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Full text of "Monde primitif : analysé et comparé avec le monde moderne ..."



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IN THECU5T0DY OF THE 

BOSTON PUBLIC LIBRARY. 




MONDE PRIMITIF. 

ANALYSÉ ET COMPARÉ 

AVEC LE MONDE MODERNE, 

CONSIDÉRÉ 

DANS LES ORIGINES GRECQUES; 

o u 

DICTIONNAIRE 

ÈTYMOLO GIQ_V E 

DE LA LANGUE GRECQUE. 



Neuvième Livraison. 



/(nlk nicAyn^ 



MONDE PRIMITIF, 

ANALYSE ET COMPARE 

AVEC LE MONDE MODERME, 

CONSIDERE 

DANS LES ORIGINES GRECQUES; 

o u 

DICTIONNAIRE 

ÈTYMOLOGIÇIUE 

DE LA LANGUE GRECQUE. 

PRECEDE DE RECHERCHES ET DE NOUVELLES VUES SUR 
L ORIGINE DES GRECS ET DE LEUR LANGUE. 

PAR M. COURT DE GEBELIN, 
De diverses Académies , Censeur Royal, 

A P A R I S, 

f L'Auteur, rue Poupée, Maifon de M. Boucher,, Secrétaire du Roi. 
Q> \ Valleyre l'aîné-, Imprimeur-Libraire, rue de la vieille Boucleriei 



1 Valleyre l'aîné-, 
s SoRiN, Libraire, i 
\ D u-R A N D , Neveu , 



rue Saint Jacques. 
rue Galande. 



M. D C C. L X X X I I. 

AVEC APPROBATION ET PRIVILÈGE DU ROI. 






D IS C O U R S 
PRÉLIMINAIRE 

SUR 

LES ORIGINES GRECQUES. 

PARTIE PREMIERE. 

ORIGINE DE LA LANGUE ET DE LA NATION GRECQl/E. 



ARTICLE I. 

$. I. 

Introduction, 

JlL nfin , nous voilà parvenus jufques à toi , aimable Grèce , Mère 
des Grâces , fource des Arts agréables , modèle du bon Goût 6c de la 
vraie Eloquence : toi , qui nous amufes dans l'enfance par tes contes 
enchanteurs , & qui nous inftruis dans l'âge mur par la fa- 
geiïe de tes grands Hommes. Ainfi que le Pilote , après une lon- 
gue & pénible navigation , oublie cous fes maux à la vue de la 
terre défirée qu'il laiue de loin ,je te falue. Patrie des Mufes. 
A ton afpe£l , l'ennui des travaux paffés eft oublié : on corn- 

a 



ij DISCOURS 

mence à jouir de leurs fruits : ils en font efpérer de plus pr^ 
cieux. 

Infpiré par ton Génie , nous allons parler de toi , ôc 's'il fa- 
peut , d'une manière digne de toi: nous allons raconter l'Origi- 
ne de tes premiers Habitans , dire d'où ils font venus , où ils s'é- 
tablirent , quelle fut la caufe de leurs noms, & de ceux de tous 
ces lieux que ton Hiftoire a rendus immortels : apprendre aux 
hommes étonnés & attentifs , quelle fut l'Origine de ta Langue 
charmante : la raifon de tous tes mots : comment ils tiennent à la. 
mafle entière des Langues de l'Europe, & dont la bafe eft dans 
la Nature univerfelle & immuable. Ici brillera cette délicateffe 
dégoût, cette fenfibilité extrême de tes Peuples, qui parcou- 
rant tous les tons poiïibles , fçurent modifier, varier, adoucir à 
l'infini la Langue primitive , fource de toutes les autres, & dans 
laquelle on voit cclits-ci fe fondre en entier avec une aifance 
qui n'étonne que ceux qui n'ont jamais approfondi cet admirable 
méchanifme. 

Plus juft;s envers toi que ceux qui nous ont précédé, nous 
ferons voir que tu dus à toi-même plus qu'on ne penfe : que 
tes premiers habitans furent moins fauvages qu'on n'a cru : que tu 
reçus dans ton fein moins de Colonies étrangères qu'on ne pré- 
tend: que tu ne dus à celles-ci ni ton Langage , ni tes Loix, ni 
ton Architedure , ni plufieurs de tes Arts : qu'aucun peuple 
étranger ne forma chez toi de grands établiffemens. 

Ainfi, une plus vive lumière fe répandra fur tes Origines; 
leur profonde obfcurité fe dillipcra comme les nuages du matin 
au lever de l'aurore Alais en faveur de qui nous donnerons- 
nous tant de peine ? Qui prendra plaifir à ces recherches ? Qui 
avec nous, voudra jetter un coup-d'œil fur tes antiques Oiigi- 
ses f Ils ne font plus, tes grands-Hommes, ces Hérodote, ces 



PRELIMINAIRE. iij 

Thucydide , ces Plutarque , ces Polybe , ces Platon , ôcc. Jtjuh irUiyyWnt/ttj 
qui étoient fi jaloux de ta gloire, de tes antiquite's, des fources de >my. (Ulû>»iMvt a, 
ton Langage, qui les cherchoient avec tant de foin , qui avoient .^ , ;, 

tantde regret de n y pouvoir parvenir: & nos Modernes, la plupart ' 

dédaigneux , infoucians , trouveroient-ils quelqu'attrait à des /'^^'""■'""^ 
Recherches qui à leur fens ne font que des chimères ou d'oifeu- 
fes fpéculations ? 

Mais pourquoi nous découragerions-nous ? Il eft fi beau , fi 
agréable de travailler pour la vérité! de maintenir fon empire, 
de -combattre pour elle contre la voracité du tems qui attaque 
tout j qui détruit tout ; de réfiiler à cette nuit profonde qui cher- 
che à nous dérober tout de fes ailes ténébreufes ; & pour em- 
ployer le ftyle fublime de l'ancienne Grèce , de faire frémir le kïiUjji» 
vieux Saturne en lui arrachant encore un de fes enfans qu'il ailoic ^ 
engloutir comme tant d'autres; de lui opp îfer, non des pierres , 
le tems eft pafTé de conferver les antiques Hiftoires fur le niar- 
bre ôc fur la pierre , mais ces feuilles fragiles , blanches ôc noires 
avec lefquelles on brave les tems ! 

N'cft-ce pas d'ailleurs un fervice agréable à rendre aux hommes i 
en leur apprenant comment tous les Peuples font fortîs d'une four- 
ce commune? comment les Grecs fur-tout, ces Grecs qui nous 
charment fi fort par leurs Ouvrages qu'on les croiroit infpirés du 
Ciel même , comment ils ne furent en aucun tems des barbares 
nés de l'égoût de la terre : qu'ils appartiennent de près à nos An- 
cêtres, qu'ils parloient la même Langue , qu'ils eurent dans l'O- 7Av. J*-»»» yic(i(jio>i ! « 
rigine la même Religion, les mêmes Loix, les mêmes coutu- (\owrt . i>ù you a.û\ 
mes , peut-être les mêmes foibiefiTes ; fur-tout , comment travail- J^^ ûahiui, ^ 
lant fur ce premier fond , ils s'élevèrent à ce haut point de per- 
fedion qui nous étonne ôc qui nous deviendra infiniment plus utile 

dès que nous en pourrons^fuivretous les progrès, toutes les nuan- 

a ij 



iv DISCOURS 

j0tf\\ \ ' ,1 ces , en remontant nous-mêmes au point d'où ils partirent pour 
devenir fi grands. 

Ces brillans tableaux qui font l'ornement & la gloire du Monde 
•• Primitif , pourroient-iis être étrangers à cette foule de perfonnes 

. : . ■- ■ pleines de goût, avides de vérités, dont l'Europe efl remplie , 6c 

qui commencent à avoir des Emules dans d'autres Parties du Mon- 
de ; ils verront fans doute ces nouvelles Reclierches avec quel- 
que plaifir, ils les recevront avec le même empreflement fans 
doute qu'ils ont daigné accueillir les précédentes : fur-tout s'ils 
■ confiderent que nulle connoifîance n'eft parfaite fans celle du 
Grec, ôc que tout ce qui tend à en rendre l'étude plus agréable, 
plus aifée, mérite d'être encouragé & recherché. 
IkiLsiaitû y^ S'il eft permis à un mortel de percer l'obfcurité profonde de 
^. / / l'avenir , c'eft encore pour la Grèce elle-même que nous travail- 
^', , • J011S : un ]our fans doute, âc ce jour ne peut être loin, elle fortira 

t" -» des langes qui 1 enferrent , leur joug fera brifé : alors le feu de 

^Ai^^i, fto-n»"»"»; f-Qj^ g^^jg fe rallumera : il fortira de fon fein une foule de 
ù4u nrt4it A'^ w*^ grands Hommes qui nous rappelleront ceux qu'elle a perdus 
\«r^Ji liU "Qo^^"^ depuis Ci iong-tems : de nouveaux Lycées, de nouveaux Mufées 
^^atr>M,^ait»» ciu(^'-litr.^^ deviendront fon ornement 6c fa gloire. Comme nous, ces nou- 
veaux Savans recueilleront avec empreflement tout ce qui con- 
cerne l'antique Grèce , & ils fauront fans doute quelque gré au 
Chef d'un Mufée Occidental , quoiqu'il ne foit ni un Orphée ni 
un Linus , de leur avoir rendu plus aifée l'étude de leur Langue, 
de l'avoir en quelque façon débarbarifée : d'avoir arraché à la nuit 
des tems , des connoiflances que l'Orient avoit tranfmifes à l'an- 
cienne Grèce : d'en avoir éclairci les Origines dans un tems où 
les traces en étoient prefqu'entierement effacées , où à peine ref- 
toit- il les plus légers veftiges indifpenfables pour faire reparoîtrc 
l'antique vérité. 



PRELIMINAIRE. v 

§. I I. 

Rapports de ce Dlfcoiirs avec celui qui ejl à la tête des Origines 

Latines. 

La marche de la vériré étant une , nous fuivrons dans ces Re- 
cherches fur l'origine de la Langue 6( de la Nation Grecque , 
le même plan que nous nous fommes prefcrit dans notre Dif- 
cours Préliminaire fur les Origines Latines. Il a paru plaire & 
intérefler : & ceux qui font accoutumés à cette Méthode nous 
fuivront mieux dans ces nouvelles Recherches : s'appercevant 
d'ailleurs qu'en la prenant invariablement pour guide, on parvient 
avec la même aifance & la même certitude à des découvertes 
non moins précieufes, ils feront moins embarraffés à faifir cette 
route , moins indécis fur la bonté de nos Principes. 

§. lU. 

Avantages de la Langue Grecque. 

Sil'onvouloit juger des avantages de la Langue Grecque par jn i'i'^o -^^ 
le petit nombre de ceux qui l'étudient, elle paroîtroit infiniment ^iohtUltr i/^ fàrpi 
au-dcffous de la Langue Latine : tout le monde apprend celle-ci: '"'''< '^ ^^'*'' '''^' ^ 
on compte ceux qui s'attachent à fon aînée, fur-tout ceux qui ''^'^ ''***' ^"'^ ^*^ "*"/ 
s'y diftinguent : fans quelques particuliers qui s'y adonnent , les ** -^*"«- w » »• "j 
uns par plaifir , les autres par intérêt , elle feroic totalement né- 
gligée. 

Ceft ainfi que la Langue Latine fe fubftituanc à la Grecque , jki J/lLjidA. f^fcitrrti 
lui a enlevé prefque tous fes avantages. ■Q/<iXi>w . 

Cependant le^ Romains , ces Peuples auxquels la Langue La- 
tine doit tout , ne croyoient rien favoir , tandis qu'ils ignoroient 



Cr^mnl 



vj DISCOURS 

la Langue Grecque. Leur jeunefle la plus brillante étoît élevée 
à Athènes : leur J angue s'enrichiflbit fans cefTe, ainfi que leurs 
>. * Palais, des dépouilles des Grecs. Ciceron lui-ir.ême.cet Orateur 

^ qui porta il loin la gloire de fa Langue , qui en étoit l'admira- 

teur fi outré, fi partial, ne pouvoit s'empêcher de parler Grec dans 
ceux de les Ouvrages oij il n'étoit pas en garde contre la Langue 
Grecque , où fa paffion pour le Latin étoit forcée de céder à Tu- 
j tilité prefTante du moment. 

d^ hi f^- -'^ ^ , Mais puifque les Romains , vainqueurs des Grecs & jaloux de 

a/tci fo J(^ /"<u^ leur 1 angue j ne purent réfifler aux grâces merveilleufes du lan- 
IjL J/iyi6(^'^ ^ y<^<yfc gage des Grecs , & s'ils s'efforcèrent fans ceiTe de les tranfporter 
ut/oJ: /A<Jr'^/^y''/<'^. dans le leur , plus injuftes que ces fiers Conquérans ou moins épris 

d'amour pour les grâces , ferions-nous afTez dénués de goût, affez 
gothiques pour nous priver volontairement des avantages qu'on 
peut puifer dans la connoiflance de cette belle Langue ? 
iiU fhtA pf^^ En effet , aucune Langue ne peut être comparée à la Grecque. 

Ik Ja*iO ' ^'^^ ^^ Langue de l'efprit , de l'imagination , des idées grandes & 

fublimes : toujours accompagnée des grâces , elle s'énonce fur 
tous les tons , & elle le fait toujours de la manière la plus agréa- 
ble & la plus parfaite. Avec Anacréon , elle chante Vénus & les 
Amours : avec Homère, elle entonne la i rompette guernere, elle 
^ ' brille dans les Combats, elle change les hommes en Héros, elle 

, 1 . '"' en fait des immortels : dans Hérodote , elle peint les tems paffés 

orotLotus ,,,^ .11 11. 

avec toutes les richeffes du coloris le plus flateur & le fubiime de 

^ , la Poéfie. Avec Pindare , elle s'élève dans les Cieux, elle devient 

gigantefque , rien ne peut imiter fon enthoufiafme , fa pompe , fes 

.v^-r/t.-,, écarts féduifans. Par la bouche de Démosthène , elle commande 

aux pa(T)ons , elle entraîne les Peuples , elle forme les ligues , elle 

JOhiiii-i Ùihijl-Ui fait trembler les Monarques. Par le jeu charmant des Sophocle, 

des Eschyle, des Euripide, elle excite tour à tour la pitié, la 



PRELIMINAIRE. vij 

«rreur , l'admiration : elle entraine les efprlts , elle les meut à 

volonté : tour à tour à fon gr-i elle infpire la joie , ou fait couler 

nos pleurs. Tandis qu'avec Platon, elle s'élève aux idées les ^i (LtO 

plus relevées , qu'elle pare la Métaphyfique de tout ce que la 

Poéfie a de plus attrayant , ôc 1 1 Peinture de plus noble l'i-c de plus 

flatteur, elle fe met dans Théocrite par fa naïveté au niveau JnLO(TLUii 

des efprits les moins élevés , elle joue en quelque façon avec eux : 

& elle plaît dans Lucien à l'imagination la plus délicate, par la «Ut lu-*» 

finefle de fes penfées, & par le lel de fes pîaifanteries. 

Que peut-on comparer d'ailleurs à fes brillantes Allégories ,à 
ces récits faits en apparence pour amufer les enfans , pour les en- 
dormir , & qui fous un voile naïf & menfonger renferment ce que 
la Nature a de plus grand ; & la Religion, de plus augufle ? 

Ignore-t-on auffi que cette Langue renferme tout ce que l'é- 
rudition Profane , Kiftorique, Chronologique a de plus refpe£i:a- 
ble ? Et relativement à la Religion Chrétienne, n'eft- ce pas dans , 

cette Langue que font écrits les Ouvrages de fes Hérauts, les m*'<^^'^^ ^ Qt-yifUat 
fondemens de la Foi : & que c'eft la Langue que parlèrent & dans 
laquelle écrivirent les Basile, les Grégoire, les Chrysostome, "^àïO^ (jYK^art^ c*'*' 
une foule d'hommes illuftres dans i'Hiftoire de l'Eglife ? J$ihrw> 

Mais quelle eft donc la nature de cette Langue , qui, comme 
un vrai Protée, fe prête atout, fe plie à tous les genres ,& peint . , 

fi bien tous les tons depuis la houlette du Berger jufqu'à la lance 6 WA të^Mt JH 

guerrière & au fceptre des Rois/ 

§. I V. 

y uis générales J UT les caufes qui la font négliger. 

Comment eft-il arrivé que cette I-angue fi belle , fi riche , Ê Mau hûL ^-/Àor Cou 
parfaite , fi touchante , foit aufli négligée qu'elle l'eft \ Qu'on fe 6c Jixjault4^ 



vîîj DISCOURS 

contente de l'admirer de loin : qu'on ait prefquc honte d'en avoir 
quelqu'idée ; comment s'eft-il élevé, dans notre Nation fur-tout, 
■ '^ un (i grand abîme entr'elle ôc l'homme de goût /* 

Au renouvellement des Sciences , chacun fe livra avec ardeur 
à la connoiffancc du grec : elle fut portée en Europe par des 
Grecs : ils fe plurent à répandre leur Langue : on fc plut à les 
écouter dans toutes les Villes où l'on avoit du goût pour les 
^ ", I -»' Sciences : François I. favorifa ce goût avec ardeur : la France fut 

remplie de livres Grecs & de gens habiles à les entendre Ce goût 
o,, j ,- . ,,, fe maintint; il devint à la mode ; les Belles, qui font tout ce qu'el- 
., . j^ K'»'* fft 6t. les veulent, voulurent elles-mêmes étudier cette Langue ; la pé- 
danterie s'en mêla , ce Sexe fut moins aimable. Molière , ce 
JiûLUorf. génie facile 6c heureux, qui avança fi fort au milieu de nous l'em- 

pire du goût , fentit la force de l'abus : employant l'arme du ridi- 
WiàLudi /*»•' v««>^ ^"^^ ' ^^ P'"^ terrible dans la fociété, il frappa d'anathême l'étude 
Lr^L Âtr,. i^ lûcuUn. de cette Langue : chacun eut peur de reffembler au fot qu'on cm- 

braffoit plus fottement encore pour l'amour du Grec. 

, Tel eft l'homme , il fe jette toujours dans les extrêmes : d'un 

/«/, . %t>r /ix<m-n ^«*"*'gQ^,ç défordonné pour le Grec, on paffa tout d'un coup à l'indiffé- 

"* rence la plus grande. Certainement , aimables François, Savans 

de tous pays , vous avez tour à perdre à la pédanterie , à un favoir 

pefant & mauffade , à une (lérile connoiflance de mots : notre 

Poëte Comique fit bien de frapper fur ce ridicule, deftrudcur de 

la vai^i Science : mais ne confondez point avec ce défaut , la 

vraie & folide connoifTance des Langues ; ces Langues conlidé- 

/ n- i / j, lées comme moyen de s'initruire, avec i'inftrudion elle-même : ce 

''^ ' feroit imiter une perfonne qui amafleroit fans cefl^e de l'or pour 

en ufer , & qui n'en uferoit jamais : ou celui qui fe prépareroit 
chaque jour pour des voyages lointains, & qui nefe mettroit 
jamais en chemin. 

Avouons 



.»» fti 



PRELIMINAIRE. ix 

Avouons cependant que des caufes majeures favorifenrcetdloi' 
gnement pour la Langue Grecque : & qu'on ne fauroit en rame- 
ner le goût fans les fuire difparoître, 

§, V. 

Moyens de faciliter t étude du Grec* 

La plus efTentielie des caufes qui font négliger l'étude du Grec, 
c'eft fans contredit le manque de moyens pour l'apprendre en 
peu de tems & d'une manière fatisfaifante : il efl fi dur d'être con- 
damné à n'apprendre que des mots : il eftfi difficile de fe fouvenîr j^,-, j^ù lh<d /Kv 
de mots dont on ne voit jamais la raifon : il eft fi fâcheux d'être tirmo-n^ htf 6v<tm 
obligé de pafier le tems le plus agréable de la vie, à l'étude de >n«w, êÙLttoyymr^iM 
règles barbares , ôc qui ne paroiffent que l'effet du caprice ! L'étu- C^'\lU\\y^^ a^à. 
de du Latin emporte elle-même un tems fi long, fi faflidieux ! où ^on/i4,k^; ui 
trouver celui qu'exigeroit un travail de la même nature pour la /Viuv ûr>ir«. ia»i^uftj^ 
Langue Grecque ? - K*a>c/au(i-t<.kv.t /K. Ût^^uuiù^,/ t^xuk 

On a raifon fans doute : & tandis qu'on ne remédieroit pas à ces 
plaintes , il feroit inutile d'exhorter les Jeunes Gens à l'étude du 
Grec : ils ont déjà affez de leur tâche, fans les excéder d'une nou- 
velle. 

Nous l'avons fenti d'autant plus vivement que nous avons pafTd 
nous-mêmes par tous ces états , & qu'ils formoient pour nous un 
poids prefqu'infupportable : mais nous roidiffant contre les diffi- 
cultés , nous n'avons rien négligé pour l'alléger : le volume que 
nous mettons ici fous les yeux du Public , tend à le diminuer le 
plus qu'il nous a été poffible. 

Les Mots Grecs y font ramenés à leur véritable fource, & i • .•!;!». i^' , - . 

cette fource n'eft ni éloignée ni difficile à faiiir. Ce font prefque ^ 

toujours les mêmes mots radicaux, les mêmes monofyliabes qui 
Orio. Grccq, ■ b 



^ «*-• 



X DISCOURS 

ont produit la mafle énorme des mots Latins & des mots Fran- 
çois. Ces mots déjà connus font en pecit nombre , par-là même 
aifés à retenir : de chacun d'eux , on en voit dériver une multitu- 
de , qui formés des mêmes clémens phyfiques , font tous liés en- 
tr'eux par une même idée commune dont chacun préfente 
une nuance particulière ; & vont fe lier également & fans peine 
avec tous les mots & Latins & François ^qui appartiennent à la 
même famille. 

Par ce moyen, cette immenfe quantité de termes qui compo- 
fent la Langue Grecque , ne font plus ifolés & n'offrent plus le 
fpeiStacle effrayant de mots féparés & étranges entaffcs les uns 
fur les autres j fans qu'on puifie fe rendre raifon de leur nombre, 
fans qu'on oie même s'expofer à ce calcul auiïi faftidieux que pé- 
nible. 

Tous claiTés par familles nombreufes , tous diftribués en belles 
. •' & vaftes ailées , un feul en rappelle mille ; mille font comme un 
. - ■ feul : on fait à chaque infiant où prendre chacun d'eux ; on 
voit à chaque inftant tous ceux dont il dérive , tous ceux qu'il a 
produits L'cfprit latisfait , l'imagination vivement frappée , l'in- 
telligence à fon aife, donnent tout le loifir néceffaire pour fe 
promener dans ces fuperbes efpaces , pour en retenir l'enfemble , 
^ pour trouver du plaifir à leur formation : fpedacle raviflant , digne 
d'être préfenté aux hommes , propre à élever leur a me en les fai- 
fant planer au-deffus du vafle empire des Langues ; en leur en 
montrant les beautés, les rapports, les caufes j & les débarraffant 
des nuages qui les obfcurciiïbient , des ronces qui en rendoient 
les avenues longues & difficiles. 
Ijoiinq ^MriiUr^c». Ces Origines Grecques , ainfi que les Latines, font deflinées 

,, I ,, . fur-tour aux Jeunes Gens qui fe vouent à l'étude des Langues. 
t^ùioU hflUc f^ T., , ^, . ,. 1 1 , 

JNous ne les croyons cependant pas mdignes des regards de ceux 
^ro/UiÀ Wui.^k '>^^ / r r û D 



? R E L 1 M I N A I R E. xj 

qui font déjà avancds dans cette carrière ; ils y trouveront des 
vues neuves , des rapports lumineux , des vérités inconnues aux jftil'^h ^MM;in.tm0-*x % 
Grecs eux-mêmes , une énergie dans les mots dont ils ne fe dou- lU JvtcA,» iktA^jJ^^-c} 
toient pas : ajoutons qu'en rcconnoifTant ici les mêmes rapports 
qui ont déjà frappé dans les Origines Latines , ce fera un témoin 
de plus en faveur de l'excellence ôc de l'utilité de notre Méthode, 
ainfi que de fa fupériorité fur tout ce qu'on avoit _tenté jufques 
ici , fans en excepter même les Grecs. 

§. V I. 

Pourquoi ces Origines font mieux connues aujourd'hui que du 
tems des anciens Grecs, 

Tout ce que nous avons dit dans notre Difcours Préliminaire 
fur les Origines Latines , page VI , ôcc. pour juftifier ce que 
nous avançons ici , & pour montrer qu'il n'eft pas étonnant que 
nous connuflions mieux ces Origines que les Romains eux-mê- 
mes , devient autant de preuves pour démontrer que les Origines 
Grecques nous doivent être mieux connues qu'elles ne l'écoient 
des Grecs eux-mêmes & de tous ceux qui ont marché fur leurs 
traces j ou qui s'étoient perfuadés qu'on ne pouvoit découvrir ce 
qu'ils n'avoient pu connoître. 

Les Grecs, ainfi que les Romains, n'eurent aucune idcedu génie ft'm^Jfr^iiûl Jclcaxul 
étymologique des Langues : jamais ils ne penferent à rapprocher 6twA*<ûiW'»v (■<, k^u k] 
la leur des Langues Celtiques qu'on parloit dans leur voifmage ôc av»*. A«m«n>. 
dans le refte de l'Europe , ôc qu lis traitoient de Langues Barba- 
res : il étoit donc de toute impolfibilité qu'ils pufTent répandre la 
moindre lumière fur les Origines de leur Langue. 

A£luellement , au contraire , il exifte, comme nous l'avons dé- 
montré, une Science étymologique, au flambeau de laquelle doit 

'i>ij 



xi] DISCOURS 

fe diflîper tout doute ; & l'on connoît cette Langue parlée par 
,^ ^'.V> les premiers habitans de l'Europe , qui étendit fes fertiles rameaux 
ift'.>.i dans toute cette partie de l'ancien Monde avec les Colonies qui 
s'y répandirent de tous côtés , & de laquelle defcendirent l'an- 
cienne Langue Grecque antérieure à Héfiode & à Homère , l'an- 
cienne Langue Latine , celle des Sabins , l'Etrufque , ;le Thracc 
parlé depuis la Mer Noire jufqu'au Golfe de Venife , le Theu-. 
ton , le Gaulois , le Cantabre^le Runique. 

Si dans nos Origines Françoifes & dans nos Origines Latines 
nous avons prouvé cette aiïertion relativement à ces deux Lan- 
gues , nous ne le prouvons pas moins aujourd'hui reiativement 
aux Origines Grecques. Cette uniformité de méthode & de ÇuC" 
ces , ôc cet accord de trois Langues en apparence fi différentes , 
devient la démonftration la plus complette de nos Principes. 

§. V T L 

Les Origines Grecques > partie ejfendelle du Monde Primitif; ce 
que nous en avons dit dans notre Vlan général SC raijonne. 

Les Origines de la Langue Grecque font en effet une partie fi 
eflentielle du Monde Primitif, qu'il étoit impoffible de les fuppri- 
mer. Exiflant telle qu'elle eft dans des fiecles très-antérieurs à 
toutes les Langues aduelles de l'Europe , liée intimement à tou- 
tes ces Langues , 6c à toutes celles de l'Afie , au Perfan & à l'AI- 
^ lemand qui ont le plus grand rapport entre elles ; fi femblable à 
l'Efclavon qu'on a cru qu'elle en venoit , & à fin Jicn qu'on s'eft 
imaginé que celui-ci en étoit un dérivé > cette Langue efl une 
clé merveillcufe qui fait pénétrer avec une aifance étonnante dans 
l'étude & l'origine de toutes ces Langues, ôc elle devient un 
échelon admirable pour remonter fans peine à la Langue Pri- 
mitive. 



PRELIMINAIRE. xîîj 

Ayant fourni une multitude de mots à toutes les Langues de 
l'Europe, ayant fur-tout cidé celie des Sciences & des Arts, 
il devient impoffible de s'en pafTer dans l'e'tude étymologique des 
mots. 

Mère de la Fable & de l'AUdgorie , on ne peut pénétrer dans 
le vrai fens de celle-ci , fans ctre au fait de la valeur & de l'é- 
nergie de chacun de ces mots ; valeur ôc énergie qui ne font rien 
fans leur étymologie. 

Auffi dans notre Plan général & r^ifonné, annonçâmes - nous 
les Origines Grecques comme une portion indifpenfable du 
Monde Primitif. Nous promîmes de remonter à l'origine de cette 
Langue , de faire voir dans quelles fources ce Peuple intérefîant 
avoit puifé fes mots j comment il parvint à étendre , à embellir , 
à diverfifier ce premier fond, à le faire dilparoître en quelque 
forte par la manière dont il fut fe le rendre propre , par la riche 
& élégante broderie dont il le revêtit. 

Nous promimes en même-tems de réduire au plus petit nom- 
bre poiïible , cette multitude prodigieufe de mots dont on avoit 
fi mal-à-props enflé la racine des radicaux de cette Langue. 

Nous osâmes affurer que fon étude en dcviendroit plus 
aifée : que fon origine ne ferolt plus une énigme : qu'elle fe 
lieroit avec celle de tous les Peuples : qu'on la retrouveroi: chez 
tous ; que fes mots s'uniffant à des racines déjà connues , & pré- 
fentant toujours une raifun fimple & naturelle de leur exiftence, 
elle on deviendroit d'autant plus flatteufe , & fe retiendroit fans 
peine. 

Cette annonce n'étonna pas moins que toutes celles dont elle 
étoit précédée \ on la regarda en pitié comme une chimère ; & il 
ne pouvoit en être autrement, on n'avoit encore rien vu en ce 
genre. Nous ne pouvions donc nous difpenfer de faire paroltre ces 



xW DISCOURS 

Origines Grecques : nous aurions manqué à nos promeffes ; notre 
plan feroit incomplet -, nous donnerions de fâcheux préjugés 
contre nous , & contre nos principes : nous juftifierions en quel- 
que forte les jugemens précipités & défavantageux qu'on avoit 
portés contre notre entreprife. 

A la vérité , cette portion de nos recherches intéreffera moins 
J*imi lAiJoiH-ittrf nombre de nos Le6leurs ; il faut en convenir : ceux qui ignorent 
le Grec feront effrayés de ces Origines : malgré cela , il fe peut 
qu'elles ne leur foient pas entièrement inutiles : ils peuvent en 
lire tous les Préliminaires , en parcourir tous les Chefs de 
famille : cette facilité en déterminera , fans doute , quelques- 
uns à donner quelque tems à une Langue qui leur préfentera des 
attraits inconnus jufques-là. D'ailleurs dans un vafte Palais y dans 
un immenfe Jardin, il y a toujours des efpaces , des portions 
moins fréquentées que d'autres , & cependant perfonne ne penfe 
à les fupprimer. 

Enfin, nous avons toujours été dans l'idée que lors même que 
nous ne pourrions pas completter l'édifice dont nous avons mis 
le plan fous les yeux du Public , nous en aurions bien mérité fi 
nous mettions ceux qui étudient les Langues à même de les 
apprendre avec plus de facilité , plus de plaifir , plus d'utilité , 
puifque par ces fecours pour s'inftruire des mots, chacun pourroit 
arriver plus facilement à laconnoiflance des chofes. 

Nous nous fommes donc livrés à cette entreprife avec plus de 
confiance , perfuadés qu'on auroit du moins égard à notre bonne 
volonté , que nos fuccès dans la recherche des Langues devien- 
droient une forte preuve de l'excellence de nos principes ; & que 
par rapport à nos Origines Grecques , ceux qui favent le Grec 
ou qui veulent l'apprendre , feront bien-aifes de connoître ce 
gue nous en avons dit ; & que les autres ne feront pas fâchés d'e'n 



PRELIMINAIRE, xv 

avoir une idée , de s'afTurer s'ils y apperçoivent en effet des rap- 
ports avec les Langues qu'ils connoifTent. 

La manière dont on a accueilli nos Origines Latines, (ont pour 
nous d'un augure d'autant plus favorable , que nous fuivons dans 
ce Volume la même marche , le même ordre , & jufques aux 
mêmes Chefs de Familles. 



ARTICLE IL 

§. L 
Grecs qui fe font occupés des Etymologics de leur Langue, 

^E T Article ne fera pas long : les Grecs ne fe font jamais mis 
beaucoup en peine de l'origine de leur Langue ; ce genre d'étude 
eft prefque dû en entier à ces derniers tems : peut-être n'avons 
nous pas fait une grande perte par cette négligence : le peu qui 
nous reftc d'eux à cet égard ne vaut pas mieux que ce qui nous a 
été tranfmis des Etymologiftes Latins. 

A R I s T O T E <S^ /<î^ s T O ï C I E N s. ' ''*^ 

Aristote avoit fait un Livre qui n'exifle plus , fur les Noms ^Tisb^ 
barbares. 

Les Stoïciens , tels que Zenon , Cléanthe , Chrysippe , leurs ^i^o'^ 

Chefs les plus diftingués, s'étoient occupés également de Recher- 
ches étymologiques pour rendre raifon des Noms, à ce que nous 
afTure Ciceron dans fon I II«. Livre fur la Nature des Dieux : C^uro 
ce Fhilofophe Orateur n'en étoit pas content: il dit que la peine 
qu'ils prenoient à cet égard étoit auiïi grande qu'inutile, magnani 
molejliam if minime necejjariam , ce font fes propres termes. Il 
leur fait reprocher vivement par Cotta, un de fes Interlocuteurs, 
leurs étymologies ridicules, infipides , frivoles : » vous vous tour* 



xvj DISCOURS 

» mentez, leur reproche ce bel efprit , pour trouver des étymolo- 

» gies décelables ; pour nous apprendre que Saturne fignifie celui 

» qui fefature d'années, qui s'en Tzi^zCie, qr/i /ejaturat arinis : Mars 

» ou Mavors, quioperelesgrandes révolutions ,^«///z^^/7c2Torm: 

Àt ^ ^olltt' m Minerve , celle qui diminue minuit, ou qui menace . minatur : 

/ Wwi/tt «Vénus, celle qui vient à x.o\iS ,venit ad omnia : que CékÈs vient 

^"^ »'( -. » du Latin GEK^/tf produire ; mais que ferez-vous , leur deman- 

yltu»*n, " ' ^, .. de-t il , de /^<î/oîv\y , de VuLCAiN ; Cependant lorfqu'on vous 

^Tow Ti^jorw / 6*». ^^ entend dériver Neptune du mot iwndo , nager , il n'y a rien qui 

» doive vous arrêter , 6c vous vous fauverez toujours à la nage , 
» mieux que Neptune lui-même ». 

On ne pouvoit faire fentir avec plus de force la vanité de cts 
Erymologies qui prouvent con;bien ces grands Perfonnages de 
l'Antiquité ctoient embarrallés, lorfquils vouloient rendre raifon 
de leurs Origines : ôc combien notre fiécle leur eft fupérieur à 
cet égard <, puifqu'a£tuellement rien ne peut échapper en ce genre y 
& que tout s'explique de la manière la plus fimple , la plus fatis- 
faifante. 
, IL f Saturne eftle vf^/or, le femeur , le Père desmoilTons, 

^ ^^'' l'homme à la faulx tranchante. 

. V : Ma-vors, le même que Ma-mers , eft le redoutable Dieu 

des combats. 

MiN-ERvE , le flambeau de la nuit , ou la Lune. 
Vénus , la beauté qui captive tout & qui anime tout. 
CÉRÈs, celle qui dirigeles travaux de l'Agriculture jdeCAR^ 
CER , culture , labour. 

VuL-CAiN , le Feu éclatant. 

Neptune, le Maître des eaux profondes. 

Ve-jovis, Jupiter irrité. 

Les Stoïciens avoienc raifon quant à leurs principes ; mais ils 

étoient 



f R E L 1 M 1 N A I R E. x.n, 

étoient déroutés dès qu'il s'agiflbk de les prouver. Ces principes 

étoient fages , conformes à la Nature & à la raifon , immuables 

& éternels ; mais leurs preuves ne valoient rien. Cotta les plai- 

fantoit donc avec fageffe à l'égard de ces preuves : mais lorf- 

qu'il s'imaginoit par ces plaifanteries anéantir la certitude de leurs 

principes , il méritoit tous les farcafmes dont il accabloic ces Phi- 
lo fophes. 

Platon. 

Platon , ce fage qui avoit beaucoup lu , beaucoup voyagé , 
grand Philofophe , profond Métaphyficien , Ecrivain aimable , 
avoit fort bien apperçu le rapport de la Langue Grecque avec 
les Langues barbares du voifmage , telles que celles de la Phry- /àrn(ji(K. fhrxu. 
gie & de la Thrace. Il en cite quelques exemples dans fon Cra^ (■ntn^'' 
tyle \ il eft donc fâcheux qu'il n'ait pas fuivi ce fil , ou qu il n'ait 
pas engagé quelque jeune Lettré à raflembler le plus qu'il auroit 
pu de ces rapports : c'eût été un Recueil très-précieux , ôt dont 
nous retirerions de grands avantages ; mais il eft fort apparent 
que tous les moyens leur manquoicnt à cet égard: que cette con- 
noiflance étoit réfervée à notre fiécle ; & qu'elle devoir être la 
fuite nécefTaire de cette multitude d'objets qui pouvoient feuls 
reftituer le Monde Primitif. 

Ce qui eft digne de remarque , c'eft que cet illuftre Grtc con- 
vient qu'on n'a pu impofer des noms aux objets , qu'en conful- ffax^i-i wuiural 
tant la Nature elle-même ; que les Grecs & les Barbares ont été '* • • "i vah ;;\T 
également aflujettis à cette loi : que telle eft la propriété des Noms .-,. , 
qu'il a fallu qu'ils fuffent afTortis dans chacun de leurs élémens à 
la nature de leurs objets : qu'ainfi l'origine des noms n'eft point 
l'effet de la volonté des hommes ou de leur caprice ; mais qu'ils 
font donnés parla Nature elle-même, l'Ouvrage en quelque forte <ii.ui»u. 
du Ciel même. 

Orig. Grccq. e 



xviij DISCOURS 

Grande & fublime idée qui prouve que ce Phllofophe avoic 
entrevu les Principes fur lefqueis s'élève le Monde Primitif; & 
qu'ils n'ont jamais pu fe perdre entièrement : que les Grecs 
étoient dans ce tems-là plus avancés que ceux qui n'ont pu s'éle- 
ver depuis eux jufqu'à ces Principes, & pour qui ils ne font que 
de vains paradoxes. 

Ajoutons que de ces mêmes Principes peuvent réfulter des con- 
féquences plus importantes encore, puifqu'étant une fois prouvé 
que les mots font donnés par la Nature j il feroit difficile de déci- 
der fi ces mots ont été faits pour le monde vifible , ou fi ce monde 
vifible a été fait pour eux > puifque fi l'inftrument vocal ôc 
nos oreilles n'euffent pas été faits comme ils font, nous n'aurions 
jamais pu parvenir à nommer les objets d'une manière affortie à 
leur nature ; mais une fois démontré qu'il a fallu que nos oreilles 
& l'inftrument vocal aycnt été modifiés comme ils font pour pein- 
dre la Nature par la parole , il n'efl pas plus difiicile de fuppo- 
fer que le Monde vifible a été difpofé de façon que par fa con- 
templation nous pufiTions parvenir à la connoifiTance de ces noms , 
& des idées qu'ils repréfentent f antérieures à l'exiftence de ce 
Monde vifible ; ce qui raméneroit l'Origine du Langage primi- 
tif à des tems & à des êtres fort au-deflus de tout ce que nous con- 
noifiTons , ôc qui rentreroit parfaitement dans la fublime idée des 
^, . ' „,. '^' i Anciens, que le Monde entier n'eft qu'une Allégorie, im mi- 
xoir fait pour nous conduire a la connoiliance d un monde iupé- 

Quoi qu'il en foit , autant Platon étoit fondé dans fon Principe, 
autant eft-il foible dans les étymologies par iefquelles il cioyoit 
le prouver ; car n'ayant aucune connoifiTance des mots primitifs , 
il décompofe les Grecs d'une manière plus propre-à faire rejetter 
fon Principe , qu'à lui donaer de la force. Ignorant , par exemple. 



"•*. .1 : .>t^j. 



PRELIMINAIRE^ xlx 

que le mot A-NER, Ao/?z/;2<? i venoit du primitif Nar , Ner ,/oAC(f , 

nerf y bravoure ^ il fuppofe qu'il venoit ^ Anô rhôein ^ defcendre '«f-A» 

d'en-haut; il fuppofoit que le nom du célèbre Hector venoit des 

Verbes Ekhein & Krateln, pofleder & commander : il n'eft paj 

plus heureux à l'égard des noms d'Agamcmnon , d'Ûrelle , de 

Pelops , de Tantale , &c. 

Et cependant aucun des anciens Grecs n*a rien dit de mieux 
à cet égard , puifque le favant Eusebe n'a cité que Platon pour [diLÙài^i 
établir le principe que les mots avoient une raifon naturelle ( i ). y^rdi A-u-ut y^f^l*^»K 
Voyons fi nous trouverons des vues plus fatisfaifantes dans nosr^«^»w. 
Savans Modernes. 

ARTICLE III. 

Etymohgijles Modernes fur la Langue Grecque, 

î. \. 

On Ta dérivée de t Hébreu, 

\_j E que nous avons dit dans nos Origines Latines fur ceux qui 
en rapportent la fource à l'Hébreu , convient également à la Lan- 
gue Grecque. Ceux qui fe font, occupés des Origines de celle-ci j 
n'ont pas été plus heureux que ceux qui ont cherché celles du 
Latin : procédant d'après les mêmes vues ^ marchant également 
au hafard , fans principes , fans goût , fans critique , fans philofo-. 
phie , il ne relie rien de leurs ouvrages en dernière analyfe. 
Ainfi tous ceux dont nous avons parlé dans nos Origines La- 



<i) Préparât. Evangel. Liv, XI. Ch. VI, 



XX 



DISCOURS 



^ 



. , <j tines( î ), GuicHA RD j Crucige R , Becman, Casaubon; 

Tkomassin , ôcc. opérant fur le Grec comme ils avoienc fait fur 
le Latin, allongeant, raccourciiïant, eftropiant les inots à vo- 
lonté j ne nous ont rien dit d'utile & de fatisfaifant fur ces grands 
objets : ils n'ont fait que confondre ôc brouiller tout , augmen- 
tant les ténèbres ôc les erreurs dans lefquelles on étoit plongé- 

Afin de démontrer que le Grec defcend de l'Hébreu , il auroit 
5ik.\j'»j.> îfallu ; 1°. montrer le plus grand rapport entre ces deux Langues; 
V ••■ . . i > \.-\\i2°. faire voir que ce rapport étoit uniquement le réfultat d'une 
•filiation néceffaire entre le Grec & l'Hébreu ; 3°. que les Grecs 
eux-mêmes defcendoient en effet des Hébreux ou que ceux- 
ci communiquèrent néceffairement leur Langue aux Grecs. 

Mais le rapport du Grec avec l'Hébreu n'eft pas plus grand 
qu^avec les autres Langues , & la Langue des Hébreux ou des 
defcendans d'Abraham n'en a produit aucune autre : les Grecs 
ne font point du nombre de ces Defcendans , & ceux-ci ne font 
point venus apprendre aux Grecs à parler. 

Dira-ton que ce n'eft pas la Langue Hébraïque telle qu'elle 
étoit à cette époque qu'on a en vue ; mais la Langue des premiers 
Patriarches , tranfmife par Abraham à fa poftérité ? Ce ne feroit 
qu'une pécition de principe. Le nom d'Hébraïque ne peut lui con- 
venir à l'exclufion d'aucun autre ; 2^. elle n'eft pas précilément 
la même que celle des Hébreux , puifque ceux-ci y firent des 
changemens confidérables : enfin , emportée par chaque Peuple 
à la difperfion , elle ne peut erre défignée que par le nom de Lan- 
gue Primitive , qui fe multiplia ainfi que le Peuple primitif & qui 
jfe répandant par-tout avec lui, devint plufieurs par cette difperfion^ 



(î) Difc. Prél.p. XXV. & Tuisr. 



PRELIMINAIRE, xxj 

ou prit autant de noms qu'il fe forma de grandes fociétés. Il n y 
a que ceci de vrai j tout ce qui eft au-delà n'eft que confufion , 
erreur , ou difpute de mots. 

Parlerons-nous du favant BocHart , qui dans fes laborieux 7)_ûikoLyb 
Ouvrages, croit expliquer les noms de la Grèce par la Langue 
des Navigateurs de Phénicie , comme fi jufques au moment de 
ces navigations , les Grecs n'avoient eu ni Langue , ni ville, ni 
habitation , ou comme ix les anciens noms euffent difparu devant 
des Commerçans ? Sans contredit j les Grecs durent aux Phéni- 
ciens divers mots d'Arts & de Marine ; quelques noms de Divi- 
nités , ceux de quelques Comptoirs j mais il y a bien loin de là aux 
vaftes prétentions de ce Savant en faveur du Phénicien qu'il croy oie 

trouver par-tout» 

f. IL 

Savans qui Uori dérivée cfautres Langues. 

Il n'eft donc pas étonnant qu'une foule de Savans ayent rap- 
porté l'Origine de la Langue Grecque à d'autres Langues qu'à 
celles des Hébreux ou des Phéniciens : & qu'ils ayent vu en elle 
une defcendance de quelqu'une des principales Langues parlées 
dans l'Orient de l'Europe : qu'ils l'ayent crue Fille de la Langue 
Scythique, ou de la Celtique, ou de la Gothique., ou même de 
la Germanique ; car ils fe font partagés entre toutes celles là , 
chacun fuivant que fa propre Langue avoit plus ou moins de rap- 
port avec quelqu'une de celles - là : aufli lorfqu'on a iû tout ce 
qu'ils ont dit, on ne voit que des rapports entre le Grec & ces 
Langues , & rien qui conduife à la caufe de ces rapports , qui 
démontre que le Grec defcende d'aucune d'elles en particu- 
lier. 

Afin de faifir avec plus de facilité la chaîne de ces rapports ,' 



'PL . >.l.tii 



Id^ 



xxîj DISCOURS 

obfervons que la Grèce avoit au Norcî les peuples de la Méfie , ÔC 
plus loin les Getes ôc Gochs qui habitoient les bords du Danube : 
à l'Occident, les Peuples de l'îllyrie; & au-delà, ceux de la Ger- 
manie. De là rrois Langues principales qu'on a pu ôc dû compa- 
rer avec la Grecque : i °. La Mceso-Gothique qu'on retrouve dans 
le Suédois moderne , &c. s». L'Illyrique appellée aujourd'hui 
i'EscLAvoNE qui fe parle dans la Dalmatie , la Carniole , la Bohê- 
me , la Pologne , la Ruflie, &c. 3°. La Theutonb ou Germa- 
nique qui fe parle dans toute l'Allemagne , & dont defcendent 
le Flamand ou HoUandois , le Frifon , le Danois & l'Anglois, 

Mais toutes ces Langues defcendcnt de la Celtique & doivent 
par conféquent avoir de très-grands rapports avec les Dialeftes 
Celtiques , connus fous le nom de Gallois & de Bas-Breton : ce 
qui forme une quatrième Langue dans laquelle on a dû retrouver 
les plus grands rapports avec le Grec. 

C'efl; entre ces quatre Langues que fe font partagés tous ceux 
qui ont cherché l'Origine du Grec dans quelqu'une des Langues 
, de FEurope , & dont aucun n'avoit foupçonné une Langue pre- 

ylf)u»ntllut '*'^j"*îl*'niiere dont toutes celles-ci , de^même que le Grec , n'étoient que 
des dérivations formées à peu . près dans le tems que chacune 
de ces Contrées avoit été peuplée par des Colonies forties d'une 
même fouche. 

ESCLAVON. 

audifti-"^ JZ^^rca^, L'Efclavon ou la Langue Illyrique étant prefqu'înconnue à 
l'Europe , peu deperfonnes fe font avifées de la comparer avec la 
Grecque: ils auroient cependant eu de très-beaux réfultats, parce 
que ces deux Langues ont en effet de très-grands rapports : ils n'ont 
Pas échappé au lavant Freret : voici un Précis de fon fyftênie à 
ZPrcrd. cet égard (1). 

(i) Méni. de l'Acad. des Infcr. & Bell. LetU Tom, XXI, Hift. pag. 15 Slfuiv. 



PRELIMINAIRE. xxiîj 

Ayant apperçu que les anciens Habitans de la Lydie, de laCa- ilb^, 

rie , de la Myfie , que les Phrygiens , les Arméniens , en un mot 
prefque tous les Peuples de l'Afie mineure formoienc dans l'Ori-^IjUl Wlftor /•«« 
gine une même Nation avec les Pelafges ou Grecs Européens, ôc ^^ *~- Voy>-'^ ^ 
que la Langue de toutes ces Nations Afiatiques avoient beau- wAiit j|y«« wû^4t 
coup de rapport pour le fond avec celle des Grecs d'Europe, il ^^a.U'k^ 
en conclut comme un fait plus que vraifemblable , que ûepuis 
les frontières des Celtes jufqu'à celles des Mèdes & des Syriens 
on parloit une même Langue divifée en plufîeurs Dialettcs & que 
le Grec étoitun de ces Dialedes. ;_. 

Cherchant enfuite s'il fe trouve encore aujourd'hui hors des 
limites de la Grèce , quelque Langue qu'on puilTe regarder com- 
me un relie de cette ancienne Langue générale dont il vient de 
parler , il avance qu'on ne peut donner ià-delTus que des conjec- 
tures ; mais qu'aucune ne mérite d'être admife fi elle ne remplit 
trois conditions efTentielIes. 

1°. Que la Langue moderne qui fera comparée au Grec , ait 
un certain nombre de mots femblables aux anciennes Racines de "^ ■ ^ 

la Langue Grecque, ôc cela fans tranfmutation des Lettres radi- 
cales en d'autres d'un organe différent. 

2°. Qu'elle reflemble au Grec dans ce qui fait le cara£lere 
cffentiel des Langues , dans le génie Grammatical. 

3°. Que ce foit la Langue d'un Peuple dont les Ancêtres ayenf 
été Yoifins de la Grèce , ayent pu facilement y pénétrer, & fe '^ '^^ ■*4'>f)'C 
trouvent mêlés avec les Grecs dès les premiers tems. " ",6 f^^.^û.- 

.., De toutes les Langues modernes examinées fuivant ces Loix^ , 
l'Esclavonne eft la feule qui paroifle à Freret y fatisfaire. On y JdÛiOOfil'^'^ 
retrouve un grand nombre de mots femblables pour le fon ôc 
pour la fignificatipn aux anciennes Racines fimples de la Langue 
Grecque : fon génie Grammatical ell le même. Enfin les Peuples g^^^. .' 



xxiv DISCOURS 

^(ifj oui la parlent font les defcendans des Gètes ôc des Thraces > Peu- 

ples voifins de la Grèce , occupant toutes les Contrées qui con- 
■• = •■ VAvîm 4,){c fînent avec elle du côté du Nord. 

> > "* V :. . Cette Langue générale dont l'ancien Grec & l'Efclavon pa- 
v '.. <•.■.^x> ..... ... roifl'ent des dialeftes , eft celle des anciens Gètes, des anciens 

i' ■ t • Thraces : ces Peuples Barbares habitoient un pays voifin de la 
Grèce , & pouvoient facilement y pénétrer. 

Cet Auteur fe rapproche donc ici de ceux qui attribuent l'Ori- 
gine du Grec à l'Efclavon, ou plutôt à la Langue des Gètes ou 
k L/Jk'ak au Mœfo Gothique, dont nous parlerons dans un moment: mais 

■^ ^ Çy j'ai bien compris ce qu'on m'a dit de M. LévÊque , qui vient 

^cUt«»^ de publier la Tradu^ion d'une Hiftoire de RufiTie , celui-ci va 

plus loin , tranche la queftion , & croit trouver dans la Langue 
Efclavonne , l'Origine du Grec. 

Ba s-Breton. 

-A iittM ^ l'extrémité Occidentale de l'Europe ôc de la France , eft un 

\ y^UÀ, Dialefte de l'ancien Celtique , appelle Bas-Breton ; le même que 

i*^ le Gallois & le Cornouaillien d'Angleterre. Relie précieux de 

cette Langue primitive de l'Europe , il a néceffairement le plus 

grand rapport avec les autres Langues de l'Europe , & par con- 

féquent avec le Grec : auffi ceux qui le favent , s'imaginent qu'il 

^ ^n /Kc fut la ^o"i^c^ ^^ '0"^®s ^^^ Langues. Tel le P. Pezron , qui ofa 

^^^^^, /k. ^''■^ ^^^^ ^^" ^^"^^ ^^^ chofes qu'on regarda comme des Parado- 

M^X'^^ «/ ^gg étranges , & avec lefquels cependant on fe familiarife peu- 

^"^^l :^W ^*P^"- ^^"^ f°" Ouvrage fur l'Antiquité des Celtes, il donna 

une longue lifte de mots Grecs & Latins qu'il retrouvoit dans le 

Bas-Breton. 

A-peu-près fur la même ligne marche M. le Brigand , Avocat 
yfj[ja.Hà jje Bretagne , qui fait tout defcendrc du Bas-Breton. 

Theuton 



^ PRELIMINAIRE. xxv 

Theuton ou Allemand; 

Les Savans d'Allemagne fe font en général beaucoup plus occu- •^'<^"<^ 
pés des Origines de leur Langue , que les François de la leur. Ils 
ne pouvoient fe difpenfer de comparer le Theuton ou la Langue 
de Germanie avec celle des Grecs , ôc de trouver nécefîairement 
les plus grands rapports entre ces deux Langues : aufli la plu- 
part ont-ils cru que le Grec écoit defcendu de celle qu'ils par- 
loient. Nous ne citerons que les principaux d'entr'eux ; la Lifte 
en feroit trop étendue. 

Le fameux Bullinger qui vivoit au XVP fiecle , nous apprend y^tf /^^i-H^tv 
(i) que fon Gouverneur, Jean Camerarius DALBURGE^qui fut Paf- dédïfuygi^ 
teur à Worms , avoit raffemblé des milliers de mots communs 
aux Grecs & aux Germains : qu'il en étoit de même de Jean- 
Rodo/fhe Agkicola , qu'il appelle l'Honneur Ereme/ de l'Aile- ÎUrnai htn^oraj ^*^^ 
magne , & de Sigi/mond Gelenius , de Bohême. Tji^ui 

ff^o/f gang Lazws en raflembla également un grand nombre Uailui 
dans fon Ouvrage fur les anciens habitans de la Germanie. 

Grubelius , dans fon Traité fur la Langue Germanique (2) , la *} rubcUMi 
regardoit comme fort antérieure au Grec , 6c fe moquoit de ceux 
qui s'imaginoient qu'elle tiroit fon origine du Grec ou du 
Latin. 

George Bec AN regardoit le Flamand , du moins la Langue des ^uam 
Goths dont il dérivoit le Flamand, comme la Langue Primitive , 
Mcre de toutes les autres, de la Germanique , du Grec , de 
l'Hébreu même. 



(i) De rationc commun. Lingu, Art, i. 

(a) Aft. Erudit. ann, lôji, 

Orig. Grecq, é 



xxvj DISCOURS 

Nombre d'autres , tels qu'URsiN (i) , FuNCCius (2 ) , Plem- 
Pius (3) , confondant la Langue Germanique avec la Celtique , 
'iM«;.T l'envifageoient comme la Mère du Latin ôc du Grec. 

Meric Casaubon (^) , & Eccard ( 5 ), fe font attachés à faire 
voir les plus grands rapports entre les Langues Angloife » Germa- 
nique & Grecque. 

A cette longue Lifte , que nous aurions pu plufque doubler , 
ajoutons l'opinion d'un Savant moins fufped que tous ceux-là, 
puifqu'il n'étoit pas Allemand comme ceux dont nous venons de 
parler. Jean-Marie^ELL\ii\ , dans fes Lettres imprimées à Bou- 
. - logne en 1(^8 ; , fait de la Langue Germanique & de la Grecque > 
une feule ôc même Langue, 

MCES0-G0THIQUE& SuÉDOIS. 

Oiâjii \ iku,(Ll}cik ^^^"^ R u D B E c K , dans fa célèbre Atlantique dériva le Grec 
du Suédois , ainfi que la plupart des Langues, ôc prefque tout 
" ' le favoir de l'Univers. 

Un de fes Compatriotes , la gloire de la Suéde , le Savant M. 

ffDt Ihre , s'eft beaucoup étendu fur l'origine de la Langue Grecque, 

dans le Difcours Préliminaire qu'il a mis à la tête de fon beau Glof- 

fairc Sveo- Gothique : ce qu'il en dit mérite d'être mis en abrégé 

fous les yeux de nos Leâeurs. 

i > Frappé des rapports étonnans qu'offrent les Langues Latine^ 



(j) Onomafiic. Lîng. Gcrman. GrîEC. 4^.Rausbon. lé^o, 

(x) De Orig. Ling. Lat, 

(3) Orthographia Belgica. 

H)]Dc IV. Linguis, ii. Lond, itfj'i. 

(.j) De Orig. Germanorum eorufli^ue Colonîîs , migratlonibus ^ &e. 40, Gouing, 



P RE L I MI N A I R E. xxvij / ^ 

Grecque & Suédoife , il convient qu'on ne peut les attribuer à J^(im^ QUch J 
d'autres caufes qu'à une Origine commune. Il s'étend même fort fyyf^iHii^ yttattd 
au long fur ces rapports pour mieux démontrer en quelque forte 
que les trois Langues femblent n'en faire qu'une feule. Ces exem- 
ples font d'autant plus précieux qu'il n'en eft aucun qui ne témoi- 
gne hautement en faveur des Règles & des Principes fur lefquels 
nous avons établi la Science Etymologique en entier, & d'après lef- 
quels nous démontrons les rapports entre toutes les Langues avec 
la même fimplicité , la même évidence , les mômes développc- 
mens que ceux que ce Savant admet entre ces trois Langues. 
On y voit , par exemple , que les Racines Tac , fe taire , Fel , 
ou Ple , multitude, Leip , laifTer , Dol , cacher , tendre un piège j 
d'où le Latin Dolus , piège : le Suédois Doija , cacher , 
tendre un piège : le Grec Dotôn , arme cachée dans un bâton , 
ainfi qu'HEs Y c H i u s le dit lui-même , ôcc. font communes aux 
trois Langues , & leur ont donné divers dérivés qu'on reconnoît 
malgré toutes les modifications qu'ils ont pris dans chacune de 
ces Langues. / /, 

Que les noms de nombres y font les mêmes ; & beaucoup de nLi'^^'-^> 
noms relatifs à la parenté , à la marine : que \ts Prépofitions font ^z û»ic 
prcfqu'entiérement calquées les unes fur les autres. 

Que les Comparatif & Superlatif s'y reconnoiflent aux mêmes Jinric» 
terminaifons : que le Verbe Etre y éprouve les mêmes variations ^ '^ ,, 
ou anomalies : qu on y trouve le duel. ' 

Ce Savant conclut de-là que les Grecs primitifs ou Pélafgcs jduJ>')^ 
tx. Attiques , mot qui fignifie dans Hesychius , vieux, ancien ^ 
en Orient D'p'ni? , font defcendus de la Thrace , habitée par \t% 
Getes, mêmes que les Goths , & d'où vinrent également les Moc- 
fo- Gothiques dont la Langue fe retrouve dans le Suédois : ôcque conrud^ Ij^ 
ces Pélafgcs apportèrent avec eux dans la Grèce la Langue ôc ^^^ y p ^ <- 
l'Alphabet Gétique. dij t^^^^l-'^r 



■xxvuy DISCOURS 

Quant à la fource commune de toutes ces Langues , il Tattrî- 

- >■ _. hueavec-nombred'autresSavans à celle des Scythes. 

Egyptien & Indien. 

Toutes les Langues tenant ainfi les unes aux autres , par des 
rapports aufli nombreux qu'étonnans ^ il n'eft point furprenanc 
que chacun ait attribué l'Origine du Grec à la Langue qu'il favoîtr 
le mieux : il n'eft pas plus étonnant qu'on lui air trouvé de très- 
grands rapports avec l'Indien & avec l'Egyptien-. 
lu^jux Vf. Ur^cS Ainfi le Savant Bayer , dans fon Hiftoire intérefïànte de la 
Bactrianc , fut fi frappé de larefTemblance qu'il appercevoit entre ' 
rindien & le Grec , qu'il crut que l'Indien s'étoit formé fur le 
Grec, iorfque les Succefleurs d'Alexandre le Grand eurent établi 
cette Langue avec leur Empire fur les bords même de l'Inde. 

M. l'Abbé Barthélémy a également démontré de très -grands 
rapports entre le Grec , l'Egyptien & le Phénicien (i). 

Que conclure de tout cela ? Que le Grec ne doit fon exiftenca 

nî à l'Hébreu , ni à l'Allemand , ni au Suédois , ni au Moefo-Go- 

thique, ni au Phénicien, ni au Perfan ou à l'Lidien : mais qu'il eft 

ÙY(xK dvTLmd. dérivé de la Langue première de l'Europe ou de la Langue Cel- 

/v(rw / iftt'L iutw ^''î"^ J ^<^"^ ^lis - vaèïfiç. de la Langue Orientale : enforte qu'il 

<ri Ihi Oi^irrviay "'^^ ^°'^^' furprenant fi toutes les Langues fe reffemblent entre 

^ elles : le merveilleux feroit qu'elles n'offrilTenc aucun de ces rap-; 

ports. 

^. I I I. 

Comment on peut parvenir a ta vérité Jur cet ohjet. 

Nous ne nous tromperons point , lorfque ne regardant toutes 



Cs) M<;mDires dt i'Acad. dîs Infcrigt. & Belles-Lettres , Tome XXXlI , inri?. 






¥ RELI Ml N'AîRE. xxîx 

les Langues , fans en excepter la Grecque , que comme de fimples 
objets de comparaifon , & non comme defcendant les unes des 
autres , nous ne miitilercns les mots d'aucune pour les forcer de 
xefîembler à ceux d'une autre Langue ; & que nous nous conten- 
terons de chercher comment de la Langue Primitive s'eft forniée la 
Grecque. . , 

Cette recherche tient donc néceflairement à la connoifTance de O^^^K dj'j^^'^^ 
FOrigine des Grecs : queftion cependant qu'on a prefqu'entiere- 
ment néglige'e. Ceux qui fe font occupés de cet objet , ont pref-- 
que toujours pris le change. Comme ils voyoient l'Hiftoire des 
principales Villes Grecques, telles qu'Argos , Sicyone , Thèbes , 
Athènes , commencer par des Etrangers , ils ont cru que c'é- 
toit-là le commencement des Grecs ; que leur Hiftoire ne remon- 
toir pas plus haut : & que fi auparavant , it y avoit quelques Peu- 
plades dans ces Contrées , elles fe bornoient à des hordes de Sau- 
vages qui n'avoient prefque rien au-deflus de la bête, qui erroient 
dans les bois, buvant de l'eau , & vivant de racines ou de glands 
qu'ils difputoient aux animaux. 

Erreurs des plus finguiieres & dans lefquelles on ne devoir pas 
s'attendre à voir tomber des Erudits, des Critiques, des Hommes 
qui veulent éclairer leur fiecle» 

Mais en fuppofant qu'Argos , Sicyone , Athènes , ou telle au- 
tre Ville, n'avoient été peuplées que par des Colonies Orientales,- 
en pouvoit-on conclure que le refte de la Grèce n'avoit été égale- 
ment peuplé que par de pareilles Colonies ? pouvoit-on fuppofer 
raifonnablement que le Péloponèfe entier , l'Arcadie fur-tout, 
que l'Etolie , l'Acarnanie , la Theflalie , la Macédoine , n'a- ■ 
voient été peuplées que de cette manière : tandis qu'on n'y voie 
lien qui l'indique , qui le fuppofe même ; tandis que l'afFeda- 
ùon de dire que des Colonies étrangères arrivèrent en tel & 



XXX DISCOURS 

tel Heu ; prouve qu'il n'en fut donc pas de même dans les autres ? 
Difons mieux , ces Savans éblouis d'une brillante chimère ,' 
l'ont adoptée d'autant plus volontiers , qu'elle mettoit leur efprit 
à l'aife , & les empêchoit de fe plonger dans des recherches pé- 
nibles pour trouver mieux. Quant à nous , qui au lieu de créer 
un Monde à notre fantaifie , ne cherchons qu'à rétablir l'ancien 
dans toute fon intégrité ) nous allons tenter une autre route , 
neuve à la vérité , mais dont les féfultats nous femblent aufli Am- 
ples qu'aflurés. 



ARTICLE IV. 

J?£ rORI&JNB DES PEUPLES DE LA GRECE. 

§. I. 

Origine des premiers Habitans de la Grèce , peu connue, 

H y Origine d'une Langue tient conflamment à celle des Ha- 
bitans de la Contrée où elle fe parla : mais fouvent cette dernière 
Origine eft auffi difficile à découvrir que celle qu'on veut éclair- 
cir par fon moyen , comme nous l'avons vu dans nos Origines 
Latines , pag. xxxv. Souvent les Peuples qui portèrent une Lan- 
gue dans un Pays en ont été retranchés en tout ou en partie , 
fouvent l'Hiftûire qui nous a tranfmis les noms de ces Peuples , 
garde un filence profond fur les Contrées qui les virent naître. 
fiT» an; Les Hiftoriens Grecs qui ne parurent que fort tard, après une 

' , ^ , , longue fuite de fiecles , étonnés de l'éclat dont la Grèce avoit 

M.pficaYtA U L/V4 ■} 

brillé lorfque quelques Etrangers y vinrent former des établiffe- 
iiiçns , s'imaginèrent que ce fut là le commencement ou le ber-. 



^rakllbl 



(ut; 



c 



PRELIMINAIRE. xxxj 

ceau de la Grèce ; ôc dédaignant tout ce qui avoit précédé & qui 
fourniffoit moins à leur imagination , ils ne virent rien au-delà. 
Faifant confifter la gloire dans les Combats & dans les entreprifcs 
Guerrières, ils ne s'occupèrent que des événemens auxquels les 
querelles de ces petits Etats avoient donné lieu , & ne tinrent au- 
cun compte de la noble fimplicité des Habitans du Pays avant 
qu'ils eufTent été corrompus par ces Etrangers : ainft s'anéantit 
tout ce qui avoit rapport à l'état primitif. , 

C'eft ainfi que nos Hiftoriens ne voyent rien avant Clovis , 6c i^O>[i.f^ fric cnït^ fin 
qu'ils ont laide anéantir tout ce qui concernoit les Gaulois , Ha- hyia^i irj A^ f^J 
bitans des Régions qu'il conquit, & qui nous feroient prefqu'en- ^<^^ C^''"^^ 
tiérement inconnus , fi le premier Conquérant des Gaules , le pre- 
mier des Céfars , n'avoit été en quelque forte aufli leur premier & 
unique Hillorien. 

Lorfque dans la fuite ,des efprits plus curieux ôc plus juftes, 
voulurent remonter aux tems Primitifs de la Grèce , ils ne trou- 
vèrent qu'un cahos qu'il leur fut impoffible de débrouiller , 
n'ayant pas des points de comparaifon fuffifans , & étant privés 
de toute bafe. Le Monde Primitif ne peut s'expliquer que par 
lui-même : aufli avec le fecours des principes qu'il nous fournit , 
nous verrons les Antiquités Grecques fe développer de la même 
manière, 6c peut-être avec plus de facilité que celles de l'Italie. 

§. I I. 

Comment on peut efpérer de découvrir cette Origine. 

-, „ .ifh'ilai;- 

Jin ettet , nous ne faunons nous égarer en fuivant ici les m êmes 

guides qui nous ont fervi à débrouiller les Origines Latines; 6c 

Rous les retrouverons ici avec la même fimplicité ôc la même 



xxxij DISCOURS 

aifance. Les mœurs des Grecs , leur local , les noms de leurs 

Contre'es , feront autant de moyens pour remonter à leur Origine ; 

tout nous convaincra que la Grèce ne put être peuplée dans l'O- 

/ YfLlL ^ùiijUd. rigine que par des Colonies de Celtes , premiers Habitans de 

" , '^ l'Europe , qui cherchant des Contrées plus heureufes ,6c defcen- 

^ '^ dant du Nord au Midi , rencontrèrent nécefTairement la Grèce 

C^i^- fur leur route, après s'être engagés dans les gorges des Montagnes 

qui font entre l'Hellefpontôc la Mer Egée ,du côté de l'Orient, 

, & la Mer Adriatique à l'Occident , Montagnes qui fembloient 

deftinées à garantir des Contrées plus heureufes des frimats dé- 

^ folans du Midi ^ ainfi que nous l'avons déjà obfervé pour l'Italie, 

page XXXV iJ. 

f. Nous ne faurions donc nous difpenfer de donner ici une Idée 
diftinde de ces Contrées , afin qu'on puifTe nous fuivre dans ces 
grands développemens : fans une connoiiïance parfaite du local 
qui fervit de Scène aux événemens que nous avons à décrire ,& de 
demeure aux Peuples dont nous devons parler , ilferoic impofli- 
ble de fe former une notion lumineufe de la manière dont fe 
peupla la Grèce- 

Nous aurions defiré pouvoir entrer dans des détails plus inté- 
reffans fur la fertilité de ces divers lieux , fur la beauté de leur 
fituation , fur la nature de leurs productions ; mais la féc|iercffc 
des Ouvrages Géographiques , & le peu d'attention des Voya- 
geurs , à remarquer ces objets , nous ont prefque toujours mis 
hors d'état de remplir nos vues à cet égard. Nous ne faurions trop 
exhorter les Auteurs des Ouvrages de Géographie , & les Voya- 
geurs , à s'attacher davantage à une partie fi effentielle pour avoir 
une idée vraie , exafle & agréable de chaque Contrée , 6c fans la- 
quelle on eft réduit à une ftérile 6c fatigante nomenclature qu'il 

ne vaut prefque pas la peine d'étudier. 

^ §.III. 



'^Y\ 



PRELIMINAIRE. xxxiij 

5 I I I. 

F'ue Générale de la Grèce. 

Qu'on fe repréfente un vafte Triangle dont le Danube fait la /" ^^^ Jvtavi^u. 
bafe au Nord , donc l'Hellefponc & la Mer Egée forment le côté ^Û""^^ /^' ^«^c, 
Oriental, ôc la Mer Adriatique le côté Occidental : & quipardiver-/K(^f|t({clh6>t^ <**»'' 
fes chaînes de Montagnes eft coupé en trois grandes bandes d'O- ^q^j^ /^O, /fcc laili^ty\ 
rient en Occident, parallèles à la bafe , tandis que la peinte du j^ cimd iU Ad/riaUc 
Triangle eft prefque féparé du refte en forme de prefqu'Ifle ; /'>^, -Hutt. 
& on aura l'idée la plus exa£le de la diftribution du fol dont il 
s'agit : & on s'aflTurera fans peine que la Nature l'avoit formé pour 
fervir d'apanage à une Nation divifée en quatre grands Peuples. 

Les Habitans de cette Contrée , n'étant pas nés du fol même ,* 
& étant defcendus des Colonies Orientales , durent y entrer né- 
ceffairement par i'Hellefpont , bras de mer fort étroit entre l'Eu- 
rope & l'Afie : ô: qui laiffoit appercevoir aux Peuples de l'Afie 
Mineure, trop à l'étroit, un Continent agréable qui les inviroit 
à venir s'y établir, ôc qui n'exigeoit pour cela que quelques 
mauvais radeaux : puifque piufieurs fiecles après , quinze mille 
Cavaliers Bulgares eurent 1« courage de le paiTer à cheval , fans 
le fecours de barques ni de radeaux. 

Ces Colonies repouOTées du Nord par le Danube , & peut- 
être par d'autres Colonies déjà établies fur fon bord Septentrio- 
nal, n'eurent de reffource que de s'étendre le long de la Rive 
Méridionale du Danube , jufqu'à la Mer Adriatique , & de fe 
porter enfuite au Midi du Triangle jufqu'à ce qu'ils fuflent arri- 
vés à fa pointe. 

Les bandes de ce Triangle prirent ces divers noms, 
Orig. Grecq. e 



Jhrau 

jHaccdCHnùi/ 



xxxW DISCOURS 

Entre le Danube & les Monts Poeoples , laTHRACE. 
Entre les Monts Poeoples & le Mont Olympe , h Macé- 
doine. 

Entre le Mont Olympe & la prefqu'Ifle , la Thessalie ôc la 
Grèce , proprement dite , ou Doride. 

La prefqu'Ifle porta le nom de Péloponnèse , & L'élide 
en fit une portion célèbre. 

Tous ces Peuples furent connus dès l'Origine fous le nom 
de Pélasges. 

Ce nom a donné lieu à diverfes queftions :on a cherché quelle en 
pouvoit être l'étymologie : on a agité fi ces Pélafges furent les 
mêmes qu'on appella enfuite Hellènes , ou Grecs ; ou s'ils for- 
moient des Peuplades différentes qui furent exterminées par les 
Grecs. 

Etymologle du nom des Pélafges. 

Les Grecs à leur manière le dérivoientde Pe'lasgus, qu'ils dl- 
foient avoir été Roi d'Arcadie. Selon Strabon , c'étoit une alté- 
ration du mot Grec Pelargos ^ une Cigogne , parce , dit- il , que 
les Pélafges furent long-tems comme cet oifeau ;, errans d'une 
Contrée dans une autre , fans pouvoir fe fixer nulle part. Ceux 
qui voyent tout dans l'Hébreu , le tirent de Phaleg , au tems de 
qui arriva la difperfion ; & Fourmont , d'un dérivé de ce mot 
qui fignifie difperfion , comme fi les Pélafges avoient été plus 
d'ifperfés que les autres Peuples. Se contenter d'étymologies auffi 
fri' oies > c'eft n'avoir nulle critique, nulle goût. 

D'autres , ont cru faire merveilles en dérivant ce nom du Grec 
Peiagos , Mer , & ils ont appelle cela une Interprétation keureufe , 
comme fi Pelage étoit la même chofe que Pélajge y comme fi les 
Jtojtl^^f h<r<-)i">>'*«-«*«. Pélafges étoient des Marins & non des Pâtres. 



iljrnj no 



jVa crcii 



PRELIMINAIRE. xxxv 

Lorfqu'on voit que les Pélafges habitoientun Pays couvert de 
Montagnes, les chaînes du Mont Hœmus , du Rhodope,des 
Péoples , de l'Orbellus , des Candaves , le Mont Olympe , le 
Pinde,r(Eta, &c. ôc que dans la Langue des Celtes, Pel figni- 
fîe élevé, ôc Lasg , chaîne de Montagnes ; on ne peut douter que 
le nom de Pélafges ne fignifie exactement, & mot-à-mpt, « les Ha- 
>» bitans d'un Pays coupé par des chaînes de Montagnes élevées ». 
On ne fauroit mieux peindre le Triangle que nous venons de 
décrire. 

§. I V. 

De la T H R A c E f ou des Peuples qui Je répandirent dans la bande 

fupérieure du Triangle. 

Afin de nous former une idée exa£te de l'Origine des Grecs l 
& des rapports de leur Langue , nous ne fautions nous diipen- 
fer d'entrer dans quelque détail fur les diverfes Nations dans ief- 
quellesfefubdivifa la Colonie qui vint peupler ce vafte Triangle: 
nous ferons même par-là beaucoup mieux en état de juger du 
point d'où partirent les Grecs pour devenir ce qu'ils furent dans 
leurs beaux jours. A cet égard, nous ne pouvon? nous refufer 
au plail^irde joindre ici un beau Paffage de M. dcBouGAiNviLLE JjÛU^^JmuJU^ 
qui nous tombe à l'inftant fous la main (i). 

