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Full text of "Moulay Ismail et Jacques II: une apologie de l'Islam par un sultan du Maroc"

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MOULAY ISMÂIL ET JACQUES II 



UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 



PAR 



UN SULTAN DU MAROC 



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AII0BR8. — IMPRimcRIB UHIBIITALB A. BURDIN BT C^, 4. RUB GARNI VR 



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Comte Henry de GASTRIES 



mm\ isMiL ET ikmn ii 



UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 



PAR 



UN SULTAN DU MAROC 




PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE, Tl' 
1903 



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TABLE DES MATIERES 



Pages. 

MOULAY ISMAIL 11 

JACQUES II 35 

Lettre de Moulay Ismâîl à Jacques II, 

Traductiou française du texte arabe .... 56 
Lettrée de Moulay Ismâïl à Jacques //. 

Traduction française du texte espagnol . . . 101 

APPENDICE I. — La Révolution d'Angleterre et la 
fuite de Jacques II en France. Récit d'un ambas- 
sadeur marocain (1690-1691). 105 

APPENDICE IL — Lettre du roi de Maroc (Moulay el- 
Oualid) au roi d'Angleterre (Jacques 1") (1637). 
Traduction anglaise 109 

Traduction française de la version anglaise. 113 

Index des noms de personnes 118 

TEXTE ARABE 



TABLE DES PLANCHES 



I. — Portrait de Moulay Ismâïl (Mouette). 
II. — Portrait de Moulay Ismâïl (Larmessin), 

III. — Portrait de Jacques II (A. Trouvain). 

IV. — Fac-similé de la lettre arabe. 

V. — Fac-similé de la lettre espagnole. 



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PI. I. 




Mou/cy Se/n^/i cl Ueixsentnjrere ^t^ 
* juccejjcier^dû MauZcy ^rc/i^y auœRay.. 



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MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 



UiNE APOLOGIE DE L'ISLAM 



UN SULTAN DU MAROC 



Il existe aux archives des Affaires Étrangères, 
dans la correspondance politique (Maroc), deux 
lettres de l'empereur Moulay Ismâïl datées du 
26 février 1698 et adressées à Jacques II. On sait 
que l'ex-roi d'Angleterre, réfugié en France depuis 
la révolution de 1688, vivait à Saint-Germain-en- 
Laye, où la fastueuse hospitalité de Louis XIV lui 
avait reconstitué une cour. 

Les deux lettres de Moulay Ismâïl sont écrites 
l'une en arabe*, l'autre en espagnol. Celle-ci, qui 

1. L'original de la lettre arabe, accompagné de sa traduc- 
tion par Pétis de la Croix, secrétaire interprète du roi pour 
les langues orientales, se trouve au fonds Maroc. Correspond 
dance, 1, f"^ 42-45 pour la traduction, et fol* 46 pour le texte 
arabe. Le fonds Angleterre [Stuarts)^ Mém. et Doc. ^ 75, f® 54 

1 



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2 MOULAY ISMAIL ET JACQUES 11 

est sans doute parvenue au destinataire par une 
autre voie*, n'est qu'un résumé de la première 
dont nous allons donner une brève analyse. 

La religion et la politique se partagent inégale- 
ment la lettre chérifienne. La partie religieuse, de 
beaucoup la plus importante, est traitée avec de 
grands développements par le sultan marocain 
qui nous apparaît comme un théologien très versé 
dans la science du Coran et dans celle des hâdit^. 



contient aussi une traduction inachevée de la lettre arabe qui 
est peut-être un commencement de brouillon de Tinterprète. 
Cette pièce de nulle valeur est seule mentionnée dans Tinven- 
taire sommaire des Archives des Affaires Étrangères. 

1. Aff. Etr. Maroc y Correspondance y 1, f°* 40 pour la tra- 
duction et 41 pour le texte espagnol. — Les destinées de l'Es- 
pagne et du Maroc ont été si longtemps mélangées que la 
langue espagnole était très en usage dans l'empire des chérifs 
à la fin du xvii® siècle. Nous croyons cependant que Mouette 
généralise trop, quand il écrit, à la date de 1682, que cette 
langue « y est encore aujourd'huy aussi commune que l'arabe ». 
Relation de la captwité du S^ Mouette dans les royaumes de 
Fez et de Maroc, Paris, 1682, in-12. Préface. — Un captif 
français, Bernard Bausset, enseignait la langue espagnole aux 
enfants de Moulay Ismâïl. Ibid,, p. 94. 

2. Le Coran est la parole de Dieu et rien que la parole de 
Dieu. Envisagé à ce point de vue, il ne saurait être comparé h 
TEvangile qui ne renferme pas seulement la parole de Dieu, 
mais contient aussi les récits des évangélistes. Ces récits nous 
faisant connaître les diverses circonstances dans lesquelles le 
Christ a accompli sa prédication ont une importance capitale 
pour fixer et préciser l'enseignement divin. Les hâdît sont les 
traditions relatives aux paroles, aux silences, aux actes, aux 
gestes du prophète arabe en telle ou telle circonstance et c'est 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 3 

C'est une apologie de l'islam en même temps 



leur recueil qui, dans la religioa musulmane, pourrait être plus 
justement comparé à l'Evangile. Le Coran ne contenait que 
les germes d'une législation religieuse et civile; les hadît ont 
fourni aux théologiens et aux légistes les matériaux d'où est sorti 
le système de la Sunna^ la loi traditionnelle de l'islam. « Tous 
les fondateurs de religions ont dû être entourés et suivis de Ira- 
ditionnistes, mais nous ne voyons nulle part une institution pa- 
reille a celle qui s'est développée après la mort de Mahomet et 
une avidité semblable h recueillir toutes les paroles et tous les 
gestes du législateur. » Krehl, Journal Asiatique, 6° série, II, 
pp. 33, 34. — Les hâdît récoltés par milliers étaient loin de 
présenter les mêmes garanties d'authenticité et il se créa une 
science des traditions avec ses règles et ses principes de cri- 
tique. Tout hâdît, pour être accepté, dut être appuyé de son 
isnâdy sorte d*arbre généalogique donnant les noms de tous 
ceux par la bouche desquels il avait été transmis, avant d'être 
consigné par écrit. « Les Arabes, dit J. Mohl, sont je crois le 
seul peuple qui ait entouré ses souvenirs de ce contrôle qui 
déterminait le degré d'authenticité de chaque récit, selon la 
valeur du nom des garants. » Journ. Asiat,, 5® série, t. VI, p. 32. 
— II existe six collections de hàdît ; Tune des plus célèbres est 
celle de Boukhari intitulée Kitâb Sahih el-Boukhari, Étant 
donnée la très grande importance des hâdît, il est étonnant 
que ce livre n'ait pas encore été traduit, alors que la première 
traduction du Coran remonte à 1141 (elle fut faite en latin, 
sur le conseil de Pierre le Vénérable par Pierre de Tolède, 
Herman de Dalmatie et Robert Kennet). Il faut savoir grand 
gré au savant professeur, M. Houdas, d'avoir entrepris ce tra- 
vail considérable. On ne connaîtra l'islam que lorsqu'on possé- 
dera une bonne édition du Sahîl;i avec traduction, tables, index 
et concordances. Parlant du Coran et des hâdît, ibn Khaldoun 
a dit : « La religion a pour base ces deux livres. » Prolégomènes, 
II, 318. 



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i MOULAY ISMAIL Et JACQUES II 

qu'une réfutation du christianisme qu'entreprend 
Moulay Ismâïl. II reproduit les arguments ou les 
affirmations de cette vieille controverse : Dieu est 
unique ; c'est de l'anthropomorphisme que de lui 
attribuer un fils et la Trinité est un trithéisme. 
Jésus est bien le Messie, le Verbe de Dieu et le fils 
de Marie, a la vierge intémérée », mais il n'a 
jamais prétendu au titre de fils de Dieu. Il n'a été 
ni tué ni crucifié, mais Dieu l'a élevé jusqu'à lui et 
il réapparaîtra à la fin des temps. Moulay Ismâïl 
tire alors d'un hâdît relatif au deuxième avènement 
du Messie un argument qu'on pourrait appeler ar- 
gument eschatologique pour prouver la supé- 
riorité de l'islam sur le christianisme. Lorsque 
le Messie, d'après cette Tradition, reviendra sur 
terre, il fera la prière musulmane, rangé comme 
un simple fidèle, derrière le Mahdi qui remplira 
les fonctions d'imam*. Ce dernier acte du Messie 

1. L'imam est celui qui dirige la prière publique ; il se place 
en avant des fidèles qui conforment leurs mouvements aux 
siens et leur récitation à la sienne. On sait que le musulman 
doit prendre pendant la prière des postures différentes : de- 
bout, fléchissant seulement la moitié supérieure du corps, 
prosterné le front à terre, etc. Chacune de ces positions du 
corps est appelée rka et ce nom s'applique également à la 
prière se faisant dans cette position; la prière complète 
ne comporte pas moins de huit rka. Comme elle se fait autant 
que possible en commun, on conçoit la nécessité de Timam 
pour obtenir Tensemble dans l'exécution. Par extension le 
nom d'imam a été donné à celui qui est investi du souverain 
pouvoir (spirituel et temporel] et auquel les musulmans doi- 
vent obéir, comme on obéit à Timam qui dirige la prière. 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 5 

est considéré par les musulmans comme sa solen- 
nelle adhésion à l'islam, après quoi les temps 
seront accomplis. 

A ces preuves d'ordre théologique en faveur de 
la vérité de l'islam, Moulay Ismâïl en ajoute 
une tirée de l'acquiescement de princes chrétiens 
tels que le Négus d'Abyssinie et l'empereur 
Héraclius * à la doctrine de Mahomet. Enfin il ter- 
mine sa controverse par un argument d'une puéri- 
lité dérisoire^. 

L'objet non dissimulé de cette première partie 
de la lettre est d'amener Jacques II à se faire mu- 
sulman : (( Croyez-moi, lui dit Moulay Ismâïl, sui- 
vez cette religion qui est la véritable ^ » . 

Le souverain marocain, se plaçant dans la 
deuxième partie de sa lettre sur le terrain des in- 
térêts politiques, donne à l'ex-roi d'Angleterre le 
conseil de revenir, à tout le moins, au protestan- 
tisme qui est la religion de ses sujets dont il s'est 
aliéné la fidélité en se faisant catholique. « Que si 
vous voulez, écrit-il, persévérer dans votre religion 
infidèle [le christianisme], il est certain que celle 
de votre nation anglaise est plus légère et plus 
commode pour vous que l'adoration de la croix et 
l'obéissance à ceux qui donnent un fils à Dieu, 



1. V. p. 87. 

2. V. p. 91. 

3. V. p. 93. Moulay Ismâïl s'adressait h un roi qui avait déjà 
changé de religion. 



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6 MOULAY ISMÂIL ET JACQUES 11 

alors qu'ils en refusent à leurs moines. Quel avan- 
tage trouvez-vous à vous être sorti de la religion 
de vos pères et aïeux pour embrasser une religion 
autre que celle de votre peuple? Et quoique, en 
général, toutes vos sectes soient un tissu d'erreurs 
et de fourvoiement, cependant votre véritable secte 
à vous est celle d'Henric* qui est plus raisonnable 
que les autres qui sont embourbées dans l'infi- 
délité * )) . 

Moulay Ismâïl termine sa lettre, en offrant éven- 
tuellement à Jacques 11 son concours pour une 
descente en Angleterre. Il serait heureux de con- 
tribuer au renversement de Guillaume d'Orange et 
laisse percer sa haine contre les Hollandais. « Par 
le grand Dieu ! je ne puis souffrir que votre maison 
et votre royaume soient en la puissance et sous le 
gouvernement d'un Hollandais ! » Il engage le roi 
exilé à quitter secrètement la France et à se réfu- 
gier en Portugal ; Jacques 11 y retrouvera sa belle- 
sœur la reine Catherine qui a conservé un peu 
d'autorité sur le parlement anglais, et il sera plus 
à proximité pour s'entendre avec le Maroc au 
sujet d'une action commune ^ 

1. Henri VIII. 

2. V. p. 96. 

3. V, p. 98. La question se pose de savoir si cette lettre 
fut remise à Jacques II ; elle devait, dans Tesprit de Moulay 
Ismâïl, rester ignorée de Louis XIV, si Ton en juge par le pas- 
sage où le souverain marocain conseille h Tex-roi d'Angle- 
terre de quitter secrètement la France. Toujours est-il qu'elle 
fut traduite par Tinterprète de Louis XIV et que l'original 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 7 

La lettre espagnole est, ainsi qu'il a été dit, un 
résumé de celle qui vient d'être analysée; la partie 
religieuse y est très écourtée ; un musulman ne 
pouvait, sans déroger, dicter, pour être traduites 
en espagnol, les citations du Coran et des hâdît 
qu'elle comporte. 

Il a paru intéressant de placer en tête de ces 
pages les traits de Moulay Ismâïl* et de Jacques II 



arabe a été conservé dans les Archives françaises. Il en est de 
même de la lettre espagnole. V. p. 101. 

1. L'iconographie de Moulay Istnâïl n'est pas chargée; elle 
ne comprend que deux portaits d'une égale insignifiance. Le 
premier qui figure en tête de ces pages est emprunté à l'ou- 
vrage de Mouette intitulé Histoire des conquêtes de Mouley Ar- 

chy etde Mouley Ismaêl Paris, 1682, in-12. Le second, 

PI. II se trouve dans l'œuvre de Larmessin (rArmessin) Bi- 
bliothèque Nationale, section des Estampes E d. 91, p. 63. La 
question d'authenticité ne se pose même pas pour ces portraits 
faits d'imagination. Larmessin a représenté, en pure fantaisie, 
une série de souverains exotiques tels que Tombut, roy de 
Guinée, le Roy de la Floride et le puissant Roy de Congo dans 
l'Esthiopie Inférieure ; son Moulay Ismâïl ne dépare pas la col- 
lection : il porte un turban invraisemblable orné d'une aigrette 
et surmonté d'une couronne à l'antique. Au bas du médaillon^ 
l'artiste a dessiné des armoiries fictives : d'argent au lion is- 
sant de sable, lampassé de même; au chef de sinople chargé 
d'un croissant d'argent; l'écu sommé d'une couronne à l'anti- 
que à cinq rayons. 

Il est préférable, pour se faire une idée des traits de Moulay 
Ismâïl, de se reporter aux descriptions des auteurs contem- 
porains : 

«. Mouley Ismâïl, roy de Fez, de Maroc et de Tafilet est 
âgé de 37 ans, assez haut, mais de taille fort déliée, quoiqu'il 



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8 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

reproduits d'après des gravures du temps ; mais 
il a semblé plus utile encore de fixer la physiono- 
mie morale de ces deux princes, « car il profite 
moins au lecteur de voir les linéaments du visage 
de celui qui l'enseigne, que ceux de son âme, pour 
recevoir les jugements des choses avec le trébu- 
chet en la main * » . Or si les linéaments de l'âme 
du frivole Jacques II sont familiers, on connaît 
moins ceux de Moulay Ismâïl, de ce sultan que les 
relations des auteurs européens ont représenté 
comme le dernier des monstres, alors que sa 
mémoire est révérée au Maroc où il est appelé 
encore aujourd'hui le « grand et le pieux sultan ». 
Moulay Ismâïl se révèle dans cette lettre comme 
un théologien de l'islam, et c'est bien là le phéno- 



paraisse assez gros à cause de ses habits. Son visage qui est 
d'un châtain clair est un peu long et les traits en sont bien 
faits; il porte une longue barbe qui est un peu fourchue. » 
Mouette, 1681. 

« Il est âgé de 49 à 50 ans, bazanné, maigre et d'un poil noir 
qui commence à grisonner; sa taille est médiocre, son visage 
ovale, ses joues enfoncées aussi bien que ses yeux qui sont 
noirs et pleins de feu, le nez en est petit et aquilin, le menton 
pointu, les lèvres grosses et la bouche assez bien proportion- 
née. » PiDou DE Saint-Olon, 1693. V. Relation de ce qui s'est 
passé dans les trois voyages que les religieux de V Ordre de Notre- 
Dame de la Mercy ont faits dans les Etats du roy de Maroc ^ 
Paris, 1724, in-16, p. 148. — Busnot, Histoire du Règne de 
Mouley Ismael... Rouen, 1714, in-12, p. 37. 

1. Agrippa dAvbig^é, Histoire unis^erselle^ i I, Préface, p. 9, 
Édition de Ruble 1886. 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 



mène le plus déconcertant pour notre mentalité 
d'aryen et de chrétien que ce despote, aux instincts 
sanguinaires, discutant les vérités de sa religion et 
cherchant à amener à sa croyance ce roi d'Angle- 
terre converti au catholicisme et auquel il repro- 
chait d'avoir perdu son royaume « pour adorer 
des images* ». 

1. V. la lettre espagnole, p. 102. 



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PI. II. 













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MOULAY ISMAIL 



Moulay Ismâïl*, le deuxième sultan de cette dy- 
nastie des chérifs fîlaliens qui est encore aujour- 



1. Sources anglaises. — Phelps (Thomas), A True Account 
ofthe Captivity of Thomas Phelps ai Machaness inBarbary,., 
London, 1685, în-4. — Brooks (Francis), Barbarian cruelty, 
being a true history ofthe distressed condition ofthe Christian 
Captives under the tyranny of Muley IsmaeL.. London, 1693, 
in-8. — OcKLEY (Simon), An account of South west Barbary,.. 
London, 1713, in-12. — Windus (John), A Journey to Mequi- 
nez, London, 1725, in-8. — Pellow (Thomas), The History of 
the Long Captivity and Adventures of Thomas Pellow in South 
Barbary.,. BroMvn'sEd. London, 1890, in-8. — [Jardine (Lieut.- 
coL. A,)], Letters from Barbary,.. London, 1788, 2 vol. in-8. 
— Budgett Meakin, The Moorish Empire^ A Historical Epi^ 
tome, London, 1899, in-8. 

Sources arabes. — El-Oufrani, Nozhet el-Hâdù.. Histoire de 
la dynastie Saadienne au Maroc. Traduction française par 
0. Boudas. Paris, 188889, in-8. — Ez-Zaïanî, Et-Tordjemân eU 
moarib,,. Fragment relatif à V histoire du Maroc de 1631 à 
1812. Traduction française par 0, Houdas. Paris, 1886, in-8. — 
En-Nassiri, Kitab el-îstiqça. . . Histoire du Maroc, Le Caire, 1895, 
4 vol in-8. 

Sources espagnoles. — Del Puerto (Fr. Francisco de San- 
Juan), Mission historialde Marruecos, Sevilla, 1708, in-foL — 
Castellanos (Fr. Manuel Pablo), Historia de Marruecos, ter^ 



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12 MOULAY ISMAIL ET JACQUES H 

d'hui sur le trône du Maroc, après être arrivée au 
pouvoir vers 1660, succéda à son frère Moulay er- 
Rechid en 1672. Pendant un long règne de cin- 
quante-cinq ans qui, dans l'histoire du Maroc, 
peut être appelé le siècle de Moulay Ismâïl, il fut la 
personnification la plus complète, dans ce qu'elle 
a de meilleur et dans ce qu'elle a de pis, de la 
théocratie chérifienne, le type le plus achevé de 
ces tyrans de droit divin dont, seules, les races 
sémitiques nous présentent quelques exemplaires. 
Pour trouver un souverain auquel ce sultan du 

cera edicion. Tanger, 1898, in-8, et Aposiolado serafico en 
Marruecos, Madrid, 1896, in-8. 

Sources FRANÇAISES. «^Mouette (G.), Relation de la captivité 
du sieur Mouette,,, Paris, 1682, in-12, et 

deMouleyArchy,.. etde Mouley Ismaël... Paris, 1682, in-12. — 
Saint-Olon (PiDou de), Estât Présent de VEmpire de Maroc, 
Paris, 1694, in-12. — Busnot (le Père Dominique), Histoire du 
règne de Mouley Ismaël,,, ^oMen, 1714, in-12. — [Nolasque(R. 
P.)], Relation de ce qui s^ est passé dans les trois voyages que les 
religieux de V Ordre de Notre Dame de la Mercy ont faits dans les 
états du roy de Maroc, Paris, 1724, in-16. — La Faye(lePère 
Jean de), Relation en forme de Journal du voiage pour la ré- 
demption des Captifs aux roiaumes de Maroc et d* Alger , Paris, 
1726, in-16. — [Seran de la Tour], Histoire de Mouley MahameU 
fils de Mouley Ismael, Roy de Maroc. Genève, 1749, in-12. — 
[Dubois -Fontanelle], Anecdotes Africaines, Paris, 1775, in-8. 
— Chénier (Louis Sauveur de), Recherches historiques sur les 
Maures.,. Paris, 1787,3 vol. in-8. i— Thomassy, Le Maroc^ Re- 
lations de la France avec cet empire, Paris, 1859, in-8. — Go- 
dard (Abbé Léon), Description et Histoire du Maroc, Paris, 1860, 
2 vol. in-8. — Plantet (Eugène), Mouley Ismaël,.. Paris, 1893, 
in-8. 



