'^.
.'^■^^•-^c^'
»;■ -^ .s;''>,i.
4
■s^
•t., .r •'
-%^ -
•If" ■ ''
i"
-«■
-^
■1
• ,. .
4
f
s.
l:
IN THE CUSTODY Of= TME
B05T0N PUBLIC LIBRARY.
^- F N?
.:^-)i<^&:iiik<jè^E«ii
.j.Jgf">'x
ft
^~ MONDE PRIMITIF,
ANALYSÉ ET COMPARÉ
AVEC LE MONDE MODERNE,
CONSIDÉRÉ
DANS LES ORIGINES FRANÇOISES;
o u
DÏCTÏONNAIEE
ETYM O LO G I QU E
DE 'LA LANGUE FRANÇOISE-
Pourquoi errerions- nous à Taventure dans l'ctude des mots ;
< ! ■ >
'CINQ.UIEME LirRAISOJi,
PU Y 13 'AMOUR
Pour courvivttcr le nieUUur Poète Prançoù
F/^nltJz>t^e <wrf OrvgimJ J^ru/ii^oufeà-
\mm
wmmmssmmat0smuumÊm
Jiûffiét int>-
-K • Hc/noéiel i^tt^.
,.11.
i,-" Xéi
i)nc
; MONDE PRIMITIF^
ANALYSE ET COMPARÉ
AVEC L.E MONDE MODERNE,
CONSIDÈRE
DANS LES ORIGINES FRANÇOISES;
o u
DICTIONNAIRE
ÉTY MO LO GIQ,U E
DE EA EAMGVE FRAMÇOÎSE»
Avec des Figures en Taille-douce.
PAR M. COURT DE GEBELIN,
J}c la. Société Econom. de Berne y des Académies Royales de la Rochelle'
Dijon & Rouen,
(?
A PARIS,
Ç L'Auteur, rae Poupée, Maifon de M. Boucher, Secrétaire du Roù
l B o u D E T , Imprimeur-Libraire , rue Saint Jacques,
-,, JValleyre l'aîné, Imprimeur-Libraire, rue de la vieille Bouderie*
j Veuve DucHESNE, Libraire , rue Saint' Jacques,
f Saugrain, Libraire , quai des Auguftins,
(^ RuAutT, Libraire, rue de la Harpe,
<^V. O - = " ■ y
' M. D C C L X X V II I.
jLVEC APPROBATION ET PRIVILÈGE DU RO£^
^5"
DISCOURS
P E É L ï M ï N A ï M E,
ARTICLE PREMIER.
'Objet de cet Ouvrage fur les Origines Françoîfes , & Méthode
quon y Juit.
J. I.
DES ETY MOLOGIES EN GÉNÈRAX.
^La'ES mots font le liea desTociétés, le vctiicule des lumières , la bafe O'Jii »<*«(«;
'des "Sciences , les dépofitairès des découvertes d'une Nation , de fen fâ-
'voir, de !â politefïè, de !« idées: la connoiffance des mots eft donc un
•moyen indifpenfable pour acquérir celle des cliofes ; de-Ià ces Ouvrages
appelles Di£lionnaires , Vocabulaires ou Gloflaires , qui ofKcnt l'étendue de^
■ connoifTances de chaque Peuple.
Mais dans ces Dictionnaires, nulle liaifbn, nul rapport entre les mots:
■rangés par ordre alphabétique, ils font tous ifolés , 6c la connoiOance de t( ' ■ j
-l'un eft nulle pour l'intelligence [des autres : chacun d'eux femble tombé
du Ciel , & on ne voit pas mieux pourquoi on attacha telle idée à tel
fbn, quel rapport fecrct , quel charme ies enchaîna l'un à l'autre; fbuvenFc
on ne peut diftinguer s'ils font fimplcs ou compofcs : prefqne toujours on
ignore quelles révolutions ils ont éprouvées, quel Peuple ei» fut l'inventeur,
comment ils fe tranfmirent jufqu'à nous; fi, voués à une ftérilitc éter-
nelle, ils ne produifirent point de dcfcendans-, ou fi renfermant une idée
féconde en développemens, ils produifirent des familles auflî nombreufes que
DiS. Etynu ^
ij DISCOURS
ces développemens : s'il fallut un root pour chaque idée particulière , ou fl
un même mot fervit, au moyen de légers acceflbires , à exprimer toutes,
les nuances de l'idée la plus vafte & la plus fiifceptible de modifications
de toute efpéce.
On ne tarda pas à fentir qu'il n'en devoir pas avoir été ainfi dés le
commencement y que les hommes ne durent pas avoir inventé un nou-
veau mot pour chaque idée; mais qu'à mefure que les idées s'ctendoient,
on ajoûtoit de nouvelles nuances au mot qui dès l'origine avoir défignc-
cette idée principale. On fe convainquit encore que lorlqu'un mot avoir
été affigné de la manière la plus convenable à une idée , il fe tranf-
mettoit à travers toutes les générations avec cette même idée , & qu'on
devoit avoir hérité des mots , comme on hérite d'une Terre ; qu'en tout
cela , on n'eft quufufruitier.
Les mots parurent "ainfi divifes en deux ou trois grandes clàfles : i*»
f ^rifnitiu»-» '^s mots primitifs qui exprimoient les idées générales , les idées prifès
dans leur fens le plus vafte, le plus étendu, au-delà duquel il n'y a plus
d'analyfe : tels font les mots Grand, Fort, Beau, Mer, Terre, Air..
fi -IJ a°. Les mots dérives qui expriment les nuances de ces idées , tels que:
^ Grandeur i Fortereffe^ Beauté, Maritime, Terrejlre , aéré, &c.
5°. Les mots compofés de plufieurs autres, tels que Grand-Pere , Ren-
3 Ctm\>6HÙ\iLi /on. Embellir i Outre-Mer, Baffe-Terre, Bel- Air.
On chercha donc à reconnoître dans chaque Langue quels éroient ces
mots primitifs, quels fes dérives, quels fès compofés; & en les raffem-
blant ainfi , on en formoit des familles nombreufes , qui offioicnt des Tai-
bleaux auffi intéreflàns que variés & faciles à parcourir.
C'eft cette diftribution des mots , cette connoiflance de leurs rapports,.
a que les Grecs appellerent Etymologie , mot qui fignifie Connoissance de.
t^11fV6L0«i| la VÉRITÉ, & ils vouloient dire par-la, non fiinplement comme on l'a cru,,
que l'Etymologie n'étoit que la connoifTance de la vraie filiation des mots-,
entr'eux ,. mais qu'elle étoit la connoifïànçe & du rapport des mots en-
tr'eux & de leur rapport avec la nature même des chofes. En efièt, cette.-
première elpéce d'Etymologie eft auflî froide que l'autre cft fublime.
Telle étoit la haute idée qu'attachoient à la comioifîànce des mots les;
Grecs,, ce Peuple qui, au milieu d'une multitude de Nations barbares , avoic
porté les Arts & les Connoiflances à un point de perfcdion qui fit pen-
dant fi long-tems le défe^oir des hommes ; enforte qu'on fe croyoit par-
.^cnu au plus haut période des talens, aux bornes les plus reculées de. Tei^
PRELIMINAIRE. iij
iprit humain, lorfqu'on avoir pu entrer en concurrence avec eux.
Cependant , lorfqu'on compare cette idée étonnante que les Grecs (e
formoient de l'Etymologie , avec l'état informe dans lequel cette (cience eft
tombée au milieu de nous , on feroit tenté de croire que les Grecs fe trom-
pèrent, ou qu'ils jouifToient à cet égard d'une mafle de lumières donc
nous fommes totalement privés. Nous n'avons point de livres vraiment
étymologiques : ceux qui ont ufurpé ce nom, ou auxquels on l'a attribue,
font un cahos effroyable de lumière & d'obfcurité -, on n'y eft environne
que de doutes , d'incertitudes & d'erreurs ; & fi on y entrevoit quelque
■vérité, elle eft toujours ifolée , on n'en peut tirer aucune conféquence, •
elle refte étouffée par les erreurs qui l'inveftiffènt de toutes parts. Les Au-
teurs de ces Ouvrages croyoient avoir rempli leur tâche avec le plus grand
fucccs , lorfqu'ils avoient pu lier les mots de nos Langues modernes avec
la Langue Latine , les mots Latins avec ceux des Grecs; & ils fe regar-
4oient comme au faîte de la gloire étymologique, lorfqu'ils avoient pu
parvenir à les lier en tout ou en partie avec la Langue Hébraïque ; aufll
«toit-on parvenu à n'avoir que du dégoût pour les Etymologies , & à re-
garder cet Art comme illufoire ou conTme impoQîble à retrouver , s'il avoir
jamais exifté. Plus ceux qui l'avoient cultivé avec an fi malheureux fucccs
•étoient regardés conmie érudits, comme les Héros du favoir, & plus on
■^toit prévenu contre des recherches auflî infiruéhieufes.
Telle étoit à cet égard l'idée des Savans de toutes les Nations , lorC-
<jue dans notre Plan Générai da Monde Primitif nous annonçâmes
\ine fuite d'ouvrages relatifs à l'Art Etymologique ; le Didionnaire de
la Langue Primitive; le Didionnaire Comparatif des Langues; le Dic-
tionnaire Etymologique des Noms propres de Lieux, Montagnes, Fleuves,
Villes, Bourgs, &c. de l'Europe & de l'ASC; les Didionnaires Etymo-
logiques des Langues Grecque, Latine, Françoifê 4 même celui de l'Hé-
treu, de cette Langue qu'on avoit toujours regardé comme le non plus
ultra de l'Etymologifte , comme un compofô d'élémens au-delà duquel oa
ne pouvoir rien trouver de plus fimple.
Ce fut ainfi que nous nous exprimâmes fiir la Langue Françoifê dans
<e Plan Général.
i> L'Art admirable avec lequel les Langues fe formèrent , ne fe fait
M plus fentir dans la Langue Franc oiiè. Quoiqu'elle (bit au fond la Lan-
» gue primitive, elle a fouffèrt tant de révolutions pour arriver jufqu'à
» i«3us , elle a été fi prodigieufâmenc altérée par les diverfités de pronoii-
ÎW D T s C U R S
» ciànon& d orthograpJie , & par les mots qu'elle a. empruntes de toutes
» mains , de même que par le choc de tant de Nations qui le difpu-
jj terent eo divers tems l'Empire des Gaules , qu'elle a perdu toute idée
»> de fon origine; & qu'au lieu de devenir plus abondante, elle s'eft peut-
» être, apauvrie, & a perdu cette merveilleufe facilité avec laquelle la
«Langue primitive favoic fe prêter à tous les bcfoins dés hommes; fâ-
» cilité dont les Grecs, les Arabes &: les Chinois tirèrent de fi grands
M ayantages.
aç Jl nous feroit. cependant fort utile de. connoître les Etymologies et:
» notre Langue. , j ;..> - p.
a», i"^ Pour débrouiller l'ori^e de îa Nation Françoilc.
f»tt".. Pour mieux connaître la fource de nos Coutumes, de nos raœur?,'
» nos anciens monumens,, &C.-
- » 3,> Afin de pouvoir rétablir l'énergie de notre Langue , Ton élaftidté
* en quelque façon; de manière qu'elle pût, d'un côté, nous fervir d'en-
•>■ trée à^la connoiflance des autres. Langues; & d'mi autre,, fe prêter plus
w. aifèment aux connoiflânccs que nous ne ceflbns d'acquérir.
î if» Nombre de Savans ont donc cherché avec foin l'origine de cette
«Langue; nous avons. même de gros Diftiomiaircs où l'on nous promet
«.res^Etyraoi.ogies, & nous n'en fommes pas plus avancés.
» Deux choies s'pppofoicnt à ce que. cet Ouvrage fiît bien fait.
:,»i«.:L'idée'où l'on étoit que le François dérivoit uniquement de la-'
3k Langue Latiiie avec quelque mélange de la Grecque, & que celle-là avoir:
»M;owtement anéanti celle qu'on parloit auparavant dans les Gaules..
.;j»'i^. Lorfqu'on étoit arrivé, à une origine Grecque &. Latine", on hè?
M iâveic plus- où aller; ceux qui ont voulu remonter plus haut, s'ctanf
>i égarés eux-mêmes. Ils. regardèrent la. Langue Latine comme fille unique--
ornent de l'Hcbraïque . & ne la comparèrent jamais avec la Langue des.
» Celtes, premiers habitans de l'Europe, & qui y avoient apporté la Lan^
» gue primitive ;, auffi n'ont^ils pu .rc;i^flîr,
» Mais au moyen des racines primitiTCS .& du Diftionnaire compara--
»:ùf des Langues, on eft.cn.état de reconnoître l'origine de tous le?.
» mots de notre Langue ; c'eft le VI^ objet de cet Ouvrage,
jjj;*» .Là,.du n^ot François , on ren%onre au primitif , à travers toutes les-
M-Ljingdes Se roussies Peuples, par lefquels il ett pallc pour venir jufi-
Mt quëS' à iK>u$<.
f-Cettc pouioa. du- grand Quywge que nous oSr'ons au Public, doi^i
P R È L T M I N A I R E. y
»»îintcreiTer d'autant plus tout François qui a quelqu' attachement pour &
« Langue , qu'on y trouver* (ans doute des reflburces pour fuppléer à tout
»• ce que nous avons perdu à cet égard , par une fuite des terribles ré-
ii\ volutions que nous arons eiruyées depuis les premiers changemens que U
«Langue primitive éprouva dans nos Contrées.
» Ajoutons, qu'on pourra par ce moyen former un alphabet plus abon-
j^dant, plus conforme' à nos befeins , mieux aflbrti à nos mots,
§. II.>
Motifs qui ont déterminé à faire paroîtte , avant tous les autres y Is-
Dictionnaire Etymologique de la Langue Françoife,
Après avoir donné dans deux Volumes préccdens lesÉlémens du Lan-'»
gage ou la Grammaire Univerfelle , l'Origine du Langage & de l'Ecriture ,
les loix d'après lerquelles on reconnoît làns peine les altérations qu'un
3nême mot éprouve en fe tranfmettant d'un Peuple à un autre; il ne nous-
ceftoit plus qu'à faire paroître les Didionnaires Etymologiques des Langues'
Que nous avons annoncés dans ce Plan Général.
Mais dans l'impcfllbiliré où nous étions de les faire paroître tous à-
la fois, il a fallu nécellàirement faire- un choix; a-t-il été difficile à faire?
Les Origines les plus iinéiedàntes pour le plus grand nombre de nos-
Leûeurs , ont dû avoir le pas : nous publions donc aujourd'hui les Ori»
CINES Erançoises ou le Didtionnaire Etymologique de la Langue Fran-"
çoife. Nous croyons faire en cela un choix agréable à nos Ledeurs. Ce
fi;nt les Origines de leur propre Langue , ou d'une Langue qu'ils enten-
dent, d'une Langue qui s'eft enrichie des dépouilles déroutes les Langues--
lavantes y maniée elle-même par des Savaiis diftingués, dépositaire d'une
multitude de connoilîànces , riche en chef-d'œuvres de toute elpcce ; fiere
de fes Orateurs, de fes Poètes, de fês Hiftoriens, de lès Philofophes , de-
(ès Ecrivains en tout genre; & qui entendue de prefque tous les Peuples-
iie la terre, a pxefqu'atteint la gloire> des Langues que parlèrent les Grecs •
& les Romains.
Décrire fes. Origines, c'eft donc en quelque forte travailler pour tous'
nos Contemporains , pour tous les Peuples ; c'eft cclaircir l'Origine même
des. Langues lavantes dont le François a tant emprunté : c'eft répandre de
.nouvelles beautés fur les ouvraggs çcrits dans cette Langue, & faire m-
Ter.
v} DISCOURS
fortir l'art de les Auteurs ; c'eft en faciliter la conuoiflànce & la rendre pluf
recommandable.
D'ailleurs, quelles Etymologies pouvoienc mieux faire fèntir la fûretc
de nos principes, ia rapidité de notre marche, l'utilité de nos recherches»
Ce n'eft point fur des mots inconnus ou étrangers & peu intéreflans que
nous promenons les regards de nos Lefteurs ; nous confidérons avec eux
des mots qu'ils connoiflcnt, dont ils Tentent toute la force, fur le fens
defqucls on ne peut leur faire illufion; ce font des origines qu'ils défirent
eux-mêmes, & dsnt ils fentent toute l'utilité. Ce font leurs propres lu-
mières que nous prenons pour Juges ; c'eft la bonté de leur logique que
nous invoquons; la force de leur fentiment, leur convidlion ple^e &
entière que nous voulons enchaîner.
Que nous euffions commencé par la Langue primitive , ou par quel-
que Langue fâvanre , on auroit pu fôupçonner que nous cherchions à
jfurprendre le fuffrage de nos Ledeurs, à leur faire illufion par des rap-
prochemens trompeurs, effets d'une imagination vive & ardente qui croit
voir ce qu'elle défire & qui ne manque jamais de prétextes fpccieux pout
Te fcduire elle-même : on auroit pu croire que , conduâeurs aveugles , nous
promenions d autres aveugles dans des fentiers inconnus à tous.
Mais en nous occupant d'Origines Françoifes, ces craintes s'cvanouif-
fent : chacun peut voir fi nous ne nous trompons pas dans les rapports
que nous appercevons eiitre divers mots , dans la manière dont nous les
.claflons, dans les altérations que nous leur attribuons. Sans fàvoir les Lan-
gues, chacun peut s'alTurer par foi-même fi nous avons rapproché des
HWJts qui appartiennent à une même famille; en diiânt, par exemple, que
dii mot primitif Ver, qui défignoit l'Eau, nom refté dans les fleuves ap-
pelles aujourd'hui Var, Varmo, Varka, VtRESis, Vero , FiR, Fire,
que de ce mot, dis-je, dériva le mot Vérité, parce que l'eau érant par
fà clarté & par fa limpidité le miroir des corps ou des êtres phyfiques, U
VÉRITÉ eft également le miroir des idées oti des êtres intelleéluels, & leur
repréfentation d'une manière auflî fidclle, aufli nette, auffi claire que la.
repréfentation des corps par l'eau ; & que c'eft par cette railôn que le
Latin Férus figniiioit fincere, net, réel.
Chacun peut également juger par {bi-racmc , fi nous avons trouvé le
vrai, en difànc que la plupart des noms, de nos inftrumens de mufique
font formés par onomatopée ou par l'imitation du fon qu'ils font enten-
dre : que les noms , par exemple , du Tamtour , du Tympanon ^ de la Tim-i
PRÉLIMINAIRE, vîj
taie , imitent le Ton rendu par un corps iônore fur lequel on frappe : que celui
ds la Trompette imite le Ton d'un corps qu'on fait réfonner par le fôufflc ; tan-
dis que les noms du Violon, du Fioloncel, de la Bajfe de Viols , tous inftru-
meiîs à cordes , imitent le Ton aigu & afiilc que rend une corde fous le corps
cjui la pince , fon très-analogue à celui de la voyelle I , qui a lui-même un
eâradere fi différent de celui des voyelles nafales am , im , om, dont eft
compofè le nom des Tambours , des Tympanons , des Timbales.
Il eft vrai qu'en commençant par la Langue Françoife , nous rendions no-
tre travail infiniment plus épineux & plus long : il faut beaucoup plus de re-
cherches pour retrouver l'origine de nos mots qui ont éprouvé nombre d'al-
térations , en padânt à travers les fiécles , dont le tems a fait difparoître les
foibles commencemens , & dont la mafTe entière eft dénaturée.
Mais en nous expofànt à ces difiScultés, & à la critique la plus fevcre , eiv
même tems qu'elle étoitk plus aifee , nous avons cru être plus utiles à nos
Ledeurs ; nous avons efpéré qu'entraînés par un intérêt toujours préfenr,
& voyant par eux-mêmes que la Langue Françoife defcend réellement de
la Langue primitive , 5i fes rapports avec les Langues Savantes , le Latin , le
Grec , l'Hébreu ou l'Arabe , ils ne douteroient plus que les diverfès Langues
qu'on parle fur la terre , ne font que des branches cparfes d'une feule : qu'il
n'eft plus impofllble de les comparer entr'elles , de les ramener à une fburce
commune; que cette entreprifè même ne peut qu'être infiniment utile pour
fijciliter l'étude des Langues en la fimplifiant, &r pour éclaircir l'Hiftoirc même
des Peuples & des Sociétés qui ont fleuri fur la terre : nous avons cru en ■
même tems que ces avantages infpireroient une nouvelle ardeur pour nous
fiiivre dans le refte de nos recherches , ôc augmenteroient la confiance qu'oa
peut avor en elles.
§. irr.
Diverfes Clajfes des mots dans ces Originesv ■
Afin qu'on apperçoive d'avance ce qu'on peut efpérer de nos Origines Fran-
^oifes , nous allons expofèr le plan que nous avons fuivi. Nous avons diftri-
bué fous quatre ClaiTes les mots renfermes fous chaque Lettre de l'Aphabet : ■
dans la première, nous avons mis les mots François dçfcendus de la Langue
Celtique ; dans la féconde, ceux que nous devons aux Latins; dans la troifiéme,
ceux qui font emptuntés du Grec ; dans b quatrième , ceux qui font venus de
rOrient.
Comme les mois qjii conftituenc ces trois dernières ClafTes, doivent stH
'.a
vlîj D I s C O U R S
venir dans les Didîonnaires Etymologiques Latin, Grec Si Hébreu, nous nous
foinmes contentés de les mettre ici par ordre Alphabcnque , en faifànt pré-
céder le mot François & Raccompagnant du mot Latin , Grec ou Oriental dont
il eft dérivé.
Par rapport aux mots François defcendus de la Langue Celtique , comme
ils conftituent le fond même de notre Langue , & qu'ils forment des familles
. jmmenfes , nous avons été obligés de (îiivre une méthode abfblument difïc-
rente , mais la même que nous obferyerons s. l'égard des Langues dont nous
■ aurons occalion de nous occuper.
Sous un monofyllable Celtique , mot primitif & radical, nous avons rap-
porté par ordre Alphabétique tous les mots François qui en font dérivés.
Lorfque le nombre de cçux-ci a été confidérable 5c qu'ils ont pu fe divifêr
en diverfes branches (éparées par une idée particulière fubordonnée à la
générale, nous avons divifé ces_ familles en pluiîeurs branches diftinguécs cha-
cune par un numéro ; & à la tête de ciiaque divifion , nous avons répété le
•mot radical avec la nuance particulière dont il venoit defè charger. Un exem-
ple donnera une idée plus exaéte de cette méthode que tout ce que nous pour»;
;j:ions dire.
M-xemph des grandes Familles qui en refultem.
, 'Parvenus au mot Bal , monofyllabe Celtique & Chef d'une immenfè f*-'
j)û\ OMH- ^ille , nous l'avons écrit en tête & nous avons dit: «le mot Bal fut un mot
« primitif qui défigna le Soleil, & pat confequent , i**. tout ce qui eft beau
a Se brillant comme le Soleil : i*. tout ce qui eft: élevé comme lui : j ?. tout ce
j3 qui eft rond. Sous chacun de ces points de vue , ce mot cft devenu la
» fourcc d'unemuîtitude 4e Familles dans la Langue Françoife , en Ce pronon-
.» cant fuivant les Peuples, Bal, Bel,Jîol, & avecl'éiifion de la voyelle Bl4^
^z£, &c. »De-là réfultent dix branches dérivées de cette feule racine, Se
d'où réfulte une cinquantaine de divihons.
1°. Les noms de quelques Plantes &: Animaux.
a°. Bel, dcfignant la Beauté.
3 o. Ba-l , devenu Bl a , nom de diverfes couleurs, des mots l>/anc, bleu ,'
blonà, blason. Sec.
4®. Bail, nom relatif à la puifïànce , à la confervation & protedion.
jfo, Cal , relatif à l'élévation , d'où .Balcon , Balujlrade,
" ' <°.Bai.;
PRÉLIMINAIRE. ix
■'^. Bal , relatif à l'adion de garantir en enveloppant , d'où BaU ,
Baline, Baldaquin, &c.
l 7*. Bal , relatif à l'adion phyfique de s'élever en s'éiançant ; d'où Bal y
Balitj Balade , B-aladoire , BaliJIe f &c.
- Z°, Bal , dcfîgnant la grofleur ; d'où Baleine , Bloc.
ç°. Bal, défignant la rondeur -, d'où Baie , Balon , Balote , Boule , Sec.
io°. Quelques mots compofés de Bal, joints à d'autres-
^. V.
Utilité de cette Méthode.
Cette méthode de ramener tous les mots de la Langue Trançoifè au petît-
mombre de mots radicaux dont ils dérivèrent , en abrège fingulierement l'ex-
plication étymologique , puifque la même fcrt pour une multitude de mots.,
pour tous ceux qui tiennent à la même famille. Elle xéunic en même tems
nombre d'avantages <bit pour ceux même dont elle eft la Langue naturelle.,
(bit pour ceux qui défirent l'&pprendre.
D'un côté , elle foulage extrêmement la mémoire , en ne préfentant qu'un
<ertain nombre de mots généraux auxquels on rapporte la malfe entière
-des mots de la Langue qu'on étudie. D'un autre côté , en fixant le fen$
propre de chaque mot radical , on en voit naître d'une manière auffi fimplc
que fatisfaiûnte , les divers fcns phyfiques & moraux ou figurés qui en dé-
rivcrcnt.Il n'en eft pas ainfi des autres Didionnaîrcs. Comme on n'en confide-
la jamais les mots dans leur enfemble , il étoit impoffible d'en graduer les
diverfes fignifications , & de faire voir par quelles nuances on étoit parvenu à
'faire fignifier à un même mot .des chofes qui paroifTent (buvent n'avoir au-
cun rapport ; & trcs-fbuvcnt encore , il en rélliltoit le grand inconvénient
de brouiller tous les fens ; & de faire regarder comme propres les fens
figurcsj& comme figurés, les fens propres. Des renverfemens auffi inconceva-
bles &: auffi nombreux, répandoient la plus grande incertitude & le plus grand
dégoût fur l'étude des mots ; il étoit un grand obftade à ce qu'on les retînt.
.11 n'cft en cflFet perfonne qui ayant eu occafion d'ouvrir des Didionnaires en
quelque Langue que ce foit, n'ait (ans cédé été étonné du cahos qu'oftroient
les diverses fignifications d'un même mot. C'eft ce défbrdré qui, paroiflant in-
hérent aux Langues, avoir perfuadé fur-tout que les mots n'ctoient que l'effet
du liazard, qu'on ne pouvoir les ramener à des Etynrologies même «vrai-
iemblables.
Ces Familles auront encore cet avantage iméreflant , de faire voir com-
m^. Etymt ^
*' D r s c a È/ R S"
ment on altéra fâiis ceflè les mots ptinrlcife , non-feulement pour cn for-^-
mer des dérivés à l'infini , mais fur-tour pour rendre ces dérivés harmonieux
& fonores , plus conforme» au génie de la Langae , plus diverfifiés. Ces alté-
rations deviendront autant d«e preuves fcnfibles de la ▼érité- des principes-
que nous avons développés dans l'Origine du Larvgage & de l'Ecriture : elles
conftateronr ces Loix immuables (ûr leftjnelles nous avons dit qu'étoient fon-
dés les changemens que les mots ne ceffent d'éprouver en le tranfmettant de
peuple en peuple & de génération en génération.
En efièt, il n'eft aucua mot primitif qui n'ait été altéré en François , quît
ne l'ait été de plufieurs façons & toujours d'une manière parÉiitement con-
forme à ces Loix : c*eft ce dont on s'afTurera à chaque page. Par-tout on
verra la voyelle forte changée en foible. Ami & Aimer -, Marin & Mer ; Salé
& Sel. La confonne forte adoucie ; Ca^ par exemple, devenu (ans cefte Cha.},
Cheval & Chevalier, Cadence & Chute, Chambre & Camerîer, Camelot
& Chameau, Campagne ôc Champêtre.
Ces variétés, Je rencontrer dans la même femiHe. De Cap, tête, capacité,,
fè forment des mots en Ckap , Chef y Cep , Cip , Cav , comme chef, cagas;-
cité , chapeau , recevoir , récipient , cavité , &c.
Du mot FiD , alTurance , ceux de Fidélité, Féal, Fier, Fou.
De Leg , Lcgifte , Lire , Loi , lu.
D^Oper, travail. Opérer , Ouvrage , Œuvre.
D'Oc, Œil , Yeux , Oculaire.
De Matutus , Mûr & Matiurité..
De Securus ,- Sûr & Sécurité.
De Sat , alTez, Satiété, Satisfaction.
De ViD , vifion, vue,, voir, évidence..
R eft iàns cefle inféré dans des mots où il eft étranger. De LonJon noxts'
avons fait Londres ; de funda y fronde; de vtlous ^ velours ; de ieuvag*,,
breuvage & abreuvoir : dans d'autres , il prend la place d'autres lettres j ainC;
nons difons Borne au lieu de l'ancien Bonne.
Souvent encore , nous faifons difparoure la voyelle du mot radical. Ainfii
nous di/bns Tercer & Trois j B^e pour Bel ; Cra pour Car.
§. VI,
Conflquences qui en rijulunt relMiytnunt k la. Langue Françoife,
En confidérant de cette manière, les altérations qu'éprouvent les motff;
idàns notre Langue , & en felcs rendant. ûwiEcres., on fe forme une idée ia»-
PRÉLIMINAIRE, iq
Sniment plus jufte de la nature de cette Langue ; on voit les qualités qu'un
mot doit poffeder pour s'y naturalifer -, on fe rend habile dans l'art de décou-
vrir l'étymologie des mots. Car ces alrcratioîis fe trouvent dans toutes les
Langues ; il n'en exifte même aucune où les mots éprouvent autant de chan-
gemens & des changemeris auffi confidcrables : au point qu'on ne voyoit
nul rapport entre des mots de la même famille, & qu'on regardoit les chan-
gemens qu'ils avotent éprouvés, comme des corruptions bifarres & dont on
ne pouvoit rendre raifon ; ainfî on étoit fans cefle étranger dans fâ propre
Laugue : un« routine aveugle préfidoit feule à la connoiflance de fes mots \
& celui qui les tranfmettoit , n'en lâvoit pas plus que celui à qui il en feifoic \ . .
part. '^^^^'^- ii^
Mais fi un mot, pour être adopté par une Nation, doit éprouver une altéra- iè»n >t <C
tion propre à cette Nation, ileft doncvraiquele génie de chaque Langue influe
fur la mafle entière de les mots , & que les caules de ces altérations font les
mêmes que celles qui déterminent le génie de la Nation , telles que le cli-
mat où l'on vit , Pair qu'on relpire , le plus ou moins de liberté dont on
"jouit ; & que pat conféquent on peut , en combinant toutes ces chofes , dé-
couvrir les altérations que les mots primitifs oik éprouvées chez chaque Peuple,
Si en rendre des raifons morales & phyfiques. C'eft ainh que les François
vivant dans un climat tempéré, doivent avoir une prononciation très - tem-
pérée, haïr les alpirations , les conlbnnes dures, les tons élevés ou trop mar-
qués. Tous -les mots qu'ils adoptèrent durent prendre cette teinte ; & en paf-
(ânt par cette filière, perdre toute leur afperité : ils durent même acquérir jfK.i^ ti.j r/i
plus de douceur , dès que les perfonnes du fexe furcitt admifes à la Cour & ,*««i«-( i^vu^^t
dans toutes les Sociétés ; les mots devinrent encore plus flatteurs fur leurs le- t^^m^i ^ ^*„
9{£s, & les Chevaliers Frant^ois iureuc bientôt à l'unifloa.
xîj D I S COU R S
ART I CL E II.
Ves Langues qui ont. été parlées Ja/is les Gaules y ou dans laz
France.
' §: r.
De. la Langue Celtique, fource de la Langue Franç«ife..
/ «(iAisfi, par. une marche abfolument nouvelle, tous les mots- François ;
CaiU -/yU't-C' defcendus du Celte font clafTés par bandes inmienfes fous des racines Celti-
,:[ *l If d^j^ <jues j on demandera fans doute comment on peut être afiurc que les mots :
' * que nous donnons pour Celtiques, le font réellement : quelle idée on doic
fe former de la Langue Celtique, & d'après quelles données nous regardons-
cette Langue comme la fource du François , tandis que jufques à prcfenc
oai a toujours été dans l'idée que le François n'étoic en quelque forte qu'un».
Latin corrompu.
Arrêtons-nous donc un moment fiir ces queftions , décifives pour la',
bonté de notre travail, & qui intéreffantes par elles-mêmes acquièrent uiv
nouveau mérite , lorfque deftinées à répandre du jour fur les Origines Fran-
çoifes, elles font difcutées devant des François.
La Langue Celtique dans fon fens lé pliis étendu , etVla Langueque par--
7Kt CÛVv^UAjt letent les premiers Habitans de l'Europe , depuis les rives de l'Hellefponc
^ ikcVuvK J-iifc-Uit & de la Mer Egée jufques à celle de l'Océan : depuis le Cap Si<gce aux por-
^> A IttMM *^^ '^^ Troie jufques au Cap de Finiftere en Portugal , ou jufques en Irlande.'
Cette Langue, s'appella Celtique , parce qu'on donna à l'Europe fepten-
<^tUÙL ttionale le nom de Celtie , & à fes Habitans celui de Celtes , à caufe du
froid exceflîf qui y régnoit, eflfet de fes vaQes Marais & de fes antiques Fo-^-
rêts , comme nous l'avons prouvé dans notre Plan général. ,
<?r/ /g|t»« !•.'/»• 'W Cette Langue primitive de l'Europe, la même dans fon origine que celle -
, . , des Orientaux , fe divifa bientôt en divtrfes Langues collatérales , à mefure
**'-^ • qu'ilfe forma en Europe de grandes Peuplades ; & que ces Peuplades , fe can- -
tonnant, devinrent {cdeutaircs, agricoles & n'eurent pointou peu de comma-î •
nication entr'elles.
'Ti Iki» lUA.Teia9t>i- De-là naquirent l'ancienne Langue Cr^cj-ttc ou celle des Pèlafges antérieurs:.
^ u^i^r ). iu»;.4 ^ beaucoup à Homère & à Héfiode ; l'ancienne Langue des Latins , ou cdl<?2
PRÉLIMINAIRE. xiij
dé Nùma , dans laquelle furent écrits ces Vers Salicns qu'oh n'entendoit JUu(/ri forUs
plus au bout de quelques fiédes, au tems de Cicéron Se de Varron : la f-^u^ria^
Langue Etrusque, parlée dans une partie trcs-coniîdérable de l'Italie ; \a
Langue Thrace, parlée au Midi du Danube depuis le Pont-Euxin julques à la J nrroLCLWn
Mer Adriatique, & la même que la Phrygienne ou celle des Habicansde Troie: TliYuqi u-n^ ^o i un^
la Langue Theutone ou Germanique , parlée depuis la Viftule Julques au '^cu.k^-n*!.
Rhin : la Langue Gauloife, parlée dans tontes les Alpts, dans l'Italie , en- ^ citit,
-ds-ça du Pô, & depuis le Rhin julques à l'Océan, ou dans ces contrées qu'on
appelloit les Gaules & qui renfermoient la France , les Pays Bas y la SuilTà
& tout ce qui fait partie de l'Allemagne en-deça du Rhin ; ajoutons-y tout ce
qui compofe les deux Bretagnes : La langue Cantabre , ou celle des anciens (euntM,l*rian
E/J5agJiols : enfin la Langue Runique , parlée dans les Pays du Nord. ^ UHtC
Mais de toutes ces Langues , celle qu'on regarde proprement comme la *5fct tiuiln_}priyt.ùfM^
Langue. Celtique , c'étoit la Langue des Gaules. Polybe j Diodore, Plu- 'J'aUblui'^
TARQUE , Ptûlémée , SxRABON , &c. femblent regarder le nom de Celte &
de Gaulois comme fynonymes , fans doute parce qu'au moyen de la réunion
de tous les Gaulois en un feul corps de Peuple fous le Gouvernement des ,
Druides & à la faveur de leur pofition aux extrémités de l'ancien Continent i2)vuxÉ/i.
. qui les^ mettoit à l'abri des révolutions fi ordinaires aux autres Peuples , les Ha- ■
,birans des Gaules avoient confervé la Langue Celte dans toute la pureté,,
; tandis que les autres Nations Celtiques l'avoient déjà altérée pat leur mê--
binge avec divers autres Peuples.
Etc'eft cette Langue que nous régaEdons comme la Mère de la Françoi(êî>yAx A(afkc/t *f /rmci»
& , qui a fervi de baie à nos Origines Françoifcs.
' ■ §v IL
Révolutions qu iprouvifejitrceuic qui la parlaient ' dans- lés Gaides.
^ ., 11 eft vrai que cette Langue paroît avoir été anéantie fous le poids déS'
. révolutio-ns qui accablèrent ceux qui la parlolènt. D'un côté ^ les ■Gî-écs qui
fondèrent Marfeillé & plufieurs Villes le long delà Méditerranée, qui s'é--
.tablirent à Lyon, à Bordeaux, & jufqu'à Paris oiiils venoient commercer , ■
,mtroduilurent avec eux un grand nombr£ de mots Grecs, Les Phéniciens qui
çommerçoicnt dans lés Provinces Méridionales, durent également y in^-
tioduire nombre de leurs mots , tous ceux relatifs à la navigation , aux deti- ■
^rées Orientales , aux Arts qu'ils profeffbient ; mais ces révolutions n'avo'wnc •'
_ été que locales , lorfque les Romains , déjà maîtres de la Provence & de la Gaole -
. Saxbonnoilê, dominèrent à Jules-Cclât Je Gouvernement des Gaulés, Ce Romain-»
iW DISCOURS
illtiftre par fonlseau génie & par fcs rares qaalirës , mais qui dcvoré d'amlâ-
tton , tfouvok qu'il valoiimieox être le premier dans un Village que le dcr-
lïier à Ronie , Ccfàr , dis-jc , ne iordt plus des Gaules avant de les avoir ré-
duites (bus la domination des Romains , & làns y avoir établi de nombreuf^
Mpy**^ Colonies Romaines.
•<* La beauté du climat ,1a ifcrtîliré de ces Provinces, la fociabilitc de leurs Ha-
' - birans, y attirèrent une multitude de Familles Romaines^ & dès le tems d'Au-
gufte ,les Gaules méridionales ctoieitt Latines, & l'on vit des Gaulois accou-
rir à Rome ponr y donner des leçons de Grammaire & d'Eloquence La-
tines. Il en fot bientôt de même des Gaules plus ièptentrionales ; & lorf-
'■ que quelques Empereurs d'Occident «urent établi leur rélîdence dans les Gau •
- *' les & fur-tout à Paris, on parla Latin for les rives de la Seine, comme fur
«elles du Tibre. Qu'étoit donc devenue la Langue des Gaulois ? Faite pour la
liberté , avoit-ellc di^arn avec elle , & put-elle rcfifter au long e(cla%'age
idans lequel les Romains tinrent ces Peuples pendant refpace de cinq oa
■fix fiéclesî Du moins fi au bout de ce tems, les Gaulois avoient pu brilêr
5eurs fers & être du nombre de ceux qui renverferent cet Empire deftrudeur
,& inhumain ; mais ils ne (ôrtirent d'un efclavage que pour retomber dans
nn autre , & pour devenir la proie d'un grand nombre de Peuples barbares ,
rdes Wifigoths , des Bourguignons , des Aliemans , des AlaJns,des Normans,
iics Francs qui , plus heureux, firent diiparoître tous les autres, & refterent feuli
, jnaîtres des Gaules.
' ' Ces révolutions font connues: on fait que les Wifigoths fondèrent un
Royaume dans les Gaules méridiosales , qui fut détruit par les Enfans de
Clovis : que les Bourguignons en fondèrent un le long de la Saône & du
"Rhône , auquel ils donnèrent leur nom & qui fe fondit infenfible-
jnent dans la Monarchie Françoife : que les Francs , formes de la
ftéunion de plufieurs Peuples de la Germanie , après avoir occupé pen-
dant long-tcms les deux rives du Rhin , depuis Francfort jufqués à la mer , &
xous les Pays-Bas, mais divifés en plufieurs Royaumes , arraclierent enfin les
■Gaules aux Romains: que les Aliemans s'établirent dans l'Hélvétie, dans les
pays abandonnés j)ar les Francs, dans la Lorraine & l'Alûce; & qu'avant
Clovis , Crocus, un de leurs Rois, avoir ravagé les Gaules jufques dans la Pro-
vence : que dans cette expédition il brûla entt'autres Villes ^psy Capitale des
Helviens ou Habitans du Vivarais, & près des ruines de laquelle on bâtit fin
im coteau une Ville qu'on appeBa yïlle-Neuve de Berg ou de la Monta-
gne. On iâic encore que les Rois de Trance furent forcés d'àbandonnd;
PRÉLIMINAIRE. XV
aux Normans , cette belle Province qui porte encore aujourd'hui leur Nom.
Quant aux Alains, on connoîc beaucoup moins gcoér>ilemen:!a part qu'ils eu-*
rent aux révolutions des Gaules ; mais comoie ce point d'Hiftoire éciairciç
quelques objets relatifs à nos recherches, noua ne pouvons nous diipcufei
d*en parler un peu pUis au long. Les Alains étoîenr dit nombre de ces effàiii^
épouvantables que la Haute -Afie vonùSbic faiis cefle de (on fein, & qui
changeoient en vaftes Déferts les plus belles Contrées de l'Empire Romain,
Ceux-ci Joints aux Taifàliensaufli féroces qu'eux » pénéxrerent dans, les Gaules,
au Commencement du cinquième fiéc!e».rous la conduite de leur Roi Goar.
Bientôt iis fe partagèrent en diverfes bandes. Les ans,'apris ayoir ravagé lej'
Provinces méridionales des Gaules, pénétrèrent jufquesdans l'Efpagne ; d'au-»
très s'arrêtèrent fur les bords du Rhône dans le territoire de.YaleiKe •> des troi-j-
fiémes , descendant le long de ïa Loire , formereat des- cEabljflemens fup
Ifes bords de ee fleuve depuis Tours jufques à la Mec. Là», iiî ôeyrirent ua^
demi-fiéele ; mais s'étant réunis aux Wifigoths pour faite le fiégc d'Orléans,)
jh furent taillés tn pièces par Childéric <&: par Egidius Géncr^. des Romains»-
Pes Alains forent alprs réduits à l'état le plus déplorable, & forcés de fe
cantonner datis les endtoits les plus déierts de la baiTe- Bretagne & danS'
ccne portion de là Saintonge , que les ravages de la Mer- rendoient inha--
bitable ; ce canton en prie le nom de Pays, des- Alains oji Aluni ^ qui fe çhan-f-
gea infcnfiblemenE- en- P(*yj d'Auhdx. L'indigeiice &: la nécefficc 6rent que*
ces Gantons incultes devinrent entre leurs mains de fertiles Contrées; ils=
en ddtcchoienr les marais , ils les mettoieat en valeur*, & la pêche devenoic-
pour eux un objet tout à la fois & de (ubfîftance & de commerce.
Nous trouvons donc id dans ces Peuples barbares, défarmés, St tombes»
dans le plus profond aviliflement, la vraie origine des Gahets ou CAtsoTs de
h petite Bretagne, de la Guyenne & de Bordeaux fur lefquels on a tant & fi-
inutilement écrit , dont- nous avons parlé dans le corps de nos Origines Fran-
feoifes,& que nous avons dit devoir être néccirairementks re (les d'un Peuple-
qui habitoit ces Contrées & qui s'en ctoit vu arracha: la poflêffion.
Nous en trouvons les preuves dans un Ouvrage que nous ne connoiP
fions alors que de nom , l'Hiftoire de la Rochelle & du Pays d'Aunix , par M, •
Arcere ,de l'Oratoire, & de l'Acadéraie Royale des Sciences. &des Arts de
ia Rochelle. «• Il y avoir , dit - il , ( p. jo ) au XF 6éele, fiur la; lifiere du
» Poitou & de l'Aulnis , une branche de Teifaliens , NaiioD Scythe : ces
» Peuples étoient entrés dans les Gaules , fous la conduite de Goar , Roi des
»Alain$%Ces hommes féroces, vivoient au n^ilieu des aaauis & des hallie»B'>
srj ' Dl se O aR S
w impénétrables de l'Ifle de Maiilezais. Ils n'auroient pas choifi un fcjour aufTi
•I (àuvage , fi une loi fupérieure ou les malheurs de la guerre ne les y avoicnt
I» contraints , comme on l'a dit ddeflus. .
"■ » Puilqu'il eft certain qu'une branche de ces Peuples qui inondèrent les.
»» Gaules , fubfiftoit encore au XP. fiéele fur les bords de la Sevré , il faut lup-^.
»» pofèr, 1°. que c'étoit-là un refte de ces Peuples pcofcrits & fugitifs : i°. que
•• ces Barbares ne fe tinrent pas cantonnes dans un tcrrein auffi relTerré que
»> rifle de Maiilezais ; & par une conféquence naturelle , il s'enfuit qu'ils cher-
ïïthcrent- Une retraite plus, fpacieufc dans les bois & au milieu des marais
M d'alentour; mais ils a'avoient qu'à travcrfèr la Sevré pour trouver cette re-
« traite dans les champs incultes & inhabités que nous appelions préfente-
» ment le Pays d'Aulnis. '
« On découvrit il y a quelques années , ^ajoute le mâme Auteur , en fouil-
•* lant les terres près de Maiilezais , dans la Paroifle de Saint-Sigirmond , des
»> fquelettes d'une'longueur extraordinaire. Les crânes étoient fort gros, &
«* les os des bras & des jambes extrêmement allongés. Cette découverte prouve
»» que ce Pays a été habité par des hommes beaucoup plus grands de taille
«j que les Gaulois; & ces hommes étoient 6ns doute les Alains, à qui Ammien
■»> Marcellin donne une taille trcs-avantageiife. Ces Peuples reflèmbloient
« afïèz aux Bourguignons, Iclquels, au rapport de Sidonius Apollinaris ,
-» avoient fept pieds de Jiaut; .& que c£t Auteur pour cette raifon compare à
oj des Géants ».
M. Arcere obferve enfuite avec beaucoup d'exaftitude & de fagacité , que
dans la Carte géographique ©u Table de l'Empire Romain , dreirée, non au
tcms de Théodofe le Grand & de fon fils Honorius , comme l'a cru M. Arcere
avpc tous lesSavans, mais antérieurement,, comme l'a fpct bien prouvé M. le
-Comte de Buat dans fbn Hiftoire des anciens Peuples de l'Europe, que dans
-cette Table , dis-je , publiée par Peutinger , le pays d'Aulnis n'eft qu'un dé-
-fert :que dans le X=. lîccle , une portion de ce pays eft appellce Terra-Nova. ,
Terre-Neuve, & encore de nos iours T^rre ^ nouvelle ^ canton enclavé dans
-la ParoifTe de Notre-Dame de la Rochelle; &.<iu'il n'efVpoint étonnant qu'on
lî'y trouve aucun nom de lieu qui ait quelque rapport .avec Jes mots ou avec
les noms de lieux qui reftent de la Langue Ctlte-
! Nous trouvons encore :daris cet Auteur des faits intéreflàns relatifs à ces
Ti\êmes Peuples & au mot Colibert j dont iwus parlons dans nos Origines
îrahçoifès, <ro/. i6p.
.La Ville de ÇhateUiUon, première Capitale du pays d'Aulnis^ dépériflâni
chaque
PRÉLIMINAIRE. xvij
«chaque jour par les ravages réitérés de la guerre & des flots de la mer qui fi-
nirent par engloutir cette Ville infortunée , quoique bâtie fiir un roc, il s'en
éleva une autre fur ces parages dont la gloire furpafla de beaucoup celle de
l'ancienne. La Rochelle, quin'étoit d'abord qu'un amas de mauvai(ès caba-
nes de Pécheurs, lortit alors en quelque fone du fein des eaux. Les privi-
lèges que la célèbre Eléonore, DucheiTe d'Aquitaine., accorda à cette Ville
uaifTante , y attirèrent de toutes parts une foule d'habitans. Les Coliberts ,
ces habitans à demi-fàuvages du Bas-Poitou & de l'Ifle de Maillezais, ces def-
cendans des Alains & des Taifales , don: la pêche. faifbit la principale occu-
pation , accoururent dans cette Ville nailTante au commencement du XII*.
fiécle. Il fallut aggrandir la Ville : fondée par des gens de mer, elle devint en
'peu de temps une Ville maritime dont les vai(reaux allcient chercher au
•loin ce qui manquoit à une Contrée aride , & cnrichifloient fes habitans
par le commerce le plus florifiânt. Ces Coliberts , dit un ancien Auteur,
PiERiŒ DE Maillezais , qui devoir bien les connoître , étoient main-mor-
tables : ni entièrement ferfs, ni tout-à-£ait libres; mais ils tenoîent un milieu
entre ces deux états , & leurs enfans n'appartenoient pas au Patron , comme
ceux des ferfs à leur maître. Auffi ces gens - là étoient appelles Hominc4
itondiiionaUs , Hommes de condition.
î. IIL
Ce que derlnrent les Gaulois au milieu de ces rèvolutiont.
Mais revenons aux Gaulois qui paroiflTent anéantis eux & leur Langue^
au milieu de tanr de fecoulTes. & de révolutions. Un très-grand nombre res-
tèrent dans le (ol qui les avolt vu naître ; ik y formerenf un peuple de feris,
qui perdirent infenfiblement route trace de leur origine , &: qui ne commen-
•cerent à rcfpirer que lorfque les Rois de la troifiéme race permirent aux Com-
munes de fe racheter \ ce gui donna lieu au Tiers-JÉtac qui fit de la France
un Empire redoutable.
Les feuls Gaulois qui (è maintinrent en liberté furent , i". ceux qui (è
jéfugicrent dans le fond de la petite Bretagne , à l'extrémité de cette vafie
Prefqu'ifle , qui cft elle - même la -portion la plus reculée des Gaules ; & i».
ceux qui habitoient la Bretagne ou le pays que leur enleva enfuite la Nation
Angloi(e , & qui fe réfugièrent dans les montagnes des Wallcs , ou des Galles,
& dans la Province de Cornouaille vis-à-vis la petite Bretagne. Une partie de
£es derniers fe réunit aux Bas- Bretons, Habitans de la Bretagne Françoiic,
Dict, Etynu c
xviij DISCOURS
Ces Peuples cantonnes dans leurs montagnes efcarpces , ou fur leurs coter
ftériles , n'y furent jamais entièrement vaincus , & s'y conferverent fans mé-
lange ; leurs fiers vainqueurs ayant dédaigné de partager avec eux un folauflî
ingrat. Séparés ainfi du reftc de l'Univers , ces débris des anciens Celtes ont
confervé leurs anciens ufages , & parlent une Langue qui n'a aucun rapport
à celles des Peuples qui les ont fubjugués , 5c qui s'eft partagée en trois
Dialeftes , le Gallois , le Cornouaillien & le Bas-Breton ; Dialcûes qui onc
entr'eux le plus grand rapport, & qui font inconteftnblement les précieux
reftes de l'ancienne Langue des Celtes ou des Gaulois. Propofuion impor-
tante, & qu'il faut mettre au-delTus de tout doute , puifqu'elle fait une des.
grandes bafes de notre travail,
§. IV.
Preuves que la Langue Celtique ful>jîjle encorci.
L'accord des Gallois , des Gornouai'liens & des Bas-Bretons à parler fâfe
même Langue , Langue qui n'a nul rapport avec le François , l'Anglois „
le Danois & le Latin, avec ces Langues qu'on a parlées ou qu'on parle encore:
dans les pays qui appartenoient à leurs ancêtres Gaulois; cet accord prouve
manifeftemenr que cette Langue eft celle des anciens Gaulois , celle qu'on par-^
loit au moment de leur ruine. Par quel charme ces trois Peuples vaincus &
réparés par la mer , & par des dominations différentes , fe feroient-ils accordés;
à abandonner le-ur ancienne Langue pour en adopter une nouvelle , & la même
pour eux tous ? Ce n'eft point. une Langue «ju'ilsayent adoptée, c'eft celle qu'ils;
parloicnt lors de leur infortune, & qu'ils ont confervée chacun de leur côté.
Cette Langue n'a gicme pu changer eflentiellement; en effet, ce qui change
lés Langues , ce font les révolutions qu'éprouvent ceux qui les parlent , & leur,
mélange avec d'auties Peuples ; mais depuis la retraite des Bas-Bretons &
des Gallois (ùr leurs côtes déferres & dans leurs montagnes, ils n*ont éprouve
nulle révolution , nul mélange : aufli le Bas-Breton & le Gallois s'accordent:
encore, & rtprélentcnt par-là même l'état de la Langue Celtique, au moment:
de l'invafion à^ Romains & de celle des Francs. Il ne s'y eft glifTé que des;
additions de mots occafionnés par la Religion Chrétienne qu'ils avoient em--
braffée, & par quelques termes d'arts qu'ils ont empruntés de leurs voifins;;
mais ces additions ne changent rien au fond de leur Langue & à leurs autres;
mots : ce font des reftcs: de l'ancien Celte.
Ces Dialeûes offrent; une prodigiculè quantité de monofyllabes , dont,'.
Comme autant de radicaux , dérivent leurs autres mots : c'eft donc une Langue:
Ittimitive, qu'ils parlent , puifque tel eft le grand .cara.6lcre difiinâif des Lan?-
PRÉLIMINAIRE. xix
■gues premières , dés Langucs-meres : cette Langue ne peut donc être que
l'ancien Celte.
Ces Dialeftes renferment encore une multitude de mors radicaux qui
donnent l'origine d'un grand nombre de mots Grecs, de mots Latins, & des
mots de diverfes Langues d'Europe ; tandis que ces mots radicaux n'exiftcnc
pas dans ces Langues : preiive inconteftable qu'ils appartenoient à la Langue
-primitive de l'Europe, &c qu'elle s'eft tranfmife avec le plu? de pureté ou de fim-
plicité dans le Gallois & le Bas-Breton : enforte que ces Dialeftes nous repré-
fentcnt l'ancien Celtique , dont fans cela on ne pourroit que regretter la perte.
Ajoutons une dernière preuve auffi intcreflànte que conforme aux prin-
cipes du Monde Primitif. D'après ces principes , tout nom de lieu a une fi-
gnification déterminée : lors donc qu'il ne préfente aucun fçns dans la Langue
vulgaire , il feut le confidcrer comme des reftes d'une Langue plus an-
-cienne & parlée par les Fondateurs de ces,!ieux : enforte que pour déter-
rniner le plus ou le moins d'antiquité d'un lieu , on n'a qu'à coniîdérer (es
rapports avec la Langue vulgaire du Pays. Tous ceux qui font fîgnificatift
dans cette Langue vulgaire font poftérieurs à fon établi iTement ; tous ceux qui
ne prcfentent aucun fêns dans cette Langue , peuvent être cen'és l'ouvrage des
-polTeiïèurs plus anciens de la contrée ; & la chofe refce lâns réplique , fi en
•rapprochant ces noms de la Langue des premiers poîTèfTcurs, on en retrouve
les clémens d'une manière parfaitement aftôrtie à leur nature.
Si d'après ces principes nous jettons les yeux fur une carte détaillée des en-
•virons de Paris ou de l'Ifle-de-France , nous y appercevrons au moins deux
fortes de noms : les uns qui font fignificatift dans la Langue Françoifè; les
autres qui n'ont aucune figniiication dans cette Langue.
Voici des noms de lieux de Tlfle-de-France de la première clafle, & qui ont
nété par conféquent impofés depuis la formation de la Langue Françoifè.
L'Abîme.
La Barre.
Le Buiflbn.
Le BuifToncf,
Les BuifTotis.
La Bute.
La Chenaye;
Le Château.
La Chauffée.
Le Coudiay.
L'Etang.
Les Enclares.
L'Epine.
Xes Epinettes.
L'EfTart.
La Votèt.
Les Fontaines.
Le Gâteau,
La Garenne.
Le gros Taillis,
La haiite-VilIe.
Le Hameau.
La Mala/fife.
La Mare aux Boeufs.
L'Orme.
Le Prenbîr,
Le PafToir,
La Roche.
La Ronce,
La Tourncuvcf
La Villeneuve;
L-c Vergcrdcs champs.
Le Tertre,
Beaulieu,
Grand Champ,
Haute Bruyère.
Hauterive.
Montfort,
XX DISCOURS
Noms qui fcnt tous pris dans la portion Sud-Oueft de la Carte de !'Ifle-de>-
Francc par M. Dilisle. En voici tirés des environs de Paris.
LesBons- Hommes.. Conflans. La Montagne, Les Moulîneaux.
Belleville. La Chapelle^ ATontrouge. La Vilettc.
LeBouquef., Maifon», Menil-montant; La SauKayc.
Mais fi on trouve dans cette Carte quelques lieux dont le nom fbit connu i»
on en rencontre à chaque inftaut dont les noms n'offrent aucune fignitîcation :
auroient-ils été donnés en l'air > Mais ce que font les François en impo(ànt
un nom à quelque lieu, leurs prcdécefleurs dans les mêmes Contrées ne
l'auront ils pas fait également 5 Auront- ils inventé avec une peine extrême des
noms fans valeur, tandis que leur Langue leur ofiroit tout ce qu'il falloic.
pour impofer à chaque lieu , à chaque fite , un nom qui en fût la peinture par-
faite ; On peut être afluré qu'en comparanrles noms d'un grand nombre dt
lieux de l'Ifle-de-France a(5i:uellement fans fignification , avec les mots Cel-
tiques qui leur correfpondent , on verra revivre ces noms ; & on aura une
Carte de rifle-de-France abfolument neuve , qui fera comme un Diûionnaire
Celtique , & dont chaque nom peindra le lieu qui le porte. Afin qu'on fe forme
une idée d'un travail de ce genre & des avantages d*une Carte pareille, rap^
prochons de la Langue Celtique , quelques noms de l'Ifle-de-France pris au-
hazard. Les ctymologies que nous en donnerons, ne feront pas aufîî amu-
fimtes que celles que les Grecs donnoient de leurs Villes ou de leurs Fleuves ,.
dont les noms étoient toujours ceux d'un Héros ou de quelque belle Nym-
phe : elles ne feront pas aufïï gaies que celles qu'HAMirroN donne des en-
virons de S. Gèrmairi, de Noify,des Moulineaux, de Pont-d'aHe; mais du moins>
elles feront. plus inflruâives.
r. V.
Noms dé divers lieux de rijle- de-France , expliqués par la Langue Celtique,
Nous trouvons d'abord les Averhes , très belle Campagne de trois lieues- •
d'étendue , & qu'on féme en froment ; GonefTe cfl à fon extrémité Occiden-
tale. Il n'efl donc pas ctonnantque Gonefïè fbit renommé pour (on pain , Se
que cette Campagne ait été appellée les Avernes. Ver>Var, Bar, fignifîa
Me S< pain dans la Langue Celtique. C'efl de ce mot que les Latins firent
EJ.R , blé , & que nous avons Î3\t Farine.
AuTîuiL & AuTiLLE font dcux "Villages fitués fur les bords de là vSeine , tlin;
près de Paris , l'autre plus loin en defc€ndant auffi : ces noms peuvent doncc
venir. d'^j7, Eau, & Tfii, élévation, colljivç,.
PRÉLIMINAIRE. xx)
Au Midi des Avernes cft un Canton en bois qu'on appelle Aunay. C'eft
là portion Occidentale de la Forêt dcBondi. Là on voittousces lieux, Aunay,
I,iVB.Y eiï Aunay , Clichy en Aunay : au Nord, la Villette aux Aulnes :
au Sud, Villeneuve aux Aulnes. Tout ces noms viennent doncdu Celte ALNy
Eois d'Aune^
Ar, Her , Hert , Ard, font des mots Celtiques qui dcfignent des Fcç
rets : il n'eft donc plus étonnant de trouver dans l'Ifle-de-France ,
Artle , Forêt & Canton dans le Vexin près la Roche-Guyom
La Forêt d'HERi-Vxux, au Nord de Luzarchc.
La Forêt de Senars , fur les bords de la Seine, en-deçà de Corbeil. Ceft
mot-à-mot \a.¥oTèt fiir Seine.
Mont-l*Hery, mot-k-mot , Montagne de la Forêt.
On voit en même tems que tous ces noms font de la même famille qu«
celui de la célèbre Forêt des Ardbnnes.
BRIGA , BRI VA , fignifioit un Pont , un lîeu fur une rivière Se près d'un»
Pont jde-là, la Briche près S. Denis.
Boulogne, compofé de Bon, tête, & On, eau, défigne un fieu' pracc
au coude ou à la tête d'une rivière. La rivière y formoit anciennement un
coude , peut-être avant qu'elle fût defcendue plus au Midi. D'ailleurs tous-
ks' endroits appeHés ^oa/o^ne font fur des eaux : de-là encore •
Boneuil, fîir un coude de la Marne; mot formé de £«j/ , habitation , &-'
àtBoif', tête^coudci-
BRE , défigne en Celte des lieux marécageux : de-li,-
BKiEjfumommc Comte-Roberr.
Brevone, ruilTeau qui vient du côté de Dammartin , pafîe à Claye , & (c-
jette dans la Marne après avoir traverfé des Cantons marécageux.
Breticky , mot-à-mot , lieu fitué dans un fond marécageux , bourbeux.
Beau vais, en Celte Bellovac, Ville fuuée fur une montagne au bord dix'
Terain. Ileft donc compofé des mots Ac , habitation , Lo, Rivière, Fal, Bal,,
élevé. Habitation éltvée fur l'eau.
Bt£Au ,.fignifie eau bleue. On en fit le nom Celte d'un lieu (îtuc près-
d'une fource , & duquel en y ajoutant le mot François Fontaine , on a fàic
Fontainebleau.
Yi&BRÉUiL , Brol , qui fignific un lieu plein de buiflbns, font venus ««t-^
nomsr
Le Breuil ,; au Sud de Mantes.
LeBREuiL, au Sud de Longjumeao;'
.■■••< À
xxîj DISCOURS
Le Breuil & Breuilx-et, près Châtres.
Le haut & le bas Breuil , au Sud de Koudan.
' BvR , Beur , BoR, défignoicnt une maifon de Campagne : de-Ià
BuRï, au Sud de Meulan.
Bure, gros Village entre Chevreufê & Palaifeau.
Beuron , à rOuefl: de Mantes : & nombre de lieux appelles ,
Borde , la Borhe , les Bordes.
Cad , Cat , altéré en Chat, Chav^ Cuoi/fScc. fignifia dans cette même
JLangue Celtique, bois , forêt : de-là ,
■ --CHATOU-lûr-Seine, à l'entrée d'un grand bois.
Chatou, près la Grange aux bois , fur la rivière d'Etampes.
Chatenay, Chavile , Chatillon, aux bords des forets de Meudon &
-de Verrières.
Chatenay , entre Ecouan & Luzarche , au bord d'un bois.
Ghaumont , fîir une Montagne près d'un bois.
CoucY, dans une forêt dont le nom Celtique Coed a été dénaturé lui-
,fnême en Cuisse.
Choisy, mot-à-mot f Bois fur la rivière , fi ce n'eft pas un nom François
pour défigncr la fituation de ce lieu.
Cata-locum , nom Celte de la Ville de S. Denis; mot-à-mot, lieu fitué
fur des rivières au bord d'un bois.
CoND , CONDAT , défignoient des lieux fitués au confluent de quelques
itivieres : de-là ,
CoNDÉ,Ville au-deflous de Mcaux, au confluent de la Marne & d'une petite
■ïiviere.
CoNDÉ , au confluent de TAifne & de la Vefle.
CondÉ, au Sud-Eft d'Houdan, au confluent de deux ruiflèaux.
Courbevoix , en Celte Corbaviou , éfl: compofé de lou , Eau ; BàU ^ ha-
bitation j Cor, Montagne, élévation.
Creil , Creteil , font fur des élévations , fiic des Crets.
VoUR. , défignoit une rivière , un lieu où on pafloit une rivière, une porte:
ide-là un grand nombre de noms en Dour :
DouRDAN ; de Dan , habitation , Foret, & Dour , Riviere.
Deuil , au Sud de Montmorency & dans la plaine : c'eft le Celte Dol ,
Jieu bas & fertile.
Epinayj au Midi de Luzarche , &fur une colline; du Celte P«ir , fonunct^
pointe , Montagne : d'où,
PRÈLIMINAIR E. xxiij
Epinav , au Sud-Eft de Long)umeau , entre deux ruiffeaux^
PiNCOuRT, ou l'habitation élevée. Les Monts Apennin.
Le Fay , près Linas ; du Celte Fay , Fag , hêtre.
Le Gastinois, Province de l'Ifle-de-France , entre la Seine & la Loire, doit
/bn nom à (es vaftes Forêts. On en trouve la preuve dans le Préfidcnt Fauchet;
il rapporte dans Tes Antiquités Françoifes(i), que fous la première Race de nos
Rois, on appdloit Gaudine le pays qui eft entre la Seine &: la Loire, parce ,
ajoute-t-il , qu'en Gaulois les Forêts fe noramoient Gaule. Il n'y a donc point
de doute que ce nom n'ait été altéré en celui de Gaudinois & Gatinois ; d'au-
tant plus qu'on appelloit également Vastines, les Cantons dont on avoit
abattu les forêts pour les mettre en culture , & les Forêts même. Dans la
convention paflee entre le Duc de Brabant, & le Chapitre de Sainte Vaudru,
àMônSyl'an 1 109, & rapportée par Auben le Mire, dans (à Diplomatique Bel-
gique, 011 dit: Omnts Fastinm quce terne- fylvejlres duuntur : » toutes les
M Vaftinesou Gajlines qu'on appelle terres à Forêts ou champêtres ».
Dans le Poitou , on a également donné le nom de Gastine à un Canton*
adèz conCdérable qui eft plein de coteaux , de ruifleaux , d'étangsf & de boca-;
ges..
GouRNAY fur Marne-, de Gor, fur.
Gekberoy, fur une Montagne élevée qui domine fur le Terain, rivière quï^
pafle cnfuite à Beauvais : de Gar , rapide ; & Ber, mont.
Haqueville fur la Seine , à l'Ouell de Poiffy , fignifie lieu fur l'eau , oa
près de la Forêt ; de H^G , Forêt.
LesHAYEs& les Layes , à l'Oueft & à l'Efl de la Foret de S. Léger, au-
Sud de Montfort-l'Amaury : du même mot Hag, Hay, Forêt, d'où Haye, &c,'
S. GERMAIN-en-LAYE.
Luzarche, au Nord de Paris, fur une hauteur: du Celte ^kc, habitation:
élevée , qui forma le Latin ARCe , habitation fur un lieu haut, Fortercfle, Châ-^
tcau ; & de Luc , Lus , 1°. élévation ; 1°. Eau.
Med', défignoit un Pays de pâturages: dc-là ,
Mèdunta , ou Mantes fur Seine : & les noms en Mediolanum, tel que
Milan , & peut-être Melun.
iViot, Mel^ fignifioit coUine , montagne ; de-là,
MoNTi-MELiAN , fut UHC colUnc pxès Dammartiu , nom qu'on retrouve'
dans une ForterefTe de la Savoye (îir une coUine élevée.
,^,._ ■ ■ ■■ ■ '■•* » ••
.i;.) LiViV.çhkXVII,. '
xxW DISCOURS
Meudon , en Celte , MoL-DVNum , montagne élevée.
JWofi, défignoit auflî un coteau, un morne; de-là ^
MoNT-MORENCY , fitué fîir Un coteau , nom auquel par un double em«
ploi on â réuni k nom François Mont zstc le Celte MoK qu'oa
n'entendoit plus, comme on a fait à l'égard de Fontainebleau & de
tant d'autres lieux.
M.AVR défignoit au contraire des lieux marécageux , des lieux inonde» ;
c'eft ainfi que près des marais traverfcs ou formés par la Brevonc,
|dont nous avons déjà parlé, & par un autre ruilTeaUjon trouve
MoRY & Mauripas.
Maurepas, au Sud de Pontchartrain , entre VerMles & Momfort, étant
^fitué à la fôurce d'une rivière & dans des pays de bois , doit avoir éga-
lement la même origine.
Cla-mab. fous Meudon, lieu marécageux & jcnfermé dans un fond,
dans un clos,
Nant , fignifie en Celte un vallon , un lieu "bas , xui fond où coule une
jiviere, où efl: un lac, ôcc. De-là ,
TJANTtRRt, moi-à-mot, la foret du vallon.
1^JAN•IOUII,I,ET , près la Brevone.
Nanteuil, au-delà de Dammartiiu
NANTEUit , près Meaux.
//£Z7, Noue, Nou, défignoient des lieux arrofés ; tels,
NEuiLLY-fur-Seine , NEUiLLY-fur-Marne;.de Neu^ prairie; «m//, habitatîoiç"
i fy , «y , eau.
.Les Noues , au couciiant de Corbcil , & nombre de lieux appelles Noui,
la KouE, &c.
FjIC , Pec , Pic , défigna conftanament une montagne , un coteau poin-
tu, une colline; de-là,
Pacy , mot-k-mot, le coteau de la rivière.
Le Pec , au bas de la montagne de S. Germain.
jLe Plessis-piquet près de Sceaux , {ùr .un coteau pointu.
PiQUE-ptjcs près Paris. PuCB eft une altération de Pur», Podj autre nom
Celtique des coteaux, qui fornu la &miUe Latine JPoT-ejl^ il eft puif-
,iànt, il peut.
;Le Plessis^ nom fi commun en France, s'eft formé du Celte Plec , plî,'
qui forma le Latin Plexus, On défignoit par-là des Heux cultives & qu'oa
jfinferiQoic de haies, donc les branches //^V» , entrelacées les unes dan«
Us
PRÉLIMINAIRE, xxT
les autres , les rendoient impcnérrables. On en fit le vieux François Plefler,
plier des arbres pour les encrelafler,
HoVy nom des chênes en Celre , forma le Latin iJo^^wr, chêne; de-là.
Rouvres, (bus Dammanin.
Rouvres, près la forêt de Senars.
Xe Gros-Rouvres, à l'Oueft de Montfort-l'Amaury} Taot-à-moCy\Q Gros-
Chêne.
SuRESNE-fur- la-Seine, au bas d'un coteau appelle le T<,T;r<; dans la carte de
deLifle ,& aujourd'hui le Mont- Valcrien , paroît tirer Ton nom des
mots Celtiques St/it, 5ot//i, Eau, & -<^ZSA^, coteau, mot-à-mot ^ habkatiou l*!^*^
entre la rivière & le coteau.
Var, Ver, dcfignoient des rivières, des lieux bas arroges par des rivières, ^ . x
des arbres qui aiment l'eau; de-là, iUti\
Verneuil , près Meulan; Vernouillet ou le petit Verneuil, au midi de '
ce même Verneuil , & nombre d'autres lieux qui portent le même nom.
La terminaifon des noms de lieux en Euil,[Î commuiîe dans l'Ifle-de- France iijij:''
& dans le Perche , eft elle-même un mot Celtique : c'eft le mot dont nous
avons fait f'/Z/ê , dont les Launs av oient fait ViJLLAy&c qui fubfifte dans
l'AlIenraud ff>'yi
La terminaiion des noms de lieux en Tré, Trv, comme dans Vitré,
ViTRY , eft le mot Celte Tre , Tri , habitation , joint à l/Yy Eau.
Omettrons-nous la Seine , & l'ancien nom de Paris , le nom de Lu-
TECE ; Nous avons déjà vu que Lo , Lu , dcfignoit les Eaux , les rivières.
Tec figniBoit en Celte comme en Latin &: en Grec , abri , cacliettc ,
couvert. LuTECE étoit donc mot-à-mot ^ lieu défendu par les eaux. Pou-
. voit-x)n mieux dcfigner une Ville bâtie dans une IlTe qu'on avoit choifie *
pour le landuaire , pour l'afyle inviolable de la Déefle des Eaux qu'ho-
noroient les Celtes?
La Seine, dont les eaux coulent avec une fi grande lenteur , -& font
tant de détours qu'on diroit qu'elles ont peine à quitter l'Ifle-de-France,
fut bien nommée Sehen, Sehan , prononcé par les Latins Sequan, mot
qui fignifîoit /rn/, pa.rtjjiux. Les Gallois en firent Sejïj, lent ;& les Latins
Segnis , pareflèux , lent.
Tous ces noms fi bien aflortis aux Dialeftes Gallois & Bas- Bretons ,
& en même tems communs au relie des Gaules & à une grande partie
de l'Europe , prouvent également que ces Dialeftes font des rcftes prc-
deux de l'ancien Celte, .;
Dici. Etym. d ;]
Tbaxliï
fiudlct
xxvj DISCOURS
§.VI.
Savans qui avaient déjà ejfayé d'expliquer divers noms de lieux
par la Langue Celtique.
Quelques Sarans , frappés de l'avantage qu'on pouvoîc retirer des Dialec-
tes Celtiques pour rendre raifon des noms de lieux dans les Contrées habi-
tées anciennement par les Gaulois,avoient déjà eflayc de faire ulâge de cette
méthode relativement à leur Patrie. Ainfi Baxter expliqua dans (es Anti-
quités Britanniques les noms des lieux de l'Angleterre par le Gallois & le
Bas-Breton.
à , t AsTRuc, ceux du Languedoc, dans (es Mémoires fur cette Province.
'^ *■ BocHAT , ceux de la Suifle en 1 7 5 « > dans fes Mémoires fur la Suiflè,
J^ûckaL «n 3' Vol. in-4®.
BuLLET, prenant un champ plus vafte, appliqua cette méthode dans
le premier Volume de (on Diftionnaire Celtique , à la France , à la
Grande-Bretagne, à l'Efpagne, à l'Italie, à la Suiffe, aux Pays-Bas, à
une partie de l'Allemagne.
Ces Savans ont fait voir des refies intéreflàns de la Langue Celte dans
«ne multitude de noms qui s'expliquent parfaitement par cette méthode,
du moins le plus grand nombre, car on ne fàuroit fè flatter d'appliquer
toujours d'une manière exafte les mots Celtes ; mais dans des objets de
cette nature, le fort emporte le foible.
Ces efïâis cependant n'ont été jufques ici d'aucune milité ; du moins
leurs efïèts ne font point fenfîbles -, & les Savans ont continué de négli-
ger les Dialeûes Celtiques, & même de regarder la Langue des Celtes
comme entièrement perdue.