» La connoiflance des Antiquités Grecques & de leur Chro- 
» nologie doit paroître allez indifférente au premier coup- 
«d'oeil. On fe croira même en droit de la traiter de frivole , 
»> quand on ne voudra faire attention qu'à l'intervalle des tems, à 
» l'éloignement des lieux , au peu de reffemblance de ces mœurs 



Cl) Mcm. de l'Acad. des Infcr. 5c Bell. L. Tom. XXIX. 31. 

et; 



xxxv] DISCOURS 

» anciennes avec les mœurs des Peuples Modernes ; mais s'arrê" 

» ter à cette vue fuperficielle , ce feroit à peine entrevoir l'ob- 

» jet & Je juger bien légèrement. Trop de raifons donnent à cette 

» ctude une forte d'importance que des faits étrangers /anciens 

» & paires , pour ainfi dire , dans un Monde différent du nôtre , 

» ne peuvent lui donner par eux-mêmes. Prefque tout ce qui 

" nous refte aujourd'hui des monumens de l'Antiquité , n'a rap- 

» port qu'aux éuénemens des Hécles héroïques ; la Religion na- 

» tionale avoit confacré la plus grande partie de ces faits : les 

» coutumes, les opinions , les Loix mêmes en portoient l'em- 

^^f^tw^i jf^^o/ùund » preinte : les ouvrages des Ecrivains les plus férieux , ceux des 

^ éoUo^^ ^^ *"^^ " Hiftoriens les plus exaûs , y font fans ceffe allufion. L'idée que 

y^orshuMùtii- '^ "°'"'^ "°"^ formons de ces événemens ne fauroic donc être trop 

^ »' jufte, fi nous cherchons à recueillir de la ledure de ces Au- 

jj teurs toute l'utilité que veulent en tirer les hommes fenfés qui 
» fe reprocheroient une étude dont les difficultés ne feroient pas 
» compenfées par les avantages. Mais indépendamment des fruits 
» folides que l'efprit & le goût tirent de la connoiffance d'Ecri- 
» vains aufli inftrudifs qu'agréables , il eft certain que i'Hifloire 
v> de la Grèce le peuplant & fe poliçant par degrés eft moins le 
» fpe£lacle des deftinces particulières d'une Nation qui naît , s'é- 
, » lève , s'accroît , fe forme infenfiblement & périt enfin , qu'une 

» perfpeclive , où le Genre-humain eft peint en raccourci dans fes 
» différens états. C'eft à la fois un court Abrégé, mais complet , 
»> d'Hiftoire , de M orale & de Politique , puifqu'elle a le mérite de 
>» raffembler dans un affez court efpace tous les traits épars dans 
» les annales des fiécles divers : de faire connoître l'homme fous 
» tous les points de vue pofilbles , fauvage , errant, civilifé , re- 
» ligieux , guerrier , commerçant : de fournir des exemples de 
» tous les genres de Gouvernement , des modèles de toutes les 



PRELIMINAIRE. xxxvij 
» Loix , en un mot , une théorie complette 6c prouvée par les 
» faits , de la formation des fociétés , de la naiflance , de la pro- 
» pagation & du progrès des Arts , de toutes les révolutions , de 
» toutes les variétés auxquelles l'Humanité peut être affujettie, 
» de toutes les formes qui peuvent la modifier. Pour un Obfer- 
» vateur attentif, qui ne voie dans les événemens les plus diverfi- 
» fiés en apparence , que des cfl'ets naturels d'un certain nombre , 

»» de caufes différemment combinées, la Grèce eft en petit lUni- J ^ ^> Tiornc'. lûo> 
» vers, & l'Hiftoire Grecque un excellent Précis del'HiftpireUni- 3'ru^^' ^"'^ ^r^*" 
» verfellc, lo a/rt. /At (IJ, 

§. V. _ 

Tout ce qui eft entre le Danube & la Mer Egée s'appelioit en ^hraiL • 
général la Thrace ; cependant ce nom étoit particulièrement con- 
facré aux contrées qui font au Midi du Mont Hémus : ce quiétoic . . . 

au Nord de ce Mont prenant lesno'.Tisde Gi'xiE , & Dac:e ou Me- (jdl(L^Jiaa.a.Âi^'<i 
SIE. Sans cette diftin£tion, on ne pourroit jamais comprendre les 
Auteurs qui parlent de la Thrace. 

Voici la defcription que Sidonius-Apolunaire faifoit des Icdmt'f^^ ^M'^^""' 
mœurs des Thraces au V*. fiécle (i). » Cette terre que couron- 
» nent l'Hémus & le Rhodope eft fertile en Héros. A peine for- ^'^^^'^' '^ ^"""^• 
» tis du fein de leur mère , les enfans ont la glace pour lit , la 
» neige leur concitoyenne endurcit leurs membres. Il eft rare 
» que leurs mères les nourrilfent de leur lait : elles leur ferment "^«t w/î/A J^ma 
». leur fein & ouvrent la veine de leurs chevaux , pour leur y faire JU^I<. 
» trouver une nourriture plus forte. Toute la Nation boit le cou- 
5) rage à longs traits , au lieu du lait maternel. Les enfans des 
» Thraces font-ils un peu plus grands , ils préludent aux com- 



(I) Panég, Anthcni, t. J4 ù-Juiv, 



xxxviij DISCOURS 

» bats qui les attendent en maniant le javelot. Encore enfans 6c 

» dans l'âge le plus tendre, ils font déjà aflez forts ôc aflez cou- 

» rageux pour attaquer les bêtes féroces dans leurs retraires. Ar- 

» rivés à l'âge où il leur eft permis de braver d'autres périls , ils 

_ . / . /j/ » s'enrichinfent de butin & rendent hommage de leur fortune à 

■ l i5 fjwfïoJi " leur épée , dont les droits font les feuls qu'ils refpetlent. En- 

\^h ' UtïA l »> fin, ils rougiffent d'achever une longue vieilleffe autrement que 

.. . ' ,„,. M par le fer. Telle eft la vie que mènent ces Concitoyens du 

nA/^./i//.^^^^''^" combats. ^ 

1 Nnrunrf' ^^ ^^^ Huns fe nourriflbient également du fang de leurs che- 

rl-' / >/ Aoïi w»i^ vaux : & Virgile parlant des Bilaltes & des Gelons (2) qui fe ré- 

^ûimn c<wT»»^''^.fugioient dans le Rhodope & dans les déferts des Getes , dit, 

qu'ils tiroient du fang à leurs chevaux & qu'ils le buvoient avec 

Turi^d^ le lait. 

Cette Contrée étoit rude , hériffée de montagnes & de rochers , 
cxpofée à des hyvers longs & terribles, 6c couverte de forêts ; 
par conféquent les Peuples qui Thabitoient jouirent dans tous les 
tems d'une très-grande liberté ; même fous les Romains. C'eft à 
cette liberté que les Thraces durent une population étonnante : 
^ , : Paufanias dit qu'elle étoit Ç\ prodigieufe qu'à la réferve du pays 

des Celtes , il n'y en a point qui foit fi peuplé : relie l'Helvétie 

( '/, [ fiYid àonx. le terrain également hérifi^é de rochers, de montagnes 6c 

'^ de glaces ne peut fuffire à fa nombreufe population ; aufli fes 

Habitans aiment leur Patrie avec la même ardeur que les Thra- 
ces : ceux-ci à la vérité ne font plus ce qu'ils étoient à préfent 
qu'ils gémiflent fous un joug deftrudif des Peuples ôcdes Arts. 
Ils étoient gouvernés dans l'origme par divers Rois dont un 
des plus puiflans paroît avoir été celui desOJryfes fur les bords 



( I ) Georgiq. Liv. III. t{Éo. 



VUE LIMINAIRE. xxxîx 

de l'Hebrus; mais vers le tems de Cyrus le jeune, & jufques à 
ce qu'ils furent conquis par les Romains, il femble que la Thra- 
ce ne formoit qu'un feul Royaume. 

On y voit plufieurs fleuves confidérables , tels l'Hebre & le 
Nefius. 

Dans la Contrée des Befl'es voifins de la Macédoine , étoit une . 

Montagne fainteappellée le Mont de Bacchus, parce qu'il y avoit yflûU-htCti/ri m/^dc 
un Temple confacré à cette Divinité, ôc defl"ervi par un Grand- (^ku) 
Prêtre. 

Ajoutons que les Parties maritimes de la Thrace abondoienc 
en grains & en fruits, en forte que Pomponius Mêla les com- yÔîfiponui JnUd 
pare aux Contrées les plus agréables de i'Afie. 

§. V L 

Peuples de la Thrace. 

La Thrace fe fubdivifa , fuivant l'ufage ancien, en un grand 
nombre de Nations différentes , qui formoient comme autant de 
Royaumes. 

Les DoLONCES, pofTeffeurs de la Cherfoneèfe , & fur lefquels %ioiil^ ^(jucrwi^ 
régna quelque tems la Famille des Miltiai>E d'Athènes : leur?^*/ //u>ai«*^o/^*'^«» 
villes étoient en grand nombre. 

Les Denseletes ou Dcntheletesquiavoient encore des Rois par- J^^ni^i^fti 
ticuliers fous le régne d'Augufte. 

LcsBesses, peuple très-fauvage & dont Ufcudama étoit la 5^ c^> a 
principale ville. 

Les BisTONs au Midi du Mont Rhodope :Tinda leur Capitale ^wftwr 
fut célèbre par les chevaux de Diomede leur Roi, 

Les Odomantbs, voifins de la Macédoine : Suidas, d'après Ariff ù&<irno,y^i 
tophine , affure qu'ils faifoient ufage de la Circoncifion,- pya.(.\xui (^u-taj^tt 



xl DISCOURS 

/■' ^^ LesCicoNES, qui , félon Homère, allèrent au fecours des 

Troyens, fous la conduite de Piroùs qui fut tué par Thoas l'E- 
tolien ; tandis que fon fils & fon fuccefleur Rhygmus tomba 
fous le glaive d'Achille. 

Les Edons , chez lefquels naquit le célèbre Thamyris que les 
Mufes privèrent de la. vue pour avoir ofé les défier. 

Les Bryges fubjugués par Mardonius. 
I Les Thynni , Peuple guerrier & remuant. 

Les Pi ERES , au pied du Mont Pangee , & qui confacrerent 
aux Mufes leur première demeure , ou Ja Pierie : Orphée fut fils 






Qrp^LMi d'CEagre , un de leurs Rois. 

Ariruiii ^^^ Odryses entre l'Hemus ôc le Rhodope , & fur lefquels 

régna rilluflre Eumolpe, le Chef des Initiés. Leurs Rois furent 
les plus puiflans entre ceux des Thraces , & il paroît que les 
autres en relevoient. 
/ t. Les Autonomes , ou les indépendans , les libres : auffi habi- 

toicnc-iis les cantons les plus montagneux de 1 Hemus : ils furent 
aufli connus fous le nom de Satres. 

Les CoRBYZEs , entre l'Hemus & la Mer noire : Athénée (i) 
parle d'un de leurs Rois , ÏJanthus , comme un des Princes les 
plus riches de fon tems. 

Les Medes , Nation voifine de la Macédoine , ôc une des plus 
belliqueufes. 

Ja/>c<i/»/ ^(JmmU., Les Sapéens , dont le pays étoit riche en mines. Ils eurent pour 
/oj^c^cùfic; ï\,oi un 0/or£ dont defcendoit le fameux Thucydide qui poffé- 

da lui-même de très-belles mines dans cette Contrée. 
, , . Enfin les Celetes entre le Mont Hémus & le Rhodope. 



(i) Liy. XII. c, 17. 

î. VII. 



C&rùnf<-f 



J^iicda 



PRELIMINAIRE, xlj 

§' VIL , , 

G É T I E & D A C E. . 

Au Nord de la Thrace jufqu'aa Danube , & de-Ià jufqu'à l'Il- ^^^ ^r /< et 
lyrie , étoit une Contrée appellée indifféremment Dace & Gé- ^acoS, ^«'to 
TiE , Pays des Daces ou des Getes , & qu'on défigna dans la fuite 
des tems par le nom de Mcfie ; mais le vrai nom de la Contrée y'I^^^'^ 
étoit Get ou Ket. 

Si une partie des Getes furent défignés par le nom de Daces j 
c'eft que ceu)É-ci habitoient la portion montagneufe de la Getie, 
les montagnes qui étoient à l'Occident de la Thrace. Le mot Dac , 
fignifie en effet Momag/ie dzns toutes les Langues de ces Contrées : 
de-làvintle nom du Zagrus , montagne de l'Affyrie , comme 
nous l'avons vu dans notre Eiïai d'Hiftoire Orientale , ( Tome , 

Vni. ) De-là vint également le nom du DagIi-estan , Contréede Sa^Autûn. ju.ti^^ J 
la Perfe à l'Occident de la Mer Cafpienne , & qui ne confifte tf/xt^^û 
qu'en Montagnes , précifément ce que fignifie fon nom , Pays de 
Montagnes. 

Ce rapport de noms pour défigner les Habitans des hautes'mon- 
tagnes de la Gétie à l'Occident du Pont Euxin , & les habitans 
des montagnes à l'Occident de la Mer Cafpienne , ou de l'autre 
côté du Pont Euxin, tous Daces ou Dahes, a prodigieufement 
^garé tous les Critiques qui fe font imaginés que ces Daces-Ge-f 
tes étoient des defcendans ou ime Colonie des Daces Afiatiqucs : 
comme fi on difoit que les Montagnards des Cevennes ou des Vof- 
ges font une Colonie des Montagnards de la Chine. C'efl ainfî 
que l'ignorance de la valeur des mots atout brouillé fur la terre , 
& a caufé des bévues incroyables. Prouvons cependant ce que 
nous venons de dire fur les Getes &. fur leurs Daces. 

Orig. Grecq, J^ 






slij D ; i" C O «7 i{ ^ . 

Pline (i) met les Getes au nombre des Peuples qui habitoient 
le penchant du ?*lont Hemus tourné vers le Danube. 

Di-ON parlant des Dace&(2) les fait fortir du Mont Rodhope 

fitué en«deçà du cours de l'Hebre : & Florus repréfente les. 

Daces comme cantonnés dans les Mcntapnes, Daci montibu^ 
inkccrent ( j ). 

Strabon (4) qui dit que les Getes parlent la m-ême Langue 
que les Tliraces , fait regarder les Daces comme une portion des 
Getes : & comme avec le tems cette nation avoit étendu fes 
pofifefïions au-delà du Danube jufqu'au Tyras ou Boryftène, 
il attribue aux Daces la partie fapérieure du pay« , eu égard au 
cours du Danube ; 6c aux Getes , la partie inférieure : il 2iç~ 
^tWo. Jolltude des Getes ■yÏQ'i plaines qui s'étendent le long de la 
Mer noire, entre l'embouchure du Danube ou de l'Ider & celles 
du Thyras. 

Obfervon& encore que ce Peuple étoit plus connu des Grecs 
fous le nom de Getes ; & des Romains , fous celui de Daces , 
parce que la Contrée habitée par les Daces étoit la première que 
ïencontroient les Romains en entrant dans cette vaôe région. 

Expédition d.e Darius contre tes Scythes d'Europe. 

Ces noms de Thraces 6c de Getes font fi anciens que nous les; 
trouvons employés par les Grecs dès le moment qu'ils eurent des 
Hifloriens : c'eft fur tout à l'égard de la célèbre expédition de Da- 
rius Roi de Perfe contre les Scythes d'Europe j fa route à tra» 



<i) Liv. IV. c. il., 
{j. Liv. L I, 
(5) Liv. IV. c, I». 
i4) Liv. Vil. 



PRELIMINAIRE. xîiij 

vers la Thrace appartient trop eflenticilement à notre objet pour cXpciikan oj-Mriu-^ 
que nous l'omettions ( j ). d^air^ji lU JoitUccKi ^ iurùi^c 

Ce Prince commenta par faire conftruire un pont fur le Bof- 
phore pour le paflage de Ion armée qui coniiftoic en fept cent 100, OOo yWcn. 
mille hommes, tant de cavalerie qu'infanterie, tandis qu'une flot- 
te de fix cens vaiffeaux faifoit voile vers l'embouchure de l'Ifter, 
fur lequel les Grecs qui la montoient dévoient conftruire un au- 
tre pont , en attendant que l'armée de terre parvînt aux rives de 
ce fleuve. 

Darius ayant ainfi pris fa route par la Thrace , féjourna d'a- 
bord dans l'endroit où le Teare prenoitfa fource à deux journées 
de Perinthe à l'Occident. Cette rivière fortoit d'un feul rocher 
par trente-huit fources différentes, dont les unes étoient chaudes, 
les autres froides , ôc qui avoient la propriété de guérir plufieurs 
maladies , fur-tout celles où le foufre eft un remède fpécifique. 
C'eft là que Darius fit élever une colonne avec une Infcription 
où il joignoit fes éloges à ceux du fleuve. 

De-là , il marcha au bout de trois jours vers les bords de l'Ar- 
tifque qui arrofoit le pays des Odryfes ; ceux-ci fe rendirent fans 
douce à lui comme avoient déjà fait les ThracesCy rmiensôc Myp- 
féens qui habitoient fur le Salmydefle, & au-delTus d'ApoUonie 
6c de Mefimbrie. Chez les Odryfes, il laiffa pour tout monu- 
ment un monceau de pierres, chacun de fes foldats ayant eu or- 
dre d'y en placer une. 

Les Getes dans le territoire defquels il entra enfuite , ne furent 
pas aufli dociles que les Thraces ; affurés d'aller rejoindre leur Lé- 
giflateur Zamolxis s'ils mouroient en combattant pour leur Pa- Z.CiY(loiXL\ . 



<5) Herod. Liy. IV. 

/ V 



xliv DISCOURS 

trie, ils cfcient réfifler à l'armée nombreufe de Darius; maïs 
n'ayant pas été les plus forts , le Vainqueur les obligea de le fui- 
vre dans fon expédition , dont le détail feroit inutile. 

Nous nous arrêterons donc ici , en obfervant qu'à cette épo- 
que les Getes n'avoient encore aucune Colonie au-delà du Da- 
nube ; car les Députés que les Scythes attaqués envoyèrent à 
leurs voilins , en parlent comme étant déjà vaincus par Darius ; 
& leur nom n'eft point dans l'énumération de ces voifins qui fu- 
rent les Taures , les Agathyrfes , les Neures, les Androphages , 
les Melancliicnes , les Gelons , les Budins, & les Sauromates. 
, Mais les Getes ne tardèrent pas à s'étendre au-delà du Danube , 
& ce fut par une fuite même de l'expédition de Darius. 

Les Agathyrfes, une des principales Nations dont les Scythes 
avoient imploré le fecours , n'ayartt pas voulu les fecourir con- 
tre Darius , fe virent à leur tour attaqués vivement par les Scy- 
tes qu'ils avoient laiffés dans le plus cruel embarras. Cette guer- 
re vive , longue , meurtrière , caufa la ruine des Agathyrfes , qui 
furent remplacés par les Getes & les Daces déjà avant le régne 
de Philippe Roi de Macédoine & père d'Alexandre le Grand. 

Ce qui confirme que le nom le Daces écoit celui des Monta- 
gnards , c'eft que la portion des Getes qui s'établit dans les Mon- 
tagnes des Agathyfes conferva le nom de Daces , & que ceux qui 
occupèrent leurs plaines jufqu'à l'Euxin , portèrent le nom de 

Getes. ^ • 

Expédition de Philippe. 

Telle étoit la nouvelle fituation des Getes , lorfque Philippe de 
^' • Macédoine leur déclara la guerre pour fe dédommager de ce qu'il 

avoir échoué au fiége de Byzance. Atheas âgé de po ans régnoit 
alors fur ces peuples ; il marcha contre Philippe à la tête de fon 
armée j mais il périt dans le combat. 



PRELIMINAIRE, xlv 

Philippe avoit lui-même époufé une Princeffe Gttz , fille fans 
doute de cet Athéas. Etienne de Byzance nous l'apprend. » La Jïlkcai 
» Gétie, dit-il , eft le Pays des Getes : car c'eft ainll qu'on ap- 
» pelle ce peuple de la Thrace. On dit aufli Gete au féminin , puif- 
» que c'dtoit ainfi que s'appelloit la femme de Philippe mère. 
• d'Amyntas. 

Athénée appelle cette Princeffe Gete, Méda : il dit que Philip- 
pe ayant fubjugué la Thrace, Cithelas,Roi de Thrace ,vint le 
trouver avec de grands préfens & avec ù fille Meda que le Roi de 
Macédoine époufa , quoiqu'il fût déjà marié avec Olympias. 

Jornandès,qui a fuivi, dit-il, l'Hiftoire des Daces ôc des Getes 
écrite par Dion Cafiius , appelle cette Princeffe Médope ; il la /iton 
fait fille du Roi Gadila ou Gothila , mot peu différent de Githda 
ou Cithela. 

Ce qui eft digne de remarque, c'eft que dans ce récit Jornan- JarfuintL^^», 
dès défigne les Getes par le nom de Goths. On y voit un fait 
confirmé par Athénée : que les Getes portent avec eux des Guit- 
tarres , & qu'ils en jouent lorsqu'ils vont trouver leurs ainemisen 
qualité de Héraults. 

Fuijfancc de Sitalcès, 

Il fe peut aulTi que les Getes euffent paffé le Danube pour fe 
fouftraire aux Rois des Odryfiens qui s'élevèrent à un grand de- 
gré de puiffance d'abord après l'expédition de Darius. ^ ^ 

Aripithès, Roi des Scythes, fucceffeurde celui que les Perfes 
avoient attaqué , donna une de fes filles en mariage à Tyrée Roi 
des Odryfes , & père de Sitalcès. 

» Ce dernier , dit Diodor» (t)> parvint à un haut degré de puif- 

(0 Liv. XII, 



Jiialm. 



xlvj DISCOURS 

» fance par fa fagefle & par fon courage : il gouverna fes Sujets 
» avec la plus grande équité : étoit grand Capitaine , & d'une va~ 
» leur extraordinaire ; fur-tout il maintenoit le meilleur ordre 
»> dans fes finances , . . Les contributions qu'il levoit fur fes Etats 
» monîoient à plus de mille talens par année, & dans une feule 
» expédition , il tira delà Thrace une armée qui avoit plus de cent 
» vingt mille hommes de pied & cinquante mille chevaux. 

Les Etats de Sitalcès s'étendoient félon Thucydide ( 2 ) depuis 
les Monts Hémus 6c Rhodope jufqu'au Pont Euxin : c'étoit le 
pays des Odryfes , fur qui avaient régné fes Ancêtres. Ils avoient 
pour voifins au Nord & de l'autre côté de l'Hémus les Getes , 
les Diens ôc les autres Nations qui habitoient depuis le Danube 
jufqu'à la mer. Ces Peuples étoient voifins des Scythes , s'ha- 
billoient comme eux , & étoient leurs archers à cheval. 

Dans le Rhodope & dans les autres Montagnes des environs 
habitoient les Agriens , les Léens, & plufieurs Thraces libres qui 
portoient des épées. 

Une partie des Péoniens obeifibit à Sitalcès, dont l'Empire 
s'étendoit jufqu'aux Péoniens libres ôc au fleuve Stryaion qui les 
bornoit à l'Occident, 

Expédition de Xenophon, 

^ , Au tems delà retraite des dix mille, ce Royaume étoit partagé 

^ { no p entre plufieurs Princes : l'un d'eux > Moefadcs , venoit de perdre fes 

Etats , & fon fils Scuthes qui avoit été élevé à la Cour de Médoc, 

le plus puifTant de ces Princes & qui régnoit fur les Odryfes, 

cherchoit les moyens de rentrer dans le Royaume de fes Pères : 



(1) Liv, II. c<ii. 



PRELIMINAIRE. xlvij 

heureufement Xénophon avec les dix mille venolt déterminer en 
Thrace fa fameufe retraite. Seuthès emprunta leur fecours ; ôc avec 
ces Héros , il fe forma urv Empire plus grand que celui qu'il avoit 
perdu. Deux chofes font dignes de remarque dans cette aflbcia- 
tion des Gérées avec un Thrace j^ce Roi accorda le fauteuil à Xé- 
nophon 6c aux Principaux Officiers Grecs comme nos Rois ac- 
cordent le tabouret .* ôc il traita les Grecs comme étant parens y 
comme ayant une ORiGiNE^commune ; cefutmêmelemot du guec 
darïs une occafion mémorable,,. 

Exli d^Ovide che^, les Gétes : portrait qu'il fait de cette Natiott 

ê2 de leur Roi Coiys. 

Un Homme Lettré , dit un Auteur Moderne ( i ) , traii(\-.orté ÙViéL awu/n-o /'it 
dans une Contrée fauvage > eft un flambeau place au-delà d'un ^cirtJ. 
efpace ténébreux , Ôc à l'aide duquel on entrevoit au moins \<:.^ 
contours des objets. C'eft au fujet de l'exil d'Ovide chez les Gétes 
qu'il s'exprime ainfi : nous devons , en effet ^ à l'infortune dir 
charmant Poëte Latin- des renfeignemens uniques fur les Gétes Cot^^. 
& fur leur Roi Cotys. 

« Je fuis , difoit-il , dans une Régîon voifine de TOurfe , dans 
!> un Pays que l'Aquilon brûle de fon foufle deftrudeur , au-delà 
» duquel il n'y a que le Bofphore , le Tanaïs , les Marais de la 
M Scythie ; quelques noms de lieux à peine connus : plus loin , il 
n n'y a que des frimats qui rendent le terre inhabitable (2)... L'hy- 
» ver qu'on y éprouve eft celui des Méotides, ôc m'a paru plus 
• Long que tous ceux que j'ai jamais vu :1e Printems y eft moins \ i, 



(I) Hift. Ancienne des Peuples de l'Europe , Tome IVt »8f. 
(i)Trifi.UI. Elcg,4, 



xlviij DISCOURS 

%^\i Ùv[L\ ^' ^^^" qu'ailleurs. Si les préfens de Cérès forcent alors de la 

» terre & commencent à tapiffer les filions , on n'y voit: point les 

Jili^uiiu} -w<i,s ^ ^ ^gpg jg j^ yjgj^g £-g couvrir de Pampre : il n'y a point de vignes 

cxxoraliU fcor.tfiLj 5j fyj. le rivage des Gétes : ils n'ont point d'arbres ( i )„. Les Arts 

J^a^uh^w^^ ai/o^ " n'y font pas cultivés : les brebis y portent des toifons , mais les 

CiwTûJ ixuaUify, «femmes Tomites connoifîent|peu les Arts qu'enfeigna Minerve: 

» au lieu de travailler la laine , elles ne s'occupent qu'à moudre 

» le blé, & à porter fur leur tête l'eau qu'elles vont puifer elles- 

» mêmes. . . Un Carquois à la Scythique rempli de flèches eftle 

s» plus beau préfent qu'un Tomite puiffe envoyer à un Romain (2).» 

Ils voyageoient avec le cafque en tête , l'arc à la main , & 

portoient fur l'épaule un Carquois rempli de flèches empoifon- 

nées : ils portoient en tout tems un cimeterre dont ils fe fcr- 

voient avec beaucoup d'adrefle : leur arc étoit cet arc Gétique , 

fi fameux chez les Anciens ; la corde en étoit de nerf de cheval , 

& elle n'avoit pas bcfoin d'être détendue pour couferver toute fa 

force. Leurs chevaux étoient en quelque façon comme leur arc : 

ils faifoient de longues traites fans boire & fans manger. 

Un Gète avoir l'air du Dieu des Combats , il avoit la voix 
effroyable , une phyfionomie farouche : une longue chevelure 
couvroit fon vifage & fes tempes : il laifToit croître fa barbe , & 
fe couvroit de peaux depuis la tête jufqu'aux pieds. 

Cette peinture qui reffemble parfaitement à celle des Tarta- 

les de nos jours ^ n'empêchoit pas qu'il n'y eût des gens inftruits 

parmi les Gètcs : Ovide nous apprend lui-même (3) qu'il écrivit 

■u- ^ ^ ' un Poëme en Langue Gétique à la louange de Tibère : que cet 

Ouvrage lui acquit chez les Getes une grande réputation : & que 



cL 



(I) Ibid. El. II. , 

(i) Epit. Liv. III. Ep. 8. 
(-)Ibid LIv.IV.Ep. ij, 

l'un 



PRELIMINAIRE. xlîx 

l'un d'eux dit que celui qui parloit ainfi de Céfar , mérltoit de re« 
tourner dans les Etats de Céfar. 

Cotys régnoit alors fur ces Gètes 6c fur laThrace : c'étoît un {fiayadir ùJ (pt^ji 
Prince éclaire , d'un caradere doux , fes mœurs étoient polies & 
pleines d'aménité : cultivant les Lettres , il marchoit , dit Ovide , 
fur les traces d'Eumolpe fon ancêtre , & fur celles d'Orphée; mal- 
heureufement ce Prince fut quelque tems après mis à mort par fon 
oncle , Roi de Thrace , auiïi barbare & aufli farouche que celui- 
ci l'étoit peu ; il fut la vidime infortunée de fa confiance en 
fon parent. 

Si les Gètes 6C les Goths ,font les noms J'unfeul^ même 

Peuple. 

A l'Orient de la Dace > au Nord du Danube , étoit le Tyras j 
les Gètes s'établirent fur les deux bords de ce Fleuve & dans les 
Ifles qu'il formoit: ils en prirent le nom de Tyri-Gètes ou Tyra- 
gètes i mais Ptolomée les appelle Tyrangots. Ainfi déjà de fon 
tems le nom de Goths avoit remplacé celui de Gètes : on ne 
fauroit donc douter que les Goths ne foient les mêmes qu'on 
avoit connus auparavant fous le nom de Gètes & de Daces : & 
avec l.ifquels s'écoient incorporées diverfcs Tribus Scythes , en 
particulier celles que Darius avoit attaquées ; & fur-tout les Scy- 
thes Royaux qui étoient des Saces, vrais Alains comme l'a fort 
bien prouvé M. le Comte du Buat ( i ). U cite un paiTage de Procope 
qui s'accorde fort bien avec ce Syftême. 

« Il y eut toujours , dit cet Hiflorien (a) , & il y a encore un 



(i) Hift. anc. des Peuples d'Europe , Tom. V, 
(2) De Bell. Vandal, L. I. c. i. 

Otig. Grecq^ g 



î DISCOURS 

» grand nombre de Nations Gothiques : mais les plus nombreufes 
» & les plus célèbres font celles des Goths , des Vandales , dss 
» Vifigoths & des Gépides. Oa les appelloir autrefois Sarmates &; 
» Mclanchlenes : plufieurs les ont auffi appeilées les Nations 
» Gktiques :. . . Elles ont toutes la peau également blanche: les 
» cheveux également roux , la taille également haute , lapîiyrio- 
» nornie également noble & ouverte : enfin , elles ont toutes les 
» mêmes Loix & parlent toutes la même Langue , qui eft celle 
« que nous appelions Langue Gothique. Je crois donc, ajoute- 
« t'il j qu'auticfols toutes c:s Nations n'en ont fait qu'une». 

Et comme l'on donna le nom de Mesie aux Contrées que les 
Daces & les Gètes avoient occupées dans la Thrace , delà eft 
venu le nom de Moefo-Gothique qu'on donne à la Langue des 
Gètes ou des Goths à l'époque dont il s'agit. 

5pi4.tien ^ dans la Vie de Caracalla , dit que ce Prince paflant 
parla Uace dans fa marche vers l'Orient ^ remporta quelques 
avantages fur les Goths ou fur les Gètes : M. d'Anville fe flat- 
toit (i) d'avoir démontré que Spartien fe trompoit , & que les 
Goths n'étoient point Gètes ; mais la démonftiation n'a pu me 
convaincre ; cet illuftre Géographe fe trompoit quelquefois , & 
qui eft-ce qui ne fe trompe pas ? Il avance, par exemple, au fujet 
des Gètes (2) , que le nom de Thrace ne s'eft point étendu au- 
delà du Danube : tandis qu'on a des preuves du contraire. 

Selon lui, lesGoths venoient de la Suéde, les Gètes de la Scy- 
thie Afiatique : & les Daces , il les confond tout uniment avec 
les Dahes de la Mer Cafpienne. Quoiqu'il les faffe venir de tant 



(i) Mém. de l'Acad. des Infcr. & Belles-Lettres , T. XXX pag, 138, 
U) Mém. de l'Acad.^dcs Inftrip. IX fSeiks-Lctircs. T. XXV. H- 



F R E L I M I 1/ ^i I R E. I] 

de lieux difterens , il n'eft point étonné qu'ils ayent le mcine 
langage : par conféquent, qu'on fe Ibit imaginé qu'ils foient for- ' * 

tis d'une même région ;. qu'ils ayent une origine commune : il 
ajoute enfuite que plus de difcuffion fur cet objet feroit fuper- 
flue , puifqu'une des branches d'un tout entraîne ôc détermine 
l'autre: mais en partant de ce principe, nous tirerons précifément 
la conféquence oppofée : puifque fur le même fol nous trou- 
vons les Daces ôc les Gètes , puis les Goths parlant précifément; 
la même Langue , ils ne font point venus des quatre vents du 
monde ; ils n'ont qu'une feule & même origine. Des faits fimpîes- 
& bien articulés peuvent feuls conduire à une autre conclufion ; 
or on n'en allègue aucun. Mais M. d'Anville, comme bien d'au- 'D'An^j'dX». û. jYùuiix, 
très, étoit abfolument neuf fur l'origine des Peuples. C'eft avec 
la même légèreté ôc avec les mêmes idées vagues qui n'appren- 
nent rien, qu'il difoit que les Thraces eux-mêmes ctoient plutôt 
du fang des Scythes, que de toute autre des Nations primitives de 
l'Europe. 

Enfin , ce qui tranche à mon avis la queftion , c'eft que Pline flîy^^. 
(i) place dans la Thrace avec les Gètes, encre i'Henius ôc le 
Danube , un Peuple appelle Gaud^, qu'il diftingue des Scythes 'j^'^^ 
étrangers ôc dans lefquels on ne peut méconnoître l'origine du 
nom- des Goths. Il eft bien furprenant que ci rapport ait échappé 
à tous les Géographes ôc à tous les Hiftoriens : mais c'eft à quoi 
on s'expofe lorfqu'on néglige trop les détails. 

Du Pontife des Gètes ù" de leur Montagne facrée. 

Nous avons vu ci-dcflus que Zamolxis avoit été le Légiilateur 



itSt, 



(!) Hifl. Nat. LIV. c. XI. 



Jij DISCOURS 

, des Gètes, ck qu'il leur avoic fur-tout enfeigné l'immortalité de 

^Z*-'^ * , j'ame: en même-tems il leur avoit appris à adorer la Divinité fous 

le Symbole du Feu ; ce qui fit croire à Diodore de Sicile que 
cette Divinité étoit Vesta. Ils avoient en conféquence un Grand- 
Pontife dont la dignité exiftoit encore du tems de Strabon ; il dit 
que les Ghtt^ lui donnoient le nom de Dieu : & qu'ils avoient une 
f/\u im ^ ^ûtn4 Montagne Sacrée dans laquelle étoit un antre qu'ils difoient que 
^ . , Zamolxis avoit choifi pour fa retraite. Cette montagne , ajoute- 

t-il,s'appelIoiciC<5-/C^'(^/z, & elle étoit baignée par une Rivière du 
même nom. 

M. d'Anville a eu l'avantage de retrouver ceat Montagne en- 
tre la Moldavie (i) & la Tranfylvanie. Là entre les fommets d'u- 
ne chaîne de Montagnesconfidérables eneft un appelle Kaf^on^ du- 
quel defcend dans la Moldavie une Rivière qui porte le même nom 
& qui fe jette dans d'autres Rivières qui par le Siret fe verfent 
dans le Danube. 

En faifant précéder ce nom du mot générique Ko ou Cau. qui 
défigne les Montagnes, on aie mot Ko Ka/ipn qui eft prefque 
le même que celui qu'on trouve dans Strabon , 6c qui peut 
avoir été légèrement altéré par fes Copiftes. M. d'Anville a 
encore fort bien vu que ce nom étoit le même que celui du Cau- 
Cafe , & qu'ils n'étoientpar conféquent que des noms génériques , 
comme nous l'avons déjà remarqué au fujet du mot Cau pourdé- 
(Igner les Montagnes , & au fujet du nom de Cass donné à diverfcs 
Montagnes. 

M. d'Anville , toujours dans l'idée que les Gèces étoient d'ori- 

, gine Tartare , a cru que ce culte venoit de celui des Lamas du 

la mo^ Thibet , & il n'a pas penfé à comparer ce Grand-Prêtre avec ce- 



{i)Ib.pag, 41. 



PRELIMINAIRE. liî; 

îui que les Thraces avoient fur leur Montagne Sacrée dans le 

Pays des BeiTes ;, & qu'on appelloit la Montagne de Bacchus : ce- Ai OUffiiAlït. 

ci lui auroit fourni des points de comparaifon pour remonter juf- éi'^iLtifiM^ 

qu'à Orpiiée & jufqu'aux Initiations des Thraces dans l'Ille de Sa- Jd ryi6lhfa.uiy 

mothrace : d'où il auroit pu pafTer jufqu'en Egypte , le grand fiége 

de l'Initiation. 

Elle étoit dgaiement en ufage dans une Ville appelle Olbia , 
fur les rives du Boryfthene, & il en coûta la vie à un Prince 
Scythe plein de mérite pour avoir été du nombre des Inities qui fe 
réunilToient dans cette Ville. 

N'omettons pas que les côtes de Thrace étoient couvertes d'un 
grand nombre de Villes Grecques, entre lefquelles il y en eut de 
très-célébres , telles quJèdere , Byfance , Mefembr'u , ôcc, 

§. V I II. 

Ma-ced-oÎne. 

Au Midi des Thraces & des Gètes ôc jufqucs aux bords de la 
Mer Egée, fut une vafte Contrée qu'on appella Macedon , ou 7nÛi(Aûv»iiL 
Macedonia , 6c dont nous avons formé le mot Macédoine. 

Cette contrée fut habitée par des Thraces qui durent en effet 
s'étendre au Midi , avant que de fe porter au Nord & de franchir 
le Danube. Son nom nous indique même par quelle des Tribus 
Thraces elle fut peuplée. 

Ce nom eft compofé manifeftement de trois mots , de on qui 
fignifie Pays , Contrée ; ôc qui termine par conféquent un très- 
grand nombre de noms de Provinces ôc de Peuples. 

a®. De ma , qui , de l'aveu de tous les Critiques & de tous les 
Etymologiftes, fignifie Grand. 



liv DISCOURS 

3^ Enfin de Ked ou Ged , où l'on ne peut méconnoître le 
nom des Gètes. 

La Macédoine fignifie donc, mot-à-mot , le Pays des Grands 
Gètes ou la Grande Gétie , comme on difoit la Grande Grèce, ôc 
comme on dit la Grande-Bretagne , la Grande-Ruflie ^ par oppo- 
fition à !a Petite-Bretagne , à la Petite-Ruiïie. 

Le Strymon fervoit de borne entre la Thrace & la Macédoine, 
& les Monts Scardiens la féparoient de la Gétie, qu'onjappella dans 
la fuite Méfie. 

^ Pline ( «) dit qu'on y comptoit cent cinquante Peuples , ôc Pom« 
ponius Mêla , qu'on y voyoit autant c'a Peuples que de Villes; 
enforte qu'on peut le comparer aux Cités Gauloifes qui alloient 
à quatre cents. 

i Ces Cités, indépendantes dans l'origine , formèrent fucceflTive- 
ment des Royaumes confidérables tels que ceux des Péoniens , 
desDardanicns , des Taulantiens , des Agrians , &c. fans comp- 
ter celui de la Macédoine proprement dite , qui infenfiblement 
engloutit tous les autres , mais dans des tems très-poftérieurs , 
fous Philippe & Alexandre , pour devenir enfuite la proie des 
Romains. 

Nous ne rendrons pas compte de tous ces Etats , nous nous 
bornerons aux principaux , afin qu'on voye de quelle population 
immenfe étoit couvert notre Triangle, & à quels affreux ravages 
ont été expofés ces Peuples fameux. 

A l'Occident , fur les Côtes de l'Adriatique , étoient les Tau- 
LANTiENS qui furent long-tems gouvernés par des Rois particu- 
liers : là étoient Epidamne , aujourd'hui Durazzo & Apolbnie 
fur les rives du Laus , Ville fameufe par fesloix ôc par fon favoir : 



(0 Hift. Nat. Liv. IV. Ch. x. 



PRELIMINAIRE. Iv 

fa fituatlora étoit fi riante, que du tenfs des Romains ons'empreffa 
de s'y établir & d'y former une forte d'Académie. 

Au ^uddes Taulanriens, les Elymiotes dont les principales 
Villes étoient deux Ports de Mer appelle; Elyma & B-iIlis. 

A leur Orient , les Orestes formant aufîi un petit Royaume 
qu'on fuppofoit avoir été fondé par Orefte fils d'Agamemnon, 
Près de là les Eordiens. 

Au Nord de ceux ci , les Dassaretes gouvernés auiïl par ua 
Roi particulier , donc une des- Villes appelLée Lychnide cioït 
agréablement fituée fur un Lac du même nom. 

A l'Orient de ces Peuples & fur le Golfe de Therma' école 
r^MATHFE , ou la Macédoine proprement dite : c'eft-là qu'é- 
toientEgée ou Edep l'ancienne Capitale du Pays y Pella , enfuite 
féjour des Rois de Macédoine , & maintenant enfevelie fous des 
marais qui en kiffent appercevoir les ruines. Euroje > Berée. 

Près delà, la PiERiE, cia étoienr Pydna , Phylace & Dium, 
C'eft dans cette dernière Ville qu'Alexandre eut une vifion qui lui 
promettoit l'Empire de la Perfe. 

Au Nord de l'Ematliie , la Mygdonie où étoient Antigonie, 
Letcc y Ter pile, 

A fon Orient, I'Amphaxitide , mot-à mot, autour del'Axius; 
Là étoit Therma appellée enfuite Theflalonique , qui aujourd'hui 
fous le nom de Salonique forme feule en quelque façon pour 
nous , la Macédoine entière qui dévaftée ôc gémiliant fous un joug 
deftruftif , ne tient plus aucun rang entre les Peuples de l'Uni- 
vers. Située fur le penchant d'une Montagne, elle voit à fes pieds 
une riche Campagne abondante en grains & en troupeaux. Son 
territoire eft des plus agréables par la diverfité de fes plaines & ^ 
de fes Montagnes , de fes Rivières , de fes Lacs , & des Villages 
idont il eft parlemé. 



><> 



Ivj DISCOURS 

JLdk k^O^ Là , étoit aufli Stagyre , Patrie d'Hipparque & d'Ariflote. 

' Plus loin la Chalcidique, & la Paraxide où étoient V aliène , 

Potidée , Torone , Olynthe , Villes célèbres. 

Les BisALTEs à l'Orient fur le Strynion & frontières des Thra- 
ces , au Nord en revenant d'Orient à l'Occident. 

La Pélagonie , I'Orbelie , le Joria , les Almopes , les Es- 
TRiENS , les Lyncestes ôc le SiNTiCA , ces deux derniers dans l'in- 
térieur du Pays. 

La ?*lacédoine produit du blé , du vin, de l'huile : autrefois elle 

M " nï L il ^^^^^ riche en mines de toute efpèce, fur-tout en or & en argent, 

^ / • Celles d'or abondoient fur-tout dans le Mont Pangée : c'eft par leur 

OAid }{X\J^ moyen que s'étoient enrichis les Habitans de l'Ifle de Thafe , qui 

faifoient un grand Commerce avec les Phéniciens. Les Athéniens 

s'en emparèrent àleur tour, mais lesThraces les leur enlevèrent; 

ceux-ci en furent dépofledésenfuite par Philippe :ce Prince les fit 

jp^tn ci«>t*««<< exploiter par des hommes intelligens, & ce fut avec cet or qu'il 

ùrt<n.^ enchaîna la Grèce. 

Philippe eft le premier qui ait agrandi la Macédoine ; mais plus 
i A A h P^^ ^^^ artifices & par fon or , que par fa puiffance & fa valeur : 

il fut en guerre avec les Rois des Péoniens , des Médes , de la 
l>v»v.mA*> //Ux Xhrace , des Triballes , ôcc. qui étoient venus remplacer les Da- 
Q^L< *ioA <»»« ces & les Gétesen-deça du Danube : ôclorfqu'on voit fon fils être 
{ouOti» u ' a, j^j^jjg^ jg conquérir le Nord de la Macédoine, avant que de paf^ 
Hbv* "^ {i»*u\ £g^ ^^ Perfe , on fe repréfente les Peuples qu'il attaqua comme 
J* w«»* ■^***"**^des Nations éloignées , prefqu'inconnues , ôc on eft fort étonné 
iM,\x4'r C*»** lorfqu'on s'apperçoit que c'étoient fes plus proches voifins. 
^•«.f^ ^r«w«ni< La ftupide avarice du dernier Roi de cette Contrée, livra aux 

râdr.'j /l^Vé^ij-'^®'^^^"^ ^^'^^^^^^y^""^^' qu'ils anéantirent en quelque fotte 

. jÉ- en le diftribuant en quatre Régions qui ne dévoient avoir aucune 

' correlpondance entr elles ; enlorte qu elles ne tardèrent pas a être 



P RELIMINAIR E. Ivij 

ravagées par les Peuples du Nord qui furent fans cefle en guerre 
avec les Romains. 

TiTE-LivE , ce fade adulateur de ces derniers , cherche à les . . , 

juftifîer , en faifant voir que chacune de ces Régions pouvoic fe *"'V ^».4 'S\a 
fuffirc à elle-même. Tranfcrivons ce qu'il en dit , il nous dédom- "^Z,/^* „ ' ^ 

magera de la fécherefle d'une defcription géographique, 6c fera <*/ '^* ■ yyL^r<A> ^ 
regretter la deftruttion de ces floriffantes Contrées. t*b,'- ^^^i!»* Hi-*^ 

La première Région , dit-il ( i ) , eft habitée par les Bifaltes , ^ '» ' ■ ^''' 
Peuple très-belliqueux , & dont le Pays eft au-delà du Neffus i-"-"'*^ /t ./■, v*^ 
dans les environs du Strymon. Elle produit toutes fortes de fruits-. •'* '«•.-•v va y^ .^j- 

elle a des mines & contient la Ville d'Amphipolis qui par foa ,'y> m • •i»>> 

afliette elt la clef de la Macédoine du côté de l'Orient. 

La féconde a deux Ports fameux & commodes , & deux gran- 
des Villes , Thejfalonique 6c CaJJandrie : elle renferme laPallene , 
Pays très-fertile. 

Dans la troifieme, on trouve trois Villes confidérables, Edefle^ 
Bérée ôc Pella. La Nation des Vettiens qui en occupe une partie, 
eft une des plus helliqueufes que l'on connoifle : elle a auffi pour 
habitans un grand nombre de Gaulois & d'IUyriens qui font des 
Cultivateurs infatigable. 

Les Eordéens , les LinceftesôclesPélagons habitent la quatrîe- • ^ ^ 

me , donc font auffi partie l'AtincanlCj la Stymphalide ôc l'Eli- 
miotide. Tout ce Pays eft très-froid , rude ôc ingrat. Le cara£l:cre 
de fes habitans s'accorde avec la nature de fon fol 6c la tempéra- 
ture de l'air qu'on y refpire. 

» Tout ce détail , dit fort bien M. le C. du Buat (ï) , prouvé 
«que les Romains eurent raifon de divifer la Macédoine, mais ne ,,,.-.• j *~ ,^ 

(a)Hift.Rom.Liv, XLV. 
(t) Hift. Ane. Tom. m. m. 

Orig. Grecq. h 



Ivii) DISCOURS 

» prouve point que fes Habitans euflent tort d'être affligés d'un 
»> pareil partage ». Sur -tout lorfque leur vainqueur eut en un feul 
jour livré au pillage & vendu foixante & douze de leurs Villes • 
/^''' i"^ * \\ } '^ un fait auflî barbare n'efl point fufped : c'efl: Pline lui-même qui 
y *-»■ ft'^ «■>■.. le raconte, tandis que Tite-Live le paffe fous filence. Oh ! Hif- 
Tbjim^d ^hle^iQpl*' torien pervers d'une Ville atroce ! pourquoi faut-il que ce nefoit 
n*HWi»/;^-^'(^'***'- que d'après vous que toute notre Jeunefle apprenne l'Hiftoire ? En 
ijiMunt, • y*^ iniou^t; y^in ^ on cherche à pallier les vices & les fureurs de cette anti- 
(^fùlcC^! OK.^l^''^àJ^ que Rome: la chute de fon Empire prouve à jamais fur quelle 
p^^^f HJLvù\i-9»K ^ malheureufe bafe elle ne ceiTa de l'élever. 

rtdi CûUri. _. 

D A R D A N I E. 

A l'Occident de la Thrace ôcdelaGétie, & au Nord de la 
Macédoine, étoit une a(Tez grande Contrée appellée la Dardanie 
& gouvernée par des Rois particuliers , même du tems des der- 
niers Rois de Macédoine. Elle étoit entre le Danube ôc les Monts 
Scardiens , 6c répond à-peu-près à la Servie. 

On y trouvoit plufieurs Villes , telles que JVaiJus , Arrikan^ 
tium j V Ipianum 6c Scupi. 

Bâton, fils de Langare ôc Roi des Dardaniens , foutint avec 
oiaTiiûniaWI. fuccès la guerre contre Démétrius, Roi de Macédoine , ôc étoit 

maître deBylazore, Ville forte de la Péonie, ôc qui étoit de ce 
côté la clef de la Macédoine. Le même Prince fut également en 
guerre avec Philippe II. fils de Démétrius : pour fui vi par Athéna- 
goras , Général des Macédoniens , il ne put jamais être entamé, 
on ne fit pas même un prifonnier fur lui : c'cft que les Dardaniens 
/ . . . I ne quittoient jamais leurs rangs , ne fe débandoient jamais ; ils 
•^ '' *"* ' combattoient toujours ferrés , ôc fe retiroient de même : c'étoit 

ainfi que fe battoient les Thraces , dit Thucydide : 6c ce n*é- 
toit pas là des barbares. 



PRELIMINAIRE. Hx 

5. I X. 

I L L Y R I E. 

Là Côte Occidentale des Pays dont nous venons déparier, Jllij'^^^ 
& qui eft appuyée fur la Mer Adriatique , portoit le nom général 
d'iLLYRiE. On la divifoit en deux portions , la Septentrionale 8c » 
la Méridionale. Celle-là connue fous le nom de Liburnie^ ôc celle- oLtvUTHLû- 
ci fous celui de Dalmatie. 2)^^ "maicrt.. 

Nous gliflerons légèrement fur la Liburnie , qui paroît n'avolt 
pas fait originairement partie de l'Illyrie : du moins Scylax ne la 
fait commencer qu'au Midi de la Liburnie , & précifément aux 
Bulins. 

La Liburnie reflerrée entre la Mer & la chaîne du Mont-AI- 
bius, renfermoit les Flânâtes entre l'Ar/ia & l'CEneus avec les 
Villes ^Albona & de Flano. 

Enfuite, les Japydes depuis r(Eneus jufqu'au Tedanius , avec 
les Villes de Signia ou Segnia , Lopica , f^egîum ; & dans {qs 
Terres près du Tedanius , J^<;/«/«/72 , dont les Habitans aimèrent /fcrt t J TalyiùtcSm 
mieux périr dans les flammes que de fe rendre à Augufte. - - . .i 

Entre les Japydes ôc le Titius où commence la Dalmatie, M. 
d'Anville place les Liburni proprement dits : avec les Villes 
^ Argymntum fur le Tetanius ; JEiiona , ladera , Araufa , fur !« 
Mer i Scardona & BuRNim fur le Titius. 

Dalmatie. 

La DALMAT/E,appelléeprefque toujours Delmatie fur les an- u> ùiïïlU-tLu., 

ciens Monumens, s'étend depuis le Titius jufques à l'Anape qui 



'. \ < 



ix DISCOURS 

îa fepare des Taulantiens. C'eft une Vallée longue & étroite, 
plus large cependant que la Liburnie , & qui paroît en avoir tiré 
fon nom. J>a/ fignifiant Vallée dans la plupart des Langues, fur- 
tout dans toutes les Langues Germaniques. 

On y voyoït les Autariates entre le Titius & le Nefîus. ïls 
Ji Vt ^iVX pofTédoient les Villes de Tragurium , aujourd'hui Trau , Sicum & 
Salarie , enfuite Epetium , (Eneum ; & dans les terres , Ande- 
iiiiim , au Nord de Salone, dans les Montagnes , ôc Fons-Tilurl 
iijifTv,tîi < fur le Neiîus. 
. i-^ ii'.ft'ii^ ^' Enfuite les Ardy^i , avec les Villes de Delminium & de Luf- 
funium , fur les Montagnes ; & Narona fur le Naro j c'eft de Del- 
minium que la Contrée tira fon nom. 

Les Hylles dans la prefqu'Ifle du même nom j avec la Ville 
d'CEneum , tandis que d'autres, avec plus de raifon, les placent 
entre Scardona & Salone. 

Les Labeates occupoient le refte de la Dalmatie : on y voyoit 

Epidaure , Doclea , Rhi\ana , Scodra , Ville très-forte entre le 

Claufula & la Barbana qui fortoit du Lac Labeatis & fe jettoit 

dans rOriundus. Scodra eft la Scutari de nos jours. Enfin Lijfus 

'ô\5,$j'^ ) , >t)h entre le Drilo ôc l'Anape. 

ScYLAX , dans fon Périple , ne fait commencer l'IUyrie qu'au 
Naro , là ou finiffoient les Neftéens & où commençoient les Ma- 
néens , & puis les Labeates. 

11 plaçoit entre le Narfa ôc le Drilon les Monumens de Cadmus 
ou fon Tombeau , ôc au Midi du Drilon les Enchéléens chez qui 
fe retira Cadmus. Puis les lUyriens fur leterrein de qui une Colo- 
nie de Corcyre avoitbâti Epidaure. 

Il paroît donc que Scylax ne regardoit comme vraie lUyrie 

«^Jk-iilVï:/! 1"^ ^^ portion qui étoit habitée par des Peuples vraiment Grecs : 

& précifément ce qu'on appelle la Grèce Illyrique , & dont il 



JctiUx 



PRELIMINAIRE. Ixj 

nous refte à dire un mot pour completter tout ce qui dans cette 
defcription géographique ne regarde pas diredement les Grecs. 

Grèce Illyrique. 

Depuis ]e Drilo jufques aux Monts Acrocerauniens ou com- 
mence la Chaonie, eft une longue côte fur la Mer Adriatique qu'ha- 
bitèrent diverfes Peuplades qui appartiennent effentiellemcnt à la -f". *^^ ^o xi»t/ï( 
Nation Pélafge , & que nous ne faurions omettre, quoiqu'elles 1 •'»--ni»v'^ m ' rt 
foient peu connues , l'attention s'étant toujours portée fur les 
■ Grecs , & ayant négligé toutes les autres Nations Pélafgiques : 
du moins , il nous en a beaucoup coûté de foins 6c de peines pour 
parvenir au Tableau raccourci que nous mettons ici fous les yeux 
duLe£teur. > 

Au Midi du Drilo , on trouvoit les Parthins fur la Mer. *».♦,.•■ 

Au Midi des Parthins , les Taulantiens. 

Plus bas I'Orestide, Contrée qui, ainfi que celle des Taulan- 
tiens , fit enfuite partie de la Macédoine , comme nous avons vu 
au fujet de Royaume. 

Et dans les Terres entre les Taulantiens & l'Epire , les AxiN^ 

TANES. 

Enfin , au Midi de i'Oreftide , les A m a n t i n s & la Ville 
d^Amantia. 

N'omettons pas deux autres Royaumes lUyriens qu'Alexandre 
le Grand réunit à la Macédoine après de fanglans combats : celui 
des EoRDEs , ôc celui des Dassaretes. 

Ce dernier avoit pour Capitale Pellion, Ville très-forte fur les 
bords de l'Aliacmon. Leur Roi Bardyllis étoit fi puifiant qu'il 
avoit détrôné Ainyntas , père de Philippe, & que fon fils Ciitus 
fut en état de réfifter pendant long-tems à lapuiflance de ce même 



ix\] DISCOURS 

Philippe & à celle de fon fils , qui ne put marcher à la conquête 

des Perfes , qu'après avoir vaincu ce redoutable ennemi. 

L'Erigone > Fleuve qui defcend des Montagnes de l'IUyric ^ 
bornoit ce Royaume à l'Orient : quoiqu'il traversât des pays mon- 
tagneux & fauvages , il étoit couvert de Villes très-peuplées qui 
attefloient la douceur de fes Rois , les avantages de la liberté , ÔC 
1 / qui fe changèrent en des folitudes afFreufes , dès que le foufle im- 

JjXidi'^Of p pur du defpotifme fouilla ces heureufes contrées, 
/^hf»^ Ao*» /)fla(mHk>. Q^ compte encore au nombre des Etats de l'Illyrie , les Pe- 
NESTEs au Nord des Daflaretes , & les Albani entre les Pcneftes 
& les Parthins. Ces Albani habitoient les Monts Scardiens & s'é- 
tendoient jufques vers les Eordiens ; leur nom a triomphé des 
tems , 6c a furvêcu à celui de tant de Nations anéanties ; ils for- 
iij ' ment ce qu'on appelle aujourd'hui I'Albanie, dont la Langue 

■ eft un Grec corrompu. 

§. X. 

Epi RE. 

L'Epire vient enfuite , au midi des Monts Cerauniens ou Acro- 
Cerauniens qui la féparent de l'Illyrie : dans les beaux tems de la 
Grèce, elle renfermoit trois contrées, laChaonie, la Thefprotie, 
& la Moloflide : mais il paroît que dans l'origine elle embrafr 
foit encore le pays des Oreftes au Nord , ceux des Dryopes & 
des Enianes à l'Orient jufques à la Doride. Et au Midi , les 
Amphiloques, les Perrhebes , les Athamanes qui appartinrent 
enfuite à l'Etolie. 

La Chaonie étoit la Province la plus feptentrionale de l'Epire. 
Le Scholiafte d'Ariûophane dit que fes habitans defcendoient des 
Thraces , c'eft-à-dire , qu'ils étoient venus du Nord , ce qu'il 
ne faut pas perdre de vue ; fuivant Ariftote , ils étoient Oeno- 



PRELIMINAIRE. IxUj 

trîens, nom d'un des plus anciens Peuples de la Grèce, que mal- Uruut.rfa.1 nUiort^ 
à-propos les Auteurs de l'Hiftoire Univerfellc nous préfentent 
comme originaire de l'Italie. 

Entre les Villes des Chaones étoit Oriciun^ port & ville con- lUtjr i\. 

fiddrable que Pline prétend avoir été fondée par une Colonie de 
Colchidéens. 

Onchefme & Cajfiopt fur le bord de la mer , cette dernière fut 
\in promontoire où étoit un Temple fameux de Jupiter Cassius. 
Le territoire de cette ville s'appelloit Cassiopie , & renfermoit 
quelques autres villes. 

La Thesprotie , vallée longue & large entre la mer ôc le Pinde , 
renfermoit diverfes Villes, Buthrote , Ephyre, Ambracie ville 
très-forte , port de mer dans l'origine , ôc qui étoit une Repu- i 

blique lorfqu'elle tomba fous la domination des Eacides Rois 
d'Epire. On y voyoit aufli l'Achcron ôc le Lac Acherufe. JllHCYûn, 

A rOrient de cette Province étoit Dodone, fameufe par fon '^odioWùi 
Temple ôc par fes Oracles: là habitoient les Helli ouSelli, nom 
qui fut également celui des Prêtres du Temple j ôcdans les environs 
les Hellopes & les Dolopes. Tous ces Peuples étoient Pelaf- 
ges, comme en convient Strabon , ce qu'il ne faut point ou* 
blier (i). 

Les Molosses placés à l'Orient des Thefprotes , eurent un ter- 
lein plus ou moins étendu fuivant le tenis : c'étoit la portion la ♦ 
plus montagneufe de l'Epire; là étoient, Jifc/Tzo/z^P/^/actf, //or- L^LXil^ 
rcurriy 6c quelques autres villes. tjùx.Ok>,»^ 

Les Chevaux de l'Epire ôc les Moloffcsou Dogues de la Molof- 
fie étoient renommés dans l'Antiquité. 

0) Strjb. Lit. VII. 






>^t^*-V >CtY>«A., 



^IbtMtk^ 



.< 



m\,^ 



Ixiv DISCOURS 

Ces diverfes Contrées formèrent dans l'origine autant de 
Royaumes différens , qui furent fubjugués & réunis en un feul 
par les Eacides , defcendans de Pyrrhus fils d'Achille. Cepen- 
dant les Epirotes jouiflbient fous leurs Rois d'une certaine liber* 
té, puifque Plutarque nous dit, que toutes les années , ils avoient 
une alTemblée générale à Pajfaro , où le Roi s'obligeoir par un 
ferment folemnel à gouverner conformément aux Loix , & où le 
Peuple s'engageoit à lui être fidèle & obéiffant à cette condition. 

Athamanie, 

L'Athamanie au Sud-Eft des Moloffes faifoit auflî primitive- 
ment portion de l'Epire : elle occupoit également une portion du 
Pinde. Argithee étoit fa capitale ; on y voyoit aufli Acanthe, 
Athcneum , ôcc. 

Les Ethices placés dans les mêmes montagnes étoient plus 
^ ' '^ ■*■ au Nord & frontière de la Theflalie , dont ils faifoient partie du 
tems d'Etienne de Byzance. 

lien faut dire autant des Perrhebiens & des Driopes, à re- 
lient des Athamanes, 6c au nord de la Doride. 

§. X 1/ 

T H E s s A L I E. 

i^ïit jC| j -- La Theflalie c©iipée en deux par le Penée étoit tjfifrvafte con- 

t/>aX4, trée au midi de la Macédoine , & à l'orient de l'Epire : elle 

"àvoit été peuplée également par des Colonies defcendues de la 

Thrace, au point que divers Critiques ont cru qu'elle en avoit 

même porté le nom. Ses habitans furent tous des Pélafges , & 

le nom en demeura à prefque toute la portion qui eft au nord du 

Penée. Hérodote appelle en effet les Pélafges , Theffaliens. 

Du 



jLpikt^ 



P R E L I M î lY A 1 R E. Ixv 

Du tems de Strabon elle étoit divifée en cinq Régions. L'Ef- 
tiotide , la Teliffalie propre , la Pelafgiotide, la Phthiotide & la 
Magnefie qui par la façon de s'exprimer des Anciens à fon égard, 
fcmble avoir été unie par la fuite des tems à la Theffalie , fans 
lui appartenir directement. 

L'EsTiOTis ou TsTioTis, la Province la plus occidentale , ren- 
fermoit un grand nombre de villes : Gomphi fa capitale , Fhjef- 
tus f FÂa/eria y Pelinée , Eginée , &c. * jj^ jA . V 

La Thessalie , propre , au nord du Pinde 6c de l'Othrys , étoit 
arrofée par diverfes rivières, ôc renfermoit plufieurs villes , Z(y- 
pata , So/lAem , Romila: , &c. 

La Pelasgiotis ou pays des Pelafges , proprement dits , au re- 
vers de l'Olympe & du mont Poeus, avoit pour villes Doliche , 
A-^oriiim , &c. Celles-ci près du Panyafus au pied des Mcnts 
^ML Caii buni : enfuite , Arne, Polinée , Atrax , Larijje , Gyrtone , Go- 
I ^|H| /zu^ , la délicieufe vallée de Tempe; ôc au midi du fleuve, >5"co//^y^, 
hn^ Elatie , Pbere , &LC. 

La Phthiotis fut la Patrie ôc le Royaume d'Achile ; la capi- /IcriUiti 
taie en étoic Pktkie , qui fut enfuite détruite : on y voyoit Coronée, 
E retrie ^ Lamia , Héraclée , une Thebe fur le Goife PelAsgique 
qui confervoit ainfi le nom primitif des habitans de Theifalie , 
Pharfah ôc fes plaines fi renommées, Demetrias , Sperchias, Am- -^^"Yi^ k\^^;,,}. 
P^O'J^-' ^ ""^^ foule d'autres. 

La Magnésie à l'extrémité de cette Province , ôc en forme de 
prefqu'Ifle , rcnfermoit lolcus , Pyrcrha , Methone , Olyi^on , ôcc. 
la fontaine de Eibethra y d'oia les Mufes furent furnommées Li- 
bethrides ; Magnefie fur la mer , au pied du Pelion : le lac ôc 
la ville de Bccbe, ôcc. 



Orlg. Grecq, 



Ixvj DISCOURS 

§. XII. 

Grèce ou Tays des Hellènes SC des Achéens. 

Nous voici parvenus à l'endroit où notre Triangle fe refferre 
le plus qu'il eft pofhble , ôc où commence ce qu'on a appelle Rel- 
ias, ou pays des Hellènes ; Achaïe, ou pays des Achcens, ôc que 
/jUltHif x\Q^^x% délignons par le nom de GRECE. 

Ai^im.^ ^^ ^^ trouvent l'Acarname , l'Etolie , la Locride , la Phocide, 

la Béotie , l'Attique & la Megaride. 

ACARNANIE. 

L'Acarnanie , fituée fur la mer qui baigne les Côtes occiden- 
tales de la Grèce , & au pied de l'Olympe qui la termine à i'O- 
rient, eft peu connue dans l'Hiftoire de la Grèce : la fagefie de 
fes habitans qui fe gouvernoient par leurs propres Loix , les em- 
pêcha de prendre part aux guerres infenfées de leurs compatrio- 
tes : ce ne fut qu'à la fin des beaux jours de la Grèce qu'ils fe 
i i\vi ji ► montrèrent comme guerriers dans le tems que les Etoliens ligués 
avec les Romains cherchoient à les écrafer. 

L'Achelous traverfoit cette contrée du Nord au Midi. 

On comptoit entre fes villes yiV?i«//2, xfr^o^ l'amphiiochique, 
Tllliur^ • Stratos , ôcc. Nafos y ou la Naz , Leucade avec fes rochers blancs. 

E T O L I E. 

L'Etolie ancienne , la feule dont il s'agit ici , s'étendoit du fleu- 
ve Acheloûs jufques à l'Evene d'Occident en Orient; & du Pin- 
de jufqu'au Golfe de Corinthe du nord au midi : elle étoit com- 
me une belle & riche vallée entre deux chaînes de montagnes au 
pied defquelles couloient ces deux fleuves. Ses habitans croient 
hardis , avides de combats , & de^butin. 



F II E L I M 1 A' AIRE. Ixvij 

LàécoitP/(f«ro/z, au pied del'Aracynche, Olene, Coriope,Therme, 
villetrès riche défendue par de hautes Montagnes, où s'afTembloient 
les Etats du pays, & célèbre par fes Foires & parfes Marchés. Me- 
lapa fur les bords du lac Trichonis , la célèbre Calydon , capi- 
tale d'un Royaume de ce nom , & placée agréablement fur l'Evéne '• 
Molycria au pied du Chalcis, montagne très-élevée, AntirThium , 
Naupacle ,\q. mont Corax. Au Nord , quatre villes Doriennes ou 
la Tetrapole Doride , & qu'on appelloit Erineus yBoium , V indus 

inCydnium.. .»A««iiC 

L O c R I D E. 



Les Locriens habitans des montagnes qui font au fud de la Thef- 
falie , s'étendirent d'une mer à l'autre depuis l'Etolie jufques au 
Nord de la Béotie. Ils furent fubdivifés en trois portions. Les 
OzOLEs fur le Golfe de Corinthe à l'occident , les Epicnemides 
au Nord , habitans du mont Cnemis , & les Opuntiens à l'Orient 
fur la mer Egée ayant Opunce pour capitale. 

Chez les Ozoles on voyoit Oeanthia^ port de mer , Cirrha & 
Caleori furie Golfe de Griffa, Eupalium dans les montagnes, 
Amphiffa, ville grande & célèbre. 

Les Epicnemides, habitans de la Chaîne du Mont Cnemis qui 
s'étend du Mont Oeta ou du Cap Malée jufques aux plaines de la 
Béotie. Leurs principales villes étoient Scarphé ^ ou Scarphia voi- 
fine des Thermopyles, iV/ce'f plus près encore de Ce célèbre défilé, 
Thronium leur capitale fur le Boagrius , A'ar.x' Patrie d'Ajax, 
Alope , TarpAa qu'Homère appelle auffi Calliarus , Dapknuntt 
fur la mer , Alpenus près du défilé des Thermopyles ; enfin cette 
fameufe gorge qui ouvre un paffage étroit entre la Theffalie & la 
Grèce : & qui dut fon nom à fa nature ôc à fes eaux thermales. 

Les Opuntiens avoient Opunce pour capitale ; on y remarquoît 

i i) 



••'>';«.« f> 



Ixviij DISCOURS 

encore Çynus port de mer , 6c les plaines agreftes de BeJJ'a qui ne 

produifent que des bruyères , &c. 

P H O C I D E. 

La Phocide, plus étendue dans l'origine , mais reflerrée enfuife 
par les Locriens , étoit au Nord du Golfe de Corinthe entre la 
Locride & la Béotfe. 

C'efl-là qu'dtoit Delphes, illuflre par l'Oracle d'Apollon, le 

3 L['^\ii\ Mont-Parnafle cher aux Mufes , & fon fommet appelle Lycorie ^ 

J'^ATH^JX** qui s'élève plus qu'aucune des montagnes de la Grèce. La fontaine 

Ca)ib^\j^o^ de Cajlalit au pied du Parnafle , l'autre de Corycc ; Ty torée , Qy- 

parijfe ,?, l'Occident j Crifao^ui donne fon nom à un golfe, X>^«- 

lis à l'Orient & fur une montagne efcarpée ; Drj/;7?e« , Amphiclécy 

k. Tritee^ Hyampolis dans des défilés ; Abœ , célèbre par un Oracle 

d'Apollon plus ancien que clui de Delphes; £7a/<?e,furleCephife^ 

la plus grande ville des Phocéens; Bulis & Cinha fur la mer. 

f B E o T I E. 

Enfin les Montagnes s'ouvrent & forment entre les deux mers 
de belles ôc vaftes plaines où fe dégorgent leurs eaux en forniant 
de grands lacs & en épaiffifl"ant l'air de la contrée , bien différent 
de celui qu'on refpiroit fur les Montagnes. Ce font ces plaines 
auxquelles on donna le nom de Béotie. 

Ces riches & fertiles plaines s'étoient couvertes d'une nom- 
breufe population &: de villes fameufes. 

Là étoient Oropc à l'Orient près de l'Attique , Ddphinîum , port 

facré , dit Strabon, à l'embouchure de Ykio^tsAuUde en face de 

,, . , Chalcis , d'Eubée, Ddium avec un Temple d'Apollon Delien , 

Tanagrey Salganèe , Anthedan citée par Homère , Mycals(fe^ 




PRELIMINAIRE. Ixix 

T H E B ES, la ville la plus illuftre de la Contrée ; Platée ôc ^/ , 
Leuclres , célèbres par les combats dont elles furent les témoins ; '^' 

Copœ & fon grand lac qui inonda plus d'une fois les campagnes 
voifines , O'chomenc ville riche & puiffante, mais qui ne put fe 
garantir de cette fubmerfion ; Haharts , Onchejîe avec un bois 
confacré à Neptune , Ocalée , Alalcomene ^Tilphuje , fur une mon- 
tagne du même nom ôc fur les bords du ïilphufe qui y prend fa 
lource= CoTonée , un autre Mont Libithrlus , Chéronét , Patrie de t /ïf 
Plutarque , Lebadie , &c. 

N'omettons pas les ?vIonts Ildlcon , Ciiheron & Pimpla, & ces ,'. 

fontaines célèbres , Dirce aux portes de Thebes , VAganipc & 
V Hippocrene : ÔC Hylé avec fon lac qui communique par une ri- 
vière à celui de Copais. 

Près de l'Héiicon à l'Occident de la Contrée ôc dans un angle, 
'A fera , Patrie d'HéfiodCjfroide en hiver, incommode en été, mal- /lotù/l 
faine en tout tems : Ihefpie , Creuja, Siphè ou Tiphé , dcc. 

A/p/edon fux le Mêlas entre Thefpie ôc Onchefte. 

AncAoaoùle Céphife , après être forti du Lac Copais, fc 
perd fous terre pour reparoltre près de Larymna où il va fe jet- 
ter dans la Mer. 

A T T I Q U E. 

Enfin la Plaine fe referme, ôc les Jvïontagnes fe rejoignant for- 
ment un angle allongé qui s'avançant dans les Mers foucient leur 
poids ôc réfifle aux efforts de leurs flots. C'eft cette Contrée 
montagneufe, extrémité de cette maffe de terres que nous venons 
de parcourir, qui eft fi connue fous le nom d'Attique : pays fec > 
dur , ôc ingrat , que la liberté feule put engager à défricher , ôc il6(y/u 
où feule elle put donner lieu à une population étonnante , puif- 



-i>' 



Ixx DISCOURS 

qu'on y comptoit près décent quatre-vingt bourgs ou cantons qui 
ont prefque tous difparu , Se qui étoient honorés du nom de 
pAGi , diftribués en douze Peuples ou Tribus. Là on voyoit : 

Athènes dont le nom ne mourra jamais , cette Ville de Cecrops 
& de Thefée , illuftre par fes Lycée , & fes Mufée , par la gloire 
de fes grands hommes : & dont trois ports , le Pyrée , Fhahre & 
Munychioii-di^Qitwx. peine à fuffire à fes Flottes & à fon Com- 
merce. 

Eleusis & fes myfteres, 'Enoe , Acharna^ Becelie, Phyle , Ma- 
lliliUS rathon , Brauron , R/iainnus , avec un Temple d'Amphiaraus , Er- 

chia Patrie de Xenophon , Gargette où naquit Epicure , Ôcc. 

Ses principales Montagnes furent le Mont Hi met te y célèbre 
par fon miel , le Bnlejfe , le lycahette , le Varnes , itCorydalle, 
le PentcUque & quelques autres moins renommées. 



^^n 



hùii \\^ 



M E G A R I D E. 



La MegaRide pays fec & de plaines fertiles en blé, eft la der- 
nière portion de la Grèce propre : elle eft placée fur l'Ifthme qui 
s'unit au Peloponèfe. On y voyoit CiîOiWMroN aux portes duPe- 
loponèfe, les Roches de Schiron , celles de Minoa , qui forment 
le Port de Nifea , Mégare Capitale de la Contrée fur la Colline 
de Nifus : Pag^ dans les Montagnes.; 



§. IL 

Du PÉLOPONÈSE. 



^ ' [ t f(n Le PÉLOPONÈSE appelle dans l'Origine y^^ia & Pe'/d/^/^ , ter- 



mine le Triangle dont nous avons entrepris la defcription : c'eft 



PRELIMINAIRE. Ixxj 

une vafte prefqu'lfle qui feroic parfaitement quarrée fi la Mer n'y 
avoit formé des Golfes profonds qui lui donnent l'air d'une feuille 
de platane aufli profondément découpée. Là fe formèrent nombre 
de petits Etats , tous gouvernés par des Rois dans l'origine. On 
peut les réduire à fix , l'Achaïe , l'Elide, la Meflenie, la Laco- 
nie ) l'Argolide , i'Arcadie. 

A C H A I E. 

L'Achaïe formoit la côte méridionale du Golfe deCorinthe: 
renfermée entre la mer & le mont Cyllene , elle étoit arrofée par 
une multitude de rivières ou ruiffeaux qui y répandoient la ferti- 
lité : enforte qu elle ne tarda pas à fe couvrir d'une nombreufe 
population , & de Villes puiffantes» 

CoRiNTHE que Cicéron appelle l'CEil de la Grèce , étoit placée 
à la fortie de KIfthme . à la tête du Péloponèfc : Ville célèbre 
par fon commerce immenfe , par fes richefles, par fes nombreu- 
fes & floriflântes Colonies ; par fes malheurs fur-tout : près de 
cette Ville , Craneum avec une forêt de Cyprès , Ltchee Port de 
QjQiwvCwç, j Cenchrée fur le Golfe même , avec un Temple de Nep- 
tune auprès du quel fe célèbroient les Jeux Ifthmiques. J)tnniLC Ij àAn^t) 

SicYONE fur les bords de l'Afope, Ville d'abord gouvernée 
par des Rois, libre enfuite , fubjuguée enfin pai Sparte. Ses Ha- 
bitans étoient très-induftrieux. Nous aurons occaiion de parler 
dans la fuite de diverfes villes de cette Contrée. 

Path£ , ville illuftre qui s'appelloit primitivement ^roe, 

E L I D E. 

L'Elide , Province illuftre parce qu'on y célébroit les jeux 
Olympiqucsfur les bords de l'Alphée , étoit à l'Occident de l'A- Ou^y>\.^t.Li 



Ixxij DISCOURS 

chaïe ; elle abondoit en pâturages , en fruits , en lin , &c; 

On y voyoit Cyllene , Port de mer , le Cap Chelonites , F/iia, 
Elis fur le Penée , Olympie qu'on appelloit Pi/e dans l'origine. 

Dans la Triphylie , portion méridionale de l'Elide entre i'Al- 

pliée & la Meffenie , Samicum, Pylos , Royaume de Neftor , Hy- 

pania , ôcc* 

M E S s E N I E. 

La Meflenie au midi de l'Elide , & à l'occident de la Laconie ; 
étoit une Contrée riche & fertile : auffi elle fut extrêmement peu-, 
plée , & elle excita vivement la jaloufie de Sparte qui en exter- 
mina les Rois. 

La première de fes villes en venant de l'Elide , étoit ÇypariJJe 
fur le Sela ; on trouvoit enfuite Pylos de Meflenie fous le mont 
Aegal, Methone y aujourd'hui Modon. 

Aline , Corone , Vharœ ou Pherce , au-delà du Pamife , Abia, 
aux portes de la Laconie. 

Messene qui donna fon nom à la Contrée y Ville bâtie fur une 
Montagne efcarpée , Ithoine qui la touche fur une Montagne du 
même nom , Arène , dans les terres , I£.pea appellée enfuite Thu- 
' i rium^ &c. 

Laconie. 

La Laconie à l'Occident de la Meflenie^ au Midi de l'Argolide, 
étoit un pays coupé par de hautes Montagnes & rempli de défilés; 
il ne laiflbit pas que d'être peuplé , & de renfermer des Villes cé- 
lèbres. Le Ment ïaygette étoit couvert de forêts & rempli de 
gibier : c eft-làque lesLacédémoniens s'exerçoient à la chafl'e. 
A la pointe la plus voifme de la Meflenie étoient Mejja, ôc Te- 
. nar& avec fon Promontoire : Teuthrone 1 La ou Lan , Amathuntc* 

' Afine^ 



PRELIMINAIRE: Ixxiij 

y^fîne i Gythlum , Port de Mer de Sparte : ôc après avoir paffé 
l'Eurotas , Acria , Blandina , Afope , le Cap Malée , Baa., De^ 
lium & Minoa , Forterefle , comme dans la Béotie ; Epidaure 
furnommée Limera à caufe de fes riantes Prairies : Zartx au pied 
de la Montagne du même nom : Pra/îa la dernière Ville de la 
côte. 