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UNE APOLOGIE DE L'iSLAM 13 

xviii® siècle puisse être comparé, il faut remonter 
dans le passé, jusqu'à l'histoire d'Israël, au règne 
de Salomon. 

Gomme le fils de David et de Bethsabée, Moulay 
Ismâïl avait reçu du ciel ce don de la houkma qui 
est moins celui delà sagesse que celui delà domi- 
nation, de l'autorité, de la prise sur les hommes. 
Le premier était de la famille qu'Iahvé s'était 
choisie en Israël, le second appartenait à la descen- 
dance bénie de Mahomet et passait à bon droit 
pour le glaive de Dieu*. L'un et l'autre furent des 
chefs de religion en même temps que des chefs 
d'État et l'on ne vit pas plus surgir de marabout 
ou de mahdi sous Moulay Ismâïl que Ton ne vit 
s'élever de prophète sous Salomon. Moins sangui- 
naire que Moulay Ismâïl qui fut bourreau de ses 
sujets et de sa propre famille, Salomon fit cepen- 
dant périr tous ceux qui lui portaient ombrage. 
Les deux rois furent de grands bâtisseurs de palais 
et courbèrent leurs peuples sous un travail abru- 
tissant ; tous deux organisèrent leur armée et créè- 
rent pour leur garde personnelle un corps de cava- 

1. ij^j^ ^? *^jj ^' J-^ ^IJaLJl. Le sultan est Tombre de 
Dieu et sa lance sur la terre. Hâdît, — Le jurisconsulte Abou 
Abdallah Mohammed el-DjezouIi,dans un poème composé en 
rhonneur de Moulay Ismâïl, s'écrie : 

« Moulay Ismâïl, ô soleil du monde, ô toi à qui tous les 
être créés suffiraient à peine comme rançon : 

« Tu n*es autre chose que le glaive de la Vérité que Dieu a 
tiré du fourreau pour le remettre à toi seul parmi les khalifes. » 
El-Oufrani, p. 510. 



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14 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

liers étrangers qu'ils opposèrent à leurs propres 
sujets. Enfin, pour compléter cette ressemblance, 
ils furent l'un et l'autre très adonnés aux femmes 
et surpassèrent les rois du monde par le nombre 
de leurs épouses et de leurs concubines ; le harem 
de Moulay Ismâïl égala celui de Salomon. Le 
puissant souverain d'Israël s'était attaché par un 
très ardent amour à des femmes étrangères à sa 
nation; il avait aimé des filles de Sidon, de 
ridumée et de l'Egypte, voire même la noire Sula- 
mite. Moulay Ismâïl aima des Soudanaises*, des 



1. Les Sémites — et nous employons ce mot sans lui don- 
ner une précision scientifique — n'éprouvent aucune répul- 
sion physique pour la femme de couleur; tout au contraire ils 
sont très sensibles à ses charmes. « Il y a dans les noires, 
dit l'auteur A^Antar^ une expression telle que si tu en péné- 
trais le sens, tes yeux ne regarderaient plus ni les blanches ni 
les brunes. La souplesse de leur corps, la magie de leurs 
regards sont plus puissantes que la sorcellerie elle-même. » 
Les accents si passionnés et si voluptueux du « Cantique des 
cantiques » témoignent de cette séduction exercée par les 
« noires ». La Sulamite était de couleur : « Nigra sum sedfor- 
mosa », I, 4. Les x\ryens ont, au contraire, une répugnance na- 
turelle pour la femme noire et même pour Thomme de couleur ; 
cette aversion est réciproque. Les Arabes convaincus de 
rinfériorité de la race nègre sont, dans la pratique, beaucoup 
plus rapprochés d'elle que les Européens; ils ont beau s'inju- 
rier en s'appelant : ould el Khadem (fils de négresse), leurs 
marabouts et leurs chérifs prennent souvent des épouses de 
couleur. L'Européen, qui proclame bien haut l'égalité des 
races, dément dans la pratique cette théorie égalitaire. Il n'y a 
rien de plus instructif à cet égard que le roman bien connu de 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 15 

Géorgiennes et des Espagnoles; il rêva d'épouser 
une fille de Louis XIV et fit demander par son 
ambassadeur Ben Aâïcha la main de la princesse 
de Gonti. 

L'imagination cohérente des aryens et surtout 
la mentalité chrétienne ont peine à concevoir des 
caractères manquant à ce point d'unité et formés 
d'éléments aussi disparates* ; il nous répugne d'as- 
socier le sentimentreligieux aux plus graves écarts 
de notre loi morale, voire même de la loi naturelle, 
et c'est pourquoi il nous est presque impossible 
de porter un jugement d'ensemble sur tel roi d'Is- 
raël ou sur tel souverain musulman. Le mieux est 
de raconter ce qu'ils furent, en s'abtenant des épi- 
thètes injurieuses ou laudatives, de se borner à 
analyser, c'est-à-dire à résoudre en leurs éléments 
ces caractères composés que nos esprits peuvent 
difficilement reconstituer et faire revivre par la 
synthèse. Pour n'avoir pas appliqué ces prin- 
cipes, pour avoir méconnu la mentalité complexe 

Mistress Beecher Stowe La Case de V oncle Tom. Traduction 
L. Enault. Paris, 1897, iii-12. 

1. Ce manque d'unité n^est pas exclusivement propre au sé- 
mite; il est inhérent à Thumanité. Nos historiens et nos littéra- 
teurs ont eu le tort de généraliser dans leurs ouvrages ces ca- 
ractères tout d'une pièce qui le plus souvent ne répondent pas 
à la réalité. Certains caractères aryens présentent des contra- 
dictions impossibles à résoudre. « L'esprit humain, dit Montes- 
quieu, sait séparer les choses les plus unies et unir celles qui 
sont les plus séparées. » Défense de V Esprit des Lois. Seconde 
partie. Climat, 



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16 MOULAY ISMAIL Et JACQUES tl 

du musulman, les voyageurs et les agents chré- 
tiens ont, dans leurs « fidèles et très véridiques 
relations y> tracé de Moulay Ismâïl des portraits 
poussés au noir ; ils ont représenté comme un des- 
pote cruel, avide, débauché, ne pratiquant sa re- 
ligion que par hypocrisie* ce prince que l'histo- 
rien El-Oufrani regarde comme « le médaillon du 
collier précieux qu'ont formé les illustres enfants 
de Moulay ech-Chérif ^ », ce prince dont la mémoire 
est encore aujourd'hui vénérée au Maroc où, 
comme nous l'avons dit, il est appelé « le grand et 
le pieux sultan ». 

Cruel, Moulay Ismâïl le fut à l'excès, à un degré 
qui tenait de la maladie^; sa frénésie sanguinaire 

1. Cette accusation d'hypocrisie religieuse est courante dans 
la bouche des chrétiens jugeant les musulmans, sans les avoir 
longtemps pratiqués. L'humanité intolérante ne peut accorder 
la valeur d'un acte religieux aux prières et aux cérémonies 
d'un culte qui n'est pas le sien. M. Plantet qui s'est borné à 
reproduire les appréciations des auteurs contemporains écrit 
avec une grande sincérité : « La religion d'Ismaël était pleine 
d'hypocrisie. » Loc, cit., p. 9, ce qui est absolument inexact. 

2. Loc, cit. y p. 494. 

3. La folie homicide est une maladie mentale classée dont le 
fameux Gilles de Laval (Barbe-Bleue) est un exemple histo- 
rique. Il y aurait quelques rapprochements à faire entre le ter- 
rible Maréchal de Rais et Moulay Ismâïl. On sait que le pre- 
mier continuait ses pratiques de dévotion au milieu des 
meurtres les plus abominables. Alors que les sujets de Moulay 
Ismâïl auraient attribué à des crises passagères de folie les ex- 
cès sanguinaires de leur souverain, ils n'en auraient conçu que 
plus de respect pour sa personne, car ses emportements eus- 



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UNE APOLOGIE DE L^ISLAM 17 

s'exerçait à la fois sur ses sujets, sur les membres 
de sa famille et sur les esclaves chrétiens. Le 
nombre de ses victimes évoque l'idée de massacre 
et les chiffre cités par les auteurs européens paraî- 
traient peu dignes de foi, si nous ne les trouvions 
reproduits dans les rapports des consuls. « Enfin, 
écrit l'un deux, de dire que le Roy de Maroc, 
depuis vingt-six ans de règne, ait fait mourir 
36.000 hommes de sa main, cela paraît fabuleux ; 
cependant il est très certain et une raison qui n'en 
laisse aucun doute, c'est qu'un pauvre esclave 
espagnol qui était à ce prince avant qu'il fût roy,et 
qui est mort depuis un an et demi, avait noté tous 
les meurtres que ce prince avait faits lui-même, 
depuis qu'il était Roy ; il marque dans son mémoire 
36.000 ; après quoi, on n'a plus rien à dire de sa 
cruauté* ». Moulay Ismâïl, d une grande vigueur 

sent été considérés comme des irruptions de l'esprit de Dieu. 
V. ci-après, p. 21. 

1. Aff: Étr., Maroc. Mém, et Doc, III, f** 153, Mémoire d' Es- 
telle, consul de Salé. On peut trouver insuffisante l'autorité de 
cet esclave espagnol; il n'en est pas moins vrai que cette histoire 
avait cours parmi les chrétiens détenus en captivité au Maroc 
et nous la retrouvons dans une relation des PP. de la Mercy : 
u Un esclave chrétien, écrit le R. P. Nolasque, ayhnt entrepris 
d'écrire l'histoire de Moulay Ismaïl, a été tellement touché de 
tous les massacres qu'il a faits par lui-même de ses sujets qu'il 
n'a pas eu le courage de continuer. » Relation de ce qui s'est 
passé dans les ti^ois f^oyages que les religieux de l'ordre de 
Nostre Dame de la Mercy ont faits dans les états du roy de Ma- 
roc, p. 34. Le sieur Pidou de Saint-Olon envoyé par Louis XIV 
en ambassade au Maroc est aussi explicite. « Il aime si fortàré- 



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18 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

physique, d'une agilité et d'une adresse extra- 
ordinaires, semblait, dans quelques-unes de ses 
exécutions sanglantes, rechercher, comme dans 
un sport, le mérite de la difficulté vaincue. « Par- 
tout où il peut mettre la main, raconte le R. P. 
Busnot, il s'élance d'un plein sault et l'un de ses 
divertissements ordinaires est, dans un même 
temps, de monter à cheval, de tirer son sabre et 
de couper la tête à Tesclave qui lui tient Tétrier. » 
C'était le plus intrépide cavalier du Maroc et 
Mouette, « qui n'a eu que trop le loisir de l'obser- 
ver pendant sa longue captivité », raconte qu'il l'a 
vu plusieurs fois debout sur ses étriers, tenant 
l'un de ses fils sur un bras, une lance dans l'autre 
main et courant ainsi une longue carrière, sans 
laisser faire un faux pas à son cheval. 

Les cruautés de Moulay Ismâïl, si atroces 
qu'elles nous paraissent, étaient parfois des actes 
de justice, justice très sommaire, il est vrai, mais 
qui faisait partie du régime de terreur par lequel 
ce sultan assurait la sécurité publique contre tout 
danger, excepté contre celui de ses propres excès. 
Ces châtiments barbares sont dans la tradition sé- 
mitique, et c'est à l'histoire immuable des peuples 



pandre le sang par lui-même, écrit-il, que l'opinion commune 
est que, depuis 20 ans de règne, il faut qu'il ait fait mourir de 
sa main plus de 20.000 personnes^ ce que je pourrais d^autant 
mieux présumer et confirmer que j^en ai compté jusqu^à 47 
qu'il a tués pendant 21 jours que j'ai passés dans sa cour. » 
PiDOu DE Saint-Olon, loc, cit, ^ pp. 6i^ 62. V. BuSNOT^ p. 46. 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 19 

d'Orient et non à celle des nations européennes au 
xviii® siècle qu'il faut se référer pour les appré- 
cier. Ainsi en usaient l'Hébreu, l'Héthéen, le Gha- 
nanéen et le Phéréséen. Quand Siméon et Juda 
rejoignent dans sa fuite Adonibezec, ils lui coupent 
les pieds et les mains, et Adonibezec qui, au temps 
de sa prospérité, avait ainsi châtié ses ennemis 
s'écrie : « Soixante-dix rois, les extrémités de 
leurs mains et de leurs pieds ayant été coupés, 
ramassaient sous ma table les restes des aliments : 
comme j'ai fait, ainsi Dieu m'a rétribué^ ». Lors- 
qu'on amène, devant Samuel, Agag, le roi d'Ama- 
lec, (( fort gras et tremblant », Samuel « le coupe 
en morceaux devant le Seigneur^ » . 

Saint-Olon lui-même reconnaît que l'implacable 
chérif fut « l'équitable persécuteur des voleurs et 
des assassins^ ». Le moindre souci des souverains 
musulmans est de passer pour les pères de leurs 
peuples et Moulay Ismâïl dut dompter parfois la 
sauvagerie de ses sujets en se montrant plus sau- 

1. Juges, ch. I, 6, 7. 

2. I Rois, XV, 32, 33. 

3. c( Il s'est rendu Téquitable persécuteur des voleurs et des 
assassins.... Il s'y est attaché avec tant de soin et de succès 
qu'il a nettoyé les grands chemins et les campagnes qui en 
étaient tout remplis, ce qui doit être remarqué comme une 
des choses les plus mémorables et plus utiles qu^l ait faites 
pendant son règne : l'ordre qu'il y a mis présentement est si 
bon et si régulièrement observé, en faisant punir capitalement 
ou pécuniairement tous les voisins des lieux du délit, qu'on 
traverse aujourd'hui ses États avec confiance et sûreté. » 
Saint-Olon, p. 108. 



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20 MOÛLAY ISMÀIL ET JACQUES II 

vage qu'eux^ Il expliquait d'ailleurs et croyait 
pleinement justifier sa conduite, quand il répon- 
dait à l'ambassadeur de Louis XIV, qui lui vantait 
le gouvernement pacifique de son maître : « Votre 
roi Louis commande à des hommes, tandis que moi 
je commande à des brutes^ ». 

La raison d'État, qui se confond trop souvent 
avec la méfiance personnelle du souverain dans 
les cours musulmanes où la polygamie multiplie 
les prétendants et les complots, inspira à Moulay 
Ismaïl ses supplices les plus terrifiques. Un caïd 
de Merrakech coupable d'avoir livré la ville à un 
fils révolté du sultan eut le corps scié tout vif en 
deux à commencer par le crâne; puis on aban- 
donna son cadavre après avoir replacé les deux 
moitiés Tune sur l'autre. La longue durée de ce 
règne de cinquante-cinq ans ne pouvait manquer 
de provoquer des impatiences et des rébellions 
parmi les nombreux héritiers de la couronne, et 
plus augmentait le nombre de ses années, plus il 
devenait nécessaire à Moulay Ismâïl de frapper 
des coups terribles pour retenir par une salutaire 
frayeur ses propres enfants. On trouvera dans la 
relation du R. P. Busnot et dans celle des RR. PP. 
de la Mercy le récit détaillé de l'horrible supplice 
infligé par ce père implacable à son fils Moulay 
Mhammed coupable d'avoir conspiré à Taroudant. 

1. « He lamed the natural savageness of his subjects by 
showing himself still more savage thanthey. » Pellow, p. 135. 

2. Thomassy, loc cit,y p. 197. 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 21 

Le peuple qui ne connaissait pas d'état intermé- 
diaire entre les révolutions de palais et le cruel 
despotisme d'un sultan, ne songeait pas un instant 
à faire un reproche à Moulay Ismâïl de répres- 
sions qui lui paraissaient un moyen naturel de gou- 
vernement. Il y a plus, ces supplices et ces peines 
capitales passaient aux yeux des fanatiques pour 
l'accomplissement des arrêts divins dont le 
chérif n'était que l'exécuteur ; la lance qu'il portait 
toujours avec lui était réputée la lance de Dieu*. 
(( Lorsqu'on parle au Roi de ceux qu'il a tués de 
sa propre main ou qu'il a fait tuer, on évite 
de dire : ceux que Sa Majesté a fait mourir, mais 
on dit ceux que Dieu a fait mourir* ». On en 
était arrivé à ne plus plaindre les victimes, quand 
les contre-ordres donnés pour une exécution par- 
venaient trop tard, ce qui se produisait assez fré- 
quemment. Etre tué de la main même du chérif, 
l'élu et l'ami de Dieu était un gage de félicité pour 
l'autre vie^ On tenait pour sacrée au Maroc la 

1. V. p. 13 note 1. 

2. BusNOT, p. 47. 

3. Le fétichisme qu^inspirait Moulay Ismâïl à ses sujets 
n'est qu'un cas particulier de celui que tous les Marocains 
éprouvent pour les chérifs; c'est par une sorte de condescen- 
dance que plusieurs chérifs ont dû se faire les exécuteurs des 
hautes œuvres. SidiMohammed (1757-1790) et Moulay Sliman 
(1795-1829) furent les seuls princes de la dynastie filalienne 
qui ne remplirent pas Toffice de bourreîîu, « quoique les 
Maures criminels eussent certainement préféré mourir de leurs 
mains, attachant à cette mort une vertu sainte et réparatrice 



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22 MOULÂY ISMAIL ET JACQUES II 

frénésie sanguinaire de ce sultan fidèle et pieux 
observateur de sa religion ; quelques exaltés 
avaient remarqué que le vendredi, quand il reve- 
nait de la mosquée où il allait officier à la tête des 
fidèles, ses crises de fureur atteignaient leur pa- 
roxysme et il y en avait qui, loin de fuir sa pré- 
sence dans de pareils moments, s'offraient eux- 
mêmes à ses coups, pensant mériter le ciel par 
cette soumission aux arrêts divins. Le fétichisme 
dont il était l'objet a pu développer chez Moulay 
Ismâïl une sorte d'autosuggestion; il s'est cru le 
fléau de Dieu, mais il faut reconnaître qu'après 
avoir tué comme instrument des vengeances 
divines, il en est arrivé à tuer par plaisir et avec 
volupté. (( Il n'eut pas même honte, écrit Saint- 
Olon, de paraître devant moi, dans la dernière 
audience qu'il me donna, tout à cheval, à la porte 
de ses écuries, ayant encore ses habits et son bras 
droit tout teints du sang de deux de ses princi- 
paux noirs dont il venait de faire l'exécution à 
coups de couteaux*. » 



pour Tautre vie ». Thomassy, p. 425. « Le respect qu'on porte 
au chérif Sidi Mohammed, écrit Saugnier, est si grand qu'on 
s'estime heureux de mourir de sa main ; c'est la plus grande 
faveur à laquelle un Maure pénétré de la sainteté de sa religion 
puisse prétendre. Il est sûr d'aller dans le sein de Mahomet 
pour y jouir d'une félicité éternelle. » Relation des voyages de 
Saugnier à la côte d'Afrique^ à Maroc, publiée par Laborde. 
Paris, 1799, 8^ pp. 133 134. 
1. Loc. cit,, pp. 61, 62, 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 23 

A côté de faits qui paraissent authentiques, la 
légende en accréditait quantité d'autres moins 
prouvés, et il circulait en Europe bien des récits 
imaginaires sur les tortures et « les géhennes » 
qu'enduraient les esclaves chrétiens \ quoique 
ceux-ci, au dire des contemporains, n'aient pas 
été plus maltraités que les sujets de ce chérif tor- 
tionnaire ^ Comme la question de la cruauté de 
Moulay Ismâïl ne s'est même pas posée devant 
les chroniqueurs arabes, les relations des Euro- 
péens et particulièrement celles des mission- 
naires sont les seules sources que nous puissions 
consulter pour les faits et pour les appréciations. 
Ces relations sont très sujettes à caution, ayant 
été rédigées sans esprit critique, pour l'édification 
du lecteur et pour solliciter sa charité envers les 
œuvres de rédemption. Parmi les auteurs de nos 
jours, les uns comme M. Plantet et le R. P. Gas- 
tellanos ont accepté toutes les anecdotes du P. 
Busnot et du P. Francisco de S. Juan del Puerto et 
nous ont représenté Moulay Ismâïl comme le 



1. C'est de ces récits terrifiques que s'est inspiré Tartiste 
qui a illustré en 1684 Tédition hollandaise de Touvrage du 
P. Dan, La Barbarie et ses corsaires. L'assortiment de supplices 
représenté par la gravure avec un réalisme effroyable est digne 
de figurer dans une folterkammer , 

2. « Vers Tan 1688, il commença à devenir cruel envers les 
chrétiens, mais moins qu'il ne Tétait envers les Maures et ceux 
de sa famille ». Godard, p. 529. 



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24 M0UL4Y ISMAIL ET JACQUES II 

monstre le plus sanguinaire*; d'autres, comme 
M. de la Martinière, ont repoussé comme imagi- 
naires tous les récits d'atrocités. M. Budgett Mea- 
kin semble plus près de la vérité quand il écrit : 
(( La férocité de Moulay Ismâïl est un produit de 
l'époque où il vivait et s'il a surpassé les autres 
en cruauté, c'est qu'il les a surpassés en puis- 
sance-». 

