siliceux. 
La couleur est le gris fonce ou le gris verdatre devenant 
brunatre par alteration. 

Quant a la houille dont nous avons signale deux ou 
trois lits on veinettes vers le milieu de la serie, mais dont 
' un seulement est ordinairement exploitable en raison de 
son epaisseur, elle est de deux natures. 

La couche principale exploitable est constitute par un 
charbon maigre, c'est-a-dire contenant peu de matieres 
bitumineuses et brulant presque sans flamme ni fumee. 

Le mur de cette couche consiste en un veritable under- 
day ou argile charbonneuse, non feuilletee, feutree de 
racines et de rndicelles, et qui represente evidemment le 
s ol vegetal sur lequel les plantes qui ont forme la houille 
se sont developpees. 

C'est dans ce sol vegetal que se montrent encore bien 
feconnaissables les Stigmaria qui ne sont que les racines 
u ^ Sigillaria, et aussi de Lcpidodendron, ainsi qu*on l'a 
feeonnu retcmment en Angleterre. 

Les couches secondaiivs ou veinettes, sont composees 
d 'un lit assez mince de charbon terreux, impur, appele 
ttrre-houille ou teroule et ne semblent pas accompagnees 
d 'un mur. L'origine deces veinettes proviendrait phitot de 
1 amoncellement de matieres vegelales melees a des impu- 
r eies et charriees par les courants. 

Enfin, les schistes superposes a la petite formation 
houillere dont il vient d'etre question contiennent princi- 



(554) 

palement, d'apres nos observations, dcs branches de Cata- 
mites, plante qui parait avoir ete le plus repandue pendant 
le houiller inferieur, attendu que ses debris se rencontrent 
beaucoup plus frequemment que ceux des Sigillaria et 
des Lepidodendron. 

Nous avons termine ici ce qui a rapport a la description 
sommaire des couches de la serie houilliere inferieure; 
pour legitimer ce que nous, venons de dire et pour faire 
connaitre les details locaux que nous ne pouvions indiquer 
clans les lignes qui precedent, nous donnerons ci-dessous 
la description des principales coupes quil nous a etc permis 
de relever ; de leur etude comparative ressortira Techelle 
stratigraphique de 1'etage. 

Coupe du calvaire d'Andenne (fig. 1). (1). 

Nous avons dit precedemment que les environs d'An- 
denne peuvent etre considered comme la region typique 
pour I etude du gres grossier. C'est aussi dans cetle localite 
que l'on peut etudier avec la plus grande facilHe les 
couches comprises entre eette assise et le calcaire car- 
bonifere. 

La colline appelee le Calvaire, situee au N.-O. d'Andenne 
est constitute par la serie complete de ces couches, dres- 
sees prcsque verticalement. Cette colline s'eleve asse* 



pul.lh- par M. Hock, iny.-i.ie jr, il;rs l-« .Iwc/Vv •/•■ Ii >' 

deBe!<iique,l. V, is:s, • ,„ ,i . „ | iigine du pou.lingue bouiller 



accompagne le travail de M. Hock. 



( 355 ) 
brusquement a une hauteur d'environ 75 metres au-dess 
de la plaine des alluvions de la Mouse qui, autrefois, 
creusant son lit, aujourd'hui deplaiv, n faille dans la sei 
des couches une coupe presque normale aux strates qui 



Cette coupe etant une des plus claires et des plus co 
is la prendn 



tn montant vers le IN.-E. par la grande route d'Andenne 
a Ciney jusqu'a la derniere maison, puis se dirigeant vers 
le Calvaire, on rencontre les couches suivantes : 

Calcaire carbonifere avec Productus Cora. 

A. — Schistes noirs, siliceux, tres-durs (phta- 
n 'tes), passant aux schistes noir-grisatre remplis 
d'empreintes de Goniatites diadema et Posidono- 

n W, inch N.-N.-O environ 30 m ,00 

B« — a. Schistes sris-verdatres passant aux 

Psammites schistoides' 40 m ,00 

b- Psanimite gris fonce en bancs minces avec 

Catamites 5 m ,00 

c - Schistes noirs et psammites gris fonce renfer- 
m ent deux couches de houille dont une a m ,40 

d 'epaisseur S^OO 

rf. Psammite gris verdatre schistoide vers le 
haut et vers le bas, presentant dislinctement la 
surface ondulee appellee ripple-marks .... 8 ra ,00 

e - Schistes gris fonces avec minces bancs de 
Psammite el contenant une masse lenticulajre de 
Psammite ferrugineux pres du contact avec la 

roche suivante 30-,00 

168 ra ,00 



( 556 ) 

Gres grossier poudingiforme, et c 
coup de debris vegetaux a sa partie inferieure 
incl. N.-N.-O. = 80° , . 12 m ,00 

Le Gres peut e(re bien etudie dans la grande carriere 
au sommet du Calvaire oil Ton en voit une coupe d'environ 
12 metres. A plusieurs niveaux on observe des parties 
poudingiformcs ainsi que des minces couches schistoi'des 
contenant beaucoup de fragments charbonneux de plantes, 
entre autres de Catamites et Sigillaria. 

Le Gres grossier est presque vertical au sommet du 
Calvaire, mais en descendant, il fait un coudc tres-distincr, 
et au bas de la colline, ou il plonge sous les alluvions de 
la Meuse, il n'a plus quune inclinaison de 10° N.-N.-O. 

A sa partie superieure le Gres est recouvert par des 
schistes houillers superieurs avec quelques minces veines 
charbonneuses. 



N° 2. Coupe entre Tramaka et le chemin de fer a I'E- 
de la station d'Andenne(Cig. 2). 

Le Gres grossier, que nous avons vu dans la derniere 
coupe disparaitre sous les alluvions de la Meuse, revient 
an jour, sur la rive gauche de la riviere immediatement 
au N. de la station d'Andenne. 

La coupe suivante prise depuis le calcaire de Tramaka, 
qui affleure a 900 metres environ au N.-N.-O. du Gres, 
jusqu'a un point sur le chemin de fer situe a «00 metres E- 
de la station, montre la succession suivante : 



Calcaire carbonifere incl. S.- 
A. — Phtanites sur le senti* 



( 837 ) 
a YE., puis fragments de Schistes a Posidonomya. Le con- 
tact de ces couches avec le calcaire n'est pas visible. 

B. — a. Schistes gris verdatres visibles en montant la 
cote au N. de la cheminee de la fabrique de zinc de 
Tramaka. 

b. Psammite gris verdatre, dur, en bancs irreguliers, 
separes par des schistes sableux , micaces conlenant beau- 
coup de debris de vegelaux. (Catamites, etc.,) incl. S.-E. 
= 12. 

c Schistes et psammites gris noirs avec lit de charbon, 
ce dernier affleurant de chaque cdte de la petite vallee 
a Test de la route. La cote est criblee d'anciennes excava- 
tions superficielles, et ce sont ces couches qu'on exploitait 
autrefois a la houillere de Seillcs. 

rf. Au S. de la houillere, psammites gris fonces avec 
ripple-marks. 

e. Au tournantde la route, schistes gris fonces (1). 

Gres grossier, au N. de la station, en bancs lenticulaires, 
gris bleuatre vers le centre de la cassure, brun rougeatre 
Par alteration, a grains moyens vers le haul, devenant plus 
grossier vers le bas, renfermant des debris de plantes, avec 
qnclques petits lits irreguliers de schistes noiratres inter- 
cales. Onn'y observe pas de parlies poudingiformes comme 
au Calvaire d'Andenne. 

Cette coupe peut etre considered comme un bon exemple 
<*e l'allure du houiller inferieur sur le versant nord du 



( 538 ) 
bassin. Malheureusement elle ne montn 
le contact des schistes a Posidonomyes avec le calcaire : 
cependant en suivant la ligne d'affleurement de ce dernier 
vers le S.-O. on observe d'abord, dans une petite tranchee 
au N. de Teglise de Seilles, ces schistes surmontes paries 
schistes gris verdatres (b), puis a la carriere de Seilles on 
voit les phtanites, avec des couches sableuses a la base 
contenant beaucoup d'empreintes de Productus etAthyris 
ou Terebratula, reposer sur le calcaire. 

La partie inferieure de ces schistes a Posidonomyes 
peutetre encore mieux etudiee dans la carriere a Antonne 
sur la rive droite de la Meuse vis-a-vis de Seilles ou Ton 
voit la coupe suivante, qui nous n'avons pas figuree : 

N° 3. Coupe de la carriere d' Antonne (de bas en haul.) 

1. — Calcaire carbonifere faiblement incline vers le 
S.-E. 

2. — Psammite schistoide, gris rougeatre, a grains fins, 
avec parties calcareuses el passant vers le haut au calcaire 
impur contenant beaucoup de debris de Brachiopodes. 

3. — Gres siliceux a grains fins. 

4. — Schistes noirs, gris par alteration, desagreges, 
representant probablement les schistes a Posidonoih<je*. 

5. — Phtanites noirs et gris, ou zones de ces deux 
couleurs. 

En montant par la route au S. de la carriere on observe 
que ces phtanites sont recouverls par des schistes con- 
tenant des Posidonomyes. 

La coupe suivante prise dans la grande carriere situee 
entre Samson el Maizeret, montre encore le passage entre 
le calcaire et les schistes a Posidonomyes. 



N° 4. Coupe de la carrier e entre Samson el Maizeret 
(fig. 3). 

i. — Calcaire carbonifere schisto'ide vers le haul. 

2. — Schistes noirs avec Productus carbonarius. 

3. — Roche argilo-calcareuse, noir, avec debris A'Athy- 
ris? Orthotetes? etc. 

4. — Schistes gris rougeatres sableux, devenant plus 
argileux vers le haut, avec Posidonomya et passant a : 

5. — Phtanites noirs, grenus contenant egalement des 
Posidonomya. 

N° 5\ Coupe entre Theormont et I'ancien four a chaux 
au S. du moulin Kevret (fig. 4). 

En suivant l'affleuremriit n'u (ires urossier depuis le 
Calvaire d'Andenne vers 1'E. jusqu'a I'endroit ou il est 
coupe par une vallee, dirigee N.-S., pres du village de 
Flisme, puis en remontant cette vallee jusqu'a I'ancien four 
a chaux au S. du Moulin Kevret (ecrit Hevrel sur la carte), 
nous avons pu dresser la coupe suivante commencant au 
N. de Theormont. 

Calcaire carbonifere incl. N.-N.-O.— S.-S.-E.=2o°— 50°. 

A. — Phtanites et Schistes a Posidonomya el Goniatites. 
Surles fiancs de Theormont ces schistes sontremplis d'em- 
preintes de ces fossiles; et ils condiment jusqu'a la lisiere 
<to Bois de Paspeaux. 

B. — o. Schistes gris verdatres, passant vers le haut 
au * schistes noirs avec traces de charbon impur, terreux. 

b> Trois bancs de psammites contenant des Catamites et 



(540) 

c. Schistes et psammiles avec deux couches de houille 
dont une estactuellement exploitee vers TO. aux houilleres 
de Haute Bise et Groynne, ou elle a m ,40 de puissance. 

d. Fort banc de psammite gris. 

e. Schistes gris fonces. 

Gres grassier de 10 metres d'epaisseur environ, visible 
pres du Moulin Kevret. Ce gres se presente en bancs irre- 
guliers inclines S.=30° au pied de la colline, mais en haut 
de celle-ci il se recourbe vers le N. et tend a prendre une 
position se rapprochant de Ihorizontale; il est poudingi- 
forme a sa partie inferieure et renferme un petit lit de 
matiere charbonneuse. 

On reconnait encore ici la succession generate des cou- 
ches observee a Andenne, seulement on remarquera que 
le depot gresiforme a pris un developpement relatif assez 
considerable vers la partie moyenne de la serie. 

En continuant a suivre la route vers le S. on rencontre: 

C. — Schistes et psammites avec lits de charbon, le 
tout fortement plisse et contourne. 

D. — Gres grossier en bancs irreguliers et disloques 
fortement inclines vers le S. 

E. — Schistes gris-noirs a stratification confuse, renfer- 
mant un banc depsnm, |U& 

F. — Phtanites et Schistes a Posidonomyes a stratification 
confuse, desagreges. 

G. — Calcaire carbonifere incl. S = 80, dont le contact 
avec les phtanites est cache par des eboulis. 

La distance du calcaire au gres grossier dans cet endro , 
peut etre evaluee a 7o metres. 

On peut suivre l'affleurement de la bande de gres vers 
l'E. jusque pres de la ferme Robert Froid, et vers 



( 541 ) 
jusqu a Bellaire au N. de Haltinne, c'est-a-dire sur une 
longueur lotale de 5 kilometres. 

^interpretation de la derniere partie de la coupe que 
nous venons de decrire n'est pas aisee. 

M. Hock, dans son travail, donne une description des 
couches traversers par Ie tunnel d'Andinelle qui chemine 
sur une ligne sensiblement parallele a celle de notre coupe, 
mais a 600 metres environ plus vers l'E., et qui n'arrive 
pas jusqu'a la position de l'assise de gres grossier (D) que 
nous avons signalee. 

Dans la figure qui accompagne son travail, M. Hock 
represente Ie gres grossier que traverse le tunnel d'Andi- 
nelle, et qui doit etre le prolongement de la bande du 
Moulin Kevret, comme renverse sur lui-meme par un pli 
synclinal aigu, et, par consequent il conclut que les cou- 
ches des chistes et psammites (C. de notre coupe) au S. 
de cette bande sont la repetition de celles observees au Ff. 

S'il en est ainsi, nous serions force d'admettre que le 
gres grossier E. est une anomalie qui ne se rencontre nulle 
Partailleurs dans une position analogue. 

Si. d'un autre cote, nous concluons que la bande de gres 
de notre coupe nest que la repetition « en dressant » du 
?res grossier du Moulin Kevret, nous serons force de sup- 
Poser la suppression par une faille de la majeure partie de 
Ja serie qui devrait se trouver entre le gres D et le cal- 
caire H. 

Des recherches ulterieures eclairciront la question. 

N° 6. Coupe a Moha (fig. 5). 

L eglise de Moha est batie sur le Gres grossier dont les 

^ncs inclinent S.-E. = 20°. C'est le prolongement de la 

3"* serie, tome n. 56 



(S42) 
bande que nous avons observee au N. de la station d'An- 

Le ealcaire carbonifere se montre a 450 metres environ, 
au N.-O. de l'eglise sur le versant S. d'une petite vallee 
qui debouche dans la vallee de la Mehaigne en face de la 
station de Moha. En commencant a ce point et se dirigeant 
vers le S.-E. on observe la succession suivante: 

Calcaire carbonifere : 

A. — Schistes a Posidonomyes. Ces schistes dans la 
petite vallee sont caches par les alluvions, mais on peut les 
observer sur le talus du chemin qui monte vers Froidmont. 

B. — a. Schistes gris verdatres* qui s'observent au N- 
de la station. 

6. Schistes et psammites gris fonces durs, avec restes de 
vegetaux, exploits dans une petite carriere sur le versant 
N. de Rois des Vallees. 

c. Une ligne de terris marque, sur le plateau au N.-O. 
de l'eglise, la position d'une couche de houille, et, en 
montant la route qui conduit a leglise, on rencontre les 
schistes et psammites qui l'accompagnent. 

d. Fort banc de psammite a 60 metres environ au >.*0- 
de l'eglise. 

e. Schistes gris fonces visibles sous le gres grossier sur 
la rive gauche de la Mehaigne. 

Gres grossier sur lequel l'eglise de Moha est situee. 

Cette bande de gres traverse la riviere en se dingean' 
vers Wanzoul parallelement a la limite S. du calcaire, et 
Ton observe entre ces deux affleurements une lig« e 
terris houillers. 



( 543 ) 



N° 7. Coupe a Thier Pirka, N.-O. d'Amay 

(fig. 6). 

An N d'Ampsin, sur la rive gauche de la Meuse, le 
Gm grossier en bancs presque verticaux, poudingiforme 
vers la base, forme une crete qui, en se dirigeant vers le 
N.-E., est recoupee d'abord par la petite vallee a TO. 
d'Amay, puis a Thier Pirka, par la route de Bodegnee. 

En cette derniere localite nous avons releve la petite 
coupe suivante : 

Calcaire carbonifere inch S.-E. = 70°. 

A. — Ampelites avec Posidonomyes et Goniatites. 

B - — c. Schistes et psammites avec couche de houille 
exploitee autrefois a la houillere de Thier Pirka. 

«. Schistes gris fonces, visibles sur 40 metres dans la 
Petile tranchee de la route. 

Gres grossier coupe par la route a 100 metres environ 
au N. de la houillere. 

N° 8. Coupe de la vallee au N. de Flone 
(fig. 7). 

En remontant la vallee au nord de Fl6ne, on peut 
observer la s 



A Schistes noirs avec Goniatites. 

B - — a, Schistes gris verdatres visibles dans le petit 
r avin au 8f. de la carriere de calcaire. 



( 544 ) 

6. En remontant le ruisseau c 
gris stratoides, puis : 

e. Schistes contenant une couche de houille dont la 
position est indiquee par une ligne de terris dirigee N.-E.— 
S.-O. Un peu au N. de cette ligne une veine de charbon 
a ete mise a decouvert en creusant les fondations du mur 



d. Banc de psammite gris bleualre visible 
e la route au N. du cimetiere puis : 

e. Schistes gris fonces. 



Gres grossier en bancs epais exploit 
le bois a 1'E. de la route, a 300 metres du calcaire. 

N° 9. Coupe au N. d'Aigremont (Vallee des Avoirs) 
(%. 8). 

Calcaire carbonifere inch S.-S.-E. = 75°. 

A. — Schistes noirs renfermant des empreintes d 
Gonialites et Posidonomya , ainsi que des concretions ca 
careuses en forme d'entonnoirs emboites les uns dans le 



B. — a. Schistes gris verdatres. 
b. Fort banc de psammite gris verdatre. 
c Terris de schistes houillers sur la cote occidental de 
la vallee. 

d, Psammite gris. 

e. Schiste gris. 

Gres grossier en bancs inch S.-S.-E. — 60». Cette rocbe 
est poudingiforme vers le bas et contient beaucoup de 
debris charbonneux de plantes. Son affleurement forme 
une crete sur le versant E. de la vallee. 



(S45) 



N° 10. Coupe traversant le petit bassin houiller 
auN.deRamioulle(i\g.9)(i). 

Calcaire carbonifere incl. N. = 80 9 . 

A- — Grande excavation d'ou on a extrait des schistes 
noirs pyriteux (ampelites) contenant des nodules calcaires, 
remplis de Goniatites. On y retrouve aussi les concretions 



B. - a. Schu 

de psammites dn 
6. Psammites gris. 

c Schistes et psammites avec couches de charbon. 
Dans les terris des puits se trouvent des blocs de m 
feutres de radicelles de Stigmaria. 
d. Fort banc de psammite. 
e - Schistes et psammites schistoides. 

Gres grossier poudingiformeprovenantd'anciennesexc 
v ations dans le bois le long dune Iigne dirigee E.-O. 

Les couches que nous venons d'enumerer se repetai 
s ymetriquement en allant vers le N., il s'ensuit que 



s couches se represente 



t indiquee par d'anciens terris, sur la lisiere du bois. 
ites (b) et (c) de la meme serie sont bien visibles 
e et les ampelites sont 



(S46) 
Gres semble devoir former la partie mediane de Textremite 
du petit bassin houiller determine par Hnflexion du calcaire, 
ainsi que nous l'avons trace theoriquement sur la coupe. 

N°. \\. Coupe au S. de Cour de Frenaux 
(fig. 10). 

Au S. de Cour de Frenaux, a l'E. de Magnee, se trouve 
la coupe suivante a partir de la premiere maison de Fond 
des Hayes : 

Calcaire carbonifere inch 75° S.-S.-E. 

A'. — Schistes siliceux noiratres et Schistes a Posido- 
nomyes tres-plisses dans un petit bassin forme par un pli 
du calcaire. 

B 1 . — a. Schistes gris verdatres. 

Calcaire carbonifere formant un pli anticlinal. 

A 2 . — Phtanites et schistes noirs a Posidonomyes visi- 
bles sur le talus de la nouvelle route. 

B 2 . — a. Schistes gris verdatres. 

6. Psammites schistoides visibles le longdu ruisseau. 

c. Schistes charbonneux : a quelques centaines de 

d. Fort banc de psammite gris bleuatre, tres-dur se 
montrant pres de la jonction des deux ruisseaux. 

Gres grossier poudingiforme qui a ete exploite autrefois 
dans une petite carriere sur la rive droite du ruisseau au 
S.-O. de l'endroit marque Holeux sur la carte. Cette car- 
riere est actucllement remplie deboulis de la roche, mais 
en suivant son affleurement jusqu'a St-Hadelin, ou on pe"t 
observer une coupe analogue a celle que nous venons de 
decrire, on trouve le Gres grossier bien a decouvert au N- 



( 8*7 ) 

du village, ou il est poudingiforme a la base et a 8 metres 
de puissance. 



houiiler inferieur a TO. de Namur : 



N°. 12. Coupe prise stir la rive droite du ruisseau 
de Falisolle (fig. 11). 

Calcaire carbonifere fortement renverse sur Ies couches 



A Phtanites gris et noirs renfermant d'abondantes 

empreintes de Posidonomya bien conservees. 

B. — a. Schistes gris verdatres avec lit de teroule. 

o. Psammites stratoides. 

c Schisles et psammites fortement plisses et contournes 
avec une couclie de hou La collinc a 

], E- du moulin de Falisolle est couverte de terris, restes 
d'anciennes exploitations. 

tf 1 . Bancs depsammite gris avec Lepidodendron et Cala- 
is, de 4 metres de puissance incl. S. == 6 # . 

<*• Deuxieme banc de psammite gris ; 1'intervalle enlre 
ce s deux bandes est comble par des schistes et psammites 
schistoides. 

e - Schistes gris fonces. 

Gres grossier avec parties poudingiformes. Ce grds forme 
u ne crete sur laquelle est situe le village d'Arsimont. II 
e s< generalement de grain plus fin que le gres typique, 
^ais il en possede neanmoins tous Ies autres earacteres. En 
poursuivant dans le sens de la direction jusqu'au Bois de 
Ham, on peut encore observer ce gres dans une grande 
earriere ou il a 12 metres de puissance. 



(548) 

N\ 1 3. Coupe entre la carriere de Loverval et le Trieu 
des Agneaux (fig. 12). 

Calcaire carbonifere incl. S.-E. = 45°. 

A. — Schistes noirs siliceux alternant avec schistes 
gris rougcatres, ces derniers contenant d'abondantes em- 
preintes de Posidonomya. Pres de leur contact avec le 
calcaire ces schistes a Posidonomya se dcsagrcgent et se 
transforment en une argile blanchatre collante, dans 
laquelle on peut encore reconnaitre la structure schisWSflc« 
Ces schistes, comme les suivants, sont bien visiblcs dans 
la tranchee du petit chemin de fer de la carriere. 

B. — a. Schistes gris verdatres passant aux psammites 
schistoides. 

6. Psammite gris fonce dur, visible dans la second? 
tranchee du chemin de fer. 

c. Psammites et schistes charbonneux avec traces de 
charbon. Vers 10. existe le terris d'un ancien pints * 
chaibon sur le prolongement de ces schistes. 

d. Bane de psammite gris verdatre : 

Gres grossier poiklingit'o uw i\ la base (puissance 1° 
metres) formant la crete du Trieu des Agneaux. (1). 

(1) M. Faly a donne egalemonl, duns son travail intitule : Elude sur le 
terrain carbonifere, — Le poudingue houiller, — qui a paru dans les 
Annates de la Sociele Geotogique de Belgique, I. V., p. 100, la coupe dont 

parle M. Faly, au u ut ilI .1. - | »n ,i, i. s <t du calcaire nVn sont pas a 

gation des schists ;, /V,/ .,„ m y.-< ,: nt nous avons, du reste, recueilli 

s mentionne, de plus, Insistence d'un ancien terris comme 
presence de la couche de houille a sa place ordinaire. 



N° 1 4. Coupe prise sur la rive gauche de la Sambre 
en face de la Station St-Martin (fig. 13). 

Cc-mmencant a la grande carriere au S. de Hameau on 
peut relever la coupe suivante : 

Calcaire carbonifere incl. S.-S.-O. = 28°. 

A. — Schistes gris rougeatres alternant avec des schistes 
noirs contenant des Posidonomya et Goniatites, visiblcs 
sur le talus de la route a 1'E. de la carriere. 

B- — a. Schistes gris verdatres avec minces bancs de 
psammites. 

o- Psammites gris stratoi'des, visibles en montant vers 
Hameau. 

c Schistes et psammites gris noirs ondulants sur la 
cote qui longe la riviere. On y observe aussi des traces 
d'anciennes excavations d'ou Ton nous dit que de la 
houille a ete extraite. Sur le prolongement de ces couches 
vers le N.-O. il existait autrefois deux puits d'extraction 
pres de la grande route de Fontaine-rEveque. 

d- Deux bancs de psammites gris chacun de 5 metres 
depaisseur separes par des schistes gris ondulant vers 
le S.-O. 

Gresgrossier en deux bandes, la premiere de 8 metres, 
1{ » seconde de 11 metres, separees par 4-0 metres de 
schistes gris fonces. La derniere bande de Gres est pou- 
dingiforme a la base. 

Cetle coupe est surtout interessante a cause de 1'existence 
des deux bandes de Gres grossier. Ces bandes sont encore 
v »sibles dans la tranchee du chemin de fer a TO. de 
Monceau-sur-Sambre. 



( mo ) 

Ainsi que nous 1'avons dit ci-dessus, il nous reste main- 
tenant a etablir des subdivisions dont est susceptible 
1'eiage bien caracterise et nettement limite, compris entre 
le calcaire carbonifere et le gres grossier, et auquel nous 
croyons convenable de conserver le nom dotage houiller 

La description sommaire des couches que nous avons 
donnee au commencement de ce chapitre, nous a deja 
permis d'etablir dans la masse, deux divisions principals 
qui sont : 

A. L'inferieure,consistant en schistes argilo-siliceux de 
couleur foncee, renfermant des fossiles marins, et que nous 
avons propose d'appeler, eu egard a l'abondance des deux 
genres caracteristiques : 

Schistes a Posidonomyes et Goniatites. 

B. La superieure, consistant en schistes et psammites 
contenant rarement des fossiles marins, mais renfermant 
d'abondants debris vegetaux, ainsi que des couches de 
houille maigre, et que nous proposons d'appeler : 

Schistes et psammites avec houille maigre. 

Voyons maintenant s'il ne serait pas convenable de 
fairc dans ccs deux masses, des divisions d'ordre inferieur. 

La premiere grande division, celle des schistes a Posi- 
donomyes et Goniatites, ne se prete guere a la subdivision. 

Quoique variant dans leurs caracteres petrographiques, 
les diverses strates sont toujours caraeterisees par la pre- 
sence des deux mollusques que nous avons mentionnes et, 
d'autre part, si nous nous en rapportons a ce que nous 
avons dit, les differences petrographiques n'etant dues qu'a 



(S5! ) 

des modifications posterieures d'une meme masse, a une 
impregnation de silice plus ou moins complete, il s'ensuit 
que les divisions ne pcuvent avoir de caracteres geolo- 
giques propres, c'est-a-dire, qu'il ne peut etre question que 
de facies lateraux n'ayant rien de commun avec un ordre 
de superposition constant quelconque. 

la puissance des Schistes a Posidonomyes et Goniatites 
variedel0a70raetres. 

En ce qui concerne 1'assise B ou des Schistes et psam- 
mites avec houille maigre, ils ne sont en realite guere 
subdivisibles egalement, a cause de Tabsence de fossiles 
caracteristiques reparlis par niveaux. 

Cependant dans la constitution mineralogique, il semble 
y avoir un ordre de superposition assez constant qui nous 
d'etablir les subdivisions suivantes, que nous 



donnons ( 



-apres en suivant 1 ordre ascensionnel : 



o. — a. Schistes gris verdatres contenant en certaines 
•ocalites, vers leur partie inferieure, des empreintes de 
coquilles appartenant a la famille des Mytilidees; et vers 
la partie superieure, un petit lit de teroule. Epaisseur de 
^0 a 100 metres. 

C'est pres de la jonction de ces schistes avec ceux de 
•assise de Schistes a Posidonomyes et Goniatites que se 
rencontrent les bancs de calcaire a Productus et Crinoides 
de la tranchee de Baudour, et ceux du calcaire impur 
d'Angleur. 

6. Bande de psammites avec calamites. Epaisseur de 3 a 
8 metres. 

c. Schistes et psammites gris fonces et noirs avec une 
°u deux couches de houille maigre. Epaisseur de 50 a 150 
metres. 



( 552 ) 

e. Schistes gris fonce, qui pres de Xhendelesse, renferment 
des Posidonomyes , Goniatites, Avkulo-pecten, Crino'i- 
des, etc., pres de leur contact avec le Gres grossier. Epais- 
seur de 30a ISO metres. 

En resume, l'epaisseur de la division B ou Schistes et 
psammiles a houille maigre, varie, au moins en apparence, 
de 130 a 400 metres. (Test dans la partie occidentale du 
Bassin de Namur que I'assise semble atteindre cette der- 
niere puissance. 

Avec l'indication de ces subdivisions qui etablissent 
1 echelle stratigraphique de Tetage houiller inferieur, nous 
croyons avoir satisfait entierement a la deuxieme question 
que nous nous etions posee. Nous passerons done aux 
suivantes. 



Nous avons deja, dans le chapitre precedent, donne une 
idee de la repartition generale des fossiles dans les diverses 
subdivisions que nous avons cm devoir introduire dans 
Tetage houiller inferieur. 

Nous avons fait egalement remarquer la rarete des fos- 
siles dans la plupart des assises, ce qui, joint a leur mail" 
vais etat ordinaire de conservation, ne nous permet de 
traiter de la question paleontologique qu'a un point de vue 
assez defavorable. 

Du rcste, 1'etude des fossiles doit etre precedee de leur 
determination, travail lent et difficile, lorsqu'il s'agit de 



( 553 ) 
fossiles generalement peu connus, rares ou mal conserves. 

On concoit done, en presence de ces conditions defec- 
tueuses, que nous ne pourrons donner a ce chapitre le 
developpement que nous avons donne aux deux precedents. 

D'ailleurs, notre principal but etait, dans ce premier tra- 
vail, l'etablissement de lechelle stratigraphique de I'etage 
houiller inferieur; or, les donnees stratigraphiques que nous 
avons pu deduire de 1 etude du terrain ont ete amplement 
suffisantes pour Tetablissement de cette echelle, de sorte que 
la question paleontologique ne prend ici qu'une importance 
secondaire. 

Nous nous proposons, du reste, de presenter plus tard, 
a l'Academie, un memoire special sur ce sujet, des que les 
documents que nous avons pu reunir seront assez nombreux 
pour meriter une monographic serieuse. 

Pour le moment, nous nous bornerons done a indiquer 
ci-dessous les listes des fossiles rencontres dans chacune des 
subdivisions que nous avons etablies, suivies de quelques 
considerations de detail. 

Division A. — Schistes a Posidomyes et a Goniatites. 

Dans cette premiere division que nous avons jugee indi- 
visible geologiquement et paleontologiquement, ce sont les 
concretions calcaires qui accompagnent rampelite, qui ont 
fourni les fossiles en plus grand nombre et les mieux 
conserves. 

Ces concretions sont generalement arrondies, spheriques 
°u disco'ides, et leur surface grisatre montre, des l'abord, 
Un grand nombre de traces de fossiles qu'on reconnait 
immediatement comme appartenant a des Cephalopodes 
tnroules. 



(354) 

En brisant ces concretions, on les trouve 
presque uniquement par un amas de Goniatites, parmi les- 
quelles on reconnait parfois d'autres fossiles comme : dents 
et ecailles de poissons ganoides, Orthoceras, Productus, etc. 

C'est surtout aux nombreuses recherches de M. de 
Koninck que nous devons les plus belles trouvailles qui 
ont ete faites, et ce sont les collections de ce savant qui ont 
permis de dresser la liste suivante des especes rencontrees 
dans les concretions calcaires de 1'ampelite entre Flemalle- 
Haute et Chokier et deja publiee dans le Precis de Geologie 
de d'Omalius, 1853. 



Campodus Agassizianus, de Kon. 
Palceoniscus striolatus, Ag. 
Megalichthys Agassizianus, de 



Productus carbonarias, de Kon. 
Lingula parallela, Phill. 



— strigtllatum, de 
Nautilus stygialis, de Kon. 
Goniatites diudema, Goldf. 



Une faune identique a ete rencontree par nous dans des 
rognons calcaires tout-a-fait semblables a ceux de Chokier, 
a Engihoul. 

On croyait generalement jusqu'ici que la faune a Gonia- 
tites de la partie inferieure de 1 etage houiller n'etait guere 
representee que dans les concretions calcaires de Tampe- 



( 555 ) 
lite; mais nous avons reconnu que cette meme faune est 
beaucoup plus repandue quon ne le croit, car nous 1'avons 
retrouvee, mal conserved, il est vrai, mais parfaitement 
reconnaissable, presque parlout entre Charleroi et Chokier 
dans les feuillets de schistes noirs et gris rougcatres de 
meme age que l'ampelite, ainsi que dans les couches corres- 
pondantes des petits bassins houillers detaches. 

Dans ces schistes la faune est sensiblement plus variee 
que dans ies rognons a Goniatiles et promet, lorsque de 
plus longues recherches auront ete faites, des decouvertes 
interessantes ; elle offre, reunies cote a c6te el en grande 
abondance, les formes qui caracterisent les deux facies 
fauniques, dont le premier, represente par les concretions 
calcaires a Goniatites, semble plutot etre specialise dans 
le bassin de Liege, tandis que 1'autre, represente par les 
phtanites a Posidonomya parait etre specialise dans le 
bassin de Mons. 

Ce second facies, qu'on pourrait appeler phtanites a 
Posidonomyes, est surtout bien represente pres du Champ 
de manoeuvres de Casteaux, au N. de Mons, ou Posido- 
nomya Becheri se rencontre en abondance, accompagnee 
de debris vegetaux et de rares fragments de Trilobites 
rapportes par M. de Koninck au genre Phillipsia. 

En realite ces deux facies fauniques ne sont qu'apparents 
e tne sont dus qu'a de simples localisations; cependant je 
erois pouvoir affirmer que les Goniatites sont plus abon- 
dants vers le bas de la division inferieure, alors que les 
e *ux etaient encore franeheraent marines, tandis que les 
Posidonomyes, genre probablement d'eau saumatre, se 
developpent principalement vers le haut. 

Du reste, le melange des deux formes sur une tres-grande 
etendue des bassins, montre que la transition s'est operee 
av ec une grande lenteur. 



( oS6 ) 

Tels sont les details fauniques que nous pouvons donner 

en ce moment; dans un proehain travail nous esperons 

fournir nos observations relatives aux nouveautes que nous 

avons decouvertes. 

Division B. — Schistes el psammites avec houille maigre. 

Cette division ayantete presque toujours confondue dans 
le terrain houiller proprement dit, sa faune et sa flore n'ont 
encore ete 1'objet d'aucune etude speciale. 

11 faut d'ailleurs reconnaitre que depuis que mes etudes 
ont porte sur ce terrain il ne m'a pas offert de caracteres 
paleontologiques bien saillants ni bien distinctifs. 

Voici, classes chronologiquement, dans chacune des 
subdivisions que jai adoptees, la determination des restes 
organiques recueillis. 

a. Schistes gris verddlres. 

Mytilus ampeliticola de Ryck, Avicula, sp., tubes d'An- 
nelides nombreux, Lepidophyllum (bractees de Lepido- 
dendron) Fougeres (Neuropteris). 

C'est vers le bas de ces memes schistes que sont 
cales les bancs de calcaire impur signales dans la tranchee 
de Baudour et a Angleur. Ces bancs de calcaire renfermenr 
a Baudour de nombreux fossiles, mais en tres-mauvais etai 
de conservation, parmi lesquels : 

Productus carbonarius, de Kon. I Choneles Laguesseana, de Ron. 
Productus sp. A vicula sp. 

Orthotetes ? | Tiges de crinoides. 

b. Psammites avec catamites. 

Ces psammites ne nous ont offert jusqu'ici qu'uneseuie 
espece determinable qui est Catamites Suckovi, Br. Les 
autres debris vegetaux ne peuvent etre determines d'une 



(SS7) 
maniere precise et les fossiles animaux y sont encore 
inconnus. 

c. Schistes et psammites avec houille maigre. 