Dans les Terres , Helos dont les Habitans furent réduits en 
efclavage par les Lacédémoniens , (Etylos , Leuclres. 

Sparte ou Lacédémone qu'Homère défigne par les noms de 
creufe & de poiflbnneufe : Amycles dans une agréable fituation 
& abondante en fruits. Therapne , avec un Temple de Jupiter 
Opulent. Be/éina,Tnfo/is , Sella(îa^Pitane jGeronthra y &c. 

Argolid e. 

L'Argolide forme une prefqu'Ifle qui s'avance confidérable- 
ment dans Ja Mer : elle étoit arrofée par l'Inachus, ôc par l'Erar 
finus dans lequel fe jettoit le Phrixus : on y voyoit; 

Nauplie, Port de Mer d'Argos ;PhliuntCj où l'on remarquolt 
une Caverne profonde en forme de Labyrinthe; Hermione, Trœ- 
zene , Epidaure confacrée à Efculape, Anthédon, &c. 

Argos capitale de la contrée, furnommée Achaïque, Pélafgi~ 
que , &CC. riche en chevaux , àcc. 

Mycenes , Capitale du Royaume d'Agamemnon. 

Lerne , fon Etang & fon Fleuve. 

Amy morte, Lycimne^ ForterefTe, 

Tirynthe & fes énormes murs conftrults , difoit-on , par les 
Cyclopes. 

Cléone fur une Colline. 

Orig. Grecq. k. 



Ixxlv DISCOURS 

Nèmèe y célèbre par fes Monts 6c fes Forêts, ainfi que par foS 
Jeux. 

A R C A D I £. 

L'Arcadie, contrée qui formoit Je centre, le noyau du Pé- 
loponnèfe , étoit remplie de Montagnes & de gras pâturages : 
auffi rien de fi célèbre que fes Bergers. 

Elle étoit dans l'origine remplie de Villes , dont la plupart n'e- 
xiftoientdéjà plus dutems de Strabon : elles avoientété prefque 
toutes détruites par les révolutions de la Grèce. On y voyoit 
HERée fur l'Alphée , Thelphujja fur l'Erymanthe , StymphaledLVtc 
fon Lac , Pjophis auparavant Fhagia , toutes au Nord. 

Tégêe où fe tenoit l'airemblée générale de Achéens. 

Megalopolis fur rHéliUon, Ville bâtie par Epaminondas où 1^ 
raffembla les débris d'un grand nombre d'autres , dont on peut 
voir les noms dans Paufanias. 

Lycqfura fur le Mont Lycée , Ville très-ancienne. 

Calllœ : Nonacrls fur une Montagne célèbre par l'eau que diftil- 
loitunede fes Cavernes, ôcqui écoitficorrofive qu'on ne pouvoit 
la conferver que dans la corne du pied des mulets. 

Clitor, célèbre également par l'eau d'une de fes cavernes. 

Orckomene , Cary^s , Mantinée près du Mont Anchifia \ Ho- 
mère parle de cette dernière Ville, & l'appelle l'aimable , la 
charmante Mantinée. Valltne , cnfuite Pellene : Ténêe, Eua , &c. 

Les principales Montagnes de l'Arcadie étoient au Nord 
Pholoé^ VErymanthe j Panhenius y dans l'intérieur J^£/ia/e & le 
Panhafiiis, 

Telle efl: la defcription générale des diverfes Contrées que 
f Antiquité défigna fous le nom de Pelasges : 6c d'où fortirent les 
Peuples qui s'établirent dans toutes les Ifles de la Grèce , fur les 



PRELIMINAIRE, Ixxv 

côtes Occidentales de l'Afie Mineure , & jufques dans l'Italie, 
plufieurs générations avant la guerre de Troye. Cette defcription, 
néceflaire afin qu'on pût nous fuivre dans la fuite de nos recher- 
ches fur ce Peuple prefqu'inconnu, donne déjà une grande idée 
de fon génie , ôc des reffources prodigieufes qu'il dut avoir pour 
arriver à une population aufli confidérable , & pour fermer des 
Colonies auffi floriflantes , auflî avives , auiïi verfées dans l'agri- 
culture & dans cts arts fans lefquels un Etat quelconque ne pour- 
roit fe maintenir : ce ne font pas des fauvages dénués de tout qui 
peuvent exécuter de grandes chofes, couvrir le monde d'une nom-, 
breufe population , fonder des Etats & des Villes puifTantes. 

Plus nous fuivrons ce Peuple de près , & plus nous aurons 
occafion de nous en former une grande idée , & de nous convain- 
cre com&ien il a été peu connu , & combien peu on a cherché à 
le connoître. 

La Defcription Géographique que nous venons de faire de ces 
Contrées Pélafgiques peut redrelTer déjà nos idées à cet égard , 
fur-tout fi l'on confidere que les noms donnés par ce Peuple à ces 
Contrées en peignent parfaitement la nature : nous croyons donc 
obliger nos Lecteurs en mettant ici fous leurs yeux le tableau qui 
en réfulte , & qui leur paroîtra auflî curieux que neuf. 

S. XîII. 

Les noms des Contrées de la Grèce en font une defcription 

géographique'. 

Nous avons vu que la Grèce renfermoit la Theflalie, l'Epire , [litiôut 

l'Etolie, la Locride, la Phocide, laBéotie, l'Attique , l'Achaie 

& le Péloponnèfe , appelle dans l'origine Ap/a. Mais dans la 

Langue Pelafgique , même que celle des Celtes , il n'eft aucun 

ki] 




ixxvj DISCOURS 

de ces noms qui ne foit parfaitement adopté à la nature du Pays 
qu'il défigne , & qui ne forme un Tableau géographique très- 
intéreflant , quoiqu'il fût demeuré inconnu jufqu'à préfent. 

En jettant les yeux fur la Carte de la Grèce , on découvre au 
Nord une profonde & belle Vallée qu'un Fleuve arrofe dans toute 
fa longueur ; au Sud de cette Vallée une grande étendue de terre 
que termine un Golfe dans toute fa longueur également : à l'O- 
rient une Plaine immenle féparée des Contrées de l'Occident par 
une chaîne circulaire de Montagnes ; au Midi , une mafle de ter- 
res qui ne tient à celle-là que par un fil , pour ainfi dire , par une 
langue de terre bien étroite , bien peu confidérable. Ce fol pré- 
fente donc des Vallées, des Plaines, des Pays Maritimes, des 
Pays éloignés de la Mer , des Montagnes, une Contrée prefqu'en- 
tierement détachée des autres par la Mer. Mais ce qu'on ignoroit 
c'eft que ces divers Tableaux , ces afpeâs variés, font peints avec 
la plus grande précifion , ôc la plus grande vérité dans les noms 
que les Pélafges aflTignerent à chacune de ces contrées : rien n'y 
fut l'effet du hafard. 

A c H A I E. 

Commençons par la côte qui eft au Nord & au Midi du Golfe 
de Corinthe : elle porte des deux côtés le même nom, c'eft l'A- 
CHAiE d'où vint le nom â! ^c/iivi , ^Achetas donné à fcs Habi- 
tans : mais ce nom fignific Fays MaTinme,Vzys d'Eau; & A chéens, 
Habitansd'un Pays Maritime. Il eu formé du primitif aq, ach qui 
défigna conftamment les Eaux , ôc dont les Latins firent aq«<c au 
pluriel , kqua au fingulier, Voyez Orig, Lat, cLiii. 



PRELIMINAIRE. Ixxvi; 

E P I R E. 

En avançant dans les terres du côté du Nord , on rencontre une 
contrée plus étendue, ôc qui fe termine par une belle ôc profon- 
de vallée : on dut donc l'appeller la Terre Terme , le Continent, & 
c'eftceque (ignifie le mot Epire ; comme on en convenoit, fans 
qu'on pût fe rendre raifon de ce qui avoit fait donner ce nom à 
cette contrée de préférence aux autres. 

Thessalie. 

La Theflalie au Nord de l'Epire , au Sud de la Macédoine, 
offre des caraderes uniques ; c'eft une longue vallée qui coure 
également d'Occident en Orient , formée par de hautes monta- 
gnes , ôc arrofée dans toute fa longueur par un beau fleuve, le Pé- 
née : mais Thal , Thel défigna toujours une vallée , Sal , Sala 
le fleuve d'une vallée ; de-là Thel-Jal, puis Thejfal : voyez Orig, 

Lat. CLXvii. 

Thessalonique. 

C'eft précifément par la même raifon que la ville de Therma en 
Macédoine , prit le nom de Theflalonique ; ce dernier étoic 
celui de la contrée ; car Therma étoit placée à la tête d'une 
petite ThefTalie , dont elle prit le nom. Elle domine en effet fur 
une vallée vafte ôc fertile renfermée par des montagnes ôc arrofée 
par le Gallicus , ôc par plufieurs petits ruiffeaux. 

Les Grecs qui n'entendoient rien à tous ces noms , ôc qui 
eroy oient faire merveilles en les attribuant à quelque grand per- 
fonnage , ne virent dans celui de Theflalonique que le nom d'une 
belle Princeffe , fille de Philippe ôc femme de CafTandre : enforte 
que ce nom auroit été impofé à cette ville par Philippe même fe- 



Ixxviii DISCOURS 

Ion Etienne deByfance , ou par CafTandre félon Strabon. 

Ajoutons pour convaincre les plus incrédules, que ce canton^ 
même la Ville de Therma» s'appelloient également, félon lemême 
Etienne, Halia, mot qui s'adoucifTant enja/ , & s'ajoutant au mot 
TA«/, vallée, fit naturellement TAfl/ya/, puis T/^i^/. 

E T O LIE. 

Ce nom de Thaï , Thel, prononcé Tol, devint également le 
nom de I'Etolie , belle & riche vallée qui court du Nord au 
Sud , & qui eft placée entre l'Acheloùs & l'Evene. 

L o C R I D E. 

Les Locres habitoient cette chaîne de montagnes qui eft au Mi- 
di Oriental delaTheflfalie, & qui forment une enceinte depuis le 
Golfe de Corinthe jufques à la Mer d'Eubée. Les Locres placés 
fur cette enceinte en portent exadement le nom; OcR & Locr 
ayant toujours défigné les montagnes & les contrées montagneu- 
fes : voyezOrig. Lat, ccx. 

La ville de Locres dans la grande Grèce étoit elle-même fur 
une montagne appellée aujourd'hui la Motte de Burzano. 

P H o c I D E. 

La Phocide qui renferme les montagnes les plus élevées de la 
Grèce , le ParaafTe & le mont Lycorée , paroît devoir fon nom 
également au primitif Hoc , Oc ,Og, qui a toujours défigné tout 
ce qui eft haut &; élevé ;. & dont vint le Latin Fauces , gorges , dé- 
filés. 

B É q T I E. 

La Béotie pays,de plaines & de pâturages,nepouvoit être mieux 
nommée : la Syllabe Bœo , ayant toujours défigné des pa^ys de plh-. 



PRELIMINAIRE, Ixxîx 

turâgeVdes prairies arrofées 6c fertiles. Voy. Orig. Lat, CLXXXViii.' 
Nous en verrons d'autres exemples dans la fuite. 

A T T I Q U E. 

L'Attiquedont l'étyraologie a toujours été recherchcfe en vain 
ou d'une maniera abfolument ifolde & fans principes , fe pronon- 
çoit dans l'origine Axxh-is , comme nous l'aprennentles anciens 
Géographes , Mêla en particulier ; mais is dans tous ces noms fi- 
gnifie Pays , refte donc att , mais att, oth qui fe retrouve dans 
les noms du mont athos & du mont Oeta, défigna toujours la 
puiffance , la domination , la hauteur. L'Attique eft donc mot- 
à-mot le pays élevé ; en effet le terrain fe relevé dès qu'on a palTé 
la Béotie : & s'il eft appelle ath , à la différence des montagnes 
qui font au nord ôc à l'occident de la Béotie, qu'on appella ocr , 
ou LOCR c'eft qu'elles font moins rudes, moins pointues, moins 
efcarpées. 

A P I A. 

Enfin le Péloponèfe s'appella Apia , du primitif AP ou hap ," 
faifir, lier j parce que cette contrée tient à la Grèce comme avec 
un crochet , une agraphe : de-là vint le vieux Latin /Jpio , lier. 

Des rapports auffi frappans , des contraftes aufïï marqués , des 
mots dont la valeur eft toujours fx bien affortie à la nature des ob- 
jets qu'ils défignent , ne font, ni le fruit de l'imagination , ni l'ef- 
fet du hafard ; ils dérivent de la Langue même des Pelasges , &de 
l'intelligence avec laquelle ils appliquèrent à chaque canton le nom 
qui feul pouvoit lui convenir & le peindre par fa feule pronon- 
ciation , en forte que l'enlemble de ces mots repréfente , comme 
nous l'avons dit, la Grèce entière d'une manière aufli exacte qu'en 
pourroit faire fa peinture deifinée à vol d'oifeau. 



Ixxx DISCOURS 

§. XTV. 

Etendue G* avantages de ces Etymologles Géographiques. 

Mais fi les noms de ces contrées les peignent fi parfaitement;? 
& font tous fignificatifs dans la Langue Celtique , il en eft de mê- 
me de ceux d'une multitude de villes ^ montagnes , forêts , riviè- 
res qui compoferent les pays habités par les Pelasges , ou la Pe- 
LASGiE , telle que nous venons de la décrire , ôc dont nous allons 
donner ici en forme d'eflai une nombreufe Lifte par ordre alpha- 
bétique afin de prouver notre affertion d'une manière encore plus 
fatisfaifante y ôc qu'on s'affure par foi-même du rapport étroit de 
la Langue des Pelafges avec celles des Peuples Celtes. 

Cette lifte eft compofée d'environ 800 Noms diftribués en deux 
elaffes : les noms des Edux, ôc des Villes fituées fur des Eaux : les 
noms des Montagnes , Forêts , Pâturages , Rochers , ôcc. ôc des 
Villes qui en tirent leur nom. 

ISlous avons pris ces noms dans Homère , dans Paufanias , dans 
Strabon , dans les Voyages de Whellcr ôc de Spon , dans Cella- 
rius , dans le grand Di£lionnaire Géographique de la Martiniere, 
ôcc. Nous n'avons fait ufage que de ceux dont nous avons pu 
fixer la véritable pofition , ôc la nature du local , puifque c'eft ce 
local qui fait la preuve de l'explication de ce nom. Sans cette 
Loi que nous avons fuivie exaftement, nous aurions plus que dou- 
blé cette longue lifte; mais nous n'avons rien voulu avancer dont 
nous ne fuffions affurés , certitude qu'il n'étoitpas facile d'acqué- 
rir, la plupart des Auteurs Géographiques ne fe mettant nullement 
en peine de peindre la fituation des lieux dont ils parlent. Si nous 
avions pu parcourir nous- même la Grèce fous ce point de vue , 
nous en aurions rapporté des lumières plus nombreufes ôc plus 
intéreflantes. Quelquefois , 



PRELIMINAIRE. Ixxxj 

Quelquefois, nous avons appuyé la valeur de ces Noms par de 
femblables empruntés de diverfes Nations Celtiques : plus fou- 
vent , nous avons renvoyé à ce que nous avons déjà publié en ce 
genre dans le Difcours Préliminaire de nos Origines Latines :ôc 
nous prions nos Lecteurs de l'avoir en même tems fous les yeux,' 
afin qu'ils puiffent s'aflurer de l'unité de nos Principes , 6c com- 
bien ils font féconds en conféquences. 

Nous avons également fixé la valeur de ces Noms par celle 
qu'ils ont dans diverfes Langues Celtiques : cela étoit indifpenfar 
ble afin qu'on vît à quel point la Langue Grecque reflemble à celle 
des Celtes , des Germains , des Goths , des Slaves ou Efclavons : 
cependant nous avons également été très-laconiques à cet égard,' 
afin de ne pas faire de cette Lifte un gros volume , & pour ne pas 
fatiguer nos Le£teurs,pour qui ce détail eût été fuperflu d'après nos 
Di£lionnaires Etymologiques, où ces familles de mots fe trouvent 
difcutées & comparées de manière à ne laifTer aucun lieu au doute. 

Nous offrons donc ici au Public un travail neuf, & dont on 
n'avoit aucune idée y on ne peut pas même le rapprocher de celui 
du favant Bochart qui ne voyant par- tout que du Phénicien , fut 
continuellement la vidime d'une pétition de principe , puifque 
voulant prouver que les Grecs éeoient Phéniciens , il eftropioit 
leurs noms par la Langue Phénicienne, & il en concluoit qu'ils 
étoient donc Phéniciens. 

Nous difons au contraire , les noms Géographiques de la Grèce 
font toujours aflbrtis à leur nature , mais ces noms ont précifé- 
ment la même valeur dans les Langues Celtiques : donc la Lan- 
gue des Pelafges fut la même que celles des Nations Celtiques. 

En même tems, ces Noms augmentent infiniment d'intérêt; 
puifqu'ils préfentent toujours un tableau parfait du local & qu'ils 
acquièrent par-là une énergie qu'on ne leur foupçonnoit pas : il 
Orig. Grecq, l 



ixxxij D I s C O U R-S 

faudroit être fans goût , fans imagination , fans génie pour s'y re- 
fufer , pour pre'firer un fon fans idée à un fon qui peint exacte- 
ment îoïi objet",, pour fermer fon ame à cette évidence. 

Obiervons enfin que ce n'eft que lorfqu'on aura raffembié de 
pareils matériaux pour toutes les parties du Monde , qu'on pour- 
ra parvenir à des réfuitats lumineux touchant l'Origine des Peu- 
ples & des'Langues. On verra même dans la fuite de ce Difcours 
Préliminaire , que pour n'avoir pas fuivi cette route, tous nos Sa- 
vons ont été réduits à des idées vagues , contradiftoires , fauffes , 
fur des objets très-fimples ; & qu'au lieu de les éclaircir , ils n'a- 
voient fait que les embrouiller , au point d'ôter prefque toute 
lefTource pour débrouiller ce qu'ils avoient fi fort obfcurci : ce 
qui arrivera toujours lorfqu'on voudra imaginer au lieu de s'inf- 
truire,. Il étoit tems de faire pour la Littérature , ce que les Phy- 
itciens ont fait pour la Nature : ils ont iailTé de côté tous les Syf- 
têmes imaginaires pour raffembler les matériaux , fans lefquels 
on ne pourroit connoître la flru«Slure merveilleufe de l'Univers , 
& les caufes auxquelles il doit ces phénomènes étonnans qu'il ne 
cefTe d'offrir à nos regards. 




P R E L f M 1 N yJ I R E. Ixxxiij 



EXPLICATION 

De divers Noms de Provinces , f^ilLs , Montagnes , Fleuves , Ijles , 
SCc. de la Grèce SC de i ancienne Pelafglei par Ordre Al^-ha- 
bétique, 

A* 

j^.yAc, AiG, font des mots qui ont défigné conflamment l'Eau 
des Rivières, les Contrées maritimes, les Villes fur les eaux dans 
toutes les Langues Celtiques ; de-là ces divers noms Pelafgiques. 

Ai-Aj , Rivière des Taulainiens au fud d'Apollonie. 

AcH«-RoN , riv, de l'Epire. 

. — riv. de l'Elide, & qui fe jette dans l'Alpliée. 

— riv. de la grande Grèce. 

AcHE-RusE , Lac ou marais de la Campaiiie. 

_!ac ou marais de la The(î">rotic. 

AcHE-Lous, riv, entre l'EtoIie &: rAcarnanie. 

—riv. de la ThefTàlie , qui fe jette dans le.GolIre de Ma'.ée. 

—riv. de l'Arcadie, qui tombe dans l'AIphce. 

Dans la Souabe , huit rivières appellées Ach -, & trois dans la Bavière. 
Acha-Ie , contrée maritime de la Grèce au nord & au fud du Golfe de 

Corinthe. 

AiGAi , en Lar. ^gîe, -. 

^,gj-^^^ '^ villes de l'A chaie méridionale» les deux pre- 

A,^,,^ ' S mieres fur la mer. 

AiGa, ville de Macédoine fur le Golfe de Torone. 

AiGd , ville de Macédoine fur \z Golfe de Singus. 

AiG«a, ville de l'Emathie dans la Macédoine. — 

AiGœ, ville de l'Eubée ieptentrioiialé. 

AiGj« , ville de la Laconie. 

AiGof , riv. & ville de la Cherfoncfe de Thrace. 

/ // 



Ixxx'w DISCOURS 

Aicitium , ville d'Etolie. 

Aicinium , ville de Tlielîalie à l'endroit où l'Ion fe jette dans un tac, 

Aicine , ou Egine , Ifle du Péloponcfe. 

AiGo-STuene , ville de la Megaride : mot-à-mot , habitation fur l'eau. 

AiGi-AieV , nom primitif de Sicyone , mot-a-mot ^ ville du rivage. 

K\c% Ave , fur la côte d'orient de l'ifle d'Amorgus. 

Plufieurs rivières & plufieurs villes d'Europe appellées Es,ue , Aiguës , 
comme en Italie les ^ques, &:c. 
AiGAiA, ou Egée , mer qui cft entre la Grèce & TAfie mineure. 

A 1 N. 

Ain, EN , IN ^ OEN, ont défigné en toute Langue des four- 
ces , des fontaines , des rivières , & des habitations fur des rivières. •> 
de-là ces noms Pélafgiques. 

iN-AcHaj, riv. du Péloponcfe , & qui parte à Argos. 

_-Riv. de l'Acarnanie , & qui paife à Argos l'Amphilochique. 

An-Ias , fleuve d'Arcadie dont parle Strabon ,596. 

An-de-Tri«/72 , près de Salone dans l'Illyrie , au confluent de deux 
fleuves , mot-à.mot , Tri , habiration , DE fur deux , ^N fleuves. 

In-Op« , Fonuine de l'ifle de Delos dont parlent Strabon & Pline : elle 
a difparu, à moins que cène foit une citerne qu'un des compa- 
gnons de Spon découvrit au pied du mont Cythicn. 

Inaa , fontaine de Macédoine. 

Amos , ville de Tlirace à l'embouchure de l'Hebre. 

Pir-Ene , belle fontaine de Corinthe ,dont parlent les Anciens & Spon, 
IL 5 o I . 

ENtf , dans l'Argolide fur le Tamis. 

Enipcc , riv. de l'Elide , qui fe jette dans l'Alphée. 

— riv. de la Pierie en Macédoine. 

—riv. de Theflalie , qui baigne Pharfale Se fe jette dans le Pence, 

An-Apc, riv. de l'Acarnanie , & fe jette dans l'Achelous. 

—riv. de l'Illyrie. 

An-AvRus, riv. de Theflalie. 

An-On«j, fontaine de Laconie^ 

OiNOE , en Lat. «nw , dans l'Argolide fur le Charadraî. 



PRELIMINAIRE. Ixxxv 

Oi^os , en Lat. œnwj , riv. de la Laconie fept. & fe jette dans l'Eurotas. 
Omoe , dans l'Attique (ept. près de Marathon , furnommée Charadra , 

de la riv. fur les bords de laquelle elle eft ; Wheller, II, 17}, 
Omeon , dans la Locride fur la mer. 
Omeon , dans l'Illyrie fur une riv. au fud de Geruns. 
Omeia , ou Aineia , dans l'Acarnanie fur l'Achelous. 
AiN/fï, ou Enea, dans la Macédoine fur la côte orientale du Golfe de 

Tiierme. 
Oiviada, dans l'Etolie vers l'embouchure de l'Achelous. 
Onoiay dans l'Arcadie fur le Ladon, 

A L. 

Al, Hal , HiL , Il , El, a défigné dans toute Langue , des ri- 
vières , des eaux courantes , des marais , des lacs, des habitations 
fur des eaux : de là: 

Hal-ys , fleuve de l'Afie Mineure. 

Hal-es, fur une riv. & fur le bord de la mer chez les Locres Opun- 

tiens, 
Hal-mon^j , fur la rive Sept, du Lac Copals en Béotie. 
Hali-Ac-Mon , riv. &: ville de la Pierie en Macédoine. 
Hali-Art^ , ville de Béotie, qu'Homere délîgne parle mot d'abondan- 
te en fourrages •■, Herbefa , Scrab. 614. 
Hal-Eskj , riv, d'Ionie. 
Hali-Carn*Asse , ville de Carie. 
Hali-Zon , dans l'Acarnanie fur la mer. 
Hau-Sarn<i , fur une rivière qui fe jette dans l'Atrax en Erolie. 
Hal-On-Nese , Ifle de la mer Egée , vers le golfe de Malée. Nefe figni- 

fie ifle , & a été ajouté après coup au nom primitif de l'ifle qui fut 

Hal-On. 
Al-Yssotz , riv. de l'Arcadie, qui fe jette dans le Crathis. 
Al-Orus , dans la Macédoine , à l'occident du golfe de Therme, 
Al-Ope , fur la mer , chez les Locres Opuntiens. 
— dans les vallées des Locres Ozoles. 
Al-Phée , le plus grand des fleuves du Péloponcfe , dans l'Elide, &cé-; 

Icbrc pour les jeux Olympiques. 



D I S COURS 

"^"••''HEtt-As , dans h ThefTàlie , près de l'Euif e. 

E'Eios , dans la Laconie, fur des marais : voyez Orig, Lat. clxvi. 

-^'dans l'Arcadie , près de Mégalopolis. 

Hell-Opie , pays de l'Ipire où étoit Dodone Se (a. fontaine : Tes Habî- 
tans s'appelioienr Hellopes, Helli, Selli ; ils étoient riches en prai- 
ries & en cliamps , dit Homère. 

Ell-Otie , ville de l'Eubée Septentrionale. 

Hel-Isson , riv. & ville d'Arcadie. 

Hel-Icon, riv. de la Pitrie en Macédoine, 

El-Isso72, riv. de la Sicyonie, 

El-Is , dans l'Elide. 

El-Isse : voyez Orig. Lat. clxv. 

Hélice , dans TAchaie fur la mer. 

H A LICE , dans l'Argolide fur la mer près d'Hermiona. 

Hel-Eon , fur l'Afope en Béocie. 

— canton de Tanagre en Béotie, & qui doit fon nom à fes marais, 
dit Strabon , 6ir. 

Ela-Tria , fur l'Aplias en Illyrie, 

Elec-Tre , ville de Meflenie. 

Eleus jdans l'Etolie près de Calydon. 

, Capitale de l'Eleatide dans la Thefprotie & fur une rivière, 

Eleus, dans la Chërfonèfe de Thrace. 

Elea , dans l'Eolie fur la mer. 

Oly-Zoh, (ûr la côte dans la Aîagnefie en ThefTalie. 

HvL-Icii , lac de Béocie, Strab. 615. . 

H Y 1(2 , ville fur ce lac , & près de celui de Copâis. 

HïL-IcBj , riv. de l'ArgoIide , &: quipaife àTreezCne, 

Il-Issuj , riv. de l'Atcique. 

—riv. de l'Ifle d'Imbros, 

HyL-Anz/j , riv. de la Locride. 
L'Europe e.ft reoipHe de rivières appellées III , eli , & de noms de lieux 
femblables , fitués fur des rivières. 



e mot de Hel , Hil , dëfignoit les longueurs , les fils , comme 
lit le'^/de l'eau , \xr\ filet d'eau : iln eft donc pas étonnant qu'il 
foit devenu le nom de Contrées & dé Mers longues & étroites : 



Ce 

on d 



PRELIMINAIRE. Ixxxvi) 

telle fut la caufe de celui que portent I'Helles-Pont, PIlly-rie, 
ou la mer Illy-RIQUE, & l'Illc cI'Helene dans la mer Ëgd?. 

L'HriLES-FoNTn'efi: poinr,comnicoii i'acru.la nier d'HclIéfa-ur de Phryxus, 
& dans laquelle elle fe noya : c'eft mot-à mot la rner ctroiçe : la mer qui ref- 
f-r.ible à un fil , à une rivière : c'efl ainfi qu'on appelle Rivière de Menai , le 
bras de mer qui lepare llfle d'ANGLE-SsY de l'Angleterre. 

Illy-Rique , nom primitif de la mer Adriatique, d'oîi vint le nom d'Ir- 
LYRiE qu'on donna à Tes côtes orientales ou Pélafgiques , fignifie également la 
mer longue & étroite , la mer qui file. Telle cfi en eflcc la forme de cette 
mer ou de ce Golfe long & étroit. 

Hell-ene , mot-à-mot , Ifle longue , efl: le nom d'une Illc de la mer Egée 
qui court du nord au midi , vis-à-vis la peinte orientale de l'Attique, &; qui 
efl longue 5c très-étroite : aufli fut- elle appcllée Makris ou longue, lorfqu'on 
eut perdu de vue la fignification primitive des mots Hell & Hell-ene. 

C'eft par la même raifon que le motHELL , devenu vel chez les JLatins , 
défigna les Marais , les petits lacs , par oppolltion aux grandes mafles d'eaux, 
aux lacs Se aux mers, 

Ar. 

Ar, Are, a rn, mot qui défigne par lui-même la rapidité , & 
qui devint en plufieurs Langues le nom de l'Aigle , de i'Epervier , 
&c. fuc le nom des eaux rapides, impétueufes, troubles & ra- 
vageantes. L'E.urope eft remplie de Rivières appellées par cette 
raifon ar , are , ars , aar ; il y en a en SuifTe , en Allemagne i en 
France , en Italie , en Angleterre , &c. Il y en eut beaucoup en 
Grèce. 

Ar-Is, rivière de la Meflenie orientale. 

Ar-Zus , riv. de Thrace. 

AR-AcHTttj , riv. & ville de l'Epire. 

Ar-Oan/«j , riv. de l'Arcadie. 

Ak-Seuius , riv. de l'Arcadie. 

ERa- Sinus , riv. de l'Argolide. 

EK-laeus , dans l'Etolielur la mer. 

Eri-Dan , riv. de l'Attique , nom commun à diver/ès Riyiççes. 



Ixxxvlîj DISCOURS 

AK.-Ausd,dans la Dalmatic fur la met, comme 

Ar-Aus/o , fur le Rhône en France, aujourd'hui Orange. 

Arne , fur le Pamifè enThrace. 

Arne, fontaine du Péloponefè. 

Boc-Armj , puis Boc-Au(jj,riv. de Salamine. 

On peut joindre à cette Lifte , 
ARC-URRd,ou Arg-Yr^, fontaine de l'Achaïe , avec une ville du 

même nom fur fes bords : on peut voir dans Paufanias le Conte des 

Amours de la Nymphe de cette Fontaine avec le Dieu du Sdemnus 

fon voifin. 
Nombre de lieux & de Rivières d'Europe portent ce même nom d'ARc à 
caufe de leur foripe demi-circulaire , en arc. 

A s. 

As, ES , ïs , ESC , isc , fut également un nom des Eaux couran- 
tes, des rivières , de celles qui font du bruit en courant fur un lit 
raboteux , & dont ce mot peignoit fort bien le fon ou le mur-, 
mure. 

Ax-Ius , fleuve de Macédoine qui fe jette dans le Golfe de Thetmc. 

Amph-Ax/j , Province de Macédoine qui eft fituce fur ce fleuve. 

As-Ope, riv. de Sicyonie. 

riv. de la Béotie. 

riv. entre la Béocie & la Thefl"^lie près des Thermopyles & au pied de 

l'Œta. ' , 

Ville de la Laconie orient, près d'une rivière. 

Ais-On , riv. de Macédoine qui fe jette dans le Golfe de Therme. 

Ais-Epe , riv. de Myfie. 

Asstf , à l'embouchure du Chabrius dans le Golfe de Sin^us en Macé- 
doine. 

Assum , fur la mer , dans la Troade. 

Assoj , dans l'Ifle de Crête , fur la côte méridionale. 

Assos , fur une riv. dans la Thrace. 

Js-Mene, riv. de Béotie : un bois , une colline, Apollon qu'on y ado- 
roit, prenoient leur nom «le cette rivière : elle reçoit les eaux delà 
fontaine de Dircc, Aissd , 



P RE L l M 1 N A 1 R E. Ixxxix 

Issd, ville de Lefbos fur la nier, 

Issa , Ifle de l'Illyrie , aujourd'hui Liflà. 

Ist-£r, nom Pélalgique du Danube. 

— riv. de Tkeflalie. 

IsTMd, Ifle de la mer Illyrique ou du Golfe Adriatique , qui donna fon 

nom à l'iftrye. 
Ist-Onm, riv. de Tlfle de Grèce ou Candie. 
IsTj , bayedel'Iflc d'Icarie , Strabon en parle. 

A u. 

Au , qui eft chez-nous le nom de l'Eau , devint le nom de di- 
verfes Rivières , & fe prononça Au , Ab , Ap , Eu , &c. 

Au-As, mot à. mot , eau-riviere , riv. d'Epire quife jette dans le Golfe 
d'Ambraçie. 

Par-Auei, Peuple qui habitoit fur l'Auas. 

Eu-Ia, au fud d'Iorum , dans la Dalmatie orientale. 

PiRRH-AiBoi , Ferrh ehes , Peuple qui habitoit les côtes de la ThefTalie 
à l'embouchure du Pénée , & qui fur enfuire obligé de fe réfu- 
gier dans le haut pays, dans le pays des montagnes vers le Piiide , 
Strab. 671. 

K^ai , dans la MetTenie fur la mer. 

AîA-Arus, riv. de Chaonie. 

An-Apo-Dari, riv. de l'Ifle de Candie. 

Ap-Sus , riv. d'Illyrie chez les Taulanciens.- 

Aph-As , riv. d'Illyrie. 

Aph-Ytzj , près de Potidce au nord d'Aiga en Macédoine. 

Gal-Epskj , fur la mer , au nord de Torone en Macédoine. 

M£T-Apd , fur un lac en Etolie. 

Bar. 

' D'A R, Rivière, reformèrent des mots en Bar, Ber, pour dé- 
figner des rivières & des lieux placés fur des rivières. 

Bar-Ban^, riv. de l'Illyrie qui fe îctte dans la nier Adri-atique. 
BtR— Zi-MiNZK/« , ville fur une riv. ôc fur le lac Labeatis en Illyrie. 
Cri^. Grecq. m 



xc DISCOURS 

BuRNWOT , vîlle de la Libumie en lUyrie , vers les fources du Titîus. 
Li-Rurk/ê , Province de l'Illyrie , doit avoir pris fon nom de cette mê- 
me ville , & du mot Li , maritime. 
Ce mot s'eft auffi prononcé , Var , Ver ; voye^ ci-après Var. 

B o I. 

Boi , BoE ,Bu , défigna des lieux arrofés , abondans en pâtura- 
ges j de-là plufieurs noms de lacs ôc de villes. 

BoiA , ville de Laconie au nord du Cap Malée. 

—Ville de la Laconie occidentale » près de Gythium. 

Boium , ville de la Doride fur le Cephife. 

Boi-Be , lac de Theflalie , au pied du mont Oflà. 

■—.Ville lut ce lac. 

BoioTiA , ou Beotie , contrée de la Grèce , riche en pâturages. 

Eu-BoiA , rifle d'Eubée , riche en pâturages. 

Meli-Boia , Meli-bée , au nord de Mechone, dans la Magneiîe , & fur 
une rivière. 

PhilO'Bûitkj-, dans la Phocide fur le Cephife ; mot'à-mot, pâturages 
chéris. 

Bo-Agr/wj , riv. des Locres Epicnemides. 

Bu-Chet2«ot, fur les marais de l'Acheron en Epire. 

Voi-knium , ville de l'Ecolie fur l'Achelcus. 

Bu-PRASiKA/z, ville de.l'Elide. 

Bu-PoRT^w«i , dans l'Argolide mcrid ; & fur la côte. 

Bu-Phag/wot , fur un ruilfeau del'Arcadie occidentale, mot-à-mot , ri- 
vière des Hêtres. 

Bu-THROTc , dans l'Epire feptentrionale au Confluent du Xanthus , & 
d'une autre rivière. 

Bu-DoRE, riv. d'Euhée. 

Beye, à l'occident du Golfe de Therme en Macédoine. 

Dansla Grande-Bretagne , Bouium , aujourd'hui Boverton , dut 
fon nom, ftlon Baxter, à fes pâturages, 

C'cft de ce mot qu'eft venue la terminaifon Bœuf, fi commune 
en Normandie pour les noms de lieux , Elhtuf, &c, 

La-Be-At/j, lac dillyrie formé de Be , pâturages. 



PRELIMINAIRE. xcj 

JLabe-Ates , Peuple d'Illyrie qui prie fbn nom de ce lac. 

Cal. 

Cal défigna conftamment des ports , des lieux placés fur des ri- 
vières ou fur des mers. 

Cala, fur la mer dans la Locride. 

Cal-Inde^ , lur un lac dans la Mygdonie en Macédoine. 

Chal-Eitrû , à l'emboucliure de l'Axias dans le Golfe de Thermc," 

Cei-Etrwot, fur un lac dans l'Oreftie en lllyrie. 

Cell^, fur l'Aflrce dans l'Eordce en Macédoine. 

Cel-Ydnwj, riv qui fépare l'Oreflie & la Ciiaonie, 

SYRii-CELL(t , à l'embouchure du Mêlas dans la Thrace. 

C'eft de-là que vint le nom de Chelles. 

Moyfe parle de Caia , ville fur le Tigre en AfTyrie. 
Les EcHELiES ou Ports de l'Orient viennent de la même racine, 
Oi-Chaiw , ville de MefTenie fur une riv. 
0-CALe<i, en Béotie fur une rivière. 
Cweon , Port des Locres Ozoles , au fud'de Delphes, 
Chalcis, non) communà plufieurs villes, doit avoir eu la même orieine. 
—Ville d'Eubée fur PEuripe. 
«—Ancien nom de l'Jfle même d'Eubée. 
. — Ville de Macédoine (ur le Chabrias , & qui donne Con nom à la 

Chalcidique. 
—Ville de l'Etolie fur l'Evenus. 
. — riv. de l'Elide, & qui defcend du Minthe. 

Car. 

D'à r , rapide , devenu Car , Char , fe forma le nom d'un grand 
nombre de Torrens de la Grèce , en CHAR-AoRaj-, 

Chak-Adkus , riv. de l'Achaie occidentale. ' 
—riv. de l'Arcadie , & qui palTe à Orchomene. 

riv. de l'Argoliie , pafle à Oenoé & fe jette dans l'Inachiis, 

— riv. de l'Epire , & fe jette dans le Golfe d'Anibracie. 



xcij D I s C O U R S 

. riv. de l'Attique , qui fe précipite par fauts & par bonds du haut du 

Brilefle , pafle à Oenoc qui en fut funiommée Charadra, & à Mara- 
thon , Whell. II. 2.71- 

.-—riv. ou torrent de la Bcotie qui tombe dans le Céphife , Whel. II. i ^ 7- 

—riv. de Phocide qui fe précipite d'un lieu cfcarpé fur lequel eft la ville 
de Charadra. 

CuER-ONee , de Béotie , fur une rivière. 

C A P H. 

Caph , fignifie creux, aûion de creufer : ce nom donné à quel- 
ques Rivières de la Grèce , paroît fignifier que fes premiers 
habitans creuferent ou aggrandirent leur lit , pour deffécher les 
terres : telles font ; 

Ceph-Isus , dv. de TArgolide qui fe jette dans l'Inachus; Spon. II. 178, 

—riv. de Attique. 

.— riv. de l'Attique à l'occident. 

riv. de la Phocide, qui fe jette dans le lac Copaïs. 

—riv. des Taulantiens dans l'Illyrie méridionale. 

Ceph-Isia , ville de l'Attique fur le Cephife : Spon. II. j 1 1 . 

C O P. 

' De la même racine fe forma C o p , qui fignifie profond , élevé ; 

de-là : 

Cop-Ais lac de Béotie, fort profond & qui débordoit fouvenr. 
Cop-Ai , ville fur ce lac. 

D A N , D O N. 

Dan , Don , Tan , eft le nom d'un grand nombre de Rivière» 
en tout pays : la Grèce en offre plufieurs. 

La- Don , riv. de l'Arcadîe occidentale. 
J-E-DoN , ville de Phocide fur le Cephi(è. 



PRELIMINAIRE; xcii; 

Pharca-Don , fur le Penée de Theniilie. 
ERi-DAN,riv. de l'Attiquc. 
Jar-Dan , riv. de l'Elide dans la Triphylie. 
Tan-us, riv. de l'Argolide du côté de la Laconie. 

DoR, Dur,Thyr. 

DoR , Dur , Thyr , défigna également des Rivières & des Vil- 
les fur les Rivières , dans toutes les Langues Celtiques ; de-là le 
DoURo en Portugal , I'Adour. en France , ôcc. Voy. Orig. Lai, 
cLxxii pour CLXXxir. 

A-TuYKas , riv. de Thrace qui fe jette dans la Propontide. 

Dyr-Os , riv. de la Locride qui defcend du Roduncia , StraL 6^ y. 

Dir-Ce , fontaine de Béotie > Strab. 627, 

Chi-Dorkj, riv.de Macédoine & qui fe jette daM l'Axius. 

Tor-One , dans la Macédoine fur un Golfe qui porte fon nom. 

—Sur la Côte d'Epire , vis-à-vis Corcyre. 

Thur/^ , dans la MelTenie fur l'Aris. 

EcHe-DoRttJ , riv. de Macédoine, f>c qui fe jette dans l'Axius,' 

Bu-DoRaj , riv. l'Eubée. 

DvRdJ , riv. de la ThefTalie qui fe jette dans le Golfe de Malée. 

TiTar-Esse , riv. de la vallée de Tempe. 

Ther-Ma , puis ThefTalonique, à la tête d'un Golfe en Macédoine. 

Ther-Mi Dava , fur le Claufula dans la Dalmatie. 

As-Tar«j , ville près de \'kphas en Illyrie. 

Dr-Ilo pour Der-Ilo , fleuve conlîdérable de la Dalmatie. 



ION. 

De On , Eau^ pays d'eaux , vinrent : 

loNiE , mot-à-mot , pays d'eaux , pays fangeux. 
Ion , riv. de la Theflalie. 
—riv. de l'Arcadie & fe jette dans l'Alphée. 
ÏAUNd, nom aduel de la ThelTalie , chez les Turcs. 



^civ DISCOURS 



Lam 



Lam, Lan, Lim. 

, Lan , Clan , Clin , Lim , font des noms de rivières, 
.lus , riv. de Bcorie. 

r ItT' \ ' 



Lamus , riv. de Bcorie. 

Le-Lantu* , riv. d'Eubée. 

LiMNOw , dans l'Acamanie furie Golfe d'Ambracie. 

LiMEN ( Glykys ) en Epire fur les marais de i'Achéron. 

Limera ou \a Marécageufe , furnoni d'Epidaure de Laconie. 

Lim NE , dans la Meflenie fur les bords de la œer. 

LiMNis , lac fitué entre la MelTenie & la Laconie : & où il y avoir un 

Temple de Diane, au fujec duquel s'éleva la guerre entre ces deux 

peuples. 
LiMNGiA , ou DéeflTe des Eaux , furnom de Diane à Laccdéreoiie. 
Leimone , ville près de l'Euroras fous l'Olympe en ThelTalie , Scrab. 61 ^. 
LiM-Ax , riv. de la Phigalie dans l'Arcadie & fe jette dans la mer , 

Paufan. 6S3. 
E-Lymw , dans la ThelTalie fur l'Aliac-Mon. 
E-LYMio/if , province qui en tire fon nom, 
É-LiMm , dans l'Arcadie Orientale. 

L A T , L I T. 

' Lat , Lait, Lit, mot qui de'figne en Celte l'humidité, l'eau , 
les marais , a produit ces noms : 

LETHiïus , riv. de l'Eftixotide , dans la Theffalie , fe jette dans le 
Pénée. 

i — Deux riv. de ce nom dans l'ifle de Crête au midi. 

— Riv. de la Lydie, &; fe jette dans le Méandre. 

LATMia.y , riv. & ville dé t'Afie Mineure fur la côte de l'Ionie. 

P-Lat-Anù/j^ , riv. qui fépare la Béotie de la Locride. 

Leté , dans les marais de la Bottie'^e en Macédoine. 

Clit-Or, fur rErvnianthe , dans l'Arcadie , célèbre par fi fontaine 
dont les eaux faifoient haïr le vin : Pline & Ovide en parlent 5 ici, 
on fe rappelle la Fontaine Qixxomnc , de l'Ombrie, 



PRELIMINAIRE, mfiv, 

L A u s , L 1 s s. 

Laus , rivière de la grande Grèce au Sud-OueH:. 

Laus , riv. des Taulamiens en l'illyrie : elle paffe à Apollonie. 

Claus-Ulû , riv. des Labéates dans la Dalmatie, 

Lissui, riv. de Thrace. 

— à l'embouchure du Drilo dans la Dalmatie. 

LisSit , fur le Golfe de Therme , dans la Paraxie , en Macédoine. 

/.isy-Machw, en Etolie , fur un Lac 

Lussi , fur le Clicor dans l'Arcadie Septentrionale. 

Lus»j , riv, de l'Arcadie , & fe jette dans l'Alphée. 

L o c. 

Loc , Luc, Leuc , otitdéfigné dans les Langues Celtiques les 
lacs , les rivières , les villes , 6c les habitations fur les eaux. 

En Irlandois , Loc , un Lac : en Bas-Breton ds même. Nous 
en avons rapporté nombre d'exemples dans nos Orig. Lat. cxc 
à cxciii. En voici pour la Pélafgie. 

A-Mphi-LocH-icurn , furnom d'Arr;os d'Acarnanie, parce qu'elle étoit 

fur rinachus ou fur les bords d'un hc qu'il formoit. 
LvGtus ,lac chez les Japydes dans l'illyrie. 
LucH-NiDttj, lac du pays des Diiïaretes en Macédoine. 

— Lac de l'Albanie Afiatique. 

Lîucoj , riv. de la Pierie dans la Macédoine. 
hiVc^-Anius , riv. de rEhde,fe jette dans l'Alphée. 
Leuc a , ville de la Laconie fur les côtes. 
Leuc-Tr£j , dans la Béotie , au confluent de deux rivières. 

— Dans la Laconie ou plutôt dans la Meffenie Orient, fur la côte & à 
l'embouchure d'une rivière. 

— Dans l'Achaie Mérid. près de Rhypa. 

En France même , il y avoit des lacs appelles Loc , Luc , par 
les Celtes j des villes même qui portoient ce nom , & dont on ne 



jicyj DISCOURS 

reconnoît plus l'origine par l'ignorance des mots anciens , celui- 
ci s'étanc mouillé en /ioc , iuuc , & s'étant enfin prononce' lieu , 
ainfi que cela eft arrivé au Latin locus , place, dont nous avons fait 
également le mot lieu. 

Ainfi le lac du pays de Retz qu'on appelle Grand Lieu , s'appelloit daps 
rori"ine Grand-Loc : il a environ fept lieues de cour , & eft formé par crois 
rivières ,1e Tenu, la Boulogne & l'Ognon. Si le Savane Baillet avoir fu la^ 
Langue Celtique , il n'auroit pas die que fon nom devoir être Grandis-Lacus 
& non Grandis-Locus : & files Aureurs du Grand Didionnaire de Géogra- 
phie connu fous le nom de la Matciniere , en avoienc écé inftruits, ils nau- 
roient pas applaudi à la faulfe remarque. 

Lieux, près du lac de Joux fur le Mont Jura , dans le pays de Vaud , 
froncieres de Franche-Comté. 

Loc-Arno , fur le Lac Majeur dans les Alpes, & qui appartient aux 

Suilîes. 
Luc-Erne , ville & canton de SuifTe fur un lac du même nom. 
Luc-On , en Lac. Lucio , fur des marais dans le Poitou. 
LocQUEs , ville & République d'ItaUe fur le Serchio , & près du lac Maf; 

ficu-Coli. 
Luc-RiN , lac d'Italie dans la Campanie, 
Il eft aftez fin"ulier de retrouver ce nom chez les Chinois avec la même 
valeur. Davis la Province de Quancon, & fur les côtts , eft la ville de 
LuicH-Eu , entre deux lacs, donc l'un s'appelle Lohn. 

Luc, L Y c. 
A la même famille de Loc , Luc , défignant les Eaux , fe rap- 
portent nombre de rivières appellées Lukos en Grec , & que nous 
écrivons à la Romaine Ly eus, 

iMCûi r Rivière de Sicile. 

\ Riv. de laSarmaiie , qui fe jette dans la Mcotide. 

ou J Riv. de Macédoine chez les Daflareces. 

T~„ \ Riv. de Thrace prcs df. Byzance. 

Lvctti. / Riv. de l'Ifle de Chypre. 

C Huit Riv. de ce nom dans l'Afie Mineure. 

Comme 



PRELIMINAIRE. iicvij 

Comme le même mot fignifie Loup en Grec , on penfe que ces 
rivières furent appelie'es ainfi à caufe de leurs ravages : ce qui peut 
être pour quelques-unes. 

LuGKeoj , que nous prononçons Lynceus, rtv. d'Italie félon Tzetzes , 

dont les eaux font chaudes ?< bonnes pour les yeux : on croie que ce 

font les bains de Corfeno en 1 olcane. 
hvGKaios, que nous prononçons Lyncée , fontaine & riv. de l'Argîe 

dans le Pcloponcfe, & dont parle S[ace , Tluk IV, 
Lvc-Ormas , ancien nom de l'Evène dans l'Etolie. 
Lyc-Es , riv. de la Sarniatie en Europe , entre le Tanaïs & l'Hypanis; 

fuivant Valerius Flaccus, /irgori. IV. 
Lyc-Astrjj , riv. de l'Ifle de Cos. 
Lyc(Z , fur cette riv. 
Lyc-Etis , dont parle Galien , & où il y avoit des eaux chaudes : ce lieu 

doit être prc? de Pergaine d'Afie. 
Lycoj, aujourd'hui Lech , riv. de Souabe. 

M A N. 

Man , Men , Min , eft un nom confacré aux rivières ; il tient 
à la famille Latine Mano, couler, & Aufiis pour A-Men/j , 
fleuve : nous avons déjà indiqué divers noms qui en viennent 
dans nos Orig. Latin, clxxi. En voici, fournis par la Grèce. 

M AN- Es , riv. de la Locride , Strab. 6 ji. 

MiN-Yios , riv. de l'Elide , & dont parle Homère, Strah. jn- On 

l'appella enfuitc Ani-Grw^ , fleuve profond & d'un cours tics-lent. 
Min-Yei , habirans des borda Occidentaux du lac Copais , <^ dont la 

Capitale étoitOrcho-MENE. 
MiNoa , fur la côte de Laconie. 

— Sur la côte de Béotie. 

— Sur la côte Sept, de l'Ifle de Crête , près de Cydonia. 

— Sur la côte Occid. de Tlfle d'Aniorgos. 

A-Mnias , riv. de Macédoine , & qui fe jette dans le golfe de Toronc, 
A-MiNi«j , riv. d'Arcadie : fe jette dansl'Alphée. 
Orig, Grecq* « 



xcviij DISCOURS 

Amk-Mon«, fontaine auprès de Lerne dansl'ArgoHde, Strab. 570. 

Stry-Mon, ou le Grand- Fleuve, Fleuve de Thrace. 

Ham-Men/z/zw , ville des Scordifques en Illyrie. 

Ei.-MiN-Aci«OT, en DaliiiatiefurleDrillo, mot-à-mot, habîtacion furie. 

grand-fleuve. 
ORCHo-MfNE, de Béotie fur le lac Copaïs, 
— d'Arcadie (iir le lac Phenée. 
OK-Mnaiiim , fur la mer , dans la Magncfie. 

Pal. 

Pal , Pel , Phal , eft un mot prlmirif qui d^figna fur-tout les 
eaux ftagnantes, les étangs, les marais, les lacs. C'eft le Latia 
Paluj, le Dorien Palo^, l'Ionien Vélos , marais, boue , limon, 
fange. Nous avons rapporté divers noms de lieux qui en font ve- 
nus , dans nos Orig. Latin, clxvi. En voici nombre de Pélafgi- 
ques. 

P£LLd , Capitale de la Macédoine , fituée fur un lac marécageux & dont 

les ruines font aâuellement fous ces eaux. 
Pel Odes , ville & étang formé par la mer dans la Thefjirotie. 
Pal-Est/w^ Jrena , les rivages de Palefte en Hpire. 
Pall-ene , fur le golfe de Thernie en Macédoine. 
PEL-lNe«m , fur lePénée en Thelfalie. 
Phal-An:!I, fur le Pénée près de Gyrtone. 
Phal AcHT/'d , en ThelTalie. 
Phal-Arc^ Palus , ks marais de Phalere , où fut le port de Phalere, 

"whel, II- Z07. 
PHAL-Ei«.y , fur la mer dans l'Acarnanie. 
Phal-Arj , im le golfe de Mjlée en Tlieffalie. 
Phyll-is , contrée de Macédoine , lur rembouchure du Strymon. 
Pylos , far rAmarchus en Lpire , SiraL 5 1 î>. 
Pel-iise , ou la Bouufe, ville d'Egypte. 
PoL-IsMfl , dans la Troade , fur le Simoïs. Cette ville fur bâtie par les 

AsTv-PAL,;f/2.> , ditScrabon. Ce dernier nom lignifie donc les Habi- 

tans de marais , de contrées marccapcufcs ; Se vient ainfi de P-^^ > 



PRELIMINAIRE. xctx 

marais. Leur nom a échappé aux Auteurs du D.dliomiaire Géographi- 
que. 

Asty-PalÉe, Ifle fort ba(Te de la mer Egée ; elle prend donc fon nom 
de la même caufe : auffi étoit-tUe appcllée également Putea , mot-à- 
mot., le marais. 

Si-Pylum , fur un lac dans la Méonîe , doit appartenir à la même 
famille. 

A-PoLi-ONje , fur le Chidorus dans Li Mygdonie. 

• — Aux fources du Cc| hife chez les Taulantiens. 

i — Sur la côte Septent. de l'Ifle de Crête , au Nord de CnolTe. 

— En Myfie , fur un grand lac c^ui a trente milles de tour , dont elle 
tira l'on nom , au lieu de lui donner le fien , comme on le prétend ; 
ce nom lignifiant, ville fur un lac, lut un Pollou Paiw^, 

— Dans le Pont , remarquable par une fontaine dont parle Pline, xxxi , 
4 , & qui dcbordoit en Eté. 

Plufieuts autres villes furent appellées ApoUonie chez les Anciens : parce , 
dit-on, qu'il y avoir (ans doute de^ Temples conlacrcs à Apollon, Cela peut 
être pour quelques-unes , mais non pour celles dont nous venons de parler: 
& peut-être même que fi on connoidoit auiïi bien le local des autres , on en 
trouveroit un plus grand nombre qui devroient leur nom à leurs lacs, étangs 
ou marais appelles encore de nos jours Pol , Pool par lesTart^.res même. 

Rat. 

De R qui défigne l'aftion de courir , de couler , vinrent di- 
vers noms de fleuves d'Europe; & en particulier ceux-ci pour la 
Grèce. 

Rat-Ous , rîv. de l'Acamanie. 

RHotDi-As , riv. de la Péonie & qui (ê Jette dans l'Axius. 
Eu-RoT-As, riv. de Laconie. 
— ■ Riv. de TheflaHe, & qui fe jette dans le Pénce. 
Le nom de la Thespbotie, grande vallée de PEpire , & qu'arrofent un grand 
nombre de rivières qui (e touchent piefque , doit tenir cercamement à la mê- 
me racine , Rot , fleuve , pays arrolé. 

Thes-P-rotie , efl; donc formé, i*. du mot Thés pourTnEt, vallée, que 

n ij 



à DISCOURS 

nous avons vu dans les mors ThejfaUe , & TheJfsLlonique ; i*. du mot Rot , 
fleuve , rivière-, ^'>, du raotPE , dcfignant des lieux propres au pâturage. 

S A L. 

Sal , formé de Hal , défigna également les eaux courantes , & 
les habitations fur ces eaux : nous en avons rapporté nombre d'e- 
xemples dans nos Orig. Latin. cLXVii & ccxii, En voici d'autres 
pour les contrées Pélafgiques. 

Sala , dans la Thrace , à l'embouchure de l'Hébre. 
Sal-Onc , dans la Dalmatie , près de la mer &c lur une rivière. 
Salmonê , fur l'Enipe dans l'Elide , aulNoi-d de rAlpIice, 
SELd, riv. de la MefTenie. 

— Autre riv de la MelTenie , & qui paflfe à Cypariflc." 
Sèll-eis, riv. de TElide. 

— Riv. de l'Ecoiie. 

— Riv. de la Troade en A (le. 

Sell-Etic^ , concrée de la Thrace entre les fources de THebre & du 

Pai'yfe. 
ShLLi , ou Helli, h.ibitans de la contrée de Dodone, & quife ralTera"; 

bloient à fa Fontaine, 
Sell Asij , dans la Laconie furl'CEnus. 
Selemn/.'J , riv. de l'Achaie Méridionale, 
Sfly-Bria , (ur la côte Méridionale de la Thrace. 
Sel -lN«j,riv. de l'Elide. 

— Riv, de Si :ile. 

— Riv. de la Troade. 

— Riv. de la Cilicie. 

— Riv. de la Myfie , voifine de Pergame , & qui fe Jette dans le Cal- 
que. 

— Riv. de l'Eolie , & qui fc jette dans le Cayftre. 
SiL-Is , riv. de Sicyonie, 

CiL-Eus , riv. de la Cilicie de Troade. 

2el4 , fur le Pamyfè dans la Thrace. 

ZiLfljfl, furla Propontide dans la petite Myfict 



P R E L I M I N :A I R E: c\ 

Mas-Salw , riv. de l'Ifle de Crcte. 

Saliû , ce nom de rivicre entre, comme nous l'avons vu, dans les noms 
de Thef-sAÙc $i de Thef'Sh'Lonique, 

San, 

San , Sen , Sin , a défigné également des eaux , des villes fur 
les eaux : fur-tout les golfes , chez les Latins qui les appelloient 
Smiîs , ou Seins : & dont nous avons fait le motSiN-uq/ité. 

Sana, en Macédoine, fur la côte Orientale du golfe de Singus. 

— En Macédoine, fur la côte Orient, du golfe de Thernie. 
SiN-Go, à l'Abi. Sm gus , au Nominat. fur la côte Occid. du golfe de 

Singus , dans la Macédoine , mot-à mot , contrée de l'eau. 

I Sankj , riv. de l'Illyrie entre l'Albanie & les Parthins. 

1-SAKum , ville à l'embouchure de cette riv. 

SiNTifl , lur le Strymon , à l'endroit où il fort d'un lac qu'il forme. Elle 
donne Ton nom à la Province SiNT/.^z/f. 

Ab-SyntAw^ , dans la Thrace , vers l'embouchure de l'Hebre : elle don- 
ne fon nom aux Jlh-fynthi. 

Akdu Xksus, riv.delaDalmatie Méridionale, mot-à-mot ,ny\zit du 
la Forêt. 

A-SiNc , ville de MelTcnie , & qui donne Ton nom à un golfe, 

— Dans l'Argolide & fur la mer. 

— Dans la Laconie Occid. auprès de Gythîum. 

— Dans l'Ifle de Chypre. 

— Dans la Cilicie. 

Ar-sen , riv. del'Arcadie , Paujan^ 
Ar-Sin ES , riv. de Sicile. 
AK-Siuarium, riv. de Sicile. 

Son , eau , eft de la même famille : de-là : 

ZoNtf , ville fur la côte Méridionale de la Thrace. 
Haly-Zon , fur la côte de i'Acarnanie. 

Ali-Son , riv. d'Allemagne , aujourd'hui Aima qui fe jette dans la 
Lippe, 



cîj DISCOURS 

Oly-Zon , fur la côte de la Magnefie. 

OzoM , canton de la Touraine , près de Chinon , remarquable par une 

Fontaine abondante, qui Forme tout de fuite un gros ruilleau. 
OzoN , en Languedoc , Village rcmuquable par une fource de bitu- 
me ; voye:^ ci-delTus les mots en Al. 
Trce-zené , ville de TAgoli Je , ou habitation de Veau, 

S u. 

Su, Sus, nom Celtique, Turc, Tartare même , qui fîgnifie 
Rivière. De-là : 

Sus , riv. de Thedàlie. 

Sus, riv, de TAchaie , appellce auffi S^s , Sis , Sitas, 
Sus , riv qui pafTe à Lybethra en Béotie , Pausan. 770. 
Ar-Zus , riv. de Tlirace , qui fe jette dans la Propontidc, 

— Ville à l'embouchure de cette rivière. 

V A N , P A N. 

Van , eft un mot Celtique défignant les eaux , & qu*on pro- 
nonça Fan , Phan , Pan , Aven, Even , &c. Dc-là une foule de 
noms de rivières , villes, contrées dans toute l'Europe , &c. En 
voici de Pélafgiques. 

E-Venkj, riv. de l'Etolie. 
A-Vendo , fur la côte Septent. de l'Illyrie. 
Pan-Yasc , riv. des Taulantiens. 
Pan-Orme , Port de mer en Epire. 

— Dans l'Attique , près du Cap Sunium. 

— Porc de Samos. 

• — Sur la côte Septent. de Crête, 
• — Porc de Céplialonie. 

— Dans b Cherfonère de Tlirace. 

— AujouTcChui Païenne , en Sicile. 

— Dans la Chalcidie de Macédoine. 

î— Dans TAchaie Méridionale , porc près de Rhiura. 



PRELIMINAIRE: ciiji 

Penf'e , le plus grand des fleuves de la Grèce , en Thellàlic, 

■— Riv. de l'Elide creufe. 

PiN-DE , riv. de la Doride Grecque, 

— Riv. de Thelîaiie. 

— Ville lur cette rivière. 

PiiENi-e , lac d'où fort le Ladon, dans l'Arcadie.' 

— Ville fur ce lac. 
Ph(en-Ix , riv. de laSicyonie. 

— Riv. deTlieflàlie. 

— Port de mer fur la côte Méridionale de Crête. 

V A R. 

Var , eft un mot formd d'Aa > & qui défigne des rivîeres: nous 
en avons rapporté nombre d'exemples pour l'Italie & pour l'Eu- 
rope dans nos Oiig. Lat, CLxxii. CLxxiv. £n voici pour la Grèce 
ôc fon voifinage. 

Var-Var-Ia , riv. de la Liburnie. 

Bar-Banc , riv, de l'Illyrie Septentrionale. 

Bar-Nich/«j , l'ancien Enipe près de Salmone dans l'Elide , dit Strab 

546 Ici Bar, figniiie rivière , un var: Hc Nichius tfl pour E Nipeus, 
He-Brwj , pour He-Ber«j , mot-à-mot , le fleuve : c'eft en effet le plus 

grand fleuve de la Thrace. 
Cia-Brk^, pour CiA-BERaj,!e_/?£Kve Cia , riv. de la Mœfic. 
S-Per-Chius , riv. de Theflîilie. 

Spep-Chia , ville à l'embouchure de cette riv fur la mer. 
BERZi-MiNi«/n , lùr le lac Labéatis , en IllyriCr 

NOMS 

Relatifs aux Montagnes , aux Forêts y SC à la dlverjîtè 

de Jituation» 

A. 

AcH , Ag , défigna des lieux efcarpés , qui donnent de la peine à 
monter ; de-là : 



civ DISCOURS 

AchÉennes ( Roches ) dans l'ifle de Céphalonie , ôc fur lefquelles étoît 
une ville de Samos , donc fut originaire Rhadincif Princeire chantée 
par Stefychore. 

Aig-Al , montagne de la MefTénie. 

AiG-lALce, montagne de l'Attique. 

AiGOAL , montagnes fort élevées des Cévennes. 

AiGiLippE , dans l'ifle de Céphalénie, bâtie fur des rochers elcarpés, dît 
Homère. 

A i. 

Al-Ese , montagne entre l'Arcadie & l'Argolide. 

El-Atw , montagne de l'ifle de Zacynthe. 

Ilei , (ur une montagne de l'Argolide près de Trœzenc. 

HtLi CoN , montagne de Béoiie , d'une hauteur prodigieufe , dit 

Wliell. II. 70. & prefque toujours couvette de neige. 
Elaius 5 montagne de la PhgalieenElide. 
Ai-Aisium , ville fur la montagne de Colone , entre Elis &C Olympie : 

Homère en parle. 
Aie Man , montagne de Grèce , Whcl. I. 17 S . 
Auvm-Aïus , Promontoire de l'Attique ; Scrab. (JoJ. 

A L B. 

Albii, montagnes du pays des Japodes en iHyrie, Strab. 481. 
Aiv-Ehus , dans les montagnes qui forment le défilé dei Thermopyles. 
Al-Bona , ville de la Liburnie. 

Ces noms tiennent à celui des Alpes. 
Albis , montagne du canton de Zurich , le long de laquelle coule , à 
l'orient, le Sylis. 

A M 

De Am , amas , élévation , vinrent : 

Haimw , le Mont Hemwj , chaîne de montagnes dans la Thrace. 

Aim-Athie , nom d'une province montueulé de la Macédome. 

Ama, montagne de Laconie ; Paufan. 172 , prcs duquel un Temple de 

Minerve Afia , ou Alcenne, épithéte que les Grecs onc exphquée à 

leur manière , tout de travers. 

Ar, 



PRELIMINAIRE. cv 

A R , A M. 

Ar & A RN , noms de montagnes. 

Ara-CyntA«j, montagne deTEtolie,' 

Ap-dIus , monragne de Dalmatie. 

AKViœi, habicans des montagnes de Dalmatie. 

Aro-Anh , montagne de l'Arcadie. 

AKo-Atiius , riviete de ces montagnes. 

A-CARN-AN/'e , ^irovince de la Grèce, mot-à-mot, ^3.^s de montagnes ^ 

aujourd'hui Carnes. 

Carn-Iole , province d'Autriche, vient de la même famille. 

Herniques, ou Montagnards de l'Apennin , de même. 
Arkaudes, nomaduel des Montagnards de l'Epire. 
Aroai , fur un coteau dansTAchaie, aujourd'huiPinra.s. 
Arne, couronnée de vignobles dans la Béotie , Iliad. II, 

A R D. 

Ard , Ord , fignifia forêt : nous avons eu occafion de le voir 
idans nos Origines Françoifes j ôc dans les Latines :de-ià; 

E-ORDIE , canton de Macédoine couvert de Forêts. 

A R G. 

Arc , ddfigne également les montagnes ; de-là : 

Arc-Adie , le pays le plus élevé du Péloponèfe , rempli de monta- 
gnes cultivables, &c dont les valions étoient extrêmement fertiles, 
Argoj, dans le Péloponèfe, Capitale de l'Argotide , fur une colline. 

— Dans l'Acarnanie , à l'embouchure del'lnachus. 

— Dans rOreftie , au Nord de l'Epire. 

On peut voir dans le Diftionnaire Géographique cinq ou fix autres villes 
du même nom , en oblervant que ce nom défigne au/ïï une contrée unie 8c 
appuyée fur une rivière, précifément comme i'^r-Geu en Suiflc, & V^ir-Goi 
de la Palefline. 

Orig. Grecq. , A 



cvj D I s C O U P. S 

A T , o T. 

At , déilgna des montagnes larges , les dos de la contrée. 

AxHA-MANie , coiuice montagneufe de l'Ijike. 

Athoj , montagne la plus élevée de la Macédoine. 

Atthys, nom primitif de l'Attique, pays montueux. 

Atin-tanes, Peuple de l'Epire qui habitoit furie Pinde. 

Othrys, montagne de Theflalie. 

Odryses, Peuple de b Thrace ; mot à-mot, montagnards, 

Oeta , chaîne de montagnes trcs-élevées entre la ThefTalie & la Grcca 

Ete-On , les Collines d'Eteon , en Béotie, Hvmer. IL .II. 

AiThice & (es montagnes en Theflàlie , Homère^ 

Bar. 

Bar, Var , E-er ,Bre,Bri , ont conftammencdéfigné une ville, 
un lieu habité fur des eaux ; il exifte en nature chez les Hongrois, 
chez qni Vak eft le nom des Villes : Strabon nous apprend que 
Bkia fignificit la même chofe chez les Thraces;& Etienne de By- 
zance , que les t fpagnols s'en fervoient dans le même fens : auffi le 
trouvons-nous attuellement en ufage chez les Bifcayens & Baf- 
ques defcendans des anciens Ce'itiberes, chez qui Abria lignifie 
ville. Chez les Germains, il fe changea en Ber . Birg, Burg dcfi- 
gnant toujours une habitation, une réunion de maifcns , une ville, 
un bourg, une bourgade. C'eft de la même famille qu'eft venu 
l'Efpagno! Briga, une AiTemblée d'hommes, &: nos mots ^//^<z-, 
de & Brigadier^ 

La Macédoine nous offre dans plufieurs noms de lieux la for- 
me primitive de ce mot: 

BrRœ« , une de fes villes les plus floriffânics dans l'Emathie, près de 

l'Afiréf, porte le nom même de vdlt [^ar excellence. 
B£R«j , viile dt la Wygdonie près de l'Axms , efl le même nom. 



PRELIMINAIRE. cvij 

Stym-Bara aux (ource de l'Erigone, un des plus grands fleuves de la 
Macédoine , îk aux portes de la Theffilie , lignifie mvt à-mot , la ville 
élevée. 

Bak^us , eft une autre Ville au nord de celle-là , & à peu de didance, 

Bp.i-A>iium , dans le même Canton , un peu plus au nord & au con- 
fluent de l'Erigone &: de l'Acidala. 

Mecy-Birna, fur la côte orientale du Golfe de Torone, 

CoM-BREa,dans la Paraxie fur le Golfe deTherme. 
Il en e!\ de même chez les Thraces. 

Berœe , ville de Thrace , entre l'Hemus Se l'Hebre. 

Ber-Ta, ville des Bifaltes à l'occident du Strymon. 

BRi-ANTJCiZ , ville &; pays de la Thrace méridionale. 

Sely-Bria , fur la côte méridionale de la Thrace. 

Mesem-Bria , fur le Pon:-Euxin. 

—Sur la mer Egée dans le pays des Ciconii. 

Blr-Gula fur le Bithyas. 

BtRTi-Sttw , au fud-efl de Bergula & près de Sely-bria, 

Ce nom palTa chez les Theflaliens , Nation Thrace également; 
mais V fe prononça chez eux Ph ou F , précifément comme chez 
les Germains ; comme nous l'avons déjà vu dans la Famille Ven, 
devenue Phen chez les Grecs , ce qui jufqu'à préfeut avoit empê- 
ché qu'on pût reconnoître le mot Var, Bar ,dans les noms Thef- 
faliens , quoiqu'il y revienne fans ceffe : tels font ceux ci : 

Pher^ , mot-h-mot :, la ville par excellence, fur l'Amphiflus dans Ii 
Phtictide. 

PYR-RnA.à l'embouchure de ce fleuve dans le Golfe Pélagique. 

Phar-Sall, cette ville célchre fur l'Enipée : vwt-a. mot , ville fur le 
fleuve. 

Phar-Cadon , au confluent du Curalius & à\i?cnéc : mot-à-mot ,\i\le 
du Confluent. 

Pher-Inkj , aux fources du Phœnix. 

PERRH-i£Bi, ou les Perrh-ebes , Peuple de Thrace qui habiroit le Val- 
lon renfermé entre le Titarefe & le Penée : Se donc le nom lignifie 
les habitans du pays arrojc, 

ij 



CVllj 



DISCOURS 



Ce mot prononcé Phur, 6c précédé de l'article E, devint chez 
les Grecs le nom de plufieurs villes. 

E-Phur^, qu'on prononce Ephyra , ville de l'Epire frontière de l'EroIic. 

, — Sur la rive orientale du lac d'AcLerufe en Epire : ville qu'on appelia 
enluite Ci-chyrus, 

— Nom primitif de Corinthe, 

—ville de l'Elide fur le Selleis donc parle Homère 1 1. àroccafîon de Tle- 
poleme qui amena les Rhodiens à la guerre de Troie. » L'intrépide 
» Tlcpokme les commandoit : Aflyochce donna ce fils au grand 
33 Hercule qui l'avoic emmenée d'Ephyre, des bords du fleuve Selleis 
» où il détruifit un grand nombre de Villes & une florilTânte 'eunefle. 
Strabon dit qu'elle n'exiftoit plus de Ton tems , à moins qu'elle 
n'eût changé de nom , &i que ce fût la ville d'Oenoé , appellée auffi. 
Bœonoé ( p..^i\ ). 

.—Dans la Sicyonie fur le Selleis. 

1 — Dans h Thelïalie au midi du Pénce ; elle fut appellée dans la (ùite 
Cranon , & les habitans Cranonii , comme nous l'apprend Strabon > 
ce quiaéchappe aux Auteurs du Didionnaire Gcographique,& com- 
me le dit auffi Etienne. 

—dans l'Arcadie, félon Etienne de Byzance. 

, dans l'Argclide à la tcte du Golfe d'Argos, côté d'orient, 

La Grèce nous offre également des villes appellées Phar., 

Pharjj , au iud-oueft de Sparte. 

Pherêj , à peu de diftance de là , fur le Golfe de Meflenie. 

PHARar, dans l'Elide. 

PHERé dans la Béotie frontière de l'Attique. • 

B E R G. 

Berg , Perg , a défigné conftamment des montagnes ; de-Ià : 

Bfkga , ville de Macédoine fur le Strymon. 

Ptr.G-AME , fur le mont Pangce dansle pays des Beflès > chez les Thraces» 

. — ians l'Ifle de Crête. 

P—dans la Myfie fur le Caï^ue,. 



PRELIMINAIRE. clx 

— ForcerefTe de Troie, fur le lieu le plus élevé de la ville. 
Berge, dans la Cherlonèfe de Thrace. 

. B E I s. 

Bass , Beis , eft un mot Celtique qui défigne les lieux fauvao-es ; 
agreftes, qui ne produifent que des bruyères ou de petits arbrif- 
feaux ; il a donné nombre de dérivés à la Langue Bafque, & nous 
ie retrouvons entre les noms propres de la Grèce. 

Bessa, plaine de la Locride Epicmemide qui duc Ton nom à la nature de 
fon fol, comme nous l'apprend Strabon 6^?.. car elle eft couverte 
de bruyères & d'arbrilfeaux , ce que fignifie , dit-il , le mot Bcffa. 

Besses , Peuples de la Thrace le long du Ncflus au pied du Panrce , &: 
donc le pays étoit extrêmement couvert & plein de défilés. 

Bis-Ton , grand Lac ou Ecaiig au midi des BelTes , & qui communique 

à la mer E"ée. 
o 

Bis-ToNEs , les Belles ou Thraces qui habitoient les bords de cet Ecang. 
Ce que les Grecs apelloienc Bejf, les Languedociens l'appclient De-Veis 
ou De-Fois. Tels (ont les Deveis de Marcignargues. 

Bol. 

Bol , BuL, défigna toujours un ventre , un contour , un lieu 
appuyé fur une maffe d'eau qui forme un ventre, 

Bol-In^, dans l'Achaie , fur le Bolyneus, 

BoL-ti , dans l'Argolide fur THermione. 

BuLLW , fur la mer dans la Dalmacie. 

UuLis , dans l'Epire. 

BYhuones , habitans de cette ville & de (on territoire. 

BuLis , dans la Phocide & fous l'Hélicon. 

BoL-BÉ , Etang de la Macédoine formé par le Golfe de Strymon." 

EoL-Yctf, Etang de la Macédoine, &c qui verfe dans le Golfe de Torona» 

Bran. 

Bran, fignifie Front , Poitrine , le devant : c'efi le Brun des 
'AUemans. 



c^ DISCOURS 

pRAuTes , montagne de la TliefÏÏilie. 

Brenth, ville & riv. de l'Arcadie. ■. • 

C H A. 

Cha , Ca , Cae j défigna ordinairement un lieu renfermé ; une 
chaîne qui renferme. 

Cha-Oniî , contrée de l'Epire feptentrionale renfermée entre la mer & 

une chaîne circulaire de monragnes. 
Cha-Ones, habitans de cette contrée. 
Chaa, fur l'Acidon dans l'Elide au pied de I'^gal. 

Cal. 

C A L j efl un mot Celtique qui défigna conftamment les bois; 
les forêts ; Ca/on en Grec fignifie même bois. 

Cal-Ydon, Ville & Royaume de l'Etolie^ célcbre par le Sanglier qui de- 
meuroit dans !a forêt voifine de cette ville, dans la forêt de Caly- 
don , dont la ville prit Ton nom : il fignifie forêt de la rivière ; 
elleé toit auffi à peu de diftance d'un lac. 

C ALUEe , (ignifie en Grec Hutte , niaifonnette de bois : c'eft le Valdois, un 
Chalet, cabanes que fe bâtilfent les Bergers fur les montagnes à 
pâturages. 

Cal- Ai'RiA , Ifle vis-à vis de Trœzene avec un Temple conlacré à Nep- 
tune , où fept Peuples fe ralfembloient, comme nous l'apprend Stra- 
bon 5 7^. Cette Ifle dut donc fon nom à fes forêts» 

C A N. 

Can , Ken, Cn, ont toujours défigné des têtes, des rondeurs, 
des caps , &c. 

Cmeum , cap nord-oueft d'Eubce. 

Cn-Emis, montagne qui forme le cap Cnemidedans la Locride orien- 
tale en face du Cap Ceneum. 

