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Full text of "Relation d'un voyage du Levant ?fait par ordre du Roy ? contenant l'histoire ancienne & moderne de plusieurs isles de'l'Archipel, de Constantinople, des Co?tes de la Mer Noire, de l'Armenie, de la Georgie, des frontie?res de Perse & de l'Asie Mineure ... /par M. Pitton de Tournefort ..."

RELATION 

D'UN VOYAGE 

DU LEVANT, 

FAIT PAR ORDRE DU ROY. 
CONTENANT 

L'Hiftoire Ancienne & Moderne de plufieurs Ifîes de 
i'Archipel , de Conftantinople , des Côtes de la Mer 
Noire , de l'Arménie , de la Géorgie, des Frontières 
de Perfe & de i'Afie Mineure. 

A VEC 

Les Plans des Villes & des Unix con[iderahlcs ; Le Génie , les 
. Mœurs, le Commerce fr la Religion des diferens Peuples qui les 
habitent ; Et L'Explication des Médailles ir des Monumens 

Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de 

Plantes rares, de divers Animaux; Et de plufieurs 

Obfervations touchant l'Hiftoire Naturelle. 

Par M. Pitton de Tournefort t Confeiller duRoy , 

Académicien Pensionnaire de l'Académie Royale des Sciences > 

Docleur en Médecine de la Faculté de Paris , Projeteur en 

Botanique au Jardin du Roy , Ledeur if Projeteur en Médecins 

au Collège Royal. 

TOME TROISIEME. 

A LYON, 
Chez Anisson et Posuel. 

M. D C C X V î I. 
AVEC PRIVILEGE DU ROY. 



LETTRES 

C ONTENUES 

DANS LE TROISIEME VOLUME. 

Lettre XVI. 
Defcription des Côtes méridionales de la 
Mer Noire, depuis fort embouchure juf 
ques à Sinope. pag. r. 

Lettre XVII. 
Defcription des Côtes de la Mer Noire , 
depuis Sinope jufques à Trebifonde. 

pag. 44. 

Lettre XVIII. 
Voyage d'Arménie & de Géorgie, pag. 8 6, 

Lettre XIX. 
Voyage des Trois Eglifes. Defcription du 
Mont Ararat, & le retour de l'Auteur 
à Erjeron. ' pag. 178. 

Lettre XX. 

Des Mœurs, de la Religion, & du Com- 
merce des Arméniens. pag. 2 5 i> 



Lettre XXI. 

Voyage de Tocat & d'Angora. pag. 2 8 6; 

Lettre XXII. 

Voyage de Smyrne & d'Ephefe, Et retour 
de l'Auteur à MarfeiUe. pag. 3 5 3 . 




VOYAGE 






VO Y AGE 

D U 

LEVANT, 

FAIT PAR ORDRE DU ROY; 
Lettre XVI. 

r ^ Monfêigneur le Comte de Pontcbartraln , 5*$#«ï 
**/>* d'Etat & des Commandement de Sa Mà« 
jcfté, &c; 



Quoiqu'en aient dit les anciens , la mer Noire f^* 1 ' 
n'a rien de noir, pour ainfi dire , que le nom ; ascètes 
les vents n'y louftient pas avec plus de furie , & meridio- 
Ics orages n'y font gueres plus frequens que Tut na ^ es ^ c 
les autres mers, Il faut pardonner ces exagéra- Noire* 
tions aux Poètes anciens , & fur tout au cha- depuis* 
gr in d'Ovide ; en effet le fable de la mer Noire eft Ibo cia- 
Tome III. A 



9 V O Y A G S 

fcouebû- de même couleur que celui de la mer Bîattcne ^ 

re iuf- & f cs eaux en f ont , au {£ claires ; en un mot , 

££e. fi 1« «tes de cette trier qui plie pour fi dau- 

gereuie , paroiiient iombres de loin, ce ionc 



ment qui les font paroître comme 
' ' r fot a b 



>igne- 



cicl y fut 11 beau &• fi ferein pendant tout nô- 
tre voyage,, que nous ne pûmes nous empecher 
dc donner une efpece de démenti à Valerius 
Flaccus fameux Po'ctc Latin , qui a décrit la rou- 
te des Argonautes , lcfquels paflbient pour les- 
plus célèbres voyageurs de l'antiqu" 



qui ne font cependai 


it que de fort peri 


îts garçons 


en comnaraifon des 


Vincent le Blanc 


: , Taver- 


mer, & une infinité 


d'autres qui ont < 


?eû la plus 


grande partie de la t< 


Src habitée. 




Ce Poète allure que le cîel de la mei 


: Noire eft 


toujours embrouillé , 


, ÔC qu'on n y voit 


jamais de 


temps bien formé. 


Pour moy je ne difconvïens 


pas que cette mer i 


ie foit fujette à de grandes 


tempe te s , Se je n'au 


rois pas de bonn 


es raifons 


pour le nier 3 car je 


ne l'ai veiie que da 


m s la plus 


belle faifon de l'anr 


lée ; mais je fuis 


perfuade 


qu'aujourd'hui dansj 


L'état depcrfcdîon 


où l'on a 


porté la navigation , 


011 y voyageroît 


aufïï feÛ~ 



: dans les autres mers s il les vailfea 
étoient conduits par de bons Pilotes. Les Grecs 
& les Turcs ne font gueres pius habiles que Ti- 
phys & Nauplius qui conduisirent Jafon , Her- 
cule s Thefée , & les autres Héros de Grèce , 
jufques fur les côtes de la Colchide ou de la 
Mengrelie. On voit par la route qu'Apollonius 
de Rhodes leur fait tenir , que toute leur feience 
aboutifibit , fuivant le confeil de Phfnée cet 
aveugle RoydeThrace, à éviter les écueiis qui 



d tr Levant. Lettre XVI. i 

fe trouvent fur la côte méridionale de la mer 
Noire , fans ofcr pourtant fc mettre au large j 
c'ed à dire qu'il falloir n'y parler que dans le cal- 
me. Les Grecs & les Turcs ont prefque les mê- 
mes maximes -, ils n'ont pas l'ufage des Cartes 
maritimes , & fçachant à peine qu'une des pointes 
de la boullolc fe tourne vers le Nord 3 ils perdent 

dent les terres de veûe. Enfin ceux qui ont 
le plus d'expérience parmi eux , au lieu de comp- 
ter par les rumbs des vents , pailcnt pour fort 
habiles lorfqu'ils fçâvent que pour aller à Cafta 
il faut prendre à main gauche en fortant du ca- 
nal de la mer Noire ; & que pour aller à Trebifon- 
dc il faut fe détourner à droite. 

A l'égard de la manœuvre , ils l'ignorent tout- 
à-fait , leur grand mérite eft de ramer. Caftor 
& Pollux , Hercule , Thefée , & les autres de- 
mi-dieux fe distinguèrent par cet exercice dans le 
voyage des Argonautes; pjur-ècre qu'ils étoienc 
plus "forts ôc plus hardis que les Turcs , qui 
fou vent aiment mieux s'en retourner d'où ils font 
venus & fuivre le vent qui fouftlc , que de lutter 
contre lui. On a beau dire que les vagues de la 
rcer Noire font courtes , & par conféquent vio- 
lentes , il eft certain qu'elles font plus étendues 
&z moins coupées que celles de la mer Blanchc,la- 
quelle eft partagée par une infinité de canaux qui 
font entre les lues. Ce qu'il y a de plus fâcheux 
pour ceux qui navigent fur la mer Noire , c'eft 
qu'elle a peu de bons Ports , & que la plufparc 
de tes Rades font découvertes : mais ces Ports 
feroient inutiles à des Pilotes , qui dans une tem- 
pête n'auroient pas l'adrelfe de s'y retirer. Pour 
aifùrer la navigation de cette mer , toute autt« 
A ij 



4 Voyagé 

nation que les Turcs formerai t de bons Ptlotti ? 
répareroit les Ports , y bâtiroit des Moles , y 
établirait des magazins ; mais leur génie n'eft pas 
tourné de ce côté-là. Les Génois n'a voient pas 
manqué de prendre toutes ces précautions lors de 
la décadence de l'Empire des Grecs , & fur tout 
dans le x 1 1 i. fiécle , où ils faifoient tout le 
commerce de la mer Noire , après en avoir oc- 
cupé les meilleures Places. On y reconnoit en- 
core le débris de leurs ouvrages , &C fur tout de 
ceux qui regardent la marine. Mahomet 1 1. les 
en chaffa entièrement ; ôc depuis ce temps-là les 
Turcs, qui ont tout laifle ruiner par leur négli- 
gence , n'ont jamais voulu permettre aux Francs 
d'y naviger , quelques avantages qu'on leur aie 
propofez pour en obtenir la permifîion. 

Tout ce qu'on a dit de cette mer depuis le 
temps d'Homère jufqu'à prefent , & tout ce que 
les Turcs en penfent , eux qui n'ont fait que 
traduire le nom de la mer Noire en leur langue ; 
tout cela , dis-je , ne nous fit pas balancer un 
moment à entreprendre ce voyage : mais il faut 
avouer que ce ne fut qu'à condition que nous le 
ferions fer un Caïque , Ôc non pas fur une Saï- 
quc. Les Caïques qui vont fur cette mer s font 
des felouques à quatre rames qui fe retirent tous 
les foïrs à terre , & qui ne fe remettent en mer 
que dans 'le calme , ou avec un bon vent , à la fa- 
veur duquel on déployé une voile quarrée ani- 
mée par les zéphirs , & que l'on baifle bien fa- 
gement lorfqu'ils ceifent de fourrier. Pour éviter 
les al larmes que la nuit donne quelquefois fur 
l'eau a les Matelots de ce pays-là qui aiment à 
dormir à leur aife 3 tirent le bâtiment fur le fa- 
ble S: dreflent une efpece détente avec la voile ; 
c'eft la feule manœuvre qu'ils entendent bien. 



du Levant. Lettre XF L jr 
Le départ de Nnrnan Cuperli Vizir , ou Pacha à 
trois queues , qui venoit d'être nommé Viceroi 
d'Erzeron , nous parut une de ces occafions fa- 
vorables que nous ne devions pas laiuer échaper. 
C'eft: un Seigneur d'un grand mérite , fçavant 
dans la langue Arabe, profond dans la connoif- 
fance de ïa. religion , &c qui à l'âge de 36. ans 
a leû toutes les Chroniques de l'Empire. Il eft 
fils du Grand Vifir Cuperli qui fut tué fi glo- 
rieufement à la bataille de SalanKcmen , dans 
le temps que la fortune fembloit fe déclarer pour 
les armes Othomanes ; ce Numan CupeMi eft def- 
tiné pour les plus grands emplois de l'Etat. Sul- 
tan Muftapha , frère de Sultan Achmet â prefent 
régnant , l'honora de fon alliance & lui fit épou- 
fer une de fes filles , mais elle fe noya à Andri- 
nople dans un des canaux du Serrail , avant que 
le mariage fuft confommé. De Viceroi d'Erze- 
ron il fut fait Pacha de Cutaye , enfuite on l'a 
fait Viceroi de Candie , & on ne doute pas qu'il 
ne foit un jour premier Vifir. Il femble que l'Em- 
pire Othoman ne fe peut foutenir que par la ver- 
tu des Cuperlis ; celui-ci eil aimé des peuples , 
&c universellement reconnu pour le Seigneur 
le plus intégre Se le plus équitable de la Cour. 

Nous ne penfàmes donc qu'à fuivre un aufli 
honnête homme. M r l'Amballadeur eut la bon- 
té de nous faire prefenter à lui par M r le Duc , 
fon Médecin ordinaire , qui étoit aufli celui du 
Pacha. Il nous fit aflurer de fa protection , en 
coniidération de l'Empereur de France , dont il 
ne ceflbit d'admirer la prévoyance , jufques à 
envoyer , difoit-il , [des perfonnes capables de 
découvrir ce que la nature produit dans chaque 
pays , & pour apprendre fur les lieux les ufages 
A ii) 



qu'on en fait par rapport à la fanté. Au fur plus 
le Pacha n'étoit pas fâché d'avoir des Médecins, 
à fa fuite 4 & il m'apprit que fon père avoit été 
fort fatisfait de l'habileté de M r d'Hcrmange , 
qu'il avoit eu long temps auprès de lui , & en- 
tre les mains de qui il étoit mort à Salanicemcn. 
Nos principales converfations pendant le voyage 
rouloient fur les intérêts des Princes de l'Euro- 
pe , qu'il connoît parfaitement , & elles fe ter- 
minoient ordinairement par une petite relation 
de ce que nous avions obtervé de plus curieux. 
De crainte de feandalifer fa maifon , il nous 
faifoit demander en fecret les delléins des plantes 
que nous obfervions fur la route -, je les remet- 
tois par fes ordres à un de fes frètes Cuperli 
Bey , qui nous les rendoit après que le Pacha 
les avoit confiderez feul & à loifir. Cette po- 
litique eft nécelfaire parmi les Turcs , où l'on 
trouve mauvais que les bons Mufulmans prennent 
connoilfance des feiences culcivées par les Chré- 
tiens , & qu'ils donnent des marques de l'cftimc 
qu'ils en font. J'eus occafionde lui donner ua 
morceau de Phofphore , & de lui expliquer la 
manière dont il faut s'en fervir;mais il ne vou- 
lut pas que j'en hife l'expérience en fa prefence. 
Quelques jours après il convint que les Chrétiens 
étoient d'habiles gens , & que leur fagacité étoit 
aufli louable , que la fainéantife des Orientaux 
meritoit d'être blâmée. Nous fùmes # aflèz heu- 
reux pour ne voir mourir perfonne de fa maî- 
fon entre nos mains. Quoiqu'il eût auprès de 
lui M r de S. Lambert habile Médecin François, 
il lui ordonna pourtant qu'on nous fift voir tous 
les malades , ce que je n'acceptai qu'à condition 
que nous les verrions enfemble. Toute fa mai- 



£> u L î V A M t. Ztffr,? X/^/. 7 
fon fut malade fur la route j nous traitâmes le 
Maître le premier , fa femme , fa mère , fa fille , 
Se (es autres officiers : tout le paila à notre 
honneur , &c les malades s'en trouvèrent 
bien. 

Nôtre équipage fut bientoft drelTé , quoique 
la route duft être fort 



voyages je 



: faut abfoln 



lé charger que des chofes neceftaires. Nous 
acheptâmes donc une tente , quatre grands facs 
•de cuir pour enfermer nôtre bagage, & des 
coffres d'ozier couverts de peau , pour conferver 
nos plantes , & les papiers qui fervoienr à les 
fecher. Les tentes du Levant fonr moins em- 
barraûantes que celles de ce pays-ci. Elles n'ont 
qu'un arbre au milieu qui le démonte -en deux 
pièces quand on veut plier bagage , mais qui 
foutient , iorfque la terne e-ft placée , un pavil- 
lon de grotte toile bien ferrée fur laquelle l'eau 
coule alternent ; le pavillon eft arrêté dans fa 
circonférence avec des cordons que l'on accro- 
che à des chevilles de fer fichées en tertc 5 aux 
deux tiers de la hauteur de ce pavillon font atta- 
chées des cordes que l'on bande fortement par 
le moyen d'autres chevilles plus écartées de l'ar- 
bre que les premières ; ces cordes tirent le haut 
dehors , 6c lui font faire un 
:n manière de Manfarde. Nous 
placions nos trois ftrapontins de telle manière , 
que le chevet fe trouvoit contre l'arbre , & les 
pieds à la circonférence du pavillon, laquelle 
d'ailleurs étoit occupée par nos facs & par nos 
coffres. Un quart d'heure fuffit pour drcâer un 
pareil appartement , & l'on y trouve toutes tes 
commoditez. A l'égard de la batterie de cuilinc » 



pavillc 
rie faill 



elle confiftoit en Gx alTiettes , deux grandes jat- 
tes , deux marmktes , deux rafles , le tout de" 
cuivre blanchi ; deux bouteilles de cuir pour 
porter de l'eau , un fanal & quelques cuilliers 

d'autres en Turquie , où ordinairement les gens 
les plus aifez ne fout pas mieux en vaiflelle que 
nous l'étions. 

Nos capots de Marfeille nous furent d'un 
fecours merveilleux ; ils étoient d'un gros drap 
de Capucin , doublez d'une étoffe d'égale réïif* 
tance pour la fatigue. Un capot cft un meuble 
incomparable pour un voyageur , &: fert en cas 
de befoin de lit & de tente. Nous nous étions 
fournis dans l'Archipel de linge pour la table , 
$c pour nôtre ufage , fur tout de calçons de 
toile de coton , qui tiennent lieu de draps de 
lit dans ces fortes de routes ; nous pouvons 
nous vanter d'en avoir fait venir la mode parmi 
les Arméniens de nos caravanes. Il fallut quit- 
ter l'habit François à Conftantinople pour pren- 
dre le Dolyman & la vefte ; mais comme cet 
Habit nous parut fort embarraltant pour travail- 
ler à nos recherches , nous fîmes faire aufîi un 
habit à l'Arménienne pour aller à cheval , & des 
botines de marroquin pour courir dans la cam- 
pagne ; l'habit à la Turque étoit deHiné pour les 
vîntes de céiemome & de bienféance , & l'autre 
croit pour la fatigue. 

Nos amis de Conftantinople nous indiquèrent 
un homme admirable qui favoit route forte 
de métiers , & qui nous fervoit d'Intendant , 
de valet de chambre , de cuifinier , d'interprète , 
& de maître Ci je l'oie dire ; car le plus fouvent 
il en falloir palier par tout ce qu'il vouioit. Cet 



du Levant. Lettre XVI. 9 
habile homme étoit im Grec , fort comme un 
Turc , & qui avoir couru par tout le pays ; il 
faifoit la cuifine à la Turque 6V' à la Françoiic, 
Outre le Grec vulgaire, il parloir Turc , Arabe, 
Italien , Ruffiotc & Provençal qui cft ma langue 
naturelle. Mous nous trouvâmes fi bien de j*~ 
nacbï , c'etoit aiûli qu'il s'appelloit , que nous 
n'en prîmes pas d'autre jufques en Arménie ; 
Pourquoi dépenfer l'argent du Roy mal à pro- 

P2 D'ailleurs il faut faire le moins de fracas 
il cft pouline dans les pays étrangers lors 
qu'on, n'y cft envoyé que pour faire des ob fer- 
cations, jéfnsuhi avoir encore une excellente 
qualité pour un voyageur ; U étoit poltron en 
Homme de bon fens, car qui eft-ce qui s'avife 
de courir le monde pour fe battre , a moins 
que d'être du caractère de Don Guichot ; tout 
confidcré, on va bien loin avec un peu de pot- 
tronerie & beaucoup de fobriete. Notre officier 
polit-doit la première de ces qualitez au fublime 
dec-ré ; mais comme il ne connoiilbit gueres la 
féconde , quelque robufte qu'il fuft , il ne pou- 
voir pas renfler à la violence du vin , & s'aflou- 
piiîbit de temps en temps : nous devons cependant 
lui rendre juftice , il fevoit h bien prendre fou 
temps , que cette liqueur ne faifoit Ion effet 
que lorfqn'il étok à cheval ; il dormoit alors 
tranquillement , $C nos affaires n'en étoient point 
dérangées. 

M^l'Ambafladeur eut la bonté de nous faire 
expédier gratuitement un Commandement de la 
Porte , c : eft à dire qu'il en voulut payer tous 
les droits à vôtre considération , Monseigneur, 
& nous fçavons bien que nous vous forâmes 
redevables de toutes les honnêteté* dent il nous 



combla. Voici la teneur de ce PafTeport que 
j'ay traduit à la lettre , pour faire voir la 
formule donc fe fervent les Turcs en pareille 
occafîon. 



COMMANDEMENT 
Addreffê aux Pachas , Beglier-Beys , Sangiac* 
Beys , Cadis & autres Commanàans qui fe trou* 
vent fur le chemin de Confiantinople a Trebifon* 
de , Erz.eron , Alep , Damas } &c, tant par 
mer que par terre. 

V OVS fçaurez. à l'arrivée de ce fublime Corn, 
mandement , que l'exemplaire des grands de la 
religion du Meffie , M r de Ferriol Ambajfadeur de 
L'Empereur de France , réfiâer.t a ma fuprême 
Porte ( que fa fin fait heureufe ) a envoie une requefle 
à mon Camp Impérial , par laquelle m'ayant 
fait fçavoir qu'un des Docteurs de France nommé 
Tourncfort , particulièrement expérimenté dans la 
connoijfance des Plantes , eft parti de France avec 
quatre ferfin nés pour chercher des plantes qui ne 
fe trouvent point dans leur Royaume \& ayant de- 
mandé mon Commandement , pour que dam les 
endroits de fin pajfage , fait par mer ou par terre , 
on n'y mette aucun empêchement, & qu'il n'y foit 
fait auçnn dommage à fies hardes & a fan équipa, 
ge , ne s' employant qu'aux chofes de fin Art , ne fe 
mêlant point des affaires de uosfujets tributaires , 
ne fortant point des bornes de fin état y & fi com- 
portant comme il le doit ; ce mien Commandement 
a été donné 9 pour cette fois feulement , pour qu'il 
ne foit mife aucune oppofition afin pajfage j & for- 
donne qu'arrivant avec ce noble Commandement 3 



du Levant. Lettre XVI. \\ 
vous vous comportiez, conformément aux ordres qu'il 
contient à ce fujet , & que ledit Docteur avec les 
quatre perfonnes de fafuitç feulement s ne fe mêlant 
point des affaires de nos fujet s tributaires , & refiant 
dans les bornes de fon devoir 3 dans quelque endroit 
de notre jurifdièlion qu'il arrive , pour cette fois 
feulement , vous ne mettiez, aucune oppofitien a fort 
Vajfage , & qu'il ne foir fait aucune peine aux per- 
fonnes de fa fuite , ni a fon équipage , & ne'faï- 
fant rien de votre part qui foit cppofé aux Confit- 
tut ion s Impériales , vous lui fajjie^ donner pour 
fon argent , au pnx courant , les chofes dont il 
aura befoin , par ceux qui les vendent , & que vous 
executie\jout ce que contient mon noble Commande- 
ment y lorfqn'il vous fera prefenté. Sacbez.-le 
ainfi> & après en voir fait la lellure > remet» 
te'l-le en;re les mains de celui qui entfl le porteur , 
& ajoutez, foy au noble figne dont il eft marqué. 
Ecrit au commencement de la Lune Zilcadeh de 
l'Egire mil cent doii{e. Ordonné dans la plaine 
de Daout Pacha. 

Nous prîmes congé de M r l'Ambaifadeur le 
13. Avril , 6c couchages ie même jour à Ortacuî 
fur le canal de la mer Noire dans le Scrrail 
de Mahcmet-Bey , Page du Grand Seigneur. 
Mahemet en avoit Uiflç lïifage à M r Chabert 
Apoticaire de Provence établi depuis long- 
temps à Conftantinoplc , où il étoit fort em- 
ployé dans fa profeiîïon : ce pauvre homme 
quelque temps après nôtre départ eut le fort de 
la plufpart des gens qui vont chercher fortune 
dans cette puitfante Ville , c'eft à dire qu'il y 
mourut de la pelle dont il fut frappé 8c empor- 
té dans le temps qu'il s'y attendoit le moins. Son 
fils qui étoit Apoticaire du Pacha , Se qui nous 



fut d'un grand fecours pendant la route , à 
caafe de l'intelligence qu j il a des lances du 
pays , vint avec nous attendre ce Seigneur dans 
la maifon du Bey , laquelle paiTe pour une des 
plus belles du canal. 

Le lendemain nous en reconnûmes les envi- 
rons j ce font de petites collines fort agréables 
par leur verdure, mais elles ne produisent que 
des plantes communes. A l'égard du Serrai! , 
il n'a pas beaucoup d'apparence , non plus que 
les autres maifons du Levant, quoique les ap- 
partenons en foiçnr beaux , & qu'on y ait fait 
beaucoup de dépenfe. Tous les plafonds font 
peints, hiftoriez & dorez dans le goût de Tur- 
quie, c'eft-à-dire avec des omemens Ci petits - 
&fîmefquins, quoique riches, qu'ils feroient 
plus propres pour des ouvrages de broderie que 
pour des fales. Ces fales font boifées aflèz pro- 
, prennent , & l'on y voit par tout , au lieu de 
tableaux , des fentences Arabes tirées de l'Alco- 
ran. Mais quelque foin qu'on ait apporté pour 
la décoration de ces lieux , les planchers en font 
trop bas , &c'eftlà le défaut ordinaire des bâti- 
mens du Levant , où l'on ne garde point de pro- 
portion. Ce défaut paroit en dehors, car les 
combles font Ci bas , qu'on diroit qu'ils écrafent 
les maifons -, en effet ils leur dérobent la moitié 
du jour. Quoique les chambres ayent double ' 
rang de fenêtres , elles n'en font pas mieux éclai- 
rées : ces fenêtres font ordinairement quarrées , 
furmontées , chacune par une antre fenêtre plus 
petite qui efl: ceintrée. C'eft principalement par 
les bains qu'on diftingue les maifons des grands 
Seigneurs , de celles du commun. Quoique les 



: pis ch< 
ofée àl 



du LïtAnt, Lettre XVI. 13 
Turcs ne bâtiflent les bains que pour la commo- 
dité , ils ne laûfent pas de les accompagner de 
quelques ornemens ; ceux de la maifon du Bey 
font pavez Se incruftez de marbre ; on y tempère 
l'eau par le moyen d'un tuyau de plomb qui en 
verfe de la chaude autant qu'on veut , les gale- 
ries & les coridors qui font de bois peint , reg- 

lier qui la deshonnore , mais on n'en fçait pas 
faire de plus beaux en Turquie 3 où les Architec- 
tes placent , pour tout efcalier , une efpece d'é- 
chelle de bois couverte d'un appentis ; c'eft enco- 
z les Grecs , où cette échelle eft ex- 
. pluye & au foleil. La cour de la mai- 
ion dont je parle feroit alffz belle , Ci elle n'étoit 
pas rétreffie par un bafïïn qui fert ( pour aiuiî 
dire ) de remiies aux Caïques , car ces caïques 
fur le canal de la mer Noire tiennent lieu de car- 
roflès , de charrettes Se de fourgons : on s'en fert 
à toute forte d'ufages , dont la pèche n'eft pas 
un des moins utiles. De la cour on parte dans 
les jardins , qui feraient fort beaux, s'ils n'é- 
toient trop rclferrez pat les collines qui les 
environnent ; mais le parc cft bien planté Se 
d'une étendue confidérable. Voilà le modèle 
d'une maifon de campagne de Turquie ; quoi- 
qu'elles ne foient pas comparables à celles des 
environs de Paris , elles ne laiflent pas d'avoir 
desbeautez& une certaine magnificence. Nous 
ne nous ennuyâmes pas dans celle de Mahe- 
met Bey. 

Le Pacha parut enfin furie canal le 2 6. Avril 
avec huit gros caïques ou felouques , fur les- 
quelles on avoir mis une partie de fa maifon , 
le refte avoir pris les devants fur les Saïqucs , ôc 



*4 Voyagé 

l'alloit attendre à Trebifonde. La felouque ofi 
étoient les Dames étoit fi couverte Se fi garnie 
de jaloufies de bois , faites en manière de rai- 
feaux , qu'elles avoient de la peine à y retirer. 
Le Pacha n'avoir que fa mère , fa femme ^ 
une de fes filles , fix efclaves de même fexe pour 
les fervir , &: quelques eunuques. Nôtre felouque 
étoit le neuvième bâtiment de cette petite flote j 
& en formoit l'arriére garde. Soit que les Turcs 
n'aiment pas trop à fè mêler avec les Chrétiens,ou 
que l'on crût que ce feroit manquer de refpedfc 
pour le Pacha fi nous nous rangions fut la même 
ligne que les caïqncs de fa maifon, fon Intendant 
avoit ordonné qu'on laifTeroit une certaine dif- 
tance entre nôtre felouque & les autres. J;eûs 
beau dire à nos matelots d'avancer s ils n'avoient 
garde de s'approcher j ni de débarquer avant 
les autres. Quoique nous eufîions fretté nôtre 
bâtiment au même prix que ceux du Pacha , 
Ceft à dite à 400. livres pour le voyage de 
Conftantinople à Trebifonde , nous n'avions 
pourtant que quatre matelots ôc un timonier , 
au lieu qu'il y avoit des matelots de relais fur les 
autres : mais il n'eft pas furprenant que les gens 
du pays , & fur tout les grands Seigneurs > foient 
mieux fetvis que les étrangers ? Je voulus un jour 
trouver à redire de ce qu'on avoit renvoie fur 
nôtre felouque quelques moutons qui embarraf- 
foient la cuifme du Paclia ; mais je pris le parti 
de me taire quand j'entendis qu'on commen- 
çoit à nous traitter de chiens & d'infidèles aînll 
pour faire nôtre voyage en paix , il fallut nous 

Nous nous rangeâmes donc à la queue de \i 
flotte , après avoir embrafle nos amis qui étoient 



t>v LîvAst Lettre XV î. 15 
venus nous dire adieu à Ortacui , & nous payâ- 
mes les premiers Châteaux à force de rames , 
car il ne faifoit point de vent. Nous arrivâmes 
aux derniers Châteaux avec le même calme , Se 
nous eûmes le plaifir d'entrer dans la mer Noire 
avec la plus grande tranquillité du monde. Quoi- 
que cette mer nous parût ee jour-là aulîl pacifi- 
que que celle d'Amérique , le cœur ne laiifa 
pas de nous palpiter un peu à la ve'ûe de cette 
immenfe quantité d'eau. Nous relâchâmes vers 
le Qtimdi , c'eft-à-dire fur les quatre heures, à 
l'entrée de la rivière de Riva , à 18 milles d'Or- 
taoui. On campa le long de l'eau dans des 
prairies allez marécageufes ; & comme nous étions 
un peu înftruits des manières du pays , nous 
fîmes drefler nôtre tente allez loin de celles des 
Mufulmans , pour leur marquer nôtre refpeét ,&: 
pour leur laitier toute la liberté qu'ils pouvoienc " 
fouhaiter , par rapport à leurs ablutions. On 
planta pour cela de petits cabinets de toile , où 
une perfonne avoït autant de place qu'il lui en 
falloit pour fe laver à fon aife. La tente du Pacha 
étoit fur la peloufe & fur la croupe d'une petite 
colline dans des bois éclaircis s l'appartement des 
Dames n'en étoit pas loin , il étoit compofé de 
deux pavillons entourez de folfcz, autour defquels 
elles fe piomenoient fans être veûcs , à la fa- 
veur d'une grande enceinte de chaiîis de toile 
peinte en vert & en gris. Le Pacha & fon frère 
le Bey y palfoient la nuit & une partie du jour. 
La garde des Dames étoit confiée à des eunuques 
noirs comme j'ay dit , dont les vifages me déplaï- 
foient extrêmement, car ils faifoient des grimaces 
horribles , & rouloient les yeux d'une manière 
aflieufe quand j'enuois » &; quand je fortoisde 



Riva que je viens d'appcller une rivière, n'cft 
pourtant qu'un ruillcau large à peu prés comme 

bouchurc peut à peine fervir de retraire à des ba- 
teaux ; cependant les anciens en ont fait fonner le 
nom bien haut , fous celui de Rbebés. Denys le 
Géographe , qui a fait trois vers en fa faveur , 
l'appelle une aimable rivière ; Apollonius le Rho- 

rapide. 11 n'eft: pourtant ni aimable ni rapide au- 
jourd'hui , & fuivant toutes les apparences , il 
n'a jamais été ni l'un ni l'aune. Ses fources font 
vers le Bofphore , du cozé de Sultan Solyman 
Kiofc , dans un pays aflez plat d'où il coule dans 
des prairies marécageufes parmi des rofeaux. Il 
n'eft pas furprenant que Phinec eût donné une 
idée il arTrcufe de ce ruîiFcau aux Argonautes , 
lui qui regardoit les Hlcs Cyanées comme les 
ccucils les plus dangereux de la mer: Arrieh 
compta ii. milles & 250. pas depuis le Tem- 
ple de Jupiter jufqu'à la rivière Rhebas , c'eft-à- 
dire -depuis le nouveau Château d'Afie jufqu'à 
Riva : cet auteur eft d'une exactitude admirable , 
Se perfonne n'a fl bien que lui connu la mer Noi- 

xeconniïcs en qualité de Général de l'Empereur 
Adrien,à qui il en dédia la defeription fous ie nom 
du Périple du Tont-Eux'rn. 

je ne fçai pas comment on faifoit du tems de cet 
Empetcux pour faire débarquer les femmes : mais 
je ,c\\ bien qu'a piviont chez les Tures on fait re- 
tirer tout le monde fort brufquemcnt lorsqu'elles 
veulent mettre pied à terre } les matelots mêmes 
fe 



do Levant. Lettre JCF I. tj 
fc cachent après avoir ajuflé des planches qiii leur 
fervent de paflage j îk s'il fe trouve des en- 
droits où les caiques ne puiiTent pas avancer 
jufques au fable , on enveloppe les Dames 3 on 
pour mieux dite on les emballe dans cinq ou fîx 
couvertures , & les matelots les chargent fur leur 
col comme des ballots de marchandifes. Quand 
on les a mifes à terre , les cfclaves les debalent 3 
& les eunuques ne cefTent de crier & de mena- 
cer , à quelque diftance que l J on toit d'eux, fuft- 
ce à plus d'un mille. Les valets de pied du Pa- 
cha fuyoient pour lors, dans les bois , & bien loin 
de fervir ces Dames , ils les auroient laîfle noyer 
plutoit que de tourner la tefte de leur codé. 
. De peur que nous n'ignoraflions cette loua- 
ble coutume , le Lieutenant du Pacha nous en 
inftruifit dés la première vifite. Comme vous vc~ 
nez. de bien loin , j'ai a vous avertir , me dit-il , 
de certaines chofes qu'il faut absolument feavoir 
parmi nous. De vous éloigner toujours du quartier 
des femmes autant que vous le pourre^y de daller 
■pas vous promener fur des hauteurs d'où l'on puijfe 
découvrir leurs tentes ; de ne faire aucun dégât 
dans les terres j'erne es , en cherchant des plantes j 
CiT fur tout de ne point donner de vin aux gens du 
Pacha. Nous le remerciâmes tres-humblement 
de fes bontez. Pour les Dames nous n'y penfions 
pas certainement , l'amour des plantes nous oc- 
cupoit entièrement. A l'égard du vin , les valet* 
de pied du Pacha venoient la nuit avec tant d J em- 
preflement que nous ne pouvions pas quelque- 
fois leur en refufer , ce qui fit que je priai l'Inten- 
dant de leur deffendie abfolument d'avoir com- 
merce avec nous. 

Cet Intendant nous parut fort honnête &ai* 
Tome III. £ 



nié dans la rna'ion de ion Maître , quoiqu'il 
ne fut pas de fou choix , car le Grand Vihr pont 
voir jufqucs cuov, le fond de l'aine des Pachas , & 
pour être informe de tout ce qui Te paife chez 
eux, leur donne ordinairement ces fortes d'Of- 
ficiers. Celui dont nous parlons nousarïura qu'or» 
te rctircroit tons Les loirs vers le Qmndi , quelque 
temps qu'il Bft J Que le Pacha prendreït quelque! 
jours de repos llir la route ; Qu'on nous douneroit 
des gens de fa maifon , quand nous le fouhairc- 
rions , pour nous accompagner dans nos prome- 
nades. En un mot qu'il favori feroit nos recher- 
ches autant qu'il le pourroir. Il nous prefenta le 
bras pour lui loucher le poux , & fit apporter 
enfui te le carie «Se le tabac. Nous lui oini- 
mes réciproquement ce qui dépendoit de nof. 
tic miniitere ; il en fur quitte pour deux 
faignées & pour une purgation pendant toute la. 
route. 

Nous feurimes oicu-ft la différence qu'il y 
avoit entre 1? met Noire & l'Archipel. Quoique 
nous frfhc-ws au 17. Avril , il ne celîbit pas 
de pleuvoir , au lieu que dans l'Archipel il ne 
pleut guère s paife le moins de Mars. H fallut 
donc nous ii'oler par un folfe qui vuidoit les eaux 

vent du Nord qui commençoit à fouiller n'é- 
ctauffoit pas nôtre logement, & la pluye con- 
tiniioit par groffes ondées : néanmoins nous ne 
Jaïilîons pas de courir avec plainr , tantôt fur 
les côtes , tantôt dans les terres , & fur tout le 
long du ruilïeau , qui devenoit fi marécageux, 
qu'il falloit à tous momens revenir fur nos pas, 
de crainte de nous engager dans des lieux im- 
pénétrables : noiïs fumes enfin contraints de nous 



v,v Levant, tente XV h 19 

en cinq on fix jours. Ceil alors que le vent du 
Nord& la pluye commencèrent à nous chagriner; 
On jugea à propos d'entrer plus avant dans la 
rivière , bien loin de fe mettre en mer , & nous 
fumes épouvantez de voir qu'on ne penfoit qu'à 
faire des provisions. Les gens du Pacha nous 
offrirent fort honnêtement de la viande j mais 
lions en envolâmes chercher , comme les autres, 
à deux journées du camp. Rien n'adoucit plus 
nos peines , que deux Plantes admirables , dont 
voici la defeription. 

ThymeUa Pontica , Citrel foliis. Coroll. InftV ' 
îrei Herb. 41. Sa racine qui a demi pied de long* 
eft groire au collet comme le petit doigt, ligneufcj 
dure , divifée en quelques fibres , couverte 
d'une écorce couleur de citron. Cette racine 
produit une tige d'environ deux pieds de haut j 
branchue quelquefois dés fa naûTance , épaiifé 
d'environ trois lignes , ferme , mais fi pliante 
qu'on ne fçauroit la caffer , revêtue d'une écor- 
ce grîfe î accompagnée vers le haut de feuilles 
difpofcCS fans ordre , femblables par leur figu~ 
te ik par leur conliftance , à celles du citronier j 
les plus grandes ont environ quatre pouces de 
long fur deux pouces de large , pointues par 
les deux bouts , liifes , vert-gai & luifant , re- 
levées au-deflous d'une côte allez grofle * laquel- 
le diftribuc des vaitfeaux jufqucs vers les bords; 
De l'extrémité des tiges &c des branches , pouf- 
fent fur là fin d'Avril de jeunes jets terminez par 
de nouvelles feuilles , parmi lefquelles naiflent 
les fleurs attachées ordinairement deux à deut 
fur une queue longue de neuf ou dix lignes. Cha- 
que fleur eft un tuyau jaune verdâtre , tirant (ixt 
S i) 



le citron , gros d'une ligne fur plus de demi 
pouce de long , divifé en quatre parties oppofées 
en croix , longues de prés de cinq lignes fur une 
ligne de large , un peu pliées en gouttière 3 



Quatre etamines fort courtes 
trée du tuyau , chargées de fommets blanchâ- 
tres & déliez y fuimontées de quatre autres eta- 
mines de pareille forme. Le pïftilc qui eft au 
fond du tuyau eft un bouton orale, long d'une 
ligne , vert gai ; liffe , terminé par une petite 
tefte blanche. Le fruit n J étoit encore qu'une baye 
verte & naiftantc dans laquelle on diftinguoit la 
jeune graine. Toute la plante eft allez touffue. 
Les feuilles écrafées ont l'odeur de celles du fu- 
reau , & font d'un goût mucilagineux , lequel 
laide une impreflion de feu allez considérable , 
de même que tout le refle de la plante. L'odeur 
de la fleur eft douce , mais elle fe pafTe faci- 
lement. Cette plante vient fur les collines & dans 
les bois éclaircis. De toutes les efpeces connues 
de ce genre a c'eft celle qui a les feuilles les plus 
grandes. 

La Plante qui fuit n'eft pas moins con- 
fidérable par la lîngularité de fa fleur. Je l'ai 



Blattaria Orientait* , BnguU folio , flore maxi- 
mo vïrefcente , lititris luteis in femicirculum Jtriato. 
Coroll.Inft.rciHerb.8. 

La racine eft à trois ou quatre navets charnus , 
longs depuis un pouce jufques à trois 5 épais d'en- 
viron deux lignes jufques à demi pouce 3 blancs , 
caftants , couverts d'une peau brune gercée , 
garnis de quelques fibres allez déliées , attachez 
a un coller gros coiprac le petit doigt. Lespre- 



du Levant. Lettre XVÎ. 11 
micres feuilles que cette racine pouffe , font 
prefque ovales , femblables à celles de la Bugle , 
boflelées , ondées fur les bords , longues d'un 
pouce Ôc demi ou deux , fur quinze lignes de 
large , foutcn'ues par un pédicule de deux lignes 
de long , plat en deflus , arrondi en deflous , pur- 
purin & répandu jufques à l'extrémité des feuil- 
les en plufieurs vaifleaux de même couleur. La 
tige n'a le plus fouvent qu'environ neuf à dix pou- 
ces de haut fur une ligne d'épais , légèrement 
velue , accompagnée de feuilles de fept ou huit 
lignes de long , fur quatre ou cinq lignes de lar- 
ge. Celles d'en bas font Hues, les autres parfemées 
de quelques poils de même que la tige. De leurs 
aiflelles naiffent vers le haut, des fleurs alfez fer- 
rées & difpofées en manière d'un gros épi.Chaque 
fleur eft un badin de près de quinze lignes de dia- 
mètre , découpé en cinq parties arrondies , dont 
les deux fuperieures font un peu moindres que 
les autres. Le fond de cette fleur eft un vert- 
ccladon de même que les bords , lefquels tirent 
un peu fur le jaune ; mais les parties arrondies , 
dont on vient déparier , font rayées en demi- 
cercle d'un jaune vif qui perce de part en part. 
Du trou qui occupe le centre de cette fleur , 
partent deux bandes- purpurines , mêlées de blanc, 
lefquelles vont aboutir au demi-cercle jaunâtre 
des deux parties fuperieures ; & du même bord 
de ce trou naîffcnt deux etamines blanchâtres , 
terminées par des fommets courbes remplis de 
pouffiere jaune. Outre ces etamines on voit 
fur les bords du même trou des floccons purpu- 
rins, velus , cotoneux & foyeux. Le calice eft 
un baflin vert-pâle , long de quatre lignes , 
découpé en cinq parties jufques vers le centre , 



|t V O Y A Q E 

dont il y en a trois beaucoup plus étroites que 
les autres. Le piftile , qui eft tout au milieu , 
cft arrondi, velu , long d'une ligne , terminé 
par un filet beaucoup plus long. Nous fumes 
convaincus par les coques qui rcitoicnt des 
fruits de l'année précédente , que cette plante eft 
une véritable efpcce d'Herbe aux Alites , qui va- 
rie non feulement par la hauteur de fa tige , 
mais encore parla couleur & par lagrandeur.de 
fes fleurs. 

Tandis que nous nous amufions agréablement 
à obferver des plantes , on nous menaçoit de 
palîer le refte du mois d'Avril dans ce marais ; 
mais heureufement le vent du Nord cciîa le 
z6. La mer en fut encore agitée pendant deux 
jours ; mais à force de rames & de cordes , nous 
fortîmes enfin de l'embouchure de Rivale 2.8. 
4' Avril. Nôtre flote rangea la côte , & nous 
relâchâmes à Kilia village à 30. milles de Riva. 
Les Turcs mirent pied a terre pour faire leurs 
prières ; mais enfuite nous profitâmes du Sud- 
oueft pour aller juiqu'à la rivière d'ylva ou 
à'Ayala à *4. milles de Kilia. Tout ce pays , 

Noire jufqucs a Tiebilônde font admirables par 
leur verdure ; & laplufpart ùcs futayes s'étendent 

Il eft furnrenanc que les Turcs ayent retenu 
l'ancien nom de la rivieve d'Ava , car ils l'ap- 
pellent SagAri ou Sacari , & ce nom vient fans 
doute de Soi:garios fleuve à'Xc/, célèbre dans les an- 
ciens auteurs , lequel fervoit de limite à la Bi- 
thynie: Strabon allure qu'on l'avoit rendu na- 
vigable , & que fes fources venoient d'un village 
•ppcllé , Sangtas , auprès de Peflinmte ville de 



du Levant. Lettre XV t. 25 
Phrygie , connue par le Temple de la mère des 
Dieux. Lucullus étoit campé fur Tes bords loif. 
qu'il apprit la perte de la bataille de Chalce- 
cloine , où Mithridate dciEc Cotra qui com- 
mandoit une partie de l'armée Romaine. Lu- 
cullus s'avança jufques à Cizique que Mithri- 
date vouloit aiîieger ; il tomba lurfon armée & 
la mit en pièces. Pour ce qui cft des autres ruif- 
feaux que Strabon & Arricn font couler entre 
Çhalcedoinc & Heraclcc du Pont , il faut qu'ils 
jfoient taris , ou réduits à peu de choie ; car nos 
matelots nous afTurérent qu'ils n'en connoitlbient 
point d'autres entre Riva & Ava. 

Le 29. Avril , quoique la bonace ftift grande , 
nous ne taillâmes pas~dc faire ^c. milles à force 

en haleine , nous entrâmes le lendemain dans 
l'embouchure de la petite rivière à' Anaplia , 
après avoir fait 60. milles terre a terre. Le 1. hUy 
nous arrivâmes à Panlerachi. La rivière d'Ana- 
flia , fuivant la deferipnon d' Arricn , doit erre 

trouve aucune aune juiques a Heraçlée , qu'on 
appelle aujourd'hui Eregriow Peridtracloi. Quel- 
que petite que (oit la rivière d'Anaplia , elle 
fut d'un grand lecours à Mithiidate i il le retira, 
dans fon embouchure avec fa fiote , après avoir 
perdu pendant la tempête quelques galères. 
Comme le mauvais temps l'obiigeoit d'y relier , 
corrompit Lamachus le plu 



d'Heraciée, qui par 


les brigu- 


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cevuir le 


Kpy du Pont g les 
Pendertchi eft un 


troupe,. 

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V O Y A G 


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reporte toute (Impie, 


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: de 


grottes 


pieca 


, de marbre. On nous ail 


ura qu'il 


v fl 




ton ) 


^lus loin , d'autres rcltc 









nuit qui s appro 



attendions point , nous ne trouvâmes aucun gui- 
de : les Grecs eclebroient leur Pafque , & vou- 

r de l'argent qu'ils avoient donne 
*u Cad! pour avoir la liberté de bien boire fie de 
bien danfer ce jour-là. Nous allâmes donc nous 
promener à l'avanture du côte du levant , 

"irais qui font au délions de la 
ville , où apparemment croupit: 



t pas pofliblc de t 



d v Levant. Lettre XV I. if 

Bc en revenant vers le ruines de la ville , nous 
y découvrîmes une efpece admirable de Sphon- 
dylium que nous primes d'abord pour la Pana- 
cée d' Heracléc de Diofcoride : mais les fleurs en 
font blanches , au lieu que celles de la plante 
de Diofcoride doivent être jaunes. Ceft le 
nom d'Heraclée qui nous en impofa , car fui- 
vant cet auteur on l'appelloit Panacée d'Heraclée 
à caufe de fes grandes vertus que l'on com- 
paroit aux forces d'Hercule. La plante de Diof- 
coride venoit naturellement dans la Bœotie , dans 
la Phocide , dans la Macédoine fur les côtes d'A- 
frique , & donnou le Aie qu'on appelloit Opopa- 
nax , lequel eft peut-être différent de celui qui 
porte le même nom aujourd'hui , quoiqu'il en 
iok , la plante qui croît dans les ruines d'He- 
raclée me parut très-belle , & la plus grande de 
toutes les efpeces de plantes à fleur en parafol qui 
foit connue ; c'eft pour cette raifon que je j'ai 
appellée. 

Sphondylium Orientale , maximum Cor. Inft. 
rei herb. zz. La tige eft haute d'environ cinq 
pieds , épaifle d'un pouce , & demi , creufe d'un 
nœud à l'autre , canelée , vert pâle , velue , ac- 
compagnée de feuilles de deux pieds Scdenii de 
long fur deux pieds de large , découpées jufques 
à leur côte en trois grandes parties , dont celle 
du milieu eft recoupée en trois pièces , & la mo- 
yenne de celles-ci eft encore taillée de même. 
Toutes ces feuilles font liiTes par demis , blan- 
ches & velues par delîbus , foutenu'ës par une 
côte plus grolle que le pouce , folide ; char- 
nue , embraffanc la tige par deux grandes ailes , 
qui forment une efpece de gaine de neuf ou dix 
pouces de long. Desaiffelles de ces fouilles fortent 



16 VOYAGE 

de grandes branches aufïî hautes que la tîge , Se 
quelquefois davantage , chargées de fleurs bian* 
ches tout-à-fait femblablcs à celles du. SPbondylium 
commun - y mais les ombelles qui les foutiennent 
ont un pied& demi de diamètre ; les graines , 
quoique vertes & peu avancées, êtoient beaucoup 
plus grandes que celles des autres efpeces de ce 
genre. Cette plante naît dans les débris de ces bel- 
les murailles qui font fur le Port , & qui nous pa- 



urent de l 



première antiqn 



On doute fi Strabon a voulu dire que cette 
ville eût un bon Port , ou s'il faut laiiler dans 
cet auteur le mot qui exprime qu'elle n'en avoit 
point. Pour moi je crois que le vieux Mole qui 
e/t entièrement ruiné , & que l'on croit être l'ou- 
vrage des Génois , avoit été bâti fur les fonder 
mens de quelqu'autre Mole plus ancien qui met- 
toit à couvert du vent de Nord , les vaiiléaux des 
Heracliens : car la Rade qui forme la langue de 
terre ou la prefque-iflc à* jicherupas , efl: trop dé- 

pour les faïques , bien loin de pouvoir fervir de 
Port à des vaiiïéaux de guerre. Cependant Ar- 
rïen dir positivement que le Port d'Heracle'e étoic 
bon pour ces fortes de bànmens. Xenophon allu- 
re que lts Heracliens en avoient beaucoup, êc 
qu'ils en fournirent quelques-uns pour favorilcr la 
retraite des Dix milles qui regardoient cette place 
comme une ville Gréque , foit qu'elle eût été fon- 
dée par les Meeariens,par les Pceotiens,par ceux de 
Miiet,ou par Hercule meme. La belle Médaille de 
fulia Domna^và eft chez le Roy, & dont le revers 
repréfente un Neptune , qui de la main droite 
tient un Dauphin , cv de la gauche un Trident , 
marque bien la puillance que cette ville avoit fur 



eu Levant. Lettre XVI. 17 
mer \ mais rien ne fait plus d'honneur à Ton an, 
cicnne marine , que la flote qu'elle envoya au fe- 
cours de Ptolemée après la more de Lyfimachus 
l'un des fuccelleurs d'Alexandre. Ce fur par ce 
(ecours que Ptolemée battit Antigonus \ & Mem- 
non remarque qu'il s'y trouvoit un vaiiTeau nom- 
mé le Lyon , d'une beauté furprenante , & d'une 
grandeur fi prodigieufe qu'il avoit plus de trois 
mille hommes d'équipage. Les Heracliens four- 
nirent 13. galères à Antigonus fils de Deme- 
trius , pour s'oppok-r a Àmiochns , & 40. aux By-r 

feait aufll que la ville d'Hcraclée entretint pen- 
dant 1 1. ans , au ferviçe des Romains , deux ga- 
lères couvertes , Icfquelles leur fureur d'un grand 
kcours contre leurs voiftns , & même contre 
ces peuples d'Afrique qu'on appel loit M&rrucins % 
d'où peut-être eft venu le nom de Aiarroqulns. 
l'Hiftoirc eit remplie de traits qui marquent bien 
la puiil'ance des Heracliens fur mer , & par confé- 
quent la bonté de leur Port. Après que_ Mithri- 
datc eut fait piller Scio par Dorylaiis , fous pré- 
texte que cette Ifle avoit favorifé les Rhodiens, 
on mit , par l'ordre de ce Prince , les plus illuftrcs 
Scictcs fur quelques vaiffeaux pour les difperfer 
dans le Royaume du Pont ; mais les Heracliens 
curent la genérelke de les ancrer , de les mener 
dans leur Port, Se de renvoyer ces malheureux 
chargez de préfens. Enfin les Heracliens eurent le 
malheur eux-mêmes , quelques années apres,ri'ê- 
tre battus par Triarius Gênerai de la flore Romai- 
ne compofée de 43. vaiffcaux,liq iclie furprit : cel- 
le d'Hcraclée forte feulement de 30. vailfeaux 
équipez à la hâte. Où mettre à couvert tant de 
navires , fi ce n'eft dans le Mole dont on vient 
de parler , puifqu'il n'y a point de Port aux en- 



. . ... 

: pas perdu la flore pai 



;n le» obligeant à force 



le acicendit-aux Enfers pour cnU 
& que l'on montroit encore du 



: les. On a i: 
de Ctiwadlâ, Hercule 



la forme d'i 

Médaille de Macrin." Le combat du fanglû 
ry manche , fur une d'Heliogabale & les légendes 
de toutes ces Médailles font au nom des Hera- 
cliens. Quand Cotta eut pris la ville d'Hera- 
clée, il y trouva dans le Marché une ftatué* d'Her- 
cule , dont tous les attributs étoicnt d'or pur. 
Pour marquer la fertilité de leurs campagnes, 
les Heracliens avoient fait frapper des Médailles 
avec des épis & des cornes d'abondance ; ôc pour 
exprimer la bonté des plantes medecinalcs que 
produifoient les environs de leur ville , on avoit 
reprefenté fur une Médaille de Diadumcne , un 
Efculape appuyé fur un bâton , autour duquel un 
ferpent étoit tortillé. 

Il ne nous refte aucune Me'daille , que je fça- 
che , des Roys , ou plutoft des Tyrans de cette 
ville. L'extrait que Photius nous a conferve de 
Memnon , nous doit confoler de la perte de 
l'hiftoireque Nymphis d'Heraclée avoit faite de fa 
patrie. Non feulement cet auteur fe rendit illuftre 
par fes écrits , mais encore par cette AmbalTadc 
fameufe où il obligea les Galates à fe retirer, dans 
le temps qu'ils mettoient tout à feu & à fang dans 
la campagne d'Heraclée. 

Cette ville ne fut pas feulement libre dans les 
premiers temps , mais rccommandable par Ces 
Colonies. Clearque un de fes citoyens , qui 
pendant fon exil avoit étudié à Athènes la 
Phrlofophie de Platon , y fut rappelle pour 
appaifer le peuple qui demandoit de nouvel- 
les Loix & une nouvelle répartition des ter- 
res -, le Sénat s'y oppofoit puitTamment , mais 
Clearque qui n'avoit pas l'efptit Platonicien fe 



JO VOYAGE 

rendit maître des affaires , à la faveur ci a peu- 
ple -, il commit mille cruautcz dans la ville , & 
Diodorc de Sicile allure qu'il avoit pris pour mo- 
dèle dans -l'art de regner,Denys de Syracufe.Theo- 
pompe , fameux hiitorien de Scio , rapporte que 
1rs citoyens d'Heraclée n'ofoient aller faire leur* 
cour à Clearque , qu'ils n'eullént auparavant dé- 
jeuné avec de l'herbe delà Rhue , bien infor- 
mez qu'il leur feroit piréfenter un verre de Ci- 
giie pour les envoyer moins cruellement en l'au- 
tre monde. 

Clearque fut tué la douzième année de fon 
regiie , pendant les Bachanales que l'on cclébroit 
dans la ville. Diodore allure que fon fils Timo- 
thee fut éieû en fa place & qu'il régna 15 ans j 
mais Juftin fait fucceder à Clearque fon frère 
Satyrus. Suidas même alfùre que Clearque ne 
fut'pas le premier tyran d'Heraclée ; puifqu'il 
vit en fonge Evopius autre tyran de fa patrie ; & 
Memnon , à qui il faut s'en rapporter , puiiqu'il 
àvoit employé douze livres de Ion Hiftoirc pour 
y traiter celle d'Heraclée , eft du fentimeiit de 
Juftinien. Memnon , pour marquer le cara&ere 
de Satyrus , dit qu'il ne furpatfoit pas feulement 
fon frère en cruauté j mais encore tous les au- 
tres tyrans qui étoient au monde. Attaqué d'un 
cancer qui lui dévora tout le bas ventre jufquaux 
entrailles 3 après avoir fourfert autant qu'il le 
fneritoit , il fe déchargea du foin des affaires fur 
Timothéc fon neveu la 65. année de (oi\ âge j 
& la feptiéme de fon règne. 

Timothée répondit parfaitement à fon nom , 
& fut un Prince accompli dans la paix & dans 
la guêtre , aulTi merita-t-il le nom de lUc^f-û' 
nur y dcàc SxHVrnr d? fâpairis. Avant fa mort 



du Levant, Lettre XV L 31 
\\ aUteda au Gouvernement Ion frcrc Denys , 
lequel profitant et la retraire des Perles qu'Ale- 
xandre vcuok de battre a la bataille du Grani- 
que, étendit allez loin les limites du Royaume 
d'Heraclée. Après la mort d'Alexand,re & de Per- 
diccas , Denvs époufa Amathis fille d'Oxathrc 
frère de Darius , & confine de cette belle Scarira 
qui avoit mérite d'avoir Alexandre pour mari. Ale- 
xandre mêmeavoit pris foin,avant que de mourir 
de marier Amaftris àCraterus l'un de Tes Favoris, 
lequel enfuite devenu amoureux de Philas fille 
d'Amipater , ne trouva pas mauvais qu'Amafrris , 
ou vh/xjh-is félon Diodore de Sicile, époufàt 
Denys. Ce Prince étoit un honnête homme qui 
quitta le nom de tyran pour prendre celui dé 
Roy , qu'il foutint avec beaucoup de grandeur ; 
& c'eft fans doute de ce Roy dont parle Strabon , 
lotfqu'i! allure qu'il y eut des Tyrans & des Roys 
d'Heraclée. Le Roy Denys devint fi gros & fi 
gras parmi tant de félicitez, qu'il tomba dans une 
efpcce de léthargie, dont on avoit même de la 
peine à le faire revenir , en lui enfonçant des 
aiguilles bien avant dans les chairs. Nymphis at^ 
tnbuoit cette maladie à Clearque , fils du premier 
tyran d'Heraclée , il afluroit que ce Prince s'étok 
fait enfermer dans une boè'te , d'où il ne mon- 
troït que la tefte pour donner fes audiances, 
Pn en croira ce qu'on voudra ; le bon Roy Denys, 
avec tout cet embonpoint , ne lairTa pas d'avoir 
d'Amaftris trois enfans , Clearque , Oxathre , & 
une fille de même nom. Il lauîa la tutele de f«9 
enfans', & l'adminiltration du Royaume à fa 
femme , & mourut âgé de 55. ans, après en avoit 
régné 30. & mérité le nom de Prince très bénir. 
Amigonus un des fucccûcurs d'Alexandre , prit 



U tutcle des enfans de Dcnys & de* 
araires d'Heratlcc. Mais Lylinuciius ayant epoa- 

[| , fut le maure le la ville , longtemps 
même tprèl avoir abandonné cette Princclfe ; 
cai suant reili^ à Sardes il épottia Ariinoc 
fille de PtolcmvcPhil 

Cependant Clcarquc 1 1. du nom monta fur le 
trône dl leraelée avec fon frerc Oxathrc: mais ces 
Princes Te rendirent odieux par l'horrible aflaf- 
finar de leur mere qu'ils firent étouffer dans un 
vailfcau où ell 

paremment d'Hcraclcc à AmaÙris, vill< 
venoit de fonder , & de nommer de fon nom, 
Lyfimachus qui regnoit alors en Macédoine , ou- 
tre d'une action fi noire , par un jufte retour de 
tendrefle pour Amaftris (a première femme , 
vint à Hcraclée & fie mourir les deux Princes 
parricides , ainfi il n'y a pas d'apparence qu'ils 
È*CBt i -egne pendant i 7. ans , comme le veut Dio- 
sicilc , qui appelle Z*thras le plus jeu- 
ne, au lieu à'Oxdtlnt. Lyfimachus , fuivant Mcm- 

cllc n'en joiiit pas long temps, car Arfinoc qui 
avoit beaucoup de crédit lur l'efprit de ce Prince , 
en ayant obtenu la potTcflion , en donna le gou- 
vernement à Heraclite qui en fut le feptiéme 

Les Heracliens après la mort de Lyfimachus , 
voulans fecouer le joug de la tyrannie , fous le- 
quel ils avoientgemi pendant 75. ans , propofé- 
rent à Heraclite de fe retirer avec fes richeifes i 
maïs le tyran en fut Ci irrité , qu'il fc mit en de- 
voir de faire punir les principaux de la ville ; il 
ne fur pas néanmoins le plus fort , on le mit aux 
fers , on démolie Jtt murailles de la citadelle 
jufqucs 



du Levant, Lettre XVI. ^ }} 
Jofques aux fondemens ; &C après avoir envoyé une 
Arobafladc à Seleucus , autre lucceiïêur d'Alexan- 
dre , on proclama Phocrite adminiihateur de la 
ville ; Seleucus ayant reçu fort mal leurs Ambaflà- 
deurs , ils firent une ligue avec Mithridaue Roy 
du Pont, avec les Bizantins , ôc avec ceux de 
Chaicedoine -, & ils reçurent même tous les exi- 
lez de leur ville. 

La République d'Heraciée fe foûtint avec hon- 
neur , jufqu'au temps que les Romains fe rendi- 
rent formidables en Àfie. Pour s'aflurer du ^ enar, 
cette Republique députa à Paul Emile & aux 
deux Scipions ; il ne tint, pas même aux Hera- 
cliens qu'Antiochus ne hit fa paix avec les Ro- 
mains. Enfin l'intelligence fut II bien établie en* 
tre Rome Se Heraclée , que ces deux villes firent 
entre elles une ligue orïenfive& deffenfivc , donc 
on écrivit les conditions fur des tables de cuivre 
à Rome dans le Temple de Jupiter Capitolin, &C 
à Heraclée dans celui de ce même Dieu. Cepen- 
dant Heraclée fut affiegée vigoureufement par 
Prulîas Roy de Bithynie , qui l'auroit emportée 
fans un coup de pierre qui lui caifa la cuiife , ce 
qui l'obligea de fe retirer dans le temps qu'il al- 
ioic monter à i'efealade. Après cela les Galates 
inquiétèrent fore cette ville, mais ils furent obli- 
gez de fe retirer. Malgré fon alliance avec les 
Romains, ellectut qu'il étoit de ion inrerêc de 
garder la neutralité pendant ia guerre que les 
Romains rirent a Mithridare fous le commande- 
ment de Murena. Epouvantée d'un coté de leur 
formidable puillance , & allarmée du voifmage 
du Roy du Pont , HeracLée refufa d'abord l'en- 
trée de fon Port à l'armée de ce Prince , Se ne 
lui fournit que des munitions de bouche, £»• 
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ta,;. , 


'tS l'AVÎ0>K 




c de prendre Heraclée, mats 



r de ta détruire. On renvoya par ordre < 

blis dans la n, : . On leur per- 

mit hifage de leur Port &: La faculté de commer- 

fîr long-temps , quoi qu'inutilement , fa cour à 
Jules Cefar pour obtenir la première liberté de fes 
Citoyens. Ce fut apparemment dans ce temps-là 
que les Romains y envoyèrent la Colonie dont 
parle SrraBon , & dont une partie fut récite" dans 

bataille d' A diam -M, Anrome donna ce quartier 



tî'rieraclce à Adiacorix iiis de Demeneceliu* "Roy 
des Galates , & eelui-ci par la pcrroiflion , à ce 
qu'il dit , d'Antoine , fit couper la gorge aux 
Romains, qui s'y trouvèrent ; mais après la dé- 
faite de ce Général il fcrvit de triomphe , & fut 
misa mort avec fon fils» Apres cette expédition, 
Heraclée fut du département de la Province du 
Pont , laquelle fut jointe à la Bithynie. Voilà 
comment cette ville fut incorporée dans l'Empi- 
re Romain fous lequel elle fleuriflbit encore * 
comme il paroît par le relie de l'inicriptioU de 
Trajan , dont on a parlé plus haut. 

Heraclée palta enfuite dans l'Empire des 
Grecs , & c'eft dans la décadence de cet Empire 
qu'on lui donna le nom 4e Penâeracki , lequel 
fulvant la prononciation des Grecs , femble UU 
nom coïvampxx & Heractie du Por.t > Elle fut pofl 
fedéc per les Empereurs de Trebifonde après que 
les François ement occupé l'Empire de Conftaiia 
tinopîe ; mais Théodore Lafcaris l'enleva à Da- 
vid Comnene Empereur de Trebifonde. Les Ge* 
nois le fai firent de Penderachi dans leurs conque 

homet II. le plus grand Capitaine de fon temps, 
les en chaifa. Depuis ce temps-là elle cil rcfléd 
aux Turcs 5 ils l'appellent Erzgri qui paroît tenir 
encore quelque chofe d'Heraclée. Prefcntcmeni 





;. Va 


fetil Cadiv 


*se«x la J 


uiuce . 


un Va» 


vod 


e yc. 


ûge la taille 


: &: la capitaticm di 


îs Grecs * 


les Turc; 


■ y w™ l( 


m le m eut les 


droits 


du Prin- 


ce; 


trop heureux de 


fumer tranq 


uiUcm£ 


•nt parmi 


ces 


belle 


s mazures 


fans favoîr 


ni s'en 




de 


ce qui S 5 V eft palTé autrefois. 






Nousi 


ie fumes pa* auffi long- 


temps dausPert* 

Cîj 



? 6 V O VA G E 

derachi qu'il m'en auroit fallu pour pouvoir en 
débrouiller l'hiftoirc , car nous ne fîmes qu'y 
coucher -, & nous en partîmes le i. May par un 
beau temps qui nous laiOa faire 80. milles tout à 
nôtre aifc. Noits entrâmes fur les quatre heures 
après midi dans la rivière de Partheni , dont les 
Grecs ont encore confcrvé le nom; mais les Turcs 
l'appellent Dolap. La rivière n'cft pas bien gran- 
de , quoique ce fut une de celles que les Dix 
milles apptehendoient de palier. Strabon &c Ar- 
rienaflurenr qu'elle ieparoit la Paphlagonie de 
la Bithynie. Si ce premier autheur revenoit au 
monde, il la trouverait aufli belle qu'il l'a dé- 
crite. Ses eaux coulent encore parmi ces prai- 
ries fleuries qui lui avoîent attiré le nom de Vïer- 
qe. Denys de Byzance auroit mieux fait de les fai- 



re palier au travei 


:s de l 


l campagne 


d'Amami: 


que par le milieu 


de la v 


ille -, aufïï 


croit-il qi 


le nom de Vierge 


lui hn 


donné à 1 


occahon < 


Diane que l'on ad 


omit ( 


Ut les bord: 


î. Les Cic 


yens d'Amaflri; 1 


l'avoicj 


H reprefent 


ée fur ui 


Médaille de M. Av 


ireie ; i 


e fleuve aie 


vifage d'i 


jeune homme cou 


ché, I 


enant un r 


ofeau de 



main droite , avec le coude appuyé fur des ro- 
ches d'où forcent (es eaux. Hine n'a pas bien 
connu la difpofition de ces côtes , car il a placé 
la rivière de Partheni bien loin au delà d* Ama- 
igris , Sç même plus loin que Stéphane dont nous 
parlerons dans la fuite. Cependant nous décou- 
vrîmes Amaftris le lendemain 3. May fur les 9. 
keures du matin , & nous nous retirâmes ce jour 
là dans la rivière de Sita , après -avoir fait 70. 

Amaftris , qu'on appelle aujourd'hui Amajlro y 
& non pas Famajiro , comme l'on voit dans nos 



du Levant. Lettre XV I. 57. 

Cartes , eft un méchant village bâti fur les ruines 
de l'ancienne ville d'Amaftris , par la Reine dont 
on vient de parler , laquelle y réunit quatre vil- 
lages , Sefame , Cytore , Cromna & Tios ; mais les 
habitans de Tios quittèrent peu de temps après 
cette focieté ; & Sefame qui étoit comme la cita- 
delle de la ville , prit proprement le nom d'Ama- 
ftris. Il faut lire Arrien pour bien entendre Stra- 
bon ; car Arrien comptant 90. ftades , de la ri- 
vière Parthenius à Amaftris ; 60. ftades d'Amaftris 
k Erythine ; autant de là à Cromna , & de Crom- 
na à Cytore , où il y avoit un Port , 90. ftades ; 



peut conclure autre 



chofe, Cn 



la Reine Amaftris pour peupler fa nouvelle ville 
y fit venir des hsdbitans de tous ces villages. Mem- 
non d'ailleurs le déclare en termes exprès , Se 
aflure que ce changement arriva après la retraite 
d'Amaftris , indignée de ce que Lyfimachus ion 
mari venoit d'époufer Ariinoe" à Sardes. Or puif- 
que , félon Strabon , la citadelle qui s'appclloit 
auparavant Sefame , prît ie nom d'Amaftris , il 
cft hors de doute que l'ancienne ville de Sefame , 
dont a fait mention Eftiennc de Byzar.ce , où il 
dit que Phinée fixa fa première demeure , croit 
fituée où eft prefentement Amaftro. Pline con- 
vient qu'autrefois Amaftris s'appelloit Sefame , & 
que ie mont Cytore Ci fameux par fes bouis,dont 
toutes les côtes de la mer Noire font couvertes , 
étoit éloignée de Tios de 63. milles. Cytore fut 
un Port dépendant de Sinope , mais Amaftiîs fui- 
vit la fortune d'Heraclée. La fituation d'Amaftris 
cft avantageufe , car elle fc trouve fur ilfthme 
d'une prcîqu'Ifle , dont les deux échancrures for- 
ment auymt de Ports i an temps d' Arrien i: y en 
avoit un fort bon pour les vaiiTca 



5$ Voyage 

tous les deux font remplis de fable aujourd'hui. 
Cet auteur traite Amaftris de ville Grecque , à 
caufe que fa fondatrice, quoique Perfienne, étoit 
Reine d'Heraciée , & qu'elle avoit commencé par 
une colonie de Grecs. La bonté des Ports d'A- 
maftris avoit donné lieu au Sénat & au peuple 
de cette ville de faire frapper quelques Médailles; 
on en trouve aux têtes de Nerva , de M. Aurclc , 
de la jeune Fauftine , de Lucius Verus , dont les 
revers réprefentent une fortune debout , laquelle 
tient de la main droite un timon , 6c de la gau- 
che une corne d'abondance. On n'avoit pas man- 
qué d'en frapper en l'honneur de Neptune , com- 
me celle d'Antonin Pie qui eft chez le- Roy , où 
ce Dieu marin tient de la main *droite un Dau- 
phin , & de la gauche un Trident. Il eft alfez fur- 
prenant qu'il fe voye tant de Médailles d'une 
ville qui n'a pas fait beaucoup de bruit dans l'Hil- 
toire : on y en avoit frappé , pour ainfi dire , pour 
toutes les Divinitez. La Diane d'Ephefe n'y avoit 
pas été oubliée, Il y a chez le Roy une Médaille 
ae Domitia femme de Domitien , fur le revers de 
laquelle cette Diane eft réprefentéc. On voit des 
Médailles d' Amaftris à la tefte d'Antonin Pie , 
avec des revers de Jupiter , de Junon , de la Mè- 
re des Dieux , de Mercure , de ( aftor & de Pol- 
lux. On en voit même une à la tefte de M. Aurele, 
& au revers d'Homcre , comme (i la ville d' Amaf- 
tris avoit voulu fe glorifier de la nauTance de ce 
grand homme. Il n'y a pas de plus belle Médaille 
de cette ville que celle qui eft chez le Roy , à la 
tefte de Julia Ma?fa , le revers réprefente Bacchus 
tout debout vêtu en fcmme,tenant une pinte de la 
rnaîn droite ; Jupiter eft à gauche debout auiît 
puis avec des attributs bien "différons , car il a 



DtJ Levant. Lettre XVI. $9 
une pique à la droite, & la foudre à la gauche. La 
Médaille de M. Aurele marque bien que cette 
ville devoit avoir cl- des avantages conlidérables 
fur les voiiîns,puifqu'elle a pour revers une femme 
avec des trophées à fa gauche. Celles de Fauftine 
la jeune & de Gordien Pie font remarquables par. 
leurs revers, fur lefquels il y a une Viétoire qui 
de la main droite tient une couronne & une pal- 
me de la gauche. Celle de Lucius Verus n'eft pas 
moins eftimable : c'efl une V&ojre aîlée avec les 
mêmes attributs. Le Roy en a une belle à lateftc 
du même Empereur ; Mars tout nud eli fur le re- 
vers le cafque entefte , dans l'attitude d J un hom- 
me qui marche la pique à la main droite s & un 
bouclier à la gauche. Par rapport à la Medecinc,je 
fçai bon gré aux citoyens d'Amaftrîs d'avoir frappe 
plufieurs Médailles en fon hôneunon voit beaucoup 
d'Efculapes d'Amaftris avec des bâtons,autour des- 
quels un ferpent eft tortiilé.La Décile Saluscft. ré- 
prefentée fur quelques autresoù les ferpens ne font 
pas oubliez \ la plufpart des teftes font d'Adrien, 
d'Antonin Pie,de M. Aurele,de Fauftine la jeune. 
On ne voit aucune Médaille de la fondatrice 
Amafhis qui i l I uéc ftyi mei par ouhede 
fes frères. Apres fa mort Lyiîmachus donna les 
villes J'Ama(tiis 3 d'Heraclée&deTios à fa femme 
Arlnjoë, qui l es rem it à Hercule 7-. tyran ou Roy 
d 3 Heraclée. Son règne ne fut pas long , car Ly- 
iîmachus étant mort qneiciue temps après, He- 
racléc & Amaftris fecouérent le joug. Amaltris 
même fut démembrée du Royaume des Hera- 
cliens ; & iorfque Antiochus fils de Scleqcus dé- 
clara la guene a Nieomcde Roy de Bithvnle , ce 
même Nieomcde qui avoit befoin du lecours des 
Heraclicns, ne v .1 uuuis les «". ire rentrer dans 



4© VOYAGE 

la pofleffion d' Amaftris , parce qu'elle eroît oc- 
cupée par Eumene qui aima mieux en faire pré- 
fent à Ariobarzane fils Mithridate .que de la ren- 
dre à ceux d'Heraclée. 

Après la prife d'Heraclée par Cotta , Tnarius 
par l'ordre de ce General Te faifit d'Amaftris où 
Cannacorix s'étoit reciré -, de depuis ce temps là 
cette ville refta fous la domination des Romains 
& de leurs Empereurs , jufques à l'établi iTement 
des Empereurs Grecs. Elle fut de l'Empire de Tre- 
bifonde fondé par les Comnenes , après que les 
François fe furent établi, à Conftantinople : mais 
Théodore Lafcaris ayant défait Jathïne Sultan 
d'Iconium , prît Amaftris en m o. avec Heraclée, 
& quelques autres places. Amaftris étoit en la 
puilfance des Génois lorfque Mahomet 1 1. prit 
Conftantinople & Pera. Ils jugèrent à propos de 
lui déclarer la guerre fur le refus qu'il fit de leur 
cendre Pera. Mahomet alla en perfonne à Amaf- 
çris avec une nombreufe artillerie , laquelle fit 
une û forte impreïïion , -non fur les murailles de 
la ville 3 mais fur l'efprit deshabitans , qu'ils lui 
en Ouvrirent les portes. Il n'y laiiïa que la troifie- 
sne partie des habitans , fk fit tranfporter le refte 
à Conftantinople. 

Nous laîflerons la ville d'Amaftro entre les 
Kuins des Turcs , & pourfuivrons nôtre route. 
Le 4. May nous quittâmes la rivière de Sita que 
je ne trouve ni dans les Cartes ni dans les Au- 
teurs -.nous n'allâmes qu'à 30. milles au delà , & 
la tramontane nous obligea de camper fur une 
méchante plage où nous eûmes de la peine à nous 
mettre à l'abri du vent. Le j. May nous doublâ- 
mes le Cap Pifello , que les anciens ont connu 
ffcus le nom de Carambis , & qu'ils ont oppoie 



du L f v A n t Lettre XV L 41 
au front de Bélier de la Cherfonefc Taurique , 
que l'on appelle aujourd'hui la petite Tartarie ou 
Crimée. Les anciens , comme remarque Strabon, 
ont comparé la mer Noire à un arc bande' , dont 
la corde eft représentée par la côte méridionale , 
laquelle feroit piefque en ligne droite Tans le Cap 
Pifello. 

Ce jour là 5. May nous ne fîmes que jo. milles, 
Se campâmes fur le bord de la mer à Abono où il 
n'y a que de méchantes cafernes dcltinées pour un 
grand nombre d'ouvriers qui travaillent à des 
cordes pour les vaiifeaux & pour les galères du 
Grand Seigneur. J'ai oublié de dire que les cô- 
tes de la mer Noire fournirent abondamment tout 
ce qu'il faut pour remplir les arfenaux , les ma- 
gazins & les ports de cet Empereur. Comme elles 
iont couvertes de forefts & de villages , les habi- 
tans iont obligez de couper des bois pour la mari- 
ne , & de les feier. Quelques-uns travaillent aux 
doux , les autres aux voiles , aux cordes & agretz 
neceffaires. On met des Janîflaires qui ont infpe- 
ction fur ces ouvriers , & il y a des CommilTaircs 
pour lever les équipages. Ccft de là que les Sul- 
tans ont tiré leurs plus puiifanres flores dans le 
temps de leurs conquêtes , & rien ne feroit plus 
aifé que de rétablir leur marine. Le pays efl: excel- 
lent , il abonde en vivres , comme bled, ris, vian- 
de , beurre , fromages ; & les gens y vivent très 
fobrement. 

Il fembîe qu' Abono foie le refte du nom d'une 
ancienne ville appellcc Les murs à" Abonné Si j'é- 
crivois à quelque homme de lettre condamné de- 
puis long-temps à feiiïllettcr des vieux livres , je 
me ferois beaucoup valoir fur cette prétendue de- 



41 Voyage 

couverte j mais comme j'ay l'honneur d'écrire à 

à peine ofai-je propofer cette conjecture. Quoi- 
qu'un méchant village donc Strabon , Arrien » 
Ptolemée & Eftienne de Byzance nous ont couler - 
vé le nom. 

Je fais bien plus de cas d'une efpece admirable 
de Chaw&rhododendros à fleur jaune que nous y 
découvrîmes ; non feulement elle peut fervir , de 
même qu'une autre belle efpece de ce genre à 

Penderachi , à éclaircir un endroit de Pline ; mais 
encore à rendre raifon de cette cruelle avanture 
arrivée aux Dix milles , qui après la défaite du 
jeune Cyrus fe retirèrent dans leur pays par les cô- 
tes delà mer Noire. J'aurai l'honneur , M S r , de 
vous envoyer lés deferiptions de ces deux plan- 
tes , lorfque nous en aurons veû les fruits bien 
formez. 

Nous partîmes d'Abono le 16. May dans le def- 
fcîn d'aller à Sinope ; mais la pluye nous obligea 
de refter à moitié chemin & de camper le long de 
h plage à 40. milles de cette ville. On voit d'alfa 
beaux villages fur la côte , à l'entrée des bois 
qui font d'une beauté furprenante. Stephanio n'eft 
pas un des moindres ; ce nom a tant de rapport 
avec celui de Stéphane qui fe trouve dans Pline , 
dans Arrien , dans Marxien d'Hcraclée & dans 
Eftienne de Byzance , qu'on ne peut guère 
douter qu'il n'en foït dérive , de que par 
confequenc l'ancienne ville ne fuit pioche de 
ce village. 

La mer fut fi grolTe le lendemain 17. May» 



du Levant. Lettre XV I. 45 

que nous fumes obligez de débarquer à une 

anfe à huit milles de Sinope , où nous allâmes le 

même jour à pied en herborifanc ; nous y féjour- 

iidant deux jours. 

J*ay l'honneur d'être avec un profond refpecl , 




44 V o y a g h 

Lettre XVII. 

A Monfeigneur le Comte de Pontchartrain , Secre- 
taire d' 'Etat & des Commande m en s de Sa Ma- 
jefté, &c. 



Discii- || f ero î t à fouhaitcr que parmi tant de Regîc- 
descScs mens *l u * ont ^ ^ Alts en P rancc P our l'avance- 
dclamer ment des Sciences 8c des beaux Arts , il y en eût 
Noire , quelqu'un qui rega I it précifément la perfe&ion 
depuis <j e j a Géographie : car les fautes que font les Geo- 
jùfw!» g ra P ncs fo«t très eiTentielies ,& elles fonteaufe 
à Tre- q 11 ^ très fouvent les voyageurs , les Pilotes , & 
bifondc. même quelquefois les Officiers Généraux pren- 
nent de fauiTes mefures. je voudrois qu'on exi- 
geait des Géographes quelques marques de leur 
capacité , avant que de leur permettre de publier 
des Cartes ; & qu'ils fulTcnt obligez de voyager 
eux-mêmes pendant un certain temps , puitqu ils 
veulent guider les autres dans leurs voyages. 

Je ne trouve rien de Ci difficile que de faire une 
Carte Géographique qui foit exacte. Il faudroit 
pour cela parcourir les lieux dont on veut donner 
le plan , en prendre les mefures avec de bons inf- 
trumens , & faire les obfcrvations nec . 
rapport au ciel. Nos plus famcu : Gcogra ^ lies tra- 
vaillent le plus fouvent à veiïe de pays , fans con- 
noîrre les endroits qu'ils veulent réprefenter ; ils 
copient icj Cartes qui ont déjà paru 3 ils j'en rap- 



du Levant Lettre XFÎL 47 
portent à des relacions imparfaites , <k ils Te Cro- 
yent fort habiles quand ils ont fait graver fur les 
marges de leurs ouvrages quelques ornemens par- 
ticuliers, qui le plus (buvenc n'ont aucun rapport 
avec les pays dont ils font ladefcription. Les Car- 
tes marines font plus exa&es que les autres , par- 
ce que les frequens naufrages ont enfin fait fentir 
la neceilité qu'il y a de connoître les côtes ; néan- 
moins les conrouts de ces côtes font ordinairement 
mal delîinez. Enfin fï l'on a des connoilfances cer- 
taines par rapport à la Géographie , comme il 
n'en faut pas douter , on en a l'obligation aux 
Aftro nomes qui , par des obfervations réitérées , 
ont déterminé la poiîtion d'une infinité de lieux. 
Que ne doit- on pas aux découvertes de Galilée & 
de ceux qui ont fui vi fesveues? Non feulement 
M r Cafîini mérite le nom du plus grand Aftrono- 
me de ce iîécle , mais encore celui du plus grand 
Géographe qui ait paru. Si nous avons d'excellen- 
tes Cartes de M rs de Lifle , c'eft: parce qu'ils font 
habiles Cofmographes , & qu'ils font en commer- 
ce avec les plus fçavans Aftronomes , & avec les 
plus habiles voyageurs. Combien voit-on de Géo- 
graphes en France , en Hollande , &c en Italie où 
le font la plufpart des Cartes nouvelles,foit de ter- 
re , foit de mer ; combien , dis-je , voit-on de 
Géographes s'appliquer à l'Aftronomie ? La pluf- 
part bâtiftent des Royaumes , des Provinces , des 
Mappemondes auprès de leur feu , la règle & le 
compas à la main , fans être jamais fortis de leur 
ville , ou fans avoir confulté ceux qui ont été fur 
les lieux. 

C'eft la pofîtion de Slnope qui m'a mis de mau- 
vaife humeur contre nos Géographes. Elle eft Ci 
bien marquée «Uns Polybe & dans Sttabon, qu'il 



4<5 Voyagé 

l'ifthmc d'une prcfqu'ifle d'environ fix milles de 
circuit > terminée par un Cap considérable. Ce- 
pendant Sinope eft réprefentée dans nos Cartes 
îur une plage toute découverte , Gins qu'on y 
remarque aucun Port , quoiqu'elle en ait deux 
fort bons & bien décrits par Strabon, Une fi- 
ruation G avantageule invita tans doute les Mile- 
fîens à y bâtir une place , ou au moins à y envoyer 
une colonie -, car Autolicus , un des Argonau- 
tes , pallbit pour en être le fondateur. Plutarque 
& le Scholiafte d'Appollonius le Rhodïen , re- 
montent plus loin pour trouver l'origine de cette 
ville , mais on ne s'intevelfe plus pour ces fortes 
de recherches. Les habitans de Sinope entrepri- 
rent de fortifier toutes les avenues de leur Cap 
pour s'oppoier aux entreprîtes de ce Mithridate 
qui , fuivant Polybe, defeendoït d'un des fept Per- 
Ces qui firent mourir les Mages, 8c qui gouvernoit 
le pays que Darius avoit donné pour récompenta 
à fes ancêtres fur la cote du Pont Euxiu: c'étoit 
peut-être le même Mithridate fondateur du Ro- 
yaume du Pont ? 

Il ne faut pas confondre ce fondateur avec le 
grand Mithridate Euparor fils de Mithridate Ever- 
gete. Eupator naquit à Sinope , il y fut élevé, 
il l'honnora de fes bienfaits , la fortifia & la mie 
en état de réfuter à Murena General de l'armée 
Romaine, après queSylla fe fut retiré d'Aûe : En- 
fin Mithridate fit Sinope la capitale de les Etats* 
& Pompée voulut qu'il y fuft enterré. Pharnace 
fut le premier qui priva cette ville de fa liberté. 
Ce Pharnace ne fut pas le fils du grand Mithrida- 
te , mais fon ayeul \ car fuivant la généalogie 
des Roys du Pont , dreffée par Tollius , il Y eat 
un Pharnace qui fut père de Mithridate Evcrgete. 



/ A n t. lettre XI 

Sinopc iux convjucr 
ant cette place du joti 



à la ville & fe fauvércnt pendant la nuit : mais 
Lucullus , que les véritables citoyens regar- 

pe & tic mourir huit mille Ciliciens qui n'a voient 
pas fait là même diligence que les autres. Il ré- 
tablit les habitons dans la potleffion de leurs biens, 
& leur rendit toutes iortes de bons offices ; frap- 
pé de ce qu'il avoit veu en fonge le fondateur de 
leur ville le jour qu'il y fit fou entrée. Les Ro- 
mains y envoyèrent une Colonie > laquelle oc- 
cupa une partie de la ville & de la campagne. 
Cette campagne eft encore aujourd'hui telle que 
Strabon l'a dépeinte , c'eft à dire , que le terrein 
qui eft entre la ville & le Cap eit rempli de jar- 
dins $c de champs. Appien rapporte la prife de 
Sinopc d'une autre manière , néanmoins il con- 
vient du fonge & de la clémence de Lucullus, 
Ce General, félon Plutarque , en pourfuivant 
les fuyards , trouva fur le bord de la mer la fta- 
tue" de ce même Autoiycus , laquelle ils n'avoient 
pas eu le temps d'embarquer , &c la fît enlever. 
C'étoit tth bel ouvrage auquel on rendoic des hon- 
neurs divins &qui , fuivant la croyance des peu- 
ples , rendoit des Oracles. 

Il y a apparence que l'on frappa dans ce temps- 
là à Sinope la Médaille que j'en ay apporté , ou 
du moins que c'eft à i'occafion de Lucullus qu'elfe 
y fut frappée. D'un côté c'eft une telle nuë à la 
.'Romaine , laquelle me paroit celle de ce Gene- 
ral i au revers s'eft tmc corne d'abondance <j« 



4 8 Voyage 

marque les richelTcs que les Ports de Sinopc y at- 
tiroient. Elle cft placée entre les deux bonnets de 
Caftor & de Polhix ; & ces bonnets qui font fur- 
montez d'autant d'étoiles , nous apprennent que 
ces enfans de Jupiter & de Leda favorifoient la 
navigation des Mnopiens. Les Colonies qu'ils 
avotent fondées marquent que ieur puiilance fur 
mer s'étendoit bien loin ; mais il n'y a rien de plus 
glorieux pour cette ville , que le fecouvs qu'elle 
donna au relie de l'armée des Dix mille Lacedc- 
moniens, dont la retraite fait un des plus beaux 
morceaux de l'Hiftoîre grecque. 

Les Sinopiens arre&érent même , fous les Em- 
pereurs Romains, de conferver a leur ville le nom 
de Colonie Romaine. Patin nous a donné le type 
de deux Médailles dont les légendes en font men- 
tion , l'une eft a la tefte de Caracalla, & l'autre à 
celle de Geta : celle-ci a pour revers un poiifon , 
& me fait fouvenir du grand commerce de poilfon 
qu'on fait encore aujourd'hui en cette ville. Hor- 
mis les cables & les cordes que l'on y charge pour 
Conftantinople , on n'y trafique qu'en laiines & 
en huile de poiiïbn. Les principales falines font 
les Maquereaux & les Pelamides ou jeunes Thons. 
Les huiles fe tirent des Dauphins & des veaux de 
mer. A l'égard de la Médaille de Caracalla, elle 
réprefente Pluton à demi couché fur un lit ; fa tef- 
te eft chargée d'un boilTcau, une aigle s'appuie lur 
le poing de fa main gauche , & il tient de la droi- 
te une hafte pure , c'eft à dire une lance fans frr. 
Tacite après avoir parlé des prétendus miracles de 
Vefpafien qui avoir rendu la veue à un aveugle Se 
fait marcher un eftropié dans la ville d'Alexan- 
drie , raconte de quelle manière la ftatué de Plu- 
ton , ou du Jupiter de Sinope , fut tranfportée à 
Alexandiis 



du Levant. Lettre XV IL 49 
Alexandrie pair ordre de Ptolemée premier Roy 
d'Egypte. Ce Prince envoya une célèbre Arri- 
batlade au Roy de Sinope , appelle Scydrothe- 
mis , lequel gagne par des préfens d'un grand 
prix , après avoir amufé les députez pendant 
trois ans- , fous divers prétextes , permit enfin 
que le Dieu partît ; mais ce ne rut pas fans mi- 
racle. Pour fatisfàire apparemment le peuple qui 
envioit un h grand bonheur à l'Egypte 3 & qui 
apprehendoit les fuites fàcheufes du départ de 
cette divinité ; on fit courir ie bruit que lé 
Temple étoit tombé , & que la ftâtuc étoit ve- 
nue s'embarquer d'elle-même & de fon bon gré. 
Que ne dit-on pas quand on veut parler mi- 
racle ? Le bruit fc répandit qu'elle ayoit parte 
dans trois joiirs de Sinope à Alexandrie. On lui 
drctfa dans cette ville un Temple magnifique i 

fois un confacré a Seràpîs & à Ifîs j ie nom 
même de Serapis lui en iefta peut-eftre pour 
cette raifon ; car Euftathe remarque que le Dieii 
Serapis des Egyptiens eft le même que le Jupi- 
ter de Sinope. 

Pharnace par fa révolte ayant obligé le grand 
Mithridate fon père à fe tuer , feignit d'être ami 
des Romains , ôc fe contenta du Bofphore Cim- 
merien que Pompée lui accorda : mais quelque 
temps après fe flattant de pouvoir recouvrer les 
autres Royaumes de fon père , pendant que ce 
même Pompée & Jules Ctfar avoienc mis en 
combuftipn tout l'hmpire Romain , il leva le 
mafque &z prit plufieurs villes des cotes du Pont' 
Euxin ; Sinope ne fut pas des dernières. Il fut 
battu enfuitc par Cefar & obligé de rendre Si- 
nope à Domitius Calvinus qui eut ordre du Gc- 
Tomc JIL î) 



jo Voyage 

neral de continuel- la guerre contre Ffiarnace, On 
ne fçaît pas (\ la ville fut maltraitée alors , mais il 
cft cerrain que les murailles en étoient encore 
belles du temps de Strabon qui vivoic fous Au- 
guiie ; celles d'aujourd'hui ont été orties ious les 
derniers Empereurs Grecs. Les murailles font à 
double rempart , deffendués par des tours la pluf- 
part triangulaires & pentagones , qui ne prefen- 
tent qu'un angle. La ville eil commandée du 
côté de terre , cv il faudrait deux armées navales 
pour l'aiîiéger par mer. Le Château eft tort né- 
gligé aujourd'hui. Il y a peu de Janiflaircs dans 
la ville , & l'on n'y fouffre aucuns Juifs. Les 
Turcs qui fe méfient des Grecs , les obligent de 
loger dans un grand fauxbourg fans derïence. 
Nous ne trouvâmes aucune infeription ni dans la 
ville ni aux environs, mais en récompenfe , ou- 
tre les morceaux de colomnes de marbre qui font 
enclavez dans les murailles , on en voit une pro- 
tiigieiïfe quantité dans le cimetière des Turcs , 
parmi plnfieurs chapiteaux , bafes & piédcltaux 
de même cfpcce : ce font les relies des débris de 
ce magnifique Gymnafe , du Marché & des Por- 
tiques don: Strabon fait mention , fans parler 
des anciens Temples de la ville. Le Pacha campa 
avec toute fa Maifon au pied des murailles , entre 
la ville èv le fauxbourg. Pour nous qui étions re- 

tât chez le Pacha le plus honnêtement du monde, 
nous logeâmes dans le fauxbourg chez un Grec qrf 
vendoit de fort bon vin de treille , car on n'y 
voit point de vignes balles. Les eaux y font excel- 
lentes , & l'on v cultive des Oliviers d'une gran- 
deur atfcz raifonnable : mais quelque belle q«c 
foit cette campagne , elle ne produit que des 



du Levant. Lettre XV ïî. )ï 
fiantes allez connûmes , fi l'on en excepte une 
cfpece- d'Abfinthè qui naît dans le fable le long de 



, &quiilûvantles ; 



■-■-> 



VAbfimhe Pontifie cks anciens , laquelle je crois 
n'avoir été connue d'aucun auteur moderne. Peur- 
être qu'elle eft plus commune vers les embouchu- 
res du Danube , car Ovide allure que les champs 
n'y produifent rien de plus ordinaire que l'abfm- 
the. Peut-être aufïï qu'il parlé en poète , 8c qu'il 
ne Te fert du mot & Ahfimhe , que pour mieux 
faire fentïr les amertumes de Ton exil. 

La plante dont nous parlons eft un fouf-arbrif- 
feaude la hauteur de deux pieds ;* dur, touffu s 
& branchu dés le bas où il eir gros comme le pe- 
tit doit 8c rouflatre. Le refte , de même que les 
branches , en eft cotoneux 8c blanc. Toute là' 
plante eft garnie de feuilles de même couleur, 
allez molles , prefque rondes a larges de deux pou- 
ces ; mais découpées plus menu que cette efpece 
que l'on cultive dans les jardins fous le nom de 
la petite Abfmthe y où (k Y Abfmthe de Galien. 
Des aiilélles des feuilles de nôtre Abfmthe du 
Pont , îuifîcnt des branches Se des brins chargez 
de feuilles moini arrondies & découpées encore 
plus menu ; les dernières qui fe trouvent vers 
l'extrémité des branches , lefquelles font allez 
ferrées les une* contre les autres , n'ont qu'envi- 
ron demi pouce de long fur demi ligne de largc,&: 
font ordinairement toutes (impies ou n'ont au plus 
Qu'une ou deux divifionf. Les fleurs naiuent en 
abondance tout le long des branches & des brins 
qui font plus cotoneux & plus blancs que le ref- 
te de la plante. Chaque fleur eft un bouton de 
deux lignes de long corhpofé de feuilles très me- 
nues pofées en écailles & couvertes d'un duvei 



affez ipais, lefquelles enveloppent fept ouhuic 
fleurons d'un jaune pâle , très menus , divifez en 
cinq pointes dans l'endroit où ils s'évafent ; ils 
laiilént échaper une petite gaine plus foncée , au 
travers de laquelle déborde un rilet verdâtre. 
Chaque fleuron porte fur un embryon de grai- 
ne , qui ne mourir que dans l'arriére faifon ; 
elle eft très-petite êc brune. On cultive cette 
efpece d'Abfmthe dans le Jardin du Roy depuis 
plus de io. ans -, & je ne fçai d'où elle y cil ve- 
nue. Peut-être que quelque Millionnaire en a 
apporté la graine des côtes de la mer Noire. La 
racine de cette efpece d'Abfinthe eft dure , li- 
gneufe, rouflàtre, divïfée en fibres ondoyantes 
& chevelues. Les feuilles & les fleurs font d'une 
très- grande amertume- Leur odeur eft moins for- 
te que celle de l'Abfmthe commune qui fe trou- 
ve naturellement dans les Alpes , & que l'on 
cultive dans tous les jardins de l'Europe. 

Charatice Capitaine Mahometan furprit Si- 
nope & la pilla , dans le deffein d'enlever les 
threfors que les Empereurs y avoient mis en dé- 
port j mais il fut obligé d'abandonner la place 
fans touche r aux richefles , fur l'ordre du Sultan 
fon maître qui recherchoit l'amitié d'Alexis Com- 
nene, & qui lui avoit envoyé un AmbalTadeur. 
Le gouvernement de la ville fut donné à Cons- 
tantin Dalaftene parent de l'Empereur, & le plus 
grand Capitaine de ce temps-là. Lorfque les 
François & les Vénitiens fe rendirent maîtres de 
Conftantinople 3 Sinope tomba fous la puiliance 
des Comnenes , & fut une des principales vil^ s 
de l'Empire de Trebifondc. Sinope devint dans 
la fuite une Principauté indépendante de Tre- 
biionde j & ce fut apparemment quelque Sulcae 



»u Levant. Lettre XV IL j 5 
<jiù en fie la conquête dans le temps qu'ils le 
répandirent dans l'Afie mineure , car Oucas rap- 
porte que Mahomet 1 1. étant à Angora en 1461. 
y fut faliié , & reçeut les prefens d'Ifmael Prin- 
ce de Sinops , par les mains de ion fils. Maho- 
met lui ordonna de faire favoir à fon père qu'il 
eût à lui remettre fes Etats ; le compliment étoit 
un peu dur , mais la flote Turque paroitîant de- 
vant la ville , fit prendre à ifmael le parti d'obéir. 
Calcondyle aflure qu'il fit un échange de fa 
Principauté avec la ville de Phlllppopolis en 
Thrace , quoiqu'il y eût 400. pièces d'artillerie 
fur les remparts de Sinope. Par le même traité 
Mahomet acquit Cajtamene ville très- force , la- 
quelle dépendoit de la même Principauté. Les 
Turcs qui reprochent aux Chrétiens de fe faire 
entre eux de cruelles guerres , ne font pas bien 
inftruits de l'Hiftoire de leur Empire ; car les 
premiers Sultans n'ont pas fait difficulté de dc- 
poiiiller les premiers Mahometans dont les ter. 
res étaient , comme l'on dît , de leur bienféance. 
Tout le monde fçait qu'ils n'ont conquis l'Afie 
mineure que fur des Princes de leur religion 
qui s'étoient érigez en petits Souverains aux dé- 
pens des Grecs. 

On ne fenuroit paflfer par Sinope fans fe fon- 
*cnir du fameux Phiiofophe Diogene le Cinï- 
que : ce Diogene dont Alexandre admiroit les 
bons mots en étoit natif. Vous fçavez, M fr , 
qu'Alexandre dit un jour à fes Courtiians , qu'il 
fouhaiteroit être Diogene , s'il n'étok pas Ale- 
xandre , & que ce fut' à l'occafion d'une repon- 
fe de ce J'hilofophe ; carie Prince l'ayant ho- 
noré d'une de fes vifites à Corimhe ; lui deman- 
da ÏH avoit befoln de quelque chofe : Du^enc lui 
D iij 



répondit , qu'il navoit befoin que de la chahut- eu 
Soleil, & qu'il le fupplioit de je rangez pour ne 
pas l'en priver. On voit fon Epitaphc fur un an- 
cien marbre à Venifc dans la cour de la maifon 
d'Erizzo ; elle eft au dcûons de la hgure d'un 
Chien qui eft aflls fur (on derrière , & on peut 
la traduire ainlï. 

Dem. Parle donc Chien , de qui gardes-tu le 
tombeau 'avec tant de foin . ? Rep. Du Chien. Dem. 
Oui ejioit doue cet homme que tu appelles Chien ? 
Rep. C'etoit Diogene. Dem. D'un efi-ce qu'il 
étoit ? Rép. De Sinope , c'ejï lui qui vivoit antre- 
fois dans ttn tonneau , & qui a prefentcîncyt Us 
Aflres pour domicile. 

Au refte la terre de Sinope de laquelle Stra- 
bon , Diofcoride, Pline & Vitruve ont parle, 
n'eft pas verte , comme plufteurs perionnes le 
croyent, s'imaginans que la couleur verte que 
l'on appelle Simple en terme de Biazon , en a 
rire Ton nom. La terre de Sinope eft une cfpece 
de Bol plus ou moins fonce , que l'on trouvoit 
autrefois autour de cette ville, & que l'on y ap- 
portoit pour le distribuer. Ce qui marque que 
ce n'étoit autre chofe que du Bul , c'eft que les 
«nitheurs , que l'on vient de citer , adurent qu'il 
ctoit auffi beau que celui d'Efpagne : tout le 
monde fçait. qu'on trouve de très-beau Bol en 
piuiîeurs endroits de ce Royaume , où on l'ap- 
pelle Almagra ; & ce Bol , fuivant les apparen- 
ces , eft un Safran de Mars naturel. Il fe peux 
faire néanmoins qu'il y ait quelque cfpece de 
terre verte dans la campagne de Sinope , car Cal- 
condvie allure qu'il y a d'excellent cuivre aux 
environs , & je crois que la terre verte que les 
anciens nommoient T^eodethn n etoit proprement 



du Levant. Lettre XFII. jj 

que du vert de gris naturel , tel qu'on le trouve 
dans les mines de cuivre. Les anciens eftimoient 
la terre verre de Scio , mais on ne l'y connoîr 
plus , ou du moins perfonne ne pût nous en ap- 
prendre des nouvelles. 

Nous partîmes de Sînope le 10. May , & nous 
ne finies que i S. milles , parce que le mauvais 
temps nous conduilît à Car fa , comme pronon- 
cent les gens du pays. Ce village eft nommé Ca- 
rofa dans nos Cartes , ik ce nom approche enco- 
re plus de celui que lui avoient donné les an- 
ciens ; car Arrien le nomme Caroufa Ôc allure, 
avec raifon, que c'eit un mechart port à cent 
cinquante ftades de Sinopc ^ qui font juilemenc 
1 8. milles & demi. Il cil furprenaut que lés me- 
fures des anciens répondent quelquefois Ci correc- 

Lc ii. May nous campâmes fur la plage de 
J'Illc que forment les branches du fleuve Halys 
à 50. miiics de Çarfa. Voici encore une beveiic 
de nos Géographes qui font venir ce fleuve du 
côié du Midi, au lieu qu'il coule du Levant. 
Ils ne fout excufables que fur ce qu'Hérodote a 
fait la même Kuire ; cependant: il y a long-temps 
qu' Arrien Ta relevée , lui qui avoir été fur les 
lieux par ordre de l'Empereur Adrien. Strabon 
qui étoit de ce pays-ia décrit parfaitement le 
cours de l'Halys. Ses fources , dit-il, font dans 
la grande Cappadoce , d'où il coule vers le Cou- 
chant , &: cire £ m par la Gali- 
lée & par la Paphlagonie. Il a pris fon nom des 
terres filées au travers defquelles il pâlie. En 
effet , tous ces quartiers-là font pleins de fel fof- 
iile i on en trouve même fur les grands chemins 
& dans les champs labourables j fa falùre tire 
D iiij 



V O Y A G F 

l'amertume. Strabon qui ne négiigeoit 
; fes deferiprions , remarque avec raiforî 
; côtes depuis Sinope jufques en Bithynie , 



couvertes d J arbres dont le bois 



propre ; 



des navires ; que les campagnes font pleines 
d'Oliviers , 8c que les Menuifiers de Sinope fai- 
foient de belles tables de bois d'Erable & de No- 
yer. Tout cela le pratique encore aujourd'hui , 
excepté qu'au lieu de tables qui ne conviennent 
ps aux Turcs > ils employant l'Erable & le 
Noyer à faire des Sophas , & à boifer ou lam- 
brhîerdes appartemens : ainil ce n'eft pas contre 
ce quartier de la mer Noire qu'Ovide a déclamé 
avec tant de véhémence dans fa troiiîéme Lettre 
écrite du Pont , à Rufin. 

Le lendemain nous fîmes feulement 20. milles, 
6c le vent du Nord nous fît relâcher , maigre 
nous , à l'embouchure du Cafalmae , au Port 
que les anciens ont nommé Ancon. Le Cafalmae 
qui eft la plus grande rivière de toute cette côte, 
a été connu autrefois fous le nom à' Iris. Strabon 
n'a pas oublié de marquer qu'il pailbit par Ama- 
fîa fa patrie , & qu'il recevoir la rivière de The- 
mifcyre avant que de tomber dans le Pont-Euxin. 

Nous laiiTâmes derrière nous fur le bord de la 
mer un village bâti fur les ruines d'Amifus an- 
cienne Colonie des Athéniens , fuivant Arrien. 
Theopompe qui dans Strabon en attribue la fon- 
dation aux Milefiens , en convient aufli ; Se par 
Jà il nous apprend la raifon pourquoi la ville fut 
appellée Tirée , qui étoit le nom d'un des Ports 
d'Athènes. La ville d'Amifus fut libre pendant 
long temps , & paroiflbit même fî jaloufe de fa 
liberté , qu'il en étoit prefquc toujours fait men- 
tion fur les Médailles. On en voit, à cette legen- 



bu Levant. Lettre XVI 1. 57 
de , aux teftes d'j£lius , d'Antoniii Pis , de Ca- 
racalla, de i iadnmene , de Maximin , de Tran- 
quîlline. Alexandre le Grand étant en Afîe réta- 
blit la liberré d'Amifus ; ie fîege & la prife de 
cette ville par Lucuilus font décrits fort au long 
dans Plutarque. Ce Capitaine Romain ne ju- 
geant pas à propos de la prelfer , y laiiïa Mure- 
11a j mais il y revint après la déroute de Mithri- 
date , & l'auroit emportée aifément fans l'Ingé- 
nieur Callimachus , qui après avoir bien fati- 
gué les troupes Romaines , & ne pouvant plus 
le défendre , mit le feu a la Place. Lucuilus avec 
toute fon authorité , ne pût le faire éteindre , 8c 
témoigna d'abord le chagrin qu'il avoit d'être 
moins heureux en cette rencontre, que Sylla 
qui avoit garanti des flammes la ville d'Athè- 
nes. Le ciel néanmoins féconda fes defirs , & la 
pluye tomba allez à propos pour,iauver une par- 
tic d'Amifus -, Lucuilus fît rétablir le refte , Se 
affecta de n'avoir pas moins de clémence pour 
les Citoyens , qu'Alexandre en avoit montré à 
l'égard des Athéniens : enfin Amifus fut remife 
en fa première liberté. A l'égard de la ville 
â'Eupatoria que Mithridate avoit fait bâtir fous 
fon nom tout auprès d'Amifus , elle »fut empor- 
tée par efealade & rafée pendant le fîege d'Ami- 
fus. On la releva dans la fuite , & de ces deux 
villes on n'en fît qu'une feule , laquelle fut nom- 
mée Pompetopolis ou ville de Pompée ; mais elle 
ne joiiit pas long- temps de fa liberté , Pharnace 
fils de Mithridate l'afliégea pendant les guerres 
de Cefar & de Pompée s & l'emporta après de fi 
grandes difficultés , que pour s'en venger fur 
les habitans , il les fît tous égorger avec la der- 
nière cruauté. Cefar étant devenu le maître du 



S S Voyage 

monde , battit Pharnacc , 6c L'obligea de Ce foiu 
mettre, il crut dédommager , comme dit Dion 
Caflius, les Citoyens d'Armfus de tous les maux 
qu'ils avoient iouilcrts , en leur accordant cette 
liberté qui Leur étoit fi chère. M. Antoine , à 
ce qu'allure Strabon, remit la ville à Tes Roysj 
& par un retour affez bizarre , le Tyran Srraton 
l'ayant fort mal traitée , Atiguiïe après la ba- 
taille d'Actium lui accorda Ion ancienne li- 
berté. 

Ce fut peut - être à cette occafiou que fut 
frappée cette belle Médaille qui cil chez le Roy, 
à la tefte dVElius Cefar. Le revers eft une Ju- 
ftice debout tenant des balances à la main , car 
l'Epoque P^e revient à celle d'Augultc. Des 
payfans qui travailloient à des cordes nous ap- 
portèrent quelques Médailles allez communes , 
parmi lefqueiles il s'en rencontra une de la 
ville d'Amifus qui me parut allez rare ; d'un 
côté c'eft la tefîe de Minerve , de l'autre c'eit 
Perféc qui vient de couper la cétc a MeJufe. 
Nous avons remarque nias haut qu'Ami fus étoic 
une Colonie d'Athènes, ; fans doute qu'on y ré- 
veroie encore cette Minerve s 6c comme elle 
avoir eu beaucoup de part à l'expédition de Per- 
fée , on avoit reprefenté fur le revers une des 
plus grandes actions de ce Héros. 

On ne fçauroit paner fur ces côtes , fans fe 
fouvenir que le Cafalmac arrofoit une partie de 
cette belle plaine de Tkemifcyrc où les fameufes 
Amazones ont eu leur petit Empire , s'il cil: 
permis de parler ainfi de ces femmes que l'on 
traite d'imaginaires ; cependant Strabon qui les 
place dans ces quartiers-là , allure que le Tuer- 
modon arrofoit le reite de leur pays. Cette ri- 





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F. V 


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donc peut 


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de ces Hero 
n des fabie 


quoiqu'il en Toit 1 
vert de Bois & 


a vue de cette 
rjoiiir. C'ell un 
de Landes qui 


pays plat ce 


depuis Siuopi 
ftantinople le 


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: adn 


. lieu 

cil cl« 
,iranl< 


que 


de S 
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ines qui (é 



Le 13. May nous campâmes encore fur les 
côtes des Amazones , fort mal-contcnS de nos 
recherches , car nous n'y trouvâmes aucune plan- 
te rare ; & c'clfc à quoi nous faiiîons plus d'at- 
tention , qu'à tout ce qu'on a dit de ces fem- 
mes iliuftres. Nôtre journée ne fut pas plus heu- 
reufe le lendemain , «ar la pluye nous fit perdre 
tout nôtre temps. On voulut'nous perfuader le 
ij. que nous avions fait 50. milles , mais nous 
les trouvâmes bien courts , & nous entrâmes de 
fort bonne heure dans la rivière de Tetradi que 
les Turcs appellent Chcrfanbaderefi. Le lende- 
main nous nous retirâmes dans celle d' Argyropo- 
tarni , en Turc Ckiirguclu , qui n'eft qu'à 40. 
milles de Tetradi. 

Nous eûmes une très-grande joye ce jour-là , 
& plus grande même que il nous euftions ren- 
contré des Amazones ; cependant ce n'étoit qu'- 
une efpece d' Eléphant d'un pied & demi de haut 
dont toutes les hayes croient remplies. Ccll une 
plante qu'il faut placer fous le genre à' Eléphant 
avec Fabius Cotumna le plus «ad de tous les 
Botaniftes du fiecle pafle. La fleur de ce genre 
de plante reifemble fi fort , par fa trompe , à la 
tête d'un Eléphant , qu'on ne fauroit s'empêcher 
d'entrer dans la penfée de ce favant homme. 
Souffrez , Mfr , que je vous en envoyé U <k- 



Co Voyage 

fcriptïon 5 car l'efpece d'Eléphant qui vient 
fur les côtes de la mer Noire , n'eft pas préci- 
fément celle que Columna a trouvée dans le 
Royaume de Naples. 