Ces schistes m'ont offert de nombreux debris de Cata- 
mites, plus rarement de Lepidodendron et Sigillaria. 

d. Psammites avec « ripplemarks ». 

Ces bancs renferment principalement des restes de 

e. Schistes gris. 

Ces schistes contiennent d'ordinaire des debris vege- 
taux, mais a Xhendelesse, dans un lit schisteux situe 
immediatement sous le Gres grossier, nous avons trouve 
des restes d'animaux marins, parmi lesquels : 

Goniatites diadema, Goldf. 

Aviculo-pecter 
Posidonomya 
Tiges de crinoides. 

Enfin le Gres grossier lui-meme nous a fourni egale- 
m ent quelques fossiles soil dans sa masse, soit dans les 
J 'ts schisteux intercales dans la masse. 

Les premiers consistent en debris vegetaux, Calamites, 
Lepidodendron, Sigillaria, etc.; les lits schisteux intercales 
n e nous ont fourni que Lingula mytilo'ides. Sow. 

II s'ensuit done, d'apres ce qui vient d'etre dit, qu'une 
recurrence de la faune la plus inferieure de 1'etage, eel le 
des Goniatites et des Posidonomya, reapparait a son som- 
m et, ce qui constitue a notre avis uh excellent argument 
en faveur de la delimitation de 1'etage, telle que nous 
•'avons adoptee par des considerations purement strati- 
graphiques. 

5* € SERIE,TOME II. 57 



( 558 ) 



CHAPITRE IV. 



Sachanl que la masse entiere du calcaire carbonifere 
est d'origine purement marine et, d'autre part, que le ter- 
rain houiller proprement dit, avec ses vegetaux terrestres, 
ses insectes, etc., represente un depot de marecages, nous 
devons nous attendre a retrouver dans les couches inter- 
mediaires qui constituent 1'etage inferieur du terrain houil- 
ler, la transition entre les deux etats opposes, mer et 
continent, signales ci-dessus. 

Evidemment dans Fetal actuel des eonnaissances, devons- 
nous etre sobre de deductions geogeniques; cependantnous 
croyons toujours utile de les exprimer, surtout lorsque 
Ton est en presence de depots dont lorigine ne semble pas 
devoir etre differente de leurs analogues actuels et que, 
de plus, ils renferment des restes organiques qui, par leur 
presence viennent confirmer l'opinion que Ton s'etait faite. 

Constalant d'abord qu'il n'existe entre les Schistes a 
Goniatites et Posidonomyes et le calcaire carbonifere, 
aucune discordance de stratification, aueun ravinement 
avec lit de gravier, ni meme aucune interposition d ele- 
ments simplement grossiers, mais que Ton constate, a" 
contraire, un passage insensible, malheureusement diffi- 
cile a observer, a cause des effondrements dus a la disso- 
lution lenle du calcaire par les eaux superficielles, ou 
rendu moins apparent a cause de phenomenes de sihci - 



( 359 ) 
cation posterieure ; nous devons deduire que la transition 
des couches indique un processus transitoire dans le mode 
de formation des depots. 

Ecartant done les modifications posterieures a la sedi- 
mentation, nous croyons pouvoir retracer comme il suit 
I'historique de la formation de I'etage houiller inferieur. 

Parian t du calcaire carbonifere que nous voyons se 
deposer dans une mer a peu pres fermee et tranquille, 
nous constatons a la suite de la diminution de profondeur 
d'eau causee par le remplissage du bassin, tres-probable- 
ment accompagne d'un mouvement lent de soulevement, 
farrivee de sediments inorganiques, venant se meler au 
calcaire de provenance purement organique. 

La vase sableuse, tres-fine qui se deposait d'abord vers 
les bords du bassin, empieta done peu a peu sur les sedi- 
ments purs du fond, suivant les progres de l'emersion, 
pendant que les habitants des eaux limpides (polypiers, 
brjozoaires, crino'ides, etc.) disparaissaient rapidement et, 
a « bout d'un certain temps, les principaux producteurs du 
calcaire ayant ainsi disparu, les sediments se reduisirent 
8 « depot de la vase noire argilo-sableuse tres-fine, permet- 
l ant encore la vie d'une faune speciale de Cephalopodes, 
Brachiopodes et de Lamellibranches, pauvre en especes 
ma ' s riche en individus. 

C'est cette vase noire qui a donne naissance aux Schistes 
f Goniatiles et Posidonomyes , schistes dont une partie, 
im Pregnee plus tard de silice, a ete transformee enphtanites. 

Le fond continuant toujours a s'elever, le detroit de 
communication du bras de mer finit par se barrer et le 
a $sin, completement isole, dut eommencer a subir l'inva- 



( S60 ) 
Pendant ce temps, la vase chargee d'un peu plus de 
sable continua a se deposer, mais les eaux, devenant peu 
a peu saumatres, ne permirent plus la vie des mollusques 
marins, qui furent remplaces par des mollusques plus 
appropries aux circonstances , tels que Mytilus ampeliti- 

A cette periode correspond le depot de nos Sckistes gris 
verddtres (6). 

Le bassin ayant done ete transforme en une lagune 
d'eau saumatre, alimentee par les eaux douces, la sedimen- 
tation se trouva directement influenced par l'arrivee de ces 
memes eaux, et des sables meles d'argile et de debris 
vegetaux, parfois tres-abondants, furent amenes a la surface 
des vases precedentes. 

Ce sont ces sables argileux qui, par durcissement, for- 
merent nos Psammites avec catamites (b) , Tabondance des 
debris vegetaux etant marquee en certaines places par les 
lits charbonneux de teroide. 

I/apport des sables ayant forme des hauts-fonds dans 
la lagune, puis des parties s'etant emergees tout a fait. 
Tensemble du bassin fut bientot converti en un vaste mare- 
cage couvert de vegetation et principalement de calamites 
dont les restes amonceles sur place sont represented par la 
couche de houille maigre (c) que nous exploitons aujour- 
d'hui. 

Mais il dut se produire alors un mouvement d'affaisse- 
ment qui retransforma le marecage en lagune et perm' 
a de nouveaux depots sableux (Psammites avec ripp e ' 
marks) (d) de venir recouvrir les precedents; enfin, P^ 
tard, I'affaissement continuant, les sables furent rempfo ces 
par de la vase, Schistcs gris (e). 



C 564 ) 

C'est pendant que se deposait tranquillcment la vase, 
qu'un mouvement brusque de soulevement semble avoir 
dii se produire, car, immediatement sur les schistes qui 
representent la vase durcie, viennent se deposer des ele- 
ments grossiers, graveleux et sableux tels que ceux qui 
saccumulent dordinaire aux embouchures des fleuves. 

Le mouvement de soulevement continu ant, les elements, 
dabord amonceles, furent pousses et entraines vers Tin- 
teneur du bassin, a mesure du retrait des eaux, et repan- 
fW par les courants variables en nappe irreguliere, telle 
que nous Tobservons aujourd'hui. 

Amsi s'explique la presence de la couche continue, mais 



failure, 



composition et de puissance emmemment 



variable, a laquelle nous avons donne le nom de Gres 
grossier d'Andenne. 

ici se termine notre tache; aussi ne ferons-nous qu'ebau- 
^'her la suite de rhistorique des phenomenes qui ont preside 
a la formation du terrain houiller proprement dit, et qui 
Q e sont que la repetition d'une partie de ceux qui se sont 
Passes vers la partie moyenne de 1 etage inferieur. 

En effet, apres le mouvement brusque d'emersion qui a 
donne naissance au gres grossier, un affaissement du sol a 
permis a la lagune de se reconstituer et a la vase de se 
de poser, mais les apports de sediments amenant une eleva- 
,,0 n de fond, la transformation en marecages couverts de 
Ve getation s'opera, suivie d'un affaissement qui permit I'en- 
'ouissement des matieres vegetales accumulees sous un lit 
d c schistes ou de psammites. 

c 'est ce phenomene, qui, se repetant un grand nombre 
^e fois, provoqua la formation de nos couches houilleres, 
et •• se perpetua jusque cessation des mouvements d'affais- 



( 562 ) 
sement, remplissage complet du bassin et emersion defini- 
tive de la region. 

Telles sont les deductions generates qui resultent direc- 
tement de letude des couches du houiller inferieur; nous 
croyons devoir maintenant rendre compte des causes de 
quelques particularites que nous avons signalecs. 

Apres le depdt des Schistes a Posidomyes et Goniatites, 
dont le caractere marin ne peut etre mis en doute, il n'y a 
plus d'indice evident, dans la generalite du bassin, d'un 
retour de la mer. 

Cependant nous avons constate, a Baudour et a Angleur, 
la presence de bancs de calcaire impur d'origine marine. 

Leur position vers la partie inferieure des schistes tran- 
sitoires (a) suffit pour se faire une idee de la possibility de 
leur presence. 

Nous avons montre, en effet, que les schistes (a) a Myti- 
lus se deposaient pendant que s'operait lentement la fer- 
meture du bassin ; il est done facile de concevoir que, 
pendant cette fermeture, la mer a pu defoncer la digue et 
se repandre momentanement dans le bassin. 

Une explication analogue est egalement applicable po ur 
ce qui concerne la presence de petits lits schisteux avec 
fossiles marins signales a Xhendelesse sous le Gres gros- 
sier et dans le Gres grossier tneme a Mon^eau. 

Pour que de pareils phenomenes aient pu se produce, 
il suffisait que les bassins, dans lesquels se deposaient les 
schistes et psammites houillers avec houille maigre, fussent 
peu eleves au-dessus du niveau de la mer, ce qui pouvatl 
amener une invasion plusou moins considerable de celle-ci 
a la suite d'une oscillation locale. 



( 563 ) 



CHAPITRE V. 



La comparaison qui s'impose la premiere a l'esprit dans 
cet ordre d'idees est celle qu'ont deja essayee plusieurs 
geologues de Belgique, de France et d'Angleterre. Elle 
consiste a rapproeher les couches des bassins houillers 
be 'ges et anglais et d'en chercher les equivalents. 

Les comparaisons qui ont ete faites jusqu'ici n'ont tou- 
jours ete donnees que comme simples hypotheses; aus'si 
eroyons-nous utile de faire connaitre nos vues a ce sujet. 

Pour fixer les idees nous donnerons un apereu de la 
constitution generale de la serie des couches interme- 
diaires comprises entre le calcaire carbonifere et le houiller 
Productif en Angleterre. 

Au-dessus du calcaire carbonifere, surtout dans le nord 
< * u pays, ou ces couches intermediaires sont le mieux deve- 
•oppees, se montrent, sans transition brusque ni discor- 
dance, des lits de calcaire impur suivis de schistes de 
couleur foncee, puis de gres et schistes, dont Fensemble a 
r ecu le nom de : Yoredale Beds. 

Ces Yoredale Beds ont fourni un assez grand nombrc 
d e fossiles, d'espeees marines, dont les principaux sont : 




( 564 ) 

Au-dessus des Yoredale Beds se developpe, sans ligne 
de demarcation tranchee, une nouvelle assise composee 
de plusieurs bandes de Grit ou gres grossier, quelquefois 
feldspathique entre lesquelles sont intercales des schisles 
et psammites avec minces couches de houille maigre. 

C'est a cet ensemble que Ies geologues anglais ont 
donne le nom de Millstone Grit. 

Les schistes du Millstone Grit renferment plusieurs 
niveaux ou horizons fossiliferes dans lesquels on retrouve 
un certain nombre d'especes des Yoredale Beds. 

Suporposee au Millstone Grit et formant pour ainsi dire 
la base du terrain houiller proprement dit, vient une assise 
constitute par des schistes et psammites avec minces 
couches de houille qui a rccu le nom de Gannisler Beds.{\)- 

Ces couches, outre quelques especes fossiles qui leur 
sont paniculieres, renferment encore les principales especes 
des Yoredale Beds et du Millstone Grit. 

Telles sont les assises que nous avons a comparer avec 
cclles que nous avons reconnues en Belgique. 

Evidemment il ne s'agit pas ici de faire Fassimilaiion 
couche par couche, mais simplement celle des masses; 
ainsi lorsqu'on compare 1'ensemble des Yoredale Beds et 
du Millstone Grit avec la serie inferieure houillere de Bel- 
gique, telle que nous 1'avons donnee, on est frappe des 
ressemblances petrologiques et paleontologiques. 

II suffit, croyons-nous, de jeter un coup d'oeil sur le 
tableau suivant pour etre porte a synchroniser nos Schistes 



( 565 ) 
el phtanites a Goniatites et Posidonomyes, y compris peut- 
etre les schistes a My Mas aux Yoredale Beds; et le resle 
de la serie, comprenant les Schistes et psanunites aver lits 
de houille surmontes de Gres grassier au Millstone Grit. 




couches de houille maig 



Schistes a Mytilus 

Schistes et phtani 

tites et Posidor, 



U est vrai que si Ton compare les listes de fossiles de 
nos Schistes a Goniatites et Posidonomyes et des Yoredale 
Beds d'Angleterre, on rencontre dans les noms specifiques 
des especes des differences assez sensibles ; mais nous 
croyons qu'il n'existe pas la une realite, car, a premiere 
v ue beaucoup d'especes sont tres-voisines et une etude 
approfondie montrera sans doute qu'elles ne constituent 
que des varietes. 

On nous objectera peut etre qu'en Angleterre les fossiles 
a nim auxdu Millstone Grit sont marins, tandis qu'en Bel- 
?»que on ne rencontre guere dans les couches correspon- 
dantes que des debris de vegetaux, mais nous ferons 
femarquer a ce sujet que nous avons renseigne dans les 



( 566 ) 
schistes situes sous le Gres grossier ou intercales dans le 
Gres lui-meme une faunule marine indiquant une recur- 
rence de la faune inferieure. 

Du resle, nous ne donnons pas le synchronisme propose 
ci-dessus comme une conclusion definitive; nous croyons 
ce resultat, base sur la connaissance straligraphique des 
deux lermes de comparaison, digne d'etre signale des a 
present et nous eomptons bien, plus tard, apres une etude 
approfondie des fossiles, arriver a une solution complete et 
exacte de la question que nous n'avons fait qu'effleurer. 

Ajoutons encore, avant de terminer, et pour completer 
les donnees stratigraphiques sur TAngleterre que la serie 
intermediate, Iargement developpee vers le Nord, se res- 
treint de plus en plus a mesure que Ton descend vers le 
Sud. 

Dans le bassin meridional, la serie comprise entre le 
calcaire carbonifere et le terrain bouiller proprement dit 
se reduit au Millstone Grit surmontant des schistes noirs 
appeles Upper Limestone Shales, ce qui n'est pas sans res- 
semblance avec ce que nous observons chez nous. 



CONCLUSIONS. 

Nous voici parvenu a la fin de la tache que nous nous 
etions imposee. 

Ainsi que nous I'avons dit, ce travail n'etait pas destine 
a elucider toutes les questions que component un sujet 
aussi vaste, et qu'une grande etude monographique seule 
peut resoudre completement. 

Deux points principaux sont sortis du present travail et 
nous semblent definilivement acquis : ce sont ceux qui o Jlt 



(367) 

rapport : 1° a l'extension du Gres grossier cVAndenne autour 
de nos bassins houillers ; 2° a la connaissance et a la 
subdivision des couches comprises entre Ie calcaire carbo- 
nifere et le Gres grossier. 

Pour ce qui concerne l'extension du Gres, la suite des 
affleurements que nous avons enumeres donne la preuve 
la plus calegorique de 1'existence de cette extension et de 
1'avantage qu'il y a de prendre le niveau constant du gres 
comme ligne de separation entre les deux etage du terrain 
houiller. 

Pour ce qui concerne la connaissance des couches de 
la serie houillere inferieure, les coupes principales que 
nous donnons et les autres beaucoup plus norabreuses 
<lue nous possedons en portefeuille, sont le plus sur garant 
du degre d'exactitude qui a preside a l'elaboration de notre 
travail. 

Quant aux divisions a eiablir, nous avons fait remar- 
t de deux sous-etages : A. Schistes 
I Posidonomyes et B. Schistes et psammites 
wechouille tnaigre etait legitime et rationnel, mais que les 
subdivisions que Ton pouvait etablir dans le sous-etage B 
n etaient pas absolument rigoureuses. Les sediments depo- 
ses a cette epoque par des eaux douces soumises a un 
regime variable ne pouvaient evidemment pas donner 
naissance a des strates regulieres. 

Nous avons ensuite esquisse la partie paleontologique 
e n donnant Petal aetuel de la question et en faisant entre- 
voir ee quelle peut gagner par 1'etude approfondie des 
niateriaux nouveaux que nous avons recueillis et que nous 
recueillerons encore. 

Enfin, nous avons donne les idees qui nous ont paru 
les plus rationnelles sur le mode de formation des depots 



(868) 

et annonce le synchronisme probable de nos Schistes a 
Posidonomyes avec les Yoredale Beds et celui de nos 
Schistes et psammites avec houille maigre et Gres grassier 
avec le Millstone Grit d'Angleterre. 

Nous aurions pu encore trailer d'aulres questions fort 
interessantes qui se rattachent directement a Fetude des 
couches du houiller inferieur, et particulierement celles 
qui ont rapport aux alterations diverses que ces roches ont 

Nous aurions pu montrer les effels de la desagregation 
lente des phtanites et des schistes, et les produits utiles 
qu'ils nous fournissent ; nous aurions voulu encore aborder 
les questions plus dedicates et qui ont trait a la silicifica- 
tion des roches et a leur transformation en phtanites et 
quartzites ; mais quoique nous fussions en grande partie 
prepare a ces questions, nous n'avons pas cru necessaire 
de les entamer ici, nous reservant de presenter plus tard 
a l'Academie les resultats de nos recherches dans un ter- 
rain si interessant a tant de points de vue et donl nous nous 
proposons de continuer l'etude. 



preparatifs de la seance publique. 

La Classe s'est occupee des preparatifs de la seance 

publique annuelle, qui aura lieu le vendredi, 16de ce mous 

a 1 heure, au palais des Academies, dans la grande salle 

de marbre. 



CLASSE DES LETTRES. 



Seance du 5 decembre 188L 

M. Conscience, directeur. 

M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Alphonse Le Roy, mce-directeur ; 
P. De Decker, M.-N.-J. Leclercq, Ch. Faider, R. Chalon , 
Th. Juste, F. Neve, Alph. Wauters, G. Nypels, A. Wa- 
gener, Edm. Poullet, F. Tielemans, Ch. Piot, Ch. Potvin, 
J- Stecher, membres: J. Nolet de Brauwere van Steeland, 
Aug. Scheler, Alph. Rivier, E. Arntz, associes; T.-J. Lamy 
et P. Henrard, correspondanls. 

M. Mailly, membre de la Classe des sciences, assiste a la 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'lnterieur transmet une expedition 
de Tarrete royal du 50 novembre, nommant president de 
1'Academie pour lannee 1882 M. Alphonse Le Roy, direc- 
teur de la Classe des lettres pendant la meme annee. 



(570) 

— M. Alph. Warners fait part de la mort de M. Charles 
Paillard qui a communique a la Classe plusieurs travaux 
interessants sur les troubles des Pays-Bas au XVP sikle, 
imprimes dans les Memoires de l'Academie. 

M. Charles-Hippolyte Paillard, ancien notaire, chevalier 
de l'ordre de Leopold, laureat de l'Institut de France, est 
decede a Maroilhes (departement du Nord), le 17 novem- 
bre 1881, age dedans. 

— M. le Ministre de rinlerieur envoie pour la Bibliothe- 
que de l'Academie un exemplaire desouvrages suivants: 

1° Bulletin de la commission centrale de statistique, 
tome XIV; volume in-4°; 

2° Le budget des voies et moyens de la Belgique de 1831 
a 1880, par J. Malou. Brochure in-4°; 

3" Woordenboek der nederlandsche taal, tweede deel, 
eerste aflevering (akant-alleens), door De Vries. Cah. 
in-8° ; 

4° Catalogue de la bibliotheque de Malines, par V. Her- 
mans; vol. in-8° ; 

5° Histoire de Menin, tomes I-IV, par Rembry-Barth. 
in -8°. — Remerciments. 

— La Classe recoit a titre d'hommage les ouvrages sui- 
vants, au sujet desquels elle vote des remerciments aux 

1° Les fondateurs de la monarchic beige : Paul Devaux, 
par Th. Juste. Bruxelles, 1881 ; vol. in-8°; 

2° Der wahre Grundder seit 1873 bis jetzt anhallenden 
uirthschaftlichen Krisis und das einzige Mittel zu ihrer 
IJeilung, von E. de Laveleve, uebersetzt durch 0. von Bar. 
Berlin, 1881; vol. in-8°- 



(871 ) 

3° Bibliographie : Lettesotternijen, door Pol De Mont, 
par Nolet de Brauwere van Steeland. Exlr. in-8°; 

£° L'Egliseschismatiquegrecqne etrusse, parT.-J. Lamy. 
Louvain, 1881; vol. in-8° ; 

5° Meli-Melo dramatique, 2 e serie, par Clement Michaels. 
In-12; 

6° Les constitutions de tous les pays civilises, recueilhes 
elannotees, par M me la princessede Lesignano. Vol. in-4°; 

7° L'Afrique romaine. — Decouverte d'un tombeau a 
Conirheim-lez~Tongres. — Notice sur un diplome militaire 
de Trajan, trouve aux environs de Liege, par Ad. de Ceule- 
neer. 2 extr. et 1 vol. in-8°, presentes par M. Wagener. 

— M. F. Crepin soumet, comme membre de la com- 
mission organisatrice,uneliste de souscriptionpour elever, 
dans la ville de Dinant, Ie groupe sculptural d'Antoine 
Wiertz, representant Ie Triomphe de la Lumiere. 

*— M. Aug. Scheler communique un travail manuscrit 
intitule : La gesle de Liege, par Jean d'Oulremeuse. Glos- 
saire scientifique.— Commissaires: MM. Steelier, Bormans 
e * Le Roy. 



MM. Chalon, Conscience, De Decker, Faider et Gachard 
s ont reelus, par acclamation, membres de la c 
s Peciale des finances pour l'annee 1882. 



(879) 



Notice sur la date du proconsulat d'Afrique de P. Vigellius 
Saturninus et de la mort des martyrs scillitains. par 
M. Ad. de Ceuleneer. 



Happot-t de JST. %Vagrnrt: 

« Les actes des martyrs scillitains, mis a mort a Car- 
thage, nous fournissent des details fort interessants sur 
Thistoire des origines du christianisme. Ainsi que le fait 
remarquer M. L. Duchesne, dans le bulletin critique d'his- 
toire, de litterature et de theologie, ces actes sont « le plus 
ancien document connu de Thistoire des eglises d'Afri- 
que (1). » lis ont ete plusieurs fois publies en latin par 
Baronius, Mabillon, RuinartetG. Cuperus,maisrecemment 
M. Usener, le savant professeur de rUniversite de Bonn, 
en a fait paraitre (programme du semestre d ete 1881) uiie 
version grecqtie, retrouvee parlui dans le manuscrit U? 
de la Bibliotheque nationale de Paris. 

Au raeme moment, M. Aube traitait des actes des mar- 
tyrs scillitains dans son ouvrage intitule: Les Chretiens 
dans l'empire romain, de la fin des Antonins au milieu du 
HI' siecle. Les pages 203 a 206 et 499 505 de ce livre 
reproduisent un nouveau texte latin des actes en question, 
emprunte egalement a un manuscrit de la Bibliotheque 



(573) 

nationale tie Paris, provenant de l'abbaye de Silos en 
Espagne. Des qifileut prisconnaissancede la publication de 
M. Usener, M. Aube,que ee petit travail inleressait d'autant 
plus que dans son grand ouvrage il avail emis I'opinion que 
''original des actes latins pourrait bien avoir ete redigc en 
grec, M. Aube, dis-je, fit paraitre une brochure de 39 pages, 
intitulee: Etude surun nouveau texte des actes des martyrs 
scillilains. 

M. De Ceuleneer vient a son tour nous parler du mar- 
tyre de ces chretiens de Numidie, en essayant de preciser 
'a dale de leur mort. 

Jadis, on admettait assez generalement qu'il fallait la 
placer en l'annee 200 apres J.-C. En effet, dans un 
manuscrit ayant appartenu a Baronius, il est dit: Existente 

Claudio consule Satuminus proconsul dixit: Potestis 

veniani a dominis nostris imperatoribus Severo et Antono 
(cYst-a-dire Antonino, comme l'a vu Baronius) promereri. 

On a done eherche, a l'epoque de Septime Severe et de 
Caracalla, un consul du nom de Claudius, et Ton a ete 
amene ainsi a considerer le proconsulat d'Afrique de Satur- 
n >nus comme contemporain du consulat de T. Claudius 
Severus et de C. Aufidius Victorious, eponymes de l'annee 
200 apres J.-C. 

Mais en comparant le manuscrit de Baronius avec les 
quinze autres actuellement plus ou moins connus, on con- 
state aisement qu'il est singulierement interpole. On petit 
m eme, jusqifa un certain point, suivre le developpement 
de linterpolation. Ainsi dans les deux plus anciens manu- 
mits, celui de Mabillon (qui ne contient malheureusement 
lu'un fragment) et celui d'Usener, Saturninusdit a Spera- 
tus et a ses compagnons : Potestis indulgentiam domini 
nostri imp eratoris promereri, ou bien: Atvarte naps to2 

3 me SERIE, TOME II. 38 



(B74) 

ttf&r cturcxpirc?;; avy%upfoa; tfiudtmi. Mais dans les raa- 
nuscrits collationnes par Ruinart et Cuperus, et en dernier 
lieu par M. Aube, on trouve deja a dominis nostris impe- 
ratoribus au lieu tie domini nostri imperaloris. Finalement 
le copiste du manuscrit de Baronius, voulant determiner 
ces imperatores , leur donne a tout hasard les noms de 
Severe et de Caracalla. 

Que si, laissant de cote le temoignage de ces mannscrits 
interpoles, on se refere auxdeux sources les plus anciennes 
et les plus pures, on trouve I'epoque de la mort des douze 
martyrs scillitains precisee de la maniere suivante : '£*<■ 
nepwTo; to SevTepovxai Kiuu&avou toc&rew, ou bien: In diebus 
illis praesidente bis Claudiano consule. Dans les deux ma- 
nuscrits consulted par Baronius, on lit praestante Qaudio 
et praesente Claudiano. 

II s'agit evidemrnent, d'apres le texte grec, de deux con- 
suls, dont Tun est appele en grec, au genitif, nepvxwoi, en 
latin, a Iablatif Praesidente ou Praestante ou Praesente,t&n- 
disque Tautreporte dansletexle grec le nom de ka«/**>w, 
dans le texte latin celui de Claudio ou de Claudiano. 

La solution de cet interessant probleme avail deja ete 
trouvee par M. Leon Renieravant memeque l'onconnutle 
texte grec des actes des martyrs scillitains. II faut lire en 
effel: Praesente biset Condiano consulibm.Cettc ingenieuse 
conjecture, qui, chose etrange, n 'avail pas trouve grace aux 
yeux de Hllustre Borghesi (V. OEuvres VIII, P- 614 et 
suiv.), est aujourd'hui confirmee d'une maniere eclatante 
par la publication du texte grec. Aussi l'editeur de ce texte, 
M. Usener, na-t-il pas hesite a remplacer nepaami et KA *"~ 

Jiavov par Tlpaiaevroi et Kavdwou. 

Les consuls Praesens et Condianus nous fournissent 
comme date de la mort des martyrs scillitains, et par 



cm) 

consequent du proconsulat de Salurninus, 1'annee 180. 

M. Aube, dont M. de Ceuleneer, au moment ou il envoyait 
sa notice a 1'Academie, n'avait pas encore pu etudier la bro- 
chure, quoiqu'il en connut l'existence, M. Aube, dis-je, est 
tout a fait d'aecord avec M. Usener, pour ce qui concerne 
cetledale. M.Max. Bonnet declare dans la Revue critique (1 ) 
que Texactitude de la date fournie par le texte grec ne 
peut plus desormais faire de doule pour personne. Dans 
cet etat de choses, je me demande si la notice de M. de 
Ceuleneer a encore une raison d'etre. Eile a pour but de 
determiner la dale du proconsulat de P. Vigellius Saturni- 
nu s et de la mort des martyrs de Colonia Scillitana. Or, 
cette date a deja etc indiquee par MM. Leon Renier, Usener 
e t Aube. EUe est desormais, comme on I'a fait observer 
a vec raison, hors de doute.M.De Ceuleneer ne lecontesle 
P a s; d'autre part il n'apporte guere denouveaux arguments 
a 'appui de son opinion : il enfonce done en quelque sorle 
des portes ouvertes. 

J e crois, en consequence, qull ny a pas lieu d'inserer 
^notice de M. de Ceuleneer dans Ies Bulletins de l'Aca- 
demie. Nous devons, je pense, nous borner a remercier 
auteur de son interessante communication et a la deposer 
honorablement dans nos archives. » 

MM. Willems et Lamy se rallient aux conclusions de ce 
ra Pport ; elles sont mises aux voix et adoptees. 



(576) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



De I'origine, des motifs et de la portee de Varticle 27, 
alinea 2 de la Constitution beige, lecture par M. E. Arntz, 
associe de l'Academie. 

« La Constitution anglaise dans son developpement 
historique », dit William Paley, « ressemble a un de ces 
vieux manoirs seigneuriaux qui nont pas ete batis tout 
d'une piece, d'apres un plan uniforme et selon Ies regies 
de la moderne architecture, mais dont la construction se 
rapporte a differentes periodes, dont le style s'est modifie 
avec le temps, auxquels on ajoute et que Ton repare con- 
tinuellement, selon le gout, la fortune et la convenance 
des proprietaires qui s'y succedent. Dans un pareil edifice, 
on chercherait vainement de l'elegance et de justes pro- 
portions, vainement cette harmonie entre les parties que 
Ton est en droit d'exiger d'une construction moderne. La 
symetrie exterieure qui flatte l'ceil du passant, sans tou- 
jours, il est vrai,conlribuer a la commoditederbabitation, 
y manque » (i). 

La Constitution beige forme une antiihese complete a 
cette description. C'est un edifice tout a fait moderne, 
construit d'une piece sur un sol entierement deblaye, 
d'apres un plan arrete dans toutes ses proportions, et pre- 



i Constitution d'Anglelerre. Traduit par 



V.:^ 1 - 



(577) 

sentant, tant au point de vue de la forme que du fond, un 
ensemble harmonieux, raeme elegant et flattant I'oeil de 
celui qui le contemple. (Test a 1'abri de cet edifice que 
deja deux generations ont trouve la liberie, I'independance 
et la prosperite, et la nation beige n'a pas encore juge 
necessaire d'y apporter des reparations. Intacte, commeau 
jour oil elle est sortie des mains du Congres national, elle 
a traverse plus d'un demi-siecle au milieu des tempetes, 
qui ont bouleverse les institutions politiques dans la plus 
gi'ande partie de l'Europe. 

Cette grande et belle oeuvre, qui excite I'admiration du 
monde entier, merite d'etre medilee et d'etre etudiee pro- 
•ondement dans son ensemble comme dans ses moindres 
details. Pour bien la connaitre, nous devons nous rendre 
compte de Torigine et des motifs de chacune de ses dispo- 
sitions, de chaque mot qu'elle renferme. 

De fortes et savantes eludes ont ete faites sur notre 
Constitution par MM. Leclercq, Tielemans, Thonissen, 
faider, Rolin-Jaequemyns, De Laveleye, et j'ai cru ne 
pouvoirmieux faire que de suivre leurexemple. 

Pour continuer la comparaison que nous avons em- 
pruniee a Paley, ledifice de notre Constitution, tout 
moderne qu'il est, renferme cependant quelques vieux 
^ateriaux, qui ne le defigurent pas, qui occupent bien 
leur place, mais dont on peut difficilement s'expliquer la 
Presence. 

L'article 27, alinea 2, me parait avoir ce caractere. 

^'article 27 est ainsi concu : 

« L'initiative appartient a chacune des trois branches 
^ pouvoir legislalif. » 

■ Neanmoins toute loi relative aux recettes ou aux 



( 578 ) 
depenses de l'Etat, ou ati contingent de l'annee, doit 
d'abord etre votee par la Chambre des representants. » 

Quelle est I'origine de la disposition du second alinea? 
Quel en est le motif? Quelle en est la portee? 

Pour trouver la solution de ces questions, nous avons eu 
recours d'abord a la source immediate de la Constitution, 
aux travaux preparatoires. 

Dans le projet de Constitution, elabore par la commis- 
sion institute a cet effet par le Gouvernement provisoire 
le 6 octobre 1830, publie le28octobre suivant et distribue 
aux membres du Congres dans la seance d'ouverture du 
10 novembre, 1'article 39 porte (1): 

« L'iniliative appartient aux trois branches du pouvoir 
» legislatif. 

» Neanmoins, toute loi relative aux recettes ou depenses 
• de l'Etat ou au contingent de I'armee, doit d'abord etre 
» votee par la Chambre elective. » 

Cette redaction s'explique parce qua cette epoque il 
etait incertain s'il y aurait deux Chambres, et, en cas 
d'afBrmative, si elles seraient toutes deux eleclives. 

MM. Forgeur, Barbanson, Fleussu et Liedts avaienl 
presente, dans la seance du Congres du 25 novembre 
1850 (2), un autre projet contenant dans son article 6 la 
disposition suivante : 

c L'iniliative appartient a chacune des deux branches 
du pouvoir executif. » 

L'omission du paragraphe relative a I'initiative des lois 



(1) V. E. Hoyttens, Discussions du Congres national o 
■ IV, p. &. Pieces justi/icalives, n<- 45. 

(2) Huyttess, l. IV, p. 50, Pieces justificative*, n° 47. 



j Belgiqw> 



(579) 

nnancieres s'explique parce que ce projet n'admettait 
qu'tme Chambre, un Congres national. 

Le rapport fait, au nom de la section centrale, par 
M. Raikem dans la seance du 23 decembre 1830 sur le 
titre III de la Constitution dit, en retracant Particle 27, que 
■ ces dispositions n'ont pas eprouve de difficulles » (1). 

L'article fut adopte dans la seance du Congres du 
3 Janvier 1831, sans discussion. 

M. Jottrand demanda d'ajouter a l'article 27, que l'initia- 
tivede la mobilisation de la garde civique n'appartiendrait 
egalement qu'aux Chambres, mais sur les observations de 
M. Lebeau, Jottrand retira sa motion (2). 

C'est tout ce que nous trouvons dans les travaux prepa- 
toire. 

Une disposition analogue a la regie qui nous occupe se 
trouve dans la loi fondamentale de 1815, quoique moins 
Vendue et concue en lermes moins imperatifs et moins 
exclusifs. L'article 121, place dans la 6 B section du cha- 
Pitre IH, intitule Du Budget del'fitat, porte: « Le Budget 
■ des depenses du royaume doit avoir l'assentiment des 

* Elats generaux ; il est presente par le roi a la seconde 

* Chambre dans la session ordinaire. » 

Les recettes de I'Etat et les lois relatives au contingent 
de Tarmee n'y sont pas mentionnees. 

La disposition de l'article 27, alinea 2, n'est pas nee sur 
fe sol de la Belgique; elle n'existait pas dans Tancien droit 
public beige, sous l'empire duquel 1'organisation et le 
fonctionnement des trois ordres differaient d'ailleursessen- 
""ellement du systeme representatif moderne. Elle est 



( 580 ) 
hiconieslabtenient unc importation etrangere, dont nous 
essayerons de demontrer l'origine. 

Les auteurs de la Constitution beige ont eu sous les 
yeux la loi fondamentale de 1815 ainsi que les diverses 
Constitutions franeaises qui se sont succede depuis 1791 
jusqu'en 1850. lis ont sans doute puise le second alinca de 
rarticle 27 dans la cliarte francaise du 4 juin 1814 dont 
les articles 17 et 47 portent que : « la Chambre des 
deputes recoit toutes les propositions ftimpol; et que ce 
n'est qu'apres que ces propositions ontete admiscs qu'elles 
pourront etre portees a la Chambre des pairs ; » et dans 
celle du 14 aout 1830, dont l'article 15 reproduit la meme 
regie en ces termes : « toute loi (Vimpot doit etre d'abord 
votee par la Chambre des deputes. » 

Nous ferons ici une observation en sens inverse a celle 
que nous venons de faire sur la loi fondamentale de 1815; 
celle-ci ne parle que des depenses de 1'Etat, les deux 
chartes franeaises ne parlent que des lois d'impot. 