Cn-Emides, nom des l ocres qui habitoient au pied de cette mon- 
tagne. 



PRELIMINAIRE. ex 

Cen-Chree ,cap & ville de rifthme de Corimhe fur le Golfe Saronicue^ 

Cen-Chree, aux fources du Phryxus à l'occident de Mycènes, 

CcENe , Promontoire de l'Eolie proche d'Elée. 

ScHENKj , Porc voifui du cap de Cenchrce. 

Cene-Pol/j , dans la Laconic méridionale, fur la côte au nord du cap 

Tenare. 
CAN-AsTRrt»«OT , cap de la Paraxie en Macédoine à l'occident du Golfe 

de Torone. 
Can-Thar/«w, cap le plus occidental de l'Ifle de Samos, Suah. 
Cam-Bun!i, montagnes de la Pelagonie en Thefiaiie : du mot cam ^ 

tête , & BouN, colline , boiïe. Elles font moins élevées que le Can- 

dave. 
Us-Can<i, dans les monts Candaves. 
CAND-Av/f , montagnes de l'Illyrie à l'Orient duPanyfei elles fontau 

jiorJ des monts Cam-bunii. 
Cand-Av/'<i, ville & contrée des monts Candaves. 
Cand-Arj^, cap de l'Tfle de Cos. 
Ara-Cyntà&j j montagne de l'Acarnanie. 
Cyht/ius , montagne de l'Ille de Delos. 
SitiDus , ville de Macédoine à la tcte du Golfe de Therme. 
SiNTw , ville à la tête d'un lac de Péonie , formé par le Scrymon, 
A-SiNE , dans la MelTenie fur la mer. 

— dans l'Argolide, 

— dans la Laconie méridionale du côté de la Meflenie & fur la côte. 

Ce mot Cen s'étant prononcé Gen & Gn , a produit : 

Ma-Gn-Esi<i , dans la Theflalie, nom d'une Province oui s'av.ince 
comme une tête dans la mer, avec une ville i5c un cap du même nom, 

— dans la Myde fur un coude del'Herfnus. 

E-Cs Aria, ville d'Italie fur la mer Adriatique dans le pays des Sa- 

lentins. 
Cmous , fur le Promontoire le plus méridional de l'Afie mineure dam 

la Doride , èc lur le coude que l'A fie forme en cet endroit. 
Ar-Gen«/72 , Promontoire de l'ionie au nord de Qazoniene, De- là 

également : 
Gen "Eva, mot-à-moi , tête de l'eau, 
GjEN-Ua, Gènes. 



cxlj DISCOURS 

Cem-As/^/w , ou Orléans , fur le coude que forme !a Loire.' 
EG-GtN-FEiDe/2, dans la Bafle-Baviere fur le Rote : moc-a-mo:, champ 

du coude de la Rivière, 
Gan«j , iur un coude de la Propontide dans .la Thrace mcridionale. 

• C A R , C O R. 

D'Ar , O r , montagne , lieu efcarpé , fe formèrent nombre de 
noms de montagnes , &c. en Car , Cor , Gar, Scar , &c. 

Car-PatAw^ , moi-à-mot , montagne élevée ; auffi Homère qui l'ap-i 

pelle Cra-PatA«j, lui donne l'épitlicte à'hypjilè, trcs-élevée. 
Car-Pates, aujourcThui Cra-Pak, grande chaîne de montagnes de 

l'ancienne Dace, entre la Pologne , la Hongrie & la Tranfylvanie. 
Gar-Gettjj , -montagne de l'Attiquc. 
1-Q\^ius, montagne de l'Attique. 
I-CARia , Ifle de la mer Egée, couverte de montagnes. 
GAR-GARi«j , nom de la montagne près de Marfeille où eft la Sainte^ 

Baume : au pied eft le village de Garguiez : Spon. I. 30. 
GER-ANzrt, fur une montagne au nord de Melfene, 
CERanea, montagne de la Mégaride , Whel. II. 14e. 
Ger-At<z, Montagne du même pays , Whel. II. 252. 
Ger-On-Thr« , dans la Laconie , entre une montagne &c des marais , 

moi-a-mot , TJirœ, habitation ,on ; de l'eau, ger; & de la montagne. 
Carie , province méridionale de l'Afie mineure , dut ce nom à fcs 

montagnes. 
Cari^ « dans les monracnes de Laconie vers les fources de l'Eurotas, 
XLarî'k^ , montagne de l'ifle de Crète, célèbre par fon miel : P/in, 

XXI. 14. 
Cer-Ceti , montagne de la ThelTalie, Plin. IV. 
Cer CeiIus , montagne de l'ifle de Samos. 
CiK-Ctjkeus , moitagne de l'ifle de Leria vers les côtes de Carie, 
Cer-Cine , montagne de Macédoine vers les iources du Strymon. 
Ceru ouKer^ , mot-à mot , écueils ou rochers , Whel. II. 1 1 6. 
.Cer-Aus/wj, portion du mont Lycœus , & d'oi\ fore le Neda, en Eiide. 

Pau>an. 
CER-YK£(i,montag. fort haute au pieddelaquelleeft Patras; Whei. II. S. 
Cer-Aunu , les monts Cerau miens , nom commun à diver(es chaînes 

de montagnes. ï°. 



PRELIMINAIRE. cxiij 

1 o. Les Monts Qt^Avaiens , ou Acro-CerauniV«j, au nord de 
l'Epire , & qui la féparoient de l'Illyrie. Cer fignifie pointe , 8c 
A-CRo , très- pointu. Les Grecs confondant le nom de C&rauniens , 
avec celui de Ceraunos qui lignifie foudre, s'imaginèrent qu'ils furent 
appelles ainfi parce que la foudre les frappoit continuellement -, c'eft 
une étymologie ridicule qu'on a tort de répéter. 

i*". Les monts Ceraumens au nord du Pont-Euxin, & qui s*é- 
tendoient Jufques vers la nier Calpienne. 

j*'. Les Ceraun/«j, Peuple de la Dalmatie , parce qu'ils habi- 
toient des montagnes. 
Qi^-CavIius , montagne d'Ionie près de Colophon. 
CoRAx , montagne entre l'Ecolie & la Locridc. 
— montagne du Pcloponèfe. 

_- ou CoRAcius , montagne de l'Ionie près de Colophon. 
CoRASiœ, Ifles de la mer Egée , qui ne font que des écueils. 
CoR-As/wi , montagne d'Afie dans la Svrie près d'Antioche. 
Cor- Agis Petra, ou Pierre du Corbeau , dans Tlile d'Ithaque. 
CoR-Ax, montagne entre la Sarmatie Afiatique & la Colchide, 
CoRYCKi ; CoRYCi'wj , montagucs au midi de Smyrne , Whel L 177. 
CoR-Ycaj , montagne près de Clazomenç dans l'Afie mineure. 
— . montagne de l'Ifle de Crète. 
CoK-Xceon , Promontoire formé par cette montagne ; il eft appelle 

Cotinsum dans le Diét, Géograph. 
CoRYci« , deux Ifles de ce nom ou écueils à la pointe nord-oueft de 

rifle de Crète. 
CoRYc«j , ville de la Lycie. 

CoKYcium , Antre des Mufes à Delphes, Strab. (îjS. Sp. II. (îj. 
— ouCoRYcus, Antre dans le Corycus près d'une ville du même nom 

dans la Cilicie. 
CoKKzsius , montagne près d'Ephèfe , "Wiîel.I. 182. 
CoR Y p/^œ«/«, montagne voifine d'Epidaurc. 
Cory-Phase, Promontoire & FortcrefTe de la MeOTenie à l'Oued. 
CoRiPHE , voy. plufieurs montagnes de ce nom dans le Did. de la Mar- 

tiniere. 
Cory-Daluj, montagne entre Athènes Se Eleufi';. Straé 60^. 
CoKiT^ium , en Dalmatie , fur une montagne , aujounT/iui Cori. 
Cor-Onee, en Béotie , fur une montagne. 

Orig. Grecq, p 



cxiv DISCOURS 

Cor-Inthe , mot-à-mot , habitation fîir la fontaine & la montagne J 
ville en coteaux , Strat. 581. avec de belles fontaines : nn Temple 
de Venus fur la Montagne , & à côté de la fontaine de Pirene. 

CoR-Ass/«, Ifles de la mer Egée , ou plutôt Ecueils à l'oiienc de Na- 
xos, 

Gerr« , ville au pied du Corycus , dans l'Afie Mineure. 

Gerow, dans l'Ide de Lefbos. 

CiRp/iM , monc efcarpé de la Phocide. 

CyRR^rf , Cap que forme ce Mont , Wb. IL 1 5 t. 

CiR- ToNHOT , branche du M. Cnemis , Wh. lï, ic) i. 

Skikos , Ifie de la Grèce , couverte de rochers, 

Skikjs , nom primitif de Salamine , Strab. ^05. 

SKZiKcnides , ou Roches de Sciron dans la Mégaride, 

ScAKvùus , montagnes au nord de la Macédoine, 

ScoRD-hQ,ues, Habitans de ces montagnes. 

CariNjCarn. 

Carintkie , pays de montagnes dans rAutriche, 
Carnj-Ole , pays de montagnes dans la même contrée, 
A-Carn-Anif. , pays de montagnes au midi de l'Epire. 
A-Carh^ , dans l'Atticjue: voyezHARN, Orig. Lai. cliv, cc 

C A S S. 

Cass , fignifie borne , montagne qui fert de borne. 

Cassïkj , montagne au nord de la Paleftine , près de Séleucie, 

— Montagne au midi de la Paleftine , & qui la fépare de l'Egypte. 
Cassi- Ope , ville & cap au midi de la Chaonie. 

— Ville & cap dans l'ifle de Corcyre , en face du précédent, du nord 
au fud. 

• — dans l'Epire, fur les bords d'un lac, 
Cass-Opei ; habitans de cette dernière contrée. 
Cau-Case, mot~à-mos , montagne qui termine. 

Col. 
Col a toujours été le nom des collines , des coîs , Ôcc, Il s'efî 



FRELIMINAIRE. cx;v 

auïTi prononcé Cul.Cyl, &c. Kull dans le Noid, colonne, 

CoL-ONe, montagne entre Elis & Olympia. 
CoLi-AS , montagne 6: Promontoire de l'Actique. 
S-Coj-Us y bourg de Béotie dans un lieu très-efcarpc , Scrab. 6i6, 
'— Ville près d'Olynthe. 

Cyll-Ene , \tHaut CylUne , en Arcadie , die Homère. Ced la plus 
haute montagne du Péloponclè. 

C O N. 

A-CoNTZKj, montagne de la Bcotie Septentrionale. 

Con-Dylo« , ville fur les montagnes de ThelTalie auprès de Tempe. 

Heli-Con , montagne de l'Attique. 

E-GoN , ou Gy-Gon , cap & ville de Macédoine , fut la rive Orientale 

du golfe de Thermc. 
GoNo-EssE , dans l'Achaïe méridionale , Homère l'appelle la Haute. 
GoNWJ, en Thedlilie fur les montagnes qui forment la vallée de Tempe. 
Alû-Gon/^ , fur une montagne dans la Laconie. 
Cau-Cones, habitans des montagnes de l'Elide & de l'Arcadie. 

Strabon ( 5 i(î. 551.) auroir bien défiré favoir l'origine du nom 

de cet ancien peuple , fur lequel il entre dans divers détails : mais ce 

nom eR compofé de Cau , montagne , & de Con, Câun , rocher : 

voyez Ori^, Lac. cciv. 
Eri-Gon£ , fleuve de Macédoine qui defcend des montagnes de l'i!- 

lyrie. 
Caunw^ , montagne d'Efpagne dans la Celtibérie. 
— dans rifle de Crète, fur une montagne , aujourd'hui Caftel-Bel- 

vedero. 

C o P. 

CoP , fignifie profond :"élevé. 

S-Covius , montagne entre la Pconie & la Dardanîe. 
S-Cupi , ville au nord de ces montagnes & de l'Orbellus. 
Cop-Ais , grand lac de Béotie, & jtlus élevé que les côtes, 
Cqvx , ville i'ur ce lac, 

pi) 



cKvj DISCOURS 

C T. 

CoT, CuT, a défigné conftamment les montagnes : chez les 
anciens Pélafges Cott<2 fignifioit tête , dit Baxter : & Cottis 
chez les Corinthiens. En Irland. Conadh , montagne : en Perfaii 
CoTc?, tas , monceau, élévation. En Gall.CoDij élever. Enlrlan- 
dois, CuD , tête; c'eûleCoTTa des Pélafges. En fenafalant,ilfit 
KoNT^ , marque des dixaines en Grec. 

CoT-YLiV^i, montagne de la Phigalie , Pauf. 6Zj^. Orig. Lat. cciv. 

S-Coi-Uisa , fur une montagne de Theflalie au fud du Péiiée. 

— en Macédoine , fur un lac que forme le Strymon au pied des mon- 
tagnes. 

Cvjfiien i ou CyTkien, montagne de l'ifle de Délos, 

Cviinium, ou Cy liriium, ville du mont (Eta en ThefTalie. 

Us-CuE' Am^ , ville dans les mowtagnes des Befles en Thrace. 

Ara-Cynt^^^^ , montagne de TAcarnanie. 

Cot-En/k , ancien Peuple de la Dacie ; Ptolom. III. 8. 

CoT-Yieum , montagne deTEubce; Etienne de Byz. 

CoT-Ytus , colline de Phrygie. 

CoT-Jiium , place forte de Fhrygie. 

CuTH-Nus ou Cyih-Nus , ifle de la Grèce près de TAttique, 

Cytherok , montagne de la Béotie, vers la Mcgaride; de Cur , monr^ 
tagne ; & Tkur , élevé. 

Cythere , Ifle montagneufe , au midi de la Laconie. 

D. 

D A 6. 

Les mots en Dag, formés d'Ac , pointu , ont conftamment dé- 
figné des pays de montagnes , des montagnes , des pointes , &c. 

DAcn.EsTan , en Perfe , mot-à-md, pays de montagnes. 
Dacz'«, au midi & au nord du Danube , pays de montagnes. 
I-TnAQKd, ifle ou plutôt rocher entre l'Acarnanie & l'ifle de Cepha-; 
lenie. 



PRELIMINAIRE. cxvij 

Tayg-Ette , montagnes de la Laconie : nom formé de Tag > pointe, 

& de Atte, Ette , montagnes boffues. 
Ttcée , dans l'Arcadie monragneufc, 

D , prononcé Z , a fait : 
T^AGrius , chaîne de montagnes d'Affyrie. 
ZAcro-BouNi , nom moderne d'une montagne de l'Attique •, de Zag , 

montagne , &: dcBoun , belle , en Grec. 
ZAc-Ymkus , ifle à l'occident de la Grcce , couverte de montagnes ; de 

ZaG & de CYNTh. 

D , prononce Z, , à la Dorique , comme chez les Latins , a fait ." 
Lac-Onie , pays de montagnes : les Turcs le prononcent Tzac-On/V, en 

fe rapprochant de la prononciation primitive. 
LAce-DEM-oNE , Capitale de la Laconie , mot- à-mot , peuple delà mon- 



taç^ne. 



D E N. 

Df.n fignifia conftamment habitation : de- là une multitude de 
noms de lieux , dont l'onginc étoit abfolument inconnue , ôc 
d'abord ceux-ci ; 

Athènes , capitale de l'Attique* 

— ville de l'Eubce vers le Promontoire de Cènée. 

— ville d'Arabie : Plin. IV. 28. 

— à l'extrémité orient, du Pont-Euxin, 

— dans la Laconie. 

— dans la Carie. 

— dans la Béotie , du nombre de celles que le Copais engloutie. 

— dans l'Acarnanie. 

— dans la Ligurie; Etien. de Byz. 
•— dans la Sicile. 

ATiîENea//2, chez les Atamanes : c'cft apparemment celle qu'on a ajt-» 

pellcc ci-detTus Athènes d'Acarnanie. 
himium , chez les Eftiotes de Theirilie. 
Atin^ , quatre villes de ce nom dans l'Italie. 
AT-TiNi-Ac«OT , aujourd'hui Attigny en Champagne fur l'Aifne. 
Edim-Bourg, capitale de l'Ecoflc. La fyllabe Bourg efl; la traduûioa 

moderne du Celtique EoiM. 



cxviij DISCOURS 

D o L. 
DoL , Del, Taul , a toujours défigné des montagnes. - 

T^ul-Antii , peuple de rillyrie Méridionale. 

DAuu'a , deux villes de ce nom dans l'Eordie , en M.icédoine. 

Dauuj , ou Daulium, ville de la Phocide, au midi de Delphes , fîir 

une montagne efcarpée. 
Bel-Mat^^ ou Dal-Matw , contrée de l'illyrie, couverte de mon-» 

tagnes. 
DBt-Mi^ium , grande ville de la Dalmatie fur les montagnes. 
Ditium , ville de Béotie. 
■ — dans la Laconie. , 

lyiiL-Vmnium, dans la Béotie , fur une hauteur; mot~à-moty montagne 

élevée. 
■ — dans l'ifle de Cliio. 

DEL-PHiN(Z/?/i, Daupliiné , vient donc des mêmes mots. 
DEN-THAL£f<ï ou Den-Selet« , peuplc de Thrace , vers les fources du 

Pontus & dans la vallée qu'il forme à fon origine. 

D O M, élévation. 

Ithome , montagne & ville de la Meffcnie. 

— montagne iS^' ville de laThcfTalie , dans rEftiéotide. Homère défigne 

fon terrein par l'épithcre de moraueux. 
Idom« , montagne de l'Epire , à l'orient du golfe d'Ambracie, 
Joouene , fur un lac dans la Mygdonie , en Macédoine. 

D O R , T u R , Montagne. 

Ti-TnoRftf , fur une montagne au nord du Parnaiïe en Phocide : de 

Ti , habitation , 5c Thor , mont. 
Thorû^, montagne de la Laconie feptentrionale. 
THVB.\deSy prononcé Thyrides ^ dans la Laconie, fur une montagne 

près du Ténarc. 
Thur/otî , montagne de Béotie. 
THYRca , montagne , ville , golfe & ifle de l'Argolide méridionale, 



PRELIMINAIRE, cxix 

ToRone, en Macédoine, & qui donne (on nom à un golfe. 
Derr/j , Promontoire fur ce golfe. 
InEK-kulus , à l'occident de ce golfe. 

I-Thor/<; , ville d'Erolie dans les montagnes, & près de rAchdoiiî. 
S-Tir/j , ville de la Phocide dans les montagnes, au pied de l'Mclicon, 
l%SQ-^ium, montagne de Sparte, fur laquelle ccoit un Temple de Diane* 
ici i.s pour Th. 

Grèce. 

L'étymologie de ce nom précieux aux Lettres , étoittrop inté- 
reflante pour qu'on n'eflayât pas de la découvrir. Cependant juf- 
cu'ici on n'avoit fait que de vains efforts : car on ne regardera pas 
comme de vraies origines ce qu'on a débité que la Grèce tiroic 
fon nom de Grécus> fils de ThefTalus , comme l'ont prétendu les 
Grecs eux - mêmes : que ce nom n'étoit que l'inveife de celui 
de Rehu , fils de Plialeg, ainfi que l'a avancé le Savant S aumaise : 
que ce nom étoit dérivé du Celtique Graia, vieille, pour défi- 
gner la haute antiquité de la Grèce, comme l'a cru le P. PezroNjt 
ëtymologie qu'il aurait pu appuyer de la Langue Grecque elle- 
même , oij Grays fignifie une vieille. 

Mais dans ce cahos nous trouvons un trait lumineux qui con- 
firme ce que nous avons dit, que la Pclafgie fe peupla du nord au 
midi, & qu'ainfi la Grèce ne fut peuplée qu'après la Theffalie, & 
par des Colonies qui avoient traverfé la Theffalie ; c'eft cette tradi- 
tion qui faitde Greciis , c'eft-à-dire l'habitant delà Grèce , le fils ou 
une colomc de TAeJJalus , c'eftà-dire de l'habitant de Theffalie.' 
cependant cela ne nous éclaire pas fur l'origine de ce nom : cher- 
chons donc mieux. 

Dans la Tragédie Grecque de Fromithès enchaîné , le Poëte 
lui fait dire en décrivant les pays qu'Io avoir déjà parcouru : « De 
» nouveaux accès entraînant tes pas dans un chemin qui borde les 



cxx DISCOURS 

» flots j te conduifirent jufqu'au vafte golpbe de Rhée... ce golfe 
» s'appellera un jour le golfe d'Ionie ». 

Nous avons donc ici la vraie écymologie du nom de la Grèce, 
& en même-tems une étymologie prife dans la nature même , ôc 
qui peint parfaitement fon objet. 

Les Pélasges defcendanc du nord au midi , avoient fur leur 
droite une mer remarquable par fa forme longue ôc étroite , ils 
Tappellerent mer lUy-Rique ou étroite : & ils donnèrent le nom 
d'IUyrie au pays qui étoit fur les côtes de cette mer. Mais dès 
qu'ils furent parvenus à la hauteur de la Theflalie ôc de la Chao- 
nie, aux Monts Cérauniens ou Acro-Cérauniens auxquels fe ter- 
mine ce golfe , ils trouvèrent une mer large ôc fpacieule à la-^ 
quelle le nom d'IUyrie ne put plus convenir , ôc à laquelle il fallut 
par conféquent donner un autre nom : ce fut celui de Rhée , mot 
forme de Rha , Rhé , qui fignifie précifément vafte , immenfe. 

L'habitant des côtes de cette mer , ne fut donc plus appelle 
lUyricus ; mais Rhai-c«j ,, mot que nous a confervé Hesychius 
comme le nom primitif des Grecs : mais comme les linguales 
L&L RCe font fans ceffe précéder de la gutturale C, ce dont nous 
avons déjà donné une multitude d'exemples dans pluileurs dé nos 
volumes précédens , Rhaiciis devint avec le tems Gkkicvs , dont 
nous avons fait Grec. L'Auteur que nous venons de citer en cour 
vient lui-même. 

Ainfi nous voyons non - feulement ici l'origine du nom des 
Grecs , mais encore pourquoi ils eurent feuls ce nom à l'cxclu- 
fion de toutes les autres Nations Pélafgiques : nom qui à la longue 
fit croire qu'ils n'avoient jamais rien eu de commun avec les Thra- 
ces j les Macédoniens, ôc les autres Peuplades Pélafgiennes com- 
me eux. 

Gras, 



F R E L l M l N A I R E. cxxj 

G R A I. 

Du même mot vinrent peut-être \t% noms de diverfes monta-; 
gnes, &de Nations montagnardes. 

La Rhetie , contrée dans les Alpes, entre la SuitTe , l'Italie & l'AutricIie,' 
On l'appella infenfiblemenc Ritie , & Rifie : Tes Peuples furent des Risons , 
5c ce R (e chargeant d'un G , ainfi qu'il étoit arrivé aux Grecs ,ces Peu- 
ples ne furent plus connus que fous le noms de G-Risons. 

Grai , nom de montagnes élevées au nord de la Macédoine. Ce mot 
fignifie également iorne , dans la Langue des Peuples Efclavons ou 
Slaves , ce qui efl dans l'ordre. 
Graies, nom d'une portion des Alpes, Orig.Lat. ccv. 
A-Grau, habitans des montagnes entre l'Acarnanie &l'Atliamauie, 
A-Grians , Peuples voifins des monts Pangées dans la Thtace. 

Lan, Montagne. 

Olenia , la roche Olene , montagne d'Elide , qu'on appella dans la fuite 
Scollis , à^MStrab. Elle fait partie du Mont Lampeia qui s'étend dans 
l'Arcadie. 

Oline en Etoile , & dont parle Homère. 

O-Lxii-ïhui , fur une montagne dans la Macédoine , à la tête du golfe 
de Totone. 

Luc, élévation, 

Luc , mot Celtique , formé d'Oc , haut , élevé , ôc qui défigna 
les montagnes , fe prononça Lyc en Grec : de-là : 

Lyc-ORze , montagne de la Phocide , aufll haute, dit Wheler (IL j ;. ) 
que le Mont Cénis , & qu'on voit de quarante lieues, 

Lvctf'e , montagne d'Arcadie. 

Lyc-Oswre , vil'e fur cette montagne. 

Lyca-Bette, montagne de l'Attique , Scrab. 6i t. 

Lyc-Imnê , fortereffe de l'Argolide fur la mer. 

Lyctus , ville de Crête fur une hauteur , Virgile ( En. III. 401.) la 
regarde comme la patrie d'Idomenée, 

Orig. Grecq, a 



czxl) D I s C O U R S 

Lych-Nides , ville fur une montagne , & à la tête d'un lac du mêm» 

nom chez les Didàretes de Macédoine. 
Lyccwj, prononcé Lyncus ou Lyngos, chaîne de montagnes entre la 

Macédoine & l'EAiéocide de ThefTalie. Elle efl couverte de forêts , 

fes fbmmets ont de vafles plaines & des fources d'eaux vives <jui ne 

tariflent point. 
Lyncw^ , capitale de cette contrée. 
Lyncestes , habitans de cette contréei 
LYcie , dans l'Afie Mineure, pays couvert de montagnes , telles que le 

Cragus & la Chimère, 
Lyca-Onie 3 Province de fAfie Mineure dans le Mont Taurus. 

Mal, Tête , Montagne. 

MAiea, cap de la Laconie, Sud-Eih 

— cap entre la Béotie & la Thefïalie chez les Locres» ' 

MAiia, cap oriental de l'ifle de Lesbos. 

Moi-CssiE , contrée montagneufe de l'Epire. 

I-Moius , montagne de Sardes. 

Myi.<? , fur une montagne des Perrhebes en ThefTàlîe. 

M\Laon , riv. de l'Arcadie occidentale , qui defcend des montagnes. 

■ — riv. cui defcend des montagnes & palTe à Orchomene d'Arcadie. 

M\L-(E.Tas , riv. qui defcend des montagnes & fe réunie à la précé- 
dente dans la vallée que domine la Ville de Mantinée. 

Mel-Ang/a , dans l'Arcadie ,à la té'e d'unruifleau qui fe jette dans l'O- 
phij à Mantinée. 

Xi i-Bee , dans ta Magnéfie , fur un '.ap à l'embouchure d'^un petit ruiA 
feau dans le goUe de Therma. 

IVIeios , ifle de la mer E^ée , qui eft à la tête d'une file d'Ifles qu'on 
srouve en allant de l'ifle de Crête dans l'Attique. 

M A N , Montagne. 

Mfn Yiaîus , n-ontagne prcs de Sparte. 

MiNTHEs, montagnes d'Arcadie. 

MAi-'-Jiiut , fur ces montagnes > haiitation éUvi«. 



PRELIMINAIRE, cxxiij 

M A R. 

Maro , chaîne de montagnes dans la Sicile. 

Mar-OncV, ville de Thrace fur la mer Eg^d, Se célèbre par /es vî^ 

gnobles. 
Is-Marwj , ville & étang , ou lac , près de Maronée. 
Imbroj , pour Imaroj, & Imero^ , ifle de la Mer Egée, couverte de 

hautes montagnes, Wh.I. iz S, 

Mess, Forêt , Pâture. 

Mess eft un mot Celtique qui défigne une forêt propre au pâ-. 
turage, en particulier celles de chênes : d'où vint le motMefe , 
gland , Me/a glandée , qui fignifie en même-tems un cochon la- 
dre dans nombre de Provinces Celtiques , pour défigner qu'il a 
les glandes en mauvais état. Mise , fignifie auffi Foret ea Turc. 
Il eft également Germanique : Mast en Anglois fignifie gland, 
6c J^^^« en Allemand, engraifler : d'oii fe formèrent le Grec 
Mestoj- j plein, farci, engraiflTé, MisxAor, falaire , appointe- 
ment pour la nourriture , &c. dans Hefychius , Me//na, en- 
grais , adion de farcir. 

Mœsia , nom d'une forêt de l'Etrurie qu Ancus Martius ôta aux Véiens, 

Tit. Liv. I. 3 +. Pline en parie , Vlîl. 
lAftsium , ville d'Etrurie dans cette forêt. 

Les Auteurs du Diûionnaire Géographique n'ont pas manqué de 

déiiver le nom de la force du nom de la ville, comme fi la ville avoir 

été plus ancienne que la forêt. Que de chofes à corriger dans tous 

ces Ouvrages! 
MotsiE , nom qu'on donna à toute la Pélalgie feptentrionalc le long du 

Danube, depuis la Pannonie jufqu'àla Mer-Moire, c'eft-à-dire aux 

contrées qu*avo!:nt habité les Daces &: les Getes, & qui durent ce 

nom à leurs vaftcs forêts & à leurs pâturages. 
MesîEnie , Province du Pcloponèfe , au midi de l'Elide Se de l'Arcadie , 

& à l'occident de la Laconie, Elle dut Ton nom à fon fol , direfte- 



€xxiv DISCOURS 

ment oppofé à celui de la Laconie. Cefl: le jugement qu'en por- 
toit déjà Strabon (56} ) ; il eft bon à noter. .< Ajoutons foi à Eu- 
» ripide, dit-il , fur la nature de la Laconie & de la Meffenie, La La- 
is conie , félon ce Pocte , contient beaucoup de terrain propre au !a- 
» bourage , niais très-difficile à cultiver , parce qu'il eft enfoncé & 
» coupe de hautes montagnes qui en rendent l'abord difficile, fut- 
» tout pour les Armées. La Mïssenie au contraire abonde en fruits 
» de toute cfpèce , elle eft très-bien arrofée , couverte de charrues, de 
M bcEufs par milliers , £c d'excellens pâturages >\ 
L'hiver n'y ht jamais éprouver fes excèsi 

Et un foleil brûlant n'incommoda jamais fes heureux habitans. 
" Le fore qui mit les Hcraclides en potreffion de la Laconie , ne 
« leur donna qu'un fol ingr ;t ; aucun terme ne peut exprimer Fex- 
» cellence du terrain de la Meffcnie. 

M.Y%ie, c'efl le nom que portoit toute la portion de l'Aile Mineure, 
qui s'étend depuis la Bithynie ou l'Hellefpont, juiques aux monta- 
gnes de la Catie , avant que, les Eoliens & les Ioniens en euffenc 
conquis une partie : à cette époque , cette contrée n'écoit qu'une 
vafle force dont chaque portion fut défignée fuccefïïvcment par di- 
vers noms : ainfi il y eut la Grande & la Petite Myfie , qui fe fub- 
divifa en Myfie Heîlcfpontique , & en Myfie Olympique : la Myfie 
Abrettane lur le Rhyndaque : la Mifie Morena ou fur la Mer: la 
Brûlée , ou la plus Méridionale du côté de la Méonie. 

Mysie , petite contrée du Péloponèfc, dont parle Paufânias ( IL 1 3 ) , 
Se voilîne de l'inachus dans l'Argolide. On y voyoit un Tem.ple 
confacré à Cérès Myfienne : &c ce nom , diloient les Argiens , lui 
avoir été donné par un Myjius , hôte de Cérès. C'eft que cette 
contrée étoit une forêt que Ion pon«(l]eur , un Myfien , ou \homme 
de la forit , exploita pour y établir une riche agriculture , enforte 
qu'il fut en effet l'hôte de Ccrès : & dès-lors, le culte de Cérès My- 
fienne établi avec raifon dans cette contrée. 

Methonï , nom commun à plufieurs villes à caufe de leur fituation 
dans des contrées fertiles. 

•— dans la Thrace aux confins de la Macédoine. 

' — dans la Pierie fur le golfe de Thernie, 

— dans la Magnéfie fur la mer. 

•— dans l'Eubée, 



P R E L I M I N A I R E. cxxv; 

^^dans l'Argolide fur la mer , ou dans la Laconie , félon Thucydide. 

■— dans la MfrtTénie occidentale fur la mer. 

Meth^-Dr/w/w , dans l'Arcadie , au nord de l'Alphée : mot - à - motf 

habitation du pâturage. 
Hv-Mette , montagne de l'Attique , couverte de forêts , & célèbre 

par fon miel. Med lignine mcme miel chezles Slaves, &: chez les 

Honçrois. 
MiEzA , parc aux portes de Stagire que Philippe abandonna à Ariftoce 

pour y donner des leçons , après qu'il eût détruit la ville de Stagire. 

Plutarque dit que de fon tenis on y voyoi: encore des ficges de pierre 

qu Ariftote avoic fait faire , & de grandes allées couvertes d'arbres 

où on fe promenoit a l'ombre. 

Voilà donc une démonftration , que le mot Mes dcfigne les forêts. 
On y voit auffi l'uQge des Slaves de mouiller la première con- 
fonne d'un mor. 

— ville de l'Aimathie , en Macédoine, entre Scydra & Cyrius. 
Messe , dans la Laconie , abondante en colombes , dit Homère. 
Metio-Sedkot , au-de(Tus de Paris, & dont il ell pailc dans Jules-Cé- 

far , au fujet du fiége de Paris par Labienus. Cétoic une Ville placée 
certainement dans une contrée graffe & fertile. 
MEDê-ON , ville de la Béotie , ville riante, dit Homère , IL. IL 

— ville de la Phocide , à vingt milles de la précédente. Les Géographes 
difputent quelle des deux dut fon origine à l'autre : ce n'eft point 
cela ; la bonté de leur fol les fit nommer de même. 

Med/o-Lank/72 , mof-à-/72or, terre grafTe & fertile, nom commun à 

nombre de villes Celtiques. 
"^ Aulercorum f ou Evreux, en Normandie. 

— Inguernis , ou Moyland , félon Cluvier , près de Cologne, 

— Infutriœ, ou Milan , Capitale duMilanois. 

•— Ordovicum , ou Meivod , au C»mté de Montgomery, dans la prin* 

cipauté de Galles , &i dans une vallée très fertile. 
—' Samonum , ou Saintes , capitale de la Saintonge. 

O c , Elévation. 

Oc ; dans toutes les Langues défigna élévation. 



exxvj DISCOURS 

OcHA , haute montagne de l'Eubée, 

Ox-Yneia , fur l'Ion en Theffalie. 

MoL-YcHRid, en Etoile : mot-à-mot , ville far une montagne élevée. 

O N. 

On f fignifîa toujours charge , poids , élévation. 

On EU , chaîne de montagnes vers le golfe de Corinthe, 
On-Ch£ste , dans laBéotie , furie Mont Sphingis. 
Onius , dans l'Elide , fur le Selleis, au pied du Mont Pholoé. 
On-Chesme, dans l'Epire , fur les montagnes de la Thefprotic vers la 
mer. 

O p , Vallon. 

Opkj j capitale des Locres Opuntiens, dans une vallée. 

Or-Opkj, vers l'embouchure de l'Afope dans la Béotie. 

Eup-Orw, chez les Bifaltes près du Strymon. 

EvK-Ovus , fur l'Axius , dans la Péonie. 

< — fur le Drilo , dans l'Illyrie. 

•— (ùr l'AHacmon , dans l'Emathie. 

As-Ovus , dans la Laconie merid. fur la mer. 

— quelques rivières de ce nom , mot-à-mot , Eau de la V.^lléc : voyer 
ci-deffus As. 

Al-0?us , dans les vallées des Locres Opuntiens. 

— dans les vallées des Locres Ozoles. 
Eup-Alw , dans les vallées des Locres Ozoles, 

Or. 

Or > défigna conftamment des pays de montagnes. 

Or-Bel«j , chaîne de montagnes de la Dardanie , au nord de la Macé- 
doine. 

Or-Beljj , contrée de l'Orbelus. 

Or-Est^ , habitans des montagnes qui terminent l'Illyrie au midi.C'eft 
un conte que leur nom vint d'Orefte fils d'Agamemnon. 

HoR-EsTi , peuple de l'EcofTe Méridionale , qui portoit le même nom 



PRELIMINAIRE. cxxvij 

à caufe de Tes montagnes , & certainement Oreftc n'alla pas chez 

eux. 
OR-FsTtf , en Thrace. 

JoR-id , montagne & peuple de la Macédoine. 
HoR-MiMid , & Hyrmina, ville & montagne fur la côte de l'Elide Sep» 

tentriotiale. 
CyN-OuRitff , montagne de l'Arcadie , d'où fore l'Inachus. 

P A 1. 

Pai , PoF , mot Celtique , Perfan , Tartare , &c. qui fignifîe 
dos, haut, noble. 

P(e-Onie , pays de montagnes cultivées au nord de la Macédoine, Se 

dont les peuples s'appellent Pconiens. 
V<s-us j montagne peu élevée de la Theflàlie vers les fources du Pence» 
V<s.-Otiius Ager, pays de collines dans l'Amphaxia en Macédoine. 
P(E-On;<î , ville de l'Actique. 
Vu^e-Stus , ville du Pœus en Theffdie. 
Pœ-Oples , montagnes entre la Thrace & la Macédoine , à l'orient da 

Strymon. 
P«-Men , montagne du Pont ; le Parthenius en defcendoit. 
P(E lÀAnium, montagne de la Macédoine, Etien, de By{% 
Pa-Cuaj , montagne de l'AttJqae , Pauf. I. j 7, 

Pal, Elevé. 

Pel-Lasgia, pays des Pelafges .depuis le Danube jufques au 
Pdioponèfe inclufivement à caufe des chaînes de montagnes qui le 
coupent en bandes paralelles. 

Pti-LASG/o/ij, le nord montagneux de la Theflalie , qui confèrva I« 

nom primitif de la cor.trée. 
Pim-Pla, montagne de Béotie. 
Vlùus, montagne delà Magnéfie en Theflàlie^ 
PiLtf-GoN/d , fur les montagnes de la ThelTîilie occidentale, 
Viùon, dans les montagnes des Diflàretes en Macédoine. 
Pholoc, montagne de l'Arcadie. 
Phyl^, forterefie de l'Attiquc. 



cxxviij DISCOURS 

Pan, Elevé. 

Pan,Pen, déflgna toujours la têce, le fommet, les montagnes 
(élevées, Orig. Lat, cxhv ,SC fuiv. 

PangÉes, montagnes delà Macédoine vers la Tlirace. 

Pin-Dh , chaîne de montagnes dans la ThelTalie , d'une mer à l'autre. 

montagne & riv. de la Doride. 

Pen-Telicw^ , montagne de l'Attique. 

Pen-Est^, Peuple des montagnes de ThefTalie. 

_- Peuple des montagnes de l'Illyrie. 

Le-Pant/zc, mot- à-mot , pierre élevée : cette ville eft à l'entour d'une 

montagne en pain de fucre;5/o/z, II. j i. 
PiiANf/.'/n , Promontoire de l'Ifle de Chio. 
Phœn/a£ ou Sphingw , montagne de Béotie. 

— montagne delà Doride d'Afie à l'Occident du Golfe de Doris, 

— ville fur une montagne à l'Orient de ce Golfe. 

— port de mer dans l'Iflc de Crète, au midi, 

P H A R. 

Phar fignifie e'galement montagne. 

Par-Nasse, montagne de Phocide. 

Par-Now, montagne entre l'Argolide & laLaconie. 

Par-Nes, montagne entre la Bcotie & l'Attique. 

Par-Then/wj-, montagne d'Arcadie. 

PaR'Theni , Peuple des montagnes de l'Illyrie au nord des Taulantiens. 

S-Parte , fur une branche du mont Taygette. 

Per-Int^s , fur la côte méridionale de laThrace, ville en amphithéâtre. 

Pyrgoj , ville de l'Elide méridionale. 

Pot, Grand. 

Pot , dans toutes les Langues fignifia grand , élevé , puiflant : 
( Voy. notre piflert. fur ce mot , Mond. frim. T, VIII. ) 

POSIDW/W ) 



PRELIMINAIRE, cxxix 

PoSTDiwOT, Promontoire de Carie; de /'or, graid, Se ^i:ii?, pkhe, pê- 
cherie. 
__ Promont. & ville de l'Ifle de Carpache. 

— Prom. d'Epire , vers Buihrote. 

— Prom. de l'Ifle de Chio. 

— Promontoire de l'Ifle de Samos. 
^- Prom. de la Phrliiocide en Theflalic.' 

_ Prom. de la Bichynie lur la Propontide. 

VoT-lt>ée, dans la Macédoine. 

Pat-Ras , fur une montagne , branche du haut Cerynce , Wh. If. 8; 

PytAc; , nom de Delphes , mot-à-mot y l'Elevée: dans X'iliad. II. Python 

bâtie fur un rocher. 
Psutt-Alw, rocher ou Ifle en face de Salaraine. 
Vmhi-Oiis } contrée de la Theflahe, moi-à-met , l'Elevée. 
PvDNa , montagne de Crète. 

PiT-YuJfa , Ifle qui dut Ton nom à fes pins élevés , en Grec Pitus. 
E-Phese, au fond de hautes montagnes dont elle eft environnée com-« 

me un cirque. 
BottiÉe , Province de Macédoine, au fond du Golfe de Therme. 
BoD-Esd, fur une montagne , au pied de laquelle eft un lac dans TEma- 

thie. 

R O D. 

De R, élevé, vînt Rod , haut: colline , rideau, &c. 

Rod-Untw, montagne de la Locride , remplie de fources. 
KoD-Ovus , chaîne de montagnes dans la Thrace , entre la mer Egée,' 
&: le mont Hemus. 

Sam, Elevé. 

SAnoSy Ifle montagneufe de la mer Egée. 

». ville de cette Ifle fur une Colline. 

»» ville fur une montagne dans l'Ifle de Cephalenie. 

_ ou Samo-Thrace , Ifle de la mer Egée fur les côtes de Thrace." 

Sam-Ickot, fur une colline au bord de la mer dans la Tryphylie en 

Elide. 
SAu-Omcum , Promont, oriental de l'Ifle 4e Crète. 

Orig, Grecj, t 



cxxx V J s C O U R s 

S A K , Elevé. 

Zar-Ex , montagne & ville de la Laconie. 

Zer-Ynt/2H/« , antre Se ville de Thrace, 

SiKRÏum, montagne de Thrace. 

SARonicus 5 Golfe de Macédoine, à caufe des forêts de chênes qui ctoieaê 

fur fes bords ; c'eft le plus grand des arbres. 
Sar, SiP.) SiER., fignifie niontagne dans les Langues Celtiques. 

Suc, / 

D'oc , élevé, vint SuCj Sic, avec la même fignification. 

Le SucHtT ell la flus haute des montagnes de Suillc vtis la Franche- 

Con)cc. 
SucH, en Albanois , colline. 
SoQUET, en Auvergnat, crête de montagne. 
Lo SouKe eu Languedocien , le par-deflas, la bonne mefure. 
C'ed certainement de là que vint le nom luivanr : 

Sic-YoNê, une des plus anciennes ville? du Pclcponcfe, 6c qui , bâtie 
lur une colline , domine le Golfe de Corinthe. 

T AL. 

Tal , Tel , Til , défigna , toute élévation ; On'g. Lat. cxl. &c. 

Tal-Ei um. Temple du Soleil au fommet du mont Taygette en Laconie. 

Tal-Ano^, dans la Béotie fur une montagne. 

Til-Atê/, habîtans du mont Scom.us dans la Thrace; Thucyd. 

Tel-Mesjwj, montagne de la Béotie. 

Tal-Arw, peuple qui habuoit le l'inde dans la Theflalie. 

THAL-ANDd, fur la croupe du Cirtonum, autrefois i'Opus des Opura- 

tiens, WiiEL. IL 15)1. 
A-Tal Ante , d;ns l'Emarhie. 
A-Tal-Antis, Peuple de i'Euhce. 
Tïirs , ou (&TÏ10S, dans la Mcffenie, Strah. y p. 
Tii-Phuwi, montsgne , ville & rivière de Béoiie, 
Thel-Pku/^ , iur l'Erymanihe en Arcadie. 



PRELIMINAIRE. cxxxj 

Tan. 

Tan , Dan, Tain, défigna élévation , Montagne pareille à une 
'dent. 

Tan-Agrea, djns la Béotie fur une montagne. 

Tain-Are , Promonc. le plus méridional du Pcloponcfê qui fait l'extrc» 

mité de la Pélafgie au midi , & formé par le mont Taygette. 
Ti-TANE,les fojnmets blancs du Titane, dit Homère , en TlieOalie; 

T H O R. 

De ToR , taureau , grand , fort , élevé , vint le nom d'un grand 
nombre de Montagnes, même dans la Grèce. 

Thor-Ic«« , Promont, de l'Attique, 

Thurw , de Meflenie, appellée anciennement Aspeia, parce qu'elle ctoîc 

fur une colline élevée. 
Ther/i, Ifle de la mer Egée , appellée par ia même raifon, 

Cal-Isto , de Cml , montagne , tout comme Ther. 

Tre. 

Tre , mot Celtique qui fignifie habitation , qui s'efl: écrit àufli 
Tref , Trew : Orig. Lat. ccxiii. Il exifte en terminaifon chez les 
Grecs , dans les Noms de 

Leuc-Tres , Cele-Thrum, Methi-Drium, Trck-Zen*, &:c. dont nous 
avons déjà parlé. 



t^»^. 



rn 



Gxxxî; DISCOURS 

PARTIE SECONDE. 



ARTICLE I, 

Divers SyfLêmes fur i Origine des Grecs. 

'TT E L efl: le Tableau en raccourci de la Pdlafgie entière , & telle 
eftune partie des rapports qu'on remarque entre les noms que fes 
Habîtans impoferent à leurs Contrées , & la Langue Celrique mère 
de toutes les Langues d'Europe, Il ne s'agit plus que de découvrir 
de quelle Contrée vinrent les Pélafges ; mais auparavant , rendons 
compte , fuivant notre coutume , de ce qu'ont peiifé à cet égard 
les Savans les plus difîingués, 

Expojîtion des Syjîêmes de divers Savans fur tOrigine 
des P EL AS G ES. 

L'Origine des Pélafges , premiers habitans de la Grèce , étoit 
trop intéreflaate pour n'avoir pas excité l'attention des Savans ; 
nous avons donc dû chercher premièrement ce qu'ils en ont dit, 
avant de nous en occuper nous-mêmes : on n'aura p..s de peine à 
fe convaincre par la notice que nous en allons donner ^ combien 
peu ils avoient répandu de jour fur ces Origines , & combien ilj 
nous avoient lai fié à faire. 

M. I'Abbê Geinoz. 

Le premier qui paroît avoir traite cet objet ex-profejfo , eft M» 
l'Abbé GEiNOZ(i, i cependant dès le premier pas il déclare qu'il ne 

(î) Mém. de J'Açad. dîs Infcr. & Beics-Lettrcs , T. XIV. pag. jj^. 



^ K E L 1 M î N A I K E\ fexxxîîj 

veut pas remonter au-delà de ce que nous en ont appris les Au- 
teurs Grecs ; il laifle aux Amateurs d'étymoiogies à former des 
conjedures fur le nom PelafguSj & à décider d'après le rapport que 
ce nom peut avoir avec quelque mot de la Langue Phénicienne^! 
fi les Pélafges font Phéniciens d'origine, ou s'ils font une colonie 
de quelqu'autre peuple de l'Orient : il fe contente de les prendre 
dans la Grèce où il les trouve établis dès la plus haute antiquité, j 
M. Geinoz adond eu tort d'annoncer qu'il alloit faire des Re-^, 
cherches fur l'origine des Pélafges, puifqu'il fe contente de les 
prendre dans la Grèce où il les trouve ; & lorfqu'il laifTe aux 
Amateurs d'éytmologies à former des conje£lures fur lenomdeS 
Pélafges, il prouve qu'il eut raifon de renoncer à ces Recher- 
ches , puifqu'il n'avoit aucune idée de la Science Etymologique 
qui n'exiftoit point encore, quoiqu'on fût inondé de prétendues 
étymologies; fcience fans laquelle il faut fe réfoudre à ne rien 
écrire fur l'origine des Peuples & des Langues, à moins qu'on ne 
veuille errer dans le vague , comme va faire M. l'Abbé Geinoz. 
Il cite tous les Anciens pour nous apprendre que les Pélafges 
font antérieurs aux Hellènes , nom d'une partie àts Grecs , & que 
]a contrée qu'on défigna par le nom d'Htllas , s'étoit appellée au- 
paravant Fèlafgie : il les cite , pour nous apprendre que le nom 
d'Hellènes vint d'Hellen, fils deDeucalion,& qu'il défignad'abord 
les Piuhiorides en Theffalie ; mais que par rapport aux Pélafges, les 
uns les faifoient venir de l'Arcadie , province du Péloponèfe qui 
s'anpella lui-même Peîafgiajtandis que d'autres les font venir de la 
Theflalie. Ces deux opinions étant inconciliables, il cherche quel» 
le des deux eft la vraie. 

Pour cet effet, il commence par examiner les fentimens de 
Saumaise qui s'étoit décidé pour la dernière ( i) : mais quoique M 

(i) ï^vx% Ton Traité de la Langue Hellénique» 



cxxxîy DISCOURS 

Geinoz paroiiTe penfer comme lui , ce n'efl pas d'après les mêmes 

motifs. 

Saumaife fuppofeque dans le Déluge de Deucalicn tous les ha- 
bitans de la Grèce périrent , à l'exception de ceux qui fe réfu- 
gièrent fur les hautes montagnes de la Theflalie ; & que ceux-ci 
repeuplèrent infenfiblement toute la Grèce ; mais M. Geinoz 
anéantit cette preuve , en niant l'exiftence de ce précendu Déluge 
qu'il foupçonne n ctre autre chofe qu'un fouvenir confus de ce- 
lui de Noé. 

Saumaife remarque , 2°. que les Peuples du Péloponèfe font 
prefque tous fortis de la Theffalie , tels les Eoliens, les Doriens , 
les loniensj les Achéens ; & que dans toutes ces Contrées , on 
n'a parlé que la Langue Grecque ; cependant , objcdte M. Geinoz ,' 
Hérodote appelle barbare, la Langue des Pelafges. Il n'eft donc 
nullement fatisfait des motifs fur lefquels s'appuyoit Saumaife. 

Il préfente enfuite , mais comme wwç. fimp le conjeclure , qu'il y 
a apparence que la Grèce a plutôt commencé à fe peupler par fa 
partie feptentrionale que par fa méridionale. L'Hiftoire nous ap- 
prend qu'il eft forti du Nord de tout tems des eflains d'hommes 
qui fe font répandus vers le midi : les Colonies venant d'Oiient 
ont pâlie vrailemblablement d'Afie en Europe par le détroit de 
l'Hellefpont, ou elles ont fait le tour du Pont-Euxin par la Scy- 
thie. Dans ces commencemens, onn'étoit pas encore alTez verfé 
dans l'Art de la navigation pour rifquer d'abord un trajet aulïi 
confidérable que l'eft celui de la Phénicie ou de l'Afie mineure 
jufqu'au Péloponèfe : on fe contentoit de naviguer le long des 
côtes, fans ofer s'en écarter jufqu'à les perdre de vue : ainfi les 
Pelafges auront commencé par fe répandre dans la Thrace : de- 
là s'avançant vers le midi , ils feront entrés dans la Theflalie , oii 
îa beauté & la douceur du climat & la fertilité de la terre , les 



PRELIMINAIRE. cxxxv 

auront fixés. Enfuite s'étant extrêmement multipliés ; il en fera 
forti des Colonies pour aller s'établir dans la Béotie , l'Attique ,' 
la i'hocide , l'Epire , dans le Péloponèfe , en un mot dans tout le 
continent delà Grèce qui a porté pour premier nom celui de 
Pélafgie. 

Pour faire adopter cette idée , il combat la Chronologie de 
Denys d'HalicarnafTe, qui fuppofe que les Pélafges defcendirent 
dans la ThefTalie , dont ils chafferent les Barbares , & qui à leur 
tour en furent chalTés à la fixiéme génération par Deucalion, & il 
cite d'autres Chronologiftes , tels que Charax & Clément d'A- 
lexandrie, qui prétendent que les Pélafges ne s'établirent dans 
i'Arcadie que deux générations avant Deucalion. Mais déjà avant 
ce tems-là , il s'étoient mis en polTeffion d'une grande partie de 
l'Italie , comme le rapporte fort au long ce même Denys d'Ha- 
licarnalTe. 

Il relève enfuite une faute grofTiere de ce favant Grec qui ap- 
pliqua très-mal-à-propos à la ville de Crotonc en Ombrie , ce paf- 
fage d'Hérodote qui regarde une ville de Thrace. » S'il en faut 
» juger par les Pélafges qui fubfiftent encore aujourd'hui, & qui 
» habitent la ville de Cre/ione, fituée au-deflus des Tyrjeniens^ nous 
• trouverons que les Pélafges parloient anciennement une Lan-, 
D gue barbare, 

M. Geinoz s'appuie aufTi d'un paflage de Thucydide , où cet 
Hiftorien dit que les côtes de la Thrace près du mont Athos 
étoient habitées en partie par des Tyrrheniens. 

Enfin, il relève avec raifon Saumaife, qui attribue aux Hel-, 
lenes toutes ces migrations que Denys ôc Hérodote croyent avoir 
été faites par les Pélafges. 

Tel eft le précis de cette Differtation dont nous n'avons pas 
omis un mot intcreffantjôc dont l'article fondamental confiée à 



cxxxvî DISCOURS 

regarder Deucalîon comme ayant vécu très poftéiieuremcat aux 
établifiemens des Pélafges dans la Grèce ^ oc à le regarder com- 
me chef d'un Peuple différent. 

Sa Differtation fut fuivie quelque tems après d'une autre du 
même Auteur (i). Nous y voyons les Pélafges revenir de l'Ita- 
lie , deux générations avant la guerre de Troye , avec la dénomi- 
nation de Tyr/eniens : être reçus par les Athéniens qui font forcés 
de les chaffer ; s'emparer alors de Tlfle de Lemnos , d'où ils fu- 
ïenr encore chaffés par le fameux Miltiade ; enfin , pafler 
delà dans la Thrace, où ils occupèrent fous ce même nom de 
Tyrfeniens , la Creftonie , Province voifine de la Macédoine. 

M. Geinozfuppofe enfuite que d'autres Pélafges difperfés pai 
Deucalion s'établirent dans la Béotie, la Phocide , l'Eubée , fuç 
les côtes de l'Afie mineure , dans les Ifles de Lefbos , de Crète , 
dans les Cyclades , dans tous les lieux où Ton trouve des villes 
appellées Lariffe. 

Il fait voir qu'enfin leur nom commença à tomber dans l'oubli 
peu de tems après la guerre de Troie ; il en attribue les caufes à 
la confédération des Hellènes. Il convient que ce Peuple étoit 
laboureur, quoiqu'il le fafle errant de vagabond: que fa Religion 
n'avoit rien de commun avec celle des Phéniciens : & il diroit 
volontiers avec Hérodote , que leur Langue étoit différente de 
celle des Hellènes. 

M. DE LA Nauze. 

M* de la Nauze, Confrère de M. l'Abbé Geinoz , enché- 
liflant fur lui, fe propofade prouver (2) que les Pélafges 6c les 



(i)Mém, derAcad. des Infcr. & Bell, Lett, Tora, XVI. pag. Iq6, 
(») ii, T. XXIII. u|. 

Hellènes 



PRELIMINAIRE. cxxxvij 

Hellènes furent deux Nations tout-à-faic différentes : que les Pé- 
lafges en s'incorporant avec les Hellènes ceffcrent d'être Péiaf- 
ges : que l'incorporation ëtoic déjà confommée dans toute la Grè- 
ce, dès avant la guerre de Troie ; que les Grecs ne prirent ce- 
pendant le titre d'Hellènes que poftérieurement à la même guerre ; 
que les Eoliens , les Ioniens & les Doriens furent les trois bran- 
ches du Corps Hellénique toujours diftingué de la Nation Pélaf- 
gique : & que fi l'on a quelquefois dit des Eoliens & des Ioniens 
qu'ils avoient été précédemment Pélafges, c'efl uniquement par- 
ce qu'ils avoient fuccédé à des Pélafges dans un même pays. 

Il ajoute avec raifon ;que ces objets » font comme le fonde- 
• ment de toute THiftoire de l'ancienne Grèce , & que c'eft ce qui 
» doit faire excufer l'aridité inféparable de ces fortes de recher- 
î> ches , où la décifion des points les plus importans , tient fou- 
» vent à des minucies apparentes de Chronologie ou de Gram-: 
» maire ». 

Deucalion, dit-il , fils de Promethée Roi des Scythes , & tige 
des Hellènes , s'établit dans la Phthiotide , contrée de Thefiâlie , 
tandis que le rcfte de la Thefl"alie étoit rempli de Pélafges : dans 
la fuite Deucalion fit la guerre à ces derniers , ôc les chafla 
pour la plupart hors du pays : une portion de ces fugitifs paffa en 
Italie , & y porta les noms de Grecs & de Grèce , nom ancien 
desTheifaliens 8c de la Theffalie. 

Tel eft le fyftême de M. de la Nauze : tels font les principes 
qu'il pofe comme démontrés : aufli toute la fuite de its raifonne- 
mens n'eft qu'une pétition de principes. L'Hiftoire entière des 
Pélafges & des Hellènes ne lui offre plus que deux peuples très- 
différens l'un de l'autre : leurs Langues, dit Hérodote , n'étoient- 
çlles pas différentes ? 

Les Hellènes furent compofés des defcendans d'EoIus & de 
Origifi, Grecq^ s 



cxxxvilj DISCOURS 

Doius, filsdeDeucalion, ôc de ceux ci'Ionfon petit-fils par Xurhus; 
Les premiers Eoliens furent lesHellenesThefialiens; lespremiers 
Ioniens furent les Athéniens. Quant aux Doriens , ils habitèrent 
au pied du MontOlTa, & du Mont Olympe, d'où ils paOTerenc 
dans l'ifle de Crête, où ils trouvèrent des Pélafges. 

11 rencontre cependant en fon chemin un paflage fingulier d'Hé- 
rodote (i) , qui dit que les Ioniens Afiatiques , tant ceux des ifles 
que du continent , écoient une nation Pélafgique qui fut connue 
enfuice fous le nom d'Ioniens : il s'en débarrafle en l'appliquanc 
à la contrée , ôc non à la nation ; en difant que le même pays dont 
les premiers habitans furent des Pélafges , devint Ionien lorfqiis 
le peuple de ce nom eut chafTé les Pélafges qui avoient habité la 
contrée avant eux : ce qui eft purement gratuit. 

Enfin , il s'attache à un paflfage du même Auteur , fufceptî- 
ble de divers fens , 6c qu'il explique ainfi : « Créfus trou- 
» va les Lacédémoniens ôc les Athéniens à la' tête , les uns 
» du peuple Dorien, & les autres du peuple Ionien , car ces 
» ( Ioniens là, SC ces Doriens là , étaient alors les peuples ) les 
» plus difxingués ( dans la Grèce) , après avoir anciennement 
» fuccédé, celui- là à un peuple Pélafgique, & celui-ci à un peuple 
» Hellénique ; le premier ne s'efl: jamais déplacé, & l'autre avoit 
» été extrêmement errant; car , ajoute Hérodote , il habita fuc- 
» cefiivement la Phthiotide , l'Hiftiéotide , le Mont Pinde , la 
» Dryopide ôc le Péloponèfe où il fut appelle Dorien ». 

M. G 1 B E R T. 

M. GiBERT , qui préparoit une Edition d'Hérodote , de même 
que M. l'Abbé Geinoz , fe mit fur les rangs pour expliquer à fon 

(il LiT. VII. c.pj. 



PRELIMINAIRE. cxxxix 
tour ce fameux & fatal paflage d'Hérodote , auquel , comme aux 
Oracles énigmatiques , on attribuoit des fens ii divers , même fi 
oppofés. Il y vit ceci : «« Les Ioniens-Athéniens qui étoient Pélaf- 
» ges d'origine , ne fortirent jamais de leur pays : les Doriens-La- 
»> cédémoniens qui étoient Hellènes, ont été fort errans ». ( i ) 
C'eft que , félon lui , les Athéniens, nation Pélafgique, devinrent 
Ioniens purement ôc fimplement , en prenant Ion pour chef de 
leur République. 

M. DE LA Nau ze ne fut pas convaincu, & continua à voir dans 
ce pafTage, que les Athéniens avoient fuccédé à une nation Pélafr 
gique , & les Lacédémoniens à une nation Hellénique (2). 

M. Geinoz revint avec la fienne : « la Nation Hellenienne ne 
j> fortit jamais de fon pays : mais la Pélafgienne fut fort errante»»; 
écartant ainfi les Athéniens & les Lacédémoniens , auxquels ces 
autres Académiciens rapportoient mal-à propos, félon lui, cette 
parenthèfe d'Hérodote. Les Pélafges , anciens habitans de la 
Grèce , formèrent, félon M. Geinoz , une branche fous le nom dô 
Doriens, qui s'étoit établie à Lacédémone : tandis qu'une branche 
d'Ioniens ou Helléniens s'établit à Athènes. 

Il fait voir enfuitc que c'eft très-mal-à-propos qu'on fait déri- 
ver le nom des Pélafges de Pélafgus , fils de Lycaon , Roi d'Ar- 
cadie , puifque déjà avant lui ce nom exiftoit , & que le paffage 
d'Héilode qu'on cite pour le prouver , n'en dit abfolument rien. 

Et il démontre fort bien , contre M. de la Nauze (3) , que les 
Tyrféniens, voifins de Creftone , habitoient la Thracs N, non l'Ita-. 
lie : & qu'ils étoient ces mêmes Pélafges qui avoient autrefois ha-, 
bité Lemnos & Athènes. 



(1) Mém. de l'Acad. des Infcrip. T, XXV. Hift. u. 
(r) iù. pag. 17 

(3) ^^. P»g- *?• 



"/ 



exl DISCOURS 

M. GiBERT ne fe contenta pas de cette légère efcarmouche ; il 
fit paroître un Mémoire complet fur les premiers habitans de la 
Grèce : (i) félon lui , Deucalion, petit-fils de Japet, eft un petit- 
fils de Japhet , & père des Hellènes , premiers habitans de la 
Grèce & vrais fauvages. Tandis qu'Inachus , Prince venu de l'O- 
rient , eft le chef des Pélafges, Nation civilifée qui conquit la 
Grèce fur les Hellènes , & qui s'étendit du midi au Nord, 

M. F R E R E T. 

M. Freret , à qui l'Antiquité eft fi redevable , s'occupa , à l'i- 
îîiitation de tant d'autres, de ces objets, & s'en occupa efl'enriel- 
Icment. M. de Bougainville , Secrétaire de l'Académie des Inf- 
criptions & Belles-Lettres , nous apprend (2) qu'il avoit compofé 
un Traité fort étendu fur l'origine & l'ancienne Hiftoire des pre- 
miers habitans de la Grèce : qu'il remontoit aux fources , & que 
joignant la critique à Térudition , il cherchoit moins à établir un 
fyftême qu'il eût formé d'avance, qu'à déouvrir & mettre dans un 
nouveau jour le fyftême réfultant de la réunion de paflages épars 
dans les meilleurs Ecrivains. 

Il trouvoit qu'on étoit tombé à cet égard dans une multitude 
d'erreurs : «■ Plufieurs , dit-il, confondant les originaires du pays 
w avec trois ou quatre Colonies peu nombreufes qui les ont po„ 
» licés, font venir d'Egypte ou de Phénicie ceux qui ont les pre- 
» miers habité la Grèce : quelques-uns les tirent de la Phrygie ou 
» de l'Afie Mineure : d'autres en ont fait des Cel:es , des Ger- 
» mains , des Suédois , des Livoniens , des Hongrois. Dans la vue 
» d'afTocier à la célébrité de la Nation Grecque leur propre na- 



(i) Ib. Méni. pag. i. 

<î) ib. Tcm. XXI. Hifl.pag. 7. 



-PRELIMINAIRE, cxïj 

* tion, ou celle que le genre de leurs études leur faifoit afFedion-; 
*> ner , tous ont cherché dans l'Hébreu , dans le Hongrois , dans 
M l'Allemand, dans le Breton, l'origine du nom de la plupart des 
»• Peuples , des Villes , des Héros de l'ancienne Grèce , comme fi 
» les premiers Grecs n'avoient point eu de Langue particulière , 
» ou ne s'en étoient pas fervis pour former aucun de ces noms; 
» Si nous confultons ces Critiques fur ce qu'on doit penfer de 
»» l'ancienne Hiftoire de ce Peuple , pofant tous pour principe 
»» que les Fables ont un fondement historique , ils nous ré- 
» pondent ; les uns , que les plus abfurdes fidions des Poètes 
M font des événemens imaginés d'après ceux que rapporte la Ge- 
j» nèfe : les autres , qu'il faut reconnoître dans ces fixions , des 
» faits antérieurs à l'arrivée des Colonies Orientales, faits vérita- 
» blés pour le fond , mais altérés par le merveilleux dont la fu- 
» perftition & la poéfie les ont chargés d'âge en âge. Les Parti- 
» fans de ce dernier fyftême, aujourd'hui prefque général, ne fonc 
»i pas réflexion qu'ils donnent aux Dieux , regardés comme les 
» anciens Rois de la Grèce , des Villes , des Palais , des Flottes j 
» des Armées nombreufes , dans un tems où , de l'aveu des meil- 
» leurs Ecrivains de TAntiquité , la Grèce étoit habitée par des 
» Sauvages difperfés dans les forêts , fuyant à la rencontre les uns 
» des autres , ignorant les arts les plus néceflaires , ayant pour 
» toute retraite le creux des arbres ou des rochers , pour toute 
» nourriture le gland & les fruits que la terre produit d'elle- 
»» même ». 

Son Ouvrage d'ailleurs , dont je ne connois que h fuccinte 
jinalyfe dont je parle ici, étoit divifé en VII articles. 

Le premier étoit un Tableau Géographique de la Grèce , plus 
détaillé , dit-on , que nos meilleures Cartes. 

Le fécond traitoit des Colonies Orientales au nombre de qua^' 



acii; DISCOURS 

tre , dont trois Egyptiennes ; celle d'Inachus en ipyo avant 
l'Ere Chrétienne j celle de Cecrops en 1^57 ; celle de Danaiis en 
1158^ : & une Phénicienne , celle de Cadmus en 1 jp-j. 

Le troifieme rouloit fur la Religion des Grecs, & fur-tout 
fur les Divinités apportées par chacune de ces Colonies : ilcon- 
tenoit auffi des recherches profondes fur les Myftères & les Ini- 
tiations anciennes. 

Le quatrième étoit deftiné à l'examen de l'origine des Grecs 
fuivant Moyfe. Ici, le Savant Académicien trouvoit qu'il étoic 
abfoiument contraire au récit de Moyfe de chercher le moindre 
rapport entre la Langue Grecque & la Langue Hébraïque ; & 
dans le dénombrement des fils de Noé , l'origine de tous les Peu- 
ples de notre tems : que cependant c'eft aux Grecs qu'il faut ap- 
pliquer ce que Moyfe dit de Javan & de fes quacre fils ,• mais 
qu'il eft difficile de déterminer quels Peuples ils ont formés : il re- 
connoît le Péloponèfedans Elifa, la Macédoine dans Kettim; il ne 
peut trouver nulle part Dodanim ; & quant à Tharfis, il fuppofe 
qu'il peupla les ifles de la mer Egée. 

Dans le cinquième article, il convient que les habitans de la 
Thrace , de la Macédoine & de l'Epire , étoient Grecs dans l'ori- 
gine, quoiqu'ils ayent été traités de Barbares parles Hellènes ou 
par ces Grecs qui avoient formé une confédération particulière: 
tandis que le nom de Pélafges eft celui de tous les Grecs avant 
cette confédération. 

Le fixieme article étoit deftiné à montrer que les anciens habi- 
tans de la Lydie , delà Carie, de la Myfie ; que les Phrygiens , 
lesPifidiens , les Arméniens même ; en un mot , prefque tous les 
Peuples de l'Afie Mineure ,formoient dans l'origine une même 
Nation avec les Pélafges ou Grecs Européens : ce qu'il prouve 



PRELIMINAIRE, cxlî!) 

par le rapport des Langues de tous ces Peuples , malgré les diffé- 
rences qui en caraftérifent les diale£les. 

Nous avons déjà parlé du feptieme article, où il cherche quelle 
eft la Langue générale dont la Grecque & l'Efclavonne ne font 
que des dialectes , & qui n'a pu être que celle des anciens Getes 
ôc Thraces ; en forte qu'il eft impoîTible de ne pas conclure que 
les anciens habitans de la Grèce étoient Thraces. 

N'omettons pas que dans un autre volume poftérieur à celui- 
ci (i)j on a inféré une DifTertation du même Savant fur iesDé-5 
luges de Deucalion & d'Ogygès , & qui fe lie avec la grande 
queftion de l'origine des Grecs , parce qu'il y nie que ces Délu- 
ges eufTent le moindre rapport de près ou de loin avec celui de 
Noé , afTurant qu'ils n'avoient été que des inondations locales," 
l'une en ThcfTalie , l'autre en Béotie , femblables à celle qu'occa-* 
fionna fouvent le lac Copaïs. Ceci tomboit fur M. l'Abbé Geï-; 
Noz fon confrère , qui avoit regardé ces Déluges comme une 
altération de celui dont parle Moyfe. 

M. I'Abbé B e l l £ y. 

Les dernières recherches que je trouve fur l'origine des Grecs 
dans les Mémoires de cette Savante Académie, font de M. l'Abbé 
Bellcy (1) , fous le titre à'Obfervanonsfur les plus anciennes Peu* 
plades de la Grèce. L'objet eft précifément le même que cehii du 
quatrième des fept articles de M. Freretdont nous venons de dom 
ner l'analyfe ; & dont il paroîtque M. l'Abbé Belley n'a eu au? 
cune connoifTance : du moins il ne le cite pas , foit lorfqu'il fe ren-s 



(1) Mém. de l'Acad. des Infcr. & BeUcs-Lettrcs. T, XXIII, pag. i»j>, 
(i) Ib, T, XXXI. Hifi. pag, I?,. 



cxiiv DISCOURS 

contre avec lui , foit lorfqiul ne penfe pas de même; nous n'en 
donnerons donc ici qu'une légère idée. Il reconnoît avec Bochart, 
& comme Freret , Elija pour chef des habitans du Péioponèfe : 
TAar/is fut , félon lui , le père des Cretois ; Cettim , celui des Ma- 
cédoniens & de l'Italie méridionale ou de 'a grande Grèce : quant 
à Dodanim , il y reconnoît Dodone , & il en fait fortir les Peu- 
ples de l'Epire. Ce font les vrais Pélafges, dit-il, peuple vagabond, 
& bien nommé , puifque Dod ^ fuivant Bochart , fignifie en Hé- 
breu , vie errante ; & que telle fut la caufe du nom de la célèbre 
Didon, comme on lit dans le grand Etymologique Grec. 

Enfin, il voit les Thraces dans Thiras dernier fils de Japhetï 

RÉSULTATS NULS. 

Il n^eft aucun de nos Lefteurs qui n'ait fenti en parcourant ces 
(dijerfes opinions , combien elles font infuffifantes ou nulles 
pour éclaircir Içs grandes queftions qu'on y difcute : que leurs 
Auteurs fe font attachés à des objets en fous-ordre , au lieu de 
traiter la queftion dans fes principes & dans fes fondemens : que 
les uns ayant craint de remonter à la première origine des Pélaf- 
ges ou des Grecs , fe font réduits à des généralités vagues qui ne 
prouvent rien , qui n'éclairciJTent rien : que ceux qui ont eu le 
courage de remonter plus haut & de s'aider de Moyfe , n'ont re- 
tiré prefqu'aucun fiuit de leur courage & de ces rapports , parce 
qu'ils n'ont pu réfoudre les difficultés qu'ils ont rencontrées en 
leur chemin : que tous ont échoué, parce qu'ils ont tous été dans 
l'erreur au fujet de Deucalion dont ils n'ont pu découvrir l'ori- 
gine , & qu'ils ont tous cru être un perfonnage né dans la Grèce j 
long-tems après qu'elle eût été peuplée , & chef des Hellènes 
ennemis des Pélafges i enforte qu'ils ont été réduits à raffembJer 

quelques 



PRELIMINAIRE. cxlv 

quelques faits épars dont ils n'ont pu faire un tout, & à perdre 
leurs peines mifcrablement à un palTage vague qui , eût-il é-é par-» 
faitement clair , devenoic i'obfcurité même dès qu'on s'étoit 
égaré relativement aux faits auxquels il fe rapporte , 6c qui ne 
peint d'ailleurs que l'opinion d'un Hiftorien qui n'avoit lui même 
aucune des connoifTances néceffaires pour difcuter un fait d? cette 
nature. Auiïi que réfulte-t-il de tant de recherches , de tant de 
difculTions? Rien, abfolument rien, qu'un cahos de contradic- 
tions ôc d'incertitudes de toute efpèce , fans aucune lumière qui 
puifle faire elpérer de les dilTiper. 

On veut nous apprendre l'origine des Pélafges : ôc on ne fait 
d'où ils viennent. On cherche quelle différence il y eut entr'eux 
& les Hellènes : ôc on ne fait que croire. Les uns difent que. ce 
font deux Nations étrangères l'une à l'autre , ôc dont l'une exter- 
mina l'autre : les autres affurent qu'il n'en eft. rien , ôc que }-%^}9^,-^ ^^ A »^Lmy\\ 
d'Hellènes ne fut qu'un changement de nom dans quelques , Na- ,, . 
tions Pélafgiques. Tous s'écayent d'un paffage d'Hérodote ,'^ ce'^'* ^"^ ^"^^* 
paflage eft une énigme où chacun voie tout ce qu'il ^e'irr^"^oiis ^** jjiitdrt.i ^ 
parlent de Deucalion comme chef des Hellènes , ôr*îl*'tfl; p3tr^ *^ A^wû^il ^^i 
eux un homme tombé des nues , fans qu'on fe mette en peine de ««>^«< 

fon origine ; encore moins , comment il fe trouve dans la Grèce 
au milieu des Pélafges. Quelques-uns, en petit nombre , ont le -^^^ 

courage de remonter jufquesà Moyfe ; mais ils fe perdent bien- 
tôt dans un labyrinthe dont ils ne peuvent fortir , manque d'un fil 
qui les conduife furement : s'ils reconnoiffent Elifa ôc fes d>;fcen- 
dans dans l'Elide ou le Péloponèfe , ôc Kethim dans la Macédoi- 
ne , ils ne favent où prendre Dodanim ôc Tharfis j bien moins en-, 
core s'en fervir pour débrouiller l'hiftoire de Deucalion , ôc celle 
(Je fes enfans, pour démêler les Pélafges des Hellènes :ainli la 
Orig. Grecq, t 



cxlvj DISCOURS 

vérité leur échape à chaque infiant ; & quand on les a lu ^ on eft 

tout aufli peu inftruit & aufli peu éclairé qu'auparavant. 

EiTayons donc de faire mieux : dans cette vue , montrons', i ". 
que Moyfe a parfaitement décrit les quatre grandes divifions de 
la Grèce primitive ou de l'Ionie Pélafgique : 2". que l'hiftoire de 
Deucalion s'accorde parfaitement avec ce récit de Moyfe, ôc 
qu'il eft père , non-feulement des Hellènes , mais de toute l'Ionie 
Pélafgique : 3*'. que les Hellènes ne furent qu'une portion des Pé- 
lafges , précifément ceux qui habitoient entre la Macédoine ôc le 
Péloponèfe : 4**. que les Grecs s'étan't trompés à cet égard , ont 
totalement brouillé leur chronologie & leurs origines , qui dès ce 
moment fortent du cahos dans lequel elles étoient plongées. 



f/u,4t«^, /. t. t.^f.M ARTICLE II. 

kfc ^r^a«i ; a*(l ^« '** ûtt^i fo ^t rrai Syfiêmede t origine des Grecs, 

iJaMtt* iK Des quatre fils £l0S mal- à-propos appelle l^ysin. 

MoYsE.... Mais qu'eft-ce que Moyfe a de commun avec les 
Grecs ? diront ceux qui afFe£lent de ne faire aucun ufage des con- 
noiifances hiftoriques de Moyfe , fous prétexte qu'il ne faut pas 
mêler le facré avec le profane f hé - bien ! le voici : c'eft de 
nous avoir confervé le vrai tableau de l'origine primitive des 
Grecs : c'eft de nous avoir tranfmis une tradition infiniment 
précieufe dont les Grecs eux-mêmes ont laiffé flétrir la pureté : 
c'eft en apprenant aux Ifri^élites leur propre origine , d'avoir tracé 
de main de maître la première Carte Géographique qui ait exiftéj> 



AoHi. 



PRELIMINAIRE. cxlvij 

telles précieux des antiques connoiffances qu'on iroit acheter au 

poids de l'or chez les Indiens , les Chinois ou les Mexicai.is , & 

qu'on de'daigne parce qu'on les trouve dans l'ouvrage d'un Légif- 

lateur , qui y n'eût-il été qu'un homme ordinaire , auroit droit de ^ 

nous étonner par fes profondes connoiffances dans les Arts & dans ^wdiO «A^Hkiii |i(J 

les Sciences ; ôc qui joignoit à l'avantage d'être Hiftorien , celui /Kà Wi,M. /«-*>h /hoj 

de Poëte fublime : aufli Freret^ le favant & dédaigneux Freret , y^^^ éitin Utui lui J% 

à-t-il eu foin de profiter fans ceffe de fes lumières , autant qu'il l'a Jhivaii^^ 

pu , étant peu verfé dans la critique Orientale , 6c dans la fcience 

étymologique qu'il entrevoyoit, fur laquelle il avoit de brillans 

apperçus ; mais dont il n avoit pu faire un corps , encore moins 

réfoudre les objections auxquelles donnoient lieu des principes 

mal aflurés. 