D'une racine chevelue , roiufàtre & qui tra(Te, 
s'élèvent plufieurs tiges hautes d'un pied & demi 
ou deux, épaufes d'environ une ligue & demie, 
quarrées , vert pâle , parfemées de petits poils , 
creufes d'un nœud à l'autre , relevées à leur 
nailfance de quelques tubercules blanchâtres 
allez plats , ridez , charnus , longs de deux ou 
trois lignes &: pofez prefque en manière d'e- 
cailles. Les feuilles naiflent deux à deux oppo- 
sées en croix avec celles de deflus & celles de 
deflbus , longues depuis un pouce jufques à deux, 
fur 9. ou 10. lignes de largeur, traverfées par 
une côte accompagnée de nerfs alfez gros , pref- 
que parallèles entre eux , lefquels fe courbent 
&c fe fubdivifent à mefure qu'ils avancent vers 
les bords. Ces feuilles d'ailleurs font de même 
tifliire que celles de la Pediculaïre a fleur jaune , 
vert-brun , chagrinées au deflous , relevées de 
petits poils de chaque côté , légèrement créne- 
lées, &fouccnuës par un pédicule mince , long 
de deux lignes. Des aiflTelles de ces feuilles qui 
diminuent jufques vers le haut , nailfent des 
branches oppofées en croix comme les feuilles , 
& le long de ces branches fortent des fleurs , 
quelquefois feules , quelquefois oppofées deux 
à deux , jaunes , & longues de 6. ou 7. lignes. 
Chaque fleur commence par un tuyau d'environ 
deux lignes de long , lequel s'évafant fe divife 
feu deux lèvres , dont l'inférieure a près <WM» 
pouce de long fur un peu plus de largeur , Re- 
coupée en trois pièces aiîez arrondies > rabatue 



DU LEVANT.'Zff/rfir//. Ci 

en manière de fraize , & marquée au commen- 
cement de Tes divifions d'une tache feuille-morte 
foncé. La lèvre fupérieurc eft un peu plus lon- 
gue que l'inférieure , & commence par une ef- 
pecc de cafque applati en dcflus comme le crâne 
d'un chien , large d'environ trois lignes fur 
quatre lignes de long jufques aux orbites , les- 
quelles font marquées par deux gros points rou- 
ge-brun > d'un tiers de ligne de diamètre. De ces 
orbites le cafque fe rétraifïit peu à peu & s'ai- 
longe en manière de Trompe d'un Eléphant. 
Elle eft creufe , longue de quatre ou cinq lignes, 
obtufe , ou émouftee par le bout , & laillè échap- 
per le filer du piftile. A la naiflance de cette 
Trompe avant qu'elle fe plie en goutiére , fe 
voyenr deux petits crochets longs de demi ligne, 
courbez en dedans ; ies éramines font cachées 
dans le cafque & garnies de fommets jaunâtres: 
le piftile eft un bouton ovale , long d'une ligne , 
terminé par un filet : le calyce a quatre ou cinq 
lignes de long , vert-pâle , découpé grofondé- 
menten 3. parties velues rayées , dont celle du 
milieu , qui eft la plus grande , eft pliée en gou- 
tiére. Le piftile devient un fruit plat , membra- 
neux , noirâtre, prefque quarré, mais arrondi 
dans fes coins , partagé en deux loges dans fa 
longueur & rempli de femences un peu courbes, 
longues d'une ligne cv demi , noirâtres , cane- 
lées dans leur longueur. Toute la plante eft d'un 
goût d'herbe fans odeur j fes fleurs fentent com- 
me celles du Muguet \ elle aime les lieux gras & 
qui font à l'ombre. 

Le 14. May après avoir fait 18. milles , nous 
relâchâmes à l'embouchure de la petite rivière 
de Katil* , tout près d'au village du même nom, 



ou .l'oii alla prendre, des rafraîchiflcmeris j le 
veut étoit au Nord & la mer un peu grolfe , ain(i 
l'on tint confeil de Marine ; & comme les avis- 
èrent partagez , le Pacha balancoit s'H avan- 
cerait ou non. J'eus i'bonneiir dele déterminer 
a refter , non feulement ce jour- là mais encore 
le lendemain , l'alîeûrant , fpy de Médecin , que 
les malades de fa maifon avoient befoin de repo* 
& fur tout fon Prédicateur qu'il honoroit de 
fon cftime. Après tout , ce repos fit du bien & 
du^ plaifir aux malades j les feuls Matelots gron- 
doient , parce qu'étans payez pour tout le voya- 
ge , ils aufoient bien voulu profiter du temps. 
Pour moi j'étois ravi d'aller courir dans un fi 
beau pays , & je m'embarrafFois peu de leur* 
dilcours. Les collines de Vatiza font couverte* 
àeLaurier-Ceriz.e & d'un Gttaiac de Padoue plus 
haut que nos plus grands Chênes ; nous ne pou- 
vions nous lafîer de les admirer. On y voit une 
cfpece de Micocoulier à larges feuilles , dont lcS 
fruits ont demi pouce de diamètre. Nous y ob- 
feryâmes* encore une infinité de belles plantes ï 
mais il fallut en décamper le jour fuivant- La 
iner parut encore agitée aux gens de la fuite du 
Pacha ; & quoique les Matelots aftîiratfent qu'- 
elle étoit aufli tranquille que de l'huile , car 
c'en: une comparaifon dont on fe fert par roue 
fur mer , nous ne fîmes que zo. milles avant 
dîner. On rélâcha au pied d'un vieux Château 
démoli , dont on ne fçût nous apprendre le nom; 
nous nous en confolâmes , les mafures ne naar. 
quant rien qui fentiffe l'antiquité. Il ne faut pas, 
M 1 ** 1 , fur cette relation vous faire une idée dé- 
favaniageufe de la mer Noire ; nous n'avancions 
que ski le calme parfait, les vents du Nor<* 



du Levant. Lettre XV I ï. 6$ 
que Ton apprehendoit tant , & la mer qui pa- 
roiflbit toujours grolï'e à ces bons Mufulmaus , 
ne fecoiioit pourtant pas nos bateaux bien forte- 



ic mollefle que M r Defprc 
i Ton Lutrin , 



On 


"rt* 


h la 


mût, on do 


cafre, 
n'y p. 


pour 


juftement la vi 
lide chaflc ni' 




ce jour là 


que n.i 


nous 


abords 







; pefche. Nous ne 
les à la rame , & 
: plage dans un lieu char- 
mant & rempli de belles plantes. 

Le 16. May quelqu'un s'avifa , pour faire 
pefter les Matelots , de dire que c'etoit un jour 
malheureux , c'en fut allez pour ne nous faire 
partir qu'après le diné ; ainfi l'heure de la prière 
étant venue , il fallut rélâcher à deux milles de 
Cerafome , que les Grecs appellent Kirifontho. 

fit avifer de dire que le miel manquoic pour nos 
malades & qu'il falloir y en aller acheter. On 
dit que c'étoit un jour malheureux & que Dieu 
prendroit foin des malades. Nous nous en con- 
folàmes par la découverte que nous fîmes d'une 
efpece admirable de Allllepertuis ôc certaine- 
ment il n'y avoir qu'une aulîi belle plante qui 
fut capable d'adoucir nos chagrins ; car à qui les 
compter dans un pays où l'ou ne voyoit ni gens 
m beres ? Quand nous ne trouvions pas de belles 
plantes , la lecture nous tenoic lieu de toute auqce 
confolaiion, 



64 Voyage 

Les vieux pieds de cette efpece de Millepertuis 
ont la racine épaifle de deux ou trois lignes , du- 
re , ligneuie , couchée en travers , & longue de 
plus d'un demi pied. Celle des jeunes plantes eft 
une touffe de fibres jaunâtres friiées , longues de 
trois ou quatre pouces. Les tiges font hautes de- 
puis demi jufques à un pied , quelques - unes 
droites , les autres couchées puis relevées , vert- 
pâle , épailles d'une ligne , garnies d'une petite 
arête ou filet , lequel defeend d'une feiiïllc à 
l'autre. Ces feuilles qui nailfent deux à deux ; 
font longues d'uti pouce ou quinze lignes fut- 
deux lignes de largeur , vert-pâle aùflî , de latif- 
iure de celles de nôtre Millepertuis , ferrées , fans 
'nts tranlpàrans , dén- 



ies bore 






l'Herbe a éternuer qui vient dans nos prez , at- 
tachées à la tige fans pédicule , & terminées en 
bas par deux oreilles très pointues , longues de 
deux lignes, mais découpées plus profondément 
que le refte de la feuille. De leurs airelles naif- 
fent des branches garnies de femblables feuilles , 
quoique plus courtes & plus larges. Ces bran- 
ches forment un bouquet pareil à celui du Mille" 
pertuis commun. Les fleurs de l'efpece dont 



nous parlons , iont à cinq feuilles jaunes, lon- 
gues de huit ou neuf lignes fur trois lignes de 
largeur , arrondies à la pointe mais plus étroite 
à la bafe. Du milieu de ces feuilles s'élève une 
touffe d'étamines jaunes plus courtes que les 
feuilles , garnies de petits fommets. Elles envi- 
ronnent un piftile long de deux lignes & demi , 
verdâtre , terminé par trois cornes. Le calice eft 
long de trois lignes , découpé en cinq parties 
dentées aufli proprement que les feuilles. Le pi- 



r gw .j ri ^i. 




du Levant. Lettre XVII. 6f 
Itile devient un fruit rouCfàtre-brun , haut de 
trois lignes , divik' en cinq loges, remplies de 
femenccs brunes & rrc5 menues , lefquelles tom- 
bent par la pointe du fruit lorfqu'il eft bien meur. 
Toute la plante a une odeur réfineufe. Elle va- 
rie confi i | port à fa grandeur > 
on en trouve avec des pieds fort bas , & dont les 
feuilles font très menues. La fleur varie auflî , 
car il y en a dont les feuilles ont jufques à dix 
lignes de long. Les feuilles font ameres , un peu 
. gluantes & (entent la refîne. 

Le ii. May nous parlâmes devant Cerafonte 
ville aflèz grande bâtie au pied d'une colline fur 
îe bord de la mer , entre deux rochers fort efear- 
pez. Le Château ruiné qui étoit l'ouvrage des 
Empereurs de Trebifonde , eft fur le fommec 
fl'un rocher à droite en entrant dans le port , &c 
ce port eft alTez bon pour des Saiques. Il y en 
àvoit plufieurs qui n'attendoient que le vent fa- 
vorable pour aller à Conftantinople. La campa- 
gne de Cerafonte nous parut fort belle pour 
herborifer. Ce font des collines couvertes de 
bois où les Cerifiers naiflent d'eux-mêmes. Saine 
Jerolmc a crû que ces fortes d'arbres avoient ti- 
ré leur nom de cette ville , & Ammian Marcelin! 
afïure que Lucullus fut le premier qui fit trans- 
porter de là les Cerifiers à Rome. On ne con- 
noiflbit pas , dit Pline , les Cerifiers avant la 
bataille que Lucullus remporta fur Mithridate, 
& ces arbres ne palTerent que cent vingt ans 
après en Angleterre. Cerafonte , félon Arrien , 
fut nommée dans la fuite Pharnacia , c'étoit une 
Colonie de Sinope à qui elle payoiç tribut , com- 
me le remarque Xenophon : cependant Strabon 
& Pcolemée diftinguem Pharnacia de Cerafonte. 
Tome III, £ 



66 V O Y A G B 

Ce fut a Ccrafonrc que les Dix mille Grecs qur 
s'étoient trouvez lors de la bataille de Babylonc 
dans l'armée du jeune Cyrus, palïérent en re- 
vue" devant leurs Généraux. Ils y féjournérent 
dix jours , & leur armée après tant de fatigues 
ne s'y trouva diminuée que de 14. cens hom- 
mes. On diftinguoit dans ce temps-là les villes 
Grecques , c'eft à dire les Colonies des Grecs 
fur les côtes du Pont-euxin , des atitrés villes 
bâties par les gens du pays , que les Grecs re- 
gardoient comme des barbares Se comme leurs 
ennemis déclarez. Les relies des dix mille évi- 
taient avec foin ces fortes de villes pour fe ren*~ 
dre aux Colonies des Grecs ; mais ce n'etoit or- 
dinairement qu'en combattant. Quoique Cera- 
fonte n'ait jamais été une ville fort confidera- 
ble , on ne laiflfe pas d'en trouver des Médailles. 
On en voit à la telle de M. Aurele , fur le re- 
vers defquelles eft un Satyre debout , qui de la 
main droite tient un flambeau & une houlette de 
la gauche. On voit bien par là que ce n'éroit 
pas une ville de commerce maritime ; elle fe fai- 
Toit valoir plutoft par fes bois & par fes trou- 
peaux. 

Nous relâchâmes ce jour-là à 3 6. milles de 
Cerafontc pour aller achetter des provi fions à 
Tripoli village dont Arrien & Pline ont fait men- 
tion , & dont on trouvera ici le deiîèin. Enfuite 
nôtre petite flotte vînt donner fond à trois mil- 
les audcllbus > à l'entrée d'une rivière qui por- 
toit apparemment le même nom que la ville du 
temps de Pline. On a travaillé autrefois dei 
mines de cuivre le long de cette rivière , car on 
y trouve encore beaucoup de récremens de ce 
mérail , couverts de vitrifications anaillées de 




m 



i 



t>v Levant. Lettre^ XVII G 7 
blanc & de vert. Toutes ces côtes ibnt agréa- 
bles & la naturees'y eft confervéc dans fa beauté, 
parce que depuis long-temps il n'y a pas eu aflez 
d'habkaus pour les détruire. Nous y obfervâ- 
mes un arbrilléau qui , félon les apparences , eft 
le Raifin d'Ours de Galien. 

Cet ai-bnifeau vient de la hauteur d'un hom- 
me. La tige eneft épaiOe comme le bras , le 
bois blanchâtre , l'écorce grêle , mêlée de brun , 
gercée & dont la. première peau le détache fa- 
cilement. Cette tige pouffe plufieurs branche» 
des le bas , grolîes comme le pouce , quelquefois 
davantage, fubdivifées en rameaux revécus d'une 
ccorce vert-pâle. Tous ces rameaux font charger 
de nouveaux jets couverts d'une écorce nette Ôc 
luifante , garnis de feuilles femblables à celles 
du Ceri/îer, longues de deux pouces & demi 
fur un pouce & demi de large , dentées légère- 
ment fur les bords , pointues par les deux bouts, 
vert-guai , quelquefois rougeâtres , liffès , rele- 
vées d'une côte en deflbus Se parfemées de poils 
très-courts. Les fleurs naiflcnt parmi ces feuilles 
fur ces brins longs d'un pouce Ôc demi , pan- 
chées en bas , diipofées fur la même ligne dan» 
les airîelles des feuilles qui n'ont encore qu'un 
demi pouce de longueur , & leur pédicule n'a 
que trois ou quatre lignes de long. Chaque fleur 
cfl: une cloche d'environ quatre lignes de dia- 
mètre , & d'environ cinq lignes de haut , blanc- 
fale , panachée de grandes bandes purpurines du 
côté qu'elle eft expofée au foleil , découpée en 
cinq pointes , quelquefois davantage , & ces 
pointes font un peu refléchies en dehors. Cette 
fleur varie. Il y a des pieds fur lefquels elle cA 
toute blancfce , & quelques autres où elle tire 
£ i) 



48 V O Y Jt (T ï 

fut le purpurin fans être panachée. De quelque 
Couleur Qu'elle Toit , elle eft toujours percée 
dans le fond & articulée avec le calice. Des en- , 
virons du trou de la fleur, nailTent dix étami- 
ties longues d'une ligne & demi , blanchâtres , 
un peu courbes , chargées d'srmie d'an fommet 
aufîi long , jaune fonce tirant fur le feuille-mor- 
te. Le calice eft un b.v.m-n vcrdàtrc , plat en de- 
vant & comme piramidal en derrière , long d'u- 

forment un petit baffin relevé d'une cfpece de 

autres efpeces de ce genre. Du centre de ce baf- 
fin fdrt un fil ci: menu , long de 4. ou j. lignes^ 
Les feuilles de cette plante ont un goût d'herbe 
qui tire lut l'aigre. Les fleurs font fins odeur. 
Je n'ai vu que des fruits verts d'environ trois 
lignes de long, aigrelets &crcufcz en devant en 
manière de nombril. C'cft la plus grande cfpece 
de Fit'ts Id<ta qui foït connue. Il y a apparence 
que c'eft celle que Galien a nommée Af*W#**« 
ou Rai/m d'Ours : cet aiuheur allure qu'elle naît 
dans le Royaume du Pont , & qu'elle a les feuil- 
les femblablcs à Y Arboitfier , ce qui eft vrai , f* 
l'on compare les feuilles de cette plante à celles 
de ÏArboufier Adradnz , laquelle eft auflï com- 
mune en Grèce, & plus commune en Aiîe , d'où 
ctoit Galien , que nôtre Arbonficr ordinaire. 

Nous ne fîmes que ; c. milles le 21. May , & 
l'on drefla nos tentes proche d'un moulin d'eau 
à la vue de Trebifonde , que les Turcs appellent 
Tarabofan , ou nous arrivâmes le lendemain en 
quatre heures de temps à 3a voile & à la rame. 
Cette ville n eft devenue célèbre dans l'hiftoire 
que par la retraite des Comncncs , qui après la 



du Levant. Lettre XVII. 6 9 

prifc de Conftantinople par les François & par 
ics Vénitiens , en firent le fiége de leur Empire. 
Anciennement Trebifonde étoit regardée com- 
me une Colonie de Sinope à qui même elle pa- 

phon qui pâlîa par Trebifonde en reconduifant 
le refte des Dix mille. Xcnophon raconte la 
trifte avanture qui leur arriva pour avoir mangé 
rropde miel. Voici, M 1 :- 1 , la deferiptipn des 
plantes fur lefquelles les abeilles le fuccent.. 

Chamarkododendros Pontlca maxime , Àiefplli 
folio, fore iuieo. Corail. Inft. Rci herb. 4 i. 

Cet arbriflèau s'élève à fépt ou huit pieds de 
haut, & produit un tronc prefque aufli gros, 
que la jambe , accompagné de plufieurs çigeç 
plus menues divifées en branches inégales , foi- 
bles , caftantes , blanches , mais couvertes d'une 
écorce grifâtre & lifle , û ce n'eft aux extuémitez 
où elles font velues 6c garnies de bouquets de 
feuilles aflez femblables à celles du Né filer des 
bois , longues de 4. pouces fur un ,pied &c demi 
de largeur, pointues par les deux bouts, vert- 
gai , légèrement velues , excepté fur les bords 
où les poils forment comme une cfpece de four- 
cil. La cote de ces feuilles eft allez forte & fe 
diftribuë en nervure fur toute la furfàce Cette 
côte n'eft que la fuite de la queue des feuilles , 
laquelle le plus fouvent eft de trois ou quatre li- 
gnes de long fur une ligne d'épais. Les fleurs 
nailîent 18. ou 10. enfemble par bouquets à l'ex- 
trémité des branches, foûtenue's par des pédi- 
cules d'un pouce de long , velus , cv qui nailîent, 
des aifleilcs de pcti:cs Veuilles membraneufes > 
blanchâtres , longues de fept ou huit lignes fur 
trois lignes de largeur. Chaque fleur eft un tuyau 
E iij 



: :r 



70 Voyage 

de deux lignes & demi de diamètre , légèrement 
canelé , velu , jaune cirant fur le verdâtre. Il s'é- 
vafe au delà d'un pouce d'étendue ôc fe divife en 
cinq parties , dont celle du milieu a plus d'un 
pouce de long lur prefque autant de largeur , ré- 
fléchie en arrière de même que les autres , ôc 
terminée en arcade gothique , jaune- pâle quoi- 
que doré vers le milieu. Les autres parties font 
. plus étroites & plus courtes , jaune-pâle 
Cette fleur qui eft percée en derrière s'ar- 
ticule avec le piftile , lequel eft piramidal , ca- 
nelé , long de deux lignes , vert-blanchâtre , lé- 
gèrement velu , terminé par un filet courbe , 
long de deux pouces , arrondi à Ton extrémité 
en manière de bouton vert- pâle. Des environs 
du trou de ia fleur fortent cinq étamincs plus 
courtes que le piftile , inégales , courbes , char- 
gées de fommets longs d'une ligne & demi, rem- 
plis de pouiîiére jaunâtre. Les étamincs font de 
même couleur , velues depuis leur nailfance juf- 
ques vers le milieu , & toutes les fleurs font pen- 
chées fur les cotez , de même que celles de la 
Fraxinelle. Le piftile devient dans la fuite un fruit 
d'environ quinze lignes de long fur fix ou fept 
lignes de diamètre, dur, brun, pointu, relevé 
de cinq cotes. Il s'ouvre de la pointe à la baze en 
fept ou huit parties , creufées en manière de gou- 
tïere , lefquelles aflemblces avec le pivot qui en 
occupe le milieu , forment autant de loges rem- 
plies de graines. Les feuilles de cette plante font 
ftiptiques. L'odeur des fleurs approche de celle 
du Chèvrefeuille , mais elle eft plus forte & porte 
à la tefte, 

Chamtrhoàoâcnàros Pontica , maxima , folio 
Laurocerafi, flore Ctrulco purfurafeente. Caroll. 
Inftit, Rcihert. 4i, 



dit Levant. Lettre XVII. y y 
Cette efpece s'cleve ordinairement à la hau- 
teur d'un homme. Son principal tronc eft pref- 
que aufli gros que la jambe. Sa racine trace juf- 
ques à cinq ou fix pieds de long , partagée d'a- 
bord en quelques autres racines grofles comme 
le bras , diftribuées en fubdiviiions d'un pou- 
ce d'épaiiTeur.- Celles - ci diminuent infenfible- 
ment , accompagnées de beaucoup de chevelu. 
Elles font dures , ligneufes , couvertes d'une écor- 
ce brune s & produifenu plufieurs tiges de difte,- 
rentes grandeurs , lefquelles environnent le tronc. 
Le bois en eft blanc , causant , revécu d'une écor- 
ce grifâtre , plus foncée en quelques endroits. 
Les branches font affez touffues & naifïènt dh 
le bas , mal formées , inégales , garnies feule- 
ment de feuilles vers les extrémitez. Ces feuilles, 
quoique rangées fans ordre , font d'une grande 
beauté & re(Temblent tout- à- fait à celles du 
Laurier-Cerife. Les plus grandes ont fept ou huit 
pouces de long fur environ deux ou trois pouces 
de large , & font terminées en pointe par les 
deux bouts , vert guai , lillcs , prefque luifantes, 
fermes & folides. Le dos qui n'effc que l'allonge, 
ment de la quelie , laquelle a près de deux pou- 
ces de long , eft relevé d'une groile cote /îllonée 
en devant , dont les fubdivifions principales font 
comme alternes. Les feuilles diminuent à mefure 
qu'elles approchent des fommitez , quoiqu'on y 
en apperçoive allez fouvent qui font encore plus 
grandes que les inférieures. Depuis la fin du mois 
d'Avril jufqucs à la fin de Juin , ces fommitez 
font charge'es de bouquets de 4 ou cinq pouces de 
diamètre , compofez chacun de vingt ou trente 
fleurs , à la nailfance defquelles fe trouve une 
feuille longue feulement d'un pouce de demi 3 



yi V O Y A 6 « 

membraneufe , blanchâtre , large de 4 oit 5 li- 
gnes , creufe & pointue. Le pédicule des fleurs a 
depuis un pouce juiques à 15 lignes de longueur , 
mais il n'eft épais que d'environ demi ligné. Cha- 
que fleur efb d'une feule pièce, longue d'un pou- 
ce & demi ou deux > rétrecie ttans le fond , évasée 
de découpée en cinq ou fix parties. Celle d'en haut 
qui eft quelquefois la plus grande , eft large d'en- 
viron lept à huit lignes , arrondie par le bout de 
même que les autres , légèrement frifée /ornée 
vers le milieu de quelques points jaunes ramàlfcz 

bas font un peu moindres & recoupées plus pro- 
fondément que les autres, A l'égard de la couleur 
de cette fleur , le plus foavent elle eft violette ti- 
rant fus- le grisdelïn. On trouve des pieds de cette 
plante à fleurs blanches , & d'autres à fleurs pur- 
purines plus ou moins foncées, mais toutes ces 
fleurs font marquées des mêmes points jaunes dont 
on vient de parler , & leurs étamines qui naiflent 
en touffe, font plus ou moins colorées de purpu- 
rin , quoique blanches & cotouneufes à leur naîf- 
fance , ces étamines font inégales , crochues & 
environnent le piftile. Leurs fommets font pofeZ 
en travers , longs de deux lignes fur une ligne de 
large, divifez en deux botufes pleines d'une pouf- 
fîere jaunâtre. Le calice n'a qu'environ i:.ic ligne 
& demi de longueur, légèrement cannelé en cinq, 
£7x , oufept côtes purpurines. Le piftile eft une 
efpece de cône de deux lignes de haut, relevé à 
fa baze d'un ourlet verdaercèe comme frifé. Un 
filet purpurin , courbe & long de 1 j ou 18 lignes, 
termine ce' jeune fruic & finit par un bouton vert- 
pâle. Les bouquets de fleurs font très gluants avant 
qu'elles s'epalio'uillènr; Lorfqu'ellcs ïbnt paflecs , 



du Levant. Lettre XV II. 75 
fe piftile devient un fruit cilindrique , long d'un 
pouce à 1 5 lignes , épais d'environ quatre lignes, 
cannelé, arrondi -par les deux bouts. Il s'ouvre 
par le haut en cinq ou fix parties , & laiffe voir 
autant de loges qui le partagent en fa longueur , 
féparées les unes des autres par les ailes d'un pivot 
qui en occupe le milieu. C'eft ce pivot qui eft ter- 
miné par le filet du piftile ; & bien loin de fe def- 
fecher ,' il devient plus long Tandis que le fruit eft 
vert , 6c ne tombe point lorfqu'il eft mur. Les 
graines font très mci u s , brun-clair , longues de 
prés d'une ligne. Les feuilles de cette plante font 
ftiptiques. Les fleurs ont une odeur agréable , 
mais qui fe paile facilement". 

Cette plante aime la terre grafte, humide, Se 
vient fur les côtes de la mer Noire le long des 
ruifleaux, depuis la rivière d'Ava a jûfques à Tre- 
bifonde. Cette efpecc pane pour mal faifante. Les 
beftiaux n'en mangent que lorfqu'ils ne trouvent 
pas de meilleure nourriture. Quelque belle que 
foit fa fleur, je ne m'avifai pas de la prefenter au 
Pacha Numan Cuperli , Béglierbey d'Erzeron , 
dans le temps que j'eus l'Honneur de l'accompa- 
gner fur la mer Noire ; mais pour la fleur de i'ef- 
pece précédente , elle me parut fi belle , que j'en 
fis de gros bouquets pour mettre dans fa Tente ; 
cependant je fus averti par fon Chiaia , que cette 
fleur excitoit des vapeurs & caufoit des vertiges. 
La raillerie me parut allez plaifanre , car le Pacha 
fe plaignoit de ces fortes d'incommoditez. Le 
Chiaia me fit connoître qu'il ne rai lloît point, & 
m'afFùrâ 'qu'il venoit d'apprendre des gens du 
pays , que cette fleur étoit nullibie au cerveau. 
Ces bonnes gens par une tradition fort ancienne , 



74 Voyage 

fondée apparemment fur plufieurs obfcrvations , 
alVùrent autîi que le miel que les abeilles font 
après avoir fuccc cette fleur , étourdit ceux qui 
en mangent , & leur caufe des naufées. 

Diofcoridc a parle de ce miel à peu prés dans 
les mêmes termes. Autour d'Heraciée du Pont , 
dit-il , en certains tems de l'année , le miel rend 
inenfe\ceux qui en mangent , & c'eftfans doute par 
la vertu des fleurs d'où il efi tiré. Ils fuent abondant- 
ment , mais on les fou 1 âge en leur donnant de la 
Rhue y des Saline! , & de l'Hydromel à mefure qu'ils 
vomiffent. Ce miel , ajoute le même auteur , efi 
acre &fait étermter. Il efface les^ rouffeurs du vifage 
fi on le broyé avec du Cofius. Mêlé avec dufel ou de 
l'Aloes, il diffipe les noirceurs que laifint les meur- 
triffures. Si les Chiens ou les Cachons avalent les ex- 
crémens des perfonnes qui ont mangé de ce miel , Mi 
tombent dans les mêmes accidens. 

Pline a mieux débrouillé l'hiftoire des deux ar- 
brifleaux dont on vient de parler , que Diofcoride 
ni qu'Ariftote ; ce dernier a crû que les abeilles 
smajjoient ce miel fur les Boùis ; qu'il rendait in- 
ferrfez. ceux qui en mangeoient & qui fe portoient bien 
auparavant ; qu'au contraire il guéri ff oit les infenfez.. 
Plïn« en parle ainfi. // efi des années , dit-il , ou 
le miel efi tr es-danger eux autour d'Heraciée du Pont, 
Les auteurs n'ont pas connu de quelles fleurs les 
abeilles le tir oient. Voici ce que nous en fc avons. Il 
y a me plante dans ces quartiers appellée i£gole- 
thron , dont les fleurs , dans les printemps humides , 
acquièrent une qualité tn s -danger eufe lorfqu' elles fe 
flétrirent. Le miel que les abeilles en font , efi plus 
liquide qu? l'ordinaire , plus pefant & plus rouge. 
Son o leurfait éternuer. Ceux qui en ont mangé fuent 
horriblement , fe couchent a terre , & ne demandent 



du Levant. Lettre XV IL 7 y 

que des rafraichiffemens. Il ajoute enfuite les mê- 
mes chofes que Diofcoride , dont il femble qu'il 
ait traduit les paroles ; mais outre le nom &<is£go- 
lethron qui ne fe trouve pas dans cet auteur , voici 
une excellente remarque qui appartient unique- 
ment à Pline. 

On trouve , continiie-t-il , fur les mêmes cotes 
du Pont , une autre forte de miel qui efl nommé Mœ- 
nomenon , farce qu'il rend infenfe\^ ceux qui m 
mangent. On croit que les abeilles l'amaffent fur la 
fleur du Rhododendros qui s'y trouve communément 
parmi les forêts. Les peuples de ce quartier-là , quoi- 
qu'ils payent aux Romains une partie de leur tri- 
but en cire , fe gardent bien de leur donner de leur 

Il femble que fur ces paroles de Pline l'on peut 
déterminer les noms de nos deux efpeces de Cha- 
mœrhododendrot. La première , fuivant les appa- 
rences , eft \'^£golethron de cet auteur , car la 
féconde qui fait les fleurs purpurines , approche 
beaucoup plus du Rhododendros , & l'on peut la 
nommer Rhododendros Pontica Plinii , pour la di- 
ftinguer du Rhododendros ordinaire , qui eft nôtre 
Laurier- Rofe connu par Pline fous le nom de Rho- 
dodaphne & Nerium. Il eft certain que le Laurier- 
Rofe ne croît pas fur les côtes du Pont-euxirr. 
Cette plante aime les pays chauds. On n'en voit 
gueres après avoir pafle les Dardanelles , mais 
elle eft fort commune le long des ruifleaux dans 
les Mes de l'Archipel i ainfi le Rhododendros du 
Pont ne fçauroit être nôtre Laurier-Rofe. Il eft 
donc très* vraifcmblable que le Chamœrododen* 
dros à fleur purpurine , eft le Rhododendros de 
Pline. 
Quand l'armée des Dix mille approcha de Tre- 



bifonde , il lui arriva un accident fort étrange & 
qui caufa une grande confternatiqn parmi les 
troupes , fuivant le rapport de Xenophon qui en 
ctoitundes principaux Chefs. Comme il y avoit 
■plufieurs ruches d'abeilles , dit cet auteur , les fol- 
dats n'en épargnèrent pas le miel : \l leur prit un 
dévo>emerit par haut & par bas fuivi de rêveries , 
en forte que les moins malades rejfembloient a des 
yvrognes , & les autres a des perfonnes furieufes , 
m moribondes. On voyoit la terre jonchée de corps 
comme après une bataille ; perfonne néanmoins n'en 
mourut 3 & le mal ce fa le lendemain, environ à la 
même heure qu'il avoit commencé , de forte que lés 
fpldatrfe levèrent le troifiéme & le quatrième jour y 
mais en l'état qu'on efl après avoir pris une forte mé- 
decin*. 

Diodore de Sicile rapporte le même fait dans les 
mêmes circonftances. Il y a toute apparence que 
ce miel avoit été fuçcéfur les fleurs de quelqu'une 
de nos efpeces de Chamçrlwdederdros, Tous les 
environs de Trebifonde en font pleins , & le Pcre 
Lambert Millionnaire Thcatin , convient quelle 
miel que les abeilles fuccent fur un certain arbrif- 
feau de la Colchideou Mengrelie , eft dangereux 
& fait vomir. Il appelle cet arbrilteau Ohandro 
Giallo , c'eft à dire Laurier- Rofe jaune , lequel 
fans contredit eft nôtre Chamœrododendroj FonticA 
maxima , Mefpili folio , flore luteo. La fleur , die 
ce Père , tient le milieu entre l'odeur du mufe & 
aile de la cire jaune. Cette odeur nous parut ap- 
procher de celle du Chèvrefeuille , mais incompa- 
rablement plus forte. 

Les Dix mille furent receûs à Trebifonde avec 
toutes les marques d'amitié que l'on donne à des. 
gens de fon pays lotfqu'ils reviennent de bien 



Eu Levant. Lettre XV IL 77 
loin ; car Diodorc de Sicile remarque que Trebi- 
fonde étoit une ville grecque fondée par ceux de 
Sinopc qui defeendoient des Milefiens. Le même 
auteur auure que les Dix mille féjournérent un 
mois dans Trebifonde , qu'ils y facrifiérent à 
Jupiter & à Hercule , & qu'ils y célébrèrent des 
jeux. 

Trebifonde apparemment tomba fous la puif- 
fance des Romains , lorfque Mithridate fe trou- 
va dans l'impuilfance de leur réfifter. Il feroit 
inutile de rapporter de quelle manière elle fut 
prife fous Valerien par leâ Scythes , que nous 
connoifions fous le nom de Tartares, fi l'Hiflo- 
rien qui en parle n'avoit décrit l'état de la place. 
Zozime donc i- it une grande 

ville bien peuplée , fortifiée d'une double mu- 
raille. Les peuples voiftns s'y étoient réfugiez 
avec leurs richefles , comme dans un lieu où il 
n'y avoit rien à craindre. Outre la garnîfon or- 
dinaire , on y avoit fait entrer dix mille hom- 
mes de troupes j mais ces foldats dormant fur 
leur bonne foy Se fe croyant à couvert de tout , 
fe laiiïerent furprendre la nuit par les Barbares , 
qui ayant entaflé des fafeincs tout contre les mu- 
railles , entrèrent par ce moyen dans la Place , 
tuèrent une partie des troupes , renverférent les 
temples & tons les plus beaux Edifices ; après 
quoi chargez de rîchefies immenfes , ils emme- 
nèrent un grand nombre de captifs. 

Les Empereurs Grecs ont poifedé Trebifonde 
à leur tour. Du temps de Jean Comnene Empe- 
reur de Conftantinople , Conftantin Gabras s'y 
. ètoif érigé en petit Tyran. L'Empereur vouloir 
l'en chafler , mais l'envie qu'il avoit d'ôter An- 
riwche aux Chicftiens , l'en détourna. Enfin Tre- 



yî V O Y A G I 

bifonde fut la capitale d'une Duché ou d'un* 
Principauté dont les Empereurs de Conftantino- 
ple difpofoient ; car Alexis Comnene , furnom- 
mé le Grand y en prit pofTeiîïon en 1204. avec 
le titre de Duc lorfque les François & les Véni- 
tiens fe rendirent les maîtres de Conftantinople 
fous Baudouin Comte de Flandres. 

L'éloîgnement de Conftantinople à Trcbifon- 
dc , Se les nouvelles affaires qui furvïnrent aux 
Latins , favoriférent l'établifTement de Comnene j 
maïs Nicœtas remarque que l'on ne lui donna 
que le nom de Duc , & que ce fut Jean Com- 
nene qui fournit que les Grecs l'appellaffenr, 
Empereur de Trebi fonde , comme s'ils eulTent 
voulu faire connoître que c'étoit Comnene qui 
étoit leur véritable Empereur , puifque Michel 
Paleologue , qui faifoit fa réfidence à Conftan- 
tinople , avoit quitté le Rit Grec pour fuivre 
celui de Rome. Il eft bien certain que Vincent 
de Beauvais appelle Amplement Alexis Com- 
nene , Seigneur de Trebifonde. Quoiqu'il en foit, 
la Souveraineté de cette ville , fi l'on ne veut pas 
fe fervir du mot & Empire , commença l'an 1104. 
fous Alexis Comnene, & finit en 146 1. lorfque 
Mahomet 1 1. dépouilla David Comnene. Ce 
malheureux Prince avoit époufé Irène fille de 
l'Empereur Jean Cantacuzene , mais il implora 
fort inutilement le fecours des Chrétiens , pour 
fauver les débris de fon Empire. Il fallut céder 
au Conquérant , qui le fit pafter à Conftantino- 
ple avec toute fa famille , qui fut maffacrée quel- 
que temps après. Phranzez même allure que 
Comnene mourut d'un coup de poing qu'il reçût 
du Sultan. Ainfi finit l'Empire de TVcbifondc , 
après avoir duré plus de deux ficelés & demi. 



du LivAst. Lettre XVII. 79 
La ville de Trcbifondc cft bâtie fur le bord de 
la mer au pied d'une colline aflez efearpée ; Tes 
murailles font prefque quarrées , hautes , créne- 
lées , & quoi qu'elles ne foient pas des premiers 
temps , il y a beaucoup d'apparence qu'elles font 
fur les fondemens de l'ancienne enceinte, laquelle 
avoit fait donner le nom de Trapèze à cette ville. 
Tout le monde fçait que Trape\e en Grec ligni- 
fie une Table , 8c le plan de cette ville eft un 
quarré-long aflez femblable à une table. Les mu- 
railles ne {ont pas les mêmes que celles qui font 
décrites par Zofirae ; celles d'aujourd'hui ont été 
bâties des débris des anciens édifices , comme il 
paroît par les vieux marbres qu'on y a enclavez 
en plufieurs endroits , 8c dont les Infcri prions 
ne (ont pas lifibles 3 parce qu'elles font trop hau- 
tes. La ville eft grande & mal peuplée. On y 
voit plus de bois 8c de jardins que de maifons ; 
& ces maifons , quoique bien bâties , n'ont qu J im 
ilmple étage. Le Château qui cft aflfez grand 8C 
fort négligé , eft fitué fur un rocher plat & domi- 
né , mais les foffez en font très-beaux , taillez 
la plupart dans les roc. L'Infcription que l'on lit 
fur la porte de ce Château , dont le cintre eft en 
demi cercle , marque que l'Empereur Jttftinien 
renouvella les édifices de la ville. Il eft furprenant 
que Procope n'en ait pas fait mention , lui qui a 
employé trois livres entiers à décrire jufques aux 
moindres bâtimens que ce Prince avoit fait éle- 
ver dans tous les coins de fon Empire. Cet Hif- 
torien nous apprend feulement que Juftinien fit 
bâtir un Aqueduc à Trcbifondc fous le nom de 
l'Aqueduc de Saint Eugène le martyr. Pour reve- 
nir à nôtre Infcription , les caractères en font 
beaux & bien confervez ; mais comme la pierre 



SO . . . ' V O Y A G E 

cft encaftrec dahs la muraille , & enfoncée « 
près d'un pied & demi , on n'en fauroit lire 
dernière liçme , à caufe de l'ombre. Voici i 



que nous lûmes après en 


avoir 


nous pûmes , les toiles d'aï 


aic;n<'c 


che autour de laquelle ne 


>us av 


mouchoir. 





EN hNOMATI TOY AECnOTOY HMHN IHCOY 
XPI2TOY 6E0Y HMHN ATTflKPATOP KAICAP $A 
ÎOYCTINIANCC AAAMANIKOC TO©IKOt «DPANri- 
KOC TEPMANIKOC OAPTIKOC AAANIKOC OYAK- 
4AAIK0C. A4>PIKOfc EYCEBHC EYTIxHC ENA030C 
NIKHTHC nPOIlEOYXOC AEI CEBACTOC 
AYTOYC ANENEQCEN OIÂÔTIMIA TAAHMOC 
KTICMATA THC nOAEOC EHOYAHKA EniMEAIA 
OYPANIOY TON GE04IAEO ..... 

XC tH F 

Dans le vcftibule d'un Couvent de Religieu- 
fes Grecques , il y a un Chrift tres-mal peint , 
avec deux figures à fes cotez , l'on y lit les .paro- 
les fuivantes en tres-mauvais caraderes peints ; 
& en Grec corrompu. 



dit Levanï. Lettre XFÎL fri 
Aaesicc en xn to ^oniços bamaey ke ayto-i 
KPATOPHC nACic anàtoahc o 

KOMNHNOC 
eEOAHPA XY XAPHTI EYCEBEgATH AECOHYA 
KE ATTOKPATOPHCA riACC aNATO\HC 

HPINH XT MHTHP AETOY EYCEBEçATCnf 
BACIAEOC KYPIOY AAESIOY TOY METAAÔY 
KOMNHNOY. 

Suivant lesobfcrvationsde M rs de l'Académie 
Royale des Sciences , la hauteur du Pôle de Trc- 
bifonde eltde 40. à 45. Se la longitude de 63. 

Le Port de Trcbîfonde appelle Platana eft à 
l'Eft de la ville. L'Emperem ; Adrien le fit répa- 
rer s comme nous l'apprenons par Arrien. Il pa- 
roit par les Médailles de cette ville , que le Port 
y avoit attiré un grand commerce. Goltzius en 
rapporte deux à la tefte d'Apollon. On fçait que 
ce Dieu étoit adoré en Cappadoce , dont Trcbî- 
fonde n'étoir pas la moindre ville. Sur les revers 
d'une de ces Médailles eft une ancre , & fur le 
revers de l'autre 3 la proiie d'un navire. Ce Porc 
n'eft bon prefentementque pour des Saiques. Le 
Mole que les Génois , à ce qu'on prétend , y 
avoient fait bâtir, trit prefque détruit, & les Turcs 
fte s'embarraiTent gueres de réparer ces fortes d'ou- 
vrages. Peut-être que ce qui en refte eft le débris 
du Port d'Adrien 5 car de la manière qu'Arriert 
s'explique , cet Empereur y avoir fait faire unfi 
jettée considérable pour y mettte à couvert les na- 
vires qui auparavant n'y pouvoienc mouiller qtrë 
Tome UI, F 



gz Voyage 

dans certains temps de l'année , & encore ^toit- 
ce fur le fable. 

Nous herborifàmes le 24. &. le 25 May autour 
delà ville. On y voit de très belles plantes. Le 
26. nous allâmes nous promener à Sainte Sophie 
ancienne Eglife grecque , à deux milles de la vil- 
le près du bord de la mer. On a converti une par- 
tie de ce bâtiment en Mofquée , le refte eft ruiné. 
Nous n'y trouvâmes que quatre colomnes d'un 
marbre cendré. Je ne fçai il cette Eglite a été bâ- 
tie par Juftînien , comme celle de Sainte Sophie 
de Conitantinople , c'eft allez la tradition du pays, 

ption. Procope même n'en a pas fait mention. 
Les débris de cette Eglife mefonc fou venir de deux 
grands hommes qui font forcis de cette ville , 
George de Trtbifonde , &lc Cardinal Be^Jarion. On 
convient pourtant que George n'étoit qu'Origi- 
naire de Trebifonde , & eu'îl ctoit né en Candie. 
Quoiqu'il en foit , il flcurilîbit dans le quinzième 
iîecle fous le Pontificat de Nicolas V. de qui i| 
fut fecretairc. Georges avoir auparavant enfeigne 
la Rhétorique & la Philofophie dans Rome ; mais 
fou enteilement pour Ariftote lui attira de groflês 
querelles avec Beilarion qui ne juroit que par Pla- 
ton. Beilarion fut un lavant homme auflï , mais 
fes Atnbaflàdes le diiîlpérent trop. Cela ne l'em- 
pêcha pas d'écrire plusieurs traitez , & fur tout de 
faire une très belle Bibliothèque qu'il laiflà par 
fon Tcftamcnt au Sénat de Vcnife. On la confer- 

muniquer les manuferits à'perfonne , & il & ut 
regarder ce beau recueil comme un threfor en- 

Quoique la campagne de Trebifonde foit fertile 



du LeVSîJT. Lettre Xr IL $} 
en belles plantes , elle n'eft pourtant pas compara- 
ble, pour ces fortes de recherches^ à ces belles mori- 
tagnes où eft bâti le grand Couvent de Sdlnt "}tiin 
à x S . milles de la ville du côté du Sud-Eft. Il n'y 
a pas de plus belle forêts dans les Alpes. Les mon- 
tagnes qui font autour de ce Couvent produifenc 
des Heftres, des Chênes , des Charmes , des Gua- 
ïacs , des Frênes, & des Sapins d'une hauteur pro- 
digieufe. La îriaifon des Reiigieufes n'eu: bâtie que 
de bois , tout contre une roche fort efcàrpée s ati 
fond de la plus belle folitude du monde. La veiie 
de ce Couvent n'eft bornée que par des paifages: 
merveilleux , & j'aurois fouliaité d'y pouvoir paf- 
fer le rette de ma vie. On n'y trouve que des fo- 
litaircs occupez de leurs affaires temporelles de 

politelîe , ni livres ; mais comment vivre fans tout 
cela : On monte à la maifon par un efcalicr très 
rude & d'une flrudure fort fmguHere. Ce font 
deux troncs de fâpin , gros comme des mats de 
navire , inclinez contre le mur & alignez de mê- 
me que les monrans d'une échelle; au lieu des plan- 
ches ou des echellons que l'on met ordinairement 
au travers des échelles , on y a taillé des marches 
d'efpace en efpace à grands coups de hache ,- & 
l'on a mis fort à propos des perches fur les cotez 
pour fervir de gardefoux J car je derfie les plus ha- 
biles danfeurs de corde d'y pouvoir grimper fans 
ce fecours. La tefte nous toumoit quelquefois en 
defeendant , &c nous nous ferions caflfez le col fans 
cet appui. Il n'eft pas pofïïble que les première 
hommes ayenf jamais fait un efcalier plus fimple % 
il n'y a qu'à le voir pour fe former une idée de 
la naiflance du monde. Tous les environs de ce 
Couvent font une image parfaite de la pure nattf-» 



ic 3 une infinité de fources y forment un beau ruif- 
feau plein d'excellentes Truites , & qui coule en- 
tre des tapis verts & des bolqucts propres à infpi- 
rer de grands fentim émanais il n'y a aucun de ces 
Moines qui en {bit touche, quoi qu'ils y foient au 
nombre d'environ quarante. Nous regardions leur 
maijon comme une tannierc où ces bonnes gens 
s'crolcm retirez pour éviter les infultes des Turcs 
ce pour y prier Dieu tout â leur aife. Cependant 
ces Anachorètes pofledent tout le pays à plus de 
fîx nulles a la ronde. Ils ont pluiieurs Fermes dans 
ces montagnes , & même pluficurs maifons dans 
Trebifonde j nous y logions dans un grand Cou- 
vent qui leur appartenoit & qui étoit partagé en 
pluficurs galetas : A quoi fert tant de bien quand 
on n'en peut pas jouir ? Ils n'oferoient faire bâtir 
une belle Eglefe ni un beau Couvent ; de crainte 
que les Turcs n'cxigcallent d'eux les lommes det- 
tinées pour ces bâtimens 3 quand l'ouvrage feroit 

il y a des plantes qui amufent le plus agréablement 
du monde , nous montâmes jufques aux lieux les 
plus élevez , que la neige n'avoit abandonnez que 
depuis quelques jours , & d'où nous en décou- 

gens du pays appellent n*û«o< les Sapins ordinai- 
res , qui ne différent en rien de ceux qui nairTent 
fur le Alpes & fur les Pyrénées ; mais ils ont con- 
fervé le nom d\ « * pour une autre belle efpece 
de Sapin que je n'avois veù encore qu'autour de 
ce Monaftere. Son fruit qui eft tout écailleux ÔC 

que deux pouces 6k demi de long fur huit ou neuf 
lignes d'epailleur , termine en pointe , panche en 



Hicinqlign 
:-brun , fcri 



du Lev an t. Lettre XVII. S; 
bas & pendant , compofé d'écaillés molles , bru- 
nes , minces , arrondies , lefquelies couvrent des 
fémences fort menues & huileufes. Le tronc & les 
branches de cet arbre font d~ la grandeur de cel- 
les du Picea ordinaire. Ses feuilles n'ont que qua- 
q lignes de long , elles font lui lances , 
roides , larges feulement de 
demi ligne , relevées de 4. petits coins , & ran- 
gées comme celles de nos Sapins , c'ell à dire en 
branche aplatie. 

Il fallut quitter ce beau pays pour venir à Tre- 
bifondc chercher nôtre bagage. On nous avertit 
fort à propos que le Pacha venoit de partir , & ce 
n'ètoit pas une faulfe allarme ; car nous le rencon- 
trâmes en chemin. Dieu fçait 11 nous fîmes grande 
diligence : que ferions - nous devenus û nous 
avions perdu une fi belle occafion :- Il fallut donc 
travailler toute la nuit à faire nos balots , à cher- 
cher du bifeuit & du ris qui font les chofes les plus 



nécelTaires 



pour une marche , 



l'eau par tout. Heurcufcmcnt le Pacha ne campa 

quatre heures de la ville. Le lendemain nous le 
joignîmes avec beaucoup de peine , & nous le 
trouvâmes à quatorze milles de fon premier 

profond re- 






S£ V O y ac a 

L E T T R E XVIII. 

A Monseigneur le Comte de Pontcbartrain , Secré- 
taire à' Etat & des Commandement de Sa Aia- 
jeftét&c. 



; pays-ci font affez bie 



r parler de 



- 



cicnJ même ou'îls font 



moins cruels que nos voleurs de grands che- 
mins. Pour moi je fuis perfuadé du contraire , 
8c que l'on n'iroit pas bien loin fi l'on s'expofoit 
jfeul ici fur une grande route. Si ces malheureux 
n'aflafiînent pas les gens, c'eft faute d'en trouver 
l'occaiîon , car on ne marche qu'en bonne com- 
pagnie. Ces compagnies , qu'on appelle Cara- 
vanes , font des convois ou ailèmbltcs de voya- 
geurs , plus ou moins nombreufes fuh ant le dan- 
ger. Chacun y eft armé à fa manière , U fe dé- 
fend comme il peut dans l'occaiion. Quand les 
Caravanes font connectables , elles ont un Chef 
qui en ordonne la marche. On y eft moins ex- 
pofé au centre qu'à la queue, & la meilleure pré- 
caution que l'on puifle prendre , n'eft pas tou- 
jours d'attendre les Caravanes les plus nombreu- 
fes , comme la plupart des voyageurs fe l'imagi- 
nent ; c'eft de profiter de celles où il y a beaucoup 
de Turcs & de Francs, c J eft à dire gens propres 



du Levant. Lettre XVllL 8; 
à fe bien défendre. Les Grecs & les Arménien; 
n'aiment point à Te battre : on les condamne 

le pays , d'un voleur qu'ils n'ont pas tué. Or 
n'eit pas expofé à ces malheurs en Amérique ; ce! 
Américains que nous traitons de fauvages j ces 
Iroquois dont le nom fait peur aux enfans , ne 
tuent que les gens d'une nation avec laquelle il; 
font en guerre. S'ils mangent des Chrétiens , ce 
n'eft pas en temps de paix. Je ne fçai s'il y a 
moins de cruauté à poignarder un homme pour 
avoir fa bourfe , que de le tuer pour le manger. 
Qu'importe à un malheureux d'être mangé ou 
dépouillé après fa mort ? 

On eft donc contraint de marcher en Carava- 
ne dans le Levant , les voleurs en font de même 



afin de pouvoir fe rendre les 


mairies 


des autres 


par la loi du plus fort. Non 


, joip.::iV 


.s la Cara- 


vanc du Pacha d'Erzeron le ; 


,. Juin à 


ttflc jour- 


née de Trebifondc , & nous 


trouvant 


:s en che- 


min je ne fçai combien de Marchant 


is qui ve- 


noient des provinces voifine 


s pour profiter d'une 
> nous fuyoient avec 


fi belle occalion. Les voleur; 


la même diligence qu'ils fui 


vent les ; 


tutres Ca- 


ravancs , parla railon que lorsqu'un 1 


rdia mar- 


chc , autant de voleurs pris , 


autant de 


: tètes cou- 


pées for le champ. On 1er 


n fait ce 


t honneur 


après les avoir appeliez laours , c'eft ; 


i.dire Infi- 


délies. Outre que nous étiju 


s fort en 


repos de ce 


côré-la , nous étions encore 


ravis de 


ce que le 


Pacha ne faifoit qu'cnviroi 


i douze 


ou quinze 


milles par jour ; ce qui no 


us donn, 


3Îc tout le 


temps de confîdcrer le pays a 


. notre aii 




Nonc Caravane étoit de 
Tonnes , mais il n'y en av< 


plus de fi 


x cens per- 


>k qrt* 


iron trou 



88 Voyage 

cens de la Maîfon du Pacha , les antres e'toient 
des marchands & des paiTagers ; noue cela fai- 
foit un affez beau fpedacle. Cétoït une nouveau- 
té pour nous de voir des chevaux & des mulets 
•parmi je ne' fçai combien de chameaux. Les 
femmes étoient dans des littieres terminées en 
berceau s dont le deffus étoit couvert de toile 
cirée , le refte étoit grillé de tous cotez avec plus 
de foin que ne le font les parloirs des Religieu- 
ses les plus aulteres. Quelques-unes de ces lit- 
tieres rciTcmbloient à des cages pofées fur le dos 

le peinte Contenue par des cerceaux ; on ne fça- 
voît fi elles renfermoient des fmges , ou des ani- 
maux raifonnablcs. 

Le thaia étoit le premier Officier de la maî- 
fon. Nous n'avons pas de Charge parmi nous qui 
réponde à celle-là , car il cil plus qu'Intendant , 
ôc comme le fubdelcgué du Maître. Souvent mê- 
me il eft le maître du Maître. Le Divan Effcn- 
M , ou Chef du Confeïi , étoit le fécond Officier. 
Le Pacha avoir fon Cotja ou Aumônier qu'ils 
appellent auiîi Mouphti , plusieurs Secrétaires , 
foixante Se dix Bolîinois pour fa garde , une in- 
finité de Chaoux , de muficiens ou joueurs d'in- 
ftrumens , une effroyable quantité de valets de 
pied ou Chïodars , fans compter les Pages. Son 
Médecin étoit de Bourgogne , & fon Apotîcai- 
re de Provence : Où èft-ce qu'il n'y a pas de 
François? 

Le Chaoux Bachl ou Chef des Chaoux , mar- 
choit une journée par avance portant une queue 
de cheval pour marquer le Conac , c'eft à dire 
le lieu où le Pacha devoir camper. Le maître 
Chaoux en recevait l'ordre tous les foirs , corn- 



vu Levant. Lettre XVIII. 85) 
hîc font nos Maréchaux de Logis. Il avoit à fa 
fuite plufieurs Officiers pour difpqfcr le camp , 
6c beaucoup d'Arabes pour dreflcr les tentes.Tous 
ces gens marchoicnt à cheval avec des lances &£ 
des bâtons ferrez. La mufique du Tacha n'étoit 
défagréable qu'en ce qu'on répetoit toujours le 

qu'une feule chanfon. Quoique leurs inftrumens 
foient differens des nôtres , nos oreilles s'en ac- 
commodoient allez. Un jour le Pacha m'ayant 
fait l'honneur de me demander comment je trou- 
vais fa mufique. , je lui répondis quelle et oh ex- 
cellente â mais un peu trop uniforme. Il me répli- 
qua , que c'était dans l'uniformité que confjhit la 
beauté des chofes. Il cft vrai que l'uniformité effc 
une des principales vertus de ce Seigneur , car il 
paroît d'une humeur inaltérable. La première 
chamade commençoit ordinairement une heure 
avant la marche , c'étoit pour éveiller tout le 
monde. On entendoit la féconde environ demi 
heure après , elle fervoit de fignal pour défiler. 
La troihéme commençoit au départ du Pacha qui 
etoit toujours à la qu'eue de la Caravane , à la 
diftance de 4. ou 5. cens pas. La mufique ccllbit 
& recommençoit plufieurs fois pendant la route, 
fuivant le caprice des muficiens qui redoubloient 
leur fimphonie en arrivant au Conac , où l'on 
plantoit devant la Tente du Pacha les deux au- 
tres queues de cheval qui avoient fervi à la mar- 
che. Le Chaoux Bachi ayant reçu l'ordre , pre- 
noit la troifîeme queue , & s'en ailoit marquer le 
gitte du lendemain. 

Nous fumes bientofl: faits à ce manège. Nous 
nous levions à la première chamade , & nous 
montions à cheval a la féconde s les Officiers du 



90 Voyage 

Pacha chalTbient tout le monde comme des mou- 
tons , en criant Aideder , Mdeder , c'eft à dire 
marche^ marche\. Ils ne permettent à qui que 
ce Toit de fe mêler parmi les gens de la Maifon , 
& l'on s'expofoit à quelques coups de bâton il 
Ton y étoit furpris. Les Turcs font gens d'ordre 
en cour ce qu'ils font , & fur tout dans leurs mar- 
ches. Les Catergis ou Foituriers fe levoient une 
heure avant le lignai , cv tout étoit chargé avant 
que la chamade de la marche fonnaft. J'admirois 
fouvent leur exactitude ; tout cela fe paifoit fans 
bruit , ex bien fouvent nous nétions avertis que 
l'on chargeoit , que par la lueur des fanaux. 

jour-là 4. Juin par des monta- 



fort éie 



ança toujo 



le Sud-Eft. Nous ne prîmes pas la route la plus 
courte pour aller à Erzeron ; le Pacha voulut 
iuivre la plus commode ck la moins rude ; la 
plupart des marchands en croient chagrins , & 
nous en étions ravis , dans l'efperance de voir 
beaucoup de pays , perfuadez d'ailleurs que nous 
ne trouverions jamais de Caravane plus feûre. 
On obferva ce jour- là les mêmes plantes que l'on 
avoit veucs autour de Trebifonde -, mais ce qui 
nous fit plus de plaifir , c'eft que nous connûmes 
par la marche de la Caravane que nous aurions 
dans la fuite allez de temps pour découvrir des 
fiantes 3 tant fur les grands chemins , que fur les 
collines voifines. En effet , nous mettant le matin 
à la tefte de la Caravane , nous prenions chacun 
un fac & nous nous détachions a quelques pas , 
tantôt à droit , tantôt à gauche , poux amailer ce 
qui fe prefentoit. Les marchands noient de nous 
voir defeendre de cheval & remonter, pour ne 
faire que cueillir des plantes qu'ils mépriioient 



pu Levant. Lettre XI'III. 91 

fort , parce qu'ils ne les connoilToient pas. Nous 
menions quelquefois nos chevaux par la bride, 
ou nous les faifions mener par nos voituriers , 
afin de faire nôtre récolte plus à nôtre ai fe. Au 
premier giile nous décrivions nos plantes tout en, 
mangeant, & M 4 u ^ riet en aefîinoit le plus qu'il 

J'appréhende , M S r , que le détail de nôtre 
marche par journées ne foit languiffant ; mais il 
ne fera pas inutile pour la Géographie & pour la 
connoiflanec du pays. Je luis perfuadé même que 
ce grand détail vous ennuyera moins que les au- 
tres , vous qui fçavez faire un fi bon ufage des 
moindres circonitances dont on a l'honneur de 
vous rendre compte. De plus habiles gens que 
moi profiteront peut-être auili de ce Journal ; une 
montagne , une grande plaine , des gorges , une 
rivière, fervent fouvent à déterminer des endroits 
où fe font palîées de grandes actions. 

Le j. Juin nous marchâmes depuis 4. heures 
du matin jufques à midi à travers de grandes 
montagnes couvertes de Chênes , de Heures , de 
Sapins ordinaires , & d'autres qui ont le fruit fort 
petit , dont nous avions veû de pareils dans les 
montagnes du Monaftere de Saint Jean de Tre- 
bifonde. Nous obfcrvâmes dans nôtre route , ou- 
tre le Charme commun , une autre cfpece beau- 
coup plus petite dans toutes fes parties. Ses feuil- 
les n'ont qu'un pouce de long, & fes fruits font 
très courts. Ce Charme a levé de graine dans le 
Jardin du Roy , & n'a pas changé. Les efpeces de 
Cham&rhodendros à fleur purpurine &£ à fleur jau- 
ne , fe faifoient voir allez fréquemment le long 
des ruhTeaux.Nous campâmes ce jour-la dans une 
plaine couverte de neige , dont la terre n'avoit 



encore rienproduit.Quoique ces montagnes foîent 
moins hautes que les Alpes ôc que les Pyrénées , 
elles font aufïi tardives , car la neige n'y fond 
qu'à la fin du mois d'Aouft. Parmi pluncurs Plan- 
tes rares , nous obfervâmes une belle efpece de 
Renoncule à gros bouquets de fleurs blanches. 

Ses feuilles font larges de trois ou quatre pou- 
ces , femblablcs par leurs découpures à celles de 
V Aconit TaeloHp , vert-gai , liflés , veinées pro- 
prement , parfemées de poils fur les bords & en 
dcftVus , foutenuës par un pédicule long de 4. ou 
5. ponces , vert pâle , velu , épais de deux lignes, 
allez rond , fiituleux , large de 4. lignes à fa ba- 
fe , où H eft plié en manière de goutiere. La tige 
eft d'environ un pied de haut , creufe auflî , vert- 
pâle & velue' , épaitlc d'environ deux lignes, toute 
nue , fi ce n'eft vers le haut où elle foutient un 
bouquet de fept ou huit fleurs , entouré de 4. ou 
5. feuilles , longues feulement de deux pouces ou 
deux pouces & demi fur un pouce de large , dé- 
coupées en trois principales parties, & recoupées 
encore à peu prés comme les autres feuilles. Quoi- 
que le bouquet foit atfez ferré , chaque fleur eft 
pourtant foutenue" par un pédicule long d'environ 
ij. lignes. Les fleurs ont deux pouces de dia- 
mètre , compofées de 5. ou 6. feuilles blanches 
d'un pouce de long fur 8. ou 9. lignes de largeur , 
arrondies à leur pointe, mais pointues à leur naif- 
fance. Le milieu de ces feuilles eft occupé par 
un piftile ou bouton à plufieurs graines , termi- 
nées par un filet crochu & couvertes d'une touffe 
d'étamines blanches de demi pouce de long, char- 
gées de fommets jaune-verdàtre , lon^s d'une 
ligne. Ces fleurs font fans calice , fans odeur , 
fans acre té , de même que le refte de la plante. 



du Levant, Lettre XVI IL 93 
Il y a des pieds dont les fleurs tirent fur le purpu- 
rin. Nous n'eûmes pas le temps d'en arracher la 

Le 6. Juin nous partîmes à trois heures du ma- 
tin,&: nous traversâmes jr.iqucs à midi de grandes 
montagnes toutes pelées,& dont la vue' eft fort de- 
fagréablc, car on n'y découvre ni arbres ni arbrif- 
ieaux, mais feulement une méchante peloufe brû- 
lée par la neige qui étoit nouvellement fondue. 
Il y en avoit encore beaucoup dans les fonds , 8c 
nous campâmes tout auprez. Cette peloufe étoit 
couverte en quelques endroits de cette belle efpe- 
ce de Violette à grandes fleurs , jaunes fur certains 
pieds , violet foncé fur d'autres , panachées de 
jaune & de violet fur quelques-uns , jaune rayé 
de brun avec l'étendart violet & d'une odeur très 
agréable. 

Ou fe leva fur les deux heures du matin le 7, 
Juin , pour partir à trois heures ; l'on continua la 
route par des montagnes pelées & parmi la neige. 
Le froid étoit âpre , & les brouillards n* épais , 
qu'on ne fe voyoit pas à quatre pas les uns des au- 
tres. Nous campâmes furies 9. heures & demi 
dans une vallée allez agréable par fa verdure , 






: :r,a!> 



imode pour les voyageurs. On n'y 
trouve pas une branche de bois , pas même une 
bouze de vache ; & comme nous ne manquions 
pas d'appétit , nous eûmes le chagrin de ne pou- 
voir , faute de brolfailles , faire cuire des agneaux 
dont nous avions fait provision. On ne vécut ce 
jour-là que de confitures chez le Pacha. Nous ne 
découvrîmes rien de nouveau. Toute la peloufe 
étoit couverte des mêmes Violettes , ainfi nous 
pallames la journée fort triftemenr i les Turcs ne 
s'accommodant p*s de ce jeûne , non plus que 



94 V d Y A G B 

du jour à nous apperccvoir que nous étions véri- 
tablement en Levant. De Trebi fonde jufques ici 
le pays nous avoit paru allez femblable aux Alpes 
& aux Pyrénées ; pour ce jour-là il nous fcmbla 
que la terre avoit tout d'un coup changé de face 3 
comme 11 l'on eût tiré un rideau qui nous eût dé- 
couvert un nouveau payfage. Nous defeendimes 
dans de petites vallées couvertes de verdure , cou- 
pées par des ruilfeaux agréables , &: remplies de 
tant de belles Plantes , fi différentes de celles aux- 
quelles nôtre veuë étoit accoutumée , que nom 
ne fçavions fur lesquelles nous jetrer. On arriva 
fur les dix heures du matin à GrcTJ village qui 
n'eu: , à ce qu'on nous aiîura , qu'à une journée 
le chemin n'eft pratiqu 



ne efpece d'Ech 
que je ne fçaur 
defeription. 



les gens de pied. ]z fus fi ébloui d'u- 



i pied de long , c 



,elleeftépail' 
fe de deux pouces , accompagnée de groifes flore 



blanchâtres en dedans , mucilagh 
couverte d'une écorce brune & gerfée. La tige 
qui eit haute d'environ trois pieds, eft girofle com- 
me le pouce , vert-pâle , dure , folide , & rem- 
plie d'une chair gluante «Se comme gUircnfe. Le5 
feuilles inférieures ont .y. ou 16. pouces de lon- 
gueur , fur 4. à y. pouces de largeur , pointues , 
vert blanchâtre, douccs,molles, velues, comme fa- 
rinées en defliis, cotonCufes par dellbus , relevées 
d'une grolîe cote i laquelle fournit une nerveurc 
aflez femblable à celle des feuilles du Bouillon- 
blanc ces feuilles diminuent coniîdérablement le 
long la tige i ou elles n'ont guère plus de demr 




nfvxUato OrroU-Inst.RA ktrb.é 



du Le v art. Lettre XFIIÎ. ft 

pied de Long , moins cotoneufes que les premiè- 
res , mais beaucoup plus pointues. De leurs aiû 
felles nailTbnt des branches longues d'environ de- 
mi pied , heriifees de poils allez fermes de morne 
que le haut de la tige , accompagnées de feuilles 
d'environ un pouce & demi de longueur. Toutes 

en queue de Scorpion , chargez des plus grandes 
fîcurs qu'on airobieivées jufquesici fur les efpe- 
ces de ce genre. Chaque fleur a un pouce & demi 
de haut , vers le bas c'eft un tuyau de 4. ou 5. 
lignes de diamètre & tant foit peu courbé, lequel 
fe dilate enfuire en manière de cloche , dont l'ou- 
verture ell divîfée en cinq parties égales , tail- 
lées en arcade gothique. Cette fleur eft bleu- pâle 
tirant fur le gris-de-perlc , mais trois de fes dé- 
coupures font traverfées dans Jeur longueur par 
deux bandes rouges fang-de-bœuf , fur un fond 
purpurin fort clair. Des bords intérieurs du tuyau, 
nairTent cinq étamines blanches , recourbées en 
crochet , chargées chacune d'un fommet jaunâ- 
tre. Le calice et! prefque auffi long que la fleur , 
& découpé en cinq parties jufques vers le bas , 
lefquelles n'ont qu'environ deux lignes de large , 
pointues , vert- pâle, herillées de poils fort gros. 
Le piftile poulie du fond de ce calice , formé par 
4. embrions arrondis & verdâtres , du milieu def- 
quels fort un filet prefque aulïi long que la fleur , 
légèrement velu , purpurin & fourchu. Les grai- 
nes , quoique peu avancées , étoient affez fembla- 
bles à celles d'une Vipère. La fleur n'a point d'o- 
deur. Les feuilles ont un goût d'herbe alTez agréa- 

Le 9. Juin nous partîmes à trois heures du ma- 
tin,& paÛâraes par de* vallées fort feches & toutes 



9 C Voyagé 

découvertes. On campa fur les neuf heures ail 
deiïous de Baibout dans la plaine , le long d'une 
petite rivière. Baibout cft une petite ville trcs- 
forte par fa fituation fur une roche fort efcarpée, 
On fit courir le bruit que le Pacha y féjourncroit 
cinq ou fix jours pour tenir les Grands-jours , 
& l'on y amena des prifonnters de planeurs en- 
droits ; ainfi nous parlâmes le refte de la jour- 
née à courir pour chercher des Plantes : mais 
nous fumes trompez , car il fallut partir un jour 
après fans pouvoir monter à la ville. Peut-être 
que nous y aurions trouvé quelques reftes d'an- 
tiquité , ou quelques inferiptions qui nous eul- 
feu fait connoîtrefon ancien nom. Suivant fa 
fituation , elle paroît marquée dans nos Cartes 
fous le nom de Leontopolis & fuflinianopolis , qui 
avoit été nommée Byz.ane ou Bazane. Nous fu- 
mes aufîi furpris que chagrins d'entendre la cha- 
made qui nous avcrtifToit qu'ii falloit monter à 
cheval. Voici une des plus belles Plantes qui 
nailfe autour de Baibout , & qui ne contribua 
pas peu à nous confoler de nôtre départ précis 
pué. 

C'eft un Duiflbn d'un pied de hauteur fculc- 

ou trois pieds , touffu & tout- à-fait femblable à 
la Tragacantha. Ses tiges vers le bas font groifes 
comme le pouce , blanches en dedans , couver- 
tes d'une écorce noirâtre , gercées , tortues dan* 
la fuite , divifées en plusieurs branches nues & 
partagées en vieux brins épineux & fecs. Les 
lommicez de ces brins foùtiennenr de jeunes jets 
tortus & brauchus , terminez en piquants vert- 
pâle , garnis de feuilles rangées fur une côte lon- 
gue de 5?. ou 10. lignes, fur laquelle on compte 
ordinairement 




f 



Onohryckif OrierS 
Tragaca.nthce fa. 



du Levant. Lettre XV II I. 97 
drdinàirerhent.deux ou trois paires de feuilles op- 
pofées vis-à-vis , longues de 4. ou 5. lignes fur 
moins d'une ligne de large, pointues par les deux 
bbuts,un peu pliccs en cornière. La côte fe termi- 
ne par une femblablé feuille. Le haut des piquants 
fondent une ou deux fleurs légumineufes , pur- 
purines , rayées , avec un étendait velu , relevé, 
long d'environ 9. lignes fur trois lignes de lar- 
geur j échancré & même denté. Les aîles & la 
feuille inférieure font plus pâles & plus petites. 
Le pittile devient un fruit femblablc à celui de 
nôtre Sainfoin , mais il eft litie , & nous ne l'a- 
vons pas vu dans fa maturité. Le calice eft rou- 
geatre ^ long de deux lignes , découpé en cinq 
pointes. Les feuilles font d'un goût d'herbe un 

Nous fûmes, donc obligez de quitter Baibout 
le 11. Juin. On nous aflura que le Pacha avoir, 
fait grâce à tous les prifonniers. Plusieurs de nos 
Caravaniers louoicnt fa clémence ; quelques- 
autres le blâmoienr de n'avoir pas fait d'exem- 
ple. On fit palier en revue ces feelerats j dont la 
plupart avoient au moins mérité la rolie , à en 
juger par leur mauvaife mine. Nous impofàmes 
ce jour-là le nom à une des plus belles plantes 
que le Levant produife ; & parce que M r Gnn- 
delfchcimer la découvrit le premier , on convint: 
que par reconnoilfance elle devoir porter fon 
nom. Malheureufcment nous n'avions que de 
l'eau pour célébrer la fête , mais cela convenoic 

que dans des lieux fecs & pierreux. La mufîque 
du Pacha ne s'éveilla que dans ce temps-là, ce 
que nous prîmes pour un bon augure ; cepen- 
dant nous eûmes beaucoup de peine a trouver un 
Tom III. G 



2$ Voyage 

nom tatîn qui répondît à celui de ce galant hom- 
me, ïl fut enfin conclu que la Plante s'appelle- 
ioit Gmàdla. 

La tige de cette plante eft Haute d'un pied , 
épaiife de cinq ou fix lignes , iifTe , vert-gai 3 rou- 
geâtré en quelques endroits , dure , ferme , br; 



, accompag 



: de feuilles a{fez femblable: 



s de 1 J 'Ach.vite ■p:;-:c->.f: : découpées jufques 
vers la côte 3 Se recoupées eh plufîcurs pointes , 
garnies de piquants très-fermes, Les plus grands 
de ces piquants ont demi pied ou huit pouces de 
largeur , fur environ un pied de long. La côte 
eft purpurine , la nerveure veiné , blanchâtre , 
relevée , cotoneufe , le fond des feuilles vert-gai, 
leur confiftance dure & ferme ; elles diminuent 
jufques au bout des branches lefquelles quelque- 
fois font couvertes d'un petit duvet. Toutes ces 
parties foûtiennent des chapiteaux femblabies à 
ceux du Chardon h Bonnetier , longs de deux pou- 
ces & demi , fur un pouce & demi de diamètre , 
environnez à leur bafe d'un rang de feuilles de 
même figure. & tiiïure que le bas , mais de la 
longueur feulement de deux ponces. Chaque 
chapiteau eft à plufieurs écailles longues de^ fept 
au huit lignes , creufes & piquantes , parmi lef- 
quelles font enchalfczles embrions des fruits ; ils 
font d'environ cinq lignes de long, vert- pâle, 
pointus en bas , épais d'environ 4. lignes, rele- 
vez de quatre coins , creufez à leur iommité de 
cinq folies Ou chatons à bords dentez , de chacun 
defquels fort une Heur d'une feule pièce longue 
de demi pouce. C'eft un tuyau blanchâtre ou 
purpurin.clair, évafé jufques à une ligne &demi 
de diamètre, fendu en cinq pointes purpurin-fale, 
cfquellcs bien loin de s'écarter en pavillon d'en- 



Tcmt .3 -paÇ- 98 '. 




Qundeisa Orien**, , 

.folio, Cavité ff{a,bro&orott 



Du Levant. Lettre XVIII. 99 
ronnoir , fe rapprochent plutôt \ le dedans de la 
fleur efl: d'un purpurin plus agréable. De fes 
parois fe détachent cinq filets ou piliers qui fou- 
tîennent une gaine jaunâtre , rayée de purpurin, 
furmontée par un filût jaune & poudreux. Ce 
qui fait voir que ces fleurs font de vrais fleu- 
rons qui portent chacun fur une jeune graine 
enfermée dans les embuions des fruits ; & ces 
embrions font dîvifez en autant de capfules 
ou loges qu'il y a de fleurons. La plùparc 
de ces embrions avortent , excepté celui dd 
milieu , qui preftant les autres les fait périr. 
Toute la plante rend du lait fort doux , lequel 
le grumele en grains de maltic comme celui de la 
Carl'we de Columna. La Gtwdelia varie , il y 
en a des pieds à telles velues &C à fleurs rouge- 
brun. 

On partit ce jour-là fur les huit heures du ma- 
tin , nous parlâmes par des vallées étroites , in- 
cultes , fans bois , & qui n'infpiroienr, que de 
la triftelfe. On campa fur le midi , & nous n'eû- 
mes d'autre plaiur que celui de déterminer en- 
core un nouveau genre de plante lequel fût nom- 
mé Ve[ica,U , à caufe de fon fruit. C'en: une 
vefïie longue d'un pouce de prefqueaufli large, 

gueur par quatre cordons tirans fur le purpurin , 
qui par leur réunion viennent former une petite 
pointe au bout de la veille s eV: qui diftribuent en 
partant des vaiifeaux entrelaflez en manière de 
raizeau. Ce fruit renferme quelques graines ova- 
les , longues d'environ une ligne &: demi , atta- 
chées chacune par un cordon tres-mince qui 
part du gros cordon purpurin. La plupart de ces 
graines «oient encore vertes ou avortées. Ce 
G ij 



les jaunes difpofées en bouquet , foûtenu par une 
tige fans branches. Toute la plante n'a' qu'envi- 
ron 4. pouces de haut , fans compter la racine 
qui a deux pouces de long , rouflàtre 1 épaiffe de 
trois ou quatre lignes au collet , divïfce en quel- 
ques fibres peu chevelues. Elle pouffe pluficurs 
têtes garnies de feuilles difpofées en rond , fou- 
vent rabacucs en bas, longues de 9. ou 10. li- 
gnes , larges ordinairement d'une ligne , vert- 
gai , dentées proprement fur les bords à peu près 
comme celles de la Corhe de Cerf. Celles qui 
font le long des tiges n'ont qu'environ 5. ou 4. 
lignes de long fur deux lignes de large , & font 
prcfque fans denture. Elles diminuent jufqucs 
au haut de la tige , laquelle eft toute (impie & 
fans branches. Si la racine de cette plante croît 
charnue* , elle feroit de même genre que le Leon- 

Le iij Juin nous partîmes à trois heures dii 

midi : Quel plailir pour des gens comme nous qui 
ne foupirions qu'après des plantes , & à qui on 
donnoit tout un jour pour en chercher ? Nous- 
ne fîmes guercs plus de trois mille dans cette 
marche de trois heures , & fuivîmes toujours la 
même vallée , dans laquelle fer pente une rivière 
qu'il faut palier fept ou huit fois. Le lendemain 
nous ne fr.tlgàmes pas davantage , car on ne mar- 
cha que depuis deux heures & demi du matin 
jufqucs à fept j ce fut fur une montagne très- 
haute où l'on voit beaucoup de ces fortes de Pins 
qui font à Tarare auprès de Lyon. On voit aufli, 
iur celle dont nous parlons , une belle efpecc de 




Astrayalus Orientais, m*'- 
incanus, erectuJ ea» m - 

rùio OrrotLlrut.RtiUb^ 



du Levant. Lettre XP III. 101 
Cèdre qui fcnt aufïi mauvais que nôtre Sabine , 
& donc les feuilles lui relTemblent tout-à-fait ; 
mais c'efl: un grand arbre du port Ôc de la hau- 
teur de nos plus grands Cyprès. On nous fit par- 
tir ce jour-là , je ne fçai par quel caprice , à onze 
heures du foir , ôc nous arrivâmes le 14. Juin, 
fur les fept heures du matin , à un village ap- 
pelle lekmanfoHr. La Lune étoit fi belle cette 

fait que ronfler tout le jour , à fe mettre en che- 
min : Mais comment herborifer au clair de la 
Lune ? Nous ne laiflames pas pourtant de rem- 
plir nos facs ; nos marchand-s ne ceiïbienc de rire 
en nous voyant tous trois marcher à quatre pat- 
tes &: fourrager dans un pays fec & brûlé en ap- 
parence , mais enrichi pourtant de très-belles 
plantes. Quand le jour fut venu, nous fîmes la 
revue de nôtre moiflon , ôc nous nous trouvâmes 
ailez riches. Peut-on rien voir de plus beau ', en 
fait de plantes , qu'un Afiragnle de deux pieds 
de haut , chargé de fleurs depuis Le bas jufqucs à 
l'extrémité de (es tiges l 

Ces fleurs font grofles comme le petit doigt, 
canelées , fermes , foiides , vert-pâle , couvertes 
d'un duvet blanc , garnies de feuilles attachées 
lui- une côte d'un empan de long , vert- pâle audi, 
& velue , accompagnée de deux ailes à fa bafe, 
longues d'un pouce fur deux au trois lignes de 
largeur , terminées en pointe. Les feuilles font la 
plupart rangées par paires fur cette côte , &l'on 
y en compte jufques à 13. ou 14. paires. Les 
plus grandes , qui font vers les ailes , ont un 
pouce de long fur lept ou huit lignes de largeur*, 
prefque ovales , mais un peu plus étroites vers le 
haut , vert-brun , Hircs , couvâtes en deifus de 



10! V O Y A G I 

poils blancs, & ptiées ordinairement en gourié- 
re. Ltlcs diminuent jufques au bout de la côte 
ou elles n'ont que cinq ou fix pieds de long. La 
tige eu branchuë des le bas , mais enfuite eîle ne 
poulie des aillclles des cotes , que des pédicules 
longs d'environ deux ou trois pouces , chargez 
chacun de cinq ou fix fleurs , difperfées en long 
& loufcnuës par une queue longue de deux li- 
gues ; laquelle fort de l'aiflclle d'une feuille allez 
petite , très- délice & fort velue'. Toutes ces 
fleurs font jaunes, longues de 15. lignes , avec 
un étendart relevé , échancré , prefque ovale , 
large de 7. ou 8. lignes. Les ailes & la feuille 
: font beaucoup plus petites. Le calice a 



*nes de 



ng , vert-palc 



large d'environ 5. lignes , parfemé de poils blancs 
& découpé en cinq pointes très- menues. Le pifti- 
le efl un bouton piramidal épais de deux lignes, 
blanc & velu , terminé par un filet blanc-falc , 
enveloppe dans une gaine membraneufe blanche, 
frangée en «aminés à fommets purpurins. Le 
piftile devient un fruit long d'un pouce, épais 
de 8. ou 9. lignes , terminé par une pointe lon- 
gue de 4. ou 5. lignes. Ce fruit eft arrondi fui le 
dos , plat & alloué de Vautre côté • cotoneux , 
divifé en deux loges , dont les parois font char- 
nus, épais de trois lignes lorfque le fruit eft en- 
core vert. On trouve dans chaque loge un rang 
de 5. ou 6. femences de la forme d'un petit rein, 
attachées chacune par un cordon. Dans leur ma- 
turité ces graines (ont brunes de même que le 
fruit. Toute la plante fent mauvais. Eile a levé 
de graincdanslc fardiu Roval ou clic le porte 
bien, malgré l'éloignemcnç '& la dirrcLxnc «kl 



du Levant. UnrtXVIU. 105 
Nous découvrîmes ce jour-là pour la première 
fois , une trcs-bcllc cfpece de Toute-Bonne , dont 
je n'avois vu que des avortons il y avoit quelques 
années , dans le Jardin de Lcydcn. M r Hennans 
Profclleurdc Botanique en l'Univerfité de ladite 
ville , tres-habile homme , & qui avoit obfervc 
delî belles plantes dans les Indes Orientales , a 
donne la figure de celle dont nous parlons. Il 
fcmblc que Runvolf ', Médecin d'Ausbourg , en 
ait fait mention dans la Relation de fort Voyage 
du Levant , fous le nom de Belle effece d'Or- 
min a feuilles étroites , velues & découpées pro- 
fondément. 

La racine de cette plante pique en fond , lon- 
gue d'un pied , grolle au colict deux fois comme 
le pouce , blanche en dedans , couverte d'une 
écorce-rouge-orangé ou couleur de Safran. Le 
nerf de cette racine cft dur ce blanc , les fibres 
font aOez grortes & s'étendent fut les cotez. Elle 
poulie une ou deux tiges hautes d'un pied Se demi, 
grolfes vers le bas comme le petit doigt, purpu- 
rines , couvertes d'un gros duvet blanc , accom- 
pli ;necs de feuilles d'une propreté qui fait plaii-j-, 
longues de huit ou neuf pouces , découpées juf- 
ques vers la côte en parties longues de deux ou 
trois pouces fur demi pouce de largeur 3 relevées 
de grottes bofTcs toutes chagrinées , vert-blan- 
châtre. La côte & la nerveure font comme tran- 
iparantes \ cette cote a deux pouces de large à fa 
naitTance , purpurine en quelques endroits, char- 
gée d'un duvet rres-blanc , de même que le def- 
fous des feuilles. Celles qui viennent enluitc font 
aufli longues & embraifent une partie de la tige 
par deux ailes arrondies , mais elles diminuent 
de leur longueur vers le milieu de la tige oùcllci 
G iiij 



104 V O Y A G ? 

font larges de deux pouces. Enfuite les tiges de- 
viennent toutes branchuës > arrondies , & touf- 
fues , accompagnées de feuilles longues d'envi- 
ron un pouce > coupées , pour ainfi dire , en ar- 
cade gorhique , dont la pointe eft fort aiguë; 
ces feuilles ne font pas bolîelées , mais veinées 
feulement & velues. Les fleurs naiflent par an- 
neaux & par étages le long des branches, difpo- 
fées à (impie rangi Quelquefois même il n'y a 
qu'une ou deux rieurs à chaque verticille. La 
fleur eft longue d'environ un pouce , épaifte d'une 
ligne & demi à fa naiflance , blanche , évafée en 
deux lèvres dont la fupérieure eft courbée en fau- 
cille, large de deux lignes , parfemée de poils fort 
courts,colorée d'un petit œil citron , prefque im- 
perceptible , échancrée & arrondie; la lèvre infé- 
rieure eft beaucoup plus courte , diviféeen trois 
parties dont la moyenne , qui eft la plus grande , 
eft jaune-citron ; les deux autres parties font blan- 
ches & relevées en manière d'oreilles. Les eta- 
mines font de même couleur , & entrclaflces 
comme les divifions de \'0s Hyoide: Le pîftUe eft 
à 4. embrionsfurmonté par un filet violet, & 
fourchu à fa pointe , lequel fe courbant dans la 
faucille déborde de trois ou quatre lignes. L e 
calice eft long de demi pouce , rayé , vert-pâle » 
velu , partagé en deux lèvres , dont l'une a.trois 
pointes aflèz courtes , & l'autre en a deux feule- 
ment , mais beaucoup plus longues. Le haut des 
tiges eft un peu gluant & fent mauvais. La racine 
de cette planté eft amerc. Les feuilles ont un goût 
d'herbe 8c fentent le bouquin , comme la Toute- 
Bonne Ordinaire. " ' * • 

Il faut avouer , M f o r , que l'érudition eft d'un 
grand fecours pour allonger des Lettres. Le pays 
où nous, fomrhts fourmroit beaucoup de matière 



du Levant, lettre XVIII. 105 

à un plus habile homme que moi. Combien de 
glandes armées ont dû palier par ici ? Peut-être 
que Lucullus , Pompée & Mithridate y rccon- 
noîtroient encore les reftes de leurs camps. Enfin 
nous Tommes dans la grande Arménie ou Turco- 



ç. Les Romains Ôc les Perfe: 



proté- 



gé les Roys en differens temps. Les Sarrafms l'ont 
pofledée à leur tour. Quelques-uns croyent que 
Selim l'ajouta à Tes conquêtes après (on retour de 
Perfe , où il venoit de gagner cette fameufe ba- 
taille contre le' grand Sophi lfmae'1. Sanfovm 
convient que du temps de Selim qui mourut en 
15 zo, il y ayoit un Roy de la grande, & un 
autre Roy de la petite Arménie appelle Aladoli. 
Selim fit trancher la tête au Roy d J Aladoli , & 
l'envoya à Venife pour marque de la victoire 
qu'il venoit de remporter en Levant. Il y a beau- 
coup d'apparence que les Turcs fe faiiîrent en 
même temps de la grande Arménie 3 afin de pou- 
voir palier en Perfe fur leurs propres terres , fans 
fe fier aux Princes voifins. Quoiqu'il en (bit, 
l' Arménie ne tarda pas de tomber fous la domi- 
nation des Turcs , car les Annales Turques , ci- 
tées par Calvifius , marquent que Selim fils de 
Selim 3 conquit l'Arménie en 1-511. 

On nous fit partir le 14. Juin à deux heures 
après minuit , & nous marchâmes jufques à fept 
heures dans des prairies fertiles , femées de tou- 
tes fortes de grains. On campa tout proche du 
pont d'EUja fur une des branches de l'Euphratc , 
à fix milles de la ville & Ar^eron ou d'Ar^erum , 
que d'autres appellent Erzeron , quoique Arze- 
rumloit le vrai nom de cette ville , comme je le 
dirai plus bas. £lija n'eft qu'un méchant village 
don: les maifems font tout-à-ïait écrafées , moitié 



ïo6 Voyage 

enterrées , bâties de boue ; mais le Bain qui eft 
auprès du village rend ce lieu recommandable. 
Les Turcs l'appellent le Bain à' Arz.erum. Le 
bâtiment eft allez propre , odtogone , voûté & 
percé en deilus. Le bafîin qui eft de la même fi- 
gure , c'eft à dire à huit pans , poufte deux bouil- 
lons d'eau prefque auffi gros que le corps d'un 
homme ; cette eau eft douce Ôc d'une chaleur 
Fuppfrtable. Dieu fçait comme les Turcs y cou- 
rent • ils viennent d'Erzeron s'y baigner , & la 
moitié de flôtre Caravane ne lailîà pas échapper 
une fi belle occafion. 

Le lendemain nous arrivâmes à Erzeron. a 
C J eft une allez grande ville à cinq journées de la 
mer Noire , & à dix de la frontière de Pede. 
Erzeron eft bâti dan* une belle plaine au pied 
d'une chaîne de montagnes qui empêchent l J Eu- 
phrate de fe rendre dans la mer Noire , & l'obli- 
gent de fe tourner du côte du Midi. Les collines 
qui bordent cette plaine étoient encore couvertes 
de neige en plufieurs endroits. On nous alïiua 
même qu'il y en étoit tombé le premier jour de 
Juin , & nous étions fort fuipris d'avoir les 
mains engourdies jufqu'à ne pouvoir écrire fur 
le point du jour : cet engoiirditlement duroit en- 
core une heure après le foleil levé , quoique les 
nuits y fuilent allez douces & les chaleurs incom- 
modes depuis les dix heures du matin jufques à 
quatre heures après midi. La plaine d'Erzeron eft 
fertile en toutes fortes de grains. Le bled y ctoit 
moins avancé qu'à Paris , & n'avoit pas deux 
pieds de haut , auffi n'y fait-on la récolte qu'en 
Septembre. Je ne fuis pas furpris de ce que Lu- 
cullus trouva ctrtngc que les champs fulTenc 



du Levant. Lettre XVII I. }o 7 

noie d'Italie où la moiflon ell faite dans ce temps- 
ià.Il fut encore bien pins étonné de voir de la gla- 
ce dans l'Equinoxe d'Automne ; d'apprendre que 
ics eaux par leur froideur faifoient mourir les 
chevaux de fon armée ; qu'il falloic carter la gl a : 
ce pour palier les rivières , & que fes foldats 
étoient forcez décamper parmi la neige qui ne 
cellbit de tomber. Alexandre Severe ne fut pas 
plus facisfait de ce pays-ci. Zonare remarque 
que fon armée reparlant par l'Arménie fut fi 
maltraitée du froid exceflif qui s'y faifoit fentir , 
qu'on fut obligé de couper les mains & les pieds 
à plufieurs foldats que l'on trouvoit à demi gelez 
fur les chemins. 

Outre la rigueur des Hivers, ce qu'il y a de 
plus fâcheux à Erzeron , c'en, que le bois y eft 
rare & fort cher. On n'y connoît que le bois de 
Pin que l'on va chercher à deux ou trois jour- 
nées de la ville , tout le refte du pays ell décou- 
vert. On n'y voit ni arbres ni builïbns , & l'on 
n'y brûle communément que de la bouze de va- 
che dont on fait des mottes , mais elles ne va- 
lent pas celles des tanneurs dont on fe fert à 
Paris , encore moins celles du marc des olives 
que l'on prépare en Provence. Je ne doute pas 
que l'on ne trouvât de la houille fi l'on vouloir 
fc donner la peine de fouiller les terres. C'eft un 
pays où les minéraux ne manquent pas , mais ils 

s'imaginer quel horrible parfum fait cette bouze 
dans des maifons qu'on ne peut comparer qu'à 
des renardières , & fur tout les maifons de la 
campagne. Tout ce qu'on y mange fent la fu- 
ii-ée i leur crème feroit admirable fans cette caÊ 



folette , & l'on feroit fort bonne chère û l'on 

de boucherie qui y eft fort bonne. 

Les fruits qu'on y apporte de Géorgie font ex- 
cellens. C'eft un pays plus chaud & moins tardif 
qui produit en abondance des Poires , des Pru- 
nes , des Cerifes , des Melons. Les collines voi- 
jïnes fournirent à Erzeronde très-belles fources, 
lesquelles non feulement arrofent la campagne , 
mais encore les rues de la ville. Ceft un grand 
avantage pour les étrangers que les eaux ioient 
bonnes , car on y boit le plus déteftable vin du 
inonde. On fe confoleroit de toutes les glaces & 
de tous les frimats & on compteroit la fumée 
pour rien , h* Ton trouvojt du vin paflable ; mais 
il eft puant, moilî , aigre, pourri ; le vin de 
Bric y palferoit pour du ne6tar ■> l'eau de vie ne 
vaut pas mieux , elle eft chancie ôc amere , encore 
encoute-t-il bien des foins & de l'argent pour 
avoir ces boiiTons déteftables. Les Turcs y affec- 
tent plus de fevéritc qu'autre part , & k font un 
çlaifir dç furprendre & de bâtonner ceux qui 
font ce commerce : franchement ils n'ont pas trop 
de tort , car c'eft rendre un grand fervice au pu- 
blic que d'empêcher le débit d'aufîi mauvailcs 
drogues. 

La ville d'Erzeron vaut mieux que celle de 
Trebifonde j l'enceinte de cette première piacc 
eft à doubles murailles défendues par des tours 
quarrées ou pentagones , mais les foflez ne font 
ni profonds ni bien entretenus. Le Bcglierbey ou 
le Pacha de la Province , eft logé dans un vieux 
Serrail fort mal entendu. Le Janiflake Aga & 
tient dans une efpece de Fort au haut de la ville, 
(^iiand ie Pacha ou les perfonnes les plus conh- 



DT7 Lïvant, Lettre XV III. 109 
Jetables du pays vont dans ce Fore , c'en: pour y 
laitier leurs telles. Le Janiflaire les fait avertir 
de s'y rendre par Ordre du Grand Seigneur : le 
Capigi arrivé de la Cour leur montre fes ordres 
oc Jes exécute fans autre cérémonie. On croit 
qu'il y a dix huit mille Turcs dans Erzeron, lîx 
milles Arméniens , & quatre cens Grecs; On 
eftime qu'il y a foixante mille Arméniens dans la 
Province , Se dix mille Grecs. Les Turcs qui 
font dans Erzeron font prcfque tous Janiifaires ; 
on y en compte environ douze mille , 8c plus de 
cinquante mille dans le refte de la Province. Ce 
font prcfque tous gens de métier , qui la plupart 
donnent de l'argent au Janiifaire Aga bien loin 
d'en retirer ; cela s'appelle achetter le privilège 
de ne rien valoir & de commttre toutes fortes 
d'infolenccs. Les plus honnêtes gens font obligez 
de s'engager dans ce corps , parce qu'outre qu'ils 
ne feroient pas bien venus du Commandant qui 
eft prcfque abfoki dans la ville , ils fe trouve- 
roient tous les jours expofez aux violences de 
leurs voilîns & n'auroient aucune juftice des Offi- 
ciers. Le Grand Seigneur ne donne par jour aux 
véritables Janiifaires du pays , que depuis cinq 
âpres jufqu'a vingt ; l'Aga profite de cet argent. 

Les Arméniens ont un Evêque & deux Eglife* 
dans Erzeron. Ils ont quelques Monafteres à la 
campagne, comme le grand Couvent & le C»«- 
vera rouge, Us reconnoilfent tous le Patriarche 
d'Erivan. Pour les Grecs , ils ont aufli leur Evê- 
que dans la ville , mais ils n'y ont qu'une Eglif» 
qui eft fort pauvre. Ils font prefque tous Chau- 
deronniers & occupent le fauxbourg où ils tra- 
vaillent à mettre en vahlelle le cuivre qu'on y 
apporte des montagnes voifincs. Ces pauvres gens 



V O Y A G S 

font un tintamarre horrible jour Se nuit , car ils 



:elfent de forger , & les Tu 



trop 



la tranquilité pour fouffrir qu'on 
dans la ville. Outre cette vaiflelle que l'on eranf-. 
porte en Turquie, en Perfe &c même chez le 
Mogoi , on fait un grand commerce à Erzeron 
de fourrures & fur tout de celles de fardava ou 
Zerdava , ce font des peaux d'une efpece de Mar- 

plus foncées font les plus eftimées ; on compofe 
les plus pretieufes fourrures avec les feules queues* 
à caufe qu'elles tirent fur le noir , c'eft ce qui 
les rend li cherès , car il faut bien aflèmbler des 
queues de ces animaux pour en doubler une vefte. 
On apporte auflî à Erzeron beaucoup de Gales de 
cinq ou fix journées de la ville , & Ton y confer- 
ve les Chefnes avec foin par ordre du Fâcha ; le 
bois feroit d'ailleurs trop cher fi on l'y apportoit 
pour brûler. 

Cette ville eft le partage & le repofoir de toutes 
les marchandées des Indes , fur tout lorfque les' 
Arabes courent autour d'Alep & de Bagdat. Ces 
marchandifes dont les principales lont la foye de 
Perfe , le Coton , les Drogues , les Toiles pein- 
tes , ne font que palTer en Arménie. On y en 
vend très- peu en détail 3 &c l'on lailferoit mou- 
rir un malade faute d'un gros de Rhubarbe , 
quoiqu'il y en eût plusieurs balles toutes entiè- 
res. On n'y débite que le Caviar , qui eft un 
ragoût déteftablc. C'eft un proverbe dans le pays, 
que fi l'on vouloit donner à déjeûner au diable , 
il faudroic le régaler avec du CafFé fans fucre , 
du Caviar & du Tabac ; je voudrais y ajouter du 
vin d'Erzeron. Le Caviar n'eft autre chofe que 
les œufs falcz des Eftargcons que l'on préparc 



du Liv Aht. Lettre XVIIL tit 
autour de la mer Cafpierme. Ce ragoût brûle la 
bouche par fon fel , & empoifonne le nez par fon 
odeur. Les autres marchandifes dont on vient 
de parler , font portées à Trcbifonde où on les 
embarque pour Conftantinople. Nous fumes fur- 
pris de voir arriver à Erzeron une fi grande quan- 
tité de Garance , qu'ils appellent Bo'ia : elle vient 
de Perfe ; & fert pour les teintures des cuirs &c 
des toiles. La Rhubarbe y eft apportée du pays 
d'Usbeq en Tartarie. La Semencine ou la Graine 
aux vers vient du Mogol. Il y a des Caravaniers 
qui de père en fils ne fe mêlent que de voiturer 
les drogues , & qui croiroient dégénérer s'ils fe 
chargeoient d'autres marchandifes. 

Le Gouvernement d'Erzeron rend trois cens 
bourfes par an au Pacha , que nous appellerons 
dans la fuite le Beglierbey ou le Vkeroy de la 
Province , pour le diftinguer des autres Pachas 
du pays qui font fous fes ordres. Chaque bourfe 
eft de 500. écus , de même que dans tout le refte 
de la Turquie ; ainfi ces trois cens bourfes font 
cent cinquante mille écus. Elles fe prennent. i°. 
fur les marchandifes qui entrent dans la Provin- 
ce , ou qui en forcent ; la plupart payent trois 
pour cent , quelquefois le double. On exige de 
gros droits pour les efpcces d'or & d'argent. La 
loye de Perle Charbafi qui eft la plus fine , &C 
l'Ardachi qui eft la plus grofliére , payent So. 
écus par charge de Chameau , qui eft du poids 
fie 800. jufqucs à ioco. livres. z°. Le Beg- 
lierbey difpofe de toutes les Charges des villes 
de la Province ; ces Charges s'afferment fuivanc 
l'ufage du pays , & fe donnent au plus offrant SC 
dernier encherineur , comme par tout ailleurs. 
3 °. Excepté les Turcs , tous ceux qui dohem 



îl* V O ? A G £ 

fortir de la Province pour aller en Perfe , fonr 
obligez de payet dans Erzeron au moins cinq 
ccus , quoiqu'ils n'ayent point de marchàndi- 
fes ; e'eft comme Une efpèce de càpiradon qu'ori 
Jeur irrtpore. Ceux qui ne portent de l'or & de 
l'argent que pour les frais de leur voyage , doi- 
vent cinq pour cent fur la fortune donc ils font 
porteurs. 

Nôtre Beglierbey à fou arrivée abolit la plu- 
part de ces droits , parce qu'il les jugea tyrannî- 
ques ; peut-être que fou fucceiTcur les a rétablis 
ou augmeutez depuis fon départ. Outre ces taxes, 1 
avant l'arrivée de Cuperli on exigeoit de tous les 
étrangers la Capitatioil ordinaire, de quelque 
nation qu'ils fulïent j Iorfqu'ils entroient dans" 
Erzeron , & cette Capitation était réglée fur i'ef- 
timation que les Turcs faifoient de chaque per- 
fonne. Celui-ci , difcient-ils , doit payer dix écus 
fur fa bonne mine ; l'autre qui n'a pas beaucoup 
de hardes n'en payera que cinq. On rançonnoit 
impunément les pauvres étrangers , & les Mil- 
lionnaires étoient les plus maltraitez : pour ne pas" 
s'y tromper , on comme nçoit par découvrir la tê- 
te des paifans pour voir s'ils étoient tonfuiez , en 
forte que ces hommes Apoftoiiqucs deftinez pour 
les pays étrangers , étoient fouvent obligez de 
laitier partir leur Caravane pour tâcher d'obte- 
nir quelque modération , ou pour attendre quel- 
que gros marchand Arménien ou Franc qui eût 
la charité de payer pour eux. On ne (çaùroit 
avoir de juftice fur les frontières d'un fi grand 
Empire , lorfque tes Commandans authorifent 
les vexations , Se ces gens-là ne "les authorifenc 
que parce qu'ils en profitent. Quand on part de 
Conftantinople pour la Perfe , la meilleure pre> 
caution 



&u Levant. Lettré XVHL iij 

caution qu v on puiffe prendre , n'eft pas feulement 
d'obtenir un Commandement de la Porte i mais 
encore des Lettres de recommandation de nôtre 
AmbalTadeur pour les Beglierbeys des frontières 
par où Ton doit palFer. Les Religieux Italiens 
font trop circonfpeds pour manquer à fe mettre 
fous la protection de nôtre Ambassadeur, Le Roy 
de France eft bien plus connu Se plus eftimé des 
Mufulmans , que le Saint Père qu'ils appellent 
lïmplement le Moufti de Rome. 

Les Millionnaires ont beaucoup gagné à la 
mort de Fafullah-Effendi , Moufti de Confranti- 
nople , qui fut traîné dans les rués à Andrinople 
fous le règne précèdent. Il avoir part , difoit-ou; 
à tontes les extorfions qui fe faifoient dans là 
Province d'Erzeron d'où il étoit natif , 5c où il 
poflèdoit des biens immenfes. Cet homme infa- 
riable qui étoit le maîrre abfolu de l'Empereur 
Muftapha , s'étoit déclaré ouvertement contre 
tous les Religieux , & fur tout contre les Jefui- 
tes. On ne manqua pas de s'informer Ci nous 
étions Papas , c'eft à dire Prêtres , mais ce ne fut 
que pour la forme ; car outre que le Beglierbey 
nous honoroit de fa protection i nous n'étions 
pas certainement tonfurez. 

La Province d'Erzeron rend en argent plus de 
600. bourfes au Grand Seigneur. Outre les 300. 
bourfes du Carach que l'on exige des Arméniens 
& des Grecs , il retire encore fix pour cent des 
marchandises de la Doùanne. Ainiï tout compte 
fait , ces marchandifes payent neuf pour cent ,' 
içavoir fix au Grand Seigneur & trois au Beglier^- 
bey. Le Grand Seigneur jouit aufll du droit de 
Beldargi ou Taille réelle que payent les bien pot» 
fedez par les Spahis. 

Tome III. H 



II4 Voyage 

La ville d'Erzcron n'eft pas fui: l'Euphrate^ 
comme les Géographes la placent ; mais plutôt 
dans une prefqù'lile formée par les four ces de 
cette fameufe rivière. La première de ces four- 
ces coule à une journée de la ville , &c l'autre à 
une journée & demi ou deux. Les fources de 
l'Euphrate font du coté du Levant dans des mon- 
tagnes moins élevées que les Alpes , mais cou- 
La plaine d'Erzcron ci- Jonc renfermée dans deux 
beaux ruilieaux qui forment l'Euphrate. Le pre- 
mier coule du Levant au Midi , & pallant par 
derrière les montagnes , au pied defquelles la 
ville eft fituée , va fe rendre vers le Midi à une 
bourgade appel! ée Mornmacotum. L'autre ruif- 
feau après avoir coulé quelque temps vers le 
Nord , pareil à peu près à celui des Gobelins , 
vient palier fous le Pont d'Elija , d'où coulant 
vers le Couchant , le long du chemin de Tocat , 
U eft obligé par la difpofition des lieux de fe tour- 
ner vers le Midi à Mornmacotum , où il fe joint 
à l'autre branche qui eft bien plus confidérable. 
Ces deux branches s'appellent Frat du même 
nom que la rivière qu'elles forment. Après leur 
jonction , qui eft à trois journées d'Erzeron , le 
Frat commence à porter de petites Sa'iqucs, mais 
fon lit eft plein de rochers & l'on ne fauroit éta- 
blir de route par eau , pour defeendre d'Erzeron 
à Alep , fans rendre cette rivière navigable. Les 
Turcs laitfent le monde comme il eft & les mar- 
chands font comme ils l'entendent. Cependant 
la voye de la rivière feroit la plus courte cv la plus 
feurc , car les Caravanes font 55. jours en che- 
min d'Erzeron à Alep , Se la route eft fort dan- 
gereufe à caufe des voleurs qui dépouillent les 
marchands jufques aux portes des villes. 



eut LbVàht. Lettre XFÎÏt ii$ 
Les voleurs de nuit font quelquefois pi us à 
craindre que ceux qui volent le jour. Si l'on ne 
fait bonne garde dans les tentes , ils viennent 
tout doucement & fans bruit pendant que l'on 
repofe & tirent des balots de marchandifes avec 
des crochets , fans qu'on s'en apperçoive : fi les 
balots font attachez ou comme enchaînez avec des 
cordes , ils ne manquent pas de bons rafbirs pour 
les couper. Quelquefois ils les vuident à quelques 
pas des tentes , mais quand ils découvrent qu'il 
y a du Mufc , alors ils les emportent & ne laiflTene 
que la coque du balot. Quand on part avant le 
jour , comme c eft l'ordinaire , les voleurs fe mê- 
lent avec les voituriers & détournent fouvent des 
mulets chargez de Marchandifes , qu'ils dépa'ifent 
à la faveur des ténèbres. Ils ne s'attaquent pas à la 
pire , car ils connoiflent les balots de foye aufli- 
bien que les marchands. Il part , toutes les fe- 
maines , des Caravanes d'Erzeron pour Gangel •> 
Tejiis , Taurîs , Trebifonde > Toc ut * ÔC pour Aie fi 
Les CUrdes ou peuples du Curdiftan s qui dépen- 
dent à ce qu'on prétend des anciens Caldéens j 
tiennent la campagne autour d'Erzeron, jufques àt 
ce que les grandes neiges les obligent à fe retirer j 
& (ont à l'affût pour piller ces pauvres Carava- 
niers; Ce font de ces Jafides errans qui n'ont point 
de religion , mais qui par tradition croyent eit 
3*fid oU Jefus t & ils craignent fi fort le diable i 
qu'ils le refpeclcnt de peur qu'il ne leur falTe dii 
mal. Ces malheureux s'étendent tous les ans de- 
puis Monfoul ou la Nouvelle Ninive jufques aui 
fources de l'Euphrate. Ils ne reconnoiffent aucuri 
maître , & les Turcs rie les punifîèmrpas , mémo 
lorfqu'ils font arrêtez pour meurtre ou pour vol § 
ils £ contentent de leur faire rachetter leur *i* 
H ij 



ii<j Voyage 

poar de l'argent & tout s'accommode aux dépens 
de ceux qui ont été volez. Il arrive même fouvent 
que l'on traite avec les voleurs qui attaquent une 
Caravane , fur tout lorfqu'ils font les plus forts, 

alors pour une fomme d'argent , &c c'cft le meil- 
leur parti qu'on piiïfle prendre. Il faut que cha- 
cun vive de fon métier : pourveû qu'il n'y ait per- 
fonne de tué ou de bielle, ne vaut-il pas mieux 
vuider fa bourte que de verfer fon fang ? il n'en 
coûte quelquefois que deux ou trois écus par cef- 

que de rençonner les plus foibles , parce que ne 
trouvant pas aifément à qui vendre les marchan- 
difes , ils en font tres-fouvent embarraifez. Pre- 
fentement toutes les Caravanes du Levant paf- 
fent par Erzeron ; même celles qui font deftinées 
pour les Indes Orientales , parce que les che- 
mins d'Alep & de Bagdat , quoique plus courts , 
font occupez par les Arabes qui le font révol- 
tez contre les Turcs & rendus maîtres de la cam- 
pagne. 

Le 19. Juin nous partîmes à midi pour aller 
vifiter les montagnes qui font à l'Efl: de la ville. 
A peine la neige y étoit fondue , & nous campâ- 
mes fur les fix heures à 15. milles dans un pays, 
fi tardif que les plantes ne commençoient qu'à 
pouffer & les collines n'étoient encore couver- 
tes tiue de gazon ; il eft mal-aifé de rendre rai- 
fon de laparefle, s'il faut ainfi dire, de cette 
terre. Noos couchâmes fous nos tentes dans une 
vallée au milieu d'un hameau , dont les chau- 
mières font plus écartées les unes des autres qu e 
les Baftides de Marfeille, L'eau dans laquelle 
nous avions mis nos plantes pour les conkrvcr 



du Levant. Lettre XVI IL 117 
& pour les décrir<*k lendemain , fe gela la nuit 
de l'épaiffeur de deux lignes , quoiqu'elle fût a 
couvert dans un baiïîn de bois. Le lendemain 
20. Juin après avoir herborifé, quoique avec 
peu de profit à caufe du froid qui ne permettoit 
pas à la terre de pouffer , nous prîmes le parti de 
nous rapprocher d'Erzeron par une route différen- 
te de celle que nous avions tenue*. Nous allâmes 
donc voir un ancien Monaftere d'Arméniens , 
lequel n'eft qu'à une journée de cette ville , &c 
qui porte le nom de Saint Grégoire. Toute la 
campagne eft découverte , & l'on ne voit pas la 
moindre broffaille dans tout le terrein que la vue 
peut découvrir. Ce Monaftere eft alfez riche, mais 
j'aimerois autant habiter au pied du Mont Caû- 
cafe, car il ne fçauroit être plus froid. Je crois 
qu'outre le fel foiïile qui n'eft pas rare dans ces 
quartiers , la terre eft pleine de fel Ammoniac 
qui entretient les neiges , pendant dix mois de 
l'année , fur des collines à peu près femblables au 
Mont Valerien. Plufîeurs expériences font voir 
que le fel Ammoniac rend tres-froides les li- 
queurs où il eft diifous , & cela par fa partie fa- 
linc fixe , plutôt que par fa partie volatile , com- 
me il parole par la folution de la tête morte d'où 
. l'on a tiré l'cfprit & le fel volatile aromatique 
huileux ; car on fent un froid tres-confiderable, 
au milieu de l'Eté , en appliquant les mains au- 
tour de la cornue de verre dans laquelle on a fait 
la folution de cette tête morte. 

Nous allâmes coucher ce même jour à un au- 
tre Monaftere d'Arméniens , appelle le Monafiere 
Rouge parce que le dôme , qui eft fait en lanter- 
ne lourde , eft barbouillé de rouge -, je ne fçau- 
ïois trouver de comparaifon plus jufte , car le 
H iij 



comble de ce dôme aboutie en pointe , ou en 
cône gauderonné comme un parapluye à moitié 
ouvert. Ce couvent n'eft qu'à trois heures de che- 
min d'Erzeron , & l'Evêque , qui pafle pour le 
plus feavant homme qui foie parmi les Armé- 
niens * y fait fa refidence j ce n'eft pas beaucoup 
dire , car on ne fe pique guère de fçience en Ar- 
ménie ; mais comme on nous alfùra qu'il étoit 
fort bien venu parmi les Curdes qui étoient cam- 
pez félon leur coutume aux fources de l'Euplira- 
te , nous n'oubliâmes rien pour l'engager à venir 
s'y promener avec nous. On ne fçauroit faire ce 
voyage avec trop de précautions , car les Curdes 
font des animaux peu raifonnabîes ; ils ne recon- 
noiflent pas même les Turcs , & ils les dépouil- 
lent tout comme les autres lovfqu'ils en trouvent 
l'occafion. Enfin ces brigands n'obéffTent ni à 
Beglierbey ni à Pacha , & il faut avoir recours à 
leurs amis lorfqu'on veut avoir l'honneur de les 
voir , ou pour mieux dire le pays où ils fe trou- 
vent. Quand ils ont confommé les pâturages d'un 
quartier , ils vont camper dans un autre. Au lieu 
de s'appliquer à la feience des Aftres comme les 
Caldéens , de qui on les fait defeendre , ils ne 
cherchent qu'à piller , & fuivent les Caravanes à 
la pifte , pendant que leurs femmes s'occupent à 
faire du beurre , du fromage , à élever leurs en- 
fans , & à prendre foin de leurs troupeaux. 