L'article 36 de la Constitution des Cent jours renfer- 
mait une disposition analogue puisee sans doute dans la 
charte de 1814 : « toute proposition d'impot, d'emprunt 
ou de levee d'hommes, dit cet article, ne peut etre faite 
qu'a la Chambre des representants. » 

Une semblable disposition ne pouvait trouver place 
dans les Constitutions franeaises des 3-14 septembrc 1791, 
et du 24 juillet 1793, parce quelles nadmettaienl quttne 
assemblee legislative. 

La Constitution du o fructidor an III attribue exclusi- 
vement au conseil des Cinq cents la proposition de toutes 
les lois, sans distinguer entre cellcs qui sont relatives 
aux recettes ou aux depenses de TEtat et les autres lois 
(art. 76 et 102). 



(581 ) 

La Constitution du 22 frimaire an VIII proclame, en ce 
qui eoncerne les recettes et les depenses de l'Etat, les 
regies suivantes : 

Art. 44. — « Le gouvernement propose les lois, et fait 
lesreglemenls necessaires pour assurer leur execution. » 

Ces dernieres ne differaient done pas des autres. 

Art. 45. — « Le gouvernement dirige les recettes et 
les depenses de l'Etat, conformement a la loi annuelle qui 
determine le montant des unes et autres » , etc. 

II nous parait indubitable que les diverses constitutions 
continentales, qui renf'erment une regie comme eelle qui 
nous occupe, loot emprunlee a 1'Angleterre. 

M. Thonissen, dans la Constitution beige annotee n° 163, 
fa't la meme observation, sans entrer dans les explications 
s »r l'origine de la disposition et sur les motifs de cet 
emprunt. 

Mais il nous parait, et nous esperons le demontrer, que 
»es auteurs des diverses constitutions continentales ont 
accepte cette disposition sans controle, sans examen, sur 
'a foi de son importance et par respect pour l'autorite du 
droit eonstitulionnel anglais, plulot que sous lempire 
d 'une conviction raisonnee de sa necessite ou de son 
ul »lite politique. 

II est en effet certain qu'en Angleterre e'est un ancien 
et incontestable privilege de la Cbambre des communes, 
9ue toutes les demandes d'impots et de subsides doivent 
d'abord elre portees devant elle et votees par elle avant 
de pouvoir etre discutees dans la Cbambre des pairs, bien 
^"e les lois relatives a cet objet ne soient obligatoires 
qu'apres avoir ete egalement adoptees aussi par la Chambre 
des pairs. « La Chambre des communes est si jalouse de 
ce droit ., dit De Lolme, dans son ouvrage intitule Consli- 



(S82) 
tution d'Angleterre, t. I, p. 61, « qu'elle ne souffre jamais 
que les pairs apportent aucun changement aux bills qu'elle 
leur remet a ce sujet, et qu'ils fassent autre chose que les 
accepter ou les rejeter purement et simplcment lis ne 
peuvent pas y faire le moindre amendement » . 

Les fils de l'Angleterre, fideles a I'attachement aux 
anciens usages qui forme un des traits distinctifs de leur 
caractere national, porterent au dela de I'Ocean une tra- 
dition dont ils avaient sans doute oublie l'origine, et pour 
laquelle ils auraient ete probablement embarrasses de 
donner un motif rationnel. 

La constituton federale des Etats-Unis de I'Amerique 
du Nord et les constitutions de plusieurs Etats con- 
tiennent des reminiscences du droit constitutionnel de la 
vieille Angleterre. Ainsi la constitution de l'Elat de Mas- 
sachussets du 2 mars 1780, Etat qui peut etre considere 
comme le berceau des Etats-Unis, porte, Partie I, chap. I, 
Section 5, art. 7: 

« Toutes les lois d'impot doivent etre proposees origi- 
nairement dans la Maison des representants, mais le Senat 
peut, comme aux autres projets de lois, y faire des amen- 
dements et en deliberer ». 

La constitution federale du 7 septembre 1787, article I, 
Section VII, % I, dit : 

« Tous les projets de loi ayant pour objet la perception 
de revenus publics doivent originairement proceder de 
la Maison des representants, mais le Senat peut, comme a 
d'aulres projets de loi, y proposer des amendements ou des 
additions et y concourir par son vote ». 

La constitution du New-Hampshire de 1792, 2 me nier- 
credi d'octobre (deja elaboree en 1784), pour n'en plus 
citer d'autres, contient la meme disposition pour les votes 
d'impols. 



( 583 ) 

On comprend la force et l'empire des traditions et le 
respect pour les usages anciens ; mais la science veut et 
doit en trouver 1'origine et la cause. Nous avons du eludier 
avec soin les details de l'histoire du droit d'une nation 
etrangere pour decouvrir Torigine d'une regie qui forme 
encore actuellement un des principes fondamentaux du 
droit public beige. 

Inutile de rendre compte des nombreuses recherches 
auxquelles nous nous sommes livre pour trouver une 
solution satisfaisante de la question qui nous occupe. 
Les anciens auteurs anglais eux-memes, tout en constatant 
la prerogative de la Ghambre des communes, n'en exami- 
ne nt pas l'origine, et se trompent souvent sur sa cause. 
Cesl dans le remarquable et classique ouvrage de M. Wil- 
liam Stubbs, publie recemment (en 1880) a Oxford sous le 
t!l re: Constitutional history of England in its origine and 
hvelopement, que nous avons trouve le plus de lumiere. 
En combinant entre elles el avec d'autres ecrits les obser- 
vations eparpillees sur le pouvoir financier de la Ghambre 
des communes qui se trouvent dans cet ouvrage, on arrive 
ai, resultatsuivant. 

L'origine de linstitution qui est devenue le Parlement 
anglais remonte a une haute antiquite. Deja le roi Jean 
sans Terre (Lackland) dans la Magna Charta (de 1215) 
s etait engage a ne plus exiger des impots sans le consen- 
te ment des barons. Durant le XIII" et le XIV" siecle nous 
rencontrons de frequentes reunions des trois etats, des 
ba rons ou de la noblesse, du clerge et des communes, et 
de nombreux votes d'impots ou de subsides. Mais avant la 
fin du XlV e siecle le mode de composition, Porganisation 
et le fonctionnement de cette espece de representation 
n ationale n'avait pas encore recu une forme fixe et stable. 



( 584 ) 

Depuis le regne d'Edouard 111(1527-1377), onadmettait 
comme un principe fondamenlal que des taxes noiivelles 
ne pouvaient etre levees sans le consentement des com- 
munes, des lords temporels et des lords spiriluels; mais 
le mode de deliberer sur ce sujel varialt. Tantot le roi 
convoquait les ordres separement pour leur soumettre des 
demandes de subsides; tantot, convoques ensemble, ils 
delibcraient en comites separes ; tantot ils deliberaient 
conjointement en une seule assemblee; tantot un comite 
des communes entrait en conference avec un comite des 
lords pour s'entendre sur un vote commun. 

Dans ces occasions, des questions d'etiquette et d'amour 
propre ne manquaicnt pas de surgir. Ainsi, par e\emple, 
quelquefois les communes, en demandant aux lords de 
nommer une commission pour eonferer avec elles, desi- 
gnaient les lords qu'elles desiraient voir nommer dans 
cette commission ; quelquefois les lords exigeaient des 
communes de se rendre chez eux pourfaire connaitre leur 
avis, au lieu d'aller eux-memes au-devant des communes 
pour les informer de leur opinion; quelquefois les lords 
proposaient une commission mixte pour conferer; parfois 

Ces divers modes de deliberation continuaient d'etre en 
usage meme apres que la separation definitive du Par- 
Iement en deux Chambres, la haute et la basse, se fut 
accomplic sous le regne de Richard II en 1577. 

M. Stubbs fait entendre que le roi considerait comme 
une faveur la permission qu'il accordait aux deux Chambres 
de conferer ou de deliberer en commun au sujet des votes 
d'impots; car en excitant 1'une Chambre contre I'autre et 
en entretenant entre elles 1'animosite et Tesprit de jalousie, 
le roi esperait par suite de ce disaccord obtenir des con- 



( 585 ) 
cessions de subsides plus considerables, 
maxime : Divide et impera. 

M. Stubbs est d'avis que l'iniliative dc la Chambre des 
communes en matiere d'impot etait devemie une regie 
consacree par l'usage (that principle had grown into practise) 
deja avant 1 epoque ou elle fut formellement reconnue 
comme une prerogative. Pour expliquer cette pratique, 
lauteur fait ici une remarque qui mcrite d'etre mentionnee, 
hen que nous ne ia croyons pas tout a fait fondee. « Le 
pnncipe que les subsides d'argent ne peuvent etre proposes 
*I u e par la Chambre des communes, » dit-il, « renfermait 
'a doctrine toute rationnelle qu'il devait appartenirau plus 
panvre des irois Etats de fixer le maximum des concessions 
Peciuiiaires, et que les representants du grand nombre des 
Hyeurs devaient fixer le montant de Ia taxation ». 

Ceite raison est plutdt apperente que reelle, car les com- 
'initiative des lois d'impot, avaient 



,0 »Jonrs la faculte 



pmsque 



aucune taxe ne pouvait etre imposee 

me >U; pen importait, des lors, que ce consentement fut 

d °nne avant ou apres la deliberation des lords. 

Quel est le moment precis oil ce simple usage est devenu 
une regie de droit qui exerce son empire jusqu'a nos 
J°urs, non-seulement en Angleterre, mais aussi hors de 
c « limites? 

c 'est le mois de novembre U07. 

Le Parlementsiegait a Glocester du 20 octobre jusqu'au 
2 decembre. La paix de I'Angleterre etait profondement 
'roublee; | e bruit courait que Richard II vivait encore; 
se « partisans se remuaient; le due de [Northumberland etait 
en revoke ouverte, et Henri IV sentait ehanceler le trone 
Us »rpe de la maison de Lancaster; il fallait de grands 



(586) 

efforts pour conjurer les dangers. Le 21 novembre le roi 
fit connaitre aux lords le montant des sommes necessaires 
pour la defense publique; dies lui furent accordees. Le 
roi sommait alors un certain nombre des membres des 
communes d'entendre et de rapporter a leur chambre Tavis 
des lords; douze membres des communes se rendirent a 
la sommation et firent a leur Chambre rapport du message. 
La Maison des communes, fort alarmee, s'ecriail que ces 
procedes constituaient une derogation aux usages et un 
prejudice a leurs liberies. Henri IV, qui avait toutes les 
raisons de ne pas s'aliener les communes, des qu'il apprit 
1 emotion qui les agitaif, decida, d'accord avec les lords, 
que chacune des deux Cbambres avait le droit de deliberer 
sur la situation du royaume et sur les mesures necessaires 
a prendre, mais qu'aucun message ne pourrait etre fait au 
roi relativement aux concessions de subsides, avant que 
ces concessions eussent ete votees par les deux Chambres, 
et qu'alors la communication du vote serait toujours faite 
au roi par l'orateur (Speaker) des communes. 

Cette decision royale fut considered, dit M. Stubbs, 
comme la reconnaissance du droit des communes de 
prendre l'initiative des lois d'impot et de faire connaitre 
au roi, par l'organe de leur orateur, le vote du Parlement 
emis de commun accord avec les lords. Elles n'etaientpas 
encore arrivees au point d'exclure les lords de toute deli- 
beration sur une question d'impot; mais la concession qui 
leur fut faite en 1407 formait, la base sur laquelle elles 
fondaient leurs pretentions ulterieures. 

Nous examinerons a present les raisons politiques ou 
juridiques sur lesquelles les auteurs anglais et etrangers 
fondent la prerogative de la seconde Chambre, ainsi que 



(587) 
la maniere dont elle a ete entendue et pratiquee en Angle- 
terre et en Belgique. 

Le celebre professeur Bluntsebli, notre associe que la 
mort vient d'enlevera la science (1), en iraitant dans son 
ouvrage allemand intitule : AUgemeines Staatsrecht (droit 
public general) chapitre IX, n° II, de la seconde Chambre 
s'exprime ainsi : 



anglaise que toutes les 
dcmandes dimpot doivent d'abord etre portees devant la 
Chambre des communes, etque les lords ne peuvent qu'ap- 
prouver ou rejeter ces projets, sans pouvoir les amender. 
Cette institution trouve probablement son explication 
'listorique en ce que originairement les deputes des villes 
e ' des com les ne furent le plus souvent convoques que 
pour accorder des demandes d'impot. Plus tard on pouvait 
'nvoqucr a 1'appui de cet usage que les impots pesent 
surtout sur la masse du peuple et qu'ils sont moins vive- 
Nent sentis par l'aristocratie. Cette institution fut imitee 
dans d'autres pays. » 

^'opinion de M. Bluntschli, presentee d'ailleurs d'une 
Maniere hypothelique, assigne aussi a cette institution une 
0r 'gine purement historique ; elle cherche a expliquer 
Pourquoi elle a continue d'etre en vigueur encore a une 
epoque posterieure, lorsque la cause qui l'avait fait naitre, 
"'existait plus ; mais cette double explication nous parait 
P e u satisfaisante ; car, il est certain que des les temps les 
Plus anciens deia et avant lepooue ou les communes furent 



loclobrede cette 



( m ) 

pots furent adressees aux lords. Les lords elaicnt done en 
possession du droit de voter les impots avant que les com- 
munes exercassent ce droit, et Ton comprend difficilement 
comment tout a coup les communes, par cela seul qu'elles 
etaient reunies uniquement pour voter des impots, auraient 
ete investies de la prerogative de s'occuper de ces de- 
mandes en premier lieu, avant Tassemblee des lords. 

Quant a la raison tiree de ce que les impots pesent 
surtout sur la masse du peuple, elle est peremptoire pour 
justifier la maxime qu'aucun impot ne peut ou ne doit 
etre leve sans le consentement du peuple ou des communes 
qui le representent plus specialement; mais elle n'explique 
pas leur initiative; car qu'imporle que les communes 
votent les premieres ou les dernieres, si sans leur vote tout 
impot est impossible. 

Ecoutons maintenant les auteurs anglais. Pen d'entre 
eux cherchent a expliquer Forigine ou a donner les motifs 
de cette prerogative de la Chambre des communes. Nous 
laisserons parler Blackstone, dont le grand commentaire 
sur les lois de l'Angleterre (Commentaries on the laws of 
England) jouit encore aujourd'hui d'une haute autorite. 
Au livre I, chap. 2 (qui traite du Parlement) n° V,H dlt » 
en exposant le droit des communes: 

« En premier lieu, en ce qui concerne les taxes (ou les 
impots), e'est un ancien et incontestable privilege et droit 
de la Maison des communes, que toutes les demandes de 
subsides ou d'aides parlemenlaires doivent etre portees 
d'abord devant elles et doivent etre en premier lieu accor- 
dees par elles, bien que leurs allocations, quel qu'en soit 
l'objet ou le but, ne puissent avoir de I'effet qu'apres avoir 
obtenu lassentiment des deux autres branches de la legis- 
lature. La raison generalement donnee pour ce privilege 



(389) 

exclusif de la Maison des communes, c'est queles subsides 
sont leves sur le corps du peuple (upon the body of the 
people), et que pour ce motif il est juste que lui seul doit 
avoir le droit de s'imposer lui-meme. » 
Blackslone n'admet pas cette opinion, il en fait la cri- 



« Cette raison serait sans replique, s 
s'imposaient qu'elles-memes ; mais il est notoire quune 
tres grande partie de la propriete est possedee par la Maison 
des lords ; que cette propriete est egalement imposable et 
soumise a la taxe comme la propriete des communes ; et 
que par consequent, comme les communes ne sont pas les 
utiles contribuables, le motif indique ne peut pas etre la 
raison de leur droit exclusif d -1 avoir I'initiativedela propo- 
sition et de la mesure des subsides. » 

Blackstone, apres avoir refute, a juste titre, le motif qu'on 
allegue generalement pour motiver le privilege des com- 
munes, essaye d'en donner un autre qui ne nous semble 
Pas non plus etre a l'abri de la critique. 

* La veritable raison jaillissant de l'esprit de notre 
institution, dit-il, semble etre celle-ci (seems to be this). 
^es lords formant un corps permanent hereditaire, cree 
* u bon plaisir du roi, sont presumes etre plus accessibles 
a l'influence de la Couronne que les communes, qui sont 
u n corps temporaire et electif, librement nomme par le 
P eu ple ; et, lorsque les lords subissent l'influence de la 
Couronne, ils sont censes continuer a se soumeltre a cet 
e »ipire. Voila pourquoi il serait extremement dangereux 
d'attribuer aux lords un pouvoir quelconque de proposer 
de nouveaux impots ; il suffit qu'ils aient le pouvoir de les 
re jeter, s'ils pensent que les communes les votent avec trop 
de prodigalite ou avec trop d'imprevoyance. * 



( 590 ) 

II est aise de s'apercevoir que le raisonnement de Black- 
stone pechc par le meme defaut que celui que nous avons 
signale en discutant I'opinion de Bluntsehli. Quel danger 
y a-l-il, en effet, a ce que les lords prennent l'iniliativc tie 
voter mcrae de lourdes charges, si ces charges n'obligent 
les communes qu'en vertu de leur proprc assentiment 
donne avant ou apres le vote de la premiere Chambre. 

Les auteurs francais qui ont ecrit sur le droit public de 
la monarchic eonstitutionnelle s'occupent a peine de l'ini- 
tiative de la Chambre des deputes en maliere d'impdt. 
Benjamin Constant, dans ses quatre volumes de Coins 
politique eonstitutionnelle n'en fait pas meme mention. 
Rossi, dans la 90 me leeon de son Cours de droit constitu- 
tionnel (I) se borne a rappeler que Initiative en matiere 
d'impot forme une difference entre les attributions de la 
Chambre des deputes et celle de la Chambre des pairs. 

Afin de ne passer aucun motif sous silence, nous men- 
tionnons celui donne par Foucart, Elements de droit public 
et administratif n° 72. « La Chambre des representants, 
saisie en dernier lieu du vole des lois de finances, « dit- 
il, » peut n'avoir pas le temps de les examiner avec tout 
le soin qu'elles exigent, et il ne faut pas que ce soil celt* 
chambre qui manque de temps necessaire pour contrdler 
les depenses. » 

Cette raison est peu serieuse. D'abord, aucune des deux 
Chambres ne doit manquer du temps necessaire pour 
contrdler les depenses; elles doivent loutes les deux etre 
toujours a meme d'aeeomplir leurs devoirs constitution- 
nels. En suite, Foucart ne parle que des depenses; mais 

(1) Publie a Paris eu 1866-1867, en qualre volumes. Vojez t IV i 



(591 ) 

u s'agit aussi du vote d'impot, et peut-on invoquer comme 
un argument quil est permis a la premiere Chambre de 
voier l'impot avec moins de scrupule ou avec plus de 
legerete que la deuxieme. 

Enfin on peut repondre a l'argument de Foucart, que, 
pour obtenir le resultat qu'il desire, il n'esl pas necessaire 
d'attribuer un privilege special a Ja seconde chambre, 
puisqu'elle a toujours le moyen de forcer le gouvernement 
a presenter les budgets en temps utile; et que d'ailleurs 
la loi peut fixer Tepoque a laquelle le budget devra etre 
presente (1), et, de plus, que le droit d'initiative de la 
seconde Chambre n'empecherait pas le gouvernement de 
presenter les budgets tardivement, s'il jugeait a propos de 
le faire et si les Chambres voulaient s'en accomoder. 

Parmi les auteurs qui ont explique ou commente la Con- 
stitution beige, ou qui, dans leurs travaux, ont eu aussi a 
soccuper de 1'article 27, alinea 2, il n'y en a que trois qui 
aient recherche le motif de cette disposition. 

Notre savant confrere M. Thonissen, qui, dans une 
edition posterieure de son ouvrage intitule : La Constitu- 
tion beige annotee (n° 163) a indique lorigine anglaise de 
la prerogative qui nous occupe, avail deja au n° 137 de 
* a 1™ edition, motive cette prerogative en ces termes : 
• Comme la Chambre des representanls represente sur- 
to "t l'element populaire, il convenait de faire d'abord sanc- 
l 'onner par elle deux especes de charges publiques qui, 
«ans leur repartition, atteignent principalement les classes 
doyenne et inferieure, » et Britz a eu incontestabfement 

e vim, 



(592) 

ce passage sous les yeux, quand il ecrivait le n° 66 de son 
livre intitule: La Constitution beige el les bis organiqaes(i) 
ainsi concu : « Le motif de l'article 27 est que ce sont 
> ces especes de charges ou impots (les budgets, l'etablis- 
» sement ou la modification d'un impot et le service mili- 
» taire, c'est-a-dire sa part dliommes pour Tarmee) qui, 
» dans leur repartition , atteignent principalement les 
» classes moyenne et inferieure. * 

M. Thimus, dans son Traite de droit public ou Expose 
methodique des principes du droit public de la Belgique (2), 
t. II, p. 129, motive ainsi Initiative de la Chambre des 
representants : 

« Les lois d'impdt se distinguent par un caractere par- 
ticulier. Les plus necessaires de toutes, elles sont en meme 
temps les plus onereuses,parcequ'elles exigent de chaque 
citoyen le sacrifice d'une partie de sa propriete. 

» Rien n'est plus delicat que de determiner l'assiette et 
la perception de l'impot. Les meilleurs juges de ces ques- 
tions sont les mandalaires choisis par le peuple pour 
debattre ses interets. Cest d'abord a la Chambre des repre- 
sentants que doivent etre portes les projets de cette nature, 
parce que la se trouvent les parlies interessees. Tout sys- 
teme qui serait elabore ailleurs pourrait porter sur 
bases fausses. < . . 

> Le Senat est prive en cette maliere du droit d'mitiatiH. 

» Une loi d'impot votee d'abord par le Senat serai 
nulle, puisqu'elle ne satisferait pas aux conditions consu- 
tutionnelles. » 

A la Chambre des representants se trouvent les par ** 

(1) Bruxelles, 1863, Bruylant-Christophe. 



( 593 ) 

interessees ! Que diront de cct argument les senateurs qui 
«ie sont eligibles qu'a condition de payer 1000 florins ou 
2,116 francs depositions directes (Constitution, art. 56), 
tandis qu'on peut etre membre de la Chambre des repre- 
sentants sans payer plus de contributions que le plus 
pauvre des prolelaires. Les senateurs sont, certes, dans les 
questions dimpot, partie plus interessee que les membres 
de la Chambre des representants. Legalement il serait 
nieme possible que la Chambre des representants votat 
ties impots sur la propriete sans qu'un de ses membres 
dut J contribuer personnellement. 

Ecouions encore, pour terminer cette revue des auteurs, 
Va n Hoorebeke, qui , dans son Manuel du droit public 
interne de la Belgique (1), pp. 41-42, s'exprimeainsi : 

« Pourquoi, en ce qui coneerne les lois d'impot, le § 2 
" de Particle 27, C. B., n'a-t-il laisse ^initiative qua la 
» Chambre des representants ? D'apres certains auteurs 

* (et il cite en note le commentaire sur la Charte francaise, 
' P- 153), le privilege s'explique comme un vestige de 
' l'ancien principe du gouvernement francais, que la 

* nation a le droit de s'imposer elle-meme. 

• 11 y a toutefois une raison particuliere pour porter le 
» budget en premier lieu a la Chambre elective, c'est que 

* la discussion s'en renouvelle tous les ans et fournit une 

* occasion naturelle de controler tous les details de ladmi- 

* nistration. II importe que la Chambre des deputes, 
» base du gouvernement, ait tout le temps necessaire 

* Pour examiner le tableau assez long des recettes et des 

* depenses. » 

^'argument de Van Hoorebeke est en partie celui de 

W Gaod, chez Hoste, et Bruxelles, chez Decq, 1848. 



(594) 

Foueart que nous avons deja mentionne; mais il y ajoute 
deux motifs inapplicables a la Belgique, car en Belgique 
les deux Chambres sont electives, et toutes les deux ont 
le droit et le devoir de disculer annuellement la loi des 
comptes et le budget (Constit., art. ill et 115). 

Nous ne pouvons pas souscrire au motif invoque par 
notre confrere M. Thonissen que les deux especes de 
charges mentionnees dans 1'article 27, alinea 2, atteignent 
principalement dans leur repartition les classes moyenne 
et inferieure. Son assertion est parfaitement exactc en ce 
qui concerne le service militaire ; mais, quant aux impots, 
il nous semble qu'elle se refute par les memes arguments 
par lesquels nous avons refute M. Thimus. Les contri- 
buables les plus imposes sont atteints par les lois d'impots, 
sinon plus, au moins tout autant que les classes moyenne 
et inferieure. De plus, en Belgique specialement, il n'est 
pas exact de dire que la Chambre des representants repre- 
sente specialement les classes moyenne et inferieure; toutes 
deux elles representent la nation (Const., art. 52), et elles 
sont elues par les memes electeurs (art. 55). Mais, encore 
une fois, admettons meme la these comme exactc Que 
prouverait-elle ? Elle prouverait que ces classes ne de- 
vraient pas elre chargees d'impots ou du sen imfita ; 
sans leur consentement, mais elle ne fournirait aucuu 
argument pour la priorile de la discussion et du vote. 

Coneluons sur ce point. L'article 27, alinea 2, doit son 
origine a Tempire de la tradition ; il a ete adople sans dis- 
cussion. Les auteurs de la Constitution, plus preoccupes du 
souci de creer une ceuvre pratique et viable, que domines 
par le desir de se livrer a des discussions theoriques, ont 
puise dans les legislations etrangeres des dis 
sacrees par le temps (time honoured), 



( 593 ) 
anglais,, qui leur offraient par cela raeme une garantie 
d'utilite et de sagesse. Mais des raisons theoriques, prati- 
ques on politiques et inherentes an mccanisme dc nos 
institutions constitutionnelles font entieremert defaut, et, 
nous nen doutons pas, si Ie Congres s'etait livre a une 
discussion approfondiede cet article, il 1'aurait rejete comme 
inutile. La preuve peremptoire que telle etait la pensee au 
moins des auteurs du projet de la Constitution, se trouve 
dans les travaux qui Tont preparee. L'artiele 39 du projet, 
qui est devenu l'artiele 27 de la Constitution, porte que 
toute loi relative aux recettes et depenses de l'Etat ou au 
contingent de Farmee doit d'abord etre votee par la Cham- 
ore elective. Or, en Belgique, les deux Chambres sont <?/<?c- 
taet elues par les mimes electeurs. Le vole du 17 de- 
cembrc 1850, par lequel le principe de l'eiection des deux 
Chambres fut adopte (Const., art. 53), rendait eelte dispo- 
sition sans objet. Neanmoins elle fut maintenue par le 
vote du 3 Janvier 1851 par la force de la tradition ; seule- 
m ent les mots Chambre elective furent remplaces par les 
m °ts : Chambre des representants. 

Si l'artiele 27, alinea 2, est inutile en Belgique, il est 
v rai de dire qu'il n'est pas nuisible, et que ni dans la vie 
constitutionnelle de la nation, ni dans le fonctionnement 
^s pouvoirs il n a jamais donne lieu a un conflit ni a un 
1IU " f, nvenient d'aueune espece. 

II nous reste a dire quelques mots sur la portee de la 
Prerogative de la seconde Chambre et sur la maniere dont 
e He a ete comprise en Angleterre et en Belgique. 

En Angleterre, la seconde Chambre, considerant sa pre- 
rogative en matiere d'impot comme une canque te resultee 
d'une longue et penible lutte, y attache une haute impor- 
tance et s'en montre tres jalouse. Elle ne tolere aucune 



(596) 

la Chambre des lords dans les malieres 
d'impots ou de budgets. Les lords ont le droit d'adopter 
ou de rejeter purement et simplement les projets de loi 
relatifs aux recettes et aux depenses, mais ils ne peuvent 
pas les amender, et, meme le droit de les rejeter leur a 
ete plus d'une fois conteste par les communes dans le cours 
des deux derniers sieeles. Toulefois, au moins jusqu'en 
1860, lc droit de voter seules les taxes n'a jamais ete for- 
mellement reconnu aux communes, ni par la Chambre des 
lords, ni par les publicistes anglais, bien qu'en 1766 lord 
Chatham (le premier Pitt) eut declare que les communes 
ont un droit exclusif de voter les subsides et que le con- 
sentement des pairs et de la Couronne a un impot, n'est 
qu'une simple formalite necessaire pour donner la forme 
d'une loi aux concessions d'argent faites par les communes. 
Si, sous la forme dun amendement, la Chambre haute 
avail manifeste le desir de voir apporter une modification 
a un projet de loi dimpot et 1'intention de le voter avec 
cettc modilication, le projet n etait pas, conformemcnt a la 
pratique parlementaire dans loutes les autres malieres, 
renvoye a la Chambre des communes pour etre soumis- a 
une nouvelle discussion, car celle-ci laurait rejete a cause 
de Tatieinte que ce procede aurait porte a ses privileges. 
Si, dans un pareil cas, les communes etaient d'accord 
avec les lords, le bill aurait ete retire et propose a la 
scconde Chambre avec les modifications convenues, comnie 
un projet entierement nouveau. 

Toutefois un historien anglais, Mathieu Hale, rapporte le 
cas d'un impot vote sous le roi Henri VI (1422-1 461) par 
les communes et sanctionne par le roi avec un amende- 
ment des lords, sans que la seeonde Chambre ait reclame- 
Celle-ci avail vote un impdt de tonnage pour quatre ans; 



(597) 
les lords avaient restreint la duree de la loi a deux 
annees; Ie roi lavait sanetionnee ainsi sans la renvoyer aux 
communes, croyant qu'il n'y avait pas d'incompatibilite 
entre ces deux votes. 

Hale est d'avis que le roi avait procede legalement, mais 
Blackstone fait observer que chose semblable ne saurait 
plus se repeter depuisquelon a des ideesplus justes sur le 
privilege de la Maison des communes et que, de son temps, 
'°ut amendement a une loi d'impot, propose par la 
Chambre des pairs, serait sur d'etre rejete. En 1640, les 
communes out meme declare une infraction a leur privi- 
' e &e, la simple expression d'un desir, emanee de la 
Chambre des pairs, de les voir s'occuper du vote des 
subsides. 

La jalousie avec laquelle la Chambre des communes 
Te 'He au maintien de son privilege va si loin, qu'elle l'ap- 
P'ique a toutes les especes d'impositions ou de recettes, 
tant generates que locales, dans quelque but on profit de 
quelques personnes qu'elles soient proposees, meme a 
l °utes les lois penales qui comminent des amendes (1). 
A »nsi, en 1850, un bill sur la police de la chasse, pronon- 
? at >t, entre autres, des peines pecuniaires, fut rejete parce 
qu'ilavait ete d'abord porte a la Chambre des pairs. « Mais 
,a rigide observance de cette regie fut trouvee si incom- 
m °de et pleine d1nconvenients,» dit un auteur recent (2), 
*que l'oncrut devoir adopter, en 1851, une regie fixe 
9 u i fait a Toraleur un devoir de dire chaque fois, dans son 
ra Pport sur un de ces cas, si l'intention des lords y parait 



!') Blackstone, L. I, ch. 2. 
(-) La Constitution d'Ang 
•Vogel. Paris, 1864. X. II, j 



( 598 ) 
etre soit d'imposer aux citoyens une obligation d'argent ou 
une charge, soit de modifier ou-d'abolir une charge de 
Fespece, ou s'ils n'ont en en vue que la punition de delits. 
La Ghambre determine ensuite si elle juge convenable, 
dans le cas donne, d'insister sur l'excrcice de son pri- 
vilege. . 

En Belgique, la prerogative de la Chambre des repre- 
sentants, coi.sacree par l'alinea 2 de l'article 27, n'a jamais 
ete entendue aussi largement que eelle des communes en 
Angleterre. Les auteurs qui ont emis leur opinion sur la 
porlee de cette disposition, sont unanimes, et leur opinion 
est con forme a une longue et constante pratique. Laissons 
parler M. Thonissen qui, dans son ouvrage sur la Constitu- 
tion beige (5 e edition, n° 163), explique ainsi l'article 27, 
alinea 2 : « Mais cette disposition ne doit pas efre elendue 
au dela des limites que lui assignent le texte et I'esprit de 
l'article 27. Le vote prealable de la Chambre des repre- 
sentants est exige pour les lois de finances proprement 
dites ; mais il ne faut pas en conclure que toute loi dont 
1'application exige une depense quelconque doive d'abord 
etre votee par cette Chambre. 

» L'initiativede celle-ci n'est exigee que pour les projets 
dont le but principal, sinon cxclusif, est le vote de recettes 
ou de depenses, telles que les emprunts, les budgets, la 
creation ou la modification d'un impot. Admettre un sys- 
teme contraire, ce serait reduire a des cas exiremement 
rares le droit d 'initiative que l'article 27 accorde, en ternies 
generaux, aux trois branches du pouvoir legislatif. » 

Van Hoorebeke (I) est du meme avis ainsi que M. Thi- 

(») Manuel du droit public, p. 42. 



( 599 ) 
mus (1), qui ajoute que l'initiative pour toute proposition 
relative aux recettes on aux depenses de I'Etat, ou au con- 
mgent de I'armee, n'est pas ceriainement enlevee au Roi ; 
que le 2 e § de Particle 27 a seulement voulu dire que le 
aenat est, en cette matiere, prive du droit de proposer 
•a loi, et que ces lois doivent d'abord etre votees par la 
tnambre des representants, soit qu'elle les propose elle- 
m eme, soit que le projet lui en soit presenle par le Roi. 
Nous souscrivons sans reserve a cette opinion. 
Une question qui presentait quelques doutes etait celle 
e savoir si le Senat a la faculte d'amender les projets de 
,0 's relatifs aux recedes et aux depenses de I'Etat ou au 
contingent de I'armee, qui, suivant l'article 27, doivent 
uabord etre votes par la Chambre des representants. 

M. Thonissen, dans 1'ouvrage cite n os 210et2il, se 
Prononce avec la majorite de la section centrale du Con- 
gres (2) pour l'affirmative par des arguments auxquels 
n ous renvoyons et auxquels nous n'avons rien a ajouter. 
De ux fois, depuisl831, la question a ete touchee au 
kenat, mais sans recevoir une solution. Dans la seance du 
*0 fevrier 1849, ou le budget fut discule, M. d'Omalius, 
cril iquant les reductions faites sur les traitementsdes fonc- 
tl0n naires,exprimait le regret que la Constitution interdise 
au Senat de retablir les allocations supprimees. MM. De 
ft'baucourt, Desmanet de Biesme, de Renesse et de Royer 
re pondaient, a ce sujet, que le Senat a parfaitement le 
droit d'amender les budgets et de modifier des articles 



( 600 ) 

dont la Chambre a pris l'initiative; que c'est ! initiatiu 
seuleque la Constitution lui interdit (1). 

Dans la seance dul9 decembre 1879, lors de la discus- 
sion du budget, et a l'occasion de la proposition d'aug- 
menter les appointements des greffiers provinciaux, M. Sol- 
vyns lit observer qu'il n'est pas permis de modifier par la 
voie du budget une loi organique, et souleva en meme 
temps la question du droit du Senat de proposer une aug- 
mentation de depenses. Ce droit futaflirmepar MM. T'Kint 
de Roodenbeke et Vilain XIIII. M. Frere-Orban, Ministre 
des Affaires etrangeres, estima qu'il y avait avantage a ne 
pas soulever cette question, et, de commun accord, elle 
fut reservee (2). 

La disposition del'article 27, alinea 2, est exceptionnelle 
et derogatoire au principe que 1'iniliative appartient b 
chacune des trois branches du pouvoir legislatif. Nous 
croyons avoir demontre qu'elle n'a pas de raison d'etre en 
Belgique. Toutefois, puisqu'elle existe-, il faut la respecter, 
mais il faut Interpreter et l'appliquer comme toutes les 
lois d'exception,de la maniere la plus restrictive possible, 
eest-a-dire, dans le doute, toujours en faveur du droit du 
Senat de prendre l'initiative et de faire des amendements. 

Un dernier mot. La science a pour mission de recher- 
cher 1'origine et les dernieres causes des institutions etdes 
mceurs qui nous regissent; mais c'est une tache souvent 
bien difficile et les meilleurs esprits sont exposes a s'egarer 
lorsque, en s'obstinant a donner des raisons d priori, sou- 
vent imaginaires, ils perdent de vue les renseignements de 
1'histoire et ne retrouvent plus les raisons veri tables. Le 



(601 ) 

travail auquel nous venons de nous livrer en est une nou- 
velle preuve. Souvenons-nous quelquefois des mots du 
jurisconsulte Julien qui disait deja : Non omnium quce a 
majoribus co?istituta sunt, ratio reddi potest, bien que les 
Komains fussent rapproches des origines du droit de vingt 
siecles de plus que nous. 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Seance du 4" decembre 1884. 