Moyfe traçant la Généalogie des enfans de Noé , nous dit que 

Japhet ou Japet, un des fils de Noé, eut lu'-même fept fils : qu3 

le quatrième s'appelloit ]V, Ion , ou, fuivant la ledure poftérieu- 

re des Mafforethes, Javan : 6c que celui-ci fut père d'E/i/a-f TAar- 

Jîs , ou plutôt Thrafis , Kedm SC Dodanlm. 

Perfonne qui n'ait vu que cet Ion étoit le père des Grecs , 6c 

qu'il falloit chercher chez les Grecs quatre Nations formées par 

fes quatre fils ; mais c'eft ici où l'on s'eft égaré. 

Elisa , c'eft l'Elide ou le Péloponèfe , a-t-on dit , tout d'une^ 

voix. 
Ketim f c'eft la Macédoine ou la grande Grèce d'Italie, par- 
ce qu'il eft dit dans les livres Hébreux qu'Alexandre le 
Grand vint du pays de Ketim , 6cc. 
DoDANiM... celui-ci a commencé à embafrafTer ; c'eft Do-- 
done, ont dit les uns : mais une fontaine ôc Une forêt dé- 
chênes ne font pa:s un Peuple , ont dit les autres : le nom 



«xIvHj DISCOURS 

eu donc altéré , a-t-on conclu ; & on en a fait Rhodâ^ 
nlm ; dès- lors on y a vu Rhodes , comme fi cette Ille ëtok 
une des quatre grandes nations Pëlafgiques ; ou le Rhô- 
ne, Rkodanus , comme fi ce fleuve étoit dans la Grèce. 
^gH^i^ <)l6li^ Tharsis. . . une fois qu'on a été dérouté, & qu'on n'aplusfu 

> -^l où commençoit , où finiflbit la Pélafgie , on a été hors 

i '. A '^\,^ d'état de démêler la vérité , & l'on a vu Tharfis par-touc 

A "jj; , OÙ il n'étoit pas , à Tarfe, a Thafos , à TartefiTe enEf- 

pagne , &c. 
: C'eft ici où l'on pourroit dire à Meflîeurs les Erudits : n'écri- 
vez pàs ou refpe£icz - vous mieux , vous & la vérité : ne 
l'altérez pas par des fictions & par des afiertions dénuées de fens. 

Nous l'avons vu, la Pélasgie embrafi!"e tout le terrein entre le 
Danube & la mer du Péloponèfe : & ce terrein eft divifé parla 
nature en quatre bandes paralelles : c'elt donc -là que nous de- 
vons trouver le partage des quatre fiis d'IoN dont le pays s'ap- 
pelle encore aujourd'hui Iauna chez les Turcs qui en font les. 
pofTeffeurs. 

La Thra.ce nous montre de la manière la plus fenfible que là 
s'établit Tharsis > ou Trafis par une prononciation adoucie à la 
Grecque & à la Françoife même , où nous difons Alexandre au 
lieu d'Alexander. 

Ketim eft le pays des Getes au nord de la Macédoine , & la 
Macédoine elle-même, ou Ma- Ked, la Grande Gétie, 

Dodanim efl: li contrée entre la Macédoine ôc le Péloponèfe 3 
habitée par îes Doriens félon les Grecs eux-mêmes ; c'eft donc le 
fécond P, & non le premier , qu'il faut changer en R ; lire 1 & 
non 1 , Doramin &. non Dodanim , comme nous l'avions déjà 
dit dans jaotre troifieme volume page 217. _, 

ËJLîiîA défignera les habitans du Péloponèfe, 



PRELIMINAIRE. «xllx 

Un accord aufli parfait entre les quatre grandes divifions de la 
Pélafgie, & les quatre fils d'IoN , en démontre la vérité , & que 
Moyfc avoit d'excellens mémoires fur ce pays & fur fa popu- 
lation. I 

Après avoir éclairci ce fait , partons à ce que les Grecs nou\-^ 
apprennent de Deucalion , & voyons comment il fe concilie avec 
ce que nous venons de dire. 

S. II. 

Deucalion. 

L'Hifloire de Deucalion eft la bafe de la Chronologie & de 
l'Hliioire Grecque : ce perfonnage eft très-remarquable par fon 
déluge , & fon arche , & par fa qualité d'être le père des Grecs 
ou Hellènes : il eft donc impofTible de ne pas difcuter ce qui le 
concerne dès qu'on s'occupe des Origines Grecques : mais à cet 
égard on eft très-embarrafTé , parce que les Grecs fuppofent 
qu'avant lui la Grèce étoit peuplée , enforte que fon déluge n'au- 
rait aucun rapport avec celui de Noé : parce qu'ils ajoutent que 
fa poftérité ou les Hellènes exterminèrent les habituas primitifs 
de la Grèce. 

Il étoit impoflîble aux Hiftoriens Grecs arrivés trop tard de 
pouvoir fe débarrafTer de ces difficultés exafpérantes : plus ils 
étoient éclairés & plus ils dévoient fe tromper par la fincfle 6c par 
la multitude des conféquences qu'ils tiroient d'un premier fait 
dénaturé : mais la folution de ces difficultés ne doit être qu'un jeu 
pour nous qui avons de plus grands fecours , des fecours inconnus 
aux Grecs. » 

Avant tiut , il importe eflentiellement de décider fi le dé- 
Juge de Deucalion eft le même que celui de Noé ou non : & pour 



cl DISCOURS 

cet effet, des'aflurer fi les Grecs ont eu quelque connoiflfance du 
déluge même de Noé : jufques alors, nous ne dirputerions que 
fur des mots. 

^ Si les Grecs ont eu quelque connoijfance du Déluge de Noé. 

Si le déluge de Noé a exifté , il doit s'en être confervé des 
traces chez tous les peuples anciens, foit dans leur Hiftoirc , foit 
dans leur culte & dans leur mythologie : les Grecs fur-tout, 
plus raprochés de nous , doivent nous en avoir tranfmis des con- 
noiflances plus nombreufes & plus fures. Ouvrons donc leurs 
Annales & nous trouverons des récits auxquels perfonne n'a fait 
l'attention qu'ils méritent. 

Les Grecs racontoient donc que dans l'âge de fer , les homJ 
mes fe livrèrent à toutes fortes de méchancetés , de crimes & de 
défordres , enforce qu Ieou irrité contre le genre humain , prit la 
réfolution d'anéantir cette race perverfe , défignée par leur Roi 
Lycaon ou le loup-raviflant ; & comme dans ce langage fymbor 
lique il étoit peint fous cette forme , on prétendit qu'en punition 
de fes crimes , Jupiter l'avoit changé en loup ; mais cette ven-; 
geance ne fuffifoit pas : il falloit que tous les hommes expiaffent 
leurs fautes ; de-là , le déluge univerfel , celui de Deucalion , fi 
bien chanté à la même époque par Ovide. 

Mais ce n'eft pas Ovide qui a imaginé que ces perfonnages 
avoient été contemporains : il étoit d'accord avec la tradition 
Grecque , telle qu'elle a été recueillie par Apollodore dans la 
Bibliothèque des Dieux. 

»Nuc-TiM«^, dit-il, fils de Lycaon puni par Jupiter, écoit 
• Prince d'Arcadie , & c'eft fous lui qu'arriva le déluge de Deu- 
» calion. 

Et voici ce qu'ils difent de Deucalion : 



5? 



TRELlMINAIREi cl] 

» Deucalion', fils de Prométhée & mari de Pyrrha , vîvoitdans 
■ le tems qu'Iou fe décida à abolir le fiecle d'airain & la race 
» abominable qui le formoit : mais par l'iarpiration divine , Deu- 
» calion conftruifit une arche de bois appellée Larnax , qu'il 
»> garnie de toutes les provifions qui lui étoient néccITaires : il 
» n'y fut pas entré qu'il tomba des torrens d'eau qui noyèrent le 
» genre humain: il aborda enfuite fur une Iiaute montagne, fur un 
»> parnaflTe ; ôc fortant du navire après que les pluies eurent cefTé , 
« il offrit un facrifice à Iou-Phryx/^/z ou Sauveur ». 

Certainement , rien ne reflemble plus au déluge de Noc : ces 
deux événemens arrivent à la même époque , dans le fiécle d'ai- 
rain f lorfque la terre eft couverte de crimes énormes : tous deux 
arrivent par ordre de la Divinité irritée de tant de forfaits : dans 
tous les deux, un grand perfonnage eft fauve par une Arche : tous 
deux en fortent fur une montagne très élevée , fur un Par-Naffe : 
tous deux , après leur délivrance , offrent un facrifice au Dieu 
qui les a fauves : tous deux repeuplent le genre humain. 

C'efî donc en vain qu'on veut les féparer , qu'on en veut faire 
deux déluges différens : qu'on veut borner à la Grèce & tranf»» 
porter à des tems très-poftérieurs ce que les Grecs eux - mêmes 
placent à la même époque. La tradition des Grecs eft exade ; 
Deucalion eft contemporain de Lycaon , de Nyctimus & fon dé- 
luge eft le même que celui de Noé : il ne peut y avoit deux évé- 
nemens de cette nature : & les Grecs ne peuvent avoir imaginé 
pour une inondation partielle ce qui n'a eu lieu que dans le bou- 
leverfement qu'occafionna le déluge de Noé, ce boule verfement 
qui ébranla le monde, qui changea la pofitionde.fes p6J(Çf^,,defon 
axe , de fon centre de gravité. 

Le rapport n'eft pas feulement dans les récits : il eft encore 
idans les JNoms. Nyc-Timwj, ce fils de Lycaon , qui fuxvit à la 



cîij DISCOURS 

ruine entière de fa famille , & fous qui arrive le déluge , efi: urî 
nom infiniment précieux qui complette ces rapports , qui y met 
le fceau le plus authentique , le plus étonnant. 

Nyc ell l'Hébreu ni: j N_ych ou Nue , le nom même de Noé. 

TiM , eft l'Hébreu , ^n , Tim , le parfait ^ le jufte , furnom de 
Noéj cette épitliète fublime qui lui valut l'avantage d'être excep- 
té de la ruine du Genre-Humain , & d'être le père d'une Race 
meilleure. 

Il eft Ârcas ou Prince d'Arcadie , parce qu'il fut le polTelTeur 
de l'Arche , d'ARG^ le vaifleau par excellence. 

Larn-Ax, nom de l'Arche de bois^ eft également le nom de ce 
Vaiffeau en Oriental : L eft un Article^ Arn eft le nom de l'Archei 
Ax , V'S , le nom du bois. 

Phriq-/îen , eft formé de l'Oriental pns , Fhreq , fauver , & is , 
celui qui fauve , qui délivre, qui arrache à un péril éminent ; 

Phryxus cfl donc celui qui eft arraché à un péril éminent , le 
fauve. 

[• Il eft mari de Pyrrha; mais en Oriental l],'^}, Pyrr , défigne la 
terre dépouillée de fa gloire, nue , flétrie , fans habitans : telle eft 
la nouvelle femme du fauve , appelle dans Moyfe même isk^. 
Adama , l'homme d'Adama ou de la terre non-cultivée. 

Autres Rapports» 

Ce ne font pas là les feuls traits relatifs à ces grands événe- 
mens que nous offrent les Grecs : on ne peut méconnoître Noé 
dans deux autres récits , très-remarquables , ôc auxquels on n'a 
fait aucune attention. 

Arcas, difent-ils , defcendant de Lycaon, enfeigna à fes Sujets 
à femer du bled, à faire du pain, àfxler de la laine : il partagea 
enfuite fes Etats entre fes trois fils Azan , Aphidas > Elatus. 

Nous 



PRELIMINAIRE. clii; 

Nous avons donc ici une fuite de ces grands événemens , la 
terre repeuplée & inftruite par le Seigneur de l'Arche, par \Kcas 
qui apprend les Arts à ces hommes nouveaux , qui leur enfeigneà 
femer du blé , à en faire du pain, ôc à s'habiller en mettant en 
œuvre les toifons de leurs nombreux troupeaux. 

Ses fils font les mêmes que ceux de Noé ; Azam répond ma-; 
nîfcftement à Cham ; Aphidas à Japhet; 6c Elatus l'élevé , à Sem,; 
qui fignifie exaclement la même chofe. 

Arcas efl donc le même que Nyc-tiinus, que Deucalion , que 
Noé. 

Les Grecs ayant perdu de vue ces rapports , crurent qu'Arcas 
étoit fils de Nydimus : ce n'eft qu'une bévue qui ne doit pas anéan- 
tir de grandes vérités, 

Caufes des bévues de? Grecs, 

■ Ce qui trompa les Réda£leurs de ces anciennes traditions, c'eft 
qu'en voyant qu'on y parloit d un Par-naJJe ou montagne élevée* 
d'une Arcadie ou contrée dans laquelle l'Arche s'étoit arrêtée, 
& autour de laquelle on s'étoit étaoli; d'une Athène ou ville qu'on 
avoit conftruite près de là, ils s'imaginèrent que c'étoit le Pa nafle, 
r Arcadie, l'Athènes qu'ils connoiffoient , & ils tranfporterent 
mal-adroitement la fcene de ces grands événemens : mais nous 
ferions autant & plus mal-avifés qu'eux fi nous commettions la 
même méprife , fi nous nous trompions aufil groiliercment. 

Mais voici bien d'autres traditions grecqu -s dont on a^'oit perdu 
la trace , & que perfonne n avoit foupçonné tenir aux événemens 
que nous difcutons. 

AncÉE, LA COLCHIDE & PhRYXUS. 

Ancée , nous dit-on , étoit un Phénicien qui fcrvit de Pilote 
Orig. G/ec^. f. 



cliv DISCOURS 

au vaifTeau Argos , & qui à fon retour de la Colchide s'appliqua a 

faire fleurir l'Agriculture , & prit grand foin de fes vignobles. 

Nous venons de voir que le vaiffeau quifauva Noéôc fa famille> 
s'appelloit Arg , ou le vaiffeau, l'Arche par excellence. Ce mot 
devint en Grec le vaiffeau ^rgos , & ceux qui s'embarquèrent fur 
ce vaiffeau furent néceffairement appelles Argo-IVautes f mot-à- 
mot , ceux qui font fur le vaiffeau Argo. 

On ne peut méconnoître dans le nom du Pilote , dans Ancée j 
le nom Oriental nc, ou le nom même deNoé écrit conftammenc 
ain/i fans voyelle, & que les Grecs firent ici préce'der de la voyel- 
le A. 

Si au retour de fon expédition il fait fleurir l'Agriculture & s'il 
a foin de fes vignobles , c'eft précifément ce qui eft dit de Noé^ 
quand il fut forti de l'Arche. 

Mais , dira t-on, qu'a de commun la Colchide avec Noé ? Le 
rapport le plus étroit : non cette Colchide quiétoit à l'orient de la 
mer .Noire,& avec laquelle onPa confondue comme on a fait rela- 
tivement à l'Arcadie ^ mais une autre Colchide par excellence. 

Col'chi , en oriental T.-" D , fignifie j mot-à-mot , tout vivant : 
la Colchide d'où revient le Maître de l'Arche , eft donc fon vaif- 
feau , qui étoit feuU'habitation de tout vivant. C'eft^ au pied de la 
lettre, pour la Colchide qu'il s'embarque , & c'eft de la Colchide 
qu'il revient. 

Des ArgO'Nauîes, 

Tel eft le fond fur lequel s'éleva la Fable des Argonautes & de 
leur voyage en Colchide , qu'on n'auroit jamais foupçonné n'être 
qu'une copie de l'heureufe navigation qui fauva les débris du pre- 
mier Monde. 

Qutlque journousaurons occafion de déchiffrer cette ancienne 



PRELIMINAIRE, c\v 

Hiftoîre : en attendant , difons que ce vaifleau des A rgonautes étoit 
appelle par les Egyptiens le vaifleau d'Ofiris ; & que cette navi- 
gation de Noé ou fon Arche, eft tracée dans le Ciel en caraûères 
de feu dans les Conftellations méridionales , entre lef4uenes 
brillent le vaifleau yirgo , la montagne fur laquelle il s'arrêta , la 
Colombe ôc le Corbeau qui en fortirent , l'Autel élevé à côté, le 
Loup ou Lycaon qui repréfente la génération exterminée par le 
Déluge , l'Hydre qui peint fes ravages ; le Centaure ou Noé, 
l'Homme-bœuf, le mari de la Terre, qui, avec le Thyrie orné 
de feuilles de vigne ôc d'épis , foule aux pieds fie achève d'exter-; 
miner l'Hommc-Loup fous le figne du Scorpion. 

Peintures admirables , bien propres à tianfmettre à la poflérité 
la plus reculée , le fouvenir de ces terribles & étonnans événe- 
mens ; à les faire triompher de tous ces ravages & de tous ces dé- 
fordres qui ne ceffent d'arracher aux hommes ôc d'anéantir une 
multitude de monumens infiniment précieux: leçon digne d'avoir 
été tranfmife par le Reftaurateur du Genre-Humain à fes enfans , 
frappés de récits dont ils voyoient de près les eflèts épouvanta- 
bles accompagnés de fuites fi glorieufes pour leurs familles. 

P H R Y X u s. 

C'eft encore Noé que nous retrouvons dans la Mythologie 
Grecque fous le nom dePHRYxus o\xV Homme fauve, ôc lié avec le 
nom de la Colchide. 

Phryxus , dit-on , fut fils d'Athamas : fon père avoit quitté Tno 
pour prendre Démotice ; ôc alors vivoit Actes Roi de Colchide : 
ôc c'eft dans la Colchide même que fe réfugia Phryxus. 

Phryxus ou Noé eft obligé en effet de fe réfugier dans la Col- 
chide, épithcte de l'Arche, comme nous l'avons vu il y a un inf* 
tant. 



clvj D 1 s C O U R S 

Il eft fils ou defcendant d'Athamas, ou d'Adam ; éc tout de fui^ 
te on a fait une rapfodie au moyen d'une ou deux phrafes orien-i 
taks relatives à Adam, ôc qu'on avoit dénaturées , foit par l'écri- 
ture , foit par la prononciation • l'erreur efl Ci fenfible & fi plai- 
fante qu'elle mérite d'être relevée , d'autant plus que i'Hiiloiie 
n'en fera pas longue. 

Moyfe dit dans un endroit , Adam appclla Sem afty chvc ; iî 
s'agit d'expliquer ces trois mots orientaux, qui pour un Hébraï- 
fant ferment cette phrafe , Adam appella le nom de fa femme 
Eve ; mais pour un étranger , ces trois mots fe changèrent en 
Démofly-ce , dont ils firent une des femmes d'Athamas appellée à 
ia place d'une autre. 

Cette autre étoit Ino , quitté^e pour Demoftyce ou Démotice j 
mais le nom d'iNO étoit lui-même une altération d'un paflage de 
Moyfe correfpondant à celui-ci. Cet Hiftorien venoit de faire 
dire au premier Ho nire, ^^j^ot (l'homme) quittera Imo,( fa mère) 
& prendra fa femme : les Grecs lurent Ino, dont ils firent un nom 
propre, qu'ils crurent défigner une première femme délaiflée pour 
une féconde. 

Lorfque Moyfe dit qu'Adam appella fa femme Eve, il ajoute 
ces mots Ki Eva Aiete Am Col chi , parée qu'Eve eft la mère de 
tout-vivant; mais le.--. Grecs qui crurent trouver icila Colchide, 
& qui favoient que Am fignifie Père nourricier, Chef, Roi, tout 
comme Mère, s'imaginèrent c[\x Aiete étoit le Roi de Colchide y 
& ils fuppoferent que Phryxus fiJs d'Athamas étoit contempo- 
rain d'Aiete Roi de Colchide : & qu'ainfi c'eft chez ce Roi qu'il 
alla fe réfugier avec le vaiffeau qui le conduifu en Colchide. 

Ainfi fe brouillèrent peu à peu les traditions les plus refpec- 
tables : on n'en doit pas être furpris ; mais plutôt de ce que le 
cahos n'a pas été plus grand au bout de tant de fiècies d'ignoranc^ 
&. de ba^rbaric;, 



V H E L 1 M 1 N A I R E. clvU 



Remarques fur cts Rapports, 

En effet , on ne devoit pas s'attendre à trouver chez les Gréés 
un fi grand nombre de traditions relatives àNoé &: à fou Hiftoi- 
le : de l'y trouver défigné par Deucalion , par fon propre nom 
Oriental Nue , par fon e'pithète de Ihim , ou de jufte , par celles 
de Prince de l'Arche , de Phryxus , de Voyageur de la Colchide, 
par fes trois fils, par fes foins pour faire profpérer l'Agriculture 
& la vigne , par l'Emblème du Centaure ou de l'homme répara- 
teur qui triomphe du Loup ou de Lycaon , de la race maudite ; 
de voir fon hiftoire entière peinte dans le Ciel de la manière la 
plus fenfible. 

Ce rapport entre Moyfe élevé en Egypte , 6c les Pélafges quï 
ne le connurent jamais , & entre ces perfonnages Grecs & les 
noms d'Adam & de Noé , les altérations même de ces noms & 
de ces rapports , tout démontre que Moyfe & les Grecs travail- 
lèrent fur divers Mémoires antérieurs à eux , écrits en carac- 
tères anciens & dont le fens dut fe brouiller chez les Pélafges dont 
les Hiftoriens ne parurent que plufieurs fiècles après Moyfe , &: 
après de grandes révolutions qui avoient nécefiTairement altéré l'an- 
tique tradition. 

Nous avons donc une grande obligation à Apollodorc d'avoir 
recueilli dans fa Bibliothèque des Dieux une partie de ces Traditions 
ou Mémoires ; puifque fans elles, nous ne pourrions lier l'Occi- 
dent avec l'Orient & remonter à des fources communes. 

Ces fa vans CoUeQionnaires des connoiflances primitives, nous 
auroient rendu des fervices plus efiTentiels encore , s'ils en avoient 
rafl'emblé un plus grand nombre : certainement, ils durent en laif- 
fer échapper une multitude auxquelles ils ne comprenoient rien ;, 



"clviij DISCOURS 

ou qu'ils regardèrent comme leur étant étrangères , ou comme ne 

fe liant point avec les fyftêmes qu'ils s'étoient faits : ce qui nous 

prive de comparaifons très-précieufes , fans doute. 

Souvent même ils ont confervé nombre de faits dont on ne fa- 

voit point profiter, ôc qui étoient nuls pour nous ;nous en allons 

donner quelques autres exemples relatifs au Déluge & à Noé , 

ôc qu'on fera bien étonné de retrouver ici , ayant paflé jufqu'à 

préfent pour des fables abfurdes , ou pour des faits ineompréhen- 

fibles. 

§. III. 

Du Témoignage cT Hé/lode relativement au Déluges 

M. Freret a dit , 6c on l'a répété d'après lui comme une véri- 
té inconteûable, que les Grecs n'avoient aucune idée du Déluge 
de Noé , ôc qu'Héfiode ôc Homère n'avoient pas même parlé de 
celui de Deucalion : il a même cherché à prouver que ce Déluge 
n'étoit qu'une inondation de quelque petite contrée de la Grèce. 
Mais on a vu par tout ce que nous avons rapporté, que les Grecs 
ont confervé tous les grands traits relatifs au Déluge de Noé, ôc à 
la dépravation qui occafionna ce bouleverfement du Monde; qu'ils 
nous ont tranfmis le nom même de ce Patriarche , celui de fon 
Arche , le fouvcnir du Sacrifice qu'il offrit en fortant de cette 
terre des vivans , de cette Colchide fymbolique : dès-lors le fi- 
lence d'Héfiode ôc d'Homère ne prouve rien ; leurs Poëfies ne 
font pas des annales : & c'eft un principe de faine critique univer- 
fellement reçu, que des faits hiftoriques ne peuvent être affoiblis 
par le filence de ceux qui n'ont pas été dans le cas d'en parler. 

Il y a plus ; c'eft qu'Héfiode dans fa Théogonie a décrit en très- 
beaux vers ôc avec une énergie admirable, la deftrudion du Gen- 
re-humain par Jupiter pour exterminer les Géans : ces Géans qui 



PRELIMINAIRE: dix 

compofoîent le premier Monde , & dont Moy fe peint la ruine dans 
le Déluge, de la même manière qu'Ovide le fit enfuite dans fon 
premier Livre des Métamorphofes, d'après les plus anciennes tra- 
ditions des Grecs. 

Jupiter, dit Héfiode , avoit chaffé du Ciel les Titans : la Terre 
produit alors le Gdant Typhœe qui l'emporte fur tous par fes 
cent têtes ; on ne peut foutenir la fplendeur étincellante de fes 
yeux , & les fons que produifent fes cent langues , & qui fonc 
retentir les montagnes les plus élevées. Il eût fubjugué ôc la Terre 
& les Cieux, fi Jupiter n'eût prévenu fes deffeins téméraires : la 
Terre en eft ébranlée, toutes fes parties difloquées rendent un fon 
effrayant : le Ciel mugit au loin, l'Océan eft foulevé jufques dans 
fes abîmes. Le tonnerre , la foudre , les éclairs fe mêlent avec 
les eaux : tout eft en combuftion > tout eft bouleverfé , les flots ne 
reconnoiffent plus de limites. Pluton lui-même pâlit dans les En- 
fers. Cependait le monftre eft renverfé, la Terre eft couverte 
de fon énorme corps : les montagnes en font embrâfées , la terre 
fond comme l'étain dans le creufet. 

Telle eft cette fuperbe sllufion d'Héfiode à la deftru£lion des 
Géans parle Déluge, par le Déluge univerfel; on ne peut en dou- 
ter , loriqu'on compare ce qu'en dit ce Poëte avec les Métaraor-; 
phofes d'Ovide. 

Ce charmant Auteur auquel nous avons l'obligation de nous 
avoir confervé des traditions précieufes contenues dans de vieux 
Poëmes Grecs que nous n'avons plus , décrit au long les crimes de 
ceux qui vivoient dans les fiècles d'airain & de fer : la guerre des 
Géans contre les Dieux : les plaintes que Jupiter en porte à l'Af- 
femblée des Dieux, le Déluge qui en fut la fuite , & dans lequel 
périrent ces Géans. Il fait enfuite repeupler la Terre par Deuca- 
lioHt On ne peut donc douter qu'Héfiode n'y ait fait allufion. 



clx DISCOURS 

Homère y fait également allufion dans l'Odyffée (Lîv. VTIji 
Ulyffe ëtant arrivé dans Tlfledes Phéaciens , Minerve l'exhorte 
à entrer dans le Palais du Roi , & elle lui dit : » vous vous adref- 
» ferez d'abord à la Reine : elle fe nomme Areté ^ & elle eft de la 
» même Maifon que le Roi fon mari. Car il faut que vous fâchiez 
» que le Dieu Neptune eutdePeribée un fils nommé Nauji-thoûs; 
» Peribée étoit la plus belle femme de fon tems , & fille du brave 
» Eurymedonqui régnoit fur lesfuperbes Géans. Ctt Eurymedon 
» fit périr tous fes Sujets dans les guerres qu'il entreprit , & périt 
» aufii avec eux. Après fa mort , Neptune devenu amoureux de 
» fa fille, eut d'elle ce Naufi-thoûs qui étoit un homme d'un cou- 
» rage héroïque , & qui régna fur les Phéaciens : . . . 

» Areté eft fa petite-fille » : la Déefie en fait un portrait accompli, 
& afTure qu'elle eft regardée comme une Divinité tutélaire. 

LaDéelTe a raifon, puifqu'^rc/^'défigne la vertu dont elle eft le 
nom en Grec : elle remplaça le vuide caufé par ladeftrutlion des 
Géans qui périrent avec l'ancien Monde , tandis que Naufi-thoiis 
leur furvit; mais ce nom fignifie mot-à-mot ^ celui qui guérit les 
maux jquiconfolideles plaies , vrai nom de A'of qui furvécut à la 
ruine des Géans ou du premier Monde ; & qui étant jufte fut 
père d'Areté ou de la Vertu , de la Juftiçe qu'il fit fleurir par foii 
exemple ôc par fes Loix. 

Le nom des Phe-aciens qu'Homère peint comme les Maîtres de 
la mer , ne convient pas moins à Noé & fes enfans : il fignifie motr 
à-mot ceux qui brillent fur les eaux. 

Ces pafTages d'Héfiode ôc d'Homère font d'autant plus remar- 
quables qu'ils s'accordent parfaitement avec les Livres Hébreux, 
qui ont toujours peint comme des Géans audacieux la race qu'ex- 
termina le Déluge. 

De 



PRELIMINAIRE, clxj 

Des Géans. 

Ces paffages d'Héfiode ôc d'Homère font d'autant plus remar-i, 
quables qu'ils s'accordent parfaitement avec ]es Livres Hébreux, 
qui ont toujours peint comme des Géans audacieux la race qu'ex- 
termina le Déluge. 

« En ce tems-là , dit Moyfe (i) , il y avoit des Géans fur la 
M terre : car depuis que les Fils de Dieu eurent époufé les filles 
» des hommes , il en fortit des enfans qui furent des hommes puif-j 
» fans ôc fameux dans le monde ». 

Baruch les repréfente fous la double face de géans & de fcé- 
lérats (2). Après avoir fait l'énumération des peuples renommés 
par leurs connoiflfances , mais dépourvus de fageffe , il met du 
nombre les anciens Géans , « ces hommes célèbres dès le com- 
» mencement ) ces hommes d'une fi haute taille 6c qui brilloient 
•» dans les combats : mais Dieu ne les a point choifis , ôc il ne leur 
» a point ouvert la voie de la fageffe : ils fe font perdus , parce 
» qu'ils ne l'ont pas poffédée , leur folie a caufé leur ruine. 

» Les Géans fuperbes , dit l'Auteur de la Sagefle (3) , périrent 
» dans les eaux du Déluge , pendant que le jufte Noé , dépofitai- 
» re de l'enfance du monde , fut fauve fur un frêle vailfeau. 

» Les anciens Géans , dit également l'Auteur de l'Eccléfiafti- 
» que {4) , n'ont point obtenu grâce : ils ont été détruits à caufe 
w de la confiance qu'ils avoient en leurs propres forces ». 

Les Géans de Moyfe qui périlTent dans les eaux, ceux d'Ho- 



(i)Gcn. IV. 4. 
(a)Ch. III.v. ttf- tJ 

(3) Sag, XIV , 6. 

(4) Ecclcf. XVI. «, 
Orig. Grecq, 



cïxu DISCOURS 

mère , ceux d'Héfiode , font donc les mêmes perfonnages : leur 
hiftoire & leurs malheurs ont donc été connus de ces trois illuf- 
tres Auteufs : & comment l'auroient-ils ignorée ? la terre entière, 
comme nous le ferons voir un jour, étoit remplie du récit de ces 
événemens à jamais mémorables : les Egyptiens ne l'avoient pas 
oublié : les Chaldéens s'en fouvenoient: Ôc le Temple le plus an- 
bien & le plus refpe£lé de toute la Syrie, n'étoit fondé que fur 
cet événement. 

Temple de la Déejfe de Syrie d HiérapoUs : Sutus de Deucallon. 

A Hiérapolis > en Syrie, étoit un Temple fameux confacré à la 
grande Déeiïe & dont nous avons parlé dans notre Efl'ai d'Hilloire 
Orientale , Tom. VIII. pag. \6. Un Ancien dont le récit eft tou- 
jours joint aux ouvrages de Lucien , ôc qui paffe fous fon nom , 
rapporte au fujet de ce Temple , des faits très-finguliers & trop 
relatifs à l'objet dont nous nous occupons pour l'omettre, d'autant 
plus .qu'il nous conduira à une étymologie très-vraifemblable du 
nom de Deucaliort.j 

K L'opinion la plus commune , dit-il , eft que Deucalion de 
» Scythie, en eft le Fondateur : car les Grecs difent que les pre- 
» miers hommes étant cruels & infolens , fans foi, fans hofpitalité, 
» fans humanité , périrent tous par le Déluge : la terxe ayant 
» pouffé hors de fon fein des eaux en abondance qui groifirent les 
» fleuves , & qui firent déborder la mer à l'aide des pluyes , en- 
» forte que tout fut inondé. Il ne demeura que Deucalion qui s'é- 
» toit fauve dans une arche avec fa famille , & une couple d'ani- 
» maux de chaque efpèce, tant fauvages que domeftiques, qui le 
3> fuivirenc volontairement, fans s'entre-manger ni fe faire de mal. 
» Il vogua alnfi jufqu'à ce que les eaux fe furent retirées : puis, il 
» repeupla le génie humain. 



PRELIMINAIRE, clxiij 

D Mais ceux de la Ville donc je parle , ajoutent à ceci u'ie au- 
» tre merveille, qu'il s'ouvrit un abîme dans leur pays qui englou- 
>» tit toutes les eaux , ôc que Deucalion en mémoire de cette aven- 
» ture , y dreiïa un Autel 6c y bâtit un Temple qui eft celui dont 
» nous parlons : on y voit encore une ouverture qui eft fort petite,' 
M mais je ne fais fi elle n'a point é:é autrefois plus grande. Pour 
» preuve de ce qu'ils difent , les habitans du pays avec toute la 
I» Syrie , l'Arabie ôcles Peuples d'au-delà de l'Euphrate, accou- 
5» rent deux fois l'an à la mer voifme (i) d'où ils puifent de l'eau 
» en quantité qu'ils viennent verfer dans le Temple où elle fe perd 
» par ce trou : & l'origine de cette cérémonie eft encore attribuée 
à Deucalion pour faire fouvenir de cet événement. Voilà la plus 
» ancienne opinion touchant ce Temple ». 

Décrivant enfuite les ftatues qu'on voyoit dans le fanduaire de 
ce Temple , il en diftingue trois en or , celles de Jupiter Se de Ju- 
non aflifes , & portées , l'une par des boeufs & l'autre par des 
lions : Junon eft couronnée de rayons & de tours ; elle tient 
lefceptrc d'une main , la quenouille d'une autre, ôc elle eft ceinte 
d'une écharpe. 

» La ftatue du milieu , ajoute-t-il , n'a d'autre nom que la fta- 
• tue; ôc d'autre fymbolc qu'une colombe d'or fur la tête: c'eft 
>♦ elle qu'on porte deux fois l'an vers la mer, lorfqu'on va puifer 
s» l'eau dont j'ai parlé : quelques-uns difent qu'elle repréfente 
» Deucalion ». 

Nous voyons donc ici le Déluge défigné comme chez les Grecs 
fous le nom de Deucalion le Scythe : un Temple élevé en mémoi- 
re de cet événement: cet événement attribué aux mêmes caufes : 



(i) Cette mer eft le lac Tur les bords duquel étoit la ville. 

xi) 



cixiv DISCOURS 

& une cérémonie annuelle établie en Syrie comme à Athènes en 

mémoire du Déluge. 

Ce que nous voyons de plus ici & qui eft très-remarquable ,' 
c'eft la ftatue furmontée d'une colombe entre deux autres & qu'on 
difoit être celle de Deucalion. Ceci nous -conduiroit donc à i'é* 
tymologie du nom même de Deucalion : Ion fignifie en Oriental, 
une colombe : Deuc en toute Langue , conduira , d'où Dclgal 
en Hébreu , enfdgne : Dmcal-ion fignifieroit donc la colombe ejl 
mon aifeigne : or , au phyfique comme au moral & au fymboli- 
que ce nom coavenoit parfaitement à Noé ; au moral étant pur 
& innocent comme la colombe ; au phyfique , n'étant forti de 
l'arche qu'à la fuite de la colombe : & dans le flyle fymbolique f 
la colombe ou Ion ayant toujours défigné ceux qui apportent la 
paix ôc le repos dans le monde. 

Etymologie qui me paroît préférable à celle que j'avois foup- 
çonnée, & qui confifteroit à rendre Deuc- cai-Iompzï ces mots, 
le chef de tous les Ioniens : mais elle fuppoferoit que Deucalion 
n'étoit connu que des Grecs , tandis que nous le retrouvons chez 
les Orientaux avec le fymbole même relatif au nom d'IoN;] en- 
forte qu'il n'y a point à balancer entre les deux, 

D'^Eurymédon , & qùil ejl le même que Typhon. 

Nous avons vu qu'Homère nous repréfente Eurymédon com- 
me étant Roi des fuperbes Géans > ôc comme ayant fait périr tous 
fes fujets dans les guerres qu'il entreprit , & où il périt avec eux. 
La manière dont il parle , prouve qu'il faifoit allufion à des évé- 
nemens fort connus , & qu'il n'avoit befoin que d'indiquer pour 
les rappeller au fouvenir de fes Le£teurs : cependant Eurymédon 
eft inconnu dans la Mythologie ordinaire des Grecs , ôc perfonne 
n'avoit foupçonné qu'Homère eût en vue les habitans du premier 



PRELIMINAIRE. clxv 

monde. Il n'eft donc pas étonnant que Madame Dacîer ait cru 
que cet Eurymédon avoit vécu trente ou quarante ans avant la 
guerre de Troie , & qu'il étoit du nombre de ces Géans dont 
Tliéfée 5c Hercule avoient exterminé un fi grand nombre. Mais 
ces Géans de Théfée ôc d'Hercule n'étoient pas les Rois d'une 
nation de Géans ; c'eft i'Hiftoire primitive des Géans qu'Homère 
a fait entrer ici en épilode avec le fiecle d'Areté ou de la vertu 
qui fuccéda au fiecle d'airain. 

Ainfi Eury-Medon qui fignifie le Roi au grand corps , eft le mê- 
me que Typhon ou Typhée , chef des Géans détruits par Jupiter . 
& ce qui ne laifle aucun doute , c'eft qu'on obferve que Cérès eut 
beaucoup de penchant pour lui (i), précifément comme les Egyp- 
tiens difoient que Typhon avoit été favorifé par Ifis , la même que 
Cérès : trait d'autant plus heureux qu'il fe joint à une foule d'au- 
tres qui indiquent un très-grand rapport entre la Mythologie Grec- 
que & l'Egyptienne , nié cependant par des perfonnes que leur 
habileté auroit dû mieux guider. 

Auire pajfagè d' Homère fur les Géans : correction d'un nom. 

Ce n'eft pas feulement dans l'OdyfTée qu'Homère parle des 
Géans ; on les retrouve dans l'Iliade , mais d'une manière qui juf- 
ques ici a paru inexplicable à tout le monde. 

Digne mère de Vénus voulant confoler fa fille chérie que 
Dioméde avoit blefiTée à la main, lui fait le récit des Dieux qui ont 
été outragés par les mortels : » Mars , dit-elle ( ou plutôt Ares , 
»• nom de Mars en grec ) n'a pas été à l'abri de leurs infultes , 
• lorfque les enfans d'AIœus , le fier Otus , & le redoutable 
» Ephialtes eurent la témérité de le charger de chaînes d'un poids 



(0 Mythol. & expl. des Fables , par M. l'Abbé Banier , iii-12. Tom, III. pa;j. jj;. .i 



dxvj DISCOURS 

» extraorJiaire , & de ie garder treize mois en cet état dans une 
» prifon d'airain ? Ce Dieu qui ne refpire que les combats y feroic 
» peut-être pdri fi la plus belle des femmes, Héribée , belle-mere 
» ( de ces Géans ) , n'en eût inllruit Mercure qui vint délivrer ce 
» Dieu , &c. 

Ces noms d'Alœus , d'Otus , d'Ephialte , ne pouvoient être 
mieux choifis pour défigner des Géans, des ColoiTes ; ils tiennent 
aux primitifs Al , Or, Alt, qui tous défignent des montagnes très- 
élevées ; l'élévation , la hauteur par excellence. 

Ces Géans font donc de la même race ennemie desDieux, dont 
rOdyffée rapporte la deftru6tion : bien plus , dans l'un ôc dans 
l'autre palfage , il elt queftion de la même Princeffe défignée com- 
me leur parente , comme la plus belle femme de fon tems , & 
par le même nom , car il n'y a qu'une légère différence entre ^e-, 
ribéeàe l'Iliade ôc Péribee de l'OdylTée. 

On peut même aflurer que la lettre H eft une faute de Copifte 
dans le premier de ces noms au lieu de la lettre grecque n par la- 
quelle commence le fécond , faute très-aifée à commettre dans un 
nom propre , & d'après un manufcrit un peu effacé ou malr 
écrit. 

Mais comme de Vèrlbée naquit le Sauveur du genre humain au 
tems du Déluge , il paroît que celui qui lui doit ici fon falut eft 
le même perfonnage , l'Homme , le Fort par excellence , que les 
Géans ont obligé d'être enfermé une année folaire , compofée de 
treize mois lunaires àpeu-près, dans une prifon que rien ne pouvoir 
détruire, une prifon d'airain en ftyle poétique. 

D'Ares mal-à-propos changé en Mars. 

On ne peut donc fe méprendre fur le perfonnage qui a été ren- 
fermé pendant un an à l'occafion des Géans dans une pareille pri- 



PRELIMINAIRE. clxvîj 

fon , fur-tout fi on rapproche ceci d'un paffage d'ARNOBE qui con- 
noifToit bien la Mythologie Grecque, & qui dit que cette prifon 
étoit dans l'Arcadie ( i ) , ouïe pays de l'Arche. 

Il exifte un autre récit mythologique oùNoé t?i également dc- 
figné par le nom d'Ares , ou Mars. Nous avons vu plus haut que 
les Grecs pla^oient à la même époque le Déluge de Deucalion ôc 
la mort d'Halirotius , fils de Neptune, tué par Mars : & que Mars 
fut abfous , parce qu'on trouva qu'il n'y avoit rien à redire à la 
mort d'Halirotius: maisHALi-Ror///^ défigne l'Océan roulant fuc 
Ja terre , &la couvrant de fes eaux : il eft donc appelle allégori-, 
quement le fils de Neptune : Mars qui en triomphe & qui furvit à 
la retraite des flots, paffe donc pour celui qui a tué Halirotius , & 
l'on n'eft plus éconnc que l'Aréopage l'abfolve tout d'une voix ; 
mais cet x\réopage étoit compofé des xii. grands Dieux : en effet 
le Ciel feul fît triompher Noé des Eaux & de Neptune. Quant à 
l'Abbé Banier qui n'a rien compris à tout cela , il ne voit dans 
ces XII. grands Dieux que douze Athéniens qui compofoient alors 
l'Aréopage : quelle lumière attendre de ceux qui brouillent tout; 
& qui fe hâtent d'élever des fyûêmes fans vues , fans goût | fans 
principes ? 

Il étoit impofTible d'ailleurs , des que la tradition fut un peu 
altérée , qu'on ne changeât Noé en Mars. Mars s'appelle en Grec 
ylrês , mot que les Latins changèrent en Mars : mais en Oriental 
yfr^;^ défignoit Noé comme l'homme de la terre par excellence. 
Les Grecs trouvant par-tout Arei_ comme dompteur d'Haliro- 
tius , comme enfermé par les Géans dans une prifon dont il ne 
pouvoit fortir , y virent tout autant d'aventures de leur Dieu 
Alars : ôc dès ce moment ces traditions uniques & intéfefTantes , 
ne furent plus que des énigmes incompréhenfibles. 

(i) Arnob. Liv. IV. contre les Gentils, 



dxviij DISCOURS 

Obfervons encore que ces rapports , à rexception de celui 
qu'ofFre Deucalion , ont échappé à tous ceux qui fe font occupés 
de ces objets, même à ceux qui ont voulu prouver par la tradition 
la vérité du déluge. Si le Savant Frerct les avoit connu , ces rap- 
ports , s'il les avoit rapprochés de ce qu'Ovide dit d'après les 
Grecs , de Lycaon , & du déluge de Deucalion, il n'auroit pas 
dit que les Grecs n'ont eu aucune idée ni de Noé ni de fon déluge : 
& il n'auroit pas miférablement comparé cet événement épouvan- 
table avec des inondations du lac Copaïs , ou avec celles du Pé« 
née ; il ne fe feroit pas ôté par-là tout moyen de développer les 
Origines Grecques ôc de rendre prefque inutiles fes grands tra- 
vaux à ce fujet , manque d'une bafe folide & fatisfaifante. 



ARTICLEIII. 
§. I. 

GéîJ ÉALOCiz DE DEUCALîOîffeîon les Grecs. 

Tj E s Grecs ne fe font pas contentés de parler de Deucalion : ils 
ont cherché à donner une idée de fes defcendans chefs de leur na- 
tion ; Ôcils en ont conduit la généalogie comme Moyfe, au moins 
jufqu'à la quatrième génération. Dans Moyfe , Noé cft père de 
Japhet , & celui-ci d'IoN qui a quatre fils. Chez les Grecs , Deu- 
calion cft pcre d'Hellen, & celui-ci a trois fils, Xuthus , Do, 
V.US y AïOLus; de Xuthus naiffent Acheus ôclon. 

Ainfi la troifiéme génération des Grecs répond à la quatrième 

ide Moyfe, 

j^Qf Deucalion ; 

' Japhet, Hellcn, 

Jqj^ Xuthus ÔC fes frères , 

Ketimôc fes frères. IpN. ..._ Voici 



. P R E L I M I N A T R E. cixix 

Voici donc ce qui eft arrivé : les Grecs ont diftinguë mal-à- 
propos Hellen dont le nom fignifie père des Grecs , d'Ion père 
des Ioniens. C'eft un feul 6c même perlonnagc : mais comme il 
ne^eur falloit que quatre générations , Japhet s'eft trouvé hors 
de rang : cependant Japet eft un nom connu des Grecs : ils di- 
foient de ce perfonnage qu'il n'y avoit rien de fi vieux fur la terre : 
en efiet , il eft à la tête de la généalogie des Grecs , puifque Deu- 
calionou Noé appartient plutôt à l'ancien monde, aux Patriar- 
ches Anti-diluviens. 

Et ne le trouvons-nous pas dans les traditions Grecques fous le 
nom d'APHiDflj , comme fils du Prince de l'Arche ? Il n'eft donc 
exclus de la généalogie de Deucalion que par un mal-entendu , 
peut-être par une fimple faute de Copifte. 

Les noms des trois fils d'Hellen correfpondent parfaitement 
aux noms des trois fils d'IoN qui poiïl'derent les trois portions mé- 
ridionales de la Pélafgie. On ne peut méconnoître , 
yiuThus y dans KETi/«. 

DoRwj , dans DoKanim, 

Hel ou K\ouis , dans Anija. 
Et s'ils ont fupprimé Tharfis le quatrième , c'eft que les Grecs 
avoient perdu toute idée de parenté à l'égard des Thraces , lorf- 
qu'ils recueillirent ces anciennes généalogies; quoiqu'ils eufîent 
pu le foupçonner , en raflfemblant les traditions qui apprenoient 
que les Thraces avoient peuplé la ThefTalie : qu'ils s'étoient éten: 
dus dans la Grèce , jufques dans l' Attique même : que Grecus étoit 
fils de Theffalus ; que les Pélafges de l'Attique étoient les mêmes 
que les habitans de la Samothrace , 6c que les Tyrféniens de la 
Thrace : 6t ces traditions non moins remarquables, qu'Orphée qui 
écrivit inconteftabiement en grec étoit Grec , ainfi Pue Linus , 
Crigin. Grecq, y 



clxx DISCOURS 

queMi-fce," qu'Eumolpe , chef des EumoJpides d'Athènes qui 
pofféd oient dans leur famille la fouveraine Sacrifîcaturc. 

Enfin , pour ne pas lailTer perdre le nom d'IoN , ils en ont fait 
un defcendantde Xuthus 6c avec quelque raifon , puifque leslo- 
niens de l'Atcique ne s'y e'tablirent qu'en defcendant du Nord , & 
par confdquent en venant du pays de Ketim ou Xuthus > ainfi que 
les Achéens ou habitans des rives du Golfe de Corinthe i aufil ces 
derniers palToient-iis pour frères des Ioniens. 

Nous avons donc encore ici ôc des deux côtés , des traditions 
gc^néaiogiques d'autant plus précieufes que les réfultats en font 
allez différens pour démontrer qu'elles font également originales : 
& affez lemblabl.:s, pour qu'on ne puifle méconnoitre qu'elles 
roulent fur les mêmes faits, 

^.11. . 

Idée qiLon doit fe former des Pélajges êC des Hellènes. 

Puifque Deucalion fut pcre des Hellènes , & que de lui defcen- 
dirent toutes les Nations Pélafgiques ; puifqu'Hellen eft le mêm* 
qu'Ion , on ne pourra plus foutenir que les Hellènes & les Pélaf- 
ges furent des Nations abfolument différentes , & que celles - ci 
furent exterminées par celles-là; il en réfultera au contraire que " 
ces noms défignereat le même peuple ou partie du même peu- 
ple fous des afpeds différens : c'eft ce que nous allons prouver : 
commençons par les Pélafges , puifqu'on convient de part & d'au- 
tre que leur nom étoit plus ancien que celui des Hellènes. 

Pélasges. 

Lef Péla<^ges furent donc les poffeffeurs de toute la centrée 
^ui s'éten^oit des rives du Danube julqu'à la mer du Pelofonèfe : 



PRELIMINAIRE. clxxj 

Ils peuplèrent la Thrace , la G^tie , la Macédoine , l'Illyrie , 
l'Epire , laThelTalie , la Phocide, l'Attique , le Péloponèfe. 

Cultivateurs, ils remplirent ces contrées de villes célèbres & 
d'une population immenfe: ils défrichèrent les terres , abattirent 
les forêts , diminuèrent ou continrent la mafle des eaux : bientôt 
le pays ne fut pas capable de nourrir tous fes habicans : ils envoyè- 
rent donc au loin de nombreufes Colonies , dans l'ifle de Crête 2 
dans l'Etrurie, dans l'Italie Méridionale, pays où l'on vit des Pé- 
lafges de très-bonne-heure. 

D'autres traverferent le Danube , & portèrent au-delà le nom 
des Daces & des Gètes. 

FratichifTant la mer Egée , ils s'établirent dans les forets de la 
Mefîie ; & les défrichant , ils y fondèrent une multitude de villes 
très-floriiïantes fous le nom de Doriens .d'Eoiiens, d'Ioniens. 

Par quelle fatalité , ce qui devoit faire la gloire des Pclafffes 
les a-t-il fait palfer pour un peuple errant , vagabond , fans arts 
& fans fciences ? Parce qu'on les a vus par-tout , on a cru qu'ils 
n'étoient fixés nulle part. Mais ce n'efl pas un peuple fauvaoe 
réduit aux produ£lions fpontanées de la terre , obligé de fe nour- 
rir de glands & d'eau , fans arts , fans connoiffance, fans gouver- 
nement & fans loix , qui peut couvrir la terre d'habitans , de vil- 
les , de richeffes : tout ce qu'on nous dit à cet égard font donc des 
déclamations défordonnées d'Ecrivains qui n'ont jamais réfléchi 
fur ces objets ; & qui éblouis par quelques arts de luxe , apportés 
dans la Grèce par des étrangers , s'imaginèrent qu'avant cette 
époque les Grecs étoient des barbares dénués de tout, & cepen- 
dant remplilTant ia terre de leur po(lérité. Ceftainfi que lorfqu'on 
veut écrire l'Kirroire fans principe, onfe trouve n'avoir fait qu'un 
Roman. 

La population fut toujours en raifon inverfedes befoîns: par- 



cîxxij DISCOURS 

tout où les befoins font multipliés , où ils exigent pour être fatîs« 
faits plus de tems, plus de bras, plus d'adivité , plus de richef- 
fes , ia population eft lente , bornée, & va en décroiffant : par-tout 
où ils font peu étendus , où ils exigent moins de tems , moins de 
richeiïes pour la dépcnfe de chaque individu , la population eft 
toujours nombrcufe, (i même elle ne va fans celTe en croiffant. 

Les fortunes chez les Pélafges étoient plus égales , ou plutôt 
chacun étoit au niveau de tous ; nul n'avoit de la fortune , & per- 
fonne ne s'en foucioit : là , comme dans l'ancienne Rome quel- 
ques arpens de terre fuffifoient pour la fubfiftance d'une ncm- 
breufe famille ; étant habillés fimplement , logés de même , nour- 
ris frugalement, peu leur fuffifoit ; ainfi un beaucoup plus grand 
nombre de perfonnes avoient part à une petite étendue de ter- 
rein. 

Mais lorfque quelques-uns attirent beaucoup à eux , qu'ils ont 
de vaftes pofieflions , & d'immenfes befoins , infiniment moins de 
perfonnes peuvent y participer , ôc par conféqucnt il y a toujours 
moins de population , afin d'avoir moins de rivaux. Ces fiers Ro- 
mains, qui maîtres de quelques arpens , avoient conquis l'Univers, 
ne furent plus en état de fe défendre lorfque des Provinces entiè- 
res furent devenues l'appanage de quelques familles : une bataille 
décidoit du fort d'une vafte contrée, que fes friches ou fes dé- 
ferts ne pouvoient plus garantir. 

C'eft ainfi qu'il y eut un tems où la France fut plus peuplée 
qu'elle n'eft. Lorfque le douaire d'une DuchelTe de Bourgogne ne 
confifloit qu'en une ferme de deux charrues & un troupeau de 
cinq cens moutons, on étoit peu éloigné du tems où quelques 
arpens fuffifoient à une famille Romaine, Ce tems eft-il à re- 
gretter ? C'eft une autre queftion : nous voulons feulement prou- 
ver que les Pélafges n'envoyèrent des Ccflonies au loin , que 



PRELIMINAIRE. clxxîîj 

parce qu'ils n'étoient pas un Peuple coureur & fauvage : & qu'on 
les a abfolument méconnus. 

§. III. 

E T R A N G ERS. 

Tel étolt l'e'cat de la Grèce , lorfque quelques Colonies étran- 
gères arrivèrent fuccefTivement fitr fe? côtes : Cécrops à Athènes, 
Danaûs à Argos , Cadmus en Béotie : on les a cru Egyptiens , 
parce qu'on ne connoiffoit rien au-dcflus de ce Peuple , & que 
ces Colonies venoient d'une contrée voifine de l'Egypte , de la 
Phénicie. En effet, la Grèce méridionale ne put refter long- tems 
inconnue aux Phéniciens qui couroient toutes les côtes delà Mé- 
diterranée , & qui dans des tems très-reculés établirent un grand 
commerce à Thafe, dans l'ifle de Crête, à Cadix au-delà du dé- 
troit de Gibraltar : & qui ne durent ni ne purent négliger les ri- 
ches contrées de la Grèce , & fon commerce précieux en fruits , 
& fur-tout en pourpre. 

Ces Colonies furent donc regardées mal-à-propos comme 
Egyptiennes : elles n'avoient rien d'&gyptien , ôc jamais les 
Egyptiens n'envoyèrent des Colonies hors de chez eux : jamais , 
ils ne fe piquèrent de marine, puifqu'ils fe contentèrent long-tems 
d'un vaiiTeau fur la Mer Rouge par leurs traités avec les Phéni- 
ciens de cette mer. 

L'époque de l'arrivée de Cadmus paroît indiquer qu'elle fut 
même la fuite d'une révolution chez les Phéniciens. Les Ifraéii- 
tes venoient d'arriver dans le pays des Cananéens ; ils en chaf- 
foient les habitans de toutes parts : la plupart durent fe réfugier 
chez les Phéniciens , qui maîtres de la mer, durent fe débarraffer 
par le m,oyen de leuis vaiiTeaux de cette population furabondan- 



clxxîv DISCOURS 

te j 6c dès ce moment , ils furent en état d'écabiir de nombreux 
comptoirs fur toute la Médircrranée , & fur-tout fur les rivages 
fertiles de la Bétique en Efpagne , & de l'Afrique : ainfi s'éleva la 
puiffance d'Utique ôc celle de Carthage. 

§. I V. 

Hellènes. 

Les conquêtes de ces étrangers , fur-tout les Colonies qui def- 
cendoient fans celle du Nord pour fe rapprocher du midi , durent 
agiter ôc effrayer les habitans de cette portion de la Grèce qui étoit 
entre la Macédoine & le Péloponèfe : ils durent chercher les 
moyens de fe maintenir dans leur écat , par une étroite confédéra- 
tion. C'ell ce qu'ils ne tardèrent pas à faire : ils s'unirent entr'eux 
ôc prirent pour chef-lieu, pour leur lieu facré ÔC folemnel, la ville 
de Delphes , ôc le Temple d'Apollon. 

Ceux qui entrèrent dans cette alliance fe diftinguerent du relie 
des Pélafges par le nom d'HELLENEs , qui fe communiqua aux ha- 
bitans du Péloponèfe lorfque les Doriens-Héraclides en curent 
fait la conquête. Dès ce moment, le nom d'Hellènes devint celui 
des Grecs , ôc il ne fut plus queftion de celui des Pélafges qui pa- 
rurent avoir été exterminés parles Hellènes. 

Quant au nom même d'Hellènes , les Grecs le dérivoient d'un 
prétendu Hellen , fils de Deucalion, ôc qui ne peut être qu'IoN } 
cependant Homère le borne dans l'Iliade à un Peuple de la Thef- 
falie , Us Myrmidons , dit-il, ôc les Hellènes : par-tout ailleurs il 
fe fcrt du nom à'AcAaioi , pour défigner les Grecs. Ce n'eft que 
dans rOdylTée qu'il défigne la Grèce par le nom d'Hellas. 
j Son autorité eft donc nulle pour écJaircir cette queftion , ÔC 
prouve que ce qu'on a dit d'Hellen comme fils de Deucalion n'eft 



PRELIMINAIRE. clxxv 

qu'une erreur d'Hiftoriens venus long-tems après Homère. Tout 
ce qu'on pourroit accorder , c'eft que ces Hellènes de TheflTalie 
donnèrent leur nom à la Confédération générale, ainfique le Can- 
ton deSchwitz donna lefienaux SuiiTes : l'inconvénient eft que le 
nom d'Hellènes n'a jamais paru entre ceux dcs Confédérés j ce qui 
feroit fort extraordinaire : nous croyons donc être en droit de 
dire que ce nom fut donné aux Grecs Confédérés , non comme 
defcendans d'Helîen à l'cxclufion des autres Grecs , mais précifér 
ment à titre d'Alliés , de Confédérés. 

Ces Confédérés remirent leurs intérêts entre les mains d'un 
Confeil général ou d'une Diète formée d'un certain nombre de 
Députés de chaque Nation alliée, & ce Tribunal prit le nom d'^w-, 
phiclyons. 

Amphictygns. 

Le Tribunal des Amphi£lyons honore les Grecs : heureux , s'il 
avoit eu allez de force pour empêcher les entreprifes ambitieu- 
iis de quelques-unes de leurs Cités qui voulurent réduire les au- 
tres en efclavage : fi elles avoicnt été fans cefTe animées d'un ef- 
pritde paix, de juftice & de bon ordre, elle fe feroient rendues 
à jamais refpeîtables, ôc ne feroient pas devenues la proie des Bar- 
bares. 

On aflTure que les Cantons Confédérés étoient au nombre de 
douze, & cependant on ne nous a confervé que les noms d'onze 
de ces Peuples. 

Selon EscHiNE , ce furent les ThefTaliens , les Béotiens , les 
Doriens , les Ioniens ou habitans de l'Attique , les Perrhebes, les 
Magnetes , les Locriens , les Oetéens , les Phthiotes , les Maléens 
& les Phocéens. 

Harpocration n'en nomme également qu'onze ; les Ioniens; 



clxxv) DISCOURS 

les Doriens , les Perrhebes , les Béotiens , les Magnetes ', les 
Achéens , les Phthiotes , les Méliens , les Dolopes , les Eniancs y 
les Delphiens ôc les Phocéens. 

Lorfque les Doriens eurent conquis le Péloponèfe , leur droit 
d'Amphidlyons fut partagé entre ces Conquérans ôc ceux qui 
étoient reftés dans le continent , mais qui fe trouvèrent réduits 
aux quatre Communautés de la Doride Tétrapole dans les vallées 
du Pinde. 

Ce Tribunal avoit deux fortes de fon£tions : d'un côté , il veil- 
loit à la confervation du Temple de Delphes Ôc de fes privilèges , 
comme chef-lieu de la confédération ; ôc de l'autre , il s'occupoit 
à maintenir la paix ôc la concorde entre les Hellènes , en s'oppo- 
fant à leurs injuftices mutuelles , ôc en prenant les mefures nécef- 
faires pour le maintien de leur con'édération : ils s'aflembloient 
d'ailleurs au Printcms ôc en Automne. 

Le nom ôc la dignité de ce Tribunal étoient alTez remarquables 
pour qu'on en ait cherché l'origine : mais ici les Grecs ne font ni 
plus habiles ni plus d'accord que fur tout ce qui concerne leurs 
origines : ôc les Savans fe font partagés avec eux en trois partis. 

Anaximene dans fon premier Livre des Antiquités Grecques , 
cité par Harpocration ; Androtion cité par Paufanias dans fes Pho- 
ciques, ôc Strabon, afTurent que les Amphidyons furent appelles 
ainfi } parce qu'ils habitoient aux environs de la ville de Delphes : 
ce qui donne affez à entendre , dit M. de Valois ( i ) , que, félon 
eux , il ne faudroit pas écrire ce nom comme on l'écrit par xmy , 
mais avec un fimple i , comme qui diroit voiflns , du verbe kti^ô, 
demeurer, parce qu'ils demeuroient dans le voifinage du Temple 
de Delphes. Etymologie qui ne vaut rien , ni pour la forme , ni 



(i) Mém. de l'Açad. des Infcr. 6c BcUej-Lcttrcs , T. III. pag. ijj, 

pour 



F R E L 1 M I N A IRE. clxxvij 
pour le fond , puifqu'il eft impoiïlble que ie mot Ctyon^j puiffc; 
appartenir au verbe Ctizo, & que les Amphidlyons ne pouvoient 
être appelles les voifins du Temple de Delphes. 

D'autres prétendent qu'ils durent leur nom à Amphi£lyon; 
Roi d'Athènes , fils de DeucaJion & frère d'Hellen qui en fut 
l'inftituteur : tels, Théopompe cité par le même Harpociation, 
Paufanias dans fes Phociques , &: Denys d'HalicarnalIe dans le 
IV* Livre des Antiquités Romaines ; ce dernier à la vérité re" 
garde Amphictyon comme fils d'Hellen , & non comme fon fre-, 
re : en quoi , dit M. de Valois , il déroge à la vérité de l'Hiftoire, 
puifqu'il eft confiant , ajoute-t-il , qu'il étoit fils aîné de Deuca- 
lion , tandis qu'Hellen n'étoit que le cadet ; mais ie favant Aca- 
démicien a oublié qu'Apollodore qui raflemble avec tant de foin 
les généalogies des Grecs, afTure que, félon plufieurs , Amphic- 
tyon n'étoit point fils de Deucalion. 

Il eft vrai que M. de Valois s appuie auiïî du témoignage de la 
Chronique de Paros ; mais nous ferons voir dans un moment com- 
bien elle mérite peu de créance pour toutes les époques antérieu- 
res à la guerre de Troie. 

Strabon eft d'un troifieine fentiment : dans fon IX* Livre , il 
rapporte la fondation de ce Tribunal à Acrifius , Pvoi d'Argos. 
M. de Valois fort embarraffé de cette nouvelle opinion, cherch:i 
à la concilier avec la précédente, en fuppofant qu'Acrifius fut le 
reftaurateur des Amphiclyons , ou qu'il en augmenta le luftre par 
de nouveaux privilèges. 

Il eft bien étonnant qu'il ait été réduit à cette réponfe , tandis 
qu'il pouvoit l'appliquer à un Tribunal femblable établi dans 
l'Argolide fous le même nom , ôc qu'on a pu par conféquent at- 
tribuer à Acrifius , Roi de cette contrée. Comment ce fait 
a - t - il pu échapper à une perfonne comme lui qui raflenibloit 
Orig. Grecq, ^ 



clxxviij DISCOURS 

tout ce qui a été dit au fujet de ce Tribunal / 

En effet , dans Tifle de Calaurie, en face de Trœzene , étoit 
un Temple de Neptune avec droit d'afyle , & où fe raflembloient 
fept Cités pour veiller à leurs intérêts communs. Ces Cités 
étoicnt Fîermione , Epidaure , Egine , Athène , Prafies , Nauplie 
ôcOrchomene-Minyée. Elles avoient également formé un Con- 
feil Souverain fous le nom d'Amphi£l:yons : dans la fuite des tems 
les Argiens y députèrent conjointement avec les Naupliens ; & 
les Lacédcmoniens , avec les Prafiens. Le droit d'afyle qu'avoit 
ce Temple fut également refpedé par les Macédoniens pen- 
dant qu'ils furent maîtres de la Grèce , & jamaisjls n'oferenten 
arracher un fuppliant ; jamais les Satellites d'Antipater n'oferent 
y faire violence à Démofthène (i ). 

Voilà donc deux Tribunaux d'Amphi£l;yons ? Quel des deux 
tira fon nom dircdement d'Amphidyon ? Et quelle certitude 
avons-nous qu'un Prince de ce nom en fut le Fondateur , puif- 
que les Grecs eux-mêmes n*en étoient pas aflurés , & que plu- 
fieurs étoicnt perfuadés que c'étoit un mot compofé , & dans le- 
quel entroit la prépofition Amphi , qui fignifie au tour f Ceux-ci 
donc voyoient bien; mais ils furent hors d'état d'analyfer cemot 
d'une manière fatisfaifante , parce qu'ils avoient perdu de vue le 
Grec primicif. 

Tu, écrit à la latine Ty , eft un mot primitif qui fignifie voir - 
confidérer , protéger : qui produifit le latin T\jeor , In - Tueor , 
TU'Tus , mots qui préfentent ces diverfes idées , & le grec Ti- 
Tv/comai , à la latine T i-T y f cornai ^ qui préfente à-peu près les 
mêmes idées. 

Ty-On , fignifie donc néceffairement , celui qui obferve , qui 



»m'mmmm»mm^amm 



(i) Strab, Lïv. VIII, pag, 57^^, 



PRELIMINAIRE. cîxxlx 
protège } & précédé d^ Ampki , celui qui protège à l'entour. 

Mais qu'eft-ce qu'il garantit ; l'élément C qui précède Tyon , 
l'indique de la manière la plus fenfible , c'eft l'altération très-lé- 
gère de Ge , qui fignifie la terre , la contrée. RétablifTez ce mot 
dans fon état naturel, ôc vous aurez cette phrafe : 

Amphi-G^-Tu-Omw , « ceux qui protègent le pays d'alentour • 
• ceux qui veillent fur les terres confédérées autour du Temple 
» de Delphes >♦> 

Le ferment prêté par les Amphi£lyons lorfqu ils étoient inftal- 
lès dans cette dignité , s'accorde parfaitement avec ce nom & 
avec les fondions que nous leur avons attribuées. «Je jure, pro>^ 
» mettoient-ils , félon Efchine , de ne jamais renverfer aucune 
» des villes honorées du droit d'Amphiclyonie, & de ne point dé- 
»• tourner fes eaux courantes , ni en tems de paix > ni en tems de 
» guerre. Que fi quelque peuple venoit à faire une pareille entre- 
»> prife , je m'engage à porter la guerre en fon pays ; à rafer fes 
M villes, fes bourgs, fes villages: à le traiter en toutes chofes 
» comme mon plus cruel ennemi. S'il fe trouvoit auflî quelqu'hom- 
» me aflez impie pour ofer dérober les riches offrandes confer- 
» vèes à Delphes dans le Temple d'Apollon , ou pour favorifer 
» un pareil attentat , j'employerai pieds , mains , voix , toutes 
»; mes forces , en un mot , pour tirer vengeance de ce facrilège. 

On accompagnoit ce ferment d'imprécations contre ceux qui 
le violeroient. « Si quelqu'un enfreint ce ferment , que ce foit un 
» particulier , une ville ou peuple , n'importe , qu'ils foient re- 
>• gardés comme exécrables : qu'ils éprouvent la vengeance d'A- 
» pollon , de Diane , de Latone , & de Minerve prévoyante : que 
» leur terre ne donne aucun fruit : que leurs femmes ôc même 
» leurs animaux ne produifent que des monftres : que ces facrilé- 
» ges perdent leurs procès , qu'ils foient vaincus dans les com- 



clxxx DISCOURS 

" bats , £c qu'ils périfient eux , leurs maifoiis, & toute leur race : 
» que jamais leurs facrifices ne foient agréables à Apollon > à 
» Diaae , à Latone , à Minerve prévoyante : que ces Divinités 
« ayent en horreur leurs vœux , leurs offrandes ». 



ARTICLE IV. 

§. I. 

Chronologie Grecque avant la guerre de Troie ^ ahjolument 

brouillée. 

Es qu'il eft prouvé que Deucalion eft le même que Noé , ôc 
que les Hellènes font des Pélafges qui fe confédérerent , le fyf- 
tême de la Chronologie Grecque avant la guerre de Troie s'é- 
croule entièrement , puifqu'il avoit pour bafe deux erreurs grof- 
ncres ; l'une que Deucalion avoit vécu dans la Grèce peu de fié- 
cles avant cette guerre : l'autre , qu'il étoit père des Hellènes à 
î'cxclufion des Pélafges: erreurs qu'il n'ell plus poiïible de fou- 
tenir ; mais qui ont eu les influences les plus fâcheufes fur toute 
la Chronologie Grecque , parce qu'il a fallu que tous les faits fc 
pliaflent à ce fyftême erroné. 

Ce feroit en vain, qu'on allégueroit contre nous l'autorité de la 
Chronique de Paros, gravée fur les beaux marbres fi connus fous 
le nom de marbres d'Arondel. C'eft fans contredit un monument 
très-précieux , mais dont il ne faut ufer qu'avec précaution , ainfî 
que de tout ce qui nous refte de l'Antiquité : autant eft-il utile & 
affuré pour les époques qui ont fuivi la guerre de Troie , & fur- 
tout rétabliffement des Olympiades , autant feroit-il dangereux 
de lui attribuer la même certitude , relativement aux époques 
antérieures aux Olympiades , & à la guerre de Troie. Celles-ci 



PRELIMINAIRE. clxxxj 

font remplies de fiftions , Ôc la vérité de l'Hiftoire y paroît en- 
tièrement facrifiée à la vanité des Athéniens. 

Cette accufation fcandalifera fans doute les Adorateurs des 
Grecs : maison fera obligé d'en reconnoître la vérité, fi on jette 
les yeux fur ce que nous allons dire pour prouver notre affertion. 

C É c R o P s. 

La première époque de la Chronique de Paros , celle avant 
laquelle les Athéniens ne connoiffent rien dans la Grèce, eft le 
règne de Cécrops à Athènes au feizieme fiécle avant Jefus-Chrift. 
Comme les Athéniens prétendoient que Cécrops les avoir retirés 
de l'état fauvage dans lequel ils vivoient , qu'il leur avoit donné 
des loix , des moeurs , qu'il avoit même inftitué le mariage fans 
lequel il n'y a point de famille , point d'état ; il falloir de toute 
néceflité qu'ils ne reconnuffent rien avant Cécrops , qu'il fût pour 
eux tout ce qu'il y avoit de plus reculé ; ou , qu'ils avouaffent 
qu'ils étoient des barbares dans un tems où la Grèce étoit déjà 
civilifée , & où elle avoit des mœurs , des loix, un culte. 

Mais point de Grec, fans Deucalion : il a donc fallu , bon gré," 
malgré , que Deucalion devînt contemporain de Cécrops : ôc 
qu'après fon Déluge , il fe fût réfugié à Athènes , quoiqu'il ré- 
gnât , difent-ils , en Lycorie , montagne infiniment plus élevée 
qu'Athènes , par conféquent plus propre à fervir d'afyle contre 
un débordement ; mais il falloit bien que tout vînt rendre hom- 
mage aux Athéniens. 

Si Hellen, fils de Deucalion , donne fon nom aux Grecs de la 
Theiïalie , après s'être réfugié à Athènes avec toute fa famille , il 
faut bien que cette famille n'ait pas entièrement abandonné la 
ville de Cécrops : aufli Amphi(5tyon , Roi d'Athènes, eft un dcf-; 



clxxxij DISCOURS 

cendant de Deucalion , un frère d'Hellen , quoiqu'il pafsât a peu 

près pour confiant qu'Hellen n'eut point de frère. 

Mais les Hellènes ont un Tribunal dont les Membres s'appel- 
lent Amphi6tyons : il faut donc que ce Tribunal ait été fondé 
par un Roi d'Athènes , & que ce Roi s'appellât Amphiâyon, ôc 
qu'il fût de la famille d'Hellen : fans quoi les Athéniens n'au-. 
roient joué aucun rôle dans ces brillantes aventures. 

Il y a plus , c'eft que Cécrops n'cft qu'un Roi Mythologique^ 
comme nous avons euoccafion de le faire voir dans l'Hiftoiredu 
Calendrier, pag. ^60. Là , nous avons vu qu'il écoit peint à deux 
têtes , & qu'on le faifoit père de trois filles , Herfé , Aglaure , 
Pandrofe : qu'ainfi , il étoit le même que Janus ou le Soleil ; que 
fes trois filles étoient les trois faifons primitives ; & que fon nom 
Cécrops écrit Ge-GeR'Ops , ^^fignifie exattement l'œil rond delà 
Terre. 

. Ajoutons qu'il étoit peint aufTî fous la forme d'un homme juf- 
qu'à la ceinture , &c d'un ferpent depuis la ceinture en bas , carac- 
tère que les Chinois donnent à Fohi , & que les Athéniens ont 
également attribué à Erichtonius dont ils ont fait leur quatrième 
Roi. Mais nous avons fait voir également que l'agriculture ou les 
épis étoient toujours repréfentés comme des ferpens , & les infti- 
tuteurs du labourage comme des hommes aux pieds de ferpens. 

C'eft donc avec raifon que Minerve confie à Aglaure ou l'Eté, 
une corbeille où elle ne trouve que cet enfant Erichtonius aux 
jambes de ferpent. 

Et que dirons-nous de la VP Epoque où l'on attribue à Amphi- 
£lyon l'établi fiement des Panathénées, qui ne durent leur exiften- 
ce qu'à Théfée ; & dont on répète cependant la fondation à la X^ 
Epoque fous le régne d'Erichtonius f 



FRELlMINAlRE, clxxxiij 

Cérès fous Erecktée, 

Deux fiécles s'étoient prefqu'cntierement dcoulds \ félon cette 
Chronique, depuis Gicrops l'Egyptien, & cependant les Athé- 
niens n'avoient point encore d'agriculture, encore ils n'avoient 
ni femé ni moiffonné : il fallut, félon cette même Chronique , 
que Cérès vînt au bout de ce tems-là , inftruire Triptoleme fur 
un art auffi important : & cependant Cécrops , difent-ils, venoit 
de l'Egypte où la culture des terres étoit en ufage depuis Çi long- 
tems. La contradidion ne peut être plus forte , & cependant au- 
cun Erudit ne s'en eft apperçu, rien n'a pu ébranler le crédit de 
cette Chronique touchant ces antiques Epoques. 

Dirons-nous que les Athéniens ont donc antidaté leur Légifla- 
tion ; & que les Auteurs de la Chronique ont réuni des fyftê- 
mes inconciliables ? C'eft ce queconcluroientdes perfonnes qui 
jugeroient avec trop de précipitation : mais il fe peut que la 
Chronique ne fe foit trompé qu'en donnant trop d'étendue à cer- 
tains faits , ou en les expofant mal. Tout nous dit que TAttique 
étoit habitée dès le XV 1= fiécle avant Jefus-Chrift , & que déjà 
dans ce tems-là , on y reconnoifToit pour Roi du pays Cécrops aux 
deux vifages , & père de l'agriculture. 

Ils n'eurent donc pas befoin deux fiécles plus tard du fecours 
de Cérès pour établir l'agriculture parmi eux ; qu'eft-ce donc 
qui aura trompé le Chroniqueur ? c'eft qu'il aura confondu l'é- 
tabliffement des myfteres de Cérès dans l'Attique , avec l'infti- 
tution même du labourage : deux chofes infiniment différen- 
tes , ôc dont la dernière peut 6c doit avoir été fort poflérieure 
à l'autre. 

Une autre preuve démonftrative, c'eft que ctttQ Chronique en 
coafoadant l'écablifTenient de ces myfteres avec les leçons de 



ckxxiv DISCOURS 

Cérès, nous apprend qu'à la même époque on publia les Poéfies 
de Mufée , ce Difciple d'Orphée dont les chants fe rapportoient à 
ces myfleres : il s'étoit donc écoulé déjà un long efpace de tems 
depuis l'invention de l'agriculture , puifque les Athéniens étoienc 
en état d'être initiés aux mvfteres de Cérès , & de faifir le prix des 
Poéfies fublimes où l'on célèbroit ces myfleres. 

Convenons donc que ce Chroniqueur a tout brouillé, foit par 
vanité nationale , foit plutôt par ignorance & faute d'une critique 
faffifante pour juger d'anciennes traditions dont il ne pouvoit faifir 
l'enfemble ; ôc encore moins les comparer les unes avec les au- 
tres. Mais foyons plus raifonnables , & parce que des erreurs 
font tracées fur des marbres refpedables par les vérités qu'ils 
contiennent, ne les envifageons pas moins comme des erreurs, 
& n'ayons pas moins le courage de les apprécier à leur jufle 
valeur : afTurés que la vérité feule conflitue le favoir , & que 
tout faux favoir n'efl qu'une rouille qui ronge la vérité, & qui n'en 
prend la place que pour enraciner des préjugés & des erreurs de 
toute efpece. 

Thésée yâC fondation d' Athènes. 