Par suite de leur méconnaissance des temps et 
du milieu, la plupart des auteurs chrétiens ont 
omis de faire cette réserve en appréciant les actes 
sanguinaires de Moulay Ismâïl. Une pareille igno- 
rance leur a fait juger avec une injuste sévérité 
les mœurs de ce souverain. Sans la polygamie, 
cet homme, d'une virilité surabondante, eût été 
un débauché ; avec les facilités de l'Islam pour la 
chair, il remplit son harem de deux mille femmes 
dont il eut sept cents fils et un nombre de filles 
qui n'a jamais pu être évalué avec quelque préci- 
sion ^ Mais, loin d'être absorbé par les plaisirs, il 

1. Cependant le P. Castellanos a bien compris Tobjet de la 
politique barbare de Moulay Ismâïl, « PoHtica barbaray cruel, 
écrit-il, pero que le aseguro la corona por muchos anos ». Loc. 
cit., p. 440. 

2. « His ferocity was but the outcome of the times in whîch 
he lived, and he was only stronger, not worse, than those 
around him. » Loc. cit., p. 140. 

3. « Il a eu une quantité prodigieuse de femmes et sa posté- 
rité a été si nombreuse qu'on doute qu41 sût lui-même ce qu'il 
avait d'enfants. S*il faut en croire Topinion générale, les mâîes 
passaient huit cents. » Chenibr, loc, cit., t. III, p. 240. « Je 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 25 

porta seul, sans ministres et sans conseillers, le 
poids du gouvernement le plus personnel qui se 
puisse concevoir*. Nous le verrons parcourir ses 
Etats et passer vingt-quatre années en expédi- 
tions, (c levant des impôts en enlevant des têtes », 
recevoir les ambassadeurs des princes chrétiens, 
diriger et surveiller comme un contre-maître les 
constructions de ses vastes palais, organiser sa 
fameuse milice noire, discuter en théologien 
consommé avec les Pères de la Mercy, prêcher 

n*ose rapporter ce que j*ai appris à ce sujet, crainte de passer 
pour trop crédule, ou pour vouloir en imposer au lecteur ; je 
pourrais par exemple dire qu^il est né au roi de Maroc soixante 
enfants dans un mois ; je pourrais encore dire qu'en 1704, ce 
prince avait 300 fils en état de régner, sans y comprendre ceux 
qui étaient en bas âge et les filles. » P. Nolasque, loc, cit., pp. 
91, 92. « En 40 jours que j'ai demeuré h Mekinez, écrit Estelle, 
le roi de Maroc a eu trente-cinq enfants. » Aff*, Étr. Maroc. 
Mém. et Doc, III, f'» 187. 

1 . « Il est presque incroyable que ce prince gouverne ses vastes 
royaumes selon sa fantaisie, sans aucun conseil que celui qu'il 
prend de lui-même, ce qui est pourtant très certain. » A/f. Étr. 
Maroc. Mém. et Doc. Mémoire d* Estelle^ juillet 1699, III, f» 187. 
« On croyoit tout perdu, quand par des ressorts secrets, sans 
armes, sans Conseil, sans efforts, on a vu ces orages dissipez, 
les Mutins abattus, les chefs livrez en ses mains... et tout le 
monde se ranger comme de soi-même sous un joug qu'ils 
trouvent tous insupportable et qu'ils étoient en pouvoir de se- 
couer entièrement, si toutes leurs mesures n'avoient été plus 
courtes que sa prudence, y) Busnot, p. 47. Au milieu des me- 
naces de révolution générale, lui seul paraissait comme un 
homme sans affaires, donnant audience aux étrangers, surveil- 
lant ses constructions, comme s'il avoit été quelque particulier 



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26 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

dans les mosquées* et adresser à Jacques II cette 
réfutation du christianisme qui fait l'objet de 
la présente étude. 

Une vie pareillement remplie, une activité si 
incessante laissaient, en vérité, peu de place aux 
amours et, si Moulay Ismâïl fut adonné aux 
femmes, force est de reconnaître qu'il fut tout le 
contraire d'un souverain efféminé. Quand le harem 
répond à un besoin physique, il ne déprime pas 
l'énergie d'un prince et l'absorbe beaucoup moins 
qu'une Pompadour ou une du Barry. Le sentiment 
est presque toujours exclu de ses amours faciles 
qui occupent beaucoup plus les pourvoyeurs en 
titre que le souverain lui-même. Jamais dans l'Is- 
lam, l'histoire d'un règne n'a été l'histoire d'une 
femme. On peut affirmer que, parmi les épouses 
et les concubines qui se succédèrent en si grand 
nombre dans le palais de Mekinès, il n'en est au- 
cune ayant inspiré à Moulay Ismâïl une violente 
passion et ayant eu la moindre influence sur les 
affaires de l'État ^ 

qui n'eût eu autre chose à faire que d'entrer dans le détail de 
son tranquile Domestique. » Ibid,^ p. 46. 

1. « Il prêche dans sa Mosquée d'une manière à effacer tous 
les Talbes. » Busnot, p. 48. 

2. Nous ne referons pas, après Thomassy qui a traité le 
sujet et après M. Plantet qu'il l'a épuisé, le récit de la demande 
de la main de la princesse de Conti adressée à Louis XIV par 
Moulay Ismâïl. Cette union, dans l'esprit du souvernin maro- 
cain et malgré les odes des poètes, n'avait qu'un objet poli- 
tique. Parmi les ouvrages dont cette curieuse aventure a été 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 27 

Là OÙ les relations des Européens semblent plus 
dig-nes de foi c'est quand elles nous racontent l'in- 
satiable cupidité du tyran marocain. Ce défaut pa- 
raît être celui de la race tout entière des cherifs 
filaliens et il s'est fixé dans leur descendance 
comme un héritage atavique. La politique de Mou- 
lay Ismâïl avec les puissances européennes, ses 
négociations en vue des alliances, ses démonstra- 
tions diverses n'avaient d'autre objet que de s'atti- 
rer des présents *. Cette question de cadeaux (dona- 
tives) est la grosse préoccupation des ambassades. 
Une des causes qui font échouer celle de Saint-Olon, 
c'est qu'il n'a pas apporté comme présents les ob- 
jets que le souverain avait indiqués au fils de notre 
consul Estelle ^ Un manque complet de bonne foi 
rendait d'ailleurs vaines toutes les négociations 
avec lui, alors même que sa cupidité était satis- 
faite. (( Son avidité à ramasser des trésors est telle 
qu'on ne peut traiter une affaire avec lui ; elle le 
rend sans parole et sans honneur, mettant tout en 

Tobjet, il en est un de pure fiction intitulé : Relation histo- 
rique de r Amour de V Empereur du Maroc ^ Pour Madame la 
Princesse Doilariere de Conty, Ecrite en forme de Lettres à une 
Personne de Qualité par M^ le Comte D''** , Cologne, 1700. Il y 
est traité, sur le ton et à la manière des Lettres Persanes^ des 
sujets les plus variés. L'auteur y produit pour la défense de 
la polygamie un argument plein de saveur, placé dans la bou- 
che de Moulay Ismâïl, ce père d'innombrables enfants. La thèse 
est celle-ci : On n'ensemence pas une seconde fois un champ, 
alors que la première semence a levé. 

1, Saint-Olon, Épître dédicatoire h Louis XIV. 

2.7i^rf.,p. 197. 



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28 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

usage pour attraper des présents des princes 
chrétiens, sous des propositions de paix qu'ils lui 
envoient faire, mais dès qu'il a eu tout ce qu'il 
pouvait espérer, il ne fait point de difficulté de 
nier ce qu'il a envoyé proposer à ces princes et 
même ses lettres ^ ». Sa fiscalité était extrême et, 
s'il ne levait pas sur ses sujets des impôts con- 
traires à la loi religieuse, il savait se dédommager 
en dépouillant tous les caïds qui s'étaient enrichis 
dans leur administration, voire même les gens de 
qualité assez imprudents pour faire montre de leur 
fortune^. Sa maison ne lui coûtait rien, les Juifs en 
ayant la charge ; son armée, en dehors de sa garde 
nègre, s'entretenait elle-même, les nombreux pri- 
sonniers indigènes se nourrissaient à leurs frais 
et on ne donnait aux esclaves chrétiens qu'une 
faible mesure de farine pour ration journalière. Il 
n'y avait pas jusqu'au bourreau qui ne fût payé 
par la victime elle-même. 

Ce prince dont la simplicité égalait la frugalité, 
toujours vêtu de laine ^ et se nourrissant d'un plat 

1. Mémoire (T Estelle, Aff, Étr. Maroc, Mém, et Doc.^ III, 
fo 187. 

2. « Il a cette politique, quand il se veut emparer de leurs 
trésors et les faire mourir, pour ne point donner tant sujet h 
son peuple de murmurer, d'envoyer quelqu'un de ses fils à 
l'endroit où ils sont, sous prétexte de gouverner cette ville ou 
village; cet enfant a ses instructions; il cherche noise à ces 
malheureux qui n'ont d'autre crime que d'avoir de l'argent. » 
Estelle (Mémoire d'). Aff, Étr, Maroc. Mém, etDoc.lW^ f* 153. 

3. C'est par ignorance du costume arabe que quelques 



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UNE At>OLOGIE DE L'ISLAM âd 

de kouskous- avait un seul luxe, celui des cons- 
tructions ou, pour être plus vrai, celui d'occuper 
en permanence des milliers d'ouvriers à des tra- 
vaux quelconques. Il commença par démolir de 
fond en comble le merveilleux palais d'El-Bedi bâti 
à Merrakech, en 1593, par le chérif saadien Abou el- 
Abbas Ahmed el-Mansour. Les matériaux en furent 
bouleversés et dispersés; il n'y eut pas une ville de 
Maroc qui n'en reçût quelques débris ; on en re- 
trouva, prétend El-Oufrani, jusques dans l'Iraq^ Il 
entreprit plus tard ce grand ensemble de bâtisses 
mal rattachées les unes aux autres qui forment 
la kasba de Mekinès et qui renfermait une écurie 
longue de quatre kilomètres. Ses sujets devaient 
lui fournir la main d'œuvre comme les matériaux, 
et il n y eut pas moins de 30.000 indigènes et de 
2.500 captifs chrétiens employés à ces travaux. 
La distraction favorite de ce despote était d'al- 
ler au milieu de ses chantiers; il prenait des ali- 
gnements, faisait renverser ce qui n'était pas à 
sa guise, travaillait « avec ses chrétiens et les 
autres ouvriers comme le moindre de l'un d'eux ». 
Quand il était impatient de voir terminer quel- 



auteurs ont signalé comme une particularité, le haïk que 
Moulay Ismâïl relevait souvent sur sa bouche, et ses vêtements 
qui lui laissaient les jambes et les bras nus. 

1. pp 179-195. — Cf. sur le palais d'El-Bedi [Charant. A.], 
Lettre écritte en réponse à diverses questions curieuses sur les 
parties de CAffrique oit règne aujourd'hui Muley Arxid, Roy de 
Tafiletepar M**\ Paris, 1670, in-.12. 



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30 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

que ouvrage, il y passait la journée entière, et 
se faisait alors apporter par un nègre un bassin 
de kouskous pour tout repas*; c'est là qu'il rece- 
vait les ambassadeurs, assis à terre ou sur un tas 
de pierre. Il apportait d'ailleurs dans la surveil- 
lance de ses équipes d'ouvriers sa sauvage ru- 
desse. Un jour qu'il faisait la chaîne comme un 
manœuvre, passant à ses maçons du mortier et des 
briques, « il en rencontra quelques-unes qui es- 
toieht fort minces; il envoya chercher le Maistre 
qui les avait faites et lui en rompit une cinquan- 
taine sur la tête. » Quant « au Maistre qui fournis- 
sait la chaux, à cause qu'il ne la faisait pas cuire 
assez, il lui donna deux cents coups de bâton de 
sa main et l'envoya traîner par les rues de la 
ville^ ». C'était avec une frayeur mêlée de curiosité 
que les ouvriers indigènes et les esclaves chré- 
tiens le voyaient « mettre la main à la pâte » , car 
ils s'attendaient toujours à quelque exécution de 
la part de ce féroce surveillant qui « assommait 
un homme pour apprendre aux autres à mieux 
travailler^ ». 

C'est par ces terribles moyens qu'il arriva à im- 
poser un travail d'esclaves à des populations en- 



1. OcKLEY, Relation des états de Fez et de Maroc , par un An- 
glois qui y a été longtems esclave. Paris, 1726, pp. 142, 143. 
Cet ouvrage est une traduction française de celui indiqué p. 9, 
parmi les sources anglaises. 

2. Mouette, HisL des Conq.^ pp. 280, 281. 

3. BUGDETT MEAKIN,p. 160. 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 31 

tières *. Il comparait ses innombrables ouvriers à 
des rats que l'on aurait enfermés dans un sac et pré- 
tendait qu'il fallait de temps en temps secouer le 
sac violemment pour empêcher les rats de le ron- 
ger *. 11 avait utilisé pour ses constructions de Me- 
kinès les ruines romaines de Ksar Firaoun ^ dont 
les matériaux lui étaient apportés à bras par des 
corvées indigènes. Quand la nouvelle de sa mort 
se répandit, quand on sut que ce long règne de 
travaux forcés avait pris fin, chacun laissa choir 
sur place la pierre qu'il transportait et s'enfuit 
dans sa tente. La plaine qui s'étend de Ksar Firaoun 
à Mekinès est encore jonchée de ces débris. 

Ce prince, politique avisé, sanguinaire jusqu'à 
la folie et cupide jusqu'à la rapacité, ce dompteur 
dépeuples, ce bâtisseur de palais, observa toujours 
avec une grande sévérité les pratiques de sa reli- 
gion. Saint-Olon le reconnaît et il ne lui est pas 
venu à l'idée de suspecter la sincérité de sa piété. 
Le P. Busnot lui-même, quoique peu porté à le 
juger avec indulgence, ne peut s'empêcher d'avouer 
c( qu'il avoit un grand attachement à sa Loi et en 
pratiquait publiquement toutes les cérémonies, 
ablutions, prières, jeûnes et fêtes avec une scrupu- 
leuse exactitude » mais une religion qui lui donnait 
de telles facilités méritait bien, ajoute-t-il, qu'on 

1. « Il a réduit un tiers de son peuple au rang de ses 
esclaves ». Ockley. Traduction, p. 77. 

2. WiNDUS, p. 116. 

3. L'ancienne Volubilis. 



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32 MOULAY ISMAIL ET JACQUES lî 

eût pour elle de tels égards *. Les historiens qui ont 
accusé Moulay Ismâïl d'hypocrisie religieuse ont 
complètement méconnu la mentalité musulmane. 11 
y a plus, les controverses théologiques avaient pour 
son esprit un grand attrait et il faisait parfois ve- 
nir à sa cour, pour discuter des points de dogme, 
les religieux mercédaires et trinitaires qui se trou- 
vaient au Maroc en mission de rédemption. Ceux-ci 
un peu rouilles en théologie et uniquement occu- 
pés de leur ministère de charité et de dévoûment, 
esquivaient le plus possible ces entretiens, trem- 
blant de les voir se terminer par des propositions 
d'apostasie ou des menaces de supplice, mais Mou- 
lay Ismâïl n'était animé, dans ces discussions, que 
d'un esprit d'apostolat et de prosélytisme ; s'il 
voulait amener ses interlocuteurs chrétiens à re- 
connaître et à proclamer la vérité de l'islam, c'était 
par le raisonnement et non par la violence. S'a- 
dressant aux Pères de la Mercy à la fin d'un long 
exposé qu'il venait de faire de la foi musulmane, il 
leur déclare : « J'en ai dit assez pour l'homme qui 
fait usage de sa raison ; si vous êtes des opiniâtres, 
tant pis pour vous. Nous sommes tous enfants d'A- 
dam et par conséquent frères ; il n'y a que la reli- 
gion qui met de la différence entre nous . C'est donc, 
en qualité de frère et en obéissant aux commande- 
ments de ma loi que je vous avertis charitable- 
ment que la vraie religion est celle de Mahomet, 



1. Loc. cit., p. 49. 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 33 

que c'est la seule où l'on puisse faire son salut. Je 
vous donne cet avis pour la décharge de ma cons- 
cience et pour être en droit de vous accuser au 
grand jour du jugement* » . 

Une autre fois en 1680, comme il revenait de la 
mosquée, un certain vendredi, il fît mander à sa 
cour le Père Jean de Jésus-Maria, trinitaire espa- 
gnol. c( Après que le Père se fut présenté devant 
le Roy et luy eut fait la révérence, le Roy prit la 
parole et luy dit qu'il vouloit disputer de la loy 
avec luy, et le vouloit convaincre par les raisons 
qu'il luy allegueroit; et que si, après l'avoir fait, 
le Père se vouloit faire Maure, qu'il lui donneroit 
les plus beaux emplois de sa Cour. Mouley Sméin 
luy fît plusieurs questions importantes et des plus 
relevées, sur lesquelles le Père s'excusa de répon- 
dre, à cause qu'il ne savoit pas la langue Ara- 
besque. Hé bien, luy dit le Roy, lors que tu le 
voudras faire, j'amènerai des gens qui nous feront 
entendre; tu apporteras tes livres et moi j'apporte- 
rai les miens; je te donnerai toute liberté de parler 
et, si tu triomphes, je t'en estimerai beaucoup. Le 
Roy se retira ensuite et laissa nostre Père tout 
contristé, d'autant que n'estant pas bon Théolo- 
gien, il n'estoit pas bien aise de se trouver dans 
ces sortes de conversations ^ ». 

Mais s'il était besoin d'une preuve pour attester 



1. Anecdotes Africaines^ p, 30. 

2. Mouette, Hist. des Conq.^ pp. 286, 287. 



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34 MOULAY ISMAIL ET JACQUES 11 

la sincérité religieuse de Moulay Ismâïl, en trou- 
verait-on une meilleure que cette longue lettre 
qu'il adressa à Jacques 11 pour l'engager à se con- 
vertir à l'islamisme? Si l'on peut discuter la force 
des arguments, il est impossible de contester les 
sentiments religieux de celui qui l'a écrite. 

Il y aurait encore bien des détails à ajouter pour 
reconstituer le caractère complexe de Moulay 
Ismâïl; il faudrait parler de sa constance dans 
l'adversité, de ses idées politiques, de l'esprit de 
méthode qu'il apporta dans l'organisation de sa 
garde noire, de la façon arbitraire dont il trans- 
planta le^ populations du Maroc, de sa concep- 
tion des gouvernements chrétiens et de bien d'au- 
tres choses encore. 

L^histoire du Maroc nous amènera à faire un 
jour cette étude plus complète, il suffît aujour- 
d'hui d'en avoir esquissé les principaux traits 
et d'avoir préservé le lecteur d'une appréciation 
d'ensemble sur un des hommes les plus difficiles 
à juger. 



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PL III. 




^aofuej j,'^ f^Loy dJin^Ielérrc. 



MV€iU^tnt tAam iuttThmumt nu JX/a£f—/ a 



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JACQUES II 



Parmi les rois en exil, il en est peu ayant fait 
aussi médiocre figure que Jacques II, réfugié en 
France après sa fuite d'Angleterre et vivant à Saint- 
Germain-en-Laye d'une mensualité de 50.000 francs 
que lui octroyait Louis XIV pour la tenue de sa cour, 
et d'une pension annuelle de 70.000 francs, « qu'il 
avait eu la faiblesse d'accepter en secret de sa fille 
Marie par laquelle il avait été détrôné* ». Au re- 
bours de Henri IV, qui estimait que Paris valait bien 
une messe Jacques II, avait jugé qu'à ce prix il de- 
vait sacrifier sa couronne. Une religiosité scrupu- 
leuse et étroite, une déplorable légèreté de mœurs, 
un manque absolu d'élévation dans le caractère 

1. Sources. — Macaulay, History ofEngland. — Samuel Pe- 
PYs^ Diary. — Voltaire, Siècle de Louis XIV. — Saint-Simon, 
Mémoires, — Dangeau, Journal de la cour de Louis XIV, — 
M^*« DE Sévigné, Lettres, — M™® de Maintenon, Mémoires, — 
M™« DE LA Fayette, Mémoires de la Cour de France, — Hamil- 
ton, Mémoires de Grammont, édition Lescure. — M"® de Cam- 
PANA, de Cavelli, Lcs derniers Stuarts à Saint-Germain^en- 
LayCj Documents inédits et authentiques puisés aux archives 
publiques et privées, Paris, 1871, 2 vol. in-4. 



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36 MOULAY ISMÂIL ET JACQUES il 

sont les traits dominants du dernier roi Stuart, et 
il est représenté au naturel par le « mot historique » 
attribué à Charles II : a Mon frère perdra trois 
royaumes pour une messe, et le paradis pour une 
fille». 

Connu sous le nom de duc d'York, avant son 
avènement, il avait, pendant un premier exil, vécu 
en France et avait même servi sous les ordres de 
Turenne. C'est pendant ce séjour (1648-1660) 
que s'exercèrent les influences religieuses qui 
devaient faire évoluer sa destinée. Si elles arri- 
vèrent à troubler sa conscience, elles furent im- 
puissantes à élever son caractère, et à assagir ses 
mœurs et c'est à tort que Ton a cherché à réhabi- 
liter cette première partie de sa vie en lui appli- 
quant ce qui avait été dit en France du dernier des 
Valois : « Il parut digne du trône tant qu'il n'y fut 
point assis » . 

