(logo)
(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections | Universal Library

Search: Advanced Search

Anonymous User (login or join us)Upload
See other formats

Full text of "Monde primitif : analysé et comparé avec le monde moderne ..."

'^. 



.'^■^^•-^c^' 







»;■ -^ .s;''>,i. 


4 


■s^ 




•t., .r •' 




-%^ - 


•If" ■ '' 


i" 




-«■ 




-^ 




■1 


• ,. . 



4 



f 



s. 



l: 







IN THE CUSTODY Of= TME 

B05T0N PUBLIC LIBRARY. 




^- F N? 



.:^-)i<^&:iiik<jè^E«ii 



.j.Jgf">'x 



ft 



^~ MONDE PRIMITIF, 

ANALYSÉ ET COMPARÉ 

AVEC LE MONDE MODERNE, 

CONSIDÉRÉ 

DANS LES ORIGINES FRANÇOISES; 



o u 



DÏCTÏONNAIEE 

ETYM O LO G I QU E 

DE 'LA LANGUE FRANÇOISE- 



Pourquoi errerions- nous à Taventure dans l'ctude des mots ; 

< ! ■ > 



'CINQ.UIEME LirRAISOJi, 



PU Y 13 'AMOUR 

Pour courvivttcr le nieUUur Poète Prançoù 



F/^nltJz>t^e <wrf OrvgimJ J^ru/ii^oufeà- 




\mm 



wmmmssmmat0smuumÊm 




Jiûffiét int>- 



-K • Hc/noéiel i^tt^. 



,.11. 



i,-" Xéi 



i)nc 



; MONDE PRIMITIF^ 

ANALYSE ET COMPARÉ 

AVEC L.E MONDE MODERNE, 

CONSIDÈRE 

DANS LES ORIGINES FRANÇOISES; 

o u 

DICTIONNAIRE 

ÉTY MO LO GIQ,U E 

DE EA EAMGVE FRAMÇOÎSE» 

Avec des Figures en Taille-douce. 
PAR M. COURT DE GEBELIN, 

J}c la. Société Econom. de Berne y des Académies Royales de la Rochelle' 

Dijon & Rouen, 

(? 

A PARIS, 

Ç L'Auteur, rae Poupée, Maifon de M. Boucher, Secrétaire du Roù 
l B o u D E T , Imprimeur-Libraire , rue Saint Jacques, 
-,, JValleyre l'aîné, Imprimeur-Libraire, rue de la vieille Bouderie* 
j Veuve DucHESNE, Libraire , rue Saint' Jacques, 
f Saugrain, Libraire , quai des Auguftins, 
(^ RuAutT, Libraire, rue de la Harpe, 

<^V. O - = " ■ y 

' M. D C C L X X V II I. 

jLVEC APPROBATION ET PRIVILÈGE DU RO£^ 




^5" 



DISCOURS 
P E É L ï M ï N A ï M E, 

ARTICLE PREMIER. 

'Objet de cet Ouvrage fur les Origines Françoîfes , & Méthode 

quon y Juit. 

J. I. 

DES ETY MOLOGIES EN GÉNÈRAX. 

^La'ES mots font le liea desTociétés, le vctiicule des lumières , la bafe O'Jii »<*«(«; 
'des "Sciences , les dépofitairès des découvertes d'une Nation , de fen fâ- 
'voir, de !â politefïè, de !« idées: la connoiffance des mots eft donc un 
•moyen indifpenfable pour acquérir celle des cliofes ; de-Ià ces Ouvrages 
appelles Di£lionnaires , Vocabulaires ou Gloflaires , qui ofKcnt l'étendue de^ 
■ connoifTances de chaque Peuple. 

Mais dans ces Dictionnaires, nulle liaifbn, nul rapport entre les mots: 
■rangés par ordre alphabétique, ils font tous ifolés , 6c la connoiOance de t( ' ■ j 

-l'un eft nulle pour l'intelligence [des autres : chacun d'eux femble tombé 
du Ciel , & on ne voit pas mieux pourquoi on attacha telle idée à tel 
fbn, quel rapport fecrct , quel charme ies enchaîna l'un à l'autre; fbuvenFc 
on ne peut diftinguer s'ils font fimplcs ou compofcs : prefqne toujours on 
ignore quelles révolutions ils ont éprouvées, quel Peuple ei» fut l'inventeur, 
comment ils fe tranfmirent jufqu'à nous; fi, voués à une ftérilitc éter- 
nelle, ils ne produifirent point de dcfcendans-, ou fi renfermant une idée 
féconde en développemens, ils produifirent des familles auflî nombreufes que 

DiS. Etynu ^ 



ij DISCOURS 

ces développemens : s'il fallut un root pour chaque idée particulière , ou fl 
un même mot fervit, au moyen de légers acceflbires , à exprimer toutes, 
les nuances de l'idée la plus vafte & la plus fiifceptible de modifications 
de toute efpéce. 

On ne tarda pas à fentir qu'il n'en devoir pas avoir été ainfi dés le 
commencement y que les hommes ne durent pas avoir inventé un nou- 
veau mot pour chaque idée; mais qu'à mefure que les idées s'ctendoient, 
on ajoûtoit de nouvelles nuances au mot qui dès l'origine avoir défignc- 
cette idée principale. On fe convainquit encore que lorlqu'un mot avoir 
été affigné de la manière la plus convenable à une idée , il fe tranf- 
mettoit à travers toutes les générations avec cette même idée , & qu'on 
devoit avoir hérité des mots , comme on hérite d'une Terre ; qu'en tout 
cela , on n'eft quufufruitier. 

Les mots parurent "ainfi divifes en deux ou trois grandes clàfles : i*» 

f ^rifnitiu»-» '^s mots primitifs qui exprimoient les idées générales , les idées prifès 

dans leur fens le plus vafte, le plus étendu, au-delà duquel il n'y a plus 

d'analyfe : tels font les mots Grand, Fort, Beau, Mer, Terre, Air.. 

fi -IJ a°. Les mots dérives qui expriment les nuances de ces idées , tels que: 

^ Grandeur i Fortereffe^ Beauté, Maritime, Terrejlre , aéré, &c. 

5°. Les mots compofés de plufieurs autres, tels que Grand-Pere , Ren- 
3 Ctm\>6HÙ\iLi /on. Embellir i Outre-Mer, Baffe-Terre, Bel- Air. 

On chercha donc à reconnoître dans chaque Langue quels éroient ces 
mots primitifs, quels fes dérives, quels fès compofés; & en les raffem- 
blant ainfi , on en formoit des familles nombreufes , qui offioicnt des Tai- 
bleaux auffi intéreflàns que variés & faciles à parcourir. 

C'eft cette diftribution des mots , cette connoiflance de leurs rapports,. 

a que les Grecs appellerent Etymologie , mot qui fignifie Connoissance de. 

t^11fV6L0«i| la VÉRITÉ, & ils vouloient dire par-la, non fiinplement comme on l'a cru,, 

que l'Etymologie n'étoit que la connoifTance de la vraie filiation des mots-, 
entr'eux ,. mais qu'elle étoit la connoifïànçe & du rapport des mots en- 
tr'eux & de leur rapport avec la nature même des chofes. En efièt, cette.- 
première elpéce d'Etymologie eft auflî froide que l'autre cft fublime. 

Telle étoit la haute idée qu'attachoient à la comioifîànce des mots les; 
Grecs,, ce Peuple qui, au milieu d'une multitude de Nations barbares , avoic 
porté les Arts & les Connoiflances à un point de perfcdion qui fit pen- 
dant fi long-tems le défe^oir des hommes ; enforte qu'on fe croyoit par- 
.^cnu au plus haut période des talens, aux bornes les plus reculées de. Tei^ 



PRELIMINAIRE. iij 

iprit humain, lorfqu'on avoir pu entrer en concurrence avec eux. 

Cependant , lorfqu'on compare cette idée étonnante que les Grecs (e 
formoient de l'Etymologie , avec l'état informe dans lequel cette (cience eft 
tombée au milieu de nous , on feroit tenté de croire que les Grecs fe trom- 
pèrent, ou qu'ils jouifToient à cet égard d'une mafle de lumières donc 
nous fommes totalement privés. Nous n'avons point de livres vraiment 
étymologiques : ceux qui ont ufurpé ce nom, ou auxquels on l'a attribue, 
font un cahos effroyable de lumière & d'obfcurité -, on n'y eft environne 
que de doutes , d'incertitudes & d'erreurs ; & fi on y entrevoit quelque 
■vérité, elle eft toujours ifolée , on n'en peut tirer aucune conféquence, • 
elle refte étouffée par les erreurs qui l'inveftiffènt de toutes parts. Les Au- 
teurs de ces Ouvrages croyoient avoir rempli leur tâche avec le plus grand 
fucccs , lorfqu'ils avoient pu lier les mots de nos Langues modernes avec 
la Langue Latine , les mots Latins avec ceux des Grecs; & ils fe regar- 
4oient comme au faîte de la gloire étymologique, lorfqu'ils avoient pu 
parvenir à les lier en tout ou en partie avec la Langue Hébraïque ; aufll 
«toit-on parvenu à n'avoir que du dégoût pour les Etymologies , & à re- 
garder cet Art comme illufoire ou conTme impoQîble à retrouver , s'il avoir 
jamais exifté. Plus ceux qui l'avoient cultivé avec an fi malheureux fucccs 
•étoient regardés conmie érudits, comme les Héros du favoir, & plus on 
■^toit prévenu contre des recherches auflî infiruéhieufes. 

Telle étoit à cet égard l'idée des Savans de toutes les Nations , lorC- 
<jue dans notre Plan Générai da Monde Primitif nous annonçâmes 
\ine fuite d'ouvrages relatifs à l'Art Etymologique ; le Didionnaire de 
la Langue Primitive; le Didionnaire Comparatif des Langues; le Dic- 
tionnaire Etymologique des Noms propres de Lieux, Montagnes, Fleuves, 
Villes, Bourgs, &c. de l'Europe & de l'ASC; les Didionnaires Etymo- 
logiques des Langues Grecque, Latine, Françoifê 4 même celui de l'Hé- 
treu, de cette Langue qu'on avoit toujours regardé comme le non plus 
ultra de l'Etymologifte , comme un compofô d'élémens au-delà duquel oa 
ne pouvoir rien trouver de plus fimple. 

Ce fut ainfi que nous nous exprimâmes fiir la Langue Françoifê dans 
<e Plan Général. 

i> L'Art admirable avec lequel les Langues fe formèrent , ne fe fait 
M plus fentir dans la Langue Franc oiiè. Quoiqu'elle (bit au fond la Lan- 
» gue primitive, elle a fouffèrt tant de révolutions pour arriver jufqu'à 
» i«3us , elle a été fi prodigieufâmenc altérée par les diverfités de pronoii- 



ÎW D T s C U R S 

» ciànon& d orthograpJie , & par les mots qu'elle a. empruntes de toutes 
» mains , de même que par le choc de tant de Nations qui le difpu- 
jj terent eo divers tems l'Empire des Gaules , qu'elle a perdu toute idée 
»> de fon origine; & qu'au lieu de devenir plus abondante, elle s'eft peut- 
» être, apauvrie, & a perdu cette merveilleufe facilité avec laquelle la 
«Langue primitive favoic fe prêter à tous les bcfoins dés hommes; fâ- 
» cilité dont les Grecs, les Arabes &: les Chinois tirèrent de fi grands 
M ayantages. 

aç Jl nous feroit. cependant fort utile de. connoître les Etymologies et: 
» notre Langue. , j ;..> - p. 

a», i"^ Pour débrouiller l'ori^e de îa Nation Françoilc. 

f»tt".. Pour mieux connaître la fource de nos Coutumes, de nos raœur?,' 
» nos anciens monumens,, &C.- 

- » 3,> Afin de pouvoir rétablir l'énergie de notre Langue , Ton élaftidté 
* en quelque façon; de manière qu'elle pût, d'un côté, nous fervir d'en- 
•>■ trée à^la connoiflance des autres. Langues; & d'mi autre,, fe prêter plus 
w. aifèment aux connoiflânccs que nous ne ceflbns d'acquérir. 

î if» Nombre de Savans ont donc cherché avec foin l'origine de cette 
«Langue; nous avons. même de gros Diftiomiaircs où l'on nous promet 
«.res^Etyraoi.ogies, & nous n'en fommes pas plus avancés. 

» Deux choies s'pppofoicnt à ce que. cet Ouvrage fiît bien fait. 
:,»i«.:L'idée'où l'on étoit que le François dérivoit uniquement de la-' 
3k Langue Latiiie avec quelque mélange de la Grecque, & que celle-là avoir: 
»M;owtement anéanti celle qu'on parloit auparavant dans les Gaules.. 
.;j»'i^. Lorfqu'on étoit arrivé, à une origine Grecque &. Latine", on hè? 
M iâveic plus- où aller; ceux qui ont voulu remonter plus haut, s'ctanf 
>i égarés eux-mêmes. Ils. regardèrent la. Langue Latine comme fille unique-- 
ornent de l'Hcbraïque . & ne la comparèrent jamais avec la Langue des. 
» Celtes, premiers habitans de l'Europe, & qui y avoient apporté la Lan^ 
» gue primitive ;, auffi n'ont^ils pu .rc;i^flîr, 

» Mais au moyen des racines primitiTCS .& du Diftionnaire compara-- 
»:ùf des Langues, on eft.cn.état de reconnoître l'origine de tous le?. 
» mots de notre Langue ; c'eft le VI^ objet de cet Ouvrage, 
jjj;*» .Là,.du n^ot François , on ren%onre au primitif , à travers toutes les- 
M-Ljingdes Se roussies Peuples, par lefquels il ett pallc pour venir jufi- 
Mt quëS' à iK>u$<. 

f-Cettc pouioa. du- grand Quywge que nous oSr'ons au Public, doi^i 



P R È L T M I N A I R E. y 

»»îintcreiTer d'autant plus tout François qui a quelqu' attachement pour & 
« Langue , qu'on y trouver* (ans doute des reflburces pour fuppléer à tout 
»• ce que nous avons perdu à cet égard , par une fuite des terribles ré- 
ii\ volutions que nous arons eiruyées depuis les premiers changemens que U 
«Langue primitive éprouva dans nos Contrées. 

» Ajoutons, qu'on pourra par ce moyen former un alphabet plus abon- 
j^dant, plus conforme' à nos befeins , mieux aflbrti à nos mots, 

§. II.> 

Motifs qui ont déterminé à faire paroîtte , avant tous les autres y Is- 
Dictionnaire Etymologique de la Langue Françoife, 

Après avoir donné dans deux Volumes préccdens lesÉlémens du Lan-'» 
gage ou la Grammaire Univerfelle , l'Origine du Langage & de l'Ecriture , 
les loix d'après lerquelles on reconnoît làns peine les altérations qu'un 
3nême mot éprouve en fe tranfmettant d'un Peuple à un autre; il ne nous- 
ceftoit plus qu'à faire paroître les Didionnaires Etymologiques des Langues' 
Que nous avons annoncés dans ce Plan Général. 

Mais dans l'impcfllbiliré où nous étions de les faire paroître tous à- 
la fois, il a fallu nécellàirement faire- un choix; a-t-il été difficile à faire? 
Les Origines les plus iinéiedàntes pour le plus grand nombre de nos- 
Leûeurs , ont dû avoir le pas : nous publions donc aujourd'hui les Ori» 
CINES Erançoises ou le Didtionnaire Etymologique de la Langue Fran-" 
çoife. Nous croyons faire en cela un choix agréable à nos Ledeurs. Ce 
fi;nt les Origines de leur propre Langue , ou d'une Langue qu'ils enten- 
dent, d'une Langue qui s'eft enrichie des dépouilles déroutes les Langues-- 
lavantes y maniée elle-même par des Savaiis diftingués, dépositaire d'une 
multitude de connoilîànces , riche en chef-d'œuvres de toute elpcce ; fiere 
de fes Orateurs, de fes Poètes, de fês Hiftoriens, de lès Philofophes , de- 
(ès Ecrivains en tout genre; & qui entendue de prefque tous les Peuples- 
iie la terre, a pxefqu'atteint la gloire> des Langues que parlèrent les Grecs • 
& les Romains. 

Décrire fes. Origines, c'eft donc en quelque forte travailler pour tous' 
nos Contemporains , pour tous les Peuples ; c'eft cclaircir l'Origine même 
des. Langues lavantes dont le François a tant emprunté : c'eft répandre de 
.nouvelles beautés fur les ouvraggs çcrits dans cette Langue, & faire m- 



Ter. 



v} DISCOURS 

fortir l'art de les Auteurs ; c'eft en faciliter la conuoiflànce & la rendre pluf 
recommandable. 

D'ailleurs, quelles Etymologies pouvoienc mieux faire fèntir la fûretc 
de nos principes, ia rapidité de notre marche, l'utilité de nos recherches» 
Ce n'eft point fur des mots inconnus ou étrangers & peu intéreflans que 
nous promenons les regards de nos Lefteurs ; nous confidérons avec eux 
des mots qu'ils connoiflcnt, dont ils Tentent toute la force, fur le fens 
defqucls on ne peut leur faire illufion; ce font des origines qu'ils défirent 
eux-mêmes, & dsnt ils fentent toute l'utilité. Ce font leurs propres lu- 
mières que nous prenons pour Juges ; c'eft la bonté de leur logique que 
nous invoquons; la force de leur fentiment, leur convidlion ple^e & 
entière que nous voulons enchaîner. 

Que nous euffions commencé par la Langue primitive , ou par quel- 
que Langue fâvanre , on auroit pu fôupçonner que nous cherchions à 
jfurprendre le fuffrage de nos Ledeurs, à leur faire illufion par des rap- 
prochemens trompeurs, effets d'une imagination vive & ardente qui croit 
voir ce qu'elle défire & qui ne manque jamais de prétextes fpccieux pout 
Te fcduire elle-même : on auroit pu croire que , conduâeurs aveugles , nous 
promenions d autres aveugles dans des fentiers inconnus à tous. 

Mais en nous occupant d'Origines Françoifes, ces craintes s'cvanouif- 
fent : chacun peut voir fi nous ne nous trompons pas dans les rapports 
que nous appercevons eiitre divers mots , dans la manière dont nous les 
.claflons, dans les altérations que nous leur attribuons. Sans fàvoir les Lan- 
gues, chacun peut s'alTurer par foi-même fi nous avons rapproché des 
HWJts qui appartiennent à une même famille; en diiânt, par exemple, que 
dii mot primitif Ver, qui défignoit l'Eau, nom refté dans les fleuves ap- 
pelles aujourd'hui Var, Varmo, Varka, VtRESis, Vero , FiR, Fire, 
que de ce mot, dis-je, dériva le mot Vérité, parce que l'eau érant par 
fà clarté & par fa limpidité le miroir des corps ou des êtres phyfiques, U 
VÉRITÉ eft également le miroir des idées oti des êtres intelleéluels, & leur 
repréfentation d'une manière auflî fidclle, aufli nette, auffi claire que la. 
repréfentation des corps par l'eau ; & que c'eft par cette railôn que le 
Latin Férus figniiioit fincere, net, réel. 

Chacun peut également juger par {bi-racmc , fi nous avons trouvé le 
vrai, en difànc que la plupart des noms, de nos inftrumens de mufique 
font formés par onomatopée ou par l'imitation du fon qu'ils font enten- 
dre : que les noms , par exemple , du Tamtour , du Tympanon ^ de la Tim-i 



PRÉLIMINAIRE, vîj 

taie , imitent le Ton rendu par un corps iônore fur lequel on frappe : que celui 
ds la Trompette imite le Ton d'un corps qu'on fait réfonner par le fôufflc ; tan- 
dis que les noms du Violon, du Fioloncel, de la Bajfe de Viols , tous inftru- 
meiîs à cordes , imitent le Ton aigu & afiilc que rend une corde fous le corps 
cjui la pince , fon très-analogue à celui de la voyelle I , qui a lui-même un 
eâradere fi différent de celui des voyelles nafales am , im , om, dont eft 
compofè le nom des Tambours , des Tympanons , des Timbales. 

Il eft vrai qu'en commençant par la Langue Françoife , nous rendions no- 
tre travail infiniment plus épineux & plus long : il faut beaucoup plus de re- 
cherches pour retrouver l'origine de nos mots qui ont éprouvé nombre d'al- 
térations , en padânt à travers les fiécles , dont le tems a fait difparoître les 
foibles commencemens , & dont la mafTe entière eft dénaturée. 

Mais en nous expofànt à ces difiScultés, & à la critique la plus fevcre , eiv 
même tems qu'elle étoitk plus aifee , nous avons cru être plus utiles à nos 
Ledeurs ; nous avons efpéré qu'entraînés par un intérêt toujours préfenr, 
& voyant par eux-mêmes que la Langue Françoife defcend réellement de 
la Langue primitive , 5i fes rapports avec les Langues Savantes , le Latin , le 
Grec , l'Hébreu ou l'Arabe , ils ne douteroient plus que les diverfès Langues 
qu'on parle fur la terre , ne font que des branches cparfes d'une feule : qu'il 
n'eft plus impofllble de les comparer entr'elles , de les ramener à une fburce 
commune; que cette entreprifè même ne peut qu'être infiniment utile pour 
fijciliter l'étude des Langues en la fimplifiant, &r pour éclaircir l'Hiftoirc même 
des Peuples & des Sociétés qui ont fleuri fur la terre : nous avons cru en ■ 
même tems que ces avantages infpireroient une nouvelle ardeur pour nous 
fiiivre dans le refte de nos recherches , ôc augmenteroient la confiance qu'oa 
peut avor en elles. 

§. irr. 

Diverfes Clajfes des mots dans ces Originesv ■ 

Afin qu'on apperçoive d'avance ce qu'on peut efpérer de nos Origines Fran- 
^oifes , nous allons expofèr le plan que nous avons fuivi. Nous avons diftri- 
bué fous quatre ClaiTes les mots renfermes fous chaque Lettre de l'Aphabet : ■ 
dans la première, nous avons mis les mots François dçfcendus de la Langue 
Celtique ; dans la féconde, ceux que nous devons aux Latins; dans la troifiéme, 
ceux qui font emptuntés du Grec ; dans b quatrième , ceux qui font venus de 
rOrient. 

Comme les mois qjii conftituenc ces trois dernières ClafTes, doivent stH 



'.a 



vlîj D I s C O U R S 

venir dans les Didîonnaires Etymologiques Latin, Grec Si Hébreu, nous nous 
foinmes contentés de les mettre ici par ordre Alphabcnque , en faifànt pré- 
céder le mot François & Raccompagnant du mot Latin , Grec ou Oriental dont 
il eft dérivé. 

Par rapport aux mots François defcendus de la Langue Celtique , comme 

ils conftituent le fond même de notre Langue , & qu'ils forment des familles 

. jmmenfes , nous avons été obligés de (îiivre une méthode abfblument difïc- 

rente , mais la même que nous obferyerons s. l'égard des Langues dont nous 

■ aurons occalion de nous occuper. 

Sous un monofyllable Celtique , mot primitif & radical, nous avons rap- 
porté par ordre Alphabétique tous les mots François qui en font dérivés. 

Lorfque le nombre de cçux-ci a été confidérable 5c qu'ils ont pu fe divifêr 
en diverfes branches (éparées par une idée particulière fubordonnée à la 
générale, nous avons divifé ces_ familles en pluiîeurs branches diftinguécs cha- 
cune par un numéro ; & à la tête de ciiaque divifion , nous avons répété le 
•mot radical avec la nuance particulière dont il venoit defè charger. Un exem- 
ple donnera une idée plus exaéte de cette méthode que tout ce que nous pour»; 
;j:ions dire. 

M-xemph des grandes Familles qui en refultem. 

, 'Parvenus au mot Bal , monofyllabe Celtique & Chef d'une immenfè f*-' 

j)û\ OMH- ^ille , nous l'avons écrit en tête & nous avons dit: «le mot Bal fut un mot 

« primitif qui défigna le Soleil, & pat confequent , i**. tout ce qui eft beau 
a Se brillant comme le Soleil : i*. tout ce qui eft: élevé comme lui : j ?. tout ce 
j3 qui eft rond. Sous chacun de ces points de vue , ce mot cft devenu la 
» fourcc d'unemuîtitude 4e Familles dans la Langue Françoife , en Ce pronon- 
.» cant fuivant les Peuples, Bal, Bel,Jîol, & avecl'éiifion de la voyelle Bl4^ 
^z£, &c. »De-là réfultent dix branches dérivées de cette feule racine, Se 
d'où réfulte une cinquantaine de divihons. 

1°. Les noms de quelques Plantes &: Animaux. 

a°. Bel, dcfignant la Beauté. 

3 o. Ba-l , devenu Bl a , nom de diverfes couleurs, des mots l>/anc, bleu ,' 

blonà, blason. Sec. 
4®. Bail, nom relatif à la puifïànce , à la confervation & protedion. 
jfo, Cal , relatif à l'élévation , d'où .Balcon , Balujlrade, 

" ' <°.Bai.; 



PRÉLIMINAIRE. ix 

■'^. Bal , relatif à l'adion de garantir en enveloppant , d'où BaU , 
Baline, Baldaquin, &c. 
l 7*. Bal , relatif à l'adion phyfique de s'élever en s'éiançant ; d'où Bal y 

Balitj Balade , B-aladoire , BaliJIe f &c. 
- Z°, Bal , dcfîgnant la grofleur ; d'où Baleine , Bloc. 

ç°. Bal, défignant la rondeur -, d'où Baie , Balon , Balote , Boule , Sec. 
io°. Quelques mots compofés de Bal, joints à d'autres- 

^. V. 
Utilité de cette Méthode. 

Cette méthode de ramener tous les mots de la Langue Trançoifè au petît- 
mombre de mots radicaux dont ils dérivèrent , en abrège fingulierement l'ex- 
plication étymologique , puifque la même fcrt pour une multitude de mots., 
pour tous ceux qui tiennent à la même famille. Elle xéunic en même tems 
nombre d'avantages <bit pour ceux même dont elle eft la Langue naturelle., 
(bit pour ceux qui défirent l'&pprendre. 

D'un côté , elle foulage extrêmement la mémoire , en ne préfentant qu'un 
<ertain nombre de mots généraux auxquels on rapporte la malfe entière 
-des mots de la Langue qu'on étudie. D'un autre côté , en fixant le fen$ 
propre de chaque mot radical , on en voit naître d'une manière auffi fimplc 
que fatisfaiûnte , les divers fcns phyfiques & moraux ou figurés qui en dé- 
rivcrcnt.Il n'en eft pas ainfi des autres Didionnaîrcs. Comme on n'en confide- 
la jamais les mots dans leur enfemble , il étoit impoffible d'en graduer les 
diverfes fignifications , & de faire voir par quelles nuances on étoit parvenu à 
'faire fignifier à un même mot .des chofes qui paroifTent (buvent n'avoir au- 
cun rapport ; & trcs-fbuvcnt encore , il en rélliltoit le grand inconvénient 
de brouiller tous les fens ; & de faire regarder comme propres les fens 
figurcsj& comme figurés, les fens propres. Des renverfemens auffi inconceva- 
bles &: auffi nombreux, répandoient la plus grande incertitude & le plus grand 
dégoût fur l'étude des mots ; il étoit un grand obftade à ce qu'on les retînt. 
.11 n'cft en cflFet perfonne qui ayant eu occafion d'ouvrir des Didionnaires en 
quelque Langue que ce foit, n'ait (ans cédé été étonné du cahos qu'oftroient 
les diverses fignifications d'un même mot. C'eft ce défbrdré qui, paroiflant in- 
hérent aux Langues, avoir perfuadé fur-tout que les mots n'ctoient que l'effet 
du liazard, qu'on ne pouvoir les ramener à des Etynrologies même «vrai- 
iemblables. 

Ces Familles auront encore cet avantage iméreflant , de faire voir com- 
m^. Etymt ^ 



*' D r s c a È/ R S" 

ment on altéra fâiis ceflè les mots ptinrlcife , non-feulement pour cn for-^- 
mer des dérivés à l'infini , mais fur-tour pour rendre ces dérivés harmonieux 
& fonores , plus conforme» au génie de la Langae , plus diverfifiés. Ces alté- 
rations deviendront autant d«e preuves fcnfibles de la ▼érité- des principes- 
que nous avons développés dans l'Origine du Larvgage & de l'Ecriture : elles 
conftateronr ces Loix immuables (ûr leftjnelles nous avons dit qu'étoient fon- 
dés les changemens que les mots ne ceffent d'éprouver en le tranfmettant de 
peuple en peuple & de génération en génération. 

En efièt, il n'eft aucua mot primitif qui n'ait été altéré en François , quît 
ne l'ait été de plufieurs façons & toujours d'une manière parÉiitement con- 
forme à ces Loix : c*eft ce dont on s'afTurera à chaque page. Par-tout on 
verra la voyelle forte changée en foible. Ami & Aimer -, Marin & Mer ; Salé 
& Sel. La confonne forte adoucie ; Ca^ par exemple, devenu (ans cefte Cha.}, 
Cheval & Chevalier, Cadence & Chute, Chambre & Camerîer, Camelot 
& Chameau, Campagne ôc Champêtre. 

Ces variétés, Je rencontrer dans la même femiHe. De Cap, tête, capacité,, 
fè forment des mots en Ckap , Chef y Cep , Cip , Cav , comme chef, cagas;- 
cité , chapeau , recevoir , récipient , cavité , &c. 

Du mot FiD , alTurance , ceux de Fidélité, Féal, Fier, Fou. 

De Leg , Lcgifte , Lire , Loi , lu. 

D^Oper, travail. Opérer , Ouvrage , Œuvre. 

D'Oc, Œil , Yeux , Oculaire. 

De Matutus , Mûr & Matiurité.. 

De Securus ,- Sûr & Sécurité. 

De Sat , alTez, Satiété, Satisfaction. 

De ViD , vifion, vue,, voir, évidence.. 

R eft iàns cefle inféré dans des mots où il eft étranger. De LonJon noxts' 
avons fait Londres ; de funda y fronde; de vtlous ^ velours ; de ieuvag*,, 
breuvage & abreuvoir : dans d'autres , il prend la place d'autres lettres j ainC; 
nons difons Borne au lieu de l'ancien Bonne. 

Souvent encore , nous faifons difparoure la voyelle du mot radical. Ainfii 
nous di/bns Tercer & Trois j B^e pour Bel ; Cra pour Car. 

§. VI, 

Conflquences qui en rijulunt relMiytnunt k la. Langue Françoife, 

En confidérant de cette manière, les altérations qu'éprouvent les motff; 
idàns notre Langue , & en felcs rendant. ûwiEcres., on fe forme une idée ia»- 



PRÉLIMINAIRE, iq 

Sniment plus jufte de la nature de cette Langue ; on voit les qualités qu'un 
mot doit poffeder pour s'y naturalifer -, on fe rend habile dans l'art de décou- 
vrir l'étymologie des mots. Car ces alrcratioîis fe trouvent dans toutes les 
Langues ; il n'en exifte même aucune où les mots éprouvent autant de chan- 
gemens & des changemeris auffi confidcrables : au point qu'on ne voyoit 
nul rapport entre des mots de la même famille, & qu'on regardoit les chan- 
gemens qu'ils avotent éprouvés, comme des corruptions bifarres & dont on 
ne pouvoit rendre raifon ; ainfî on étoit fans cefle étranger dans fâ propre 
Laugue : un« routine aveugle préfidoit feule à la connoiflance de fes mots \ 
& celui qui les tranfmettoit , n'en lâvoit pas plus que celui à qui il en feifoic \ . . 

part. '^^^^'^- ii^ 

Mais fi un mot, pour être adopté par une Nation, doit éprouver une altéra- iè»n >t <C 

tion propre à cette Nation, ileft doncvraiquele génie de chaque Langue influe 
fur la mafle entière de les mots , & que les caules de ces altérations font les 
mêmes que celles qui déterminent le génie de la Nation , telles que le cli- 
mat où l'on vit , Pair qu'on relpire , le plus ou moins de liberté dont on 
"jouit ; & que pat conféquent on peut , en combinant toutes ces chofes , dé- 
couvrir les altérations que les mots primitifs oik éprouvées chez chaque Peuple, 
Si en rendre des raifons morales & phyfiques. C'eft ainh que les François 
vivant dans un climat tempéré, doivent avoir une prononciation très - tem- 
pérée, haïr les alpirations , les conlbnnes dures, les tons élevés ou trop mar- 
qués. Tous -les mots qu'ils adoptèrent durent prendre cette teinte ; & en paf- 
(ânt par cette filière, perdre toute leur afperité : ils durent même acquérir jfK.i^ ti.j r/i 
plus de douceur , dès que les perfonnes du fexe furcitt admifes à la Cour & ,*««i«-( i^vu^^t 
dans toutes les Sociétés ; les mots devinrent encore plus flatteurs fur leurs le- t^^m^i ^ ^*„ 
9{£s, & les Chevaliers Frant^ois iureuc bientôt à l'unifloa. 









xîj D I S COU R S 

ART I CL E II. 

Ves Langues qui ont. été parlées Ja/is les Gaules y ou dans laz 

France. 
' §: r. 

De. la Langue Celtique, fource de la Langue Franç«ife.. 



/ «(iAisfi, par. une marche abfolument nouvelle, tous les mots- François ; 

CaiU -/yU't-C' defcendus du Celte font clafTés par bandes inmienfes fous des racines Celti- 

,:[ *l If d^j^ <jues j on demandera fans doute comment on peut être afiurc que les mots : 

' * que nous donnons pour Celtiques, le font réellement : quelle idée on doic 

fe former de la Langue Celtique, & d'après quelles données nous regardons- 

cette Langue comme la fource du François , tandis que jufques à prcfenc 

oai a toujours été dans l'idée que le François n'étoic en quelque forte qu'un». 

Latin corrompu. 

Arrêtons-nous donc un moment fiir ces queftions , décifives pour la', 
bonté de notre travail, & qui intéreffantes par elles-mêmes acquièrent uiv 
nouveau mérite , lorfque deftinées à répandre du jour fur les Origines Fran- 
çoifes, elles font difcutées devant des François. 

La Langue Celtique dans fon fens lé pliis étendu , etVla Langueque par-- 
7Kt CÛVv^UAjt letent les premiers Habitans de l'Europe , depuis les rives de l'Hellefponc 
^ ikcVuvK J-iifc-Uit & de la Mer Egée jufques à celle de l'Océan : depuis le Cap Si<gce aux por- 
^> A IttMM *^^ '^^ Troie jufques au Cap de Finiftere en Portugal , ou jufques en Irlande.' 
Cette Langue, s'appella Celtique , parce qu'on donna à l'Europe fepten- 
<^tUÙL ttionale le nom de Celtie , & à fes Habitans celui de Celtes , à caufe du 

froid exceflîf qui y régnoit, eflfet de fes vaQes Marais & de fes antiques Fo-^- 
rêts , comme nous l'avons prouvé dans notre Plan général. , 
<?r/ /g|t»« !•.'/»• 'W Cette Langue primitive de l'Europe, la même dans fon origine que celle - 
, . , des Orientaux , fe divifa bientôt en divtrfes Langues collatérales , à mefure 

**'-^ • qu'ilfe forma en Europe de grandes Peuplades ; & que ces Peuplades , fe can- - 

tonnant, devinrent {cdeutaircs, agricoles & n'eurent pointou peu de comma-î • 
nication entr'elles. 
'Ti Iki» lUA.Teia9t>i- De-là naquirent l'ancienne Langue Cr^cj-ttc ou celle des Pèlafges antérieurs:. 
^ u^i^r ). iu»;.4 ^ beaucoup à Homère & à Héfiode ; l'ancienne Langue des Latins , ou cdl<?2 



PRÉLIMINAIRE. xiij 

dé Nùma , dans laquelle furent écrits ces Vers Salicns qu'oh n'entendoit JUu(/ri forUs 

plus au bout de quelques fiédes, au tems de Cicéron Se de Varron : la f-^u^ria^ 

Langue Etrusque, parlée dans une partie trcs-coniîdérable de l'Italie ; \a 

Langue Thrace, parlée au Midi du Danube depuis le Pont-Euxin julques à la J nrroLCLWn 

Mer Adriatique, & la même que la Phrygienne ou celle des Habicansde Troie: TliYuqi u-n^ ^o i un^ 

la Langue Theutone ou Germanique , parlée depuis la Viftule Julques au '^cu.k^-n*!. 

Rhin : la Langue Gauloife, parlée dans tontes les Alpts, dans l'Italie , en- ^ citit, 

-ds-ça du Pô, & depuis le Rhin julques à l'Océan, ou dans ces contrées qu'on 

appelloit les Gaules & qui renfermoient la France , les Pays Bas y la SuilTà 

& tout ce qui fait partie de l'Allemagne en-deça du Rhin ; ajoutons-y tout ce 

qui compofe les deux Bretagnes : La langue Cantabre , ou celle des anciens (euntM,l*rian 

E/J5agJiols : enfin la Langue Runique , parlée dans les Pays du Nord. ^ UHtC 

Mais de toutes ces Langues , celle qu'on regarde proprement comme la *5fct tiuiln_}priyt.ùfM^ 
Langue. Celtique , c'étoit la Langue des Gaules. Polybe j Diodore, Plu- 'J'aUblui'^ 
TARQUE , Ptûlémée , SxRABON , &c. femblent regarder le nom de Celte & 
de Gaulois comme fynonymes , fans doute parce qu'au moyen de la réunion 
de tous les Gaulois en un feul corps de Peuple fous le Gouvernement des , 
Druides & à la faveur de leur pofition aux extrémités de l'ancien Continent i2)vuxÉ/i. 
. qui les^ mettoit à l'abri des révolutions fi ordinaires aux autres Peuples , les Ha- ■ 
,birans des Gaules avoient confervé la Langue Celte dans toute la pureté,, 
; tandis que les autres Nations Celtiques l'avoient déjà altérée pat leur mê-- 
binge avec divers autres Peuples. 

Etc'eft cette Langue que nous régaEdons comme la Mère de la Françoi(êî>yAx A(afkc/t *f /rmci» 
& , qui a fervi de baie à nos Origines Françoifcs. 
' ■ §v IL 

Révolutions qu iprouvifejitrceuic qui la parlaient ' dans- lés Gaides. 
^ ., 11 eft vrai que cette Langue paroît avoir été anéantie fous le poids déS' 
. révolutio-ns qui accablèrent ceux qui la parlolènt. D'un côté ^ les ■Gî-écs qui 
fondèrent Marfeillé & plufieurs Villes le long delà Méditerranée, qui s'é-- 
.tablirent à Lyon, à Bordeaux, & jufqu'à Paris oiiils venoient commercer , ■ 
,mtroduilurent avec eux un grand nombr£ de mots Grecs, Les Phéniciens qui 
çommerçoicnt dans lés Provinces Méridionales, durent également y in^- 
tioduire nombre de leurs mots , tous ceux relatifs à la navigation , aux deti- ■ 
^rées Orientales , aux Arts qu'ils profeffbient ; mais ces révolutions n'avo'wnc •' 
_ été que locales , lorfque les Romains , déjà maîtres de la Provence & de la Gaole - 
. Saxbonnoilê, dominèrent à Jules-Cclât Je Gouvernement des Gaulés, Ce Romain-» 



iW DISCOURS 

illtiftre par fonlseau génie & par fcs rares qaalirës , mais qui dcvoré d'amlâ- 
tton , tfouvok qu'il valoiimieox être le premier dans un Village que le dcr- 
lïier à Ronie , Ccfàr , dis-jc , ne iordt plus des Gaules avant de les avoir ré- 
duites (bus la domination des Romains , & làns y avoir établi de nombreuf^ 

Mpy**^ Colonies Romaines. 

•<* La beauté du climat ,1a ifcrtîliré de ces Provinces, la fociabilitc de leurs Ha- 

' - birans, y attirèrent une multitude de Familles Romaines^ & dès le tems d'Au- 

gufte ,les Gaules méridionales ctoieitt Latines, & l'on vit des Gaulois accou- 
rir à Rome ponr y donner des leçons de Grammaire & d'Eloquence La- 
tines. Il en fot bientôt de même des Gaules plus ièptentrionales ; & lorf- 

'■ que quelques Empereurs d'Occident «urent établi leur rélîdence dans les Gau • 

- *' les & fur-tout à Paris, on parla Latin for les rives de la Seine, comme fur 

«elles du Tibre. Qu'étoit donc devenue la Langue des Gaulois ? Faite pour la 
liberté , avoit-ellc di^arn avec elle , & put-elle rcfifter au long e(cla%'age 
idans lequel les Romains tinrent ces Peuples pendant refpace de cinq oa 
■fix fiéclesî Du moins fi au bout de ce tems, les Gaulois avoient pu brilêr 
5eurs fers & être du nombre de ceux qui renverferent cet Empire deftrudeur 
,& inhumain ; mais ils ne (ôrtirent d'un efclavage que pour retomber dans 
nn autre , & pour devenir la proie d'un grand nombre de Peuples barbares , 
rdes Wifigoths , des Bourguignons , des Aliemans , des AlaJns,des Normans, 
iics Francs qui , plus heureux, firent diiparoître tous les autres, & refterent feuli 
, jnaîtres des Gaules. 

' ' Ces révolutions font connues: on fait que les Wifigoths fondèrent un 

Royaume dans les Gaules méridiosales , qui fut détruit par les Enfans de 
Clovis : que les Bourguignons en fondèrent un le long de la Saône & du 
"Rhône , auquel ils donnèrent leur nom & qui fe fondit infenfible- 
jnent dans la Monarchie Françoife : que les Francs , formes de la 
ftéunion de plufieurs Peuples de la Germanie , après avoir occupé pen- 
dant long-tcms les deux rives du Rhin , depuis Francfort jufqués à la mer , & 
xous les Pays-Bas, mais divifés en plufieurs Royaumes , arraclierent enfin les 
■Gaules aux Romains: que les Aliemans s'établirent dans l'Hélvétie, dans les 
pays abandonnés j)ar les Francs, dans la Lorraine & l'Alûce; & qu'avant 
Clovis , Crocus, un de leurs Rois, avoir ravagé les Gaules jufques dans la Pro- 
vence : que dans cette expédition il brûla entt'autres Villes ^psy Capitale des 
Helviens ou Habitans du Vivarais, & près des ruines de laquelle on bâtit fin 
im coteau une Ville qu'on appeBa yïlle-Neuve de Berg ou de la Monta- 
gne. On iâic encore que les Rois de Trance furent forcés d'àbandonnd; 



PRÉLIMINAIRE. XV 

aux Normans , cette belle Province qui porte encore aujourd'hui leur Nom. 

Quant aux Alains, on connoîc beaucoup moins gcoér>ilemen:!a part qu'ils eu-* 
rent aux révolutions des Gaules ; mais comoie ce point d'Hiftoire éciairciç 
quelques objets relatifs à nos recherches, noua ne pouvons nous diipcufei 
d*en parler un peu pUis au long. Les Alains étoîenr dit nombre de ces effàiii^ 
épouvantables que la Haute -Afie vonùSbic faiis cefle de (on fein, & qui 
changeoient en vaftes Déferts les plus belles Contrées de l'Empire Romain, 
Ceux-ci Joints aux Taifàliensaufli féroces qu'eux » pénéxrerent dans, les Gaules, 
au Commencement du cinquième fiéc!e».rous la conduite de leur Roi Goar. 
Bientôt iis fe partagèrent en diverfes bandes. Les ans,'apris ayoir ravagé lej' 
Provinces méridionales des Gaules, pénétrèrent jufquesdans l'Efpagne ; d'au-» 
très s'arrêtèrent fur les bords du Rhône dans le territoire de.YaleiKe •> des troi-j- 
fiémes , descendant le long de ïa Loire , formereat des- cEabljflemens fup 
Ifes bords de ee fleuve depuis Tours jufques à la Mec. Là», iiî ôeyrirent ua^ 
demi-fiéele ; mais s'étant réunis aux Wifigoths pour faite le fiégc d'Orléans,) 
jh furent taillés tn pièces par Childéric <&: par Egidius Géncr^. des Romains»- 
Pes Alains forent alprs réduits à l'état le plus déplorable, & forcés de fe 
cantonner datis les endtoits les plus déierts de la baiTe- Bretagne & danS' 
ccne portion de là Saintonge , que les ravages de la Mer- rendoient inha-- 
bitable ; ce canton en prie le nom de Pays, des- Alains oji Aluni ^ qui fe çhan-f- 
gea infcnfiblemenE- en- P(*yj d'Auhdx. L'indigeiice &: la nécefficc 6rent que* 
ces Gantons incultes devinrent entre leurs mains de fertiles Contrées; ils= 
en ddtcchoienr les marais , ils les mettoieat en valeur*, & la pêche devenoic- 
pour eux un objet tout à la fois & de (ubfîftance & de commerce. 

Nous trouvons donc id dans ces Peuples barbares, défarmés, St tombes» 
dans le plus profond aviliflement, la vraie origine des Gahets ou CAtsoTs de 
h petite Bretagne, de la Guyenne & de Bordeaux fur lefquels on a tant & fi- 
inutilement écrit , dont- nous avons parlé dans le corps de nos Origines Fran- 
feoifes,& que nous avons dit devoir être néccirairementks re (les d'un Peuple- 
qui habitoit ces Contrées & qui s'en ctoit vu arracha: la poflêffion. 

Nous en trouvons les preuves dans un Ouvrage que nous ne connoiP 
fions alors que de nom , l'Hiftoire de la Rochelle & du Pays d'Aunix , par M, • 
Arcere ,de l'Oratoire, & de l'Acadéraie Royale des Sciences. &des Arts de 
ia Rochelle. «• Il y avoir , dit - il , ( p. jo ) au XF 6éele, fiur la; lifiere du 
» Poitou & de l'Aulnis , une branche de Teifaliens , NaiioD Scythe : ces 
» Peuples étoient entrés dans les Gaules , fous la conduite de Goar , Roi des 
»Alain$%Ces hommes féroces, vivoient au n^ilieu des aaauis & des hallie»B'> 



srj ' Dl se O aR S 

w impénétrables de l'Ifle de Maiilezais. Ils n'auroient pas choifi un fcjour aufTi 
•I (àuvage , fi une loi fupérieure ou les malheurs de la guerre ne les y avoicnt 
I» contraints , comme on l'a dit ddeflus. . 

"■ » Puilqu'il eft certain qu'une branche de ces Peuples qui inondèrent les. 
»» Gaules , fubfiftoit encore au XP. fiéele fur les bords de la Sevré , il faut lup-^. 
»» pofèr, 1°. que c'étoit-là un refte de ces Peuples pcofcrits & fugitifs : i°. que 
•• ces Barbares ne fe tinrent pas cantonnes dans un tcrrein auffi relTerré que 
»> rifle de Maiilezais ; & par une conféquence naturelle , il s'enfuit qu'ils cher- 
ïïthcrent- Une retraite plus, fpacieufc dans les bois & au milieu des marais 
M d'alentour; mais ils a'avoient qu'à travcrfèr la Sevré pour trouver cette re- 
« traite dans les champs incultes & inhabités que nous appelions préfente- 
» ment le Pays d'Aulnis. ' 

« On découvrit il y a quelques années , ^ajoute le mâme Auteur , en fouil- 
•* lant les terres près de Maiilezais , dans la Paroifle de Saint-Sigirmond , des 
»> fquelettes d'une'longueur extraordinaire. Les crânes étoient fort gros, & 
«* les os des bras & des jambes extrêmement allongés. Cette découverte prouve 
»» que ce Pays a été habité par des hommes beaucoup plus grands de taille 
«j que les Gaulois; & ces hommes étoient 6ns doute les Alains, à qui Ammien 
■»> Marcellin donne une taille trcs-avantageiife. Ces Peuples reflèmbloient 
« afïèz aux Bourguignons, Iclquels, au rapport de Sidonius Apollinaris , 
-» avoient fept pieds de Jiaut; .& que c£t Auteur pour cette raifon compare à 
oj des Géants ». 

M. Arcere obferve enfuite avec beaucoup d'exaftitude & de fagacité , que 

dans la Carte géographique ©u Table de l'Empire Romain , dreirée, non au 

tcms de Théodofe le Grand & de fon fils Honorius , comme l'a cru M. Arcere 

avpc tous lesSavans, mais antérieurement,, comme l'a fpct bien prouvé M. le 

-Comte de Buat dans fbn Hiftoire des anciens Peuples de l'Europe, que dans 

-cette Table , dis-je , publiée par Peutinger , le pays d'Aulnis n'eft qu'un dé- 

-fert :que dans le X=. lîccle , une portion de ce pays eft appellce Terra-Nova. , 

Terre-Neuve, & encore de nos iours T^rre ^ nouvelle ^ canton enclavé dans 

-la ParoifTe de Notre-Dame de la Rochelle; &.<iu'il n'efVpoint étonnant qu'on 

lî'y trouve aucun nom de lieu qui ait quelque rapport .avec Jes mots ou avec 

les noms de lieux qui reftent de la Langue Ctlte- 

! Nous trouvons encore :daris cet Auteur des faits intéreflàns relatifs à ces 
Ti\êmes Peuples & au mot Colibert j dont iwus parlons dans nos Origines 
îrahçoifès, <ro/. i6p. 

.La Ville de ÇhateUiUon, première Capitale du pays d'Aulnis^ dépériflâni 

chaque 



PRÉLIMINAIRE. xvij 

«chaque jour par les ravages réitérés de la guerre & des flots de la mer qui fi- 
nirent par engloutir cette Ville infortunée , quoique bâtie fiir un roc, il s'en 
éleva une autre fur ces parages dont la gloire furpafla de beaucoup celle de 
l'ancienne. La Rochelle, quin'étoit d'abord qu'un amas de mauvai(ès caba- 
nes de Pécheurs, lortit alors en quelque fone du fein des eaux. Les privi- 
lèges que la célèbre Eléonore, DucheiTe d'Aquitaine., accorda à cette Ville 
uaifTante , y attirèrent de toutes parts une foule d'habitans. Les Coliberts , 
ces habitans à demi-fàuvages du Bas-Poitou & de l'Ifle de Maillezais, ces def- 
cendans des Alains & des Taifales , don: la pêche. faifbit la principale occu- 
pation , accoururent dans cette Ville nailTante au commencement du XII*. 
fiécle. Il fallut aggrandir la Ville : fondée par des gens de mer, elle devint en 
'peu de temps une Ville maritime dont les vai(reaux allcient chercher au 
•loin ce qui manquoit à une Contrée aride , & cnrichifloient fes habitans 
par le commerce le plus florifiânt. Ces Coliberts , dit un ancien Auteur, 
PiERiŒ DE Maillezais , qui devoir bien les connoître , étoient main-mor- 
tables : ni entièrement ferfs, ni tout-à-£ait libres; mais ils tenoîent un milieu 
entre ces deux états , & leurs enfans n'appartenoient pas au Patron , comme 
ceux des ferfs à leur maître. Auffi ces gens - là étoient appelles Hominc4 
itondiiionaUs , Hommes de condition. 

î. IIL 

Ce que derlnrent les Gaulois au milieu de ces rèvolutiont. 

Mais revenons aux Gaulois qui paroiflTent anéantis eux & leur Langue^ 
au milieu de tanr de fecoulTes. & de révolutions. Un très-grand nombre res- 
tèrent dans le (ol qui les avolt vu naître ; ik y formerenf un peuple de feris, 
qui perdirent infenfiblement route trace de leur origine , &: qui ne commen- 
•cerent à rcfpirer que lorfque les Rois de la troifiéme race permirent aux Com- 
munes de fe racheter \ ce gui donna lieu au Tiers-JÉtac qui fit de la France 
un Empire redoutable. 

Les feuls Gaulois qui (è maintinrent en liberté furent , i". ceux qui (è 
jéfugicrent dans le fond de la petite Bretagne , à l'extrémité de cette vafie 
Prefqu'ifle , qui cft elle - même la -portion la plus reculée des Gaules ; & i». 
ceux qui habitoient la Bretagne ou le pays que leur enleva enfuite la Nation 
Angloi(e , & qui fe réfugièrent dans les montagnes des Wallcs , ou des Galles, 
& dans la Province de Cornouaille vis-à-vis la petite Bretagne. Une partie de 
£es derniers fe réunit aux Bas- Bretons, Habitans de la Bretagne Françoiic, 

Dict, Etynu c 



xviij DISCOURS 

Ces Peuples cantonnes dans leurs montagnes efcarpces , ou fur leurs coter 
ftériles , n'y furent jamais entièrement vaincus , & s'y conferverent fans mé- 
lange ; leurs fiers vainqueurs ayant dédaigné de partager avec eux un folauflî 
ingrat. Séparés ainfi du reftc de l'Univers , ces débris des anciens Celtes ont 
confervé leurs anciens ufages , & parlent une Langue qui n'a aucun rapport 
à celles des Peuples qui les ont fubjugués , 5c qui s'eft partagée en trois 
Dialeftes , le Gallois , le Cornouaillien & le Bas-Breton ; Dialcûes qui onc 
entr'eux le plus grand rapport, & qui font inconteftnblement les précieux 
reftes de l'ancienne Langue des Celtes ou des Gaulois. Propofuion impor- 
tante, & qu'il faut mettre au-delTus de tout doute , puifqu'elle fait une des. 
grandes bafes de notre travail, 

§. IV. 
Preuves que la Langue Celtique ful>jîjle encorci. 

L'accord des Gallois , des Gornouai'liens & des Bas-Bretons à parler fâfe 
même Langue , Langue qui n'a nul rapport avec le François , l'Anglois „ 
le Danois & le Latin, avec ces Langues qu'on a parlées ou qu'on parle encore: 
dans les pays qui appartenoient à leurs ancêtres Gaulois; cet accord prouve 
manifeftemenr que cette Langue eft celle des anciens Gaulois , celle qu'on par-^ 
loit au moment de leur ruine. Par quel charme ces trois Peuples vaincus & 
réparés par la mer , & par des dominations différentes , fe feroient-ils accordés; 
à abandonner le-ur ancienne Langue pour en adopter une nouvelle , & la même 
pour eux tous ? Ce n'eft point. une Langue «ju'ilsayent adoptée, c'eft celle qu'ils; 
parloicnt lors de leur infortune, & qu'ils ont confervée chacun de leur côté. 

Cette Langue n'a gicme pu changer eflentiellement; en effet, ce qui change 
lés Langues , ce font les révolutions qu'éprouvent ceux qui les parlent , & leur, 
mélange avec d'auties Peuples ; mais depuis la retraite des Bas-Bretons & 
des Gallois (ùr leurs côtes déferres & dans leurs montagnes, ils n*ont éprouve 
nulle révolution , nul mélange : aufli le Bas-Breton & le Gallois s'accordent: 
encore, & rtprélentcnt par-là même l'état de la Langue Celtique, au moment: 
de l'invafion à^ Romains & de celle des Francs. Il ne s'y eft glifTé que des; 
additions de mots occafionnés par la Religion Chrétienne qu'ils avoient em-- 
braffée, & par quelques termes d'arts qu'ils ont empruntés de leurs voifins;; 
mais ces additions ne changent rien au fond de leur Langue & à leurs autres; 
mots : ce font des reftcs: de l'ancien Celte. 

Ces Dialeûes offrent; une prodigiculè quantité de monofyllabes , dont,'. 
Comme autant de radicaux , dérivent leurs autres mots : c'eft donc une Langue: 
Ittimitive, qu'ils parlent , puifque tel eft le grand .cara.6lcre difiinâif des Lan?- 



PRÉLIMINAIRE. xix 

■gues premières , dés Langucs-meres : cette Langue ne peut donc être que 
l'ancien Celte. 

Ces Dialeftes renferment encore une multitude de mors radicaux qui 
donnent l'origine d'un grand nombre de mots Grecs, de mots Latins, & des 
mots de diverfes Langues d'Europe ; tandis que ces mots radicaux n'exiftcnc 
pas dans ces Langues : preiive inconteftable qu'ils appartenoient à la Langue 
-primitive de l'Europe, &c qu'elle s'eft tranfmife avec le plu? de pureté ou de fim- 
plicité dans le Gallois & le Bas-Breton : enforte que ces Dialeftes nous repré- 
fentcnt l'ancien Celtique , dont fans cela on ne pourroit que regretter la perte. 

Ajoutons une dernière preuve auffi intcreflànte que conforme aux prin- 
cipes du Monde Primitif. D'après ces principes , tout nom de lieu a une fi- 
gnification déterminée : lors donc qu'il ne préfente aucun fçns dans la Langue 
vulgaire , il feut le confidcrer comme des reftes d'une Langue plus an- 
-cienne & parlée par les Fondateurs de ces,!ieux : enforte que pour déter- 
rniner le plus ou le moins d'antiquité d'un lieu , on n'a qu'à coniîdérer (es 
rapports avec la Langue vulgaire du Pays. Tous ceux qui font fîgnificatift 
dans cette Langue vulgaire font poftérieurs à fon établi iTement ; tous ceux qui 
ne prcfentent aucun fêns dans cette Langue , peuvent être cen'és l'ouvrage des 
-polTeiïèurs plus anciens de la contrée ; & la chofe refce lâns réplique , fi en 
•rapprochant ces noms de la Langue des premiers poîTèfTcurs, on en retrouve 
les clémens d'une manière parfaitement aftôrtie à leur nature. 

Si d'après ces principes nous jettons les yeux fur une carte détaillée des en- 
•virons de Paris ou de l'Ifle-de-France , nous y appercevrons au moins deux 
fortes de noms : les uns qui font fignificatift dans la Langue Françoifè; les 
autres qui n'ont aucune figniiication dans cette Langue. 

Voici des noms de lieux de Tlfle-de-France de la première clafle, & qui ont 
nété par conféquent impofés depuis la formation de la Langue Françoifè. 



L'Abîme. 
La Barre. 
Le Buiflbn. 
Le BuifToncf, 
Les BuifTotis. 
La Bute. 
La Chenaye; 
Le Château. 
La Chauffée. 
Le Coudiay. 



L'Etang. 
Les Enclares. 
L'Epine. 
Xes Epinettes. 
L'EfTart. 
La Votèt. 
Les Fontaines. 
Le Gâteau, 
La Garenne. 
Le gros Taillis, 



La haiite-VilIe. 

Le Hameau. 

La Mala/fife. 

La Mare aux Boeufs. 

L'Orme. 

Le Prenbîr, 

Le PafToir, 

La Roche. 

La Ronce, 

La Tourncuvcf 



La Villeneuve; 

L-c Vergcrdcs champs. 

Le Tertre, 

Beaulieu, 

Grand Champ, 

Haute Bruyère. 

Hauterive. 

Montfort, 



XX DISCOURS 

Noms qui fcnt tous pris dans la portion Sud-Oueft de la Carte de !'Ifle-de>- 
Francc par M. Dilisle. En voici tirés des environs de Paris. 

LesBons- Hommes.. Conflans. La Montagne, Les Moulîneaux. 

Belleville. La Chapelle^ ATontrouge. La Vilettc. 

LeBouquef., Maifon», Menil-montant; La SauKayc. 

Mais fi on trouve dans cette Carte quelques lieux dont le nom fbit connu i» 
on en rencontre à chaque inftaut dont les noms n'offrent aucune fignitîcation : 
auroient-ils été donnés en l'air > Mais ce que font les François en impo(ànt 
un nom à quelque lieu, leurs prcdécefleurs dans les mêmes Contrées ne 
l'auront ils pas fait également 5 Auront- ils inventé avec une peine extrême des 
noms fans valeur, tandis que leur Langue leur ofiroit tout ce qu'il falloic. 
pour impofer à chaque lieu , à chaque fite , un nom qui en fût la peinture par- 
faite ; On peut être afluré qu'en comparanrles noms d'un grand nombre dt 
lieux de l'Ifle-de-France a(5i:uellement fans fignification , avec les mots Cel- 
tiques qui leur correfpondent , on verra revivre ces noms ; & on aura une 
Carte de rifle-de-France abfolument neuve , qui fera comme un Diûionnaire 
Celtique , & dont chaque nom peindra le lieu qui le porte. Afin qu'on fe forme 
une idée d'un travail de ce genre & des avantages d*une Carte pareille, rap^ 
prochons de la Langue Celtique , quelques noms de l'Ifle-de-France pris au- 
hazard. Les ctymologies que nous en donnerons, ne feront pas aufîî amu- 
fimtes que celles que les Grecs donnoient de leurs Villes ou de leurs Fleuves ,. 
dont les noms étoient toujours ceux d'un Héros ou de quelque belle Nym- 
phe : elles ne feront pas aufïï gaies que celles qu'HAMirroN donne des en- 
virons de S. Gèrmairi, de Noify,des Moulineaux, de Pont-d'aHe; mais du moins> 
elles feront. plus inflruâives. 

r. V. 

Noms dé divers lieux de rijle- de-France , expliqués par la Langue Celtique, 

Nous trouvons d'abord les Averhes , très belle Campagne de trois lieues- • 
d'étendue , & qu'on féme en froment ; GonefTe cfl à fon extrémité Occiden- 
tale. Il n'efl donc pas ctonnantque Gonefïè fbit renommé pour (on pain , Se 
que cette Campagne ait été appellée les Avernes. Ver>Var, Bar, fignifîa 
Me S< pain dans la Langue Celtique. C'efl de ce mot que les Latins firent 
EJ.R , blé , & que nous avons Î3\t Farine. 

AuTîuiL & AuTiLLE font dcux "Villages fitués fur les bords de là vSeine , tlin; 
près de Paris , l'autre plus loin en defc€ndant auffi : ces noms peuvent doncc 
venir. d'^j7, Eau, & Tfii, élévation, colljivç,. 



PRÉLIMINAIRE. xx) 

Au Midi des Avernes cft un Canton en bois qu'on appelle Aunay. C'eft 
là portion Occidentale de la Forêt dcBondi. Là on voittousces lieux, Aunay, 
I,iVB.Y eiï Aunay , Clichy en Aunay : au Nord, la Villette aux Aulnes : 
au Sud, Villeneuve aux Aulnes. Tout ces noms viennent doncdu Celte ALNy 
Eois d'Aune^ 

Ar, Her , Hert , Ard, font des mots Celtiques qui dcfignent des Fcç 
rets : il n'eft donc plus étonnant de trouver dans l'Ifle-de-France , 

Artle , Forêt & Canton dans le Vexin près la Roche-Guyom 

La Forêt d'HERi-Vxux, au Nord de Luzarchc. 

La Forêt de Senars , fur les bords de la Seine, en-deçà de Corbeil. Ceft 
mot-à-mot \a.¥oTèt fiir Seine. 

Mont-l*Hery, mot-k-mot , Montagne de la Forêt. 

On voit en même tems que tous ces noms font de la même famille qu« 
celui de la célèbre Forêt des Ardbnnes. 

BRIGA , BRI VA , fignifioit un Pont , un lîeu fur une rivière Se près d'un» 
Pont jde-là, la Briche près S. Denis. 

Boulogne, compofé de Bon, tête, & On, eau, défigne un fieu' pracc 
au coude ou à la tête d'une rivière. La rivière y formoit anciennement un 
coude , peut-être avant qu'elle fût defcendue plus au Midi. D'ailleurs tous- 
ks' endroits appeHés ^oa/o^ne font fur des eaux : de-là encore • 

Boneuil, fîir un coude de la Marne; mot formé de £«j/ , habitation , &-' 
àtBoif', tête^coudci- 

BRE , défigne en Celte des lieux marécageux : de-li,- 

BKiEjfumommc Comte-Roberr. 

Brevone, ruilTeau qui vient du côté de Dammartin , pafîe à Claye , & (c- 
jette dans la Marne après avoir traverfé des Cantons marécageux. 

Breticky , mot-à-mot , lieu fitué dans un fond marécageux , bourbeux. 

Beau vais, en Celte Bellovac, Ville fuuée fur une montagne au bord dix' 
Terain. Ileft donc compofé des mots Ac , habitation , Lo, Rivière, Fal, Bal,, 
élevé. Habitation éltvée fur l'eau. 

Bt£Au ,.fignifie eau bleue. On en fit le nom Celte d'un lieu (îtuc près- 
d'une fource , & duquel en y ajoutant le mot François Fontaine , on a fàic 
Fontainebleau. 

Yi&BRÉUiL , Brol , qui fignific un lieu plein de buiflbns, font venus ««t-^ 
nomsr 

Le Breuil ,; au Sud de Mantes. 

LeBREuiL, au Sud de Longjumeao;' 



.■■••< À 



xxîj DISCOURS 

Le Breuil & Breuilx-et, près Châtres. 

Le haut & le bas Breuil , au Sud de Koudan. 
' BvR , Beur , BoR, défignoicnt une maifon de Campagne : de-Ià 

BuRï, au Sud de Meulan. 

Bure, gros Village entre Chevreufê & Palaifeau. 

Beuron , à rOuefl: de Mantes : & nombre de lieux appelles , 

Borde , la Borhe , les Bordes. 
Cad , Cat , altéré en Chat, Chav^ Cuoi/fScc. fignifia dans cette même 
JLangue Celtique, bois , forêt : de-là , 
■ --CHATOU-lûr-Seine, à l'entrée d'un grand bois. 

Chatou, près la Grange aux bois , fur la rivière d'Etampes. 

Chatenay, Chavile , Chatillon, aux bords des forets de Meudon & 
-de Verrières. 

Chatenay , entre Ecouan & Luzarche , au bord d'un bois. 

Ghaumont , fîir une Montagne près d'un bois. 

CoucY, dans une forêt dont le nom Celtique Coed a été dénaturé lui- 
,fnême en Cuisse. 

Choisy, mot-à-mot f Bois fur la rivière , fi ce n'eft pas un nom François 
pour défigncr la fituation de ce lieu. 

Cata-locum , nom Celte de la Ville de S. Denis; mot-à-mot, lieu fitué 
fur des rivières au bord d'un bois. 

CoND , CONDAT , défignoient des lieux fitués au confluent de quelques 
itivieres : de-là , 

CoNDÉ,Ville au-deflous de Mcaux, au confluent de la Marne & d'une petite 
■ïiviere. 

CoNDÉ , au confluent de TAifne & de la Vefle. 

CondÉ, au Sud-Eft d'Houdan, au confluent de deux ruiflèaux. 

Courbevoix , en Celte Corbaviou , éfl: compofé de lou , Eau ; BàU ^ ha- 
bitation j Cor, Montagne, élévation. 

Creil , Creteil , font fur des élévations , fiic des Crets. 
VoUR. , défignoit une rivière , un lieu où on pafloit une rivière, une porte: 
ide-là un grand nombre de noms en Dour : 

DouRDAN ; de Dan , habitation , Foret, & Dour , Riviere. 

Deuil , au Sud de Montmorency & dans la plaine : c'eft le Celte Dol , 
Jieu bas & fertile. 

Epinayj au Midi de Luzarche , &fur une colline; du Celte P«ir , fonunct^ 
pointe , Montagne : d'où, 



PRÈLIMINAIR E. xxiij 

Epinav , au Sud-Eft de Long)umeau , entre deux ruiffeaux^ 

PiNCOuRT, ou l'habitation élevée. Les Monts Apennin. 

Le Fay , près Linas ; du Celte Fay , Fag , hêtre. 

Le Gastinois, Province de l'Ifle-de-France , entre la Seine & la Loire, doit 
/bn nom à (es vaftes Forêts. On en trouve la preuve dans le Préfidcnt Fauchet; 
il rapporte dans Tes Antiquités Françoifes(i), que fous la première Race de nos 
Rois, on appdloit Gaudine le pays qui eft entre la Seine &: la Loire, parce , 
ajoute-t-il , qu'en Gaulois les Forêts fe noramoient Gaule. Il n'y a donc point 
de doute que ce nom n'ait été altéré en celui de Gaudinois & Gatinois ; d'au- 
tant plus qu'on appelloit également Vastines, les Cantons dont on avoit 
abattu les forêts pour les mettre en culture , & les Forêts même. Dans la 
convention paflee entre le Duc de Brabant, & le Chapitre de Sainte Vaudru, 
àMônSyl'an 1 109, & rapportée par Auben le Mire, dans (à Diplomatique Bel- 
gique, 011 dit: Omnts Fastinm quce terne- fylvejlres duuntur : » toutes les 
M Vaftinesou Gajlines qu'on appelle terres à Forêts ou champêtres ». 

Dans le Poitou , on a également donné le nom de Gastine à un Canton* 
adèz conCdérable qui eft plein de coteaux , de ruifleaux , d'étangsf & de boca-; 
ges.. 

GouRNAY fur Marne-, de Gor, fur. 

Gekberoy, fur une Montagne élevée qui domine fur le Terain, rivière quï^ 
pafle cnfuite à Beauvais : de Gar , rapide ; & Ber, mont. 

Haqueville fur la Seine , à l'Ouell de Poiffy , fignifie lieu fur l'eau , oa 
près de la Forêt ; de H^G , Forêt. 

LesHAYEs& les Layes , à l'Oueft & à l'Efl de la Foret de S. Léger, au- 
Sud de Montfort-l'Amaury : du même mot Hag, Hay, Forêt, d'où Haye, &c,' 

S. GERMAIN-en-LAYE. 

Luzarche, au Nord de Paris, fur une hauteur: du Celte ^kc, habitation: 
élevée , qui forma le Latin ARCe , habitation fur un lieu haut, Fortercfle, Châ-^ 
tcau ; & de Luc , Lus , 1°. élévation ; 1°. Eau. 
Med', défignoit un Pays de pâturages: dc-là , 
Mèdunta , ou Mantes fur Seine : & les noms en Mediolanum, tel que 
Milan , & peut-être Melun. 
iViot, Mel^ fignifioit coUine , montagne ; de-là, 

MoNTi-MELiAN , fut UHC colUnc pxès Dammartiu , nom qu'on retrouve' 
dans une ForterefTe de la Savoye (îir une coUine élevée. 

,^,._ ■ ■ ■■ ■ '■•* » •• 

.i;.) LiViV.çhkXVII,. ' 



xxW DISCOURS 

Meudon , en Celte , MoL-DVNum , montagne élevée. 
JWofi, défignoit auflî un coteau, un morne; de-là ^ 
MoNT-MORENCY , fitué fîir Un coteau , nom auquel par un double em« 
ploi on â réuni k nom François Mont zstc le Celte MoK qu'oa 
n'entendoit plus, comme on a fait à l'égard de Fontainebleau & de 
tant d'autres lieux. 
M.AVR défignoit au contraire des lieux marécageux , des lieux inonde» ; 
c'eft ainfi que près des marais traverfcs ou formés par la Brevonc, 
|dont nous avons déjà parlé, & par un autre ruilTeaUjon trouve 
MoRY & Mauripas. 

Maurepas, au Sud de Pontchartrain , entre VerMles & Momfort, étant 
^fitué à la fôurce d'une rivière & dans des pays de bois , doit avoir éga- 
lement la même origine. 
Cla-mab. fous Meudon, lieu marécageux & jcnfermé dans un fond, 
dans un clos, 
Nant , fignifie en Celte un vallon , un lieu "bas , xui fond où coule une 
jiviere, où efl: un lac, ôcc. De-là , 
TJANTtRRt, moi-à-mot, la foret du vallon. 
1^JAN•IOUII,I,ET , près la Brevone. 
Nanteuil, au-delà de Dammartiiu 
NANTEUit , près Meaux. 
//£Z7, Noue, Nou, défignoient des lieux arrofés ; tels, 
NEuiLLY-fur-Seine , NEUiLLY-fur-Marne;.de Neu^ prairie; «m//, habitatîoiç" 
i fy , «y , eau. 
.Les Noues , au couciiant de Corbcil , & nombre de lieux appelles Noui, 

la KouE, &c. 
FjIC , Pec , Pic , défigna conftanament une montagne , un coteau poin- 
tu, une colline; de-là, 
Pacy , mot-k-mot, le coteau de la rivière. 
Le Pec , au bas de la montagne de S. Germain. 
jLe Plessis-piquet près de Sceaux , {ùr .un coteau pointu. 
PiQUE-ptjcs près Paris. PuCB eft une altération de Pur», Podj autre nom 
Celtique des coteaux, qui fornu la &miUe Latine JPoT-ejl^ il eft puif- 
,iànt, il peut. 
;Le Plessis^ nom fi commun en France, s'eft formé du Celte Plec , plî,' 
qui forma le Latin Plexus, On défignoit par-là des Heux cultives & qu'oa 
jfinferiQoic de haies, donc les branches //^V» , entrelacées les unes dan« 

Us 



PRÉLIMINAIRE, xxT 

les autres , les rendoient impcnérrables. On en fit le vieux François Plefler, 
plier des arbres pour les encrelafler, 
HoVy nom des chênes en Celre , forma le Latin iJo^^wr, chêne; de-là. 
Rouvres, (bus Dammanin. 
Rouvres, près la forêt de Senars. 

Xe Gros-Rouvres, à l'Oueft de Montfort-l'Amaury} Taot-à-moCy\Q Gros- 
Chêne. 
SuRESNE-fur- la-Seine, au bas d'un coteau appelle le T<,T;r<; dans la carte de 
deLifle ,& aujourd'hui le Mont- Valcrien , paroît tirer Ton nom des 
mots Celtiques St/it, 5ot//i, Eau, & -<^ZSA^, coteau, mot-à-mot ^ habkatiou l*!^*^ 

entre la rivière & le coteau. 
Var, Ver, dcfignoient des rivières, des lieux bas arroges par des rivières, ^ . x 

des arbres qui aiment l'eau; de-là, iUti\ 

Verneuil , près Meulan; Vernouillet ou le petit Verneuil, au midi de ' 

ce même Verneuil , & nombre d'autres lieux qui portent le même nom. 
La terminaifon des noms de lieux en Euil,[Î commuiîe dans l'Ifle-de- France iijij:'' 

& dans le Perche , eft elle-même un mot Celtique : c'eft le mot dont nous 
avons fait f'/Z/ê , dont les Launs av oient fait ViJLLAy&c qui fubfifte dans 
l'AlIenraud ff>'yi 
La terminaiion des noms de lieux en Tré, Trv, comme dans Vitré, 
ViTRY , eft le mot Celte Tre , Tri , habitation , joint à l/Yy Eau. 

Omettrons-nous la Seine , & l'ancien nom de Paris , le nom de Lu- 
TECE ; Nous avons déjà vu que Lo , Lu , dcfignoit les Eaux , les rivières. 
Tec figniBoit en Celte comme en Latin &: en Grec , abri , cacliettc , 
couvert. LuTECE étoit donc mot-à-mot ^ lieu défendu par les eaux. Pou- 
. voit-x)n mieux dcfigner une Ville bâtie dans une IlTe qu'on avoit choifie * 

pour le landuaire , pour l'afyle inviolable de la Déefle des Eaux qu'ho- 
noroient les Celtes? 

La Seine, dont les eaux coulent avec une fi grande lenteur , -& font 

tant de détours qu'on diroit qu'elles ont peine à quitter l'Ifle-de-France, 

fut bien nommée Sehen, Sehan , prononcé par les Latins Sequan, mot 

qui fignifîoit /rn/, pa.rtjjiux. Les Gallois en firent Sejïj, lent ;& les Latins 

Segnis , pareflèux , lent. 

Tous ces noms fi bien aflortis aux Dialeftes Gallois & Bas- Bretons , 
& en même tems communs au relie des Gaules & à une grande partie 
de l'Europe , prouvent également que ces Dialeftes font des rcftes prc- 
deux de l'ancien Celte, .; 

Dici. Etym. d ;] 



Tbaxliï 



fiudlct 



xxvj DISCOURS 

§.VI. 

Savans qui avaient déjà ejfayé d'expliquer divers noms de lieux 
par la Langue Celtique. 

Quelques Sarans , frappés de l'avantage qu'on pouvoîc retirer des Dialec- 
tes Celtiques pour rendre raifon des noms de lieux dans les Contrées habi- 
tées anciennement par les Gaulois,avoient déjà eflayc de faire ulâge de cette 
méthode relativement à leur Patrie. Ainfi Baxter expliqua dans (es Anti- 
quités Britanniques les noms des lieux de l'Angleterre par le Gallois & le 
Bas-Breton. 
à , t AsTRuc, ceux du Languedoc, dans (es Mémoires fur cette Province. 

'^ *■ BocHAT , ceux de la Suifle en 1 7 5 « > dans fes Mémoires fur la Suiflè, 

J^ûckaL «n 3' Vol. in-4®. 

BuLLET, prenant un champ plus vafte, appliqua cette méthode dans 
le premier Volume de (on Diftionnaire Celtique , à la France , à la 
Grande-Bretagne, à l'Efpagne, à l'Italie, à la Suiffe, aux Pays-Bas, à 
une partie de l'Allemagne. 

Ces Savans ont fait voir des refies intéreflàns de la Langue Celte dans 
«ne multitude de noms qui s'expliquent parfaitement par cette méthode, 
du moins le plus grand nombre, car on ne fàuroit fè flatter d'appliquer 
toujours d'une manière exafte les mots Celtes ; mais dans des objets de 
cette nature, le fort emporte le foible. 

Ces efïâis cependant n'ont été jufques ici d'aucune milité ; du moins 
leurs efïèts ne font point fenfîbles -, & les Savans ont continué de négli- 
ger les Dialeûes Celtiques, & même de regarder la Langue des Celtes 
comme entièrement perdue. 

Cependant ces mêmes Savans rafTemblent avec foin les refies d'an- 
ciennes Langues qui n'ont pas des titres plus authentiques de leur con- 
fèrvation : on a recueilli avec foin les reftes de l'ancien Egyptien fondu 
dans le Copte ; les reftes du Theuton épars dans tous fès Dialeftes ; les 
débris de la Langue des anciens Goths confèrvés dans la petite Tartatie: 
ne feroit-on injufle qu'à l'égard de la Langue de nos Ancêtres î 

Avouons que fi on n'a pas retiré des travaux 'de- ces (àvans Auteurs 
tout le fruit qui devoit en réfîilter, la nature même de ces travaux en a 
fouvent été caufe. Abforbés par de menus détails, ils n'ont pu s'élever 
aux grands principes : plus ils fè livroient à ces détails. Si. plus ils roulci- 



PRÉLIMINAIRE, xxvîj 

plioient les erreurs. Souvent encore , ils s'actachoient à des fyftêmes 
inutiles à leur caufe , & qui leur nuifôient infinimenr , parce qu'on faifoit 
l'eflentiel de ce qui n'croit qu'un vain accefloire. C'eft ainfi que Bochat, 
qui dans fès explications des noms de lieux , eft plein de goût & de cri- 
tique, vit Ion travail perdu, parce qu'il s'étoit cru en état de prouver que 
l'Helvctie avoit été peuplée par des Gaulois venus des Provinces méridio- 
nales de la France ou des Gaules, & qui a voient fuivi les bords du Rhône: 
queftion qui fit perdre de rue la principale. 