Cependant ces mêmes Savans rafTemblent avec foin les refies d'an-
ciennes Langues qui n'ont pas des titres plus authentiques de leur con-
fèrvation : on a recueilli avec foin les reftes de l'ancien Egyptien fondu
dans le Copte ; les reftes du Theuton épars dans tous fès Dialeftes ; les
débris de la Langue des anciens Goths confèrvés dans la petite Tartatie:
ne feroit-on injufle qu'à l'égard de la Langue de nos Ancêtres î
Avouons que fi on n'a pas retiré des travaux 'de- ces (àvans Auteurs
tout le fruit qui devoit en réfîilter, la nature même de ces travaux en a
fouvent été caufe. Abforbés par de menus détails, ils n'ont pu s'élever
aux grands principes : plus ils fè livroient à ces détails. Si. plus ils roulci-
PRÉLIMINAIRE, xxvîj
plioient les erreurs. Souvent encore , ils s'actachoient à des fyftêmes
inutiles à leur caufe , & qui leur nuifôient infinimenr , parce qu'on faifoit
l'eflentiel de ce qui n'croit qu'un vain accefloire. C'eft ainfi que Bochat,
qui dans fès explications des noms de lieux , eft plein de goût & de cri-
tique, vit Ion travail perdu, parce qu'il s'étoit cru en état de prouver que
l'Helvctie avoit été peuplée par des Gaulois venus des Provinces méridio-
nales de la France ou des Gaules, & qui a voient fuivi les bords du Rhône:
queftion qui fit perdre de rue la principale.
BuLLET de Ton côté, à qui on a l'obligation d'avoir réuni en un corps
les divers Dialeûes Celtiques , adopta une méthode qui ne pouvoit que
nuire à fon ouvrage , & qui lui a fait beaucoup de tort , dans l'elprit des
Savans. Pour expliquer les iMjms de lieux , it les prend toujours un à un }
ne les confidérant ainfi jamais en malTe , il tombe dans des longueurs qui
rebutent ; & entraîné lui-même par des diflferences qui ne méritent nulle
attention , il donne fouvent aux mêmes noms des interprétations ablôlu-
ment diflfcrentes -, enlbrte que fon ouvrage ne paroît avoir aucune bafc
iblidc , & être entiétement arbitraire.
Il n'a pas été plus heureux dans l'arrangement des mors de fon Diftion-
naîre : il ne les arrange point par familles , & il les répète autant de fois
que leur orthographe change, enferre qu'ils paroilTcnt multipliés à l'infini, &c
^u'on ne voit qu'un eahos inexplicable.
Ce n'eft pas tout : abulânt de ce principe certain que la Langue Celtique
donna un grand nombre de mots à la Langue Latine, il ne voit que des
racines Celtiques dans les mots même que les Celtes ont empruntés des
Latins: dès qu'un mot eft commun aux Celtes & aux Latins, c'eft, (èlon
kii , le mot Latin qui dérive du Celte ; conféquence fàufle & qui eft deve-
nue funefte parce qu'on a cru qu'il concluoit toujours auflî mal , ou qu'il
étoit impoffible de diftinguer les vrais mots Celtiques de ceux qui avoienc
été empruntés d'autres Langues.
La diflfcrence cependant ne peut être plus grande. Les mots Celtiques^
Comme tous les mots Nationaux , forment de grandes familles , (è rappor-
tent à des racines très-fimples, ont varié prodigieufcment dans la pronon-<
dation & dans l'orthographe. Les mots empruntés ne tiennent à aucune fe-
inille, n'ont point fait louche, n'ont pu varier dans l'orthographe} ils ont
toujours un air étranger qui les décelé.
dtj
xxviij D I S C V R S
§. VII.
Mois Celtiques cités par Us Anciens & qui ful)(ljhnt encore-.
Pour démontrer rexcinflion totale de l.i Langue Celtique , ( car l'incrér
dulité fur l'exiftence dé cette Langue a mis tout en ulage pour fe (oute-
iïir, ) on faiic extrêmejnent valoir certains mots cités par lès Anciens comme
Gaulois & qu'on ne trouvé point, dft-on y- dans les Langues qu'on prétend'
être Celtiques. Mais cette objedlion ne prouve rien, parce qu'elle prouve-
roit trop. Lor(qu'on avance que la Langue Celtique (ubfifte encore , on ne
prétend pas qu'elle n'ait fait aucune perte : rien ne (èroit plus abfurde : on-
conçoit très-bien que des mots relatifs à des ulâges, à des modes , à des^
arts qui cefTenc d'exifter , s'éteignent d'eux-nllrnes dès ce momcitt.
Mais, c'è/l très-gratuitement qu'on fuppofe que ces mots cites comme
Gaulois ne iùbfiflenc plus dans les Langues que nous confidcrons comme-
Celtiques ;, en voici de très-remarquables qui contredifent hautement cette.-
Iiippofîtion.
. Ala^jda étoit chez ks Gaulois le nom d'un oifeau, comme le rapporte:
Marcçllus Empiricus dans un ouvrage fur la Médecine cité par Bullet ;-
Ecut-on y niéconnoître le nom de I'Alouetteî
Spath A , étoit le nom de l'épée Gauloifè , diient les Anciens : n'eft»
ce pas le Languedocien E/pa^e & notre mot Epia & n'eft-ce pas de là-
qu'eft venu notre mot Spadassin î
. Bfsna, félon Eestus, étoit une efpcce de Voiture Gauloilè. Benne eft un;
nom de voiture en Suifle, en Allemagne, dans les Pays-Bas, Contrées oûF
on parloir Celte :nos anciens Chroniqueurs, Monstrelet lui-même, s'en fer-
vent. En Franche-Comté on dit Benne de Charton, pour défigner une vodi'
ture de Charbon.
Carr, étoit un mot Gaulois qui défignoit les chars, & que les Romains
^optèrent, for- tout -depuis Jutes-Ccûr; mais ce mot fubfîfte encore dans
tous les Dialedes Gaulois & dans notre propre Langue où il a produit une
famille nombreufe depuis le char du modefle habitant des campagnes , jul-^
qu'au carro^e. doré des riches Citadins.
Ararennis étoit, félon CôtyMELiE, un mot Gaulois qui défignoit unsr
mefure de terre correfpondante au dcnii-jugere Romain. Qui n'y reconnoîp
notre mot Arpent î
Galba, nom d'an des XII Céiàrs^ étoit,. dit Suétone , un mot Gaai-
PRÉLIMINAIRE. xxîx.
lois, qui fignifioic gras. Gaib, CAiB,en Bas-Breton, llgnifîc un homme
gros & gras.
Un autre Empereur Romain dut un de Tes noms à un habillement Gau-
lois : on voit que c eft de Caracalla , fils de Severe, que nous voulons'
parler. On lui donna ce furnom , parce qu'il avoit adopte an habillement-
en capuchon dont fe fervoient les Gaulois &: auquel ils avoient donné ce
nom. Si ce mot n'exifte plus dans les Dialectes Celtes, on y en trouve du'
moins les racines. Car fignifie Tcte;& Cal ^couvrir;. & ces racines ont
Jonné des mots aux Grecs & aux Latins.
BoDiNcws, telétoit, fclon Pline, le nom Gaulois du Pô, le plus grand-
des Fleuves de l'Italie : il ajoute que ce mot fignifioit profond ou fans
fond. C'eft donc le root Bob , encore exiftant dans divers Dialedes, & d©
la même femille que Pot , élévatioir, dont nous avons déjà parlé.
Le premier Magiftrat des Eduens , puilTante Nation Gauloife dont la;
Capitale étoit Autun, s'appelloit, fclon les Romains, Vergobret. Le premier
Magiftrat de cette Ville s'appelle encore aujourd'hui Vierg. Ce n'eft peut-
être pas le feul refte qu'on y couferve des anciens Gaulois. Quant au mot
de Vergt, c'était, comme nous l'apprend Servius (ùr le VIII= livre de l'Enéide»
le nom Gaulois de la Pourpre, habillement des Princes, & digne pac-l»
même du Chef des Eduens.
Gesom étoit le javelot Gaulois; ce JavePot redoutable qui les fit appel"
fer Gelâtes r mais Gesi tn Ealque, & G ai H en Itlandois, fignifient encoret^
axijourd'hui un dard y un Javelot,
Matara croit une efpéce de lance Gauloife. Jules-César en feit men-^
tion ; ce mot fubfiftoit encore dans le fiécle dernier, ou Matras fignifioiP
un Trait d'arbaltte; & Matraîser, percer d'outre en outre.
Un nets des Gaules fut appelle Galli^b Braccat^ à caufe de leurâ
grandes culottes; elles fubfiftent encore chez quelques reftes des anciens Cel-(
tes, & on en a formé notre vieux François BRAYE;en Bas-Breton, Braghes.-
Brasseur, Brasser. Par le premier de ces mots, nous défignons celui
qui fait de la bière ; & par le (êcond , l'adion de faire cette boiflbn. Ce (ont-
des reftes très-bien confervés dé l'aticien Celte. Pline, dans fon Hift. Nat,-
nous apprend que les Gaulois appelloient BRACit leur plus beau froment,.
& qu'ils en faifbient une boiflbn qui eft notre bière. Le mot de Brais fi-
gnifie dans la Flandre tout grain deftiné a foire de la bière : il eft encore-
mieux conlervé chez les Gallois qui le prononcent Brac. Ce font des dé--
nv^ 'du mot Bar, froment,, dont nous avons déjà parlé. Quant au mot^
XXX- DISCOURS
BiERE , il s'efl: formé du Celte J5£ii, chaleur, cuiflbn , fermentation ; Birvi,
cuire , fermenter.
Gaunacum étoit un habit long, de laine , e(jicce de tunique; mais ce
mot n'eft pas perdu, quoique BuUet l'ait omis dans fon Diûionnaire
comme il avoir omis le mot Hery, forêt. On retrouve celui dont il s'agit
dans la Ganache , tunique longue & de laine en ulàge dans le Languedoc,
province Celtique.
Fiiiilfons cette lifte par un mot d'autant plus remarquable qu'il exifte dans
notre Langue fans tenir à aucune famille qui en fefle connoître la raifon;
c'eft le mot Maréchal : ce mot défigne la plus grande Dignité MiUtaire
qui exifte dans le Royaume , & en même tems la profeffion de celui qui
ferre les chevaux : mais par quelle bizarrerie a-t-on revêtu ce mot de deux
fignificâtions aufïï éloignées.' où a-t-on même puifé ce mot? Rien de lî
Cmple en remontant à la Langue Celtique. \îar, March , y dcfignoit cet
animal fier & rapide que nous appelions Cheval. Ce mot remonte à une
haute Antiquité. Pausanias parlant de l'expédition des Gaulois dans la Grèce
fcns la conduire de Brennus , dit que Trimarkis fîgnifioit chez eux une
bande de trois Cavaliers: Marck, cheval, fe réuniftànt enfuite au mot Theu-
ton ScALc qui fignifia Fils & Serviteur , deux idées qui font réunies dans
toutes les Langues , forma le mot Mare/cal , & puis Maréchal , dont on
voit le rapport avec celui qui ferre les chevaux , & qui en avoir aufli un
très-étroit avec la Dignité Militaire qu'il défigne , puifqu'anciennement les
armées n'étoient compofées que de Cavalerie. Un Maréchal de France étoit,
wof-à-nzo/, un Général de Cavalerie ; de même que Conêtable fignifioic
Comte de la Cavalerie , de l'Ecurie. Ajoutons que dans le nioyen âge les
Officiers de la Couronne s'appelloient Scalcs , Domeftiques : à l'inftar de
la Cour des Empereurs Romains , dont le Grand Général lui-même s'appelloit
]& Grand Domeftique y on eue die U Grand Scalt.
m'^^m
PRÉLIMINAIRE. xxx)
ARTICLE III.
De hA Lakgve Françoise.
§. I.
u^%»ii nA»î>.iii
Rapport de la Langue Frarçoife avec la Celtique , & opiniens des Savans
fur fon origine. Y S'*'*"' **^''^
5ri/iSQ0E la Langue Celtique n'eft pas perdue, puirqu'elle exifte dans J**^'*^ V<»*»^»*<4
le Bas-Breton, le Cornouaillien , le Gallois ; puifque nous avons dans ces j^i,T.n«iiiV^-jt,^
Dialedes , dans les noms propres Celtiques confervés en France , dans les
mots de cette Langue tranfois par les Anciens , autant de points de compa-
raifon , nous pouvons donc nous alTurer des rapports qui exiftent entre la ^
Langue Françoifè & la Celtique.
Ce n'eft même qu'après avoir ftiit cette comparaifon qu'on peut prononcer
(îir Torigine de la Langue Francoife -, & elle devient abfolument néceflàire ,
lorfqu'on veut remonter à l'Origine des Langues ; comment prononcer fur
rOrigine du Latin & des autres Langues de l'Europe , fi on ne les compare
pas avec ces reftes de la Langue Celtique ? Si , tels qu'ils font , ils offrenc
une foule intéreflante de racines très-bien confcrvées qui conduiient à l'O- ; " ..
rigine de ces diverfes Langues , n'en réfultera - t'il pas que la Langue donc
ils font les débris fut la Mère des Langues anciennes & modernes de
l'Europe ?
Malheureufèment , ce n'eft pas ainfi que (è font conduits ceux qui ont
cherché l'Origine de la Langue Françoifè. Ils n'ont vu que du Latin dans
le François. Sourds à la voix de ceux qui vouloient les ramener à la Langue
Celtique , ils ont préféré les ctymologies les plus étranges, les plus abfurdes,
aux ctymologies fimples & lumineufes que leur auroit fourni la Langue Cel-
tique , & ils ont fait un cahos des Origines de la Lang'ue Francoife.
Ce qui leur faifoit illufion , ce oui les égaroit fi étrangement , c'eft qu'entre
l'époque où les Gaulois celTercnt d'être les maîtres des Contrées qu'ils
avoient habitées de tems immémorial, & le fiécle où les Francs en firent
la conquête, il s'écoula environ fix fiédes pendant lefquels les Romains y ^. j^
maintinrent leur autorité & leur propre Langue : c'eft que tout concourut
alors à donner à l'ulàge du Latin dans les Gaules , la plus grande étendue;
XXX4J DISCOURS
les Colonies briflantes & nombreuses que les Romains y établirent ; la nc-
ceflîrc pour les vaincus de convcrfer avec leurs Maîtres ; rétabliflcment de
, . • ç, la Religion Chrétienne , dont les Minières ne s'énonçoient que dans la Lan-
\_nXi\UAf^ t Jf^ gyg jgg Maîtres de k Terre, & ignoroient ou dédaignoient d'écrire dans
celle des vaincus. Quel rang pouvait tenir en effet la Langue des Gaulois ,
quand ils eurent perdu tout ce qui conftitue une Nation , qu'ils n'eurent
plus à eux ni Tribunaux , ni Loix , ni Religion ; qu'ils eurent vu leurs
écoles détruites par la tyrannie Romaine ; & que leurs Druides , tout à la
'Jfuiài C^<-U «i ^^^^ Chefs de la Religion , de la Noblefle , de la Magiftrature , fi fort
, , . ij . intéreflcs à fecouer le joug des Romains , eurent été rais à mort pat ces
Atâ«|W» ^*^«^ farouches vainqueurs;
w jAnui\iftùiUt ■'^liffi tous nos Savans n'ont vu dans le François qu'un Latin corrompu.
■^ * Quelques-uns , à la vérité, ont avancé qu'il déjrivoit du Grec & de l'Hébreu ;
mais on n'y a point cru. Deux ou trois perfonnes ont voulu ramener le
François à la Langue Celtique^ mais on ne fit pas même l'honneur à deux
d'entr'ellcs de les réfuter -, &: la difpute s'anima tellement contre la troi-
fiéflie , qu'on eft demeuré convaincu que le Celte & le François n'avoienc
nul rapport. Mais tout ceci exige quelque détail.
Charles BoviLLE , Chanoine de Noyon & de Saint-Quentîn , paroît
s'être occupé le premier des Origines Fraaçoifes , dans un Ouvrage Latia
in-^°. que Robert Etienne imprima en 1535^ Il en rapportoit plufieurs à
' j la Langue Grecque : il fut bientôt imité par une foule d'Érudits.
**• Joachim Perion , Religieux Bénédiélin , trcs-verfé danr les Langues Grec-
<jue & Latine , fit imprimer en .1 j 5 4 la Conformité de la Langue Fran-
çoife avec la Grecque.
Jean Picard , & Henri Etienne en 1556 ; Trippault , fieuf
de Bardis , en i ^80 y Ju/es- Cé^ar àe Bernieties en 164^, &c. tiroient
•également le François de la Langue Grecque. Il en fut de même dans ce
fiécle de M. D'H&reinot , Conièiller au Chatelet ; mais celui-ci eut le
jnalheur d'en perdre la tête, & de iè laifler mourir de .faim, ne voulant
vivre que de racines Grecques & Hébraïques.
MAI. dePoRT-RoYAL donnèrent avec leurs Racines Grecques un Re-
cueil confidérablc de mots François venus du Grec.
Scaliger, au contraire, (e moquojt de tous ces Helleniftes, & ne voyoit
/ , • . . dans le François que du Latin corrompu.
.. D'autres le dérivoient de l'Allemand. Ottius , Savant de Zurich , dans
fk Frfinct pauloife y rapporte, ^Ç^çpis, à l^lU^iand à çaufe des mots
communs
iitli
PRÉLIMINAIRE. ^xxîî)
communs à ces deux Langues ; tandis qu'en 1760, M. de Barbasak
voulut prouver que ces deux Langues n'étoient qu'une altération du Latin,
Etienne Guichard en 1610, & le P. Thomassjn enfiiice , dérivoienc }\tiry(.iLaM,S
au contraire le Fran<j.ois de l'Hébreu , comme toutes les Langues du monde.
En 175?, les {kvans Auteurs de l'Hifloire Littéraire de la Francp n'y
Virent qu'une altération de la Langue Latine.
Ces opinions ne produifbient que peu ou point de fenfârîon, Isrfque plil-
fieurs Membres de l'Académie des Infcriptions s'occupèrent de 1 Origine de
}a Langue Françoife ; alors s'éleva une guerre littéraire où l'on foutiut le
pour & le contre , mais avec autant de modération que de {âgacité.
M. DucLOs ouvrit, à ce qu'il paroît , le champ de bataille. Il lut en
1740 un Mémoire à l'Académie des Infcriptions & Belles-Lettres (i) fur
l'Origine & les Révolutions des Langues Celtique & Françoife. Il y établit
que la Langue Celtique ne dut pas fubfifter long-tems dans les Gaules de-
puis qu'elles furent (bumilcs aux Romains ; qu'il fe forma , tapt à la Ville
que dans les Campagnes, un jargon mtlé de Celtique & de Latin 5 que
vraifêmblablement ceux qui vivoient dans les Villes & qui y tenoicnt quel-
que rang , cherchèrent à fê défaire de ce qu'ils avoient de Celtique pour
«'inftruire parfaitement du Latin ; mais qu'il leur refta toujours beaucoup de
mots & de tours de leur Langue naturelle , qui cependant alloit toujcur»
eu s'afïojbliflànt par le commerce des Romains. Tandis que les Romains
durent voir leur Langue s'altérer de jour en jour & perdre . fa pureté
à rr.efurc qu'ils étendoient leurs conquêtes ; & que les Habitans des campa-
gnes , plus greffiers que ceux des villes, altcroient ces deux Langues
d'une autre façon , enforte qu'il dut (ê former dans les Gaules une in-
finité de jargons ; & que tel ctoit l'état du langage lorfque les Francs pa-
rurent : il exiftoit donc alors dans les Gaules , félon cet Académicien , trois
Langues , la Celtique, la Latine, & la Romane , mélange informe des deux
premières.
Quant à la Langue des Francs , ajoute - t-il , qu'on appelloit auflî Tliioife
&Théotifque, la même que celle des Germains & des Allemands, elle
fit diiparoître celle des Gaulois , qui ne fe maintint que dans les extré- ;-
mités des Gaules ; & celle des Latins , qui ne for plus entendue que des
Ecdéfiaftiques : il n'exifta donc plus que deux Langues , la Romane & U
Tudefque , feules en ufàge jufqu'au régne de Chailemagne.
(i) Tome XV.
Z?j5, Etynu
xxxiv DISCOURS
Il parut enfuite deux Difcours de M. Falconnet f i ), l'un fur fes Prm-
vijres de FEtymclogie par rapport à la Langue Fravçoifcy Se l'autre fur le
mot Celtique Dunum.
Dans le premier, ce Savant regarde comme inipoffîble de remonrcr à
f iL' ' . , l'Origine de la Langue Celtique , quoiqu'il lui paroifiè vraifemblable qu'elle
LtUCU. ^jj j^ même que celle des Scythes -, que Tancien Grec & l'ancien Latin e«
furent des dialeâ:es , &: que la Langue Celtique fubfifte dans le Bas-Breton
& dans le Gallois : mais il ignoroit ces deux Langues , puifqu'il ajoute
«ju'un fàvant Breton lui expliqua par l'ancien Breton la plupart des mots
Gaulois qui fe trouvent dans Jules - Cefâr & ailleurs. Il n'avoir de même
aucune idée de la nature des n.ots radicaux Celtiques , poifqo'il rcgardoic
comme une propriété de l'Orient , de n'avoir qu'un petit nombre de mots
radicaux , qui lignifièrent par conféquent nombre de choies dififercntes , &
"il n'avoit par -là même que des idées .vagues (ut la Langue Celtiques
Cependant -fâ Difiertation fur le mot Dunum renferme des recherches
très - étendues, & eft un modelé de la manière d'analylêr la valeur àcs
mots & de les fuivre dans leurs diverfes acceptions : il fâilôit voir en
particulier , relativement au mot Dunum ou Dvn , qu'il fignifioît »",
un lieu élevé ; z». un lieu fortifié } .}°. un lieu profond.
Cette dernière Difiertation qui n'avoit en apparence pour objet qu'un
mot de la Langue Celtique, occafionna cependant de vifs débats. M. l'Abbé
Fenel fut un des tenans pout M. Falconnet : le Savant Freret lutta
contre eux. M. Falconnet retoucha la Differtation , & fit voir par le té-
moignage des anciens Auteurs Latins, par laverfion que fit Ulphilas d«
Nouveau -Teftament dans la Langue des Goths, & par l'Anglo-Saxon ,
que ce mot fignifia conftarament élévation , montagne. Mais lorfqu il vou-
lut le prouver par la Langue Grecque , il eut recours à des argumens
peu convaincans , ou difficiles à (àifir , & il laiffà de côté la belle famille
Grecque dont le chef Dunt fignifie force , puiflànce , fupérioritc. Cette
omiffion lùiprenante ne prouve que trop que , mJgré lès grandes recher-
ches en fait d'ctyraologies , ce Savant n'avoit que des idées très - impar-
fàires de l'analogie des mots , & de la vafte étendue des mots radicaux.
L'Abbé Fenel , qui raffembk de fou côté une multitude de preuves
• pour conftarer que Dunum étoit un mot Celtique q^ui défignoit la hauteur,
i 1 1 VCEm. des loTu. & Bell. Let. Tom. X&
PRÊLIMINAIR E. xxxr
l'clcvation , négligea également la même famille Grecque. Cependant , il
apperçat «jue norre mot Donjon étoit un des dérivés du mpt en litige,
M. DB LA RAVAtl ERS,
Tel étoit l'état de cette queflion lorfque M. Lïvesque db laRavalierb^ ^
de l'Acad. des Infcr. & B. L. defcendant dans l'arène , fit prendre à la diijjutc
nne tournure fort différente & beaucoup plus animée. On donna dans les
Mém. de cette Acad, Tom. XXIII. page 14+ & fuiv. de l'Hift. un Précis
4c fbn fyftême , en l'annonçant de cette manière.
» M. Levesque de laRAVAHERE ne veut point que notre Langue ait aaJ
» cune obligation à la Langue Latine. Jaloux de fon indépendance , comme
» nos Rois le font de celle de leur coutonne , il craint cette Origine comme
•» un titre de vaflèlage & de redevance. Il prétend que le langage Celtique des
*» anciens Gaulois s'eft confctvé jufqu'à nous , que nous parlons aujourd'huî
•• Celtique & que la Langue Latine n'a rien à redemander à la nôtre. Voici
•♦(es preuves ». Perfonne ne conteftera , dit-il, que la Langue vulgaire dit
règne de Philippe Augufte ne fût la même que celle d'aujourd'hui. Il fufiît donc
d£ prouver que U Langue Celtique qui fubfiftoit dans la Gaule q^uand Cc-
iâr en fit la conquête , fut en ufâge jufqu'à Philippe Augufte.
" Ce fut depuis Céfàr & fous les premiers Empereurs , que la partie de II
»» Gaule qui efl; comprifè entre la Loire & le Rhin commença à connoître deux
*» Langues. Les ProfefTeurs Latins vinrent occuper dans les Collèges de Char-
" très & d'Autun les Chaires que les Druides y avoient remplies îufqu'alors. La
•» Langue Latine devint la Langue fàvante de la Gaule, mais la vulgaire fè
n foutint toujours. . . . Les Romains même empruntèrent alors plufîeurs
«• mots de la Langue Gauloifê , tels que ceux de urus , rheia , petorritum.
« Tacite dit ( i ) que les Gothiniens, Peuple de Germanie, parloient k
M Langue Gauloifê ; il donne à la même Langue les mots hardi , bracca. , cru-
ti pellarlus. Cafnar , félon Quintilien, étoit un mot Gaulois. Pline en vingt
M endfbits de fonHiftoire, diftihgue des termes de la Langue Gauloifê, & Sue-
« TONE cite le mot éec (i) dans le même fens que nous le prenons encore
A comme étant alors en ufâge à Touloufè 4
n S. IrenÉe , Evêque de Lyon , écrivoitàun de (es amis » cnlui envoyant jYCYlClLi
{ I ] De Morib. Genn,
(») VitelUc. II. '- ■ .
xxxvj DISCOURS
» fes Livres contre les hércfies: depuis que je vis parmi Us Gaulois , fai ét^
M ot/igé d'apprendre leur Langue.
» Une Devmercfre Gauloife parle en (à Langue à l'Empereur Akxandre Se-
5> vere. . Suipice Sèvere, Auteur du V<= Siècle, dans fes D'alogues fur la
» vie de S, Martin j introduit un Gaulois qui fe défend pei>dant quelque tems
» de parler La^n. Pofthumien , qui eft l'autre interlocuteur, le prclTc & lui dit;
j) Si vous craigne^ de parler Latin , parle^ Gaulois. C'tft que la Langue Latine
» étoit la Langue polie, celle des Ecrivains j auffi méprifoient-ils la Celtique,
» qu'ils appelloient ruftique, barbare, laïque, parce que c'ctoit la Langue
* vulçraire.
» Ces noms , Langues Celtique, Gauloife, Rofnane , Françoife , ctoient de-
» venus fynonymes; & fous la troifîeme race, on voit tncore une Langue
»> vulgaire autre que la Latine. Aimoin, Evêquede Verdun , harangue ea
« Gaulois le Concile aflemblé à Mouzon en Tannée 995.
Il conclut ainfi ( pag. 149 ) : » C'eft donc dans la Langue Celtique que
■s» les Grammairiens & les Etymologiftes auroient dû chercher l'Origine de la
^ Langue Françoife, tant par rapport à la Syntaxe, que pat rapport au Voca.-
> bulaire dont elle eft compofée.
Don Rivet.
Don RrvET , Bénédiâin , qui fît paroître bientôt après le VII^. Voluma ic
'IHiJloire Littéraire des Gaules , attaqua vivement le fyftênie de M- de la Ra-
valiere, & entreprit de prouver que la Langue Romance dut fon Origine
à la Langue Latine , qui étoit la Langue dominante dans les Gaules, Il eft
■vrai que Don Rivet avoit déjà pris parti dans fon premier Volume (i) : c'eft-
là que décrivant l'état des Lettres dans les Gaules avant J. C. il fait voir qi^e
la Langue Grecque fut parlée pendant plufieurs Cèdes dans les Gaules, où elle
avoit été portée par les fondateurs de Marfeille; que la Langue Latine devint
enfuite celle des Gaules. « Pour ce qui cfl , dit-il , de k Langue Gauloile ou
» Celtique, nous en dirons peu de ciioiè , parce qu'il y en a peu de {àtisfai-
» fàntes & de certaines ». Une peur concevoir non plus que ce (oit le Bas-Bre-
ton, conmie le prétendit Pezron; car « 1°. Tacite ne dit point que la Lan-
» gue des Gaulois & celle des Bretoiis fuflent entièrement les mêmes, mais feu-
» lemcnt peu différentes, & z". les anciens mots Cehcs confêrvcs par les
» anciens Autcuts ne font point entendus par les Bas-Bretons (pag. 64. ^5.}»
jli^ iBjpr. en 1733,
PRÉLIMINAIRE. xxxHj
Aflertion , comme on voit, direûement oppofée à celle de M. Falconncc. il
conclut cependant que de cette Langue Gaulôife jointe à la Grecque > à la
Latine & au Franc, fe forma le François.
M. de la Ravaliere ayant enfuite publié fes vues fur 1 Origine du François*
Don Rivet mit à la tête de fon Vile. Vol. un Avertiflementd'cnvifon 80 pages,
«en réponfe à deux reproches d'un Savant qui prétendit, !=>. que lé Latin
>5 ne fut jamais la Langue vulgaire des Gaules , mais Langue (àvante , & i<»<
» qu'il y en avoit une autre qui étoit maternelle & populaire : que cette Lan-
« gue fut la Celtique ou Gaulois pur, fur lequel les Romains & les Francs eri-
y> terent infenfiblement la leur». Il^attacha enfuite à prouver que le François
n'a commencé à être ufité dans les écrits qu'au milieu du XII«. ficcle.
Dans la vue de prouver au contraire que la Langue populaire des Gaules dvt
rems des Romains n'étoit point la Celtique , cet Auteur s'attache à montrer
1°. que les Romains remplirent de leurs Colonies les Gaules méridionales &
que «le Patois de celui-ci eftpur Latin, à l'exception de quelques motsGracsy
» Celtiques & Francs qui s'y font gliflcg.
» 1°. Que le Latin ne fe corrompit dans les Gaules que pafce qu'il en étoie
»Ia Langue vulgaire: 5°. que la Langue Romance étoit déjà formée aa
» VIII*. fiécle; & que des le XII«, on diftingue en France les Dialeéies
"Vallon, Ficard, Gafcon , Provençal, Bourguignon, Normand,. Parifien &'
3) peut- être d'autres»
M. de b Ravaliere ne fe tînt pas pour battu ; donnant dans ce tems-là
(en 1741 ) une Edition des Pocfies du Roi de Navarre avec des notes & un'
Gloflaire François, il la fit précéder d'une DilTertation fur les différentes révolu-
tions de la Langue Françoife, depuis le commencement du régne de Charle-
magne. Là, il voulut prouver contre les Auteurs de l'Hift. Littér. de la France,
1 ". que Jamais le Lati-n ne fut ni la Langue naturelle ni la Langue vulgaire
des François: que le gros de la Nation refta toujours attaché à la Langue de'
fes pères, dans Tufage ordinaire de la vie. 1°. Que cette Langue appellée
Romance ou Rujlique, fubiifta jufqu'àla fin de la féconde race; & qu'elle dif-
féroit prefqu'enticrement de celle qu'on commença à écrire y mais rarement
fous le règne de Louis Vil , pnifqu'on ne peut trouver aucun rapport entre
cette aïKienne Langue & celle qu'on parla alors , Mère du François aâtuel :
tandis que rancienne exifte , febn l'Abbé de Loncue«.ue , dans le Catalan; &-
félon HuET & rHiftotien du Languedoc, dans le Provençal. H ajoute que la^
Normandie fut en particulier l'afyle & le réAige de notre Langue au vçm^
qu'elle fut le plus négligée & le glus délaiflce.
-xxxvilj DISCOURS
M. de la Ravaliere inféra quelque tems après une lettre dans le Journal
des Savans pour (outenir qu'il cxifta dans tous les tems une Langue vulgaire
indépendante de la Latine : il y annonçoit une Hiftoire de la Langue Françoife
depuis l'entrée des Francs dans les Gaules jusqu'à rétablifTement de l'Acadcmie
Françoifè.
Il paroît par l'AvertifTcment du VIII Vol. de l'Hiftoire Littcr. de la France,
que cette difcuffion dégénéra 'entre ces deux Auteurs en plaintes réciproques
d'avoir perdu de vue le véritable état de la queftion & de ne s'être pas enten-
dus , comme il n'arrive que trop fouvcnt.
M. B G N A M y,
M. de la Ravaliere ne fiit pas fcul Antagonifte des Bénédidins -, leur fenti-
«lent trouva d'auttes contradideurs & la difpute devint plus animée. M. Bo-
NAMY entreprit de concilier ces diverfes opinions. « Peut-être qu'en dévelop-
« pant , dic-il , la penfée du (avant Bcnédiélin , les fentimens pourront (c rap-*
« procher>5.C'e{i; ainfi qu'il s'exprimoit dans ion Mémoire fur l'introdadion de
la Langue Latine dans les Gaules , lu en Dec. 175 1 , & qui fait partie du Tom.
XXIV des Mém. des Inicr. & Belles-Lettres.
Ce Savant Académicien s'attachant à prouver que « la Langue Latine , a
• donné l'Origine au plus grand nombre de nos mots François pour ne pas dire
»» à tous », obferva qu'il n'entendoit pas par là un Latin tel qu'on parloir è
Rome, mais la Langue Latine tombée dans le plus grand état de barbarie,
dénuée de cas, chargée de vieux mots que n'adopta jamais la belle Latînitt^
remplie d'articles & de tours vraiment François , en un mot un vrai jargon.
Ainfi pour faire voir que le François eft venu du Latin , il démontre en quelque
façon ici & dans le Mémoire fuivant intitulé Réjlexions fur la Langue Latim
vulgaire , que ce Latin eft du François.
Mais pour conlèrver (on rôle de conciliateur, il apporte à (on (yftême de$
reftridlions dignes de remarque. « Il ne faut cependant pas croire , dit-il,
(i) que Tufàge de la Langue Celtique s'abolit tout d'un coup dans les Gaules. Sî
«ceux qui avoient l'ambition de parvenir aux grades de la République s'em-
» pre(îèrent de donner à leurs enfàns une éducation Romaine , il y en eut un
M plus grand nombre & fur-tout dans les campagnes , qui continuèrent de
«1 parler leur ancienne Langue. Il fallut plu(ieurs fiécles pour rendre commune
" ■■■■■Il ■ iiii ■■ T J I 1 1 1 I I I I i M i , _ .11»
(OPag. $««,
PRÉLIMINAIRE. 3ixx«
» dans les Ganfes la Langue Latine ; aufïï un endroit du Digefte ( déjà cité par
» M. de la Ravalierc) fuppofe-t-il qu'on ne la parloit pas encore par-tout (ous
» le règne d'Alexandre Severc vers l'an 1 3 o de J. C. Il y eft die que les fidei-
n commis feroient admis en quelque Langue qu'ils fuflent écrits , non-feule-
» ment en Latin & en Grec , mais encore dans les Langues Gauloilè &Puni-
>» que. . . En effet j ajoute-t-il, il ne feroit pas plus extraordinaire que l'on eût
» encore alors parlé le Celtique dans quelques lieux de la Gaule, que de voir
» la Langue Punique en ulàge dans l'Afrique deux cens ans après Alexandre Sé-
»» vere. , . Dans les Gaules, l'ufâge de la Langue Latine ne s'eft établi que peu-
>• à-peu & plus tard dans les Provinces du Nord , qui n'avoicnt pas autant de
•» communication avec les Romains que les peuples fitués au Midi de la Loire.
» Ces derniers ont toujours palTé pour avoir un Langage plus poli que les Gau-
n lois de la Celtique. . . Je oe crois pas même qu'à l'exception des parties
»» méridionales de la Belgique, la Langue Latine ait été en ufage chez les Bel-
« ges comme elle le fut dans la Gaule Celtique & dans la Gaule Aquitanique.
« Leur éloignement de la Province Romaine , & le peu de commerce qu'ils
• avoient eu avec les Romains , les faifoit regarder du tcms de Jules-Célâr
3» comme des Barbares en comparaii'on des Celtes & des Aquitains. . ,
» Ceux de Trêves, qui, au rapport de Tacite , affèdoient une Origine Ger-
>• manique , n'avoicnt pas encore oublié leur ancienne Langue , lorfque S. Jé-
» rôme y alla demeurer vers l'an j 60. Car dix ans après , en traverfant la G»«
n latie , il reconnut parmi les Galates la même Langue qu'il avoit entendu par-
» 1er à Trêves. Cette Ville cependant étoit la demeure des Préfets du Prétoire
« te fouvent même des Empereurs ».
11 obferve encore par rapport aux Gaules méridionales où de très-bonne-
j lieure on adopta la Langue Latine , que les Gaulois en altérèrent nécellàircmenc
Je génie , & y mêlèrent quantité de mots de leur ancienne Langue,
Etat du Langage dans les Gaules au tems des Francs^
Tel étoit, félon ces Savans, l'état de la Langue des Gaules, lorfque les Francs
en firent la conquête ; alors on y parla une Langue de plus, la Thioife ou Tu-
ielquc , qu'on appella la Langue des François & qui fe parloit encore à la
Cour au milieu du X. fiécle, tandis que les Monarques François régnoientfur
une partie de l'AUemagnermais du moment que fous la troifiéme race des Roi»
les Peuples de la Germanie eurent choilî pour les commander des Princes de
leur Nation , on ne parla plus la Largue Tudefque en France; & la Langue vul-
gaire ou Romance devenant exdufiYement à toute autre ja Langue de la 0»mv
OlîlJ^
xl DISCOURS
*
elle brila les entraves dans lefquelles elle avoir été reflêrrce Jufques alors , èc
elle fe perfeûionna de jour en jour.
Voilà donc où aboutirent dans les Gaules les exploits merveilleux des Ro-
mains ; ils en dégradèrent la Langue 5 & la leur, loin de gagner à ce boulevcr-
fement , s'ancanrit elle-mcnie : vainqueurs & vaincus , tous retombèrent
dans la barbarie. On n'entendit plus les Ouvrages des Poètes & Ora-
teurs de Rome : Virgile , Horace, Tibulle , Oride, Ciceron , Céfàr , &
tous ces autres Ouvrages fi vantés allèrent à la beuriere , ou furent effacés
de deflus les parchemins oi\ ils avoient été autrefois tranfcrirs , pour y
fubftituec des ouvrages écrits en un jargon barbare &: que la France elle-
même ne peut fupporter depuis long-tems. Douze fiécles ont à peine fuffi
pour retirer l'efprit humain de ce cahos effroyable; douze ficelés î perdus pour
IX ^^VtliiTÎti ttit", les Sciences, pour l'humanité, pour le bonheur des Etats. On commence
à rcfpirer: déjà nos Ecrivains les plus illuftres ont prefqu'atteint la gloire
de ceux d'Athènes & de Rome; déjà nos ccnnoifTances furpalTent à un
grand nombre d'égards celles des fiécles les plus éclairés de l'antiquité ;
dcja l'efprit humain fe porte avec avidité fur les objets les plus intéreffâns,
PuilTent nos Princes en encourager de plus en plus les efforts, & aucune
révolution n'éteindre cette maffè de lumières ! Pullfent de nouvelles géné-
rations, à l'ombre d'une paix profonde, la voir s'augmentçr uns ceflè ^
ca. être plus heurepfes i
§. 1 1.
Comment fe forma la Langue Trangoife ; ù à cette cecajîon , de Ut
Langue Romance.
En comparant les dîverfês opinions de ces Savans , il en réfùlte plus
4^ lumière qu'on n'eût ofé efpérer : on voit la Langue Françoife fe former
non par l'oubli total de la Langue Gauloifè j mais par fon mélange avec
• la Latine. Ainfî deux couleurs en (è mêlant ne Ce détruifent pas , maïs
s'akérant chacune mutuellement, il en réfulte une troificme qui fans ctro
aucune des deux , tient de chacune.
Tous ces Auteurs, même les plus prévenus contre la Langue Celtique,
font forcés de convenir que la Langue Gauloi(e ne fut pas abolie tout d'ua
coup; qu'elle étoit encore entendue dans les III 5i IVe fiécles de l'Ere Chré-
tienne, peu de tems avant que les Romains fuflent troublés dans la poP*
feflipn des Gaules , & trcs-lon^-teni? après qu'ils en eurent feit la conquête,
11^
préliminaire: x\\
ils conviennent même que ces deux Langues , la Gauloifc & la Romaine »
«oienc parlées féparcment ; celle-ci dan? les Villes , celle-là dans les Cam-
pagnes, fur-tout dans les Gaules feptentrionales , dont les habitans avoienc
moins de commerce avec les Romains. Ils conviennent encore tous de la
promptitude avec laquelle la Langue Latine s'altéra dans les Gaules Méri-
dionales : ils fixent fur-tout cette altération dans les VI , VII & VHP
fîécles , précifément dans le tems où les Romains n'étoient plus maîtres de
ces Contrées, mais en avoient été dépoffédés depuis plufieurs fiécles par les
Vifigoths y les Bourguignons & les Francs ; & dès le commencement du IX°
fiécle on eft obligé d'ordonner des verfions dans une Langue élevée fur les
débris de toutes celles-là. Le Concile III de Tours , tenu en 8 i 3 , un au
avant la mort de Charlemagne, ordonna par (on 1 7^ Canon que les Evcques
choifiroient à l'avenir de certaines Homélies des Pères pour les réciter dans
l'Eglife, & qu'ils les feroient traduire en Langue Romane Ruftique, & eo
Langue Théotifque, afin que le Peuple p\it les entendre.
Il en réfulte donc que cette Langue nouvelle formée du mélange du
Latin & du Celtique , datoit de plus haut ; qu'elle étoit déjà née avant que.
la Langue Latine cefsât d'être dominante dans les Gaules ; que les Colo-
nies Romaines altérèrent peu-à-peu leur Lan^^ue, en empruntant beaucoup
de mots des Gaulois; que ceux ci altérèrent beaucoup la leiu: en emprun-
tant nombre de mots Latins ; qu'ils l'altérèrent beaucoup plus encore en
adoptant la prononciation Latine ou en latini&nt les mots qui étoient com •
muns aux deux Langues, à caufe de l'origine commune de ces Langues;
ce qui perfuada que le François avoir emprunte du Latin un beaucoup
plus grand nombre de mots qu'il ne lui en doit eHèdivement.
L'arrivée des Francs dut apporter des changemens confidérables à cet
égard : les Romjûns n'étant plus maîtres des Gaules , on n'eut plus le même
motif d'apprendre leur Langue dans (à pureté; on en conferva les mots, mais
ils s'altérèrent de toutes les manières : la Langue qui réfulca de ces altéra-
tions fut dédaignée parles vainqueurs qui confcrverent leur Langue, fiir-
tout fous la féconde race, jufqu'à ce que l'Empire d'Allemagne n'appar-
iHt plus aux Monarques François.
Julques alors la Langue des Gaules ne fut point la Langue des Francs
ou la Langue Françoife ; mais feulement la Langue du Peuple, la Langue
Vulgaire ou ROMANE.
Dès que les Princes François ne régnèrent plus que fur les Gaules,
& que ceux de leurs Vaflaux qui avoient intérêt à parler Franc
DiB. Etym, f
xlîj DISCOURS
ou Thiois à caufe des grandes PofTeflîons qu'ils avoienc en Allemagne, eif
rent abandonné la France , nos Rois parlèrent alors uniquement la Langue
Romane , devenue enfin la Langue de tous ; & cette Langue déjà nitiée
de mots Francs , fut appellée la Langue Françoise. Ce fut dans le IX^
fiéde.
Pour remonter à l'origine de cette Langue du IXe ficelé , il falloit donc
examiner quels mots elle avoit pris de celle des Francs , quels elle avoir
empruntés du Latin , quels lui etoient rcftés de la Langue Celte.
Mais c'efl ce dont on ne s'eft jamais mis en peine. Nos Savans , éblouis
de la gloire des Romains , nourris dans leur Langue , fâchant qu'elle avoit
régné impcrieufement cinq ou fix fiéclcs dans les Gaules j n'ont vu que
cette Langue, & ont cru faire beaucoup de grâce au Celte, en admet-^
tant qu'il avoit fourni quelques mots au François , un dixième , un tren-
tième au pfus , félon quelques-uns. C'étoit - là l'effet de l'admiration aveu-
gle qu'on a toujours eu pour les Romains; d'ailleurs, on étoit entraîné par
le point de vue d'après lequel on faifoit cette comparaifbn. Jamais on ne
jettoit les yeux que for les mots qui viennent réellement du Latin, & ja-
mais (lir les autres , parce qu'au moyen de la Langue Latine qu'on (avoir
parfaitement, tous ceux qui en viennent avoient droit de frapper & qu'aucun
ne pouvoir échapper aux yeux de l'homme Savant : tandis que les mots des-
cendus du Celte n'ayant jamais été rapprochés de la Langue Celtique qu'on
ignoroit , n'ont jamais fait de fènfation & par conféquent n'ont pu être mis
en concurrence avec les autres.
On ne peut difconvenir que tout ce qu'on a dit Jufqu'à pré(ènt fur cet
objet n'ait été avancé fans connoiflàncc de caufe, très-gratuitement, & d'a-
près des données incomplettes. ' •
Au lieu de ne confidérer que les mots François qui viennent manifef^
teracnt du Latin , il falloit prendre note de ceux qui n'en viennent pas : il
falloit cnfuite les" rapprocher de la Langue Celtique,voîrs*i!s en defcendoient ou
non , comparer enfin les réfultats ; mais une méthode comme celle-là exige
du tems, de la peine; on aime mieux briller à moins de frais. Qu'on ne
foir donc pâs farpris fi ce qu'on bâtit ainfî , s'évanouit en peu- de tems,
comme les Palais enchantés, fans qu'il en refte aucune trace.
En fuivant la méthode que nous propofons, qui eft dans l'ordre & que
nous avons tâché de fuivre, on auroit vu fans" peine que notre Langue con-
rsnoit un nombre très-confidérable de mots dérivés de la Langue des Celtes^'
& qt'il ne pouvoir pas en être autrement.
PRÉLIMINAIRE. xliij
On auroît vu bien plus , que le François , le Latin , Sr la Langue Cel"
tique contenoient une multitude de mots communs; d'où il réfulte, i*.
que delà mafle des mots François defcendus en apparence du Latin, on
doit ôter tous ceux qui font communs au Latin & au Celte, puifquil étoit
bien plus à préfumer que les François les ont pris du Celte que du Latin ;
x". que puifque le Latin & le Celte ont un fi grand nombre de mots com-
tnuns, ces Langues doivent être les dialeftes d'un même langage.
On fe feroit enfin alfurc que c'eft le Latin qui defccndoit lui-même en
partie du Celte, puifqu'on retrouve dans celui-ci nombre de mots radi-
caux relativement au Latin , & qui n'exiftent point dans cette Langue.
«t tf a , g -s s-ir^ tt ii ii v^ n p -ii » : » a « n vrr-n —ini^-,) « ^ « «-ir g.n i) ^> >
A R T I C L E I V.
Révolutions des Languis Romane & Françoife , & caufes de c&f
révolutions.
4. ï.
Progrès de U Langue Romane & fes Caufes,
£__, A Langue Romance ou Romane-vulgaire, intermédiaire entre le Celte,
le Latin & le François, fat bientôt perfeâionnée dans les Provinces mc-
ddionales, La Poèfie , d'accord avec la galanterie chcvalererquc des Peuples
da midi, produifit cet efïèt.
La Provence & le Languedoc, contrées remplies de Romains , & oà
l'urbanité de ce Peuple s'était réunie à la vivacité des habitans , furent en
effet une fource féconde de Poètes , qui (bus le nom de Trouvères ou Trou-
badours , compofoient en Langue vulgaire des vers deftinés à être chantes
& qu'on accompagnoit du luth , de la guitarre , ou de quelqu'autre inftru-
ment. Ces vers rouloient ordinairement fur l'amour heureux ou malheureux}
quelquefois ils confiftoieni en récits hiftoriques, où l'on déploroit les fu-
neftes aventures de quelqu'amant malheureux , origine de nos Romances, qui
durent leur nom à la Langue dans laquelle elles furent écrites.
Ces Poètes avoient à la vérité l'avantage d'écrire pour un Peuple dont
le langage étoit rempli d'harmonie, aufli accentué que la Langue Grec-
que , 8c qui étoit lui-même épris de la Poéfie ; ils étoient encouragés pat
l'accueil le plus flatteur de la part des Comtes de Provence , des Comtes
/y
<«>Qi,ajU*.tki
xlîv DISCOURS
de Touloufe , & de tous les Vaflaux de ces Princes ; & fouvent entre ce»
Poètes on compta des perfonnes de la plus grande diftînftion.
La Langue qui produifbit ces ouvrages, chers aux Contemporains de
leurs Auteurs , acquit donc en peu de tems un fi grand luflre que tous les
Peuples voifins fè modelèrent fur elle : de-là les rapports du Catalan , même
de l'Efpagnol & de l'Italien avec le Provençal pu le Languedocien, fi
grands , fur-tout dans ce tcms-là , qu'il feroit peut-être impoflîble de dc-
cfder quelle des trois Langues a été la (ôurce des autres, fi on ne confi-
dcroit que les Provinces méridionales de la France furent les premières à
jouir des douceurs d'une longue paix , tandis que leurs voifins étoienr
expofés à toutes fortes de révolutions & d'invafions : enforte qu'elles durent
avoir les premières une Langue plus formée, plus douce, plus poire.
Si onn'ajoutoit à cela, d'un cote, que la Catalogne fut pendant long-tems
& tandis que le Provençal (è formoit , (bus la même domination que les
Provinces méridionales : d'abord (bus celle des Vifigoths qui y détruifîrent ta
puiflànce Romaine, enfuicc (bus celle des Beringuiers qui réunirent la Pror
vence à la Catalogne , & qui s'emprciïèrent à faire fleurir les Lettres.
D'un autre côté, personne n'ignore que les premiers Poètes Italiens»
Dante, Pétrarque, &c. fe formèrent à Iccole des Troubadours , & qu'ils
yl^tfU.UadoU'Vj portèrent quelquefois l'imitation au point d'être (îifpeds de plagiat. C'eft
ainfi qu'on afTure que ce dernier fe fit riche des Sonnets, des Sextiles, des
Terceroles, des Huitains du célèbre Jordi qui é cri voit en 115a dans
la Langue Limofinc de Valence & à la Cour de Jacques I (urnommé le
Conquérant, qui étoit Roi d'Arragon & de Valence, Comte de Catalogne»
Seigneur de Montpellier (i)»
D'ailleurs il y avoit plus d'un fiéde cpie les Troubadours étoient pa(îes
en Sicile & à Naples à la fuite des Rois Normands qui en avoient fiiit la
conquête.
Auffi Le Bembe, quoiqu'Italien, ( 1 ), convint que les Poètes de (à Na-
tion ne (è contentèrent pas d'emprunter des Troubadours, (bit de Provence,
foit de Sicile, nombre de mots & de figures, une foule de maximes &
de fujets de Poéfie , mais qu'ils pillèrent des vers entiers ^molti ver fi m<iijiml
Ufurano; & que plus ils pillèrent, plus ils eurent de réputation : e piu ne
U) Gasp*ro ScooLAiuj,Uîor. Valenz, Uy. Lc.XIV. »•. *»
U)Pr«f. I»
PRÉLIMINAIRE. xh
furaron qutlli che maggiori Jlatifono e miglior Poeti reputatl : ils (è mon-
iroîent bons Poètes en effet en cela; la Poéfie n'eft qu'imitation ; qu'importe
qu'on imite la Nature ou qu'on faffe pafTer dans fa langue les beautés d'une
autre ; l'Art confifte à ne pas le faire en froid copifte , mais avec le feu du
génie; ainfi Homère imita fes Prcdécefieurs : Virgile fe fit riche ;d'Homerey
te nos Modernes les plus diftingués font ceux qui ont fu le mieux imiter le-*
Anciens,
§. IL
Langues nées de la Romane ou Provençafe,
"M. De Sainte-Pal AYE, qui, ami de la paix, ne prit aucun parti dans fs
difjmte fur l'origine de la Langue Françoi(è,quoiqu'il en pût parler mieux qu'un
autre, & qui fè contentoit, dit-il, de raffembler les faits, compofà en ïy ç î
un Mémoire trcs-intérelTànt ( i ) où il fait voir que les Langues Françoifè <
Italienne & Efpagnole , & même la Provençale & la Gafcogne, » avoienr
» entr'elles dans le XIL' & le XIIL fiécle^Sr ont encore des traits de refTemblance:
»' & de conformité fi i'enfibles &i fî marques, qu'on ne peut guères étudier FhiP
» toire de l'une qu'on ne s'inftruifc en même-tems de l'hifloire de fes cbm-
» pagnes; je dirois même, ajoute-t-il, prefque de fes Sœurs, fi je vouloisprcrt-
35 die un parti ».
C'efl-là que ce Savant a rafTemblc nombre de faits curieux & inflruc-
tifs. 11 cite des vers par lefquels on voit qu'on divifoit ces Langues en deux gé-
nérales ; la Catalane & la Françoifè : que fouï la première on comprenoit les
idiomes Gafcon, Ihrovençal, Limoufîn, Auvcrgnac , <?<: Viennois ou Dau-
phinois, & même, dit-il, l'Arragonois; que k féconde étoit le partage des
Peuples fournis à la domination des deux Rois, le Roi de France & celui
i^TAngleterre, comme Ta fort bien vu ce célèbre Académicien; mais s'il y
et^ queflion de ce dernier, ce n'efl pas feulement, comme il paroît le croire,
parce qu'il pofTédoit le Poitou & la Guyenne , mais parce que dans ce rems-
là le François fe parloir en Angleterre, & y étoit la Langue dominante, puis-
que ce ne fut qu'en 1361 qu'elle fût exclue des Tribunaux Angfois par
Arrêt du Parlement, peu de tems après le Traité de Bretigny, par lequel
Edouard III, Ror d'Angleterre , devoir renoncera fes prétentions à la Cou-
ronne de France , à la Normandie , &c. Tels font les vers en queflion tirés
, — — — ^ li III ii.ii II III I I I -1 < r
f 1 ) Mém, des Lnlcr. & Bell, Lett, Tom. XXlVr
xîvj DISCOURS
d'une pièce dePocfie dont l'Auteur nomme Albert dilpute avec un Moinei
Monge , caufctt fkgon voftra fienfa , ,
Quai valou mais Catalan o Ffancès.
E met fai Guafcuenha e Proenfa,
E Lemozi , Alyernh e Vianes ,
E de lai met la terra dels dos Rels.
E quan fabetz dels totz lur captenenfa ,
Vueil que m digatz. en cal plus fis pretz es.
« Moine , dites - moi lefquels valent mieux à votre avis , des Catalans
«ou des François ; je mets en-deçà la Gafcogne, la Provence, le Li-
• moulîn , l'Auvergne & le Viennois ( i ) ; Ôc par-delà, je mets la terre
» des deux Rois. Comme vous connoiflez parfaitement leurs mœurs , je
»> veux que vous me dilîez dans leicjuelles il y a plus de vrai mérite ( de
m fin prix ) Ȕ
%. III.
Langue Françoise élevée fur la Romane.
Dès le commencement de la troificme race de nos Rois, les Trou-
i>adours firent les délices de la Cour -, alors chacun voulut ctt c Poète. L^
François firent des vers à l'imitation des Provençaux : bientôt ils cher-
chèrent à les fiirpafTer ; & de perfeftion en perfeûion, la Langue Fran-
çoife , rivale de la Provençale , la lurpaflà , d'autant plus que les Poètes
Provençaux ne furent plus Ibutenus par aucun encouragement ; que les
femilles & la puilTànce des Grands -Vaflaux du midi s'éteignirent, & que
toute l'attention des Lettres & des Chefs de l'Etat le tourna vers la Lan-
gue Françoife.
Cela le fit à b vente lentement , puîfqu'on convient que les Chants
royaux , les Baladuy Rondeaux 6c Pajiora/es , ne commencèrent d'avoir
cours que fous le régne de Charles V. qui ^vorifà les fciences , un fiéde
après celui où fleurilToit le Pocte Elpagnol dont nous avons parle il y a
un iiiftanc, & que ces divers genres de Pocfie rendirent fi célèbre. Tant
H eft vrai que nous avons été devancés prefque en tout par les Peuples
du midi : mais aufïï , à combien d'égards ne les a-t'on pas (îirpafTés î
C'eil ce qui arriva par npport à la Langue. Lorfqu'une fois les Monarques
François favorifèrent la Langue Françoile , chacun s'efîorça d'exceller par
( I ) Nç feroic-ce pas plutôt Vianes en Arragon î
PRÉLIMINAIRE. xlvij
de nouvelles beautés , qui ont ftiit de cette Langue la Langue en quelque
façon de l'Europe , malgré des défauts inhérans que l'art ne fàuroit corriger.
S'ils avaient pu l'ctre , les Savans les plus illuures j les Grammairiens,
les Académies , les Seigneurs mcme de la Cour qui excellent dans leur
langue, les auroient inlenfiblement tait diiparoître , de même qu'on a vu
s'évanouir (à rudefie , fes longueurs , ion ob(curité, la rouille dont ell«
s'ctoit chargée en palTant à travers des fiécles de fer.
Et comment corriger des défauts qui font la fuite néceffàire des avan-
tages qu'on pofTéde î On ne fauroit tout réunir. Excelle - t'on dans un
genre , il faut néceflairement être foible dans un autre. La Langue Frau-
çoifè furpafle toutes les autres en clarté par fes articles , par (â marche ,
par {à précifîon -, elle brille entre toutes les autres par fà dauceur , par
(on égalité de ton -, ficre de fes avantages, qu'elle cède donc à d'autres
le genre d'harmonie qui réfulte de ces inverfions , de ces accens qu'elle
a dédaigné-, & qu'elle ne compare pas à des Chants , des Pocmes qui ne
peuvent être chantés.
Il s'éleva donc fur les ruines des Langues des Celtes & des Latins deux
Langues qu'on appella Languedoc & Langue d'oïl, d'abord femblables , en-
fuite très - différentes , & qu'on appella également Langue Picarde & Lan-
gue Catalane. On les défigna par les Prçvinccs les plus éloignées de la
Loire , qui faifoit le partage de ces deux Langues. Chacune eut fes beau-
tés , & chacune éprouva des révolutions qui ne paroilTent pas avoir atteini
leur dernier terme.
La première de ces Langues, une fois (cparée de la Françoifè, n'entre
plus dans le plan de ce Dilcours : nous nous contenterons d'ajouter que
l'E foible que nous appelions otk«/ , s'écrivoit o dans le Provençal, a dans
1, Catalan , & ne s'en prononçoit ps plus fbrtemeni , comme ^ob(è^^•e
fort bien M. de Sainte - Palaye , & que des diverfitcs de la même efpéce
fe rencontrent dans toutes les Langues : du Grec au Grec ; du Grec au
Latin ; de l'Hébreu au Syriaque j de l'Hébreu ancien à celui des Maflb-
rethes.
Remarquons encore que dans le rems même où le François sabolif^
foit en Efpagne , des Catalans portoient le Provençal dans l'Attique & dans
la Lcotie , dont ils venoient de s'emparer après avoir fècouiu les Theflàlienj
contre les Peuples barbares qui les défoloient.
DISCOURS
$. IV.
Premiers vejliges de la Langue Françoifei
V 1 1 r. & I X^. ficclcs.
Il feroit intéreflànt, iâns " doute , de pouvoir fiiivre à trarers tous les
âges les révolutions de la Langue Françoilè ; de la prendre au berceau , &
de remarquer comment , en Iccouant Tes langes , elle eft parvenue au haut
rang qu'elle occupe avec tant de gloire.
Malheureufement on eft privé de Monumens pour les premiers ficelés
dans lefquels on la parla. Il n'en relie que quelques formules inluffiiantes
pour en donner une jufte idée. Tel eil le refrein Tu lo jura contenu dans
les Litanies écrites vers l'an 780 , au Diocefè de Solfions, & qui termine
les divers voeux qu'on y offroit pour le Pape Adrien I. pour Charlemagne',
pour Ion cpoufe & pour fis enfàns.
Telles furent à- peu-près les Formules qui avoient été recueillies environ
un ficelé plutôt, vers la fin du Vil", par le Moine Marculj e , & qui pa-
roiflent être du Latin le plus barbare.
MuRATORi a fait imprimer dans /es Antiquités Italiques ( i ) quelques
Aâes du VIII'. fiécle , qui prouvent également à quel point fe corrom-
poit la Langue Latine dans l'Italie même. Dans un de ces Actes, par
lequel, en 7 j 9, Grégoire, fils de Maurice, fonde pour le repos de fon
ame , pro remedium anima mea , dans le territoire de Lucques , une Eglifê
à l'honneur de S. Donat , & s'en réferve le droit de Patronat & l'ufii-
fruit des biens ; dans cet Aâe , dis- je , on trouve Curte pour enclos : d'oà
Botre vieux mot Courti , ou jardin. Pétiole de terra, petite pièce de terre,
Petia , pièce; res mobile , meuble ; feptimanio , fèmaine ; licencia , au lieu
licentiam ; pafcere , paître , pour dire nourrir quelqu'un. Dovio pour Z>o-
mus^ maifbn , à l'Italienne, l'ablatif au lieu du nominatif. Sub potejlate de
Presbytiro , fous la puiflàuce du Prêtre , &:c. Formules vraiment Françoifês.
Mais pour les monumens de la Langue Françoife , il faut defcendre au
rnilieu du IX^ fîéde : alors on trouve le Serment de Louis le Germa-
nique , dont nous parlerons bientôt fcparément , en expliquant la vignette
de ce VoJume qui eft relative à cet .événement.
Il relie encore quelques Traduûions de ce tems-là; c'eft-à-dite , de U
— ■ .1^ ■ I I II . pi ■■■■* I m »^^>y^^— — M^M^M^^^i^l^^P^— — ■ ■! ■ !■ I ■■- M I I M
{ I ) TOIQ. Il,
fia
P R EL I M INA I RE. xlix
fin du IXc. fiécle ; & du Xc. que fcmblent n'avoir pas connu M. Duclos
& M. l'Abbé Le Beuf, donc ils ne font du moins pas mention dans leurs
DilTcrcarions-, l'un,/Kr fOa^/Vztf & Us Révolutions de la Langue Françoife }
i'aurre , fur les plus anciennes Tradu3ions en Langue Françoife ( i ).
Nous devons une partie de ce que nous en dirons à la complaifance de M. de
Sàinte-Palaye, de l'Acadcmie Françoife & de celle des Inrcripnons,donc
le nom eft fi connu; Auteur de ce Didionnaire fidcfiréfur la Langue Françoife
auquel il a confacrcfa vie entière Srfaforrune, dont nous avonsdcjà eu occa-
fion déparier, & dans lequel on trouvera tous les mots de cette Langue depuis
le IX'. ficelé, avec leurs divcrfes révolutions ; Ouvrage enfin qui nous auroic
été beaucoup plus utile encore , fi le Public en avoit été déjà le polTefleur,
Nous devons auffi plufieurs des morceaux que nous allons citer à M.
MoucHET, fur qui M. de Sainte-Palayi fe repofe aâ:ucllemenc de la
rcdadion & de l'impreflîon de ce Didionnaire, & qui ne s'cft jamais refufé à
nos queftions. Le Public, heureux de la réunion de ces deux Savans , eft alfuré
d'avoir un Ouvrage unique en fon genre , qui fauvera de l'oubli les révolu-
tions de la Langue Françoife, qui en fera connoître les Auteurs , qui furpalTera
de beaucoup tous les Didionnaîres connus en fait de Lant»ues , & les Rc-
<îueils les plus précieux de mots anciens & de mots du moyen âge, *
IX* S I É G L I.
- On conçoit qu'il doit refter bien peu de Monumens Fraiçois d'un cemsaulïï
ceculc & où la Langue Françoife étoit fi peu cultivée. Mais moins il en refte, plus
ils devroient être recueillis précieufement. De ce nombre, outre le ferment
de Louis le Germanique^ eft une pièce en vers , qui fe trouve à la fin dua
inanufcritde S. BEKOisxfur Loire, pag. 1693 27J. Le îlyle raboteux & in-
forme dans lequel elle eft écrite , prouve fa haute antiquité ; elle a pour
•bjet BoECE & commence ainû :
Nos love omne quan dius que nos edan
Dâ gran foUia per foUedat parlam.
Quar no nos membra per cui vivri efpcram.
Qui nos fofte tan quam j)er terra annam. 1 '
Et qui nos pais que no murem de fam.
Per cui falvefmes per pur tan quell clamant.
Nos love omne menam ta mal lovent
Que va no no prcza fîftrada fon parent
( I ) Tom. XVII. des Mém. de l'Acad. de» Infcr. & Bell. Lett.
DiiU Elym, „.
1 DISCOURS
Sénat ni par Cill mena malament
Ni l'us nel l'aitre fis fai falfa facrament.
Quant o fail mua no sen repent
Enuiers Deu non fai emendament.
Ceft-à-dire , & mot-àmot ,
„ Nous, tandis que jeunes hommes nous étions;
„ De grandes folies par extravagance nous parlions;
» Car nous ne nous fouvenions de celui par qui vivre nous efpéroajï
n Qui nous foutient tane'is que fur terre nous allons:
; „ Et qui nous nourrit pour que nous ne mourrions de faim r
y, Par qui nous fommes fauves quand nous le réclamont.
;io.ti V'i-^
^j, Nous, jeunes hommes, menions fi mal notre jeuneflè^
M Qu'aucun de nous n'efUmeroit être fon parent ,
„ Seigneur ni Père, s il agiffbit fi mal ;
„ Ni l'un ni l'autre , s'il fait un faux ferment ,
„ Qiand il fait mal & ne s'en repent pas,
„ Envers Dieu ne fait amendement „.
X®. Siècle.
Cefl: vers la fin du IXe. (îécle , ou au plus tard au commencemenr
du X^. qu'on traduifit les Dialogues de Grégoire le Grand : TEglife de
Paris en pofléde un Exemplaire (0> le %le eft tel qu'il pouvoir être alors;
mais il eft déjà meilleur que celui dont on vienr de voir un échantillon..
« Pour un tems allîment noflre Exilaris cui tu conus convertit , il fu en-
» voie de fon Sanior , que il portaft el monftier à l'home Deu dous veflciez
» de fuft pleins de vin ki del pople funt apeleit jlaifches (i) ».
La Tradudioii des Livres des Rois eft à-peu-prcs du même tems : le
fiyle eft du même goût.
» Pur co que tu as mei en delpit e pris as la femme Urîe à ton ves & à
>» tort , je fufcicerai mal fur tei , de ta maifon meince, e toldcrai tei tes fem-
» mes devant tes oilz. Sis durrai à altres 6». dormirunt od tes femmes , fi que
j» l'um bien le (àvcrad (f)».
» Anna..- al tabernacle ne volt rcturner , jefque liu fuft de l'enfant à Deai
« prefenter , que à remanance i pouft efter ; mais puifque il out fer anz paffied ,.
» la mère aturnad un bel préfent de flur, de (à pc.cunie e de fien vin, &
» menad l'enfant Jelque en Sylo. Del prefent out primes Deus fa part , puis al!
(i ) Manufc. A. n . j, in-4,
>~ ' -(■&)- -Liy. II. ch. 18.
(j^Manufç.dçsÇoidelieKpfol, 54^70, ççJij^
1 Aifii
PRÉLIMINAIRE, Ij
n Everdie fift bel reguard , &: fi li dift: Sire , Sire entent à mei. Jo fui la tue
» ancele ki ja devant tei preieres fis, e pur ceft enfant dunt Deu requis ,
»• il le me dunad à fun plailîr, e jo li rend pur lui fervir. Se il te pbifl: ,
M reccif l'enfant que ferved Deus dès ore en avant. E puis utad Anna, fe dift,
M mis quers eft cflééziriez , bœ,
Lî arcs des forz eft furmuntet ■
E li fieble fiint efforciez,
Ki primes furent fafiez ,
Ore fe fiint pur pain luez ,
Et ii fameillus fnnt afâzîez.
Piiirque la baraigne plufurs enfantai ,
E celé ki mulz out enfaiiz a febliad ( i U
On trouve dans BoREi. (i) ce Fragment d'une Bulle d'AnALBERoK, Ev^h
<j«e de Metz, de l'an 940.
„ Bonuis Scrgcns & feaules en ioie ti. Car pour cen que tu as efteis feau-
#, les fus petites co/ês, je taufiiferai fus grands cotes : entre en la ioye de toi»
„ Signour „.
Bon ferviteur & féal , réjouis - toi ; car parce que tu as été fidelle {féaT)
iùt petites chofes, je t'éleverai fîxr grandes chofes : entre en la joie de ton
Seigneur.
On voit par ces premiers monumens de la Langue Ftançoifè , que fon
génie écoit déjà formé ; qu'il dififcroit eflèntiellement de celui du Latin ,
marquant les cas par des articles & par des prcpofitions , & non par des
Terminaifons comme les Grecs , les Latins , & même les Allemands. Être
& Jvoir y fervent déjà à conjuguer les verbes ; enforte que fi par fes mots,
cette Langue patoît Latine , elle en difîcre abfolument par là forme. Lors
même qu'avec M. Bonamy on diroit qne cette forme lui eft commune avec
tin Latin vulgaire qui ne fijt point le Latin de Rome , il en réfulte également
une origine diffcrente , & que le Latin s'enta fur la Langue Celcique.
Obfervons que dans les morceaux que nous venons de rapporter , on voit
trcs-fouvent u mis pour 0. Del Se el que nous avons changé en du Se en su:
dou^ pour deux. Un diminutif en eU^ ; Vejfehi pour défigner des petits vafes.
De fouvcnt fupprimé : la. femme Urit y au lieu de la femme £Urie. Tei au
— " • — • ' ' ' '• '—1 — '" "
( i) Ib. Fol, î. verf. col. i. î.
( ^ ) Préface de fon Did. ou Tréfor d'Aiitiq .Gaul. & Franc, à la fuite du Tom. IL de Me"
oagc, pas. XXXfX,
lîj DISCOURS
Keu de à toi. Ont au lieu de (Tk/: orthographe qui fe maintint plufîeurs fîécfcs.
Le mot Sergens, employé par Adalberon dans le fens de ferviteur, confirme
€11 pleuî l'étymologie que nous avons donnée du mot Sergents
• X P. S I É C L E>
I Le Langage paroît dans les. écrits de ce fiéclCi moins dur, pîus poli. Un des
Monumens les plus précieux qui nous en reftent.confifte dans lesZ-o/:v Normandes
données aux Anglois par Guillaume le Bâtard mon en 10S7. En voici le
titre & les deux premiers articles.
„ Ce Coin les Leis & les cuflumes que li Reis William grantut à tut le
„ Peuple de Engleterre , après le conqueft de la terre. Ice les meifmes que le
„ Reis Edward fun cofin tint devant lui „.
» Co eff à fâveir , pais à Saint Yglife. De quel forfait que home out faîr
» en cel. te.ms , & il pout venir à Saint Yglife, out pais de vie 5c de membre.
» E fc alquons meift main en celui qui la mcre requirit , fe ceo fuft u Ab-
» taie , u Yglife de Religion , rendift ce que il i avereit pris , & cent fols de
m forfait , &c. ».
» Icce plaiz afficrcnt a la Coronne le Rei. E fe alquens , uquens , uxvoff ^
» (/i/<^ u prcvoft , ) mefiFeift as homes de Éi baillie, & de ço fûiftatint de U.
a» Juftice li Roi ,. forfait fuift à double de ce comme altre fuft forfait ».
C'eft dans ce iléclc auflî que parut le Traité de Marbode fîir /es pierres
pricieufes : en voici le prologue.
Evax fut un mulfe riches Reîs ,
Lu règne tint des Arabeis.
Mult fut de plufîurs chofes fages
Mult aprift de plufîurs langages. , î i- ■ '
Ncruns en ot oi parler
Pur ce ke tant Toi loer.
L'ama forment en fun cunrggc
Si li tramift un fen meiïbgc.
M. Ducios , qui cite auffi cet Ouvrage, n'en coniioifToir point' «tir
plus ancien en vers,quoiqu'il reculât celui-ci jufques à l'an l'i 1 ? .11 étoit même
dans l'idée que la verfilîcation n'eft pas un témoin fur de l'état d'une Langue,,
puifque ce Pocme eft moins intelligible que le texte des Loix de Guillaume^
» On croiroit , dit-il encore, que la pbpart des anciens Poètes n'ont paf
»cait dans la Langue dont fe fervoienc les Écrivains en profe;. les licence»
PRÉLIMINAIRE. lu)
n ctoîent alors les principales régies de la Pocfie. Les Poètes de nos jours
» n'ont pas les mêmes privilèges ». /
: Eft-ce un bien, eft-ce un mal 3 En voyant le plus illuftre des Poètes Gr«cs
fe permettre des licences infiniment plus grandes , & jouir cependant d'une .
gloire imniortfcllc chez le Peuple le plus délicat, & dont l'oreille étoit il fine ,
on feroit tenté de conclure que la régularité (évere des mots n'eft point dci
l'elfencd de la Pocfie ; qu'en reftraignant à cet égard les privilèges du Poète «
oiî rerrreint d'autant fon génie j on met des entraves à Ton imagination , oïl
lui fuit perdre du côté de l'invention, de rhaimonie , de la Tublimité, ce
qu'oii lui fait gagner du côté du fini. Il en cft ici comme de la peinture. Souvene
une efquiiTe eft lupérieure à un tableau fini & maniéré : fouvent elle réunît
plus de feu, plus de goût, plus de richcfïès du côté de l'imagination.
Il cft yrai qu'on en abuTcroit ; que des Auteurs fubalternes pourroient êtrel
tentés de croire que la Pocfie confifte dans les licences :mais pour prévenir une!
nicprilè de cette nature , faut-il priver le génie de ce qui peut devenir unes
jrelfoujrce pour lui , & anéantir dans leur fource des Ouvrages immortels î
Ajoutons que le chant nuiquoit les licences d'Homère; qu'on peut les corn-'
parer à cet art avec lequel nos Muficicns allongent ou raccourciflènt le tems
de chaque fyllabe , pour les faire quadrer avec la mufique. Or, les vers des
-Anciens & ceux de nos Poètes des ficelés dont nous parlons , furent toujours
..faits pour être chantés. On chantoit les Pocfics d'Homère , on chanta celles
du Talle 5 &: tous les Ouvrages de nos anciens Troubadours.