Nous partîmes le n. Juin à trois heures du 
matin du Monaftere Rouge. La Caravane ne fut 
pas nombreufe , il falloit fe livrer à l'Evêque , 
ou renoncer à voir les fources de l'Euphrate ; 
«nais dans le fond , que rifquions-nous ? les Cur- 
des ne mangent pas les hommes , ils ne font que 
\çs dépouiller , & nous y avions fagement pourvu 



du Levant. Lettre XVI IL 



i prenant nos 



, nu-chants habit' 



craindre que le froid de la faim. Par 
rapport à l'Evêque , c'étoit un homme de bien 
qui n'auroit pas voulu nous expofer à montrer 
nos nuditez. Nous le priâmes de ferrer dans fa 
calfette quelques fequins que nous avions pris 
pour nôtre dépenfe. Nanti de notre bourfe , il 
fît faire les provifions dont nous avions befoin , 
& paroitîoit agir de bonne foy > bien informé 
d'ailleurs que nous étions fous la protection du 
Beglieibcy , de que nous étions connus dans la 
■ville pour fes Médecins. Nous avions donné des 
remèdes gratuitement à tous les cliens du Mo- 
naftere qui s'étoient addreffez à nous. Apres ces 
précautions nous nous abandonnâmes avec con- 
fiance à fa conduite. Il ie mit a la tête de la com- 
pagnie , parfaitement bien monté de même que 
trois de Ces domeftiques , de il nous fit donner 
de fort bons chevaux à nous de à notre fuite. A 
demi heure de là nous prîmes un vénérable vieil- 
lard de fes amis dans un allez joli village il tué 
fur cette branche de l'Euphrate , laquelle parte à 
Elija. On nous régala de quelques Truites que 
l'on pefeha fur le champ , de rien n'eft compara- 
ble à la bonté de ces poillôns lorfqu'on les mange 
fortant du riuiîeau , cuites dans de l'eau où l'on 
a jette une poignée de fel. Ce vieillard nous fit 
beaucoup d'honnêtetez , de après nous avoir fait 
promettre de guérir à nôtre retour un de fes 
amis 3 ( car c'étoit la le compliment ordinaire ) 
il nous fit alîurer qu'il parloit bien la langue des 
Curdes ; qu'il trouveroit de fes amis dans les mon- 
tagnes où nous aillons , de que nous n'avions 
npagn 



J'Euphrate ferpente parmi des Plantes mcrvcilleu- 
fes & nous fûmes charmez d'y trouver cette belle 
efpece de Pimprenelle à fleur rouge , qui fait un 
des principaux ornemens des jardins de Paris , & 
que l'on a apportée depuis long-temps de Canada 
en France. Ce qui nous fit plus de plaifir , c'efl: 
que les plantes y étoient avancées , & nous nous 
flations de les trouver en bon état dans les mon- 
tagnes j mais a mefure que nous montions , 
nous ne découvrions que peloufe Se neige. Les 
forefts en font bannies pour le refte des iîécles , 
cependant le payfage eft agréable , & les ruilleaux 
qui tombent de tous cotez font un fpectade di- 
vertiflant. On voit je ne fçai combien de fontai- 
nes fur le haut de ces montagnes ; les unes cou- 
lent tout Amplement , les autres bouillonnent 
dans de petits badins bordez de gazon. Nous choi- 
sîmes un des plus jolis gazons pour étendre nôtre 
nappe , & pour nous délafler avec du vin du 
Monaftere qui valoit mieux que tout le vin d'Er- 
zeron. Là revenus de la peur que ce nom de 
Çurdes n'avoit pas laifTé d'exciter en nous , nous 
puihons à pleines talfes dans les fourecs de l'Eu- 
phrate , dont notre nedtar temperoit la fraîcheur 
pxceflive. 

il n'y avoit qu'une chofe qui troubloït nos 
innocens plaifirs , c'eft que de temps en temps 
nous voyions venir à nous certains députez des 
Curdes,' qui s'avançpient à cheval la lance en 
arreft pour s'informer quelles gens nous étions. 
Je ne fçai même Ci la peur ou le vin n'en failoït 
pas paroùre deux pour un , car à melure que la 
peur s ; mparoit de nôtre aine , il falloir bien 
avoir recours au cordial. S'il eft permis de boire 
un peu plus qu'à l'ordinaire c'efl en pareille ren- 



du Levant. Lettre XV III. ijti 
contre , car fans cette précaution L'eau de l*Eu- 
phrate auroît achevé de glacer nos fens. Enfin 
comme il nous fembla que la dépuration aug- 
mentoir à vue d'œil , I'Evêque & le vieillard s'a- 
vancèrent à quelques pas , nous faifans figne de 
la main de refter où nous crions. Nous fûmes ra- 
vis d'être difpenfez d'aller faire la révérence à ces 
députez. Après les premiers compliments , qui 
ne furent pas bien longs , ils s'avancèrent tous 
cnfemble vers nous , &: commencèrent à raifon- 
ner fort gravement fur je ne fçai quelle matière. 
Comme les gens qui craignent s'imaginent tou- 
jours qu'on parle d'eux , & que d'ailleurs les 
Curdes nous honoroient de temps en temps de 
leurs regards, nous affections aulU beaucoup de 
gravité ; & ne doutant pas que i'Evêque ne leur 
dît que nous cherchions des Plantes > nous amak 
fions celles qui étoient fous nos yeux & faifions 
femblant de difeourir à leur lujet. Dans le fond 
nous parlions de la trifte fituation où nous nous 
trouvions , & nous nous expliquions en mauvais 
latin , de peur que nos Interprètes qui étoient 
faits à notre jargon n'y compriment quelque 

La conférence de i'Evêque & des Curdes ne laid 
ioit pas de nous inquietter par fa longueur. Il y 
avoit bien loin de là au Monaftere pour fe retirer 
en chemife ; &que fçait-on fi ces gens qui font 
accoutumez à faire des Eunuques, n'auroient point 
eu envie de nous metamorphofer ainfi , dans l'ef- 
perance de nous vendre mieux ? Nous fûmes un 
peu ralfurez quand nôtre Drogman Arménien 
'vint nous dire que les Curdes avoient donné un 
fromage à I'Evêque. En même temps le vieillard 
s'avança pour prendre un flacon d'eau de vie qu'il 



11% VOYAGE 

leur prefenca. Nous fîmes demander à ce bon 
homme de quoi il s'a;nifoit , il répondit eu fou- 
riant que les Curdes étoient de méchantes gens , 
mais que nous n'avions rien à craindre ; que l'âtf- 
cicune amitié qui étoit entre eux fk la vénération 
qu'ils avoient pour l'Evèque , nous mettroient à 
couvert de tout. En effet après qu'ils eurent bu 
l'eau de vie , ils le retirèrent & l'Evèque revint 
à nous avec un vilage fort gay. Nous ne manquâ- 
mes pas de le faire remercier de tous les foins qu'il 
s'étoir donné pour nous garentir des infultes de 
ces loups ravitl'ans , 3c nous continuâmes à faire 
nos obfcrvations fur les plantes. Il y en a de fort 
belles autour de ces fources. Leur concours fait la 
branche de l'Euphrace , que nous avions preique 
toujours fuivie depuis le Monaiterc > &£ qui va 
padèr à Eli ja. On y prend des Truites avec 1, 



dont nous 


fur 


ics grande chère t< 




|our , mais 


nous lest! 




âmes fi molles le lenden 


Bain , que 


nous n'en 




il urnes pas goûter. 


fulil 


nes-la nous 


fûmes bie 




>ntcns de nôtre jo 




Nous fi- 


mes demande 


r à l'Evèque s'il ne 


Trou _ 


: pas pofTi- 


ble d'allej 


r vo 


ir l'autre branche 


de rEuphratc la- 



quelle va fe joindre à la première , 
tum. Il nous dit en riant qu'il ne connoîlloit pas 
les Curdes de ce quarticr-la a ôc que nous n'y ver- 
rions que des fources fcmblabies a celles que nous 
venions de quitter. Nous le remerciâmes tres- 
humblcment , mais il auroit bien pu fe difpcnler 
de nous jetter dans de nouveaux embarras. 

Ce bon homme , par honnêteté comme nous 
le jugeâmes par la fuite , s* avifa d'aller faire fes^ 
adieux aux Curdes , & de leur distribuer les reftes' 
de nôtre eau de vie , nous aurions fort approuvé 
fon procédé fi nous n'avions pas été de la partie 



du Levait. Lettre XVII /. 123 
^ qu'il n'eût pas fallu s'approcher de leurs pavil- 
lons. Ce font de grandes tenecs d'une efpecc de 
drap brun foncé , fore épais & fore groflier qui 
fert de couvert à ces fortes de maifons portatives , 

quatre long fermé par des treillis de camus de la 
hauteuird'un homme , tapitléz en dedans de bon- 
nes nattes. Lorfqu'il faut démefnager ils plient 

avec leurs uftencilles & leur enfants lui- des kvufs 
&fur des vaches. Ces enfants font prefque nuds 
dans le froid , ils ne boivent que de l'eau de gla- 
ce, ou du lait bouilli à la fumée des boutes de 
vache que l'on amafle avec beaucoup de foin , 
car autrement lcui oide. Voi- 

la comment les Curdcs vivent en chaflant leurs 

tent aux bons pâturages , mais il faut en décam- 
per au commencement d'Octobre cV: pafler dans le 
Curdiftan ou dans la Mefopotamie. Les hommes 
font bien montez &c prennent grand foin de leurs 
chevaux 3 ils n'ont que des lances pour armes. Les 
femmes vont , partie fur des chevaux , partie fur 
des bœufs. Nous vîmes; fortir une troupe de cçs 
Proferpincs qui venoient pourvoir I'Evcquc A" fur 
tout nous qui pallions pour des Ours que l'on me- 
noit promener.Quelques-unes avoient une bn^ue 
qui leur perçoit une des narines ; on nous a fi lu a 
que c'ètoicnt des Fiancées. Elles paroi tfeiu fortes 
& vigoureufes , mais elles font fort laides , & ont 

Elles ont les yeux peu ouverts , la bouche extra- 
it fendue y les cheveux noirs comme jay , 6c 



: farir 






Nous voici pourtant , fans y penfer , en pays 
d'érudition. Qui le croirait , M 1 ? 1 , parmi des Pro- 



fcrpines& des Curdcs ; La montagne où font les 
fources de l'Euphratc doit être une des divilîons 
feptentrionalcs du Mont Taurus fuivant Strabon ; 
& ce Mont Taurus avec fes branches &fei Chefnes 
occupe prcfqnc toute l'Aile mineure. Denys le 
Géographe nomme le Mont Arménien , celui d'où 
fort l'Euphratc. Les anciens l'ont appelle Paryar- 
des. Strabon s'explique plus clairement dans un 
autre endroit , où il dit pofirivement que l'Eu- 
phrate & l'Araxes fortent tous deux du Mont Abos y 
qui cft une portion du Mont Taurus. Pline aflure 
que l'Euphratc vient d'une Province appelléc la 
Caranitide dans la grande Arménie que Domitius 
Corbulo , qui avoir été fur les lieux , appelle le 
Mont Abu ôc que Nutianus , qui avoit auilï vu ce 
pays-là , nomme Capotes. Euftathe , fur Denys 
Pcvicgctc , la nomme Achos. 

Mitridate paflà par les fources de l'Euphratc 
en l'enfuyant dans la Colchidc , après avoir été 
battu par Pompée. Il y a beaucoup d'apparence 
que l'action fe parla dans la plaine d'Erzcron ; car 
les deux branches de l'Euphrate dont on a parle , 
peuvent être appellées fes fources par les Hifto- 
riens. Procope n'a pas connu ces fources , il les 
fait fortir de la même montagne que celles du 
Tigre. Il y a , dit-il , une montagne en Arménie 
à cinq milles & demi de Theodojiopolis , d'où for- 
tent deux grands fleuves \ celui qui parte à droite 
s'appelle l'Euphrate , & l'autre le Tigre. Strabon 
a eu raifon de dire que les fources de ces rivières 
ccoient éloignées de deux % cens cinquante milles , 
ou de deux mille cinq cens ftades. Pompée , 
comme dit Florus , fur le premier qui fit dreffer 
un pont de batteaux fur l'Euphrate , dans le tems 
qu'il pourfuivoit Mitridate. Ce fut apparemment 



nu Lev a ht. Lettre X f r 1 1 F. 115 
vers le coude que cette rivière fait après que fes 
deux branches fe font jointes à Mommacotum. 
Quelques années auparavant Lucullus avoit U- 
criiié un Taureau à cette faracufe Rivière pour 
cn obtenir un partage favorable. 

On croit oïdinahcmcnt qu'Erzeron eft l'an- 
cienne ville de TbeodofiopoUs , neantmoins la cho- 
fc ne paroît pas trop aflurée , C\ ce n'eft que Ton 
fuppofe , comme cela fe peut , que les habitans 
à ArtXe fe fu lient retirez à Thecdofiopolis après 
qu'on eut détruit leurs maifons. Cedren rappor- 
te que fous l'Empereur Conftantin Monomaquc 
qui mourut vers le milieu du onzième fiecle , 
Artze étoit un grand Bourg plein de richefles , 
habité non feulement par les marchands du pays, 
mais auflï par pluHcurs autres marchands ou fac- 
teurs Syriens , Arméniens , & autres de différen- 
tes nations , qui comptant beaucoup fur leur 
grand nombre & fur leurs forces , ne voulurent 
pas fe retirer avec leurs effets à Theodofiopolis 
pendant les guerres que l'Empereur eut avec les 
Mahometans. Theodofiopolis étoit une grande 
& puiflante ville qui paflbit pour imprenable 
dans ce temps-là , & qui étoit fituée tout proche 
d J Artze. Les Infidèles ne manquèrent pas d'aflîé- 
ger ce Bourg \ les habitans fe défendirent vigou- 
reufement pendant fix jours , rétranchez fur les 
toits de leurs maifons , d'où ils ne ceffoient de 
jetter des pierres & des flèches. Abraham Géné- 
ral des aflîégeans , voyant leur opiniâtre réfiftan- 
ce & appréhendant que la Place ne fût fecouruc , 
y fit mettre le feu de tous cotez , facrifiant un fi 
riche butin à fa réputation. Cedren allure qu'il y 
périt cent quarante mille ames , ou par le fer ou 
par le feu. Le* maris, dit-il, fe ptécipuoîcnt 



dans les fiâmes avec leurs femmes & leurs en- 
fans. Abraham y trouva beaucoup d'or ik des 
ferrements que le feu n'avoit pu dévorer. Il en 
fit forrir plusieurs chevaux & autres betes de 
fornme. Zonare raconte à peu près la même cho- 
fc de la dcltru&ion d'Artze , mais il ne parle pas 
de Thcodoliopolis. Cet auteur allure feulement 
qu Aitze ctoit fans muraille , & que fes habitans 

crois qu'ils confumérent tout celui qui étoit aux 
environs , car depuis ce temps-là l'clpece s'en eiî 
perdue. Comme la Place fut réduite en cendres, 
eV: que ce partage eft abfolument néceflaire pour 
le commerce , il y a beaucoup d'apparence que 
les rclks de ces pauvres habitans , & les mar- 
chands étrangers qui s'y vinrent établir dans la 
luitc , pour ne pas tomber dans un pareil mal- 
heur , fe retirèrent à Thcodofiopolis qui en étoit 
tout près , fuivant Cedren. 

Les Turcs à qui peut-être le nom de Theodâ* 
Jtopolis parut trop long & trop embarrallant, don- 
nèrent le nom d'Art^é-rum à cette Place, c'eft à 
dire Artz.e des a Grecs ou des Chrétiens > car 
Rttm ou Rurnili iïgnitie en langue Turque la Ra- 
mante ou la terre des Grecs. Ils diftinguent U 
Romclic ou Rurnill en celle d'Europe & en celle 
d'Afie , ainfi d'Arf{é-rum on a fait Arzerum , Se 
Erl^eron , comme prononcent la plupart des 
Francs. Il ne faut pas confondre cette ville de 
Theodo/iopolis avec une autre ville de même nom, 
qui étoit fur le fïeuve Abhorras en Mefopotamic, 
& que l'Empereur Anaftafe ave " r ' 



murailles , comme l'alîùre Procope. Ce 



même auteur fait mention de la Thcad 




\ 



ru Levant. Lettre XV 1 1 ï '. Mf 
dont nous parlons. On croie que c'eit Onhogul 
père du fameux Othoman premier Empereur des 
Turcs , qui prit Erzeron , mais cela n'elt pas cer- 
tain , car l'Arménie avoir encore les Roys fous 
Selim premier. La rcfTemblance des noms a per- 
iuadéà plufieurs qu'Erzeron étoit la ville à'jizA- 
ris , que Ptoloir.cc place dans la petite Arme- 
Vous me permettrez , M f S r , de paflTer de l'é- 
rudition a l'HiftoVe naturelle. Nous obfcrvàmes 
aux environs de cette ville une trcs-belle efpeoe 
de Pavot que les Turcs Se les Arméniens appel- 
lent Afh'ton , de même que l'Opium commun ; ce- 
pendant ils ne tirent pas d'Opium de l'cfpece dont 
nous parlons , mais par ragoût ils en mangent les 
têtes encore vertes , quoiqu'elles foient fore 
acres & d'un goût brûlant. 

La racine de cette plante effc grofle comme le 
petit doigt & longue d'un pied , blanche en de- 
dans , brune en dehors , fibreufe , pleine d'un 
iaid blanc-fale tres-amer & tres-acre. Ordinai- 
rement les tiges font de la hauteur d'un pied ëi 
demi ou deux , épailîes de trois ou auatre lignes , 
droites , fermes , vert-pâle , her'uTées de poils 
blanchâtres , roides , lonçs de trois lignes , fi ce 
n'eft vers le haut où elles font couvertes de poils 
ras. Les feuilles ont un pied de haut & font dé- 
coupées à peu près comme celles du Coquclkoc 
e » plufieurs parties jufques vers la côte. Ces pie- 
ces ont environ deux pouces 8c demi de long fur 
neuf ou dix lignes de large , vert-brun & corn- 
jnc luifantes fur certains pieds , récoupées fur 
les bords à greffes dents pointues ce terminées 
par un poil blanc , femblablcs à ceux qui cour 
vrenc l«s feuilles , & ;«us ces poils (qhx, »u(& 



izS V o y a e à 

roides & aufli longs que ceux des tiges. Chaque 
: foûtient le plus fouvent qu'une fleur, donc 



le bouton qui a dix-huit < 



L-^ncs i 



eft couvert d'un calice à deux 

membraneufes , creufes y blanchâtres fur le bord, 

hernfees de poils. Elles tombent quand la fleur 



■ Th* ; M 






compofée depuis quatre julques à fîx fciiilles i 
longues de deux pouces & demi fur trois pouces 
& demi de large , arrondies rorrirrie celles des 
autres Pavots & de la couleur du Coquelicoc , 
plus ou moins foncé , avec une grofle tache à 
l'onglet , laquelle eft aulîi plus ou moins obfcure. 
Les feuilles intérieures font un peu plus étroites 
que les extérieures , & tiennent fortement con- 
tre le pédicule ; fouvent même elles ne tombent 
que deux jours après que la tige eft coupée. Le 
milieu de la fleur eft rempli par un piftiie long 
d'un pouce , oblong , fpherique fur quelques 
pieds , vert-pâle , liflè , arrondi vers le haut en 
manière de calote purpurine découpée en pointe 
fur les boeds , & relevée d'environ une douzaine 
de bandes violet foncé , poudreufes , lefquelles, 
partant du même centre , viennent fe diftribuer 

font fur les bords. Ce piftiie eft furmonté par 
une greffe touffe d'étamines à plufieurs rangs , 
grifdelin luifant , chargées chacune d'un fommet 
violet foncé , poudreux , long d'une ligne & de- 
mi fur demi ligne de large. La fiante rend un 
fuc limpide , mais le piftiie eft rempli d'un laicc 
blanc-fale tres-amer & très acre , de même que 
la racine. Ce piftiie devient un fruit ou coque. 
Cette belle cfpece de Pavot fe plaît fort au Jardin 
du Roy , de même en Hollande où nous l'avons 
communiquée 



VA nt. Lettre XTI1L 119 
1 nos amis. M r Comme Un très- ha- 
bile Profelleur de Botanique à Amllerdam , en a 

Nous retournâmes le 14. Juin à Erzeron , où 
nous apprîmes par M r Prelcor qui elt C.onful de 
la nation Angloiie depuis 10. ou 1 2. ans , qu'il 
y avoit deux Caravanes prêtes à partir , l'une 
dans trois jours pour Tocat , ck l'autre dans 10. 
ou iz. jours pour Teflis. Nous prîmes le parti 
d'aller à Teflis non feulement pour voir la Géor- 
gie , qui eft le plus beau pays du monde , mais 
aufïi pour cueillir à notre retour les graines de 
tant de belles Plantes que nous avions obfervées 
autour d'Erzeron. On alfuroit de plus qu'il y 
avoit beaucoup de voleurs lur le chemin de To- 
cat , qui Ce rentreraient fuivanc leur coutume or- 
dinaire fur la fin de l'Eté , à caufe qu'alors les 
campagnes brûlées par les grandes chaleurs ne 
fourniiiént plus de fourages. Il eft certain que 
les mois de Juin , Juillet &c Août font les mois 
les plus favorables pour les voleurs ; ils trouvent 
par tous à nourrir gralfcmcnt leurs chevaux, ôc 
c 'eft de quoi ils fe foucient le plus ; car ces gens- 
là ne marchent pas comme des gueux. Du coté 
de Tocat & dans la Géorgie Turque on moiilon- 
nc a U fin de Juillet,au lieu qu'aux environs d'Er^ 
zeron on ne coupe les bleds qu'en Septembre. Dç 
toutes les Caravanes celle de Teflis paile pour la 
moins dangereufe. 

En attendant qu'elle fut alïembléc nous ne 
perdîmes pas nôtre temps. Quand nous n'étions 
P*s en campagne nous allions faire la conven- 
tion chez le Conful Anglais où il y a toujours 
bonne compagnie. Non feulement ceft le ren- 
devous des plus gros marchands Arméniens, mais 
Tome ÎIL * 



encore de tons les étrangers : M r Prefcot cft un 
des plus honnêtes hommes du monde 3 bien fat- 
fant , Se qui nous prévenoit fur tout ce qui nous 
pouvoit faire plaiiir ; j'appréhende même que 
les gens du pays n'abufent de Tes boutez, car ils 
l'obfedent continuellement. Quoiqu'il ne foit 

fortes de bons otèces 'aux' Miffionnaires' ; Vies 
loge fouvent chez lui & leur facilite l'entrée & 
la fortie du pays avec beaucoup de charité. Nous 
apprîmes qu'à trois ou quatte journées de la ville 
il y avolt de bonnes mines de cuivre , d'où l'on 
tiroit la plus grande partie de celui qui fe tra- 
vaille dans le fauxbourg des Grecs , & que l'on 
répand en Turquie Se en Perfe. On nous alïùra 
aufïi qu'il y avoir des mines d'argent autour d'Er- 
zeron , aufli-bien que fur le chemin ordinaire de 
cette ville à Trebifonde. Nous ne pûmes pas 
voir ces dernières mines , parce que le Beglier- 
bey voulut prendre le plus beau chemin qui en 
eft aflez éloigné. Pour celles qui font autour 
d'Erzeron 3 nous ne trouvâmes perfonne qui osât 
nous y conduire ; le Beglierbey même ne nous 
confeilla pas d'en approcher , à caufe de la ja- 
louiîe des gens du pays , qui s'imaginent que les 
étrangers n'y vonr que pour enlever leurs tréiors. 
On nous affùra qu'on y trouvoit du Lazuli par- 
mi celles de enivre , mais en petite quantité , & 
qu'il étoit trop mêlé de marbre. Celui que l'on 
trouve du côté de Toulon en Provence dans la 
montagne de Carqucirano a le même défaut, mais 
certainement ce n'eft pas la pierre d'Arménie, 
comme bien des gens le croyenr. La pierre d'Ar- 
ménie , comme \\ paroît par la defeription de 
£oof t cft d'un bleu-celefle, unie mais friable, 



bu Levant* Lettre XVI IL i$i 

Celles d'auprès d'Eczeron ôc de Toulon font tres- 
dnres & plus dures même que le Lazuli > car ee 
n'eft proprement qu'un marbre pétri naturelle- 
ment avec du Lazuli. Peut-cire que le Lazuli le 
plus fin n'eft autre chofe qu'une efpece de vert- 
de-gris ou de rouille naturelle. Peut-être aufli 
que c'eft de l'or déguifé par quelque liqueur cor- 
rofive , comme le vert. de-gris n'eil qu'un cuivre 
déguifé par le vin & le marc de raiiin ; Outre que 
le Lazuli fetrouve dans les mines d'or , il fem- 
ble qu'il y ait parmi cette pierre quelques filets 
d'or qui ne font pas corrompus , s'il faut ainll 
dire. 

Nous demandâmes un jour à M r Prefcot > où 
étoit mort M r Vernon feavant Mathématicien 
Anglois qui avoit fait de belles obfervations aftro- 
nomiques en Levant & dont M rs Vvheler & Spon 
parlent avec éloge \ le Conful nous aflura qu'il 
lui avoit prédit fouvent qu'il feroit malheureux 
avec toute fa feience , s'il ne fe modérait. M r 
Vernon étoit d'une vivacité admirable mais il 
s'emportoit trop facilement. En effet M r Prefcot 
fut prophète , & nôtre Mathématicien mourut à 
Hifpaham des bletlures qu'il avoit reçues à la tête 
dans une querelle qu'il eut avec un Pcrfan en 
fortant de table. M r Vernon aceufa le Mahomc- 
tan de lui avoir volé un fort bon couteau à l'an- 
gloife ; le Perfan ne fit qu'en rire , foit qu'il eût 
pris le couteau ou non -, l' Anglois en fut encore 
plus offenfé. On s'échauffa là-denus , on en vint 
a«x mains , & le Perfan frappa fi rudement M r 
Vernon fur la tête , qu'on fut obligé de l'attacher 
mr fon cheval pour le conduire à Hifpaham où il 
mourut quelques jours après fans fecouvs , car 
U n'y avoit pas encore des Anglois établis en 



,jx Voyage 

cette ville. Ils y font fort puiiîans aujourd'hui , 
&c y vivent en grands Seigneurs. Leur magnifi- 
cence va quelquefois jufqu'à la profufion fur- 
tout quand la Cour vient les vifiter. 

Pendant qu'on travailloit à faire nos balots , 
nous herboriiîons fou vent avec plaiiir , fur-tout 
dans la vallée des Quarante Moulins qui eft à une 
promenade de la ville , à l'entrée de deux monta- 
gnes fort efearpées , d'où coulent plufieurs belles 
fourecs qui forment un ruifleau confidcrable. 
Non feulement ce ruifleau fait moudre plufieurs 
moulins , mais il arrofe encore une partie de la 
campagne jufqu'à la ville. Nous eûmes le plaifir 
de procéder dans un de ces moulins à la no- 
mination d'un des plus beaux genres de Plantes 
qu'il y ait dans tout le Levant"-, aufli lui donnâ- 
mes-nous le nom d'une perfonne fort eftimable 
par fa feience & par fa vertu. C'eft M r Mort» de 
l'Académie Royale des Sciences , Docteur en Mé- 
decine de la Faculté de Paris , qui par un bon- 
heur fmgulier a élevé cette Plante, de graine, 
dans fon Jardin de l'Abbaye de S. Viftor , je dis 
par un bonheur fmgulier , car elle n'a pas levé 
au Jardin du Roy," ni dans quelques autres jar- 
dins où je Pavois fait femer. Il femble qu'elle 
foie glorieufe de porter le nom de M r Morin , 
qui a toujours aime & cultive la Botanique avec 
paffion. 

La Marinez h racine plus grotfc que le pou- 
ce . longue d'un pied , pâitaeée en étoiles fibres 

; , peu chev 
jufquesà deux pic 
•lu-irc, liife, purpurine à fa nailfance , épa: 



brunes, gerfées , peu chevelues. Sa tige qm a 
•cds & demi de haut , eft ferme, 



. . : : 



niïi , r^- 



-!.\î--; -, • • 



ordinairement 




Marina Orient M « 
hna> fslù CoroU.In 
Rei'licrh. +f. 



du Levant. Lettrs XVI1L 135 
à chaque nœud de trois feuilles allez fcmblablcs 
à celles de la Carline , vert gai , luifantes, lon- 
gues de 4. ou 5. pouces fur environ un pouce de 
large , découpées , ondées & garnies de piquants 
jaunâtres , fermes , durs , longs de 4. ou j. li- 
gnes. Ces feuilles diminuent un peu vers le haut 
ôc font un peu velues en deifous,. De leurs aiffel- 
les naiffenc des fleurs par étage & à double rang , 
longues d'un pouce & demi. Chaque rieur cit un 
tuyau courbe fort menu vers le bas ou il eft 
blanc & légèrement velu ; mais il s'evafe en 
haut & fe divife en deux lèvres. La fupérieure 
eft relevée 6c longue d'environ 5. pouces fur 4. 
lignes de large , arrondie & profondément échan- 
cr.éc. L'inférieure eft un peu plus longue & dé- 
coupée en trois parties arrondies aufll. L'ouver- 
ture du tuyau qui eft entre ces deux lèvres eft 
toute découverte. Deux étamines courbes qui 
débordent de près de trois lignes , blanchâtres £c 
chargées de fommets jaunâtres , font collées con r 
tre la lèvre fupérieure. Le filet du piftilc qui eft 
tant loir peu plus long , finit par un bouton ver- 
dâtre. Le calice efl un tuyau long de trois lignes, 
fendu profondément en deux languettes arron- 
dies , légèrement canelées. C'eft du fond de ce 
dernier tuyau que fort la fleur. On en trouve 
fouvent de deux fortes fur le même pied, les unes 
font toutes blanches , les autres font couleur de 
rofe tirant fur le purpurin , avec les bords blan- 
châtres. Toutes ces fleurs ont l'odeur de celles 
du Chèvrefeuille , & portent fur un embryon de 
graine. Les feuilles de cette Plante ont d'abord 
un goût d'herbe aflez fade , mais on y trouve 
enfuïte de l'acrimonie. 

Nous allâmes chez le Beglierbey lui baifer la 
I iij 



134 ' V O Y A G I 

vefte , & demander la continuation de fa protec- 
tion. Il eut la bonté de nous faire remercier des 
foins que nous avions pris de fa fanté , & de tou- 
te fa maifon. Il nous prévint fur les Lettres de 
recommandation que nous fouhaitions pour le 
Pacha de Cars , & nous fit encore expédier une 
patente fort avantageufe où il fe louoit de nôtre 
capacité en fait de Médecine , & dans^ laquelle 
il rendoit de bons témoignages de nôtre con- 
duite. 

Nous partîmes d'Erzeron le 6. Juillet pour 
' Teflis , & nous nous rendîmes à Ellelrmc village 
au Nord-Eft à trois heures de la ville. Nôtre Ca- 
ravane compofée de marchands , dont les uns 
ailoient à Cars & à Teflis , les autres à Erivan jj 
quelques-uns à Gangel , n'étoit qu'environ de 
deux cens hommes armez de lances & de fabres; 
quelques-uns avoient des fufils & des piftolets. 
La campagne d'Erzeron jufques à moitié chemin 
d'Elzelmic eft fort feche y fes collines font pelées. 
On entre enfuite dans une plaine fermée à droit 
& à gauche par des éminenecs où il y avoit encore 
aflez de neiges. Il en tomba beaucoup aux en- 
virons d'Erzeron la nuit du fécond au troifiéme 
Juillet. 

Le 7. Juillet nous partîmes à trois heures & 
demi après minuit, & nous campâmes fur les 
dix heures auprès d'un village appelle Badijoitan^ 
après en avoir laide un autre en arriére , dont 
j'ai oublié le nom. On ne voit aucun arbre dans 
tout ce quartier lequel d'ailleurs eft plat., bien 
cultivé , & arrofé avec autant de foin que la 
campagne d'Erzeron. Sans cette précaution la 
moitié des bleds feroient rôtis : néanmoins cela 
paroi: allez étrange , car de ces mêmes champs 



du Levant, Lettre XV1IL 135 

qu'on eft obligé d'arrofer , on découvre la neige 
fur les collines voiiînes. Au contraire dans les 
Mes de l'Archipel , où il fait des chaleurs à cal, 
riner la terre & où il ne pleut que pendant l'Hi- 
ver , les bleds font les plus beaux du monde. 
Gela montre bien que toutes les terres n'ont pas 
le même lue nourricier. Celles de l'Archipel font 
comme \es Chameaux , elles boivent pour long- 
temps. Peut-être que l'eau eft plus 



pour 



dufoudre le fel foffile 



dont elles font imprégnées , lequel détruiroit la 
tiflure des racines fi Ces petits grumeaux n'étoienc 
bien fondus par un liquide proportionné ; aufît 
y laboure-t-on profondément. Quoique ces terres 
ne (biens pas fortes on aaele trois ou quatre pai- 
res de bœufs ou de bufles à une charrue, &c'eft 
fans doute afin de bien mêler la terre avec le fel 
foiîile qui refteroit en trop grande quantité fur 
la furface & brùleroit les plantes. Au contraire 
dans la Camargue d'Arles , qui eft cette Me C\ 
fertile que le Rhône enferme audeltbus de la 
ville , on ne fait qu*érleurer la terre ca labouranc 
pour ne pas la mêler avec le fel marin qui ell 
audelîbus. Avec cette précaution la Camargue 
où il n'y a qu'un demi pied de bonne terre , efl 
le pays le plus fertile 4e la Provence , S* les Ef- 
pagnols le nommèrent Comarca par excellence , 
dans le temps que les Comtes de Barcelone en 
étoient les maîtres, Camarca fignïfie chez eux un 
champ qui produit abondamment. Aintî le moc 
de Camargue ne vient pas du Camp de Aiarlns % 
comme l'on prétend , car ce Général Romain 
n'y a jamais campé Le grand folle qu'il ht faire 
pour fortifier ion camp & pour v faire voiturer 
qu'il droit de la Méditerranée , fe 



ï}6 V O Y À G I 

trouvent , fuivant Plutarquc , entre le Rhône Se 
Marfcille. On découvre encore les traces de cet 
ouvrage du coté de Fos village auprès du Marti- 
gîtes qui a retenu le nom de la Fotfe de Marins , 
tk non pas celui des Fhociens peuples d'Afie au- 
de(Tus de Smyrnc , qui s'établirent à Marfcille 
pendant les guerres des Perfes & des Grecs. Mille 
pardons , M r S r , de cette digreflîon ; nous Tom- 
mes Ci accoutumez à nous écarter en herborifant, 
qu'il n'eft pas furprenant que je m'égare quel- 
quefois dans les lettres que vous m'avez permis 
de vous écrire. 

Je reviens à nôtre Caravane. Elle partit le 8. 
Juillet furies neuf heures du marin , & marcha 
jufques à une heure après midi a travers de gtan- 
des- campagnes peu cultivées, mais excellentes à 
ce qu'on nous dit. Nous y obfervàmes de fort 
belles Plantes , comme nous avions fait le jour 

ville ni villages , pas même la moindre brolfaille. 
On drefla nos tentes auprès d'un ruiireau qui fait 
moudre un moulin , je ne fçai à quel ulagc ; car 
nous ne rencontrâmes pas une ame pendant toute 
la journée. 

La route du <?. Juillet fut bien plus agréable. 
Quoiqu'on nous eût fait partir à trois heures du 
matin , nous nous retirâmes fur les dix heures 
après avoir pafïe par des montagnes peu élevées, 
fur lefquelles on voit des Pins de la même cfpe- 
ce que ceux de nôtre montagne de Tarare. Ce 
changement de décoration ne laiflc pas de réjouir 
en voyageant : il n'y a rien de plus ennuyeux 
que de marcher dans ces grandes plaines où l'on 
ne voit que la terre & le ciel ; & fans les Plantes 
qu'on y trouve j'aimerois mieux être fur mer , 



n 



Cadirys Orlentaiis Terulce %foLù?Jrii£tu alatc frLw 
Irtfb. Reiherb. jzj. 



du Levant. Lettre XVII L 137 
je veux dire pendant le calme ; car j'avoue tout 
naturellement que dans la bourrafque on donnè- 
rent tout ce qu'on a au monde pour fe pouvoir 
tranfporter dans la plaine la plus ennuyeufe. On 
campa ce jour-là à C oral ou c al ejï village que l J on 
peut appeller en François la Tour de Corolott. 
Notre moiifon fut allez belle ; & comme l'éru- 
dition me manque ici , car je ne fçai ce que c'eft 
que Corolou ni fa Tour , vous me permettrez de 
vous envoyer la defeription d'une Plante qui fait 
encore aujourd'hui les délices de M r le Premier 
Médecin. Elle a fort bien levé , bien fleuri & bien 
graine dans le Jardin du Roy. H y a même appa- 
rence qu'elle y durera long-temps. 

C'elt une Ombelltfer , pour parler Botanique, 
dont la racine pique en fond jufques à un pied 
& demi , groue au collet comme le bras , parta- 
gée en quelques autres racines de la grolïcur du 
pouce , peu chevelues , couvertes d'une écorce 
brune , pleine de laie acre & fort amer. Les 
feuilles d'enbas qui ont environ trois pieds de lar- 
ge fur autant de long , font découpées lï menu, 
qu'on ne fçauroit mieux les comparer qu'à celles 
d'une autre efpece de ce genre que Aîor'ifon a 
nommée Cachrys femine fungofo , levi , fol ils Fe- 
rulaceis, H femble même que la comparaifon 
cloche un peu , car il n'y a point d'efpece de 
Férule qui ait les feuilles fi menues , & j'aurois 
mieux fait s fans fuivre l'exemple de Morifon , 
de comparer" les feuilles- de celle dont je parle, à 
celles du Fenouil. Les tiges de nôtre Plante s'élè- 
vent à 4. pieds, groifes comme le pouce , fermes, 
<Ws , droites , folides , couvertes d'une fleur 
Semblable à celle des Prunes fraîches , liOcs , ca- 
"clécs , noiieufes , garnies aux nœuds de deux 



ï 3 8 Vu Y A G I 

ou trois feuilles beaucoup plus petites que les 
autres ; 8c des aiuellcs de celles-ci naillent vers 
le haut trois ou quatre branches , lefquelies for- 
ment une plante allez arrondie. Les extrémités 
de ces branches font chargées d'ombelles ou bou- 
quets de demi pied de admettre , compofez de 
rayons inégaux qui foûtiennent d'autres bou- 
quets plus petits 8c comme fpheriques , terminez 
par des fleurs jaunes à 5. 6. ou 7. feuilles , lon- 
gues d'une ligne 8c demi , avec la pointe tournée 
en dedans , ce qui les fait paroître comme échan- 
gées. Les étamines 8c les fommets font de mê- 
me couleur. Le calice qui d'abord n'a que deux 
lignes de long , grofîît à vue d'œil à mefure que 
les fleurs fe paiîent , 8c devient enfuïte un fruit 
long d'environ 10. lignes fur 6. lignes de large , 
compofé de deux parties arrondies fur le dos , 
garnies dans leur longueur de petites aîles ou 
feuillets membraneux 8c blancs comme le fruit 
du Laterpùum. Il faut pourtant rapporter nôtre 
Plante au genre de Cachrys , parce que les par- 
ties de fon fruit font fpongieufes , épaifles de 
trois lignes & remplies d'une graine plus grofle 
qu'un grain d'oige. Les feuilles de cette Plante 
font un peu aromatiques , mais tres-acres & tres- 
ameres. 

Le 10. Juillet nous partîmes à 3. heures après 
minuit, 8c marchâmes jufqu'après midi par des- 
montagnes agréables 8c bien fournies de Pins. 
A la vérité nous n'étions pas trop attentifs à les 
confîdérer, car nous découvrions de temps en 
temps quelques pelotons de voleurs armez de 
lances 8c de fabres. Ils n'oferent pourtant nous 
attaquer , parce qu'ils nous crurent les plus forts; 
cependant ils fe trompoient très-fort , & ils aU " 



d u Le v A nt. Lettre XV III. 139 
roient eu bon marché de nous s'ils s'étoient ap- 
prochez. Nous avions allez de Turcs dans nôtre 
Caravane , mais les Arméniens , à ce que nous 
ap primes par nos Drogmans , commençoient à 
parler entre eux d'accommodement , Se |ï les vo- 
leurs ne s'étoient pas écartez, on n'auroit pas 
manqué de leur envoyer un Député pour traiter 
de la rançon. Nous n'en fumes pas quittes pour 

voleurs étant à nos troufles , nous leur avions 
dérobé une marche : fi la chofe étoit ainfi elle 
s'étoit palTée fort 



de nous r 






heurculemenr nous n'entendîmes plus parler 
d'eux. Nous defeendîmes le lendemain , des mon- 
tagnes fur les dix heures pour entrer dans une 
aflez belle plaine où nous campâmes à Chatac 
méchant village fur un ruifteau qui tombe de 
quelques collines où l'herbe ne faifoit que de 
naître. A peine trouvoit-on à faire paître les 
chevaux dans les meilleurs fonds. Les chemins y 
font bordez de cette belle efpece d'Echium à 
neur rouge , que CLufius , le plus grand obfer- 
vateur de Plantes de fon temps , avoit découver- 
te en Hongrie. Les tiges nainent trois ou quatre 
eniemble , hautes d'un pied &c demi ou deux , 
epaiilés de trois lignes, vert-pâle , piquées de 
rouge brun , causantes , heriflecs de poils blancs, 
garnies de feuilles longues de demi pied & larges 
feulement de demi pouce , de la même couleur 
& tiiîurc que celles de X'Echium commun , mais 
beaucoup plus heriflecs des deux cotez. Elles di- 
minuent jufques en haut; & de leurs aïflelles, 
F"efque depuis la moitié de la tige jufques à l'ex- 
trémité , naiflent des brins longs d'un pouce &: 



demi courbez en queiie de Scorpion , fur les- 
quelles s'appuyent deux rangs de fleurs hautes 
de S. ou 9. lignes , rétrecies en manière de tuyau 
recourbé , évafé ôc découpé en cinq parties ar- 
rondies , dont les inférieures font plus courtes 
que la fuperieure. Ces fleurs font rouges couleur 
de Garence & fans feu. Les étamincs , qui dé- 
bordent de trois cotez , font un peu plus éclatan- 
tes , mais leurs fommets font foncez. Le calice 
eft d'environ demi pouce , découpé en cinq par- 
ties fort étroites & fort velues. Le piftile eft à 4, 
embryons , lefquels dans la fuite deviennent au- 
tant de graines longues d'une ligne & demi , 
brunes , de la figure de la tète d'une vipère. 

Le u. Juillet on partit fur les quatre heures 
du matin , Se nous marchâmes jufques à mkii 
dans une des plus belles plaines qu'on puifle voir. 
La terre , quoique noire & gratte , n'y produit: 
pas beaucoup parce qu'il y gèle la nuit , & nous 
trouvions fouvent de la glace autour des fontai- 
nes avant le lever du folcil. Quelque chaud qu'il 
y fafle le jour , le froid de la nuit retarde fu- 
rieufement les plantes : les bleds n'avoient p^s 
plus d'un pied de haut , de les autres Plantes n c- 
toient pas plus avancées qu'elles le font à la fin 
d'Avril aux environs de Paris. La manière de la- 
bourer ces terres eft encore plus furprenante > 
car on attache jufques à dix ou douze paires de 
Bœufs à une charrue. Chaque paire de Bœufs a 
fon poftillon , & le laboureur poulie encore le 
foc avec le pied * tous leurs efforts aboutirent à 
faire des fdlons plus profonds qu'à l'ordinaire. 
L'expérience fans doute leur a appris qu'il falloir 
creuler bien avant , foit pour mêler la terre u'~ 
perficïelle qui eft trop feche , avec celle de 



du Levant. Lettre XFIIL X4* 
dcilbus qui Peft moins , foit pour garentir les 
graines des grandes gelées , car fans cela ils ne 
' prendroient pas tant de peine & ne feroicnt pas 
tant de dépenfe inutilement. Nous en demandâ- 
mes plufieurs fois la raifon à nos conducteurs , 
qui fe contentèrent de nous dire que c'étoit la 
mode du pays. On ne voit aucun arbre parmi 
ces champs , mais feulement quelques Pins que 
l'on traîne fur les grands chemins pour les con- 
duire dans les villes & les villages , en y attelant 
autant de Bœufs qu'il en faut pour les tranfpor- 
ter. Cela ne nous furprenoit pas. On ne rencon- 
tre autre chofe en Arménie que des Bœufs ou 
des Bufles attelez ou chargez à dos comme des 
mulets. Les Pins cependant , de l'aveu des gens 



I p.U-5 



clair fe- 



mez , & l'on en découvre peu qui lèvent de grai- 
ne. Je ne fçai comment ils feront quand on aura 
coupé tous les grands arbres , car ils ne fçauroient 
bâtir fans ce fecours ; je ne dis pas les meilleu- 
res maifons où l'on employé les poutres que pour 
foûtenir les couverts ; je parle des chaumières 
qui lont les maifons les plus communes , dont 
les quatre murailles font fabriquées avec des Pins 
rangez par la pointe , à angles droits , les uns 
fur les autres jufques au couvert , & arrêtez dans 
^s coins avec des chevilles de bois. Nous ne 
trouvâmes aucune Plante nouvelle ce jour-là , ôc 
nous fûmes un peu allarmez de voir parmi quel- 
ques Plantes rares que nous avions obfervées plus 
d'une fois , des Mauves ordinaires , du Plan» 
uùn , de la Pariétaire , Se fur-tout du Boulllon- 
ll«nc , du Vtlar & de cette Plante que l'on vend 
à Paris pour le cours de ventre , fous le nom de 
t'halhrw. Nous croyions être revenus en Euro- 



J42- VOYAGE 

pe , cependant nous arrivâmes infenfiblernent à 
Cars après une marche de fept heures. 

Cars eft la dernière place de la Turquie fur la 
frontière de Perfe , que les Turcs ne connoiflenc 
que fous le nom d'Agem. Je me trouvai embar- 
rafle un jour chez le Beglierbey , qui me fit de- 
mander ce que l'on difoit en France de l'Empe- 
reur d'Agem ? Heureufemcnt il me fouvint d'a- 
voir lu dans Cornuti que le LUac de Perfe s'ap- 
pelloit Agern LUac , & cela me fit comprendre 
qu'Agent devoit (lénifier la Perfe. Pour revenir 
à Cars , la ville eftWie fur une côte expofée au 
Sud-Sud-Eft. L'enceinte en eft prefque quarrée 
& un peu plus grande que la moitié de celle d'Er- 
zeron. Le Château de Cars eft fort efearpé fur 
un rocher tout au haut de la ville. Il paroit allez 
bien entretenu , mais il n eft défendu que par 
des vieilles tours. Le refte de la place eft comme 
une efpece de theatre , au derrière duquel il y a 
une vallée profonde , & efearpée de tous cotez & 
par où pafïe la rivière. Cette rivière ne va pas à 
Erzeron , comme Pa crû Sanfon , au contraire 
elle vient de cette grande Plaine par où l'on ar- 
rive d'Erzcron à Cars , & tombe de ces monta- 
gnes où nous rencontrâmes des voleurs pour la 
première fois. Après avoir ferpenté dans cette 
PUinc elle vient fe rendre à Cars , où elle for- 
me une Iflc en palTant fous un pont de pierre , & 
fuit la vallée qui eft derrière le Château. Non 
feulement elle y fait moudre plufieurs moulins , 
mais elle en arrofe les jardins & les champs, En- 
fin elle fe joint à la rivière à'Arpagi , laquelle 
lie coule pas loin de là ; & ces deux rivières join- 
tes entemblefousle nom d'Arpagi , iervenc de 
frontière aux deux Empires avant de tomber dans 




■^ 



du Lev an t.j Lettre XV III. 145 
l'Araxe , que les Turcs & lesPerfans appellent 
Ai as. Ce qui peut avoir trompé Santon , c'eft 
que l'Araxe , comme l'on verra dans la fuite , a 
fa foiucc dans la même montagne que TEuphra- 
re. Cet auteur a fitué Cars au confluant des deux 
branches imaginaires de l'Euphrate, lefquelles , 
fclon lui , forment une rivière confidérable qui 
palTe à Erzeron. Il faut attribuer ces fautes aux 
mauvais mémoires qu'on lui a fournis , car 
Sanfon étoit un excellent homme , qui le pre- 
mier a fait les meilleures Cartes qui ayent paru en 

Non feulement Cars eft une ville dangereufe 
pour les voleurs , mais les Officiers Turcs y font 
ordinairement de grandes avanies aux étrangers, 
& en tirent tout ce qu'ils peuvent. Nous deman- 
dâmes à faliïer le Pacha , à l'occafion des extor- 
sions dont on nous menaçoit. Son Chiaia chez 
qui l'on nous conduitît d'abord malgré nous , 
nous fît dire fort civilement que toutes nos Pa- 
tentes ne fer voient de rien , & qu'aflurément il 
ne nous feroit pas permis de pafler dans le pays 
d'Agem. Cependant nous lui- avions fait voir un 
Commandement de la Porte & un Pafleport du 
Beglierbey d'Erzeron , fous le département du- 
quel eft. le Pacha de Cars. Voici l'analyfe que 
le Chiaia fit de nos Pièces. Pour le Commande- 
ment de la Porte , dit-il , c'eft la Patente la plus 
vénérable qui foit au monde , & il ne ceflbit de 
la porter à fon front , mais la ville de Cars n'y 
cft pas mentionnée. Je répondis qu'il n'étoit pas 
pofliblede mettre fur une feuille de papier les 
noms des principales villes de leur Empire. Le 
Paireport du Beglierbey d'Erzeron porte , dir-il, 
que vous viendrez ici , mais il ne marque pa> 



que vous paierez plus avant. Comme j'en avoîî 
fait faiix une traduction à Erzeron , je fuppliay 
le Chia'ia de le relire , proteftant que le Beglier- 
bey nous avoit fait alîurer , que fur Ion l'alfo 
port on ne feroit aucune difficulté de nous laiilèr 
palfer de Cars dans le Gurgiftan qui appartient a 
l'Empereur d'Agem , & que c'étoit-la nôtre vé- 
ritable delïèin. Apres quelques conteltations fur 
ce Palîeport , nous lui finies dire que nous fe- 
rions bien aiies de baifer la veile du Pacha , & 
de lui prefenter la lettre du Begiierbey. Il répon- 
dit qu'il fe chargeoit de cette lettre , mais qu'af- 
furément le Pacha ne nous laifleroit pas fortir 
des terres du Grand Seigneur ; qu'il alloic s'en 
écîaircir fur l'heure. En erfer il nous quitta brul- 
quement pour palier , à ce qu'on nous dit , dans 
l'appartement du Pacha. 

Après avoir attendu fort long-temps , on nous 
avertit que nous courions rifque de coucher dans 
la rue lî nous ne gagnions vite le fauxbourg ou 
étoit notre Caravanferai. Quoique les Turcs & 
les Pcrfans vivent dans une paix aufîï tranquille 
qu'on la puilîe fouhaitter , ils ne laiflent pas de 
fermer les portes de leur ville lorfque le foleil 
fe couche. Avant que de fortir de chez le Chiaia, 
je fis prier par notre Interprète , on de fes valets 
de lui dire , que nous étions obligez de nous re- 
tirer à caufe de la nuit , mais que nous ferions 
ravis d'apprendre notre deftinée avant que de 
fortir. Il nous fit feavoir que le Pacha fon Maî- 
tre , après avoir lu & examiné la lettre du Beg- 
iierbey , ne pouvoir ie difpenter de nous laïUÇ 1 ' 
palier ; mais qu'on feroit aOembler le lendemain 
le Moufti , le Janitfaire Aga, le Cadi , ôc les plus 
apparens de la vffle pour en faire la lecture ; que 



du Levant. Lettre XVÏIL {1$ 

fans cette précaution îe Pacha pourvoie bien per» 
Hre fa tête , û on venoït à fçavoir à Conftanti- 
nople qu'il n'eût pas fait arrêter trois Francs l 
qui peut-être étoient des efpions du grand Duc 
de Mofcovïe. Toutes ces cérémonies nous cha- 
grinoient fort : nous appréhendions qu'elles ne 
trainaflèrit en longueur , & que de difficulté en 
difficulté on ne Iaitfàt partir nôtre Caravane fans 
nous ; aïnfi nous foupâmes alTez trifteraento Deux 
EmifTaires du Chïaia eurent la bonté le iendemaiii 
au matin de nous éveiller à la pointe dû jour , 6t ' 
de nous dire fans façon que l'on venoir de décou- 
vrir que nous étions des efpions ; que le Pacha, 
n'en étoit pas encore informé & qu'ainfî la chofe 
h'étoit pas fans remède , mais que nous pouvions 



vis venoient de Bonne 



pai-c. 



tomme nous ne paroiliions gueres 
leurs difequrs , ils nous arTeûrérent que les efpions 
en Turquie étoient condamnez au feu .' & que 
les plus honnêtes gens de la Caravane étoient prêts 
à déclarer que fous prétexte de chercher des Plan- 
tes , nous obfervions la fituàtion <k les murailles 
des villes , que nous en prenions lé Plan; que 
nous nous informions avec foin des troupes qui s'y 
trouvoient , que nous voulions fçavoir d'où ve- 
naient les moindres rivières , que tou: cela mc- 
*itoit punition. Àinfi parloit celui qui paroîlïbic 
être le plus méchant des deux j l'autre qui fem- 
?loit plus doux , difoït qu'il n'y avoir pas d'appa- 
rence que nous ruffions venus de i\ loin pour n'a- 
tnafTer que du foin. Nous nous retranchions tou- 
jours fur les bons témoignages que le Beglierbey 
d'Erzeron portoit de nous dans fa lettre, Ils répor> 
doient qu'on n'en pouvoit pas faire la lecture / 
<lue le Cadi ne fût venu de la campagne où il »* 
Tome III: K 



146 Voyage 

voit refter encore un jour ou deux. Nous nous fe'- 

parâmesatfez froidement là-deiTus. 

Heureufement en nous promenant par la ville , 
"noits rencontrâmes un Aga du Bcglierbey d'Erze- 
ron , qui ne faifoit que d'arriver Ôc qui nous re- 
connut d'abord , parce qu'il nous avoit veû trai- 
ter des malades dans le Palais. Après les premiè- 
res cîvilitez , nous lui contâmes l'embarras où 
nous étions. Surpris de î.otre avanture , il alla 
Chez le Chiaia du Pacha , & lui témoigna en nô- 
tre prefence qu'on n'avoir pas raifon de nous re- 
Fufcr le patfage ; que le Bcglierbey Coprogli , à 
qui nous avions été recommandez à Conitanrino- 
ple par l'Amballadeur de l'Empereur de France, 
nous honnoroir de fa protection ; que nous avions 
êû l'honneur de l'accompagner de Conftantino- 
ple à Ërzerbii , qu'il s'étoir bien trouvé de nos 
tônfèils & de nos remèdes , qu'enfin on ne devoir 
jpàs recevoir de cette manière des gens qui étoîent 
fi btfcri recommandez de fa part. Il nous fit ligne 
de nous retirer , & nous fit alTùrer par Ton valet 
<}ue nos ferions fatisfaits dans peu de temps. Nous 
entrâmes dans un carte pour attendre la décision 
de cette grande affaire. Un moment aprcs,les mê- 
mes Chiod.u-sdn Chïaïa , qui nous avoient trai- 
tez, d'efpions du Grand Duc de Mofcovie & qui 
tutoient , à ce que je crois , nos efpions , car ils 
nous gardoient à vciic , vinrent nous annoncer 
avec une joye feinte & dans le deflein de tirer 
queîqu'argent de nous , que tous les pacages de 
l'Empire croient ouverts pour nous ; mais qu'affo- 
lement on nous auroît ancrez fans la lettre du 
Bcglierbey d'Erzcron , ou qn'aurrioîns on nous au- 
roît fait payer une grolîe avanie , comme il arri- 
ve à tous ceux quf patient de Turquie en Ferle. 



ri u LiUàï. Lettre XV III. i& 
Dans ce temps-là nôtre Aga libérateur forcit 3 ôC 
nous vint prendre pour nous préfenter au Chiâ'fà '„ 
qui nous fit donner à fumer & à boire du caflfé: il 
nous afliïra que nous pouvions partir quand il 
nous plairoit j qu'en confidération du BeglietBey 
d'Erzcron , il nous faifoit grâce de deux écus que 
lui doivent toutes les bêtes de fomme qui pafienç 
par là : & comme on lui fit faire réflexion que 
nous n'étions pas marchands | mais Médecins J il 
mit fur fon marché que nous guéririons , avant 
partir , un Aga de fes amis qui àvoit une fiftule âti 
rondement. Comme il parloit :fi gravement & 
que nous ne voulions plus tomber dans fes filets , 
après l'avoir fait remercier de fes honnêtetez,je lui 
fis dire que nous prendrions foin de fon ami , & 
que nous lui donnerions tous les feCOUrs poffiblei 
pendant que nous ferions à Cars j mais qu'une fif- 
tule au fondement ne pouvoir être guérie que par 
l'opération , & que malheureafement nous n'a- 
vions pas les inftruments néceiîaires pour U 
Faire. _ 

Nous nous retirâmes à nôtre Camp beaucoup 
plus fatisfaits que le jour précédent. Pendant que 
nous étions à table , un des valets de l'Agad'Erzé- 
ron vint nous réprefenter que fon maître nous 
avoit rendu un fervice fort coniîdérable > qu'il ne- 
*igeoit aucune reconnoilïànce de nous , • 
nous fçavions trop bien le monde pour ne pas lui 
faire quelque preient. Nous en fûmes quittes pour 
trente fols pour le valet , & pour deux oques de 
orFé que nous envoyâmes à km maître , trop heu- 
reux d'en fortir à fi bon marché. De peur qu'bd 
n e vînt encore nous faire quelque nouveau com- 
pliment y nous prîmes le parti de nous tenir à 1 
«ampagne à chercher des Plantes jufqucs au 1 de 
K i) 



148 Voyage 

part de la Caravane ; ainfi les Turcs pijleut tou- 
jours & principalement fur leurs frontières ; mais 
il faut dire a leur louange qu'ordinairement ils fe 
contentent de ce qu'on leur donne. 

On peut douter avec raifon , fi Cars n'eft pas 
l'ancienne vilic que Ptolomée marque parmi cel- 
les qui lout dans les montagnes de la petite Armé- 
nie. La rellémblance des nouis eft allez favorable, 
ck il ne faut pas s'cmbarralfcr fi cet auteur la pla- 
ce dans la petite Arménie Outre que ce pourroit 
êtr^ une faute d'inadvertance , les diviiïons de 
l'Arménie ont changé fi fouvent , qu'il y a beau- 
coup de confuiion parmi les auteurs qui parlent 
de ce pays. On pourroit auflî foupçonner que Cars 
foit la Place que Ptolomée appelle Chorfa & qu'il 
place dans la grande Arménie , fi ce Géographe 
ne la marquoit le long de l'Euphratc. Tout cela 
pourroit avoir trompé Sanfon ; mais il eft certain 
que Cars e(î bien loin de cette rivière , & je par- 
donnerois plutoft à ceux qui ont propofé comme 
un doute , fi Cars ne feroit pas la ville de Nicopolis 
que Pompée tic bâtir dans le lieu où il avoir battu 
Michiidatc , puifquc cette ville fe trouvoit entre 
l'Euphratc & l' Araxe. Ccdren & Curopalate nom- 
ment Cars , Car.e , Leunclavv C*rjcum. Ce der- 
nier allure qu'en 1579. Muftapha Pacha comman- 
dant l'armée de Sultan Mourat contre les Perfes 
& les Géorgiens , fortifia Cars & la pour' 



l pourroit 



faite ; 



des plus fortes Places du Levant. 

-,• Le 1 1 & le 1 3. Juillet la Caravane y féjourna 



. 



ne. Nousc 



; le lendemain à une heure après minuit , 
parce que nos plus gros Marchands qui n'avoienc 
déclaré qu'une partie de l'argent qu'ils faifoienf » 



du Levant. Lettre XP III. 149 

voiturer en Perfe , voulurent éviter , par leur di- 
ligence , les nouvelles recherches que les Officiers 
•n auroient pu faire, ils montèrent donc à cheval 
dés qu'ils furent expédiez , & nous traversâmes 
une grande plaine pendawt toute la nuit 3 quelque 
obfcurè qu'elle fur. On campa fur les neuf heu- 
res du matin auprès de Bar guet gros village , dont 
le Château à moitié démoli paroit avoir été bien 
bâti dans fon temps. On ne découvrit prefqueque 
des Plantes ordinaires , & furtout beaucoup de 
Gallium jaune , & du Gramen fparteum , fenna- 
tum C B. On defeendit fur le midi dans une aflez 
belle vallée à demi lieue" de Barguet. Parmi quel- 
ques Plantes rares nous y obfervâmes une cfpccc 
de Betoine aflez finguliere , dont la graine a levé 
& multiplié dans le Jardin du Roy. Elle fe diftin- 
gue principalement par la longueur de fes feuilles 
longues de demi pied fur un pouce de largeur, 
que la culture n'a point changées. Il y a long- 
temps que cette Plante cft connue en .France , 
puilque M» le Premier Médecin en a trouvé la 
figure parmi les Planches que M r de la Brojfe 
fon grand oncle & Intendant du Jardin du Roy , 
avoit fait graver. Ceft dommage que ces Plan- 
ches n'ayent pas paru dans leur temps ; elles font 
auiît grandes que celles du Jardin à' Ai fie d ÔC 
beaucoup mieux gravées. M' le Premier Méde- 
cin qui les a recouvrées depuis peu , nous fait ef- 
perer de les donner au public. 

Je ne fçai par quelle deftinée la plupart des 
grands ouvrages de Botanique qui ont cte faits 
en France dans le îïeclc pafle &C qui auroient fait 
beaucoup d'honneur au Royaume , n'ont point 
encore paru. M r Richer de Belleval Chancelier 
<le l'Unïverfitc de Montpellier avoit décrit & fait 
K iij 



w . r y, q y a 9 * 

grayer une infinité de Plantes rares qui naifTènt 
fïans les Alpes & dans les Pyrénées , <k que l'on 
donne tous les jours comme des Plantes incon- 
nues. Il paroît par les Planches qui font entre 
les mains de fes héritiers , que les Bauhins n'a- 
yoient rien découvert de fi beau dans ce temps- 
là. L'ouvrage du P. Barriilicr eft enfeveli dans 
je fond de la Bibliothèque des Dominicains delà 
rue' S. Honoré.Cet homme infatigable après avoir 
parcouru toute l'Efpagirc & toute l'Italie , & dé- 
penfé beaucoup à faire graver ce qu'il avoit dé- 
couvert: de plus rare , mourut à Paris fans avoir 
rien mis au jour. Il n'y a pas d'apparence que 
ce beau Recueil foit jamais publié. Jl en fera de 
rnême , M f B r , de celui du P. Plumier Minime , 
|î vous n'en favorifez l'édition ; cependant il 
Faut dire à la louange de ce Pcre, qu'il a lui feul 
décrit & deilîné plus de Plantes d'Amérique, que 
fi'onç fait tous enfemble ceux qui (c font mêlez 
d'en parler. Il eft bien aifé de faire des livres de 

les que l'on cultive dans un jardin , & dont on a 
reçu les graines ou les racines par; difterens cor- 
ïefpondans ; mais le P. Plumier avoit fait quatre 
yoyages en Amérique , ÔC il mourut à Cadis 
dans le temps qu'il devoit en partir , par vos or- 
dres • pour aller au Pérou. Pour moi je me flatte, 
Mfi r , que vous me continuerez l'honneur de 
Votre protection , & que vous voudrez bien faire 
graver tant de belles Plantes que j'ay obfervées 
çians mes voyages. 

Voilà une de ces fortes dedigrefTïons qu'il n'eft 
permis de faire que dans des lettres ; le genre 
fpiftokire fourTre tout & il convient parfaite 
nient aux voyageurs qui ne fauroient s'empêcher 



du Levant. Lettre X F 1 1 1. i 5 i 

de s'égarer quelquefois dans une longue route. 
Me voici de retour à la Caravane. Le 15. Juil- 
let nous partîmes a quatre heures du matin, & 
payâmes par des plaines afkz bien cultivées , en- 
trecoupées de quelques collines agréables où les 
bleds écoient bien plus avancez que du côté d'Er- 
zeron. On y cultive beaucoup de Lin , fur-tout 
auprès des villages qui font allez rrequens. Sur 
les fept heures du matin nous priâmes à guai 
une petite rivière confidérable qui va fe ièàm* 

aller à Gangel , & nous fumes fort concernez de 
nous voir réduits à la feule compagnie de trois 
marchands qui venoient à Teflis. Un Aga Turc 
campé fur le chemin envo\a deux gardes pour 
nous reconnaître ; mais comme ils ne fçavoient 

Pafleports , & nous demandèrent pour leur peine 
quelques Truites que nos Drogmans avoient vè- 
chées. Ils firent payer dix âpres par charge a nos 
marchands . & fc firent donner chacun une pièce 
de la von pour fe razrr. 

Nous découvrîmes ce jour-là, à montré, la 
plus belle Plante que le Levant prodjiifef Ceft 
une cfpece d' Eléphant à grande fleur , dont la 
trompe eft courbée en bas. 

Sa racine qui eft longue d'environ deux ou 
trois pouces , n'a qu'une ligne & demi d'épais , 
dure , roullatre , chevelue , eV jette une nVc hau- 
te de neuf ou dix pouces . auirrà- nm-nm-ini» 



vers le bas , le 
feuilles oppofé 



ûu-, 






y. ou 



> longues d'un pouce. 1 , if. lignes 
îgues de large , femblables a celles 



m Voyage 

de la Pedicttlalre jaunes , velues fur les bords , 
crénelées , vénées. De leurs aiifcllcs fort une 
fleur de chaque coté, rétrecie en tuyau par derriè- 
re , verdatre , long feulement d'une ligne cV demi 
ou deux. Ce tuyau s'évafe enfuitc en deux lèvres, 
dont la fupericure cft dilatée d'abord en deux cl- 
neecs d'oreilles allez arrondies , d'entre lefquellcs 
fort une trompe ou tuyau courbe long de neuf 
lignes , épais d'une ligne , terminé par une lèvre 
ovale d'une ligne & demi de diamètre , frifée , 
bordée de petits poils , au delà de laquelle débor- 
de le filet du piftile. La lèvre inférieure eft lon- 
gue & large d'un pouce , chantournée & décou- 
pée en trois parties , dont celles des cotez font 
comme deux grandes oreilles. La partie infericu- 



upec en trois pièces, 



Celles desc 



font arrondies auiTî , mais celle du milieu n'eft 
qu'un petit bec fort pointu. Toute cette fleur eft 
M de ùfran, hormis le bas de la lé- 
qni cil blanchâtre; Lesewminei 
font fort courtes cv cachées fons les ailes de la 
lèvre fupericure. Leurs fommets ont deux lignes 
de long fur une ligne de large , anpUtis , jaune- 
pàlc. La levre fupericure réprefentC la trompe 
d'un Eléphant qui la courbe pour porter quelque 
chofe dans fa bouche , au lieu que dans les au- 
tres efpcces de ce genre qui font prétentement 
connues , cette lèvre cil relevée. Le caUcc cft 
d'une feule pièce , long de trois lignes , légère- 
ment velu , la levre iupén'eurc en cft obtufe . 
échancrée. L'infcricure cft fendue plus profondé- 
ment en deux pièces. Chaque fleur cft attachée 
à un pédicule long de demi pouce & fort délie. 
Le piftilc qui cft un bouton un peu ovale , n a 
qu'une ligne de long & devient un fruit de demi 



du Leva sr t. Lettre XTIII. iy* 
pouce de long , prcfquc quarré à coins arrondis , 
vcrt-pàlc , membrancui , épais d'environ deux 
lignes & demi , partage dans fa longueur en deux 
loges Icfqucllcs s'ouvrent par les côrcz & renfer- 
ment des graines longues d'une ligne & demi ou 
deux , cpaiues d'une ligne , canelées dans leur 
longueur , & de la forme d'un petit rein. 

Le 16. Juillet nous partîmes à quatre heures 
du matin & campâmes fur les huit heures dans 
une belle & grande prairie où nos tentes furent 
dreflees pour la première fois fur les terres du 
Roy de Perfe. Nous n'avions couche qu'à une 
heure feulement de la frontière , laquelle fe 
prend au haut d'une colline à la defeente de la- 
quelle commence la Géorgie Perfîenne , ou le 
pays que les Perfans appellent le Gnrgifian , c'eft 
à d'ire la Terre des Géorgiens , car Tan eft un an- 
cien mot Celte qui figrofie un pays , & ce mot 
s'eft coniervé par tout l'Orient , où l'on dit le 
Curdijhn , l'Indofian , &c. pour exprimer U 
Terre dtsCurdes , celle des Indiens , &C. Nous 
découvrîmes d'abord piufieurs villages allez con- 
«ierables ; mais toute cette belle campagne ne 
P-oduit pas un feul arbre , & l'on eft obligé de 
oulerdelabouze de vache. Les bœufs y font 
tres-fVcquens , & on les y élevé autant poux cet 
u 'age , que pour en manger la chair. On en at- 
tclcuifqucsà 14. ou ic. paires à une charrue 



aDourer la terre. Chaque pane 



1 fon hom- 



1 conduit , monté comme un portillon ; 
tQ us ces portillons qui crient a chaque pas corn- 
ue les matelots qui font une manœuvre , for- 
ment enfcmble un charivari épouvantable. Nous 
étions faits a ce manège depuis Erzcion. Ce n'eft 
Pas apparemment de 'ces terres de Gcoigie dont 



parle Strabon , que l'on errlcuroit feulement avec 
une charrue de bois , bien loin d'y employer le 
fer. 

C'cft un excellent pays que la Géorgie. Dès 
qu'on effc fur les terres du Roy de Pcrfe , on vient 
vous prefenter toutes fortes de provifions , pain , 
vin , poules , cochons , agneaux , moutons. On 
s'adrclle fur tout aux Francs avec un vifage riant, 
au lieu qu'en Turquie on ne voit que des gens 
ferieux qui vous mefurent gravement depuis les 
pieds julques à la telle. Ce qui nous furprit le 
plus , c'eft que les Géorgiens méprifent l'argent 
Cx ne veulent pas vendre leurs denrées. Ils ne les 
donnent pas non plus , mais ils les troquent pour 
des bralîclets , des bagues , des coliers de verre , 
de petits couteaux , des aiguilles ou des épingles. 
Les filles fc croyent plus belles quand elles ont 
cinq ou iîx coliers pendus au cul , qui leur tom- 
bent lui- la gorge > elles en ont aiiili les oreilles 
garnies , cependant tout cela fait un alfcz \ilam 
étalage. Nous dépliâmes donc notre mercerie iur 

mar.icics , nous avions employé dix écus à Erze- 
ron en rocaillcs , comme ils difent , c'eft a dire 
eu émaux de Vcnifc qui font tous femblables a 
ceux de Ne vers. Ces rocailles nous produisent 
le centuple , mais il ne faut pas trop s'en charger, 
car on ne s'en derfait que par troc , Cx ces trocs 
ne fc font que pour des choies néceilaircs à la 
vie , ce pendant deux journées feulement i com- 
me i] les anciennes manières des Géorgiens r- 
s'ètoient confervées que dans cette contrée. C-S 
gens-là , comme dit Strabon, font plus grands 
cv plus beaux que les autres hommes , mais leurs 
mceuis font trcs-fimplcs. Us ne fc fervent d'aucu- 



pu Levant. Lettre X FI 1 1. i;ç 

ne monnoyc , d'aucun poids , d'aucune mefurc > 
à peine Içavcnt-ils compter au-dcla de cent. Tout 
le fait chez eux par échange. Nous confiâmes 
donc notre petic ucfor à ces bonnes gens ; ils 
prirent ce «qui leur plut , mais apurement ils 
n'abuférent pas de la confiance que nous avions 
en eux. Ils nous donnoient une poule groil'e com- 
me un dindon , pour un colier de iix blancs , & 
une grande mefurc de vin pour des btaflclets de 
dix-huit deniers. Les cochons s'y promenoient en 
toute liberté , au lieu qu'en Turquie on les chailc 
comme des animaux immondes ; on dit qu'ils font 
beaucoup meilleurs dans la Géorgie qu'aiiieurs , 
mais je crois que c'eft parce que la plupart des 
voyageurs , qui ont ordinairement beaucoup 
d'appétit , trouvent tout excellent ; en effet les 
jambons nous parurent un mets nouveau , car 
nous n'en avions point mange depuis que nous 
avions quitte l'Archipel. Les Géorgiens traitent 
les Turcs d'ignorans Ôc de ridicules fur l'ufagc 
des cochons ; les Turcs au contraire appellent 
les Perfans fcbifmantjHes , &c les Géorgiens infi- 
*d** y parce qu'ils mangent fans fcrupulc la 

A l'égard des Géorgiennes , elles ne nous fuf- 
f rirent pas,par ce que nous nous attendions à voir 
<ics beautez parfaites/uivant ce qu'on en dit dan? 
le monde. Les femmes avec qui nous troquâmes 
BOl émaux , n'avoiciu rien de defagréable , &i el- 
les auroient pu palier tout au plus pour de belles 
pci tonnes , en compaiaifon des Curdes que nous 
avions vetics vers les fourecs de l'Euphratc. Nos 
Géorgiennes avoient pourtant un air de fanté qui 
"ifoit plaide , mais après tout elles u'étoient m & 
Relies ni il bien faites qu oii le dit. Leur teint cft 



l$G V O Y A G I 

fouvent parfumé à la vapeur des bouzes de vache s 
celles qui font dans les villes n'ont rien d'extraor- 
dinaire non plus , ainfi je crois qu'il m'eft permis 
de m'inferire en faux contre les deferiptions que 
la plufpart des voyageurs en ont faites. Nous en 
fîmes convenir les Capucins de Teflis , qui con- 
noilTent mieux le pays que les étrangers , & qui 
n'ont jamais pu perfuader à ces femmes de fe defa- 
frufer du vilain fard dont elles couvrent leur vifage 

On nous altùra qu'on enlevoit les plus belles fil- 
les dés l'âge fix ou fept ans pour les tranfporter à 
Hifpaham , ou en Turquie ; les parens & les meil- 
leurs amis de la maifon fe mêlent fouvent de ce 
commerce. Pour éviter cet inconvénient , on les 
marie à 7. ou 8. ans , ou bien on les enferme dans 
des couvents ; ainli les lorgnettes que nous avions 
apportées de Paris nous furent tout-à-fait inuti- 
les , & l'on avoit apparemment enlevé depuis peu 
ce qu'il y avoit de plus joli dans le pays. Voici le 
portrait d'une Géorgienne qui nous parut allez 
gracieufe. De tout temps , pour ainfi dire , on 
a enlevé ce qu'il y avoit de belles perfonnes dans 
le pays. Zonare remarque qu'on y prenoit par or- 
dre du Roy les beaux garçons pour les faire Eu- 
nuques & les vendre enfuite aux Grecs ; mais pour 
appaifer les féditions il en coutoit fouvent la vie 
aux pères. 

Ce qu'il y a de plus édifiant fur la frontière de 
Géorgie , c'eft qu'on ne demande rien aux étran- 
gers. On peut entrer & fortir quand on veut des 
terres du Roy de Perfe , fans demander permif- 
lion a qui que ce foit. Les marchands de notre 
Caravane , qui avoit un peu grotli en chemin , 
nous alluroicnc que non feulement on traitait ref- 



du Levant. Lettre XV III. ijf 
pe&ueufcmenr les Francs , mais qu'on les rcgar- 
doit avec crainte & vénération quand ils avoienc 
des chapeaux & des jufte-au corps ; au lieu qu'on 
les lapideroit en Turquie s'ils marchoient en pa- 
reil équipage. On n'exige que des droits fort mo- 
diques fur les marchandifes qui entrent en Perfe. 
Nous paflames , fur cette frontière , la rivière 
d'Arpagi , laquelle vient de Cars , ou pour mieux 
dire dans laquelle fe jette la rivière de Cars , com- 
me on l'a dit ci-devant. L'Arpagi va fe rendre 
dans l'Araxe , l'Araxe fe joint au Kur , & la mer 
Caipienne reçoit toutes ces différentes eaux. L'Ar- 
pagi palTe pour une des rivières des plus poïuon- 
neufes du pays ; quelques-uns prétendent qu'elle 
fert de frontière aux deux Empires : mais ce n'eit 
pas à nous à en décider , en tout cas il ne s'agit que 
d'un quart de lieue' de terrein. 

On monta à cheval le 17. Juillet à trois heu- 
res & demi du matin, Se l'on campa fur les dix 
heures dans une grande plaine , après avoir pafle 
fur des montagnes aflez hautes , où le froid fe 
faifoit fentir vigoureufemenr. Tout le pays eft 
herbu , mais les arbres en font bannis depuis 
long-temps. Parmi les Plantes que nous y obfer- 
vâmes , on découvrir une efpece à.' Aconit fembia- 
ble à celui que l'on appelle Tuelauf. Les tiges 
de celle dont nous parlons forment une pyramide 
de fleurs , haute d'environ un pied & demi. Cha- 
que fleur eft blanche. Le cafque qui a 1;. lignes 
de haut,eft arrondi par le bout & large de trois li- 
gnes.Les crofles font purpurines.On voît,fur quel- 
ques pieds , des fleurs qui tirent fur le blanc-fale. 
Le 18. juillet nous partîmes à quatre heures 
& demi , & nous marchâmes jufques à midi. Le 
changement des payfages nous furprit £1 agréa- 



t 5 8 V 6 ir A 6 E 

blement , que nous crûmes être arrivez dans un 
nouveau monde. Ce n'étoit que Bois de hante fui 
taye entremêlez de taillis , parmi lefquels s'éle- 
voientdesChefnes, des Heftres , des Ormeaux , 
des Tilleuls , des Erables , des Frcfnes , des Char- 
mes à grande & petite feuille. OVi y diftinguoic 
des Epines blanches , des Sureaux 5c des lëbles. 
Les Noifetiers , les Poiriers , les Pruniers , les 
Pommiers , les Framboificrs & les" Frai fiers n'y 
croient pas rares. Qui fe feroit attendu à voir de 
fï belles chofes ? On môiffonnok le bled dans le 
fond de la vallée où nous campâmes. Nous com- 
mençâmes à voir des vignes ce jour-là, mais quoi- 
que le vin ne fût pas bon , On pouvoit le regar- 
der comme du Nectar en comparaîfon de celui 
que l'on boit à Erzeron. Le payiàge du lendemain 
ne fût pas moins agréable , car depuis trois heu- 
res du matin jufques à dix , nous marchâmes dans 
une vallée qui , quoi qu'étroite & efearpée \ étoic 
néanmoins charmante par fa verdure & par fes* 
differens points de veiie. Les habitations font dans 
le fond ou à mi-côte , les bois en occupent les" 
hauteurs , tout le refte eft rempli de vignobles 8c 
de vergers naturels , où les Noyers , tes Abrico- 
tiers , les Pefchers, les Pruniers, les Poiriers & les 
Pommiers viennent d'eux- mêmes. Si cette vallée 
n'eft pas celle que Procopc décrit entre le pays 1 
des Tzans & la Perfe-armenie , on ne peut pas 1 
douter que ce fie fuit un de ces quartiers de là 
Gcoro-îe où , fuivant Strabon , abondent toutes 
fortes & de fruits que la terre y produit fans cultu- 
re. On n'y donne aucune façon, dit cet auteur,à la 
vigne fi ce n'eft qu'on la taille tous les cinq ans. 
Apres avoir pafle le pays des Tzans , fuivant Pro- 
cope ; on entre dans une vallée profonde , cfcar- 




Ccursida, Orientait Cka^rvceÂry 'os Jolie 
flore luteo CaroU. Inst.Rei keré>. u • 



do Levanï. Lettre XV II h j 59 

£ee , qui eft des appartenances du Mont Cauca- 
fe , bien peuplée , où l'on mange de toutes les 
fortes de fruits que l'on peut foulïalter en autom- 
ne, tille elt pleine de vignes & fe termine > après 
trois journées de chemin , par ia Perfc-armenie. 
Ce qu'il y a de certain, c'eft que nous n'étions pas 
éloignez du Mont - Caucafe; Les montagnes qui 
s'étendent depuis Cars jufques à Teflis ôt vers la 
mer Cafpienne lont proprement ies Monts Mof- 
chiqucs des anciens , lefquels foivant Strabon , 
occupent l'Arménie jufques chez les Ibcriens & 
les Aibanôis. Quoiqu'il en foie , cette belle val- 
lée dont on vient de parler , finit par une grande 
plaine aflez bien cultivée où pa(fe une rivière cou* 
iîdérable qui delccnd des montagnes & qui fuivant 
ce qu'on nous dit , va du côté de Teflis fe jetier 
dans le Kur. On peut propofer comme un doute , 
fi ce n'eft pas la rivière que Strâbon appelle Ara- 
gos. Tout le pays eft Fertile en belles Plantes. Voi- 
ci une efpece de Cajfidd que fa fleur jaune & fes 
feuilles découpées , comme la Germandrée , dif- 
cinguenc de toutes lés efpcces de ce genre. 

Sa racine qui eft roulfatre , dure , ligneufe , 
relevée quelquefois en manière de tubercule & 
garnie de fibres chevelues , poufle des tiges côûr* 
bées fur terre , puis redrelfées lefquelles fe mut* 
nplient facilement par des bouquets de fibres dan* 
les endroits où elles s'appuyent fur terre. Ces ti* 
ges font hautes d'environ huit pouces , branchuë* 
dés le bas , épaiifes d'une ligne , dures , touffues, 
accompagnées de feuilles deux à deux , longues dô 
nuit ou neuf lignes fur quatre ou cinq pouces de 
large , vert-brun , mais blanches en dedans , dé- 
coupées comme celles delà Oermandrée , foute* 
nues par une queue de crois ou quatre ligues et 



,6o Voyage 

long. Elles diminuent jufqucs vers la fommité ; 
& ces foramitcz fe terminent en épi long d'un 
pouce & demi , garni de feuilles vert-pâle , lon- 
gues de fept ou huit lieues , pointues , ferrées , 
mais point ou peu crenées. Des aiuéllcs de ces 
feuilles naiuaitdcs fleurs jaunes hautes d'environ 
15. lignes , rétrecies en tuyau coudé tout au bas, 
Icqucf n'a qu'une ligne de diamètre , mais evafees 
" Ite& découpées en deux lèvres. La [ujerieu- 
haut de 4. 1" 
,ie-verdâtrc 
longue de 



& découpées en deux lèvres. La fupe 
re cil un cafquc haut de 4. Ugnei , p«f de deux 
petites aifles jaune-verdâtre ; la lèvre inférieur* 
eft iaune auflï . loneuc de trois lignes, echan 



c qui approche en quelque manière de la 
fleure d'un cœur. Le calice n'a que deux lignes 
dehaut , partagé en deux lèvres , dont la pus 
élevée reprefente une toque , au fond de laquelle 
eft un piftile à 4. embryons lurmonte par un nlcc 
courbe, allongé & partagé dans le calque de a 
fleur. Toute la plante cil amere. Elle aime ia 
terre grafle & le chaud. On l'élevé facilement 
au Jardin du Roy & dans les Jardins de Hol- 
lande où je l'ai communiquée à nos amis. 

Nous marchâmes toute la nuit du ïo. Juillet oc 
n'arrivâmes à Teflis que fur le midi , après nous 
etre repofez pendant une heure , à trois nu 
de la ville fur une montagne artez agréable. L 
voituriers partent ordinairement pendant la nuit 
pour éviter les courriers des Princes ^ cï Jfc oxy 
quels pour achever leurs courfes font en po e 
de prendre les chevaux qu'ils trouvent fiff» 
grands chemïns,n'épargnant que ceux des <«» ' 
carilscroiroicnt violer le droit d'holp«ahte *^ 
les traitoTent de même que les gens du pays, 
me il n'y a point de po a es établies, & ^coti- 
s font cenfez courir pour affaires ?.#\ 



du Levant. Lettre X F III. 1C1 

(equence , on ne trouve pas mauvais qu'ils fe fer- 
vent des chevaux des particuliers ; de manière que 
les courriers démontez font obligez de s'en aller 
à pied jufques à ce qu'ils ayent ratrappé leur mon- 
ture. Cette mode eft un peu incivile , mais 
c'eft l'ufage & il fereit dangereux de s'y op- 
pofer. 

Après avoir paiTé par des pays afîez pla 



tagne toute pelée , dans une vallée allez étroite à 
cinq journées de la mer Cafpienne , & à fix de la 
mer Noire , quoique les Caravanes en comptent 
le double. Teflis ou Tiflis eft aujourd'hui la capi- 
tale de la Géorgie , connue par les anciens Tous 
les noms Sibérie & à' Albanie Pline &Pomponius 
Mêla font mention des peuples appeliez Ge-rgi. 
Peut-être que la Géorgie en a retenu le nom , 
peut-être auffi que les Grecs les appelaient Geor. 
gi , comme qui diroît de bons Laboureurs. Les 
ïberiens , comme nous l'apprend Dion Cafïius , 
habitoient les terres qui font en-deçà & en-delà 
du fleuve Kur a voiiîns parconiequent des Ar- 
méniens du côté du Couchant , & des Albanois 
du côté du Levant ; car ceux-ci occupoient les 
^rres qui font audelà du Kur jufques à la mer 
Cafpienne, Ces ïberiens , peuples fort aguerris , 
le déclarèrent contre Lucullus pour foûtenir Mî- 
thridate & Tigrane fon gendre. Plvuarque re- 
marque qu'ils n'avoient jamais été fournis , ni 
aox Medes , ni aux Perfes , ni même au grand 
Alexandre \ néanmoins ils furent battus par Pom- 
P^ e qui s'avança jufques à trois journées de la 
m er Cafpienne , mais il ne pût la voir , quelque 
envie qu'il en eût 3 à caufe que tout le pays étoic 
Tcme III, L 



les narres d'une des principe, çorçcs du Moni 
Caucaic. Pompcc y lailla des garnifons & àd# 
va de foûmcttre le pays qui cil le long du Kur. 
Ne peut-on pas conjecturer une Ttjlts cft l'an- 
cienne ville d'shrrvolis capitale de l'ibcrie fur 
le fleuve Kur ? le nom & la (kuation de cette 
ville ravorifent tout-à.fait cette pcnféV. 

Pompcc fans vouloir écouter aucunes propo- 
rtions de paix , pourfuivit & vainquit Artoces; 
C'cft apparemment de ce combat dont parle Plu- 
tarque dans la vie de cet illuftre Romain , où il 
aflïïrc qu'il refta neuf mille Ibericns fur la pla- 
ce , 5c que l'on fit plus de dix mille prifonniers. 
C'cft auffi ce même Artoces qui , pour obtenir 
la paix , envoya à Pompée fou lit , û table & la 
fellc de fon cheval. Quoique toutes ces pièces 
furent d'or , Pompée qui ne voulut écouter au- 
cun accommodement qu'il n'eût reçu le fAsèa 
Roy pour ocaec, ordonna aux Qucileurs de l'ar- 
mée deleamertre dans le ["réfoi publia ApPf 
appelle Artocns le Roy dlberic ; Eutrope Ar- 
tifice , & Sextus Rutfus le nomme Arfia. <>* 



, Oàùvi Lieuieiuut de M. Antoine 



ren-.'i^ 



ci al dans 



du Levant. Lettre XVI IL 16$ 
jtigua Phamabaze Roy d'Iberie , & Zobcre Roy 
d'Albanie ; le même hitrorien rapporte que l'Em- 
pereiu- Claude rendit i'iberie à un de les Roys 
appelle Mithridate. Ce nom a eue commun à 
piufieurs Roys du Pont , du Bofphore Cimme- 
rien , & d'iberie. Mithridate dont nous parlons 
fut dépolfedé &: tué par fon frère Pharafmane -, 
mais tous ces changemens nous interdlent peu. 
Celui qu'on y fit fous le grand Cenftantin mérite 
qu'on y falfe plus d'attention. 

Dieu permit que les lberiens , que nous con- 
noïlfons aujourd'hui Jous le nom de Géorgiens , 
fuiîént éclairez de la vraye Foy par le miniitere 
d'une efclavc Chrétienne. Elle les convertit par 
fes miracles , & guérit leur Roy d'une fuffufion 
qui lui furvint aux yeux dans le temps qu'il chaf- 
fôit. Socrate ajoute que les nouveaux ebrivertif 
demandèrent des Evêques à Conftantin pour fe 
faire inftruire ; &C Procope allure que c'étoïent 
les meilleurs Chrétiens de leur temps. Gyrgcne, 
Un de leurs Roys , picifé par Cavade , Roy de 
Pcrfe , de fe conformer a fa religion , implora 
le fecours de l'Empereur Juftin qui avoit fucce- 
déàAnaftafe, & cette affaire alluma la guerre 
entre les deux Empires. Un autre de leurs Roys, 
nommé Zanabarze , vint à Conllaminople du 
temps de Juftinicn pour s'y faire baptiter avec 
fà femme , fes enfans , & piufieurs Seigneurs de 
fa Cour. L'Empereur lui donna de grandes mar- 
ques d'eftime & d'amitié. 

A prefent tout eft bien changé. Le Prince de 
Géorgie , qui proprement n'eft que le Gouver- 
neur du pays , doit être Mahometan , car le Roy 
<le Perfe ne donne point ce Gouvernement a un 
Seigneur d'une religion différente de la fiennc. 



s'il cft polliblc d-ôtet aux hoiftmes 


quelque chofe 


:' r' ' | ; . ; '* - <-■' 


Seigneur vint 


me ; le Prince ordonna fur le ch; 


irap qu'on lui 


coupât la main dont il s'etoit ferv 


i pour tuer les 


autres ; mais une Dame ayant impl 


oré la clemen- 


ce , l'allùra que lesenfans de ce mal 


heureux mour- 


roient de faim ii le perc perdoit la 


main qui ga- 


gnoit leur vie ; L'ordre fut révoque 


: d'abord. Un 


Courtifan fit connoître après cela i 


ni Prince, que 






p> >ur le Lncn pumie o ' 




Qu'on l'exécute donc , dit 1 leracl 


lee. La femme 


du criminel vint cnluite Ce jetter à ! 


es niedsiqu'ou 


fufpcnde l'exécution , dit- il : A\ 


près que cccrc 


femme le fur retirée, un Favori 


du Prince lui 


veprefema qu'on pc. i. 


1 qu'on lui de- 


voit, s'il oardonnoit L 


crimesjqa'on 


lepunilTe, s',Wr-il 


le bourreau le 


prit au mot «C coupa U main au » 


:iiminel ; mais 


îe Prince , à la follfcitation d'un ; 


mtre Favori» 


qui les païens du icclcr.it avoir:;! 


t fait quelque 


prefent, priva le bourreau de du 


ax villes qu'» 1 


i>wircdoit , s 


rtendu Ta dçr- 



dit Levant. Lettre XFriî. itfy 
nierê volonté. Les bourreaux en Géorgie font 
fort riches , & les gens de qualité y exercent cet- 
te charge ; bien loin qu'elle foit réputée Infâme , 
comme dans tout le refte du monde , c'eft un titre 
glorieux en ce pays-là pour les familles. On s'y 
vante d'avoir eu plufieurs bourreaux parmi fes 
ancêtres, cV ils fe fondent fur le principe qu'il 
n'y a rien de fi beau que d'éxecuter la Jullicc, 
fans laquelle on ne fçauroit vivre en fureté. 
Voilà une maxime bien digne des Géorgiens. 

La Géorgie efl: un pays fort tranquille au- 
jourd'hui , mais elle a fervi plufieurs fois de 
théâtre à la guerre entre les Turcs & les Perfcs. 
Muftapha Pacha qui commandoit l'armée de 
Sultan Mourat , prit Teflis en 1578, Il mit tout 
le pays à feu Se à fang , & fit palier à Conftanti- 
nople les deux fils de la Reyne de Géorgie , dont 
l'un fe fit Mahometan » & l'autre mourut Chré- 
tien. Les Perfcs cependant vinrent au fecoui^ 
des Géorgiens , & il refta dans une bataille foi- 
rante & dix mille Turcs fur la place. La guene 
**y rallu 



furent toujours battu 


s. M r Chardin < 


décrit fi 


^ long par quels eve, 


îcmens 1 


d G?oriI 


le eft p 


1 - fous la dominati 


on des l 


>erfes, c 


>n peut 


^'Jnfultcr ïà-dciTus , . 


car cet ; 


auteur c 


-aroît fi 


cxa c: ; mai * s j c \ c a - ou 


vc trop prévenu 


en fave 


~-5 Géorgiennes 








Le Prince de* Geo, 


-gieapli: 


is de fix 


cens 7 


n*ns de rente , fui van 


t la ma 


.niére de compt 


du Pays ; un Toman 


vaut 11 


. ecus & 


demi 1 


mams qui font 18. y. 
ont des écus que Ton 


iflarns 


u About 


jHeh , 




en Holla 




I e Levant. Les Orient 


ommenc 


jfEt 


a «iife de la figure 


du Lio 


n qu'ils 
L iij 


appelle 



i66 Voyage 

A flan. Cette monnoye eft connue en Egypte fous" 
le nom à'Abouquel, Les revenus du Prince con- 
fident en une penfion de 300. Tomans que le 
Roy lui fait &c en ce qu'il retire ou de laDoiian- 
ne de Tcflis ou des entrées de l'Eau de vie & des 
Melons ; le tout va à pics de joo. Tomans , fans 

les Grands qui pillent |\«r Teflis. Le pays lui 
fournie des moutons , de la cire , du beurre & du 



chaque ( 




le nombre de 40. mille 


montons 


i.CM quoiqu'il ) 


' ait foixante mille feux 






mit des troupeaux que 


dans qu.i 


«rante mille mai 


ions. A l'égard du vin, 


ou en d< 


jnne quatre mi 


lie fommes au Prince; 


une forym 


se pefc quaranr 


e Batmans 3 le Batman 



eft de 

Les Seyuins de Venife , qui ont cours partout 
l'Orient , valent dans Teflis fix Abagis chacun 
& trois Chaouris ou Sains, Le Sequin vaut fept 
livres dix fols monnoye de France , ainfi l'Abagi 
vaut environ vingt & deux fols ; quatre Chaou- 
ris font un Abagi, Cette monnoye fcmblc avoir 
retenu le nomade ces anciens peuples d'Iberic 
qu'on appelloit Abufglcns. Il eft vrai qu'on écrit 
Abajji, quoiqu'on prononce Abagi , c'eft à due 
monnoye frappée au nom du Roy Abas. Ainfilc 
Chaouri revient à 5. fols 6. deniers j VbVfalten 
vaut demi Abagi ou deux Chaouris , c'eft à dire 
11. fols. Un Chaouri ou Sain vaut 10. Jffr** 

de cuivre ou Carbequis , dont 40. font un AbagJ. 

Enfin une Piaftre vaut dix Chaouris & demi. 
Les Géorgiens & les Arméniens payent la Ca- 

pitation au Roy de Perfe fur le pied de fix A°a- 

çis par tête. Cette Capitation eft affermée ,J°o* 



b tr Levant." Lettre XV III. 167 
Tomans. On prefente au Roy en hommage qua- 
tre Faucons tous les ans , fept efclaves tous les 
trois ans, & vingt-quatre charges Je vin ; mais 
on ne laide pas de lui en cm v-, , i i teaucoup plus; 
outre cela la plupart des belles filles du pays font 
deftinées pour fon Serrail. Les Géorgiens [ont 
grands yvrognes & boivent pins d'eau de vie que 
de vin ; les femmes poutlcnt cette débauche plus 
loin que les hommes , on peut juger par là fi elles 
font cruelles. C'eft peut-être cet excès d y, rogne- 
lie qui a gâte' le beau fang de Géorgie , car rien 
ne contribue plus à faire de beaux enfans s que la 
vie réglée , & c'eft pour cette raifon que le fang 
eft fort beau en Turquie. On y voit peu de boi- 
teux &c peu d'eftropiez , fur-tout dans les pays 
qui font un peu avant dans les terres où les Francs 
ne féjom-nent pas ; car on aceufe ces derniers 
d'incontinence par tout où ils en trouvent l'oc- 
cafion. 

La débauche eft grande dans Teflis parmi les 
Chrétiens -, il eft vrai qu'ils ne font Chrétiens que 
de nom : d'ailleurs les Mahometans Ôc les Juifs 
11 y vivent pas plus régulièrement. Le vin eft la 
fource de tous ces defordres ; il fauclroit par poli- 
t( que en défendre l'ufage à ceux qui fe portent 
bjen s & ne le permettre qu'aux malades. Char- 
din a remarqué avec raifon , qu'il y a peu de pays 
°u l'on boive tant de vin qu'en Géorgie : pauvre» 
& riches tout le monde en prend avec excès ; ces 
débauches leur font fupporter plus doucement le 
joug des Seigneurs qui les traitent avec tyrannie. 
Non feulement ils les font travailler à coups de 



bâton & enlev 






t68 • Voyage 

leurs fujets. Le vin gris de Géorgie cft alTez bonj 
celui que L'on fournit à la Cour de Perfc eft un 
vin rouge qui approclie de celui de Cote-rotie , 
mais il cil encore plus fumeux & plus violeur. 
Les xignes nailîent en ce pays là autour des ar- 

& en plnïïeurs endroits de Catalogne. Les Ma- 
hometans boivent du vin , ou s'en patient fuivant 
le goût du Roy. Si le Prince ne l'aime point U 
leur eft défendu d'en boire ; mais ils fou rirent. 

gcz de s'accommoder au goût de la Cour. 

Tcflis eft une ville allez grande & bien peuplée, 
les m liions font baltes , mal éclairées , & bâties 



répondent plus à la peinture que Strabon en a fai- 
te. La Plus grande 'partie de l'Iberie , dit-il, eft 
bien habitée : on y voit de qros bourgs & des mai- 
fons couvertes de briques $l' architecture en eft bien 
entendue , de même que celle des Edifices publies 
& des Places. Aujourd'hui les murailles de Tc- 
flis ne font guercs plus hautes que celles de nos 
Jardins , & les rués font mal pavées. La Citadel- 
le cft au haut de la ville dans une belle ficuarfon, 
mais l'enceinte qui en eft prefquc ruinée , n'eft 
défendue queparde mauvaifes Tours. Toute la 

fans Mahometans qui font payez pour en faire U 
garde. Ils y logent avec leurs "familles , & ils ne 
icavent guercs manier les armes. Ce lieu fert 
d'aiïle à des malheureux chargez de dettes , ott 
pourfuivis pour crimes. La Place d'armes qui elt 
audevant, eft belle, fpacieufe , & fett de mar- 
che ., on y vend les meilbures de- 



du Levant. Lettre XFITT. 169 
Quand on vient d'Hifpaham à Teflis , il faut en- 
trer par la Citadelle ; ainfi le Prince de Géorgie, 
qui , fuivant la coutume de Perfe , doit aller re- 
cevoir les prefens & les ordres du Roy hors de 
la ville , fe trouve oblige de pafler au havre de 
cette Citadelle où le Gouverneur pourroit l'arrê- 
te,: aifement s'il eu avoit vcçCi l'ordre. 

La ville s'étend du Midi au Nord. La Citadelle 
cft au milieu. On en pourroit faire une Place 
considérable , car la côte de la montagne fur la- 
quelle elle eft iitnée , eft fort efearpée , & le fleu- 
ve Kur qui pafle tout au long n'eft pas gucablc. 
L'enceinte de la ville règne fur cette côte Se fait 
une efpece de quatre , dont les cotez defeendent 
jufques au fond de la vallée ; 



■pas 



celles du 



Bois de Vincennes , quoiqu'on dife M r Chardin. 
Le Palais du Prince , qui eft au deflous de la Ci- 
tadelle , eft fort ancien & aucz bien ordonné 
pour je pays. Les Jardins , les Volières , le Ché- 
rie, la Place & le Bazar qui font 



,mentent qu on y jeti 



falon allez agréable , 
quoiqu'il ne foit que de bois. Il eft percé de tous 
cotez & fermé par de grands carreaux de verre 
bleu , jaune , grifdelin , &c. On y a mis quel- 
ques glaces de Venife > mais petites de qui n'ap- 
prochent pas de la beauté de celles de Paris. Le 
plafond cft à compartimens de cuir doré. On 
nous alïtira que l'appartement des femmes ctoit 
encore plus beau ; je ne fçai par quelle avanture 
la clef s'en trouva égarée j cependant on paroif- 
loït avoir bonne envie de nous le faire voir. La 
Cour étoit à la campagne dans ce temps-là. Le 
Prince ne fe portoit pas trop bien , à ce qu'on 



iious obligea à partir de Teflis , de peur qu'il m 
lui prît envie de nous retenir auprès de lui pour 
prendre foin de fa famé , comme cela arrive quel- 
quefois dans le Levant. 

Du Palais nous allâmes voir les Bains qui n'en 
font pas éloignez. Ce font de belles fources dont 
la chaleur eft fupportable à peu près comme celle 
des eaux d'Elifa auprès d'Erzeron. Dans les Bains 
de TcHis il y a de l J eau tiède 8c de la froide , ou- 
tre la chaude. Ces Bains font bien entretenus Se 
font prefquc tout le divertitfement des Bourgeois 
de la ville. Leur plus grand commerce eft en four- 
rures que l'on envoyé en Perfe ou à Erzeron pour 
Conftantinople. La Soye du pays, de même que 
celles de Schamaici & de Gangcl , ne patient 
point par Teflis , pour éviter les droits exceiïïrs 
qu'on y feroit payer. Les Arméniens vont l'a- 
cheter fur les lieux & la font porter a Smvrnc ou 
aux autres Echelles de la Méditerranée , pour la 
vendre aux Francs. On envoyé tous les ans plus 
de deux mille charges de Chameaux, des environs 
de Teflis & du refte de la Géorgie , à Erzeron 
de la racine appellée Boia. D'Erzeron elle pafle 
dans le Diurbequis où l'on l'employé à teindre 
des toiles que l'on y fabrique pour la Pologne. 
La Géorgie fournit auflî beaucoup de la même 
racine pour l'Indoftan où l'on fait les plus belks 
toiles peintes. Nous ne manquâmes pas de nous 
aller promener au Bazar de Teflis dans lequel 
on voit toutes fortes de fruits , & fur-tout des 
Prunes , & d'excellentes Poires de Bon Chrétien 
d'Eté. Nous allâmes aufît nous promener à la 
maifon de campagne du Prince , qui eft dans le 
fauxbourg par oji ou arrive de Turquie. Cette 



du Levant. Leur* XVIII. i 7 t 

liiaifon eft diftingùee par une eftrapade qui cft 
audcvant de la porce ; les Jardins y font beau- 
coup mieux planrez & mieux ordonnez que ceux 
de Turquie. C'eft dans ces Jardins que nous vî- 
mes avec admiration cette belle efpece de PerJÎ- 
caire à feuilles de Tabac , dont j'ay donne' la fi- 
gure & la defeription dans un volume de YfJif. 
toirc de l'Académie Royale des Sciences. M r Côm- 
melinena fait mention dans Ton Traité des Plan- 
tes Rares. Comme la graine n'e'toit pas meure 
pour lors , nous priâmes un Capucin Italien qui 
avoit fini fa Million à Tefiis , d-z qui devoit s'en 
revenir par Smyrnc , d'en amaiîer dans le tempsj 
ce Père Ta communiquée , comme nous , aux cu- 
rieux de Hollande & d'Angleterre. Nous en trou- 
vâmes auffi dans les jardins des Moines des Trois 

La maifon du Grand Vifir cft la plus belle de 
la ville. A peine étoic-cllc achevée quand nous 
arrivâmes à Tefiis. Les appartemens font en en- 
filade , mais bas , à la mode du pays , avec des 
frizes de fleurs qui font d J un allez mauvais goût, 
de même que les tableaux d'hiftoirc , dont les 
%ures font mal deflïnccs , mal colorées , & en- 



peint à frefque dans Tefiis fur le plâtre gâche , 
d 'une manière qui n'eft pas defagréable. Le plâ- 
tre y eft fore commun , aufli-bien que le bois , 
quoiqu'on y brûle ordinairement de la bouze de 
v ache.' On croit qu'il y a environ vingt mille 
an 'Cs dans la vi'.L- , Lavoir quatorze mille Armé- 
niens , trois mille Mahometans, deux mille Géor- 
giens 6V: cinq cens Catholiques Romains. Ces 
derniers font des Arméniens convertis . ennemis 



déclarez des autres Arméniens ; les Capucins Ita- 
liens n'ont jamais pu les réconcilier enfcmble. 

Nous logeâmes chez ces bons Pères qui font 
fort aimez en Géorgie où ils font les médecins des 
corps & des âmes, lis n'y manquent pas d'occu- 
pation , car ils ne font que trois , c'elt a dire deu\ 
Pcres & un Frère. La Congrégation de la Prepa- 
ganda ne leur donne prefentement que 25. écus 
romains par tête , qui valent cent livres de Fran- 
ce ; mais on leur permet d'exercer la Médecine , 
laquelle on fuppofe qu'ils favent , quoique pour- 
tant ils n'en ayent que de tres-legers principes. 
Si le malade meurt , ou s'il ne guérit pas , les 
Médecins ne font point payez ; s'il guérit , ce 
qui arrive par bazard , on envoyé du vin au Cou- 
vent , des vaches, des efclaves , des moutons , 
&c. Leur Couvent eft joli ; ils y reçoivent pref- 
que tous les Francs qui patient par Teflis , & 
leur hofpice appartient aux P. Capucins de la 
Romagne. Le Supérieur de la Maifon prend la 
qualité de Préfet des Mijfions de Géorgie. Les 
Theatins qui étoient dans la Colchide ou Mm- 
grelic recevoient de la même Congrégation cent 
ecus par tête 9 & ils étoient devenus Seigneurs 
d'une ville. Il n'y a plus à prefent qu'un feui de 
leurs Pères qui y'faflfe Ta réfîdence , les autres fe 
font retirez. Le Patriarche ou Métropolitain des 
Géorgiens reconnoît le Patriarche d'Alexandrie , 
& tous les deux conviennent que le Pape eft le 
premier Patriarche du monde. Quand celui des 
Géorgiens vient chez les Capucins , il boit à la 
faute du Pape ; mais il ne veut pas le reconnoître 
autrement. Le Roy de Perfe nomme le Patriarche 
de Géorgie fans exiger aucun prefent ni argent. 
Celui des Arméniens au contraire qui fe tient à 



du Levant. Lettre XVIII. l? ^ 

Erivan , dépenfe plus de vingc-mille écus en pre- 
fens pour obtenir fa nomination , & fournit cha- 
que année toute la cite qui le brûle dans le Pa- 
lais du Roy. Ce Patriarche eft fort méprifé à la 
Cour , de même que les Arméniens ; on les re- 
tarde comme un troupeau d'efclaves qui ne fçau- 
i oient s'aguerrir ni fe révolter. 

Le Roy de Perfe eft obligé de faire en Géorgie 
beaucoup plus de dépenfe , qu'il n'en retire de 
profit. Pour maintenir dais les intérêts les Sei- 
gneurs Géorgiens , qui font les maîtres du pays , 
& qui poui-roicnt fe donner aux Turcs , il les 
gratine de grofles penfions. Les Turcs les rece- 
vraient à bras ouverts , & les Géorgiens qui font 
gens bien-faits & propres pour les armes, ont 
a ailleurs allez de penchant à changer de maître. 
Avant que la Cour de Perfe fut informée de leur 
loulevement , ils pourroient non feulement s'u- 
nir avec les Turcs , mais encore avec les Tartares 
« les Curdes. Il y a dans la Géorgie une douzai- 
ne de familles confidérables qui vivent en bonne 
'diligence, par rapport à leurs intérêts corn- 
[«uns. Elles font divifées en plufîeurs branches , 
"* unes ont deux cens feux , les autres depuis 
cm< J ^ns , jufques à mille , deux mille , & même 
i! s'en trouve qui pofledent jufques à fept ou huit 
n ' iilc feux. Ces feux font autant de mailons qui 
^mpofent les villages , & chaque feu paye la 
^sme à fon Seigneur. Chaque feu fournit un 
homme pendant la guerre -, mais les foldats ne 
°"t obligez de marcher que pendant dix jours , 
parce qu'ils ne peuvent porter des provisions que 
pour ce temps-là, & ils fe retirent quand elles 
le nnent à manquer/uppofé qu'on n'ait pas pour- 
Vu * leur entretien. 



'Chacun peut faire de la poudre dans Teflis 
pour fou ufage ; on y apporte le (bifffre du Gau- 

TcÛh. Le fcl foffilc cfl: trcs-com.mm Vur le che- 
min d'Erivan. L'huile d'Olive y cft fort chère } 
on n'y mange & on n'y brûle que de l'huilé de 
Lin j . toutes les campagnes font couvertes de 
cette Plante , maison ne là cultive que pour la 
graine , car on jette la tige fans la battre pour la 
hier : quelle perte ? on en feroit les plus belles 
roilcs du monde ; peut-être aulîi que ces toiles 
feroient grand tort à leur commerce de toiles de 
coton. Le Kur porte la fertilité par toutes ces 
campagnes ; il palTc au milieu de la Géorgie , & 
fa fource vient du Mont Caucafe. Strabon en a 
bien connu le cours. Ce fut- là que les Roy s d'I- 
berie & d'Albanie , comme dit Appien , (e mi- 
rent en embufeade avec foixante Se dix mille 
hommes pour arrêter les progrès de Pompcc;mais 
ce General relia un Hiver entier fur fes bords , & 
tailla en pièces les Albanois qui oférent le palier 
en fa prefence. Ce fleuve en reçoit pluncurs au- 
tres , outre l'Araxc qui eft le plus grand de tous; 
enfuite il fe jette dans la mer Cafpienne par dou- 
ze embouchures toutes navigables. Plurarque 
doure Ci le Kur fe mêle avec l'Araxe ; mais fans 
rapporter ici le fentiment des anciens Géogra- 
phes , Olearius qui avoir été fur les lieux , nous 
en aflure dans fou Voyage de Mofcovie s de Tar* 
tarie & de Perfi. 

Pour finir ma lettre , M f g* , je n'ai plus qai 
vous cntret.nir de ce que j'ai appris , fur les Hcûti 
touchant la religion des Géorgiens , fuppofé qu'- 
on doive leur faire l'honneur de dire qu'ils en ont 
une. h ignorance & la fupcrftirîon régnent d tort 



du Levant. Lettre XV 'III. 17/ 

£armi eux , que les Arméniens n'en {bavent pas 
plus que les Grecs , Se les Grecs (ont aufïi igno- 
rans que les Mahometans. Ceux qu'on y appelle 
Chrétiens , font confifter toute leur religion à 
bien jeûner , Se fur-tout à obferver le grand Ca- 
rême fî rigoureufement , que les Religieux de la 
Trappe auroient peine à y réfifter. Cependant 
non feulement pour l'exemple ., mais encore pour 
éviter le fcandale , il faut que les pauvres Capu- 
cins Italiens jeûnent fans neceffné aulîi fouvent 
Se auiîi féverement que les gens du pays. Les 
Géorgiens font fi fuperftitieux , qu'ils fe feroient 
baptifer une féconde fois s'ils avoient rompu 
leurs jeûnes. Outre l'Evangile de Jefus-Chrift, 
ils ont leur petit Evangile qui court en manut- 
crit chez eux , Se qui ne contient que des extra- 
vagances ; par exemple , que Jefus-Chrift étant 
enfant apprit le métier de Teinturier , & qu'étant 
commandé par un Seigneur pour aller en commiffion , 
H tarda trop a venir j furquoi ce Seigneur s'impa- 
tientant alla chez, [on maître pour en apprendre des 
nouvelles. Jefus-Chrift étant arrivé quelque temps 
*près t fut frappé par cet homme ê mais le bâton 
A*m il s'étoitfervi , fleurit fur le champ & ce m- 
r «de fut la cattfe de la converfion de ce Seigneurie. 
Quand un Géorgien vient à mourir , s'il ne 
sille pas beaucoup d'argent, comme c'eft l'or- 
dinaire, les héritiers font enlever deux ou trois 
enfans de leurs yaiîaux , & les vendent aux Maho- 
metans , pour payer l'Evêque Grec à qui on don- 
ne jufques à cent écus pour une Mefle de mort. 
Le Catholicos ou l'Evêque Arménien met fur la 
Poitrine des morts de fon Rite , une lettre , par 
Quelle il p r i c s. Pierre de leur ouvrir la porte 
*« Paradis : enfuite on les met dans le fume. Le? 