BuLLET de Ton côté, à qui on a l'obligation d'avoir réuni en un corps 
les divers Dialeûes Celtiques , adopta une méthode qui ne pouvoit que 
nuire à fon ouvrage , & qui lui a fait beaucoup de tort , dans l'elprit des 
Savans. Pour expliquer les iMjms de lieux , it les prend toujours un à un } 
ne les confidérant ainfi jamais en malTe , il tombe dans des longueurs qui 
rebutent ; & entraîné lui-même par des diflferences qui ne méritent nulle 
attention , il donne fouvent aux mêmes noms des interprétations ablôlu- 
ment diflfcrentes -, enlbrte que fon ouvrage ne paroît avoir aucune bafc 
iblidc , & être entiétement arbitraire. 

Il n'a pas été plus heureux dans l'arrangement des mors de fon Diftion- 
naîre : il ne les arrange point par familles , & il les répète autant de fois 
que leur orthographe change, enferre qu'ils paroilTcnt multipliés à l'infini, &c 
^u'on ne voit qu'un eahos inexplicable. 

Ce n'eft pas tout : abulânt de ce principe certain que la Langue Celtique 
donna un grand nombre de mots à la Langue Latine, il ne voit que des 
racines Celtiques dans les mots même que les Celtes ont empruntés des 
Latins: dès qu'un mot eft commun aux Celtes & aux Latins, c'eft, (èlon 
kii , le mot Latin qui dérive du Celte ; conféquence fàufle & qui eft deve- 
nue funefte parce qu'on a cru qu'il concluoit toujours auflî mal , ou qu'il 
étoit impoffible de diftinguer les vrais mots Celtiques de ceux qui avoienc 
été empruntés d'autres Langues. 

La diflfcrence cependant ne peut être plus grande. Les mots Celtiques^ 
Comme tous les mots Nationaux , forment de grandes familles , (è rappor- 
tent à des racines très-fimples, ont varié prodigieufcment dans la pronon-< 
dation & dans l'orthographe. Les mots empruntés ne tiennent à aucune fe- 
inille, n'ont point fait louche, n'ont pu varier dans l'orthographe} ils ont 
toujours un air étranger qui les décelé. 



dtj 



xxviij D I S C V R S 

§. VII. 

Mois Celtiques cités par Us Anciens & qui ful)(ljhnt encore-. 

Pour démontrer rexcinflion totale de l.i Langue Celtique , ( car l'incrér 
dulité fur l'exiftence dé cette Langue a mis tout en ulage pour fe (oute- 
iïir, ) on faiic extrêmejnent valoir certains mots cités par lès Anciens comme 
Gaulois & qu'on ne trouvé point, dft-on y- dans les Langues qu'on prétend' 
être Celtiques. Mais cette objedlion ne prouve rien, parce qu'elle prouve- 
roit trop. Lor(qu'on avance que la Langue Celtique (ubfifte encore , on ne 
prétend pas qu'elle n'ait fait aucune perte : rien ne (èroit plus abfurde : on- 
conçoit très-bien que des mots relatifs à des ulâges, à des modes , à des^ 
arts qui cefTenc d'exifter , s'éteignent d'eux-nllrnes dès ce momcitt. 

Mais, c'è/l très-gratuitement qu'on fuppofe que ces mots cites comme 
Gaulois ne iùbfiflenc plus dans les Langues que nous confidcrons comme- 
Celtiques ;, en voici de très-remarquables qui contredifent hautement cette.- 
Iiippofîtion. 

. Ala^jda étoit chez ks Gaulois le nom d'un oifeau, comme le rapporte: 
Marcçllus Empiricus dans un ouvrage fur la Médecine cité par Bullet ;- 
Ecut-on y niéconnoître le nom de I'Alouetteî 

Spath A , étoit le nom de l'épée Gauloifè , diient les Anciens : n'eft» 
ce pas le Languedocien E/pa^e & notre mot Epia & n'eft-ce pas de là- 
qu'eft venu notre mot Spadassin î 

. Bfsna, félon Eestus, étoit une efpcce de Voiture Gauloilè. Benne eft un; 
nom de voiture en Suifle, en Allemagne, dans les Pays-Bas, Contrées oûF 
on parloir Celte :nos anciens Chroniqueurs, Monstrelet lui-même, s'en fer- 
vent. En Franche-Comté on dit Benne de Charton, pour défigner une vodi' 
ture de Charbon. 

Carr, étoit un mot Gaulois qui défignoit les chars, & que les Romains 
^optèrent, for- tout -depuis Jutes-Ccûr; mais ce mot fubfîfte encore dans 
tous les Dialedes Gaulois & dans notre propre Langue où il a produit une 
famille nombreufe depuis le char du modefle habitant des campagnes , jul-^ 
qu'au carro^e. doré des riches Citadins. 

Ararennis étoit, félon CôtyMELiE, un mot Gaulois qui défignoit unsr 
mefure de terre correfpondante au dcnii-jugere Romain. Qui n'y reconnoîp 
notre mot Arpent î 

Galba, nom d'an des XII Céiàrs^ étoit,. dit Suétone , un mot Gaai- 



PRÉLIMINAIRE. xxîx. 

lois, qui fignifioic gras. Gaib, CAiB,en Bas-Breton, llgnifîc un homme 
gros & gras. 

Un autre Empereur Romain dut un de Tes noms à un habillement Gau- 
lois : on voit que c eft de Caracalla , fils de Severe, que nous voulons' 
parler. On lui donna ce furnom , parce qu'il avoit adopte an habillement- 
en capuchon dont fe fervoient les Gaulois &: auquel ils avoient donné ce 
nom. Si ce mot n'exifte plus dans les Dialectes Celtes, on y en trouve du' 
moins les racines. Car fignifie Tcte;& Cal ^couvrir;. & ces racines ont 
Jonné des mots aux Grecs & aux Latins. 

BoDiNcws, telétoit, fclon Pline, le nom Gaulois du Pô, le plus grand- 
des Fleuves de l'Italie : il ajoute que ce mot fignifioit profond ou fans 
fond. C'eft donc le root Bob , encore exiftant dans divers Dialedes, & d© 
la même femille que Pot , élévatioir, dont nous avons déjà parlé. 

Le premier Magiftrat des Eduens , puilTante Nation Gauloife dont la; 
Capitale étoit Autun, s'appelloit, fclon les Romains, Vergobret. Le premier 
Magiftrat de cette Ville s'appelle encore aujourd'hui Vierg. Ce n'eft peut- 
être pas le feul refte qu'on y couferve des anciens Gaulois. Quant au mot 
de Vergt, c'était, comme nous l'apprend Servius (ùr le VIII= livre de l'Enéide» 
le nom Gaulois de la Pourpre, habillement des Princes, & digne pac-l» 
même du Chef des Eduens. 

Gesom étoit le javelot Gaulois; ce JavePot redoutable qui les fit appel" 
fer Gelâtes r mais Gesi tn Ealque, & G ai H en Itlandois, fignifient encoret^ 
axijourd'hui un dard y un Javelot, 

Matara croit une efpéce de lance Gauloife. Jules-César en feit men-^ 
tion ; ce mot fubfiftoit encore dans le fiécle dernier, ou Matras fignifioiP 
un Trait d'arbaltte; & Matraîser, percer d'outre en outre. 

Un nets des Gaules fut appelle Galli^b Braccat^ à caufe de leurâ 
grandes culottes; elles fubfiftent encore chez quelques reftes des anciens Cel-( 
tes, & on en a formé notre vieux François BRAYE;en Bas-Breton, Braghes.- 

Brasseur, Brasser. Par le premier de ces mots, nous défignons celui 
qui fait de la bière ; & par le (êcond , l'adion de faire cette boiflbn. Ce (ont- 
des reftes très-bien confervés dé l'aticien Celte. Pline, dans fon Hift. Nat,- 
nous apprend que les Gaulois appelloient BRACit leur plus beau froment,. 
& qu'ils en faifbient une boiflbn qui eft notre bière. Le mot de Brais fi- 
gnifie dans la Flandre tout grain deftiné a foire de la bière : il eft encore- 
mieux conlervé chez les Gallois qui le prononcent Brac. Ce font des dé-- 
nv^ 'du mot Bar, froment,, dont nous avons déjà parlé. Quant au mot^ 



XXX- DISCOURS 

BiERE , il s'efl: formé du Celte J5£ii, chaleur, cuiflbn , fermentation ; Birvi, 
cuire , fermenter. 

Gaunacum étoit un habit long, de laine , e(jicce de tunique; mais ce 
mot n'eft pas perdu, quoique BuUet l'ait omis dans fon Diûionnaire 
comme il avoir omis le mot Hery, forêt. On retrouve celui dont il s'agit 
dans la Ganache , tunique longue & de laine en ulàge dans le Languedoc, 
province Celtique. 

Fiiiilfons cette lifte par un mot d'autant plus remarquable qu'il exifte dans 
notre Langue fans tenir à aucune famille qui en fefle connoître la raifon; 
c'eft le mot Maréchal : ce mot défigne la plus grande Dignité MiUtaire 
qui exifte dans le Royaume , & en même tems la profeffion de celui qui 
ferre les chevaux : mais par quelle bizarrerie a-t-on revêtu ce mot de deux 
fignificâtions aufïï éloignées.' où a-t-on même puifé ce mot? Rien de lî 
Cmple en remontant à la Langue Celtique. \îar, March , y dcfignoit cet 
animal fier & rapide que nous appelions Cheval. Ce mot remonte à une 
haute Antiquité. Pausanias parlant de l'expédition des Gaulois dans la Grèce 
fcns la conduire de Brennus , dit que Trimarkis fîgnifioit chez eux une 
bande de trois Cavaliers: Marck, cheval, fe réuniftànt enfuite au mot Theu- 
ton ScALc qui fignifia Fils & Serviteur , deux idées qui font réunies dans 
toutes les Langues , forma le mot Mare/cal , & puis Maréchal , dont on 
voit le rapport avec celui qui ferre les chevaux , & qui en avoir aufli un 
très-étroit avec la Dignité Militaire qu'il défigne , puifqu'anciennement les 
armées n'étoient compofées que de Cavalerie. Un Maréchal de France étoit, 
wof-à-nzo/, un Général de Cavalerie ; de même que Conêtable fignifioic 
Comte de la Cavalerie , de l'Ecurie. Ajoutons que dans le nioyen âge les 
Officiers de la Couronne s'appelloient Scalcs , Domeftiques : à l'inftar de 
la Cour des Empereurs Romains , dont le Grand Général lui-même s'appelloit 
]& Grand Domeftique y on eue die U Grand Scalt. 



m'^^m 



PRÉLIMINAIRE. xxx) 

ARTICLE III. 
De hA Lakgve Françoise. 
§. I. 



u^%»ii nA»î>.iii 



Rapport de la Langue Frarçoife avec la Celtique , & opiniens des Savans 

fur fon origine. Y S'*'*"' **^''^ 

5ri/iSQ0E la Langue Celtique n'eft pas perdue, puirqu'elle exifte dans J**^'*^ V<»*»^»*<4 

le Bas-Breton, le Cornouaillien , le Gallois ; puifque nous avons dans ces j^i,T.n«iiiV^-jt,^ 

Dialedes , dans les noms propres Celtiques confervés en France , dans les 

mots de cette Langue tranfois par les Anciens , autant de points de compa- 

raifon , nous pouvons donc nous alTurer des rapports qui exiftent entre la ^ 

Langue Françoifè & la Celtique. 

Ce n'eft même qu'après avoir ftiit cette comparaifon qu'on peut prononcer 
(îir Torigine de la Langue Francoife -, & elle devient abfolument néceflàire , 
lorfqu'on veut remonter à l'Origine des Langues ; comment prononcer fur 
rOrigine du Latin & des autres Langues de l'Europe , fi on ne les compare 
pas avec ces reftes de la Langue Celtique ? Si , tels qu'ils font , ils offrenc 
une foule intéreflante de racines très-bien confcrvées qui conduiient à l'O- ; " .. 

rigine de ces diverfes Langues , n'en réfultera - t'il pas que la Langue donc 
ils font les débris fut la Mère des Langues anciennes & modernes de 
l'Europe ? 

Malheureufèment , ce n'eft pas ainfi que (è font conduits ceux qui ont 
cherché l'Origine de la Langue Françoifè. Ils n'ont vu que du Latin dans 
le François. Sourds à la voix de ceux qui vouloient les ramener à la Langue 
Celtique , ils ont préféré les ctymologies les plus étranges, les plus abfurdes, 
aux ctymologies fimples & lumineufes que leur auroit fourni la Langue Cel- 
tique , & ils ont fait un cahos des Origines de la Lang'ue Francoife. 

Ce qui leur faifoit illufion , ce oui les égaroit fi étrangement , c'eft qu'entre 
l'époque où les Gaulois celTercnt d'être les maîtres des Contrées qu'ils 
avoient habitées de tems immémorial, & le fiécle où les Francs en firent 
la conquête, il s'écoula environ fix fiédes pendant lefquels les Romains y ^. j^ 

maintinrent leur autorité & leur propre Langue : c'eft que tout concourut 
alors à donner à l'ulàge du Latin dans les Gaules , la plus grande étendue; 



XXX4J DISCOURS 

les Colonies briflantes & nombreuses que les Romains y établirent ; la nc- 

ceflîrc pour les vaincus de convcrfer avec leurs Maîtres ; rétabliflcment de 

, . • ç, la Religion Chrétienne , dont les Minières ne s'énonçoient que dans la Lan- 

\_nXi\UAf^ t Jf^ gyg jgg Maîtres de k Terre, & ignoroient ou dédaignoient d'écrire dans 

celle des vaincus. Quel rang pouvait tenir en effet la Langue des Gaulois , 

quand ils eurent perdu tout ce qui conftitue une Nation , qu'ils n'eurent 

plus à eux ni Tribunaux , ni Loix , ni Religion ; qu'ils eurent vu leurs 

écoles détruites par la tyrannie Romaine ; & que leurs Druides , tout à la 

'Jfuiài C^<-U «i ^^^^ Chefs de la Religion , de la Noblefle , de la Magiftrature , fi fort 

, , . ij . intéreflcs à fecouer le joug des Romains , eurent été rais à mort pat ces 

Atâ«|W» ^*^«^ farouches vainqueurs; 

w jAnui\iftùiUt ■'^liffi tous nos Savans n'ont vu dans le François qu'un Latin corrompu. 
■^ * Quelques-uns , à la vérité, ont avancé qu'il déjrivoit du Grec & de l'Hébreu ; 

mais on n'y a point cru. Deux ou trois perfonnes ont voulu ramener le 
François à la Langue Celtique^ mais on ne fit pas même l'honneur à deux 
d'entr'ellcs de les réfuter -, &: la difpute s'anima tellement contre la troi- 
fiéflie , qu'on eft demeuré convaincu que le Celte & le François n'avoienc 
nul rapport. Mais tout ceci exige quelque détail. 

Charles BoviLLE , Chanoine de Noyon & de Saint-Quentîn , paroît 
s'être occupé le premier des Origines Fraaçoifes , dans un Ouvrage Latia 
in-^°. que Robert Etienne imprima en 1535^ Il en rapportoit plufieurs à 
' j la Langue Grecque : il fut bientôt imité par une foule d'Érudits. 

**• Joachim Perion , Religieux Bénédiélin , trcs-verfé danr les Langues Grec- 

<jue & Latine , fit imprimer en .1 j 5 4 la Conformité de la Langue Fran- 
çoife avec la Grecque. 

Jean Picard , & Henri Etienne en 1556 ; Trippault , fieuf 
de Bardis , en i ^80 y Ju/es- Cé^ar àe Bernieties en 164^, &c. tiroient 
•également le François de la Langue Grecque. Il en fut de même dans ce 
fiécle de M. D'H&reinot , Conièiller au Chatelet ; mais celui-ci eut le 
jnalheur d'en perdre la tête, & de iè laifler mourir de .faim, ne voulant 
vivre que de racines Grecques & Hébraïques. 

MAI. dePoRT-RoYAL donnèrent avec leurs Racines Grecques un Re- 
cueil confidérablc de mots François venus du Grec. 

Scaliger, au contraire, (e moquojt de tous ces Helleniftes, & ne voyoit 
/ , • . . dans le François que du Latin corrompu. 

.. D'autres le dérivoient de l'Allemand. Ottius , Savant de Zurich , dans 
fk Frfinct pauloife y rapporte, ^Ç^çpis, à l^lU^iand à çaufe des mots 

communs 



iitli 



PRÉLIMINAIRE. ^xxîî) 

communs à ces deux Langues ; tandis qu'en 1760, M. de Barbasak 
voulut prouver que ces deux Langues n'étoient qu'une altération du Latin, 

Etienne Guichard en 1610, & le P. Thomassjn enfiiice , dérivoienc }\tiry(.iLaM,S 
au contraire le Fran<j.ois de l'Hébreu , comme toutes les Langues du monde. 
En 175?, les {kvans Auteurs de l'Hifloire Littéraire de la Francp n'y 
Virent qu'une altération de la Langue Latine. 

Ces opinions ne produifbient que peu ou point de fenfârîon, Isrfque plil- 
fieurs Membres de l'Académie des Infcriptions s'occupèrent de 1 Origine de 
}a Langue Françoife ; alors s'éleva une guerre littéraire où l'on foutiut le 
pour & le contre , mais avec autant de modération que de {âgacité. 

M. DucLOs ouvrit, à ce qu'il paroît , le champ de bataille. Il lut en 
1740 un Mémoire à l'Académie des Infcriptions & Belles-Lettres (i) fur 
l'Origine & les Révolutions des Langues Celtique & Françoife. Il y établit 
que la Langue Celtique ne dut pas fubfifter long-tems dans les Gaules de- 
puis qu'elles furent (bumilcs aux Romains ; qu'il fe forma , tapt à la Ville 
que dans les Campagnes, un jargon mtlé de Celtique & de Latin 5 que 
vraifêmblablement ceux qui vivoient dans les Villes & qui y tenoicnt quel- 
que rang , cherchèrent à fê défaire de ce qu'ils avoient de Celtique pour 
«'inftruire parfaitement du Latin ; mais qu'il leur refta toujours beaucoup de 
mots & de tours de leur Langue naturelle , qui cependant alloit toujcur» 
eu s'afïojbliflànt par le commerce des Romains. Tandis que les Romains 
durent voir leur Langue s'altérer de jour en jour & perdre . fa pureté 
à rr.efurc qu'ils étendoient leurs conquêtes ; & que les Habitans des campa- 
gnes , plus greffiers que ceux des villes, altcroient ces deux Langues 
d'une autre façon , enforte qu'il dut (ê former dans les Gaules une in- 
finité de jargons ; & que tel ctoit l'état du langage lorfque les Francs pa- 
rurent : il exiftoit donc alors dans les Gaules , félon cet Académicien , trois 
Langues , la Celtique, la Latine, & la Romane , mélange informe des deux 
premières. 

Quant à la Langue des Francs , ajoute - t-il , qu'on appelloit auflî Tliioife 
&Théotifque, la même que celle des Germains & des Allemands, elle 
fit diiparoître celle des Gaulois , qui ne fe maintint que dans les extré- ;- 
mités des Gaules ; & celle des Latins , qui ne for plus entendue que des 
Ecdéfiaftiques : il n'exifta donc plus que deux Langues , la Romane & U 
Tudefque , feules en ufàge jufqu'au régne de Chailemagne. 



(i) Tome XV. 
Z?j5, Etynu 



xxxiv DISCOURS 

Il parut enfuite deux Difcours de M. Falconnet f i ), l'un fur fes Prm- 
vijres de FEtymclogie par rapport à la Langue Fravçoifcy Se l'autre fur le 
mot Celtique Dunum. 

Dans le premier, ce Savant regarde comme inipoffîble de remonrcr à 
f iL' ' . , l'Origine de la Langue Celtique , quoiqu'il lui paroifiè vraifemblable qu'elle 

LtUCU. ^jj j^ même que celle des Scythes -, que Tancien Grec & l'ancien Latin e« 

furent des dialeâ:es , &: que la Langue Celtique fubfifte dans le Bas-Breton 
& dans le Gallois : mais il ignoroit ces deux Langues , puifqu'il ajoute 
«ju'un fàvant Breton lui expliqua par l'ancien Breton la plupart des mots 
Gaulois qui fe trouvent dans Jules - Cefâr & ailleurs. Il n'avoir de même 
aucune idée de la nature des n.ots radicaux Celtiques , poifqo'il rcgardoic 
comme une propriété de l'Orient , de n'avoir qu'un petit nombre de mots 
radicaux , qui lignifièrent par conféquent nombre de choies dififercntes , & 
"il n'avoit par -là même que des idées .vagues (ut la Langue Celtiques 
Cependant -fâ Difiertation fur le mot Dunum renferme des recherches 
très - étendues, & eft un modelé de la manière d'analylêr la valeur àcs 
mots & de les fuivre dans leurs diverfes acceptions : il fâilôit voir en 
particulier , relativement au mot Dunum ou Dvn , qu'il fignifioît »", 
un lieu élevé ; z». un lieu fortifié } .}°. un lieu profond. 

Cette dernière Difiertation qui n'avoit en apparence pour objet qu'un 
mot de la Langue Celtique, occafionna cependant de vifs débats. M. l'Abbé 
Fenel fut un des tenans pout M. Falconnet : le Savant Freret lutta 
contre eux. M. Falconnet retoucha la Differtation , & fit voir par le té- 
moignage des anciens Auteurs Latins, par laverfion que fit Ulphilas d« 
Nouveau -Teftament dans la Langue des Goths, & par l'Anglo-Saxon , 
que ce mot fignifia conftarament élévation , montagne. Mais lorfqu il vou- 
lut le prouver par la Langue Grecque , il eut recours à des argumens 
peu convaincans , ou difficiles à (àifir , & il laiffà de côté la belle famille 
Grecque dont le chef Dunt fignifie force , puiflànce , fupérioritc. Cette 
omiffion lùiprenante ne prouve que trop que , mJgré lès grandes recher- 
ches en fait d'ctyraologies , ce Savant n'avoit que des idées très - impar- 
fàires de l'analogie des mots , & de la vafte étendue des mots radicaux. 

L'Abbé Fenel , qui raffembk de fou côté une multitude de preuves 
• pour conftarer que Dunum étoit un mot Celtique q^ui défignoit la hauteur, 

i 1 1 VCEm. des loTu. & Bell. Let. Tom. X& 



PRÊLIMINAIR E. xxxr 

l'clcvation , négligea également la même famille Grecque. Cependant , il 
apperçat «jue norre mot Donjon étoit un des dérivés du mpt en litige, 

M. DB LA RAVAtl ERS, 

Tel étoit l'état de cette queflion lorfque M. Lïvesque db laRavalierb^ ^ 

de l'Acad. des Infcr. & B. L. defcendant dans l'arène , fit prendre à la diijjutc 
nne tournure fort différente & beaucoup plus animée. On donna dans les 
Mém. de cette Acad, Tom. XXIII. page 14+ & fuiv. de l'Hift. un Précis 
4c fbn fyftême , en l'annonçant de cette manière. 

» M. Levesque de laRAVAHERE ne veut point que notre Langue ait aaJ 
» cune obligation à la Langue Latine. Jaloux de fon indépendance , comme 
» nos Rois le font de celle de leur coutonne , il craint cette Origine comme 
•» un titre de vaflèlage & de redevance. Il prétend que le langage Celtique des 
*» anciens Gaulois s'eft confctvé jufqu'à nous , que nous parlons aujourd'huî 
•• Celtique & que la Langue Latine n'a rien à redemander à la nôtre. Voici 
•♦(es preuves ». Perfonne ne conteftera , dit-il, que la Langue vulgaire dit 
règne de Philippe Augufte ne fût la même que celle d'aujourd'hui. Il fufiît donc 
d£ prouver que U Langue Celtique qui fubfiftoit dans la Gaule q^uand Cc- 
iâr en fit la conquête , fut en ufâge jufqu'à Philippe Augufte. 

" Ce fut depuis Céfàr & fous les premiers Empereurs , que la partie de II 
»» Gaule qui efl; comprifè entre la Loire & le Rhin commença à connoître deux 
*» Langues. Les ProfefTeurs Latins vinrent occuper dans les Collèges de Char- 
" très & d'Autun les Chaires que les Druides y avoient remplies îufqu'alors. La 
•» Langue Latine devint la Langue fàvante de la Gaule, mais la vulgaire fè 
n foutint toujours. . . . Les Romains même empruntèrent alors plufîeurs 
«• mots de la Langue Gauloifê , tels que ceux de urus , rheia , petorritum. 

« Tacite dit ( i ) que les Gothiniens, Peuple de Germanie, parloient k 
M Langue Gauloifê ; il donne à la même Langue les mots hardi , bracca. , cru- 
ti pellarlus. Cafnar , félon Quintilien, étoit un mot Gaulois. Pline en vingt 
M endfbits de fonHiftoire, diftihgue des termes de la Langue Gauloifê, & Sue- 
« TONE cite le mot éec (i) dans le même fens que nous le prenons encore 
A comme étant alors en ufâge à Touloufè 4 

n S. IrenÉe , Evêque de Lyon , écrivoitàun de (es amis » cnlui envoyant jYCYlClLi 



{ I ] De Morib. Genn, 

(») VitelUc. II. '- ■ . 



xxxvj DISCOURS 

» fes Livres contre les hércfies: depuis que je vis parmi Us Gaulois , fai ét^ 
M ot/igé d'apprendre leur Langue. 

» Une Devmercfre Gauloife parle en (à Langue à l'Empereur Akxandre Se- 
5> vere. . Suipice Sèvere, Auteur du V<= Siècle, dans fes D'alogues fur la 
» vie de S, Martin j introduit un Gaulois qui fe défend pei>dant quelque tems 
» de parler La^n. Pofthumien , qui eft l'autre interlocuteur, le prclTc & lui dit; 
j) Si vous craigne^ de parler Latin , parle^ Gaulois. C'tft que la Langue Latine 
» étoit la Langue polie, celle des Ecrivains j auffi méprifoient-ils la Celtique, 
» qu'ils appelloient ruftique, barbare, laïque, parce que c'ctoit la Langue 



* vulçraire. 



» Ces noms , Langues Celtique, Gauloife, Rofnane , Françoife , ctoient de- 
» venus fynonymes; & fous la troifîeme race, on voit tncore une Langue 
»> vulgaire autre que la Latine. Aimoin, Evêquede Verdun , harangue ea 
« Gaulois le Concile aflemblé à Mouzon en Tannée 995. 

Il conclut ainfi ( pag. 149 ) : » C'eft donc dans la Langue Celtique que 
■s» les Grammairiens & les Etymologiftes auroient dû chercher l'Origine de la 
^ Langue Françoife, tant par rapport à la Syntaxe, que pat rapport au Voca.- 
> bulaire dont elle eft compofée. 

Don Rivet. 

Don RrvET , Bénédiâin , qui fît paroître bientôt après le VII^. Voluma ic 
'IHiJloire Littéraire des Gaules , attaqua vivement le fyftênie de M- de la Ra- 
valiere, & entreprit de prouver que la Langue Romance dut fon Origine 
à la Langue Latine , qui étoit la Langue dominante dans les Gaules, Il eft 
■vrai que Don Rivet avoit déjà pris parti dans fon premier Volume (i) : c'eft- 
là que décrivant l'état des Lettres dans les Gaules avant J. C. il fait voir qi^e 
la Langue Grecque fut parlée pendant plufieurs Cèdes dans les Gaules, où elle 
avoit été portée par les fondateurs de Marfeille; que la Langue Latine devint 
enfuite celle des Gaules. « Pour ce qui cfl , dit-il , de k Langue Gauloile ou 
» Celtique, nous en dirons peu de ciioiè , parce qu'il y en a peu de {àtisfai- 
» fàntes & de certaines ». Une peur concevoir non plus que ce (oit le Bas-Bre- 
ton, conmie le prétendit Pezron; car « 1°. Tacite ne dit point que la Lan- 
» gue des Gaulois & celle des Bretoiis fuflent entièrement les mêmes, mais feu- 
» lemcnt peu différentes, & z". les anciens mots Cehcs confêrvcs par les 
» anciens Autcuts ne font point entendus par les Bas-Bretons (pag. 64. ^5.}» 



jli^ iBjpr. en 1733, 



PRÉLIMINAIRE. xxxHj 

Aflertion , comme on voit, direûement oppofée à celle de M. Falconncc. il 
conclut cependant que de cette Langue Gaulôife jointe à la Grecque > à la 
Latine & au Franc, fe forma le François. 

M. de la Ravaliere ayant enfuite publié fes vues fur 1 Origine du François* 
Don Rivet mit à la tête de fon Vile. Vol. un Avertiflementd'cnvifon 80 pages, 
«en réponfe à deux reproches d'un Savant qui prétendit, !=>. que lé Latin 
>5 ne fut jamais la Langue vulgaire des Gaules , mais Langue (àvante , & i<»< 
» qu'il y en avoit une autre qui étoit maternelle & populaire : que cette Lan- 
« gue fut la Celtique ou Gaulois pur, fur lequel les Romains & les Francs eri- 
y> terent infenfiblement la leur». Il^attacha enfuite à prouver que le François 
n'a commencé à être ufité dans les écrits qu'au milieu du XII«. ficcle. 

Dans la vue de prouver au contraire que la Langue populaire des Gaules dvt 
rems des Romains n'étoit point la Celtique , cet Auteur s'attache à montrer 
1°. que les Romains remplirent de leurs Colonies les Gaules méridionales & 
que «le Patois de celui-ci eftpur Latin, à l'exception de quelques motsGracsy 
» Celtiques & Francs qui s'y font gliflcg. 

» 1°. Que le Latin ne fe corrompit dans les Gaules que pafce qu'il en étoie 
»Ia Langue vulgaire: 5°. que la Langue Romance étoit déjà formée aa 
» VIII*. fiécle; & que des le XII«, on diftingue en France les Dialeéies 
"Vallon, Ficard, Gafcon , Provençal, Bourguignon, Normand,. Parifien &' 
3) peut- être d'autres» 

M. de b Ravaliere ne fe tînt pas pour battu ; donnant dans ce tems-là 
(en 1741 ) une Edition des Pocfies du Roi de Navarre avec des notes & un' 
Gloflaire François, il la fit précéder d'une DilTertation fur les différentes révolu- 
tions de la Langue Françoife, depuis le commencement du régne de Charle- 
magne. Là, il voulut prouver contre les Auteurs de l'Hift. Littér. de la France, 
1 ". que Jamais le Lati-n ne fut ni la Langue naturelle ni la Langue vulgaire 
des François: que le gros de la Nation refta toujours attaché à la Langue de' 
fes pères, dans Tufage ordinaire de la vie. 1°. Que cette Langue appellée 
Romance ou Rujlique, fubiifta jufqu'àla fin de la féconde race; & qu'elle dif- 
féroit prefqu'enticrement de celle qu'on commença à écrire y mais rarement 
fous le règne de Louis Vil , pnifqu'on ne peut trouver aucun rapport entre 
cette aïKienne Langue & celle qu'on parla alors , Mère du François aâtuel : 
tandis que rancienne exifte , febn l'Abbé de Loncue«.ue , dans le Catalan; &- 
félon HuET & rHiftotien du Languedoc, dans le Provençal. H ajoute que la^ 
Normandie fut en particulier l'afyle & le réAige de notre Langue au vçm^ 
qu'elle fut le plus négligée & le glus délaiflce. 



-xxxvilj DISCOURS 

M. de la Ravaliere inféra quelque tems après une lettre dans le Journal 
des Savans pour (outenir qu'il cxifta dans tous les tems une Langue vulgaire 
indépendante de la Latine : il y annonçoit une Hiftoire de la Langue Françoife 
depuis l'entrée des Francs dans les Gaules jusqu'à rétablifTement de l'Acadcmie 
Françoifè. 

Il paroît par l'AvertifTcment du VIII Vol. de l'Hiftoire Littcr. de la France, 
que cette difcuffion dégénéra 'entre ces deux Auteurs en plaintes réciproques 
d'avoir perdu de vue le véritable état de la queftion & de ne s'être pas enten- 
dus , comme il n'arrive que trop fouvcnt. 

M. B G N A M y, 

M. de la Ravaliere ne fiit pas fcul Antagonifte des Bénédidins -, leur fenti- 
«lent trouva d'auttes contradideurs & la difpute devint plus animée. M. Bo- 
NAMY entreprit de concilier ces diverfes opinions. « Peut-être qu'en dévelop- 
« pant , dic-il , la penfée du (avant Bcnédiélin , les fentimens pourront (c rap-* 
« procher>5.C'e{i; ainfi qu'il s'exprimoit dans ion Mémoire fur l'introdadion de 
la Langue Latine dans les Gaules , lu en Dec. 175 1 , & qui fait partie du Tom. 
XXIV des Mém. des Inicr. & Belles-Lettres. 

Ce Savant Académicien s'attachant à prouver que « la Langue Latine , a 
• donné l'Origine au plus grand nombre de nos mots François pour ne pas dire 
»» à tous », obferva qu'il n'entendoit pas par là un Latin tel qu'on parloir è 
Rome, mais la Langue Latine tombée dans le plus grand état de barbarie, 
dénuée de cas, chargée de vieux mots que n'adopta jamais la belle Latînitt^ 
remplie d'articles & de tours vraiment François , en un mot un vrai jargon. 
Ainfi pour faire voir que le François eft venu du Latin , il démontre en quelque 
façon ici & dans le Mémoire fuivant intitulé Réjlexions fur la Langue Latim 
vulgaire , que ce Latin eft du François. 

Mais pour conlèrver (on rôle de conciliateur, il apporte à (on (yftême de$ 
reftridlions dignes de remarque. « Il ne faut cependant pas croire , dit-il, 
(i) que Tufàge de la Langue Celtique s'abolit tout d'un coup dans les Gaules. Sî 
«ceux qui avoient l'ambition de parvenir aux grades de la République s'em- 
» pre(îèrent de donner à leurs enfàns une éducation Romaine , il y en eut un 
M plus grand nombre & fur-tout dans les campagnes , qui continuèrent de 
«1 parler leur ancienne Langue. Il fallut plu(ieurs fiécles pour rendre commune 

" ■■■■■Il ■ iiii ■■ T J I 1 1 1 I I I I i M i , _ .11» 

(OPag. $««, 



PRÉLIMINAIRE. 3ixx« 

» dans les Ganfes la Langue Latine ; aufïï un endroit du Digefte ( déjà cité par 
» M. de la Ravalierc) fuppofe-t-il qu'on ne la parloit pas encore par-tout (ous 
» le règne d'Alexandre Severc vers l'an 1 3 o de J. C. Il y eft die que les fidei- 
n commis feroient admis en quelque Langue qu'ils fuflent écrits , non-feule- 
» ment en Latin & en Grec , mais encore dans les Langues Gauloilè &Puni- 
>» que. . . En effet j ajoute-t-il, il ne feroit pas plus extraordinaire que l'on eût 
» encore alors parlé le Celtique dans quelques lieux de la Gaule, que de voir 
» la Langue Punique en ulàge dans l'Afrique deux cens ans après Alexandre Sé- 
»» vere. , . Dans les Gaules, l'ufâge de la Langue Latine ne s'eft établi que peu- 
>• à-peu & plus tard dans les Provinces du Nord , qui n'avoicnt pas autant de 
•» communication avec les Romains que les peuples fitués au Midi de la Loire. 
» Ces derniers ont toujours palTé pour avoir un Langage plus poli que les Gau- 
n lois de la Celtique. . . Je oe crois pas même qu'à l'exception des parties 
»» méridionales de la Belgique, la Langue Latine ait été en ufage chez les Bel- 
« ges comme elle le fut dans la Gaule Celtique & dans la Gaule Aquitanique. 
« Leur éloignement de la Province Romaine , & le peu de commerce qu'ils 
• avoient eu avec les Romains , les faifoit regarder du tcms de Jules-Célâr 
3» comme des Barbares en comparaii'on des Celtes & des Aquitains. . , 

» Ceux de Trêves, qui, au rapport de Tacite , affèdoient une Origine Ger- 
>• manique , n'avoicnt pas encore oublié leur ancienne Langue , lorfque S. Jé- 
» rôme y alla demeurer vers l'an j 60. Car dix ans après , en traverfant la G»« 
n latie , il reconnut parmi les Galates la même Langue qu'il avoit entendu par- 
» 1er à Trêves. Cette Ville cependant étoit la demeure des Préfets du Prétoire 
« te fouvent même des Empereurs ». 

11 obferve encore par rapport aux Gaules méridionales où de très-bonne- 
j lieure on adopta la Langue Latine , que les Gaulois en altérèrent nécellàircmenc 
Je génie , & y mêlèrent quantité de mots de leur ancienne Langue, 

Etat du Langage dans les Gaules au tems des Francs^ 

Tel étoit, félon ces Savans, l'état de la Langue des Gaules, lorfque les Francs 
en firent la conquête ; alors on y parla une Langue de plus, la Thioife ou Tu- 
ielquc , qu'on appella la Langue des François & qui fe parloit encore à la 
Cour au milieu du X. fiécle, tandis que les Monarques François régnoientfur 
une partie de l'AUemagnermais du moment que fous la troifiéme race des Roi» 
les Peuples de la Germanie eurent choilî pour les commander des Princes de 
leur Nation , on ne parla plus la Largue Tudefque en France; & la Langue vul- 
gaire ou Romance devenant exdufiYement à toute autre ja Langue de la 0»mv 



OlîlJ^ 



xl DISCOURS 

* 

elle brila les entraves dans lefquelles elle avoir été reflêrrce Jufques alors , èc 
elle fe perfeûionna de jour en jour. 

Voilà donc où aboutirent dans les Gaules les exploits merveilleux des Ro- 
mains ; ils en dégradèrent la Langue 5 & la leur, loin de gagner à ce boulevcr- 
fement , s'ancanrit elle-mcnie : vainqueurs & vaincus , tous retombèrent 
dans la barbarie. On n'entendit plus les Ouvrages des Poètes & Ora- 
teurs de Rome : Virgile , Horace, Tibulle , Oride, Ciceron , Céfàr , & 
tous ces autres Ouvrages fi vantés allèrent à la beuriere , ou furent effacés 
de deflus les parchemins oi\ ils avoient été autrefois tranfcrirs , pour y 
fubftituec des ouvrages écrits en un jargon barbare &: que la France elle- 
même ne peut fupporter depuis long-tems. Douze fiécles ont à peine fuffi 
pour retirer l'efprit humain de ce cahos effroyable; douze ficelés î perdus pour 
IX ^^VtliiTÎti ttit", les Sciences, pour l'humanité, pour le bonheur des Etats. On commence 
à rcfpirer: déjà nos Ecrivains les plus illuftres ont prefqu'atteint la gloire 
de ceux d'Athènes & de Rome; déjà nos ccnnoifTances furpalTent à un 
grand nombre d'égards celles des fiécles les plus éclairés de l'antiquité ; 
dcja l'efprit humain fe porte avec avidité fur les objets les plus intéreffâns, 
PuilTent nos Princes en encourager de plus en plus les efforts, & aucune 
révolution n'éteindre cette maffè de lumières ! Pullfent de nouvelles géné- 
rations, à l'ombre d'une paix profonde, la voir s'augmentçr uns ceflè ^ 
ca. être plus heurepfes i 

§. 1 1. 

Comment fe forma la Langue Trangoife ; ù à cette cecajîon , de Ut 

Langue Romance. 

En comparant les dîverfês opinions de ces Savans , il en réfùlte plus 
4^ lumière qu'on n'eût ofé efpérer : on voit la Langue Françoife fe former 
non par l'oubli total de la Langue Gauloifè j mais par fon mélange avec 
• la Latine. Ainfî deux couleurs en (è mêlant ne Ce détruifent pas , maïs 

s'akérant chacune mutuellement, il en réfulte une troificme qui fans ctro 
aucune des deux , tient de chacune. 

Tous ces Auteurs, même les plus prévenus contre la Langue Celtique, 
font forcés de convenir que la Langue Gauloi(e ne fut pas abolie tout d'ua 
coup; qu'elle étoit encore entendue dans les III 5i IVe fiécles de l'Ere Chré- 
tienne, peu de tems avant que les Romains fuflent troublés dans la poP* 
feflipn des Gaules , & trcs-lon^-teni? après qu'ils en eurent feit la conquête, 

11^ 



préliminaire: x\\ 

ils conviennent même que ces deux Langues , la Gauloifc & la Romaine » 
«oienc parlées féparcment ; celle-ci dan? les Villes , celle-là dans les Cam- 
pagnes, fur-tout dans les Gaules feptentrionales , dont les habitans avoienc 
moins de commerce avec les Romains. Ils conviennent encore tous de la 
promptitude avec laquelle la Langue Latine s'altéra dans les Gaules Méri- 
dionales : ils fixent fur-tout cette altération dans les VI , VII & VHP 
fîécles , précifément dans le tems où les Romains n'étoient plus maîtres de 
ces Contrées, mais en avoient été dépoffédés depuis plufieurs fiécles par les 
Vifigoths y les Bourguignons & les Francs ; & dès le commencement du IX° 
fiécle on eft obligé d'ordonner des verfions dans une Langue élevée fur les 
débris de toutes celles-là. Le Concile III de Tours , tenu en 8 i 3 , un au 
avant la mort de Charlemagne, ordonna par (on 1 7^ Canon que les Evcques 
choifiroient à l'avenir de certaines Homélies des Pères pour les réciter dans 
l'Eglife, & qu'ils les feroient traduire en Langue Romane Ruftique, & eo 
Langue Théotifque, afin que le Peuple p\it les entendre. 

Il en réfulte donc que cette Langue nouvelle formée du mélange du 
Latin & du Celtique , datoit de plus haut ; qu'elle étoit déjà née avant que. 
la Langue Latine cefsât d'être dominante dans les Gaules ; que les Colo- 
nies Romaines altérèrent peu-à-peu leur Lan^^ue, en empruntant beaucoup 
de mots des Gaulois; que ceux ci altérèrent beaucoup la leiu: en emprun- 
tant nombre de mots Latins ; qu'ils l'altérèrent beaucoup plus encore en 
adoptant la prononciation Latine ou en latini&nt les mots qui étoient com • 
muns aux deux Langues, à caufe de l'origine commune de ces Langues; 
ce qui perfuada que le François avoir emprunte du Latin un beaucoup 
plus grand nombre de mots qu'il ne lui en doit eHèdivement. 

L'arrivée des Francs dut apporter des changemens confidérables à cet 
égard : les Romjûns n'étant plus maîtres des Gaules , on n'eut plus le même 
motif d'apprendre leur Langue dans (à pureté; on en conferva les mots, mais 
ils s'altérèrent de toutes les manières : la Langue qui réfulca de ces altéra- 
tions fut dédaignée parles vainqueurs qui confcrverent leur Langue, fiir- 
tout fous la féconde race, jufqu'à ce que l'Empire d'Allemagne n'appar- 
iHt plus aux Monarques François. 

Julques alors la Langue des Gaules ne fut point la Langue des Francs 
ou la Langue Françoife ; mais feulement la Langue du Peuple, la Langue 
Vulgaire ou ROMANE. 

Dès que les Princes François ne régnèrent plus que fur les Gaules, 
& que ceux de leurs Vaflaux qui avoient intérêt à parler Franc 
DiB. Etym, f 



xlîj DISCOURS 

ou Thiois à caufe des grandes PofTeflîons qu'ils avoienc en Allemagne, eif 
rent abandonné la France , nos Rois parlèrent alors uniquement la Langue 
Romane , devenue enfin la Langue de tous ; & cette Langue déjà nitiée 
de mots Francs , fut appellée la Langue Françoise. Ce fut dans le IX^ 
fiéde. 

Pour remonter à l'origine de cette Langue du IXe ficelé , il falloit donc 
examiner quels mots elle avoit pris de celle des Francs , quels elle avoir 
empruntés du Latin , quels lui etoient rcftés de la Langue Celte. 

Mais c'efl ce dont on ne s'eft jamais mis en peine. Nos Savans , éblouis 
de la gloire des Romains , nourris dans leur Langue , fâchant qu'elle avoit 
régné impcrieufement cinq ou fix fiéclcs dans les Gaules j n'ont vu que 
cette Langue, & ont cru faire beaucoup de grâce au Celte, en admet-^ 
tant qu'il avoit fourni quelques mots au François , un dixième , un tren- 
tième au pfus , félon quelques-uns. C'étoit - là l'effet de l'admiration aveu- 
gle qu'on a toujours eu pour les Romains; d'ailleurs, on étoit entraîné par 
le point de vue d'après lequel on faifoit cette comparaifbn. Jamais on ne 
jettoit les yeux que for les mots qui viennent réellement du Latin, & ja- 
mais (lir les autres , parce qu'au moyen de la Langue Latine qu'on (avoir 
parfaitement, tous ceux qui en viennent avoient droit de frapper & qu'aucun 
ne pouvoir échapper aux yeux de l'homme Savant : tandis que les mots des- 
cendus du Celte n'ayant jamais été rapprochés de la Langue Celtique qu'on 
ignoroit , n'ont jamais fait de fènfation & par conféquent n'ont pu être mis 
en concurrence avec les autres. 

On ne peut difconvenir que tout ce qu'on a dit Jufqu'à pré(ènt fur cet 
objet n'ait été avancé fans connoiflàncc de caufe, très-gratuitement, & d'a- 
près des données incomplettes. ' • 

Au lieu de ne confidérer que les mots François qui viennent manifef^ 
teracnt du Latin , il falloit prendre note de ceux qui n'en viennent pas : il 
falloit cnfuite les" rapprocher de la Langue Celtique,voîrs*i!s en defcendoient ou 
non , comparer enfin les réfultats ; mais une méthode comme celle-là exige 
du tems, de la peine; on aime mieux briller à moins de frais. Qu'on ne 
foir donc pâs farpris fi ce qu'on bâtit ainfî , s'évanouit en peu- de tems, 
comme les Palais enchantés, fans qu'il en refte aucune trace. 

En fuivant la méthode que nous propofons, qui eft dans l'ordre & que 
nous avons tâché de fuivre, on auroit vu fans" peine que notre Langue con- 
rsnoit un nombre très-confidérable de mots dérivés de la Langue des Celtes^' 
& qt'il ne pouvoir pas en être autrement. 



PRÉLIMINAIRE. xliij 

On auroît vu bien plus , que le François , le Latin , Sr la Langue Cel" 
tique contenoient une multitude de mots communs; d'où il réfulte, i*. 
que delà mafle des mots François defcendus en apparence du Latin, on 
doit ôter tous ceux qui font communs au Latin & au Celte, puifquil étoit 
bien plus à préfumer que les François les ont pris du Celte que du Latin ; 
x". que puifque le Latin & le Celte ont un fi grand nombre de mots com- 
tnuns, ces Langues doivent être les dialeftes d'un même langage. 

On fe feroit enfin alfurc que c'eft le Latin qui defccndoit lui-même en 
partie du Celte, puifqu'on retrouve dans celui-ci nombre de mots radi- 
caux relativement au Latin , & qui n'exiftent point dans cette Langue. 

«t tf a , g -s s-ir^ tt ii ii v^ n p -ii » : » a « n vrr-n —ini^-,) « ^ « «-ir g.n i) ^> > 

A R T I C L E I V. 

Révolutions des Languis Romane & Françoife , & caufes de c&f 

révolutions. 

4. ï. 

Progrès de U Langue Romane & fes Caufes, 

£__, A Langue Romance ou Romane-vulgaire, intermédiaire entre le Celte, 
le Latin & le François, fat bientôt perfeâionnée dans les Provinces mc- 
ddionales, La Poèfie , d'accord avec la galanterie chcvalererquc des Peuples 
da midi, produifit cet efïèt. 

La Provence & le Languedoc, contrées remplies de Romains , & oà 
l'urbanité de ce Peuple s'était réunie à la vivacité des habitans , furent en 
effet une fource féconde de Poètes , qui (bus le nom de Trouvères ou Trou- 
badours , compofoient en Langue vulgaire des vers deftinés à être chantes 
& qu'on accompagnoit du luth , de la guitarre , ou de quelqu'autre inftru- 
ment. Ces vers rouloient ordinairement fur l'amour heureux ou malheureux} 
quelquefois ils confiftoieni en récits hiftoriques, où l'on déploroit les fu- 
neftes aventures de quelqu'amant malheureux , origine de nos Romances, qui 
durent leur nom à la Langue dans laquelle elles furent écrites. 

Ces Poètes avoient à la vérité l'avantage d'écrire pour un Peuple dont 
le langage étoit rempli d'harmonie, aufli accentué que la Langue Grec- 
que , 8c qui étoit lui-même épris de la Poéfie ; ils étoient encouragés pat 
l'accueil le plus flatteur de la part des Comtes de Provence , des Comtes 

/y 



<«>Qi,ajU*.tki 



xlîv DISCOURS 

de Touloufe , & de tous les Vaflaux de ces Princes ; & fouvent entre ce» 
Poètes on compta des perfonnes de la plus grande diftînftion. 

La Langue qui produifbit ces ouvrages, chers aux Contemporains de 
leurs Auteurs , acquit donc en peu de tems un fi grand luflre que tous les 
Peuples voifins fè modelèrent fur elle : de-là les rapports du Catalan , même 
de l'Efpagnol & de l'Italien avec le Provençal pu le Languedocien, fi 
grands , fur-tout dans ce tcms-là , qu'il feroit peut-être impoflîble de dc- 
cfder quelle des trois Langues a été la (ôurce des autres, fi on ne confi- 
dcroit que les Provinces méridionales de la France furent les premières à 
jouir des douceurs d'une longue paix , tandis que leurs voifins étoienr 
expofés à toutes fortes de révolutions & d'invafions : enforte qu'elles durent 
avoir les premières une Langue plus formée, plus douce, plus poire. 

Si onn'ajoutoit à cela, d'un cote, que la Catalogne fut pendant long-tems 
& tandis que le Provençal (è formoit , (bus la même domination que les 
Provinces méridionales : d'abord (bus celle des Vifigoths qui y détruifîrent ta 
puiflànce Romaine, enfuicc (bus celle des Beringuiers qui réunirent la Pror 
vence à la Catalogne , & qui s'emprciïèrent à faire fleurir les Lettres. 

D'un autre côté, personne n'ignore que les premiers Poètes Italiens» 
Dante, Pétrarque, &c. fe formèrent à Iccole des Troubadours , & qu'ils 
yl^tfU.UadoU'Vj portèrent quelquefois l'imitation au point d'être (îifpeds de plagiat. C'eft 

ainfi qu'on afTure que ce dernier fe fit riche des Sonnets, des Sextiles, des 
Terceroles, des Huitains du célèbre Jordi qui é cri voit en 115a dans 
la Langue Limofinc de Valence & à la Cour de Jacques I (urnommé le 
Conquérant, qui étoit Roi d'Arragon & de Valence, Comte de Catalogne» 
Seigneur de Montpellier (i)» 

D'ailleurs il y avoit plus d'un fiéde cpie les Troubadours étoient pa(îes 
en Sicile & à Naples à la fuite des Rois Normands qui en avoient fiiit la 
conquête. 

Auffi Le Bembe, quoiqu'Italien, ( 1 ), convint que les Poètes de (à Na- 
tion ne (è contentèrent pas d'emprunter des Troubadours, (bit de Provence, 
foit de Sicile, nombre de mots & de figures, une foule de maximes & 
de fujets de Poéfie , mais qu'ils pillèrent des vers entiers ^molti ver fi m<iijiml 
Ufurano; & que plus ils pillèrent, plus ils eurent de réputation : e piu ne 



U) Gasp*ro ScooLAiuj,Uîor. Valenz, Uy. Lc.XIV. »•. *» 



U)Pr«f. I» 



PRÉLIMINAIRE. xh 

furaron qutlli che maggiori Jlatifono e miglior Poeti reputatl : ils (è mon- 
iroîent bons Poètes en effet en cela; la Poéfie n'eft qu'imitation ; qu'importe 
qu'on imite la Nature ou qu'on faffe pafTer dans fa langue les beautés d'une 
autre ; l'Art confifte à ne pas le faire en froid copifte , mais avec le feu du 
génie; ainfi Homère imita fes Prcdécefieurs : Virgile fe fit riche ;d'Homerey 
te nos Modernes les plus diftingués font ceux qui ont fu le mieux imiter le-* 
Anciens, 

§. IL 

Langues nées de la Romane ou Provençafe, 

"M. De Sainte-Pal AYE, qui, ami de la paix, ne prit aucun parti dans fs 
difjmte fur l'origine de la Langue Françoi(è,quoiqu'il en pût parler mieux qu'un 
autre, & qui fè contentoit, dit-il, de raffembler les faits, compofà en ïy ç î 
un Mémoire trcs-intérelTànt ( i ) où il fait voir que les Langues Françoifè < 
Italienne & Efpagnole , & même la Provençale & la Gafcogne, » avoienr 
» entr'elles dans le XIL' & le XIIL fiécle^Sr ont encore des traits de refTemblance: 
»' & de conformité fi i'enfibles &i fî marques, qu'on ne peut guères étudier FhiP 
» toire de l'une qu'on ne s'inftruifc en même-tems de l'hifloire de fes cbm- 
» pagnes; je dirois même, ajoute-t-il, prefque de fes Sœurs, fi je vouloisprcrt- 
35 die un parti ». 

C'efl-là que ce Savant a rafTemblc nombre de faits curieux & inflruc- 
tifs. 11 cite des vers par lefquels on voit qu'on divifoit ces Langues en deux gé- 
nérales ; la Catalane & la Françoifè : que fouï la première on comprenoit les 
idiomes Gafcon, Ihrovençal, Limoufîn, Auvcrgnac , <?<: Viennois ou Dau- 
phinois, & même, dit-il, l'Arragonois; que k féconde étoit le partage des 
Peuples fournis à la domination des deux Rois, le Roi de France & celui 
i^TAngleterre, comme Ta fort bien vu ce célèbre Académicien; mais s'il y 
et^ queflion de ce dernier, ce n'efl pas feulement, comme il paroît le croire, 
parce qu'il pofTédoit le Poitou & la Guyenne , mais parce que dans ce rems- 
là le François fe parloir en Angleterre, & y étoit la Langue dominante, puis- 
que ce ne fut qu'en 1361 qu'elle fût exclue des Tribunaux Angfois par 
Arrêt du Parlement, peu de tems après le Traité de Bretigny, par lequel 
Edouard III, Ror d'Angleterre , devoir renoncera fes prétentions à la Cou- 
ronne de France , à la Normandie , &c. Tels font les vers en queflion tirés 

, — — — ^ li III ii.ii II III I I I -1 < r 

f 1 ) Mém, des Lnlcr. & Bell, Lett, Tom. XXlVr 



xîvj DISCOURS 

d'une pièce dePocfie dont l'Auteur nomme Albert dilpute avec un Moinei 

Monge , caufctt fkgon voftra fienfa , , 

Quai valou mais Catalan o Ffancès. 

E met fai Guafcuenha e Proenfa, 

E Lemozi , Alyernh e Vianes , 

E de lai met la terra dels dos Rels. 

E quan fabetz dels totz lur captenenfa , 

Vueil que m digatz. en cal plus fis pretz es. 

« Moine , dites - moi lefquels valent mieux à votre avis , des Catalans 
«ou des François ; je mets en-deçà la Gafcogne, la Provence, le Li- 
• moulîn , l'Auvergne & le Viennois ( i ) ; Ôc par-delà, je mets la terre 
» des deux Rois. Comme vous connoiflez parfaitement leurs mœurs , je 
»> veux que vous me dilîez dans leicjuelles il y a plus de vrai mérite ( de 
m fin prix ) Ȕ 

%. III. 

Langue Françoise élevée fur la Romane. 

Dès le commencement de la troificme race de nos Rois, les Trou- 
i>adours firent les délices de la Cour -, alors chacun voulut ctt c Poète. L^ 
François firent des vers à l'imitation des Provençaux : bientôt ils cher- 
chèrent à les fiirpafTer ; & de perfeftion en perfeûion, la Langue Fran- 
çoife , rivale de la Provençale , la lurpaflà , d'autant plus que les Poètes 
Provençaux ne furent plus Ibutenus par aucun encouragement ; que les 
femilles & la puilTànce des Grands -Vaflaux du midi s'éteignirent, & que 
toute l'attention des Lettres & des Chefs de l'Etat le tourna vers la Lan- 
gue Françoife. 

Cela le fit à b vente lentement , puîfqu'on convient que les Chants 
royaux , les Baladuy Rondeaux 6c Pajiora/es , ne commencèrent d'avoir 
cours que fous le régne de Charles V. qui ^vorifà les fciences , un fiéde 
après celui où fleurilToit le Pocte Elpagnol dont nous avons parle il y a 
un iiiftanc, & que ces divers genres de Pocfie rendirent fi célèbre. Tant 
H eft vrai que nous avons été devancés prefque en tout par les Peuples 
du midi : mais aufïï , à combien d'égards ne les a-t'on pas (îirpafTés î 

C'eil ce qui arriva par npport à la Langue. Lorfqu'une fois les Monarques 
François favorifèrent la Langue Françoile , chacun s'efîorça d'exceller par 

( I ) Nç feroic-ce pas plutôt Vianes en Arragon î 



PRÉLIMINAIRE. xlvij 

de nouvelles beautés , qui ont ftiit de cette Langue la Langue en quelque 
façon de l'Europe , malgré des défauts inhérans que l'art ne fàuroit corriger. 
S'ils avaient pu l'ctre , les Savans les plus illuures j les Grammairiens, 
les Académies , les Seigneurs mcme de la Cour qui excellent dans leur 
langue, les auroient inlenfiblement tait diiparoître , de même qu'on a vu 
s'évanouir (à rudefie , fes longueurs , ion ob(curité, la rouille dont ell« 
s'ctoit chargée en palTant à travers des fiécles de fer. 

Et comment corriger des défauts qui font la fuite néceffàire des avan- 
tages qu'on pofTéde î On ne fauroit tout réunir. Excelle - t'on dans un 
genre , il faut néceflairement être foible dans un autre. La Langue Frau- 
çoifè furpafle toutes les autres en clarté par fes articles , par (â marche , 
par {à précifîon -, elle brille entre toutes les autres par fà dauceur , par 
(on égalité de ton -, ficre de fes avantages, qu'elle cède donc à d'autres 
le genre d'harmonie qui réfulte de ces inverfions , de ces accens qu'elle 
a dédaigné-, & qu'elle ne compare pas à des Chants , des Pocmes qui ne 
peuvent être chantés. 

Il s'éleva donc fur les ruines des Langues des Celtes & des Latins deux 
Langues qu'on appella Languedoc & Langue d'oïl, d'abord femblables , en- 
fuite très - différentes , & qu'on appella également Langue Picarde & Lan- 
gue Catalane. On les défigna par les Prçvinccs les plus éloignées de la 
Loire , qui faifoit le partage de ces deux Langues. Chacune eut fes beau- 
tés , & chacune éprouva des révolutions qui ne paroilTent pas avoir atteini 
leur dernier terme. 

La première de ces Langues, une fois (cparée de la Françoifè, n'entre 
plus dans le plan de ce Dilcours : nous nous contenterons d'ajouter que 
l'E foible que nous appelions otk«/ , s'écrivoit o dans le Provençal, a dans 
1, Catalan , & ne s'en prononçoit ps plus fbrtemeni , comme ^ob(è^^•e 
fort bien M. de Sainte - Palaye , & que des diverfitcs de la même efpéce 
fe rencontrent dans toutes les Langues : du Grec au Grec ; du Grec au 
Latin ; de l'Hébreu au Syriaque j de l'Hébreu ancien à celui des Maflb- 
rethes. 

Remarquons encore que dans le rems même où le François sabolif^ 
foit en Efpagne , des Catalans portoient le Provençal dans l'Attique & dans 
la Lcotie , dont ils venoient de s'emparer après avoir fècouiu les Theflàlienj 
contre les Peuples barbares qui les défoloient. 



DISCOURS 

$. IV. 

Premiers vejliges de la Langue Françoifei 
V 1 1 r. & I X^. ficclcs. 

Il feroit intéreflànt, iâns " doute , de pouvoir fiiivre à trarers tous les 
âges les révolutions de la Langue Françoilè ; de la prendre au berceau , & 
de remarquer comment , en Iccouant Tes langes , elle eft parvenue au haut 
rang qu'elle occupe avec tant de gloire. 

Malheureufement on eft privé de Monumens pour les premiers ficelés 
dans lefquels on la parla. Il n'en relie que quelques formules inluffiiantes 
pour en donner une jufte idée. Tel eil le refrein Tu lo jura contenu dans 
les Litanies écrites vers l'an 780 , au Diocefè de Solfions, & qui termine 
les divers voeux qu'on y offroit pour le Pape Adrien I. pour Charlemagne', 
pour Ion cpoufe & pour fis enfàns. 

Telles furent à- peu-près les Formules qui avoient été recueillies environ 
un ficelé plutôt, vers la fin du Vil", par le Moine Marculj e , & qui pa- 
roiflent être du Latin le plus barbare. 

MuRATORi a fait imprimer dans /es Antiquités Italiques ( i ) quelques 
Aâes du VIII'. fiécle , qui prouvent également à quel point fe corrom- 
poit la Langue Latine dans l'Italie même. Dans un de ces Actes, par 
lequel, en 7 j 9, Grégoire, fils de Maurice, fonde pour le repos de fon 
ame , pro remedium anima mea , dans le territoire de Lucques , une Eglifê 
à l'honneur de S. Donat , & s'en réferve le droit de Patronat & l'ufii- 
fruit des biens ; dans cet Aâe , dis- je , on trouve Curte pour enclos : d'oà 
Botre vieux mot Courti , ou jardin. Pétiole de terra, petite pièce de terre, 
Petia , pièce; res mobile , meuble ; feptimanio , fèmaine ; licencia , au lieu 
licentiam ; pafcere , paître , pour dire nourrir quelqu'un. Dovio pour Z>o- 
mus^ maifbn , à l'Italienne, l'ablatif au lieu du nominatif. Sub potejlate de 
Presbytiro , fous la puiflàuce du Prêtre , &:c. Formules vraiment Françoifês. 

Mais pour les monumens de la Langue Françoife , il faut defcendre au 
rnilieu du IX^ fîéde : alors on trouve le Serment de Louis le Germa- 
nique , dont nous parlerons bientôt fcparément , en expliquant la vignette 
de ce VoJume qui eft relative à cet .événement. 

Il relie encore quelques Traduûions de ce tems-là; c'eft-à-dite , de U 

— ■ .1^ ■ I I II . pi ■■■■* I m »^^>y^^— — M^M^M^^^i^l^^P^— — ■ ■! ■ !■ I ■■- M I I M 

{ I ) TOIQ. Il, 

fia 



P R EL I M INA I RE. xlix 

fin du IXc. fiécle ; & du Xc. que fcmblent n'avoir pas connu M. Duclos 
& M. l'Abbé Le Beuf, donc ils ne font du moins pas mention dans leurs 
DilTcrcarions-, l'un,/Kr fOa^/Vztf & Us Révolutions de la Langue Françoife } 
i'aurre , fur les plus anciennes Tradu3ions en Langue Françoife ( i ). 

Nous devons une partie de ce que nous en dirons à la complaifance de M. de 
Sàinte-Palaye, de l'Acadcmie Françoife & de celle des Inrcripnons,donc 
le nom eft fi connu; Auteur de ce Didionnaire fidcfiréfur la Langue Françoife 
auquel il a confacrcfa vie entière Srfaforrune, dont nous avonsdcjà eu occa- 
fion déparier, & dans lequel on trouvera tous les mots de cette Langue depuis 
le IX'. ficelé, avec leurs divcrfes révolutions ; Ouvrage enfin qui nous auroic 
été beaucoup plus utile encore , fi le Public en avoit été déjà le polTefleur, 
Nous devons auffi plufieurs des morceaux que nous allons citer à M. 
MoucHET, fur qui M. de Sainte-Palayi fe repofe aâ:ucllemenc de la 
rcdadion & de l'impreflîon de ce Didionnaire, & qui ne s'cft jamais refufé à 
nos queftions. Le Public, heureux de la réunion de ces deux Savans , eft alfuré 
d'avoir un Ouvrage unique en fon genre , qui fauvera de l'oubli les révolu- 
tions de la Langue Françoife, qui en fera connoître les Auteurs , qui furpalTera 
de beaucoup tous les Didionnaîres connus en fait de Lant»ues , & les Rc- 
<îueils les plus précieux de mots anciens & de mots du moyen âge, * 

IX* S I É G L I. 

- On conçoit qu'il doit refter bien peu de Monumens Fraiçois d'un cemsaulïï 
ceculc & où la Langue Françoife étoit fi peu cultivée. Mais moins il en refte, plus 
ils devroient être recueillis précieufement. De ce nombre, outre le ferment 
de Louis le Germanique^ eft une pièce en vers , qui fe trouve à la fin dua 
inanufcritde S. BEKOisxfur Loire, pag. 1693 27J. Le îlyle raboteux & in- 
forme dans lequel elle eft écrite , prouve fa haute antiquité ; elle a pour 
•bjet BoECE & commence ainû : 

Nos love omne quan dius que nos edan 
Dâ gran foUia per foUedat parlam. 
Quar no nos membra per cui vivri efpcram. 
Qui nos fofte tan quam j)er terra annam. 1 ' 

Et qui nos pais que no murem de fam. 
Per cui falvefmes per pur tan quell clamant. 

Nos love omne menam ta mal lovent 
Que va no no prcza fîftrada fon parent 



( I ) Tom. XVII. des Mém. de l'Acad. de» Infcr. & Bell. Lett. 

DiiU Elym, „. 



1 DISCOURS 

Sénat ni par Cill mena malament 
Ni l'us nel l'aitre fis fai falfa facrament. 
Quant o fail mua no sen repent 
Enuiers Deu non fai emendament. 

Ceft-à-dire , & mot-àmot , 

„ Nous, tandis que jeunes hommes nous étions; 
„ De grandes folies par extravagance nous parlions; 
» Car nous ne nous fouvenions de celui par qui vivre nous efpéroajï 
n Qui nous foutient tane'is que fur terre nous allons: 
; „ Et qui nous nourrit pour que nous ne mourrions de faim r 

y, Par qui nous fommes fauves quand nous le réclamont. 

;io.ti V'i-^ 



^j, Nous, jeunes hommes, menions fi mal notre jeuneflè^ 



M Qu'aucun de nous n'efUmeroit être fon parent , 

„ Seigneur ni Père, s il agiffbit fi mal ; 

„ Ni l'un ni l'autre , s'il fait un faux ferment , 

„ Qiand il fait mal & ne s'en repent pas, 

„ Envers Dieu ne fait amendement „. 

X®. Siècle. 

Cefl: vers la fin du IXe. (îécle , ou au plus tard au commencemenr 
du X^. qu'on traduifit les Dialogues de Grégoire le Grand : TEglife de 
Paris en pofléde un Exemplaire (0> le %le eft tel qu'il pouvoir être alors; 
mais il eft déjà meilleur que celui dont on vienr de voir un échantillon.. 

« Pour un tems allîment noflre Exilaris cui tu conus convertit , il fu en- 
» voie de fon Sanior , que il portaft el monftier à l'home Deu dous veflciez 
» de fuft pleins de vin ki del pople funt apeleit jlaifches (i) ». 

La Tradudioii des Livres des Rois eft à-peu-prcs du même tems : le 
fiyle eft du même goût. 

» Pur co que tu as mei en delpit e pris as la femme Urîe à ton ves & à 
>» tort , je fufcicerai mal fur tei , de ta maifon meince, e toldcrai tei tes fem- 
» mes devant tes oilz. Sis durrai à altres 6». dormirunt od tes femmes , fi que 
j» l'um bien le (àvcrad (f)». 

» Anna..- al tabernacle ne volt rcturner , jefque liu fuft de l'enfant à Deai 
« prefenter , que à remanance i pouft efter ; mais puifque il out fer anz paffied ,. 
» la mère aturnad un bel préfent de flur, de (à pc.cunie e de fien vin, & 
» menad l'enfant Jelque en Sylo. Del prefent out primes Deus fa part , puis al! 

(i ) Manufc. A. n . j, in-4, 

>~ ' -(■&)- -Liy. II. ch. 18. 

(j^Manufç.dçsÇoidelieKpfol, 54^70, ççJij^ 

1 Aifii 



PRÉLIMINAIRE, Ij 

n Everdie fift bel reguard , &: fi li dift: Sire , Sire entent à mei. Jo fui la tue 
» ancele ki ja devant tei preieres fis, e pur ceft enfant dunt Deu requis , 
»• il le me dunad à fun plailîr, e jo li rend pur lui fervir. Se il te pbifl: , 
M reccif l'enfant que ferved Deus dès ore en avant. E puis utad Anna, fe dift, 
M mis quers eft cflééziriez , bœ, 

Lî arcs des forz eft furmuntet ■ 

E li fieble fiint efforciez, 

Ki primes furent fafiez , 

Ore fe fiint pur pain luez , 

Et ii fameillus fnnt afâzîez. 

Piiirque la baraigne plufurs enfantai , 

E celé ki mulz out enfaiiz a febliad ( i U 

On trouve dans BoREi. (i) ce Fragment d'une Bulle d'AnALBERoK, Ev^h 
<j«e de Metz, de l'an 940. 

„ Bonuis Scrgcns & feaules en ioie ti. Car pour cen que tu as efteis feau- 
#, les fus petites co/ês, je taufiiferai fus grands cotes : entre en la ioye de toi» 
„ Signour „. 

Bon ferviteur & féal , réjouis - toi ; car parce que tu as été fidelle {féaT) 
iùt petites chofes, je t'éleverai fîxr grandes chofes : entre en la joie de ton 
Seigneur. 

On voit par ces premiers monumens de la Langue Ftançoifè , que fon 
génie écoit déjà formé ; qu'il dififcroit eflèntiellement de celui du Latin , 
marquant les cas par des articles & par des prcpofitions , & non par des 
Terminaifons comme les Grecs , les Latins , & même les Allemands. Être 
& Jvoir y fervent déjà à conjuguer les verbes ; enforte que fi par fes mots, 
cette Langue patoît Latine , elle en difîcre abfolument par là forme. Lors 
même qu'avec M. Bonamy on diroit qne cette forme lui eft commune avec 
tin Latin vulgaire qui ne fijt point le Latin de Rome , il en réfulte également 
une origine diffcrente , & que le Latin s'enta fur la Langue Celcique. 

Obfervons que dans les morceaux que nous venons de rapporter , on voit 
trcs-fouvent u mis pour 0. Del Se el que nous avons changé en du Se en su: 
dou^ pour deux. Un diminutif en eU^ ; Vejfehi pour défigner des petits vafes. 
De fouvcnt fupprimé : la. femme Urit y au lieu de la femme £Urie. Tei au 

— " • — • ' ' ' '• '—1 — '" " 

( i) Ib. Fol, î. verf. col. i. î. 

( ^ ) Préface de fon Did. ou Tréfor d'Aiitiq .Gaul. & Franc, à la fuite du Tom. IL de Me" 
oagc, pas. XXXfX, 



lîj DISCOURS 

Keu de à toi. Ont au lieu de (Tk/: orthographe qui fe maintint plufîeurs fîécfcs. 
Le mot Sergens, employé par Adalberon dans le fens de ferviteur, confirme 
€11 pleuî l'étymologie que nous avons donnée du mot Sergents 

• X P. S I É C L E> 

I Le Langage paroît dans les. écrits de ce fiéclCi moins dur, pîus poli. Un des 

Monumens les plus précieux qui nous en reftent.confifte dans lesZ-o/:v Normandes 
données aux Anglois par Guillaume le Bâtard mon en 10S7. En voici le 
titre & les deux premiers articles. 

„ Ce Coin les Leis & les cuflumes que li Reis William grantut à tut le 
„ Peuple de Engleterre , après le conqueft de la terre. Ice les meifmes que le 
„ Reis Edward fun cofin tint devant lui „. 

» Co eff à fâveir , pais à Saint Yglife. De quel forfait que home out faîr 
» en cel. te.ms , & il pout venir à Saint Yglife, out pais de vie 5c de membre. 
» E fc alquons meift main en celui qui la mcre requirit , fe ceo fuft u Ab- 
» taie , u Yglife de Religion , rendift ce que il i avereit pris , & cent fols de 
m forfait , &c. ». 

» Icce plaiz afficrcnt a la Coronne le Rei. E fe alquens , uquens , uxvoff ^ 
» (/i/<^ u prcvoft , ) mefiFeift as homes de Éi baillie, & de ço fûiftatint de U. 
a» Juftice li Roi ,. forfait fuift à double de ce comme altre fuft forfait ». 

C'eft dans ce iléclc auflî que parut le Traité de Marbode fîir /es pierres 
pricieufes : en voici le prologue. 

Evax fut un mulfe riches Reîs , 

Lu règne tint des Arabeis. 

Mult fut de plufîurs chofes fages 

Mult aprift de plufîurs langages. , î i- ■ ' 

Ncruns en ot oi parler 

Pur ce ke tant Toi loer. 

L'ama forment en fun cunrggc 

Si li tramift un fen meiïbgc. 

M. Ducios , qui cite auffi cet Ouvrage, n'en coniioifToir point' «tir 
plus ancien en vers,quoiqu'il reculât celui-ci jufques à l'an l'i 1 ? .11 étoit même 
dans l'idée que la verfilîcation n'eft pas un témoin fur de l'état d'une Langue,, 
puifque ce Pocme eft moins intelligible que le texte des Loix de Guillaume^ 
» On croiroit , dit-il encore, que la pbpart des anciens Poètes n'ont paf 
»cait dans la Langue dont fe fervoienc les Écrivains en profe;. les licence» 



PRÉLIMINAIRE. lu) 

n ctoîent alors les principales régies de la Pocfie. Les Poètes de nos jours 
» n'ont pas les mêmes privilèges ». / 

: Eft-ce un bien, eft-ce un mal 3 En voyant le plus illuftre des Poètes Gr«cs 
fe permettre des licences infiniment plus grandes , & jouir cependant d'une . 
gloire imniortfcllc chez le Peuple le plus délicat, & dont l'oreille étoit il fine , 
on feroit tenté de conclure que la régularité (évere des mots n'eft point dci 
l'elfencd de la Pocfie ; qu'en reftraignant à cet égard les privilèges du Poète « 
oiî rerrreint d'autant fon génie j on met des entraves à Ton imagination , oïl 
lui fuit perdre du côté de l'invention, de rhaimonie , de la Tublimité, ce 
qu'oii lui fait gagner du côté du fini. Il en cft ici comme de la peinture. Souvene 
une efquiiTe eft lupérieure à un tableau fini & maniéré : fouvent elle réunît 
plus de feu, plus de goût, plus de richcfïès du côté de l'imagination. 

Il cft yrai qu'on en abuTcroit ; que des Auteurs fubalternes pourroient êtrel 

tentés de croire que la Pocfie confifte dans les licences :mais pour prévenir une! 

nicprilè de cette nature , faut-il priver le génie de ce qui peut devenir unes 

jrelfoujrce pour lui , & anéantir dans leur fource des Ouvrages immortels î 

Ajoutons que le chant nuiquoit les licences d'Homère; qu'on peut les corn-' 

parer à cet art avec lequel nos Muficicns allongent ou raccourciflènt le tems 

de chaque fyllabe , pour les faire quadrer avec la mufique. Or, les vers des 

-Anciens & ceux de nos Poètes des ficelés dont nous parlons , furent toujours 

..faits pour être chantés. On chantoit les Pocfics d'Homère , on chanta celles 

du Talle 5 &: tous les Ouvrages de nos anciens Troubadours. 

En dépouillant nos vers de cette qualité , en failant des Pocmes qui ne (& 
cîiantent point , & qu'il fcmblc que nous n'appelions Chants que par dé-- 
rkîon, ne les avons-noss pas dépouillés d'une qualité eflenticUe & diUindtive? 
N'eft-ce pas en partie à ce changement que nous devons la monotonie 
fojnbre & froide de nos Poèmes ; & l'elpéce d'impoffibilité que les François 
puiflent poiïeder en leur Langue un Pcème Epique dans toute l'étendue du- 
mot! Aufli rien de plus différent que nos vers & les vers anciens, quoique, 
trompés par le nom, nous ne nous en apperccvionî pas. Exceptons-cn peut- 
être nos Vaudevilles , petits Poèmes chantans : auflî fe rapprochent-ils de l'an-- 
• liquJté : auffi renferment-ils plus de naïveté , plus d'imagination , plus de li- 
cences : auffi font-ils trcs-poëtiques : auffi donneroit-on fouvent vingt pages' 
d'un grand Poème pour un Vaudeville ; & c'eft dans ces Vaudevilles qme (♦' 
|eint vcriublemeni le génie national* 



liir D 7 S C O U R S 

X I le. s I É c L E. 

Dans ce ficde de fer , !e langage , loin de Ce perfedionner , ne put que 
retomber dans la barbarie dont les fiécles précédens avoienc cherché à le retirer. 
On reconnoit à cette trifte empreinte les Ouvrages qui nous en reftent : n'en 
exceptons ni les Sermons de S. Bernard, ni les Poèmes du tems. 

S. Bernard , qui mourut en i i j ? , devoir avoir le ftyle le plus polî 
de (on fiécle , puifqu'il vivoit à la Cour , & qu'il devoir être aufli éclaire 
qu'on pouvoir l'ctre : cependant Ton langage françois eft des plus barbares. 
Voici le commencement de fes Sermons , tranfcrit d'après le Manufcrit des 
Feuillans, qui ne doit être poftérieur que d'environ^ zf ans à leur Auteur. 

>♦ Ci commencent li Sermon Saint Bernars kil feic de lavent ic deç 
» altres feftes parmei l'an. 