En dépouillant nos vers de cette qualité , en failant des Pocmes qui ne (&
cîiantent point , & qu'il fcmblc que nous n'appelions Chants que par dé--
rkîon, ne les avons-noss pas dépouillés d'une qualité eflenticUe & diUindtive?
N'eft-ce pas en partie à ce changement que nous devons la monotonie
fojnbre & froide de nos Poèmes ; & l'elpéce d'impoffibilité que les François
puiflent poiïeder en leur Langue un Pcème Epique dans toute l'étendue du-
mot! Aufli rien de plus différent que nos vers & les vers anciens, quoique,
trompés par le nom, nous ne nous en apperccvionî pas. Exceptons-cn peut-
être nos Vaudevilles , petits Poèmes chantans : auflî fe rapprochent-ils de l'an--
• liquJté : auffi renferment-ils plus de naïveté , plus d'imagination , plus de li-
cences : auffi font-ils trcs-poëtiques : auffi donneroit-on fouvent vingt pages'
d'un grand Poème pour un Vaudeville ; & c'eft dans ces Vaudevilles qme (♦'
|eint vcriublemeni le génie national*
liir D 7 S C O U R S
X I le. s I É c L E.
Dans ce ficde de fer , !e langage , loin de Ce perfedionner , ne put que
retomber dans la barbarie dont les fiécles précédens avoienc cherché à le retirer.
On reconnoit à cette trifte empreinte les Ouvrages qui nous en reftent : n'en
exceptons ni les Sermons de S. Bernard, ni les Poèmes du tems.
S. Bernard , qui mourut en i i j ? , devoir avoir le ftyle le plus polî
de (on fiécle , puifqu'il vivoit à la Cour , & qu'il devoir être aufli éclaire
qu'on pouvoir l'ctre : cependant Ton langage françois eft des plus barbares.
Voici le commencement de fes Sermons , tranfcrit d'après le Manufcrit des
Feuillans, qui ne doit être poftérieur que d'environ^ zf ans à leur Auteur.
>♦ Ci commencent li Sermon Saint Bernars kil feic de lavent ic deç
» altres feftes parmei l'an.
» Nos faifons vi , chier Freire , l'encommencement de l'A vent cuy nous
w eu alTeiz renomeiz & connis al munde , fî corne fiint li nom des altres
>> lûlempniteiz. Mais li raifon del nom nen eft mies par aventure fi conue.
» Car li chaitif fil d'Adam n'en ont cure de vérireit , ne de celés chofès ka
>.- lot {àlueteit appartienent , anz quierent ici! les cho(ès dcfaillans & tret
w pefiàules. A «[uel gent ferons nos femblans les homes de cefte génération,
» ou à quel gent ewerons nos ceos cui nos veons eftre fi ahers & fii enra»-
» cineiz ens terriens folas & ens corporiens , Kil départir ne s'en puyent. Cer-
n tes femblant funt à ceos qui plungiet fimt en aucune grantawe, & ki
m en péril fiint de noier ».
Dans l'Abbaye de Honnecourt exifte une charte de l'an 1 1 j j: Cette pic-
ce , qui eft au moins aufli ancienne que les Sermons de S. Bernard , pa-
foît être le plus ancien Monument François de ce genre.
» Jou Rcnaut, Seigneur dé Haukourt, Kicvaliers, & Jou Eve del Erietf
» Kuidant ke on jor ki fera no armes ( mot qui eft le même que celui
» à' Ames , et que n'a pas vu M. Duclos , qui a cru que c'étoit une faute )
»3 kieteroiK no kors , por fi trair à Dius no Seigneurs & kc no poieons rac-
13 kater no fourfet en enmonant as Iglifes de Dius & a povre , por chous de-
M forendroit avons de no kemun aftent fach no titaument e deraint vou-
K letet, en kil foermanch ».
Cette charte eft rapportée dans l'Hiftoire de Cambrai par Jean le Car-
TENTiER, Tom. II y pag. 18. des Preuves. A cette Charte pend un fceatt
repréfèntant un lion & des billettes. Les mots en (ont fi durs , fi barbares,
qu'on croit entendre des Sauvages. Quel écrange Dialede i
PRÉLIMINAIRE. U
Dans ce ficelé parut le Roman de Brutus, en vers ; en voici quelque^;
uns, tirés d'un nianufcrit , numéroté /o/. j, y°. col. i.
Brunis fut forment cnrious
Comment li fuen fufTent refcous»
Pourpenfa foy que il feroit
Par quel enging les fe ourroit.
Enging querre li eftevoit....
Brutas penfa aflez briement.
Puis eft courus molt fièrement t
Si a pris au coup un prifon.
Anacletus avoit cil nom ,
Pris eft o le frère le Roy.
D'autres vers nous apprennent que Maiftre Wistace cbmpolâ ce Romao
en I 15 j. M. Galland l'appelle toujours £«/?<i<re (i). Son Ouvrage forme
xxn petit volume in-folio i on le met ordinairement à la tctc des Poètes
Fran;jois.
N'omettons pas le Roman de Rou qui eft du même fiéde , comme on Ic
■voit par CCS vers (1) :
Mil chent & foifante out Je temps & a'cfpace
Puifque Dix en la Virge defcendi ( 5) par fa grâce.
Quant un Clerc de Caen qui out non Meflre Vace
S'enttemift de l'iftoire de Rou & de s'eftrace.
Quel langage pour un Clerc! Mais auflï quels modèles avoit-ilîS
XI IP- SiÉCLB.
Ce fiécle furpafle en monumcns tous ceux qui précédent ; mais le fiécîe
n'en eft gucres meilleur ôc ne pouvoir l'ctre. Qu'on en juge par la SiiU
Guiot, "■
La Bible Guiot eft l'ouvrage d'un nommé Gnwt , de Provins en Cham-
pagne. On le. conferve dans la Bibliothèque de Notre-Dame ; il y en a
auffi un Exemplaire dans celle du Roi de Sardaigne. Celui de Notre-Dame
eft d'une écriture qui remonte au commencement du XIV. fiécle, our-
jncmc à la fin du XIIP. Son Auteur avoit été Moine blanc pendant quatre
( I ) Méra. de l'Acad. des Inf. &Bel. Let. Tom. II. p,i7î,
{ 1 ) Roman de Rou, manu'c. p. 54,
t î ] Pour diïc , depuis que Diea defçendit dans le feîn de la Vleise , Sc<(i-
Ivj .■? 'DilSC OURS
mois , 5: l'on voit qu'il cfluya quelques difficultés lorfqu'il voulut forcir de
cet Ordre. Il avoit beaucoup voyagé , ayant été en Allemagne Se iticme
à Jérufàlem. Les noms de quatre-vingt-quatre perfonnes de diftinftion qu'il
cite dans Ton Ouvrage comme les ayant connues , donnent en même tems
une idée de la façon avantageufe dont il étoit confidéré dans le monde,
,§i l'époque de fon écrit , qui eft une critique quelquefois trop amcrc des mcrurs
de fon fiécle ; il n'épargne ni la Cour de Rome , ni le Clergé Séculier &
Régulier , ni les Rois & les autres Souverains de l'Europe (i). Voici ce qu'il
dit en particulier fur le Pape , qu'il compare à l'Etoile polaire & à la bouf-
fo\e , partage dont nous avons déjà cité quelques vers dans ce Volume à l'article
Boussole, mais dont nous devons à M. Mouchet une copie plus corn-;
pletie & pl(js exacte : ils font d'ailleurs de l'an izo^.
De noftre père l'apoftoile ( » )
] Volfifle qu'il femblaft l'eftoile
Qui ht fe muet. Monlt bien la volent
Lt Marinier qui s'i avoient
Par celé eftoile vont & viennent
Et lot fen & lor voie tiennent.
11 l'apelent la trefmontaingnc i
Un art font qui mentir ne puet
Par la vertu de la manière ,
Une piere laide & brunierc
Ou H fers volentiers fe joint.
Ont, fi efgardent, le droit point*'
Puis c'une ag«ile i ont touchié
Et en un feftu l'ont couchié
En l'eue le mettent fanz plus
Et li feAuz la tient defTus. ...
Contre l'eftoile va la pointe,
l Pat ce font li marinier cointe
De la droite voie tenir. .. .
Moult eft l'eftoile & belle & clcrej
Teix devroit eftrc noftre père.
Clert devroit-il eftre & eftables
Que ja pooir n'euft Deables
En lui n'en fes commandemenz.'
Quoique les progrès de la Langue ne fulfent pas rapides , on les fent dcjS
( I ) Ce détail eft tiré d'une Notice que M. le Comte de Caylus en a donné dans le> Menu
des Info. & Bel. Let. T. XXI. Hift. p. i9i.
( t ) Bible Guy9t aatiu^i 4ç N, D. «°, £, $, r«l, 9h y°> cqIi i. k z.
PRÉLIMINAIRE. Ivî]
dans Ville -HARDOtTiN , dit encore M. Duclos ; c'eft le premier Hiftoiieii
François que nous ayons : il termina à l'an 1 107 Ton Hifloire de la conquête
de Conftantinople par les François & les Vénitiens. Le commencement du
premier Livre , en donnant l'idée du ftyle de l'Ouvrage, marque auiïl l'épo-
que de l'expédition, & quels Princes rcgnoient alors.
"Saches que 11 p8 ans après l'Incarnation notre Sengnor J. C. altens
» Innocent III, Apoftoille de Rome, & Filippe {Augujie) Roi de France,
« & Richart , Roi d'Engletcrre , ot un fâind home en France qui or nom
» Folque de Nuilli. Cil Nuillis fieft entre Lagny for Marne & Paris ; & il
» ère Preftre & tenoit la parroiche de la Ville : & cil Folques dont je vous di,
>> comença à parler de Dieu par France & par les autres terres enror; & notre
M Sires fid maint miracles por luy. Sachiés que la renomée de cil fâint home
»> alla tant , qu'elle vint à l'Apoftoilte de Rome Innocent; & l'Apodoille en-
♦► voya en France & manda al prodome que il emprefchaft des croix par s'au-
•» torité : & après i envoya un fuen Chardonal maiftre Perron de Chappes
» Croifié -, & manda par lui le pardon tel come vos dirai. Tuit cil qui fe croiA
» feroient & fcroient le fervice Deu un anenl'oft, feroknt quittes de toz
•j les péchiez que ils avoient f*iz, dont ils feroieiT: confés. Por ce que cil par-
j* dons fu iiïl gran, fi s'en efiiieurent mult li cuers des genz, & mult s'en croi*
#> fièrent , por ce que li pardons ère fi gran »<.
La Chronique de la Terre d'Outremer , confèrvce en manufcrit à Berne,
n". 1 1 5 , fol. l<îf , R*. col. j. parut dans le même ficelé : elle finit en
1 1 19, & il paroît que les Continuateurs de Guillaume de Tyr n'ont fait que
la copier. ^ En voici un paffage pour qu'on puifTe juger du ftyle.
o Or vos dirai de le pais qui por parlée eftoit (en 1119) entre l'Empe-
♦> reur & le Soutan, quels ele fu. Li Soutans li rendi tote la terre de Jherufalem,
fc fi come Creftienlc tenoiental jor que Sarrafins le conquifent for Creftiens,
» à l'Empereur à faire (è volonté , fors feulement le crac de Montroial & trois
to Chaftiâus en la terre de Sur & de Saicte. .. . mais de ces crois Chaftiaus ne pot
» rinc granment chaloir qu'il ne (ont mie fi fort c'on fefift longement dcvaiu
m A fiege. Mais del crac fu chi damage qu'il ne fu rendus , ca-r tote Crcftienté
»> paroit feir devant, &c. ».
C'eft dans ce fiécle que parurent les Etablilfemens Si les Ordonnances de
S. Louis; le ftyle en eft certainement meilleur que celui de Ville Hardouin;
ce qui n'eft pas étonnant ; on doit mieux écrire dans la Capitale que dans
Jcs Provinces : mais eft-on certain d'avoir l'original des écabliUemens & Or-
Dicl. Etym, k
Iviij DISCOURS
donnances de S. Louis, & que le ftyle n'en ait pas été retouché par quclqu'É-
crivain poftérieurî
On a déjà remarqué depuis long-tems que les Copiftes ont altéré la plu-
part de nos anciens Auteurs. Etienne Pasquier (i) aflure que » s'il y eut
» un bon livre compofé par nos Ancêtres , lorfqu'il fut queftion de le tranf.
w crire, les Copiftes le copioient non fclon la naïfve langue de l'Auteur,
» ains félon la leur. » Pafquier prouve ce qu'il avance par l'exemple du Ro-
man de la Rofe j par la chronique de Ville- Hardouin & par une Ordonnance
même de S. Louis pour la reformation des mœurs de la Jufticc, contenue dans
une vie manufcrite de S. Louis qui eft à la Bibliothèque du Roi n°. 964S;
3 . î . & dont le langage eft rajeuni dans l'édition que Mcnard a donnée de
Joinville. » Ordonnance, dit Pafquier, que je vois diverfitîée en autant de
«langages comme il y a eu de divetfité de tems «.
Quoi qu'il en (oit, voici l'Ordonnance de ce Prince rendue contre les BlaP-;
phêmateurs,& qui, quoique tirée duRcgiftre noper de la Chambre des Comp-
tes de Paris fol, 3 1 , ne nous paroîtpas avoir été plus refpeûce par ceux qui
ne peuvent copier les écrits en vieux langage (ans les habiller à la manière
de leur tems : l'ignorance même dans laquelle on eft fi cette Ordonnance par
rut en i léS ou izbp, prouve combien on eft peu fur de l'avoir en originaL
»Sï aucune perfonne, dit l'Ordonnance, del'aage de quatorze ans ou plus,,
» fait chofe ou dit parole en Jurant , ou autrement qui tome à de(pit de Dieu,
«• ou de noftre-Dame , ou des Sainz , & qui fiift fi horrible qu'elle fuft vi-
u laine à recorder , il poira 40 livres ou moins, mes que ce ne foit moins de
» 2 o liv. félon l'eftat & la condition de la perfonne , & la manière de la vi-
M laine parole , ou du vilain fait : & à ce fera contraint , fè meftier eft. Et fî
M il cftoit fi poure que il ne peuft poyer la poine de fufdite , ne n'tuft autre
»» qui pour h U vouflifl payer, il fera mis en l'e/chielle l'erreure d'une luye
M {une heure de jour) en lieu de notre juftice, oîi les gens ont accoutumé
» de afTembler plus communément , &: puis fera mis en la priiôn pour fix
3» jours , ou pour huit jours ou pain & à l'eau.
» Et fe celle perfonne qui aura ainfi meffait , ou mtfHit , fbit de l'aige de
>• dix ans, ou de plus fufqu'à quatorze ans , il fera batu par la juftice du lieu,
f tout à nud de verges en apert , ou plus ou moins filon la griéveté du mef^
» fait , ou de la vilaine parole : c'tft afTavoir H homme par hommes & la
5> famé par famés lâns préfence d'homme, fè ils ne rachctoient la bature.
(i) Recber. L. UL c.m»
^P RÈ L I M I N A I R E. lix
Cette Ordonnance fût Faite en confëquence d'une Bulle de Clément IV
du 1 1 Juillet 125S , par laquelle ce Pontife exhorte S.Louis à punir les
blafphêmateurs un peu moins (evcrement ; il leur faifoit percer les lèvres,
ou les faifoit marquer d'un fer rouge fur le front ou fur la langue.
Le ftyle des Coutumes du Beauvaifis,rcdigces en i z8 j les fait paroître d'un
ficelé plus barbare : ce qui confirme tout ce qne nous avons dit de ce fiécle,
>» Ci commenche li livres des Couftumes & des ufàges de Biauvoifins
H félon ce qii'il couroit ou tans que cift livres fu fez , c'eft afiâvoir en i 2 8 j,
Cejl U prologues,
M La grant efpcrance que nous avons de l'aide à cheli par qui touttcs
m chofes font fêtes , & fans qui nulle bonne œuvre ne porroic cftre fcte ,
•» die efl li Père , & li Fies , & li Sains Efperiz »,
C H A p. I.
îj Tous foit il ainfîînt que il nait pas en nous toutes les grâces qui doi-
» vent eftre en homme qui s'entremet de Baillie , pour che lerons nous pas à
M traiter premièrement en che Chapitre de l'Eflat & de l'Office as bail-
1» leus.
Vers l'an 1170 fut compofe un Roman intitulé Alcomades , (manufcrit de
Caignat ) dont le flyle eft encore plus barbare; en voici un échantillon (i),
i .' . . Marcedigat heroit
Les vilains & gentis amoit;
Car bien favoit que li gentil
Feroit vilonnie aenvis.
Si haus hom moult folement œvre ;
Qui grant confcil vilain defcuevre }
Car qui par vilain veut ouvrer
De s'onnour bien doit me ferrer.
Car ja vilain ne loeront
Nule honnour puisqu'il vuerront
Que fur au» en puift efcheoir
Periex , ne de cors ne d'avoir ;
Car piéça c'en dift ce proverbe
De pute racine , pute herbe,
Et C\ rediA on à la fois
Ades rêva li leus au bots ,
, , Bon fait en tour lui avoir gent
Qui aiment miex honaour k'argeat»
(1) Fol. «.▼•.col. j.
kij
k
îx DISCOURS
Les Poètes François de ce fiécle & des prccédens furent en fi grand nombre-
que le Préfident Fauchet en a donne une lifte de 117 en compiençant par
EusTACHE & finiflànt par Pierre Gentif.n ,. celui-ci Parifien. Là font des noms
connus-, Lambert li Cojrsou le Court, Alexandre de Paris, Thiebault de Mailli,.
Chrétien de Troyes, Thibaud Roi de Navarre, (on favori Gaces Brûlez, MeflSre
, Thierry, de la Maifon de SoiflbnSjle Vidame de Blois, Pierre Mauclerc Comte
de Bretagne ,. une Trouvère de Troyes la belle Doete y Marie furnommée de
France, &:c.
M. Galland a augmenté confidérablement cette lifte dans fon Difcours fur
fuelques anciens Foëtes &fur quelques Romans Gaulois pea connus (i).
Dans lé 146 Siècle parurent l'Hiftoire de Joinville , les Adlfes de TcTViùi^
lem que nous avons citées une fois, la Chronique de Froiftàrt, l'Hiftoire d*
Connétable Du Guefclin, &c. & nombre de Poètes.
Tel eft le commencement de l'Hiftoire de Poinville.
M Je, Jthan Sire de Joyngville Senefchal de Champaigne , fais eicrire lu
'wvie noftre Saint Louys ; ce que Je vi Se oy par l'efpace de iîx anz que-
» je fu en Ùl conipaignie ou pelerinaige d'outremer & puis que nous reveni-
»• mes .... L'amour qu'il avoir à fon Peuple parut, à ce qu'il dit à (on ainfnc;
»? filz en une moult grant maladie queil ot à Fontenne Bliaut. Biau filz, dift-
« il, je te prie que tu te faces amer au Peuple de ton Royaume-, car vraie—
» ment je ameraie iniex que un Efcot venift d'Efcofte & gouvernaft le Peu-
» pie de mon Royaume bien & loialement, que ru le gouvernafle mal aper»
»tenient(i}. »
Le P. Hardouin (3) avoir rejette cet ouvrage 4c Joinville comme un Ro-
man inventé après coup; il fondoit une opinion auffi finguliere fur ce mo-
tif, entr'autres , que le ftyle en eft incomparablement plus poli & plus récent:
que celui des Ouvrages François du même tems , même que celui du ftyle
de la lertre que Joiiiville écrivit à Louis Hutin & qui a été publiée par
Du Cange. Ce paradoxe a donné heu à une favante Diircrtation de M. le
( 1 ) Mém. des^ Inrcr. & Bel. Lct. T. If.
(x) Hifloire JeS. Louis, pag,4, y.édit.diUTiSlt.
i i) Opéra var. £. É34» ace-
PRÉLIMINAIRE. Ix)
Baron de la BastIE, fur la Vie de Saint Louis écrite par le S'ire de Join-
ville ( i) S: dans laquelle il fait voir de la manière la plus convaincante que
ïion-feulemenr cette Hiftoire a été rajeunie par rapport au ftyle, mais qu'elle j^j^i-il ti'u* I
a nicnie été interpolée en nombre d'endroits. Il nous apprend en mcuie tenis
que le manulcrit It plus exadl de cet ouvrage le trouvoît alors à Laques ^<t<\ jtn
dans la Bibliothèque du Sénateur Fiorentini , où M. de Sainte-Palaye l'a vu,
C'eft un petit in-jolw en velin d'une allez belle écriture ; mais qui ne pa-
roîc être que du commencement du XVI^ ficelé & orné de miniatures. On
en peut voir l'Hiftoire citée en marge (z). Mais nous croyons obliger nos
Lefteursen tranfcrivant le commencement de la Diflertation de M. de la Baftie*>
» La Vfe de S. Louis, écrite par le Sire de Joinville a toujours été regardée
» comme un des plus précieux monumens de notre Hiftoire , & comme un'
» ouvrage qui réunit plufieurs des qualités qu'on a coutume de défirer dans
» les Hiftoires particulières. L'Auteur étoit un Seigneur eonfidérable par
»5 fa naiflance, par fes alliances, par fes emplois & plus encore par (on niéiirc"
» perfonnel; non-feulement il avoir vécu fous le régne du Prince dont il écrt-
» voit \^ vie, mais de plus ayant été attaché à fâ perfonne pendant plus de
.«> vingt-deux ans , il Pavoit fiiivi dans ies expéditions , & il avoit eu part aiîx
»» cvenemens les plus importans de fon régne. L'air de candeur & de bonne
» foi répandu dans tous fes écrits, prévient avantageufement le Lefteur : l'at--
»> tention (crupûleufe qu'il a eue de ne s'étendre que fur les faits dont il avoif
n été le rémom, & de ne toucher à ceux qu'il rapporte (ur la foi d'àutrliî
» qu'autant que (â narration Texigeoir, cette attention , dis-Je, doit nous con-
» vaincre que le Sire de Joinville n'a pas eu tnt-ention de rien tranfmettre à 1»
» poftcrité dont il ne fût pleinement inftruir.
Obfervons que M. de la Baftie prouve fort bien que cet Ouvrage avoit
été écrit au commencement diï XIV^ fiécle ( j),,puifqu'il eft énoncé dans
rmvenraire des livres du Roi Charles V en ces termes » r Une grand partie
« de la vie & des fàiz de Monfieur Saine Loys que fie faire le Sire de Joinville
» très-bien efcript & hiftorié, couvert de cuir rouge à enipraines, à fermoire*
»» d'argent.
Dans le XX^Vol. des Mémorres de l*Acad. des Infcr. & B. L. on trouve
une Vie trcs-intéreflântc du Sire de Joinville par M. de la Ravaliere.
( 1 ) Mëm. dèrAc. des Infc. & Bel. Let. T. OCV.-
(•î)Ib.p. 738;
(î) Ib.p. 701.
H] D I S. Ci 0, [/ R S
j4ssises deJérufalem.
i . " I 1 Les Aflîiès de Jérufàlem furent rédigées en i j ^9 , près d'un fiécle après
JtJjii-t'Ol' Ji-* 5^ Louis, dans une Ville remplie de François, par Philippe de Navarre,
/iMk. \'i^^ femeux Jurifconfulce , qui paiïà dans la Terre Sainte, comme nous l'apprend
M. de la Ravaliere (i) qui obfèrve que ce fait avoir échappé à ceux mêmes
qui ont publié ces Aiîîiès , & à Ducange.
C H A p. L
» Quant la Sainte Cité de Jérufàlem fu conquilè fur les ennemis de la crois
.»> en l'an MXCIX par un Vendredy, & remife el pooir des Feaus Jefïi-C par
«les Pèlerins qui s'ehmurent à venir conqucrre la, parle prefchcment delà
» crois , qui fu prefcliée par Pierre l'Ermite , & que les Princes & les Barons
» qui l'orent conquife, orent ehleu à Roi & àSeignor dou Royauaie de Jeru-
» ialtm le DucGodefroy deBuillon , le Duc Godefroy de Buillon ne volt eftre
53 (acre ne coroné à Roi eldit Royaume, porceque il ne volt porter corone d'of
» là où le Roi des Roys Jefu-Crift le Fiz de Dieu porta corone d'efpines le jour de
» (àpaffioii. Il fut entcntis à mettre le Royaume en bon pointôc çn bon eftat.
Poètes de ce fiécle,
C'eft au commencement de ce fiécle que G. Guiart compofa envers
fonHiftoire de France, intitulée /^ Brartce aux Reaulx lignages; elle commence
en 1 I 65 , & finit en 1 jofij voici fon début :
Je qui commencjc ai cefte euvre ,
Où, mon poure engin fe defqueuvre]
Vueil dire , ainz qu'avant de ci life
Par quel railcn je l'ai enprife»
En l'an M & CGC & quatre
Sanz année ajoufter n'abatre
El mois d'Aouft me fejournire
A Arraz, car navrez eftire.««
Adonques por moi déporter
. — Et por mes maus réconforter
Me fuis de rimer entremis
Et à ceft livre faire mis.
Entre les Poètes du XI Ve fiécle fe diftingue Guillaume de Machaut^
^^m — j...... ^ ■ ■ - ■■-■■ ■■» — — . ■ ■ . ^ ,,,,..1 -, ■ I — ■■! I — — ^^B^W^^^i^li^^^
( X ) Mém. des InfCt & Bel. Lett Tt XX, p. 3 19* en aote«
PRELIMINAIRE, Ixîij
dont l'Abbé Lebeuf découvrit les ouvrages dans la Bibliothèque des Carmes-
Déchaux de Paris , 5^ dont il donna en l74<î , une Notice très-încéreflànte
(i) fuivie de deux Mémoires non moins curieux de M. le Comte de Caylus
fur ce même perfonnage , Pot te ù Mujîcicn , vrai Troubadour. C'étoit un
Gentilhomme de la Ville de Loris , en Champagne , dont on foup-,
çonne qu'il étoit Seigneur, Il fut trente ans Secrétaire de Jean de Luxem-
bourg Roi de Bohème, ôc il mourut dans un âge très- avancé. On trouve dans
(es Pocfics un précis de la vie de ce Héros de la Bohème , & nombre de
faits relatifs à celle de Pierre de Lufignan , Roi de Chypre & de Jérufalem.
La multitude de vers que ces deux Académiciens ont rapportés de cet Auteur
nous diipenfe d'entrer dans un grand détail à ce fujet : nous nous contente-
rons de ceux-ci peur donner une idée du rapport du François de ce lems-
ià avec celui d'aujourd'hui. En parlant du Roi de Bohème, il dit:
11 donnoit fies , joyaux & terre ;
Or , argent , rien ne retenoit
Fors l'onneur, a3 ce fe tenoit
Et il en avoit plus que nus.
Et dans cette même pièce de Poéfie remplie de confeils au Roi de France
Charles V, il lui dit:
Et fi tn fais forgîer monnoîe ,
Pour Dieu fais !a telle qu'on oie
Dire quelle eft de bon aloy.
XVc. Siècle.
Entre cette multitude d'Ecrivains en vers & en Profe qu'enfanta le XV*
ficcIe , difïinguons Charles Duc d'Orléans, petit-fîls de Charles V , père de
Louis XII & oncle de François I. La Bibliothèque du Roi polTéde un recueil
iTianufcrit de Tes Poéfies dont a rendu compte M. l'Abbé Salmer (i).
Ce lavant Académicien obferve avec raifon que fi Boiieau avoit connu le»
cEuvres de ce Prince, il n'auroit pas regardé Villon comme le premier qui
donna une forme régulière aux vers François ; qu'après avoir dit :
Durant les premiers an» du ParnafTe François ,
Le caprice tout feul faifoit toutes les loix ;
La rime au bout des mots aflemblez. fans mefure,
Tenojt lieu d'ornement , de nombre & de mefure ;
( 1 ! Mém, de l'Acad. des InTc. &Bel. Let. T. XX.
,ij lbid.T.Xlll.
Ixîy D
, Il n'auroic pas ajouté.
I S-C O U R s
Villon fçut le premier dans ces fiécles grofïieft,'
Débrouiller l'art condis de nos vieux Romanciers.
Celui-ci plus jeune que le Duc, profita de Ces Poéfies, comme Marot Cm
profiter de celles de Villon pour les furpafler.
A la plus grande fimplicité , Charles réunifloit la noblelTe des idées, la
force du fentiment, l'élégance de l'expreflion. On peut juger de fonftylc par
cette chanfon.
Tiegne foy d'amer qui pourra ,
Plus ne m'en pourroye tenir.
Amoureux me faut devenir.
Je ne fcay qu'il m'en avendra.
Combien que j'ai oy de pieça
Qu'en amours faut mains maux foufîrir.
Tiegne foy d'amer qui pourra ,
Plus ne m'en pourroye tenir.
Mon cueur devant hier accointa
Beauté qui tant le fcct chérir
Que d'elle ne veut départir.
C'eP (ait , il eft (îen & fera.
Tiegne (oy d'amer qui pr-.urra
Plut ne m'en pourroye tenir.
Fabliaux.
N'omettons pas un genre d'Ouvrages qui paroît propre à la Nation Fran-
çoife, l'art des Fabliaux. C'étoit une efpécc de Poèmes auflî amu/âns que
naiis, & qui fêmblables à nos contes ,renfennoient toujours quelque récit
hiftorique , vrai ou faux. Là brilloit éminemment l'elprit national ; légèreté,
raïveté , fincfle , tout s'y trouve.
Et de mcmc qu'Homère imita les Poètes qui l'avoîent précédé , Se que les
Poètes Latins imitèrent les Grecs , ainfi nos Poctcs & nos Conteurs, tels que
Rabelais, Bocace , la Fontaine, Molière, même Michel de Cervantes, &c.
n'ont pas dédaigné de prendre ces anciens Fabliaux pour modèles.
Le recueil le plus confidérable qui exifte en ce genre , efl: celui qu'on con-
(èrve dans la Bibliothèque de S. Germain-des-Prés , n°. 1 8 5 o : il paroît avoir
été tranfcrit dans le XlIIe fiécle; mais le ftyle en eft beaucoup plus ancien;
aulïï M. le Comte de Caylus a-t-il jugé que les moins récens des Fabliaux
qui y font contenus, appartiennent au régne de Philippe Augufte ou à celui
de S. Louis.
Le premier de tous eft intitulé, le chajlo'umem du ptre au fils; il a été pu-
blié en 1760 par M. de Barbazan. C'eft-là oii eft le conte des Brebis qu'on
tranfpcrte deux à deux au-delà d'une rivière, & qui eft imité dans Don-Qui-
chotte.
«Un
P RÉLI M IN AI RE. Ixv
» TTn Fableor craigiioit d'ennuyer par fes contes , un Roi qui lui ordonnoit
«• toujours de lui en dire de nouveaux ; il lui obéit en ces termes.
.> Un homme acheta deux cens Brebis qu'il chaflà devant lui : les eaux étant
»« greffes , & n'ayant trouvé pour paflfer la' rivière qu'un bateau fi petit , qu'il
M ne pouvoit porter à la fois que deux Brebis & lui qui les palToit , il en fie
» entrer deux & fe mit au gouvernail .... En cet endroit le Fableor s'arrêta ,
•• & le Roi lui dit, continuez donc : le Conteur lui répondit :
La nacelette
Eft moult foible & petitete , . '
Laivc eft moult grand à paflcr.
Brebis i a moult à porter.
Or lailTons les Brebis pafler
Et puis pourons alTez conter.
On y voit cette peinture de la belle qui charmoit Guiliaume au Faucon^
Lz florette qui naift e! pré
Rofe de Mai ne flor de lis
N'eft tant bêle , ce m'eft avis ,
Corn' la beauté la Dame eftoh.
Qui tôt le monde chercheroit
Ne porroit en trouer plus beie. ...
Nature qui faite l'avoit
Qui tote s'entente i metoît
I ot mife & tôt Ton fens
Tant qu'il cnfii poure lonc tem$>
X V K S I E c I. s.
Les Ecrivains en Profe & en vers du XV* & du XVI* fiécle font trop con-
nus pour qu'il foit néceflàire de les citer. Difons qu'en général la Langue Fran-
^oife fit peu de progrès jufqu'au régne de François I. Les caufes n'en font
malheureufemcnt pas difficiles à indiquer. Telles furent les guerres perpétuel-
les que ce Royaume eut à fouffrir, l'ignorance dans laquelle on étoit plongé^
le manque prefque total de livres & de fecours pour s'inftruire ; l'u(âge où l'on
«toit d'écrire tout en latin , même les ades publics. C'étoit beaucoup plus qu'il
n'en falloit pourétoufîer le génie de la Langue Françoilè, & pour faire tom-
ber dans un oubli prclque total tout ce qu'on avoit écrit dans cette Langue , fiir-
tout cette foule de Poèmes gothiques qui prouvoient tout au plus l'excel-
lence du (bl, & avec quelle fecilité la Nation fe tourneroit vers la vérita-".
ble manière d'écrire dès qu'elle lui feroit connue.
Dicl. Etym, i
hvl DISCOURS
François,!, le fentit : aiguillonné & par Ton goût pour les Lettres &'
par celui de fa. fœur, il fonda le Collège Royal pour Tavanceinencdes con-r
noKïànces &i pour l'intelligence des Langues favantes: mais redraignant celles-
ci à leur véritable ulage , il mit en quelque forte la Langue Françoife en
potTeffion du Royaume où elle étoit comme étrangère; il la plaça fur les Trir
banaux; elle préGda aux contrats &. aux aftes : &.pour plaire au Roi, on parla.
François.
Cependant (ous le régne de (on rucceflcur, la Langue Françoife faillit à
retomber dans la plus grande barbarie. François L avoir bien pu donner l'en^
vie de parler & d'écrire corredement ; mais il n'avoir pu donner le génie. On
ne connoifloit que les Grecs & les Latins : ils croient pleins de goût : on crut,
donc que pour en avoir, il n'y avoir qu'à parler Grec ou Latin en François. -
De- là les folies defordonnées qu'on fit dans ce tems-là par amour pour le:
Grec; ces facrifices a. Bacchus où l'on chantoit des Dithyrambes & des Péans :
ces mots Grecs ou Latms qu'on coufôit comme on pouvoit à des mots en-
core barbares, ou qu'on compofôit à la grecque : ces tirades de citaeions an*-
tiques qui donnoient un vernis d'érudition en éblouiflant ceux c ui ne (à--
voient pas combÏLn il étoit atfé à acquérir, & combien cette méthode cou»-
vroit d*tgnorancc & étoit éloignée de la vraie éloquence.
Peur-être ce mauvais goût auroit-il duré long-teras, peut-être encore ad--
tnirerions-nous Ronsard, qu'on appclla le Prince des Poètes, & ces Pléia-
des de Rimeursxiont on Jait à peine aujourd'hui les nx)ms, fi des événemens;
extraordinaires n'avoient amené fous les petits-fils de François L un nouvel:
ordre de chofes qui donna aux efprits.une e-^plofion, & qui fit prendre a la:
Langue une tournurt inconnue jufques alors.
Les divifions qui déchirèrent alors la France, \es gtrerrcs civiles qui s'cle-
verent entre les Catholiques & les Proteftans , entre les Guilcs , étrangers
€n quelque fone ,.& les Bourbons , heriners légitimes du Trône ; toutes les
horreurs de la Ligue ; tous les iniérèts mêlés & confondus, firent fermenter
les efprUs : il fallut diicuter fes droits, publier des Manifeftts, enchaîner la Na- .
tion par l'éloquence. On laiflà donc de côté Ronlàrd & Baïf, les Grecs & les
Romains ; on écrivoit pour des François, & on écrivoit fur les objets les plus
grands & les plus inrérffTans ; c'étoit pour liéfenJrt la Religion de. fes Pères ,
ou celle qu'on venoit d'eo)bra(rer ; .c'éroit pour la gloire du Trône « ou pour
ctux qui pouvoient y atjjiret ; c'étoir pour garantir ia. vie , ù. hbcrté , fou
honneur ou fe^ bie"s. On parla donc le langage du (èntimcnt ; on fut élo^ -
<^uc : ou l'eH toujours quand le cŒur.^atk» Âui£ voit-on dans les ccriiSL.
PRÉLIMINAIRE, Ixvij
ians nombre qui parurent alors , mais d'une manière trcs-fiipérieure dans ceux
qui dcfendoienr la caufe des Bourbons, une élégance & un goût inconnus jul-
qu'alors, & qui furent l'aurore des progrès étonnans & rapides que fit la Langue
Françoife, dès que les Bourbons furent (ur le Trône : la même éloquence qui
avoir combattu en leur faveur, fe foutint pour chanter leurs hauts feits.Sc ceux
de leurs Minières, qui élevèrent leur puilTancc au plus haut point de gloire.
Illustre Famille, la vaillance , l'éloquence & la iâgelTe vous élevèrent
Cir le Trône : ayez toujours pour vous vaillance, éloquence & fagefle, & rien
ne manquera à votre gloire.
Louis XIII. le (âvoit bien : c'tfl: (bus (on régne que le Cardinal de Ri-
chelieu érigea I'AcadÉmieTrançoise -, ctablifTement que nous auroient entié
les Grecs & les Latins. Déjà, il étoit défiré par la Nation, dcas'étoit formé
une Société- littéraire fous les aufpices de Conrar-t , pour fixer les régies
de la Langue Françoife , & la véritable éloquence.
Cette Académie, l'Élite de la Cour & des Gens de Lettres, ramena tous
les Écrivains à un centre commun , maintint l'unité dans le langage , conferva
le bon goût, & produifit tous ces effets d'autant plus (urement qu'elle fêm-
bloit n'avoir nul droit, nulle autorité, nulle adiviré : feule manière de régner
fîir les elprits , & d'entraîner les Gens de Lettres. Une fois elle voulut eïlliyer
fes forces & critiquer en règle l'Ouvrage d'un Auteur, dans ce moment l'idole
de la Nation : quoique cet Ouvrage fôt digne de la critique qu'on en fit ,
«'étoit trop tôt ; le crédit de l'Académie faillit à en être ébranlé : de tems
«n tems il éprouva des fecoulTès : tantôt les fautes de quelques-uns de
fes Membres, tantôt les Satyres de ceux qui ne peuvent parvenir à une
palme qu'ils croient leur être due. Mais ce font les efforts des Autans contre
les chênes. Puiffe ce Corps tUuftre fe maintenir avec la même gloire & avec
.le même fucccs : ce fera une digue contre les vices qui fcroient décheoir in-
ferfiblement la Langue Françoife î puiiTe-r'il , fur-tout par de faines critiques
de nos plus excellens Auteurs, conferver le bon goût, maintenir la Langue,
prévenir les innovations qui rameneroient la barbarie avec le niauvais goût
'tclsi fâufièiloquencel
Des DiaU3.es de f ancien François ^ & des Ouvrages écrits dans ces
DiaUcles.
Le tableau fuccint que nous avons préfenté des Révolutions de k Langue
Françoife , jufques à l'établiflement de l'Académie Françoife , eft une preuve
£lds réplique de foa utilité & de fes fucccs, Jufques alors chacun éaivoit
ixvîi) DISCOURS
dans le François de fâ Province , & erroit à l'aventure. On n'aura pas eu de
peine à s'appcrcevoir que les divers morceaux que nous avons cicés ne font
pas écrits prccifément dans la même Langue ; que leurs Auteurs , nés danr
différentes Provinces , parlent le langage de ces Provinces ; que les uns font
Gafcons, les autres Bourguignons, Picards, ou Champenois, Sec. Ceux d&
Beauvais dans leurs Coutumes difent che am lieu de cei commenche SiU \ie\i
de commence. Joinville écrit champai^ne , compaigne , amer, au lieu de cham-
pagne , ca-npagne, aimer. Guiart dit fejournire , pourye fijownai , & tjhre ,.
pour /</ttJ ou/cZ/ow, à la Theutone où ces deux tems ne font exprimés que par
un même mot.
Ces variétés n'étonnoient pas dans le rems dont nous parlons, parce qu'elles
étoientfoucenucs par l'ulàge des Cours qui dominoient dans chaque Province:
c'étoit comme du tems des Grecs , où chaque Auteur écrivoit purement dans
quelque Dialede qu'il écrivît, parce que tous ces Dialeûes étant parlés dans,
des Républiques égales en rang , aucun ne l'emportoit fur les autres.
Il faudroit donc, en comparant les Ouvrages François des divers fiécles».
feire attention à la patrie de chaque Auteur , & les clafler par Dialcdes : feule
manière d'en bien juger. Si on avoît fait plutôt ces obfervations , il ne feroit
pas arrivé à un Académicien ( M. Duclos) de comparer les Coutumes don-
nées à Riom par Alphonfe, Comte de Poitou, frère de S. Louis , avec les.
Ordonnances de ce Roi & avec les Allifès de Jérufâlem ,. comme fi elles:
croient écrites dans la même Langue.
Lor/qu'Alphonfe dit : » So es affaber que per nos & per noftres fuccelTbrs.
» non fya faita en ladita Villa talha, o quefta, o alberjada, ny emprunfarenv
»» a qui meymes.fi non de grat à nos preftar voliont l'Habitant em quefta mey—
» ma Villa >>. Ce n'eft pas en François qu'il s'exprime.
Le frère de S. Louis ne s'exprimoit fûrement pas ainfi à la Cour du Roî
fon frère ; on l'auroit pris pour un Etranger ; & s'il eût parlé François aux
Peuples de l'Auvergne , ils ne l'auroient lurement pas entendu. C'eft de l'Au-
vcrgnac , Dialeéle du Provençal , que ce Prince emploie dans les Loix qu'il!
donne à fes Sujets , parce qu'il» parloient la Langue d'Oc,
Les Dialeftes ou Idiomes élevés fur les débris de l'ancienne Langue Ro-
mance, font aufll nombreux en quelque Ibrte que les Provinces du Royaume j,
il feroit important d'en recueil'ir les mots , fur- tout ceux qui paroîtroienr
avoir le moins d'analogie au Latin & au François : il faudroit s'attacher prin-
cipalement aux mots des lieux les plus éloignés des grandes Villes , & à
ceiu (ja'on parle dans les Montagnes les £lu»>fâaYag^es i ces mots dev$^
PRELIMINAIRE. Ixix
repréfenter naturellement avec moins de mélange les anciennes Langues du
Pays. lettons un coup d'ctil fur ces Dialeûes , Idiomes ou Patois.
I. Le Wallon , langage des Pays-Bas François, ancienne Patrie des FrancS'
avant qu'ils conquilfent le refte des Gaules. Ce nom n'eft qu'une altéra-
tion du nom des Gaulois , le G & le W fe fubftituant l'un à l'autre. Nous en'
citons quelques mots dans nos Origines Françpifcs ; nous euflions bien dé-
firc en avoir un recueil.
IL Le Picard. Ce Dialefte diffère totalement du François par la pro-
nonciation ; nos CH y font autant de iC ; & on y change. T en Q , à la ma-
nière des Latins relativement aux Grecs.
m. Le Lorrain ;& IV le Bourguigkok. M. l'Abbé Bergier nous a^
formé un "Vocabulaire des mots les plus remarquables de ces deux Idiomes,
Les fameux Nocls Bourguignons de M. de la Monnoye font aufîl accom--
pagncs d'un Vocabulaire que ce Savant a fçu rendre très-piquant- par leS'
remarques remplies de fel & de bonne plaifanterie dont il l'a enrichi.
V. Le Franc -Comtois. M. l'Abbé Bergier nous en a auÏÏl donné quel-
ques mots. Nous avons des Nocïs Comtois imprimés à Befànçon & à Vefbul ;•
de même qu'un Ejfai de DiBlonnairc dans cet Idiome, de 3 9 pag. qui a paru*
à Befànçon en 1755.
VL Le Yaldois, langage du pays de Vaud en Suiflè, appelle auffi Pays-
Romand, parce qu'on y parle François. M.Bertrand, ancien Secrétaire-
de la Société Economique de Berne, (î connu par fes Ouvrages, nous fit
préfent , dans le tems , d'une (âvante Differcation qu'il fit paroîcre en 175 8,.
Jur les Langues anciennes & moderpes de la Suijje^ 6» principalement dtg
Pays de Vaud. 11 divife le Valdois ouïe Romand en cinq Dialeftes. i*.-
Celui des environs du Lac Léman ; i». celui des Montagnes d'Aigle & du'
Valais; î°. celui du Canton de Fribourg j 4°, celui de Neuchatel;& 5*. cclut
de l'Evêdié de Bafle.
Nous devons à feu M. Seigneux de Correvon, de l'Académie de Mar--
(èilles & l'un des principaux Magiftrats de Laufanne , un Vocabulaire du'
Dialeâe parlé aux environs du Lac Lenian j M. Charles de LoYs y ena joinr"
plufieurs ; mais M. Muret , Doyen des Pafteurs du Pa^s de Vaud, l*a plus-
que doublé & nous- en promet une fuite que nous attendons avec autant
d'impatience que de reconnoiflànce.
N'omettons pas que les Allemands appeiïent le Pays de Vaud Welsh-lanif>
gays des Vallès , ou Gaulois, par la même raifon & de la même maûier©-'
Ixx -^ 'b^fSC OURS .
.^u'on appelle la Flandres Pays Vallon ; & que les Anglois appellent le Pays
des Galles Velchland; chez tous. Pays des Gaulois.
' '^Aux Langues dont M. Bertrand a rccoPHiu des vertiges dans cette Contrée ,
,on peut ajouter la Langue Hébraïque ou Orientale , dont on trouve dans
CCS Montagnes des mots très-bien confervés, quelle qu'en foi t la caufe.
VIL Le Bressan. Nous devons à M. de Fenil la communication d'une
Comédie manulcrite dans ce langage, qui en donne une idée (ufiîfânte pour
y apperceyoir de très - grands rapports avec l'Italien; ce qui n'a rien d'é-
tonnant , cette Contrée ayant fi long-tems dépendu de l'Italie.
VIII. Le Provençal, qui, déchu de fon ancien éclat, n'eft plus qu'un
patois. Il en exifte un Diélionnaire in- ^° compolé par un Minime, le P^
Sauveur-André Pellas,& imprime à Avignon en 1725 ; & des Cantique»
compofés par M.D'Isnakdj Chanoine de Salon, imprimes a Aiï., i/2-8«.
en I 6c)8.
I X. Le Languedocien , dont M, Sauvage fit paroître en 1 7 5 6 un
Diétionnairc in- 12 . Les Auteurs de l'Hiftdire du Languedoc en cinq vol.
in-folio, y ont inféré unel-iiftoire de la guerre des Albigeois, écrire dans
cet Idiome. On en trouve auffi divers morceaux & quelques Vocabulaires
dans THiftoire de la Vi'.le de Nîmes , par M. Minard. On voit par ces
'Wonumens que iians les XI «. Xlle. fiéclcs, &c. cet Idiome avoir de très-
grands rapports avec l'Italien ; & qu'il a éprouvé de grandes révolutions^
<omme il en «prouvera d'autres, jufqu'àce qu'il fbit abforbé par la Langue
Françoife , dont il fe rapproche continuellement. Il fe divife en plufieurs
Dialedes ; car il eft diffçrent dans les Diocèfes de Nîmes, de Montpellier, de
Karbonnc, &;c. dans les Hautes & Bafics Cévennes , dans le Gevaadan , le
Vivarais , &:c Souvent il varie , comme tous les patois, de village à village.
Celui de Nîmes & des environs eft d'une grande douceur. Il doit exifter di-
rers morceaux de Poefîe dans celui- ci , tels que les Embarras de la foire de
feaucaire , & autres ; mais que je n'ai pas fous la main.
L'Hiftorien delà Ville de Montpellier, M. D'Aigrefeuilii, a inféré dans
(bn Ouvrage un Ade du IX*. lîécle en Languedocien, relatif au troifiémc
Seigneur de cette Ville , qui donnera une idée de ce qu'étoit alors ce lan-
gage , d'autant pins qu'il efl; fort court : îl a pour titre : Sacramentum quoâ
fecit Berengarius filius Guidenildis Guillclmo Domino Moniifpeffitlani filio
Beliardis. » Serment que prêta à Guillaume fils de Beliarde , Seigneur jde
« Montpellier, Bercnger , fils de Guidinel->j.
P KË L I M 1 N A T R E,
Ixxj
iiDàaquefta hora amenant, no tol-
i,tra Berengarius 1» fil de Guidinel,
,, lo Caftf 1 'el Poget que fo d'en Go'.en
„ a Guillen lo fil >^e Beliarde. Ni IJ deve-
„ dra , né l.cn dtcebra d'aquella forza que
„ es, ni adenant fara garni el , ni hom
„ ni ft-mna ab' lou Ton art. ui ab Ton
„ ganni , ni ab fbnconfel-, & fi homs es
„ que o fira ni femna - Berergai, lo fil
„ Guidinel ab aqueis Societat no aura for
„ quant pel Gaftel a recohrar la pot en
„ la fua poteftat de Guillen lo tornara ,
„ fans déception & fans ley redever. FaCîâ
„ efl hxc carra régnante Henrico & ejusfilto
,, Philffpt „.
De cette heure à l'aveHir, Ber«nger ' fits
de Guidinel, n'ôtera point à Guillaume fils
de Beli rde le Château -lu Pojet , qui fut
du Golen. 11 ne le divifera ni ne le dimi-
nuera de la force où il eft; & à l'avenir
il ne le garnira en homme ni femme ,
par artifice , par fineffe, ni par confcil ;
& fi c'eft im homme ou une femme qui en-'
treprenne fur ce Châteait, Berenger fils de^
Guidinel n'aura aucune fociété avec eux ,
fi ce n'eft lorfqu'il s'agira de recouvrer ce:
Château, & même lorfque Guillaume fil»-"
de Beliarde l'en aura follicité; & pour Ion
s'il peut le recouvrer, il le remettra au
pouvoir de Guillaume fans diminution 8c
fans lui rien devoir.-
A ce ferment , le Notaire qui le tranfcrivit ajouta la date en tatirf.-
" Cette Charte , dit -il, a ctc faite bus le régne de Henri 1. & de Ion
fîls Philippe ». Cctoit donc en 1059 ou en loéo au plus tard , parce que
c'eft dans la première de ces années qu'Henri I , troifiéme Roi de la Maifoti
des Capets. aifocia à b Royauté- fon fils Philippe ,& c'eft dans la féconde
qu'il mourut.
On voit que le Languedocien ^alors avoir moins de dotiéeur qit'au-
joufd'hui & qu'il approthoit plus du Catalan. On y trouve d'ailleurs le mot
giinrà, ro(è, racine des mots Italiens Inganno Se ingarmarei & du vieux Frari^
çph enga''er.
' X-. Le VfLAYEN. Nous n'avons- yè-'xre' Dialecte que quelques mots: ifs-
diftcrcnt en-teaucoup de chofes du languedocien -, & cela doit être , ceux
qui le parlent étant en quelque forte fcqutftrcs" dn refte de l'Univers. Oh
dit que leur prononciation paroît affreufc à ceux qui n'y (ont pas accotitu-
mcs; qu'on croit entendre des Coqs-d'inde : ce (croit donc l'ancienne pro-
oonciation Celtique remplie d'alpirations & de lettres fortement prononcées,-
Xr L'AuvERGNAc i fans le patois du Velày, celùi-ci (eroit peut-être te -
piùs groffier.
XII. Le RouERGAS, parlé par un Peuple que (es voifins appellent Gavots,
c^eft- à-dite , -A/.. «j/dgw/irj. M. de Servieres nous a procuré deux Ouvra-
ges dans ce Dialede ; l'un trcs-ancien, imprimé à Rodez en lyj^, pat
«die du Cardinal d'Ainiagyac,,qiii en étoit Evcquc, C'eft HneTraduç^'
Ixxîj DISCOURS
tion de rinftrddion du célèbre JeanGerfon pour les Refteurs {Curés\ Vicaires,
&c. L'autre trc5 -nicdernc ; c'eft un Recueil de Poclîes impririiées 6111774.
Dans ce Recudl les a font des o.
X II I. Le TouioirsAiN. On en trouve un Vocabulaire confidérable à la fia
des Poefies de Gouoouli , l'Auteur fi agréable du RameUt Moundi ou
Rameau Toulouiâin, que le P. Vanier n'a pas dédaigné de traduire
en vers Latins. Il exifte auffi un Opéra moderne dans ce Dialede, {'Alcima-
dure de Mondowville, mais que je n'ai pas encore vu.
XIV. Le Limousin, Nous en avons un Vocabulaire aflez confidérable ,
que riùuS a donné M. Grivel , Auteur d'un Ouvrage trcs-eftimé , fiir l'é-
ducation , en 3. vol. Plufieurs de ces mots ont un rapport étroit avec le
Franc- Comtois & le Valdois.
XV. Le Gascon. Nous n'avons que très-peu de chofès fiir ce Dialede
parlé dans une grande étendue de Pays, dans toute la Guyenne & Gas-
cogne : mais on nous fait efpérer d'en voir paroitre un jour un Didion-
naire complet ; nous ne pouvons trop exhorter l'habile homme qui s'en
occupe à prefier ion entreprife avec toute l'activité dont il eft capable.
Nous avons vu de très-anciennes Coutumes, rédigées fous le nom ou avec la
-proceftion d'un Saint-Simon, Seigneur de Bomont dans le Condomois,
fous l'autorité de Ion oncle & tuteur Jean de Saint-Simon.
Comnxe cet Ouvrageeft manu(crit, nous en inférons ici deux articles.
>• Item es coftuma que fi aigus vezis del Caftet de Bomont , for(àva
M femna punceia , que la prengua per molher fi à lui fê fe ceral vol
« {per) marit. O quel don dot e marit a luev convenable a efguart del Senhor
I» e del coflèlh. E fil forfaire era tabos hom e aytal que a luey nos fes per ma-
n rit , deu lo dar dot e marit a luey convenable. E fi forfaire eca aitals que
M aquo fer no pogues , deu perdre lo cap.
» Item que qui forfâra femna maridada que no ana marit, fafla efinenda
» e fufTilca pena de dies o deflilh, fegunt que la forfa e las pcr(onas (è-
m ren a efguart del Senhor e del coflèlh. E fi la esmenda no pot far , que
» prengua pena de fon cors a efgart del Senhor e del coflèlh ».
Par la première de ces Coutumes , tout homme qui n'étoit pas d'un rang
à réparer l'honneur d'une perfonne du fêxe , non mariée , ni à la placer
avantage ufemcnt , étoit condamné à mort : &c celui qui étoit tombé
dans l'adultère devoir être condamné à une amende & au banniflement;
& s'il ne pouvoit payer l'amende, à une peine arbitraire. C'étoient des
Loix vraiment Espagnoles. •
XVI-
T R EL I M I N A I RÊ. Ixxiîj
^yi. Le BÉ ARKois, On a Hait imprimer dans ce Dialede les Courûmes
de Navarre fous ce tirre : Los fors et Cojiuinas dèu Royaume de Nayarrs de-
ta-ports avec FijlU et aran^el deud'u Royaume, A Pau i68 i. Le mor Déca-
pons doit figniheren-deça des Monragnes : Por/ défignant dans ces Contrées
une gorge de Montagnes ■■, ce qu'on appelle ailleurs col, pas, dctilé. L'infcrip-
tioni de k Statue de Louis XlV.àPau-'eft en Béarnois.
A ci quei larre-hilh de nouflé gran Henric
Lou Ceu qui J'abé dat per lou bé de laierre ,
La heîtlou paï deus bous, deus méchants l'ennemie»
•U Salomod «n pax >^ brâ'i Cefar en gyerre. '
Plafîe à Diu qu'à jameis lou marbre & lou metau
Hiinan.bibé fa gloire au ta pla comme à Pau.-
»• Ici gît le petit-fils de notre grand Henri. Le Ciel qui l'avoit donné pout
«le bien de iacetre, èn.'^t: le pcire dêS-'Sonsi -Petwiônil ^des m'ccbâqsi;
» un Salomort ei> paix , ;un vrai Céfâr en g^ierre.' 'Plaife -à Diéùlriu'à ïàmbi»
• .le marbre & le mitai faflènt vivre là gloire -éommé elle* vit à Pau »>!
t
-"'Si tout le Béarnois éfoir ce inirie ces\''ers', il né'différerdif dù''FrirtçdiS(^Q(f
fit l'orthographe ou par la' prononciation : ici F eft remplacé par 'A; V par
.^;Aparfv&c. ' î.'io:,iiip -.ôm.! aou^ :>b
- Les Pocfies de M, D'Espoorriins To'nir «rè^-dJlélwres dans le'B&rh'i'îflftâfe'
BOUS ignoron's (î elles fOnt imprimées; "
'■■'XVIL Lé CATAtAN. Pouvons -riouspatTer fous filen cèle Catalan avec
fequél le^Bcarnoîs a taiit'dè rapport j'ik qu'on' a été" teinté de regarder tîbmhrté"
la Ibârte du Provençal î Mai^ hous ne db^ftoifTollS^ encore ^àucùn Ouvrage
dans certe- Eangiie.' ■■'•' " ' / • - ^ ^ iijp ^^^rn^;. , „■■ -• -
'' Ccpendanc il dbir exifteîr teaacôup 3è' ^hofèï Air tcx. Idiome. On voir
é»ns la Crj{/cfl ' /'ro^fsftfft tjue^À'iÏERB'^ïè pfopôfânr de faire ii'rie Çrani-
tnaire & un Didionnaire Catalan, voulut 'remonter à l'origine de ccto
Langue , & par cbnféquent à celle çfei Provençal ; que pour cet effet il raP'
fembla les anciens Poètes, & qu'il fiir çn état de donner un Catalogne de
lySPoctes Provençaux depiiîs'le coriirhencèment au Xî^iiécle Jufqu'au XV%
:îfyiIl.%^X^% XX°. ,11 texiûe prfijs^^Ujes Dj^eaçs-i. ie.l^qiTEyiNj.lj^N-
cEyiN & MAtjpEAiJ,|5: le Noii.MA|i^D , dajis lefguds qn trouveroit des luots
ttçs-remjirq.uables , {ùr-toùt dans le ba$-Maiiie. Wénage a rapporté plufieurs,
anots de rAnjou , (Je du Maine qui font rfes-repiarqi^ables. j
Un recuçil complet- dçi^toj^i^i^Pialeçtes iêç.{^^aii,^xç£l!erit.pf^^
Dicl. Eiym, k
hxW DISCOURS
à l'étude des Langues en général, & offriroit le tableau le plus exaâ de tou-
tes les révolutions du langage dans les Gaules depuis que la Langue La-
tine s'y imroduitît. Nous aurons la plus vive reconnoiiïànce pour ceux qui
voudront bien completter nos Vocabulaires en ce genre , & nous faire con-
Boîcre les livres qui pourront y contribuer. Nous en tirerions un (ùpplé-
nient à notre ouvrage aduel, qui devicndroit très-précieux, (ûr-tout lovC-
qu'bn pourroit le comparer avec le grand travail de M. de Saintc-Palaye*
ARTICLE V.
Dts Familles de Mots Cr de leurs Caufes.
JT. E s Familles immenfes que forment les mots dérivés d'une même Couche^
d'un feul mot tige , de tant d'autres , ne furent point formées par le ha-»
fird : elles eurent toujours pour baie la Nature fie la raifon , dans notre
Langue comme dans les autres : mais puifquc nous ouvrons ici une route
nouvelle , du moins pour les Langues Occidentales , mettons (bus les yeu»
de nos Leûcurs les caufes qui conduifirent les hommes à réduire les mot?
fondamentaux du Langage à un petit nombre, & à élever fur ce petit nom-
bre la malTe entière des mots : ce détail offrira des objets intcreflàns &
nouveaux : on y verra en paniculier que chaque mot dérivé renferme conftam-
ment & les élémens vocaux du mot tadical , Se un rapport plus ou moin&
étroit avec (à fignificaùon. Ainfi, comme tout eft Hé dans la Nature^ 6c
ou'avec le moins d'élémens qui k puilTe , elle produit tous les Êtres ; de
même les Hommes , fes fidèles imitatevurs, lièrent tous leurs mots entr'euX
& les dérivèrent avec autant de fiicilité que de juftefle, d'un très-petit noxnr-
fctc de mots fimples & primitife.
Les Langues ne fe forment fu'infen/îi/ement.
' tes Hommes- parvinrent à cette imitation avec d'autant plus de facilité que
les Langues ne fe forment & ne s'aggrandiffent qu'infenfiblcment , fuivanc
«jue le befoin ou la réflexion exigent de nouveaux lignes pour exprimer de
nouvelles idées. D'abord , on donna des noms aux Êtres phyfiques dont on;
étQJtt environné :. on. en donna enfuke aux eâèts: de l'indiiûrie. ou. aux ob-^
PRÉLIMINAIRE. Ixxr
fets relatifs aux Arts, àmefureque ceax-ci fc développèrent ; on en donna
également aux objets fpiritttels , intelligcns ou moraux, lorfque l'homme ,
après s'ctre promené au dehors fiit toute la Nature , rentrant au - dedans
de lui - même , découvrit en lui des rapports ttonnans avec ce Monde
4u'ii venoit de parcourir , & chercha à rendre fenfiblcs par ces rapports des
objets qui ne tombent pas fous les fêns.
De-là, rcfultent trois fuites de mots très - diftindes ; trois Didionnaires
dans le Langage , qu'il ne faut jamais confondre , mais qui doivent fcrvic
de guide pour clafTer les mots de chaque Peuple & pour juger de l'étendue
de leurs connoiflànces & des progrès de leur raifbn.
Ces trois Didionnaires font , le Didionnaire Phyfîque , le Didionnaire des
Arts , le Didionnaire Intelleduel \ Didionnaires de l'Homme fauvage ou
«oureuT, de l'Homme agricole oufédentaire, & de l'Homme moral ou éclairé;
leur réunion forme les Langues véritablement dignes de ce nom , de même
que la réunion de ces trois £tres en un feul forme l'Homme civilifé, l'Homone
pat excellence.
I.
DiCTiONMAiRz Physique-,
Ou de VHomme fAuyage , non ftientairt.
Ce Didionnaire fe réduit à ces cinq Chefs, i °. l'Homme confidéré en
lui-même , individuellement -, i°. l'Homme en (bciété \ }<>. les befoins exté-
rieurs ; 4*. les objets extérieurs; 5°. les rapports des Etres.
I. Homme covJUîré en Jui-méme cm dans fon individu ,d'où ,
I . L'exiftence & les fens dont elle eft accompagnée, vue , ouie , toucher, &c.
c Les befoins naturels, faim, foif, fômmeil, Sec,
j. Les moyens de les fàtisfàire, manger, boire, dormir, Sx.
4. Les divcrfcs parties du corps & leurs fondions refpedives.
IL Homme 4n SociétL -^
l. Les premiers degrés d'affinité, Nomriocr & NourrifTon , Père , Mère, 6b
ou fille , &€.
*. La Sodété d'une Famille; d'où Mariage, Epoux, Domeflicicé , &C.
3iLa Société de plufieurs Familles fous un Chef quelconque; d'où , Supérieur
& inférieur. Maître & fujet , fêrvanr & fèrvi , &c.
4^; Lesfecoucsmutacls» pcotedion y défend, ju^e, &c.
kij
txxvj DISC O U' K S
5. Diftinâ:ion des perfonnes ea trois, /'«, toi, lui ou elle,
II L Befoins extérieurs.
I. Soin du corps.
i. Nourrirure; Atts pouc fe la procurer; cueillette de fruits, pcche ou chaflei-
3. Logement.
4» Couverture , habillement.
y. Plaifirs de la Sociéré, repas, danfes, chants, exercices du corps , icc
I V. Oiiets extérieurs,^
?:)i. Les Eléméns, Eau, Feu, Air, Teire.
• X. Les parties de l'Univers. I. Ciel&: fes feux. Soleil , Lune , A (1res; leuri
révolutions ,- jour & nuit, tems & faifons : Météores. IL La Terre & fefc
Etres; 1*. inanimés. Montagnes, Fleuves, Lacs , Pierres». Métaux, Plan-
tes, Forêts, Coquillages.
2°. Animaux de l'Air, de la Terre & des Eaux.-
j,. Les divers côtés du Monde , afin de pouvoir revenir d'oi l'on ctoit parti*.
V. Rapports dés Etres.
1. Etat des Etres; mouvement ou repos : diver(îtéde fituatibn;d'ou,lieu,pIace.-
2. Mefure des Etres, leur étendue, grandeur, longueur , largeur , Ijauteur»^
profondeur, groffeur, &c.
5. Leurs diftances , proximité, éloignement , voifinage, féparation...
4. Leurs Etats fucceffife ; naiflànce,, croiflànce, décadence, mort.,
|i. Les diverlês Opérations phyfiques des Hommes.
Il:
D I C TtO. H N A l'K E DE x' H Q M M E S B D E N T A. I R B }-
Ou des. Souciés uégricolesi,
3, Le Didionnaire pbyfique que nous^yc^ionsjdc parçQurir e(l commun- i>
tbus les Peuples dans quelqu'état où ils fe trouvent, & quelque bornées <]ue.
foient leurs connoiflàuces ;.mais deviennenç-iisagricoli,s-Gu icdentairessalors-
naît un fécond Diûionnairc infiniment- plus confidérablt qui erubrafTe, i*. .
l'Agriculture &: fes diverfcs parties, les Arts de premier bcfoin, les Arts d'a-
grément , toutes les Sciences j t-°. les £oircfli9jis & les ricLAlTçs^.kuii cchan^
P RË L I M I N A IRE. ixxvî[
ges; d'où commerce, négoce, héritages, &c. j*. les Loix , bafe de ces So^;
ciétés ; j^. la Souveraineté ic la Puiflànce,
I. A G R I c U L T U R I,
Sous le nom d'Agriculture , nous renfermons tout ce qui conftitue la vî«'
cKampêtre , tout ce qui a pour objet les champs , les prés, les Jardins , les fo-
rets, les vignes, les beftiaux , la pêche. Cet objet renferme , i-. l'Agriculture y
d'où les marions des champs & leurs dépendances , Fermes, Bergeries , Gran-;
ges , &:c
1°. Les inftrumens aratoires; ceux de défrichement, de récolte, &c,
3®. Les labours Se fcmailles.
40. Les récoltes de toute efpéce, cueillette de fruits, fénaifons y. moiC;"
fcns, vendanges, toifbns, abeiUage, &c.
1. Les Arts de premier befoin pour l'Agriculture.
■ Calendrier , (zs divilîons & Tes Fêtes ; d'où , Aftronomie.
Géométrie, mefure des terres, nivellement, digues, canaux , ccKi fes.
Arithmétique pour calculer les échanges , les achats & ventes, &c
Ecriture pour tranfinettre (es ordres , fes calculs , &c. & pour confervcr-
le fou venir des réfliltats & des faits. -
?. Les- Arts Hés avec ceux-là & qui v^ennen^ à leur appui.
L'Art du Charpentier, du Charron,- du Menuifier, &c.
La Métallurgie, & tous les ouvrages en cuivre, fer, ôfc Aire du Foi>-
«eron,du Coutelier, du Serrurier,- de rEpinglier,&c*
L'Art du Potier de Terre, du VernilTeur.
;: Art des Briques, Taille des pierres , &c. Maçonnerie , Architeâfuré.
Fabrique des Etoflfès , Toiles , Soie, Coton, &c. d'où , Broderie , Ta-!;'
giiïèrie, &c.
Arts du Tailleur,, du Cordonnier d u Bonnetier , du Chapellier, &c
La Verrerie.
Art du Chandelier, du Cirier , icc.
4. Arts relatifs à la nourriture & à la lânté.
■ Préparation des viandes -, Moulins , Boulangeries , &c Chairciûteriô> Sici-
\ Drogues, Sec; ' '«'^ '-^^ '•^^-
*' Art des Botaniftes, Chirurgiens, Médecins , Sages-Femmes, Apothicaires^*
Cfiymiftes', &c-
Anatomie, Art Vétériftaire, &c,
i; Le» beau» Arts; •
Ixxviij DISCOURS
Archite(^ure , Peinture, Sculpture.
Pocfie Champêtre & Héroïque , Chan(bns, Comédies, Tragédies, &c.
Mufique, Inftrumens & Danies.
Eloquence & Art Oratoire ; Récitatif, Gefticulation , Grammaire , Rhc-
torique.
6. Commerce & (es fuites.
Echanges, près ou loin; d'oîi , marchés , chemins, charrois, voyage*,
navigations ou marine & toutes les dépendances; defcription de lieux , ou
Géographie.
7. Langues.
Etude des Langues: Diûionnaires , Vocabulaires, Traductions , &e.
8. Hiftoire.
Hifioire Naturelle , Hiftoire des Hommes , Hi/loire des Peuples,
ç). Découvertes intéreflàntes.
Horlogerie , Télefcope , Micro(copc, Boulïble, Poudre ù canon & (et
jSùies : Papier , Impj^^imerie , Gravure.
II. Possessions.
Sous ce titre font jcoflipris, i**. les champs, les prés, les bois, les bef^
riaux , &c. tout ce qu'on peut regarder comme lôurces des richeflês.
i°. Le renouvellement des richelîes par les travaux des hommes; cul-
tures, femailles, irriganons , &c
3°. Les clôtures, digues, greniers, &:c pour garantir ces pollèflîons, &
pour conferver ces richeflês.
<jo. Les dépenlës fionciercs & annuelles pour meure ces poflcffions cm
valeur , pour les entretenir , les bonifier , &c.
5 °, Les fucceflions.
in. Loix.
Dc-là , réfultent les droits & les devoirs de l'homme. Droits fiir la terre
qu'il a cultivée , fur les richeflês qu'il a fait naître ; devoirs envers cette
terre qui lui donne ces richeflês, envers ceux qui lui aident à les faire
naître , envers ceux qui lui aident à les conferver. Droits contre ceux qui
voudroient les lui enlever en tout ou en parrie. Devoirs envers ceux qu'il
peut aider, de-là, d'un côté, propriété, liberté, fureté; de l'autre, reprifès,
fâlaires, juHice: par-tout humanité & bienfeilànce.
D'où, Loix qui nuiiuiennenc ces droits, ces devoirs, ces propriétés &
PRÉLIMINAIRE. Ixxix
fcfifs (uites; qui fouciennent ce qui eft droit ou bien; qui fiilminent contre
flnjafie ou mal; nuis qui ne créent ni l'un ni l'autre» & n'y peuvent rieai
changer*
iV. SotrVÉRAiNETÉ.
ï)e-là rcfuîte enfin, i"*!a Souveraineté chargée de veiller à l'obfcrvatîo»
des loix , au maintien des droits de chacun ^ à ce que l'ordre ne foit pas inter-
venir
z°. La Puiflànce dont eft revêtue la Souveraineté pour maintenir l'ordre &
pour protéger les propriétés & les droits de chacun.
j°. Les droits de la Souveraineté fur une panie des richelTès de PEtat &
fés moyens pour protéger; au- dedans , Officiers de Juftice &: d'Epée , Magifr
«rats , Triburuu^t, Prifons , &c. au-dehors, Troupes ^ Armes , Places fortes î
d'où > Art Militaire , &CC>
T. DroitsdesNationi*
Enfin les droits des Nations les unes à l'égard des autres, ic leurs deVoif*
re(peéiifs pour le bien général de tous.
m.
I)lCTlONNAlRE iNTELI.BCl'TrEf*
Ou de V Homme moral.
Dans ee tsoifieme Didlionnaire entrant les objets fuivanr;;
f . L'Efprit humain , ou l'Ame.-
2» L'Efprit Univcrfel , ou Dieu,.
j. Les Elprits intermédiaires ou les Ange» diftingués en bons & mauvais.-
4.- Les qualités de l'ame, invifible , indivifible, lenfible, intelligente,-
j, Sts, facultés , idées , entendement , mémoire , volonté , &c, d'où Logiqui^-
Philofophie, Ontologie, Métaphyfique^ &c
^ Ses aâèûions ou fentimens du c<Eur, pafllons^ défirs, amour, amiriéy?
plaifîr, douleur, &c.
7» Les découvertes de l'Efprit humain, ou le génie qui l'enflamme; fà cii»*
riofité infâtiable , fon élévation , fes hautes efpérances.
%. Les devoirs de l'Homme envers lui-même & fcs femblablcs; d'où, iîlo*"
raie.
5^ Ses devoirs envers la Divinité ou la Religion & fon culte; Autels, Feti*
iâcBC^ Temgleiy Sacerdoce^ Offrandes ,- Fê^e« y Statues ,>va:uï,- lïyiiiiicsj»
Uxx. DISCOURS
Danfes (àccces , Liturgies , ^c.fd'où Tiicplogie, Paganifme, TudaiTme;*
^■"Hcrcne , &c ' '„ ""''','. '"■;,'; ,"\
Les idces de 1 nomme fur la vie a venir.
«il
lo
Tels tont ces Didionnaife? <jue, çliacun. d'eux. n'eft pas compofc de mots
qui lui foient propres ; que le fécond & le troificinc empruntent du pre-
ihier'les mots qu'ils emjrloycnt, tandis que céluî-ci pui(è les fiens dans
là 'Nature. Mais comment ces mors peuvent-ils être communs à ces divers
Diûionnaires (ans confufi.on & d'une manière non mojns narurçlie? Çoirn-
nient (ur-tout parvint-on à fofmer les mots du prcnver: Ces fecherches ne
feront point déplacées à la' fête d*un Dîftionnaire ' Etymologique ; ^é«:',,elles^
icrdnt d'autant plus utiles , qu'elles répandront quei(]ne lumière fur des objets
péacomius & qu'on n'envifaeea jamais (ous ce point dé v.iiel " .
§. IL
- *^ '' Formation des Mots*
"Les Langues ne furent jamais formées d'après. des combinaifons hOicti de
fons ou de lettres. Quelqu'un a calcule le nombre de celles qu'oii pouvoir
faire avec nos vingt-trois lettres: on a èrbnvé un refultat -cnormejplus qu'il n'en
fallott pour que chaque idée individuelle eût un nom propre. Une Langue
imaginée de cette façon n'en feroit pas une : qui pourroit retenir une pareille
nialTe de mots? & quand on le pourroit , ne feroit-ce pas un travail en pur»
perte, un renverfemenç de tpute méchodfî La Nature conduit mieux les
hommes.