Mahometans en font autant pour Mahomet.Quanc! 
une perfonne de coniîdération eft malade , ou 
confulte les devins Géorgiens, Arméniens, Ma- 
hometans : ces malheureux allùrcnt ordinairement 
qu'un tel faint ou qu'un tel prophète eft en co- 
lère; que pour Pappaifer Se pour guérir le malade, 
il faut égorger un mouton Se faire plusieurs croix 
avec le iang de cet animal : après la cérémonie 
on crt mange la viande , foit que le malade gue- 
ritfc ou non. Les Mahometans ont recours aux 
faims Géorgiens , les Géorgiens aux faints Armé- 
niens , Se quelquefois les Arméniens aux prophè- 
tes Mahometans ; mais ils font tous d'intelligence 
pour faire des frais aux malades , Se fuivant l'in- 
clination ou la dévotion des parens* ils choihlîent 
leurs faints. 

Les femmes Se les filles font mieux inftruites 
de leurs fuperftitions , que les hommes. On éle- 
vé la plupart des Géorgiennes dans des Monafte- 
rcs où elles apprennent à lire Se à écrire. Elles y 
font reçues Novices , enfuite Profeflcs , apref- 
quoi elles font les fondions Auriales , comme 
de baptiler Se d'appliquer les faintes huiles. Leur 
religion cfl: proprement un mélange de la Greque 
& de l'Arménienne II y a quelques femmes Ma- 
hometancs dans Teflis qui font Catholiques en 
fecret, & celles-là font meilleures Catholiques 
que les Géorgiennes , parce qu'elles font bien in- 
ftruites. La fille du Vifir , dans le temps que nous 
y étions ; la femme du Médecin du Prince Se quel- 
ques autres , à ce que nous allurerent les Capu- 
cins, avoient été b intimes en fecrer. Ces Reli- 
gieux les confeilent & leur donnent la commu- 
nion en les vifitant chez elles , fous prétexte de 
ku- donner des remèdes pour des maladies iup- 
pofees> 



du Levant. Lettre XF lit. 17* 

jsofées , & elles viennent quelquefois dans leur 
Eglife où elles fe tiennent debout fans ofcr don- 
ner aucune marque de leur foy. Dans la dernière 
révolte du Prince George , qui fit fou lever tout 
le pays contre le Roy de Perfe , il y a enviroii 
vingt ans , les foldats étoient logez chez les bour- 
geois de Tefîis , & même dans les Eglifes Gre- 
ques & Arméniennes ; mais on porta toujours 
beaucoup de refpect à l'Eglife Latine, où les 
Mahometans même demandoient par grâce de 

Il y a cinq Eglifes Greques dans Teflis , qua- 
tre dans la ville , & une dans le fauxbourg ; fept 
Eglifes Arméniennes , deuxMofquées dans la Ci- 
tadelle , & une troifiéme qui cft abandonnée. La 
Métropole des Arméniens s'appelle Sion , elle eil 
audelà du Kur fur un rocher eicarpé , le bâtiment: 
en eft très folide , tout de pierre de taille , termi- 
né par un dôme qui fait honneur à la Ville. Le 
Tibildé , c'eft ainfi qu'on appelle l'Evêque de 
Teflis , a fou logement tout auprès. Non feule- 
ment les Eglifes des Chrétiens ont des cloches 3 
mais même des clochers fur 1» pointé defquels 
U croix triomphe. Ceft une grande merveille 
dans le Levant. Au contraire les Ain^ins orf 
Chantres Mahometans, n'oferoient annoncer les 
heures de leurs prL-res ians les minarets des Mof- 
quees de la Citadelle , car le peupte les lapide* 
roit. L'Eglife des Capucins elt petite , mais elle 
ne paillera pas d'être allez jolie quand elle fera 

J'ay l'honneuc d'être avec un profond refpeft^ 



J?» V O Y A G2 

Lettre XIX. 

^ Monfcigneur le Comte de Pontchurtrain » 5^^- 
/*>* d'Etat & des Commua démens de Sa Ma- 

jejté y &c, 

1|1ons EIGNEU *, 

Voyage ^ Y a tro P long- temps que nous nous prome- 
dcsTrcis nons dans le Paradis Terrcitre , pour ne pas vous 
Eglifcs. rendre compte de nos découvertes. Ceft un 

P ïd a T ra§e T cnous vous dcvon J s . 3 * qui m ' rit -. 

Mont P lus c l ue des rcmercimcns ordinaires ; mais il 
Ararar.& faudroit vous rendre de nouvelles actions de gra- 

^ uc a vous écrire , fi vous ne me l'aviez expreîîcment 
défendu. Pardonnez-moy donc , je vous ft>pptic» 
pour cette fois en faveur du Paradis Terreftre» 
J'efpere que ceux qui liront avec attention ce 
que je vais en «lire , conviendront que s'il eft 
poiïible de marquer aujourd'hui l'endroit ou 
Adam & Eve ont pris naiiïance , c eft certaine- 
ment le pays où nous fournies , ou du moins ce- 

A la vérité s'il faut expliquer à la lettre a l'en- 
droit où Moyfe parle de la lïtuation du Paradis 
Terreltre , on n'a rien propofé qui paroifle d'a- 
bord plus naturel que le fyfteme de M r Huet 
ancien Evéque d'Avranche , l'un des plus Sça- 
vans hommes de ce fïcclc. Moyfe allure que àc 
* Gtmf. II. verf.to. jmfrus * ij. 



Dt7 LivANf. lettre XI X. iy$ 

te lieu de délices fortuit un Fleuve qui fe parta- 
geoit en quatre canaux , l'Eufrate ; le Tigré , lé 
Phifon & te Gehon. Où trouvera-t-on en Ane uri 
pareil fleuve , fi ce n'eft celui des Arabes ; c^ft 
à dire l'Eufrate joint au Tigre , & partagé en 
quatre grands canaux qui fe dégorgent dans lé 
fein Perfique ? il femble donc que M*" Huet à 
fatisfait entièrement à la lettre, en plaçant lé 
Paradis Terreftre dans ce lieu-là i néanmoins fort 
fyfteme ne fçauroit fe foûrenir , puifqu'il paroît 
par les * Géographes & les Hiftoricns Grecs & 
Latins , que non feulement l'Eufrate & le Tigre 
eouloient anciennement dans des lits féparez ; 
mais qu'on s'avifa de faire un canal de commu- 
nication entre ces deux rivières , de qu'enfuite j 
par ordre des Roys de Babylonc , d'Alexandre lé 
Grand , & même de Trajan & de Severe , on eri 
tira plufieurs canaux pour faciliter le commerce* 
& rendre les campagnes plus fertiles. En forte 
que l'on ne fçauroîc douter que les branches du 
fleuve des Arabes ne foient l'ouvrage des hom- 
rries ; &c par conféquent il faut convenir qu'elles 
tt'etoient pas dans le Paradis Terreftre. 

Les Commentateurs de la Genefe , ceu£ niè- 
ces qui font les plus attachez à la lettre j préten- 
dent que pour défigner le Paradis Terreftre ; il 
n'eft pas îléceuaire de trouver une fleuve qui fe 
partage en quatre canaux , parce que cela peut 
«re changé depuis le Déloge ; ils croyent qu'il 
lufht de montrer les fources des rivières nom- 
mées par Moyfe, fçavoîr l'Eufrate , le Tigre ; 



le Phifon & le Gehon. Dans ce fens-là on ne 
fauroit difeonvenir que ce Paradis ne foie fur le 
chemin d'Erzeron à Teflis , fuppofé qu'on puiffe 
prendre le Phafe pour le Phifon , & l'Araxe poul- 
ie Gehon , comme ils n'en doutent pas. Ain»* 
pour ne pas éloigner le Paradis Terreftre des 
fources de ces quatre rivières, il faut néceflai- 
rement le placer dans ces belles vallées de Géor- 
gie , d'où l'on apporte toutes fortes de fruits à 
Erzeron & defqueiles nous avons parlé dans nô- 
tre dernière lettre ■> ou s'il eft permis de regar- 
der le Paradis Terreftre comme un pays d'une 
grande étendue* 3 lequel a confervé une partie de 
les beautez , malgré le Déluge & les change- 
mens qui font arrivez fur la terre depuis ce 
temps là ; je ne vois pas de plus bel endroit , 
pour défigner ce lieu merveilleux , que la cam- 
pagne des Trois Eglifes , éloignée d'environ 
vingt lieues de France des fources de PEufratc ÔC 
de l'Araxe , & de prefque autant de celles du 
Phafe. Pour en déterminer la circonférence , il 
faut au moins l'étendre jnfques aux fources de 
ces rivières. Voilà pourquoi le Paradis Terreftre 
comprenoit l'ancienne Medie & une partie de 
l'Arménie & de l'Iberie. Si l'on trouve cet efpa- 
ce trop étendu , on peut le réduire à une partie 
de l'Iberie ôc de l'Arménie , c'eft à dire depuis Er- 
zeron jufques à Teflis , car il eft hors de doute 
que la plaine d'Erzeron , qui eft aux fources de 
l'Eufrate & de l'Araxe , devoit y être comprife. 
Par rapport à la Paleftine , où quelques-uns ont 
placé le Paradis Terreftre ; il me femble que c'eft 
en vain qu'on voudroit faire quatre grandes ri- 
vières du fleuve Jourdain, qui pour ainfi àitc 
n 'eft qu'un ruifleau : cette contrée d'ailleurs cit 



du Levant. Lcttn XIX. 181 

feche & pierreufe. Nos Sçavans en jugeront com- 
me il leur plaira j pour moi qui n J ai pas vu de 
plus beau pays que les environs des Trois Egli- 
îes , je me ïens fort difpofé à croire qu'Adam & 
Eve y ont été créez. 

Nous partîmes donc pour ce beau lieu le 16. 
Juillet , mais nous ne campâmes qu'à quatre heu. 
les de Teflis , afin de joindre une Caravane de- 
ftinée pour les Trois Eglifes. Elle s'aflembla dans 
une grande plaine où finit la vallée de Teflis. 
Cette plaine eft agréable par fes vergers & par 
fes jardins. Le fleuve de Kur la traverfe , & coule 
du Nord-Nord-Eft , au Sud-Sud-Eft j le chemin 
que nous tenions avoit à peu près la même direc- 
tion. La plupart des marchands de la Caravane fi- 
rent provifion , autour de nôtre camp , de cer- 
tains rofeaux fort déliez &£ fort propres pour 
écrire à leur manière. C'eft une efpece de Canne 
qui ne croît que de la hauteur d'un homme 9 Se 
dont les tiges n'ont que trois ou quatre lignes 
d'épailfeur , folides d'un nœud à l'autre , c'eft à 
dire remplies d'un bois moueileux Se blanchâtre. 
Les feuilles qui ont un pied & demi de long , fur 
Huit ou neuf lignes de large , enveloppent les 
nœuds de ces tiges par une gaine velue, car le 
Kfte eft lifte , vert-gai , plié en gouticre à fond 
blanc. La panniculc ou le bouquet des .fleurs 
n'étoit pas encore bien épanoui , mais blanchâ- 
tre , foyeux , femblable à celui des autres ro- 
yaux. Les gens du pays taillent les tiges de ces 
rofeaux pour écrire , mais les traits qu'ils en for- 
ment font tres-groÛiers , & n'approchent pas de 

beauté des caractères que nousfaifons avec 
aos plumes. 

L « tf* Juillet on partit furies onze heures 
Miii 



du foïr , & nous marchâmes jufques à fix heures 
du matin dans des plaines marécageufes ; mais 
nous perdîmes dans la nuit nôtre rivière, & 
nous fumes fi fort déforientez , quand le jour pa- 
rut , que nous nefçûmes de quel côté elle s'étoit 
jettée. Cependant elle doit fe tourner infenfible- 
ment vers l'Orient pour aller fe rendre à la mer 
Cafpiennc -, & l'Araxe qui va joindre le Kur en 
doit faire de même j mais il faut que ce foit loin 
d'Erivan , puifque dans toute nôtre route , nous 
n'avons plus vu ni entendu parler du Kur. On fe 
repofa ce jour-là jufques à huit heures, & l'on 
ne marcha que jufques à environ raidi &c demi , 
pour s'arrêter à Sinichopri village ou il y a un 
allez beau pont de pierre , & une efpece de Fort 
abandonné. Nous en partîmes fur les deux heures 
pour aller camper dans des montagnes allez her- 
bues , où nous fûmes furpris de trouver des Plan- 
tes les plus communes , parmi quelques autres 
alTez finguliéres. Qui efl-ce qui fe feroit atten- 
du de voir des Orties , de Y Eclaire , & du Me- 
lilot fur le chemin du Paradis Terreftre. Il y en 
a pourtant , aufli-bien que de l'Origan commun , 
<& des Mauves ordinaires. Le Diftame blanc eft 
parfaitement beau à l'entrée de ces montagnes , 
où l'on fentoit une fraîcheur qui faifoit- grand 
plaifir. 

Nous ne fûmes gueres plus heureux en Plan- 
tes, le lendemain z8. Juillet , & je commençai 
à douter fi nous allions vers le Paradis Terreftre, 
on fi nous lui tournions le dos ; car enfin après 
avoir marché, depuis deux heures après minuit 
jufques à fept heures du matin , dans des monta- 
gnes couvertes de bois & de pâturages , nous ne 
trouvâmes fur les grands chemins que du MUlef t 



du Levant. Lettre XIX. r£ ? 

cm Marrnbe noir & blanc , de la Barda/.e , de la 
faite Centaurée , du fiant in 9 fans repérer les 
Orties Se les Mauves du jour précèdent. Comme 
l'ennui ne donne pas beaucoup d'appétit ; que 
d'ailleurs toure matière d'érudition nous man- 
quoit , & que nous avions lieu d'appréhender , 
de ne voir dans nôtre prétendu Paradis Terreirre, 
que les ronces & les chardons que le Seigneur y 
avoit fait naître après la chute du premier Hom- 
me , nous aurions fort mal palîé nôtre temps 
fans une efpece admirable de Cibouktte dont la 
fleur fent le Storax en larme. Ses feuilles & fes 
racines qui ont l'odeur de la Ciboule ctffpagne , 
nous firent trouver plus de goût aux proviiions 
qui nous reftoient. 

La racine de cette Plante eft prefquc ronde , 
a(Tez douce , & d'une odeur qui participe de 
celle de l'ail & de l'oignon. Les cayeux qui l'ac- 
compagnent forment une tête d'un pouce de dia- 
mètre. La tige s'élève à deux pieds & demi, 
épaiOe de deux ou trois lignes, foh'de , litfe , 
couverte d'une fleur ou poufîiere femblable a 
celle des Prunes fraîches , & garnie de quelques 
feuilles d'un pied & demi de long , creufes & 
Urges de trois lignes. Cette tige eft terminée par 
une tête arrondie , d'un pouce & demi de diai 
metre , dont les fleurs qui font foûtenucs par des 
pédicules de quatre lignes de longueur , font à 
jîx feuilles de deux lignes de long , relevées fur 
{e dos, luilantes, rouge-brun , plus clair furies 
Wds. D u milieu de rîes feuilles fortent autant 
d'étammes purpurines qui les impartent d'une li- 
gne j & qui font chargées de fommets de même 
couleur. Le piitile eft à trois coins , vcrdàtrc , 8c 
^vient un fruit femblable à ceux des autres ef- 
M iiij 



>§4 V o y a g b 

peces à'Olgnon , c'efl à dire à trois loges ; mai* 
îl n'écoit pas allez avancé fur la plante donc nous 
parlons , pour pouvoir être décrit. 

On partit à minuit le 29. Juillet , & nous 
paflames par des montagnes allez rudes , où il y a 
des forêts , comme nous le reconnûmes à la poin- 
te du jour , remplies de Sabines aufïi hautes que 
des Peupliers. Elles différent de l'efpece que l'on 
a décrite dans la dixième Lettre , en ce que fes 
feuilles qui font de la tifTure des feuilles de Cy- 
près y ne font pas ferrées les unes contre les au- 
tres , mais écartées fur les cotez , 8c difpofées 
trois à trois comme par étages. Les écailles de 
ces feuilles font longues d'une ligne & demi , ter- 
minées par un piquant , vert-gai en dcfïus , fari- 
neufes & jaunâtres en defTous. Ces arbres étoient 
tous chargez de fruits verts , d'un demi pouce de 
diamètre. 

Nous campâmes ce même matin depuis fept 
heures du matin jufques à onze heures. Enfuite 
l'on marcha l'apres midi jufques à une heure & 
'demi , pour s'arrêter à Dilijant village d'affez 
belle apparence. Des gardes portez fur le grand 
chemin , prétendoienc que parlant de Géorgie 
dans le pays de Cofac 9 qui eft une petite contrée 
entre la Géorgie & l'Arménie 3 nous devions pa- 
yer un Sequin par tête ; mais comme nous Sa- 
vions que les Perfans étoient de bonnes gens,nous 
commençâmes à faire les méchans , & à porter 
nos mains fur nos fabres. En effet à force de crier 
& de parler une langue qu'ils n'entendoient pas, 
comme nous n'entendions pas non plus la leur , 
ils non biffèrent en repos. Tant il eft vrai que 
par tout pays ceux qui font le plus de bruit , & 
cjiri font en plus grand nombre, ont toujours 





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les gardes nous firent plus d'exeufes Se plus de 

apprit que ces fortes de droits étoient deftinez 
pour la garde des chemins , & que cela fe prati- 
quoit dans plu fleurs Provinces de Perfe où le? 
Gouverneurs payent des gens pour la fureté pu- 
blique : le Roy ne leur permettant de faire exi- 
ger ces droits , qu'à condition qu'ils feront re- 
îponfables des marchandifes volées. Les habitans 
du Cofac patfènr pour fiers & fe font defeendre 
de ces Cofaques qui habitent dans les monta- 
gnes , au Nord de la mer Cafpienne. Les bour- 
geois de Dilijant , qui s'étoient attroupez autour 
de nous , nous firent demander pourquoi nous 
n'avions pas des habits à la franque , & des cha- 
peaux : Nous leur répondîmes que nous venions 
de Turquie où l'on eft fort mal reçu avec un pa- 
reil équipage. Cela les fit rire. On nous prefen- 
ta d'alfez bon vin , & nous continuâmes nôtre 
route encore pendant une heure audelà du villa- 
ge , pour aller camper jufques au haut d'une 
montagne couverte de Chefnes , d'Ormeaux , de 
frênes a de Sorbiers , & de Charmes à grandes &Z 
a petites feuilles. 

Nous nous flattions de pafler la nuit dans un 
gîte auffi agréable ; mais nos voituriers nous en 
firent partir à onze heures du foir & nous firent 
traverier , pendant une nuit tres-fombre , des 
montagnes arTreufes. Dans la faifon des neiges 
peu de gens rifquent cette route. Pour môy je 



£SÊ 



1Z6 V o y a g i 

m'abandonnai entièrement à la conduite de mon 
cheval , &c je m'en trouvai beaucoup mieux que 
iî j'avois voulu le conduire. Un automate qui 
fuit naturellement les loix de la Mécanique , fe 
tire bien mieux d'affaire , dans ces occasions , que 
le plus habile Mécanicien qui voudroit mettre en 
ufage les règles qu'il a apprifes dans Ton cabinet, 
fut-il de l'Académie Royale des Sciences ? Enfin 
nous nous trouvâmes fur les cinq heures du ma- 
. Juillet , dans une plaine auprès de 
chetif village fur un petit ruiifeau. Là 
; les maîtres à nôtre tour , comme la 
raifon le demandoit , &c nous obligeâmes nos 
voituriers à s'arrêter pour avoir le plaifir de dor- 
mir ; mais bon Dieu que ce piaiiîr fut court / le 
démon de la Botanique qui nous agitoit nous 
. éveilla bientoft ; nous nous repentîmes pourtant 
d'être reftez , car nous ne fîmes pas grand butin 
dans cette plaine. Le fleuve Zengui qui vient du 
lac d'Erivan & qui va paiTer par cette ville , y 
ferpente ■> mais il n'eu: pas conhdérable. 

Nous partîmes le 31. Juillet à cinq heures du 
matin , pour traverfer des montagnes allez agréa- 
bles , quoique fans arbres : auflî commcnçàmes- 
nous à ientir la famée des bouzes de vaches en 
approchant de Bifni , & cette odeur nous in- 
commoda fort dans un Couvent de Moines Ar- 
méniens où nous dinâmes. Leur coureft toute 
pleine de cette belle efpece de Crejfon que Zauo- 
ni a pris, fans raifon , pour la première elp^ce 
de Thlafpi de Diofcoride. Ces bons Religieux 
nous reçurent fort honnêtement , mais nous ne 
trouvâmes pas chez eux les mêmes agrémens que 
chez les Moines Grecs. Les Arméniens font plus 
graves , & d'ailleurs nous n'avions pas le mot a 



dît Le van t. Lettre XIX. 187 
dire chez eux , au Heu que nous barra goii inions 
quelque peu le Grec vulgaire chez les Caloyers , 
dont la vivacité eft tout-a-fait réjoiïitfante. Le 
Couvent de Bifni eft le mieux bâti que nous ayons 
vu dans tous ces quartiers , il eft lolide , & de 
bonnes pierres de taille. Les ruines qui font aux 
enviions , marquent qu'il y avoit autrefois une 
ville confiderable ; & quoique le village foir pe- 
tit, nous l'aurions pris pour Artaxate , n'étoic 
qu'il eft fur le fleuve Zengui. Pour le Monaftcre 
on le croit de fept ou huit cens ans de fondation. 
Nous en partîmes à midi , Se paflames fur une 
autre montagne pour nous retirer encore dans 
un Monaftere d'Arméniens à Tagovat village plus 
petit que Bifni, à l'entrée de la grande plaine des 
Trois Eglifes , où nous prétendions trouver le 
Paradis Terreftre. 

j On partit à trois heures le lendemain au ma- 
ri n i dans l'impatience de voir ce fameux bourg 
que les Arméniens vifïtent avec plus de dévotion 
que les Romipetes ne vifîtoient Rome dans le 
temps de Rabelais. Les Trois Eglifes ne font qu'à 
fo heures de chemin d'Yagovat. Les Arméniens 
appellent ce bourg ItchmiaâxSin , c'eft à dire U 
àejeente du Fils unique , à ce qu'on nous dit , par- 
ce qu'ils croyent que le Seigneur apparut à Saint 
Grégoire en ce lieu-là. Nous n'en doutâmes pas* 
car nous n'entendions pas un feul mot d'Armé- 
nien vulgaire ni littéral. Quoique nous ne fuf- 
«ons pas fort avancez dans la connoitfance de la 
langue Turque , comme pourtant nous fçavions 
compter jufqucs à dix , nous comprîmes facile- 
ment que uich [qui fignific trois joint à k[i0» 
™ot corrompu d'Ecclefîa , devoir fignificr frais 
£ Z ll fes, & c'eft le nom que les Turcs y ont don- 



né j maïs ils dévoient plutôt avoir appelle ce 
bourg les Quatre Eglifes , puifqu'il y en a quatre 
.qui paroiflent bâties depuis long-temps. Les Ca- 
ravanes y féjournent pour faire leurs dévotions , 
c'eft à dire pour s'y confeflér , communier , Se 
pour recevoir la benedi&ion du Patriarche. Ce 
Couvent eft compofé de quatre corps de logis 
bâtis en manière de cloîtres , difpofez lur un 
quarré fort long , comme il eft ici gravé. Les cel- 
lules des Religieux & les chambres que l'on don- 
ne aux étrangers 3 font toutes de même figure , 
terminées par un petit dôme en forme de calotte, 
dans la longueur de ces quatre cloîtres. Ainn* 
cette maifon doit être régardée comme un grand 
Caravanferai où les Moines ont leur logement, 
L'apparcement du Patriarche , qui eft à droite 
en entrant dans la cour , eft un corps de logis 
plus élevé & de plus belle apparence que les au- 
tres. Les Jardins en font agréables , bien entre- 
tenus ; & généralement parlant les Perfans font 
bien plus habiles Jardiniers que les Turcs. En 
Perfe on plante les arbres en allignement ; on 
ordonne allez- bien les Parterres j les compartï- 
mens font d'un bon goût , & les plantes y iont 
difpofées & efpacées avec propreté ; au lieu que 
tout eft en confùfion chez les Turcs. L'enceinte 
des Jardins du Patriarche , de même que la plu- 
part des maifons du bourg , n'eft que de boue fe- 
chée au foleil , & coupée en grands & gros quar- 
tiers que l'on pofe les uns fur les autres , ôc que 
l'on joint enfemble avec delà terre détrempée > 
au lieu de mortier. Les murailles des Parcs au- 
tour de Madrid font de même matière ; les Efpa- 
gnols appelle»: Tafias ces pièces de terre cuites , 
ou pour mieux dire iechecs au foleil. 



a*- 



L 



du Levant. Lettre XIX. iS$ 

L'Eglife patriarchale eft bâtie au milieu de la 
grande cour , & dédiée à Saint Grégoire l'Illumi- 
nateur , qui en fut le premier Patriarche , du 
temps de Tiiidate Roy d'Arménie , fous le grand 
Conftantin. Les Arméniens croyent que le Palais 
de ce Roy étoit à la place du Couvent , & que 
Jefus Chrift fe manifefta à Saint Grégoire dans 
l'endroit où eft l'Eglife. Ils y confervent un bras 
de ce Saint, un doigt de Saint Pierre, deux doigts 
de Saint Jean Baptifte , une côte de Saint Jac- 
ques. C'eft un bâtiment tres-folide & de belles 
pierres de taille ; les piliers en font fort épais , de 
même que les voûtes ; mais tout l'édifice eft obf- 
cur & mal percé , terminé en dedans par trois 
Chapelles , dont la feule du milieu eft ornée d'un 
autel ; les autres fervent de facriftie & de Tré- 
for. Ces deux pièces font remplies de riches or- 
nemens d'Eglifes & de belle vai(Telle. Les Armé- 
niens qui ne fepiquent de magnificence que dans 
les Eglifes , n'ont rien épargné pour enrichir cel- 
le-ci. On y voit les plus riches étoffes qui fe faf- 
fent en Europe. Les vafes facrez , les lampes , 
les chandeliers font d'argent , d'or ou de ver- 
meil. Le pavé de la nef & celui du presbitere 
font couverts de beaux tapis. Le presbytère, ou 
le tour de l'autel , eft tapiffé communément de 
Damas , de velours ou de brocard. Cela n'eft pas 
furprenant , car les marchands Arméniens qui 
commercent en Europe & qui font de gros gains, 
font des prefents magnifiques dans cette Eglife ; 
mais il eft furprenant que les Perfans y foufrrent 
' ' effes. ' 



tant de richefles. Les Turcs a 
mettroient pas aux Grecs d'avoir un chandelier 
d'argent dans leurs Eglifes : rien n'eft plus pau- 
vre qus celle du Patriarche de Conftantinople. 



Les Moines des Trois Eglifcs fe font honneur dé 
montrer les richeiîcs qu'ils ont reçues de Rome* 
& font des fouris moqueurs quand on leur parle 
de la réunion. Plufîeurs Papes leur ont envoyédes 
Chapelles entières d'argent , fans qu'elles ayent 
encore rien opéré. Les Patriarches jufques ici 
ont amufé les Millionnaires ; il n'eft pas mal-aifé 
de tromper les gens qui font de bonne foy. La 
réunion des religions eft un miracle que le Sei- 
gneur opérera lorfqu'il le jugera à propos. C'eft 
du Ciel qu'il faut attendre la véritable conver/ioiï 
des Schifmatiques , dont le nombre eft infini- 
ment plus grand que celui des Arméniens Ro- 
mains. Ces malheureux Schifmatiques , par leur 
crédit & par leur argent , feroient dépofer un Pa- 
triarche qui donneroit les mains à la réunion. 
La haine qu'ils ont pour les Latins paroît irré- 
conciliable : enfin foit par envie , foit par inte- 
reft , les Prêtres Schifmatiques Arméniens oit 
Grecs veulent commander abf'olument chez eux, 
& les Patriarches font obligez de leur céder , de 
peur que la populace ne fe foulevc. 

L'Architecte qui a donné le deifein de l'Egh'fe 
Patriarchale étoit un fort habile Maître , fuivant 
je ne fçai quelle tradition des Arméniens j qui 
prétendent que ce fut <efus«Chrift lui-même qui 
en traça le Plan en prefence de Saint Grégoire , 
& qui lui ordonna de l'executer. Au lieu de cra- 
yon , à ce qu'ils difent , Jefus-Chrift fe fervit 
d"un rayon de lumière , au centre duquel Saint 
Grégoire faifoit fa prière fur une grande pierre 
quarrée , d'environ trois pieds de diamètre , que 
l'on montre encore aujourd'hui au milieu de LE- 
glife. Si cela eft , le Seigneur y employa un ordre 
d'architecture aflez fmgulier , car les dômes &le N 



t. Lettre XIX. 



Les deux autres Eglifes font hors du Monade* 
re , mais elles tombent en ruine , $C l'on n'y fait 
plus le fervice depuis long-temps. Celle de Sain- 
te Caiane eit à droite du Couvent , fuppofé qu'oïl 
y entre par la grande porte , & non par celle 
des Réfectoires. L'autre Egtife qui eft à gauche 
& bien plus éloignée de la maifon , porte le nom 
de Sainte Repjîme. On prétend chez les Armé- 
niens que Calant & Repjïmt étoient deux Vier- 
ges Romaines qui furent martyrifées fur les lieux 
où font bâties leurs Eglifes. On fait même def- 
cendre Sainte Calant , de je ne fçai quelle fa- 
mille de Cains. Ils font plus embarraflez à trou- 
ver la généalogie de Repftme dont le nom n'eft 
pas Romain : cependant on lit dans leur Chro- 
nique,quc c'étoientdeuxPrinCefles Romaînes,qui 
vinrent en Levant pour voir Saint Gregoiremiais 
Tiiidate Roy d'Arménie ayant trouvé cela fort 
mauvais,nt defeendre Caiane dans un puis plein de 
ferpens , ne doutant pas qu'elle n'y mourût dans 
peu de temps : néanmoins la Sainte n'en fut pas 
ble(fée ; les ferpens y périrent, & Caiane y vécut 
en bonne fanté pendant quarante ans. Comment 
accorder tout cela avec la fuite de l'Hiftoire î car 
ils ajoutent que le Roy Tiridate en étant devenu 
amoureux , & ne pouvant pas la fléchir , non- 
plus qu'aucune de fes compagnes qui étoient de 
belles perfonnes , & que la Chronique mer juf. 
ques au nombre de quarante , leur fie foufrrir à 
toutes le martyre. 

A l'égard de la campagne qui eft autour des 
Trois Eglifes, elle eft tout à-fait admirable , Se 



point qui donne une plus 1 



cueille autant de denrées tout à la fois. Outre 
la grande quantité de toutes fortes de grains 
qu'on en retire , on y trouve des champs d'une 
étendue' prodigieufe , tout couverts de tabac. Ce 
feroit une plaifante queftion à propofer en Bota- 
nique ; fçavoir fi cette plante étoit dans le Para- 
dis Terreftre , car elle fait en ce monde les dé- 
lices de bien des gens qui ne fauroient fe palier 
d'en faire un continuel ufage : cependant origi- 
nairement elle vient d'Amérique ; mais elle fe 
porte aufll-bien en Afie que dans fon propre pays. 
Lereftede la campagne des Trois Eglifes eft plein 
de Ris , de Coton , de Lin , de Melons , de Paf- 
téques, &: de beaux vignobles. Il n'y manque 
que des Oliviers , & je ne fçai où la Colombe 
qui fortit de l'Arche fut chercher un rameau 
d'Olivier , fuppofé que l'Arche fe foit arrêtée fur 
le Mont.Ararat , ou fur quelque autre montagne 
d'Arménie ; car on ne voit pas de ces fortes d'ar- 
bres aux environs , ou il faut que l'efpece s'en 
foit perdue ; cependant les Oliviers font des ar- 
bres immortels. On cultive auiïi beaucoup de 
Ricinus autour du Monaftere ,.pour en tirer de 
l'huile à brûler ; celle de Lin eft employée pour 
la cuifine. C'eft peut-être pour cette raifon que 
la Pleurefie eft allez rare en Arménie , quoique 
le climat y foit inégal; Ôc parconféquent propre 
à produire cette maladie. Gefner remarque que 
l'huile de Lin , beuc à la place de celle d'aman- 
des douces , eft un excellent remède pour 1* 
pleurefie. , f 

A l'égard des Melons, il n'y en a pas de fficiU 



du Levant; Lettre XIX. ijjj' 
kurs dans tout le Levant que ceux des Trois EgH- 
fes & des environs. Pour trente fols nous en fai- 
sions charger un de nos chevaux , & parmi ce 
grand nombre 1 s'en trouvoit quelques-uns fort 
Supérieurs à ceux que l'on mange à Paris i mais ce 
•qu'il y a d'admirable , c'eft qu'ils engrailfent , & 
qu'ils ne font jamais aucun mal ; plus nous èrt 
mangions , & mieux nous nous portions. Ceux 
qu'on appelle Melons d'eau ou Pajléques , dans la 
plus forte chaleur du jour , font comme à la glace 
quoique couchez fur terre au milieu des champs 
où la terre eft très chaude. On ne les cultive pas 1 
dans des lieux aquatiques , comme on le croit eu 
ce pays-ci ; mais on les appelle Melons d'eau pari 
ce que leur chair ne fe fond pas feulement à la 
bouche , mais qu'elle répand une fi grande quan* 
tité d'eau qu'on en perd la moitié , fur-tout quand 
on mord dans le fruit * comme font les gens du 
pays qui les pèlent & les mangent ordinairement 
comme des pommes : Nos Poires de Beurré & la 
■Mouille bouche font feches en comparàifon de ces 
Melons. Ce feroient les fruits les plus déiieieu* 
du monde s'ils avoient autant d'odeur & de goût 
que les autres Melons. La chah- des Melons d'eaù 
devient plus ferme dans leur parfaite maturité , 
& à proprement parler ne fe fond pas , mais cette 
eaudélicieufe qui eft renfermée dans les cellules de 
la chair , f e vuîde (î abondamment , comme par 
autant de petites fources , que bien fouvent les 
Orientaux préfèrent ce fruit aux meilleurs Me- 
j°ns. Les Arméniens appellent Carpotts les Me- 
ons d'eau , mais ils ont pris ce nom des Grecs qui 
J5 donnent à tous les fruits , Se Carpous dans ce 
lens-là veut dire un fruit par excellence. On éle~ 
*e les meilleurs Melons d'eau dans ces terres f«T 
Tome lU, H 



I<74 V O * A G K 

lécs qai font entre les Trois Eglifes & VAists, 
Après les pluyes on voit le ici marin tout criftal- 
lifé dans les champs , «S. qui craque même fous les 
pieds. A trois ou quatre licuës des Trois Eglifes 
fur le chemin de Teflis , il y a des carrières de 
fel fofïile , lefquelles fans être épuifées en fourni, 
roient furnTamnicnt a toute la Perfe. On y coupe 
le fel en gros quartiers comme on taille les pierres 
dans nos carrières , & l'on charge deux de ces 
quartiers fur chaque Bufle.On trouve quelquefois 
des troupes de ces animaux qui fe fuivent fur les 
grands chemins , & qui ne portent point d'autre 
marchandife , car en Levant on compte les Bufles 
parmi les beres de fomme. Les Orientaux s'imagi- 
nent que le fel croit dans les carrières , & que les 
endroits où l'on en a coupe depuis long-temps fe 
remplirent peu à peu : m.iis qui eft-ce qui a fait 
ces obfervations avec exaétirude ? on m'en àk de 
même à tardone en Efpagnc , où fe trouvent les 
plus belles carrières ou mines de tel qui foientdans 
le refte du ttionde. Cette montagne n'eft qu'e» 
Woc de fel qui paroît comme une roche d'argenr 
dans le temps que le folcil éclaire les endroits qui 
ne font pas couverts de terre. Ceux qui travail- 
lant dans les carrières de marbre font dans la mè* 
meptéventien , & croyent , plûtoft par tradition 
que par bonnes raïfons , que les pierres croiflent 
véritablement par un principe intérieur , comme 
les Truffes & les Champignons -.ainli le préjugé 
touchant la végétation des fertiles eft bien plus 
étendu qu'on ne s'ùnagine , mais ce n'eft pas fur 
ce préjugé qu'il en faut juger , c'eft fur des ob- 

Nous faisons aflèz bonne chère dans le Monaf- 
tcic de* Trois Eglifes où nous étions logez à nôtre 




I*epUL*m, Orientale N 



tii CrLrpi Joli* Coroll.Iruft.1Ui ktrh. (L V\ 



iii LèV an t. Lettre XIX. i$f 

àifc : comme il n'y avoit pas beaucoup d'étran- 
gers , nous avions autant de chambres que nous 
en voulions. Les Religieux , qui font la plupart 
VerubUtu c'eft à dire Doïîeurs , boivent à la gla- 
ce i & nous en faitoient donner furKfamment j 
mais ils n'ont pas de fecret pour chalTer les coufins 
de leur Couvent. Nous étions obligez la nuit de 
quitter nos chambres & de faire porter nos mate- 
lots dans le Cloître ou autour de l'Eglife , fur un 
pavé de grands carreaux bien entretenus. Les cou- 
fins y étoient moins incommodes que dans les 
lieux couverts , niais cela n'empêchoit pas qu'ils 
ne fuçaifent beaucoup de nôtre fang ; nous avions 
tous les matins le vifage couvert de boutons ^ 
Malgré toutes nos précautions. Les parterres qui 
font fur la gauche de l'Eglifo font fort agréables; 
Les Amaranthes & les Oeillets en font les prin- 
cipaux ornemens ; mais ces fleurs n'ont rien dé 
ftngulier ni qui mérite qu'on en porte les graines 
en ce pays-ci , au contraire les curieux de Perfc 
s accommoderoient beaucoup mieux des efpeces* 
qu'on élevé en Europe. Nous ne cueillîmes dans 
|« parterres du Couvent que la graine de cette 
telle efpece de Perficaireàom les feuilles font aufli 
grandes que celles du Tabac , & que nous avions 
^(crvées à TeHis dans le Jardin du Prince. Voici 
[a defeription d'une belle efpece de Leptàmm à 
ailles- de CrclVon frifé, qui croît dans les champs 
*»tre le Monaftere & la rivière d'Aras; 

La racine pique en fond , longue d'un pied j 
grotte comme le petit doigt, dure, ligneufe , blan- 
^z , peu chevelue' , & produit une tige haute de 
de "x ou trois pieds , allez branchuc , verc-gai ,< 
accompagnée en bas de feuilks lougues de quatre 
pouces , fur deux pouces de large , toui-a-£»t 
N ii 



t<)6 Voyage 

femblables à celles du Crejfon frizé , un peu pfiis 
charnues , lifles des deux cotez , vert-gai , décou- 
pés en groflés pièces julques à la côte , laquelle 
commence par une queue allez longue. La der- 
niotc pièce cil plus grande que les autres , arron- 
die & frizée de même que celles qui font fur le 
refte de la queue , lefquellcs font quelquefois in- 
citées plus profondément. Les feuilles qui nailfent 
le long des tiges font encore découpées plus menu. 
De leurs aiflellcs naiftenc des branches alTez éten- 
dues fur les cotez , garnies de bouquets de feuilles 
dont la plupart ne (ont pas découpées aiTez fem- 
blables à celles de Vlberis commun. Les branches 
font fubdivifées en plusieurs brins tous chargez 
de fleurs blanches. Chaque fleur eft à quatre 
feuilles longues d'une ligne & demie , arrondies à 
la pointe & fort pointues à leur nailfance. Le ca- 
lice eft à quatre feuilles aufli , le piitile qui eft 
long de demi ligne coupé en fer de pique, devient 
un fruit de même forme plat , 6c partagé en deux 
lo es dans fa longueur. Chaque loge renferme une 
graine ronflé , tirant fur le brun , longue de demi 
ligne , applatie. Toute la plante a le goût & l'a- 
creté du Crejfon Aleno'is. 

Pendant nôtre féjour aux Trois Eglifes , nous 
fîmes chercher , mais inutilement , des voituriers 
pour nous conduire au Mont Ararat. Perfonne ne 
voulut é re de la partie \ les voituriers étrangers 
rie veu : ent pas à ce qu'ils difent , s'aller perdre 
dans les neiges : ceux du pays étoient employez 
pour les Caravanes , & ne vouloient pas aller fa- 
tiguer leurs chevaux dans un endroit iî affreux. 
Cependant cette montagne iî fameufe n'eft qu'à 
deux petites journées du Monaftcre , & nous con- 
nûmes bien dans la fuite qu'il n'eft pas poflible de 



do Levant. Lettre XIX. 197 
s'y engager , par la raifon qu'elle eft toute décou- 
verte, 6c que l'on ne fauroit monter que jufques à 
la neige. Ce n'eft pas une grande merveille , quoi- 
qu'en difent les Religieux , de ne pouvoir pas en 
atteindre le Commet , puifqu'il eft prefque à moi- 
tié couvtrt de neige glacée depuis le déluge. Ces 
bonnes gens croyent 3 comme un article de foy , 
que l'Arche s'y arrêta. S'il eft vrai que ce foit la 
plus haute montage d'Arménie , fuivant le juge- 
ment des gens du pays ; il eft très-certain aufli que 
c'eft la plus chargée de neige. Ce qui fait paroître 
l'Ararat plus élevé , c'eft qu'il eft planté ieul en 
forme de pain de lucre au milieu d'une des plus 
grandes plaines que l'on puille voir. Il ne faut pas 
même juger de fa hauteur par la quantité des nei- 
ges qui le couvrent , puifque la neige fe confer- 
vc dans le plus fort de l'Efté fur les moindres col- 
lines d'Arménie. Quand on demande aux Moines 
Arméniens , s'ils n'ont pas des reliques de l'Ar- 
che , ils répondent fagement qu'elle eft encore 
enfevelie dans les fondrières des neiges du Mont 
Ararat. 

Nous allâmes le 8. Aouft à Erivan ville consi- 
dérable & Capitale de l'Arménie Pcrfienne , à 
trois heures de chemin des Trois Eglifes. Ce n'é- 
lit pas feulement dans le defTein de voir la Pla- 
j*« mais aufli pour prier le Patriarche de nous 
«ire donner des voituriers pour le Mont Ararat, 
Vivant le confeil des Religieux des Trois Eglifes , 
& certainement nous n'en aurions pas trouve fans 
*n ordre de fa part. La ville d'Erivan eft remplie 
d « vignes & de jardins , bâtie fur une colline qui 
<jft au bouc de la plaine ; les maifons mêmes s'éten- 
dent dans une des plus belles vallées de Perfc , & 
«ow les prairies font entremêlées d'arbres fruitiers 



(impies pou 
de l'cfpccc 



? 9 8 Voyage 

#: de vignobles. Les bourgeois d'Erivan font atle* 
les pour croire que leurs vignes font encore 
efpece de celle que Noé y planta. Quoiqu'il 
en loic , elles produifent de fort bon vin , cv cela 
fait mieux leur éloge , que fi on les faifoit des- 
cendre de celles du bon Patriarche. La vallée eft 
arroféc par de belles fources , cv les maifons de 
campagne y font prefque aufli nombieufes qu'aux 
environs de Marfeille. Il n'y a que le haut des col- 
lines qui deshonore le pays par fa fechereile , mais 
la vigne y feroit des merveilles s'il y avoit allez 
de monde pour la cultiver. Les meilleures terres 
font couvertes de grains , de Coton & de Ris , 
ce dernier eft principale^nent deftiné pour Erze- 
fon. Les maifons d'Erivait ne font qu'à un étage 
en terrafle , bâties de bolie & de torchis à la ma- 
nière des autres villes de Perfe. Chaque maifon 
eft enfermée dans une enceinte ifolée , quarree , 
angulcufe ou arrondie , haute d'environ une toi- 
(e. Les murailles de la ville , quoique double 
rempart en plulieurs endroits , n'ont gueres plus 
de deux toifes d'élévation , & ne font défendues 
que par de méchants ravelins arrondis , épais de 
de quatre ou cinq pieds. Toutes ces pièces , de 
même que les murailles , font de bolie fecheeau 
foleil , fans être terraifées, Les murailles du Châ- 
teau qui eft au haut de la ville , ne valent 
guère mieux, quoiqu'elles foient à triple rang. 
Le Château qui eft prefque ovale , renferme plus 
de huit cens maifons occupées par des Mahonie- 
tans ; car les Arméniens qui y travaillent pendant 
le jour viennent coucher à la ville. On nous augu- 
ra que l« garnifon de ce Château croit de 1500. 
hommes , la plupart gens de métier. La Place eft 
imprenable du côté du Nord , mais c'eft l'ouvra- 



du Levant. Lettre XIX. ip 
ge ât la nature , qui au lieu de remparts de boiie, 
l'a munie d'un précipice effroyable , au fond du- 
quel parle la rivière. Les portes du Château font 
garnies de tôle. Les fariaiines Se les corps de gar- 
de parorilent allez h ' en eut e nd us . L'ancienne vil- 
le étoiu peut-être plus force , mais clic fut détrui- 
te pendant les guerres des Turcs & des Perfans. 
M r Tavernier allure qu'elle fut livrée à Sultan 
Mourat par trahifon , & que les Turcs y laillérent 
vingt-deux mille hommes de garnifon. Cependant 
Cha-Sefi Roy de Perte l'emporta de vive force : 
il fut le premier à l'alfaut , & les vingt deux 
mille Turcs qui n'avoient pas voulu fe rendre , 
furent taillez en pièce. Mourat (e vengea en Prin- 
ce barbare dans Babylone -, il lit paiîer au fil 
de l'épée tous les Perfans qui s'y trouvèrent , 
quoiqu'il leur eut promis la vie par la capi- 
tulation. 

Du cofté du Midi fur une butte , à mille pas 
environ de la Citadelle , eft le petit Fort de Qitet- 
*bc*>a revêtu d'une double muraille ; mais ces 
fortes d'ouvrages craignent plus la pluye que le 
c *non iQuctcUycala rc'liemble a ces forts de terre 
gratle que l'on confirme quelquefois à Paris pour 
"ire exercer les Académiftes. Les canonieres de 
^utes les fortifications d'Erivan font d'une fttuctu- 
re allez finguliere ; elles avancent hors de la mu- 
tile en manière de mafque;d'un pied & demi de 
Wflîc, & f 0nt terminées en capuchon ou en groin 
J cochon.ee qui met tout-à-faità couvert la tête 
d ufoldat qui eft commandé pour tirer. Cela n'eft 
fas trop m al imaginé pour les poltronsjmais auffi 
"sne fau ro ie nt découvrir les ennemis que quand ils 
wnt a portée & qu'ils viennent fe placer juftemenc 
N iiij 



où il faut pour fe faire tuer , car Ci les aflïégez 
attendent qu'ils foicnt arrivez au pied des murail- 
les , ils ne peuvent plus tirer fur eux. 

M r Chardin qui a mieux connu Erîvan & fes 
environs , qu'aucun de nos voyageurs , en dé- 
çu Nord-Oueft , & le Quçurboulaç au Sui-Oueft , 
Formé par 40. fontaines , comme l'exprime fon 
nom. Le Zcngui vient du Lac d'Erivan à deux 
journées & demi de la ville - y mais je ne fçai pas 
fi c'eft le même Zengui dont j'ay parlé ci-devant. 
Le Lac qui eft profond & de 25 . lieues de tour , 
eft rempli de Carpes & de Truites excellentes / 
dont les Religieux , qui font dans un Monafte- 
re bâti fur l'iiïe qui eft au milieu du Lac , ne pro- 
fitent guère? , car il ne leur eft permis d'en man- 
ger que quatre fois l'année ,& ils ne peuvent par- 
ler encre eux que ces jours là. Pendant le refte 
4c l'année ils gardent un filcncc perpétuel , & ne 
mangent que les herbes de leur Jardin , telles que 
la nature les leur prépare , c'eft a dire fans huile 
nifel. Ces pauvres Moines font comme autant de 
Tantales qui voyent à quatre doigts de leur bou- 
che d'excellens fruits fans y pouvoir toucher. Ce- 
pendant l'ambition n'eft pas tout-à-fait bannie de 
ce lieu ; le Supérieur ne fe contente pas de pren- 
dre le titre d'Archevêque , il prend auffi celui de 
Patriarche , & il le difpute même au Patriarche 
4es trois Eglifes. 

On parte le Zengui à Erivan fur un pont de 
trois arches , fous lesquelles on a pratiqué des 
chambres où le Kan , qui eft le Gouverneur du 

f»ays , vient quelquefois fe rafraîchir pendant 
es grandes chaleurs. Ce Kan tire tous les ans plus 
cic vingt mille Tomans de la Province , c'eft » 



du Levant. Lettre XIX. toi 
dire plus de neuf cens mille livres monnoyt de 
France , fans compter ce qu'il gagne fur la paye 
des troupes deftinées pour garder la frontière. U 
eft obligé de donner avis à la Cour , de toutes les 
Caravanes & de tous les Ambaifadeurs qui paffent. 
A l'égard des Ambaffadeuvs , la Perfc eft le feul 
pays que je connoilfe , où ils foient entretenus 
aux dépens du Prince : rien , ce me femble , ne 
fait tant d J honneur à un grand Roy. Dès qu'un 
Amballadeur ou un {impie Envoyé a fait voir aux 
Gouverneurs des Provinces les Lettres dont il eft 
chargé pour le Roy de Perfe , on lui donne le 
Tain , c'eft à dire fa fublîftance journalière. 
Tant de livres de viande , de pain , de beurre , 
de ris , & un certain nombre de chevaux & de 
chameaux. 

On fait bonne cherc à Eiivan. Les perdrix y 
font communes , & les fruits y viennent en abon- 
dance. Le vin y eft merveilleux \ mais les vignes 
donnent beaucoup de peine à cultiver , car le 
froid & les gelées obligent les vignerons , non 
Seulement à chauffer les feps , mais à les enterrer 
*u commencement de l'hiver , pour ne les dé- 
couvrir qu'au printemps. Quoique la ville foit 
mal bâtie , elle ne laiffe pas d'avoir certains beaux 
endroits : Le Palais du Gouverneur , qui eft dans 
la Fortereffe , eft confîdérable par fa grandeur & 
P a r la distribution de Ces appartenons. Le Mei- 
4*n ou la grande Place eft quarrée , & n'a gue- 
res moins de 400. pas de diamètre. Les arbres y 
font aufli beaux qu'à Lyon dans la Place de Bel- 
Itcour. Le Bazar, qui eft le lieu où fe vendent les 
naarchandifes , n'eft pas dcfagréablc. Les Bains 
& les Caravanferais ont aufli leurs beautez , fur 
tout le Caravanferai neuf qui cil du coté de la 



portereflc. Il femble qu'on entre d'abord dans 
une Foire , car on pane par une galerie où l'on 
vend toutes fortes d'étoftes. 

Les Eglifes des Chi êiiens font petites & à demi 
enterrées. Celles de l'Evêché , & l'autre que l'on 
appelle Catoviqué , ont été bâties , dit-on , du 
temps des derniers Rois d'Arménie. On voit du 
coté de l'Evèché une vieille Tour d'une ftru&uro 
auez iînguliere ; elle auroit quelque rapport a à 
la Lanterne de Diogenes , il fon architecture né- 
toit dans le goût Oriental. Elle eft à pans , & le 
dôme qui la termine a quelque chofe de plus 
agréable ; mais les gens du pays ne fçavent à quel 
plage elle a fervi , ni dans quel temps elle a été 
bâtie. Les Mofquées de la ville n'ont rien de par- 
ticulier. M r Chardin aflure que les Turcs prirent 
Erivanen 1581. & qu'ils y bâtirent la Forteref- 
fe ; que les Perfans l'ayant reprife en 1604. la 
mirent en état de réiifter au canon ; qu'elle foutint 



: quatre mois en 1615. que 



les Turcs 



furent obligez de le lever ; qu'ils n'emportèrent 
la place qu'après la mort d'Abas le grand ; qu'en- 
fin les Perfans l'ayant reprife en 1635. ils en font 
demeurez les maîtres depuis ce temps-là. 

Après nous être promenez dans la ville, nous 
allâmes voir le Patriarche des Arméniens qui lo- 
ge dans un ancien Monaftere hors de la ville; mais 
il s'en faut bien qu'il ne foit aufli-bien logé 
qu'aux Trois Eglifes. Ce Patriarche qui s'appelle 
Nahabied, étoit un bon vieillard auez rougeau , 
qui par humilité , ou pour être plus à fon aile , 
n'avoit fur fon corps qu'une mauvaife foutane de 
toile bleue. Nous lui baiiames les mains à la mode 
du pays , & cette cérémonie lui fit grand plaifir, 
à ce que nous dirent nos Interprètes ; car il y * 
Monumaïc d'Athènes. 



du Levait. Lettre XIX. 2 oj 
bien des Francs qui ne lui font pas le racine hon- 
neur ; niais nous lui aurions baifé les pieds pour 
peu qu'il eue témoigné le fouhaicer , attendu le 
befoin que nous avions de fon crédit. Par recon- 

trcs-frugale. On vit paroître , fur un cabaret de 
bois , un plat de noix au milieu de deux aflïet- 
tes , fur l'une defquelles il y avoit des prunes 
& fur l'autre des raifms. On ne nous prefenta ni 
pain , ni fouaffe , ni bifeuir. Nous mangeâmes 
une prune & bûmes chacun un coup à la fante 
du Prélat , c'étoit d'excellent vin rofé ; mais com- 
reboire fans pain f nos Interprètes qui 

ter ; nous aurions exeufé volontiers pour le coup 
leur incivilité ; ils entrèrent après la colation , & 
nous fîmes prier pour lors le Maître de la maifon 
de nous faire donner pour nôtre argent de bons 
chevaux & des guides qui pûllent nous conduire 
£u Mont Ararat. Quelle dévotion avez, vous , dit-il, 
pur h Mont Macis \ c'eft le nom que les Armé- 
niens donnent à cette Montagne ; les Turcs l'ap- 
pellent Agrida. Nous répondîmes , que nous trou- 
ons fi près d'un l'ieu célèbre , fur lequel on croyoit 
que l'Arche de Noé s' et oit arrêtée , nous ferions mal 
f*f** dans notre pays fi nous nous retirions fans le 
voir. Vous aurez, de la peine , dit le Patriarche , 
d'aller jufques aux neiges ; çr pour ce qui eflde V Ar- 
c be , Dieu n'a jamais fait la grâce de la faire voir 
« perfonne qu'aunfaint Religieux de notre Ordre , 
qui après cinquante ans de jeunes & de prières y 
P*t miraculeusement tranfporté ; mais le froid le 
pénétra fi fort , qu'il en mourut à fon retour. Nô- 
tre Interprète le rit rire en lui répliquant de nôtre 
P*rt , qu'après avoir jeune & prié la moitié de notre 



104 VOYAGE 

vie , nous demanderions a Dieu la grâce de voir 
le Paradis , plutoft que les débris de la mai fin de 
Noc. On nous raconta aux Trois Eglifes , qu'un 
de leurs Religieux nommé Jaques , qui fut en- 
fuite Evêque de Nifibe, réfolut de monter au fom- 
met de la Montagne ou de périr en chemin , trop 
heureux d'avoir tenté de découvrir les reliques 
de l'Arche ; qu'il exécuta fon deiîein avec beau- 
coup de peine , car quelques efforts qu'il lift pour 
y monter , il fe trouvoit toujours , après fon ré- 
veil , dans un certain endroit à peu près vers le 
milieu de la hauteur : que ce bon homme connut 
bien , après quelques jours , qu'il tenteroit inu- 
tilement d'aller plus loin ,,& que dans fon afflic- 
tion un Ange lui apparut & lui apporta le bout 
d'une planche de l'Arche. Jaques revint au Cou- 
vent chargé d'un fi précieux fardeau ; mais avant 
que de partir l'Ange lui déclara que Dieu ne vou- 
loir pas que les hommes allaient mettre en pièces 
un vaiffeau qui avoit fervi d'aiïle à tant de créatu- 
res. Ccft ainfi que , par de femblables contes , 
les Arméniens amufent les étrangers. 

Le Patriarche nous fit demander fi nous avions 
veû le Pape , & trouva fort mauvais quand nous 
répondîmes , que ce ne feroit que pour notre re- 
tour. Comment , dit-il , vous veneT^de fi loin four 
me voir , & vous n'ave^ pas veû votre Patriar- 
che ? Nous n'ofâmes pas lui dire que nous n'étions 
venus en Arménie que pour chercher des Plantes. 
Que vous femble , continua t-il , de mon Eglifi 
d'ItchmiadXin ? en ave^-vous d'aujji belles en Fran* 
ce\ Nous lui répondîmes que chaque pays avoit fis 
manières de bâtir -.que nos Eglifes et oient dans un 
goût fort différent , & que nous n'avions reconnu 
l'habileté des ouvriers que dans les chandeliers > 



Du Levant. Lettre X J X. xvj 

les lampes & le refie de fa valjfelle. Ces pièces n'é- 
toient certainement pas de fabrique d'Arménie. 
Pendant que ce vénérable Prélat , que l'on au- 
roit pris en ce pays- ci pour un bon Maître d'Eco- 
le de campagne , donnoit Tes ordres nous deman- 
dâmes à voir fa Chappelle , ÔC nous mîmes trois 
écus dans le baflin pour payer la colation ; on 
fait ces fortes de charitez , plutoft par bienféan- 
ce que par dévotion. On nous offrit encore à 
boire à nôtre retour , ce que nous refufàmes 
d'abord ne voyant point venir de pain -, mais il 
fallut boire pour remercier le Patriarche qui bût 
aufli à nôtre fan té ; tout cela fe pana fort agréa- 
blement. Après les complimens ordinaires , il 
nous donna un homme de fa maifon , avec une 
Lettre de recommandation pour les Religieux qui 
font fur la route du Mont Ararat j ainfi nous al- 
lâmes coucher ce jour-là à deux heures d'Erivan , 
dans un Couvent d'Arméniens au village de 
Nocquevit. Nous y bûmes d'excellent vin clairet 
tirant fur l'orangé & aufli bon que celui de Can- 
die : mais de peur que le pain ne manquât , nous 
fîmes dire par nos Interprètes , que nous ferions 
les chofes honnêtement. Cette prometfe eut tout 
le fuccés que nous pouvions attendre ; nous fû- 
mes bien traitez , aufli leur tinmes-nous parole le 
lendemain avant que de partir. 

La Campagne de Nocquevit eft admirable , 
toutes fortes de biens y abondent , & l'on y mé- 
pnfe des Melons que l'on eftimeroit fort à Paris. 

des quarreaux de boue cuite au foleil , faute de 
bois. 

Nous partîmes à quatre heures du matin le 9. 
Aouû, avec des vifages défigurez par les piqueu- 



XOG V O Y A G S 

tes des coufins qui nous faiioicnc une cruelle guer- 
re pendant la nuit depuis quelques jours. Nous 

plaine qui conduit au Mont Ararat. On fe retira 
fur les huit heures du matin à Corvirap ou Coucr- 

dh , l'Eglifedu Puis Corvirap eit un autre Mo^ 
naftere d'Arméniens dont l'Eglife eft bâtie fur un 
Puits , où ils aiïurent que Saint Grégoire fut jette 
& nourri miraculcufement , comme Daniel dans 
la Fofle aux Lions. Le Monaftere paroît comme 
un petit Fort fur le haut d'une colline qui domine 
fur toute la Plaine , & c'eft de cette hauteur que 
nous commençâmes à voir la rivière d'aras Ci 
connue autrefois fous le nom d' Araxes ; elle paf- 
fe à quatre lieues du Mont Ararat. Nous fûmes 
obligez de nous repofer & de nous rafraîchir dans 
ce Monaftere , car nous paflions de cruelles nuits 
à caufedes coulïns & le jour les chaleurs étoient 
insupportables. Ce genre de vie duroit cependant 
depuis Tcflis -, mais nous fumes tout confolez de 
nos fatigues à la veiie de l'Araxe Se du Mont Ararat. 
De Corvirap on découvre diftin&emcnt les deux 
fommets de cette fameufe Montagne. Le petit , 
qui eft le plus pointu , n'écoit point couvert 
de neige , mais le grand en étoit furieufement 
charge. Voici les Plantes que nous décrivîmes 
dans de Monaftere , pendant que nos voiturierS 
fe repofoient* 

Ca.duus Orientait* Cofii hortenfu folio , Car oïl. 
In fi. Reiberb- pag. 31. 

La racine de cette plante eft longue d'environ 
un pied , dure, ligneufe , blanche , grolfe au colet 
comme le petit doigt , garnie de plusieurs libres , 
& couverte d'une, écorce rouifàtrc ; elle pouffe. 



»tx LiVAHT. Lettre X I X. iof 
tttiétige haute de deux ou trois pieds,branchuë dès 
fa naiifance , dure , ferme , blanchâtre , épailfe 
de deux pouces , accompagnée de feuilles longues 
d'environ trois pouces fur un ponce & demi de 
large , dentées légèrement fur les bords , fembla^ 
blés à celles de cette efpece de Tanaifie qu'on ap- 
pelle le Coq, ce qui me paroît un mot corrompu 
de Coflus hortenfis. Les feuilles du Chardon que 
l'on décrit , diminuent jufques au haut de la plan- 
te & perdent leur denture , maïs elles nniflenc 
par une efpece de piquant molaffe. De leurs aif- 
fclles naitfent des branches tout le long des tiges , 
& chacune de ces branches fe termine par une 
fleur jaune. Les feuilles qui font le long des bran- 
ches font menues , & quelquefois déliées comme 
des filets. Le calice des fleurs eft haut de 8. ou 9. 
lignes , fur prefque autant d'épahfeur. C'cft une 
poire compofée de plusieurs écailles blanchâtres , 
pointues 9 fermes , piquantes , & quelquefois 
purpurines à leur extrémité. Les piquants qui font 
fur le bord font plus molafles & difpofez en ma- 
nière de cil. Chaque fleur eft à fleurons jaunes qui 
ne débordent que de cinq ou fix lignes , décou- 
pez en autant de pointes menues , du milieu def- 
quelles s'eleve une gaine furmontée par un filer 
tres-delié. Les fleurons portent fur des embrions 
de graines , longs d'environ deux lignes fur une 
ligne de large , chargez d'une aigrette blanche. 
Ceux qui n'avortent pas , deviennent des femen- 
ces longues de trois lignes. Les fleurs n'ont 
point d'odeur fenfible , mais les feuilles font tres- 
ameres. 

Nous eûmes le plaifir ce jour-là de faire un 
nouveau genre de plante , & nous lui irapofà- 
**es le nom d'un des plus fçava«s hommes de ce 



fiecle , également eftiraé par fa modeftie , & par 
la pureté des fes mœurs. C'eft celui de M r Do- 
dan de l'Académie Royale des Sciences , Méde- 
cin de S. A. S. Madame la Princeffc de Conti la 
Douairière. 

Cette plante pouffe des tiges d'un pied & demi de 
haut,droites,fcrmcs : liires ) lioncufes,vert.gai,épaif- 
fes de deux lignes branchuësdès le bas, arrondies en 
buiflbn& garnies de feuilles longues d'un pouce ou 
quinze lignes fur deux ou trois lignes de largc,un 
peucharnuës,dentéesfur les bords,principalement 
vers le bas de la plante , car enfuite elles font 
plus étroites & moins crénelées ; il y en a même 
qui font aufîi menues que celles de la Linmre 
commune. Le haut des branches eft garni de fleurs 
dans les aiffelles des feuilles. Chaque fleur eft un 
mafque violet foncé , long de huit ou neuf lignes, 
dont la dernière eft Un tuyau d'une ligne de dia- 
mètre , évafé en deux lèvres : la fupetieure eft un 
cucilleron renverfé long d'une ligne &C demi t 
fendu en deux pièces allez pointues , l'inférieure 
eft longue de trois lignes , allez arrondie , mais 
découpée en trois parties , dont celle du milieu 
eft la plus petite & la plus pointue* \ cette levre eft 
relevée vers le milieu de quelques poils blancs & 
duverez. Le calice eft un godet lifte, haut de deux- 
lignes, découpé eu cinq pointes j il poufle un pif- 
tiîlc fphérique de près d'une ligne de diamètre, 
lequel s'infère dans le tuyau de la fleur , comme 
par gomphofe , furmonté par un filet aftèz me- 
nu , & devient dans la fuite une coque fphérique 
de trois lignes de diamètre , terminée en pointe. 
Cette coque eft roullàtre , dure , partagée en deux 
loges par une cloifon mitoyenne , dont les deux 
parois fgnt garnis d'un placenta charnu , creuje 



■vrr-*"- 









DU Lzy AH T. Lettre XIX. 7.03 

Aie quelques foires , lefquelles reçoivent des grai- 

On ne voit dans toutes les plaines le lon£ de 
l'Aras.que de la Reglijfe & du Cufcute. La Regliilc 
ictlémble tout-a-fait à l'ordinaire , (ï ce n'eft que 
i'cs goullcs font plus longues & toutes herillees de 
piquants. Pour la Cufcute , elle embraflê fi fort 
tes tiges de la Reglilïe, qu'elle femble ne faire 
que le même corps avec elle. Quand on l'en. dé- 
tache on s'aperçoit de quelques tubercules épauTes 
d'environ demi ligne , qui font comme autant 
-de petits clous ou de chevilles qui encrent dans 
les tiges de la Plante à laquelle elles font attachées. 
Ces tiges ont une ligne u\ paî U tr ik quelquefois 
davantage. Nous les prîmes d'abord pour des tiges 
de quelque, efpéce de Litron , dont les feuilles 
etoient paffées. On ne fçaurok mieux comparer 
les feuilles de la Cufcute ; qu'à ces cordes de 
boyau qui font grolles comme de la fifccllc ; mais 
elles font fermcSjdifrîciles à cafler, ameres,pcu aro- 
matiques , vert-pale 3 divifées eu plulîeuts bran- 
ches tortillées fur les plantes voifïnes dont elles 
fucent le fuc nourricier , lequel s'imbibe dans les 
tubercules dont on vient de parler. Ces tuber- 
cules font ordinairement pofez obliquement dans 
l'intervalle d'une ligne l'un de l'autre j mais auiîi 
en des endroits différents ne trouve-t-on point de 
racine à cette Plante , non-plus qu'aux antres cf- 
peces du même genre , lorfque les tubercules font 
en état de diftribucr le fuc nourricier. Ses fleurs 
naiflent par bouquets en manière de tête gris de- 
lin-lavé , haute de deux lignes , du diamètre d'u- 
ne ligne & demi. Ce font des godets découpez 
en cinq pointes obtufes , percez dans le fond * Se 
<jui reçoivent dans cet endroit le pillillc queleut 
Tomt llh O 



no VOYAGE 

fournit un calice haut de deux lignes , découpi 
en cinq parties. Ce piftille devient un fruit fem- 
blable à celui du grand Liseron blanc , long de 
quatre lignes fur trois lignes de diamètre , mem- 
braneux , vert-pâle , puis roulTatre , terminé par 
une petite pointe , & compofé de deux pièces , 
dont la fupétieure efl: une efpece de calote : il ren- 
ferme ordinairement quatre graines aufïî grofles 
que celles du Lizeron dont on vient de parler. 
Ces graines font arrondies fur le dos , anguleufes 
de l'autre cofté , longues d'une ligne & demi , 
epaifles d'une ligne & comme féparées en deux 
lobes par une membrane très- menue , échancrées 
en bas & attachées à un placenta fpongicux ôc 
gluant. 

Ces graines ne font autre chofe que des veffies 
membraneufes , dans chacune defquelles fc trou- 
ve plîée en fpirale ou limaçon , une jeune plante 
de Cr.fcute. Cette jeune plante eft un cordon vert- 
gai , long de demi pouce , épais d'un quart de 
ïiçne dans r 



nue jufques à la fin , attaché par fon bout le plus 
épais à un placenta fpongieux & gluant , lequel 
eft en partie dans la capfule , & en partie dans 
le calice. Peut-être que le Créateur a voulu , par 
l'exemple de cette Plante , nous faire connoître 
que les embrions des plantes étoient renfermez 
comme en miniature dans les germes de leurs fe- 
mences ; & qu'ainfi les graines étoient comme au- 
tant de vefeies où la jeune plante toute formée 
n'attendoït , pour fe rendre lenfible , qu'un peu 
de fuc nourricier qui en fît gonfler les parties. U 
y a de grands exemples dans la nature qui nous 
feroient connoître la ftrudure des chofes les plus 
cachées, Ci nous y faifîons allez d'attention. M r . 



t>V Levant. Lettre X IX. 1 1 1 
Malpighi avoic un talent merVeilleux pour profiter 
de ces fortes d'ofervations,ce n'eft en effet que fur 
pluficurs obfervations qu'il faut établir des fyf- 
temes. Par exemple on obferve dans le mois d'Oc- 
tobre au fond de l'oignon des Tulipes , une Tuli- 
pe entière , fur la tige de laquelle , qui n'a pas 
encore trois lignes de haut , on découvre déjà la 
fleur qui ne doit paroître que dans le mois d'Avril 
fuivant : on compte les fîx feuilles de cette fleur , 
les ctamines , les fommets , le piftile ou le jeune 
fruit, les capfules & les femenecs qu'elles renfer- 
ment. Qui ne croiroir après cela que toutes ces 
parties étoient renfermées dans un efpace encore 
plus petit , qui n'a pu fe rendre vilîble qu'à me- 
fureque le lue nourricier en a dilaté les moindres 
parties ? 

Les Oifeaux que nous voyions dans ces belles 
Haines qui s'étendent jufques à la rivière , nous 
auroient peut-être fourni quelques obfervations 
utiles p( 



f"l pour les tuer. On y voit des efpeces de Héron 
rçu» n'ont pas le corps plus gros qu'un pigeon , 6c 
qui ont les jambes d'un pied & demi de haut. Les* 
-Aigrettes n'y font pas rares , mais rien n'appro- 
che de la beauté d'un Oifeau merveilleux dont je 
garde la dépouille dans mon Cabinet , & dont j'ay 
veu la figure dans les livres des Oifeaux que l'on 
peint pour le Roy. Il eft gros comme un Cor- 
beau , f es ailes font noires , les plumes du dos 
violettes vers le croupion , celles qui s'étendent 
depuis cette partie jufques au col , font très-poin- 
ts à l eilr extrémité , & d'un vert admirable do- 
' e & luifant j celles du col jufques vers le milieu 
lo "t d'un couleur-de-feu éclatant -, les autres qui 
•ocrent le refte du col & toute la tête , font 
Q ij 



d'un vert ébloiiiliant. Enfin la rcrc cfl relevée d'iP 
ne houppe du même vert, liante d'environ qua- 
tre pouces s dont les plus longues plumes font-com- 
mc des palettes à long manche. Le bec de cet oi- 
feau cfl brun , femblable à celui d'un corbeau. 
On pourroit avec plus de raifon lui donner le nom 
de Roy des Corbeaux , qu'à celui qu'on a apporte 
du Mexique à Verfaillcs , puiique l'Oifcau d'A- 
mérique , quelqu'admirable qu'iî fort , n'a rien de" 

Je ne fçaurois me confoler d'avoir pafle par 
Corvirap fans avoir été à Ar&tchat. Ce n'efr qu'à 
Paris que j'ai appris par la L et Lire dit Vo âge de 
W Chardin, qu'Ardachar, fuivaiT; la tradition tes 
Arméniens , étoit le relie de l'ancienne ville 
â'Artaxate. Les gens du pays, dit ce auteur, 
appellent cette ville Ardachat , du nom d'Arta- 
xerxes , que les Orientaux nomment Ardcckier. 
Ils apurent qu'on voit parmi [es ruines , celles dit 
Palais de Tiridate . qui fut bkti il y a i 300. **/. 
Ils difent de plus ; qu'il y a une face dit Palais qui 
n'eft qu'à demi ruinée j qu'il y refle quatre rangs de 
Colomnes de marbre noir } que ces tïlomnes entou* 
rent une grande pièce de marbre ouvragé , & qu'el- 
les font ft grotfes que trois hommes ne les peuvent pas 
chbrafir. Cet amas de ruines s'appelle Tad- tardât y 
t'tft à dire , le Thrônedc Tiridate. 

Tavernier marque anfli les ruines d'Artaxate 
entre Erivan & le Mont Ararat i mais il n'en dit 

décrite dans Strabon , qu'on ne (cauroit s'y trOiï>- 

dit ce Prince des Géographes anciens , fut bâtie 
fur le dejfein qu' Annibal en donna an Roy Art axes 
qui en fit la Capitale de l' Arménie, La ville efi 



.* T. Lettre XIX. 115 
i , dans un contour que la ri- 
vière à' Ar axe fait en forme de patin fuie , fi bien me 
l'enceinte de cette rivière lui tient lieu de muraille , 
hormis dans l'endro-: ■ ,i eji i'U. bine \ maïs cet Iftbrne 
ejl fermé par un rempart & par un bon foffe. La 
campagne des environs s'jppelfe le Champ Ar- 

Cette defeription de Strabou augmente mon 
chagrin j car nous aurions vérifie h* Ardachat e£t 
dans une peninfule , où nous l'aurions peut-être 
trouvé plus haut ou plus badinais nos guides nous 
voyoient fi attachez a la recherche des plantes , 
qu'ils ne croyoient pas que nous penfaiîions à 
autre choie. Qui cil-ce qui fe pourroit imaginer 
aufli qu'Annibal fut venu des côtes d'Afrique 
jufques à l'Araxe , pour iervîr d'Ingénieur à un 
Roy d'Arménie \ Pluurque le certifie pourtant; 
& dit que ce fameux Affriquain , après la défaite 
d'Autiochus par Scipion l'Afîatique , s'enfuit en 
Arménie , où il donna mille bons avis à Artaxes, 
entre autres celui de bâtir Artaxate dans la iîtua- 
Uon la plus avantageufe de fou Royaume. Lucul- 
lus feignit de vouloir alliéger cette Place , afin 
d'attirer au combat Tigranc ion iucccilèur ; mais 
le Roy d'Arménie vint fe camper fur le fleuve 
■Arfamiiis pour en difptuer le pafiage aux Ro- 
mains : fuivant cette remarque , Arfamias ne 
Içauroitêtre que Ki ri\iere à'Erivan. Les Armer 
mens furent battus à ce partage & dans une fecon- 
<J£ rencontre après le paliage. Notre Hiftorien af- 
fûte que Lucullus jugea a propos de monter vers 
Hberic ; ainfi Artaxate ne fut pas prife. Pompée 
qui eut le commandement de l'armée , après lui , 
Pieilaii fort Tigrane qu'il l'obligea de lui remer- 
Uc " Capitale fans coup ferir. Corbuion.Geneiai 
O iij 



des Romains, fous l'Empereur Ncron,contraignit 
le Roy Tiridate de luy céder Artaxate ; mais bien 
loin de l'épargner , comme avoic fait Pompée , il 
la fie entièrement détruire. Cependant Tiridate 
vint à Rome & fit fa paix avec l'Empereur , qui 
non feulement lui remit le Diadème fur la tête ; 
mais lui permit encore d'emmener de Rome des 
ouvriers pour rétablir Artaxate , que le Roy d'Ar- 
ménie , par reconnoiflance , appella Neroma du 
nom de ion bienfaiteur. Il eft furprenant qu'au- 
cun des Auteurs qui parlent de cette Place , ne 
nous ait dit le nom que portoit alors le Mont 
Ararat , fur lequel nous allons monter, 

Le 10. d'Aouft nous partîmes de Corvirap , & 
marchâmes jufques à 7. heures pour trouver le 
gué de i'Aras qui ne pafle qu'à une lieue 'du Mo- 
nallcre. Quelque rapide que foit cette rivière , 
le gué en eft 11 large & fi étendu qu'un de nos gui- 
des riiqua de le palier fur un âne ; à la vérité il 
eut allez de peine à s'en tirer. On arriva fur les 
onze heures au pied de la montagne , & nous dî- 
nâmes , fuivant la contume du pays , dans ÏE- 
olife d'un Couvent au village d'Acourlott i ce 
Couvent , qui eft ruiné , s'appelloit autrefois 
Araxil-vane, c'eft à dire le Monstre des Apôtres. 
Toute la plaine au delà de I'Aras eft remplie de 
belles Plantes. Nous y en obfcrvàmcs une d'un 
genre bien fmgulier à laquelle je donnay le nom 
de pQlygonoUes , parce qu'elle a beaucoup de rap- 
port à l'Efkcdra , qu'on a nommée autrefois Po« 
hgonum Maritit/ium. ; r ■ ' 

C'eft un arbufte de trois ou quatre pieds de 
long , fort touffu & fort étendu fur les cotez , iQ" 
tronc eft tortu , dur , caflant , épais comme le 
|>ras , cpyivert d'une; écorcç rouftatrç , divile eu 



du Levant. Lettre X I X. 21; 
branches tortues aufli , fubdivifées eu rameaux 
d'où naiflent , au lieu de feuilles , des brins cilin- 
driques épais de demi ligne vert-de-mer , longs 
d'un pouce ou 1 j. lignes , compofez de plufisurs 
pièces articulées bout à bout , fi femblables aux 
feuilles de l'Ephedra , qu'il n'eft pas poffible de 
les diftinguer fans' voir les fleurs. Des articulations 
de ces brins il en fort d'autres qui font articulez 
de même ; & ces derniers pouuent dans leur lon- 
gueur quelques fleurs de trois lignes de diamètre. 
Ce font desbaffins découpez en cinq parties juf- 
ques vers le centre , vert-pâle dans le milieu , & 
blancs dans le refte. Du fond de chaque baflln 
fort un piftile long d'une ligne & demi , angu- 
leux 3 relevé de petites arêtes & entouré d'éca- 
mines blanches dont les fommets font purpurins. 
Chaque fleur eft foutenue* par un pédicule tres- 
délié ÔC fort court. Le piftile devient un fruit long 
4'cnviron demi pouce, épais de quatre lignes , 
de figure conique , canelé profondément dans fa * 
longueur. Les canelûres font quelque- fois droi- 
tes , quelquefok fpirales. Leurs arêtes font ter- 
minées par des aîles découpées en franges , tres- 
menuës. Quand on coupe le fruit en travers on 
en découvre la partie moelleufe, laquelle eft blan- 
che & angulaire.Les fleurs ont l'odeur de celles du 
Tilleul , ne fe flétriftent que tard , & relient à la 
bafe du fruit comme une efpece de rofette, Les 
feuilles ont un goût d'herbe mais ftiptique. 

Neus commençâmes à monter ce jour là le 
Mont Ararat fur les deux heures après midi j mais 
ce ne fut pas fans peine. Il faut grimper dans 
des fables mouvans où l'on ne voit que quelques 
pieds de Genièvre & d'Epine de bouc. Cette Mon- 
tagne qui refte entre le Sud & le Sud-Sud-Eft des 



i\6 Voyage 

Trois Eglifes,cft un des plus triftes & des plus defa- 
grcables afpe&s qu'il y ait fur la terre. On n'y trou- 
ve ni arbres ni arbrifleaux , encore moins des Cou- 
vents de Religieux Arméniens ou Francs. M r 
Struys nous auroit fait plaifir de nous apprendre 
où logent les Anachorettes dont il parle , car les 
gens du pays ne fe fouviennent pas d'avoir oiii di- 
re qu'il y ait jamais eu dans cette Montagne , ni 
Moines Arméniens , ni Carmes ; tous les Mona- 
(leres font dans la Plaine. Je ne crois pas que la 
place fut tenable autre part , puifque tout le ter- 
rein de l'Ararat eft mouvant ou couvert de neige. 
Il femble même que cette Montagne fc confom- 
me tous les jours. 

Du haïrt du grand abîme , qui eft une ravine 
e'ponventaDle , s'il y en eut jamais , & qui répona 
au village d'où nous ttions partis , fe détachent 
à" tous momèns des rochers qui font un briu't ef- 
froyable , & ces rochers font de pierres noirâtres 
&fort dures, il n'y a d'animaux vivans , qu'au 
bas de la Montagne & vers le milieu ; ceux qui 
occupent la première région, font de pauvres ber- 
gers & des troupeaux galeux , parmi lefquels on 
Voit quelques perdrix ; ceux delà féconde région 
font des Tigres & des Corneilles. Tout le refte 
de la Montagne , ou pour mieux dite la moitié 
de la Montagne , efl: couverte de neige depuis que 
J'Arche s'y arrêta 5 & ces neiges font cachées la 
moitié de l'année fous des nuages fort épais. Les 
Tigres que Uous apperceûmes ne laiilerenc pas de 
nous faire peur , quoiqu'ils feulent à plus de 100. 
pas de nous ,& qu'on nous aflùràt qu'ils ne ve- 
noient pas ordinairement infulter les paffans ; ils 
cherchoient à boire , ëc n'avoient fans doute pas 
i. Nous nous'proftcriûmcs pourtant' 



d y Levait. Lettre XIX. %\f 
dans le fable & les laillamcs palier fort rcfpeftueu- 
fement. On en tut quelquefois a coups de fuiîl ; 
mais la principale challè le fait avec des traque- 
nards ou pièges , par le moyen defqucls on prend 
les jeunes Tigres que Ton apprivoife, 8c que Ton 
mené promener eniuite dun.. les principales vil- 
les de Perfe. 

Ce qu'il y a de plus incommode dans cette 
Montagne , c'eft que toutes les neiges fondues ne 
fe dégorgent dans l'abîme que par une infinité de 
fources où l'on ne lauroit atteindre , & qui font 
auiîi falcs que l'eau des tonens dans les plus 
grands orages. Toutes ces fources forment le ruif- 
feau qui vient parler à Acourlou , & qui ne s'é- 
çlaircit jamais. On y boit de la bolie pendant rou- 

délicieufe que le meilleur vin ■> elle cft perpétuelle- 
ment à la glace , & n'a point de goût limoneux. 
Malgré l'étqnncment où cette effroyable folitudç 
rious avoit jettez s nous ne laiifions pas de cher- 
cher ces Monaileres prétendus , & de demander 
s'il n'y avoit pas des Religieux reclus dans quel- 
ques cavernes ï L'idée qu'on a dans le pays que 
l'Arche s'y arrêta , ik la vénération que tous les 
Arméniens ont pour cette Montagne , ont fait 
préfumer à bien des gens qu'elle devoit être rem- 
plie de Solitaires , & Struys n'eft pas le feul qui 
i J ait publié ; cependant on nous allura qu'il n'y 
a voit qu'un petit Couvent abandonné , au pied 
de l'abîme , où l'on envoyoit d* Acourlou tous les 
ans un Moine pour recueillir quelques lacs de 
Blé que produifent les terres des enviions. Nous 
fumes obligez d'y aller le lendemain pour boire , 
car nous confommàmcs bien-tôt l'eau dont nos 
guides ayoient fait proviiïon , fur. les bons avis 



2i3 Voyage 

des Bergers. Ces Bergers y font plus dévots qu'ail- 
leurs, & même tous les Arméniens baifent la terre 
dés qu'ils découvrent l'Ararat , & récitent quel- 
ques prières après avoir fait le ligne de la croix. 

Nous campâmes ce jour-là tout près des caba- 
nes des Bergers ; ce font de méchantes huttes qu'ils 
tranfportent en differens endroits , fuivant le be- 
foin , car ils n'y fçauroient refter que pendant le 
beau temps. Ces pauvres Bergers qui n'avoient 
jamais veû de Francs , & fur tout de Francs Hcr- 
ioriftes , avoient prefque autant de peur de nous , 
que nous en avions eu des Tigres ; néanmoins il 
fallut que ces bonnes gens fe familiarifaifent avec 
nous , & nous commençâmes à leur donner , 
pour marque de nôtre amitié , ' quelques taffes 
de bon vin. Dans toutes les montagnes du mon- 
de on gagne les Bergers par cette liqueur qu'ils 
eftiment infiniment plus que- le lait dont ils fe 
nourrirent. Il fe trouva deux malades parmi eux 
qui faifoient des efforts inutiles pour vomir ; nous 
les fecourumes fur le champ , & cela nous attira 
la confiance de leurs camarades. 

Comme nous allions toujours à nôtre but , qui 
«oit de prendre langue & de nous inftruire des 
particularitez de cette Montagne , nous leur fi- 
nies propofer plufieurs queftions ; mais tout bien 
£onfideré,ils nous confeillerent de nous en retour- 
ner , plûtoft que d'ofer entreprendre de monter 
jufquesàla neige. Ils nous avertirent qu'il n'y 
avoir aucune fontaine dans la montagne , excepte 
le ruirteau de l'abîme , où l'on ne pouvoir aller 
boire qu'auprès du Couvent abandonné dont 
on vient de parler , & qu'ainfi , un jour ne 
fuffiroit pas pour aller jufques à la neige ; & 
pour defeendre au fond de l'abîme. Qu'il faudroïc 



Du Levant. Lettre XIX. 119 
pouvoir faire comme les Chameaux , c r elt à dire 
boire le matin pour toute la journée , n'étant pas 
poilible de porter de l'eau en grimpant fur une 
montagne aufli affreufe , où ils s'égaroient eux- 
mêmes alfez fouvent. Que nous pouvions juger 
de la mifcredu pays, par la neceflîté où ils étoienr. 
de creufer la terre de temps en temps pour trou- 
ver une fource qui leur fournît de l'eaupour euxSc 
pour leurs troupeaux. Que pour des Plantes H 
étoit très- inutile d'aller plus loin , parce que nous 
ne trouverions au deiïus de nos tètes que des ro- 
chers entalfcz les uns fur les autres. Enfin qu'il 
y avoit de la folie à vouloir faire cette courfc i 
que les jambes nous manqueroient , & que pour 
eux ils ne nous y accompagneroient pas pour tour. 
J'orduRoydePerfe. 

Nous obfervâmes ce jour- là d'alfez belles Plan- 
tes ; mais nous nous attendions à bien d'autres 
chofes pour le lendemain , quoiqu'en dilfent les 
Bergers.Qui eft-ce qui au feul nom du Mont Ararac 
ne s'y feroit pas attendu ? Qui eft-ce qui ne fe 
feroit pas imaginé de trouver des Plantes les plus 
extraordinaires fur une Montagne qui fervit, pour 
ajnii dire , d'efcalier à Noé pour defeendre du 
ciel en terre avec le refte de toutes les créatures ? 
Cependant nous eûmes le chagrin de voir fur cet- 
te route le Cotonafier folio rotmda J B, La Co- 
VX* acris , cœrulea C B. V Hieracium fruticofum , 
an g H ftifolium 9 majus C B. La. ^acob&o. , Scticioms 
folio. LtFraifier, X'Orpin , ÏEuphraifc , &jc ne 
*Çai combien de plantes les plus communes , 
celées parmi d'autres beaucoup plus rares que 
nous avions déjà veiïcs en plulicurs endroits. 
» voici deux qui nous parurent toutes nou- 
velles, l 



Lychnis Orient dis , rnaxima , Bttglojft folio m ~ 
«Jk/^.Coi-oÎI. Inft. Rei Herbar. 13. ' 

La racine de cette Plante eil -longue -d'un pied 
de demi-blanchâtre , partagée en groupes fibres ai- 
fez chevelues, groile au collet comme le pouce , 
«divifée eu plufieurs telles d'où nailVent des tiges 
hautes de trois pieds , droites , fermes , épailles 
de quatre lignes , creufes vert-pâle , velues , 
gluantes , garnies de feuilles deux à deux , longues 
d'environ cinq pouces (ur un pouce de large , 
femblables à celles de la Buglofc , ondées , frifées 
s en délions d'une cofte 
mit plufieurs vailkaux ic- 
l- des feuilles. Elles dimi- 
iidérablcment vers le milieu de la tige , 
ÔC de leurs aiflelies naiflfent de chaque coté des 
franches ou brins partagez ordinairement en trois 
pédicules , dont chacun foutient une fleur \ ainfi 
toutes ces fleurs paroiflent difpofées comme par 
étage. Chaque fleur eft a cinq feuilles blanches , 
longues d'environ deux pouces , larges vers le 
haut de demi pouce , cchancrces profondément Se 
terminées en bas par une queue verdâtre. Du mi- 
lieu de ces feuilles fort une touffe d'ttamiues de 
même couleur , menues , mais beaucoup plus lon- 
gues que les feuilles , & chargées de fommets cé- 
ladon. Le calice eft un tuyau d'un pouce de long 
fur trois lignes de large, blanchâtre , rayé de vert , 
découpé en pointes , du fond duquel fort un pifti- 
le de quatre ligues de long fur une ligne d'épail- 
feur , vert-pâle , furmonté de trois filets blancs 
auffi. longs que les étamines. 

Geum Orientale, CymbalarU folio molli & glabre, 
fore magna albo. Coroll. Inft. Rei Hcrb. iS. 
Cette belle cfpece de Ccum fort des fentes des 




Y 




Gatrrt Orientale, Cymbalarlae jolie molU 
et alalro,jLore mairie, alite Coroll.Irutr. 
Kei kerh. v3- 



DU Lïvant. Lettre XIX. îff 
rochers les plus efcarpez. Sa racine eft fibreufe j 
blanchâtre longue de 4. ou $. pouces , chevelue» 
Ses feuilles nailîént en foule , Ç\ lemblables à cel- 
les de WCymbaUria ordmaire qu'elles impofent : 
Cependant elles font plus fermes. La plufpart ont 
5?. ou 10. lignes de largeur , fur 7. ou 8. lignes 
de long , découp, \— jl guides crenclurcs en arca- 
de gotique , luiuutes6: fon tenues par une queue 
d'un pouce ou deux pouces & demi de long. Les 
tiges font hautes d'un empan , & n'ont gueres 
plus d'un tiers de ligne d'épais, foibles, cou- 
chées prefque fur les rochers 4 puis relevées , ac- 
compagnées de peu de feuilles dont les crenelu- 
res font plus pointues que celles des feuilles d'en 
bas. Le haut de la tige & des branches, eft velu 
& chargé de fleurs à cinq kr.iilcs longues de de- 
mi pouce , larges à leur extrémité d'environ 5, 
lignes , blanches , veinées de vert à letfr bafej 
Les étamines qui s'élèvent du milieu de ces feuil- 
les font blanches , & n'ont gueres plus de deux 
lignes de long , chargées de fommets verdàtrcs <Sc 
menus. Le calice eft découpé jufques au centre 
en cinq parties étroites &c velues. Le piftile eft 
vert-pâle , allez arrondi, par le bas & de la figure 
d'une aiguière à deux becs , comme celui des ef- 
peces du même genre. Il devient une capiulc de 
même forme , membrarreufe , brune , divifec en 
deux loges , hautes de trois lignes , dans chacune 
dcfquellesily a un placenta fpongieux , chargé 
de femences menues & noirâtres. Les feuilles de 
cette Plante ont un eoùt d'herbe tant foît peu fa- 
le. Les fleurs font fans odeur. Les racines font 
douceâtres & puis ftiptiques. 

Après avoir mis nôtre lournal au net : nous 
tînmes confeil à table nous trois , pour délibérer 



iil V O Y A G t 

fur la route que nous devions prendre le lende- 
main. Nous ne courions certainement aucun rif- 
que d'être entendus ; car nous parlions François; 
& qui eft-ce qui peut Ce vanter dans le Mont Ara- 
rat d'entendre cette Langue , pas même Noé 
s'il y revenoit avec fon Arche ? D'un autre côté 
nous examinions les raifons des Bergers , lefquel- 
les nous paroiflbient très- pertinentes , & fur tout 
l'infurmontable difficulté de ne pouvoir boire 
que le foir ; car nous comptions pour rien celle 
d'efeaiader une Montagne anffi arrreufe. Quel 
chagrin , difîons-nous , d'être venus de fi loin , 
d'être montez au quart de la Montagne , de n'a- 
voir trouvé que trois ou quatre Plantes rares , 
& de s'en retourner fans aller plus avant ? Nous 
fîmes entrer nos Guides dans Je confeit : ces bon- 
nes gens qui ne vouloient pas s'expofer à mourir 
de foif & qui n'avoient pas la curiofité de meftf- 
rer , aux dépens de leurs jambes , la hauteur de 
la Montagne , furent d'abord du fentiment des 
Bergers , de enfuite ils conclurent qu'on pouvoir 
aller jufqucs à des certains rochers qui avoient 
plus de faillie que les autres , & que l'on revien- 
droit coucher au même gîte où nous étions. Cet 
expédient nous parut fort raifonnable : on fe 
coucha là-deiîus , mais comment dormir dans 
l'Inquiétude où nous étions ? Pendant la nuft 
l'amour des Plantes l'emporta fur toutes les au- 
tres difïïcultez ; nons conclûmes tous trois fépa- 
rément , qu'il étoit de nôtre honneur d'aller vifi- 
ter la Montagne jufques aux neiges , au hazartf 
d'être mangez des Tigres. Dès qu'il fut jour , de 
peur de mourir de foif pendant le refte de la jour- 
née , nous commençâmes par boire beaucoup > & 
nous nous donnâmes un« efpccc de queftion vo» 



»T7 Levant. Lettre XIX. 11$ 

lontairc. Les Bergers , qui n'étotént plus fi fa- 
rouches , rioîent de tout leur cœur , & nous pre- 
noient pour des gens qui cherchions à nous per- 
dre. Neantmoins après cette précaution il falluc 
dîner , & ce fut un pareil fupplice pour nous de 
manger fans faiim , que d'avoir bu lans foif j 
mais c'étoit une neceflîté abfoluë , car outre 
qu'il n'y avoit point de gîte en chemin , bien 
loin de fe charger de provisions , on a de la pei- 
ne à porter même fes habits dans des lieux aufli 
feabreux. Nous ordonnâmes donc à deux de nos 
Guides d'aller nous attendre avec nos chevaux 
au Couvent abandonné qui eft au bas de l'abî- 
me ; il faut le déligner ainii , pour le diftin- 
guer de celui d'Acourlou qui eft aufli aban- 
donné , & qui ne fert plus que de retraite aux 
voyageurs. 

Nous commençâmes après cela à marcher vers 
la première barre de rochers avec une bouteillç 
d'eau que nous portions tour à tour pour nous 
Soulager ; mais quoique nos ventres fulTcnt de- 
venus des cruches , elles furent à fec deux heu- 
res après ; d'ailleurs l'eau battue dans une bou- 
teille eft une fort défagréable boiflbn : toute nôtre 
eiperance fut donc d'aller manger de la neige 
pour nous défakerer. Le plaifir qu'il y a en her- 
kotifant, c'eft que fous prétexte de chercher des 
Plantes , on fait autant de détours que l'on veut, 
ainfi on fe laiFe moins que Ci par honneur il falloir 
monter en ligne droite ; d'ailleurs on s'amufe 
agréablement , fur-tout quand on découvre des 
Plantes nouvelles.Nous ne trouvions pourtant pas 
^op de nouveautez , mais l'efperance d'une belle 
moiflbn nous faifoit avancer vigoureufement. Il 
*aut avouer que la vue eft bien trompée quand 
onmefure une montagne de bas en haut., fut- 



roue quand il fiât paflèr des fables anffi fâchée 
♦jue les Syrtes d'Afrique. On ne (çauroit placer lf? 
pied ferme dans ceux du Mont Ararar,& l'on perd , 
en bonne Phiiîque , bien plus de mouvement que 
Jorfqu on marche fur «ri terrein folide. Quel ca- 
deau pour des gens qui n'avoient que de l'eau 
dans le vcntrc : dWoncer julqucs a la cheville dans 
le fable ? En plufiéurs endroits nous étions obligez 
de defeendre au lieu de monter , &C pour conti- 
nuer nôtre route il fallut fouvent fe détourner à 
droit ou à gauche ; û nous trouvions de la pelou- 
fe , elle limoit Ci fort nos bottines , qu'elles glif- 
foient comme du verre j &C malgré nous il falloit 
nous arrêter. Ce temps-là n'était pourtant pas 
rout-a-fait perdu , car nous l'employions à rendre 



pourquoi lutter contre un fable fi terrible & con- 
tre une peloufe fï courte que les moutons les plus 
affamez n'y fçauroient brouttcr-ccpcndant le cha- 
grin de n'avoir pas tout veù nous auroit trop in- 
quiétez dans la fuite , & nous aurions toujours cru 
d'avoir manqué les plus beaux endroits, ilcftna. 
turel de fe flatter , dans ces fortes de recherches , 
& de croire qu'il ne faut qu'on bon moment 
pour découvrir quelque chofe d'extraordinaire & 
qui dédommage de tout le temps perdu. D'ailleurs- 
cette neige qui fe prefentoit toujours devant nos 
yeux , & qui fembloit s'approcher , quoiqu'elle 
en fut trcs-éloiçnée , avoir de grands attraits pour 
nous , & nous faf<ino:t continuellement les yeux ; 
plus nous en approchions , moins cependant nous 

Pour éviter les fables qui nous fetiguoient hor- 
riblement , 



Dti tiVAut Ltttre XI Xi U $ 
iiblemenr , nous tirâmes droit vêts de grands ro- 
chers entafe les uns fur les autres, comme fi Tort 
avoit mis Offa fur Pelion » pour parler le langage 
d'Ovidc.On patte audelibus comme au travée des 
cavcrnes 5 &: l'on y eft à l'abri des injures du rems, 
excepté du froid ; nous nous en apperçûmes bien* 
mais ce froid adoucit un peu l'altération où nous 
étions. Il fallut en déloger bienrôt,de peur d'y ga- 
gner la pleureiîe ; nous tombâmes enfuite dans un 
chemin tresfatiguant.c'étoient des pierres fembla- 
bles aux moilons que l'on employé a Paris pouf 
la maçonnerie , & nous étions contraints de fau- 

loillbit tics - incommode , & nous ne pou- 
vions nous empêcher de rive de nous voir obligez 
à faire un Q mauvais manège ; mais franchement 
on ne rioit que du bout des dents. N'en pouvant 
plus je commençay le premier à me repofer , ce- 
la fer vie de prétexte à la compagnie pour en faire 

Comme la converfation fe renoue quand on eft 
^ffis » l'un parloit des Tigres qui fe promenoient 
fort tranquillement , ou qui le joùoient à une 
diftance allez raifonnable de nous. Un autre fc" 
plaignoit que feseaux ne palToient pas, & qu[il ne 
pouvoir plus refpirer. Pour moi je n'ai jamais tant 
appréhendé que quelque vaiifeau limphatiqiie ne 
& calTàt dans mon corps. Enfin parmi tous ces 
^tits contes avec lefquels nous tâchions de noUS 
amufer , iv qui fembloient nous donner de nou- 
velles forces ; nous arrivâmes fur le midi dans ufl 
endroit plus réjotiilfant , car il nous fembloit que 
nous allious prendre la neige avec les dents. Nô- 
tr « joyc ne fut pas longue , e'étoit une crete dé 
rocher qui nous déroboit la veué d'un terreirt 
Tomt IIL P 



2l6 


V o 


i r A 6 Ê 






éloigne de h 


i neige , 


de plus de deux heures dâ 


chemin , & 


ce terreii 


i nous parut c 


l'un nouveau 


genre de pavi 


é. Ce n'A 


oient pas de petits caillo 


ux t 


mais de ces 


petits éc 




que la g 


cléc 


fait brifer & donc la v 


ive-arète cour 




o-l- 


le de la picrr 


eà fulïl. 


Nos Guides 


diloieut qi 


Ll'ih 



ctoient nuds picds,& que nous ferions bientolt de 
même ; qu'il fc faifoit tard & que nous nous per- 
drions indubitablement pendant la nuit, ou qu'au 

bres , fi mieux n'aimions nous repofer pour fer- 
vir de pafture aux Tigres qui font ordinairement 
leurs grands coups pendant la nuit. Tout cela 
nous paroilloit allez vrai-femblable , cependant 

tées. Après avoir jette les yeux fur nos montres , 
qui étoient fort bien réglées , nous aflurâmes nos 
Guides que nous ne parferions pas au delà d'un 
tas de neige que nous leur montrâmes , & qui ne 
paroilfoit gueres plus grand qu'un gâteau ; mais 
quand nous y fumes arrivez nous y en trouvâmes 
plus qu'il n'en falloir pour nous rafraîchir , car le 
tas avoit plus de 30. pas de diamettre. Chacun en 
mangea tant & (î peu qu'il voulut , & d'un com- 
mun contentement il fut réfolu qu'on n'iroit pas 
plus loin. Cette neige avoit plus de quatre pieds 
d'épaiueur -, & comme elle étoit toute criftalifée , 
nous en pilâmes un gros morceau dont nous rem- 
plîmes nôtre bouteille. On ne fçauroit croire 
combien la neige fortifie quand on la mange. 
Quelque temps après on fent dans l'eftomac une 
chaleur pareille à celle que l'on fent dans les 
mains , quand on l'y a tenue un demi quart 
d'heure, & bien loin d'avoir des tranchées, 
comme la plufpart des gens fc l'imaginent , on 



D U 


L 


EtAN 


rr.' Lettre XIX 


. 12? 


eh a le ve 




tout confolé. Nous dèfc 


endîmes 


donc avec i 




vigueui 


: admirable 3 ravis 


devoir 


accompli n 


ôtre 




& de n'avoir plu 


s rien à 


faire que d( 




lis retir< 


rr ail Monaftere. 




Comme 


un 


bonheur eft ordinaireme: 


rit fuivi 


de quelque 




- > je n 


efçai comment j'apperçcûs 


une petite 


verdure qu 


i brilloit parmi ce: 


1 débris 



cl or 



pierres. Nous y courûmes tous comme à un 
: , & certainement la découverte nous fit 
plaifir. C'érok une efpece admirable de Véroni- 
que a feuille de Telephium , à laquelle nous ne 
nous attendions pas , car nous ne penfions plus 
qu'à notre retraite , & nôtre vigueur prétendue 
ne fut pas de longue durée. Nous retombâmes 
dans des fables qui couvroient le dos de l'abîme 
& qui étoient pour le moins aufîî fâcheux que les 
premiers. Quand nous voulions glilTer ; nous 
nous y enterrions jufqu'à la moitié du corps j 
outre que nous n'allions pas le bon chemin , 
parce qu'il falloir tourner fur la gauche pour ve- 
nir fur les bords de l'abîme que nous fotihaitions 
de voir de plus près. C'eft une effroyable veiie 
: , & David avoir bien rai- 



que celle de 
£>n de dire q 



grandeur du Seigneur. On ne pouvoir s'empê- 
cher de frémir quand on le découvroit , Se la 
tète tournoit pour peu qu'on voulut en examiner 
* e s horribles précipices. Les cris d'une infinité 
<fc Corneilles qui volent incelTamment de l'un à 
l'autre cofté , ont quelque chofe d'effrayant. On 
n'a qu'à s'imaginer une des plus hautes Monta- 
gnes du monde * qui n'ouvre fon fein que pour 
faire voir le fpe&acle le plus affreux qu'on puiffc 
« reprefenter. Tous ces précipices font taille* 
aplomb, & les extrémitez en font hérilfces &C 



noirâtres comme s'il en fortoit quelque funreV 
^ui les falîc , il n'en fort pourtant que des torrens 
de boue. Sur les fix heures après midi nous nous 

mettre un pied devant l'autre , mais il fallut faire 
de ne'ccflité vertu , & mériter les noms de Mxr. 
tyri Ae U Botanique. 

Nous nous aperçcup.X's é/trn endroit couvert de 
pcloufe y dont la pente paroilloit propre a favori- 
fer nôtre defeente , c'eft à- dire le chemin qu'avoit 
tenu Noé pour aller au bas de la Montagne. 
Nous y courûmes avec empreuement , on s'y re- 
pofa j on y trouva même plus de Plantes qu'on 
n'avoit fait pendant toute la journée ; & ce qui 
nous fit plàifir , c'eft que nos Guides nous firent 
voir de là , quoique de fort loin , le Mooafterc 

deviner de quelle voiture Noé fe fervît pour def- 
cen-Jrc , lui qui pouvoir monter fur tant de lot- 
tes d'animaux puifqiul les avoit tous à fa fuice. 
Nous nous laiOamcs gïifler fur le dos pendant plus 
d'une heure fur ce tapis vert j nous avancions che- 
min fort agréablement , & nous allions plus vite 
de cette façon là que fi nous avions voulu nous 
fervir de nos jambes. La nuit Se la foif noua fer. 
voient comme d'éperons pour nous faire hâter. 
Oit continua doncàglilfer autant que le terrein 
le permit ; & quand nous rencontrions des cail- 
ioux qui meurtrifïôlcnt nos épaules , nous gHf- 
iions fur le ventre , ou nous marchions à reculon 
à quatre pattes. Peu à peu nous nous rendîmes 
au Monaflcre , mais Ci étourdis des coups & fi fa- 
tiguez de cos aîlcùres , que nous ne pouvions 
remuer ni bras ni jambes. Nous trouvâmes aflez 
bonne compagnie dans ce M«na[terc , <io» c * cs 



do Levant- Lettre XIX. 229 
portes font ouvertes à tour, le monde , faute de 
battans pour les fa-mer. C'croK-nt des gens du vil- 
lage qui s'y croient venus promener' ; ils étoienc 

fur leur départ ce malheurcufcmeiK pour nous ils 

cile que nôtre bouteille de cuir qui ne tenok 
-qu'environ deux pintes. Quel fupplicc pour ce- 
lui de nos Guides fur qui le fort tomba pour l'al- 
ler remplir ? Il eut a la vi 1 \ié le plaiiïr de boire le 
premier , mais perfonne ne le lui envia , car il le 
paya bien cher , la defeente du Monaftere au ruiC 
bperpe; '• 



îaire & le chemin fort UcrilTé. Cm peu 
û le retour devoir, être agréable. Il fa 


t juger de là 


ut demi heu- 


rc de temps pour ce voyage , 6c la pt 
U lie fut prefqiie beuë d'un trait ; cci 


emiere bou- 




pa ut du ne&ar -, il fallut donc attendi 


e encore dé- 


rai heure pour en avoir autant : Qu 


die mile re } 


Nous montâmes à cheval pendant 1 


a. nuit pour 


*lUr au village chercher du pain & du vin , car 


Après ce manège nous avions le vent 


:re ait* vui- 


de ; nous n'y arrivâmes que iur le m: 


inuic, & ce- 


iuiquigardoitlaclefdc l'Eglifc où : 


nous devions 


fouper & coucher , dormok tout à foi 
tre boux du village. On fut trop heui 


^ aiTc à L'a* 


cux , à cet- 


te heure-là , de pouvoir trouver du p, 


iin & du vin. 


Apres ce léger repas nous nelaiilàme 


s pas de dor- 


mir d'un profond lommeil, fans reve, 


fans inquic- 


tude ,fans indigeAion , & même fans 


fentir les pi- 


queures des coulms. 




Le lendemain 1 i. Aouft nous partît 


ncsd'Acour- 


*°u à lîx heures du matin , pour r< 
Tr i$ Eg'iics, où nous n'arrivâmes 


trou»» Ml 


•fttl avoir palle l'Araxe à giic , ce 


qui nous ri: 



ï$o V © y a g v 

perdre bien du temps , car cette rivière eft connue 
pour indocile depuis le fiécle d'Augufte j elle ell 
trop rapide pour foufrrir des Ponts , & autrefois 
plie a renverfé ceux que les Maîtres du monde y 
avoient fait conftruire. Cet Araxe , lur les bords 
(duquel on a veû les plus fameux Conquerans de 
l'antiquité , Xerxés , Alexandre , Lucullus , Pom- 
pée , Mithridate , Antoine -, cet Araxe , dis-je , fé- 
paroit l'Arménie du pays des Medcs , ainfi les 
Trois Eglifes & Erivan fe trouvent dans la Mcdie. 

te rivière 4e ces fameufes Montagnes où l'Eu- 
phrate a fes fources , car nous la trouvâmes à Af- 
îancalé proche d'Erzeron d'où l'Euphrate n'eft pas 
éloigné, comme nous l'avons remarqué plus haut. 
Les Géographes qui difent que l' Araxe coule du 
Mont Ararat , fe trompent fort ; ils ont pris le 
f uiffeau d'Acourlou pour l'Aras , lequel eft plus 
large entre le Mont Ararat 6c Erivan, que la 
Seine ne l'eft à Paris. 

Le 14. Aouft nous féjournâmes aux Trois Egli- 
fes pour y attendre fix chevaux que nous avions 
envoyé chercher à Erivan , dans le delfein de nous 
en retourner à Cars. Nous eûmes le chagrin de 
partir fans compagnie , car toutes les Caravanes 
qui étoient aux Trois Eglifes alloicnt à Tauris , 
& quelqu'honnêtes gens que foient les Perfans, 
nous appréhendions fort leurs frontières , & hir 
toqt le yoihnage de Cars. Il tomba ce jour-là tant 
de neige fur le Mont Ararat , que fon petit fom- 
met en étoit tout blanc. Nous rendîmes grâces 
au SeigiK ur d'en être revenus , car peut-être que 
nous nous ferions perdus , ou que nous ferions 
morts de faim fur cette Montagne. On partit le 
lendemain à fix heures du matin , ôç nous mat- 



du- Levant. Lettre XIX. 251 

châmcs jufques a midi dans une plaine fort feche , 
couverte de différentes efneces de Soude , A'Har- 
mala , de cette efpece de Ptarmica que Zanoni a 
prife pour la [première efpece & Auror.e de Diof- 
coride. L'Alhagl Maurorwn de Bauvolf, qui four- 
nit la Manne de Perfe , s'y trouve par tout. J'en 



f donné ci- devant la defer 






jour-là for le bord d'un ruilieau a 
alîez agréable par la verdure qui étoit aux en- 
virons. Nous n'y reftâmes qu'envion une heure , 
& laiflant toujours le Mont Ararat à main gauche, 
nous tirions vers le couchant pour venir à Cars. 
On continua de marcher jufques à fïx heures après 
midi , mais ce fut dans des plaines remplies de 
cailloux & de rochers. 

Il me femble que le pays que Procope appelle 
Dabtos , ne devoir pas être éloigné du Mont Ara- 
rat. C'eft une Province , dit-il , non feulement 
fertile , mais tres-commode par la bonté de Ion 
climat & de fes eaux , éloignée de Theodojtopolis 
de huit journées. On n'y voit que de grandes plai- 
nes où l'on a bâti des villages allez près les uns 
des autres , habitez par des Fadeurs qui s'y font 
établis pour faciliter le commerce des marchandi- 
fes de la Géorgie , de la Perfe , des Indes & de 
i Europe , lefquelles on y tranfporte comme dans 
le centre du négoce. Le Patriarche des Chrétiens 
qui font dans ce pays là , eft appelle Catholique , 
parce qu'il e ft généralement reconnu pour le Chef 
de leur Religion. Il paroit par là que le commer- 
ce des marchandifes de Perfe & des Indes n'eft pas 
nouveau. Peut-être que ce Dubios étoit la plaine 
de s Trois Eglif es ,& que les Romains s'y rendoient 
avec leurs marchandifes , comme à la plus cé- 
lèbre Foire du monde. Il n'y a pas de lieu plus 
P Jiij 



Zll V O Y A G 

propre pour fervir d'entrepoit 
tions d'Europe & d'Aiïe. 