M. Balat, direeteur. 

M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. L. Alvin, N. De Keyser, L. Gallait, 
Jos. Geefs, C.-A. Fraikin, Ed. Fetis, le chevalier Leon de 
Burbure, Ad. Siret, Ern. Slingeneyer, Alex. Robert, 
F.-A. Gevaert, Ad. Samuel, Ad. Pauli, God, Guffens, 
Jos. Schadde, membres ; Alex. Pinchart et J. Demannez, 
correspondents. 

MM. Mailly, membre de la Classe des sciences, et Chalon, 
membre de la Classe des letlres, assistent a la seance. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de I'Interieur communique une leltrede 
M. De Jans,laureat du grand concours de peinture de 1879, 
demandant, en vertu de 1'article 17 du reglement, relatif 
aux envois-copie, a pouvoir copier le portrait de Lorenzo 



( (i03 ) 
Colonna, peint par Holbein, qui se trouve dans la troi- 
sieme salle de la galerie Colonna a Rome. 

Apres avoir entendu la section de peinture, Ja Classe 
emet un avis favorable sur cette demande. — II en sera 
donne connaissance a M. le Ministre. 

— La Classe passe a l'ordre du jour sur une nouvelle 
lettre de M. Massart, de Bruxelles, relative au concours 

pour 1882. 

— M. E.Crepin soumet, comme membre de la commis- 
sion organisalrice, une liste de souscription pour elever, 
selon le vceu et a la memoire de 1'auteur, dans la ville de 
Dinant, le groupe sculptural d'Antoine Wierlz, le Triom- 
phedela lumiere. 

— M. Cbarles Lucas, architecte a Paris, envoie a titre 
d'hommage, un exemplaire des Comples rendus stenogra- 
phiques du Congres international des architectes tenu a 
Paris, du 29 juillet au 3 aoiit 1878 ; et sa brochure : Le 
Palais d'Ulysse a Ithaque, 3 e etude antique. 

M. Pinehart offre de la part de M. Jules Guiffrey, un 
exemplaire de son ouvrage intitule: Antoine Van Dyck, sa 
l 'u et ses centres. 

La Classe vote des remerciments pour ces dons et decide 
impression au Bulletin de la note lue par M. Pinehart en 
Preseniant Je livre de M. Guiffrey. 

Voici eette note : 

« Le magnifique ouvrage que j'ai l'honneur d'offrir a 
fe Classe au nom de Tauteur, M. Jules Guiffrey, a pour 
l «re : Antoine Van Dyck, sa vie et ses oeuvres. C'est a la 



fois la plus belle, la plus importante et la meilleure mono- 
graphic qui ait ete publiee sur l'histoire de l'art flamand. 
Elle sort de 1'etablissement typographique de M. A. Quau- 
tin, a Paris, qui en est l'editeur, et ce nom merite d'etre 
cite. Ce volume peut, au point de vue materiel, elre range 
au premier rang des publications du meme genre. 

Les divisions de l'ouvrage etaienl, pour ainsi dire, tra- 
cees par la carriere de l'artiste : d'abord, les renseigne- 
ments personnels sur Van Dyck et lessiens ; puis l'histoire de 
ses etudes chez Van Balen et chez Rubens, et des details 
sur les premieres productions de son pinceau. Trois autres 
parties sont consacrees a son sejour en Italie, a ses travaux 
dans sa patrie, a son retour de la Peninsule ; enfin, a son 
sejour en Angleterre, ou il mourui. Dans la cinquieme et 
derniere partie, l'auteur s'est occupe de considerations sur 
son oeuvre et de recherches sur les eleves qu'il a formes. 

M. Jules Guiffrey merite une place d'honneur parmi les 
historiens de Tart flamand. II ne s'est pas contente de 
recourir aux veritables sources imprimees et manuscrites 
deja connues, il s'est aide des decouvertes qui ont ete 
faites recemment dans les archives, il en a provoque d'au- 
tres. Quant aux ceuvres du maitre, pour beaucoup d'entre 
elles, il s'est donne la peine d'aller les voir sur place, 
voyages coiiteux qu'il n'a pas hesite d'entreprendre. Ce 
n'eiait qu a ces conditions que M. Guiffrey pouvait reussir 
a ecrire un bon livre, et il a pleinement reussi. 

L'ouvrage se termine par le catalogue de l'ceuvre peint 
et grave de Van Dyck,qui n'occupe pas moins de quarante- 
huit pages et comprend pres de douze cents articles. Suit 
un index alphabetique des noms de personnes,de Iieux,etc, 
mentionnees dans les 290 pages qui precedent, index 
dresse pour faeiliter les recherches a quelque point de vue 



( 605 ) 
que Ton se place. En dernier lieu vient une table cles gra- 
vures hors texte, au nombre de vingt-sept, eaux-fortes pour 
• a plupart, et de quatre-vingt-deux planches inserees dans 
•e texte, sans compter des fac-simile de documents et de 
signatures. Les eaux-fortes sont fort belles; les aulres 
•'lustrations sont rendues par des procedes mecaniques 
qui ont, ainsi que le dit M. Guiffrey, « le merite d'une 
scrupuleuse fidelite ». 

Ces planches reproduisent naturellement desoeuvresdu 
celebre artiste : tableaux ou esquisses, dessins, eaux-fortes 
°u etudes, et meme des gravures anciennes d'apres des 
Peintures qu'il a executees. Parmi ces planches il y en a 
d'eeuvres qui n'ont jamais ete publiees,et qui n'etaient con- 
ges que par des descriptions. 

M. Guiffrey est 1'auteurd'un grand nombre de publica- 
tions sur Part et les artistes. FI fut pendant plusieurs annees 
j e eollaborateur du Journal des Beaux-Arts de M. Siret. 

es * en majeure partie a son instigation que Ton doit la 
continuation de cet excellent recueil des Archives de Vart 
francais. Parmi ses ouvrages les plus considerables, je cite- 

<fe Caffleri, et YHistoire de la tapisserie de haute lisse en 



reimpression, 

* Ve c notes, des curieux livrets des expositions qui ont eu 
lieu a Paris depuis 1675 jusqu'a la fin du siecle dernier. 
T °ut recemment il a fait paraitre le premier volume des 
Comptes des bdtiments du roi sous le regne de Louis XIV, 
qui renferment une foule de details inedits sur les travaux 
e d 'vers artistes de notre pays. Les ecrivains qui s'occu- 
Pent de l'histoire de Tart flamand ont beaucoup a puiser 



( 606 ) 
dans lcs livres qui sonl sortis de la plume de M. Jules Guif 
frey el dans ceux qu'il a annotes. » 



MM. De Man, Fraikin, Franck, G. Geefs et Slingeneyer 
sont reelus membresde la commission speciale des finances 
pour l'annee 1882. 



( 607 ) 
CLASSE ftES SCIENCES. 

Seance du 45 decembre 4881. 

M. P.-J. Van Beneden, directeur, president de l'Aca- 
demie. 
M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Monii»iiy, rke-direcleur\ J.-S. Stas, 
Edm. de Selys Longehamps, Melsens, F. Duprez, J.-C. 
Houzeau, G. Dewalque, H. Maus, E. Candeze, F. Donny, 
Steichen, Brialmont, Ed. Morren, Ed. Van Beneden , 
C Malaise, Folie, A. Briart, Crepin, Ed. Mailly, J. De Tilly, 
F --L. Cornet, Ch. Van Bambeke, Alf. Gilkinet, membres; 
E- Catalan, associe; M. Mourlon, L. Fredericq et Masius, 
Cor respondants. 



CORRESPOND ANCE. 

S. M. Ie Roi et S. A. R. Mgr le Comte de Flandre 1 
ex primer leurs regrets de ne pouvoir assister a la sea 
Publiquedu 16decemois. 

M. le president du Senat remereie pour les invitati 
destmees a MM. les senateurs. 



(608) 

M. !e Ministre de I'lnterieur fait savoir que ses occu- 
pations parlementaires l'empecheront d'assister a la seance. 

M. Ie Ministre de la Guerre remercie pour l'invitation 
qui lui a ete faite. 

M. Thiernesse, au nom de l'Academie royale de mede- 
cine, ainsi qu'au nom de I'ecole de medecine veterinaire, 
et M. de Ronge, au nom du Cercle artistique et litteraire, 
remercient pour les memes invitations. 

— M. Ie Ministre de l'lnterieur transmet une expedition 
de l'arrete royal du 30 novembre, nommant president de 
l'Academie, pour 1'annee 1882, M. Alph. Ie Roy, directeur 
de la Classe des lettres pendant ladite annee. 

— M. Ie professeur Rudinger, au nom d'un coniite 
d'organisation, annonce que, le 16 Janvier prochain, sera 
celebre, a Munich, le S0 e anniversaire de doctoral de 
M. Th. von Bischoff, associe de la Classe. — Une adresse 
de felicitations sera envoyee a Tillustre savant. 

— M. le colonel Adan fait savoir qu'une indisposition 
Tempeche de faire sa lecture portee a l'ordre du jour de 
la seance pubiique. — Cet objet sera supprime du pro- 
gramme de la solennite. 

— La Classe recoit a litre d'hommage les ouvrages sui- 

1° Resolutions votees par le congres geologique interna- 
tional, 2° session. Bologne, 1881. Brochure in-8°, presen- 
tee par M. Dewalque ; 

2° Excursions geologiques a travers la France, par 
M. S. Meunier. Paris, 1882. Vol. in-8°, presente par 
M. Mourlon. — Remerciments. 



( 609 ) 



La Classe vote la communication a M. le Ministre de 
l'Interieur du rapport de M. Ed. Van Beneden, dont il est 
donne lecture et auquel ont adhere Mm! Morren el 
™ Plateau, concernant les resultats de la mission scienti- 
%ue de M. Mac Leod, au iaboratoire de physiologie du 
docteur Dohrn, a Naples. 

En outre, elle approuve la proposition de ses commis- 
saires, de designer au choix du Gouvernement, comme suc- 
cesseur de M. Mac Leod, M. J. Fraipont, assistant a 
1'Universite de Liege. 

^ — Sur l'avis de M. Catalan, premier commissaire pour 
f'examen d'une note intitulee : Sur {'integration d'une 
classe d' equations aux derivees partielles du deuxiemeordre, 
par M. Teixeira, la Classe decide que ce travail sera remis 
a son auteur avec priere d'en faire une nouvelle redaction. 



JUGEMENT DU CONCOURS DE 1881. 



^n memoire portant pour devise : « Les theories de 
Bexagrammum mysticum donnent une expression geo- 
netrique particuliere bien simple et elegante des groupes 
des substitutions des six lettres, » a ete recu en reponse a 
fe premiere question : 



(610) 

£tendre, aulant que possible, les theories des points et 
des droites de Steiner, Kirkman, Cayley, Salmon, Hesse, 
Bauer, aux proprietes qui sont pour les courbes superieures, 
pour les surfaces et pour les courbes gaudies, les anologues 
des theoremes de Pascal et de Brianchon. {Voir pour ces 
derniers, les travaux deMM. Cremona, P. Serret et Folie.) 



« JLa question proposee, aecompagnee surtout au renvui 
aux travaux de MM. Cremona et P. Serret, ainsi qu'aux 
miens, ne nous semble guere susceptible d'un sens amphi- 
bologique. 

Dans nos Fondements d'une geometn'e superieure carte- 
sienne, nous avons fait voir que, si le theoreme de Pascal 
s'enonce sous cette forme : « Les cotes opposes de deux 
» trilateres conjugues inscrits a line conique se coupent 
» en trois points situes en ligne droite », le theoreme 
analogue s'enoncera, pour les courbes du 3 rae ordre: 

« Les cotes opposes de deux quadrilaleres conjugues 
» inscrits a une courbe du 3" ordre se coupent en quatre 
» points situes en ligne droite » , et, pour les surfaces du 
3 me ordre : 

« Les faces opposees de deux tetraedres conjugues 
. inscrits a une surface du 3 rae ordre se coupent suivant 

Ces extensions du theoreme de Pascal, jointes a celles 
que nous en avons donnees pour d'autres courbes planes 
ou gauches, indiquaient bien clairement le sens de la 
question de concours. Or le titre seul du memoire envoye 
en reponse a la question montre que ce n'est pas dans ce 
sens que l'auteur a voulu ['entendre. 



( 611 ) 
Et cependant, il n'ignorait pas que ce sens elait bicn le 
veritable ; la preuvc en est qu'il a recherche 1'extension 
proposee pour le cas des courbes gauches du 5 e ordre, 
parce que sa theorie s'appliquait a ce cas, tandis qu'il a 
Iaissede cote les extensions aux courbes planes et aux sur- 
faces dun ordre superieur au second, par la raison con- 

Toute sa theorie, en effet, repose sur le 2 e ordre, et ne 
peut en general s'etendrc au dela que dans un espace a 
plus de trois dimensions, ce qui ne rentre nullement dans 
la question proposee. 

Celle-ci est-elle susceptible d'une solution generate ? 

Evidemment non ; et les termes memes de la question 
i etendre, autant que possible » prouvent que I'Academie 
ne demandait pas une solution de l'espece. 

Mais ce qu'elle voulait, e'est qu'on etendit, dans les 
Kmites du possible, aux courbes et aux surfaces d'ordre 
superieur, les consequences deduites, par les geometres 
modernes, de la propriete de riiexagramme mystique. 

Or, cette extension peut se faire, au moins dans des cas 
partieuliers ; nous signalerons, par exemple, les points d'in- 
flexion d'une courbe plane du 5 e ordre comme Tun d'entre 
e ux ; et nous ne doutons nullement qu'il n'en existe de 
semblables dans les courbes d'un ordre superieur. 

Pour les surfaces du 5 e ordre, nous pensons meme que 
•extension demandee est susceptible de la plus grande ge- 
neralite. 

Tel etait done le point devue auquel on devait d'abord 
s e placer pour traiter la question proposee. 

Apres cela, rien n'aurait empeche de letudier a d'autres 
Points de vue, et, en partieulier, a celui d'ou I'autenr du 
memoire I'a examine, quoique son interpretation soil peut- 



( M2) 

etre, cntre loutes, celle qui est la moins susceptible de 
generalisation. 

Aussi n'a-t-il guere reussi qu'a reproduire, d'une maniere 
originale, les resultats que M. Veronese a obtenus, par une 
voie elementaire, dans un Memoire dont le travail actuel 

Ce travail est assuremenl l'oeuvre d'un geometre distin- 
gue, qui nous semble avoir particulierement etudie les 
mailrcs italiens, et avoir un pen neglige Fetude des courbes 
supericures auxquclles la question se rapporlait surtout. 

Outre les theoremes deja connus, il renferme un grand 
nombre d'idees neu\<-> it oi-iginales,etmeme, commenous 
Tavons dit plus haul, quelques-unes des generalisations 
demandees ; mais il ne semble pas avoir ele ecril dans le 
but de saisir, dans toute son etendue, le probleme propose. 

Nous croyons superflu de faire, de son travail, une ana- 
lyse detaillee, qui ne serait, a peu de chose pres, que la 
reproduction de celle que l'auteur a exposee sous forme de 
preface; ou de presenter des observations de detail, qui ne 
seraient pas de nature a eclairer la classe sur la valeur du 
Memoire. II en est une cependant que nous fcrons dans 
Hnteret du lecteur: c'estqu'il s'y rencontre certaines deno- 
minations proposees par Battaglini, et qui ont le tort de 
creer une homonymie regrettable. Celle &' involution, par 
exemple, qui est prise dans un sens tout different de celui 
que Poncelet, de Joncquieres, Hesse, Clebsch, Cayley, 
Salmon etc, ont attribue a cette expression, dans le sens 
de Yhomographie cyclique des geometres allemands. 

En resume, nous nous trouvons en presence d'un travail 
remarquable, qui men'te cerlainement d'etre accueilli dans 
les Memoires de I'Academie, a cause des apercusnouveaui, 



(613) 
des interpretations interessantes, de la methode feconde 
enfin qu'il expose. 

II a le defaut, seulement, d'avoir ete ecrit, non pas en 
reponse a la question proposee, mais a propos de eette 
question. 

Si le but de 1'Aeademie n'avait ete que de provoquer un 
travail original, celui-ci merilerait le prix. 

Mais nous ne devons pas oublier qu'un des buts de la 
question posee par la Classe etait d'engager les jeunes geo- 
meires dans la voie qui a ete ouverte, dans nos Memoires 
raemes, par 1'extension des theoremes fondamentaux de la 
geometriesuperieure aux eourbeset aux surfaces d'unordre 
eleve, et de provoquer, dans cette voie, des reeherches qui 
completem celles de 1'ecole des geometres beiges, selon 
'expression de Chasles. 

Or, nous venons de le voir, 1'auteur n'a presque rien 
tente dans cette voie ; il s'est borne a suivre la sienne 
Propre. 

La question reste done entiere. 

Notre intention formelle est de proposer ulterieurement 
a la Classe de la maintenir au programme du concours. 

Nous ne pouvons, dans ces conditions, declarer que le 
travail soumis a noire examen merite le prix. 

Nous ne voulons pas non plus proposer une mention 
honorable pour 1'auteur, recompense qui ne nous semblerait 
Pas proportionnee aux meriles tres-reels de son travail. 

En consequence, nous avons lhonneur de proposer a la 
Classe d'ordonner que le Memoire soitimprime, si 1'auteur 
v ^ut y consentir, dans les volumes in-4°, et d'adresser a 
celui-ci des felicitations et des remercimeuts bien me- 
riles. , 



( 614 ) 



« Je crois, comme M. Folie, que l'auteur du Memoire 
n'a pas traite la question proposee par J'Aeademie. En 

consequence, je me rallie aux conclusions de mon savant 

Si le Memoire est imprint (ce que je souhaile), l'auteur 
fera tres-bien d'en corriger la redaction et la ponctua'tion. » 

M. De Tilly, troisieme commissaire, s'ctant rallie aux 
conclusions des rapports qui precedent, elles sont miscs 
aux voix et adoptees. 

se : « Non exeoyitandum 
envoye en reponse a la 
question : 

On demande de nouvelles recherches sur la germination, 
des graines, specialement sur V assimilation des depots 
nutrilifs par Pernor yon. 



« Mon but en proposant, au mois de mars 1879, la 
question sur la germination des graines que 1'Academie a 
bien voulu adopter pour le concours actuel, etait de provo- 
quer de nouvelles recherches au sujet de la theorie de la 
digestion vegetale. Si ees termes ne se trouvent pas expH- 
citement dans Tenonce de la question, c'est que je n'enten- 
dais pas prejuger la reponse ni imposer mes convictions 
aux concurrents. II y a longtemps que nous avons formula 



( 613) 

celte theorie qui a fait tomber les dernieres barrieres que 
l'erreur et les prejuges maintenaient entre les plantes et 
les animaux : alors que la structure cellulaire et la grnera- 
tion etaient deja reconnues les memos dans les deux regnes 

opposition : nous avons montre, deja en 1872, que la nutri- 
tion est en realite la raeme chez tous les etres vivants (1); 
que les vegetaux ne sont pas seulement des pouvoirs rcduc- 
teurs, mais qu'ils elaborent des materia US depositaires d'une 
certaine energie polentielle, laquelle est degagee et utilisee 
pour lcur developpement (2). 

Enfin, apres avoir observe en 1875 les phenomenes 
manifestos par les plantes carnivores (3), nous avons pu, 
des le mois d'octobre 1876, demontrer que tous les pheno- 
menes de digestion reconnus aux animaux sont aussi 
•ndispensables aux vegetaux (4). Celte demonstration, nous 
av ons pu la faire en invoquant une foule dobservations 
anciennes ou recenies de pbysiologie et de chimie biolo- 
S'que : les fails n'etaient pas nouveaux, mais pour la 
premiere f'ois, ils etaient groupes et interpretes en faveur 
de la verite scientifique. Elle a paru assez evident pour 
qu'on y ait vu 1'explication des phenomenes, si etranges , 
* premiere vue, manifestos par les plantes carnivores. 
M- Ch. Martins a bien voulu le reconuaitre dans la pre- 
face qu'il a ecrite pour la traduction francaise des plantes 



(616 ) 

insectivores de Darwin (I). Elle a ete confirmee par de 
nouvelles demonstrations : on a pu notamment invoquer 
en sa faveur l'autorite de Claude Bernard donl les lecons 

vegetaux ont paru en 1878 et 1879. En realite, la theorie 
de la digestion vegetale, telle que nous l'avons soumise au 
jugement de l'Academie en 1876 est aujourd'hui classique 
et fait partie de Tenseignement (2), mais adhiic sub judke 
lis est et nous desirions que la question fiil eludiee a nou- 
veau aussi completement que possible et de maniere a 
elucider au moins quelques-unes des questions irrcsolues 
qui s'y raitachent. Persuade que les graines avec leurs 
depots nutritifs abondants, varies, bien delimited, offrent 
les meilleures condilions pour eonduire a la connaissance 
de la digestion vegetale, nous avons limile a la germination 
le terrain des nouvelles eludes que nous voulions provoquer. 
L'Academie a partage cette opinion eta approuve la question 
mise au eoncours. 

Le memoire qui lui est parvenu porte pour epigraph 
cette simple et sage maxime : Non excogitandum sed inve- 
niendum : voyons l'application que rauteuren a faite etce 
qu'il a decouvert. 

Le premier chapitredu memoire relate une sorte d exper- 
tise que I'auteur a faite chez un pharmacien a propos de 
graines de moutarde dont la germination semble avoir 
troublee au contact de la fleur de soufre. De i 
experiences sont relatees en detail, mais 
inleresser beaucoup. 



(i) Les plants 


insee 


tivores par Ch. Darwiu, ouvrage tradait 


d.Barbier. Paris, 






(2)VoyezH.B.ui 


XOH, 


Anatomie et Physiologie vegetale, Paris, t» 82 



(617) 

Le deuxieme chapitre traite d'experiences sur l'eleetricite 
et la germination : il y aurait beaucoup a dire s'il fallait en 
faire la critique detaillee, mais il suffira de faire observer 
que les experiences sont, a notre avis, a pen pres etrangeres 

st le meilleur et le seul 
qui rentre dans les termes de la question. L'auteur aborde 
ici la question de la digestion vegetale, mais il se restreint 
aux alcaloides et meme a un seul, la strychnine des graines 
de la noix vomique. II la considere comme une matierede 
dep6t, alimentaire pour l'embryon, et il en constate la dis- 
parition progressive a laide d'un reactif chromique. 

C'est, nous a-t-il paru, la seule decouverte consignee dans 
le memoire. II ne resout done pas la question et nous 
regrettons de ne pouvoir proposer de lui attribuer un prix. 
Toutefois, si l'auteur voulait presenter a l'Academie son 
""oisieme chapitre, en dehors de toute competition de con- 
curs, nous serions d'avis, sans nous arreter a quelques 
divergences d'opinion, de le recevoir a titre de communi- 
cation. Je propose de maintenir la question au concours. » 



*«P Por t de ft. lean Frederic,,, deuxieme comn>i,*nire. 

« Pendant la germination..., des substances organiques 
elaborees en vae de V alimentation du germe snnt vendues 
Rubles, trans formees, en partie assimileesparlejeune etre 
P°ur son accroissement... L'embryon vegetal s'alimente 
done absolument comme un germe animal. j» 

Ainsi s'exprimait M. fid. Morren dans un discours pro- 
nonce en seance publique de FAcademie royale de Bel- 
giq«ie, le 17 decembre 1872. Plus tard notre savant collegue 



(618) 

developpait sa pensee dans une Note sur la digestion 
vegetale communiquee a TAcademie dans sa seance du 
21 octobre 1876 a laquelle j'emprunterai encore les pas- 
sages suivants : 

« Toules les planles digerent et leur digestion est dans 
ses phenomenes essenliels la meme que chez les animaux. 
— La plante, le froment, par exemple,accumitle un appro- 
visionnement de nourriture dans la graine aupres d"un 
embryon. Or que le grain de ble serve a alimenter un ani- 
mal ou qu'il serve a nourrir la plante elle-meme, les choses 
se passeront exact ement de la meme maniere. Si c'est tin 
animal qui mange le ble,celui-ci, re'duit en pate, subit dans 
le tube intestinal ('influence du sue pancreatique qui trans- 
forme la fecule en glycose et le gluten en peptones, lesquels 
sontabsorbes etpassent dans Vorganismepar lequelils sont, 
en fin de compte, as similes. Si c'est le froment lui-meme 
qui absorbe I'endosperme, son embryon agit sur le depot 
de fecule, de gluten a I'aide du ferment, lequel opere la 
transformation de I'amidon en glycose, et du gluten en 
principes absorbables par V individuality vegetale. » 

Je m'attendais a trouver dans le memoire de concours 
soumisa notre appreciation, une serie de recherches impre- 
gnees de la meme idee de Fidentite de la nutrition dans le 
regne animal etdans leregne vegetal. (Test sans douteparce 
que l'Academie partageait ceite maniere de voir, qu'ellem'a 
fait l'honneur de m'adjoindre aux botanistes charges de lui 
faire rapport. Au lieu d'une etude parallele de la germina- 
tion dans les plantes et de la digestion chez les animaux, 
l'auteur nous presente trois notes traitant la premiere d'un 
cas de germination singuliere, la seconde de Taction de 
l'electricite sur le developpement de 1'embryon vegetal- 
Dans le 3°» chapitre intitule nutrition del'embryon, l'auteur 



( 619) 

du memoire, « preoccupe des applications, pensant qnHl 
rtaii d'iitteret majeur de connaitre les conditions de forma- 
tion des alcaloi'des dans certains veyetaux reputes de pre- 
miere utilite, » a etudie la disparities de ces substances 
veneneuses dans les graines pendant la germination. C'est 

cadre de ma specialise, il me serait difficile d'en discuter la 
valeur d'une fagon delaillee. 

^'impression generate qu'il m'a laissee, cest qu'il ne 
preseme pas un merite scientifique suffisant pour pouvoir 
elre eouronne. L'auteur me parait avoir besoin de revoir 
ses elements de physique et de ehimie, quand il assimile 
Jes alcaloi'des aux albuminoides, et quand il assigne une 
action differente dans la germination aux sections succes- 
ses d'un meme courant eleclrique. J'ai done Thonneur 
de me rallier aux conclusions du rapport du precedent 



« L'auteur du memoire soumis a notre appreciation, 
a )'ant eu 1'occasion d'examiner une germination rapide de 
graines de moutarde dans du soufre lave et place a 1'etuve, 
s 'est demande quel avait ete, dans ce cas, l'agent acce- 
'erateur de la vegetation. Etait-ee 1'acide sulfurique ou 
,a cide sulfureux que renferme d'habitude le soufre, ou 
hen, 1 'influence favorable devait-elle etre altribuee exclu- 
sivement a la temperature elevee et humide a laquelle les 
graines avaienl ete soumises dans 1'etuve? 

La premiere partie du memoire est consacree a la reso- 
lution de ces questions. L'auteur fait germer differentes 
Raines, notamment des graines de Cruciferes, dans un 



( 620 ) 
substratum siliceux qu'il arrose d'eau chargee de quan- 
tites variables d'aeide sulfurique, et il en arrive a fixer a 
2 °/o 'a quantile necessaire de cet acide, pour empecher 
toute germination. Ce chiffre est notablement superieur a 
celui qu'ont indique Van Tieghem et Vogel. 

L'auteur se propose dexaminer ensuite I'influence de 
l'acide sulfureux sur la germination. — « La grande diffi- 
» culte, dit-il, etait de prendre un substratum sur lequel 
» l'acide sulfureux fut sans action, mais qui put absorber 
» au fur et a mesure l'acide sulfurique qui se forme tou- 
» jours dans les solutions de cet acide employees pour 
» arroser les graines. — Je pris pour cela du calcaire pur 
» (poudre de marbre blanc) » 

On se demandera si l'auteur pouvait atteindre son but 
de cette facon. L'anhydride sulfureux est bien loin d'etre 
sans action sur le carbonate calcique humide, et l'auteur, 
qui semble possederquelques connaissances chimiques, n'a 
pas remarque qu'il se plagait dans les conditions voulues 
pour produire le sulfite calcique et que celui-ci devaif, 
lui-meme, se transformer rapidement en sulfate. Du resie, 
les experiences de l'auteur ne l'ont conduit a aucune con- 
clusion decisive. 

L'auteur examine ensuite 1'influence de la chaleur 
humide sur la germination; ici encore, les resultats ne 
presentent rien de nouveau, si nous exceptons le fa' 1 
deeouvert par l'auteur, que les graines de Brassica, prea- 
lablement surechauffees , fournissent de jeunes pla" ts 
susceptibles de se developper plus rapidement que ceux 
qui proviennent de graines non chauffees. 

L'auteur mentionne ensuite tres-brievement Taction sus- 
pensive operee sur la germination par certains antisep- 
tiques, tels que le benzoale et le salicylate sodiques. Ces 



(621) 

resultats etaient parfaitement prevusjen effet, Ed. Haeckel 
a montre, avant I'auteur du memoire, que different phe- 
nols (acide phenique, acide thymjque), differentes essences 
et l'acide salicylique empechaient completement la germi- 

Un second chapitre du memoire est consacre a 1'etude 
de 1 action de Telectricite sur la germination, etude bien 
ecourtee, qui eut ete digne de faire a elle seule l'objet de 
recherches beaucoup plus longues et plus approfondies. 
L'auteur croit pouvoir affirmer, d'apres ses experiences, 
que I'eleclricite favorise la germination des graines, lorsque 
' a temperature necessaire a cctte germination fait defaut; 
elle pourrail done, jusqu'a un certain point, suppleer a 
• absence du calorique, et agirait comme celui-ci. Je le 
fepete, il me semble impossible de lirer des conclusions 
quelque peu certaines d'experiences aussi peu nombreuses 
et aussi peu variees que celles qui nous occupent. Mon 
savant collegue, M. Fredericq, a deja fait ses restrictions 
au sujet de la methode employee par Pauteur, et de Iidee 
f |u'il s'est formee sur les proprietes du courant electrique 
a differents endroits de son circuit. 

Un troisieme cbapitre est intitule : Nutrition de I'em- 
br yon pendant la periode germinative. 

L'auteur mentionne les travaux relatifs a ce sujet qui 
on t vu I e jour depuis quelques annees, et notamment ceux 
de Pfeffer, de Gorup-Bezanez, de Van Thieghem et de 
Claude-Bernard. On sait que Imminent physiologiste fran- 
c's, dont nous venons de citer le nom, a, le premier^ 
i(J entifle les phenomenes de nutrition des animaux ct des 
Ve getaux. Dans son cours de physiologic, professe au Mu- 
seum, il rappelait que les differentes substances nutritives, 
emmagasinees dans la plante (sucre, fecules, corps gras), 

3"" SERIE, TOME II. 41 



(622) 
se transformaient en composes assimilables, sous Tin- 
fluenie de ferments particulicrs, analogues a ceux qui, 
dans Ie regne animal, produisent les memcs transforma- 
tions, line seule categoric, celle des substances albumi- 
noides, faisait exception jusqu'alors; en effct, on ne con- 
naissait, dans le regne vegetal, aucun ferment digestif, 
capable de transformer les albuminoides en peptones. 

Cetle lacune devait etre bientot comblee; en 1874, 
Gorup-Bcsanez decouvrait dans une graine de legumineuse 
un ferment jouissant des principales proprietes du sue pan- 
crealique, c'esl-a-dire, transformant les albuminoides en 
peptones, el les substances ainylacees en glucose. L'identite 
des phenomenes de nutrition dans les deux regnes etait 
etablie d'une facon peremptoire, et les decouvertes des der- 
nieres annees n'ont fait qu'apporter une confirmation nou- 
velle aux generalisations proposees par Claude Bernard. 

L'auteur du memoire que nous examinons s'est demande 
ce que devenaient les alcaloi'des pendant la germination. 
Disparaissent-ils des endospcrmes, totalement ou en partie? 
Sont-il absorbes comme tels par l'embryon, ou subissent- 
ils une decomposition comme les autres substances pro- 
teiques? — Pour resoudre celte question, l'auteur s'est 
procure un certain nombre de semences fraiches de Strych- 
nos mix vomica, les a mises a germer et a constate que 
la strychnine disparaissait des graines, a mesure que la 
germination se poursuivait. Comment l'auteur a-t-il h' il 
cette constatation? C'cst ce que nous allons examiner. 

11 fait une solution d'acide chromique dans un acidc 
sulfurique de concentration determinee, et fait arriver ce 
Iiquide au contact d'une coupe microscopique, placee sur 
porte-objet; la partie protoplasm ique se colore en violet- 
bleu d'autant plus intense que la quantite de strychnine 



(625) 

est plus considerable, et cetie coloration se maintient pen- 
dant 5 a 4 minutes. 

Cette partie du memoire de lauteur a vivement pique" 
ma curiosite : on sait combien les reactifs generaux etspe- 
ciaux des alealoides donnent des resultats incertains, lors- 
qu'ils sont appliques a des substances impures, et surtout, 
en presence des huiles et des matieres proteiques. Aussi, 
un bon reactif microchimique des alealoides non isoles, 
fst-il encore a deeouvrir. Je me suis done empresse de 
preparer lc reactif nouveau et d'en faire 1'essai. Je dois 
avouer qu'il ma ete tout a fail impossible d'apercevoir la 
coloration violet-bleu indiquee parl'auteur; j'ai fait des 
coupes de graines de strychnos de toute epaisseur, depuis 
'/a couche de cellules jusqu'a plusieurs couches; j'ai 
employe des graines seehes et des graines ramollies sui- 
vant les indications de lauteur; mesessais ne m'ontdonne 
quedes resultats negatifs. Apres quelques minutes, la coupe 
microscopique se colorait bien en bleu verdatre, mais la 
coloration etait repandue sur toute la coupe, et etait sur- 
tout apparente dans les membranes eellulosiques; elle 
n'avait rien de commun avec la reaction indiquee par 1'au- 
•eur du memoire, et j'ai pu produire la reduction de I'oxyde 
de chrome, d'une facon identique, sur une coupe de graine 
d e legumineuse exempte d'alcaloide, et meme, simple- 
ment, en laissant tomber une goulte du reactif sur du 
Papier filtre. 

II est vrai que lauteur dit quelque part : « J'ai constate 

* qu'avecdes graines de strychnos anciennes (d'une annee 

* ou deux de date), le reactif perd beaucoup de sa puis- 
» sance, sans que je m'explique cette difference sensible 

* dans les resultats; la strychnine serait-elle alteree sous 
■ ^influence du temps ou de la matiere < 



(624) 

D'apres cette observation , je devrais peut-etre chercher 
les raisons de mon insucces dans le fait que les graines de 
strychnos employees par moi n'etaient pas recentes; il 
m'est toutefois impossible d'accepter Implication proposee 
par l'auteur au sujet de Alteration subie par la strychnine 
dans les graines d'un an ou deux. En effet, si cette altera- 
tion s'e produisait, il serait indispensable d'avoir toujours 
a sa disposition des graines fraiches pour preparer 1'alca- 
loide, et Ton sail, au contraire, que celui-ci est tres-genera- 
lement obtenu de semences conscrvees un certain temps 
dans les drogueries. — A notre avis, il eiit ete infiniment 
plus concluant de faire germer une certaine quantite de 
graines de strychnos, puis de proceder a la recherche de 
la strychnine dans les residus de la germination, suivant 
les procedes employes pour isoler les alcaloi'des. 

Quoi quil en soit, l'auteur croit avoir constate au moyen 
deson reactif la disparition dela strychnine pendant la ger- 
mination des graines. Enfin, il s'est assure, en traitant le 
<|ecocte de jeunes plants de stramoine par le reactif de 
Mayer, que ceux-ci ne contenaient pas d'alcaloi'de; d'ou il 
paraiti ait resulter que les alcaloides, ayant disparu dans la 
graine et ne se retrouvant pas dans les jeunes plants, ont 
ete decomposes pourdevenir assimilables. — Que devien- 
nent les alcaloides ? Sous quelle forme sont-ils utilises 
a la nutrition du jeune vegetal? Les produits de decom- 
position sont-ils de meme nature que ceux qui sont fournis 
par les substances albuminoides? Ce sont la autant de ques- 
tions importantes que Tauleur n'a pas resolues. 