Vers la fin de l'année 1659, le duc d'York se 
trouvant à la cour de sa sœur, la princesse d'Orange 
poursuivit de ses assiduités une de ses demoiselles 
d'honneur, Anne Hyde*; mais il eut affaire à forte 
partie; la jeune fille résista à toutes les obsessions 
du prince volage et déclara qu'elle ne disposerait 
de son cœur qu'en donnant sa main. Il en résulta 
un mariage clandestin, union valide devant le ciel, 
assure Hamilton, car « le point essentiel du sacre- 
ment y avait été^ » . Quelques mois après, survenait 

1. Elle était la fille d'Edward Hyde, comte de Clarendon. 

2. Hamilton, /oc. cit.^ p. 153. 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 37 

la restauration des Stuarts, Jacques se trouvait hé- 
ritier présomptif de la couronne d'Angleterre, 
puisque son frère Charles II, père de seize bâtards, 
n'avait pas d'enfant légitime. La fille de Hyde, 
a ce petit avocat que la faveur du roi venait de faire 
pair du royaume sans noblesse et chancelier sans 
capacité * » ne lui sembla pas de condition à s'as- 
seoir avec lui sur un trône. Mais le fier carac- 
tère d'Anne ne devait se prêter à aucune com- 
promission. (( Je suis enceinte, dit-elle au duc 
d'York qui la menaçait d'une séparation; qu'il soit 
connu de tout le monde que je suis votre épouse 
légitime et traitez-moi ensuite comme il vous 
plaira. » Elle eut pour elle le roi Charles II et l'opi- 
nion publique; son mariage fut célébré officielle- 
ment. Quant au duc d'York, satisfait d'avoir mis 
sa conscience en repos, il continua sa vie d'amours 
faciles, s'éprenant de toutes les femmes qui se 
trouvaient sous sa main, « même de celles qui 
s'étaient trouvées sous la main de bien d'autres^. » 
Anne mourut en 1671, laissant deux filles qui de- 
vaient se succéder sur le trône d'Angleterre% et le 
duc d'York, que cette union rattachait encore fai- 
blement au protestantisme, se convertit publique- 



1. Hamilton, loc, cit , p. 154. 

2. Ibid,, p. 159. 

3. La reine Marie, épouse de Guillaume d'Orange qui régna 
de 1688 à 1695 et la reine Anne, épouse du prince George de 
Danemark; elle monta sur le trône d'Angleterre après la mort 
de son beau-frère et régna de 1702 à 1714. 



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38 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

ment au catholicisme. L'événement provoqua en 
Angleterre un grand mécontentement et Jacques le 
porta à son comble, en se remariant en 1673 avec 
une princesse catholique, Marie Béatrice de Mo- 
dènes* et en conspirant ouvertement pour res- 
taurer en Angleterre la religion catholique et la 
monarchie absolue. 

Exclu de sa charge de grand-amiral du royaume 
par application du bill du Test et momentanément 
éloigné d'Angleterre, il revint à la cour plus puis- 
sant que par le passé et le sceptique Charles II , tout 
en plaisantant son frère sur son excessive dévo- 
tion et l'appelant « son successeur papiste », se 
laissa peu à peu dominer par lui. Quand, dans le 
palais de Withehall, le 2 février 1685, au lende- 
main d'une orgie de jeu et de femmes, le roi se 
trouva subitement à toute extrémité, le duc d'York 
appela secrètement au chevet de son frère qu'avait 
déjà assisté Tarchevêque de Ganterbury, un moine 
catholique pour baptiser, confesser et administrer 
le moribond ; mais la conversion du roi n'ayant 
pas été publique, ses funérailles furent protes- 
tantes*. 



1. La princesse, petite-fille de la Martinozzi, sœur de Maza- 
rin, était cousine germaine du prince de Conti. Louis XIV fut 
l'instigateur de ce mariage dont les négociations furent diffi- 
ciles. La princesse, qui avait la vocation religieuse, opposa la 
plus vive résistance. 

2. On trouve dans les documents inédits publiés par la mar- 
quise Campana le récit détaillé des derniers moments de 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 39 

Grâce à un revirement d'opinion en faveur des 
Stuarts, l'impopulaire Jacques II put succéder à 
son frère sans rencontrer d'opposition. Mais il de- 
vait continuer sur le trône sa politique papiste et 
absolutiste. Le comte de Gastelmaine fut envoyé 
officiellement à Rome pour exprimer au souve- 
rain pontife les vœux ardents du nouveau souve- 
rain pour la réconciliation de ses trois royaumes 
avec l'Eglise romaine. Innocent XI accueillit froi- 
dement l'ambassadeur de Jacques II ; le zèle exa- 
géré du monarque anglais, ses procédés violents 
étaient mal vus au Vatican où l'on parlait « de l'ex- 
comunier comme le pire ennemi de la religion ca- 
tholique » . 

Jacques II n'avait pas d'enfants vivants de sa 
seconde femme; il avait perdu coup sur coup 
deux filles en 1675 eten 1676, et un fils, le duc de 
Cambridge, miort le 22 décembre 1677, peu de jours 
après sa naissance*. La conviction était que le 
roi n'aurait pas d'héritier^ L'Angleterre s'en ré- 
Charles II extrait d'un manuscrit des religieuses de la Visita- 
tion de Chaillot conservé aux Archives nationales, K. 1303, VI. 
Campana, t. II, p. 8 et ss. V. aussi la lettre de Barillon à 
Louis XIV du 16 février 1685. Ibid, p. 12. 

1. Cette naissance avait été une déception publique. M*" de 
Barillon, l'ambassadeur de France en Angleterre, écrit à 
Louis XIV à la date du 21 novembre 1677 : a Le peuple de 
Londres n'a eu aucune joie de la naissance du fils de M. le duc 
d'York ». Campana, t. I, p. 203. Doc. CLXV. 

2. (( M. le Duc de Cambridge mourut hier; à peine scavoit- 
on qu'il estoit malade depuis deux jours. Beaucoup de gens 



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40 MOULAY ISMAIL ET JACQUES 11 

jouissait, en pensant que ce Stuart catholique 
serait le dernier de sa race, et elle plaçait toute sa 
confiance dans le prince et la princesse d'Orange 
dont le violent attachement au protestantisme 
était connu. La naissance inattendue d'un prince 
de Galles* le 19 juin 1688, survenant dix années 
après celle du duc de Cambridge, fut une conster- 
nation. La grossesse de la reine avait paru une 
simulation ; le bruit se répandit que l'enfant était 
supposé^ et il circula à ce sujet en Hollande de si 

croient que M' le duc d'York n'aura point d'enfants qui vi- 
vent.... » Lettre de Bariilon à Louis XIV du 2^ décembre 1677. 
Campana, t. I, p. 205, Doc. CLXVIIL 

1. James Francis Edward, appelé en France : le Che\falier 
de Saint' George, 

2. « La reine accoucha ou fit semblant d'accoucher le 19 de 
juin et l'on publia d*abord qu'il était né un prince de Galles. 
Ceux qui soupçonnaient du mystère dans la grossesse et dans 
l'accouchement de la Reine, furent plus persuadez que jamais 
que cette grossesse étoit supposée de même que l'accouche- 
ment. Premièrement, on trouva moyen d'éloigner la Princesse 
de Dannemarc, qui avoit un intérêt particulier dans toute 
cette aflFaire. Secondement, on n'y appela point les Princes et 
les Grands Seigneurs du Royaume qui dévoient cependant y 
assister selon la coutume. Troisièmement, Tarchevèque de 
Cantorberi devoit y être présent, mais on Tavoit mis à la 
Tour. Quatrièmement, il est remarquable que le Roy n*y étoit 
pas lui-même. Il étoit parti ce matin de Londres pour se 
rendre à une Maison de plaisance qui est à quelque distance 
de la Ville. Étant là, on vînt l'avertir de l'accouchement de la 
Reine qui n'avoit point paru être encore en état d'accoucher. 
Cela fut cause que Ton se moque assez publiquement de cet 
accouchement comme d'une Comédie. Ce qui obligea le Roi 



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UNE APOLOGIE DE L^ISLAM 41 

nombreux pamphlets que les oreilles de Louis XIV 
en furent offensées*. 

Guillaume d'Orange et la princesse Marie écartés 
dvi trône par ce tardif héritier furent l'objet de 
pressantes sollicitations; tous ceux qui voulaient 
conserver à l'Angleterre sa foi et ses libertés l'ac- 
clamaient. Guillaume passa la mer et débarqua à 
Torbay encouragé dans ses projets par sa femme 
qui, à entendre M™® de Sévigné, « aurait brave- 
quelque temps après de faire signer un certificat à toutes les 
personnes qui avoient été présentes, lesquelles disoient que 
Ton avoit tiré un enfant du lit de la Reine, mais pas une n'af- 
firmoit positivement qu'elle Teût vu naître. Et Ton ajoute 
qu'en effet elles étoient dans la Chambre de la Reine, mais 
pas une n'étoit proche de son lit. Ainsi l'on continua à dire 
assez publiquement que ce part étoit supposé. Sur quoi Ton 
peut assurer, qu'en effet cette naissance est fort douteuse et 
que la cour d'Angleterre fit précisément tout ce qu'il falloit 
pour laisser cette affaire dans un grand état d'incertitude. » 
Jenxet, Histoire de la République des Provinces-Unies , t. IV, 
396. 

1. Louis XIV encourageait secrètement le roi d'Angleterre 
dans son dessein de rétablir le catholicisme et la monarchie 
absolue de ses Etats; il se montra très irrité de l'attitude 
froide et réservée du Vatican vis-à-vis de Jacques II. « C'est 
cette conduite du Pape, écrit-il au cardinal d'Estrées le 
6 septembre 1688, qui donne au Prince d'Orange la hardiesse 
de faire tout ce qui peut marquer un dessein formé d'aller at- 
taquer le Roy d'Angleterre dans son propre royaume, 

qui donne à ses Emissaires et aux Ecrivains de Hollande Vin- 
solence de traiter de supposition la naissance du Prince de 
Galles, d'exciter les sujets du Roy de la Grande-Bretagne à la 
révolte. » Arch, Nat., AD., xv, 3. Impr. 



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42 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

ment passé sur le corps de son père » pour ar- 
river au trône. « Elle a, ajoute la marquise, 
donné procuration à son mari pour prendre pos- 
session du royaume d'Angleterre dont elle dit 
qu'elle est héritière, et, si son mari est tué — 
car son imagination n'est point délicate — elle 
la donne à M. de Schomberg pour en prendre 
possession pour elle. » Le prince d'Orange « maître 
des cœurs, des troupes et des flottes » n'eut 
pas à combattre. Jacques II se sachant entouré 
de l'aversion générale de ses sujets, hanté par 
la tragique destinée de son père, ayant appris 
de lui (( qu'il y a très peu de distance de la prison 
d'un prince à son tombeau * » n'opposa aucune ré- 
sistance au mouvement révolutionnaire. Mais l'An- 
gleterre le méprisait trop pour lui infliger le sort 
de Charles P"" et il put s'enfuir de Londres à Roches- 
ter, protégé par les troupes de son gendre. Uni- 
quement préoccupé de sa sécurité personnelle, il 
s'embarqua pour la France, après avoir écrit à ses 
partisans « qu'il n'était pas à propos qu'il s'expo- 
sât à un emprisonnement^ ». La reine et le prince 
de Galles l'avaient précédé sous la conduite du duc 
de Lauzun. Cette désertion peu honorable d'un 
souverain abandonnant tout d'un coup ses trois 

1. V. lettre de Jacques II du 4 janvier 1689. On lit en tête 
de la lettre : Aux Seigneurs et autres de Notre Prwé Conseil. 
Arch, Nat, AD, xv, 3 Impr. 

2. Raisons qui ont obligé le roi d Angleterre à se retirer de 
Rochestery écrites de la propre main de Jacques IL Cette pièce 
porte la date du 22 décembre 1688. — Ibid. 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 43 

royaumes produisit en France la plus fâcheuse 
impression et Louvois traduisait le sentiment pu- 
blic, quand il écrivait au Maréchal de Luxembourg : 
(( Ceux qui aiment le roi d'Angleterre doivent être 
bien aises de le voir en sûreté, mais ceux qui ai- 
ment sa gloire ont bien à déplorer le personnage 
qu'il a fait ». L'exil devait, par la suite, révéler 
davantage le manque d'élévation du caractère de 
ce prince uniquement absorbé par les plaisirs et 
les pratiques d'une dévotion étroite et mes- 
quine. 

Louis XIV avait fastueusement accueilli son cou- 
sin fugitif; on avait meublé à son intention le châ- 
teau de Saint-Germain, et, par une attention déli- 
cate, Tourelle, le tapissier du roi, avait été chargé 
de remettre à la reine d'Angleterre la clef d'un petit 
coffre renfermant 6.000 pistoles. On décida que 
Jacques 11 toucherait, en supplément d'une pension 
de 50.000 francs par mois, une somme de 50.000 
écus (( pour se remettre en équipages » . Louis XIV 
fît plus encore : non content d'entourer de dignités 
et d'honneurs le royal exilé et de le faire asseoir 
partout à sa droite, il lui promit de l'aider à vain- 
cre ses ennemis et à reconquérir son trône; on 
appliqua aux deux rois les paroles du psaume 
de David : Dixit Dominus Domino meo : Sede a 
dextris meis^ donec ponam inimicos tuos scabel- 
lum pedwn tuorum. Mais cette sollicitude, qui 
ne se démentit pas, était toute politique. Jac- 
ques II était, comme le grand roi, une incarnation 
de la monarchie de droit divin ; il avait été renversé 



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44 MOULAY ISMAIL ET JACQUES il 

par une nation combattant pour ses libertés et ses 
croyances, et c'est cette nation révoltée que Louis 
aurait voulu réduire, au point d'en faire l'escabeau 
du roi détrôné; Guillaume, le stathouder de Hol- 
lande, était l'ennemi qui jusqu'ici avait bravé avec 
le plus de ténacité son orgueil; l'idée de voir cet 
austère calviniste assis sur le trône d'Angleterre 
à la place de ces Stuarts, serviteurs pensionnés de 
la Cour de France *, était intolérable à Louis XIV ; 
enfin le honteux échec de son cousin Jacques II 
était celui de la cause catholique et comme une 
contre-partie de la révocation de l'édit de Nantes. 
Ce furent ces motifs beaucoup plus qu'une sym- 
pathie personnelle, qui dictèrent la conduite de 
Louis XIV, car rien ne le rapprochait de ce monar- 
que étriqué, à tournure de sacristain, de « cet es- 
prit commun qui contait tout ce qui lui était arrivé 
en Angleterre avec une insensibilité qui en don- 
nait pour lui )) . 11 parlait avec un bégaiement ridi- 
cule; «sa figure n'avait pas imposé aux courtisans, 
ses discours firent encore moins d'effet que sa 
figure ». On comprit bien vite à la Cour que ce roi 
d'Angleterre ne remonterait jamais sur le trône et 
l'on s'efforça « de régler les rangs et de faire vie 
qui dure avec des gens si loin d'être rétablis ». Et 
de fait, il n'y avait pas grand espoir à fonder sur 
les expéditions que conduirait un tel prince. Lors- 

1. Jacques II avait accepté de Louis XIV une pension de 
500.000 francs pour son usage personnel, alors qu'il était roi 
d'Angleterre. 



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UNE APOLOGIE DE LISLAM 45 



qu'en 1689 il part pour Brest où il devait s'embar- 
quer à destination de l'Irlande, Monsieur de 
Ghaulnes lui fait préparer des soupers sur sa 
route (( qu'il mangea, comme s'il n'y avait pas eu 
de prince d'Orange dans le monde » . A voir une 
pareille indifférence, « on comprenait bien pour- 
quoi il était ici ». 

Cependant l'Irlande était restée fidèle à Jacques 
II, et, à la nouvelle de son débarquement, elle se 
souleva; « les affaires d'Irlande, écrivait M"*^ de 
Sévigné, vont assez bien, il n'y a que le roi Jacques 
qui gâte tout et qui montre tous les jours par sa 
conduite qu'il mérite ses disgrâces ». Il s'obstina 
malencontreusement à faire le siège de London- 
derry et, à la journée de la Boyne, il ne parut « ni 
à la tête des Français ni à la tête des Irlandais ». 
Malgré l'insuccès de cette expédition, Louis XIV, 
ne voulant pas reconnaître Guillaume pour roi 
d'Angleterre, se dut à lui-même de continuer jus- 
qu'à la paix de Rysw^ick à appuyer par les armes 
les pusillanimes revendications de Jacques II. Ces 
diverses tentatives échouèrent; le pauvre souverain 
toujours battu se résigna assez facilement à l'u- 
surpation de son gendre et vécut à la cour de 
Saint-Germain, prenant part à tous les plaisirs de 
Versailles, de Marly et de Fontainebleau. 

Le roi et la reine d'Angleterre seront désormais 
les figurants nécessaires de ces fêtes fastueuses où 
ils auront le pas sur le Dauphin et sur Monsieur. 
Quand Louis XIV établit ses bâtards, ils arrivent 
en grande pompe de Saint-Germain pour assister 



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46 MOULAY ISMAIL ET JACQUES 11 

à la cérémonie, car c'est à eux, comme aux plus 
dignes, qu'il appartient de donner la chemise aux 
mariés; la reine la présente à M"^ de Blois et 
Jacques II au duc de Chartres, « après s'en être 
défendu, disant qu'il était trop malheureux ». 
Lorsque le duc du Maine épouse M"® de Condé, le 
cérémonial est semblable et la même fonction est 
confiée aux souverains exilés. Les choses se pas- 
sent avec plus d'étiquette au mariage du fils du 
Grand Dauphin le 7 décembre 1697 : la reine d'An- 
gleterre donne la chemise à la duchesse de Bour- 
gogne, après l'avoir reçue des mains de la duchesse 
de Lude. Quant à Monseigneur le duc de Bour- 
gogne, il se déshabille dans l'antichambre au mi- 
lieu de toute la cour « assis sur un ployant » ; le 
roi d'Angleterre lui donne la chemise qui lui est 
préalablement présentée par le duc de Beauvilliers 
et il ne se retire avec la reine que lorsque le jeune 
couple s'est mis au lit. 

Entre temps, Jacques allait couchera la Trappe, 
il touchait les écrouelles au petit couvent des An- 
glaises, sans qu'on pût expliquer d'où il tenait le 
privilège de guérir cette maladie, et, dans une 
cérémonie organisée à Notre-Dame, il conférait 
solennellement l'ordre de la Jarretière au duc de 
Lauzun, son ancien compagnon de jeu en Angle- 
terre et le protecteur de la reine pendant sa fuite. 
A la mort de sa fille Marie, la princesse d'Orange, 
survenue en 1695, il montra, une fois de plus, la 
mesquinerie de son caractère. « 11 pria le roi qu'on 
n'en prît point le deuil qui fut même défendu à 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 47 

MM . de Bouillon, de Duras et à tous ceux qui étaient 
parents du prince d'Orange. On obéit et on se tut, 
mais on trouva cette sorte de vengeance petite * » . 

Un seul trait de ressemblance existait entre 
Louis XIV et Jacques II : l'un et l'autre eurent une 
tendresse immodérée pour leurs enfants illégi- 
times. Et, en vérité, cette fin du xvii^ siècle fut bien, 
comme l'appelait Saint-Simon, « l'âge d'or des 
bâtards ». Louis XIV donnait aux siens à peine 
sortis du berceau les premières dignités de la cou- 
ronne; il ne voulut pas en user autrement avec le 
fils de son cousin et d'Arabella Churchill; à 48 ans, 
Berwick fut nommé lieutenant-général ; il était 
maréchal de France à 36 ans et avait été créé duc 
français sous ce nom anglais de Fitz-James que 
Saint-Simon qualifiait de « barbare et ridicule », 
mais qui, illustré par le héros d'Almanza et de 
Philisppsbourg, devait être acquis à nos gloires 
françaises et porté dans la suite par de glorieux 
descendants^ 

Jacques II tomba en faiblesse à Versailles le 
3 septembre 1704 et fut transporté à Saint-Germain. 
c( On ne croit pas qu'il en puisse revenir, note sur 

1. Saint-Simon, Mémoires, t. I, p. 231. — M™® de Sévigné 
écrît également au sujet de la mort de la Princesse d'Orange : 
« Il est résolu par le roi son père qu'il ne recevra point de 
visites et qu'on n'en portera point le deuil ». 

2, La postérité légitime de Jacques II s'éteignit au con- 
traire dans la médiocrité. Le chevalier de Saint-George fut un 
prince sans caractère et sans talents; son fils « Le Préten- 
dant » appelé aussi le comte d*Albany s'adonna à rivrognerie. 