Le 16. Aouftnous partîmes à trois heures du 
matin , fans efcorte ni Caravane. Nos voituriers 
no^is firent marcher jufques a fept heures dans des 
campagnes feches , pierreufes , incultes Jk fort de- 
fagrcables. Nous montâmes à cheval fur le midi, 
8c parlâmes par Cochavan qui eft le dernier village 
de Perfe. La peur commença à s'emparer de nous 
fur cette frontière , mais je ne m'attendois pas au 
malheur qui devoir m'arriver au pallage de la rft 
\icrc à' Arptijo ou à'Arpafou. Il s'y noyé quelqu'un 

iifque d'être du nombre de ceux qui payent ce 
tribut : non feulement le gué eft dangereux par fa 
profondeur , mais outre cela la rivière charrie ce 



, chevaux ne Içau- 
roient placer leurs pieds fùrcment dans ce fond j 
ils s'abbattent fouvent & fe caftent les jambes , 
quand elles fe trouvent engagées parmi ces pier- 
res. Nous marchions tous de file deux à deux \ 
mon cheval qui fuivoitfon rang , après s'eureab- 
battu d\ibord,fe releva heureufemeuc fans fe blei- 
fer j mais ce ne fut pas fans peur de ma p*rt. Je 
m'abandonnay alors à fa fage conduite , ou phuot 
à ma bonne fortune , & je le laiflai aller comme il 
voulut, le piquant avec le talon de la bottine,dont 
Je fer,qui eft #n demi cercle, excède tant foit peu, 
car on ne connoit pas bs éperons dans le Levant. 
Ma pauvre belle qui s'enfonça une féconde fuis 
flans un trou , n'avoit que la telle hors de l'eau <■ 
ne fQtcic de là qu'après de grands efforts , pendant 
jefquels je faifois de tics mauvais fang. Lo ens , 



du Levant. Lettre X I X. i }5 
pour ne pas dire les hûrlemens de nos voituriers , 
augmentoient ma pcûc bien loin de la diffiper j 
je n'entendois ni ne comptenois rien de tout ce 
qu'ils voulaient me dire , & mes camarades ne 
pouvoient pas me fecounr. Mais mon heure n e- 
toit pas encore venue -, le Seigneur vouloit que 
je revimfe herborifer en France , & j'en fus quitte 
pour laiflci- un peu fe cher mon habit & mes papiers 
que je portois dans mon fein , fuivant la mode du 

ron , & nous marchions fort à la légère. 

Cette leflive étoit d'autant plus incommode , 
que nous n'ofâmes pas. entrer dans le village de 
Choiit-louc finie fur les terres des Turcs. Nos voi- 
turiers qui étaient d'Erivan , & qui apprehen- 
doient qu'on leur fit payer la Capitationen Tur- 
quie, quoique les Perfans n'exigent rien des Turcs 
qui viennent fur leurs terres ; ces voituriers , dis- 
je | voulurent s'arrêter fur le bord d'un ruitleau 
à un quart de lieue de ce village. L'air de ce ruii- 
feau ne nVcehaurrbit guère , & contribuoit encore 
moins à fécher mes habits. Il fallut donc palier 
la nuit fans feu ni viande chaude , nous n'avions 
pas même du vin de refte. Pour comble de dil- 
graces , le demi bain que j'avois pris malgré moi , 
«n'avoir caulc une indifpotition qui m'obligea de 
me lever plus fou vent que je n'aurois voulu.Nous 
nous ferions pourtant confolez de tous ces mal- 
heurs , iï un homme du pavs , je ne içai de quel- 
le religion, ne s'ecoit avife de nous rendre une 
vilite allez chagrinante , quelque foin que* nos 
voituriers culfent pris pour fc cacher. Ce fut , à 
ce qu'il difoit , pour nous avertir charitablement 
que rpus n'étions pas là en feûrcté ; que nous fe- 
rions trop heureux , fi l'on ne venoic pas nous de- 



*M Voyage 

podilicr pendant la nuit ; qu'il ne répondoit pas 

village dont le Sous-Bachi étoit ennnemi jure des 
voleurs , mais qu'il ne pouvoir pas répondre de 
ceux de la campagne , entre les mains defquels 
nous tomberions peut-être le lendemain fur la 
route de Cars. Nous fîmes dire aux voituriers de 
feller nos chevaux pour nous retirer au village , 
où non feulement nous ferions en feûreté , mais 
en lieu propre à fecher mes habits ; ces malheu- 
reux, quelques inftances qu'on pût faire , ne vou- 
lurent jamais fe lever, & traitèrent le donneur d'a- 
vis de viilonnaire. Inutilement nous emportâ- 
mes-nous ; ils. ne s'en emeùrent point ; les cinq 
écus de Capitacion leur tenoient plus au cœur que 
nos vies. J'eus beau les faire aiTeûrer que je paye- 
rois pour eux , fuppofé que le Sous - Bachi les 
voulût exiger , ils crurent que cétoit un leurre 
de ma part pour les engager à partir. Il y en eut 
un , qui pour faire le bon valet , apporta une 
brafle'e de broifaillcs , qu'il avoir amafle'es avec 
allez de peine , & qu'il avoir deftinées à fecher 
— H hardes : mais le donneur d'avis , dont nous 



admirions la cha 



: jugea pas a propos qu < 



: décoir 

ques malhonnêtes gens qui auroient pu faire leur 
ronde ; il allèûra même , que fi. le Sous-Bachi 
avoir été averti du parti que nous avions prïsiqu'il 
nous auroit obligez d'aller coucher au village ; 
qu'il faloit que nous fufTions chargez de tous les 
diamants du Royaume de Golconde pour fuir le 
monde avec tant de précaution. Tout cela ne tou- 
cha pas nos Perfans ; ils ne fongeoient qu'a leur 
Capitation , mais nous en fumes bien vengez le 
lendemain, quandon les faifit au colet aux portes 
de Cars, & qu'on les obligea de payer. 



du Levant. Lettre XIX. i 3 j 
Ils curent beau fe renommer du Roy de Pei -fc,& 
faire valoir les bous traitements que les iujets du 
Grand Seigneur recevoient dans leur pays. Les 
Tares de Cars ont l'ame dure ; il fallut payer cinq 
c'eus par tête , cv prendre un billet de Carach qui 
leur tint lieu de quitanec , pour ne pas payer 
une féconde fois. Ils furent allez fôts de nous pro- 
pofer de les indemnifer de ce tribut , parecque 
c'etoit pour nôtre fervice qu'on leur faiioit cette 
avanie ; nous répondîmes que nous n'avions pas 
mis cette claufe dans nôtre marché , mais que 
pourtant nous aurions volontiers donné cet argent 
s'ils nous avoient fait coucher dans le village & 
non pas en plaine campagne à la merci des vo- 
leurs ôc des loups. 

A la vérité nous paLÎàmcs une cruelle nuit près* 
de ce ruilîeau. Elle nous parut encore plus lon- 
gue après la retraite du donneur d'avis ; car enfin 
ce bon homme , voyant que fa rhétorique ne fer- 
voit de rien , fc retira. Nous ne fçavions s'il 
etoit venu pour nous reconnoitre , & pour aver- 
tir fes amis que nous avions une charge de mar- 
chandifes outre nôtre bagage. Cependant ce qui 
paroiffoit marchandée n'etoit que nôtre Recueil 
Àc Plantes feebe s enfermées dans deux coffres à la 
Turque. Le donneur d'avis n'avoit pas lailïe de 
j«s foupefer en nous faifant fes remontrances Se 
«1 en avoit admiré la légèreté. Pour parler tout 
naturellement , je crois que nôtre air de pauvreté 
nous fauva , car tout notre bagage ne valoir, pas 
« peine qu'on auroit prile de venir du village 
pour l'enlever. Néanmoins comme les nuits font 
froides en Levant , & que celle-là me paroiiroic 
encore plus froide à mot qu'a aucun de la com- 
pagnie , parce que mes habits n'écoient pas enco* 



ij(î Voyage 

re bien fecs , j'étois dans une étrange perplexité', 
J.e chemin que nous avions a faire piques a Cars 
augmentait mon inquiétude ; on ne parloit que de 
brigands , & nous n'avions point de lettre pour 
prendre de Tardent à Cars , en cas qu'on nous eût 



aepounicz. 

Nous eûmes au Ai 1 


e chagrin d'être venus à 


Chout-louc fans voir 


les ruines #Ancm>M ou 


yinkanué , c'ett-à-dire 


la ville à'sim qui cft le 


nom de je ne fçai quel 


Roy d-Atmenie. Ces rui- 


nés font fur Us terre 


s de Perle à demi lieue du 


chemin que nous avion 


s tenu ; mais nos voituriers 


ne s'avilcrent de nous 


en parler que lorfque nous 


fumes arrivez au gîte. ^ 


Je ne crois pas qu'il y aie 



rien de curieux à voir dans ces ruines pour des 
♦voyageurs ; il n'y a que les débris des villes grec- 
ques crui méritent d'être veùs , parce qu'on y 
trouve toujours quelques reftes d'Infcriptions , 
lefquelles bien fouveut font d'un grand fecours 
pour débrouiller l'ancienne Géographie. 

Nous partîmes donc le i 7. Aoult à quatre heu- 
res du matin , & nous marchâmes jufques a lept 
fleures fans rencontrer ni voleurs , ni honnêtes 
gens. La clarté du jour nous encouragea , ôc com- 
me la peur de me noyer m'avoit laitle une incom- 
modité qui m'obligeoit à defeendre aifez louvent 
de cheval , je propofai à la compagnie de nous 
repofer. La campagne étoit agréable , on y éten- 
dit la nappe , & les relies de nos proviiions y tu- 
rent coniommez. Après ce repas nous continuâ- 
mes nôtre route dans un pays plat , réjouillanc 
& bien cultivé. On découvre trois ou quatre 
villages aflTez confidérables , & l'on Cent bien que 
l'on approche d'une des meilleures villes du pays. 
Nous trouvâmes des pâturages charmans au pied 



i, 


II Ll 


itANf, lettré XÎX. iif 


« coin 


nefert 


: agréable & les Bcrg 


;crs , qui n'é- 


mc'pis 


clojVns 


•z dix grand chemin 


, avoient la 


■iioiion 


rie d\ 


îtc die bonnes gens. 




tfous 1 


rrivàm 


es a Cars fur les qus 


irre heures* 


is y <ej. 


aurnan 


les jufquos au zz. 


Aouft pour 


odre c 


rompagnic. Un gros pan 


i de Curdes 




éde v< 


mir camper dans le 






niées de Cars , îur la rout 


e d'Erzeron 9 



y auroit de l'imprudence de rifquer le palfage fans 
Caravane. En attendant qu'il s'en prefentât quel- 
qu'une , nous vîmes plufkurs malades avec fuc- 

tes nos vifircs ne nous procuroient que quelques 
plats de fruits , ou quelques pintes de lait. Les en. 
î de Cars (ont propres pour herborifer 



nous nous promenions < 


?n liberté à la faveur des 


amis que nous nous y éti 


ons faits en venant d'Er- 


zeron. L'Aga qui avoit 


une fiftule au fondement , 


quoiqu'il n'euft reilenti a 


ucun foulagemcnt de nos 


remèdes > vint pourtant r 


ions en remercier & nous 


protefta qu'il ne permetc 


roit pas que nous partif- 


fions fans bonne efeorte. 


Ua autre Seigneur que 


nous avions fort foulage 


des hémorroïdes dont il 


etoîc cruellement tourn 


icnté, voulut lui-même 


nous accompagner avec t 


rois ou quatre perfonnes 


de fa maifon jufques à ce 


qu'il nous crût hors de 



1 d'honnêtes gens par 
tout , & qu'une boe'te de remèdes bien choiûs» 
bien préparez , & donnez à propos , eft un ex- 
cellent pafieport. Il n'y a point de lieu fur la ter- 
re où l'on ne fe fafle de bons amis avec le fecours 
°e la médecine } le plus grand Jurifconfulte de 
France pafleroit pour un perfonnage fort inutile 
cn Aile , en Affriquc , & en Arménie i les plus 



profonds & les plus zelez Théologiens n'y feroleht 
pas de grands progrés G le Seigneur ne touchoic 
efficacement le cœur des infidelles : mais comme 
on fuir la mort par tout pays , on y recherche Se 
on y révère les Médecins. Le plus grand éloge 
qu'on putffe faire des gens de notre profeffion , 
c'en: de convenir qu'ils font nécelfaires , car le 
Seigneur n'a établi la médecine que pour le foala- 
gement du genre humain. Je vous prie , M f S r , de 
me pardonner cette petite digreffion en faveur de 
mon meftiér. 

Voici la defeription de quelques belles Plantes 
qui naifîent autour de Cars. 

Campatittla Orientais , foliorum crenis amplio- 
ribus & crifpis, flore patulo fubc&ruleo. Coroll, 
Inft. ReiHerb. 3. 

La racine de cette Plante qui cft enfoncée dans 
les fentes des rochers à près d'un pied de long , 
elle eft groife comme le pouce au collet , partagée 
en plufieurs têtes afléz charnues , divifées en grof- 
fes fibres aflez chevelues , blanches en dedans , 
mais tirant fur le jaunâtre vers le cœur. L'écorce 
en eft brune 6c rouflàtre. Les tiges hautes d'un 
pied & demi ou deux , fortent en bottes fept ou 
huit cnfemble , épaiffes d'environ deux ou trois 
lignes , fermes, pleines de moelle blanche : litfès, 
vert-pâle , garnies en bas de feuilles alfez fermes , 
longues de quatre pouces en comptant leur queue. 
Elles font allez femblables à celles de Y Ortie, lUfc* 
vert-gai , crénelées profondément à grolïes crene- 
lures pointues & inégales , recoupées, frifées, 
ôc même partagées vers le bas en quelques pièces 
menues & inégales. Ces feuilles diminuent le 
long de la tige, & perdent tout-à-fait leur queue 
vers le haut , où elles reffcmblcnc aux feuilles d» 



Tom .■$. ptu; . * 38 . 




cr^nis amptttrribus et cr-ispis , flore, ' 
T>aàdà,Ji{2>ta?Kuleo. Carr>llTi%rtzJigt. 
Her-har. ? . 





y. Tom. 5 .f>*j. *3fA 




% f 


4&Êtâ^V[ 




**4 ^ ri p 






f . 


TrruJa Orientalù, Ccukryos 1 j 
Jblio etfcLcic Carott-TrutRA |j 
herb.2.2.. 





DU Lîvahî. Lettre XIX. ij 9 

la Ver ce dorée , mais elles confervent toujours, leur 
friture. De leurs aitfellcs naillent , dés le bas , 
des fleurs attachées à des pédicules fort courts , 
évafées en baflïn de plus d'un pouce de diamètre 
lu.r un demi pouce de hauteur , ik. découpées en 
cinq parties. Du fend de ce baflin fortent autant 
d'éramines chargées de fommets jaunes. Le piftile 
eft aulîî long que les fleurs , &C terminé par une 
efpece d'ancre à trois crampons. Le calice eft unc~ 
autre efpece de badin d'environ cinq lignes de 
haut , vert-pâle , fendu en cincj pointes. Quand 
cette Plante a été broutée, comme cela arrive fou- 
vent autour de Cars , elle pouffe des branches dés 
le bas. Nous en avons veû des pieds dont les fleurs 
e'toient fort blanches , & d'autres .fur lefquels elles 
etoient bleuâtres. Les feuilles font d'un goût d'her- 
be allez fort. La racine eft fortdouceatre,les fleurs 
fans odeur. Toute la Plante rend un lait aflfez 
doux, mais qui a l'odeur de l'Opium. 

Ferula OrUntalh , Cacbryos folio & facie. 
Coroll. Inft. Rei Herb. 22. 

Sa racine eft grofle comme le bras , longue de 
deux pieds & demi , branchuë , peu chevelue , 
blanche , couverte d'une ccorce jaunâtre & qui 
rend du lait de la même couleur. La tige s'élève 
jufques à crois pieds , épaule de demi pouce , 
hfle , ferme, rougeatre, pleine de moelle blan- 
che , garnie de feuilles femblablcs à celles du Fe- 
nokil. longues d'un pied & demi ou deux , donc 
« côte fe divife & fe fubdivife en brins auffi me- 
nus que ceux des feuilles de la Cachrys , FeruU 
folio , femine fungofo Uvi de Morifon , à laquelle 
cette Plante refTemblc fi fort qu'on fe tromperoic 
" on n'en voyoit pas les femences. Les feuilles 
qui accompagnent les tiges font beaucoup plus 



comtes & plus éloignées les unes des autres. Elle* 

pouces , large de deux , lifïc j routfàtrç., terml* 

découpée auffi menu que les autres. Au.dclà de 
la moitié de la tige , naifient pluficars branches 
des aillelles des feuilles } ces branches n'ont gueres 
plus d'un empan de long , & foutiennent des om- 
belles chargées de fleurs jaunes , compofées de- 
puis cinq jufques à fept ou huit feuilles, longues 
de demi ligne. Pour les graines , elles font tout- 
à-fait fembïables à celles de la Fende Oràintre , 
longues d'environ demi pouce iur deux lignes & 
demi de large , minces vers les bords , rouffa- 
rres , légèrement rayées fur le dos , ameres & hui- 
leufes. ° 

Lychnis Orientais , Bttplevri folio. CorolL Inft. 
RciHerb. Z4. 

La tige de cette Plante eft haute de trois pieds , 
épailTe 'de deux ligues , dure , ferme , droite , 
noiicufe , lifle , couverte d'une pouflicre blan- 
chc comme celle qui cil Iur la tige des OeWets , 
accompagnée en bas de feuilles longues de quatre 
pouces fur quatre lignes de large , vert-de-mer , 
pointues , fembïables à celles du Buplcttrum an- 
çufHfoïtum , Herbariorum Lob. relevées d'un co- 
té , car d'ailleurs cttes ne font pas veinées. Celles 
qui font aux premiers nœuds de la tige font les 
plus longues , mais elles n'ont que quatre ou cinq 
lignes de largeur ; les autres deviennent plus être*- 
te's ; les dernières relîemblent à celles des Oeillets. 
De leurs aitfelles , tout le long de la tige depuis 
la moitié en haut , naiuent des branches longues 
de demi pkd , dont les feuilles , font très me- 
nues , fc ces branches feucieruiej* cUcune troi? 



du Levant, lettre XIX. î 4 | 
eu quatre fleurs , dont le calice eft un tuyaii 
long d'un pouce ou de quinze lignes , épais d'une 
ligne vers le bas , 8c de deux lignes vers le haut 
où il eft découpé en cinq pointes , vert-de-met 
8c litre. Du fond du tuyau fortefit cinq feuillet 
qui débordent de demi pouce , échancrées en deux 
parties a(Tez arrondies s blanches en deflui, mais 
vert-jaunâtre en deiïbus , relevées chacune de 
deux appendices blancs qui fervent à former là 
couronne de la fleur. Les étamines font blanches 
chargées de foinmets jaunâtres. Le piflile qui eft 
vert- pâle , oblong , furmonté de deux houppes 
blanches , devient un fruit long feulement de de- 
mi pouce & de trois lignes de diamètre , il porte 
fur un pédicule de trois lignes de haut. Ce fruit 
eft une coque dure , ovale , rouflatre, qui s'ou- 
vre par la pointe en cinq ou iîx parties , 8c laiftc 
échapper des femences grifâtres alîez femblables 
à celles de la r jufqmarne. Toute la Plante eft &. 
veur d'herbe allez mucilagineufe. 

Le 13. Aouft nous partîmes de Cars avec uns 
petite Caravane deftinée pour efcûrtet une voi- 
ture d'argent que le Caracki-Bachi ou le Receveur 
de la Capuation envoyoit à Êrzeron. C'étoient 
tous gens choifis , bien armez , & déterminez à 
fe bien battre : au lieu que les Caravanes des 
marchands font compofées de gens qui épargnent 
leur peau , comme l'on dit , 8c qui aiment mieux 
erre rançonnez que d'en venir aux mains. Tout 
bien conlideré , ce parti leur convient mieux , un 
marchand gagne toujours beaucoup , quand il 
fauve fa vie 8c fes marchandes pour une poignée 
d'éçus. Nous ne marchâmes que quatre heures 
ce jour-là , & nous campâmes auprès de Benedia- 
met village dans une allez grande Plaine où nous 
Tome Uh (^ 



141 VOYAM 

trouvâmes une nouvelle efcorte de Tures , gens 
bien faits & bien réfolus. 

Le 24. Aouft le Carachi-Bacbi qui avoît un 
Commandement du Pacha de Cars pour prendre 
dans les villages de la route autant de gens qu'il t 
jugeroit à propos pour aflùrer le tranfport de Ton 
argent , fit venir des montagnes environ trente 
perfonnes bien armées qui ne laifferent pas de 
nous faire plaifir 3 car le bruit couroit que les 
Çurdes vouloient enlever le trefor. Cette nou- 
velle efcorte fut relevée le lendemain par une au- 
tre bande auiîi forte. Une Caravane de foixame 
Turcs ne craint pas deux cens Curdes ; ceux-ci 
n'ont que des lances , & nos Turcs avoient de 
bon fufils &: des piftolets. On ne partit ce jour là 
que fur les neuf heures pour aller coucher àlf- 
£«. vilLge fituc dans la même Plaine à trois heu- 
res de diitance. Nous eûmes une recrue de fept 
ou huit perfonnes qui conduifoient du Ris à Er- 
zeion ; mais ce u'étoit pas gens à fortifier nôtre 

On ne fit que quatre lieues le lendemain ; nous. 
marchâmes coi::e la nuit au clair de la lune par 
des montagt.es dont les défilez font dangereux , 
& où fort peu de gens auroient pu facilement nous 
arrêter i mais les ténèbres favoriférenr nôtre mar- 
che , tandis que les Curdes dormoient à leur aife. 
Çn fe repofa le 26. jufquesà neuf heures du ma- 
tin , & l'on paiia feulement fur une des plus hau- 
tes montagnes du pays couverte de Pins ? de Peu- 
pliers noirs 3 & de Trembles. Comme nous appré- 
hendions quelque embufeade , on détacha des 
Turcs pour aller reconnojtre les partages , 6c ces 
batteurs d'eftrade amenèrent au Caracbi-Bacbi 
quatre payfans qui l'alTeurércm quç les vojeurs 



du Levait. Lettre XIX. i^ • 
festoient refte2 en arrière , & que nou leurs avions 
dérobé une grande marche. A cette nouvelle ori 
carripa fur les trois heures après midi tout près 
d'une petite rivière où nous aviorfs déjà campé eri 
allant a Cars , le long de laquelle nous trouvâmes 
une belle cfpecc de Valériane , dont les racine* 
font tout-à-fait femblables à celles de la grande 
Valériane des Jardins , aufll grottes & auffi aro- 
matiques. Les feuilles en font plus étroites ; maiâ 
comme la grande .Valériane ne fe trouve pas , que 
Je fâche , en campagne , je crois que ce n'eft au-i 
tire choie que celle- ci qui eft cultivée dans les Jar- 
dins depuis quelques fîécles. 

Le 17. Aouft nous marchâmes près de fi x heu- 
res , & nous retirâmes à Lavandcr village peii 
confîdérable. Le 28. après une route auiïï lonv 
gue , on arriva aux bains d' Ajfancdé bâtis alfez 
proprement fur le bord de l'Araxe , à une petite 
journée d'Erzeron. ils font chauds & fort fréquen- 
tez. V Araxe qui tombe des montagnes où font le* 
fources de l'Euphratc , n'eft pas confîdérable à 
Allancalé , dont la Plaine ëft plus fertile que celle 
d'Erzeron & produit de meilleur froment. Géné- 
ralement parlant tous les bleds font bas en Ar- 
ménie , & la plufpàrt ne font que quadrupler ; 
furtout auprès d'Erzeron ; mais auiïi il y en a une 
fi grande quantité , qu'elle fupplée au refte. Si 
ton n'avoir pas la commodité d'arrofer les terres j 
elles feroient prefque fterilcs. 

Au milieu de la Plaine d'Affancalé s'élève une 
foche horriblement efearpée , fur laquelle on i 
bâti la ville Se une forterelfe qui menace tous le* 
«nvirôns, Se où l'on appréhende plus la famine que 
le canon. Il n'y a pas plus de trois cens homme* 
ie garnifon 3 quoiqu'il en falluft plus de quinze 
C^ij 



cens pour la défendre. Les murailles font com- 
me en limaçon tout autour de la roche , flanquées 
fur des tours quarrécs , dont le canon en em- 
pécheroit les approches s'il étoit bien fervi , car 
ces tours ne font pas plus élevées que les murail- 
les, 8c paroiifent comme des plateformes. Les 
foifez n'ont gueres plus de deux toifes de largeur , 
& encore moins de profondeur , creufez dans un 
roc très dur. Si cette Place étoit fur la frontière , 
on la rendroit imprenable à peu de frais. Les mar- 
chandifes que l'on conduit d'Erzeron à Erivaa 
par Alîancalé , doivent demi piaftre par charge , 
foit de cheval ou de chameau , quoique la diffé- 
rence des poids foit fort grande. Celles qui vien- 
nent d'Erivan à Erzcron ne payent que la moitié 
des droits. Nos Plantes feches ne payoient rien 
du tout ; les Turcs & les Perfans ne font pas cas 
de cette marchandife , que nous eftimions pour- 
tant plus que la plus belle foye du Levant. 

Le chemin d'Alfancalé à Erzcron eft fort beau. 
Nous le fîmes en iîx heures de temps , Se nous 
courûmes le même jour embraffer M r Prefcot Con- 
ful-de la nation Angloife , nôtre bon ami , qui 
avoit bien voulu être le dépofitaire de nos hardes , 
de nôtre argent , & de nos Plantes feches. Nous 
allâmes le lendemain rendre nos refpects au Be- 
glierbey Cuperli nôtre protecteur , qui nous fit 
mille queftions fur ce que nous avions veû dans 
nôtre route , & fur tout touchant la différence 
que nous trouvions entre la Turquie & la Perfe. 
Après l'avoir remercié de fa recommandation pour 
le Pacha de Cars , nous lui conrâmes une partie 
de nos avantures ; nous nous louâmes fort du bon 
naturel des Perfans , & du bon accueil qu'ils fai-. 
foient aux Francs. Il nous dit entre autres chofes , 



du Levant. Lettre XIX. 24/ 
que le Patriarche des Trois Eglifes étoit un bon 
marchand d' Huila , faifant allufion au proccz qu'il 
a avec le Patriarche Arménien de Jerufalem , 
pour le débit de l'Huile facrée que Ton employé 
dans Padminiiiration des facremcns parmi les Ar- 

Nous allâmes vifïter la campagne après nous 
être délalTez dans la ville , & ne manquâmes pas 
de parcourir la belle vallée des 40. Moulins où 
nous avions lahîé trop de Plantes rares en fleur , 
pour oublier d'en aller amafler les graines. Nous 
parlâmes dans le même dcifciu le premier Septem- 
bre au Monaftere Rouge des Arméniens , d'où nous 
:e vers les fources de l'Euphr 



Les Curdes , grâ- 
ces à Dieu , avoient évacué ces Montagnes 3 ainfi 
nôtre féconde récolte fut faite avec plus de tran- 
quillité que la première. Cette récolce confiftoit 
plus en graines de plantes que nous avions déjà 
velies , qu'en nouvelles découvertes ; mais ces 
graines n'étoient pas le moindre fruit de notre 
voyage. C'eft par leur moyen que les Plantes 
d'Arménie le font répandues dans le Jardin du 
Koy , & dans les plus célèbres Jardins de l'Euro- 
pe * aux Intendans defquels nous en avons com- 
muniqué une bonne partie. Nous nous amufîons 
Recette manière autour d'Erzcronjtantôt d'un cô- 
té , tantôt de l'autre , & nous ne laiflions pas 
<ie glaner utilement. Voici la defeription d'une 
très belle efpece & Armoîfe , dont perfonne , je 
crois . n'a fait encore aucune mention. Elle ie 



rouve dans le Cimetière des Arménie 
[Uelques endroits autour de la ville 

La racine de cette plante eft ïongu 



i4$ V Q Y A G 1 

un pied , dure , ligneufe , groflc comme le petit- 
doigt , garnie de fibres chevelues, blanche en de- 
dans , couverte d'une écorce roulïatre. Les tiges 
nailfent en bottes s hautes d'environ deux pïads , 
droites , fermes , lilfes s vert-pâle , rougeâtres en 
quelques endroits , caftantes , accompagnées de 
feuilles tout à fait femblables à celles de la Ta- 
naifie , maisinfipides & fans odeur ; les plus gran- 
des ont environ trois pouces de long fur deux 
pouces de largeur , vert-brun , liftés , découpées 
profondément jufques à la côte , & recoupées à 

bout fans changer de figure. De leurs aillelles 
naiflént des branches, longues feulement de demi 
pied , fubdivifées en plufïeuis brins tous chargea 
de fleurs fort ferrées &c relevées en haut j ce font 
4cs boutons femblables à ceux de VArmoife com- 
?mne , compofez de quelques demi-fleurons fort 
menus & purpurins , renfermez dans un calice 
à petites écailles vert-foncé. Chaque fleuron por- 
te fur un embrion de graine , lequel devient une 
femence très menue , rouflatre 3 longue de demi 
ligne. On ne découvre point de faveur ni d'odeur 
dans cette Plante j elle aime la terre gralfe , frai- 
che , humide. 

Au Sud-Eft d'Erzeron eft la vallée de CaracaU 
qui eft toute remplie de belles Plantes. Nous y 
obfu-vames entre autres choies le vrai Navel dé- 
coupé, comme le reprefente la figure que Clu- 
iîus en a donnée., La Caryopbyllata aqitatica , Tin- 
tante fiarc C B. n'y eft pas rare. Rien ne nous fai- 
foit plus de plaiiir que de voir de temps en temps 
des Plantes des Alpes & des Pyrénées. 

En attendant le départ de la Caravane, de To- 
çat , donc nous devions profiter pour aller à 



du Levant, lettre XIX. itf 
Smyrne , nous alions caufer dans les È&avàrifc- 
tais pour apprendre des nouvelles. Notss y trou- 
vâmes une troupe de ces gens qui vont chercher 
les Drogues en Perfe & dans le Mogol pour les 
apporter en Turquie, Ils nous âH'cûrérent que 
c'etl principalement à M achat ville de Perfe , où 
ceux du pays font leurs principaux magafins ; 
mais tout cela ne nous infttuifoit gueres , car 
ceux qui remplirent les magafins , & ceux mêmes 
qui vont encore plus loin chercher les Drogues 
fur les lieux &c dans les villages où les payfahs les 
apportent de la campagne , ne {ont guère mieux 
informez. Je ne vois rien de Ci difficile que de 
faire une bonne Hifloire des Drogues , ç'ëît à di- 
re de décrire non feulement tout ce qui compofe 
la matière mcdecinale , mais encore de faire la 
defeription des Plantes , dés Animaux & des Mi- 
néraux d'où l'on les tire. Non feulement il fau- 
droit aller en Perfe , mais auili dans le Mogol 
qui eft le plus riche Empire du monde, & où l'on 
reçoit parfaitement bien les étrangers , fur tout 
ceux qui font riches en efpeccs d'or «Se d'argent. 
Tout s'y achette argent comptant , & fl n'efi: per- 
mis d'en faire forcir que les marchandifes , ainfi 
toutes les monnoyes étrangères relient dans le 
pays , où elles font converties en celles du Prin- 
ce :mais quelle peine n'auroit-on pas quand on 
feroit dans ce Royaume , fi l'on vouloit s'éclaircir 
par foi même de ce qui concerne la connoiflanec 
des Drogues ? on fe trouveroit obligé de fe tranf- 
porter fur les lieux où elles naillcnt , pour décrire 
les Plantes qui les produifent ; & à combien de 

homme fuffiroit à peine pour bien obferver cel- 
les que l'Afic produit. Il faudroit d'ailleurs par- 
0. i^j 



*4$ VOYAGE 

courir la Perfe , le Mogol 3 les Ijles de CeyUn % 
Sumatra y Ternate , & je ne fçai combien d'autres 
contrées où l'on ne trouveroit pas les mêmes fa- 
cilitez que chez le Mogol. La feule Rhubarbe 
çlemandcroit un voyage à la Chine ou en Tar- 
tane. Enfuite il faudroit defeendre en Arabie ; 
en Egypte, en Ethiopie. Je ne parle pas des 
Drogues qui ne fe trouvent qu'en Amérique, 
& qui ne fout pas moins pretieufes que celles 
que nous fournirent les autres parties du monde. 
En allant en Amérique il faudroit relâcher 
dans les Ijles Canaries pour décrire le Sang de 
Dragon. 

Après cela je ne fuis pas furpris Ci ceux qui fe 
mêlent d'écrire l'Hiftoire des Drogues , font 
tant de beveaes ; & moi le premier. On ne 
rapporte que des faits incertains & des deferi- 
ptions imparfaites. Il eft encore plus honteux 
pour nous de ne pas connoître celles qui fe 
préparent en France. Où trpuve-c-on des re- 
lations exactes du Vermillon , du Tonmefol , 
du Fert-degris , de la Poix , de la Terebentine , 
du Sapin } de la Melize , de {'Avarie , de nos 

En caufant dans les Caravanferais d'Erzeron } 
nous apprîmes par les Caravaniers de fvan , 
ville de Turquie fur la frontière de Perfe à huit 
journées d'Erzeron , que l'on amaiïoit avec foin 
la terre qui eft fur les grands chemins par où 
paffent les Caravanes de Chameaux, on le&ve 
cette terre & l'on en tire tous les ans plus de 
cent qui, taux de Nitre , que Ton débite prin- 
cipalement dans le Cttrdifian pour faire de la 
poudre. On nous afTeûra que la terre des 
fhamps Yoiilns des chemins de Wan , ne 



A NT. Lettre XIX. x^ 
e Nitre. Il faut cependant 

quelque chofe de propre à 
devenir Nitre par le mélange de l'urine des 
chameaux. 

La poudre à canon ne vaut pas quinze fols 
Toque à Erzcron , auffi n'eft-elle bonne que 
jour charger , il en faut de plus fine pour 
amorcer. Tout le monde y charge à cartou- 
che , & rien n'elt mieux imaginé pour tirer 
promptement avec nos fufils. Ceux tjue M r dé 
U Chaumete vient d'inventer , valent incompa- 
rablement mieux , & donnent la fuperiorité du 
feu à ceux qui s'en fervent. On n'a jamais 
porté les armes au point de perfection où M T 
de la Chaumete les a mifes. Les Gibecières 
dont on fe fert en Levant , font compolces de 
tuyaux de canne aflemblez ordinairement à dou- 
ble rang , aifez fcmblables aux anciennes Autres 
de Pan , ou pour me fervir d'une comparai- 
son plus intelligible , aux iiflets de ces Chau- 
dronniers ambuïans qui vont chercher de l'ou- 
vrage de Province en Province. La Gibecière 
«les Orientaux eft légère , courbe, ëc s'accom- 
mode aifément fur le côté. Ses tuyaux font 
hauts de quatre ou cinq pouces , & couverts 
d'une peau aflèz propre ; chaque tuyau contient 
fa charge , & cette charge eft un tuyau de pa- 
pier rempli de la quantité de poudre & de 
plomb neceifaire pour tirer un coup. Quand on 
veut charger un fuill , on tire un de ces tuyaux 
<le la Gibecière ; avec un coup de dent on ouvre 
le papier du côté où eft la poudre, on la vuide 
en même temps dans le canon du rufil , & on 
laine couler le plomb qui eft enfermé dans le 
refte du tuyau de papier. La charge eft faite 



i;o V o y a g i 

avec un coup de baguette que l'on donne par 
deflus & le même papier , qui renfermoit la pou* 
dre & le plomb , lert de bourre. 

J*ay l'honneur d'çtre avec un profond refpccT:, 




pu Levant. Lettre X X zji 

Lettre XX. 

A Monfeigneur le Comte de Pontch.tr train , Secré- 
taire d'Etat çr des Commandement de Sa Ma- 
jefté , &c. 



£££(£§ O NSEIGNEUR, 

Comme nous écrivions tous les foirs , pendant D e 
le féjour que nous fîmes à Erzeron , ce que nous Mœu 
apprenions pendant la journée en nous entrete- jf c }'' 
nant avec les Arméniens ôc principalement dans j * 
le Couvent où nous logions ; il fe trouva à la d u C< 
fin que nos remarques jointes à celles que nous merc 
avions faites dans les autres Couvens & fur nos dcs . 
différentes routes , me fournirent alîez de matie- mcm 
re pour vous adrcfTer une Lettre touchant le 

de cette Nation. Je vous prie donc , M f S r , de 
vouloir agréer le fruit de nos converfations. 

Les Arméniens font les meilleures gens du 
monde , honnêtes , polis > pleins de bon fens ôc 
de probité. Je les eftimerois heureux de ne fça* 

r e > de la manière dont les hommes font faits , 
de s'en fervir quelquefois pour éviter leur cruau- 
té. Quoiqu'il en foit les Arméniens ne fe mêlent 
que de leur commerce,& s'y appliquent avec tou- 
te l'attention dont ils font capables. Non feule* 
ment ils font les maîtres du commerce du Lc- 
Y a »t , mais ils ont beaucoup de part à celui des 



plus grandes villes de l'Europe. On les voit ve- 
nir du fond de la Perfe jufqu'à Livourne. Il n *y 
a pas long-temps qu'ils croient établis à Mar- 
feille. Combien en trouve-t-on en Hollande & 
en Angleterre ? Ils patTent chez le Mogol s à 
Siam , à Java , aux Philippines , & dans tout 
l'Orient , excepté à la Chine. 

Le centre des Marchands Arméniens n'eft pas 
en Arménie , mais à Julfa célèbre fauxbourg 
d'Hifpaham , que tons les voyageurs ont décrit. 
Ce fauxbourg qui mérite bien le nom de ville , 
puifqu'il renferme plus de trente mille hahitans , 
eft une Colonie d'Arméniens que le plus grand 
Roy de Perfe Cha-Abbas , premier du nom , 
établit d'abord dans Hifpaham , & que l'on trans- 
porta peu de temps après au delà de la rivière de 
ZenderoH , pour les féparer des Mahometans qui 
les méprifoient à caufe de leur religion. On 
prétend que ce changement fe fît fous le petit 
Cha-Abbas ; d'autres afTeûrent qu'il eft plus an- 
cien. Il eft certain du moins que le premier au- 
teur de la Colonie eft le grand Cha-Abbas con- 
temporain de Henri i v. à qui il envoya le P. 
Jufte Capucin en qualité d'AmbaiTadeur ; mais 
il n'arriva qu'après la mort du Roy. Cha-Abbas 
travailla efficacement à deux chofes pour le bien 
de fon Royaume : il le mit à couvert des infultes 
des Turcs, & il l'enrichit beaucoup par l'établit 
fement du commerce. Pour empêcher les Turcs , 
que les Perfans appellent Ofmalins , de pénétrer 
avant dans les Etats , il crut qu'il étoit néceflaire 
de leur ôter le moyen d'entretenir de grandes ar- 
mées fur (es Frontières ; & comme l'Arménie 
eft une des principales , fur laquelle les Turcs 
fe jettoient ordinairement, il la dépeupla au- 



d tr Levant. Lettre XX. i$i 
tant qu'il le jugea nécelfaire à Ton dcflfein. Le 
fore tomba far la ville de Julfa la plus grande &C 
la plus puiflante du pays , dont les ruines fe vo- 
yent encore fur l'Araxe 5 entre Erivan & Tau- 
ris. Les habitâiis de Julfa eurent ordre de palfer 
à Hifpaham , & depuis ce temps-là , cette ville 
qu'ils abandonnèrent s'appelle l'Ancienne Julfa* 
Les peuples de Nacfwan & des environs d'Erivan 
furent difperfez en diiïerens endroits du Royau- 
me. On aifeûre que ce Prince fit paffer plus de 
vingt mille familles d'Arméniens dans la feule Pro- 
vince de G mlan 3 d'oîi viennent les dus belles foyes 
de Perfe. 

Comme Cha-Abbas n'avoît d'autre veûe que 
d'enrichir fes Etats , & qu'il étoit convaincu qu'il 
ne le pouvoit faire que par le commerce ; il jetta 
les yeux fur la foye , comme la marchandife la 
plus pretieufe, Se' Cur les Arméniens, comme 
gens les plus propres pOiir la débiter ; tres-mal 
fatisfaic d'ailleurs du peu d'application de fes au- 
tres fujets & de leur peu de génie pour le com- 
merce. La frugalité des Arméniens , leur œco- 
nomie , leur bonne foi , leur vigueur pour en- 
treprendre , & pour foutenir de grands voyages , 
lui parurent des talens propres pour fon deflein. 
La Religion Chrétienne qui leur facilitoit la 
communication avec toutes les nations de l'Eu- 
rope , lui parut encore une difpoiîtion afièz favo- 
rable pour parvenir à fes fins. En un mot , de la- 
boureurs qu'étoient les Arméniens , il en fit des 
marchands , & ces marchands font devenus las 
plus célèbres commerçans de la Terre. 

C'eft ainfi que ce Prince , dont le génie étoic 
fort étendu pour les affaires de la guerre & pour 
la politique , fçut profiter des talens de fes peu- 



L-aravanes dans les pays étrangers i & fur tout 
en Europe, à condition qu'ils les accompagne- 
roient eux-mêmes , & qu'à leur retour ils paye- 
roient les balles au prix qui auroit été arrêté , 
avant leur départ , par des perfonhes judicieufes. 
Tour les encourager à pouifer ce commerce , il 



leur remit tout 






delà du prix qui auroit été fix». Le fuccés répon* 
dit aux efperances du Prince & des marchands. 
Quoique la foye foit encore aujourd'hui la meil- 
leure marchandife de Perfe , elle étoit encore 
bien plus recherchée dans ce temps- là. Il n'y avoit 
prefque pas de Meuriers en Europe ; par contre 
l'or ôc Pargent qui étoient alors fort rares en Per- 
fe , commencèrent à y briller par le retour des 
Caravanes , de même que celles d'aujourd'hui 
font la richefTe de ce Royaume, Les Arméniens ,. 
à leur retour , fe chargèrent aufli dé draps d'An- 
gleterre & de Hollande ; de Brocards, de Gla- 
ces de Venife , de Cochenille , de Montres , & 
de tout ce qu'ils jugèrent propre pour leur pays 
& pour les Indes. Peut-on voir un plus bel cta- 
bliiïèment } à combien de Manufactures n'a-t-il 
pas donné naiflance en Europe & en Aiie ? Abbas 
le grand fit changer de face à toute la terre ; 
toutes les marchandifes d'Orient furent connues 
en Occident , & celles d'Occident lervirent de- 
nouvelle décoration à l'Orient 

julfala Nouvelle s'étendit bientôt fur la riviè- 
re de Zenderon. Il parut par la magnificence de 
(c& Maifoas& par u beauté de ks Jasdins , <pic 



DtJ Levant. Lettre XX. i$$ 

les habitans avoient pris le goût des meilleures 
villes d'Europe. On voie aujourd'hui au centre 
de la Perle ce qu'il y a de plus curieux dans les 
pays où ces marchands ont étendu leurs corref. 
pondances. Le Roy ne s'en mêle plus •-, les bour- 
geois de Julfa , par le moyen de leurs procureurs 
ou agcr.s foutiennent ce grand commerce , & 
font diftiibuer dans le refte du monde tout ce 
qu'il y a de plus curieux en Orient. Ces procu- 
reurs font des Arméniens qui fe chargent j mcw 
yennant un certain profit t d'accompagner les 
marçhandifes en Caravane , & de les débiter 
au plus grand avantage de ceux qui les leur 

Ces Arméniens, Toit qu'ils travaillent pour eux 
eu pour les marchands de Julfa , font infatiga- 
bles dans les voyages , & méprifent les rigueurs 
des faifons. Nous en avons veû plufieurs &: des 
plus riches , paifer de grandes rivières à pied 
ayant l'eau jufques au col , pour relever les che- 
vaux qui s'étoient abbatus , & fauver leurs balles 
de (oye ou celles de leurs amis ; car les voitu* 
riers Turcs ne s'embarraîfent pas des marçhan- 
difes qu'ils conduifent , Se ne répondent de rien. 
Les Arméniens dans les partages des rivières 
efeortent leurs chevaux , & rien n'eft plus édi- 
fiant que de voir avec quelle charité ils fe fecou- 
rent entre eux & même les autres nations , pen- 
dant les Caravanes. Ces bonnes gens ne fe dé- 
rangent guère dans leurs manières ; toujours 
égaux , ils fuyent les étrangers qui font trop tur- 
bulcns , autant qu'ils eftiment ceux qui font pa- 
cifiques ; ils les logent volontiers avec eux cV 
leur donnent à manger avec plaiiir. Q^uand nous 
foula^'ens quelqu'un 4s leur* malade* a t«uw 



la Caravane nous en remercioic. Lors qu'ils 
font avertis qu'une Caravane doit palfer , ils 
Vont un jour ou deux au devant de leurs confrè- 
res leur porter des rafraichilïèmcns , & fur tout 

Francs , mais ils les obligent même par leurs 
honnêtetez d'en boire à leur fanté. On les ac- 

a jamais paru qu'ils en abufaifent : au contraire 
il faut convenir que de tous les voyageurs , les 
Arméniens font les plus fobres , les plus ceco- 
norues , les moins glorieux. S'ils portent , en 
iortant de chez eux , des provifions pour les plus 
grands voyages , ils en rapportent fouvent une 
bonne partie ; il eft vray que ces provifions ne 
leur coûtent rien à voiturer ; car ordinairement 
quand on loue fix chameaux . on en donne un 



le marché 



porter 1 



les ufteneiles , les hardes. Les provifions dont les 
Arméniens fe chargent chez eux , font de la 
farine , du bifeuit , des viandes fumées , du 
beurre fondu , du vin , de l'eau de vie , des 
fruits (ecs. 

Quand ils féjournçnt dans les villes , ils fe 
mettent par chambrées & vivent à peu de frais. 
Ils ne vont jamais fans filets ; ils pefchent fur les 
routes , & ils nous ont fait fouvent manger d'ex- 
cellens poiflons. Ils troquent fur les chemins des 
épiceries pour de la viande fraîche , ou pour 
d'autres denrées qui leur conviennent. En Ane 
ils débitent la quinquaillerie de Venife , de 
France , d'Allemagne. Les petits miroirs , les 
bagues , les colliers , les émaux , les petits cou- 
teaux , les cifeaux , les épingles, les égailles font 
plus recherchez dans les villages que la bonne 
monnoye» 



bu Levant. Lettre XX. iff 

monnoye. En Europe ils portent du inufc & des 
épiceries. Quelques fatigues qu'ils ayent , ils 
obfervent les jeu me s'ils étoienc 

en repos dans une bonne ville 3 & ne connoiirent 
pas de difpenfes , même pendant leurs maladies, 
La feule chofe qu'on peut reprocher aux Arme» 
niens , en fait de commerce , c'eft que lorfque 
leurs affaires tournent mal dans les pays étrangers 
où ils négocient , ils ne retournent plus chez 
eux ; ils ont beau dire que c'eft: pa?ce qu'ils n'ont 
pas le front de fe montrer après une banqueroute, 
cependant leurs créanciers n'en fçauroient tiret 

rendre juftice , les banqueroutes font très rares 
parmi eux. 



Les Marchands de Julfa ont fait t 


m Traité 


ec le Grand Duc de Mofcovie pour fa 


tire pader 


tns fes Etats toutes les nurchandi 


fes qu'ils 



trouveront à propos > & pour cela il n'eft permis 
à aucun Marchand d'Europe , de quelque nation 
qu'il foit , d'avancer plus avant qu'à Aftracan 
ville puitlante que les Mofcovitespofledcnt depuis 
l'an i m . Elle cft iïtuée au delà de la mer Caf- 
pienne fur les frontières de i'Afie & de l'Europe, 
Le Grand Duc favorife autant qu'il peut ce com- 
merce ; ceux de Julfa payent là doiianne de tout 
ce qu'ils font entrer en Mofcovie , mais ils ne 
payent rien des marchandifes qu'ils font paflfcr 
de Mofcovie en Perfe, Voici le chemin qu'ils 
tiennent pour aller & venir. D'Hifpaham ils font 
porter leurs marchandifes à Tauris , à Schamaicée 
& à Nofava Port fur la mer ^afpienne à trois 
journées de Schamaieée. On embarque à Nofava 
la foye&les autres marchandifes de Perfe & du 
Mogol pour les faire pafler à Aftracan. U'Aitracau 
Tome III, K 



AfB V O Y A G 1 

on les tranfporte par terre à Mofcoa , & delà' £ 
Archangel qui eft le dernier Port de Mofcovic 
fur l'Océan fcptemrional. Les Anglois & les 
Hollandois y font un grand commerce ; on y em- 
barque les marchandifes pour Stoxolm , & delà 
par le Détroit d'Elfeneur on les fait paner en Hol- 
lande & en Angleterre. 

Frideric Duc de Holftcin, comme ditOlearins, 
fit bâtir la ville de Fnderieftad dans le Duché de 
Holftein y pour y établir un commerce de foye 
plus considérable que tous ceux qui fe font en 
Europe. Pour cet effet il réfolut d'entretenir cor- 
f efpondance avec le Roy de Perfe afin d J en faci- 
liter le tranfport par terre ; mais cela ne fe pou- 
vant faire fans la permiffion du grand Duc de 
Mofcovic 3 il jugea à propos en l'année 1633.de 
lui envoyer une Ambafladcfolemnclle , à laquel- 
le il nomma Crufins l'un de les Confeillers d'E- 
tat , Si Brugman Marchand d'Ambourg \ et der- 
nier par fon mauvais procédé joint aux dangers 
qu'il y avoir à effuyer en pallant chez les Tartares 
du Dagcfthan , fut caufe que l'établiflement des 
foyes échoria ; convaincu enfuite de malverfa- 
tions , il fin condamné à mort ik exécuté à 



très des foyes de Perfe qui viennent à Aftracan , 
font obligez d'en prendre une certaine quantité 
tous les ans, ce qui fait qu'ils gagnent peu fur 
cette marchandife , parce que les Arméniens leur 
font prendre la bonne & la mauvaife fans diftinc- 
tion. M r Prefcot nous afleûra que les Anglois 
chargeoienr beaucoup de marchandifes d'Ane 
à Archangel , & qu'ils y trouvoîent les meilleurs 
Caviars qu'on puifïc manger. Celui que l'on vend 



tou Livàst. Lettre XX. ïf% 
ërt Turquie vient de la mer Noire ; il eft mal- 
propre de enfermé dans des outres : âucontrairé 
le Caviar de la mer Cafpienne eft fait avec beau- 
coup de foin , Ôc on l'enquaiiTe proprement. 
Nous mangeâmes chez M r Prefcot des ceufs d'Ef- 
turgeons qui avoient été falez aux environs de la 
mer Cafpienne , & des Caviars falez dans les mê- 
mes endroits , lefquels nous trouvâmes excel- 
lens ; les Saucinons faits à Marfeille ne font pas 
meilleurs. 

Nous ne pouvions nous empêcher de rire dans 
les Car a van ferais d'Erzeron , en voyant faire leâ 
marchez parmi les Arméniens. On commence t 
de même que chez les Turcs , à mettre de l'ar- 
genc fur la table : après cela on chicane autant 
qu'on peut , en ajoutant une pièce fur l'autre ; 
cette chicane ne fe fait pas fans bruit. Nous 
croyions, à les entendre parler, qu'ils étoient 
fcrêts à fe couper la gorge ; mais il ne s'agit de 
rien moins entre eux. Apres s'être pouffez & re- 
pouflez avec violence , les Courretiers ou En- 
tremetteurs du marché , ferrent avec tant de 
force les mains de celui qui veut vendre , qu'ils 
le font crier & ne le quittent pas qu'il n'ait con- 
fenti que l'acheteur ne payera qu'une certaine 
fomme, enfuite chacun rit de foncôté. Us pré- 
tendent , avec raifon , que la veiïe de l'argent fait 
plutôt conduire les marchez. 

A l'égard de la Religion , tout le monde fçait 
que les Armcniens font Chrétiens , &: ce feroienr 
de très bons Chrétiens fans le fchifme qui les fé- 
parc de nous. On les accule d'être Eutychiens ,• 
C'eft à dire de ne reconnoitre qu'une nature en Je- 
j^-Chrift , du pour mieux dire deux natures Ci 
k* 611 confondues , que quoiqu'ils admettent le* 



*6o Voyage 

proprietez de chacune en particulier , ils ne veu- 
lent pourtant entendre parler que d'une feule na- 
ture. Leurs plus habiles Evêques prétendant fe 
laver de cette hereiîe , ôc foûtiennent que route 
l'erreur vient de la difette de leur langue , laquel- 
le manquant de termes propres , fait qu'ils 
confondent fouvent le mot de nature , avec celui 
de perfonne. Lorfqu'ils parlent de Wnion by- 
pofiatiqite , ils croyent la prouver allez en confel- 
fant que Jefus-Chria dans l'incarnation e a Dieu 
parfait & homme parfait , fans mélange , fans 
changement , & faus confuiion. La vérité eft 
qu'ils ne s'expliquent pas tous également , & 
que la plufpart ont grande vénération pour deux 
fameux Euty chiens Diofcore &C Barfnma Quand 
on leur reproche qu'ils excommunièrent les Pè- 
res du Concile de Calcédoine pour avoir con- 
damné les premiers de ces hérétiques ; ils avouent 
que quoiqu'il paroirte ridicule d'excommunier les 

eux pour fe vanner des Grecs , qui dans toutes 
leurs fêtes excommunient l'Eglife Arménienne j 
que pour eux ils n'avoient pas deflein d'excom- 
munier précifémem les Pères du Concile de Cal- 
cédoine qui avoient condamné Diofcore patriar- 
che d'Alexandrie fans trop examiner fes raifons ; 
mais que leur intention étoit d'excommunier les 
Evêques Grecs d'aujourd'hui, comme fuccetfeurs 
des Prélats de la plus fameufe aifemblée qui fe 
foit jamais tenue en Grèce ; que les Pères Grecs 
avoient fait une grande injuftice à Diofcore de 
confondre fes fentimens avec ceux d'Eutyches , 
puifque Diofcore avoit toujours foutenu que le 
Verbe Incarné étoit Dieu parfait &C homme par- 
fait. La fource de l'iniruitié irréconciliable des 



du Levant, lettre XX. 16 1 
Arméniens &c des Grecs vient depuis ce Conci- 
le ; & cette inimitié eft G grande , que fi un Grec 
entre dans une Egliie Arménienne , ou un Armé- 
nien dans une Eglife Grecque , les uns & les au- 
tres la croyent profanée Se la béniilènt de nou- 

Quand on veut approfondir leurs croyances , 
on trouve qu'il y a bien des articles de fchifme 
qu'il ne faut pas attribuer à l'Eglife Arménien- 
ne , mais à des particuliers; par exemple il n'eft: 
pas vray qu'ils excommunient trois fois l'année 
l'Eglife Latine ; les bonnes gens n'y penfent pas, 
& l'on ne trouve point cette pratique dans leurs 
Rituels , quoiqu'il ne foit que trop vray que 
certains phienétiques Evêques ou Fertabiets dé- 
clarez contre l'Eglife Latine , l'ayent pratique 
ou le pratiquent encore j car dans une Eglife mal 
réglée , fouvent chacun fait comme il l'entend. 
Le Patriarche OXuietfi ennemi juré des Latins , 
a peut-être ajouté à cette excommunication le 
nom du Pape faine Léon , parce qu'il avoir con- 
firmé la condamnation de Diofcore. Quelque 
eftime qu'ils ayent pour le grand Docteur y 
Altenafi , ce feroit leur faire tort que d'at- 
tribuer à toute l'Eglife Arménienne les inju- 
res que ce fanatique a vomi contre l'Eglife 
Romaine. 

Il n'y a que les plus fots ou les plus ignorans 
des Arméniens qui croyent le petit Evangile. 
Ce petit Evangile eft un livre rempli de fables Se 
d'extravagances touchant l'enfance de noue Sei- 
gneur i p ar exemple que U Vierge en étant en- 
ceinte , Saloméfajœur L'accu fa de s'être abandon- 
nee a quelqu'un ; la fieroe iuy ait a : ors qu'elle n'a- 
•voit qu'a m atre La maïn );:r jcnv, 

R iij 



léi Voyage 

connoltroit bien le fruit qu'elle portoit. Salomè y 
ayant appliqué fa main , il en fortit un feu qui ta 
confttma jufqu'a la moitié du bras. Elle reconnut f* 
faute & retira fa mtin & fon bras parfaitement 
guéris , après les avoir applique^ fur le même en. 
droit par ordre de la fiergc. Ils prétendent que 
le Fds de Dieu fe ferait fa't tort de paffer parle 
fein d'une femme , qu'il n'en fit que le femblant , 
& que les Juifs firent mettre quelqu'un a fa pla- 
ce ; ils ont tiré des Mahometans cette dernière 



ce \ ils ont tiré des Mahometans cette dernière 
rêverie. \\s difent aufli que Jefus -Chrift étant à 
l'école pour apprendre l'Arménien s ne voulut ja- 
mais prononcer la première lettre de leur alphabet , 
que le maître ne lui eût dit la raifon pourquoi elle 
réprefeme une M renverfée ; ce bon homme qui 
ne connoiflbit pas l'Enfant Jefus , lui donna un 
fouflet. Hé bien , dit Jefus fans s'émouvoir , 
fuifque vous ne le fçaveXjpas je vais vous l'appren- 
dre , cette lettre répre fente la Trinité par (es trois 
jambes. Le maître d'école admira fa (cience & le 
"rendit à fa mère , avouant qu'il étoit plus habile 
que lui. M r Thevenot qui rapporte auflî ce con- 
te , afleure qu'il y a un manuferit Arménien dans 
la Bibliothèque du Roy où l'hiltoirc & les inven- 
teurs de leurs caractères font expliquez , mais il 
n'en fait remonter l'invention qu'à environ 400. 
ans ; ils fe fervoient auparavant de caractères 
Crées. 

Les Arméniens content que Jefus-Chrijt étant 



Les Arméniens content que Jefus-Chrift étant 
à la chajfe avec faint Barthélémy & faint Thaâèe \ 
il tua cinq perdrix le long de V Aras , & qu'uni 
infinité de monde vint autour de lui pour l'entendn 
1er, mais que la nuit étant fur venue , l" 
Apôtres l'avertirent qu'il falloit renvoyer ces 
Jefus leur répondit : qu'après avoir donne 



gens 



du Levant. Lettre XX. z6$ 

à leurs âmes la pâture necejfaire il fui toit prendre 
foin de leurs corps , & que four cela ils n'avoient 
qiïa faire bo'ullir les cinq perdrix avec une oque de 
ris. Tout le monde en fut raifafié , & comme il 
nefaifoitpas clair , chacun crût qu'on lui avoir 
fervi une perdrix entière. Le Roy d'Arménie qui 
aimoit fort la charte en fut très fâché , & ordonna 
qu'on fift mourir les Apôtres & leur maître. Jefus 
fe fauva dans l'Arche fur les hauteurs du Mont 
Macis -, mais faint Barthélémy & faint Thade'c 
payèrent pour lui. 

La plus plaifante hiftoire qu'ils racontent , eft 
celle de Judas : ce malheureux , à ce qu'ils difent , • 
fe repentant d'avoir trahi fan Maître , crut qu'il 
if y avoitpas de meilleur expédient pour fauver fon 
*me , que de fe pendre & d'aller aux Limbes ok 
il fçavoit bien que Jefus-Chrift devoit defeendre 
four délivrer les âmes ; mais le diable qui le vouloit 
mener en enfer lui joua un tour de fon métier ; il 
le foutint par les pieds , tout pendu qu'il était , juf- 
qu'a ce queJefus-Chrijl eût fait fa vifue dans les 
Limbet , après quoi il le laijfa cheoir & l'entraîna 
à tous les diables. Les Géorgiens font mille con- 
tes au fli ridicules, tirez de" leur petit Evangile. 
Je crois que ces deux ouvrages font fabriquez de 

Quoique les Arméniens ne veuillent pas en- 
tendre parler du Purgatoire } ils ne laillcnt pas 
de prier fur les tombeaux , & de faire dire des 
MelTes pour les morts ; c'eft peut-ctre l'avarice 
de leurs Prêtres qui , ayant aboli leurs dogmes , 
ont fait continuer l'ufage d'une choie très lucra- 
tive. Selon la plufpart de ces Prêtres , il n'y a 
Prcfentement ni paradis ni enfer ; ils evoyen: que 
l'enfer fut détruit après que Jefus-Cbrift en eut 
R itfj 



i£4 Voyage 

enlevé les âmes des Saints , aufli-bîcn que celles 
des damnez. Par rapport à la création des âmes , 
ils font du fentiment d'Origene , Tans fçavoir 
qu'il y ait eu un Origene dans le monde j car 
ils s'imaginent que toutes les âmes ont été créées 
au commencement du monde. Il y a des Mil- 
lénaires parmi eux (ans connoître Papias ni S r . 
Jrenée. Ils croyent qu'après le Jugement un i- 
verfel , Jefus-Chriîl reliera pendant mille ans 
fur la terre avec les prédeftinez pour les faire jouir 
de la béatitude. La plufpart des Docteurs Ar- 
méniens font pourtant du fentiment , que les 
âmes attendent le Jugement unîverfel dans un 
endroit qu'ils placent entre le Ciel & la Terre, 
où elles fe flattent de jouir un jour de la gloire , 
quoiqu'elles foient dans la crainte d'être condam- 

Saint Nicon qui étoit de la petite Arménie , & 
qui avoit pajfle quelques années de fa vie à faire 
des Millions dans la grande Arménie pendant 
le x. fiéclc , nous a laifle un Traité en Grec 
touchant les Erreurs des Arméniens ; l'original 
eft dans la Bibliothèque du Roy , & M r Cottc- 
lier en a donné une verfion Latine. S. Niccn 
rapporte des chofes fort fmgulieres fur la croyan- 
ce de ces peuples , & ne les aceufe pas feule- 
ment d'être dilciples d'Eutyches , de Diofcore , 
de Pierre l'Arménien , & de Mantacuncz , mais 
auffi d'être dans l'herefie des Monothelites. Il 
raconte quelques-unes des fables qui font enco- 
per partie de leur petit Evangil . 

Cepeniant ces peuples ont de grandes grâces 
à rendre au Seigneur qui leur envoya deux de les 
Apôtres peu de temps après fa Pafhon. Baronjus 
afleûrequeS. Barthélémy & S, Thadée fouifrj- 



du Levant. Lettre XX. i6f 

rent le martyre en Arménie 44. ans après la more 
de Jefus-Chrift , en récompenfe de la foy qu'ils 
y avoient annoncée. Maihcurcufement elle n'y 
fifl: pas de grands progrés; car Eufebe nous ap- 
prend qu'un faim Evoque appelle Ahrit^ane 
y fema le bon grain fous l'Empire de Dece , & 
Dieu répandit tant de bénédictions iur ces peu- 
ples , qu'on ne voyoit que des Chrétiens par- 
mi eux fous Diocîetien. Maximien fe mit en tefle 
de les détruire , mais les Arméniens prirent les 
armes pour la défenfe de leur foy ; & ce fut , 
comme dit Eufebe , la première guerre qu'on 
eut entreprife pour la religion. Enfin Dieu acheva 
d'ouvrir les yeux à ces peuples par le mini itère 
de S. Grégoire Ylthwiwateur Arménien de naif- 
fance, mais élevé à Ccfarée en Cappadoce où il 
avoit été facré par S. Léonce. S. Grégoire revenu 
dans fon pays fous l'Empire du grand Coiiftan- 
tîii , convertit Tyridate Roy d'Arménie par un 
niiracle éclatant , & ce Prince qui l'avoir, d'a- 
bord fait maltraiter , en fut fi touché , qu'il 
obligea par un Edit tous fes fujets à embratfcr le 
Chriftianilmc. Le Saint acheva par Ça doctrine , 
par fon exemple, & par fes miracles, ce que le 
Roy ne pouvoit qu'ordonner. Une efclavc qui 
fc rit chrétienne à Conftantinople en même 
temps , ne contribua pas peu par fes miracles 
a la propagation du Chriuianidne dans le même 
pays. 

il ne faut pas confondre S. Grégoire V Illumi- 
nât eur premier Patriarche des Arméniens , avec 
un autre Saint du même pays & du même nom , 
qui dans le x. fiécle vint mourir en France , re- 

Bcauce dans le Diocefe d'Orléans. Il palfa fept 



%GG Voyage 

ans dans cet hermitage , jeûnant à la mode de 
fon pays, c'efl: à dire d'une manière que les Chré- 
tiens d'Occident ne fçauroient prefquc imiter. 
Il ne mangeoit rien du tout les Lundi , Mercre- 
di , Vendredi & Samedi: & même s'il rompoit 
fon jeune les mardi & vendredi après le foleil 
couché , c'étoit jpour manger trois onces de pain 
d'orge , quelques herbes crues , une poignée de 
lentilles trempées dans de l'eau & germées au fo- 
leil -, les jours de Fêtes & de Dimanche, il fe nour- 
rifloit un peu mieux , mais il ne mangeoit jamais 
de viande. 

Le Clergé d'Arménie eft compofé du Patriar- 
che , des Archevêques , des Evêques , des ##> 
tabiets ou Docteurs , des Prêtres Séculiers , & 
des Moines. Le Patriarche porte le nom de 
Catholicos depuis fort long-tempsjcar Procope re- 
marque que les Arméniens ont emprunte ce terme 
des Grecs. Les Arméniens ont plufieurs Patriar- 
ches aujourd'huy fur les terres du Roy de Perfe , 
& fur celles du Grand Seigneur. Outre celui 
d'Itchmiad^in qui eft le plus célèbre de tous , on 
compte en Perfe celui de Scha.ma.hce proche la 
mer Cafpienne , & celui de Nacfivan que les 
Arméniens Catholiques Romains reconnoilfent 
pour Patriarche après le Pape. En Turquie il 
y a deux Prélats qui fe font ériger en Patriarches 
par le grand Viiîr , qui donneroit ce titre a 
tous les Prélats s'ils vouloient l'acheter comme 
font l'Evéquede Cis proche de Tarfe en Cilicie , 
& l'Evêque Arménien de Jerufalem , lefquelsà 
force de prefens reçoivent leur million &c leur 
authorité de la Porte. Les Arméniens ont encore 
un autre Patriarche à Caminlec en Pologne , car 
le Père Pidou Pariilen Religieux Tiieatin & Mil- 



du Levant. Lettre XX. 167 

fionnaire Apoftolique , ménagea Ci bien les ef- 
prits des Arméniens de Pologne , & fur tout ce- 
lui de leur Archevêque , qu'il les ramena à lent 
mère l'Eglife Romaine en 1666. On purgea 
leurs livres de toutes les erreurs qui féparenc les 
fchifmaùques d'avec nous. Ce Patriarche recon- 
nut le Pape pour chef de la^ véritable Eglife , & 
porta le Saint Sacrement dans les rues à la Pro- 
ceiîion générale que l'on fît pour en remercier 
Dieu plus folemnellement. 

Le Patriarche d'Itchmiadzïn eft le plus riche 
de tous dans un fens , car on alleûre qu'il a près 
de fix cens mille écus de revenu. Tous les Ar- 
méniens qui le reconnoirTent & qui partent l'âge 
de 15. ans, lui payent cinq fols par ans. Les 
aifez lui donnent jufques à trois ou quatre écus. 
Cependant il eft pauvre dans un autre fens , èc 
véritablement pauvre , puifqu'il eft obligé de 
payer la Capitation pour retenir dans fon trou- 
peau ceux qui ne font pas en état de fatisfaire 
à ce tribut. Souvent il y confomme fes revenus 
& y ajoute de fes épargnes. Les Archevêques 
& Evêques lui envoyent tous les ans l'état des 
pauvres familles de leurs diocefes , lefquelles on 
menace de faire vendre ou de leur faire changer 
de religion faute de payement de la Capitation. 
Ce Patriarche eft vêtu aufîi (împlement que les 
autres Prêtres ; il vit très frugalement & n'a qu'un 
petit nombre de domeftiques , mais c'eft un 
Prélat des plus confidérables du monde par l'au- 
thorité qu'il a fur fa nation , laquelle tremble 
fous lui à la moindre menace d'excommunication. 
On alfeûre qu'il y a quatre-vingt mille villages 
qui le reconnoilîent. Pour fc maintenir en pla- 
ce , combien ne donne-t-il pas au Gouverneur 



i6î V o y a g i 

d'Erivan & aux puiflances de la Cour ? Il faut être 
bien efclave de l'ambition pour acheter de fem- 
blables portes. 

C'étoit autrefois le feul Patriarche parmi les 
Arméniens qui eût le pouvoir de faire le S. Chref- 
me ou Mïeron , du Grec Myron , compofition 
liquide ou huile parfumée. 11 en fourniflbit tous 
les Etats de Perfe & de Turquie j les Grecs mê- 
mes i'achetoient avec vénération , & l'on difoit 
communément que des Trois Eglifes il forfoit 
une fontaine d'huile facrée , laquelle arrofoit 
toutH'Qriçnt. Le Patriarche l'envoyoit aux Ar- 
chevêques Se aux Evêques Arméniens , pour le 
répandre & pour l'employer dans le Baptême & 
dans l'Extrêire-Onction : mais depuis plus de 40. 
ans Jacob Fertabict & Evêque Arménien qui 
Faifoit fa v:Hdence à Jerufalem , s'avifa de s'éri- 
ger en Patriarche fous le bon plaifir du grand 
Vifir , & refufa de prendre le Mieron du Patriar- 
che des Trois Eglifes. Comme l'huile eft à bon 
marché dans la Paleftine , &c que cette liqueur 
ne fe corrompt pas , il en fit plus qu'il n'en fal- 
loit pour oindre , pendant plulieurs années , 
tous les Arméniens qui font en Turquie. Voilà 
le fujet d'un grand Schifme parmi eux. Les 
Patriarches s'excommunièrent réciproquement ; 
celui des Trois Eglifes forma un grand procès 
à la Porte contre celui de Jerufalem. Les Turcs 
qui font trop habiles pour vouloir décider la 
queftion , fe contentent de recevoir les prefens 
que leur font les Parties à mefure qu'elles re- 
viennent à la charge : en attendant chacun débite 

Ils la préparent depuis les Vefpres du Diman* 
che des Rameaux , jufques à la Méfie du Jeudi 



du Levant. Lettre XX. zCy 
Saint , laquelle ce jour là fe célèbre fur le grand 
vaitVeau où l'on conferve certe liqueur. On n'em- 
ployé ni bois ni charbon ordinaire pour faire 
bouillir la chaudière où on la prépare , & cette 
chaudière eft plus grande quelamarmite des Inva- 
lides. On la fait bouillir avec des bois bénits , ÔC 
même avec tout ce qui a fervi aux Eglifcs , vieil- 
les images ornemens ufez , livres déchirez & 



Ce feu ne doit pas fentir trop bon ; mais l'huile 
eft parfumée par des herbes & par des drogues 
odoriférantes que l'on y mêle. Ce ne lont pas de- 
petits clercs qui travaillent à cette merveilleufc 
compofition -, c'eft le Patriarche lui-même , vêtu 
pontificalement & affilié au moins de trois Pré- 
lats en habits Pontificaux , qui récitent tous 
enfemble des prières pendant toute la cérémonie. 
Le peuple en eft plus frappé que de la préfence 
réelle de Jefus-Chrift ; tant il eft vrai que les 
hommes ne font fufceptibles que des chofes 
fenfibles ? 



Il n'y a rien à dire en partu 
ques & des Evêques Armeniei 



c des Archevê- 
ïcen'eft qu'il 



, — 4 plufieurs qui font fat 
gent dans des Monafteres dont ils font Abbez. 
Tous ces Prélats font fubordonnez au Patriar- 
che , comme dans les autres Eglifcs chrétiennes. 
H feroit à fouhaiter feulement qu'ils s'acquitaf- 
fent de leurs devoirs j mais ils n'ont aucun zelc 
& font plongez dans une ignorance pitoyable j 
aufli les confidere-t-ôn bien fouvent moins que 
les Vertabiets. Quelquefois ils font Evêques & 
Vertabiets tout enfemble , c'eft à dire Evêques 3C 
Doreurs. Ces Vertabiets qui font tant debruic 
parmi les Arméniens, ne font pas véritablement 



17 6 V O Y À G B 

de grands Docteurs i mais ce font les plus ha- 
biles gens du pays , ou du moins ils patfènt pour 
tels. Pour être receû à ce degré fi eminent il ne 
faut pas avoir' étudié la Théologie pendant lon- 
gues années ; il îuffit de fçavoîr la langue Armé- 
nienne littérale, & d'apprendre par cœur quelque 
fermon de leur grand Maître Grégoire Atenafi , 
dont toute l'éloquence brilloit dans les blafphé- 
mes qu'il vomiflbit contre l'Eglife Romaine. La 
Langue littérale eft chez eux la Langue des fça- 
vans , & l'on prétend qu'elle n'a aucun rapport 
avec les autres Langues Orientales ; c'eft ce qui 
la rend fi difficile. On alTeure qu'elle eft fort ex- 
prelîive & enrichie de tous les termes de la reli- 
gion , des feiences & des arts , ce qui montre que 
les Arméniens étoient autrefois bien plus habiles 
qu'ils ne font aujourd'hui. Enfin c'eft un grand 
mérite chez eux d'entendre cette langue ; elle ne 
le trouve que dans leurs meilleurs manuferits. 
Les Vertabiets font facrez , mais ils difent rare- 
ment la Meifc , & font proprement deftineZ 
pour la prédication. Leurs fermons roulent fur 
des paraboles mal imaginées , fur des palfages 
de l'Ecriture mal entendus & mal expliquez , & 
fur quelques hiftoires vrayes ou fauffes qu'ils 
fçavenr par tradition ; cependant ils les pronon- 
cent avec beaucoup de gravité , & ces difcourS 
leur donnent prefque autant d'authorité qu'au 
Patriarche : ils ufurpent fur tout celle d'excom- 
munier. Après s'être exercez dans quelques vil- 
lages , un ancien Vertabiet les reçoit Docteurs 
avec beaucoup de cérémonies , & leur mit entre 
les mains le bâton paftoral. La cérémonie ne 
fe parte pas fans Simonie , car le degré de Do&eur 
étant regardé parmi eux comme un Ordre facre , 



eu Levant. Lettre XX. iyt 
ils ne font aucun fcrupule de le vendre de même 
que les autres Ordres. Ces Do&curs ont le pri- 
vilège d J êcre afïis en prêchant & de tenir le bâ- 
ton paftoral i au lieu que les Evêques qui ne fonc 
pas Docteurs prêchent debout. Les Vertabiets 
vivent de la quête que l'on fait pour eux après le 
fermon , & cette quête eft confîdérable , fur tout 
dans les lieux où les Caravanes fe repofent. Ces 
Prédicateurs gardent le célibat & jeûnent fort ri- 
goureuicment les trois quarts de l'année , car ils 
ne mangent alors ni œufs , ni poiflon , ni laita- 
ge. Quoiqu'ils parlent dans leurs fermons , moi- 
tié langue littérale & moitié langue vulgaire , 
ils ne laiifent pas fouvent de prêcher en langue 
vulgaire pour mieux fe faire entendre : mais la 
Meilè , le chant de l'Eglife , la vie des Saints, les 
paroles dont on fe fort pour l'adminiftration des 
Sacremens , font en langue littérale. 

Les Curez & les Prêtres Séculiers fe marient 
de même que les Papas Grecs , & ne fçauroient 
paflèr à de fécondes noces ; aufli choififlent-ils 
des filles dont le teint promette une longue vie 
& une forte fanté. Ils travaillent tous à quelque 



«iciier pour gagner leur vie oc t 
leur famille , Se cela les occupe fi fort qu'à peine 
gavent-ils faire les fondions Ecclefiaftiques. 
Pour approcher de l'autel plus purement , ils 
font obligez de coucher dans l'Eglife la veille des 
jours qu'ils doivent célébrer. 

Les Religieux Arméniens font ou Schilmati- 
ques ou Catholiques. Les Schifmatiques fuivent 
la Règle de Saint Bafile ; les Catholiques celle 
de Saint Dominique. Leur Provincial eft nom- 
mé par le General des Dominicains qui fe tient à 
Rome. Environ l'an ijzo. 1« P. Btrtkcltf*} 



Dominicain réunit beaucoup d'Arméniens à 
l'Eglile Romaine que le Pape Jean X x i i. gou- 
veniok alors, & te grand Millionnaire y établit 
pluiieuis Couvents de Ton Ordre ; il y en a enco- 
re quelques-uns dans la Province de Nœcjivan 
entre Tauris & Erivan,M r Tavernicr en. a compté 
jufques à dix , autour de la ville de Naclîvan ôc 
de l'ancienne Julfa qui n'en cft qu'à une journée; 
tous ces Monafteres font gouvernez par des 
Dominicains Arméniens. Pour former de bons 
fujets on envoyé de temps en temps à Rome de 
jeunes enfans de cette nation que l'on élevé dans 
les Sciences ck dans l'efprit de l'Ordre de Saint 
Dominique. Chaque Monaftere eft dans un 



:>urg , ô: ion compre dans ce quart 



? Catholiques. Leur Archevêque , 
qui prend le titre de Patriarche , vafe faire con- 
firmer à Rome après fon élc&ion & l'on fuit dans 
fon Diocefe le Rite Romain en toutes chofes , 
excepté la Mclïe 6V: l'Office que l'on chante en 
Arménien afin que le peuple l'entende. Ce pe- 

& il n'y a pas de meilleurs Chrétiens dans tout 

Les Arméniens Schifmatiqucs font afTez a 
plaindre, ils jeûnent comme les Religieux de la 
Trappe , & tour cela ne leur fervira de rien s'ils 
ne fe rangent du bon. parti. Jjs font maigre deux 
jours de la femaine , le mercredi & le vendredi, 
<k ils ne mangent ni poiiïion , ni œufs , ni hui- 
le , ni laitage. Les carêmes des Grecs font des 
temps de bonne chère , en comparaiion de ceux 
des Armeniens-,outre leur longueur extraordinai- 
re , il ne leur eft permis dans ce temps-là que de 
manger des racines , & même il leur cft deftendu 



du Levant. Lettre X t. 275 
d'en manger autant qu'il faut pour fatisfaire leur 
appétit. L'ufage des coquillages , de l'huile , 
du vin leur eft interdit , excepté le Samedi Saint j 
ils reprennent ce jour-là le beurre , le froma- 
ge & les œufs. Le jour de Pafques ils mangent 
de la viande , mais feulement de celle dont on 
a tué les animaux ce jour- là , & non pas les 
jours précedens. Pendant le grand carême ils 
ne mangent du poilïbn & n'entendent la Mené 
que le Dimanche. Elle fe dit à midi, & ils la 
nomment la Metfe bajfe , parce que l'on tire un 
grand rideau devant l'autel & que le Prêtre , que 
l'on ne voit pas , ne prononce tout haut que \'h- 
vangile & le Credo. Les ridelles ne communier* 
que le Jeudi Saint à la Me(Te qui ne fe dit qu'à 
midi ; mais celle du Samedi Saint fe célèbre à 
cinq ou (ix heures du foir , & l'on y donne aulfi la 
communion. Enfuite l'on rompt le carêpie , 
comme l'on vient de dire , en mangeant du poif- 
fon , du beurre ou de l'huile. Outre le grand 
carême , ils en ont quatre autres de huit jours 
chacun pendant le refte de l'année ; il font infti- 
tuez pouf fe préparer aux quatre grandes fêtes de 
Noël , de YAfunfion , de Y Annonciation , & de 
Saint George. Ces carêmes font aufîï rigoureux 
que le grand , il ne faut parler pourlors , ni 
d'œufs 4 ni de poiflon , pas même d'huile ou de 
beurre ; il y en a qui ne prennent aucune nour- 
riture pendant trois jours de fuite. 

Les Arméniens ont fept acremens comme 
n ous , le Baptême j la Confirmation , la Pemten. 
«» l'Bucharijiie, ï ' Extrèmt-OnÛUn , l'Ordre & le 
Mariage. 

Le Baptême chez eux fe fait par immerfion 
comme chez les Grecs , & ic Prêtre prononce les 
Tome III. S 



174 V O Y A C 1 

mêmes paroles,?* te baptïfean nom du Perc, du fil* 
& du Saint Efprit-.W plonge nuis fois l'enfant dans 
l'eau en mémoire de la iainte Trinité. (Quoique 
nos Miffionnaires les ayent defabufez de répeter 
les mêmes paroles à chaque immcdion , il y a 
encore beaucoup de Prêtres qui Le font par pare 
ignorance. Pendant que le Curé récite quelques 
prières de fon Rituel , il fait un cordon , moitié 
de coton blanc , 6e iv.oirié de Ébyc rouge, dont 
Apri 



. 



, il fait les onction 



S c Chrême , au front , au menton , a 
l'cfromac , an:; aitlclies , au:: mains & aux pieds, 
en faifant le iigne de la cv,l\ fur chacune de ces 
parties. La cérémonie du co; don fe fait , difent- 
ils , en mémoire du fang & de l'eau qui (cru- 
rent du coté de Jrfus-Chrift lorfqu'il reccut le 
couv de Lance fur la Croix. On ne bapu'fe que 
que l'enfant ne toit en 
:, < v le Piitre împofe toujours le 
note du Safnt cru jour , ou de celui duquel on 
doit faire la fete le lendemain , fuppofé qu'il n'y 
ait point de Saint particulier le jour du baptême. 
La Sage- femme porte l'enfant à l'Eglife , mais 
c'eft le Parrain qui le rapporte chez la merc au Ion 
des tambours,dcs trompettes, & des auttes inftru- 
mens du pays. La mère fe profterne pour recevoir 
fon enfant , & le Parrain dans ce temps-là baife le 
dcffiis de la tête de la mère; enfuite on fe meta 
rable avec les parens , les amis , & le Clergé. 
11 faut que le Clergé foit de la fête , parce que 
les Arméniens croyent qu'il n'y a que les Prêtres 
qui puiffent baptifer valablement dans quelque 
rencontre que ce foit. J'ai même oui dire qu'il 
v avoit des Prêtres qui baptifoienc les enfau* 



t°eirur 



du Levant. Lettre XX. 275 
riorts , & je n'ai pas de peine à le croire , puiû 
qu'ils ne donnent l'Extrême-Onction qu'aux 
répartez. 

Les Baptêmes qui fe font le jour de Noël font 
es plus magnifiques, & l'on renvoyé à ce jour là 
es enfans dont la fanté permet qu'on dirlere la 
:éremônie.Les fèces les plus célèbres fe font prïii- 
:ipalement dans les lieux où il y a quelque étang 
elquerivierc.Ôndreilepour cela un petit au- 
tour couvert de beaux tapis ; le 
Clergé s'y rend dès que le foleil fe leve,accompagne 
des parens , des amis & des voifins pour qui l'on 
prépare des bateaux ornez de même. Quelque 
rude que foit la faifon , après les prières ordinai- 
res, le Prêtre plonge l'enfant trois fois dans l'eau j 
& lui fait les onctions. Les pères n'en font pas 
quittes à bon marché » car la fête fe pafle en 
feftins & en préfens ; aufïi y a-t-il beaucoup dé 
pères qui n'attendent pas la fête de Noël , ôc 
qui fuppofcnt que leur enfant eft mourant. Eri 
effet queHe folie de s'incommoder fans néceflî- 
té ;- Les Gouverneurs des Provinces s'y trouvent 
fouvenr , le Roy même vient quelquefois à 
Julfapour voir ces fortes de fêtes : Il faut alors' 
faire beaucoup de préfens , outre les feftins & 
les colations. Les femmes accouchées ne vont a 
l'Eglife que 40. jours après leur accouche- 
ment , elles obfervent plufieurs fuperftitions ju- 

II paroït par ce que l'on vient de dire , que les 
Arméniens confèrent deux Sacrcmens à la fois i 
le Baptême &: la Conformation , puifqu'ils don- 
nent le Saint Chrême aux enfans. ils croyent 
que tous les Prêtres peuvent administrer ce Sa- 
cremeut , mais Us font perfuadez qu'il n'y a qus 



le Patriarche qui puiflfe bénir le Saint Chrême. 
Pour la Communion , les Prêtres donnent: 
aux fidelles un morceau de l'Hoftie confacrée , 
& trempée dans le vin confacré ; mais il eft fean- 
daleux qu'ils communient les enfans à l'âge t de 
deux ou trois mois entre les bras de leurs mè- 
res , parce qu'ils rejettent le plus fouvent les ef- 
peces confacrées. Les Prêtres Arméniens confa- 
crtnt avec du pain fans levain 3 ëc font eux- 
mêmes les hofties la veille du jour qu'ils doi- 
vent confacrer ; elles font femblables aux nôtres , 
fi ce n'eft qu'elles ont trois ou quatre fois plus 
d'e'pailleur. Avant que de commencer la Melfe , 
le Prêtre prend foin de mettre l'hoftie fur une 
patène , & le vin tout pur dans un calice. Jefus- 
Chrift , difent-ils , fie la Cène avec le vin , ÔC 
féferva l'eau pour le Baptême. Le Prêtre couvre 
les efpeccs d'un grand voile & les enferme dans 
Une armoire près de l'autel du côté de l'Evangi- 
le. A l'Offertoire il va prendre le calice & la 
patène en cérémonie s c'eft à dire fuivi des Dia- 
cres & des Souldiacres , dont quelques-uns por- 
tent des flambeaux , & les autres des plaques de 
cuivre attachées à des bâtons afTez longs , ôc 
garnies de clochettes qu'ils font rouler d'une ma- 
nière aflez harmonieuse. Le Prêtre précédé des 
encenfoirs & au milieu des flambeaux & de ces 
inftrumens de mufique , porte les efpeces en pro- 
ceffion autour du fandtuaire. C'eft alors que le 
peuple mal inftruit fe profterne & adore les efpe- 
ces non confacrées. Le Clergé encore plus cou- 
pable chante à genoux un Cantique qui commen- 
ce , le Corps du Seigneur eft frefent devant nous. 
Il femble que les Arméniens ayent pris cette 
abominable coutume des Grecs : car les Çrecs , 



du Levant. Lettre XX i 77 
comme nous l'avons remarqué , par une igno- 
rance inexcufable adorent auiîï les cfpeces avant 
la confecratïon. Leur erreur vient de ce qu'au- 
trefois ils croyoient qu'il n'étoit permis de célé- 
brer que le Jeudi Saint , & confacroient ce jour- 
là autant d'hofties qu'il en falloir pour tous les 
jours de l'année ; on les gardoit dans une armoire 
à côté de l'Evangile , & le peuple avoit raifon 
de les adorer quand le Prêtre les portoit de cet- 
te armoire à l'autel. Après cette petite proceflion 
le Prêtre met lesefpeces fur l'autel , & pronon- 
ce les paroles facramentelles ; le tournant vers Je 
peuple qui fe profterne , baife la terre & frappe 
la poitrine ; il leur montre i'hoftic & le calice , en 
difant. roi ci le Corps & le Sang de Jefus-Chrifi 

l'autel & communie en mangeant l'hoitie trem- 
pée dans le vin. Quand il donne la communion 
aux ridelles, il répète trois fois les paroles fui- 

crois fermement que ceci ejl le Corpr & U &Mg du 
Fils de Dieu qui ote les peche^da monde,& mut non 
feulement efi mon propre fihu , m 
les himmes. Le peuple répète tout bas ces paroîes 
mot pour mot. 

Malgré cette fainte précaution les Arméniens 
Schifmatiques ne paroilîent gueres pénétrez de la 
grandeur de cet adorable mïikne. tfs le préfen- 

tion , 6c on la donne aux enfansde ij. ou 16. 
ans , fans confefîîon , quoiqu'à cet âge ils ne 
foient pas li innocens que le s peuples ic fuppo- 

la campagne , pareeque fouvent le peuple n'i 
pas de quoi faire dite la Mciie , & les Prêtres 



278 Voyage 

leur perfuadent qu'une Meta mal payée n'a pas 

Nos Millionnaires fe font admirer par leur 
Science , par leur zélé & par leur gcnérofîtç ; 
mais les Schifmatiques détruifent , par leur ar- 
gent , ce que ces hommes Apoftoliques édifient 
de plus folide. Les Millions les plus fleurilïantes 
tomberont à la fin lî Dieu ne change le cœur des 
Schifmatiques. Ces malheureux qui n'appréhen- 
dent rien' tant que les faims progrés de nos 
Prêtres , intcreiTent des puilïances de l'Etat & 
ne celTènt de leur répréfenter combien il ferok 
dangereux de fouffrir que les Latins fe multi- 
plialîént chez eux ; que ces gens malintentionnez 
pour le gouvernement font dévouez au Pape H 
aux Princes Chrétiens ; qu'il faut les regarder 
comme autant d'efpions , qui fous prétexte de 
religion viennent pour reconnoître les forces du 
pays ; qu'ils n'infpirent à ceux de leur Rite que 
l'efprit de fédition & de révolte ; que les plus 
puillans Princes d'Europe ne s'intereiîéroient 
pas pour eux s'ils ne s'en iervoient comme d'au- 
tant d'Emillàircs propres à étendre un jour leurs 
conquêtes. Toutes ces fauffes raifons appuyées 
de force fequins , font ouvrir les yeux aux Ma- 
hometans ; ôc malgré toutes les recommanda- 
tions du monde , on oblige les Millionnaires a 
fe retirer. Néanmoins ces Apôtres lie le rebu- 
tent point -, on voit tous les jours en Levant de 
nouveaux Capucins , des Dominicains , des 
Carmes, des Jefukes , des Prêtres des Mimons 
étrangères de Paris. Ils inftruifent ceux qui JÇ 
préfentent , ils baptifent , ils ramènent au berçai 
les brebis égarées , ils ouvrent les portes du Ciel 



Quel dommage que les Arméniens n'ouvrent 
pas les yeux , car d'aliieurs Us font d'un bon na- 
turel & portez à la dévotion ? Leurs Eglifes font 
d'une grande propreté depuis qu'ils ont veû les 
nôtres ; il n'y a dans chaque Eglifc qu'un feul 
autel placé au fond de ia nef dans le fanctuaire , 
où l'on monte par cinq ou iïx marches. Ils font 
des dépenfcs conlidérables pour orner ce fancluai- 
re. Il n'eit permis à aucun féculier , de quelque 
qualité qu'il foit , d'v entrer. On voit bien par 
les richeiles de ce lieu , que les Arméniens 
manient plus d'écus , que les Grecs de doubles. 
La mifere paroît chez les Gtecsdans ce qu'ils ont 
de plus facré , à peine ont-jls deux petites bou- 
gies pour dire la MelTc. Chez les Arméniens , 
au contraire, on voit de belles illuminations & 
de grottes torches ; leur chant cft bieu plus agréa- 
ble auffi , & la iïmphonie des fonnettes attachées 
a l'initrutnent dont on a parlé , ex dont on donne 
ici la figure , infpire je ne fçai quoi qui attendrit 
le coeur ; on en jolie à l'Evangile à quand ou. 
t« ; ,fpon e les cfpLs. 

Les Arméniens n'apportent pas plus de prépa- 
ration pour la Confellion que pour la Commu- 
nion ; on peur même dire, fans calomnie , que 
U plufpart de leurs contenions font autant de 
iacrilcges. Les Prêtres ignorent l'clienticl de ce 
Sacrement, & les penitens qui font de giands 
Fchcurs auffi-bien que nous , ne fçavent pas 
««ftinguer le péché de ce qui ne l'eit pas. Malhcu- 
'eufement ni les uns ni les autres ne font pas 
capables de faire un bon acte de contrition. Les 
déclarations des péchez font vagues & iiidctcrmi- 

"^ > quelques-uns en dii h: il ■ 



n'en ont fait , & récitent par cœur une lifte d« 
crimes énormes , qui a été compofée autrefois 
pour fervir de modèle à faire leur examen. S'ils 
le confeffent d'avoir volé ou tué , bien fouvcnt 
les Confelîeurs répondent que Dieu eu: tout plein 
de mifericorde \ mais il n'y a point avec eux de 
remiflîon pour avoir rompu le Jeune , ou pouf 
avoir mangé du beurre le mercredi ou le vendre- 
di ; car leurs Prêtres qui font confifter la religion 
à faire de grandes abftinences , leur impofent 
des pénitences effroyables pour ces fortes de fau- 
tes ; ils ordonnent aufîi quelquefois des mois en- 
tiers de pénitence à ceux qui s'accufeiït d'âr 
voir fumé , d'avoir tué un chat , une fouris , un 

Ce feroit ici l'endroit de parler de l'Extrême- 
Ondfcion des Arméniens , puifqu'ils la comptent 
parmi les Sacremens ; mais je ne vois rien de plus 
abfurde que leur pratique , car ils ne la donnent 
qu'après la mort,& même ce n'eft ordinairement 
qu'aux perfonnes facrées } les autres en font tout- 

lls ont des règles particulières pour le Maria- 
ge. Un homme veuf ne peut époufer qu'une fem- 
me ; ik l'on ne fçauroit chez -eux contracter un 
troi/iéme Mariage* ; ce feroit vivre dans la for- 
nication. De même une femme veuve ne peut 
pas époufer un garçon, il n'y a pas grand mal 
jufquc là , peur être m. me que les Mariages fe- 
roient mieux anWtis que dans les autres Reli- 

de s'un'r • mais on ne feait ce que c'eft que de 
faire l'amour chez eux/ Les Mariages fe font 
félon la volonté des mères qui ne corifiricem or- 
dinairement que leurs maris. Après qu'on eft 



du Lfvakt. Lettre XX. 2S1 
convenu des articles, la mère du garçon vient 
au logis de la fille , accompagnée d'un Prêtre Ôc 
"de deux vieilles femmes. Elle préfente à la future 
une bague de la part de Ion fils. Le garçon te 

mieux qu'il peut , car il n'elt pas permis de ri- 
re à la première entreveue ; il eft vrai que cette 
entreveue eft fort indifférente , puifque la belle 
ou la laide ne montre pas même le blanc des 
yeux , tant elle eft voilée. On prefente à boire 
au Curé qui fait les fiançailles. Ce n'eft pas la 
coutume de publier des bancs. La veille des no- 
ces le fiancé epvoit des habits , & quelques heu- 
res après il vient recevoir chez fa fiancée le pre- 
fent qu'elle veut lui faire. Le lendemain on mon- 
te à cheval & l'on n'oublie rien pour en avoir des 
plus beaux. Le fiancé fortant de la maifon de 
fa future , marche le premier la tête couverte 
d'un raifeau d'or ou d'argent , ou d'un voile de 

ce raifeau de fee nd jufqu'à la moitié du corps. Il 
tient deia main droite le bout d'une ceinture , 
dont la fiancée qui le fuit à cheval , couverte 
d'un voile blanc , tient l'autre bout ; ce voile 
tombe jufques fur les jambes du cheval. Deux 
hommes marchent à côté du cheval de la fiancée 
pour en tenir les rênes. Les païens , les amis , 
la fleur de la jeunelle , à cheval ou à pied , les 
accompagnent à l'Eglife au Ion des inftrumens , 
en proceilïon le cierge à la main & fans confu- 
fion. On met pied a terre à la porte de l'Eglife , 
& les fiancez vont jufqu'aux marches du fan&uai- 
j'e tenant toujours la ceinture par les bouts. Là 
ils s'approchent de front , & le Prêtre leur ayant 
«ùs la Bible fur la tète, leur demande s'ils veulent 



bien le prendre pour mari & pour femme ; ils 
inclinent la tête pour marquer leur confenre- 
nient. Le Pierre prononce aiors les paroles fa- 
cramentelles 3 il fait la cérémonie des anneaux 
& dit la Mctîe.-On fe retire enfuite chez l'épou- 
iee , dans le même ordre qu'on étoit venu. Le 
mari Çc couche le premier , après avoir été dé- 
chaufle par fa femme qui eil chargée du foin 
d'éteindre la chandelle , & qu 



_pou 



lit. Voila 



font les Mariages , & les céremoi 
vent les jeunes mariées en Arménie. 



Et cette obfcurlti 


' yt\ 


: cache leur 


ardeur 




Semble mettra a 




n lem honte 


&lmr 


pudeur. 


Cependant cela s'a] 


fl? d 


le en bon fi 


rançois 


, achc- 


ter chat en poch . 


On 


dit qu'il; 


f a des Arme- 


niens qui ne conno 


îtro' 




rs femi 




les trouvoient cou< 


:hées avec un 


autre homme. 


Tous les foirs el 


lies 


éteignent 


la cl 


-.xc.:. Ile 


avant que de fe d 




iler T&la L 


plufpart ne d> 


couvrent point le 


•ar 


vjfage pendant 1 


e jour. 


Un Arménien qui 




rient d'un 


nvand 


\ovagc 


n'eft pas aiTeûié si 


1 u 


•cuvera la 




femme 


dans fon lit , ou fi 


quelqu'autre 


femme 


, pour 


profiter de fes biei 
défunte 




aura pris 


la plac 


e de la 


Quand les filles 




: perdu leti 




Y, n! 1S 



pioche parente qui prend le loin de leur maria- 
ge. Quelquefois les meies accordent leurs enfuis 
à i'age de deux ou trois ans ; il y a même des 
mères qui pendant leur groiîciîe conviennent 
enfemble de marier les enfans qu'elles portent , 



du Levant. Lettre XX. z$$ 

luppofé que l'un foie garçon & -l'autre fille ; 
c'eli la plus grande marque d'amitié que les 
honnêtes gens fc puiiïent donner. On les ac- 
corde des qu'ils font nez, & depuis les accor- 
dantes jufqucs à la confora '.nation du mariage , 
le garçon envoyé tous les ans , le jour de Paf- 
ques , un habit à fa maîtreife. Je ne parle pas 
des feftins ni des réjoiiilfanccs de la noce ; 
la fête duue trois jours , & les hommes ne font 
point mêlez avec les femmes. On dit qu'on 



mots , cf. iurtoui '-es liqueurs. 

Les Arméniens ne font pas beaucoup de 
cérémonies aujourd'hui pour les Ordres fa- 
crez i celui qui le deftine à l'Etat Ecclefiafti. 
que , fe prefente au Curé , accompagné de fon 
perc &c de fa mère qui authorifeut la déclara- 
tion que leur fils fait de vouloir fe conlacrer 
à Dieu. Le Curé bien informé de ioiideflein, 
f«ms fe mettre en peine de lui réprefeuter la 
pefanteur du fardeau dont il va le charger , 
fans l'exhorter à demander à Dieu les grâces 
néceflaires pour perfeverer dans un état h 



«m , fans lui ordonner de 
nféparables de ce miniftei 



e , fe conten 





:tre une chape fur le dos en récitant 


4z 


i Oraifons. Voilà la première céremo- 


. On 


la répète fix fois , d'année en année , 




ici- aucune rcole pour le temps qui fe 


uve < 


:ncre deux ; mais lorfque l'EcclctialK- 


e a a 


tteînt l'âge de i S. ans, il peut fe faire 


rer ; 


ces impositions de la Chape , ac- 


npagi 


îees de quelques Oraifons particulie- 




fervant que pour les autres Ordres , 



1$4 V O Y A G F 

qui font la Clericature , le Soufdiaconat & le 
Diaconat. En attendant fi le Prècrc veur fe 
marier , comme cela fe pratique toujours chez 
eux , après la quatrième cérémonie on lui fait 
<fpoufer la fille qu'il fouhaitc. Apres l'impofi- 
tion de la Chape, il s'addreife à un Evèque ou 
à un Archevêque qui le revêtit de tous les ha- 
bits facerdocaux. Cette cérémonie coure plus 
que les autres , car il faut payer plus cher à 
mefure qu'on avance dans les Ordres. Autrefois 
les Prêtres Arméniens ne pouvoient pas 



Le 



ce Divin : après lequel temps la plufpa 
chent dans l'Eglife la veille du jour qu'us doi- 
vent célébrer ; quelques-uns y relient cinq jours 
fans venir chez eux , & ne mangent que des 
œufs durs , & du ris cuit à l'eau & au fcl. Les 
Evéques ne mangent de la viande & du poiflbn 
que quatre fois' l'année. Les Archevêques ne 
vivent que de légumes. Comme ils font conul- 
ter la perfection de la Religion dans les jeunes 
& dans les abstinences , ils les augmentent * 
mefurc qu'ils font devez en d? ;.. 
pied-là les Patriarches devroient quafi fe laufcr 
mourir de faim. Nos Mlffioniu r< 
gcz d'entrer un peu ià a 

Les Prciats ne font de l'Eau-ben: 



ricr après la mor 


t de leurs fem: 




Is ne fe 


,t pas 


tout-à-fait 


relâchez fur 


cet 1 


irride , 


is ils : 


ne peuvent 


plus dire la 


M-ilV 


quand 


epoufe 


nt une féconde femme , 1 


:ommi 


< & leur 


acte te 


étoit efface par le fécond n 


îariaçe. 




eaux Prêtres 


1 font obliges 


r de refter un 


dan, !" 


Eglile pour 


ne s'occuper 


quedi 


i fervi- 





Dti Levant. 


Lettre XX. 18/ 


l'année 


, & ils appellent 


: cette cérémonie le 


Baptême de la Croix parce 


que le jour de 1 J £- 


piphamt 


• ils plongent une 


croix dans l'eau après 




ecité pluiîeurs ora 


:un remplit fon pot ÔC 


l'Eau- benke eft faite , chac 


l'empor 


te chez toi ; les Pré 


très , & fur tout les 


Prélats 


, retirent de cette 


cérémonie un profit 


très confidérable. 




J-ay] 


/honneur d'êtrs av< 


ic un profond, refpecl, 




236 Voyage 

Lettre XXI. 

A Monfe'tgneur le Comte de V ont ch.ir train , Secré- 
taire d'Etat O' des Commandement de Sa Ma- 
jefi 9 &c t 



E Nous commençâmes à tourner tout de bon le 
dos au Levant le 12. Septembre , & quoique 
nous fuffions.au. fond de la Natolie , il nous fem- 
bloit que nous voyions les pointes des clochers 
de France , dès que nous eûmes pris le parti 
de nous approcher de la Méditerranée. Nous 
n'allâmes pourtant ce jour-ià qu'a un mille d'Er- 
zeron avec une partie de la Caravane qui s'af- 
fcmbloit pour Tocat , &c nous partîmes le lende- 
main 1 3, Septembre pour les Bains d'Elija où le 
refte des Marchands s'étoient rendus. Ces eaux 
nous parurent plus chaudes que celles d'Alfanca- 
lé , & que celles des environs du grand Monaftc- 
re d'Erzeron. 

Le 14. Septembre nous marchâmes depuis $. 
heures du matin jufques a midi par des pays plats, 
mais fi fecs & il brûlez qu'on n'y trouvoit ni plan- 
tes- ni graines. Nôtre Caravane n'étoit que d| en- 
viron 300. perfonnes , prefque tous Arméniens 
qui conduifoient des foyes à Tocat , à Stnyrne 
& à Conftantinople. On partit le 15. à cinq heu- 
res & demi , & l'on campa vers le midi fur cette 
branche de l'Euphrate qui parte par la fW* 



dit Levant. Lettre XX T. i$? 
d'Erzeron fous le pont d'Elija. Nous l'avions tou- 
jours cocoyéçà gauche,mais la campagne nous pa- 
rue bien plus rude que celle du jour précèdent ; ce 
ne font que roches qui déterminent l'Euphrate 
à couler vers le couchant. Les bords d.e cette ri- 
vière iont couverts d'une belle efpece d'Epine- 

diftingue par Ton fruit. C'eft une grappe à fept 
ou huit grains eilindriques , longs d'environ 4. 
lignes fur deux lignes d'épais, noirs, couverts 
d'une fleur femblabte à celle des prunes fraîches , 
pleins d'un fuc violet moins aigre ck beaucoup 
plus agréable que celui de l'£ pine •-vinette. L'ar- 
bnifeau donc nous parlons a les feuilles longues 
d'environ deux pouces fur près de- 10. lignes de 
largeur, aigrelettes & dentées. Le bois en cil 
jaune , garni d'épines dures , queiques-unes îim. 

Cette plante a levé de graine dans le Jardin du 
Roy. 

Le :<S. Septembre on marcha depuis quatre 
heures <k demi du matin jufques à une heure après 
midi , dans une vallée étroite , defagréable , 
inculte , où l'on ne trouve qu'un feul Caravan- 

l'Oùefl fait pîufieurs détours. Nous fumes obli- 
gez de parler deux fois cette rivière , ayant ap- 
pris par une Caravane compofée de 14. Cha- 
meaux , qu'il y avoit beaucoup de voleurs fur le 
chemin de Tocat. A cette nouvelle nous nous 
raffembiâmes pour tenir Confeil , & il fut décidé 
qu'on tâcheroit de faire la meilleure contenance 
qu'il feroit polEble. On ne manqua pas de met- 
tre dans le centre de la marche tous les chevaux 
chargez de foyes , & nous nous trouvions tantôt 



I-..CL. 



r.Jis 






chiens fur la pente de la colline à la veiie de ce 
coupe- gorge , oa décacha trois fuilliers pour al- 
ler reconnaître le pauage , heureufement ils 
rapportèrent qu'ils n'avoient veû que trois on 
quatre cavaliers armez qui fe retiroient dans 
les montagnes ; ainfi nous panâmes le dénié fans 
dire mot & le plus promptement que nous pûmes,, 
Ceft dans cet endroit- là que l J Euphrate fait un 
coude confidérable vers le Midi pour s'approcher 
de l'autre de fes branches , laquelle palTè à 
Mammacoutum. Nous continuâmes nôtre route 
vers le Sud-Oueft > & fûmes obligez de camper à 
demi heure du défile , prefque à mi-côte d'une 
montagne allez rude , dans une folitude affreufe 
où l'on ne voit ni village ni Caravanferai -, on eut 
même allez de peine à trouver des bouzes de 
vaches pour faire bouillir la marmite.' 

Le 17. Septembre nôtre route fut courte i 
mais fort incommode ; on pafla fur une mon- 
tagne toute pelée , au pied de laquelle on entre 
dans une vallée bien cultivée, où nous campâ- 
mes après 4. heures de marche , auprès de 
Cœrabottlac village aflez joli. Nous fûmes joints 
ce jour-là par une Caravane de Marchands de foye, 
aufîi forte que la notre ; elle étoit partie d'Erze- 
ron deux jours après nous , mais elle avoit fait 
plus de dilige îce , fur le bruit qui couroit qu'un 
Pacha Manioul s'étolt mis à la tête des voleurs. 
Cette recrue nous fit plailîr & nous partîmes tous 
cniemble de Caraboulac furies 5. heures du 
matin pour venir à Acçounar autre village où 
nous arrivâmes à une heure après midi. La route 
feroit 



tv Levant, lettre XXL 189 
feroit aflcz commode , n'étoit qu'il faut paf- 
fer par une montagne fort élevée &c toute décou* 

Le 18. Septembre on partit à 4. heures du 
matin pour n'aller pointant pas bien loin, car 
nous campâmes fur les 8. heures & trois quarts 
auprès d'un ruilfeau qui coule vers l'Oiieft; il 
eft vrai que nous partîmes fur une montagne cou- 
Verte de Pins , dont la defeeme eft fort rude x 
& qui conduit dans une vallée étroite & tor- 
tue , fur la gauche de laquelle on voit le relie 
d'un vieux Aqueduc à arcades arrondies qui 
paroît aitez ancien. Nous panâmes ce même 
jour la rivière qui va fc jetter dans la mer Noi- 
re à Vatiza ; cette rivière vient du Midi , au 
Heu que dans nos Cartes on la fait couler du 
côté de l'Eft, 

Le 19. Septembre on continua de marcher 
au Nord-Oiieft , dans une autre vallée fort étroi- 
te , après quoi nous entrâmes dans une allez- 
belle plaine à l'Oùeft , où coule un agréable ruif- 
ieau fur le bord duquel eft le village de Sttkmé. 
Un peu eu. deçà de ce village , à droite du grand 
chemin, fèvoyent deux morceaux de colonnes 
antiques , fur le plus petit dcfquels il y a des ca- 
ractères grecs fort anciens , que la peur des vo- 
leurs nous empêcha d'examiner ; & d'ailleurs 
l'inferiprion nous en parut très-ufée. Peut-être 
qu'elle fait mention du nom de quelque ancienne 
ville fur les ruines de laquelle Sulané a été 
bâti. Après une route de cinq heures & demi , 
ou campa auprès d'un autre village appelle Kcr- 

La marche du zo. Septembre fut de 7. heures, 
* nous nous arrêtâmes à SarvonltT autre village 
Time IIL T 



29° Voyage 

bâti de même que Kermeri , c'eft-à-dire fort pau- 
vrement. A la defcentede la montagne & à l'en- 
trée d'un coupe-gorge 3 on découvrit cinq ou fix 
voleurs à cheval , qui fe retirèrent , fur ce que 
nous les menacions de tirer fur eux. On mit pied 
à terre en tenant le fufil , les piltolets , le fabre 
ou la lance à la main ; car nous avions dans nô- 
tre troupe des gens armez de toutes ces différen- 
tes pièces , mais il y en avoit peu qui fuifent bien 
réfolus de s'en fervîr ; pour moi j'avoue franche- 
ment que je ne mefentois pas l'ame guerrieic ce 
jour-là. Les balles de foye étoient au milieu de 
la. marche, & les cavaliers les plus leftes s'é- 
toient partagez à la tête & à la que ne. Quelques 
voleurs parurent à un quart de lieue de la fur les 
hauteurs voifines ; cependant nous ne laiiTames 
pas d'entrer dans une petite plaine terminéepar 
un vallon , à l'entrée duquel s'écoient portez \$. 

bon ordre , jugèrent à propos de fe retirer. Ces 
malheureux font des montagnards qui volent 
quand ils fe trouvent les plus forts , Se qui n'ont 
pas l'efprit de s'entendre ni de bien faire leurs 
parties. Il eft certain que s'ils nous avoïent atta- 
quez avec fermeté , ils auroient enlevé la moi- 
tié des balles de foye. Quelques voleurs de nuit 
qui fe mêlèrent avec nous fur te matin , dansée 
temps qu'on chargeoîc les balles , furent bien 
plus habiles , car ils détournèrent deux mulets 
avec leur charge , & l'on n'en entendit plus par- 
ler. Les montagnes par où nous paflàmes fc» nC 
couvertes de taiîlis de charmes , parmi lefqueis 
on voit des Pins , de la Sabine & du Gtmhre. 
Les Melons d'eau font excellens dans tous ces 
quartiers-là j les meilleurs ont la chair rouge- 



du Leva***. Lettre XXI. 291 

plie j & les graines rougebrun tirant fur le noir ; 
les autres ont la chair jaunâtre Se la graine noi- 
re ; les moins fucrez ont la chair blanche. 

Le zi. Septembre nous partîmes à 5. heures 
du matin > & panâmes fur la plus haute , la plus 
rude & le plus ennuyeufe montagne du pays , 
toujours fur nos gardes de peur des voleurs. La 

loit de nos allarmes \ ces Plantes naiiTcnt parmi 
le Chêne commun > le Saule mufqué , l' Alifer , 
le Tamaris , les Fins , l' tpme-vwette à fruit 

Lezi. Septembre nous ne découvrîmes de- 
puis 5. heures du matin jufques à midi , que des 
roches fort efearpées , toutes de marbre blanc , 
ou de jafpe rouge Se blartc , parmi lefquelles 
coule avec rapidité , du levant au couchant , la 
rivière de Carmili. Nous eûmes pour gîte un 
mauvais Caravanferai , ou plutôt une grange dans 
laquelle nous trouvâmes une banquette haute 
de trois pieds , fur quoi chacun étendit fou équi- 
page. Les Turcs ne portent qu'un tapis pour tout 
meuble de nuit. Ce Heu n'étoit éclairé que par 
des ouvertures plus petites que les fenêtres des 
chambres des Capucins, Nous fumes heureux 
de trouver cette retraite , car outre qu'il plût 
prefque tout le jour , il tomba aulli de la grêle 
pendant toute la nuit. Nous obfervâmes ce jour- 
là des Amandiers fauvages qui font beaucoup 
plus petits que L'Amandier commun , mais leurs 
branches ne font pas terminées par un piquant 
comme celles de l'Amandier fauvage qui naît eu 
Candie. Les feuilles de l'efpece dont nous par- 
ons , n'ont que quatre ou cinq lignes de large 
far un pouce Se demi de long , & i"" c de memc 



2 9 * V O V A G « 

couleur & de iwême tiflure que celles de nos 
Amandiers. Le fruit du fauvage eft à peine de 
8. ou 9. lignes de long fur 7. ou 8. lignes de 
large , mais il eft très-dur. Le noyau eft moins 
amer que celui de nos amandes ameres , & fent 
le noyau du fruit du Pcchcr. On voit aufli dans 
ces quartiers- là une efpcce de Micocoulier qui me 
parut fort remarquable. 