En resume, le memoire de botanique ne me parait pas 
reunir les conditions requises pour etre couronne. La pa r " 
tie experimentale, de beaucoup la plus importante, est tai- 
blement traitee; la rigucur scientifique y fait complete- 



( 623 ) 

meat defaul; et je suis etonne, pour ma part, que 1'auteur 
ait ose tirer des conclusions formelles de recherches aussi 
sommaires ; il n'y avait la, a mon avis, que des esperances 
de solution future. 

Toutefois, 1'auteur est au courant de l'etat de la question; 
il cite les biologistes les plus importants qui se sont occu- 
pes de la germination et parail connaitre leurs ouvrages; il 
a puise de nombreux renseignements dans les litteratures 
allemande, franchise et anglaise, et, somme toute, il a 
entame la question de l'assimilation des alcaloides, s'il ne 
la pas resolue. Je propose done a 1'Academie de decerner 
k Tauteur du memoire une mention honorable. Chacun 
sait combien les travaux de physiologie botanique sont 
longs et difliciles, et je considere qu'il y a lieu d'encoura- 



Gilkinet, par une declaration posterieure, ayant 
ce a sa proposition d'une mention honorable, la 
?, sur l'avis unanime de ses commissaires, decide 

la question au programme. 



( 626 ) 
COMMUNICATIONS ET LECTURES. 

Sur les oscillations de la pression sanguine dites , 



PfiRIODES ] 



; communication prelir 



par M. Leon Fredericq, correspondant de l'Academie. 

Traube (I) decouvrit chez les chiens paralyses par le 
curare, des oscillations periodiqucs de la pression sanguine, 
qui apparaissent surtout lorsque la respiration artifieielle 
est suspendue ou pratiquee incompletement. Hering (2) 
a cherehe a etablir que ce sont de vrais mouvements 
respiratoires de I'appareil vasculaire; chaque oscillation 
coinciderait avec un mouvement respiratoire du thorax. 
Cependant, la plupart des physiologistes considered, a 
1'exemple de Traube, Cyon,Latschenberger, Deahna, Sigm. 
Mayer (3), etc., ces periodes comme embrassant chacune 
plusieurs mouvements respiratoires. 

J'ai repete ces experiences, mais au lieu de curare qui 
supprime les mouvements respiratoires, j'ai constamment 
immobilise mes chiens en experience par la morphine et 
le chloroforme. De cette facon j'ai pu enregistrer simulta- 
nement les variations de la pression sanguine et les mou- 
vements respiratoires. 

Voici comment jopere : le chien recoit une forte dose 
de chlorhydrate de morphine (15 a 20 ctg.) et, s'il y a lieu, 
un peu de chloroforme. Les vagosympathiques etant cou- 



) Traube, Ges. Beitr. i 



Path, u Phys., Bd. I. Berlin 



(2) Herisg, Wiener Sitzungsber., Bd. 60, { 

(3) Sigm. Mayer, Wiener Sitzungsber., Bd. 74, p. 281. 1876. 



( 627 ) 

pes et la canule de res| iixee dans la 

trachee, on met le bout central de la carotide en rapport 
avec tin manometre a mercure, inscrivant les variations 
de la pression sanguine sur le tambour du Kymographe 
de Ludivig. Les mouvements respiratoires de la partie 
inferieure du thorax s'enregistrent immediatement en des- 
sous, a 1'aide du pneumograph? ;i transmission de Knoll 
muni de son tambour a levier inscripteur. La paroi anle- 
rieure du thorax est ensuite resequee, I'nbdomen large- 
men t ouvert et la trachee est reliee au soufllet, qui prati(jue 
la respiration artificielle. L'experience commence au mo- 
ment oil Ton suspend la respiration artificielle. L'animal 
execute bient6t des mouvements spontanes de la respira- 
tion, qui s'inscrivent sur le papier de 1'appareil enregis- 
treur, mais qui ne peuvent evidemment plus avoir aucune 
influence directe sur I'etat dcs poumons et du cceur, ni sur 
la circulation dans. la poitrine. Les mouvements de va-et- 
vient du diaphragme et des cotes s'executent pour ainsi 
dire dans le vide. Dans ces conditions, chaque mouvement 
^'inspiration est accompagne d'une baisse de la pression 
arterielle. Pendant l'expiration, la pression remonte. Ces 
oscillations respiratoires, qui ne depasscnt guere un a Irois 
centimetres de mercure, peuvent se suivre avec la plus 
grande regularity parfois pendant plus d'une demi-minute. 
On est oblige ensuite de revenir a la respiration artificielle, 
s» Ton ne veut tucr immediatement lanimal. La meme 
experience pent etre repetee un assez grand nombre de 
fois sur le meme ehien. Ces oscillations respiratoires de la 
pression sanguine n'ont pas une origine cardiaque ni tho- 
racique, puisque dans les conditions de l'experience les 
organes contenus dans la poitrine sont soustraits aux effets 
mecaniques ou nerveux des mouvements respiratoires. 
EUes ont sans doute pour cause une influence periodique 



( 628 ) 
du syslemc nerveux central (centre vasomoteur) sur la cir- 
culation peripherique. A chaque inspiration, le centre 
respiratoire reagirait sur le centre des vasomoteurs pour 
enrayer Taction de ee dernier et faire baisser la pression san- 
guine arterielle. Pendant Texpiration la pression remonte. 
Ces variations de pression, si elles se produisent dans la 
respiration normale (et rien n'autorise a supposer leur dis- 
parition) doivent done s'ajouter a Taction mecanique directe 
de ^inspiration et de Texpiration sur Taorte thoracique. 

Dans les conditions ordinaires, chez Tanimal a poitrine 
intacte, ces deux actions sont masquees, contre-balancees 
par Taugmentation de pression arterielle provenant prin- 
cipalement de Tacceleration des pulsations cardiaques et 
accessoirement des changements dans la circulation pul- 
monaire et abdominale qui accompagnent Tinspirafion. De 
la sorte, le resultat de la combinaison de ces differents 
effets se traduit par une augmentation de pression arte- 
rielle, qui suit de pres chaque mouvement d'inspiration, et 
par une baisse de cette pression a chaque mouvement 
d'expiration. 



Elections. 
La Classe procede aux elections pour les places v 
Les resultats seront proclames en seance publique. 

PREPAIUTIFS DE LA STANCE PUBLIQUE. 

M. P.-J. Van Beneden et Folie donnent lecture < 
cours qu'ils se proposent de prononcer dans la dite 
fixeeaul6decemois,a 1 heure. 



CLAUSE DES SCIENCES. 



Seance publique du samedi 46 decembre 1884. 

M. P.-J. Van Beneden, directeur de la Classe et presi- 
dent de lAcademie. 
M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Montigny, vke-directeur; J.-S. Stas, 
Melsens, F. Duprez, J.-C. Houzeau,G. Dewalque,H. Maus, 
E. Candeze, F. Donny, Steichen, Brialmont,Ed. Morren, 
Ed. Van Beneden, C. Malaise, F. Folie, F. Plateau, 
ft. Crepin, Ed. Mailly, J. De Tilly, Ch. Van Bambeke, 
fnembres; E. Catalan, associe; M. Mourlon, correspond ant. 

Assistentala seance: 

Classe des lettisfs : MM. Conscience, directeur ; LeRoy, 
tice-directeur; De Decker, M.-N.-J. Leclercq, Ch. Faide'r, 
T h. Juste, Alp. Wauters, J. Heremans, Ch. Potvin, mem- 
br es; J. Nolet de Brauwere van Steeland, Scheler, asso- 



Classe des beaux-arts: MM. L. Alvin, J. Geefs, C.-A. 
fraikin, le ehev. de Burbure, Ad. Siret, Ern. Slingeneyer, 
Robert, G. Guffens, F. Stappaerts, membres. 



( 630 ) 

A \ heure, MM. P.-J. Van Beueden, Conscience, Mon- 
tigny et Liagre prennent place an bureau. 

M. P.-J. Van Beneden, president, ouvre la seance et 
donne lecture du discours suivant : 



Une page de I'histoire d'une Baleine, ou la Cetologie 
il y a cinquante ans. 



Le 3 novembre 1827, une Baleine ou, pour mieux dire, 
une Balenoptere, puisqu'elle portait un aileron sur le dos, 
flottait a la surface de la mer, entre la Belgique et l'An- 
gleterre; l'equipage d'une ehaloupe de peeheurs beiges, 
apercevant de loin eette epave, la prit, non pas comme le 
fit en 1870 une corvette de guerre qui crut se trouver 
devant une torpille, mais pour la coque d'un navire de- 
En approchant, les peeheurs reconnurent bientot qu'ils 
avaienl devant eux le corps d'une Baleine d'une grandeur 
demesuree; ils s'en emparerent pour la conduire a terre. 
Mais une seule ehaloupe ne suffisait pas, ni en honimes m 
en cables, pour la remorquer jusqu'au port; d'autres cha- 
loupps furent appelees au secours pour assurer la prise, et 
a trois, elles arriverent en vue du phare d'Ostende. 

La maree etait haute en approchant de l'estacade et au 
moment d'y entrer, une manoeuvre inhabile fit rompre le 
cable qui remorquait la proie. L'animal, repris par la m er ' 
apres avoir elede nouveau le jouet des vagues,vint echouer 
a Test du port. 

Aussitot des negociations furent entamees pour la vente 



{ 631 ) 
<ie I epave. II y avail la un certain nombre de tonnes 
ilhuile a recueillir, et la charpente d'un animal aussi 
colossal pouvait exciter la curlosite publique et J'interet 
des savants. 
Le poids de l'animal etait estime a 1 20 mille kilogrammes. 
L'approche de la nouvelle lime faillit compromettre le 
marche conclu;le cadavre vint a flot pendant la maree 
haute, et la mer mena^ait de reprendre son bien. 

Heureusement l'eveil fut donne a temps; des amarres 
eprouvees, fixees a des ancres, furent solidement attachees 
* la queue et a la tete de la bete, et les pecheurs furent a 
Meme d'exploiter Ieur heureuse capture huit jours durant. 
C etait la principale condition de la vente. 

Apres cette premiere exhibition, on se mit a depecer 
laninial a la place meme ou il etait etendu, et les opera- 
tions furent poursuivies meme la nuit a la lueur des flam- 
beaux. On avait tout interet a ne pas perdre du temps, le 
c orps neeonservait plus sa premiere fraicheur et les habi- 
tants des bords de la mer n'ignorent pas la nature des 
e *halaisons nauseabondes qui se degagent d'un corps de 
Cetace pourri. 

La Balenoptere qui est venue echouer a 1'entree de 
1 Escaut il y a une dizaine d'annees, etait morte depuis 
tnoins longtemps et le squelette, six semairus apres son 
lra nsport par chemin de fer, pouvait facilcment etre suivi 
a 'a piste depuis Terneuzen jusqu'a Louvain. 

Les voisins du college du Roi, siege du Musee de 
zoologie, nont pas oublie encore le jour de son debar- 
kment. La police, heureusement, a eu confiance dans la 
Pfomesse du directeur et le precieux squelette n'a pas ete 
e nfoui par ordre superieur. 



(652 ) 

A Ostende, Ie corps de Tanimal fut expose au grand air 
sur la plage, ct le vent, les vagues aidant, porta au large, 
loin des cotes, les gaz et les emanations des visceres. 

Au bout de quelques jours, les habitants de la ville 
comme ceux de la province et meme ceux du pays purent 
admirer la grandeur du monstre marin. 

Des fetes de tout genre furent organ isees par les soins du 
proprietaire et diverses autorites ne dedaignerent pas de se 
rendre aux invitations des interesses. On parle, dans les 
journaux du temps, d'un concert ou meme d'un quadrille 
qui furent executes dans la cavite de la bouche, bien 
entendu, apres que les os eurent ete proprement neltoyes, 
blanchis au soleil et desseches comme une piece de cabinet. 

On y prononca meme des harangues, parmi Iesquelles 
on en cite une, adressee a M. le comte de Baillet, gouver- 
neur de la Flandre occidentale, qui etait delegue par 
S. M. Guillaume I", pour prendre possession de la Baleine 
royale. 

Le soin des dissections avail ete confie a un chirurgien 
d'Ostende, Du Bar, et la preparation du squelette, a Parei, 
de Slykens. Tout amateur qu'il etait, Paret avail donnc 
des preuves non equivoques de son activite et de son gou 
pour les sciences naturelles ; c'est de sa collection qu & 
sorti le squelette de Micropteron Sowerbyi (1 ), une des plus 
importanles pieces du Musee de Bruxelles et dont notre 
savant confrere Dumortier a donne une interessante des- 
cription. 

Le squelette de la Balenoptere monstre etant prep 
et monte, il fut decide, apres sa premiere exhibition a 
Ostende, qu'il serait envoye a Gand et a Anvers, pu« s ^ 
Bruxelles. Cetle exposition dans la capitale eut un gra n 
succes et la Baleine, a laquelle on avait donne le nom 



( 635 ) 
proprieiaire, fut ensuite envoyee a Paris avec la cage en 
bois dans laquelle elle etait montee. 

Le squelette etait place dans une longue baraque en 
planches et expose sur une des places publiques. De Paris 
il fut envoye a Londres ou on publia force charges et 
caricatures pour exciter la curiosite du public. 

Les principales villes d'AHemagne et d'Autriche eurent 
ensuite leur tour, Francfort, Berlin, Dresde et Vienne, et, 
a pres ces dernieres peregrinations, on fit prendre a ce 
eolis d'un nouvcau genre la route de Saint-Petersbourg. 

En 1838 il se trouvait a Dresde, d'apres ce que nous 
a Pprend Ie professeur Reichenbach, et, dans la description 
Physique de la Repubiique argentine, Burmeister ditl'avoir 
etudie a Leipzig. 

II passa ensuite en d'autres mains et, si nous sommes 
bien informe, on Ie fit retourner une seconde fois en An- 
gleterre; on m'assure l'avoir vu en 1846 a Birmingham, 
d ou il serait parti pour l'Amerique. 

Comme nous nous interessions parliculierement a ce 
Cetace, n'ayant pu l'etudier que snperficicllenient pendant 
s °n sejour a Bruxelles, ou nous 1'avons vu expose dans 
unesalle du Palais de i'industrie, aujuiird'hui la Bibliothe- 
1 u e royale, nous avons pris des informations aupies des 
Principaux directcurs des musees, mais aucun d'cux n'a 
P» nous donner des nouvelles, ni de son arrivee ni de son 
sejour aux Etats-Unis. 



supposer qi 



etaicnt quelqu 



ie les restes du 



lo rsque nous recumes, en 1872, une letire du docleur 
Brandt, directeur du Musee de Saint-Petersbourg, datee 
de s environs de Narva, en Esthonie, qui nous aprrit, a 
noire grand etonnement, que Ie squelette de la cclebre 



( 634 ) 
Baleine d'Oslende se Irouvait depuis plusieurs annees a 
Saint-Petersbourg. 

Ce squelette, disait Ie savant directeur, avail ete expose 
a Kazan, ou il avait ete vendu publiquement; et un magna! 
en avait fail I'acquisition au prix de 500 roubles, pour en 
faire don a l'Academie imperiale des sciences de la 
capitale. Le riche Musee de Saint-Pelersbourg, qui ren- 
ferme tant de pieces precieuses, est la propriele de celte 
Academic 

Mais, a ce qu'il parait au moins, ce corps savant ne se 
souciait guere de trouver un Iogement pour ce colossal 
cadeau. Une piece de 80 pieds de longueur ne se case pas 
dans une vitrine ordinaire, et rencombrement des salles 
etait deja assez grand pour qu'il fut difficile de lui trouver 
une place convenable. 

Du reste, il parait que les squelettes de Cetaces etaient 
peu recherches a cette epoque et on cite maints magasins 
et caves de grands musees ou des ossements d'un haul 
interet scientifique sont restes confondus pendant des 
annees avec les doubles et les objels sans valeur. 

Apres une negotiation, qui ne fut sans doute pas tres- 
longue, le beau squelette d'Oslende recut une place au 
Jardin zoologique comme objet de curiosite et il fut rele- 
gue entre des baraques de saltimbanques et des appareils 
de danseuses de corde. 

Aujourd'hui ce squelette se trouve la, abandonne dans 
un coin du Jardin, sous un toit qui lc met a peine a 1'abn 
de la neige et de la pluie, et il est a craindre que, d'ici a 
peu de temps, il n'ait le meme sort que celui de 84 pie^ 
dont parle Pallas et que Petrus Kargin avait envoye a 
Saint-Petersbourg en 1740. 

Nous avons ete sur les lieux, il y a trois ans, pour && 



( 635 ) 
dier ce qui reste de cet animal d'Ostende et ce n'esi 
sans en eprouver une penible impression, que nous a 
trouve le sol jonehe de ses os tombes, que le premier i 
pouvait emporter comme souvenir de sa visite. 



Le lendemain dti jour ou la nouvelle de cette capture 
arriva a Gand, le professeur Van Breda se rendit sur les 
'•eux pour prendre eonnaissance de l'animal, et faire le 
releve de tout ce qu'il pouvait offrir d'interessant pour la 
science. Le soir meme de sa visite, il ecrivit une notice, 
datee de Gand, le 25 novembre 1827 (2). 

Le professeur de Gand etait done sur les lieux avant que 
,e corps fut depece. 

Cette notice de Van Breda a ete reproduite par Fr. Cuvier, 
dans son Histoire naturelle des Cetaces a l'article Rorqual 
Jubarte. II la croyait inedite. 

Le professeur Van Breda commence cet article en 
e *primant ses regrets que cette Baleine n'eut pas ete sou- 
m 'sea une dissection reguliere; que tout a ete perdu, en 
tombani entreles mains de personnesqui nen appr&iaienJ 
pas l'importance scientifique! Les dole'ances sont faciles, 
Wais nous sommes persuade que Van Breda cut ete fort 
embarrasse si on lui eut laisse disposer du cadavre comme 
11 1'enlendait. 



Que Ion sc figure un anatomiste, 


muni dune boite a 


alpels, non devant une table de dis 


section, mais devant 


1 cadavre qui n'exige ni plus ni m 


oins qu'une ecbelle 


>ur voir le contour de la tele, et un . 


Gchafaudage complet 


°ur visiter les >isceres. 





( 636 ) 

Van Breda avance lui-meme qu'il n'est parvenu a sou- 
lever une des branches de la machoire inferieure qua 
laide d'un cabestan. II faut dix hommes pour deplacer 
une mandibule de Baleine franche. 

Nous nous sommes trouve dans un cas semblable, il y 
a une douzaine d'annees, et nous confessons humblement 
que, tout etant prepare depuis longtemps par diverses 
autopsies, a 1'etude des Cetaces, la Balenoptere qui a 
echoue a rembouchure de l'Escaut, eut ete perdue pour 
la science, sans l'energique volonte de mon fils. II est 
reste seul sur les lieux, s'engageant a rapporter les organes 
propres a elre disseques et a conserver jusqu'au dernier 
os du squelette. Et il a tenu parole. 

On ne se figure pas les difficultes qu'on rencontre, Hen 
que pour choisir quelques pieces. 

John Hunter, le celebre anatomiste, qui a cree a Lon- 
dres le musee qui porte aujourd'hui le nom de Musee 
royal du college des chirurgiens, voulant a tout prix obtenir 
pour ses collections quelques preparations de Baleines, 
qui y faisaient completement defaut, s'avisa un jour d'en- 
voyer, a ses frais, un chirurgien a bord d'un baleinier, 
partant pour la peche au Spitzberg. II eut soin de choisir 
un homme capable et de le munir de tout le materiel dont 
il pouvait avoir besoin ; rien n'avait ete neglige. Au bout 
de la campagne, son envoye lui rapporta un morceau de 
peau de Baleine couverte de quelques debris organiques 
desseches. 

lis sont rares ceux qui, comme le gouverneur de Groen- 
land, Holboll, ont le courage de disputer a la mer la char- 
pente de ces colosses de la creation. C'est par lui que fe» 
mon ami Eschricht a obtenu la plupart des squelettes qui 
ornent aujourd'hui les musees d'Europe. 



(637) 

et de 1'energie de cet homme, qui a si malheureusement 
pen dans une banquise, en retournant a son poste. Un 
jour Esehricht lui ecrit de Copenhague pour lui demander 
un cerveau de Baleine. On ne connaissait pas cet organe 
des Cetaces. La Iettre est a peine partie, quEschricht se 
dit: Mod ami Holboll va me croire fou! Je lui ai demande 
un cerveau de Baleine! Quand meme il serait anatomiste, 
comment s'y prendrait-il? Et il regrettait de ne pouvoir 
lui ecrire dans une seconde Iettre qu'il avail ete distrait en 
lui faisant cette singuliere demande. II etait trop tard, la 
Iettre etait partie et Ton sait qu'il n'y a qu'un courrier pour 
le Greenland, qui part au printemps. Quel ne fut pas 
letonnement du professeur de Copenhague en rccevant 
par retour du courrier, e'est-a-dire l'automne suivant, un 
tonneau d'aleool, dans lequel il decouvre un cerveau 
coroplet d'une Megaptere de taille ordinaire, parfaitement 
conserve dans sa boite osseuse. On comprend a peine 
comment il a ete possible d'isoler cette portion du crane 
a coups de hache, sans leser les parties molles, et en res- 
Pectant les nerfs a Ieur sortie. 

Ce Cetace n'a pas moins de 80 pieds de longueur, dit 
Van Breda, et, la plupart des Baleines connues ne sont 
que des enfants a cote d'elle, ajoute-l-il. 

II invoque a ce sujet le temoignage du plus instruit des 
baleiniers, Scoresby, qui a vu capturer plus de trois cents 
Baleines dans les eaux du Spitzberg, mais dont pas une 
ne depasse, fait-il remarquer avec raison, la longueur de 
60 pieds. Van Breda ne s'apercoit pas que Scoresby ne 
parle pas de Balenopteres, mais de Baleines veritables, de 
Tome ix~, 4 me serie. 42 



( 638 ) 
ces Baleincs qu'on a chassees pendant deux sieeles au 
milieu des glaces flotlantes des mers borcales. 

Ce n'esl pas avec les Baleines, mais avec les Balenop- 
tercs que Van Breda aurait du comparer la capture 
dOstende; et s'il avait fait cette comparaison, il se serait 
apercu que Pallas, et bien d'autres, ont signale depuis 
longtemps des Balenopteres d'une taille au moins aussi 
grande. 

Van Breda, dans sa notice, s'occupe aussi de la question 
de Tespece. II pretend que 1'animal echoue a Ostende 
appartient, dapres P. Camper et Scoresby, au genre Ror- 
qual, et il a raison ; mais il a tort de croire qu'il n'existe 
qu'une seule espece de ce genre dans la mer du Nord. 
Nous verrons tout a 1'heure qu'il y en a, au contraire, 
plusieurs, qui sont parfaitement connues maintenant, aussi 
bien des baleiniers que des naturalistes. 

On a trouve a la pointe du museau du Rorqual, dit Van 
Breda, une touffe de poils dont la nature lui parait 
enigmatique. Le docteur Janssens d'Ostende, dont Fred. 
Cuvier transforme le nom en docteur Janson, lui avait 
remis une petite touffe, composee de neuf poils tres-divises, 
d'un pied de longueur, et reunis par une membrane- 
Outre les fanons, ranimal avait encore, dit Van Breda, 
a la pointe du museau, une touffe de filaments cornes, 
arrondis, ou plutot de gros poils, et il ne pent y avoir, 
d'apres lui, aucun doute a cet egard. Cette touffe de poils 
preoccupe I'auleur et ee n'esl pas sans raison. On sail que 
les Baleines ont la peau nue et luisante. II n'y a pas plus 
de poils chez les Baleines que chez les poissons. 

Quelques anatomistes avaient cependant parle de la 



(659) 
presence de ces organes chez certains Cetaees. Pierre 
Camper, entre autres, la plus grande autorite de son epoque 
pour les connaissances analomiques, avail ecrit: Le mufle 
des Baleines est garni, vers son exlremite, de quelques crins 
epars, qui sont analogues aux moustaches. Mais Cuvier 
avail ajoute en note, dans les oeuvres de P. Camper, 
publiees par son fils, qu'il n avail Irouve des traces de poils 
dans aucun Cetace proprement dit (5). 

On comprend le doute que la courte observation de 
Cuvier avait fait naitre dans 1'esprit des naturalistes. 
Camper avait-il pris des filaments de fanons pour des poils? 
Nous verrons plus loin que Tanatomiste hollandais a bien 
vu de veritables poils, formant des moustaches non equi- 
voques, et que ces poils n'ont rien de commun avec la 
pretendue touffe de crins signalee par Van Breda. 

Le professeur de Gand fait mention encore dans sa 
notice dun autre organe, dont il ne peut deviner la 
nature. A propos des plis qui s etendent sous la gorge, et 
dont on ne peut se faire une idee, d'apres-lui, si on ne les 
a pas vus, il rappelle que Lacepede admettait que ces plis 
torment, en s'etendant, par fair qui penetre par les narines, 
une sorte de vessie natatoire (4). Van Breda exprime des 
doutes a eel egard, et ce n'est pas sans motif; s'il y avait 
u ne vessie natatoire chez ces animaux, dit-il, le corps 
lournerait certaincment le ventre en fair. Le professeur 
de Gand a raison, et nous ferons remarquer que ce n'est 
pas la seule erreur commise au sujet des organes loges 
sous la peau sillonnee de la gorge. Le professeur Vrolik, 
»yant eu 1'occasion de dissequer les visceres d'un de ces 
a nimaux,echoue quelques annees plus tard(1834), pres de 
%k-aan-Zee, ne parle pas, il est vrai, de vessie natatoire, 



(640) 

inais signale une disposition, encore plus insolite: il a deta- 
che un lambeau de peau de 30 pieds de longueur a la 
face inferieure de l'animal et les intestins, au lieu de se 
trouver dans la cavite abdominale, se trouvaient, dit-il, aw 
dehors (5). Nous verrons plus loin ce qui a induit Vrolik 
en erreur. C'est une poche du larynx qu'il a prise pour 
un veritable intestin. Son compatriote Sandifort, avait 
cependant fait connaitre cette poche quelques annees aupa- 
ravant et en avait meme donne une bonne description 
accompagnee de figures bien exeeutees. 

Les os que Van Breda a pu comparer s'accordent pen, 
dit-il, avec les os de la Balenoptere de Breme, mais bien 
avec ceux d'un squelette du musee de Leyde, qui provien- 
nent d'un animal echoue en 18H sur les cotes du Zuidcr- 

Le professeur de Gand a fait ici une erreur, qu'il n'etait 
pas facile de ne pas commettre, a cette epoque. Les os de 
Tanimal d'Ostende ne peuvent etre assimiles a ceux de 
l'animal de Breme, par une raison toute simple, c'est qu'ils 
proviennent d'une espece essentiellement differente; ds ne 
peuvent s'accorder davantage avec ceux de Leyde, puisque 
ceux-la appartiennent a la Balenoptere qui entre de temps 
en temps dans la Mediterraneect qui en differe tout autant. 

Le squelette d'Ostende apparlient a une espece incon- 
nue des naturalistes de ce temps, mais dont l'histoire est 
aujourd'hui assez complete, comme nous le dirons tout a 

La seconde notice qui est publiee sur cette Balenoptere 
est de Dubar, chirurgien a Ostende (6). II etait charge 
par le proprietaire de dinger les dissections. Du Bar, apres 
avoir pris les mesures des organes et fait dessiner la 



(641 ) 
plupart des os, se rend a Paris, et y consulle naturelle- 
ment le savant le plus autorise de l'epoque, Cuvier. Mais a 
Paris on ne connaissait guere mieux les Balenopteres 
qu'ailleurs; le museum ne possedait le squelette d'aucune 
espece des mers d'Europe bien determinee. Aussi, tout 
ce que Du Bar a pu y apprendre, c'est que Cuvier ne fait 
pas de difference entre Jubarte et Rorqual; et comme la 
Baleine Rorqual est ordinairement plus longue que les 
autres Balenopteres, Du Bar, je reproduis ses propres 
paroles, ople pour le Rorqual. 

C'est toutce que le chirurgien d'Ostende recueille de sa 
visite du Museum, et, quand plus tard le squelette monte" 
e st exhibe a Paris, sous les yeux des naturalistes, qui peu- 
vent letudier et le comparer, aucun d'eux ne se prononce 
sur la question d'espece. 

Cette hesitation ne doit nullement etonner, et la reserve 
de Cuvier est parfaitementmotivee. 

Les squelettes des grands Cetaces faisaient eomplelement 
defaut dans les musees et Cuvier etait entre largement 
dans cette voie feconde en resultats certains, de n'admettre 
comme cspeees que celles qui etaient etablies sur des 
pieces authentiques. 

Les squelettes de Baleines etaient si rares a cette epoque, 
que Laureillard a du se rendre a Londres pour y dessiner 
au British Museum la seule tete connuede Baleine franche. 
Ce n'est tout au plus que depuis une quarantaine d'an- 
lees que le Musee de Copenhague est en possession du 
premier squelette de cet animal, que Ton a chasse, pen- 
dant deux siecles, au Spilzberg et dans la mer de Baffin, oil 
°n Pa traque avec si peu de prevoyance, que I'espece est 
presque exterminee. La mer de Baffin n'en voit plus 
guere et les quelques baleiniers qui existent encore sortent 



( 612 ) 
du port d'Abcrdcen pour aller les chasser aux detroits 
de Lancaster et de Barrow jusqu'au golfe de Boothia. 

C'est la que la Societe protectrice des animaux aurait 
son mot a dire au nom de 1'humanite. 

Enjuin et juillet 1828, pendant que ce squelette est 
expose a Bruxelles, le D r Vanderlinden, membre de 
TAcademie etprofesseur dezoologie au Musee des sciences 
et des lettres de Bruxelles, publia, a 1'occasion de cette 
exposition, une notice fort interessanle, dans laquelle il 
parle de Tespece a laquelle cet animal doit appartenir, et 
des poils qu'on avail trouves a l'extericur du mufle (7). 

Vanderlinden avait suivi les cours a 1'Universite de 
Bologne, ou il avait eu, je pense, comme professeur de 
zoologie, 1'abbe Ranzani. II ne s'etait guere occupe jus- 
qu'alors que de medecine et d'entomologie. 

Vanderlinden admel, comme Cuvier, deux especes de 
Rorqual dans notre hemisphere, Tune de la mer duNord, 
I'autre de la Med iter ranee, et il n'hesite pas a affirmer 
que le squelette d'Ostende n'appartient ni a Tune ni a 
1'autre de ces especes. II fait remarquer, ce qui est fort 
juste, que la machoire superieure est proportionnellement 
plus large dans la Balenoptere d'Ostende que dans les 
autres especes, et que ce Cetace est nouveau pour la 
science. II propose de la baptiser sous le nom de Balenop- 
tere d'Ostende. 

Vanderlinden reconnait aussi que la pretendue touffe 
de poils, dont Van Breda et Du Bar ont parle, n'est autre 
chose que les barbes de fanons fort courts, tombes de la 
partie anterieure du palais. 

Le jeune docteur de TUniversite de Bologne exprimait 
dans cette notice le regret qu'il n'y eut pas une description 



(643) 

de la Balenoplere d'Ostendc, avec 
I indication de la position relative des divers organcs du 
corps. 

Nous ne savons si ce n'est pas ce passage qui a deter- 
mine feu Ch. Morren, Ie pere de notre savant confrere, a 
prendre la plume, pour publier un article sur le meme 
animal. Ch. Morren est si convaincu que Vanderlinden a 
eu tort de parler d'une espece nouvelle, qu'il intitule son 
travail: Observations sur la Balenopterarostrata de Fabri- 
cius. — L'auteur du memoire sur le Lombric terrestre 
tranche deja la question en choisissant le titre de sa notice. 

Nous pouvons aujourd'hui nous prononcer sur cette 
polemique violentedont les journaux politiquesdelepoque 
se sont oceupes pendant plusieurs mois. 

Nous pouvons bien le dire , le nom ehoisi par 
Ch. Morren est eelui qui convient le moins a l'animal qui 
nous occupe ; la Balenoptera roslrata de Fabrkius, est 
precisement l'espece dont le squelette fiFOslende s'eloigno 
le plus par sa taille comme par tous les caracteres exte- 



La discussion entre Ch. Morren et Vanderlinden rou 
ensuite sur l'os hyoide et le bassin. Nous ne savons pas 
place qu'on avail assignee a I'os hyoide, a Bruxelles t 
montant le squelette, mais nous ferons remarquer que, 
Vanderlinden avail commis de grossieres erreurs dans 
place accordee aux os du bassin, ce qui n'est pas, on e 
aurait trouve la justification dans l'ignorance ou Ton s 
trouvait a cette epoque au sujet des vrais rapports de c< 
°s. II n'y a que quelques annees, et nous avons ete 1 
premier a le fairc remarquer, le bassin de la Baleine d 
Cap, du Museum de Paris, etait represente par un c 



( 644 ) 
unique, qui n'etait autre chose qu'un fragment de cote 
plus ou moins bien decoupe et place sur la ligne mediane. 
C'est ainsi que Ie bassin figure dans les Recherches sur les 
ossemenls fossiles. Cuvier s'etait laisse induire en erreur 
par Lalande, qui avait rapporte ce squelette du cap de 
Bonne-Esperance. 

Vanderlinden ne s'etait aucunement trompe au sujet de 
ces os, puisqu'il reconnait que Ie bassin des Cetaces ne 
peut etre une piece unique et mediane. 

Que dira-t-on de nous, ajoute Ch. Morren, quand on 
terra un appareil hyoidien et un bassin rassembles d'une 
maniere contraire aux lois de I 'organisation el surtout 
quand on apprendra qu'on a base la distinction d'une pre- 
tendue nouvelle espece sur des erreurs impardonnables et si 
faciles a redresser. 

Ce qui precede montre bien que Ton ne simprovise 
pas cetologuc : Ch. Morren a eu beau avoir etudie le sque- 
lette du Musee de Leyde, ce que Vanderlinden n avail pas 
eu 1'oecasion de faire, il ne confond pas moins quatre 
especes differentes sous un seul ct memc nom. 



III. 



Cinquante annees out passe la-dessus; la Cetologie a 
fait d'immenses progres, dans ces dernieres annees sur- 
tout, et nous sommes aujourd'hui a meme de lever tous 
les doutes que Ton pourrait conservcr, au sujet de la pre- 
sence des poils, de la pretendue vessie natatoire, ainsi 
que de la nature de 1'espece a laqudle la Baleine d'Ostende 
doit appartenir. 

Quoi qu'on en ait dit, il existe de veritables poils chez 



(648) 

les Cetaces comme chez les autres Mammiferes, et e'est a 
tort qu'on a parfois confondu ces organes avec les barbes 
des fanons. 

La touffe de crins que Ton a trouvee sur le mufle nest, 
comme Vanderlinden I'a dit, qu'une partie de fanons, deta- 
inee de la partie anterieure du palais et trouvee acciden- 
tollement hors de la cavite de la bouche. 

Vanderlinden ne setait aucunement trompe au sujet de 
la nature de ees organes. 

On ne serait plus expose aujourd'hui a confondre les 
fanons avec les poils; on sait fort bien que P. Camper, et 
avant lui Fred. Martens, en parlant de moustaches, ont vu 
de veritables poils implantes dans les Ievres des Cetaces. 
On sait fort bien aussi, maintenant, que ees poils ne diffe- 
rent des autres que parce qu'ils sont moins nombreux et 
qu'ils tombent generalement a la tin de la gestation. 

Les Cetaces ne sont pas moins piliferes que les autres 
mammiferes, et la difference que presentent ces phaneres 
ne porte que sur le nombre, la place et 1 epoque de la 
chute. 

Les poils sont generalement caducs et tombent meme 
avant la naissanee. Chez quelqties Cetaces ils persistent 
toutefois dans certaines regions du corps et sont alors plus 
°'i moins nombreux. 

Les vraies Baleincs sont dans ce dernier cas, surtout la 
Baleirie du Japon; il se forme sur leur rostre une proemi- 
nence particuliere que les baleiniers < 
n om de bonnet, et ce bonnet, dont la s 
guliere, est couvert de poils. Les baleiniers souvent scal- 
PeiU le rostre et eonservent cette partie du chanfrein 
comme trophee. 



( 646) 

On connaissaif, dans plusieurs grands musees, ces mor- 
ceaux de peau que Ion soupeonnait bien provenir de 
Baleines, mais on en ignorait la nature. Les baleiniers 
seuls les appreciaient et ce n'est que depuis une vingtaine 
d'annees que le docteur Gray a fait connaitre le nom sous 
lequel ils designent cette peau du rostre. 