Elle nous cnfêignaà défîgner tout Etre qui pcoduifoit un (on, ou qui faifoit
entendre quelque bruit'parfimitation de ce bruit ou de ce (on. Ain(î tandis
que les animaux étoienc nommés par l'imitation 'de leurs cris^ leS Etres ina-«
iiinics étoient défignés par l'imitation du -bruit, qui leur éfoit propre , comme
nous l'avons déjà prouvé au commencement de ce Difcours. L'Iiomme dé(îgna
^^enient par mi moyen femblable fes cris, fe-s mouvemens, fes feaÊitions &:
leurs eflets, fource immenfe de mots. ■'"'^ . jtjîloôl) -<ïri
^'-A:ie6;ffio{s ïè joignirent tous céiix qvfoh^orma , erl'pfeîén'ant1ès''4aalî-
tés qu'on remarquoit dans un objet , par des (ons vocâuic" ahdogues à ces
miJluçs-: telle étant la nature de ces fons , qu'au moyen 'de leurs piopriétés
didcrentes , on peut les appliquer chacun en particulier à des objets diffc-
/«ô*: airtlî les (ons doux' furent choifis pouf délîgnef iès objets agréables &
PRELIMINAIRE, Ixxxj
sSoux, tandis que les fons rudes étoieiit rcfervcs pour les objets défagréablcs
te rudes.
Ces diver(cs efpéces de mots , dont les premiers furent appelles Onoma-
topées^ & dont les derniers peuvent être appelles PaoreJ'^ues, forment l'en-
/èmble des mots naturels Se primitifs : mots que chacun entendit fans peine
£c qu'on ne pût jamais oublier ; mais ces mots furent bientôt épuifés , &
cependant il reftoit encore une foule d'idées à peindre ^ & d'objets à nora-
-raer. Mais ici la Nature ne fc manqua pasj elle ouvrit à l'homme une
fource abondance de moyens.
I. DÉRIVATION.
Lorfqu'on eut dcfigné par les moyens précédens les idées pxinctpales &
efTentielles , les idées générales qui en renferment une multitude d'accefToire»
ou de fubordonnées , on s'occupa à donner des noms à celles-ci : furent-ils
difficiles à trouver? Ils modifioientl'idée principale : ou leur donna doncle nom
de l'idée céncrale en les modifiant d'une manière conforme à la nature de l'idée
Tubordonnée: ainfi naquirent tout ce qu'on appelle Adjectifs, Verbes, Aiver-
ieiy Proportions. Ces mots furent autant de Dérives des mots radicaux:
âls forment cependant une partie très-confidérable des Langues. La Dériva-
tion fiit.donc une avance prodigieufèpour l'invention des mots: auflî n'exifte-
t-il aucun Verbe, aucun Adjeftif, &c. qu'on ne puifTe ramener à un nom,
à une racineprimitive & qui ne doive y être ramené fi on veut en connoître
î'ctymologie.
\j:s Verbes relatifs aux opérations du <orps, par exemple , prennent leurs
noms des parties du corps même qui fervent à ces opérations. Sentir , vient
du mot fens; /n<i/2<<r, demain ; labourer y de labeur -y marcher ^ de marché
teftigc , marque , empreinte des pieds.
Il en eft de même des Verbes femblables que nous te«o:ns de Langues plus
anciennes. Ouir vint d'Owj, oreille. Aider , de Aid ^ main. Prier, même
famille (\\i-im-préca-tion, & que le Latin precari , \rint de Brek, genou, parce
<[u'un fuppliaut fe met à genoux & embrafle ceux de la perfonne qu'il fup-
plie. L/re formé du Latin légère, vint de /egf, langue. Prendre , en Latin
Pre-kend-ere^ àt hand,\3.ïn3Sn.
D'autres Verbes Te formèrent des noms des objets dont ils font l'efïèc.
Crayonner de crayon : mefurer, de merute : arpenter, d'arpent : moijfonner, de
moiffon : lapider, du Latin lapide f^itttc : naviger , du Latin navis, navire :
i^ier, de cri, -
Ixxxîj D I s C O V R s
D'aitres au contraire fe formèrent du nom de leurs eflFèts. Ainfî , diVe^, e«
Latin dicere , vint de </i, lumière, parce que dire c'eft mettre au jour iâ'
penfee. Piquer, percer, ira-verfcr, plan'^er, fcmer , &:c. fè font formés de la-,
même manière, c'eft frapper avec une }-ique , aller par ou à travers j faire
tenir comme une plante, &c.
1. Il en fut de même des Adjeûifs ; ils Ce formèrent également des noms-
avec des modifications ou des terminaifons qui leur furent propres.
Ds jus y /âucc , potage, les Latins firent ywy^wj , ]ufte, mot- à- mot, celai
qui donne à chacun la portion de potage qui lui revicnr. De lurneriy lumière,..
on fit lumineux. D'état, en latin, Status , Stable j de miel, Latin meUis^ meil-^
leur. De vérité , véritable ; du Latin re , chofe , réel.
j. Des noms même furent l'effet de la dérivation..
C'eft ainfi que les ornemens ou les ajuftement tirèrent leurs noms des;
'parties du corps auxquelles ils étoient dèftincs: collier vint de col; trajfelet^
de bras j chapeau de cap , tête ; manche Se manchon , de mon , main ; corps-
de jupe , tour de gorge , du corps & de la gorge : bas , de ce qu'ils couvrent
le bas, la bafè du corps ; gands , de Jf^andy main.
Les noms de relations entre les Hommes furent empruntés de la Na-r
ture même de ces relations.
Les noms d'Epoux Se Epoufe, en Latin Sponfus, Sponfa^ vinrent de ce que
■Spovjio fignifioit liaifon , engagement , promeire,
Nutile & Noces, Lât.Nuptia.i de l'Or. iVa^,, qui a acquis. toute fâ.forcej»
t»ut Ton accroifîement.
Magiftrat & Maître, de Mag , Grand , élevé»
Roi , de rOr. Re , œil, foleil.
Serviteur, en Latin Servus , dtSer , lien.
Le Latin C/xor, femme eftl'Or. nîy , UZer ^ûàz.
''' Fils & Serviteur, Fille & Servante, furent des mots fynonymes dans toutéfis
Ibs Langues.
Les noms des Plante? furent louvent empruntés de leur ulâge.
Les Salades durent leur nom à ce qu'on les mange avec du fel.
Les Hté\n% potagers , à ce que leurs plantes' font; deftiqées au pot. ,
Les noms des animaux vinrent prefque tous dé leuVs .qualités : aïnfi dhmÀf'
défigne un Etre in\mc -.béte , en Latin bejlia ,'de'id mêhie'Fainil^e que vejci^
un Etre qui fe nourrit, qui pâture : & par-là. mêmè'i)ïeii'clifîcfént'dc rhominç-'
qui cueille & qui fait cuire.
JLs. Rhinocéros, tire fou nom de-la carne qu'il a iùr le nsz,-
T RÉLI M IN AI RE. Ixxxiij
SJ Eléphant , en Oriental Fil, de la grandeur énorme.
Le Chameau , de fà boffe ou voûte.
XJOicrs y de fon poil hérilTé.
XI Ane ^ de Ces longues oreilles.
Le (7Aev<ï/, de fa grandeur.
Le Taureau , de (à force.
Le Sanglier, de fes défenfès ou dents crocliues: ici D changé en S.
La Loutre, altéré du Grec eu-udris , fut ainfi appellce par ce qu'elle vit daas
il'eau.
Le Faucon, doit fon nom aux rapports de fon bec avec une faulx.
Le Coq , au rouge de fa. crête.
La Hii/fe , à (à crête élevée.
Le Serin, à fon chant, du mot Jîr, en Oriental, d'oà les Sirtjus, mot-à-mot
;les Muficiennes , telles qu'on les reprcfente.
i**. CoMPOSITIOtï.
On ne fè contenta pas de cette méthodç ; on en trouva une autre aufli
lieureufè , auffi abondante , & ce fut la Nature encore qui l'indiqua.
Elle confifte à réunir deux ou trois mots en un , c'eft-à-dire à former des
tnots Composés, i^.au moyen de deux noms, ou d'un nom &d'un verbe, ou
ti'un nom & d'un adjeûif, ainfî nous difons Porte-voix^ Tourne-fol, Lieutenant^
Pa£e-par-tout , &c. 2". Au moyen d'un mot précédé d'une prcpofition qui
en diverfifie le fens : ainlî du verbe mettre nous faifbns admettre , £om~
mettre , de-mcttre , &cc. de vox, \o\x , in-vofuer : de clameur , reclamer ; ainû
nous fîmes les naots a-ban~donner , par -don, in-ac- coutume.
} 0. C o M P A R A I s o N.
L'Homme, nous t avons déjà ditjouvent, n'a pas feulement la faculté d'en-
vifager les objets en eux-mêmes, il a fur-tout celle de les comparer entr'eux
ièi d'eu confidérer les rapporrs. Si c'eft à cet avantage qu'il doit le développe-
jnent de fbn intelligence , il ne lui doit pas moins les idées générales & a}i£-
traites dont il jouit : il lui efl également redevable d'un grand nom-
bre de mots , lâns avoir eu l'embacras d'augmenter le nombre des primitifs.
On n'eut qu'à tranfporter à un objet le nom qui en défignoit déjà un de la
même nature. Aiiifi comme lemot Mar exprimoit l'idée de lumière , on n'eut
qu'à le prendre pour la racine des noms des objets qui avoient quelque trait à
jâ iwraiere : de4à vwem le mot Grec Jùm^r-a, jour;; l'Oriental a-nm^r, parole.
IxxxiV D I S C O 1/ R S
dire , d'où empire & impérieux : le mot emerauie , le mot o-mSre, mot- k-mof
non-lumiere , & tous ces mots que nous avons cites à l'occafion de cette Éi- ,
mille dans notre Plan général. Il en fut de même de l.i Famille SAB, indiquée
dans nos Allégories Orientales, de celle de GYR développée dans notre Grara.
Univ. &c.
Malheureufement , L'Origine de ces mots fut toujours méconnue •, auCEv
prefque tous ceux de cette efpcce ont été regardés comme primitifs :ce qui a
répandu la plus grande oblcurité fur les mots radicaux en li:s multioliant (ans fia
mal-à-propos & en empêchant par confcquent qu'on pût découvrir leurs ca.--
radères cfTentiers. Rien d'ailleurs n'étoit plus propre à perfuadér que lès Lan-
gues s'ctoienr formées par hazard : & pouvoir on porter un autre jugement ,,
Ibrfque fans aucune idée préparatoire ,on voyoit un même mot chargé d'une
multitude de fignifications : qu'on voyoit, par exemple, le mot Man employé'
pour défigner les habitations, l'homme , les Montagnes, la bonté , le profitai,
la manne, le froment , la façon d'une chofè. Bar^ lignifier colline, fommet,
abondance, colère, fils, fur, barre, branche, enclos : & une foule dc
pareils-
Mais ces diverfes (îgnifications ne fê radêmbfciTt ainfî autour d*un même
mot , que parce qu'elles font une fuite de l'idée première fous laquelle on com-
fîdéra ces mots; telle une pierre d'aimant fè fait un atmolphere de tous les
corps qu'elle attire Man que nous vcnonsdeciter défîgna d'abord l'élévation^
mais fur- tout l'élévation en force, en vertu , en bonté. Bar défigna égalc-^
ment l'élévation, mais l'élévation aiguë , qui fe forme en pointe.
Man défîgna donc les Montagnes qui dominent fut la Terre, l'homme quîî
relève entre les êtres, fes habitations fur des lieux élevés, élevées elles-mêmes îi
la bonté qui eft le haut degré de la vertu; la manne & le froment qui forment?
une nourriture excellente; la Main même de l'homme, inftrument par IcqueB
il s'élève au-dèlTus de tous lès -êtres ;par conféqucnt la façon-, la manière, Sec-
que la main donne aux êtres , ou dont elle les employé.
On voit également que puifque Bar défignoit l'élévation affilée ou relTer-
tée en hauteur, il dut devenir le nom des collines, des fômmets, des brani-
ches d'arbres; qu'il put fignifier/nr, puifqu'on ne peut être élevé fans être lîir un*
autre objet ; qu'il put également défigner les fils on enfàns d'une Famille , parce
qu'ils en (ont les branches; & les enclos, parce qu'on y employé' les branches;
d'arbre ; & l'abondance , parce qu'elle efl défîgnée par des biens élevés eu*
xzs.
Ceft de I* même manière que le nom d'vw objet devenou cçliû de rooJî
PRELIMINAIRE, fccxxv
«ux qui avoient quelque rapport avec lui ; ainfi le Soleil ayant été appelle'
Èal à caufc de fon élévation, il devînt la racine des mots en Bel qui dé-
fignerent la beauté ; des mots en Bol qui défignerent la rondeur -, des mots en'
Vol, qui défignerent les révolutions ; des mots en Bail, puiHànce , pro-
tcé^ion ; puilqu'on voyoit tout à la fois dans le Soleil, le plus beau des êtres^
pliyfiques, un être de forme ronde, un être roulant (ans ceffe (ùr nos têtes , int
être enfin qui renouvelle continuellement fes douze travaux , & qui devient
par-là le Roi du monde , le reftaurateur phyfique de la Terre & de fes pro-
duftions.-
Les idées des rapports furent toujours dei idées primitives : dès que l'homme?
intelligent exifta, ilapperçut les rapports des êtres; ouvrit-il les yeux? il acqait-
fid e de lumière , & celles de grandeur Se de petiteflè ; d'égalité & d'inégali-
té, de hauteur & de profondeur: de longueur & de largeur. Prêta-t-il l'oreille >
H acouic l'idée de corps fbnores & de corps qui ne le font point. Etendit-il la
jnain î if trouva réfiftance pu vuide ', (blidité ou fluidité, dureté oir mollefle ; ftf
nnut-il î mouvement & repos, lieu & étendue , proximité & éloignement.
Un objet fut-il feul ou avec plufieurs autres de la même efpcce ? l'hommtf
en acquit les idées de fêul, de multitude , d'unité & de nombre , d'abondanctf
& de diiêtte*
Ces objets fe préfenterent-ils à lui dans un ordre {ûcceffif ; if eut les idée*
«fe tems & de durée, de fuccefîîon & de contemporanéité j d'antérieur & do-'
poficrieur ; de premier & de fécond ; de chef & de fîiitc.
Lé goût fui donnâtes idées du bon & du mauvais , du doux & de l'amer y
iu fade & du piquant: & it dut à l'odorat y celles des odeurs agréables & dé-'
Égréables , douces & fortes»
Ainfi les feules fenfàtions phyfï^ques lui procurèrent une multitude d'idée»
fimples; & devenant une fource abondante de rapports, elles occafionne-*.
rent une multitude de mors généraux dont chacun devint le nom de plufieurs^
objets" unis par ce rapport commun.-
Par ce moyen, les mots s'étendoient à tous les befoins de l'homme fans fê'
multiplier; Se ce qui étoit plusintérefTant encore, ils fe claflbient tous d'une ma--
niere conforme aux idées qu'ils étoient deflinés à défigner , à rappeller , à^
Kanfàiettie.-
/^ EpithÉtes, mots ahjlraits»
Ceft de cette branche de mots que naquirent les Epithétes , efpèce é&
aaou trcs-fbondansv mais grefqiic tous formés par cllipfè & qui pe!g,nen^
xxxv] D I s C O U R S
^oins ce que les objets lont en eux-mêmes que les rapports qu'on y découvreJ
Ces mots , (àvans, riches, grands, petits , font formes par ellipfe , comme fi
on difoit les perfomies qui font douées de favoir , de richefle , d'élévation , ou
,de puifiance , Sic
Tous les noms formés de ceux-là, tels que {avoir, richefle, grandeur,
petitefTe, blancheur, couleur, rondeur, &c. entrent donc néceflairement dans
la dafle des épithétes ; ils ne défignent que des modifications & non des êtres:
/cç furent des mots abftraits.
j. Motsfigurés.
Jufques ici tous ces mots primitifs , dérivés , compofés , abftraits , n'ont
ceint que des objets phyfiques ou des modifications phyfiques de ces objets :
mais les objets qui confticuent le Diûionnaire iiuelleftuel n'ont point de
corps , ne tombent point fous le fens : comment les imiter?
L'efprit de l'homme fut applanir ces difficultés , il fut -franchir fans peine
l'efpacc immenfe qui paroît êcre entre l'elprit & le corps. On étoit déjà accou-
tumé à former les mots par comparaifon : on n'eut donc qu'à comparer l'idée
qu'on avoir d'un être intelleftuel avec celle des objets phyfiques qui lui fèm-
fcloient les plus analogues: & rècre inrelleduel fut nommé, il occupa une place
dans le Diâionnaire , & on put en parler^
. Ainfi fe formèrent tous les mots qui compofent le Didionnaîre intellcftuelî
les mots Dieu , Efprit , jime, Penfee , Vertu, V ice , &<:.
Dl fignifioit la lumière : mais quel être plus lumineux que celui qui eft le
cere de la lumière i il fut donc appelle Dieu , ou la lumière par excellence.
Rien de plus fubtil que l'elprit : c'eft une vapeur qu'on ne peut faifir, qui
jae tombe pas fous les iens: on le compara donc à ce fouffle qui forme la ref^
firation : de là fon nom.
Ce qui dans nous fut envifâgé comme la caufê qui nous anime, <:h fut ap-
pelle Anima , mot que nous avons altéré dans le mot Ame.
Cette ame confidere les idées , file les pèle pour les comparer , pour en
, cirer des réfiiluts : ce que les Latins appelloient Penfare ; de-là le mot Pen-'_
jjatii., Penfée, chofê peÊe, réflédiie, confidéréc, 5>.' quieftune ellipfe.
Les idées furent les chofes qu'on voyoit , qu'on avoit fous la main , qu'on
connoifloit parce qu'on pouvoir les manier , les retourner dans tous les fens ;
de l'ancien ver^e idein, voir, qui fit video y & qui venoît de id, la main.
Ce qui nous porte au bien avec force fut appelle Yb&tv , vinus en Lai. du
juot rires , forces*
'P RÉ LI MI NAI R E, îxxxvîj
te pencliaiit au mal , ce penchant contre lequel il falloit s'armer , qu'on
«îevoit éviter , s'appclla Vice , vitium , mot-à-mot , ce qu'il faut éviter.
Chacun voit également les rapports des idées intelleéluelles exprimées par
fcs mots honte , malice, humeur, caractère , fougue , imagination, douceur^,
modepie , avec les objets phyfiqucs dont ces mots font empruntés»
Ainfi fe formèrent les mots figurés; ils furent aufll abondans quelesmotS'
phyfiques , car tout mot phyfique peut être pris dans un fens abftrait , & touS'
le furent. C'eft ainfi, par exemple, que les noms de toutes les parties du corps'
fe prirent dans des fens figurés.
Xahiaîn Çuthpuijfanci : & des deux mains , l'une devint le nom de l'a-^
drefle , de l'habileté , ce fut la droite : l'autre qui , parce qu'elle étoit du côté
du cœur& cachée dans lesfinuofités du manteau,en fut appellée7?«//?r(i,devinc"
fe nom de la mal-adrefle , de tout ce qui eft fâcheux & de mauvais augure.-
Toutes deux fêrvirent à diftinguer le Nord & le Sud , en prenant l'Orient pou»-'
h côté qu'on av«it en face.
Les ailes duvent, promptitude à fecourir.
Le bras étendu , les opérations de la puillance , fecours efficace»-
L'œil , vigilance ^ foin , garde^
Le nez, /izg<i«^', pénétration, j
Le cœur, courage^ afîèdion.
Les entrailles , amour , compaflîon.
Barbe , [o-geffe , expérience effet de la maturité.
Gros-dos , vanité , orgueil , richeflcs qui le caufent*-
Extrémité du corps, fexe.
Talon , fuite. Achille étoit invulnérable hormis au talon , parCé qu'un=
Homme de cœur ne trouve fx perte que dans la fuite.-
La tête étant la principale partie du corps, devint la fource d'une multitude^
de figures. On a dit , avoir de la tête : une tête creulè: une tête éventée ; mar--
tel en tête , Sec.
Les noms de ces mêmes parties fèrvirenc également à dcfigner les diverfcs^
fiarties de la Terre.
Les Promontoires ou Terres avancées dans les eaux , furent des ««{,, on-
des Téies , des Caps,
Les défilés furent des cous , &c les Montagnes eurent des tites }4es p.i«4s^y
ane face , ou un front*
Les Pays eurent un caur ôc des extrémitcâî'
fxxxvîîj " DISCOURS
La Terre eut àt^veines , des tntrtùlUs, un fein : elle fut nue ou hahiliée -.fa.
rohc fut magnifique, {^dépouille riche. Elle fut Vierge OM mere,Jlérilc ou fécondt.
Le ^/anc défigua la joie , iur-tout l'innocence & la candeur. Le noir au
contraire la rnlleflè &:rout ce qui la produit, fur-tout la méchanceté portée au
plus haut degré , la (célérateflê.
Les Machines de guerre prirent fouvent leurs noms de leurs rapports avec
les Animaux féroces ou qui vivent de proie.. On les appel'a, le chat , la
mouche , coulevrme , fauconneau , Sec.
Le Bélier dut (on nom à ce qu'on s'en feivojt pour frapper comme le
. bélier frappe de la tête.
Les Mines eurent en Latin le même nom que la gent lapine, cumculi^
parce qu'elles font une imitation de i'u/âge qu'ont ces animaux de creufcc
la terre pour en faire leur habitation.
.Souvent on chercha à adoucir par des mots agréables & heureux, des idées
ou des objets funcftes. Les Furies furent les bonnes Deejfes. L'oifeau de pioie»
le bon oifiau,\a. mon, le nrpos: on dit, il fut, pour il mourut; d'où notre ex-
preffion feu uo tel. Il fembloit que ces noms étoient des paroles magiques
qui dévoient dîflîper l'amertume de ces objets.
De-là réfultcrent divetfes elpéces de mots figurés : on peut les rapponer à
ces trois daflès.
1. Le fens de Synecdoque. C'eft une figure qui confifte à défigner un
objet par une de fès parties : à dire , par exemple , srenee kyyers pour trente
années : ou trente voiles pour trente navires.
2. Le fèns de Métonymie. Par cette figure, on tranfporte le nom d'un
•bjet à un autre qui a quelque liaifon avec lui , qui en eft la caufê ou l'eflfèt :
ainfi quand on appelle une [âncc, frêne, fapin, &c. 8c un vai fléau /jw, on prend
les noms de ces arbres dans un (èns figuré.
}. Le feus de Métaphore. Cette figure confifte â tranlporter le nom
" 4'une cbofe à une autre qui pût lui être comparée par fes qualités , par fes ef-
fets , &c. Ceft dans ce fens qu'on dit la plaine liquide , la cheveluTf des arbres t
les ailes d'une maiibn , d'une armée , &c
Un même mot peut réunir ces divers fens : le mot Corps , par exemple.
' fiXi£ti\% propre , c'eft un être phyfique confîdétc comme un compofë de par-
ties différentes.
Dans le fens Ae fynecdoque , c*eft la portion du corps qui foutîent la tête:
^'cft ainfi qu'on dit que la tête eft féparée du corps.
Pwis le fenj de Métaphore^ k corps dcfîgoc des objets confidçrés comme liés
entt'eiix
PRÉLIMINAIRE, Ixxxîx
entr'eux de la même manière que les nombres le ibnc au corps; ainfî l'on dit,
tm corps d'ouvrage , un corps d'Artiftes , aller en corps. On dit auffi , en par-
lant d'une étoffa , qu'elle a du corps.
Tel étant l'empire des fèns figurés , on connoît aifcment qu'il eft impoffî-
ble de parvenir fans leur fecours à la vraie étymologie des mots ; c'cft fur
ces fondemens que s'élèvera notre DidHonnaire Symbolique , ouvrage utile
pour l'intelligence des Poètes & des Allégories, pour déchiffrer les monumen»
liicroglyphiques des Egyptiens, & pour fe former de juftes idées du langage.
G, Significations restreintes.
Les mots n'ont pu être à l'abri des révolutions auxquelles font (ujettes tou-;
tes les cliofes d'ici-bas ; ils en ont donc éprouvé de naturelles , mais inconce-
Tables quand on ne peut fe rendre compte de leurs caufes.
Entre ces révolutions , une des principales eft le mélange des prononcii'^
tions dans une même famille de mots , enforte que ceux dont elle eft com-
pofce fcmblent appartenir à des familles abfolument différentes , ce qui eft
un vrai cahos : nous avons difcuté cet objet dans le plus grand détail dans
nos Origines du Langage U de l'Ecriture , ce qui nous dtlpenfe d'en parler
ici plus au long.
Mais nous ne (aurions omettre les révolutions qu'éprouve un mot lorf-
tju'ayant été employé dans un (êns très - étendu , ou qu'ayant été pris en
.bonne part , il ne lè prend plus que dans un fens reftreint ou en mauvaife
part.
Dans la première claftê , ou entre les mots qui , après avoir eu un fens
très-étendu , ont été jrelTerrés à un Cens particulier , on peut metcr» la plus
^r ande partie des mots conlàcrés par la Religion.
EgliJ'e , fignifioit auparavant aftemblée , convocation. Prêtre , vieillard. Evé-
lue. Surveillant. Pape, Père, Papa. Concile, Affemblée de vieillards. Légat,
£nvoyc. Bref ^■petite lettre.
Dans l'Origine, tout lieu d'inftruftion s'appelloit Académie. Tout Savane
:^toit Cadmus ou un ioleil. Un Empereur étoit tout Général viéturieux. Une
Bulle, tout Diplôme.
Entre les mots qui , après avoir été pris en bonne part , fe (ont pris en une
mauvaife , on peut mettre AJluce qui , formé du Grec Ajln , Ville, défignoic
dans l'origine la poliiefle des habiuns des Villes , leur finefle, leurs grandes
pcrfedions.
DiU, Etym, fn
xc D I s C O U R S
Vilain qui , formé de Villa, maifon des Champs , défîgnoit les habînmr
^e la Campagne.
Payens qui , fonné de Pagus, Contrée, Canton , ctoit le nom des habi-
tans du Canton.
Contagion ne fignifioit que contaû. Dimon, un Génie, un Etre divin.,,
diftinguc par un iàvoir & par une puiflànce furnaturelle.
Il n'eft point de Langue qui ne f'ourniire de nombreux exemples
de changemens des mots relativement à l'un ou à l'autre de ces objets.
J. S E KS NÉGATIF,.
A toutes CCS caufès qui multiplient les dérivés d'un même mot, ajoutons-
en une qui n'a pas peu contribué à dérouter les Etymologiftes, & dont nous
avons déjà parlé ailleurs. C'eft que tout mot radical n'exprime pas feulement
les idées pofitives relatives à un objet, à un point de vue dccerminé, mais
qu'il défigne en même tems les idées négatives qui fe rapportent au même.
objet; ce qui n'eft point étonnant, puifqu'on n'a pu peindre les idées néga-
tives que par leurs rapports avec les idées pofitives qui font réellement les
feules exiftances , les leules qu'on puifle peindre d'après elles-mêmes.
Il n'eft donc pas étormant qu'on ne puifte indiquer aucun mot négatif
dans une langue quelconque , qui ne tienne à un mot pofitif : tels font nos
mots négatifs, rien, poine, goûte , néant y nul, pas, &c. Ces mots tien-
nent tous à des mots pofitifs Latins ou François ; aux Latins rem, ens , iill'^,
qui délignent une chofe, un être, l'unité; & aux mots François un points
une goûte , un pas. Le Latin «^oto, pcrfonne , eft la réunion des deux mot^
non homo , nul homme : & nous avons déjà eu occafion de dire que le mofc
perfonne défignoit dans l'origine un de ces mafqucs à travers Icfquels ïa
voix devcnoit plus fonote,.
m
'P RÊ L J M 7 N Ai R E. jccj
ARTICLEVL
Des Tables qui terminent ce Volume & de quelques autres objets,
§. I.
EXPLIC AT ION DES TABLES.
_2_,'Ord R Ed'après lequel les mots François font ciafTcs dans les DiAion-
naires ordinaires, étant fans celle renverfc par la méthode que nous avons
fuivie dans nos Origines Françoifes, nous avons cru devoir accompagner cet
Ouvrage de deux Tables. Dans l'une , on retrouve par ordre alphabétique
les mots dont nous avons donné l'Etymologie , avec l'indication de la co-
lonne où l'on explique leur origine. La féconde eft un Tableau des mots ra-
dicaux de la Langue Celtique , qui ont donné des dérivés à la Langue Fran-
çoiie. Ces mots eux-mêmes font arrangés dans un ordre nouveau qui en fait
jfentir les rapports.
On voit d'abord les mots radicaux formés par les voyelles, enlùite ceux
•qui appartiennent à chaque touche , en faifant marcher de fuite leurs diverfês
intonations. Par cette divifion prile dans la Nature & commune à routes
les Langues, on fè forme de celles-ci une idée infiniment plus Jufte. On voir,
par exemple , que la feule Touche labiale qui comprend les lettres B & P,
.& qui s'étend aux lettres F, V, M, a été la tige d'une prodigieufè quantité de
mots, peut-être du tiers de la langue; & on n'en fera pas furpris, lorf-
qu'on fê rappellera ce que nous avons déjà obfervé , que la touche labiale
ett la plus mobile , la plus douce , n'exigeant que le fimple mouvement des ■
lèvres, & nous prêtant fbn fecours dès l'enfance, dès que nous fommes e»
état de balbutier , de former le fbn le plus léger; il n'eft donc pas étonnant qu'on
en ait profité pour défigner cette multitude d'objets utiles & agréables qui nous
occupent dès l'enfance, & que ces noms fôicnt enfuitc devenus la fource d'une
multitude d'auaes à mefurc que les idées fe développèrent.
On verra en même tems par ce Tableau que les voyelles furent toujours
l'origine des mots relatifs aux fèns ; & que de la valeur de chaque ton na-
quirent une multitude de mors pinorefques , pleins d'énergie & très-bien
alTorcis aux objets qu'ils furent dcflinés à nommer. Qu'ainfî , lorfque pour
parvenir à l'origine des mots , on fe contcntoit de remonter à une langue
m ij
xcij DISCOURS
plus ancienne , on reftoit à moitié chemin , puisqu'on étoit toujours en
droit de demander d'où venoient les mots de cette Lan[;!;ue ancienne; c'e&
à-peu-pres comme fi une perfonne voulant remonter à la fource de la Seine,
s'imaginoit l'avoir trouvée parce qu'elle auroit remonté ce fleuve jufqu'au
Port-à-^l'Anglois ou )uiqu'à Montereau. On connoiflbit à la vérité -le tapport
des Langues qu'on avort comparées & leur defcendance Pune de l'autre :
mais rien de cela ne conftitue l'eflence de l'Art Etymologique, & c'cft cepen-
dant cette méthode tronquée , /ans énergie, oij les mots étoient (ans celTe
ifolés , qu'on honoroit de ce beau nom.
Ces Tableaux offrent aufïï un phénomène relatif à la formation des mots,,
qui porte fur leur mafle entière, & dont cependant on n'avoir aucune idée r
9 répand un fi grand Jour fur la fcience étymologique, que nous ne pou-
vons nous difpenfer d'entrer dans quelque détail à ce fujet.
Nous avons toujours pôle en fait, & on vient de le voir, que chaque con-
fonne avoît une valeur propre & inhérente dont on n'a jamais pu s'écartec
& qui a été l'origine d'un grand nombre de mots ; mais lorfqu'on eût épuifé:
les mots qu'on pouvoir dériver d'une confonne en la faifant fuivre ou prccédet
de toutes les voyelles, il fallut emprunter le fecours des confonnes pour éten-
dre ces dérivés.
Ainfi, après avoir formé de la lettre L défignantle lieu , avec idée d'élé-
Tation,les mots /^^ Le y Li , Lu, Sec. AL , élevé: EL, lumière élevée; OL ^
qui s'élève, qui croît; on forma des premiers de ces dérivés une foule;
d'auyies en joignant à leur fuite les autres confonnes , en formant, par exem»
pie, des mots en Z.dc„ ^^d, Lag, Lam , Lap , &c. toujours relatifs aux mê-
mes idées générales.
Quant aux dérivés qui commençoient par une voyelle , tels que KL ^
EL, OL, on en forma d'autres dérivés en les fàifint précéder au contraire da
toutes les autres confonnes: en di/ant ^<zZ> élevé, faL, tour, ciel; maL, afTem-^
blée; waL y rempart, &c.
On alla encore plus loin ; car on varia tous ces mots par de nouvelles ad^
ditions de voyelles ou de confonnes qui formèrent de nouveaux dérivés tou»>
jours fubordonncs aux premiers.
On voit ainfi que pour c'affer les mots fùivant leur étymologie , il ne faut
Brès-fouvent fiire attention ni à la première ni à la féconde ou à la troifiéme-
lettre, mais à la quatrième lettre ou à la féconde confonne : & qu'il ne faut
fas être étonné fi plufieurs mots commençant pat dijSèreoces conTonneî, pré?^
'PRÉLIMINAIRE. xciij
femoient des Tens analogues , puifqu'ils appartenoient à une feule & même
famille défignée par la lêconde confonne cxiftaote dans tous ces mots.
Pourquoi nous nous fommes arrctés à la Langiu Celtique.
On fera peut-être furpris que parlant fans cefle de la Langue primitive ,
nous nous foyons bornés à dériver les mots François de la Langue Celtique'
& que nous ne les ayons pas conduits jufques à leur fource, jufques à la
Langue primitive. Diverfes confidérations juftifieront k méthode que nous
avons fuivie à cet égard. D'un coté, la Langue Celtique peut être conlîdé-
rée comme la Langue primitive de l'Europe , puifqu'elle fut la tige de fe»
Langues anciennes : d'un autre côté » en rwus arrêtant à la Langue Celtique^
notre but étoit rempli, puifque les Origines Françoifes étoient rétablies. Ce
que nous surions dit de plus , auroit donc eu pour objet la Langue Cel^
tique elle-même ; mais dcs-lors nous ferions fbrtis de notre plan aéiuely &*
embraflant trop de matières , il en feroit réiûlté la plus grande confufion , dé-«
faut effentie! à éviter en tout ouvrage , & fur-tout dans ceux qui font di*
genre dont nous nous occupons icL
Ce qui regarde les Origines de la Langue Celtique trouvera fà place pïu^
naturellement dans les Diétionnaires comparatifs où nous ferons voir les rap-
ports de cette Langue a^'ec celles de l'Orient , afin que ces rapports nous-'
conduilent enfin à la Langue primitive, & que chacun puifle s'aflurer d&*
ion exifïence & de fa nature.
Nos Lefteurs verront même d'avance par ce Volume ce qu'on peur" éf^-
pérer à cet égard , puifque nous avons fréquemment comparé nos familles-
Françoifes & Celtiques aux Familles Orientales \ & que très-fouvent encore"
nous avons fait voir l'Origine de ces Familles & comment elles prirent Icitf
lôurce dans la nature même de l'inltrument vocal & dans {es rapports avec-"
Jes Etres qu'on vouloir déiîgner par des noms,
§. j.
Diâionnaiu Etymologique des Sciences & des Arts.-
Nous ayons vu que le Didtionnaire des Peuples policés renfermoit toiii^-
jburs une mafîe très - confidérable de termes relatifs aux Sciences & aux Arts v
,ee«e. roaiïe. eft immenfe dans la Langue Françpife : on n'en doit pas être fktf=--
xcir DISCOURS
pris, vu l'ardeur avec laquelle la Nation Françoife cuirive les Arts & les Scien-
ces; & Us progrès rapides qu'elle ne cefie de faire à cet égaid. Mais plus cecte
maffe de mots efl confidérable , moins nous avons cru devoir nous en occuper
en traitant des Origines Françoifes ;• ces mots n'appartiennent d'ailleurs pas
plus «n quelque forte à la Langue des François qu'à celle de tout autre Peuple:
& ijous aurions craint que cette augmentation d'objets ne jettât de la con-
fùfion fur les Origines Françoifes & n'en diminuât l'intcrct.
Mais fi le Public daigne accueillir favorablement ces Origines , nous nous
ferons un devoir de remplir nos engagemens , en failant paroître ce Dic-
Donnaire Etymologique des Sciences & des Arts de la manière la plus com-
plette qu'il nous fera poflîble , & en même tems la plus propre à en feciliter b
connoiflànce aux Jeunes Gens,
§• 4'
Mots fur annés.
Il n'exiftc aucune Langue qui ne renferme des mots qui ont ceffè d'être
Iiors d'ulâge , eu qui lonr devenus fi furannés qu'on n'ofe plus s'en lêrvir : la
Langue Françoife en contient peut-être plus qu'aucune autre : les Etrangers
auront , (ans doute , peine à 'croire que Corneille, Molière & nombre
d'Ecrivains du Çicde de Louis XIV, font remplis de mots abfolument hors
<Fufage & dont on ne peut plus fe fervir. Ces mots arrêtent toujours les Au-
teurs des Didionnaires : nous avons cru devoir prendre un Jufte milieu à cet
égard ; & (ans remonter à l'Origine de nos vieux mots recueillis par Nicot,
par Caseneuve, par Borel, par ME^4AGE, par Du Cange & par fon Continua-
teur, & peur ne pas empiettcr lur le beau travail de M. de Sa inte - Pal aye,
flous nous fommes contentés de rendre compte d'une partie des n-.ots de cette
çlpéce qui le trouvent dans nos Didlionnaires François modernes , afin de
fcire connoître avec quelle Êicilité on ttouveroit également l'Origine de tous
îes autres,
S- j.
'Des Etymologijles François»
On comprend fans peine , d'après l'expofé que nous avons feit de notre
inéthode & de la nature de nos recherches , que nous n'avons pu tirer prcf-
qu'aucun fecours des E:ymologi(les François qui nous ont précédé : la route
iquils fuivoient, la pçiYaiion totale de prijicipes furs , leurs vues refferrces, l'ex-
PRÉLIMINAIRE. xcv
eifufîoiî qu'ils donnoient à la Langue Celtique , rout les écarroit du bon che-
min, & faifoir de leurs recherches un cahos. Quelquefois cependant, nous y
avons trouvé des Etymologies heureufes & nous leur en avons fait honneur
avec emprefTement. Quelquefois nous avons trouve des Etymologies capables
de faire illufion ; nous avons cru devoir les relever , du moins en partie ,
pour ne pas donner à cet Ouvrage le ton froid, monotone & Êiftidicux d'unfr
im<iucieu(ê critique.-
§. 6.
explication des mots.
Nous nousfbmmes fait un devoir d'accompagner d'une explication les mots?
dont nous donnons l'origine : cette portion de notre travail n'étoit cependant
pas la plus aifce : il efl: très-difficile de définir, fur-tout quand on n'a qu'un
ehamp trcs-reiïerré , & qu'on eft entraîné par un objet diffèrent 5c plus étroi-
tement lié à un pbn général : nous ofons néanmoins nous flatter que nos
Lefteurs trouveront que nous avons fouvent réuffi d'une manière intcreflânte;'
& que nos efforts à cet égard leur paroîtront d'autant plus utiles, que nous nouS'
fommes fans ceflè aftreints à découvrir le (êns propre de chaque mot.
Nous iiififlons d'autant plus là-deflTus, que cette connoiflânce eft la clé du"'
langage, puifque c'eft de ce fens que dépend la force ou l'énergie des mots::
au point qu'il eft impoflîble fans cela de lentir la beauté ou mcme de fe for-
mer une idée Jufte & exafte de cette prodigieufe quantité de mots métaphori-
ques & figurés que renferment les Langues. Nous efpérons même que cet"
avantage paroîtra afièz intéreflant au Public , pour qu'il nous fafte grâce dans
\ts occafions où nous n'aurions pas défini les mots d'une manière auffi nette ,>
auffi lumincufc que nous l'euffions nous-mêmes défiré.-
S. 7-
Sur rOnographe.
Il ne nous refte plus qa'à rendre compte de quelques objets relatifs à TOr--
Kigraphe. Preique dans tous les cas nous 'avons fiiivi l'Ortographe ordi--
naire , penfànt qu'en général il n'y faut point faire de changement , parce'
qu'elle fait une partie fi efTentielle des mots, qu'en la changeant, on ne
les reconn.oit plus. Nous croyons même qu'en général il eft in«tile d«'
changer l'Ortographe leUtivement à la prononciatton des yoyeUes , p.aife"
xcvj DISCOURS
qu'il eft fbuvent impoflible de peindre exadement ce«e prononciation, ic
<]ue d'ailleurs rien n'eft auflî changeant , aufïi variable ou inconftant que la
prononciation Françoifê.
Mais ce que nous difons ici , borné en quelque (orre aux Voyelles , ne de-
vroit peut - être pas s'étendre juiques aux lettres qui font ablblument oiGves, 5c
que nous ne prononçons jamais ; telle que la lettre H à la tête des mots noa
aQjirés, & cette même lettre à la fuite du T.
Nous ne voyons aucune railon pour la conferver dans ces deux cas ; Si.
nous en voyons beaucoup pour la fupprimer. N'eft -il pas abfurde d'avoir
des mets écrits également parla lettre h , dont les uns s'afpirent, tandis que les
autres ne s'afpirent pas î Pourquoi mettre à la torture en pure perte, les jeu-
nes gens Si les étrangers pour Ce rappellerles cas où h eft afpiré , &ceux où it
n'eft pas afpiré î pourquoi conferver une Ortographe qui n'eft bonne qu'à emr
tarrafler i
Pourquoi les François Ce piqueroient-ils de confiance fur un point auflî
ridicule; ne Ce fbumettront-ils à la routine que lorfqu'il fîudroit la fecouer î
Que ne profitent-ils de l'exemple d'une Langue voillne, & oui fit fl long-
tems leurs délices : la Langue Italienne ! elle a fait main-baffe lur ces H inutiles.
Il eft vrai que cette lettre exifte dans les mots Latins correfpcndans à ceux là :
mais que nous importe l'Ortographe Latine? Si nous vouions la conferver dans
ce point, pourquoi l'avons-nous rejettéc en tant d'autres 1 & fî nous avons eu
le bon efprit de nous en écarter en une multitude d'occafîons, pourquoi la
garderîons-nous dans des mots eu elle n'eft pas plus utile i
D'après ces motifs qui nous paroiflent dignes d'être pris en confidération ,
nous avons fouvent fupprimé la lettre H à la fuite du T : & nous avons tranf^
|>orté à la lettre ^ , les mots en HA , dont le H n'eft pas afpiré , avec la pré-
caution d'accompagner cette nouvelle Ortographe de l'ancienne ; par ce
moyen, l'efprit s'accoutume infenfiblement à l'Ortographe nouvelle, & il n'eft
plus étonné enfuite de la trouver feule.
Mais dans l'idée que ces exemples fuffifoient pour fonder le goût du Pu-«
blic , nous avons refpefté l'uiâge à l'égard des autres mots en H.
Ce que nous avons dit fur cette lettre peut s'appliquer de même au ca-
jaftere <I1E, prononce comme un E (împle. On ne peut indiquer en fa faveur au-
cune autre raifon que l'ufàge; mais déjà on l'a opprimé dans le mot économie.
Pourquoi ne le fupprimeroit-on pas dans d'autres mots tels que/œar , bœuf,
vœu , &c. avec la même précaution de réunir dans les commencemeus les deux
Ortûgrapbes \
PRÉLIMINAIRE. xcvlj
§. 8.
Ohfervations miliest
\. Quoique l'enfemble de nos Origines Françoifes ait ccc dirigé d'après les
mêmes vues & la même méthode , nous avons cependant diverfitic \\ nijr..he
■que nous avons tenue à leur égard. On s'appercevra aifémcnt que dans les
commenceniens nous avons confidcré les mots d'une manière plus ifolée , &
que nous avons fait un plus grand ufage de nos anciens Auteurs & de nos
dodaires : que nous avons ciré plus fréquemment les Loix Saliques , les For-
«lules anciennes , De Lauriercs, Du Gange , nos vieux Poètes , &c. Que nous
înfiftions moins fur les rapports des Familles des mots Celtiques avec les mots
Orientaux ; & qu'à l'égard des mots venus du Latin ou du Grec , nous nous
réduifions à montrer leurs rapports avec ces deux Langues: mais qu'à mefure
que nous avons avancé dans la carrière , nous avons remonté avec plus de
loin aux rapports généraux des Langues ; nous avons eu moins d'occafion par
confcquent de citer nos anciens Auteurs : nos liftes de mots venus du Latin
& du Grec ont été beaucoup moins chargées : qu'ainfi nous avons empiète
davantage fur nos Dictionnaires comparatifs ; mais on en acquiert des idceJ
plus exades & plus intéreflàntes fur l'Origine des Langues & fur leurs
rapports.
1. Les Familles Fra'nçoifès de ce Volume prouveront de la manière la
phas folide & la plus convaincante un principe que nous avons dcja eu oc-
cafion d'établir, qu'on ne doit faire aucune attention aux voyelles pour re-
trouver les rapports des mots , puifqu'il n'eft aucune de ces Familles qui n'aie
formé des dérivés en s'afTociant à toutes les voyelles: vérité dont on s'affurera à
chaque page , & dont offrent des exemples nombreux toutes nos Familles de
mots , telles que Bal , Ban, Cab , Car, Fal &'c.
}. Ces Familles prouveront également la vérité de ce que nous avons
kvancé fut le petit nombre des mots radicaux de chaque Langue. En ]ettanc
les yeux fur le tableau des racines de la Langue Françoife, indépendamment
<ics Onomatopées , on trouvera qu'il s'en faut de beaucoup qu'elles mon-
tent à 400 , peut-être même ne vont-elles pas à la moitié, puifque les lettres
B & C qui font fî abondantes, en fournirent au plus, l'une dix , l'autre quinze;
que la lettre R n'en a qu'une demi -douzaine & que plufieurs n'en ont guères
plus. ' '
4. Elles prouveront également combien les François eux - mêmes ont
Dicl. Etym, n
xcviij 'DISCOURS
fubfticuc les confônnes les unes aux autres , changeant B enP,C en Clf,'
I en G , V en Gu, ILL en Y , L en U, &c. comment ils ont fans ceife ôté le*
T , C , G , &c. du milieu des mots ; Se avec quelle prcdileftion ils y ont in-
féré la lettre R,
5, Nous avons fans cefTe cité les mots Latins à l'ablatif, parce que c'eft
leur cas primordial, comme nous l'avons démontré ailleurs : mais nous avons
eu foin de l'accompagner du nominatif , afin d'être entendu: il feudra ce-
pendant que l'ablatif marche (bavent le premier dans nos ctymologies La--
tines , mais on y fera déjà accoutumé , <5<: d'ailleurs on verra cette Langue Ce
rapprocher beaucoup plus par-là du François, de l'Italien Se du Latin primiti£
(}. Les principes que nous avons eu l'avantage de fuivre, ne nous onc
pas feulement fourni des moyens fimples & fûrs de nous ouvrir une marche
nouvelle à l'cgard des étymologies Françoifès , mais aufll à l'égard d'un grand
nombre de mots de plufieurs autres Langues , même pour celles de l'Orienta
7, Nous ofons nous flatter qu'un grand nombre de nos étymologies pa-
roîtront intéreHantes par elles-mêmes , indépendamment de leurs rapports
avec les Familles générales dont elles font partie. Les unes rendent rai(bn dut
nom de diverfès Villes ou de divers lieux , & (ouvent d'une manière di-
redement oppoice à celle dont on les envifageoit. C'eft ainfi qu'on y voie
que les Villes de BrignoUs & de Cerafonu durent leurs noms, à leurs fruits»
& non ceux-ci à ces Villes; que MiLet dut le fien à fes laines :que le Pelu-
che Gouet tira fon furnom de fes couteaux appelles Goy.
On y voit que les noms relatifs au Blâfon font la plupart venus de l'O-
rient, & que tous nos noms de nombre onc eu une Origine conftammenc
fondée fur leur nature.
Ces Origines prouveront aulTi que fi l'érymotogie de tant de mots François
s'étoit refufée à toutes les recherches , c'eft qu'on n'avoir jamais été à même
d'appcrcevoir les caufes qui en avoient altéré la forme : on en peut voir des
exemples firappans dans les mots Ahfé, Amadou, Ardoife, Brocanteur, Borgne^
Boulevard , Cayeux , Calquer, Charivari, Chamade, Conte, Coûter, Coucher»
Croire, Davier, Efclave, Efquifte , Etoffe, Efcamorer, Forge, Gauche, Gerbe,
Gruyer , Gaze, Halebarde , Harlequin , Hochet , Hiftoire ^Hazard , Lofànge^
Laque , Marguillier , Mafcarade , Mouton , &c
Quelques-unes de ces Origines font relatives à quelque trait d*Hifloirc oit
a Ats ufâges Nationaux, telles , Bandit , Brandon , Bouriquc , Bon-chrética
«{pèce de poire, Cagots, Cheydu, Chiteau-d'eau^Croquaiis^ Huguenot,
JLabarum » &&
PRELIMINAIRE, xcîx
On y verra auffi que nos prépoficions à la fuite defquellcs nous mettons ac-
tuellement, de ne s'en feiloientpas accompagner autrefois.
Dans le bouleverfement que cet Ouvrage a faitefluyer aux mots François,
il ne (èroit pas étonnant que nous en euflions omis quelques-uns, & que
nous en ayons répété quelques autres fous des familles différentes: c'eft ainfi
que fans nous en appercevoir nous avons répété deux fois les mots lais &C obfcur
en leur donnant chaque fois une étymologie différente , mais dont la der-
nière eft préférable à la première.
Nous efpcrons que nos Lecteurs voudront bien nous pardonner ces légè-
res taches & nos autres erreurs , en confidération de notre vif défir de
leur plaire > & des foins qu'exige un pareil fujet pour y mettre quclqu'ordre
&C pour y faire trouver quelqu'intérêt. Nous recevrons d'ailleurs avec une vive
reconnoilTànce toutes les remarques , avis 6c correâions dont on voudra bien
nous ^ire part &c que nous nous emprefferons de communiquer au Public.
EXPLICATION DU FRONTISPICE,
\j ti Didionnaire de mots ne paroît pas fufceptible de planches : nou«
avons cependant cru faire plaifir à nos Soufaipteurs , en accompagnant no9
Origines Françoîfès de deux gravures qui ont une étroite liaifon avec ces
Origines, & qui ne peuvent qu'intéreffer par leur objet & par leur exécution.
De ces gravures , l'une repréfente an Puy d'amour. , c'cfl; le FrontiJpice ; l'au-
tre ou la Vignette, le moment où Loais le Germanique à la tête de fon armée
& les Généranx de fon frère CnARLEs-le-CHAuvE , fcellent d'un ferment fo-
lemivcl, leur nouvelle alliance; ferment dont on nous a confervc les paroles &
quieft le plus ancien Monument connu de la Langue Françoife.
Ceft aux Puys d'amour que cette Langue doit une partie de /à perfedion
& nos Académies d'Eloquence & de Pocfic, telles que les Jeux Floraux de
Toulouiê , leurOrigine. Les Puys d'amour étoient mï€ Aflèmblée composée
de perfônnes des deux fexes les plus diftinguces par leur e(prit, & deftinée à
juger les Poe tes & les Troubadours.
» Aux Puys d'amour s'aflèmbloienr , »* dit NosTnADAJirtjs dans (on Hiftoirc
des Poètes Provençaux, « tons les Poètes , Gentilshonimcs & Gentilsfemmes
»» du Pays , pour ouir les définitions des queftions & tenfons d'amour qui y
«' étoient propo(ees &: envoyées par les Seigaeurs &: Dames de toutes les
w marches fie contrées de l'enviroii »
n ij
G ^EXPLICATION'
Dans cette ademblée , les Poètes li(bient leurs vers , & le Chef du Tribu-
nal remettoit lui - même au vamqueur la Couronne qu'il tenoic en fes
siâins.
C'étoit l'amour qu'on diantoit dans ces fiécles galants & dévots, & la Damr
pour laquelle on ctoit enflammé : ainfi le prix remporté honoroir autant I*
dame vertueule qu'on avoir chantée , que le Poète même qu'elle avoir infpiré;
De-là nailïôient divcrfes conteftations dont le Prince du Puy ctoit oblige
dé connokre , & fur lefquelles on trouve des détails intcredàns dans les.
recueils de ces anciennes Pocfies fous le nom de Tenions & deux Partis.
Ce n'en: donc pas d'aujourd'hui qu'on connoît dans ce Royaume ce que
peut pour la perfeâ:ion des connoifTances , le concours des perfonnes des-
deux fexes : mais s'il produifit alors de fi grands effets, que n'en doit-oa
par clpérer dans ce moment où (ous la protcftion d'un Monarque bienfailânr ,.
un pareil exemple fe renouvelle , non en Éiveur d'un amour platonique ou
d'une mctaphyfique inintelligible, mais pour la perfeûion de l'Agriculture &
des Arts les plus utiles , & où comme alors les Gentilshommes & Its Gentils-
femmes cio-^twx. ne pouvoir faire un. meilleur emploi d'une partie de leurs.
licHefTes.!
Dans le Champion des Dames , Manufcrit in-folio en vers & qui eft à lac
Bibliothèque du Roi N° 7x10, on trouve une reprcfentation en mignature d'un-
Puy d'amour; mais le champ en eft fi petit & la manière fi féche , que nous
.n'avons pu en tirer aucun parti. La vafte & fiiperbe colleftion des Mo-
numens Nationaux que renferme cette même Bibliothèque , ne nous a.
rien offert dans ce genre ; ce qui n'eft pas étonnant , la peinture étant alors
ail berceau. Quant au coflumc de notre Frontifpice, c'eft celui qui fut en
ufaj^e (bus les règnes de Charles V. &: de quelques-uns de les defcendans , tems-
oA. ces Puys étoient dans toute leur vigueur,,
On trouve dans nos anciens Poètes des pafTages relatifs aux Puys d'amour ;.
•M.M0UCHET a bien voulu nous en communiquer quelques-uns.
: - lilî Beau m'eft del Pci que je vois reftoré..
Poiir foQenir amour , joie & jovent
Fu eftablis; & Je jo'.ie^é
En ce le voil eiïaULhier boinementi
► .... M'en fait 'cotTsmandcment:
Amors qui m'a en ul lieu afcni ■
DU FRONTISPICE. c|
Où je plus voi ma mort que ma famé ,■
Si je par li n'en ai alégement. { i )
Bretel , ma cançon envoie
Vos 2! , por cou que foit oie
Au P u I devant la gent jolie, (i)
Dame d'Artois, ComtelTc d'honorance ;■
Oez mon chant que j'ai au Ppy chantay :
Et fi vos proi qu'adès en léautey
Servez amors; c'eft ce qui plus avance. ( 5 )
Quelquefois , on fe plaignoît du Jugemenr du Puy d'amour ; c'étoït donc'
alors comme aujourd'hui ; & qui ne fe plaint pas de fes Juges quand il erf
eft condamné î Voici un Poète qui dit naturellement , que Ci ce n'étoic pouç
fanwur de fâ Dame , jamais il ne réciteroit de chanlbn an Puy d'amour.
Se che n'eftoit pour ma Dame honerer ,
Jamais au Puy ne diroie chançon.
Car j'en voi ciaus fovent l'oneur porter •,
Ki de chanter ne fevent un boton,
Li Juge font leur grant hontage
Ki pour parent, ne pour grant SigneragO'
Donent à ciauf li courone & l'onor
Ki ne fevent trover ne ke pas tour. ( 4 )
0e même que les Académies modernes d'Eloquence propofent des fujets fàcré*
pour leurs Prix , ainfi ces Anciens Puys d'amour propofoientauflî des Prix pour
la meiHeure pièce de vers en faveur de la Dame des Cieux, fùr-tout dans le
lems où l'on difputoit fi'vivementfur l'Immaculce-Conception. De-là le Puys-
de /a Conception à Dieppe, à Rouen & ailleurs.-
On y lifoit des Chants Royaux, des Balades, des Rondeaux, mcme des
Epigrammcs à l'honneur de Timmaculée-Conception ,& on y diftribuoit dit-
fcrens prix. En 1^3 3. au Puy de la Conception , qui fc tint au Couvent
des Carmes de Rouen, on donna une palme pour prix du Chant Royal, &
un lis pour le débatu : une roje pour la Balade ; un chapeau de lauritr'
•pour l'cpigramme héroïque & pour le Rondeau.
<•») Vilains d'Aras, avant ijoo.-
(•î) Mahuis de Gant, avant 1300.
f î) Lambert de Ferris, avant i3cio.-
U) Jebant de Renti, même temsi Foëtc certainement Picard«>
cîj EXPLICATION
C'eft un Puy d'amour qui, fous le nom de Jeux Floraux, fut établi i
Touloufe au commencement du i 4^ Siècle , en y invitant tous les Trou-
badours de Provence, du Languedoc, &de la Catalogne. Clémence Isaure,
Dame de condition , légua vers le milieu du XVI^ Siècle la plus grande
partie de fon bien pour les frais des prix qui confiftoient en fleurs d'or ou d'ar-
gent , une violette pour le premier prix, une cglantine & une fleur de foucî
pour les deux autres. Celui qui les remportoit tous trois étoit Dodleur en Gaie
fcience , & qui n'en remportoit qu'un n'étoit que Bachelier. Et c'eft en vers
qu'on demandoit & qu'on accordoit ces grades. Le premier Pocte couronne à
ces Jeux , fut Arnaud Vidal de Caftelnaudary , en i j 24. Il eut la violette d'or.
Ces Prix littéraires avoient déjà été en ufage chez les Anciens, & fous le
inême nom. On célebroit à Rome des Jeux Floraux dans lesquels on repré-
fentoit des Comédies & oii l'on accordoit par-là même b palme au meilleur
Poète.
Quant au nom de Puy , il tient à la même Famille que le mot apuy , en
italien poggio , en Latin-barbare PoDio , formés du Celte Pod , élévation ,
Tribune , Tribunal. Ce font des branches de la Famille podô en Grec , PtiU
en Latin , Pied en François , qui préfentent tous la même idée.
EXPLICATION DE LA FIGN ETTE.
JLi ouïs le Germanique , 5: CnARLEs-le-Chauve Roi de France , petit*
Fils de Charlemagne , fe réunilTant contre leur frère aîné l'Empereur Lo»,
THAiRE , firent en 841 , à Strasbourg un Traité de 'p^^ix dans lequel ils con-
vinrent de fe (ècourir mutuellement & de défendre leurs Etats refpedife avec
le (ècours des Seigneurs & des Vaflaux qui avoient cmbralTé leur parti. Du
coté de Charles étoient les Seigneurs Habitans des Gaules devenus Fran-
çoisj & du côté de Louis, les Seigneurs Francs Orientaux ou reliés Germains,
Les premiers ne parloient plus que la Langue Romance; les autres avoient
conTcrvé la Langue Tudcfque. Louis fut donc obligé d'emprunter la Langue
des premiers pour être entendu de l'armée de Louis. Quant aux Généraux ,
ils s'énoncèrent dans la Langue qui leur étoit propre. Nous (ômmes redeva-
bles à NiTHARD , Seigneur François du parti de Char!es-le-Cliauve , de I*
confervation de ces fermens dans leur Langue originale; monument d'au-
tant plus précieux, qu'on nç counoît rien de çlus ancien en Langue Rcm
mance»
DE LA VIGNETTE. cîfj
Tel fut le Serment de Louis le Germaniquet
Pro Deu amur & pro Chriftian poblo & noftro commun (âlvamenr l
dift di en avant , in quant Deus fàvir & podir me dunai , fi falvarai jo
cifl: meon fradrc Karlo* & in adiudha & ia cadhuna cofà fi cum ora
per dreit fon fradre falvar dift in o quid il mi altrefi fazet , & ab Ludhet
nul plaid nunquam prindrai qui , meon vol , cifl: meon fradre Karle in
damno fit.
» Pour Pamour de Dieu & pour le Peuple Chrétien & notre cpmmun la-
m lut , de ce jour en avant , autant que Dieu m'en donne le favoir & le pou-
*> voir , ainfi (àuverai-je ce mien firere Charles & lui fcrai-je en aide dans
j» chaque chofe , ainfi qu'un homme doit iàuver fon frère félon la jufl:ice , en
» tout ce qu'il fcroit de même pour moi ; & avec Lothaire nul accord jamai*
» ne ferai qui par ma volonté foit nuifible à ce mien frère Charles.
Serment des Généraux de Charles- le- Chauve.
Si Lodhuigs ^grament que (on fradre Karlo jurât , confervat ^ & Karlti»
jneos (endra, de fuo part nou los tanit , fi jo riturnar non lint pois , ne jo , ne
neuls cui jo recurnar int pois, in nulla aiudha contra Lodhuwig nun li iuer.
" Si Louis obferve le ferment que fon frère Charles jure, & i]ue Charles mort
» Seigneur de fa part ne le tienne, fi je ne puis l'en détourner,ni moi ni aucuns
I» de ceux que je puis détourner , iie ferons à lui en aucune aide contre Louis*
M. BoNAMY a commenté les mots de ces deux fermens ( i ), pour faire
■»ûir qu'ils (ont dérivés du Celte : M. Bullet, pour faire voir qu'ils viennent
du Celte (i): M. Duclos (3), pour prouver que la Langue Romance
avoir déj* autant de rapport avec le François qu'elle forma qu'avec le Latin
dont elle defcendoit. Tout cela doit être, Ci nos principes font vrais, pui(^
Qu'ils tendent à prouver que le Latin & le François defcendent du Celte.
Ajoutons que ces fefmens s'éloignèrent beaucoup de la Langue Romanctf
& fe rapprochèrent de la Langue Latine, parce que leurs Auteurs voulant (ai-»
fit une occafion aufll brillante de faire connoltrc leur goût & leurs connoiP
Éinces f crurent ne pouvoir mieax y parvenir que par le ftyle Latin-Barbar©
qui règne dans ces (ermenSi^
T « r
(t) Méra. des Inf. T. XXVI.
ta ) Dift. Celt. Difc. Prélim. T. t,
«$] Méffl. des M<iU T. XVil^
ClV
-ïï-ff feTnrr-incttgig:
ISEZIOl*
EXPLICATION d(s Noms abrégés des LANGUES dont on a fait ufage
dans les ORIGINES Fbunçoises.
Idiomes François,
Angevin.
dTlLLI.
\
Allemand.
Allem.
5
Angl.
Anglois.
Anglo-Sax,
Anglo- Saxon.
Ar.
Arabe.
Arm,
Arménien.
Bas-B.
Bas- Breton.
Bafq.
Bafque.
Celt.
Celte.
Chald.
Chaldéen.
Chin.
Chinois.
Corn.
Cornouaillien.
Dan.
Danois.
Eth.
Ethiopien.
Efp.
Efpag.
\
Efpagfiol.
Franc.
François.
Vx Fr.
Vieux François.
Gall.
Gallois.
Gr.
Grec.
Gr. barb.
Grec barbare.
Groenl.
GroenlanJois,
Hebr.
Hébreu.
Irl.
Jrlandoit.
M.
Iflandois,
It.
Italien.
Lang,
Langued.
X
Languedocien.
Lat.
Latin.
Anc.-Lat,
Ancien Latin.
Lat. b.
Latin-barbare,
Or.
Oriental.
Perf.
Perfan.
Sued.
Suédois.
Syr.
Syriaque,
Theut.
Theuton.
Vald.
Valdois,
Franc- Comtois.
Normand.
Breflan.
BourguignoB.
Fr. Ct.
Haynaut.
Lorrain.
Maine.
Meffm.
Norm.
Nivernois.
Peiigourdin.
Picard.
Quercy.
Autres Langues citées dan*
ce Volume.
Amérique Méridionale
Algonquin.
Caçafbe,
Virginien.
Albanois.
Cimbre.
Copte.
Ecoflbis.
Egyptien.
Efclavon Ô-Jes i'iaUUtsl
Carniolien.
Lufacien.
Polonois.
RuflTe.
Etrufque.
Finlandois.
Franc.
Géorgien.
Gothique,
Grec-Dorien.
Grec-Eolien.
Japonois.
Indien & fet dialt%
Malabare.
Malayen.
Navarrois.
Ofque.
Phrygien.
Runique. "g
Tartare.
Thibet.
Turc.
DICTIONNAIRE,
kcn^iffr t»it
: U '^f(''Tt*KXtrt_^'.
iDICTIONN AIRE
È TY MO LOG I QU E
DE LA LANGUE FEAMÇOÏSE.
MOTS FRANÇOIS-CELTES^.
ou D É R IV É'S DU C E L T I (lU E,
A
£^ , premier Son vocal , première { fèns , i ". comme yerh r
Lettre de l'Alphabet, & qui ^aut
UN dans les Alphabets numériques:
ildcfigna, par 'conféquent, celui
qui eft le premier, le Maître, le
Propriétaire ; &: par là même i'. la
propriété, la polTeOïon , la qua-
lité d'A-v<,tr. Il s'emploie dans ce
Di3, £tym.
Il Ay Jye^ y Ai,
2». Comme Prépofîtion , qui
marque le rapport de poflèfïïon,
de propriété :
Cela eft A lui.
C'eft un mot primitif & commuo
DICTIONNAIRE ET YMOL.
*
aux Celtes de même qu'à toutes
les Langues qui en font defcen-
dues.
Voyez Monde Primitif : Plan
génér. & raif. i°. Orig. du Lan-
gage £• de r Ecriture,
A B
ABEILLE , Mouche à mieL Ceft le
Latin Ape , dont nous avons fait
Abeille ; comme de Sole , Soleil i
Se d'Aure , Oreille.
Ce mot s'eft prononcé & écrit
de diverfes manières v£/»j, Ape,
Appelle j Aveite , Aveille, Aboïlle ,
&c. Il eft commun aux Langues
delcendues de l'ancien Theuton.
En Anglo-Saxon , Beo ; en Anglois ,
Bee , prononcé Bi jcn Flamand,
Bie ; en Suédois , By ; tn Illan-
dois , Bec , Beach , &c. : en Alle-
mand , qui fe nazala, Biene. Il
vient donc du Celte Beo, tjw ,
nourriture, aliment j 2**^ vivre,
préparer des alimens.
Aboillage ,, droit du Seigneur fur
le miel.
ABOYER, mot qui défigne l'aâion
du chien qui jappe avec force.
C'eft une onomatopée , l'imita-
tion du cri même du chien.
Nos Étymologiftes, qui ne veu-
lent voir que du Latin dans notre
Langue , dérivent ce mot de ad-
taubarCy formé de baubare. Mais
baubare lui-même efl mxe onoma-
ïo^ée^
Il eft inutile , d'ailleurs, de
chercher les onomatopées dans
d'autres Langues que dans celles,
où elles fe trouvent.
Abois , les derniers foupirs.
Etre aux abois , être au dernier
moment de fà vie.
Aboyeur, qui aboie : ce mot s'em-
ploie aufïi au figuré à l'égard de
ceux qui font toujours prêts à blàr
mer.
Aboiment , cri du chien irrité, ott
qui fe défend.
AC, AG, Ara
AC , famille primitive qui- défigne
tout et qui efl aigu , pointu , tout
ce qui pique : elle a formé une
multitude de mots Celtes, Latins,
Grecs, François.
i ..Acariâtre, fàntafque , bourrir,
de mauvaifê humeur.
Acerbe , Lat. acerbus , âpre.
AcERÊR , mettre des outils en étac
de couper,
i''. AcÎde, faveur, goût qui pointe^
qui tire fur l'aigre.
1**. Le premier des fèls fîmples.
Acidité , quahté des êtres acides.
}°. Acier, fer afiné, mis en état de.
couper mieux.
+°. Acre, qui pique la langue, qui
fait cuire les yeux.
AcRETÉ,. qualité mordicante &pi«
quante.
Acrimonie, qualité d'une humeut
piquante y fUumlantCi.
y FRANÇOIS
5*. Agacer, i°. affefter les dents
par des acides.
1**. provoquer, exciter par fès
di (cours , &ire fcntir le piquant de
l'efprir.
Agaceriis , tentatives pour exdter,
pour animer.
i*. Aigre , Lat. acef , qui si une
qualité piquante , acide.
Aigrelet , Aigret , qui a un peu
de faveur acide.
Aigrette , nom de l'ofeille à caufe
de la qualité ftimulante, piquante.
Aigreur, qualité aigrç.
Aigrir , devenir aigre.
x". Rendre l'efprit irrité, le
blefler , l'animer de colère.
f*. Aigu, pointu, piquant: z'. per-
çant j en parlant des fbas , des
cris.
Aiguiser, rendre pointu; autrefois
AGUisER , au fimple & au figuré.
Aiguille , pointe d'acier qui fert à
coudre; autrefois AGUILLE^Ltix..
acus.
Aiguillée , fil paflc à l'aiguille pour
coudre.
Aiguillette, trèfle ferrée par les
deux bouts pour être pointue.
Aiguillon, pointe pour piquer les
bœufe & pour les faire aller vue.
z**. Tout motif à agir.
3 '. Dard que portent avec eux
quelques animaux , & avec lequel
ils piquent ceux qui les attaquent.
On difoit Awii&ioi&AGWILLOlf,
Lat. acuUus,
CELTE. A C. tf
S'. AiGLANTiiR , arbrifleau épineux,
qui porte un fruit rouge ; Gr. akan-
tha , épine ; Lat. acanthus.
On aura dit aigantU , & puis
aiglantier.
9". Aigle, Lat. JquiUy le Roi des
oifeaux : fon bec eft fort pointu &
tranchant.
Aiglon, le petit d'un Aigle.
1 0°. Aquilon , vent du Nord, parce
qu'il eft perçant.
Aquilin , nez en forme du bec de
l'Aigle.
1 1 *. Agonie , Lat. agonia , Gr. agon ,
les dctrefles, les angoifles du corps
au moment de la mort.
I i'. Azeroles , firuit acide produ^
par I'Azerolier : en Lat. AzSRus,
en Ital. AzEROLE. Il vient d'«z«r
qui (ê changea ici en a^er.
ACONIT , plante veniraeufe , quî
croît fîir les rochers -, Lat. & Gr«
Akonitô ; du Celte Caun , rocher j
en Oriental , Cau , montagne.
Ovide n'ignoroit pas que cette
plante devoit fon nom à ce qu'elle
croît fiir des rochers. Métam. Liv,
ni. Fab. XX.
Dans les Ades du Martyre de
Saint Maurice, on lit qu'AGAUNS
fignifioit un rocher en Gaulois.
AGA , interjedion d'étonnemcnt &
d'admiration , comme fi on difoit
roye^, admit c^^. On a cru que ce
mot venoit du Grec Agaô , admi-
rer -, mais c'eft ce verbe qui vient
à!Aga : cette interjection eft prife
A ij
7 DICTIONNAT
dans la Nature même; c'eft un mot
primitif.
AH
AHAN, grande peine, grands ef-
forts , travail pénible & éfoufianr.
Ahaner. , avoir de la peine : i **. cul-
tiver la terre.
Aham , terre en labour
Ahamable, terre lakourable.
Ces deux derniers mots n'exif-
tent plus qu'en Champagne & en
Picardie.
Ahannage , Ahennage , culture de
la terre; 2*. terre labourable.
Ahennier , Laboureur.
Ahenner , cultiver un champ.
EnhennabU , terre labourable.
j4henmans ( Chevaux ) propres au
labour.
Dans des Lettres de réinîflîon
de l'an 1 3 7 5 , on trouve : » Apres
» ce que ledit Jehan fu deicbaucié
» entra on dit gué, & tant fe y cf-
» força pour mettre hors laditte
» charrette , que il entra en fièvre
» en y cellui gué , pour le grant
» Aham que il avoir eu.
MÉNAGE tiroir ce mot de l'Ita-
lien Affanno qui a le même lèns ;
mais ce mot vient &Ahan, bien
loin d'en être la racine.
C'eft l'onomatopée de hah,
foufle d'une perfonne fatiguée &
qui ne peut prefque plus refpirer.
C'eft l'exprcflion des Bûcherons ,
des Manœuvres , &c. pour repren-
dre leur foufle , & fe dojiner de la
RE ÉTYMOt; «
force pour bien porter leur coup.
A I
AISE , contentement , fàtisfadîon ,
joie, repos : 1*. content, fatisfeit.
Etre àfon aife y avoir du bien.
A l'a I s I , (ans peine.
Aisé , facile : i* qui eft riches
Aisément , facilement.
Aisance, facilité.
Telles font les acceptions dans
lefquelles fe prend ce mot en Fran-
çois, félon nos DidJormaires; mais
on n'apperçoit rien en cela qui
puifle donner une idée de la vraie
valeur de ce mot , de fbn fens pro-
pre , & de fès fens figurés. On ne
voit pas (î aifc tient à aiJé;on voit
encore moins le rapport des deux
fignifications de ce dernier , facile
& riche.
Il n'eft donc pas étonnant qu'au-
cun de nos Étymologiftes n'ait pu
découvrir l'origine d'un mot doiîC
la valeur primitive eft fi peu con-
nue ; qu'ils Tayent tirée à tout ha^
zard du Latin barbare AJia , Aife;
du Grec Aijios, heureux; de l'Ita-
lien Agio y aifc. Mais d'où vient
Agio y demande le fàyant Muha-
TORI î
La fignification propre & prin«-
tivc du mot Aise , celle dont dé-
coulent tous les autres fens , eft
HEU , piAcE. Il eft fynonyme de
LARGE. On eft à fon aifc à table ,
dans un habit , en compagnie ,
quand on y eft au large, faus gôïc i
^ FRANÇOI
un chemin eft aiféy quand on y
eft lans gêne , au large , que les
voitures y roulent bien. On e(l à
fort aife quand on a des terres ,
des pofleflions , des revenus qui
mettent au large. On a des aifan-
ces lorfqu'on poflede de grands
moyens.
Ce mot tient donc au vieux
François aici, contrée, territoire:
à l'Auvergnat aice , habitation :
au Gallois /^yc,pays, habitation.
De-là le Bas-Breton ^is, aifé,
facile ; & le Bafque MJîi , fecile ,
doux, agréable.
Aice , Aie ne font eux-mêmes
que le foible d'Acn qui fignific
également Habitation dans plu-
fieurs Langues ; 8c un Champ , en
Irlandois.
On pourroit même le regarder
comme la racine du mot Acre ,
■AGiR , champ.
Si on ne veut pas remonter fi
haut & s'en tenir au Latin , aifé
& aife y ainfi que l'Italien agio ,
viendront du Latin ago , faire :
ce qui eft aifé , c'cft ce qui peut
, k faire; tout comiaG facile vient
de facere , i^re.