» Nos faifons vi , chier Freire , l'encommencement de l'A vent cuy nous 
w eu alTeiz renomeiz & connis al munde , fî corne fiint li nom des altres 
>> lûlempniteiz. Mais li raifon del nom nen eft mies par aventure fi conue. 
» Car li chaitif fil d'Adam n'en ont cure de vérireit , ne de celés chofès ka 
>.- lot {àlueteit appartienent , anz quierent ici! les cho(ès dcfaillans & tret 
w pefiàules. A «[uel gent ferons nos femblans les homes de cefte génération, 
» ou à quel gent ewerons nos ceos cui nos veons eftre fi ahers & fii enra»- 
» cineiz ens terriens folas & ens corporiens , Kil départir ne s'en puyent. Cer- 
n tes femblant funt à ceos qui plungiet fimt en aucune grantawe, & ki 
m en péril fiint de noier ». 

Dans l'Abbaye de Honnecourt exifte une charte de l'an 1 1 j j: Cette pic- 
ce , qui eft au moins aufli ancienne que les Sermons de S. Bernard , pa- 
foît être le plus ancien Monument François de ce genre. 

» Jou Rcnaut, Seigneur dé Haukourt, Kicvaliers, & Jou Eve del Erietf 
» Kuidant ke on jor ki fera no armes ( mot qui eft le même que celui 
» à' Ames , et que n'a pas vu M. Duclos , qui a cru que c'étoit une faute ) 
»3 kieteroiK no kors , por fi trair à Dius no Seigneurs & kc no poieons rac- 
13 kater no fourfet en enmonant as Iglifes de Dius & a povre , por chous de- 
M forendroit avons de no kemun aftent fach no titaument e deraint vou- 
K letet, en kil foermanch ». 

Cette charte eft rapportée dans l'Hiftoire de Cambrai par Jean le Car- 
TENTiER, Tom. II y pag. 18. des Preuves. A cette Charte pend un fceatt 
repréfèntant un lion & des billettes. Les mots en (ont fi durs , fi barbares, 
qu'on croit entendre des Sauvages. Quel écrange Dialede i 



PRÉLIMINAIRE. U 

Dans ce ficelé parut le Roman de Brutus, en vers ; en voici quelque^; 
uns, tirés d'un nianufcrit , numéroté /o/. j, y°. col. i. 

Brunis fut forment cnrious 
Comment li fuen fufTent refcous» 
Pourpenfa foy que il feroit 
Par quel enging les fe ourroit. 
Enging querre li eftevoit.... 
Brutas penfa aflez briement. 
Puis eft courus molt fièrement t 
Si a pris au coup un prifon. 
Anacletus avoit cil nom , 
Pris eft o le frère le Roy. 

D'autres vers nous apprennent que Maiftre Wistace cbmpolâ ce Romao 
en I 15 j. M. Galland l'appelle toujours £«/?<i<re (i). Son Ouvrage forme 
xxn petit volume in-folio i on le met ordinairement à la tctc des Poètes 
Fran;jois. 

N'omettons pas le Roman de Rou qui eft du même fiéde , comme on Ic 
■voit par CCS vers (1) : 

Mil chent & foifante out Je temps & a'cfpace 
Puifque Dix en la Virge defcendi ( 5) par fa grâce. 
Quant un Clerc de Caen qui out non Meflre Vace 
S'enttemift de l'iftoire de Rou & de s'eftrace. 

Quel langage pour un Clerc! Mais auflï quels modèles avoit-ilîS 

XI IP- SiÉCLB. 

Ce fiécle furpafle en monumcns tous ceux qui précédent ; mais le fiécîe 
n'en eft gucres meilleur ôc ne pouvoir l'ctre. Qu'on en juge par la SiiU 
Guiot, "■ 

La Bible Guiot eft l'ouvrage d'un nommé Gnwt , de Provins en Cham- 
pagne. On le. conferve dans la Bibliothèque de Notre-Dame ; il y en a 
auffi un Exemplaire dans celle du Roi de Sardaigne. Celui de Notre-Dame 
eft d'une écriture qui remonte au commencement du XIV. fiécle, our- 
jncmc à la fin du XIIP. Son Auteur avoit été Moine blanc pendant quatre 

( I ) Méra. de l'Acad. des Inf. &Bel. Let. Tom. II. p,i7î, 

{ 1 ) Roman de Rou, manu'c. p. 54, 

t î ] Pour diïc , depuis que Diea defçendit dans le feîn de la Vleise , Sc<(i- 



Ivj .■? 'DilSC OURS 

mois , 5: l'on voit qu'il cfluya quelques difficultés lorfqu'il voulut forcir de 
cet Ordre. Il avoit beaucoup voyagé , ayant été en Allemagne Se iticme 
à Jérufàlem. Les noms de quatre-vingt-quatre perfonnes de diftinftion qu'il 
cite dans Ton Ouvrage comme les ayant connues , donnent en même tems 
une idée de la façon avantageufe dont il étoit confidéré dans le monde, 
,§i l'époque de fon écrit , qui eft une critique quelquefois trop amcrc des mcrurs 
de fon fiécle ; il n'épargne ni la Cour de Rome , ni le Clergé Séculier & 
Régulier , ni les Rois & les autres Souverains de l'Europe (i). Voici ce qu'il 
dit en particulier fur le Pape , qu'il compare à l'Etoile polaire & à la bouf- 
fo\e , partage dont nous avons déjà cité quelques vers dans ce Volume à l'article 
Boussole, mais dont nous devons à M. Mouchet une copie plus corn-; 
pletie & pl(js exacte : ils font d'ailleurs de l'an izo^. 

De noftre père l'apoftoile ( » ) 

] Volfifle qu'il femblaft l'eftoile 

Qui ht fe muet. Monlt bien la volent 

Lt Marinier qui s'i avoient 

Par celé eftoile vont & viennent 

Et lot fen & lor voie tiennent. 

11 l'apelent la trefmontaingnc i 

Un art font qui mentir ne puet 

Par la vertu de la manière , 

Une piere laide & brunierc 

Ou H fers volentiers fe joint. 

Ont, fi efgardent, le droit point*' 

Puis c'une ag«ile i ont touchié 
Et en un feftu l'ont couchié 

En l'eue le mettent fanz plus 

Et li feAuz la tient defTus. ... 

Contre l'eftoile va la pointe, 

l Pat ce font li marinier cointe 

De la droite voie tenir. .. . 

Moult eft l'eftoile & belle & clcrej 

Teix devroit eftrc noftre père. 

Clert devroit-il eftre & eftables 

Que ja pooir n'euft Deables 

En lui n'en fes commandemenz.' 

Quoique les progrès de la Langue ne fulfent pas rapides , on les fent dcjS 

( I ) Ce détail eft tiré d'une Notice que M. le Comte de Caylus en a donné dans le> Menu 
des Info. & Bel. Let. T. XXI. Hift. p. i9i. 

( t ) Bible Guy9t aatiu^i 4ç N, D. «°, £, $, r«l, 9h y°> cqIi i. k z. 



PRÉLIMINAIRE. Ivî] 

dans Ville -HARDOtTiN , dit encore M. Duclos ; c'eft le premier Hiftoiieii 
François que nous ayons : il termina à l'an 1 107 Ton Hifloire de la conquête 
de Conftantinople par les François & les Vénitiens. Le commencement du 
premier Livre , en donnant l'idée du ftyle de l'Ouvrage, marque auiïl l'épo- 
que de l'expédition, & quels Princes rcgnoient alors. 

"Saches que 11 p8 ans après l'Incarnation notre Sengnor J. C. altens 
» Innocent III, Apoftoille de Rome, & Filippe {Augujie) Roi de France, 
« & Richart , Roi d'Engletcrre , ot un fâind home en France qui or nom 
» Folque de Nuilli. Cil Nuillis fieft entre Lagny for Marne & Paris ; & il 
» ère Preftre & tenoit la parroiche de la Ville : & cil Folques dont je vous di, 
>> comença à parler de Dieu par France & par les autres terres enror; & notre 
M Sires fid maint miracles por luy. Sachiés que la renomée de cil fâint home 
»> alla tant , qu'elle vint à l'Apoftoilte de Rome Innocent; & l'Apodoille en- 
♦► voya en France & manda al prodome que il emprefchaft des croix par s'au- 
•» torité : & après i envoya un fuen Chardonal maiftre Perron de Chappes 
» Croifié -, & manda par lui le pardon tel come vos dirai. Tuit cil qui fe croiA 
» feroient & fcroient le fervice Deu un anenl'oft, feroknt quittes de toz 
•j les péchiez que ils avoient f*iz, dont ils feroieiT: confés. Por ce que cil par- 
j* dons fu iiïl gran, fi s'en efiiieurent mult li cuers des genz, & mult s'en croi* 
#> fièrent , por ce que li pardons ère fi gran »<. 

La Chronique de la Terre d'Outremer , confèrvce en manufcrit à Berne, 
n". 1 1 5 , fol. l<îf , R*. col. j. parut dans le même ficelé : elle finit en 
1 1 19, & il paroît que les Continuateurs de Guillaume de Tyr n'ont fait que 
la copier. ^ En voici un paffage pour qu'on puifTe juger du ftyle. 

o Or vos dirai de le pais qui por parlée eftoit (en 1119) entre l'Empe- 
♦> reur & le Soutan, quels ele fu. Li Soutans li rendi tote la terre de Jherufalem, 
fc fi come Creftienlc tenoiental jor que Sarrafins le conquifent for Creftiens, 
» à l'Empereur à faire (è volonté , fors feulement le crac de Montroial & trois 
to Chaftiâus en la terre de Sur & de Saicte. .. . mais de ces crois Chaftiaus ne pot 
» rinc granment chaloir qu'il ne (ont mie fi fort c'on fefift longement dcvaiu 
m A fiege. Mais del crac fu chi damage qu'il ne fu rendus , ca-r tote Crcftienté 
»> paroit feir devant, &c. ». 

C'eft dans ce fiécle que parurent les Etablilfemens Si les Ordonnances de 

S. Louis; le ftyle en eft certainement meilleur que celui de Ville Hardouin; 

ce qui n'eft pas étonnant ; on doit mieux écrire dans la Capitale que dans 

Jcs Provinces : mais eft-on certain d'avoir l'original des écabliUemens & Or- 

Dicl. Etym, k 



Iviij DISCOURS 

donnances de S. Louis, & que le ftyle n'en ait pas été retouché par quclqu'É- 
crivain poftérieurî 

On a déjà remarqué depuis long-tems que les Copiftes ont altéré la plu- 
part de nos anciens Auteurs. Etienne Pasquier (i) aflure que » s'il y eut 
» un bon livre compofé par nos Ancêtres , lorfqu'il fut queftion de le tranf. 
w crire, les Copiftes le copioient non fclon la naïfve langue de l'Auteur, 
» ains félon la leur. » Pafquier prouve ce qu'il avance par l'exemple du Ro- 
man de la Rofe j par la chronique de Ville- Hardouin & par une Ordonnance 
même de S. Louis pour la reformation des mœurs de la Jufticc, contenue dans 
une vie manufcrite de S. Louis qui eft à la Bibliothèque du Roi n°. 964S; 
3 . î . & dont le langage eft rajeuni dans l'édition que Mcnard a donnée de 
Joinville. » Ordonnance, dit Pafquier, que je vois diverfitîée en autant de 
«langages comme il y a eu de divetfité de tems «. 

Quoi qu'il en (oit, voici l'Ordonnance de ce Prince rendue contre les BlaP-; 
phêmateurs,& qui, quoique tirée duRcgiftre noper de la Chambre des Comp- 
tes de Paris fol, 3 1 , ne nous paroîtpas avoir été plus refpeûce par ceux qui 
ne peuvent copier les écrits en vieux langage (ans les habiller à la manière 
de leur tems : l'ignorance même dans laquelle on eft fi cette Ordonnance par 
rut en i léS ou izbp, prouve combien on eft peu fur de l'avoir en originaL 
»Sï aucune perfonne, dit l'Ordonnance, del'aage de quatorze ans ou plus,, 
» fait chofe ou dit parole en Jurant , ou autrement qui tome à de(pit de Dieu, 
«• ou de noftre-Dame , ou des Sainz , & qui fiift fi horrible qu'elle fuft vi- 
u laine à recorder , il poira 40 livres ou moins, mes que ce ne foit moins de 
» 2 o liv. félon l'eftat & la condition de la perfonne , & la manière de la vi- 
M laine parole , ou du vilain fait : & à ce fera contraint , fè meftier eft. Et fî 
M il cftoit fi poure que il ne peuft poyer la poine de fufdite , ne n'tuft autre 
»» qui pour h U vouflifl payer, il fera mis en l'e/chielle l'erreure d'une luye 
M {une heure de jour) en lieu de notre juftice, oîi les gens ont accoutumé 
» de afTembler plus communément , &: puis fera mis en la priiôn pour fix 
3» jours , ou pour huit jours ou pain & à l'eau. 

» Et fe celle perfonne qui aura ainfi meffait , ou mtfHit , fbit de l'aige de 
>• dix ans, ou de plus fufqu'à quatorze ans , il fera batu par la juftice du lieu, 
f tout à nud de verges en apert , ou plus ou moins filon la griéveté du mef^ 
» fait , ou de la vilaine parole : c'tft afTavoir H homme par hommes & la 
5> famé par famés lâns préfence d'homme, fè ils ne rachctoient la bature. 

(i) Recber. L. UL c.m» 



^P RÈ L I M I N A I R E. lix 

Cette Ordonnance fût Faite en confëquence d'une Bulle de Clément IV 
du 1 1 Juillet 125S , par laquelle ce Pontife exhorte S.Louis à punir les 
blafphêmateurs un peu moins (evcrement ; il leur faifoit percer les lèvres, 
ou les faifoit marquer d'un fer rouge fur le front ou fur la langue. 

Le ftyle des Coutumes du Beauvaifis,rcdigces en i z8 j les fait paroître d'un 
ficelé plus barbare : ce qui confirme tout ce qne nous avons dit de ce fiécle, 

>» Ci commenche li livres des Couftumes & des ufàges de Biauvoifins 
H félon ce qii'il couroit ou tans que cift livres fu fez , c'eft afiâvoir en i 2 8 j, 

Cejl U prologues, 

M La grant efpcrance que nous avons de l'aide à cheli par qui touttcs 
m chofes font fêtes , & fans qui nulle bonne œuvre ne porroic cftre fcte , 
•» die efl li Père , & li Fies , & li Sains Efperiz », 

C H A p. I. 

îj Tous foit il ainfîînt que il nait pas en nous toutes les grâces qui doi- 
» vent eftre en homme qui s'entremet de Baillie , pour che lerons nous pas à 
M traiter premièrement en che Chapitre de l'Eflat & de l'Office as bail- 
1» leus. 

Vers l'an 1170 fut compofe un Roman intitulé Alcomades , (manufcrit de 
Caignat ) dont le flyle eft encore plus barbare; en voici un échantillon (i), 

i .' . . Marcedigat heroit 
Les vilains & gentis amoit; 
Car bien favoit que li gentil 
Feroit vilonnie aenvis. 
Si haus hom moult folement œvre ; 
Qui grant confcil vilain defcuevre } 
Car qui par vilain veut ouvrer 
De s'onnour bien doit me ferrer. 
Car ja vilain ne loeront 
Nule honnour puisqu'il vuerront 
Que fur au» en puift efcheoir 
Periex , ne de cors ne d'avoir ; 
Car piéça c'en dift ce proverbe 
De pute racine , pute herbe, 
Et C\ rediA on à la fois 
Ades rêva li leus au bots , 
, , Bon fait en tour lui avoir gent 

Qui aiment miex honaour k'argeat» 



(1) Fol. «.▼•.col. j. 



kij 



k 



îx DISCOURS 

Les Poètes François de ce fiécle & des prccédens furent en fi grand nombre- 
que le Préfident Fauchet en a donne une lifte de 117 en compiençant par 
EusTACHE & finiflànt par Pierre Gentif.n ,. celui-ci Parifien. Là font des noms 
connus-, Lambert li Cojrsou le Court, Alexandre de Paris, Thiebault de Mailli,. 
Chrétien de Troyes, Thibaud Roi de Navarre, (on favori Gaces Brûlez, MeflSre 
, Thierry, de la Maifon de SoiflbnSjle Vidame de Blois, Pierre Mauclerc Comte 
de Bretagne ,. une Trouvère de Troyes la belle Doete y Marie furnommée de 
France, &:c. 

M. Galland a augmenté confidérablement cette lifte dans fon Difcours fur 
fuelques anciens Foëtes &fur quelques Romans Gaulois pea connus (i). 

Dans lé 146 Siècle parurent l'Hiftoire de Joinville , les Adlfes de TcTViùi^ 
lem que nous avons citées une fois, la Chronique de Froiftàrt, l'Hiftoire d* 
Connétable Du Guefclin, &c. & nombre de Poètes. 

Tel eft le commencement de l'Hiftoire de Poinville. 

M Je, Jthan Sire de Joyngville Senefchal de Champaigne , fais eicrire lu 
'wvie noftre Saint Louys ; ce que Je vi Se oy par l'efpace de iîx anz que- 
» je fu en Ùl conipaignie ou pelerinaige d'outremer & puis que nous reveni- 
»• mes .... L'amour qu'il avoir à fon Peuple parut, à ce qu'il dit à (on ainfnc; 
»? filz en une moult grant maladie queil ot à Fontenne Bliaut. Biau filz, dift- 
« il, je te prie que tu te faces amer au Peuple de ton Royaume-, car vraie— 
» ment je ameraie iniex que un Efcot venift d'Efcofte & gouvernaft le Peu- 
» pie de mon Royaume bien & loialement, que ru le gouvernafle mal aper» 
»tenient(i}. » 

Le P. Hardouin (3) avoir rejette cet ouvrage 4c Joinville comme un Ro- 
man inventé après coup; il fondoit une opinion auffi finguliere fur ce mo- 
tif, entr'autres , que le ftyle en eft incomparablement plus poli & plus récent: 
que celui des Ouvrages François du même tems , même que celui du ftyle 
de la lertre que Joiiiville écrivit à Louis Hutin & qui a été publiée par 
Du Cange. Ce paradoxe a donné heu à une favante Diircrtation de M. le 



( 1 ) Mém. des^ Inrcr. & Bel. Lct. T. If. 

(x) Hifloire JeS. Louis, pag,4, y.édit.diUTiSlt. 

i i) Opéra var. £. É34» ace- 



PRÉLIMINAIRE. Ix) 

Baron de la BastIE, fur la Vie de Saint Louis écrite par le S'ire de Join- 

ville ( i) S: dans laquelle il fait voir de la manière la plus convaincante que 

ïion-feulemenr cette Hiftoire a été rajeunie par rapport au ftyle, mais qu'elle j^j^i-il ti'u* I 

a nicnie été interpolée en nombre d'endroits. Il nous apprend en mcuie tenis 

que le manulcrit It plus exadl de cet ouvrage le trouvoît alors à Laques ^<t<\ jtn 

dans la Bibliothèque du Sénateur Fiorentini , où M. de Sainte-Palaye l'a vu, 

C'eft un petit in-jolw en velin d'une allez belle écriture ; mais qui ne pa- 

roîc être que du commencement du XVI^ ficelé & orné de miniatures. On 

en peut voir l'Hiftoire citée en marge (z). Mais nous croyons obliger nos 

Lefteursen tranfcrivant le commencement de la Diflertation de M. de la Baftie*> 

» La Vfe de S. Louis, écrite par le Sire de Joinville a toujours été regardée 
» comme un des plus précieux monumens de notre Hiftoire , & comme un' 
» ouvrage qui réunit plufieurs des qualités qu'on a coutume de défirer dans 
» les Hiftoires particulières. L'Auteur étoit un Seigneur eonfidérable par 
»5 fa naiflance, par fes alliances, par fes emplois & plus encore par (on niéiirc" 
» perfonnel; non-feulement il avoir vécu fous le régne du Prince dont il écrt- 
» voit \^ vie, mais de plus ayant été attaché à fâ perfonne pendant plus de 
.«> vingt-deux ans , il Pavoit fiiivi dans ies expéditions , & il avoit eu part aiîx 
»» cvenemens les plus importans de fon régne. L'air de candeur & de bonne 
» foi répandu dans tous fes écrits, prévient avantageufement le Lefteur : l'at-- 
»> tention (crupûleufe qu'il a eue de ne s'étendre que fur les faits dont il avoif 
n été le rémom, & de ne toucher à ceux qu'il rapporte (ur la foi d'àutrliî 
» qu'autant que (â narration Texigeoir, cette attention , dis-Je, doit nous con- 
» vaincre que le Sire de Joinville n'a pas eu tnt-ention de rien tranfmettre à 1» 
» poftcrité dont il ne fût pleinement inftruir. 

Obfervons que M. de la Baftie prouve fort bien que cet Ouvrage avoit 
été écrit au commencement diï XIV^ fiécle ( j),,puifqu'il eft énoncé dans 
rmvenraire des livres du Roi Charles V en ces termes » r Une grand partie 
« de la vie & des fàiz de Monfieur Saine Loys que fie faire le Sire de Joinville 
» très-bien efcript & hiftorié, couvert de cuir rouge à enipraines, à fermoire* 
»» d'argent. 

Dans le XX^Vol. des Mémorres de l*Acad. des Infcr. & B. L. on trouve 
une Vie trcs-intéreflântc du Sire de Joinville par M. de la Ravaliere. 

( 1 ) Mëm. dèrAc. des Infc. & Bel. Let. T. OCV.- 
(•î)Ib.p. 738; 
(î) Ib.p. 701. 



H] D I S. Ci 0, [/ R S 

j4ssises deJérufalem. 

i . " I 1 Les Aflîiès de Jérufàlem furent rédigées en i j ^9 , près d'un fiécle après 

JtJjii-t'Ol' Ji-* 5^ Louis, dans une Ville remplie de François, par Philippe de Navarre, 

/iMk. \'i^^ femeux Jurifconfulce , qui paiïà dans la Terre Sainte, comme nous l'apprend 

M. de la Ravaliere (i) qui obfèrve que ce fait avoir échappé à ceux mêmes 

qui ont publié ces Aiîîiès , & à Ducange. 

C H A p. L 

» Quant la Sainte Cité de Jérufàlem fu conquilè fur les ennemis de la crois 
.»> en l'an MXCIX par un Vendredy, & remife el pooir des Feaus Jefïi-C par 
«les Pèlerins qui s'ehmurent à venir conqucrre la, parle prefchcment delà 
» crois , qui fu prefcliée par Pierre l'Ermite , & que les Princes & les Barons 
» qui l'orent conquife, orent ehleu à Roi & àSeignor dou Royauaie de Jeru- 
» ialtm le DucGodefroy deBuillon , le Duc Godefroy de Buillon ne volt eftre 
53 (acre ne coroné à Roi eldit Royaume, porceque il ne volt porter corone d'of 
» là où le Roi des Roys Jefu-Crift le Fiz de Dieu porta corone d'efpines le jour de 
» (àpaffioii. Il fut entcntis à mettre le Royaume en bon pointôc çn bon eftat. 

Poètes de ce fiécle, 

C'eft au commencement de ce fiécle que G. Guiart compofa envers 
fonHiftoire de France, intitulée /^ Brartce aux Reaulx lignages; elle commence 
en 1 I 65 , & finit en 1 jofij voici fon début : 

Je qui commencjc ai cefte euvre , 
Où, mon poure engin fe defqueuvre] 
Vueil dire , ainz qu'avant de ci life 
Par quel railcn je l'ai enprife» 
En l'an M & CGC & quatre 
Sanz année ajoufter n'abatre 
El mois d'Aouft me fejournire 
A Arraz, car navrez eftire.«« 
Adonques por moi déporter 
. — Et por mes maus réconforter 

Me fuis de rimer entremis 
Et à ceft livre faire mis. 

Entre les Poètes du XI Ve fiécle fe diftingue Guillaume de Machaut^ 

^^m — j...... ^ ■ ■ - ■■-■■ ■■» — — . ■ ■ . ^ ,,,,..1 -, ■ I — ■■! I — — ^^B^W^^^i^li^^^ 

( X ) Mém. des InfCt & Bel. Lett Tt XX, p. 3 19* en aote« 



PRELIMINAIRE, Ixîij 

dont l'Abbé Lebeuf découvrit les ouvrages dans la Bibliothèque des Carmes- 
Déchaux de Paris , 5^ dont il donna en l74<î , une Notice très-încéreflànte 
(i) fuivie de deux Mémoires non moins curieux de M. le Comte de Caylus 
fur ce même perfonnage , Pot te ù Mujîcicn , vrai Troubadour. C'étoit un 
Gentilhomme de la Ville de Loris , en Champagne , dont on foup-, 
çonne qu'il étoit Seigneur, Il fut trente ans Secrétaire de Jean de Luxem- 
bourg Roi de Bohème, ôc il mourut dans un âge très- avancé. On trouve dans 
(es Pocfics un précis de la vie de ce Héros de la Bohème , & nombre de 
faits relatifs à celle de Pierre de Lufignan , Roi de Chypre & de Jérufalem. 
La multitude de vers que ces deux Académiciens ont rapportés de cet Auteur 
nous diipenfe d'entrer dans un grand détail à ce fujet : nous nous contente- 
rons de ceux-ci peur donner une idée du rapport du François de ce lems- 
ià avec celui d'aujourd'hui. En parlant du Roi de Bohème, il dit: 

11 donnoit fies , joyaux & terre ; 
Or , argent , rien ne retenoit 
Fors l'onneur, a3 ce fe tenoit 
Et il en avoit plus que nus. 

Et dans cette même pièce de Poéfie remplie de confeils au Roi de France 
Charles V, il lui dit: 

Et fi tn fais forgîer monnoîe , 
Pour Dieu fais !a telle qu'on oie 
Dire quelle eft de bon aloy. 

XVc. Siècle. 

Entre cette multitude d'Ecrivains en vers & en Profe qu'enfanta le XV* 
ficcIe , difïinguons Charles Duc d'Orléans, petit-fîls de Charles V , père de 
Louis XII & oncle de François I. La Bibliothèque du Roi polTéde un recueil 
iTianufcrit de Tes Poéfies dont a rendu compte M. l'Abbé Salmer (i). 

Ce lavant Académicien obferve avec raifon que fi Boiieau avoit connu le» 
cEuvres de ce Prince, il n'auroit pas regardé Villon comme le premier qui 
donna une forme régulière aux vers François ; qu'après avoir dit : 

Durant les premiers an» du ParnafTe François , 
Le caprice tout feul faifoit toutes les loix ; 
La rime au bout des mots aflemblez. fans mefure, 
Tenojt lieu d'ornement , de nombre & de mefure ; 

( 1 ! Mém, de l'Acad. des InTc. &Bel. Let. T. XX. 
,ij lbid.T.Xlll. 



Ixîy D 

, Il n'auroic pas ajouté. 



I S-C O U R s 



Villon fçut le premier dans ces fiécles grofïieft,' 
Débrouiller l'art condis de nos vieux Romanciers. 

Celui-ci plus jeune que le Duc, profita de Ces Poéfies, comme Marot Cm 
profiter de celles de Villon pour les furpafler. 

A la plus grande fimplicité , Charles réunifloit la noblelTe des idées, la 
force du fentiment, l'élégance de l'expreflion. On peut juger de fonftylc par 
cette chanfon. 



Tiegne foy d'amer qui pourra , 
Plus ne m'en pourroye tenir. 
Amoureux me faut devenir. 
Je ne fcay qu'il m'en avendra. 
Combien que j'ai oy de pieça 
Qu'en amours faut mains maux foufîrir. 
Tiegne foy d'amer qui pourra , 



Plus ne m'en pourroye tenir. 

Mon cueur devant hier accointa 
Beauté qui tant le fcct chérir 
Que d'elle ne veut départir. 
C'eP (ait , il eft (îen & fera. 
Tiegne (oy d'amer qui pr-.urra 
Plut ne m'en pourroye tenir. 



Fabliaux. 

N'omettons pas un genre d'Ouvrages qui paroît propre à la Nation Fran- 
çoife, l'art des Fabliaux. C'étoit une efpécc de Poèmes auflî amu/âns que 
naiis, & qui fêmblables à nos contes ,renfennoient toujours quelque récit 
hiftorique , vrai ou faux. Là brilloit éminemment l'elprit national ; légèreté, 
raïveté , fincfle , tout s'y trouve. 

Et de mcmc qu'Homère imita les Poètes qui l'avoîent précédé , Se que les 
Poètes Latins imitèrent les Grecs , ainfi nos Poctcs & nos Conteurs, tels que 
Rabelais, Bocace , la Fontaine, Molière, même Michel de Cervantes, &c. 
n'ont pas dédaigné de prendre ces anciens Fabliaux pour modèles. 

Le recueil le plus confidérable qui exifte en ce genre , efl: celui qu'on con- 
(èrve dans la Bibliothèque de S. Germain-des-Prés , n°. 1 8 5 o : il paroît avoir 
été tranfcrit dans le XlIIe fiécle; mais le ftyle en eft beaucoup plus ancien; 
aulïï M. le Comte de Caylus a-t-il jugé que les moins récens des Fabliaux 
qui y font contenus, appartiennent au régne de Philippe Augufte ou à celui 
de S. Louis. 

Le premier de tous eft intitulé, le chajlo'umem du ptre au fils; il a été pu- 
blié en 1760 par M. de Barbazan. C'eft-là oii eft le conte des Brebis qu'on 
tranfpcrte deux à deux au-delà d'une rivière, & qui eft imité dans Don-Qui- 
chotte. 

«Un 



P RÉLI M IN AI RE. Ixv 

» TTn Fableor craigiioit d'ennuyer par fes contes , un Roi qui lui ordonnoit 
«• toujours de lui en dire de nouveaux ; il lui obéit en ces termes. 

.> Un homme acheta deux cens Brebis qu'il chaflà devant lui : les eaux étant 
»« greffes , & n'ayant trouvé pour paflfer la' rivière qu'un bateau fi petit , qu'il 
M ne pouvoit porter à la fois que deux Brebis & lui qui les palToit , il en fie 
» entrer deux & fe mit au gouvernail .... En cet endroit le Fableor s'arrêta , 
•• & le Roi lui dit, continuez donc : le Conteur lui répondit : 

La nacelette 
Eft moult foible & petitete , . ' 

Laivc eft moult grand à paflcr. 
Brebis i a moult à porter. 
Or lailTons les Brebis pafler 
Et puis pourons alTez conter. 

On y voit cette peinture de la belle qui charmoit Guiliaume au Faucon^ 

Lz florette qui naift e! pré 

Rofe de Mai ne flor de lis 

N'eft tant bêle , ce m'eft avis , 

Corn' la beauté la Dame eftoh. 

Qui tôt le monde chercheroit 

Ne porroit en trouer plus beie. ... 

Nature qui faite l'avoit 
Qui tote s'entente i metoît 
I ot mife & tôt Ton fens 
Tant qu'il cnfii poure lonc tem$> 

X V K S I E c I. s. 

Les Ecrivains en Profe & en vers du XV* & du XVI* fiécle font trop con- 
nus pour qu'il foit néceflàire de les citer. Difons qu'en général la Langue Fran- 
^oife fit peu de progrès jufqu'au régne de François I. Les caufes n'en font 
malheureufemcnt pas difficiles à indiquer. Telles furent les guerres perpétuel- 
les que ce Royaume eut à fouffrir, l'ignorance dans laquelle on étoit plongé^ 
le manque prefque total de livres & de fecours pour s'inftruire ; l'u(âge où l'on 
«toit d'écrire tout en latin , même les ades publics. C'étoit beaucoup plus qu'il 
n'en falloit pourétoufîer le génie de la Langue Françoilè, & pour faire tom- 
ber dans un oubli prclque total tout ce qu'on avoit écrit dans cette Langue , fiir- 
tout cette foule de Poèmes gothiques qui prouvoient tout au plus l'excel- 
lence du (bl, & avec quelle fecilité la Nation fe tourneroit vers la vérita-". 
ble manière d'écrire dès qu'elle lui feroit connue. 

Dicl. Etym, i 



hvl DISCOURS 

François,!, le fentit : aiguillonné & par Ton goût pour les Lettres &' 
par celui de fa. fœur, il fonda le Collège Royal pour Tavanceinencdes con-r 
noKïànces &i pour l'intelligence des Langues favantes: mais redraignant celles- 
ci à leur véritable ulage , il mit en quelque forte la Langue Françoife en 
potTeffion du Royaume où elle étoit comme étrangère; il la plaça fur les Trir 
banaux; elle préGda aux contrats &. aux aftes : &.pour plaire au Roi, on parla. 
François. 

Cependant (ous le régne de (on rucceflcur, la Langue Françoife faillit à 
retomber dans la plus grande barbarie. François L avoir bien pu donner l'en^ 
vie de parler & d'écrire corredement ; mais il n'avoir pu donner le génie. On 
ne connoifloit que les Grecs & les Latins : ils croient pleins de goût : on crut, 
donc que pour en avoir, il n'y avoir qu'à parler Grec ou Latin en François. - 
De- là les folies defordonnées qu'on fit dans ce tems-là par amour pour le: 
Grec; ces facrifices a. Bacchus où l'on chantoit des Dithyrambes & des Péans : 
ces mots Grecs ou Latms qu'on coufôit comme on pouvoit à des mots en- 
core barbares, ou qu'on compofôit à la grecque : ces tirades de citaeions an*- 
tiques qui donnoient un vernis d'érudition en éblouiflant ceux c ui ne (à-- 
voient pas combÏLn il étoit atfé à acquérir, & combien cette méthode cou»- 
vroit d*tgnorancc & étoit éloignée de la vraie éloquence. 

Peur-être ce mauvais goût auroit-il duré long-teras, peut-être encore ad-- 
tnirerions-nous Ronsard, qu'on appclla le Prince des Poètes, & ces Pléia- 
des de Rimeursxiont on Jait à peine aujourd'hui les nx)ms, fi des événemens; 
extraordinaires n'avoient amené fous les petits-fils de François L un nouvel: 
ordre de chofes qui donna aux efprits.une e-^plofion, & qui fit prendre a la: 
Langue une tournurt inconnue jufques alors. 

Les divifions qui déchirèrent alors la France, \es gtrerrcs civiles qui s'cle- 
verent entre les Catholiques & les Proteftans , entre les Guilcs , étrangers 
€n quelque fone ,.& les Bourbons , heriners légitimes du Trône ; toutes les 
horreurs de la Ligue ; tous les iniérèts mêlés & confondus, firent fermenter 
les efprUs : il fallut diicuter fes droits, publier des Manifeftts, enchaîner la Na- . 
tion par l'éloquence. On laiflà donc de côté Ronlàrd & Baïf, les Grecs & les 
Romains ; on écrivoit pour des François, & on écrivoit fur les objets les plus 
grands & les plus inrérffTans ; c'étoit pour liéfenJrt la Religion de. fes Pères , 
ou celle qu'on venoit d'eo)bra(rer ; .c'éroit pour la gloire du Trône « ou pour 
ctux qui pouvoient y atjjiret ; c'étoir pour garantir ia. vie , ù. hbcrté , fou 
honneur ou fe^ bie"s. On parla donc le langage du (èntimcnt ; on fut élo^ - 
<^uc : ou l'eH toujours quand le cŒur.^atk» Âui£ voit-on dans les ccriiSL. 



PRÉLIMINAIRE, Ixvij 

ians nombre qui parurent alors , mais d'une manière trcs-fiipérieure dans ceux 
qui dcfendoienr la caufe des Bourbons, une élégance & un goût inconnus jul- 
qu'alors, & qui furent l'aurore des progrès étonnans & rapides que fit la Langue 
Françoife, dès que les Bourbons furent (ur le Trône : la même éloquence qui 
avoir combattu en leur faveur, fe foutint pour chanter leurs hauts feits.Sc ceux 
de leurs Minières, qui élevèrent leur puilTancc au plus haut point de gloire. 

Illustre Famille, la vaillance , l'éloquence & la iâgelTe vous élevèrent 
Cir le Trône : ayez toujours pour vous vaillance, éloquence & fagefle, & rien 
ne manquera à votre gloire. 

Louis XIII. le (âvoit bien : c'tfl: (bus (on régne que le Cardinal de Ri- 
chelieu érigea I'AcadÉmieTrançoise -, ctablifTement que nous auroient entié 
les Grecs & les Latins. Déjà, il étoit défiré par la Nation, dcas'étoit formé 
une Société- littéraire fous les aufpices de Conrar-t , pour fixer les régies 
de la Langue Françoife , & la véritable éloquence. 

Cette Académie, l'Élite de la Cour & des Gens de Lettres, ramena tous 
les Écrivains à un centre commun , maintint l'unité dans le langage , conferva 
le bon goût, & produifit tous ces effets d'autant plus (urement qu'elle fêm- 
bloit n'avoir nul droit, nulle autorité, nulle adiviré : feule manière de régner 
fîir les elprits , & d'entraîner les Gens de Lettres. Une fois elle voulut eïlliyer 
fes forces & critiquer en règle l'Ouvrage d'un Auteur, dans ce moment l'idole 
de la Nation : quoique cet Ouvrage fôt digne de la critique qu'on en fit , 
«'étoit trop tôt ; le crédit de l'Académie faillit à en être ébranlé : de tems 
«n tems il éprouva des fecoulTès : tantôt les fautes de quelques-uns de 
fes Membres, tantôt les Satyres de ceux qui ne peuvent parvenir à une 
palme qu'ils croient leur être due. Mais ce font les efforts des Autans contre 
les chênes. Puiffe ce Corps tUuftre fe maintenir avec la même gloire & avec 
.le même fucccs : ce fera une digue contre les vices qui fcroient décheoir in- 
ferfiblement la Langue Françoife î puiiTe-r'il , fur-tout par de faines critiques 
de nos plus excellens Auteurs, conferver le bon goût, maintenir la Langue, 
prévenir les innovations qui rameneroient la barbarie avec le niauvais goût 
'tclsi fâufièiloquencel 

Des DiaU3.es de f ancien François ^ & des Ouvrages écrits dans ces 

DiaUcles. 

Le tableau fuccint que nous avons préfenté des Révolutions de k Langue 
Françoife , jufques à l'établiflement de l'Académie Françoife , eft une preuve 
£lds réplique de foa utilité & de fes fucccs, Jufques alors chacun éaivoit 



ixvîi) DISCOURS 

dans le François de fâ Province , & erroit à l'aventure. On n'aura pas eu de 
peine à s'appcrcevoir que les divers morceaux que nous avons cicés ne font 
pas écrits prccifément dans la même Langue ; que leurs Auteurs , nés danr 
différentes Provinces , parlent le langage de ces Provinces ; que les uns font 
Gafcons, les autres Bourguignons, Picards, ou Champenois, Sec. Ceux d& 
Beauvais dans leurs Coutumes difent che am lieu de cei commenche SiU \ie\i 
de commence. Joinville écrit champai^ne , compaigne , amer, au lieu de cham- 
pagne , ca-npagne, aimer. Guiart dit fejournire , pourye fijownai , & tjhre ,. 
pour /</ttJ ou/cZ/ow, à la Theutone où ces deux tems ne font exprimés que par 
un même mot. 

Ces variétés n'étonnoient pas dans le rems dont nous parlons, parce qu'elles 
étoientfoucenucs par l'ulàge des Cours qui dominoient dans chaque Province: 
c'étoit comme du tems des Grecs , où chaque Auteur écrivoit purement dans 
quelque Dialede qu'il écrivît, parce que tous ces Dialeûes étant parlés dans, 
des Républiques égales en rang , aucun ne l'emportoit fur les autres. 

Il faudroit donc, en comparant les Ouvrages François des divers fiécles». 
feire attention à la patrie de chaque Auteur , & les clafler par Dialcdes : feule 
manière d'en bien juger. Si on avoît fait plutôt ces obfervations , il ne feroit 
pas arrivé à un Académicien ( M. Duclos) de comparer les Coutumes don- 
nées à Riom par Alphonfe, Comte de Poitou, frère de S. Louis , avec les. 
Ordonnances de ce Roi & avec les Allifès de Jérufâlem ,. comme fi elles: 
croient écrites dans la même Langue. 

Lor/qu'Alphonfe dit : » So es affaber que per nos & per noftres fuccelTbrs. 
» non fya faita en ladita Villa talha, o quefta, o alberjada, ny emprunfarenv 
»» a qui meymes.fi non de grat à nos preftar voliont l'Habitant em quefta mey— 
» ma Villa >>. Ce n'eft pas en François qu'il s'exprime. 

Le frère de S. Louis ne s'exprimoit fûrement pas ainfi à la Cour du Roî 
fon frère ; on l'auroit pris pour un Etranger ; & s'il eût parlé François aux 
Peuples de l'Auvergne , ils ne l'auroient lurement pas entendu. C'eft de l'Au- 
vcrgnac , Dialeéle du Provençal , que ce Prince emploie dans les Loix qu'il! 
donne à fes Sujets , parce qu'il» parloient la Langue d'Oc, 

Les Dialeftes ou Idiomes élevés fur les débris de l'ancienne Langue Ro- 
mance, font aufll nombreux en quelque Ibrte que les Provinces du Royaume j, 
il feroit important d'en recueil'ir les mots , fur- tout ceux qui paroîtroienr 
avoir le moins d'analogie au Latin & au François : il faudroit s'attacher prin- 
cipalement aux mots des lieux les plus éloignés des grandes Villes , & à 
ceiu (ja'on parle dans les Montagnes les £lu»>fâaYag^es i ces mots dev$^ 



PRELIMINAIRE. Ixix 

repréfenter naturellement avec moins de mélange les anciennes Langues du 
Pays. lettons un coup d'ctil fur ces Dialeûes , Idiomes ou Patois. 

I. Le Wallon , langage des Pays-Bas François, ancienne Patrie des FrancS' 
avant qu'ils conquilfent le refte des Gaules. Ce nom n'eft qu'une altéra- 
tion du nom des Gaulois , le G & le W fe fubftituant l'un à l'autre. Nous en' 
citons quelques mots dans nos Origines Françpifcs ; nous euflions bien dé- 
firc en avoir un recueil. 

IL Le Picard. Ce Dialefte diffère totalement du François par la pro- 
nonciation ; nos CH y font autant de iC ; & on y change. T en Q , à la ma- 
nière des Latins relativement aux Grecs. 

m. Le Lorrain ;& IV le Bourguigkok. M. l'Abbé Bergier nous a^ 
formé un "Vocabulaire des mots les plus remarquables de ces deux Idiomes, 
Les fameux Nocls Bourguignons de M. de la Monnoye font aufîl accom-- 
pagncs d'un Vocabulaire que ce Savant a fçu rendre très-piquant- par leS' 
remarques remplies de fel & de bonne plaifanterie dont il l'a enrichi. 

V. Le Franc -Comtois. M. l'Abbé Bergier nous en a auÏÏl donné quel- 
ques mots. Nous avons des Nocïs Comtois imprimés à Befànçon & à Vefbul ;• 
de même qu'un Ejfai de DiBlonnairc dans cet Idiome, de 3 9 pag. qui a paru* 
à Befànçon en 1755. 

VL Le Yaldois, langage du pays de Vaud en Suiflè, appelle auffi Pays- 
Romand, parce qu'on y parle François. M.Bertrand, ancien Secrétaire- 
de la Société Economique de Berne, (î connu par fes Ouvrages, nous fit 
préfent , dans le tems , d'une (âvante Differcation qu'il fit paroîcre en 175 8,. 
Jur les Langues anciennes & moderpes de la Suijje^ 6» principalement dtg 
Pays de Vaud. 11 divife le Valdois ouïe Romand en cinq Dialeftes. i*.- 
Celui des environs du Lac Léman ; i». celui des Montagnes d'Aigle & du' 
Valais; î°. celui du Canton de Fribourg j 4°, celui de Neuchatel;& 5*. cclut 
de l'Evêdié de Bafle. 

Nous devons à feu M. Seigneux de Correvon, de l'Académie de Mar-- 
(èilles & l'un des principaux Magiftrats de Laufanne , un Vocabulaire du' 
Dialeâe parlé aux environs du Lac Lenian j M. Charles de LoYs y ena joinr" 
plufieurs ; mais M. Muret , Doyen des Pafteurs du Pa^s de Vaud, l*a plus- 
que doublé & nous- en promet une fuite que nous attendons avec autant 
d'impatience que de reconnoiflànce. 

N'omettons pas que les Allemands appeiïent le Pays de Vaud Welsh-lanif> 
gays des Vallès , ou Gaulois, par la même raifon & de la même maûier©-' 



Ixx -^ 'b^fSC OURS . 

.^u'on appelle la Flandres Pays Vallon ; & que les Anglois appellent le Pays 
des Galles Velchland; chez tous. Pays des Gaulois. 

' '^Aux Langues dont M. Bertrand a rccoPHiu des vertiges dans cette Contrée , 
,on peut ajouter la Langue Hébraïque ou Orientale , dont on trouve dans 
CCS Montagnes des mots très-bien confervés, quelle qu'en foi t la caufe. 

VIL Le Bressan. Nous devons à M. de Fenil la communication d'une 
Comédie manulcrite dans ce langage, qui en donne une idée (ufiîfânte pour 
y apperceyoir de très - grands rapports avec l'Italien; ce qui n'a rien d'é- 
tonnant , cette Contrée ayant fi long-tems dépendu de l'Italie. 

VIII. Le Provençal, qui, déchu de fon ancien éclat, n'eft plus qu'un 
patois. Il en exifte un Diélionnaire in- ^° compolé par un Minime, le P^ 
Sauveur-André Pellas,& imprime à Avignon en 1725 ; & des Cantique» 
compofés par M.D'Isnakdj Chanoine de Salon, imprimes a Aiï., i/2-8«. 
en I 6c)8. 

I X. Le Languedocien , dont M, Sauvage fit paroître en 1 7 5 6 un 
Diétionnairc in- 12 . Les Auteurs de l'Hiftdire du Languedoc en cinq vol. 
in-folio, y ont inféré unel-iiftoire de la guerre des Albigeois, écrire dans 
cet Idiome. On en trouve auffi divers morceaux & quelques Vocabulaires 
dans THiftoire de la Vi'.le de Nîmes , par M. Minard. On voit par ces 
'Wonumens que iians les XI «. Xlle. fiéclcs, &c. cet Idiome avoir de très- 
grands rapports avec l'Italien ; & qu'il a éprouvé de grandes révolutions^ 
<omme il en «prouvera d'autres, jufqu'àce qu'il fbit abforbé par la Langue 
Françoife , dont il fe rapproche continuellement. Il fe divife en plufieurs 
Dialedes ; car il eft diffçrent dans les Diocèfes de Nîmes, de Montpellier, de 
Karbonnc, &;c. dans les Hautes & Bafics Cévennes , dans le Gevaadan , le 
Vivarais , &:c Souvent il varie , comme tous les patois, de village à village. 
Celui de Nîmes & des environs eft d'une grande douceur. Il doit exifter di- 
rers morceaux de Poefîe dans celui- ci , tels que les Embarras de la foire de 
feaucaire , & autres ; mais que je n'ai pas fous la main. 

L'Hiftorien delà Ville de Montpellier, M. D'Aigrefeuilii, a inféré dans 
(bn Ouvrage un Ade du IX*. lîécle en Languedocien, relatif au troifiémc 
Seigneur de cette Ville , qui donnera une idée de ce qu'étoit alors ce lan- 
gage , d'autant pins qu'il efl; fort court : îl a pour titre : Sacramentum quoâ 
fecit Berengarius filius Guidenildis Guillclmo Domino Moniifpeffitlani filio 
Beliardis. » Serment que prêta à Guillaume fils de Beliarde , Seigneur jde 
« Montpellier, Bercnger , fils de Guidinel->j. 



P KË L I M 1 N A T R E, 



Ixxj 



iiDàaquefta hora amenant, no tol- 
i,tra Berengarius 1» fil de Guidinel, 
,, lo Caftf 1 'el Poget que fo d'en Go'.en 
„ a Guillen lo fil >^e Beliarde. Ni IJ deve- 
„ dra , né l.cn dtcebra d'aquella forza que 
„ es, ni adenant fara garni el , ni hom 
„ ni ft-mna ab' lou Ton art. ui ab Ton 
„ ganni , ni ab fbnconfel-, & fi homs es 
„ que o fira ni femna - Berergai, lo fil 
„ Guidinel ab aqueis Societat no aura for 
„ quant pel Gaftel a recohrar la pot en 
„ la fua poteftat de Guillen lo tornara , 
„ fans déception & fans ley redever. FaCîâ 
„ efl hxc carra régnante Henrico & ejusfilto 
,, Philffpt „. 



De cette heure à l'aveHir, Ber«nger ' fits 
de Guidinel, n'ôtera point à Guillaume fils 
de Beli rde le Château -lu Pojet , qui fut 
du Golen. 11 ne le divifera ni ne le dimi- 
nuera de la force où il eft; & à l'avenir 
il ne le garnira en homme ni femme , 
par artifice , par fineffe, ni par confcil ; 
& fi c'eft im homme ou une femme qui en-' 
treprenne fur ce Châteait, Berenger fils de^ 
Guidinel n'aura aucune fociété avec eux , 
fi ce n'eft lorfqu'il s'agira de recouvrer ce: 
Château, & même lorfque Guillaume fil»-" 
de Beliarde l'en aura follicité; & pour Ion 
s'il peut le recouvrer, il le remettra au 
pouvoir de Guillaume fans diminution 8c 
fans lui rien devoir.- 



A ce ferment , le Notaire qui le tranfcrivit ajouta la date en tatirf.- 
" Cette Charte , dit -il, a ctc faite bus le régne de Henri 1. & de Ion 
fîls Philippe ». Cctoit donc en 1059 ou en loéo au plus tard , parce que 
c'eft dans la première de ces années qu'Henri I , troifiéme Roi de la Maifoti 
des Capets. aifocia à b Royauté- fon fils Philippe ,& c'eft dans la féconde 
qu'il mourut. 

On voit que le Languedocien ^alors avoir moins de dotiéeur qit'au- 
joufd'hui & qu'il approthoit plus du Catalan. On y trouve d'ailleurs le mot 
giinrà, ro(è, racine des mots Italiens Inganno Se ingarmarei & du vieux Frari^ 
çph enga''er. 

' X-. Le VfLAYEN. Nous n'avons- yè-'xre' Dialecte que quelques mots: ifs- 
diftcrcnt en-teaucoup de chofes du languedocien -, & cela doit être , ceux 
qui le parlent étant en quelque forte fcqutftrcs" dn refte de l'Univers. Oh 
dit que leur prononciation paroît affreufc à ceux qui n'y (ont pas accotitu- 
mcs; qu'on croit entendre des Coqs-d'inde : ce (croit donc l'ancienne pro- 
oonciation Celtique remplie d'alpirations & de lettres fortement prononcées,- 

Xr L'AuvERGNAc i fans le patois du Velày, celùi-ci (eroit peut-être te - 
piùs groffier. 

XII. Le RouERGAS, parlé par un Peuple que (es voifins appellent Gavots, 
c^eft- à-dite , -A/.. «j/dgw/irj. M. de Servieres nous a procuré deux Ouvra- 
ges dans ce Dialede ; l'un trcs-ancien, imprimé à Rodez en lyj^, pat 
«die du Cardinal d'Ainiagyac,,qiii en étoit Evcquc, C'eft HneTraduç^' 



Ixxîj DISCOURS 

tion de rinftrddion du célèbre JeanGerfon pour les Refteurs {Curés\ Vicaires, 
&c. L'autre trc5 -nicdernc ; c'eft un Recueil de Poclîes impririiées 6111774. 
Dans ce Recudl les a font des o. 

X II I. Le TouioirsAiN. On en trouve un Vocabulaire confidérable à la fia 
des Poefies de Gouoouli , l'Auteur fi agréable du RameUt Moundi ou 
Rameau Toulouiâin, que le P. Vanier n'a pas dédaigné de traduire 
en vers Latins. Il exifte auffi un Opéra moderne dans ce Dialede, {'Alcima- 
dure de Mondowville, mais que je n'ai pas encore vu. 

XIV. Le Limousin, Nous en avons un Vocabulaire aflez confidérable , 
que riùuS a donné M. Grivel , Auteur d'un Ouvrage trcs-eftimé , fiir l'é- 
ducation , en 3. vol. Plufieurs de ces mots ont un rapport étroit avec le 
Franc- Comtois & le Valdois. 

XV. Le Gascon. Nous n'avons que très-peu de chofès fiir ce Dialede 
parlé dans une grande étendue de Pays, dans toute la Guyenne & Gas- 
cogne : mais on nous fait efpérer d'en voir paroitre un jour un Didion- 
naire complet ; nous ne pouvons trop exhorter l'habile homme qui s'en 
occupe à prefier ion entreprife avec toute l'activité dont il eft capable. 
Nous avons vu de très-anciennes Coutumes, rédigées fous le nom ou avec la 
-proceftion d'un Saint-Simon, Seigneur de Bomont dans le Condomois, 
fous l'autorité de Ion oncle & tuteur Jean de Saint-Simon. 

Comnxe cet Ouvrageeft manu(crit, nous en inférons ici deux articles. 

>• Item es coftuma que fi aigus vezis del Caftet de Bomont , for(àva 
M femna punceia , que la prengua per molher fi à lui fê fe ceral vol 
« {per) marit. O quel don dot e marit a luev convenable a efguart del Senhor 
I» e del coflèlh. E fil forfaire era tabos hom e aytal que a luey nos fes per ma- 
n rit , deu lo dar dot e marit a luey convenable. E fi forfaire eca aitals que 
M aquo fer no pogues , deu perdre lo cap. 

» Item que qui forfâra femna maridada que no ana marit, fafla efinenda 
» e fufTilca pena de dies o deflilh, fegunt que la forfa e las pcr(onas (è- 
m ren a efguart del Senhor e del coflèlh. E fi la esmenda no pot far , que 
» prengua pena de fon cors a efgart del Senhor e del coflèlh ». 

Par la première de ces Coutumes , tout homme qui n'étoit pas d'un rang 
à réparer l'honneur d'une perfonne du fêxe , non mariée , ni à la placer 
avantage ufemcnt , étoit condamné à mort : &c celui qui étoit tombé 
dans l'adultère devoir être condamné à une amende & au banniflement; 
& s'il ne pouvoit payer l'amende, à une peine arbitraire. C'étoient des 
Loix vraiment Espagnoles. • 

XVI- 



T R EL I M I N A I RÊ. Ixxiîj 

^yi. Le BÉ ARKois, On a Hait imprimer dans ce Dialede les Courûmes 
de Navarre fous ce tirre : Los fors et Cojiuinas dèu Royaume de Nayarrs de- 
ta-ports avec FijlU et aran^el deud'u Royaume, A Pau i68 i. Le mor Déca- 
pons doit figniheren-deça des Monragnes : Por/ défignant dans ces Contrées 
une gorge de Montagnes ■■, ce qu'on appelle ailleurs col, pas, dctilé. L'infcrip- 
tioni de k Statue de Louis XlV.àPau-'eft en Béarnois. 

A ci quei larre-hilh de nouflé gran Henric 
Lou Ceu qui J'abé dat per lou bé de laierre , 
La heîtlou paï deus bous, deus méchants l'ennemie» 
•U Salomod «n pax >^ brâ'i Cefar en gyerre. ' 
Plafîe à Diu qu'à jameis lou marbre & lou metau 
Hiinan.bibé fa gloire au ta pla comme à Pau.- 

»• Ici gît le petit-fils de notre grand Henri. Le Ciel qui l'avoit donné pout 
«le bien de iacetre, èn.'^t: le pcire dêS-'Sonsi -Petwiônil ^des m'ccbâqsi; 
» un Salomort ei> paix , ;un vrai Céfâr en g^ierre.' 'Plaife -à Diéùlriu'à ïàmbi» 

• .le marbre & le mitai faflènt vivre là gloire -éommé elle* vit à Pau »>! 

t 
-"'Si tout le Béarnois éfoir ce inirie ces\''ers', il né'différerdif dù''FrirtçdiS(^Q(f 

fit l'orthographe ou par la' prononciation : ici F eft remplacé par 'A; V par 
.^;Aparfv&c. ' î.'io:,iiip -.ôm.! aou^ :>b 

- Les Pocfies de M, D'Espoorriins To'nir «rè^-dJlélwres dans le'B&rh'i'îflftâfe' 
BOUS ignoron's (î elles fOnt imprimées; " 

'■■'XVIL Lé CATAtAN. Pouvons -riouspatTer fous filen cèle Catalan avec 
fequél le^Bcarnoîs a taiit'dè rapport j'ik qu'on' a été" teinté de regarder tîbmhrté" 
la Ibârte du Provençal î Mai^ hous ne db^ftoifTollS^ encore ^àucùn Ouvrage 
dans certe- Eangiie.' ■■'•' " ' / • - ^ ^ iijp ^^^rn^;. , „■■ -• - 
'' Ccpendanc il dbir exifteîr teaacôup 3è' ^hofèï Air tcx. Idiome. On voir 
é»ns la Crj{/cfl ' /'ro^fsftfft tjue^À'iÏERB'^ïè pfopôfânr de faire ii'rie Çrani- 
tnaire & un Didionnaire Catalan, voulut 'remonter à l'origine de ccto 
Langue , & par cbnféquent à celle çfei Provençal ; que pour cet effet il raP' 
fembla les anciens Poètes, & qu'il fiir çn état de donner un Catalogne de 
lySPoctes Provençaux depiiîs'le coriirhencèment au Xî^iiécle Jufqu'au XV% 
:îfyiIl.%^X^% XX°. ,11 texiûe prfijs^^Ujes Dj^eaçs-i. ie.l^qiTEyiNj.lj^N- 
cEyiN & MAtjpEAiJ,|5: le Noii.MA|i^D , dajis lefguds qn trouveroit des luots 
ttçs-remjirq.uables , {ùr-toùt dans le ba$-Maiiie. Wénage a rapporté plufieurs, 
anots de rAnjou , (Je du Maine qui font rfes-repiarqi^ables. j 

Un recuçil complet- dçi^toj^i^i^Pialeçtes iêç.{^^aii,^xç£l!erit.pf^^ 
Dicl. Eiym, k 



hxW DISCOURS 

à l'étude des Langues en général, & offriroit le tableau le plus exaâ de tou- 
tes les révolutions du langage dans les Gaules depuis que la Langue La- 
tine s'y imroduitît. Nous aurons la plus vive reconnoiiïànce pour ceux qui 
voudront bien completter nos Vocabulaires en ce genre , & nous faire con- 
Boîcre les livres qui pourront y contribuer. Nous en tirerions un (ùpplé- 
nient à notre ouvrage aduel, qui devicndroit très-précieux, (ûr-tout lovC- 
qu'bn pourroit le comparer avec le grand travail de M. de Saintc-Palaye* 



ARTICLE V. 

Dts Familles de Mots Cr de leurs Caufes. 

JT. E s Familles immenfes que forment les mots dérivés d'une même Couche^ 
d'un feul mot tige , de tant d'autres , ne furent point formées par le ha-» 
fird : elles eurent toujours pour baie la Nature fie la raifon , dans notre 
Langue comme dans les autres : mais puifquc nous ouvrons ici une route 
nouvelle , du moins pour les Langues Occidentales , mettons (bus les yeu» 
de nos Leûcurs les caufes qui conduifirent les hommes à réduire les mot? 
fondamentaux du Langage à un petit nombre, & à élever fur ce petit nom- 
bre la malTe entière des mots : ce détail offrira des objets intcreflàns & 
nouveaux : on y verra en paniculier que chaque mot dérivé renferme conftam- 
ment & les élémens vocaux du mot tadical , Se un rapport plus ou moin& 
étroit avec (à fignificaùon. Ainfi, comme tout eft Hé dans la Nature^ 6c 
ou'avec le moins d'élémens qui k puilTe , elle produit tous les Êtres ; de 
même les Hommes , fes fidèles imitatevurs, lièrent tous leurs mots entr'euX 
& les dérivèrent avec autant de fiicilité que de juftefle, d'un très-petit noxnr- 
fctc de mots fimples & primitife. 

Les Langues ne fe forment fu'infen/îi/ement. 

' tes Hommes- parvinrent à cette imitation avec d'autant plus de facilité que 
les Langues ne fe forment & ne s'aggrandiffent qu'infenfiblcment , fuivanc 
«jue le befoin ou la réflexion exigent de nouveaux lignes pour exprimer de 
nouvelles idées. D'abord , on donna des noms aux Êtres phyfiques dont on; 
étQJtt environné :. on. en donna enfuke aux eâèts: de l'indiiûrie. ou. aux ob-^ 



PRÉLIMINAIRE. Ixxr 

fets relatifs aux Arts, àmefureque ceax-ci fc développèrent ; on en donna 
également aux objets fpiritttels , intelligcns ou moraux, lorfque l'homme , 
après s'ctre promené au dehors fiit toute la Nature , rentrant au - dedans 
de lui - même , découvrit en lui des rapports ttonnans avec ce Monde 
4u'ii venoit de parcourir , & chercha à rendre fenfiblcs par ces rapports des 
objets qui ne tombent pas fous les fêns. 

De-là, rcfultent trois fuites de mots très - diftindes ; trois Didionnaires 
dans le Langage , qu'il ne faut jamais confondre , mais qui doivent fcrvic 
de guide pour clafTer les mots de chaque Peuple & pour juger de l'étendue 
de leurs connoiflànces & des progrès de leur raifbn. 

Ces trois Didionnaires font , le Didionnaire Phyfîque , le Didionnaire des 
Arts , le Didionnaire Intelleduel \ Didionnaires de l'Homme fauvage ou 
«oureuT, de l'Homme agricole oufédentaire, & de l'Homme moral ou éclairé; 
leur réunion forme les Langues véritablement dignes de ce nom , de même 
que la réunion de ces trois £tres en un feul forme l'Homme civilifé, l'Homone 
pat excellence. 

I. 

DiCTiONMAiRz Physique-, 

Ou de VHomme fAuyage , non ftientairt. 

Ce Didionnaire fe réduit à ces cinq Chefs, i °. l'Homme confidéré en 
lui-même , individuellement -, i°. l'Homme en (bciété \ }<>. les befoins exté- 
rieurs ; 4*. les objets extérieurs; 5°. les rapports des Etres. 

I. Homme covJUîré en Jui-méme cm dans fon individu ,d'où , 
I . L'exiftence & les fens dont elle eft accompagnée, vue , ouie , toucher, &c. 
c Les befoins naturels, faim, foif, fômmeil, Sec, 
j. Les moyens de les fàtisfàire, manger, boire, dormir, Sx. 
4. Les divcrfcs parties du corps & leurs fondions refpedives. 

IL Homme 4n SociétL -^ 

l. Les premiers degrés d'affinité, Nomriocr & NourrifTon , Père , Mère, 6b 

ou fille , &€. 
*. La Sodété d'une Famille; d'où Mariage, Epoux, Domeflicicé , &C. 
3iLa Société de plufieurs Familles fous un Chef quelconque; d'où , Supérieur 

& inférieur. Maître & fujet , fêrvanr & fèrvi , &c. 

4^; Lesfecoucsmutacls» pcotedion y défend, ju^e, &c. 

kij 



txxvj DISC O U' K S 

5. Diftinâ:ion des perfonnes ea trois, /'«, toi, lui ou elle, 

II L Befoins extérieurs. 
I. Soin du corps. 

i. Nourrirure; Atts pouc fe la procurer; cueillette de fruits, pcche ou chaflei- 
3. Logement. 

4» Couverture , habillement. 
y. Plaifirs de la Sociéré, repas, danfes, chants, exercices du corps , icc 

I V. Oiiets extérieurs,^ 

?:)i. Les Eléméns, Eau, Feu, Air, Teire. 

• X. Les parties de l'Univers. I. Ciel&: fes feux. Soleil , Lune , A (1res; leuri 
révolutions ,- jour & nuit, tems & faifons : Météores. IL La Terre & fefc 
Etres; 1*. inanimés. Montagnes, Fleuves, Lacs , Pierres». Métaux, Plan- 
tes, Forêts, Coquillages. 

2°. Animaux de l'Air, de la Terre & des Eaux.- 

j,. Les divers côtés du Monde , afin de pouvoir revenir d'oi l'on ctoit parti*. 

V. Rapports dés Etres. 

1. Etat des Etres; mouvement ou repos : diver(îtéde fituatibn;d'ou,lieu,pIace.- 

2. Mefure des Etres, leur étendue, grandeur, longueur , largeur , Ijauteur»^ 
profondeur, groffeur, &c. 

5. Leurs diftances , proximité, éloignement , voifinage, féparation... 

4. Leurs Etats fucceffife ; naiflànce,, croiflànce, décadence, mort., 
|i. Les diverlês Opérations phyfiques des Hommes. 

Il: 

D I C TtO. H N A l'K E DE x' H Q M M E S B D E N T A. I R B }- 

Ou des. Souciés uégricolesi, 

3, Le Didionnaire pbyfique que nous^yc^ionsjdc parçQurir e(l commun- i> 
tbus les Peuples dans quelqu'état où ils fe trouvent, & quelque bornées <]ue. 
foient leurs connoiflàuces ;.mais deviennenç-iisagricoli,s-Gu icdentairessalors- 
naît un fécond Diûionnairc infiniment- plus confidérablt qui erubrafTe, i*. . 
l'Agriculture &: fes diverfcs parties, les Arts de premier bcfoin, les Arts d'a- 
grément , toutes les Sciences j t-°. les £oircfli9jis & les ricLAlTçs^.kuii cchan^ 



P RË L I M I N A IRE. ixxvî[ 

ges; d'où commerce, négoce, héritages, &c. j*. les Loix , bafe de ces So^; 
ciétés ; j^. la Souveraineté ic la Puiflànce, 

I. A G R I c U L T U R I, 

Sous le nom d'Agriculture , nous renfermons tout ce qui conftitue la vî«' 
cKampêtre , tout ce qui a pour objet les champs , les prés, les Jardins , les fo- 
rets, les vignes, les beftiaux , la pêche. Cet objet renferme , i-. l'Agriculture y 
d'où les marions des champs & leurs dépendances , Fermes, Bergeries , Gran-; 
ges , &:c 

1°. Les inftrumens aratoires; ceux de défrichement, de récolte, &c, 

3®. Les labours Se fcmailles. 

40. Les récoltes de toute efpéce, cueillette de fruits, fénaifons y. moiC;" 
fcns, vendanges, toifbns, abeiUage, &c. 

1. Les Arts de premier befoin pour l'Agriculture. 

■ Calendrier , (zs divilîons & Tes Fêtes ; d'où , Aftronomie. 
Géométrie, mefure des terres, nivellement, digues, canaux , ccKi fes. 
Arithmétique pour calculer les échanges , les achats & ventes, &c 
Ecriture pour tranfinettre (es ordres , fes calculs , &c. & pour confervcr- 

le fou venir des réfliltats & des faits. - 

?. Les- Arts Hés avec ceux-là & qui v^ennen^ à leur appui. 
L'Art du Charpentier, du Charron,- du Menuifier, &c. 
La Métallurgie, & tous les ouvrages en cuivre, fer, ôfc Aire du Foi>- 
«eron,du Coutelier, du Serrurier,- de rEpinglier,&c* 

L'Art du Potier de Terre, du VernilTeur. 
;: Art des Briques, Taille des pierres , &c. Maçonnerie , Architeâfuré. 

Fabrique des Etoflfès , Toiles , Soie, Coton, &c. d'où , Broderie , Ta-!;' 
giiïèrie, &c. 

Arts du Tailleur,, du Cordonnier d u Bonnetier , du Chapellier, &c 

La Verrerie. 

Art du Chandelier, du Cirier , icc. 

4. Arts relatifs à la nourriture & à la lânté. 

■ Préparation des viandes -, Moulins , Boulangeries , &c Chairciûteriô> Sici- 
\ Drogues, Sec; ' '«'^ '-^^ '•^^- 

*' Art des Botaniftes, Chirurgiens, Médecins , Sages-Femmes, Apothicaires^* 
Cfiymiftes', &c- 

Anatomie, Art Vétériftaire, &c, 
i; Le» beau» Arts; • 



Ixxviij DISCOURS 

Archite(^ure , Peinture, Sculpture. 

Pocfie Champêtre & Héroïque , Chan(bns, Comédies, Tragédies, &c. 
Mufique, Inftrumens & Danies. 

Eloquence & Art Oratoire ; Récitatif, Gefticulation , Grammaire , Rhc- 
torique. 

6. Commerce & (es fuites. 

Echanges, près ou loin; d'oîi , marchés , chemins, charrois, voyage*, 
navigations ou marine & toutes les dépendances; defcription de lieux , ou 
Géographie. 

7. Langues. 

Etude des Langues: Diûionnaires , Vocabulaires, Traductions , &e. 

8. Hiftoire. 

Hifioire Naturelle , Hiftoire des Hommes , Hi/loire des Peuples, 
ç). Découvertes intéreflàntes. 

Horlogerie , Télefcope , Micro(copc, Boulïble, Poudre ù canon & (et 
jSùies : Papier , Impj^^imerie , Gravure. 

II. Possessions. 

Sous ce titre font jcoflipris, i**. les champs, les prés, les bois, les bef^ 
riaux , &c. tout ce qu'on peut regarder comme lôurces des richeflês. 

i°. Le renouvellement des richelîes par les travaux des hommes; cul- 
tures, femailles, irriganons , &c 

3°. Les clôtures, digues, greniers, &:c pour garantir ces pollèflîons, & 
pour conferver ces richeflês. 

<jo. Les dépenlës fionciercs & annuelles pour meure ces poflcffions cm 
valeur , pour les entretenir , les bonifier , &c. 

5 °, Les fucceflions. 

in. Loix. 

Dc-là , réfultent les droits & les devoirs de l'homme. Droits fiir la terre 
qu'il a cultivée , fur les richeflês qu'il a fait naître ; devoirs envers cette 
terre qui lui donne ces richeflês, envers ceux qui lui aident à les faire 
naître , envers ceux qui lui aident à les conferver. Droits contre ceux qui 
voudroient les lui enlever en tout ou en parrie. Devoirs envers ceux qu'il 
peut aider, de-là, d'un côté, propriété, liberté, fureté; de l'autre, reprifès, 
fâlaires, juHice: par-tout humanité & bienfeilànce. 

D'où, Loix qui nuiiuiennenc ces droits, ces devoirs, ces propriétés & 



PRÉLIMINAIRE. Ixxix 

fcfifs (uites; qui fouciennent ce qui eft droit ou bien; qui fiilminent contre 
flnjafie ou mal; nuis qui ne créent ni l'un ni l'autre» & n'y peuvent rieai 
changer* 

iV. SotrVÉRAiNETÉ. 

ï)e-là rcfuîte enfin, i"*!a Souveraineté chargée de veiller à l'obfcrvatîo» 
des loix , au maintien des droits de chacun ^ à ce que l'ordre ne foit pas inter- 
venir 

z°. La Puiflànce dont eft revêtue la Souveraineté pour maintenir l'ordre & 
pour protéger les propriétés & les droits de chacun. 

j°. Les droits de la Souveraineté fur une panie des richelTès de PEtat & 
fés moyens pour protéger; au- dedans , Officiers de Juftice &: d'Epée , Magifr 
«rats , Triburuu^t, Prifons , &c. au-dehors, Troupes ^ Armes , Places fortes î 
d'où > Art Militaire , &CC> 

T. DroitsdesNationi* 

Enfin les droits des Nations les unes à l'égard des autres, ic leurs deVoif* 
re(peéiifs pour le bien général de tous. 

m. 

I)lCTlONNAlRE iNTELI.BCl'TrEf* 

Ou de V Homme moral. 

Dans ee tsoifieme Didlionnaire entrant les objets fuivanr;; 
f . L'Efprit humain , ou l'Ame.- 
2» L'Efprit Univcrfel , ou Dieu,. 

j. Les Elprits intermédiaires ou les Ange» diftingués en bons & mauvais.- 
4.- Les qualités de l'ame, invifible , indivifible, lenfible, intelligente,- 
j, Sts, facultés , idées , entendement , mémoire , volonté , &c, d'où Logiqui^- 

Philofophie, Ontologie, Métaphyfique^ &c 
^ Ses aâèûions ou fentimens du c<Eur, pafllons^ défirs, amour, amiriéy? 

plaifîr, douleur, &c. 
7» Les découvertes de l'Efprit humain, ou le génie qui l'enflamme; fà cii»* 

riofité infâtiable , fon élévation , fes hautes efpérances. 
%. Les devoirs de l'Homme envers lui-même & fcs femblablcs; d'où, iîlo*" 

raie. 
5^ Ses devoirs envers la Divinité ou la Religion & fon culte; Autels, Feti* 

iâcBC^ Temgleiy Sacerdoce^ Offrandes ,- Fê^e« y Statues ,>va:uï,- lïyiiiiicsj» 



Uxx. DISCOURS 

Danfes (àccces , Liturgies , ^c.fd'où Tiicplogie, Paganifme, TudaiTme;* 

^■"Hcrcne , &c ' '„ ""''','. '"■;,'; ,"\ 

Les idces de 1 nomme fur la vie a venir. 



«il 

lo 



Tels tont ces Didionnaife? <jue, çliacun. d'eux. n'eft pas compofc de mots 
qui lui foient propres ; que le fécond & le troificinc empruntent du pre- 
ihier'les mots qu'ils emjrloycnt, tandis que céluî-ci pui(è les fiens dans 
là 'Nature. Mais comment ces mors peuvent-ils être communs à ces divers 
Diûionnaires (ans confufi.on & d'une manière non mojns narurçlie? Çoirn- 
nient (ur-tout parvint-on à fofmer les mots du prcnver: Ces fecherches ne 
feront point déplacées à la' fête d*un Dîftionnaire ' Etymologique ; ^é«:',,elles^ 
icrdnt d'autant plus utiles , qu'elles répandront quei(]ne lumière fur des objets 
péacomius & qu'on n'envifaeea jamais (ous ce point dé v.iiel " . 

§. IL 

- *^ '' Formation des Mots* 

"Les Langues ne furent jamais formées d'après. des combinaifons hOicti de 
fons ou de lettres. Quelqu'un a calcule le nombre de celles qu'oii pouvoir 
faire avec nos vingt-trois lettres: on a èrbnvé un refultat -cnormejplus qu'il n'en 
fallott pour que chaque idée individuelle eût un nom propre. Une Langue 
imaginée de cette façon n'en feroit pas une : qui pourroit retenir une pareille 
nialTe de mots? & quand on le pourroit , ne feroit-ce pas un travail en pur» 
perte, un renverfemenç de tpute méchodfî La Nature conduit mieux les 
hommes. 

Elle nous cnfêignaà défîgner tout Etre qui pcoduifoit un (on, ou qui faifoit 
entendre quelque bruit'parfimitation de ce bruit ou de ce (on. Ain(î tandis 
que les animaux étoienc nommés par l'imitation 'de leurs cris^ leS Etres ina-« 
iiinics étoient défignés par l'imitation du -bruit, qui leur éfoit propre , comme 
nous l'avons déjà prouvé au commencement de ce Difcours. L'Iiomme dé(îgna 
^^enient par mi moyen femblable fes cris, fe-s mouvemens, fes feaÊitions &: 
leurs eflets, fource immenfe de mots. ■'"'^ . jtjîloôl) -<ïri 

^'-A:ie6;ffio{s ïè joignirent tous céiix qvfoh^orma , erl'pfeîén'ant1ès''4aalî- 
tés qu'on remarquoit dans un objet , par des (ons vocâuic" ahdogues à ces 
miJluçs-: telle étant la nature de ces fons , qu'au moyen 'de leurs piopriétés 
didcrentes , on peut les appliquer chacun en particulier à des objets diffc- 
/«ô*: airtlî les (ons doux' furent choifis pouf délîgnef iès objets agréables & 



PRELIMINAIRE, Ixxxj 

sSoux, tandis que les fons rudes étoieiit rcfervcs pour les objets défagréablcs 
te rudes. 

Ces diver(cs efpéces de mots , dont les premiers furent appelles Onoma- 
topées^ & dont les derniers peuvent être appelles PaoreJ'^ues, forment l'en- 
/èmble des mots naturels Se primitifs : mots que chacun entendit fans peine 
£c qu'on ne pût jamais oublier ; mais ces mots furent bientôt épuifés , & 
cependant il reftoit encore une foule d'idées à peindre ^ & d'objets à nora- 
-raer. Mais ici la Nature ne fc manqua pasj elle ouvrit à l'homme une 
fource abondance de moyens. 

I. DÉRIVATION. 

Lorfqu'on eut dcfigné par les moyens précédens les idées pxinctpales & 
efTentielles , les idées générales qui en renferment une multitude d'accefToire» 
ou de fubordonnées , on s'occupa à donner des noms à celles-ci : furent-ils 
difficiles à trouver? Ils modifioientl'idée principale : ou leur donna doncle nom 
de l'idée céncrale en les modifiant d'une manière conforme à la nature de l'idée 
Tubordonnée: ainfi naquirent tout ce qu'on appelle Adjectifs, Verbes, Aiver- 
ieiy Proportions. Ces mots furent autant de Dérives des mots radicaux: 
âls forment cependant une partie très-confidérable des Langues. La Dériva- 
tion fiit.donc une avance prodigieufèpour l'invention des mots: auflî n'exifte- 
t-il aucun Verbe, aucun Adjeftif, &c. qu'on ne puifTe ramener à un nom, 
à une racineprimitive & qui ne doive y être ramené fi on veut en connoître 
î'ctymologie. 

\j:s Verbes relatifs aux opérations du <orps, par exemple , prennent leurs 
noms des parties du corps même qui fervent à ces opérations. Sentir , vient 
du mot fens; /n<i/2<<r, demain ; labourer y de labeur -y marcher ^ de marché 
teftigc , marque , empreinte des pieds. 

Il en eft de même des Verbes femblables que nous te«o:ns de Langues plus 
anciennes. Ouir vint d'Owj, oreille. Aider , de Aid ^ main. Prier, même 
famille (\\i-im-préca-tion, & que le Latin precari , \rint de Brek, genou, parce 
<[u'un fuppliaut fe met à genoux & embrafle ceux de la perfonne qu'il fup- 
plie. L/re formé du Latin légère, vint de /egf, langue. Prendre , en Latin 
Pre-kend-ere^ àt hand,\3.ïn3Sn. 