Ce bonnet n'est pas une portion de peau aecidentelle- 
ment alteree par le sejour de quelques coronules, comme 
on I'a pretendu ; c'est une region qui se couvre naturelle- 
ment de poils et qui etait parfaitement indiquee deja dans 
un foetus de Baleine franche, que nous avons eu l'occasion 
de dissequer il y a quelques annces ; ce foetus n'avait pas 
atteint encore la moilie de sa croissanee. 

La presence de ces poils a fait commettro, dans ces der- 
niers temps., une erreur dont il etait difficile de se rendre 
compte. 

On possedait un de ces bonnets au musee de Saint- 
Petersbourg, mais sans aucune indication dorigine. Au 
milieu des poils qui le couvrcnt Iogeaient un nombre 
considerable de erustaces, connus sous le nom de Cyames; 
on en voyait a tons It s degres de developpement (9). 

On sait que les Cyames sont des commensaux propres 
aux vraies Baleines et aux Megapteres. Mais la presence 
des poils a fait supposer que ce morceau de peau provcnait 
du grand Sirenien de Pile de Cuivre qui a ete extermine 
au siecle dernier et dont le Musee de Saint-Petersbomg 
possedait seul quelques restes. Le Cyarnus Rhytince nVst 
autre chose que le Cyame de la Baleine du Japon, comme 
le professeur Lutken l'a reconnu. 

On pent dire que les poils avortent comme les dents 
chez les Cetaces qui portent des fanons et que, dans ceux 
qui n'ont pas de fanons, c'est-a-dire les Cetodontes, il n y 



(647) 

a pas de denls de remplacement. Les dents dites de lait 
sont permanentes dans ces derniers Cetaces. 

Nous savons parfaitement aussi a quoi nous en tenir au 
sujet de la presence d'une vessie natatoire dans ces Mam- 
miferes, et de la situation insolite des intestins signalee par 
le professeur Vrolik (1 0). En dissequant la Balenoptere dont 
nous avons parte plus haul, mon fils a trouve une dispo- 
sition de l'appareil respiratoire, qui explique parfoitement 
comment on a pu croire a l'existence d'un semblableorgane 
chez ces animaux. 

Au-devant du larynx de ces Cetaces, ou plutot au-devant 
de Ieur trachee-artere, on voit un boyau du calibre des 
intestins, qui s'etend depuis Ic cartilage thyroide jusqu'a 
1 origine des bronches, en conservant la meme epaisseur 
dans toute son etendue. 

Ce boyau s'ouvre, en haut, dans l'interieur du larynx, 
P a r un large orifice, entre le cartilage dont nous xenons 
de parler et le premier anneau de la trachee-artere; en 
bas, il se termine en cul-de-sac, comme certains ventricules 
^i dependent de 1'organe de la voix chez d'autres Mam- 
niifercs. C'est un diverticule du larynx, dont les attri- 
butions se rattachent sans dome au genre de vie des 
Cetaces souflleurs. 

Tous les Cetaces a fanons, Baleines veritables, Megapte- 
r es ou Balenopteres, sont pourvus d'une poche semblable, 
e * les Cetodontes portent, au contraire, a I'entree des voies 
r espiratoires, une double poche des events dont on n'a 
guere apprecie le rang fonctionnel. 

H est a remarquer que de tout temps les artistes ont 
r epresente les dauphins et les Baleines hnqant des colonnes 
d'eau par leurs events. 



( 6*8 ) 

Ces animaux viennent a la surface de la mer pour rejeter 
lair vieie qui a fonctionne dans leurs poumons et pour 
en prendre d'autre qui sera rejete a son tour. 

Mais est-cedel'airou de l'eau qui sort de ces events (II)? 

Les anciens naturalistes ont toujours dit avec Jes artistes: 
C'est de l'eau, et Lacepede, entre autres, en doutaitsi peu, 
qu'il cstimait la quantite qu'un animal pouvait expulser 
suffisante pour remplir tout un canot. Cette eau etait 
ci nsee provenir de la cavite de la bouche dans laquelle elle 
aurait penetre avec sa pature. 

Mais il nexisle pas de communication directe entre la 
cavite de la bouche et les fosses nasales, et un doute a 
surgi naturellement sur la nature du jet. 

On s'esl demande, si ce n'est pas plutot de 1'air que 
l'animal expire. Le doute est d'autant mieux juslifie que 
l'eau qui entre dans la bouche est expulsee a travers les 
fanons. Un naturaliste a vu de pres l'eau passer entre les 
fanons comme a travers un pressoir. 

Legouverneur du Groenland, Holboll, invite par Esch- 
richt d'observer ce phenomene sur le vivant, n'hesite pas 
a dire que c'est de Pair qui sort par les events. II a vu ces 
animaux respirer en liberie, ct il a observe, avec le secours 
d'une longue vue, dit-il, que ce n'esl pas de l'eau qu'ils 
expirent; c'est, a son avis, de 1'air humide que le froid 
condense et rend visible. Plus de dix-huit annees de sejour 
sur les cotes de Groenland donnent une autorile non 
conteste a ces paroles de Holboll. 

Aussi on a cru generalement, apres un semblable temoi- 
gnage, que la question etait tranchee; mais les marins 
comme les naturalistes, qui ont visile les regions intertro- 
picales, ne peuvent se rallicr a lavis de Holboll. Ilsdisent, 



(649) 

et non sans raison, que les jets sont aussi distincts sous 
Ies tropiques que dans la mer de Baffin et que le froid, 
par consequent, n'est pour rien dans cette apparition. 

Nous serons sans doute plus pres de la verite en disant 
que c'est de 1'air et de I'eau a la fois, mais que 1'eau est 
dans un etat de division extreme, comme celle qui sort 
dun pulverisateur. 

M. Doumet-Adanson a eu recemment l'oecasion d'ob- 
server pendant plusieurs jours une Balenoptere captive 
dans le port de Cette. L'animal avaitete pris dans les replis 
d'un fdet (12). II a pu I'observer comme on observe un 
poisson rouge dans un aquarium. 

Ce naturaliste a vu cet animal lancer deux colonnes de 
poussiere d'eau, c'est ainsi qu'il s'exprime, s elevant a 
• ou o metres, et retomber en brouillard humide sur les 
spectateurs. Ces colonnes etaient evacuees, dit-il, avec la 
force et le bruit rugissant d'une machine a vapeur. 

C'est done bien de I'eau qui sort de ees events, peu 
unporte dans quel etat elle se trouve, et, si elle ne peut 
venirde la bouche, ce ne peut etre que des narinesmemes. 
Nous avons lout lieu de croire que la poche laryngee des 
%stacocetes, comme la poche des events des Cetodontes, 
e st 1'organe propre qui recoit I'eau penetrant par les narines 
pendant I'immersion et que c'est cette meme poche qui 
'a relance, avec Tair des poumons, pendant l'expiration. 

Ce n'est pas le moment d'examiner si la difference des 
uerfs olfactifs des Mystacocetes et des Cetodontes ne cor- 
respond pas avec la difference des poches des events et du 
larynx et si les Cetaces n'ont pas un double organe pour 
I'exerciee de Todorat, l'un dans Fair, comme les mammi- 
feres, Tautre dans I'eau, comme les poissons. C'est une 
question qui reste a etudier. 



( mo ) 

Ce qui nous fait supposer que le sens de l'odorat a une 
certaine delicatesse chez ces animaux, c'est une observation 
que Lacepede a trouvee dans les notes manuscrites d'un 
vice-amiral, d'apres laquelle l'eau pourrie du fond d'un 
bateau, jetee a la mer, avail fait fuir les Baleines, etrecom- 
mande de la conserver pour les eloigner au besoin. 

Quel est en definitive le nomde la Balenoptere qui nous 
occupe? 

En 1827, quand l'animal fut capture, et que plus tard 
son squcletfe fut expose sur les places publiqucs des 
principales capitales de 1'Europe, les naturalistes les plus 
autorises, avons-nous dit plus haut, ne pouvaient se pro- 
noncer sur eette question. 

Pendant son exhibition a Paris, Cuvier avait fait mouler 
du crane, et le platre, que Gervais a relrouve 



dans ces dernic 



5 temps, ne contenait aucune indication a 



On le comprend; Cuvier admettait une espece propre a 
la Mediterranee et les differences de taille, que J'on obser- 
vait dans les squelettes provenant de la mer du Nord, 
n'etaient pour lui que des differences d'age. 

Le grand naturaliste n'avait pas eu assez de maleriaux 
entre les mains pour se former une opinion precise sur ce 
sujet. 

Aujourd'hui que les squelettes de la plupart de ces 
animaux sunt connus, nous pouvons affirmer qu'il existe 
quatre especes bien distinetes, aussi differentes de taille 
que de caracteres et de genre de vie, et que ces especes 
ne sont pas moins bien connues des baleiniers que des 
naturalistes. 

La premiere dentre elles est la petite Balenoptere dont 



(.« ) 

ilexiste maintenant des squclettes dans la plupart des 
misees. C'est la Balenoptera rostrata de Fabricius. 

Elle ne depasse pas 30 pieds, et on ne pourrait plus la 
confondre avec un aulre animal. Elle a les fanons jaunes 
et les vertebres ne depassent pas le nombre de quaranle- 
liuit. 

La seconde espece est beaucoup plus rare; on n'en 
connait que quelques squeleltes, dont un est a Berlin et 
autre a Bruxelles, il porle le nom de Balenoptera laticeps 
°u mieux borealis, puisque Lesson 1'avait baptisee avant 
Gr a>'. Kile atteint de 30 a 40 pieds. Elle a plus de qua- 
Ji»nte-Jiuit vertebres. 

La troisieme espece est la plus commune; c'est la 
Balenoptera tmtsculus. C'est elle que Cuvier croyait propre 
a la Mediterranee. C'est elle en effet qui penetre parfois 
dans cette mer interieure el c'est la seule que les anciens 
°nt connue. Elle atteint une soixantaine de pieds et ses 
fonons sont toujours stries. 

Le squeletle d'Ostende appartient a la quatrieme espece, 
celie q«i atteint jusqu'a 80 pieds et dont les fanons, d'un 
b eau noir luisant, ne peuvent etre confondus avec ceux 
ties autres especes. Elle est generalement connue sous le 
n om de Balenoptera Sibbaldii. 

Nous avions propose, il y a 25 ans, de commun accord 
av ec Eschricht, de l'appeler Balenoptera Gigas; d'apres 
,es errements generalement suivis, elle devrait porter le 
n °m de Balenoptere d'Ostende, puisque ce nom est de 
*0 ans plus ancien que celui de Gray. 

Au Groenland on la connait sous le nom de Tunnolik 
et en Islande sous celui de Steypireydre. A Vadso,on ne la 
de signe p as sous son veritable nom (13). 
Le squelette d'Ostende a ete longtemps le seul de son 



(6S2) 

espece; ce n'est plus le cas aujourd'hui ! On en possede a 
Londres, a Hull, a Edimbourg, a Goteborg, a Stockholm 
et dans quelques jours, on en aura deux a Paris, male et 
femelle, que le professeur Pouchet est alle chercher 1'annee 
derniere a Vadso, dans le Varanger Fiord, ou on le chasse 
pendant les trois mois d'ete. 

En faisant le releve des observations qui ont ete consi- 
gnees sur leur passage dans la mer de Baffin, dans les 
eaux d'lslande et des lies Loffoden, et leur apparition 
periodique au nord de la Norwege, on peut dire que celte 
espece est un animal de l'Atlantique septentrional. 

Et quant aux individus qui sont venus echouer sur les 
cotes de Belgique, d'Angleterre, d'Ecosse ou de Suede, 
on peut dire, que ce sont des vagabonds, repudies peut- 
etre pas leur gamme, ou des individus malades ou blesses, 
qui ont abandonne leurs parages habituels. 

Ces animaux, qui vivent sur les cotes du Groenland et 
passent de la mer de Baffin a Tentree de la mer Blanche, 
sont-iis confines dans l'Atlantique ? 

Le capitaine Scammon que 1'on peut appelerle Scoresby 
du Pacifique a etudie les animaux marins de Focean Paci- 
tique avec un soin particulier; il s'est oecupe des Baleines, 
des Megapteres et des Balenopteres, et on ne peut s'empc- 
cher d'etre frappe quand on compare les especes qud 
decrit avec eelles que nous connaissons dans 1 'Atiafifi \w. 
II y a la une petite Balenoptere, qui n'atteint pas 30 pieds 
et une autre qui en depasse 80; les caracteres particuliers 
des squelettes comme des fanons rappellent si complete- 
ment deux de nos especes, que Ton ne peut se defendre de 
faire ce rapprochement. 

Et entre la grande et la petite il en existe une autre de 
taille moyenne, la Balenoptera velifera, qui ne se rapproche 



( 653 ) 
pas moins bien de notre espece intermediaire. IVous ne 
douions pas que la Balenoptera sulfurea, le sulfur bottom 
des Americans (c'est ainst que les baleiniers appellent 
la grande Balenoptere), ne corresponde a notre Cetace 
d'Ostendeet la Balenoptera Davidsonii k noire peliterostrata. 

L'espece intermediate, la Balenoptera velifera serait 
notre Balenoptera musculus. 

Le professeur Turner rapporte qu'un baleinier experi- 
ment lui disait, pendant qu'il dissequait la grande Bale- 
noptere, qu'il avail vu souvent cet animal in the northern 
was et qu'on le designait sous le nom de silver-bottom, a 
cause du reflet argente du corps. Le mot silver-bottom est 
devenu, dans la bouche des marins, sulfur-bottom. 

Cette meme opinion est, du reste, exprimee par le pro- 
fesseur Cope de Philadelphia : Le Sulfur-bottom est la 
Plus grande espece, dit-il, et il ajoute que c'est le meme 
animal qui hante le nord du Pacifique et le nord de l'At- 
lantique. 

On le trouve sur les cotes de Californie, de mai a sep- 
tembre, corame on trouve notre Steypireydre de mai a 
septembre sur les cotes d'Islande et de Norwege. 

Si nous considerons que c'est la meme Baleine franche 
qui hante la mer d'Ockhotsk comme la mer de Baffin et 
le s eaux du Spitzberg, que c'est la meme espece de 
Megaptere, de Cachalot, deMeluga,de Grindewal et dun 
grand nombre d'autres Cetaces, nous ne devons pas etre 
surpris d'y rencontrer aussi les memes Balenopteres. 

Jes Cetaces de notre hemisphere, nous pouvons bien en 
J et er un aussi sur eeux de 1'hemisphere austral, et faire 
r emarquer que les memes formes se reproduisent dans les 
ea ux de nos antipodes. Le Museum britannique a recu, il 

3 me SERIE, TOME If. 43 



( 654 ) 

n'y a pas longtemps, un squelette de la Nouvelle-Zelande, 
en tout semblable a notre petite Balenoptere et, a cote 
d'elle, vit egalement une cspeee qui atteint comme la 
noire 80 pieds et dont les fanons, les vertebres et les cotes 
correspondent, par le nombre comme par Ieur forme, a 
notre grande espece. 

Nous pourrions meme faire une observation semblable 
sur les Balenopieres de 1'Allantique meridional (14) et 
de la mer des lndes. 

Mon fils, dans le rapport qu'il a fait sur son voyage au 
Bresil, ne put s'empecher de faire remarquer la ressem- 
blance des Myslacoeetes de ces cotes avec les especes 
d'Europe, et cette ressemblance devenait encore plus 
frappante a ses yeux, quand il trouva au squelette de la 
Balenoptera bonaerensis, le petit nombre de vertebres, les 
fanons pales et le sternum en eroix latine, qui distinguent 
si nettement notre rostrata (15). 

Et ce que nous venons de dire pour les vivanls, nous 
pouvons le repeter pour les fossiles, d'apres les ossements 
recueillis dans la Republique argentine. 

La Balenoptera patachomica el la Balenoptera intermedia, 
de Burmeister, correspondent, la premiere a la )>iuscitlus, 
la seconde, un des plus grands animaux du monde, dit 
Burmeister, a Fespece d'Ostende. 

Cette ressemblance n'a done pas echappe non plus au 
savant directeur du Musee de Buenos- Ayres. 

Si ces differentes Balenopieres ne sont pas des especes 
representatives, vicariantes ou similaires, nous verrons le 
nombre des Cetaces cosmopolites augmenter dans une 
large proportion, puisque a cote du Cachalot, qui etail 
presque seul dans ce cas, nous pourrons citer les Megap- 
teres et les Balenopieres, le Ziphius cavirostris 



avec le 



( 653 ) 
Micropteron Sowerbyi parmi les Ziphioi'des, et le Dauphin 
commun, le Grindewall, 1'Orque et plusieurs autres parmi 
les Cetodontes. 

H n'y a pas dans les animaux marins de nos antipodes 
la meme opposition que dans les animaux terrestres, et 
c'est en vain qu'on chercherait des Marsupiaux parmi les 
mammiieres aquatiques. Tous les Thalassotheriens sont 
monodelphes. 

C'est en regardant de temps en temps derriere soi, que 
1'on s'apercoit des progres qui s'accomplissent dans les 
differentes branches des sciences, surlout des sciences 
""observation; et Ton peut voir par cet expose que si, il y 
a cinquante ans, il y avait de grandes difficultes a deter- 
miner les Cetaces qui visitent par hasard nos cotes, nous 
pouvons aiij'd let entre eux, au moms 

avec autant de certitude que les animaux terrestres les 
raieux connus. 



(2) Eenige byzonderheden omtrent den Walvisch, die den S dcn no- 
member 1827 by Oostende gestrand is. 

Nous trouvons plus tard dans le meme recueil le dessin de l'animal 
couche sur le dos. (Algemeenen konst en letterbode, n° 48, 1827.) 

Le Messager des sciences et des arts, 5* et 6 e livraisons, 1829. — 
Le Beige, journal quotidien, n°« du IS etdu 16 Janvier 1828. — Le 
Courrier des Pays-Bas, 29 novembre 1829.— Gazette des Pays-Bas, 
2 decembre 1829. 



npeche Ch. Morren de publier unc 
es travaux de son ancien contradic- 



( 656 ) 

teur, dit son fils, Ed. Morren. — Chaiues Morren, Sa vie et srs 
(Buvrcs. Gand, 1860. 

(5) Blainville qui aurait bien voulu en trouver, pour justifier le 
nom de piliferes qu'il preferait a celui de mammiferes, crut en decou- 
vrir dans la disposition des fibres de la peau ! 

(4) Du Hamel en a deja fait mention: On m'a assure, dit-il, 
que les Baleines avaient dans lcur corps, au-dessous du gosier, un 
grand reservoir d'air, qui equivaut aux petites vessies a air 

Quelques-uns ont meme ajoute, dit Du Hamel, qu'ils ont trouve 
une quantite de poissons dans ce reservoir qu'il ne faut pas confondre, 
d'apres lui, avec I'estomac. Du Hamel, Traite des peches, vol. IV, p. 6. 

Quelques auteurs parlent affirmativement d'une vessie conside- 
rable, qui, apres la mort des Rorquals, remonterait dans leur bouche 
et forcerait les machoires a s'ecarter 1'une de l'autre. Fr£d. Cuvier, 
De I'histoire naturelle des Cetaces , p. xv. 

(5) Vrolik a trouve les intestins en dehors de la cavite abdomi- 
nales, dans une etendue qui va du menton jusqu'a rombilic. lis sont 
dans un grand sac du peritoine immediatement au-dessous de la peau. 
Annales des sciences naturelles, 1838. 

(6) Dibar, Osteographie de la Baleine echouee a VEst du port 
d'Ostende le I novembre 1827. Bruxelles, 1828. 

(7) F.-L. Vanderlinden, Notice sur un squelette de Baleinoptere , 
expose a Bruxelles enjuin et juillet 1828. 



s 1827. 

(8) P.-J. Van BexNeden, Sur le Bonnet et quelques organes d'un fatu * 
de Baleine du Groenland. (Bulletins de 1'Acad. roy. de Belgiqu^ 
2 e ser„ t. XXVI, 1828). 

(9) Brandt, Sur le Cyamus rhitynm. (Memoires de 1' Academic de 
S«-Petersbourg. VII ser., t. XVII, n-> 7, 1871, p. 26.) 

(10) Vrolik dit avoir fait dessiner les principaux organes et parnn 
eux se trouve le larynx. II est etonnant que cette disposition lui ait 
echappee. 

(11) Spalanzani qui savait observer, dit qu'il a vu, en ailant de 
Lipari a Stromboli, les Dauphins rejeter de l'eau par les events. 



( 657 ) 

Baer doute de Tejaculation de l'eau. 

Faber (Jois. 1827, p. 858) et Sandifort au contraire en sont con- 

vaincus Welke als waterkolora in de lucht opgeworpen, zich 

droppelsgewys, of als Stofregen, verspreidt, dit Sandefort dans une 

Quoy et Gaimard au retour de leurs voyages autour du monde s'en 
rapportent, disent-ils, au temoignage de Spalanzani. 

Rapp est d'avis que la structure anatomique contredit i'assertion 
Ow Suuj -e»b> , que les narines nc lanceraient pas de l'eau, mais seule- 
raent de la vapeur. 

Dans ces derniers temps un naturaliste suedois Prosch assure que 
cest de l'eau que les Baleines projettent par les narines. Forhand., 
yidd de Skand. naturf. Stokholm, 1855. 

Lesson repete que plus de cent fois, dans les regions intertropicales 
a vu des Baleines faisant jaillir de leurs events des colonnes cFeau. 

Mon fils a fait la meme observation sur differents Cetaces des cotes 
du Bresil. Ce n'est certes pas rhumidite de Fair qui a pu se condenser 
par le froid dans ces regions pour devenir visible. 

Dans le voyage dc TUranie, Freycinct, en parlant de ces jets des 
Cetaces, dit qu'ils consistent en de petites nuees d'air et d'cau retom- 
***t en pluie fine dans la raer. Uranie, p. 79. 

Holboll a son arrive au Groenland, croyait egalement d'apres 1'avis 
commun, que les animaux projettent de Teau par leurs narines. Mais 
'I a observe ces animaux a la longue vue (telescope) et le jet qui 
sort des narines au lieu de tomber se dissout dans l'air et disparait. 
Eschricht, Die nordischen Wallthiere. Beilagen, p. 193. 

Eschricht nous a egalement appris que M. Motzfeldt a vu de 
tres-pres, a Juliane haab, la Balenoptera rostrata avaler des Malhtus 

, en jets d'ecume des deux 
t de repos, il a vu Fhaleine 



) Eschricht a ajoate ces de" 
lemeni ont ete imprimdes. 



( 658 ) 

Scoresby, qui a fait dix-sept voyages au Spitzberg et au Groenland 
pour la peche de la Baleine, s'est exprime tout aussi claircmcnt a ce 
sujet: « a moist vapour, mixed with mucous, is discharged from them 
(Blow-holes), dit-il. Et ailleurs : « The vapour they discharge, is 
ejected to the height of some yards, and appears at a distance, like a 
puff of Smook ». Scoresby, An account...., pp. 4-^6 et 465. 

It is most erroneously stated that the Whale ejects water from 
the « Blow-holes. » B.Brown, P. Z. Soc., 1860, p. 441. 

Tout recemment Bessels qui a assiste a la peche de la Baleine 
franche, au retour de son expedition au pole Nord, dit:... ein miieh- 
tiger wasserstrahl spritzt empor,... en parlant de ces Cetaces qu'il a 
vus de pres dans le detroit de Lankaster. 

II jette Teau comme unc fontaine, en expirant avec force l'air des 
poumons, dit Burmeister, en parlant ( 

(18) 

Mediterranee trouverent une Balenoptere (muscuhis) embarrassee 
dans les replis de leurs filets et la remorquerent vivante dans le port 
de Celte. Elle y vecut du 23 septembre au 1" octobre. Pendant ces 
huit jours, M. Daumet-Adanson a eu l'occasion d'obscrver cct animal 
avecsoin; il cKl , Be ( j U j nous 0CCU p e : 

■ Une fi • mcait avec la force et le bruit 

rugissant d'une machine a vapeur deux colonnes de pnuntirre i/'«(J". 
qui s'elevant, a 4 ou 5 metres, retombaient en brouillard humide sur 
les spectateursj au meme instant, Touverture des events, se dilatant 
rapidement et d'unc facon considerable, laissait voir, durant une 

d'air s'engouffrait avec force par une puissante aspiration. » 

(15) La peche de Vadso a fourni a la science de precieux mate- 

1'aide de fitches ou de harpons en silex ou en acier qu'ou j nr-int 
ces betes; ce n'est plus a Paide de navires a voile quon lour fait la 
guene, ce sont uujourd'hui des armes a feu chargeea de } >ort<- 
amarres, de balks explosives ou de bombes-lances. et, au lieu de 
navires a voiles, ce sont des steamers qui portent le harponneur en 
face de la proie. 



(059) 

par Burmeis 



Tous ces Cctaces, a I'exception de la premiere espece qui vit a 
1'embouchure de la Plata, rappellent nos especes de l'Atlantique 
septentrionale. 

Cetle petite espece, dit Burmeister, en parlant de la Balenoptera 
bonaerensis, correspond a la Balenoptera roslrala de Fabricius et 
des auteurs modernes, commc elle est classee dans VOstfograpkie da 
Cctaces, par Van Beneden et la Balenoptera patachonica a la Balenop- 
tera musculus de l'Osteographie. 

Quant a la Balenoptera intermedia, la troisieme espece de ce genre, 
e Ue pourrait bien corresponds a notre grande espece d'Ostende. 
Description physique de la Republique argentine. Buenos-Ayres. 1879, 
p. 545. 

M. Knox fait mention d'une Baleine de 55 a 65 pieds et de trois 
Balenoptercs, une de 80 a 100 pieds, une de 25 a 50 pieds et une 
troisieme de 30 a 35 pieds; la premiere est le Rorqualus major, la 

de Sulfur- Bottom. (Proc. New Zeeland Institut.) 

J. van Haasta fait mention d'une petite Balenopterc mile ccfioin'e 
le 8 fevrier 1880 on the Summer Beach et qu'il n'hesite pas a rap- 
porter a notre petite espece d'Europe. 

(15) Ed. Van Beneden, Rapport sommaire sur les resultats tfun 
voyage au Bresil et a la Plata. (Bulletins de 1' Academic royaie de 
Belgique, 2* serie, t. XXXV, 1873, p. 775.) 

Apres une etude company <i - -{■ . "- - <i i Musee de Buenos- 

que je reproduis ici : 



( 660 ) 

II resulte dc tout ce qu'il y a lieu de distinguer dans ces regions, 
l'cxistence de trois especes de Balenopteres bien connues : 

i • Balenoptera intermedia, la plus grandc de toutes, dont un indi- 
vidu capture mesure 58 pieds de long sur 6 de large. La hauteur 
moyenne da corps est de 8 pieds. C'esl l'espece la plus robuste; son 
crane est plus volumineux que celui des autres especes; elle a au 
moins 67 vertebres, reparties en 7 cervicales, 15 dorsales, 16 lom- 
baires, 16 caudales avcc hcemapophyses. 

Les fanons sont completement noirs sans aucune trace de blanc. 

2° Balenoptera patachonica. Elle est plus petite sans etre plus 
courte, plus elancee et la tete est moins volumineuse (5 '/, pieds de 
large sur 8 »/, de long). Elle a probablement 63 ou 64 vertebres, 
dont 7 cervicales, 16 dorsales, 17 lombaires et 13 caudales avec 

Les fanons au nonibre de 550 dc chaque cote, sont noir-bleuatre 
lc long du bord externe, et d'un blanc jaunatre le long du bord 
interne; les 136 derniers fanons sont tres-petits est i 
blancs. 

5° Balenoptera bonwrensis. Elle est beaucoup plus petite, p 
qu'elle n'a que 30 a 32 pieds de longueur; la tetc a 7 pieds de 1 
sur 4 de large; la colonne vertebralc a 49 vertebres, divisee 
7 cervicales, 11 dorsales, 12 lombaires et 19 caudales, dont les r 
anterieures seules sont pourvues dhoemapophyses. 

Les fanons de cctte espece sont de couleur blanche. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE. 

Larynx de Balenoptera musculus vu par sa face inferieure, montrant 
la pochc laryngee qui s'ouvre en avant, derriere le cartilage thyroide 
dans la cavite du larynx; sur le cote a droite et a gauche on voit le 
cartilage cricoide. Sous le cartilage cricoide, on voit la trachee artere 
se divisant en deux bronches apres avoir fourni pres de son origine 
une bronche laterale. 

Nous avons dessinc la pochc laryngee, comme si elle etait transpa- 
rente pour monlrerles divers organes dans leur situation respective- 



hmWWnt.T,, 



u 



Histoire de I'Astronomie en Belgique ; lecture par 
M. F. Folic, membre de l'Academie. 

Je m etais propose d'abord de vous entretenir d'une 
question plus generale que celle qui fera le sujet de cette 
lecture; j'anrais voulu parlerdel'enseignement des sciences 
d'observation, enseignement qui n'a guere consiste, jus- 
qu'en ces dernieres annees, qu'a signaler aux jeunes gens 
les fails connus, au lieu de leur apprendre a en decouvrir 
de nouveaux; a meubler leur memoire, au lieu de deve- 
l°pper en eux I'esprit de recherche et le travail spontane. 
Mais, tandisqueje me preparais a traiter ce sujet, la 
discussion d'un point seientiflque, tres-important pour moi, 
sest imposee a mon esprit avec une telle force qu'elle a 
occupe tous mes instants. 

Je me suis vu oblige a me restreindre a la question plus 
speciale de renseignement des sciences astronomiques. 

Ce n'est pas sans un serrement de coeur que j'aborde 
W sujet, pen propre, certainement, a flatter notre orgueil 
national. 

Mais il est des verites qu'il faut avoir le courage de dire, 
aux nations comme aux individus, soit pour les arreter 
»ur une pente fatale, soit, et c'est heureusement ici le cas, 
pour les engager a perseverer avec ardeur el Constance 
dans une voic nouvelle qu'ils se sont ouverte. A ce senti- 
ment d'amertume pour le passe, de confiance et d'espoir 
dans lavenir, vient sen joindre un autre qui m'est plus 
personnel, et que je suis heureux dexprimer dans cette 
enceinte : c'est un sentiment de reconnaissance envers le 
gouvernement du Roi, et particulierement envers M. le 



( 662 ) 
Ministre de l'lnstruction publique, pour avoir bien voulu 
accueillir la proposition que j'ai faite d'annexer un Institut 
astronomique et geodesique a I'Universite de Liege. 

Les constructions en sont presque entiercment aehevees, 
et les nombreux savants auxquels je communiquais cette 
bonne nouvelle, dans la derniere assemblee de la Societe 
astronomique, ont tous applaudi a la liberalite du gouver- 
nement beige, qui, outre le logementdu directeur, a prevu 
une habitation speciale pour un assistant, desideratum que 
les astronomes allemands ne sont pas parvenus, malgre 
leurs efforts, a realiser jusqu'a ce jour. 

Le pays comprendra que son oeuvre ne pent pas rester 
inachevee; il ne voudra pas demeriter de l'estime qu'il s'est 
acquise aupres des savants accourus a Strasbourg, non-seu- 
lement de tous les points de PAlIemagne et de l'Autriche, 
mais de France, d'Angleterre, de Hollande, du Danemark, 
de Suede, de Russie, d'ltalie, de la Suisse et rneme des 
Etats-Unis, et il ne faillira pas au devoir de doter I'lnstitut 
astronomique de Liege des instruments qui lui sont indis- 
pensables, el en vue desquels il a etc construit, 

Suivant 1'exemple qui nous a etc donne, depuis deux 
sieeles, par nos fieres de la Hollande, ou un obscrvatoire 
est annexe a chacunc des Universites d'Uirecht et de Le) de, 
et, plus recemment, par un peuple dont le caractere national 
presente aussi beaucoup d'analogies avee le notre, le peuple 
libre et eclaire de la Suisse, qui ne eompte pas moins de 
quid re ohm/rratoires sur son tcrriloire rc-ticint, notre pa>s 
voudra que, dans les Universites de FEtat, tout au moins, 
Tastronomie et la geodesie ne soient plus enseignees tout 
simplement d'une facon theorique. 

Ccst la, Messieurs, un triste fait qui n'a peut-etre pas 
son analogue en Europe. Notre confrere M. Houzeau, dans 



( «63 ) 
sa nomenclature des observatoires publics (1), en enu- 
mere 18 en Allemagne, 12 en Angleterre, 9 en Italic, 
5 dans Ie royaume de Suede et Norwege ; or « il n a pas 
» compris, dans cette lisle, les observatoires qui ne servent 
» qu a Tenseignement et aux demonstrations, sans s'occuper 
» de recberches destinees a ravancement de la science. » 

Et en effet, Messieurs, je ne sache pas d 'universale ou 
d'ecole polytcchnique en Allemagne, si petite soit-elle, qui 
n'ait, sinon un observatoire universitairc, tout au moins un 
Institut astronomique. En voulez-vous une preuve ? 

Le directeur actuel de l'observatoire de Bonn a ete 
d'abord forme aux observations astronomiques dans Tune 
des petites universites de la Thuringe, son pays natal. Une 
autre preuve, peut-elre plus frappante encore, c'est que 
Strasbourg, a qui Louis XIV et ses successeurs ont cru 
devoir laisser, malgre leur esprit de centralisation, son 
universite a peu pres complete, avail conserve egalement 
1'institut astronomique qui y etait annexe, institut que 
1'empire allemand vient de remplacer par Tun des plus 
beaux obervatoires de l'Europe. 

Et ce n'est pas PAllemagne seule qui croit necessaire 
de fournir des instruments a ses professeurs d'astronomie. 

Je viens de dire qu'il en estainsi en Anglelerre, en Hol- 
lande, en Suisse, et en Suede. 

Le meme fait existe en Italie, ou je eiterai, outre les 
neuf observatoires enumeres par M. Houzeau, ccux ies 
Universites de Bologne, de Padoue, de Parme, etc; en 
Portugal, ou, independamment de TObservatoire de Lis- 
borme. il P n existe un a Coimbre, et tout au moins des 



(1) Annales de /' Observatoire royal de Bru. 



( 664 ) 
instruments astronomiques a l'Academie polytechnique de 
Porto; dans toute I' Europe en fin, la seule Belgique, peut- 
elre, exceptee. 

11 n'est malheureusement que trop vrai que le courant 
du siecle se detourne des sciences speculatives, et que notre 
pays a paru, de tout temps, presque completement indiffe- 
rent a l'astronomie. 

Les utilitaires auront bientot repondu que cette indiffe- 
rence s'explique aisement; que la Belgique, qui n'a pas de 
marine, n'a jamais senti le besoin d'unobservatoire; comme 
si notre commerce par mer n 'avail pas ete le plus floris- 
sant de 1'Europe au moyen-age; comme si, aujourd'bui 
encore, Anvers n etait pas Tun des ports les plus beaux, et 
le plus frequent^ du continent ! 

Etaient-ce les interets de la navigation, ou raeme les 
interets plus scientifiqnes de la geographie, qui animaient 
les fondateurs de ces nombreux observatoires, repandus 
jusque dans les plus petits pays, et les plus eloignes de 

Est-ee eux qui ont feconde les rechercbes et stimule le 
genie de Tycho-Brabe, de Copernic, de Kepler, de Galilee, 
de Newton? Est-ce pour eux qu'ils faisaient ces admirables 
decouvertes, qui feront repeter leurs noms, d'age en age, 
a l'egal de ceux d'Horaere, de Phidias, de Platon, 
d'Alexandre, de Ptolemee, d'Archimede? 

Non, Messieurs, c'est plus haut qu'il faut chercher le 
mobile des philosophes et des hommes d'Elat, qui ont pre- 
side a la creation d'observatoires; plus haut, la source des 
sacrifices genereuxfaits,dans le meme but, par des souve- 
rains et par de nobles particuliers, en Allemagne, en 
Angleterre, et surtout en Amerique ; plus haut enfin, l« 



( 665 ) 
raison de tant de recherches persistantes, de tnntde veilles 
opiniatres, de tant d'inspirations sublimes. 

C'est dans le desir de penetrer de plus en plus Ies Iois, 
la vie, allais-je dire, de cet ensemble merveilleux, dont 
une nuit sereine nous revele seulement, malgre sa splen- 
deur, quelques traits a peine animes, ensemble que Ies 
Grecs, dans leur sentiment esthetique, avaient appele le 
Cosmos, et qui seduisait tellement 1'imagination de Pytha- 
gore, qu'il croyait entendre, dans Tether, Ies vibrations 
melodieuses des spheres celestes. 