Cet arbre ne vient guère plus haut qu'un Pru- 
nier , mais il eft plus touffu i fes branches ont 
le bois blanc avec l'écorce vert- brun ; Tes feuilles 
font plus roides & plus fermes que celles de no- 
tre Micocoulier , plus pecites , plus cpaitlcs , 
moins pointues , longues ordinairement d'un 
pouce & demi , allez femblables à celles du Pom- 
mier , mais de la tiflure de celles du Micocou- 
lier ; elles font vert-brun en deflus , vert blan- 
châtre en detfbus , de faveur d'herbe , dentées 
fur les bords , & l'une des oreilles de leur bafe 
eft plus petite & plus baffe que l'autre. Les fruits 
naiiîent dans les aûTellcs de fes feuilles , longs 
de 4. lignes prefque ovales , jaunes , tirans fur 
le brun quand ils font bien meurs. Leur chair 
eft ja<mâcre , douce , mais ftiptique , le noyau eft 
verd & renferme une graine moclleufe comme 
l'çfpece commune. 

Le z$. Septembre nôtre marche fût de 8. heu- 
r & demi ; on trouva à la fortie du Caravanfe- 
r ù une montagne fort haute, fort rude & toute pe- 
lée; m ai s nous entrâmes enfuite dans une grande & 
belle Plaine ou nous campâmes auprès d'un villa- 
ge appelle Curtanos. Le 14, nous partîmes à 4. 
heures du matin de la plaine de Curtanos , & 
paifàmes fur une montagne ôc dans des vallées 
fort rudes où coule s à droite du chemin , une 




1 CeltLr Orientalu, nun.r tUu, „, 
orihtus, et crassisrihus, fhniu/la 



du Levant. Lettre XXI. i 9 $ 

rivière toute rouge par la grande quantité de Bol 
qu'elle détrempe. Elle ferpente par des défilez 
fort dangereux où à peine des bêtes de fomme peu- 
vent palier les unes après les autics. Ces défi- 
lez nous «onduifirent enfin au pied d'autres mon- 
tagnes toutes herûfées de pointes , fur la plus 
haute defqucllcs eft bâtie la ville de Chon*c ou 
Couleifar , petite Place difpoféc en amphithéâ- 
tre , & terminée par un vieux château. La ri- 
vière , qui paroît toute fanglante , parte au bas 
de la montagne & rend le partage encore plus af- 
freux. Les. environs font horriblement ekarpez , 
mais on change tout d'un coup de iîtuation , car 
paire Chonac on entre dans une des plus belles 
vallées d'Afic , remplie de vignobles & de ver- 
gers. Ce changement auquel on ne s'attend pas 
naturellement , fait un contrafte fort agréable 
qui dure jufqu'à Agimbrat ou Agimourat pe- 
tite ville à une heure & demi de Chonac. Agim- 
brat eft fur une montagne fcmblable à un pâté 
ecrafé , au pied duquel pafle la même rivière. 
Un rocher s'élève à côté de la ville , fur lequel 
Çlt un ancien château ruiné qui gardoit ancienne- 
ment ce partage de la vallée. Nous ne vîmes que 
des belles Plantes pendant toute cette journée ; 
les vignobles font mêlez de Pêchers , d' Abrico- 
tiers , & de Pruniers. Notre cite fut trcs-aeiéa- 
We , c'eft un beau Caravanferai au pîed de fa ri- 
vière , à double nef comme la grande Sale du 
Palais à Paris , 
& les arcades f( 
ment qui eft d'i 
pays, n'eft éclairé que 
y loge fur une banquet! 
chaque nef. Pour nous 



voure ci] 


: .te m'ci 


re de taille , 


bien cil 


urée* , i 


naiscebâci- 


beauté 


firprcn: 


.ntepour le 



ip4* Voyage 

allâmes coucher dans la cour où nous ne laifltons 
pas de nous rerTentir encore des grandes chaleurs 
de la journée ; mais nous fûmes obligez d'aban- 
donner notre gîte une heure avant le jour , & de 
venir refpirer l'air infe&é du foufle de tous les 
chevaux & des mulets de la Caravane > car le 
froid nous avoit engourdis , Se malheurcufemenc 
nous n'avions pour toute boilïbn que de l'eau à 
la glace. Comme il n'y a que des Turcs dans le 
pays , ils vendent leur vin çn gros aux Armé- 
niens , & après que la vente efl faite on y mour- 
roit faute d'en trouver la valeur d'un demi feptier; 
nous nous en consolâmes en mangeant des raifins, 
quoiqu'ils fuflent molalTes &trop doux. On nous 
dit que ces vignes étoient de peu d'apparence Se 
de peu de rapport. 

Le 15. Septembre nous fuivîmes la même val- 
lée depuis 5, heures du matin jufqu'à 8. la riviè- 
re rouge couloit à nôtre droite , mais nous la 
quittâmes à un village qui occupe prçfque tout 
le fond de la vallée ; cette rivière tire vers le 
Nord & va fe jetter , à ce qu'on nous dit , dans 
quelqu'une de celles qui fe dégorgent dans la 
mer Noire, C'elt dequoi nous ne nous embarraf- 
fions pas beaucoup , pareeque les marchands des 
Caravanes ne donnent pas de grands éclairciilc- 
mens fur ces fortes de matières -, mais nous étions 
fort inquiets de fçavoir quel chemin nous pren- 
drions j parce qu'on ne voyoit , quelque part 
que l'on jettât la veiie , que l'ouverture par où 
)a rivière s'échape. Nos Arméniens nous mon- 
trèrent bientôt la route , & la tète de la Carava- 
ne commença à monter fur la plus haute mon- 
tagne que nous cufllons encore paflée depuis 
Erzeron. On y voit beaucoup de Chênes Se de 




MespUiur On 
CaroiL.InJl-.Rei kerb. ++ 



du Levant. Lettre XX I. x 9$ 
Pins, mais la defcentc en eft affreufe,& l'on cam r 
pa dans une efpece d'abîme au pied de quelques 

Ces montagnes produifent de belles cfpeces 
à'Az.arolier , il y en a qui font au Ai gros que 
des Chênes. Leur tronc a l'écorce gerfée & gri- 
fatre , les branches touffues & étendues fur les 
cotez. Les feuilles font difpofées par bouquets , 
longues de deux pouces 6k demi fur ij. lignes 
de large , vert-pâle -, luifantes , légèrement ve- 
lues des deux cotez , découpées ordinairement 
en trois parties jufques vers la côte , & ces parties 
font dentées fort proprement fur les bords , alfez 
femblables à celles de la Tanalfie ; la partie qui 
termine les feuilles eft encore recoupée en trois 
parties. Les fruits nailfent deux ou trois enfem- 
ble au bout des jeunes jets , ôc reftemblent à des 
petites Pommes d'un pouce de diamètre, arron- 
dies en cinq coins en côte de Melon , légère- 
ment velus , vert-pale tirant fur le jaune , avec 
un nombril relevé de 5. feuilles longues de 4. 
ligues , larges d'une ligne & demi , & dentées de 
même que les feuilles de l'arbre : on voir mê- 
me quelquefois une ou deux de ces feuilles fortïr 
de la chair du fruit ou de fon pédicule. Ce fruit 
quoi qu'agréable , ne l'eft pas autant que \'A\a- 
rôle, mais je crois qu'il feroit excellent s'il étoit 
cultivé. Non feulement les Arméniens en mangè- 
rent tant qu'ils purent , mais ils en remplirent 
leurs befaces. Le centre de ce fruit eft occupé 
Par cinq oiîélets lor.çs de quatre lignes , arrondis 
fur le dos , un peuapiacis fur les cotez , aigus du 
côté qui regarde le' centre du fruit , très-durs & 
remplis d'une moelle blanche. Cet arbre n'a point 
àc piquans,fes feuilles font fades & d'un goût mu- 
cilagincux. T iiii 



X^6 V O Y A G ? 

Les autres efpeces & À parolier ont le frujç 
rouge & ne différent entre elles que par la grof- 
ieurde leurs fruits, dont quelques-uns ont un, 
pouce de diamètre , ôc les autres n'ont que 7. 
ou 8. lignes d'épaiflcur. Ces fortes d'arbres qui 
ne font pas plus hauts que nos Pruniers ont le 
tronc gros comme la cuiiïc , couvert d'une écor- 
ce grifâtre & comme gerfée. Les branches en 
font touffues , terminées par des piquans fermes , 
noirâtres & iuifans. Les feuilles nailfent par bou- 
quets, femblables à celles de l'Azarolier , lon- 
gues d'un pouce & demi , vert-pâle , velues , 
cotonneufes des deux cotez , découpées en trois 
parties , dont celle du milieu efl refendue en 
«rois , 8c celle des cotez recoupée en deux. Les 
fruits nailfent 4. ou j. enfemble , relevez de cinq 
coins arrondis,rougesi\elus 3 avec un nombril gar- 
ni de cinq feuilles pointu*és,ils font aigrelets & plus 
agréables que celui de l'efpcce précédente ; leur 
chair efl; jaunâtre & renferme cinq ourlets fort 
durs remplis d'une moelle blanche. 

Le 16. Septembre nous partîmes fur les cinq 
heures , & nous ne nous arrêtâmes qu'à midi ; ce 
ne fut pas fans nous ennuyer , car on marche tou- 
jours dans la même vallée qui , pour ainfi dire , 
eft à ondes & de laquelle on croit fortir à tout 
moment , quoiqu'elle falfe tant de tours & de 
détours , que nous y campâmes encore ce jour-U 
fur le bord d'une rivière. On voit , fur ce chemin, 
des Tombeaux de pierre bâtis à la Turque fans 
mortier. On nous alïéùia qu'on y avoir enterre 
des pauvres marchands aiTalTinez, car cette route 
ctoit autrefois une des plus dangeieufes de l'An** 
tolie , préfeiuement les gens du pays qui de temps 
en temps dévalifent quelques petites Caravanes , 
tfrçnr fur ks voleurs étrangers ^c les ont prefque 



du Levant. Lettre XXL i^f 

cous difïïpez ; ils ont pour maxime que chacun 
doit voler fur Tes terres , ainfi l'on rifqueroic 
beaucoup d'y palier fans bonne efcorte ; d'ail- 
leurs le pays eft fort agréable , & j'ay oublié de 
dire que depuis Erzeron nous avions veû une in- 
finité de perdrix fur les chemins. 

Outre le Chêne commun &: celui qui porte la 
Velanede , on en voit de plulieurs autres efpeces 
dans cette vallée , &c fur tout de celle dont les 
feuilles ont 3. ou 4. pouces de long fur deux pou- 
ces de large, découpées prefque jufqu'à la cote, 
d'une manière qui approche allez des découpures 
de {'Acanthe. La côte cft vert paie & commence 
par une quelie longue de 7. ou 8. lignes , mais 
lesfeiilles font lilfes & vert-brun en delfus , blan- 
châtres en dellbus , leurs découpures font quel- 
quefois incifées en trois parties à la pointe. Les 
glands «aillent ordinairement deux à deux par 
plufieurs paires , entatïez les uns fur les autres 
& attachez fans pédicule contre les branches. 
Chaque gland eft long de 15. lignes, fur 8. ou 
5>- lignes de diamètre, & déborde de moitié hors 
de fa calotte , arrondi & terminé par un petit 
bec. La calotte a 15. ou lé. lignes de diamètre, 
haute d'environ un pouce , garnie de friers en mur- 



. 



de den 



; les bords , recoquillez les uns en haut 
les autres en bas , comme frifez , épais de demi 
ligne à leur bafe , mais qui diminuent jufques 
au bout. On trouve fur les mêmes pieds quel- 
ques glands plus courts & prefque ronds. Les 
feuilles de cet arbre font d'un goût fade & mu- 
cilagineux. 

'Nôtre route du z8. Septembre fut de 8. à 9. 
Heures, prefque toujours dans la même vallée , 



298 Voyage 

laquelle après s'être élargie ôc rctrécie en plu- 
sieurs endroits , s'ouvre enfin en une efpece de 
plaine inculte où nous obfervâmes les mêmes 
cfpeces de Chênes. La rivière jufques-là couloit 
toujours a nôtre gauche , nous la palfâmes à gue 
à une heure du gîte , & la biffâmes à droite dans 
la même plaine. Une partie delà Caravane alla 
coucher ce jour- là à Tocat. On nous fit camper 
auprès d'un village appelle Alimm au milieu des 
Chênes à grandes & à petites feuilles. Parmi 
plufieurs Plantes rares nous y obfervâmes la 
Sauge à faucilles larges & f ri fées , le Genièvre à 
fruit ronge , le Fufain , l' Aulne , le Coumouillier , 
le Terebinthe commun, le Melilot , la Pimprenelle , 
la Chicorée fauvage ,1a Sarriette, V Ambroffie t h Fou- 
gère femelle & je ne fçai combien de plantes fort 
communes ; mais rien ne nous fit plus de plaifir 
que cette belle efpece de Thapfie dont Rauvolf 
a donné la figure fous le nom de Gingidinm Diof- 
eoridis. En voici ladefeription. 

Sa racine n'a qu'une ligne d'épais , blanchâtre , 
longue de trois ou quatre pouces , garnie de quel- 
ques fibres. La tige de la plufpart des pieds que 
nous trouvâmes dans les champs , n'avoitgueres 
plus d'un empan de haut, tortue" ; épaitfe d'une 
ligne , accompagnée de feuilles femblables à 
celles du Scandix Cretl a minor C. B. longues de 
efquelles enveloppent la tige 
: de gaine de demi pouce de long. 
Les ombelles font larges d'un pouce & denii , en- 
tourez à la bafe de cinq feuilles découpées de mê- 
me que les autres , longues feulement de fept 
ou huit lignes , pliées en goutiére à leur naiilan- 
ce. Chaque rayon eft encore terminé par deux 
feuilles femblables qui accompagnent les rieurs ; 
elles étoient paflees aufli-bien que les graines que 



;D 



1 



BU Levant, Lettre XXL 199 
nous araaflames à terre en quantité. Ces graines 
font ovales & plattes. 

Le 18. Septembre nous montâmes à cheval à 
une heure après minuit , & arrivâmes à Tocat 
furies 10. heures Après avoir paifé par des val- 
lées fort étroites & couvertes de Chênes , nous 
retrouvâmes nôtre rivière & la parlâmes encore 
deux fois , elle s'appelk Tofanlu & fe jette dans 
l'his des anciens , que les Turcs nomment CafaL 
mac. Enfin on entre dans une vallée plus grande 
& plus belle que les autres , laquelle conduit à 
Tocat y mais cette ville ne paroît que lors qu'on 
eft arrivé aux portes , car elle eft iituée dans un 
recoin au milieu de grandes montagnes de mar- 
bre. Ce recoin eft bien cultivé & rempli de vi- 
gnobles & de jardins qui produifent d'excellens 
fruits y le vin en feroit merveilleux s'il étoit moins 

La ville de Tocat eft beaucoup plus grande & 
plus agréable qu'Erzeron. Les maifons font 
mieux bâties & la phifpart à deux étages ; elles 
occupent non feulement le terrein qui eft entre 
des collines fort efearpées , mais encore la crou- 

theatre , en forte qu'il n'y a pas de ville au mon- 
de dont la fituation foit plus finguliere. On n'a. 
pas même négligé deux roches de marbre qui font 
affreufes , heriilces , & taillées à plomb , car on 
voit un vieux château fur chacune. Les rues de 
Tocat font allez bien pavées , ce qui eft rare dans 
le Levant. Je crois que c'eft la neceffité qui a 
obligé les bourgeois à les faire paver , de peur 
que les eaux des pluyes , dans le temps des ora- 
ges , ne découvrirent lesfondemens de leurs mai- 
fons & ne niîenc des ravins dans les rues. Les 



3©o Voyage 

collines fur lefquelles la ville eft bâtie , fournil- 
fent tant de fources que chaque maifon a fa fon- 
taine. Malgré cette grande quantité d'eau on ne 
pût pas éteindre le feu qui confuma , quelque 
temps avant nôtre arrivée , la plus belle partie de 
la ville & des fauxbourgs. Plufieurs marchands 
en furent ruinez , car leurs magafins croient 
pleins dans ce temps-là ; mais on commençoit à 
la rebâtir , & l'on efperoit que les marques de 
l'incendie n'y paroîtroient bientôt plus. On 
trouve alTez de bois ôc de matériaux autour de la 
ville. 

Il y a dans Tocat un Cadi , un Vaivode , un 
Janiftaire Aga , avec environ mille JanilEures & 
quelques Spahis. On y compte vingt mille fa- 
milles Turques , quatre mille familles d'Armé- 
niens , trois ou quatre cens familles de Grecs , 
douze Mofquées à minarets , une infinité de cha- 
pelles Turques. Les Arméniens y ont fept EglU 
fes , les Grecs n'ont qu'une méchante chapelle , 
quoiqu'ils fe vantent qu'elle a été bâtie par l'Em- 
pereur Juftinien. Elle eft gouvernée par un Mé- 
tropolitain dépendant de l'Archevêque de Nicfa- 
ra , ou pour mieux dire , de Neocœfarea ancien- 
ne ville prcfque ruinée , à deux journées de 

Nicfara eft encore la Métropole de Cappado- 
cc , & l'on n'oubliera jamais que dans le troi- 
fïcme fiécle elle a eu pour Pafteur Saint Grégoire 
Thaumaturge , ou le faifeur de Miracles. Niger 
& quelques autres Géographes n'ont pas eu rai- 
fon de confondre cette ville avec Tocat. L'Ar- 
chevêque de Nicfara a la cinquième place parmi 
les Prélats qui font fous le Patriarche de ContUn- 



d tj Lïyant. Lettre XXL 3°* 
Outres les foyes qui font allez confidérables, 
on confomme à Tocat , tous les ans 8. ou 10. 
charges descelles de Perfe. Toutes ces foyes s'era- 
ployent en petites étoffes , en foye à coudre , 
ou a faire des boutons. Ce Commerce eft allez 
bon i mais le grand négoce de Tocat cft en vaif. 
felle de cuivre , comme Marmites , TafTes , 
Fanaux , Chandeliers , que l'on travaille fore 
proprement & que l'on envoyé enfuite à Conf- 
tantinople & en Egypte. Les ouvriers de Tocat 
tirent leur cuivre des mines de Gumifcana , qui 
font à trois journées de Trebifonde & de celle de 
Cajfamboul qui font encore plus abondantes , à 
dix journées de Tocat du côté d'Angora. On 
prépare encore à Tocat beaucoup de peaux de 
maroquin jaune , que l'on porte par terre à Sam- 
fon fur la mer Noire , & de là à Calas port de 
Valachie. On y en porte aulïi beaucoup de rou- 
ges , mais les marchands de Tocat les tirent du 
Diarbec & de la Caramanie. On nous aflura qu'on 
tei^noit les peaux jaunes avec le Fujlet 5 & les 
rouges avec la Garance. Les toiles peintes de 
Tocat ne font pas fi belles que celles de Perfe , 
mais les Mofcovites & les Tartares de la Crimée 
s'en contentent. Il en palTe même en France , & 
ce font celles que nous appelions Toiles du Le- 
vant. Tocat & Amafia en fourniflent plus que 
tout le refte du pays. 

Il faut regarder Tocat comme le centre du com- 
merce de l'Ane mineure. Les Caravanes de Diar- 
bequh y viennent en dix-huit jours ; un homme à 
cheval fait le chemin en douze. Celle de Tocat 
à Synope mettent fix jours: les gens de pied y vont 
en quatre jours. De Tocat à PrulTe les Carava- 
nes employent vingt jours , les gens à cheval y 



;oi VOYAGÉ 

arrivent en quinze. Celles qui vont en droiture 
de Tocat à Smyrne , fans pafTer par Angora ni pat 
Prtillè , font vinge-fept jours en chemin avec des 
mulets, 8c quarante jours avec des chameaux, 
mais elles rifquent d'être maltraitées par les vo- 
leurs. Une partie de nôtre Caravane partit pour 
Prullè , 8c l'autre pour Angora , dans le delfein 
d J allcr à Smyrne 8c d'éviter les voleurs. Nos 
Arméniens nous augurèrent qu'ils gagnoient beau- 
coup plus à faire voiturer leur foye à Smyrne , 
car ils ne l'avoient achetée à Gangel fur la fron- 
tière de Perfe,qu'à raifonde vingt ecus le Batman; 
en forte que vendant le même poids à Smyrne, fur 
le pied de trente éens , ils gagnoient trois écus 
fur chaque Batman , déduction faite de tous les 
frais qu'ils font obligez de faire pendant leur rou- 
te. Ce gain eft très-confidérable , parce qu'un 
Batman ne pefe que 6. Oques , c'elt-à-dire^ 18. 
livres i z. onces ; 8c la charge d'un cheval étant 
du poids de 6oo. livres , & celle d'un chameau, 
de 1000. il y a , tout bien fupputé , ico, ecus 
à gagner fur chaque charge de cheval , 8c $oo* 
livres fur celle d'un chameau. Les marchands qui 
font conduire dix charges de foyes gagnent donc 
mille ecus par cheval , 8c cinq mille livres par 
chameau , fans compter le profit qu'ils font tur 
les marchandifes dont ils fe chargent au retour. 

Tocat dépend du gouvernement de Sivas ou 
il y a un Pacha 8c un janiilaire Aga. Les Grecs 
de cette Province payent quatre nulle billets de 
Capitation, Sivas , fuivant leur tradition , eft 
l'ancienne ville de Sebafie , que Pline 8c Ptoi<> 
mée placent dans la Cappadoce. Cette ville n'eft 
qu'à deux journées de Tocat vers le Midi,& ^m*" 
/Vautre ancienne viile,elt a trois journées de To- 
cat vers le Nord-Oueft i mais ce deux villes , ^uoi 



du Levant. Lettre XXL 3 oj 
qu'anciennes/ont bien plus petites que Tocat.Si- 
vas elt peu de choie aujourd'hui, &ne feroit pref- 
que pas connue li le Pacha n'y faifoit fa rcfidence. 
Ducasqui a écrit L'Hijtoire Byzantine depuis Jean 
Paieologue jufques à Mahomet il. afieûre que 
Bijazet prit Si vas en 1394. Tamerlan l'aflïcgea 
peu de temps après,& d'une manière Ci finguliere , 
que nos Ingénieurs ne feront pas fâchez d'en ap- 
prendre le détail. 

Tamerlan fit creufer les fondemens des murail- 
les de la Place , & les fit foûtenir par des pièces 
de bois à me fur e qu'on en tiroit les pierres. Les 
ouvriers palfoient par des foûteneins dont l'ou- 
verture étoit a plus d'un mille de la ville , fans 
que leshabitans eneuflènt aucun foupçon. Lorf- 
quei'ouy rage fut fini , il les fit (bramer de fe ren- 
dre. Ces pauvres afliegez qui ne fçavoient pas 
le rifque qu'ils couroienr,parce qu'ils ne voyoient 
pas leurs murailles endommagées , crurent qu'ils 
pouvoient fe defFendre encore quelque temps , 
nuis ils furent bien étonnez de les voir tomber 
tout d'un coup , après qu'on eût mis le feu aux 
pièces de bois qui les foûtenoient. On entra dans 
la ville , & le carnage fut épouventablc ; ceux 
qui en échappent , périrent par un fuplice incon- 
nu jufques à ce temps-là. On les garrota de tel- 
le forte , que la tête fe trouvant engagée entre 
les cuilîes , le nez répondoit à leur fondement : 
«ans cette attitude on les jettoit par douzaine 
«ans des foOes qu'on couvroit de planches , & 
enfuite de terre pour les laifler mourir à petit 
feu. La ville fut razée , & l'on ne l'a pas ré- 
tablie depuis , quoiqu'elle ait confervé fa di- 
gnité, 
il y auroit de belles chofes à dire fur Amtfi* » 



%6\ VotÀfet 

mais ce n'eft pas ici l'endroit, j'ajoute feulemerit 
que Strabon le plus fameux de tous les Géogra- 
phes anciens, quoi-qu'Originairc de Crète , croit 
natif de cette ville, Je ne fçai pas s'il a parlé de 
Tocat , tous les Grecs de la ville à qui nous en 
«demandâmes l'ancien nom , nous allcûrerent 
qu'elle s'appelloit autrefois Eudâxla ou Euto- 
chia : ne feroit-ce point la ville à'Eudoxlanc 
que Ptolomée marque dans la Galacie Politi- 
que ? Paul Jove appelle Tocat Tabenda , appa- 
remment cju'il a cru que c'étoit la ville que ce 
Géographe appelle Tebetida. On trouveroit peut- 
être le véritable nom de Tocat fur quelques-unes 
des Infcriptions qui font,à ce qu'on nous dit 5 danS 
le Château ; mais les Turcs nous en réfutèrent 
l'entrée. On venoit de taxer les Armeniens'Ca- 
toliques de cette ville , enfuite d'une grande per- 

tinople -, ainfi l'on regardoit par toute l'Alie les 
Francs de bien plus mauvais œil qu'on n'a coutu- 
me de faire. 

Après lafanglantc bataille d'Angora oùBajazet 
fût fait prifonnier par Tamerlan , Sultan Maho- 
met qui après l'interrègne & la mort de tous les 
frères , régna paifiblement fous le nom de Ma- 
homet I. ce Sultan j dis- je , qui étoit un des 
fils de Bajazet , pafla à l'âge de 15. ans , le Ubre 
à la main , avec le peu de troupes qu'il put 
ramafler , au travers des Tartares qui occupoient 
tout le pays , & vint fe retirer à Tocat dont il 
jouiflbit avant le malheur de ion père qui i' av ^ lC 
prife quelque temps auparavant i ainfi cette ville 
fe trouva la capitale de l'Empire des Turcs ; & 
Mahomet I. ayant défait fon frère M*f* ° a 
Moyfe , fie mettre dans la prifon de Tocat^, 



du Levant. Lettre XXI. $©y 
appcllée U groffe Corde , Mahcmet Bay & Jacob 
Bay qui étoient engagez dans le parti de Ton frè- 
re. Il paroît par-là que cette ville ne tomba pas 
pour lors en la puiifance de Tarnerlan , mais 
que ce fut fous Mahomet 1 1. Jufuf-Zes Bègue , 
General des troupes de Uzum-Calfan Roy des Par- 
thes , ravagea cette grande ville , dit Leunclaw , 
& vint fondre fur la Caramanie. Sultan Mafia. 
pha, fils de Mahomet le deffit en 1473. &: l'en- 
voya prifonnier à fon père qui etoit à Confia»- 
tinople. 

Nous cherchâmes inutilement comp'agnic pour 
aller à Cefarée de Cappadoce. Cette ville ïi'eft qu'à 
fix journées de Tocat, & n'a pas changé de nom , 
puifque les Grecs l'appellent Kefaria depuis le 
temps de Tibère qui en fit changer les anciens 
noms à'Eu-Çbi* & de MaXjca. Cefarée eut l'a- 
vantage d'avoir pour Pafteur le Grand S Bafile , 
& fon Archevêque occupe aujourd'hui le premier 
rang parmi les Prélats qui font fournis au Patriar- 
che de Conftantinople. On nous alTùra qu'il y 
«voit des Infcriptions à Cefarée qui faifoient men- 
tion de S. Bafile , mais nous ne pûmes pas nous 
écarter de la campagne de Tocac. Cette cam- 
pagne produit de formelles Plantes , & fur tour 
des végétations de pierres qui font d'une beauté 
««prenante. On trouve des merveilles en calîant 
des cailloux , & des morceaux de roches creufes 
tevètucs de criftallifations tout à fait ravilfantes. 
J'en ay dans mon Cabinet qui font femblables à 
j^corce de citron confite , quelques-unes ref- 
lemblent Ci fort à la nacre de perle , qu'on les 
Prendroic pour ces mêmes coquilles pétrifiées ; il 
> ç n a de couleur d'or , qui ne différent que par 
Tome II/. V 



306 Voyage 

leur dureté , de la confiture qu'on fait avec l'é- 
corce d'orange coupée en filets. 

La rivière qui paife par Tocat n'eft pas Y Iris 
ou le Cafalmac , comme les Géographes le fup- 
pofent , c'eft le Tofanlu qui pafle au0i à Ncoce- 
farec , Se c'elt fans iioute le Loup , donc Pline 
a fait mention , & qui va fe jetter dans l'Iris. 
Cette rivière fait de grands ravages dans le temps 
des pluyes , & lorique les neiges fondent. On 
nous aflùra qu'il y avoic trois rivières qui s'unil- 
foient vers Amafïa , le Couleifar-fou , ou la rivière 
de Chonac , le Tofanlu s ou celle de Tocat & le Ca- 
falmac i cette dernière retient fon nom jukuies à 

Nous partîmes de Tocat pour Angora le 10. 
Octobre i 7 ci.avec une Caravane compoféc de 
nouveaux venus , & de celle que nous avions fui- 
vie jufqucs à Tocat. Ces nouveaux venus avoieut 
mis 14. )oursàvenir de Gangcl à Erzcron , & 
par conléqucnt allongé leur marche de 6. jours 
pour éviter la Douanne de Teflis où l'on fait pa- 
yer des droits très-confidérables. Ils conduisent 
7 $. chevaux ou mulets chargez de 150. baies 
de (bye , qui pcfoient chacune z6. Batmans. Sor- 
tant de Tocat on entre dans une belle plaine ou 
la rivière ferpente -, c'eft peut-être la plaine que 
Paul Jove appelle les Champs des Oyes , ou 
fe donna la bataille entre les troupes de Ma- 
homet. II. & celles d'Uzum-CalTan Roy de 
Perfc, 

Après quatre heures de marche on campa au- 
près du village X Agora, dans le cimetière duquel 
le voyent quelques morceaux de colomncs & de 
corniches anciennes de maibrc blanc & d'unbeaU 
profil, mais fans inferipeions. Toutes les mon- 



du Lïvànt. Lettre XXL 307 

tagnes des environs font de marbre comme celles 
de Tocat. Pour ce qui eft du Bol , je ne douce 
pas qu'il n'y foie fort commun , car il y a des 
endroits efearpez &£ taillez à plomb qui font d'un 
rouge vif, femblable à celui des roches, dont 
parle Paul Jove , dans les cavernes dcfquelles le 
retira Tecbellis fameux Mahometan , difciple 
à'Hardnal grand Interprète de la Loi , pour y 
vaquer non feulement à la méditation* 8c à la priè- 
re ; maïs aufli pour éviter les perfécutïons de 
ceux qui s'oppofoient à la doctrine de fon 

Le 11. Ociobre nous continuâmes nôtre rou- 
te dans la plaine de Tocat , laquelle Ce rétrécit 
à fix milles en deçà de Turcal , & s'élargit enfui- 
te à mefure qu'on en approche. Turcal eft une 
belle Bourgade à ij. milles d'Agara , fîruée au- 
tour & fur la pente d'une colline efearpée , fépa- 
ice des autres , terminée par un vieux château , 
& mouillée au pied par la rivière de Tocat. Tout 
ce quartier eft plein de beaux vignobles ; les 
champs y font bien cultivez , les villages fre- 
quens y & les bouts de colomnes antiques alfez 
communs dans les cimetières j ce qui marque bien 
que le pays étoit autrefois peuplé par des gens 
aifez. Pallé Tocat on n'entend plus parler de Cur- 
<ks i ma i s b; en de Turcmans , c'eft à dire d'une 
autre efpece de voleurs encore plus dangereux , 
en ce que les Curdes dorment la nuit , & que les 
Turcmans volent jour &c nuit. Nous campâmes 
pourtant fans crainte dans la plaine à une demi 
lieue au-delTous de Turcfl. On entra le lende- 
main dans une vallée affez étroite , bornée par 
une montagne confidérable d'où l'on defeend 
d ans une autre vallée étranglée & tortue où 



3 oS Voyage 

nôtre Caravane s'arrêta. Tout le pays eft agréa- 
ble & couvert de bois , mais les Pins & les Chê- 
nes y font plus petits qu'ailleurs. La rivière Je 
Tocat tire vers le Nord à Turcal , & va fe jettcr 
dans le Cafalmac vers Amafia. Nous la lailïames 
à droite pour Cuivre la route d'Angora , ôc ne 
trouvâmes rien de confidérabie pendant le refte 
du chemin jufques a la ville. On entendoit chan- 
ter les perdrix , & le gibier de toutes les efpeces 
y eft très-abondant , de même que dans tout le 
refte de la Natolie. . 

Le lendemain nous ne vîmes que des Chênes 
&des Pins pendant neuf heures de marche. Tan- 
tôt ce font de petites vallées , & tantôt des 
montagnes d'une hauteur confidérabie. On n'y 
voit qu'une plaine aflez jolie où eft le village de 
Céder fur une petite rivière du même nom. Paf- 
fé le village ce ne font plus que rochers efearpez à 
droite & à gauche > garnis de quelques bouquets 
de bois. 

Le 14. Octobre le payfage fut le même que 
celui du jour precedent,mais la marche ne fut que 
d'environ;, heures. On campa dans une plaine 
allez agréable auprès du village â'Emar~P*cM* 
Tous les Tithymales étoient couverts d'une petite 
efpece de Bucclnum fort jolie , longue feulement 
d'un pouce,fur trois ou quatre lignes de diamètre, 
prefque ciiindriquc,grifatre,tournée en vis à neut 
pas,& terminée par une pointe obtufe. La bouche 
de cette coquille eft plus remarquable que tout le 
refte , car elle eft tournée à droite , longue de 
deux lignes & demi , •pointue en bas, arrondie 
vers le haut & garnie de deux ou trois dens. Cet- 
te coquille eft commune dans les Mes de l'Archi- 
pel , & Columna en a fait graver une qui reflett* 



DU Lsvant. Lettre XXI, 309 

ble fore à celle dont nous parlons. Quoiqu'il ne 
paroifîe pas extraordinaire qu'une coquille ait la 
bouche tournée à droite ou à gauche, cependant 
il eft certain que l'Auteur de la nature a fait fi 
peu de coquilles avec la bouche Se les pas du li- 
maçon tournez à droite , que les curieux les re- 
cherchent avec foin. Parmi tant d'efpeces de 
Buccinum qui font dans mon Cabinet , il n'y en 
a que trois ou quatre dont la bouche & les pas 
de la vis foient tournez dans ce fens-là ; fçavoir 
la petite dont nous parlons , une autre efpece 
d'environ deux pouces de long fur un pouce d'é- 
pais , jaune-luïfant , ou marbrée par bandes 
obliques fauves & jaunâtres avec le tour de la 
bouche blanc. La plus confidérable eft to u te fau- 
ve , haute de cinq pouces fur deux pouces d'é- 
pahTeur avec la bouche fans rebord , au Heu que 
les autres ont la bouche relevée d'un rebord, ÔC 
^e leur limaçon eft à huit ou neuf pas. 

Le 15. Odobre on marcha dans des défilez 
Horribles qui aboutilfent à une plaine affez belle. 
Après huit heures de marche on campa au delîous 
<k Siké. Le lendemain nous fîmes- drefler nos 
tentes auprès de Tekia autre village à 4. heures du 
premier & dans la même plaine. Tout le pays eft 
"ant & bien cultivé. Les Poiriers fauvages y 
font couverts de Guy , Se j'obfervai fur leurs 
tr oncs , quelque dure qu'en fût l'écorec , la pre- 
mière germination de leurs graines , que je cher- 
c hois depuis- long-temps & que je n'avois pas eu 
°ccaiion de voir en France, où cette plante eft iî 
commune. Ces graines , qui ont ta figure d'un 
cœur , étoient hors de leurs coëffes , & s'etoient 
«tachées par leur glu fur les troncs ÔC fur les- 
manches de ces arbres , dans le temps que les 
V iij 



vents ou quelqu'autre caufc les faifoit tomber. 
Chaque graine ctoit couchée fur le cote , de telle 
forte que la pointe de la radicule commençoit à 
(c planter dans l'écorce , tandis que les yeujÉ de 
la même graine fe dévcloppoient & germoient. 
Tout cela me confirma dans la penfée que j'ai 
propofée touchant la multiplication du Guy dans 
mon Hifioire des Plantes qui naijfent aux envi- 
rons as Paris. 

La marche du 17. Octobre fut d'environ dou- 
ze heures. Nous ne panâmes ce jour-la que par 
de petites vallées couvertes de Chênes & de Pins. 
Le lendemain la décoration fut bien différente , 
car nous marchâmes pendant neuf heures dans an 
pays allez plat , peu cultivé , fans bois , ni brof- 
failies , 8c relevé de quelques buttes remplies de 
fel foflile. Ce fel quife crillallife dans les fonds 
où l'eau de la pluye croupit , alfaifonne le fuc de 
la terre , & lui fait produire des plantes qui ai- 
ment le bord de la mer , comme (ont les efpeccs 
de Soude &c de Llmonium. j'ay remarqué la même 
chofe fur la montagne de Cardonnc , fituée tui- 
les frontières de Catalogne & d'Aragon , laquelle 
n'eft qu'un effroyable bloc de fel. 
' Le 19. Oclobre nous quittâmes le pays falé 
pour rentrer dans des vallées & des plaines cou- 
vertes de plulîeurs fortes de Chênes. On campa 
tout près du village de Beglaifc après fept heures 
de marche. La route du lendemain fut de iz. 
heures dans des plaines entrecoupées de buttes 
garnies de bois de chênes , qui ont les feuilles 
femblablcs aux nôtres , quoiqu'ils ne montent 

paifàmes ce jour-là à gué la rivière à'Halys ou le 
Cafilrimac des Turcs \ qu'une montagne toute 



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du Levant. Lettre XXI. SB 
oppofée au grand chemin oblige de prendre fon? 
cours vers le Nord. Le Cafilrimac n'eft pas pre- 
fond, mais il nous parut auffi large que la Seine 
à Paris , &z l'on nous aflura qu'il ne pailbit qu'à 
une journée de Cefarée. Du haut de il montagne 
nous tombâmes, pour ainfi dire, dans un horrible 
fond, 8c nous nous arrêtâmes au village de Co$tr- 
baga. De là jufques à deux lieues d'Angora le pays 
cft rude &c defagréable.Nous arrivâmes dans cette 
célèbre ville le z 2. Odobre, après quatre heures 
de marche , par une vallée aucz-bien cultivée 
en quelques endroits. 

angora ou u4ngori > comme prononcent quel- 
ques-uns , cVque les Turcs appellent Engour , 
nous réjoiiit plus qu'aucune autre ville du Levant. 
Nous nous imaginions que le fang de ces braves 
Gaulois qui ocenpoient autrefois les environs de 
Touloufe & le pays qui eft entre les Cevenes & 
Jcs Pyrénées , couloit encore dans les veines des 
habitans de cette place. Ces généreux Gaulois 
trop refTerrez dans leurs terres , par rapport à leur 
Courage, partirent au nombre de trente mille 
hommes pour aller faire des conquêtes dans le 
Levant , fous la conduite de plutîcurs Chefs 
dont Brennus étoit le principal. Tandis que ce 
General ravageoit la Grèce & qu'il pilloit le 
Temple de Delphes où il y avoit des riclieflès 
immcnfes , vingt mille hommes de cette armée 
pallerent dans la Thracc avec Leonor'ms, qt-ï <'*«- 
pelloitfans doute Leonorix comme Gaula 



que je nommerois volontiers Leonor pour m'ac- 
:re Langue. On en peut dire de 
i Chef qui le fui vit : les Auteurs 
Lutarix , le- 



3 iz Voyage 

Ces deux Chefs fournirent tout le pays jufques 
à Byzance , & descendirent fur l'Helrefpont. Ra- 
vis de ne trouver l'A fie fçp&rée de l'Europe que 
par un bras de mer , ils députèrent à Antipater , 
qui commandoit fur la côte d'Afie , & qui pou- 
voir s'oppofer à leur palfage. Comme la chofe 
An * 



les deux Roys fe fépaiérent. Leonorius retourna 
à Byzance. Lutarius reçût quelque temps après 
une Ambalfade de Macédoniens a députez par 
Antipater fur deux vaiflèaux & trois chaloupes. 
Pendant qu'ils obfervoient les troupes Gauloifes, 
Lutarius ne perdit pas de temps , & les fit pal- 
fer jour & nuit en Afe fur cesbâtimens. Leono- 
rius ne tarda pas d'entrer en Bithynie avec les 
fiennes , invité par le Roy Nicomede , qui le 
fervit fort utilement de ces deux corps de Gau- 
lois pour combattre Zïpœtes , qui occupoit une 
partie de fes Etats. 

Les Gaulois jettérent la terreur par toute 1 A- 
fe , jufques vers le Mont Taurus , comme nous 
l'apprend Tite-Live que je fuis pas à pas dans 
cette expédition. Des vingt mille Gaulois qui 
croient partis de Grèce , il n'en reftoit pourtant 
gueres plus de la moitié , mais tout cedoit a leur 
valeur , ils mirent tout le pays à contribution. 
Enfin comme il y avoït trois fortes de Gaulois par- 
mi eux, ils partagèrent leurs conquêtes dételle 
forte , que les uns s'arrêtèrent fur les côtes de 
l'Heilefpont -, les autres habitèrent l*Eolide& 1 lo- 
nie ; & les plus fameux , qu'on appelloit les 
Tettofages , pénétrant plus avant s'étendirent jul- 
que au Fleuve Halys, aune journée d Angou 
qui eft l'ancienne ville d'Ancyre. Ce Fleuve c» 



du Levant. Lettre XXI. 315 
repreferité far une Médaille de Geta , fous la for- 
me d'un vieillard à demi couché , tenant un 
rofeau de la main droite. Ainlî nos Touloufains 
occupèrent la grande Phrygie jufqucs à la Cappa- 
doce «Se à la Paphlagonie,& tout le pays où ils s'é- 
tablirent fut nommé Galatie ou G allô Grèce , 
comme qui diroit la Grèce des Gaulois. Strabon 
aflure qu'ils xliviférent leurs conquêtes en qua- 
tre parties , que chacune avoit fon Roy & Ces 
Officiers de Juftice & de Guerre ; & fur tout 
qu'ils n'avoient pas oublié de rendre la Juftice au 
milieu des bois de Chênes , fuivant la coutume 
de leurs ancêtres : il ne manquoit pas de ces for- 
tes d'arbres autour d'Ancyre. Pline fait mention 
de plufieurs peuples qui fe trouvoient parmi les 
Gaulois 3 & qui peut-être portoient les noms de 
leurs Chefs ; il y a apparence que c'étoient plutôt 
de gros Rcgimens de la même nation. 

Memnon rapporte que les Gaulois Trocmiens 
bâtirent la ville d'Ancyre , mais je crois que le 
paflage de cet Auteur eft corrompu dans l'extraie 
que Photius en a lailTé , car outre qu'ils s'étoient 
établis fur les cotes de la Phrygie , Pline dit pré- 
cifément qu'Ancyre ctoit l'ouvrage des Te&ofa- 
ges. L'Infcription fuivante qui fe lit 'for unçco- 
lomne enchalfée dans la muraille de cette ville , 
entre la porte de Smyrne & celle de ConlUntino- 
pic , ne fait mention que des Tedofages , & leur 
■fait beaucoup d'honneur. 

H eoyah KM O AH- Senatas popnlufqne 

MOS 2EBA2TH- Sebapnorum 

NON 1EKTOSA- Tcttofagum 

ruN ET1MH2EN honoravit 



314 V O Y A G I 

M. KOKKHION ' M. Cocceittm 

AAESANAPON TON Mexcmâmm 

. EATTHN nOMTHN Qvcm Çuum 

ANAPA 2EMNON KAI vïrum honorabllcm 

TriN H0HN KOSMIO- Et morum eleganti* 

THTI AOKIMX1TATON SpettabUijfmwm. 

D'ailleurs quand Manlius Conful Romain eut 
deffait une partie des Gaulois au Mont Olympe , 
il vint attaquer les Tectofages à Ancyrc. Il y a 
apparence que ces Te&ofages n'avoient fait que 
rétablir cette ville , puifque long-temps avant 
leur venue' en Ane , Alexandre le Grand y avoit 
donné audianec aux Députez de Paphlagonie. Il 
eft furprenant que Strabon qui étoit d'Amafia , 
n'ait parlé d'Ancyre que comme d'un Château 
des Gaulois , lui qui vivoit fous Augufte , au- 
quel on avoit confacré au milieu d'Ancyre ce bel 
édifice de marbre dont on parlera plus bas. Ap- 
paremment que Strabon n'étoit pas content des 
Gaulois , qui peut-être avoient maltraité les ha- 
bitans d'Amafia. Tite-Live rend plus de jufticcà 
Ancyre, & l'appelle une fille illufire. 

De tous les Roys d<Afie , Attalus fut :1e feul 
qui s'oppofa vigoureufement aux entrcpriles des 
Gaulois , Se qui eut l'avantage de les battre , 
înais ils fe foutinrent puirTamment jutques a U 
deftaite d'Antiochus par Scipion. Les Gaulois 
compofoient la meilleure partie àes troupes de 
ce Prince , & fe flattoient même que les Ro- 
mains ne penétreroient pas jufqucs dans leurs 
terres ; mais le Conful Manlius , fous prétexte 
qu'ils avoient affilié Antiochus , leur déclara la 
guerre , & les déffit au Mont Olympe. Il péné- 
tra jufques à Ancyrc qu'il prit , félon Zooare , 



1 



3fo rtume ntzcrris ~A-> 



Ttcirntnitm,. 



m 






d v Levant. Lettre XX T. 3 rj 
& les obligea d'accepter la Paix aux conditions 
qu'il voulut. Les quatre Provinces de Galatie 
furent réduites à trois, comme dit Strabon , en- 

Dejotarus fut pomvcù par les Romains ; fon fils 
Amyiuas lui (accéda. Enfin Lelius Marcus fub- 
jugua la Galatie ions Auguftc ; elle fut réduite 
en Province & Pylemene'hls d'Amyntas en fut 
dépouillé. Le nom de Pylemene , étoit fi commun 
aux Roys de Paphlagonie , que cette Province 
avoit été appellée Pylemenîe. Ainfi finit l'Empî- 
redes Galates qui avoient rendu tributaires juf- 
ques aux Roys de Syrie ; ces Galates fans lef- 
quels' les Roys d'Aile ne potivoient pas faire la 
guerre , & qui confervoient la majeftédes Roys , 
pour me fervir des termes de Juftin. 

L'Empereur Augufte avoit fans doute embelli 
Ancyrc , puifque Ttyl^s l'en appelle le fonda- 
teur, & ce fut apparemment par reconnoilfance 
<]ue les habicans lui confacrérent le plus grand 
monument qui foit encore en Afie. Vous juge- 
rez , M'o r , de la beauté de cet édifice par le 
delfein que vous m'avez ordonné d'en faire gra- 
ver. H étoit tout de marbre blanc à gros quartiers, 
& les encoigneures du Veftibule qui fubfifte en- 
core , font alternativement d'une feule pièce à 



^ 


rentran 


tt en rr 


lanière d : 


équerre , 


dont 


COti z 


ont troi 


, ouqu, 


itre pieds 


de long. 


Ces pi 


res d J 


ailleurs 


font ai 


:tachées 


' 


par 


cram. 


>ons de 


cuivre , 


, comme 


il paroi 


t par 




où ils 


étoient 


cnchaiU 


z i les 1 




mu: ,' 


lies ont 


encore : 


50. ou i 


;. pieds 


dé lu 


Pour 


la façad 


c elle eft entière 






V.-" 'N 


te plis que lat 


orce par , 


où l'one 


■luroic 



quarrée , a 24. pieds de haut fur 9. pieds 1. 
pouces de largeur, & fes montans qui font cha- 
cun d'une feule pièce , font épais de z. pieds 3. 
pouces. Ceft à côte de cette porte qui eft toute 
chargée d'ornemens , que l'on grava il y a plus de 
dix-fept cens ans , la vie d'Augufte en beau la- 
tin , & en beaux caractères. L'Infcription eft à 
trois colomnes à droite & à gauche j mais outre 
les lettres effacées , tout eft plein de grands trous 
femblables à ceux qu'auroient pu faire des bou- 
lets de canon ; & ces trous que les payfans ont 
fait pour arracher les crampons , ont emporté 
la moitié des caractères. Les paremens de pier- 
res font des quarrez barlongs fort propres , & 
d'un pouce de faillie. Sans compter le Veftibu- 
le , cet édifice eft dans œuvre de 51. pieds de 
long, fur 36. pieds & demi de large. Il y refte 
encore trois fenêtres grillées, de marbre à grands 
carreaux femblables à ceux de nos fenêtres. Je 
«e fçai pas de quelle matière ces carreaux étoient 
garnis, Ci c'étoit de pierre tranfparente ou de 
verre. 

On voit dans l'enceinte de cet édifice les ruines 
d'une pauvre Eglife de Chrétiens , auprès de 
deux ou trois méchantes maifons , & de quel- 
ques efeuries à vaches. Voilà à quoi fe réduit le 
monument d'Ancyre , lequel n'étoit pas un 
Temple d'Augufte , mais une maifon publique 
ou le Prytanee où fe faifoiem les repas lors des 
grandes fêtes des jeux publics que l'on celebioit 
fouvent dans cette ville , comme il paroît par 
les Médailles de Néron , de Caracalla , de Dece, 
de Valerien le vieux , de Gallien & de * Salo- 



dw Levant. Lettre XXL 317 

nine. Les légendes marquent les jeux aufquels 
on s'exerçoit. 

On découvriroit peut-être quelque chofe de 
plus particulier touchant cet édifice , Ci l'on pou- 
voit déchifrer plufieurs Infcriptions grecques 
que l'on avoir gravées fur les murailles en de- 
hors , car ce bâtiment étoit fans doute ifolé. On 
trouve préfentement ces Infcriptions dans les che- 
minées de quelques maifons de particuliers , où 
elles font couvertes de fuye ; ces maifons fonc 
adonees à la maïtrelfe muraille à droite. 

L'Infcription dont nous avons parlé ci-devant , 
où la vie d'Augufte eft décrite , fe trouve dans 
le Monumcntum Ancyranum Gronovil , on la 
peut voir auffidans Grttter, Leunclavv la reçût 
de a Chtjtus , qui outre la grande connoiflance 
qu'il avoir des Plantes , poitedoit bien auffi l'An- 
tiquicé i &c Fauftus Verantius qui communiqua 
ce précieux morceau à Clufîus , i'avoit reçu de 
fon oncle Antoine Verantius Evêque d' Agria &£ 
Ambafladeur de Ferdinand II. à la Porte. Ce 
Prélat la fit tranfcrïre en partant par Angora. 
Busbeque la fit copier , & croit que la maifon , 
dont on a parlé , étoit un Prétoire , plutoft qu'une 
maifon deftinée pour les Feftins pendant les jeux 
publics. 

Tout ce que l'on vient de dire montre aflèz 
qu'Ancyre étoit une des plus illuftres villes du 
Levant. Ses habitans étoient les principaux Gala- 
tc s que Saint Paul honora d'une de fes Lettres } 
& les Conciles qu'on y a tenus ne la rendent 
pas moins recommandable parmi les Chrétiens 9 
que les autres actions qui s'y font parlées. Il 
paroîtparles Médailles d'Ancyre, qu'elle fefou- 

* Ourles de l'Eclufc. 



3 io V O Y A G B 

tint avec honneur fous les Empereurs Romains. 
Il y en a de frappées aux te ces de Ncron , de 
Lucius Verus , de Commode , de a Caracalla, 
de Geta 3 de Dece , de Valerien , de Gallien , 
de Salonine. Ancyre prit le nom d' Antonimune 
en reconnoiflancc des bienfaits dont Antonin Ca- 
racalla l'avoir comblée. Elle fut déclarée Métro- 
pole , c'eft-à-dire Capitale de Galatie fous Né- 
ron , & n J a jamais quitté ce titre. Il en eft fait 
mention fur une Médaille d'Antinous , de Jules 
Saturnin l'un de fes Gouverneurs. Il eft nomme 
dans rinferiprion fuivante qui eft fur un marbre 
enclavé dans les murailles de cette ville. Gruter 
la rapporte ainfi : 

ArA6Hl TYXHi Bon& fortune. 

H MHTPOnOAlS Metropolis 

IOYAION Julium 

2ATOPNEINON Satuminum 

TON HIEMONA. Ducem. 

a Médaille de Caracalla , dont la légende eft AN. 
TîlNEINIANHC ANKYPAS MhTpO. Ceft un Efcu- 
lape debout appuyé fur un bacon , autour duquel eft 
tortillé un ferpenc. 



©u Levant. Lettre XXI. 3 1 j 
Le nom de Métropole fe trouve aufli fur un 
ubeau dans le Cimetière des Chrétiens hors de 



A. «tOTAOYîON POY Lticium Fulvlnm 

rriKON AiMiMA- Rufiicnm JEmHUnnm 

NON npEXB. seba.. Legatione funïlum 
THS * TPATHATON H BOY Ur Proconfuh?» 

AH KAI AHMOS TH2 M H- ScttMUS Potulufauc 

nv'tkninv ArKT _ r J? 6 

PAS ton EATTON nutropoleos Ancyrx 

tïHPitTHN EIHME- Benefattorem fnum ; 

aotmenoy Curante Trebio 

TPEBIOY AAESANAPOY. Alexandre 

: La fuivante eft gravée fur un piédcftal qui fert 
d'auge dans le Caravanferai où nous logions. 

AU HAia MErAAQ lAPAlTlAI KAI TOIS SïN- 
NAIOIS GEOI2 T0Y2 2QTHPA2 AlOSKOYP- 
OY2 YnEP THS THN ATTOKPATOrnN 20TH- 
PIAS KAI NEIKH2 KAI AUINIOY AIAMONHS M 
ATPHAIOY ANTriNEINOY KAI M. AYPK- 
AIOY KOMMOAOY KAI TOY 2YMI1ANT02 
AYTQN OIKOY KAI YnEP BOYAH5 KAI 
ÛHMOY TH2 MHTPOnOAEHS ArKTPAS. 
AIlOAAflNlOS AnOAAaNlOY. 

fovi Soll magno Sarapidi & ejufdem 
Templi Diis ; fervatores Dïofcuros 
p ro falute Imperatorum 
Et vittoria & perenmtatc 
M. Aurcln Antoninv & M, Aurc- 
*« Commodi & pro m'wcrfti 



lO V O Y A G K 

ipforum âomo & pro Senatn 
Popnloque metropoleos AncyrA , 
Apollonius Apolionii F. 



On 



d'Effet. 



ci fur les murailles d'une 
la porte des Jardins & la 



Sacerdotum principe; 
ex regibus ortam , 
filiam Metropoleos , 
Vxorem Julii 

Severi 
Gr&corum primi. 



KAPAKTAAIAN 

APXIEPEIAN 
AnOIONON BA 
21AEDN ©YTA- 
TEPA THS MHTPO-. 
nOAEiîS rTNAl- 
KA lOTAIOT 2E 
OYHPOT TOT nPfl- 
TOT TON EAAH- 
NON * TnEPPA. 



a La légende d'une Médaille du vieux Valerien 
marque qu'Ancyre étoit deux fois Neocore. Elle 
reçût cette dignité pour la première fois fous Ca- 
racalla , & pour la féconde fois fous Valerien le 
vieux. Le revers de cette Médaille réprefente trois 
Urnes,de chacune defquelles fortent deux palmes. 
On appelloit Niocores , chez les Grecs , ceux 
qui prenoient le foin des Temples communs à 
toute une Province & dans lefquels on s'afTem- 
bloit à l'occafion des jeux publics. La Charge de 
Keocore répondoit à peu- près à celle de M^g* 1 ^' 
lier ; mais comme dans la fuite on s'avifa de déi- 
fier les Empereurs , les villes qui demandèrent 
qu'il leur fut permis de leur dreiTer des Temples , 
aquirent auffi le nom de Neocores. 
? ANKïPAC MHT. B. N. Antyn Uetropolis bit *<*** 



du Lé van*. Lettre XXL 32 ! 

La fîtuation d'Ancyre , au milieu de l'Afie 
Mineure , l'a Couvent expofée à de grands rava- 
ges, elle fut prifc par les Perfes eri 6i 1. du temps 
d'Heraclius ; & ruinée en 1101. par cette effro- 
yable armée a de Normands OU de Lombards , 
comme veut M r du b Cange , commandée par 
Tzitas & par le Comte dé S. Gilles , qui fut 
enfuite connu fous le nom de Rairoond Comte 
dé Touloufe & de Provence i du temps que 
Baudouin frère de Godefroy de Bouillon fut 
elû Rôy de Jerufalem. Cette armée , qui étoit de 
cent mille hommes d'infanterie & de cinquante 
mille hommes de cavalerie , après l'expédition 
d'Angora pafla lé fleuve Halys i mais elle fut fi 
bien battue par les Mahometans, que les Géné- 
raux eurent de la peine à fe retirer à Conftatino- 
ple auprès d'Alexis Comnene. 

Les Tartares fe rendirent les maîtres d'Ancyre 
en 1139. Elle fut enfuite le premier fiege des 
Othomahs , cat Orthogul père du fameux 
Ochomans vint s'y établir , & non feulement 
fes fuccefleurs s'emparèrent dé la Galatie : 
rhais encore de la Câppadoce & de la Pamphi- 
Ke. Angora fut fuhefte aux Ochomans , & la ba- 
taille que Tamerlan y" remporta fur Bajazet 4 
faillit à détruire leur Empire. Bajazet le plus fier 
des hommes s trop plein de confiance pour lui- 
même , abandonna fon camp pour aller fe di- 
vertir à la charte. Tamerlan dont les troupes coilï- 
rnençoient à manquer d'eau , profita de cette fau- 
te & s'étant rendu maître de la petite rivière 
qui couloit entre les deux armées , obligea crois 
jours après Bajazet d'en venir aux mains, pour 
ne pas laiifer périr fon armée de foif ; cette ar- 

Tom III.' X 



mée fut taillée en pièces , & le Sultan fait pri- 
fonnicr le 7. Août 1401. Après la retraite de Ta- 
merlan , les enfans de Bajazet fe cantonnèrent 
où ils purent. Mahomet s'affcûra de la Galatie 
que fon frère Efes lui difputoit ; il fe fervit de 
Temirtc , ancien Capitaine qui avoit fervi fous 
Baj'azet ; Se Temirtc battit Efes à Angora & lui 
fit couper la tête. 

Angora préfentement eft une des meilleures 
villes d'Anatolic , & montre par tout des mar- 
ques de fon ancienne magnificence. On ne voit 
dans les rués que colomnes & vieux marbres , 
parmi lefquels on diftingue une efpece de Porphy- 
re rougeatre pique de blanc , femblable à celui 
qui eft aux Pennes proche de Marfeille. On trou- 
ve aufli à Angora quelques morceaux de Jafpe 
rouge & blanc à grottes taches , approchant de 
celui de Languedoc. La plufpart des colomnes 
font liftes & cilindriques , quelques-unes canelées 
en fpire \ les plus fingulicres font ovales cornées 
d'une plate- bande par devant & par derrière , 
laquelle règne aufli tout le long du piédcftal Se 
du chapiteau. Elles me parurent allez belles pour 
les faire graver ; il me femble qu'aucun Archi- 
te&e n'a parlé de cet ordre. Il n'y a rien de u* fur- 
prenant que le perron de la porte d'une Mof- 
quée ; il eft de 14. degrez compofez uniquement 
de bafes de colomnes de marbre , pofées les unes 
fur les autres. Quoique les maifons préfen- 
tement ne foient que de botic , on ne laifïc 
pas d'y voir de fort belles pièces de marbre. 

Les murailles de la ville font balles & termi- 
nées par de méchans créneaux -, mais on y a em- 
ployé indifféremment , colomnes , architraves , 
chapiteaux , bafes ôc autres morceaux antique* 
entremêlez avec de ja maçonnerie , principale- 




n 




drurumntj- Colonnes 

employées dans ttyïe 

-&tneure ■ 



du tivÀNL Lettre XX t jfj 
ment aux tours & aux portes lefquelles,malgré ce- 
la n'en font pas plus belles;car les tours fontquar- 
rées & les portes toutes fimplès. Quoiqu'on aie 
engagé dans ces murailles beaucoup de morceaux 
de marbre du côté où font les Inscriptions , 011 
ne laifle pas d'en lire plufieurs qui font la plu- 
part grecques , quelques-unes ktines, Arabes oii 
Turques. L'Infcription fuîvante eft tout auprès 
de quelques Lions de marbre fort défigurez , à 
la porte de Kefaria. 

KA1PE nAFOâElTA Salve viator. 



Au defl 


bus de ci 


2S paroles il y a 1 


relief, où 


l'on ne c 


rtnnoït plus ri 


deflbus il ; 


f a les D2 


iroles fuivantes. 



MAPKEaaoc Marcellas 

CTPATONEIKH Stratonice 

rAYKTTATHr Dulcijfima 

TN . . . . MNHMHC Conjugi memorU 
XAPIN caufa 

A la porte des Jardins on lit l'Infcription qui fuir* 

ArAQHI TTXHI 
TOPNEITOPIANON , EniTPOÎlON TflN KTPI- 
HN HMAM Eni A6TAHN 
TON AIKÀION KAI 2EMN0N K AIAÏOS 
ArHsiAAOS TON EATTOT $IAON KAI 
ETE. 



324 Voyage 

Nous lûmes au delà de la Tour , où l'on patte 
pour aller à la Porte d'Effet , fur une colomne 
enchaflèe dans la muraille , les mots fuivans. 

I M P. C JE S. 

ET* IMPRO.,.. 
G A L L I E N O 

Le relie eft écrit fur la partie de la colomrfc 
qui eft engagée dans la muraille. 

Il nous refte trois Médailles frappées à la tête 
de cet Empereur , & à la légende d'Àncyre , 
où cette ville eft traitée de Métropole. Le revers 
de la première reprefente trois Urnes avec des 
palmes. Celui de la féconde, une Louve que 
Romulus & Remus tètent. Sur la troisième , eft 
la figure d'Apollon debout & tout nud , tenant 
de la main droite une couronne Se appuyé du 
coude gauche fur une colomne qui foûtientfa 
lyre. On en voit une quatrième chez le Roy * 
que la première ; mais la le- 
gendi 
féconde i 

Les trois Lions qui font à la porte de Smyr- 
ne font affez beaux. On lit fur un bout d'ar- 
chitrave caflee , laquelle fert de linteau à la 
porte , cette ligne imparfaite écrite en gros ca- 
ractères. 



. BA2TO EY2EBEI EYTY . . 



x>u Levant. Lettre XXL }i 

Voici quelques autres Infcriptipns qui fon 
fur les mêmes murailles encre la porce de Smym 
& celle de Conftantinople. 

Sur un picdeftal. 



GEOI2 KATAX0ONX- 


Dis Mm\h 


012 KAI KAniTONI 


Et Capitoni 


nA2lKPATOT2 


Paficratis F. 


ANAPI TENNAin 


Viro gêner o fa 


kai ArAG£î nor 


&probo Pu- 


BAI02 AAEA*02 


hiius f rater 


AYTOT KAJ riA2I 


ejus & p a fi- 


KPATH2 KAI MH- 


crates & Me. 


N0A0.P02 TIOI 


Modems filii 


AYTOT nEPTINH 


ejus 


a MNHMH EIXA. 


Mernorix gratin 



Sur un autre piédeftal orné d'un fefton. 

d: m. 
ventidia car 

PILLA 

V I X I T A N N I S 

XXXIII M VIII 

D VI 

T LIUIVS CARPVS 

PATER El.... 

DIONYS1VS VXORl CARlSSiNLE 



;f • V o v 


A G Ç 


Sur les mêmes muraill 


es du côté de la ville, 


AIOTEIMOC AI- 
OTEIMO KAI ACy 
TATIO JAIOIC 
TONEYSI MNH- 
MHC XAPIN. 


Diotimus Dia- 
timo & Lotatiç 
fropriis 
farentibus 



Dans le même endroit fur une pierre en- 

EVTYCHVS 
N E II E I 

CAESARIS 

A U G 

SER, VIC 

F I L I O. 

Le Château d'Angora eft à triple enceinte , 
& Tes murailles font à gros quartiers de mar- 
bre blanc & d'une pierre qui approche du 
'hyre. On nous permit d'entrer par tout 
l'on nous conduifit dans la première encein- 
Mi à une Eglife Arménienne bâtie , à ce que 
J on prétend , fous le nom de la Croix depuis 
i*o© ans. Elle eft fort petite & fort obfcure, 
eclairée en partie par une fenêtre , qui ne re * 
çoit le jour qu'au travers d'une pièce quar- 
fée de marbre femblable à de l'aibaftre poli 
& luifant comme du Talc , mais il eft terne en 
dedans & la lumière qui pafle au travers eft 
fenfiblement rougeâtre & tire fur la cornaline. 



erpaj 
: l'or 



pu Levant. Lettre XXI. 317 

Le folcil ne donnoit pas delTiis quand nous l'ob- 
fervâmcs ; c'eft peut-être du marbre fpbenghe de 
Pline. Toute cette première enceinte cft pleine 
de piédeftaux & d'Infcriptions ; où eft-ce qu'il 
n'y en a pas dans Angora ? un habile Antiquaire 
y trouveroit à rranferire pendant un an. Voici 
celles que nous copiâmes. 

L'Infcription qui fait mention de Julien i'A- 
poftat eft fur une pierre maçonnée & plâtrée , 
les caractères en font mal formez , 

DOMINO TOTiVS ORBIS 
JVLIANO AVGVSTO 
EX OCEANO BRI 
TANNICO * VIS PER, 
BARBARAS GENTES 
STRAGE RESISTENTI 
VM PATEFACT1S.... 



Apparemment qu'elle fut faite dans le temps 
uc cet Empereur féjourna à Ancyrc. 



$iS Voyage 

Sur un piédeftal dans l'enceinte d 
quée du même Château. 

TAOON TON 
EN0A I1AHSI- 
ON E^MON A0 
MA ETEYS KA- 



KAI AEEA2 A0H 
NIOJST rATKTTAT.n 
KAI <I.IATATa ArNO 
TENOMENii 2TM- 



Sepulchrum bac 



Claudia 3 Dexas 
item vocAta, , 
Atheniorti dulctfim 
& amabiliffimo 
Çaftoque çonjugi. 



Sur un piédeftal dans l'enceinte du Château. 

AnoAAHNIOC ETTY- ' Apollonius Euty- 
XOY KAATAIA JOT- 
AITTH 2TMBK1 A- 
TA6H TON BttMON 
KAI THN OCTOSH- 
KHN MNHMHC XA- 
PIN ANECTH- 

CEN, 
Sur un autre piédefti 

A I X H 

KAI ASTï.NO- 
MHS ANTAKAI 
IEP À 2 AMEN ON 
AiS 0EA2 AHM 
TPOS TIMH0E1 
TA EN EKKAHÏ 
AI? nOAAAK 
HAH ENATH 
IEPA BOïAAU 
TON EATTH2 
tTEPTETHN. 




do Levant. Lettre XXI, 319 

Sur une pierre d'un ancien bâtiment que les 
Turcs appellent 2\ieferefail m 

d. M. 

Q. AQVILIO LVCIO 

L E G 11 AU G 

SEVERIA MAPT/NV 

LA CONIVNX. ET 

AQ^VILIA SEVER1NA 

FILIA ET HERES 

F. C. 

Dans la chambre d'un particulier qui loge dans 
cette mai (on , fur une pierre derrière la porte ; 

G. Longino Pau- 
lino G. Lor/gi- 

nus Sagaris 3 & NOS 2ArAPl2. k/u 

C. Longinus T. AONrElNOS 

CUadianus , KAATAIAN02 

Patri , me- nATPI MNH- 

morU caufa, MHZ xapin. 

Dans le même bâtiment fur une pierre de !a> 
muraille. 

FlavioSabi- $AAOYin 2ABEI- 

no génère Nico NO rENEl NEIKO 

medienfi 3 Y'dia MHAEIH ©TrATHP 

Cippum (fuppUrfofuit) THN 2THAHN 

tntmori* caufa, mneias xapin. 



OSAN A E2KYAHTO ^i expilaverit 

MNHMA AQ2EI El2 Sepulchrum dabit 

TON «I2KON 7. •. afif ™? d '." arîa hU 

♦ nulle qmngcnta, 

m trois différentes pierres du même bâtiment. 

D. M. 

C, JVL. CANDIDO 

P.P. LE G. XVII. GEM, 

HEREDES EX TES 

TAMENTO FECE 

RVNT, 

AOYKIOS Luriuf 

2EPHNIA STNBia Serenia eonjugi 
ANE2TH2A MNH erexi % memorU 

MHS XAP1N 
AI EYTTXITE 



gratia : profperç 
agite. 



D. M. 

C. SECVNDI 

N I O I V L I A N O 

EQ^VITI L E G 
XXII PR. P.P. AN 
N XXXV. STIP. XV 

C. SERANIVS VE 

CTIVS SECVNDVS 

HERES ET CONLEGA 

F. C. 

Le Cimetière des Chrétiens eft iWpuifable en 
Infcriptions Grecques & Latines ; mais la plu- 
part font des Epitaphes de perfonnes pour Ici- 
quelles on ne s'imeieflè plus. 



du Levant. Lettre XXI, 3 

Sur un Tombeau. 

D. M. 

A S T I O A V G 

L I B. T A R. 

VENNONIA AETETE 

CONIVGI 
PJENTISSIMQ FECIT. 

Sur un autre Tombeau. 

Vahns &San- oyaahc KM 2AN- 

batusproprU ma BATOS a THE AI A MH- 

tri hanc aram - TPI b AEÇTHCAN TON 

erexcrunt memoru BftMON MNHMHG 

çaufa. XAPIN. 

Sur un autre Tombeau. 



C IV F SENECIO 

N E M: V E 

PROC PROV: GA 

LAT. ITEM VICEPRAE 

SIDIS EIVSD. PROV 

ET PONTI 

ZENO AVC CVB 

T ABVL AR 

PROV: EIVSD: PR^EPO 

SITO 1NCOMPARABILI. 

Hors la ville autour du Couvent de Sainte 
Man'e des Arméniens , parmi de beaux mar- 
ges antiques , des colomnes , architraves , ba- 
*«a chapiteaux qui font auprès de la petite ri- 

* tour r, MU. b Fqut *m***l 



vierc de Chibouboujou , fe voyenr phifieurs In- 
fcriptions , dont la plus remarquable eft celle de 
M. Aurcle. 

I M P. CAESARI 

M. AVRELLIO 

ANTONINO. IN 

VICTO. AVGVSTO 

PIO FELICI 

A E L. L Y C I N V S. V. I. 

DEVOTISSIMVS 

NVMINI EIVS. 

Peut-être même que fe Butte qui eft auprès , 
eft celui de cet Empereur. C'eft un Bufte de 
front , de deux pieds de haut fur vingt pouces de 
largeur j mais il eft fort maltraité. Le marbre 
eft gris veiné de blanc , de même que le piédeU 
tal qui le foutenoit. 

Voici une Infcriotion qui fe trouve fur un au- 
tre piédeftal , couché fur un tombeau auprès du 
Couvent. 

r. aia .♦aaoyianon Caium %&lium Flaviatmm 
soYAniKiON aiï r.. sl . ius bis GdêSm 

AATAPXHN TON A r 

tnotaton KAi ai ttrehen cajiiffimum 

KAIOTATON 

*AA0YIAN02 

ETTTXH2 ri*v*«, t »* 

TON TAYKTTATON EutycbcS 

nATPONA Dulciffimum 



&JMfflm 



AIETTTXI 



fatronnnh 



D«r Levant. Lettre XXT. 35: 
Ces deux Epitaphes modernes font dans le me- 
me Cimetière. 

HIC IACET INTERRATVS 

D. IOANNES ROOS 

SCOTVS OVI OBIIT IN AN 

GORA DIE 11. IVNII ANNO 

DOMINI M. DC. LXVIII, 

^TATIS SV.C XXXV. 

ANNORVM 

HODIE MIHI : CRAS TIBL 

HIC ÏACET 

SAMVEL FARRINTON 

ANGLVS. ACIDf ALLI 

FARRINGTON MERCA 

TORIS LONDINENSIS 

FILIVS: OBDORMIVIT 

IN CHRISTO, ANNO 

iETATIS XXIII. 

SALVTIS MDCLX. 



Vous trouverez ici, M r 8 r , le defTein d'une co- 
lomnc aflez jolie qui eft dretfee près du monu- 
ment d'Augufte 4 dont j'ai eu l'honneur de vous 
entretenir. Cette colomne eft à 15. ou 16. tam- 
bours de marbre blanc, hauts d'environ lo.pou- 
cc s , la bafe & le chapiteau font de même pierre. 
Ce chapiteau } qui eft quarré , eft orné à chaque 
coin d'une feuille d'Acanthe s & d'une efpecc 
d'écuflôn entre deux , dont les ornemens font 
effacez. On n'y trouve aucune infeription. Les 
Turcs appellent cette colomne le Minaret des 
filles , parce qu'ils s'imaginent qu'elle foutenoic 
le Tombeau d'une fille. 



Le Pacha d'Angora jouit de 30. ou 3J. bourfeà 
de revenu. Les Janiflaires y font commandez par 
un Sardar ; mais il n'y en a qu'environ trois cens. 
On compte dans cette ville, quarante mille âmes 
parmi les Turcs , quatre ou cinq mille Armé- 
niens , & fix cens Grecs. Les Arméniens y ont 
fept Eglifes , fans compter le Monaftcre de Ste 
Marie. Les Grecs n'ont qu'une Eglifc dans la 
ville , &nne dans le Château. 

Angora eft à quatre grandes journées de la mer 
Noire par le plus court chemin. La Caravane 
d'Angora à Smyrne met 20. jours , & l'ancienne 
ville de Cotymm , à qui les Turcs ont confervé 
le nom de Cataye , eft à moitié chemin. Les Ca- 
ravanes vont d'Angora à Prufe dans dix jours ; 
d'Angora à Kefarie en huit ; d'Angora à Sinope 
en dix i d'Angora à ifmith , ou l'ancienne Nico- 
medie en neuf jours : enfin d'Angora à AfTamboul 
en douze ou treize jours. 

On nourrit les plus belles Chèvres du monde 
dans la campagne d'Ançora. Elles ébloiïiflent p*t 
leur blancheur , & leur poil qui eft auflï fin que 
la foye , frifé naturellement par trèfles de huit 
ou neuf pouces de long , eft la matière dt plu- 
sieurs belles étoffes, & fur tout du Camelot ; mais 
on ne permet guereâ de tranfporter cette toifon 
fans la filer , parce que les gens du pays y ga- 
gnent leur vie. Il femble que Strabon ait parle 
de ces belles Chèvres. Aux environs dé la rivière 
Halys y dit- il , on nourrit des moutons dont la laine 
eft fort épaijfe & fort douce ; & de plus il y a des 
Chèvres qui ne fe trouvent pas ailleurs. Quoiqu'il 
en foit , ces belles Chèvres d'aujourd'hui ne le 
voyent qu'à quatre ou cinq journées d'Angora & 
de Beibafar $ leurs portées dégénèrent quand on 



fit; Levant. Lettre XXL 3 35 
les tranfporte plus loin. Le fil de Chèvre fe vend 
depuis 4. livres jufques à 12. ou 15. livres l'O- 
que ; il y en a même de 20* ou 25. écus l'Oque , 
mais ce dernier eft deftiné uniquement pour Je 
Camelot que Ton fait pour le Serrail du Grand 
Seigneur. Les ouvriers d'Angora employent le fil 
de Chèvre tout pur dans leurs Camelots , au lieu 
qu'à Bruxelles , je ne fçai par quelle f aifon , ont 
cft obligé d'y mêler du fil de laine. En Angle- 
terre on mêle cette toifon dans les Perruques * 
mais il ne faut pas qu'elle foit filée : elle fait la 
richetfe d'Angora , tous les bourgeois s'appli- 
quent à ce commerce. On a raifon de préférer le 
poil de Chèvre d'Angora , à celui de Cougna, 
qui eft l'ancienne ville à'Icomum où Ciceron fit 
alTembler l'armée Romaine ; car les Chèvres de 
Cougna font toutes ou brunes ou noires. 

Le 2. Novembre nous partîmes d'Angora pour 
Prufe ou Broujfe , comme difent les Francs ac- 
compagnez feulement d'un voiturier Turc & d'un 
valet Grec qui n'entendoit pas le Franc , ainfi 
nous fûmes obligez de nous fervir nous-mêmes. 
On ne marcha ce jour-là que pendant quatre heu- 
res , dans un beau pays plat & bien cultive. Nous 
couchâmes à Soufous méchant village où nous 
joignîmes quelques perfonnes de Keiariequi al- 
loient à Prufe. Le 3. Novembre on marcha pen- 
dant fept heures , dans de belles plaines relevées 
d'une feule colline , en deçà à'Alas ville aiTex 
jolie , dans un fond dont les Jardins font agréa- 
oies & où il ne manque pas de vieux marbres. Le 
lendemain nous arrivâmes à Beibazar après neuf 
«cures de marche, 

Beibazar eft une petite ville bâtie fur trois col- 
lines à peu, près égales , dans une vallée allez re- 



3 aé V O ? A g « 

ferrée. Les maifons font à deux étages , couver- 
tes alîez proprement avec des planches ; mais il 
faut toujours monter ou defcendre. Le ruiueau 
de Beibazar fe jette dans \ Aida, après avoir fut 
moudre quelques moulins ôc porté la fertilité 
dans plusieurs campagnes partagées en 'fruitiers 
& en potagers. C'eft de là qife Viennent ces ex- 
cellentes poires que l'on vend à Ccmftantinople, 
fous le nom de Poire d'Angora ; mais elles font 
fort tardives & nous n'eûmes pas le plaifir d'en 
goûter. Tout ce quartier eft fec & pelé , excepte 
les fruitiers. Les Chèvres n'y brouttent que des 
brins d'herbes , & c'eft peut-être , comme remar- 
que Busbeque ; ce qui contribue à conferver la 
beauté de leurtoifon, qui fc perd quand elles 
changent de climat & de pâturage. Les Bergers 
de Beibazar & d'Angora les peignent fouvent ♦ 
&c les lavent dans les' ruifleaux. Ce pays me fait 
fouvenirdela Terre [ans bois , dont parle Tite- 
Live, laquelle ne dévoie pas être éloignée de 
Beibazar , puifque le fleuve Sangaris y rouloit les 
eaux ; on n'y brûloit que de la bouze de vache i 
comme l'on fait en plufieurs endroits de l'Ane.. 

Nous partîmes de Beibazar le 6. Novembre fi* 
les neuf heures du matin , & nous retirâmes veis 
les quatre heures du foir dans un vieux bâtiment 
abandonné & fans couvert ; cependant la cam- 
pagne eft belle & bien cultivée , quoique relevée 
de buttes allez efearpées. On y palTe la rivière 
d'Aiala dans un gué profond , fes eaux inondent 
les terres quand on veut , mais c'eft pour y éle- 
ver de très-bon ris. Elle va fe jetter dans la mer 
Moire , & nous avions déjà campé à fou embou- 
chure en allant à Trebifonde. . , 

On monta à cheval fur les fix heures dumaii* 
pour 



du ti! VAUT. Lettre XXL \$ 

pour arrivée le 7. Novembre à une heure ÔC 
demi , proche le village de Kabé , dans un Kan 
fans banquette , du pour mieux dire , dans une 
grande écuirie. La campagne commence à s'é- 
lever en montagnes couvertes de Pins & de Chê- 
nes que l'on ne coupe jamais , & qui néanmoins 
ne font gueres plus hauts que nos taillis , tant 
les terres y font maigres & ingrates. Le 8. nous 
couchâmes à Caragamons après une traite de dix 
heures , au travers d'une des plus belles plaines 
d'Aile , inculte pourtant , fans arbres , alfez fe- 
che , quoique marécageufe en quelques endroits* 
& entrecoupée de collines alfez baues. Les vieux 
marbres , qui font dans les Cimetières , marquent 



meufe ville ; mais comment en découvrir le nom* 
fuppofé qu'il fe puiffe trouver encore dans quel- 
que Infcription ? On ne s'y repofe nulle part , & 
les voituriers ne fongent qu'à éviter les vo- 

Lc 9. Novembre nous pourfuivîmes nôtre 
route pendant fept heures dans la même plaine 
On y découvre plufieurs villages, dont les champs 
font arrofez par une petite rivière qui fer pen- 
te agréablement. On s'arrêta à Motwptalat 
dans un mauvais Kan au lieu d'aller , comme 
nous le fouhaitious , à Eskitfar qui eft à une 
Jieiie de là. Tous les lieux que les Turcs appel- 
lent Eskijfar font remarquables par leur antiqui- 
té j de même que ceux que les Grecs nomment 
Paleocafiron , car ces deux mots fignifient un 
vieux Château. On nous allura qu'Es kiffar étoic 
Une aflez bonne ville remplie de vieux marbres : 
«fie eft à gauche du grand chemin de Prufe ; ne 
icroit-ce point la célèbre Ptfmwte ? La marche 
Tome III. Y 



33& Voyage 

du 10. Novembre fut de n. heures , parmi de 
belles plaines bordées de petits bois. Nous fûmes 
logez agréablement à Bout doue dans un Caravan- 
ferai couvert de plomb , de même que le dôme 
de la Mofquée. Les Cimetières n'y manquent pas 
de colomnes , & l'on ne voit que vieux marbres 
dans le village , mais fans Infcriptions. La mar- 
che du ii. Novembre fut pareille à celle du 
jour précèdent ; on fe retira à Konrfounou dans 
un aflez beau Caravanferai au delà d'une petite 
rivière ; c'eft un pays de bois ôc fur tout de Chê- 
nes, Le iz. Novembre on arriva à Acjou , qui 
fignifie une Eau blanche. C'eft un village , à cinq 
heures de Prufe , dans une plaine bien cultivée 
Se bien peuplée ; après laquelle on ne trouve que 
des bois de Chênes grands & petits de différentes 
efpeces. Nous taillâmes tout ce jour-là le mont 
Olympe à nôtre gauche. C'eft une horrible chaî- 
ne de montagnes , fur le fommet defquelles il 
ne paroifloit encore que de la vieille neige & en 
fort grande quantité. 

Il y a long-temps; M f £ r , que je n'ai eu l'hon- 
neur de vous parler Botanique , quoique nous 
ayions vu de très-belles Plantes depuis Tocat , 
mêlées avec la plupart de celles que nous avions 
obfervées en Arménie , & avec plufieurs autres 
qui ne font pas rares en Europe. En approchant 



: Olympe c 



des Chênes, 



des Pins , du Thym de Crète , du Cifte à Lada- 
num , d'une autre belle efpece de Cifte , que 
J. Bauhin a nommé a dp de Crète à larges feùil- 
Us , lequel non feulement vient à la campagne 
de Montpellier , mais à l'Abbaye de Fontfrede, 
dedans tout le Rouflillon. C. Bauhin remarque 
A Ctftui ttdon CretifUtn Utifotium. I.B. 



du Levant, lettre XX T. 339 
avec raifon , que Belon l'a obfervé fur le mont 
Olympe , maisBauhin l'a confondu avec lcCiftc 
à Ladanum , dont Bclon 6c Profper Alpin ont 
fait mention. L'Aune , l'Ieble , le Cornouiller 
mâle & femelle , la Digitale à fleur ferruginée , 
le Piflenlit, la Chicorée 3 le petit Houx , la Ron- 
H font communes aux environs du mont Olym- 
I pc : mais combien d'autres chofes rares n'ya-t-il 
pas : Il faut les referver pour Y Hlftoire des Plan- 
tes du Levant , à laquelle j'efpere travailler quel- 

^ r .Nous arrivâmes enfin à Prufe , après cinq 
heures de marche dans des défilez couverts de 
bois , lefquels vont aboutir aufli à cette belle 
plaine qui eft au Nord du mont Olympe. On 

S commence à y voir des Plantes & des Châtai- 
gniers aufli hauts que les Sapins qui font fur la 
montagne. A la vérité les Landes font un peu 
gâtées par les pierres que les eaux charrient ; 
mais à mefnre qu'on approche de Prufe , les 
champs font couverts de Meuriers 6c de vigno- 
bles. La plupart des Meuriers font bas 6c com- 
me plantez par pépinières. Les plus grands font 
ferrez les uns près des autres , 6c forment de pe- 
tites forets entrecoupées par de grandes broflail- 
les , parmi lefqueîles naît une efpece à'^pocifii 
laquelle non feulement fe tortille fur les hayes, 
mais qui grimpe aufli fur les plus grands arbres. 
En arrivant à Prufe , du côté d'Angora , on ne 
découvre qu'une partie de la ville , au travers 
âes futayes. Le plus bel endroit de cette place , 
qui eft le quartier du Serrail , ne paroît pas ; c'eft 
pourquoi j'ai l'honneur de vous eu envoyer deux 
Plans différons. Le premier a été defliné au 
Nord - Eft fur le chemin d'Angora , & l'autre 
Y ij 



540 V O Y A G I 

du coté des Bains au Nord - Nord - Ouefr. 

Prufe , capitale de l'ancienne Bkhynie , eft la 
plus grande & la plus magnifique ville d'Aile. 
Cette Place s'étend du Couchant au Levant au 
pied des premières collines du mont Olympe, 
dont la verdure eft admirable. Ces collines font, 
pour ainiî dire , autant de dçgrez pour aller fur 
cette fameufe montagne. Du côté du Nord la 
ville fe trouve à l'entrée d'une grande & belle 
plaine où l'on ne voit que Meuriers & arbres 
fruitiers. Il ferable que Prufe ait été faîte exprès 
pour les Turcs , car îe mont Olympe lui fournit 
rant de fources , que chaque maifon a fes fon- 
taines ; de je n'ai point vu de ville qui en ait au- 
rant, fî ce n'eft Grenade en Efpagne. La plus 
confidérabie des fources de Prufe , eft au Sud- 
Oùeft auprès d'une petite Mofquée. Cette four- 
ce qui fournît de l'eau , de la grofleur du corps 
d'un homme , coule dans un canal de marbre & 
va fe diftribucr dans la ville. On affùre qu'on y 
compte plus de trois cens Minarets. Les Mof- 
quées font très- belles , la plupart font couvertes 
de plomb , embellies de dômes , de même que 
les Caravanferaîs. Au delà de la rue des Juifs , 
à main gauche en allant aux Bains , eft une Mof- 
quée Royale , dans la cour, de laquelle font les 
Maufolées de quelques Sultans , dans des cha- 
pelles folidement bâties ôc feparecs les unes des; 
autres. Nous ne trouvâmes perfonne allez inf- 
truit pour nous apprendre les noms de ces Sul- 
rans. On peut 'confuker Leunclavv qui a fait 
bn fort beau traité * des Tombeaux des Sul- 

b Le nouveau Serrai! eft fur une colline efcar- 



-S 



du Levant. Lettre XXI. 341 
carpce dans le même quartier ; c'eft l'ouvrage de 
Mahomet I V. car le vieux Serrail fut bâti du 
temps d'Amurat ou Mourat I. Les Caravanlerais 
de la ville font beaux & commodes. Le Bezeftein 
eft une grande mailbn bien bâtie , où font plu- 
sieurs magazins & boutiques femblables à celles 
du Palais de Paris , &c l'on y trouve toutes les 
marchandifes du Levant , outre celles que l'on 
travaille dans cette ville. Non feulement on y 
confomme la foye du pays , qui parle pour la 
plus belle foye de Turquie , mais encore celle 
de Perfe , qui n'eft ni fi chère ni Ci eftimée. La 
foye de Pruie vaut jufques à 14. ou 15. piaftres 
l'Oque & demi. Toutes ces foyes y font bien em- 
ployées , car il faut convenir que les meilleurs 
Ouvriers de Turquie font à l'rufe , ôc qu'ils exé- 
cutent admirablement les deueins de TapiOeries 
qu'on y envoyé de France ou d'Italie. 

La ville d'ailleurs eft agréable, bien pavée, 
propre , fur tout dans le quartier du Bazar. On 
y boit d'allcz bon vin à trois parats l'Oque. Le 
pain & le fel y font à fort bon marché. La vian- 
de de boucherie y eft bonne. On y mange d'ex- 
cellentes Truites & de bons Barbeaux. Les Car- 
pes y font d'une grandeur & d'une beauté fur- 
prenante , mais fades & mollaifes à quelque fau- 
te qu'on les mette. En venant d'Angora à Prufe 
on palfe un beau ruiueau > fur un pont alfez bien 
bâti j ce ruilfeau coule enfuite dans des vallées 
de Chênes , du côté du midi. Je crois que c'eft 
le Loùfer qui va palier vers Montania. Il y a 
dix ou douze mille familles de Turcs dans Pru- 
fe s lefquelles font plus de quarante mille âmes, 
a ne compter que quatre perfonnes par famille. 
On y compte quatre cens cafés ou familles de 
Y iij 



34* Voyage 

Juifs , cinq cens cafés d'Arméniens , & trois cens 
familles de Grecs. Néanmoins cette ville ne nous 
parut pas fort peuplée 3 & fon enceinte n'a pas 
plus de trois milles de tour. Les murailles font 

que fortifiées par des Tours quarrées. On n'y 
remarque ni vieux marbres ni Infcriptions. On 
pe voit même que peu de marques d'antiquité 
dans la ville , parce qu'elle a été rebâtie plu- 
sieurs fois. Sa fîtuation n'eft pas Cl avantageule 
qu'elle paroît , puisqu'elle eft dominée par des 
collines du côté du mont Olympe. Il n'eft per- 
mis qu'aux Mufulmans de loger dans la ville. 
Les fauxbourgs qui font incomparablement plus 
grands , plus beaux , & mieux peuplez , font 
remplis de Juifs , d'Arméniens & de Grecs.' Les 
Platanes y (ont d'une beauté furprenante & font 
un pa'ifage admirable , entremêlez avec des rnai- 
fons dont les terraiîes ont une vue" tout-à-fait 
Charmante. 

Les Tombeaux d'Orcan , de fa femme & de 
fes enfans , font dans une Eglife giccque cou- 
verte en Mofquée , qui n'eft ni grande ni belle. 
A l'entrée font deux grofles colomncs de mar- 
bre , & tout au fond quatre petites qui ferment 
le Chœur , auquel les Turcs n'ont pas touche ; 
aînfi leurs bafes ne font pas à la place de leurs 
chapiteaux , ni les chapiteaux à la place des ba- 
fes , comme M» Spon & Weheler l'ont écrit. 
Ce Chœur , quoique revêtu de marbre , n'a j a * 
mais été beau ; la pierre eft d'un blanc' la' 6 » 
fombre , & jafpée en quelques endroits. Le Sanc- 
tuaire y fubfifte encore avec un perron à quatre 
marches. On fait voir aux étrangers , dans le 
Vcftibule4e la Mofquée , le prétendu Tambour 



du Levant. Lettre XXL 345 
d'Orcan , lequel eft crois fois plus grand que les 
Tambours ordinaires* Quand on le remue il 
fait beaucoup de bruit , par le moyen de quel- 
ques boules de bois ou d'autre matière qui le 
font raifonner , au grand étonnemenc des gens 
du pays. Le Chapelet de ce Sulran eft aufli dans 
le même lieu , fes grains en font de jay & gros 
comme des noix. Il refte encore à la porte de 
cette Mofquée une pièce de marbre fur laquelle 
on lifoit autrefois une Infcription grecque , car 
pour aujourd'hui on n'y connoît plus rien. Outre 
les Mofquées dont j'ay parlé , il y a dans Prufe 
plufieurs Collèges d'Inftitution Royale , où les 
Ecoliers font nourris & inftruits gratuitement 
dans la Langue Arabe & dans la connoiiîance de 
l'Alcoran. On les diftingue par la feiîe blanche 
de leurs Turbans , laquelle forme des nœuds 
gros comme le poing , difpofcz en écoiles. On 
garde dans une Chapelle Turque , auprès de la 
ville , une ancienne épée fort large , que l'on 
prétend être l'épée de Roland. La Chapelle eft 
fur une emmenée du côté du Sud-Oueft. 

11 y a un Pacha dans Prufe , un Janiftaire A^st 
qui commande environ 150. Janilîaires , & un 
Moula ou grand Cadi qui ell le plus puiflànc 
Officier de la ville. Dans le tems que nous y 
étions , c'étoit le (ils du Moufti de Conftantino- 
ple qui occupoit cette place , ÔC même il avoit 
la furvivance de la charge de Moufti , qui eft 
une chofe fans exemple en Turquie. Il fuivit peu 
de tems après le fort de fon pere ; non feulement 
le fils fut dépouillé de fes bie: 



que le pere 






fur une claye à Andrinople. 

Les Arméniens n'ont qu'une Eglife dans Pm- 
Y iiij 



344 Voyage 

ie. Les Grecs en ont trois. Les Juifs y ont qua- 
tre Sinagogues. Nous fumes furpris , en nous 
promenant dans cette ville , d'y entendre parler 
aufli bon Efpagnol que dans Madrid. Les Juifs 
à qui je m'adreflai , m'affurerent qu'ils avoient 
toujours confervé leur langue naturelle , depuis 
que leurs pères s'étoient retirez de Grenade en 
Afie. Il eft vrai qu'ils choifirent la ville du 
monde , qui par fa fituation & par fes fontaines, 
relTemble le plus à Grenade , comme je l'ay dit 

Le ii. Novembre nous partîmes à fept heu- 
res du matin pour aller voir le mont Olympe, 
dont la montée eft afTez douce ; mais après trois 
heures de marche à cheval , nous ne trouvâmes 
que des Sapins & de la neige ; deforte que , fur 
les onze heures , nous fumes obligez de nous 
arrêter près d'un petit lac dans un lieu fort éle- 
vé. Pour aller delà au fommet de la montagne, 
qui eft une des plus grandes d'Afie , & femblable 
aux Alpes & aux Pyrénées , il faadroit que les 
neiges fuirent fondues, & marcher encore pen- 
dant toute une journée. La faifon ne nous per- 
mit pas d'y voir les Plantes les plus curieules. 
Les Heihcs , les Charmes, les Trembles, l«? 
jsJoifetiers n'y font pas rares, Les Sapins ne dif- 
férent point des nôtres , car nous en examinâ- 
mes les feuilles & les fruits avec exaditude. Apres 
tout nous ne fûmes pas trop contens de notre 
herborifation , quoique nous y euiîions remar- 
qué quelques Plantes fingulieres, parmi beau- 
coup d'autres qui font communes fur les mon- 
tagnes d'Europe. C'eft près de ce mont Oly» 11 ' 
pe , que nos pauvres Gaulois furent défaits- p aC 
Manjius qui , fous prétexte qu'ils avoient lui 



du Levant. Lettre XXI. 545 
h parti d'Antiochus , voulut fe vanger fur eux 
des maux que leurs pères avoient faits en Italie. 

Le 2.3. Novembre nous allâmes voir les nou- 
veaux Bains de Capliz.a 3 au Nord-Nord-OLieft à 
un mille de la ville ôc à main droite du chemin 
de Montania. Les Turcs les appellent Jani- 
Çapliz.a , c'eft à dire Nouveaux Bains. Ce font 
deux bâtimens tout près l'un de l'autre , dont le 
plus grand eft magnifique , relevé de quatre 
grands dômes couverts de plomb , percez com- 
me en ecumoire , s'il m'eft permis de me fervir 
de cette comparaifon ; & tous les trous de ces 
dômes font fermez par des cloches de verre fem- 
blabies à celles dont les Jardiniers fe fervent pour 
couvrir les Melons. Toutes les fales de ce Bain 
font pavées de marbre. La première eft fort gran- 
de & comme partagée en deux par une arcade 
gothique. Le milieu de cette ,Sale eft occupé par 
une belle fontaine à plufieurs tuyaux d'eau froi- 
de, Se le tour des murailles eft relevé d'une ban- 
quette de deux pieds, couverte de nattes, lur 
Jefqueiles on quitte fes habits". A droite font les 
Salons où l'on fe baigne , éclairez par des dô- 
mes percez de même que les grands. On tempè- 
re dans ces appartemens les fources d'eau chau- 
de avec celles d'eau froide. Le refervoir de mar- 
bre où l'on fe baigne , &c où l'on nage h" l'on veut, 
eft dans la dernière Sale. On fume dans cette 
maifon , & l'on y boit du Cafte & du Sorbec ; 
ce dernier n'efî que de l'eau à la glace , dans la- 
quelle on délaye quelques cucillcrces de Raifiné. 
Ce Bain n'eft deftiné que pour les hommes , les 
femmes fe baignent dans l'autre ; mais il n'eft 
pas fi beau , les dômes en font, petits Sç couverts 
de ces tuiles creufes 5 qu'on appelle des FttpieMS 
à Paris. 



G 1 

coulent fur le che- 
min qui efl entre les deux Bains. Leur chaleur 
cft lî grande , que les œufs y deviennent mollets 
dans dix ou douze minutes , & tout-à-fait durs 

le bout du doigt. L'eau qui efl: douce, ou plutôt 
fade , fent un peu la teinture du cuivre ; elle fu- 
me continuellement. Les parois des canaux font 
couleur de rouille , & la vapeur de ces eaux fent 
les œufs couvis. Ces Bains font fur une colline 
qui fe perd dans la grande plaine de Prufe. Sur 
la même croupe entre le chemin de Montania & 
de Smyrne , il y a deux autres Bains dont l'un eft 
nommé Cuchurtli , à caufe que (es eaux fentent 
le foufre. a C'eft Ruftom Pacha , gendre de So- 
lyman 1 1. qui en a fait faire le bâtiment. 

A deux milles de Prufe , ôc à un mille des 
Bains nouveaux , fur le chemin qui va de Smyr- 
ne à la ville de Cechirgê , font les anciens Bains 
de Captiva , que les Turcs appellent Eski-capli^a. 
Le Do&eur Marc Antoine Cerci nous y accom- 
pagna & nous fit remarquer que dans ce village 
il y avoit un bel Imaret ; c'eft fans doute celui 
qui fut fondé par b Mourat I. Les eaux du vieux 
Capliza font fort chaudes , ôc quoique le bâti- 
ment foit à peu près comme celui des nouveaux 
Bains , Ôc par confequent peu ancien ; il y a 
beaucoup d'apparence que ce font les eaux chau- 
des Royales dont fe fervoient les Grecs , du terns 
que leur Empire norillbit , & dont c Conftantin 
Se d Eftienne de Byzance ont fait mention. M*- 

a Lemcl. InL LibUi . Tk fc ci 1W4 /«*«*«** *»' 



du Levant. Lettre XXL $4? 
homet I. les fit rétablir & mettre dans l'état où 
elles font. Outre ce grand Bain , il y a danslo 
même village un autre Bain pins petit, que les 
Turcs fréquentent auflt & où ils le font donner 
la douche. Les eaux de tous ces Bains , tanr. 
vieux que nouveaux , blanchillcnt l'huile de 
Tartre , Se ne font rien avec le papier bleu. 

Nous connûmes deux Herboriftes à Prufe , 
l'un Emir & l'autre Arménien , qui palToicnt 
pour de grands Docteurs. Ils nous fournirent des 
racines du véritable Ellébore noir des anciens , 
autant que nous voulûmes pour en faire l'ex- 
trait. Ceft la même efpece que celle des Anti- 
cyres & des côtes de la mer Noire. Cette Plante 
que les Turcs appellent Zofléme & qui eft très- 
commune au pied du mont Olympe , a pour 
racine un trognon , gros comme le pouce , cou- 
ché en travers , long de trois ou quatre pouces , 
dur , ligneux , divifé en quelques racines plus 
menues & tortues. Toutes ces pairies pou lient 
des jets de deux ou trois pouces de long , termi- 
nez par des oeilletons ou des bourgeons rougeâ- 
tres ; mais le trognon & les fubdivilions font noi- 
rarres en dehors , &c blanchâtres en dedans. Les 
fibres qui les accompagnent font touffues , lon- 
gues de huit ou dix pouces , grolîes depuis une 
l J gne jufques à deux , peu ou point du tout che- 
velues. Les plus vieilles font noirâtres en dedans, 
d'autres brunes -, les nouvelles font blanches ; les 
unes & les autres ont la chair calîante , fans 
acreté ni odeur , & font traverfées d'un r.erf 
rouflàtrew Elles fenrent comme le lard quand elles 
bouillent dans l'eau. 

De 15. livi-cs de ces racines, nous en tirâmes 
«eux livres & demi d'extrait , brun , tres-amer ÔC 



$4$ Voyage 

réfineux. Il purge étant pris feul depuis vingt 
grains jufques à demi gros. Trois Arméniens à 
qui nous en donnâmes , fe plaignirent tous d'à» 
voir été fatiguez) par des naufées , des tiraille- 
mens d'entrailles , d'une impreffion de feu , &C 
d'acreté dans l'eftomac , le long de l'efophage , 
dans la gorge &c au fondement ; de crampes , de 
mouvemens convulfifs , joints à des élancemens 
violens dans la tcte , qui venoient comme par 
fufées, &qui fe renouvelaient quelques jours 
après. Ainii nous commençâmes par rabbattre la 
moitié de l'eftime que nous avions pour ce grand 
remède. A l'égard des racines , il faut en ufer 
comme de celles de nôtre Ellébore , les faire 
bouillir à la quantité d'un gros , ou d'un gros & 
demi dans du lait , les laitier infufer pendant la 
nuit j faire chaufferie lait le lendemain au matin 
de le paffer par un linge. 

Les Turcs attribuent de grandes vertus à cette 
Plante , mais nous ne pûmes les apprendre. Le 
S r Antoine Cerci qui a pratiqué long-tems la 
Médecine à Conftantinople , à Cutaye & à Pru- 
fe , nous aflura qu'il ne s'en fervoit plus , a 
caufe des accidens qu'elle caufe aux malades. Il 
nous apprit qu'on amatfoit de la Gomme Adra- 
gant , à Caraijfar , ou Chat eau- noir , à qu« rC 
journées de Prufe. Quoiqu'il foit homme d'ef- 
prit , il n'a point de goût pour l'antiquité : il fe 
moquoit de nous quand nous parlions de la belle 
Grèce 8c nous renvoyoit à Nicée 8c à Cutaye. 
Nlcêe n'eft qu'à une journée de Prufe , mais au 
delà d'une montagne fi occupée par les voleurs , 
qu'on n'ofe y pafler fans une bonne efeorte. 
Cutaye n'eft qu'à trois journées de Prufe. On 
aceufoie le Pacha qui y comraandoic , de s'en- 



du Levant. Lettre XX T. 549 
tendre avec les voleurs & d'en tirer une rétri- 
bution confidérable. Les Caravanes mettent cinq 
jours de Cutaye à Prufe j c'eft leur chemin pour 
venir de Satalié ou Attdia ancienne ville de Ca- 
ramanie. On va de Prufe à Montanîa dans qua- 
tre heures , & de Montanîa à Conftantinople par 
eau dans une matinée } ainiî il ne faut qu'une 
journée pour aller de Prufe à Conftantinople. 
Les gens à cheval mettent trois jours pour aller 
de Prufe à Scutari. Le mont Olympe s'appelle 
en Turc Anatolai-dag. Les Grecs l'ont autrefois 
nommé 5 la Montagne des Cahyers , à caufe qu'il 
y avdit plufîeurs folitaires qui s'y étoient retirez. 
Le nom de Prufe & fa fîtuation au pied du 
mont Olympe , ne permettent pas de douter que 
cette ville ne foit l'ancienne npcvsa. bâtie par 
Annibal , s'il faut s'en rapporter à Pline , ou 
plutôt par Prufias Roy de Bithynie qui fît la guer- 
re à Crccfus ôc à Cyrus 3 comme l'afïïircnt Stra- 
bon & fon Singe Etienne de Byzance. Elle feroit 
même plus ancienne , s'il eft vrai qu'Ajax s'y 
foit percé la poitrine avec fon épée , comme il 
eft réprefenté fur une Médaille de Caracalla. Il 
eft furprenant que Tite-Live qui a fî bien décrit 
'es environs du mont Olympe , où les Gaulois 
furent défaits par Manlîus , n'ait point parlé de 
cc tte Place. Après que Lucullus eut batu Mithri- 
datc à Cyzique , Triarius vint afïïéger Prufe & 
kprit. Les Médailles de cette ville , frapées aux 
têtes des Empereurs Romains , montrent bien 
qu'elle leur fut attachée fidèlement. Les Empe- 
reurs Grecs ne la pofTedércnt pas fî tranquille- 
ment. Les Mahometans la pillèrent & la ruinè- 
rent fous Alexis Comnene. L'Empereur Andronic 
Comnenc , à ce q U ç dit Nicetas , la fit faccager 



,,o f V o v a g e 

à 1 occanon d'une révolte qui s'y étoit excitée. 
Après la prife de Conftaminopie par le Comte de 
Flandres, Théodore Lafcaris, Defpote de Ro- 
manie , s'empara de Prufe à l'aide du Sultan 
d'Iconium , fous prétexte de conferver les places 
d'Afie à Ton beau-pere Alexis Comnene , ftirnom- 
mé Andronic. Prufe fut affiegée par Bcm de Bra- 
cheux qui avoit mis en fuite les troupes de Théo- 
dore Lafcaris. Les Citoyens firent une fi belle ré- 
/îftance , que les Latins furent contraints d'aban- 
donner le fiége , & la Place relia à Lafcaris par 
la Paix qu'il fit en 1114. avec Henri II. Empe- 
reur de Conftantinople & frère de Baudouin. 

• Prufe fut le fécond îiége de l'Empire Othoman 
en Ane , car il faut convenir qu'Angora fut la 
première Place où les Turcs s'établirent ; ils fe 
tendirent les maîtres de Prufe par famine , & 
par la négligence des Empereurs Grecs. Cet il- 
luftre Othoman , que l'on peut comparer aux 
plus grands Héros de l'antiquité, fit bloquer la 
ville par deux Forts qui l'empêchèrent de rece- 
voir aucunes provisions. L'un étoit aux vieux 
Bains de Capliza avec uhe forte garnifon de gens 
choiiïs , commandez par fon frère Actemur grand 
homme de guerre. L'autre qui étoit fur une des 
collines du mont Olympe, qui divifoient la ville, 
fe nommoit le Fort de Balabanfouc ; il étoit com- 
mandé par un Officier général de grande réputa- 
tion. Comme Prufe s'affamoit tous les jours ,, 
Othoman que la goutte attachent dans fon lit f 
ordonna à fon fils Orcan d'en faire le fiége. D'au- 
tres alïurent qu'il s'y trouva en perfonne. Quoi- 
qu'il'en foit , Berofes Gouverneur de la Place , 
capitula le plus honorablement qu'il pût en 13 1 7* 
Calvifius rapporte la prife de Prufa en i3 i6 * 



du Levant. Lettre X XI. 3 j i 

Après la défaite de Bajazec , Tamerlan vint à 
Prufa où il trouva les threfors que cet Empe- 
reur y avoit amalfez , & dont il avoit dépouillé 
les Princes voifms. On y mefuroit , à ce que die 
Ducas , les Pierres précieufes & les Perles par 
hoiffeaux. Mais quand Tamerlan fut defeendu 
du côté de Babylone , le Sultan Mahomet , fils 
de Bàjazet qui régna dans la fuite fous le nom 
de Mahomet I. prit pofTefîlon de Prufe , quoi- 
qu'il eût établi le fîége de fes Etats à Tocat. 
lfa-beg, un de fes frères, fe prefenta devant la 
ville , mais les habitans l'abandonnèrent pour fe 
retirer dans le Château , 8c s'y défendirent avec 
tant de fermeté , qu'lfa-beg ne pouvant l'empor- 
ter , fie brûler &c razer la ville. Elle fut rétablie 
quelque tems après par Mahomet qui battit les 
troupes de fon frère. Il femble que cette Place 
etoit deftinée à fervir de jouet aux Othomans. 
Solyman qui étoit un autre fils dcBajazet s fe 
faifitdu Château de Prufe par une faurîe lettre 
qu'il fit donner au Gouverneur , de la part de 
fon frerc Sultan Mahomet , par laquelle il lui 
ordonnoit de remettre ce Château à Solyman ; 
niais Mahomet le recouvra par le moyen du mê- 
me Gouverneur , qui par un remords de con- 
fidence de s'être laiiré tromper , la fit pafîer entre 
'es mains de fon premier maître , dans le tems 
que Solyman fut obligé de parler en Europe pour 
aller défendre fes Etats qu'un autre de fes frères 
avoit envahis ; & par un malheur bien extraor- 
dinaire cette Place qui ne s'attendoit pas à chan- 
ger de maître , fe vit encore expofée aux infultes 
de Caraman , Sultan d'Iconium , qui la prit ôC 
la pilla en 141 3. Il fit déterrer les] os de Bajazct 
& les fit brûler 3 pour fe vanger de ce que cet 



3jz Voyagé 

Empereur avoir fait couper la tête à fon père, 
Leunclaw ajoute, que Caraman fit brûler Prufe 
en 1415. 

Après la mort de Mahomet I. Ton fils Mouràt 
ou Amurat 1 1. qui fe tenoit à Amafiâ, vint à 
Prufe pour fe faire déclarer Empereur. On lit 
dans les Annales des Sultans , qu'il y eût un fi 
grand incendie à Prufe en 1490. que les zj. 
Régions en furent confumées ; & c'eft par là 
que nous apprîmes que la ville étoit divifée en 
plusieurs Régions. Zizjmé cet illuftre Prince 
Othoman , fils de Mahomet 1 I. difputant l'Em- 
pire à fon frère Bajazet , faifit la ville de Prufe 
four s'a{fûrer de i'Anatolie ; mais ayant été battu 
deux fois par Acomathe Général de Bajazet, il 
fut obligé de fe retirer chez le Grand Maître dé 
Rhodes. C'eft ce même Zizime qui vint en Ita- 
lie chez le Pape Innocent IV. ôc qui mourut à 
Terracïne , en accompagnant le Roy Charles 
VIII. dans fon voyage de Naples. 

J*ay l'honneur d'être avec un profond refpetf » 
Sec. 



LETTRE 



fitr Levant. Lettre X X IL 3^5 
Lettre XXII. 

A Monfeigneur le Comte de Pontchartraln , Secré- 
taire d'Etat & des Comman démens de Sa M&± 
jefié , &v. 



Dans l'incertitude où nous étions, fi nous au- \ 
lions meilleur marché des voleurs qui font: fur d 
le grand chemin de Conftantinople y ou de ceux n 
qui courent fur la route de Smyrne , nous pre- 
ferâmes le voyage de cette dernière ville , dans 
l'efperance non feulement de trouver des Plantes 
plus rares que nous n'avions fait fur le canal 
de la mer Noir* 
cher de la Syrie 
les côtes. 

Nous partîmes donc le 3. Décembre de Prufe 
pour Smyrne , & couchâmes à Tartali , village à 
trois heures 3c demi de marche. On palTc par 
Cechirgé où font les vieux Bains de Capliza , ÔC 
de là fur le pont du Louferoxx Merapli petite ri- 
vière qui tombe du mont Olympe , & qui va fe 
jetter dans la mer près de Montania» Les Truites 
du Loufer font excellentes & tout ce pays eft 
beau & bien cultivé. A gauche règne une chaine 
de collines , fur laquelle eft Phijïdar bourgade 
confuiérable habitée par des Grecs , qui pour 
avoir le plaifir d'être fculs chez eux , lans mé- 
lange d'aucuns Turcs , payent double Capitation, 



Tom* ///, 



354 Voyage^ 

& ne voyent qu'une fois l'année un Cadi am- 
bulant. 