Les habitans de l'Attique , fous le nom d'Ioniens , formoient 
un Gorps de XII Tribus , ainli que les Ioniens d'Afie ; &: ces Tri- 
bus avoicnt chacune leurs intérêts ôc leur Gouvernement à part , 
lorfqu'enfin Thésée parut , ce Prince illuflre par lequel Plutar- 
que ouvre fa Gallerie des Grands Hommes : mais le croira-t-on f 
Athènes n'exifloit pas encore, quoique le Chroniqueur nous en- 
tretienne de fon exiftence depuis deux fiécles ôc demi : nous pou- 
vons nous en rapporter à Plutarque. 

>» Théfée , nous dit-il , entreprit après la mort de fon père 
• Egée , une chofe trèS'^mer veille ufe : il affembla en une Cité , ôc 

réunit 



PRELIMINAIRE, clxxxv 

» xéxivM en un Corps de Ville les habitans de toute l'Attique , au- 
wparavantdirperfe'senplufieurs bourgs, & qu'on ne pouvoit af- 
» fembler que diflicilement. Théfée allant de communauté en 
» communauté ,de famille en famille , ne négligea rien pour leur 
» faire comprendre quels grands avantages ils retireroient d'une 
» réunion en un chef-lieu où ils jouiroient tous de la même au- 
»» torlté , Ôc au moyen duquel ils feroient infiniment plus affurés 
» de conferver leurs propriétés , leurs richeiïes , leur fureté ôc 
» liberté perfonnelles. Il fit donc démolir toutes les falles & hô-. 
« tels de juftice ôc d'affemblée deftinés au gouvernement de cha- 
•» que canton de l'Attique , ôc il n'y eut plus qu'un lieu d'afiTem- 
» blée général ôc un feul Conieil au lieu où eft maintenant , ob- 

• ferve le même Plutarque , la Cité que les Athéniens appel- 
» lent Âjljy i mais il nomma le Corps de la Ville enfemble , 

• Athènes ». 

Athènes ôc fa Cité ou Afty n'exiftoient donc pas avant Théfée, 
puifque cette réunion fut fon ouvrage , puifque lui-même donna 
le nom d'Athènes à fa nouvelle ville. Le Chroniqueur qui nous 
parle d'Athènes depuis deux fiècles ôc demi s'eft donc mépris, quel- 
le qu'en foit la raifon. 

Ce n eft point non plus Amphiclyon qui a établi les Panathé- 
nées : c'eft encore l'ouvrage de Théfée félon Plutarque, car il 
ajoute , que Théfée inftitua la fête commune à tous les habitans 
de l'Attique fous le nom de Pan-Athenées , ôc qu'il divifa les 
Athéniens en diverfes clafles. 

Il confia aux Nobles, dit-il, la connoiflance ôc l'adminiftration 
de tout ce qui étoit relatif au fervice des Dieux ôc aux Loix ou à 
la Juftice ; réunifiant ainfi en eux toutes les charges tant civiles 
quereligieufes ou facrées : il ajoute qu'après eux venoientles Ar- 
tifans ôc enfuite les Laboureurs : ôc il obferve que l'honneur étoit 
Orig. Gtccq. a a 



eixxxv) DISCOURS 

du côté des Nobles , l'utilité du côté des Laboureurs , & le nom- 
bre du côté des Artifans. 

Enfin pour prouver que jufques alors le nom d'Athéniens n'exif- 
toit pas, Plutarque nous apprend que Théfée fit élever aux fron- 
tières du Péloponèfe & de l'Attique une colonne avec deux vers 
qu'Amyot a traduit ainfi: 

loNiE eil vers le Soleil naiflant. 

P E L o P o N È s E efl: devers le baiffant, 

AulTi les Athéniens ou les habitans de l'Attique ne paroiflenc 
dans la lifte des Hellènes qui formoient le Corps dôs Amphicr 
tyons que fous le nom d'IoNiENs. 

§. I I. 

ÇoNSÉ^u ENCES qui réfultcnt de rHiJîoiie de Théfée, 
Première Conséquence. 

Confirmation de nos Principes Jur la fondation de Rome. 

Ces faits doivent nécefTairement répandre un grand jour fuî 
FHiftoire d'Athènes , que jufques ici le Chroniqueur avoit fi 
horriblement embrouillée & défigurée ; 6c il en doit réfulter des 
conféquences très-avantageufes pour les Principes du Monde 
Primitif qui ont tout à gagner à la connoifTance du vrai. 

Nous voyons ici à découvert ce qu'il nous a fallu deviner pour 
Rome : qu'elle n'avoit été fondée que par les grands Propriétaires 
de la Contrée pour leur propre fureté , liberté & bonheur : que 
dans cette réunion , ils avoienc apporté & confervé tous leurs 
droits : que c'étoit ainfi qu'ils avoient formé naturellement ÔC 
fans la puilTance d'aucun Roi le Corps des Patriciens , entre les 



PRELIMINAIRE. clx>ixvij 
mains de qui réfidoit toute l'autorité, puifqu'eux feuls pouvoient 
en avoir : ôc qu'ils ne purent perdre ces droics que par la violence 
ou en punition de l'abus qu'ils en faifoient. 

Nous dîmes encore que pour cimenter cette réunion on élevoîc 
un Temple confacré à la Divinité fous la protection de laquelle 
on fe mettoit, & qui fervoit de point de ralliement à la confédéra- 
tion entière ; & que ce Temple étoit toujours fur un haut lieu , 
afin de rappeller fans cefTe leurs devoirs aux Confédérés : & c'efl: 
■CQ que nous retrouvons ici. 

Ce que les Athéniens appelloient Aftjy ou la Cité, étoit un haut 
lieu , un monticule renfermé dans la Ville ôc fur le haut duquel 
onconftiuifit un Temple de Minerve Polias , c'efl-à-dire Protec- 
trice de la Ville , du Po-polus , comme difoient les Romains. Dans 
la fuite , on éleva à côté ce magnifique Temple de Minerve fi 
connu par les gravures modernes > mais l'ancien fut confervé re- 
iigieufement : il exiftoit encore du tems de Strabon qui en parle 
comme d'un vieux édifice élevé anciennement à l'honneur de Mi- 
nerve , ôc qu'on appelloit/^ Polias (i). 

yilles Grecques fondées de la même manière. 

Athènes n'eft pas la feule République Grecque qui ait été fon- 
dée fur les mêmes principes que Rome. Nous trouvons dans Stra- 
bon nombre d'exemples pareils. 

La ville de Mantinée , dit-il (2), fe forma par la réunion de 
cinq Cantons. Tégée, par celle de neuf: il en fut de même 
d'HÉRÉE où Cléombrote foit Cléonyme raffembla un pareil 
nombre de Communautés. Sept ou huit fe confédérerent pour 



(1) Strab. Liv. VIII. pag. 6aS, 

a a l'f 



clxxxvuj DISCOURS 

fonder JEcium ; fept pour Patras : huit pour DïMf. Il ajoute (Ji^e 
tous les Cultivateurs de la Contrée fe réunirent dans la Ville 
à'Eùs. C'eft précifément ce que nous avons dit pour Rome : c'eft 
que la même loi ou les mêmes befoins produifent par-tout nécef- 
fairement les mêmes effets : ôc qu'en tout lieu, nous devons trou- 
ver de grands exemples qui viendront appuyer faas cefle nos 
principes. 

Des Ioniens de tAttique. 

Nous ne faurions paffer à un autre objet fans dire un mot de ces 
Ioniens d'Attique que Théfée raflfembla en une feule République 
dont Athènes fut le centre. Nous avons vu que Théfée trouva 
parmi eux des Nobles , des Artifans &des Laboureurs : Strabo-a 
nous a^tprend qu'on atcribuoit rétabliffement ou la diftinûion ds 
ées diverfes Claffes à Ion dont le pays portoit le nom : voiui ce 
qu'il en dit (i). 

XuT/^.7x ayant époufé la fille d'Ere£tée, fonda la Tétrapolc At- 
tique compofée d'CEnoé , Marathon > Probalinthe 6c Tricoryte. 
Son fils Achée commit un meurtre involontaire , & n'en fut pais 
moins obligé de s'enfuir : il fe réfugia dans la Laconie ( mot-à- 
mot , dans les montagnes du Péloponèfe ) , & il donna fon nom 
aux habitans de cette contrée qui en furent appelles Achaloi , 
Achivi , Acheens. 

Ion de fon coté, après avoir vaincu les Thraces qui étoient 
avec Eumolpe, acquit lantda gloire que les Athéniens l'élurent 
pour leur Chef: & c'eft lui qui d;vifa les habitans de l'Atcique en 
quatre Corps , les Laboureurs , les Artifans, les Prêtres ôc les 
Pro ed:urs ou Gardiens : ôcqui , après plufieurs autres belles lnf> 
titutions , donna fon nom à la Contrée. 

■ Il pi— .^»— — H^— — M^— — Il 1 

(ï; Jii(f. page j88. 



PRELIMINAIRE, clxxxix 

Ce n'eft donc pas Théfée qui fit cette divifion en formant fa 
République : il la trouva toute formée, parce qu'elle eft dans la na^ 
ture même , qui en fait tous les frais fans qu'aucun homme foît 
dans le cas d y concourir : & fi les anciens Athéniens l'attribuè- 
rent à Ion, c'eil qu'ils ignoroient comment cela s'étoit opéré. lî 
eft de toute impoiïibilité que dans une famille nombreufe, lors 
fur tout qu'elle s'établit dans un pays neuf, tous ceux qui la com- 
pofent ayent le même rôle à remplir : le Chef de la famille en eft 
le Roi , le Juge ; les autres défrichent , chafTent ou pèchent, ou 
fe livrent aux arts , chacun relativement à fa force , à fon goût,' 
à fon induftrie : ainfi tout fe clafle de foi-même fans peine , fans 
confufion, fans embarras; & à la fatisfa£tion générale : ne voyons- 
nous pas la même chofe parmi nous ? dans une famille nombreufe 
& propriétaire , l'aîné n'a-t-il pas les biens fonds , tandis que les 
cadets embraffent , l'un l'état Eccléfiaftique , un autre le fervice 
de terre ou de mer ; qu'un autre fe livre à fon goût pour les arts , 
&c f Ce qu'une famille fait en petit , la grande famille de l'Etat le 
fait en grand. 

Quant à la vidoire d'IoN fur les Thraces arrivés avec Eumol- 
pe , elle fe réduit à nous apprendre .jue les habitans de l'Attiqvie 
étoient venus de la Thrace, fous la conduite d'Eumolpe dont la 
famille tint toujours un rang des plusdiftingués à Athènes; mais 
qu'au lieu de s'appeller Thraces , ils prirent le nom d'Ioniens en 
faveur du chef dont ils defcendoient , foit que ce fût Ion père 
de tous les Grecs, ou un petit-fils de celui-ci , & fils de Ketim 
ouXuthus; car à cet égard nous pouvons fort bien admettre ce 
que nous en difent les Grecs. 



clxc DISCOURS 

Seconde Conséquence. 

VHlfloire des fept Rois cf Athènes avant Egée père de Thcfecy ejl 
abfolument allégorique éC Jetnblable à celle des fept Rois Ad- 
minijlrateurs. 

Après avoir démontré qu'Athènes n'exiftoît pas avant Théfée ^ 
& que tout ce que le Chroniqueur nous en dit ne peut s'appliquer 
à l'Hiftoire d'Athènes , prouvons cependant que cet Annalifte n'a 
pas imaginé les noms des prétendus Prédécefleurs de Théfée . 
qu'il les a trouvés dans des mémoires antiques ; qu'il ne s'eft 
trompé comme tant d autres que dans l'application qu'il en a 
faite , prenant pour Rois Hiftoriques des perfonnages Mytholo- 
giques, Allégoriques ou Symboliques, comme on voudra , 6c les 
mêmes que les fept Rois Adminiftratcurs que nous avons déjà 
trouvé chez tant de Peuples , chez les Romains , chez les Troyens 
chez les Egyptiens , chez les Japonois ; & dont il feroit bien 
étonnant qu'on ne trouvât point de vertiges chez les Grecs : mais 
afin de mettre nos Lefteurs à leur aife , raffemblons ici tout ce 
qu'on attribue à ces fept prétendus Rois d'Athènes. 

I^oms G* actions des fept Rois. 

Le Chroniqueur n'attribue à ces Princes que des événemens 
Mythologiques. 

I. Roi. Cécrops , dit-on, déifia Ju-piter : il ordonna qu'on lui 
ofi^rît des facrifices comme à la Divinité fuprême ; ôc il inftitua le 
mariage ; nous avons déjà vu que c'eft un perfonnage Symbo- 
lique. 

IL Cranaus. Ce Prince n'eft point fils du précédent : en ne fait 
comment il devint Roi : mais il fut célèbre par les événemens arri-^ 



PRELIMINAIRE. clxcj 

vés fous fon régne : tels que le Déluge de Deucalion , dit le 
Chroniqueur , & le jugement de l'Aréopage, entre Mars & Nep- 
tune au fujet d'Hallirotius fils du dernier , & tue pîir Mars. 

III. Amphictyon : on dit de ce Prince qu'il avoir époufc la fille 
de Cranaus , & qu'il lui arracha la couronne : que cependant il 
établit le Tribunal des Amphidyons , & qu'il inflitua les Jeux 
Pan-Athénéens , ces Jeux que fonda Théfée. 

IV. Erichtonius : on lui attribue d'avoir célébré les Jeux 
Panathénéens : on le repréfentoit avec des jambes ôc des pieds de 
ferpent , & on aflure qu'il inventa le char, & qu'il mit les cour- 
fes de char au nombre des combats qu'on célébroit dans les Jeux : 
fon origine étoit infâme , dit l'Abbé Banier ( i ) , qui ne voyoit 
par-tout que l'Hiftoire , ôc nulle part ce beau génie Allégorique 
qui anime l'Antiquité , ôc qui ne l'infpira jamais. Mais la voici 
cette origine. Vulcain veut faire violence à Minerve : elle réfifte; 
mais d'après ce combat, fa robe ell flétrie , ôc la Déeffe fe trouve 
mère d'Erichtonius. 

Mais ceci s'accorde parfaitement avec les pieds de ferpent de 
ce Prince , ôc avec fon invention du char. Ce n'eft autre chofe 
que la naiflance des moiflbns ou l'agriculture , peinte poétique- 
ment dans les Liturgies de ces tems antiques. 

On fait que Minerve la même qu'Kis efl la Terre-Mere : fa ro- 
be de toutes couleurs , eft la robe de la Terre femée de couleurs 
de toute efpèce ; c'eft cette robe qui reçoit la femence du Labou- 
reur ou de Vulcain , le Père des Arts , ôc qui prélîde aux labours, 
comme nous l'avons vu dans l'Hiftoire du Calendrier. Mais c'eft 
une efpèce de violence , puifque la charrue fend le fein de la terre. 
De-là naît Erich-tonius , ou les raoifTons toujours peintes fous la 



(i) Tome yi. page ^8. 



ckcij DISCOURS 

forme de fer pent , comme nous Pavons déjà vu plufieurs fois dans 
nos Volumes précédens. S'il invente le char , c'eft le char par ex- 
cellence , la Charrue , fans laquelle point de moifTons , point 
d'Etats , point de Jeux. 

V. Pandion fon fils n'eft célèbre que par les aventures déplo- 
rables de fes deux filles Progné & Philomele , qu'Ovide chanta 
avec tant d'amitié. 

VI. Erechtée , furnommé Neptune , venu d'Egypte ^ dit-on , 
voit fa fille Orithie enlevée par Borée ( ou l'Aquilon ) Roi de 
Thrace: & ceci n'eft-il pas vrai dans le fens allégorique? Borée ou 
l'Aquilon règne en effet dans la Thrace , pays de glaces & de 
frimats. C'eft-là qu'il a établi fon féjour : c'eft de-là qu'il fe jette 
avec fureur fur les pays méridionaux , & que paffant dans l'Atti- 
que , il enlevé à Erechtée fa fille Ori-thie ovl Beauté divine : c'eft- 
à-dire , fes bleds naiffans que le vent du nord defféche ôc détruit, 
& qui font l'ornement le plus diftingué de la terre , les premières 
beautés de Cérès, comme on les appelloit dans les Calendriers pri- 
mitifs, la fille chérie d'Erechtée, ou du Laboureur. Auflî c'eft 
fous fon règne que Cérès arrive à Athènes pour enfeigner l'agri- 
culture à Triptoieme , noms également allégoriques, comme nous 
avons eu occafion de le démontrer : les myfleres d'EleuJis ou de 
Cérès-Eleufienne/f>a3//^/z/a/orj, dit le Chroniqueur, & l'oa 
publie le Poème fur t enlèvement de Proferpine , 6ç fur les courfes 
de Cérès , pour chercher cette fille chérie. 

VII. Ceg^ops II. raffemble les Peuples de l'Attique en XII 
iVilles : il eft ènfuite détrôné & chaffé avec fon fils Pandion II. 

Durée de leur règne. 

Nous avons donc ici une fuite de fept Rois prefque tous ifolés , 
qui deviennent Rois on ne fait à quel titre , car ce Royaume n'eft 

ni 



PRELIMINAIRE. clxciij 

ni héréditaire ni dieftif : ôc ces Princes ne paroiflent que des ufui- 
pateurs : cependant l'Hiftoire ne leur attribue que des faits allégo- 
riques relatifs aux grands objets de l'adminirtration , civilifation 
des Peuples , Tribunaux , Jeux facrés , agriculture floiiffante , 
Myfteres , diftribution par Communautés policées : enfin le feptic- 
me eft chaffé avec fon fils comme à Rome. 

Nous retrouvons donc ici , chez les Athéniens , chez Je Peuple 
le plus éclairé & le plus fpirituel de la Grèce , la même tradi- 
tion que chez les Romains , les Troyens > les Egyptiens ) les 
Japonnois : la même Galerie charmante & inftrudive des fept 
Princes- Adminiftrateurs dont J'enfemble forme un Gouvernement 
parfait. 

Quand nous publiâmes notre Diflertation fur ces fept Princes- 
Adminiftrateurs , nous foupçonnâmes qu'on les trouveroit certai- 
nement ailleurs que chez ces quatre derniers Peuples : nous ne 
penfions pas alors que la critique de la Chronique de Paros nous 
les feroit trouver chez les Athéniens même. 

Il y a plus: par une rencontre digne de ces rapports , les fept 
Princes d'Athènes régnent le même efpace de tems que les fepc 
Rois de Rome : ôc certainement cette conformité n'a pu être l'ef- 
fet du hafard , d'autant plus que d'aufli longs règnes ne font point 
dans la nature. 

Nous avons vu que les fept Rois de Rome avoient régné 24; 
ans, & qu'on ne pouvoir en rien ôter ; parce qu'en multipliant 
fept par ; , on avoit 3; ans de règne pour chacun de ces Rois ; & 
que 37 multipliés enfuite par fept , donnoient 24; ans pour la 
durée de cette Dynaftie de Rois. 

Mais telles font les années qu'on attribue aux fept Rois d'A- 
thènes ; à Cecrops, ;o ans. Cranaiis , 10. Amphidyon, lo. Eri- 
chtonius , ;o. Pandion;4o.Erechtée, ;o. Gécrops II. 40. 
Qrig. Grec^. ^ ^ 



clxciv DISCOURS 

Trois Princes qui régnent ; o ans , font i ; o ans : deux Princes qui 
en régnent 4.0 chacun , & deux autres qui en régnent chacun 10,' 
font 100 j qui joints aux i jo précédens , font en effet 2jo ans. 
Même nombre que la durée des fept Rois de Rome , avec cette 
ftmple difi'érence qu'on a compté par nombres ronds : c'eft tou- 
jours de part 6c d'autre deux fiécles & demi. 

Il n'a manqué aux Princes d'Athènes pour être en tout confor- 
mes à ceux de Rome, que des Poètes ou des Rhéteurs qui leur 
attribuaflent de grands exploits , qui milTent dans leur bouche de 
belles harangues , & qui fiiTent voir que le dernier avoit été 
chaffé avec fon fils à caufe des crimes de celui-ci. 

D'ailleurs , dès que les anciens Peuples avoient pris pour leurs 
Chefs les fept Cabires , les fept Efprits adminiftrateurs des fept 
Planettes , il étoit naturel que dans la fuite des tems on prît leurs 
noms pour ceux d'autant de Rois : & il eût été véritablement 
étonnant de ne les pas trouver chez les Athéniens , peuple aufli 
religieux qu'aucune Nation Grecque , & trop éclairé pour avoir 
laiflé perdre entièrement ces antiques faits; auffi. la Chronique de 
Paros y a pourvu , & nous lui. en devons avoir une vraie obliga- 
tion : mais fi elle les a dénaturés , on n'en doit point être furpris ,' 
puilque les Romains eux-mêmes avoient brouillé toutes ces cho- 
fes dans un cfpacc de tems une fois moindre. 



ARTICLE V. 
§. I. 

Culte des Lacs , des Sources éC des TIeuves. 

^ ux preuves que nous venons d'expofer pour démontrer que 
les Grecs eurent la même origine & parlèrent la même Langus 



PRELIMINAIRE. ckcvr 

<5ue les Celtes , ajoutons d'autres rapports tirés du Culte des 
Lacs , des Sources , des Fleuves , en ufage chez les Grecs , de la 
même manière & dans le même-temsque chez les autres Nations 
Celtiques. Ce nouveau genre de conformité entre ces divers Peu- 
ples, fera d'autant plus intéreflant qu'il eft moins connu , fe con- 
fondant en quelque forte avec l'antique obfcuritd des tems pri- 
mitifs. 

Dans notre Difcours Préliminaire fur les Origines Latines 
( pagcxvij êCfidv. ) nous fîmes diverfes obfervations fur l'origi- 
ne de ce culte , & nous montrâmes comment les hommes y fu- 
rent conduits par la Nature elle-même : nous ajoutâmes qu'il de- 
voir cependant s'être confervé peu de traces de ce culte primitif 
des Lacs 6c des Fontaines , parce qu'il avoit déjà changé de natu- 
re lorfque les Grecs ôc les Latins commencèrent à écrire ; que 
depuis long-tems il avoit été remplacé dans les Villes par les 
Temples & par les Statues , tandis que dans les campagnes il 
étoit abandonné au Peuple don: les Hiftoriens ôc les Poètes ne 
s'occupoient guères ; ôc que maigre ces défavantages , il exif- 
toit un afTez grand nombre de détails échappés au tems qui dé- 
truit tout j Ôc relatifs à ce culte, pour que nous ne pufTions dou- 
ter de fon exiftence. Nous en raflemblâmes nombre d'exemrles 
pour l'Italie : ceux que nous allons réunir ici relativement aux 
Grecs ne feront ni moins nombreux ni moins remarquables. 

Le Pénée , le plus beau fleuve de la Grèce , étoit honoré par 
les ThefTaliens de la même manière que le Nil ôc le Gange par 
ceux qui habitoient fur les bords de ces fleuves. 

L'AcHÉLOus étoit fi révéré que l'Oracle de Dodone avoit 
accoutumé d'ordonner à ceux qui le confultoient d'aller offrir 
des facrifices à ce fleuve pour fe le rendre favorable. 

bbij 



clxcv; DISCOURS 

Le Ladon, rivière d'Arcadie à laquelle nulle autre n'^toif 
comparable , félon Paufanias , pour la beauté & la clarté de fes 
eauXj n'étoit pas moins vénéré : il étoit également célèbre par les 
aventures arrivées fur fes bords , de Daphné avec Leucippe , & 
par celles de Neptune avec Cérès. 

L'Ilisse , honoré par les Athéniens , avoit fur fes bords un 
Autel confacré aux Mufes liifTides , ou aux Nymphes de fes 
eaux ; les noms de Mufcs & de Nymphes étant fouvent fynony- 
mes chez les Anciens , dans le fens de Déejfds, 

L'Alphée chéri de Jupiter , fut un des plus refpe£tés. De tous 
les Fleuves , dit Paufanias , il n'y en a aucun qui foit plus agréa- 
ble à Jupiter que l'Alphée : 6c il n'étoit pas permis d'employer 
d'autre eau pour délayer les cendres des vidimes qu'on immo- 
loit à Ju-Piter Olympien. Les Prêtres faifoient de ces cendres 
un mortier qui fervoit à enduire tous les ans , vers l'équinoxe de 
Mars, l'autel de ce Dieu , & à réparer les dégrés par lefquels on y 
montoit. 

A Orchomene , en Béotie, on voyoit une fontaine que fon eau 
pure & falutaire rendoit célèbre par-tout le monde. Près de-là 
couloit le Céphise, qui par la beauté de fon canal & de fes bords 
augmentoit l'agrément de ces lieux : les Grecs difoient que les 
Grâces s'y plaifoient plus qu'en aucun autre endroit du monde : 
aufli les anciens Poètes les appelloient DéefTes du Céphife 6c 
d'Orchomene. Elles avoient également un Temple dans le terri- 
toire de Sparte & fur les bords du Tiafe. Il n'eft pas étonnant que 
dans les tems primitifs, ces eaux pures qui fervoient de miroir 
aux Belles , fuffent confacrées aux Grâces. 

Ajoutons qu'Héfiode dans fon Poëme fur les Travaux 6c les 
Jours^ recommande de ne point traverfer les fleuves ôc les rivières 



P R E L I M I N A 1 'R E. dxcvij 

fans les invoquer en fe lavant les mains dans leurs eaux. Les 
Dieux ) ajoute-t-il , puniffent févérement ceux qui négligent ce 
devoir. 

Le lac d'Ino près d'Epidaure-Lîmera , étoit célèbre par la con- 
noifTance qu'il donnoit de l'avenir. Le jour de la fête d'iNo , oa 
jettoit des morceaux de pâte dans ce lac : s'ils reftoient au fond , 
c'étoit du meilleur augure : mais l'oppofé, s'ils revenoient fur 
l'eau. 

La fontaine de Cérès près de Fatras dans le Péloponèfe, ne fut 
pas moins célèbre par la même raifon. Paufanias nous apprend 
qu'on attachoit un miroir au bout d'une ficelle , en le tenant fuf- 
pendu au-defllis de la fontaine , enforte qu'il n'y eût que l'extré- 
mité du miroir qui touchât l'eau. On faifoit enfuite des prières à 
la Déefle , on brûloit des parfums en fon honneur : & regardant 
auffi-tôt dans le miroir , on voyoit fi le malade guériflbit ou s'il 
étoit fans efpérance. Capitolin ôc Spartien alfurent que Didius 
JuHanus confultoit fouvent cette fontaine , 6c qu'il avoit prévu 
beaucoup de chofes par fon moyen, 

La fontaine de Clepfydra près d'Ithome , étoic confacrée à Jupi- 
ter même: on prétendoit, dit encore Paufanias, que ce Dieu y avoit 
été lavé dans fon enfance , par les Nymphes qui l'avoient élevé : 
fes eauxétoientfacrées,&: l'on n'en employoit pas d'autres dans le 
Temple de Ju-Piter-Ithoméen. 

Strabon parle également d'un grand nombre de Temples élevés 
fur des eaux & confacrés à Diane, Reine des eaux, ou à d'autres 
Divinités relatives au même élément. 

Diane avoit un bocage vers l'embouchure de l'Alphée , con- 
facré également à Vénus âc aux Nymphes à caufe de l'abondance 
de fes eaux , & où fe laûembloient à des tems marqués tous les 
Peuples voifms. 



clxcvlij DISCOURS 

Les fources de l'Anigre ctoient dans une grotte confacrde aux 
Nymphes de ce fleuve. 

Dans l'Elide & fur les bords du Cytherius , étoit le Temple des 
Nymphes lonides au nombre de quatre ; les eaux de ce fleure 
écoient admirables contre la laffitude 6c les douleurs du corps. 

Minerve avoit un Temple fameux fur les bords du Nedon. 

Nous avons déjà parlé de celui de Diane fur les rives du 
Limnis. 

A Argos, étolent quatre puits confacrés, & aux Génies def- 
quéls on rendoit de grands honneurs. 

C'efl: près de la fontaine de Pirenc que les Corinthiens élevèrent 
un magnifique Temple confacré à Vénus ; l'eau de cette fontaine 
étoit très-abondante , limpide & excellente à boire. 

C'eft fur les bords de la fontaine de Caftalie 6c fur un haut lieu 
que fut élevé le Temple de Delphes. 

Chez les Locres Opuntiens, étoit la fontaine d'Aianis avec 
un bocage ou bois facré qui en portoit le nom. 

Terminons cette longue lifte par un des plus anciens Oracles 
qu'aient eu les Grecs. Dodone , fa fontaine 6c fa forêt facrée ; ôc 
fes Prêtrefles 6c fes baflins de cuivre dont les fons excités au gré 
du vent , fervoient à dévoiler l'avenir , en même-tems que les feux 
qui s'élevoient de fes fontaines ardentes achevoient d'étonner le 
fpedateur frappé de tant de merveilles. 

Il n'eft donc aucune Contrée Grecque où il n'y eut quelque 
fontaine facrée qui fervoitdebafe à fon culte j& autour de laquelle 
fe raflembloient à tems marqués tous les habitans de la Contrée 
pour honorer enfemble la Divinité , pour la remercier de les bien- 
faits, pour en implorer la continuation fur eux 6c fur leurs familles. 

Ce culte qui remontoit aux Pelafges primitifs fe perfedionna 
avec les Giecs ; on vit alors des Temples s'élever fur les bords de 



PRELlMINuiLRE. clxcîx 

ces lacs & de ces fontaines à l'honneur des Dieux & des Déeffes 
qui vpréfidoient ; & ces Temples s'enrichir de brillantes ftatues 
où l'on cherchoic à peindre l'idée qu'on fe formoit du Génie 
tutéiaire qu'on adoroit en ces lieux. 

Un très-grand nombre étoient confacrés à Diane , la même qu'Ifis 
Dceiïedes eaux, & à fes Nymphes : ou au Soleil fon frère , connu 
dans la Grèce fous le nom d'Apollon : les deux grands flambeaux 
de i'Uni'/ers, Roi Se Reine des Aftres : & les deux plus grandes 
Divinités qu'adoraffenc tous les Peuples de la terre , au-deflbus 
du Ciel fuprême ou du Moteur éternel de toutes chofes , d ont 
aucune Nation n'ignora & ne perdit jamais le fouvenir. 

Ce font là les trois grandes Divinités dont nous avons vu fi) 
queparloitSanchoniatonfouslesnomsd'AooD ou le Soleil, l'uni- 
que ; d'AsTARTÉ ou de la Lune ôc d'Iou-UE-MAROON ; lou Seigneur 
de l'abondance, ou fi l'on aime mieux , Seigneur de la lumière, 

$. I I. 

Culte des Planettes. 

Le culte des fontaines ou de l'eau élémentaire , fut égalemeivc 
accompagné chez tous les Peuples anciens du culte du feu & des 
Planettes dont on regardoit les Génies comme des Intelligences 
divines qui gouvernoient l'univers. Comme nous nous propofons 
d'approfondir un jour ce qui concerne ce culte du feu & des 
Planettes, nous n'en dirons, ici qu'un mot relatif à ce que nous 
avons eu occafion d'expofcr dans nos Allégories Orientales au 
fujet des VII Cabires enfans de Sydyk & qu'accompagnoit un 

huitième nommé Efmunus. 

> 

^i) AUéjjor, Orient, pag. 63, 



ec DISCOURS 

Nous fîmes voir dans ces Allégories (i) que les fept Cabireî 
enfans de Sydyk ou le Juftc , défignoient les fept Piaiiettes & les 
fept Génies qui préfident aux Planettes & qui dirigent par leur 
moyen l'univers : nous vîmes qu'ils étoient accompagnés d'un 
huitième Génie nommé Esmunus , & nous leur appliquâmes ce 
paflage de Xenocrates : « Il y a huit Dieux , un qui eft fans parties 
» ôc qui préfide à toutes les Etoiles fixes comme fi elles ne for- 
» moient qu'un feul tout. Cinq qui préfident aux Planettes : le 
» Soleil eft le feptiéme , ôc la Lune complette le nombre de 
» huit ». 

Mais ces fept Planettes furent adorées dans la Grèce dès la plus 
haute antiquité. Pausanias nous apprend que dans un Temple de 
la Laconie , elles furent repréfentées par fept colonnes qui exif- 
toient encore de foa tems (2). 

Nous venons de les découvrir chez les Arabes de même qu'Ef-. 
munus , de la manière la plus fortement caraûérifée , dans huit 
Divinités dont l'objet s'étoit conftamment refufé aux recherches 
de tous les Savans , fur-tout à celles du célèbre Selden , qui 
fembloit avoir épuifé ce qui concerne les Dieux Orientaux : & 
qui déclare franchement ne rien comprendre à ces huit perfon- 
nages. 

George Sale, un des plus favans Auteurs del'Hiftoire Univer- 
felle, mais qui mourut long-tems avant que cette entreprife fiit 
achevée , mit à la tête de fa Tradu£lion de l'Alcoran en Anglois 
un excellent Difcours Préliminaire qu'un de mes Amis traduifit 
fie fit paroître en lyyi , fous le titre d'Oh/crvations Hif- 
toriques G* Critiques fur le Mahométifmi (5). Ce Savant après avoir 



(i) Ib. p. 64 , «ï , 66. 

[i) Dans fa Defcription de la Laconie , ou pag, x6z, 

(}) A Genève ? ia-S". chez Barcillct Ôc fils, 

pbfervé 



PRELIMINAIRE. ccj 

obfervé que les Indiens avoient élevé des Temples aux fept Pla- 
nettes, pafTeau détail des huit Divinités Arabes dont ileft fait mea" 
tion dans l'Alcoran. 

Il nous apprend d'abord que les Arabes honoroient trois Intel- 
ligences nommées Allât, Al-U\^a ôc Manak : il dit en quels lieux 
elles étoient honorées , comment & quand leur culte fut anéanti ; 
& il effaye de donner l'Etymologie de leurs noms : il ne réurtit 
que relativement au fécond , mais cette Etymologie eft morte 
entre fes mains. On ne peut méconnoître ici les trois Dieux de 
Sanchoniaton dont nous avons déjà parlé. 

Allât ou Allah , eft le Dieu fuprême : le Dieu qui meut le 
huitième Ciel. 

Al-Uxjji ) qui fignifie le Fort, le Puiflant, Hercule ^ eft le 
Soleil viûorieux. 

Manah , eft manifeftement la Lune , nom qu'elle porte en toute 
Langue. 

Il nous apprend enfuite que les cinq autres Idoles étoient ap- 
pellées Jf^add ^ Savva ,Yaghut/i , Yauk êC Nasr\ & qu'on pré- 
tendoit que ces Idoles avoient été adorées avant le Déluge , que 
Noé prêcha contr'elies > & qu'elles devinrent enfuite les Dieux 
des Arabes : qu'elles repréfentoient des perfonnes d'un mér te • 
diftinguéjdont les honneurs civils qu'on leur rendoit dégénérèrent 
infenfiblement en un culte religieux. 

"Wadd d'ailleurs avoit la foime d'un Homme, ôcétoit adoré par 
la Tribu de Calb. 

Sawa , fous la figure d'une Femme, étoit adorée dans la Tribu 
d'Hamadan. 

Yaghouth , Dieu de l'Yemen, fous la forme d'un Lion. 

Yauk , dans la Tribu de Morad, fous la forme d'un Cheval, 
Orig, Grecq* c c 



€cij DISCOURS 

Nazr , Dieu d'Hamyar , avoit la figure d'un Aigle , comme le 
ddfigne fon nom. 

Ces Dieux font donc les cinq Planettes fubordonnëes au 
Soleil & à la Lune, & qui avec le Dieu du huitième Ciel qui 
meut toutes les étoiles , font le nombre des huit Cabires. 

L'Aigle ou Nazr peint Jupiter , dont l'Aigle fut toujours le 
Symbole. 

Le Cheval ou Yauk peint Saturne ou Dieu du Tems qui court 
avec la rapidité du cheval. y^uk^Yaukf 7ak eft même le nom du 
cheval dans diverfes Langues, ôc il s'eft confervé dans celle des 
Hottentots. 

Les Grecs eux-mêmes ont peint Saturne fous cet Emblème : 
c'eft fous cette forme qu'il plaît à Philyre , & qu'il en a Chiron le 
Centaure (ij. 

Le Lion eft manifeftement l'Emblème de Mars Dieu des com- 
bats , fier , hardi & généreux comme le Lion. 

La Femme ell vifiblement Vénus. 

Wadd , appelle par d'autres Woda , Buda , Bouda ^ fut conf- 
tamment Mercure connu fous ce nom dans toutes les Indes, dans 
le nord, chez les Gaulois & jufques dans des mots Anglois reftés 
de cette ancienne Langue. S'il eft peint fous l'Emblème d'un 
homme , c'eft pour marquer qu'il fut l'Homme aux Signes , l'In- 
venteur & la bafe de toute connoiflance ; & chez tous ces Peu- 
ples il défigna conftamment le Mecredi , fous ce nom même que 
nous offrent ici les Arabes. 

Ainfi , les Dieux de toutes les Nations fe rapprochent , une 
môme Religion s'étend dans tout l'Univers qu'elle a pour bafe , 



<0 Và-g. GeoTg. m. 54, 



PRELIMINAIRE, cciij 

& qui ne devient une idolâtrie groffiere que lorfqu'on a oublié les 
principes fur lefquels elle repofoit, &les grandes ve'rités qu'ils 
étoient deftinés à faire connoître. 

C'efl: ainfi qu'on pourra démontrer que cette multitude de Di- 
vinités que nous rencontrons chez les divers Peuples de l'ancien 
Orient font toujours les mêmes fous des noms différens , fouvenC 
même très-légerement altérés. 

Jupiter , par exemple , repréfenté par l'Aigle j & défigné par le 
mot Nafr^ ^^J^y "om de cet Oifeau Royal , eft certainement la 
même Divinité que NisR-Oc , Dieu de Sennacherib , ou des AfTy- 
riens ; car Nifr eft ce même nom oriental de l'Aigle ,& oc doit 
être le primitif même oc, ce mot qui défigna conftamment la gran- 
deur , & qui forma le nom d'Oc, cet homme coloffal qui étoit 
Roi de Bafan du tems de Moyfe. 

§, III. 

Temples communs. 

Nous avons vu que les premières R épubliques fe formèrent par 
la réunion des grands Propriétaires du Canton , dans le defleinde 
contribuer par-là à leur fureté perfonnelle & à leur plus grand 
avantage : & que cette réunion étoit conftamment cimentée par 
un Temple & par un Culte commun à Tous. Les effets qui réful- 
toient de cette réunion furent fi grands & fi heureux qu'ils en- 
couragèrent ces Républiques elles-mêmes à s'unir entr'elles delà 
même manière , en élevant fur leurs frontières un Temple com- 
mun où les individus de ces Républiques fe rendoient aux mêmes 
Fêtes pour rendre leur hommages à la même Divinité , pour cé- 
lébrer & pour éternifer leur union par les mêmes plaifirs, par les 
inêmes danfes , ôc par d'autres démonftracions pareilles d'amitié 

ce i) 



cciv DISCOURS 

& de joie. Ufage fublime, qui changeoit en autant de frères àtt 
Etres qui fans cela fe feroient regardés d'un oeil d'envie & de hai- 
ne : ôc qui les élevoit au deffus d'eux-mêmes en faifant que la ci- 
vilifation de chacune devenoit celle de tous : ufage cependant 
auquel on n'a pas fait affez d'attention , & qu'il feroit très- à fou- 
haicer que chaque Nation put obferver avec fes voifins. 

Les Fériés Latines dont nous avons déjà parlé dans notre Hif- 
toire du Calendrier ôc dans nos Origines Latines en font un exem- 
ple mémorable: c'eft dans le même efprit , fans doute , que le 
Légiflateur des Hébreux voulut que leursXIL Tribus n'eufîent 
qu'un Temple en commun : auffi ne put-on les divifer qu'en dé- 
truifant cet ufage , & en attachant les Tribus révoltées à de nou- 
veaux Autels. 

Les Grecs nous offrent nombre d'exemples d'une Méthode auflî 
utile pour maintenir l'union & la paix parmi les hommes , ôc pour 
faire faire à la civilifation les progrès les plus rapides. 

Tel eft l'exemple de ces XII. Peuples qui fe réuniffoient à 
Delphes, ôc qui y formèrent le Tribunal des Amphiâyons pour 
leur fureté commune, & celui du Temple commun aux XII. Can- 
tons de rionie Afiatique;mais cène font pas les feuls que nou» 
ayons à citer relativement aux Grecs, 

Aux frontières de la Meffenie ôc de la Laconie , étoit un lac fur 
les bords duquel on avoit conftruit un Temple à l'honneur de Dia^ 
ne , où chaque année fe réuniffoient au même jour les peuples de 
ces deux Contrées , ôc où ils offroient des facrifîces en com- 
mun : ufage qui devint au bout de plufieurs fiécles la caufc 
accidentelle de longues guerres entre ces deux peuples , 6c qui fi- 
nirent par la ruine des Mefféniens (i). 
a 

(i) Su-ab, Liv, Vin, p. ^^7, 



PRELIMINAIRE. ccv 

Entre Argos & Mycenes , mais plus près de Mycenes, fut éga- 
lement un Temple commun aux deux l-loyaumes , ôc confacré à 
Junon(i). 

Dans rifle de Calaurie , en face de Trœzene , étoit un Tem- 
ple avec droit d'afyle , confacré à Neptune , & dans lequel fe raf- 
fembloient fept Cités , pour leurs intérêts communs. Ces Cités 
ëcoient Hermione , Epidaure , Egine , Athène , Prafies , Nau- 
plie,& Orchomene-Minyée ; elles avoienr également formé un 
Confeil commun fous le nom d'Amphiftyons , comme nous l'a- 
vons déjà obfervé : avec le tems les Argiens y députèrent conjoin- 
tement avec les Naupliens, & les Lacédémoniens avec les Pra- 
fiens. Le droit d'afyle qu'avoit ce Temple fut également refpedé 
par les Macédoniens , pendant qu'ils furent maîtres de la Grèce ,' 
& jamais ils n'oferent en arracher un Suppliant. Jamais les Satel- 
lites d'Antipater n'oferent y faire violence à Démofthène (2). 

Ces fept Peuples qui fe raflembloient dans le Temple de cette; 
Ifle nous rappellent les fept Peuples dont nous parle. Tacite, & 
qui fe réuniffoient dans le Temple de la Dceffe Hertha placé 
également dans une Ifle de la mer Germanique. 



(i) Ib. Î74. 
(i; Ib. S7i' 




ecv] DISCOURS 

PAKTÏE TROISIEME, 

DE LA LANGUE GRECQUE. 

ARTICLE PREMIER. 
§, I. 

Langues Pélasgiqus. 

3P u I s Qtr E la Pélafgie s'dtendoit depuis le Danube jufques à la 
mer du Péloponèfe , ôc qu'elle fe divifa en plufieurs Nations , la 
Langue primitive des Pélafges dut former fuccelTivement divers 
Diale£les qui devinrent peu à peu autant de Langues différentes, 
dont on ne connut plus l'origine ^ mais qui durent cependant con- 
ferver entr'elles de très-grands rapports. 

Ainfife forma au midi, la Langue Grecque , qui entre les mains 
d'un Peuple aftif , fenfible, livré à l'Eloquence ^ à la Poëfie, aux 
beaux Arts, acquit une harmonie , des richeffes & des grâces in- 
finies. 

A l'occident, la Langue Illyrienne mère de celle des Slaves 
ou Efclavonne parlée dans la Dalmatie , la Carinthie, la Carnio- 
le , la Pologne , la Ruflie , &c. 

Au nord , celle des Getes ou des Goths qui forma la Mœfo- 
Gotiiique. 

Cette filiation fimple, vraie ôc lumineufe, prouve que le Grec , 
l'Efclavon, le Gothique & le Mœfo-Gothique durent avoir en- 
tr'eux des rapports très-étroits ; mais qu'aucune de ces quatre Lan- 



PRELIMINAIRE. ccvij 

gués n'a été mère des autres. Quelque jour nous pourrons en- 
trer dans un plus grand détail fur ces rapports qui ont déjà été ap» 
perçus par divers Savans ; il exifte même un monument en Langue 
Gothique du quatrième ou cinquième fîécle , qui eft très - pré- 
cieux, même fous ce point de vue. Ce font les quatre Evangiles tra- 
duits dans cette Langue par Ulphilas- Evêque des Goths, dont 
parle Socrate dans fon Hilloire EccleTiaflique , ôc dont le manuf- 
crit intitulé le Cayer d'argent y doit avoir été , félon le Savant M, 
Ihre , tranfcrit par un de ces Ollrogoths qui poiTéderent pendant 
quelque tems l'Italie (i). 

Ce Savant nous apprend que niluftre Stîernhielm qui raffem- 
bla en plufieurs volumes les rapports de toutes les Langues, troii- 
voit une fi grande conformité entre le Grec ôc le Moefo-^Gothi- 
que , qu'il regardoit celui-ci prefque comme une Langue Grec- 
que , & qu'il s'appuyoit aufh du témoignage d'Ovide (2). 

Il obferve également que les Langues Grecque & Latine eu- 
rent un fi grand rapport avec celle des Goths, qu'on trouve dans 
celle-ci , éti mots qui ont abfolument vieilli dans celles-là : il en 
rapporte entr'autres exemples celui-ci qui efl très- remarquable. 
Feftus dit que le mot Hett^ défigne une chofe de peu de valeur ; 
mais c'eft le /sTizi/z/d'Ulphilas, le wma des Loix Oftrogothes , le 
hœtte des ïfiandois,desSueo-Gothiques , des Theutons ( 5 ). 

Ces Langues Gothique & Mœfo- Gothique tiennent également 
à la Sueo-Gochique ou Suédoife , à l'IUandoife qui eft à peu près 
la même , à l'Anglo Saxon , au Danois ôc à i'Anglois qui en font 
defcendusj au Hollandois ou Flamand, au Théotifque, à l'Allaman- 



(i) iHRFjDifTert. de Lingua codicis Argcntei,i7î4, p. ti. 

(j) Ikrï , fpccimen priinum GloflariiUlphilani, i/jj , Prjefac, p. J. 

(jj Spçcimen fecundum , p, 27, 31. ù-fu^y. 



ccvîij DISCOURS 

nique , au Franc , au Bourguignon , tous Dia1e£tes du Theuton : 
ce qui ouvre un champ immenfe pour les conparaifons de toutes 
ces Langues du Nord , que M. Ihre retrouve également dans la 
Langue Celtique : il reconnoît même de très-grands rapports enr. 
tre ces Langues ôc l'Etrufque ; ce qui n'eft point étonnant , puif- 
que les Péiafges s'étendirent au long & au large dans l'Italie : & 
on fe rappellera que dans nos Origines Latines , nous avons in- 
diqué divers rapports entre l'Etrufque & le Theuton ; & que 
nous avons dit qu'on en trouveroit un très-grand nombre , fi on 
prenoit la peine de comparer ces Langues , les Etrufques étant 
eux-mêmes venus de la Germanie Rhétique. 

M. Ihre a recueilli aufli les divers mots de la Langue Gétique 
qui fe trouvent répandus chez les Anciens & dans les Loix des 
Wifigots, des Lombards & des Bourguignons (i) ; il y a joint di- 
vers mqts des Peuples de la Crimée qui font des defcendans de ces 
anciens Getes mêlés avec les Scythes Royaux qui parloient la 
même Langue. 

Le Savant HiCKEsius , après avoir fait paroître en 1 68^ , leslnf- 
titutions Grammaticales du Mœfo Gothique & de l'Anglo Saxon, 
publia en 1706, fur ces mêmes objets, un Ouvrage beaucoup plus 
vaftc fous le titre de Tkréjor des anciennes Langues Septentrio- 
nales , plein de recherches très-précieufes , & qui lui fit beau- 
coup d'honneur, 

M. Michaeler a publié depuis quelques années un Ouvrage 
fur les rapports du Mœfo-Gothique , duFranco-Théotifque, de 
l'Anglo-Saxon, du Runique & de l'Iflandois^ accompagné d'un 
grand nombre de monumens en ces diverfes Langues ( 2 ). 

IB ■ ■ ■ 

(i) Difîert. Philof. de Reliquiis Linguae Getic:E,i7j'8. inr4°. 

(i) Tabula; panlellx antiijiiiir. Tcutonic* img. Dialctt. CEni-ponte ( ou Infpruck) 

ARTICLE 



PRELIMINAIRE. 



ccix 



ARTICLE II. 
§. I. 

Des Dlalecles Grecs. 

Xi A Langue des Pélafges ne fe divifa pas feulement en plufieurs 
Dialeûes qui devinrent peu à peu autant de Langues différentes ; 
mais la Langue Grecque fe partagea elle-même , quoique fans 
ceffer d'être une , en plufieurs Dialeftes , dont il faut avoir une 
connoilfance exade , afin de fe former une jufte ide'c de cette Lan- 
gue. Ces Dialedes furent le Dorien , l'Eclien, l'Attique & l'Io- 
nien. 

Le Dorien & l'Eolien eurent le plus grand rapport entr'eux ; 
c'étoit'la Langue primitive des Grecs ; elle leur étoit commune 
avec les Peuples Celtiques , ôc fur-tout avec les Latins , comme 
nous aurons occafionde nous en aflurer bientôt. Cette Langue 
étoit compofée de fons mâles , nerveux, fonores , fortement pro- 
noncés , comme il arrive dans toute Langue primitive , fur-tout 
quand elle eft parlée par des montagnards & des Laboureurs tels 
qu'étoient les Doriens , 6c même tous les Grecs avant qu'ils euf- 
fent été adoucis par le Commerce ôc par les Arts. 

Elle fe conferva chez les Siciliens , les Péloponéfiens , les Cre- 
tois j les Rhodiens ôc les Peuples de l'Epire. 

L'Attique eft le Grec adouci ôc perfedionné par les Athéniens. 
Ce Peuple plein de goût , de talens , de fenfibilité , ce Peuple d'O- 
rateurs ôc de Muficiens , ne putfe contenter des fons agreftes des 
anciens Grecs ; il fentit qu'on pouvoit les rendre plus agréables ; 
plus doux, proportionnés à une oreille diftinguée par fa fineiTe , 
Orig.Grecq. <^ (^ 



ccx DISCOURS 

& par une extrême fenfibilité , plus dignes d'un goût qui en fe ra° 
finant avoit apperçu les beautés de modulations oppofées à celles 
qu'on avoit employées jufqu'alors ; & qui s'emprelTa à les par- 
courir , & à les mettre en ufage. 

L'Ionien fut le partage des Grecs d'Afie , de ces Grecs qui ha- 
bitoient les villes illuftres d'Ephèfe , de Smyrne , de Milet , de 
Phocée , de Clazoméne ^ de Priéne , de Samos j de Chio , de Colo- 
phon, de Mycale> &c. Les habitans de ces villes fuperbes , dif- 
tinguées par leurs richefles , parleur luxe , par un immenfe Com- 
merce, jouiflbient des produ£tions de tout l'Univers; & furent 
bientôt amollis par l'exemple des Syriens , des Perfes , des Mé- 
des au milieu defquels ils viv oient , 6c mûris par le climat le plus 
beau & le plus propre à bannir l'âpreté des moeurs & du ftyle. 
Leur langage dut néceffairement s'affortir à leur fituation, ôc à ces 
diverfes circonftances ; il acquit donc encore plus de douceur que 
chez les Athéniens. Ceux-ci foutenus par l'amour de la liberté 
& par l'efprit des Républiques Grecques , avoient fu conferver 
ia fierté de leur Langue à travers les adouciffemens qu'ils y avoient 
apportés ; mais les Grecs Afiatiques prefque fubjugués par l'or 
des Perfes , ne furent pas fe maintenir dans ce jufte milieu ; ils 
defcendirent plus bas ; ils tombèrent dans cette molleile de fons 
qu'entraînoit néceflairement à fa fuite le luxe Afiatique. 

Ils éprouvèrent ce qui arriva à la Langue Françoife lorfque 
notre Commerce avec les Italiens changea fa nature , & qu'elle 
perdit fon ancien cara£tcre fortement prononcé , pour fe rappro- 
cher de la douceur & de la molleffe de l'Italien; lorfque, comme 
le dit Henri Etienne , nos François afFefterent de faire la petite 
bouche : enforte que leur efprit & leurs oreilles ne furent plus 
fufceptibles des mêmes fons , & de cette énergie de flyle qui 
avoit diftingué leurs Ancêtres. 



PRELIMINAIRE. ccxi 

Toute Langue qui embraiïe une vafte étendue de terreiii , fe 
fubdivife de même enplufieurs Diaiettes:c'eftcequieftarrivé,pat 
exemple,àla Langue Allemande: parlée depuis le Commet des Al-, 
pes julques aux bords de l'Océan feptentrional , elle s'eft fubdi- 
vifée comme la Grecque en pluficurs Dialedes : tels, leSuiffe,' 
ou le iangî)ge des Montagnards Helvétiens, qui a confervé toute 
la rudede, l'énergie & la franchilede l'Allemand primitif: le Soua- 
be qui avec prefqu'autant de rudeffe , a perdu fon antique éner- 
gie : le Saxon qui a dépouillé cette Langue de tout ce qu'elle 
avoit de rude ou de tudefque ; & qui depuis un demi-fiécle ma- 
niée par de très beaux Génies, parviendra à marcher de pair avec 
les Langues les plus agréables. 

Mais les Dialedes Grecs eurent un avantage unique qui em- 
pêche toute comparaifon, 6c qui alTura au Grec cette durée qui 
étonne lorfqu'on ne remonte pas à (es caufes. Aucun de ces Dia- 
leâes ne fut facrifié à l'autre : parlés par des Républiques par- 
faitement égales entr'elles , maniés par les Ecrivains les plus dif- 
tingués, fervant de bafe aux Délibérations les plus auguftes, ré- 
gnant avec une égalité parfaitement la même dans les affemblées 
générales de la Grèce , dans ces jeux où tous les Grecs étoient 
réunis , aucun ne pouvoit l'emporter fur l'autre : ils étoient éga- 
lement eftiniés , honorés , pratiqués : chaque Orateur devoit les 
connoîne tous , chaque Ecrivain devoit les pofféder & ne leur ac- 
corder aucune préférence apparente ; fans cela , il n'auroit pu fe 
faire lire par la Nation entière. 

Ils fourniflbient même à l'Ecrivain judicieux une reflource m- 
finie par leur jufte mélange ; vouloitil peindre des idées grandes, 
raajeftueufes jlublimes, gigantefques? leDorien lui prétoit fes 
accens. Etoit-ce l'oppofé , des idées douces , agréables, délica- 
tes , qu'il dût énoncer ? il trouvoit dans l'Ionien tous les tons qui 

ddij 



ccxîj DISCOURS 

lui ëtoient néceffaires ; tandis que l'Attique lui fervoit merveîl- 
leufement pour les obiets relatifs à l'adminiftration , à des délibé- 
rations fages , prudentes , réfléchies telles qu'auroit pu les dider 
Minerve elle-même. 

Ces reffources dont les Grecs furent fi bien profiter, font abfo- 
lument perdues pour celui qui écrit dans une Monarchie : ici , un 
feul efprit ploie & anime la langue : celle qu'adopte la Cour eft 
celle que doit adopter tout Ecrivain qui veut fe faire lire : obligé 
de devenir purifie , il n'eft plus lui , il ne peut plus s'abandonner 
à fon génie , il ne trouve plus de reffources pour fuppléer à i'in- 
fuffifance de cette Langue, pour rendre le fublime, l'énergie ,1a 
vaftc étendue de fes idées : bien plus , c'efl que fouvent il n'a pas 
même la pofTibiiité de les mettre au jour, ces idées: leur fierté,leur 
élévation, leur énergie, leur franchife feroient hors de leur fiécle; 
ces Ecrivains ne feroient point entendus, ou ils pafferoient pour 
Novateurs : aufli dans les Etats Monarchiques , trouve-t-on une 
multitude de perfonnes remplies de goût, & peu d'hommes de gé- 
nie : c'eft que le goût confifte à exceller dans les chofes qui font à 
l'uniffon , tandis que le génie abandonne ces entraves , ôc que fe li- 
vrant à fesfeulesforces, il s'ouvre des chemins inconnus jufques à 

lui. 

Un Académicien de nos jours , connu par la manière agréable 
& profonde dont il traite fes fujets , a donc eu raifon de relever 
l'idée y> peu philojophiquc d'un Philofophe François qui avoit pré- 
3) tendu qu'il en étoit des Dialedes de la Grèce comme des diffé- 
«rcns patois de nos Provinces. Comment fe peut-il, obferve-t-il 
»♦ fort bien , » & qu'il me foit permis d'emprunter fes expreflions, 
au rifque que fon flyle faffe paroître le mien plus foible , » com- 
» ment fe peut-il qu'un homme dont l'efprit faififfoit fi heureufe- 
» ment les rapports les plus éloignés & les différences les moins 
i) fenfibles, n'ait pas vu que des idiomes greffiers , fans principes ji 



TKELIMINA IRE, ccxilj 

•» fans régie , fans culture , ôc dont aucun Philofophe , aucun Hif- 
ii torien , aucun Orateur , aucun grand Poëte ne daigna jamais fe 
» fervir , ne dévoient rien avoir de commun avec les Dialettes em- 
» ployés à chanter les Dieux , à célébrer les grandes atlions , à 
» publier les grands événemens , à difcuter les grands intérêts , à 
» remuer toutes les palTions , à éclaircir toutes les facultés , à trai- 
» ter enfin, & des Loix 6c des Mœurs, & de la Nature & de l'Art , 
» & de tous les objets delà fcience humaine /(i) 

ISlous invitons nos Ledeurs à lire en entier ce morceau que 
nous aurons encore occafion de citer , & où l'on voit les grands 
avantages que les Auteurs Grecs en Profe retirèrent des Poètes 
qui lesavoient précédés. 

Nous nous permettrons une feule remarque : c*eft de nous éle-î 
ver contre un Poëte quia induit en erreur cet excellent Ecrivain 
au fujet des mœurs primitives des Grecs , qu'il fuppofe avoit été 
fouillées de toutes les horreurs de la barbarie , de brigandages ^ 
de rapines , de meurtres , de parricides ( 2 ) : i'Hiftoire de Rome 
n'offre point, dit ce Poëte, ce fpedacle d'atrocités : « Jamais l'I- 
y> talic n'entendit le bruit des chaînes d'une Andromède fufpen- 
3> due à un rocher pour expier l'orgueil de fa mère : elle ne vit 
3» ni un Penthée mis en pièces par les Bacchantes , ni ces horri-- 
». blés feftins qui firent reculer le Soleil , ni la Nature outragée 
» par un père immolant fa fille à fon ambition , ni des hommes 
» attachés à des branches d'arbres qui courbées avec effort , & 
"tout à coup relâchées, emporioient leurs membres déchirés & 
» fanglans ». 

Il eft dommage que M. l'Abbé Arnaud ait répété cette tirade 



(0 M. l'Abbé Arnaud, fur la Profe Grecque ; Mém. de i'Acad. des Infcr. & B. L. T. 
Il) Propçrcc , Elcg. XX. Liv. Ilh 



ccxiv DISCOURS 

fans l'accompagner d'un corredif : certainement l'Hiftoire de 

Romeji'offre pointée fpe£tacle d'atrocités ; mais loin que cette 

obfervation faffe en fa faveur , elle eft contre elle. L'Hiftoirc 

d'Andromède, celle de Penthée , le repas de Thyefte, la mort 

d'Iphigénie , & toutes celles de la même nature qui forment la 

maiïe de la iMythologie , n'exifterent jamais hiftoriquement : & 

bien l.)in que les Légiflateurs & les Poètes ayent cherchi à faire 

tarir parmi les Grecs la fource de ces prétendues barbaries , ce 

font eux-mêmes qui imaginèrent routes ces chofes , cette maffe 

entierede la Mythologie, afin d'animer, & ici nous employons les 

propres expreflîons de M. l'Abbé Arnaud , « toutes les parties de 

M l'inftruûion particulière & publique; & les Sages de la Grèce de- 

»meurerent fidèles à un langage ( Poétique & Allégorique par 

wconféquent ) qui les féparant de la multitude , plus encore que 

» leurs opinions , les faifoit regarder comme des hommes ex- 

» traordinaires , & imprimoit à leurs leçons la plus grande au- 

j» torité ». 

Ce qui le démontre, c'eft que toutes ces hiftoiresnaiffent avec 
les Poètes : la Chronique de Paros place le Poëme de Cérès au 
'ly® fiécle , long-tems avant la guerre de Troie , long-tems avant 
l'Hiftoire d'Andromède , de Thyefte , d'Iphigénie : mais déjà 
avoientparu Orphée, Linus , Eumolpe ; déjà ils avoient adouci 
les premières mœurs des Grecs. 

5^ Mais rien de pareil a Rome , parce que Rome , ainfi que l'Ita- 
lie , fut privée d'inflrudion jufques aux tcms où elle fut éclairée 
par les Grecs. Et toute la différence qu'il y a ici entre les Grecs 
& les Romains , c'eft que les Romains furent des barbares de fait 
à l'égard de tous les Peuples de Tltalie , tandis que les Grecs ne 
l'étoient qu'en apparence dans leurs récits Mythologiques. 

Ceci même n'eft pas un écart , puifque nous voyons par l'éclat 



PRELIMINAIRE. ccxv 

de la Langue Grecque dans les Ouvrages d'Homère,6c d'Héfiode ," 
plus ancien qu'Homère , que cette Langue avoit été formée , 
cultivée , perfedionnée nombre de fiécles avant eux , & précifé- 
ment dans ces fiécles auxquels on n'attribue tant d'horreurs , que 
parce qu'on prend à la lettre les récits allégoriques que les Poètes 
chantèrent à cette époque. 

$. IL 

En quoi différent les Dialectes Grecs, 

On peut réduire à cinq Claffes générales les différences qui 
régnoient entre les Dialectes Grecs. 

i. Les uns adoptoient des mots qui n'étoient pas en ufage chez 
les autres , ou qu'ils prenoient dans un fens différent : c'eft ainfi 
qu'on nous a confervé un recueil confidérable de mots qui n'é- 
roient employés que par les Attiques ou à Athènes : ce qui n'efl: 
point étonnant : a Les Athéniens, dit le même Académicien que 
» nous venons de citer , plus hardis que le refte des Grecs, adop- 
» terent fans répugnance un grand nombre de termes & d'expref- 
» fions j des Nations étrangères qu'attiroit chez eux le commerce.' 
« Cet exemple, ajoute-t-il , fortifié par tant d'autres , devroit,' 
» ce femble , affranchir nos Ecrivains de la timidité fuperflitieu- 
wfe, qui trop fouvent les enchaîne : eh ! pourquoi craindrions- 
>. nous de faire au befoin de nouveaux emprunts à ces mêmes 
» Langues qui nous ont fervis & enrichis tant de fois f La natu- 
.. ralifation des mots n'efl: pas moins utile au langage , que ne l'efl 
» aux Empires la naturalifation politique : on fait que Rome dut 
» en grande partie fa puiffance à l'adoption qu'elle fit des Nations 
» étrangères ». 

3.. Les uns employoient une certaine claffe de confounes for- 



ccxvj D I S C O U R S 

tes ou foibles , là où les autres employoieat les confonnes opr 

pof^es. 

5. Les uns employoîent des voyelles fortes ou foibles , là ou 
les autres faifoient ufage des voyelles oppofées. 

4. Il en étoit de même pour les accens : les uns faifant longues 
ou brèves des fyllabes auxquelles les autres donnoient une va-, 
leur différente. 

5. Enfin , les uns afpiroient des mots dont les autres avoienc 
fupprimé l'afpiration. 

Dialecte Dorien/ 

Il préfère les voyelles fortes aux foibles ; il dit : 

Phama, réputation , au lieu de Fèrni : Hdios , le Soleil , aui lieu de' 

Helios : Mater , au lieu de Mètèr. 
Thean , au lieu de Theôn , gén. plur. de Theos , Dieu. 
Môfa, au lieu de Moufi , Mufe, 
Oino , au lieu à'Oinou , gén. de Oinos , vin. 

Ils fubflituent J" à TA; Seos, au lieu de TAeos. 

Kh au même Th , Ornika pour Orn'uha : Alloxa pour Alloua 

Pour Obelos , ils difent Oddos. 

Mifli pour Mi ejli : Rtpha pour Kaiàpa : Êtuhon pour Élchon. 

Nm pour Juion : £gon pour Ego. 

T pour S , Tu pour Su , comme les Latins : PhaU pour Pkafi : Enti 

pour Eifi , d'où le Latin Sunt. 
Legonti pour Legotiji , d'où le Latin Legunt. 

Ils terminent l'Impératif en on; Legon pour Lege , lis. 

Toi pour hoi , Tôs pour «5^. 
Ils tranfpofoient la lettre R , Bardijlai pour Bradlflai ; ce qui 
étoit bien agréable pour ceux qui ont peine à prononcer les fons 
Br, Pr,Gr,&c on en connoîc de tels par le monde. 
Klrkon pour Krikon* 



PRELIMINAIRE. ccxvij 

Ils termînoienc la première perfonne du pluriel en mes au lieu 
de men , fe rapprochant ainfi du Latin qui le termine en mus ; di-. 
fane eimes au lieu à\dmen , nous fommes. 
Sp pour St ; Spadion pour Stadion, 
C'eft dans ce Dialc£te qu'ont écrit Archytas deTarente; Archî-; 
mede 6c ThéocritedeSyracufe; Pindare de Béotie. 

Dialecte Eolien. 

Ce Diale£le n'efl: qu'une branche du Dorienavec lequel il a de 
très-grands rapports , & par conféquent avec le Latin. 

Ils mettent fouvent B à la tête des mots qui commencent par 
R , difant Brutêr , Brakos , Brodon , pour Rhutery Rhakos , Ro-i 
don. 

K pour P , Koion pour Poion. 
P pour M, Oppata pour Ommata , les yeux. 
F pour Tli , à la Latine, Phlatai pour Thlatal. 
Sp pour St , Spoli pour iro/e , le Stola des Latins. 

Dans les lettres doubles , finiflant par la fiflante t ils font pré-; 
céder la fiflante ; difant : 

Sdugos & non D{ugos , Skiphos & non Kfiphos , SpeUion & non 
PfelUon , comme ces Provinciaux qui difcnt Sefque pour Sext, 

Ils terminent en aôn les génitifs pluriels féminins : 

Moufaon au lieu de Moufon , d'où vient le Moiifa~r-um des Latins, 

Ils changeoient en ais les terminaifons en as. Mêlais 6c non 
'Mtlas. 

Et ils changeoient la terminaifon aïs du nominatif en aïs ; Fais 
pour Pais , enfant. 

Ils inettoient l'accent fur la première fyllabe , tandis que les 
autres le plaçoient fur la féconde j même fur la troifieme. 
Orig. Grecq. £ * 



ccxvUj DISCOURS 

Ils avoient aboli le nombre appelle duel , qui efl également in- 
connu aux Romains. 

Les Génitifs en ou fe prononçoient eu dans ce Dialefte , ao chez les 

Ioniens, eô chez les Athéniens. 
31s employoient 6 pour au ; Se Z7pour O à la manière des Ecrufques. 
Ils faifoienc très-peu ufage de l'afpiration. 

Sapho & Alcée ont écrit dans ce Dialecle : on le trouve auiïi 
en ufage dans Homère , Pindare, Théocrice , ôcc. 

Dialecte Attique. 

Les Attiques faifoient un ufage continuel de l'élyfioa : ils di- 
foient : 

T'auto , pour To auto ; Keis , pour Kai els ; Tama , pour Ta ema ; 
Prourgou , pour Pro ergou ; Emoiidokei , pour Emoi edokei j Egoda » 
pour Ego aida ; o ner , ô gai/ie , pour o aner , o agaike. 

Ils changent S en X 5 Xuu , pour Sun. 

En R après un R ; u4rrên , pour Arfén. 

En T quand il eft double ; Prattô , pour Pra£o. 

-Ils confervent la voyelle forte a , là où les autres la changent 
«en ai. 

Ils difent Kao , Klaô , Etaros , & non comme les autres Grecs Kaiày 

Klaiô, Etairos. 
Ils aiment 6 pour ; Leôs , Naos , ôc non Leos , Neos. 
Ils ajoutent volontiers oun à la fuite des négations & du relatif; oukoun, 

non ; oticun , quoi. 
Et i à la fin des Adverbes -, nuni , maintenant j cukhi , non. 
Ils fubftituent R à L , difant , pat exemple , Kribanon , pour Klilar 

non. 

Souvent ils terminent le nominatif comme le vocatif ; & le 
jyocatif comme le nominatif : fouvent ils employent la terminai- 



PRELIMINAIRE. ccxix 

fon du fuperlatif à la place de celle du comparatif : fouvent aulFi 
Ils employenc l'adif pour le paOTif , & le pafïïf pour l'aclif. 

Ils employent fôuvenc l'accufatif au lieu du datif; & le génitif au lieu 

de l'accufatif. 
Ils font un grand ufàge du verbe einai , être. 
Thelé , vouloir, ccoit chez eux un fynoiiyme de duna/tiaiy pouvoir. 

En un mot , ils éroienc infiniment plus libres dans l'ufage des 
Régies Grammadcales que les autres Grecs ; leur langage fe ref- 
fentoit ainfi beaucoup plus de leur amour indomptable pour la 
liberté. 

On doit à un ancien Grammairien nommé Mœris un Recueil 
^es mots & des tours de phrafe propres aux Athéniens : c'eft ur» 
excellent fupplément aux généralités dans lefquclles nous fom- 
mes obligés de nous reftreindre ici : il en exifte une édicion faite 
àLeipficken 1756, par le favant Ruhnqu émus, avecies Notes 
de Jean Fréd. Fischer, 

Ce Recueil eft accompagné d'un autre , relatif au même objet : 
c'eft un Vocabulaire des mots particuliers à Platon, (Je qu'on 
doit à Timée le Sophifte. 

Ce Dialetle Attiquc a été employé par les Ecrivains d'Athè- 
nes , par Thucydide , Arillophane , Platon , Ifocrate , Xéno- 
phon , Démofthène. 

Dialecte Ionien. 

Les Ioniens ainfi que les Athéniens adoucirent les prononcia- 
tions rudes des Pélafges, confervées par les Doriens 6c par les 
Eoliens : ils changèrent les a en é, 

lama en Phimi : Ma.n en Min ; Moufa en Moufc : Lian en lUn, 

Ils changèrent T en S , difant ; 

ee if 



ccxx DISCOURS 

Su pour Tu ; /«^owy? pour legonti. 

Ils adoucirent les génitifs aon en on imoufon pour moufaon. 
Ils ont cependant quelquefois confervc !'<! primitif ; ils difoient Tam- 
nein , & non Temnein , couper. 

Obfervations néceffaires Jcrfqu'on veut comparer le Latînavec 
le Grec, & remonter à leurs vraies origines : puifqu'à leur faveur 
on retrouve entr'elles des analogies étonnantes qu'on n'auroit pas 
même foupçonné fans cela : on en verra des exemples continuels 
dans notre Di£tionnaire Etymologique Grec , auquel ce difcours 
fcrt de préliminaires. 

Ils aiinoiem le concours des voyelles dans un même mot : tantô: dc- 
compofînt une diphtongue ou une voyelle longue , difant kermcas 
pour kermès : jzoos pour nous : Aethlos pour âthlos : rhtïdios pour 
rhaidios. 

Tantôt étant comme les anciens François les confonnes du milieu des 
mots , difànt Kreaos pout Krcaios. 

Ou bien ajoutant fans façon une voyelle avant une autre , difant Adel- 
pheos , & non Addphos \ Krineon , & non Krinon : c'eft ainfi que 
nous avons zhzn^c fei en fiel , mel en miel. 

Mais auiïî ils feront obligés de changer éo en eu ; de àhep/eun, en 
une fyllabe , la où les autres difoient pieon , afin que leur pronon- 
ciation ne fût pas toujours fur le même ton. 

Comme les Athéniens, ils adouciffoient en oijîles datifs en ois ; logoijt 
pour logois. 

Ils difent oio au génitif, au lieu âHou , par une fuite de leur fyflême de 
prononciation j logoio pour logov. 

Ils fupprimoient les afpirations , fur-tout dans les mots compcfés , di- 
fant eporan , & non ephoran. 

Ils fubftituoieut K à P , difant kôs , ^c non posy ainfi que les Latins di- 
rent quinque , au lieu de pente. 

Ils faifoient grand ufage des réduplications , de ces réduplications qui 
ont tant de fois fait perdre de vue la vraie étymolog^e d'une multi- 
tude de mots ; ainfi ils difent Kekluthi pour Kluthi. C'étoit un 
ufage fort commun aux GrecS en général , &: qui paffà même chei 



PRELIMINAIRE. ccxxj 

les Latins. Ceft ainfi que du primitif Tu , les Grecs firent Titufco- 
mal dont on n'avoit jamais apperçu l'origine & Tes rapports avec 
Tueor. c > ' 

Ils aimoient à tranfpofer , à dire Kradia & non Kardia ; Krateros &c 
non Karteros. 

Ils changeoicnt deux S en X, dixa pour di£a. 

On nous dit qu'ils employoient volontiers l'infinitif au lieu de 
l'impératif: ce qui a paru une bifarrerie à ceux qui ont cru fur 
parole ce qu'on attribuoit aux Ioniens : mais comme un infir.iîif 
n'eft pas un impératif ,& ne peut pas même en tenir lieu, ces 
Grammairiens auroient dû nous expliquer de quelle manière un 
infinitif pouvoit être fubftitué à un impératif fans induire en 
erreur ceux auxquels on s'adreflbit ; & ils auroient vu que leur 
remarque qui , telle qu'elle eft , n'explique rien , attribue de 
fait aux Ioniens ce qui n'eft pas : c'étoit un vrai infinitif, corref- 
pondant à un vrai impératif ; mais par honnêteté, par politefiie , 
on faifoit l'ellipfede l'impératif, & il ne reftoic que le Verbe à 
l'infinitif, qui par fa place confervoit la force des deux : c'eft 
comme fi nous difions , Mon/leur ! exécuter ce plan , au lieu de 
dire , Monjleurl vous voudrez bien exécuter ce plan. ; ce qui eft 
un commandement bien plus doux que de dire, Monjîeur^ exécu- 
te^ce plan. 

Un ancien Grammairien défigné par le nom de Corinthus & 
qui a traité des Dialedes Grecs, nous a tranfmis une lifte de mots 
ou d'expreflions propres aux Ioniens : elle eft précieufe, & con- 
tient des mots très-remarquables. 

Ils fe fervoient du mot mythos au lieu de Logos : au'Iieu d'iinpeller les 
CaEquois Pharetras , ils les appelloient y^r</e/j; d'-^r^/Zj , Javelot. I ! 

Bacchusrcoic appelle chez eux Osiris. Ils difoient Antia?ein ( être op- 
pofé , ) au lieu de PoUmcin , faire la guerre, 

Homère ; Hérodote , Hippocrate fe font fervis de ce Dialecle. 



ccxxij DISCOURS 

Nous nous fommes d'autant plus volontiers étendus fur ces ob- 
fervations, qu'elles font utiles pour fe former des principes pro- 
pres à fe rendre raifon des phénomènes qu'elles offrent , & qu'el- 
les confirment parfaitement tout ce que nous avons déjà publié 
fur le rapport des Langues, 6c fur les caufes de leurs différences. 
On verra donc avec quelque plaifir que ces Dialeâes n'offrent 
aucune variété qui n'ait laNature pour bafe, & dont nous n'ayons 
cicé d'es exemples pour toutes les Langues ; & ces remarques doi- 
vent être d'autant plus intéreffantes que le Diftionnaire Grec qui 
va fuivre , en cft une vérification continuelle , & démontre à cha- 
que infiant la variété de nos principes ôc la lumière qu'ils amè- 
nent à leur fuite. 

En effet , rien de fi commun dans ce D'£tionnaire que les 
voyelles fortes des mots primitifs changées en foibles , les con- 
fonnes fortes en foibles ; les voyelles foibles fupprimées entre 
deux confonnes : la première fylla':>e redoublée : les changemens 
de S en T, de Th en F, de K enP, ou de P en K &en Q : ôcle 
Dorien rapprocher l'Ionien du Latin , & les ramener tous à la 
Langue Celtique. 

On ne fauroit donc trop fe familiarifer avec tous ces procér 
dés , puifqu'ils font la bafe de la différence des Langues , & que 
fans eux.il efl impofTible de remonter à l'origine des mots & des 
Langues , ni par conféquent à celles des Peuples & des chofes. 

Ceux d'ailleurs qui voudront acquérir des notions plus particu- 
lières fur les Dialeûes Grecs , pourront lire les Obfervations de 
Jean le Grammairien & de Corinthus , que nous venons de citer 
fur cet objet ; ainfi qu'un morceau de Plutarque qui y efl: relatif. 
Ces petits écrits font réunis à la fin du Dictionnaire Grec de 
Scapula. On fera aufU très-bien de confulter la Grammaire GreC'! 
que de Porc-Roval. 



PRELIMINAIRE. ccxxîl) 

Obfervons encore que les Lexicographes 6c les Grammairiens 
Grecs fe font toujours égarés , toutes les fois qu'ils ont repré- 
fenté les prononciations Doriennes , comme ayant été fubfti- 
tuées aux Grecques ou Attiques : lorfqu'ils nous ont dit , par 
exemple , que Ba qui fignifie va , étoit pour Bêthi qui fignifie la 
même chofe en Attique : que Garuo , jafer^ éto'it^ont Geruo: 
c'eft le dernier qui au contraire a été fubfticué au premier : mais 
ils n'en favoient pas davantage. 

f. I I I. 