Un simple coup d'oeil jete sur Thistoire de Tastronomie 
(qui ne pouvait du reste rendre de grands services a la 
navigation qua condition d'etre une science deja tres- 
avancee), montre incontestablement que ce ne sont pas Ies 
interets du commerce maritime qui ont decide Ies nations 
ou Ies souverains a encourager cette science, et a con- 
struire pour elle des observatoires. 

Voyez, en effet, ou elle a repris naissance apres la 
barbaric scientifique du moyen-age. Parmi ces republiqucs 
d'ltalie, si florissantes a l'epoque de la Renaissance, c'est 
sansdoute a Venise, dont Ies colonies etaient si etendues, 
°u a Genes, la patrie de Colomb, que se firent Ies pre- 
mieres observations astronomiques? Erreur, Messieurs, 
c'est a Rome, sous la protection des papes, a Florence, 
sous celle des Grands Dues. 

Et dans le Nord de l'Europe, c'est a 1'empire germa- 
nique, qui n'a jamais ete une puissance maritime, que 
lastronomie doit tous ses progres Ies plus brillants; c'est a 
la protection eclairee des maisons d'Autriche et de Hesse 
Hue Thumanite est redevable des plus sublimes decou- 
vertes modernes ; et quand le Danois Tycho-Brahe, qui 
avait ete puiser en Allemagne le gout de Tastronomie, ct 



( 666 ) 
qui elait parvenu a batir un observatoire, grace a Tappui 
de son souverain Frederic IV, en fut chasse par Tinimitie 
jalouse de ses compatriotes, peuple exclusivement maritime 
cependant, ce fut un Habsbourg encore qui le recueillit a 
Prague, et lui attacha Kepler, disciple dont Ies immenses 
travaux devaient illustrer a jamais son pays et sonepoque, 
etlui faisaient dire a lui-meme, avec un sentiment de legi- 
time orgueil : que m'importeque mes decouvertes nesoient 
appreciees que dans un siecle, puisquil a bien plu au 
Createur d'attendre pendant 4,000 ans un contemplateur 
de son ceuvre tel que moi! 

Loin de moi la pensee de nier Tinfluence heureuse que 
Ies besoins de la navigation ont excercee sur Ies progres 
de l'astronomie. (Test certainement a cette influence quest 
due la fondation de 1'Observatoire de Greenwich, de celui 
de Leyde peut-etre aussi, quoiqu'il soit anterieur de plus 
de 40 ansa ce dernier. Mais partout ailleurs, surtoutel'eten- 
due du continent europeen,e'est bien leculte de la science 
pour elle-meme, qui a fait eriger des temples a Tastronomie 
depuis plus de Irois siecles. 

Guillaume IV, landgrave de Hesse, batit en effet un 
observatoire a Cassel en 1561, et catalogua, a l'aide de ses 
propres observations, quatre cent etoiles fixes ; il fut le 
proteeteur de Tycho-Brahe, et obtint pour lui du roi 
Frederic de Danemark, la construction dun magnifique 
observatoire dans la petite ile de Hveen. 

En meme temps on observait a Vienne, a Prague, a 
Nuremberg, au college Romain, a celui des Jesuites a 
Florence, et dans Ies Universites de Pise et de Bologne. 

L'immortel Copernic, chanoine de Frauenberg, dans la 
Prusse orientale, avait le courage heroique de soumettre 



( 607 ) 

son idee, pendant plus de trente ans, au controle de I'expe- 
rience, avant de la Iivrer a la publicite. 

Sa decouverte du vrai syteme du monde, venant confir- 
mer les idees de Galilee, la decouverte des satellites de 
Jupiter, faile par ce dernier, celle des lois, qui porteronta 
jamais le nom de lois de Kepler, imprimerent tout a coup 
un cssor puissant a lastronomie. 

Leyde, Copenhague, Paris, Greenwich eurent successi- 
vement leurs observatoires pendant le XVH e siecle. 

Le suivant n'en compte pas moins de trente-six nou- 
veaux, parmi lesquels je citerai seulement ceux d'Utrecht, 
de Mannheim, de Gottingue, de Leipzig et de Gotha, de 
Stockholm et d'Upsal, de Geneve et de Zurich, ceux de 
Milan, de Florence, de Padoue, de Palerme et de Naples. 
Et dans cette enumeration, deja longue, d'observatoires 
eriges avant 1800, et appartenant pour la plupart a des 
Etats beaucoup moins importants, bien moins riches sur- 
'out que la Belgique, dans cette histoire trois fois seculaire 
des progres de l'astronomie en Europe, rien, Messieurs, 
absolument rien pour notre pays. 

Nulle observation, dont le souvenir se soit conserve, 
n '> a ete faite avant 1834. Nul savant non plus, a part 
«. de Cusa, qui se soit quelque peu distingue par ses 
ecrits sur I'aslronomie. A peine peut-on citer encore le 
P- Fromond, qui a publie a Louvain une dissertation tres- 
niediocre sur le systeme de Copernic, et les deux Van 
Laensberghe, J. et Ph., qui ont laisse quelques travaux plus 
estimes. 

J'avoue, Messieurs, que j'ai toujours ete peniblement 
fr appe de cette pauvrete de notre pays dans une seule 
specialite, pauvrete qui lui est, veuillez le remarquer, toute 
particuliere. La Grece moderne seule, en effet, peut nous 



( 668 ) 

disputer avec avantage le dernier rang en Europe dans 
l'histoire de l'astronomie. Elle a du moins, elle, pour 
excuse, d'avoirgemi pendant qualre siecles sous la tyrannic 

Mais notre Belgique, toujours libre et toujours prospere, 
si Ton excepte les quelques dures annees de la domination 
espagnole; notre Belgique, qui a produit, depuis cette 
epoque de la Renaissance, des savants que l'Europe peut 
nous envier, Ortelius, Mercator, R. de Sluse, N. de Cusa, 
S. Stevin, Gr. de S l - Vincent, H. Grotius, J. Lipse, 
Dodoens, Van Helmont, Vesale; notre pays, qui a cree la 
peinture moderne et donne le jour a cette merveilleuse 
ecole flamande dont l'eclat, comparable a celui des ecoles 
les plus illustres, est bien loin encore de ternir, notre pays 
aurait ete incapable de produire un seul astronome ! 

L'affirmation, certes, seraitinsensee, et cependant le fait 
est la. 

A quelle cause faut-il l'aftribuer? 

Pour moi, Messieurs, c'est a la perte de notre existence 
comme etat independant, depuis que la dynastie vraiment 
nationale de Bourgogne a fait de notre pays, par une 
alliance funeste, une simple province du vaste empire de 
Charles-Quint. 

Les premiers observatoires efaient, en effet, un luxe que 
se donnaient les souverains, amis de la science, on simple- 
ment de leur propre renommee, quelquefois meme de 
Tastrologie, plutot que des etablissements crees en vue des 
progres scientifiques du pays. C'est au XVIII" siecle seule- 
ment que cette derniere idee s'est fait jour. 

« II est peu de sciences, dit avec raison Montucla (1), <I ul 

(1) Bistoire des mathematiques , t. II, p. 555. 



( 669 ) 
aient un plus grand besoin de la protection des souverains, 
que l'astronomie. Les autres parties des matbematiques, 
presque uniquement l'ouvrage de la theorie el tie la medita- 
tion, peuvent etre cultivees avec succes par des particuliers 
doues de genie. Mais l'astronomie ne prenant d'accroisse- 
ment qu'a proportion qu'on observe, et qu'on observe avec 
plus de precision, exige des depenses considerables en 
instruments, quelquefois des voyages dispendieux, des 
secours enfin le plus souvent au-dessus des faeultes d'un 
particulier. Sans la magnificence des Ptolemees, sans celle 
de quelques princes orientaux, amateurs de cetle science, 
elle n'eut point fait ni chez les Grecs, ni cbez les Arabes, 
les progres qu'on lui vit faire ; sans la protection de 
Frederic, roi de Danemark, Tycho-Brahe n'eut jamais 
rassemble les materiaux precieux que Kepler mit depuis 
en ceuvre avec tant de succes. • 

Aux noms de ces princes, l'astronomie reconnaissante 
• doit ajouter ceux des Sixte, des Gregoire et des Leon le 
Grand, des Medicis, des Habsbourg, des princes de Cas- 
tille, des Alcantara, qui ont porte jusqu'au Bresil les tradi- 
tions scientifiques de leurs ancetres, des princes de Hesse, 
de Bade, de Saxe, de Weimar, et de cetle noble maison de 
Cobourg-Gotha, qui a donne a plusieurs pays des souve- 
rains si populaires, si eclaires, si genereux protecteurs des 
sciences et des arts. 

Ces petits duches de l'Allemagne, englobes, comme nos 
provinces, dans le grand empire germanique, avaient 
neanmoins leur existence propre ; ils ne jouissaient pas, 
sans doute, de nos liberies communales, leurs citoyens ne 
pouvaient pas dire comme nos fiers bourgeois, « pauvre 
homme en sa maison roy est » . 

Mais ils avaient deux biens precieux, qui nous ont 
3 me s£rie , tome ii. 44 



(670) 

manque trop longtcmps, l'independance nationale, et une 
dynastie nationale, conditions sine qua non de la culture 
de Tastronomie. 

Aussi Thistoire de celte science ne date-t-elle chez nous 
quede 1834, epoquede l'achevement de notre Observaloire 

Pourquoi, se demandera-t-on, le Gouvernement des 
Pays-Bas, qui avait un Observaloire annexe a ses deux 
L'm'vcrsiles du IVord, n'a-t-il pas songe a la meme combi- 
naison pour scs provinces du Sud? 

Pour deux raisons, Messieurs : d'abord, la raison d'eco- 
nomie, ou plulot la raison politique; ensuite, parce que 
Quetelet, a 1 influence de qui la Belgique doit son premier 
Observatoire, decrete des 1826, subissant le prestige de 
cette brillante eeole franchise de la fin du XVIII* siecle, 
qui etait encore dans tout son lustre, s'etait inspire des 
idees de centralisation, auxquelles la France avait du, pen- 
sait-on, toute sa gloire. 

Elle-meme, Messieurs, commence a s'apercevoir des 
dangers de cette centralisation. 

Combien celle-ci ne serait-elle pas plus contraire a notre 
earactere national, de combien ses dangers seraient plus 
grands pour notre pays, dont l'histoire tout entiere est 
celle des provinces autonomes, fraternellement unies sous 
nn meme souverain, mais ayant chacune ses aptitudes, 
ses besoins, et meme, jusqu'a un certain point, ses mceurs 
et ses gouts divers ! 

Le fondateur de notre Observatoire royal, Ad. Quetelet, 
dont Tartiste a si bien su buriner dans le marbre la pensee 
profonde, fut bien tot absorbe par ses recherches ongi- 
nales sur la physique du globe et sur la physique sociale, 
sciences dont il a ete, avec Gauss el Humboldt, Tun des 



(671) 

plus illustres promoteurs. Aussi n'a-t-i! pu, ni se livrer 
avec un zele perseverant aux observations astronomiques, 
ni meme former beaucoup de jeunes observateurs. 

C'est lui, toutefois, qui a cree en grande parlie, par ses 
lecons a l'Ecole militaire et les exercices de rObservaioire, 
ce corps savant des ofliciers d'ctat-major, auquel la Bel- 
gique doit des travaux astronomiques et ggodesiqurs ires- 
estimes, ainsi que des cartes qui peuvent rivaliser avec les 
meilleures de FEurope (1). 

C'est lui aussi qui a forme Fastronome que le patrio- 
tisme eclaire et genereux du gouvernement du Roi devait 
rappeler d'une retraite lointaine, pour prendre en mains 
la direction de TObservatoire, apres la mort de son fon- 

Depuis cette epoque, Messieurs, I'astronomie et la meteo- 
rologie ont fait en Belgique des pas de geant, et notre pays 
peut deja etre fier, a juste litre, des travaux varies qu'une 
impulsion puissante y a fait eclore. A quels progres ne 
peut-on pas s'attendre, lorsque 1'Observaloire royal sera 
dote des magnifiques installations que la munificence du 
vient de lui accorder ! 
t done pas le gout des sciences astronomiques, 
pas les aptitudes qui nous ont manque. Que 



A-es autres savants disliugues qui ont € 
geodesie sont, outre les deux Quelelet et M. J. 



Rapport stculaire \ 



(672) 

dis-je ! Peu de pays, peut-etre, possedent relativement 
autantd'astronomes amateurs que le notre, et je suis heu- 
reux et fier de citer ici les noms de MM. Montigny, T« _tI>\, 
de Boe, baron Van Ertborn, van Monckhoven, les PP. Van 
Tricht et Delsaux, l'abbe Spee, qui s'occupent avec succes 
d'observations ou d'etudes astronomiqucs et meteorolo- 
giques; M. Eud. Pirmez enfin, qui, dans un ouvragc 
remarquable, a eherche a ramener a une cause unique la 
gravitation et Tinertie. 

A ces etablissements tout a fait particuliers, on peut 
ajouter l'observatoiremeteorologique du College dc la Paix, 
et celui que les P. Jesuites batissent en ce moment a 

Ce qui nous manquait, Messieurs, meme sous les gou- 
vernements tutelages d'Albert et d'Isabelle, de Marie- 
Therese, le fondateur de notre Academie, de Charles de 
Lorraine, leproteeteur des lettres et des arts, ce qu'il fallait 
pour stimuler les puissances Iatentes de notre genie, c etait 
le soleil de l'independance, qui n'a lui definitivtment pour 
nous qu'en 1830; un gouvernement veritablement national 
6tait absolument necessaire pour faire comprendre aux 
Beiges, vassaux seculaires de Tetranger, qu'ils pouvaient 
et qu'ils devaient lut!er desormais, dans toutes les branches 
du savoir humain, avec les peuples qui sont a la tete de 
la civilisation. 

3 donnes, avec ralson, h la 
dance, par d'admirables 
institutions politiques, administratives et militaires, par le 
developpcment de notre industrie et de noire commerce, 
par la creation de chemins de fer, de canaux et de routes, 
le Gouvernement, comprenant son veritable role, qui e? , 
en matiere scientifique, non de suivre I'opinion publique, 



( C73 ) 
mais de la guider et de la former, s'est dit qu'il etait temps 
que la Belgique suivit le grand mouvement qui vient d'etre 
imprime partout aux sciences d'observation. 

Apres avoir commence a outiller quelques laboratoires 
nouveaux, il a introduit des exercices pratiques sur toutes 
les sciences, Tastronomie et la geodesie exeeptees toute- 
fois, parmi les matieres d'examen determinees par la Ioi 
meme du 20 rnai 1876; et de cette epoque surtout datent 
deja de grands sacrifices faits en faveur de 1'enseignement 
superieur. 

Ceux-ci en appelaient necessairement d'autres : nos 
laboratoires de toute espece devenaieni en eflfet, de jour en 
jour, plus etroits; il fallait sortir a tout prix de cette situa- 
tion, iatale aux etudes, et fatale aux decouvertes scienti- 
fiques, qui commencaient a jeter un si vif eclat sur nos 
Universites.C'est alors que le Gouvernement, devancant de 
loin les idees de la grande majorite du public beige, 
j'entends parler du public instruit, decida d'intervenir lar- 
gement, non-seulement dans racquisition de tout le mate- 
riel scienlifique necessaire, mais meme dans la construction 
des nouveaux locaux devenus indispensables. 

A quoi bon, a-t-on dit, toutes ces depenses, a quoi pour- 
ront servir tous ces instituts eriges a grands frais? 

A former tous les dix ans, tout au plus, un savant qui 
aura coute fort cher au pays, et qui ne lui donnera en 
echange qu'un peu de renommee ! 

Cet argent que nous rapportons a I'Etat, et que celui-ci 
gaspille, pourquoi ne l'emploie-t-il pas a des travaux d'uti- 
Hte publique, a la creation de debouches pour les produits 
<le notre Industrie? 

Oh ! si nous etions riches comme les Anglais, les sciences, 
les lettres, les arts, seraient un luxe que nous pourrions 



(674) 

nous payer, mais ce n'est pas le cas ; et nous devons r 
en tenir a 1'adage : Primum vivere , deinde pfn/usophtv 

Messieurs, il est inutile derepondrea ceuxqu 
de la sorte, parce qu'ils ne sont pas en etat de comprendre 
qu'un peuple, sans culture intellectuelle, est un peuple dont 
la vie se retire, et dont les richesses ne feront que hater la 
decadence par la corruption qu'elles entrainent, lorsqu'elles 
ne sont pas contre-balanceespardes aspirations et des senti- 

Oui, Messieurs, noire siecle, et peut-etre un peu noire 
pays, est devore de Vauri sacra fames, et la mesure de 
1'homme est l'argent qull depense, plutot encore que celui 
qu'il gagne. 

Aussi, que dit-on a ceux qui s'occupent de la science 
pour elle-meme ? 

Quittez cela, vous ferez bien ; 
Vos pareils y sont miserables, 
Cancres, heres et pauvres diables, 
Dont la condition est de mourir de faim. 

Combien nos mceurs different stir ce point, et sur 
d'autres encore, de celles d'un pays voisin, ou le seul grade 
de docteur donne des droits bien reconnus a la conside- 
ration publique, ou les Bayer, les von Dechen, sont des 
Excellences, oil tous les savants distingues ont le titre hono- 
rifique de conseiller prive, ou, surtout, ils sont entoures du 
respect et de I'estime de tous leurs compatriotes. 

Sans doute, le Gouvernement doit veiller aux interets 
materiels du pays ; il a le devoir d'encourager et d'eclairer 
l'agriculture, 1'industrie, le commerce, et certes, il n'y a pas 
failli. Peu de contrees sont aussi riches que la notre en 
voies de communication de toute nature. Une seule chose 



( m ) 

nous manque, et je suis un de ceuxqui en regrettent le plus 
l'absence, c'est une marine plus developpee. 

Mais ici surtout il convient de dire : Aide-toi, le ciel 
t'aidera. 

Et les avertissements ne nous ont pas fait defaut. 
Depuis trente ans, la voix la plus ecoutee du pays, 
devancant ses idees et pressentant ses besoins, ne cesse de 
lui repeter que c'est au dela des mers surtout qu'il doit se 
frayer un chemin, et nouer des relations de jour en jour 
plus etendues. 

Et Taction a genereusement suivi la parole. Mais quel 
echo a rencontre celle-ci, celle-Ia quelle aide? 

Suivant ce voeu auguste et prevoyant, c'est dans le monde 
entierque doivent se repandre nos jeunes gens, et de la 
depend en grande partie notre prosperite materielle. 

La loi fatale de I'accroissement de la population realisera 
immanquablement ce vceu. 

Or que deviendrait la reputation de la Belgique, si nos 
ingenieurs, justement renommes par leurs connaissances 
induslrielles, etaient incapables de lever avec quelque 
exactitude la carte des regions qu'ils parcourent? 

Se figurerait-on aisement a l'etranger qu'un pays, qui a 
produit des travaux geodesiques et cartographiques si 
remarquables, ait laisse cette specialile a ses ingenieurs 
niilitaires, et n'ait rien fait pour permettre a ses ingenieurs 
civils d'effectuer les operations geodesiques necessaires a 
•execution des travaux qu'ils auront a diriger dans le pays 
e t k l'etranger? 

Ne faut-il pas familiariser avec l'usage des instruments 
de precision nos jeunes ingenieurs des mines, qui seront 
appeles a verifier les plans de nos exploitations, compara- 



(676) 

bles a des villes souterraines, et a dresser la carte de nos 
richessesminerales? 

Dans un bassin important eomme celui de Liege, n'est- 
il pas indispensable que la declinaison magnetique soit fixee 
avec la plus grande exactitude, et croirait-on que la seule 
determination connue de cet element important a ete faite 
recemment par le P. Perry, directeur de l'Observatoire de 
Stonyhurst (1) ? 

Nos eleves,enfin, doivent-i!s etre tenusdans l'ignorance 
des grands travaux qui s'executent en Europe, soit pour le 
pereement des Alpes, travaux auxquels Tun de nos con- 
freres a pris une grande part des leur origine, soit pour la 
mesure des degres de meridiens el de paralleles? 

Eh quoi, dira-t-on, la geod^sie n'est-elle pas enseignee 
dans nos ecoles speciales, et l'astronomie dans nos facultes. 
Oui, Messieurs, en effet; mais ex cathedra seulement. 

Ces sciences sonl encore enseignees aujourd'hui, dam 
toute la Belgique, comme Vetaient, il y a dix ou quinze 
ans, la physique, la botanique, la zoologie, la physiologie, 
la plupart des sciences naturelles enfin, c'est-d-dire sant 
laboratoire. Pour les sciences naturelles, on avait certes 
des collections, mais on n'avait aucun instrument de travail, 
et jamais un eleve n'etait exerce seulement au maniement 
du microscope. 

Pour rastronomie et la geodosie, comme leur objet est 
peu propre, de sa nature, a donner naissance a des collec- 
tions, on n'a rien, si ce n'est la voute du ciel et la surface 
de la terre, et I'on ne s'en sert pas, faute d 'instruments. 

Cette verite m'est penible a dire, et mon amour propre 



(1) Nous connaitrons bientdt le resultat des observations que M.Hoo- 
:e«u a fait faire, dans le meme but, sur le plateau de Cointe, pendant fete 



(677) 
national soufifre a la divulgucr; mais ce n'est pas en la 
cachant que Ton pourrait ameliorer l'enseignement. 

Je Ie declare done avec tristesse : oui, Messieurs, dans 
i beiges, U n'est pas possible de former 
i geodesien. 

Quand je dis dans toutes, je me trompe : rUniversite" 
libre de Bruxelles peut, si elle Ie vent, jouir seule de cette 
prerogative, grace au voisinage de I'Observatoire royal, et 
au bienveillant accueil que tous les jeunes gens, desireux 
de travailler, sont certains de rencontrer de la part de 
son savant directeur. 

Cette prerogative, Messieurs, appartiendra desormais 
egalement aux universites et aux ecoles speciales de 1'Etat, 
je ne crains pas d'affirmer hautemem cette conviction. 

Et non-seulement elles seront mises a meme d'enseigner 
pratiquement la geodesie et Tastronomie, comme toutes 
les autres sciences dobservation; mais il est permis d'es- 
perer que, dans ces branches aussi, elles produiront des 
travaux dignes de figurer a cote de ceux qui les ont deja 
rendues celebres. 

On apprecie certainement chez nous les travaux de nos 
ingenieurs,ceux memes de nos geologues et de nos paleon- 
tologistes ; on admire egalement nos grands ecrivains et 
nos grands artistes, peintres,statuaires,graveurs, musiciens, 
et, chose etrange, on se demande quels fruits le pays pour- 
rait bien retirer des recherches sur la physique du globe, 
sur Tequilibre des lames liquides, sur les poids atomiques 
des corps, sur les migrations des parasites, sur revolution 
des animaux inferieurs. 

Oh ! rien, certes, que de la gloire ; et qui done oserait 
decider entre celle d'un Quetelet et celle d'un Leys? 

Voila, malheureusement,ce que ne comprennent pas les 



(678) 

gens du monde ; parmi les travaux de I'esprit, il n'appre- 
cient, en general, que ceux qui leur rapportent de l'argent 

Ai-je besoin, dans eette enceinte, de demonlrer que les 
travaux scientifiques purs ont ete Ie germe de tout notre 
developpement materiel? Non, Messieurs, et cette conside- 

C'est Ie culte de la science pure, auquel vous vous etes 
voues; c'est vers lui que vous voulez, avec raison, attirer 
les jeunes intelligences. 

Et nul desir n'est certainement plus palriotique. 

La richesse est peut-etre une des conditions actuelles 
de lepanouissement complet des facultes d'un peuple, elle 
n'en est pas un element; et notre petit pays ne saurait 
grandir que par ses moeurs publiques et privees, par les 
sciences et par les arts. 

Mais,brillant de cette triple aureole, dont son front a ete 
couronne a toutes les belles periodes de son histoire, il 
conquerra de plus en plus les sympathies, j'allais presque 
dire le respect de l'Europe; il inspirera a ses enfants un 
amour toujours plus vivace, et, dans son evolution a travers 
les ages, il verra se developper les germes de toute nature, 
que le gouvernement paternel de ses Rois a deposes dans 
son sein, durant une periode demi-seculaire de paix, de 
prosperity et de liberie. 



( 679 ) 
PROCLAMATION DO RESILTAT DL CONCOIRS ET DES ELECTIONS. 



Un memoire portant la devise : « Les theories de 
yj[c,raf/iv)i/iinim )ni/s/>< irm dotmenl line expression ueonu:- 
trique particuliere bien simple et elegante des groupes des 
ftobstitutions de six lettres », a ete re^u en reponse a la 
premiere question du programme de concours pour 1881 : 

Jfilendre, autant que possible, les theories des points et des 
droites de Steiner, Kirkman, Cayley, Salmon, Hesse, 
Bauer, aux proprietes qui sont pour les courbes planes 
superieures, pour les surfaces et pour les courbes gaudies, 
les analogues des theoremes de Pascal et de Brianchon. 



Sur les conclusions unanimes de 
Classe decide que le memoire, n'ayant pas traite la question 
proposee, ne merite pas le prix ; qu'une mention honorable 
n'est pas une recompense proportionnee au merite tres- 
reel du travail ;et qu'il sera adresse a l'auteur des felicita- 
tions etdes remerciments bien merites. 

La Classe, en outre, exprime le voeu que ce memoire 
soit imprime dans les Recueils de 1'Academie, si l'auteur 
y consent, et que la question soit maintenue au pro- 
gramme. 

— Un memoire avec la devise : « Non excogitandum 
*ed inveniendum », a ete recu en reponse a la quatrieme 
question : 



On demande de nouvelles recherches i 



( 680 ) 
des graines, specialement sur I' assimilation des depots 
nutritifs par Vembryon. 

Sur les conclusions unanimes de ses commissaires, que 
le Memoire ne resout pas la question , la Classe decide 
qu'il n'y a pas lieu de le couronner. 

La question sera maintenue au programme de concours 



CONCOLRS QL1NQUENNAL DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. 

(6 e periode.) 

Sur le rapport du jury charge de juger la C e periode 
du eoncours quinquennal des sciences morales et politi- 
ques, Sa Majeste le Roi, par arrete du 7 juin dernier, a 
decerne le prix de 5,000 francs a M. Emile de Laveleye, 
professeur a l'Universite de Liege, pour son ouvrage inti- 
tule : De la propriele et de ses formes primitives (2 e edi- 



ELECTIONS. 

La Classe a eu le regret de perdre, pendant le cours 
de cette annee, deux de ses associes: M. Michel Chasles 
et M. Henri Sainte-Claire-Deville, decedes a Paris. 

Elle a nomme en leur remplacement : MM. Angelo 
Genocchi, professeur a Tuniversite de Turin, et Charles- 
Adolphe Wuriz, membre de 1'Academie des sciences de 
Paris. 



(681 ) 
OUVRAGES PRfiSENTfiS. 



Juste (Th.). — Les fondateurs de la monarchic beige: Paul 
Devaux. Bruxelles, 1881 ; vol. in-8°. 

Lamy (T.-J.). — L'Eglise schismatique grecque et russc. 
Louvain, 1881 ; extr. in-8°. 

Lavehye {Em. de). — Der wahre Grund der, seit 1873 bis 
jetzt, anhaltenden wirthschaftliehen Krisis, und das einzige 
Mittel zu ihrer Heilung, uebersetzt durch Otto von Bar. Berlin, 
1881; vol. in-8". 

JYolet de Brauwere Van Steeland {J.). — Bibliographic : 
Lentesotternijen, door Pol de Mont. Vilvorde, 1881 ; br. in-8°. 

Hermans (F.). — Catalogue methodique de la bibliotheque 
de 3Ialines. Malines, 1881 ; vol in-8°. 

Rembry-Barth. — Histoire de Menin d'apres les documents 
authentiques, tomes I-1V. Bruges, 1881 ; 4 vol. in-8°. 

Leboucq (H.). — Ein Fall von « Situs inversus » beim 
Menscben, mil Rucksicht auf die Bronchial-architektur. Leip- 
zig, 1881 ; extr. in-8°. 

— Le canal naso-palatin chez rhomme. Gand, 1881 ; extr. 

De Ceuleneer {Ad.). — Notice sur un diplome militairc de 
Trajan, trouve" aux environs de Liege. Liege, 1881 ; vol. in-8'. 

— LAfrique romaine, quelques rcmarques a propos d'tin 
ouvrage de M. G. Boissiere. Paris, 1 881 ; extr. in-8°. 

— Decouverte d'un tombeau chretien a Coninxheim-lez- 
Tongres. Liege, 1881 ; extr. in-8". 

Renard {A.) — Sur la substance micacee des filons de Nd- 
S l -Yincent. Bruxelles, 1881 ; extr. in-8°. 

Ernst. - La cour de Liege de Napoleon 1 a Leopold I, 
discours. Bruxelles, 1881 ; br. in-8". 



( 682 ) 

Rofjlaen (Fr.). — Notice historique sur Jules Colbeau. 
Bruxelles, 1881 ; br. in-8°. 

Muldeghem (R.-J. van). — Tresor musical : musique pro- 
fane, 1880 et 1881 ; musique religieuse, 1881. In-4°. 

Malou {J.). - Le budget des voies et moyens de la Bclgique 
de 1831 a 1880, Bruxelles, 1881 ; br. in- 4°. 

Chambre syndicate provinciate des arts industriels a Gand. 
— Rapport prescnte.... par le bureau de l'association, le 5 
novembre 1881. Gand, 1881 ; br. in-8°. 

Academie d'archeologie de Belgique. — Bulletin, 2 de partie, 
VI1I-X1I. — Annales, t. XXXVI, livr. 1-4; XXXVII, 1, 2. In-8*. 

Societe de geographic d'Anvers. — Bulletin, 1881. In-8°. 

Societe de medecine. — Annales, 1881. Anvers ; in-8°. 

Antwerpsch archievenblad, door Genard, deel XI, 5 d « en 4 d ' 
aflevering ; XII, 1 en 2. In-8°. 

De Vlaamsche school, 1880, 2 e balfdeel ; 1881, 1. In-4°. 

Societe (Temulation, Bruges. — Annales, 4 mc serie, tome IV, 
n ' 3 et 4. In-8°. 

Abeille, revue pedagogique, 1881. Bruxelles; in-8°. 

Academie roijale de medecine de Belgique. — Memoires 
couronnes, t. VI, 3 e fasc. — Proces-verbaux des seances. — 
Bulletin, 1881. In-8". 

Commission royale d'histoire. — Comptes rendus des 
seances, 1881. Bruxelles; in-8°. 

Annales d'oculistique, 1881. Bruxelles; in-8". 

Association beige de photographic — Bulletin, 1881. In-8 n . 

Congres de botanique et d' horticulture, 1880, tenu a 
Bruxelles du 23 au 26 juillet. Bruxelles, 1881 ; vol. in-8". 

Athenceum beige, 1881. Bruxelles; in-4°. 

Bibliographic de Belgique, 1881. Bruxelles; in-8°. 

del et Terre, revue.... d'astronomie et do meteorology 
1881. Bruxelles; in-8". 

Commission centrale de statislique. — Expose de la situatio 
du royaume de 1861 a 1875, 7 e cahier. — Bulletin, t. XIV. 



( 683 ) 

'art et d'archeologie. — Bulletin, 1881. In-8°. 
Affaires Etrangeres. — Recucil consulaire, 
et 7; XXXIV— XXXVIII. Bruxellcs, 1881; 



Ministere de ri/)>trwti"rt pubfiqiie. — Bulletin, 1881, 
M -JM4.ln-8». 
Ministere deVlnterieur : — Bulletin, 1880, livr. o et 4 ; 1 881 , 



— Commission de la carte geotogique de la Belgique. — 
Leve geologiquc de la planchette XXIX, feuille 8 (Renaix),ct de 
la planchette XVI, feuilles 3, 4, 7, (Lille, Casterle, Herenthals) 
de la carte topograpbique de la Belgique, par H. le baron 0. van 
Erlborn, avec la collaboration de M. P. Cogels, avec texte cxpli- 
calif. Bruxellcs 1881 ; 4 cartes in-plano et 4 br. in-8°. 

Ministere des Travaux Publics. — Annales des Travaux 
publics, t. XXXVIII, * et o e cahiers ; XXXIX, 1 et 2. In-8\ 

Inslitut cartographique militaire. — Communications, 
n° 20 : Conference sur l'Afrique centrale par lc cap. Cambier. 
Bruxelles, 1881; br. in-8° (2 exemplaiies). 

Catalogue methodique de la bibliotheque communale de 
la ville de Hasselt, tomes I et II. Hasselt, 1878; 2 vol. in-8°. 

Stad Turnhout. — Verslag over bet bestuur en den toestand 
der zaken van de slad, 1880-81. Turnhout. 1881; vol. in-8<\ 

Willems-Fonds. — Jaarboek voor 1882. — Over bet 
misbruiken van het bovennatuurlijke, voordrachten door 
J. Thcyskcns. — Vlaamsche bibliographic : lijst van boeken... 
in Belgie in 1880 verschenen. Gand, 1881; 3 vol. in-18. 

Institut archeologique du Luxembourg. — Annales, t.XIII, 
27 e fascicule. Arlon, 1881 ; vol in-8°. 

Moniteur industrial beige, 1881. Bruxelles; vol. in-4". 

Societe beige de geographie. - Bulletin, 1881. In-8°. 

Sociele beige de microscopic - Proces-verbaux des seances, 
1881. In-8°. 



( 684 ) 

Society royale des sciences medicates et naturelles de 
Bruxelles. — Journal de medecine, 1881. In-8\ 

Societe entomologique de Betgique. — Annates, tome XXIII. 
— Comptes rendus des stances. In-8°. 

Societe malacologique de Belgique. — Proces-verbaux des 
seances, 1881. In-8°. 

Societe de botanique de Belgique. — Bulletin, 1881. In-8°. 

Societe royale de medecine publique du royaume de 
Belgique. — Bulletin, volume second, t. I, 5 e et 6 e fascicules. 
Bruxelles, 1881; 2 cah. in-8°. 

— De la syphilis, des moyens de la corabattre. Bruxelles, 
1881; br. in-8°. 

Societe royale de numismatique. — Revue beige de numis- 
matique, 1881. In-8°. 

SocUle scientifique de Bruxelles. — Revue des questions 
scientifiques, 1881, livraisons 1 a 4. In-8°. 

V Illustration horticole, 1880, livraisons 8-12; 1881, 
livraisons 1-9. In-8°. 

Revue de droit international et de legislation comparee, 
1881, n<" 1 a 6. In-8°. 

Messager des sciences historiques, 1881. Gand ; in-8°. 

Societe de medecine de Gand. — Memoires et Bulletin, 1881. 
Gand; in-8°. 

L'Echo veterinaire, 1881. Liege; in-8°. 

Institut archeologique. — Bulletin, 1 88 1 . Liege ; in-8'. 

Societe medico-chirurgicale. — Annales, 1881. Liege; in-8°. 

Analectes pour servir a I'histoire ecclesiastique de BelgiqM, 
1881, l'livr. Lou vain; in-8°. 

Societe archeologique de Namur. — Annales, t. XV, l e e 
2 e livr. In-8°. 

Oudheidskundigen kring van het land van Waas. — Anna- 
len, deel VIII, aflevering 2, 3. S'-Nicolas; in-8 9 . 

Journal des beaux-arts et de la lilterature. 1881. In-4'. 



( 685 ) 



ALLEMAGNE ET AUTBICHE-HONGRIK. 

Akademie der Wissenscliaften. — Politischc Corresponded 
Friedrich's des Grossen, Band V und VI. Berlin, 1 880-81 ; 2 vol. 
in-8°. — Monatsberichte, 1881. In-8°. 

Deutsche chemische Gesellscliaft. — Berichte, 1881. Berlin; 
in-8°. 

Deutsche geologische Gesellschaft. — Zeitschrift, Band 
XXXII, 5, 4; XXXIII, 1,2. Berlin; in-8°. 

Gesellschaft fur Erdkunde. — Zeitschrift, Bd. XV, H. 6; 
XVI, l-o. — Verhandlungen, Bd. VIII, n"l-8. Berlin; in-8°. 

Afrikanische Gesellschaft in Deutschland. — Miliheilungen, 
Band II, H. 4, d. Berlin; in-8°. 