A L
ALERTE , vif, éveillé , toujours en
l'air.
i°. Attentif à fes intérêts.
î'. Cri d'allarme, alerte ! alerte f-
doixnei l'alerte;.
S-C E LT E. AL lo
Ce mot vient de l'Italien erta
qui défigne une élévation , une
colline ; i°. le chemin qui y con-
duit ; Joint à l'article à f,
A FErte eft donc une phrafè
elliptique qui déligne l'état de ce-
lui qui eft en fenrinelle , attentif à
tout ce qui fe pafte dans la plaine
qu'il domine de deftus la hauteur
où il eft placé.
Ce mot eft devenu enfuîte l'é-
pithcte des perfbnnes qui font at-
tentives à tout ce qui peut leur
nuire.
Et fe prenant enfuite dans un
fens plus étendu, il a défignc les.
perfonnes qui (ont adives , leftes ,
promptes à fe mouvoir.
ALEVIN , menu poifTon dont on
peuple les étangs , les marais, les
rivières»
Aleviner un étang, c'eft y jetter de
l'alevin pour le peupler.
Ce mor tient donc au Latin
barbare aîevamo , pépinière , plant j
& à aUvare, élever.
On aura écrit alevain , & puis
alevin.
Du primitif ^£-, élever, qui fit
le Latin tf/o , nourrir.
ALIBORON ou ^///?or«/re; un Maître
Aliboroii , e'eft-à-dire , une per.'
fônne induftriçi^c , qu'on peut
mettre à tout, qui entend un pea
de tout.
On le trouve dans Rabelais,
j qui fût un des premiers à en fiui»
Il DICTIONNAÏ
ufàge. MÉNAGE rapporte les con-
jeûures qu'on a formées fîir l'ori-
gine de ce nom.
La plus ingcnieufe eft celle de
HuET qui y voyant un mot né au
Bareau où les Avocats s'appellent
Maître , & où l'on fait ufàge des
Alibi pour prouver qu'on n'a pu
faire unechofèjpuifqu'au moment
où elle le failbit , on étoit ailleurs
'"■•4/r/z, a cru que Atiborum étoit le
■ génitif pluriel du mot alibi ■■, &c que
Maître Aliborum fignifioit une per-
fonne fubtile & adroite à trouver
'■■^èï alibi,
ALISE, les vents alifes, ceux qui font
î favorables pour aller dans une con-
trée, & qui fouflent dans le même
'''tcms. Ce mot vient de l'Italien
ifl/îVo jToufle, vent doux, favora-
ble. On a dit fur la Méditerranée ,
attendre Us Alifés,po\iv dire atten-
dre le vent ifàvorable ;' & nous en
avons fait les vents alijés , comme
il ce mot marquoit une forte par-
ticulière de vents. - - '
ALLER , aftion de Ce tranfporter d'un
lieu à un autre.
Aliée, lieu où Ton fè promené,
rentiers d'un jardin propres à la
promenade.
'Allées & venues, effets de Tadion
de fe tranfporter & de revenir plu-
fîeurs fois pour le mcmé objet.
Ailée d'une niaifon ; paffage pour
y entret.
Ai-çuB. , vhu*: Fr. Voyageur.
RE ÉTYMOL; ï«
AiURE, manière d'aller, de mar-
cher , au fimple & au figuré.
Ces Alures ne me plaifont pas.
Ce mot tient au wa/l des An-
glo-Saxons &: des Allemands, qui
fignifie Jlot ; à wallen , voyager \
Scan al, eal, y al des Bretons, qui
font les tems de leur verbe Aller.
Il doit venir de al , autre ; car
aller , e'eft palTer à un autre lieu.
ALOUETTE, Lat. Alavdj. Les
Romains, SuETONE, Vie de Cefàr,
Pline , Hift. Nat. &c.nous appren-
nent que c'étoit un mot Gaulois.
ALOYAU , pièce de bœuf ( ou bcuf )
qui fait partie de la hanche , & qui
en eft le meilleur morceau. Son
origine a été inconnue jufqu'ici.
Ce mot dut fe prononcer alloyal:
mais alloyal vient de allodial qui
fîgnifioit noble.
On fe fervit donc de cette ex-
prefïïon pour défîgner une pièce
de bœuf excellente , digne des pcr-
fbnnes les plus relevées.
ALTE , anciennement Halte , ordre
■ donné à une Troupe en marche
de s'arrêter.
x^. Le repos même , qui eft la
fuite de la fufpenfion de fà mar-
che.
Ce mot tient à l'Allemand
Halten^ tenir , %*, retenir, ar-
'^'''' A M
AMADOU, l'Agaric dont on fe fert
pour avoir du feu , & qui eft ex-
,? F R AN Ç O I
trèmement doux au toucher. Ce
mot, d'une origine inconnue, eft
de la même famille que le rerbe
Amadower, caretïèr , flatter de la
main.
Ces mots font Compofës de
Fadjeftif </otfx , de la prépofition
à & du vieux fubftantif to^w, pro-
noncé /«tf, qui fignîfie main, mot
à mot DOUX à la main,
A N
ANCHE de Hautbois , de Cornemu-
iè, &c. Partie d'un Inftrument à
venC , faite de deux pièces de
canne , jointes de fi près qu'elles
ne laiflent qu'un elpace trcs-ref-
ferré pour le (bufle. Il vient donc
de ANC , ferré , refferré , affilé.
ANCHOIS , Elpagn. Anchoua , Ital.
Ancliioa. L'étymologie qu'en don-
ne MÉnagï efl nulle^
Ce PoifTon a le mufèan pointu,
Se les mâchoires rudes comme une
fcie. Son nom peut donc venii du
smêmc mot Aifc , affilé , aigu,
ANDAIN , la ligne que le Faucheur
3l parcouru & le foin qui eft ren-
fermé dans cette ligne.
Ce mot vient SAndare , aller.
Il s'écrit aufîi Andein ;- Lat. barb.
Andena.
ANDOUILLESjcfpecede SaucifTes
Élites d'un gros boyau qu'on farcit
de viande, &c. Ce nom peut être
d'ori^ne Celtique : i! peut auflî
•»enk da Latin Eiulioj nom des
S - C E L T E. AN. i^
mets excellens à manger , qu'on
auroit prononcé Andoullo , conx-'
me nos Anciens firent d'Edifè-
Angllp -, & d'i£grotari , Angroter.
ANGAR, lieu couvert. Lat. barb.
Angarium. Un Angar eft deftiné
à fèrvir de dépôt aux voitures ,
charrettes , Sec. qu'on veut garan-
tir du mauvais tems.
Ceft donc un compofe des mots
En-gard, qui dcilgnent trcs-bieu
un lieu où l'on met en garde , oii
l'on refTerre.
Toutes les autres étymologies
de ce mot, où Ton fiifoit un grand
étalage d'érudition , (ont Eiuflès.
Mais cela n'eft point étonnant ;
on n'avoir aucune idée de la ma-
nière dont nos Pères formoicnc
des mots compofés , & d'ailleur»
ils étoient toujours dénaturés par
une ortographe qui n'avoir nui
rapport à l'origine dé ces mots.
Le mot (îiivant en eft une grander
preuve.
ANICROCHE, obftacle împrcvtr^
qui arrête au moment de l'exécu-
tion. On a cherché l'origine de ce'
mot bien loin ; c'eft certainement
un compofé , fans doute du moff
ïUNi, an, & de croche, mie cfiofcr
qui âc-crocke , dans le moment o$
vous allez agir , & vous- empêche:
d'avancer.
A K
ARDOISE , Pierre tendre & brmieV
I qui fè lève gac feuilles- ,■ ëc qui< efl;
,,15 DICTIONNA
propre pour la couverture des édi-
fices.
Ardoisière , Carrière d'Ardoifè.
C'eft un nom propre, q-rfi ne tient
à aucune famille Françoilê,&: dont
il eft par-là même difficile de dé-
couvrir l'origine. Il n'eft donc pas
étonnant qu'on s'y foie trompe :
que lE DucHAT ait dit que cette
Pierre devoir Con nom au Pays
d'Artois , & que Vergy ait cru
que c'étoif parce qu'on la trouva
d'abord au pays d'Ardes en Irlan-
de , d'où l'on en tranlporta dans
touiç l'Europe,
Ce n'eft rien de cela. Ardoife
vient du vieux mot Ardoir , brû-
Jer ; Ards , de couleur noire ou
brûlée , en Latin barb. Ardicus.
JLRÉTE , autrefois Areste , en La-
tin AB.ISTA,
AusoNE & Grégoire deTouRS
(e font fervis de ce dernier mot
dans le fens d'Arête de Poiflbn , le
premier dans fà Mofelle, le fécond
au chap. I. Liv. IIL des Miracles
de S. Martin,
On a apellé Arêtes les os des
Poiflbns, à cauiè de leur raport
avec la pointe des épis, apellés en
JLatin Arljla.
Et ce dernier mot vîenr du
Celte hv^ pointu.
/RMET, Cafque, de l'Italien El-
jnitto , petit Cafque , diminutif de
Elmo. C'eft de ce mot que vint
l^alenieni: Heaume^ qui ctojc un
IRE ÉTYMOC; îif
Cafque plus grand que l'Armct,
Angl. Helniy & Helmet.
Anglo-Sax. Helm , Healme.
Ce mot eft commun aux Dia-
leâes Gothiques & Teutoniques.
Il défigne en première fignifi-
cation , une branche t la tîte des
Arbres fous laquelle on eft à cou-
vert ; & il conferva cette valeur
dans l'Anglo-Saxon.
ARPENT , mefure de terre quî com-
prend cent Perches.
Arpenteur. , celui qui mefùre les
terres.
Arpentaoe , l'Art de mefîirer les
terres.
Arpintir, mefîirer mi terrain,
i". Au figuré , fê promener dant
toutes les parties d'un terrain.
Ce mot eft vraiment Celtiqup.
CoEUMEiti nous apprend que les
Gaulois apelloient Arapennis
une mefùre de terre égale à la moi-
tié du Jugerum des Romains. On a
écrit ce mot Arepcnnis^AripennuSy
Arpennis , Arpentum , &c. On le
trouve dans les Loix des Wifi-
goths & des Bajuvariens, dans les
anciennes Formules » dans Gré-
goire de Tours , &c. Isidore le
cite comme un mot ufité en E(^
pagne.
BuLLST, dans fon Diâ:, Celt.lc
dérive ^Ara labouré , peu un &
ne/^ jour-, le labouré d'un jour,
lin journal.
D'autres le dérivent du Theu-
ton
17 FRANÇOIS-
ton Art , l;i Terre , & pond , cir-
confoire.
Il eft lur qu'^rd fignifie, en
Celte , terre labourée ; Se que penn
fignifie Tcte, runîtéd'an tout.
ARQUEBUSE , Arme à feu , & qu'on
fichoit dans un trou de poutre pour
l'empêcher de reculer par l'effort
du coup.
Ce mot , {èlon quelques-ans ,
vient de l'Allemand hacke , cro-
chet , & tucke. Arc, Arquebufe :
mais il vaut mieux le dériver de
l'Italien Arco , Arc , & èujîo ou
iugio , percé. L'Ariofte , dans Ro-
land le Furieux, Clunt IX. appelle
J'Arquebufe Ferro bugio. C'eft en
parlant du Roi de Frife , qui atta-
qua le Comte de Hollande :
Porta alcan'arme che l'antica gcntc
Non vide mai , ne fuor ch'a lui la nova
Un ferro bugio , longo da duc braccia ,
Dc-ntro a cul polve ed una palla caccia.
Col foco dietro ove la canna è chiufa ,
J Tocca un Ipiraglio , che fi vede a pena ,
A guifa che toccarc il medico ufa
Dove è bifogno d'allacciar la vcna.
Onde vien con tal fuon la palla efclufa
Che fî puo dir che tuona c che balena ,
Ne mcn che fogiia il fulmine, ove pafla,
Ciè che tocca arde,abbatte,apre c fracaffa,
» Il porte des armes que l'Anti-
» quitc ne connut jamais , & que
» notre fiécle n'a jamais vu en d'au-
» très mains. Un Fer percé , long de
"deux brafles, dans lequel il fait
» entrer de la poudre & des baies.
« Mettant eniuite du feu à l'endroit
Di3. Èiymol,
CELTE. A U. ïê
>• où la canne eft bouchée , il touchd
» un {ôupirail qu'on voit à peine ,
» avec la rocme légèreté qu'un Mo^
» decinqui fait une lâignée.Cepen-
» dant la baie part aufïl-tôt , elle
» éclaire , elle tonne , & fcmblable
» à la foudre, par-tout où ellepafle,
» elle brûle, elle abat, elle déchire,
» elle fracaflè «.
Stropk, xxKiii. XXIX.
Arquebusier , qui tire de l'Arque-
bufe} z°. celui qui les febrique.
Arquebusade, coup d'Arqaebulê.'
Arquebuser, tuer d'un coup d'Ar-
quebufê,
A U
AUMUSSE , Peau de Martre ou de
petit-gris, que les Chanoines por-
tent fur le bras depuis l'an i 24 j ,
lorlqu'ils vont à l'Office ; mais
qu'ils portoient fur la tête dans
l'origine, & qui defcendoit fur les
épaules.
Lat. barb. AlmutU , du Theu-
ton MuTZE , mitre , bonnet :
Flamand Mut s.
AUTOUR, Oifeau de proie.
Irai. AJiore. Lat. barb. Ajlur ,
Ajlurcus,
Il ne vient pas du nom des
Afturics, comme l'a cru Cafeneu-
ve : mais du Celte & Theuton ,
Stur,Stor, grand, gros.
De-là le Latin Stvrio , nom
d'un grosPoiflon dont nous avons
fait Eturgeon.
B
DICTIONNAIRE ÉTYMOL.
19
AUTRUCHE , le plus gros des Oi-
{èaux, en Grec Stroiuhios , vient
de la même origine , de Jiour ,
^Toaoncé Jirou.
Cette Famille yZor vient de tor,
dont la defcendancc eft immenfe.
AuTB-uciiR , celui qui drelfe des
Autours.
AUVENT , couvert de Planches ,
pour garantir les boutiques de la
pluie &c du vent.
Lat. barb. Auvanna , Auvan-
nus, C'eft un compofé des mots
François Au & Vent \ ce qu'on
opoCs au-vent , ou éte-vent.
A V
AVÀGE,HAVAGE, Droit de pi-endre
dans les Marchés autant de grains
ou de denrées que la main peut
en contenir,
z". Cette poignée même. On a
dit aufli AvÈE, Havagiau, Ha-
vongnîe, Avedier , &c.
On pouvoit fe racheter de ce
Droit en payant une obole , par
une Ordonnance de i ? j 7 , du
moins à Chauny.
Ces mots viennent du Latin
Haberc, Avoir , qu'on prononçoit
Havae , &: dont nous avons fait
Avoir & \ Avoir.
AVARIE , Ital. Avaria.,
1*^. Droit que paye chaque Vaif-
(èau qui entre dans un Port, pour
tes réparerions de ce Port.
X*'. Dcpenfes imprévues fdtes |.
aa
pendant un Voyage maritime.
j '. Compenfation du dommage
de ce qui fe jette en mer pendant
une tempête.
Avarie , gâté.
On a tiré ce mot de Baris,
Barque; à'Abaros , Aé'apeç>qui £•*
Grec fignifie décharge de Vaifleau
dans la tempête : de l'Etpagnol
Hâter , bien , richeffes j de l'Alle-
mand Hafen , un Havre , un Port,
Toutes ces étymologies , priles
au hazard , /ont fauflcs.
Ce mot vient du Celte Bar ^
Far , Afar , Avar , qui fignific
perte , dommage.
Les Bas-Bretons difent Fari
pour faillir , manquer , périr , fe
perdre : z ». perce.
Afar , douleur , triftcfle , deuil ,.
efièts de la perte.
AvARt , avarie.
AVEC , Prépofition qui a trois figni-
fications différentes.
1 **. Elle indique le moyen par
lequel on a exécuté une chofe.
Il s'eft bleffé avec fôn couttau.
Il écrit avec efprit.
1**. La Compagnie qui a con-
tribué à cette exécution.
11 a fait cela avec fês gens.
} ". D'une manière beaucoup
plus générale , les Petibnnes , la
Compi^nie dans laquelle on. fe
trouve.
Il eft AVEC le Prince, avec (es amû,-
Suiraut <^ue Tune ou l'autre de
21
FRANÇOIS-CELTE. A B. 22
Ainfi de^^ quo, par lequel, on
auroit fiiit avque, avecque , qui dé-
ces fignifications fera confidcrce
comme la première , on pourra
donner de ce mot une étymologie
difîcrcnte.
Dans le fens phyfique où avec
indique l'Indrunient , il paroît ve-
nir du Latin Al> , qui défigne la
même chofc , & qu'on employoic
autrefois dans ce fens. Au si a s
March 5 Poète Catalan du xv^ fié-
cle , dit :
Mare de Deu , tu es aquclla c(cala
Ab quel' peccant'io Paradis efcala.
M Mère de Dieu , tu es cette échelle
»» AVEC laquelle ( pab. laquelle ) le
» pécheur efcalade le Paradis «.
figne la même chofè.
Dans le fens métaphyfique &
vague où avec défigne l'enfemble
d'une Compagnie , il vint à'amUo ,
deux , qui a fait le Languedocien
emié , mot qui fignifie avec dans
ce mêmefens.Peut-être même avec
& <î^viennent-ils tous deux d'arnla.
Il faudroit , pour cela , examiner
dans quel tems & en quels lieux
l'un & l'autre commencèrent d'être
en ufàge, & fi on ne les trouveroit
pas tous les deux employés dans le
même ouvrage, dans la même con-
trée.
MOTS COMMUNS AUX FRANÇOIS ET AUX LATINS.
G u NÉS DU LATIN.
ABI
AbILE , HABILE , celui ou celle
qui excelle dans un talent , qui le
poffede dans un haut degré, qui y
eft Maître. Ital. Abile , Lat. ff^~
SILIS.
Abileté , Habileté , qualité de ce-
lui qui eft habile. i°. Efîèt qui en
réfulte.
IvaIJbilita. Lat. Habilitas.
A BiLEMENT, avec abileté. Ital. -<^£ii-
MENTE. Lat. Habiliter,
RÉABiLiTER , RÉHABILITER, remet-
tre une perfonne dans tous Ces
droits , lui rendre fon ancienne ha-
bileté,
ABITER, HABITER, demeurer en
une maifon, en un lieu, en un
pays. Ital. Abitare. Lat. HASPf
TARE.
ABrTATioN , Habitation , pofleA
fion , lieu qu'on abite , où l'on de-
\ meure, Ital. Kbitazione , AbltA-
B ^
53 DICTIONNAI
gioneiAbitacolo. Lat. Habitatio.
AbitAble, Habitable, qui cft en
état d'être habité , d'avoir des
Habitans, Ital. ABiTABiLt , Lat.
Habitabilis.
Abitant , Habitant, celui qui de-
meure en un lieu. Ce mot a un
fèns plus reflxeint lorrqu'on le met
en opofîtion avec celui de Citoyen :
alors il eft borné à ceux qui n'ont
pas droit de Cité & qui font venus
d'ailleurs. Ital. Abitaste , Jbi-
TATORE, LzX.HaBITATOR.
De la même racine (\\xAbicer ,
viennent ,
lo. Abit , Habit , vêtement : car
on eft couvert , à l'abri des injures
du tems par un Abit, comme on
l'eft par une Maifbn. Ital. Abito ,
, Lat. Habitus.
'Abilié, Habillé , qui eft coi»vert
par des A bits.
Abiller , mettre à une perfbnne fes
abits.
s'AbillÉr. , mettre fès abits , (ê
vêtir.
^BiLtiMENT , tout cc quî feit paTtic
du vêtement.
Se Desabiller.
Se Raïiller.
11°. Abitué , Habitué , qui eft ac-
coutumé à demeurer en un lieu ;
un Abitué de ParoiiTe. 2®. Qui
eft accoutumé à aller en an lieu.
• ^o. Accoutumé à faite une chofe.
Abitude , Habitude , coutume
•' qu'c^ â contraftce, ItaL Abito y
RE ÉTYMOL. «4
Lat. Habitvs.
Abituel , Habituel , ce qui eft
devenu une coutume , ce qui fc
répète fans cefle.
S'Abituer., prendre la coutume de
faire une chofè.
Se Desabituer..
A BL
ABLAIS , dépouille de la Terre , bics
coupés j du Lat. Ablatus, emporté.
ABLATIF , un des fix cas Latins ;
il indique les caufes par lefqucUes
on eft tranfpoTté dans l'état aduel ;
& vient ainfi du mot Ablatus ,
emporté , tranfjjorté. Voy. Mond.
Prim. Gramm. Univ. p. 388.
ABOLIR, rendre nul ; Lsx. AboUre,
Abolition , Lat. Abolitio , ancan-
tiflêmenr.
ABRI , lieu où l'on fè met à couvert,
d'où Abrier, mettre à couvert, &
le Latin barbare Abrica , une CoU'
verture , d'où
L'Efpagnol Ab5.igo , qui a I2
même fignification.
Nos Etymologiftes ont cru qu'il
venoit A'Operifc , couvrir , &
que fa fignification étoit oppolée
à celle du Latin apric-o , expojé
au joUiL,
Mais tout fieu expofe aa fbleil ,
tel qu'un mur, une maiion , eft un
excellent rempart contre le froid.
Se mettre à F abri , c'étoît donc,
'dans Von^mc f s'expofer au foie il
dans un lieu où fort étoit à eott-^
vert du froid , dit mattyctis tems^
2f FRANÇOIS-
De-Ià Tidce plus générale de ce
mot , comme dcfignant tout lieu
où l'on ccoit à couvert du mauvais
tems , fans aucun rapport au loleil.
ABRICOT , forte de fruit trcs-prin-
tanier.
Abricotier , arbre qui fleurit de
trcs-bonne-heure & avant la plu-
part des autres arbres. Il doit venir
du Latin A-\i.K-coccus ; coque ,
fruit à coquille , qui naît au prin-
tems. Les Grecs en firent Beri-
kokkon , fruit du printems ; les
Arabes Al-bercoq , & les Efpagnols
Al-vercoqïie.
'ABSTRUS , caché , enfoncé , difficile
à découvrir. Lar. Ahjlrufus.
ABSURDE, fot, ridicule , qui n'a pas
le fèns commun. Lat. Âhfurdus.
Absurdité, extravagance, oii il
n'y a pas le fèns commun, Lat.
Ahjuriiias.
AC & AG
ACCOUTRER , orner , agencer ,
mettre en état : on avoit tiré ce
mot du Latin CuîttUare., plifTer ;
mais Caseneove a très- bien vu ,
en faifânt venir accoutrer , ou
, écinultrer ,de Cff//ivtfrie,v cultiver
Hn champ , le labourer , le mettre
en boh état. On difbic accoutrer
tflT Cbaiop , pour dire le préfd-t
■ «r,lfarraigerî<oïi'diriej5fuites'iï<r-
■ contrer. •'',.( ."'- a»'^':'- , .il
AGO , agir-,. Ac-noy Béyon,^<«it formé
' i«ûe famille très-^étendae en Lacki ,
LATIN. A G 26
d'où fonz venus tous ces mots
François :
Agir , Faire.
Agent , celui qui agir.
AcTi , tout ce qui fe fait.
Action , ou Accion , eflfèt de la
faculté d'a"ir.
Actif , qui eft agtfTant , qui aime
à agir; i". qui produit de prompts
eflèts , remède aBif\ } °. en Gram-
maire , cette partie du difcours
qui défigne les perfonnes comme
agiflàntes , verbe actif.
Activité , la qualité d'un Etre qui
fe plaît à agir, qui efi; vif à con-
cevoir & prompt à exécuter.
Actwel , ce qui fè fait dans le
moment ; i°- ce qui exifte au
tems où l'on parle.
Actuellement , au temrs préfênt j
fîgnification détournée & dont ce
mot ne s-'efl chargé que par dé-
gradation , en pafïant d'une ana-
logie à l'autre.
De-là , ces divers dérivés r
i ''. Acteur , celui qui efl chargé
d'un rôle dans une aélion , celui
qu^ concourt à une aftion-; i".
celui qui joue dans une pièce de
Téâtre,
Actrice , celle qui joue (fans une
pièce de Téâtre.
1**, AcTfoNNER, intenter une aélîon ^
on procès contre quelqu'un.
AcTiON-NATRE , célui quFa une por»
'tîon d'intérêt dans une affaire,
Aj:Tioît, îirre ^uiaflùre nue portioo
srf DICTIONNAI
d'intérct dans une afïàire.
5**, Agio , intérêt a<£luel de l'argent,
& qui varie chaque jour fuivant le
plus ou moins de befoin, Suivant
le plus ou moins d'efpérancc d'un
gain affiiré & confidérable.
Ce mot vient à' Agir \ ['Agio
eft l'ame , le réfiiltat de toutes l;s
affaires qui fè font chaque Jour
dans le Conunerce.
Agioter , donner un grand mou-
vement , une grande circulation à
(on argent pour le faire valoir , le
mettre en rapport.
Agioteur , qui eft verfé dans l'Agio ,
qui fait fans cefle des aflàircs pour
faire valoir fon argent.
4**. Agenda , mot Latin qui figni-
fîe chofes qui doivent être faites ;
& qui eft devenu k nom des
Tablettes fur lesquelles on écrit ce
qu'on doit feire chaque jour.
l". iiGiLE , Lat. Agilis , qui eft
difpos , & qui peut agir fans len-
teur , fans pelànteur j qui eft tou-
jours prêt à agir avec adivité.
Agilité , foupleffè du corps , pw-
priété d'agir iâns peine , fans gêne.
Agilement , d'une manière fouple
f. & fans gêne.
j$°. Agiter, mettre en aâ:ion,en
mouvement , mouvoir, Agiter Pair,
AGiTAREi %'. mettre une queftion
fur le tapis , la difcuter ^ Agiter m
, ^oint de morale ; j °. troubler , in-
quiéter , mettre dans rangoifte.
// ne cejfe de ^agiter par /es dij-
RE ÉTYMOL. a8
cours effrayants.
Agitation , qualité ou fituation
d'un objet qu'on meut , qu'on
met en adion , en mouvement ,
Agitatio,
7®. s'agit , on dit , il s'agit de
telle chofe , pour dire telle choie
fe traite. De quoi s'agit-îI î pour
dire , quelle eft la chofe dont on
parle , dont on traite î // s'agiffoit,
il s'agira. C'eft une tournure par-
ticulière à la Langue Françoi(c ,
& qui répond au paffif des Latins.
8°. RÉAGIR & Réaction.
ACUSER , révéler la faute , le crime
de quelqu'un ; z". le charger d'une
faute commife. Lat. Accufare,
AcusAikUR , celui qui déclare l'au-
teur d'une faute , qui la met fur
fon compte. Lat. Accufator.
Acusatrice , Accufatrix.
AcusATioN , Accufatio.
AcusATiF , Lat. Accufativus : un
des fix cas Latins ; c'eft le cas
Paflif ; il défigne l'objet fur lequel
ft porte l'adion dont il eft parlé ,
il accufe.^ il révèle l'objet de cette
adtion, ■
A D
ADAGE, v/'eKx mot j Lat. Adaginm,
Sentence . concile , vive , & qui
renferme des vérités utiles.
ADES , ADEZ , vieux met , qui fignî-
■fioit:^ à l'inftant , incontinent.
Ital. Adeffo. Du Latin Ad e£um
(tempus.) Dans ce {moment) ;
aufli-tôt. Ceft une de ces ex-
z9 FRANÇOIS-L
prenons elliptiques fi communes
dans toutes les langues.
ADOLESCENT , jeune homme arri-
yé à l'âge de puberté , Lat. Ade--
lefcens.
Adolescence, Lat. Adolefcentia,
Adulte , Lat. Aiultus , mûr , qui
eu. parvenu à l'âge d'adolefcencc.
ADORE8., Lat. .(^«^orûr*. Mot-à-mot
mettre la main fur la bouche par
ref^ieft , par honneur ; i **. hono-
rer la Divinité , lui rendre hom-
mage ; j •. en général , honorer ,
regarder comme au - deflus de
l'homme.
Adoration , Lat. Adcratia.
Adora TEDR, Lat. Adoracor,
Adorable, Lat. barbare , Adora-
iilis.
ADULATION, vile & baffe flatte-
rie , Lat. Adulado.
Adwlateur, vil flatteur, Adulator.
Aduler , flatter ballêraent , Adu-
lari,
ADULTÈRE , amour criminel pour
une perfônne déjà unie avec une
autre par le mariage , Adulterium ;
2°. celui qui tombe dans ce cri-
me , AduUer.
Adultérin, né d'uh adultère.
ADUSTÉ , brûlé , terme de Méde-
dne , Lat. Adujîus.
AG, AIG,
AGE , portion de tems pshdaht le-
quel on a déjà vécu.
ÂGE , qui a déjà vécu un tel tems.
On ccrlvoit autrefois Aage ,
A T I R A G 30
Eage , Aige , Eai^e , en Lat. baxU-
Eagium , âge.
Aagiatus , ou aagU , âgé.
Aegiatio , majorité, ,
Défagié , Défeagé , moins âgé.
Défeaige , jeuneflc.
Enaager , donner diipenlè d'âge ,
mettre en âge.
Nos Etymologiftes tirent ce
mot du Latin Aetas , âge , qui a
fait l'Italien eca. On auroit donc
commencé par prononcer\.<^«{;(i ,
Aeie , Aa:ie pour Aage.
Peut-être vaut-il mieux le tirer
du Latin AevOf qui fignifie Tems ^
âge, & -qu'on auroit prononcé ^
Aaiye , Aaige\ Age.
AGNEAU , le petit d'une brebis ,,
Lat. Agno à l'ablat.
On a dit autrefois agnel.
Agneler, faire des agneaux, met-"-
tre bas , eiv parlant de la brebis. .
AIGRETTE , ornement de têtt ,e»
forme de crête , Lat. Crijla.
AIGUË , vieux Fr. EAU , du Lac
aq.ua , prononcé Ai^ue : de-là,
AiGUADE , lieu où les VailTcaux
vont faire leurs provifions d*ea*
douce.
Aiguière , vafe à lïiettre de l'eau.
Aquatique , qui efl: plein d'eau j.
1°. qui vit dans l'eau , Lac AquoK
tiens.
Aqueux , Lar. Aquofus, plein d'eaa.-
Aqueduc, Lat. Aquceducius , canal
pour conduire de l'eau dans un»,
lieu habitée
31 DICTIONNA
A I L ou AL
AILE , Lat. Al A , partie qui fert aux
Oifêaux pour voler.
Comme les Ailes {ont placées
{ur les côtés, à droite & à gauche,
on a donné pair métaphore le même
< nom à tous les objets qui ont avec
les ailes un rapport de fituation.
Les AiiEs d'une Armée ; les
Ailes d'un Bâtiment ou d'une
Mailon ; les Ailes d'un Moulin.
Et d'une manière plvis figurée
encore , les Ailes dès Vents , les
Ailes de l'Amour.
'Ailé , qui a des aile*.
Aileron , le bout de l'aile ; i". les
nageoires d'un poifibn.
AL, Autre.
'At-IVS , Lat. De-là , ces mots :
1 *'. Ailleurs , Lat. Aliorfum , dans
un autre eadroir. .
a*. Aliéner , faire pafler dans la
■ poflcfïïon d'autrui , une portion de
ce qu'on poflede , Latin Alie-
^ tiare.
ALIÉNATION, a6lion par laquelle
on renonce à une portion de ce
qu'on poffede , Alienatio.
Aliénable, qu'on peut aliéner ,
Alienabilis.
Aliéné , qu'on a détaché de ce
qu'on pofTédoit j i°. au fens figuré ,
efprit égaré.
j*. Autre , Lat. ALTER ; un fé-
cond , une perfonne difïcrente de
fçUe dont on rient de parler > qui
IRE ÉTYMOC 32
j occupe une place qui n'eft pas la
même.
Autrui , les autres ; ce qui n'eft
pas nous.
Autrement , d'une manière difFc-
rentc.
Cette famille tient à celle
d'AILLEURS.
4". Alterner , remplir une fonc-
tion tour-à-tour avec un autre ,
Alterndre.
Aternative , dccifion entre deux
objets.
Alternatif, qui fe fait tour-à-tour.
Alternativement , tour-à-tour ,
Alcernatim.
Altercation , Lat. Ahercatio ,
difpute, conteftation entre deux
perfbnnes.
Altérer , Lat. Alterare , rendre
une chofe autre , différente de ce
qu'elle doit être, la falfifier.
Altération , changement qu'é-
prouve un objet en mal ; 1°. loif
ardente , parce qu'elle altère la
fànté.
Altéré , vicié ; i». qui a be(bin
d'eau pour appaifer fa fbif.
j". Alibi, ailleurs , Lat. Alibi., c'eft
un terme de Jurifprudence , dont
on fe fert pour prouver qu'une
perfonne étoit éloignée du lieu où
on l'accufe d'avoir commis une
telle adion au moment ou elle
s'exécutoit.
AINE , angle formé par la réunion de
la cuifle & de la hanche.
On
33
FRANÇOIS-LATIN. AI
On ccrivoit ce mot en 1377
• Aingne ; c'eft donc une altération
du motIKGuiNE, j^rononcé aingne,
qui fignifie la même cho£ê.
AINE , premier né.
AînÉe , première née.
Aînesse, droit du premier ne; on dé-
rive ces motsd'AiNS-NÉ , né avant ,
en Lat. Ante-natus. Ein ou En ,
en Grec un. A lanaiflànce de Faîne
on compte un. Viendroit-il de-là 't
AINS , conjonélion qui défignoit une
oppofition , une contrariété & qui
s'eft remplacé par mais,
AiKS au contraire.
Mais au contraire.
Ceft l'Italien An^i, qui fignlfie
AU contraire ,mais,^ qui s'eftfor-
jné du Grec & Latin anti , qui
(ignifie contre.
Ainsi, autre conjondlion qui (îgnifie,
<n cette maniera , de cette forte.
Elle eft formée des mots Latins
in & Jic. On a écrit enjïc ; \{vo^de
Villeneuve , par exemple. Ville-
HARDOViN ccrivoit enji.
AIR
AIRAIN, cuivre où il y a de l'alliage ,
Lat. Atre (abl.) Vieux-Fr. Arain.
Vieux-Fr. Araine , trompette.
On dit au figuré, 1°. un Ciel
^airain , pour défigner un Tems
fans eau , une fccherefle terrible.
l'I Un front £ airain , pour dé-
** figner une perfonne impudente qui
ne fait ce que c'eft que rougir.
Dici. Etymol.
34
AIRE, place ou on bat le grain ; 1". oi
on le feit fouler , Lat. Area.
Aïs , planche , Lat. Affîs.
AISSELLE, le delTous de l'épaule &
du bras , où ils s'uniflcnt au corps.
Lat. Axilla.
A J
AJOUTER , autrefois Adjoufler , Ad--
jouxter , du Latin Ad-juxtare, met-»,
tre à la Cane.
A L , A U
ALTESSE , Ital. Aluna , du Lat*
Alt us , Haut : de-là,
Alti er , Ital. Alciero ,
Haut , Lat. A /tu s.
HAUTEUR,Lat. Ahitudo^ au lèns pro-
pre & au fêns figuré , d'où vien-
nent:
Hautesse, titre de l'Empereur des
Turcs.
Hautement, d'une manière hautai-
ne , hardie , élevée.
Hausser.
Hausse , ce qui fert à hauflèr.
Haussement.
Autel, Lat. Altan^a. cauiê de (à
hauteur. .
Autan , vent dii Sud , Lat. Alca-
nus y parce qu'il vieat de la haute
Mer , Altum.
ALAIGRE , joyeux , Lat. Alacer.
Aligresse , Lat. Alucritas.
ALIMENT , ce qui fert à nourrir^-
Lat. Alimentuni : de-là ,
Alimentairi , Alimenter,
l Alimenteux.
C
3; DICTIONNAI
ALISIER , Arbre à fruit rouge , Lat.
Alifaria.
ALUN , forte de minerai. Lar. Alu~
men,
A LUMINEUX , qui tient de ta qua-
lité de l'alun.
Aluner , tremper dans l'alun.
ALVÉOLE, cavité dans la quelle font
cmbo crées les dents. Lat. Alveola.
ALLIANCE , union volontaire entre
deux contraftans.
Allié , uni par mariage ou autre-
■ ment.
Allier , unir , mêler.
Alliage, mélange de Métaux, du
Lat. Adligare , unir , lier enfemble.
A M , A I M.
AMANT , qui aime une Dame.
Amante , Dame aimée.
2°. Dame qui aime.
Ame , aimé , en terme de Chancel-
lerie.
Ami , qui efl: attaclié par les fenti-
mèns d'affeûion, Lat. Amicus.
Amitié , Lat. Amicitia,
Amour , L'at. Amor,
Aimer , Lat. Amare,
Aimable , Lat. Amabilh.
Amabilité , caradere digne d'ctre
aimé.
Amiable, ce qui (è fait en ami.
Amoureux , Amourette.
, Amoureusement , s'Amouracher.
Amateur, qui a du goût pour un
Ait^
RE ETYMOL.
^<5
Tous ces mots viennent du Pri-
mitif, AM union, d'où.
I. AMASSER , réunir plufieurs objets
de la même nature.
Amas réunion.
Amarrer, lier une barqac au ri-
vage.
II. AMBIGU , douteux , dont le fens
efl: équivoque , Lat, ^mbi^uus.
1°. Au figuré, repas où l'on offre
tous les fervices à la fois»
in. AMEÇON, Hameçon, croc&er
au bout d'un long fil attaché à une
corde pour prendre le poiffon, ItaL
A MO , Lat. HAMU&.
AMBLE , allure d'un cheval qui meut
les jambes d'un côté , avant de
mouvoir celles de l'autre côté.
Ambulant , qui eft toujours enu
marche.
Ambulatoire , qui n'efl: pas fixe ,
pas ftable.
Ces trois mors du Lat. Ambu-
lare , marcher.
AMBRE , produélion que la Mer jette
fîir les côtes , La.t. Ambarum.
AME , Lat. Anima. Ce mot a plufienrs
fîgnifications-, i ^ . foujîc , cent per-
fonne n'a que l'ame; i°Acprincipe
de la vie, ame végétative ; 3*.l'^
prit ; 4'. les fentimens de l'cfprit &
du cœur : avoir de l'ame, une ame
élevée jj". le moHU d'une chofe ; %
efl:l'<jOT« de tout; 6*. la/<jmeefl'en-
tiellc de divers inflrunieiis ; tAme^
d'un fouflec ^ d'un canon, &C;.
37 FRANÇOIS-
Il vient de ahm & an primitif,
Ibufle , refpiration , Ame i & qui
cft une onomatopée.
De la même racine , dérivent :
ANIMAL , tout être qui refî)irc , Lac.
Animal.
Animer , Animare.
Animation, Animatio.
Animosité , haine dont on eft ani-
mé , Animojlcas,
Magnanime , Magnanimus , mot-
à-mot , qui a une grande ame.
Magnanimité , Magnanimitas,
Ranimer , rendre la vie , le cou-
rage.
AMÉNITÉ , agrémens , douceur dans
le caradlère , Lat. Amœnitas,
AMENDE, peine pécuniaire ;du Lat.
Menda , corredion , peine.
Amend AELE, ce qui peut fe corriger.
Amender , corriger , bonifier ,
{ur - tout en parlant de la terre :
1°. recouvrer la fànté , Lat.
emendari,
s'Amender , fe corriger.
Amendement, changement, correc-
tion ; 1*. ce qui bonifie. Lat.
emendatio.
AMIT , linge qui couvre la tête &
les épaules du Prêtre & dont il fe
revêt lorfqu'il doit dire la Mefle ,
Lat. Amicius.
AMPLE , vafte, étendu. Lat. Ampïus.
Ampleur , Lat. Amplitudo.
Ampliation, Ampliatio.
Amplifier , AmpUficare.
Amuuication, Amplificatio.
LATIN. A M 38
AMPOULE, élevure (ur la peau, bou-
fiiïure. Lat. Ampulla.
Ampoulé , au figuré , enflé , en
parlant du ftyle.
AMULETTE , ce qu'on porte fur
(ôi , pour être préfervé des mala-
dies , &c. Lat. AmuUtum.
A N
Du mot Lat. ANNO fignifianr C
Cercle , font venus les mots
fîiivans.
1°. An , ANNÉE , révolutions dtf
Soleil.
Annales , hiftotres des Peuples.
Annates , droit de Rome fur les
bénéfices.
Anniversaire , qui (e fait chaque
année au même jour.
Annuel , qui revient tous les ansj
1°. qui dure un an.
Annuités , Profit annuel fur de
grandes Compagnies.
1°. Anneau, bague. Lat. Annulus,
1°. tout ce qui efl rond en forme
de bague.
Annulaire, le quatrième doigt, à
caufe qu'on y met des anneaux :
2°. ce qui efl en forme d'anneau.
}°. Anus.
4*. Antan, l'année pafTée , mot-à-
mot I'An Atiiérieur.
5 o. Ambition , paffion de ceux qui"
cherchent às'élevcr, à acquérir des
dignités , de la fortune. Lat. Am~
bitio.
Amsitieitx, 1.9K, Amhiciofut,
Cij
5P
DICTIONNAIRE ETYMOL.
40
Ambitionner , alpirer à quelque
chofè.
Ces mots appartiennent à la
Êtmilte An, qui fignifie 1°. anneau,
tour : 1°. autour ; & au verbe ire
aller.
Les Latins , pour lier ces deux
mots , inferoient la lettre ^ entre
deux , an-i-ire , d'où vinrent Am-
hire & Amliti».
ANSE , partie faite en demi-cercle &
au moyen de laquelle on perte les
objets deftinés à être trajilportés ,
comme les paniers, les cruches, &:c.
Lat. Ansa.
Du mot Latin ANTE , qui défigne
la qualité ou l'adion de précé-
der , naquirent ceux-ci.
1°. ANCIEN , ce qui exiûoit il y a
• loi^-tems-
Ancienneté.
Anciennement.
Antique , Lar. Antiquus , vieux ,
ancien. Aijtique le prend en moins
bonne part qu'ancien : ancien ,
marque k tems antérieur ; &
antique y.ce qm a ce flc d'être en
ufege.
.Anîiqoité , lés- fems anciens;
Antiquaire , celui qui étudie les
uCiges anciens;
Anticailies , ouvrages antiques.
a°. Ancêtres, ceux dont on defcend
6<: qui étoient ante , avant.
j*. Antérieur , de deux chofcs ,
celle qui efl. avant , Lat. Anterior.
AiixÉRioiuii , Lar, Aourioritas^
Antépénultième , Lat. AntepenuP-
timus. Celui qui eft avant l'avant-
dernier.
40. AVANT de AB & ante ; mot-
à-mot ce qui eft/'fl/- AHti-riorith
Avance , faillie , ce qui eft en
avant :
z». Chofe faite pour parvenit à
un hat-Faire toutes les avances-:
}0. Somme donnée par préli^
minaire.
Avancer, être en avaiit;.z**. aller
en avant ; ?**• faire des avances ï
4°. propolêr ; 5 o. réuffir ; 6°. par-
venir plus haut.
Avancé.
Avancement.
5 '^Avantage , efïct de la qualité
d'être en av ant , d'être plus avan-
cé ; 1°. profit , honneur; 1°. vic-
toire: 3°. qualité heureufe ; 4-*".
prérogative ; 5°. condition, plus
fevoroblc.
Avantageux , adjeSif , utile ,.
profitable. Nom , celui qui aime à
fê prévaloir de ce en quoi il penfc
l'emporter fur les autres.
Avantager , accorder des condjy
tions favorables^
A O.
AOUT , le huitième mois de l'année^
l'Août , la moilfon.
AousTER , faire meurir les blés.
Du Lat. Augupus , nom dc-
l'Empereur Augufle , qu'on dos*:-'
lu à ce mois*^
i«
FRANÇOIS
A P.
Du Lat. APPELLO , appeller , de-
mander , on a forme ces mots.
APEL , adion d'apeller.
Apeler . Lac. apello,-
Apellant.
Apellatif j Lat. Jpeilativus.
Apellation , Lat. Afellatio.
Rapcller.
Apeau , Inftrument avec lequel on
imite le cri des Oiièaux , pour les
attirer au piège.
APÉRITIF , propre à débarraflcr. , à
ouvrir les voies des humeurs , Lac
Aperitivus^
APRE, autrefois AspRE.rude au tou-
cher , Lat. Ajper.
Aspérité , Lat. Afper'uas.
Apreté , qualité rude r.u goût.
AprEmhnt.
APTE , propre à une ehoiè , Lat.
Aptus.
Aptitude , Lat. Aptitudo.
Adaptes., rendre propre , rendre
apte, Lat. Ad- ap tare.
Ineptî , non-apte ; Lac. IneptuT.
Attitude , aftion & fuuation qu'on'
donne aux figures qu'on- repréiente,
ou qu'on fe donne à foi-même. Une
belle attitude , une attitude décente.
Ge mot' vient de Aptitude:, c'efl la.
Ctuation qu'on doit (vendre, qu'on
doit adapter pour remplir ce qu'en
doit faite.
ATTÎFETS , ornemens , parure.
^'AiiifjEi. ,, fc coéfïèr , fe parer.
LATIN. AP AR. 4a
Du Latin j* Aptum facere ,
fe rendre apte , propre : fe foire
beau , s'orner , fe parer.
A R
ARBITRE, Juge choifî pour terminer
un difTcrend , Lat. Arbiter.
Arbitrage , décifion par Arbitres.
Arbitral, qui efl l'efifèt des Arbi-
tres.
Ap.bitkaere , qui eft livré à la vo-
lonté de chacun.
Arbitrairement , d'une foçoilîar-
bitraire,& fans égard à aucune Loi,-
Du Latin ARCUS, Ar£ , font ve-
. nus ces mors.
lo. ARC , inflrument ofîèiifif.
Archer , Tireiu: d'Arc. 2°. Cava»-
lier du Guec , Sec.
Arc-boutaxt , Arcs qui foutien- '
nenr des niurs, •
Arcade ,voure en Arc.
; Arceau , porte & fenêtre courbé*
en arc.
Archet , bâton en are avec des
crins en forme de corde pour faire
raifonner des Inflruraer.s à cordes.
1°. Arçon , en Elpagn. Ar^on , Irai.
Arcione , étriers en forme d'arc ,.-
Lat. Arciio.
y. Arche, 1°; grande voûte pour'
un Pont.
2". VaifTèau de Noé.
3°. Coiîre dont le couvercle sft
en ceintre.
4='. Archives , lieu où l'on garde k*-
Papiers & A des. Publics^
4î DICTIONNAI
Archiviste , qui a la garde des
Archives.
On les tenoît dans des coffres.
Da Latin JRDOR , chaleur brûlan-
te , viennent ces mots.
■fo. ARDEUR , Lat. Ardor.
Ardent , Lat. Ardens , au propre
& au figuré.
. Ardemment.
Ardre , brûler Lat. Ariere.
i*. Piquer , aiguilloner , d'où
Ardillon , partie de boucle qui fert
à attacher en piquant.
Ars & Arson , Incendie ; vieux
Franc. ; Arsin , Liccndiaire.
2.0. Ardor venoit lui-même d'Areo
fechèr : d'où Arbne , le fable »Lat.
ARBtfA , parce que la chaleur fé-
che , & que le fable eft toujours
(èc.
Aride , fèc , Lat. Aridvs.
Aridité , fccherefle , Ariditas.
ARGILE , terre propre à faire des
pots , Lat. Argilla.
Argileux , d'Argile.
ARGENT , métal blanc , Lat. AR-
<jENTum, l^ richelïès.
Argenté, couvert de feuilles d'ar-
gent.
Argenterie , vaiflelle d'argent.
Argenter, couvrir de feuilles d'ar-
gent.
Argentier {vieux Fr, ) , Orfèvre.
Argentin , couleur d'argent; z*.
qui a le fon clair comme l'argent.
Argentine, plante donc les feailles
(PB( acgeniéesr
RE ETYMOL. 44
ARGUER, cenfurer, reprendre; du
Lat. ARGU-tus , qui fignifia dans
le fens littéral pointu ; au figure ,
délicat f ingénieux , fpirituel.
Argument , Lax. A rgumentum , rai»
(bnnement ingénieux & démonf-
tratif, poignant; z°. dcmonftra-
tion 5 5 ^. indice d'un Ouvrage.
Argumenter , fiiire des raiionne-
mens démonftratife.
Argumentation , adion d'argu-
menter.
Red arguer , répliquer , ripofter.
ARMES , inûrumens qui fervent à
attaquer & à fe défendre , Lau
ARMA : de-là ces mots
I**. Armée.
Armement.
Armer.
Armateur , qui met des vaiflèaux
pour courir fur l'ennemi , ou pour
s'enrichir.
Armure , habillement de guerre.
Armurier , celui qui fabrique Se
qui vend des armes.
1**. Armoire , meuble à étages
avec des portes où l'on renferme
Ces eflcts. Il doit fon nom à ce
qu'on y renfermoit fês armes.
j"* Armes de Famille, ou Symboles
propres à chaque famille , parce
qu'on les peignoir fur les Armes.
Armoiries , Armes de Famille pein-
tes & enluminées.
Armoriste, iâvant dans les Arme»-
ries, (]ui en tienc note
4f FRANÇOIS-L
Armorial , livre cjui contient un
recueil d'Armoiries.
4*. Alarmi , ItaL AU' arma. , mot-
à-mot Aux armes ; cri pour aver-
tir de l'approche de l'ennemi; z",
effroi , terreur.
Alarmer , effrayer.
Alarmant , effrayant.
5'. Armistice , fufpenfion d'armes ,
de Sto , arrêter ; & à^ Armes,
Du Latin ARTE^ Art, font nés tous
ces mots :
1*. ART , Science de pratique ; i**.
habileté.
Artiste , qui eft voué à un Art.
Artisan , qui fubfifte du travail
de (es doigts par le moyen d'un
métier,
Artisane,
. Artistement , avecarr.
i ; Artifice, Lat. Artificium,
1**. AdrefTe.
i*. Finefle, rufê.
5*. Feu de joie fait avec art.
Artificieux , rufé.
Artificier , qui fait des feux d'ar-
tifice.
Artificiel , qui ne (ubfifte que par
un effet de Fart ; i°. qui eu l'effet
de l'art.
Artificiellement , par art.
-j*. Artillerie, machines de guerre ,
effet de l'induftne & de l'art hu-
main..
Ce mot efl: plus ancien que
rinveuiion du canon & des armes
a feu j; i*, l'enfemble de tous-
A T I N. A R A T 4t?
ceux qui iêrvenr aux machines de
guerre.
Artillier , ouvrier qui travaille »
l'artillerie-
4°. ARTICLE , Lat. Articulas , ce
qui fert à unir avec art deux parties
du corps d'un ouvrage ; 2°. union
de deux chofes qui efl: l'effet de
l'art ; j ". portions d'un tout ; 4"*.
mots deftinés à annoncer les nomS'
& à s'unir avec eux.
Articulation , liaifbn des os , au
moyen de laquelle ils fe meuvent
fans peine ; i*. prononciation qui
fait (èntir les parties de chaque"
mot , de chaque fyllabe.
Articuler , prononcer diffinde-
ment; z**. énoncer tous les objets-
d'une demande.
s'Articuler , fe joindre , s'inferct
en parlant des os.
5 '. Arteil , orteil , doigt du pied
à caufe de leurs articulations.
ARTICHAUD , plante qui a d*
rapport au diardon.
On a avancé bien des rêveries
fiir l'origine de ce mot. C'cfl: Plta-
lien Carciofo , Artichaud : mot aP
téré de Car do. Chardon, & uovOf
œuf. L'artichaud eft un Chardon'
qui produit une pomme groflc'
comme un œuf.
On aura dit Cartifo ,. Artif» ,
Arti chaud,
AT
v'ATRO, noir, 1". terrible ^ fôiîC
venus ces mots ?
47 DICTIONNAI
1*. ATROCE , cruel, inhumain, Lat.
AtTOX.
Atrocité , cruauté , inhumanité
criante , Lat. AtrocucLs,
4*. Âtre , foyer.
AU
Du Latin ALBUS , prononcé Aube
^ qui fignifie blanc , viennent :
ï o, AU3E , point du jour, moment
où le Ciel blanchit , d'où
AoBADï , concert au point du jour.
Aube de Prêtre , ornement blanc.
Aubin , Lat. Albumen , blanc d'œuf.
z'. AuBEAu, nom du peuplier, parce
qu'il eft blanc.
Aubier , aubour , partis du bois
la plus proche de l'ccorce & qui
cft blanche.
l". Aubépine , arbriïïêaa épineux à
fleurs blanches , Lat. Alba-fpina.
^UCUN , pas un , Ital. Alcuno.
AifçuNE , pas une , Ital, Alcuna.
\AucuNEMENT , nullement. £(pagn.
Alguno.
Aucun fignifioit quelque ,
xomme en Italien & en Efpagnol,
v.;iant de *i//^at-«<n/<f, prononcé
alqu-un.
Infenfiblement , on n*a plus
attaché à ce mot qu'une idée né-
gative , qui indique l'abfence de
quel que ce fbit.
Il n'exifte , en eflfèt , aucun
terme négatif qui ne (bit né d'un
terme qui exprimoii une idée po-
fitive.
RE ETYMOL; 4«
AUDACE , hardieiTe exceffive , Lac.
Audacia.
Audacieux , Lat. AUDAX.
AuDAciEusEME.vT ,Lat. Audactef.
Oser pour AVDEK , à'Audere ,
avoir de l'audace.
Du verbe AUDIO , entendre ,
écouter , (ont nés ces mors :
AUDIENCE , i '. action . d'écouter ;
l'.Heuoû l'on plaide-, }°. aflem-
blée des Jugçs-
AuDiENciER , HuifTîer qui appelle
les caufès pour l'Audience.
Auditeur , qui écoute , Lat. Au-
Jicor , i". titre de digaité.
Auditrice , celle qui écoute.
Audition , ou Audicion , tems era-
• ployé à ouïr.
Auditoire , affemblée qui écoute ;
1°. lieu oû l'on écoute , Lat.
Auditorium
Ouïr, écouter, entendre, au lieu
d!AuJir , du Latin Audire.
AUGE , tronc d'arbre creufé en long
& àertiiié à (ervir de vafe , à con-
tenir , Lat. Alveus , dont on fie
Alvio , Aljo , Auge.
AUGMENT , en Grammaire , addition
d'une lettre à la têre d'un verbe.
£n Droit , ce qu'un Mari ajoute
à la dot de (a Femme.
Augmenter , accroître , Lat. Aug-
mcntare.
Augmentation , Lat. Augmentatio.
Augmentatif, qui ajoute, propre
1à augmenter.
AUGURE , Lat. Augur , celui qui
jugeoit
^jj: FRANÇOIS
Jugeoit de l'avenir par le vol des
oifeaux; prciàge , ^ugurium.
Augurer, conjedurer,
AuGURAL , qui fert aux Augures.
AUGUSTE, magnifique jrefpeftable.
Lac. Augujlus.
AULIQUE, du Latin AVLA ^ Sale,
Palais , Cour. Ce qui appartient au
Conlêil Suprême de l'Empire en
Allemagne ; Canfeiller Aulique.
Aune , arbre qui croît au bord des
eaux , Lat. Alnus.
Aune , mefure pour les étoflfès ;du
Latin vi.}fA , bras : z°. A ime,
bralTe , parce que les bras fervent
de meûire, & ont produit l'Aune,
qu'on prononçoit Aulne , tandis
c^Ulna fe prononçoit OIm.
JlUner , meflirer à l'aune.
AuNAGE , aâion d'auner , ce qu'on
a aune , mefurage.
AUSPICE , celui qui prévoyoit l'a-
venir par l'examen des oifeaux , de
leur chant , de leur empreflement
à manger , &c : z*. le prcfage
même qui en cloît l'effet : 3". tems
lieureux ou malheureux : 4°. pro-
ledion , aucoriré tutelaire. Vtnir
fous les Aufpices £une perfonne.
■4.USSI , cenjonâion , qui fignifie
autant, comme, en cette maiMere :
on l'a dérivé , 1°. de ai fie , pour
de cette manière ; 1°. de aliudficy
autre ■ en cette manière.
Mais on aura dit aut fi< , ou de
cette manière : o\xal fie y à cette
nianiere , &: puis aujfi,
DiB. Etymol.
-LATIN. A UF ^o
Etre aujfi beau , fignifie en effè^
ctre beau à cette manière , à la
même manière que l'objet auquel
on compare celui dont il s'agit.
Je trouve dans le Suppl. à Du-
cange , article L Btjana, qu'on
a dit Aujinc pour au£i : c'eft dans
une charte de l'an 1145.
AUSTERE , qui vit d'une manière
rigoureufe , privée de toute dou-
ceur ; 2°. qui cft rigoureux dan»
fes difcours. Lat. Aujlerus.
Austérités , rigueurs daiis IcfqucDes
on vit.
Austérement, avec auftérité.
AUSTRAL , méridional , du midi ,
Lat. Aufiralis.
AUTEUR , inventeur ; 1°. celui qui a
compofc un livre -, 3 **. celui dont on
tient quelque nouvelle, Lat. AuSor»
Mot-à-mot celui qui eft puif^
fànt , habile , les Savans-Inventeurs,
les Génies-Créateurs. Il n'eft donc
pas étonnant que ce mot tienne à
la famille fuivante :
Autorité , pouvoir , puiflànce -, i*.
gouvernement , commandement j
3 °. paflàge dont on s'autorife.
AUTORISER , i*'. accorder le pouvoir
de faire ; 1°. appuyer de fon crédir,
de Ùl puifïànce.
Autorisation , adlion d'autorilêr.
AUTENTIQUE , qui a les formes
prelcrites par la Loi ; 2°. qu'an ne
peut rcjetter comme faux , qui a
toutes les marques de la vérité ,
I Lat. Authenticus.
si DICtIOKNAI
AoTENTiciTE , publicité d'une cbo-
fè ; preuves qui en écablitTent la
vcritc , & qui font généralement
reconnues.
AuTENTIQUEMENT.
AUTOMNE, ou Autonne, une des
quatre fàifons de l'année , Lat. Au-
tumnus.
AUXILIAIRE , qui aide , qui fe-
court , Lat. Auxiliaris.
Troupes auxiliaires , qui vien-
nent au fecours. Ferie auxiliaire ,
qui fert à en former d'autres,
AV
B^Alf , défîc^ viennent ces mots:
1 °. AVARE , qui veut tout pour foi ,
qui a peur de dépenfer , Lat.
Avarus.
Avarice , paillon de celui qui en-
RE ETYMOL. ya
taffc fans dépenfer , Lat. Avariât-
AvaR-icieux, adonné à l'avarice.
1°. Avide, qui dciîre avec paffion >
Lat. Avidus.
Avidité , paAIon d'avoir, de réut-
(îr, L3X.AriDlTAS^
} °. AvÉ , mot-à-mot , feye^ bien ,
vive^. Je dejire que vous foye^
bien , je vous falue.
AVEINE , & AVOINE , forte de
grain , Lat. AVEN A.
AVELINE , efpece de grofle noi-
fette , Lat. Avellina.
De la même famille que la
pomme &APi.
AVOIR, pofleder, Lat. UASEXE y.
Voy. A. ' ''•^''•!^
AVRIL , quatrième mois de l'année ,
Lat. APRiLis , même femille que
le mot Apéritif.
MOTS COMMUNS AUX FRANÇOIS ET AUX GRECS
ou NÉS DE LA LANGUE GRECQUE,
A B
A B A C O , table où Ton gravoit
des nombres pour apprendre l'A-
rithmétique.
Lat. Abacé , à l'ablat. Gr. JlÇoku ,
Aiak0,.
A C
ACRE, un champs une mefare de ..
A C
terre, dans la plupart des Langues
d'Europe.
Lat. Agro , à l'abL
Gr. Agro,
Anglo-Sax. Acere , JS«r.
AUem. Acker,
Go th. Ahrs..
Arm. Akaragr
jj FRANÇOIS
Ifland. Akur.
Ce mot eft également Oriental ;
en Hébreu "IDX Akar , Labou- ,
; rcuc . M;' A;
: Ds- là ces mots , tous Latins éga-
lement:
Agmctjlture , ou culture de la
terre , des champs.
Agriculteur , qui cultive la terre.
Agricole', qui appartient à l'Agri-
culture.
Agraire, Loi concernant le partage
, des terres.
Agreste, qui a des mœurs fàuva-
- ges, grofficres, ^^rr/Z/j. i
A G
AGAPES , repas d'amitié & de con-
corde des anciens Chrétiens , en Gr.
Aj'oen-;,, Agapéy amour , afleâion,
AGARIC, excroiflànce qui fe forme
fur les iapins , & fur la plupart
des arbres à gland, en Gr. ^ya.çMta ,
Agsricô.
AGATE , eipece de pierre précieufe j
du Grec A^etflft) , Agathe, précieux,
bon.
A I
AIL , efpece d'oignon petit & d'une
odeur très-forte , Lat. Allio , Gr.
hy^ihç , Aglides : c'cft un pluriel
fans fingulier.
AIMAN & AIMANT , pierre qui
attire le fer ; elle a dû ce nom à
fâ dureté ainfi que le- Diamant,
appelles tous les deux en vieux
François Aiman : tous les deux ti-
-GREC. KQ AL s\
rent leur nom du Grec Apamas.
AIR , l'élément dans lequel l'homme
. -, retire & à travers lequel palTe la
•1 lumière. Lat. Aer , Gr. Anp , Air :
de-là :
AÉRï , qui eft expofé à l'air , qui
jouit d'un grand air.
AÉRER, donner de l'air.
AÉRIEN, qui eft de la nature de
l'air, qui habite dans l'air. 'x-.iviÀ
AÉROMANciE, divination par l'aih
Il ne faut pas confondre avec
ces mots , le mot Air prii dans,
deux fens fort difîcrens.
Air noté y ou ckanfon, qui vient
du Latin Asn.A,jetton , note.
Air , façon , dcmarche , ancienne-
ment , Ayr , Air , l'aller , la dé-
marche, & qui vint du Latin
Adiré , aller.
A L
ALLÉGORIE, difcours par lequel
on femble dire une chofc , tandis
qu'où en dit une autre très-diflfe-
rente dont celle-là eft l'ombre»
Lat. Allegoria,
Gr. AMMj-^e/a , AlUgoria: dc-là
ces mots :
Allégorique , ce qui eft relatif à
l'allégorie.
AllÉgobiser , parler en allégories.
AllÉgoriste , celui qui parle en
ailcgoties ; z*. celui qui explique
des allégories ; 3 °. celui qui en
appcrçoit là ou d'autres n'en
voyent gas.
Dij
SS^ DICTIONNA
ALPHABETH , nom de l'aflèmblage
i des lettres. Il eft formé du nom
i" des deux premières lettres en Grec,
: ■^'■Alphéi , Bcta , A & B-: de-là le
mot , ::.'.- ^
Alphabétique, mots ranges fva-
vant les lettres de l'alphabet»
A M
AMALGAMER , unir les métaux par
le feu ; du Grec Ama , enfemble ,
& Gameô , marier^
AMANDE , fruit que porte I'Aman-
DIER. .Uii'i -
3 -•; Eh italieft Amandola.
.En Languedocien Amcnle r ce
-o.fcnt des altérations du Gr. Jmyg-
• ;LJ<i/«, & du Latin Amygdala.
AMBROSIE, nourriture des Dieux ,
Gr. Amtrojîa, •
AMIDON , lubftance tirée du grain
de froment , & qui fcrt à faire
l'empois ou la cole.
Lat. Amylo , Gr. à.imj^w , Amylô.
Amidonnier, celui qui fait &: qui
vend l'amidoIl^i:^.3 inoji 95HS1' i
AMNISTIE ,^ déclaration par laquelle
un Souverain met en oubli le pafTé ;
à l'égard de ceux dont il a lieu de
fe plaindre.
Lat. & Gr. Amnijiia.-
AMPHIBIE , animal qui vit fur la
terre & dans l'eau. Ce mot vient-
' du: Grec Ampk»^ deux, double,,
& hia y vie.
AJIPHIBOLOGIE , difcours équivo-
que , qui peut fe £iendre ejo. deuX-
IRE ETYMOL. ^(î:
fèns : du même mot Grec Atnpho ^
deux y double , & de logos , pa-
role^
AMPHITEÂTRE, mot Grec, qui
- fignifie ioubU Tédtre , parce que
le fpedacle ctoit dans le centre >
& qu'on éroic aflls toutrautoiic
AN
ANACORETE, qui s'eft retiré dit
monde dans un défert pour ne
penfèr qu'au Ciel: du Grec Ana ,
à l'écart , & Contés , celui qui Cç
retire.
ANALYSE , développement des par-
ties que renferme un tout ; Grec
A»aAt(ff«f , Andlyjis , réfolution ^
action de délier , de féparer.
Analytique , ce qui découvre ks
principes des ehofes*
ANALOGIE , rapport qui fê trouver
entre les objets de la même nattt--
re : du Grec Ana-logia, coiv for-
mité.
Analogique, ce qui eft faird'aprcr.
' ks rapports avec un, objet.
Analogue , ce qui a du rapport
avec un objet;
ANARCHIE, privation de Chef: du
Grec Ana., fàus , & Ark/ié , com-
mandement.
Anarchique, qui eft privé de Chef,,
qui eu plongé dans le dcfordre.
ANATHÉME, ou ANATÉME : ce
mot eft Grec , & fignifie Jépant-"
tion f divouenenu
il ne fè £remi glus qu'en maur
'sf
FRANÇOIS
vaife part : c'eft le retranchement
de l'Eglife , c'eft être dévoué aux
peines les plus terribles.
AnathÉmatiser , ou AnatÉmati-
SER, retrancher du corps des Fi-
dèles,
ANATOMIE , art de diffequer le
corps humain pour en connoître
toutes les parties; du Gr. Aiaîla/jna,
Anatomia , difledion , réparation
avec des inftrumcns tranchans.
Anatomiste , celui qui dilTeque le
corps humain.
Anatomiser, diflequcr.
Anatomiquement , à la manière
des Anatomiftes,
»'ANC & ANG , étroit , aigu , font
venus ces mots:
i". ANCRE, inftrument defer àdeux
pointes recourbées dont on fe ièrt
fur Teau , qui tient au vaifTeau par
un cable , Se qu'on jette au fond
de l'eau pour arrêter le vaifleau.
Lat. Anchora , Grec A^xt/pa,
Ankyra^
Ces mots viennent de la racine
. primitive Anc , Ang , qui déhgne
faâion de ferrer, d'ctreindre .d'é-
trangler , de même que les fùi-
vans :
z°. ANGER, vieux mot François, qui
figuific emharTaffer , incommoder ,
mettre en angoiflè r en Grec ,
Af^-apii/», Angareyô.,
Angoisse, douleur amere.-.
Anxiété, Lit. Anxieias, détrcflê,
lourroais^ inquiétude extrême.
GREC. AMAN ;8
j°. ANGUILLE , lat. AnguiUa ,
PoifiTon long & mince , comme s'il
étoit étranglé.
4°. ANGLE , Lat. Angulus , Grec
Af^uXoî, Ankulus^ efpace renfermé
entre deux lignes qui fc croifènt.
Angulaire , ce qui concerne l'angle.-
ANECDOTES , évenemens, & livres
qui n'étoient pas connus & qu'on
met en luiniere : du Grec AhyMIo,
Anekdota , qui n'a pas été donné p
publié..
ANGE , e(prit ceféfte , Lat. Angélus ^
Grec Angeles , Ar>iA©-.
IANGÉLiQUE,quia le caradcre d'Ange.-
2°. Plante admirable par fes-
efïcts & fà douceur.
Angéliquement, comme un Ange^
à la manière des Anges.
Angélus , Prière qui fe récite troi*
fois le fout.
i". Cloche qui l'annonce.
Angelot , efpéce de fromage.
z®. Ancienne monnoie , avec-
la figure d'un Ange,
Archange , Chef des Anges.
ANIS , Plante dont la graine a un
goût aromatique fort agréable ; en
Grec ,) Anijon & Anéthon , Ay/a-e» ,.
Ayjiô'oy.
ANONYME , livres , lettre , ouvrage
fans nom d'Auteur : du Grec Ay
fans , & Onoma , nom.
Anomalie ,. terme de Grammaire ,
irrégularité , chofe oppofce aux ré-
gies j de A fans , & y»^^ Nomos^,
toi, réglf.
j9 ~ DICTIONNAI
Anomai, qui eft irrcgulier, un Ver-
be Anomal,
ANTAGONISTE , mot Grec qui dé-
- ' figue une perfbnnc comme étant
oppoféc à une autre ; comme étant'
en guerre , en combat avec une
autre pcrfonne.
De la prépofition ^JVTf,contre,
& dû mot , a^6n combat.
ANTIDOTE , contre-poifbn ; mot-
à-mot, chofè donnée co/z/re un poi-
fon : du Grec Anti, contre, & iotosy
donné.
ANTIENNE, Hymne chantée par
deux Chœurs qui fe répondent : du
Grec Antiaà, Anituy (e rencontrer.
Les mots qui commencent éga-
lement pat Anti , viennent aufli
tous de la Langue Grecque : du
moins ils en font compofés quant
à ce mot , qui emporte toujours
une idée de contrariété, d'oppo-
fitîon.
Antre , caverne profonde , Lat.
Antro, Grec Antrô.
ANTROPOPHAGE , celui qui man-
ge les hommes , qui fe nourrit de
chair humaine. Du Grec Ay3-p«7r'S^,
Anlhrôpos, hômme,& pha^ô (payu,
manger.
A P
APOCALYPSE , terme de Théologie,
Révélation , Manifcftation de l'a-
venir voilé. Des mots Grecs K«>it/7r-
')QKalyptos, caché, voilé, & Apo,
prépbfition qui marque l'cloigne-
roçnt , l'aâion d'ôter.
RE ETYMOL; 60
La Langue Françoise a emprun-
té du Grec nombre de mots com-
pofés de cette prépofition Apo. Mais
elle y fert fbuvent à renforcer h.
fignification du mot qu'elle accom-
pagne , comme*hotre prépofition
inféparable re à la tête des mots.
Et 1°. à défigner la cauft , le
motif.
APOCRYPHE , caché , dont la four-
ce eft inconnue , & qui par- là mê-
me , mérite moins de foi : du Grec
KpuTrlu y Krypté, cavernc, cachette.
APOLOGIE , difcours pour la défenfe
ou la juftification de quelqu'un :
du mot AoyO" , Logos , di/cours ,
parole.
Apologétique , en forme d'Apo-
logie.
Apologiste , celui qui entreprend
la juftification , qui défend.
Apologue : ce mot , formé des mê-
mes mots qu'Apologie , eft devenu
le nom des Fables inventées pour
l'inftrudion des hommes,telles que
les Fables morales d'Efopc & celles
de la Fontaine. C'eft comme fi on
difbit difcours en faveur de l'inf-
truftion , récit expofé aux hommes
pour leur avantage.
APOPHTEGME, du mot ^Ôs^yuc,
Phtegm* y^&toXt, mot; i°. mot
par excellence , bon mot. Sentence
mémorable.
APOPLEXIE . indifpofition fubite &
mortelle : du mot -mX»^iç , P/cxis ,
fecouflè , coup.
Ci F R A N Ç O I
jlpopT.ECTiQUï, qui tiem de l'apo-
plexie.
APOSTAT , terme de mépris ; un
Apoftat eft celui qui abandonne fa
Religion , pour en cmbraffer une
autre qu'on regarde comme fauffe :
du mot j4f)o , loin , &c Jl6,Çc tenir.
ArcsTAsiE , renoncement à la vraie
Religion.
Apostasies, renoncer à la Religion.
APOSTOLAT , qualité à laquelle fu-
rent élevés les douze Difciples de
J. C. Ce mot fignlfie proprement
Mijpon , Envoi, àtjidlé , XtjXAu ,
envoyer.
Apôtre , autrefois , Apostre , mot
altéré du Grec Attoç-u^©^ , Apof-
t»les y qualité des douze Difciples
de Jelus-Chrift & qui fignific envoyé.
AposTotiQUE , dans le goût des
Apôtres.
Apostoliquemint , à la manière
fimple & fublime des Apôtres.
APOSTROPHE , aclion d'un Ora-
teur qui fe tourne tout- à - coup
Tcrs un objet ou rers une perfon-
ne pour lui adrcfler direâcment la
parole.
Apostrophe». , c'eft adreffer la pa-
role à quelqu'un: t°. Injurier quel-
qu'un , ou le blâmer lâns qu'il ait
lieu de s'y attendre.
Ce mot vient de ç^tpa , Strephé ,
fe tourner vers.
z*. AposTROPHEjduGrec Apojlrophos,
marque qui défigne qu'onafuppri-
Bié , rejette la dernière fyllabe d'un
S-GREC. A P A R Sx
mot 5 comme dans le mot /an ,
pour de un.
APOSTUME , du Grec A-ittçttpxt »
ApojUma, abcès , tumeur avec (ùp-
puradon.
APOTÉOSE ou Apothéose , éléva-
tion au rang des Dieux : du Grec
es©- -j Theos , Dieu.
APOTICAIRE , du Grec Apothiki ,
Awc&Mv.H, Magafin, celui qui raP>
fèmble les drogues néccflaires à la
Médecine & qui les prépare,
Apoticairerie , Boutique d'Apoti-'
caire , Magafin de drogues,
A R
ARCHITECTE , celui qui drelTe les
plans des Edifices , & qui en dirige
la conftrudion : du Grec Archi , fu—
prcme , & Tekton , ConArudlcm:,.
ARCHiTFCTuaE , l'Art de bâtir,
ARISTOCRATIE , GouvcrnemcM:
compofë des Familles les plus
puiflantes: des moti Grecs Arifios^
grand, & Krtitia, Kpolxt , puiflànce.
Aristocrate , qui eft à la tcte d'u»
Gouvernement Ariftocratiquc-
Aristocratiquï , qui tient à l'Aria
tocratie , qui en dépend.
ARITHMÉTIQUE , l'Art des non»-
bres , ou du calcul par chiffres : dff
Grec Xe/.d/j.cç y Ariihmos y nombre y
chifîre.
Arithméticien , verfé dans iafcien»--
ce des nombres.