Le f. Décembre après une marche de 9. heu- 
res , on commença à découvrir le lac d'Abouillo- 
nd qui a 25. milles de tour, & fept ou huit 
milles de largeur en quelques endroits , entre- 
coupé de plufieurs Mes ôc de quelques peninfu- 
les ; c'eft proprement le grand égoût du Mont 
Olympe. La plus grande de ces lues a trois milles 
de circonférence & s'appelle Abomllona de mê- 
me que le village , qui eft fans doute l'ancienne 
ville â'Apollonia , puifquc c'eft de ce Lac que 
fort la rivière de Rhyndacus qui va palier à Lo- 
padi ou Loubat. Caragas eft encore un village 
de Grecs dans une autre Me du même Uc ', 
mais il s'eft mêlé quelques Turcs parmi eux. 
Les uns & les autres parlent d'une Me à l'autre 
fur. des Caïques à voile , pour les aller culti- 
ver. Les Carpes de ce Lac pefent 12. ou iy. 
livres ; mais nous ne les trouvâmes pas meilleu- 
res que celles que nous avions mangées à Pru- 
fe. Ce Lac s'appelioit anciennement Stagnum 
ArtynU. Le Rbyndacus fe nommoit Lycus , oC 
peut-être que Lopadi petite ville à une lieue au 
dcllbus , eft la ville de Metellopolis dont Pline 
a fait mention ; mais il ne faut pas la confon- 
dre avec la Metellopolis de Strabon. Suivant 
cet Autheur le Lac d' Abonlllona s'appelioit 
Apolloxiatis, &C la ville qui s'y trouvoit, por- 
toit le nom A'Afollonia. La Médaille de Septiè- 
me Severe , dont le revers reprefente un vail- 
feau à la voile , marque bien que les habi- 
rans s'addonnoient fort à la navigation , & q uc 
la ville dévoie être confidérable. Celle de M. 
Aurele , au revers de laquelle fe voit le Rhj»" 



du Levant. Lettre XXII. 35 c 
dams à longue barbe , couché & appuyé fur 
fon urne , tenant un rofeau de la main gau- 
che & pourtant de la droite un bateau , fait en- 
tendre que cette rivière étoit navigable dans ce 

M r Vaillant allure qu'il a vu la ville d'Ap. 
pollonia , & la place fur une colline , au pied 
de laquelle coule k Rh.ndtcus à 15. milles de 
la mer ; mais fans doute que ce fç avant hom- 
me prit Lopadi pour Appo'lonla , Laquelle ne 
fçauroit être que le village à' Abomlloria. Apol- 
lon étoit fans doute révéré dans cette ville , car 
outre qu'elle en portoit le nom , ce Dieu eft 
réprefenté fur une Médaille de M. Aurele de- 
bout devant un trepié , autour duquel eft tor- 
tillé un ferpent ; Apollon y eft couronné par 
Diane chaflereflè. La Médaille de Lucius Verus 
reprefente aufîi un Apollon debout , le bras 
gauche appuyé fur une colomne & tenant une 
branche de laurier de la main droite. Le me-, 
me culte parovt fur une Médaille de Caracalla , 
°ù Apollon eft debout au milieu de quatre co- 
iomnes du frontifpice de fon Temple. Le mè- 
me type eft fur la Médaille de Gordien Pie. La 
ville à'Apollonla étoit encore confidérable fous 
l'Empereur Alexis Comnene ; Anne fa fille rap- 
porte qu'elle fut, comme Prufe , pillée par les 
Turcs. 

On laide toujours le Lac d'Abouiilona à gau- 
che pour aller à Lopadi où nous couchâmes ce 
jour-là , après avoir' traverfé une belle plaine. 
La rivière fort du Lac , environ deux milles 
audeflhs de la ville ; mais elle eft profonde Se 
porte bateau , quoique depuis long-tcms pex- 
foone ne prenne foin de la nettoyer. On la 
Z i) 



356 Voyage 

paffe à Lopadi fur un pont de bois , à la gauche 
duquel font les ruines d'un ancien Pont de 
pierre qui paroît avoir été bien bâti. Lopadi 
que les Turcs appellent Vlubat , les Francs Lo«- 
bat 9 &les Grecs Lopadion , n'a qu'environ 100. 
maifons d'alïez mauvaife apparence ; cependant 
ce lieu a été confiderable fous les Empereurs 
Grecs. Ses murailles , qui font prefque ruinées, 
étoient deffenduës par des tours 3 les unes ron» 
des , les autres pentagones > quelques - unes 
triangulaires ; l'enceinte de la Place eft pref- 
que quarrée. On y voit des morceaux de mar- 
bre antique , des colomnes , des chapiteaux , 
des bas-reliefs & des architraves , mais le tour 
brizé & trcs-maltraité. Le Car avan ferai où nous 
logeâmes étoit fort fale & fort mal bâti , quoi- 
qu'il y ait quelques vieux chapiteaux & quel- 
ques bafes de marbre. 

L'Empereur Jean Comnenc qui parvint à 
l'Empire en 1118 , fit bâtir le Château de 
Loubat dans le tems qu'il alloit combatre les 
Perfes ; il eft prefque tout démoli préfente- 
ment. Nicetas alfùre que ce même Empereur 
avoit fait bâtir la ville de Lopadion lorfquil 
voulut aller reprendre Cajiancone fur les côtes de- 
là mer Noire. Tout cela fe peut aifément conci- 
lier , en difant que Jean Comnene avoir fait 
bâtir le Château dans un de fes voyages » S ie * 
murailles de la ville dans l'autre \ car il eft 
certain que cette ville eft encore plus ancien- 
ne , puifqu'elle fut pillée par les Mahomctans 
fous l'Empereur Andronic Comnene qui regnoit 
en 1081. Lesreftes des marbres qui s'y trou- 
vent , marquent encore qu'elle eft plus ancien- 
ne que les Comnenes , à moins qu'on ne tes 



. dit Le v A nt. Lettre XXII. 357 
ak fait venir par eau , des ruines d'Apollonia. 
En effet , il y a quelque apparence que les ha- 
bitans de cette ville , pour la commodité de leur 
commerce , s'étoient infenfiblement tranfpor- 
xéi. à l'endroit où eft Lonbat , & qu'ils l'avoient 
appelléc Apolloma , après avoir abandonné l'an- 
cienne Apolloma, qui eft dans la plus grande 
Ifle dont on vient de parler \ car Anne Com- 
nene rapporte , que fous Alexis Comnene , 
Helian fameux Générai Mahometan , s'étant 
faifi de Cyzique & d'Apollonia , l'Empereur y 
envoya Euphorbene Alexandre pour l'en chaf- 
fer. Alexandre fe rendit le maître d'Apollonia, 
en forte qu'Helian fut contraint de fe retirer 
dans le Château ; mais le fecours ayant paru, 
les Chrétiens levèrent le fiége , & comme ils 
vouloient fe retirer par la mer , Helian qui étoit 
le maître du pont , les enferma dans la rivière 
& les tailla en pièces. Opns qui commandoic 
l'armée , après la défaite d'Euphorbene , répara 
cette perte ; non feulement il reprit Apollonu», 
mais il obligea Helian de fe rendre , & le fit 
pafler à Conftantinople où il fe fit Chrétien avec 
deux de fes plus fameux Généraux. Il femble que 
cela prouve que Lopadi avoit pris le nom d'A- 
pollonia dans ce tems-là. 

Andronic Comnene envoya une armée à Lo- 
padi pour ramener à leur devoir les habitans 
S uî » à l'exemple de ceux de Nicée & de Pru- 
*c , avoient abandonné fon parti. Après la pri- 
fe de Conftantinople par le Comte de Flandres, 
Pierre de Bracheux mit en fuite les troupes de 
Théodore Lafcaris , à qui Lopadi refta par la 
paix qu'il fit avec Henri , fuccefteur de Bau- 
Ziij 



3j8 Voyage 

doiiin Comte de Flandres & premier Empereur 

Latin d'Orient. 

Après que le grand Othoman eût défait le 
Gouverneur de Prufe , de les Princes voiiïns 
qui s'étoient liguez pour arrêter le cours de fés 
conquêtes , il pourfuivit le Prince de TecK juf- 
ques à la tête du pont de Lopadi , & fit dir$ 
au Gouverneur de la Place , que s'il ne lui en- 
voyoit fon ennemi égorgé , il paiferoit le pont 
& mettroit tout à feu & à fang. Le Gouver- 
neur répondit qu'il le fatisferoit , pourvoi qu'il 
jurât que ni lui ni fes fucce Meurs ne pafleroient 
jamais le pont. En effet , depuis ce tems-là les 
Othomans ont toujours pa(îé cette rivière en 
bateau. Othoman fit hacher en morceaux le 
Prince de Teck à la vue de la Citadelle , & fe 
faifit de la Place. Lopadi cft aufli fameux dans 
YHiftoire Turque par la défaire de Muftapha , que 
le Rhyndacus l'eu: dans YHiftoire Romaine par 
celle de Mithridate. 

Ce Général qui venoit d'être battu à Cyzi- 
que, ayant appris que Lucullus affiégeoit un 
Château en Dithvnie , y pafla avec fa cavale- 
rie ôc le refte de fon infanterie , dans le deflejn 
de le furprendre ; mais Lucullus averti de fa 
marche le furpric lui-même malgré la neige 8c 
la rigueur de la faifon. Il le battit à la rivière 
de Rhyndacus , & fit un fî grand carnage de les 
troupes , que les femmes d'Apollon!* fertirerit 
de leur ville pour dépouiller les morts & p olir 
piller le bagage. Appicn qui convient de cette 
vicloire , a oublié la plupart des circonftances 
dont Plutarque nous a inftruits. 

A l'égard de h bataille qu'Amurat rempor- 
ta fur fon Oncle Muftapha, les Auteurs la rap- 



du Levant. Lettre XXII. 359 

portent divcrfcment. Ducas & Leunclaw pré- 
tendent .qu'Amurat fie mettre à bas le pont de 
Lopadi , pour empêcher fon Oncle de venir à 
lui. Nous en avons vu les relies , & depuis ce 
tems-là on a fait le pont de bois fur lequel on 
paire pour aller à la ville. Muftapha fe voyant 
abandonné de fes alliez , ne fongea qu'à paner 
en Europe. Calcondyle allure qu'Amurat fit jet- 
ter un pont fur la rivière. On peut lire Leun- 
claw fur les autres particularitez de l'action , car 
il prétend qu'il y eût un fanglant combat , & que 
Muftapha fut l'agreûear. 

M r Spon n'a pas eu raifon de prendre le Lac 
de Lopadi pour le Lac Afcanius , non plus que 
d'alTùrer que la rivière de Lopadi fe jette dans 
le Granique. Le Lac Afcanius eft le Lac de Nî- 
cée , que les Grecs appellent Nixaca , & les 
Turcs Ifmicb. M r Tavemier dit , que ce Lac 
fe nomme Chabantioul , à caufe de la ville de 
Chabangi qui eft iur fes bords, à 5. ou 6. rail- 
les de Niccc. Strabon place le Lac Afeanius 
près de cette ville. Pour ce qui eft du Grani- 
que , il eft allez éloigné de Lopadi , comme nous 
Valions voir , Se l'on reconnoît l'embouchure du 
Khyndacus par une Me que les anciens ont nom- 
mée Besbkos. 

On féjourna à Lopadi le lendemain 10. Dé- 
cembre , parce que cinq marchands Juifs de 
Prufe , qui avoient le même voiturier que 
nous , avoient mis dans leur marché qu'on fe 
repoferoit le jour du Sabbat ; ainfi nous quittâ- 
mes la grande Caravane , & nous ne nous trou- 
vâmes plus que iix per'fo'nncs avec des fufils , 
fçavoir nous trois , deux voituriers , & les Juifs 
qui tous enfemblc n'avoient qu'un méchant mouf- 
Ziiij 



3 6« ^ Voyage 

queton à rouet , plein de crauc , & qu'on ne 
pouvoir pas charger faute de baguette, Ces 
bonnes gens apprehendoicnt fi. fort les Turcs , 
qu'ils fe cachoient du plus loin qu'ils en apper- 
ccvoicnt ; quand ils ne pouvoient pas fe cacher, 
ils quittoicnt leurs Turbans à feflfe branche. Nous 
avions pris des Turbans blancs à Angora , afin 
de n'être pas connus pour Francs par les vo- 
leurs , qui les dépouillent impitoyablement. 
Nous en rencontrâmes pourtant cinq , armez de 
lances , entre Prufe & Lopadi ; mais tout fe paffa 
honnêtement de leur part. 

Le lendemain n. Décembre nous continuâ- 
mes nôtre route dans la Michalicie , laquelle 
fait une partie de la M'tfie des anciens , & mar- 
châmes jufques fur les deux heures dans une 
grande plaine , bien cultivée , relevée de quel- 
ques collines couvertes de bois i mais on ne 
voit fur le chemin que Squeticm méchant vil- 
lage à droite. On laine à gauche un puits àbaf- 
cule pour la commodité des palfans. Enfuireon 
pafle une petite rivière qui va fe jetter dans le 
Granique ; après quoi nous nous trouvâmes iur 
le bord de cette rivière. Ce Granique , dont on 
n'oubliera jamais le nom tant qu'on parlera d'A- 
lexandre , coule du Sud-Eft au Nord , & en* 
fuite vers le Nord-O'tieft avant que de tomber 
dans la mer ; fes bords font fort élevez du côte 
qui regarde le couchant. Ainfi les troupes de 
Darius avoient un grand avantage , n elles en 
avoient fçû profiter. Cette rivière ft fameute 
par la première bataille que le plus grand Ca- 
pitaine dp l'antiquité gagna fur fes bords , s'ap- 
pelle à prefent Soufouahirli , qui eft le nom 
d'un village où elle pafTe j de Soufonghirli veut 



du Levant. Lettre X X î I. 361 
dire le Village des Bufles d'eau. Nous panâmes 
le Granique fur un pont de bois qui ne nous 
parut pas trop fur. Les Caravanferais de Sou- 
foughirli font de vilaines écuries dont Ja ban- 
quette, qui n'a que deux pieds de haut, n'eft 
large qu'autant qu'il le faut pour Ce coucher en 
travers , mal pavée & pleine d'ordures , avec 
de méchantes cheminées à cinq ou fix pieds les 
unes des autres. On voit pourtant quelques co- 
lomnes & quelques vieux marbres dans le vil- 
lage , mais fans inscriptions. U Agnus cafius , 
& YAfphodele jaune font communs fur les bords 
du Granique. M £ "Wcheler a pris cette efpcce 
d'Afphodele pour celle qui a les feuilles fiftu- 
leufes ; mais je ne comprens pas comment il en- 
tend qu'Alexandre rencontra l'armée de Darius 
fur le Granique en deçà du Mont Taurus proche 
l'Euphrate. 

Le 11. Décembre nous partîmes à quatre 
heures & demi du matin , ôc n'arrivâmes qu'a- 
près douze heures de marche à Mandragoia mé- 
chant village fur qui on ne jetteroit pas les yeux 
s'il n'y avoir quelques vieux'marbres } les colon- 
nes du Caravanferai où nous logeâmes , quelque 
antiques qu'elles foient , ne font que dégroiïïes ; 
& fuivant les apparences elles relieront long-tems 
en cet état. 

Ces relies d'antiqnitez ont fait conjecturer à 
M r Spon , que Mandragoia pourroit bien être 
la ville de Mandrapolis dont Pline a fait men- 
tion. Pour aller de Souloughirli à Mandragoia, 
on traverfe une montagne que M r Weheler a 
prife pour le Mont Tirnnus ; ÔC nous ne pûmes 
découvrir les mafures de cette ancienne Cita- 
delle , que l'on prétend qu'Alexandre fie bâtie 



après la bataille du] Granique , parce que nous 
partîmes avant le jour. Le mont Timnus n'eft 
pas fort haut , mais il eft fort étendu , & fes ' 
coteaux font couverts de petits Chênes , de Ge- 
nêts d'Efpagne , & ;d' Adrachne. La Porte de Fer 
eft un méchant Caravanferai abandonné , dans 
une de fes vallées s fur un ruifteau qui coule vers 
le Levant ; heureafement nous pailàmes tous ces 
défilez dans une faifon où les voleurs ne fçau- 
roient tenir la campagne. 

Le 13. Décembre après une route de dix 
heures, par des défilez remplis de Chênes , de 
Pins y & de Phillipea , que l'on brûle fouvent 
pour multiplier les pâturages ; nous couchâmes 
à Coiiro'Agoulgi , & nous trouvâmes à moine che- 
min de Mandragoia le village de Tchoimlekechu 
On ne voit que nids de Cigognes fur les Cara- 
vanferais de la route ♦, ces nids font comme de 
grands paniers creufez en baflîn , tiifus confo- 
rment de branches d'arbres. Les Cigognes ne 
manquent pas d'y revenir tous les ans faire leurs 
peurs , & les gens du pays , bien loin de les 
étatiser , ont ces Oyfeaux en fi grande vénéra- 
tion , qu'ils n'oferoient toucher à leurs nids. 
Un étranger feroit mal reçu s'il s'avifoit de tirer 
demis. 

Pour ce qui eft du ruifleau qui palTc à une 
promenade de Mandragoia , & que M r Spon 
prit pour le Granique , c'eft le Fourtijfar qui 
defeend du mont Timnus , & qui pourroit bien 
ctre le Càtcus des anciens. Nous mangeâmes 
ce jour-là , pour la première fois , du fruit à' A' 
drachne ; ce fruit eft clair-femé fur des grap- 
pes branchucs & purpurines , prcfque ovale, 
iong de demi pouce , chagriné à grains appU- 



du Levant. Lettre X X 1 L 363 

tïs , au lieu que ceux de Y Arboujîer font à grains 
pointus.. Celui de l'Adrachne finit par un petit 
bec noirâtre , long de demi ligne ; la chair en 
eft rougeâtre , tirant fur l'orangé , jaunâtre en 
dedans , plus ou moins agréable au goût , fui- 
vant que les fruits font conditionnez ; ils me 
parurent plus âpres que ceux de l'ArbouiIer , 
cependant ils font de même ftruclrure , divifez 
en cinq loges , remplies chacune d'un placen- 
ta charnu , chargé de graines longues d'une li- 
gne , brunes , pointues par les deux bouts , un 
peu courbes Se comme triangulaires: dans leur 
longueur ; ce font des pépins dont la chair eft 
blanchâtre. 

L'Origan que "M r Weheler marque dans le 
mont Sypila y eft. fort commun dans tous ces 
quartiers-là , de même que la Sauge de Candie 
de Clulius, le Thym de Crue des anciens , le 
Terebinthe , l'Echinophora de Columna. L'JJhr 
îomemofus , Ferbafci folio. La ^aleriana mberefa 
Irnp. Se plufieurs autres belles Plantes. 

Le 14. Décembre nous ne marchâmes qu'en- 
viron fix heures , Se panâmes fur une autre mon- 
tagne moins élevée Se moins rude , étendue Se 
entrecoupée de plufieurs vallons pleins de Chê- 
nes grands Se petits , entremêlez de quelques 
Pins de Tarare , de Pbillyrea , d'Adrachnc , de 
Terebinthes. Nous arrivâmes à BaskeLtmhai , 
bourgade atîez jolie où nous mangeâmes de 
bons Melons d'hyver , aiifll longs que ceux de 
Ver a en Efpagne \ mais leur chair eft blanche , 
point vineufe , quoique d'ailleurs auez ara- 
ble. On parte deux ruilleaux avant que d'arriver 
aBasKelambai j ce lieu efl: ritué dans une plaine 



564 Voyage 

bien cultivée , & Ton y fait un grand 
de Coton. 

Le 15. Décembre nous continuâmes de mar- 
cher dans la plaine de Baskelambai où patte une 
petite rivière. On monte enfuite fur une mon- 
tagne allez plate , & l'on entre dans la grande 
plaine de Balamont où l'on cultive beaucoup d c 
Coton. Balamont fut nôtre gîte après une mar- 
che de huit heures. C'eft un aflez beau lieu fur 
un ruiiïeau qui va vers le Sud-Oueft. On voit 
plufieurs colomnes brifées dans cette plaine, & 
les deux Caravanferais de Balamont , qui ne font 
léparez entre eux que par une grande cour, font 
pleins de 'colomnes de marbre & de Granit qui 
en foûtiennent les poutres -, on y a même en- 
tallé des bouts de colomnes , entremêlez de cha- 
piteaux & de bafes , ce qui fait un très-mau- 
vais effet. Nous découvrîmes dans ce village un 
chapiteau û bien travaillé , que je n'ai pu m'em- 
pêcherdele faire graver. Les collines qui font 
a droite & à gauche lanfent entre elles de belles 
plaines femees de Coton. Ackifar ou l'ancien- 
ne Thyatire, qui eft une des fept Egï.fes de l'A- 
pocalypfe, eft à gauche du chemin de Balamont. 
Kvrcagan eft une grande montagne à une heure 
VTa de .^Kelambai, où il y a une autr e 
ville dAcKiilar. Les Turcs donnent aifément les 
TcTJ ¥ ar ° U ' de K ^JT«r, c'eft à due 

r, J' m M«r, Château vieux ou Château neuf \ 
iuivant leur caprice. 

rJfk- 1 *" D f Cembre no " s marchâmes depuis 
trois heures du matin jufqu'à midi dans un 
Pays afc plat, terminé par cette grande plaine 



-::- 



•'? -s 



cv Levant. Lettre XXII. 365 

de Magnèfie , bornée au Sud par le mont Sypi- 
lus i & cette montagne , quoique fort étendue 
de l J Eft à l'Oueft , nous parut beaucoup moins 
haute que le mont Olympe. Le plus haut Com- 
met du Sypilus refte au Sud-Eft de Magnefïe , 
& cette ville n'eft guère plus grande que la moi- 
tié de Prufe. Ces deux villes ne Ce refTemblent 
que par leur Cituatîon ; car on ne voit ni bel- 
les EgliCes ni beaux CaravanCerais dans Magne- 
Cie , & l'on n'y fait commerce qu'en Coton. 
La plupart de Ces habitans Cont Mahometans. 
Les Juifs qui y Cont en plus grand nombre que 
les Grecs ni les Arméniens , y ont trois Syna- 
gogues. La Citadelle eft Ci négligée qu'elle tom- 
be en ruine , de même que le Serrail , dont tout 
l'ornement confifte; en quelques vieux Cyprès. 
La verdure eft incomparablement plus belle aux 
environs de PruCe , & le mont Sypilus n'eft pas 
comparable au mont Olympe' ; mais aufïi la 
rivière d'Hermus , qui nous parut beaucoup plus 
grande que le Granique , eft d'un grand orne- 
ment à tout le pays. Cette rivière en reçoit deux 
autres , dont l'une vient du Nord , & l'autre de 
l'Eft. Elle pallc à demi lieuë de Magnèfie Cous 
u n pout de bois , Contenu par des piles de pier- 
re. Après avoir traverfé la plaine du Nord Nord- 
Eit vers le Sud , elle fait un grand coude avant 
que de venir au pont ; &c tirant fur le couchant 
va Ce jetter dans la mer entre Smyrne & Phocée, 
comme l'a fort bien remarqué Strabon ; au lieu 
que tous nos Géographes la font dégorger dans 
le fond du golphe de Smyrne , en deçà de la 
plaine de Menlmen. Cette rivière forme à Con 
embouchure de grands bancs de Cable , à l'oc- 
cafion dcCquels les vaiffeaux qui entrent dans la 



$66 Voyage 

baye de Smyrne font obligez de ranger la côte 

& de venir palier à la vue du Château de la 

Marine. 

On paffe les Marais qui font entre l'Hermus 
& Magncfîe fur une belle jettée d'un quart de 
lieuë de long y dans laquelle on a employé quan- 
tité de marbres & de jafpes antiques ; il y en 
a quelques-uns dans les murailles de la ville , 
mais nous n'y découvrîmes aucune Infcription. 
La plaine de Magnefie , quoique d'une beauté 
furprenante , eft prefque toute couverte de Ta- 
maris , 8c n'eft bien cultivée que du côté du 
Levant : la fertilité en eft marquée par une 
Médaille du Cabinet du Roy ; d'un côté c'eft 
la tête de Domitia , femme de Domitien ; de 
l'autre un fleuve couché , lequel de la main 
droite tient un rameau & de la gauche une corne 
d'abondance. Patin en a donné une d'un fembla- 
ble type i aufîi Strabon remarque-t-il que l'Her- 
mus eft un de ces fleuves qui engraiflent les ter- 
res par leur limon. 

On ne brûle dans cette ville que du bois d'A- 
drachne que le mont Sypilus fournit. Les mar- 
chands Juifs de nôtre Caravane nous obligèrent 
d'y féjournerle 17. Décembre; & pour nous 
dédommager du tems perdu , nous rirent trou- 
ver d'excellent vin chez leurs confrères , à huic 
parats les mille dragmes , comme ils parlent ; 
ces mille dragmes pefent deux Oques , c'eft à 
dire cinq livres. Le froid étoit rude , & la, 
tramontane fouftloit cruellement , mais il ne gela 
pas. 

Nous nous amusâmes ce jour-là à herborifer 
fur le mont Sypilus qui eft tout efearpé du côté 
du Nord 3 & parmi des touites de Lauriers-rofes 



du Levant. Lettre XXII. 367 
& ÙAdrachne nous trouvâmes dans les précipi- 
ces quelques plantes, rares que nous avions vues 
en Candie , fur tout la Jacea. 

La Décile Sy pilent avoit pris Ton nom de cet- 
te montagne , ou pour mieux dire Cybele la mè- 
re des Dieux , avoit été nommée Sypilene, par- 
ce qu'on la revcroit d'une manière particulière 
dans le mont Sypilus ; ainfi il n'en: pas furpre- 
nant qu'on voye tant de Médailles de Magnefie, 
fur le revers dcfquelles cette Deefle eft répre- 
fentée , tantôt fur le frontifpice d'un Temple à 
quatre colomnes , tantôt dans un char. On ju- 
roit même , dans les affaires les plus importan- 
tes 3 par la Deeffe du mont Sypilus , comme il 
paroît par ce précieux marbre d'Oxford où eft 
gravée la ligue de Smyrne & de Magnefie fur 
le Méandre , en faveur du Roy Seleltcus Calli- 

Du haut du mont Sypilus , la plaine paroît 
admirable & l'on découvre avec plaifir tout le 
cours de la rivière. Tantôt nous nous reprefen- 
tions ces grandes armées d'Agefilaus & de Tif- 
fapherne , tantôt celles de Scipion & d'Antio- 
chus , qui difputoient l'Empire d'Afie dans ces 
vaftes campagnes. Paufanias affùre qu'Agefilaus 
battit l'armée des Perfes le long de l'Hermus j 
& Diodore de Sicile rapporte , que- ce fameux 
Général des Lacedemoniens , defeendant du 
mont Sypilus , alla ravager tous les environs 
de Sardes. Xenophon prétend que la bataille fe 
donna le long du Padole , lequel fe jette dans 
l'Hermus. 

A l'égard de la bataille de Scipion & d'An- 
tiochus , elle fe donna entre Magnefie & la ri- 
vière d'Hermus , que Tite-Live & Appien ap- 



3é8 Voyagé 

pellent le Fleuve de Phrygie. Cette grande ao 
tion qui donna une fi haute idée de la vertu 
Romaine en Afie , fc palfa fur le chemin de Ma- 
gnefie à Thyatire , dont les ruines font à Ackif- 
far ou Château blanc. Scipion avoit fait avan- 
cer Tes troupes de ce côté-là ; mais comme il ap* 

fement autour de Magnefie , il fit paner la ri- 
vière à fon armée & obligea les ennemis de for- 
tir de leurs retranchemens , & de combattre* On 
voyoit , dit Florus , dans l'armée de ce Roy , 
des Elephans d'une grandeur épouvantable , qui 
brilloient par l'or , l'argent , l'ivoire & la pour- 
pre dont ils étoient couverts. Cette bataille , qui 
fut la première que les Romains gagnèrent en 
Afie , leur aflura le pays jufques aux guerres de 
Mithridate. 

Après la prife de Conftantinople par le Com- 
te de Flandres » Jean Ducas Fatatfe , gendre &c 
fucceueur de Théodore Lafcaris , établit le liè- 
ge de fon Empire à Magnefie , & y régna pen- 
dant/, $. ans. Les Turcs s'en rendirent les maî- 
tres fous frijazet ; mais Tamerlan qui le fit pri- 
sonnier à la fameufe bataille d'Angora , après 
avoir pillé Prufe & les villes des environs , vint 
à Magnefie & y fit tranfporter toutes les richcuès 
des villes de Lydie. 

La guerre de Sicile étant finie entre le Comte 
de Valois & Frideric Roy de Sicile , fils de Pier- 
re d'Arragon j les Catalans , qui avoient fervi 
fous' Frideric , panèrent dans les troupes d'An-, 
dronic Empereur de Conftantinople , qui étoic 
en guerre avec les Turcs. Roger de Flor, Vice- 
Amiral de Sicile , vint en Àiïe à la tête des 
troupes Catalanes , & battit les Mahometans en 
1304. 



dit Levant. Lettre XXII. 369 

1304. & ijoj. mais lesdefordres &- les violen- 
ces que les Catalans commettoient contre les 
Grecs , ayant obligé ceux de Magnefie , fou- 
tenus d'Ataliote leur Gouverneur , de fe foule- 
ver contre la garnifon Catalane & de l'égor- 
ger ; Roger qui y avoit laine Ces thréfors , 
vint mettre le fiégc devant la Place , laquelle 
fe deffendit fi bien , qu'il fut contraint de fc 
retirer. 

Amurat II. choifit Magnefie pour y palTer en 
repos le relie de fes jours , après avoir mis fur 
le Throne des Othomans fon fils Mahomet 1 1, 
néanmoins les guerres que le Roy de Hongrie 
& Jean Hunniade lui fufeitérent en Europe, 
l'obligèrent de quitter fa folitude , car fon fils 
étoit trop jeune pour foûtenir un fi grand far- 
deau. Amurat paiîa le canal de la mer Noire à 
Neocaftron , vint à Andrinople , & marcha con- 
tre les Princes Chrétiens : le Roy d'Hongrie fut 
tué , Hunniade mis en fuite. 

Après cette fignalée vi&oîre , les Vifirs par 
leurs inftances obtinrent que le Sultan repren- 
droit le foin des affaires , 8c Mahomet fe retira 
à Magnefie. Les Turcs firent des environs de 
cette Place une petite Province , dont Magnefie 
étoit la capitale ÔC où Corcut filsdeBajazet II. 
a regné. Le grand Solyman 1 1. fit aufli fa ré- 
fidence à Magnefie jufques à la mort de fon père. 
Sultan Selim s'en rendit le maître ÔC en chaflfa un 
autre Corcut Prince Othoman. Il n'y a point 
de Pacha dans Magnefie , mais un Moujfelin &C 
un Sardar y commandent. Les Grecs y font pau- 
vres &c n'y ont qu'une Eglife. 

Le 18. Décembre nous montâmes encore fur 
le mont Sypilus pour aile* à Smyrne. Le che- 
rté III. A a 



37* Voyage 

min eft rude & la montagne fore efearpée ; auflî 
Plutarque dit qu'elle s'appelloit la Montagne de 
la Fondre , parce qu'il y tonnoit plus fouvent 
que fur les autres qui font aux environs ; & 
c'en: apparemment pour cela qu'on a frappé à 
Magnefie des Médailles de M. Aurele , du vieux 
Philippe , d'Herennia , Se d'Etrufcilla , dont les 
revers réprefentent Jupiter armé de fa foudre. 
Après huit heures de marche nous arrivâmes à 
Smyrne. Il n'y a rien de plus commun fur cette 
route que \ Adrachne ; on en chauffe les fours, 
on en couvre même le haut des murailles des 
jardins & des vignes, pour les garentir de la 
pluye. 

Smyrne elt la plus belle porte par où l'on 
puifTe entrer en Levant -, bâtie au fond d'une 
baye capable de contenir la plus grande armée 
navale du monde. Des Sept Egliîes de l'Apo- 
calypfc , c'eft la feule qui fubfifte avec honneur} 
elle doit cet avantage à Saint Polycarpe , à qui 
Saint Jean , qui l'avoit formé dans l'Epifcopat , 
écrivit par ordre du Seigneur. Soyez, fidèle juf- 
^ues a la mort 3 je vous donnerai la couronne de 
vie. Les autres villes que S. Jean avertit par 
ordre du Seigneur , font ou de mifcrables vil- 
lages , ou d'autres tout-à-fait ruinez. Cette il- 
luftre ville de Sardes , fi renommée par les 
guerres des Perfes & des Grecs ; Pergame ca- 
pitale d'un beau Royaume ; Ephefe qui fe g^ * 
rifioit d'être la Métropole de toute l'Afie ; ces 
trois célèbres villes font de petites bourgades bâ- 
ties de boue & de vieux marbres. Thyatire , Phi- 
ladelphie , Laodicce, ne font connues que P« 
quelques reftes d'fnfcriptions où il eft fait ^ en * 









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dv Levant. Lettre XX II. 371 

Smyrne eft une des plus grandes & des plus 
riches villes du Levanr. La bonté de fon Port , 
iï néceflaire pour le commerce , l'a confervée &: 
fait rebâtir plufieurs fois , après avoir été ren- 
verfée par les tremblemens de terre. C'eft com- 
me le rendez-vous des marchands des quatre 
parties du monde , & l'entrepôt des marchan- 
difes qu'elles produifent. On compte quinze 
mille Turcs dans cette ville, dix mille Grecs, 
dix-huit cens Juifs , deux cens Arméniens , au- 
tant de Francs. Les Turcs y ont dix-neuf Mof- 
quées , les Grecs deux Eglifes , les Juifs huit 
Synagogues , les Arméniens une Eglife , & les 
Latins trois Couvens de Religieux. L'Evèque 
Latin n'a que cent écus Romains de rente ■■> ce- 
lui des Grecs a mille cinq cens piafties. Quoi- 
que celui des Arméniens ne fubfifte que par les 
aumônes de fa nation , il eft le mieux partagé 
de tous les Prélats Chrétiens. On amafle ces 
aumônes les Fêtes & les Dimanches ; & on 
afture qu'elles montent à fix ou fept bourfes 
par an. 

La lïtuation de Smyrne eft admirable. La ville 
s'étend tout le long de la marine , au pied d'u- 
ue colline qui domine le Port. Les rues y font 
mieux percées , mieux pavées & les maifons 
mieux bâties que dans les autres villes de terre 
ferme. La rue des Francs , qui eft le plus bel 
endroit de Smyrne , règne tout le long du Port. 
On peut dire que c'eft un des. plus riches maga- 
zins du monde ; aufli la ville eft placée com- 
me au centre du commerce du Levant , à huit 
journées de Conftantinople par terre & à 400. 
milles par eau, à 15. journées d'Alep par Cira- 



37^ Voyage 

vanés, a llx journées de Cogna , à fcpt de Cutaye, 

& à fix journées de Satalie. 

Il n'y a point de Pacha dans Smyrne , mais 
feulemenc un Sardar qui commande deux milles 
Janinaires logez dans la ville ou aux environs. 
La Jufticey eft adminiftrée par un Cadi. La na- 
tion Françoife étoit composée en 1702. d'envi- 
ron 30. marchands bien établis , fans compter 
plu fieurs autres François qui y faifoient un com- 
merce moins confidérable. La nation Angloile y 
étoit nombreuse aufli , & leur négoce étoit flo- 
ruTant. : 

Dans le tems que nous étions à Smyrne , la 
nation Hollandoife n'étoit compofée que de 18. 
ou zo. marchands bien établis & fort eftimez, 
Il n'y avoit que deux Génois , qui negocioient 
fous la Bannière de France. Il y réfidoit un Con- 
ful de Venife , quoiqu'il n'y eût aucun mar- 
chand de cette nation. C'étoit le Signor Lup#> 
IoIq venciable vieillard de 118. ans , qui ^ evan " 
toit d'être dans le troifiéme fiécle de fa vie, 
puifqu'il étoit né fur la fin de 1500. & nous le 
regardions comme le Doyen du genre humain. 
Il étoit d'une taille moyenne & quarrée j il mou- 
rut quelque tems après. On aOuroit qu'il avoit 
cû près de 60. enfans de cinq femmes qu'il avoir 
époufées , fans compter- fes maîtreiles fr }& 
efclaves , car le bon homme étoit de compta» 
amoureufe. Ce qu'il y a de plus certain, ce» 
que le pins vieux de fes garçons eft mort avant 
lui , âgé de 85. ans , fc la plus jeune de fes. tille* 
n'en avoit que feize pour lors. 

Les Caravanes de Pcrfe ne ceflent d'arriver a 
Smyrne, depuis la Touflaints jufques en M*/ 
& Juin. On y porte quelquefois jufques a 



dû Levant. Lettre XXII. 373 
milles balles de foye par an , fans compter les 
drogues & les toiles. Nos François y portent de 
là Cochenille , de l'Indigo j de la Salfepareille, 
du bois de Breiil & de Campech , du Vcrd de 
Gris , des Amandes , du Tartre , du Poivre , 
de la Canelle , du Girofle , du Gingembre , de 
la Mufcade. Les Draps de Languedoc , les Ser- 
ges de Beauvais , les Cadis de Nifmes , les Pin- 
chinats , les Satins de Florence , le Papier ^ l'E- 
tain fin , le bon Acier &c les Emaux de Nevers 
y font de bonne débite. Avant que nôtre com- 
merce y fut bien établi, les marchands des au- 
tres nations nous appelloient Mercantï di Bar- 
tttù , parce que nous fourmilions , de même 
qu'aujourd'hui , prefque tous les bonnets & les 
calotes de laines. Nous y portions au {fi de là 
Fayance ; mais la plus grande quantité eft en- 
voyée d'Anconei On eftime à Sniyme les Foui- 
nes de France , & fur tout celles du Dauphiné , 
dont on fe fert pour les fourrures. Une four- 
rure de vefte s J y vend depuis 50. jufques à So; 
c'eus s on mêle les plus foncées en couleur , avec 
le Samour qui eft la Marte Zibeline ou la Fouine ' 
de Mofcovle. On employé beaucoup plus de ces 
peaux de Fouines qui viennent par la Sicile , que 
de celles de France , mais elles y font moins chè- 
res , parce que celles de France patient fur le 
pied des Fouines d'Arménie & de Géorgie. 

Outre les foyes de Perfe & le fil de chèvre 
d'Angora & de Beibazar , qui font les plus ri- 
ches marchandifes du Levant , nos marchands 
tirent de Smyrne le Coton filé ou Caragach , le 
Coton en rame , les Laines fines , les Laines bâ- 
tardes , & celles de Metelin , les Noix de Gale, 
î*Cire, laScamonée, la Rhubarbe, l'Opium, 
A a iij 



374 Voyage 

l'Aloës , la Tutie , le Galbanum , la Gomme 
Arabique , la Gomme Adraganc , la Gomme 
Ammoniac , le Semen contra , l'Encens , la Za- 
doavia , & des Tapis grands &c communs. 

Tour le commerce fc fait par l'entremife des 
Juifs , & on ne fçauroic rien vendre ni acheter 
qui ne patte par leurs mains. On a beau les Trai- 
ter de Chifous & de malheureux , rien ne fe 
meut que par leurs organes.ll faut leur rendre ju- 
ftice , ils ont plus d'habileté que les autres mar- 
chands ; ils vivent d'ailleurs à Smyrne d'une 
manière aflfez aifée , & ils y font une dépenfe 









re parmi une nation qui n'étudie que l'as àc 
leziner. Les marchands étrangers vivent entr'eux 
avec beaucoup de politciîe , & ils ne manquent 
à aucune vifite de cérémonie ou de bienféance. 
Les Turcs paroiifent rarement dans la rue' des 
Francs , qui eft de toute la longueur de la ville. 
Il femble , quand on eft dans' cette rue , que 
l'on foit en pleine Chrétienté ; on n'y p^e 
qu'Italien , François , Anglois , Hollandois. 
Tout le monde fe découvre en fe faluant. On 
y voit des Capucins, des Jcfuites , des Reco- 
lets. La langue Provençale y brille fur toutes 
les autres , parce qu'il y a beaucoup plus de Pro- 
vençaux que d'autres nations. On chante publi- 
quement dans les Eçlifes , on pfalmodie , on 
prêche , on y fait le îervice Divin fans aucun 
trouble ; mais d'un autre côté on n'y g^de pas 
alTez de raefures avec les Mahomerans , car les 
Cabarets y font ouverts à toutes les heures du 
jour & de la nuit. On y joue , on y fait bon- 
ne chère , on y danfe à ia Françoife , à la Grec- 
que , à la Turque. Ce quartier feroit très-beau 



bu Levant, Lettre XXII. 37 j, 
s'il y avoir un Quay fur le Port , mais la mer 
vient battre jufqucs au derrière des maifons , ' &C 
les battcaux entrent » pour ainiî dire , dans les 
îmgazins. 

M* Royer nôtre Conful foûtient trcs-dignc- 
ment l'honneur de fa nation -, il eft dans un pe-i 
tit Palais où les honnêtes gens font reçus fore 
agréablement ; il eft avec cela fort bien fait % 
fçavant , habile > bienfaifant , fur-tout très- ap- 
pliqué à tout ce qui regarde l'honneur & l'a- 
vantage des François. Comme il avoit eu la 
complaifancé de nous loger chez lui > nous nous 
y trouvâmes lorfque les negocians Anglois S>C 
Hollandois vinrent lui fouhaker les bonnes Fê- 
tes. Son Buffet étoit fort bien garni , car outre 
les vins du pays , il y avoit abondamment dé 
ceux de France , d'Italie & d'Efpagne i les li- 
queurs , & les diilvrens fruits iuivaiit la faifon § 



n y etoient pas épargnez : v 
paffa la Fcte où nbs principaux marchands étoient 
invitez pour foûtenir l'honneur de là nation* 
Après les complimens ordinaires , on prefenta à 
boire à tout le monde i & il falut faire raifon > 
ou du moins en faire le femblant en portant le 
verre à la bouche. M r le Conful fut condamné 
ce jour- là à boire à plus de cent reprifes diffé- 
rentes , de toutes fortes de vins. Quand les An- 
glois & les Hollandois fe furent retirez, les Grecs, 
les Arméniens & les Juifs parurent à leur tour. 
Nos marchands vont aufil faire leurs compli- 
mens aux Confuls d'Angleterre Se de Hollande* 
chez qui ils font reçus à peu près de la même! 
manière ; c'eft à dire au bruit des bouteilles Se 
des flacons , mais heur eufement ce n'eft pas le 
tnême jour , parce qu'ils comptent fuivant U 
A a iiij 



376 V O Y A G I 

vieux ftyle. Les Confuls ne Te vifitent pas dans 

ces fortes d'occafîons ; ils fe contentent de fe 

faire complimenter réciproquement par leurs 

Interprètes. 

Apres nous être délafTez pendant quelques 
jours chez M r Royer , où l'on trouve rout ce 
qu'on peut fouhaiter pour fe dédommager de ce 
qu'on a foufïert dans les grands voyages , c'eft 
à dire fort bonne chère , une conversation char- 
mante , toutes les Gazettes & même une Biblio- 
thèque ; nous allâmes nous promener du côte 
du Château de la- Marine avec le Chancelier de 
la nation , & quelques-uns de fes amis bien 
armez , de même que leurs valets : cette pré- 
caution eft néceftaire quand il y a des vaifteaux 
de Barbarie aux environs de Smyrne ; car les 
foldats ôc les matelots qui courent les côtes , 
tirent fur les chaffeurs dès qu'ils voyent qu'ils 
ont déchargé leurs fufils fur quelque pièce de 
gibier. 

Le Château de la Marine , dont j'ay l'hon- 
neur de vous envoyer le Plan , eft un Fort quar- 
ré , dont les cotez ont environ cent pas de long, 
flanqué de quatre mauvais baftions , Se défen- 
du par une Tour quarrée qui en occupe le mî- 

tillerie qui eft fans affût , eft auffi groflè que 
celle des Châteaux des Dardanelles. Cette Pla- 
ce eft entourée de marais pratiquablcs & pleins 
de Bcccaflîncs. Apres avoir palle une petite fo- 
rêt d'Oliviers , on trouve , au pied d'une des 
collines dont la rade eft bordée , des Bains 
d'eau chaude prefque abandonnez. Peut - être 
que ce font ceux dont Strabon a parlé en fai- 
fant la dcfcnption des lieux qui fe trouvent eu 








1 { l 


bj 


5 













ev A nt. lettre XXII. 37? 

azomenc à Srayrnc : cet Auteur 
1 y rencontre le Temple d'Apollon, 
landes. De l'ancien bâtiment des 



aflez beau , s'il 



juger 



par les ruines , il ne refte aujourd'hui 
veau où eft le refervoir dans lequel fe vuidenc 
deux tuyaux , l'un d'eau chaude , & l'autre d'eau 
froide. Ces Bains font au Sud-Eft de Smyrne , 
mais l'eau nous parut moins chaude que celle 
de Milo. Pour le Temple d'Apollon il ne dévoie 
pas être bien loin de là , & le Chapelain de 
M r le Conful d'Angleterre m'allura qu'il en avoic 
découvert les ruines. C'eft un galant homme , 
habile Antiquaire } à qui je communiquai les 
Infcriptions que j'avois copiées à Angora. Nous 
devions à mon retour d'Ephefe avoir une con- 
férence fur nos recherches , mais il partit pen- 
dant mon abfence pour aller joindre Mylord Pa- 
get à Conftantinople , & fe retirer enfuite en 
Angleterre , ainfi je n'ai pas appris d'autres nou- 
velles du Temple d'Apollon. J'efpere que M f 
Sherard qui eft préfentement Conful de la même 
nation , nous éclaircira de toutes les Antiquitez 
de Smyrne & des environs ; car c'eft un très- 
fçavant homme , de mes bons amis , & tout 
plein de zéic pour la perfection des Sciences ; il 
ni'a communiqué quelques lumières pour la fîtua- 
tion de Cla{omene & de fes Ifles. 

Claz-omene , que l'on prend pour le village de 
VourU , étoit une ville illuftre du tems ^de la 
belle Grèce , & elle eût beaucoup de part à la 
guerre du Peloponnefe. Les Perfes la jugèrent 
il nécelTaire à leurs déteins , que non feulement 
ils s'en faifirent , mais qu'ils la confervérent par 
la fameufe Paix d'Antalcidas. Augufte eft appelle 



57 & Voyage 

fondateur de cette ville , /ur une Médaille dit 
Cabinet de l'Electeur de Brandebourg ; mais cet 
Empereur ne fut que le reftaurateur de la Pla- 
ce. Clazomene autrefois tenoit ii bien en rai- 
fon Smyrnc & tout le pays qui cft: autour de 
la Baye , que Tzachas , fameux Corfaire Ma- 
hometan , fut oblige de s'en emparer lorfqu'il 
s'établit à Smyrnc fous l'Empereur Alexis Com- 

On ne fçauroit mieux défigner la fituationde 
Clazomene, que par les Ifles qui font à l'en- 
trée de la Baye de Smyrnc , après avoir doublé le 
Cap de Carabouron. Strabon en compte jufques 
à huit. Pline ne parle que de quatre ; elles font 
près de la côte en deçà du Château de la Marine 
Les Turcs les connoiflem fous le nom des Iiks 
de Vaurla. 

Paufanias allure que Clazomene étoit en terre 
ferme , & que les Ioniens la fortifièrent pour ar- 
rêter les conquêtes des Pcrfes ; cependant ils fu- 
rent fi épouvantez de leur progrés, après la pri- 
fe de Sardes , qu'ils palîerent dans une des Mes 
qui étoit vis-à-vis de la ville , s'y croyant beau- 
coup plus en fureté , parce que les Perfes n'a- 
voient pas encore de Flotte. Enfuite Alexandre 
le Grand en fit une Pcninlulc par une jettée de 
zjo. pas de long, fur laquelle on alloit de l'iue a 
la terre ferme. Pour éviter le grand 8c dange- 
reux tour de Carabouron , ce grand Prince fit 
ouvrir une plaine au travers du mont Mw** * 
laquelle conduifoit à Erythrée , fameufe ville 
& port de mer vis à vis Scio ; en forte qu ayant 
débarqué à Erythrée , on paffoit par ce nouveau 
chemin; à Clazomene , de même que l'on de- 
barque aujourd'hui à Stagi pour venir par «f rC 



Dtr Levant. Lettre XXII. 579 
à Smyrnc , fans entrer dans la Baye. Peut-être 
que Seagi eft un nom corrompu de Teus ; car la 
plufpart des Grecs prononcent le T comme un 
S ; de Teus on a fait Sens , & puis Seagi. Ceft le 
pays du bon vin ; nous avons une Médaille d'Au- 
gultc à la légende de cette ville , dont le revers 
réprefente Bachus debout , vêtu en femme , te- 
nant une cruche de la main droite , & le Thyrfe 
de la gauche : on a marqué par flaterie autour 
de la tête d'Auguitc , qu'il étoit le fondateur de 
cette ville. 

Les anciens appel loient Mtneas toute la chaîne 
de montagnes , qui occupe la Peninfule qu'ils 
nommoient Myonnefe ou Vljle aux Mulots , donc 
toute la côte d'Afic eft infectée. Les deux princi- 
paux Commets de cette montagne s'appellent Ls 
Frères , parce qu'ils paroiilent égaux , & qu'ils 
font l'un contre l'autre comme deux jumeaux , 
Les Provençaux leur ont donné le nom de Poujfos , 
c'eft à dire Mamelles , fuivant l'idée des anciens 
Grecs qui regardoient les pointes des montagnes 
comme des mamelles. M r Morel qui a furpafle 
les plus grands Antiquaires de fon temps , par la 
correction admirable de fes deiTcins , a crû que 
Clazomene étoit l'ancienne ville de Çrjnh qui 
avoir donné le furnom de Grynéen à Appollon. 
Cybcle , la mere des Dieux , étoit fort vénérée 
à Clazomene & portoit le nom de la ville , com- 
me on je voit fur les Médailles de Valerien. On 
y adoroitaufli Diane aux blancs fourcil s , com- 
me nous l'apprenons par quelques Médailles de 
Gallien. Il y aurok plaiiïr d'aller fouiller dans les 
ruines de Vourla. 

Quelques jours après nous allâmes au vieux 
Château de Smyrnc , fitué fur la colline qui do- 



$So Voyage 

mine la ville. Les Turcs ont achevé de démolir 
un des plus beaux Théâtres de marbre qui fut en 
Afie , &c qui occupoit la croupe de cette mon- 
tagne du côté qui regarde la rade. Ils ont em- 
ployé tous ces marbres à bâtir uri beau Bezefteiii 
& un grand Caravanferai. L'ancien Château , 
bâti par Jean Ducas , eft au fommet de cette col- 
line ; Ton enceinte efeirreguliere &: fe retient du 
temps des derniers Empereurs Grecs , fous les- 
quels on employoit les plus beaux marbres parmi 
la maçonnerie des^Jprailles des villes, On vo.'e 
au devant de la porte de ce Château , un arbre 
fameux , parce que les Grecs prétendent que c'eft 
un rejetton du bâton de Saint Polycarpe. Autant 
que j'en pus juger , au commencement de Jan- 
vier s par une branche que j'en fis couper & qui 
commençoit à perdre fes feuilles * c'eft ce Mi- 
cocoulier que nous avions obfervé depuis peu fur 
la route de Tocat; A droite & à côté de la por* 
te , eft enclavé dans la muraille le Bufte de la 
prétendue Amazone Smyrne , haut d'environ trois 
pieds ; mais il ne paroit pas qu'il ait jamais été 
fort beau , & les Turcs l'ont maltraité à coups de 
fufils pour lui cafTer le nezjce qu'il y a de certain 6 
c'eft que ce Bufte n'a aucun des attributs des 
Amazones , au lieu que fur les Médailles frappées 
à la légende de cette ville , l'Amazone qui en eft 
la fondatrice , fe diftingue par fa hache à dou- 
ble tranchant & par fon bouclier. Dans les pre- 
miers temps la figure de cette Héroïne étoit com- 
me le fymbole de la ville , comme il paroit par 
les revers > des Médailles que l'on frappoit pour 
marquer les alliances des Smyrnécns avec leurs 
voifins. 
fc II n'y a rien dans ce Château qui mérite d'être 



Cfictteazc de ùt-rnarùie <vJrmrr~ne.. 




Teste Je Ldmozone Je J^myr-rte . 




du Levant. Lettre XXII. 381 

veû : les Turcs y ont bâti une méchante Mof- 
quée. Sur la porte du Nord , il y a deux Aigles 
fort mal deflinées & une Infcription fi haute 
qu'on ne fçauroit la lire. La Place de ce Château 
croit occupée , dans le temps de la belle Grèce , 
par une Citadelle fous la protection de Jupitei- 
Acrée ou qui préfidoit aux lieux élevez. Paufa- 
nias afleûre que le fommet de la montagne de 
Smyrne , ' appelle Coryphe , avoit donné le nom 
de Coryphéen à Jupiter qui y avoic un Temple. . 
M r de Camps a un beau Médaillon où ce Dieu 
Acrée eft réprefenté aflis , aufll bien que fur une 
Médaille de Vefpafien où le même Dieu aflis , 
tient de la main droite une Vi&oire & une Halte 
de l'autre. 

Plufieurs autres Médailles de Smyrne fervent à 
nous faire connoître le rang qu'elle tenoit parmi 
les places d'Afie. Ses Citoyens fe vantoient , die 
Tacite , d'être les premiers de tous les peuples 
d'Afie qui avoient dreiïe dans leur ville un Tem- 
ple à Rome , fous le nom de Rome U Deejfe , dans 
le temps même que Carthage fubfiftoit , & qu'il 
y avoit de puinans Royser>Afie, qui ne connoif- 
ibient pas encore la valeur des Romains. Smyr- 
ne fut faite Neocore fous Tibère avec beaucoup 
de diftin&ion ; & les plus fameufes villes d'Afie 
ayant demandé la permiffion à cet Empereur de 
lui dédier un Temple , Smyrne fut préférée. Elle 
devint Neocore ;des Cefars , aulieu qu'Ephefe ne 
l'étoit encore que de Diane ; Se dans ce temps-là 
les Empereurs étoient bien plus craints,& parcon- 
féquent plus honorez que les DeeiTes. Smyrne fur 
déclarée Neocore pour la féconde fois fous Adrien, 
comme le marquent les marbres d'Oxford ; enfin 
elle eût encore le même honneur & prit le titre 



33l V O Y A G B 

de Première ville d'Afie fous Caracalla , qu'elle 
conferva fous Julia Maefa , fous Alexandre Sé- 
vère , fous Julia Mammaea , fous Gordien Pie , 
fous Otacilla , fous Gallien & fous Salonine. 

En fortant du Château , nous allâmes voir les 
reftes du Cirque 3 qui font à" gauche. On palTe au 
devant d'une Chappelle à moitié ruinée , où Ton 
Montre les débris du tombeau de Saint Polycarpe 
premier Evêque de Smyrne , qui non feulement 
eut le bonheur d'être Difciplc de Saint Jean Bap- 
tifte , mais qui fut établi Evêque par les Apôtres 
mêmes. Apres avoir gouverné fon Eglife pendant 
long temps , il fut brûlé vif à l'âge de cent moins 
quatre 014 cinq ans , fous M. Aurele ou fous An- 
tonin Pie.« Les aétes de fa vie portent que cette 
feinte Tragédie fe pafla dans l'Amphiteatre de 
Smyrne ; ainfi il y a plus d'apparence que ce fut 
dans le Théâtre dont on vient de parler, que dans 
le Cirque où nous allons entrer. 

Ce Cirque cft fi fort détruit qu'il n'en refte , 
pour ainfi dire que le moule ; on en a emporte 
tous les marbres , mais le creux a retenu Ion 
ancienne figure. C'eft une efpece de vallée de 
465. pieds de long , fur 120. de largeur , dont 
le haut eft terminé en demi cercle , & le bas eit 
ouvert en quarré. Cet endroit préfentement eit 
fort agréable par fa peloufe, car les eaux n'y crou- 
phTent point. Il ne faut pas piger delà véritable 
grandeur du Cirque ou du ftade , par les mefuteS 
que nous avons rapportées ; on fçait que ces lot- 
tes de lieux n'avoient ordinairement que «£■ 
"pas de long , àc qu'on les appelloit Diaules quand 
ils avoient le double. On découvre de cette 
colline toute la campagne de Smyrne qui cft Par- 
faitement b-lle , & dont les vins étoient cla- 
mez du tcnps de Strabon ÔC d'Athenée. 



du Levant. Lettre XXII. 383 

Rien ne donne une plus belle idée de la magni- 
ficence de l'ancienne Srnyrne , que la defeription 
que Strabon en a laillee.' Lorfque les Lydiens , die 
.cet Auteur , eurent détruit Srnyrne , tout ce quar- 
tier y fendant environ 400. ans , ne fut peuplé que 
far bourgades > mais Antigonus la rétablit , & 
enfuite Lyftmachus. C'efi aujourd'hui la plus belle 
-ville d'Afie. Vne partie efl bâtie fm ' 



Pur-t 



d AJie. Une: .1 montagne, 

la plus grande partie cft dans la plaine fur le 
- »rr , vis-à-vis le Temple de Cybele & du Gymna- 
fe. Les rues font les plus belles qu'on ait pu faire, 
tirées a angles droits & pavées de belles pierres. Il 
} a de grands & beaux Portiques , me Biblioteque 
publique , & un Portique quarré ou efl la ftatuc 
d'Hojnere ; car ceux de Srnyrne font fart jaloux de 
ce qu'Homère a pris naiffance parmi eux , & ils 
ont fait frapper un Médaillon de cuivre qu'ils ap- 
pellent Homerion. La rivière Mêles coule le long 
de fes murailles. Entre les autres commodités de 
la ville , il y a un Port que l'on ferme quand on 

Telle étoit Srnyrne du temps d'Augufte, & fui- 
vant les apparences an n'avoir, encore bâti ni le 
Théâtre ni le Cirque , car Strabon ne les anroic 
pas oubliez. Ainiï M r Spon a conjeduré avec rai* 
Jon, que le Théâtre fut bâti fous Claude, puis- 
qu'on trouva le nom de cet Empereur fur un pié- 
deftal. Strabon nous apprend que les Lydiens a- 
voient détruit une ville encore ptas ancienne que 
celle qu'il décrit , & c'eft de celle dont parle Hé- 
rodote , lorfqu'il allure que Giges Roy de Ly.lie 
déclara la guerre aux Smyrnéens , & qu'Halyat- 
tes Ion petit fils , la prit. Elle fut enfuite mal- 
traitée par les Ioniens , furprife par ceux de Co- 
lophon ; enfin rendue à fes propres Citoyens, mais 



384 V O Y A G 1 

démembrée de l'Eolidc. M r Spon e'crit que cette 
ancienne Smyrne étoit entre le Château de la Ma- 
rine , & la ville d'aujourd'hui ; il en refte encore 
quelques ruines fur le rivage. 

Les Romains pour fc conferver la plus belle 
porte d'Afie , ont toûjouts traité les Citoyens de 
Smyrne fort humainement ; & ceux-ci pour n'ê- 
tre pas expofez aux armes des Romains , les ont 
beaucoup ménagez , & leur ont été ridelles. Ils 
fe mirent fous leur protection pendant la guerre 
d'Antiochus i il n'y a que CraflTus Proconful Ro- 
main qui fut malheureux auprès de cette ville. 
Non feulement il y fut battu par Ariftonicus , 
mais pris &c mis à mort ; fa tête fut prefentee à 
fon ennemi , & fon corps enfeveli à Smyrne. Per- 
penna vangea bientôt les Romains , & fit captif 
Ariftonicus. Dans les guerres de Cefar& de Pom- 
pée , Smyrne fe déclara pour ce dernier , & lai 
fournit des vaifleaux. Après la mort de Cefar , 
Smyrne qui penchoit du côté des conjurez ,re- 
fufa l'entrée à Dolabella , & receut le Conful Tre- 
boni us l'un des principaux auteurs de la mort du 
Dictateur ; mais Dolabella l'amufa fi à propos » 
qu'étant entré la nuit dans la ville il s'en «& 
ik le fit martyrifer pendant deux jours. Dolabella 
cependant ne put pas conferver la Place ; Caflius 
& Brutus s'y aflemblerent pour y prendre leurs 
mefures. 

On oublia tout le pafle quand Augufte fut p«- 
fible polMeur de l'Empire. Tibère honora Smyr- 
ne de fa bienveillance ôc régla les droits d'Ame 
de la ville. M. Aurelc la fit rebâtir après un grand 
tremblement de terre. Les Empereurs Grecs qui 
l'ont poOedée après les Romains,la perdirent fous 
Alexis Comncne. Tzacha s fameux CorfaircMa- 
hometan , 



du Levant. Lettre XXII. $%$ 
kometan, voyant les affaires de l J Empire fojrt em- 
brouillées s fe faific de Clazomene , de Smyrnc Se 
de Phocée. L'Empereur y envoya Ton beaufrere 
Jean Ducas avec une armée de terre , &c Cafpax 
avec une flotte. Smyrne fe rendit fans coup ferir; 
le gouvernement en fut donné à Cafpax , qui re- 
venant à la ville après avoir accompagné Ducas , 
reçût un coup d'épée de la main d'un Sarrafin j 
ce malheureux avoir volé une grofle fomme d'ar- 
gent à un bourgeois de la ville , & voyant fa con- 
damnation inévitable , il déchargea fa rage» fut 
le Gouverneur. 

Les Mahometans , fous Michel Palcologne qui 
clulfa les Latins de Conftantinople , fe iaifirent 
de prefque toute l'Anatolie. Acin un de leurs 
principaux Généraux prit S*yrne , fous Andronic 
le, vieux. Homur ion fils lui fucceda ; & comme il 
étoit occupé à ravager les côtes de la Propontide, 
les Chevaliers de Rhodes s'emparèrent des envi- 
rons de Smyrne &z y bâtirent le Fort Saint Pierre. 
Homur revint à Smyrne , & voulant reconroître 









flèche dont il mourut. Pendant la vie d'Homur 
qu'on appelloit le Prince de Smyrne , les Latins 
brûlèrent fa flotte , & fe fai firent de la ville. Le 
Patriarche de Conftantinople qui avoit été fait 
par i'éîeétion du Pape , ayant jugé à propos de 
di*e la Mette dans la principale Eglife , y fut fur- 
pris par les Troupes d'Homur , ïefquelles ayant 
mis les Latins en fuite , Le décollèrent tout revê- 
tu de fes habits Pontificaux , &C maftacrérent la 
Noblefle qui étoit autour de lui. Quelques Hiito- 
riens Génois rapportent à l'aruiée 1346. une ex- 
pédition que les Génois rirent fur ces côtes , fous 
le Doge Kignofi , par laquelle ils ajoutèrent à leifr 
Tome III. Bb 



386 Voyage 

domaine Scio , Smyrne & Phocée. Suivant les 
apparences ils ne gardèrent pas long-tems Smyr- 
ne , puifque Morbailan l'aiïlégea par ordre d'Or- 
can 1 1. Empereur des Turcs , qui avoit époufe 
une des filles de l'Empereur Cantacuzene. 

Après la bataille d'Angora , Tamerlan afliégea 
Smyrne , & campa tout près du Fort Saint Pierre, 
que les Chevaliers de Rhodes avoient fait bâtir , 
& ou la plupart des Chrétiens d'Ephefc s'ètoient 
retirez. Ducas qui a fait la relation de ce fiege , 
cji a rapporté deux circonftances bien fingulieres. 
i°. Que Tamerlan fit combler l'entrée du Port , 
en ordonnant à tous fes foldats d'y jetter chacun 
une pierre. 2°. Qu'il y avoit fait conltruire une 
Tour d'un nouvel ordre d'architeéture , cornpo- 
fée en partie de pjer * cV de tètes de morts , ran- 
gées comme des pièces de marqueterie , tantpt 
de front & tantôt de profil. Après la retraite des 
Tartares , Smyrne relia à Cineitcs fils de Carafu- 
pafi Commandant d'Ephefc, & qui avoit été Gou- 
verneur de Smyrne fous Bajazet. Cependant Mu- 
fulman , l'un des fils de Bajazet, jaloux de la gran- 
deur de Cineites , pafla en Afie en 1404. danS [ . c 
deflèin de l'abaïtfèr. Cineites fit une puiflante li- 
gue avec Caraman Sultan d'Iconium , & avec 
Carmian autre Prince Mahomctan ; mais ils firent 
la Paix fans en venir aux mains. Cineites n'eut 
pas fi bon marché de Mahomet I. autre fils de Ba- 
jazet. Mahomet vint afïiégcr Smyrne que l'on 
avoit bien fortifiée & bien munie. Cineites fe re- 
tira à Ephefe , & le Grand Maître de Rhodes fit 
travailler avec toute la diligence poflîble à réta- 
blir le Fort Saint Pierre que Tamerlan avoit, fait 
lafer ; la ville fc rendit après dix jours de fiegej 
Mahomet en fit démolir les murailles & mettre a 
J?as une Tour que le Grand Maître faifoit coP- 



DtJ Levant. Lettre XXIT. 38? 
ftruire à L'entrée du Porc. Depuis ce tems-là les 
Turcs font reliez paifibles po(Tefleurs de Smyrne, 
& onc fait relever cette Tour , ou pour mieux 
dire , ils ont bâti une efpece de Château à gauche 
en entrant dans le Port des galères , qui eft l'an- 
cien Port de la ville» 

Nous allâmes nous promener à l'autre extré- 
mité de Smyrne , tout au bout de la rue des 
Francs , vers les Jardins que le ruifloau Mêles aj> 
rofe. C'eft le plus noble ruifleau du monde 3 dans 
la Republique des Lettres. Le plus fameux des à 
Poètes eft né fur Tes bords j & comme on n'en 
connoiilbit pas le père , il porta le nom de et 
ruilleau. Une belle avanturiere nommée Critheis, 
chaflee de la ville de dîmes , par la honte de fe 
voir enceinte , fe trouvant fans logement , y vint 
faire fes couches, bon enfant perdit la vue dans 
la fuite , & fut nommé Homère , c'eft à direl'^- 
veugle. Il n'eft pas nécelTaire de dire que fa mère 
époufa Phanius Maître d'Ecole & de Mufiquc dû 
la ville. Jamais fille d'efprit n'a manqué de mari» 
Non feulement Smyrne glorieufe de la nailTance 
de ce grand Poète , lui fit drefler une Statue ëc 
un Temple , mais elle fit frapper des Médailles à 
fonnom. Amaitris & Nicéefes alliées en firent 
de même , l'une à la tête de M. Aurele, & l'autre 
à celle de Commode. Pour le ruifteau Mêles , 
quoiqu'à peine il falfe moudre deux moulins , je 
vous laide à penfer s'il fut oublié fur les Médail- 
les ; il eft devenu bien chetif , depuis le tems de 
Paufanias qui l'appelle un beau Fleuve. Ce ruif- 
feau , à la fource duquel Homère travailloit dans 
Une caverne ; eft reprefenté fur une Médaille de 
Sabine, fous la figure d'un vieillard appuyé de la 

■ Mtlefigtne né fus lc$ bord* de Mcles. 

Bb ï) 



3 88 V O Y A G H 

main gauche fur une Urne , tenant de la droite 
une Corne d'abondance. Il eft auiïï réprefenté 
fur une Médaille de Néron , à la (impie légende 
de la ville , de même que fur celles de Tite & 
de Domitien. 

A un mille ou environ au delà de Mêles , fur 
le chemin de Magnefie à gauche au milieu d'un 
champ , on montre encore les ruines d'un bâti- 
ment que l'on appelle le Temple de "j anus , & que 
M r Spon foupçonnoic être celui d'Homère ; mais 
depuis le départ de ce voyageur, on l'a mis tout 
à fait à bas , & tout ce quartier eft rempli de 
beaux marbres antiques. A quelques pas de là 
coule une fource admirable qui fait moudre con- 
tinuellement fept meules dans le même moulin. 
Quel dommage que la mère d'Homère ne vint pas 
accoucher auprès d'une fi belle fontaine ? On y 
voit les débris d'un grand Edifice de marbre, nom- 
mé Us Bains de Diane ; ces débris font encore 
magnifiques , mais il n'y a point d'Infcriptions. 

Si des Bains de Diane on veut aller dans les 
campagnes de Menemé \ outre qu'elles font fer- 
tiles en Melons , en Vins , & en tomes fortes de 
fruits, on y trouve une terre remplie de fel fix c 
naturel , dont on fe fert au lieu de foude pour fai- 
re du favon. 

Le 15. Janvier nous partîmes de Smyrne pour 
Ephefe fur les neuf heures du matin. En fortant 
de la ville on entre dans la voyt Militaire , la- 
quelle eft encore pavée de grands quartiers de 
pierre, coupez prefq uc en lofanges. A trois heu-, 
res de Smyrne on parte un allez beau ruiifeauqui 
va fe rendre dans la mer ; mais nous en rencon- 
trâmes un antre, à près de quatre heures de te 



[;:n:c 1 



Le pays 



eft plat, inculte", couvert en quelques endroits 



du Levant. Lettre X X 1 /. 389 
de petits bois femblables à des taillis entremêlez 
de Pins. Nous bûmes du CafFé fur le chemin dans 
une prairie où un Turc avoir établi une échope , 
ou petite maifon de bois ambulante. Nous arrivâ- 
mes fur les quatre heures & demie , Wcherpkui 
méchant village dans une grande plaine toute in- 
culte, où l'on voit les reftes d'une grande & an- 
cienne muraille de maçonnerie , laquelle a fervi 
d'aqueduc , comme prétendent les gens du pays , 
pour conduire les eaux à Smyrne. 

De la plaine de Tcherpicui jufques à Ephefc , 
ce n'eft qu'une chaîne de montagnes dont les 
bois & les défilez font pleins de voleurs dans la 
belle faifon. Nous n'y trouvâmes que des Cerfs 
& des Sangliers ; mais nous fûmes furpris agréa- 
blement de voir des collines couvertes naturelle- 
ment de beaux Oliviers , lefquels fans culture 
produifent d'cxcellens fruits , & ces fruits fe per- 
dent faute de gens qui les amalîent. En appro- 
chant d'Ephefe fur la droite , ces montagnes font 
horriblement taillées à plomb , Se font un fpe&a- 
cle affreux. On palTe le Cayftre à demi lieue en 
deçà d'Ephefe. Cette rivière , qui cft fort rapide, 
coule fous un pont bâti de marbres antiques , 5c 
fait moudre quelques moulins. On entre enfuite 
dans la plaine'd'Ephefe, c'eft à dire dans un grand 
baflîn enfermé de montagnes de tous les cotez , 
fi ce n'eft vers la mer ; le Cayftre ferpente dans 
cette plaine , mais il s'en faut bien que fes con- 
: foient aulîi frcqaens que dans le c* ~* " 



: M r Spon en adonné ; & ceu»du Méandre 
font bien plus entortillez , n'approchent pas 
contours que la Seine fait au deifous de Paris-, 



irpn>> que nos Poètes ne les ayent 

Le Cayftre a été réprefenté fur d 

Bb iij 



3$o Voyage 

dailies ; on en voit aux têtes des Empereurs Com- 
mode , Septime Severe , Valenen & Gallien. 

Nous cherchâmes inutilement une autre riviè- 
re, dont les anciens ont parlé, laquelle arrofoit les 
environs d'Ephefe ; fans doute qu'elle fe jette dans 
le Cayftre , plus haut que le Pont. En effet on 
nous aiîura à Ephefe que le Cayftre recevoit une 
rivière allez considérable s au delà des montagnes 
4u Nord'Eft ; ce qui s'accommode fort bien avec 
une Médaille de Septime Severe , fur laquelle le 
Cayftre eft reprefenté fous la forme d'un homme, 
comme étant un Fleuve qui fe dégorge dans la 
mer ; & le Kenchrios , qui eft la rivière dont il 
s'agit , fous la figure d'une femme, pour marquer 
qu'elle fe jette dans l'autre. Outre ces deux figu- 
res , la Diane a plufieurs mamelles eft reprefentée 
d'un coté fur le même revers , & de l'autre eft une 
corne d'abondance. Tout cela marque la fertilité 
que ces deux rivières procuroient au terroir d'E- 
phefe.. La Seine & la Marne qui amènent tant de 
richefles à Paris , meriteroient bien , ce me fem- 
ble.une Médaille. 

C'eft une chofe pitoyable de voir aujourd'hui 
Ephefe , cette ville autrefois fi illuftre, qu'Eftien- 
ne de Byfance appelle Epipbanejlate , réduite à un 
mifcrable village habité par 30. oit 40. familles 
grecques , lefquelles certainement , comme re- 
marque M r S pou , ne font pas capables d'enten- 
dre Us Lettres que S. Paul leur a écrites. La me- 
nace du Seigneur a été accomplie fur elle. $'*"* 
rai vôtre chandelier de [on lieu y fi vous ne vousre- 
pente\. Ces pauvres Grecs font parmi de vieux 
marbres & contre un bel aqueduc bâti des mê- 
mes pierres. La Citadelle , où les Turcs fe font 
retirez, eft fur un tertre qui s'étendant du Nord 
au Sud , domine toute la plaine \ c'eft peut-être le 




Eglise de, J^Iean, convertie, en, _ 
Village* dÂiasalauc kabltépar 



du, Temple de Hume, . 



•z perte eu est lùvcriptàm d- 



de^Pcl . 
.Marais a, la tes te duquel t 
Temple de Diane*. 



i3Malsati de pécheur. 
\^3ac au, len passe la rà 
aller de Jcalaneva. cl 
i$.Yemt et chemin dEpkesi 
dEpkesc a Se 



du Levant. Lettre XX IL 591 

Mont Pion de Pline. L'enceinte de cette Citadel- 
le , qui eft fortifiée par plufieurs Tours , n'a rien 
de magnifique ; mais à quelques pas de là du côté 
du Midi , on voit les reftes d'une autre Citadelle 
plus ancienne , beaucoup plus belle & dont les 
ouvrages étoient revêtus àcs plus beaux marbres 
de l'ancienne Ephefe. 

Il y refte encore une Porte de fort bon goût , 
bâtie des mêmes débris. Je ne fçai par quelle rai- 
fon on l'appelle la Porte de la Perfecution. Elle 
eft remarquable par trois bas reliefs cncaftrez fur 
fon cintre. Celui qui eft à la gauche a été le plus 
beau de tous , mais il eft le plus maltraité. Il eft 
d'environ cinq pieds de long fur deux pieds 6c de- 
mi de haut , & reprefente une Bacchanale d'en- 
fans qui fe roulent fur des pampres de vigne. Ce- 
lui du milieu a un pied de hauteur plus cfSe l'au- 
tre, & le double de longueur. Le dernier eft pref- 
que aufli haut , mais il n'a qu'environ quatre 
pieds de long. La Porte de la Perfecution décline 
du Sud au Sud-Sud-Eft ; cette Porte étoit défen- 
due par des ouvrages aiTez irréguliers que l'on 
avoit aggrandis fui van t le befoin , comme on le 
connoît par les ruines ; car à mefure qu'ils s'é- 
boulent , ils laiiFent voir d'autres ouvrages de 
marbre qui ont été recouverts. 

Au Sud & au pied de la colline où eft bâti le 
Château , eft fituée l'Eglife de S. Jean convertie 
en Mofquée. Je ne fçai fi c'eft celle que Juftinien 
y fit bâtirjmais il eft certain que c'eft de ce grand 
Evangelifte que vient le nom d' Aiafaloué , fous 
lequel Epheie eft connue des Grecs & des Turcs. 
Les Grecs appellent Saint Jean Aios Sco'ogos , au 
lieu à' Agios Theologos , le Saint Théologien, parce 
qu'ils prononcent le Thêta comme un Sigma, 
Bb iiij 



39i Voyage 

tiAios fcobgos ils ont fait Aiafaloue. Le dehors 
de cette Eglife n'a rien d'extraordinaire. On dit 
qu'il y a de belles colomnes en dedans ; mais ou- 
tre que les plus belles pièces des mines d'Ephefe 
ont été emportées à Conitantinople pour les Mof- 
quées Royales,le Turc qui en gardoit la clef étoit 
abfent lorfquc nous y fûmes. On croit qu'après la 
mort de Jefus-Chrift , S. Jean choifit Ephele pour 
y faire fa réfidence , & que la Sainte Vierge s'y 
retira aufîï. Saint Jean après la mort de Domi- 
tien vint reprendre le foin de TEglife d'Ephefe, Se 
trouva que Saint Timothée , Ion premier Evê- 
que , y avoit été martyrife. 

L'Aqueduc qui fubfifte encore aujourd'hui , 
quoyqu'à moitié ruiné , eft à i'Eft ; c'étoit l'ou- 
vrage des Empereurs Grecs , de même que la Ci- 
tadelle ruinée. Les piliers qui foutiennent les ar- 
cades , font bâtis de très belles pièces de marbre, 
entremêlées de morceaux d'archite&ure , & l'on 
y lit des Infcriptious qui parlent des premiers Ce- 
fars. Ces piliers font quarrez,plus ou moins hauts 
fuivant que le niveau de l'eau le demandent ; mais 
les cintres font tous de brique. Cet Aqueduc fer- 
voie à conduire à la Citadelle & à la ville, les 
eaux de la fontaine Hditée , dont a parlé Paufa- 
nias. Elles fe diftribuoient à la ville par des tu- 
yaux de brique , pratiquez dans de petites tours 
quarrées &c appuyées contre quelques-uns des pi- 
liers Cette ville s'étendoit principalement du cô- 
té du midi , & tout ce quartier n'elt rempli que 
de ruines ; mais Ephefe a été renverfée tant de 
fois qu'on n'y connoît plus rien. 

Pour ce qui regarde les Infcriptious nous n'en 
copiâmes aucune , car outre qu'on n'en fçauroïc 
lire qu'une partie , les autres font h hautes qu'ij 
cft impofîible de les déchifrer ; on ne trouve ru 



du Levant. Lettre XX IL 39} 

échelles , ni chevalets chez les Grecs. 

Le lendemain nous uaverfàmes la plaine pour 
aller reconnoîcre les ruines de ce fameux Tem- 
ple de Diane , qui a paifé pour une des merveil- 
les du monde. Ce grand Edifice écoic fitné au pied 

croit qu'on choilit ce lieu marécageux , comme 
moins expofé aux tremblemens de terre ; mais 
aufli l'on s'engagea à une dépenfe effroyable , car 
il fallut faire des caves pour vuider les eaux qui 
s'écouloient de la colline , les jetter dans le ma- 
rais & de là dans le Cayftre. Ce font ces caves 
que l'on prend mal à propos pour un labirinthe ; 
on cft convaincu par l'infpe&ion des lieux, qu'el- 
les n'ont jamais ferviqu'à vuider les eaux. Ma pen- 
fée eft confirmée par Philon de Byzance , qui con- 
vient qu'on fut obligé d'y faire des follez très pro- 
fonds^ des conduits où l'on employa une fi gran- 
de quantité de pierres,qu'on epuifa prefque toutes 
les carrières du pays. Pour mieux ailiircr les fon- 
derr.ens de ces conduits qui dévoient foutenir un 
Edifice d'un poids fi effroyable : Pline rapporte 
qu'on employa quelques couches de charbons pi- 
lez 5c quelques autres couches de laine. Ce mer- 
veilleux Temple conftruir aux dépens des plus 
puiifantes villes d'Afie , deux cens ans avant que 
Pline en parlât, avoit 415. pieds de long, fur 110. 
pieds de large. On y voyoit 1x7. colomnes , donc 
les Roys d'Afie avoient fait la dépenfe , .& ces co- 
lomnes avoient chacune 60. pieds de haut. Il y en 
avoit 36. couvertes de bas-reliefs -, & parmi cel- 
les-ci il s'en trouvoit une de la main de Scopas 
Sculpteur fameux. Cherfiphron fut l'Architecte 
de cet Edifice. Il n'en refte aujourd'hui que quel- 
ques gros quartiers qui n'ont rien de furprenant 
que leur épaiilèuiila plufpart font de brique,rcvêtus 



394 Voyage 

de marbre , tous percez de ces' trous de crampons 
des plaques de bronze dont on croit qu'ils étoient 
ornez. On ne voir plus , parmi ces débris , que 4. 
ou 5. colomnes callees. 

Ce n'étoit pas là le premier Temple que les 
Ephefîens avoient drelTé en l'honneur de Diane. 
Denys le Géographe nous apprend que ce premier 
Temple étoit une efpece de niche d'une beautéfin- 
guliere , que les Amazones , maîtrelfes d'Ephefe, 
avoient fait creufer dans le tronc d'un Ormeau , 
où apparemment la figure delà Déetfè étoit placée. 
Ce n'eft pas fans doute de cet ouvrage des Ama- 
zones qu'entend parler Pindare , lorfqu'il avance 
qu'elles firent bâtir le Temple d'Ephefe dans le 
temps qu'elles faifoient la guerre à Thefée. Pau- 
fanias ioutient que c'étoit l'ouvrage de Crcefus & 
d'Ephefus fils deCayftre,& qu'il étoit célèbre avant 
le partage de Nileus , fils de Codrus, en Afie. Cela 
étant , le Temple étoit plus ancien que la ville ; 
car Strabon croit qu'Androclus , fils de Codrus , 
bâtit Ephefe ; & Paufanias parle cfe ce même An- 
droclus qui en chafla les Cariens. 

Le Temple que ce fou d'Heroftrate brûla , le 
jour de la naiflance d'Alexandre , n'étoit pas le 
même que celui qui fubfiftoit du temps de Pline , 
puilque Alexandre voulut le faire bâtir quand il 
palfa à Ephefe. Ce grand Prince fit propofer aux 
Ephefîens , qu'il en feroit volontiers la dépenfe 
pourveû qu'on mît fon nom fur le frontifpice ; 
mais ils répondirent avec beaucoup de politelie , 
qu'il ne convenait pas a un Dieu de dreffer des Tem- 
ples a d'autres Divinitez.. Strabon , qui rapporte 
ce trait , allure que Chcrfiphron fut bien le pre- 
mier Architecte du Temple de Diane , mais qu'un 
autre Architecte l'augmenta.Après l'incendie d'He- 
roitrare,non feulement les Ephefîens vendirent les 



du Levant. Lettre XXII. 59; 

colomnes qui avoient fervi au premierjmais tous 
les bijoux des Dames de la ville furent éYicor con- 
vertis en argent, & cet argent employé pour fai- 
re un Edifice beaucoup plus beau que celui qu'on 
avoit brûlé. Cheiromocrate en fut l'Architecte ; 
c'eftlui qui fit bâtir la ville d'Alexandrie, & qui 
du Mont Athos voulut faire la Statue d'Alexan- 
dre. On voyoit dans ce Temple des ouvrages des 
plus fameux Sculpteurs de Grèce. L'Autel étoit 
prefque tout de la main de Praxitèle. Strabon en 
parle pour l'avoir veû du temps d'Augufte ; & le 
droit d' Azyle , dit cet Auteur , s'étendoit jufques 
à nj. pieds aux environs. Mithridate avoit ré- 
glé cet Azyle , à un trait de flèche. M. Antoine 
doubla cet efpace 3 & y ajouta une partie de la vil- 
le ; mais Tibère , pour éviter les abus qui fe com- 
mettoient à l'occafion de ces fortes de droits, abo- 
lit celui d'Ephefe. On ne marqua l' Azyle fur les 
Médailles de cette ville , qu'après que l'Empereur 
Philippe le vieux y eût paflé ; encore ce ne fut que 
fur celles d'Otacilla ■> le revers reprefenroit la Dia- 
ne d'Ephefe avec fes attributs i le Soleil d'un coté, 
Se la Lune de l'autre. Nous avons une Médaille 
de Philippe le jeune au même type.mais la légende 
eft différente. Celle qui eft frappée à la rére d'E- 
trufcilla réprefente Diane avec fes attributs. Se des 
cerfs ; la légende eft la même que celle de la Mé- 
daille d'Otacilla. Pour ce qui eft de l'arrivée de 
Philippe à Ephefe , elle eft marquée fur une Mé- 
daille de cet Empereur , dont le revers eft chargé 
d'unvaiffeaai qui va à la rame & à la voile. 

Du temps d'Hérodote , la «ville d'Ephefe étoit 
éloignée du Temple de Diane , mais cet Auteur ne 
parle pas de la Statue d'or que l'on y avoit placée, 
fuivant Xenophon. Strabon allure que les Ephe- 
fiens , par reconnoillance , avoient drellé dans leur 



39<5 Voyage 

Temple une Statué' d'or à Artemidore.Syncéîle qui 
alTùre que ce Temple fut brûlé,parle apparemment 
d'une incendie particuliere,dont on répara le dom- 
mage fans en changer le dclTein j ainfi le Temple 
que Pline a décrit , étoit le même que celui que 
Strabon avoit veû. Ce même Temple fut dépouillé 
& brûlé parles Scythes en 263. Les Goths le pil- 
lèrent fous l'Empereur Gallien. Nous avons plu- 
sieurs Médailles, fur les revers defquelles ce Tem- 
ple eft reprefenté avec un frontifpice tantôt àdeux 
colomnes,à quatre , à fix & même jufques à huit , 
aux têtes des Empereurs Domitien , Adrien , An- 
tonin Pie , M. Aurele, Lucius Verus, Septime Sé- 
vère , Caracalla , Macrin , Elagabale , Alexandre 
Severe , Maximin. 

Outre les bas reliefs & les ftatu'és , ce Temple 
devoir être orné de Tableaux merveilleux ; car 
Apelles & Parrhafms , les deux plus fameux 
Peintres de l'antiquité , étoient d'Ephefe. Au- 
tour des ruines de ce Temple , fe voyent les débris 
de plusieurs maifons bâties de briques >dans let- 
quelles logeoient peut-être les Preftres de Diane , 
qui venoient fouvent de bien loin pour être hon- 
norez de cette dignité.On leur conrïoit le foin des 
Vierges Preftrefles , mais ce n J étoit qu'après les 
avoir fait eunuques. Nous avons peu de ville dont 
il relie autant de Médailles. Les unes nous appren- 
nent qu'elle fut trois fois Neocore des Cefars , & 
une fois de Diane. Les autres , qu'elle fut bâtie à 
l'occafion d'un Sanglier. On prouve par quelques- 
unes que fes Citoyens fe qualifioient de premiers 
peuples à'Afie. Laplufpart de ces pièces reprefen- 
tent Diane ou Chairerelîe , ou à plufieurs mamel- 
les , ou parée de fes attributs. 

On ne voit plus de belles ruines aujourd'hui à 
Ephefe , celles qui relient font même allez clair* 



du Levant, lettre XXII. 397 

femées. Les débris de quelques Châteaux bâtis de 
marbre , ne montrent rien qui foit digne de l'an- 
cienne ville. J'ai fait graver une Porte qui eft à 
gauche fur le chemin de Scalanova. Le cintre 
qui eu eft beau , n'eft pas proportionné aux jam- 
bages qui le foutiennent , car il fait plus que le 
demi cercle; les frifesfont entaillées proprement , 
& c'eft fur ce refte de bâtiment qu'on Ht,eïi dedans 
& en dehors , un bout d'Infcription que voici , 
elle eft en cara&eres Romains , où l'on ne com- 
prend rien. 

ACCENSO 

RE NS I ET ASI.£ 
Les Arfhoâeles à fleur jaune, à tige droite & fans 
canelure , brillent parmi plufieurs autres plantes 

Le Château qu'on appelle la Prlfon de S. Paul, 
n'eft pas ancien ôc n'a jamais été beau. La Grotte 
desfept Dormans meriteroit d'être veûë, fi l'on étoic 
bien âflîiré de la vérité de cette Hiftoire.En fortanc 
des ruines du Temple, on entre dans un vilain 
marais rempli de joncs & derofeaux, lequel fe 
dégorge dans le Cayftrr. Au delà de cette rivière 
eft un Lac afîèz bourbeux ; peut être qu'il nous 
parut tel à caufe des grandes pluyesqui tomboient; 
Il faut que ce foit le Lac de Selinufia de Strabon. 
En allant au Port , on voit fur le bord de la rivie- 

bres. C'étoit là proprement le quartier d'Ephefe 
que Lyfimachus avoit fait bâtir 3 & où fetrouvoient 
les Aiïcnaux dont parle Strabon.On parte le Cayf. 
tre à quelques pas de là dans un Bac à corde, pour 
aller de Scalanova à Smyrne , fans venir paiïer 
fur le Pont. Ceft encore l'ancien chemin d'Ephefe 
a Smyrne , car c'eft le plus court,, & Strabon aflu- 
re qu'il alloit en drgituie d'une de ces villes à 



59 8 Voyage 

l'autre ; c'eft aujourd'hui le chemin ie plus dan- 

Quoique la plaine d'Ephefe foit belle , néan- 
moins la fîtuation de Smyrne a quelque chofe de 
plus grand ; & la colline qui en termine le gol- 
phe , eft comme un théâtre deftiné pour reprefen- 
ter une belle ville -, au lieu qu'Ephefe eft dans un 
baffin. D'ailleurs quoique cette ville ait été le fié- 
Çe du Proconful Romain, Ôc le rendès-vous des 
étrangers qui alloient en Afie, Ton Port n'a jamais 
été comparable à celui de Smyrne. Celui d'Ephe- 
fe , à l'occafîon duquel on a frappé tant de Mé- 
dailles, n'eft qu'une rade découverte & expofée -, 
il n'eft plus fréquenté à préfent. Autrefois les bâ- 
timens entroient dans la rivière , mais la barre a 
«é depuis comblée de fable. 

Rien n'eft fi ennuyeux que de chercher les fon- 
dateurs d'Ephefe dans les anciens livres.Que nous 
importe de fçavoir comment elle s'appelloitdu 
temps de la guerre de Troye ? ou fi elle a pris fon 
nom d'Ephefus fils de Cayftre & de l'Amazone 
Ephefe ? Il n'eft guère plus important de fçavoir 
il c'eft l'ouvrage des Amazones , ou d'Androclus , 
un des fils de Codrus Roy d'Athènes ; cela ne peut 
fervir qu'à éclaircrr un endroit de Syncclle , où 
il eft dit que ce fut Andronic.au lieu d'Androclus, 
qui fit bâtir Ephefe. Qui eft-ce qui s'embaralïe de 
fçavoir s'il y avoit un quartier de cette ville qui 
s'appelloit Smyrne ; ces fortes d'éruditions ne nous 
intereflent plus : mais il y a plaifir de fe fouvenir 
que pendant les guerres des Athéniens & des La- 
cedemoniens , Ephefe avoit la politique de vivre 
en bonne intelligence avec le parti le plus fort : 
Que le jour de la naiftance d'Alexandre, les devins 
de cette ville fc prirent tous à crier que le deftruc- 
teur de i'Aiic «oit venu au monde : Qu' Alexan& c 



du Levant. Lettre XXII. 399 
le Grand , fur lequel la prophétie ctoit tombée , 
vint à Ephefe après la bataille du Granique,& qu'il 
y rétablit la Démocratie : Que la place fut prife 
par Lyfimachus l'an de Tes iuccefTeurs : Qu'enfin 
Antigonus l'occupa àfon tour , & y faifit les thre- 
fors de Polyfperchon. 

Peut-on ignorer qu'Annibal ne fe foit abouche 
à Ephefe avec Antiochus, pour prendre de concert 
des mefures contre les Romains ? Que le Procon- 
ful Manlius y pa{Ta l'hyver , après la deffaite des 
Galates ? Tous ces evenemens renouvellent les 
grandes idées qu'on a de l'Hiftoire ancienne. Rien 
n'eft: plus effroyable que le malfacre des Romains 
en cette ville par les ordres de Mithiidate. Lucul- 
lus fit de grandes feftes à Ephefe. Pompée & Cice- 
ron ne manquèrent pas de voir cette célèbre Mil- 
le. Ciceron ne faifoit aucun pas dans la Grèce , 
qu'il n'y trouvât de nouveaux lujets d'admiration. 
Scipion le beau-perc de Pompée eut un peu moins 
de refpe«5b pour Ephefe , car il fc faifit des threfors 
du Temple ; mais rien n'eft fi confolant pour les 
Chrétiens , que de fuivre S. Paul à Ephefe. Au- 
gufte honora cette Place d'une de fes vifîtes , & 
l'on y drefla des Temples à Jules Cefar& à la vil- 
le de Rome. Ephefe fut rebâtie par les foins de 
Tibère. D'un autre coté les Perfes la pillèrent 
dans le troifiéme ficelé 3 & les Scythes ne l'cpar- 
gnerent pas quelque temps après. Il y a beaucoup 
*ê ^ a PP arcnce que le fameux Temple de Diane fut 
détruit fous Conftantin , enfuite de l'Edir par le- 
quel cet Empereur ordonna de renverfer tous les 
Temples des Payens. 

Ephefe étoit une Place trop confidérable pour 
n'être pas expofée à fon tour aux ravages des Ma- 
hometans. Anne Comnene rapporte ,"quc les In- 
fidelles s'ecant rcadus les rnaîties d'Ephefc , fous le 



règne de Ton père Alexis , il y envoya Jean Duras 
fon beaupere , qui deffit Tangriperme & Marace 
Généraux des Mahomecans. La bataille fc donna 
dans la plaine au dcflbiis de la Citadelle ; ce qui 
fait connoître que la plus belle partie de la ville 
étoit déjà détruite pour lors. Les Chrétiens eurent 
tout l'avantage, on fit deux mille prilonnicrs , & 
le gouvernement de la Place fut donné à Petzeas. 
Il y a apparence que la Citadelle,dont parle Com- 
nene , étoit l'ancien Château de marbre aban- 
donné. Théodore Lafcaris fe rendit le maître d'E- 
phefe en 1106. Les Mahometans y revinrent ious 
Andronic Paleologue, qui commença à régner en 
1285. Mantachias , un de leurs Princes , conquit 
toute la Carie , & Homur fils d'Afm , Prince de 
Smyrne , luifucceda. Tamcrlan , après la bataille 
d'Angora , ordonna à tous les petits Princes d'A- 
natofie de le venir joindre à Ephefe , & s'occupa 
pendant un mois à faire piller la ville & les envi- 
rons. Ducas aiîeûre que tout fut épuifé, or,argent, 
bijouxjon enleva même jufqucs aux habits. Apres 
le départ de ce conquérant, Cineites grand Capi- 
taine Turc , fils de Carafupafi qui avoir été Gou- 
verneur de Smyrne fous Bajazet , déclara la guer- 
re aux enfans d'Alin , qui s'étoient venus établir 
à Ephefe. Il ravagea d'abord la campagne a la tète 
de 500. hommes ; enfuite il fe préfenta devant la 
Citadelle avec un plus grand nombre d'autres ^ 
Troupes , & l'emporta facilement : mais quelque * 
temps après , un autre fils d'Afin qui s'appelloit » 
Homur, du même nom que fon frere , qui venoïc 
de mourir» fe joignit à Mantachias Prince de Gi- 
rie, qui l'accompagna à Ephefe avec une armée de 
éooo. hommes. Carafupafi, père de Cineites, 
commandoit dans la ville , où ce même Cineites , 
qui 



du Levant. Lettre XXI I. 401 
qui étoit dans Smyrne , n'avoit lailfé que 3 000. 
hommes. Malgré la vigoureufe defenfe des Ephe- 
fiens , les afïiégeans mirent le feu à la ville, & dans 
deux jours tout ce qui étoit échappé à la fureur 
des Tartares fut réduit en cendres. Carafupafi 
s'étant retiré dans la Citadelle , en foutint le fiége 
jufques en Automne ; mais ne pouvant être fecou- 
ru par fon fils, il fe rendit à Mantachias qui remit 
le pays d'Ephefe à Homur , & fit enfermer dans le 
Château de Mamalus , fur les côtes de Carie , Ca- 
rafupafî & fes principaux Officiers, -lors Cineites 
partit de Smyrne avec une galère , ôc fit fçavoir à 
ion père fon arrivée à Mamalus. Les prisonniers 
firent tant boire leurs gardes , qu'ils les enyvre- 
rent , & profitant de cette vufe ils defeendirent 
avec des cordes & fe fauverent à Smyrne. Au com- 
mencement de l'hiver,ils entreprirent le fiege d'E- 
phefe. Homur à fon tour fe retira dans la Citadel- 
le. La ville fut livrée aux foldats ; on y commit 
toutes fortes de crimes & de cruautez. Au milieu 
de tant da malheurs , Cineites fe réconcilia avec 
Homur , & lui donna fa fille en mariage. Ephefe 
endiite ton^a entre les mains de Mahomet I. qui 
ayant vaincu non feulement tous fes frères \ mais 
encore tous les Princes Mahometans qui l'embar- 
ratïbient , refta paifible poflefleurde l'Empire. De- 
puis ce temps-là Ephefe eft reftée aux Turcs ; mais 
fon commerce a été tranfporté à Smyrne & à 
Scalanova. 

Nous partîmes d'Ephefe le 17. Janvier pour 
aller voir cette dernière place que les Turcs ap- 
pellent Coufada , & les Grecs Scalanova, nom 
Italien que les Francs lui donnèrent peut-être 
après la deftrudion d'Ephefe. Ce qu'il y a de plai- 
fant dans ce changement de nom f c'eft qu'il re r 
Tome III, Ce 



pond à l'ancien nom de la ville qui eft la Neapoîis 
des Milefiens. Malgré une très grande pluye nous y 
arrivâmes dans trois heures. Quand on eft près des 
ruines du Temple d'Ephefe il faut tirer droit au 
Sud, enfuite au Sud-Oucft pour gagner la Marine, 
Pela on prend fur la gauche au pied des collines , 
OÙ eft la prifon de S. Paul , taillant à droite le 
marais qui fe dégorge dans le Cayftre. Ce che- 
min eft fort étroit en pluiîeurs endroits , à caufe 
4e la rivière qui ferpente & qui vient battre au 

Eied des montagnes ; après quoi elle tire droit à 
l mer. A peine diftingue-t-on le chemin à caufe 
de la quantité des Tamaris & des Agnm caftus. 
La rade d J Ephefe eft terminée dans cet endroit-là s 
qui eft au Sud Oueft , par un Cap qu'il faut laif- 
fer à droite , & fur lequel on palle pour prendre 
le chemin de Scalanova. On vient enfuite à la 
Marine d'où l'on découvre le Cap de Scalanova 
qui avance beaucoup plus dans la mer. A deux 
milles en deçà de la ville , on paile par la breche 
d'une grande muraille , laquelle , à ce qu'on pré- 
tend , a fervi d'aqueduc pour porter les eaux à 
Ephefe ; mais il n'y a point d J arcad^. On voit 
pourtant la fuite de la muraille qui approche de la 
ville en fuivant le contour des collines. Les ave- 
nues de Scalanova font agréables par leurs vigno- 
bles. On y fait un négoce conhdérable en vins 
rouges & blancs , & en raiiins fecs ; on y prépare 
auffi beaucoup de peaux de Marroquin. 

Scalanova eft uneaflez jolie ville.bien bâtie,bien 
pavée & couverte de tuiles creufes comme les toits 
de nos villes de Provencc.Son enceinte eft prcfque 
quarrée, & telle que les Chrétiens l'ont bâtie. Il 
n'y loge que des Turcs & Ses Juifs. Les Grecs & 
les Arméniens en occupent les faux-bourgs. On 



i 



mm \>ïmm 




du Livast. Lettre XXII. 40$ 
voit beaucoup de vieux marbres dans cette ville. 
L'Eglife de S. George des Grecs eft dans le 
fauxbourg fur la croupe de la colline qui fait le 
tour du Port ; vis-à-vis eft l'écueil fur lequel on a 
bâti un Château quarré où l'on tient une vintaine 
de foldats en garni fon. Le Port de Scalanova eft 
un Port d'armée , il regarde le Ponant & le Mif- 
tral : Il y a environ mille familles de Turcs dans 
cette ville, fix cens familles de Grecs , dix famil- 
les de Juifs , & foixante d'Arméniens. Les Grecs 
y ont l'Eglite de Saint George , les Juifs une Sy- 
nagogue , les Arméniens n'y ont point d'Eglife. 
Les Mofquées y font petites. On n'entretient dans 

res. Pour le commerce , il n'eu: pas confidérable , 



parce qn'il eft deffendu d'y charger des marchan- 
difes deftinées pour Smyrne ; ainfîl'on n'y va char- 
ger que du blé & des haricots. Il y a dans cette 
l'iace un Cadi , un Difdar & un Sardar. On ne 
compte qu'une journée de Scalanova à Tyre , au- 
tant à Gu\etliffar ou Beau Château , qui eft la fa- 
rneufe Magnefie fur le Méandre , à une journée 
& demie des ruines de Mi 1er. 

Le 25. Mars en revenant de Samos , nous al- 
lâmes de Scalanova à Ephefe. Le lendemin nous 
partîmes pour revenir à Smyrne , & nous couchâ- 
mes ce jour-là à Tourbalé qui eft à fix heures de 
Smyrne. Tourbalé eft un méchant village dans le- 
quel on voit plufieurs vieux marbres qui fontplai- 
fir aux étrangers ; car d'ailleurs les Turcs qui y 
habitent font peu gracieux. On voit encore dans 
le Caravanferai , des colomnes de Granic ou de 
marbre blanc. A trois mille de Tourbalé , au pied 
de la montagne près d'un cimetière , font les dé- 
bris d'une ancienne ville , mais on n'y trouve rien 
Ce ij 



404 V Y A G I 

qui puifte cti apprendre le nom. Tout ce quartier 
eft plein de leontopetalon , & à' Anémones fatinées 
couleur de feu. Nous ne trouvâmes à manger à 
Tourbalé que du pain de Dora , qui eft fort pc- 
fant , fans être pourtant defagréable. Le 17. nous 
arrivâmes à Smyrne où nous féjournâmes en at- 
tendant une occafion pour nous embarquer. 

Le Jeudy Saint 13. Avril 1702. nous mîmes à 
la voile avec un vent de Sud-Eft , fur le vaifleau 
nommé le Soleil d'or , commandé par le Capitaine 
Laurent Gusrïn de la C ioutad armé de fix pièces de 
conons de fer , & de huit pierriers ; il étoit char- 
gé pour Livournes de Soye , de Coton , de Fil 
de Chèvre , & de Cire. Le vaifleau étoit d'envi- 
ron 6000. quintaux. Après une navigation de 40. 
jours , pendant laquelle nous efluyâmes du gros 
temps & des vents aflez contraires qui nousobli- 
gèrent de prendre à Malthc des rafraichiflemens , 
nous arrivâmes à Livournes le 13. May , & nous 
entrâmes dans le Lazaret. Le 27. nous fortîmes du 
du Lazaret & nous nous embarquâmes fur une 
felouque qui nous conduisit à Marfeille le j. Juin 
veille de la Pentecofte , où nous rendîmes grâces 
à Dieu de nous avoir confervez pendant le cours 
de nôtre voyage. 



Fin an Tome troifiéme. 



TABLE 

DES MATIERES PRINCIPALES 

CONTENUES 
DANS LES TROIS TOMES. 



Abydos & Seftos , Icuc 
fîtuation , Tom. II. 
Lct. xi. p. 161. 

Achille écoute Deida- 
mie, Tom. II. Lct. 



A 



BïME du Mont 
Ararat , Tome III. 
Lettre xix. page 
117. 

Ablutions des Turcs , 
Tom.H. Let.xiv.p. 
H4.&f«iv. 

AboiiUlonaAic, \i\\c te 
Ifle ; defeription & 
hiftoire critique , 
Tom.III.Let.xxii. 
P. 554- 

Aï ilj.im , s'il a bâti le 
Temple de la Me- 
que , Tom. II. Let. 
xiv. p. 357. 

Abfwte pontique , des- 
cription de cette 
Plante, Tom. III. 
Let. xyii. P. 51. 



Adrachne , defeription 
du fruit de cet arbre, 
Tom. III. Let. xxii. 
p. 361.365. 

^rdw^n Par^, ion 
hiftoire/Tom.II.Let. 
xiii. p. 3x1. 

Adultère 3 àc quelle ma- 
nière ce crime eft 
puni àSicyros,Tom. 
II. Lct. x. p. 1J9. 
EnTurquie,Tom.n. 
Let.xiv.p. 370-37 1 - 

Agent. Voy. />«■/*. 

Agimbrat, ou Agimon- 
ntfjficiMtion de cette 



ifle de Serpho 



Aix , ville de Proven- 
ce , les grands hom- 
mes qu'elle a pro- 
duit , Tom. I. p. j. 
&fuiv. 

Albafioifes. Tom. II. 
Let. vnï.p.43. 

Alcoran , contient les 
loix des Mahome- 
tans , Tom. II. Let. 
xiv. p. 317. 

Ahagi MMromm&zi- 
cription de cette 
Plante , Tom. II. 
Let. vin. p. 4. 

Alone , ou village des 
dix Saints en Can- 
die, Tom. I. Let. il. 
p. 70. 






vage , Tom. III. 
Let. xxi. p. 291. 

Amaftro & Amaftris , 
Reine d'Hcraclée , 
Tom. III. Let. xvi. 
p, 31. & 31. Ville 
du mcmé nom fon- 
dée par cette Rcyne, 
P- 36. 

Amazones , leur pais, 
Tom.III.Let.xvii: 
p. 58 



à l'Audiance qu'eut 
M r . de Ferriol du 
Grand Vifir , & à 
celle qui eftoit pré- 
parée pour le Grand 
Seigneur , Tom. II. 
Let. xii. p. i$i> & 
fuiv. L'Ambaffadeur 
de France eft Juge en 
dernier reflort des 
Marchands François 
à Conftantinople. p. 
->£c fnmmcnt k s 



d'Alun en l'ifle de 
Milo,p. 196.& fniv. 
Ses qualitez & fa gé- 
nération, p. 15,7. 

Amandier , defeription 
d'un Amandier fau- 



inrroduits chez I e 
Grand Seigneur , 
Tom. II. Let. xW. 

p. ^OZ.&fHlV.US 

Ambaifadeurs envo- 



yez au Roy < 



: l>eri"c 



entretenus a 



DES MA 
dépens de ce Prince , 
Tom.III. Lee. xix, 
p. 101. 

Amérique , C\ elle n'eft 
pointunreftedel'ifk 
Atlantide, Tom. III. 
Let. xv. p. 409. 

'Amianthe , ou pierre 
incombuftible,Tom. 
I.Let. iv.pag. 197. 



199. 



hifto- 



cette ville,Tom. III. 
Let. xviï. p. 56. & 

Arnorgos , hiftoire de 



Me 



Lcr. 



. p. Z76. & 
, fuit;, fa defeription , 
p. 278. fon Urne 
merveilleufe , pag. 
281. 
Amycits Roy des By- 
thiniens,fes qualitez 
& fa mort, Tom. II. 
Let. xv. p. 425. & 

Anacoretes Grecs s Tom. 
I.Let. m. p. ii7. 



efté bâtie par les 
Gaulois , Tom. IU. 
Let. xxi. p. 513. 
fcsinfcriptions,pag. 



T I E R E S. 

313. $\%.&fulv Son 
hiftoire, p. 320. & 

Anàros , defeription de 
cette lue , Tom. II. 
Let, vin. p. 33.O* 
fitiv, fou hiftoire , 
p. 34. 40. & fniv. 
Religion de fes ha- 
bitans,p. 37. fesan- 
tiquitez, p. 38. & 

Anémones , fleurs de 
l'Archipel , Tom. I. 
Let. iv. p. 189. leur 
hiftoire , Tom. II. 
Let. xii. pag. 2;o, 
te vu 

Angora, hiftoire de cet- 
te ville , Tom. III. 
Let. xxi. p. 311. & 
fuiv. fa defeription , 
pag. 322. celle de 
fon château , p. 3 16. 
voyage d'Angora, p. 
286. & 506. bataille 
d'Angora, p. 321. 

Année des Turcs. Tom. 
II. Let. xiv. p. 342. 



Scipion. Tom. III. 
Let. xxii. p. 367. 
& fniv. 
Antiparos , defeription 
de cette ifle. Tom. I. 



jintlqttitez. de Siphan- 
"to.Tom.L Lct. iv. 
p. xi\. & fith: de 
Naxic.Lct.v.p. 161. 
de Delos. Lct. vu. 
P.54S.C/" fuiv.d'An- 
dros. Tom. II. Let. 
yiii.p. 38. & 39. 
de Samos.Tom. II. 
Lct. x. P . ,i 5 . er 

de Conftantinople. 
tom. II Lee. xii. 
p. 11 ô.&fuiv. d'He- 
racléc. Tom. III. 
Lct xvi. p. 14. & 
fuiv. de Smyrne. 
Let. xxii. p 381. 
d'Ephefc. p. 391.& 

jifinm Grtcum , def- 
cription de cette 
Plante. Tom. I. Let. 

Apjcalypfc , maifon où 
S.Jean écrivit HApo- 
calypfc. Tom. I I. 
Let. X.P145.& '4<». 

'Apollon, ruines de pla- 
ceurs de fes temples. 



L E 

Tom.I.Let.vi.p.jzS'. 
& 315?. Ler. vu. p. 
357. & 358. Tom II. 
Let. îx. p. 91. Tom, 
III.Let.xxn.p.377. 
ù ftattic de Dclos. 
Tom. I Lct. vu. p. 
358. pourquoy fui> 
nommé Sminthien. 
Tom. II. Lct. ix. 
p. 91. 

ApollonU. Voy Abaïtil- 
lona , & Lopadi. 

Apôtres, reliques des 
Apôtres dans le Cou- 
vrit des Trois Egli- 
fcs. Tom. III. Lct. 
xix p. 189. 

Aptereji c'eb ce qu'on 
nommeàprefent/'*- 
leecajho en Candie. 
Tom. I. Let.ii.p.9 6 « 

feriptions. p. 97- 
Aquilon , comment les 
fils d'Aquilon déli- 
vrèrent Phinée des 
Harpies. Tom. H. 



en defeendre. pag. 
18. defeription àc 



DES MATIERES. 


cette montagne, p. 


336. 238. 344. Ler, 


106. 215. &fniv. 


xx.i. p. 361. 36*. 


iraxe, où cette rivière 


366. 370. 389'. 


prend fa fource.Tom. 


Arcadi , autrefois A - 


III. Let. xix. p. 230. 


cadia 3 à prefent Mo» 


&143- 


naftere/Tom.I.Let.i, 


îrbres qui naiflent 


p. J9. & 60. prière 


dans les ifles de Can- 




die. Tom. I. Ler. 1. 


les ans pour bénir la 


p. 57. 58. 59. &60. 


Cave de ce Monafts- 


de Naxie. Let. v. p. 


te, p.6l, 


254. &26iod'Amor- 


Arcangis 3 Fantàflins 


gos. Let. vi. p. 287. 


Turcs, Tom. II. Let. 


He Zia. Tom. II. Let. 


xnt. p. 3 lj. 


vin. p. .18. & 23. 


Arccnal de Confiante 


d J Andros. p. 35. & 


nople , Tom. II. Lee. 


3<ï.deTine. p 46 de 




Scio.Let. ix. p. 61. 


Arche ,(i V Arche de Nbé" 


Se 6j.de Samos, Let. 


s'arrefta fur le monc 


x.p. m. 128. 133. 


Ararat, Tom. III. 


fur les Côtes de la 


Let. xix. p. 191.197. 
228. Ci elle y a efte 


Mer noire, Tom. III. 


Let.xvi 1. p. 56. 62. 


veiie, p. 203. 


8j.&. 84. enArme- 


Archilochtis , Tom. I. 


nie,Let. xviu. p.91. 


Ler. v. p. 24e, 


loo.&ioi.Let.xix. 


Archipel , religion de 
feshabitans,Tom.I. 


p. 184. & 18;. en 


Géorgie, Let. xvui. 


Let. iv. p. I7 1 * ^ c 


pag. 136.6c 15 8^Lèt. 
xix. pag. 242. fur le 


quelle manière la 
fouveraineté y finie, 


chemin d'Erzeron à 


Let. v.p. 2;4.chan- 


Tocat,Let.xxi. pag. 


gemens qui y font 


191. & fuiv. 294. or 


arrivez , Tom. I I. 


fuiv. dans l'Anatolie, 


Let. xv. pag. 407» 


Lct.xxi. p.308. 310, 


&{mv. comment on 



y fait le vin , Tom. 
I. Let. iv. p. 191. 
Carre; de l'Archipel 
critiquées ou approu- 
vées , Tom. II. Let- 
Vin. p. ii.&fuiv. 

Ardachat , ville d'Ar- 
ménie , Tom. III. 
Let. xix. p. 212. (on 
hilioire , p. 21 j. 

Argent > mines d'argent 
dans l'ifle de l'Ar- 
gentiere , Tom. I. 



et. xviii. p. 130. 
entière, defeription 
; cette ifle , Tom. 
Let. iv. p 169. 
& fuiv. religion de 



fes hab 






Irgonautes , ces héros 
furent jertez dans 
l'ifle de Nanfio , 
Tom. 1. Let. vi. pag. 
328. leur pieté,Tom. 
II. Let. xv. p. 429. 
430- de quelle ma- 
nière ils furent re- 
ceus de Phinéc , p. 
455- confeils que ce 
Prince leur donna , 
p 432.437. fic'eftoit 
des Marchands , p. 
437. 



BLE 

Argos , vaiflTeau des Ar- 
gonautes , Tom. 1 1. 
Let.xv. p.432. 

Arifioloche , defeription 
d'une efpece d'Ari- 
ftoloche, Tom. II. 
Let. ix. p. 79. 

Ariftote, il eut le foin 
de retoucher les Poè- 
mes d'Homere,Tom. 
11. Let. ix. p. 77« 
bonmotdecePhilo- 
fophe , pag. 8j. 