Berliner Gesellschuft fur Anthropologic, Ethnologie und 
Vrgeschichte. — Verhandlungen, 1881, Januar-Marz. Berlin ; 

Physiologische Gesellschaft zu Berlin. — Verhandlungen, 
1881. Berlin; in-8°. 

Naturwissenschuftlicher Verein zu Bremen. — Abhand- 
lungen, Band VII, H. 1 und 2. Beilage, n° 8. Breme, 1880-81 ; 
3 br. in-8». 

Gesellschaft fur Natur- und ffeilkunde. — Jahresbericht, 
1880-81. Dresde; in-8. 

Zoologische Gesellschaft. — Der zoologische Garten, XXI. 
Jahrgang7-12; XXII, 1-6. Francfort sur-le-Mein; in-8°. 

Geogruphisclie Anstalt, Gotha. — Mittheilungen, 1881. — 
Erganzungsheft, Nr. 65. Gotha, 1881; in-4". 

Medic- naturw. Gesellschaft zu Jena. — Zeitschrift, Band 
XIV, Supplement-Heft 1 ; XV, 2, 3. In-8 a . 

Astronomische Gesellschaft. — Vierteljahrsschrift, 15Jahr- 
gang, 4 Heft; 16 Jahrg. i, 2, 3. Leipzig ; in-8°. 

Arehiv der Mathematik und Physik, LXVI. Theil, Heft 2-4. 
Leipzig; in-8°. 

3 me SERIE, TOME II. 45 



( 686 ) 

Naturforsc/wnil' <i^> 'l^-'mut, La),-{if. - Sit/iniH'ciiiiitc. 
1879 und J S80. Ink 

K. b. Ahademie. — Philos.-philol. Classe, Sitzungsber. 1880, 
H. 4-6; 1881, 1, 2, 5; II Bd. 1, 2. Abhandlungen, Bd. 
XV, Abh. 3. — Sitzungsber. Matbem.-pbysikal. Classe, 1881, 
H. 1-4. — Abhandlungen, Band XV, Abh. 3. Munich. 

Societe des sciences, agriculture et arts de la Basse-Alsace. 
— Bulletin Irimeslriel, 1881, 2 e et 3 e fascicules. Strasbourg, 
1881 ; in-8\ 

Socield Adriatica di sctenze naturuli. — Bollettino, vol. VI. 
Trieste ; in-8°. 

Geologische Reich sanstalt, Wien. — Jahrbucb. Llin^ni: 
1880, n° 4; 1881, 1. — Verhandlungen, 1880, 1881, 1-7. — 
Abhandlungen, Band XII, Heft 2. 

Anthropologische Gesellschaft in Wien. - Mittheilungen, 
BandX,n° s 8-12. In-8°. 

Physikal- mediein- Gesellschaft in Wiirzburg. — Verhand- 
lungen, neue Folge, Bd. XV, 1-4. In-8». 



Am^rique. 

American pharmaceutical Association. — Proceedings at the 
twenty-sixth meeting, 1878. Philadelphia 1879; vol. in-8°. 

Harkness (Will.). - On the relative accuracy of different 
methods of determining the solar parallax. 1881; extr. in-8". 

U. S. geoL Survey. — First annual report. Washington, 
J 880; vol. in-8" 

John 



hns Hopki 


ns University. — American chemical journal, 


[; II; III, 


1-4, 1879-81. American journal of philology, 


; II, 1-2, ' 


7, 1880-81. — Fisth annual report, 1880. Vol. 


- Ameri 


can journal of mathematics, vol. HI? n " 


. Circular* 


, n° 5, 9. 


<seum of 


comparative zoology, at Harvard College, 



(687) 

Cambridge. — Bulletin, vol. VIII, 1-5. - Memoirs, vol. VIII, 

Sociedad de ingenieros de Jalisco. — Boletin, torao I, num. 
5-10. Guadalajara; in-8°. 

Revista cientifica mexicana, t. 1, n" 12, 13, 1 6, Mexico; in-4\ 

Revista mensual cliinatologica,t. I, n os 3, 6,8. Mexico: in-8°. 

MinisteriodeFomento de la Republica mexicana. — Boletin, 
n» 196-237. Mexico; in-4°. 

American journal of sciences and arts, 1881. Newhaven; 
in-8°. 

American geographical Society. — Bulletin, 1879, n M 5, 6; 
1880, 2-5. New-York; in-8°. 

The american journal of otology, III, 1-4. New-York ; in-8°. 

Franklin Institute, Philadelphia — Journal, 1881. In-8°. 

Penn monthly, 1881. PhiJadelpkie; in-8". 

Peabody Academy of science. — Memoirs, vol. I, n ' 5, 6. 



Geological and 


geographical si 


irvey. — Bullet 


in, vol. VI, 


»" I. Washington; 


- 






Lucas (Ch.). _ 


Le palais d'Ulysse 


! a Ithaque. P; 


iris, 1881 ; 


ol. in-8°. 








Meunier (Stan 


.). - Excursions 


geologiques a 


travers la 


ranee. Paris, 1882; vol. in-8°. 






Laisant (C.-A.). 


— Sur les seric 


:s recurrentes, 


dans leurs 


■ipporls a\cc les equations. Paris, 1 


881; extr. in-8' 




— Note bibliog 


raphique sur 1'ouvrage intitule : 


: Le calcul 


ps operations chir 


niques, par Brodi 


e; traduitdel'; 


mglais par 


■ D' A. Naquet. Pi 


iris, 1881; extr.in-8 . 




Maindron (£.). 


— Les fondations de prix a l'Academie des 



nie (1711-1880). Paris, 1881; 



( 688 ) 

Flammarion (Cam.). — Les Etoiles et 
description complete du eiel visible a l'< 
objets celestes faciles a observer. (Supple 
populaire.) Paris, 1882; vol in-i°. 

Lesignano {La princesse de). — Les constitutions de tous 
les pays civilises, recueillies, mises en ordre et annotees. 
Bruxelles, 1880; vol. in -4°. 

Guiffrey {Jules). — Antoine Van Dyck, sa vie et son ceuvre. 
Paris, 1882; vol. in-folio. 

Societe induslrielle. — Bulletin, tome XVIII, n" 6, 1880; 
tome XIX, n oa 1-4. Amiens; in-8°. 

Societe des anliquaires de Picardie. — Bulletin, 1880, 
.n n M-4. Amiens; in -8°. 

Societe induslrielle elagricole. — Bulletin, 1 879, 2 d seraestre. 
Angers; in-8°. 

Societe linneenne de Bordeaux. — Actes, 4' serie, tome IV. 
Bordeaux, 1880; vol. in-8°. 

Bulletin scienlifique, 1880, octobre,novembre et decembre ; 
1881, janvier-novembre. Lille; in-8°. 

Musee Guimet. — Revue de l'histoire des religions, 2' annee, 
tome III, n" 2 et 3. Paris, 1881; in-8°. 

Societe scienlifique industrielle de Marseille. — Bul- 
letin, 1880, 5 e trimestre. 1880; cab. in-8\ 

Societe des sciences de Nancy. — Bulletin, serie II, tome V, 
fasc. 12. Nancy, 1881; in-8°. 

Ministere de I' Instruction puhlique. — Arcbives "des mis- 
sions scientifiques et litleraires, Z" serie, tome VI, 2« et 3' livr. 
Paris; in-8°. 

Bevue des sociites savantes des departements, V serie, 
tome III, 2 e livr.; tome IV. Paris; in-8°. 

Societe des itudes historiques. — L'Investigateur, 1880, 
novembre-deccmbre; 1881. Paris; in-8 



de meteoroloyie de France. 
1881, l"et2Mrim. Paris; 



1880,5' 



( 689 ) 

Academie poetique de France. — Lcs voix de la patrie, 1881 . 
Paris ; in-8°. 

Academie demedecine. — Bulletin, 1881. Paris; in-8°. 

Academie des inscriptions ct belles-lettres de Paris. — 
Comptes-rendus des seances, 1881. Paris; in-8°. 

Academie des sciences. — Comptes-rendus des seances, 1881 . 

Ecole normale superieure. — Annales, 1881. Paris; in-4°. 

Journal de V agriculture {Barral); Les Mondes, revue des 
sciences ; La Nature (Tissandier) ; Revue britannique; Revue 
des questions hisloriques ; Revue des sciences (de Lanessan), 
1881. Paris; in -8\ 

La Lumiere eleclrique; Progres medical; Revue politique 
et litteraire ; Revue scientifiqne de la France; Semaine du 
constrwteur, 1881. Paris; in-4°. 

Societe nalionale d' agriculture; Societe mathematique ; 
Societe zoologique ; Societe philomalhique; Societe d'anthro- 
pologie; Societe geologique. — Bulletin, 1881. Paris; in-8°. 

Societe de geographie. — Bulletin, 1881, janvier-mai. 



Paris; in-8°. 




Bulletin d'histoire ecclesiastique, etc., 


1" annee, n« 


Romans, 1881; call. in-8°. 




Societe des amis des sciences naturelles. 


— Bulletin, M 


l' r et 2 e semestres. Rouen ;in-8°. 




Societe des antiquaires de la Morinie. - 


- Bulletin, liv 


sons, n°* 116-118. S'-Omcr; in-8°. 




Societe academique hispano-portugaise 


de Toulouse. 


Bulletin, tome 11, n° 1 ; in-8°. 




Societe d 'agriculture, sciences et arts. 


— Revue a. 


cole, etc., 1881. Valenciennes; in-8°. 





Grande -Bretagne, Irlande et Colonies britanniques. 

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tional pharmaceutical congress, 1881. Londres; vol. pet. in-4°. 

Mueller (wn). — Eucalyptographin. A descriptive atlas of 
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Melbourne, 1880; cah. in-4°. 

Statistical Society. — Journal, vol. XL1II, part 4; vol. XLIV, 
n°» 1-5. Londres; in-8\ 

Numismatic Society. — The numismatic chronicle, 1880, 
part IV; 1881, n" 1-3. Londres; in-8°. 

Royal institution of Great Britain. — Proceedings, vol. LX, 
part 5. Londres; in-8°. 

Geological Society. — Quarterly journal, vol. XXXVII, 
part 5. Londres, 1881 ; cah. in-8°. 

Institution of civil engineers. — Minutes of proceedings, 
vol. LXIV-LXVI. Index, vol. I to LV1IL Londres, 1881 ; hi-8 e . 

Mathematical Society. — Proceedings, n" 167-177. 
Londres; in-8°. 

Meteorological Society. — Quarterly journal, vol. VII, april 
1881, July, ocloher. — The meteorological record, n°* 1-3. — - 
The snow storms of January 17 ,h to 21" 1881. Londres; in-8°. 
— Hints to meteorological observers, by \V. Marriott. Lon- 
dres, 1881 ;br. in-8°. 

Royal irish Academy. — Proceedings : science, vol. Ill, 
n" 5 and 6; Polite, etc., vol. II, n° 2. — Transactions : science, 
vol. XXVIII, n" 1-5; Polite, etc., vol. XXVII, n« 4. Dublin. 

Royal microscopical Society. — Journal, ser. II, vol. I, 
part 1-6. — Londres, 1881 ; in-8°. 

Royal Institute ofbritish architects. — Proceedings, 1881. 
Londres; in-4°. 

Society of antiquaries of London. — Proceedings, second 
series, vol. VIII, n° 4. Londres; in-8°. 



( C9i ) 

Royal asiatic Society of Great Britain and Ireland. — 
Journal, vol. XII, parts 2-4; vol. XIII, n" 1-3. Londrcs, 1880; 
in-8°. 

Royal astronomical Society. — Monthly notices, vol. XLIF. 
Londres; in-8°. 

The Canadian antiquarian, and numismatic journal, 
vol. II, n° 4. Montreal ; in-8°. 

Asiatic Society of Bengal. — Journal, 1881; part I, 
n" 1-4; part II, n°> 1,2. Proceedings, 1881, n"' 1-8. Bibliotheca 
Indica, old series, n° 242; new series, n°» 433, 437, 439-446; 
n" 454-466. Calcutta; in -8°. 

Meteorological department, India. — Meteorological obser- 
vations recorded at six stations in India, 1879-80. Calcutta, 
1881; 4 call, in -4°. 

Zoological Society. — Proceedings, 1880, parts 5 and 4; 
1881, parts 1, 2. — Transactions, vol. XI, parts 3-5. Londres. 

Institution of mechanical engineers. — Proceedings, 1880, 
parts 4; 1881, parts 1-3. Londres; in-8°. 

Antropological institute of Great Britain and Ireland. — 
Journal, 1880, november; 1881, february, may, august and 



Chemical Society. — Journal, 1881. Londres; in-8°. 
Edinburgh geological Society. — Transactions, v 
•art L.Edimbourg; cah. 8°. 



Socield entomologica italiana. 

1876-80. — Bull. 1880, trim. 4; 

Societd crittogamologica ilali 



Societd veneto-trentinadiscienzenaturali. - 
- Bulleltino, 1881, 5; tomo II, I. Padoue; i 



( 692 ) 

Societd toscana di scienze naturali. — Atti : processi ver- 
bali, 1880, novembre; 1881, gcnnaio, raarzo, maggio. ~ 
Memorie, vol. V, fasc, 1. Pise, 1881 ; in-8°. 

Societd italiana di scienze naturali. — Atti, vol. XXII, 
oe4; XXIII, ie 2. Milan; in-8°. 

B. Accademia dei Lincei. — Atti, 1880-81, transunti, 
vol. V, VI, 1 e2. Rome;in-4°. 

Bullettino del vulcanismo italiano, anno VII, n° 12; VIII, 
1-9. Rome ; in-8°. 

B. Accademia delle scienze di Torino. — Atti, vol. XV, 
disp. 1-8, 1879-80; XVI, 1-7. Turin; in-8». 

Societd dei naturaiisti in Modena. — Annuario, anno XIV, 
dispcnsa 4'; XV, 1-5. Modene ; in-8 . 

Accademia pontificia de' nuovi Lincei. — Atti, 1880, die; 
1881, gennaio-febbraio. Rome; in-4°. 



Pats-Bas. 

Flora-Balava (Van Eedcn), aflevering 251-254. In-4\ 

De dietsche Warande, deel III, aflevering 4-6. Amsterdam, 
1881 ; in-8-. 

Bataviaasch Genoolschap van Kunsten en Wetenschappen. 
— Tijdschrift, deel XXVI, 2-6. Notulen, deel XV1H, 1*4; 
XIX, 4. Verbandelingen, deel XLI, 2. Batavia. 

Instituut voor de taal- land- en volkenkunde van iVeder- 
landsch-Indie. — Bijdragen, 4 de reeks, deel IV, stuk, 3, 4; 
deel V, 1. La Have; in-8 a . 

Nederlandsche enlomologische vereeniging. — Tijdschrift, 
deel XXIV, 1-4. La Have; in-8°. 

Societe hollandaise des sciences. — Archives neerlandaises 
Hes sciences exactes et naturelles, tome XVI, \" et 2 e livr. La 
Haye; in-8\ 

Nederlandsche dierkundige vereeniging. — Tijdschrift, 
deeIV,aflev. 4. Leyde, 1881; cah. in-8'. 



( 693 ) 



Socidte des naturalistes de la Nouvelle-Russie. — Memoires 
tome VI, 2 e cah. Odessa, 1880; cah. in-8«. 

Societe imperiale des naturalistes de Moscou. — Bulletin, 
1880, 2-4; 1881, 1 ; in-8°. 

Akademie der Wissenschaflen. — Repertorium fur Metco- 
rologie, Band VII, Heft 1. Supplementband zum Reperto- 
rium, 2. Halfte, 1880-81; 2 vol. in-4° et atlas in-fol. — 
Memoires, tomeXXVII, 13, 14; XXVIII, 1-7. —Bulletin, 1881. 

Societe de geographic de Saint-Petersbourg. — Bulletin, 
1881; 12 cah. in-8°. 



IVordiskt medicinskt Arkiv, Bandet XII, Haft 3 och 4; 
XIII, 1-4. Stockholm ;in-8°. 

K. Vitterhets, Historie och Antiqvitets Akademien. — 
Antiqvarisk Tidskrift, VI 9 Delen, Haft 4. Stockholm; in-8°. 



Societe vaudoise des sciencesnaturelles. — Bulletin, vol. XVII, 
n" 84-86. Lausanne; in-8*. 

Astronomische Mittheilungen, (R. Wolf.) Ll-LIV; in-8«. 

Societe de geographic de Geneve. — Le Globe, tome XIV, 
4* livr. 1880; 1881, 1-3. Geneve; in-8\ 

iVaturforschende Gesellschaft in Zurich. — Vierteljahr- 
schrift, 25. Jahrgang, Heft 4.; 26. Jahrgang, Heft 1 u. 2. Zurich ; 
in-18°. 



Real Academia de bellas artes de San Fernando. — Boletin, 
ano I, n° 1-9. In-8°. 

Academie royale de Copenhague. — Memoires, classe des 
sciences, S« serie, Vol. XII, n° 6 ; 6 e serie, vol. I, n" 1-4; vol. II, 
1, 2. — Overzigt, 1880, % 3; 1881, 1, 2. Copenhague. 

Societe des antiquaires. — Aarboger, 1880, 3 og 4. Copen- 
hague; in-8". 



i!K ROYALE DE BELGIQUE. 



TABLES ALPHABfiTIQUES 

3U TOME DEUXIEME DE LA TROISIEME SERIE. 



TABLE DES AUTEURS. 



Umie des lettres, etc. de Metz. — Adresse le programme c 



la carte geologique execute a Hn-iitii irt. -r i que militaire, 220; 
latitude en voyage. Procede graphique, 112; lecture d'uu rapport sur 
un travail de M. Viparelli intitule : Livello altimetrico e planimetrico, 
38-3; ne peut, a cause d'indisposition, faire sa lecture portee a I'ordre 
du jour de la seance publique de la Classe des sciences, 608. 



prix quinquennaux, 58; lecture de so 
ix suivants : 1° memoire de M. Helbig c 



- Voir Bibliotheque royale. 



scientifique a Montreal, i 



Inonyme. — Depots de billets cachetes, 67, 382. 

intheunis. — Le chant de la creation (traduction de la cantate couronnee 
de M. Bogard), 339. 

ite de la responsabilile des princes 
mvrage par M. Saripolos, 139. 
a portee de l'article -27, alinea -2, de 



lalat.— Lectures de ses appreciations: 1° du troisieme r; 
M. Raquez sur les edifices de la ville de Vienne, 61 ; 2° sur le 
rapport semestriel du laureal E. Geefs, 197 ; discours sur la c 



Bambeke {Fan). — ] 
de M. Fcettinger cc 

Beltrami. — Hommage d'ouvrage, 431. 

Beneden Ed. (Van). — Adhere aux rapports : 1° de M. Van Bambeke su 
les travaux, a) de M. Fcettinger concernant les Pedicellaires, 446 ; b) d« 
M. Julin concernant les Orthonectides, 450; 2» de M. F. Plateau sur ui 
travail de M. Ludwig intitule : Verzeichniss der von Prof. Ed. Vai 
Beneden an der Kuste von Brasilien gesammelten Echiuodermen, 451 
lecture de son rapport sur une demande de M. le Ministre relative a 1: 
location d'une table d'etude a la station zoologique du D' Dohm, 609 

Beneden P.-J. [Van). — Membre de la ConmiL— imi pour la revision do I: 



formations faites a J'editice qui la reuieri 


!ne,enl880,56. 


BischofTivon). — Voir RUdinger. 




— Aunonce de sa mort, 387. 




Bogard. - Laureal du coucours des canta 


ites, 214, 338 ; Scbeppingslied 




nee 339, 363. 


Bormans. - Les combats judiciaires, a pn 


>pos d'un appel en champ clos, 




Carrerai 


. 


- Hommage d'ouvrage (Philosophic de la science 


econon 


■ique), 294; 


note sur ce volume par M. Thonissen, 296. 




- Hommage 


d'ouvrage, 55. 




Catalan. 






Ies fonctions X„ de 


Legendre (imprime dans Ies Memoires), 68; quarre 


magique de la Villa 


Albani 






sncours concernant 


l'Hexat 






i M. Gomes Texeira 


deson 




rnant des equations aux derivee 


s partielles, 609. 


Cercle Copemic pom 


• Ies sciences et Ies arts, a Thorn. — Demande 


d'echange, 67. 






Chalon. 


— Rapport su 


ir un memoire de M. Helbig concernanl Ies reliques 




, g par SP Louis aucouvent 




Liege, 


60;reelumei 


more de la Commission des fina 


nces, 571. 


Cogghe. ■ 


- M. it- M:m;- 






Cogniaux. — Hommage d'ouvrage, 3. 




Commisi 


Hons. — Voir 


: Table des matieres. 




Conscien 


ce.— Remercie pour Ies felicitations lui adres 


;sees par M. Le Roy, 



Cornet. — Lecture de son rapport s 

sur un travail de M. Purves c 

Belgique, 442. 
Cremona. — Hommage d'o 
Cr&pm. - Liste de sousci 

tura! d'Aotoh 



De Ceulener. - Prest 
de P. Vigellius Satu 
port de MM. Wagem 
aux Archives), 572, 
De Decker. - Reelu n 
De lager. — Hommag 
De Jans. — Communi 



.par M. Renard, 71; 6) s 



rls de MM. Briart et Cornet sur si 
concernant les moyens de prevenir les feux grisous dans les mint 
description d'un nouveau barometre-enregistreur de precision, i 

3c Man. ~ Reelu membre de la Commission des finances, 660. 

)e Mont. — Hommage d'ouvrages, 294. 



e note sur quelques surface- 



Deu-alque. — Hommage d'ouvrage, 608. 

Dillens. — Communication lui a ete faite de l'appreciation de son 6« rap-' 
port semestriel, 58; M. le Ministre transmet son 7« rapport, 415; fait 
parvenir une copie demi-grandeur de la statue de Zenon, 59 ; lecture 
du rapport de MM. Geefs. Fraikin et Pinchart sur cet envoi, 197. 

Donders. — Hommage d'ouvrage, 67. 

Dory. — Hommage d'ouvrage (Wallonismes), 588 ; note bibliographique 
sur ce volume par M.Le Roy, 589. 

D'Otreppe de Bouvette. — De Taction du chlore sur 1'alcool butylique 
tertiaire, 487; rapporl de MM. Slas et Spring sur ce travail, 456,437. 

Dubois. — Laureal (2 d prix) du grand concours de composition musicale 
528, 558. 

Dupont. — Hommage d'ouvrages, 66; note sur le tome VI des Annales du 
Musee d'bisloire nalurelle, 69 ; sur l'origine des calcaires devoniens de 
la Belgique, 264; rapport sur un travail de M Purves concernant 1'etaee 



Faber. — Hommage d'ouvrage, 294. 
Faider. — Reelu membre de la Commission de 
Fttis. — Rapports sur les travaux suivants : 1° 
cernant les reliquaires donnes par S'-Louis a 

de Grelrv, 344. 



de l'Hexagrammum t 



700 TABLE DES AOTEURS. 

cours), 610; depose un billet eacheteftheorie des centres instantanes), 
382; a propos de la determination de la latitude, 257 ; sur la cause 
probable des variations de latitude et du magnet^sme terrestre, 453; 

Fraikin. — Lecture de son app ■ statue de Zenon) 

du laureat J. Dillens, 197; reelu membre de la Commission des finan- 
ces, 606. 

Fraipont. — Prescnte une note concernant les vers parasites de l'Uro- 
mastix acanthinurus, 432; designe pour remplacer M. Mac Leod a la 
station zoolugiqne de Naples, 609. 

Franck. — Reelu membre de la Commission des finances, 606. 

Francolte. — Presente une note concernant l'appareil excreteur des 
Turbellaries rhabdocceles et dendrocoeles, 432. 

Fredericq. — Sur le pouvoir rotaloire de l'albumine du sang de chien, 
110 ; sur les oscillations respiraloires de la pression arterielle chez Ic 
chien. 513; sur les oscillations de la pression sanguine dites : Periodes 

la germination des graines, 61 7. 



Geefs. E. — Lectures des appreciations de MM. Pauli, Schadde et Balat 
sur son 2« rapport semestrid, 197; M. le Miui>tre transmetson 3' rap- 
port, 415. 

Geefs. G. — Lecture d( 



finances, 606. 
Geefs. J. — Lecture de son appreciation de I'envoi-copie (statue de 
Zenon) du laureat J. Dillens 197. 



des prix quinquennaux, 58; membre du jury du grand c 

Gilkinet. — Rapport sur le memoire de concours concernant 1 

tiondes graines, 619. 
Gluge. — Reelu membre de la Commission des finances, 432. 



Guffens. — Lecture de son apprecial 
du laureal DeJans, 197; deleguea 



de Liege (impression du travail dans le tome LXIV des 
Presente un travail intitule : Jules Cesar et les Eburons, 388. 



Heuveltnans. — Hommage d'ouvrage, 388. 

Bin. — Presente un memoire concernant la relation qui existe entre la 

resistance de 1'airet sa temperature, 4; rapports de MM. Folie, Vander 

Mensbrugghe et Melsens, 225, 228, 233 (impression du travail dans le 

tome XLIII des Memoires des membres) ; hommage d'ouvrage, 431. 
Bitzig. — Annonce de sa morl, 414. 
Hock. — Hommage d'ouvrage I Liege au XV' siecle), 294; note sur ce 

volume par M. Stecher, 297. 
Bouzeau. — Rapport sur les travaux suivauts: 1° lumierede la comete b 

de 1881, par M. Fievez, 4; 2° 

M. Terby, 222; 3° livello altime 

583; sur un moyen de mesurer la flexion des i 

membre de la Commission des finance*, 432. 

Huguet-Lalour. — Adresse une invitation au cou| 
Montreal, ea 1882,382. 



Institut carlographique militaire. — Hommage d'ouvrage, 



Juste. — Hommage d'ouvrage, 138, 570; designe pour faire la notice d 



Kervyn de LeUenhove. — Retire ses propositions r 
beiges, ayant fait usage de la langue latine, 56 
Etude historique, 56, 144; rapport verbal 
de M. Bouton concemant le beraut GuJdre, 298. 



Lagrange. — Presente un travail intitule : Exposition critique < 
methode de Wronski pour la resolution des problemes de mecai 
celeste, 432. 



sur une note de M. De Ceulener concemant la date du proconsulal c 
P. Vigellius Saturninus, etc., 573. 
Laveleye (de). — Hommage d'ouvrage, 388, 570; Iaureat du concoui 



Leboucq. — Hommage d'ouvrages, 431. 

Legros. — Voir Spring et Legros. 

lenain. — Premier prix du grand concours de gravure, 214; 

laureat, 338. 
Le Paige, — Sur la theorie des formes binaires a plusieurs 

Le Boy. — Membre de la Commission pour la revision de la clas 
4; Domme president d< 
Conscience, 291. — Voir Dory. 



w (de). — Hommage d'une medaille 

is. ~ Hommage d'ouvrages, 603. 

wig. — Presente un memoire intitule : Wr/.m-iiniss der von Pr. D'. Ed. 

»n Beneden an der Kuste von Brasilien gesammelten Echinodermen, 

!3; rapport de MM. F. Plateau et Ed. Van Beneden sur ce travail 

npression du travail dans les Memoires in-4°), 450, 431. 



Mac- Leod. — Communication de sa lettre sur le resi 
a la Station zoologique de Naples, 430; lecture du r 
Van Beneden, Morren et F. Plateau sur ce travail, 6C 

Maindron. — Hommage d'ouvrage, 431. 



L de >a mission. 3>o; 



s note de MM. Spring et Wissinger c 



mage d'ouvrage, 221. 
Meunicr. — Hommage d'ouvrage, 608. 
Michaels. — Hommage d'ouvrage, 371. 



Minist> ■?'!■■ I'lnterieur. — Hommage d'ouvrages, 2, 55,66, 138,2)9,293, 

zoologique du D' Dohrn, a Naples, 430 ; lecture des rapports de MM. Ed. 

Van Beneden, Morren el Plateau sur cette demande, 609. 
Ministre des Travaux Publics. — Hommage d'ouvrage, 3. 
Wontigny. — Des effets de la foudre sur des arbres places pres d'un fil 

telegraphique. 19; delegue au congres d'electricile de Paris, 219; rend 

compte verbalement de sa mission, 386; reelu membre de la Commis- 




Neve. — Hommage d'ouvrage, 388; adhere au rapport de M. 1 

un memoire de M Pirenne ccmcernant Sedulius de Liege, 3! 

Nolet de Brauwere van Steeland. — Hommage d'ouvrage, o, 



Paillard. — Annonce de sa mort, 570. 

Pauli. — Lectures de ses appreciations: 1° du rapport de M. Raquez 
sur les edifices de !a ville de Vienne, 61 ; - da - rapport semestriel du 
Iaureat E. Geefs, 197. 

Pinchart.— Lecture de son appreciation de l'envoi-copie(statue de Zenon) 
du Iaureat J Dillens, 197 ; rapport sur les memoires de concours coucer- 
nant la profession de peintre, 33a. — Voir Guiffrey. 

Piot. — Un reglement de la corporation des artistes, a Mods, 197. 

Pirenne.- Presente un memoire concernant Se.juim- d- I.i<g<\ -J'.^; rap- 
port de MM. Bormans, Willems et Neve sur ce travail, 390, 595. (Impres- 

Plateau, F. — Rapport sur un travail de M. Ludwig intitule : Verzeicn- 
niss der von Prof. Ed. Van Beneden an der Kusle von Brasiiien gesam- 



auteurs. 705 

au rapport de M. Ed. Van Benedcn 
e a la location d'une table d'etude a 
la Station zoologique de Naples, 609. 
Plateau, J. — Quelques experiences sur les lames liquides minces, 8; 

une application des images accidenlelles (2 e note), 281. 
Plikker. - Presenle un travail concernantune machine dynamo electrique 

a solenoide inducteur. 222. 
Portaels. — Rapport sur les memoires de concours concernant la profes- 
sion de peintre, 530. 



des prix quinquennaux, 55; hommage de la traduction d'un ouvrage de 

Preud'ltomme de Borre. — Hommage d'ouvrages, 221. 
Purves. — Sur la delimitation et la constitution de 1'etage houiller infe- 
rieur de la Belgique, 514; rapports de MM. Briart, Cornet et Dupont sur 



Bembry-Barth. — Hommage d'ouvrage, 138. 



li! i,..;.\ |-s--\ No.-i.t.i^T: i.q.porls deMM.de konincket Malaise, 224. 
Reumont (de). — Hommage d'ouvrage (Gli ullimi Stuardi), 203 ; note sur 

Robert.— Lecture de son appreciation de l'envoi reglementaire (tableau) 
du laureat De Jans, 197; delegue a Inauguration du monument Wiertz, 
215: rend compte verbalement desa mission, 347. 



Samuel, A. — Designe pour rediger la notice biographique de M. Vieux- 
lemps, 58; membre du jury du grand concours de composition musi- 
cale, 58 ; rapport sur le memoire de concours concernant la vie e« les 
ceuvresdeGretry,344. 



Schadde. — Let is; 1° du rapport de M. Raquez 

semestriel du laureat E. Geefs, 197. 
Scheler. - Presente un travail manuscrit intitule: La geste de Liege, par 

Jean d'Outn : .'w pie, 371. 

Slingeneyer. — Lecture de son ;q>|>iv. ,,i n »!•• I'envoi reglementaire 

(tableau-) du laureat De Jans, 197; reelu membre dela Commission des 

finances, 606. 
Society des naturalistes suisses. — Date de 1'ouverlure de la 64" assem- 

Spring. — Sur le poids specifique du soufre de Ch. Sitin t^-Ckiii-f-Devillt 1 . 

83; sur la dilatation du soufre, du selenium et du tellure, 88; depose 

un billet cachete (formation des orages), 221 ; adhere au rapport de 

M. Stas stir une note de M. d'Otreppe de Bouvette concernant Taction 

du chlore sur 1'alcool butylique tertiaire, 437. 
Spring et Legros. — Sur les ethers composes de l'acide hyposulfureux, 

463; rapport de MM. Stas et Melsens sur ce travail, 433. 
Spring < t Wissinger. — De Taction du chlore sur les combinaisons sulfo- 

niques et sur les oxysulfures organiques, 466; rapport de MM. Stas et 

Melsens sur ce travail, 434, 436. 

1881, par M. Fievez, 5; 2» ethers composes de l'acide hyposulfureux, 
par MM. Spring et Legros, 433 ; 3° action du chlore sur les combinaisons 
sulfoniques, par MM. Spring et Wissinger, 434 ; 4° action du chlore sur 
1'alcool butylique tertiaire, par M. d'Otreppe de Bouvette, 436. 
Stec/ier. — Envoie le manuscrit de sa notice sur C J. Steur, 138. — Voir 



Ttrby. — Presente deux notes concernant les comeles /, et r de l£ 
observees a Louvain, 68; rapport de MM. Houzeau et Liagre, 222, S 
(impression des notes dans les Memoires in-8°j. 

TtxHra. — Voir Gomes. 



Valerius. H. — Rapport sur une note de M. Daussin concernant la pro- 
duction de courants electriques, 384. 
Van der Mensbrugghe. — Rap: M Hirn concernant 



jravure, 214; pro- 

Vieuxtemps. — Annonce de sa mort, 57; M. Samuel est designe pour faire 

sa notxe biographique, 58. 
Viparelli. — Presenle un travail irili;nl.>: Livel o aliimetrico pianimetrico 

et Adan (depot du travail tax archives^ 383. 
W. 

Waelput. — Demande de nouveau a etre charge du placement des para- 

tonnerres sur des batiments de I'Etat, 430. 
Wagener - Rapport sur une note de M. De Ceuleneer concernant la date 
que de P. Vigellius Saturninus, etc., 572. 
Hommage d'ouvrage, 55; la revolution du XVI* siecle et 
e Taciturne, 395. 

embre de la Commission pour la classification des prix quin- 
55; adhere au rapport : 1° de M. Bormans sur un travail de 
concernant Sedulius de Liege, 395; 2» de M. Wagener 
te de M. De Ceuleneer concernant la dai 
5 P. Vigellius Saturninus, etc., 575, 

t associe,680. 



TABLE DES MATURES. 



Academie. — Motion de M. Le Roy en 1'honneur de M. Conscience, 291 ; 

diplome delivre a l'Academie pour sa participation a I'Exposition d'elec- 

tricite de Paris, 382 ; invitation au Congres scieotifique de Montreal, 382; 

M. Le Roy norame president de l'Academie, 569, 608. 
Anatomic. — Voir Zoologie. 
Archeologie. — Rapports de MM. Fetis, Alvin et Chalon sur un travail de 

M. Helbigconcernant les reliques et les reliquaires donnes par S» Louis, 

au couvent des Dominicains de Liege, 59, 60. 
Architecture. -L, MM. Pa«H, Balat et Schadde 



Vienne, 61. — V< | > • r de Borne, 

istronomie. — M. Terby presente uu raemoire sur les cometes b et c, 
de 1881, observers a Louvain, 68; rapports de MM. Houzeau et Liagre, 
222.225; sur un m.m-n de insurer ia flexion des lunettes, par M. Hou- 
zeau, 284; M. Lagrange presente un memoire concernant la methode 
deWronski pour la resolution des problemes de mecanique celeste, 432; 



Bibliographie. — Notes sur les ouvrages suivants : Faune du calcaire 
carbonifere de la Belgique (L. de Koninck), par M. Dupont, 69; Traite 



! execute a Tlnstitut 

tessa d'Albany e Vittorio Alfieri (A. di Reumoni), par M. Gathard, 295; 
Philosophie de la science economique (M. Carreras y Gonzalez), par 
M. Thonissen, 296; Liege au XV' siecle(A.Hock), parM. Stecher, 297; 
Wallonismes (Dory), par M. Le Roy. 389; A. Van Dyck, sa vie et ses 
ceuvres (J. Guiffrey), par M. Pincharl, 603. 



la germination des grain* 



Chimie. - 

l de Ch. I 

83; sur la dilatation du soufre, du selenium el du lellure, par M- Spring, 
88; sur les ethers composes de Tacide byposulfureux, par MM. Spring 
et Legros, 463; rapport de MM. Stas et Melsens sur ce travail, 453; de 
Taction du cblore sur les combinaisons sulfouiques et sur les oxysul- 
furesorganiques,parMM.Sprii,g.-; Wi-i -'• ■»" . ■ i [mi d. MM Stas 
et Melsens sur ce travail, 434, 436; de Taction d