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4à MOULaV ISMAIL ET JACQUES 11 

son journal l'impassible marquis de Dangeau, il 
n'est plus en état de songer au voyage de Fontai- 
nebleau et cela donnera beaucoup de logements 
aux courtisans ». Louis XIV vint le visiter à Saint- 
Germain et lui promit de reconnaître son fils pour 
roi d'Angleterre; Jacques le remercia avec effu- 
sion. « Il semble même, écrit Dangeau, qu'il parle 
avec plus d'esprit qu'avant sa maladie. » Il mou- 
rut le 16 septembre, « Quelques jésuites irlandais 
prétendirent qu'il se faisait des miracles à son 
tombeau et l'on parla de canoniser à Rome après 
sa mort ce roi que Rome avait abandonné pendant 
sa vie » . 



Avant de passer au texte des lettres de Moulay 
Ismâïl, il nous paraît nécessaire d'expliquer en 
quelques mots l'origine des relations amicales de 
ce souverain avec Jacques II, relations qui persis- 
tèrent après la révolution de 1688 et la dé- 
chéance des Stuarts. 

Au temps où Jacques II n'était encore que duc 
d'York et où il avait la dignité de grand amiral du 
royaume, un vaisseau anglais avait capturé sur 
mer l'amiral Abdallah ben Aâïcha, le fameux cor- 
saire de Salé, celui que Moulay Ismâïl qualifiait 
dans sa correspondance a le plus grand de nos 
rais^ le capitaine général et surintendant de toute 
la marine dont nous l'avons rendu maître absolu 
après Dieu Très-haut ». Ben Aâïcha resta trois 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLÀ^i 49 

ans en captivité en Angleterre. Le duc d'York, 
s'étant intéressé à lui, demanda à son frère 
Charles II de le renvoyer en liberté sans rançon*. 
Plein de gratitude pour son bienfaiteur, l'amiral 
marocain s'employa à faire partager ses senti- 
ments de reconnaissance à son maître Moulay Is- 



1. Cet exposé sommaire est une reconstitution des faits 
d'après les seules données historiques que nous ayons pu dé- 
couvrir. Nous avons vainement cherché dans les mémoires et 
les journaux anglais du temps ainsi que dans les archives an- 
glaises la trace de la capture et de la libération de Ben 
Aâïcha. Un seul document en fait mention, mais d'une façon 
rétrospective, c'est une lettre analysée dans les Reports of 
the Royal Commission on Historical Manuscripts Report 11^ 
Appendix 4 et 5, p. 319, Cette lettre est adressée de Lisbonne, 
à la date du 4 octobre 1713, par lord Délavai au comte de Dart- 
mouth et annonce la mort du fameux corsaire. « Death has 
removed 2 persons of late, which the writer hopes, will be of 
considérable advantage to her Majesty's affairs, Ben Aisha the 
admirai of Salley and the Alcaid of Alcasar. The former was 
a mortal enemy to the slaves, especially the English and 
was a most partîcular instance of Moorish ingratitude, being 
sent home by king Charles 11 without ransom and with very 
considérable présents. » Cette ingratitude de Ben Aâïcha est 
manifeste dans la lettre qu'il écrivit h Ponchartrain, V. ci- 
après, p. 52, note 1. Thomassy fait allusion à la capture et à la 
mise en liberté sans rançon de Ben Aâïcha, mais il ne men- 
tionne pas les documents où il atrouvé ces faits relatés. C'est à 
tort qu'il donne au fameux corsaire devenu ambassadeur le 
nom de Ben Aïssa que plusieurs auteurs ont adopté après lui. 
Les lettres de ce personnage conservées aux archives des 
Affaires Étrangères ne laissent aucun doute sur l'orthographe 
de son nom îLioU ^. 

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^0 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

mâïl qui, tout jaloux qu'il était de son pouvoir 
personnel, ne pouvait connaître suffisamment par 
lui-même les affaires de l'Europe et les carac- 
tères des souverains chrétiens*. Des relations ami- 
cales s'ensuivirent entre le Maroc et l'Angleterre 
dont on favorisa les intérêts commerciaux, en 
contrecarrant les nôtres. Lors de l'avènement de 
Jacques II, Ben Aâïcha fut envoyé en ambassade 
à Londres pour saluer le nouveau roi et lui 
confirmer les bonnes dispositions du sultan à son 
égard. La révolution de 1688 et le renversement 
des Stuarts amenèrent un revirement dans la po- 
litique du Maroc vis-à-vis de l'Angleterrre, mais 
n'altérèrent pas les relations de Moulay Ismâïl 
avec Jacques II. Nous ne pensons pas cependant 
que ces sentiments d'amitié suffisent à expliquer 
l'envoi spontané de la lettre qui nous occupe. Il 
est plus probable qu'elle est une réponse à une 
ouverture faite secrètement par Jacques II à 
l'empereur du Maroc. 

1. Moulay Ismâïl fut le souverain du Maroc le mieux informé 
de la politique européenne; il aimait à en parler avec les es- 
claves chrétiens lorsqu'il se rendait sur les chantiers où ceux-ci 
travaillaient à ses vastes constructions. Estelle, Aff*. Etr. Ma- 
roc, Mém. et Doc, ^ III, f° 88. Ses ambassadeurs lui adressaient 
des correspondances politiques, comme ceux des cours euro- 
péennes. La relation, sous forme de récit de voyage, de Tam- 
bassadeur marocain envoyé en Espagne vers 1690 est un 
curieux spécimen des informations adressées à Moulay Is- 
mâïl par ses agents. On trouvera en appendice un extrait de 
cette relation relatif à la révolution d'Angleterre et h la fuite 
de Jacques II en France. V. p. 105. 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 51 

Quant à Ben Aaïcha, il fut rencontré et ca- 
nonné en 1698 par un bâtiment français*. A la 
suite de cette attaque où il avait failli être fait pri- 
sonnier, il persuada à Moulay Ismâïl de se rap- 
procher de Louis XIV et de s'éloigner de TAngle- 
terre qui avait chassé le roi Jacques, son bienfai- 
teur, pour se donner à un Hollandais. C'est pour 
l'exécution de ce dessein que l'amiral marocain 
fut envoyé en ambassade à la cour de France en 
1699. Très intelligent, très flatteur et très roué, il 
sut plaire à la cour et à la ville ; le Mercure et la Ga- 
zette de France racontèrent ses mots heureux. 
Louis XIV, qui savait les services que l'ami- 
ral Ben Aâïcha, le seul homme du Maroc qui 
fût au courant des affaires européennes, avait 
rendus à l'Angleterre, ne négligea rien pour don- 
ner à l'ambassadeur marocain une haute idée de 
sa puissance; mais ce qui produisit sur Ben 
Aâïcha, plus encore que les pompes et les fêtes, 
cette impression de grandeur, ce fut de retrou- 
ver à la cour de France le roi Jacques II, son 
ancien bienfaiteur, vivant sous la protection de 
Louis XIV. Il alla plusieurs fois le visiter à Saint- 
Germain, lui renouvelant l'expression de sa re- 
connaissance et l'assurant qu'il se dirait jusqu'à 
son dernier jour son esclave affranchi. « Lors- 

1. « Le roi de Maroc, qui demande la paix au roi, a envoyé un 

ambassadeur qui est arrivé à Brest Cet ambassadeur est 

celui qui commande ses vaisseaux à Salé et nous l'avons pensé 
prendre cette année. »DxîiGEAv , Journalde la cour de Louis XI V, 
à la date du 16 novembre 1693. 



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52 MOULÀY ISMAIL ET JACQUES 11 

qu'il le vit pour la dernière fois, il se jeta à ses 
genoux, en le priant d'accepter un présent et en 
versant un torrent de larmes qui en fît couler à 
toute la royale famille des Stuarts *. » 



1. Sur l'ambassade de Tamiral Abdallah ben Aâïcha à la 
Cour de France, V. Gazette de France\ Mercure de France ^ 
Dangeau, Journal de la Cour de Louis XIV, aux mois de février 
et mars 1699; Thomassy, Le Maroc. Relations de la France açec 
cetempire. Paris, 1859, in-8;PLANTET, Moulaylsmael, empereur 
du Maroc et la Princesse de Conti. Paris, 1893, in-8. Il y avait 
dans cette attitude une part d'exagération orientale et une part 
de rouerie. Ben Aâïcha est le type achevé du plénipotentiaire 
marocain habile aux atermoiements et se dérobant à la fin d'une 
longue négociation, sous prétexte de pouvoirs insuffisants, se 
jouant tour à tour des puissances européennes et faisant croire 
à chacune que, grâce à lui, elle est seule h avoir l'oreille du 
sultan. Nous avons dit quel accueil il avait reçu en Angleterre, 
soit lors de sa captivité, soit pendant son ambassade et cepen- 
dant, à la date du 13 juin 1709, il écrit à Pontchartrain : 
« Nous vous avertissons de vous donner bien garde de vous 
laisser abuser aux paroles des Anglais, car les Anglais n'ont 
point de jugement. Vous n'ignorez peut-être pas qu'en mon 
particulier j'en veux beaucoup aux Anglais à cause des malhon- 
nêtetés qu'ils ont eues pour moi, dans le temps que j'étais 

esclave chez eux Notre Maître ne veut plus entendre parler 

d'eux, il les a en horreur... Si vous voulez entrer en négocia- 
tion avec nous, faites diligence, etc.. » Aff\ Étr, Maroc, Cor- 
respondance, 1, P* 120. — Le principal objet de l'ambassade de 
Ben Aâïcha était d'étudier les bases de l'accord existant entre 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 53 



La lettre arabe de Moulay Ismâïl à Jacques II 
est écrite sur le recto d'une feuille de papier grand 
format de 0™,71 sur 0™,46; deux bandes d'or larges 
de 0"',0i, coupées à angle droit, séparent à droite 
une marge de 0™,17 de largeur et laissent en haut 
un blanc de même dimension. Le khodja (secré- 
taire) du sultan arrivé au bas de la page, a conti- 
nué à écrire dans la marge droite et dans le sens 
diagonal. La lettre est d'une écriture maghrébine 
relativement soignée, mais peu élégante. 

Nous rappelons que le protocole musulman, en 
matière de correspondance, comme en toute autre 
matière, est un code minutieux. Voici le dispositif 
le plus généralement adopté dans les correspon- 
dances un peu relevées : 

En tête et à droite de la feuille, on place toujours 
la formule : Louange au Dieu unique * ! à laquelle 

la France, nation chrétienne, et la Turquie, État musulman. 
« Nous l'avons envoyé, écrit en 1709 Moulay Ismâïl rappelant à 
Louis XIV la mission de cet ambassadeur, afin que d'une ma- 
nière effective, il nous apportât des renseignements sur la 
manière dont vous vous conservez en paix et amitié avec la 
Maison Ottomane. » Aff. Étr, Maroc ^ Corresp. I, f» 132. 

4. Cet usage est général et les musulmans s'y conforment si 
scrupuleusement qu'ils n'écrivent pas trois mots sans les faire 
précéder de cette formule; il remonte au sultan Yacoub el- 
Mansour (1184-4199). « C'est lui qui, le premier des souverains 
almohades, écrivit, de sa main, en tète de ses lettres : Louange 
à Dieu unique! On se conforma partout h cet usage, en com- 
mençant tous les écrits par ces belles paroles de ralliement qui 



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54 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

correspond sur la partie gauche de la feuille une 
brève invocation soit à Dieu, soit à son prophète 
Mahomet. Après un intervalle de quelques lignes, 
le secrétaire mentionne le nom du personnage qui 
écrit, en le faisant précéder d'une énumération de 
ses vertus et de ses pieuses qualités. Parfois — et 
c'est le cas de la lettre qui nous occupe — le nom 
est remplacé par le cachet du personnage ^ Vien- 



embellirent et ennoblirent son règne », Beaumier, Traduction 
du Roudh el-Kartas, Paris, 1860, in-8, p. 305. Une coutume 
analogue s'est conservée chez certain ordres religieux. La for- 
mule A. M. D. G. (Ad Majorem Dei Gloriam) que les jésuites 
inscrivent en tête de leurs écrits rappelle celle des musulmans. 
1. Le terme cachet que Tusage a conservé est tout-à-fait 
impropre dans le cas des lettres arabes, puisque le plus sou- 
vent il ne s'agit pas d'un sceau appliqué sur de la cire, mais 
d'une empreinte faite avec un timbre humide ou encore d'un 
chiffre avec exergue dessiné et peint par un artiste, comme 
c'est le cas pour la lettre de Moulay Ismâïl h Jacques IL La 
place du cachet a une grande importance dans le protocole 
arabe. Un inférieur écrivant à un supérieur le place au bas de 
sa lettre, ceux seuls qui détiennent l'autorité apposent leurs 
cachets entre « la louange h Dieu » et le commencement de 
la lettre. Ce sont là les règles qui fixent les cas extrêmes de 
la hiérarchie, mais il existe des cas intermédiaires pour les- 
quels le tact est le plus sûr guide. Le code de la civilité 
musulmane, la science des bienséances v^^lj^ Jo consacre un 

chapitre aux cachets. Voici^ d'après la tradition arabe, les 
exergues des cachets de Noé, de Moïse et de Jésus. 

Sur le cachet de Noé, on lisait : v^. Lj 'iy ^^)\ JJt V! iJlY 
jLs^l. Point de Dieu si ce n'est le Dieu; mille fois ^ 6 Sei- 
gneur ^ pacifie-moi. Le cachet de Moïse portait : ^Xol j:^y j^\ 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 55 

nent ensuite des souhaits de bonheur et de gloire 
formés pour Tauteur de la lettre, puis la salutation 
et les compliments adressés au destinataire et pro- 
portionnés à son rang. Enfin on arrive à l'exposé 
de la lettre, sans autre transition, sans autre en- 
trée en matière, que les mots ensuite^ après. Une 
brève salutation termine la missive, qui n'est ja- 
mais signée. 

La traduction que nous donnons est celle même 
de Pétis de la Croix, secrétaire interprète du roi 
Louis XIV pour les langues orientales*; elle est 

jj* Sois patient et tu seras récompensé, sois sincère et tu seras 
sauvé. Sur le cachet de Jésus était inscrit : 

àS:sS ^ JJl ^Ji Jk«^ JhÎJ 

Bienheureux le serviteur de Dieu qui se souvient de Dieu à 

[cause de lui. 
Malheureux le serviteur de Dieu qui oublie Dieu à cause de lui. 
1. Pétis de la Croix (François), 1653-1713, fils de François 
Pétis, secrétaire-interprète du roi pour les langues orientales, 
fut lui-même un savant orientaliste : il se forma par de nom- 
breux voyages en Turquie, en Syrie et en Perse, fut nommé 
en 1682 secrétaire-interprète au service de la Marine. Il ac- 
compagna au Maroc M. de Saint- Amant envoyé par Louis XIV 
auprès du sultan Moulay Ismâïl et « prononça en arabe la ha- 
rangue de Tambassadeur avec tant d'élégance et de pureté que 
le monarque et toute sa cour avouèrent sa supériorité ». Il fut 
plusieurs fois employé comme négociateur dans les affaires 
avec les Régences barbaresques. Il exerçait, en fait, les fonc- 
tions d'interprète du roi, sauf dans les audiences où son père, 
titulaire de la charge, était obligé de paraître. Louis XIV le 
nomma en 1692, professeur d'arabe au Collège royal, avec la 



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56 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

assez fidèle, à l'exception de quelques erreurs de 
sens que nous signalerons. Les versets du Coran 
cités par Moulay Ismâïl ont généralement été assez 
bien identifiés par l'interprète qui les a placés en- 
tre guillemets. Il n'en est pas de même des hâdit^ 
que Pétis de la Croix ne semble pas avoir reconnus. 
Nous avons conservé, autant que possible, à cette 
traduction sa forme archaïque, car les répétitions, 
les iceux^ les (celles y etc., permettent de mieux 
suivre la phrase arabe ; nous en avons seulement 
modernisé l'orthographe. 



Lettre de Moulay Ismâïl à Jaccjues II*. 

Loué soit Dieu seul ! 

Il n'y a de force et de puissance que dans ce 
Seigneur très haut et très grand ; il n'y a point 
d'autre maître adorable que lui. 

survivance de la charge de son père. Il a publié plusieurs ou- 
vrages sur rOrient et en a laissé un certain nombre de manus- 
crits. Quelques bibliographes lui attribuent à tort la Relation 
universelle de U Afrique ancienne et moderne. Lyon, 1688, 4 
vol. in-12. Cet ouvrage médiocre, démarquage de celui de 
Dapper, a pour auteur un Lyonnais, Phérotée de la Croix 
(P-1715). 

1. V. sur ce mot, p. 2, note 2. 

2. L'interprète a écrit en tête de sa traduction : « Lettre de 
Moula Ismael, Roy de Maroc, à Jacques second. Roi de la 
Grande Bretagne du 26 février 1698, écrite en langue ara- 
besque. )) 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 57 

De la part du serviteur de Dieu, qui se confie en 
Dieu, qui en toutes ses affaires se résigne à Dieu, 
qui se passe, l'ayant avec soi, de tout autre que de 
lui, le prince des vrais croyants, qui combat pour 
la Religion de Dieu, Seigneur de ce monde et de 
l'autre*. 

(Ici le sceau ou chiffre du Roy de Maroc qui con- 
tient ces termes en or^ » :) 

ce Ismael^ fils du cher if de la lignée de Hassan^ ; 
que Dieu le rende victorieux et triomphant ! 

(Et autour du sceau est écrit aussi en or :) 

ce Dieu veut sur toutes choses vous nettoyer de 
toutes souillures^ 6 princes du sang du Prophète et 
vous purifier entièrement''. » 

1. Maître de toutes les choses créées^ ou bien Seigneur de tous 
les mondes. Le traducteur a commis un contre-sens, en prenant 
^4l-sJl pour un duel. 

2. Ce chiffre est reproduit en photogravure dans les fac- 
similé de la lettre arabe et de la lettre espagnole. V. planches. 
IV et V. 

3. Hasan, fils d'Ali et de Fathma, fille de Mahomet. 

4. « Dieu çeut éloigner de i^ous toute souillure, gens de la 
maison (c'est-à-dire membres de la famille du Prophète) et 
vous assurer une pureté parfaite. » Cette exergue est tirée du 
Coran^ sourate xxxiii, verset 33. Quelques théologiens, parmi 
ceux qui ont le fétichisme de la descendance du Prophète, 
donnent de ce verset Tinterprétation suivante : Dieu a voulu 
que la couche d'un chérif fût préservée de la souillure de l'a- 
dultère et que les enfants de la glorieuse lignée de Mahomet 
fussent toujours légitimes. Contester, d'après ces commenta- 
teurs, la légitimité d'un chérif, ou plutôt accuser d'adultère la 
femme d'un chérif, est pécher contre la foi. La femme d'un 



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58 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

Dieu donne un heureux succès à ses entreprises, 

chérif, pas plus que celle de César, ne doit être soupçonnée. On 
sait que la tendre Aaïcha, l'épouse bienaimée du Prophète, 
n'avait pas été à l'abri de la calomnie. Un certain soir, au re- 
tour d'une expédition où elle accompagnait l'apôtre de Dieu , 
on ne l'avait pas trouvée dans son palanquin^ et elle n'était ren- 
trée au camp que le lendemain matin accompagnée par Saf- 
wân ben Moâttal ; les médisances ou les calomnies étaient allées 
leur train et Mahomet, pour leur imposer silence, dut recourir 
à la révélation ; la sourate 24 descendit du ciel pour dissiper 
les derniers doutes du Prophète et venger l'honneur d' Aaïcha. 
DozY, Essai sur Chistoire de Vislamisine^ p. 79. — Il faut lire 
dans Caussin de Perceval, Essai sur Vhistoire des Arabes^ le 
délicieux récit de cette aventure fait par Aâîcha elle-même, t. 
III, p. 164 et ss. La calomnie s*attaqua aussi à la mère d'Edris II. 
Les émirs aghlabites, dans le dessein de discréditer la dynastie 
qui s'élevait sur le Maghreb el Akça, prétendirent que l'enfant 
posthume reconnu comme Edris II était né des œuvres de Ra- 
ched, afiFranchi de la famille. Ibn Khaldoun s'élève contre ce 
soupçon. « Edris II, dit-il, naquit sur le lit de son père ; or 
Tenfant appartient au lit. De plus, c'est un des dogmes de la 
foi que la descendance du Prophète est à l'abri d^un soupçon 
comme celui-là, » Puis, citant le verset 33 de la sourate xxxiii, 
il ajoute : « Il résulte de cette déclaration du Coran, que le lit 
d' Edris I était à Vabri de toute profanation et exempt de toute 
souillure. Donc celui qui soutient V opinion contraire a commis 
un péché mortel et s est jeté dans l infidélité, » Prolégomènes, I, 
pp. 46-50. 

Cette fidélité des épouses de chérifs est loin d'être admise 
comme un dogme par tous les musulmans. Un lettré avec qui 
je traitais ce sujet délicat, me fit cette réponse tirée, je crois, 
des hàdît : JUM ^^«^^ k^ lT*^'^ ^® ?"^ peut se traduire hon- 
nêtement en français par : « Il n'y a pas de cadenas pour la 
vertu des femmes ». 