AROMATE , parfum , plantes ou pro^-
durions de plantes dont on- ùm
1S3 DICTIONNAI
des parfums , Se qui ont une odeur
agréable & reftaurance.
Aromatique, qui eft odoriférant.
Aromatisek. , employer des Aro-
mates.
Du Grec Arôma, parfum, odeur
agréable.
iêiRSENIC, minéral compofé de fou-
fîre & de fcls caudiques , & qui eft
un poifon ; Grec Arfenikon. Voy.
A , François-Oriental.
Artère , VailTeati qui tranfporte le
fàng du co:ur jufques aux extrémi-
tés du corps. En Grec Artéria.
A S
ASPERGE , forte de plante dont on
mange les tiges tendres. Lat. &c
Grec Afpar/igo.
ASPIC , forte de ferp^nt ; en Grec
Arr<sriç , Afpis,
ASTHME , indifpofition ou viciofité
des poumons qui rend la refpjration
pénible ; Grec Ajihema , qui figni-
fie la incmc choie qu'Afthme.
Asthmatique , qui eft attaqué de
cette incommodité.
ASTRE , Étoile , corps lumineux qui
brille au Ciel. Lat. & Grec AJiro.
De-là,
1°. ASTROLABE , Inftruraent avec
lequel on prend la hauteur des Étoi-
les : du verbe lai>ô , xaQu , pren-
dre.
9.°. Astrologie , Art de connoître
les influences des Aftres : du mot
iLogos , difcours , raiibiiueraeiic.
RE ETYMOL. 64
Astrologue , celui qui eft verlc
dans la connoilïànce de l'influen-
ce des Aftres.
} . Astronomie , connoiflànce du
mouvement des Aftres , de leurs
Loix & de leurs effets. Du mot
Grec Nomos , régie , loi.
Astronome , celui qui connoît
les Loix d'aptes lesquelles Ce meu-
vent les Aftres.
Astronomique , qui concerne l'At
tronomie.
ASTUCE , Lat. Afiuda , rufe , finef-
fe. Dans l'origine , ce motfe prenoit
en bonne parc , & défignoit la fi-
neftè , la politefte des habitans de*
Villes. Il fe fotma du Grec Asb *
AJlu ou Afy , Ville.
A T
ATHLETE , celui qui combattoït
dans les Jeux de la Grèce : du Grec
Ath/0n, combat, Aflxov.
ATMOSPHERE la maflè d'air qui
environne la Terre -, du Grec
Arficf } Atmos y vapeur , foufle , Se
r^ctipu. , ^phxra y globe.
ATOME , corps indivifible, corpufcu-
les dont on (uppofoic les êtres com-
pofés : du Grec A , non ; ic Tomos,
feftion , moiceau , fragment.
A U
AUMÔNE, autrefois A ULMOSNE ,ce
qu'on donne par charité & par
compaffion à un pauvre: du Grec
(Mi/j-ca-uy» , EUcmofyni , commifc-i
i cation y pitié.
Aumôner )
t
6s FRANÇOIS
AumÔner donner l'aumône.
AUMÔNIER , celui qui feit de fré-
quentes Aumônes.
i°. Celui qui eft chargé de dire
la Meflfe pour un Seigneur ou pour
un Corps , & qui en diftribue en
même tems les aumônes,
AUTOGRAPHE , écrie de fa propre
main ; du Grec Autou, Autou , foi-
même , & graphon , ^pa^oy , écrit.
Automate , Machine ou figure
humaine qui (ê remue lâns qu'on
la touche & comme d'elle-même :
du Grec Maô , defirer , chercher.
A X-AZ.
AXE , cflîeu -, on s'en fert en par-
GREC. AX AZ 66
lant des Globes & fur -tout de la
Terre & des Planettes. L'axe du
Monde.
Lat. & Grec , Axis , a?/?.
lO. AissiEu , eflîeu , l'axe d'une
roue , le cilindre fur lequel clla
roule.
Axiome , mot-à-mot dignité : vé-
rité fi claire , fi évidente , qu'elle
eft digne d'être reçue par elle-
même , fans l'autorité de per-
fonne.
AZYME , pain fans levain , dont on
fè fervoit chez les Juifs à la fête de
Pâques: du Grec A, non, Êms , &
Zyma , ^vfx* , levain.
MO TS CO M MUNS
AUX FRANÇOIS ET AUX ORIENTAUX
A B
BBÉ : ce mot défignc, i». le Chef
d'une Abbaye d'hommes.
1°. On donne ce nom à qui-
conque porte l'habit Eccléfiaftique.
Abbesse , Chef d'une Abbaye de
femmes.
Abbaye , Maifbn Rehgieufe dirigée
par un Abbé ou par une Abbeffe.
Abbatial , ce qui regarde l'Abbé ;
Del. £tymoL
la Maifon Abbatiale.
Ces mots viennent de l'Orien-
tal AB , en Syriaque AHa , qui
fignifie Père.
z'. De la même racine, prononcée
ur , vient le Lat. AVUS, ayeul , &
notre propre mot,
Ayeul, au pluriel Ayeux y grand-"
Père & Ancêtrcî. On difoit autre-
6j DICTIONNA
fois AviAux ; Italien Ayolo, Efpa-
gp.ol Abuolo.
ACADÉMIE, lieu où s'anTemblent des
Geos de Lettres, i**. Deu où l'on
s'inftruit dans les Iciences. j^.Liea
:? où l'on apprend à monter à che-
val.
En Latin & en Grec, 4cademia.
Ce mot vient de l'Oriental, CaDM
eu QaJm dont on a fait Cadmus
& c]ui lignifie l'Orient, i". yertu ,
txcellcnce. Les connoifîànces vin-
firentde l'Orient & par les connoif-
fances on s'élevc
A I
AIDE, fecours , affiftance. i*. Celui
qui aide. îtaL Aita.
Aider, fervir, être utiîe , fecoortr.
s'aider, fe tirer d'afliire par fbi-mè-
me. hcd. Aitar.
Ce mot vient de l'Oriental ID
prononcé ZID qui figaifie, i °.main:
i°. aide, fecours. La main eft le
grand aide de rhomme.
A L
ALBATRE, autrefois Ai.BAïTRE,cf
pccc de marbre moins dur que le
. marbre ordinaire,&;communément
blanc. Ce mot eft Grec S: Lat. Mais
dans toutes ces Langues, il vient de
rOriental Al, le, 6c SAIS ySVTS ,
qui fîgnifie hlanc.
ALBERGE , cfpcce de pêche. Ménage
dérive ce mot du Latin Altm ;
mais «/ e{L ici oa article OrieotaL
IRE E T Y M O L. €i
Saumaise a peut-être raifbn de le
dériver , dans (on Ouvrage fur le»
Plantes ch.ip. 6 8 , de 1 Arabe Al-'
tegi , g-^ bcgf qui eft le nom d'un
fruit.
ALCALI , tÇj<cct de fel fimple. Ceft
un mot Arabe, formé de l'article al
te du mot KALi h fonde, ou foute
dont les cendres donnent ce lêL
Selon Saumaise , dans le même
Ouvrage ch. 1 1 o , Cali eft le nom
des cendres, & usna le nom de la
plante dont on les tire. Avicenwi
a diftinguc auffi ces deux chofes.
ALCHYMIE, la Chymic la plus fubli-
me, qu'on croit enfeignct à trans-
muer les métaux, & à trouver la Mé-
decine univerfellc.de même que le»
remèdes contre la mon. On le dé-
rivoitdu mot Harn,oyx CuAU,c\T3i
fut le nom de l'Egypte. Mais Bo-
CHART dansfonPhalegle dérive du
mot Arabe K-Mi qui fignific cacher,
d'où vint Al-chymie ( Alchemia )
l'Art occulte. De-là ;
Alchymiste , celui qui s'adonne à
F Althymie.
ALCORAN , Livre facré des Maho-
métans. Ce mot fîgnifie le Livri
par excellence. Il s'écrit en Arabe
^V^ , Qpran.
ALCOVE , portion de la chambre
qui renferme im lit à coucher. Ce
mot nous vient de l'Elpagnol Al-
covA. C'eft l'Arabe al-cosbj. ,
chambre routée ou plafonnée ATf ai
renferme un lit»
49 FRANÇOIS-0
ALEMBIC , vaiflèau à diftiiler , en
Arabe ^^L'A Anhik. Golius avoue
que ce mot eft étranger aux Ara-
bes , qu'il vient peut-être du Grec
Amhiky un vafe-, ou de l'Indien.
Il eft compofë de l'article Al Se du
verbe tfSaKa , tirer , diftiller.
S'Alembiquhr , c'eft perdre fon
teins en réflexions pénibles : c'eft
fc diftiller l'efprit pour découvrir
quelque chofe qui intéreffe.
ALEZAN , cheval bai , tirant fur le
roux. C'eft l'Efpagnol AU^an :
Ces mots viennent de l'Arabe A/he-
fcui , cheval courageux & de bonne
race ; on dit en proverbe Efpagnol
Alezan trùU , plutôt mort jue lajfé.
Beau , parfiiit , s'apelle en Arabe
^*»-- HaSalf.
ALVANE , une jument , une cavale ,
en Italien Alfana , en Elpagnol
Alfena. , cavale (àuvage ou étran-
gère. Ce mot doit être Arabe , à
caufe de l'article , & parce que ces
mots font abfblument iiblés dans
ces deux langues , & par confé-
quent étrangers. H doit donc ve-
nir de l'Arabe ^^UjS FlifAN, qui fi-
gnifîe orné £une belle chevelure ,
&c qui fert de nom aux chevaux , à
caufe de leur belle crinière.
C'eft ce mot fi célèbre par le
ridicule qui en réfulta pour les
étymologies , lorfque Ménage eut
effayé de prouver qu'il venoit du
mot Latin Equus , cheval , & qui
occafionna ce fameux couplet.
RIENTAL. AL 70
Alfana vient i^Equuf , fans doute ;
Maiî il faut avouer aufll
Qu'en venant de-là jufqu'icî,
11 a bien changé dans la route.
ALFIER, un Enfeigne. C'eft l'Italien
Alfiere , & l'Efpagnol Alfere^^ , qui
porte le drapeau. Ca mot doit
ctre également Arabe. Le mot
t/.i PkaRT f ou P/iarti, CïoniHe
comme verbe, précéder, marcher
devint; & comme nom, xanjîgne
dcftiné à marquer le chemin.
ALGARADE , infulte , querclie faite
(ans railbn : en E(pagnol Algarada.
Ce mot eft certainement Arabe;
mais on ne trouve dans le Dic-
tionnaire de Golius que le verbe
primitif GaRa fi». , qui fignifie
molejler , agir avec perfidie , accU'
fer fauflcment , & qui eft égale*
ment Hébreu ni3 > GaRUa.
Ce verbo eft fans nom dans
Golius ; mais les Efpagnols ne l'ont
{urement pas inventé. Le mot Ara-
be dont ils l'ont pris manque donc
dans Golius , & ce n'eft pas le (èul.
On peut doubler ce Didionnaire ,
& encore on n'épuifèroit pas cette
Langue.
ALGÈBRE, fcience où l'Arithmétique
eft ramenée à fes principes géné-
raux fans être appliquée à des
quantités déterminées par des
nombres : du mot Arabe ^j^.
GaBaR , qui fîgnifîe réduction des
parties , ou des fraclions k un tout.
Gomme verbe , il fignifie ré-
71 DICTIONNA
parer , raccommoder , reftaurer ,
& fur- tout relativement aux os
cafles ou demis.
Il doit tenir au verbe BaRA ,
ou SRA , faire , créer,
ALGUAZIL , nom d'un Sergent ou
d'un Huifîîer, en Eipagne. Ils exé-
cutent les ordres de la Juftice , èc
conftituent les gens prifonmers. On
a bien vu que ce mot étoit Arabe ;
«nais on n'a fil d'où le dériver.
Covarruvias a propofc deux éty-
mologies, croyant qu'on pouvoir
le dériver ou de ,ji^ ^es'iR , Mi-
niftre , homme en charge ; ou de
l'Hébreu ^^n GiiZdZ, , prendre ,
parce qu'ils arrêtent les criminels.
Alguazil ne vient ni de l'un , ni
de l'autre de ces mots.C'eft le mot
Arabe J^^;» GUaZeZ , qui fignifie
jeune homme , & i°. Falec , quoi-
que les Diûionnaires n'en dilènt
rien; parce que dans toutes les
Langues jeune homme , garçon ,
valet , font & furent toujours fy-
nonymes.
AtMANACH , nom vulgaire du Ca-
lendrier. Ce mot eft venu de
l'Oriental Af^jv , nom primitif du
Soleil & de la Lune , mais fur-tout
de la Lune, On peut confulter tout
ce que nous avons dit fur ces mots
dans notre Hijlohe du Calendrier.
ANE , autrefois ASNE , en Latin
jISINvs^ animal à longues oreil-
les , & qui vint, ainfi que (on
nom , de l'Orient. C'efl le mot
IRE ETYMOL.'l ^%
Oriental ^rX > Azif ^ Se Ju^en^
oreille. On ne pouvoir trouver
une cpithéte plus convenable à
cet animal, ;
j4u figuré , un ignorant,
Anon , Lat. Afdlus.
Anisse, Afina.
Anieb. , conduûeur d'ânes , LaL
Ajinarius.
Anerie , trait d'un âne , d'un igno-
rant.
API , elpéce de pomme , petite &
d'un très-beau coloris. L'origine
de ce mot , inconnue , tient fans
doute au primitif 3 X , Ar ^ As^
fruit.
ARAIGNÉE, en Lat. Arachnea, en
Grec ArakhnL Ce mot fignifie la
tiCferande , & vient de l'Oriental
JIX , ARaG , ùfire, C'eft fur la
valeur de ce mot qu'on invent»
fa charmante fable d'Arachnc , &
fbn défi avec Minerve , Déefiè der
Arts.
ARMONIE , HARMONIE , accerd;
au phyfique , relativement aux
fons & aux couleurs.
Au figuré , relativement aux fên-
rimens ; ItaL armonia , Lat,
HARMONIA.
Armoniiux, Irai. AXMOjnoso.
Armoniser , Irai, armonizzare,
Armonique, Ital ARMONico^ Lat.
H ARMONICV s.En Grec i °;'Ap/uor««,
Harmonia, accord, arrangement
ftruâure.
i*. Harmosô , arranger, accordeii-
7j FRANÇOIS-O
^°, Harmc, infertion, (uture; Orien-
' tal Zimi' , Hormj,Harmj, ar-
ranger , accorder , faire harmo-
nifer » 1°. habile , inTentif , qui
{ait mettre d'accord.
II. D'ici , une famille Latine ôc Fran-
çoife , dont la fôurce étoit incon-
nue.
Carminatif , qui adoucit , qui
appaile , qui rétablit l'harmonie.
Charme , tout ce qui tranfporte
par (à beauté , par fon harmonie.
Charmer , ravir, enchanter, trant
porter par l'harmonie.
Charme fignifie donc, i°, là beauté,
parce qu'elle attire,qu'elle enchante,
i". Les Arts magiques par les-
quels on cherchoit à attirer â foi
tous les Etres, comme Orphée atti-
roit par fbn chant tour ce qui exifte.
3 °. La Podjîe , en Latin Car-
WEN, fiiite pour charmer , pour
ravir par fon Armonie.-
Carmen ) eft donc un dérivé
de Harm , harmonie ; les vers
font l'efièt de l'harmonie.
ARRHES, ARRES & ERRES , ar-
gent qu'on avance pour la fureté
d'un engagement , d'un contrat.
Lat. Arrhubo,
Gr. Arrhatôn.
Hebr. Ti:3*^;' , Horahonn.
Arab. ^ï^ij Horban ^ & u^'
Arbun , du verbe Arabe t^A
ARaSa, nouer,rerrer,afïèrmir.
ARSENAL, lieu où l'on conferve
les armes deftinées au iervice de
RIENTAL, AR-ÂV 74
l'Etat. Ce mot eft Italien & EC-
pagnol. C^eft une altération du
mot Darfena , cfité fur la Médi-
terranée , &c qui défîgne le lieu
où on renferme les Galères &: où
on ks conftruic. C'eft un mot
Oriental compofé de ,U dar ,
habitation , magafin , & de ^«,.>
SaNa. , former ; i». fabriquer deS'
armes , faire des épces > les aigui-
fer , les polir.
ARSEJ.'IC. Ce mor qu'on dérivoit
fi ridiculement du Grec Arfin ,.
mâle , comme fi ce poilôn avoir
été appelle mâle , pour défigner'
la violence avec laquelle il a^r,-
eft le mot Oriental g-j^y/lî > Ai=-
{ernig , d'une origine inconnue à
tous nos Lexicographes , Se aux
Orientaux eux-mêmes. Les Per-
fims Te regardent comme un mot
originaire de l'Arabie ; & les Ara-
bes ^ comrtie un mot venu de
Perfe. C'eft un mot Oriental trcs^
énergique compofè des deux mots
' J.J , ZeR , mordre , brûler , & «i ,
NeG , Ce hâter : mot-à-mot , ce i^ui
brûle & mori promptimtnt.
AVANIE , du Grec vulgaire Absnit^
prononcé Avania , & qui fignifift-
affront.
En Turc Avak
C'eft le mot Oriental
Arab. HaVaN j^ja. > opprobre.-
Hebr. flK AVeU , injufticc, itû»
quité.
AZILE ou AZYLE , lieu Uié- o4î
7^ DICTIONNAI
l'on croit à l'abri de toute pour-
fuite : en Gr. Af u^oy A^ylon ; en Lat.
Afylum ; de l'Oriental Atfel, ou
j4fel 7C^N> forêt, bois. Les bois
fâcrés furent les premiers afylcs ;
& point d'afyles fans bois làcré ,
même à Rome.
AZIMUTH, Terme d'Allronomie ,
qui défigne le cercle qui pafle di-
reftement fur la tête , Se qui cou-
pe riiorifon à angles droits. Ceft
l'Arabe .<^/ le , & Jiù«^ SeMT ,
chemin , chemin droit. Zenith
en vient.
Zenith , cft exaûement le
même mot Arabe prononcé Zemt,
RE ÉTYMOL. 7^
& qui dcfigne le (bmmet de ce
cercle , fon pôle , le point du Ciel
par confequent qui eft (ur notre
tête.
Ce mot tient au 5£M-ha des
Latins , un Sentier.
AZUR , couleur bleue , couleur du
Ciel, Ital. Asrurro , Efp. A:^ul. On
a dit dans l'origine Lniur ; c'eft
le Perûn i,j^jn Laiurd, qui figni-
fie bleu j 1°. pierre bleue. Il doit
tenir à j.ji ZaR , brillant , ctîncel-
laHt ; z°. l'éclat de l'œil , d'une
épée , Sec. Ici «ous avoni fiipprimc
le L initial , tandis qu'ailleurs nou$
l'avons ajouté.
77
FRANÇOIS-CELTE. BA
78
MOTS FR A JS Ç O I S - C E LT ES,
ou DÉRIVÉS DU CeLT/QC/E,
B
JLi A Lettre B cft une Lettre labia-
le ou ^ui Ce prononce des lèvres.
Elle fut toujours la féconde Lettre
de l'Alphabet Primitif; & valut con-
féqucmment deux dans l'Arithmé-
tique à Lettres.
Cette Lettre Ce prononce des
lèvres , portion la plus mobile de
llnfirumcnt vocal ; elle eft donc
devenue la fôurce d'un grand nom-
bre de mots en toute Langue, & en
particulier dans la Langue Fran-
çoife ; de-là , une grande partie
des mots qui compofent le Dic-
tionnaire de la première enfance ,
& qui forment les Familles fiii-
vantes.
B A
I. BA , dcfignant diverfês idées
relatives aux Enfans.
l. BABIL , aftion de caufer , de )afêr
lofïg-tems & facilement : d'où,
Babiiler.
Babillard & Babillarde.
Ces' mots font donc une ono-
matopée , l'imitation de 1 aftion
jnême de parler , <jui fait kiou-
volr les lèvres. Ceft ainfi que les
Grecs ont dit , Baô , Babaio ,
Batalôy Bamiaino, qui tous figni-
fient parler.
11. Babine , nom des Icvres , appli-
qué aux Enfans dans le ftyle bur-
Icfque ; & qui eft. rcfcrvé dans le
difcours fcrieux pour défigner les
lèvres de quelques animaux j tels
que les finges , les chiens , les
vaches & bœufs.
IIL On en a feit le nom de tout ce
qui eft petit.
Babouin , cpitliète des enfans , &
nom d'une grofle efpéce de finge :
en Lat. Babx/s , Babuinus , en-
fent. En Celte Bab , un Enfant.
Bambin , un enfant.
Bamboche , petit enfàncnain , ma-
rionnette.
Famille trcs-nombreufe en Ita-
lien, i". Ce mot défîgnc encore
une canne ou jonc compofé de
noeuds d'efpace en eipace , qui la
divifênt en petites portions & dons
le nom efl de la même famille que
le motfcrivant.
Bambou , Jonc ou canne de«^ Indes
7<? DICTIONNAI
d'une grofleur très - confidcrable &c
qui eft à nœuds.
De Bambo, Bambin, les Italiens
firent Bimbo , enfant , d'où vint :
i^. BiMBORioNs , >ouets d'enfans ,
que nous prononçons Brimborions.
z". BiMBELOTs , jouets d'eufans.
BiMBELOTÉ, emmailloté comme une
poupée.
BiMBELOTIER , BiMBLOQUrER., qui
fait ôc vend des jouets.
IV. Babioles , jouets d'enfans: i°.
chofès puériles , peu dignes d'un
homme fait.
V. Bachelier , Jeune homme.
Bachele , jeune fille.
Bachelette , fillette, fille jeunette.
Le premier de ces mots défîgne en-
core un jeune homme dans quel-
ques Provinces de France.
C'eft le liire de ceux qui (ont
à leur premier grade dans les Fa-
cultés de Droit & de Médecine.
C'étoit autrefois le titre des jeu-
nes Gentilshommes qui n'ctoient
. pas encore reçus Chevaliers.
On a diraufïïen vieux-François
Bachelard^ pour jeune homme , &
kaçelle , baiffelU^ une jeune fille.
On appelle cclle-d en Alface
BaiJfofe,tï\ Franche-Comté Bejfote,
: çn Picardie Baijfelette , dans les
Alpes Yaldoifes BeJfauU.
BACELLE , fignifiant peiic , devint
le nom du moindre degré de No-
blciïè , ou du premier grade en fait
.é^ f^p( U de fervice Militaire.
RE ÉTYMOL. 80
Une Bacellc étoit une terre com-
pofée de dix mas ou meix. On
appelloit Bachelier celui qui pof-
fèdoitune pareille terre. Ilparoi.Toit
donc à l'armée avec dix hommes
d'armes, nobles, accompagnes cha-
cun d'Ecuyers & d'Arbalétriers.
Il &lloit être Seigneur de quatre
Bacelles pour pouvoir deyenir
Banneret ou ChevaUer à bannière;
c'eft-à-dire (car cette définition eft
obicure ) il falloit pouvoir paroître
àl'ârmée avec quatre Seigneurs Ba-
cheliers relevant de foi , outre là
propre Bacelle , pour pouvoir être
Chevalier à Bannière. Car le Ban-
neret devoir avoir cinquante hom-
mes d'armes.
Baisselle défigna auflî tous les gens
d'une maifoH , tous les domefti-
ques , la famille.
En Cdte Bach fignifie jeune ,
i*. petit, qui n'eft pas grand.
VI. Bagatelle , chofe de peu de
valeur.
On alloit chercher en Arabie
l'origine de ce mot; c'eft un dérivé
de 5<2cA, petit. On en fit d'abord le
vieux François Bague qui défignoit
une choie de peu de valeur : d'oà
l'Italien ,
Bagattino , nom d'une monnoie
qui ne vaut qu'un denier.
On en fit enfuite l'Italien Bag-
gateila , d'où notre mot François.
VII. Bave , (alive qui coule fiir ies
/cyret.
BAYERi
FRANÇOIS-CELTE. BEC
8i
Baver , laifler couler la ûlive iîir les
lèvres , défaut ordinaire des enfans.
Bavard, enfant qui bave: i°. toute
perfbnne qui ne dit rien qui vaille ,
qui parle toujours , pour dire peu
de choie ou rien d'intcreflànt.
Bavarde , babiUarde.
Bavarder , babiller à tort & à tra-
vers.
Bavardage.
Bavarderie.
Bavette , linge qu'on met fous la
bouche d'un enfant.
VIII. BAFFRE, gourmandife , glou-
tonnerie.
Baffrer , Bauffrer , manger
goulûment : i'. aimer la bonne
chère : 3 °. au figuré , manger tout ,
confiimer tout fon bien en bonne
chère.
IX. Beffler f vieux Fr. Ce moquer.
Baffouer , traiter avec mépris, faire
de quelqu'un fa rifée.
Ital. Baffardare,Ce moquer, bafifbuer.
AngLBAFFL£, moquerie, tromperie,
2°. moquer.
Efpag. Befar , Ce moquer.
Beffa en Irai. Befa en Efpagii.
moquerie.
C'eftpAi-r* iéyia.
Faire la moue : faire des contor-
lîons de lèvres pour Ce moquer.
X. BÈGUE , qui parle avec peine , qui
£ft oblige de Ce reprendre pour
prononcer une lettre.
BÉGAYER , parler avec peine, balbu-
xier : x". commencer à parler ;
£)i3. ÈtymëL
82
j °. n'être pas fort avancé dans une
langue, la bégayer.
II. Famille , BEC , èoc , hic.
Du même mot BA , lèvre , joint à
ÂC pointu , Ce forma le mot Celti-
que BEC, duquel font venus les
mots fiiivans.
I. BEC , panie qui fèrt de bouche
aux oifèaux.
1°. Objets en forme de bec.
Becqueter , prendre avec le bec
2°. Carefl'er avec le bec.
Beche'i , nourriture que les oifeaux
donnent à leurs petits avec le bec.
IL De-là le nom de plufîeurs Animaux.
Becfigue, nom d'un oifeau qui bé-
quetre les fîgues , qui s'en nourrie
Bécasse , nom d'un oifeau à caufè
de fon grand bec.
Bécassine , nom d'un oifeau plus
petit que la becaflè , mais dont
le bec efl fort grand.
Becard , femelle du fàumon , par-
ce que fon bec efl plus crochu que
celui du mâle.
III. BACON , lard , nom qu'il porte
dans les Provinces méridionales.
En Provence , cochon falé.
Les Irlandois apellent le lard
Bagun -, les Gallois Baccwn.
Ce mot dont on ignoroit l'ori-
gine efl tiré du celte Hxg, cochon ;
d'où le Flamand BjtG-ge/en cochon-
ner , faite des cochons, & BlGCe
un cochon. Le cochon fut ainâ
apcUc du mot Bec , Bac , porcc
qu'il a le mufcau/o/n/».
F
8J
DICTIONNAIRE ETYMOL.
«4
Dc-là , Bagasse .
B E
IV. Btc , dcTigna auiïï le confluent
de deux rÏTieres.
Le Bec d'Amber.
Le Bec d'Allier.
V. Bec defignanc pointe , devint le
nom de la^rête y qui fe termine en
pointe & furtout des ccëffures ,
particulicrement de celles qui
.croient en ferme de pointe.
De-là , l'Efpagn. BiCA , cor-
nette , diaperon.
Béguik , diminutif de Btca coëf-
fure d'enfant.
BicuiNis, eipcce de Religicufês, qui
avcient un béguin pour cocffùrc :
2». fèbriquei des Religieufes en
général.
Embéguink , qui porte un béguin :
z°. qui s'cft cocfiè d'une perlonne.
VL Bichet , va(ê à bec : i°. niefure
de grains.
2°. Boc, ^oi^C , BoocH».
L Celte Boc , Bccu , Lat. BvcCA ,
Ital. BoccA , Fr. Bouche.
La bouche eft,relativement aux
hommes , ce que le Bec eft pour
les animaux. Elle s'ouvre &: fe fec-
mc au moyen des lèvres : on l'a
donc dcfignée avec raifbn par le
ton labial , de même que le Itc.
Ges mots /ont de là même famille ;
ils ne diôcrent que par la voyelle.
Bouchée , ce qu'on met à la fois
^ns la bouche , pouj le mâchei &
Jfemanger,. !i
II. Boucher , celui qui tue les ani-
maux donc on fe nourrit , & qui
en vend la viande.
Boucherie , lieu où l'on tue les
animaux , & celui où on vend la
viande.
Ces mots font dérivés du mot
BoucHi , parce que leur objet cft
pour la bouche
m. BouQWER , bai(èr par force , par
contrainte ; àamot , Bvuche , qu'on
prononçoit autrefois Bouquc.
De - là Bou^uer , pour dire
échouer.
IV. Bouche défigna toute ouvcnure y
comme la Bouche d'un four , en
Irai. Bu ce A; un trou, une trouée,
BvccARE , fermer y de - là ces
mots:
Boucher , fermer une ouverture
au moyen d'un corps étranger
qu'on y infère.
Bouchon , ce avec quoi on bouche :
1°. ce mot eft fûr-toui confacrc
pour les bouteilles & pour les
tonneaux : j °. un lieu où l'on vend
du vin.
DtBoucHER, ôter le bouchon, ce
qui bouche.
Emeouchuri , réunion de deux
fleuves ou d'un fleuve avec la Mer :
i'. embouchure dun inflrument
à vent.
Aboucher , s'Aboucher avec une
perfbnne , fe réunir pour conférer
enfèmble.
j°. Bovv y déf^nant BoirpÉïw
8y IFRANÇOIS-
De Bouche , on a fait Boufer ,
enfler la bouche ; de-là ces mots :
I. Boufer, enfler par le vent.
BouFANT , qui eft renflé comme par
le vent.
BOUFETTH.
II. BouFi , qui a les joues enflées.
BouFiR. , devenir enflé ; t°. foufler
pour faire enfler.
BouFissuRE , enflure.
BouFoiR. , inflrument pour boufir.
Boufée , foufle ; i°. vent qui
(bufle par intervalle.
III. Boufon , Ital. BvFFO , celui
qui gonfle (es joues pour feire
tire -, 1°. plaifanr.
BouFONï , celle qui fait rire.
BouFONNERiE, dîfcours pour amii-
fer 5 pour faire rire.
BouFONNER. , faire le boufon.
IV. BiFEïR , eflfàcer , rayer ; de Buf-
fure , foiifler.
Biffer , effacer , eft donc em-
prunté de l'aâionphyfique, J?KJi^r,
foufler fur un objer pour le faire
difparohre à toujours.
IIK Famille, BAC, Vaje.
La bouche lèrvant à contenir ,
« renfermer , devint le nom de
tout ce qui contient , qui renferme ;
de-là une nouvelle famille :
I. Bac , bateau plat qu'on tire avec
un cable , & qui fert à traverfer les
tivicres,
Du Celte Bac , qui fignifia toute
elpece de Va-fe en général.
CELTE. BAC S5
Bachot , un petit bateau à palTer
l'eau.
On l'appelle (ur la Saône , Ba-
chot , Bêche.
Baquet, vafè à eau plat & large.
II. Bassin , vafè de métal, profond
& rond.
Bassinoire , inftrument de métal où
on met de la braife pour chauffer
un lit.
Bassiner; i". un lit; i". une plaie,
en l'étuvant avec quelque liqueur.
Bassinet d'une arme à feu; c'efl: un
morceau de métal en forme de
vafe , où on place la poudre qui
doit mettre le feu à l'arme.
III. Bocal , valè de verre qui a le
goulot étroit.
It. Boccale , Lat. Baucalis.
Ct.BAUKALTS, BAUKAtlOH,
IV. Bagage , équipage , meubles ,
habits , &c. qu'on porte avec foi
en route. Il tient à l'Allemand
Wag , qui fîgnifie la même chofè.
Il vient donc de Bag , ligni-
fiant valifè , fàc, paquet. En Anglo-
Sax. Bagge : en Allem. Pack : Lat.
Barb. Baga , coffre.
Vieux Fr. Baguer , empaquec-
ter , embaler.
Bagues , bagage.
On difoit Chariot cknfgé ie
bonnes BAGUES. Dans Mojçstre-
lET on lit : « Ils dctrouflerent dix-
» huit -charges de vin & autres
» Bagues ». Aujourd'hui même
nous difbns , vie & Bagues fauves
87 DICTIONNAI
en parlant d'une Garnifon qui fe
retire avec fes équipages,
V. Bahi'', coffre dont la coaverture
eft courbée en forme d'arc , ou de
ceintre.
Efp. Bahul.
Anjou & Normand. Bahut.
On en donne dans Ménage ,
2«. édition , diverfes étymologies
qui ne (àtisfont pas.
Ce mot fera une altération de
Baku , coflS^e , maie , valife.
n'e. Famille, BAC , EOC, Rond.
La bouche ou les lèvres prenant
pour parler une forme ronde , la
labiale B eft devenue le nom des
objets ronds. De-là les mots fui-
vans:
I. Bague , anneau.
Ce mot vient du Celte Bac ,
Baca , aiîneau , agrafFe ; qui a
fait.
Le Bas-Bret. Bâcha , renfer-
mer.
Le Gallois Bachdro , cour-
bure ; & Bachog , courbe.
Le Bafque Baga , lien.
La Famille Bouc , Bow , qui
dans toutes les langues du Nord
défigne ; i°. ua anneau ; i°. un
cercle j 3°. une courbure j 4°. un
arc.
C\mhic, Bagua , Anglo-Sax.
Beag , Goch. Baug , fignifient
tous Bracelet ; i°. bijou , pierre-
ries.
REÉTYMOL. 8«
n. Baguenaude , fruit rond du lau-
rier, du lierre , du houx , &c.
Il vient du Celte Bac, Bague,
cercle, rondeur, & dont les La-
tins firent Bacca , baie ; 1°. de-là
au fens figuré:
Baguenaude, choie de peu de va-
leur , parce que ces firuits en ont
trcs-peu.
D'où BAGxriNAUDER, employer
fon tems à des chofes de néant ,
le perdre , s'amufêr.
in. Du Latin Bacca , vint le mot
Bayes , petits fruits ronds du lau-
rier & de quelques autres arbuftes.
IV. D'où , au fens figuré, le mot.
Baie, Baye, tromperie. Un don-
neur de Baies.
En Ital. Baja, badinage, rail-
lerie ; z°. tromperie , moquerie i.
} °. bagatelle.
Baigne , grand railleur.
Baiucola , 7 , „
>. bagatelle..
Bajuzza , ^ °
Tous ces mots viennent dc"
Baïes , fruit de peu de valeur.
Un trompeur , un dormeur de
baïes eft celui qui promet de gran-
des chofes , & qui ne donne que
des riens , du vent , des bayes.
V. Baïonnette, arme pointue qu'on
met au bout du fufil , & qui %
pris fon nom, dît-on, de la ville
de Bayonne , où elle fut inventée.
C'eft une étymologie trcs-hafârdée
tout au moins.
Dei-Aukiere norxs apprend que
S^ FRANÇOIS
dans la vieille Chronique de Flan-
dres , Clia}% XIV, les Arquebafiers
font appelles Bayonniurs. Ceci
nous conduit donc à la vraie origine
de ce mot , &C Bayonne n'y entre
pour rien. Ce nom de Bayonnier
dcfonant un Arbakftrier , & ufité
en Flandres , vient certainement
du Theuton Bog , Boie , arc. On
en fit Baie ; & Baionnùr , celui
qui ctoit armé du Boie , ou Baie.
La Bayonneu dut enfuitc défi-
gner la flèche même , & par ana-
logie ÏArme pointue qui porte ac-
tuellement ce nom.
VI. Boucle ; ce mot défîgne en gé-
néral tout ce qui eft feit en forme
de cercle , & fe prononçoit dans
Porigine Bocle. Il vient de Bog ,
arc , courbure , anneau ; ic on eu a
Élit le nom de divers objets.
1 °. Boucle de cheveux , ou cheveux
friies en rond.
1°. Boucle ou anneau fcrvani à fuf
pendre des rideaux.
3°. Boucles d'oreilles , ou anneaux
attaches aux oreilles.
4^*. Boucles de rubans.
5°. Boucles de jarretière, de cein-
ture , de (ôuliers , faites d'un an-
neau de métal garni de pointes
ou d'ardillons , & qui fervent à
unir dîverfes parties de l'habille-
ment.
<°. Boucle de portes ^ ou anneaux
pour frapper.
■j''. Cercle ou anfe du bouclier, defti-
-CELTE. BAC p©
née à y paffer le bras qui doit
porter le bouclier. De-là les mots
fuivans :
Bouclier , comme une partie de
l'armure qui tient au corps par
une Boucle.
Le Bouclier s'appelloit aupara-
vant Blason , parce qu'on y
peignoir les armoiries de celui qui
le portoic
Boucler , faire une boucle , atraf
cher avec des boucles.
Ve. Famille , BAC , Chaînes , Liens,
De Bac , anneau, vint, I. Bac,.
Bag , agraffè , crampon , dans les
langues Celtiques. Les agraflfès ,
les crampons , ont en général Une
forme ronde , ou courbée , ta-
arc. De-là ,
Le Lat. Barb. Bagula , ui*
frein.
Le Bafque Bagata , ferré for-
tement.
IL De-là , le Gelt. Bacl , chevilfc àe
bois (èrvant de verrou ; i°, une
barre; }°. un bâton. Lat. BACtf-
Lus j d'où vinrent:
III. Bâcler, fermer avec d«s chaînes,
des barres , des liens.
Bâclage , arrangement de bateaitt
dans un port où ils (ont retenus e«
place par des chaînes , des ca-
bles , &c
Affaire BActii, au fe/tsf "Tiré y
ehofe arrêtée , conclue.
IV. DtBAcis, aâioB de débatfa&rii
fi DICTIONNAl
1°. rupture des glaces d'une rivière
qui en devient navigable.
DÉBACLER , faire partir les glaces
, qui baçUnt une rivière.
jy. Baguette , diminutif -de Bac-
ulus.
VI^ Famille, BA , BAD , tenir
la bouche ouverte.
De BA , dcfignant les lèvres ,
& l'adion de les ouvrir , vint
une nouvelle famille ttcs-conlîdc-
rable , dont le chef fut ,
BÂILLER , ouvrir & étendre la
bouche forcément , d'ennui & de
peine , en jettant comme un pro-
fond foupir i 1°. s'entr'ouvrir.
BÂiLLEMENs , ouverture & exten-
fion forcée de la bouche par l'effèr
du mal-aife.
BÂILLEUR, un homme accoutume
à bâiller.
On dérivoit ces mots du Latin
B AD ARE, bâiller; z°. ouvrir la
bouche ; mais celui-ci vient de la
même origine.
II. BÂILLON, machine .pour forcer à
tenir la bouche ouverte.
BÂitLONNEE. , mettre un bâillon
dans la bouche d'une petlonne.
III. BÉER , Lat. B AD ARE, ouvrit la
ff bouche , ou refter la bouche ou-
vene , d'étonncment.
BÉANT, qui tient la bouche ouverte
,4*éconnemctit : venir la touche
héttnte.
BÉE , futaille « gueule bée , c'eft-à-
RE ET Y MOL. jj
dire , qui ejl défoncée par un iout »
1°. fenêtre; 3°. ouverture.
Baye, petit golfe , petit enfonce-
ment de la mer dans les terres.
BÉGUEULE, de Bé , qm ouvre, &
gueule ; femme qui a toujours la
bouche ouverte.
IV. Badaud , {qui baiat ) eelui qui
bade, qui bée , qui rcfte la bouche
ouverte pour regarder avec adani-
ration tout ce qui fe préfênte à luL
Badaude.
. Badaudage.
Badauder.
V. Badin , Badine , celui ou celle
qui aime à )ouer , à folâtrer , à
plaifanter.
Badinage & Badinerie.
Badiner.
Anjou & vieux Fr. Badz , jeu ,
amufement , baUverne.
Wachter , au mot Allemand
SpASS , jeu , badinage , tire ce
mot,ainfi que celui de Badin,
du Grec Paiiô qu'on aura pronon-
cé Pa^ô , Padé , & qui (îgiiihe
jouer ; mais le Grec vint de la
même fource , ainfi que Badare , &c
l'Efpagnol Badajear , badiner ;
z°. dire des balivernes.
BAL
Bel, Bol, Bla,&c.
Le mot BAL fut un mot pri-
mitif qui délîgna le Soleil, & par
conféquent ; 1°. tout ce qui eft
beau & brillant comme le Soleil ;
^5 FRANÇOIS
4°. tout ce qui eft élevé , comme
lui ; }°. tout ce qui efl rond.
Sous chacun de ces points de
vue , ce mot eft devenu la fource
d'une multitude de familles de
mors dans la Langue Françoife, en
(è prononçant, iuivant les Peuples ,
BAt , Bel , Bol ; & avec l'clifion
de la voyelle , Bla , Ble , &c.
BAL , nom de quelques plantes &
animaux.
r. Balsamine , nom d'une trcs-belîe
plante ; il vient de l'Orient , étant
compcfé de Bal y nom du Soleil ,
& de Samm , Ciel : mot-à-mot le
Roi ou Yornemeni du Ciel.
II. Baume , autrefois Baulme , Lat.
Balsamum. Ccfl donc le même
mot , Roi du Ctel. C'eft le nom
d'une plante odoriférante ; i°.
celui d'un fuc précieux , de l'arbre
de Judée qui porte le nom de
Baume. }°. Au Eguré , i°. un re-
mide admirable & adouciflant ;
i**. ce qui confole & adoucit les
^maux.
H eft employé en ce dernier
<èns dans un pafTage qui a fort
cmbarrafle Ménage , tiré du Livre
îuruulé Droit & Ciiutumet de Cham-
fiaigneque le Roi Tliiebaut établit.-.
On y dît : « Aulîî n'y a-t-il ouverture
" de fief j & pofc Ores qu'il y ait
« fommc d'argent débourfée par
"forme ai Baulme en iâ\ùsA le
3y bail. , , . -
Baume fignifie ici ce *qti-on
-CELTE. BAL ^4
donne en forme de confolation ,
lorfqu'on pafTe un bail : précifé-
ment ce qu'on appelle à préfent
\c pot-de-vin. "
Il exifte un Livre intitule le
Baume de Galaad ; il fut fait pour
confoler des malheureux,
IlL Belette ,' ariimal de couleur
rouflè , & par-là même de la cou-
leur du Soleil.
Ital. Belloro.
Lat. Meus , nom qui préfente
les mêmes rapports.
IL
BAL 5 prononcé Bel , beau.
I. Bel &: Beau , objet brillant , agréa-
ble , intéreflànt , éclatant , Lat.-
B£.LLVS,
Belle.
Beauté, Ital. Bellezza.
Bmbélir , rendre bel, beau.
EMBÉLissement , aftion d'embélir;
^°. ce qui embélit.
Cette étymologie eft déjà dcyc-
lopée d{ins la Grammaire Univer-
fclle Se Comparative,.
II. Beau , Belle ,^foiu devenus dps
cpithetes d'amitié, & des noms de
parenté , eiiJés joignant à d'auttts
mots qui, d.éfignei]t qi^elque.dég^é
de parenté pu d'anjance. Ajcû.i^n
^ifbit autrefois Çj5 AU Coij^ii ,
Beau Sire. ,., ^ . .^. - . ...^
\ Aujourd'hui oa dit encoxe :
BfAv-Feiç,.
Be.au-Fj|ç>,
éiAu-Frcrel
/.ÇEiLi-Mere.
BziiE-Fille.
BELiï-Sirur.
,5 DICTIONNAI
III. Il eft devenu le nom d'un ad-
verbe de quantité :
Beaucoup, en quantité, La fécon-
de portion de ce mot peut venir
du Latin Copia , abondance ;
BelU-Copia, une abondance mer-
veilleufe , étonnante.
Ou du François Coup, un Coup
de filet , un beau coup , coup de
filet qui a amené une abondance
de poilîbns.
Coup de fujîly qui a abattu une
multitude d'oifeaux-
On peut choifir , d'aatant mieux
que Coup & Copia, doivent venir
de la même racine.
IIL
BAL, prononcé Bel, & puis
BL , nom de couleurs.
BLANC, nom de la couleur du jour ,
&: de la lumière. L'étymologie de
ce mot étoît abrolument inconnue.
Il venoit des Francs , difoit-on ;
mais d'où l'avoient tiré les Francs î
De Blenken , briller , rcpondoit
WACHTEK.;mais d*où vient Blen-
ken lui-même;Les anciens Theutons
difbient Bleichen pour Blanchir ;
on le trouve dans Ottfrid. L'adjec-
tif étôit donc BUich ; 8c certaine-
ment dans des tems antérieurs ,
Bloc. En jiazalant ces mots , ils
devinrent Blanc , & Blenken.
Mais Blac , Blanc , Bleick
n'étoient autre chofe que le fubf-
Wntif Bel y lumière , joint à a^ ,
RE ÉTYMOL. 96
eik , qui fignifie pojfejfeur ^ parci-
cipant, qui a.
Blanche.
Blancheur, la qualité d'être blanc.
Blanchâtre , blanc Gilc , mêlé.
Blanchissant , qui devient blanc,
qui prend une couleur blanche.
Blanchir, rendre blanc ; i°. le
linge en particulier.
Blanchissage, adion de blanchir.
Blanchisseur & Blanchisseuse.
Blanchisserie , Blancherie , lieu
où l'on blanchit les toiles.
Reblanchir , blanchir de nouveau.
II. Blanc , monnoie d'argent qui
valoir en France cinq deniers.
On fe fert encore à Paris de
l'expreffion fix-blancs pour défi-
gner la valeur de deux fous &
demi , qui fiant en eflFet fix blancs
ou }o deniers.
Blanquille, nom que cette mon-
noie porte aûuellemcnt en Bar-
barie.
Blanche , nom qu'on donnoit au-
trefois aux Veuves , même aux
Reines Douairières ( la Reine
Blanche ) parce qu'elles étoient
habillées de blanc.
Blanchet , efpece d'habillement
blanc , fervant aux femmes.
Blanquette , vin bbnc de Lan-
guedoc; 1°. forte de poire blan-
châtre i 3°. ragoût à ûuce blan-
che.
De Bla , blanc , joint au mot
f4rd f fe fprma Blafard , nom
4c?
27 FRANÇOIS
des objets dont la couleur tire fur '■.
le blanc-, i°. nom des ctofiès qui
fe décolorent & blanchilTent.
IIL Balzan , cheval qui a des mar-
. ques blanches , foit au front , foit
aux pieds.
Nos Etymologiftes François ont
bien vu que ce mot tenoit au
Grec Balios , phalios , qui figni-
fient tous deux blanc y luifani,&c
qui ont défignc les marques blan-
ches dont il s'agit ici : mais ces
mots Grecs viennent eux-mcnies
du n;ot Bal dont nous donnons
ici les diverfes familles.
Bal i dit Procope , défigne chez
les Barbares un animal oui a des
marques blanches au front. . ;
Bailh , (îgnifie la même chofe en
Bas-Breton.
Ba^llet , en vieux François [, un
homme à tache blanche. . ^;:^
IV.. BLEU, autrefois Bl AU , couletir '
du Ciel , Allem. Blajt , Angl. i
Blew.
Blaveole,
Blavet, Bleuet,
V. En Celte Blah , . ,.
, , „ „ f couleur en
Anglo-Sax. ^ifOK >> < - ,
Allem. Blech , 3 gênera .
VI. BLASON, art oufcience des Ar-
moiries , des Armes fymboliques.
On a donné diverlês étymolo-
1 g^s de ce mot: celle qui prévaut le
tire de l'Allemand. 5z^5£iv,, fon-
ner du cor , parce que c'étoit
l'ufage dans les Tournois d'annon-
Dicl, £tym»
.\
fleurs de cou-
leur bleue.
-CELTE. BAL 5?3
cer chaque Tenant par le fon du
cor.
Le DucHAxa très -bien vu qu'il
venoit au contraire du vieux Alle-
mand Blas ,; un figne , une «wr-
que. On dit encore en Allemand
B/eJf, un figne , en langage popu-
laire.
Ajoutons une chofe très-remar-
quable ; c'eft que ce mot eft com-
m.un aux Arabes. BLith.^ ou Bla^^ ,
JkJj fignihe clwz eux Iir/zgnia, prc:-»
ciicment ce que nous, entendons
par Armciries , fignes des. Fa-
milles. ,,•
VII. BLQND , couleur d'Apollon ,
ou du Soleil ; 1°. celui qui a cette
couleur.
Blondin, qui eft de couleur blonde.
Ce mot vient de Bla, Bleo , de
.:, même que Flav-us des Latins
j; qui aia même fignifjcation.
yill. Éblouir , blelTer , étonner les
yeux par fon grand éclat, par Ça.
beauté.
Éblouissant , qui éblouit.
IX. Bluette , ctiiicellô , à çaufe de
..(a couleur, ^
X. Dans l'Évêché de Verduria MP^^
fignifie flambeau, brandon : le refte
de la Lorraine prononce Bure Se
Suire ■■, la Flandres , Boure.
XI. BLESME, Blême, couleur pâle»
fléirie.
Ln kWtm. Blaff.
De-là au figuré :
BLASMER, & enfuite BLÂMER , in-
G
99 DICTIONNAIR
culper une perfonnCjla flétrir par
des cenfures : Ical. Biafmare.
Blâme , cenfure , inculpation.
Il falloir être réduit à une gran-
de extrémité , pour chercher l'ori-
gine de ce mot dans le Latin
Blafphtmare.
I V.
BAL , prononce Bal , Bail , Vail ,
d'^nihàni puijfanct , force , garde.
I. BAIL. Antoine LoiSEl , ou POi-
Jeau , s'exprime ainll dans fes Injîi-
tûtes CoutumUres :
>• Bail , Garde , légitime Adminif-
r> trateur & Régentant , (ont quafi
» tout un j combien que jadis &
» encore en aucuns lieux, Garde
• « (è dit en ligne direfte , & Bml
» en ligne collatérale.
2*. Contrat par lequel la poC-
feflion d'une chofe paflè en la
puiflance ou en la garde d'un au-
tre pour un tems & à des condi-
tions dont on convient.
Avoir en B ail , c'eft avoir fous
h gaide , fous (à tutelle.
Lac barb. Bailà , Baiiivm ,
tutelle
Bailler , donner par bail; i°. don-
ner en général
Bailleur , qui fournit, qui donne ;
- vn Bailleur de fonds.
En ItaL Bulia , puiflance ,
pouvoir , autorité.
Balioso , puiflant , fort.
£ju⣠, goavetacc ^ xc§t^
E ETYMOL. 10*
1°. élever , nourrir.
Balio , Père nourricier.
BuLlE , Nourrice.
Langued. Baille , Nourrice.
Auilî les Italiens fe aoient re»
dcvables au Provençal de cette
famille de mots.
IL BAILLIF , Bailli , Chef de la Jus-
tice dans une Province , Gouver-
neur d'un territoire , &g. Les Sei-
gneurs ont des BaiUifs dans leurs
Terres. Les Républiques Suiflês
ont des Baillife dans leur Territoire,
La Religion de Malte en a dan*
fes Commandcries.
Bailliage , Jurifdiûion du Bailli»
Baile , nom des Ambaiïàdeuct de
la République de Venilè , borné
enfuite à celui qu'elle entretienc à
Conftantinople.
IIL BALE y en pays Mellln , Sagt-:
Femme.
rv. Bailliul > celui qui remet les os
diûoqués & les côtes enfoncées^
Ce mot appartient donc à fin
même famille que Boit ,, Sage-
Femme»
On a défîgné ces deux fbnâtons
par l'idée d'habileté , de puiflàncc.^
MÉNAGE crut trouver l'origine de
ce nom dans lafemilleBAiLLEUL,:
originaire du pays de Calais, qui
a donné des Préfîdens au Parlement
de Paris & qui pofTédoir l'art du-
BaiUeul dans unhaut degré , com-
me on peut le voir par l'éloge que
SaveU ii. Saujtz-Makthx a-- Eus-
Ui FRANÇOIS
de Nicolas Bailleul qui vivoit en
1568,
En fuppofànt ce talent pofTedé par
cette Famille de père en iîlsdansun
haut degré , ce qui feroit un beau
citre de nobleflc, il eftplus naturel
de dériver ce nom de Famille du
talent même qu'elle potTédoit.
C'cfl: également à tort qu'on dé-
flvoit £aU, Bailler , Bai le, du La-
dn Bajulus, ou du Grec Baîou-
Jost qui fignifient Porteur, celui
qui porte Se qui élève , un Nourri-
cier, un Précepteur , un Gouver-
neur. Ces mots viennent eux-mê-
mes de la Famille Bal. Il Êiut de
la force pour porter , pour éle-
ver, &c
Ces mots tiennent ainfi à ceux
icyAL-eur, Vaillant , Vaillance ^
au Lat. Val-cû, VALor; à VjLL- ide^
en Lat. VAt-idus.
De- là viennent tous ces mots
dont on ignoroit la lôurcc:
y. Baliveau , jeune Arbre qu'ort
laifle debout lorsqu'on coupe un
bois- taillis ; les élèves qu'on laiflè
fur pied , & qui font la /i<r#e, la
fieur, l'eipérance de la forêt.
L'Ital. BjtiDOf hardi,courageux,
vaillant.
Bav pour Bai, folive mife par le
travers d'un Vaifleau pour affermir
!e bordage.
Bawdement, de toutes fes forces,
Danfer Baudcment,
ItaL BaldamtTue,
CELTE. BAL lOa
Baudes , petites pierres attachée»
aux filets des Madragues : de Bal ,
force ; ces pierres étant deftinées
à Étire cflùrt fur les filets , à les
maintenir.
Baud, Chien-courant: de Bd/, for-
ce , parce qu'il eft fort , & qu'il
rélîfte à la fatigue.
Baudir , exciter un Chien à la
courfe.
VI. BAUDET , maître Baudet.
Ce nom de l'Âne eft tiré du
Celte , tandis que ce dernier nom
vient de l'Oriental.
i". Baudet, Tréteau fur lequel le»
Coupeurs de bois pofcnt les bran-
ches qu'ils doivent couper.
3*. Baudet, celui que fes Collègues
chargent le plus qu'ils peuvent.
De Balf porter, puifque l'Âft*
eft une bête de (bmrae.
VII. BOIDIE, vieux mot François
qui fignifioit trahifon 1 finefle , &
qui forma le verbe
Boiser, tromper, trahir, d*où vien-
nent nos mots :
Em- BOISER , féduire , tromper par
fes carreffes.
Em-boîseur , (cdufteur.
BODEK , dans le pays Meflîn ,
tromper , féduire.
Lat, barb. Baudia , ^
BAuciA.jf^'o"^^»
trahifoh , crime capital.
On aura dit dans l'origine,
&AIBIA , qui aura fignifié effronte-
' rie , impudence , menfonge hardi ,
Gif
i^j DICTIONNAI
du mot Bal, hardi.
V.
B AL , élevé.
Dé BAL , pris dans le fêns d'éléva-
tion , (ont venus les mots fiiivans :
I. Balise , Mât élevé , ou tel autre
indice de quelque écueil caché.
Ital Balzo , Rocher : en Nor-
'mandie , Falaise.
n. BALUSTRE , 1 , . . r
> Apuis qui lou-'
Balustrade, \ '^ ^ . .■
tiennent , qui retiennent.
III, BALCON , ha.1 Balcon£, Saillie
qui eft fur le devanr d'une màilbn
'■■Se J^îu^entoOTe une baîuftrade. •
L'Ahgloiï 5- l'Allemand Balke ,
poutre i chevron , tiennent à la mc-
ime/â)iîifteiain(î que le Celte & Bas-"-
Bïetoii jBiilecg', faillie, avance d'an
bârimèiit'.Rat5<ï/Ci),/'a/cw,Plâncher.
'^KL'flfrott^ér , Couvrir, Garantir'. '
BAL, Qq^n'iRii^t fort ^ puiÛant f gar-
dien ,,proteiLeur , défigiia donc na--
rJïeUémerit les idées ' de prçtiger,
de garantir^ de couvrir , mettre à.
couvert. On en Bt donc le, nom des
.... - .: --■;•.-'.?-/
objets qui av oient cette propricte.
De-là tous ces roots : „ „
I. Bale , la paifle , l'écorce^ailîeulê
qui enveloppa l'épi de blé » fa^ de,
toutes Ifs^plaçtes farinc\iles , amy-
lacées; & qui- le feparc quand on
bat le blc
x\ AuRgutL une chofè de peu
flff valeur.
RE ETYMOL; 104,
IL Bale , Cofîre à inarchândifes , &
qu'on tranlporte d'un lieu à un
autre : d'où ,
Balot , petite Bale.
Porte-bale.
Em-baleur. , qtd fait des BalotJ.
Em-baler,
Dc-baler,
I .,' Embâlage.
i _ Rem-baler des Marchandifês ,
! un compliment.
III. Balen , en bas Bret. Couverture
de laine.
; Bi).LANDB.AN , ItaL PALANDRANoiy
gros ,Mante«Ui pour le mauvais
tems.-
C'cft un augmentatif du Latin
Palla ,' une Robe ; les Latins ont
dit iuQîFALiJUM^ \m Manteau :
' d'où l'Itsd. Pa///o vManteau, &
notre P-ALLWM , Manteau de cé-
rémonie des Evêques. y
Balise, grofle étofiè de laine qiU
Ccn à faire des embalages
IV, Pe>u, anciennement PtL , enve-
loppe, du cqrps & de quelques fruits.
: Lat. Pellis . Langued. Pel^ ItaL
I !»«//<;, .A^lei|).;F^LL.
Peaucier , Jklarchand de Pcaur.
Peler, enlever la peau.
j^f/f j'qui a la p^au enlevée»
L •., VfLLys-i Latj Tpifon ; de Pell ,
ViiiN ; efpccè de Parchemin ,. parce
qa'il eft fait de Peau , Pcl , VeL
J'J BAZANE, Peau de veau, de mou^
; Mil dont on fc fert pour les cos^
lo; FRANÇOIS
vcrtures de livres. Ce doit être une
altération de Balzane , formé de
BalzaN , dont nous avons parlé
ci-deffusi&s qui fignifie tacheté de
Blanc
Balzane, Peau blanchie, préparée.
4**. Valise, elpéce de Baie.
V; BALET, en vieuxFranqois, Rebord
du toît, avance ou faillie du toît ,
ti qui met à couvert ceux qui (ont
aux fenêtres &-les paflàns. On trou-
ve ce mot dans les Mémoires de
TEtat de la France ious Charles IX,
féconde édit. vol. II fol; 5 6. Nos
Etymclcgiftes cioient bien intri-
gués fur l'origine de ce mot. Il
fubfjfte encore dans les fuivans :
Balet en Poitevin, BALEluu'Ldx.
barb. Portique couvert pour les
Foires.
BAL^TOM,en Bas-Breton, Claye,
Couverture j mot employé daiis le
procès de la Canonifation de Saint
Yves.
Bai A Y ou Bal' , en Langued. une
Saillie , une Avance ; z". un Au-
vent.
BALDAQUIN, IuIBaldacchjno,
Dais , Poêle , couvert porté fur des
colonnes. C'eft un dcrivé de Ba.-
/«/•, BaletUy Balda , Couverture,
. Toît.
BAUDRIER, Lat*BALTHEUs, ceintu-
re. La Ceinture ancienne (èrvoit
de poche ,. de bourfe ; ce mot vient
4<wic ég^kuieui de Bal , Balia. \
-CELTE. BA 'io(?
Baudroyer , préparer les Cuirs pour
les ceintures.
VII.
BAL, s'élancer ; fejetier en hauc^
jetter , lancer,
BAL , fîgn'fiant élévation , élevé, dé-
fîgna également les idées de s'é-
lancer; ^^. jetter, lancer : de-là
tous ces mots :
I. Bal , AfTemblcc de perfonnes quî
danlènt , qui Ciutent , qui perdent
fans cefle terre.
Ealet , Danfe figurée, & prelque
entièrement compofce de fauts.
Baler , vieux François y danfêr ,
lâuter; Ital. Bal are , Lat. barb.
Ballare , Grec Baltizo.
Baladin , > Danfeurs Se Sauteurs
Baladini, 5 des deux fexes.
Balade , Chanibn de quelques cou-
plets , avec un refrain.
Ce nom étoit vraiment François;
cependant nos Etymologtfles ont
renoncé à en chercher l'origine. Ils
ne pouvoient voir que les Balades
croient des airs à danfer, à laUr^ '
& qu'ils en prirent leur nom. Le
refrain efTcntiel à ces Chanfôns,
en cfl une preuve fenfible. De-
là :
Baladoire , nom des Fêtes de Vil-
lage, parce qu'on y iale , qu'on y
danfe & qu'on y cabriole,
IL De Bal, les Grecs dient Bdllô,
lancer, jetter ; d'où vinrent;
Baliste , .lat. Baljsta , Grecy.
107 DICTIONNA
BAtiSTÊs, Machines à lancer des
pierres.
Arbalète , mot altéré de
^RC à Baleste , Arc à lancer
des pierres.
Arbalétrier , armé d'une Arbalê-
tre. On avoir autrefois Ses Com-
pagnies d'Arbalétriers.
III. BALAY , petites branches atta-
chées au bout d'un bâton pour jetter
loin y pour enlever la pouflîere
d'un appartement, &c.
Balayer , nettoyer avec un balai.
Balayeures , ce qu'on a raflemblé
eu enlevé avec le balai.
Balayeur , Homme, 7 • 1 1 „
> qui balaye.
Balayeuse, Femme , J
Balaa en Lat. barb. Bala.en, en
Bas-Breton Balay.
Balaznen , en Bas-Breton , Genit ,
■parce qu'on en foit des balais.
IV. Belliqueux , qui aime la guer-
re , brave à la guerre : du Latin ,
Bellum, Guerre; mot qui tient au
Grec Bnws , un dard , un trait ,
une arme ofïènfive.
D£ Belô, Balô , lancer , darder.
VI II.
BAL, grand , gros.
Les idées de grandeur, de grof-
feur, de puiffance, ont toujours
été exprimées par les mêmes mots ;
on dit en François un homme puif-
fant , en parlant d'un homme
grand & gros ; ainfi BAL qui dé-
ïgaa la force f la puijfance ■, a défi-
IRE ETYMOL. loJ
[ gné auffi la grandeur , la groffeur.
II. Lat. Bellua , animal à quatre
pieds ; 1*. grofTe bête.
BALEINE, Lat. BALAiîfA , parce que
c'eft le plus gros des poiflbns ,
qu'il eft d'une grandeur énorme ;
1 . Côtes des corps à jupes ,
parce qu'elles (ont &itcs avec les
côtes dfi la Baleine.
IL De Bal, Bel, gros, on ^tBeloe, Se
puis Bloc, grofle niaffè, tronc,
foucbe. Ce mot qui eft François ,
Allemand , Anglois , Flamand »
Runique,Iflandois,&c. eft vériable*
ment Celtique , compofc de Bal ,
Bel , grand , & Oc , gros.
En Bloc , prendre une chofe ca
maflè, en entier.
Bloquer une Ville, un Château ,
les renfermer en entier avec des
arbres , des troncs j &c.
Blocus , Barricade , Siège d'une
Ville , d'un Château.
Ablocquier & Ablochier, dont
on a fait l'abjedtif Aùloquié & le
fùbftantif -<^Wo/. Ce verbe défigne
l'aAion de (outenir les folives qui
forment un bâtiment de bois , par
un mur de deux pieds , ou d'in-
férer l'extrcniité de ces Iblives dans
des blocs de marbre ou de pierre.
Ce mot eft donc compofé de
la prcpcfition A & du mot ilôt :
cy eu changé en ^ & en /.
I X.
BAL , ail, &c.
BAL, défignant le foleil qui eft rond.
10^ FRANÇOIS.
& l'œil du Monde , eft devenu le
nom des objets qui font ronds &
roulans ; mais dans ces occafions,
fâ voyelle a varié & a pafTé par
tous les fôns ; on a dit Bal , Bel ,
BiL , Bot , BuL , BouL, pour dif
tinguer les divers objets qu'on
avoir à nommer.
I. BALE , qui fignifie une boule ,
une paume à jouer ; i°. cette
boule de plomb qu'en met dans
le fufil , & qui eft chaflee au loin
par la poudre & le iâlpètre en-
flammes.
Il tient au Grec Palla , «ne
Paume , au Bafque Pella , un
globe, au Latin PllA , globe.
Baloh > efpece de paume groflTe
comme la tête d'un enfant & rem-
plie d'air ; i°. inftrument de Chy-
mie qui a la même forme.
Balot! , petite boule dont on Ce
fërt pour donner fon fùfirage , ou
pour tirer au fort.
Baloter , donner fon fufCage avec
une balote ; i°. ia^oter quelqu'un ,
fc ceavoyer de l'an à l'autre.
ÏL. PfiLOTB , petite boule , foit d'c-
toSè à mettre des épingles , foit
de qaelqu'autrc matière , comme
de la neige , &c.
Feloton , chofos placées en rond.
m. PiLOLE , Lat. PiLutA , un petit
globe, une petite boule , diminu-
tif de Pila,
Kv BsLiïRB ,- îWiKau qitt fêrr à
CELTE. BAL iio
foutenir une lampe, un talifman ,
&c. comme qui diroit Bel lier ,
Bel y ou Anneau ^ui lie.
V. Bille , petite boule dont on Ce
fert pour jouer i i°. le bâton rond
dont Ce fervent les Embaleurs pour
ferrer les balots.
BiLLER , ferrer avec la bille.
Billard , jeu où l'on emploie dej
billes.
Billot , morceau de bois gros ,"
court & rond.
Billevezées , forncttes , contes en
Tair , chofes qu'emporte le vent :
de Bille , boule , globule , & ve^é ,
plein d'air , fouflc comme une
veflie.
Bilboquet , bois rond & mince,
creufc en rond par un bout , au-
quel eft fofpendue par un fil une
boule percée d'un côté qu'on jette
en l'air , & qu'on reçoit fur le
bout creux , ou for l'autre bout
qui eft pointu.
VI. Boule , globe de bois dont on
fe fert pour jouer ; i°. Globe.
Bqulet , globe de fer , dont on Ce
fert à la guerre.
Bouleverser, mettre un ^obe, une
boule c'en delTiis delfous ; i°. au
figuré , renverfer , détruire , chan-
ger rout.
Bouleversement , aélion dt chan.^
ger tout.
Bol , médicament auquel on doiTne
la forme ronde de piliule pou; le
piewdre.
m DICTIONNAI
VIL Bulbe, tête d'oignon ronde,
Lat. BuLBus.
VIII. Volute , portion d'un chapi-
teau qui repréfente une écorce
d'arbre roulée en fpirale.
Volume , ce mot lîgnifioit dans
l'origine un rouleau , parce que
c'ctoit anciennement la forme des
livres.
VoLTER, fê tourner.
Volte-Face , adion de fe retour-
ner poHr s'oppofer à l'ennemi.
Tous ces mots tiennent au Lat.
VoL-vo , rouler , tourner.
IX. Bulles , élévations rondes que
forme l'eau en bouillonnant , Lat.
BuUa.
zo. Ornemens ronds que les
Romains fulpendoient au cou de
leurs enfens.
3°. Diplômes ou Ordonnances
des Papes , à caulè du (ceau en
forme de Bulle qui y eft attaché.
Bouillir , "effet d'une liqueur que
le feu fait élever en bulles , en
bouillon.
Bouillon, cffèrvclcence de l'eau
qui le répand en bulles.
i°. Eau qui a bouilli avec des
viandes , & qui s'eft chargée de
leurs fucs.
Bouillonner , former des bouil-
lons, des bulles.
Bouillant , brûlant, liqueur qui
forme encore des bulics par fa
grande chaleur.
X. Bouillie, farine détrempée, & |
RE ETYMOL. na
qu'on a fait bouillir.
Mots compofés.
I. Bobine , inftrument rond & long
d'un demi-pied , autour duquel
en le faifant tourner , on arrange
le fil , la loie ou telle autre matière
femblable.
Bobiner , dévider du fil (ur la bo-
bine.
Ce mot d'une origine incon-
nue eft compoie de deux mots qui
fè font altérés , en s'uniflant ,
comme cela arrive toujours. Ces
deux mots font Bol, boule , rond,
& Bana , écheveaux •■, en Celte &
en Languedocien Banô , corne ;
zo. dévidoir à caufe de fes cornes.
La bobine eft même quelquefois
entre deux cornes à dents de fer.
On aura dit , Boltana , Vol-
bcna , Bolbine , Bobine,
n. BALIVERNES , contes à dormir
debout j motifs qu'on allègue
pour donner le change à quelqu'un.
M. le DucHAT a fort bien ap-
perçu que ce met étoit compoie ,
& que MÉNAGE n'avoit rien com-
pris à fon origine en le tirant de
Bajulus , crocheteur. Cependant
le DucHAT s'eft trompé dans la
décompohtion de ce mot , entraî-
né par ce paflage de Rabelais ,
Liv. I. ch. 14. »> : car ils (ont
» de nature grands jafeurs & beaux
» bailleurs de Balivernes en ma-
» tiere de fingcs rerds ; » en-
traîné , dis-je , par ce partage , il
a cru
115 FRANÇOIS
a -cru que ce mot étoic compofé
de Bailler , donner , & de verd ;
comme qui diroic , donner des
contes verds , de même que nous
dilbns des contes bleux.
Ne vaudroit-il pas mieux dire
que Balliverr.es eft pour Balliier-
nés , &c que ce mot vient de
Berne, moquerie , rifëe , & de
Bailler?
BAN.
Bain, Bon, Bun.
BAN eft un mot Celtique qui ftb-
fifle encore dans la I angue Fran-
çoife.
11 défigna dès fon origine IV/z-
femtle d'un objet , tout ce qui
tient par quelque lien : de- là une
multitude de familles.
I.
BAN, défignant le Public, tous ceuï
qui forment un mime Corps , fou-
rnis à la mime Loi.
I. Ban , étendue du lieu où le Sei-
gneur a le pouvoir d'ordonner &
d'afTujettir : de-là :
Ban Lieue , tout le terrein à une
lieue à la ronde où s'étend l'auto-
rité d'un règlement , d'une Jurif^
diftion.
Ban , convocation qui obligeoit
tous les Gentilshommes pofTefTeurs
de fiefs à fervir l'Etat à leurs dé-
pens ; dc-Ià Ban & Arriere-
Ban , pour défigncr les Vaflâux
du Roi & les Vaflaux de ces
Taflàux.
CELTE. BAN 114
II. Ban , ordre public , cri public ,
proclamation : de-là :
Ban de Mariage , ou proclamation
des perfonnes qui fè propofent de
s'unir par le mariage.
Ban des chofes perdues.
Ban , pour les vendanges , ou pu-
blication du jour où elles doivent
commencer.
Ban , Ordonnance de Police dans
une armée.
Faire un Ban par tous les Quartiers
de l'Armée.
Banal , ce qui eft dcftiné au fer vi-
ce public , moyennant une rede-
vance au Seigneur qui faifoit les
frais de cet objet & qui l'entrete-
noit.
Moulin BAKALt Four B4NAL,Pre(IôIr
eakal.
Km figuré Banal s'applique à
un témoin , toujours prêt.
Amitié BAMAiE , Cœur BANAL.
Banalité , droit qu'a le Seigneur
de contraindre fes VafTaux à fè lèr-
vir des chofês qu'il a deflinées à
être banales.
Banier , taureau banal , prefTôir
banaL
Esbanoyer., vj«ttA:-rr. prendre i'ef^
for , fecouer la contrainte.
Quelquefois pour efianoyer^
Si vient en ce lieu umbroycr.
Roman de la Rcfe.
C'eft donc de ce mot qu'on au-
ra Élit Epanouir, La fleur qui s'c-
H
11^ DICTIONNAI
panouk (brt des liens qui la ren-
fermoient. .
III. Ban , Banon , territoire public -,
champs livrés au pâturage , pour
tous les beftiaux de la commune.
On peut voir fur ce mot les
pag. 3 1 - 3 3 de la Lettre à un
Anonyme qui termine notre volu-
me fur l'Origine du Lang. & de
TEcrit.
Abandon , don fait à lan , au Pu-
blic. Les terres abandonnées font
livrées au Public , au premier oc-
cupant.
Abandonner, ne regarder plus com-
me à foi , ne prendre plus un foin
particulier , livrer au premier oc-
cupant , au premier attaquant.
IV. AUBAINE , en Latin barbare
Albanagium, &c Auienagium, droit
par lequel un Seigneur fuccéde aux
Etrangers qui meurent dans là terre.
z°. Profit apporté par hazard.
AuB AiNS y en Latin barbare Albani
& Aubani. On a dérivé ce mot d'ad
vena , un Etranger -, £ alibi-naïus ,
né ailleurs-, de hober ou auber, bou-
ger, iemuei;i' Aléanus unEcofTois.
Il vient de ^/ , autre ,& de Ban,
Jurifdiétionjcelui qui eft d'une autre
Jurifdidion , un Etranger,
V. BANNI , Bani , exclus du ban ,
de la fociété , par un ban ou or-
donnance publique.^
Banir. , chaffer quelqu'un de la fo-
ciété , d'uae JurifdJdion ^d'un lieu.
RE ETYMOL. iiS
Banissement , exil par ordonnance
publique.
Bandi , Ital. Basdito , voleur
de grands chemins; i". fcélcrat :
ce mot s'efï formé de Banni ; la.
féconde n fe changeant ordinaire-
ment en d.
Lorfqu'une . faâion devenue
plus puifTante , chalToit de la Ville
ou du Pays , ceux de la failion
oppofée , ceux-ci fè réuniffoient &
venoient en force pour rentrer ;
ou pour piller , vexer , brûler ceux
qui leur étoient contraires : de
banis , il devenoient fcélérats , &
le nom de bandits devenu flctrif^
fànt , efl reflé à ces derniers.
I I.
BAN, nom des chofes élevées &
qui fervent de réunion.
I. BANN , haut , élevé , en Celte.
Baniere , Bannière , autrefois mor-
ceau d'étofïè j bandes de couleurs
attachées au haut d'un bâton ^
d'une perche , & qu'on porte à la
tête des Troupes & des Procef^
fions pour fervir de lien , de point
dc ralliment.
Sur ces bannières , font les ar-
moiries des Chefs , ou les Images^
des Samts , Patrons de l'Eglife à la-
quelle appartient la bannière.