D'autres Verbes Te formèrent des noms des objets dont ils font l'efïèc. 
Crayonner de crayon : mefurer, de merute : arpenter, d'arpent : moijfonner, de 
moiffon : lapider, du Latin lapide f^itttc : naviger , du Latin navis, navire : 
i^ier, de cri, - 



Ixxxîj D I s C O V R s 

D'aitres au contraire fe formèrent du nom de leurs eflFèts. Ainfî , diVe^, e« 
Latin dicere , vint de </i, lumière, parce que dire c'eft mettre au jour iâ' 
penfee. Piquer, percer, ira-verfcr, plan'^er, fcmer , &:c. fè font formés de la-, 
même manière, c'eft frapper avec une }-ique , aller par ou à travers j faire 
tenir comme une plante, &c. 

1. Il en fut de même des Adjeûifs ; ils Ce formèrent également des noms- 
avec des modifications ou des terminaifons qui leur furent propres. 

Ds jus y /âucc , potage, les Latins firent ywy^wj , ]ufte, mot- à- mot, celai 
qui donne à chacun la portion de potage qui lui revicnr. De lurneriy lumière,.. 
on fit lumineux. D'état, en latin, Status , Stable j de miel, Latin meUis^ meil-^ 
leur. De vérité , véritable ; du Latin re , chofe , réel. 
j. Des noms même furent l'effet de la dérivation.. 
C'eft ainfi que les ornemens ou les ajuftement tirèrent leurs noms des; 
'parties du corps auxquelles ils étoient dèftincs: collier vint de col; trajfelet^ 
de bras j chapeau de cap , tête ; manche Se manchon , de mon , main ; corps- 
de jupe , tour de gorge , du corps & de la gorge : bas , de ce qu'ils couvrent 
le bas, la bafè du corps ; gands , de Jf^andy main. 

Les noms de relations entre les Hommes furent empruntés de la Na-r 
ture même de ces relations. 

Les noms d'Epoux Se Epoufe, en Latin Sponfus, Sponfa^ vinrent de ce que 
■Spovjio fignifioit liaifon , engagement , promeire, 

Nutile & Noces, Lât.Nuptia.i de l'Or. iVa^,, qui a acquis. toute fâ.forcej» 
t»ut Ton accroifîement. 

Magiftrat & Maître, de Mag , Grand , élevé» 
Roi , de rOr. Re , œil, foleil. 
Serviteur, en Latin Servus , dtSer , lien. 
Le Latin C/xor, femme eftl'Or. nîy , UZer ^ûàz. 
''' Fils & Serviteur, Fille & Servante, furent des mots fynonymes dans toutéfis 
Ibs Langues. 

Les noms des Plante? furent louvent empruntés de leur ulâge. 
Les Salades durent leur nom à ce qu'on les mange avec du fel. 
Les Hté\n% potagers , à ce que leurs plantes' font; deftiqées au pot. , 
Les noms des animaux vinrent prefque tous dé leuVs .qualités : aïnfi dhmÀf' 
défigne un Etre in\mc -.béte , en Latin bejlia ,'de'id mêhie'Fainil^e que vejci^ 
un Etre qui fe nourrit, qui pâture : & par-là. mêmè'i)ïeii'clifîcfént'dc rhominç-' 
qui cueille & qui fait cuire. 

JLs. Rhinocéros, tire fou nom de-la carne qu'il a iùr le nsz,- 



T RÉLI M IN AI RE. Ixxxiij 

SJ Eléphant , en Oriental Fil, de la grandeur énorme. 

Le Chameau , de fà boffe ou voûte. 

XJOicrs y de fon poil hérilTé. 

XI Ane ^ de Ces longues oreilles. 

Le (7Aev<ï/, de fa grandeur. 

Le Taureau , de (à force. 

Le Sanglier, de fes défenfès ou dents crocliues: ici D changé en S. 

La Loutre, altéré du Grec eu-udris , fut ainfi appellce par ce qu'elle vit daas 
il'eau. 

Le Faucon, doit fon nom aux rapports de fon bec avec une faulx. 

Le Coq , au rouge de fa. crête. 

La Hii/fe , à (à crête élevée. 

Le Serin, à fon chant, du mot Jîr, en Oriental, d'oà les Sirtjus, mot-à-mot 
;les Muficiennes , telles qu'on les reprcfente. 

i**. CoMPOSITIOtï. 

On ne fè contenta pas de cette méthodç ; on en trouva une autre aufli 
lieureufè , auffi abondante , & ce fut la Nature encore qui l'indiqua. 

Elle confifte à réunir deux ou trois mots en un , c'eft-à-dire à former des 
tnots Composés, i^.au moyen de deux noms, ou d'un nom &d'un verbe, ou 
ti'un nom & d'un adjeûif, ainfî nous difons Porte-voix^ Tourne-fol, Lieutenant^ 
Pa£e-par-tout , &c. 2". Au moyen d'un mot précédé d'une prcpofition qui 
en diverfifie le fens : ainlî du verbe mettre nous faifbns admettre , £om~ 
mettre , de-mcttre , &cc. de vox, \o\x , in-vofuer : de clameur , reclamer ; ainû 
nous fîmes les naots a-ban~donner , par -don, in-ac- coutume. 

} 0. C o M P A R A I s o N. 

L'Homme, nous t avons déjà ditjouvent, n'a pas feulement la faculté d'en- 
vifager les objets en eux-mêmes, il a fur-tout celle de les comparer entr'eux 
ièi d'eu confidérer les rapporrs. Si c'eft à cet avantage qu'il doit le développe- 
jnent de fbn intelligence , il ne lui doit pas moins les idées générales & a}i£- 
traites dont il jouit : il lui efl également redevable d'un grand nom- 
bre de mots , lâns avoir eu l'embacras d'augmenter le nombre des primitifs. 
On n'eut qu'à tranfporter à un objet le nom qui en défignoit déjà un de la 
même nature. Aiiifi comme lemot Mar exprimoit l'idée de lumière , on n'eut 
qu'à le prendre pour la racine des noms des objets qui avoient quelque trait à 
jâ iwraiere : de4à vwem le mot Grec Jùm^r-a, jour;; l'Oriental a-nm^r, parole. 



IxxxiV D I S C O 1/ R S 

dire , d'où empire & impérieux : le mot emerauie , le mot o-mSre, mot- k-mof 
non-lumiere , & tous ces mots que nous avons cites à l'occafion de cette Éi- , 
mille dans notre Plan général. Il en fut de même de l.i Famille SAB, indiquée 
dans nos Allégories Orientales, de celle de GYR développée dans notre Grara. 
Univ. &c. 

Malheureufement , L'Origine de ces mots fut toujours méconnue •, auCEv 
prefque tous ceux de cette efpcce ont été regardés comme primitifs :ce qui a 
répandu la plus grande oblcurité fur les mots radicaux en li:s multioliant (ans fia 
mal-à-propos & en empêchant par confcquent qu'on pût découvrir leurs ca.-- 
radères cfTentiers. Rien d'ailleurs n'étoit plus propre à perfuadér que lès Lan- 
gues s'ctoienr formées par hazard : & pouvoir on porter un autre jugement ,, 
Ibrfque fans aucune idée préparatoire ,on voyoit un même mot chargé d'une 
multitude de fignifications : qu'on voyoit, par exemple, le mot Man employé' 
pour défigner les habitations, l'homme , les Montagnes, la bonté , le profitai, 
la manne, le froment , la façon d'une chofè. Bar^ lignifier colline, fommet, 
abondance, colère, fils, fur, barre, branche, enclos : & une foule dc 
pareils- 
Mais ces diverfes (îgnifications ne fê radêmbfciTt ainfî autour d*un même 
mot , que parce qu'elles font une fuite de l'idée première fous laquelle on com- 
fîdéra ces mots; telle une pierre d'aimant fè fait un atmolphere de tous les 
corps qu'elle attire Man que nous vcnonsdeciter défîgna d'abord l'élévation^ 
mais fur- tout l'élévation en force, en vertu , en bonté. Bar défigna égalc-^ 
ment l'élévation, mais l'élévation aiguë , qui fe forme en pointe. 

Man défîgna donc les Montagnes qui dominent fut la Terre, l'homme quîî 
relève entre les êtres, fes habitations fur des lieux élevés, élevées elles-mêmes îi 
la bonté qui eft le haut degré de la vertu; la manne & le froment qui forment? 
une nourriture excellente; la Main même de l'homme, inftrument par IcqueB 
il s'élève au-dèlTus de tous lès -êtres ;par conféqucnt la façon-, la manière, Sec- 
que la main donne aux êtres , ou dont elle les employé. 

On voit également que puifque Bar défignoit l'élévation affilée ou relTer- 
tée en hauteur, il dut devenir le nom des collines, des fômmets, des brani- 
ches d'arbres; qu'il put fignifier/nr, puifqu'on ne peut être élevé fans être lîir un* 
autre objet ; qu'il put également défigner les fils on enfàns d'une Famille , parce 
qu'ils en (ont les branches; & les enclos, parce qu'on y employé' les branches; 
d'arbre ; & l'abondance , parce qu'elle efl défîgnée par des biens élevés eu* 
xzs. 

Ceft de I* même manière que le nom d'vw objet devenou cçliû de rooJî 



PRELIMINAIRE, fccxxv 

«ux qui avoient quelque rapport avec lui ; ainfi le Soleil ayant été appelle' 
Èal à caufc de fon élévation, il devînt la racine des mots en Bel qui dé- 
fignerent la beauté ; des mots en Bol qui défignerent la rondeur -, des mots en' 
Vol, qui défignerent les révolutions ; des mots en Bail, puiHànce , pro- 
tcé^ion ; puilqu'on voyoit tout à la fois dans le Soleil, le plus beau des êtres^ 
pliyfiques, un être de forme ronde, un être roulant (ans ceffe (ùr nos têtes , int 
être enfin qui renouvelle continuellement fes douze travaux , & qui devient 
par-là le Roi du monde , le reftaurateur phyfique de la Terre & de fes pro- 
duftions.- 

Les idées des rapports furent toujours dei idées primitives : dès que l'homme? 
intelligent exifta, ilapperçut les rapports des êtres; ouvrit-il les yeux? il acqait- 
fide de lumière , & celles de grandeur Se de petiteflè ; d'égalité & d'inégali- 
té, de hauteur & de profondeur: de longueur & de largeur. Prêta-t-il l'oreille > 
H acouic l'idée de corps fbnores & de corps qui ne le font point. Etendit-il la 
jnain î if trouva réfiftance pu vuide ', (blidité ou fluidité, dureté oir mollefle ; ftf 
nnut-il î mouvement & repos, lieu & étendue , proximité & éloignement. 

Un objet fut-il feul ou avec plufieurs autres de la même efpcce ? l'hommtf 
en acquit les idées de fêul, de multitude , d'unité & de nombre , d'abondanctf 
& de diiêtte* 

Ces objets fe préfenterent-ils à lui dans un ordre {ûcceffif ; if eut les idée* 
«fe tems & de durée, de fuccefîîon & de contemporanéité j d'antérieur & do-' 
poficrieur ; de premier & de fécond ; de chef & de fîiitc. 

Lé goût fui donnâtes idées du bon & du mauvais , du doux & de l'amer y 
iu fade & du piquant: & it dut à l'odorat y celles des odeurs agréables & dé-' 
Égréables , douces & fortes» 

Ainfi les feules fenfàtions phyfï^ques lui procurèrent une multitude d'idée» 
fimples; & devenant une fource abondante de rapports, elles occafionne-*. 
rent une multitude de mors généraux dont chacun devint le nom de plufieurs^ 
objets" unis par ce rapport commun.- 

Par ce moyen, les mots s'étendoient à tous les befoins de l'homme fans fê' 
multiplier; Se ce qui étoit plusintérefTant encore, ils fe claflbient tous d'une ma-- 
niere conforme aux idées qu'ils étoient deflinés à défigner , à rappeller , à^ 
Kanfàiettie.- 

/^ EpithÉtes, mots ahjlraits» 

Ceft de cette branche de mots que naquirent les Epithétes , efpèce é& 
aaou trcs-fbondansv mais grefqiic tous formés par cllipfè & qui pe!g,nen^ 



xxxv] D I s C O U R S 

^oins ce que les objets lont en eux-mêmes que les rapports qu'on y découvreJ 
Ces mots , (àvans, riches, grands, petits , font formes par ellipfe , comme fi 

on difoit les perfomies qui font douées de favoir , de richefle , d'élévation , ou 

,de puifiance , Sic 

Tous les noms formés de ceux-là, tels que {avoir, richefle, grandeur, 

petitefTe, blancheur, couleur, rondeur, &c. entrent donc néceflairement dans 

la dafle des épithétes ; ils ne défignent que des modifications & non des êtres: 

/cç furent des mots abftraits. 

j. Motsfigurés. 

Jufques ici tous ces mots primitifs , dérivés , compofés , abftraits , n'ont 
ceint que des objets phyfiques ou des modifications phyfiques de ces objets : 
mais les objets qui confticuent le Diûionnaire iiuelleftuel n'ont point de 
corps , ne tombent point fous le fens : comment les imiter? 

L'efprit de l'homme fut applanir ces difficultés , il fut -franchir fans peine 
l'efpacc immenfe qui paroît êcre entre l'elprit & le corps. On étoit déjà accou- 
tumé à former les mots par comparaifon : on n'eut donc qu'à comparer l'idée 
qu'on avoir d'un être intelleftuel avec celle des objets phyfiques qui lui fèm- 
fcloient les plus analogues: & rècre inrelleduel fut nommé, il occupa une place 
dans le Diâionnaire , & on put en parler^ 

. Ainfi fe formèrent tous les mots qui compofent le Didionnaîre intellcftuelî 
les mots Dieu , Efprit , jime, Penfee , Vertu, V ice , &<:. 

Dl fignifioit la lumière : mais quel être plus lumineux que celui qui eft le 
cere de la lumière i il fut donc appelle Dieu , ou la lumière par excellence. 

Rien de plus fubtil que l'elprit : c'eft une vapeur qu'on ne peut faifir, qui 
jae tombe pas fous les iens: on le compara donc à ce fouffle qui forme la ref^ 
firation : de là fon nom. 

Ce qui dans nous fut envifâgé comme la caufê qui nous anime, <:h fut ap- 
pelle Anima , mot que nous avons altéré dans le mot Ame. 

Cette ame confidere les idées , file les pèle pour les comparer , pour en 
, cirer des réfiiluts : ce que les Latins appelloient Penfare ; de-là le mot Pen-'_ 
jjatii., Penfée, chofê peÊe, réflédiie, confidéréc, 5>.' quieftune ellipfe. 

Les idées furent les chofes qu'on voyoit , qu'on avoit fous la main , qu'on 
connoifloit parce qu'on pouvoir les manier , les retourner dans tous les fens ; 
de l'ancien ver^e idein, voir, qui fit video y & qui venoît de id, la main. 

Ce qui nous porte au bien avec force fut appelle Yb&tv , vinus en Lai. du 
juot rires , forces* 



'P RÉ LI MI NAI R E, îxxxvîj 

te pencliaiit au mal , ce penchant contre lequel il falloit s'armer , qu'on 
«îevoit éviter , s'appclla Vice , vitium , mot-à-mot , ce qu'il faut éviter. 

Chacun voit également les rapports des idées intelleéluelles exprimées par 
fcs mots honte , malice, humeur, caractère , fougue , imagination, douceur^, 
modepie , avec les objets phyfiqucs dont ces mots font empruntés» 

Ainfi fe formèrent les mots figurés; ils furent aufll abondans quelesmotS' 
phyfiques , car tout mot phyfique peut être pris dans un fens abftrait , & touS' 
le furent. C'eft ainfi, par exemple, que les noms de toutes les parties du corps' 
fe prirent dans des fens figurés. 

Xahiaîn Çuthpuijfanci : & des deux mains , l'une devint le nom de l'a-^ 
drefle , de l'habileté , ce fut la droite : l'autre qui , parce qu'elle étoit du côté 
du cœur& cachée dans lesfinuofités du manteau,en fut appellée7?«//?r(i,devinc" 
fe nom de la mal-adrefle , de tout ce qui eft fâcheux & de mauvais augure.- 
Toutes deux fêrvirent à diftinguer le Nord & le Sud , en prenant l'Orient pou»-' 
h côté qu'on av«it en face. 

Les ailes duvent, promptitude à fecourir. 

Le bras étendu , les opérations de la puillance , fecours efficace»- 

L'œil , vigilance ^ foin , garde^ 

Le nez, /izg<i«^', pénétration, j 

Le cœur, courage^ afîèdion. 

Les entrailles , amour , compaflîon. 

Barbe , [o-geffe , expérience effet de la maturité. 

Gros-dos , vanité , orgueil , richeflcs qui le caufent*- 

Extrémité du corps, fexe. 

Talon , fuite. Achille étoit invulnérable hormis au talon , parCé qu'un= 
Homme de cœur ne trouve fx perte que dans la fuite.- 

La tête étant la principale partie du corps, devint la fource d'une multitude^ 
de figures. On a dit , avoir de la tête : une tête creulè: une tête éventée ; mar-- 
tel en tête , Sec. 

Les noms de ces mêmes parties fèrvirenc également à dcfigner les diverfcs^ 
fiarties de la Terre. 

Les Promontoires ou Terres avancées dans les eaux , furent des ««{,, on- 
des Téies , des Caps, 

Les défilés furent des cous , &c les Montagnes eurent des tites }4es p.i«4s^y 
ane face , ou un front* 

Les Pays eurent un caur ôc des extrémitcâî' 



fxxxvîîj " DISCOURS 

La Terre eut àt^veines , des tntrtùlUs, un fein : elle fut nue ou hahiliée -.fa. 
rohc fut magnifique, {^dépouille riche. Elle fut Vierge OM mere,Jlérilc ou fécondt. 

Le ^/anc défigua la joie , iur-tout l'innocence & la candeur. Le noir au 
contraire la rnlleflè &:rout ce qui la produit, fur-tout la méchanceté portée au 
plus haut degré , la (célérateflê. 

Les Machines de guerre prirent fouvent leurs noms de leurs rapports avec 
les Animaux féroces ou qui vivent de proie.. On les appel'a, le chat , la 
mouche , coulevrme , fauconneau , Sec. 

Le Bélier dut (on nom à ce qu'on s'en feivojt pour frapper comme le 
. bélier frappe de la tête. 

Les Mines eurent en Latin le même nom que la gent lapine, cumculi^ 
parce qu'elles font une imitation de i'u/âge qu'ont ces animaux de creufcc 
la terre pour en faire leur habitation. 

.Souvent on chercha à adoucir par des mots agréables & heureux, des idées 
ou des objets funcftes. Les Furies furent les bonnes Deejfes. L'oifeau de pioie» 
le bon oifiau,\a. mon, le nrpos: on dit, il fut, pour il mourut; d'où notre ex- 
preffion feu uo tel. Il fembloit que ces noms étoient des paroles magiques 
qui dévoient dîflîper l'amertume de ces objets. 

De-là réfultcrent divetfes elpéces de mots figurés : on peut les rapponer à 
ces trois daflès. 

1. Le fens de Synecdoque. C'eft une figure qui confifte à défigner un 
objet par une de fès parties : à dire , par exemple , srenee kyyers pour trente 
années : ou trente voiles pour trente navires. 

2. Le fèns de Métonymie. Par cette figure, on tranfporte le nom d'un 
•bjet à un autre qui a quelque liaifon avec lui , qui en eft la caufê ou l'eflfèt : 
ainfi quand on appelle une [âncc, frêne, fapin, &c. 8c un vai fléau /jw, on prend 
les noms de ces arbres dans un (èns figuré. 

}. Le feus de Métaphore. Cette figure confifte â tranlporter le nom 
" 4'une cbofe à une autre qui pût lui être comparée par fes qualités , par fes ef- 
fets , &c. Ceft dans ce fens qu'on dit la plaine liquide , la cheveluTf des arbres t 
les ailes d'une maiibn , d'une armée , &c 

Un même mot peut réunir ces divers fens : le mot Corps , par exemple. 
' fiXi£ti\% propre , c'eft un être phyfique confîdétc comme un compofë de par- 
ties différentes. 

Dans le fens Ae fynecdoque , c*eft la portion du corps qui foutîent la tête: 
^'cft ainfi qu'on dit que la tête eft féparée du corps. 

Pwis le fenj de Métaphore^ k corps dcfîgoc des objets confidçrés comme liés 

entt'eiix 



PRÉLIMINAIRE, Ixxxîx 

entr'eux de la même manière que les nombres le ibnc au corps; ainfî l'on dit, 
tm corps d'ouvrage , un corps d'Artiftes , aller en corps. On dit auffi , en par- 
lant d'une étoffa , qu'elle a du corps. 

Tel étant l'empire des fèns figurés , on connoît aifcment qu'il eft impoffî- 
ble de parvenir fans leur fecours à la vraie étymologie des mots ; c'cft fur 
ces fondemens que s'élèvera notre DidHonnaire Symbolique , ouvrage utile 
pour l'intelligence des Poètes & des Allégories, pour déchiffrer les monumen» 
liicroglyphiques des Egyptiens, & pour fe former de juftes idées du langage. 

G, Significations restreintes. 

Les mots n'ont pu être à l'abri des révolutions auxquelles font (ujettes tou-; 
tes les cliofes d'ici-bas ; ils en ont donc éprouvé de naturelles , mais inconce- 
Tables quand on ne peut fe rendre compte de leurs caufes. 

Entre ces révolutions , une des principales eft le mélange des prononcii'^ 
tions dans une même famille de mots , enforte que ceux dont elle eft com- 
pofce fcmblent appartenir à des familles abfolument différentes , ce qui eft 
un vrai cahos : nous avons difcuté cet objet dans le plus grand détail dans 
nos Origines du Langage U de l'Ecriture , ce qui nous dtlpenfe d'en parler 
ici plus au long. 

Mais nous ne (aurions omettre les révolutions qu'éprouve un mot lorf- 
tju'ayant été employé dans un (êns très - étendu , ou qu'ayant été pris en 
.bonne part , il ne lè prend plus que dans un fens reftreint ou en mauvaife 
part. 

Dans la première claftê , ou entre les mots qui , après avoir eu un fens 
très-étendu , ont été jrelTerrés à un Cens particulier , on peut metcr» la plus 
^r ande partie des mots conlàcrés par la Religion. 

EgliJ'e , fignifioit auparavant aftemblée , convocation. Prêtre , vieillard. Evé- 
lue. Surveillant. Pape, Père, Papa. Concile, Affemblée de vieillards. Légat, 
£nvoyc. Bref ^■petite lettre. 

Dans l'Origine, tout lieu d'inftruftion s'appelloit Académie. Tout Savane 
:^toit Cadmus ou un ioleil. Un Empereur étoit tout Général viéturieux. Une 
Bulle, tout Diplôme. 

Entre les mots qui , après avoir été pris en bonne part , fe (ont pris en une 
mauvaife , on peut mettre AJluce qui , formé du Grec Ajln , Ville, défignoic 
dans l'origine la poliiefle des habiuns des Villes , leur finefle, leurs grandes 
pcrfedions. 

DiU, Etym, fn 



xc D I s C O U R S 

Vilain qui , formé de Villa, maifon des Champs , défîgnoit les habînmr 
^e la Campagne. 

Payens qui , fonné de Pagus, Contrée, Canton , ctoit le nom des habi- 
tans du Canton. 

Contagion ne fignifioit que contaû. Dimon, un Génie, un Etre divin.,, 
diftinguc par un iàvoir & par une puiflànce furnaturelle. 

Il n'eft point de Langue qui ne f'ourniire de nombreux exemples 
de changemens des mots relativement à l'un ou à l'autre de ces objets. 

J. S E KS NÉGATIF,. 

A toutes CCS caufès qui multiplient les dérivés d'un même mot, ajoutons- 
en une qui n'a pas peu contribué à dérouter les Etymologiftes, & dont nous 
avons déjà parlé ailleurs. C'eft que tout mot radical n'exprime pas feulement 
les idées pofitives relatives à un objet, à un point de vue dccerminé, mais 
qu'il défigne en même tems les idées négatives qui fe rapportent au même. 
objet; ce qui n'eft point étonnant, puifqu'on n'a pu peindre les idées néga- 
tives que par leurs rapports avec les idées pofitives qui font réellement les 
feules exiftances , les leules qu'on puifle peindre d'après elles-mêmes. 

Il n'eft donc pas étormant qu'on ne puifte indiquer aucun mot négatif 
dans une langue quelconque , qui ne tienne à un mot pofitif : tels font nos 
mots négatifs, rien, poine, goûte , néant y nul, pas, &c. Ces mots tien- 
nent tous à des mots pofitifs Latins ou François ; aux Latins rem, ens , iill'^, 
qui délignent une chofe, un être, l'unité; & aux mots François un points 
une goûte , un pas. Le Latin «^oto, pcrfonne , eft la réunion des deux mot^ 
non homo , nul homme : & nous avons déjà eu occafion de dire que le mofc 
perfonne défignoit dans l'origine un de ces mafqucs à travers Icfquels ïa 
voix devcnoit plus fonote,. 



m 



'P RÊ L J M 7 N Ai R E. jccj 

ARTICLEVL 

Des Tables qui terminent ce Volume & de quelques autres objets, 

§. I. 

EXPLIC AT ION DES TABLES. 

_2_,'Ord R Ed'après lequel les mots François font ciafTcs dans les DiAion- 
naires ordinaires, étant fans celle renverfc par la méthode que nous avons 
fuivie dans nos Origines Françoifes, nous avons cru devoir accompagner cet 
Ouvrage de deux Tables. Dans l'une , on retrouve par ordre alphabétique 
les mots dont nous avons donné l'Etymologie , avec l'indication de la co- 
lonne où l'on explique leur origine. La féconde eft un Tableau des mots ra- 
dicaux de la Langue Celtique , qui ont donné des dérivés à la Langue Fran- 
çoiie. Ces mots eux-mêmes font arrangés dans un ordre nouveau qui en fait 
jfentir les rapports. 

On voit d'abord les mots radicaux formés par les voyelles, enlùite ceux 
•qui appartiennent à chaque touche , en faifant marcher de fuite leurs diverfês 
intonations. Par cette divifion prile dans la Nature & commune à routes 
les Langues, on fè forme de celles-ci une idée infiniment plus Jufte. On voir, 
par exemple , que la feule Touche labiale qui comprend les lettres B & P, 
.& qui s'étend aux lettres F, V, M, a été la tige d'une prodigieufè quantité de 
mots, peut-être du tiers de la langue; & on n'en fera pas furpris, lorf- 
qu'on fê rappellera ce que nous avons déjà obfervé , que la touche labiale 
ett la plus mobile , la plus douce , n'exigeant que le fimple mouvement des ■ 
lèvres, & nous prêtant fbn fecours dès l'enfance, dès que nous fommes e» 
état de balbutier , de former le fbn le plus léger; il n'eft donc pas étonnant qu'on 
en ait profité pour défigner cette multitude d'objets utiles & agréables qui nous 
occupent dès l'enfance, & que ces noms fôicnt enfuitc devenus la fource d'une 
multitude d'auaes à mefurc que les idées fe développèrent. 

On verra en même tems par ce Tableau que les voyelles furent toujours 
l'origine des mots relatifs aux fèns ; & que de la valeur de chaque ton na- 
quirent une multitude de mors pinorefques , pleins d'énergie & très-bien 
alTorcis aux objets qu'ils furent dcflinés à nommer. Qu'ainfî , lorfque pour 
parvenir à l'origine des mots , on fe contcntoit de remonter à une langue 

m ij 



xcij DISCOURS 

plus ancienne , on reftoit à moitié chemin , puisqu'on étoit toujours en 
droit de demander d'où venoient les mots de cette Lan[;!;ue ancienne; c'e& 
à-peu-pres comme fi une perfonne voulant remonter à la fource de la Seine, 
s'imaginoit l'avoir trouvée parce qu'elle auroit remonté ce fleuve jufqu'au 
Port-à-^l'Anglois ou )uiqu'à Montereau. On connoiflbit à la vérité -le tapport 
des Langues qu'on avort comparées & leur defcendance Pune de l'autre : 
mais rien de cela ne conftitue l'eflence de l'Art Etymologique, & c'cft cepen- 
dant cette méthode tronquée , /ans énergie, oij les mots étoient (ans celTe 
ifolés , qu'on honoroit de ce beau nom. 

Ces Tableaux offrent aufïï un phénomène relatif à la formation des mots,, 
qui porte fur leur mafle entière, & dont cependant on n'avoir aucune idée r 
9 répand un fi grand Jour fur la fcience étymologique, que nous ne pou- 
vons nous difpenfer d'entrer dans quelque détail à ce fujet. 

Nous avons toujours pôle en fait, & on vient de le voir, que chaque con- 
fonne avoît une valeur propre & inhérente dont on n'a jamais pu s'écartec 
& qui a été l'origine d'un grand nombre de mots ; mais lorfqu'on eût épuifé: 
les mots qu'on pouvoir dériver d'une confonne en la faifant fuivre ou prccédet 
de toutes les voyelles, il fallut emprunter le fecours des confonnes pour éten- 
dre ces dérivés. 

Ainfi, après avoir formé de la lettre L défignantle lieu , avec idée d'élé- 
Tation,les mots /^^ Le y Li , Lu, Sec. AL , élevé: EL, lumière élevée; OL ^ 
qui s'élève, qui croît; on forma des premiers de ces dérivés une foule; 
d'auyies en joignant à leur fuite les autres confonnes , en formant, par exem» 
pie, des mots en Z.dc„ ^^d, Lag, Lam , Lap , &c. toujours relatifs aux mê- 
mes idées générales. 

Quant aux dérivés qui commençoient par une voyelle , tels que KL ^ 
EL, OL, on en forma d'autres dérivés en les fàifint précéder au contraire da 
toutes les autres confonnes: en di/ant ^<zZ> élevé, faL, tour, ciel; maL, afTem-^ 
blée; waL y rempart, &c. 

On alla encore plus loin ; car on varia tous ces mots par de nouvelles ad^ 
ditions de voyelles ou de confonnes qui formèrent de nouveaux dérivés tou»> 
jours fubordonncs aux premiers. 

On voit ainfi que pour c'affer les mots fùivant leur étymologie , il ne faut 
Brès-fouvent fiire attention ni à la première ni à la féconde ou à la troifiéme- 
lettre, mais à la quatrième lettre ou à la féconde confonne : & qu'il ne faut 
fas être étonné fi plufieurs mots commençant pat dijSèreoces conTonneî, pré?^ 



'PRÉLIMINAIRE. xciij 

femoient des Tens analogues , puifqu'ils appartenoient à une feule & même 
famille défignée par la lêconde confonne cxiftaote dans tous ces mots. 

Pourquoi nous nous fommes arrctés à la Langiu Celtique. 

On fera peut-être furpris que parlant fans cefle de la Langue primitive , 
nous nous foyons bornés à dériver les mots François de la Langue Celtique' 
& que nous ne les ayons pas conduits jufques à leur fource, jufques à la 
Langue primitive. Diverfes confidérations juftifieront k méthode que nous 
avons fuivie à cet égard. D'un coté, la Langue Celtique peut être conlîdé- 
rée comme la Langue primitive de l'Europe , puifqu'elle fut la tige de fe» 
Langues anciennes : d'un autre côté » en rwus arrêtant à la Langue Celtique^ 
notre but étoit rempli, puifque les Origines Françoifes étoient rétablies. Ce 
que nous surions dit de plus , auroit donc eu pour objet la Langue Cel^ 
tique elle-même ; mais dcs-lors nous ferions fbrtis de notre plan aéiuely &* 
embraflant trop de matières , il en feroit réiûlté la plus grande confufion , dé-« 
faut effentie! à éviter en tout ouvrage , & fur-tout dans ceux qui font di* 
genre dont nous nous occupons icL 

Ce qui regarde les Origines de la Langue Celtique trouvera fà place pïu^ 
naturellement dans les Diétionnaires comparatifs où nous ferons voir les rap- 
ports de cette Langue a^'ec celles de l'Orient , afin que ces rapports nous-' 
conduilent enfin à la Langue primitive, & que chacun puifle s'aflurer d&* 
ion exifïence & de fa nature. 

Nos Lefteurs verront même d'avance par ce Volume ce qu'on peur" éf^- 
pérer à cet égard , puifque nous avons fréquemment comparé nos familles- 
Françoifes & Celtiques aux Familles Orientales \ & que très-fouvent encore" 
nous avons fait voir l'Origine de ces Familles & comment elles prirent Icitf 
lôurce dans la nature même de l'inltrument vocal & dans {es rapports avec-" 
Jes Etres qu'on vouloir déiîgner par des noms, 

§. j. 

Diâionnaiu Etymologique des Sciences & des Arts.- 

Nous ayons vu que le Didtionnaire des Peuples policés renfermoit toiii^- 
jburs une mafîe très - confidérable de termes relatifs aux Sciences & aux Arts v 
,ee«e. roaiïe. eft immenfe dans la Langue Françpife : on n'en doit pas être fktf=-- 



xcir DISCOURS 

pris, vu l'ardeur avec laquelle la Nation Françoife cuirive les Arts & les Scien- 
ces; & Us progrès rapides qu'elle ne cefie de faire à cet égaid. Mais plus cecte 
maffe de mots efl confidérable , moins nous avons cru devoir nous en occuper 
en traitant des Origines Françoifes ;• ces mots n'appartiennent d'ailleurs pas 
plus «n quelque forte à la Langue des François qu'à celle de tout autre Peuple: 
& ijous aurions craint que cette augmentation d'objets ne jettât de la con- 
fùfion fur les Origines Françoifes & n'en diminuât l'intcrct. 

Mais fi le Public daigne accueillir favorablement ces Origines , nous nous 
ferons un devoir de remplir nos engagemens , en failant paroître ce Dic- 
Donnaire Etymologique des Sciences & des Arts de la manière la plus com- 
plette qu'il nous fera poflîble , & en même tems la plus propre à en feciliter b 
connoiflànce aux Jeunes Gens, 

§• 4' 

Mots fur annés. 

Il n'exiftc aucune Langue qui ne renferme des mots qui ont ceffè d'être 
Iiors d'ulâge , eu qui lonr devenus fi furannés qu'on n'ofe plus s'en lêrvir : la 
Langue Françoife en contient peut-être plus qu'aucune autre : les Etrangers 
auront , (ans doute , peine à 'croire que Corneille, Molière & nombre 
d'Ecrivains du Çicde de Louis XIV, font remplis de mots abfolument hors 
<Fufage & dont on ne peut plus fe fervir. Ces mots arrêtent toujours les Au- 
teurs des Didionnaires : nous avons cru devoir prendre un Jufte milieu à cet 
égard ; & (ans remonter à l'Origine de nos vieux mots recueillis par Nicot, 
par Caseneuve, par Borel, par ME^4AGE, par Du Cange & par fon Continua- 
teur, & peur ne pas empiettcr lur le beau travail de M. de Sa inte - Pal aye, 
flous nous fommes contentés de rendre compte d'une partie des n-.ots de cette 
çlpéce qui le trouvent dans nos Didlionnaires François modernes , afin de 
fcire connoître avec quelle Êicilité on ttouveroit également l'Origine de tous 
îes autres, 

S- j. 

'Des Etymologijles François» 

On comprend fans peine , d'après l'expofé que nous avons feit de notre 
inéthode & de la nature de nos recherches , que nous n'avons pu tirer prcf- 
qu'aucun fecours des E:ymologi(les François qui nous ont précédé : la route 
iquils fuivoient, la pçiYaiion totale de prijicipes furs , leurs vues refferrces, l'ex- 



PRÉLIMINAIRE. xcv 

eifufîoiî qu'ils donnoient à la Langue Celtique , rout les écarroit du bon che- 
min, & faifoir de leurs recherches un cahos. Quelquefois cependant, nous y 
avons trouvé des Etymologies heureufes & nous leur en avons fait honneur 
avec emprefTement. Quelquefois nous avons trouve des Etymologies capables 
de faire illufion ; nous avons cru devoir les relever , du moins en partie , 
pour ne pas donner à cet Ouvrage le ton froid, monotone & Êiftidicux d'unfr 
im<iucieu(ê critique.- 

§. 6. 

explication des mots. 

Nous nousfbmmes fait un devoir d'accompagner d'une explication les mots? 
dont nous donnons l'origine : cette portion de notre travail n'étoit cependant 
pas la plus aifce : il efl: très-difficile de définir, fur-tout quand on n'a qu'un 
ehamp trcs-reiïerré , & qu'on eft entraîné par un objet diffèrent 5c plus étroi- 
tement lié à un pbn général : nous ofons néanmoins nous flatter que nos 
Lefteurs trouveront que nous avons fouvent réuffi d'une manière intcreflânte;' 
& que nos efforts à cet égard leur paroîtront d'autant plus utiles, que nous nouS' 
fommes fans ceflè aftreints à découvrir le (êns propre de chaque mot. 

Nous iiififlons d'autant plus là-deflTus, que cette connoiflânce eft la clé du"' 
langage, puifque c'eft de ce fens que dépend la force ou l'énergie des mots:: 
au point qu'il eft impoflîble fans cela de lentir la beauté ou mcme de fe for- 
mer une idée Jufte & exafte de cette prodigieufe quantité de mots métaphori- 
ques & figurés que renferment les Langues. Nous efpérons même que cet" 
avantage paroîtra afièz intéreflant au Public , pour qu'il nous fafte grâce dans 
\ts occafions où nous n'aurions pas défini les mots d'une manière auffi nette ,> 
auffi lumincufc que nous l'euffions nous-mêmes défiré.- 

S. 7- 

Sur rOnographe. 

Il ne nous refte plus qa'à rendre compte de quelques objets relatifs à TOr-- 
Kigraphe. Preique dans tous les cas nous 'avons fiiivi l'Ortographe ordi-- 
naire , penfànt qu'en général il n'y faut point faire de changement , parce' 
qu'elle fait une partie fi efTentielle des mots, qu'en la changeant, on ne 
les reconn.oit plus. Nous croyons même qu'en général il eft in«tile d«' 
changer l'Ortographe leUtivement à la prononciatton des yoyeUes , p.aife" 



xcvj DISCOURS 

qu'il eft fbuvent impoflible de peindre exadement ce«e prononciation, ic 
<]ue d'ailleurs rien n'eft auflî changeant , aufïi variable ou inconftant que la 
prononciation Françoifê. 

Mais ce que nous difons ici , borné en quelque (orre aux Voyelles , ne de- 
vroit peut - être pas s'étendre juiques aux lettres qui font ablblument oiGves, 5c 
que nous ne prononçons jamais ; telle que la lettre H à la tête des mots noa 
aQjirés, & cette même lettre à la fuite du T. 

Nous ne voyons aucune railon pour la conferver dans ces deux cas ; Si. 
nous en voyons beaucoup pour la fupprimer. N'eft -il pas abfurde d'avoir 
des mets écrits également parla lettre h , dont les uns s'afpirent, tandis que les 
autres ne s'afpirent pas î Pourquoi mettre à la torture en pure perte, les jeu- 
nes gens Si les étrangers pour Ce rappellerles cas où h eft afpiré , &ceux où it 
n'eft pas afpiré î pourquoi conferver une Ortographe qui n'eft bonne qu'à emr 
tarrafler i 

Pourquoi les François Ce piqueroient-ils de confiance fur un point auflî 
ridicule; ne Ce fbumettront-ils à la routine que lorfqu'il fîudroit la fecouer î 
Que ne profitent-ils de l'exemple d'une Langue voillne, & oui fit fl long- 
tems leurs délices : la Langue Italienne ! elle a fait main-baffe lur ces H inutiles. 
Il eft vrai que cette lettre exifte dans les mots Latins correfpcndans à ceux là : 
mais que nous importe l'Ortographe Latine? Si nous vouions la conferver dans 
ce point, pourquoi l'avons-nous rejettéc en tant d'autres 1 & fî nous avons eu 
le bon efprit de nous en écarter en une multitude d'occafîons, pourquoi la 
garderîons-nous dans des mots eu elle n'eft pas plus utile i 

D'après ces motifs qui nous paroiflent dignes d'être pris en confidération , 
nous avons fouvent fupprimé la lettre H à la fuite du T : & nous avons tranf^ 
|>orté à la lettre ^ , les mots en HA , dont le H n'eft pas afpiré , avec la pré- 
caution d'accompagner cette nouvelle Ortographe de l'ancienne ; par ce 
moyen, l'efprit s'accoutume infenfiblement à l'Ortographe nouvelle, & il n'eft 
plus étonné enfuite de la trouver feule. 

Mais dans l'idée que ces exemples fuffifoient pour fonder le goût du Pu-« 
blic , nous avons refpefté l'uiâge à l'égard des autres mots en H. 

Ce que nous avons dit fur cette lettre peut s'appliquer de même au ca- 
jaftere <I1E, prononce comme un E (împle. On ne peut indiquer en fa faveur au- 
cune autre raifon que l'ufàge; mais déjà on l'a opprimé dans le mot économie. 

Pourquoi ne le fupprimeroit-on pas dans d'autres mots tels que/œar , bœuf, 
vœu , &c. avec la même précaution de réunir dans les commencemeus les deux 
Ortûgrapbes \ 



PRÉLIMINAIRE. xcvlj 

§. 8. 

Ohfervations miliest 

\. Quoique l'enfemble de nos Origines Françoifes ait ccc dirigé d'après les 
mêmes vues & la même méthode , nous avons cependant diverfitic \\ nijr..he 
■que nous avons tenue à leur égard. On s'appercevra aifémcnt que dans les 
commenceniens nous avons confidcré les mots d'une manière plus ifolée , & 
que nous avons fait un plus grand ufage de nos anciens Auteurs & de nos 
dodaires : que nous avons ciré plus fréquemment les Loix Saliques , les For- 
«lules anciennes , De Lauriercs, Du Gange , nos vieux Poètes , &c. Que nous 
înfiftions moins fur les rapports des Familles des mots Celtiques avec les mots 
Orientaux ; & qu'à l'égard des mots venus du Latin ou du Grec , nous nous 
réduifions à montrer leurs rapports avec ces deux Langues: mais qu'à mefure 
que nous avons avancé dans la carrière , nous avons remonté avec plus de 
loin aux rapports généraux des Langues ; nous avons eu moins d'occafion par 
confcquent de citer nos anciens Auteurs : nos liftes de mots venus du Latin 
& du Grec ont été beaucoup moins chargées : qu'ainfi nous avons empiète 
davantage fur nos Dictionnaires comparatifs ; mais on en acquiert des idceJ 
plus exades & plus intéreflàntes fur l'Origine des Langues & fur leurs 
rapports. 

1. Les Familles Fra'nçoifès de ce Volume prouveront de la manière la 
phas folide & la plus convaincante un principe que nous avons dcja eu oc- 
cafion d'établir, qu'on ne doit faire aucune attention aux voyelles pour re- 
trouver les rapports des mots , puifqu'il n'eft aucune de ces Familles qui n'aie 
formé des dérivés en s'afTociant à toutes les voyelles: vérité dont on s'affurera à 
chaque page , & dont offrent des exemples nombreux toutes nos Familles de 
mots , telles que Bal , Ban, Cab , Car, Fal &'c. 

}. Ces Familles prouveront également la vérité de ce que nous avons 
kvancé fut le petit nombre des mots radicaux de chaque Langue. En ]ettanc 
les yeux fur le tableau des racines de la Langue Françoife, indépendamment 
<ics Onomatopées , on trouvera qu'il s'en faut de beaucoup qu'elles mon- 
tent à 400 , peut-être même ne vont-elles pas à la moitié, puifque les lettres 
B & C qui font fî abondantes, en fournirent au plus, l'une dix , l'autre quinze; 
que la lettre R n'en a qu'une demi -douzaine & que plufieurs n'en ont guères 
plus. ' ' 

4. Elles prouveront également combien les François eux - mêmes ont 
Dicl. Etym, n 



xcviij 'DISCOURS 

fubfticuc les confônnes les unes aux autres , changeant B enP,C en Clf,' 
I en G , V en Gu, ILL en Y , L en U, &c. comment ils ont fans ceife ôté le* 
T , C , G , &c. du milieu des mots ; Se avec quelle prcdileftion ils y ont in- 
féré la lettre R, 

5, Nous avons fans cefTe cité les mots Latins à l'ablatif, parce que c'eft 
leur cas primordial, comme nous l'avons démontré ailleurs : mais nous avons 
eu foin de l'accompagner du nominatif , afin d'être entendu: il feudra ce- 
pendant que l'ablatif marche (bavent le premier dans nos ctymologies La-- 
tines , mais on y fera déjà accoutumé , <5<: d'ailleurs on verra cette Langue Ce 
rapprocher beaucoup plus par-là du François, de l'Italien Se du Latin primiti£ 

(}. Les principes que nous avons eu l'avantage de fuivre, ne nous onc 
pas feulement fourni des moyens fimples & fûrs de nous ouvrir une marche 
nouvelle à l'cgard des étymologies Françoifès , mais aufll à l'égard d'un grand 
nombre de mots de plufieurs autres Langues , même pour celles de l'Orienta 
7, Nous ofons nous flatter qu'un grand nombre de nos étymologies pa- 
roîtront intéreHantes par elles-mêmes , indépendamment de leurs rapports 
avec les Familles générales dont elles font partie. Les unes rendent rai(bn dut 
nom de diverfès Villes ou de divers lieux , & (ouvent d'une manière di- 
redement oppoice à celle dont on les envifageoit. C'eft ainfi qu'on y voie 
que les Villes de BrignoUs & de Cerafonu durent leurs noms, à leurs fruits» 
& non ceux-ci à ces Villes; que MiLet dut le fien à fes laines :que le Pelu- 
che Gouet tira fon furnom de fes couteaux appelles Goy. 

On y voit que les noms relatifs au Blâfon font la plupart venus de l'O- 
rient, & que tous nos noms de nombre onc eu une Origine conftammenc 
fondée fur leur nature. 

Ces Origines prouveront aulTi que fi l'érymotogie de tant de mots François 
s'étoit refufée à toutes les recherches , c'eft qu'on n'avoir jamais été à même 
d'appcrcevoir les caufes qui en avoient altéré la forme : on en peut voir des 
exemples firappans dans les mots Ahfé, Amadou, Ardoife, Brocanteur, Borgne^ 
Boulevard , Cayeux , Calquer, Charivari, Chamade, Conte, Coûter, Coucher» 
Croire, Davier, Efclave, Efquifte , Etoffe, Efcamorer, Forge, Gauche, Gerbe, 
Gruyer , Gaze, Halebarde , Harlequin , Hochet , Hiftoire ^Hazard , Lofànge^ 
Laque , Marguillier , Mafcarade , Mouton , &c 

Quelques-unes de ces Origines font relatives à quelque trait d*Hifloirc oit 
a Ats ufâges Nationaux, telles , Bandit , Brandon , Bouriquc , Bon-chrética 
«{pèce de poire, Cagots, Cheydu, Chiteau-d'eau^Croquaiis^ Huguenot, 
JLabarum » && 



PRELIMINAIRE, xcîx 

On y verra auffi que nos prépoficions à la fuite defquellcs nous mettons ac- 
tuellement, de ne s'en feiloientpas accompagner autrefois. 

Dans le bouleverfement que cet Ouvrage a faitefluyer aux mots François, 
il ne (èroit pas étonnant que nous en euflions omis quelques-uns, & que 
nous en ayons répété quelques autres fous des familles différentes: c'eft ainfi 
que fans nous en appercevoir nous avons répété deux fois les mots lais &C obfcur 
en leur donnant chaque fois une étymologie différente , mais dont la der- 
nière eft préférable à la première. 

Nous efpcrons que nos Lecteurs voudront bien nous pardonner ces légè- 
res taches & nos autres erreurs , en confidération de notre vif défir de 
leur plaire > & des foins qu'exige un pareil fujet pour y mettre quclqu'ordre 
&C pour y faire trouver quelqu'intérêt. Nous recevrons d'ailleurs avec une vive 
reconnoilTànce toutes les remarques , avis 6c correâions dont on voudra bien 
nous ^ire part &c que nous nous emprefferons de communiquer au Public. 



EXPLICATION DU FRONTISPICE, 

\j ti Didionnaire de mots ne paroît pas fufceptible de planches : nou« 
avons cependant cru faire plaifir à nos Soufaipteurs , en accompagnant no9 
Origines Françoîfès de deux gravures qui ont une étroite liaifon avec ces 
Origines, & qui ne peuvent qu'intéreffer par leur objet & par leur exécution. 
De ces gravures , l'une repréfente an Puy d'amour. , c'cfl; le FrontiJpice ; l'au- 
tre ou la Vignette, le moment où Loais le Germanique à la tête de fon armée 
& les Généranx de fon frère CnARLEs-le-CHAuvE , fcellent d'un ferment fo- 
lemivcl, leur nouvelle alliance; ferment dont on nous a confervc les paroles & 
quieft le plus ancien Monument connu de la Langue Françoife. 

Ceft aux Puys d'amour que cette Langue doit une partie de /à perfedion 
& nos Académies d'Eloquence & de Pocfic, telles que les Jeux Floraux de 
Toulouiê , leurOrigine. Les Puys d'amour étoient mï€ Aflèmblée composée 
de perfônnes des deux fexes les plus diftinguces par leur e(prit, & deftinée à 
juger les Poe tes & les Troubadours. 

» Aux Puys d'amour s'aflèmbloienr , »* dit NosTnADAJirtjs dans (on Hiftoirc 
des Poètes Provençaux, « tons les Poètes , Gentilshonimcs & Gentilsfemmes 
»» du Pays , pour ouir les définitions des queftions & tenfons d'amour qui y 
«' étoient propo(ees &: envoyées par les Seigaeurs &: Dames de toutes les 
w marches fie contrées de l'enviroii » 

n ij 



G ^EXPLICATION' 

Dans cette ademblée , les Poètes li(bient leurs vers , & le Chef du Tribu- 
nal remettoit lui - même au vamqueur la Couronne qu'il tenoic en fes 
siâins. 

C'étoit l'amour qu'on diantoit dans ces fiécles galants & dévots, & la Damr 
pour laquelle on ctoit enflammé : ainfi le prix remporté honoroir autant I* 
dame vertueule qu'on avoir chantée , que le Poète même qu'elle avoir infpiré; 

De-là nailïôient divcrfes conteftations dont le Prince du Puy ctoit oblige 
dé connokre , & fur lefquelles on trouve des détails intcredàns dans les. 
recueils de ces anciennes Pocfies fous le nom de Tenions & deux Partis. 

Ce n'en: donc pas d'aujourd'hui qu'on connoît dans ce Royaume ce que 
peut pour la perfeâ:ion des connoifTances , le concours des perfonnes des- 
deux fexes : mais s'il produifit alors de fi grands effets, que n'en doit-oa 
par clpérer dans ce moment où (ous la protcftion d'un Monarque bienfailânr ,. 
un pareil exemple fe renouvelle , non en Éiveur d'un amour platonique ou 
d'une mctaphyfique inintelligible, mais pour la perfeûion de l'Agriculture & 
des Arts les plus utiles , & où comme alors les Gentilshommes & Its Gentils- 
femmes cio-^twx. ne pouvoir faire un. meilleur emploi d'une partie de leurs. 
licHefTes.! 

Dans le Champion des Dames , Manufcrit in-folio en vers & qui eft à lac 
Bibliothèque du Roi N° 7x10, on trouve une reprcfentation en mignature d'un- 
Puy d'amour; mais le champ en eft fi petit & la manière fi féche , que nous 
.n'avons pu en tirer aucun parti. La vafte & fiiperbe colleftion des Mo- 
numens Nationaux que renferme cette même Bibliothèque , ne nous a. 
rien offert dans ce genre ; ce qui n'eft pas étonnant , la peinture étant alors 
ail berceau. Quant au coflumc de notre Frontifpice, c'eft celui qui fut en 
ufaj^e (bus les règnes de Charles V. &: de quelques-uns de les defcendans , tems- 
oA. ces Puys étoient dans toute leur vigueur,, 

On trouve dans nos anciens Poètes des pafTages relatifs aux Puys d'amour ;. 
•M.M0UCHET a bien voulu nous en communiquer quelques-uns. 

: - lilî Beau m'eft del Pci que je vois reftoré.. 

Poiir foQenir amour , joie & jovent 
Fu eftablis; & Je jo'.ie^é 
En ce le voil eiïaULhier boinementi 
► .... M'en fait 'cotTsmandcment: 
Amors qui m'a en ul lieu afcni ■ 



DU FRONTISPICE. c| 

Où je plus voi ma mort que ma famé ,■ 
Si je par li n'en ai alégement. { i ) 

Bretel , ma cançon envoie 
Vos 2! , por cou que foit oie 
Au P u I devant la gent jolie, (i) 

Dame d'Artois, ComtelTc d'honorance ;■ 
Oez mon chant que j'ai au Ppy chantay : 
Et fi vos proi qu'adès en léautey 
Servez amors; c'eft ce qui plus avance. ( 5 ) 

Quelquefois , on fe plaignoît du Jugemenr du Puy d'amour ; c'étoït donc' 
alors comme aujourd'hui ; & qui ne fe plaint pas de fes Juges quand il erf 
eft condamné î Voici un Poète qui dit naturellement , que Ci ce n'étoic pouç 
fanwur de fâ Dame , jamais il ne réciteroit de chanlbn an Puy d'amour. 

Se che n'eftoit pour ma Dame honerer , 

Jamais au Puy ne diroie chançon. 

Car j'en voi ciaus fovent l'oneur porter •, 

Ki de chanter ne fevent un boton, 

Li Juge font leur grant hontage 

Ki pour parent, ne pour grant SigneragO' 

Donent à ciauf li courone & l'onor 

Ki ne fevent trover ne ke pas tour. ( 4 ) 

0e même que les Académies modernes d'Eloquence propofent des fujets fàcré* 
pour leurs Prix , ainfi ces Anciens Puys d'amour propofoientauflî des Prix pour 
la meiHeure pièce de vers en faveur de la Dame des Cieux, fùr-tout dans le 
lems où l'on difputoit fi'vivementfur l'Immaculce-Conception. De-là le Puys- 
de /a Conception à Dieppe, à Rouen & ailleurs.- 

On y lifoit des Chants Royaux, des Balades, des Rondeaux, mcme des 
Epigrammcs à l'honneur de Timmaculée-Conception ,& on y diftribuoit dit- 
fcrens prix. En 1^3 3. au Puy de la Conception , qui fc tint au Couvent 
des Carmes de Rouen, on donna une palme pour prix du Chant Royal, & 
un lis pour le débatu : une roje pour la Balade ; un chapeau de lauritr' 
•pour l'cpigramme héroïque & pour le Rondeau. 



<•») Vilains d'Aras, avant ijoo.- 

(•î) Mahuis de Gant, avant 1300. 

f î) Lambert de Ferris, avant i3cio.- 

U) Jebant de Renti, même temsi Foëtc certainement Picard«> 



cîj EXPLICATION 

C'eft un Puy d'amour qui, fous le nom de Jeux Floraux, fut établi i 
Touloufe au commencement du i 4^ Siècle , en y invitant tous les Trou- 
badours de Provence, du Languedoc, &de la Catalogne. Clémence Isaure, 
Dame de condition , légua vers le milieu du XVI^ Siècle la plus grande 
partie de fon bien pour les frais des prix qui confiftoient en fleurs d'or ou d'ar- 
gent , une violette pour le premier prix, une cglantine & une fleur de foucî 
pour les deux autres. Celui qui les remportoit tous trois étoit Dodleur en Gaie 
fcience , & qui n'en remportoit qu'un n'étoit que Bachelier. Et c'eft en vers 
qu'on demandoit & qu'on accordoit ces grades. Le premier Pocte couronne à 
ces Jeux , fut Arnaud Vidal de Caftelnaudary , en i j 24. Il eut la violette d'or. 

Ces Prix littéraires avoient déjà été en ufage chez les Anciens, & fous le 
inême nom. On célebroit à Rome des Jeux Floraux dans lesquels on repré- 
fentoit des Comédies & oii l'on accordoit par-là même b palme au meilleur 
Poète. 

Quant au nom de Puy , il tient à la même Famille que le mot apuy , en 
italien poggio , en Latin-barbare PoDio , formés du Celte Pod , élévation , 
Tribune , Tribunal. Ce font des branches de la Famille podô en Grec , PtiU 
en Latin , Pied en François , qui préfentent tous la même idée. 



EXPLICATION DE LA FIGN ETTE. 

JLi ouïs le Germanique , 5: CnARLEs-le-Chauve Roi de France , petit* 
Fils de Charlemagne , fe réunilTant contre leur frère aîné l'Empereur Lo», 
THAiRE , firent en 841 , à Strasbourg un Traité de 'p^^ix dans lequel ils con- 
vinrent de fe (ècourir mutuellement & de défendre leurs Etats refpedife avec 
le (ècours des Seigneurs & des Vaflaux qui avoient cmbralTé leur parti. Du 
coté de Charles étoient les Seigneurs Habitans des Gaules devenus Fran- 
çoisj & du côté de Louis, les Seigneurs Francs Orientaux ou reliés Germains, 
Les premiers ne parloient plus que la Langue Romance; les autres avoient 
conTcrvé la Langue Tudcfque. Louis fut donc obligé d'emprunter la Langue 
des premiers pour être entendu de l'armée de Louis. Quant aux Généraux , 
ils s'énoncèrent dans la Langue qui leur étoit propre. Nous (ômmes redeva- 
bles à NiTHARD , Seigneur François du parti de Char!es-le-Cliauve , de I* 
confervation de ces fermens dans leur Langue originale; monument d'au- 
tant plus précieux, qu'on nç counoît rien de çlus ancien en Langue Rcm 
mance» 



DE LA VIGNETTE. cîfj 

Tel fut le Serment de Louis le Germaniquet 

Pro Deu amur & pro Chriftian poblo & noftro commun (âlvamenr l 
dift di en avant , in quant Deus fàvir & podir me dunai , fi falvarai jo 
cifl: meon fradrc Karlo* & in adiudha & ia cadhuna cofà fi cum ora 
per dreit fon fradre falvar dift in o quid il mi altrefi fazet , & ab Ludhet 
nul plaid nunquam prindrai qui , meon vol , cifl: meon fradre Karle in 
damno fit. 

» Pour Pamour de Dieu & pour le Peuple Chrétien & notre cpmmun la- 
m lut , de ce jour en avant , autant que Dieu m'en donne le favoir & le pou- 
*> voir , ainfi (àuverai-je ce mien firere Charles & lui fcrai-je en aide dans 
j» chaque chofe , ainfi qu'un homme doit iàuver fon frère félon la jufl:ice , en 
» tout ce qu'il fcroit de même pour moi ; & avec Lothaire nul accord jamai* 
» ne ferai qui par ma volonté foit nuifible à ce mien frère Charles. 

Serment des Généraux de Charles- le- Chauve. 

Si Lodhuigs ^grament que (on fradre Karlo jurât , confervat ^ & Karlti» 
jneos (endra, de fuo part nou los tanit , fi jo riturnar non lint pois , ne jo , ne 
neuls cui jo recurnar int pois, in nulla aiudha contra Lodhuwig nun li iuer. 

" Si Louis obferve le ferment que fon frère Charles jure, & i]ue Charles mort 
» Seigneur de fa part ne le tienne, fi je ne puis l'en détourner,ni moi ni aucuns 
I» de ceux que je puis détourner , iie ferons à lui en aucune aide contre Louis* 

M. BoNAMY a commenté les mots de ces deux fermens ( i ), pour faire 
■»ûir qu'ils (ont dérivés du Celte : M. Bullet, pour faire voir qu'ils viennent 
du Celte (i): M. Duclos (3), pour prouver que la Langue Romance 
avoir déj* autant de rapport avec le François qu'elle forma qu'avec le Latin 
dont elle defcendoit. Tout cela doit être, Ci nos principes font vrais, pui(^ 
Qu'ils tendent à prouver que le Latin & le François defcendent du Celte. 

Ajoutons que ces fefmens s'éloignèrent beaucoup de la Langue Romanctf 
& fe rapprochèrent de la Langue Latine, parce que leurs Auteurs voulant (ai-» 
fit une occafion aufll brillante de faire connoltrc leur goût & leurs connoiP 
Éinces f crurent ne pouvoir mieax y parvenir que par le ftyle Latin-Barbar© 
qui règne dans ces (ermenSi^ 



T « r 



(t) Méra. des Inf. T. XXVI. 

ta ) Dift. Celt. Difc. Prélim. T. t, 

«$] Méffl. des M<iU T. XVil^ 



ClV 



-ïï-ff feTnrr-incttgig: 



ISEZIOl* 



EXPLICATION d(s Noms abrégés des LANGUES dont on a fait ufage 
dans les ORIGINES Fbunçoises. 

Idiomes François, 

Angevin. 



dTlLLI. 


\ 


Allemand. 


Allem. 


5 




Angl. 




Anglois. 


Anglo-Sax, 




Anglo- Saxon. 


Ar. 




Arabe. 


Arm, 




Arménien. 


Bas-B. 




Bas- Breton. 


Bafq. 




Bafque. 


Celt. 




Celte. 


Chald. 




Chaldéen. 


Chin. 




Chinois. 


Corn. 




Cornouaillien. 


Dan. 




Danois. 


Eth. 




Ethiopien. 


Efp. 
Efpag. 


\ 


Efpagfiol. 


Franc. 




François. 


Vx Fr. 




Vieux François. 


Gall. 




Gallois. 


Gr. 




Grec. 


Gr. barb. 




Grec barbare. 


Groenl. 




GroenlanJois, 


Hebr. 




Hébreu. 


Irl. 




Jrlandoit. 


M. 




Iflandois, 


It. 




Italien. 


Lang, 
Langued. 


X 


Languedocien. 


Lat. 




Latin. 


Anc.-Lat, 




Ancien Latin. 


Lat. b. 




Latin-barbare, 


Or. 




Oriental. 


Perf. 




Perfan. 


Sued. 




Suédois. 


Syr. 




Syriaque, 


Theut. 




Theuton. 


Vald. 




Valdois, 



Franc- Comtois. 



Normand. 



Breflan. 

BourguignoB. 

Fr. Ct. 

Haynaut. 

Lorrain. 

Maine. 

Meffm. 

Norm. 

Nivernois. 

Peiigourdin. 

Picard. 

Quercy. 

Autres Langues citées dan* 
ce Volume. 
Amérique Méridionale 
Algonquin. 
Caçafbe, 
Virginien. 

Albanois. 

Cimbre. 

Copte. 

Ecoflbis. 
Egyptien. 
Efclavon Ô-Jes i'iaUUtsl 

Carniolien. 

Lufacien. 



Polonois. 

RuflTe. 
Etrufque. 
Finlandois. 
Franc. 
Géorgien. 
Gothique, 
Grec-Dorien. 
Grec-Eolien. 



Japonois. 

Indien & fet dialt% 

Malabare. 

Malayen. 
Navarrois. 
Ofque. 
Phrygien. 

Runique. "g 

Tartare. 
Thibet. 
Turc. 



DICTIONNAIRE, 




kcn^iffr t»it 



: U '^f(''Tt*KXtrt_^'. 



iDICTIONN AIRE 

È TY MO LOG I QU E 

DE LA LANGUE FEAMÇOÏSE. 

MOTS FRANÇOIS-CELTES^. 

ou D É R IV É'S DU C E L T I (lU E, 

A 

£^ , premier Son vocal , première { fèns , i ". comme yerh r 



Lettre de l'Alphabet, & qui ^aut 
UN dans les Alphabets numériques: 
ildcfigna, par 'conféquent, celui 
qui eft le premier, le Maître, le 
Propriétaire ; &: par là même i'. la 
propriété, la polTeOïon , la qua- 
lité d'A-v<,tr. Il s'emploie dans ce 
Di3, £tym. 



Il Ay Jye^ y Ai, 

2». Comme Prépofîtion , qui 
marque le rapport de poflèfïïon, 
de propriété : 

Cela eft A lui. 

C'eft un mot primitif & commuo 



DICTIONNAIRE ET YMOL. 



* 



aux Celtes de même qu'à toutes 
les Langues qui en font defcen- 
dues. 

Voyez Monde Primitif : Plan 
génér. & raif. i°. Orig. du Lan- 
gage £• de r Ecriture, 

A B 

ABEILLE , Mouche à mieL Ceft le 
Latin Ape , dont nous avons fait 
Abeille ; comme de Sole , Soleil i 
Se d'Aure , Oreille. 

Ce mot s'eft prononcé & écrit 
de diverfes manières v£/»j, Ape, 
Appelle j Aveite , Aveille, Aboïlle , 
&c. Il eft commun aux Langues 
delcendues de l'ancien Theuton. 
En Anglo-Saxon , Beo ; en Anglois , 
Bee , prononcé Bi jcn Flamand, 
Bie ; en Suédois , By ; tn Illan- 
dois , Bec , Beach , &c. : en Alle- 
mand , qui fe nazala, Biene. Il 
vient donc du Celte Beo, tjw , 
nourriture, aliment j 2**^ vivre, 
préparer des alimens. 
Aboillage ,, droit du Seigneur fur 
le miel. 

ABOYER, mot qui défigne l'aâion 
du chien qui jappe avec force. 

C'eft une onomatopée , l'imita- 
tion du cri même du chien. 

Nos Étymologiftes, qui ne veu- 
lent voir que du Latin dans notre 
Langue , dérivent ce mot de ad- 
taubarCy formé de baubare. Mais 
baubare lui-même efl mxe onoma- 
ïo^ée^ 



Il eft inutile , d'ailleurs, de 
chercher les onomatopées dans 
d'autres Langues que dans celles, 
où elles fe trouvent. 

Abois , les derniers foupirs. 

Etre aux abois , être au dernier 
moment de fà vie. 

Aboyeur, qui aboie : ce mot s'em- 
ploie aufïi au figuré à l'égard de 
ceux qui font toujours prêts à blàr 
mer. 

Aboiment , cri du chien irrité, ott 
qui fe défend. 

AC, AG, Ara 

AC , famille primitive qui- défigne 
tout et qui efl aigu , pointu , tout 
ce qui pique : elle a formé une 
multitude de mots Celtes, Latins, 
Grecs, François. 

i ..Acariâtre, fàntafque , bourrir, 

de mauvaifê humeur. 
Acerbe , Lat. acerbus , âpre. 
AcERÊR , mettre des outils en étac 
de couper, 
i''. AcÎde, faveur, goût qui pointe^ 
qui tire fur l'aigre. 

1**. Le premier des fèls fîmples. 
Acidité , quahté des êtres acides. 
}°. Acier, fer afiné, mis en état de. 

couper mieux. 
+°. Acre, qui pique la langue, qui 
fait cuire les yeux. 
AcRETÉ,. qualité mordicante &pi« 

quante. 
Acrimonie, qualité d'une humeut 
piquante y fUumlantCi. 



y FRANÇOIS 

5*. Agacer, i°. affefter les dents 

par des acides. 

1**. provoquer, exciter par fès 

di (cours , &ire fcntir le piquant de 

l'efprir. 
Agaceriis , tentatives pour exdter, 

pour animer. 
i*. Aigre , Lat. acef , qui si une 

qualité piquante , acide. 
Aigrelet , Aigret , qui a un peu 

de faveur acide. 
Aigrette , nom de l'ofeille à caufe 

de la qualité ftimulante, piquante. 
Aigreur, qualité aigrç. 
Aigrir , devenir aigre. 

x". Rendre l'efprit irrité, le 

blefler , l'animer de colère. 
f*. Aigu, pointu, piquant: z'. per- 
çant j en parlant des fbas , des 

cris. 
Aiguiser, rendre pointu; autrefois 

AGUisER , au fimple & au figuré. 
Aiguille , pointe d'acier qui fert à 

coudre; autrefois AGUILLE^Ltix.. 

acus. 
Aiguillée , fil paflc à l'aiguille pour 

coudre. 
Aiguillette, trèfle ferrée par les 

deux bouts pour être pointue. 
Aiguillon, pointe pour piquer les 

bœufe & pour les faire aller vue. 
z**. Tout motif à agir. 
3 '. Dard que portent avec eux 

quelques animaux , & avec lequel 

ils piquent ceux qui les attaquent. 
On difoit Awii&ioi&AGWILLOlf, 

Lat. acuUus, 



CELTE. A C. tf 

S'. AiGLANTiiR , arbrifleau épineux, 
qui porte un fruit rouge ; Gr. akan- 
tha , épine ; Lat. acanthus. 

On aura dit aigantU , & puis 
aiglantier. 

9". Aigle, Lat. JquiUy le Roi des 
oifeaux : fon bec eft fort pointu & 
tranchant. 
Aiglon, le petit d'un Aigle. 

1 0°. Aquilon , vent du Nord, parce 

qu'il eft perçant. 
Aquilin , nez en forme du bec de 
l'Aigle. 

1 1 *. Agonie , Lat. agonia , Gr. agon , 
les dctrefles, les angoifles du corps 
au moment de la mort. 

I i'. Azeroles , firuit acide produ^ 
par I'Azerolier : en Lat. AzSRus, 
en Ital. AzEROLE. Il vient d'«z«r 
qui (ê changea ici en a^er. 

ACONIT , plante veniraeufe , quî 
croît fîir les rochers -, Lat. & Gr« 
Akonitô ; du Celte Caun , rocher j 
en Oriental , Cau , montagne. 

Ovide n'ignoroit pas que cette 
plante devoit fon nom à ce qu'elle 
croît fiir des rochers. Métam. Liv, 
ni. Fab. XX. 

Dans les Ades du Martyre de 
Saint Maurice, on lit qu'AGAUNS 
fignifioit un rocher en Gaulois. 
AGA , interjedion d'étonnemcnt & 
d'admiration , comme fi on difoit 
roye^, admit c^^. On a cru que ce 
mot venoit du Grec Agaô , admi- 
rer -, mais c'eft ce verbe qui vient 
à!Aga : cette interjection eft prife 
A ij 



7 DICTIONNAT 

dans la Nature même; c'eft un mot 
primitif. 

AH 

AHAN, grande peine, grands ef- 
forts , travail pénible & éfoufianr. 
Ahaner. , avoir de la peine : i **. cul- 
tiver la terre. 
Aham , terre en labour 
Ahamable, terre lakourable. 

Ces deux derniers mots n'exif- 
tent plus qu'en Champagne & en 
Picardie. 
Ahannage , Ahennage , culture de 

la terre; 2*. terre labourable. 
Ahennier , Laboureur. 
Ahenner , cultiver un champ. 
EnhennabU , terre labourable. 
j4henmans ( Chevaux ) propres au 
labour. 
Dans des Lettres de réinîflîon 
de l'an 1 3 7 5 , on trouve : » Apres 
» ce que ledit Jehan fu deicbaucié 
» entra on dit gué, & tant fe y cf- 
» força pour mettre hors laditte 
» charrette , que il entra en fièvre 
» en y cellui gué , pour le grant 
» Aham que il avoir eu. 

MÉNAGE tiroir ce mot de l'Ita- 
lien Affanno qui a le même lèns ; 
mais ce mot vient &Ahan, bien 
loin d'en être la racine. 

C'eft l'onomatopée de hah, 
foufle d'une perfonne fatiguée & 
qui ne peut prefque plus refpirer. 
C'eft l'exprcflion des Bûcherons , 
des Manœuvres , &c. pour repren- 
dre leur foufle , & fe dojiner de la 



RE ÉTYMOt; « 

force pour bien porter leur coup. 
A I 
AISE , contentement , fàtisfadîon , 
joie, repos : 1*. content, fatisfeit. 

Etre àfon aife y avoir du bien. 
A l'a I s I , (ans peine. 

Aisé , facile : i* qui eft riches 

Aisément , facilement. 

Aisance, facilité. 

Telles font les acceptions dans 
lefquelles fe prend ce mot en Fran- 
çois, félon nos DidJormaires; mais 
on n'apperçoit rien en cela qui 
puifle donner une idée de la vraie 
valeur de ce mot , de fbn fens pro- 
pre , & de fès fens figurés. On ne 
voit pas (î aifc tient à aiJé;on voit 
encore moins le rapport des deux 
fignifications de ce dernier , facile 
& riche. 

Il n'eft donc pas étonnant qu'au- 
cun de nos Étymologiftes n'ait pu 
découvrir l'origine d'un mot doiîC 
la valeur primitive eft fi peu con- 
nue ; qu'ils Tayent tirée à tout ha^ 
zard du Latin barbare AJia , Aife; 
du Grec Aijios, heureux; de l'Ita- 
lien Agio y aifc. Mais d'où vient 
Agio y demande le fàyant Muha- 

TORI î 

La fignification propre & prin«- 
tivc du mot Aise , celle dont dé- 
coulent tous les autres fens , eft 
HEU , piAcE. Il eft fynonyme de 
LARGE. On eft à fon aifc à table , 
dans un habit , en compagnie , 
quand on y eft au large, faus gôïc i 



^ FRANÇOI 

un chemin eft aiféy quand on y 
eft lans gêne , au large , que les 
voitures y roulent bien. On e(l à 
fort aife quand on a des terres , 
des pofleflions , des revenus qui 
mettent au large. On a des aifan- 
ces lorfqu'on poflede de grands 
moyens. 

Ce mot tient donc au vieux 
François aici, contrée, territoire: 
à l'Auvergnat aice , habitation : 
au Gallois /^yc,pays, habitation. 
De-là le Bas-Breton ^is, aifé, 
facile ; & le Bafque MJîi , fecile , 
doux, agréable. 

Aice , Aie ne font eux-mêmes 
que le foible d'Acn qui fignific 
également Habitation dans plu- 
fieurs Langues ; 8c un Champ , en 
Irlandois. 

On pourroit même le regarder 
comme la racine du mot Acre , 
■AGiR , champ. 

Si on ne veut pas remonter fi 
haut & s'en tenir au Latin , aifé 
& aife y ainfi que l'Italien agio , 
viendront du Latin ago , faire : 
ce qui eft aifé , c'cft ce qui peut 
, k faire; tout comiaG facile vient 
de facere , i^re. 

A L 

ALERTE , vif, éveillé , toujours en 
l'air. 

i°. Attentif à fes intérêts. 

î'. Cri d'allarme, alerte ! alerte f- 
doixnei l'alerte;. 



S-C E LT E. AL lo 

Ce mot vient de l'Italien erta 
qui défigne une élévation , une 
colline ; i°. le chemin qui y con- 
duit ; Joint à l'article à f, 

A FErte eft donc une phrafè 
elliptique qui déligne l'état de ce- 
lui qui eft en fenrinelle , attentif à 
tout ce qui fe pafte dans la plaine 
qu'il domine de deftus la hauteur 
où il eft placé. 

Ce mot eft devenu enfuîte l'é- 
pithcte des perfbnnes qui font at- 
tentives à tout ce qui peut leur 
nuire. 

Et fe prenant enfuite dans un 
fens plus étendu, il a défignc les. 
perfonnes qui (ont adives , leftes , 
promptes à fe mouvoir. 
ALEVIN , menu poifTon dont on 
peuple les étangs , les marais, les 
rivières» 
Aleviner un étang, c'eft y jetter de 
l'alevin pour le peupler. 

Ce mor tient donc au Latin 
barbare aîevamo , pépinière , plant j 
& à aUvare, élever. 

On aura écrit alevain , & puis 
alevin. 

Du primitif ^£-, élever, qui fit 

le Latin tf/o , nourrir. 

ALIBORON ou ^///?or«/re; un Maître 

Aliboroii , e'eft-à-dire , une per.' 

fônne induftriçi^c , qu'on peut 

mettre à tout, qui entend un pea 

de tout. 

On le trouve dans Rabelais, 

j qui fût un des premiers à en fiui» 



Il DICTIONNAÏ 

ufàge. MÉNAGE rapporte les con- 
jeûures qu'on a formées fîir l'ori- 
gine de ce nom. 

La plus ingcnieufe eft celle de 
HuET qui y voyant un mot né au 
Bareau où les Avocats s'appellent 
Maître , & où l'on fait ufàge des 
Alibi pour prouver qu'on n'a pu 
faire unechofèjpuifqu'au moment 
où elle le failbit , on étoit ailleurs 
'"■•4/r/z, a cru que Atiborum étoit le 

■ génitif pluriel du mot alibi ■■, &c que 

Maître Aliborum fignifioit une per- 

fonne fubtile & adroite à trouver 

'■■^èï alibi, 

ALISE, les vents alifes, ceux qui font 

î favorables pour aller dans une con- 
trée, & qui fouflent dans le même 

'''tcms. Ce mot vient de l'Italien 
ifl/îVo jToufle, vent doux, favora- 
ble. On a dit fur la Méditerranée , 
attendre Us Alifés,po\iv dire atten- 
dre le vent ifàvorable ;' & nous en 
avons fait les vents alijés , comme 
il ce mot marquoit une forte par- 
ticulière de vents. - - ' 
ALLER , aftion de Ce tranfporter d'un 
lieu à un autre. 

Aliée, lieu où Ton fè promené, 
rentiers d'un jardin propres à la 
promenade. 

'Allées & venues, effets de Tadion 
de fe tranfporter & de revenir plu- 
fîeurs fois pour le mcmé objet. 

Ailée d'une niaifon ; paffage pour 
y entret. 

Ai-çuB. , vhu*: Fr. Voyageur. 



RE ÉTYMOL; ï« 

AiURE, manière d'aller, de mar- 
cher , au fimple & au figuré. 
Ces Alures ne me plaifont pas. 

Ce mot tient au wa/l des An- 
glo-Saxons &: des Allemands, qui 
fignifie Jlot ; à wallen , voyager \ 
Scan al, eal, y al des Bretons, qui 
font les tems de leur verbe Aller. 

Il doit venir de al , autre ; car 
aller , e'eft palTer à un autre lieu. 
ALOUETTE, Lat. Alavdj. Les 
Romains, SuETONE, Vie de Cefàr, 
Pline , Hift. Nat. &c.nous appren- 
nent que c'étoit un mot Gaulois. 
ALOYAU , pièce de bœuf ( ou bcuf ) 
qui fait partie de la hanche , & qui 
en eft le meilleur morceau. Son 
origine a été inconnue jufqu'ici. 
Ce mot dut fe prononcer alloyal: 
mais alloyal vient de allodial qui 
fîgnifioit noble. 