Des Licences F o et i q_u e s. 

On ne peut lire deux vers d'Homère fans être étonné du génie 
Grec qui permet àfes Poètes d'allonger, de racourcir, de chan- 
ger les mots à fon gré : d'en fupprimer , multiplier , tranfpofer 
tous les Elémens. A quinze ans , nous difions : & qui ne feroit 
des vers comme Homère , en fc permettant d'altérer les mots à 
volonté ? Mais quand nous vîmes l'Abbc Terrasson en faire un 
crime à Homère, nous craignîmes d'avoir dit une fottife : & 
quand nous commençâmes à avoir des idées plus faines fur la 
Poéfie Grecque , confidérée comme Muficale } nous admirâmes 
le génie d'Homère qui favoit ployer les mots à fon gré s &c les 
forcer de fe prêter à l'harmonie qu'il vouloit peindre , aux fenti- 
mens d'admiration , de plaifir ou d'effroi qu'il vouloit exciter 
tour à tour. Combien notre Poéfie n'eft-ellc donc pas inférieure 
à la leur , puifque nous fommes forcés d'employer les mots tels 
qu'ils font fans qu'il nous foit permis d'en augmenter la douceur, 
& d'en agrandir le fublime ou l'aprêté , afin qu'ils puiflent s'afTor- 
tir exaâiement au fublime de nos idées, ou à la douceur 6c à la 
délicate/fe de nos fentimens; que notre langue , fouvent réfrao-t 



ecxxîv DISCOURS 

taire au goût , ne f e prête que de loin & malgré elle à lufage 
que nous en devons faire ? 

Nos Muficiens , il eft vrai, fuppléentdu mieux qu'ils peuvent 
à cet inconvénient en changeant l'accent ou la quantité de nos 
fyllabes ; en donnant à telle fyllabe une durée quatre fois plus 
longue qu'à fa voifine ; en gliffant fur plufieurs ^ en les élidant : 
mais le Muficien n'étant jamais d'accord avec le Poëte , il n'en 
réfulte qu'un aflemblage défedtueux dont on a fouvent gémi. 

Ce qu'il y avoit encore d'agréable en ceci pour les Poètes 
Grecs , c'eft que quelque changement qu'ils fîfTent dans un mot, 
il ne pouvoit jamais être regardé comme une innovation ; il fe 
trouvoit conftamment juftifié par l'ufage de quelqu'un des Dia- 
ledes Grecs : en effet , chacun de ces Dialeftes allongeoit , ou 
racourciflbit les mots des autres , ou en tranfpofoit les élémens - 
le Poëte n'avoit donc que le mérite du choix. Un François au 
contraire deviendroit barbare, s'il altéroit le moindre mot : il 
ne parleroitpas fa langue : ce feroit un jargon inintelligible qu'il 
crécroit ; & dont la parefîe ou l'ignorance ne manqucroient pas 
d'abufer. 



ARTICLE III. 

Langue Grecque conjïdérée comme Dialecte de la Celtique. 

Ces obfervationsfurlesDialeaes de la Langue Grecque font 
d'autant plus utiles qu'elles répandent une vive lumière fur cette 
Langue mêm"e confidcrée comme n'ayant écé dans l'origine qu'un 
Diakaede la Langue Celtique : car dès ce moment, on doit voir 
les mots radicaux des Langues éprouver en Grec toutes les alté- 
rations qui conftituent un Dialede : les mots primitifs paffer d'un 

fon 



F R E L I M I N A ï R E. ce>:xv 

fon fort à un foible , la vovelie a «i'affoiblir en e : la coufoiiiie 
foible prendre la place de la forte : la voyelle e fupprimée entre 
deux confonnes : les voyelles s'ajouter fans celTe à la tête des 
mots : un même mot prendre fuccelTivement toutes les voyelles 
pour peindre diverfes nuances de la même idée; des confonnes 
telles que C , G , K , S , s'ajouter fréquemment devant L , M , 
N , R, &c. D , changé en L , en S , en Z : P & F mis l'un pour 
l'autre ; l'afpiration céder la place à M , S , P. Les diphtongues 
remplacer les voyelles ; celles-ci tantôt fe nafaler , tantôt fe 
mouiller, plus fouventfe doubler. Deux ou trois racines fe réu- 
nir enfemble pour former de nouveaux mots : & fouvent fe dé- 
guifer au point qu'il fembloit impofTible d'en retrouver les élér 
mens primitifs. 

Il faut donc fe réfoudre ou à ramper éternellement dans la 
fange des Langues , fans avoir aucune idée de feurs rapports 
étonnans , & fans pouvoir les dominer , ou fe rendre propre le 
tableau detous ces rapports , & les moyens de les retrouver d'une 
manière imperturbable , enforte que ce foit une pierre de touche 
qui nous faffe appercevoir à l'inftant les altérations que chaque 
mot eut & doit avoir éprouvé. 

I. 

C'eft ainfi que h Famille AG,granl , ofKe en Grec des mors en Agan , 

Auxô , Auxeô; Ogcos , prononce Onkos , ôcc. 
Al , élevé , des mots en Alomai , ttephas , élikia^ 
Atio , rouler , en eiUo , elix , aeHa. 
Aua , chaleur , en kelios , elé , fêlas ^ &:c. 
An devenu enos , énis. 
Ap , élevé , des mots en aipus , aphuo , epi , ipfos , 'ophrui , upfos^ 

upnos. 
Ar , en are , airô , aeir^ , aiéreô,' 

As , feu , en aiS , ajier , aitho , aiiher , idos , aijlhos , ejîia. 
Orig, Grscq^ je 



cexxv] DISCOURS 

Gar , rajfemhler , des mots en Jgeir , Jgor , ^gur , Gargalr, Jîgeir* 
Mar , brillant, devenu Mair , mer, mor , amar , amor , amaur ' 

mudr , amiidr , fmerd , êmer ,Jcmer , orner , mermer , &c. 
Pat , pied ; pedé , pouf , pe:f^a, 

2. 

Les voyelles, continuellement nafalées ; d'Adô , andanô : de math, 
manthanô ; de Puth, Peuth , & Punthanomai. 

Les voyelles lùpprimées entre deux confonnes : de Bel , Blepô ; de Bal- 
lo , hlèma ; de Rad , ibdés : de Genus , gnatlios : de Damaô , dmâs : 
de Tan , pays , Aitnaios , ethnos , othneos , qu'on avoit pris pour 
autant de radicaux. De Talao , tUô ; de Tamô , Tmaà : de Gai » 
Gel,GL 

Les voyelles fans cetTe ajoutées à la tête des mots : de Gad , bon, agathos : 
de nom , onoma. : de dent , odontes 5 de Cal, ag-gelos , devenu An- 
geles. 

Souvent ces voyelles ajoutées fervent de négation :cela eft très-connu peur 
A : mais nous avons trouvé beaucoup d'O négatifs à la tcte des mcti. 

Des voyelles mouillées ; ainfi de Pes, piejz. 

Des réduplications continuelles, Di-Dumos: di-dômi : di-dafcé , ki-krf>, 
bi-hèmi, Ti-tujcomai , Gi-gnofio, 

Des voyelles redoublées ; d'Er ou Her , printems, Ear , eiar : de même 
cjueles Anglois, d'arth, terre , font eanh. 

L'afpiracion fans cefTe adoucie en S & en K ou Kh ; ainfi fus pour hus ; 
fôros pour horos : khamai pour humai , rcrre : mot que nous avons 
rapporté à hu, l'eau, trompés par le Latin humi : mais HAuai, terre, 
doit tenir au primitif Ha m, rouge, qui a fait le grec AiMa,fang. 
On fait que la terre, le fang &: l'homme , furent toujours appelles 
du même nom , tk en Oriental Dam 6c Adam , mots qui peuvent 
tenir à la même fansille que le grec Aima & K-hamai. 



Les CoNsoNNïS n ont pas éprouvé moins de variations. 

On les voit fans ceflTe ajoutées à la tête des mots , telles G, K , Kh , 
BJou.ées dev.'.nc 1 , m, n, r : G-noô , R-naè , Kh-roa , &:c. T 
ajoute coj}jne article : T-crmu^T'Uphloi , T-rô^ô , &c. P devant N , 



PRELIMINAIRE. ccxxvlj 

8^ L,ou même avant des voyelles dans P-jieS , P-lunô , P-ilos, &c. 

Najouré comme ncjuion dans Nèpenthès , hl-cjUs ^ nô-Umis , &c. 
S ajoutée à une multitude de mots , (ii.n%J-kaié,j'-kj.nibos ,j-kethros , 
f-maris y f-pilas ,f-podos , &c. 

Celles d'une même touche fubftituées les unes aux autres dans une même 
famille -, Apte-, Amtiia, Aphi , Aipfa : la famille AK , formant des 
mots en Aik, Akh , Okh , Ag : la famille Ad , devenir Ait yEtli, 
ed , &c. 

D & Z fubftitués (ans cefTe Tun à l'autre ; eios & epmal : duo 5c ^ugos, 

D & L -, Balaneion de Bai : Dac-ru , pour Lac-ru : Daplinè. pour La- 
phnê. 

D pour E , androv , d'ancr. 

D attiré par R ; de mur j rouge , mudros ^ fer rouge. 

D pour G ; Dé-mètér f Cércs , pour Gê-mêtêr. Sidiros , fer ; de Seger'f 
métaU 

Th pour F; Ther, même que le latin /^m; le Thier des Allemands. ThilOf 
même que le latin/e//o. 

T pour Q; Te, même que que des Latins: Tis, quis : Te^'ares, quatuor. 

T & S , fans celTe fubftitués l'un à l'autre: Tdia Se Séiia , un feau. 

T , S , Z , également fubftitués entr'eux. 

T , attiré à la fuite de P , dans Tup-e-o, Ptilos , PtuS , Ptékhos , pto- 
Us, Sic. 

G , K , Kii , fubftitués (ans cefte entr'eux, Gar, & Kêrux -, ce n'eft point 
étonnant : ceci l'eft plus. 

P & K ou Q fubftitués les uns aux autres. Puamos 8c Kuamos , Hippos 
&c Equus. 

L pour R , dans Khalkos , airain. 

M pour N , dans Mé^os , fou. 

Des tranfpofitions atfez fréquentes ; Morpké^ en Latin forma : Okhlos , 
en Lat. Volgus : de fort, Sphodros. 

Et ce qui caraftérife (iir-tout le Grec comme Dialecte Celtique , c'eft 
que tous fes mots en X & en Pf, s & ■*, font l'effet d'une pronon- 
ciation qui lui étoit propre, & que ces Peuples fubftituerent au Sh des 
Orientaux, ou à notre Œ, & au T/'de ces mêmes Orientaux :ain(i 
que les mots Grecs en Kh ou ;:t , & en o, long oun, ne font que des 
nuances des mots écrits dans les aucres Langues par O ou par K & 
Q , ou même par H , prononcé Ch : enforce que les mots compris 



ccxxvîl) DISCOURS 

fous ces quatre lettres ne tiennent aucun rans; dans les mots piimi- 
tifs , & n'en font que des nuances ; il en eft de même des mots 
écrits par un E long , par H. 

Sans ces obfervations fondamentales y on feroit fans cçÎAe per- 
du dans les Origines Grecques , ainfi que dans celles de tout au- 
tre peuple : on n'auroit aucune idée de leurs vrais rapports , en- 
core moins des métamorphofes qu'y éprouvent les mots primitifs 
ôc des moyens propres à les rétablir. 

AufTi jufqu'à ce qu'on fe foit mis au fait de tous ces phénomè- 
nes, on ne doit rien prononcer fur le rapport ou fur la différence 
des Langues , fous peine de reflcmbler aux aveugles qui veulent 
juger des couleurs , ou aux fourds qui voudroient parler mufi- 
que. 



A R T I C L E IV. 

Forme de ces Origines Grecques : manière de s'en Jervir, 

§. I. .,- 

Utilité des mots radicaux SC de leurs Familles. 

%^ 'et d'après ces principes que nous avons formé le Di£lion- 
naire Etymologique Grec que nous présentons ici au Public : au 
lieu de cette maffe indigefte & effrayante des mots Grecs mis 
bout-à-bout dans les Didionnaires , & où chacun d'eux eft tou- 
jours ifolé fans aucun rapport avec ceux qui le précédent & qui 
le fuivent , nos Origines Grecques offrent un nombre déterminé 
& peu étendu de familles , de cafés , de petits Dictionnaires en- 
tre lefquels .ft diftribuée la maffe entière des mots Grecs. 
Cette diftribution eft prife dans la nature des mots même : elle 



P R E L I M I N A I R E. cc^^à^ 

n'eft ni arbitraire ni difficile à faifir : les mots viennent s'y arran- 
ger d'eux-mêmes fuivant la racine à laquelle ils appartiennent : 
tous ceux qui fe rapportent au même chef ne font plus comptds 
que pour un : il fuffit de favoir le radical de chacun de ces touts 
particuliers , pour avoir l'idée la plus complette de l'enfenible. 

Mais cet enfemble , cet arrangement repole nécefTairement fur 
les varie'tés qui forment les Dialectes ; &; fur les moyens qu'il 
fallut employer indifpenfablement pour tirer d'une feule racine 
tout le parti poffible , en lui faifant éprouver tous les cliange- 
mens, toutes les modifications dont elle étoic ful~ceptible : modi- 
fications d'aucant plus aifées à connoître qu'elles font communes 
à toutes les racines de la Langue Grecque , & même à toutes les 
Langues de l'Univers. 

Dès4ors , la raifon & l'intelligence s'unifient à la mémoire 
pour l'étude des mots , ôc cette étude change par-là totalement 
déforme. 

L'excellence de cette Méthode eil fi fenfible, fes effets fi frap- 
pans , qu'il n'eft perfonne qui ne foit porté en peu de tems à défi- 
ler de la mettre en pratique : c'eft cette efpérance qui nous a 
foutenu dans la recherche pénible dc-s radicaux de la Langue 
Grecque , dans le travail fallidieux de l'arrangement de tous ^QS 
mots fous ces radicaux ; & dans les dépenfes qu'a entraîné ce tra- 
vail & l'impreflion de ce Didionnaire , unique jufqu'à préfent 
dans fon efpèce , & pour lequel l'Imprimeur a été obligé de faire 
faire des fonres confidérables , inutiles pour tout autre ouvra- 
ge , & qui n'ont pu que retarder l'impreflion de ce Volume. 

Comme ces Origines Grecques ont l'avantage de faire pendant 
avec nos Origines Latines , elles en deviendront beaucoup plus 
utiles : l'unité dans les principes ôc dans la marche des deux ou- 
vrages , les faifant aller de pair, en rendra l'ufage plus vafte, 



ccxxx DISCOURS 

& le fuccès plus aflliré ; l'une ne paroîtra qu'une continuation de 

l'autre. 

Par cet enchaînement d'ouvrages j le Monde Primitif s'élève 
infenfiblement fur une bafe inébranlable, auffi étendue que l'Uni- 
vers , qui lie tous les Peuples , qui les ramené à une feule fourca 
primitive, d'où l'on voit tout dériver , & au moyen de laquelle 
l'étude des Langues devient un jeu où elles s'expliquent toutes les 
unes par les autres. 

§. II. 
Racines Grecques qui avaient été inconnues jufques àpréfenU 

Quelques uns , il eft vrai , avoîent déjà effayé de claiïer les mots 
Grecs par racines : mais ils étoient fi peu verfés dans cet objet, ils 
ignoroient fi fort les principes qui dévoient leur fervir de régies ^ 
qu'ils ont infiniment trop multiplié le nombre des racines, ayant 
mis dans ce rang dix fois plus de mots qu'il ne devoit y en avoir ; 
tandis] que donnant dans une extrémité oppofée, ils ont omis par 
ignorance nombre de mots qui auroient dû s'y trouver. On n'au- 
ra donc pas de peine à comprendre qu'à cet égard nous avons fait 
des changemens très-confidérables dans l'arrangement des radi-; 
eaux Grecs. 

Ceft ainfi que fous le feul radical Ac ou Ak qui défigne en toute Lan- 
gue les idées relatives à pointe & poindre , nous avons renfermé 
dans nos Origines Grecques une foixantaine de ces prétendus pri- 
mitifs , tels Q^AKl , AKmi , Aikmi qui tous trois fignifient pointe ; 
Akotï , dard -, AKantha, épine ; AKinos , verjus ; AKros , pointe , 
fommet : AKin Akcs , poignard ; AKeomai , coudre i 2°. coudre 
une plaie , la guérir ; j". guérir. Ak-Ouo , entendre ; de AK , 
percer, & Ous, Oreille : AKhos & AKhthos, douleur piquante : d'oii 
Agan-AKuo , êtie déchiré par une vive douleur. 



PRELIMINAIRE, ccxxxj 

C'eflainfi quefous la racine CAL,beau, agréable, nous avons réuni nom- 
bre de mots qu'on prenoic tout aufïï mal-à-propos pour autant de 
radicaux ; tels Ad/oj,beau , brillant : Ai-Kallô, flatter, dire qu'on 
cft beau , faire le câlin ; Jgallô , orner ; Aglaos , brillant , magni- 
fique , orné : Ai-glé ^ (plendeur ; A-Khlus , non-fplendeur , obfcu- 
rité , tnèbres. 
Nous avons même retrouvé des Racines qu'on croyoit n'avoir jamais 
exifté en Grec. Celle d'AQ, eau , à laquelle fe rapportent ces mots ; 
'Akhc-Toïs , peuplier , arbre qui croît dans les eaux. 
Akti , Okhthc , rivages , mots que nous avons mal-à-propos rapportes à 

la Famille Ak , y-'ointu , efcarpé. 
T-AK6t fondre: Pf-akas, rofce ; Akkô ■> femme qui fe mire dans 
l'eau; famille à laquelle on peut rapporter également tllàn^ image, 
les objets qui ie peignent dans l'eau. 
La Racine Z>/, jour, qu'on trouve dans Dl-^ , à travers ; En-dies , qui 

fè fait à midi ; eu-iios , ferein , beau jour. 
Eerg , montagne , d'où vinrent Bergaïiein, raconter de grandes cho- 

fes; Bargetas , fanfaron , un tranche-montagne , Sec. 
Bat , rouge ; Bod , profond , ikc. 

Man , homme. Ce mot commun à toutes les Langues du Nord , & à 
plufieurs Langues Pclafgiques, doit avoir été connu des Grecs. Ils 
ont k racine Afa/7 qui fîgnifie la force , la puilTance , d'où Mén , cer- 
tainement ; Amunê -, protéger: or l'homme a toujours été appelle le 
fort. Ils ont Mandragora, la mandragore ; mot compolc de mariy 
homme, & de ^ra/: , portrait , quoiqu'on puifTe dire que ce mot 
leur efl: venu d'ailleurs ; mais ils ont le nom Manîs, pour défigner , 
dit-on , ferviteur, efclave ; & nous l'avons dit avec les autres > mais 
ils avoient déjà le mot ^ok/oj peur deugner un ferviteur; celui de 
dmés pour déhgner un efclave , un homme réduit par le fort du com- 
bat à Tefclâvage : Thés , les domeftiques à gages : Mani:s aura donc 
eu la même fignitîcation qu'en Allemand, &: que le mot homme en 
François pour délîgner la qualité de valfal , de perfonne fujcttc à 
Vhommage, à être l'homme d'un autre : clalfe d'hommes qui fut trcs- 
certainement connue des Grecs , 6c dont la fignification fit dif[\iroî- 
tre les (ens plus 'étendus de ce mot , comme cela eft arrivé à une 
multitude de mots ; c'efl. aiiifi que iios mots Bitle & Eglife ont un 
Tens reftrtint qui en a fait dilparoître tous les autres fens. 



ccxxxij D 1 S C O U R S 

La Racine du Nord , Go , Ge-hen , aller , exille également chez les 
Grecs dans le verbe 1-Kô , aller , quoiqu'on ne l'y aie jamais apper- 
çue. Il en efl: de même du Verbe CWiV, pouvoir , fi commun dans 
les Langues du Nord, & qui exifte dans I^Kanos, qui a la capacité , 
le pouvoir. 

Notre mot Naioi^ petit , exifte dans le Grec Naé' , qui a formé Kin-nA- 
bosy mannequin, mot compofé de î<!ab, enfant , & Kin, fe mouvoir : 
il exifta également dans ncplos , enfant ; c'efi: de-là que s'eft formé 
l'Anglois Knave , qui palTant d'un fens à un autre analogue , en pré- 
fente un qui n'a plus de rapport avec le primitif. 

§. III. 

Mots que nous avons rejettes dans la clajfe des Compofés. 

Nous avons également rejette au rang des mots Compofés une foule de 
mots qu'on regardoit comme des radicaux , parce qu'on n'avoit ja- 
mais été en état d'appercevoir leur origine. Tels font ces mots : 

Jtfek-tar , boiftbn des Dieux qui leur affuroit l'immortalitc j mot formé 
de 72£it , mort, & de r«r , ptéferver. 

E-or-ti , jour de fête , folemnité , pour hè-or-retê. , le jour prefait , fixé , 
indiét. 

De jFre, fécondité , firuit , vinrent Aphrodite^ Vénus , ou la DéelTê de la 
fécondité -, Pri-ape ou le père des fi:uits , & de la fécondité ; Pcrif- 
tera , la Colombe , ou l'olfeau très-fécond. 

On peut également Jetter les yeux fut ces mots compofés qu'on avoir 
pris pour radicaux : Anémone , col. i z 8 : Ananki , néceiïîté , i j z : 
Afpho-dele , col. 178. Dih-tamon & Doi-dux, i S o. Dd-pnon , re- 
pas, iS 6. Dai-dalos , zS^. Dno-pa/iiein , Ceconer , 294. Dar~tha- 
716, dormir, 501. TIirhkeuo^ÇQtviï ^ 360. Kolum-baô, nager, 4^1.6'. 
Dikella, hoïau à deux branches, 454. Kama-JInes , poiflons, 471. 
Kom-àdia,^y6. Kunkhramos , roi des Cailles, 478, Kinnamémon^ 
Cinamome,4S4. A'£'o/ti>r<, ^^j. Ke-kru-phalos^ réfeau poiirlatête, 
49 5. EkyrUi 511. Kindunos , péril, j iS. Oknos , parcfieux, 529. 
Maiandre ,613. Onar , (bnge , 7 o 6, Probaton , brebis ,758. Ptr~ 
dixSicPerka, Perdrix & Perche, jGo^-^^i. Rha-thaminx. Sicj, 

Artiria > 



PRELIMINAIRE. ccxxxiij 

jârtiria , 3 ? i. Skitalos, S 5 o. Sibylle ,888. Si jour a , un vitchoura , 
891. Phar-makon , Pharmacie , 9 9 j , &c. &c. 
Rappelions ici l'Etymologie du nom des Lapithes ennemis des Cen- 
taures, &c que nous avons indiquée dans notre Ville, volume p. 5 j 4, 
Nous avions déjà prouvé que les Centaures peignoient les Laboureurs : 
leurs ennemis , en ftyle allégorique , éroient les Vignerons ou Ven- 
dangeurs , appelles avec raifon Lap pithes , ceux qui boivent la li- 
queur du tonneau : de lap, lapper , boire , & piekos , tonneau. 

§. IV. 

Chaque Lettre du Diclionnaire Grec réduite àjes vrais mots. 

Comme nous avons rapporté fous chaque Famille les mots 
qui en avoient été féparés pour être difperfés fous toutes les 
lettres de l'Alphabet , parce qu'ils s'étoient chargés de diver- 
fes lettres initiales , il eft arrivé que des Lettres Grecques 
qui dans les Dictionnaires ordinaires fourniflent une abondan- 
ce prodigieufe de mots , telles que A , E , I , O , S , &c. 
font réduites à quelques - unes , étant dépouillées de cette 
malfe énorme de mots qui ne leur appartenoient pas : c'eft ainfl 
qu'il n'en eft refté que quelques-uns pour la lettre X, & deux 
ou trois feulement pour Va , ou o long. La lettre E n'offre pref- 
que plus que les mots relatifs à l'exiftence ; la lettre Z , ceux qui 
fe rapportent au mouvement. O , ceux qui défignenc l'œil , la lu- 
mière , le jour , &c. hors quelques Onomatopées ôc quelques 
mots relatifs à l'élévation. 

Ces Phénomènes font une démonftration complette des Princi- 
pes que nous avons développés dans notre troifiéme Volume fur 
l'origine & la valeur de chaque lettre. Un accord auffi exad en- 
tre ces Principes Ôc les réfultats qu'offre l'anal y fe du Grec , de- 
vient la vérité même ôc eft au-deffus de toute conteflation, 
Orig. Grecq, g g 



ccxxxiv DISCOURS 

§. V. 
Mots Co M POSÉ s omis , éC pourquoi» 

On nous avoit déterminé à réunir dans ceDi£lionnaîretous les 
Compofés de la Langue Grecque : nous l'avions annoncé, ôc nous 
avons même commencé ce Volume en conféquence ; mais nous 
n'avons pas tardé à nous appercevoir que cette marche double- 
roit ces Origines, qu'elles en deviendroient trop volumineufes & 
trop difficiles à acquérir : qu'on devoit donc éviter cet embarras en 
fupprimant les mots compofés , parce que ceux qui connoifTent la 
Langue Grecque & qui la favent par principes , faifilTent facile- 
ment la valeur de ces compofés ; &qu'ainfi ils n'en ont pas befoin : 
tandis que cette maffe énorme ne feroit qu'embarraffer ceux qui 
commencent. 

Cependant , s'il fe trouvoit un nombre de perfonnes qui défi- 
raffent d'avoir ces mots par Supplément ôc d'après le même Syf- 
tême ou le même arrangement , nous nous emprefferions de ré-» 
pondre à leurs défirs ; fur-tout pour les Binômes & pour les Com- 
pofès dont le fens ne peut être faifi qu'avec quelque difficulté. 

%. VL 

Des TerminaiJonSm 

Nous devrions donner ici le Tableau des Terminaifons de 
la Langue Grecque &: de leur Origine ; mais comme il ne feroit 
en quelque façon qu'une répétition de ce que nous avons mis à ce 
fujet à la tête du Di£lionnaire des Racines Latines , i/z-8^. ôc qui 
eil plus développé que ce que nous en avons dit dans nos Origines 



PBElîMINAlKÏÏ, ccxxxv 

Latî nés /?, ecexv &y/i/V<?«iVJ, nous avons cru pouvoir nous en 
difpenfer. 

$. V I T. 

Des Initiales, 

Quant à la valeur des Prépofitions initiales , on la trouvera 
dans le corps du Diûionnaire Etymologique : on peut voir en 
particulier les Articles yûna , Ariy Bri,Boiis, Kata , Katô , Za , 
La , Ma yNàaO négatifs. D'ailleurs les Compofés de la Famille 
Ago que nous avons donne's en entier , montreront l'application la 
plus complette des Prépofitions initiales. 

§. VIII. 

Ter minai fons verbales. 

N'omettons pas que les Verbes formés d'une racine terminée 
par une voyelle , tels que Ba , aller , No connoître , Kera 
mêler, Z)o donner, & qu'on appelle par cette raifon Verbes 
PURS, parce que Va qui défigne la première perfonne eft précé- 
dé d'une voyelle , ces Verbes , difons-nous , prennent au préfent 
toutes fortes de terminaifons qui en allongent plus ou moins la 
prononciation: ainfi les Grecs ont dit non feulement 5flo, je vais, 
mais Bainô i bêmi , bi-baô , bibémi , Bashô , &c. 

De Kerd , ils ont fait Keraô , Kerairô , Kerainô , Kerannuô , 
Kerannumi , KimaS, K.i-kraô, &c. 

Ceft ainfi que de Tu , confidérer, ils firent Ti-Tu-fcomai , fui- 
vant l'analogie de leur Langue , quoique ce rapport ait échappé 
à tous les Lexicographes & favans Grecs , aucun d'eux n'en ayant 
apper(^u l'origine. 

gg'i. 



cxxxv] D I s C O U R S 

§. I X. 

Du fens des Mots, 

Le rapport entre le phyfique d'un mot & fes fignifîcations , pour- 
roit être la fource d'une multitude d'obfervations & de réflexions 
profondes & très-utiles : nous avons eu occafion d'entrer à diver- 
fes fois dans difïérens détails à ce fujet ; fur-tout en traitant de 
l'origine du Langage : nous nous bornerons donc ici à quelques 
remarques abfolument relatives aux Grecs ôc à ce Dictionnaire. 

Une obfervation propre à les peindre , c'eft que ce Peuple ex- 
prima fouvent des idées pofitives par des mots négatifs. 

La Vérité , ils l'appellent Alêtkeia, la non-cachée: l'Epoufe ,' 
O-ar, la non-forte , la moitié douce 6c aimable. Ce qui efl fimple 
prend le nom à'Aploos , non-plié ; c'eft précifémentle Latin /?/«- 
p/ex: ainfi ces deux Etymologies s'appuient mutuellement. 

On trouvera dans ce Diâionnaire des mots Celtes & Allemans 
très-remarquables, tels que ceux de hude^lof^ marque , &c. que 
perfonne n'y avoir jamais apperçus à caufe d'une légère altéra- 
tion dans le fon. Ces rapports font infiniment précieux, par ce 
qu'ils témoignent une fource profonde & ancienne commune à 
toutes les Langues; & les grands avantages de leur analyfe. 

Nous nous fommes fur-tout attachés à remonter à la vraie fi- 
gnification propre & phyfique de chaque mot, parce que d'elle 
feule dépend l'énergie des mots ôc la raifon des divers fens figurés 
& analogiques qu'on trouve fouvent entaflés fur un même mot. 
C'eft la feule manière fatisfaifante d'étudier les Langues; par fon 
moyen , on domine la valeur des mots , on en devine les valeurs 
figurées , on n'eft plus étonné de tant de fignifications bifarres & 
oppofées en apparence : un fil commun les unit ôc conduit de Tune 



PRELIMINAIRE, ccxxxvij 

à l'autre. Dès qu'on fait, par exemple, que le cheval ne fut appelle 
en Grec Hyppos qu'à caufe de fa grandeur , on n'eft pas étonné de 
voir ce mot entrer dans des Compofés pour y préfenter , nonl'i- 
dée de cheval , mais celle de grandeur. 

On n'eft point étonné que Kalos , dont la fignification propre eft 
celle de l'éclat du jour, de fon brillant , défigne fucceflivcmenc 
les idées de beau , de charmant, d'agréable , d'excellent, d'honnê- 
te, de jufte enfin , puifqu'honnêteté, juftice & vertu font la per. 
feclion, l'éclat & la beauté de l'ame, comme les charmes exté' 
lieurs font la beauté du corps. 

Mais ce qui eft d'une grande beauté , c'eft que non-feulement 
les fignifîcations d'un même mot font liées entr'ellesôc découlen^ 
les unes des autres : c'eft fur-tout qu'une multitude de noms d'ob_ 
jets, ôc de chefs de famille, dérivent tous d'une fource commune , 
par un rapport qui leur a fait donner à tous un nom tiré de la mê- 
me famille. 

Ainfidu primitif r^AT , Tec,Teuc, qui défigna un tifïïi, l'art de 
tiftre , de conftruire, de fabriquer, vinrent en Grec même , nom- 
bre de chefs de familles , de prétendus radicaux qui ne font que 
des dérivés de ce primitif, qui n'en font que des applications dif- 
férentes , que des modifications parfaitement bien choifies & très- 
heureufes. 

De-là font venus : 

1. Jechné , Art , fabrication , adrefTe, rufe. 

2. Teukfiôy fabriquer , conftruire , préparer. 

5. Teukhos , inftrument, outil , vafe. 
4. Teikhos , "i 

S.Toihhosy 5 mur, paroi. 

6. E-Teko/i , j'ai produit ; Tokeus , père; Teknon, enfant. 

7. TuKé, la fortune, celle quitilTe le fort de chacun. 



ccxxxvii) DISCOURS 

Ces mots cependant jufques ici avoient toujours été regardés 
comme ifolés ; jamais on n'avoit foup<jonné qu'ils eufTeni: lamême 
origine , qu'ils ne fifTent qu'une feule ôc même famille : & dès- 
lors , comment pouvoit-on parvenir à leur étymologief 

Souvent , à la vérité , le fens phyfique des mots Grecs a difpa- 
ru , ou a été méconnu ; le fens figuré s'étoit feul maintenu. Aîais 
dans ces occafions, nous avons toujours eu foin de reftituer le 
fens phyfique ou propre , par le moyen de la racine primitive : 
c'eft un avantage qui devoit fe trouver néceilairement dans ce 
Dictionnaire , ôc nous efpérons qu'on en fentiratout le prix. 

On admirera fur-tout le choix exquis & délicat avec lequel 
ce Peuple plein de goût adoucifixjit les idées les plus affligean- 
tes : c'eft ainfi qu'ils fubftituoient à l'idée la plus lugubre , celle 
de dette , de nuage. Nous l'appelions bien à la vérité une dette ; 
mais c'eft en forme de comparaifon , & non comme nom propre. 

§. X. 

Avantages qui refaite nt pour ce Dlâlonnalre Grec d'être traduit en 

François. 

Terminons ce long Difcours Préliminaire en nous juftifiant 
d'avoir expliqué par la Langue Françoife les mots d'une Langue 
qui jufques ici ont toujours été rendus par la Langue Latine : 
les inconveniens auxquels on remédie par ce moyen , & les 
grands avantages qui en réfulteront pour l'inftrutlion publique 
& particulière , nous vaudront certainement l'approbation gé- 
nérale. 

Lorfqu'on compofe les Dictionnaires Grecs en Latin , on fup- 
pofe fans doute, ou que la Langue Latine eft plus propre que 
toute autre à exprimer la valeur des mots Grecs, ou qu'on ne 
peut étudier le Grec qu'autant qu'on eft verfé dans la Langue 



P K E L I M I I\/ A 1 R E. ccxxxix 

Latine ; que celle-ci eft un chemin fans lequel on ne peut parve- 
nir à la connoiiTance de celle-là : mais fi aucune de ces fuppo- 
fitions n'eft jufte , fi les propofitions contraires font feules vraies» 
notre Méthode fera préférable à l'ancienne , 6c celle-ci devra 
être réformée en ce point. Afin que la Langue Latine pût fervir 
d'intermédiaire entre le Grec & le François , il faudroit qu'elle 
fût parfaitement entendue des Jeunes Gens auxquels on veut faire 
apprendre le Grec , & que les mots Latins fe prêtaffent toujours 
de la manière la plus exa£ce & la plus claire à l'étendue des 
mots Grecs : mais il eft très-rare que le Latin réunifie ces avan- 



taj;es. 



Premièrement, c'eft un grand inconvénient de mettre les Jeu- 
nes Gens dans la néceffité de n'étudier le Grec qu'après avoir ap- 
pris le Latin : la vraie manière d'apprendre ces deux Langues efl: 
d'en mener l'étude de front , fi même le Grec n'avoit la préféren- 
ce. Ce ne font point des paradoxes qu'on avance ici ; ce n'eft 
point le goût pour le merveilleux ou pour l'extraordinaire qui 
nous dirige en ceci ; mais le vrai feul. 

Ce n'eft que dans la ieuncfle qu'on peut fe ployer facilement à 
l'étude des Langues : & on apprend à cet âge aufii aifément les 
principes de deux que ceux d'une feule ; le Grec d'ailleurs donne 
une très-grande facilité pour entendre les Auteurs Latins , tous 
imitateurs des Grecs , tandis que l'étude du Latin facilite très- 
peu la connoifiance du Grec : on fait d'ailleurs quelorfqu'il s'agit 
de former le i^oût, il fauc s'adrefiTer directement aux originaux . 
de préférence à la copie. Tous ces avantages font perdus lorf- 
qu'on ne fait du Grec que l'acceffoire , & qu'il eft entièrement 
fubordonné au Latin. 

C'eft encore une vérité inconteftable que les mots Latins par 
lefquels on rend les mots Grecs , font rarement égaux à ces mots 



ccxl DISCOURS P R E L I M. 

Grecs : ils difent plus ou moins : ils ont une fignification plus ou 
moins étendue : ils font fouvent même plus obfcurs. 

C'eft bien pis , lorfqu'ii faut en fuite rendre ces mots Latins 
par des mots François ; nouveaux embarras pour faifir le vrai 
fens du mot Latin , pour fe reconnoître à travers une multitude 
de fens plus ou moins figurés à l'égard defquels on n'a aucune 
mefure. Qu'il y ait deux mots pareils cTans une phrafe , & elle de- 
vient inintelligible. 

Rien d'ailleurs n'eft plus propre à détruire le goût , à éteindre 
toute imagination , à anéantir toute beauté : les Tradu£lions du 
Grec en Latin font toujours d'une platitude atroce ; elles font fans 
énergie , fans grâce , fans goût , fans élévation : avec des modèles 
de cette nature , comment veut-on que la Tradudion Françoife 
qu'on en fera enfuite foit élégante , gracieufe, coulante ? Après 
avoir détruit le goût , comment veut-on qu'il fe relevé d'une 
pareille chute ? 

On a bien fenti ces inconvéniens dans l'Univerfité , puifqu'on 
y commence à mettre entre les mains des Jeunes Gens des Ou- 
vrages Grecs traduits en François , & dont les Vocabulaires font 
également en François. Les habiles Profefleurs qui dirigent ces 
Tradu6tions n'ont pas craint de nuire par-là à l'étude & du Latin 
& du Grec : ils ont très- bien apperçu qu'ils fervoient l'un & l'au- 
tre ; & qu'en même-tems ils faifoient faire un chemin immenfe 
au bon goût. 

Cet exemple ne peut-être que d'un heureux augure en faveur 
de ce Di6tionnaire : puiffe-t-il être avantageufement reçu du Pu- 



bl 



ic : 



Ce fera un puiflant encouragement pour la continuation de nos 
travaux. 

Fin du Dijcours f réliminaire ■> 

TABLE 



ccx!î 

TABLE 

DU DISCOURS PRELI3IINAIRE. 



PARTIE PREMIERE, 

Origine de la Langue SC de la Nation Grecque, 
Article Premier. 

$. I. JlNTRODU CTIOK t i 
§. 1 1. Rapport de ce Dif cours avec celui qui eji à Itt tête des Origines 

Latines , J 

§. III. Avantages de la Langue Grecque , ib. 

§• IV. Fues générales fur les Caufes qui la font négliger , 7 

§. V. Moyens de faciliter l'Etude du Grec, j» 

§ • VI. Pourquoi ces Origines font mieux connues aujourd'hui , 1 1 

S. VII. Origines Grecques , partie effentielle du Monde-Primitif t li 

Article II. 

Crées qui fe font occupés des Etymologies de leur Langue , 15 

Article III. 

Etymologifies modernes fur la Langue Grecque , I5 

Comment on peut parvenir à la vérité fur cet ohjet , zS 

Article IV. 

$. I. De rOrigine des Peuples de la Grèce y JO 

§. II. Comment on peut efpérer de la découvrir y Jl 

§. III. Vue Générale de la Grèce y JJ 
Orig. Grecq. ^ » 



ccxlir TABLE 

Etymologie du nom des Pélafges , ,^ 

§. IV. De laThrace y jj 

§ VII. Getie & Dace , ^i 

Getes & Goths ,noms d'un même Peuple i 49 

Du Pontife des Geie^ , jl 

$. VIII. Macédoine , 5 j 

§. IX Illyrie , jy 

§. X. Epire, 6z 

§ XI. Theffalie, 6^ 

§. Xll. Crfc* o« ^rfyj </£j Hellènes. 66 

20, Péloponèfe , • 70 

§. XIII. ^o/72j iej Contrées de la Grèce en font une description géographl. 

que , 75 

^. XIV. Etendue & avantages de ces Etymologies géographiques , So 

Explication de divers noms de Provinces , Villes , Montagnes ^ 

Fleuves , Ijles , &c. par oidre alphabétique , S.3 

PARTIE SECONDE. 

Article Premier. 

Divers Syftémes fur TOrigine des Grecs , Iji 

M, rAbhé Geino^ , ib. 

M. de la Nauie , J }6 

M. Gibert, 13^ 

M.Freret^ 14° 

M. l'Abbé Belleyy 14 J 

Réfultats , nuls , 144 

Article II. 
F'rai Syfîême de POriglne des Grecs. 

§. I. Des quatre fils d'Ion , mal-à-propos appelle Javan , 146 

§ IL Deucûlion & [on Déluge , mime que Noé , M? 



ccxli) 


'i3 


15 + 


lîS 


160 


161 


i6i. 


164 


16' y 


16^ 



D,U DISCOURS PRELIMINAIRE. 

Aide , la Colchide & Phryxus , 
Des Argonautes , 
§. III. Témoignage £ Hifiode relativement au Déluge , 
— d' Homère , 

Des Géans çui périrent dans le Délufe , 
Temple de la DéeJJe dt Syrie ; Statue de DeUcalion , 
D'Eurymedon Roi des Ge'ans , même que Typhon , 
Autre paJJ'age X.Homhe fur les Géans \ù nom corrigé , 
D'Ares , mal-à-propos changé en Mars y 

ArticleIII. 

§. I. Généalogie de Deucalion félon les Grecs f 168 

§. II, Idée qu on doit fe former des Pélafges y 170 

§. III. —Des Colonies Etrangères y 17 j 

^. IV. — Des Hellènes , 174 

§. V. -^ Des Amphiclionst 17^ 

Article IV. 

§. I. Chronologie Grecque avant la guerre de Troie abfolument brouil- 

lée y iSo 

Cecrops y ,81 

CeVtfj /oKJ Erechtée , l ^' î 

Théfée ,& fondation d'Athènes, lS< 

$. II. Conféquences qui réfultent de l'Htfloire de Théfc'e. 

l". Confirmation de nos principes fur lafondation de B.ome , i8ô 
a°. Hifloire des fept premiers Rots d^ Athènes, abfolument allé- 
gorique 6» femblabli à celle des Jept Rois Adminijirateurs , i;jo 

Article V. 

§. I. Culte des Lacs , des Sources & des Fleuves , I()4 

§. II. Culte des Planeties y 19P 

§. m. Temples communs , zo) 



ccxUv TABLE DU DISCOURS PRELIMINAIRE. 
PARTIE TROISIEME. 

De la Langue Grecque* 
Article Premier^ 

§, I. Langues Félafgi^ues. lotf 

Article II; 

§. r. Des Dlalecies Grecs 109 

§, II. En quoi ils différent , 2ij 

Dialeâe Dorieny 2.16 

Dialecte Eolien, -. 217 

Dialecte Jttijuet z>8 

Dialecte Ionien y 2lj) 

§. IIL Des licences Poétiques,, 223 

Article III. 

Langue Grecque conjldêrée comme Dialecte de la Celtique, 214 

Article IV. 

Tonne de ces Origines , manière de s'en fervir. 

§. I. Utilité des mots radicaux & de leurs Familles ^ 125 
§. H. Racines Grecques qui avaient été inconnues jufques à préfent , 2 30 

§. m. Mots rejettes dam les Clajfes des Compofés , iji 

§. IV. C/iaque Lettre du Visionnaire Grec réduite a fes vrais mots. 235 

§• V. Mots compofés omis ,& pourquoi ^ 234 

§. VI. Des Terminaifons , '^. 

§. VII. Des Initiales, ijf 

§. VIII. Terminaifons verbales , '^• 

§. IX. Du fens des Mots. 2j6 
§. X. avantages qui refultent pour ce Dictionnaire d'être traduit en 

François , , 238 

Fin de la Table du Difcours Prdiiminaire. 

DICTIONNAIRE 






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•V 5!. 



^'A«-^SZi^«=SS«K5!/=-5=/',«i2SS.-'<iA»i\\Ç 






DICTIONNAIRE 

ÈTYMOLO G I (lU E 

DE ]Lx\ LANGUE GRECQUE.' 



^ , premier fon vocal , première 
lecrre de l'Alphabet & qui vaut un 
en Grec de même que dans les Al- 
phabets numériques. Ildéfigne, 
par-conféquent , i ", celui qui eft 
le premier , le Maîcrc, le Proprié- 
taire : z". la propriété , la polTef- 
fîoii , la qualité à'ylvoir. De- là, 
le Verbe A ùà , j'ai; yîh-eis , 
tuas, tues leMaitre, tu es ayant, 
en ufage ch;z les Pampiiyliens : 
3°. on l'ajoute quelquefois à la tête 
des mots pour leur donner plus de 
force : A;^;av£ç , yikhanes y qui mu- 
git avec force -. 4°. mais fon ufage 
le plus général à la tête des mots, 
Ori^. Grecq, 



efl de marquer la privation, la 
négation , Tablcnce , comme le/« 
des Latins ; A^BeLaios y non lia-; 
ble, chancelant. 

Et fi le mot qui fuit , commence 
par une voyelle , A devient An. 

y^n-agria , le tems où on ne 
peut challer. 

j". Onomatopées. 

Le fon A , défigne en Grec diverfes 
Onomatopées. 

A* , A*, ah! ah .'cri de douleur, de lamtn- 

tst'on. 
A' , A', haf ha .' cri de plaKîr , de joie , de 

rire : i", cri d'admiration. 
AA' , a;i , cri d'une grande douleur : L^y 



^ DICTIONNAIRE 

eaux bruyantes, grand amas d'eaux cou- 
rantes , murmurantes. 

A B , A P. 
1°. Biens précieux : fruits ; 
1°. Defir extrême. Mot primi- 
tif qui a formé ces Familles en 
Grec. 
I. AmOS , fi , Aplos , poirier, 
AUloy , TÔ, /îpion , poire. 

i. Préci:dé de rAdv;rhe af , ag , ex- 
trêmement, fort. 

Ar-ArioM, Jo-apao, f. îktm , aimer, 
chérir, mot-n-nioc, dchrer comme 
le bien le plus précieux , le plus 
cher : a^. embrafler : ?°. recevoir 
avec plaifir , avec contentement. 

Ay-cî-n, amour, afiion de chérir: î°. les 

Agapes , fcflins de fraternité. 

Ay-aTriJ/U-a , -rù, ^ ,., ,. 

> amour, dileihon: 1*. 

Ay-awKS-jJ , 1! , 1 . 

, ( i obiet cheri, 

Ay -a-ir>(T/J.o; , c , ) ' 

Ay-annni; , aimable. 

Ay-aTrntKos , capable d'aîmer. 

Ay-aTT.srûî , avec plaifir , volontiers , de 
cœur. 

Ay-a7!a'Çu , aimer , recevoir à bras ou- 
verts ,• avec jùie, 

A/j.:^-ay-rx7rau , ^ chérir, aimer extrénie- 

Uifi-ay-anau , ^ ment; de tout fon 

ïn-ff-ay-aTrau , 3 cœur. 

3 '2. Prononcé OP & fuivi du 
mot ÔRA , faifon, il a fait j 

Ori-nPa , h , Of-DTa , le Tems des fruits , 
l'Automne; a», les fruits d'Automne. 

On-upicos , d'Automne. 

On-u.YJ>.oî , fait ayec des fruits d'Au- 



ÉTYMOLOGIQUE 4 

OT[-'jfi/.:oç ^ pommier: î". tout arbre qui 

porte des fruits d'Automne. 
On-'jpiui' , qui acheté & revend des fruits 

d'Automne, 
Ori-upi^u , cueillir les pommes ^ autres 

fruits d'Automne : i°. vivre de ces fruits. 
Orï-upio-Aiof , cueillette, récolte des fruits 

d'Automne. 

Composés. 
AETK-oTT-wjiof, qui porte des fruits blancs, 
Jlic-^a-wpÈU , je fuis au milieu de l'Au- 
tomne. 
J\UT-3T-wpoi', la fin de l'Automne. 
MfT-:T-up)Kof , qui ell à la fin de fon Au-i 

tomne. 
$S-ii--o7r-up5c , le déclin de l'Automne. 
$3-ii-57r-upircij , qui ell fur le déclin de 

l'Automne. ' 

iQ'i\-07T-ufiç , olive de la fin de l'Automne 

& qu'on met en faumure. 
$iA-37r-upir»?5, i, qui aime les fruits d'Ait" 

tomne, 

4. Ce mot prononcé HEPh & 
fuivi da mot est, feu, efl devenu, 

H$-AI2Toî , (î , le Père du feu , ou H«- 
phejlus , nom de Vulcaln ; 2", le feu , I9 
flamme. 

Hqj-aiç-Êiof , de Vulcaln. 

Hqj-aiç-fioi' , TÔ, Temple de Vulcaln, 

Hç-afçeia , Ta, les Fêtes de Vulcaln. 

5 . ABach , fignifioit chez les Cy- 

priens, Maitre, Dodeur, qui en- 

feigne. 

AC, 

Pointu , piquant. 
AC , Famille primitive qui défigna 
tout ce qui eil aigu , pointu , pi- 
quant , a formé une multitude de 



s 



DE LA LANGUE GREC Q. AC 



mors Celtes, Latins, Sec. Se Grcrs. 
Ceux-ci fc divifent comme chez 
les Lacins en pUifieurs Familles. 

I. 

AC , tout ce qui eft pointu , aigu , 

piquant. 
AC, défignant tout ce qui eil poin- 
tu , aigu, piquant, a formé des 
mots Grecs en AK , AG , AIK , 
EK, OK, OX , AIKS, AKS, 
AnG , OnG, &c. 

AKH , akî , pointe. 

AKiç , id^f, h ; Si 

AK-uzs, h, pointe. 

AKa^u , aka^ô , aigullêr , rendre pointu , 

affiler. 
iAKId^wJ^nç , ô , ri , qui ed acéré comme 

la pointe d'une flèche. 

Mots dHésychius. 
HKH , êkê , pointe. 
HKttj , H , pointu. 
AIKAdj , pointes des âèches; l'aclis des 

Latins. 
'AKTîa , lances. 
APu/ , qui rend un fon aigu* 
AKova , il rend pointu. 
AKKiç^Érsti , il ril poiutu. 

Composés. 
AC devient EK dans \-:s compofés 
fui van s : 

A-HKtç, A-tkcSy qui n'a pas de pointe , 
cmoiiffc , obtus. 

Aucp-Hl^ns, pointu des deux côtes ; tran- 
chant des deux parts. 

AK.riX» , Ah-ôkhty trère ; i", repos , 
relâche. 

£i;-HKrjf , très -pointu. 



Né-HKï(S , épce nouvellement aflilée. 
Tlift-UKr.i , aigu , pointu , trèt-atïilé. 
ripa-HlCr; , trcj-poinfj. 
TcLva-HKvi , qui a une large pointe : r*. 

long, étcnJu, de cette étendue qui eft 

étroite & afF.lée. 

1». 

AKMH , ak.mc-, pointe, tranchant ,' 
tout ce qui efl pointu. 

1°. Au figuré , la pointe , la vi- 
vacité , la fieur de l'âge. 

5. Le moment , l'inflant , le 

point qu'il faut faifir ; le point dé- 

cifif. 
AKMaiof , à la fleur de l'âge : 1°. qui ar-^ 

rive À propos, à point nommé: ;-. nuir» 

en état d'être cueilli : 4". au fi^. nubile. 
AKMafû, être à la fleur de l'âge . i". 

être dans toute fa force , dans toute fi 

vigueur : 5°. être au point qu'il faut pouc 

être cueilli : 4°. en être au point que, 
AKMaç)-{, robufle, fort , valilar".:. 
AKMufoî , adulte , dans toute la force de 

l'âge, 
AKiM»»' , ahmèn , au moment préfcnt i 

maintenant , même encore : 1". avec 

beaucoup d'aflîduité , arec force. 
AK-AKMéj'oi' , pointu ( Apollonius. ) 
Composés. 
hn-akmhî ; -Miif, robuHe ; plante dans 

toute fa force. 
EN-AKMaçfu, je renforce, je procure une 

grande végétation. 
Én-AKMîf , rebufle : i", pointu , affile. 
En-AKMaf^M.étre dans toute fa force, 

dans toute fa vigueur. 
En-AKMaç-wc; , qui fe fortifie peu à 

peu, 

Aij 



V DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE" t 

riap-AKiM.is'^ , je lang'.iis , je mî fane. 
n*f)"'.KMi!,i.'-ngLieui'.affoibli(renienc. 

IUa-AK\ij.s-i; i perte de fes forces , 



Jangueur. 
Uap-AKMaçi^tùç, dont Iss forces fc font 

aSbiblies , qui fe fane , Ce flétrit. 
Sur-AICMa^w , tleuTir en même tsms : i°. 

être du même âge, 
ÏTo'fp-AK.M'J!; , qui n'cû plus à la fleur de 

l'âge. 
YcE2p-AKMr<^ùJ, jene fuis plus à lafl.'ur 

de l'agi* 

î- 

AIXMU, al'.hmc , pointe , tranchant : 

i°. lance, dard, javelot ; 5°. guer- 
re, combat. 
'AîX/^./'ji' , laiice (Hé/ychiu!.) 
A!X>U,7(;f, guerrier, belli-iueux. 
AIX-Ma^'w , lancîr, darder. 
C O M P o s ES. 

IttW-ATXM'jî , Cavalier qui le bat à la 

lance, 
EupL-AIXMrt , dont la pointe efl lirge & 

acérée : 2°. bien armé, 
i-.y-AÏXUm , qui fuit les cornbits, lâche , 

poltron. 
Oa-.-AÎXÎWoç , compagnon d'armes. 
OM-AlXM;a , fociété , fraternité d'arme?; 
OM-AiXMo?fu , combattre enfemblc : i». 

lancer en même tems. 
MtT-AIXA'.i5i' , réparation , interflice : 1". 

effiarc entre deux Armées, 
MiT'AïXKuos ■> iui tH entre deux, mi- 
toyen, 

riii-T-AIXAbç , qui a cinq pointe». 

* Inî^rumens pointus , tranchants. 
.1,. AilLill > ^Ikôn , [OS, & Ahous y 



dard , javelot , trait qu'on lance. 

AKonliov , aftion de lancer un trait : i"» 

chez les Macédoniens , épine du dos. 
AKsiTia;, à, Acontïas & Akontb^os , eA 

pécw de ferpent qui s'élance comme un 

trai: : i". nom d'une plante qui guérit 

des morfurcs de ce Icrpent, 
AICocT/ai , Ac-ontiai , nom d'une Conflel-; 

lation , le Javelot. 
AlUtTix,o> , remède contre les morfures 

des ferpenf, 
AKofTi^u , je lance, je darde; je frappe 

d'un trair, 
AÏ\'jiT:JiUy- & AKjvTtats , adion de lanceî 

un trait. 

AKoyjiçr.ç , lanceur , habile à lancer. 
AKoniçis , an de knccr un trait , habi-^ 

leté dans cet exercice. 
AK0CTIS-I25Î , habile dans l'art de lanccc 

un trait, adroit à lancer. 

Composés. 

Av-AKotri'^a , je lance, 
Att-AKovti^w , Ai-AKoiri^'j} & E--AKof- 

Ti^u , je lance de , à travers , fur. 
E|-AKom^u , je lance de, je darde. 
El.AKo:Ti(^iU.x i E7r-AK3iT!(r/.'.3S , adici)r 

de lancer. 

KaT-AKom^w, je perce de traits. 
naf-AKocT/Çu , je lance vers. 
Ui^-Al\otTtçr.i , qui lance contre les 

piedâ, 
ritpi-AKojT.^u , qui frappe de toutes parts 

à coups de traits. 
no!)-AK'ji'TiÇu , je lance contre. 
nfoa-AKovri^ofj-at , je fuis pené de trait», 
TTiip-AKofTi^u , je lanrc au-delà : i°. je 

lance plus loin : 5". je furpafle en ha,, 

bileté. 

i. AKa/ïct, Akaina, &: en Ionien j 



^ DE LA LANGUE 

bâcon pafcoral arme d'un aiguil- 
lon. On ?n attribuoir l'invention 
aux ThL-lTaliens : i". perche de dix 
pieds pour melurer 1j tcrrein. 

AKav.'o;' , petite épine. 

AKaviJu, être armé d'un bâton à aiguil- 
lon. 

AKai'3-uî , i3, n, arrêtes extérieures des 
poiliour. 
, AKaruj^nt , épintux , à piquans. 

3. AKif-AK»?, Akln-akss , labre perfan , 
& en ufage aulîî chci les Scythes. 

4. kiry-vi-j. , AlGanea , Aiganeê 5c A'i^a- 
mon , javelot , trait , lance longue & 
légère. 

j. A21NH , Axlr.é , hache. 
A'^iya^i'in , petite hache. 

6. or Mo; , Qj'nps , fente , raie , /îllon 
tracé par la charrue ; de la même fa- 
mille que le Latin Occare-, hcrfer , dé- 
clarer la terre avec des inftrumens 
poîn:us. 

7. ErXîj, Egkhos , prononcé EnMsJ, lan- 
ce , épés. 

ErXi.a , E^khs'-a , Enkhehi , pointe d'une 
lance : habileté à fe fervir de la lance. 

C O M P O s É St 

KtXaii' ErXrj, qui porte une lance noire, 
XuXx-i-XXrs , dont la lance eft d'airain , 
ou de fer: %°. belliqueux , vaillant. 

Plantes armées de piquants. 

.1. hV.hS.H'iK, Akalîphé , orrie : 2P. 
animal marin , dont h coquille eft 
armée de piquans. 

j, AKacS-a, Ak.mtha. ■, épine , buiflbn épi- 
neux : 1°, piquans de divers animaux : 
3°, ditilcultés, épines, peines ; angoilTeS. 



G R E C Q. A C. td 

j. AKaiwfÇ , fruit de l'aube-épine , o^ 

épine blanche : •.". chardonneret. 
4, KKav^H , à , Akanthos , Acanthe , ar«i 

briiïeau qui doit Ton nom .i les pi|uansi 

1°, hérilfon , porcépi. 
î. AKoivîïni/ , petite épine; plante qui refî[ 

femble .A l'aube-épine. 
6. AXccc&'ciS , poilîon à arrêtes; z". ef^ 

péce de cigale qui chante dans les buift 

fons, 

DÉRIVÉS. 

AKaiS-ucT'nf, éjineux ; i". plci.i de con-i 

CCS ; 5". hériiïe de difficultés. 
AKavd'ix.oi , épineux , rempli d'épines; 
AKav'àiy'JÇ , fait d'épines , de bjis d'é->' 

pines. 
AKoLv^iuv , uvoi , lieu rempli de roncesjî 

d'ép:nes. 
AKai'D-ou , AKavÎTi^iji , rendre épineux, 

rendre pointu ; 2". être épin;ax ; j"» 

craindre le5 épines,- 

Composé s. 
AN-AKafS-jf , fans épine, far:3 aiguillon, 
El-\Kc'.v^i^u , j'arraclie les épines. 
ET-AKai'9'iÇui', qui n'a que de légers pi- 
quans. 
Ep?r-AKav&a, plante épineufe rampante; 
K'jf-AKai'3'a , ronce de chien, 
Aê'jJt-A.KavS'a , épine blanche. 
Mii'-AKasS'oi , qui n'a qu'une épine.' 
O^u-AKar^a , arbre épineux, 
TTc?i-Kap?ri-AKav9'JS , fruit environné de 

piquans. 
Mv-AKa»&;i{ , myacanthe , arbriiïeau épi» 

ncux. 
n>Xj-AKai'&05 , arbrifleau hérilTé de pî-j 
quar.s. 
nTop^-AKar^-Jî , dont les branches font 

garnies de piquans. 
nip- AKaivJa , plant: épineuïe , couleui; 

d: feu. 



DîCTTONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE 



f I 

Tpay-AKœjS"^! épine de bouc, arbriflcau. 
^uAA-AICaiS'oî , plante dont les feuilles 
font piquantes. 

'Xoya'f-AKaif^'jç , qui a des cartilages 
épineux , à piquans. 
y. AKANOS , Akanos , arbriffeau armé de 

piquans & d'épines. 
§, AKINoî , Akinos & Akonos , le bafilic 

fàuvage , l'ocimajîrum des Latins. 
0. AKAPNa , Aharna , arbrifTeau qui dc- 
voit fe rapporter à cette clafle •, mais s'il 
défigne le laurier , comme on le voit 
dans Héfvcliiîus , il tient au nom d'Apol- 
lon Carnéin. 
jo. AXNA , Akhni , Alkr.ê , baie du bled, 
paille des grains battus; z°. fumée qui 
pique les yeux ; 3°. branches les plus 
délices , terminées en pointe fine ; 4". 
' duTCt ; 5°. écume de la nier, 
f ÂXNud'jJS, fcmblabls à la baie du bled. 

ANcTp-AXN» , pourpier. 
ÎII. AXupjj', Akhuron, paille, fétu , baie 
de bled, chalumeau. 
lAKup/z-'os, abondant en paille. 
AKupii-eif , qui fe fait avec la paille , feu 
de paille, 
'/Kupu/ , amas de paille ; r". grange. 
'AX-'pou, je couche fur la paille. 
AXupTitTÉf, paillettes. 
AXi'pui7iç, nattes, chofcs qui fe font avec 

la paille. 
'Af-AXupuTof , où on n'a pas encore mis 
de la paille. 
Iiî. AXfpcToç, efpéce d'épine. 
Jj. AKOPoe, plante appcllée poivre des 
abeilles. 

AKoprTKs, vîn fait avec cette plante. 
|Ï4. AKopva , I, , plante de la claiïc des 
Acanthes, 



12 



6. 



AKayflo-NwToî , & EXINoç, Ekhinos , 
hériiïîjn : 2°. hérifTon de mer : 5°. 
coquillage d'iiériffbn, &: dont on fe 
fervoicpour le fcrurin: 4,°. hfcru- 
tin : j°. curette où l'on rince les 
verres: 6". peau à piquans qui en- 
veloppe certains fruits. 
EXimr>:5f, petit hériffm. 
EXnuJ^Dî, à rhériiïbn , rude comme un 

hérilFon. 
EXicEÇ , échines , efpéce de rats d'Afri- 
que. 

7- 
Efcarpé, brifé, 1°. en AK. 

i.AicTH, ylktè , rivage, la terre y 

eft brifce , rompue : t". contres 

maritime. 
AKtioç , de rivage , riverain. 
AKt/twî, qui habite le bord des eaux," 

des rivages. 
AKTa/5f , maritime , de rivage. 
AKTaJui' , qui s'élève, (comme le rH 

vage.) 

EIT-AKT/oj, (îtué fur le bord des eaux. 

nc.p-AKTiriî, maritime, de rivage. 

rtaf-^KTicTioî , qui frappe contre le ri- 
vage. 

2. oxeH , Okhckî , rivage, bord des 

eaux , terrein élevé au-de(Tus des 

eaux : 1°. fones. 
OXeoj , rivage ; 1°. élévation, colline i 

5°, verrue , tubercule. 
OXS'npoï , de rivage , efcarpé, 
OX9-ucf'i;c, efcarpé ; '.". plein de verrues , 

de tubercules. 
OX'^-olooç , franges , bordure des habits 

de fenuues. 



rj DE LA LANGU 

i". En A G. 

Arn , ^go , rompre , brifer. 
AFiLW, AgnuoSz .'Igr.umi , rompre, brifer. 
AFH , Aghê , rupture ) fradion , ach'on 

de brifer ; î°. rivage , parce que c'cft un 

terrein brifé par les eaux ; 3°. blefTure. 
ATAœ , Agrr.a , fraâion , fragment , 

morceau. 
Ar/.i.jç, fraftion , pièce, 
ATa'-oi, lieux clcarpcs , en précipices. 
AFciÀsof , mutilé, brifé; 1°. creux en 

dedans & gui peut le brifer aifément ; 

d'où ; 
AîiT» , Ah'.ê , furcau , arbrifTeau creux 

f.n dedans. 
AVavoi , brifé. 

Composés. 
A-kTrî , A-aghêr , qu'on ne peut brifer. 
E'-Aru , rompre , brifer, 
Er»Aru, rompre, brifer. 
'ETTi-uyai , rades où les vailTcaux font à 

l'abri des vents, 
KaT-AFu , rompre, brifer, mettre en pié» 

ces. 
KaT-Ar,ua , fraéiurc. 
KaT-AKros, fragile, aifé à brifer. 
Svi-ATu , brifer , mettre en morceaux, 

Sur-Composés. 
Ap.jyJ'a^o-xcLT-AKrrs , qui calfe les noi- 

fettcs. 
Kapï-zaT-AKriJî , cafTc-noifettes. 
A^c-y.aT-AKToç , difficile à brifer. 
En :-xaT- Ar»uM.i , brifer par-deflus , brifer 

fur. 

Tliùi.KaT-A.TvuM-1 , brifer autour. 
Clo-y.aT-Alii , aftion de caffer des œufs. 
ÛTo-xaT-A^ij , contulion des oreilles, rup- 
ture des oreilles. 
Ku/Aar-iir» , écueils, rocherj contre ItC- 



E GRECQ. AC i| 

q'jcls fc brifent les flots. 
Nau-Aruç, S: en Ionien Nai'-Hrof , qui a 

fait naufrage ; dont le vaiffcau ell brifé^ 
Nau-ATia, Sc-Arior, naufrage: le fécond 

de ces mots défîgne plus particulicremen| 

les débris d'un naufrage. 
Nau-ATtu , je fais naufrage. 
Uifi-Arrv^u , rompre en tordant. 

8. 

1. A 13, AïVoi . -^ix ,^lgos , chèvre J 
parce qu'elle aime à grimper dans 
les lieux efcarpcs : z". chamois, 
bouquetain : 3°. nom d'une conf- 
telLuion: 4°. efpéce d'oifeaua;^ua>; 
tique, 

AlViioç , de c'nèvre , de bouc. 
AlVivom , abondant en chèvres. 
AlViiry.H , chevreau. 

2. AITij , peau de chèvre : i». la fiincufê 
Egide , peau de chèvre qui couvroit la 
poitrine en forme de cuirafle : jc-. cfpé- 
ce de cotte de maille , de filet en tct 
féaux. 

AIFui' , uyos , étable de chèvres : z°, nom 

de chevriers. 
AITiAoî , plante agréable aux chèvres. 
Airikmoç niTffii, (Apollon,) rocher fi 

efcarpé qu'une chèvre même n'y grim-i 

peroit pas. 
Airi'opf^oi , armé de l'Egide , furnom de 

Jupiter (Apollon.) 

9- 

AI Kl A , Jikia , coup , a£lion de frap- 
per; pulfation, plaie. 
AlKioi' , dommage , lé/îon. 
AIKiJu, frapper de coups , battre ; »t« 
mutiler honteufement.f 
AIKicTiua > mutilationi 



'îf DICTIONNAIRE 

'AlKitTi>iiis -, prct a frapper , a bactre. 
KaT-AIK'Jw, traiter ignominicufcment, 

lo. 

A K R, pointe. 

l». AKPON, Akrori, pointe , fommer, 
fommité : 2°. le grade le pius éle- 
vé , le plus haut point. . 
AKPa, plur. neutre , extrémité ; 1°. ber- 
nes , confins. 
iMCPoî, haut , élevé ; 2°. extrême ; 3°. le 

plus haut , fuprcme. 
lAKPi^'f, parfaitement, de la manière la 

plus élevée. 
B- AKPct, h ,fing. fém. fommet, pointe ; 
î». faîte ; 3°. cap, promontoire ; 4", ci- 
tadî;lle;toujours placée fur le lieu le plus 
élevé. 
'AKPaiof , furnom de Vénus & de Junon , 
parce qiic leurs Temples étoient placés 
dans les Ci.adcUes , & qu'elles en éioient 
les protcftriccs. 

AKPk , '05 , «5 foramet , fommité, 
AKPi^u , j'habite les lieux élevés , je vais 
de fomsKts en fcmmets ; 2°. j'abats la 
tête , le fommet. 
•3. ARPui* , i^yoi , à 7 l'extrémité d'un 
membre. 
'AKPu'Topioi' , fommet , pointe ; 1°. pro- 
montoire ; 3°. les extrémités du corps ; 
■40. les créneaux des éi;ûces , leur faîte ; 
*«. les éperons d'un vaifieau, 
'AKPw-T»pia^u , je coupe les extrémités 
I du corps , je mutile ; 1". enlever les épe- 
rons d'un vaiiïcau, 
AKFu-Tî;pia<7A'-« , mutilation^ , amputa- 



tion. 



yVJCP-oTis , la langue dans Hippocrate , 
fans doute , patce qu'elle Ce termine en 
pointe. 



ÉTYMOLOGIQUE a 

Composés. 

AsiA-AKpoj, extrêmement timide , très- 
malheureux. 

Atij-AKpoî, très-pointu, 

AI-AKPiof; montagnard , qui habite dans 
des montagnes. 

Ett-AICPo; , qui Ce termine en pointe , reC 

' ferré à fon extrémité. 

pTT-AKpjç.'w , conduire à fin , terminer. 

T7i--t5-AKfj/ç^u , parcourir les fommcls. 

Ilac-AKPis, flirnoiîi des abeilles , tllcs 
parcourent les fommités des fleurs. 

Tpii'-AKPia, la Sicile , à caufe de Ces 
trois po lites , ou promontoires. 

T,jiy-.\li?iç, qui a trois promontoires, 

Tîrep-^KPia, -ommets des montagnes. 

Tî-.ip-AXPi^u, je m'échappe par le haut ;; 
je déborde. 

Mots L)' a p l l o n I u s. 

AKPoraTM, au fommet, 

AKPo'i''P'uf , broches, elles font pointue» 
& traverfent les chairs. 

AiXPo-KsAaiKou)' , dont le fommet efl 



AKPo-no/.oiç , déferts , environnés de col- 
lines remplies d'animaux. 

ATCP'î' , fommet de montagnes. 

AîiPccij , acciif. qui foufde far les fommets, 
fur la fupcrficïc. 

1 1. 

AK?;; , /S'a; , » , fauterelle ; infede fau- 
tatit. 

ARPicfiJc, petite fauterelle. 

1 1. 
AXPI, ^f^rl & Jkris, jafques, juf- 
ques h , à ce point d'élévatioiî , de 

tems , &;c. 
M-EXPI, M-Ekhriè(.Mekhris, juf^ues-là, 

jufques 



fgf DE LA LANGU 

jufques à ce point : x°. jufqu'à ce mo- 
ment ; 5°. jufqu'à ce que ; \°. tandis 
que, auHi long-tems que. 
M- 
AK , prononcé OK. 

OkPk , fo-nmec très-élevc ; ( voyez 
Difc. Prél. des Orig. Lat. ) 
ORPioêK, qui a de grandes faillies. 
pKPiao-eai , être aigri , irrité. Voy. AG. 
14. 

ThEG, pour HAK. 
De HAK , piquer , les Grecs firent 
ThEG, en changeant rafpiration 
en Th , ôi la voyelle forte a en la 
foible ê. 
€)Hriï , j'aiguife ; 1°. J'anime . j'excite. 
■Ovl'Ç , un point ; 1°. un moment, la ra- 
pidité de l'inftant , vîtcfTe , célérité ; 3°. 
couture d'une bleJTure, 
GnyaKioi , aigu. 

6»yayn ;- vov , pierre à aiguifcr. 
^nyatu, j'aiguife , je rends pointu. 

.Composés. 
'Al'^mro; , pointu par les deux bouts. 
EîTi-Sriru , je rends pointu , j'aiguife. 
Eu-â'Dri? , bien afl-ilé. 
npoxa3-a-9-«y60-9ai , être aiguifé d'a- 
vance. 

tlio-^nyr.i , nouvellement aiguifé. 
O?u-9'iwT05, extrêmement affilé. 
riapa-^iyw, affiler , aiguiier ; z". ex- 
^itcr , animer. 

Ce mot appartient auffi k la Fa- 
mille Vag , pointu. 

15- 
Mots formés d'AKR. 

11. AKPEM»r,MV3{, yi;^rf/72 w » branche 
Orig. Grecq, 



E GRECQ. AC '8 

très élevée, une dis plus grofles 
branches d'un ar'.^re. 

AKpEAtovixof , produit d s branches les 
plus grandes , les plus élevées. 
z. AKPI-BHS, ylkri-bis , dibgent, foi- 
gneux , cxaâ; ; mot a mot, qui s'a- 
vance, C-^«j) le plus loin, (alri): 
1». exquis , recherclié ; 5°. cer- 
tain , éprouvé. 

AKPI^wf , très-diligemment , avec le 
plus grand foin ; certainemen't. 

AKPI-/Sfiœ, foin extrême, txaditude ; 
2». juftice exafle & fcvcrc; 3''. écono- 
mie; 4°. ténacité. 

AKPI-^ow , connokre parfaitement , être 
sûr ; 1°. s'acquitter d'une cliole avec le 
plus grand foin. 

AKPi-iSao-M'f, examen rigoureux, recheH 
che exacte. 

AKPi-i2a?>i5 , qui recherche avec le plus 

grand loin. 

Composés. 
A?r-AKPI-/=5u , faire quelque chofeavec 

le plus grand foin , le plus conforme i 

(on modèle. 
A7r-HKPI-/3wM6i'05,fait avec le plus grand 

foin, avec la plus fcrupulcufe exaditude; 

1°. de bonne foi, fans fraude. 
AI-AKPi /3ou , s acquitter avec foin; i*. 

prendre les plus grandes précautions; 

3", (lipuler avec foin; 4". répondre 

exai3ement. 
TwÊp-AKPi-Srç, qu'on a foigné au-delà de 

toate exprclfion. 
?'i;i-AKPi /îow , prendre plalfir à l'exac- 
titude , à faire tout avec le plus grand 

foin. 

II. 
A C, acide, aigre. 

Cette Famille s'eil prononcée AK,' 
B 



ïp DÎCTÎONNAÎRE ÉTYMOLOGIQUE 20 

AKli , OX , &c. C o M p o s F s. 

Att-O^uç , pointu , armé d'une po:nte,. 

garni d'une pointe. 

A7r-0^j!'w , aiguiler, affiler, rendre poin- 
tu , aigu ; 2°, rendre aigre , aigrir , 
changer en acic'e. 

Eg-OÏDcu , rendre aigre , aigrir. 

ETr-O^uKu , rendre pointu; i*. animer^ 
exciter , donner de la vivacité, 

KaT Ol'Ji , aigre , âpre. 

nap-0|i/i'u , aiguifer , rendre pointu ; i",,. 
exciter, animer, enflammer; 3°. irri- 
ter , pouiïer à la colère ; 4°. empirer 
l'état d'un malade. 

Tïaf-OluvTixoi y qui anime, 

nap-O^jfTiza , lei chofes qui portent à la 
colère, 

ITap 0^t'(7/i9f , irritation , fymptôme plus 
fâcheux dans une maladie, 

nap-O^ifw , devenir plus âpre , tendre à 
l'acidité, s'aigrir* 

Suv-O^uf , dont les angles fe réunifient en 
pointe. 

Xuv-OIjvu , fe terminer infênfiblement e» 



osrs , f îç , O.xys , Oxus , aigu , 
pointu : 1". acide, fuc piquant : 
3°. maladie aiguë : 4°. vif, prompt, 
qui poufîe fa pointe, qui s'enfi^m- 
meaifément: 5 **. fubtil : 6°, ofeiî- 
le , plante acide : 7°. le rable, le 
rein, 

0|u , pointe, tranchant ; 1°. célérité, 
Adrerh. en pointe; 1°. en pouffant fa 
pointe avec ardeur , "promptcment, avec 
vîtefTe. 

0%Mi , d'une manière pointue, perçante; 
a", avec foin , avec ardeur, avec afrcc- 
tion. 

OJuTrç , i7T!>; , » , pointe , tranchant ; %°. 
acriinoiiie , aigreur ; 5°. âprcté , âcreté 
des humeurs ; 4". célérité. 

O^wu , rendre pointu, aiguifer; i". ren- 
dre acide , faire aigrir ; 3°. devenir ai- 
gre. 

O^'ja , h-, arbre dont les feuilles fontépi- 
r eu Tes. 

OJupiaç , « , ^ , fromage très-acide , qu'on 
faifoit en Sicile. 

O\oi , ioi , Tù , vinaigre , acide. 

O^iiid^us, acide, aigre, sûr. 

O^npoj, ce qu'on accommode au vinaigre. 

Olivw , ô , vin un peu aigre , vin éventé ; 
î». bilieux , colère. 

X)\iva. , herfe , elle efi armée de dents de 
fer. 

0?iî , (cTos , vinaigrier ; i°. vafe au vinai- 
gre ; 5«. mefure àvendre du vinaigre. 
Ch^ui , être acide , s'aigrir. 
p^aAis , ic^os , n, évent, vin éventé. 



pointe. 
Ttt-O^iÇw , être un peu acide. 

z". 
AXPAS, Akhras, poirier fiiuvage : z*.^ 

poire fauvage v ce fruic ell extrêr 

mement âpre. 

AX?a^tvov , bois du poirier fauvage. 

BaXA-AXPaJ^Éî , abatteurs de poires fau- 
vages à coups de pierres , ou de bâtons : 
nom que fe donnoient les jeunes Grec» 
dans quelques-unes de leurs Fêtes. 

OXMm , Okhné, & orKNi), Ogknê , pror 
nonce onknt , autre nom du poi- 
rier fauvage : z». poire de jardin i. 
g'. poirier. 



Al DE LA LANGU 
ni. 

AC, aiguillonner, conduire. 
I. 
Arn, /^go, VJgo des Latins ; ce verbe 
réunit en Grec autant de fignifica- 
tions pour le moins qu'en Latin. 
11 fignîfie : 

I ''. Aiguillonner , poufTer , ani- 
mer, engager. 