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UNIi APOLOGIE DE L'ISLAM 59 

lui fasse la grâce de l'aider de son aide, de lui fa- 
ciliter toutes ses affaires, lui perpétuer les bonnes 
mœurs et les bonnes œuvres de l'oraison * ! Ainsi 
soit-il par le Seigneur de ce monde et de l'autre*. 
Au roi^ des Anglais, demeurant au pays de 

1. a Que Dieu l'assiste de sa puissante victoire, lui accorde 
sa protection et lui facilite le succès; qu'il perpétue, au milieu 
des bonnes actions^ ses nobles vertus et son excellente répu- 
tation! » 

2. Même contre-sens que ci-dessus. V. p. 57, note 1. 

3. Tâghia Lcli, mot qui signifie : tyran^ usurpateur^ souve- 
rain d'une maison idolâtre. Ce nom est celui donné aux grands 
monarques non-musulmans dans les premiers temps de Tislam, 
celui par lequel Charlemagne est désigné dans les chroniques 
arabes. Les appellations et les titres donnés aux rois chrétiens 
dans les actes diplomatiques et les lettres officielles par les 
souverains du Maroc ont varié suivant le degré de fanatisme de 
ces derniers et les nécessités de la politique; mais il leur a 
toujours répugné de conférer à des chrétiens des titres qu'ils 
pensaient n'appartenir qu'à des croyants. Ils ne pouvaient pas 
évidemment les qualifier de khalifes (lieutenants du Prophète), 
mais ils n'avaient aucune raison pour ne pas les appeler sul- 
tans, puisque ce titre, porté à Torigine par des princes musul- 
mans qui avaient enlevé aux khalifes le pouvoir temporel, 
n'avait aucun caractère religieux. Cependant les chérifs du 
Maroc, ayant eux-mêmes adopte ce titre en 1637, ne voulurent 
plus le donner à des rois chrétiens. Moulay Ismàïl ne s'en sert 
jamais dans sa correspondance avec Louis XIV qu'il qualifie 
suivant son humeur : « Le plus grand des Roum (Européens), 
le chef du royaume de France » (18 août 1693) ou a Le tyran 
(taghia) de France (5 septembre 1699). Quant il lui écrit en 
espagnol, il emploie la formule plus brève du protocole euro- 
péen : « A Dom Louis XIV, par la grâce de Dieu, roi de France 
et de Navarre » (21 juillet 1709). Les successeurs de Moulay 



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60 MOULAY ISMAIL ET JACQUES 11 

France, Jacques second, appelé en leur langue 

Ismâïl firent de même, et quelques-uns crurent éviter toute 
difficulté diplomatique, en se servant du mot espagnol el rei 
(le roi). Cette intention manisfeste de refuser aux rois de 
France le titre de sultan finit par paraître inconvenante, et, 
en 1782, Louis XVI fit faire des représentations au sultan Sidi 
Mohammed (1757-1790) qui ne lui avait donné que ce titre de 
el rei; le chérif lui répondit par un véritable sermon sur l'hu- 
milité. « Quant à la demande que vous faites pour que nous 
vous donnions le titre de sultan, il faut que vous sachiez 
que Ton ne pourra reconnaître que dans l'autre vie qui sont 
ceux qui méritent ce nom. Ceux qui auront été agréables à 
Dieu, qu'il regardera favorablement, qu'il revêtira de vête- 
ments impériaux et auxquels il mettra la couronne sur la tête, 
ceux-là seront dignes du titre de sultan... Quant à ceux, au 
contraire, qui seront dans cette vie Tobjet de la colère de Dieu, 
auxquels on passera une corde sur le cou... ils seront bien 
loin de porter le titre de sultan... Ne nous donnez donc plus 
désormais, quand vous nous écrirez, le titre de sultan ni aucun 
autre titre honorifique, et contentez-vous ne nous appeler du 
nom que nous avons reçu de notre père qui est : Mohammed 
ben Abdallah, ainsi que nous le ferons nous-même, en écrivant 
soit à vous, soit à d'autres... Si les Régences de la partie 
orientale de l'Afrique se servent envers vous de la dénomi- 
nation de sultan, c'est uniquement pour vous complaire qu'elles 
en agissent ainsi. Quant aux lettres que vous recevez de la 
cour ottomane dans lesquelles on vous donne ce titre, elles 
sont écrites par le vizir et ne sont pas même lues par le prince 
ottoman, car s'il les lisait, il vous dirait la même chose que 
nous. » Notre consul Chénier écrivait h propos de cette diffi- 
culté d'étiquette que le sultan du Maroc aurait dit : « Je con- 
sens à appeler le roi de France « le juste » s'il peut prouver 
qu'il paraît ainsi aux yeux de Dieu ». Cf. Aff, Etr, Maroc ^ 
Correspondance \ Silvestue de Sacy, Chreslomathie arabe, t. III, 



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uKe APOLoôiE i)Ê L'Islam ei 

James. Le salut soit sur ceux qui suivent le droit 
chemin et qui s'éloignent de la voie d'erreur et de 
mal, qui croient en Dieu et en son prophète et qui 
ont été dirigés *. 

Ensuite, nous vous écrivons ces lignes pour 
deux raisons, l'une qui regarde la religion et 
l'autre qui concerne la politique ^ Ce qui nous a 

p. 332; Ibn Khaldoun, Prolégomènes^ t. l,p. 387, et t. II, p. 10; 
Thomassy, loc. cit,^ p. 294. 

1. Ce salut plutôt négatif, puisqu'il n'est souhaité au desti- 
nataire de la lettre qu'autant que celui-ci est dans « le droit 
chemin » est le seul admis de musulman à chrétien. L'ambas- 
sadeur marocain envoyé vers 1690 par Moulay Ismâïl au roi 
Charles II d'Espagne relate avec une certaine morgue, dans 
son récit de voyage, la réponse qu'il fit au comte Carlos del 
Castillo, introducteur des ambassadeurs à la cour, qui voulait 
régler avec lui cette question d'étiquette : « Il (le comte Carlos 
del Castillo) se mit à nous questionner sur la manière dont 
nous saluerions, afin d'en donner avis au roi, avant notre 
entrée, attendu que nous étions les premiers de notre nation — 
que Dieu Texalte ! — a être reçus par lui. Nous lui fîmes con- 
naître quel était notre salut entre coreligionnaires et celui que 
nous donnions aux personnes n'appartenant pas à notre reli- 
gion. Celui-ci était ainsi conçu : a Que le salut soit sur celui qui 
suit la voie droite » sans une parole de plus. Il s'en alla infor- 
mer son maître de notre réponse. Le roi fut tout étonné de 
cette formule de salutation à laquelle il n'était pas habitué 
et qu'il ne pouvait qu'accepter, sachant bien que nous étions 
fermement résolus à ne pas y ajouter un mot. » Voyage en 
Espagne d'un Ambassadeur Marocain (1690-1691), traduit de 
l'arabe par H. Sauvaire. Paris, 1884, in-8, pp. 90, 91. 

2. Les deux racines ,^\^ et LJ^ d'où sont dérivés les mots 
religion et politique^ choses spirituelles et choses iemporelleSy 



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62 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

porté à cela, c'est le désir de vous éveiller, de vous 
donner conseil, devons avertir et de vous diriger, 
le tout en considération de ce que le feu Roi d'An- 
gleterre, votre frère, nous avait fait connaître ses 
sentiments véritables au sujet de sa croyance en 
Dieu et de sa religion et, comme il était divine- 
ment inspiré et persuadé que notre religion était 
la plus excellente de toutes \ et, à cause de cela, il 

ont un son très voisin et forment allitération dans la phrase 
arabe. Un exemple de cette même allitération se trouve dans 
la réponse si caractéristique que fit un jeune chérif marocain 
à son père qui lui demandait de résumer ses impressions, au 
retour d'un voyage en pays chrétien : 

« Leur religion (la religion des chrétiens) est comme notre 
gouvernement; leur gouvernement est comme notre religion ». 
C'est-à-dire, en rétablissant les qualificatifs sous-entendus : 
« Leur religion est aussi détestable que notre gouvernement ; 
leur gouvernement est aussi parfait que notre religion ». 

Les souverains chérifiens, sans aller jusqu'à faire comme 
Moulay Ismâïl de la controverse et du prosélytisme dans leur 
correspondance avec les souverains chrétiens, ont toujours 
aimé à appuyer de citations religieuses leurs considérations 
sur les événements politiques. La lettre du sultan El-Oualid 
(16331645) adressée au roi d'Angleterre Charles h' et que nous 
reproduisons (Appendice II, p. 113) est un spécimen du genre. 

1. y^ j-^lj s^y^^ Liy* ^* P^^ ^^ clarté et sa noblesse », 
membre de phrase dont la traduction a été omise. 

Les dispositions manifestées par Charles II en faveur de 
l'islam paraissent assez invraisemblables; il faudrait, pour en 
acquérir la preuve, consulter les minutes de la correspondance 
royale qui font défaut défaut pour cette époque. Quant aux 
lettres adressées par Moulay Ismâïl à Charles II conservées au 



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UNE APOLOGIE DE UISLAM 63 

nous demandait la paix * pour Tanger et envoya à 
cet effet à notre haute cour ^ un de ses officiers et 
cela plus d une et deux fois% dans le dessein d'ho- 
norer notre dignité de Chérif. Selon nos lois, en 
effet, la correspondance de lettres est permise 
entre les Kois, nonobstant la diversité des langues 
et la différence des religions*. 

Public Record Office, elles ne renferment aucune allusion à 
ces sentiments. Foreign Office Documents, Modem Royal 
Letters, Second Séries Emperor of Morocco, 156^-1737. — Si 
Ton se rappelle le grand scepticisme du roi Charles II, dont 
la religion était un pur déisme, il est possible d'admettre que, 
dans sa correspondance avec le sultan du Maroc, il ait parlé 
en termes élogieux de Tislam. D'ailleurs, à cette époque et du 
fait de la conversion du duc d'York au catholicisme, les ques- 
tions religieuses avaient créé en Angleterre de profondes di- 
visions; elles pouvaient échapper d'autant moins à Moulay 
Ismâïl qu'elles étaient à l'état aigu dans la garnison de Tanger 
dont un des régiments était papiste. Rappelons, sans tirer de 
cette boutade une importance qu'elle ne comporte pas, que le 
colonel Richard Kirke envoyé en mission en 1683 à Mekinès 
avait promis à Moulay Ismâïl de se faire musulman, si jamais 
il changeait de religion. Cf. Dictionary of National Biography , 

1. 3j,>L^I. Mieux : une trêve. 

2. àUU ,1*)! U^W. « A notre Majesté l'élevée par Dieu ». 

3. JilJU)! j J?j^ iyS' « Uiie première et une deuxième fois ». 
C'est-à-dire : w à deux reprises diflFérentes ». Ambassades de 
lord Henry Howrard en 1672 et en 1675. Mission du colonel 
Richard Kirke et du lieutenant Nicholson en 1683. Le texte 
arabe porte >^^ ^^ « quelques-uns de ses officiers ». 

4. Cependant le souverain chrétien doit écrire le premier, 
si l'on en juge par la réponse faite en 1804 par Moulay Abd 
es-Selam, frère de Moulay Sliman, empereur du Maroc, au 
chancelier du consulat de France à Tanger. Notre agent insis- 



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64 MOULAY ISÀIÂIL ET JACQUES II 

Nous Tavons approuvé en ce qu'il a fait et nous 
avons satisfait à ce qu'il a désiré de nous, puis 
nous lui avons envoyé un de nos officiers en qua- 
lité d'ambassadeur, qui est arrivé à sa cour et s'est 
présenté à lui comme vous avez vu. Vous avez 
même été témoin * de la joie qu'il a éprouvée de le 
voir et de la bonne réception qu'il lui a faite, telle- 
ment que cet ambassadeur est revenu joyeux et 
content, de quoi nous avons eu une grande satis- 
faction. Nous avons toujours eu cela en considé- 
ration et nous lui avons tenu parole en tout ce que 
nous avons géré et conclu à Tanger ^ Cela est si 

tait auprès de Moulay Abd es-Selam pour que le sultan, son 
frère, prît Tinitiative d'envoyer des félicitations à Napoléon P*" 
qui venait d'être proclamé empereur; il s'attira cette réponse : 
(( Le sultan des vrais croyants ne doit pas commencer à écrire 
à celui des chrétiens. Ne me parlez plus comme cela ». Tho- 
MASSY, p. 371. 

1. AX)!j j ijjjbli- Ur. « Comme vous en avez été témoin, 
l'ayant vu par vous-même [puisque vous vous trouviez à la cour 
du roi votre frère]. » Ces mots font partie de la phrase précé- 
dente qu'ils terminent. La phrase suivante peut être rétablie 
ainsi : « Il [Charles II] a été très satisfait de notre ambassa- 
deur, il l'a comblé d'honneurs et s'est grandement réjoui de 
sa venue et celui-ci nous est revenu... » L'ambassadeur dont il 
est ici question est le fameux Abdallah ben Aâïcha. V. p 46. 

2. La ville de Tanger, possédée par les Portugais depuis 1471 , 
avait été donnée en dot à Catherine de Bragance, infante de 
Portugal, à l'occasion de son mariage avec Charles II d'Angle- 
terre (1662). « Les Anglais s'installèrent dans Tanger comme 
dans une ville prise d'assaut..., transformant en écuries les 
temples du Seigneur, monuments de la foi portugaise. » Leur 
occupation restreinte à ce seul point fut très précaire : les 



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tJNE APOLOGIE t)È L^ISLAM 68 

vrai que, lors de Tabanclon qu'il fît de cette ville, 
nous n'avons pas seulement voulu prendre garde 
à ce qu'il fît, comme d'en transporter les muni- 
tions, les canons et les habitants, quoique les 
Maures voisins de cette ville en fussent témoins 
oculaires et nous informassent de ce qui s'y pas- 
sait. Mais nous n'y voulûmes pas faire réflexion 
ni nous en mêler en aucune manière. Nous n'en 
usâmes ainsi qu'en reconnaissance des honnêtetés 
qu'il avait exercées envers notre ambassadeur et 
en exécution de la parole que nous lui avions 

tribus des environs et les troupes de Moulay Ismaïl tenaient la 
garnison étroitement bloquée ou bien l'attiraient dans des 
embuscades meurtrières. En 1683, le parlement anglais ayant 
refusé des subsides pour l'entretien de Tanger, Charles II se 
décida à l'abandonner. Don Pedro II, roi de Portugal, fit de 
pressantes démarches pour que cette place fût rendue au Por- 
tugal, moyennant une indemnité pécuniaire, mais le roi d'An- 
gleterre, d'accord avec son frère, le duc d'York, amiral du 
royaume (depuis Jacques II), persista dans sa résolution ; « il 
envoya à Tanger une flotte sous le commandement du Comte 
de D*Armouth, avec ordre de démolir la ville et les châteaux, 
aussi bien que le môle et de rendre le port inutile. Il employa 
environ six mois à exécuter sa mission ». La ville fut évacuée 
en 1684 et repeuplée par des Rifains. Pendant les 22 ans 
qu'avait duré leur occupation, les Anglais avaient été en con- 
tinuelles négociations avec le Maroc, et c'est sans doute aux 
nombreuses trêves signées de part et d'autre que fait allusion 
la lettre de Moulay Ismaïl. — Castellanos, Historia de Mar- 
ruecos. Tanger, 1898. — Braithwaite, The History of the Ré- 
solution in the Empire ofMoroccç. London, 1729. — Archives 
du Ser{>ice Hydrographique, carton 59. IV : « Mémoire sur les 
places et costes des Estats du Roy de Maroc,,, » 



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66 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

donnée à sa réquisition. Certes ! nous aurions dé- 
siré qu'il fût resté en vie pour voir l'ouvrage que 
Dieu a opéré par nos mains à la conquête de l'A- 
rache sur les Espagnols* et pour voir le siège de 

1. La ville de Larache (El Araïch) était à l'Espagne depuis 
1610; elle avait été occupée sans coup férir : Moulay ech Chikh, 
qui avait hérité en 1603 du royaume de Fez, se vit enlever le 
pouvoir par son frère Moulay Zidan. Complètement battu en 
1609, Moulay ech Chikh dut se réfugier à Larache d'où il 
entra en négociation avec Philippe III par l'intermédiaire du 
Génois, Juanetin Mortara; le roi d'Espagne lui accorda un se- 
cours de 200.000 ducats et 6.000 fusils, à la condition que la 
ville de Larache resterait à l'Espagne, en garantie de l'exécution 
du traité. Le 21 novembre 1610, Don Juan de Mendoza, mar- 
quis de San German, prenait possession de la place, et les 
Espagnols, justifiant une fois de plus un dicton bien connu, y 
bâtissaient tout d'abord un couvent de franciscains; la ville 
fut par la suite entourée de solides fortifications. Vers la fin du 
xviie siècle, Larache, comme les autres presidiosde l'Espagne 
au Maroc, servait de lieu de déportation pour les condamnés 
et de lieu d'exil pour les officiers en disgrâce (ju'on y envoyait 
faire leur service, a Les Franciscains, dit un contemporain, 
étaient réellement les maîtres de la ville, comme les gens 
d'Eglise le sont en Espagne ». Le seul avantage que les Espa- 
gnols attachaient à la conversation de cette place était de béné- 
ficier du privilège de la croisade. Aussi, quand en 1689, Mou- 
lay Ismaïl vint y mettre le siège, elle se rendit sans opposer 
de résistance sérieuse. « Très certainement, dit Braithwaite, 
les Mores ne durent cette conquête qu'à la trahison des moines 
dont le ventre affamé ne put soutenir le retranchement des 
vivres. » Cette assertion mérite d'être vérifiée, mais ce qui 
semble établi, c'est qu'à l'exception de toute la garnison, les 
Franciscains et les officiers ne furent pas réduits en servi- 
tude. Notre consul Estelle rapporte que les officiers mis en li- 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 67 

Ceuta * que nous faisons aujourd'hui ; il verrait les 



berté furent dirigés sur Ceuta pour y être échangés à raison de 
20 Maures pour un officier. Quant aux soldats espagnols qui 
restaient en captivité, ils ne cachaient pas leur mécontente- 
ment et disaient hautement que « c'était leurs officiers qui 
avaient perdu la place, tandis qu'eux avaient fait leur devoir; 
le plus grand nombre prit le turban . » Cf. Castellanos, loc. cit, ; 
Braithwaite, loc, cit. ; Ockley, Relation des états du Fez et de 
Marocy traduit de l'anglais. Paris, 1720, in-12, et Aff, Etr.y 
Mém. et Doc, Maroc, 3, f"* 89. 

1. Ceuta avait été pris par les Portugais en 1180. Lors de la 
réunion, en 1580, du Portugal à l'Espagne, il devint posses- 
sion espagnole et resta tel, même après la révolution de 1640, 
alors que les anciennes places du Portugal dans les quatre parties 
du monde faisaient retour à Jean IV, duc de Bragance. Après 
avoir chassé les chrétiens de Tanger, de la Mamora et de La- 
rache, Moulay Ismâïl voulut leur enlever Ceuta et vint investir 
cette place en 1694. Ce fut plutôt un long blocus qu'un véri- 
table siège; les Marocains entourèrent la ville d'une ligne de 
tranchées et, une fois à l'abri des coups des chrétiens^ ils bâ- 
tirent des maisons, une mosquée, cultivèrent les terres et plan- 
tèrent des jardins, se contentant de repousser les sorties diri- 
gées contre eux ou d'attaquer les points où la surveillance des 
assiégés leur paraissait en défaut. L'intention de Moulay Ismâïl 
était d'épuiser ainsi les ressources des Espagnols et de les 
amener à livrer la place, comme ils l'avaient fait à Larache, 
ou à l'évacuer, comme les Anglais avaient évacué Tanger. Cet 
investissement de Ceuta, qui se prolongea pendant 26 ans 
(1694-1720), coûtait fort peu au sultan qui entretenait seule- 
ment dans l'armée assiégeante un détachement de sa garde 
noire; les contingents des tribus y venaient passer un mois à 
tour de rôle et les Juifs fournissaient chaque vendredi une con- 
tribution de poudre que Ton dépensait avec beaucoup de fra- 
cas inutile. La garnison espagnole, composée de 1.000 fantas- 



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68 MOULAY ISMAIL ET JACQUES 11 

dépenses extraordinaires que les Espagnols sont 
obligés d'y faire et le nombre innombrable de 
piastres qu'ils emploient pour la fournir de provi- 
sions. Par tout cela il connaîtrait la fidélité que 
nous lui avons gardée et comme nous avons fermé 
les yeux sur tout ce qu'il faisait à Tanger. Il ver- 
rait que la parole et les traités que nous avons 
avec lui n'ont jamais souffert d'altération [ni de 
prévarication]* de notre part, tellement que la 
bonne conduite de votre frère et les témoignages 
qu'il nous a rendus de sa bonne conscience et la 
persuasion où il était de la vérité de Dieu^ sont 



sins, de 100 cavaliers, de 80 artilleurs, de 60 marins et de 
200 religieux, paysans et forçats, put être constamment se- 
courue et ravitaillée par mer, grâce à la position de Ceuta 
située à Textrémité d'une presqu'île. De leur côté les troupes 
marocaines recevaient des vivres et des munitions de FAn- 
gleterre. Pendant la guerre de la Succession d'Espagne, 
Louis XIV agita le projet de débloquer Ceuta, mais les Espa- 
gnols, se défiant de nos intentions, n'acceptèrent pas l'envoi 
d'une troupe française. Enfin, le 15 novembre 1720, une bril- 
lante sortie conduite par le marquis de Lède mit les assié- 
geants en complète déroute et Moulay Ismâïl mourait sept ans 
après, sans avoir pu réaliser complètement la pensée domi- 
nante de son règne qui était de « débarrasser le Maghreb de 
la souillure de l'infidélité. » Godard, Histoire du Maroc, Paris, 
1860, 2 vol. 8®; Chénier, Recherches historiques sur les Maures 
et histoire de V empire du Maroc, Paris, 1787, 3 vol. 8°; Castel- 
LANOS, loc, cit. Aff. Étr. Mém, et Doc, Maroc, 3, fo 195. 