On fe fervit donc de cette ex- 
prefïïon pour défîgner une pièce 
de bœuf excellente , digne des pcr- 
fbnnes les plus relevées. 
ALTE , anciennement Halte , ordre 
■ donné à une Troupe en marche 
de s'arrêter. 

x^. Le repos même , qui eft la 
fuite de la fufpenfion de fà mar- 
che. 

Ce mot tient à l'Allemand 
Halten^ tenir , %*, retenir, ar- 

'^'''' A M 

AMADOU, l'Agaric dont on fe fert 
pour avoir du feu , & qui eft ex- 



,? F R AN Ç O I 

trèmement doux au toucher. Ce 
mot, d'une origine inconnue, eft 
de la même famille que le rerbe 
Amadower, caretïèr , flatter de la 
main. 

Ces mots font Compofës de 
Fadjeftif </otfx , de la prépofition 
à & du vieux fubftantif to^w, pro- 
noncé /«tf, qui fignîfie main, mot 
à mot DOUX à la main, 

A N 

ANCHE de Hautbois , de Cornemu- 
iè, &c. Partie d'un Inftrument à 
venC , faite de deux pièces de 
canne , jointes de fi près qu'elles 
ne laiflent qu'un elpace trcs-ref- 
ferré pour le (bufle. Il vient donc 
de ANC , ferré , refferré , affilé. 

ANCHOIS , Elpagn. Anchoua , Ital. 
Ancliioa. L'étymologie qu'en don- 
ne MÉnagï efl nulle^ 

Ce PoifTon a le mufèan pointu, 
Se les mâchoires rudes comme une 
fcie. Son nom peut donc venii du 
smêmc mot Aifc , affilé , aigu, 

ANDAIN , la ligne que le Faucheur 
3l parcouru & le foin qui eft ren- 
fermé dans cette ligne. 

Ce mot vient SAndare , aller. 
Il s'écrit aufîi Andein ;- Lat. barb. 
Andena. 

ANDOUILLESjcfpecede SaucifTes 
Élites d'un gros boyau qu'on farcit 
de viande, &c. Ce nom peut être 
d'ori^ne Celtique : i! peut auflî 
•»enk da Latin Eiulioj nom des 



S - C E L T E. AN. i^ 

mets excellens à manger , qu'on 
auroit prononcé Andoullo , conx-' 
me nos Anciens firent d'Edifè- 
Angllp -, & d'i£grotari , Angroter. 

ANGAR, lieu couvert. Lat. barb. 
Angarium. Un Angar eft deftiné 
à fèrvir de dépôt aux voitures , 
charrettes , Sec. qu'on veut garan- 
tir du mauvais tems. 

Ceft donc un compofe des mots 
En-gard, qui dcilgnent trcs-bieu 
un lieu où l'on met en garde , oii 
l'on refTerre. 

Toutes les autres étymologies 
de ce mot, où Ton fiifoit un grand 
étalage d'érudition , (ont Eiuflès. 
Mais cela n'eft point étonnant ; 
on n'avoir aucune idée de la ma- 
nière dont nos Pères formoicnc 
des mots compofés , & d'ailleur» 
ils étoient toujours dénaturés par 
une ortographe qui n'avoir nui 
rapport à l'origine dé ces mots. 
Le mot (îiivant en eft une grander 
preuve. 

ANICROCHE, obftacle împrcvtr^ 
qui arrête au moment de l'exécu- 
tion. On a cherché l'origine de ce' 
mot bien loin ; c'eft certainement 
un compofé , fans doute du moff 
ïUNi, an, & de croche, mie cfiofcr 
qui âc-crocke , dans le moment o$ 
vous allez agir , & vous- empêche: 

d'avancer. 

A K 

ARDOISE , Pierre tendre & brmieV 
I qui fè lève gac feuilles- ,■ ëc qui< efl; 



,,15 DICTIONNA 

propre pour la couverture des édi- 
fices. 
Ardoisière , Carrière d'Ardoifè. 
C'eft un nom propre, q-rfi ne tient 
à aucune famille Françoilê,&: dont 
il eft par-là même difficile de dé- 
couvrir l'origine. Il n'eft donc pas 
étonnant qu'on s'y foie trompe : 
que lE DucHAT ait dit que cette 
Pierre devoir Con nom au Pays 
d'Artois , & que Vergy ait cru 
que c'étoif parce qu'on la trouva 
d'abord au pays d'Ardes en Irlan- 
de , d'où l'on en tranlporta dans 
touiç l'Europe, 

Ce n'eft rien de cela. Ardoife 
vient du vieux mot Ardoir , brû- 
Jer ; Ards , de couleur noire ou 
brûlée , en Latin barb. Ardicus. 
JLRÉTE , autrefois Areste , en La- 
tin AB.ISTA, 

AusoNE & Grégoire deTouRS 
(e font fervis de ce dernier mot 
dans le fens d'Arête de Poiflbn , le 
premier dans fà Mofelle, le fécond 
au chap. I. Liv. IIL des Miracles 
de S. Martin, 

On a apellé Arêtes les os des 
Poiflbns, à cauiè de leur raport 
avec la pointe des épis, apellés en 
JLatin Arljla. 

Et ce dernier mot vîenr du 
Celte hv^ pointu. 
/RMET, Cafque, de l'Italien El- 
jnitto , petit Cafque , diminutif de 
Elmo. C'eft de ce mot que vint 
l^alenieni: Heaume^ qui ctojc un 



IRE ÉTYMOC; îif 

Cafque plus grand que l'Armct, 
Angl. Helniy & Helmet. 
Anglo-Sax. Helm , Healme. 
Ce mot eft commun aux Dia- 
leâes Gothiques & Teutoniques. 
Il défigne en première fignifi- 
cation , une branche t la tîte des 
Arbres fous laquelle on eft à cou- 
vert ; & il conferva cette valeur 
dans l'Anglo-Saxon. 
ARPENT , mefure de terre quî com- 
prend cent Perches. 
Arpenteur. , celui qui mefùre les 

terres. 
Arpentaoe , l'Art de mefîirer les 

terres. 
Arpintir, mefîirer mi terrain, 
i". Au figuré , fê promener dant 
toutes les parties d'un terrain. 

Ce mot eft vraiment Celtiqup. 
CoEUMEiti nous apprend que les 
Gaulois apelloient Arapennis 
une mefùre de terre égale à la moi- 
tié du Jugerum des Romains. On a 
écrit ce mot Arepcnnis^AripennuSy 
Arpennis , Arpentum , &c. On le 
trouve dans les Loix des Wifi- 
goths & des Bajuvariens, dans les 
anciennes Formules » dans Gré- 
goire de Tours , &c. Isidore le 
cite comme un mot ufité en E(^ 
pagne. 

BuLLST, dans fon Diâ:, Celt.lc 
dérive ^Ara labouré , peu un & 
ne/^ jour-, le labouré d'un jour, 
lin journal. 

D'autres le dérivent du Theu- 

ton 



17 FRANÇOIS- 

ton Art , l;i Terre , & pond , cir- 
confoire. 

Il eft lur qu'^rd fignifie, en 
Celte , terre labourée ; Se que penn 
fignifie Tcte, runîtéd'an tout. 
ARQUEBUSE , Arme à feu , & qu'on 
fichoit dans un trou de poutre pour 
l'empêcher de reculer par l'effort 
du coup. 

Ce mot , {èlon quelques-ans , 
vient de l'Allemand hacke , cro- 
chet , & tucke. Arc, Arquebufe : 
mais il vaut mieux le dériver de 
l'Italien Arco , Arc , & èujîo ou 
iugio , percé. L'Ariofte , dans Ro- 
land le Furieux, Clunt IX. appelle 
J'Arquebufe Ferro bugio. C'eft en 
parlant du Roi de Frife , qui atta- 
qua le Comte de Hollande : 
Porta alcan'arme che l'antica gcntc 
Non vide mai , ne fuor ch'a lui la nova 
Un ferro bugio , longo da duc braccia , 
Dc-ntro a cul polve ed una palla caccia. 
Col foco dietro ove la canna è chiufa , 
J Tocca un Ipiraglio , che fi vede a pena , 
A guifa che toccarc il medico ufa 
Dove è bifogno d'allacciar la vcna. 
Onde vien con tal fuon la palla efclufa 
Che fî puo dir che tuona c che balena , 
Ne mcn che fogiia il fulmine, ove pafla, 
Ciè che tocca arde,abbatte,apre c fracaffa, 

» Il porte des armes que l'Anti- 
» quitc ne connut jamais , & que 
» notre fiécle n'a jamais vu en d'au- 
» très mains. Un Fer percé , long de 
"deux brafles, dans lequel il fait 
» entrer de la poudre & des baies. 
« Mettant eniuite du feu à l'endroit 
Di3. Èiymol, 



CELTE. A U. ïê 

>• où la canne eft bouchée , il touchd 
» un {ôupirail qu'on voit à peine , 
» avec la rocme légèreté qu'un Mo^ 
» decinqui fait une lâignée.Cepen- 
» dant la baie part aufïl-tôt , elle 
» éclaire , elle tonne , & fcmblable 
» à la foudre, par-tout où ellepafle, 
» elle brûle, elle abat, elle déchire, 
» elle fracaflè «. 

Stropk, xxKiii. XXIX. 

Arquebusier , qui tire de l'Arque- 

bufe} z°. celui qui les febrique. 
Arquebusade, coup d'Arqaebulê.' 
Arquebuser, tuer d'un coup d'Ar- 
quebufê, 

A U 

AUMUSSE , Peau de Martre ou de 
petit-gris, que les Chanoines por- 
tent fur le bras depuis l'an i 24 j , 
lorlqu'ils vont à l'Office ; mais 
qu'ils portoient fur la tête dans 
l'origine, & qui defcendoit fur les 
épaules. 

Lat. barb. AlmutU , du Theu- 
ton MuTZE , mitre , bonnet : 
Flamand Mut s. 
AUTOUR, Oifeau de proie. 

Irai. AJiore. Lat. barb. Ajlur , 
Ajlurcus, 

Il ne vient pas du nom des 
Afturics, comme l'a cru Cafeneu- 
ve : mais du Celte & Theuton , 
Stur,Stor, grand, gros. 

De-là le Latin Stvrio , nom 
d'un grosPoiflon dont nous avons 
fait Eturgeon. 

B 



DICTIONNAIRE ÉTYMOL. 



19 

AUTRUCHE , le plus gros des Oi- 
{èaux, en Grec Stroiuhios , vient 
de la même origine , de Jiour , 
^Toaoncé Jirou. 

Cette Famille yZor vient de tor, 
dont la defcendancc eft immenfe. 
AuTB-uciiR , celui qui drelfe des 
Autours. 

AUVENT , couvert de Planches , 
pour garantir les boutiques de la 
pluie &c du vent. 

Lat. barb. Auvanna , Auvan- 
nus, C'eft un compofé des mots 
François Au & Vent \ ce qu'on 
opoCs au-vent , ou éte-vent. 

A V 

AVÀGE,HAVAGE, Droit de pi-endre 
dans les Marchés autant de grains 
ou de denrées que la main peut 
en contenir, 

z". Cette poignée même. On a 
dit aufli AvÈE, Havagiau, Ha- 
vongnîe, Avedier , &c. 

On pouvoit fe racheter de ce 
Droit en payant une obole , par 
une Ordonnance de i ? j 7 , du 
moins à Chauny. 

Ces mots viennent du Latin 
Haberc, Avoir , qu'on prononçoit 
Havae , &: dont nous avons fait 
Avoir & \ Avoir. 
AVARIE , Ital. Avaria., 

1*^. Droit que paye chaque Vaif- 
(èau qui entre dans un Port, pour 
tes réparerions de ce Port. 

X*'. Dcpenfes imprévues fdtes |. 



aa 



pendant un Voyage maritime. 

j '. Compenfation du dommage 
de ce qui fe jette en mer pendant 
une tempête. 
Avarie , gâté. 

On a tiré ce mot de Baris, 
Barque; à'Abaros , Aé'apeç>qui £•* 
Grec fignifie décharge de Vaifleau 
dans la tempête : de l'Etpagnol 
Hâter , bien , richeffes j de l'Alle- 
mand Hafen , un Havre , un Port, 

Toutes ces étymologies , priles 
au hazard , /ont fauflcs. 

Ce mot vient du Celte Bar ^ 
Far , Afar , Avar , qui fignific 
perte , dommage. 

Les Bas-Bretons difent Fari 
pour faillir , manquer , périr , fe 
perdre : z ». perce. 
Afar , douleur , triftcfle , deuil ,. 

efièts de la perte. 
AvARt , avarie. 
AVEC , Prépofition qui a trois figni- 
fications différentes. 

1 **. Elle indique le moyen par 
lequel on a exécuté une chofe. 
Il s'eft bleffé avec fôn couttau. 
Il écrit avec efprit. 

1**. La Compagnie qui a con- 
tribué à cette exécution. 
11 a fait cela avec fês gens. 
} ". D'une manière beaucoup 
plus générale , les Petibnnes , la 
Compi^nie dans laquelle on. fe 
trouve. 
Il eft AVEC le Prince, avec (es amû,- 

Suiraut <^ue Tune ou l'autre de 



21 



FRANÇOIS-CELTE. A B. 22 

Ainfi de^^ quo, par lequel, on 
auroit fiiit avque, avecque , qui dé- 



ces fignifications fera confidcrce 
comme la première , on pourra 
donner de ce mot une étymologie 
difîcrcnte. 

Dans le fens phyfique où avec 
indique l'Indrunient , il paroît ve- 
nir du Latin Al> , qui défigne la 
même chofc , & qu'on employoic 
autrefois dans ce fens. Au si a s 
March 5 Poète Catalan du xv^ fié- 
cle , dit : 

Mare de Deu , tu es aquclla c(cala 
Ab quel' peccant'io Paradis efcala. 

M Mère de Dieu , tu es cette échelle 
»» AVEC laquelle ( pab. laquelle ) le 
» pécheur efcalade le Paradis «. 



figne la même chofè. 

Dans le fens métaphyfique & 
vague où avec défigne l'enfemble 
d'une Compagnie , il vint à'amUo , 
deux , qui a fait le Languedocien 
emié , mot qui fignifie avec dans 
ce mêmefens.Peut-être même avec 
& <î^viennent-ils tous deux d'arnla. 
Il faudroit , pour cela , examiner 
dans quel tems & en quels lieux 
l'un & l'autre commencèrent d'être 
en ufàge, & fi on ne les trouveroit 
pas tous les deux employés dans le 
même ouvrage, dans la même con- 
trée. 



MOTS COMMUNS AUX FRANÇOIS ET AUX LATINS. 

G u NÉS DU LATIN. 



ABI 



AbILE , HABILE , celui ou celle 
qui excelle dans un talent , qui le 
poffede dans un haut degré, qui y 
eft Maître. Ital. Abile , Lat. ff^~ 

SILIS. 

Abileté , Habileté , qualité de ce- 
lui qui eft habile. i°. Efîèt qui en 
réfulte. 
IvaIJbilita. Lat. Habilitas. 

A BiLEMENT, avec abileté. Ital. -<^£ii- 
MENTE. Lat. Habiliter, 



RÉABiLiTER , RÉHABILITER, remet- 
tre une perfonne dans tous Ces 
droits , lui rendre fon ancienne ha- 
bileté, 
ABITER, HABITER, demeurer en 
une maifon, en un lieu, en un 
pays. Ital. Abitare. Lat. HASPf 

TARE. 

ABrTATioN , Habitation , pofleA 
fion , lieu qu'on abite , où l'on de- 
\ meure, Ital. Kbitazione , AbltA- 
B ^ 



53 DICTIONNAI 

gioneiAbitacolo. Lat. Habitatio. 

AbitAble, Habitable, qui cft en 
état d'être habité , d'avoir des 
Habitans, Ital. ABiTABiLt , Lat. 
Habitabilis. 

Abitant , Habitant, celui qui de- 
meure en un lieu. Ce mot a un 
fèns plus reflxeint lorrqu'on le met 
en opofîtion avec celui de Citoyen : 
alors il eft borné à ceux qui n'ont 
pas droit de Cité & qui font venus 
d'ailleurs. Ital. Abitaste , Jbi- 

TATORE, LzX.HaBITATOR. 

De la même racine (\\xAbicer , 
viennent , 

lo. Abit , Habit , vêtement : car 

on eft couvert , à l'abri des injures 

du tems par un Abit, comme on 

l'eft par une Maifbn. Ital. Abito , 

, Lat. Habitus. 

'Abilié, Habillé , qui eft coi»vert 
par des A bits. 

Abiller , mettre à une perfbnne fes 
abits. 

s'AbillÉr. , mettre fès abits , (ê 
vêtir. 

^BiLtiMENT , tout cc quî feit paTtic 
du vêtement. 

Se Desabiller. 

Se Raïiller. 

11°. Abitué , Habitué , qui eft ac- 
coutumé à demeurer en un lieu ; 
un Abitué de ParoiiTe. 2®. Qui 
eft accoutumé à aller en an lieu. 
• ^o. Accoutumé à faite une chofe. 

Abitude , Habitude , coutume 
•' qu'c^ â contraftce, ItaL Abito y 



RE ÉTYMOL. «4 

Lat. Habitvs. 
Abituel , Habituel , ce qui eft 
devenu une coutume , ce qui fc 
répète fans cefle. 
S'Abituer., prendre la coutume de 

faire une chofè. 
Se Desabituer.. 

A BL 
ABLAIS , dépouille de la Terre , bics 
coupés j du Lat. Ablatus, emporté. 
ABLATIF , un des fix cas Latins ; 
il indique les caufes par lefqucUes 
on eft tranfpoTté dans l'état aduel ; 
& vient ainfi du mot Ablatus , 
emporté , tranfjjorté. Voy. Mond. 
Prim. Gramm. Univ. p. 388. 
ABOLIR, rendre nul ; Lsx. AboUre, 
Abolition , Lat. Abolitio , ancan- 
tiflêmenr. 
ABRI , lieu où l'on fè met à couvert, 
d'où Abrier, mettre à couvert, & 
le Latin barbare Abrica , une CoU' 
verture , d'où 

L'Efpagnol Ab5.igo , qui a I2 
même fignification. 

Nos Etymologiftes ont cru qu'il 
venoit A'Operifc , couvrir , & 
que fa fignification étoit oppolée 
à celle du Latin apric-o , expojé 
au joUiL, 

Mais tout fieu expofe aa fbleil , 
tel qu'un mur, une maiion , eft un 
excellent rempart contre le froid. 
Se mettre à F abri , c'étoît donc, 
'dans Von^mc f s'expofer au foie il 
dans un lieu où fort étoit à eott-^ 
vert du froid , dit mattyctis tems^ 



2f FRANÇOIS- 

De-Ià Tidce plus générale de ce 
mot , comme dcfignant tout lieu 
où l'on ccoit à couvert du mauvais 
tems , fans aucun rapport au loleil. 

ABRICOT , forte de fruit trcs-prin- 
tanier. 
Abricotier , arbre qui fleurit de 
trcs-bonne-heure & avant la plu- 
part des autres arbres. Il doit venir 
du Latin A-\i.K-coccus ; coque , 
fruit à coquille , qui naît au prin- 
tems. Les Grecs en firent Beri- 
kokkon , fruit du printems ; les 
Arabes Al-bercoq , & les Efpagnols 
Al-vercoqïie. 

'ABSTRUS , caché , enfoncé , difficile 
à découvrir. Lar. Ahjlrufus. 

ABSURDE, fot, ridicule , qui n'a pas 
le fèns commun. Lat. Âhfurdus. 
Absurdité, extravagance, oii il 
n'y a pas le fèns commun, Lat. 
Ahjuriiias. 

AC & AG 

ACCOUTRER , orner , agencer , 
mettre en état : on avoit tiré ce 
mot du Latin CuîttUare., plifTer ; 
mais Caseneove a très- bien vu , 
en faifânt venir accoutrer , ou 
, écinultrer ,de Cff//ivtfrie,v cultiver 
Hn champ , le labourer , le mettre 
en boh état. On difbic accoutrer 
tflT Cbaiop , pour dire le préfd-t 

■ «r,lfarraigerî<oïi'diriej5fuites'iï<r- 

■ contrer. •'',.( ."'- a»'^':'- , .il 
AGO , agir-,. Ac-noy Béyon,^<«it formé 

' i«ûe famille très-^étendae en Lacki , 



LATIN. A G 26 

d'où fonz venus tous ces mots 
François : 
Agir , Faire. 
Agent , celui qui agir. 
AcTi , tout ce qui fe fait. 
Action , ou Accion , eflfèt de la 

faculté d'a"ir. 
Actif , qui eft agtfTant , qui aime 
à agir; i". qui produit de prompts 
eflèts , remède aBif\ } °. en Gram- 
maire , cette partie du difcours 
qui défigne les perfonnes comme 
agiflàntes , verbe actif. 
Activité , la qualité d'un Etre qui 
fe plaît à agir, qui efi; vif à con- 
cevoir & prompt à exécuter. 
Actwel , ce qui fè fait dans le 
moment ; i°- ce qui exifte au 
tems où l'on parle. 
Actuellement , au temrs préfênt j 
fîgnification détournée & dont ce 
mot ne s-'efl chargé que par dé- 
gradation , en pafïant d'une ana- 
logie à l'autre. 

De-là , ces divers dérivés r 
i ''. Acteur , celui qui efl chargé 
d'un rôle dans une aélion , celui 
qu^ concourt à une aftion-; i". 
celui qui joue dans une pièce de 
Téâtre, 
Actrice , celle qui joue (fans une 
pièce de Téâtre. 
1**, AcTfoNNER, intenter une aélîon ^ 
on procès contre quelqu'un. 
AcTiON-NATRE , célui quFa une por» 
'tîon d'intérêt dans une affaire, 
Aj:Tioît, îirre ^uiaflùre nue portioo 



srf DICTIONNAI 

d'intérct dans une afïàire. 
5**, Agio , intérêt a<£luel de l'argent, 
& qui varie chaque jour fuivant le 
plus ou moins de befoin, Suivant 
le plus ou moins d'efpérancc d'un 
gain affiiré & confidérable. 

Ce mot vient à' Agir \ ['Agio 
eft l'ame , le réfiiltat de toutes l;s 
affaires qui fè font chaque Jour 
dans le Conunerce. 

Agioter , donner un grand mou- 
vement , une grande circulation à 
(on argent pour le faire valoir , le 
mettre en rapport. 

Agioteur , qui eft verfé dans l'Agio , 
qui fait fans cefle des aflàircs pour 
faire valoir fon argent. 
4**. Agenda , mot Latin qui figni- 
fîe chofes qui doivent être faites ; 
& qui eft devenu k nom des 
Tablettes fur lesquelles on écrit ce 
qu'on doit feire chaque jour. 
l". iiGiLE , Lat. Agilis , qui eft 
difpos , & qui peut agir fans len- 
teur , fans pelànteur j qui eft tou- 
jours prêt à agir avec adivité. 

Agilité , foupleffè du corps , pw- 
priété d'agir iâns peine , fans gêne. 

Agilement , d'une manière fouple 
f. & fans gêne. 

j$°. Agiter, mettre en aâ:ion,en 
mouvement , mouvoir, Agiter Pair, 
AGiTAREi %'. mettre une queftion 
fur le tapis , la difcuter ^ Agiter m 

, ^oint de morale ; j °. troubler , in- 
quiéter , mettre dans rangoifte. 
// ne cejfe de ^agiter par /es dij- 



RE ÉTYMOL. a8 

cours effrayants. 
Agitation , qualité ou fituation 
d'un objet qu'on meut , qu'on 
met en adion , en mouvement , 
Agitatio, 

7®. s'agit , on dit , il s'agit de 
telle chofe , pour dire telle choie 
fe traite. De quoi s'agit-îI î pour 
dire , quelle eft la chofe dont on 
parle , dont on traite î // s'agiffoit, 
il s'agira. C'eft une tournure par- 
ticulière à la Langue Françoi(c , 
& qui répond au paffif des Latins. 

8°. RÉAGIR & Réaction. 

ACUSER , révéler la faute , le crime 
de quelqu'un ; z". le charger d'une 
faute commife. Lat. Accufare, 
AcusAikUR , celui qui déclare l'au- 
teur d'une faute , qui la met fur 
fon compte. Lat. Accufator. 
Acusatrice , Accufatrix. 
AcusATioN , Accufatio. 
AcusATiF , Lat. Accufativus : un 
des fix cas Latins ; c'eft le cas 
Paflif ; il défigne l'objet fur lequel 
ft porte l'adion dont il eft parlé , 
il accufe.^ il révèle l'objet de cette 
adtion, ■ 

A D 

ADAGE, v/'eKx mot j Lat. Adaginm, 
Sentence . concile , vive , & qui 
renferme des vérités utiles. 

ADES , ADEZ , vieux met , qui fignî- 

■fioit:^ à l'inftant , incontinent. 

Ital. Adeffo. Du Latin Ad e£um 

(tempus.) Dans ce {moment) ; 

aufli-tôt. Ceft une de ces ex- 



z9 FRANÇOIS-L 

prenons elliptiques fi communes 
dans toutes les langues. 
ADOLESCENT , jeune homme arri- 
yé à l'âge de puberté , Lat. Ade-- 
lefcens. 

Adolescence, Lat. Adolefcentia, 

Adulte , Lat. Aiultus , mûr , qui 
eu. parvenu à l'âge d'adolefcencc. 
ADORE8., Lat. .(^«^orûr*. Mot-à-mot 
mettre la main fur la bouche par 
ref^ieft , par honneur ; i **. hono- 
rer la Divinité , lui rendre hom- 
mage ; j •. en général , honorer , 
regarder comme au - deflus de 
l'homme. 

Adoration , Lat. Adcratia. 

Adora TEDR, Lat. Adoracor, 

Adorable, Lat. barbare , Adora- 
iilis. 
ADULATION, vile & baffe flatte- 
rie , Lat. Adulado. 

Adwlateur, vil flatteur, Adulator. 

Aduler , flatter ballêraent , Adu- 
lari, 
ADULTÈRE , amour criminel pour 
une perfônne déjà unie avec une 
autre par le mariage , Adulterium ; 
2°. celui qui tombe dans ce cri- 
me , AduUer. 

Adultérin, né d'uh adultère. 
ADUSTÉ , brûlé , terme de Méde- 
dne , Lat. Adujîus. 

AG, AIG, 

AGE , portion de tems pshdaht le- 
quel on a déjà vécu. 
ÂGE , qui a déjà vécu un tel tems. 
On ccrlvoit autrefois Aage , 



A T I R A G 30 

Eage , Aige , Eai^e , en Lat. baxU- 

Eagium , âge. 

Aagiatus , ou aagU , âgé. 

Aegiatio , majorité, , 

Défagié , Défeagé , moins âgé. 

Défeaige , jeuneflc. 

Enaager , donner diipenlè d'âge , 



mettre en âge. 



Nos Etymologiftes tirent ce 
mot du Latin Aetas , âge , qui a 
fait l'Italien eca. On auroit donc 
commencé par prononcer\.<^«{;(i , 
Aeie , Aa:ie pour Aage. 

Peut-être vaut-il mieux le tirer 
du Latin AevOf qui fignifie Tems ^ 
âge, & -qu'on auroit prononcé ^ 
Aaiye , Aaige\ Age. 
AGNEAU , le petit d'une brebis ,, 
Lat. Agno à l'ablat. 

On a dit autrefois agnel. 
Agneler, faire des agneaux, met-"- 
tre bas , eiv parlant de la brebis. . 
AIGRETTE , ornement de têtt ,e» 

forme de crête , Lat. Crijla. 
AIGUË , vieux Fr. EAU , du Lac 
aq.ua , prononcé Ai^ue : de-là, 
AiGUADE , lieu où les VailTcaux 
vont faire leurs provifions d*ea* 
douce. 
Aiguière , vafe à lïiettre de l'eau. 
Aquatique , qui efl: plein d'eau j. 
1°. qui vit dans l'eau , Lac AquoK 
tiens. 
Aqueux , Lar. Aquofus, plein d'eaa.- 
Aqueduc, Lat. Aquceducius , canal 
pour conduire de l'eau dans un», 
lieu habitée 



31 DICTIONNA 

A I L ou AL 

AILE , Lat. Al A , partie qui fert aux 
Oifêaux pour voler. 

Comme les Ailes {ont placées 

{ur les côtés, à droite & à gauche, 

on a donné pair métaphore le même 

< nom à tous les objets qui ont avec 

les ailes un rapport de fituation. 

Les AiiEs d'une Armée ; les 
Ailes d'un Bâtiment ou d'une 
Mailon ; les Ailes d'un Moulin. 

Et d'une manière plvis figurée 
encore , les Ailes dès Vents , les 
Ailes de l'Amour. 
'Ailé , qui a des aile*. 
Aileron , le bout de l'aile ; i". les 
nageoires d'un poifibn. 
AL, Autre. 
'At-IVS , Lat. De-là , ces mots : 
1 *'. Ailleurs , Lat. Aliorfum , dans 

un autre eadroir. . 
a*. Aliéner , faire pafler dans la 
■ poflcfïïon d'autrui , une portion de 
ce qu'on poflede , Latin Alie- 
^ tiare. 

ALIÉNATION, a6lion par laquelle 
on renonce à une portion de ce 
qu'on poffede , Alienatio. 
Aliénable, qu'on peut aliéner , 

Alienabilis. 
Aliéné , qu'on a détaché de ce 
qu'on pofTédoit j i°. au fens figuré , 
efprit égaré. 
j*. Autre , Lat. ALTER ; un fé- 
cond , une perfonne difïcrente de 
fçUe dont on rient de parler > qui 



IRE ÉTYMOC 32 

j occupe une place qui n'eft pas la 
même. 
Autrui , les autres ; ce qui n'eft 

pas nous. 
Autrement , d'une manière difFc- 
rentc. 

Cette famille tient à celle 

d'AILLEURS. 

4". Alterner , remplir une fonc- 
tion tour-à-tour avec un autre , 
Alterndre. 

Aternative , dccifion entre deux 
objets. 

Alternatif, qui fe fait tour-à-tour. 

Alternativement , tour-à-tour , 
Alcernatim. 

Altercation , Lat. Ahercatio , 
difpute, conteftation entre deux 
perfbnnes. 

Altérer , Lat. Alterare , rendre 
une chofe autre , différente de ce 
qu'elle doit être, la falfifier. 

Altération , changement qu'é- 
prouve un objet en mal ; 1°. loif 
ardente , parce qu'elle altère la 
fànté. 

Altéré , vicié ; i». qui a be(bin 
d'eau pour appaifer fa fbif. 
j". Alibi, ailleurs , Lat. Alibi., c'eft 
un terme de Jurifprudence , dont 
on fe fert pour prouver qu'une 
perfonne étoit éloignée du lieu où 
on l'accufe d'avoir commis une 
telle adion au moment ou elle 
s'exécutoit. 
AINE , angle formé par la réunion de 
la cuifle & de la hanche. 

On 



33 



FRANÇOIS-LATIN. AI 



On ccrivoit ce mot en 1377 
• Aingne ; c'eft donc une altération 
du motIKGuiNE, j^rononcé aingne, 
qui fignifie la même cho£ê. 
AINE , premier né. 
AînÉe , première née. 
Aînesse, droit du premier ne; on dé- 
rive ces motsd'AiNS-NÉ , né avant , 
en Lat. Ante-natus. Ein ou En , 
en Grec un. A lanaiflànce de Faîne 
on compte un. Viendroit-il de-là 't 
AINS , conjonélion qui défignoit une 
oppofition , une contrariété & qui 
s'eft remplacé par mais, 

AiKS au contraire. 
Mais au contraire. 

Ceft l'Italien An^i, qui fignlfie 
AU contraire ,mais,^ qui s'eftfor- 
jné du Grec & Latin anti , qui 
(ignifie contre. 
Ainsi, autre conjondlion qui (îgnifie, 
<n cette maniera , de cette forte. 

Elle eft formée des mots Latins 
in & Jic. On a écrit enjïc ; \{vo^de 
Villeneuve , par exemple. Ville- 
HARDOViN ccrivoit enji. 

AIR 

AIRAIN, cuivre où il y a de l'alliage , 
Lat. Atre (abl.) Vieux-Fr. Arain. 
Vieux-Fr. Araine , trompette. 

On dit au figuré, 1°. un Ciel 
^airain , pour défigner un Tems 
fans eau , une fccherefle terrible. 
l'I Un front £ airain , pour dé- 
** figner une perfonne impudente qui 
ne fait ce que c'eft que rougir. 
Dici. Etymol. 



34 

AIRE, place ou on bat le grain ; 1". oi 
on le feit fouler , Lat. Area. 

Aïs , planche , Lat. Affîs. 

AISSELLE, le delTous de l'épaule & 
du bras , où ils s'uniflcnt au corps. 
Lat. Axilla. 

A J 

AJOUTER , autrefois Adjoufler , Ad-- 
jouxter , du Latin Ad-juxtare, met-», 
tre à la Cane. 

A L , A U 

ALTESSE , Ital. Aluna , du Lat* 
Alt us , Haut : de-là, 

Alti er , Ital. Alciero , 

Haut , Lat. A /tu s. 

HAUTEUR,Lat. Ahitudo^ au lèns pro- 
pre & au fêns figuré , d'où vien- 
nent: 

Hautesse, titre de l'Empereur des 
Turcs. 

Hautement, d'une manière hautai- 
ne , hardie , élevée. 

Hausser. 

Hausse , ce qui fert à hauflèr. 

Haussement. 

Autel, Lat. Altan^a. cauiê de (à 
hauteur. . 

Autan , vent dii Sud , Lat. Alca- 
nus y parce qu'il vieat de la haute 
Mer , Altum. 
ALAIGRE , joyeux , Lat. Alacer. 

Aligresse , Lat. Alucritas. 
ALIMENT , ce qui fert à nourrir^- 

Lat. Alimentuni : de-là , 
Alimentairi , Alimenter, 
l Alimenteux. 

C 



3; DICTIONNAI 

ALISIER , Arbre à fruit rouge , Lat. 

Alifaria. 
ALUN , forte de minerai. Lar. Alu~ 
men, 
A LUMINEUX , qui tient de ta qua- 
lité de l'alun. 
Aluner , tremper dans l'alun. 
ALVÉOLE, cavité dans la quelle font 
cmbo crées les dents. Lat. Alveola. 
ALLIANCE , union volontaire entre 
deux contraftans. 
Allié , uni par mariage ou autre- 
■ ment. 
Allier , unir , mêler. 
Alliage, mélange de Métaux, du 
Lat. Adligare , unir , lier enfemble. 

A M , A I M. 

AMANT , qui aime une Dame. 
Amante , Dame aimée. 
2°. Dame qui aime. 
Ame , aimé , en terme de Chancel- 
lerie. 
Ami , qui efl: attaclié par les fenti- 
mèns d'affeûion, Lat. Amicus. 

Amitié , Lat. Amicitia, 
Amour , L'at. Amor, 
Aimer , Lat. Amare, 
Aimable , Lat. Amabilh. 
Amabilité , caradere digne d'ctre 
aimé. 

Amiable, ce qui (è fait en ami. 
Amoureux , Amourette. 
, Amoureusement , s'Amouracher. 
Amateur, qui a du goût pour un 
Ait^ 



RE ETYMOL. 



^<5 



Tous ces mots viennent du Pri- 
mitif, AM union, d'où. 

I. AMASSER , réunir plufieurs objets 

de la même nature. 

Amas réunion. 

Amarrer, lier une barqac au ri- 
vage. 

II. AMBIGU , douteux , dont le fens 
efl: équivoque , Lat, ^mbi^uus. 

1°. Au figuré, repas où l'on offre 
tous les fervices à la fois» 
in. AMEÇON, Hameçon, croc&er 
au bout d'un long fil attaché à une 
corde pour prendre le poiffon, ItaL 
A MO , Lat. HAMU&. 

AMBLE , allure d'un cheval qui meut 
les jambes d'un côté , avant de 
mouvoir celles de l'autre côté. 

Ambulant , qui eft toujours enu 

marche. 
Ambulatoire , qui n'efl: pas fixe , 
pas ftable. 

Ces trois mors du Lat. Ambu- 
lare , marcher. 

AMBRE , produélion que la Mer jette 
fîir les côtes , La.t. Ambarum. 

AME , Lat. Anima. Ce mot a plufienrs 
fîgnifications-, i ^ . foujîc , cent per- 
fonne n'a que l'ame; i°Acprincipe 
de la vie, ame végétative ; 3*.l'^ 
prit ; 4'. les fentimens de l'cfprit & 
du cœur : avoir de l'ame, une ame 
élevée jj". le moHU d'une chofe ; % 
efl:l'<jOT« de tout; 6*. la/<jmeefl'en- 
tiellc de divers inflrunieiis ; tAme^ 
d'un fouflec ^ d'un canon, &C;. 



37 FRANÇOIS- 

Il vient de ahm & an primitif, 
Ibufle , refpiration , Ame i & qui 
cft une onomatopée. 

De la même racine , dérivent : 
ANIMAL , tout être qui refî)irc , Lac. 
Animal. 
Animer , Animare. 
Animation, Animatio. 
Animosité , haine dont on eft ani- 
mé , Animojlcas, 
Magnanime , Magnanimus , mot- 
à-mot , qui a une grande ame. 
Magnanimité , Magnanimitas, 
Ranimer , rendre la vie , le cou- 



rage. 



AMÉNITÉ , agrémens , douceur dans 

le caradlère , Lat. Amœnitas, 
AMENDE, peine pécuniaire ;du Lat. 
Menda , corredion , peine. 

Amend AELE, ce qui peut fe corriger. 

Amender , corriger , bonifier , 
{ur - tout en parlant de la terre : 
1°. recouvrer la fànté , Lat. 
emendari, 

s'Amender , fe corriger. 

Amendement, changement, correc- 
tion ; 1*. ce qui bonifie. Lat. 
emendatio. 
AMIT , linge qui couvre la tête & 
les épaules du Prêtre & dont il fe 
revêt lorfqu'il doit dire la Mefle , 
Lat. Amicius. 
AMPLE , vafte, étendu. Lat. Ampïus. 

Ampleur , Lat. Amplitudo. 

Ampliation, Ampliatio. 

Amplifier , AmpUficare. 

Amuuication, Amplificatio. 



LATIN. A M 38 

AMPOULE, élevure (ur la peau, bou- 
fiiïure. Lat. Ampulla. 
Ampoulé , au figuré , enflé , en 
parlant du ftyle. 

AMULETTE , ce qu'on porte fur 
(ôi , pour être préfervé des mala- 
dies , &c. Lat. AmuUtum. 

A N 

Du mot Lat. ANNO fignifianr C 
Cercle , font venus les mots 
fîiivans. 
1°. An , ANNÉE , révolutions dtf 
Soleil. 
Annales , hiftotres des Peuples. 
Annates , droit de Rome fur les 

bénéfices. 
Anniversaire , qui (e fait chaque 

année au même jour. 
Annuel , qui revient tous les ansj 

1°. qui dure un an. 
Annuités , Profit annuel fur de 
grandes Compagnies. 
1°. Anneau, bague. Lat. Annulus, 
1°. tout ce qui efl rond en forme 
de bague. 
Annulaire, le quatrième doigt, à 
caufe qu'on y met des anneaux : 
2°. ce qui efl en forme d'anneau. 
}°. Anus. 

4*. Antan, l'année pafTée , mot-à- 
mot I'An Atiiérieur. 
5 o. Ambition , paffion de ceux qui" 
cherchent às'élevcr, à acquérir des 
dignités , de la fortune. Lat. Am~ 
bitio. 
Amsitieitx, 1.9K, Amhiciofut, 
Cij 



5P 



DICTIONNAIRE ETYMOL. 



40 



Ambitionner , alpirer à quelque 
chofè. 

Ces mots appartiennent à la 
Êtmilte An, qui fignifie 1°. anneau, 
tour : 1°. autour ; & au verbe ire 
aller. 

Les Latins , pour lier ces deux 
mots , inferoient la lettre ^ entre 
deux , an-i-ire , d'où vinrent Am- 
hire & Amliti». 
ANSE , partie faite en demi-cercle & 
au moyen de laquelle on perte les 
objets deftinés à être trajilportés , 
comme les paniers, les cruches, &:c. 
Lat. Ansa. 
Du mot Latin ANTE , qui défigne 
la qualité ou l'adion de précé- 
der , naquirent ceux-ci. 
1°. ANCIEN , ce qui exiûoit il y a 
• loi^-tems- 
Ancienneté. 
Anciennement. 

Antique , Lar. Antiquus , vieux , 
ancien. Aijtique le prend en moins 
bonne part qu'ancien : ancien , 
marque k tems antérieur ; & 
antique y.ce qm a ce flc d'être en 
ufege. 
.Anîiqoité , lés- fems anciens; 
Antiquaire , celui qui étudie les 

uCiges anciens; 
Anticailies , ouvrages antiques. 
a°. Ancêtres, ceux dont on defcend 

6<: qui étoient ante , avant. 
j*. Antérieur , de deux chofcs , 
celle qui efl. avant , Lat. Anterior. 
AiixÉRioiuii , Lar, Aourioritas^ 



Antépénultième , Lat. AntepenuP- 
timus. Celui qui eft avant l'avant- 
dernier. 
40. AVANT de AB & ante ; mot- 
à-mot ce qui eft/'fl/- AHti-riorith 

Avance , faillie , ce qui eft en 
avant : 

z». Chofe faite pour parvenit à 
un hat-Faire toutes les avances-: 

}0. Somme donnée par préli^ 
minaire. 

Avancer, être en avaiit;.z**. aller 
en avant ; ?**• faire des avances ï 
4°. propolêr ; 5 o. réuffir ; 6°. par- 
venir plus haut. 

Avancé. 

Avancement. 
5 '^Avantage , efïct de la qualité 
d'être en av ant , d'être plus avan- 
cé ; 1°. profit , honneur; 1°. vic- 
toire: 3°. qualité heureufe ; 4-*". 
prérogative ; 5°. condition, plus 
fevoroblc. 

Avantageux , adjeSif , utile ,. 
profitable. Nom , celui qui aime à 
fê prévaloir de ce en quoi il penfc 
l'emporter fur les autres. 

Avantager , accorder des condjy 
tions favorables^ 

A O. 

AOUT , le huitième mois de l'année^ 
l'Août , la moilfon. 
AousTER , faire meurir les blés. 

Du Lat. Augupus , nom dc- 
l'Empereur Augufle , qu'on dos*:-' 
lu à ce mois*^ 



i« 



FRANÇOIS 

A P. 



Du Lat. APPELLO , appeller , de- 
mander , on a forme ces mots. 
APEL , adion d'apeller. 

Apeler . Lac. apello,- 

Apellant. 

Apellatif j Lat. Jpeilativus. 

Apellation , Lat. Afellatio. 
Rapcller. 

Apeau , Inftrument avec lequel on 
imite le cri des Oiièaux , pour les 
attirer au piège. 
APÉRITIF , propre à débarraflcr. , à 
ouvrir les voies des humeurs , Lac 
Aperitivus^ 
APRE, autrefois AspRE.rude au tou- 
cher , Lat. Ajper. 

Aspérité , Lat. Afper'uas. 

Apreté , qualité rude r.u goût. 

AprEmhnt. 
APTE , propre à une ehoiè , Lat. 
Aptus. 

Aptitude , Lat. Aptitudo. 

Adaptes., rendre propre , rendre 
apte, Lat. Ad- ap tare. 

Ineptî , non-apte ; Lac. IneptuT. 

Attitude , aftion & fuuation qu'on' 
donne aux figures qu'on- repréiente, 
ou qu'on fe donne à foi-même. Une 
belle attitude , une attitude décente. 
Ge mot' vient de Aptitude:, c'efl la. 
Ctuation qu'on doit (vendre, qu'on 
doit adapter pour remplir ce qu'en 
doit faite. 
ATTÎFETS , ornemens , parure. 

^'AiiifjEi. ,, fc coéfïèr , fe parer. 



LATIN. AP AR. 4a 

Du Latin j* Aptum facere , 
fe rendre apte , propre : fe foire 
beau , s'orner , fe parer. 

A R 

ARBITRE, Juge choifî pour terminer 
un difTcrend , Lat. Arbiter. 
Arbitrage , décifion par Arbitres. 
Arbitral, qui efl l'efifèt des Arbi- 
tres. 
Ap.bitkaere , qui eft livré à la vo- 
lonté de chacun. 
Arbitrairement , d'une foçoilîar- 
bitraire,& fans égard à aucune Loi,- 
Du Latin ARCUS, Ar£ , font ve- 

. nus ces mors. 
lo. ARC , inflrument ofîèiifif. 
Archer , Tireiu: d'Arc. 2°. Cava»- 

lier du Guec , Sec. 
Arc-boutaxt , Arcs qui foutien- ' 

nenr des niurs, • 
Arcade ,voure en Arc. 
; Arceau , porte & fenêtre courbé* 
en arc. 
Archet , bâton en are avec des 
crins en forme de corde pour faire 
raifonner des Inflruraer.s à cordes. 
1°. Arçon , en Elpagn. Ar^on , Irai. 
Arcione , étriers en forme d'arc ,.- 
Lat. Arciio. 
y. Arche, 1°; grande voûte pour' 
un Pont. 

2". VaifTèau de Noé. 
3°. Coiîre dont le couvercle sft 
en ceintre. 
4='. Archives , lieu où l'on garde k*- 
Papiers & A des. Publics^ 



4î DICTIONNAI 

Archiviste , qui a la garde des 
Archives. 

On les tenoît dans des coffres. 
Da Latin JRDOR , chaleur brûlan- 
te , viennent ces mots. 
■fo. ARDEUR , Lat. Ardor. 
Ardent , Lat. Ardens , au propre 

& au figuré. 
. Ardemment. 
Ardre , brûler Lat. Ariere. 

i*. Piquer , aiguilloner , d'où 
Ardillon , partie de boucle qui fert 
à attacher en piquant. 
Ars & Arson , Incendie ; vieux 
Franc. ; Arsin , Liccndiaire. 
2.0. Ardor venoit lui-même d'Areo 
fechèr : d'où Arbne , le fable »Lat. 
ARBtfA , parce que la chaleur fé- 
che , & que le fable eft toujours 
(èc. 
Aride , fèc , Lat. Aridvs. 
Aridité , fccherefle , Ariditas. 
ARGILE , terre propre à faire des 
pots , Lat. Argilla. 
Argileux , d'Argile. 
ARGENT , métal blanc , Lat. AR- 
<jENTum, l^ richelïès. 
Argenté, couvert de feuilles d'ar- 
gent. 
Argenterie , vaiflelle d'argent. 
Argenter, couvrir de feuilles d'ar- 
gent. 
Argentier {vieux Fr, ) , Orfèvre. 
Argentin , couleur d'argent; z*. 
qui a le fon clair comme l'argent. 
Argentine, plante donc les feailles 
(PB( acgeniéesr 



RE ETYMOL. 44 

ARGUER, cenfurer, reprendre; du 
Lat. ARGU-tus , qui fignifia dans 
le fens littéral pointu ; au figure , 
délicat f ingénieux , fpirituel. 

Argument , Lax. A rgumentum , rai» 
(bnnement ingénieux & démonf- 
tratif, poignant; z°. dcmonftra- 
tion 5 5 ^. indice d'un Ouvrage. 

Argumenter , fiiire des raiionne- 
mens démonftratife. 

Argumentation , adion d'argu- 
menter. 

Red arguer , répliquer , ripofter. 

ARMES , inûrumens qui fervent à 

attaquer & à fe défendre , Lau 

ARMA : de-là ces mots 
I**. Armée. 
Armement. 
Armer. 
Armateur , qui met des vaiflèaux 

pour courir fur l'ennemi , ou pour 

s'enrichir. 
Armure , habillement de guerre. 
Armurier , celui qui fabrique Se 

qui vend des armes. 

1**. Armoire , meuble à étages 
avec des portes où l'on renferme 
Ces eflcts. Il doit fon nom à ce 
qu'on y renfermoit fês armes. 

j"* Armes de Famille, ou Symboles 
propres à chaque famille , parce 
qu'on les peignoir fur les Armes. 

Armoiries , Armes de Famille pein- 
tes & enluminées. 

Armoriste, iâvant dans les Arme»- 
ries, (]ui en tienc note 



4f FRANÇOIS-L 

Armorial , livre cjui contient un 
recueil d'Armoiries. 
4*. Alarmi , ItaL AU' arma. , mot- 
à-mot Aux armes ; cri pour aver- 
tir de l'approche de l'ennemi; z", 
effroi , terreur. 
Alarmer , effrayer. 
Alarmant , effrayant. 
5'. Armistice , fufpenfion d'armes , 

de Sto , arrêter ; & à^ Armes, 
Du Latin ARTE^ Art, font nés tous 

ces mots : 
1*. ART , Science de pratique ; i**. 

habileté. 
Artiste , qui eft voué à un Art. 
Artisan , qui fubfifte du travail 
de (es doigts par le moyen d'un 
métier, 
Artisane, 
. Artistement , avecarr. 
i ; Artifice, Lat. Artificium, 
1**. AdrefTe. 
i*. Finefle, rufê. 
5*. Feu de joie fait avec art. 
Artificieux , rufé. 
Artificier , qui fait des feux d'ar- 
tifice. 
Artificiel , qui ne (ubfifte que par 
un effet de Fart ; i°. qui eu l'effet 
de l'art. 
Artificiellement , par art. 
-j*. Artillerie, machines de guerre , 
effet de l'induftne & de l'art hu- 
main.. 

Ce mot efl: plus ancien que 
rinveuiion du canon & des armes 
a feu j; i*, l'enfemble de tous- 



A T I N. A R A T 4t? 

ceux qui iêrvenr aux machines de 



guerre. 



Artillier , ouvrier qui travaille » 
l'artillerie- 

4°. ARTICLE , Lat. Articulas , ce 
qui fert à unir avec art deux parties 
du corps d'un ouvrage ; 2°. union 
de deux chofes qui efl: l'effet de 
l'art ; j ". portions d'un tout ; 4"*. 
mots deftinés à annoncer les nomS' 
& à s'unir avec eux. 
Articulation , liaifbn des os , au 
moyen de laquelle ils fe meuvent 
fans peine ; i*. prononciation qui 
fait (èntir les parties de chaque" 
mot , de chaque fyllabe. 
Articuler , prononcer diffinde- 
ment; z**. énoncer tous les objets- 
d'une demande. 
s'Articuler , fe joindre , s'inferct 
en parlant des os. 

5 '. Arteil , orteil , doigt du pied 
à caufe de leurs articulations. 

ARTICHAUD , plante qui a d* 
rapport au diardon. 

On a avancé bien des rêveries 
fiir l'origine de ce mot. C'cfl: Plta- 
lien Carciofo , Artichaud : mot aP 
téré de Car do. Chardon, & uovOf 
œuf. L'artichaud eft un Chardon' 
qui produit une pomme groflc' 
comme un œuf. 

On aura dit Cartifo ,. Artif» , 
Arti chaud, 

AT 

v'ATRO, noir, 1". terrible ^ fôiîC 
venus ces mots ? 



47 DICTIONNAI 

1*. ATROCE , cruel, inhumain, Lat. 

AtTOX. 

Atrocité , cruauté , inhumanité 
criante , Lat. AtrocucLs, 
4*. Âtre , foyer. 

AU 

Du Latin ALBUS , prononcé Aube 

^ qui fignifie blanc , viennent : 
ï o, AU3E , point du jour, moment 
où le Ciel blanchit , d'où 
AoBADï , concert au point du jour. 
Aube de Prêtre , ornement blanc. 
Aubin , Lat. Albumen , blanc d'œuf. 
z'. AuBEAu, nom du peuplier, parce 
qu'il eft blanc. 
Aubier , aubour , partis du bois 
la plus proche de l'ccorce & qui 
cft blanche. 
l". Aubépine , arbriïïêaa épineux à 

fleurs blanches , Lat. Alba-fpina. 
^UCUN , pas un , Ital. Alcuno. 
AifçuNE , pas une , Ital, Alcuna. 
\AucuNEMENT , nullement. £(pagn. 
Alguno. 

Aucun fignifioit quelque , 
xomme en Italien & en Efpagnol, 
v.;iant de *i//^at-«<n/<f, prononcé 
alqu-un. 

Infenfiblement , on n*a plus 
attaché à ce mot qu'une idée né- 
gative , qui indique l'abfence de 
quel que ce fbit. 

Il n'exifte , en eflfèt , aucun 
terme négatif qui ne (bit né d'un 
terme qui exprimoii une idée po- 
fitive. 



RE ETYMOL; 4« 

AUDACE , hardieiTe exceffive , Lac. 

Audacia. 
Audacieux , Lat. AUDAX. 
AuDAciEusEME.vT ,Lat. Audactef. 
Oser pour AVDEK , à'Audere , 

avoir de l'audace. 
Du verbe AUDIO , entendre , 

écouter , (ont nés ces mors : 
AUDIENCE , i '. action . d'écouter ; 

l'.Heuoû l'on plaide-, }°. aflem- 

blée des Jugçs- 
AuDiENciER , HuifTîer qui appelle 

les caufès pour l'Audience. 
Auditeur , qui écoute , Lat. Au- 

Jicor , i". titre de digaité. 
Auditrice , celle qui écoute. 
Audition , ou Audicion , tems era- 
• ployé à ouïr. 
Auditoire , affemblée qui écoute ; 

1°. lieu oû l'on écoute , Lat. 

Auditorium 
Ouïr, écouter, entendre, au lieu 

d!AuJir , du Latin Audire. 
AUGE , tronc d'arbre creufé en long 

& àertiiié à (ervir de vafe , à con- 
tenir , Lat. Alveus , dont on fie 

Alvio , Aljo , Auge. 
AUGMENT , en Grammaire , addition 

d'une lettre à la têre d'un verbe. 
£n Droit , ce qu'un Mari ajoute 

à la dot de (a Femme. 
Augmenter , accroître , Lat. Aug- 

mcntare. 
Augmentation , Lat. Augmentatio. 
Augmentatif, qui ajoute, propre 

1à augmenter. 
AUGURE , Lat. Augur , celui qui 

jugeoit 



^jj: FRANÇOIS 

Jugeoit de l'avenir par le vol des 
oifeaux; prciàge , ^ugurium. 
Augurer, conjedurer, 
AuGURAL , qui fert aux Augures. 
AUGUSTE, magnifique jrefpeftable. 

Lac. Augujlus. 
AULIQUE, du Latin AVLA ^ Sale, 
Palais , Cour. Ce qui appartient au 
Conlêil Suprême de l'Empire en 
Allemagne ; Canfeiller Aulique. 
Aune , arbre qui croît au bord des 
eaux , Lat. Alnus. 
Aune , mefure pour les étoflfès ;du 
Latin vi.}fA , bras : z°. A ime, 
bralTe , parce que les bras fervent 
de meûire, & ont produit l'Aune, 
qu'on prononçoit Aulne , tandis 
c^Ulna fe prononçoit OIm. 
JlUner , meflirer à l'aune. 
AuNAGE , aâion d'auner , ce qu'on 
a aune , mefurage. 
AUSPICE , celui qui prévoyoit l'a- 
venir par l'examen des oifeaux , de 
leur chant , de leur empreflement 
à manger , &c : z*. le prcfage 
même qui en cloît l'effet : 3". tems 
lieureux ou malheureux : 4°. pro- 
ledion , aucoriré tutelaire. Vtnir 
fous les Aufpices £une perfonne. 
■4.USSI , cenjonâion , qui fignifie 
autant, comme, en cette maiMere : 
on l'a dérivé , 1°. de ai fie , pour 
de cette manière ; 1°. de aliudficy 
autre ■ en cette manière. 

Mais on aura dit aut fi< , ou de 
cette manière : o\xal fie y à cette 
nianiere , &: puis aujfi, 
DiB. Etymol. 



-LATIN. A UF ^o 

Etre aujfi beau , fignifie en effè^ 
ctre beau à cette manière , à la 
même manière que l'objet auquel 
on compare celui dont il s'agit. 

Je trouve dans le Suppl. à Du- 
cange , article L Btjana, qu'on 
a dit Aujinc pour au£i : c'eft dans 
une charte de l'an 1145. 
AUSTERE , qui vit d'une manière 
rigoureufe , privée de toute dou- 
ceur ; 2°. qui cft rigoureux dan» 
fes difcours. Lat. Aujlerus. 
Austérités , rigueurs daiis IcfqucDes 

on vit. 
Austérement, avec auftérité. 
AUSTRAL , méridional , du midi , 

Lat. Aufiralis. 
AUTEUR , inventeur ; 1°. celui qui a 
compofc un livre -, 3 **. celui dont on 
tient quelque nouvelle, Lat. AuSor» 
Mot-à-mot celui qui eft puif^ 
fànt , habile , les Savans-Inventeurs, 
les Génies-Créateurs. Il n'eft donc 
pas étonnant que ce mot tienne à 
la famille fuivante : 
Autorité , pouvoir , puiflànce -, i*. 
gouvernement , commandement j 
3 °. paflàge dont on s'autorife. 
AUTORISER , i*'. accorder le pouvoir 
de faire ; 1°. appuyer de fon crédir, 
de Ùl puifïànce. 
Autorisation , adlion d'autorilêr. 
AUTENTIQUE , qui a les formes 
prelcrites par la Loi ; 2°. qu'an ne 
peut rcjetter comme faux , qui a 
toutes les marques de la vérité , 
I Lat. Authenticus. 



si DICtIOKNAI 

AoTENTiciTE , publicité d'une cbo- 
fè ; preuves qui en écablitTent la 
vcritc , & qui font généralement 
reconnues. 

AuTENTIQUEMENT. 

AUTOMNE, ou Autonne, une des 
quatre fàifons de l'année , Lat. Au- 
tumnus. 

AUXILIAIRE , qui aide , qui fe- 
court , Lat. Auxiliaris. 

Troupes auxiliaires , qui vien- 
nent au fecours. Ferie auxiliaire , 
qui fert à en former d'autres, 

AV 

B^Alf , défîc^ viennent ces mots: 
1 °. AVARE , qui veut tout pour foi , 

qui a peur de dépenfer , Lat. 

Avarus. 
Avarice , paillon de celui qui en- 



RE ETYMOL. ya 

taffc fans dépenfer , Lat. Avariât- 
AvaR-icieux, adonné à l'avarice. 
1°. Avide, qui dciîre avec paffion > 
Lat. Avidus. 
Avidité , paAIon d'avoir, de réut- 

(îr, L3X.AriDlTAS^ 
} °. AvÉ , mot-à-mot , feye^ bien , 

vive^. Je dejire que vous foye^ 

bien , je vous falue. 
AVEINE , & AVOINE , forte de 

grain , Lat. AVEN A. 
AVELINE , efpece de grofle noi- 

fette , Lat. Avellina. 

De la même famille que la 

pomme &APi. 
AVOIR, pofleder, Lat. UASEXE y. 

Voy. A. ' ''•^''•!^ 

AVRIL , quatrième mois de l'année , 

Lat. APRiLis , même femille que 

le mot Apéritif. 



MOTS COMMUNS AUX FRANÇOIS ET AUX GRECS 
ou NÉS DE LA LANGUE GRECQUE, 



A B 

A B A C O , table où Ton gravoit 
des nombres pour apprendre l'A- 
rithmétique. 

Lat. Abacé , à l'ablat. Gr. JlÇoku , 
Aiak0,. 

A C 

ACRE, un champs une mefare de .. 



A C 

terre, dans la plupart des Langues 
d'Europe. 

Lat. Agro , à l'abL 

Gr. Agro, 

Anglo-Sax. Acere , JS«r. 

AUem. Acker, 

Go th. Ahrs.. 

Arm. Akaragr 



jj FRANÇOIS 

Ifland. Akur. 
Ce mot eft également Oriental ; 
en Hébreu "IDX Akar , Labou- , 
; rcuc . M;' A; 

: Ds- là ces mots , tous Latins éga- 
lement: 
Agmctjlture , ou culture de la 

terre , des champs. 
Agriculteur , qui cultive la terre. 
Agricole', qui appartient à l'Agri- 
culture. 
Agraire, Loi concernant le partage 
, des terres. 
Agreste, qui a des mœurs fàuva- 
- ges, grofficres, ^^rr/Z/j. i 

A G 

AGAPES , repas d'amitié & de con- 
corde des anciens Chrétiens , en Gr. 
Aj'oen-;,, Agapéy amour , afleâion, 

AGARIC, excroiflànce qui fe forme 
fur les iapins , & fur la plupart 
des arbres à gland, en Gr. ^ya.çMta , 
Agsricô. 

AGATE , eipece de pierre précieufe j 
du Grec A^etflft) , Agathe, précieux, 
bon. 

A I 

AIL , efpece d'oignon petit & d'une 
odeur très-forte , Lat. Allio , Gr. 
hy^ihç , Aglides : c'cft un pluriel 
fans fingulier. 

AIMAN & AIMANT , pierre qui 
attire le fer ; elle a dû ce nom à 
fâ dureté ainfi que le- Diamant, 
appelles tous les deux en vieux 
François Aiman : tous les deux ti- 



-GREC. KQ AL s\ 

rent leur nom du Grec Apamas. 
AIR , l'élément dans lequel l'homme 
. -, retire & à travers lequel palTe la 
•1 lumière. Lat. Aer , Gr. Anp , Air : 
de-là : 

AÉRï , qui eft expofé à l'air , qui 
jouit d'un grand air. 
AÉRER, donner de l'air. 

AÉRIEN, qui eft de la nature de 
l'air, qui habite dans l'air. 'x-.iviÀ 

AÉROMANciE, divination par l'aih 
Il ne faut pas confondre avec 
ces mots , le mot Air prii dans, 
deux fens fort difîcrens. 

Air noté y ou ckanfon, qui vient 
du Latin Asn.A,jetton , note. 

Air , façon , dcmarche , ancienne- 
ment , Ayr , Air , l'aller , la dé- 
marche, & qui vint du Latin 
Adiré , aller. 

A L 

ALLÉGORIE, difcours par lequel 
on femble dire une chofc , tandis 
qu'où en dit une autre très-diflfe- 
rente dont celle-là eft l'ombre» 
Lat. Allegoria, 

Gr. AMMj-^e/a , AlUgoria: dc-là 
ces mots : 
Allégorique , ce qui eft relatif à 

l'allégorie. 
AllÉgobiser , parler en allégories. 
AllÉgoriste , celui qui parle en 
ailcgoties ; z*. celui qui explique 
des allégories ; 3 °. celui qui en 
appcrçoit là ou d'autres n'en 
voyent gas. 

Dij 



SS^ DICTIONNA 

ALPHABETH , nom de l'aflèmblage 
i des lettres. Il eft formé du nom 
i" des deux premières lettres en Grec, 
: ■^'■Alphéi , Bcta , A & B-: de-là le 

mot , ::.'.- ^ 

Alphabétique, mots ranges fva- 

vant les lettres de l'alphabet» 

A M 

AMALGAMER , unir les métaux par 
le feu ; du Grec Ama , enfemble , 
& Gameô , marier^ 

AMANDE , fruit que porte I'Aman- 

DIER. .Uii'i - 

3 -•; Eh italieft Amandola. 

.En Languedocien Amcnle r ce 
-o.fcnt des altérations du Gr. Jmyg- 
• ;LJ<i/«, & du Latin Amygdala. 
AMBROSIE, nourriture des Dieux , 

Gr. Amtrojîa, • 
AMIDON , lubftance tirée du grain 

de froment , & qui fcrt à faire 

l'empois ou la cole. 

Lat. Amylo , Gr. à.imj^w , Amylô. 
Amidonnier, celui qui fait &: qui 

vend l'amidoIl^i:^.3 inoji 95HS1' i 
AMNISTIE ,^ déclaration par laquelle 

un Souverain met en oubli le pafTé ; 

à l'égard de ceux dont il a lieu de 

fe plaindre. 

Lat. & Gr. Amnijiia.- 
AMPHIBIE , animal qui vit fur la 

terre & dans l'eau. Ce mot vient- 
' du: Grec Ampk»^ deux, double,, 

& hia y vie. 
AJIPHIBOLOGIE , difcours équivo- 
que , qui peut fe £iendre ejo. deuX- 



IRE ETYMOL. ^(î: 

fèns : du même mot Grec Atnpho ^ 
deux y double , & de logos , pa- 
role^ 
AMPHITEÂTRE, mot Grec, qui 
- fignifie ioubU Tédtre , parce que 
le fpedacle ctoit dans le centre > 
& qu'on éroic aflls toutrautoiic 

AN 

ANACORETE, qui s'eft retiré dit 
monde dans un défert pour ne 
penfèr qu'au Ciel: du Grec Ana , 
à l'écart , & Contés , celui qui Cç 
retire. 

ANALYSE , développement des par- 
ties que renferme un tout ; Grec 
A»aAt(ff«f , Andlyjis , réfolution ^ 
action de délier , de féparer. 
Analytique , ce qui découvre ks 
principes des ehofes* 

ANALOGIE , rapport qui fê trouver 
entre les objets de la même nattt-- 
re : du Grec Ana-logia, coiv for- 
mité. 
Analogique, ce qui eft faird'aprcr. 

' ks rapports avec un, objet. 
Analogue , ce qui a du rapport 
avec un objet; 

ANARCHIE, privation de Chef: du 
Grec Ana., fàus , & Ark/ié , com- 
mandement. 
Anarchique, qui eft privé de Chef,, 
qui eu plongé dans le dcfordre. 

ANATHÉME, ou ANATÉME : ce 
mot eft Grec , & fignifie Jépant-" 
tion f divouenenu 

il ne fè £remi glus qu'en maur 



'sf 



FRANÇOIS 



vaife part : c'eft le retranchement 
de l'Eglife , c'eft être dévoué aux 
peines les plus terribles. 
AnathÉmatiser , ou AnatÉmati- 
SER, retrancher du corps des Fi- 
dèles, 
ANATOMIE , art de diffequer le 
corps humain pour en connoître 
toutes les parties; du Gr. Aiaîla/jna, 
Anatomia , difledion , réparation 
avec des inftrumcns tranchans. 
Anatomiste , celui qui dilTeque le 

corps humain. 
Anatomiser, diflequcr. 
Anatomiquement , à la manière 
des Anatomiftes, 
»'ANC & ANG , étroit , aigu , font 

venus ces mots: 
i". ANCRE, inftrument defer àdeux 
pointes recourbées dont on fe ièrt 
fur Teau , qui tient au vaifTeau par 
un cable , Se qu'on jette au fond 
de l'eau pour arrêter le vaifleau. 

Lat. Anchora , Grec A^xt/pa, 
Ankyra^ 

Ces mots viennent de la racine 
. primitive Anc , Ang , qui déhgne 
faâion de ferrer, d'ctreindre .d'é- 
trangler , de même que les fùi- 
vans : 
z°. ANGER, vieux mot François, qui 
figuific emharTaffer , incommoder , 
mettre en angoiflè r en Grec , 
Af^-apii/», Angareyô., 
Angoisse, douleur amere.-. 
Anxiété, Lit. Anxieias, détrcflê, 
lourroais^ inquiétude extrême. 



GREC. AMAN ;8 

j°. ANGUILLE , lat. AnguiUa , 
PoifiTon long & mince , comme s'il 
étoit étranglé. 

4°. ANGLE , Lat. Angulus , Grec 
Af^uXoî, Ankulus^ efpace renfermé 
entre deux lignes qui fc croifènt. 
Angulaire , ce qui concerne l'angle.- 

ANECDOTES , évenemens, & livres 
qui n'étoient pas connus & qu'on 
met en luiniere : du Grec AhyMIo, 
Anekdota , qui n'a pas été donné p 
publié.. 

ANGE , e(prit ceféfte , Lat. Angélus ^ 
Grec Angeles , Ar>iA©-. 

IANGÉLiQUE,quia le caradcre d'Ange.- 
2°. Plante admirable par fes- 
efïcts & fà douceur. 
Angéliquement, comme un Ange^ 

à la manière des Anges. 
Angélus , Prière qui fe récite troi* 
fois le fout. 

i". Cloche qui l'annonce. 
Angelot , efpéce de fromage. 

z®. Ancienne monnoie , avec- 
la figure d'un Ange, 
Archange , Chef des Anges. 
ANIS , Plante dont la graine a un 
goût aromatique fort agréable ; en 
Grec ,) Anijon & Anéthon , Ay/a-e» ,. 
Ayjiô'oy. 

ANONYME , livres , lettre , ouvrage 
fans nom d'Auteur : du Grec Ay 
fans , & Onoma , nom. 
Anomalie ,. terme de Grammaire , 
irrégularité , chofe oppofce aux ré- 
gies j de A fans , & y»^^ Nomos^, 
toi, réglf. 



j9 ~ DICTIONNAI 

Anomai, qui eft irrcgulier, un Ver- 
be Anomal, 

ANTAGONISTE , mot Grec qui dé- 

- ' figue une perfbnnc comme étant 

oppoféc à une autre ; comme étant' 

en guerre , en combat avec une 

autre pcrfonne. 

De la prépofition ^JVTf,contre, 
& dû mot , a^6n combat. 

ANTIDOTE , contre-poifbn ; mot- 
à-mot, chofè donnée co/z/re un poi- 
fon : du Grec Anti, contre, & iotosy 
donné. 

ANTIENNE, Hymne chantée par 
deux Chœurs qui fe répondent : du 
Grec Antiaà, Anituy (e rencontrer. 
Les mots qui commencent éga- 
lement pat Anti , viennent aufli 
tous de la Langue Grecque : du 
moins ils en font compofés quant 
à ce mot , qui emporte toujours 
une idée de contrariété, d'oppo- 
fitîon. 

Antre , caverne profonde , Lat. 
Antro, Grec Antrô. 

ANTROPOPHAGE , celui qui man- 
ge les hommes , qui fe nourrit de 
chair humaine. Du Grec Ay3-p«7r'S^, 
Anlhrôpos, hômme,& pha^ô (payu, 
manger. 

A P 

APOCALYPSE , terme de Théologie, 
Révélation , Manifcftation de l'a- 
venir voilé. Des mots Grecs K«>it/7r- 
')QKalyptos, caché, voilé, & Apo, 
prépbfition qui marque l'cloigne- 
roçnt , l'aâion d'ôter. 



RE ETYMOL; 60 

La Langue Françoise a emprun- 
té du Grec nombre de mots com- 
pofés de cette prépofition Apo. Mais 
elle y fert fbuvent à renforcer h. 
fignification du mot qu'elle accom- 
pagne , comme*hotre prépofition 
inféparable re à la tête des mots. 
Et 1°. à défigner la cauft , le 
motif. 

APOCRYPHE , caché , dont la four- 
ce eft inconnue , & qui par- là mê- 
me , mérite moins de foi : du Grec 
KpuTrlu y Krypté, cavernc, cachette. 

APOLOGIE , difcours pour la défenfe 
ou la juftification de quelqu'un : 
du mot AoyO" , Logos , di/cours , 
parole. 

Apologétique , en forme d'Apo- 
logie. 
Apologiste , celui qui entreprend 

la juftification , qui défend. 
Apologue : ce mot , formé des mê- 
mes mots qu'Apologie , eft devenu 
le nom des Fables inventées pour 
l'inftrudion des hommes,telles que 
les Fables morales d'Efopc & celles 
de la Fontaine. C'eft comme fi on 
difbit difcours en faveur de l'inf- 
truftion , récit expofé aux hommes 
pour leur avantage. 

APOPHTEGME, du mot ^Ôs^yuc, 
Phtegm* y^&toXt, mot; i°. mot 
par excellence , bon mot. Sentence 
mémorable. 

APOPLEXIE . indifpofition fubite & 
mortelle : du mot -mX»^iç , P/cxis , 
fecouflè , coup. 



Ci F R A N Ç O I 

jlpopT.ECTiQUï, qui tiem de l'apo- 
plexie. 
APOSTAT , terme de mépris ; un 
Apoftat eft celui qui abandonne fa 
Religion , pour en cmbraffer une 
autre qu'on regarde comme fauffe : 
du mot j4f)o , loin , &c Jl6,Çc tenir. 

ArcsTAsiE , renoncement à la vraie 
Religion. 

Apostasies, renoncer à la Religion. 
APOSTOLAT , qualité à laquelle fu- 
rent élevés les douze Difciples de 
J. C. Ce mot fignlfie proprement 
Mijpon , Envoi, àtjidlé , XtjXAu , 
envoyer. 

Apôtre , autrefois , Apostre , mot 
altéré du Grec Attoç-u^©^ , Apof- 
t»les y qualité des douze Difciples 
de Jelus-Chrift & qui fignific envoyé. 

AposTotiQUE , dans le goût des 
Apôtres. 

Apostoliquemint , à la manière 
fimple & fublime des Apôtres. 
APOSTROPHE , aclion d'un Ora- 
teur qui fe tourne tout- à - coup 
Tcrs un objet ou rers une perfon- 
ne pour lui adrcfler direâcment la 
parole. 

Apostrophe». , c'eft adreffer la pa- 
role à quelqu'un: t°. Injurier quel- 
qu'un , ou le blâmer lâns qu'il ait 
lieu de s'y attendre. 

Ce mot vient de ç^tpa , Strephé , 

fe tourner vers. 

z*. AposTROPHEjduGrec Apojlrophos, 

marque qui défigne qu'onafuppri- 

Bié , rejette la dernière fyllabe d'un 



S-GREC. A P A R Sx 

mot 5 comme dans le mot /an , 
pour de un. 

APOSTUME , du Grec A-ittçttpxt » 
ApojUma, abcès , tumeur avec (ùp- 
puradon. 

APOTÉOSE ou Apothéose , éléva- 
tion au rang des Dieux : du Grec 
es©- -j Theos , Dieu. 

APOTICAIRE , du Grec Apothiki , 
Awc&Mv.H, Magafin, celui qui raP> 
fèmble les drogues néccflaires à la 
Médecine & qui les prépare, 
Apoticairerie , Boutique d'Apoti-' 
caire , Magafin de drogues, 

A R 

ARCHITECTE , celui qui drelTe les 

plans des Edifices , & qui en dirige 

la conftrudion : du Grec Archi , fu— 

prcme , & Tekton , ConArudlcm:,. 

ARCHiTFCTuaE , l'Art de bâtir, 

ARISTOCRATIE , GouvcrnemcM: 

compofë des Familles les plus 

puiflantes: des moti Grecs Arifios^ 

grand, & Krtitia, Kpolxt , puiflànce. 

Aristocrate , qui eft à la tcte d'u» 

Gouvernement Ariftocratiquc- 
Aristocratiquï , qui tient à l'Aria 
tocratie , qui en dépend. 

ARITHMÉTIQUE , l'Art des non»- 
bres , ou du calcul par chiffres : dff 
Grec Xe/.d/j.cç y Ariihmos y nombre y 
chifîre. 
Arithméticien , verfé dans iafcien»-- 
ce des nombres. 

AROMATE , parfum , plantes ou pro^- 
durions de plantes dont on- ùm 



1S3 DICTIONNAI 

des parfums , Se qui ont une odeur 
agréable & reftaurance. 
Aromatique, qui eft odoriférant. 
Aromatisek. , employer des Aro- 
mates. 

Du Grec Arôma, parfum, odeur 
agréable. 
iêiRSENIC, minéral compofé de fou- 
fîre & de fcls caudiques , & qui eft 
un poifon ; Grec Arfenikon. Voy. 
A , François-Oriental. 
Artère , VailTeati qui tranfporte le 
fàng du co:ur jufques aux extrémi- 
tés du corps. En Grec Artéria. 

A S 

ASPERGE , forte de plante dont on 
mange les tiges tendres. Lat. &c 
Grec Afpar/igo. 

ASPIC , forte de ferp^nt ; en Grec 
Arr<sriç , Afpis, 

ASTHME , indifpofition ou viciofité 
des poumons qui rend la refpjration 
pénible ; Grec Ajihema , qui figni- 
fie la incmc choie qu'Afthme. 
Asthmatique , qui eft attaqué de 
cette incommodité. 

ASTRE , Étoile , corps lumineux qui 
brille au Ciel. Lat. & Grec AJiro. 
De-là, 

1°. ASTROLABE , Inftruraent avec 
lequel on prend la hauteur des Étoi- 
les : du verbe lai>ô , xaQu , pren- 
dre. 

9.°. Astrologie , Art de connoître 
les influences des Aftres : du mot 
iLogos , difcours , raiibiiueraeiic. 



RE ETYMOL. 64 

Astrologue , celui qui eft verlc 
dans la connoilïànce de l'influen- 
ce des Aftres. 
} . Astronomie , connoiflànce du 
mouvement des Aftres , de leurs 
Loix & de leurs effets. Du mot 
Grec Nomos , régie , loi. 

Astronome , celui qui connoît 
les Loix d'aptes lesquelles Ce meu- 
vent les Aftres. 

Astronomique , qui concerne l'At 
tronomie. 
ASTUCE , Lat. Afiuda , rufe , finef- 
fe. Dans l'origine , ce motfe prenoit 
en bonne parc , & défignoit la fi- 
neftè , la politefte des habitans de* 
Villes. Il fe fotma du Grec Asb * 
AJlu ou Afy , Ville. 

A T 

ATHLETE , celui qui combattoït 
dans les Jeux de la Grèce : du Grec 
Ath/0n, combat, Aflxov. 

ATMOSPHERE la maflè d'air qui 
environne la Terre -, du Grec 
Arficf } Atmos y vapeur , foufle , Se 
r^ctipu. , ^phxra y globe. 

ATOME , corps indivifible, corpufcu- 
les dont on (uppofoic les êtres com- 
pofés : du Grec A , non ; ic Tomos, 
feftion , moiceau , fragment. 

A U 

AUMÔNE, autrefois A ULMOSNE ,ce 

qu'on donne par charité & par 

compaffion à un pauvre: du Grec 

(Mi/j-ca-uy» , EUcmofyni , commifc-i 

i cation y pitié. 

Aumôner ) 



t 



6s FRANÇOIS 

AumÔner donner l'aumône. 