Le voile de Minerve à Athè-
nes , porté à la tête des Procef-
fîons , étoit une baniere.
z°. Jurifdidioa d'un Seigneur à
bannière»
117 FRANÇOIS-C
Bankeret , Banderet , Seigneur
qui a droit de bannière, Chef de
quartier. Telle ctoit la différence
entre l'Enfèignc du Chevalier Ba-
chelier Se du Chevalier Banneret ,
que le premier avoic une enfeigne
à queues en forme d'cculTon ; &
que lorfqu'on le faifoit Banneret ,
on coupoit ces queues , & Ton enfei-
gne dcvenoit quarrée , & c'ctoit
une Bannière.
Afin qu'un Chevalier pût acqué-
rir le droit de Bannière , il devoir
avoir fous lui au moins cinquante
Gentilshommes ; car il falloir qu'il
joignît l'armée avec cinquante
hommes d'armes accompagnes des
Archers & des Arbalétriers que
devoir avoir à fa lîiite tout Gentil-
homme qui fervoit en qualité
d'homme d'armes.
II. BANC , fiége élevé & long , de
pierre ou de bois , fur lequel plu-
fieurs perfonnes peuvent s'afleoir.
Ce mot eft vraiment Celte, com-
mun aux Bafques , aux Efpagnols ,
aux Italiens, aux Allemands , aux
Flamands, aux Danois, aux Suédois,
aux Bas-Bretons , &c.
Bancelle , Banc long & étroit pour
les tables.
III. Banquet ,/fy?/'/z, parce qu'on y
étoit aiïîs fur des bancs.
Banqueter , être d'un banquet.
IV. Banquette , petit banc , petit
fiége : trottoir qui forme comme
un banc
ELTE. BAN ii8
Banque , table longue qui fert aux
Marchands , aux Banquiers : z*. le
commerce d'argent, la'banque.
Banquier , Négociant qui fait 1«
banque.
Banque-route ; ce mot compofc
du mot Banque &: du mot route ,
qui vient de l'Italien rotta , rom-
pue , brilce , altération du Latin
rupca , dont nous avons fait ruptu-
re ; ce mot , dis-je , fignifie Banc ,
Banque mi(ê en pièces; celle d'un
Négociant dont le commerce eft
rompu par fès pertes.
Banqueroutier , Négociant qui 8
fait Banqueroute.
III.
BAN fervant k défigner un lien
& prononcé Band.
BANDE , morceau d'étofl'è ou de
toile, long, étroit & délié, dont on
fe fert pour envelopper; d'où ;
Bander, fèrrer,envciopper avec une
bande. En Irland. Ban a , bandé.
1°. Bande , tout ce qui a la forme
d'une bande , & qui (en à lier , à
foutenir.
3*. Bande , plufieurs perfonnes de
compagnie : i°. Troupe.
Bandeau , bande de toile , de crê-
pe, &c. qui ferc à couvrir le front :
z°. Bande qui fert à couvrir les
yeux ; Se au figuré , aveuglement
de l'elprit.
Bandelette , petite bande , ru-
ban.
ÏI9 DICTIONNAI
Banderolie , petite enfeigne qu'on
arbore au haut des NaTÏres.
Bandouliers , nom des voleurs
dans les Pyrénées, peut-être parce
qu'ils marchent par bandes.
Bandoulière , bande de cuir qui
crojfè fur le baudrier &: qui defcend
de l'épaule par devant & par der-
rière & s'attache au côté droit de
la ceinture.
Bandage , bandes appliquées fiu:
quelque partie du corps pour les
maintenir.
Bander un Arc , le tendre, comme
une bande : & par analogie , ban-
der unfujil, en tendre les relTorts.
II. Ru-BAN , mot- à-mot , bande rou-
ge , enfuite toute bande de couleur
& en foie , dont on fe lêrt pour la
tête ou pour l'aiuftement.
m. Bonnet, cocffùre qu'on lie, qu'on
ferre avec un ruban.
De-là le nom d'une étofîè ap-
pellée bonnet, parce qu'elle fervoit
à faire des bonnets.
Bonnetier , celui qui fabrique des
bonnets : z". celui qui en fait
commerce.
Bonneterie , fabrique de bonnets,
IV. BONDE , ce qui empêche l'eau
d'un étang de s'écouler par l'ou-
verture delUnée à le mettre à fêc.
Bondon , morceau de bois qui em-
pêche le vin de s'écouler par le
trou , ménage dans les tonneaux
pour les remplir ou les vuider.
Du Celte Bond , lien : en Aiir
PxE ETYMOL. I20
glois bonie, lien v en KfXtm.fpunt,
un bondon.
Bondonner , boucher un tonneau,
y mettre un bondon.
I V.
BAN , prononcé Bon , défîgnant les
bornes,1es limites qui renfermentlss
polTeffions, qui en font.des Bandes
de JurifHiclions, de diftriébsfcparés.
BONNE , rriot Celte , qui lignifie Li-
mite , Terme , Pierre qui fert à
borner , à fixer les Juriididions ,
les diftrids.
En Anglois Bouyo^ une Borne.
En Pcrigord , BosNE.
En Valdois , BOUENE.
Latin-bàrb. Bonn A , BuNDA , &
BoNARiA , Borne.
t". BONAGWM , AbONAGIVM,
Efiona^ium , Bornage.
3 **. Bon ARE , Esbonare & BuN-
DARE , borner.
BoNNARWM , an Bonnier de terre.
Je rapporte ces mots Latins,
parce qu'ils condatent l'exiftence
antique des mots qui compofent
cette Famillejaudi on lit Bonneer
pour Borner , dans les Affiles de
Jerufàlem , Chap. 157.
II. Dans le Nivernois on dit BosMEy
au lieu de Bonne , Borne ; & en
vieux François on a dit :
BoME , Borne.
BoMER , mettre des Bornes , ea
pofèr ; mot également Bourgui-
gnon»
121 FRANÇOIS
Aeomage , Bornage ; dans un Ade
de 1551, contenant des privilè-
ges accordes aux Habitans de Tan-
flAY.
AsoMAGiuid, enLacbarb. Bornage.
ABOSMER , vieux François , Bor-
ner..
III. Borne , au lieu de Bonne.
Cette altération de Benne en Bor-
ne, par le changement du pre-
mier N. en R. n'eft point rare en
François. C'eft ainfi que de l'Ita-
lien Concentus , réunion ou har-
monie de plufieurs Muficiens qui
jouei'st ou qui chantent à la fois ,
nous avons fait Concert. D'ailleurs
ce mot n'eft pas ancien i on voit
qu'il a remplacé l'autre. On en
chercheroit en vain q^uclque autre
origine.
IV. Abonner , limiter : 2". Met-
tre des Bornes, borner à un cer-
tain prix la valeur de quelque
chofe.
La Coutume de Mante, art.
XXIII , dit : » Si ce n'eft que le.
« Fief fut \vL\tzèS>c Abonné. « Sur
quoi on remarque ceci : » Ameter
» 6c Aionner , fignîfient ici mefme
« chcfê , qui eft quand le Seigneur
» Féodal & le ValTàlfe bornent ^2S
» accord de ce qu'on doit payer
M pour les profits du Fief.
On difoit auffi dans .ce fens
Terres Abonnées; de- là,.;
S'abonner , convenir d'un prik
pour un objpc
CELTE. BAN 122
Abonnement , convention d'an prix
à donner.
La Coutume d'Anjou, art. XIII,
dit Abournê pour Abonné ; on
doit donc y appelier les bornes
Bûurnes,
BAN , Jurifdiûion , Domination ,
prononcé Bon , & fignifiant £0-
vation.
De Bon , Domination , font
venus :
I. Le Celte Bon , Bun , Eminence ,
Elévation.
Le Grec, BouN-os, Elévation d'une
colline j levée de terre.
Le Vald. Bougne, Boflè caulce par
un coup.
En François Bigne, Boftê au fronc
provenue d'un coup.
Bignet , Becjgnet , pârîflèrie de
farine , d'œufs & de lait , qu'on
fait frire , & qui gonfle au feu
comme une Bigm ou Bonne,
Le Gïec Bounosj colline > dont on
a cru que cous, ces mots étoient
dérivés > vient de la même origine.
II. Bond , aftion de s'élever par un
faut , ou parce qu'on eft repoufte
par un corps étranger.
Bondir ,. en parlant des a:nimaux
qui (àutent de joie.
z". Au figuré , en parlant du
cœur qui a de l'âverfion pour quel-
que chofe.
125 DICTIONNAI
BoNDissEMENT dcs ftnimaux dans la
prairie. z°. Du cœurqui fe fouléve.
-Rebondir.
BAR,
Ber, Bor, Bre, &c
BAR , fiit un mot primitif qui dcfi-
gna la lumière , confidcrée fur-tout
relativement à (à pureté, à fa clarté ,
à fon brillant : x\ tout ce qui cft
lumineux, clair , pur , net ; 3°. tout
ce qui eft tranlparent : 4'. tout ce '
qu'on m et au jour, h. parole: 5**. la
vérité pure & brillante.
Ce mot dut donc revêtir dès le
commencement diverfes formes,
pour diftérencier ces divers dévelop-
pcmens d'une même idée. De-là
naquirent diverfes familles (orties
d'un mcme tronc ; mais qu'on ne
reconnoifloit plus,à cau(ê des difîé-
rences qui régnent entr'elles. Telles
flirent , relativement à la parole ,
toutes celles-ci :
Barja , chez les Languedociens ,
Babiller.
Parler , chez les Ffançois.
Haranguer , chez les mêmes.
Verbe , venu des Latins.
Marmotter,
Plufieurs mots François en Bar.
Bard , Chant chez les Celtes.
Telles font celles-ci relativement
à la pureté , à la netteté :
Vérité , des Lat. & des Franc.
Ber, Berth, clair & brillant, des
Theutons. & des Gaulois ; d'où ,'
RE ET Y MOL; 124
BaiL-ler , des Franc. & des Ital. au
lieu de BER-iller.
Mar , jour ; i'. parole, chez les
Orientaux & les Grecs.
Bar, clair, lumineux, chez les Orien-
taux.
Quoique ces divers mots com-
mencent par des lettres différentes,
B , V , M , P , ils n'en appartiennent
pas moins à la même Famille, par-
ce que toutes ces lettres font des
nuances de la même touche > la
touche labiale , (< par conféquent
très - propres à nuancer les mots
d'une même famille.
Nous nous bornerons ici aux
Familles en BAR,BeR, Bae.
I.
BER , BRE clair , lumineux ;
**. feu.
De BAR, lumière, jour, employé
dans le fens de clarté , (ont venus
les mots fuivans :
L Gallois Berth , luifant , brillant ;
2°. net, propre, poUj mot égale-
ment Teutonique,
Et le Gallois Bernais, brillant,
éclat j 1°. vernis.
Vernis , liqueur gommeulè qui ,
appliquée fur un objet , en confcrve
l'éclat &: la fraîcheur.
Vernisser , appliquer un vernis.
La plupart des mots de cette Fa-
mille , ont perdu à la longue leur
voyelle primitive, ou plutôt , on l'a
placée la derniere,aprcs la conibnne
i2f FRANÇOIS
R ; de-là des mors dont par cette
raifbii il étoit difficile d'apperce-
voir l'origine : tels ceux-ci :
Brillant , qui a de l'éclat, au lieu
de BeRillant.
Briller , jetter de l'éclat , de la lu-
mière ; Ital. Brillare , briller ;
X °. éplucher , ccofTcr , rendre net..
Allem. Brinnzs, brûler : Irland.
Breo , feu.
Brill , qui fignifie des Lunettes en
Holiandois, parole venir de cette
même Famille. On dit, il eft vrai,,
qu'elles portent ce nom parce
qu'elles furent inventées à la Brille,
Ville de Hollande -, mais ne feroit-
ce pas une étymologie à la grec-
que î
II. Bjer, devenu Bre, donna lieu à
une Famille trcs-confidcrable , re-|
larive fiir-tout à la chaleur & au
feu ; de-là tous ces mots :
Brûler, confùmer par le feu , au
fimple & au figuré.
Bruleur.-
Brulot.-
Ital. Bruciare , ?, i,
. ibrûler , rotir , qui
AbRUCIAREjJ
ne font certainement paç dé-
rivés du Latin , nuis de la
Famille dont nous parlons ici.i
Ml. Braise , charbons allumés.
Grec , PitisfS, incendie.
Braiô , brûler.
Ital. Bracia, Bafq. Brasa, braife.
Brasier , grand amas de charbons!
ailuiiiés..
CELTE. BAR 12S
Em-brâser , incendier , mettre ea
feu.
Embrasement , grand incendie.
Brandon, torche allumée, feu,.
Le Dimanche des Brandons,.
ou premier Dimanche duCarêm.» ,
& qui doit fon nom aux torches.
qu'on allumoit ce jour- là en fîgne de
purification ; ce jour d'ailleurs (è ren-
contre toujours en Février, mors des
Purifications ou de la Chandeleur,
On donne à Lyon le nom de
Brandons à des rameaux verds que
le Peuple va cherchei: tous les ans
au Fauxbourg de la Guillotiere , le
premier Dimanche du Carême ,,
auxquels il attache des fruits , des
gâteaux , des oublies , &c. & avec
lefquels il rentre dans la Ville.
* - Cet uiâge efl de la même na-
ture que celui dont nous avons fait
mention dans l'Hiftoire du Calen.-
drier, pag, +52.
Brandevin , vin brûlé.
Brandevinifr , qui fabrique & vencï
du vin brûlé.
IV. ItaL Bronzino , vifage brûlé ^
enflammé , hâlé.-
■Bronzo , bronze.
Bronze , métal refplendi(nint& eni"-'
brâfè, compofe de cuivre & de;
zînc.
Allem. BnvmT, ardeur ;• 2*' cm^
• brâfemenr , incendie.
V. Brttnir , édaircir , polir avec \&
brunifToir. - '•
Brunissoib ,. outil", atrfitfiit^'d aqjielî
1*7 DICTIONNAI
on met de la fanguine pour brunir
l'argent.
Britnisseor , Brunisseuse, Bru-
nissage.
Ical. Brunire , Brvkijore , &c.
VJ. BRiQUE,qiiarrcs longs de terre cuite
aufeu,& dont onfe (èrtpour les bà-
riinais , lûr-tout dans les pays où
l'on n'a pas de pierres de taille ;
de Br£o , fèn,
Briquethr.
Briquetage.
BRiqUETERIE.
Briquetier.'
Ailem. Brick.
VII. Brandir , Lancer , darder; i*.
faire briller.
jBrakd , Br ANC , vieux mot , fignî-
fiant bâton , épce qu'on fait briller :
ce mot peut tenir ccpeadant à la
. EnûUe Bran.
ïtal. Bran DO y épée.
Brandiller, balancer, agiter-, ce
mot peut appartenir à brandir.
VIII. Le fombre cfl l'oppofè du bril-
lant: on a donc fait contrafter leurs
noms i & parce que Bre fignlfioit
Brillant y on a clioifi Brv pour
dcfigner jomère , noir , trijle , lu-
guire.
Brume , rems (ombre & couvert.
Brun , couleur (bmbre pre(que noi-
re ; homme de cette couleur.
Brune , Brunette , Femme ou
fille qui a la même couleur ; i *.
fcrte de chanlbn.
Ce moi eft Italien , Elpagnol ,
RE ETYMOL; 128
j Anglois , Suédois , Anglo-Saxon ,
Breton , Theuton , Allemand mo-
derne , où il le prononce Braun.
II.
BAR , 1°. Parole.
Ce mot primitif a pris chez les
Celtes & dans la Langue Françoii'e
cinq oufix formes différences pour
diftinguer les diverlès idées relati-
ves à la parole.
Les idées relatives à la parole
elle-même , ont été exprimées par
le lôn fort par , d'où PAK-ler ,
VAK-ole , &c.
Les idées relatives à la partie la
■ plus excellente de l'art de parler ,
ont été exprimées par le radouci
VER , d'où VERBE & là famille ,
AVAR, parole en Breton , &c.
Les idées relatives à la parole
en public ont été exprimées par le
Ion a/piré har, d'où HAK-angue y
HAR-anguer y Sec.
Les idées relatives à la parole
poétique ont été expriniées par le
mot Bard.
On n'a continue d'exprimer par
BAR que des mots qui ne for-
moient point de familles , & don:
on ignoroit l'origine. Tels fonc
ceux-ci :
I. BARBARE , mot Gr»c & Latin ,
qui défigne une perfbnne coiimie
étant d'un pays non policé , dont
les mœurs (ont féroces , & dont
on n'entend pas la Langue ; i°.
un
12P FRANÇOIS-
un homme cruel , féroce , fans
pitié.
On avoir cherché en vain l'e-
rigine de ce mot , parce qu'on
fuppofoit mal- à -propos qu'il ne
délîgnoit que l'idée d'étranger.
Bar-bar marquoit celui qui dit
des mots inconnus , qui fait Bak
(ans qu'on l'entende.
Barbarie , état, fituation, mceurs
du Barbare.
Barbarisme, faute contre la Lan-
gue , comme fi on parloir une
Langue étrangère.
Barbarement , avec cruauté, com-
me un Barbare.
n. BARAGOUIN , le langage d'un
Barbare ; mots auxquels on n'en-
tend rien.
Baragouiner , faire bar , bar ,
prononcer des mots inconnus ,
' étranges.
Ce mot s'accorde donc parfai-
tement avec l'origine ou la valeur
primitive , & de Bar Se de Bar-
bare.
IIL BARGUIGNER , ne pouvoir
tomber d'accord , ne pouvoir fe
réfoudre à parler (bar) le même
langage que celui avec lequel on
veut convenir de quelque chofe.
Angl. Bargain , marché ,
marchander.
Gallois Bargen , marché ,
contrat , convention.
IV. B ARRET , Lat. Barritus ,
cri de l'Eléphant & du Rliinoceros,
Vicl. Etymal,
CELTE. BAR 130
Lat.barb. Bardire, rugir, crier*
BARï>icArro , clameur , cri.
1°. BAR , prononcé Bard ,
Poéfie , chant.
BARDE, nom des Poètes- Muficiens,
des chanteilte , chez les Gaulois &
les anciens Celtes.
Cette femille fubfifte encore
chez diverfes Nations qui defcen-
dent des anciens Celtes & Gau-
lois.
Irland. Bardan, Chantre.
Bardas, Chanibn;
Gallois. Barddoni , Poètes.
Barddas , Poéfie, Hif
toire.
Bas-Bret. Bardd , Comédien ,
Bardic , Joueur de
flûte.
•Bards , Joueur de
vielle.
30. BAR , donner le change par
fes difcours , tromper.
Vieux Fr. Barat , Baratterie ,
tromperie , fraude.
Quercy, Baratar, tromper.
Ce mot eft également Bas-Bre-
ton , Itahen & Efpagnol : d'où
rifle de Barataria de Sancho
Pança, Ijle Trornpeufs.
En Bafque Barataie, échanger,
Barataria , troc[ueur, brocanteur*
IIL
BAR , Force , i°. Homme,
BAR, fignifia Force t Se i°. l'Homme
I dillingué de la Femme, appelle Bar^
1^1 DICTIONNAI
ou le Fortf parce qu'il a la Force
en partage.
En Franc. Bar , Anglo-Sax.
JTar , Goth. JFair , Lat. Fir ,
l'homme ; i°. le Mari , le Fort.
Baro, en Lat. un liomme fort &
vaillant. Hirtius Pansa fe fert de
ce mot dans l'Hiftoire de la guerre
d'Alexandrie , liv. I. ch. 5 ? , &
Ciceron dans fès Lettres à Atticus ,
liv. V. letf. 1 1 . Ce même mot
cft Eipagnol,
En Gallois BAR-on , un Guer-
rier.
1°. Baro, en Latin , un Mcr-
ctnaire , parce qu'il foutient le
poids des travaux. C'eft par la
même raifon qu'on dit à Paris les
Forts de la Halle , pour dcfigner
les Crocheteurs de la Halle , à
caufe de leur force.
De-là en vieux François :
Ber , homme diftingué par fa nai{^
fànce , noble. Ville -Hardouin
parlant d'un Comte du Perche ,
dit : « Enfi fina li cuens & morut ,
»> dont granî domages fli. Et bien
• 5> fu droiz , car mult ère hait Ber
» &: honorez & bons Chevaliers.
C'eft-à-dire , c'eft ainû que le
Comte termina là vie & qu'il
mourut , ce qui fut une grande
perte : on voyoit en lui un hom-
me Ibuverainement droit ; auffi
étoit-il un Haut Ber , un Haut
Seigneur , un Chevalier honoré &
digne de l'être par fa boû^c». ^
RE ÉTYMOL. ij^
Spelman n'a pas ignoré cette
valeur du mot Bar : on peut s'en
alTurcr par fon Gloffaire Latin Bar-
bare.
BARON, ce mot dcfigne , i«. un
grade , une qualité au-deflus du
fmiple Gentilhomme , & au-deflbus
du Comte.
z°. Tous les Seigneurs qui re-
lèvent d'un Prince, les Grands d'un
Etat : on difoit les Barons d'ua
Royaume i ce Prince vint avecfès
Barons.
3°. Il dcfigna un homme fort,
un mercenaire , un falarié.
4°. Dans quelques Provinces ^
le Mari. Mon Baron, dit une fem-
me en parlant de (on Mari.
De Bar prononcé War , vint
Loup-Garou , en Allemand B^R^
wOLt , Homme-Loup.
Cette famille tient à Mar ,
M ART , qui fignifient également
Homme.
Dans les Loix Saliques, Ripuaî-
res , Alamanniques , Lombardes ,
Bar , ou Baro , fignifie un Hom-
me par oppoCtion à Femme ; Baro^
& F«mina.
Les Saxons ont prononcé W^R y.
ou Wair, de même que les Goths.
Les Femmes Wallonnes , ap-
pellent leurs Maris mon Baron :
il en cft peut-être encore de même
en Champagne.
Dans le .Roman de Rou > oa
voit ce vers remarquable :.
i55 FRANÇOIS
Li BeR Quans de Poitiers ,
Qui Sire eft des Gafcons.
« Le Baron Comte de Poitiers
w qui eft Sire des Gafcons.
Ce nom étoit analogue à notre
mot Grand , Grandeire. Il n'eft
pas étonnant que les Montmoren-
cis l'euflent toujours conlèrvc.
De ce mot on fit Barnage ic
Bcrnage , pour dcfigner l'afTemblée
des Grands , des Barnés , des
Barons. ^
Les Barons d'un Comte , d'un
Duc , d'un Roi , s'appelloient fa.
Baronie.
Philippe de Mousk dit :
Hue le Grand & les Bardés de
France ,
Le Roi & fa Baronnie,
Si fit guerre , par Arrame ,
A Pépin le Seigneur d'Auftrie,
• IV.
BAR , BoR , BouR , défignant l'idée
de Porter dans toute (on cxtcn-
fion , ou avec toutes les idées fu-
bordonnées à celles-là.
BAR , défignant la force , devint par
conféquent la racine des mots dont
on fe fervit pour défigner l'idée
de Porter qui eft l'effet de la
force , & toutes les idées qui en
dépendent : de-là une foule de
mots en B , fans compter ceux en
F , en V , en Ph , Sec. qui forment
eux-mêmes des familles imraen-
fcs.
CELTE. BAR 134-
Le Celt. Bar, Ber, branche,
rameau ; d'où vinrent Feru des
Latins , broche.
Verrou, branche de bois, de ftr,
&:c. dont on le fert pour fermer. '
ViRGA des Latins , Verge ,
branche déliée & dépouillée de
fes feuilles.
BARRE , en Elpagnol , & en Latin
y ARA, pieu, pièce de bois ou
de fer , longue & forte comme
une branche d'arbre , & dont on
fè fert pour fè fortifier , pour fc
mettre à couvert.
BARREAU , I °. branche de bois ou
de fer dont on garnit les lieux
qu'on veut garantir.
De-là, 2°. le lieu où plaident
les Avocats , parce qu'il eft féparé
des (peâateurs par des barrières.
3°. Le Corps même des Avo-
cats , ceux qui ont droit d'être au
B are au.
BARRIERE , pièces de bois , barres
placées de manière à fermer le
paiïàge.
Barricades, retranchemens , for-
tifications avec des branches &
autres chofes.
Se barricader , défendre l'en-
trée du lieu où l'on eft par des re-
tranchemens.
BARRIGEL , Capitaine des Sergcns,
ou HuifTiers en Italie. Dans les
Capitulaircs de Charles le Chauve,
chap. XXXII. tit. } 6. les Huiffiers
font appelles Barigildi , à caufe
lij
Cercueil.
15^ DICTIONNAI
de la yerge ( Bar ) qu'ils portent.
BAR , BoR , BouR , fignifîant Sur ,
& ee fur quoi on pone : de-là :
j ". Bar, civière renforcée ou machine
compofée de deux branches en long
traverfées par d'autres & dont on
le fart pour tranlporcer des corps
pefâns.
i", Bahre , CB vieux Ail.
BiERE , en François.
D'où l'Allemand Beerdigen, en-
fevelir ; Todten-Bahre , cercueil.
3°. Brenta , Lat. Barlr. pour Be^
RENTA , vafe à mettre du vin.
Bran TE , en Valdois , vaiffeau de
bois avec lequel on tranfporte la
vendange fur le dos.
Bringen , porter , en Allemand , d*oà
le François ,
Brinde , adion de porter une fanté.
40. Bardot, petit mulet qui porte
les hardes des muletiers ; i°. au
■ figuré , celui fur lequel les autres
rejettent la peine , la fatigue.
Lat. BvRDO , mulet.
5°. Bourdon , bâton des Pèlerins.
Ces mots tiennent au Celte
Bor^ porter.
Theut. Boeren , porter
Allem. Burden, porter ; Burd,
charge.
BOURDE , menfbnge ; Mourder ,
mentir. Ces mots viennent de la
même racine. On a dit donner des
Bourdes , Comme nous difons , il
en donne à garder. Celui qui donne
RE ETYMOL: 136
des Bourdes, fait comme s'il tous
donnoit d'cxcellens appuis. C'eft
donc ici une expreflion figurée el-
liptique. Son origine étoit donc
difficile à découvrir : il n'eft pas
étonnant qu'elle ait été abfblument
inconnue.
Cam-horcx , mot de la Loi Sa-
lique, efl: un dérivé du même mot
Berde , bâton, & de Cam , courbe,
en Celte. Il défigne des pieux cour-
bes dont on fe fervoit pour faite
des palilTades.
30,
BAR , fignifiant porter , au fèns
de produire.
BAR, fignifia en Cétt froment , tlé ,
la produâion par excellence.
Ce mot prononcé Bra , a fait
le Ceke Brace, BraGe, boiflbii
faite avec le blé , & qu'on a pro-
noncé Bracium , Brafia , Brafgî^
Brafeum , Bratium , Braifs , Bra-
fum , Brais , Brès , fignifiant la.
bière. De-là :
Brasser , faire de la bière.
Brasseur^ Brasseuse , qui font hi
Brasserie , fabrique de bière»
Brassin , cuve pleine de bicrc.
De Bar, froment , prononcé
Ber & enfuite Bier, fe forma le
nom même de la boiflbn faite avec
le blé , la Bière.
BREUIL, bois taillis fermé d'un mur;
z **. dans le Pays Me£în , pré
Seigneurial entouré de rivière^
,57 FRANÇ.OIS-
C'efl: donc en général «ne terre
en rapport & clofe par cette raifon.
En Italien BROGLIO.
Ce mot s'eft prononcé d'une
multitude de manières. On a dit
Brugilus, Broilus, Brolius , Bruil-
lus, Bnulus , Broulus , &c. Et en
Françoiî , Bretl , Bruell , Broul,
Broily Breuillet , Bruillot , Broil-
lot , &C. Il çft devenu en même
tems le nom d'un grand nombre
de lieux , & même de familles ■, de
k maifon de Broglio en parti-
culier.
En Celte BroG , fignifie un
champ , une pofleffion , une clôture.
4*. BAR , prononcé Bra , fignifiant
Brai, fource de la force ,
&c.
I. BRAS , Torgane avec lequel l'hom-
jne exécute toutes fes a<îtions, avec
lequel il opère: Lut. Brachium ^
& en Celte , Brec,
Le Gall. Brbc.
Le Bas-Br. Brech.
Le Gail, Brachiog , qui a des
bras.
Embrassïr , tenir dans les bras.
Embrassade.
Brasse». , agiter les liquides avec
les bras.
1°. au figuré, tramer, machiner.
Brasse , mefure de la longueur des
deux bras étendus.
Bracelet , orncmenr qui fait le
tour dubiâsu
CELTE. BAR 138
Brassar , fer qui courroit le bras
dans les Batailles.
Brassoir , ce avec quoi on braflc
les liquides.
II. BRAVE , hardi , courageux.
2°. Bien vêtu , lefte,
5 0. Galant , honiaête.
C'eft mot- à-mot celui qui ofe
entreprendre", qui ofè fe fervir
de Ton bras, & qui s'en fert hono-
rablement.
Braver, affronter.
Bravade, menace, défi.
Bravoure ^ valeur , courage , qoa*
lités du brave.
Bravache , faux brave , fan&rorÉK
Bk.avo , bravement , d'une manière
honnête & louable.
Braverie, beaux habits, ajuflcmens
élégans : en Bas-Breton , Branjt ,
JjA/io, vaillant, lefte ,beau,
...c-iv^ : -
BRE, bric. Tête.
Le mot Bras s'eft étendu aux
branches des arbres , quilbnc com-
me leurs bras; & parce que les brait-
ches forment la tête ic h chevff—
lure des arbres , le même mot sé
défigné tcu & chevelure.
Et conuji on prenoir une touffir
de chevd^^ pour indiquer muf'
titude, troupes , nombre , le même"
rao^B^tc employé avec quelques^
nuances pour dcfigner l'idée de:
multitude y troupe , bandes ^ Scc^
De-là tous CCS mots:
L BRIC , mot qui eniroic autrefois
159 DTCTIONNAI
dans plufieurs Proverbes : nous
avons vu déjà de hric & de broc.
Le Diftionnaire François & An-
glois de Cl. HoLLYBAND , in 4°.
Londres 1593, cité dans Ménage ,
dit au mot Bric ; prendre fon ad-
versaire au Bric , c'eft-à-dire prcn-
5'dre avantage de ce qu'il dit.
: /rjJCe mot fignifioit tête en Celte.
Gall. JiRlG , fommet , cîme , ra-
meau.
Eriger^ Chevelure.
Brigio , couper la tête des
arbres.
Brigog, touffu.
Norm. Bringe , rameau.
JL Brigade , Troupe ; 1°. Escadron.
Brigadier , Chef de Brigade.
Efpagn. Briga , afTemblée.
Irai. ^iiiG^r^ troupe, bande,
zo. Société , compagnie.
30. Efcadron.
III. Brigue , Parti , Faûion ; Trou-
pe qu'on a pour (bi.
1°. Mouvement pour fe former
•V. un parti -, cabales.
Briguer , rechercher avec foin une
place , un avantage : fe former un
parti.
Brigueur , qui brÏMc.
Gallois, BRe-icini/^ être d'un
parti.
Lat. barb. ^Aic^, b(ig^||^ parti ,
querelle.
Efpagn, ^il£G^, débat, querelle.
ggS-Pr, Brig, procès , querelle.
^■Rl G t^,$ , hargneux.
RE E.TYMOL; 140
Ital. Briga , Procès , querel-
le , combat.
1*. foins , peines.
Brigante laborieux, querel-
leur, féditieux, qui ferme
des partis , des fcditions.
BRiGARE,s'efiorcer,chercher,briguer.
IV. Brigands , voleurs de grand che-
min : i". qui pille , qui commet
des exaftions : 5 ". qui attaque à
force ouverte.
On voit par l'Italien Brigante ,
que ce mot dcfigna dans l'origine
ceux qui forment des partis , des
féditions , de vrais fcélérats , des
gens à pendre ; & ce nom devint
celui des aflàffins , des troupes qui
volent & pillent.
Brigandage , vol, extorfion, rapine.
V. Brigandine , cotte de maille ,
plus légère que la cuirafle , propre
par-là même pour les courfes.
VI. Abriconer , vieux mot qui figni-
fioit tromper par des carejfcs inji~
dieufes
Bricon , fignifioit trompeur.
Ce mot cxifte dans l'Italien ,
BrjcoSE , qui fignifie un fripon ,
un trompeur , un coquin : & qui a
fait le mot
Sbrigani , nom d'un Aâeur
rufc , fin , trompeur.
VII. Bricole , terme des jeux de
Paume & de. Billard ; adion de
lancer , de darder la boule ou la
baie contre les bords du Billard
1^1 ^ FRANÇOIS
pour ta faire revenir fur la baie
qu'on veut chaffer.
Ce mot vient de l'Italien ,
Briccolare , lancer, darder, dont
ils firent B RI c COLA, câti^nlie, ma-
chine à lancer des pierres, &c.
Ils formèrent CCS mots de Bric ,
Brec , èras , parce qu'on lance
avec les bras.
^u fig. Bricole fignifie en
François , une excufè frivole &
trompeule, parce que la bricole cft
un coup oblique , trompeur.
Aller de bricolt , ufer de voies
indireftes , artificieufès.
V. B A R.
Tout ce qui eft compofé de
branches , toute enceinte.
I. BARAQUE, logement étroit qui
n'eft compofé que de brancbes d'ar-
bre , de ramée ou de planches ;
une vieille baraque , une mauvai-
(ê baraque.
Nos Etymoîogiftes dcrivorent
ce mot de barharacus ou barbare.
II. £M-%AR-jts , mot-à-mot , bran-
ches qui fe trouvent fur le chemin,
qui empêchent de pafler , & qui
forment comme une barrière.
Em-barassé, retenu , arrête par des
obftades.
De-3ak-^sser, ôterles barres , les
branches, tout ce qui fait embaras.
III. Bercail, logement d'hyver pour
les brebis , fsût avec des branches.
Parc , tient à la même famille , &
k. rapporte également aux brebi^.
142
CELTE. BAR
On les fait parquer.
On difoit autrefois Berc
Ferg , pour bercail : de-là :
Bergerie , lieu où on renferme le»
moutons.
Berger, celui qui a foin de la Ber-
gerie.
Bergère , celle qui a (ôin de la
bergerie.
IV. Ber , Bers , Berceau , cjui figni-
fie ; I °. un couvert de branches-
d'arbres ; cabinet de verdure.
1 ". La couche d'un enfant faite
avec quelques barreaux ^ en Va^
dois , BRE^
On a dit autrefois en Francoîs
Ber , dans ce {èns , comme le proi»'
ve ce proverbe ancien :
Ce qu'on apprend au Bô-
Dure jur^ucs au vér.
Proverbe rapporté par M. de fa
Thaomassiere, dans fbn Gloflàirc
au mot Biers.
Bercer un enfenr, agiter (on ber-
ceau pour l'endormir.
t». Au figuréj^erter une perfon-
ne , l'endormir par fès difcours^
V. Au-BERGE , Maifon deftinée i
loger les paflans. Ce mots'ell écrie
Héberge , Herberge.
Aubergiste , celui qui loge les
paflâns.
AuBERGER , Héberger , Herherger ^
loger les pa0âns.
Ce mot s'eft formé de Berc ,,
branche; 1°. logement feit avec des»
blanches \ cloifon \. & du tnoc hart,
145 DICTIONNAI
«on celui c[ui lignifie armée , mul-
titude , niais celui qui fignifie
Maître , Seigneur ; le hérr des Alle-
roans , le herus des Latins , notre
vieux hère.
Les VaifTeaux conftruitsde bois.
X. Baril, Barillet , Barique.
Lat. Barb. Barri bus , barri-
que ', employé dans les Capitulaires
de Charlemagne fur fes Maifons
de Campagne, Art. 68.
Tous ces mots indiquent des
vaiflèaux de bois faits de douves
lices avec des cercles , & plus
ou moins grands , deftinés à con-
tenir du vin , ou autres liqueurs.
JI. Baratte , Vaiffeau profond &
étroit dans lequel on bat la crè-
me pour en faire du bcure.
jfiL Barque , Vaifieau de bois pour
traverfer les eaux.
L'Egypt. Baris , Vaiffeau.
BARQUEROL£,petit Vaiffeau (ans mât.
Barquette , petite barque.
-.'Barge , Berge , e(pece de Barque.
IV. De Barg , prononcé , Farg ,
- Ferg , Freg , fe forma Frégate ,
''.'- Vailfeau confidcrable , armé en
guerre. i
V, Brigantin, Vâiflcâu de bas-bord,
& fort inférieur à la Frégate quj
çft de haut-bord.
V I.
Etoflfès ou autres chofes qui fervent
à couvrir.
ï. PARRETTE, Berrette , Birette ,
RE ETYMOL; 144
couverturede tête; efpéce de bon-
net d'enfant ; en Languedoc, Bon-
net de Dofteur ; en Italie, Bonnet
des Cardinaux,
Baretha , en Carniolois , (ïgnifie
aduellemcntun Chapeau. Les Cha-
peaux ont air.fi remplacé chez eux
la Barrete de nom comme d'effet.
IL Barde , en Ital. Barda , armure
ou paremcns dont on couvtoit un
cheval pour une bataille ou pour
un Jour de fête.
Cheval bardé , celui qui a une
pareille couverture.
MÉNAGE a très- bien vu que ce
mot tenoit à Bard , vieux mot
lignifiant Couverture. Ferrari
eut grand tort de le lui dilputer :
M. FoRMEV a eu raifon de voir ce
mot dans l'Efpagnol & dans PArabe.
Ce font des rapports intéreflàns à
fùivre.
En Languedocien , Barde défi-
gne plus qu'une fimple couverture
de monture ; c'eft le nom de la
felle même qu'on met par-deflus
cette couverture : en Elpagnol Al-
SARD.
Dans ces deux fèns, c'eft l'A-
rabe %&i!,tj BardgUtnn bât, d'où
Bardgai , celui qui fait des bâts &
qui en vend.
Bardga , dit Golius , eft un
mot Perfan , qui fe prononce
Bardij^ga , ou Bar^ega.
Comment ce Savant Auteur
d'un Didionnaire Arabe, n'a-t-il
pas
f45
FRANÇOIS
pas vu que ce mot, qu'il a cruPcr-
(àn , croit lui-mcme un mot Ara-
be ^.j Bard , qui figiùfîe habit,
-étoffe , fiir-iout des étoffts rayées
«OU à divcrfcs couleurs.
Ges couvertures fervirent aux
chevaux , & on dit qu'ils croient
iardés.Onj ajouta une ielle, & on
*l*appella Barck.
On couvre la volaille de tran-
ches de lard pour la faire rôtir , &
on appella cela la tarder.
•Bardelle , ^llc piquée qui n'cft
que de toile, ufitée en Italie.
IK. De-là Earracan ou Bourra-
CAN , étoffe de poil de chèvre, des-
tinée à couvrir le corps.
Barkicanus, dans S. Bernard,
vie & maurs des Reli^eux , défi-
•çne une couverture de lit.
Bardo-CucuIus , efpéce de capu-
chon des anciens Romains.
3V. Bardeau , Ais dont on fe fêrt au
lieu de tuiles , pour couvrir les
.maifôns ; mot également Arabe.
V I I.
Elévation & profondeur.
1. BERGE , bord efcarpé d'une rivière,
i*. Eminence de terre, en langage
du Berry.
j^o. Amas de blé , dans d'autres Pro-
vinces.
Famille de Berg , Montagne, non-
feulement en Theuron , mais en-
core en ancien Gaulois.
Les Saxons prononcent Barg ,
Dict. Étymol,
CELTE. BAR i4<f
Montagne, au lieu de Berg.EccARO
fur la Loi SaHque , pag. i j 7.
IL Berne , terme de marine , qui
fignifie élévation. Mettre le pavil-
lon en berne , c'eft l'élever au haut
d'un bâton.
Berne , couverture , ifàye , gro*
habit de dejfus , cappe , mantille,
liï. Berner quelqu'un , le faire Jau»
ter en l'air avec unis couverture.
Au fens figuré , fè moquer de
quelqu'un , en faire fôn jouer.
IV.BERNACHE, BernacU, Barnaque^
enlrlandois Bernac, nom de la
Macreule à Dieppe & en Irlande ,
appellée ainli parce qu'elle plonge
dans les eaux & qu'elfe en eiïlévelft
poiflbn.
Y I I L-
B A R B E.
I. BARBE , Lat. Barba , poil quî
couvre le menton 5i les joues ; de
Bar , produire , produdion : x\
on dit également la ùarèe des épis,
héarèe d'une plume.
IL Barbu , qui a de la barbe.
Barbon , qui a beaucoup de barbe;
ï°. un vieux routier, qui a de l'ex» '
péricnce, '& la barbe blanche.
BARtiiER, qui fait la barbe.
III. Barbeau , poiffbn ainfi appelle k
caufe de fes barbes ou Barbillons.
IV. "Barbet , Chien appelle ainfi à
caufe de fon poil long & ftKc.
V. Barbets , nom des Vaudois .
parce que leurs Pafteurs s'appellent
BARSts , du mot Vénitien Bak-
'47
^S-d , Hti aacicn , un clief à barbe ;
1*. ua Oncle. • ,.j
(
DICTIONNAIRE ÉTYMOL. i^a
tement rondes, qui ont différences
formes, „,, .ji;,,.::-r.(; Jtojô -,
. ■ Bfprit turoqu^e ^ qui ne peii^e
, pas, qui ne voit pas comme \ç%
autres.
V. Bebuue , çblouifTement de la vue:
caufé, par une lumière quiva/:^^^,
qui VARIE, varia luce^^
1°. Au fens figuré , ïat\gii^Q., éblouiC-
feraent d'écrit.,
BAR > BOR , BROU , Eaur. '
VI Barbouiiier , des deux motsi'
barbe & ImUt : barbanf olere- ,
avoir la barbe ointe o^ fouillée
d'huile. .- .^i ;iV
Les Farceurs , les Xean-Farmey
: ,$'appelloient à.Rome Bajisv-xeii,
_,les Barbouillis.
SALLUiT.E & YaLERE MaxIME
parlenc de quelques Romains ,
Confuls & Cenfeurs qui portoient
le nom de Barbitlcii.
Bablbouixlage, peindre mal, faire
du mauvais ouvrage , de la mau-
vaife befogne.
Barbouilleur , qui fait de la mau-
vaife befbgne, qui gâte ce qu'il
fait.
Ces mots viennent du Celte
-Baril, poil, cheveu, chevelure,
encore exiftant en Irbndois, &
d'où vint le Bas-r Breton Rar-huuh ,
yelu.
I X.
„ , > . . ,■ ''à.l\
Barre , a raies , v a r i e.
I^^ BARIOLÉ , habit , ccoffè de di-
verfes couleurs.
U. Varie , qui oâre des raies dif-
.^ifërentes , diverfitc de couleurs.
Vcye^ cette famille.
III, Barlong, figure dont ^longueur
d'un côté eft différente de la. lon-
gueur d'un autre.
IV. Baaoque, dents de grandeur iné-
ea^ i perles qui ne font £as exac-
BARBOTER, marcher dans la boue.
I. Borbe , boue..:-„ ^.j!;oî ^v, o^p
Bour, BoR,£n Celte, boue vi*^.^i|^i
Bourbe, boue, fange.
Bourbier, lieu rempli de fange».
Bourbeux , plein de fange.
Bourbeuse , pleine de fange.
Embourber, enfoncer dans la boue.,
z. Brou , Bru , en Celte , foorce ,
fontaine, eau
Brouée , pluie d'été, de peu de durée..
Brouillard , vapeurs condenfées
& qui ne peuvent s'élever,
: } . Brouet , bouillon , fâuce claire.
Auvergne, Bre , foupe , potage.
Franche-Com. Breu , foupe.
Mouthier, en) -
Fr. Comt. T^^ ' ^^"" '
bouillon ,
fâuce, po-
tage.
Jmbre , pluie.
Bauô , fburdr».
BREKhô , arrofèr,'.
, pleuvoir ,_ bçirc
Italien,
Allemand j
Latin ,
Grec,
lODO, /
lÛde, j
Brodo
"BrIûde
149 FRANÇOIS
-.Hébreu, Bher , puits.
Haynauc, Bure , Puits de mine
à charbon.
BAS.
')b
I. BAS, tout, ce qui eft oj>pole |a
haut, àe7c;V<ïi/ora, au phyfique &aù
moral. Ce 'qui el^ infcrieiir, ram-
pant , petit , laid , honteux , qu'on
feule aux pieds.
"" z°. Le bas d'une cholç , d'une
^jmontagnc, d'une robe. ■ j
* , a'. Le bas de chauffes, dont on
* a Fait le nom des Bas dont on fê
fèrt pour cha:ufrer les jambes.
Ceïlifn" mot' Celtique; il a
►ijc.forntc Içs&Tvâfas , au fimple & au
figure > -CI jiir.r; . i.io J '
BASSESSE jaûîon honteufe , àvilif^
fante. 2'. Etat d'infériorité , d'avi-
Kfiemenc j ,.?.iinnoTÂa I
t\ Ba'ssemetit y vjlement i avec ba(f
Baissek , tendre eabas , diminuer
en hauteur. n! ,3hitau .îli
I ;)Se Baisser , {è Courbet vers le "bas.
Abaisser , réprimer ce qw s'élève ^
rcpourter v^rs le bas. ...-..'i
A-ba-jour, ..atâS
s'abaifler,
abaiffement ,
ta-bais ,
ra-bâiflement.
Rabaisser, ôter de la hauteur, la
diminuée, • •-'" « i >■' ' ■ • •
Basset ,,qiii^n*tft 'jàs .■d'une' haute
ftacure.
CELTE. BAS ïyo
IL Base^ le bas d'un tout-, ce qui
iôuticnt ^ ce fur quoi on élève uh
objet jSt.i^ fèrt k leipos^.
-" -'^SASi, fignifîanc Petit. '
L BASSE-COUR, la Cour 'infé-
rieure d'unç maifpn , l'oppgfé de
la cour du Maître , la première
cour.
IL Ba-volet, forte de coëftùredont
lih bout pend entre les épaules.
Ce mot efl: compofe du mot
VOLET, voile , Se de iat, petit ;
un petit-voile.
m. Bazoche , Basoche , le Corps
des Clercs des Procureurs de Paris.
Ce miotjd'une. origine inconnue
jufques ici, efl: compofé de deux
mots François ; de Oche , O^ue ,
.une pie, & de Bas, jjteit. Bas-
oche ,]â. petite-oie ; peut-êtrç pour
dire la petite-Cour, par oppofï-
tion à la Cour dont ils relèvent ,
Ja Haute Cour du Parlement.
B A S T.
Le TOotBAST^déflgaant l'idée
de porter^ s'eft employé-' dans le
r. ,i/eiis de CHARGE, & dans le fens
■ èe fSouTTBNi jDe-ilà^deux! Familles
.-jttcs-remarquabks., 1
L Charge.
L BACT , BÂr , e^éce de felle qtfon
met fur le dos d'une bête de fom-
. raeavant de la charoer. >o
Ce mot eft dans toutes kt^Lan-
.gvies defcendues du Celte,
Ki>
o-»5i DICTTONNA
U ne vient pas du Grec Bajia^ô,
porter , comme l'ont cru mal-à-
propos les Etymologiftes, confor-
mément à leur mauvaife mcchode ;
c'eft le verbe grec qui vient de ce
nom.
Celui-ci peut venir lui-même de
& , & de Ba ou Va ; ce qui ejl fur
celui qui va. Pouvoir on mieux dciî-
gner une charge ?
U. BÂTER , mettre le bât^for. une
bête de fonome..
Embâter , charger quelqu'un , ou
cmbarrafler quelqu'un d^une charge,
d'une chofe qui l'incommode , qui
lui eft onéreufe..
Un BÀTiER «u fiiifeur de bâts..
m. BASTE, il Tuffit.
Bastant , qui eft (uffilânt;
Autrefois Bàster , fulïîre.
Cette famille s'«ftconfèrvc8. en
Italien.
Bastarz , fûfïire.
Bastasza , fufiGiànce.
Correre a iafia lena , courir au-
tant que fuffit l'haleine, c'eft- à-
dtre y de toutes fes forces.
Ce mot vient donc de- Bajl,
charge. Bajle^ il fuffit , on en a
àfùffifance : c'eft avoir (à charge
complette , . tout ce: qu'om peut
porter.
ly. Bàstard, Bâtard, mot de tou-
tes nos Langues modernes -,iLvicnt
de Ba^ , charge , œ. dont, on eft
sjnbafté..
Au.jigurtf qui dcgcuerCjc'efti-
IRE ÉTYMOL. ïy*
à- dire qui paroît d'un autre lâng,,
d'une autre nature.
s'Abâtardir , dégénérer.
Écriture Bâtarde , ou quî jt;
dégénéré , parce que c'eft une al-
tération de l'écriture romaine.
V. BASTERNE , efpecc de litière
dont on fe Icrvoit du tcms de-
Clovis. Nos Etymologiftes voyant
qu'on l'appelloit en Latin Bajièrxa,^.
ne s'en font pas occupés.
Ce mot vient de Bajl, charge
parce que lés litières font portées^
IL
Ce qui fbutient ; un-Bàtoni".
I, BASTON ou Bâton , ce qui Coxifi-
tient en marchant. De-là :
. Bastonnade , coups de bâton.
Bastonner., ftappei avec le bâtoni.
BÂTONNIER, chef d'une Confrérie,.
, ou d'un Corps, Se. qui en a Ic
Bâton de. cérémonie ou de di-
- gniték
II. Battre, frapper..
Batterie, gens.qui fe frappenr, quiî
fe battent.
Bataille ,. combat.
Batailler , di(puter le tcrrein.
Batailleur , qui (ê bat toujours.:.
Battue , chafle au Loup , dans la-^
quelle on bat tout le canton.
Bâtant , ce qui fêrt à frapper.
; Bat AiLLON,. Corps de Fantalîîns..
Batement, aâion de fraperj i*-.^
'. pullâtion du pouls ; 3°. palpitarj
{^ tion..
tn FRANÇOIS
Bateur, celui qui bar: Batcur d'or,
de blé , de pavé , 5cc.
Bature , paiement de ceux qui
battent le blé.
III. Batifoler , k battre ou jouer
par forme de jeu.
Abattre , rcnvcrlcr ou faire tom-
ber à coups de bâton ou autrement.
Abattis , aélion d'abattre un grand
nombre d'arbres^
Abbatiderit, il abattra, LotSalif.
tit. xuv. Loi IX.
A-Batage.^
a-Batemenr—
a-Batteur.
a-Battis.
a-Battre^
a*Battant.
a- Battu.
a-Bavenr; ■
com-Bar.
com-Battre.-
com^Battant. -
De- Bat.
De-Battre , dirpurer ; i". caufèr
de la palpitation , de la-dou-
ieur.
i-Bar..
e- Battre. ■
s'è-Battre—
Ra-Bat.
ra-Battrc.
ra-Bat-joie.-
IV. BÂTELFOR. , autrefois BasteleûR,
celui qui fait des tours de pafTe-
pafle avec Ton Bâton ; Bâton de
Jacob,& baguette magiqueJDe-là,.
CELTE. BAS ï^
Tour dé Bâton , gain ou profit
qu'on doit à fbn adrefTe.
Batelage , tours de paiîê-pafle ,.
badinage , fingerics.
V. Bâte , inftrunient qui fert à battre.
BAToiRjinftrument dont on fe fert
pour battre le linge ; 1°. pour re-
poufTer k baie au jeu de paume.
VI. Batardeatj , digue, cloifbn pour
repouflTer l'eau , & qu'on fait aves
des bâtons ou des pieux;
III.
• B A S T , B Â f.
BASTIR , &: pub BÂTIR , eonf-
truire un logement ; les premiers
- furent conftruits avec d-^s bâtons ^^
des pieux.
- BÂTIMENT,, maiiôn, hôtel , palais.
Bastide , mailôn de campagne.
Bastille , tour de bois dont on fe
fcrvoit pcurbs fiéges; i°. château,
citadelle , bâtiment fortifié.
Bastion , terralTe & mur en foràr
fication.
BAT,.
* Bet , Bot , Bbo,"
Mot qui défignc toute idcc 6er
projondeur & de contenance,
1-, Vase.
I. Batus , en Latin , &g. un vafc^
■ u»e mefare de liquides.
IL BATEAU, Batel, barque, e»i
Grec Ki-BOT-os*
Bateiier , condudbeur de bartjuew
Batïlée , charge d'une barque.
DICTIONNAIRE ETYMOL; i^S
Heb.
fâng > de graifle & de
Batelet , petit bateau.
III. Bedaine , gros ventre
Beten.
Bedon , nom d'un tambour.
^^^OT , BoD ; 1°. profond ; i°. fond ;
3°. va(è, en Celte ; d'où ,
. IV. Lat- BoTULUS , boyau , employé
par Martial ; Fr. Boyau.
- Boudin, il, fc fait avec des Boyaux
; , fercis de
viande hachée
On trouve dans S. Bernard ,
de interiori domo , cap. 5 8 , le
mot Buiellus , fignifiant boyau.
" Boudinier , Marchand de bou-
dins.
< V. Bouteille , vafe de verre avec
un gros ventre & im long cou.
Boutarguej , œufs du Muge
confits avec de l'huile & du vinai-
gre. En Italien Buttagra , œufe
de poiffons (àlés & encaqués.
Boutique , habitation du mar-
chand.
Boisseau j.mefure de grains, Lar.
BVTEl.LV s.
Boisselée , contenance d'un Boif-
, feau.
BoissELiER , faifenr de BoilTeaux.
Busard, vaifleau compofé de dou-
ves & de Gcrceflux qui tient pref-
,:... iqufun mo'.d de Paris. .
En A»:<)ou Bi/'ssty demi- pipe
f écvin, .
En Valdois Bosse , demi-ton-
.neau : BossaTon , petit tonneau.
Provmces Mérid. Bqt£ , vaif-
feau à tenir du vin,, qui tient
prefqu'un muid de Paris.
Bot , petit vaifleau dont on fe ferc
aux Indes Occidentales j x°, gros
bateau Flamand.
VI. BUTIN , prife , capture faice ea
guerre.
Butiner, faire des prifès.
Ce mot eft de tous les Diale<fVes
• Teutoniques. En ancien Teut. JTei'
den , en Aliéna, ,Bevte , butin ,
proie. : ■-.: .■■
BevteN i butiner, piller; x°. an-
ciennement troquer , changer. An-
glo-Sax. Bot , profit , gain ; AngL
To BooT , être utile. Toutes ces
idées tiennent à contenance , ca-
pacité.
VII. BUSTE , repréfentation d'un
homme ou d'une femme jufqu'à la
ceinture.
L'origine de ce mot a fort in-
trigué les Etymologiftes. Ib fe font
enfin décidés à le déniver de Brujt ,
poitrine en Allemand; maïs il vient
de Bus , bocte , caifTe. Ce qui for-
me le Bufte , eft la caifTe du corps
humain. Il ne pouvoit être mieux
nommé.
VIII. Bosse , élévation de l'épine du
dos -, 1°. tumeur, groffeur^ 3 °. ou-
vrage relevé en bofle. Toutes ces
idées tiennent à BoD , élévation.
Bossp , qui a une bofTè.
Bo^suER, faisedes bofTes à des vafês
de mécaL . ;
£oss£TT£, ornement ai boSè»'.
r»^T FRANÇOIS
BossETiER, celui qui fajt des orne-
mens & des ouvrages en bofTe.
IX. Butte , élévation ; z°. extré-
niité , bout ; 5°. point où l'on
tend , But. Fitux Fr. A-Bi/T-er ,
vifcr.
Buter , vifer, tendre à un but.
SE Buter , ne rien relâcher du but
auquel .on tend.
X. Bout , fond , extrémité.
Aloutir , (è terminer à.
Ahoutij^ant , qui va fe terminer à.
XI. Bouton , élévation, objet rond.
Bouton de rofe , de fleur , du
vifage , d'habit. Lat. Botomes ,
éminences , buttes.
XII .Bot , en Celte, pied, Cextrémiié
du corps, d'où:
Bote , chaufigre de cuir qui couvre ;
les jambes & les pieds.
2°. Chofes liées cnfcmble , qui
font un gros paquet : botte d'o-
fiers , de raves , de foin , de foie.
5 P. Un coup en général, & dans
l'origine un coup de pied.
4°. La neigç , la boue , qui fe
ralfemblent aux fôuliers- j
Botine , chauflure plus douce fx. \
plus petite que la Bote.
BoTER , mettre des botes ; vieux Fr.
Bote , Boti , foulier.
2. BoTELER , mettre quelque chofe
• en bottes.
BaTELAGEj.adIion de boteler.
BoTELiuR , celui qui arrange la paille
& le foin par bottes.
j. La Miffion Boxxit,.les Diaggns
CELTE. B O S ij8
dont LfOuis XIV. fè fërvit pour
convertir les Proteftans.
BovriEK, planter ; i". placer , mtt-
tre , (ê bouter , Iç pofer , fe pl^i-
ter da]is un lieu.
Bouture y branche qu'on plante ;&
qui prend racine.
Boute-en-train...
Boute-feu.
Boute felle.
Boute hors.
B E.
BEFROI , Charpenterie qui foutient
les cloches d'une tout. ; z°. clo-
cher ; } °. allarme donnée par le
fon des cloches ; +°. cloche defti-^
née à fonner l'allarme.
Telles font les fignifications mo-
. i dernes de ce mot ; 5c d'après kl-
quelles on a cherché à devioer'
fon étymologie , d'autant plus dif-
ficile que ce mot s'eû prononcé. &
écrit d'une multitude de manières.
On a dit : Berfredus , Fcrfredus ,
Berefridus , Berfreit , Bilfredus ,
Balfredus , Belfragium , Sic
-i; Dans l'origine ce mot délignoifl
.' ces tours énormes de bois , qui
. avoient jufqu'à cent pieds de haut,-
& dont on (ê fervoit pour afEcger
les Villes , pour fojcer leurs re-i
tranchemens.
On peut donc dire que cc-môt,
eft compofé de Vail , if^//, re-
tranchement, fortifications » & de
pRAGert , frangere , rompre , biî-
•f^r.. ._:.■■•
,i;p DICTIONNAI
Peu-à-peu , ce nom corrompu
iêrvit à défigner les tours des clo-
chers , d'autant plus aifément que
BdL fignifie Cloche en Anglois.
Il fe peut aufîî que le mot de
B^ll-fry ou Bifroy (è fera confon-
du à caule du rapport des fons avec
le mot Balfred , tour de bois. Ce
ne feroit pas le premier exemple
pareil.
BELER , crier , en parlant de la bre-
bis.
-BÊLEMENT , cri ds la brebis.
Ceft vinc Onomatopée, l'imi-
tation de ce ctL.
-BÉLIER , nom du inafc dans la na-
tion moutonne : il doit tirer fon
-nom de fon cri même. Le Bélier
<ft cehii qui ^é/f , & -le -chef de la
«oupe bêlaitte.
OeJà feront venus peut-être
Bal , Bti , fort , puiflant ; èc cer-
«ainement THcbreu,
JO-Bel y ^nner du cor-, i«.
AnnoiKer Ja Fête : d'où Jubilé, la
Fête la plus folcmnellc.
BELL , BAL-L , mot Celte ,<|ui figni-
fioit indigence , défaut , privation.
Ceft l'oppofé de B^l. De4a di-
vers mots François:
I, Eelwes, vUux Fr. pauvreté , di-
fette.
iBeloquî , vieux Fr. petite inon-
noic i a°. choie de peu de valeur ;
d'où,
Breloq:ue , petits ornemens qu'on
j)end aux .chamés de juontresj&c.
RE ETYMOL; 1^9
n. Bélître , un homme de peu de
valeur , de néant.
On a donné une multitude d'é-
tymologies de ce mot , dont on
ne peut adopter aucune. Celle-ci
eft d'autant plus vraie que le mot
Bélître , ne fignifia dans l'ori-
gine qu'un Mendiant. On difok
autrefois les quatre Ordres de Be-
lijlres , pour dcdgncr les Religieux
Mendians : & à Poncoife , les Con'
frères Pèlerins de la Confrérie de
S. Jacques ont porté long-temsle
nom de Bclitres.
Le Balatro des Romains qui
a la même fignification , doit k.
rapporter à Ja même origine.
BERÇAMES, rapiCTeries faites à Ber-
game , Ville dltaîie.
BESOGNE , travail , ouvrage qu'on
^aJt , ou qu'on a à faire.
<Ze mot eft de la même famille
que le fuivant:
Besoin ,.néceffité3 a*, difette, pa»-
vreté.
•Bcfogne &: BefoJn , défignent
également la néceflîté.
Befogne y eft ce -qu'on eft nlcejjîtî
de faire.
Bifoin , £e dont on a nècelpaé.
En Italien Bifogna , il faut. Bi"
fogno , befoin , néceflîté.
Ce mot n'appartiem a aucune
Langue du Midi , il doit donc
venir du Nord , & feroit com-
pofé de la prcpofition Ix , qui eft
Il .commune , & qui rjgi>i fie dans ,
i5i FRANÇOI
en , Sec. Se peut-être du mot
Sveing , qui exifte dans le Suédois
de Vereiius , & qui fignifie/âm ,
éefoin de manger. C'eft le premier
des Befoins , le plus terrible , &
celui auquel fe rapportent tous nos
travaux , toutes nos befognes : ou
plutôt du mot Sonni, qui fê trouve
dans les anciennes Loix Saliques ,
&:c. & qui fignifie , foins , em-
barras , empichemens , néajjlté ;
& dont vint certainement notre
vieux mot Essoine , que ks An-
gtois ont confervc dans leur Jurif"
prudence.
BED , BET , fignifioit rouge en Celte -,
de-là , ces mots :
I. BETTE--R.AVE , Racinc de cou-
leur rouge.
II. Betotke , Plante à feuilles rou-
geâcres.
III. Bétel, Plante des Indes à feuil-
les rouges.
IV. Bouleau , du Latin Betula ,
parce que cet arbre eft de couleur
rouge , du moins une e(pcce.
B I.
BICHE , Femelle du Cerf.
Bique , Femelle du Bouc. En Grec
Bhkh , Béké.
En Anglo-Saion Bicce , chienne.
BiciiUïTER», mettre bas , parlant
des Chèvres.
Bichon , Babiche ; en Allemand
JBoETse , femelle du chien.
Ce n'eft certainement pas par
Di3. Eiym,
S -CELTE. BI i6i
hazard qu'un même mot dcfîgne
les femelles du Bouc , du chien &
du Cerf: & ce mot doit être fort
ancien , puifqu on le trouve dans
le Theuton & dans le Grec. Ceft
un dérive qui fe fera formé du
nom même de Bouc , Bekkos ea
Grec.
Bouc , en Italien Becco. C'eft une
Onomatopée , l'imitation du cri de
cet animal , d'où Bique, Voy. Bl-
QUE.
Le verbe Allemand Bochen, pouC
fer , frapper avec les cornes , eft
un dérivé de èoc, loin d'en être
la racine , comme on l'avoir cru
mal à propos.
BIDET , Cheval de peu de valeur.
On dit. Bidet de fuatre-vingt
fous.
Ce nom vient certainement de
cette cfpéce d'Ecus qui eurent cours
en France & qu'on appelloit^iirrj,
fans doute parce que le Prince y
étoit peint à pied , comme l'a con-
jeéluré Le Duchat , qui a quel--
quefois bien vu.
BIEZ , Canal qui conduit Te au fur la
roue du Moulin : en Bourguignon
BlE.
By , Fofle qui fert à détourner les
Eaux d'un étang. Ce mot doit
venir de hy , courir, couler. Se
doit tenir à via. , chemin , voie ,
mot Latin Se Italien. Andare via
aller y\z,pour dire s'en aller au
loin.
1^2 DICTIONNAI
B I
BIGOT , dévot (uperftitieux.
Bigoterie , dévotion fuperûitieufê.
On donne deux étymologies de
ce mot.
Une que j'avois foupçonné: By-
God , mots Auglois qui fignifient
£ar Dieu.
Une prife de l'Hiftoire du nom
de BiGOTHs, altéré de celui de Wifi-
gotks , & qui {è prît en mauvaife
part , parce qu'ils étoicnt Ariens.
Dans nos anciens Poèmes , on
voit les Bigots au nombre des Ha-
bitans de la France Méridionale ;
» Bigot e Provenzal eRouergues
»E Balcle s Ga(èo e Bordales.^
On voit pax-là que les Bigots
font les Habitans du Languedoc ,
pays qu'avoient habité les Wifi-
goths , & qui dans les tems de ces
Poètes étoit en mauvaife odeur à
caule des Albigeois dont il étoit
rempli. C'eft un pays qu'on n*a ja-
mais pu purger d'opinions difïéren-
tes de la communion Nationale ; le
feu , le fer, les prolcsiptions les plus
terribles n'ont pu en venir à bout.
BIHOUAC , Bivouac , garde de
nuit : 2**. lieu où eft portée la garde
de nuit. C'eil l'Allemand Bey-
Wacht, en Sentinelle.
BIJOU , mot de la même famille que
Joyau. On dit Jouer, joujou. De
Jou & de Bi , fignifiaut beau , on
a fait Bijou i des beaux jours. Mot
RE ÉTYMOL. i6f
qui fut confàcté à des choies d'un
petit volume & d'une grande va-
leur. Ces mots tiennent au Latin
Jocus.
Bijoutier , Marchand de Bijoux.
Bijouterie , commerce en Bijoux-
BILL , papier contenant les propod-
tions qu'on veut faire pafler par les-
Chambres du Parlement d'Angle-
terre.
Ce mot doit venir de Will „
volonté , projet.
Il doit tenir à ceux-ci :
Bille , en allemand, un billet.
BiLLOS , en Gfec-barh. un Livre.
Billet, enFrançois , un petit écrite
une Lettre fort courte.
Billettes, en Armoiries y. petits
quarrés longs en forme d'un billet,
ou d'un quarré de papier.
BIS , noir , noirâtre, mot Celte, du-
quel font dérivés ceux-ci :
Biset , Oifeau dont le plumage eft-
couleur de plomb & prefque noire.
Blse , vent noir du Nord. Il eft ap-
pelle par les Turcs Cara Ctly vent.
noir; & chez les Anciens, Aquilon,,
qui fignifie la même chofe.
Il eft impoffiblc de le dériver de.
Bifa^ qui fignifie tourbillon. Ce
dernier mot en viendroit plutôt.
Bistre , couleur faite avec de la fuie
& dont on fe fèrt pjpSr laver lee
defleins en noir. De la même Fa-
mille viennent:
Basané , qui a le teint noirci ,
bruni par le iôleiL
i6^ FRANÇOIS-
En Bafque Baza , & en Efpa-
gnc Baça , brun.
Latm-hnih. Basait, èa^anna,
ba^anium , bafànnc.
On aura dit Bas , Bes , Bis.
Bisse , terme de Blafbn ou d'At-
moiries- Il dcfigne des Serpens, des
Couleuvres , fur-tout la Couleuvre
de Milan. C'eft donc l'Italien Bis-
CIA , Serpent , Couleuvre.
Ce mot tient par conféquent à
Fijchio , fiflenient du Serpent , &
qui eft certainement une onoma-
topée , de même que YO-PHis ,
des Egyptiens & des Grecs, qui fi-
gnifie également Serpent.
B L.
BLÉ , produûion la plus prccieufe
pour l'humanité , fur-tout pour les
Européens , 4: bafe de leurs Etats
floriflàns : en Languedocien Blad,
en Arabe Blat.
Ce mot doit tenir au Grec B/af-
tanô, germer, jSAtfÇD, Blajlé, ger-
me.
En Flam. Bladt, fignifie une
feuille.
Taimerois fort le dériver de Bal
ou Bla , fignifiant iflond , doré ; le
blé eft blond ; aufïï dit-on la blonde
Cérès , oc l'Epi-doré. De-là , ces
mots :
L Blatier , qui fdt commerce de
blé.
Bla , un Champ , en Irlandais.
Blaer , B laver , Ernblaer , Lmbla.-
CELTE. BE \i6
ver , fcmer un Champ , vieux f'
Desblaver^desbléer, moiflonncr*
DÉBLAYER, dcbarraffer , nettoyer.
Bladerie , marché au blé.
Celte , Blawd , ferine ; d'où
viennent ces mots ,
IL Bluteau , inftrument pour paflèr
la farine.
Bluter , pafier la farine.
Gall. Blajrd; farine, en Bas-
Bret. Bleut -, en Cornouaill. B/o^ ,
&:c.
BE, BEN, BON.
BE eft un des premiers mots du Dic-
tionnaire de l'enfance. Comme il
(e prononce de la lèvre , la touche
la plus mobile Se la plus douce de
l'inftrument vecal, ce fon eft de-
venu le nom de tous les objets
agréables ; la peinture de toute idée
de bien & de bonté. De-là tous
ces mots :
l. En Latin Be-o , mot-à-mot, 7e /ro-
cure Be i quelqu'un , je le rends
heureux par les douceurs , les agré-
mens que je lui procure.
Be-atus , celui qui eft heureux,
celui qui a Bs , en François Beat,
mot qui eft borné à la religion.
BÉATE.
Béatitude , Beatitudo , état de
bonheur , de félicité.
BÉATIFIER , mettre au nombre des
Heureux , des Saints , Beatifico.
BÉATIFICATION , Beatificatio.
BÉATiLLES , bonbons , douceurs.
II. En Latin Ben-e , en François
Lij
\S^
DICTIONNAI
jt.Nirt. , jiicneaitere.
j ' > Benedi3us,
ÎENOIT,\
Bien , mot à mot , ce qui ejl
BiEN.De-là une multitude démets.
I*. BÉNÉDICTION , BenediBio.
Bénir. , Benedicere.
Bé
B
Bénitier
ao. Bénin , humble , doux , favora-
ble , Lat. Benignus.
Bénignité , Benignitas.
Bénignement , Bénigne.
5''. Bénéfice , gain , profit , tien
qu'on fe fait, bentficiuni ; 1^ . pla-
ces occupées par les Eccléûaftiques.
Bénéficence , ade as. bienfaifance.
BÉNÉFICIER , qui a un bénéfice ;
yerbi , trouver du bénéfice.
BÉNÉFICIAI.
BÉNÉFICIAIRE , qui a obtenu des
Leures de bénéfice d'inventaire
pour une fuccedion.
40. BENÊT, fbt, (ans efprit ; autre-
fois Ben- ejl; celui qui ejl fi bien ,
fi bon , qu'il n'efl: bon à rien.
ill. Les compofés de Bien :
BIEUTAIT ,fubjlantif, faveur accor-
dée ; adjeSif , perfbnnc qui eft
, d'une taille agréable & propor-
ùonnée.
BlENfAlTIUR.
Bienfaisant.^
Bienfaisance.
Bien-heureux-
BiENsÉANci , convenance.
Bienséant.
Bienvenue , bonne arrivée.
BiiNVEUiLLA^icE jdilpofidon àvou- |
RE ETYMOL. itfS
loir le bien des autres.
BiENVEuiLLANT, qui veut du bien.-
lY. BON, qui fe plaît à faire le bien i,
X . qui efl agréable , excellent.
Bonne; une Bonne.
Bonté phyfique & morale •; **. ]"X
qualité d'être bon ; 3 *. effits de
cette qualité.
Bonifier , rendre meilleur.
Bonification.
Bon-bons , douceurs à manger.
Bonasse , tems calme.
Bonheur , mot à mot , ventfavora^
ble , bon v<«/ ; avantages qui arri-
vent.
Bonnement, avec bonté ; i°. (anv
défiance.
Bonnaventure , Bonheur qui doir
avenir , & qu'on prédit; 2°. évé"-
nement heureux.
V. Bombance, régal iplenide, bonne
chère.
On a cru que ce mot vcnoit
du Latin pompa « pompe ; c'eft:
plutôt de bon ; & de bance, venanc
de banc & fignifiant banquet.
B £ R , B R E , bref.
BREF , court , qui dure peu , qitt
pafTc vite ; il fe dit & du tems &
des fons : prononciation brève ,.
rems bref.
Brève , fyllabe , ou note qui n'eft
pas longue, qui pafTe vite.
Brevement , Brièvement , parler
en peu de mots , non longucmeni.-
Bruveté , courte durée.
lO FRANÇOIS
Lat. Brevis y Brevîtas , &c.
Ces mots font d'origine Celnque.
Berr, en Gallois & en Bas-Breton ,
fignifie court , concis , de peu de
durée , de peu de longueur , ra-
courci.
D'où fe fit Berif , Bereif, qui
formèrent le Latin BREV-is , bref,
qui dure peu.
Et le Celte Brif, rapide, qui
pafle vite, qui s'écoule comme l'é-
clair : D(;-là ,
Bertauder. 8c Bretauder , couper
les cheveux trop courts , & les gâter
par- là.
II. Bref eft devenu par ellipfe , i **. le
nom des lettres écrites par le Pape ,.
mot à mot , Livre Bref.
Et i". le nom des Lettres de
grâce ou des dons du Roi ^ dans le
mot
Brevet ^
D'où Breveter y expédier un
Brevet en &veur d'une peribnne.
Breveté, qui a un breret.
IIL Bréviaire , livre à l'ulàge des
Eccléfiaftiques , qui contient un
abrégé de la Bible & des Ofïîces,
Abrégé y \ Abréviateur,
Abréger. | Abréviation.
IV. De Beur ouBre, les Celtes firent
Bred , qui fignifie vUe, agile , Sec.
d'où , »
Bredouiller, parler fi vite qu'on
ne peut prononcer diftinâement,
& qu'on n'eft pas entendu.
feoÊauiLLEua,.
CELTE. B a 170
Bredouilleusé.
L'Italien Frett A ^^hke ^ paroît
tenir à la même Famille.
BU, B O.
BU, BOU, BO, mot Celte, qui a
dcfigné l'Eau, & d'où font venis
divers mots Latins & ceux-ci,
I. Buie & Buée, leflive.
Ital. Bugada.
Buanderie, {aie à leflïve.
BuANDiER , Blanchifleur.
II. Boue ; fange,. terre détrempée par
l'eau.
1°. Caveau, foflè, en pays Meiïîa;
BOK.
BouER , fâlîr avec de la boue,-
BouEUR & Boueuse.
Galt. Bair y boue.
Irl, Bogke , lieux humides.
Arab. Bokah , lieux bas- ( où rea*
féjourne. )
m. Burette , vafe à liquides^
IV, Bu , liquide avalé.
Buvette , lieu où on boit.
BuvETTiER , Concierge de la Biji.
vette.-
BuvoTER, ne faire que boire.