2°. Pouller un char dans la car- 
rière , conduire un char, un vail- 

feau. 

3». Gouverner. 

4®. Former , élever , inftituer. 

5 '. Conduire, amener. 

<S°. Traîner au tribunal. 

7''.Tirer hors , traire , extraire. 

S". Eflimer , mettre de niveau , 
regarder. 

9°. Avec le mot don , prifent , 
faire ; faire un préfent. 

10. Avoir foin; protéger. 
1 1*. Traiter d'une chofe. 

11. Mener, paffer ; mener 
deuil , pafTer fa vie , &c , 5cc. 

1 3°. Attirer, charmer. 
DÉRIVE s. 
'ArE, VÂge des Latins , courage ; con- 
duirez à fa fin. 
'ATayt , {Hefjih. ] , apportez. 
ArOS , Agoi, mcfc. ôc jtm. Général, 

chef, condudeur. 
J^.V-fi-Tti , A^-cghê , aftion de conduire , 
tranfport , charroi ; importation, 
i". Charge , fardeau. 
3°. Inlliiution, éducation. 



E GRECQ. AC 22 

4*. Aftion de mettre hors , de tirer hors. 
5°. Changement. 

C". Manière de vivre , régime , diète.' 
7°. Culture des arbres , art de les élever, 
8°. Conduite du difcours , la ftrudure, 
9". Chemin , route. 

10", Départ delà nouvelle mariée pout 
aller joindre fon époux. 
Ar«yiMoç, aifé à conduire , à voiturer ; 
1°. enclin à ; ^°. qu'on a accoutumé de 
tranfporter çà & là ; 4». cité devant le 
Juge. 
fiiTuyiov , ArwyiMoi' , fardeau, charge de 
voiture. 
ATuyi,ua , cargaifon d'un vaiiTeau. 
Aruyos , condudeur; i». qui attire , qui 

réduit ; 5». aqueduc. 
Arwvfw, condudeur; i°. qui cite de- 
vant le Juge, demandeur; j«. frein, 
bride , rênes. 
1, AFHMA , AghêmcL , troupe de gens ar- 
més, troupe d'éléphans ; i". cohorte. 
ArnTop, «fo; , 6 , voiturier. 
ATuTup, condudeur. 

5. ATivfu, apporter; voiturer; dans Ho- 
mère Arjii'jw. 
Aîr-Arii-jw, apporter; i'. payer les tri- 
buts. 
En-AVinu-, amener, préfenter, offrir. 
KaT-Arif£U), amener en bas , voiturer, 
4, AHii , Axo , pour Ago , conduire. 

Composés. 
I. aK-aIw, élever, conduire en haut: 
i". lever: 5°. dreiler, ériger.- 4". 
mettre à la voile : 5°. ramener -. 6 ', 
éconduire , rejetter : 7". inflituer * 
élever, enfeigner: S", pourfuivre 
un coupable. 
AN-Aruiy» , adion d'élever , d'enlever , 

Bij 



hî^ DICTIONNAIRE TYMOLOGIQUE 24 



de tirer en haut, de partir, de mettre 
à la voile ; l'.rejedion, émîdlon ; 3". 
rapport , relation; 4°. inflitution , difci- 
pline , éducation, 

AN-Arwyoç çfu», vie qui s'élève en haut, 
vers les C.ieux ; 1'. qui Ce traniporte , 
qu'on voiture; 

'AN ATuyixaç , le fens anagogique , ce- 
lui oij l'on s'élève du fens littéral au fens 
Spirituel. 

'AN-Aruj7£:jî , qu'on attache à un corps 
pour l'enlever , le déplacer. 

An-AN-ATu , je fors à la rencontre de 
l'ennemi. 

Auir-Ai'-Aruiyof , qu'on rejette difficile- 
ment , avec peine, 

E^-ai'-ArWj ramener j rappeller, recon- 
duire. 

Eu-ai' AFuyof , qu'on rejette facilement. 

Tn-il av-Aru,«.ai , s'évader du rivage, 
£. An ATu , emmener , détourner , rap- 
peller ; 2^. ramener; 3''. apporter le 
tribut. 

An Art , VJpage des Latins . fi , loin de 
moi , mot-i-mot , emmenez loin , ôtez 
de devant , allez loin, 
Af-ATuy» , aftion 'l'emmener ; 2'. ac- 

t ion d'emprifcnner ,■ j". ordre d'empri- 
fonner ; 4°. adion de ramener, 

At . ATuyoî , qui cn^iTicne , qui met 
hors , qui chaïïe, 

Svr-an-Aru emmener en mêmctems, 
arracher dans le même moment. 

3, Ai-AFu , traverler, conduire au-delà, 
iranimc ttre , tranfportcr ,, faire palier ; 
1". palfcr fa vie; j", emmener, rom- 
pre ; 4°. détenir. 

Ai-ArwvD , tranfjiort, trajet, aâion de 
pafTer ; ^", pafFe - tems ; 3°. flation , 
(pojfle; 4&. genre de vie. 



Ai-AFayixov , impôt. 

A(-AKTup , entremetteur, Interprète, 
Envové ; Truchement. Celui entre les 
mains de qui paffe une affaire, 

Af-AKTwpiœ , fondion de celui qui porte 
des ordres. 

Ef-Ai-AFo) , s'occuper d'une cho(e. 

Eii-Ai-ATuyoç , qui eft d'une fociété agréa- 
ble , avec qui il eft agréable de vivre. 

Sui/.Ai-Aru , paffer fa vie avec. 
4, Eiff-Aru, introduire , faire entrer , af- 
figner , comparoïtre, 

Eiff-Aruy» , introdudion , importation ; 
1°. affignation ; 3°. difcours p»éliminai'3 
re ; élémens. 

Eiff-ArocysDj , qui cite , qui aflrgnc, 

E/ir-Aruy/Mot , qui eft tranfponé , trant 
féré, 

Eia-Aruytxoç, préliminaire, int^odudoi^^j 
élémentaire. 

SoR-CoM POSÉS, 

AvT-ita-Wu , introduire à la place d'un' 

autre. 
A^T-£l<J•-A^uy» , introdudion à la place 

d'un autre. 
Eti e«r AFu , (urvenir ; mettre par-deC> 

fus , introduire , s'attribuer. 
Et ii(7-AKTo! , porté d'ailleurs, 
En-iia- ArViœ , accroilfement, addition,; 

furcroÎ! , pot-dc-vin. 
Avr-iTT-iia Aru , introduire à la place ^ 

au contraire, 
nap-eicr- ATu) , introduire jufî^u'au fond ^ 

inlînuer , gliiïcr dans. 
nap-Éii7-Al<T3î , qui fc gliiïe ficretie- 

meiit ; 1". étranger , qui arrive de dc-^ 

hors; 3°, extraordinaire, écrange, 
npae<i7 ATu , introduire d'airance, avant- 
2uc-ê/(r-Aru , introduire cnfemble , fairç 

entrer avec foi. 



DE LA LANGUE ;gRECQ. AC h'S 



2<f 

Slv {kt-AKtoî, Introduit enfemble ; i°, 

avec qui on fait chambrée. 

j. EN-ATu , induire, pouffer, exciter; 

î». perruader; 5". accufcr , déférer, 

EN-Arwyn, accufation . délation. 

AiT-tv ATuyn , récrimination, repréfail- 

les; 1°, compcnfation. 

6. EH-ATu, tirer hors, faire fortir ; z", 

exporter; 5°. exciter, animer ; 4°. cha(^ 

Ter , mettre hors ; j". fortir , aller de- 
hors. 

Ej ayuyit , fortîe ; i*. adion de mettre 
hrrs ; j". exportation. 

E^ayw-j'.'.wa , marchandifes qu'on ex- 
porte. 

Eu ii Ayayoi , qu'on exporte aifément, 

Tn-i^-Ayuytt y aiSion d'enlever; i». fouA 
traclion. 

Sur-Composés. 

A^T-6^-Aro), conduire à la place , con- 
duire contre. 

Al tç-ATui , conduire au-delà , pafîer ; 

1°. fubfifler ; 3''. gouverner, tran/iger. 

' Ai-ilATuyn , tranfport , tranfadion , 

traité, adion de terminer un procès, 

une querelle. 

Evi^-ATuym, armée qui s'avance en ba- 
taille rangée. 

A>r-i7t-il-ATu ^ î'avancer contre , courir 
fus. 

TIaf il-ATu , conduire l'armée contre 
l'ennemi. 

TTpo-sç-Aru, faire fcrclr avant. 

Suc-tl-Aru, faire fortir en même tems. 

ïw j^-Aru , ôter , enlever de defTous , 
fouflrairc ; 1°. féduire ; 30. rcïïerrer , 
contraiSer. 

7, En AFu, Ep-Ago, induire, conduire 
dedans, voiturer dans , importer; i". 
iappeikr k foi ; j». s'attribuer 3 40, frap- 



per, appliquer un fouflct; y', porter, 
voiturer ; 6°. ajouter , mettre à la fuitej 
7°. épaifllr , obflruer ; 80, animer, en- 
gager. 

pT-avui-, poulie , aioufflc, 

ET-Aruyn, importation; i». adion de 
courir fus, invasion; j". attraits, car- 
reiïcs ; 4°. rang ; 5 ©. induftion , infé-< 
rcnce. 

Eff-Aruyoj , îndudif , d'oi^ on infère ; 
z". perfuafif , attirant , plein d'attraits, 

Ett-AKToî , qui furvient : ajouté ; em- 
prunté ; lo. étranger ; jo. pluie foudal- 
ne ; 4 •• intercalé ; d'oià les EP-ACTes ; 
y", ferment déféré. 

E?r-AKTnp , chafTeur ; lo. pécheur. 

Eir-AKTp/ç , iS^oi , h , bateau de pêcheur.' 

Ett-ARTi^coî , plein d'attraits , féJuifant, 
attirant. 

KaT-CT-ATu , induire , inviter ; inférer, 

"S-vv-in-AVu , mettre enfemble, réunir ,■ 
cueillir, ferrer, lier. 

8. Kar-ATu , tirer en bas ; 2°. aborder ; 
3°. prolonger , développer , conduire 
en pompe ; 4". ramener, rétablir; 5". 
defcendre , tirer fon origine ; 6°. loger, 

KaT-AFwyi? , aftion d'aborder ; 1°, rci 

tour ; 3". logement , dation. 
npo-KaT-Ayur» , adion d'aborder le prc» 

micr ,• d'occuper le premier un port. 
VL'xr-ATtjiyiov , logis. 
KaT-AF/ua, peloton. 
ET/-!iaT-Aro^iai , aborder après un autre. 
Sur-fŒT-Aru , ramener enfemble ; aideï 

à rappell; . un exilé, 

9. M ET -A Tu , transférer, tranfporter; t",' 
éloigner , écarter. 

h\,j'ATuyn , tranfport, adion de trant-i 
fércr. 

10. riAP-Arw, produire , conduire çij 



27 DrCTiONNAIRE E 

avant , faire paro'itre ; mettre au milieu ; 
1?. dériver , faire écouler ; 5". avancer, 
faire une promotion ; 4', tioinper dans 
la difpute , induire en erreur ; j». per- 
vertir ; ^". étendre le front d'une ar- 
mée. 

riap-azTjjj , qui mène les chiens à la 
chaiïe, un pijueur. 

Tlaf-axTixoi , r^ui met au jour, qui pu- 
blie. 

îlap ayi'iyn , production , prolongement ; 
1", ciéduCtion ; jt\ développement d'une 
armée ; 4". renverfement , aélion d-- 
troubisr. 

Tlaf-ayayoç , qui dérive, dérivatif, 

riap ccTWT'" , tribut , péage. 

Jlctp ctyu^viafîi» , exiger un tribut , le 

A>Ti-CTo:>Ayu , courir lur l'ennemi. 

Ej na^-ayoiyjç , facile à tromper , cré^ 

dule. 
II. riEPI-Arn , circuit , tourno'iemcnt. 
Tlifi-AToi , tourner, faire tourner autour, 
condiiire autour ; 2'. parcourir ; 3". con- 
vertir ; tourner vers ; 4", lier j-ar dcr- 
riére, 
nfpi-ayw7s:.'Ç , qui tourne autour , qui con- 
duit tcut autour. 
n«pi-Hrr7Ç, ô, Ji, rond, circulaire ; i". 
courbe. 

Uifi-a-KToç , verfatile , qui tourne aifé- 
ment. 

AiTi-îrtpi-Ayu , tourner en fcns contraire. 
EM-'rfpi-A7u , tourner autour. 
II. nPO-ATo, conduire par ; z°. avancer, 
élèvera; 3". mettre au jo.rr , publier; 
4°. mettre hors , fondre en larmes ; y". 
s'avancer; 6°, exceller; 7". verfer , 
fondre en, 
fifo-ayuy» , promotion j élévation aux 
charges, 



TYMOLOGIQUE 



28 



Tlp-ayuynu , conduire devant , proflj. 
tuer. 
13. nPOS-Am, Pros-Aao , amener de- 
vant, offrir, préfcnter ; i ', employer ; 
3'^ admettre; 4". joindre , impofcr, exi- 
ger; ^".approcher; 60. attirer. 
TïfXT-ayuyn , accès , entrée , avenue ; x", 
furcroit, accroiffcment , adjonftion. 
îlpoiT-ayuys'.'î , qui donne accès . encrée ; 
10. conciliateur ; 3", interprèle ; 40, 
féqueftrc ; j". éaiilTiire. 
Tïfij(7-Ayuyi(!v , inflrumcnt de mcnuiferie 
pour les bois courbes, 
i.|.2TN-Arri, Sun-Ago, raiïembler, réu- 
nir , ramaffirr, recueillir ; z°. raifonnsr, 
conclure ; 5°. clore , fermer ; 4°. aug» 
menter ; 5", affocicr. 
Si.:.-(XTuT)i , collcétion , amas , aftion dp 
raiTemblcr ; 1°. aircmbléc ; 30. Synago- 
Çic; 4°. monceau; 5°. abondance, maiïc; 
6^'. concluiîon ; 70. contradion , reffer- 
r;ment. 
'S.uv-ayuyos , colleilif, propre à raffemr 

bler , à unir. 
Sjt-aywyêvj , colleiSeur, exadcur , Hujf- 
ficr; i". conciliaieur ; }p. qui convoque 
l'alTcmblée. 
'Suva.yMyior , un piquenic , repas où cha- 
cun paye fon écot, 
Sui'-aÇrç , afFciublce , congrégation. 
Ua.fa.-ai'V açiç , aficmbléc illicite. 
'S.uv-a.yfJ-cL y fédiinent. 
Sui'-axTiîp, cpUedeur, 2°. efpéce de ca- 
leçons. 
2wi'a>.T!?p(5i' , amas, monceau, 
Sur-Composés. 
AîD-o-urArw, difpcrfer. 
A7r>5-ji'-ayu73S , banni de l'alTembléc, 
APXT-o-uc. Arwyos, Préfidint de ia Synago^ 
■ 2"e, 



ap DE LA LANGUE GRECQ. A G 



A-<ru!' ciywyoç , exclus de la Synagogue. 

A-o'u»' AKTqs -, in.'bciable. 

EîTi-cu*'- ayii), agréger ; cueillir après coup. 
J5. rn-AFil , Hup-.^gc , fouflrairc , en- 
lever furtivement ; i''. mettre Tous le 
joug ; 30, founiettre , dompter; 4<^. en- 
gager infcnf-blenient , peu à peu; 5". 
déférer , accufer; 6?, fe retirer; 70, s'a- 
vancer. 

TîT-aywyn , aâion de foullraire ; de fe 
décharger; 1°. tromperie. 

Ttt a7w7£i,f , efpcce d'inllrument , ou de 
coudînet, 

Ay^-un ayu , récriminer, accufer à fon 
tour. 

2. 

Binômes formés d'AGocos. 

qui voiture àes failceaux , des 

bûtres , des gerbes. 
hi-aywyyç , Aa-AgôgoSy qui n'a point eu 

d'éducation ; ic. intraitable, ignorant, 

pétulant , j". inept»; 40. opiniâtre. 
Ttfovr-hTuiyoÇy Gheront-Agâgcs , qui inC- 

truit un vieillard. 
Afi.a-Arwyos , Dem-Agogue , qui plie le 

peuple à ce qu'il foulidite. 
A-i\-kTuyu , Doul-Agôgô, réduire en (cr- 

vitude. 
©E-ATuyia, The-^goghi , évocation des 

Dieux , des Génies. 
l-nTr-ATuyoi , qui fert à tranfporter des 

chevaux. 
KKÇ-Aruyjç, qui porte un léger fardeau, 
Ki<y-Ar<jiyoç , condudeur de chiens, 
'A9,-\;-Aruyoç , chef de bande. 
Aacpi'p Aruysu , commettre des brigan- 
dages , piller, dépouiller. 
fAuS-ATwyoi , qui initie dans les myf- 

tèrcs. 



5® 

Mfi-Al'uyiw , rfÏTir en facrifice un animât 
plus léger, moins pefant, 

NuT-ATwyjS, qui perte fur fon dos. 

Ef^-ATuyoî, qui conduit les étrangers, 
un Cicérone. 

d^oyr-AVwyoy , inflrument pour arrache* 
les dents. 

OTrAiT-Aruyoç , vaifTcau qui fert à tranf^ 
porter des foldats , des troupes. 

0\>^-Aruyyoi , qui rafTemble le peuple 
autour de lui , comme font les Joueurs 
de gobelets , & les flatteurs républi- 
cains. 

riaicJ^-Arwyoç, Pédr.gogue , qui inflruit 
les cnfans. 

UciiS-A-iaiynov , écolc , Heu OÙ l'on 

infiruit les enf.ms ; 1°. jeux litté- 

raiies. 
Aia -?raic^- Ayojytu , s'accommoder au 

tems. 
MêTa ^rarJ^-Arwyeu , être enfeigné d'une 

autre manière. 
riafa - Traita - AFuyioj , être mal enfei- 
gné. 
Uofj.n-Arvyia , conduire une pompe i 

une proceffion. 
VuT- AT -uyii-i^*un mords, mot-d-mot , qui 

CtTt à diriger le frein. 
SiT-Arwyof , qui voiture du blé. 
SKïL-Arwy^ , qui porte des vafes , des 

équipages , du bagage. 
SxArp-AFwyia, éducation dure& févèrc j 

traitement rude. 
TJ'f-ATuyoi , porteur d'eau, qui voiture 

de l'eau ; lo. aqueduc. 
TA-ATu-yoç , qui voilure du boii , de I9 

charpente. 
*wT Arojyos , qui apporte de la lumière» 
XaA/iv- AI wyu , conduire avec un frein, 
Xt/p-Arwyoî, qui conduit avec la œainj 



DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE 5» 



îO. conduflcur , guide. 
■^L';\;-Aron'oç , qui conduit les âmes ; 2°. 

qui les entraine par Ton éloquence. 
XoA- Aruros , qui entraine la bille. 

3- 
Binômes formés d'AGô , prononcé 

quelquefois ego. 
îTTpx-Hrcç , ^rkk ÊGos , chef, Pré- 

fident; i°. Auteur, 
APX-HrêTrs , chef, préfident , général ; 
îo. Prince; V'* conduûcur. 
Bx-Arup, Bou-AGôr t condudeur d'un 

troupeau de bceuft. 
Eu-Arw, qui fe iricne ailcment , agile ; 

1°. vent favorable, 
©tp HFai'o»', char fur lequel on tranfportc 

la récolte. 
Kl'c HFoj , Kun-Eêgos } & Kun-i\^heils , 
chafleur, 
ç>/^!>•K^v Hroç , qui aime la chalTe. 

A^v-AToî, chef d'une cohorte. 
Moip-ATêTns, chef des Parques, 
I f,{ova-lirtTr,ç , chef des Mufcs. 
Nau-HToî , chef d'une flotte ^ Amiral. 
Eei-'Aros , chef de troupes étrangères. 
ISuA-Hros , qui voiture du bois , qui en 

porte. 
OJ'-HToç, guIJe, qui conduit en route. 
îiii^-oS'-ïiVia. , conduite , charroi. 
' 'vvf-AToç , qui conduit Farrière-garde. 

Ot-p-ADct, l'ariiere garde. 
Qv^t-HTm, qui conduit un courant d'eau, 

qui égaie fes terres. 
nud^-HI'oî , qui marche à la tête pour 

montrer le chemin. 

nG<r-HriTii;, flambeau qui dirige les 

pieds. 
/lup-AKTjw , brûler , incendier j xp, être 



dans le feu ; 5«. cnibrâfer. 
I. SrpaT-Hroî , chef d'une armée , Gé- 
néral. 

%TpaT-nTia , commandement d'une 
armée ; généralat ; ic habileté 
dans l'art de commander. 

SrpaT-Hrioi', tente du Général ; le Pré* 
toirc, 

STpàT-Hnç , iS'oi , n , la porte du PréJ 
toire : la porte par laquelle le Général 
fait défiler fon armée. 

STpaT-Kr^u , conduire une armée , la 
commander ; i". commander pour un 
Prince , pour la Patrie ; ;°. recourir à 
d;s firatagcmes ; 4«. afpircr au com- 
mandement. 

STpaT-HriîA'-a , flratagême , rul: de guer- 
re i i". belle aélion d'un Général. 

Composés. 

ANTI-2TPATH-rof , Lieutenant d'ut» 
Général, d'un Conful ; zo. qui com- 
mande les ennemis. 

ATTo-îpaT-Hros , qui a été dépouillé du 
commandement. 

APx'-S"paT-Hrof , GénéralilTime. 

A-?paT-Hr);To{ , mauvais Général. 

Kara-fpctT-Hrêcj , vaincre par une rufc 
de guerre, par une belle adion. 

napa-JpaT HTeu, être afTocié au corn- 
mandement. 

Su-JpaT-Hros , aflbcié au commande- 
ment , à l'Einpire , collègue. 

Trro-fpaT-Hros Général fournis à un au- 
tre , qui en dépend. 

!. TApi;)(;-Kroî, qui voiture des chairs (â- 
lécs, des fiilaifons. 

Tc^p-Hroî, lîllon, rigole pour faire écou- 
ler les cau.x, 

^opT-AFos^ 



33 D E L A L A N G U 

4opT-Hroî , vaiiïcau de tranfport : i". 

portc-fiix , croclieteur. 
XoK HToj , qui entraîne la bile , qui la 

fait évacuer. 
4. XOP-HToî , Chcr-ê^o^ 1 qui dirige le 

chœur ; 1°. chef de balct ; j". adminii- 

traieur. 
X-Jp-Hria, charge du charige ; d'un chef 

de balet ; i". largciïs dans les jeux à 

chœur; 3'. largelTe en général; 4'. 

frais , dépenfe. 
Xojj-HreioK , le lieu du chœur ; t" . tout 

ce qui ed nécefiaire pour un cliœur ; }°, 

école ; 4°. lieu d'exercice , d j jeux. 
X)p-Hreu , conduire un ch.eur ; 1°. cn- 

feigner , inftruire ; ;°. donner à fes frais 

des jeux accompagnes de chœur ; 4". 

faire de grandes largelTes -, 5°. fournir, 

furvenir. 
KOP-Hrn,ua , ce qui eft fourni , préparé. 

Composés. 
ANTi-Xop-Hros, émule d'un chef de chœur. 

A-X'>? Hrnrof , auquel on ne furvient 

pas ; qui manque du nécciïaire. 
Efi p^op-HTeu , fournir en (us , au-dcffus. 
|CaTa-;^op-Hrfu , confumcr en chœurs ; 

ao, coniiimer en magnificence ; 3°. fiirc 

des largctles. 
napa-;^ci?-Hr«u , fournir, adminiflrer. 
2Lr>'-;j;op-Hriu , fournir en mem: :ems ; 

a', contriouer peur le chœur, 

AT-TIA , ^G-uia , rue , chemin ; 
motà-moc, qui conJuic aux mai- 
Ibns ; io. buurg , village i 30. les 

contins , le voilinage. 
AV-vitvi , autel en forme de colonne pla- 
cé devant les portes; i*. lurnoiii d'A- 
pollon , protedeur des rues ÔC dss che- 
mins. 

Oii^. Grecj. 



E G R E G Q. A G 5^ 

AriJiaTicTeî , honneurs rendus aux au- 
tels d'Apollon , (^Fiifych.) 
AFi'/w , je cIieiTLine , je vais, 
E:.'pu-Ar-Liitij , qui a des rues larges. 

S- 
Famille en EG. 

I. HrEOMAi , Égheomai , conduire i 
marcher à la tête, fervir eij guide; 
10. commander j 50. réprimer j 
40. penfer , croire , eftimer. 

urr!/-'.ci , To , confeil , condi;itc. 

HTfiuiç , commandement , principauté 1 
conduite , direction. 

HTrruf ; -rwp , conduéleur. 

HrrTitfa , conductrice, 

HTiTupia , principauté , ccmmanderaentv 

HrnAafu , conduire , marcher à la tête. 
I. HrEMfiN , tl(\ihemén, guiJe chef, 
autour ; i'i. Général, Commandant ; 3". 
Prince; 4". Préfident. 

HTi.uoyn , principauté , empire , autorité, 

urs.uoi'/f , iJ'aç , Impératrice; i". Ville 
qui commande . Sic. 

HTiM-ovioi , furiiom de iviercure , conduc- 
teur. 

HTi.uona , empire; 2". commandement; 
3°. Magiftraturc ; ^°. autorité. 

HFf^'jn.-.-'jj , qui regarde Js comr,aande« 
ment , l'autorité. 

uri.uoii-.iji , ctrc chef, fèrvir de guide. 

HI'e,u3tiu, tenir le premier rang, êtr« 
élevé en autorité. 

}i^i^J.')<ru^ov , prix du commandement. 
l.UViaiajtj, adion d'aller devant; i», 
principauté. 

HFeTrs , i , condufleur , chef, guide. 

Composés. 
A*-HrOT.MAl , aph tgcuma'- , conduire, 
cire à la téic, conjfrar.der , préHdcr^ 



5^ DICTIONNAIRE 

10' fervir de Général; 5". régner; 4". 
raconter , narrer. 
'A# Hri;/-<-"i' , guide , coidufteur, 

/iCf-HTtj.'Jia , narration , récit. 

A9 BTrTK , gijide ; if. narrateur , qui 
raconte. 

Ali acf-Urmoç , digne d'ctre raconté , 
mémorable. 

npj-aç HTi)/j.ai, raconter d'avance, ex- 
pofer auparavant. 

Al-Hrof.ia.1 , narrer, raconter. 

Ai-Hr-ihu-a , ri, narration, récit. 

Al HFK.uciTjxof , narratif; i". qui prend 
plaifir aux rarrations , aux contes; 3". 
conteur. 

Acf*J-Kr»r3S , qu'on ne peut raconter. 

AvTo cT/ HroLi/z.Êi'of , qui raconte fes pro- 
pres aventures, qui parle de lui-mcme. 
EK-Ai UFiO/j.ai , raconter jufqu'au bout , 
ne rien omettre. 

E?rev. J^i-Kr»7(f , narration amplifiée , 
doublée. 

Eîri-J^i-?lr«t7iî , narration répétée, 

Ilapa tTi-HrfoAiai , faire un récit en paf- 

" fant , en courant. 

np'j-tTi-HrsoMœi , expofer d'avance. 

tlS-HToCMai , donner confeil , confeil- 
1er , perfuader ; 2". être l'auteur d'une 
chofe ; }°. montrer l'exemple. 

Eiff-HTiKTis , pcrfuafîon, confeil, remon- 
trance, 

Eiff-HrnTiiî, qui avertit, qui confcillc ; 
2°. auteur, introducteur. 

Eicr-BrriTf.ftov , tcms où l'on entre en 
charge. 



Et m HTouM-at , intro 



i.iii , ÀiiLioduire par-deiïus, 
ES-HroL'Mai , être chef, condudcur; i°. 
préfider ; ^o. adminiflrer ; 4", être d'a- 
vis, pcnfer; y", interpréter, expliquer, 
jcépondre aux confult^tions. 



ÉTYMOLOGIQUE 3C 

V.l-BTnp.a , récit , narration ; i". expli- 
cation, 

E^-HrnTKî , qui fe met à la tête d'une af- 
faire ; 10. conciliateur , féqueftre , qui 
arrange; 3°, qui explique, qui déve- 
loppe , ou commente. 

El-HTrtTiy.ct, Livres Pontificaux ; 1°. droits 
des Pontifes. 

ET-Hr)7cria, bon gouvernement, bonne 
direC'iion. 

Ei-ilToj,'J.at , préfider , être à la tête. 

Ecy-HTijo-jf , aâion contre ceux qui recè- 
lent. 
Ki\Q-uro'jfj.a.i , marcher à la tête ; i°. 
pré/îder. 

lia'â-HTi/j.ojv , guide ; 2". qui confeille ; 
qui engage; 3°. auteur, qui inflruit , 
cnfeigne. 

YJ^3-y.a^-HrouM-a.t , fe mettre à la tête i 
préfider. 
riEPI HTovMai , conduire autour , faire 
faire le tour. 

nepi-HrijMœTDcof , difcours qui met les 
objets comme fous les yeux, qui rend 
les avions comme préfentes. 

Iltpi HTtiffii , expofîtion qui entre dans 
les plus petits détails ; 1°. aftion de con- 
duire par-tout , dans tous les tours 5c 
détours, 

Tlifi-HrnTnç , qui conduit dans les plus 
petits détails , qui ne laiffe rien échap- 
per , foit en montrant les lieux , foit en 
racontant. 
nPO HTov/uai , précéder , marcher en 
ava'u ; i". être antécédent; j*^. occupe? 
la place principale. 

npa-HFiiTiîî , -rnp , qui conduit , guide. 

T't-HTou/u.ai , marcher devant , guider j 
i°. commencer, préluder; 3°. exhorter, 
confciller , diâer. 



57 DE LA LANGUE 

Tç-HrirTif j aftion d aller devant ; doc- 
trine , précepte. 

T(p-Hri!TDp , chef, guide. 

Tq) -UrnTi.-ios , qui rcgarJe l'inlliuifllon , 
la djLtriiis. 

IV. 

A K - O U O , entendre. 

De AK , frapper, 5c ous , oreille , 
fe forma le verbe , a\\-c.'m , avoir 
l'oreille frappée d'un fon , enten- 
dre, ouir: de-là une Famille très- 
étendue. 

AKOra, ^Koiié , u^or. 2. hkjov, 
j'entends , j'ai les oreilles frappées 
d'un fon; i°. je comprends; 50. 
j'écoute les leço.'is , je fuis audi- 
teur, difciple; 4°. je fuis docile, 
j'écoute les repréfcntations , j'o- 
béis ; 5°. je fuis appelle. 

^l\o\>(7 /j.oi , ce qu'on entend ; a">. ouïe ; 
3". précepte i 4°. renommée, réputa- 
tion , ce qu'on dit. 
AKoyç-nî , auditeur. 
AKoi'^oj , qu'on peut entendre. 
AKour/Kof , ce qui regarde l'ouie ; 1°. qui 

a une excellente ouic. 
AKOH , n , l'ouie; la faculté d'ouir; i". 
l'aftion d'ouir; 3°, l'oreille ; 40. la ré- 
putation ; 5". docilité , obéifTancc. 
AK5^r;Jw , faire ent;ndre ; in, obéir à. 
AKciiriz'jj , obéilFint , cJcilc, 
Composés. 
AN-AKoi;u , j'obéis. 
Akt-AKolu , j'entends à mon tour. 
Al AKouu, être auditeur , écouter les le- 
ttons ; io. écouter jufqu'au bout, 
Eis'-AKîi'u, exaucer; 2', obéir, 
^f-AKoiu, écoutçr. 



GRECQ. A G 



?S 



E>'-HKo9{, doué de la facukï d'cntca^ 
dre. 

EJ-AKciko , écouter, exaucer. 
F^-AKo-tos , qui peut être entcnJ,!. 
EII-AKoi'u , exaucer; 1°. CLOutcr ; j*^ 
apprendre ; 4°. ouir. 
E?r-AKou3; , auditeur. 
KAT-AK'j-u, exaucer; %°, obéir, cxé« 
cuter, 

KaT-HKoof , docile, fouple ; '.''. fourni}, 
fujet ; 5°. attentif. 
nAP-AKoL'u, entendre mal ; être trompe 
pir fon oreille ; 2°. écouter négligem- 
ment ; 3», ne vouloir pas écouter , n'o- 
béir pas ; 4°, écouter en cachette , fut^ 
tivement. 
nap-ARou<r,ua , mauvaife dodrine , opi-^ 

nion erronée. 
riap-AKot) , erreur, préjugé; 2.^. AtCo- 

léifiancc , opiniâtreté. 
nPO-AKoiu , entendre le premier , con» 
noitre d'ivancc , preflentir. 
nPOS-AKoiw, écouter par delTus. 
Sui-AKoi'u , écoLter en même tems. 
Xvv-WAoo: , co-adiuteur. 
Tn-AKouu , faire fes efforts pour enten- 
dre , prêter l'oreille ; 1°. répondre ; 5". 

obéir; 4°. comprendre ; j''. fous-enten-, 
dre. 

Tw-AK^n , otéifTance. 

T:t-HK«sj , docile , qui obéit ; 1°. lôm 

mis. 
#iA-u7r-HKoof , docile , (ouple. 

C o M PO s É s en O U S T O S. 
AN-HKouros , An-êkhouflos , qu'on ne 
peut entendre , qui ne doit pas être 
1 exaucé. 

! AK-HKouria , opiniâtreté , mépris ; ac- 
tion de ne pas écouter. 
j Af-HKaiTi" , ne pas écouter , ne jai 
t obéir. 



39 DICTIONNAIRE 

Clr-\Kovs-nç , dciateur , efpion. 
Slr-AKov^ta , cfpionner , prêter l'oreille 
pour rapporter. 

Composés en E KO O S. 
AN-HK095 , qui n'entend pas ; qui eu. 
privé du fens de l'ouie ; 2V. indocile ; 
5'. ignorant, 
APIHKo'jf, qui écoute avec beaucoup 

d'attention , fortement, 
AvT-HKoos , qui s'écoute lui-même ; 2", 

qui n'écoute que loi > que fon caprice. 
BAPu HKms , qui entend avec peine , 
qui a l'oreille dure. 
A'jo-HKccs , qui entend difficilement ; 

2«. indocile , défobéifiant. 
Eu-HKo5Ç, qui entend aifément ; i", aifé 

à entendre ; jo, obciirant, 
• O-^u-Hnoo, qui a l'oreille fine, 
*/A.IdKuos , qui prend plaifir à écouter. 
z, 
AKPOAOMM, Akro:iomai , écouter, 
ouir , entendre ; 2°. s'inflruire ; 3°. 
obéir ; 4". exaucer. 
AKPsa/-ia , ce qu'on entend ; x°. la per- 

fonne qu'on entend 
AKFoctMctTixoi, ce qui regarde l'ouie, l'at- 
tention. 
AKFoaciç, ouie , adion d'écouter ; 1°, 

récitation, 
AKPoarns , auditeur ; difciple. 
AKFoci.Tnfiov , auditoire. 

Composés. 

'A'Z'-^.V.Foa.T'jç , di^ne d'être entendu. 
E:t-AKPoac)^!.oi , obéir, écouter, exau- 



Ilctp AKVoa.t>M-at , ne pas écouter , ne pas 

obéir. 
ijA-AK.l'oa^'.ui' , qui prind plaifir à écou- 

tci. 



ÉTYMOLOGIQUE 46 

V. 
AKh & EKhos , fon. 

WhiUivô , entendre , frapper l'o- 
reille , fe forma une nouvelle Fa- 
mille, dont l'origine n'étolt pas 
moins inconnue , celle d'EcHO. > 
compofce de ces mots en Grec. 
HKO2 , . ékkos , & HXH , ckki , 
fon , bruit, retentiiïement. 
HXucTms; , fonore, retentiffànt. 
HXr.iiç , ivTo; , fonore, qui rend J:s fons,' 
RXiTixo; , fonore , rélbnnant , mélodieux. 
RKiTK , HXdtdç , fonneur , qui fjit ri- 

fenner. 
HXtior, TÔ, vafe ou machine dont on 
tire des (bns. 
HXa , ovç , 1) , Èkhô , écho , répercuP- 
fian de la voix ; z°. l'endroit d'où part 
l'écho, la répétition du fon, 
AXêTai , les cigales bruyantes. 

Composés, 
AS-HXH2, ax Prchês , qui rend un grand 
fon , un fon dur ; i". dur, qu'on ne peut 
fléchir, amollir; 3". continuel, fans 
interruption. 
Av HXeu > réfbnner. 
Aai-HXk5 , qui retentit fur la mer. 
AxT-HXtu, réfonner, rendre un fon op- 
pofé , de vis- à-vif. 
An HXijf, qui ne réfonne pas , qui a im 
fon ingrat. 

An HXéu , avoir un fon fourd , ne reten- 
tir pas ; 1°, être difTonant ; 3', rendre 
les cî.rniers fons. 

AiHXi?A«a » Tô, diFonance ; 1°. déiln 
nence de fon ; ?«. contre- coup, 
Bctpu-HXffî , qui rend des fons grave». 
Bapu-AXi.s , le même en Doricn. 



DE LA LANGUE GRECQ. AC 4' 



rAuxu-HXiis , qui rend des lonj doux & 

agréabks. 
A(-HXéu, retentir fortement, rcfonner, 

dans toute retendue. 
AI-HXrî , la ùculté de tranH-nettre les 
fons A i'ouie. 
AvîIÎXiTS , mal fonant , difTonant , tjui 

rend des Tons durs & ingrats. 
■EN-HX05 , ce qui renferme le fon -, fo- 
rore ; fonant. 
Ek-HXu , réfonner dans ; i°. inculquer , 

enfcigncr. 
E?-HXiu , tranfiiiettrc par le fon , énon- 
cer. 
En-HX«o), réfonner, répondre à la voix. 
AtT-FîT-KXêu , faire du bruit , étourdir , 

troubler. 
^■jv £T HX^a , faire des acclamations en- 
fcmble , chatiter enfemble , s'accorder ; 
î", applaudir. 
Epi-HX«f , qui retentit extrêmement. 
Ej- HXoj , qui a un beau fon , fonore , 

iiannonieux. 
KAN-AXsu , réfonner, rendre des fons 

bruians, 
Ka»-AXfl , grand bruit, cliquetis, fon 

bruiant, 
Kav-AXi;?, réfonnant, bruiant. 
THav-AXi^u , rendre des fons brûlants , 
craquer , pétiller. 
Evî'ai'-AXiu, verfer dedans avec grand 

bruit. 
Aia-Kay-A^ai , defcendre avec grand 

bruit, 
JÇ.AT-HXn; , fonore , bruiant. 

KaT-HXiu, fonner, réfonner; i». enfci- 
gner de vive voix ; ;". Se en particu- 
lier le? élémens d'une fcience. 

"K-uT-HXr.'-i-a , fon. 

liar-HXr.aiç, C^i-îlhfe > inflrudion de 



vive voix pour les élémcns de la relii 
gion. 
Kar-iiXnTK , qui enfcigne les premiers 

élémens. 
KaT-HXuToi , ceux qui font initiés dans 

une fcience. 
KaT-HXiç« , Catéchiae , qui cnfeignc 
les élémens de la Religion. 
Ufo-xaT-HXi'^ -, réfonner d'avance. 
A/yu-HXiï , qui rend un fon perçant. 
0?u-HXos , qui rend un fon aigu. 
nAP-HXtu , rendre un fon femblable. 
nc<?-H;jC»/-ia , lettres ou fyllabes qui ont 

un même Ion, 
Htpi-HXcM , réfonner à l'entour. 
noXV'HXvi , qui rend plufieurs fonj. 
nPOS-HX«, dont le fon tend vers,qt3i 

ré'onnc fort, 

Suv-HXtu , réfonner avec , s'accorder. 
T^t^-HXtW, réfonner au- deïïus de tout; 

1°. vaincre par un Ton plus plein. 
Tn HXtu , chanter la baffe , fiire le 

dcfTous. 
T^-HXkî , qui rend des fons clairs , élc-j 

vés. 

VI. 

A K , coudre , raccommoder -, 

1°. guérir. 
Le verbe Grec u^keoma'^ , cil tou- 
jours rendu dans les Dictionnaires 
par le mot guérir: 5c il cf\ mis 
au rang des radicaux. Ce ftint aa- 
cant de faufles idées. L'idée eflen- 
tieUe de ce verbe , n'eft pas gué- 
rir, maiscoudre, raccommoder, 
repaver : fon radical Cil: JKé, 
qui fignifiantdéjà pointe, aiguille, 
fignifia > 2". couture i 30. aâion 



.^^ DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE 44 



de raccommoder ; 4°. remède , 

médecine , guéri Ton. 
AKH, ^Ké, {Hsjych.) remède, 
. guérifon. 

AKeomcii , coudre, reparer, {non dans 
lefens métaphorique comme on ledit, mai! 
eu fens propre , phjfique , primitif ; ) 
i". remédier , guérir , {rion dans lefens 
primitif &- phjfique , mais au fens fi- 
guré. ) 3". expier. 

AKnfJ.x , AliiO-Ma ; -Mes ; -^iç , guérifon, 
remède ; z". foulagement , médica- 
ment. 

!AKê3''At5r , AKiap.ios , AKss-oç , qu'en 
peut guérir ; x". qui peut guérir, 

AKsrrî ; -çijp ; ç-up j qui recoud , qui rac- 
commode ; 1°. médecin. 

AKkixos , propre à recoudre , qui rac- 
commode parfaitement j i". Art de gué- 
rir. 

lAKecpia , ravaudeufe j i", femme qui 

exerce la Médecine. 
AKfs-pa , aiguille. 
AKi^nfiov , alêne, (Hefvcli.) 
AKerupia , Art de la Alédecine. 
AKof , ri , remède , médicament. 

Composés. 
'AN-KKes-05 , & dans les Poètes , 
N-HKsrof , incurable , fans remède, 
BiKo-AKov , remède contre les plaies des 

flèches. 
Eî-AKesMa/ , recoudre; i°, guérir ; j°, 

calmer îa colère. 
E?-Al\«£r/{, guérifon. 
Ei-AKiçrifios ,qui a la force , la vertu de 

guérir. 
na»AK(!5 , Pan-akês, qui guérit tous 

les maux. 
puir-AKs'a, Panacée, pUnte qui guérit 

àe tous les maux. 



Mots D'Hésychius. 

AKiiov , remède, 

AKtio."-iK>i' , coufu ; î". g uéri. 

.V II. 

AGÔN , tout ce qui pique , in- 

quiette, &c. 

ArnN , wvoç , ô , Agôn , tout ce 

qui inquiecte , qui pique , qui 

blefle ; d'où «ne multitude de (i- 

gnincations. 

1°. Chagrin, inquiétude, em-! 
barras. 

2°. Péril , danger. 
}0. Etat critique d'un accufé. 
4°, Contention , application 
trop forte. 
5°. Combat , guerre. 
60. Jeux publics où l'on fe baç. 

toit. 
7°. Lieu du combat. 
8°. Spedateurs du combat. 
9c. Multitude en général. 
ïoo.Repréfentation d'une pièce; 
jeu , ou combat des Aéleurs 
fur la Scène. 
IIP. Plaidoyer , ou combat des 
Avocats au Barreau. 

Arwff^o/iai , combattre , en venir aux 
mains ; z°. livrer bataille ; 3 = . com^^o- 
fcr une pièce de théâtre , une fable j 
40, phider ; j'o. être en danger. 

ATuno-Mœ, difputc , combat ; i". palme, 
prixdc layidoire; 30. application, (oin, 
diligence ; 5». conduite d'une pièce , fa 
repréfentation , fon jeu , Ton récit. 

ArwKfAisf i -(crjs , difpute , combat, 



DE LA LANGUE GREC Q. AC 4^ 

npo-Arunrr;, défenfeur, Avocat, chanfl 
pion d'un autre. 

nFClT-ATunçri , Aflcur qui joue le prt-î 
«lier rôle; i''. En feigne ; j'^- qui occupe 
la première place , qui remplit le prin-, 
cipal rôle; 4°. être le premier i plaider. 

Suy- Arwvi^ofJ.ai , combaîtrc en même 
tcms qu'un autre, concerter; 2". être 
le fécond de celui qui (c bat ; j<'. aider,' 
fecciirir ; 4°. protéger, être le patron, 

T fiT-ATuviçiti , qui joue le troificme ôc 
dernier rôle. 

Tnif-Arun^o/j-ai , défendre une Ville ; 
1°, combattre en faveur d'une Ville. 
3. AI-ATuHctw, Di-a^oniaâ , être dans I* 
plus grande anxiété. 

Ei-'ATunoî , qui regarde les combats, les 
jeux ; 1". préparé au combat ; 3». qui 
concerne le bareau ; 4". effrayé , trem- 
blant. 

Ei-AVunoi , qui ne concerne pat le com- 
bat ; i'. étranger 3 une caufc ; 3°. qui 
fort du fujet. 

VIII. 

A X, efîîcu. 
I. 
D'Agô, conduire , on fie ; 

ASQN , onç , ô , AXÔn , Axe , ef- 
iïeu ; il dirige les mouvcmens des 
roues ; 20. l'Axe du monde. 

A\'iVioi , qui concerne l'axe. 
AKP-A|ciKt)f , la portion la plus élevée 
d'un axe. 

AiJ.Q)-A\oniv , fortir de fon orbite, fe 
dévoyer; i". avoir les genoux foibles,- 
chancclans, fradurés. 

Ani-Aluv , b', poje antarâique , opporé 
au nôtre. 

EîT-A^nicf , qui roule fur un axe. 
2. 

D'AXôn , cfîleu , joint à Jma , en^ 



4? 

Arusiç»; , Athlète , qui combat dans 
les jc'JX ; 1*. défcnftur; 50, Acteur, 
Corne Ji en. 

ATij-.'içnjiiov , lieu du combat ; i". ce 
qu'on donnoit aux combattans. 

ArCNlA , ag6m.i , angoiffe , crainte , 
frayeur ; z°. guerre , coaibat. 

Arui'iJf , qui regarde le combat ; 2". ce 
qui ne peut s'acquérir qu'avec beaucoup 
de travail ; 3°. qui préfîde aux jeux , 
furnom de Mercure ; 4'. qui caufe de 
l'atiiToifTe , de la crainte. 

AVuy.xu , combattre ; i'). être dans l'in- 
quiétude ; y\ être fai/î t!e peur; 4°. voir 
arriver ce qu'on craignoit. 

AVuftaTrç , faifî de crainte , trembleùr , 
poltron. 

Composés. 

1, ET-ATui' , Eu-agôn , d'un combat bien 
foutenu. 

nPO-ATu-T, prélude j exorde ; 1°. pré- 
lude d'un combat. 

2, AN-Aruwmç , qui ne le bat pas , lâche. 
A KT-Arun^O/Uai, s'attacher dans un com- 
bat à une perfonne en particulier; 1". 
s'cppofer, réîîrîer, contrarier, 

Avr-ATwvtçni ^ Antagonijle , rival, ad- 
veraire. 

A*'AtT-ATwyjToç , que perfonne n'ofc at- 
taquer , invincible. 

/^tuT£p-Arunr«? , qui joue les féconds rô- 
les ; i°. qui prononce le fécond difcours. 
. Ai-Aruri^oM.ai , combattre , en venir 
aux mains ; 1'. s'efforcer. 

EN-Alwi^oM-ai , combattre dans un lieu. 

E'^-Arun^ofj-ai , toml;attrc après un au- 
tre ; 1°. plaider, ou haranguer le fé- 
cond. 

'Kar-ATuvi^oM-a.i, vaincre, remporter ]a 

victoire. 
nPO-Arui'(^o//.o£i , combattre avant un 
autre; i?, combattre pour un autre. 



:j7. DIÇTIONj:^AIRE E 

femble, on forma cette nouvelle 
famille. 
AM-ASA , amaxa , cinr , chariot; 
il efl compofé d'effieux , ou de 
', roues réunies •■, au moins de deux ; 
20. le Chariot, conflellation fep- 
tentrionale , la même qu'on ap- 
pelle Ourfi. 
AM-AJupî?; , qui concerne les chars. 
'AM-A?ia, chemin que forment les chars, 
Am- a\iicoi , qui concerne les chars , qui 

les conflruit. 
AM-a|iT3Ç , chemin des chars ; voie pu- 
blique. 

A.u-AÇi5v , petit char , charrette, 
Am-A|ié-'Ç , co:her , charticr, 
Az-t h\ua , bagage ou charge d'un cha- 
riot , voiture. 
AA'--A'(tuu > conduire un char, 
éi/J.-.^'iivop.ai , être dans un char, 
'Am-A^is, petit chariot, charrettç ; 2°, 
cfpcce de gâteau, 

COMTOSÉÎ. 

AN-AM-A^ÉUTof , chemin impraticable 
pour les chars. 

E?-AM-A?y, Te crier des injures, d'un char 
à un autre. 

KaT-AM-A^twj , frayer un ciicrain avec 
des chars ; conduire un char par le mê- 
me chemin. 

KaS'-HM- A5cv/-!.£;'£/K , battu , fraj-é , fré- 
quenté, 

l. 

ASONêç , Axones , ais ou feuilles 

minces de bois iur lefquelles 

^ étolent infcrites les Loix de So- 

[ Ion. Ce mot eft de h même F^- 

^^ mille que XAxamtnta des Latins, 



TYMOLOGIQUE 48 

ces feuilles de bois fur lefqucllej 
étoient gravés les vers Salicns. 
A?5î , bois , en IWacédonien. 

IX. 

AK h , douleur. 

10. 

AXOS , Tc , y^khos , douleur , trif-, 

tefi'e , chagrin , abattement. 
AXjipriç , inquiétât , fâcheux , qui caufis 

de la douleur. 
AXew, affliger, chagriner, attrifler, 
AXyu/.'.a.i , affliger , attrifler. 

Composés. 

AK-AXw , accabler de douleur. 
AK-AXéw, plonger dans la triftefTe, dan» 

la douleur. 
AK-AKiJu , ( Apollon. ) s'affliger. 
AK HXtcTui' , oKoç, ij. trifteffe , ennui , 

chagrin, 
AXAIA , Akhaia , fursom ie Cércs, la 

dcfolce. 
AXaioç , trifte , affligé. 

Mots d'H e s y c h i d s. 

AFaçft; , il efl tritte, 
AFanf^at , être indigné. 
AXêuaif , trifte, 

1°. 
AX0OS , tÔ , Akhthos , profonde 
douleur , angoilfe ; z°. poids , 
charge. 
AXeÉifciç , onéreux , pefant , fâcheuxj 
AXOopiis , à charge , fâcheux. 
AX6o,ua' , gémir fous le poids ; i*. être 
accablé de chagrin ; 5°. voir avec peine; 
4°. être tranfportc de colère. 
AX^-nJ'w)' , » , douleur , trilkiïc.îl 

Composés. 
ANAP-A.X0»s , chargé d'un homme, 

hn AX&iiCj 



^.9 DE LA LANGU 

A^'AXSrnç, à charge , pefant, fâcheux. 

Aïip-AX&rj , qui pèfe fur le cou : qui a 
le cou chargé. 

En AX3-IJÇ , onéreux , à charge ; 2°. fâ- 
cheux , odieux. 

En-AX^iia, , fâcherie , ofFenfc , incom- 
modité. 

En-AX^i^'t' , charger. 

KotT-AX^^Kf , chargé. 

Mo>.i^-AK^m , chargé de plomb. 

Nuff-AX^ns , accablé de maladie. 

0(i'-AX3-»5 , chargé de vin , yvre. 

Sn-E/p - AX9-»f , animal que fatiguent les 
replis de fa queue. 

St/^-AX&oAtai , s'affliger arec quelqu'un , 
prendre part à Cd douleur. 

Tîrep-AX&iis , trop chargé. 

Ttép-AX&oaicm , être accablé d'une vive 
douleur. 

i^/^-AX&Dî, qui porte fut les épaules , 
qui a les épaules chargées. 

3- 

D'Ak, douleur, tri(lefre,& d'Acan, 

extrêmement, fe forma cette Fa- 
mille : 
Arav-AKT»», être accablé de dou- 
leur ; z°. voir avec une peine ex- 
trême , être indigné j 30. gémir. 

ATav-A]\Tn<rii , douleur extrême ; 1°. in- 
dignation. 

AFai'-AKTwTof , qu'on ne doit fouffrir 
qu'avec peine. 

Composés, 

Al-Arai»- AKTéu , fouffrir avec une peine 

extrême , s'indigner. 
EîT-AraK-ARTÉU , s'indigner pour. 
SuK-Arav-AKTsu , s'affliger avec , faire 

des condoléances, 
Suf-Arac-AKTrjffij , condoléance, 
Orig. Crecj, 



E GRECQ; AC 



S^ 



akH , prononcé ekIi , a produit cette 
Famille: 

Exeox » tÔ f Ekhthos , haîne , ini- 
mitié , rancune. 

EX3-U ; EX&aipu , hair , pourfuiyre ave.c 
acharnement. 

EX&iJ/ia; EX3-pa, haîne , inimitié. 

EX&aipu, pourfuivre à toute outrance , 
haïr , détefler. 

EXS-pai-Tioî , qu'on doit haïr, pour qui oa 
ne doit avoir que de l'inimitié. 

EX3-p£uu, être ennemi, exercer des adci 
d'inimitié. 

EX&pciç , odieux ; i". ennemi. 

EX&pu(J^<3s , avec inimitié. 
Composés. 

Att-EXS-w , odieux , qu'on ne peut ai- 
mer. 

AT-EX&j)/-ta , objet odieux , qu'on de- 
tefte, 

AT-EX9-êia , haîne. 

At-EX&ctixoç , qui ell accoutumé à en- 
courir ]a haîne des autres. 

*(A-a:r-EX&r)/.<.uf , qui prend plaiHr à la 
haîne , à brouiller : malin. 

Af-EX&pH'u , être ennemi. 

E9-ÉA-EX9-pos , qui fe plaît à exercer de< 
ades d'ennemi. 

Eid^-EXâ'Bî, qui a une mauvaise figure^ 
une figure finiftre , qui ne peut plaire. 

KaT-EX&painJ , haïr fes ennemis. 

*iA.-EX9-«ç , *<x-EX9-pcit , qui aime la 
haine , qui fe nourrit d'inimitiés ; z", 
odieux. 

^lÀ-EKS'peu , prendre plai/îr à la haine » 
exercer des ades d'ennemi, 

5- 
HM-EKTsM, ÊM-EKteôf être iadi» 

D 



^i DICTIONNAIRE 

gné; fouffrir arec une peine ex- 
trême ; être choqué. 
riêpi-HM-EKTeii' , fouffrir de , être choqué 

de. 
Ce mot efl compofé d'^KTeo , 
fup porter avec peine ; de ma , 
grand , extrêmement , & de l'ad- 

ditive H , lié. 

6. 

OXOEn , Okhtheô , être indigné , 

fouffrir avec peine. 
OXS'nJiç, indignation, offeJifê. 
OXS'i^u, même qu'OX^'êw. 
Composés, 
Eu-OXS'oj , qui porte avec joie , joyeux. 
Eu-OX&ew , foutenir avec joie le travail , 
avoir le travail aifé. 

npoir-OXS'Eu , être choqué, être ennemi: 
voir avec ennui , avec chasTrin, 
npo(7-OXD'«/«.a , ofTenfe ; es dont on eft 
choqué. 

X. 

AK devenu EIK , femblable; 

DeAC, pointu , piquer, vint une 
snombreufe Famille Orientale , 
Latine, 6cc, en AK, EIK, ^Q, 
défignant , 1°. la peinture , l'imi- 

■ tation ; i». la reffemblance , l'é- 
galité ; 3°. l'équité , la juftice , 

jr( voy. dans les Origines Lat. AC 

- "&. ^Quus , col. 20 , 2 1 , 5cc. ) Et 
qu'on ne foit pas étonné fi l'idée 

'^ tIc peindre tient à celle de pointe, 
de piquu're , parce que dans l'ori- 
gine, comme eticore chez les Sau- 
vages , on fe pcignoic tout le 



ÉTYMOLOGIQUE ya 

corps en le piquant & en inféranc 
des couleurs vives dans les cica- 
trices , ou piquures. D'ailleurs, 
les premiers dedins, ainfi que les 
premières lettres écrites , furent 
toujours formés par des incifions 
avec une pointe fur le bois , le 
cuivre, le marbre, 5cc. Encore 
aujourd'hui les delTins des Ou- 
vrières en dentelle font tous pi- 
qués fur du parchemin. 
I. 
EîKQ , Eikô , être femblable ; 20. 

être du même avis , n'avoir pas de 
répugnance , confentir ; jo. avoir 
de l'indulgence. 

EOIKE , Eoiki , il paroît ; il cft juftc , 
il convient. 

EOIKuj , femblable, convenable, jufte j 
avec ràifon. 

Eir^ta , TÔ , refièmblance , image, 

EiKus, oroi , 6 , femblable; 1°. probable 5 
vrai'emblablc. 

EiKos , chofc vraifèmblable , protabilité,' 
convenance , décence, 

EIKa? , ElKao-Mix , t6 , &. 

ElKu" , ovH , M , image , iimulacre , por- 
trait , effigie. 

ElKafw, reiïcmbler ; a®, comparer; }'. 
conjecturer, 

ElKao-ia , repréfentation , peinture, ac- 
tion d'affimiler; 1". conjedure ; 5°. ima- 
gination ; 4". fimulation, 

ElKaçnç , qui conjedure , Interprète,^ 
Devin. 

EiKtAos , femblable. 

IKéAos , femblable , même . 
I Ellicrucî y peint, copié , imité.- 



DE LA LANGUE GREC Q. AC 



55 

RIKoi'iof , petite image, 
ElKon^a, peindre , repréfenter. 
ElKonc.wjç , repréftntation ; i°. figure 

de Rhétorique , îinsge. 
Elczw , comparer , adimiler. 

Composés d'EiKô. 
A-EIKî;?, non convenable , indécent ; i°. 
lionteux , coupable, 
A-EIKêia, indécence; t°. affront, indi- 
gnité; ^".punition, infortune. 
A-EIKIfw , traiter indignement; 1°. ieC- 
honorer. 

A-EIKeXioj, indécent; i=. vil , i"épri- 
fable. 

A-EKuAia , chofês indécentes , non con- 
venables. 

An EOIKa, être difTemblablc. 
An-EOIKf , il ne convient pas. 
A?r ioixui , xuia, xoç, abfurde, incongru; 
2°. non-fcmblable. 
En-EOIKÊ, il cftjufîe, il convient. 
E-^i-ElKr.ç, convenable, décent, Juflc ; 
bon; équitable ; i". qui aime l'équité ; 
30. doux , modeflc , de bonnes mœurs. 
Eîr/'EIKeia, équité, jufticc, modération ; 

1», clémence , douceur. 
Etti-EIKuî, avec modération, avec clé- 
mence ; 1°. avec bonté ; 3°. fortement. 
Fwi-EIKéuu , agir avec douceur , avec 
équité. 
E?r-EIK(Ç^(J, traiter de bonne foi. 
Kar-EIKis , mc.tie que Etii EIK«. 
JyUvo.ElKtii , dont l'efprit cft agréable; 

i". qui fiatte, qui adoucit. 
na?-EOIKa, être femblable à quelques 

égards , en partie. 
npo<r-EOIKa , avoir du rapport: i". pa- 
roitre. 
ripof-Eiffxu , être femblable. 

Composés d'EIKazô. 
At-Eïliaçoi , qui ne peut être ptlnt par 



U 



aucune image. 
AT-ElKa<:u , rendre femblable , faire op. 

primer ; i<^. comparer. 
A^-FIKafia, fimulacre , image. 
A^-ElKa(7(a , figure exprimée. 
Eç-EIKa^u , portraire , peindre , faire 
un portrait, 
E7r-EIKasu , conjeélurer , imaginer. 
KctT-£IKafu, foupçonner. 
naJ-ElKai", adsmiler, comparer, 
npa ElKaÇu, prefTentir, conjefturer, 
npoJ-EIKaiU , aflimiler , comparer. 
np40--ElK»iî, qu'on a rendu femblable. 
Composés d'EIKelos. 
Avtf p-E1KéAo{ , femblable à un homme, 
A(cJ^p-ElK£Aai' , ftatue , finiulacre. 
AElKaoK, image , flatue; j». mafque: de 
Deik , montrer , faire voir . 
Aiixn^Sr.ç, Mime ; Comédien ; mot-i-mot, 

qui peint la vie humaine. 
Ewi-EIKeAîî , conforme , pareil, parfaii 

tement femblable. 
0£o-ElKfAoî , divin. 
Aay-EIKsAoç , femblable en tout. 
ripsî-ElKsAaî , conforme , pareil. 
Composés d'El Koi^'w. 
A^-ElKoi-i^u , je rends femblable au mo-' 
dcle. 

ATr-EIKov/ffAca , image , cfEgie , imita- 
tion , portrait. 
Ek-EIKoh^u, je conCdere , je contemple 

dans riiiiage. 
EJ-EIKonJu , je rends tous les traits dU 
modèle. 

Famille d'EiKù) , confentir, céder, 
E'Ktj/.o; , qui confenc facilement. 

Composés. 
A-EIK«, dur, févère; 1". oblUné , qui 
ne cède pas, 

Dij 



yy DICTIONNAIRE 

E?r-ElKu, confentir. 

Etti-EIKtos , qui cède aifément ; i°, 
complatfànt, indulgent , qui condefccnd» 

KaT - EIK«« , qui cède , obéifTant , de 
iHœurs douces, 

'idvTfnv'EKm , qui obéit à l'éperon , à- 
î'aiguillon. 

Ilap-ElKu, permettre, accorder. 
.Ttt-EIKu , céder ; x". avoir de la com- 

plaifance , obéir. 
T;7o-EIKTo5, facile à écouter , â exaucer ; 

qui cède. 
T?r-EI^is, ceflïon , complaifance , obélf- 

fancc. 
Afd^-LTT-El^is , (bumiflion , obéiffance. 
A»- un^-EIKTof , qui ne cède point, obf- 

tiné , opiniâtre. 

AKKa , Akko , femme folte , qui fe 
voyanc dans l'eau , parloic à fon 
image comme fi c'étoit une autre 
perfonne ; i°, dilfimulée. 
'AKKi^u , être aufli fou que ceux qui par- 
lent à leur image. 
AKKiiO/U-a» , feindre , diflimuler , faire 
des cérémonies , comme fi on ne vouloit 
pas ce qu'on délire le plus ; faire com- 
me Akkô la folle ; i°. faire la fucrée , 
la mijaurée. 
ARKuT/Uof , diffimulation, 

4- 

IKON, cyTot, Ô5 tKiin , volontaire , 

fpontanc ; 20. qui confenc. 
EKovTi , volontairement, de fon propre 

mouvement. 
ERouffios , fait de propos délibéré , d'après 

la réflexion , non au hazard. 
'EViovctoùÇ^QlJ.ai , offrir voùontairemenr,. 
A-EKwir , Si AKwy , malgré foi ; i°. im- 

jnijdent. 



ÉTYMOLOGIQUE ^6 

A-EKct^w , AKoiKTia^o; , forcer. 
AKovtrtoi , forcé , non volontaire» 

S- 

ElKa/oç , EiKaios , qui ne fuit qae 

fon caprice , que ce qui lui paroît 
bon ; 10. qui agit au hazard , fans 
principe; 3°. téméraire. 
EIK» , témérairement , par cas fortuit , 
fans y avoir réfléchi. 
ElKaioiTvvn , témérité , futilité , vanité. 
ElKai-oTjjs , tiroi, h , témérité, impru- 
dence. 

XI. 

AX , armé de l'aiguilion , du 
fceptre. 
De AK , piquant , pointe , aiguil- 
lon ,■ les Grecs firent la Famille 
AX, défignant la qualité de ce- 
lui qui eft'armé de l'aiguillon , du 
fceptre : Famille confidérable & 
dont l'origine étoit abfolumenc 
inconnue. 
AsiA, axi a yM^giHïâtnre t qualité 
de celui qui eft armé du fceptre» 
de l'aiguillon; lo, dignité, cié- 
vation , autorité ; 50. mérite ; 40. 
récompenfe, elle fert d'aiguillon. 
A?iof , digne , eftimablc , précieux ; 1°. 
utile ,- 3". comparable ; 4°. d'un bon 
prix ( dans Héjjch.) 
Ai'OTnç , h , dignité. 

A5<ooj , eflimer digne , eflîraer juffe , 
convenable ; i". penfer , croire , efli- 
wer ; j*". demander , poAuler, recher- 
cher, pouriuivrc. 
A^iuMst , élévation , autorité , dignité ; 
£0. dcaiandc, requête énoncée ; 5°, pre»* 



57 



DELALANGUEGRECQ. AD 5Î 



pofîtiofi qu'on n'a qu'A énoncer pour 

qu'elle foit admife, 
Ai'ufiaTixoi , plein d'autorité , augulle , 

majeflueux , vénérable. 
Aî'uo''J , même qu'A|iu.ua ; i', cftime , 

préfomption , confiance. 

Composés. 
Ai'-A|i5S , indigne. 
AtT-AÇiof , comparable , d'une valeur 

égale. 
^A:r-A^ia , indignité. 
Aîr-A?i5w> dédaigner, méprifer. 
Art-Alitjia-ti , mépris, dédain. 
Ft-AÇj'JS , digne , convenable. 
Et.A^ius , avec raifon , juflement. 
E?r-A^i3u , demander, folHcitci». 
KaT-A|iou , juger digne ; i". daigner. 

AD, ED, OD, &c. 
Chant , joie. 
Ad ,.efl un moc formé par Onoi 
matopce fur les cris de joie , & 
d'où fbn: venus des mots en AD , 
E D , O D , &.C. pour défigner 
la joie , le chant , tout ce qui 
plaît ; de-ià diverfes Familles; 
1. 
A D , plaire. 
aaOS , « , , ^Jos y joie , plailir. 
AA'jcutti , volupté , délices. 
AAéu) , plaire; i". gratifier. 
Ad^Éia , ( Hejjch. j férénité , liberté , li- 
cence. 

iO'.. 

Ce mot fe nafalant , a fait; 
Ay.l«vM , AnDanô , plaire, 

A9 AftT'avu-, déplaire. 
A9- 



A 






cnncmii 



1' . 

A D , devenu É d , E s. 

I* HAûi , Édô , prendre plaifir , être 
rempli de joie. 

HJ^os , toç , Tù , agrément , douceur , joie ; 
1 ». utilité ( /îpo//on. ) 3". vinaigre , (Hé- 
fvch. ) 

HcTon? , plaifir, tranfport de joie , déli- 
ces , douceur. 

HcTonxoç , qui aime le plaifir ; volup- 
tueux. 

i. HAyç , êdus ] doux , agréable ; 2o. 
gai , joyeux ; jo. fou , infenfé , 
qui rit de rien. 

HAiuç, agréablement. 
2:H-i.TNn, rendre doux; l'.confire; fo. 
alîaifonner ; 40. cauier de la joie. 

HAvvToç , M , oc , cenfi ; aflaifbnné , 
falé. 

HAuyrrifi; , fels propres à affaifonner. 
YiAvyTizoç , propre à aflaifonner. 
HAucTjxa , Ta, aflàifonnement. 
HAus-.'^a , rà , douceur , agrément ; a'-i 
p^ur.friajidifcs , bombons , ragoûts, ('He* 
JjcA. ) 

HAu/z-if, doax , agréable»' 
HAuAiJw , dire dos chofes agréables, 
HAi.'A«7M9S, flatterie, cajolleric. 

D devenu S. 
j. HS/5 , iaç , h , plaifir , volupté. 
HStoç , transporté de jois : yvre de plai- 
fir : fu(ceptible-de joie. 
4. EAavui , doux , agréable. 

C O M P O SES à^Êvus, 
A-HAi)ç , odieux , fans agrément ,. 

fans douceur. 
. A-HA12 , déiagrémens , ennuis , dégoût. 
A-HA<JoMai-, être rempli d'cnn\)i , d^- 
"' dégoût» 



yp DICTIONNAIRE 

©u/x-HA»!? , dont refprit cfl doux & 
agréable. . 
.©u^-HAia, plailîr de refprit. 

MiXi-HAnç ; doux comme le miel, miel- 
leux. 

*iA-HAj!5 , qiù aime le plaifîr, 

*iA-H A/a , affe<fiion , goîit pour le plaî- 
iîr; *'• volupté, délices. 

$iA-HAfu , être plein de joîç, 

TîTEp H Aêu; , avec le plus grand plaifir , 
très-volontiers. 

COMI'OSÉS T> ÊDunô. 
AN-HAwvTt/ç , qui n'elT: pas afTailonné , 
qui n'a point de faveur. 

/i\q)-HAuiu , rendre joyeux. 

î>-HAi'HJ , fe rejouir dans, 

H9-HAUCU , fe réjouir de. 

ITap-HAucu , aiïaifonner. 

Si-'f-HAui-w , fe réjouir enfemb-le. 

Composés de iJô. 
Ev-HAû^ai > fe réjouir, fe déleder. 

Eç-HAo/iai , fe réjouir fur. 
npo-HAoMai , fe réjouir d'avance. 
npoff-HAoMai , fe réjouir d'une fenOi- 

tion agréable, 
T^Ep-HAu , fe réjouir au-delà ^e toute 

cxpreffion , hors de toute mefure. 
Composés v'Evonê. 

A-ViAcvia , privation de plaifir. 
Av-HAovoç , qui n'éprouve point de fen- 

timent de )oie , qui ne peut rire. 
Ei'-HAoï'oç, livré au plaifir. 
iik-ïiAovoi , qui aime le plaifir. 
II. 
Ed, devenu op , pour défigner le 

contraire du plaifir , la douleur. 
:ï.oAynh, Odunê, douleur, fur- 
,;out celle du corps. 



ÉTYMOLOGIQUE ëo 

OAuvMpîf , qui caufe de la douleur, fâ'* 
cheux , amer, 

OAuvau , caufer de la douleur, 
z ilAiN , édin , (Se o.îis , douleurs de 
l'accouchement, 
ClAivu , être dans les douleirrs de l'ac- 
couchement,- 2'. foufFrir des douleurs 
extrêmes. 

Composés. 

ÂKES ciAijvoç, qui remédie aux dou- 
leurs. 

Av-ClA-jyoç , qui ne fent aucune douleur. 

Anuf-U'S^iv , qui n'a pas éprouvé les dou- 
leurs de l'enfantement. 

Exfu-ut^uvoç , qui foufFre de grandes doB-j 
leurs. 

En uS'uvos , qui caufe de la douleur. 

ET-wcf:cu , accoucher. 

Eu-u^iv , qui accouche heureufèment. 

KotM^^-('d^u)'!)s , qui fent de la douleur aux 
doigts en les pliant. 

KaT uJ^vvoç , accablé de douleur. 

N-uJ^-jvos, exempt de douleur. 

riauo- wcTuvoj, qui calme la douleur. 

Tlifi-uS'uvos , qui efl tout endolori, 

ritpi-ud^LiKa , douleur extrême, 

Tlo\i}-w^uvoç , accablé de maux de toute 
efpèce. 

ÏTrêp-ocTui'ia , douleur exceflîvc. 
III. 
Are - aAhS , auth-adès , qui ne 

goûte que foi : au fig. orgueil» 
leux , fier, arrogant. 
Au3--acf"cia , orgueil , arrogance, 
AuS'-at^ia^o^i.ai , fe conduire avcC or- 
gueil , avec arrogance. 
hvt-a^i(j/j.a, orgueil, arrogance. 
Composés. 
On a dit dans le même fens ; 
I Arr-avS^-aJ^ia^oAi*'. 



J 



51 DE LA LANGUE GRECQ. AD 



lLct.T-av^-ati^:a^o/u.ai, 

r V. 

' AD, AS, AEID, OD,&c. 

Chanter, 
I. 
!i A^m , F. Atrfl , P. ma, chanter; 
£.". célébrer , exalter dans fcs 
vers. 

Ce mot s'eft adouci en ai , d'où 
«Jm & Tes dérivés: de-là encore : 
AElAw , aeïdé 1 dranicr. 
A2Mœ , & Aii<7y.ct , Afma , Aeifma , 
•claaiit, chanfôri , air : Poème. 
AcyM-arwf, petite chanfon, ariette , vau- 
deville. 

i. A£,;AH , aoidê , chanfon , air , 
. Poème. 

Aoié'oç , Chantre ; Mufîcien ; Pocte. 
Adjeâuf, harmonieux, fonore ; i°. d'un 
grand nom , célèbre , digne d'être 
chanté. 

AoiJ'iMoç, chanté, célébré: iiluflre en 
bonne & en mauvaifc part , qui a fait 
parler de lui, 

3. AIcTu, chanter : les Athéniens dé/î- 
gnoient fiir-tout par-là le chant du coq, 

4. nAH, édê, chant, Poiime : Ode, 
iîd^of , chantre , chanteur ; i". chanfon du 

deffert. 
SïJ'ixoi y fbnore, harmonieux; i", verfé 
dans la I\IuCque. 

Sl^o-notoç. Fsëtc dont le genre eft l'Ode, 
Sl^itov,-,;,, falle de Spedade pour chan- 
ter les Poëmes, 
y. Aé'uviuv ^ chez les LacéJémoniens , 
( Hcncl:. ) Théâtre pour les MuCciens , 
Orcheil.c. 



62 

COM POSÉS. 

amt-aAm , compofer des vers contre 
quelqu'un. 

AfT-wcTM , chant qui répond à un autre. 

AvT-uS'H, qui répond en chant. 

An-A Au . être difcord , n'être pas à l'u- 
niflon ; i". différer , n'être pas du même 
avis. 

Att-ucToî , qui n'en pas d'accord ; lo. qui 
n'a pas le même goût ,• 50. qui teni un 
fon difcordant , défagréable, 

At-aJ'u, même qu'an-ad^u. 

l^-aJ'u , rompre un charme , dégager 
quelqu'un par un charme contraire ,• z". 
chanter beaucoup & long-tems. 

En-AEI Au , 3c en profe , ET-ad'u , faire 
un enchantement; 1°. avertir fans cef- 
Ib , chanter toujours îa même exhorta- 
tion ; }". fe difpofer, fe préparer, fe 
ceindre. 

hTi-ac-ucc , enchantement; 10. chanfon 
des nourrices. 

E-r-aoïJ^o, JLrr-aoïJ'ia, Et-uJ^» , chant: 
enchantement : vers pour chaiFcr un ■ 

mal. 

Ett^wJ^iov , vers , couplst. 

EtucTos, enchanteur; i". portion d'un 

Poëme lyrique. 

De-là, dans Horace le Livre des 

Epodes , où un grand vers efl tou'.ours 

accompagné d'un petit qui ne peut s'en 

détacher , qui en fait une partie eflén- - 

tielle. 
E^-i-rr-a<Pfiv , défenchanter. 
Ka.T-in-aJ'u, adoucir un charme, le chaf- 

fcr par le chant, 
Kar-aficTu^ chanter des chofesfâchîufes, 

annoncer des malheurs. 
nap-af/cTw, chanter chez quelqu'un , aisr ' 

près de quelqu'un. 



6s DICTIONNAIRE ETYMOLOGIQUE iSi^ 

AP-nAE^ > compofer un Poème à | Qi<y^"^^w , prédire 
l'imication d'un aune : parodier : 
compofer des parodies. 

riap-ui^n, parodie. 

ri!tp-ud\? , qui compofe des parodies. 

riap-uc^ia, parodie: vers parodiés; î°. 

Ters mêlés avec de la prore. 
Tïa^-aé'ty.oç , en forme de parodie, 
nEPI-AAu, chanter tout autour, 
nspi-air/ç , fon qui fe fait entendre de 

par- tout. 

Tlifi-a^iu , envelopper par fon art ma- 
gique , par les enchantemens. 

Hpo-aiTMa , prélude. 

np02-AAw , chanter en partie , con- 
certer. 

npotr-ucTof , qui s'accompagne d'inffru- 
mens de mufique ; i". qui eft à l'unif- 
fon , d'accord. 

Tlfoa-ué'ia. , profodie , accent , modula- 
tion des fyllabcs ; lo. chant qui s'ac- 
compagne de la guitarre 

ripoff-wcfioi' , cantique à l'honneur des 
Dieux. 

SrN-AAu, chanter d'accord; i». s'ac- 



corder ; 5'. confcntir, promettre. 
T,vv-oi(S'oi , d'accord , qui s'accorde, à l'u- 

nifTsn. 
Suv- ucT/a , accord , concert, 
Tn-aiS'ifi , chanter la baiîè. 

Binômes. 

APN - fiAûi , les Rhapfodes aux- 
quels on donnoic un agneau pour 

prix. 
ATA-îiAoî , joueur de flûte, 

AuX-wd^io. , fon des flûtes. 

AvKuê'iMç , qui appartient au fon des 

.flûtes. 
©E2ni-£1A« , Dïviii , Prophète, 



©eo-/A ucTu , donner des loix , établir des 

chofes facrées. 
©PHN-£iAoî , qui chante des vers funè- 
bres , des élégies , des complaintes ; z", 

pleureur à la tête d'un convoi. 
(SfriV'uS'ia. , chant lugubre , lamenta? 

lions. 
Qfitiv^uJ^m , chanter une élégie , pleurer, " 

déplorer. 
Kl©AP-fiAoî , joueur de