AUMÔNIER , celui qui feit de fré- 
quentes Aumônes. 

i°. Celui qui eft chargé de dire 
la Meflfe pour un Seigneur ou pour 
un Corps , & qui en diftribue en 
même tems les aumônes, 

AUTOGRAPHE , écrie de fa propre 
main ; du Grec Autou, Autou , foi- 
même , & graphon , ^pa^oy , écrit. 

Automate , Machine ou figure 
humaine qui (ê remue lâns qu'on 
la touche & comme d'elle-même : 
du Grec Maô , defirer , chercher. 
A X-AZ. 

AXE , cflîeu -, on s'en fert en par- 



GREC. AX AZ 66 

lant des Globes & fur -tout de la 
Terre & des Planettes. L'axe du 
Monde. 

Lat. & Grec , Axis , a?/?. 

lO. AissiEu , eflîeu , l'axe d'une 
roue , le cilindre fur lequel clla 
roule. 

Axiome , mot-à-mot dignité : vé- 
rité fi claire , fi évidente , qu'elle 
eft digne d'être reçue par elle- 
même , fans l'autorité de per- 
fonne. 

AZYME , pain fans levain , dont on 
fè fervoit chez les Juifs à la fête de 
Pâques: du Grec A, non, Êms , & 
Zyma , ^vfx* , levain. 



MO TS CO M MUNS 
AUX FRANÇOIS ET AUX ORIENTAUX 




A B 



BBÉ : ce mot défignc, i». le Chef 
d'une Abbaye d'hommes. 

1°. On donne ce nom à qui- 
conque porte l'habit Eccléfiaftique. 
Abbesse , Chef d'une Abbaye de 
femmes. 
Abbaye , Maifbn Rehgieufe dirigée 

par un Abbé ou par une Abbeffe. 
Abbatial , ce qui regarde l'Abbé ; 
Del. £tymoL 



la Maifon Abbatiale. 

Ces mots viennent de l'Orien- 
tal AB , en Syriaque AHa , qui 
fignifie Père. 
z'. De la même racine, prononcée 
ur , vient le Lat. AVUS, ayeul , & 
notre propre mot, 
Ayeul, au pluriel Ayeux y grand-" 
Père & Ancêtrcî. On difoit autre- 



6j DICTIONNA 

fois AviAux ; Italien Ayolo, Efpa- 
gp.ol Abuolo. 
ACADÉMIE, lieu où s'anTemblent des 
Geos de Lettres, i**. Deu où l'on 
s'inftruit dans les Iciences. j^.Liea 

:? où l'on apprend à monter à che- 
val. 

En Latin & en Grec, 4cademia. 
Ce mot vient de l'Oriental, CaDM 
eu QaJm dont on a fait Cadmus 
& c]ui lignifie l'Orient, i". yertu , 
txcellcnce. Les connoifîànces vin- 

firentde l'Orient & par les connoif- 
fances on s'élevc 

A I 

AIDE, fecours , affiftance. i*. Celui 
qui aide. îtaL Aita. 
Aider, fervir, être utiîe , fecoortr. 
s'aider, fe tirer d'afliire par fbi-mè- 
me. hcd. Aitar. 

Ce mot vient de l'Oriental ID 
prononcé ZID qui figaifie, i °.main: 
i°. aide, fecours. La main eft le 
grand aide de rhomme. 

A L 

ALBATRE, autrefois Ai.BAïTRE,cf 
pccc de marbre moins dur que le 
. marbre ordinaire,&;communément 
blanc. Ce mot eft Grec S: Lat. Mais 
dans toutes ces Langues, il vient de 
rOriental Al, le, 6c SAIS ySVTS , 
qui fîgnifie hlanc. 

ALBERGE , cfpcce de pêche. Ménage 
dérive ce mot du Latin Altm ; 
mais «/ e{L ici oa article OrieotaL 



IRE E T Y M O L. €i 

Saumaise a peut-être raifbn de le 
dériver , dans (on Ouvrage fur le» 
Plantes ch.ip. 6 8 , de 1 Arabe Al-' 
tegi , g-^ bcgf qui eft le nom d'un 
fruit. 
ALCALI , tÇj<cct de fel fimple. Ceft 
un mot Arabe, formé de l'article al 
te du mot KALi h fonde, ou foute 
dont les cendres donnent ce lêL 

Selon Saumaise , dans le même 
Ouvrage ch. 1 1 o , Cali eft le nom 
des cendres, & usna le nom de la 
plante dont on les tire. Avicenwi 
a diftinguc auffi ces deux chofes. 
ALCHYMIE, la Chymic la plus fubli- 
me, qu'on croit enfeignct à trans- 
muer les métaux, & à trouver la Mé- 
decine univerfellc.de même que le» 
remèdes contre la mon. On le dé- 
rivoitdu mot Harn,oyx CuAU,c\T3i 
fut le nom de l'Egypte. Mais Bo- 
CHART dansfonPhalegle dérive du 
mot Arabe K-Mi qui fignific cacher, 
d'où vint Al-chymie ( Alchemia ) 
l'Art occulte. De-là ; 
Alchymiste , celui qui s'adonne à 
F Althymie. 
ALCORAN , Livre facré des Maho- 
métans. Ce mot fîgnifie le Livri 
par excellence. Il s'écrit en Arabe 
^V^ , Qpran. 
ALCOVE , portion de la chambre 
qui renferme im lit à coucher. Ce 
mot nous vient de l'Elpagnol Al- 
covA. C'eft l'Arabe al-cosbj. , 
chambre routée ou plafonnée ATf ai 
renferme un lit» 



49 FRANÇOIS-0 

ALEMBIC , vaiflèau à diftiiler , en 
Arabe ^^L'A Anhik. Golius avoue 
que ce mot eft étranger aux Ara- 
bes , qu'il vient peut-être du Grec 
Amhiky un vafe-, ou de l'Indien. 
Il eft compofë de l'article Al Se du 
verbe tfSaKa , tirer , diftiller. 
S'Alembiquhr , c'eft perdre fon 
teins en réflexions pénibles : c'eft 
fc diftiller l'efprit pour découvrir 
quelque chofe qui intéreffe. 

ALEZAN , cheval bai , tirant fur le 
roux. C'eft l'Efpagnol AU^an : 
Ces mots viennent de l'Arabe A/he- 
fcui , cheval courageux & de bonne 
race ; on dit en proverbe Efpagnol 
Alezan trùU , plutôt mort jue lajfé. 
Beau , parfiiit , s'apelle en Arabe 
^*»-- HaSalf. 

ALVANE , une jument , une cavale , 
en Italien Alfana , en Elpagnol 
Alfena. , cavale (àuvage ou étran- 
gère. Ce mot doit être Arabe , à 
caufe de l'article , & parce que ces 
mots font abfblument iiblés dans 
ces deux langues , & par confé- 
quent étrangers. H doit donc ve- 
nir de l'Arabe ^^UjS FlifAN, qui fi- 
gnifîe orné £une belle chevelure , 
&c qui fert de nom aux chevaux , à 
caufe de leur belle crinière. 

C'eft ce mot fi célèbre par le 
ridicule qui en réfulta pour les 
étymologies , lorfque Ménage eut 
effayé de prouver qu'il venoit du 
mot Latin Equus , cheval , & qui 
occafionna ce fameux couplet. 



RIENTAL. AL 70 

Alfana vient i^Equuf , fans doute ; 
Maiî il faut avouer aufll 
Qu'en venant de-là jufqu'icî, 
11 a bien changé dans la route. 

ALFIER, un Enfeigne. C'eft l'Italien 
Alfiere , & l'Efpagnol Alfere^^ , qui 
porte le drapeau. Ca mot doit 
ctre également Arabe. Le mot 
t/.i PkaRT f ou P/iarti, CïoniHe 
comme verbe, précéder, marcher 
devint; & comme nom, xanjîgne 
dcftiné à marquer le chemin. 

ALGARADE , infulte , querclie faite 
(ans railbn : en E(pagnol Algarada. 
Ce mot eft certainement Arabe; 
mais on ne trouve dans le Dic- 
tionnaire de Golius que le verbe 
primitif GaRa fi». , qui fignifie 
molejler , agir avec perfidie , accU' 
fer fauflcment , & qui eft égale* 
ment Hébreu ni3 > GaRUa. 

Ce verbo eft fans nom dans 
Golius ; mais les Efpagnols ne l'ont 
{urement pas inventé. Le mot Ara- 
be dont ils l'ont pris manque donc 
dans Golius , & ce n'eft pas le (èul. 
On peut doubler ce Didionnaire , 
& encore on n'épuifèroit pas cette 
Langue. 

ALGÈBRE, fcience où l'Arithmétique 
eft ramenée à fes principes géné- 
raux fans être appliquée à des 
quantités déterminées par des 
nombres : du mot Arabe ^j^. 
GaBaR , qui fîgnifîe réduction des 
parties , ou des fraclions k un tout. 
Gomme verbe , il fignifie ré- 



71 DICTIONNA 

parer , raccommoder , reftaurer , 
& fur- tout relativement aux os 
cafles ou demis. 

Il doit tenir au verbe BaRA , 
ou SRA , faire , créer, 

ALGUAZIL , nom d'un Sergent ou 
d'un Huifîîer, en Eipagne. Ils exé- 
cutent les ordres de la Juftice , èc 
conftituent les gens prifonmers. On 
a bien vu que ce mot étoit Arabe ; 
«nais on n'a fil d'où le dériver. 
Covarruvias a propofc deux éty- 
mologies, croyant qu'on pouvoir 
le dériver ou de ,ji^ ^es'iR , Mi- 
niftre , homme en charge ; ou de 
l'Hébreu ^^n GiiZdZ, , prendre , 
parce qu'ils arrêtent les criminels. 
Alguazil ne vient ni de l'un , ni 
de l'autre de ces mots.C'eft le mot 
Arabe J^^;» GUaZeZ , qui fignifie 
jeune homme , & i°. Falec , quoi- 
que les Diûionnaires n'en dilènt 
rien; parce que dans toutes les 
Langues jeune homme , garçon , 
valet , font & furent toujours fy- 
nonymes. 

AtMANACH , nom vulgaire du Ca- 
lendrier. Ce mot eft venu de 
l'Oriental Af^jv , nom primitif du 
Soleil & de la Lune , mais fur-tout 
de la Lune, On peut confulter tout 
ce que nous avons dit fur ces mots 
dans notre Hijlohe du Calendrier. 

ANE , autrefois ASNE , en Latin 
jISINvs^ animal à longues oreil- 
les , & qui vint, ainfi que (on 
nom , de l'Orient. C'efl le mot 



IRE ETYMOL.'l ^% 

Oriental ^rX > Azif ^ Se Ju^en^ 
oreille. On ne pouvoir trouver 
une cpithéte plus convenable à 
cet animal, ; 

j4u figuré , un ignorant, 

Anon , Lat. Afdlus. 

Anisse, Afina. 

Anieb. , conduûeur d'ânes , LaL 
Ajinarius. 

Anerie , trait d'un âne , d'un igno- 
rant. 
API , elpéce de pomme , petite & 
d'un très-beau coloris. L'origine 
de ce mot , inconnue , tient fans 
doute au primitif 3 X , Ar ^ As^ 
fruit. 
ARAIGNÉE, en Lat. Arachnea, en 
Grec ArakhnL Ce mot fignifie la 
tiCferande , & vient de l'Oriental 
JIX , ARaG , ùfire, C'eft fur la 
valeur de ce mot qu'on invent» 
fa charmante fable d'Arachnc , & 
fbn défi avec Minerve , Déefiè der 
Arts. 
ARMONIE , HARMONIE , accerd; 
au phyfique , relativement aux 
fons & aux couleurs. 

Au figuré , relativement aux fên- 
rimens ; ItaL armonia , Lat, 

HARMONIA. 

Armoniiux, Irai. AXMOjnoso. 

Armoniser , Irai, armonizzare, 

Armonique, Ital ARMONico^ Lat. 
H ARMONICV s.En Grec i °;'Ap/uor««, 
Harmonia, accord, arrangement 
ftruâure. 

i*. Harmosô , arranger, accordeii- 



7j FRANÇOIS-O 

^°, Harmc, infertion, (uture; Orien- 
' tal Zimi' , Hormj,Harmj, ar- 
ranger , accorder , faire harmo- 
nifer » 1°. habile , inTentif , qui 
{ait mettre d'accord. 
II. D'ici , une famille Latine ôc Fran- 
çoife , dont la fôurce étoit incon- 
nue. 
Carminatif , qui adoucit , qui 
appaile , qui rétablit l'harmonie. 
Charme , tout ce qui tranfporte 
par (à beauté , par fon harmonie. 
Charmer , ravir, enchanter, trant 
porter par l'harmonie. 

Charme fignifie donc, i°, là beauté, 
parce qu'elle attire,qu'elle enchante, 
i". Les Arts magiques par les- 
quels on cherchoit à attirer â foi 
tous les Etres, comme Orphée atti- 
roit par fbn chant tour ce qui exifte. 
3 °. La Podjîe , en Latin Car- 
WEN, fiiite pour charmer , pour 
ravir par fon Armonie.- 

Carmen ) eft donc un dérivé 
de Harm , harmonie ; les vers 
font l'efièt de l'harmonie. 
ARRHES, ARRES & ERRES , ar- 
gent qu'on avance pour la fureté 
d'un engagement , d'un contrat. 
Lat. Arrhubo, 
Gr. Arrhatôn. 
Hebr. Ti:3*^;' , Horahonn. 
Arab. ^ï^ij Horban ^ & u^' 
Arbun , du verbe Arabe t^A 
ARaSa, nouer,rerrer,afïèrmir. 
ARSENAL, lieu où l'on conferve 
les armes deftinées au iervice de 



RIENTAL, AR-ÂV 74 

l'Etat. Ce mot eft Italien & EC- 
pagnol. C^eft une altération du 
mot Darfena , cfité fur la Médi- 
terranée , &c qui défîgne le lieu 
où on renferme les Galères &: où 
on ks conftruic. C'eft un mot 
Oriental compofé de ,U dar , 
habitation , magafin , & de ^«,.> 
SaNa. , former ; i». fabriquer deS' 
armes , faire des épces > les aigui- 
fer , les polir. 
ARSEJ.'IC. Ce mor qu'on dérivoit 
fi ridiculement du Grec Arfin ,. 
mâle , comme fi ce poilôn avoir 
été appelle mâle , pour défigner' 
la violence avec laquelle il a^r,- 
eft le mot Oriental g-j^y/lî > Ai=- 
{ernig , d'une origine inconnue à 
tous nos Lexicographes , Se aux 
Orientaux eux-mêmes. Les Per- 
fims Te regardent comme un mot 
originaire de l'Arabie ; & les Ara- 
bes ^ comrtie un mot venu de 
Perfe. C'eft un mot Oriental trcs^ 
énergique compofè des deux mots 
' J.J , ZeR , mordre , brûler , & «i , 
NeG , Ce hâter : mot-à-mot , ce i^ui 
brûle & mori promptimtnt. 
AVANIE , du Grec vulgaire Absnit^ 
prononcé Avania , & qui fignifift- 
affront. 

En Turc Avak 
C'eft le mot Oriental 

Arab. HaVaN j^ja. > opprobre.- 

Hebr. flK AVeU , injufticc, itû» 

quité. 
AZILE ou AZYLE , lieu Uié- o4î 



7^ DICTIONNAI 

l'on croit à l'abri de toute pour- 
fuite : en Gr. Af u^oy A^ylon ; en Lat. 
Afylum ; de l'Oriental Atfel, ou 
j4fel 7C^N> forêt, bois. Les bois 
fâcrés furent les premiers afylcs ; 
& point d'afyles fans bois làcré , 
même à Rome. 
AZIMUTH, Terme d'Allronomie , 
qui défigne le cercle qui pafle di- 
reftement fur la tête , Se qui cou- 
pe riiorifon à angles droits. Ceft 
l'Arabe .<^/ le , & Jiù«^ SeMT , 
chemin , chemin droit. Zenith 
en vient. 

Zenith , cft exaûement le 
même mot Arabe prononcé Zemt, 



RE ÉTYMOL. 7^ 

& qui dcfigne le (bmmet de ce 
cercle , fon pôle , le point du Ciel 
par confequent qui eft (ur notre 
tête. 

Ce mot tient au 5£M-ha des 
Latins , un Sentier. 
AZUR , couleur bleue , couleur du 
Ciel, Ital. Asrurro , Efp. A:^ul. On 
a dit dans l'origine Lniur ; c'eft 
le Perûn i,j^jn Laiurd, qui figni- 
fie bleu j 1°. pierre bleue. Il doit 
tenir à j.ji ZaR , brillant , ctîncel- 
laHt ; z°. l'éclat de l'œil , d'une 
épée , Sec. Ici «ous avoni fiipprimc 
le L initial , tandis qu'ailleurs nou$ 
l'avons ajouté. 




77 



FRANÇOIS-CELTE. BA 



78 



MOTS FR A JS Ç O I S - C E LT ES, 

ou DÉRIVÉS DU CeLT/QC/E, 



B 



JLi A Lettre B cft une Lettre labia- 
le ou ^ui Ce prononce des lèvres. 
Elle fut toujours la féconde Lettre 
de l'Alphabet Primitif; & valut con- 
féqucmment deux dans l'Arithmé- 
tique à Lettres. 

Cette Lettre Ce prononce des 
lèvres , portion la plus mobile de 
llnfirumcnt vocal ; elle eft donc 
devenue la fôurce d'un grand nom- 
bre de mots en toute Langue, & en 
particulier dans la Langue Fran- 
çoife ; de-là , une grande partie 
des mots qui compofent le Dic- 
tionnaire de la première enfance , 
& qui forment les Familles fiii- 
vantes. 

B A 

I. BA , dcfignant diverfês idées 
relatives aux Enfans. 

l. BABIL , aftion de caufer , de )afêr 
lofïg-tems & facilement : d'où, 
Babiiler. 
Babillard & Babillarde. 

Ces' mots font donc une ono- 
matopée , l'imitation de 1 aftion 
jnême de parler , <jui fait kiou- 



volr les lèvres. Ceft ainfi que les 
Grecs ont dit , Baô , Babaio , 
Batalôy Bamiaino, qui tous figni- 
fient parler. 
11. Babine , nom des Icvres , appli- 
qué aux Enfans dans le ftyle bur- 
Icfque ; & qui eft. rcfcrvé dans le 
difcours fcrieux pour défigner les 
lèvres de quelques animaux j tels 
que les finges , les chiens , les 
vaches & bœufs. 
IIL On en a feit le nom de tout ce 
qui eft petit. 

Babouin , cpitliète des enfans , & 
nom d'une grofle efpéce de finge : 
en Lat. Babx/s , Babuinus , en- 
fent. En Celte Bab , un Enfant. 

Bambin , un enfant. 

Bamboche , petit enfàncnain , ma- 
rionnette. 

Famille trcs-nombreufe en Ita- 
lien, i". Ce mot défîgnc encore 
une canne ou jonc compofé de 
noeuds d'efpace en eipace , qui la 
divifênt en petites portions & dons 
le nom efl de la même famille que 
le motfcrivant. 

Bambou , Jonc ou canne de«^ Indes 



7<? DICTIONNAI 

d'une grofleur très - confidcrable &c 
qui eft à nœuds. 

De Bambo, Bambin, les Italiens 

firent Bimbo , enfant , d'où vint : 

i^. BiMBORioNs , >ouets d'enfans , 

que nous prononçons Brimborions. 

z". BiMBELOTs , jouets d'eufans. 

BiMBELOTÉ, emmailloté comme une 

poupée. 

BiMBELOTIER , BiMBLOQUrER., qui 

fait ôc vend des jouets. 

IV. Babioles , jouets d'enfans: i°. 
chofès puériles , peu dignes d'un 
homme fait. 

V. Bachelier , Jeune homme. 

Bachele , jeune fille. 

Bachelette , fillette, fille jeunette. 

Le premier de ces mots défîgne en- 
core un jeune homme dans quel- 
ques Provinces de France. 

C'eft le liire de ceux qui (ont 
à leur premier grade dans les Fa- 
cultés de Droit & de Médecine. 

C'étoit autrefois le titre des jeu- 
nes Gentilshommes qui n'ctoient 
. pas encore reçus Chevaliers. 

On a diraufïïen vieux-François 
Bachelard^ pour jeune homme , & 
kaçelle , baiffelU^ une jeune fille. 

On appelle cclle-d en Alface 

BaiJfofe,tï\ Franche-Comté Bejfote, 

: çn Picardie Baijfelette , dans les 

Alpes Yaldoifes BeJfauU. 

BACELLE , fignifiant peiic , devint 

le nom du moindre degré de No- 

blciïè , ou du premier grade en fait 

.é^ f^p( U de fervice Militaire. 



RE ÉTYMOL. 80 

Une Bacellc étoit une terre com- 
pofée de dix mas ou meix. On 
appelloit Bachelier celui qui pof- 
fèdoitune pareille terre. Ilparoi.Toit 
donc à l'armée avec dix hommes 
d'armes, nobles, accompagnes cha- 
cun d'Ecuyers & d'Arbalétriers. 

Il &lloit être Seigneur de quatre 
Bacelles pour pouvoir deyenir 
Banneret ou ChevaUer à bannière; 
c'eft-à-dire (car cette définition eft 
obicure ) il falloit pouvoir paroître 
àl'ârmée avec quatre Seigneurs Ba- 
cheliers relevant de foi , outre là 
propre Bacelle , pour pouvoir être 
Chevalier à Bannière. Car le Ban- 
neret devoir avoir cinquante hom- 
mes d'armes. 
Baisselle défigna auflî tous les gens 
d'une maifoH , tous les domefti- 
ques , la famille. 

En Cdte Bach fignifie jeune , 
i*. petit, qui n'eft pas grand. 

VI. Bagatelle , chofe de peu de 
valeur. 

On alloit chercher en Arabie 
l'origine de ce mot; c'eft un dérivé 
de 5<2cA, petit. On en fit d'abord le 
vieux François Bague qui défignoit 
une choie de peu de valeur : d'oà 
l'Italien , 
Bagattino , nom d'une monnoie 
qui ne vaut qu'un denier. 

On en fit enfuite l'Italien Bag- 
gateila , d'où notre mot François. 

VII. Bave , (alive qui coule fiir ies 
/cyret. 

BAYERi 



FRANÇOIS-CELTE. BEC 



8i 

Baver , laifler couler la ûlive iîir les 
lèvres , défaut ordinaire des enfans. 

Bavard, enfant qui bave: i°. toute 
perfbnne qui ne dit rien qui vaille , 
qui parle toujours , pour dire peu 
de choie ou rien d'intcreflànt. 

Bavarde , babiUarde. 

Bavarder , babiller à tort & à tra- 
vers. 

Bavardage. 

Bavarderie. 

Bavette , linge qu'on met fous la 
bouche d'un enfant. 

VIII. BAFFRE, gourmandife , glou- 
tonnerie. 

Baffrer , Bauffrer , manger 
goulûment : i'. aimer la bonne 
chère : 3 °. au figuré , manger tout , 
confiimer tout fon bien en bonne 
chère. 

IX. Beffler f vieux Fr. Ce moquer. 
Baffouer , traiter avec mépris, faire 

de quelqu'un fa rifée. 
Ital. Baffardare,Ce moquer, bafifbuer. 
AngLBAFFL£, moquerie, tromperie, 

2°. moquer. 
Efpag. Befar , Ce moquer. 
Beffa en Irai. Befa en Efpagii. 
moquerie. 

C'eftpAi-r* iéyia. 
Faire la moue : faire des contor- 
lîons de lèvres pour Ce moquer. 

X. BÈGUE , qui parle avec peine , qui 
£ft oblige de Ce reprendre pour 
prononcer une lettre. 

BÉGAYER , parler avec peine, balbu- 
xier : x". commencer à parler ; 
£)i3. ÈtymëL 



82 

j °. n'être pas fort avancé dans une 
langue, la bégayer. 
II. Famille , BEC , èoc , hic. 
Du même mot BA , lèvre , joint à 
ÂC pointu , Ce forma le mot Celti- 
que BEC, duquel font venus les 
mots fiiivans. 
I. BEC , panie qui fèrt de bouche 
aux oifèaux. 

1°. Objets en forme de bec. 
Becqueter , prendre avec le bec 

2°. Carefl'er avec le bec. 

Beche'i , nourriture que les oifeaux 

donnent à leurs petits avec le bec. 

IL De-là le nom de plufîeurs Animaux. 

Becfigue, nom d'un oifeau qui bé- 

quetre les fîgues , qui s'en nourrie 

Bécasse , nom d'un oifeau à caufè 

de fon grand bec. 
Bécassine , nom d'un oifeau plus 
petit que la becaflè , mais dont 
le bec efl fort grand. 
Becard , femelle du fàumon , par- 
ce que fon bec efl plus crochu que 
celui du mâle. 
III. BACON , lard , nom qu'il porte 
dans les Provinces méridionales. 
En Provence , cochon falé. 
Les Irlandois apellent le lard 
Bagun -, les Gallois Baccwn. 

Ce mot dont on ignoroit l'ori- 
gine efl tiré du celte Hxg, cochon ; 
d'où le Flamand BjtG-ge/en cochon- 
ner , faite des cochons, & BlGCe 
un cochon. Le cochon fut ainâ 
apcUc du mot Bec , Bac , porcc 
qu'il a le mufcau/o/n/». 
F 



8J 



DICTIONNAIRE ETYMOL. 



«4 



Dc-là , Bagasse . 
B E 

IV. Btc , dcTigna auiïï le confluent 
de deux rÏTieres. 

Le Bec d'Amber. 
Le Bec d'Allier. 

V. Bec defignanc pointe , devint le 
nom de la^rête y qui fe termine en 
pointe & furtout des ccëffures , 
particulicrement de celles qui 
.croient en ferme de pointe. 

De-là , l'Efpagn. BiCA , cor- 
nette , diaperon. 
Béguik , diminutif de Btca coëf- 

fure d'enfant. 
BicuiNis, eipcce de Religicufês, qui 
avcient un béguin pour cocffùrc : 
2». fèbriquei des Religieufes en 
général. 
Embéguink , qui porte un béguin : 
z°. qui s'cft cocfiè d'une perlonne. 
VL Bichet , va(ê à bec : i°. niefure 
de grains. 

2°. Boc, ^oi^C , BoocH». 
L Celte Boc , Bccu , Lat. BvcCA , 
Ital. BoccA , Fr. Bouche. 

La bouche eft,relativement aux 
hommes , ce que le Bec eft pour 
les animaux. Elle s'ouvre &: fe fec- 
mc au moyen des lèvres : on l'a 
donc dcfignée avec raifbn par le 
ton labial , de même que le Itc. 
Ges mots /ont de là même famille ; 
ils ne diôcrent que par la voyelle. 
Bouchée , ce qu'on met à la fois 
^ns la bouche , pouj le mâchei & 
Jfemanger,. !i 



II. Boucher , celui qui tue les ani- 
maux donc on fe nourrit , & qui 
en vend la viande. 

Boucherie , lieu où l'on tue les 
animaux , & celui où on vend la 
viande. 

Ces mots font dérivés du mot 
BoucHi , parce que leur objet cft 
pour la bouche 
m. BouQWER , bai(èr par force , par 
contrainte ; àamot , Bvuche , qu'on 
prononçoit autrefois Bouquc. 

De - là Bou^uer , pour dire 
échouer. 
IV. Bouche défigna toute ouvcnure y 
comme la Bouche d'un four , en 
Irai. Bu ce A; un trou, une trouée, 
BvccARE , fermer y de - là ces 
mots: 

Boucher , fermer une ouverture 
au moyen d'un corps étranger 
qu'on y infère. 

Bouchon , ce avec quoi on bouche : 
1°. ce mot eft fûr-toui confacrc 
pour les bouteilles & pour les 
tonneaux : j °. un lieu où l'on vend 
du vin. 

DtBoucHER, ôter le bouchon, ce 
qui bouche. 

Emeouchuri , réunion de deux 
fleuves ou d'un fleuve avec la Mer : 
i'. embouchure dun inflrument 
à vent. 

Aboucher , s'Aboucher avec une 
perfbnne , fe réunir pour conférer 
enfèmble. 

j°. Bovv y déf^nant BoirpÉïw 



8y IFRANÇOIS- 

De Bouche , on a fait Boufer , 
enfler la bouche ; de-là ces mots : 

I. Boufer, enfler par le vent. 
BouFANT , qui eft renflé comme par 

le vent. 

BOUFETTH. 

II. BouFi , qui a les joues enflées. 
BouFiR. , devenir enflé ; t°. foufler 

pour faire enfler. 
BouFissuRE , enflure. 
BouFoiR. , inflrument pour boufir. 
Boufée , foufle ; i°. vent qui 

(bufle par intervalle. 

III. Boufon , Ital. BvFFO , celui 
qui gonfle (es joues pour feire 
tire -, 1°. plaifanr. 

BouFONï , celle qui fait rire. 
BouFONNERiE, dîfcours pour amii- 

fer 5 pour faire rire. 
BouFONNER. , faire le boufon. 

IV. BiFEïR , eflfàcer , rayer ; de Buf- 
fure , foiifler. 

Biffer , effacer , eft donc em- 
prunté de l'aâionphyfique, J?KJi^r, 
foufler fur un objer pour le faire 
difparohre à toujours. 

IIK Famille, BAC, Vaje. 

La bouche lèrvant à contenir , 
« renfermer , devint le nom de 
tout ce qui contient , qui renferme ; 
de-là une nouvelle famille : 
I. Bac , bateau plat qu'on tire avec 
un cable , & qui fert à traverfer les 
tivicres, 

Du Celte Bac , qui fignifia toute 
elpece de Va-fe en général. 



CELTE. BAC S5 

Bachot , un petit bateau à palTer 
l'eau. 

On l'appelle (ur la Saône , Ba- 
chot , Bêche. 

Baquet, vafè à eau plat & large. 

II. Bassin , vafè de métal, profond 
& rond. 

Bassinoire , inftrument de métal où 
on met de la braife pour chauffer 
un lit. 

Bassiner; i". un lit; i". une plaie, 
en l'étuvant avec quelque liqueur. 

Bassinet d'une arme à feu; c'efl: un 
morceau de métal en forme de 
vafe , où on place la poudre qui 
doit mettre le feu à l'arme. 

III. Bocal , valè de verre qui a le 
goulot étroit. 

It. Boccale , Lat. Baucalis. 

Ct.BAUKALTS, BAUKAtlOH, 

IV. Bagage , équipage , meubles , 
habits , &c. qu'on porte avec foi 
en route. Il tient à l'Allemand 
Wag , qui fîgnifie la même chofè. 

Il vient donc de Bag , ligni- 
fiant valifè , fàc, paquet. En Anglo- 
Sax. Bagge : en Allem. Pack : Lat. 
Barb. Baga , coffre. 

Vieux Fr. Baguer , empaquec- 
ter , embaler. 
Bagues , bagage. 

On difoit Chariot cknfgé ie 
bonnes BAGUES. Dans Mojçstre- 
lET on lit : « Ils dctrouflerent dix- 
» huit -charges de vin & autres 
» Bagues ». Aujourd'hui même 
nous difbns , vie & Bagues fauves 



87 DICTIONNAI 

en parlant d'une Garnifon qui fe 
retire avec fes équipages, 
V. Bahi'', coffre dont la coaverture 
eft courbée en forme d'arc , ou de 
ceintre. 

Efp. Bahul. 

Anjou & Normand. Bahut. 

On en donne dans Ménage , 
2«. édition , diverfes étymologies 
qui ne (àtisfont pas. 

Ce mot fera une altération de 
Baku , coflS^e , maie , valife. 

n'e. Famille, BAC , EOC, Rond. 

La bouche ou les lèvres prenant 
pour parler une forme ronde , la 
labiale B eft devenue le nom des 
objets ronds. De-là les mots fui- 
vans: 
I. Bague , anneau. 

Ce mot vient du Celte Bac , 
Baca , aiîneau , agrafFe ; qui a 
fait. 

Le Bas-Bret. Bâcha , renfer- 
mer. 

Le Gallois Bachdro , cour- 
bure ; & Bachog , courbe. 

Le Bafque Baga , lien. 

La Famille Bouc , Bow , qui 
dans toutes les langues du Nord 
défigne ; i°. ua anneau ; i°. un 
cercle j 3°. une courbure j 4°. un 
arc. 

C\mhic, Bagua , Anglo-Sax. 
Beag , Goch. Baug , fignifient 
tous Bracelet ; i°. bijou , pierre- 
ries. 



REÉTYMOL. 8« 

n. Baguenaude , fruit rond du lau- 
rier, du lierre , du houx , &c. 

Il vient du Celte Bac, Bague, 
cercle, rondeur, & dont les La- 
tins firent Bacca , baie ; 1°. de-là 
au fens figuré: 
Baguenaude, choie de peu de va- 
leur , parce que ces firuits en ont 
trcs-peu. 

D'où BAGxriNAUDER, employer 
fon tems à des chofes de néant , 
le perdre , s'amufêr. 
in. Du Latin Bacca , vint le mot 
Bayes , petits fruits ronds du lau- 
rier & de quelques autres arbuftes. 

IV. D'où , au fens figuré, le mot. 
Baie, Baye, tromperie. Un don- 
neur de Baies. 

En Ital. Baja, badinage, rail- 
lerie ; z°. tromperie , moquerie i. 
} °. bagatelle. 
Baigne , grand railleur. 

Baiucola , 7 , „ 

>. bagatelle.. 
Bajuzza , ^ ° 

Tous ces mots viennent dc" 
Baïes , fruit de peu de valeur. 

Un trompeur , un dormeur de 
baïes eft celui qui promet de gran- 
des chofes , & qui ne donne que 
des riens , du vent , des bayes. 

V. Baïonnette, arme pointue qu'on 
met au bout du fufil , & qui % 
pris fon nom, dît-on, de la ville 
de Bayonne , où elle fut inventée. 
C'eft une étymologie trcs-hafârdée 
tout au moins. 

Dei-Aukiere norxs apprend que 



S^ FRANÇOIS 

dans la vieille Chronique de Flan- 
dres , Clia}% XIV, les Arquebafiers 
font appelles Bayonniurs. Ceci 
nous conduit donc à la vraie origine 
de ce mot , &C Bayonne n'y entre 
pour rien. Ce nom de Bayonnier 
dcfonant un Arbakftrier , & ufité 
en Flandres , vient certainement 
du Theuton Bog , Boie , arc. On 
en fit Baie ; & Baionnùr , celui 
qui ctoit armé du Boie , ou Baie. 
La Bayonneu dut enfuitc défi- 
gner la flèche même , & par ana- 
logie ÏArme pointue qui porte ac- 
tuellement ce nom. 
VI. Boucle ; ce mot défîgne en gé- 
néral tout ce qui eft feit en forme 
de cercle , & fe prononçoit dans 
Porigine Bocle. Il vient de Bog , 
arc , courbure , anneau ; ic on eu a 
Élit le nom de divers objets. 

1 °. Boucle de cheveux , ou cheveux 
friies en rond. 

1°. Boucle ou anneau fcrvani à fuf 
pendre des rideaux. 

3°. Boucles d'oreilles , ou anneaux 
attaches aux oreilles. 

4^*. Boucles de rubans. 

5°. Boucles de jarretière, de cein- 
ture , de (ôuliers , faites d'un an- 
neau de métal garni de pointes 
ou d'ardillons , & qui fervent à 
unir dîverfes parties de l'habille- 
ment. 
<°. Boucle de portes ^ ou anneaux 

pour frapper. 
■j''. Cercle ou anfe du bouclier, defti- 



-CELTE. BAC p© 

née à y paffer le bras qui doit 
porter le bouclier. De-là les mots 
fuivans : 

Bouclier , comme une partie de 
l'armure qui tient au corps par 
une Boucle. 

Le Bouclier s'appelloit aupara- 
vant Blason , parce qu'on y 
peignoir les armoiries de celui qui 
le portoic 

Boucler , faire une boucle , atraf 
cher avec des boucles. 

Ve. Famille , BAC , Chaînes , Liens, 

De Bac , anneau, vint, I. Bac,. 
Bag , agraffè , crampon , dans les 
langues Celtiques. Les agraflfès , 
les crampons , ont en général Une 
forme ronde , ou courbée , ta- 
arc. De-là , 

Le Lat. Barb. Bagula , ui* 
frein. 

Le Bafque Bagata , ferré for- 
tement. 
IL De-là , le Gelt. Bacl , chevilfc àe 
bois (èrvant de verrou ; i°, une 
barre; }°. un bâton. Lat. BACtf- 
Lus j d'où vinrent: 

III. Bâcler, fermer avec d«s chaînes, 
des barres , des liens. 

Bâclage , arrangement de bateaitt 
dans un port où ils (ont retenus e« 
place par des chaînes , des ca- 
bles , &c 

Affaire BActii, au fe/tsf "Tiré y 
ehofe arrêtée , conclue. 

IV. DtBAcis, aâioB de débatfa&rii 



fi DICTIONNAl 

1°. rupture des glaces d'une rivière 
qui en devient navigable. 
DÉBACLER , faire partir les glaces 
, qui baçUnt une rivière. 
jy. Baguette , diminutif -de Bac- 
ulus. 

VI^ Famille, BA , BAD , tenir 
la bouche ouverte. 

De BA , dcfignant les lèvres , 
& l'adion de les ouvrir , vint 
une nouvelle famille ttcs-conlîdc- 
rable , dont le chef fut , 

BÂILLER , ouvrir & étendre la 
bouche forcément , d'ennui & de 
peine , en jettant comme un pro- 
fond foupir i 1°. s'entr'ouvrir. 

BÂiLLEMENs , ouverture & exten- 
fion forcée de la bouche par l'effèr 
du mal-aife. 

BÂILLEUR, un homme accoutume 
à bâiller. 

On dérivoit ces mots du Latin 
B AD ARE, bâiller; z°. ouvrir la 
bouche ; mais celui-ci vient de la 
même origine. 
II. BÂILLON, machine .pour forcer à 
tenir la bouche ouverte. 

BÂitLONNEE. , mettre un bâillon 
dans la bouche d'une petlonne. 
III. BÉER , Lat. B AD ARE, ouvrit la 
ff bouche , ou refter la bouche ou- 
vene , d'étonncment. 

BÉANT, qui tient la bouche ouverte 
,4*éconnemctit : venir la touche 
héttnte. 

BÉE , futaille « gueule bée , c'eft-à- 



RE ET Y MOL. jj 

dire , qui ejl défoncée par un iout » 
1°. fenêtre; 3°. ouverture. 

Baye, petit golfe , petit enfonce- 
ment de la mer dans les terres. 

BÉGUEULE, de Bé , qm ouvre, & 
gueule ; femme qui a toujours la 
bouche ouverte. 

IV. Badaud , {qui baiat ) eelui qui 
bade, qui bée , qui rcfte la bouche 
ouverte pour regarder avec adani- 
ration tout ce qui fe préfênte à luL 

Badaude. 
. Badaudage. 
Badauder. 

V. Badin , Badine , celui ou celle 
qui aime à )ouer , à folâtrer , à 
plaifanter. 

Badinage & Badinerie. 

Badiner. 

Anjou & vieux Fr. Badz , jeu , 
amufement , baUverne. 

Wachter , au mot Allemand 
SpASS , jeu , badinage , tire ce 
mot,ainfi que celui de Badin, 
du Grec Paiiô qu'on aura pronon- 
cé Pa^ô , Padé , & qui (îgiiihe 
jouer ; mais le Grec vint de la 
même fource , ainfi que Badare , &c 
l'Efpagnol Badajear , badiner ; 
z°. dire des balivernes. 

BAL 
Bel, Bol, Bla,&c. 

Le mot BAL fut un mot pri- 
mitif qui délîgna le Soleil, & par 
conféquent ; 1°. tout ce qui eft 
beau & brillant comme le Soleil ; 



^5 FRANÇOIS 

4°. tout ce qui eft élevé , comme 
lui ; }°. tout ce qui efl rond. 

Sous chacun de ces points de 
vue , ce mot eft devenu la fource 
d'une multitude de familles de 
mors dans la Langue Françoife, en 
(è prononçant, iuivant les Peuples , 
BAt , Bel , Bol ; & avec l'clifion 
de la voyelle , Bla , Ble , &c. 

BAL , nom de quelques plantes & 
animaux. 

r. Balsamine , nom d'une trcs-belîe 
plante ; il vient de l'Orient , étant 
compcfé de Bal y nom du Soleil , 
& de Samm , Ciel : mot-à-mot le 
Roi ou Yornemeni du Ciel. 

II. Baume , autrefois Baulme , Lat. 
Balsamum. Ccfl donc le même 
mot , Roi du Ctel. C'eft le nom 
d'une plante odoriférante ; i°. 
celui d'un fuc précieux , de l'arbre 
de Judée qui porte le nom de 
Baume. }°. Au Eguré , i°. un re- 
mide admirable & adouciflant ; 
i**. ce qui confole & adoucit les 
^maux. 

H eft employé en ce dernier 
<èns dans un pafTage qui a fort 
cmbarrafle Ménage , tiré du Livre 
îuruulé Droit & Ciiutumet de Cham- 
fiaigneque le Roi Tliiebaut établit.-. 
On y dît : « Aulîî n'y a-t-il ouverture 
" de fief j & pofc Ores qu'il y ait 
« fommc d'argent débourfée par 
"forme ai Baulme en iâ\ùsA le 
3y bail. , , . - 

Baume fignifie ici ce *qti-on 



-CELTE. BAL ^4 

donne en forme de confolation , 
lorfqu'on pafTe un bail : précifé- 
ment ce qu'on appelle à préfent 
\c pot-de-vin. " 

Il exifte un Livre intitule le 
Baume de Galaad ; il fut fait pour 
confoler des malheureux, 
IlL Belette ,' ariimal de couleur 
rouflè , & par-là même de la cou- 
leur du Soleil. 
Ital. Belloro. 

Lat. Meus , nom qui préfente 
les mêmes rapports. 
IL 
BAL 5 prononcé Bel , beau. 

I. Bel &: Beau , objet brillant , agréa- 

ble , intéreflànt , éclatant , Lat.- 

B£.LLVS, 
Belle. 

Beauté, Ital. Bellezza. 
Bmbélir , rendre bel, beau. 
EMBÉLissement , aftion d'embélir; 

^°. ce qui embélit. 

Cette étymologie eft déjà dcyc- 

lopée d{ins la Grammaire Univer- 

fclle Se Comparative,. 

II. Beau , Belle ,^foiu devenus dps 
cpithetes d'amitié, & des noms de 
parenté , eiiJés joignant à d'auttts 
mots qui, d.éfignei]t qi^elque.dég^é 
de parenté pu d'anjance. Ajcû.i^n 
^ifbit autrefois Çj5 AU Coij^ii , 
Beau Sire. ,., ^ . .^. - . ...^ 

\ Aujourd'hui oa dit encoxe : 



BfAv-Feiç,. 

Be.au-Fj|ç>, 
éiAu-Frcrel 



/.ÇEiLi-Mere. 
BziiE-Fille. 

BELiï-Sirur. 



,5 DICTIONNAI 

III. Il eft devenu le nom d'un ad- 
verbe de quantité : 
Beaucoup, en quantité, La fécon- 
de portion de ce mot peut venir 
du Latin Copia , abondance ; 
BelU-Copia, une abondance mer- 
veilleufe , étonnante. 

Ou du François Coup, un Coup 
de filet , un beau coup , coup de 
filet qui a amené une abondance 
de poilîbns. 

Coup de fujîly qui a abattu une 
multitude d'oifeaux- 

On peut choifir , d'aatant mieux 
que Coup & Copia, doivent venir 
de la même racine. 

IIL 

BAL, prononcé Bel, & puis 
BL , nom de couleurs. 

BLANC, nom de la couleur du jour , 
&: de la lumière. L'étymologie de 
ce mot étoît abrolument inconnue. 
Il venoit des Francs , difoit-on ; 
mais d'où l'avoient tiré les Francs î 
De Blenken , briller , rcpondoit 
WACHTEK.;mais d*où vient Blen- 
ken lui-même;Les anciens Theutons 
difbient Bleichen pour Blanchir ; 
on le trouve dans Ottfrid. L'adjec- 
tif étôit donc BUich ; 8c certaine- 
ment dans des tems antérieurs , 
Bloc. En jiazalant ces mots , ils 
devinrent Blanc , & Blenken. 

Mais Blac , Blanc , Bleick 
n'étoient autre chofe que le fubf- 
Wntif Bel y lumière , joint à a^ , 



RE ÉTYMOL. 96 

eik , qui fignifie pojfejfeur ^ parci- 
cipant, qui a. 

Blanche. 

Blancheur, la qualité d'être blanc. 

Blanchâtre , blanc Gilc , mêlé. 

Blanchissant , qui devient blanc, 
qui prend une couleur blanche. 

Blanchir, rendre blanc ; i°. le 
linge en particulier. 

Blanchissage, adion de blanchir. 

Blanchisseur & Blanchisseuse. 

Blanchisserie , Blancherie , lieu 
où l'on blanchit les toiles. 

Reblanchir , blanchir de nouveau. 
II. Blanc , monnoie d'argent qui 
valoir en France cinq deniers. 

On fe fert encore à Paris de 
l'expreffion fix-blancs pour défi- 
gner la valeur de deux fous & 
demi , qui fiant en eflFet fix blancs 
ou }o deniers. 

Blanquille, nom que cette mon- 
noie porte aûuellemcnt en Bar- 
barie. 

Blanche , nom qu'on donnoit au- 
trefois aux Veuves , même aux 
Reines Douairières ( la Reine 
Blanche ) parce qu'elles étoient 
habillées de blanc. 

Blanchet , efpece d'habillement 
blanc , fervant aux femmes. 

Blanquette , vin bbnc de Lan- 
guedoc; 1°. forte de poire blan- 
châtre i 3°. ragoût à ûuce blan- 
che. 

De Bla , blanc , joint au mot 
f4rd f fe fprma Blafard , nom 

4c? 



27 FRANÇOIS 

des objets dont la couleur tire fur '■. 
le blanc-, i°. nom des ctofiès qui 
fe décolorent & blanchilTent. 
IIL Balzan , cheval qui a des mar- 
. ques blanches , foit au front , foit 
aux pieds. 

Nos Etymologiftes François ont 
bien vu que ce mot tenoit au 
Grec Balios , phalios , qui figni- 
fient tous deux blanc y luifani,&c 
qui ont défignc les marques blan- 
ches dont il s'agit ici : mais ces 
mots Grecs viennent eux-mcnies 
du n;ot Bal dont nous donnons 
ici les diverfes familles. 

Bal i dit Procope , défigne chez 
les Barbares un animal oui a des 
marques blanches au front. . ; 

Bailh , (îgnifie la même chofe en 
Bas-Breton. 

Ba^llet , en vieux François [, un 
homme à tache blanche. . ^;:^ 
IV.. BLEU, autrefois Bl AU , couletir ' 
du Ciel , Allem. Blajt , Angl. i 
Blew. 

Blaveole, 

Blavet, Bleuet, 

V. En Celte Blah , . ,. 

, , „ „ f couleur en 

Anglo-Sax. ^ifOK >> < - , 
Allem. Blech , 3 gênera . 

VI. BLASON, art oufcience des Ar- 
moiries , des Armes fymboliques. 

On a donné diverlês étymolo- 

1 g^s de ce mot: celle qui prévaut le 

tire de l'Allemand. 5z^5£iv,, fon- 

ner du cor , parce que c'étoit 

l'ufage dans les Tournois d'annon- 

Dicl, £tym» 



.\ 



fleurs de cou- 
leur bleue. 



-CELTE. BAL 5?3 

cer chaque Tenant par le fon du 
cor. 

Le DucHAxa très -bien vu qu'il 
venoit au contraire du vieux Alle- 
mand Blas ,; un figne , une «wr- 
que. On dit encore en Allemand 
B/eJf, un figne , en langage popu- 
laire. 

Ajoutons une chofe très-remar- 
quable ; c'eft que ce mot eft com- 
m.un aux Arabes. BLith.^ ou Bla^^ , 
JkJj fignihe clwz eux Iir/zgnia, prc:-» 
ciicment ce que nous, entendons 
par Armciries , fignes des. Fa- 
milles. ,,• 

VII. BLQND , couleur d'Apollon , 

ou du Soleil ; 1°. celui qui a cette 

couleur. 

Blondin, qui eft de couleur blonde. 

Ce mot vient de Bla, Bleo , de 

.:, même que Flav-us des Latins 

j; qui aia même fignifjcation. 

yill. Éblouir , blelTer , étonner les 
yeux par fon grand éclat, par Ça. 
beauté. 
Éblouissant , qui éblouit. 

IX. Bluette , ctiiicellô , à çaufe de 
..(a couleur, ^ 

X. Dans l'Évêché de Verduria MP^^ 
fignifie flambeau, brandon : le refte 
de la Lorraine prononce Bure Se 
Suire ■■, la Flandres , Boure. 

XI. BLESME, Blême, couleur pâle» 
fléirie. 

Ln kWtm. Blaff. 
De-là au figuré : 
BLASMER, & enfuite BLÂMER , in- 
G 



99 DICTIONNAIR 

culper une perfonnCjla flétrir par 
des cenfures : Ical. Biafmare. 
Blâme , cenfure , inculpation. 

Il falloir être réduit à une gran- 
de extrémité , pour chercher l'ori- 
gine de ce mot dans le Latin 
Blafphtmare. 

I V. 

BAL , prononce Bal , Bail , Vail , 

d'^nihàni puijfanct , force , garde. 

I. BAIL. Antoine LoiSEl , ou POi- 

Jeau , s'exprime ainll dans fes Injîi- 

tûtes CoutumUres : 

>• Bail , Garde , légitime Adminif- 

r> trateur & Régentant , (ont quafi 

» tout un j combien que jadis & 

» encore en aucuns lieux, Garde 

• « (è dit en ligne direfte , & Bml 

» en ligne collatérale. 

2*. Contrat par lequel la poC- 
feflion d'une chofe paflè en la 
puiflance ou en la garde d'un au- 
tre pour un tems & à des condi- 
tions dont on convient. 

Avoir en B ail , c'eft avoir fous 
h gaide , fous (à tutelle. 

Lac barb. Bailà , Baiiivm , 
tutelle 
Bailler , donner par bail; i°. don- 
ner en général 
Bailleur , qui fournit, qui donne ; 
- vn Bailleur de fonds. 

En ItaL Bulia , puiflance , 
pouvoir , autorité. 
Balioso , puiflant , fort. 
£ju⣠, goavetacc ^ xc§t^ 



E ETYMOL. 10* 

1°. élever , nourrir. 
Balio , Père nourricier. 
BuLlE , Nourrice. 

Langued. Baille , Nourrice. 
Auilî les Italiens fe aoient re» 
dcvables au Provençal de cette 
famille de mots. 
IL BAILLIF , Bailli , Chef de la Jus- 
tice dans une Province , Gouver- 
neur d'un territoire , &g. Les Sei- 
gneurs ont des BaiUifs dans leurs 
Terres. Les Républiques Suiflês 
ont des Baillife dans leur Territoire, 
La Religion de Malte en a dan* 
fes Commandcries. 
Bailliage , Jurifdiûion du Bailli» 
Baile , nom des Ambaiïàdeuct de 
la République de Venilè , borné 
enfuite à celui qu'elle entretienc à 
Conftantinople. 
IIL BALE y en pays Mellln , Sagt-: 

Femme. 
rv. Bailliul > celui qui remet les os 
diûoqués & les côtes enfoncées^ 

Ce mot appartient donc à fin 
même famille que Boit ,, Sage- 
Femme» 

On a défîgné ces deux fbnâtons 
par l'idée d'habileté , de puiflàncc.^ 
MÉNAGE crut trouver l'origine de 
ce nom dans lafemilleBAiLLEUL,: 
originaire du pays de Calais, qui 
a donné des Préfîdens au Parlement 
de Paris & qui pofTédoir l'art du- 
BaiUeul dans unhaut degré , com- 
me on peut le voir par l'éloge que 
SaveU ii. Saujtz-Makthx a-- Eus- 



Ui FRANÇOIS 

de Nicolas Bailleul qui vivoit en 
1568, 

En fuppofànt ce talent pofTedé par 
cette Famille de père en iîlsdansun 
haut degré , ce qui feroit un beau 
citre de nobleflc, il eftplus naturel 
de dériver ce nom de Famille du 
talent même qu'elle potTédoit. 

C'cfl: également à tort qu'on dé- 
flvoit £aU, Bailler , Bai le, du La- 
dn Bajulus, ou du Grec Baîou- 
Jost qui fignifient Porteur, celui 
qui porte Se qui élève , un Nourri- 
cier, un Précepteur , un Gouver- 
neur. Ces mots viennent eux-mê- 
mes de la Famille Bal. Il Êiut de 
la force pour porter , pour éle- 
ver, &c 

Ces mots tiennent ainfi à ceux 
icyAL-eur, Vaillant , Vaillance ^ 
au Lat. Val-cû, VALor; à VjLL- ide^ 
en Lat. VAt-idus. 

De- là viennent tous ces mots 
dont on ignoroit la lôurcc: 
y. Baliveau , jeune Arbre qu'ort 
laifle debout lorsqu'on coupe un 
bois- taillis ; les élèves qu'on laiflè 
fur pied , & qui font la /i<r#e, la 
fieur, l'eipérance de la forêt. 

L'Ital. BjtiDOf hardi,courageux, 
vaillant. 
Bav pour Bai, folive mife par le 
travers d'un Vaifleau pour affermir 
!e bordage. 

Bawdement, de toutes fes forces, 
Danfer Baudcment, 
ItaL BaldamtTue, 



CELTE. BAL lOa 

Baudes , petites pierres attachée» 
aux filets des Madragues : de Bal , 
force ; ces pierres étant deftinées 
à Étire cflùrt fur les filets , à les 
maintenir. 

Baud, Chien-courant: de Bd/, for- 
ce , parce qu'il eft fort , & qu'il 
rélîfte à la fatigue. 

Baudir , exciter un Chien à la 
courfe. 

VI. BAUDET , maître Baudet. 

Ce nom de l'Âne eft tiré du 
Celte , tandis que ce dernier nom 
vient de l'Oriental. 
i". Baudet, Tréteau fur lequel le» 
Coupeurs de bois pofcnt les bran- 
ches qu'ils doivent couper. 
3*. Baudet, celui que fes Collègues 
chargent le plus qu'ils peuvent. 

De Balf porter, puifque l'Âft* 
eft une bête de (bmrae. 

VII. BOIDIE, vieux mot François 
qui fignifioit trahifon 1 finefle , & 
qui forma le verbe 

Boiser, tromper, trahir, d*où vien- 
nent nos mots : 
Em- BOISER , féduire , tromper par 

fes carreffes. 
Em-boîseur , (cdufteur. 
BODEK , dans le pays Meflîn , 

tromper , féduire. 
Lat, barb. Baudia , ^ 

BAuciA.jf^'o"^^» 
trahifoh , crime capital. 
On aura dit dans l'origine, 
&AIBIA , qui aura fignifié effronte- 
' rie , impudence , menfonge hardi , 
Gif 



i^j DICTIONNAI 

du mot Bal, hardi. 
V. 
B AL , élevé. 

Dé BAL , pris dans le fêns d'éléva- 
tion , (ont venus les mots fiiivans : 

I. Balise , Mât élevé , ou tel autre 

indice de quelque écueil caché. 

Ital Balzo , Rocher : en Nor- 

'mandie , Falaise. 

n. BALUSTRE , 1 , . . r 

> Apuis qui lou-' 
Balustrade, \ '^ ^ . .■ 

tiennent , qui retiennent. 

III, BALCON , ha.1 Balcon£, Saillie 

qui eft fur le devanr d'une màilbn 

'■■Se J^îu^entoOTe une baîuftrade. • 

L'Ahgloiï 5- l'Allemand Balke , 

poutre i chevron , tiennent à la mc- 

ime/â)iîifteiain(î que le Celte & Bas-"- 

Bïetoii jBiilecg', faillie, avance d'an 

bârimèiit'.Rat5<ï/Ci),/'a/cw,Plâncher. 

'^KL'flfrott^ér , Couvrir, Garantir'. ' 

BAL, Qq^n'iRii^t fort ^ puiÛant f gar- 
dien ,,proteiLeur , défigiia donc na-- 
rJïeUémerit les idées ' de prçtiger, 
de garantir^ de couvrir , mettre à. 

couvert. On en Bt donc le, nom des 

.... - .: --■;•.-'.?-/ 

objets qui av oient cette propricte. 

De-là tous ces roots : „ „ 

I. Bale , la paifle , l'écorce^ailîeulê 
qui enveloppa l'épi de blé » fa^ de, 
toutes Ifs^plaçtes farinc\iles , amy- 
lacées; & qui- le feparc quand on 
bat le blc 

x\ AuRgutL une chofè de peu 
flff valeur. 



RE ETYMOL; 104, 

IL Bale , Cofîre à inarchândifes , & 
qu'on tranlporte d'un lieu à un 
autre : d'où , 
Balot , petite Bale. 
Porte-bale. 

Em-baleur. , qtd fait des BalotJ. 
Em-baler, 
Dc-baler, 
I .,' Embâlage. 

i _ Rem-baler des Marchandifês , 
! un compliment. 

III. Balen , en bas Bret. Couverture 
de laine. 

; Bi).LANDB.AN , ItaL PALANDRANoiy 

gros ,Mante«Ui pour le mauvais 
tems.- 

C'cft un augmentatif du Latin 
Palla ,' une Robe ; les Latins ont 
dit iuQîFALiJUM^ \m Manteau : 
' d'où l'Itsd. Pa///o vManteau, & 
notre P-ALLWM , Manteau de cé- 
rémonie des Evêques. y 
Balise, grofle étofiè de laine qiU 
Ccn à faire des embalages 

IV, Pe>u, anciennement PtL , enve- 
loppe, du cqrps & de quelques fruits. 

: Lat. Pellis . Langued. Pel^ ItaL 
I !»«//<;, .A^lei|).;F^LL. 

Peaucier , Jklarchand de Pcaur. 

Peler, enlever la peau. 

j^f/f j'qui a la p^au enlevée» 
L •., VfLLys-i Latj Tpifon ; de Pell , 

ViiiN ; efpccè de Parchemin ,. parce 

qa'il eft fait de Peau , Pcl , VeL 

J'J BAZANE, Peau de veau, de mou^ 

; Mil dont on fc fert pour les cos^ 



lo; FRANÇOIS 

vcrtures de livres. Ce doit être une 
altération de Balzane , formé de 
BalzaN , dont nous avons parlé 
ci-deffusi&s qui fignifie tacheté de 
Blanc 

Balzane, Peau blanchie, préparée. 

4**. Valise, elpéce de Baie. 

V; BALET, en vieuxFranqois, Rebord 
du toît, avance ou faillie du toît , 
ti qui met à couvert ceux qui (ont 
aux fenêtres &-les paflàns. On trou- 
ve ce mot dans les Mémoires de 
TEtat de la France ious Charles IX, 
féconde édit. vol. II fol; 5 6. Nos 
Etymclcgiftes cioient bien intri- 
gués fur l'origine de ce mot. Il 
fubfjfte encore dans les fuivans : 

Balet en Poitevin, BALEluu'Ldx. 
barb. Portique couvert pour les 
Foires. 

BAL^TOM,en Bas-Breton, Claye, 
Couverture j mot employé daiis le 
procès de la Canonifation de Saint 
Yves. 

Bai A Y ou Bal' , en Langued. une 
Saillie , une Avance ; z". un Au- 
vent. 

BALDAQUIN, IuIBaldacchjno, 

Dais , Poêle , couvert porté fur des 

colonnes. C'eft un dcrivé de Ba.- 

/«/•, BaletUy Balda , Couverture, 

. Toît. 

BAUDRIER, Lat*BALTHEUs, ceintu- 
re. La Ceinture ancienne (èrvoit 
de poche ,. de bourfe ; ce mot vient 
4<wic ég^kuieui de Bal , Balia. \ 



-CELTE. BA 'io(? 

Baudroyer , préparer les Cuirs pour 
les ceintures. 

VII. 

BAL, s'élancer ; fejetier en hauc^ 
jetter , lancer, 

BAL , fîgn'fiant élévation , élevé, dé- 
fîgna également les idées de s'é- 
lancer; ^^. jetter, lancer : de-là 
tous ces mots : 
I. Bal , AfTemblcc de perfonnes quî 
danlènt , qui Ciutent , qui perdent 
fans cefle terre. 

Ealet , Danfe figurée, & prelque 
entièrement compofce de fauts. 

Baler , vieux François y danfêr , 
lâuter; Ital. Bal are , Lat. barb. 
Ballare , Grec Baltizo. 

Baladin , > Danfeurs Se Sauteurs 

Baladini, 5 des deux fexes. 

Balade , Chanibn de quelques cou- 
plets , avec un refrain. 

Ce nom étoit vraiment François; 
cependant nos Etymologtfles ont 
renoncé à en chercher l'origine. Ils 
ne pouvoient voir que les Balades 
croient des airs à danfer, à laUr^ ' 
& qu'ils en prirent leur nom. Le 
refrain efTcntiel à ces Chanfôns, 
en cfl une preuve fenfible. De- 
là : 

Baladoire , nom des Fêtes de Vil- 
lage, parce qu'on y iale , qu'on y 
danfe & qu'on y cabriole, 
IL De Bal, les Grecs dient Bdllô, 
lancer, jetter ; d'où vinrent; 

Baliste , .lat. Baljsta , Grecy. 



107 DICTIONNA 

BAtiSTÊs, Machines à lancer des 
pierres. 
Arbalète , mot altéré de 
^RC à Baleste , Arc à lancer 

des pierres. 
Arbalétrier , armé d'une Arbalê- 
tre. On avoir autrefois Ses Com- 
pagnies d'Arbalétriers. 

III. BALAY , petites branches atta- 
chées au bout d'un bâton pour jetter 
loin y pour enlever la pouflîere 
d'un appartement, &c. 

Balayer , nettoyer avec un balai. 

Balayeures , ce qu'on a raflemblé 

eu enlevé avec le balai. 

Balayeur , Homme, 7 • 1 1 „ 
> qui balaye. 
Balayeuse, Femme , J 

Balaa en Lat. barb. Bala.en, en 

Bas-Breton Balay. 
Balaznen , en Bas-Breton , Genit , 

■parce qu'on en foit des balais. 

IV. Belliqueux , qui aime la guer- 
re , brave à la guerre : du Latin , 
Bellum, Guerre; mot qui tient au 
Grec Bnws , un dard , un trait , 
une arme ofïènfive. 

D£ Belô, Balô , lancer , darder. 

VI II. 
BAL, grand , gros. 

Les idées de grandeur, de grof- 
feur, de puiffance, ont toujours 
été exprimées par les mêmes mots ; 
on dit en François un homme puif- 
fant , en parlant d'un homme 
grand & gros ; ainfi BAL qui dé- 
ïgaa la force f la puijfance ■, a défi- 



IRE ETYMOL. loJ 

[ gné auffi la grandeur , la groffeur. 
II. Lat. Bellua , animal à quatre 

pieds ; 1*. grofTe bête. 
BALEINE, Lat. BALAiîfA , parce que 
c'eft le plus gros des poiflbns , 
qu'il eft d'une grandeur énorme ; 
1 . Côtes des corps à jupes , 
parce qu'elles (ont &itcs avec les 
côtes dfi la Baleine. 
IL De Bal, Bel, gros, on ^tBeloe, Se 
puis Bloc, grofle niaffè, tronc, 
foucbe. Ce mot qui eft François , 
Allemand , Anglois , Flamand » 
Runique,Iflandois,&c. eft vériable* 
ment Celtique , compofc de Bal , 
Bel , grand , & Oc , gros. 

En Bloc , prendre une chofe ca 

maflè, en entier. 

Bloquer une Ville, un Château , 

les renfermer en entier avec des 

arbres , des troncs j &c. 

Blocus , Barricade , Siège d'une 

Ville , d'un Château. 
Ablocquier & Ablochier, dont 
on a fait l'abjedtif Aùloquié & le 
fùbftantif -<^Wo/. Ce verbe défigne 
l'aAion de (outenir les folives qui 
forment un bâtiment de bois , par 
un mur de deux pieds , ou d'in- 
férer l'extrcniité de ces Iblives dans 
des blocs de marbre ou de pierre. 
Ce mot eft donc compofé de 
la prcpcfition A & du mot ilôt : 
cy eu changé en ^ & en /. 
I X. 
BAL , ail, &c. 
BAL, défignant le foleil qui eft rond. 



10^ FRANÇOIS. 

& l'œil du Monde , eft devenu le 
nom des objets qui font ronds & 
roulans ; mais dans ces occafions, 
fâ voyelle a varié & a pafTé par 
tous les fôns ; on a dit Bal , Bel , 
BiL , Bot , BuL , BouL, pour dif 
tinguer les divers objets qu'on 
avoir à nommer. 

I. BALE , qui fignifie une boule , 
une paume à jouer ; i°. cette 
boule de plomb qu'en met dans 
le fufil , & qui eft chaflee au loin 
par la poudre & le iâlpètre en- 
flammes. 

Il tient au Grec Palla , «ne 
Paume , au Bafque Pella , un 
globe, au Latin PllA , globe. 
Baloh > efpece de paume groflTe 
comme la tête d'un enfant & rem- 
plie d'air ; i°. inftrument de Chy- 
mie qui a la même forme. 
Balot! , petite boule dont on Ce 
fërt pour donner fon fùfirage , ou 
pour tirer au fort. 
Baloter , donner fon fufCage avec 
une balote ; i°. ia^oter quelqu'un , 
fc ceavoyer de l'an à l'autre. 
ÏL. PfiLOTB , petite boule , foit d'c- 
toSè à mettre des épingles , foit 
de qaelqu'autrc matière , comme 
de la neige , &c. 
Feloton , chofos placées en rond. 
m. PiLOLE , Lat. PiLutA , un petit 
globe, une petite boule , diminu- 
tif de Pila, 
Kv BsLiïRB ,- îWiKau qitt fêrr à 



CELTE. BAL iio 

foutenir une lampe, un talifman , 
&c. comme qui diroit Bel lier , 
Bel y ou Anneau ^ui lie. 
V. Bille , petite boule dont on Ce 
fert pour jouer i i°. le bâton rond 
dont Ce fervent les Embaleurs pour 
ferrer les balots. 

BiLLER , ferrer avec la bille. 

Billard , jeu où l'on emploie dej 
billes. 

Billot , morceau de bois gros ," 
court & rond. 

Billevezées , forncttes , contes en 
Tair , chofes qu'emporte le vent : 
de Bille , boule , globule , & ve^é , 
plein d'air , fouflc comme une 
veflie. 

Bilboquet , bois rond & mince, 
creufc en rond par un bout , au- 
quel eft fofpendue par un fil une 
boule percée d'un côté qu'on jette 
en l'air , & qu'on reçoit fur le 
bout creux , ou for l'autre bout 
qui eft pointu. 
VI. Boule , globe de bois dont on 
fe fert pour jouer ; i°. Globe. 

Bqulet , globe de fer , dont on Ce 
fert à la guerre. 

Bouleverser, mettre un ^obe, une 
boule c'en delTiis delfous ; i°. au 
figuré , renverfer , détruire , chan- 
ger rout. 

Bouleversement , aélion dt chan.^ 

ger tout. 
Bol , médicament auquel on doiTne 
la forme ronde de piliule pou; le 
piewdre. 



m DICTIONNAI 

VIL Bulbe, tête d'oignon ronde, 

Lat. BuLBus. 
VIII. Volute , portion d'un chapi- 
teau qui repréfente une écorce 
d'arbre roulée en fpirale. 

Volume , ce mot lîgnifioit dans 
l'origine un rouleau , parce que 
c'ctoit anciennement la forme des 
livres. 

VoLTER, fê tourner. 

Volte-Face , adion de fe retour- 
ner poHr s'oppofer à l'ennemi. 

Tous ces mots tiennent au Lat. 
VoL-vo , rouler , tourner. 

IX. Bulles , élévations rondes que 
forme l'eau en bouillonnant , Lat. 
BuUa. 

zo. Ornemens ronds que les 
Romains fulpendoient au cou de 
leurs enfens. 

3°. Diplômes ou Ordonnances 
des Papes , à caulè du (ceau en 
forme de Bulle qui y eft attaché. 

Bouillir , "effet d'une liqueur que 
le feu fait élever en bulles , en 
bouillon. 

Bouillon, cffèrvclcence de l'eau 
qui le répand en bulles. 

i°. Eau qui a bouilli avec des 
viandes , & qui s'eft chargée de 
leurs fucs. 

Bouillonner , former des bouil- 
lons, des bulles. 

Bouillant , brûlant, liqueur qui 
forme encore des bulics par fa 
grande chaleur. 
X. Bouillie, farine détrempée, & | 



RE ETYMOL. na 

qu'on a fait bouillir. 
Mots compofés. 
I. Bobine , inftrument rond & long 
d'un demi-pied , autour duquel 
en le faifant tourner , on arrange 
le fil , la loie ou telle autre matière 
femblable. 
Bobiner , dévider du fil (ur la bo- 
bine. 

Ce mot d'une origine incon- 
nue eft compoie de deux mots qui 
fè font altérés , en s'uniflant , 
comme cela arrive toujours. Ces 
deux mots font Bol, boule , rond, 
& Bana , écheveaux •■, en Celte & 
en Languedocien Banô , corne ; 
zo. dévidoir à caufe de fes cornes. 
La bobine eft même quelquefois 
entre deux cornes à dents de fer. 

On aura dit , Boltana , Vol- 

bcna , Bolbine , Bobine, 

n. BALIVERNES , contes à dormir 

debout j motifs qu'on allègue 

pour donner le change à quelqu'un. 

M. le DucHAT a fort bien ap- 
perçu que ce met étoit compoie , 
& que MÉNAGE n'avoit rien com- 
pris à fon origine en le tirant de 
Bajulus , crocheteur. Cependant 
le DucHAT s'eft trompé dans la 
décompohtion de ce mot , entraî- 
né par ce paflage de Rabelais , 
Liv. I. ch. 14. »> : car ils (ont 
» de nature grands jafeurs & beaux 
» bailleurs de Balivernes en ma- 
» tiere de fingcs rerds ; » en- 
traîné , dis-je , par ce partage , il 

a cru 



115 FRANÇOIS 

a -cru que ce mot étoic compofé 
de Bailler , donner , & de verd ; 
comme qui diroic , donner des 
contes verds , de même que nous 
dilbns des contes bleux. 

Ne vaudroit-il pas mieux dire 
que Balliverr.es eft pour Balliier- 
nés , &c que ce mot vient de 
Berne, moquerie , rifëe , & de 
Bailler? 

BAN. 
Bain, Bon, Bun. 
BAN eft un mot Celtique qui ftb- 
fifle encore dans la I angue Fran- 
çoife. 

11 défigna dès fon origine IV/z- 
femtle d'un objet , tout ce qui 
tient par quelque lien : de- là une 
multitude de familles. 
I. 
BAN, défignant le Public, tous ceuï 
qui forment un mime Corps , fou- 
rnis à la mime Loi. 
I. Ban , étendue du lieu où le Sei- 
gneur a le pouvoir d'ordonner & 
d'afTujettir : de-là : 
Ban Lieue , tout le terrein à une 
lieue à la ronde où s'étend l'auto- 
rité d'un règlement , d'une Jurif^ 
diftion. 
Ban , convocation qui obligeoit 
tous les Gentilshommes pofTefTeurs 
de fiefs à fervir l'Etat à leurs dé- 
pens ; dc-Ià Ban & Arriere- 
Ban , pour défigncr les Vaflâux 
du Roi & les Vaflaux de ces 
Taflàux. 



CELTE. BAN 114 

II. Ban , ordre public , cri public , 
proclamation : de-là : 

Ban de Mariage , ou proclamation 
des perfonnes qui fè propofent de 
s'unir par le mariage. 

Ban des chofes perdues. 

Ban , pour les vendanges , ou pu- 
blication du jour où elles doivent 
commencer. 

Ban , Ordonnance de Police dans 
une armée. 

Faire un Ban par tous les Quartiers 
de l'Armée. 

Banal , ce qui eft dcftiné au fer vi- 
ce public , moyennant une rede- 
vance au Seigneur qui faifoit les 
frais de cet objet & qui l'entrete- 
noit. 
Moulin BAKALt Four B4NAL,Pre(IôIr 
eakal. 

Km figuré Banal s'applique à 
un témoin , toujours prêt. 

Amitié BAMAiE , Cœur BANAL. 

Banalité , droit qu'a le Seigneur 
de contraindre fes VafTaux à fè lèr- 
vir des chofês qu'il a deflinées à 
être banales. 

Banier , taureau banal , prefTôir 
banaL 

Esbanoyer., vj«ttA:-rr. prendre i'ef^ 
for , fecouer la contrainte. 

Quelquefois pour efianoyer^ 
Si vient en ce lieu umbroycr. 

Roman de la Rcfe. 
C'eft donc de ce mot qu'on au- 
ra Élit Epanouir, La fleur qui s'c- 
H 



11^ DICTIONNAI 

panouk (brt des liens qui la ren- 
fermoient. . 

III. Ban , Banon , territoire public -, 
champs livrés au pâturage , pour 
tous les beftiaux de la commune. 

On peut voir fur ce mot les 
pag. 3 1 - 3 3 de la Lettre à un 
Anonyme qui termine notre volu- 
me fur l'Origine du Lang. & de 
TEcrit. 
Abandon , don fait à lan , au Pu- 
blic. Les terres abandonnées font 
livrées au Public , au premier oc- 
cupant. 
Abandonner, ne regarder plus com- 
me à foi , ne prendre plus un foin 
particulier , livrer au premier oc- 
cupant , au premier attaquant. 

IV. AUBAINE , en Latin barbare 
Albanagium, &c Auienagium, droit 
par lequel un Seigneur fuccéde aux 
Etrangers qui meurent dans là terre. 

z°. Profit apporté par hazard. 

AuB AiNS y en Latin barbare Albani 
& Aubani. On a dérivé ce mot d'ad 
vena , un Etranger -, £ alibi-naïus , 
né ailleurs-, de hober ou auber, bou- 
ger, iemuei;i' Aléanus unEcofTois. 
Il vient de ^/ , autre ,& de Ban, 
Jurifdiétionjcelui qui eft d'une autre 
Jurifdidion , un Etranger, 

V. BANNI , Bani , exclus du ban , 
de la fociété , par un ban ou or- 
donnance publique.^ 

Banir. , chaffer quelqu'un de la fo- 
ciété , d'uae JurifdJdion ^d'un lieu. 



RE ETYMOL. iiS 

Banissement , exil par ordonnance 

publique. 
Bandi , Ital. Basdito , voleur 
de grands chemins; i". fcélcrat : 
ce mot s'efï formé de Banni ; la. 
féconde n fe changeant ordinaire- 
ment en d. 

Lorfqu'une . faâion devenue 
plus puifTante , chalToit de la Ville 
ou du Pays , ceux de la failion 
oppofée , ceux-ci fè réuniffoient & 
venoient en force pour rentrer ; 
ou pour piller , vexer , brûler ceux 
qui leur étoient contraires : de 
banis , il devenoient fcélérats , & 
le nom de bandits devenu flctrif^ 
fànt , efl reflé à ces derniers. 

I I. 
BAN, nom des chofes élevées & 
qui fervent de réunion. 
I. BANN , haut , élevé , en Celte. 
Baniere , Bannière , autrefois mor- 
ceau d'étofïè j bandes de couleurs 
attachées au haut d'un bâton ^ 
d'une perche , & qu'on porte à la 
tête des Troupes & des Procef^ 
fions pour fervir de lien , de point 
dc ralliment. 

Sur ces bannières , font les ar- 
moiries des Chefs , ou les Images^ 
des Samts , Patrons de l'Eglife à la- 
quelle appartient la bannière. 

Le voile de Minerve à Athè- 
nes , porté à la tête des Procef- 
fîons , étoit une baniere. 

z°. Jurifdidioa d'un Seigneur à 
bannière» 



117 FRANÇOIS-C 

Bankeret , Banderet , Seigneur 
qui a droit de bannière, Chef de 
quartier. Telle ctoit la différence 
entre l'Enfèignc du Chevalier Ba- 
chelier Se du Chevalier Banneret , 
que le premier avoic une enfeigne 
à queues en forme d'cculTon ; & 
que lorfqu'on le faifoit Banneret , 
on coupoit ces queues , & Ton enfei- 
gne dcvenoit quarrée , & c'ctoit 
une Bannière. 

Afin qu'un Chevalier pût acqué- 
rir le droit de Bannière , il devoir 
avoir fous lui au moins cinquante 
Gentilshommes ; car il falloir qu'il 
joignît l'armée avec cinquante 
hommes d'armes accompagnes des 
Archers & des Arbalétriers que 
devoir avoir à fa lîiite tout Gentil- 
homme qui fervoit en qualité 
d'homme d'armes. 

II. BANC , fiége élevé & long , de 
pierre ou de bois , fur lequel plu- 
fieurs perfonnes peuvent s'afleoir. 

Ce mot eft vraiment Celte, com- 
mun aux Bafques , aux Efpagnols , 
aux Italiens, aux Allemands , aux 
Flamands, aux Danois, aux Suédois, 
aux Bas-Bretons , &c. 
Bancelle , Banc long & étroit pour 
les tables. 

III. Banquet ,/fy?/'/z, parce qu'on y 
étoit aiïîs fur des bancs. 

Banqueter , être d'un banquet. 

IV. Banquette , petit banc , petit 
fiége : trottoir qui forme comme 
un banc 



ELTE. BAN ii8 

Banque , table longue qui fert aux 
Marchands , aux Banquiers : z*. le 
commerce d'argent, la'banque. 

Banquier , Négociant qui fait 1« 
banque. 

Banque-route ; ce mot compofc 
du mot Banque &: du mot route , 
qui vient de l'Italien rotta , rom- 
pue , brilce , altération du Latin 
rupca , dont nous avons fait ruptu- 
re ; ce mot , dis-je , fignifie Banc , 
Banque mi(ê en pièces; celle d'un 
Négociant dont le commerce eft 
rompu par fès pertes. 

Banqueroutier , Négociant qui 8 
fait Banqueroute. 