1. Les mots entre crochets ont été ajoutés par le traducteur. 

2. La s'arrête la copie que nous croyons être un commen- 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 69 

les causes qui nous portent à présent à vous écrire 
afin de témoigner notre reconnaissance à ses hon- 
nêtetés. 

Cette missive n'est donc que pour vous repré- 
senter deux affaires, comme nous vous l'avons 
déjà dit; l'une qui regarde la religion et l'autre, 
la politique. 

A l'égard de celle qui regarde la religion, vous 
y trouverez de l'utilité pour ce monde et pour 
l'autre, tant par les bons conseils que nous vous 
y donnons que par les lumières de la direction 
dont vous pouvez vous éclairer. Il faut donc que 
vous sachiez que Dieu — dont le nom soit glorifié 
et les attributs sanctifiés — n'a créé toutes les créa- 
tures que pour le servir et le reconnaître comme le 
seul Dieu, sans lui donner de compagnon. Les pa- 
roles divines de ce Seigneur en font foi lorsqu'il dit : 
(( Je n'ai créé les génies et les hommes que pour me 
sentir et rn adorer; je ne leur demande point de ri- 
chesses et je ne veux point quils me donnent à man- 
ger parce que cest moi qui suis le nourricier univer- 
sel et le maître de la puissance invincible \ » Mais 

cément de brouillon du traducteur et qui est dans le fonds 
AngleterrCy Mém, et Doc, 75, f® 154, V. la note 1, page 1. 

1. Coran, sourate li, versets 56, 57, 58. Nous écrirons en 
italiques, pour les mettre en évidence, les passages du Coran 
cités par Moulay Ismaït. La croyance aux génies [Djinn^ pi. : 
Djenoun) fait partie du dogme musulman. Les Arabes, avant 
rislam, supposaient que les Génies étaient des fils et des filles 
de Dieu ; cette doctrine est réprouvée par le Coran ; les Génies 
sont des créatures de la Divinité au même titre que les hommes, 



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70 MOULAY ISMAIL ET JACQUES 11 

ce culte, que Dieu a enjoint à ses créatures, a 
besoin de médiateurs pour faire savoir de sa part 
à ces mêmes créatures ce qu'il leur a ordonné. Or, 
par un effet de sa bonté et de sa miséricorde pour 
les hommes, Il leur a donné des médiateurs de 
leur propre espèce qu'il a envoyés vers eux et 
qu'il a choisis parmi eux-mêmes. Il leur a envoyé 
des apôtres et, par eux, 11 leur a fait savoir ses 
commandements*. Ceux qui ont cru en eux, ce 
sont ceux dont Dieu avait prédestiné la béatitude 

mais ils ont été créés avant Thomme, non de la boue, mais d'un 
feu sans fumée, d'un feu subtil ; il ne saurait y avoir de parenté 
entre les Génies et Dieu, Dieu est trop au-dessus de pareilles 
imputations. Cf. Coran^ lv, 14; xv, 27; vi, 100; xxxvii, 158. 
1. Il y eut des en^^oyés chargés d'annoncer et d' avertir^ afin 
que les hommes n aient aucune excuse des^ant Dieu, après les 
missions des apôtres,,, Coran , iv, 163. enfants d\Adam! il 
s'élèçfera au milieu de vous des apôtres, ils vous j'éciteront mes 
enseignements, Ibid., vu, 33. Dieu s'est servi de trois espèces 
d'intermédiaires, de médiateurs pour annoncer aux hommes 
ses commandements, pour leur enseigner sa doctrine, pour les 
diriger^ pour les avertir,, pour les prêcher; ces trois intermé- 
diaires sont les prophètes, les apôtres et les messagers. D'après 
les docteurs musulmans, le prophète n'est point nécessairement 
apôtre et le messager peut n'être ni prophète, ni apôtre, et 
n'avoir été chargé que d'une mission d'avertissement : ainsi 
furent Houd, Saleh, Choaïb et même Alexandre le Grand (Dou 
el-Kerneïn). Abraham, Isaac et Jacob furent simplement des 
prophètes, ne reçurent mission que pour l'intérieur de leur fa- 
mille. Moïse, Jésus, Mahomet, au contraire, réunissaient les 
fonctions de prophète et d'apôtre; ils agirent en dehors de leur 
cercle intime, s'adressèrent à Thumanité tout entière. Cf. L^ 
Baume, Le Koran analysé. 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 71 

éternelle et ceux qui n'ont pas voulu croire, ce 
sont ceux dont II a écrit le malheur et la damnation 
éternelle et qui sont réprouvés*. 

Le dernier et le sceau de tous ces médiateurs, 
apôtres et prophètes et le premier et seigneur 
d'iceux * est notre seigneur Mahomet — à qui Dieu 
donne ses bénédictions — . Il a rendu sa religion 
la meilleure des religions, sa loi la plus excellente 
des lois et sa secte la meilleure des sectes. Il 
n'y a rien de plus certain que Jésus a annoncé 
la venue de Mahomet et sa mission \ comme Moïse, 



1. Nous avons envoyé des apôtres vers tous les peuples,., les 
uns ont cru^ les autres ont été prédestinés à V égarement, Coran ^ 
XVI, 38. Ceux qui ne croient pas en Dieu et à ses apôtres .. . nous 
avons préparé pour eux un supplice ignominieux. Ceux qui 
croient en Dieu et à ses apôtres.,, obtiendront leur récompense. 
Ibid,, IV, 149, 150, 151. Ces versets et quelques autres de 
même nature établiraient d'une façon irréfragable le fatalisme 
de rislam, si Ton ne pouvait leur en opposer autant d'autres 
qui contredisent cette doctrine : « Les Sémites ne sont pas des 
caractères entiers, nourris de dialectique, suivis dans leurs 
raisonnements; leurs prophètes n'ont pas enseigné une doc- 
trine unique et constamment la même. Ces hommes admirables 
changeaient et se contredisaient beaucoup; ils usaient dans 
leur vie trois ou quatre théories; ils faisaient des emprunts à 
ceux de leurs adversaires qu'ils avaient le plus durement com- 
battus... Ce qui fait la fixité des opinions leur était étranger. » 
Renan, L'Antéchrist. 

2. Mahomet, quoique venu lé dernier dans la succession des 
prophètes, aurait cependant, d'après la tradition, été créé le 
premier. V. ci-après, p. 70, note 2. 

3. Jésus f fils de Marie ^ disait : O enfants d'Israël! Je suis 



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72 MOULAT ISMAIL ET JACQUES II 

fils d'Amran, — sur qui soit le salut — a annoncé 
la venue de Jésus*. Et, quoique notre prophète 
soit le dernier venu de tous, cependant il a été 
créé le premier -. 

V apôtre de Dieu, envoyé i^ers cous pour continuer le Pentateuque 
qui s>ous a été donné avant moi et pour vous annoncer la venue 
dun apôtre après moi dont le nom sera Ahmed. Coran, lxi, 6. 
Quelques docteurs musulmans font application à Mahomet des 
passages du Nouveau Testament où il est question du second 
avènement de Jésus-Christ. Matthieu, xxiv, 44; Luc^ xii, 40. 
D'autres prétendent que tout ce qui est dit dans Tévangile re- 
lativement à TEsprit-Saint (Rouh-AUah) concerne Mahomet 
et il s'est trouvé des théologiens qui, faisant dériver le mot 
Paraclet de IleptxXuToç (le Glorifié), ont prétendu que Moham- 
med et Paraclet étaient un seul et même nom. Il est à peine 
nécessaire de relever Tinexactitude de cette étymologie : TEs- 
prit-Saint est appelé dans l'Ecriture le Paraclet napàxXrjcç, 
c'est-h-dire le Consolateur, Tlntercesseur. 

1. « Jésus sera son envoi/é auprès des enfants d'Israël, Il 
leur dira,.. Je viens pour confirmer le Pentateuque que vous 
avez reçu avant moi, » Coran, m, 43, 44. Cf. Jean, iv, 46; 
Luc, XXIV, 44. Les musulmans admettent la révélation de plu- 
sieurs livres de l'Ancien Testament ainsi que celle de l'Evan- 
gile. D'après eux, les juifs et les chrétiens ne croiraient pas à 
cette révélation et ils auraient altéré ces livres qui ne sont 
plus dans la forme où ils leur ont été donnés ; aussi ne peuvent- 
ils être mis sur pied d'égalité avec le Coran donné aux Arabes, 
qui reste le seul livre sacré, le livre par excellence (el Kitab). 
Il est dit dans le Coran au sujet des altérations faites dans le 
Pentateuque par les Juifs : « Ce livre que vous écrivez sur des 
feuillets, ce livre que vous montrez et dont cependant vous ca-^ 
chez une grande partie », vi, 91. 

2, Le Créateur aurait pris une parcelle de sa lumière et en 
aurait fait le prophète Mahomet, puis il aurait pris une par- 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 73 

C'est un article de foi parmi nous de croire en 



celle de la lumière mahométîque et en aurait fait le reste du 
monde. Voici comment est rapportée cette tradition sur la 
première naissance de Mahomet. « Lorsque Dieu voulut créer 
Tunivers, il commença par l'essence mahométique. Pour cela, 
il prit une poignée de la lumière qu'il venait de former et dit : 
Sois Mohammed ! Sois prophète de charité, d'amour et de 
gloire ! Alors la lumière devint une colonne lumineuse qui se 
mit h chanter la puissance de Dieu et sa gloire, et ce, avant 
l'apparition de toute apparition. C'est de cette colonne qu'il 
tira tous les univers. C'est ainsi que le Prophète est l'origine 
de tout ce qui est, la source de tout ce qui a été créé et la lu- 
mière d'où émane toute lumière ». 

11 est à peine utile de relever ce qu'a d'ultra panthéiste une 
telle doctrine qui fait de Mahomet une émanation de Dieu, et 
de l'univers une émanation de Mahomet. Cette théorie de la 
naissance de Mahomet n'est pas conforme à l'orthodoxie mu- 
sulmane et est en désaccord avec de nombreux passages du 
Coran où il est dit que Mahomet n'est qu'un homme d'entre 
les hommes, un envoyé^ un ai^ertisseur^ un prophète illettré ne 
connaissant pas les choses cachées^ etc. Cependant, d'après 
d'autres versets, Mahomet serait honoré de Dieu et des anges 
et on y donne à entendre que c'était par une modestie exces- 
sive que le Prophète cherchait à rabaisser sa personnalité. » 
O croyants! n* entrez point sans permission dans les maisons du 
Prophète y excepté lorsqu'on sfous permet de prendre un repas 
ai^ec lui et sans vous y attendre, Mais^ lorsque vous y êtes 
invités^ entrez-y^ et dès que vous aurez mangé^ séparez-vous et 
n engagez pas familièrement des entretiens^ car cela lui cause 
de la peine; le Prophète rougit de vous le dire, mais Dieu ne 
rougit point de la vérité.,. Évitez de faire de la peine à V en- 
voyé de Dieu,., Dieu et les anges honorent le Prophète, 
Croyants! Adressez sur son nom des paroles de vénération et 
prononcez son nom avec salutation, n xxxiii, 53, 56. 



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74 MOULAY ISMAIL ET JACQUES 11 

tous les prophètes et nous ne mettons point de 
différence entre eux*. Nous croyons que le Messie, 

Un hadit rapporté par Abd er-Rezzak, d'après Djaber Ibn 
Abdallah, reproduit cette doctrine panthéiste de la naissance 
du Prophète. « Je demandai au Prophète : Quelle est la pre- 
mière chose que Dieu créa avant toute chose? Il me répondit : 
Djaber ! avant toute chose, Dieu créa la lumière de ton Pro- 
phète; Il la créa de sa lumière c'est-à-dire d'une lumière qu'il 
créa et qu^Il qualifia sienne pour l'honorer davantage. — Cette 
lumière se mit à tourner, errant dans le Royaume (Malakout) 
de par la toute puissance et selon la volonté suprême. Alors il 
n*y avait ni table (laouh, table du destin), ni plume (kalam, la 
plume avec laquelle on écrit les destinées sur la table du des- 
tin), ni paradis, ni enfer, ni anges, ni ciel, ni terre, ni soleil, 
ni lune, ni génie, ni homme. Lorsque Dieu voulut accomplir la 
création, Il partagea cette lumière en quatre parties. De la 
première (1 : 4) il forma la plume de la seconde (1 : 4), la 
table, delà troisième (1 : 4) le trône (el arch) ; de la quatrième 
partie (1 : 4) il fit quatre autres parties; la première (1 : 4*), 
ce sont les anges qui supportent le trône (hamalatel arch); la 
seconde (1 : 4^), c'est le siège (el koursi) ; la troisième (1 : 4'), 
c'est le reste des anges. Quant à la quatrième (1 : 4*), Il la di- 
visa en quatre; la première (1. : 4*) fut les cieux; la deuxième 
(1 : 4*), les terres ; la troisièaie (1 ; 4*), le paradis et Tenfer. 
La quatrième fut partagée en quatre : la première (1 : 4*) de- 
vint la lumière des yeux des croyants, la seconde (1 : 4*), la 
lumière de leurs cœurs qui est la connaissance de Dieu, la 
troisième (1 : 4*) fut la lumière de leur confiance qui est le 
monothéisme (et touhîd) exprimé par la formule : Il n'y a 
point de dieu, si ce n'est le Dieu, et Mahomet est le Prophète 
de Dieu. Ici se termine le hadît sans mentionner ce qui a été 

1 
fait de la dernière fraction (1 : 4*), soit : f-r^e de la lumière 

256 

primitive. 

1. « Ceux qui croient en Dieu et en ses apôtres et ne mettent 



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UNE APOLOGIE DE LISLAM 75 

Jésus, fils de Marie — sur qui soit le salut — est 
un des prophètes envoyés de Dieu, mais il n'a 
jamais prétendu aux titres que vous soutenez lui 
avoir été donnés ni aux formules exagérées avec 
lesquelles vous le louez. Dieu a dit au sujet de la 
sainte mère de Jésus : « Marie ^ fille dAmran\ 
s'est consen^ée vierge intémérée^ c'est pourquoi nous 
aidons soufflé une partie de notre esprit en son sein^. 
Elle a cru aux paroles de son Seigneur et elle a été 
au nombre des obéissantes^. Ce même Dieu a dit au 
sujet de Jésus ces paroles : « Jésus^ à Végard de 
Dieu,, est semblable à Adam qu'il a créé de terre,, 
puis lia dit : Fiat et factum est\ Il ajoute celles-ci : 



point de différence entre aucun d'eux obtiendront leur récom- 
pense ». Coran,, iv. 151. Il est dit, avec une apparence de con- 
tradiction : « Nous éle\^âmes les prophètes les uns au-dessus 
des autres \ les plus élei^és sont ceux à qui Dieu a parlé ». 
Cor an y ii, 254. 

1. Y a-t-il confusion dans le Coran entre Marie, fille d^Am- 
ran, et sœur de Moïse et d'Aaron et la sainte Vierge Marie, 
fille de Joachin et de Hanna, ou bien les mots « Marie, fille 
d'Amran » doivent-ils être traduits par « Marie, de la race 
d'Amran » ? Nous ne nous prononçons pas sur cette question, 
mais nous rappelons que dans la sourate xix, 29, Marie, mère 
de Jésus, est appelée sœur d^Aaron. 

2. w Et Maria filia Imrani, quae rimam suam tuita est, in 
quam (rimam) inflavimus spiritus nostri partem » Traduction 
littérale donnée par Kasimirski, 

3. Coran ^ lxvi, 12. 

4. Coran^ xix, 16-35; ni, 40-53. — Pétis de la Croix a tra- 

• • c -^ . 



duit en latin : »^X^ ^S". 



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76 MOULAY ISxMAlL ET JACQUES 11 

« Le Messie^ fils de Marie^ est seulement Vem^oyé de 
Dieu et son i>erhe et une partie de son esprit qu II a 
projeté sur Marie. Croyez donc en Dieu et enson pro- 
phète et ne dites pas que Dieu a trois personnes^ vous 
vous en trouverez bien. Certes! Dieu est seul et est 
bien, au-dessus de la qualité d'avoir un fils ; tout ce 
qui est dans les deux et dans la terre lui appartient 
et il me suffit d'avoir Dieu pour garant de ce que 
f avance. Le Messie lui-même ne disconvient pas de 
cette vérité et il ne refuse pas la qualité de serviteur 
de Dieu., non plus que les anges qui approchent du 
trône divin^ ». Tout homme qui refuserait d'être 
serviteur de Dieu serait un orgueilleux et Dieu 
ferait connaître son orgueil dans l'assemblée g-é- 
nérale, au jour du jugement. 

On doit croire que Dieu a élevé k Lui le Messie 
et que les Juifs — que Dieu les maudisse ! — ne 
l'ont ni tué ni crucifié, mais qu'il s'est déguisé à 
eux^ et qu'il descendra (sur terre) avant le jour (du 



1. Coran, iv, 169, 170. 

2. a Non ils [les Juifs] ne l'ont point tué, ils ne l'ont point cru- 
cifié; un homme qui lui ressemblait fut mis à mort à sa place... 
Ils ne Vont point tué réellement^ Dieu Va élevé à lui. Coran^ iv, 
156. Cette légende n*est pas de l'invention de Mahomet. Les 
Manichéens, les Marcites, et d'autres docètes avaient déjà ad- 
mis ce fait de la substitution d'un inconnu h Jésus. Cf. Maracci, 
Refutatio Alcorani^ t. II, p. 119. Le passage suivant de la pro- 
phétie de Daniel a peut-être été le point de départ de cette 
croyance coranique. V. Dan., ix, 26. Le texte hébreu porte : 
« Le Messie sera retranché^ et ce nest pas lui, » La Vulgate 
considère ce second membre de phrase comme incomplet et 



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tJNÈ APOLOGIE t)E LiSLAM ^7 

jugement), qu'il y trouvera le Medhi qui est de la 
nation musulmane, descendant de la lignée de ' 
Fatime, fille de Mahomet, notre prophète, qu'il fera 
la guerre à l'Antéchrist. Il trouvera que le monde 
aura déjà réglé de prier Dieu derrière le Medhi (et 
de le reconnaître pour imam c'est-à-dire grand 
prêtre). Medhi dira à Jésus : « Avancez, ô prophète 
de Dieu, ou bien, ô âme de Dieu (et soyez le 
prêtre) ». Mais Jésus lui répondra : « C'est à vous 
que cela est réglé. » Ainsi Jésus fera la prière der- 
rière un homme de la secte de Mahomet ; puis il 
gouvernera le monde selon la loi de Mahomet — sur 
qui soit le salut ! — et ensuite il tuera l'Antéchrist. 
Alors les chrétiens renieront Jésus-Christ; c'est 
pourquoi il les tuera et il tuera les juifs jusqu'à ce 
que la pierre lui parle et lui dise : « prophète de 
Dieu, ce juif vous a voulu faire mourir, tuez-le* ! » 
Tout cela nous a été annoncé par le Seigneur Dieu, 
lors qu'il dit : « Ce que nous annonçons à Mahomet 
lui-même qui se plaint que le Messie, fils de Marie, 
fera tomber sur nous un gouvernement de justice 
rigoureuse, car il brisera la croix en pièces et tuera 
le pourceau^. Il établira le tribut^ et il recevra les 

elle traduit, en le complétant : « Et il ne sera pas son peuple, 
le peuple qui doit le renier » . 

1. Contre-sens. V. ci-après la traduction rectifiée. 

2. Ce passage est absolument incompréhensible et commence 
par un contre-sens : ce sont les paroles du Prophète (hadît) 
que cite Moulay Ismâïl et non pas les paroles de Dieu (Coran), 
— V. ci-après la traduction rectifiée. 

3. Contre-sens. V. ci-après la traduction rectifiée. 



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18 MOULAT ISMAÎL ET JACQUES II 

richesses tellement que personne ne l'acceptera et 
il n'agréera que les musulmans et même il sera 
compté du nombre des amis de notre prophète 
Mahomet ». 