Arménie , defeription 
de ce pays , Tom. 
I II Let. xvii'. P» 
86. & fuiv. les Oli- 

point, Let. xix, p. 
192. 
Arméniens ,leurs mœurs, 
Tom. III. Let. xx. 

p. 2 y 1. & fuiv. éta- 
bliifemcnt de leur 
commerce, p. z53» 
leur commerce , p. 

2JI. 256. 257.1^ 

manière de vendre , 
p, z S9 . leur traité 
avec le grand Duc de 
Mofcovie , p. i;7» 
leur religion, p. i$9- 
& fuiv. s'ils font Eu- 
tychiens , p i^o. 
leur Clergé, p. 1^ 



îeux , p. 171 
i Sacrement , 6 



r fuiv. leur 
:efur l'Eucha- 
p. 276. 277. 



fur la 

Ames & fur le Juge- 
leur charité & leur 
frugalité , pag. zy 5. 

& leur Carerrie , p. 
± 7 i.& 273. leur raa- 

benite , pag 285. 
contes tirez de leur 
petit Evangile , p. 

fortes de langues en 
^ ufage , p. 270. & 
fuiv, averfîon des Ar- 
méniens fchifmati- 

tins, p. 278. 
Armoife , defeription 

d'une efpece d'Ar- 

moife, Tom, 1 1 1. 

Lct. xix. p. 245. 

246. 
Arna. , village d'An- 

dros , Tom. I ï. 

Lee, vin; p, 36. 



LTIERES. 

Afparagus Creticus 3, 
defeription de cette 
Plante, Tom. I. Let. 
vi. p. 273. 

AJfancale > Fdrtercfle 
de la plaine d'Aflan- 
calé , Tom. III; Let. 
xix. p. 243. & 244. 

Ajiragale , deferiptiori 
d'une efpece d'Altra- 
gale j Tom. III. Leri 

j*ttw*/^i*«,defcripnon de 
l'Atmeidan de Con- 
ftantinople, Tom. II. 
Let. xi. pag. 194. 

Artz.e y destruction de 
cette place , Tom 
1 1 1. Let. xviii. p, 
125.^ 

tide , Tom. IL Let. 
xv. p. 409- 

Auhrut entreprend le 
voyage du Levanc 
avec M. Tournefort, 
Tom. I.p, 2 & 3. 

Augufie , defeription 
du Monument d'Au- 
gufte à Ancyre , 



aux Turcs , Tom. 
IL Ler. xiv. p. 348. 

&fMÎV. 

Autel de Bacchus , 
Tom. I. Lcr. vu, 
P- 377- 

A^amoglans , jeunes 
gens élevez dans le 
Serrail ; leur éduca- 
tion , Tom. II. Ler. 
xiii. p. 284. & 

AJafes y Fantaflins 
Turcs , Tom. ï I. 
Let. xm. p. 315. & 

r 316. 

Azarolier , defeription 
de deux efpeces d'A- 
zarolier , Tom. III. 
Let. xxi. p. 295. & 



BAcchns , pourquoy 
il ordonna de fe 
fervir de cannes de 
Férule , Tom. I. Let. 
vi. p. 29 1. en quel 
lieu il fut élevé , 
Tom. I. Let. v. pag. 
iji.iji.&itfi. 
Bagno , prifon où font 
. renfermez les efcla- 
ves à ConfUjuinp- 



ple , Tom. 1 1. Let. 
xir. p. 217. 

Bajaz,et , défaite de ce 
Prince , Tom. III. 
Let. xxi. p. 321.& 

Bains, defeription des 
Bains de Turquie, 
Tom. II. Let. xiv. 



Let. xvm. p- i° 6 « 

de Teflis p. 170- 

d'eau chaude auprès 

de Sroyrnc , Let. 

xxii. pag. 376. d'E- 

lija, Let. xxi. pag. 

2S6. deCapliza, p. 

W.&fuiv. < 
Bairam , defeription de 

cette fefte , Tom. I. 

Let. i. p. ji.&p. 

Tom. II. Let. xiv. 

p. w.&(uiv 
Bandits de l'Archipel , 

Tom. I Let. v 1. P- 

Baptême des Grecs , 
Tom. I. Let. m P- 
147. des Arméniens, 
Tom* III Let. xx. 
p. 273 &faht. 

BarberoHJfe , fon éléva- 
tion , Tom. IL Let- 
xv. p. 44 8 « 



DES MATIÈRES. 

Bafar , defcription des Tom. 1 1. Let, 
Bafars de Conftanti- 
nople , Tom. I I. 



& 



lou&fuiv. 
Bol d'Efpagne , Tom. 
II I. Lee. xvn. p. 



Baudran critiqué,Tom. 

II. Let. vin. p. 32. 
Beibaz,ar , defcription 

de cette 



H- 



III. Let. 



Borrago ConftanùnoplU 

tana , defcription de 

cette Plante , Tom, 

II. Let. xii. p. 242. 

, Tom. Bcfpbore., yomt{uoy ainfî 

né, Tom. II. 



<i.p,2 5 5. 



Let. 



paj;. 



B'igh. 



l'Abbé ) 
Voyage 
du Levant , Tom. I. 



Blattar'ia Orientalis , 
defcription de cette 
Plante , Tom. 1 1 1. 



defcription du Bof- 
phore de Thracc , 
Tom. I !. Let. xv. 
p. 35)7. & fuiv. com- 
ment il s'eft formé , 
p. 40$. & fuiv. Pont 
jette par Darius fur 
ceBofphore,p.422. 
Boftangi-Bachiy fes fon- 
ctions , Tom. I I. 
Ler. xii 1. p. 28;. Se 



ivee dans 
dernier fiecle , 
Tom. III. Let. xvin. 



Bogbas , defcription des 
Boghas de Samos , 



ption d'une efpece 
de Bouillon blanc , 
Tom. II. Let. vin. 



, en Georgi» 
les gens de qualité 



exercent la charge de 
Bourreau , Tom, III. 
Ler.xvm.p. i6 5 . 
Bj/yer d'Aiguilles , Ton 
cabinet 3 Tom. I. 

p- ;• 

Brouffe. Voy. Prufe. 

Buccinum , efpece re- 
marquable de Btttoi- 
num, Tom. III. Let. 
xxi. p. 308. 

Bjfance , hiftoire des 
Byfantins,Tom. II. 
Let. xii. p. 206. 
& zo 7 . 



CAdi & Moulacadi , 
leurs fondions , 
Tom. I. Let. 1 v. 
p 180. 181. Tom. 
II. Let. xiv. p. 386. 

Cidilefquers, leurs fon- 
ctions , Tom. 1 1. 
Let. xiv. p. 38;. 

CaiIIohx merveilleux , 
Tom. III. Let. xxi. 
p. 30;. 

Caimacan , fes fon- 
dions , Tom. IL 
Let. xii 1. p. 305. 
&[uiv. 

Cains , ce que c'eft , 

Tom.I. Lct.n.p. no. 



ÎLE 

Caïque , ce que c'eft ; 



Cakile, defeription d'u- 
ne efpece de Cakile , 
Tom. I. Let. vi. p: 
302. 

Caloyero , defeription 
de ce rocher , Tom. 
I. Let. vi. p. 2 §7- 



1 1 1 . Voy. Religieux. 
Camargue , fertilité de 
ce pais. Etimologie 
de ce nom , Tom. 
I il. Let. xviiî. p» 

Camelot fe fait de fil de 
Chèvre , Tom. IIL 
Let. xxi. p. 235. 

Campanula Orientait* + 
defeription de cette 
Plante , Tom. IIL 
Let. xix. p. 238. 

Campanula faxatilif » 
defeription de cette 
Plante , Tom. L 
Let. vi. p. 289. 

Campanule , defeription 
d'une efpece de Cam- 
panule, Tom.I. Ler. 



DES MATIERES. 

Canal qui eft entre nitiens à l'attaque de 

les ifles de Delos , cette Place, p. 25. 

Tom. I. Let. v 1 1 . p. fou port , p. 24. 

345 . & fuiv. Canne , defeription d'u- 

Candie , defeription de ne cTpcce de Canne, 

cette Ifle , Tom. I. Tom. III. Let. xix. 

Let. 1. p. 1z.4y.e- p. ,81. pourquoy 

fuiv. du Labyrinte , Bacchus ordonna de 

Let. 11. p. 77 . cara- fe fervir de Cannes 
£terc & mœurs de Tes ' de Férule , Tom. I. 

habitans , p. 100. Ler. vi . p. 291. 

ïoi. 106. les cbe- Canoniers Turcs , Torn. 

vaux , p. 112. fes 11. Let. xm. p. 5 î 4 . 

chiens, p. 113. fes Capifis du Serrail , 

richefles & fes vins , Tom. 1 1. Let. xin. 

p. 107. de 108. les p. 291. 

villages y font bâtis Capitan Pacha , privi- 

de marbre, pag. 109. leges de la Charge 

les meilleures terres de Capitan Pacha , 

de l'Ifle appartien- Tom. II. Let. xi 1 1. 

nent aux Papas & p. 312. temps où il 

aux Caloyers , p. fait fa ronde, p. 3 2 4. 

106. fa diftance de Cafitation exigée par 

Marfeille & de quel- les Turcs , Tom. IL 

ques autres^ lieux , Let.ix. p. 73. Tom* 

p. 5)8. fon étendue" , III. Let. xvut. p* 

p. 98. & 99. fon hi- 112. manière de dï- 

ftoire critique , p. ftinguer ceux qui la 



abre- 



doivent , Tom. 
x.p. 73. 



gee de la Canée , fa Capots de Zia , 
defeription , fes for- II. Let. vm. p. 22. 

ces, Tom. I. Let. 1. Capprier fans épines , 
p. i2. & fuiv. faute Tom. I. Let. v. p. 
confiderable des Ve- 2 3 2. 



TABLE 

Captif cation de l'Ar- 130. & fuiv. 

chîpel , Tom. 1 1. Turcs , Tom. 

Ler. vin. p. 13. & Ler. xiv. p. 34 

fttiv. fuiv. des Armcn 

Capfi Roy de Milô , Tom. m. Lee. 

pendu à Conftanti- p. 271. & 275. 

noplc , Tom. I. Let. Carrières de Gra 



.p. 176. 



Tom. 



Capucins de \i Canée , 3 6; . & fuiv. de Jaf- 

Tom. I. Let. 1. p. pe, Tom. II. Ler. 

24. de Milo , Ler. ix.p.59. 

iv. p. i78.dcGeor- C^j , defeription de 

gie , Tom. III. Ler. cette Place , Tom. 

xvru. p 172. rapel- III. Ler. xvm. p. 

lez dans Andros , 142. Ton hiftoire cri- 

Tom. II. Ler. vin. tique, p. 148. 

p. 38. Cmhêe , defeription de 

Caravane , defeription cette ville , Tom. H. 

des Caravanes, loin. Let. v 1 1 1. p. 14- 

III. Let. xvm. p. & ,5. 

86. manière dont les Cajfida, deferiprion d'u- 

Turcs prient dans les ne eîpece de Cafïida, 

Caravanes, Tom. H. Tom. III. Let. xvm. 

Let. xiv. p. 341. p. 159. 

Caravanferai , deferi- Cavalerie Turque , T o. 

prion d'un Caravan- II. Ler. xui. p. 3 l6 ' 

ferai , Tom. III. Ler. er fuiv. 

xxi. p. zen. 293. Cavernes de Milo.Tom. 

341. I. Ler. îv. p. i9 8 - 

Cardmis Orientalis , de- & fuiv. de Samos , 

feription de cette Tom. 11. Let. x. p. 

Plante, Tom. III. 119. d'Antiparos , 

Let. xix. p. 206. Tom. I. Let. v. p. 

Carême dis Grecs , 213. 

Tom. I. Let. ai. p. Cwiar, Tom. III. Let. 



DES MATIERES. 



xx. p. 258. &25c>. 

Cayjhe , rivière d'Ana- 

"tolie, Tom, III. Let. 

xxn.p.389. 

Ccrafonte , defeription 
& hiftoire de cette 
ville, Tom. III. Let. 
xvn.p.65. 

Cerifitrs apportez à Ro- 
me par Lucullus , 
Tom.lII. Lec.xvn. 
p. 6;. 

Ce far ce de Cappadoce, 
Tom.lII. Let. xxi. 
p. 305. 

Cefie , ce que c'eft , 
Tom. II. Let. xv.p. 
416. 

Cha-Abbas , hiftoire de 
ce Roy de Perfe , 
Tom. 1 1 1. Let. xx. 
p. t$2.. & fitiv. mo- 
yen dont il fe fervit 
pour établir le com- 
merce de Perfe , p. 
253. 

Chabert Apoticaire à 
Conftantinoplc, To. 
III. Let. xvi.p.11. 

Chalcedoinc , fes ports , 
Tom. II. Let.xv. p. 
41 3. prodige qui' em- 
pcfcha Conftantin de 
rétablir cette ville. 



Camœrhoâodenâros t>sm- 
tica, defeription dç 
deux efpeces de ce 
çenre de Plante , 
Tom. III. Let. xvn. 
p. 69. & fctiv. 

Chameau , privilège du 
Chameau porteur de 
TAlcoranà la Meque, 
Tom. II. Let. xiv. 
P- 359. 

Chapelles , pourquoi il 
y a un grand nombre 
de Chapelles en Grè- 
ce, Tom. I. Let. ni. 
p,i34. 

ï. Let. xi. p. 
193. du Sultan Or- 
can , Tom. III. Let. 



tans, Tom. II. Lee. 
xiv.p. 3J4 . 

Chaffe des Candiots , 
Tom. I. Let. n. p. 
111.&113. 

Chat , les Chats font ai- 
mez des Turcs , & 
pourquoi. Tom. II. 
Let. xiv. p. 3/5- 

Château des Sept I ours, 
Tom. II. Let. xi 1 .p. 
234. fur le Bofporc, 
Tom. IL Let. xv. p. 



411.418.440. 443- 
&fmv. de la Mari- 
ne auprès de Smyr- 
nc, Tom. III. Lee. 
xxii. p. 376. de 
Smyrne , p. 379. & 

Chanàeronniers d'Erze- 
ron , Tom. III. Let. 
xviii. p.zo 9 . 

Çhaumete (M. delà) a 
inventé une manière 
de charger un fofil , 
Tom. III. Let. xix. 

, ? ' H9 ' r . 

Charo , defeription de 
cette Ifle , Tom. I. 
Let.vi.p.288. 

Chêne , defeription de 
deux efpeccs de Chê- 
ne , Tom. II. Let. 
vin. p.i8.&Tom. 
III. Let.xxi. p.297. 

Cheval , pourquoi la 
queue de Cheval 
eft le ligne militaire 
des Othomans 3 Tom. 
II. Let. xii 



v du Serrailjeurs 
nploys" , Tom. II, 



chevaux de Tu 



■cuie, 



p. 2.90. de Candie , 
Tom. I. Let. 1 



Chèvres d'Angora , To. 
III. Let. xxi. p.334. 
deBeïbazar, p.336. 



Let. 

'hien , pourquoi les 
Chiens font bien 

Tom. IL Let. xiv. 
p.355. particularitez 
d'un Chien du Con- 
ful de Candie, Tom. 
I. Let. 11. p. 124. 

Chimoli. Voy. Argen- 
tiere. 

Chrême . de quelle ma- 
nière le Saint-Chrê- 
me eft diftribué en 
Arménie , Tom. III. 
Lcr. xx. p 268. en 
quel temps &C com- 
ment les Patriarches 
Arméniens le prépa- 
rent, p.168. 

Chrétiens vivent en li- 
berté dans Galata, 
Tom. II. Let.xn.p. 
223. 

Chryfifolis. Voy. Scu- 

Ciboulette , defeription 
d'une efpece de Ci- 
boulette, Tom. III. 
Let. xix. p.183. 

Cxgoqnes reverées,Tom. 
lII.Let.xxn.p.361. 

Cimetière des Turcs , 



DES MA 

Tom. I. Let. i.p.29. 
Tom. 1 1. Let. xiv. 



Qmolée y terre , ce que 
c J eft, Tom. I. Let, 
iv. p.i7*. 

Çimon , fon expédition 
en l'Ifle de Sxyros , 
Tom. II. Let. x. p. 

Circonclfion , croyance 
des Turcs à l'égard 
de la Circonclfion , 
Tom. H. Let.xiv.p. 
319.& 330. cérémo- 
nies qu'ils y obfer- 
vent, p. 331. & fetiv. 

Cirque de Smyrne , To. 
IiI.Let.xxu.p.382. 

ÇUzjorntnt y hiftoirc & 
fituation de cette 
ville, Tom.III. Let. 
xxu.p.377-^/«^- 

Clearque , Tyran d'Hc- 
raclée, Tom.UI.Let. 
xvi.p.29. 

Clergé de lTfle de Na- 
xie , Tom. I. Let.v. 
P . M S. 

Cloches , ce qui a été 
fnbftitué à l'ufage 
des Cloches dans les 



TIERES. 

Eglifes Grecques , 
Tom. I. Let. m. p. 
137. & U8. 
Cochon , cet animal 
eftoit facré chez les 
anciens Cretois, To. 



J. Let 



.p.113. 



Colonia , ( le Pcre de ) 
Jefuite favant anti- 
quaire , Tom. I. 
p. 4. 

Colomne aux trois Ser- 
pens , Tom. II. Let. 
xn. p. 228. Ci c'eft. 
un Talifman , p. 
229. colomne brû- 

hiftorique , p. 231. 
colomne de Marcian, 
p. 23 r. defeription 
de la Colomne de 
Pompée , Tom. II. 
Let. xv. p. 45 3- & 
434, de celle d'An- 
gora, Tom. III. Let. 



.i.p. 



III. Let. xvii. p-77- 



TA 

Commerce , Chambre 
du Commerce à 
Marfeille , Tom. I. 
p. ij. de quelle ma- 
nière le Commerce 
fe fait dans le Le- 
vant , p. 16. Com- 
merce de Naxie , 
Let. v. p. z S5 . ôc 
156. de Smyrne , 
Tom. II. Let. xxn. 
p. }7L.& fitiv. 

Communion des Grecs , 
Tom. I. Let. m. p. 
144. les Arméniens 
communient fous les 
deux efpeccs , Tom. 
III. Let. xx. p. 176. 

Confejfion des Grecs , 
Tom. I. Let. nr. p. 
146. & 147. des Ar- 
méniens , Tom. If, 
Let. xx. p.279. 

Confirmation des Grecs, 
Tom. I Let. 1 1 1 . p. 
148. des Arméniens, 
Tom. III. Let. xx. 
P.274.&275. 

Consécration , ignoran- 
ce des Grecs au fujet 
de ia Confecration , 
Tom. I. Let. 111. 
p.«43- 

Confiaminople , defcri- 
ption de cette ville , 



BLE 

Tom. II. Let. xi. p. 

173. & fuh. infcri- 
^ùons^.ijô&fitiv. 
la pefte & les Leven- 
tis la ravagent , p. 
180. & fuiv. pour- 
quoi elle cft fi peu- 
plée, p. 185. defcri- 
ption du port , Let, 
xii. p.203. &fuiv 
du Serrail , p. 208. 
& fitiv. Tes obelif- 
ques , p. 11 6. fesco- 
lomnes , p. 228. & 
fitiv. fes marchez, p. 
232. Monafteres de 
Galata, p.222. 

Confeil , Chambre du 
Confeil parmi les 
Turcs , Tom.II. Let. 
xi n. ? .i 97 .& fitiv. 

Confith du Levant , 
Tom. I. Let. iv. p. 
180. &fuiv. 

Coquille , efpece fort re- 
marquable de BuccL 
»»w, Tom. III. Let. 



xxi.p.308. 

Corail , en quel endroit 
on le pêche , Tom.L 
p. 17. il y en a de dif- 
férentes couleurs , p. 
1 7. c'eft une Plante 
marine , p.i 7. 

Cordcliers Curez à Ga- 
lata, 



Corvirap , Monaftere 

d'Arméniens, Tom. 

III. Let.xix.p.îoé. 
Coton de Miio , Tom.I. 

Let.iv. p. 188. 
Cotta détruit Heraclée, 

Tom. III. Let. xvi. 

P. 3 4- 
Courans dans le Canal 

de la Mer noire, To. 

II. Let.xV. p. 400. CÎT 

Confada. Voy. K Scalano- 

Craye qui fert à blan- 
chir, Tom.I, Let.iv. 
P.I7?. 

Crète. Voy. Candie. 

Cretois, leur caractère 
& leurs mœurs , To. 
I. Let. 11. p.ioo. & 
10,. leur habille- 
ment, p. 101. 

Croijfant , pourquoi 
lymbûle de Byzance, 
Tom. II. Let. xi. p. 
I97-& i5>8. 

Cuivre , mines & vaîf- 
felle de Cuivre, To. 

III. Let. xv m. p. 
locMîc.&Let.xxi. 
p.501. 

Cuperlis, Grands Vifirs, 



T I E R E S. 

Tom, II. Let. xi 1 i.p. 
25>2.caracl:ere de Nu- 
man Cuperli , Tom. 
III. Let.xvi. p.5. fu- 
jet des convcrfations 
qu'il eut avec l'Au- 
teur,p.6. 

Curdes , peuples d'Ar- 
ménie, Tom.HI.Let. 
xvin.p.115.118.^ 
fuiv. defcription de 
leurs pais, p.izo. 

Curé , friponneries des 
Curez Grecs , Tom. 

I. Let.i h. p. 167. 
Cufcute , defcription de 

cette Plante , Tom; 

III, Let. xi x.p. 105?. 

Cyanées, defcription des 

lues Cyanées, Tom. 

II. Let. xv. p 4jz. 

Cydonia , en quel lieu 
étoit cette ville, To. 
I. Let. i. p. 34. fou 
hiftoire,p.îj. 

Cynthe, montagne con- 
facrée à Apollon , 
Tom. I. Let. vu p. 



Cyprès croiflent parmi 
la neige auprès de la 
Canée, ToniJ. Lee. 



DAmes du Serrail , 
Tom.lI.Let.xiu. 
p.288. 

Danfe , la danfe eft la 
principale occupa- 
tion des Dec vis, To. 
II. Let.xiv.p.^94- 

pardannelles, differens 
noms du détroit des 
Dardannelles, Tom. 
il. Letxi.p.160. def- 
cripcion Se hiftoire 
de ce Canal, p.Kîr. 
foiblcite & fituation 
desChâteaux,p.i6z. 
& 163. 

parius , pacage des 
PeiTes fur le Bofpho- 
re,Tom. II. Let.xv. 
p. 413. de quel en- 
droit il confideiale 
PontEuxin,p4ji. 

Delis, Gardes du Grand 
' Vifir,Tom.U. Let. 
xui. p,t94- 

Delos , defeription de 
fes ports , Tom. I. 
p. 570. & 



345. * 74 &fuh.zw 
tiquitez , p. 548. & 

Denys Roy d'Heraclée, 
Tom. III, Let. xvi. 
p. jf. 

Dervls , ordre de Reli- 
gieux Turcs , Tom. 

II. Let. xiv.p. 391. 
&fuîv. la danfe eft 
leur principale occu- 
pation, p.394. 

Diane > defeription & 
hiftoire du Temple 
de Diane , Tom. III. 
Let xxii. p. 393.^ 
fuiv. fes prêtres , p. 
396. 

Diogene le Cinique eit 
né à Sinope, Tom. 

III. Let.xvi.1. P 53- 
fon épitaphe, p.j4- 

Divorce , pour quels 
fujets le divorce eft 



fes 



Lie!- 



noms, p. 5 72 

re & defeription des 

deux Delos, p. 343. 



chez les 



Turcs, Tom.II. L«. 

Docteurs , comment on 
reçoit les Dodeurs 
en Arménie , Tom. 

XX.P-270- 

- i ■ : 



III. Let 



Dodartia , defeription 
de cette Plante , To. 
III. Let.xix. p.108. 
)oliman 3 ce quec'eft r 



573- 
hognes qui le vendent 
à Marfeille , Tom.l. 
p.18. difficulté qu'il 
yaàfaireunehiltai- 
re des drogues,Tom. 
III. Let.xix.p.248. 



EAu , qualitez des 
Eaux de Milo , To 
I. Let. iv p 191. 
193. & 195. fources 
d'Eau chaude , Tom. 
III. Let. xxu p.346. 
Let. xxn. p.377. 

Eau bénite des Grecs , 
Tom.l. Let. i 1 1. p 
133. des Arméniens, 
Tom. III. Lee. xx. 
p.18,. 

Eau dévie du Levant 
Toml.Let.n.p.108. 

Ecclefiaftlques , igno- 
rance des Eccleiîafti- 
ques Grecs , Tom. I. 
Let. m. p. n6. & 
117. 

Echelle , e'tymologie de 
ce mot , & pourquoi 
leGolfc de l'Echelle 
cft ainfi nommé, To. 
II. Lct.xv. p. 44J.& 
44*. 



LTIERES. 

Echos extraordinaires, 
Tom. II. Let. xv. p. 
455) 

Ecb'wm , defeription de 
deux efpeces d'£- 
chlum , Tom. III, 
Let. xvm. p. 94. 
& 139. 

Ecole , defeription de 
Técole d'Homère , 
Tom. II, Lèt. ix. p. 

Ecritures qui le trou- 
vent au fond du La- 
byrinte de Candie , 
Tom.l Let.11.p78. 

Ecurie du Serrail, I om. 
II. Let. xii. p. 113. 

Egée , pourquoi la Mer 
Egée fut ainfi nom- 
mée , Tom. II. Let. 
vu. p.j4.Voy.yfr- 
chlpel. 

Eglife , état prefent de 
l'Eglifc Grecque , 
Tom. I. Let. 11 1. p. 
1 1 6. & fuiv. hiérar- 
chie de cette Eglife , 
p. ht. fes differens 
ordres, p.m.&iiz, 
Ci les Prêtres Grecs 
peuvent fe marier, p. 
m. de 123. deferi- 
ption des Eglifes de 
Grcce,p.i36.C^/tfiv. 



certains tems, p. 130. 
defcription de l'Egli- 
fe de Parechia en 
PMe de Paros , Let. 
v. p.244. 8C245. de 
TEglife ; de Prufe , 
Tom.III. Lcc. xxi. 
p. 342. Eglifes de 
Gortyne , Tom. I. 
Let n.p.72. & 75 . 
de Milo , Let. iv. p. 
ï83.deNaxie, Let. 
V.P.258.&2J9. de 
Mycone , Let. v 1 . p. 
3 ;;.&556deTenis, 
Tom.III. Let.xvm. 



efpec 
lephant, Tom. III. 
Let. xvii. pag 59 . 
Let.xvm. p..;.. 

Ellébore) defcription de 

* l'Ellébore noir' des 
Anciens , Tom. III, 
Let.xx1.p347. 

Emeril de Naxie, Tom. 
LLet v. p.265. 

Empaler , j defcription 
de ce fupplice, Tom. 
I.Let.n.p.i 10. 

^Empereurs , cérémo- 
nies du couronne- 



L E 

ment des Empereur* 
Turcs , Tom.II.Let. 

JEV/z^r^pourquoi 1 Em- 
pire Othoman eft 
appelle la Porte , To. 
II. Let.xii. p.jio. 
& 2ii. fon origine, 
Let. xiii. p.267. & 
268. 

Enfants, les enfans font . 
fujets à une pefte 
dans le Levant, To. 
I. Let. iv. p.202. cé- 
rémonies de leur cir- 
concifion, Tom. IL 
Let.xiv.p.330.^/^. 

Enfer , croyance des 
Grecs touchant l'En- 
fer, Tom. I. Let. m. 
s p. 165. des Turcs, 
Tom II, Let. xiv. 
p. 388. 

Engour. Voy. Angora. 

Epbefe , defcription & 
hiftoire de cette vil- 
le , Tom. 1 1 L Ler. 
xxii. p 390. &fmv. 
^G.&fiùvAwTt^' 
pie de Diane,p. 35>3« 
&fuiv. 

Epine vinetie , defcri- 
ption de cette Plante, 
Tom. 111. Let. xxi. 
p. 187, 



D'ES MA 

Epîtaphe dans l'Me de 
Delos, Tom M Let. 
vu. p. 376. 

Eregri. Voy. Heraclée. 

Erlvan , defeription de 
cette ville & de fes 
environs , Tom. III. 
Let. xix. p 197. & 
fuîv. fes Eglifes , p. 
202.. Ton. hiitoire , 
p. 199. .201. 

£rïÇ& capitaine Véni- 
tien empalé, 6c pour- 
quoy , Tom. II. Let. 
xv. p. 444- 

Érzeron, defeription de 
cette ville & de fes 
environs , Toirl. II f. 
Let. xviii. p. ioé. 
& fuîv. revenus que 
le Gouvernement 
d'Erzeron rend au 
Grand Seigneur , p. 
m.nVeftlamême 
que Theodofiopolis , 
p. 115. 

Efcaller d'une ftiucture 
fmguliere,Tom.IlI. 
Let. xvii. p. 8 3. 

Efclave > comment fe 
vendent les Efclaves 
à Conftantinople , 
Tom II. Ler. xu. 
pag.232.&2 ?3 . 

Eftrapad* , manière de 



TIËkES. 

donner LEftrapadeerp, 
Turquie ■> Tom. L 
Let. ir. p. ni. 

Etoffe d'Amorgos efti- 
niée, Tom.I. Let.vij 
p. 277. 

Evangile , ce que c'eft 
que le petit Evangile 
des ArmenienSjToiri. 
III. Let. xx. p. léti 
&fnlv. 

EuckirifHe , croyance 
des Grecs touchant 
LEachariftie,Tom.L 
Let, m. p. 165. d?3 
Armcniens/Tom.IlL 
Let. xx. p. 276. & 
, 277. 

Eunuques >Tom. II.Ler 4 J 
xiii.fi. 375. &fuiv. 

Etfpbrate , de feri priori 
des four ces de l'Eu- 
phrate , Tom. III. 
Let. xViii. P.114.& 



la Mer noire , Torrij 
II. Let.xv.p.4»3« 

Excréments des Forçats 
fervent à fumer le 
terroir de Marfcille, 
Tom.I. p.19. 

Extrême - antlion des 
Grecs, Tom. I. Let, 

éiij 



T A 
in. p. 149. des Ar- 
méniens, Tom. ill. 
Ler.xx. p.180. 



JL decin du Roy , To. 
I. p. 4 . 

Femmes , habit des fem- 
mes de Candie , To. 
I. Lct. 11. p.103. de 
Milo , Let. iv.p.179. 
de Mycone, Let. y>. 
p. 337. &[mv. des 
Turques , Tom. II. 
Let. xv. pag. 367. 
& fuiv. qualitez de 
corps & d'efprit de 
celles-cy, p. 3 68. & 
369. leurs intrigues, 
p. 369. & 370. ma- 
nière de les débar- 
quer ,Tora.III. Ler. 
xv\p.i6c?7«ù/.leurs 
voyages dans les Ca- 
ravanes , Let.xvm. 



-.SS. , 



Pa- 



radis pour elles, To. 
II. Let.xi.p.i8 4 .va- 
nité des femmes de 
Patmos , Lct. x. p. 
J45.<leNaxie,Tom. 
I. Let.v. p.2.57. les 
Grcques prennent 



BLE 

leurs beaux habits 
pour aiîifter à un 
convoy , Let. m. 
pag. 153. tendrelfe 
des Lacedemonien- 
nes pour leurs maris, 
Let. vi. pag. 311. les 
Turcs ont trois for- 
tes de femmes,Tom. 
II Let. xi v.p 3 6^.& 
fuiv. portrait d'une 
femme des Curdes , 
Tom.HI. Let.xvin. . 
p.izî. 

Fer , Mines de Fer en 
lTflede Milo, Tom. 
I.Lcmv. p. 185.1a 
limaille de fer mêlée 
avec de l'eau s'é- 
chauffe, p.186. 

Ferriol. ( M. de ) Am- 
bairadeur de France 
à la Porte: fa magni- 
ficence, Tom.lI.Ut. 
xi. p. 18 z. prcfens 
qu'il fît au Grand 
Vifir,Let.xii.pag. 
i S5 . au Grand Sei- 
gneur, p. 258. rela- 
tion de ce qui fe f** 
(sl à l'audiancc qu'il 
eut du Grand Vi- 
iîr , & à celle qui 
étoit préparée pour 
le Grand Seigneur , 



DES MA 
pag. 251. & fuiv. 

Ferula Orientàlis , de- 
fcription de cette 
Plante , Tom. I i I. 
Let.xix. 

férule , 

la Férule des a 



.xix. p 239. 
, deictiptio; 



Le;-' 



. p.ig. 



i9ofonufage,p.25)i. 

Fêtes des Grecs , Tom. 

I. Let. 1 kl. p 166, des 
Turcs, Tom. II. Let. 
xiv. P .j 4 8. 

Feu , le feu fe conferve 
dans la tige du Nar- 
theca , Tom. I. Let. 
vi. p. 19'. 

Figues de Samos, Tom. 
If. Let x. p. 109. 

Figuier , trois fortes de 
fruit du Figuier fau- 
vage , Tom. II. Let. 
vi i?* p. i2. comment 
•n fait meurir les 
fruits du Figuier do- 
meftique , p.24. 

Fleur , hiftoire de plu- 
fieurs Fleurs appor- 
tées en France,Tom. 

II. Let.xn.p.< 5 o. 
Fontaine dot l'eau avoit 

le goût du vin, Tom. 
lI.Let.vm. p. 59 qui 
guérit U fièvre des 



TIERES. 

Grecs , Let. xil. p. 



Foutnes de France efti- 
mées en Levant, Tô, 



Four ur es en ufage par- 
mi les Turcs , Tortt* 
Il Let xiv. p. $744 
fduriures d'Erzeron * 
Tom llf. Let.xvnu 
p.no. 

France i le Roy de Fran- 
ce clt fort eftimé des 
Mahomctans, Tom. 
III. Let. xv m. pag, 

Fufd, manière de char, 
ger les fufils en Le- 
vant , Tom. Itl. Let; 
xix. p. 149. nouvelle 
manière de charger 
un futïl , ibid. 



G Mata , étyrnolo- . 
gie de ce mot,To; 
lI.Letxn. p.118. 

hiftoire de ce faux- 
bourg , tbid. fa de- 

fc riptic 



p.ixi.les 
font fou- 



vent conlommecs par 
icfcu,Let.x»,p.iSo. 



les Chrétiens "y vi- 
vent en liberté , Let. 
xn.p.»ij. 
Galatïe , ainn nommée 
par les Gaulois , To. 
III. Let. xxî. p.51 3. 
fon hiftoire , p;ii, 

&f»h. 

Galères Turques,Tom. 

II. Let.xm.p.323. 
Gallipoli , hiftoire de 

Gallipoli 3 Tom. II. 
Let.xi.p 169. fafi- 
tuation, p.»7i. 

G anche , le Ganche eft 
une efpece d'eftrapa- 
de, Tom. I. Let. n. 
p.ui. 

Garderobe , cérémonies 
que les Turcs font 
étant à la garderobe, 
Tom. II. Let.xiv.p. 

Gaulois , leurs conquê- 
tes en Afie,Tom.III. 
Let. xxi. p. 312. & 
fuiv. 

Géographes , s'ils doi- 
vent s'appliquer à 
rAflronomie , Tom. 

III. Let. xvii. p.44. 
leur erreur fur la po- 
fîtion de Sinopc, p. 
4j. fur le cours du 
fleuve Halys, p. jj. 



BLE 

Géographie ftzùons Gec* 
graphiques faites à 
Naxie,Tom. 1. Let. 
v.p.167. à Radia, 
Let.vi.p.2i;4àNio. 
p.3O3.àSikinOjp.2,07. 
à Policandro, p.J«°« 
à Mycone , p. $4°-à 
Delos,Let.vn.p.37î' 
àSyra, Tom.U.Let. 
Vin. p 7. à Thermie, 
p.ij.àZia, p.26. à 
Tinc, p.54.aSamos, 
Lct.x.p.i40.àPa«- 
mos,p.i47- . 

Georqie, defaipuon de 
ceVys,Tom.HI. 
Let.x^m.p.134. l011 
hiftoire , & revenus 
du Prince, p.i6j.les 
gens de qualité y 
exercent la Charge 
de Bourreau,» W.tout 
s'y fait par échange, 
p.tH.fi lcParadister- 
reftre étoit en Géor- 
gie, Lcr.xix. p.i79- 
portrait des Géor- 
giennes , Let xvi xi- 

Géorgiens, leurs moeurs, 
Tom.lII.Let.xviix. 
p. 166. &fm* leur 
p. X7°» 



leur Patriarche 



DES MATIERES. 


îji. leur religion,p. 


1. Let. 11. p. 94. hi- 


I74.& tjf. 


ftoire critique de ce 


Géranium Orientale > de- 


Cap. p. 9S . 


feription de cette 


Graines du Guy , Tom. 


Plante, Tom.Il.Lec. 


III. Let. xx 1. p.309. 


xu.p.245. 


il les Plantes font ren- 


Geum Orientale, deferi- 


fermées dans leurs 


ption de cette Plan- 


graines, Let. xix. 


te, Tom.III.Let.xix. 


p. 210. 


p.120. 


Grand Seigneur , rela- 


Gingidium Diofcoridis , 


tion de ce qui fe parla 


defeription de cette 


à l'audiance accordée 


Plante, Tom.llI.Lct. 


à M» de Ferriol pour 


xxi. p.zcjS. 


le grand Seigneur , 


Girapetra , ville de 


Tom. II. Let. xii. p. 


Candie , fes difFerens 


z $ 6.&fuiv. 


noms , Ton hiftoire , 


Granicjiie, rivière, Tom. 


Tom. I. Let.i. pjj. 


III. Letxxn.p.360. 


fa defeription , p s 6. 


Granit , carrières de 


Goiffon a fait un recueil 


Granit, Tom. I. Ler. 


des Plantes qui naif- 


vu. p. 366. . 


fent dans les Alpes , 


Grèce , defeription des 


Tom. I. p. 4. 


Eglifes & des Mona- 


Gomme adragjant du 


fteres de Grèce, Tom. 


mont Ida , Tom. I. 


I. Let. m. p. 136. 


Let. 1. p. 64. 


&fuiv. 


Gortine , ville de Can- 


Grec , différence entre 


die , fon origine , 


les Turcs & les 


Tom. I. Let. 11. p. 

68. defeription de Ces 


Grecs, Tom. II. Ler. 


xiv. p. 377. & 378. 


précieufes ruines , p. 


habit des Grecs , To. 


69. & fuiv. (es ports, 


I. Let. 11. p. 102. 


p. 76. 


leur carac~tere,p. 103. 


Grabufes , Cap & Fort 


leurs Patriarches ôc 


de Grabufes , Tom. 


leurs Prélats lesran-» 



contient. Let. ni. p. 
lio.& m. hiérar- 
chie de leur Eglife , 
pag. ix i. fi lesPref- 
trcs Grecs peuvent fe 
marier , p. izz. & 

d'adminiflrer les Sa- 
cremens , p. 144. çfr 
fttiv. leurs enterre- 
mens, p. i S i.&fuiv. 
leurs cérémonies de 
laMe(Te,p.i4o.leur 
ignorance au fujet de 
la confecration , p. 
143. leurs jeunes & 
leur nourriture pen- 
dant ces jours de jeu- 
leurs jours d'abfti- 

batiflènt un grand 
nombre de Chapel- 
les , pag. 134. igno- 
rance des Ecclclîafti- 
ques Grecs, pag. 1 1 6. 
1 17. 164. ilscroyent 
que le Diable ranime 
le corps , ibid. leur 
croyance fur l'Eu- 
chariftie , l'Enfer , & 
le Purgatoire, p. 1 65. 

lebrer les Dimanches 
&lcsFcfte$,p. i66. 



L E 

leur dévotion envers 
les images de la Vier- 
ge , pag. i6 5 . Se 
Let. v 1. pag. 1754 
leur manière de pef- 
cher au Trident , 
p. z8 7 . cérémonies 
qu'ils font le jour 
de la Transfigura- 
tion, Tom. II. Let. 
xii. p. 215. com- 
ment on doit pro- 
noncer le Grec , p; 
140. 
Grenouilles de Serpho , 
Tom. I. Let. iv. p; 



Gundelia , dclcription 
de cette Plantejom; 
III. Let. xvi 11. 
p. 98. 

Giwdelcbeimer entre- 
prend le voyage dit 
Levant avec M.Tour- 
nefort, Tom. l.p. *• 
& 4 . 

Guy , comment le Guy 
fe multiplie, Tom. 
III. Let. xxi. p. 3°5>« 

Gymnafe de Delos , 
Tom. I. Let. VU» 



H 

HAbU , description 
des habits des Da- 
mes de Micone , 
Tom. I. Let. vi. p. 

Hdy Pacha , Grand 
Vifîr , & depuis Vi- 
ccroy de Candie , Ton 
hiftoire , Tom. I. 
Let. I. p. 49. 

Halys , defcription de 
cette rivière , Tom. 
III. Let. xvii. p. 5;. 

Harpyes , de quelle ma- 
nière Phinée en fut 
délivré , Tom 1 1. 
Let. xv. p. 43 6 - 

Hélène , femme de Me- 
nelaiis a donné fon 
nom à une ifle de 
l'Archipel , Tom. If. 
Let. vin. p. 18. Voy. 
Macronifi. 

poi p 

II. Let. xi. p. iéo. 

Heliotropium , dcfcri- 
ption de cette Plan- 

P- **S- 

Heradée , ruines de 
cette ville, Tom. III. 



TIERES. 

Let. xvi. p. 24. fon 
- hiftoire & les forces , 



qui 



Mlle 



Hercule y eitoit fore 
honoré, p. 28. 
i^m//*,Medailles frap- 
pées à l'honneur 
d'Hercule, Tom. III. 



Let. 



2.8. 



Hermitages affreux de 

Samos, Tom. II. Let. 

x.p. ixK&jm*. 
Hermites Grecs , Tom. 

I.Let.ni. P ..z 7 . 
Hermus , rivière, Tom. 

111. Let. xxn. p.36;. 
Hero y fes amours avec 

Leandre } Tom. II. 

Hippodrome de Con- 
ftantinople, Tom. II. 
Let. xii. p. zi6. 

Homère , avantures de 
fa mère en le mettant 
au monde, Tom. III. 
Let. xxii. p. 187. 
quel eft le lieu de fa 
naiffance , ibid. & 
Tom. II. Let. ix. p. 
7 $ &fuiv. fon tom- 
beau , Tom. I. Let. 
vi. p. 197. 

Hopitanx de Turquie , 



Hôtellerie de Turquie , 
Tom. II. Let. xiv. 
? .„i.cjrfuw. 

Huet , ion opinion fur 
le Paradis terreftre 
réfutée, Tom. III. 
Let. xix; p. 178. 

Huile , vertus de l'hui- 
le de Lentifque , 
Tom. I. Let. v. p. 
i S 6. 



/Anijfaires , leur dif- 
cipline , Tom. 1 1. 
Let. xiii. p. 508. & 
fuiv. leurs infolcn- 

for, p. 313. ils ba- 
lancent la puiflànce 
du Sultan , p. 270. 
Jardin, le Jardin Royal 
contient plus de trois 
mille Plantes, Tom. 
II. Let. xii. p. 240. 
defcription du Jardin 
du Gouverneur de la 
Canee.To.I.Let.i.p. 
28. Jardins du Grand 
Seigneur , Tom. II. 
Let, xv. p. 421, 



BLE 

Jajides , voleurs d'Àv- 
menie , Tom. 1 1 1. 
Let. xvur. p. 115. 
& 118. 

Jafon, chef des Argo- 
nautes, Tom. II. Let. 
x v. p. 430. & 447- 

fafpe , carrières de Jaf- 
pe , Tom. II. Let. 
ix. p. 59- 

îberien , hiftoire des 
Ibericns , Tom. III. 
Let. xviii. p. i<5ï. 
Crfetfo. leurconvcr- 
fion. p. 163. 

le aria. Voy. Nie aria. 

Ichoglans , leur éduca- 
tion , Tom. IL Let. 
xiii. p. 277. à-fiiv. 

Ida , defcription du 
mont 'da, en Cari- 
die , Tom I. Let. i. 
p. 61. & fuiv. éty- 
mologie de ce mot , 

feux des' Turcs , Tom. 

II. Let. xiv. p. }l* 

& 382. 
Infanterie Turque, 1 o- 

II. Let. xiii. p. 3° 8 - 

&fttiv. 
Inopus , fource dans la 

petite Delos , Tom. 

1. Let. vu. p. 347- 
Infcriptions , de Gorty- 



DES MA 
ne, Tom. I.Let. u. 

p. 72. &c 7 j. de la 
Caverne de Melido- 
ni , p. 9 i. d'Aptère, 
pag. 97. d'Antipa- 
ros , Lee. v. p. 225. 
226. & 230. deNa- 
xie , pag. 463. de 
Santorin , Let. vi. 
p. w.&fmv. de 
Delos, Lct. vu. p. 
354. & fiâv. 360. 
363. &z 368.de Conf- 
tantinople,Tom. II. 

, Let. xi. p. 176. & 
/â/t/.d'Heraclée , To. 
III. Lct. xvi. p. 24. 
de Trebifonde , Let. 
xvii. p. 80. & 81. 
d'Ancyre , Let. xxi. 
p. 3 1 3. 3 18. (t /m/. 
.d'Angora , p. 3 z 3 . 
& fmv. d'Bphefe , 
Let. xxn.p. 397. 

Jw. Voy. Nia. 

Joura , defeription de 
cette Ille , Tom. II. 
Let.vm.p. 30. 

JJle , quelles font les 
Ifles qui ont paru 
dans l'Archipel, To. 



Juifs , les Marchez paf- 
fenc par leurs mains 



TIERES. 

dans le Levant,Tom. 
I. pag. 16. Juifs de 
Smyrne , Tom. III, 
Let. xxii. p. 374. fi 
les femmes Juives 
peuvent entrer dans 
le Serrail , Tom. II. 
Let. xni. p. 289. 

fulfa , Colonie d'Ar- 
méniens , Tom. III. 
Let. xx. p. 252. 

funon y fon Temple Se 
miracle de fa ftatuë , 
Tom. II. Let. x. p. 
121. fes attributs , 
pag. 125. Médailles 
où elle eft reprefen- 
tée, p. 124. 

fupiter , miracle de la 
ftatue' de Jupiter de 
Sinope , Tom. III. 
Let. xvii. p. 49. 

Juftice s les Chevaliers 
de Malte rendent 
bonne juftice dans 
l'Archipel , Tom. I. 
Let. iv. p. 2 10. com- 
ment on la rend en 
l'ifledeMilo,p. 181. 
parmi les Turcs , 
Tom. I I. Let. xn. 
p. 214. 6c Let xni. 
p. 297. &fuiv.dbas 
qu'on y commet , p. 



K 



montagne 
de Candie , Tom. 
I.Let. ii. p. 83. 
Kermès , le Kermès , 
croift en Candie Tui- 
les montagnes cou- 
vertes de neige,Tom. 
I. Let. 1. p. 57. 



Labyrinthe de Can- 
die, fa defcription, 
Tom. I. Let. iî. p. 
76. & fitiv, écritu- 
res qui fe trouvent 
au fond , p. 78. iî 
c'eft un ouvrage de 
l'art ou de la nature, 
p. 79- & fttiv. (on 
hiftoirc critique , p. 
81. & 83. prophéties 
écrites fur Ces mu- 
railles , p. 84. 

Ladanum , defcription 
de cet ArbrifTeau , 
Tom. I. Let. 11. p. 
89. manière d'amaf- 
fer le Ladanum , p. 
88.&8 9 . 

Lappa, ce que c'eft, 
Tom. II. Let.xjv.p. 
378. 



BLE 

LazmIî , où fe trouve 
cette pierre , Tom, 
III. Let. xvi 11. p. 

Leundre , fes amours 
avecHero , Tom. Il, 
Let. xi. p. 163. 

Lentifque , defcription 
de cet Arbre , Tom. 
II. Let. ix. p. 66. & 
fuiv .comment il don- 
ne le maftic, p. 69. 

Lepidium , defcription 
d'une efpece de Lepi- 
dium, Tom. III. Let. 
xix. p. i 9 $. 

Lesbos. Voy. Mttelttt. 

Lethé, ruifïeau de Can- 
die, Tom. I. Let. 11. 
P.71.&7*. 

Leventis, foldats Turcs, 
Tom. II. Let. xi. p. 
181. & Let. xiii. 
p. 308. 

Lévriers > ils font com- 
muns en Afie, & aux 
environs de Conftan- 
tinople, Tom.I. Let. 
11. p. 113. 

Lézards de Deios , To. 
I. Let vu. p. 37* & 

Lichen, defcription de 
cette Plante, Tom. 
I.Let. vi.p.i7 



DES MA 
pierre , ufage & def- 
cripcion du fruit du 
Lierre jaune , Tora. 
II. Ler.xn.p. 246. 
& 147. 
Limaçon , defcription 
des Limaçons de 
mer , Tom. I. Let. 



II.Let.xiv. p. 381. 
Livre des Orientaux , 

Tom. I. Ler.i.p.26. 
Loy , trois fortes de 
loix enfeignées par 
Mahomet , Tom. II. 
Let. xiv. p. 3*6. & 

3 2-7; 

Lopadi y defcription de 
cette ville, Tom. III. 
Let. xxii. p. 356. fi 
c'eft l'ancienne Apol- 
lonia , fon hiftoire , 
P- 357- 7 

Lucullns défait Mithïi- 
date , Tom. III. Let. 
xvi. p. 23. 6c 34. 



Lunaria fruticofa , def- 
cription de cette 
Plante , Tom. I. Let. 



TIERES. 

v 1. p. 288. 

LupaZJolo , Confut de 
Smyrne, âgé de 118. 
ans , Tom. III. Let. 
xxii. p. 372. 

Lychnis Orienialis, def- 
cription de cette 
Plante , Tom, III, 



Let. 



, P . 21 



M 



MAcris & Macro- 
mfi, hiftoire & 
defcription de 
cette Ifle , Tom. II. 
Let. vin. p. 27. 
Adagnefie , defcription 
de cette ville , Tom. 
III. Lct.xxu. p.365. 

$66. fon hiftoire, p. 
367. &fmv. 

Mahomet , fa naiuance 
& fon génie , Tom. 
IL Let. mv. p. 325. 

Mahomet ans , ils font 
divifez en quatre fe- 
ues > leur créance , 
Tom. II. Let. xiv. 
p. irt.&fievM ' 

Malades amenez à l'Au- 
teur pour les guérir , 
Tom. I. Let. 11. p. 
104. 



TA 

Malthe >\zs Chevaliers 
de Malte rendent 
bonne juftice dans 
l'Archipel , Tom. I. 



Manne , ce que c'en: 
que cette drogue , 
Tom. II. Let. vui. 
p. 6. 

Manuel , l'Empereur 
Manuel a fait bâtir 
la Tour de Leandre, 
Tom. 11. Let, xy. p. 



Tom, III. Let. xxi. 
p. 291. 299. 306. 8c 
307. Marbre de Pa- 
ros , Tom. I. Let. v. 
p. 239. les villages 
de Candie font bâtis 
de Marbre , Let. 11. 
p 109. bloc de Mar- 
bre enté fur des pier- 
res ponces , Let. vi. 

Marchand , l'Ambafla- 
deur de France eft 
juge en dernier ref- 
fort des Marchands 



3LE 

François à Conftan* 
tinople , Tom. I I, 
Let. xii. p.165. gain 
des Marchands du 
Levant fur la foye , 
Tom. III. Let. xxi. 
p. 302. 
Marché , defeription 
du Marché de Con- 
ftantinople, Tom. IL 
Let. xn. p. 231. & 



À, 



'âge des Turcs , 
Tom. 1 1. Let. xiv. 
p. 363. & fuiv. des 
Preftres Grecs, Tom. 
LLct.iu.p. 122.& 
123. cérémonies du 
Mariage chez les 
Grecs , p. 150. d* 
fuiv. chez les Armé- 
niens , Tom. III» 
Let. xx. p. 280. & 

Maronurs d'Inde , par 
qui apportez en Fran- 
ce, Tom.II.Let.xn. 

Marfeillê, hiftoire & 
éloge de cette ville , 
Tom. I. p. 8. &fi*w- 
fon commerce, p. » 6 « 

Maflic de' Scio , Tom. 
H.Lci.«»p.*7- & 

6r 



DES MA' 
69. fes ufages, p. 70. 

Maurocordato , belles 
qualitez de ce Grec , 
Tom. II. Lee. xu. p, 
z 39 . & fah. 

Maufolée de quelques 
Princes Othomans , 
Tom. II. Lee. x 1. 
p. 192. de Solyman 
I I. p. 196. 

Méandre , rivière d'A- 
natolie, Tom. III. 
Ler. xxii. p. 389. 

Médailles de Girapetra, 
Tom. I. Let. 1. p. 
5j, de Trajan , Let. 
11. p. 91 . de Gorty- 
ne,p, 73. & 74.de 
Siphanto , Let. iv. 
p. 107. de Nio , Let. 
vi. p. 295). d'Amor- 
gos, p. 276. de De- 
los, Let. vu. p. 377. 
des Teniens 3 Tom. 
II. Let. vin. p. 45. 
de My ri le ne , Let. 
ix. p. 82. & 83.de 
Scio , p. 64. de Te- 
nedos, p. 89. & 90. 
de Samos, Let. x. p. 
i25.6~/^z/.&i 3 8.de 
SKyros, p. ij Z . de 
Byfance , Let. xi. 
p. 198. & Let. xu. 
p. 20 j. d'Heraclée, 



Tom. III, Let.xvi; 
p. 26.28.&29.d'A- 
mauris,p. 38.6c 39. 
de Sinope, Let. xyn. 
p. 47. d'Amifus, p. 
58. de Cerafonte , p. 
66. d'Ancyre , Let.- 
xxi. P.316.318.& 
320. d'Angora , pag. 
324. d'Aboiiillona, 
Let xxn. p. 314. &c 
3jj. deClazomene, 
p. 378. Se 379 de 
Seagi , p. 379. de 
Smyrue , p. 3 8 1 . de 
Magneïîe , p. 3 66. Se 
367. du Cayftre,p t 
370. & 389.d'Ephe- 
fe, p. 390. 395. & 

Médecins du Levant 3 
Tom. I. Let. iv. p, 

20Z- &f»iv,ihtK 



ze , Tom. I !. Let. 
xiii. p. 288. 
Medecine i ma.nkre dont 



cée par les Religieux, 
Let, v. p. 2j9- fon 



TA 

Utilité a Tom. 1 1 1 

Lct. xix, p. 237. 6c 

238. 

JMelrfigene , pourquoy 

Homère, Tom. M. 

Let. xxn. p. 387^ 
Melier ,Cap de Candie, 

Tom. I.Lct. 1. p. 39. 
Ménagerie du Grand 

Seigneur , Tom. 1 1. 

Let xu p. 193. 
Mendians , pourquoy 

il n'y a point de Men. 

dians en Turquie , 

Tom. II. Let. xiv. 

p. 350. 
Meque , defcription du 
' , pèlerinage de la Me- 

que par les Turcs , 

Tom. il. Let.xiy. p. 

Mer , Mer norre , fou 
débordement dans 
l'Archipel, Tom. I. 
Let.v. p. 151. def- 
cription du Canal de 
la Mer noire , Tom. 
IL Let. xv. p. 397. 
& fuiv. conrans fin- 
guliers qui s'y trou- 
vent, p 400. &fuiv. 
comment il s'en: for- 
mé, p. 40$. & fuiv. 
pourquoy fes eaux $C 



celles de la Mer Cas- 
pienne font falées , 
pag. 410. fi elles fe 
glacent , pag. 411. 
defcription de la Mer 
noire, Tom. III. Lee. 
xvi. p. 1, & fuiv. 
defcription de fes 
coftes, Let. xv n . p. 
44. & fitiv, Plantes 
qui y naiflent , Let. 
xvi. p. 19.20 & 25. 
Mer Egée. Voy. Ar- 
chipel. 
Méfie des Grecs , Tom. 
J. Let. m. p. H » 
& fuiv. Mené de mi- 
nuit célébrée dans la 
grotte d'Antiparos , 
Let. v. p- 2î9- ^ 
fuiv. Meiïc des Ar- 
méniens , Tom. III. 
Let. xx. p, 276. ils 
la difent rarement, 

Metelin , antiquitez de 
cette Iflc , Tom. I î. 
Let. ix. p. 81. & 82. 
les grands hommes 
qu'elle a produits , 
p. Si.& fuiv. fa def- 
cription , p. 83. & 
fuiv. mœurs de tes 
habitans , p. 84. Tes 
vins, p. 8;, 



DES MA 

Metelinous , village de 

Let.x.p 135 > 
Micocoulier , defcrip- 
tion d'un Micocou- 
lier, Tom. III. Lee. 

Micouli. Voy. Mycone. 

Miel , fi le miel des 
coftes de la Mer noi- 
re rend infenfé,Tom. 
III. Ler. xvn. p. 73. 
&fuh. 

Minaret , ce que c'eft , 



194. 



Minerve , protectrice 

des Argonautes , To. 

II.Let. xv. p.432. 
Mmes de fer & d'alun 

en Milo , Tom. I. 

Let. iv. p. i8c. Se 



zo8. & 209 de fer & 
d'Aiman en Serpho , 
p. 114. d'or , d'ar- 
gent &c d'émeril en 
Naxie , Let v. p. 
»*3.<fe-fcr&debol 
enSamos , Tom. II. 
Let. x. p. m. & 
1 13. de cuivre à Gu- 
raifeana ôc Caftam- 



T I E R E S. 

bouljToni. III. Let 
xxi. p. 301. 

Miliotes, leurs qualï- 
tez , Tom. I. Let. 
iv. p. 179. 

MUo , lue de l'Archi- 
pel , fa defeription ÔC 
fon hiftoire, Tom. I. 
Let. iv- p. 174. & 
fmv. Capfi devenu 
Roy de cette Me , 
pendu à Conftanti- 
nople , p. 176. dek 
cription de la ville , 
p. 177. d'où elle a 
pris fon nom, p. 1 80. 

ment & adminiftra- 
tion de la Juftice , p. 
i8o.cry«h/.fesEvef- 



<;•- 



fes 



Eglifes & fes Mona. 
Aères , p. 183. êc 
184. Arbres qui y 
nailfent, p. 18;. fes 
mines de fer & d'a- 
lun, & fes minéraux, 
p. 185. 186. 195. & 
fuiv. Ces richdîes , 
p. 188. & fih. (es 
Plantes, p. 191. fes 
vins , p. 19 . ma- 
nière d'y blanchir , 
fes eaux & fes bains, 
p. 191. & fmv % fes 
i H 



TAl 

cavernes , p. 101. 

Millepertuis , deferip- 
tion 4e cette Plante , 
Tpm, III. Let. xvn. 
p. 63. & 64. 

J»f///*WwafliegeParQS, 
Tom. I. Let. v. p. 

Mirabeau , defeription 



de 



ii'LCC 



Candie, Tom. I. Let 
1. p. 54. fituation de 
la rade du mefme 
nom , p. 54. 

Miracle de limage de 
S.Georges à SKyros, 
Tom. 1 1, î^et. x. p. 
'57- 

MithrUate receu dans 
Heraclée,ïom.Iir. 
Let.xvi.p.i 3 .&3 3. 
fa défaite par Lucul- 
lus 3 Let. xxu.p.358. 

Mocenlgo y General des 
Vénitiens , fit une 
faute confiderable à 
l'attaque de la Ca- 
nce , Tom, ï. Let, 1. 
p.i 3 . 

Moines. \ c 

Monaftere , defeription 

; des Monaftercs de 
Grèce, Tom. I. Let. 
m. p. 137.de Milo, 
Let. iv. p. 184. de 



LE. 
Paros , Let.v. p.144.. 
C~ fuiv. de Naxie, p. 
z$<).& fuiv. d ; 'Amor- 
gos, Let. vi. p. 179. 
& fuiv. de Myeone , 
p. 336. de Nearaoni 
en Scîo, Tom. II. 
Let.ix.p.j8.«£"/»»tf. 
de Patmos , Let. X, 
p. 141. de SKyros, p. 
156. de Galata , Let. 
xii. p. 11$. de S. 
Jean auprès de Tre- 
bifonde , Tom. III. 
Let. xvn. p. 83. & 
fuiv. de Bifni , Let. 
xix. p. 1 §6. des trois 
Eglifes , p. 187. & 
fuiv. de Çorvirap , 
Let, xix. p. zo6.du 
lac d'Erivan , aufte- 
rité des Religieux, 

Monnoye du Levant , 
Tom.III. Let. xviii. 

p. 165. ôc \6G, 
Mmne , defeription de 
cette Plante , Tom. 
III. Let.xvm.p. 

I32 ' 
Mort , manière d en- 
terrer les morts par- 
mi les Grecs , Tom. 
I Let. m. p. 151. C7* 
fihj, hiftoire d'un 



DES MATIERES. 


mort qu'on difoit re- 


foit dans l'Empire , 


venir en l'Iûe de My- 


Tom. J I; Let. xiv. 


cone, p.ij8.er fitiv. 


?.$*}.& fniv, Mouf- 


les Turcs enterrent 


ti traîné fui: une 


les morts fur les 


claye, Tom. III. Let. 


grands chemins, Let. 


xxi. p. 343. 


1. p.Z9. leur croyan- 


Moulin , defeription 


ce au fujet des morts, 


d'une forte de Mou- 


Tom II. Lct. xi. p. 


lin à bras , Tom. IL 


i96'.Let,xiv..p 387. 


Let. îx. p. f?9. 


leur manière d'enter. 


Motïrat, Sultan, fori 


reries morts, p. 589. 


avarice , Tom. IL 


les Arméniens prient 


Let. xin. p. f $3. . 


pour les morts , Let. 


Moutarde , dcknr :;'-.-> 


xx. p.263. 


d'une éfpcce de Mou- 


Mofaïque de Sainte So- 


. tarde , Tom. I. Let. 


phie , Tom. II. Let. 


vi. p. 305. , . 


xi. p. 189. 


Muets du Serrai!,, i'ert 


Mofqttêe , defeription 


II. Let. xiii. p. z8 7 . 


des Mofquées de 


Mufique des Turcs 3 


Conftantinople , To. 


Tom. III. Le*, xyné. 


II. Let. xi. p. 179. 

1 85. &fuiv.des prin- 


- P. S9. 


MHfnlmans.Voy.Turts. 


cipales villes , Lct. 


M)\\: /. ,montagne d'A- 


xiv, p. 350* revenu 


/ie , Tom. 1 1. Lct. 


des Mofquées Roya- 


x.p. 101. 


les , &: à quelle occa- 


Mycone, defeription de 


sion tin Empereur en 


cette Ifle , Tom. I. 


peut bâtir , Lct. xï. 


Let. vi. p. 530. & 


p. 199- & J'hIv. hi- 


fuiv. fon co mm erre 3 


ftoiredçla Mofquée 


pag. 331. fonhiftbi- 


des Arabes, Let. xu. 


re , p. 3? 4- habi t 


. p. Xll. 


des Dames de Myeo- 


Monftl i Ton autorité 


tic, p. 357- 


eft la plus grande qui 


Mytiltne.Soy.MetilifJ. 



N 

A lAlns du Serrait t 

X\Tom.II.Lcr.xiii. 
p. 287. 

X\fa»jfa, hiftoirc&dcf- 
criptionde cette Ifle, 
Tom. I. Let. vi. p. 
326. & futv. 

Narîheca , defeription 
de cette Plante,Tom. 
î. Let. vi. p. 2510. 

Naxie , manière de 
pefcher en Naxie , 
Tom. I, Let. v. p. 
248. hiftoire de cette 
Ifle, p. 249. &fuiv. 
fadefcription,p.iy4. 
fonchafteau, p.257. 
fon Clergé & (es 
Eglifes, p. i;8. fes 
Monafteres, p. 260. 
fesantiquitezp.261. 
&C161. 

Neocore , ce que c'eft , 
Tom. III. Let. xxi. 
p. 320. 

Nicaria, defeription de 
cette Ifle, Tom. Iî. 
Let. ïx. p. 94. reli- 
gion de Tes habitans, 



I. Let. vi pag, 271; 
Nicfara ou Neocœfarea, 

ville d'Anatolie, To. 

III. Let. xxi. p. 500. 
Nio , Ifle célèbre par le 

tombeau d'Homère , 

fa defeription, Tom. 



.Let. 



p. 297. 



icouria , defeription 
deectécueil, Tom. 



Nitre d'Arménie, Tom. 
III. Let. xix. p. 248. 

Noblejfe de Me de Na- 
xie , Tom. I. Let* 
v. p.2J7- 

Noces des Turcs,. Tom. 
IL Let. xiv. p. 564. 
&fniv. 

Noël , M, de Nointel 
fit eclebrer la McfTe 



229. &fuiv. m t 
JVohw j par qui impo- 
fez aux enfans,Tom. 
IL Let. xiv. p. 333. 



OBeïlfques de Con. 
ftantinople , Tom. 
II. Let. xn.p.226. 

Océan , fi les eaux de 
l'Océan fe font ou- 
vert un partage dans 



DÈS MA 

la Méditerranée, To. 
IJ. Let. xv. p. 408. 
&fuiv. 

Oeil de Bouc y defcri- 
ption de ce Coquil- 
lage , Tom. I. Let. 
vi. p. 294. &fitiv. 

Oeillet de Serpho , fa 
defcriprion, Tom. ï. 



TIÊRES. 
Olympe, montagne d J A- 
hatblîc , Tom. III. 
Let. xxi. p. 338. & 



a-,-.-/: 



des 



p. 274. f M-: 
Offrande du Colyva ; 
Tom. I Let. m. p. 

Cty/r<i»,defcription d'un 
oyfcau d'Arménie , 
Tom. III. Let. xix. 
p.iir. 

Oliaros , Toni. I. Let. 
V. pag. 133. Voy. 
Antlparos. 

Oliviers , les oliviers 
font en abondance 
autour de la Canée , 
Tom. I. Let: i. p. 
iG.&Cij. il n'y en a 

, point en Arménie ± 
Tom. IIÎ. Lee. xix. 



544- 



. 



3<>i. 

0^«f , ce que c'efl: \ 
Toiri. J. Let. 1. p. 26» 

Orangers de Candie } 
Tom. I. Let. t. p 
28. 

Orcan\ Tombeau de ce 
Sultan , Tcm. 1 1 ï. 
Let xxi. p. 341. fon 
tambour & fon cha- 
pelet, p. 343. 

Orchls Cretica , defen- 
ption de cette Plan- 
te , Tom. I. Let. 1. 
p. $. Orient ails ; 
Tom. II. Let. in. p. 
248. 

Ordre , comment ori 
confcèe les oxâtci 
chez les Arménien: , 
Tom. III. Let. xx; p. 
283. & 284. 

Ortganam Dlblamhl Crè~ 
tkifacie.dcÇcn^uod 
de cette Plante ,» 
Tom. I. Let. vi. p; 
28;. 

Othomans. Voy. Turot* 

i mj 



PAchâ, avarice des 
Pachas, Tom. I. 
Let. i. pag. SOt &c 
Ji. leur dépouille ap- 
partient au Grand 
Seigneur , Tom. II. 
Let xui.pag. i 7 i. 
preients qu'ils luy 
font, p. i7t . K1 . 
z 8 i.ôc z 3 3. fondions 
des Pachas à trois 
queues & pourquoy 
amfî nommez , p. 
25)6. defeription de 
la marche d'un Pa- 
cha, Tom. III. Let. 
xvi n. p. 81 

.P^, éducations Pa- 
ges du Grand Sei- 
gneur, Tom. IL Let. 
xiii.p.i77.^/«/^ 
Pages éventsez , p. 
287. 

Palais de Conftantin , 
Tom. IL Let. xi. p. 
2oi.deTeflis,Tom. 
III. Let. xvi 11. p. 
165?. du Grand Sei- 
gneur. Voy. SerraU. 

Paleocaftrofi c'eft l'Ap- 
tère des Anciens,To, 
I. Let. 11, p. Qè. 



L E 

Paleopolis , ville d'Anà 
dros , Tom. II. Let, 
vin. p. 58. 

Papas , noms des Pref* 
très Grecs feculiers , 
Tom. I. Let. iu. p. 
112. comment ils 
font diftinguez des 
Caloyers , p, 123. 

Pâques, cérémonies que 
jesGrecsobferventà 
la fefle de Pâques, 
Tom. I. Let. in. p» 
131. 

Paradis des Turcs, To. 
II. Let. xi v. p. 588. 
& fuiv. s'il y en a 
un pour les femmes 
Turques , Let. x ï. 
p. 184. où eftoit le 
Paradis Terrcftre , 
Tom. III. Let. xix. 

, p. 178. &friv. 

Parât , ce que c'eft , 
Tora. I, Let. 1. p. »7« 

Parechia. Voy. Paros. 

Paroi fe.Voy.Eglife,o* 
Chapelle. 

Paros , hiftoire de U 
ville & de lMfle de 
Paros , 4 Tom. I. Let. 
V. p Z33- & futo- 
defeription de la 
ville , p. Z38. (on 



DES MA 
marbre & fes anti- 

quitez , ibid. &fuiv. 
fes Plantes , p. 239. 
fon porr, p. 144. fes 
Eglifes & (es Mona- 
fteres, p. 244.(5" fuiv. 
Partheni , defeription 
de cette rivière * 
Tom. III. Let. xvi. 
p. 36. 



p. 10. & 11. 

Patelaro , Viceconful 
de France à Retimo, 
fonhiitoire,Tom.I. 
Let. 1. p. 43. <r 

Prfm/o & Patmos , def- 
cription de cette Ifle, 
& du Couvent de S. 
Jean, Tom. II. Let. 
x. p. 141. & fuiv. 
fes ports , ibid. fon 
gouvernement , p. 
144. fes antiquité z, 
p. 14;. 

Patriarchat , cette di- 
gnité fe vend aux 
Grecs , Tom. I. Let. 
m. p. 118.&119. 

Patriarche , les Patriar- 
ches Grecs fe détrô- 
nent les uns les au. 
très, Tom. I. Let. 
m. p. n8. ceremo- 



TIERES. 

nies qu'on obferve à 
leur réception , p. 
ii 9 .Sc 



çonnent les Evef- 

prefens que Maho* 
met I I. fit au Pa- 
triarche^ des Grecs, 
p 11 6. Patriarche des 
ArmenienSjTom.IU. 
Let. xx. p. z66. de 
quelle manière l'Au- 
teur en fut receu , 
Let. xix. p. 202. & 
.fuiv. revenu ôc pou- 
voir du Patriarche 
d'itchmiadzin , Let. 
xx. p. 267. & 268. 

Pavot , defeription d'u- 
ne efpece de Pavot , 
Tom. III. Let. xvm. 
p, 127. 

Penderachi. Voy. Hera- 
clée. 

Pera, d'où ce fauxbourg 
a pris ce nom, Tom. 
II. Let. xii. p. 223. 
fa defeription & ce 
qu'il renferme , p. 

Perdrix font en abon- 
dance dans Nanfio , 
Tom. I. Let. vi. p. 
327. Perdrix privées, 
Tom.IJ.Let.ix.p.7?. 



T A B 

Pérfans , leur religion , 
Tom. II. Let. xiv. p. 
3i8.<£ , yî«v.leurpo- 
Htefle , Tom. 1 1 I. 
Let. xviii. p. 156. 

Perfe , diffïcultez qu'on 
fit à l'Auteur pour le 
laifler paflèr en Per- 
fe, Tom. III. Let. 
xviii. p. 143. & fuiv. 
le Roy de Perfe en- 
tretient les Ambafla- 
deurs qui luy font en- 
voyez , Let. xix. p. 
aoi.hiftoiredeCha- 
Abbas Roy de Perfe , 
Let. xx. p. 3$ 1. 

Perfe- Arménie , A^Ç- 
cription de ce pays , 
Tom.llI.Let.xviii. 
p. 1/7. 
Perfes, partage des Per- 
fes , fur le pont du 
Bofphore , Tom. II. 
Let.xv.p.423. 
Pcfte , remède contre 
la pefte , Tom. I I. 
Let. xi. pag. 181. 
les enfans dans le Le- 
vant y font fujets , 
Tom. I. Let. iv. p. 

Philippe , reftes du por- 
tique de Philippe 
dans la petite Delos, 



Phinée , en quel lieu ce 
Prince tenoit fa cour, 
Tom. II. Let. xv. 
p. 4 3 4. de quelle ma- 
nière il receut les 
Argonautes , & fut 
délivré des Harpyes , 
p. 436. & 437- fcs 
confeils aux Argo- 
nautes , p. 437. 
Phrigie , occupée par 
les Gaulois , Tom, 
III. Let. xxi. p. 3 13: 
Piètre incombuftible , 
Tom. I. Let. iv. pag. 
197. & 199. pierre 
ponce de Santorin , 
Let. vi. p: 3 11. pier- 
re équitable , Tom. 
II. Let. xv. p. 44i; 
pierre d'Arménie , 
Tom. IIl.Let.xvni. 
p. 130. fl les pierres 
végètent , Tom. L 
Let. 11. p: 79- * 
Let. v.p. 22.8. 
Pilau, ce que c'eft , 
Tom. II, Let. xiV. 
P- 378. 
Plantes qui naiflent 
dans l'Ifle de Candie, 
Tom. I. LerJ.pi?» 
30.35.37. 38. W 



DES MA 

4L 43. 44 . 45.64. 
& fuiv. Let. 1 1 . p. 
89. de Mito , Let. 
iv. p. 1510. & fuiv. 
de Serpho , p. 215». 
d'Antiparos , Ler. v. 
p. 232. deParos, p. 
239. de Naxie , p. 
264. & fuiv. de Ste- 
nofa,Let. vi. p. 269. 
271.de Niconria, p. 

2 73.d'Amoigos, p. 
277.285.de Caloye- 
ro >P .i88.deChei- 
ro, p. 289. de Sicino- 
fa, p. 250. de Nio, 
p. 302. de SiKino, 
p. 305. de Polican- 
dro , p. 308. 305». 

3 20. de Nanfio , p. 
330. de Mycone , p. 
340. deSyra, Tom. 
II. Ler. vin. p. 4. de 
Zia& de Thermie, 
p. 19. 25.de Macic- 
nifi , p. 29. d'An- 
dros , p. 35. de Tine, 
pag. 46. 53. deScio , 
Let. ix. p. 80. de Sa- 
mos, Let. x. p. 109. 
110. 134. de S. Mi- 
nas, p. i50.deSKy- 
ros , p. 155. 156. 
aux environsdeCon- 
ftantinoplc, Let.xii, 



T 1ER ES. 

p. 242. & fuiv. fuir 
les codes de la Mer 
noire, Tom. III. Let. 
xvi. p. 19. 20. 25. 
37. 4*. Let. xvii. 
pag. 51.59. 6}.6 9 . 
Let. 



120. 127. 132; en 
Géorgie, p. 137.139. 
14!. 149. 151.159. 
17c Let. xix. p. 181. 
182. 183. i8<5. 192. 
195. 19e. 206. 208. 
209. 214.219.210. 

217.231. 238. 2 Î? . 

240. 243. 245. en 
Anatolie , Let. xxi. 
p. 287. 291. 298. 
309. 328. 242. 347. 
Let. xxii. pag. 361. 
363. 366. 397. 4 oz. 
404. pourquoy les 
Turcs cultivent les 
Plantes , Tom. I I. 
Let. xiv. p. 2.56. a 
les Plantes font con- 
tenues dans leurs 
graines , Tom. 1 1 1. 
Let. xix. pag. 210. 
Pleureufes , femmes 
louées pour pleurer 
les morts dans la 
Grèce , Tom. I. Let. 



Plumier (le Père ) Mi- 
nime , grand Bota- 
nifte, Tom.III.Let. 
xvu,. p. i;o. fa 
mort, Tom. I.p. 9. 

Poids du Levant, Tom. 
111. Lee. xyiu. p. 

Poitfon, poilfons en ufa- 
ge chez les Grecs les 



& 163. colomne de 
Pompée , Tom. 1 1. 
. Let. xv. p. 434. 
Pompeiopolis.Voy. Ami- 
Pont jette par Darius 
fur le Bofphore de 
Tom. il. 



I. Let. 



p. 13c 



p. 307 



Let. : 
Pont-En 



, Voy. Mer 



manière de pefcher 
en Naxie & en Pro- 
vence , Let. v, p. 
248.au Trident, Let. 
vi. p. 287. 
Policandro , defeription 
de cette Ifle , Tom. 

I. Let. v 
&fuiv. 

Police des Turcs , Tom. 

II. Let. xiii. p. 306. 
&fi&. 

Pollux , fon combat 
contre Amycus, To. 

II. Let. xv. p. 426. 
Polygonides, defeription 

de cette Plante , To. 

III. Let. xxx. P . 

Pompée , fa conquefte 
de iTberie, Tom. 
III. Let.xvm, p.i<Sz. 



Port de Paros , Tom; I. 
Let. v. p. 244. <*e 
Delos , Let. vi.i. p. 
370. & 371. de Sa- 
mos, Tom. II Let. 
X. p.i 1 3.deConftan- 
tinople, Let. xu. p. 
. zo h &f»iv. ... 

Porte , Ponrquoy 1 Em- 
pire Othoman eft ap- 
pelle la Porte , Tom. 
II. Let. xi i.p. 210. 
#in.hiftoiredeU 
Porte dorée de Con- 
ftantinople, p. 13 4* 
& 235. 

Portiers du Serraîl, To. 

II. Let. xiii. p. 291- 
Pofies , eftablitfemen: 

des portes parjufti- 

nien, Tom. il. Let. 

xv. p. 41 j. , . , 

Poudre d'Arménie, To. 

III. Let. xix. p. 149- 



DES MA 

JPr*/ô>* , Confui en Ar- 
ménie, Tom. III. 
Let. xviii. p. 129. 

Preftre, û les Preftres 
Grecs peuvent fe ma- 
rier , Tom. I. Let, 
ut. p. izi.& 123. 
leur ordination , p. 
i49.cmploi des Pref- 
tres Turcs , Tom. IL 
Ter.xiv. p- 386. & 
$87. fi les Preftres 
Arméniens fe ma- 
rient, Tom. lH. Let. 
xx. p.171. leurordi- 

faiv. entrée dcsPref- 
très d'Apollon dans 
l'Ifle de Delos, Tom. 
I. Let. vu. p. 34.4. 



TIERES. 

Tom. I. Let. y il p. 
291. 

Prophéties écrites fur les 
murailles du Laby- 
rinthe , Tom. I. Let. 
n. p. 84. 

Prufe , defeription de 
cette ville, Tom. III. 
Lee. xxi. p. 340. & 
fulv. Ton hiftoire , p. 
349. &ft*iv> 

Vtarmica , defeription 
d'une efpece de Ptar- 

Puget , fa vie Ôc (es ou- 
vrages , Tom. I. p. 9, 
&fuiv. 

Pugilat , ce que c'efl: , 
Tom. II. Let. xv. p. 



Prières des Turcs,Tom. 
II. Ler.xiv.p. 333. 

Prlfon , defeription du 
Bagnodc Conftanti- 
nople , Tom.II, Let. 

Procès , les procès font 
bientôt vuidez chez 
les Turcs , Tom. II. 
Let. xui. p. 298. 

Vramethée , pourquoy 

volé le feu du ciel , 



gatoire, Tom.I. Let. 
m. p. .6;. 



7?; 



I. Let. v 

drfuiv. 
Raifin d'ours 



deferi- 
Arbrif- 
ieau , Tom. III, Let. 



• P- 3 42.- 

Renoncule , defcription 
de cette Plante,Tom. 
III. Let. xvin. p. 
92. hiftoirc des Re- 
noncules , Tom. I I. 
Let. x 1 1. p. 249. & 

Religieux Grecs , leurs 
diftinctions , Tom I. 
Let. m. p. 126. leurs 
jeunes , p, 127. leurs 
vœux , p. 1 24. leur 
noviciat , ibid. leur 
genre de vie, p. 12J. 
de 127. ils exercent la 
Médecine dans l' lue 
de Naxie , Tom. I. 
Let. v. p. 2 j 9. Reli- 
gieux Arméniens , 
Tom. III. Let, xx. p. 
271. aufteritez des 
Religieux du îacd'E- 
rivan, Let. xii 
200. 

Kcligieufes Grcqu 



Religion des habitans de 
l'Archipel , Tom. I. 
Lcmv. p. 171. état 



de la Religion en 
Scio , Tom. II. Let. 
ix. ? . S 6.&fmv.k 
Religion Chreftien- 
ne eft publique à 
Smyrne , Tom. III. 
Let. xxii. p. 374- 

Retimo , ville de Can- 
die, fa defcription, 
Tom. I.Let.i. p. 4Z. 
fes richefTes , p. 43. 

Rhenée. Voy. Belos. 

Rhyndacus , rivière , 
Tom. III. Let. xxii. 
P.. 354- 3J 8 . 

Ris , trois manières d'a- 
prefter le ris chez les 
Turcs , Tom. II. 
Let. xiv. p. 37 8 - 

Riva , defcription de 
cette rivière , Tom. 
III. Let. xvi. p. 16. 

Rome , alliance des Ro- 
mains avec les Hera- 
cliens , Tom. 1 1 *• 
Let. xvi. p. 3 3- P cr " 
fidie des Hcraclicns , 

Rofeau qui fert de plu- 
me , Tom. IU. Lcr. 
xix. p. 181. 

Rayer, Conful de Fran- 
ce à Smyrne, To. 111. 
Let. xxii.p.37J« 



P^fc, defcription 

O d'une efpece de Sa- 
bine , Tom. III. 
Let. xix. p. 184. 

Sacrement des Grecs , 
Tom. f. Let. m. p. 
144. &fuiv. des Ar- 
méniens , Tom. III, 
Let. xx. p. 173. 

S. George , Monaftere de 
Sxvros , Tom. I I. 
Ler.x.p.ij6.mira- 
de de l'image de S. 
Georges, p. 157. 

S. Grégoire l'Illumina- 
teur , honoré en Ar- 
ménie , Tom. I I I. 
Let. xix. p. 189. & 
fuiv .hiftoire des deux 
Saints Grcgoires,To. 
III. Let. xx. p. z6j. 
ÔC166. 

S. 'Jean , Monaftere de 
Candie, Tom. I. Let. 
1. p. 38.de Patmos, 
Tom. 1 1. Let. x. p. 
141. Hermitage où 
S. Jean écrivit l'Apo- 
calypfe, p. , 45 . & 
146. 

S. Minas , defcription 
de cette I(k,Tom,II. 



T I E R E S. 

Let. x. p. 149. 

S, Foly carpe , fi fon bâ- 
ton a pris racine , 
Tom. III. Let. xxiï, 
p. 380. fon tombeau, 
p. 3 8 *. 

Sainte Sophie , hiftoire 
de cette Eglife chan- 
gée en Mofquée , 
Tom, II. Let. xi. p. 
i8 7i 190. & fuiv. ' 

Saluer, manière de fa- 
luer des Turcs, Tom. 
II.Let.xiv.p. 376. 

Samos , defcription de 
cette Me , Tom. 1 1. 
Let. x. p. 103. & 
fuiv. gouvernement 
& Religion de fes ha* 
bitans , p. 10;. & 
10 e. coutume au fu- 
jet des fucceflïons, 
p. 107. fon commer- 
ce, p. 109. & noi 
elle eft abondante en 
gibier , p. m. fes 
Mines , p. 111. fes 
ports, p. 11 3. &fuhf* 



les 



p. 115. & fi 

antiquitez, p. 116 
& fuiv, fes caverne* 
p.- 119. & fuiv. def- 
cription de deux af- 
freufes folitudes , p, 



ri 9 . & 150. deferi- 
ption de Tes Boghas , 
pag. 101. &fuiv. 

Sanfon critiqué , Tom. 
III. Let. xviii. p, 
141. & 148. 

Sant-erini Ôc Santorin , 
commerce de cette 

- Ifle,Tom.I.Let.vi. 

: P- 510. Con clergé, 
p. 311. Ces inferi- 
ptions , p. 325. & 
fuiv. defeription & 
hiftoire de la ville , 
p ^ix.&fmv. 

S..-[\ ■ defeription d'une 
efpecede Sapin, To. 
III. Let. xvii. p. 84. 

Sauge de Candie, fa def- 
eription, Tom.I. Let. 

ti.p ÇfX. 

ScaLinova , defeription 
de cette ville, Tom. 

. III. Let. xxii. p.401. 

Scamonée de Samos , 
Tom. 1 1. Let. x. p. 
1 10. 

Scio , hiftoire de cette 
ville , Tom. II. Let. 
ix. p. 55. & fuiv. 
état de la Religion, 
p. ; 6. er/^. deferi- 
ption de lifte & de la 
ville, p. 60. & fuiv. 
fes vins , p. 61. Cou 



BLE 

commerce, p. 64. Ces 
villages , p. 6j. fon 
gouvernement , p. 
72, fes fontaines , p, 
74. & 7;. 

Scor^onera Gr&ca , def- 
eription de cette 
Plante, Tom.I.Let. 
v.p. z66. 

Schifmatiques , averfion 
des Arméniens Schif- 
matiques contre les 
Latins , Tom. III. 
Let. xx. p. 278. 

Scropbulaire , deferi- 
ption d'une efpece de 
Scropbulaire , Tom. 
I. Let. v. p. 264. 

Scutari , defeription & 
hiftoire du Cap de 
Scutari , Tom. I I. 



Let. 



16. & 



Sel Ammoniac , Ci ce fel 
entretient les neiges, 
Tom III.Let.xviu. 
p. 117. fel foffile, 
Let. xix. p. 15H.& 
Let. xxi. p. 310- 

Sfrpfco , defeription de 
cette Ifle , Tom. I. 
Léo iv. p. 214. f« 
Mines , »W. fon hi- 
ftoire,^ 2 1 7. fes gre- 
nouilles , p. 2 1 8. 

Serrait > 



DES MA 
Strrail , defcription du 
Serrail de Conftan- 
tinople , Tom. 1 1. 
Let. xii. pag. zo8. 
& fuiv. Let. xm. 
p. 274. & fitiv. ef- 
clavage des Dames 
qui y font renfer- 
mées, p. 188. <£■ fuiv. 
Serrail de Mehemet 
Bey , Tom. III. Let. 
xvi. p. iz. & fuiv. 
Serrail de Prufe, Let. 
xxi. p. 341. ufage 
du vieux Serrail , 
Tom. IL Let. xn. p. 

Sefios & Abydos , leur 

fituation , Tom. 1 1. 

Let. xi. pag. 161. 
Sicandro , fî c'eft une 

Ifle imagina ire,Tom. 

I. Let îv. p i 7 o. 
Sikino , defcription & 

hiftoire de cette Ifle , 
• vi. p. 



Tom. I. Let. 



3 5. 



r-4. 



Sinope , fituation & hi- 
ftoire de cette ville , 
Tom. III. Let. xvi t. 
p. 4$.&fuiv> fa def- 
cription , p. jo. fi la. 
terre de Sinope eft 
verte, p. 54. 

Siphanto, defcription de 



TIERES. 

cette Ifle, Tom. I. 
Let. iv. p. 105. & 
fitiv. fes richeffes , p. 
106. {es Médailles , 
pag. 207 Tes Mines, 
p.2o8.c^y«îV.fesan- 
tiquitez, p. m. #* 
fitiv. 

Sirènes , en quel lieu 
elles furent vaincues 
par les Mufes , Tom. 
I. Let. 11. p. 5)6. 

Sivas , prife de cette 
ville par Taraerlan, 
Tom. III. Ot. xxi, 
p. 303. 

Skinofa , defcription de 
ce rocher , Tom. I. 

Skyros , hiftoire de cette 
Jfle , Tom. II. Let. 
x. p. 150. fa defcri- 
ption, pag. 155. éty- 
moiogie 4e ce nom , 
ïbid. 

Smyrne , defcription de 
cette ville, Tom.III. 
L«.xx...p. 3 7..& 
355. ion commerce, 
p. 375. (es antiqui- 
tez, p. 381. fon hi- 
ftoire, p.$8$.&fuiv. 

Solitaire retiré à Delos, 
Tom. I. Let, vu. p. 
3** 



Solitude , dcfcription de 
deux aftreufes folitu- 
des , Tom.II. Let. x. 

Soljman , Ton paflage en 
Grèce, Tom. IL Let. 

X,. p ,«,. */".«,, 

Maufolée de Solyman 
IL ? . 196. 
Sorhec , manière de le 



faîr. 






Lee. 



i,p.<H. 

£p/*/rr , comment le 
fouf|fi eft produit , 
Tom. I. Let. iv. p. 
l86 9 foufredeMilo, 
p. 187 ôezoo. 

$ource d'eau chaude , 
Tom. I. Let, iv. p. 
193, four ce d'eau qui 
purge, p. 195. 

$oye deTine, Tom.II. 
Let. vin. p. 47. 

$pahis , cavalerie Tur- 
que , Tom II. Let, 

ils balancent la puif- 
fance du Grand Sei- 
gneur , p. 170. 

Êphondilium Orientale , 
description de cette 
Plante, Tom. H I. 
Let. xvi. p. 15. 

Spon critiqué , Tom, 
III, Let, XXII, p. 



puiflance 



359. & 3^< 
Stachys cretica , fa de£- 
cription , Tom. I, 
Let. 1. p. jj, 

Sultan , fa ou 

p. 269. & 270. fes 
revenus, p. 370. & 
37!.commentilrend 
la juftice , p. 304. 
de quelle maniéré il 
célèbre le Baïrâm , 
Let. xiv. p ^/.Sul- 
tans dépofez , Let. 

Suplk 

Let 
tympbh 

ptïon de cette Plan- 
te , Tom.II. Let. xu, 
p. 243. 

Sypilene , nom de Cy- 
bele , Tom. III. Let, 
xxii. p. 367. 

Sypilus , montagne , 
Tom. III. Lee. xxii. 
P- 36;. - 

Syra y deferipnon de 
cette Ifle , Tom. IL 
Let. vin. p. 3. Re- 
ligion des habiwns* 
P*g. h 




T'Abac, le Tabac en 
fumée eft en ufage 
chez les Turcs , 

Tom. II. Lee. xiv. p. 

376. &381. 
Table , manière de fe 

mettre à table chez 

les Turcs , Tom. II. 

Let. xiv. p. 380. 
Tamerlan , de quelle 

manière il prit la 

ville de Sivas , Tom. 

III. Let. xxi. p. 303. 

fa victoire d'Angora, 

p. 3zi. 
Taurus , fi l'Euphrate 

fort du montTaurus, 

Tom. III, Let.xviu. 

p. 1 14. 
Tthorba , ce que c'eft , 

Tom II. Let. xiv. p. 

379- 
Teche //t/jfameux Maho- 

metan,Tom.Ul.Let. 

xxu p. 307. 
TeUofages, s'ils ont bâti 

la ville d'Ancyre , 

Tom. III. Let. xxi. 

pag. 311. 
Tefiis t defeription de 

cette ville, Tom. III. 

Let. xv in. p. 168, 



.TIERES. 

& fuiv. de fon palais 
& de fes bains , p. 
169. & 170. incon- 
ftance d'un Prince de 
Teflis, p. 164. 

Teinture , manière de 
teindreen jaune dans 
l'Ifle de SamoSjTom, 
II. Let. x. p. 13J. 

Tendours , ce que c'eft:, 
Tom. II. Let. xiv. 
p. wj.&fuiv. 

Tenedos , hiftoire de 
cette Me, Tom. II. 

. Let. ix. p. 87. fon 
vinmufeat, p. 93. 

Tennés , hiftoire de ce 
Prince , Tom. 1 I. 
Let. ix. p. 87. & 
fuiv. 

Terne , description des 



p. 7. 
Terebentine, manière de 

la recueillir , fes ufa- 

ges , Tom. II. Let, 

ix. p. 71. 
Terebimbe , defeription 

de cet Arbre , Tom. 

II. Let. ix. p. 7 1 - 
Terre cimolec , ce que 

c'eft , Tom. 1. Let. 

iv. p. 172. d'où vient 

la différente culture 
ô ij 



des Terres , Tom. 
III. Let. xviii. p. 



.Ki 



40. 



Thafpie ,defcription d'u. 

ne cfyece àc'Thafpie, 

Tom. III. Let. xxi. 

p. 298. 
Théâtre de la petite De- 

los , Tom. I. Let. 

vu. p. 363. & fuiv. 
Theodofiopolis , fi c'eft 

la même ville qu'Er- 

zeron, Tom .111. Let. 

xvui. p. 125. 
Taeras donna fon nom 

à l'ifle de Santorin , 

Tom. I. Let. vi. p. 



Th t 



511 

ftoirc & 
defeription de cette 
Ifle, Tom II. Lee. 
vin. p. 7. & fuiv. 
Religion des habi- 

chaudes , p. 1 1 . 
Tbefée , fa mort, Tom. 
II. Let. x. pag/.jo. 
Ion tombeau , pag. 

Threfor , defeription du 
Threfor Royal du 
Grand Seigneur, To. 
II. Let. xiii. p. 272. 
&fuiv. Threfor des 
JanHlaircs , *v. 315. 



BLE 

ThymeUa Ppntica , def- 
eription de cette 
♦ Plante, Tom. III. 
Letxyi.p.15;. &io. 

Tigres du mont Ararat , 
Tom. III. Let. xix, 
p. 216. 

Timariots , cavaliers 
Turcs, Tom. II. Let. 
xiii. p. 318. 

Timothée , Roy d'Hera- 
clee , Tom. III. Let. 
xvi. p. 30. 

Tïne y hiftoire de cette 
IHe, Tom. II. Let. 
vm. p. 44. 5'- & 
fuiv. fa defeription , 
pag 46.faforterefTe, 
p. 47. fes principaux 
villages , pag. 48. 
cierge & privilège de 
l'Evefquc Latin, p. 
49. & fuiv. 

Tocat, fuuation, def- 
gouverne- 



•x Je 



■illc , 



Tom.lIl.Let.xxi.p. 

299. 301. fon hiftoi- 
re, p. 304. voyage 
deTocat, p.iS6.& 
fuiv. 
Tombeau , defeription 
d'un Tombeau dans 
l'Ifle de Delos, Tom* 
1. Lcc. Vu. p. Î7 6 < 



DES K 

•du Sultan Orcan 
Tom. III. Lee. xxi. 
P-34*. 

Ton , pefche des Tons 
auprès de Chalce- 
doine , Tom.li. Let. 
xv. p. 41e, 

Topana , d J où ce faux- 
bourg a pris ce nom: 
fa defeription , Tom. 

, II. Let. xii. p. 22 j. 

Tottr de Leandre,Tom. 
II. Let. xv. p. 418. 

Tournefort ( Jofeph Pit- 
ron de ) eft propofé 
au Roy pour un 
voyage du Levant , 
Tom. I. p. 2. fon dcC- 
fein dans ce voyage ; 
p. 1. il choifît fes 
Compagnons, p. 2. 
fon départ de Paris , 






l - 



die , p. 20. à PAr- 
gentiere , Let. 1 v. 
pag. i6 9 . àMilo, p. 
J74. àSyphanto, p. 
205. à Serpho , p. 
^14. à Antiparos , 
l«.v. p.22i.àPa- 
ios 3 p.233.àNaxie, 
p. 247. à Stenofa , 
Let, vi. p. 265). à Ni- 



ATI ERES. 

couria , p. 272; à 
Amorgos, p. 276. à 
Caloyero , p. 2 87. à 
Çheïro, p. 288. à 
Raclia , p. 2512. à 
Nio, p.- 297. àSiki- 
no, p. 303. à Poli* 
candro , p. 307. à 
Delos, Let. vu. p, 
346. & 3 74. à Syra, 
Tom. II. Let. vin. 
p. 2. à Thermie, p a 
7. à Zia, p. 13, à 
Macroniiî , p. 27. à 
Joura, p. 30 àAn- 
dros, pag. 3 3 à Ti- 
ne , pag. 44. à Me- 
telin, Lee. îx. p. 8 :, 
à Samos , Ler. x. 
pag. 1 03. 128. à Pat- 
mos, p. 141. àSino- 
pe, Tom. III. Let. 
xvi. p. 43. àTrebio 
fonde, Let. xvu. p 4 
68. à Erzeron , Ler„ 
xviii. pag. 106. à 
Cars, pag. 142. à 
Teflis, pag. 160. aux 
Trois Eglifes , Let. 
xix. p. îSz.àErivan^ 
p* 197. au mont Ara- 
rat , p. 11;. à Tcw 
cat, Let. xxi. p. %$$* 
à Angora, p. 31 1. à 
Prufe , p.. 335). k 



TA] 
Smyrne , Let. xxu. 
p. 570. Ton embar- 
quement fur la Mer 
noire, Lee. xvi. p. 
c, & fuiv. fon voya- 
ge d'Arménie , Let. 
xviii. p.86.duCur- 
dîftan , p. 1 ,8. de 
Géorgie, p. 134. des 
Trois Eglifes , Ler. 
xix. p. 178.de Tocat 
& d'Angora , Let. 
xxi. pag 286. d'An- 
gora à Prufe, p43j. 
de Smyrne & d'E- 
phefe , Let. xxïi. 
pag 35- & 3 88. fon 
départ d'Ephefe pour 
Scalanova , pag.40T. 
fon retour à Ephefe 
& à Smyrne, p 403. 
fon retour en Fran. 
ce , pag. 404. dan- 
gers où il fut expofé 
à Thermie, Tom. Iï. 
Let. vin. pag. 8. à 
Samos 3 Let. x. p. 
148.au paflage d'u- 
ne rivière, Tom. III. 



difficulté 



P*g. M* 



"7 

fit pour le laifler paf- 
fer en Perfe , Ler. 
XV! 11. p. 14*. & 
fmv. fa converfktion 



avec Maurocordato ^ 
Tom. I I. Let xn. 

pag. z^.& fuiv.de 
quelle manière il fut 
receu du Patriarche 
des ArmenienSjTom. 
III. Let. xix. p. 202. 

Teutebonve , defeription 
4'unc efpece de Tou- 
tebonne , Tom. III. 
Let. xviii. p. 103. 

Trebi fonde , hiftoire de 
cette ville, Tom. III. 
Let. xvn. p. 68. & 
fuivA* defeription, 
p. 79. inferiptions , 
p. 80. & 81. 

Trinité , Couvent de 
Candie, Tom.I. Let. 
1. p. 36. 

Trois Eglifes y deferi- 
ption de ce Monafte- 
re & des environs, 
Tom. 111. Ler. xix. 
p. 187.^ fniv. 

Trmpes , dénombre- 
ment des Troupes 
qui font dans les Pla- 
ces de guerre en Tur- 
quie , Tom. h Let. 



la Canée, Tora. I. 
-Let, i.p. tô. 



DES MAT 

Turban , ce que c'eft , 
& d'où vient ce mot, 
Tora. IL Let. xiv. 
P a g- 375- 

Turc , de quelle ma- 
nière les Turcs paf- 
fent la vie , Tom. I. 
Let. 1. p é zi. com- 
ment ils exigent la 
capitation , Let. v* 
p. 222. ftratageme 
des Turcs , Tom. I h 
Let. xi. pag. 167. ils 
font accroire à leurs 
femmes qu'il n'y a 
point de Paradis pour 
elles , pag. 184. ils 
croyent que les prie- 
res foulagent les 
Morts, p. 196.com* 
ment ils rendent la 
juftice chez eux, Let. 
xii. p. 214. ilshaif- 
fent le négoce du 

quoy ils n'ont point 
de goût pour le def- 
fein, p nj.adreiTe 
des jeunes Turcs , p» 
116. & iiy. origine 
de leur Empire , leur 
gouvernement, leur 
politique , Let. xiu. 
p. 167. i62.Sc 269. 
puïÛance de leurs 



I E R E S, 

Sultans , pag. 269. 
& i7°* revenus du 
Grand Seigneur , p 
% o. ôc z/i.defcri- 
ption du Threfor 
Royal , p. 272. def- 
cription du Serrail , 
pag. 274. éducation 
des Pages , p. 277* 
Officiers du Serrail , 
pag.274. leurDivanj 
p. 297. leur police , 
p. 306. leur infante- 
rie t p. 308. leur ca- 
valerie, p 316. leur 
Marine, pag. 310, 
leur refpecl: pouc 
l'Alcoran , Let. xiv. 
p.3 27. leur Religion* 
p. 3 2 6. leur croyance 
fur la circonciïîon * 
p. 330* cérémonies 



qu 



pag. 3 31. leurs priè- 
res, p. 333, & 334; 
leurs ablutions , p s 
,58. leur carême, 
pag. 34,2* leur Bai- 
ram,p. 345. leur an- 
née , p. 342. Ieur9 
feftes, p. 348. pour* 
quoy il n'y a poinÊ 
de mendians en Tur- 



>P a g.5^ 



. leurs 



Mofquées, ikid 4 kùï$ 
6 iiij 



T A 
hôpitaux, leurs col- 
lèges , leurs hôtelle- 



L E 

manière de manger ; 
p. 380. de fe cou- 
cher , p. 3 8 1 . d'uri- 



duc de leur charité ner , p 



& les Plantes , pag. 
354. ils font obligez 
au voyage de la Me- 
que , p. 357 . em- 
ploya de leurs Pref- 
très , p. 386. leur 
créance au fujct des 
Morts, p. 387. leur 
Paradis & leur Enfer, 
p. 388. «Se 385,. leur 
manière d'enterrer 
les Morts, p. 389. 
leurs cimetières, To. 
I. Let. 1. p. 29. & 
Tom. II. Let. xiv. p. 

390. leurs Dervi.s, p. 

39 1 . leur eftime pour 
Jefus-Chrift, p. 39;. 
& 396. leurs bains & 
la manière de s'y la- 
ver , pag. 360. leur 
mariage, p. 363. ha- 
bit des femmes Tur- 
ques, p. 367. habit 
des Turcs, p. 371. 
leur manière de fa- 
luer &defevifiter, 
p. 3 7 6. différence en- 
tre les Turcs & les 
Grecs , p. 377. leur 



monies qu'ils font à 
lagarderobe,p. 336. 
leurs jeux , p. 319. 
& 381. le vin leur eft 
défendu , p, 329. 
leurs occupations , 
p. 382. & 383. leur 
ignoranceauiujetde 
la Marine, Tom III. 
Let xvi. p. 3. leur 
mufique, Let. xvm. 
p. 89. leur manière 
de voyager, pag. 86. 
leurs cxrorfious à l'é- 
gard des étrangers , 
p. 147. 

Tttrcal , fituation de 
cette bourgade , To. 
1 1 1. Let. xxi. p. 
307. 

THrc?na77S,yo\ems d'A- 
natolie , Tom. III. 
Let. xxi. p. 307. 

T{ans , defeription du 
pays des Tzans , To. 
III. Let. xvm. P- 



DES MATIERES. 

Vent du Sud dangereux 
V en Candie , Tom, I. 

Let. h. p. i°9- 

Vtmon, Mathématicien 
Anglois , fa mort , 
Tom. Ill.Lec.xvni. 



T7~Aillant critique , 
V Tom.IIl.Let.xxn. 

..P- M- 

Vaivode , malice d'un 
Vaivode , Tom. I. 
Let. ii. p. 85. 

Validée , defeription de 
cette Mofque'e, Tom. 
II. Let. xi. p. i 9 6. 

Varroiiiljauxbourg au- 
près de la Canée , où 
l'on voit le jardin du 
Gouverneur de cette 
Place, Tom. I. Let. 
I. p. 27. 

Veaux marins, Tom.II. 
Let. vin. p. 2 8 . 

Vêlant 3 cc q Ue c ' e ft, 
& le commerce que 
" ! en fait, Tom H. 



Lee. 



1. pag. 



Vcmtîcnsycn quel temps 
ils acquirent Candie, 



Tom. 



Let. 



Vertabiets font les Doc- 
teurs Arméniens , 
Tom. 1 1 1. Let. xx, 
p. z6 9 . 

Veficaria , defeription 
de cette Plante,Tom. 
III. Let. xviii. 
P- 99- — * 

Viande , fes qnalitez & 

cuire en Turquie , 
Tom. H. Let. xiv. p« 
375>."i 

Vierge , dévotion des 
Grecs aux Images de 
la Sainte Vierge , 
Tom. I. Let. vi. pag. 
27;. Image miracu- 
leufe de la Vierge , 
p. 280. 

Villages , ils font bâtis 
de marbre en Candie, 
Tom. I. Let. 1 1. p. 
109. 



faute confidera- Vins , comment il fe 

ble qu'ils firent àl'at- &* dans l'Archipel , 

raque de la Canée, Toro. I. Let. iv. p. 

pag, 2$. J ?i' vins de Candie, 



TA 
Let» i r. p. 107. de 
Scio, Tom. II.Ler. 
îx. p. 6z.de Lesbos, 
p. 85. de Géorgie, 
Tom. III. Let. xvm. 
p. 167. vin mufcac 
de Tenedos, Tom. 
II. Let. ix, p. 93, de 
Samos , Let* x. p. 



Vipère , l'Ifle aux Vi- 
pères. Voy. Argen- 

Vifir , 'le Grand Vifir 
eft juge fouverain 
chez les Turcs, Tom. 
II. Let. xii. p. zi 4 . 
il eft le premier Mi- 
niftre du Grand Sei- 
gneur, fapunfance, 
Let. xjii. p. 191. & 
fuiv. relation de ce 
qui fe paflà à l'Au- 
diance que le Grand 
V i/ïr donna à M. de 
Ferriol , Tom. I I. 
Let. xii. pag. 2jz. 
& fuiv. description 
de la marche du 
GxandVifir,p. z 3 6. 
Vifîrs du Banc ou du 
Confeil , Tom. 1 1. 
Let. xm. p. 296. 

Vifier 3 mamcrc de fe vi- 
fucr parmi les Turcs, 



BLE 

Tom. II. Let. %i? é 

Voleurs y comment pu- 
nis en Turquie , To, 

I. Let. 11. p. 101. 
voleurs des coftes 
d'Aile , Tom. 1 1. 
Let. x. p. 102. d'Ar- 
ménie , Tom. 1 1 h 
Let. xvm. pag. 86. 
& 115.de Géorgie , 
p. 138* d'Anatolie, 
Let. xxi. pag. 190. 
196. 307. 

Vourla. Voy. C\<£(o- 

Foyage , de quelle ma- 
nière les Turcs voya* 
gent , Tom III. Let. 
xvm p. 86. 

Vriner , manière d'uri- 
ner des Turcs, Tom. 

II. Let. xiv. p. 

Vrne fameufe d'Amor- 
gos , Tom. I. Let. 
vi. p. z8i. 

Froucolacas , hiftoire 
d'un Vroucolacas * 
Tom. I. Lee. ni. p* 
ijS. & ftûv* 



DES MATIERES. 

x Zia t hiftoire & defcri- 

A ption de cette Nie, 

X'Erxés , en quel Tom. 1 1. Lcr. vnn 

endroit de l'Hel- pag. 13. defcriptîon 

lefpont ce Prince de la ville de Zia , 

fit jette* un Pont, pag. 14. d'ioulis , 

Tom. II. Lct. xi. p. p. 1 j. Tes Eglifes Se 

163. Tes Monaftcrcs , p. 

Z ii. 

ZopUmc. Voy. Elle» 

ZAlns , cavaliers bore. 
Turcs , Tom. II. 



Fin an Tome trelfieme. 



APPROBATION. 

J'Ay Icu par l'ordre de Monfeigneur le 
Chancelier, ïe Voyage du Levant , fait par 
ordre du Roy ; Cet ouvrage eft digne de la 
curiofité du Public, & repond à l'idée que 
M. Tournefort a laiiTée de ïuy-mefme. Fait 4 
Paris ce 3. Décembre 1714. RAGUET. 



Privilège du Roy. 

LOUIS par la Grâce de Dieu Roy de 
France & de Navarre : A nos amez & 
féaux Confeillers les Gens tenans nos Cours 
de Parlement, Maiftres des Requcftes ordinai- 
res de noftre Hoflcl, grand Confcil, Prévoit 
de Paris , Baillifs , Senefchaux , leurs Lieute- 
nans Civils Se autres nos Jufticiers qu'il ap- 
partiendra , SALUT. Noftre bien amé le Sieur 
Claude Rigaud Directeur de noftre Imprime- 
rie Royale du Louvre , Nous ayant fait re- 
montrer qu'il fouhaitteroit faire imprimer & 
donner au public la Relation d'un Voyage du 
Levant, fait par noftre ordre, s'il Nous plaifoit 
luy accorder nos Lettres de Privilège fur co 
neceffaires. Nous avons permis & permettons 



par ces prefentes audit Sieur Rigaud de fai- 
re imprimer ledit Voyage en telle forme, 
marge, caraéteres, en un ou plufieurs volu- 
mes, conjointement ou fcparement & autant 
de fois que bon luy femblera, Et de le ven- 
dre , faire vendre & débiter par tout noflre 
Royaume pendant ïe temps de douze années 
confecutives , à compter du jour de la datte 
dcfdites prefentes. Faifons derFenfes à toutes 
fortes de perfonnes , de quelque qualité & 
condition qu'elles foient, d'en introduire d'im- 
preffion eflrangere dans aucun lieu de noflre 
obéïiTance , Et à tous Imprimeurs, Libraires 
& autres d'imprimer, faire imprimer, vendre, 
faire vendre, débiter ni contrefaire ledit Voya- 

fe, en tout ni en partie, ni d'en faire aucuns 
extraits fans le confentement par écrit du- 
<lit Sieur Expofant ou de ceux qui auront 
droit de luy, à peine de confiscation des Exem- 
plaires contrefaits, de Trois mille livres d'a- 
mende contre chacun des contrevenans, dont 
un tiers à Nous, un tiers à l'Hoftel Dieu de 
Paris, l'autre tiers audit Sieur Expofant, Et de 
tous dépens dommages & interefts; A la char- 
ge que ces Prefentes feront Enregiflrées tout au 
iong fur le Regiflre de la Communauté des 
Imprimeurs & Libraires de Paris, & ce dans 
trois mois de la date d'icelles, que i'imprefTion 
du dit livre fera faite dans noflre Royaume & 
non ailleurs en bon papier & en beaux carac- 
tères çonfgrrnérn.ent aux Rcglemcns de la Li- 



Lraîrie, Et qu'avant que Je Pexpofcr en vente, 
il en fera mis deux Exemplaires dans noftre 
Bibliothèque publique, un dans celle de noftre 
Chafteau du Louvre, & un dans celle de nof- 
tre très cher & féal Chevalier Chancelier de 
France le Sieur Voyfm Commandeur de nos 
ordres; le tout à peine de nullité des Prefentes, 
du contenu defquelles vous mandons & en- 
joignons dé faire jouir ledit Sieur Expofant, 
ou fes ayans caufe, pleinement & paifiblement, 
fans fouffrir qu'il leur foit fait aucun trouble 
ou empefehement. VOULONS que la Copie 
defdites Prefentes qui fera imprimée au com- 
mencement ou la fin dudit Livre , foit tenu 
pour dcûëment fignifïée & qu'aux copies col- 
lationnées par l'un de nos amez & féaux Con- 
seillers & Secrétaires foy foit ajouftéc comme 
à l'Original : Commandons au premier noftre 
Huiffier ou Sergent, de faire pour l'Execution 
d'icelles tous Acles requis & neceffaires, fans 
demander autre permiflîon & nonobftant Cla- 
meur de Haro, Charte Normande & Lettres à 
ce contraires. Car tel eft noftre plaifir. Donné 
à Verfailles le douzième jour du mois de Dé- 
cembre, l'an de gacemil fept cens quatorze, Et 
de noftre Règne le foixante-douziéme. Par le 
Roy en fon Confeil. Signé FouQUET. 

J'ay cédé le Privilège cy-deflus du Voya- 
ge du Levant par M. Tournefort aux Sieurs 
Aniflbn & Pofuel Libraires de Lyon , pour 



en jouir fuivant les conventions faites entre 
nous, à Paris le 14. Décembre 1714. Signe 
RlGAUD. 

Regiflrê, enfemble la CeJJion fur le Regiflrê 
IV. 3. de la Communauté des Libraires à* 
Imprimeurs de Paris , page 888. N.° 1 1 12. 
conformément aux Reglemens & notamment À 
VArreft du 13. Aouft 1703. A Paris le iy. 
Décembre 17 14. Signé Robustel, Syndic.