III. 

BAN fervant k défigner un lien 
& prononcé Band. 

BANDE , morceau d'étofl'è ou de 
toile, long, étroit & délié, dont on 
fe fert pour envelopper; d'où ; 

Bander, fèrrer,envciopper avec une 
bande. En Irland. Ban a , bandé. 
1°. Bande , tout ce qui a la forme 
d'une bande , & qui (en à lier , à 
foutenir. 
3*. Bande , plufieurs perfonnes de 
compagnie : i°. Troupe. 

Bandeau , bande de toile , de crê- 
pe, &c. qui ferc à couvrir le front : 
z°. Bande qui fert à couvrir les 
yeux ; Se au figuré , aveuglement 
de l'elprit. 

Bandelette , petite bande , ru- 
ban. 



ÏI9 DICTIONNAI 

Banderolie , petite enfeigne qu'on 
arbore au haut des NaTÏres. 

Bandouliers , nom des voleurs 
dans les Pyrénées, peut-être parce 
qu'ils marchent par bandes. 

Bandoulière , bande de cuir qui 
crojfè fur le baudrier &: qui defcend 
de l'épaule par devant & par der- 
rière & s'attache au côté droit de 
la ceinture. 

Bandage , bandes appliquées fiu: 
quelque partie du corps pour les 
maintenir. 

Bander un Arc , le tendre, comme 
une bande : & par analogie , ban- 
der unfujil, en tendre les relTorts. 
II. Ru-BAN , mot- à-mot , bande rou- 
ge , enfuite toute bande de couleur 
& en foie , dont on fe lêrt pour la 
tête ou pour l'aiuftement. 
m. Bonnet, cocffùre qu'on lie, qu'on 
ferre avec un ruban. 

De-là le nom d'une étofîè ap- 
pellée bonnet, parce qu'elle fervoit 
à faire des bonnets. 

Bonnetier , celui qui fabrique des 
bonnets : z". celui qui en fait 
commerce. 

Bonneterie , fabrique de bonnets, 
IV. BONDE , ce qui empêche l'eau 
d'un étang de s'écouler par l'ou- 
verture delUnée à le mettre à fêc. 

Bondon , morceau de bois qui em- 
pêche le vin de s'écouler par le 
trou , ménage dans les tonneaux 
pour les remplir ou les vuider. 
Du Celte Bond , lien : en Aiir 



PxE ETYMOL. I20 

glois bonie, lien v en KfXtm.fpunt, 
un bondon. 
Bondonner , boucher un tonneau, 
y mettre un bondon. 

I V. 

BAN , prononcé Bon , défîgnant les 
bornes,1es limites qui renfermentlss 
polTeffions, qui en font.des Bandes 
de JurifHiclions, de diftriébsfcparés. 

BONNE , rriot Celte , qui lignifie Li- 
mite , Terme , Pierre qui fert à 
borner , à fixer les Juriididions , 
les diftrids. 

En Anglois Bouyo^ une Borne. 

En Pcrigord , BosNE. 

En Valdois , BOUENE. 

Latin-bàrb. Bonn A , BuNDA , & 
BoNARiA , Borne. 

t". BONAGWM , AbONAGIVM, 
Efiona^ium , Bornage. 

3 **. Bon ARE , Esbonare & BuN- 
DARE , borner. 

BoNNARWM , an Bonnier de terre. 
Je rapporte ces mots Latins, 
parce qu'ils condatent l'exiftence 
antique des mots qui compofent 
cette Famillejaudi on lit Bonneer 
pour Borner , dans les Affiles de 
Jerufàlem , Chap. 157. 
II. Dans le Nivernois on dit BosMEy 
au lieu de Bonne , Borne ; & en 
vieux François on a dit : 
BoME , Borne. 

BoMER , mettre des Bornes , ea 
pofèr ; mot également Bourgui- 



gnon» 



121 FRANÇOIS 

Aeomage , Bornage ; dans un Ade 
de 1551, contenant des privilè- 
ges accordes aux Habitans de Tan- 
flAY. 
AsoMAGiuid, enLacbarb. Bornage. 
ABOSMER , vieux François , Bor- 
ner.. 
III. Borne , au lieu de Bonne. 
Cette altération de Benne en Bor- 
ne, par le changement du pre- 
mier N. en R. n'eft point rare en 
François. C'eft ainfi que de l'Ita- 
lien Concentus , réunion ou har- 
monie de plufieurs Muficiens qui 
jouei'st ou qui chantent à la fois , 
nous avons fait Concert. D'ailleurs 
ce mot n'eft pas ancien i on voit 
qu'il a remplacé l'autre. On en 
chercheroit en vain q^uclque autre 
origine. 
IV. Abonner , limiter : 2". Met- 
tre des Bornes, borner à un cer- 
tain prix la valeur de quelque 
chofe. 

La Coutume de Mante, art. 
XXIII , dit : » Si ce n'eft que le. 
« Fief fut \vL\tzèS>c Abonné. « Sur 
quoi on remarque ceci : » Ameter 
» 6c Aionner , fignîfient ici mefme 
« chcfê , qui eft quand le Seigneur 
» Féodal & le ValTàlfe bornent ^2S 
» accord de ce qu'on doit payer 
M pour les profits du Fief. 

On difoit auffi dans .ce fens 
Terres Abonnées; de- là,.; 
S'abonner , convenir d'un prik 
pour un objpc 



CELTE. BAN 122 

Abonnement , convention d'an prix 
à donner. 

La Coutume d'Anjou, art. XIII, 
dit Abournê pour Abonné ; on 
doit donc y appelier les bornes 
Bûurnes, 



BAN , Jurifdiûion , Domination , 
prononcé Bon , & fignifiant £0- 
vation. 

De Bon , Domination , font 
venus : 

I. Le Celte Bon , Bun , Eminence , 

Elévation. 
Le Grec, BouN-os, Elévation d'une 

colline j levée de terre. 
Le Vald. Bougne, Boflè caulce par 

un coup. 
En François Bigne, Boftê au fronc 

provenue d'un coup. 

Bignet , Becjgnet , pârîflèrie de 
farine , d'œufs & de lait , qu'on 
fait frire , & qui gonfle au feu 
comme une Bigm ou Bonne, 
Le Gïec Bounosj colline > dont on 
a cru que cous, ces mots étoient 
dérivés > vient de la même origine. 

II. Bond , aftion de s'élever par un 
faut , ou parce qu'on eft repoufte 
par un corps étranger. 
Bondir ,. en parlant des a:nimaux 
qui (àutent de joie. 

z". Au figuré , en parlant du 
cœur qui a de l'âverfion pour quel- 
que chofe. 



125 DICTIONNAI 

BoNDissEMENT dcs ftnimaux dans la 
prairie. z°. Du cœurqui fe fouléve. 
-Rebondir. 

BAR, 

Ber, Bor, Bre, &c 

BAR , fiit un mot primitif qui dcfi- 
gna la lumière , confidcrée fur-tout 
relativement à (à pureté, à fa clarté , 
à fon brillant : x\ tout ce qui cft 
lumineux, clair , pur , net ; 3°. tout 
ce qui eft tranlparent : 4'. tout ce ' 
qu'on m et au jour, h. parole: 5**. la 
vérité pure & brillante. 

Ce mot dut donc revêtir dès le 
commencement diverfes formes, 
pour diftérencier ces divers dévelop- 
pcmens d'une même idée. De-là 
naquirent diverfes familles (orties 
d'un mcme tronc ; mais qu'on ne 
reconnoifloit plus,à cau(ê des difîé- 
rences qui régnent entr'elles. Telles 
flirent , relativement à la parole , 
toutes celles-ci : 

Barja , chez les Languedociens , 
Babiller. 

Parler , chez les Ffançois. 

Haranguer , chez les mêmes. 

Verbe , venu des Latins. 

Marmotter, 

Plufieurs mots François en Bar. 

Bard , Chant chez les Celtes. 

Telles font celles-ci relativement 
à la pureté , à la netteté : 

Vérité , des Lat. & des Franc. 

Ber, Berth, clair & brillant, des 
Theutons. & des Gaulois ; d'où ,' 



RE ET Y MOL; 124 

BaiL-ler , des Franc. & des Ital. au 
lieu de BER-iller. 

Mar , jour ; i'. parole, chez les 
Orientaux & les Grecs. 

Bar, clair, lumineux, chez les Orien- 
taux. 

Quoique ces divers mots com- 
mencent par des lettres différentes, 
B , V , M , P , ils n'en appartiennent 
pas moins à la même Famille, par- 
ce que toutes ces lettres font des 
nuances de la même touche > la 
touche labiale , (< par conféquent 
très - propres à nuancer les mots 
d'une même famille. 

Nous nous bornerons ici aux 
Familles en BAR,BeR, Bae. 

I. 

BER , BRE clair , lumineux ; 



**. feu. 



De BAR, lumière, jour, employé 
dans le fens de clarté , (ont venus 
les mots fuivans : 
L Gallois Berth , luifant , brillant ; 
2°. net, propre, poUj mot égale- 
ment Teutonique, 

Et le Gallois Bernais, brillant, 
éclat j 1°. vernis. 

Vernis , liqueur gommeulè qui , 
appliquée fur un objet , en confcrve 
l'éclat &: la fraîcheur. 

Vernisser , appliquer un vernis. 
La plupart des mots de cette Fa- 
mille , ont perdu à la longue leur 
voyelle primitive, ou plutôt , on l'a 
placée la derniere,aprcs la conibnne 



i2f FRANÇOIS 

R ; de-là des mors dont par cette 
raifbii il étoit difficile d'apperce- 
voir l'origine : tels ceux-ci : 

Brillant , qui a de l'éclat, au lieu 
de BeRillant. 

Briller , jetter de l'éclat , de la lu- 
mière ; Ital. Brillare , briller ; 
X °. éplucher , ccofTcr , rendre net.. 
Allem. Brinnzs, brûler : Irland. 
Breo , feu. 

Brill , qui fignifie des Lunettes en 
Holiandois, parole venir de cette 
même Famille. On dit, il eft vrai,, 
qu'elles portent ce nom parce 
qu'elles furent inventées à la Brille, 
Ville de Hollande -, mais ne feroit- 
ce pas une étymologie à la grec- 
que î 
II. Bjer, devenu Bre, donna lieu à 
une Famille trcs-confidcrable , re-| 
larive fiir-tout à la chaleur & au 
feu ; de-là tous ces mots : 

Brûler, confùmer par le feu , au 
fimple & au figuré. 

Bruleur.- 

Brulot.- 

Ital. Bruciare , ?, i, 

. ibrûler , rotir , qui 

AbRUCIAREjJ 

ne font certainement paç dé- 
rivés du Latin , nuis de la 
Famille dont nous parlons ici.i 
Ml. Braise , charbons allumés. 
Grec , PitisfS, incendie. 

Braiô , brûler. 
Ital. Bracia, Bafq. Brasa, braife. 
Brasier , grand amas de charbons! 
ailuiiiés.. 



CELTE. BAR 12S 

Em-brâser , incendier , mettre ea 
feu. 

Embrasement , grand incendie. 

Brandon, torche allumée, feu,. 
Le Dimanche des Brandons,. 
ou premier Dimanche duCarêm.» , 
& qui doit fon nom aux torches. 
qu'on allumoit ce jour- là en fîgne de 
purification ; ce jour d'ailleurs (è ren- 
contre toujours en Février, mors des 
Purifications ou de la Chandeleur, 
On donne à Lyon le nom de 
Brandons à des rameaux verds que 
le Peuple va cherchei: tous les ans 
au Fauxbourg de la Guillotiere , le 
premier Dimanche du Carême ,, 
auxquels il attache des fruits , des 
gâteaux , des oublies , &c. & avec 
lefquels il rentre dans la Ville. 
* - Cet uiâge efl de la même na- 
ture que celui dont nous avons fait 
mention dans l'Hiftoire du Calen.- 
drier, pag, +52. 

Brandevin , vin brûlé. 

Brandevinifr , qui fabrique & vencï 
du vin brûlé. 

IV. ItaL Bronzino , vifage brûlé ^ 
enflammé , hâlé.- 
■Bronzo , bronze. 

Bronze , métal refplendi(nint& eni"-' 
brâfè, compofe de cuivre & de; 
zînc. 
Allem. BnvmT, ardeur ;• 2*' cm^ 

• brâfemenr , incendie. 
V. Brttnir , édaircir , polir avec \& 
brunifToir. - '• 

Brunissoib ,. outil", atrfitfiit^'d aqjielî 



1*7 DICTIONNAI 

on met de la fanguine pour brunir 
l'argent. 

Britnisseor , Brunisseuse, Bru- 
nissage. 

Ical. Brunire , Brvkijore , &c. 
VJ. BRiQUE,qiiarrcs longs de terre cuite 
aufeu,& dont onfe (èrtpour les bà- 
riinais , lûr-tout dans les pays où 
l'on n'a pas de pierres de taille ; 
de Br£o , fèn, 

Briquethr. 

Briquetage. 

BRiqUETERIE. 

Briquetier.' 
Ailem. Brick. 

VII. Brandir , Lancer , darder; i*. 
faire briller. 

jBrakd , Br ANC , vieux mot , fignî- 
fiant bâton , épce qu'on fait briller : 
ce mot peut tenir ccpeadant à la 

. EnûUe Bran. 

ïtal. Bran DO y épée. 

Brandiller, balancer, agiter-, ce 
mot peut appartenir à brandir. 

VIII. Le fombre cfl l'oppofè du bril- 
lant: on a donc fait contrafter leurs 
noms i & parce que Bre fignlfioit 
Brillant y on a clioifi Brv pour 
dcfigner jomère , noir , trijle , lu- 
guire. 

Brume , rems (ombre & couvert. 

Brun , couleur (bmbre pre(que noi- 
re ; homme de cette couleur. 

Brune , Brunette , Femme ou 
fille qui a la même couleur ; i *. 
fcrte de chanlbn. 

Ce moi eft Italien , Elpagnol , 



RE ETYMOL; 128 

j Anglois , Suédois , Anglo-Saxon , 
Breton , Theuton , Allemand mo- 
derne , où il le prononce Braun. 

II. 

BAR , 1°. Parole. 

Ce mot primitif a pris chez les 
Celtes & dans la Langue Françoii'e 
cinq oufix formes différences pour 
diftinguer les diverlès idées relati- 
ves à la parole. 

Les idées relatives à la parole 
elle-même , ont été exprimées par 
le lôn fort par , d'où PAK-ler , 
VAK-ole , &c. 

Les idées relatives à la partie la 

■ plus excellente de l'art de parler , 

ont été exprimées par le radouci 

VER , d'où VERBE & là famille , 

AVAR, parole en Breton , &c. 

Les idées relatives à la parole 
en public ont été exprimées par le 
Ion a/piré har, d'où HAK-angue y 
HAR-anguer y Sec. 

Les idées relatives à la parole 
poétique ont été expriniées par le 
mot Bard. 

On n'a continue d'exprimer par 
BAR que des mots qui ne for- 
moient point de familles , & don: 
on ignoroit l'origine. Tels fonc 
ceux-ci : 
I. BARBARE , mot Gr»c & Latin , 
qui défigne une perfbnne coiimie 
étant d'un pays non policé , dont 
les mœurs (ont féroces , & dont 
on n'entend pas la Langue ; i°. 

un 



12P FRANÇOIS- 

un homme cruel , féroce , fans 
pitié. 

On avoir cherché en vain l'e- 
rigine de ce mot , parce qu'on 
fuppofoit mal- à -propos qu'il ne 
délîgnoit que l'idée d'étranger. 

Bar-bar marquoit celui qui dit 
des mots inconnus , qui fait Bak 
(ans qu'on l'entende. 
Barbarie , état, fituation, mceurs 

du Barbare. 
Barbarisme, faute contre la Lan- 
gue , comme fi on parloir une 
Langue étrangère. 
Barbarement , avec cruauté, com- 
me un Barbare. 
n. BARAGOUIN , le langage d'un 
Barbare ; mots auxquels on n'en- 
tend rien. 
Baragouiner , faire bar , bar , 
prononcer des mots inconnus , 
' étranges. 

Ce mot s'accorde donc parfai- 
tement avec l'origine ou la valeur 
primitive , & de Bar Se de Bar- 
bare. 
IIL BARGUIGNER , ne pouvoir 
tomber d'accord , ne pouvoir fe 
réfoudre à parler (bar) le même 
langage que celui avec lequel on 
veut convenir de quelque chofe. 

Angl. Bargain , marché , 
marchander. 

Gallois Bargen , marché , 
contrat , convention. 
IV. B ARRET , Lat. Barritus , 
cri de l'Eléphant & du Rliinoceros, 
Vicl. Etymal, 



CELTE. BAR 130 

Lat.barb. Bardire, rugir, crier* 
BARï>icArro , clameur , cri. 
1°. BAR , prononcé Bard , 
Poéfie , chant. 
BARDE, nom des Poètes- Muficiens, 
des chanteilte , chez les Gaulois & 
les anciens Celtes. 

Cette femille fubfifte encore 
chez diverfes Nations qui defcen- 
dent des anciens Celtes & Gau- 
lois. 

Irland. Bardan, Chantre. 
Bardas, Chanibn; 
Gallois. Barddoni , Poètes. 

Barddas , Poéfie, Hif 
toire. 
Bas-Bret. Bardd , Comédien , 
Bardic , Joueur de 

flûte. 
•Bards , Joueur de 
vielle. 
30. BAR , donner le change par 
fes difcours , tromper. 
Vieux Fr. Barat , Baratterie , 
tromperie , fraude. 

Quercy, Baratar, tromper. 
Ce mot eft également Bas-Bre- 
ton , Itahen & Efpagnol : d'où 
rifle de Barataria de Sancho 
Pança, Ijle Trornpeufs. 

En Bafque Barataie, échanger, 
Barataria , troc[ueur, brocanteur* 

IIL 

BAR , Force , i°. Homme, 

BAR, fignifia Force t Se i°. l'Homme 
I dillingué de la Femme, appelle Bar^ 



1^1 DICTIONNAI 

ou le Fortf parce qu'il a la Force 
en partage. 

En Franc. Bar , Anglo-Sax. 
JTar , Goth. JFair , Lat. Fir , 
l'homme ; i°. le Mari , le Fort. 
Baro, en Lat. un liomme fort & 
vaillant. Hirtius Pansa fe fert de 
ce mot dans l'Hiftoire de la guerre 
d'Alexandrie , liv. I. ch. 5 ? , & 
Ciceron dans fès Lettres à Atticus , 
liv. V. letf. 1 1 . Ce même mot 
cft Eipagnol, 

En Gallois BAR-on , un Guer- 
rier. 

1°. Baro, en Latin , un Mcr- 
ctnaire , parce qu'il foutient le 
poids des travaux. C'eft par la 
même raifon qu'on dit à Paris les 
Forts de la Halle , pour dcfigner 
les Crocheteurs de la Halle , à 
caufe de leur force. 

De-là en vieux François : 
Ber , homme diftingué par fa nai{^ 
fànce , noble. Ville -Hardouin 
parlant d'un Comte du Perche , 
dit : « Enfi fina li cuens & morut , 
»> dont granî domages fli. Et bien 
• 5> fu droiz , car mult ère hait Ber 
» &: honorez & bons Chevaliers. 

C'eft-à-dire , c'eft ainû que le 
Comte termina là vie & qu'il 
mourut , ce qui fut une grande 
perte : on voyoit en lui un hom- 
me Ibuverainement droit ; auffi 
étoit-il un Haut Ber , un Haut 
Seigneur , un Chevalier honoré & 
digne de l'être par fa boû^c». ^ 



RE ÉTYMOL. ij^ 

Spelman n'a pas ignoré cette 
valeur du mot Bar : on peut s'en 
alTurcr par fon Gloffaire Latin Bar- 
bare. 
BARON, ce mot dcfigne , i«. un 
grade , une qualité au-deflus du 
fmiple Gentilhomme , & au-deflbus 
du Comte. 

z°. Tous les Seigneurs qui re- 
lèvent d'un Prince, les Grands d'un 
Etat : on difoit les Barons d'ua 
Royaume i ce Prince vint avecfès 
Barons. 

3°. Il dcfigna un homme fort, 
un mercenaire , un falarié. 

4°. Dans quelques Provinces ^ 
le Mari. Mon Baron, dit une fem- 
me en parlant de (on Mari. 

De Bar prononcé War , vint 
Loup-Garou , en Allemand B^R^ 
wOLt , Homme-Loup. 

Cette famille tient à Mar , 
M ART , qui fignifient également 
Homme. 

Dans les Loix Saliques, Ripuaî- 
res , Alamanniques , Lombardes , 
Bar , ou Baro , fignifie un Hom- 
me par oppoCtion à Femme ; Baro^ 
& F«mina. 

Les Saxons ont prononcé W^R y. 
ou Wair, de même que les Goths. 
Les Femmes Wallonnes , ap- 
pellent leurs Maris mon Baron : 
il en cft peut-être encore de même 
en Champagne. 

Dans le .Roman de Rou > oa 
voit ce vers remarquable :. 



i55 FRANÇOIS 

Li BeR Quans de Poitiers , 
Qui Sire eft des Gafcons. 

« Le Baron Comte de Poitiers 
w qui eft Sire des Gafcons. 

Ce nom étoit analogue à notre 
mot Grand , Grandeire. Il n'eft 
pas étonnant que les Montmoren- 
cis l'euflent toujours conlèrvc. 

De ce mot on fit Barnage ic 
Bcrnage , pour dcfigner l'afTemblée 
des Grands , des Barnés , des 
Barons. ^ 

Les Barons d'un Comte , d'un 
Duc , d'un Roi , s'appelloient fa. 
Baronie. 

Philippe de Mousk dit : 

Hue le Grand & les Bardés de 

France , 
Le Roi & fa Baronnie, 
Si fit guerre , par Arrame , 
A Pépin le Seigneur d'Auftrie, 

• IV. 

BAR , BoR , BouR , défignant l'idée 
de Porter dans toute (on cxtcn- 
fion , ou avec toutes les idées fu- 
bordonnées à celles-là. 

BAR , défignant la force , devint par 
conféquent la racine des mots dont 
on fe fervit pour défigner l'idée 
de Porter qui eft l'effet de la 
force , & toutes les idées qui en 
dépendent : de-là une foule de 
mots en B , fans compter ceux en 
F , en V , en Ph , Sec. qui forment 
eux-mêmes des familles imraen- 
fcs. 



CELTE. BAR 134- 

Le Celt. Bar, Ber, branche, 
rameau ; d'où vinrent Feru des 
Latins , broche. 

Verrou, branche de bois, de ftr, 
&:c. dont on le fert pour fermer. ' 

ViRGA des Latins , Verge , 
branche déliée & dépouillée de 
fes feuilles. 
BARRE , en Elpagnol , & en Latin 
y ARA, pieu, pièce de bois ou 
de fer , longue & forte comme 
une branche d'arbre , & dont on 
fè fert pour fè fortifier , pour fc 
mettre à couvert. 
BARREAU , I °. branche de bois ou 
de fer dont on garnit les lieux 
qu'on veut garantir. 

De-là, 2°. le lieu où plaident 
les Avocats , parce qu'il eft féparé 
des (peâateurs par des barrières. 

3°. Le Corps même des Avo- 
cats , ceux qui ont droit d'être au 
B are au. 
BARRIERE , pièces de bois , barres 
placées de manière à fermer le 
paiïàge. 
Barricades, retranchemens , for- 
tifications avec des branches & 
autres chofes. 
Se barricader , défendre l'en- 
trée du lieu où l'on eft par des re- 
tranchemens. 
BARRIGEL , Capitaine des Sergcns, 
ou HuifTiers en Italie. Dans les 
Capitulaircs de Charles le Chauve, 
chap. XXXII. tit. } 6. les Huiffiers 
font appelles Barigildi , à caufe 
lij 



Cercueil. 



15^ DICTIONNAI 

de la yerge ( Bar ) qu'ils portent. 

BAR , BoR , BouR , fignifîant Sur , 

& ee fur quoi on pone : de-là : 
j ". Bar, civière renforcée ou machine 
compofée de deux branches en long 
traverfées par d'autres & dont on 
le fart pour tranlporcer des corps 
pefâns. 
i", Bahre , CB vieux Ail. 
BiERE , en François. 

D'où l'Allemand Beerdigen, en- 
fevelir ; Todten-Bahre , cercueil. 
3°. Brenta , Lat. Barlr. pour Be^ 
RENTA , vafe à mettre du vin. 
Bran TE , en Valdois , vaiffeau de 
bois avec lequel on tranfporte la 
vendange fur le dos. 
Bringen , porter , en Allemand , d*oà 

le François , 
Brinde , adion de porter une fanté. 
40. Bardot, petit mulet qui porte 
les hardes des muletiers ; i°. au 
■ figuré , celui fur lequel les autres 
rejettent la peine , la fatigue. 
Lat. BvRDO , mulet. 
5°. Bourdon , bâton des Pèlerins. 
Ces mots tiennent au Celte 
Bor^ porter. 

Theut. Boeren , porter 
Allem. Burden, porter ; Burd, 
charge. 
BOURDE , menfbnge ; Mourder , 
mentir. Ces mots viennent de la 
même racine. On a dit donner des 
Bourdes , Comme nous difons , il 
en donne à garder. Celui qui donne 



RE ETYMOL: 136 

des Bourdes, fait comme s'il tous 
donnoit d'cxcellens appuis. C'eft 
donc ici une expreflion figurée el- 
liptique. Son origine étoit donc 
difficile à découvrir : il n'eft pas 
étonnant qu'elle ait été abfblument 
inconnue. 

Cam-horcx , mot de la Loi Sa- 
lique, efl: un dérivé du même mot 
Berde , bâton, & de Cam , courbe, 
en Celte. Il défigne des pieux cour- 
bes dont on fe fervoit pour faite 
des palilTades. 

30, 
BAR , fignifiant porter , au fèns 
de produire. 
BAR, fignifia en Cétt froment , tlé , 
la produâion par excellence. 

Ce mot prononcé Bra , a fait 
le Ceke Brace, BraGe, boiflbii 
faite avec le blé , & qu'on a pro- 
noncé Bracium , Brafia , Brafgî^ 
Brafeum , Bratium , Braifs , Bra- 
fum , Brais , Brès , fignifiant la. 
bière. De-là : 
Brasser , faire de la bière. 
Brasseur^ Brasseuse , qui font hi 

Brasserie , fabrique de bière» 
Brassin , cuve pleine de bicrc. 
De Bar, froment , prononcé 
Ber & enfuite Bier, fe forma le 
nom même de la boiflbn faite avec 
le blé , la Bière. 
BREUIL, bois taillis fermé d'un mur; 
z **. dans le Pays Me£în , pré 
Seigneurial entouré de rivière^ 



,57 FRANÇ.OIS- 

C'efl: donc en général «ne terre 
en rapport & clofe par cette raifon. 

En Italien BROGLIO. 

Ce mot s'eft prononcé d'une 
multitude de manières. On a dit 
Brugilus, Broilus, Brolius , Bruil- 
lus, Bnulus , Broulus , &c. Et en 
Françoiî , Bretl , Bruell , Broul, 
Broily Breuillet , Bruillot , Broil- 
lot , &C. Il çft devenu en même 
tems le nom d'un grand nombre 
de lieux , & même de familles ■, de 
k maifon de Broglio en parti- 
culier. 

En Celte BroG , fignifie un 
champ , une pofleffion , une clôture. 

4*. BAR , prononcé Bra , fignifiant 

Brai, fource de la force , 

&c. 

I. BRAS , Torgane avec lequel l'hom- 
jne exécute toutes fes a<îtions, avec 
lequel il opère: Lut. Brachium ^ 
& en Celte , Brec, 
Le Gall. Brbc. 
Le Bas-Br. Brech. 
Le Gail, Brachiog , qui a des 
bras. 

Embrassïr , tenir dans les bras. 

Embrassade. 

Brasse». , agiter les liquides avec 

les bras. 

1°. au figuré, tramer, machiner. 
Brasse , mefure de la longueur des 

deux bras étendus. 
Bracelet , orncmenr qui fait le 

tour dubiâsu 



CELTE. BAR 138 

Brassar , fer qui courroit le bras 
dans les Batailles. 

Brassoir , ce avec quoi on braflc 
les liquides. 
II. BRAVE , hardi , courageux. 
2°. Bien vêtu , lefte, 
5 0. Galant , honiaête. 

C'eft mot- à-mot celui qui ofe 
entreprendre", qui ofè fe fervir 
de Ton bras, & qui s'en fert hono- 
rablement. 

Braver, affronter. 

Bravade, menace, défi. 

Bravoure ^ valeur , courage , qoa* 
lités du brave. 

Bravache , faux brave , fan&rorÉK 

Bk.avo , bravement , d'une manière 
honnête & louable. 

Braverie, beaux habits, ajuflcmens 
élégans : en Bas-Breton , Branjt , 
JjA/io, vaillant, lefte ,beau, 

...c-iv^ : - 

BRE, bric. Tête. 
Le mot Bras s'eft étendu aux 
branches des arbres , quilbnc com- 
me leurs bras; & parce que les brait- 
ches forment la tête ic h chevff— 
lure des arbres , le même mot sé 
défigné tcu & chevelure. 

Et conuji on prenoir une touffir 
de chevd^^ pour indiquer muf' 
titude, troupes , nombre , le même" 
rao^B^tc employé avec quelques^ 
nuances pour dcfigner l'idée de: 
multitude y troupe , bandes ^ Scc^ 
De-là tous CCS mots: 
L BRIC , mot qui eniroic autrefois 



159 DTCTIONNAI 

dans plufieurs Proverbes : nous 
avons vu déjà de hric & de broc. 
Le Diftionnaire François & An- 
glois de Cl. HoLLYBAND , in 4°. 
Londres 1593, cité dans Ménage , 
dit au mot Bric ; prendre fon ad- 
versaire au Bric , c'eft-à-dire prcn- 
5'dre avantage de ce qu'il dit. 
: /rjJCe mot fignifioit tête en Celte. 
Gall. JiRlG , fommet , cîme , ra- 
meau. 
Eriger^ Chevelure. 
Brigio , couper la tête des 

arbres. 
Brigog, touffu. 
Norm. Bringe , rameau. 
JL Brigade , Troupe ; 1°. Escadron. 
Brigadier , Chef de Brigade. 
Efpagn. Briga , afTemblée. 
Irai. ^iiiG^r^ troupe, bande, 
zo. Société , compagnie. 
30. Efcadron. 
III. Brigue , Parti , Faûion ; Trou- 
pe qu'on a pour (bi. 

1°. Mouvement pour fe former 
•V. un parti -, cabales. 
Briguer , rechercher avec foin une 
place , un avantage : fe former un 
parti. 
Brigueur , qui brÏMc. 
Gallois, BRe-icini/^ être d'un 

parti. 
Lat. barb. ^Aic^, b(ig^||^ parti , 

querelle. 
Efpagn, ^il£G^, débat, querelle. 
ggS-Pr, Brig, procès , querelle. 
^■Rl G t^,$ , hargneux. 



RE E.TYMOL; 140 

Ital. Briga , Procès , querel- 
le , combat. 
1*. foins , peines. 
Brigante laborieux, querel- 
leur, féditieux, qui ferme 
des partis , des fcditions. 
BRiGARE,s'efiorcer,chercher,briguer. 

IV. Brigands , voleurs de grand che- 
min : i". qui pille , qui commet 
des exaftions : 5 ". qui attaque à 
force ouverte. 

On voit par l'Italien Brigante , 
que ce mot dcfigna dans l'origine 
ceux qui forment des partis , des 
féditions , de vrais fcélérats , des 
gens à pendre ; & ce nom devint 
celui des aflàffins , des troupes qui 
volent & pillent. 

Brigandage , vol, extorfion, rapine. 

V. Brigandine , cotte de maille , 
plus légère que la cuirafle , propre 
par-là même pour les courfes. 

VI. Abriconer , vieux mot qui figni- 
fioit tromper par des carejfcs inji~ 
dieufes 

Bricon , fignifioit trompeur. 

Ce mot cxifte dans l'Italien , 
BrjcoSE , qui fignifie un fripon , 
un trompeur , un coquin : & qui a 
fait le mot 

Sbrigani , nom d'un Aâeur 
rufc , fin , trompeur. 

VII. Bricole , terme des jeux de 
Paume & de. Billard ; adion de 
lancer , de darder la boule ou la 
baie contre les bords du Billard 



1^1 ^ FRANÇOIS 

pour ta faire revenir fur la baie 
qu'on veut chaffer. 

Ce mot vient de l'Italien , 
Briccolare , lancer, darder, dont 
ils firent B RI c COLA, câti^nlie, ma- 
chine à lancer des pierres, &c. 

Ils formèrent CCS mots de Bric , 
Brec , èras , parce qu'on lance 
avec les bras. 

^u fig. Bricole fignifie en 
François , une excufè frivole & 
trompeule, parce que la bricole cft 
un coup oblique , trompeur. 

Aller de bricolt , ufer de voies 
indireftes , artificieufès. 

V. B A R. 
Tout ce qui eft compofé de 

branches , toute enceinte. 

I. BARAQUE, logement étroit qui 
n'eft compofé que de brancbes d'ar- 
bre , de ramée ou de planches ; 
une vieille baraque , une mauvai- 
(ê baraque. 

Nos Etymoîogiftes dcrivorent 
ce mot de barharacus ou barbare. 

II. £M-%AR-jts , mot-à-mot , bran- 
ches qui fe trouvent fur le chemin, 
qui empêchent de pafler , & qui 
forment comme une barrière. 

Em-barassé, retenu , arrête par des 

obftades. 
De-3ak-^sser, ôterles barres , les 

branches, tout ce qui fait embaras. 

III. Bercail, logement d'hyver pour 
les brebis , fsût avec des branches. 

Parc , tient à la même famille , & 
k. rapporte également aux brebi^. 



142 



CELTE. BAR 

On les fait parquer. 

On difoit autrefois Berc 
Ferg , pour bercail : de-là : 

Bergerie , lieu où on renferme le» 
moutons. 

Berger, celui qui a foin de la Ber- 
gerie. 

Bergère , celle qui a (ôin de la 
bergerie. 

IV. Ber , Bers , Berceau , cjui figni- 
fie ; I °. un couvert de branches- 
d'arbres ; cabinet de verdure. 

1 ". La couche d'un enfant faite 
avec quelques barreaux ^ en Va^ 
dois , BRE^ 

On a dit autrefois en Francoîs 
Ber , dans ce {èns , comme le proi»' 
ve ce proverbe ancien : 

Ce qu'on apprend au Bô- 

Dure jur^ucs au vér. 
Proverbe rapporté par M. de fa 
Thaomassiere, dans fbn Gloflàirc 
au mot Biers. 
Bercer un enfenr, agiter (on ber- 
ceau pour l'endormir. 

t». Au figuréj^erter une perfon- 
ne , l'endormir par fès difcours^ 

V. Au-BERGE , Maifon deftinée i 
loger les paflans. Ce mots'ell écrie 
Héberge , Herberge. 

Aubergiste , celui qui loge les 

paflâns. 
AuBERGER , Héberger , Herherger ^ 

loger les pa0âns. 

Ce mot s'eft formé de Berc ,, 

branche; 1°. logement feit avec des» 

blanches \ cloifon \. & du tnoc hart, 



145 DICTIONNAI 

«on celui c[ui lignifie armée , mul- 
titude , niais celui qui fignifie 
Maître , Seigneur ; le hérr des Alle- 
roans , le herus des Latins , notre 
vieux hère. 

Les VaifTeaux conftruitsde bois. 
X. Baril, Barillet , Barique. 

Lat. Barb. Barri bus , barri- 
que ', employé dans les Capitulaires 
de Charlemagne fur fes Maifons 
de Campagne, Art. 68. 

Tous ces mots indiquent des 
vaiflèaux de bois faits de douves 
lices avec des cercles , & plus 
ou moins grands , deftinés à con- 
tenir du vin , ou autres liqueurs. 
JI. Baratte , Vaiffeau profond & 
étroit dans lequel on bat la crè- 
me pour en faire du bcure. 
jfiL Barque , Vaifieau de bois pour 
traverfer les eaux. 

L'Egypt. Baris , Vaiffeau. 
BARQUEROL£,petit Vaiffeau (ans mât. 
Barquette , petite barque. 
-.'Barge , Berge , e(pece de Barque. 

IV. De Barg , prononcé , Farg , 
- Ferg , Freg , fe forma Frégate , 
''.'- Vailfeau confidcrable , armé en 

guerre. i 

V, Brigantin, Vâiflcâu de bas-bord, 
& fort inférieur à la Frégate quj 
çft de haut-bord. 

V I. 

Etoflfès ou autres chofes qui fervent 

à couvrir. 

ï. PARRETTE, Berrette , Birette , 



RE ETYMOL; 144 

couverturede tête; efpéce de bon- 
net d'enfant ; en Languedoc, Bon- 
net de Dofteur ; en Italie, Bonnet 
des Cardinaux, 
Baretha , en Carniolois , (ïgnifie 
aduellemcntun Chapeau. Les Cha- 
peaux ont air.fi remplacé chez eux 
la Barrete de nom comme d'effet. 
IL Barde , en Ital. Barda , armure 
ou paremcns dont on couvtoit un 
cheval pour une bataille ou pour 
un Jour de fête. 

Cheval bardé , celui qui a une 
pareille couverture. 

MÉNAGE a très- bien vu que ce 
mot tenoit à Bard , vieux mot 
lignifiant Couverture. Ferrari 
eut grand tort de le lui dilputer : 
M. FoRMEV a eu raifon de voir ce 
mot dans l'Efpagnol & dans PArabe. 
Ce font des rapports intéreflàns à 
fùivre. 

En Languedocien , Barde défi- 
gne plus qu'une fimple couverture 
de monture ; c'eft le nom de la 
felle même qu'on met par-deflus 
cette couverture : en Elpagnol Al- 

SARD. 

Dans ces deux fèns, c'eft l'A- 
rabe %&i!,tj BardgUtnn bât, d'où 
Bardgai , celui qui fait des bâts & 
qui en vend. 

Bardga , dit Golius , eft un 
mot Perfan , qui fe prononce 
Bardij^ga , ou Bar^ega. 

Comment ce Savant Auteur 
d'un Didionnaire Arabe, n'a-t-il 

pas 



f45 



FRANÇOIS 



pas vu que ce mot, qu'il a cruPcr- 
(àn , croit lui-mcme un mot Ara- 
be ^.j Bard , qui figiùfîe habit, 
-étoffe , fiir-iout des étoffts rayées 
«OU à divcrfcs couleurs. 

Ges couvertures fervirent aux 
chevaux , & on dit qu'ils croient 
iardés.Onj ajouta une ielle, & on 
*l*appella Barck. 

On couvre la volaille de tran- 
ches de lard pour la faire rôtir , & 
on appella cela la tarder. 
•Bardelle , ^llc piquée qui n'cft 
que de toile, ufitée en Italie. 

IK. De-là Earracan ou Bourra- 
CAN , étoffe de poil de chèvre, des- 
tinée à couvrir le corps. 
Barkicanus, dans S. Bernard, 
vie & maurs des Reli^eux , défi- 
•çne une couverture de lit. 
Bardo-CucuIus , efpéce de capu- 
chon des anciens Romains. 

3V. Bardeau , Ais dont on fe fêrt au 
lieu de tuiles , pour couvrir les 
.maifôns ; mot également Arabe. 

V I I. 
Elévation & profondeur. 

1. BERGE , bord efcarpé d'une rivière, 
i*. Eminence de terre, en langage 
du Berry. 

j^o. Amas de blé , dans d'autres Pro- 
vinces. 
Famille de Berg , Montagne, non- 
feulement en Theuron , mais en- 
core en ancien Gaulois. 

Les Saxons prononcent Barg , 
Dict. Étymol, 



CELTE. BAR i4<f 

Montagne, au lieu de Berg.EccARO 
fur la Loi SaHque , pag. i j 7. 

IL Berne , terme de marine , qui 
fignifie élévation. Mettre le pavil- 
lon en berne , c'eft l'élever au haut 
d'un bâton. 
Berne , couverture , ifàye , gro* 
habit de dejfus , cappe , mantille, 

liï. Berner quelqu'un , le faire Jau» 
ter en l'air avec unis couverture. 

Au fens figuré , fè moquer de 
quelqu'un , en faire fôn jouer. 

IV.BERNACHE, BernacU, Barnaque^ 
enlrlandois Bernac, nom de la 
Macreule à Dieppe & en Irlande , 
appellée ainli parce qu'elle plonge 
dans les eaux & qu'elfe en eiïlévelft 
poiflbn. 

Y I I L- 
B A R B E. 

I. BARBE , Lat. Barba , poil quî 
couvre le menton 5i les joues ; de 
Bar , produire , produdion : x\ 
on dit également la ùarèe des épis, 
héarèe d'une plume. 

IL Barbu , qui a de la barbe. 
Barbon , qui a beaucoup de barbe; 
ï°. un vieux routier, qui a de l'ex» ' 
péricnce, '& la barbe blanche. 
BARtiiER, qui fait la barbe. 

III. Barbeau , poiffbn ainfi appelle k 
caufe de fes barbes ou Barbillons. 

IV. "Barbet , Chien appelle ainfi à 
caufe de fon poil long & ftKc. 

V. Barbets , nom des Vaudois . 
parce que leurs Pafteurs s'appellent 
BARSts , du mot Vénitien Bak- 



'47 



^S-d , Hti aacicn , un clief à barbe ; 
1*. ua Oncle. • ,.j 



( 



DICTIONNAIRE ÉTYMOL. i^a 

tement rondes, qui ont différences 

formes, „,, .ji;,,.::-r.(; Jtojô -, 

. ■ Bfprit turoqu^e ^ qui ne peii^e 

, pas, qui ne voit pas comme \ç% 
autres. 
V. Bebuue , çblouifTement de la vue: 
caufé, par une lumière quiva/:^^^, 
qui VARIE, varia luce^^ 

1°. Au fens figuré , ïat\gii^Q., éblouiC- 
feraent d'écrit., 

BAR > BOR , BROU , Eaur. ' 



VI Barbouiiier , des deux motsi' 

barbe & ImUt : barbanf olere- , 
avoir la barbe ointe o^ fouillée 
d'huile. .- .^i ;iV 

Les Farceurs , les Xean-Farmey 

: ,$'appelloient à.Rome Bajisv-xeii, 

_,les Barbouillis. 

SALLUiT.E & YaLERE MaxIME 

parlenc de quelques Romains , 

Confuls & Cenfeurs qui portoient 

le nom de Barbitlcii. 
Bablbouixlage, peindre mal, faire 

du mauvais ouvrage , de la mau- 

vaife befogne. 
Barbouilleur , qui fait de la mau- 

vaife befbgne, qui gâte ce qu'il 

fait. 

Ces mots viennent du Celte 
-Baril, poil, cheveu, chevelure, 

encore exiftant en Irbndois, & 

d'où vint le Bas-r Breton Rar-huuh , 

yelu. 

I X. 

„ , > . . ,■ ''à.l\ 

Barre , a raies , v a r i e. 

I^^ BARIOLÉ , habit , ccoffè de di- 

verfes couleurs. 
U. Varie , qui oâre des raies dif- 
.^ifërentes , diverfitc de couleurs. 

Vcye^ cette famille. 

III, Barlong, figure dont ^longueur 
d'un côté eft différente de la. lon- 
gueur d'un autre. 

IV. Baaoque, dents de grandeur iné- 
ea^ i perles qui ne font £as exac- 



BARBOTER, marcher dans la boue. 
I. Borbe , boue..:-„ ^.j!;oî ^v, o^p 
Bour, BoR,£n Celte, boue vi*^.^i|^i 
Bourbe, boue, fange. 
Bourbier, lieu rempli de fange». 
Bourbeux , plein de fange. 
Bourbeuse , pleine de fange. 
Embourber, enfoncer dans la boue., 
z. Brou , Bru , en Celte , foorce , 

fontaine, eau 
Brouée , pluie d'été, de peu de durée.. 
Brouillard , vapeurs condenfées 
& qui ne peuvent s'élever, 
: } . Brouet , bouillon , fâuce claire. 
Auvergne, Bre , foupe , potage. 
Franche-Com. Breu , foupe. 
Mouthier, en) - 

Fr. Comt. T^^ ' ^^"" ' 

bouillon , 
fâuce, po- 
tage. 
Jmbre , pluie. 
Bauô , fburdr». 
BREKhô , arrofèr,'. 
, pleuvoir ,_ bçirc 



Italien, 

Allemand j 

Latin , 
Grec, 



lODO, / 
lÛde, j 



Brodo 
"BrIûde 



149 FRANÇOIS 

-.Hébreu, Bher , puits. 
Haynauc, Bure , Puits de mine 
à charbon. 



BAS. 



')b 



I. BAS, tout, ce qui eft oj>pole |a 

haut, àe7c;V<ïi/ora, au phyfique &aù 
moral. Ce 'qui el^ infcrieiir, ram- 
pant , petit , laid , honteux , qu'on 
feule aux pieds. 

"" z°. Le bas d'une cholç , d'une 
^jmontagnc, d'une robe. ■ j 

* , a'. Le bas de chauffes, dont on 

* a Fait le nom des Bas dont on fê 
fèrt pour cha:ufrer les jambes. 

Ceïlifn" mot' Celtique; il a 

►ijc.forntc Içs&Tvâfas , au fimple & au 

figure > -CI jiir.r; . i.io J ' 

BASSESSE jaûîon honteufe , àvilif^ 

fante. 2'. Etat d'infériorité , d'avi- 

Kfiemenc j ,.?.iinnoTÂa I 

t\ Ba'ssemetit y vjlement i avec ba(f 

Baissek , tendre eabas , diminuer 

en hauteur. n! ,3hitau .îli 
I ;)Se Baisser , {è Courbet vers le "bas. 
Abaisser , réprimer ce qw s'élève ^ 
rcpourter v^rs le bas. ...-..'i 
A-ba-jour, ..atâS 

s'abaifler, 
abaiffement , 
ta-bais , 
ra-bâiflement. 
Rabaisser, ôter de la hauteur, la 
diminuée, • •-'" « i >■' ' ■ • • 
Basset ,,qiii^n*tft 'jàs .■d'une' haute 
ftacure. 



CELTE. BAS ïyo 

IL Base^ le bas d'un tout-, ce qui 
iôuticnt ^ ce fur quoi on élève uh 
objet jSt.i^ fèrt k leipos^. 

-" -'^SASi, fignifîanc Petit. ' 

L BASSE-COUR, la Cour 'infé- 
rieure d'unç maifpn , l'oppgfé de 
la cour du Maître , la première 
cour. 
IL Ba-volet, forte de coëftùredont 
lih bout pend entre les épaules. 

Ce mot efl: compofe du mot 

VOLET, voile , Se de iat, petit ; 

un petit-voile. 

m. Bazoche , Basoche , le Corps 

des Clercs des Procureurs de Paris. 

Ce miotjd'une. origine inconnue 
jufques ici, efl: compofé de deux 
mots François ; de Oche , O^ue , 
.une pie, & de Bas, jjteit. Bas- 
oche ,]â. petite-oie ; peut-êtrç pour 
dire la petite-Cour, par oppofï- 
tion à la Cour dont ils relèvent , 
Ja Haute Cour du Parlement. 

B A S T. 

Le TOotBAST^déflgaant l'idée 
de porter^ s'eft employé-' dans le 
r. ,i/eiis de CHARGE, & dans le fens 
■ èe fSouTTBNi jDe-ilà^deux! Familles 
.-jttcs-remarquabks., 1 
L Charge. 
L BACT , BÂr , e^éce de felle qtfon 
met fur le dos d'une bête de fom- 
. raeavant de la charoer. >o 

Ce mot eft dans toutes kt^Lan- 
.gvies defcendues du Celte, 
Ki> 



o-»5i DICTTONNA 

U ne vient pas du Grec Bajia^ô, 
porter , comme l'ont cru mal-à- 
propos les Etymologiftes, confor- 
mément à leur mauvaife mcchode ; 
c'eft le verbe grec qui vient de ce 
nom. 

Celui-ci peut venir lui-même de 
& , & de Ba ou Va ; ce qui ejl fur 
celui qui va. Pouvoir on mieux dciî- 
gner une charge ? 
U. BÂTER , mettre le bât^for. une 
bête de fonome.. 
Embâter , charger quelqu'un , ou 
cmbarrafler quelqu'un d^une charge, 
d'une chofe qui l'incommode , qui 
lui eft onéreufe.. 
Un BÀTiER «u fiiifeur de bâts.. 
m. BASTE, il Tuffit. 
Bastant , qui eft (uffilânt; 
Autrefois Bàster , fulïîre. 

Cette famille s'«ftconfèrvc8. en 
Italien. 
Bastarz , fûfïire. 
Bastasza , fufiGiànce. 

Correre a iafia lena , courir au- 
tant que fuffit l'haleine, c'eft- à- 
dtre y de toutes fes forces. 

Ce mot vient donc de- Bajl, 
charge. Bajle^ il fuffit , on en a 
àfùffifance : c'eft avoir (à charge 
complette , . tout ce: qu'om peut 
porter. 
ly. Bàstard, Bâtard, mot de tou- 
tes nos Langues modernes -,iLvicnt 
de Ba^ , charge , œ. dont, on eft 
sjnbafté.. 

Au.jigurtf qui dcgcuerCjc'efti- 



IRE ÉTYMOL. ïy* 

à- dire qui paroît d'un autre lâng,, 
d'une autre nature. 

s'Abâtardir , dégénérer. 

Écriture Bâtarde , ou quî jt; 
dégénéré , parce que c'eft une al- 
tération de l'écriture romaine. 
V. BASTERNE , efpecc de litière 
dont on fe Icrvoit du tcms de- 
Clovis. Nos Etymologiftes voyant 
qu'on l'appelloit en Latin Bajièrxa,^. 
ne s'en font pas occupés. 

Ce mot vient de Bajl, charge 
parce que lés litières font portées^ 

IL 

Ce qui fbutient ; un-Bàtoni". 

I, BASTON ou Bâton , ce qui Coxifi- 
tient en marchant. De-là : 

. Bastonnade , coups de bâton. 

Bastonner., ftappei avec le bâtoni. 

BÂTONNIER, chef d'une Confrérie,. 
, ou d'un Corps, Se. qui en a Ic 
Bâton de. cérémonie ou de di- 
- gniték 

II. Battre, frapper.. 

Batterie, gens.qui fe frappenr, quiî 

fe battent. 
Bataille ,. combat. 
Batailler , di(puter le tcrrein. 
Batailleur , qui (ê bat toujours.:. 
Battue , chafle au Loup , dans la-^ 

quelle on bat tout le canton. 
Bâtant , ce qui fêrt à frapper. 
; Bat AiLLON,. Corps de Fantalîîns.. 

Batement, aâion de fraperj i*-.^ 
'. pullâtion du pouls ; 3°. palpitarj 
{^ tion.. 



tn FRANÇOIS 

Bateur, celui qui bar: Batcur d'or, 

de blé , de pavé , 5cc. 
Bature , paiement de ceux qui 
battent le blé. 
III. Batifoler , k battre ou jouer 
par forme de jeu. 
Abattre , rcnvcrlcr ou faire tom- 
ber à coups de bâton ou autrement. 
Abattis , aélion d'abattre un grand 

nombre d'arbres^ 
Abbatiderit, il abattra, LotSalif. 
tit. xuv. Loi IX. 
A-Batage.^ 
a-Batemenr— 
a-Batteur. 
a-Battis. 
a-Battre^ 
a*Battant. 
a- Battu. 
a-Bavenr; ■ 
com-Bar. 
com-Battre.- 
com^Battant. - 
De- Bat. 

De-Battre , dirpurer ; i". caufèr 
de la palpitation , de la-dou- 
ieur. 
i-Bar.. 
e- Battre. ■ 
s'è-Battre— 
Ra-Bat. 
ra-Battrc. 
ra-Bat-joie.- 
IV. BÂTELFOR. , autrefois BasteleûR, 
celui qui fait des tours de pafTe- 
pafle avec Ton Bâton ; Bâton de 
Jacob,& baguette magiqueJDe-là,. 



CELTE. BAS ï^ 

Tour dé Bâton , gain ou profit 
qu'on doit à fbn adrefTe. 
Batelage , tours de paiîê-pafle ,. 
badinage , fingerics. 

V. Bâte , inftrunient qui fert à battre. 
BAToiRjinftrument dont on fe fert 

pour battre le linge ; 1°. pour re- 
poufTer k baie au jeu de paume. 

VI. Batardeatj , digue, cloifbn pour 
repouflTer l'eau , & qu'on fait aves 
des bâtons ou des pieux; 

III. 

• B A S T , B Â f. 

BASTIR , &: pub BÂTIR , eonf- 
truire un logement ; les premiers 

- furent conftruits avec d-^s bâtons ^^ 
des pieux. 

- BÂTIMENT,, maiiôn, hôtel , palais. 
Bastide , mailôn de campagne. 
Bastille , tour de bois dont on fe 

fcrvoit pcurbs fiéges; i°. château, 
citadelle , bâtiment fortifié. 
Bastion , terralTe & mur en foràr 
fication. 

BAT,. 

* Bet , Bot , Bbo," 

Mot qui défignc toute idcc 6er 
projondeur & de contenance, 

1-, Vase. 

I. Batus , en Latin , &g. un vafc^ 

■ u»e mefare de liquides. 

IL BATEAU, Batel, barque, e»i 
Grec Ki-BOT-os* 
Bateiier , condudbeur de bartjuew 
Batïlée , charge d'une barque. 



DICTIONNAIRE ETYMOL; i^S 



Heb. 



fâng > de graifle & de 



Batelet , petit bateau. 
III. Bedaine , gros ventre 
Beten. 
Bedon , nom d'un tambour. 
^^^OT , BoD ; 1°. profond ; i°. fond ; 

3°. va(è, en Celte ; d'où , 
. IV. Lat- BoTULUS , boyau , employé 

par Martial ; Fr. Boyau. 
- Boudin, il, fc fait avec des Boyaux 
; , fercis de 

viande hachée 

On trouve dans S. Bernard , 
de interiori domo , cap. 5 8 , le 
mot Buiellus , fignifiant boyau. 
" Boudinier , Marchand de bou- 
dins. 
< V. Bouteille , vafe de verre avec 
un gros ventre & im long cou. 
Boutarguej , œufs du Muge 
confits avec de l'huile & du vinai- 
gre. En Italien Buttagra , œufe 
de poiffons (àlés & encaqués. 
Boutique , habitation du mar- 
chand. 
Boisseau j.mefure de grains, Lar. 

BVTEl.LV s. 
Boisselée , contenance d'un Boif- 
, feau. 
BoissELiER , faifenr de BoilTeaux. 
Busard, vaifleau compofé de dou- 
ves & de Gcrceflux qui tient pref- 
,:... iqufun mo'.d de Paris. . 

En A»:<)ou Bi/'ssty demi- pipe 
f écvin, . 

En Valdois Bosse , demi-ton- 

.neau : BossaTon , petit tonneau. 

Provmces Mérid. Bqt£ , vaif- 



feau à tenir du vin,, qui tient 
prefqu'un muid de Paris. 
Bot , petit vaifleau dont on fe ferc 
aux Indes Occidentales j x°, gros 
bateau Flamand. 

VI. BUTIN , prife , capture faice ea 
guerre. 

Butiner, faire des prifès. 

Ce mot eft de tous les Diale<fVes 
• Teutoniques. En ancien Teut. JTei' 
den , en Aliéna, ,Bevte , butin , 
proie. : ■-.: .■■ 

BevteN i butiner, piller; x°. an- 
ciennement troquer , changer. An- 
glo-Sax. Bot , profit , gain ; AngL 
To BooT , être utile. Toutes ces 
idées tiennent à contenance , ca- 
pacité. 

VII. BUSTE , repréfentation d'un 
homme ou d'une femme jufqu'à la 
ceinture. 

L'origine de ce mot a fort in- 
trigué les Etymologiftes. Ib fe font 
enfin décidés à le déniver de Brujt , 
poitrine en Allemand; maïs il vient 
de Bus , bocte , caifTe. Ce qui for- 
me le Bufte , eft la caifTe du corps 
humain. Il ne pouvoit être mieux 
nommé. 

VIII. Bosse , élévation de l'épine du 
dos -, 1°. tumeur, groffeur^ 3 °. ou- 
vrage relevé en bofle. Toutes ces 
idées tiennent à BoD , élévation. 

Bossp , qui a une bofTè. 
Bo^suER, faisedes bofTes à des vafês 

de mécaL . ; 

£oss£TT£, ornement ai boSè»'. 



r»^T FRANÇOIS 

BossETiER, celui qui fajt des orne- 
mens & des ouvrages en bofTe. 

IX. Butte , élévation ; z°. extré- 
niité , bout ; 5°. point où l'on 
tend , But. Fitux Fr. A-Bi/T-er , 
vifcr. 

Buter , vifer, tendre à un but. 
SE Buter , ne rien relâcher du but 
auquel .on tend. 

X. Bout , fond , extrémité. 
Aloutir , (è terminer à. 
Ahoutij^ant , qui va fe terminer à. 

XI. Bouton , élévation, objet rond. 

Bouton de rofe , de fleur , du 
vifage , d'habit. Lat. Botomes , 
éminences , buttes. 
XII .Bot , en Celte, pied, Cextrémiié 
du corps, d'où: 
Bote , chaufigre de cuir qui couvre ; 
les jambes & les pieds. 

2°. Chofes liées cnfcmble , qui 
font un gros paquet : botte d'o- 
fiers , de raves , de foin , de foie. 

5 P. Un coup en général, & dans 
l'origine un coup de pied. 

4°. La neigç , la boue , qui fe 
ralfemblent aux fôuliers- j 

Botine , chauflure plus douce fx. \ 

plus petite que la Bote. 
BoTER , mettre des botes ; vieux Fr. 
Bote , Boti , foulier. 
2. BoTELER , mettre quelque chofe 
• en bottes. 

BaTELAGEj.adIion de boteler. 
BoTELiuR , celui qui arrange la paille 
& le foin par bottes. 
j. La Miffion Boxxit,.les Diaggns 



CELTE. B O S ij8 

dont LfOuis XIV. fè fërvit pour 
convertir les Proteftans. 
BovriEK, planter ; i". placer , mtt- 
tre , (ê bouter , Iç pofer , fe pl^i- 
ter da]is un lieu. 
Bouture y branche qu'on plante ;& 
qui prend racine. 
Boute-en-train... 
Boute-feu. 
Boute felle. 
Boute hors. 

B E. 
BEFROI , Charpenterie qui foutient 
les cloches d'une tout. ; z°. clo- 
cher ; } °. allarme donnée par le 
fon des cloches ; +°. cloche defti-^ 
née à fonner l'allarme. 

Telles font les fignifications mo- 
. i dernes de ce mot ; 5c d'après kl- 
quelles on a cherché à devioer' 
fon étymologie , d'autant plus dif- 
ficile que ce mot s'eû prononcé. & 
écrit d'une multitude de manières. 
On a dit : Berfredus , Fcrfredus , 
Berefridus , Berfreit , Bilfredus , 
Balfredus , Belfragium , Sic 
-i; Dans l'origine ce mot délignoifl 
.' ces tours énormes de bois , qui 
. avoient jufqu'à cent pieds de haut,- 
& dont on (ê fervoit pour afEcger 
les Villes , pour fojcer leurs re-i 
tranchemens. 

On peut donc dire que cc-môt, 
eft compofé de Vail , if^//, re- 
tranchement, fortifications » & de 
pRAGert , frangere , rompre , biî- 
•f^r.. ._:.■■• 



,i;p DICTIONNAI 

Peu-à-peu , ce nom corrompu 
iêrvit à défigner les tours des clo- 
chers , d'autant plus aifément que 
BdL fignifie Cloche en Anglois. 

Il fe peut aufîî que le mot de 
B^ll-fry ou Bifroy (è fera confon- 
du à caule du rapport des fons avec 
le mot Balfred , tour de bois. Ce 
ne feroit pas le premier exemple 
pareil. 
BELER , crier , en parlant de la bre- 
bis. 
-BÊLEMENT , cri ds la brebis. 

Ceft vinc Onomatopée, l'imi- 
tation de ce ctL. 
-BÉLIER , nom du inafc dans la na- 
tion moutonne : il doit tirer fon 
-nom de fon cri même. Le Bélier 
<ft cehii qui ^é/f , & -le -chef de la 
«oupe bêlaitte. 

OeJà feront venus peut-être 
Bal , Bti , fort , puiflant ; èc cer- 
«ainement THcbreu, 

JO-Bel y ^nner du cor-, i«. 

AnnoiKer Ja Fête : d'où Jubilé, la 

Fête la plus folcmnellc. 

BELL , BAL-L , mot Celte ,<|ui figni- 

fioit indigence , défaut , privation. 

Ceft l'oppofé de B^l. De4a di- 
vers mots François: 
I, Eelwes, vUux Fr. pauvreté , di- 
fette. 
iBeloquî , vieux Fr. petite inon- 
noic i a°. choie de peu de valeur ; 
d'où, 
Breloq:ue , petits ornemens qu'on 
j)end aux .chamés de juontresj&c. 



RE ETYMOL; 1^9 

n. Bélître , un homme de peu de 
valeur , de néant. 

On a donné une multitude d'é- 
tymologies de ce mot , dont on 
ne peut adopter aucune. Celle-ci 
eft d'autant plus vraie que le mot 
Bélître , ne fignifia dans l'ori- 
gine qu'un Mendiant. On difok 
autrefois les quatre Ordres de Be- 
lijlres , pour dcdgncr les Religieux 
Mendians : & à Poncoife , les Con' 
frères Pèlerins de la Confrérie de 
S. Jacques ont porté long-temsle 
nom de Bclitres. 

Le Balatro des Romains qui 
a la même fignification , doit k. 
rapporter à Ja même origine. 
BERÇAMES, rapiCTeries faites à Ber- 

game , Ville dltaîie. 
BESOGNE , travail , ouvrage qu'on 
^aJt , ou qu'on a à faire. 

<Ze mot eft de la même famille 
que le fuivant: 
Besoin ,.néceffité3 a*, difette, pa»- 
vreté. 

•Bcfogne &: BefoJn , défignent 
également la néceflîté. 
Befogne y eft ce -qu'on eft nlcejjîtî 

de faire. 
Bifoin , £e dont on a nècelpaé. 

En Italien Bifogna , il faut. Bi" 
fogno , befoin , néceflîté. 

Ce mot n'appartiem a aucune 
Langue du Midi , il doit donc 
venir du Nord , & feroit com- 
pofé de la prcpofition Ix , qui eft 
Il .commune , & qui rjgi>i fie dans , 



i5i FRANÇOI 

en , Sec. Se peut-être du mot 
Sveing , qui exifte dans le Suédois 
de Vereiius , & qui fignifie/âm , 
éefoin de manger. C'eft le premier 
des Befoins , le plus terrible , & 
celui auquel fe rapportent tous nos 
travaux , toutes nos befognes : ou 
plutôt du mot Sonni, qui fê trouve 
dans les anciennes Loix Saliques , 
&:c. & qui fignifie , foins , em- 
barras , empichemens , néajjlté ; 
& dont vint certainement notre 
vieux mot Essoine , que ks An- 
gtois ont confervc dans leur Jurif" 
prudence. 

BED , BET , fignifioit rouge en Celte -, 
de-là , ces mots : 

I. BETTE--R.AVE , Racinc de cou- 
leur rouge. 

II. Betotke , Plante à feuilles rou- 
geâcres. 

III. Bétel, Plante des Indes à feuil- 
les rouges. 

IV. Bouleau , du Latin Betula , 
parce que cet arbre eft de couleur 
rouge , du moins une e(pcce. 

B I. 

BICHE , Femelle du Cerf. 
Bique , Femelle du Bouc. En Grec 

Bhkh , Béké. 
En Anglo-Saion Bicce , chienne. 
BiciiUïTER», mettre bas , parlant 

des Chèvres. 
Bichon , Babiche ; en Allemand 
JBoETse , femelle du chien. 
Ce n'eft certainement pas par 
Di3. Eiym, 



S -CELTE. BI i6i 

hazard qu'un même mot dcfîgne 
les femelles du Bouc , du chien & 
du Cerf: & ce mot doit être fort 
ancien , puifqu on le trouve dans 
le Theuton & dans le Grec. Ceft 
un dérive qui fe fera formé du 
nom même de Bouc , Bekkos ea 
Grec. 
Bouc , en Italien Becco. C'eft une 
Onomatopée , l'imitation du cri de 
cet animal , d'où Bique, Voy. Bl- 
QUE. 

Le verbe Allemand Bochen, pouC 
fer , frapper avec les cornes , eft 
un dérivé de èoc, loin d'en être 
la racine , comme on l'avoir cru 
mal à propos. 

BIDET , Cheval de peu de valeur. 
On dit. Bidet de fuatre-vingt 
fous. 

Ce nom vient certainement de 
cette cfpéce d'Ecus qui eurent cours 
en France & qu'on appelloit^iirrj, 
fans doute parce que le Prince y 
étoit peint à pied , comme l'a con- 
jeéluré Le Duchat , qui a quel-- 
quefois bien vu. 

BIEZ , Canal qui conduit Te au fur la 
roue du Moulin : en Bourguignon 
BlE. 
By , Fofle qui fert à détourner les 
Eaux d'un étang. Ce mot doit 
venir de hy , courir, couler. Se 
doit tenir à via. , chemin , voie , 
mot Latin Se Italien. Andare via 
aller y\z,pour dire s'en aller au 
loin. 



1^2 DICTIONNAI 

B I 

BIGOT , dévot (uperftitieux. 
Bigoterie , dévotion fuperûitieufê. 

On donne deux étymologies de 
ce mot. 

Une que j'avois foupçonné: By- 
God , mots Auglois qui fignifient 
£ar Dieu. 

Une prife de l'Hiftoire du nom 
de BiGOTHs, altéré de celui de Wifi- 
gotks , & qui {è prît en mauvaife 
part , parce qu'ils étoicnt Ariens. 

Dans nos anciens Poèmes , on 
voit les Bigots au nombre des Ha- 
bitans de la France Méridionale ; 

» Bigot e Provenzal eRouergues 
»E Balcle s Ga(èo e Bordales.^ 

On voit pax-là que les Bigots 
font les Habitans du Languedoc , 
pays qu'avoient habité les Wifi- 
goths , & qui dans les tems de ces 
Poètes étoit en mauvaife odeur à 
caule des Albigeois dont il étoit 
rempli. C'eft un pays qu'on n*a ja- 
mais pu purger d'opinions difïéren- 
tes de la communion Nationale ; le 
feu , le fer, les prolcsiptions les plus 
terribles n'ont pu en venir à bout. 

BIHOUAC , Bivouac , garde de 
nuit : 2**. lieu où eft portée la garde 
de nuit. C'eil l'Allemand Bey- 
Wacht, en Sentinelle. 

BIJOU , mot de la même famille que 
Joyau. On dit Jouer, joujou. De 
Jou & de Bi , fignifiaut beau , on 
a fait Bijou i des beaux jours. Mot 



RE ÉTYMOL. i6f 

qui fut confàcté à des choies d'un 
petit volume & d'une grande va- 
leur. Ces mots tiennent au Latin 
Jocus. 

Bijoutier , Marchand de Bijoux. 

Bijouterie , commerce en Bijoux- 
BILL , papier contenant les propod- 
tions qu'on veut faire pafler par les- 
Chambres du Parlement d'Angle- 
terre. 

Ce mot doit venir de Will „ 
volonté , projet. 

Il doit tenir à ceux-ci : 

Bille , en allemand, un billet. 

BiLLOS , en Gfec-barh. un Livre. 

Billet, enFrançois , un petit écrite 
une Lettre fort courte. 

Billettes, en Armoiries y. petits 
quarrés longs en forme d'un billet, 
ou d'un quarré de papier. 
BIS , noir , noirâtre, mot Celte, du- 
quel font dérivés ceux-ci : 

Biset , Oifeau dont le plumage eft- 
couleur de plomb & prefque noire. 

Blse , vent noir du Nord. Il eft ap- 
pelle par les Turcs Cara Ctly vent. 
noir; & chez les Anciens, Aquilon,, 
qui fignifie la même chofe. 

Il eft impoffiblc de le dériver de. 
Bifa^ qui fignifie tourbillon. Ce 
dernier mot en viendroit plutôt. 

Bistre , couleur faite avec de la fuie 
& dont on fe fèrt pjpSr laver lee 
defleins en noir. De la même Fa- 
mille viennent: 

Basané , qui a le teint noirci , 
bruni par le iôleiL 



i6^ FRANÇOIS- 

En Bafque Baza , & en Efpa- 
gnc Baça , brun. 

Latm-hnih. Basait, èa^anna, 
ba^anium , bafànnc. 

On aura dit Bas , Bes , Bis. 
Bisse , terme de Blafbn ou d'At- 
moiries- Il dcfigne des Serpens, des 
Couleuvres , fur-tout la Couleuvre 
de Milan. C'eft donc l'Italien Bis- 
CIA , Serpent , Couleuvre. 

Ce mot tient par conféquent à 
Fijchio , fiflenient du Serpent , & 
qui eft certainement une onoma- 
topée , de même que YO-PHis , 
des Egyptiens & des Grecs, qui fi- 
gnifie également Serpent. 

B L. 

BLÉ , produûion la plus prccieufe 
pour l'humanité , fur-tout pour les 
Européens , 4: bafe de leurs Etats 
floriflàns : en Languedocien Blad, 
en Arabe Blat. 

Ce mot doit tenir au Grec B/af- 
tanô, germer, jSAtfÇD, Blajlé, ger- 
me. 

En Flam. Bladt, fignifie une 
feuille. 

Taimerois fort le dériver de Bal 
ou Bla , fignifiant iflond , doré ; le 
blé eft blond ; aufïï dit-on la blonde 
Cérès , oc l'Epi-doré. De-là , ces 
mots : 
L Blatier , qui fdt commerce de 
blé. 
Bla , un Champ , en Irlandais. 
Blaer , B laver , Ernblaer , Lmbla.- 



CELTE. BE \i6 

ver , fcmer un Champ , vieux f' 
Desblaver^desbléer, moiflonncr* 
DÉBLAYER, dcbarraffer , nettoyer. 
Bladerie , marché au blé. 

Celte , Blawd , ferine ; d'où 
viennent ces mots , 
IL Bluteau , inftrument pour paflèr 
la farine. 
Bluter , pafier la farine. 

Gall. Blajrd; farine, en Bas- 
Bret. Bleut -, en Cornouaill. B/o^ , 
&:c. 

BE, BEN, BON. 
BE eft un des premiers mots du Dic- 
tionnaire de l'enfance. Comme il 
(e prononce de la lèvre , la touche 
la plus mobile Se la plus douce de 
l'inftrument vecal, ce fon eft de- 
venu le nom de tous les objets 
agréables ; la peinture de toute idée 
de bien & de bonté. De-là tous 
ces mots : 
l. En Latin Be-o , mot-à-mot, 7e /ro- 
cure Be i quelqu'un , je le rends 
heureux par les douceurs , les agré- 
mens que je lui procure. 
Be-atus , celui qui eft heureux, 
celui qui a Bs , en François Beat, 
mot qui eft borné à la religion. 

BÉATE. 

Béatitude , Beatitudo , état de 

bonheur , de félicité. 
BÉATIFIER , mettre au nombre des 
Heureux , des Saints , Beatifico. 
BÉATIFICATION , Beatificatio. 
BÉATiLLES , bonbons , douceurs. 
II. En Latin Ben-e , en François 
Lij 



\S^ 



DICTIONNAI 



jt.Nirt. , jiicneaitere. 
j ' > Benedi3us, 

ÎENOIT,\ 



Bien , mot à mot , ce qui ejl 
BiEN.De-là une multitude démets. 
I*. BÉNÉDICTION , BenediBio. 
Bénir. , Benedicere. 
Bé 
B 

Bénitier 

ao. Bénin , humble , doux , favora- 
ble , Lat. Benignus. 

Bénignité , Benignitas. 
Bénignement , Bénigne. 
5''. Bénéfice , gain , profit , tien 
qu'on fe fait, bentficiuni ; 1^ . pla- 
ces occupées par les Eccléûaftiques. 
Bénéficence , ade as. bienfaifance. 
BÉNÉFICIER , qui a un bénéfice ; 
yerbi , trouver du bénéfice. 

BÉNÉFICIAI. 

BÉNÉFICIAIRE , qui a obtenu des 
Leures de bénéfice d'inventaire 
pour une fuccedion. 

40. BENÊT, fbt, (ans efprit ; autre- 
fois Ben- ejl; celui qui ejl fi bien , 
fi bon , qu'il n'efl: bon à rien. 

ill. Les compofés de Bien : 

BIEUTAIT ,fubjlantif, faveur accor- 
dée ; adjeSif , perfbnnc qui eft 

, d'une taille agréable & propor- 
ùonnée. 

BlENfAlTIUR. 

Bienfaisant.^ 

Bienfaisance. 

Bien-heureux- 

BiENsÉANci , convenance. 

Bienséant. 

Bienvenue , bonne arrivée. 

BiiNVEUiLLA^icE jdilpofidon àvou- | 



RE ETYMOL. itfS 

loir le bien des autres. 
BiENVEuiLLANT, qui veut du bien.- 
lY. BON, qui fe plaît à faire le bien i, 

X . qui efl agréable , excellent. 
Bonne; une Bonne. 
Bonté phyfique & morale •; **. ]"X 

qualité d'être bon ; 3 *. effits de 

cette qualité. 
Bonifier , rendre meilleur. 
Bonification. 

Bon-bons , douceurs à manger. 
Bonasse , tems calme. 
Bonheur , mot à mot , ventfavora^ 

ble , bon v<«/ ; avantages qui arri- 
vent. 
Bonnement, avec bonté ; i°. (anv 

défiance. 
Bonnaventure , Bonheur qui doir 

avenir , & qu'on prédit; 2°. évé"- 

nement heureux. 
V. Bombance, régal iplenide, bonne 

chère. 

On a cru que ce mot vcnoit 

du Latin pompa « pompe ; c'eft: 

plutôt de bon ; & de bance, venanc 

de banc & fignifiant banquet. 

B £ R , B R E , bref. 

BREF , court , qui dure peu , qitt 
pafTc vite ; il fe dit & du tems & 
des fons : prononciation brève ,. 
rems bref. 

Brève , fyllabe , ou note qui n'eft 
pas longue, qui pafTe vite. 

Brevement , Brièvement , parler 
en peu de mots , non longucmeni.- 

Bruveté , courte durée. 



lO FRANÇOIS 

Lat. Brevis y Brevîtas , &c. 

Ces mots font d'origine Celnque. 
Berr, en Gallois & en Bas-Breton , 

fignifie court , concis , de peu de 

durée , de peu de longueur , ra- 

courci. 

D'où fe fit Berif , Bereif, qui 

formèrent le Latin BREV-is , bref, 

qui dure peu. 

Et le Celte Brif, rapide, qui 

pafle vite, qui s'écoule comme l'é- 
clair : D(;-là , 
Bertauder. 8c Bretauder , couper 

les cheveux trop courts , & les gâter 

par- là. 
II. Bref eft devenu par ellipfe , i **. le 

nom des lettres écrites par le Pape ,. 

mot à mot , Livre Bref. 

Et i". le nom des Lettres de 

grâce ou des dons du Roi ^ dans le 

mot 
Brevet ^ 

D'où Breveter y expédier un 

Brevet en &veur d'une peribnne. 
Breveté, qui a un breret. 
IIL Bréviaire , livre à l'ulàge des 

Eccléfiaftiques , qui contient un 

abrégé de la Bible & des Ofïîces, 
Abrégé y \ Abréviateur, 

Abréger. | Abréviation. 

IV. De Beur ouBre, les Celtes firent 

Bred , qui fignifie vUe, agile , Sec. 

d'où , » 

Bredouiller, parler fi vite qu'on 

ne peut prononcer diftinâement, 

& qu'on n'eft pas entendu. 
feoÊauiLLEua,. 



CELTE. B a 170 

Bredouilleusé. 

L'Italien Frett A ^^hke ^ paroît 
tenir à la même Famille. 

BU, B O. 

BU, BOU, BO, mot Celte, qui a 
dcfigné l'Eau, & d'où font venis 
divers mots Latins & ceux-ci, 

I. Buie & Buée, leflive. 

Ital. Bugada. 
Buanderie, {aie à leflïve. 
BuANDiER , Blanchifleur. 

II. Boue ; fange,. terre détrempée par 
l'eau. 

1°. Caveau, foflè, en pays Meiïîa; 

BOK. 

BouER , fâlîr avec de la boue,- 
BouEUR & Boueuse. 
Galt. Bair y boue. 
Irl, Bogke , lieux humides. 
Arab. Bokah , lieux bas- ( où rea* 
féjourne. ) 
m. Burette , vafe à liquides^ 

IV, Bu , liquide avalé. 
Buvette , lieu où on boit. 
BuvETTiER , Concierge de la Biji. 

vette.- 
BuvoTER, ne faire que boire. 
Buveur., qui boit beaucoup, qui* 

aime à boire. 
Boisson , liquides qu^on boit. 
Boire , aûion d'avaler du liquide 5^ 

de l'eau. 
Bi-BERON , qui aime à boire j z",- 

vafê à boire. 

V. Breuvage , anciennement' Bù* 
. vrage: ItaL BeferaGG^KX.- 



k-j't ôictïônKa 

Abreuver, faire boire les animaux. 
ABREtrvoïK. , lieu où l'on mené 

boire les animaux. 

On a dit , hoivage , teuvage , 

teuvragCy & puis breuvage, 

B OEU, BOU. 

BÔ , BOU, cri du Bœuf: ce cri eft 
devenu le nom du Bœuf , & de 
tout ce qui eft gros. 

Lat. Bov-e , Franc. Bœuf ou Bcuf. 

BouvEAU , jeune beuf. 

BouviLLON , petit Taureau. 

Bouvier , Pâtre de beux. 

Bouvière , fille qui garde les beux. 

Beuglement , cri du beuf. 