Buveur., qui boit beaucoup, qui*
aime à boire.
Boisson , liquides qu^on boit.
Boire , aûion d'avaler du liquide 5^
de l'eau.
Bi-BERON , qui aime à boire j z",-
vafê à boire.
V. Breuvage , anciennement' Bù*
. vrage: ItaL BeferaGG^KX.-
k-j't ôictïônKa
Abreuver, faire boire les animaux.
ABREtrvoïK. , lieu où l'on mené
boire les animaux.
On a dit , hoivage , teuvage ,
teuvragCy & puis breuvage,
B OEU, BOU.
BÔ , BOU, cri du Bœuf: ce cri eft
devenu le nom du Bœuf , & de
tout ce qui eft gros.
Lat. Bov-e , Franc. Bœuf ou Bcuf.
BouvEAU , jeune beuf.
BouviLLON , petit Taureau.
Bouvier , Pâtre de beux.
Bouvière , fille qui garde les beux.
Beuglement , cri du beuf.
Beugier, aûion du beuf qui crie.
JI. Butor , Oifèau de la grandeur
d'un Héron , & qui mettant fon
bec dans l'eau , fait plus de "bruit
qu'un beuf qui meugle : il rient de
Bou-TAURus , qui beugle com-
me un Taureau.
JII. BuFLE, Lat. Bu F A LUS y eC^cct
de beuf commun en Italie & aux
Indes.
JV. Beure , réfidu de là crème
battue.
Beûrer , étendre dli Bcùi^e fur du
pain.
Beurier, Beuriere , céluî ou celle
qui vrfhd du beùre.
Lat. & Grec , Bu- tyro , mot-à-
mot fromage de beuf.
y. Ba BEURE , le lait qui reftc quand
on a Elit le beure : des mots bat^
^^tpre , & beurç.
IRÊ E TV MOL. ï7t
VI. BousÉ , ordure de Vàclie bu de
Beuf.
Bousiller , ^ maçonnCr avec de
BousiLLtUR , j la terre & de la
1>oue ; 1». faire dti mauvais
ouvrage.
BÔ, BOSC, BOI.
BO , mot primitif qui fignifia Bois ;
de-la ces mots :
1°. Bois , Forêt peu confidcrable ; i°.
pièces d'arbres ; j". arbres cou-
pés.
Boisé , pays couvert de bois ; z*.
falle revêtue de bois.
Boiserie.
Boisage.
Boiser.
II. Bocage ; i°. bois (âcré ; i®. bou-
quet d'arbres.
Nymphe Boccagere.
m. Bosquet , petit bocage.
IV. Bouquet ; Italien Boschetto ,
mot à- mot , un petit bois ; i °. un
compofé de petites branches-, j'.
uh bouquet d'arbres -, 4**. un bou-
quet de fleurs , & fimplement un
bouquet ; 5 *. Veft pour une fête.
Bouquetier.
Bouquetière.
V. Bûche, gros morceau de boîs,
long & mince , deftiné au feu.
Bûcher , lieu oi\ l'on met le bois
deftiné au feu ; 2". amas de bois
pour y mettre le feu.
BucHEROK , qui coupe les arbres
dans la Forêt.
tjf F R A N Ç O I
BuFET, Armoire en bois j àci>o, bois,
& fait ; fait de bois.
VI. Buisson , toufiè dVbrifTeaox ,
BuiSSONNIER.
VII. Busq, Busqué , planchette ou
pièce de bois qu'on mettoit au
corps de jupe pour fbutenir la
taille.
BusQuiERi , pièce d'ctoffc qui Ce
mec lîir le devant du corps de
jupe , &c.
VIII. Buis , autrefois Bouis , atbrii^
feau toujours vcrd.
Lat. Buxus.
IX. Boite, Lat. BUXETTJ, dimi-
nutif de BuxA , boîte , pafce
qu'elles écoient &itcs de luxus ou
iuis.
Emboîter , attacher deux chofcs en-
f^emble , en forte que l'une fe meut
en roulant (ur l'autre.
Boiteux , qui a une hanche déboî-
tée , enforte qu'il marche avec
peine , fe jettant fur un côté qui
cft plus court que l'autre.
Boiteuse , femme qui boite.
Boiter.
X. Boussole , petite boëte avec une
aiguille aimantée pour fe diriger
fat mer. Lat. Py*is , du mot
Buxvs , bocie.
XL De Bo, bois , les Latins firent Bos,
qu'ils joignirent avec Al^ élevé ,
d'où vint ,
Arbos & Arbork , bois éUvc , dont
nous avons fait les mots y.
Arbre ,. bois éle«é..
S - C E L T E. B O 1 74^
Arborer , mettre au haut d'un ar-
bre ; d'un mât , d'une perche.
Vieux François , fe Aarher , pour
direyi cabrer, s'élever droit com-
me un arbre ; oti voit ce mot datis
le Roman de Perceval.
XII. BotJQuiN , vieux livre; du moc
Anglois & Flamand BouK , écrit
en Anglais Book , & qui fignifie
Livrer mot venu de Bucu ^ u»
hêtre , parce que les livres fe fâi—
foicnt avec des écorces d'hàre.
Bouquiniste , celui qui vend ÔC
celui qui acheté de vieux livres.
Bouquiner , acheter des bouquins..
BOM.
BOMBE , boule de fer creufe &
qu'on remplit de feux d'artifice &:
de doux pour abîmer les Places
afliégées."
C'eft une Onomatopée; on a
imité dans ce nom le fon eflirayant
de cet inflrument meurtrier.
Ces rapports ont donné lieu an:
vers fuivant :
Schiopettus tuftafi bem lom Celubrina>
iboronat.
» Le fufil perce l'air avec (ê$;
» tufftsf; la coulevrine , avec fês:
» iom , hom. «
Bombarde , cation à bombes^
Bombarder, attaquer . avec ds
bombes.
Bombardement , attaque avec desi
bombes.
■ ^ Bombardier , qui jette les bombe©
ijS DICTIONNAI
en mettant le feu aux bombardes,
BOR.
BORD, extrémité d'une chofè ; x°.
« ce qui la borde. Bord d'un puits ,
d*UH chapeau , d'un champ , d'une
;:obe , d'un précipice, &c.
Ce mot prononcé par les Celtes
Word, vint de HOR, mot primi-
tif qui fignific , 1°. montagne; i°.
tîorne ; tout ce qui borne : d'où
vinrent ; i°. Horison , le cerale
qui borne la vue.
z*. Ora des Latins , & notre
vieux mot Orée , en parlant du
bord des bois, 5iç,
3 °. HoRos des Grecs , borne &
•montagne.
Quant au d que les Celles ont
ajouté à ce niot , fuiyant leur u(à-
ge ordinaire à l'égard des mots
qui finiflent par b. , c'eft làns doute
l'article d ou Th des Orientaux ,
des Anglois , &c.
Pe-là dérivent ces mots :
BoRDAGE , planches qui couvrent les
bords & les dehors d'un vaifleau.
PoRDÉ , qui eft garni d'un bord dif-
férent du fond.
lîoRDiR, mettre un bord.
3BoRi>ÉE , cours d'un vàiflcau fur la
même ligne.
1°, Djécharge d'armes o/îenfi-
ves : au figuré , premier feu du
.diCcours, relativement à une per-
fonnc qui fait des reproches.
^pRDpKJE, ce qui bopde.
RE ET Y MOL. i-jS
BoRDOYER , émaux qui fe terminent
mal, dont on voit les bords.
Aborder, venir au bord} i°. ap-
procher de quelqu'un.
Abordage , aftiou d'un vaiiTeau
qui en aborde un autre,
DÉBORDER , adion d'un Fleuve qui
pafTe par delTus Tes berds ; i'. au
figuré , aéJtion d'une perfonne dont
les mauvaifes mœurs paflent toute
borne , toute melure.
BORGNE, qui ne voit que d'un œil.
Ce mot eft abfolument propre à
notre Langue; car les Italiens ont
emprunté de nous leur Bornio >
qui fignifie la même chofe.
Il n'y avoir nulle raifbn d'en
chercher l'origine dans Orbus des
Latins. Il paroît être un dérive de
notre mot Morne , qui fignifia
Mutilé ; 1 °. ce qui a perdu fa pointe
& qui eft comme un fer émoufle^
5°. ce qui a perdu fon éclat &
fon brillant ; 4°. dans le fens -le
plus étendu , tout ce qui eft fom-
bre , terne , Sr fans lumière. On
aura dit Morgne , puis Borgne.
Collège Borgne, Conte Borgne,
Eborgner , rendre borgne.
Borneier , fermer un œil pour re-
garder de l'autre plus exaftement.
BoRGNON , qui ne voit que de très-
près.
BOR, BROC, BRAC,&c.
BOR, BRO, BROC, BRAC,
^ R y C , ont fignifîé pointe , inp
irumcnt
Ï77 FRANÇOIS
mimcnc pointu , Se qui point ,
qui pique.
Tandis que Bric fignifie tête :
de-là le proverbe de Bric & de
Broc, ( de tête & de pointe, c'eft-
à-dire ) par tous les moyens pofli-
bles.
t. Broche , pointe ; i". inftrunient
pointu.
Brocher, faire des ctofïès à la bro-
che; z° coudre un livre en piquant
les feuilles , en les embrochant.
Brochure , livre <oufu en le pi-
quant.
». Brocard , & anciennement Bro-
cAT , étoffe brochée; z**. raillerie
qui broche, qui pique.
C'étoit une Etymologie à la
Grecque ou à la Ménage que celle
qui dérivoit<:e mot de Burchard ,
Evêque de Worms , Auteur d'une
CoUecliou de Canons qu'il appella
de fon nom Brocardicorum Opus.
Brocatelle, eipéce d'étoffe bro-
chée.
3. Broc A enEfpagnol, 7
. , clou.
Broqoete en Auvergr
Brochette , morceau de bois taillé
en pointe.
Oifeaax élevés à la brochette.
De-là le nom Languedocien des
allumettes, une Broquette.
Ce mot ell vraiment Celte ,
tandis a^Allumetu eft Latin.
4. Burin , Irai. Bulino , inftrument
pointu dont on fè fert pour graver.
U tient à Bok , crculer , percer ,
Di3. Etymoi.
-CELTE. BOR 178
dont les Allemands ont fait Boren*
percer,
j. BURLESQUE , chofe plaiiànte ,
Poéfie burlefqae.
C'étoit une idée bien finguliere
& digne de tios Etymologiftes
que de dériver ce mot du Poctc
Il Bernia , qui le premier, dit-
on y écrivit dans ce genre : en forte
que ce genre s'appella Bîrniefco ^
qui dégénéra en Burlefque.
Et cependant il exiftoit en Ita^
lien le mot Burla , fignifiant /'/<«'-
fanterie , bouffonnerie.
Burlare , plaifànter.
L'adjeâif en eft néceflàirement
BURLESCO.
Cette Famille eft également
E{pagnole.
Il eft fort apparent que de
BuRLA on fit dans le Latin Barbare
BuRDA , plaifanterie , moquerie.
BuRDARE , jouer , Ce moquer.
Par le changement fi commun
de L en D & de D en L ; d'où
vint peut-être notre mot Bour-
de , tromperie , nienfônge. Lac
BVRRjt.
<>. Brochet , poiffon qui doit ce nom
à fon bec pointu.
7. Brusc, arbrifieau dont les feuille»
font pointues ou piquantes , aiguës
& dures. De-là au figuré :
Brusc^ite , d'une humeur dure , ai-
guë ; qui coupe en viilere , ua
fauvage.
Bk-usc^vcil.
M
17^ DICTIONNA
BRUSQUIRii.
Brusquement.
Bruieb-e , arbres & j^hntcs fauvages
qui croifTent dans des pays inculces..
Brosse , vergettes pour nettoyer
les habits , de £s.o , pointu.
Brosser.
Brosjure,
Brossier.
Broussailles , haliers , buiftôns.
Lat. Bruscus.
Lat. Barb. Brussia, Brau-
siA , Broc A , Brustio , &c
lieu plein de broflàilles.
Celt. Brous , Brouflàîlles ,
arbriffeaux.
Bas-Br. ^Jii/sco^ , bocage.
Brovs , lieu plein de
builTon^
Vieux-Fr. Brosses, BRecE,broul^
failles.
Fr. Ct. BROvssER,i\\çt dans
lesbrouflàilles.
8. Du même Bor , .vint le Theuton
BoRCH , cochon , appelle dans les
Loix Salicues Barch , ei: Latin
PORCVS , en François Porc ; & le
Latin Porca , truie ; i"^. la terre
entre deux filions. Eccard a fort
bien vu que tous ces mots appar-
tenoieut au vieux verbe Theuton
BaRGen y couper , d'oà vinrent
également le Theuton Bar£e , ha-
che, & Brett ais»
5, Broccolis , rejettons de choux ,
cEoax doDt les rejeaons l^nc bom
IRE ETYMOL; 1Î0
à manger y & qui viennent d'Ita-
lie avec leur nom.
Ce mot tient à la Famîlîc
Broc , poindre , parce qu'un re-
jetton , un tendron font des chofes
qui commencent à poindre , à
percer.
I o. BROCANTEUR , celui qoiacfec-'
•te & revend des tableaux , &c.
Brocanter , faire commerce de
tableaux.
Un homme d'efprit voulant
prouver l'inutilité des recherches
étymologiques, difoir : » qui pour-
» ra indiquer , par exemple , à'oà
» vient le mot de Brocanteur ?
Le mot de Brocaraeur tient à
une Emilie comme tous les autres,
& comme eux il eut une origine.
Spelman , dans Ion Gloflairc
Archéologique , ou de mots an-
ciens, s'exprime ainfi, au fujet d'un
mot de la même Emilie que Bro-
canteur:
« ABROcAMENTUMjrox forenfis. Emp-
w tio mercium integrarum , priuf-
» quam vel ad nundinas vel ad
»» forum rerum va:nalium deferan-
» turj earumque deinceps per por»
wtioncs diûraftio.
h'Abrocammtum , ou le métier
des Brocanteurs , conilfte donc à
acheter dés marchandifes avant
qu'elles fbient vend ues en dérail ,
pour les vendre enfuitc Ibi-mcmc
en détaiL
VoilÀdonc déjà deux mots pour
;i'8i FRANÇOIS-
un . Se celui de Brocanteur en
compagnie. Ce n'eft pas tout.
Le Savant Ducange qui n'a
pas lu tirer pani de ce mot Jéro-
canunium , va nous donner , fans
s*en être douté , l'origine de cette
Éimille : c'eft fous le mot BROC A.
» Broca , dit-il , Doliaris fi(^
•> tula , Gall. Broche. Vinum vendi-
t tum ai Brocam ( minutatini ) »
6c il cite des autorités de l'an
I 1 5 4. Le Chapitre -Général de
Citeaux qui fe tint cette année , &c.
Plus bas citant les libertés de la
Ville de St- Dizier pour l'an i z 1 8 ,
il dit , yin vendu â Broche.
On appelloit donc , il y a fix
Cens ans , Marchands à la Broche
ceux qui vendoient en détail , le
vin premièrement &: puis d'autres
marchandifes , & cela parce que
ces vendeurs de vin fe fervoicnt
d'une broche toutes les fois qu'il
leur arrivoit un chaland. Mettre le
vin en broclie , efl. une expreffion
qui étoit encore ufitée du tems de
Lauriere ; car il s'en fert pour ex-
pliquer le droit de boutage.
De Broca on fit en&ite Broca-
mentum,S: Brocanteur , qui défigne
exadement la mcrae chofe, &c qui
n'eft point tombé des nues.
V,
BRAC, chien de chaffe vif & éveillé
dont on fe fort pour découvrir le
gibier. On dérive ce mot de FAll,
CELTE. BOR i8i
Brack , qm défigne le même
animal ; mais ce nom eft commun
à plufieurs langues; on le voit dans
les Loix des Frifons où il efl; écrit
Barm-Braccuni : il eft Itahen &
Efpagnol. Bracke fignifie un chiem
en Flamand , une chienne en An-
glois. Les Peuples de l'Artois don-
nent le nom de Briquets aux pe-
tits chiens dont ils fe fervent pour
la chafiè des Blaireaux & des Re-
nards.
Ce mot eft donc Celtique , &
tient à la famille Brac , qui figni-
fie pointe ; i°. vivacité , feu , ar*
deur.
Les anciens Sax. appclloient un
chien Racka : en Ecoflbis Rachc
eft une chienne. Ces deux mots
fêroient-ik de la même /amille î
La fiimille des Brachets avoiç
pour armes un petit Brae.
La rue du Brac à Paris tire
fbn nom d'une famille appcUée de
Brac, dont un des Chefs étoit pre-
mier Maître d'Hôtel de Charles V,
& qui fit bâtir dans cette rue une:
Chapelle où font à préfent les PP.
de la Merci.
Braconnier, chafTeur illicite ; i*.
qui fait un grand dégât parmi le
gibier.
VI. Bracquer , ou Braquer le ca-
non , le difpofer de manière qu'il
produife fon efïèt , contre l'endroit
qu'on veut attaquer.
Nos Etymologiftes n'ont pu dc-
Mii
i8^ DICTIONNA
coatrir Torigine de ce nom. Il tient
à la familleBrdc , pointe , pointer.
On braque le canon en le poinunt
ou le dirigeant vers un but.
BOR, BUR, BRO.
BOR , BUR , BRO , fignifioit en
Celte tout ce qui enveloppe.
I. Habitation.
De-là ces vieux mors :
BuRON , habitation.
On difbit autrefois : « It n'a ni
» maifbn , ni buron » pour dire
qu'on n'avoit aucune poflefllon en
propre.
Borde , maifon de campagne , mé-
tairie , maifonnette.
BiTREAo , lieu d'aflcmblée d'un
Corps ; Bureau d'adre^Te , Bureau
des beaux e/prits , tenir Bureau:
Bureau d« recette , Stati» Fifcalis^
die de Lauricres ipcJle,Jlation du
Fijc^
On trouve dans du Gange :
t^. BuRBAN , banlieue, c'eft mot^i-
niot Ban du BuR , ce qui appar-
tient au Bur , au lieu..
t.°, BuRUM , conclave > appartement.
In Buro meo , dans mon appar-
tement. Ecrivez Bureau au lieu de
Tablatif Buro , & vous avez notre
mot François.
Du Cange a cru que ce mot
venoic de l*Anglo-Saxoii Bur &
Bure y mais l'A ngio Saxon vient
de la. même fource que !e François.
IL Bourg ^.écrit Burg ancienneu.ent,
gcut vciûr de la mêrat fourcej.
IRE ETYMOL. tt^
C'eA de ce mot qu'on a fait,,
Bourgade»
Bourgeois.'
Bourgeoise.
Bourgeoisie.
Bourgeoisement,
Bourgmestre.
Cette famille patoît tenir a»
Latin ,
MoRa, , demeure.
MoROR y je demeure..
Dans HÉSYCHius , ^upiti , Bu-
RioN , fignifie une maifon.
En Hébreu ni'D j -S/rA , un
Palais.
Burg , dans la Loi Salique , tir^
LViii , loi IV , lignifie tombeau ,,
couverture d'un mortj de Bergea,.
cacher , renfermer..
I L
Etoffe.
Bure ^ "i
Buratte , > étoffe grofle & veTacii-
Bureau j 3
Les anciens Latins rappelloienr
Birrum , Birrus , Burra.
On trouve tous ces mots dans^
ks anciens nioiiumens.
FiSTus dit que les anciens Rou-
mains appelaient Burrnm , ce:
qu'on appella de fon tems Rufum-t
Rcux.
C'tft le Grec Burrhos.
Comme cette crcfle étoit velue»
vilofuSy amf hitallus , dit Du Can-
ge d'après P api as, (on nom dci^
vint l'origine du Jtnot;>,
»8j FRANÇOIS
T^ Bourru , gtoffier , de rnauvaife
kumeur.
Vin Bourru , f«/ tfi fyals y
grojjîtr:.
X. BouRRî , I ". ce qu'on rejette dts
laines quand on les file 5 ce qu'il y
a de plus groffier dans les laines ,
ou dans les toifons.
Lat. Butta , balayeures , choies
viles & mcprifâbles.
En Anjou Beurriers , balayeu-
res; delà:
Bourrelet , efpece de couflîn en
rond, rempli de bourre.
Bourre , i9. le commencement d'un
bourgeon de vigne : c'eft la cou-
verture qui efl fur l'œil de la vigne ;
d'où vient qu'on dit geler en jBoar-
r^,c'eft-à-dtfe, avant que la feuille
de la rigne ait paru. Ce nom vient
àe ce que le germe de la vigne a
une enveloppe de filamens qui ref-
fcmblent à de la bourre, même
pour la couleur. ( Formey ).
Bourgeon.
Lat. Burrio,
De Burra , Bourre.
jv FouRASQUE , gros tcm$ , tems
noir & bourru.
m;
Enveloppe.
IROU, ccorcc qui enveloppe les noix
te le coco, & qti'on enlève.
1°. ForterelTe ; elle garantit com-
me l'enveloppe.
3;®. Cclt> Bnoa f. Bros , jupe.
CELTE. BOU i2S
A Metz , une Payfànne eft Em-
brouée lorfqu'elle a la tête cou-
verte de plufieurs Ifhges.
Vieux Fr. Embrochié , affiiblé ,
couverr^
Embrunché , couvert ; d'où notre
mot Embronché.
BOU.
BOUDER , faire la mine, la moue
par mécontentement; parler entre
les dents.
, Bouderie ^ fôcherie , rnauvaife- hu-
meur.
Boudeur,
Boudeuse.
Dérivés du mot Celte Bouif\^
bourdonnement , chuchotement ;
Bouda, bourdonner, chuchoter,-
Ces mots font une onomatopée,
BOUGE , petite Chambre (ans chemi-
née.
Les étymologics qu'on a don-
nées de ce nom me paroiflent trop
dénuées de fondemenrpour qu'oa'
doive s'y arrêter.
En Latin-barb. Bogis & Bu^
Gl A , fîgnifient hahi talion, petiu^
habitation. ' '.
Envieux Franc- BaUgé, Bau^
CHE , demeura. D'où ,
Embaucheur.
Embaucher un Ouvrier, un Sol-
' dar.
DÉ-BAUCHER un fujet, l'attirer chez
foi , à foi.
En Celte JS-<f/'C,iCaverne,GroP^
iS7 DICTIONNAI
te , qui furent les premières habi-
tations.
Primitif Bo , Bc , habitation ,
dçmeure.
II. Bouger. , fe remuer , Ce mouvoir,
cchapger de place.
BouGiLioN, qui change toujours de
place , qui ne peut fe tenir en re-
pos.
'> On croit qu'il vient de Voguer ,
mouvoir. Il peut venir de Bouge ,
habitation , lieu où l'on demeure ;
& aura fignihé aller dans un lieu ,
fè tranfporter dans un ^o«^<: i°.
changer de place -, 3 °. changer de
(Ituation , remuer.
III. BouGETTE, petite Bourfe :du La-
tin BvLGA. On difoit aufll Bou-
ge \ il a bien rempli fes bouges ,
pour dire , il a fait un gros gain.
(Henri Etienne , de Latinitau fal-
sofufpecfa, ch. 8.)
BGULEVARPS , Remparts , Terralfc
autour des murs d'une Ville pour
fervir à d dcfenfe.
On a cpuifé les Langues pour
parvenir à l'origine de ce mot : en
l'a dérive du Latin , du Grec , de
l'Italien, de l'Allemand ; on a dit
c eft moles virides , des terralTcs
vertes : Boule-JTert ; proteâioji
contre les boulets: Bolwerk, ou-
vrages en poutres ; ouvrages d'où
on lance des traits.
Ceft tout ce qu'on pouvoir dire
de mieux lorfqu'o» alloit à tâtons-,
fims prendre le mot même pour
RE ETYMOL: 18Î
guide & fa fignification propre.
Ce mot eft venu de la Langue
Italienne, ainfi que la plupart de
nos termes de guerre & de fortifi-
cations; on le prononce Bal-w ar-i
DO dans cette Langue , & il y eft
devenu le nom des Baftions. Il doit
donc ion nom à fon ulàge , venant
de ial pour xral , muraille , rem-
part, en Latin vallum ; & de jrardt
uard , dont nous avons fait garde»
&c qui fignifie garde , appui. Les
Boulevards font donc mot-à-mot
des Terrafles deftinces à la garde ,
à la confervation des Remparts.
Vard , fignifioit garde , même
en François ; car on voit dans de
LAURiERrlemotBANVARDs, pont
défigner ceux qui gardoiejic les
blés & les fruits fur pied.
BOULINGRIN , mot venu des An-
glois , & qui fignifie Tapis de vtr-
dur-e,Cnc lequel on joue à la boule,
boul-in- green.
BOURDON, mouche qui reflemble \
l'Abeille. 5on nom eft une imita-
tion de fon cri , ou plutôt du bruit
qu'elle fait , & qui eft commun aux
divedés efpécesde mouches.
Bourdonner.
Bourdonnement,
Ce dernier mot défigne non-(êu*
lement le bruit des mouches, mais
auffitout bruit fourd qu'on entend,
comme le bourdonnement de l'air
. & des oreilles.
Ceft par le même «pport. que
^ifp FRANÇOIS
le mot Bourdon dcfigne auflî les
înftrumens dont le Ton toujours
le même , imite le bourdonnement
des mouches.
B R A.
BRA , mot qui s'eft auffi prononcé
Bré , Bri , & qui (ê joignant au C ,
a fait le mot Brac , Brec , qui
tous dcfignent les idées de Brèche
bc de brifer , en imitant le Ton mê-
me d'une cliofe qui fe brife ; enforte
que ces mots (ont une vraie ono-
matopée, & par-là même communs
à la plupart des Langues. Dc-làplu-
fieurs Familles de mots.
I.
I. BRAIES , ") mots défignant des
Braguette, > hauts- de-cliaufles,&:
Bragve , 3 qui ont tous Tieilli.
Ceft le Latin £rjccje, venu lui-
»iême du Celte BRjéccAyhtnjesi
i'où la Gaule Braccata , parce
qu'on y portoit des brayes.
On donna ce nom à cette por-
tion de l'habillement des hommes,
parce qu'il cft fourchu comme le
corps.
II. Bréchet, os fourchu de la poitri-
ne , dans r Anjou & le Maine.
Brichet , à Paris»
La poitrine s'appelle par la mê-
me raifon Brust en Allemand.
ni. Brèche , ouverture faite à un
mur; 1°, <i«/owrc , à Thonneur,
à fà fortune , &c,
Ebiûcher , faire une brèche.
-CELTE. BRA i^o
IV. Brequin & ViRîBREQum , ontil
dont on fe fert pour percer le bois
& qu'on enfonce en tournant,- en
virant.
II.
BRW, mettre en poûffierc , briferi
I. BROYER , réduire en poudre.
Broyement , adion de broyer.
Broyeur, qui broie.
Broyeuse , celle qui broyé.
Broie , Lat. barb. Broia , inflru--
ment à brifer le chanvre.
Irl. Breu , piler, broyer , Sec.
Bas-Bret. Bruzuna , brifer mena ;
Brav , Brew , Meule de moufin,
pierre qui ccraie , &c.
II. BRIBE , morceau de pain; i°. dé-
bris de repas; ^°,aufig. morceaux
d'Auteurs découfùs , citations.
Brifeur , gros mangeur.
Brifer , mettre en pièces ; i°. con-
(umer ; 3°. manger goulûment.
Baffrer & Empiffrer , paroiA
fent tenir à la même Famille.
Efjjagn. Brivaco, morceau de pain,
Brivar , mendier,
Lat. bar. Bricia , morceau de pain.
Fr. Comt. Brique , morceau.
Bas-Br. £i{ii?^, manger goulûment,
Gall. Briw , morceau , fragment ;
1°. bleflure, mal;, 3°. dommage,
Brijto y mettre ea pièces.
Brijtiok , rogneures , miettes.
III. BRIS , aâion par laquelle un
Vaiiïèau fe brife.
DÉ-BRIS, refte* d'une chofe &aeaf-
féfe , brifce.
ç^pi DICTIONNAIRE ETYMOL. \^*
Bmsans , Rochers contre Icfquels
k Met (c brifc.
2U.
^J^Kissiiinj t aûion des flots qui fe
brifenti i°. douleur d'un cœur
«avrc.
BRistR-, mettre en pièces, fracafTer.
Bmseur, qui brifè.
Brisure, eff-èts du brifcment^
Brisées, branches coupées & feniées
pour recounoitre le chemin dans
une forêt.
a°. Ju fig. Projet , dcffein ,
"^, route qu'on rieiit
Brise -cou.
Brisis , Tou coupé & brifè en
luanfàrde.
Brisoir , inftrument à brifer le
chanvre.
En Celte 'BRix,'brêche , rupture;
i°. brifer , rompre , fracaffer.
Ce mot eft commun à la plupart
des Langues d'Europe : il eft Irlan-
dois , Ang1o-S"axon , Theuton ,
Anglois , Suédois , &c.
En Langued. Brise, miettte.
lia\.BRiciA,BRiciOLo,m\CKe.
JV. Brin , petite tige ; x**. petite por-
'^'' -tion de quelque chofe j j'. mor-
ceau.
V. Brete , cpce; inftrumcnt à met-
tre en pièces , à déchiqueter,
Breteur } qui aime à fe battre à
répée.
Bretaillir , être toujours prêt à
fe battre à l'épée.
QdXL Bratt , pièce, lambeau.
BRATuVy piquer , tcouer , met-
tre en pièces.
Bratu , piquute.
VI. On a dit également Brod,Brout^
Brot , piquurcs , peinut , aiguil-
lon.
Irl. Brod, Bas-Br . Broud , pointe «
aiguillon.
^u figuré , Remords.
Broder, tracer des figures à l'aiguil-
le , eft donc un dérivé de cette fe-
millc , ainfi que les mots ,
Broderie.
Brobeur Se Brodïose.
Il eft remarquable qu'en Hebre*
^^a Brod , fignifie grêler, picot-
tti , marquer avec des points ,
comme fait la grêle.
Bretelles , Bandes o« Courroies
pour {outenir une charge * Se qui
tiennent à la ceinture.
B R É.
BRÉ & Bray , Brai j Poix , Gou-
dron.
Braïer , poîlTer , enduire de Poix.
D'où le Grec BRETTia^ Poix.
Et le Latin Brutia.
En Italien , Bruttare fignifie fc
falir , fê poifter.
C'eft de cz mot qu'on fit le nom
du pays d'Italie appelle ancienne-
ment Brutia , & aujourd'hui l'A-
BRUZE, parce qu'elle étoit abon-
dante «n poix , à caufe des iota%
dont elle étoit couverte.
Ce mot eft Celte , Se fignifie
i aufll ÏÏange , Lùrrwn,
BRAN,
iP3 FRANÇOIS
BRAN , fbn de farine.
Angl. Bra.
Flani. Frank.
ProT. Mérid. Brek »
& Rebr-ih.
II. Breneux.
Embrené.
Bras de vous , dans quelques Pro-
vinces , pour Fi de vous.
Ceft un mot Celtique.
BRAILI ER , crier à tue-tête.
Braillard , > . . v ^.
> qui crie a tue-tete.
Brailleur , J
Ce mot eft: dérivé de BRA , qui
eft une onomatopée > défignant
Taâiion de crier: de braire.
Braire , cri de l'âne.
Bramer , crier ; on le dit des ani-
nimaux , & on l'a appliqué aux
hommes au figuré, dans le fens de
défirer ardemment.
» Comme le Cerf altéré trame
»? après le courant des eaux , ain-
1» fi , &c.
Au fond d'un défert eft un Mou-
lin , qu'on appelle Moulin de Bra-
mafam eu Cric-famine.
BRANCHE d'Arbre, ou de tout ce
qui fe ramifie, qui fe fubdivilê en
plufieurs pointes , en plufîeurs ca-
naux, &c.
On a au que ce mot venoit de
Brachium , bras : les branches
font les bras d'un arbre, d'un
fleuve, &:c.
Il peut venir du Celte Ran ou
du Latin Ram-us , qui fignifient
Di3. I-tymel.
CELTE. BRA ip4
tous deux tranches.
Les mots qui commençoient
par R , fe (ont fouvent fait précé-
der de la lettre B.
Brancha.ge.
Branchu.
Brancher, pendre à une branche.
Ebrancher , couper des branches.
i". Brancard , branches entrelacées
de manière à pouvoir tranfportet
ce qu'on met delTus.
î". Branle, mouvement d'aller &
de venir; i°, nom d'une Danfe.
Branler, remuer , s'agiter, mou-
voir.
4°. Broncher , faire un faux - pas ,
trébucher.
Bronchade , faux-pas.
Ital. Broncû , Tronc.
Broncone , branche.
On trébuche en heurtant contre
une branche , une racine qu'on
rencontre (îir Ton chemin.
Brimbaler , fbnner les cloches à
tout rompre.
Je ne doute pas que ce ne /bit
un mot altéré : mais quelle en fut
l'origine ? Vaimla défigne les clo-
ches en branle. Vimt aller ^ Bimba-
ler , aura fignifié/onner Us cloches ,
& on en aura fait in(ênfiblement
Brimbaler.
Quelle qu'ait été l'origine de ce
mot , il eft certain que le R de la
première fyllabe , eft une lettre
ajoutée par les François, fùivaut
! leur coutume.
N
DICTIONNAIRE ÉTYMOL.
BRIOCHE , Pain fait avec des œufe
Se du bcurc.
"Celte Brach , graiflè , beurc.
Gall. Brechdak , pain & heure.
Lat. barb. Bracellus , gâteau.
Bas-Br. Bras , graiffe , beure ; 2°.
gras , fertile.
Héb. Bria , gras
BROIGNE & Brunie » ancien mot
qui fignifie Cuirajfe.
Il vient du Celte Bron , qui
- Cgiùne , 1 °. poitrine , gorge ; z".
fein , mamelle ; }**. colline ,
, montagne.
En AUem. Brus f y poitrine. C'cft
que la cuiraflè couvre la poi-
trine.
Ces mots appartiennent à la
même Famille que Frons , le
Front.
BRO BRU,
BROUTER , aâîon des animaux qui
mangent l'herbe & les branches
d'arbre,
. Brousj» bourgeons, branches ten-
dres que mangent les bêtes fauves.
Broutilies^, ce qui refte après
qu'on a brouté.
Brute , Lat. Brutum , Animal ,
bête, OTW-à-/72or, être qui broute.
içS
C'eft une famille primitive qui
tient au Grec Brd/ko, manger, !i
à rAlIemand Droit , pain, &c.
De-là , 1 o. Bru t , qui n'cft . pas
poli, qui n'a pas encore perdu !a
forme agrefle & rude.
z*. Brutal , Brutalité.
Brutalement , hriualiftr.
BRU.
BRU , Femme du Fils.
Ce mot eft de la même Famille
que le Franc. Brut , l'Anglois
Bride , l'Allemand Braut , qui
tous fignifient époufe.
Bruth, hgnihe également cpou(e,
& i°. beUe-fille ou époufe* du Fils ,,
dans la Langue des anciens Gotlis.
Voye^ Schilteb.
Ces mots viennent de Bra ,
faire , produire ; & d'où vint égale-
ment avec la négation ein , e^nt ,
le mot Bre-haigne , femme fté-
rile , mot-à-mot , non féconde.
Bru GNOLES , prunes qui viennent
de la "Ville de Brignoles ai Pro-
vence, & dont on croit qu'elles
ont pris leur nom. Je croirois plu-
tôt, au contraire, que la Ville a
pris fôn nom de (ts prunes ; & ce
n'eft pas la première.
191
FR ANCOIS-LATIN. BA>BE ip8
MOTS COMMUNS AUX FRANÇOIS ET AUX LATINS
ou NÉS DU LATIN.
B A
]§ AISER , ^'om , Lat. Basium.
Verbe , Basiare.
BALAFRE , coupure , eftafilade au
vilàgc.
Balafre, o^m a une balafre au viiâge.
Balafrer , faire des balafres au rifagc.
Ces mots jufqu'ici d'une origine
inconnue, font une altération des
deux mots Latins mala-fracla ,
joue entaiUadée, coupée, eftafilce.
On aura dit malafre , &: malafri.
Ceft du même mot fracia que
les Italiens ont fait Fregio , cou-
pure au vifàgc , eftafilade.
ECQUILLE,du Lzt.BACUtus^hhon^
Composés de B L
Le mot Latin Bi, qui fignifie
deux , entre en compofc dans un
grand nombre de mots François ,
où il fe prononce ia, ie ôc hi. Tels
font ceux-ci :
I. BALAKCE , Lat. Bi-iamce à l'a-
blatif, nomin. Bilanx , mcfureà
deux plats.
On a dit d'abord Belances , &
puis Balances. De- là,
Balancer.
Baiancement.
B E
Balancier.
Balançoire.
Balant.
IL BESACE, Toile qui forme comme
deux facs ; fâc à deux poches.
Du Latin hif-faccus. Pétrone a
employé le mot bifaccium , qui fi-
gnifie la même chofe.
Dans quelques Provinces, on
dit un BissAc.
Besacier , qui porte la be(âce.
III. BESSONS, Gémeaux; du Latin
Biffant , ils font deux.
IV. BESAIGUE, outil de fer tran-
chant des deux cotés : c'tft le Lat.
Bij-aciuus.
V. BESICLES, Lunettes ; c'eft le Lat.
Bifoculi, deux yeux. , :.';
Selon quelques-uns, c'eft le Lar.
barb. berillus qui a fait l'Elpagnol
heril , & l'Allemand brill , & qui
tous fignifient Lunettes. On aiu-a
dit Bericles , coriime encore en
pbi(àntant , & puis Bejicles.
Ceux qui le riroient de b'n-eir-
culi, comme Voiture , n'y enten-
doient rien.
Ceux qui l'ont tiré de la Villa
de la Brille eu Hollande , ccmma
199
DICTIONNAI
écant le lieu où on les avoit in-
ventées , ccoieiit mauvais Hifto-
riens.
VI. BIGAME , qui a deux femmes.
Bigamie , doubles Noces.
De Bis & du Grec Game , noces.
VII. BI-GARRÉ, qui eft rayé de di-
verfès couleurs.
Bigarrer , aflbcier diverfes cou-
leurs.
Bigarrure, affociation de couleurs
fur une étofFe , &c.
De Bi-vARio , à deux raies.
Dans le Maine on appelle
Garre , une Vache pie.
Carreau , un Taureau pie.
Bigarreau, Cerife bigarrée de noir,
rouge & blanc.
Bigarrotier, arbre à bigarreaux.
Bigarrade , Orange bigarrée ; elle
eft aigre & grofle.
Vni. BIGLE , louche -, en Langue-
docien bif-cle; c'eftdonc une con-
traction de bif-oculus\ œil dou-
ble.
IX.BIGORNEjEnclume àdcux bouts
ou à deux cornes; de Bis-cornu.
De là notre mot Bijcornu.
X. BI-GOTERE , bande qui mainte-
noJt la mouftache pendant la nuit.
Mot EijVagnol , de Bi-gote , à
deux joues ; les deux goûtes , com-
me on dit dans quelques Pro-
vinces. .
XI. BILAN , état de ce qu'on doit &
de ce qu'on a.
Du même mot que Balance.
RE ET Y MOL. :2oo
XII. BINER , donner aux terres un
fécond labour : de Bini , fécond ,
deux.
XIII. BINET, machine qu'on met au-
delfus d'un chandelier , pour éco-
nomifer le bout des chandelles : de
Bini, fécond. Ceft comme un fé-
cond chandelier.
XIV.BIS-AYEUL , le fécond ayeul,
ou l'ariiere-grand-pere.
Bis-ayeule , la féconde ayeule , ou
la mère de la grand'-mere.
XVç Bis-cuit , pain cuit deux fois »
& quelquefois quatre fois , qu'on
mange fur mer.
Bis-cuit , pâte faite de fleur de fro-
ment, de fucre & d'ceuf , & qu'on
fait cuire dans des moules.
Bis-coTiN , pâte plus ferme & cuite
en petits morceaux ronds.
XVL BISARRE , fantafque , capri-
cieux , qui varie fans ceife d'hu-
meur.
Ital. Bi^arro.
De bis , deux , & war , raie ,
couleur.
Il appanient ainfi à la même
famille aue Bicarré.
Bisarrerie , caprice.
BiSARREMENT.
XVII. BISSEXTILE , quatrième an-
née de notre cycle de quatre ans ,
qui a un Jour de plus que les trois
dont elle efl: précédée.
Ceft le nom que les Latins don»
ncient déjà à cette année , parce
que ce Jour ajouté à la quatrième
aoi F R A N Ç O I
année s'appelloic BifTexte , ou le
fécond Jixiimt des Calendes de
Mars.
BissETRE , malheur , accident, mot
corrompu de Bijfexte ; on atta-
choit des idées fuperftitieufes d'in-
fortune au jour &à l'année BilTcx-
tile.
XVIII. BISQUE , terme de jeu de
paimie. C'eft un avantage qu'on
flic à celui contre lequel on joue.
Ce mot a défolé tous nos Ety-
mologiftes. Ménage qui avoit tou-
jours des étymologies à fês ordres ,
avoue que l'origine de ce mot eft
aufiî inconnue que celle du Nil :
fans doute , lorfqu'on ne veut pas
remonter à la fource.
BiseAzZA , Bise A , Se autrefois
BiscHtNZA , fignifie en Italien
Adadémie de jeu.
BiscAzziERE , joueur de pro-
feffion.^
Tous ces mots viennent donc
du jeu de dez , & Cont eompofés
des mots Latins Bis-eafus , dou-
ble chance.
XIX. BROUETTE, ou Berouette,
Lat. Barb. Birota.
Petite voiture à deux roues ,
pour conduire une perfonne à
bras ; t°. tombereau à bras.
Du Lat. Bis, deux , & Roia ,
loue.
B E T
BElE,^ autrefois Beste , au fimple &
au Égaré, en Lat Bestia,
S -LATIN. BI aQ2
Bestiole , petite bête , Lat. BeJ-'
tlola.
BÉTAIL , rroupeau d'animaux da-
meftiques ; gros & menu bétail.
Bêtise , incapacité , &c.
BI
BIAIS , travers , coté ; 2°. manière,
façon , expédient.
Biaiser , n'aller pas droit.
BiAisEMENT , adion d'aller de bfais ,
adlion de ne pas dire francheraenc
le vrai.
C'eft l'Italien Bieco, de travers ;-
2°. louche.
Les Italiens changent L en I ;.
ce mot doit donc venir du Lac
O'BLico , dont nous avons fait
Oblique , qui va de biais.
BICOQUE r petite ville , place raaE
fortifiée ; du Lafm Vico , bourg;
BIGUER. , terme de jeu : changer fa
carte contre celle d'un autre ; du
Latin Vice , tour , échange ; /a-
ric^em mutare , tiguer.
Anglo-Sax. Bycgene ; 1°. pri-
mitivement échange , première
manière de commercer, x'^. achat
& vente.
BILE, Lat. BiLis ; \ ". humeur chau-
de & féche qui eft dans le corps-,
2°. colère, au figuré.
Bilieux , qui a de la bile j z°. fûjer
à Ce mettre en colère.
Atra-bilaire , d'une humeur cha>-
grine ; toujours pïêt à s'éraouvofcv
à eatrer ea colett.-
:zo3 D I C T I O N N A l
Du Latin yitra, noire, & Jii/is,
bile.
BILLON , coin pour la monnoie ; i°.
monnoie qu'on mec au billon ,
qu'on fond parce qu'elle eft de
mauvais aloi.
Du Latin BuLLA,Çct3i\x, parce
que ce coin eft rond , & que la
monnoie a une empreinte comme
le fceau.
Du même mot, Bulla , fceau,
BULLE, ou Ordonnance , expédi-
tion du Pape avec un fceau de
plomb.
BuLLAiRE , recueil de Bulles.
BuLETiN , petit billet; z*. fufïrage
par écrit.
BITUME , Lat. Bitumen , matière
onûueufe & inflammable qui a
l'odeur du (bufre.
Bitumineux , abondant en bitume.
BON CHRÉTIEN, poire excellente ,
RE ETYMOL. ao^
dont on tranfporta des plants en
France (ous le règne de Chsirles
VIII. C'eft tout le fruit qu'on re-
tira des guerres pour la conquête
du Royaume de Naples.
On appelloit ces poires Crujlu-
minUy & i>ona Crujlumina,àw nom
de la ville qui les çultivoit avec le
plus de fucccs. Pline en parle dans
fon XVe, livre , & dit qu'elles fui.-
partbient toutes les autres poires
en bonté.
Les François , pour qui rien
n'ctoit plus barbare que le mot bo-
num Crujluminum , en firent in-
fenûblement le mot Bon Chref-
tien.
BOULANGER, Boulangère, Bou-
langerie, Ces mots (ont une alté-
ration du Latin Polenta, Se
PoUnto-rius.
BOURGEON , Lat. BuRRlo.
MOTS COMMUNS AUX FRANÇOIS ET AUX GRECS
ou NÉS DE LA LANGUE GRECQ^UE.
.j..
B A
AIN , Lat. Balneum.
Gr. Balaneon.
Baigner, Baignoire.
Baigneur, Baigneuse.
Bagne , lieu où les Mahométani
^enferment leurs Efclaves , parce
B A
qu'à Conftantinople ils font ren-
fermés dans un lieu de bains.
BATÉME, autrefois Baptesme.
Gr. Baptisma.
Batiser , Bapti^ein.
Baptistère , Baptijlirien.
F R A N Ç O I s - G R E C. B A
20 f
BATTOLOGIE , Battoloûia.
BIBLE , Grec Bibios , livre.
Bibliothèque, Bibliotheka.,
Bibliothécaire.
BiBLioMANiE , Bibliomania.
Bibliographie , Bitiiographia.
BOTANIQUE, Botaniki.
BoTANisER , Botani^cin.
Botaniste.
BOULINS, paniers où nichent les
pigeons. Gr. BôLiNAi. Ce jboï (e
trouve dans Hefycliius & fignifîe
Nids ; mais ceux-ci étoient faits de
brique , c'étoieut des trous dans les
murs.
20. Les pièces de bois que les
maçons mettent dans des trous de
murailles pour échafeuder : les Lat,
les appelloient par la même raifon
Coiumiaria. ■
BOURRÉE, danfe fort vive des Pays
Méridionaux. C'eft une danfê Celte
dont les Grecs firent certainement
leur danfe appellée Purrikkê ou
Pyrrhique , dont ils ignorèrent
l'origine , & qui figaifioit danfe du
feu , danfe animée.
BOURRIQUE , ou ânefle.
Efpagn. BORRICA & Borra ,
du Grec Purros , de couleur
rouffe ; telle que la couleur de l'âne :
aufli s'appelle - t - il en Efpagnol
BuRRO &i BuRRico. Nous n'en
avons pris que le nom de l'âneffe.
En Latin , BuRRJ figuifie
y^cAe roujfe.
adf
L'àne croit l'emblème de Ty-
phon , parce qu'on peignoir celui-
ci Roux , de même cu'Efaii.
BOURSE , I °. petit fac à monûoifV
à ouvrage, &c. Gr. Bur,.SA.
1°, Lieu où s'aiïêmblent les
Mirchaads. Jufqu'à préfent on dé-
rjvoit ce uom d'un conte fèmblar
ble à celui par lequel on exphquoit
l'origine du ' mot Acadcmie. La
première Bourfe marchande ftic
formée , dit-on , à Bruges , &c prie
fôn nom d'un Hôtel fuperbe qui
appartenoit à une famille appellée
de la Beurfe , & dont les armes
{culptées fur la façade eonfiftoienc
en trois bourfcs.
5°. Penfions établies dans les
Collèges pour des Etudians pau-
vres.
Boursier, qui tient la bourfe.
BouRsiLLER , (e cottifer.
Boursouflé ,, enflé comme unë-
bourfe.
Brodequin r grande chaufîure de
cuir. On difoit autrefois Brofejuin ,
voy. le grand nef des foux du mon-
de ,im^nmé en 1499. C'eft l'I-
talien BORZAceuiHo. Cé^smots^
viennent de Borfa , bourfe , cuir.
BRIDE, Bridon.
Brider , Débrider.
Ce mot commun à prefque toUs
les peuples de l'Europe, cft Anglo-
Saxon , Theuton , Anglois , Fla-
mand , Efclavqn , Bafque , &c.-
L'italien le prononce BsJG-UAi}
ao7 DICTIONNAIRE ÉTYMOL. 208
changeant d en/, 8c l en gl.
Le Grec-Eoliea Bruter , ou
Bryter.
En Cornouaillien Briiaw
guide , condufteur.
Ici B eft ajoute devant R.
o '
MOTS CO M MUNS
AUX FRANÇOIS ET AUX ORIENTAUX
ou r E N U S DE CEUX-CI.
B A
ABOUCHES, fouliers dont fe fer-
vent les Orientaux. Ce mot eft
Oriental. En Turc J13i<3 Ba-
boudg. En Perfàn (j«jj5j « pro-
noncé & écrie PaPOUscH. Ce
mot fignifie en Per(ân , i°. toute
efpéce de chauflure ; i°. le fbulier
de de(rus,qu*on ôte en entrant dans
un appartement ; 3 **. A ïfpahan &
à Casbin , les fàndales des payfans.
^ALAI , forte de rubis. Ils tirent leur
nom du pays de Balasçia qui eft
entre le Bengale & Pegu.
Voy. Marc-Paul , voyages en
Tartarie , &c ; le Barbosa , dans
B E
le premier volume du Ranufio j
Haitoh l'Arménien , Hift. Orient.
chap. VI , &c. cités dans Ménage.
BERGAMOTTE, forte de poires qui
font venues de Turquie par l'Ita-
lie.
On les appelle en Turc Beg^
armoudi , Reine des Poires ; de
Beg , prononcé Bey , Seigneur , Se
Armoud , poire. De Begarmoud,
les Italiens ont fait Bergamout ,
comme lî elles ctoient venues de
Bergame.
On trouve cette étymologie
dans le Ptrroniana,
MOTS
209 FRANÇOIS-CELTE. CA 210
MOTS FR A IS Ç O i S - C E LTES,
ou DÉRIVÉS DU C E L T I (lU E.
C
, troificme lettre de l'Alphabet ,
eft le G primitif des Latins & des
Grecs , qui fe prononçoit G/ie. Elle
Je confondit enfuite avec le K des
Peuples du Nord & des Orientaux ,
qm s'ccrivoit 3 ou C , & dont elle
tient la place en François. Elle a
remplace également la lettre Q
dans un grand nombre de mots,en-
forte que pour trouver l'ctymolo-
gie d'une multitude de mots Fran-
çois, on eft forcé de recourir à des
mots plus anciens, é-rits, C, G ,
K, Q. Ces lettres d'ailleurs ont
été làns cefTe remplacées les unes
par les autres, à caufe du rapport .
de leurs fbns.
C'eft qu'elles /ont toutes égale-
ment les nuances d'un même ton ,
d'urte même touche , de la guttu-
rale , comme nous l'avons fait voir
dans l'Origine du Langage 8c de
l'Ecriture. Nous avons vu auflîdans
le même volume , que la gutturale
& ra(]:)irarion H , fe remplaçoienc
fans celTe l'une par l'autre. C'eft ce
qu'on ne doit jamais perdre de vue
pour pouvoir fuivre les rapports des
Langues.
J)i3. Etymol,
C , (è met encore pour S , & en
prend la prononciation ;de-lànotte
Ç , prononcé S , &: accompagné
de ce qu'on appelle Ccdilli!, moc
Efpagnol qui fignifie peiit c.
Nous avons vu auflî dans le mê-
me volume , que la Lettre C défi-
gnoit tous les objets en forme de
canaux , tous les objets creux ,
tous ceux de long cours.
Elle dcfigne par-là même, en gé-
néral,tout ce qui aune capacité,tout
ce qui contient ; & par-là même
le lieu , la place , comme ficuation
du contenu. De-là une multitude
immenfe de Familles & de mots en
toutes Langues , & fur-tout dans
la Celtique , qui fè font confervés
dans la Langue Françoilê.
C Démonftratif, défignant le lieu,
h place.
. ÇA , mot primitif qui défigne , i *.
le lieu , la place , & qui fert , i». à
montrer , à indiquer ; il s'emploie
elliptiquement.
Venez ça , en ça , ça & IJ.
Ce mot a dérouté tous nos Ety-
mologiftes , tous nos faifeurs de
O
^11 DICTIONNAI
Diâiionnaires ; ils en ont fait un
adverbe , une particule ■■, ils ont cr*
qu'il étoit deftiné à marquer le com-
mandement ; confondant ainfi fans
cefTe les caufes avàcks effets^ les
effets avec les caufes, brouillant
tout , ne donnant aucune idée
nette. On croit n'avoir à donner
que des Etymologies, & il faut
fans cefTe définir.
En Irland. CA , CAI , fignifient
maifon , habitation.
En Brec kei^kea, avancer, aller,
mot-à-moc^ changer de lieu, ve-
nir €n ce heu.
ÏI. CI , autre mot qui défigne le lieu,
mais d'une manière plus pofiiive ,
plus déterminée.
De-là, i-ci , en Grec e-kei,
& dans quelques patois CEii en~
CEI.
De-là nos Pronoms dcmonftra»
tift ,CE, CET, CETTE, CE-CI , CE-
là , cE-lui-ci, c'-elle-ci.
., GÉ-ANs , pour dire cc-cjiy en ce
lieu.
Ce-pendant, mot elliptique , pour
dire tandis que ceci pend encore ,
qu'il en eft encore queftion. Méta-
phore tirée du fruit qui pend en-
.« . core à l'arbre,
. Ci-contre , ci-deflus , ci-deflous.
' : C'en dessus - dessous, phraiê ellip-
tique , qui fignifie ce qui étoit en
dessus, «yî venu en dessous. Lorf-
qu'on écrit fans au lieu de c'en , on
dénature abfolument cette phrafe.
RE ETYMOt- 212
Et cependant nous avons une foule
de mots qui ne font pas écrits avec
plus d'exadirude.
C I.
De C I , lieu , viennent les mots
fiiivans.
CITÉ , Lit.ciriTAS , c'étoit le
nom des Peuplades Se non celui des
Villes. Ce mot fîgnifioit donc à la
lettre ceux qui viv-ent ici , en
ce lieu ■■, les Habitans de la con-
trée :, d'où
Civis des Latins , Citoyen ; celui
qui fait portion de la Cité.
On donna dans la fuite ce nom
au chef-lieu de la Peuplade ; d'où
vinrent
Citadin , celui qui habite dans une: ;
Cité, dans une Ville. j
Citadelle, endroit fortifié pour la
fureté de la Cité, ou pour y main-
tenir l'ordre & la tranquilHtc.
1. Civil , qui a les qualités des Habt-
tans des Villes , des Cités ; poli ,.
honnête.
Civilité, qualité des Habitans des
Villes ; politefle » urbanité;
Civiliser , polir une Nation y. &c..
2°. accommoder une af&ire, une
querelle , un procès ; empêcher
qu'on ne le prenne au crimineh.
CiviLEMEMT , d'une manière ci-
vile.
In- civil,
In-civilitÉ.
y. Civique, Couronne donnée àiw;
2^5 FRANÇOIS
particulier pour avoir iâuvc un Ci-
toyen. On vient derenouvelicr en
Languedoc, cet uiâgc des anciens
Romains.
4. Citer, mander en un lieu : 1°. faire
intervenir les paroles d'un Auteur,
les rapporter.
Citations, paflàges de divers Au-
teurs rapportes dans un ouvrage.
Il en faut peu , mais frappantes.
j. RÉ-ciT , rapport, narré d'un fait,
d'un événement : 2°. ce qui eft
chanté par une voix feule.
RÉCITER , prononcer mot~à-mot ce
qu'on a appris.
RÉCITATIF , ce qui fe récite , & la
manière dont on le récite.
<5. Le Lat. Cùo , citer , iîgnifie aufli
prejfer , hâter , faire avancer , qui ,
font l'efïet de la citation ; de-là
Ex-ciT£R , animer , poner à une
chofe.
In-citer , engager à faire une chofe ;
in-citation.
C A B.
CAPj CHEV, CIP,&c.
CAB , mot primitif. Celte, Oriental ,
Latin , Grec , &c, qui défigne tout
ce qui contient , tout ce qui ren-
ferme , qui enveloppe, &c. &qui
s'tft prononcé CAP, CAF,CAV,
CeB, CeP, CeF, CeV. CHeF,CHeP,
*CiB, CiP, CoP,CauP,CuP,CuV,&c.^
formant une multitude de Famil-
les , fernblabks par l'idée générale
de capadté , diftcrentes par l'idée
CELTE. CAB ^14
particulière ou par Te/pcce de ca-
pacité.
I . CAB, Logement.
CABANE , petit logement cham-
pêtre.
Cabaner , fè loger dans une ca-
bane. Lat. Capanna. Isidore de
Séville cite ce met.
CABARET , lieu où l'on vend du
vin; z°. petite table à rebords pour
faire collation , &c.
Grec, Kapè , lieu où l'on mange.
Cabinet , petite pièce , Chambre
deftinée à la retraite , à l'étude , au-
dépôt de ce qu'on a de plus pré-
cieux , &:c.
I I. ,
CaB , Enveloppe , Habillement.
1. CABAN , Manteau à manches ;
Irai. Gabbano.
Cabacet, elpécc de cafque.
Cappe , Manteau (ans manches avec
un capuchon ; 2". Mantelet de fem-
me avec un capuchon.
Cappeline , Bonnet couvert de plu-
mes & furmonté d'une aigrette,
z. Capuce , Capuchon, portion du
Manteau qui couvre la tête & qui
eft faite en pointe.
Capucins , Religieux qui doivent
leur nom à leur capuce.
Capucine , Plante dont la fleur a
la forme d'une capuce de Capu-
cin.
5. CH APPEAU , couverture de têse
pour homme , à trois pointes.
Ci)
215 DICTIONNAI
Chappelier , Fabriquant Si Mar-
chand de Chappeaux.
Chapelet , ouRofaire , parce qu'il
reflemble à un chappeau ( autre-
fois chappel ) de rofes.
4. Chappe , Lat. CaPPa , Grec.
SKePc , vêtement fort ample
qu'on porte delTus l'habit.
Le Roman de la Rofe fait dire
■ par un jaloux , à (â femme :
Vous faites de moi chape & pluye
Quand de préfèns près vous m'appuye.
Aucun Commentateur n'a pu en-
tendre ce paflàgc; le Duchat ,
lui-même y a renoncé. On n'a pas
■vu que chape ctoit mis ici en oppo-
fition k pluie. Et que la réunion
de CCS deux mots , équivaut par
conféquent à tout: c'eft comme fi
. l'on difoit : quand près vous Je
m'appuie de préfèns , vous ne la-
vez quelle réception me faire , je
iûis tout pour vous , la chape & la
pluie \ dans le même fens qu'on
dit d'une pcrfbnne en faveur , qu'el-
le fait la pluie 6* le beau tems.
Obfcrvons en palTant que nous
avons ici un exemple des prépo-
fitîons employées fans de , qui ac-
tuellement fè font fùivre de ce
dernier mot.
Chappier j Eccléfiaftique qui porte
chappe,
^. Chappiron , efpéce de coëffiire
qui tenoit aux liûbits $<.' qu'où laif-
RE ETYMOL. 21^
(à infènfiblemcnt pendre fur une
épaole.
z°. au fissuré , qui répond de U
conduite d'une jeune perfonne.
Chapperonnb , Oilêau de proie
armé d'un chapperon.
Capparaçon , Couverture de
Cheval.
6. CoEFFE f Coiffe , couverture de
tête.
COEFFER,
CoEFFEUR , CoEFFEUSE, CoEEFURE.
m.
CHAPELLE.
Les Chapes ou les Manteaux
des Saints confervés dans les Egli-
fes des Palais , firent donner à ces
Eglifes le nom de Chapelles : &
le nom de Chapeeains , Cavel-
LANi en Latin , Catellans
en Languedocien , à ceux qui les
deflervoient.
Les anciens Rois François fai-
foient porter à la tête des armées ,.
la Chape de lâint Martin ; c'étoic
l'étendard général. On le dépoioit
en/îiite dans la lâinte Chapelle..
Obfèrvons même qu'on n'ap-
pflla pas d'abord ces Eglifes Cha-
pflles ; mais purement & Ample-
ment Chappes. Ainfî la Chape
de S.Martin ctoit renfermée après
la guerre dans la fàinte- Chape.
IV.
CAGE, Lat. GabijI , Langnedocieii
Gajjie ^ Mailonuetce en £1 d'atchal
217 FRANÇOIS
où l'on rient les Oifcaux domefti-
ques ; i°. cailTe d'un efcalier , &c.
Cagioleb. , flatter pour attirer à
foi , pour &ire toniber dans fa
filets , comme pour renfermer dans
fa. cage.
Cageoleuk.
Cageolerje.
V,
CAB , Cop , Vafês.
CABAS y panier à figues & à raifîns.
Irai. Cabaço , Gr. Kaiakos.
Choppine , mefure de liquides.
Ciboire , anciennement armoire ,
coffre : 2°. vafe (âcré.
Civière , machine de bois propre
à porter des fardeaux.
CouppE , vafè à liquides.
Cuve , grand tonneau de bois.
CUVIER.
Cuver.
Cuvette , vafè plat & large.
Couppou , le defTus d'une Eglîfe ,
en forme de vafe renverfé.
EcHOPE , petite boutique appuyée
contre u« mur.
VI.
CAP, tête,
CAP , tête , extrémité.
2°. Pointe de terre qui avance
dans la mer ou dans les lacs.
} °. Tout ce qui eft à la tèce.
Caboche , tête \ ^°. fêns, jugement.
Cabotage , navigation de Cap en
Cap , on le long des terres.
CttiF- , Itaî. C>i£o , Lat. CA?ut ,
CELTE. CAB 218
tête, couvre- CHEF , mouchoir qui
couvre la tête.
Copeau, Coupeau, {bmmet.
Caprice , félon quelques-uns, de
ritaL CAfRiccio, friffon , caprice,
mot compofé de cap, tête, & azc-
cio, hérifle. Plutôt de caprizans ,
(àutiliant, venu de Capra. Voyez
CAB VIII. On difoit autrefois ca-
pitojîté.
Capitation , Impôt qui fe paye
par tête.
2. Capitaine , celui qui eft à la tête
d'une Compagnie Militaire.
Capitainerie, reflort d'un Capitai-
ne des chaflès du Roi.
Du Lat. barU ScAslNUs, vieac
le François ,-
EcHEvm , nom des Officiers dans 1*
plupart des Villes de France, d'An-
gleterre , &c.
Capdal , eiv ancierv Galcon , le
Chef,
CAPiToUL,Magiftrat municipal, dans-
quelques Villes de Languedoc
Capiscol , Doyen des Eghfes Ca-
thédrales , en Provence , mot-à-
mot Cjtput ScHOLa f le Chef de
l'Ecole.
Caporal , Chef d'une divifionde
Compagnie Militaire,
j. Capital , elTentiel , qui eft à E»
tête.^
Capitale, Ville qui eft à- la tet»'
d'un PaySv
Capit ANE, Galère du Commandant;,
.4. Cabuts ,- efpéce de dioux , partr«;
A19 DICTIONNAI
qu'ils onc une tête bien formée.
CEP de vigne ; on peut les compa-
rer à autant de têtes; Latin Cl F Pus,
Ciboule , efpéce d'oignon.
Ce mot tient au Latin C^pé ,
oignon , au lieu de Cape.
CepA , tronc , racine , en Bafq,
Chopper , heurter contre un tronc ,
contre une fouche.
AcHOPEMENT , cc qui fait dioper.
Ceper , abattte , vieux-François , &
Reseper.
VL
CAP , divifions ou chefs d'un
Livre.
I. Chapitrf, divifions d'un livre, &
*où l'on recommence une nouvelle
matière \ ils en font autant de
tîtes , de Chefs.
Capitulaires , Rcglemcns des
anciens Rois ; ils font comme
autant de Chapitres , de chefs
auxquels fe rapportent une multitu-
de d'articles.
^.Chapitre de Chanoines. Le corps
des Chanoines dut ce nom au lieu
où ils s'affemblent appelle Cha-
pitre , parce qu'ils y alloient cha-
• que jour entendre lire un Cha-
pitre de la Régie fous laquelle ils
vivoient.
Chapitrer , blâmer quelqu'un en
Chapitre,
j. Capitulation, Règlement d'une
vGârnjfon obligée de fe rendre.
• jÇAi'iTU}.ER/erendre par capitulation.
RE ÉTYMOL. aao
4. Rt-cAPiTULER, reprendre les chefe
d'une matière.
VIL
Divers dérives.
I. Chapiteau , le haut d'une colon"
ne , ce qui en fait la tête.
1. Chevet , la tête d'an lit ; 1°. ce
qui (butient la tête d'une per-
fonne couchée ; partie extérieure
d'une EgUfe , qui eft derrière le
chœur & qui en eft comme la
tête : la facriftie.
Chevecier, celui qui a foin du che-
vet de l'Eghfe; 1°. le Sacriftain.
Chevir , vieux-Fr. venir à chef, à
bout.
A-chever, conduire à chef, au bout.
Chevance , vieux-Fr. l'avoir d'un
particuHer, tout ce qui compofe
fon bien , fa fortune ; tout ce qu'il
a de fon chef. La. Mothe le Vayer
difoit en plaifàntant que ce mot
venoit de chevir , parce qu'avec
l'argent on vient à bout de tout,
}. Caveçon , Ital. Cave:j^ione f bride,
Hcou.
Chevetrh , Lat, CApiJlrum , bri-
de , licou.
1°. Pièces de bois qui entourertt
une cheminée comme une bride.
Enchevêtrer , i °. prendre Ion pied
dans la bride.
z°. S'embarralTer dans quelque
aflfàire ; Lat. Cabro.
Chevrons , pièces de bois ou foli-
1 ves arrangées en angle & qui fou-
321 FRANÇOIS
tiennent le faîte d'un édifice ; qui
en forment U tête. z°. On appel-
le du même nom, en terme de bla-
fon , deux bandes plattes qui for-
ment un angle dont la tète eft en
haut.
4. CADASTRE , autrefois Cap-
DASTRE , impofition par tête ;
2°. Regiftre des biens fonds de
chacun.
Irai. Jccatetjlare , împofer par
tête.
Chap , dans le Diocèfè de Mende ,
c/pcce de capitation relative au
cadaftre.
Cabal en Languedocien, Cateux
en Picardie , Chateux, Chedal
en Valdois , &c. Les biens , en terme
de ferme : état des biens qu'on met
entre les mains d'un Fermier; c'eft
le même met que Captel.
VIII.
CAB, CAP, s'élever ,être grand.
r. CABRER , fe cabrer, fê dreflèr.
Cabriole , (âut.
ChÉvre , Lac. Capra , animal
grimpant.
Cabri & CjiErreau , petit d'une
chèvre.
Chevrieb. , gardeur de chèvres.
Chevrotin , fromage de chèvre.
Chevroter, crier comme la chèvre,
avoir une voix tremblante.
C HEVREBiL , efpéce de chèvre fâu-
- 'âge.
CjkBKicoKNE ,, nom d'uo Signe &
-CELTE. C AB 222
d'un Tropique, parce que le Soleil
revient de-là au haut de fôn cours.
1. CHEVAL, Lat. C^sjllus, Gr.
Kaballès , dans HfSYCHius. Cet
animal doit fon nom à là gran-
deur , à {bn élévation.
Cavale , femelle du chevaL
Cavalerie , Troupe de gens k
cheval.
Cavalier , celui qui (èrt à cheval p
2". un Noble.
Chevalier, Noble qui {èrvoit h
cheval. A Rome & en France y
Noble & Chevalier furent fynony-
mes , la Noblefle lèule fervant à
cheval: de-là le mépris qu'on avoic
pour l'Infanterie ; de-là le nom de^
Chevalier donné aux Cadets d&
Famille.
2°. Membre d'un Ordre de
Chevalerie.
Chivalerie , dignité de Chevalier^
Chevaucher, yieux-Fr. aller à-
chevaL
Chevauchée , vifite à cheval par
des Prépofés.
3. CABALE , faéHon , parti ; tout ce
qui eft attaché àunChefdangereux^
non avoué par les Lpix,
Cabaler , former des fadions.
Cabaleur , qui forme des £&€àons^
IX.
CAB , CAP, contenir , prendre:-
I. CAPABLE , qui a de la capacité „
qui peut contenir , fàifir , &c..
Capacité y contenance, graniltur -j,
a^3 DICTIONNAI
1°. au figuré intelligence.
a. Cave , creux , qui peut contenir :
1°. fouterrains pour loger le
vin, Sec.
Caviau , fouterrains.
Caver , creufer ; i°. fonder une
aflàire.
Caverne , fouterrains formés par
la Nature dans les Montagnes.
Cavité , creux.
ExcAvER , Excavation.
Concave, creux.
Concavité, e(pace creux renfer-
mé , ou (ôuterrain.
j . CArriF , homme pris en guerre ,
prifbnnier.
Captivité, état d'un captif.
Captiver , prendre comme par
force, s'attirer l'attention, la bien-
vcuijjance , l'amitié des autres.
Capot , coup au Piquet , qui con-
fifte à faire toutes les levées , tou-
tes les mains , à preadre tout.
Faire Capot , être Capot.
Capture, priiç , aûion de pren-
dre,
4. Cafter , gagner la bîenveuillance
l'attention.
Cattieux , qui furprend , qui s'em-
pare du contentement, par fïirprife :
ce mot cft borné au railbnncment.
. Chetif , Chetive , Ital. CATTiro,
1 °, malheureux captif; i**. pauvre
iniférable. Il ne fe prend plus que
dans ce dernier fens,
Chitivoison , vicux-Fr, mifc;rc ,
paiiyrçfé.
RE ETYMOL; 224
CnÉiivement.
Ceps , pièces de bois avec léfquelles
on prenoit les pieds des criminels ,
& on les ferroit fortement.
;. Cadet , le fécond fils ; z°. tous les
enfens qui fuivent l'aîné.
Chemier , vieux-Fr. l'aîné d'une
Famille.
Ces deux mots font altérés.
Le fécond , s'eft dit au lieu de
Chefmié , qui avoit remplacé l'an-
cien Capma , nom des aînés ,
ou Cap-mas , mot-à-mot , la tice
du mas , de la maifon. On a dit
CAP'Ut Manji , Chef de famille.
Le premier s'eft dit au lieu de
Capdel y diminutif de C(i/»,Tête:
cnfuite Capdet , enfin Cadet.
Dans la Chronique de Louis XI,
on voit le Capdet Remonnent dé-
fendre vaillamment une place.
Capde0ilh , la radfoQ principale
d'un Seigneur , en ancien Galcon.
Il croit inutile d'aller chercher
l'origine de ce mot dans le Latin
CAFitolium , qui fîgnifia mot à-
mot tête é/eyée. Ce dernier mot
étoit lui-même Celtique.
X.
De CAB, prendre , viennent entr'au-
tres ces mots :
Gibier , animaux pris à la chafTè :
1°. animaux qu'on chafTe.
Gibecière , fac où l'on met tout
ce qui eft néceflàire pour cette
duffe.
GiBBOYER,
.*e
445 FRANÇOIS
GiBBOvEs. , pafTer fbn tems à pour-
fuivre le gibier.
DÉRIVÉS.
I . CHABOT , PoifTon à grofle tête.
£. Capiteux , vin qui porte à la tête.
Caf , Irai. Caïfo , indivjfible ; une
tête (êule ; i". Impair , parce
qu'un eft impair & indivifible.
). Cheveu, Lar. CAvillus , parce
qu'ils croiflcnt fur la tête.
Chevelu , qui a une longue cheve-
lure : titre d'honneur d'anciens
RoiSjJà commencer par Numa.
Chevelure : elle croit autrefois &
elle eft encore aujourd'hui la mar-
que d'un homme libre , & celle
des Rois & des perfônnes élevées
en dignité. On raie la tète de ceux
auxquels on ôte la liberté civile.
Echevelé j qui a les cheveux épars.
Echeveaux & Tuyaux Capillaires,
ainfi nommés à caufe de leur fineP-
(è ; ils reflemblcnt à des cheveux.
Composés.
CAP (êrvit à former nombre de mots
compofés , en prenant lui-même
les formes de cep , cip, cup, eu,
CEV , &c.
Ac-cAP-arer, mot vulgaire, prendre
tout à foi-
Ac-cEP-ter, recevoir ce qu'on offie.
Ac-cEP-teur , qui accepte.
Ac-cEP-tation, aâion de celui qui
accepte.
Ac-cEp-tion , égard pour une pet-
fonne plutôt que pour une autre,
DiU, ttymol.
-CELTE. C A iiS
iN-Ac-cEPrtable , qu'on ne peut
, . accepter.
Ac-cip-É , prenez ; mot venu du
Latin.
ANTi-cip-er, prendre d'avance; z".
faire quelque chofè avant le tems.
Anti-cip-ation, aAion de prendre
d'avance.
CoN-cEv-oir , comprendre , péné-
trer.
Con-cEP-tion , intelligence , com*
préhenfion.
Con-çu , qu'on a faifi , compris.
DE-cEv-oir , tromper ; Lat. Dt-ci-
pere.
D£-ar , trompé.
Duper, tromper, autrefois Deiper,
altéré de Deciperc , tromper ,
décevoir.
Dupe, qui fe laifTe tromper.
Ex-cEp-ter, prendre tout , horûnis
tel objet.
Ex-cEP-tion.
Ex-cEP ce.
Forces , cifeaux à tondre les brebis.
Lat. For-CEPS.
iN-cAp-able, qui n'eft pas capable.
iN-cAP-acité.
Inter-cep-ter , prendre pour foi
ce qui devroit pafler à d'autres.
Inter-cEP-tion , aftion d'intercepter.
Man-ciper , termi de Droit, avoir
fous (à ma'n , en garde , en tutéle.
E-man-cip-€r , mettre hors de tu-
téle.
E-man-ciP-ation.
Mum-ciP-AL , du Latin Munus ,
P
2J7 DICTIONNAI
charge , & capere , prendre , pofle-
der. Ce qui regarde les pofleflèurs
des charges.
Oc-cup-ER , s'emparer , poflcder.
Oc-cup-ation , adlion de s'occu-
per.
S'oc-cup-er, travailler à quelque
cho/è , à ce qu'on poflede.
Pré- oc-cupÉ , qui efl. rempl