Beugier, aûion du beuf qui crie. 
JI. Butor , Oifèau de la grandeur 
d'un Héron , & qui mettant fon 
bec dans l'eau , fait plus de "bruit 
qu'un beuf qui meugle : il rient de 
Bou-TAURus , qui beugle com- 
me un Taureau. 
JII. BuFLE, Lat. Bu F A LUS y eC^cct 
de beuf commun en Italie & aux 
Indes. 
JV. Beure , réfidu de là crème 
battue. 

Beûrer , étendre dli Bcùi^e fur du 
pain. 

Beurier, Beuriere , céluî ou celle 
qui vrfhd du beùre. 

Lat. & Grec , Bu- tyro , mot-à- 
mot fromage de beuf. 
y. Ba BEURE , le lait qui reftc quand 
on a Elit le beure : des mots bat^ 
^^tpre , & beurç. 



IRÊ E TV MOL. ï7t 



VI. BousÉ , ordure de Vàclie bu de 

Beuf. 

Bousiller , ^ maçonnCr avec de 

BousiLLtUR , j la terre & de la 

1>oue ; 1». faire dti mauvais 

ouvrage. 

BÔ, BOSC, BOI. 

BO , mot primitif qui fignifia Bois ; 

de-la ces mots : 
1°. Bois , Forêt peu confidcrable ; i°. 
pièces d'arbres ; j". arbres cou- 
pés. 
Boisé , pays couvert de bois ; z*. 

falle revêtue de bois. 
Boiserie. 
Boisage. 
Boiser. 
II. Bocage ; i°. bois (âcré ; i®. bou- 
quet d'arbres. 
Nymphe Boccagere. 
m. Bosquet , petit bocage. 

IV. Bouquet ; Italien Boschetto , 
mot à- mot , un petit bois ; i °. un 
compofé de petites branches-, j'. 
uh bouquet d'arbres -, 4**. un bou- 
quet de fleurs , & fimplement un 
bouquet ; 5 *. Veft pour une fête. 

Bouquetier. 
Bouquetière. 

V. Bûche, gros morceau de boîs, 
long & mince , deftiné au feu. 

Bûcher , lieu oi\ l'on met le bois 
deftiné au feu ; 2". amas de bois 
pour y mettre le feu. 

BucHEROK , qui coupe les arbres 
dans la Forêt. 



tjf F R A N Ç O I 

BuFET, Armoire en bois j àci>o, bois, 
& fait ; fait de bois. 

VI. Buisson , toufiè dVbrifTeaox , 

BuiSSONNIER. 

VII. Busq, Busqué , planchette ou 
pièce de bois qu'on mettoit au 
corps de jupe pour fbutenir la 
taille. 

BusQuiERi , pièce d'ctoffc qui Ce 
mec lîir le devant du corps de 
jupe , &c. 

VIII. Buis , autrefois Bouis , atbrii^ 
feau toujours vcrd. 

Lat. Buxus. 

IX. Boite, Lat. BUXETTJ, dimi- 
nutif de BuxA , boîte , pafce 
qu'elles écoient &itcs de luxus ou 
iuis. 

Emboîter , attacher deux chofcs en- 
f^emble , en forte que l'une fe meut 
en roulant (ur l'autre. 

Boiteux , qui a une hanche déboî- 
tée , enforte qu'il marche avec 
peine , fe jettant fur un côté qui 
cft plus court que l'autre. 

Boiteuse , femme qui boite. 

Boiter. 

X. Boussole , petite boëte avec une 
aiguille aimantée pour fe diriger 
fat mer. Lat. Py*is , du mot 
Buxvs , bocie. 

XL De Bo, bois , les Latins firent Bos, 
qu'ils joignirent avec Al^ élevé , 
d'où vint , 

Arbos & Arbork , bois éUvc , dont 
nous avons fait les mots y. 

Arbre ,. bois éle«é.. 



S - C E L T E. B O 1 74^ 

Arborer , mettre au haut d'un ar- 
bre ; d'un mât , d'une perche. 

Vieux François , fe Aarher , pour 
direyi cabrer, s'élever droit com- 
me un arbre ; oti voit ce mot datis 
le Roman de Perceval. 
XII. BotJQuiN , vieux livre; du moc 
Anglois & Flamand BouK , écrit 
en Anglais Book , & qui fignifie 
Livrer mot venu de Bucu ^ u» 
hêtre , parce que les livres fe fâi— 
foicnt avec des écorces d'hàre. 

Bouquiniste , celui qui vend ÔC 
celui qui acheté de vieux livres. 

Bouquiner , acheter des bouquins.. 

BOM. 

BOMBE , boule de fer creufe & 
qu'on remplit de feux d'artifice &: 
de doux pour abîmer les Places 
afliégées." 

C'eft une Onomatopée; on a 
imité dans ce nom le fon eflirayant 
de cet inflrument meurtrier. 

Ces rapports ont donné lieu an: 
vers fuivant : 

Schiopettus tuftafi bem lom Celubrina> 
iboronat. 

» Le fufil perce l'air avec (ê$; 
» tufftsf; la coulevrine , avec fês: 
» iom , hom. « 

Bombarde , cation à bombes^ 
Bombarder, attaquer . avec ds 

bombes. 
Bombardement , attaque avec desi 
bombes. 
■ ^ Bombardier , qui jette les bombe© 



ijS DICTIONNAI 

en mettant le feu aux bombardes, 

BOR. 

BORD, extrémité d'une chofè ; x°. 
« ce qui la borde. Bord d'un puits , 
d*UH chapeau , d'un champ , d'une 
;:obe , d'un précipice, &c. 

Ce mot prononcé par les Celtes 
Word, vint de HOR, mot primi- 
tif qui fignific , 1°. montagne; i°. 
tîorne ; tout ce qui borne : d'où 
vinrent ; i°. Horison , le cerale 
qui borne la vue. 

z*. Ora des Latins , & notre 
vieux mot Orée , en parlant du 
bord des bois, 5iç, 

3 °. HoRos des Grecs , borne & 
•montagne. 

Quant au d que les Celles ont 
ajouté à ce niot , fuiyant leur u(à- 
ge ordinaire à l'égard des mots 
qui finiflent par b. , c'eft làns doute 
l'article d ou Th des Orientaux , 
des Anglois , &c. 

Pe-là dérivent ces mots : 
BoRDAGE , planches qui couvrent les 
bords & les dehors d'un vaifleau. 
PoRDÉ , qui eft garni d'un bord dif- 
férent du fond. 
lîoRDiR, mettre un bord. 
3BoRi>ÉE , cours d'un vàiflcau fur la 
même ligne. 

1°, Djécharge d'armes o/îenfi- 
ves : au figuré , premier feu du 
.diCcours, relativement à une per- 
fonnc qui fait des reproches. 
^pRDpKJE, ce qui bopde. 



RE ET Y MOL. i-jS 

BoRDOYER , émaux qui fe terminent 
mal, dont on voit les bords. 

Aborder, venir au bord} i°. ap- 
procher de quelqu'un. 

Abordage , aftiou d'un vaiiTeau 
qui en aborde un autre, 

DÉBORDER , adion d'un Fleuve qui 
pafTe par delTus Tes berds ; i'. au 

figuré , aéJtion d'une perfonne dont 
les mauvaifes mœurs paflent toute 
borne , toute melure. 

BORGNE, qui ne voit que d'un œil. 

Ce mot eft abfolument propre à 

notre Langue; car les Italiens ont 

emprunté de nous leur Bornio > 

qui fignifie la même chofe. 

Il n'y avoir nulle raifbn d'en 
chercher l'origine dans Orbus des 
Latins. Il paroît être un dérive de 
notre mot Morne , qui fignifia 
Mutilé ; 1 °. ce qui a perdu fa pointe 
& qui eft comme un fer émoufle^ 
5°. ce qui a perdu fon éclat & 
fon brillant ; 4°. dans le fens -le 
plus étendu , tout ce qui eft fom- 
bre , terne , Sr fans lumière. On 
aura dit Morgne , puis Borgne. 
Collège Borgne, Conte Borgne, 
Eborgner , rendre borgne. 
Borneier , fermer un œil pour re- 
garder de l'autre plus exaftement. 
BoRGNON , qui ne voit que de très- 
près. 
BOR, BROC, BRAC,&c. 
BOR, BRO, BROC, BRAC, 

^ R y C , ont fignifîé pointe , inp 

irumcnt 



Ï77 FRANÇOIS 

mimcnc pointu , Se qui point , 
qui pique. 

Tandis que Bric fignifie tête : 
de-là le proverbe de Bric & de 
Broc, ( de tête & de pointe, c'eft- 
à-dire ) par tous les moyens pofli- 
bles. 
t. Broche , pointe ; i". inftrunient 
pointu. 

Brocher, faire des ctofïès à la bro- 
che; z° coudre un livre en piquant 
les feuilles , en les embrochant. 

Brochure , livre <oufu en le pi- 
quant. 
». Brocard , & anciennement Bro- 
cAT , étoffe brochée; z**. raillerie 
qui broche, qui pique. 

C'étoit une Etymologie à la 
Grecque ou à la Ménage que celle 
qui dérivoit<:e mot de Burchard , 
Evêque de Worms , Auteur d'une 
CoUecliou de Canons qu'il appella 
de fon nom Brocardicorum Opus. 

Brocatelle, eipéce d'étoffe bro- 
chée. 



3. Broc A enEfpagnol, 7 



. , clou. 

Broqoete en Auvergr 

Brochette , morceau de bois taillé 

en pointe. 

Oifeaax élevés à la brochette. 

De-là le nom Languedocien des 

allumettes, une Broquette. 

Ce mot ell vraiment Celte , 

tandis a^Allumetu eft Latin. 

4. Burin , Irai. Bulino , inftrument 

pointu dont on fè fert pour graver. 

U tient à Bok , crculer , percer , 

Di3. Etymoi. 



-CELTE. BOR 178 

dont les Allemands ont fait Boren* 
percer, 
j. BURLESQUE , chofe plaiiànte , 
Poéfie burlefqae. 

C'étoit une idée bien finguliere 
& digne de tios Etymologiftes 
que de dériver ce mot du Poctc 
Il Bernia , qui le premier, dit- 
on y écrivit dans ce genre : en forte 
que ce genre s'appella Bîrniefco ^ 
qui dégénéra en Burlefque. 

Et cependant il exiftoit en Ita^ 
lien le mot Burla , fignifiant /'/<«'- 
fanterie , bouffonnerie. 
Burlare , plaifànter. 

L'adjeâif en eft néceflàirement 

BURLESCO. 

Cette Famille eft également 
E{pagnole. 

Il eft fort apparent que de 
BuRLA on fit dans le Latin Barbare 
BuRDA , plaifanterie , moquerie. 
BuRDARE , jouer , Ce moquer. 
Par le changement fi commun 
de L en D & de D en L ; d'où 
vint peut-être notre mot Bour- 
de , tromperie , nienfônge. Lac 

BVRRjt. 
<>. Brochet , poiffon qui doit ce nom 

à fon bec pointu. 
7. Brusc, arbrifieau dont les feuille» 
font pointues ou piquantes , aiguës 
& dures. De-là au figuré : 
Brusc^ite , d'une humeur dure , ai- 
guë ; qui coupe en viilere , ua 
fauvage. 
Bk-usc^vcil. 

M 



17^ DICTIONNA 

BRUSQUIRii. 

Brusquement. 
Bruieb-e , arbres & j^hntcs fauvages 
qui croifTent dans des pays inculces.. 
Brosse , vergettes pour nettoyer 
les habits , de £s.o , pointu. 
Brosser. 
Brosjure, 
Brossier. 
Broussailles , haliers , buiftôns. 
Lat. Bruscus. 

Lat. Barb. Brussia, Brau- 
siA , Broc A , Brustio , &c 
lieu plein de broflàilles. 

Celt. Brous , Brouflàîlles , 
arbriffeaux. 
Bas-Br. ^Jii/sco^ , bocage. 

Brovs , lieu plein de 
builTon^ 

Vieux-Fr. Brosses, BRecE,broul^ 

failles. 

Fr. Ct. BROvssER,i\\çt dans 
lesbrouflàilles. 

8. Du même Bor , .vint le Theuton 
BoRCH , cochon , appelle dans les 
Loix Salicues Barch , ei: Latin 
PORCVS , en François Porc ; & le 
Latin Porca , truie ; i"^. la terre 
entre deux filions. Eccard a fort 
bien vu que tous ces mots appar- 
tenoieut au vieux verbe Theuton 
BaRGen y couper , d'oà vinrent 
également le Theuton Bar£e , ha- 
che, & Brett ais» 

5, Broccolis , rejettons de choux , 
cEoax doDt les rejeaons l^nc bom 



IRE ETYMOL; 1Î0 

à manger y & qui viennent d'Ita- 
lie avec leur nom. 

Ce mot tient à la Famîlîc 
Broc , poindre , parce qu'un re- 
jetton , un tendron font des chofes 
qui commencent à poindre , à 
percer. 
I o. BROCANTEUR , celui qoiacfec-' 
•te & revend des tableaux , &c. 
Brocanter , faire commerce de 
tableaux. 

Un homme d'efprit voulant 
prouver l'inutilité des recherches 
étymologiques, difoir : » qui pour- 
» ra indiquer , par exemple , à'oà 
» vient le mot de Brocanteur ? 

Le mot de Brocaraeur tient à 
une Emilie comme tous les autres, 
& comme eux il eut une origine. 

Spelman , dans Ion Gloflairc 
Archéologique , ou de mots an- 
ciens, s'exprime ainfi, au fujet d'un 
mot de la même Emilie que Bro- 
canteur: 
« ABROcAMENTUMjrox forenfis. Emp- 
w tio mercium integrarum , priuf- 
» quam vel ad nundinas vel ad 
»» forum rerum va:nalium deferan- 
» turj earumque deinceps per por» 
wtioncs diûraftio. 

h'Abrocammtum , ou le métier 
des Brocanteurs , conilfte donc à 
acheter dés marchandifes avant 
qu'elles fbient vend ues en dérail , 
pour les vendre enfuitc Ibi-mcmc 
en détaiL 

VoilÀdonc déjà deux mots pour 



;i'8i FRANÇOIS- 

un . Se celui de Brocanteur en 
compagnie. Ce n'eft pas tout. 

Le Savant Ducange qui n'a 
pas lu tirer pani de ce mot Jéro- 
canunium , va nous donner , fans 
s*en être douté , l'origine de cette 
Éimille : c'eft fous le mot BROC A. 

» Broca , dit-il , Doliaris fi(^ 
•> tula , Gall. Broche. Vinum vendi- 
t tum ai Brocam ( minutatini ) » 
6c il cite des autorités de l'an 
I 1 5 4. Le Chapitre -Général de 
Citeaux qui fe tint cette année , &c. 
Plus bas citant les libertés de la 
Ville de St- Dizier pour l'an i z 1 8 , 
il dit , yin vendu â Broche. 

On appelloit donc , il y a fix 
Cens ans , Marchands à la Broche 
ceux qui vendoient en détail , le 
vin premièrement &: puis d'autres 
marchandifes , & cela parce que 
ces vendeurs de vin fe fervoicnt 
d'une broche toutes les fois qu'il 
leur arrivoit un chaland. Mettre le 
vin en broclie , efl. une expreffion 
qui étoit encore ufitée du tems de 
Lauriere ; car il s'en fert pour ex- 
pliquer le droit de boutage. 

De Broca on fit en&ite Broca- 
mentum,S: Brocanteur , qui défigne 
exadement la mcrae chofe, &c qui 
n'eft point tombé des nues. 
V, 
BRAC, chien de chaffe vif & éveillé 
dont on fe fort pour découvrir le 
gibier. On dérive ce mot de FAll, 



CELTE. BOR i8i 

Brack , qm défigne le même 
animal ; mais ce nom eft commun 
à plufieurs langues; on le voit dans 
les Loix des Frifons où il efl; écrit 
Barm-Braccuni : il eft Itahen & 
Efpagnol. Bracke fignifie un chiem 
en Flamand , une chienne en An- 
glois. Les Peuples de l'Artois don- 
nent le nom de Briquets aux pe- 
tits chiens dont ils fe fervent pour 
la chafiè des Blaireaux & des Re- 
nards. 

Ce mot eft donc Celtique , & 
tient à la famille Brac , qui figni- 
fie pointe ; i°. vivacité , feu , ar* 
deur. 

Les anciens Sax. appclloient un 
chien Racka : en Ecoflbis Rachc 
eft une chienne. Ces deux mots 
fêroient-ik de la même /amille î 

La fiimille des Brachets avoiç 
pour armes un petit Brae. 

La rue du Brac à Paris tire 
fbn nom d'une famille appcUée de 
Brac, dont un des Chefs étoit pre- 
mier Maître d'Hôtel de Charles V, 
& qui fit bâtir dans cette rue une: 
Chapelle où font à préfent les PP. 
de la Merci. 
Braconnier, chafTeur illicite ; i*. 
qui fait un grand dégât parmi le 
gibier. 
VI. Bracquer , ou Braquer le ca- 
non , le difpofer de manière qu'il 
produife fon efïèt , contre l'endroit 
qu'on veut attaquer. 

Nos Etymologiftes n'ont pu dc- 
Mii 



i8^ DICTIONNA 

coatrir Torigine de ce nom. Il tient 
à la familleBrdc , pointe , pointer. 
On braque le canon en le poinunt 
ou le dirigeant vers un but. 
BOR, BUR, BRO. 
BOR , BUR , BRO , fignifioit en 
Celte tout ce qui enveloppe. 
I. Habitation. 
De-là ces vieux mors : 
BuRON , habitation. 

On difbit autrefois : « It n'a ni 
» maifbn , ni buron » pour dire 
qu'on n'avoit aucune poflefllon en 
propre. 
Borde , maifon de campagne , mé- 
tairie , maifonnette. 
BiTREAo , lieu d'aflcmblée d'un 
Corps ; Bureau d'adre^Te , Bureau 
des beaux e/prits , tenir Bureau: 
Bureau d« recette , Stati» Fifcalis^ 
die de Lauricres ipcJle,Jlation du 
Fijc^ 

On trouve dans du Gange : 
t^. BuRBAN , banlieue, c'eft mot^i- 
niot Ban du BuR , ce qui appar- 
tient au Bur , au lieu.. 
t.°, BuRUM , conclave > appartement. 
In Buro meo , dans mon appar- 
tement. Ecrivez Bureau au lieu de 
Tablatif Buro , & vous avez notre 
mot François. 

Du Cange a cru que ce mot 
venoic de l*Anglo-Saxoii Bur & 
Bure y mais l'A ngio Saxon vient 
de la. même fource que !e François. 
IL Bourg ^.écrit Burg ancienneu.ent, 
gcut vciûr de la mêrat fourcej. 



IRE ETYMOL. tt^ 

C'eA de ce mot qu'on a fait,, 
Bourgade» 
Bourgeois.' 
Bourgeoise. 
Bourgeoisie. 
Bourgeoisement, 
Bourgmestre. 

Cette famille patoît tenir a» 
Latin , 
MoRa, , demeure. 
MoROR y je demeure.. 

Dans HÉSYCHius , ^upiti , Bu- 
RioN , fignifie une maifon. 

En Hébreu ni'D j -S/rA , un 
Palais. 
Burg , dans la Loi Salique , tir^ 
LViii , loi IV , lignifie tombeau ,, 
couverture d'un mortj de Bergea,. 
cacher , renfermer.. 
I L 
Etoffe. 
Bure ^ "i 

Buratte , > étoffe grofle & veTacii- 
Bureau j 3 

Les anciens Latins rappelloienr 
Birrum , Birrus , Burra. 

On trouve tous ces mots dans^ 
ks anciens nioiiumens. 

FiSTus dit que les anciens Rou- 
mains appelaient Burrnm , ce: 
qu'on appella de fon tems Rufum-t 
Rcux. 

C'tft le Grec Burrhos. 
Comme cette crcfle étoit velue» 
vilofuSy amf hitallus , dit Du Can- 
ge d'après P api as, (on nom dci^ 
vint l'origine du Jtnot;>, 



»8j FRANÇOIS 

T^ Bourru , gtoffier , de rnauvaife 
kumeur. 

Vin Bourru , f«/ tfi fyals y 
grojjîtr:. 
X. BouRRî , I ". ce qu'on rejette dts 
laines quand on les file 5 ce qu'il y 
a de plus groffier dans les laines , 
ou dans les toifons. 

Lat. Butta , balayeures , choies 
viles & mcprifâbles. 

En Anjou Beurriers , balayeu- 
res; delà: 
Bourrelet , efpece de couflîn en 

rond, rempli de bourre. 
Bourre , i9. le commencement d'un 
bourgeon de vigne : c'eft la cou- 
verture qui efl fur l'œil de la vigne ; 
d'où vient qu'on dit geler en jBoar- 
r^,c'eft-à-dtfe, avant que la feuille 
de la rigne ait paru. Ce nom vient 
àe ce que le germe de la vigne a 
une enveloppe de filamens qui ref- 
fcmblent à de la bourre, même 
pour la couleur. ( Formey ). 
Bourgeon. 

Lat. Burrio, 
De Burra , Bourre. 
jv FouRASQUE , gros tcm$ , tems 
noir & bourru. 

m; 

Enveloppe. 

IROU, ccorcc qui enveloppe les noix 
te le coco, & qti'on enlève. 

1°. ForterelTe ; elle garantit com- 
me l'enveloppe. 

3;®. Cclt> Bnoa f. Bros , jupe. 



CELTE. BOU i2S 

A Metz , une Payfànne eft Em- 
brouée lorfqu'elle a la tête cou- 
verte de plufieurs Ifhges. 

Vieux Fr. Embrochié , affiiblé , 
couverr^ 
Embrunché , couvert ; d'où notre 
mot Embronché. 

BOU. 

BOUDER , faire la mine, la moue 
par mécontentement; parler entre 
les dents. 
, Bouderie ^ fôcherie , rnauvaife- hu- 
meur. 
Boudeur, 
Boudeuse. 

Dérivés du mot Celte Bouif\^ 
bourdonnement , chuchotement ; 
Bouda, bourdonner, chuchoter,- 
Ces mots font une onomatopée, 
BOUGE , petite Chambre (ans chemi- 
née. 

Les étymologics qu'on a don- 
nées de ce nom me paroiflent trop 
dénuées de fondemenrpour qu'oa' 
doive s'y arrêter. 

En Latin-barb. Bogis & Bu^ 
Gl A , fîgnifient hahi talion, petiu^ 
habitation. ' '. 

Envieux Franc- BaUgé, Bau^ 
CHE , demeura. D'où , 
Embaucheur. 

Embaucher un Ouvrier, un Sol- 
' dar. 
DÉ-BAUCHER un fujet, l'attirer chez 
foi , à foi. 
En Celte JS-<f/'C,iCaverne,GroP^ 



iS7 DICTIONNAI 

te , qui furent les premières habi- 
tations. 

Primitif Bo , Bc , habitation , 
dçmeure. 

II. Bouger. , fe remuer , Ce mouvoir, 
cchapger de place. 
BouGiLioN, qui change toujours de 

place , qui ne peut fe tenir en re- 
pos. 

'> On croit qu'il vient de Voguer , 
mouvoir. Il peut venir de Bouge , 
habitation , lieu où l'on demeure ; 
& aura fignihé aller dans un lieu , 
fè tranfporter dans un ^o«^<: i°. 
changer de place -, 3 °. changer de 
(Ituation , remuer. 

III. BouGETTE, petite Bourfe :du La- 
tin BvLGA. On difoit aufll Bou- 
ge \ il a bien rempli fes bouges , 
pour dire , il a fait un gros gain. 
(Henri Etienne , de Latinitau fal- 
sofufpecfa, ch. 8.) 

BGULEVARPS , Remparts , Terralfc 
autour des murs d'une Ville pour 
fervir à d dcfenfe. 

On a cpuifé les Langues pour 
parvenir à l'origine de ce mot : en 
l'a dérive du Latin , du Grec , de 
l'Italien, de l'Allemand ; on a dit 
c eft moles virides , des terralTcs 
vertes : Boule-JTert ; proteâioji 
contre les boulets: Bolwerk, ou- 
vrages en poutres ; ouvrages d'où 
on lance des traits. 

Ceft tout ce qu'on pouvoir dire 
de mieux lorfqu'o» alloit à tâtons-, 
fims prendre le mot même pour 



RE ETYMOL: 18Î 

guide & fa fignification propre. 

Ce mot eft venu de la Langue 
Italienne, ainfi que la plupart de 
nos termes de guerre & de fortifi- 
cations; on le prononce Bal-w ar-i 
DO dans cette Langue , & il y eft 
devenu le nom des Baftions. Il doit 
donc ion nom à fon ulàge , venant 
de ial pour xral , muraille , rem- 
part, en Latin vallum ; & de jrardt 
uard , dont nous avons fait garde» 
&c qui fignifie garde , appui. Les 
Boulevards font donc mot-à-mot 
des Terrafles deftinces à la garde , 
à la confervation des Remparts. 

Vard , fignifioit garde , même 
en François ; car on voit dans de 
LAURiERrlemotBANVARDs, pont 
défigner ceux qui gardoiejic les 
blés & les fruits fur pied. 

BOULINGRIN , mot venu des An- 
glois , & qui fignifie Tapis de vtr- 
dur-e,Cnc lequel on joue à la boule, 
boul-in- green. 

BOURDON, mouche qui reflemble \ 
l'Abeille. 5on nom eft une imita- 
tion de fon cri , ou plutôt du bruit 
qu'elle fait , & qui eft commun aux 
divedés efpécesde mouches. 
Bourdonner. 
Bourdonnement, 

Ce dernier mot défigne non-(êu* 

lement le bruit des mouches, mais 

auffitout bruit fourd qu'on entend, 

comme le bourdonnement de l'air 

. & des oreilles. 

Ceft par le même «pport. que 



^ifp FRANÇOIS 

le mot Bourdon dcfigne auflî les 
înftrumens dont le Ton toujours 
le même , imite le bourdonnement 
des mouches. 

B R A. 

BRA , mot qui s'eft auffi prononcé 
Bré , Bri , & qui (ê joignant au C , 
a fait le mot Brac , Brec , qui 
tous dcfignent les idées de Brèche 
bc de brifer , en imitant le Ton mê- 
me d'une cliofe qui fe brife ; enforte 
que ces mots (ont une vraie ono- 
matopée, & par-là même communs 
à la plupart des Langues. Dc-làplu- 
fieurs Familles de mots. 
I. 

I. BRAIES , ") mots défignant des 
Braguette, > hauts- de-cliaufles,&: 
Bragve , 3 qui ont tous Tieilli. 

Ceft le Latin £rjccje, venu lui- 
»iême du Celte BRjéccAyhtnjesi 
i'où la Gaule Braccata , parce 
qu'on y portoit des brayes. 

On donna ce nom à cette por- 
tion de l'habillement des hommes, 
parce qu'il cft fourchu comme le 
corps. 

II. Bréchet, os fourchu de la poitri- 
ne , dans r Anjou & le Maine. 
Brichet , à Paris» 

La poitrine s'appelle par la mê- 
me raifon Brust en Allemand. 
ni. Brèche , ouverture faite à un 
mur; 1°, <i«/owrc , à Thonneur, 
à fà fortune , &c, 
Ebiûcher , faire une brèche. 



-CELTE. BRA i^o 

IV. Brequin & ViRîBREQum , ontil 
dont on fe fert pour percer le bois 
& qu'on enfonce en tournant,- en 
virant. 

II. 
BRW, mettre en poûffierc , briferi 

I. BROYER , réduire en poudre. 
Broyement , adion de broyer. 
Broyeur, qui broie. 
Broyeuse , celle qui broyé. 
Broie , Lat. barb. Broia , inflru-- 

ment à brifer le chanvre. 
Irl. Breu , piler, broyer , Sec. 
Bas-Bret. Bruzuna , brifer mena ; 

Brav , Brew , Meule de moufin, 

pierre qui ccraie , &c. 

II. BRIBE , morceau de pain; i°. dé- 
bris de repas; ^°,aufig. morceaux 
d'Auteurs découfùs , citations. 

Brifeur , gros mangeur. 

Brifer , mettre en pièces ; i°. con- 

(umer ; 3°. manger goulûment. 
Baffrer & Empiffrer , paroiA 

fent tenir à la même Famille. 
Efjjagn. Brivaco, morceau de pain, 

Brivar , mendier, 
Lat. bar. Bricia , morceau de pain. 
Fr. Comt. Brique , morceau. 
Bas-Br. £i{ii?^, manger goulûment, 
Gall. Briw , morceau , fragment ; 

1°. bleflure, mal;, 3°. dommage, 
Brijto y mettre ea pièces. 
Brijtiok , rogneures , miettes. 

III. BRIS , aâion par laquelle un 
Vaiiïèau fe brife. 

DÉ-BRIS, refte* d'une chofe &aeaf- 
féfe , brifce. 



ç^pi DICTIONNAIRE ETYMOL. \^* 

Bmsans , Rochers contre Icfquels 
k Met (c brifc. 



2U. 

^J^Kissiiinj t aûion des flots qui fe 
brifenti i°. douleur d'un cœur 
«avrc. 
BRistR-, mettre en pièces, fracafTer. 
Bmseur, qui brifè. 
Brisure, eff-èts du brifcment^ 
Brisées, branches coupées & feniées 
pour recounoitre le chemin dans 
une forêt. 

a°. Ju fig. Projet , dcffein , 
"^, route qu'on rieiit 
Brise -cou. 
Brisis , Tou coupé & brifè en 

luanfàrde. 
Brisoir , inftrument à brifer le 
chanvre. 

En Celte 'BRix,'brêche , rupture; 
i°. brifer , rompre , fracaffer. 

Ce mot eft commun à la plupart 
des Langues d'Europe : il eft Irlan- 
dois , Ang1o-S"axon , Theuton , 
Anglois , Suédois , &c. 

En Langued. Brise, miettte. 
lia\.BRiciA,BRiciOLo,m\CKe. 
JV. Brin , petite tige ; x**. petite por- 
'^'' -tion de quelque chofe j j'. mor- 
ceau. 
V. Brete , cpce; inftrumcnt à met- 
tre en pièces , à déchiqueter, 
Breteur } qui aime à fe battre à 

répée. 
Bretaillir , être toujours prêt à 

fe battre à l'épée. 
QdXL Bratt , pièce, lambeau. 
BRATuVy piquer , tcouer , met- 



tre en pièces. 
Bratu , piquute. 
VI. On a dit également Brod,Brout^ 
Brot , piquurcs , peinut , aiguil- 
lon. 
Irl. Brod, Bas-Br . Broud , pointe « 
aiguillon. 

^u figuré , Remords. 
Broder, tracer des figures à l'aiguil- 
le , eft donc un dérivé de cette fe- 
millc , ainfi que les mots , 
Broderie. 
Brobeur Se Brodïose. 

Il eft remarquable qu'en Hebre* 
^^a Brod , fignifie grêler, picot- 
tti , marquer avec des points , 
comme fait la grêle. 
Bretelles , Bandes o« Courroies 
pour {outenir une charge * Se qui 
tiennent à la ceinture. 

B R É. 

BRÉ & Bray , Brai j Poix , Gou- 
dron. 
Braïer , poîlTer , enduire de Poix. 
D'où le Grec BRETTia^ Poix. 
Et le Latin Brutia. 
En Italien , Bruttare fignifie fc 
falir , fê poifter. 

C'eft de cz mot qu'on fit le nom 
du pays d'Italie appelle ancienne- 
ment Brutia , & aujourd'hui l'A- 
BRUZE, parce qu'elle étoit abon- 
dante «n poix , à caufe des iota% 
dont elle étoit couverte. 

Ce mot eft Celte , Se fignifie 
i aufll ÏÏange , Lùrrwn, 

BRAN, 



iP3 FRANÇOIS 

BRAN , fbn de farine. 
Angl. Bra. 
Flani. Frank. 
ProT. Mérid. Brek » 
& Rebr-ih. 
II. Breneux. 
Embrené. 

Bras de vous , dans quelques Pro- 
vinces , pour Fi de vous. 
Ceft un mot Celtique. 
BRAILI ER , crier à tue-tête. 

Braillard , > . . v ^. 

> qui crie a tue-tete. 
Brailleur , J 

Ce mot eft: dérivé de BRA , qui 
eft une onomatopée > défignant 
Taâiion de crier: de braire. 
Braire , cri de l'âne. 
Bramer , crier ; on le dit des ani- 
nimaux , & on l'a appliqué aux 
hommes au figuré, dans le fens de 
défirer ardemment. 

» Comme le Cerf altéré trame 
»? après le courant des eaux , ain- 
1» fi , &c. 

Au fond d'un défert eft un Mou- 
lin , qu'on appelle Moulin de Bra- 
mafam eu Cric-famine. 
BRANCHE d'Arbre, ou de tout ce 
qui fe ramifie, qui fe fubdivilê en 
plufieurs pointes , en plufîeurs ca- 
naux, &c. 

On a au que ce mot venoit de 
Brachium , bras : les branches 
font les bras d'un arbre, d'un 
fleuve, &:c. 

Il peut venir du Celte Ran ou 
du Latin Ram-us , qui fignifient 
Di3. I-tymel. 



CELTE. BRA ip4 

tous deux tranches. 

Les mots qui commençoient 
par R , fe (ont fouvent fait précé- 
der de la lettre B. 
Brancha.ge. 
Branchu. 

Brancher, pendre à une branche. 
Ebrancher , couper des branches. 
i". Brancard , branches entrelacées 
de manière à pouvoir tranfportet 
ce qu'on met delTus. 
î". Branle, mouvement d'aller & 
de venir; i°, nom d'une Danfe. 
Branler, remuer , s'agiter, mou- 
voir. 
4°. Broncher , faire un faux - pas , 
trébucher. 
Bronchade , faux-pas. 
Ital. Broncû , Tronc. 

Broncone , branche. 
On trébuche en heurtant contre 
une branche , une racine qu'on 
rencontre (îir Ton chemin. 
Brimbaler , fbnner les cloches à 
tout rompre. 

Je ne doute pas que ce ne /bit 
un mot altéré : mais quelle en fut 
l'origine ? Vaimla défigne les clo- 
ches en branle. Vimt aller ^ Bimba- 
ler , aura fignifié/onner Us cloches , 
& on en aura fait in(ênfiblement 
Brimbaler. 

Quelle qu'ait été l'origine de ce 

mot , il eft certain que le R de la 

première fyllabe , eft une lettre 

ajoutée par les François, fùivaut 

! leur coutume. 

N 



DICTIONNAIRE ÉTYMOL. 



BRIOCHE , Pain fait avec des œufe 

Se du bcurc. 
"Celte Brach , graiflè , beurc. 
Gall. Brechdak , pain & heure. 
Lat. barb. Bracellus , gâteau. 
Bas-Br. Bras , graiffe , beure ; 2°. 

gras , fertile. 
Héb. Bria , gras 

BROIGNE & Brunie » ancien mot 
qui fignifie Cuirajfe. 

Il vient du Celte Bron , qui 
- Cgiùne , 1 °. poitrine , gorge ; z". 
fein , mamelle ; }**. colline , 
, montagne. 

En AUem. Brus f y poitrine. C'cft 
que la cuiraflè couvre la poi- 
trine. 

Ces mots appartiennent à la 
même Famille que Frons , le 
Front. 

BRO BRU, 

BROUTER , aâîon des animaux qui 
mangent l'herbe & les branches 
d'arbre, 
. Brousj» bourgeons, branches ten- 
dres que mangent les bêtes fauves. 
Broutilies^, ce qui refte après 

qu'on a brouté. 
Brute , Lat. Brutum , Animal , 
bête, OTW-à-/72or, être qui broute. 



içS 



C'eft une famille primitive qui 
tient au Grec Brd/ko, manger, !i 
à rAlIemand Droit , pain, &c. 

De-là , 1 o. Bru t , qui n'cft . pas 
poli, qui n'a pas encore perdu !a 
forme agrefle & rude. 

z*. Brutal , Brutalité. 
Brutalement , hriualiftr. 

BRU. 
BRU , Femme du Fils. 

Ce mot eft de la même Famille 
que le Franc. Brut , l'Anglois 
Bride , l'Allemand Braut , qui 
tous fignifient époufe. 
Bruth, hgnihe également cpou(e, 
& i°. beUe-fille ou époufe* du Fils ,, 
dans la Langue des anciens Gotlis. 
Voye^ Schilteb. 

Ces mots viennent de Bra , 
faire , produire ; & d'où vint égale- 
ment avec la négation ein , e^nt , 
le mot Bre-haigne , femme fté- 
rile , mot-à-mot , non féconde. 
Bru GNOLES , prunes qui viennent 
de la "Ville de Brignoles ai Pro- 
vence, & dont on croit qu'elles 
ont pris leur nom. Je croirois plu- 
tôt, au contraire, que la Ville a 
pris fôn nom de (ts prunes ; & ce 
n'eft pas la première. 



191 



FR ANCOIS-LATIN. BA>BE ip8 



MOTS COMMUNS AUX FRANÇOIS ET AUX LATINS 
ou NÉS DU LATIN. 



B A 

]§ AISER , ^'om , Lat. Basium. 
Verbe , Basiare. 

BALAFRE , coupure , eftafilade au 
vilàgc. 
Balafre, o^m a une balafre au viiâge. 
Balafrer , faire des balafres au rifagc. 
Ces mots jufqu'ici d'une origine 
inconnue, font une altération des 
deux mots Latins mala-fracla , 
joue entaiUadée, coupée, eftafilce. 
On aura dit malafre , &: malafri. 
Ceft du même mot fracia que 
les Italiens ont fait Fregio , cou- 
pure au vifàgc , eftafilade. 
ECQUILLE,du Lzt.BACUtus^hhon^ 
Composés de B L 

Le mot Latin Bi, qui fignifie 
deux , entre en compofc dans un 
grand nombre de mots François , 
où il fe prononce ia, ie ôc hi. Tels 
font ceux-ci : 
I. BALAKCE , Lat. Bi-iamce à l'a- 
blatif, nomin. Bilanx , mcfureà 
deux plats. 

On a dit d'abord Belances , & 
puis Balances. De- là, 
Balancer. 
Baiancement. 



B E 

Balancier. 
Balançoire. 
Balant. 
IL BESACE, Toile qui forme comme 
deux facs ; fâc à deux poches. 

Du Latin hif-faccus. Pétrone a 
employé le mot bifaccium , qui fi- 
gnifie la même chofe. 

Dans quelques Provinces, on 
dit un BissAc. 
Besacier , qui porte la be(âce. 

III. BESSONS, Gémeaux; du Latin 
Biffant , ils font deux. 

IV. BESAIGUE, outil de fer tran- 
chant des deux cotés : c'tft le Lat. 
Bij-aciuus. 

V. BESICLES, Lunettes ; c'eft le Lat. 
Bifoculi, deux yeux. , :.'; 

Selon quelques-uns, c'eft le Lar. 
barb. berillus qui a fait l'Elpagnol 
heril , & l'Allemand brill , & qui 
tous fignifient Lunettes. On aiu-a 
dit Bericles , coriime encore en 
pbi(àntant , & puis Bejicles. 

Ceux qui le riroient de b'n-eir- 
culi, comme Voiture , n'y enten- 
doient rien. 

Ceux qui l'ont tiré de la Villa 
de la Brille eu Hollande , ccmma 



199 



DICTIONNAI 



écant le lieu où on les avoit in- 
ventées , ccoieiit mauvais Hifto- 
riens. 

VI. BIGAME , qui a deux femmes. 
Bigamie , doubles Noces. 

De Bis & du Grec Game , noces. 

VII. BI-GARRÉ, qui eft rayé de di- 
verfès couleurs. 

Bigarrer , aflbcier diverfes cou- 
leurs. 

Bigarrure, affociation de couleurs 
fur une étofFe , &c. 

De Bi-vARio , à deux raies. 
Dans le Maine on appelle 

Garre , une Vache pie. 

Carreau , un Taureau pie. 

Bigarreau, Cerife bigarrée de noir, 
rouge & blanc. 

Bigarrotier, arbre à bigarreaux. 

Bigarrade , Orange bigarrée ; elle 
eft aigre & grofle. 
Vni. BIGLE , louche -, en Langue- 
docien bif-cle; c'eftdonc une con- 
traction de bif-oculus\ œil dou- 
ble. 
IX.BIGORNEjEnclume àdcux bouts 
ou à deux cornes; de Bis-cornu. 

De là notre mot Bijcornu. 

X. BI-GOTERE , bande qui mainte- 
noJt la mouftache pendant la nuit. 

Mot EijVagnol , de Bi-gote , à 
deux joues ; les deux goûtes , com- 
me on dit dans quelques Pro- 
vinces. . 

XI. BILAN , état de ce qu'on doit & 
de ce qu'on a. 

Du même mot que Balance. 



RE ET Y MOL. :2oo 

XII. BINER , donner aux terres un 
fécond labour : de Bini , fécond , 
deux. 

XIII. BINET, machine qu'on met au- 
delfus d'un chandelier , pour éco- 
nomifer le bout des chandelles : de 
Bini, fécond. Ceft comme un fé- 
cond chandelier. 

XIV.BIS-AYEUL , le fécond ayeul, 
ou l'ariiere-grand-pere. 
Bis-ayeule , la féconde ayeule , ou 
la mère de la grand'-mere. 
XVç Bis-cuit , pain cuit deux fois » 
& quelquefois quatre fois , qu'on 
mange fur mer. 
Bis-cuit , pâte faite de fleur de fro- 
ment, de fucre & d'ceuf , & qu'on 
fait cuire dans des moules. 
Bis-coTiN , pâte plus ferme & cuite 
en petits morceaux ronds. 
XVL BISARRE , fantafque , capri- 
cieux , qui varie fans ceife d'hu- 
meur. 

Ital. Bi^arro. 

De bis , deux , & war , raie , 
couleur. 

Il appanient ainfi à la même 
famille aue Bicarré. 
Bisarrerie , caprice. 

BiSARREMENT. 

XVII. BISSEXTILE , quatrième an- 
née de notre cycle de quatre ans , 
qui a un Jour de plus que les trois 
dont elle efl: précédée. 

Ceft le nom que les Latins don» 
ncient déjà à cette année , parce 
que ce Jour ajouté à la quatrième 



aoi F R A N Ç O I 

année s'appelloic BifTexte , ou le 
fécond Jixiimt des Calendes de 
Mars. 
BissETRE , malheur , accident, mot 
corrompu de Bijfexte ; on atta- 
choit des idées fuperftitieufes d'in- 
fortune au jour &à l'année BilTcx- 
tile. 

XVIII. BISQUE , terme de jeu de 
paimie. C'eft un avantage qu'on 
flic à celui contre lequel on joue. 

Ce mot a défolé tous nos Ety- 
mologiftes. Ménage qui avoit tou- 
jours des étymologies à fês ordres , 
avoue que l'origine de ce mot eft 
aufiî inconnue que celle du Nil : 
fans doute , lorfqu'on ne veut pas 
remonter à la fource. 

BiseAzZA , Bise A , Se autrefois 
BiscHtNZA , fignifie en Italien 
Adadémie de jeu. 

BiscAzziERE , joueur de pro- 
feffion.^ 

Tous ces mots viennent donc 
du jeu de dez , & Cont eompofés 
des mots Latins Bis-eafus , dou- 
ble chance. 

XIX. BROUETTE, ou Berouette, 
Lat. Barb. Birota. 

Petite voiture à deux roues , 
pour conduire une perfonne à 
bras ; t°. tombereau à bras. 

Du Lat. Bis, deux , & Roia , 
loue. 

B E T 
BElE,^ autrefois Beste , au fimple & 
au Égaré, en Lat Bestia, 



S -LATIN. BI aQ2 

Bestiole , petite bête , Lat. BeJ-' 

tlola. 
BÉTAIL , rroupeau d'animaux da- 

meftiques ; gros & menu bétail. 
Bêtise , incapacité , &c. 
BI 

BIAIS , travers , coté ; 2°. manière, 
façon , expédient. 
Biaiser , n'aller pas droit. 
BiAisEMENT , adion d'aller de bfais , 
adlion de ne pas dire francheraenc 
le vrai. 

C'eft l'Italien Bieco, de travers ;- 
2°. louche. 

Les Italiens changent L en I ;. 
ce mot doit donc venir du Lac 
O'BLico , dont nous avons fait 
Oblique , qui va de biais. 

BICOQUE r petite ville , place raaE 
fortifiée ; du Lafm Vico , bourg; 

BIGUER. , terme de jeu : changer fa 
carte contre celle d'un autre ; du 
Latin Vice , tour , échange ; /a- 
ric^em mutare , tiguer. 

Anglo-Sax. Bycgene ; 1°. pri- 
mitivement échange , première 
manière de commercer, x'^. achat 
& vente. 
BILE, Lat. BiLis ; \ ". humeur chau- 
de & féche qui eft dans le corps-, 
2°. colère, au figuré. 

Bilieux , qui a de la bile j z°. fûjer 
à Ce mettre en colère. 

Atra-bilaire , d'une humeur cha>- 
grine ; toujours pïêt à s'éraouvofcv 
à eatrer ea colett.- 



:zo3 D I C T I O N N A l 

Du Latin yitra, noire, & Jii/is, 
bile. 
BILLON , coin pour la monnoie ; i°. 
monnoie qu'on mec au billon , 
qu'on fond parce qu'elle eft de 
mauvais aloi. 

Du Latin BuLLA,Çct3i\x, parce 
que ce coin eft rond , & que la 
monnoie a une empreinte comme 
le fceau. 

Du même mot, Bulla , fceau, 
BULLE, ou Ordonnance , expédi- 
tion du Pape avec un fceau de 
plomb. 
BuLLAiRE , recueil de Bulles. 
BuLETiN , petit billet; z*. fufïrage 
par écrit. 
BITUME , Lat. Bitumen , matière 
onûueufe & inflammable qui a 
l'odeur du (bufre. 
Bitumineux , abondant en bitume. 
BON CHRÉTIEN, poire excellente , 



RE ETYMOL. ao^ 

dont on tranfporta des plants en 
France (ous le règne de Chsirles 
VIII. C'eft tout le fruit qu'on re- 
tira des guerres pour la conquête 
du Royaume de Naples. 

On appelloit ces poires Crujlu- 
minUy & i>ona Crujlumina,àw nom 
de la ville qui les çultivoit avec le 
plus de fucccs. Pline en parle dans 
fon XVe, livre , & dit qu'elles fui.- 
partbient toutes les autres poires 
en bonté. 

Les François , pour qui rien 
n'ctoit plus barbare que le mot bo- 
num Crujluminum , en firent in- 
fenûblement le mot Bon Chref- 
tien. 

BOULANGER, Boulangère, Bou- 
langerie, Ces mots (ont une alté- 
ration du Latin Polenta, Se 
PoUnto-rius. 

BOURGEON , Lat. BuRRlo. 



MOTS COMMUNS AUX FRANÇOIS ET AUX GRECS 
ou NÉS DE LA LANGUE GRECQ^UE. 



.j.. 



B A 

AIN , Lat. Balneum. 
Gr. Balaneon. 
Baigner, Baignoire. 
Baigneur, Baigneuse. 
Bagne , lieu où les Mahométani 

^enferment leurs Efclaves , parce 



B A 



qu'à Conftantinople ils font ren- 
fermés dans un lieu de bains. 
BATÉME, autrefois Baptesme. 
Gr. Baptisma. 
Batiser , Bapti^ein. 
Baptistère , Baptijlirien. 



F R A N Ç O I s - G R E C. B A 



20 f 

BATTOLOGIE , Battoloûia. 

BIBLE , Grec Bibios , livre. 

Bibliothèque, Bibliotheka., 

Bibliothécaire. 

BiBLioMANiE , Bibliomania. 

Bibliographie , Bitiiographia. 
BOTANIQUE, Botaniki. 

BoTANisER , Botani^cin. 

Botaniste. 

BOULINS, paniers où nichent les 
pigeons. Gr. BôLiNAi. Ce jboï (e 
trouve dans Hefycliius & fignifîe 
Nids ; mais ceux-ci étoient faits de 
brique , c'étoieut des trous dans les 
murs. 

20. Les pièces de bois que les 
maçons mettent dans des trous de 
murailles pour échafeuder : les Lat, 
les appelloient par la même raifon 
Coiumiaria. ■ 

BOURRÉE, danfe fort vive des Pays 
Méridionaux. C'eft une danfê Celte 
dont les Grecs firent certainement 
leur danfe appellée Purrikkê ou 
Pyrrhique , dont ils ignorèrent 
l'origine , & qui figaifioit danfe du 
feu , danfe animée. 

BOURRIQUE , ou ânefle. 

Efpagn. BORRICA & Borra , 
du Grec Purros , de couleur 
rouffe ; telle que la couleur de l'âne : 
aufli s'appelle - t - il en Efpagnol 
BuRRO &i BuRRico. Nous n'en 
avons pris que le nom de l'âneffe. 
En Latin , BuRRJ figuifie 
y^cAe roujfe. 



adf 



L'àne croit l'emblème de Ty- 
phon , parce qu'on peignoir celui- 
ci Roux , de même cu'Efaii. 
BOURSE , I °. petit fac à monûoifV 
à ouvrage, &c. Gr. Bur,.SA. 

1°, Lieu où s'aiïêmblent les 
Mirchaads. Jufqu'à préfent on dé- 
rjvoit ce uom d'un conte fèmblar 
ble à celui par lequel on exphquoit 
l'origine du ' mot Acadcmie. La 
première Bourfe marchande ftic 
formée , dit-on , à Bruges , &c prie 
fôn nom d'un Hôtel fuperbe qui 
appartenoit à une famille appellée 
de la Beurfe , & dont les armes 
{culptées fur la façade eonfiftoienc 
en trois bourfcs. 

5°. Penfions établies dans les 
Collèges pour des Etudians pau- 
vres. 
Boursier, qui tient la bourfe. 
BouRsiLLER , (e cottifer. 
Boursouflé ,, enflé comme unë- 

bourfe. 
Brodequin r grande chaufîure de 
cuir. On difoit autrefois Brofejuin , 
voy. le grand nef des foux du mon- 
de ,im^nmé en 1499. C'eft l'I- 
talien BORZAceuiHo. Cé^smots^ 
viennent de Borfa , bourfe , cuir. 
BRIDE, Bridon. 
Brider , Débrider. 

Ce mot commun à prefque toUs 
les peuples de l'Europe, cft Anglo- 
Saxon , Theuton , Anglois , Fla- 
mand , Efclavqn , Bafque , &c.- 
L'italien le prononce BsJG-UAi} 



ao7 DICTIONNAIRE ÉTYMOL. 208 



changeant d en/, 8c l en gl. 

Le Grec-Eoliea Bruter , ou 
Bryter. 



En Cornouaillien Briiaw 
guide , condufteur. 

Ici B eft ajoute devant R. 



o ' 



MOTS CO M MUNS 

AUX FRANÇOIS ET AUX ORIENTAUX 

ou r E N U S DE CEUX-CI. 



B A 

ABOUCHES, fouliers dont fe fer- 
vent les Orientaux. Ce mot eft 
Oriental. En Turc J13i<3 Ba- 
boudg. En Perfàn (j«jj5j « pro- 
noncé & écrie PaPOUscH. Ce 
mot fignifie en Per(ân , i°. toute 
efpéce de chauflure ; i°. le fbulier 
de de(rus,qu*on ôte en entrant dans 
un appartement ; 3 **. A ïfpahan & 
à Casbin , les fàndales des payfans. 
^ALAI , forte de rubis. Ils tirent leur 
nom du pays de Balasçia qui eft 
entre le Bengale & Pegu. 

Voy. Marc-Paul , voyages en 
Tartarie , &c ; le Barbosa , dans 



B E 

le premier volume du Ranufio j 
Haitoh l'Arménien , Hift. Orient. 
chap. VI , &c. cités dans Ménage. 
BERGAMOTTE, forte de poires qui 
font venues de Turquie par l'Ita- 
lie. 

On les appelle en Turc Beg^ 
armoudi , Reine des Poires ; de 
Beg , prononcé Bey , Seigneur , Se 
Armoud , poire. De Begarmoud, 
les Italiens ont fait Bergamout , 
comme lî elles ctoient venues de 
Bergame. 

On trouve cette étymologie 
dans le Ptrroniana, 




MOTS 



209 FRANÇOIS-CELTE. CA 210 

MOTS FR A IS Ç O i S - C E LTES, 

ou DÉRIVÉS DU C E L T I (lU E. 



C 



, troificme lettre de l'Alphabet , 
eft le G primitif des Latins & des 
Grecs , qui fe prononçoit G/ie. Elle 
Je confondit enfuite avec le K des 
Peuples du Nord & des Orientaux , 
qm s'ccrivoit 3 ou C , & dont elle 
tient la place en François. Elle a 
remplace également la lettre Q 
dans un grand nombre de mots,en- 
forte que pour trouver l'ctymolo- 
gie d'une multitude de mots Fran- 
çois, on eft forcé de recourir à des 
mots plus anciens, é-rits, C, G , 
K, Q. Ces lettres d'ailleurs ont 
été làns cefTe remplacées les unes 
par les autres, à caufe du rapport . 
de leurs fbns. 

C'eft qu'elles /ont toutes égale- 
ment les nuances d'un même ton , 
d'urte même touche , de la guttu- 
rale , comme nous l'avons fait voir 
dans l'Origine du Langage 8c de 
l'Ecriture. Nous avons vu auflîdans 
le même volume , que la gutturale 
& ra(]:)irarion H , fe remplaçoienc 
fans celTe l'une par l'autre. C'eft ce 
qu'on ne doit jamais perdre de vue 
pour pouvoir fuivre les rapports des 
Langues. 

J)i3. Etymol, 



C , (è met encore pour S , & en 
prend la prononciation ;de-lànotte 
Ç , prononcé S , &: accompagné 
de ce qu'on appelle Ccdilli!, moc 
Efpagnol qui fignifie peiit c. 

Nous avons vu auflî dans le mê- 
me volume , que la Lettre C défi- 
gnoit tous les objets en forme de 
canaux , tous les objets creux , 
tous ceux de long cours. 

Elle dcfigne par-là même, en gé- 
néral,tout ce qui aune capacité,tout 
ce qui contient ; & par-là même 
le lieu , la place , comme ficuation 
du contenu. De-là une multitude 
immenfe de Familles & de mots en 
toutes Langues , & fur-tout dans 
la Celtique , qui fè font confervés 
dans la Langue Françoilê. 

C Démonftratif, défignant le lieu, 
h place. 

. ÇA , mot primitif qui défigne , i *. 
le lieu , la place , & qui fert , i». à 
montrer , à indiquer ; il s'emploie 
elliptiquement. 
Venez ça , en ça , ça & IJ. 

Ce mot a dérouté tous nos Ety- 
mologiftes , tous nos faifeurs de 
O 



^11 DICTIONNAI 

Diâiionnaires ; ils en ont fait un 
adverbe , une particule ■■, ils ont cr* 
qu'il étoit deftiné à marquer le com- 
mandement ; confondant ainfi fans 
cefTe les caufes avàcks effets^ les 
effets avec les caufes, brouillant 
tout , ne donnant aucune idée 
nette. On croit n'avoir à donner 
que des Etymologies, & il faut 
fans cefTe définir. 

En Irland. CA , CAI , fignifient 
maifon , habitation. 

En Brec kei^kea, avancer, aller, 
mot-à-moc^ changer de lieu, ve- 
nir €n ce heu. 
ÏI. CI , autre mot qui défigne le lieu, 
mais d'une manière plus pofiiive , 
plus déterminée. 

De-là, i-ci , en Grec e-kei, 
& dans quelques patois CEii en~ 
CEI. 

De-là nos Pronoms dcmonftra» 

tift ,CE, CET, CETTE, CE-CI , CE- 

là , cE-lui-ci, c'-elle-ci. 

., GÉ-ANs , pour dire cc-cjiy en ce 
lieu. 
Ce-pendant, mot elliptique , pour 
dire tandis que ceci pend encore , 
qu'il en eft encore queftion. Méta- 
phore tirée du fruit qui pend en- 

.« . core à l'arbre, 

. Ci-contre , ci-deflus , ci-deflous. 

' : C'en dessus - dessous, phraiê ellip- 
tique , qui fignifie ce qui étoit en 
dessus, «yî venu en dessous. Lorf- 
qu'on écrit fans au lieu de c'en , on 
dénature abfolument cette phrafe. 



RE ETYMOt- 212 

Et cependant nous avons une foule 
de mots qui ne font pas écrits avec 
plus d'exadirude. 

C I. 

De C I , lieu , viennent les mots 
fiiivans. 

CITÉ , Lit.ciriTAS , c'étoit le 
nom des Peuplades Se non celui des 
Villes. Ce mot fîgnifioit donc à la 
lettre ceux qui viv-ent ici , en 
ce lieu ■■, les Habitans de la con- 
trée :, d'où 

Civis des Latins , Citoyen ; celui 
qui fait portion de la Cité. 

On donna dans la fuite ce nom 
au chef-lieu de la Peuplade ; d'où 
vinrent 

Citadin , celui qui habite dans une: ; 
Cité, dans une Ville. j 

Citadelle, endroit fortifié pour la 
fureté de la Cité, ou pour y main- 
tenir l'ordre & la tranquilHtc. 
1. Civil , qui a les qualités des Habt- 
tans des Villes , des Cités ; poli ,. 
honnête. 

Civilité, qualité des Habitans des 
Villes ; politefle » urbanité; 

Civiliser , polir une Nation y. &c.. 
2°. accommoder une af&ire, une 
querelle , un procès ; empêcher 
qu'on ne le prenne au crimineh. 

CiviLEMEMT , d'une manière ci- 
vile. 

In- civil, 

In-civilitÉ. 
y. Civique, Couronne donnée àiw; 



2^5 FRANÇOIS 

particulier pour avoir iâuvc un Ci- 
toyen. On vient derenouvelicr en 
Languedoc, cet uiâgc des anciens 
Romains. 
4. Citer, mander en un lieu : 1°. faire 
intervenir les paroles d'un Auteur, 
les rapporter. 

Citations, paflàges de divers Au- 
teurs rapportes dans un ouvrage. 
Il en faut peu , mais frappantes. 
j. RÉ-ciT , rapport, narré d'un fait, 
d'un événement : 2°. ce qui eft 
chanté par une voix feule. 

RÉCITER , prononcer mot~à-mot ce 
qu'on a appris. 

RÉCITATIF , ce qui fe récite , & la 
manière dont on le récite. 
<5. Le Lat. Cùo , citer , iîgnifie aufli 
prejfer , hâter , faire avancer , qui , 
font l'efïet de la citation ; de-là 

Ex-ciT£R , animer , poner à une 
chofe. 

In-citer , engager à faire une chofe ; 
in-citation. 

C A B. 
CAPj CHEV, CIP,&c. 

CAB , mot primitif. Celte, Oriental , 
Latin , Grec , &c, qui défigne tout 
ce qui contient , tout ce qui ren- 
ferme , qui enveloppe, &c. &qui 
s'tft prononcé CAP, CAF,CAV, 
CeB, CeP, CeF, CeV. CHeF,CHeP, 
*CiB, CiP, CoP,CauP,CuP,CuV,&c.^ 
formant une multitude de Famil- 
les , fernblabks par l'idée générale 
de capadté , diftcrentes par l'idée 



CELTE. CAB ^14 

particulière ou par Te/pcce de ca- 
pacité. 

I . CAB, Logement. 
CABANE , petit logement cham- 
pêtre. 
Cabaner , fè loger dans une ca- 
bane. Lat. Capanna. Isidore de 
Séville cite ce met. 
CABARET , lieu où l'on vend du 
vin; z°. petite table à rebords pour 
faire collation , &c. 
Grec, Kapè , lieu où l'on mange. 
Cabinet , petite pièce , Chambre 
deftinée à la retraite , à l'étude , au- 
dépôt de ce qu'on a de plus pré- 
cieux , &:c. 

I I. , 

CaB , Enveloppe , Habillement. 

1. CABAN , Manteau à manches ; 
Irai. Gabbano. 
Cabacet, elpécc de cafque. 
Cappe , Manteau (ans manches avec 
un capuchon ; 2". Mantelet de fem- 
me avec un capuchon. 
Cappeline , Bonnet couvert de plu- 
mes & furmonté d'une aigrette, 
z. Capuce , Capuchon, portion du 
Manteau qui couvre la tête & qui 
eft faite en pointe. 
Capucins , Religieux qui doivent 

leur nom à leur capuce. 
Capucine , Plante dont la fleur a 
la forme d'une capuce de Capu- 
cin. 
5. CH APPEAU , couverture de têse 
pour homme , à trois pointes. 
Ci) 



215 DICTIONNAI 

Chappelier , Fabriquant Si Mar- 
chand de Chappeaux. 
Chapelet , ouRofaire , parce qu'il 
reflemble à un chappeau ( autre- 
fois chappel ) de rofes. 
4. Chappe , Lat. CaPPa , Grec. 
SKePc , vêtement fort ample 
qu'on porte delTus l'habit. 

Le Roman de la Rofe fait dire 
■ par un jaloux , à (â femme : 

Vous faites de moi chape & pluye 
Quand de préfèns près vous m'appuye. 

Aucun Commentateur n'a pu en- 
tendre ce paflàgc; le Duchat , 
lui-même y a renoncé. On n'a pas 
■vu que chape ctoit mis ici en oppo- 
fition k pluie. Et que la réunion 
de CCS deux mots , équivaut par 
conféquent à tout: c'eft comme fi 
. l'on difoit : quand près vous Je 
m'appuie de préfèns , vous ne la- 
vez quelle réception me faire , je 
iûis tout pour vous , la chape & la 
pluie \ dans le même fens qu'on 
dit d'une pcrfbnne en faveur , qu'el- 
le fait la pluie 6* le beau tems. 
Obfcrvons en palTant que nous 
avons ici un exemple des prépo- 
fitîons employées fans de , qui ac- 
tuellement fè font fùivre de ce 
dernier mot. 

Chappier j Eccléfiaftique qui porte 
chappe, 

^. Chappiron , efpéce de coëffiire 
qui tenoit aux liûbits $<.' qu'où laif- 



RE ETYMOL. 21^ 

(à infènfiblemcnt pendre fur une 
épaole. 

z°. au fissuré , qui répond de U 
conduite d'une jeune perfonne. 
Chapperonnb , Oilêau de proie 

armé d'un chapperon. 
Capparaçon , Couverture de 
Cheval. 
6. CoEFFE f Coiffe , couverture de 
tête. 

COEFFER, 

CoEFFEUR , CoEFFEUSE, CoEEFURE. 

m. 

CHAPELLE. 

Les Chapes ou les Manteaux 
des Saints confervés dans les Egli- 
fes des Palais , firent donner à ces 
Eglifes le nom de Chapelles : & 
le nom de Chapeeains , Cavel- 
LANi en Latin , Catellans 
en Languedocien , à ceux qui les 
deflervoient. 

Les anciens Rois François fai- 
foient porter à la tête des armées ,. 
la Chape de lâint Martin ; c'étoic 
l'étendard général. On le dépoioit 
en/îiite dans la lâinte Chapelle.. 

Obfèrvons même qu'on n'ap- 
pflla pas d'abord ces Eglifes Cha- 
pflles ; mais purement & Ample- 
ment Chappes. Ainfî la Chape 
de S.Martin ctoit renfermée après 
la guerre dans la fàinte- Chape. 

IV. 
CAGE, Lat. GabijI , Langnedocieii 
Gajjie ^ Mailonuetce en £1 d'atchal 



217 FRANÇOIS 

où l'on rient les Oifcaux domefti- 
ques ; i°. cailTe d'un efcalier , &c. 

Cagioleb. , flatter pour attirer à 
foi , pour &ire toniber dans fa 
filets , comme pour renfermer dans 
fa. cage. 

Cageoleuk. 

Cageolerje. 

V, 

CAB , Cop , Vafês. 

CABAS y panier à figues & à raifîns. 

Irai. Cabaço , Gr. Kaiakos. 
Choppine , mefure de liquides. 
Ciboire , anciennement armoire , 

coffre : 2°. vafe (âcré. 
Civière , machine de bois propre 

à porter des fardeaux. 
CouppE , vafè à liquides. 
Cuve , grand tonneau de bois. 

CUVIER. 

Cuver. 

Cuvette , vafè plat & large. 

Couppou , le defTus d'une Eglîfe , 

en forme de vafe renverfé. 
EcHOPE , petite boutique appuyée 

contre u« mur. 

VI. 

CAP, tête, 
CAP , tête , extrémité. 

2°. Pointe de terre qui avance 
dans la mer ou dans les lacs. 
} °. Tout ce qui eft à la tèce. 
Caboche , tête \ ^°. fêns, jugement. 
Cabotage , navigation de Cap en 

Cap , on le long des terres. 
CttiF- , Itaî. C>i£o , Lat. CA?ut , 



CELTE. CAB 218 

tête, couvre- CHEF , mouchoir qui 
couvre la tête. 

Copeau, Coupeau, {bmmet. 

Caprice , félon quelques-uns, de 
ritaL CAfRiccio, friffon , caprice, 
mot compofé de cap, tête, & azc- 
cio, hérifle. Plutôt de caprizans , 
(àutiliant, venu de Capra. Voyez 
CAB VIII. On difoit autrefois ca- 
pitojîté. 

Capitation , Impôt qui fe paye 
par tête. 
2. Capitaine , celui qui eft à la tête 
d'une Compagnie Militaire. 

Capitainerie, reflort d'un Capitai- 
ne des chaflès du Roi. 

Du Lat. barU ScAslNUs, vieac 
le François ,- 

EcHEvm , nom des Officiers dans 1* 
plupart des Villes de France, d'An- 
gleterre , &c. 

Capdal , eiv ancierv Galcon , le 
Chef, 

CAPiToUL,Magiftrat municipal, dans- 
quelques Villes de Languedoc 

Capiscol , Doyen des Eghfes Ca- 
thédrales , en Provence , mot-à- 
mot Cjtput ScHOLa f le Chef de 
l'Ecole. 

Caporal , Chef d'une divifionde 
Compagnie Militaire, 
j. Capital , elTentiel , qui eft à E» 
tête.^ 

Capitale, Ville qui eft à- la tet»' 
d'un PaySv 

Capit ANE, Galère du Commandant;, 
.4. Cabuts ,- efpéce de dioux , partr«; 



A19 DICTIONNAI 

qu'ils onc une tête bien formée. 

CEP de vigne ; on peut les compa- 
rer à autant de têtes; Latin Cl F Pus, 

Ciboule , efpéce d'oignon. 

Ce mot tient au Latin C^pé , 
oignon , au lieu de Cape. 

CepA , tronc , racine , en Bafq, 

Chopper , heurter contre un tronc , 
contre une fouche. 

AcHOPEMENT , cc qui fait dioper. 

Ceper , abattte , vieux-François , & 
Reseper. 

VL 

CAP , divifions ou chefs d'un 
Livre. 

I. Chapitrf, divifions d'un livre, & 
*où l'on recommence une nouvelle 
matière \ ils en font autant de 
tîtes , de Chefs. 
Capitulaires , Rcglemcns des 
anciens Rois ; ils font comme 
autant de Chapitres , de chefs 
auxquels fe rapportent une multitu- 
de d'articles. 
^.Chapitre de Chanoines. Le corps 
des Chanoines dut ce nom au lieu 
où ils s'affemblent appelle Cha- 
pitre , parce qu'ils y alloient cha- 

• que jour entendre lire un Cha- 
pitre de la Régie fous laquelle ils 
vivoient. 

Chapitrer , blâmer quelqu'un en 

Chapitre, 
j. Capitulation, Règlement d'une 
vGârnjfon obligée de fe rendre. 

• jÇAi'iTU}.ER/erendre par capitulation. 



RE ÉTYMOL. aao 

4. Rt-cAPiTULER, reprendre les chefe 
d'une matière. 

VIL 

Divers dérives. 

I. Chapiteau , le haut d'une colon" 

ne , ce qui en fait la tête. 
1. Chevet , la tête d'an lit ; 1°. ce 
qui (butient la tête d'une per- 
fonne couchée ; partie extérieure 
d'une EgUfe , qui eft derrière le 
chœur & qui en eft comme la 
tête : la facriftie. 

Chevecier, celui qui a foin du che- 
vet de l'Eghfe; 1°. le Sacriftain. 

Chevir , vieux-Fr. venir à chef, à 
bout. 

A-chever, conduire à chef, au bout. 

Chevance , vieux-Fr. l'avoir d'un 
particuHer, tout ce qui compofe 
fon bien , fa fortune ; tout ce qu'il 
a de fon chef. La. Mothe le Vayer 
difoit en plaifàntant que ce mot 
venoit de chevir , parce qu'avec 
l'argent on vient à bout de tout, 
}. Caveçon , Ital. Cave:j^ione f bride, 
Hcou. 

Chevetrh , Lat, CApiJlrum , bri- 
de , licou. 

1°. Pièces de bois qui entourertt 
une cheminée comme une bride. 

Enchevêtrer , i °. prendre Ion pied 
dans la bride. 

z°. S'embarralTer dans quelque 
aflfàire ; Lat. Cabro. 
Chevrons , pièces de bois ou foli- 
1 ves arrangées en angle & qui fou- 



321 FRANÇOIS 

tiennent le faîte d'un édifice ; qui 
en forment U tête. z°. On appel- 
le du même nom, en terme de bla- 
fon , deux bandes plattes qui for- 
ment un angle dont la tète eft en 
haut. 
4. CADASTRE , autrefois Cap- 
DASTRE , impofition par tête ; 
2°. Regiftre des biens fonds de 
chacun. 

Irai. Jccatetjlare , împofer par 
tête. 

Chap , dans le Diocèfè de Mende , 
c/pcce de capitation relative au 
cadaftre. 

Cabal en Languedocien, Cateux 
en Picardie , Chateux, Chedal 
en Valdois , &c. Les biens , en terme 
de ferme : état des biens qu'on met 
entre les mains d'un Fermier; c'eft 
le même met que Captel. 

VIII. 

CAB, CAP, s'élever ,être grand. 

r. CABRER , fe cabrer, fê dreflèr. 
Cabriole , (âut. 
ChÉvre , Lac. Capra , animal 

grimpant. 
Cabri & CjiErreau , petit d'une 

chèvre. 
Chevrieb. , gardeur de chèvres. 
Chevrotin , fromage de chèvre. 
Chevroter, crier comme la chèvre, 

avoir une voix tremblante. 
C HEVREBiL , efpéce de chèvre fâu- 
- 'âge. 
CjkBKicoKNE ,, nom d'uo Signe & 



-CELTE. C AB 222 

d'un Tropique, parce que le Soleil 
revient de-là au haut de fôn cours. 

1. CHEVAL, Lat. C^sjllus, Gr. 
Kaballès , dans HfSYCHius. Cet 
animal doit fon nom à là gran- 
deur , à {bn élévation. 

Cavale , femelle du chevaL 

Cavalerie , Troupe de gens k 
cheval. 

Cavalier , celui qui (èrt à cheval p 
2". un Noble. 

Chevalier, Noble qui {èrvoit h 
cheval. A Rome & en France y 
Noble & Chevalier furent fynony- 
mes , la Noblefle lèule fervant à 
cheval: de-là le mépris qu'on avoic 
pour l'Infanterie ; de-là le nom de^ 
Chevalier donné aux Cadets d& 
Famille. 

2°. Membre d'un Ordre de 
Chevalerie. 

Chivalerie , dignité de Chevalier^ 

Chevaucher, yieux-Fr. aller à- 
chevaL 

Chevauchée , vifite à cheval par 
des Prépofés. 

3. CABALE , faéHon , parti ; tout ce 
qui eft attaché àunChefdangereux^ 
non avoué par les Lpix, 
Cabaler , former des fadions. 
Cabaleur , qui forme des £&€àons^ 

IX. 
CAB , CAP, contenir , prendre:- 
I. CAPABLE , qui a de la capacité „ 
qui peut contenir , fàifir , &c.. 
Capacité y contenance, graniltur -j, 



a^3 DICTIONNAI 

1°. au figuré intelligence. 
a. Cave , creux , qui peut contenir : 
1°. fouterrains pour loger le 
vin, Sec. 
Caviau , fouterrains. 
Caver , creufer ; i°. fonder une 

aflàire. 
Caverne , fouterrains formés par 

la Nature dans les Montagnes. 
Cavité , creux. 
ExcAvER , Excavation. 
Concave, creux. 

Concavité, e(pace creux renfer- 
mé , ou (ôuterrain. 
j . CArriF , homme pris en guerre , 

prifbnnier. 
Captivité, état d'un captif. 
Captiver , prendre comme par 
force, s'attirer l'attention, la bien- 
vcuijjance , l'amitié des autres. 
Capot , coup au Piquet , qui con- 
fifte à faire toutes les levées , tou- 
tes les mains , à preadre tout. 
Faire Capot , être Capot. 
Capture, priiç , aûion de pren- 
dre, 
4. Cafter , gagner la bîenveuillance 
l'attention. 
Cattieux , qui furprend , qui s'em- 
pare du contentement, par fïirprife : 
ce mot cft borné au railbnncment. 
. Chetif , Chetive , Ital. CATTiro, 
1 °, malheureux captif; i**. pauvre 
iniférable. Il ne fe prend plus que 
dans ce dernier fens, 
Chitivoison , vicux-Fr, mifc;rc , 
paiiyrçfé. 



RE ETYMOL; 224 

CnÉiivement. 

Ceps , pièces de bois avec léfquelles 
on prenoit les pieds des criminels , 
& on les ferroit fortement. 
;. Cadet , le fécond fils ; z°. tous les 
enfens qui fuivent l'aîné. 

Chemier , vieux-Fr. l'aîné d'une 
Famille. 

Ces deux mots font altérés. 
Le fécond , s'eft dit au lieu de 
Chefmié , qui avoit remplacé l'an- 
cien Capma , nom des aînés , 
ou Cap-mas , mot-à-mot , la tice 
du mas , de la maifon. On a dit 
CAP'Ut Manji , Chef de famille. 

Le premier s'eft dit au lieu de 
Capdel y diminutif de C(i/»,Tête: 
cnfuite Capdet , enfin Cadet. 
Dans la Chronique de Louis XI, 
on voit le Capdet Remonnent dé- 
fendre vaillamment une place. 
Capde0ilh , la radfoQ principale 
d'un Seigneur , en ancien Galcon. 
Il croit inutile d'aller chercher 
l'origine de ce mot dans le Latin 
CAFitolium , qui fîgnifia mot à- 
mot tête é/eyée. Ce dernier mot 
étoit lui-même Celtique. 

X. 

De CAB, prendre , viennent entr'au- 

tres ces mots : 
Gibier , animaux pris à la chafTè : 

1°. animaux qu'on chafTe. 
Gibecière , fac où l'on met tout 

ce qui eft néceflàire pour cette 

duffe. 

GiBBOYER, 



.*e 



445 FRANÇOIS 

GiBBOvEs. , pafTer fbn tems à pour- 
fuivre le gibier. 

DÉRIVÉS. 

I . CHABOT , PoifTon à grofle tête. 

£. Capiteux , vin qui porte à la tête. 
Caf , Irai. Caïfo , indivjfible ; une 
tête (êule ; i". Impair , parce 
qu'un eft impair & indivifible. 

). Cheveu, Lar. CAvillus , parce 

qu'ils croiflcnt fur la tête. 
Chevelu , qui a une longue cheve- 
lure : titre d'honneur d'anciens 
RoiSjJà commencer par Numa. 
Chevelure : elle croit autrefois & 
elle eft encore aujourd'hui la mar- 
que d'un homme libre , & celle 
des Rois & des perfônnes élevées 
en dignité. On raie la tète de ceux 
auxquels on ôte la liberté civile. 
Echevelé j qui a les cheveux épars. 

Echeveaux & Tuyaux Capillaires, 
ainfi nommés à caufe de leur fineP- 
(è ; ils reflemblcnt à des cheveux. 

Composés. 
CAP (êrvit à former nombre de mots 
compofés , en prenant lui-même 
les formes de cep , cip, cup, eu, 
CEV , &c. 
Ac-cAP-arer, mot vulgaire, prendre 
tout à foi- 
Ac-cEP-ter, recevoir ce qu'on offie. 
Ac-cEP-teur , qui accepte. 
Ac-cEP-tation, aâion de celui qui 

accepte. 
Ac-cEp-tion , égard pour une pet- 
fonne plutôt que pour une autre, 
DiU, ttymol. 



-CELTE. C A iiS 

iN-Ac-cEPrtable , qu'on ne peut 
, . accepter. 
Ac-cip-É , prenez ; mot venu du 

Latin. 
ANTi-cip-er, prendre d'avance; z". 

faire quelque chofè avant le tems. 
Anti-cip-ation, aAion de prendre 

d'avance. 
CoN-cEv-oir , comprendre , péné- 
trer. 
Con-cEP-tion , intelligence , com* 

préhenfion. 
Con-çu , qu'on a faifi , compris. 
DE-cEv-oir , tromper ; Lat. Dt-ci- 

pere. 

D£-ar , trompé. 
Duper, tromper, autrefois Deiper, 

altéré de Deciperc , tromper , 

décevoir. 
Dupe, qui fe laifTe tromper. 
Ex-cEp-ter, prendre tout , horûnis 

tel objet. 
Ex-cEP-tion. 
Ex-cEP ce. 
Forces , cifeaux à tondre les brebis. 

Lat. For-CEPS. 
iN-cAp-able, qui n'eft pas capable. 
iN-cAP-acité. 
Inter-cep-ter , prendre pour foi 

ce qui devroit pafler à d'autres. 
Inter-cEP-tion , aftion d'intercepter. 
Man-ciper , termi de Droit, avoir 

fous (à ma'n , en garde , en tutéle. 
E-man-cip-€r , mettre hors de tu- 
téle. 
E-man-ciP-ation. 

Mum-ciP-AL , du Latin Munus , 
P 



2J7 DICTIONNAI 

charge , & capere , prendre , pofle- 
der. Ce qui regarde les pofleflèurs 
des charges. 
Oc-cup-ER , s'emparer , poflcder. 
Oc-cup-ation , adlion de s'occu- 
per. 
S'oc-cup-er, travailler à quelque 

cho/è , à ce qu'on poflede. 
Pré- oc-cupÉ , qui efl. rempl