Nous croyons utile de donner une traduction un peu dé- 
veloppée de ce passage qui est assez obscur, par suite de 
l'entrée en scène de trois personnages : le Mahdi, le Mes- 
sie et TAntéchrist*. Pétis de la Croix n'a pas suffisamment 
éclairci les difficultés du texte arabe, bien qu'il ait inter- 
calé dans sa traduction quelques mots et môme des phrases 
pour en compléter le sens. Nous userons d'une plus grande 
latitude, substituant une paraphrase à la traduction, quand 
l'interprétation littérale sera trop obscure et donnant dans 
des notes les explicatons nécessaires : 

[Le Messie^ descendra du ciel sur terre aux 



1. Un hâdît dit : « Elle ne périra pas la nation [musulmane] 
dont je suis le commencement, le Mahdi, le milieu, et le Messie, 
fils de Marie, la fin ». 

2. El'Maslh ^r-::*^' est par étymologie, en arabe comme en 

hébreu, celui qui a été frotté, qui a été oint d'huile et particu- 
lièrement de rhuile sacrée; de là les surnoms adéquats de 
Christ (Xp'.ŒToç) et de Messie devenus des noms propres de 
Jésus. D'après la tradition musulmane, le Messie^ qui a été 
soustrait à ses persécuteurs, se manifestera, à la fin des temps, 
pour prouver aux Juifs qu'ils ne l'ont pas tué, ainsi qu'ils le 
prétendent. C'est pour établir la preuve contraire, pour mettre 
les Juifs en face de leur crime et leur en montrer l'inanité que 
la parousie est annoncée dans Zacharie^ xii, 10. Une tradition 
(hadît) fait du Messie le portrait suivant : « Il sera de taille 
moyenne, son teint sera blanc et rose, sa chevelure sera bril- 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 79 

approches de l'heure*; il y trouvera le Mahdi 
qui est de la nation musulmane descendant de 
Fatma la fille du Prophète^ — sur lui soit le 

lante et ruisselante, comme s il sortait de l'eau ». Quelques 
musulmans ajoutent qu'il aura la plante des pieds entièrement 
pleine, ce que les Arabes appellent inasîh. Il est des théolo- 
giens, mais en petit nombre, qui, sur l'autorité du hadît où il 
est dit : « Point de Mahdi, excepté Jésus, fils de Marie », n'ad- 
mettent pas l'apparition du Mahdi et identifient ce personnage 
avec le Messie. Cette opinion est assez plausible, car les pré- 
dictions de l'Ancien Testament relatives au Messie attendu par 
les .Tuifs comme un libérateur terrestre, comme un roi politique 
devant régner sur toutes les nations, semblent avoir été trans- 
portées au Mahdi. 

1. Es'Sda est l'heure par excellence, l'heure suprême du ju- 
gement dernier. Moulay es-Sda, le Maître de THeure, est un 
des noms donnés au Messie et plus souvent au Mahdi. Dans les 
prières de la liturgie chrétienne, on trouve aussi les mots yoMr 
et heure employés sans aucun déterminatif pour désigner le 
jour et l'heure du jugement dernier. 

2. El'Mahdi, le dirigé, le bien dirigé. On appelle aussi ce 
personnage le Fathémide (Cf. le Davidide des Juifs), pour rap- 
peler son origine. » De tout temps, dit Ibn Khaldoun, les mu- 
sulmans ont entretenu Topinion que, vers la consommation des 
siècles, doit nécessairement paraître un homme de la famille 
du Prophète afin de soutenir la religion et de faire triompher 
la justice. Emmenant à sa suite les vrais croyants, il se rendra 
maître des royaumes musulmans et s'intitulera el-Mahdi. » 
Prolégomènes, II, 158. Ibn Khaldoun consacre un long cha- 
pitre à rapporter et à discuter les traditions relatives à cet être 
surnaturel; la première fait un dogme de cette croyance, car 
Mahomet a dit : « Quiconque est incrédule à l'égard du Mahdi 
est un infidèle. » Voici, rapprochés et combinés entre eux, les 
principaux dires du Prophète relatifs h ce personnage mysté- 



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80 MOULAY ISMAIL ET JACQUES lî 

salut — et il fera la guerre à l'Antéchrist*. 

rieux. « C'est un homme réel descendant de Fathma... Quand 
même le monde n'aurait plus qu'un jour h exister, certes, Dieu 
prolongerait ce jour jusqu'à ce qu'y ressuscitât un homme à 
moi ou un membre de ma famille dont le nom sera le même 
que le mien et dont le père portera le même nom que mon 
père... Cet homme régnera sur les Arabes... A son arrivée, la 
terre sera remplie d'oppression, d'iniquité et de violence... Il 
la remplira d'équité et de justice, autant qu'elle avait été rem- 
plie d^iniquité... Il délivrera l'humanité du polythéisme, c'est 
par nous (notre famille) que Dieu doit achever son ouvrage, 
de même qu'il Ta commencé par nous... Tous les musulmans 
devront se réunir h lui, quand bien même, pour le rejoindre, 
ils devraient ramper sur la neige... Il établira solidement l'is- 
lamisme sur terre où il restera sept ans et ensuite il mourra.. 
Il aura le front luisant, le nez aquilin... Pendant son passage 
sur terre, on jouira d'un bien tel qu'on n'en a jamais entendu 
de pareil; la terre produira toute chose bonne à manger et ne 
refusera rien; l'argent sera comme ce qu'on foule aux pieds et 
un homme se lèvera et dira : « O Mahdi! donne-moi » et le 
Mahdi répondra: « Prends»... Pour lui, Dieu versera la pluie... 
Il habitera Jérusalem... etc. » 

Ces citations suffisent pour faire le rapprochement entre 
ridée mahdiste et l'idée messianique d'Israël. Mais, si la 
croyance au Mahdi est un dogme pour les musulmans, elle n'a 
pas pour eux l'importance qu'a pour les Juifs la croyance en la 
venue du Messie et ils sont loin d'être, comme ces derniers, 
immobilisés dans l'attente d'un libérateur et d'un restaurateur. 
On peut dire que la plupart des musulmans croient au Mahdi 
comme les chrétiens croient au second avènement du Christ : 
les uns et les autres ont réalisé, en fait, les anciennes pro- 
messes; la révélation est close dans le christianisme comme 
dans l'islamisme. 

1. L'Antéchrist est appelé par les Musulmans ed-Deddjal^ 
JUwjJl l'imposteur par excellence, ou encore el-Masih ed- 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 8l 

L'arrivée sur terre du Messie aura lieu à l'heure 



Deddjal JUw^l ^-j**.Jt, le Faux Messie. Certains docteurs 

expliquent que le nom de Masih sans qualificatif s'applique à 
TAntéchrist, parce que ce mot peut être identifié (?) avec celui 

de Mamsouh ^ ^ o»»-»,^ qui est donné à un homme ayant un œil 
sans paupières ni prunelles, infirmité caractéristique de cet 
être diabolique. La croyance au Deddjâl, à un Antéchrist con- 
cret ayant une personnalité réelle, est un article de foi comme 
la croyance au Mahdi. « Quiconque, a dit Mahomet, est incré- 
dule à Tégard du Deddjâl est un infidèle. » La description, en 
termes probablement symboliques, de ce personnage malfai- 
sant fait l'objet de plusieurs hadît où il est parlé également de 
la persécution que le Deddjâl doit faire subir à Thumanité, 
avant que celle-ci n'entre dans Tère de félicité mahdique, 
qui correspond à Tère de félicité messianique des Juifs. 
« Le Deddjâl, a dit le Prophète, apparaîtra dans un moment 
où la foi sera mourante et la science presque éteinte (Cf. 
Matth,^ XXIV, 12, 24). Il vivra quarante nuits, pendant les- 
quelles il parcourra la terre. De ces quarante nuits, il en est 
une qui durera autant qu'un an, une autre autant qu^un mois, 
une autre autant qu'une semaine, et le reste autant que des 
jours ordinaires (Cf. Dan,^ vu, 25; Apoc, xi, 2, xiii, 5). 11 
montera un âne dont la tête aura 40 brasses d'une oreille à 
l'autre. Il dira aux gens : « Je suis votre Dieu », et pourtant il 
sera borgne et votre Dieu n'est pas borgne. Entre les yeux il 
portera écrit : K F R, mécréant, et tous les croyants, lettrés 
ou non, liront ce mot. Il boira à toutes les sources, sauf à celle 
de la Mecque et de Médine que Dieu lui interdira et dont les 
anges garderont l'entrée. Il emportera avec lui des montagnes 
de pain et tous ceux qui n'auront pas embrassé son parti seront 
dans la misère. Il aura deux fleuves que je connais : l'un qu'il 
nommera fleuve du paradis, l'autre, fleuve d'enfer ; quiconque 
entrera dans le prétendu fleuve du paradis se trouvera en enfer 

6 



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82 MOULAY ÎSMAIL ET JACQUES Jl 

delaprière de Taser. Le Messie trouvera le Mahdi 



et inversement. Des démons raccompagneront, prêchant les 
gens pour les induire en erreur (Cf. âfatth., xxiv, 11, 23, 24; 
Marc, xui, 22; Apoc, xiii, 11, 12). Il fera des miracles qui 
causeront de grandes perturbations dans les esprits (Cf. Matth. , 
ut sup.; II Thess,, ii, 9). 11 ordonnera au ciel de pleuvoir, et 
la pluie tombera; du moins il semblera ainsi; il tuera un 
homme et le ressuscitera; du moins il semblera ainsi Alors il 
dira : « hommes! ce que je fais peut-il être l'œuvre de tout 
autre que d'un Dieu ? » Et les hommes s'enfuiront vers la mon- 
tagne de la Fumée (djebel ed-Doukhan), en Syrie. II viendra 
les y assiéger et il leur fera subir toutes sortes de rigueurs. 
Puis, Jésus descendra du ciel; il arrivera avant l'aube et dira 
aux assiégés : « gens ! que ne tentez-vous une sortie contre 
ce Deddjâl immonde! » Alors les hommes accourront et re- 
connaîtront Jésus et, en ce moment, le moueddin annoncera 
la prière et les hommes diront à Jésus : « Esprit de Dieu, sois 
notre imam ». Il répondra : « Non, que votre imam habituel 
s'avance et la fasse », et lorsqu'ils auront fait la prière du ma- 
tin, ils feront la sortie. Dès que le Deddjâl, apercevra Jésus, il 
deviendra comme le sel dans l'eau et Jésus le tuera, puis il 
mettra à mort tous ses adeptes... » 

D'après d'autres traditions, le Deddjâl ne serait pas borgne, 
mais serait un monstre à tête de cyclope; Jésus, le lieutenant 
du Mahdi, doit le mettre à mort à la barrière du Lud près de 
Joppé, La plupart des hadit désignent plus particulièrement 
les Juifs comme devant former l'armée du Deddjâl. L'escha- 
tologie chrétienne suppose aussi parfois que l'Antéchrist sor- 
tira du judaïsme (Cf. Sabatier, U Apôtre Paul, p. 110). 

A côté de ces récits traditionnels sur le Deddjâl rentrant 
dans l'eschatologie musulmane, il en existe quantité d'autres 
plus ou moins fabuleux qui semblent avoir été faits pour inter- 
préter des récits de voyageurs plutôt que pour confirmer et 
préciser le dogme. On en trouvera dans Les prairies d'or de 



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UNE APOLOGIE DE L'iSLAM 83 

debout prêt à faire la prière* qui aura été déjà an- 
noncée (par le moueddin) et les musulmans rangés 
derrière lui prêts à la faire \ Le Mahdi s'adressant 

Maçoudi, V Abrégé des merveilles (traduction Carra de Vaux, 
Paris, 1889), Les Mille et une nuits, La plupart de ces récits 
figurent le Deddjâl comme un monstre marin, et c'est là encore 
une croyance ou plutôt une conjecture de l'eschatologie chré- 
tienne qui représente TAntéchrist comme v une bête sortie de 
la mer ». Apoc,^ xiii, 11, 12, 15. Ce monstre serait enchaîné 
dans Tîle de Brataïl (Ceylan?) en attendant Theure de sa ve- 
nue. Ces derniers détails sont tirés d'une relation faite par un 
certain Temîm ed-Darî. Maçoûdi (IV, 28) et l'auteur anonyme 
de V Abrégé des Merveilles racontent que Mahomet les rappor- 
tait, en mentionnant toujours l'autorité de ce Temîm ed-Dari. 
D'Herbelot (art. Dejjal et Temîm de la Bibliothèque orientale) 
prétend, au contraire, que Temîm tenait ces détails du Pro- 
phète. Nous n'avons pu vérifier la source de d'Herbelot et 
d'ailleurs les passages de Maçoudi et de Y Abrégé des Mer- 
veilles sont trop explicites pour comporter un contre- sens. Il 
n'en est pas moins très extraordinaire — et c'est peut-être un 
cas unique dans l'histoire du prophète musulman — que Maho- 
met n'ait pas entrevu le Deddjâl dans les surnaturelles clartés 
de ses visions et ait eu besoin de s'en référer sur ce sujet au 
témoignage d'un de ses disciples. 

1. La prière de l'après-midi. Ce serait la prière de l'aurore 
d'après une autre tradition. 

2. Pour bien .comprendre ce passage, il faut se rappeler que 
la fonction la plus importante de l'islam est l'imamat. L'Imam, 
comme nous l'avons dit, V. p. 4, note 1, est celui qui préside 
à la prière, en se tenant devant les fidèles et c'est sur lui que 
ceux-ci règlent leur récitation et leurs prostrations. Ce fut 
Mahomet qui, durant sa vie, présida à la prière. Peu de temps 
avant sa mort, il se fit remplacer dans ce ministère par Abou 
Bekr, lui conférant par cette désignation l'unique dignité qui 



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84 MOULAT ISMAIL ET JACQUES II 

au Messie, lui dira : « Passez devant, ô Prophète 
de Dieu, ô Esprit de Dieu, pour remplir les fonc- 
tions d'imam qui vous reviennent ». — Le Messie 

— sur lui soit le salut! — répondra au Malidi : « Je 
n'en ferai rien; c'est comme devant être faite par 
vous que la prière a été annoncée. » Alors le Messie 
fera la prière comme un simple fidèle derrière un 
homme de la nation du prophète * — sur lui soit le 
salut ! — Et il jugera, d'après la loi de Mahomet, 
et il tuera l'Antéchrist. 

Alors les chrétiens renieront le Messie qui les 
tuera; il tuera de même les Juifs, et si un Juif pour- 
suivi se réfugie derrière un rocher lui-même criera 
au Messie : « prophète de Dieu ! voici un Juif ca- 
ché derrière moi, tuez-le * » . 

Tout ceci nous a été prédit par notre Prophète 

— sur lui salut et bénédiction ! — qui a ajouté : 

existe dans Tislam. Le prophète musulman, dont la mission 
allait donner naissance à de si puissants empires, n'établit 
aucun pouvoir temporel, ne régla aucun ordre de succession 
et, voyant approcher sa fin, ne se préoccupa que d'une chose : 
désigner celui qui, h son défaut, présiderait à la prière. 

1. Par cet acte le Messie adhérera à Tislam. 

2. D'autres traditions rapportent que les peuples infidèles 
seront convertis à l'islamisme par l'intermédiaire de Jésus. 

Il y aurait de nombreux rapprochements à établir entre les 
prédictions eschatologiques des religions juive, chrétienne et 
musulmane. Toutes les descriptions du grand drame final ren- 
ferment un fonds commun de suppositions et de conjectures 
qui confinent à la mythologie. Les seules vérités imposées à la 
foi dans les trois religions sont la résurrection des corps et la 
venue d'un libérateur : le Christ, le Mahdi, le second Messie. 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 85 

c( J'en jure par celui qui tient en sa main la vie de 
Mahomet ! Peut s'en faut, en vérité, que ce ne soit 
parmi vous-mêmes qui m'entendez* que ne descende 
le Messie en juge équitable pour briser la croix et 
tuer le pourceau. 11 abolira la djezia^ qui n'aura 
plus de raison d'être, puisqu'il ne tolérera plus 
d'autre religion que l'islam et il répandra les ri- 
chesses avec une telle profusion que personne n'en 
voudra plus ; il sera compté au nombre des Com- 
pagnons de notre Prophète — sur lui le salut et la 
bénédiction !]^ 



1. Tout ce que je viens de vous annoncer est tellement cer- 
tain et tellement proche qu'il me semble que c'est parmi vous 
qui m'entendez, c^est-à-dire avant que votre génération ne 
finisse, que viendra le Messie. C'était également une opinion 
générale, au temps des apôtres du Christ que la fin du monde 
était proche et que la génération présente ne passerait pas, 
sans que ces choses n'arrivassent. « En vérité, je vous le dis : 
Il y en a quelques uns ici présents qui ne goûteront pas de la 
mort jusqu'à ce qu'ils voient le Fils de l'homme venant dans 
son royaume. » Matth.^ xvi, 28. V. Ibid.^ xxiv, 34. 

Cette croyance à la venue prochaine du Messie et du Mahdi 
fut le point de départ de calculs et de combinaisons dans les- 
quels s'exerça la subtilité des premiers docteurs de l'islam. 
Quand les années succédant aux années eurent rendu vaines 
toutes les prédictions pour la date de la fin des temps, on in- 
venta le jour mohammédien qui commençait à la mort du Pro- 
phète et durait mille ans. Ce fut Torigine du millénarisme 
musulman. 

2. Voici le texte de ce hâdît, tel qu'il est rapporté par El- 
Boukhari : 



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86 MOULA y ISMAIL ET JACQUES 11 

Plusieurs princes et rois chrétiens ont bien su 
cola, lesquels Dieu a dirigés et leur a fait la grâce 

^^ -?-^-r^' vJ^^J ^-T-^::^'' ^r^ "^-^ '-«^-^ (*iy e;f' (^ wlri 

On voit que Moulay Ismâïl a omis de citer le dernier membre 

de phrase : « jusqu'à ce qu'une seule génuflexion soit devenue 

préférable au monde et à tout ce qu'il renferme » . D'autre part, 

il a ajouté au texte : L-J v^>Ur^! ,3 ^«A*^ »> ^ >^^' ^ \Jû ^*. 
J -. ^r^ ^. -*' ^ s ç w- . ^ ^ 

La première des phrases interpolées semble destinée à motiver 

Tabolition de la djezia et, dans la traduction, nous en avons 

interverti la place pour la rapprocher de celle dont elle était 

l'explication. 

La djezia est le tribut payé par tète, la capitation h laquelle 
sont soumis les non-musulmans ; elle est comme la rançon de 
leurs fausses croyances. Quand les musulmans font la guerre, 
les nations vaincues par eux doivent choisir entre les trois 
conditions suivantes : embrasser l^islamisme; conserver leur 
religion en payant la djezia ; être combattues jusqu a la mort. 

A la fin du monde, la seconde de ces conditions disparaîtra; 
les non-musulmans ne seront plus admis à payer la djezia pour 
conserver leur religion : ou bien ils se convertiront h l'isla- 
misme, ou bien ils seront combattus à mort. C'est le Messie 
qui opérera cette innovation, mais, d'après le Coran, les gens 
des Ecritures opteront pour la première condition et devien- 
dront musulmans : 

yo y ^ c/'^c/' "S y % ^ ^ s • c*^ c î c c y 

\^ " "^ yy^ ' y ^ >>^ y"^ " ^ ^ y y >^ y ^* 

^ y c (, y y ^ ^ y y y «<-.# 

"y \ \'' ^^ " ^ "y 
a II rCy aura pas un seul homme ^ parmi ceux qui ont eu foi 
dans les Ecritures, qui ne croie en lui as^ant sa mort. Au jour 
de la résurrection il témoignera contre eux. » IV, 157- 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 87 



de les persuader et de le suivre comme le Nedja- 
chi, Roy des Abyssins, tellement qu'il a été mis au 
nombre des Compagnons de Mahomet*. Le Pro- 
phète avait prié Dieu pour lui et l'avait invité à em- 
brasser la religion musulmane, tout de même qu'il 
invita aussi César (ou Héraclius) Roy des Roum, 
aïeul de ce Roi à la cour duquel vous résidez. Ma- 
homet — sur qui le salut soit — ayant écrit à cet 
Empereur pour l'inviter à se faire musulman, il 
lut sa lettre et son invitation avec réflexion, car il 
possédait, ce grand Prince, toutes les sciences les 
plus profondes; puis il interrogea les Arabes de sa 
cour touchant les qualités de Mahomet, touchant 
ses affaires, ses mœurs et les choses auxquelles il 
invitait le peuple et touchant ce qu'il commandait 
et ce qu'il prohibait. Ensuite il dit : « Vraiment, 
c'est là le prophète attendu qui a été annoncé par 
Jésus et il régnera au lieu de mes aïeux^ pendant 
deux cents ans ». Puis il tint conseil avec les prin- 
cipaux de son Etat et les chefs de sa secte tou- 



1. Ce fut dans le dernier mois de la sixième année de 
l'hégire, que Mahomet envoya un messager en Abyssinie pour 
inviter le Négus à embrasser l'islamisme. Le Négus qui, au 
dire des historiens arabes, était déjà musulman de cœur, 
accueillit avec honneur le messager, baisa respectueusement 
la lettre du Prophète, et fit profession publique et formelle de 
la foi musulmane. Caussin de Perceval, loc. cit.y t. III, p. 190, 
191, 192. 

2. «^ji ^y vliU-ww j « et il régnera à ma propre place » 
(mot à mot : sur la place où posent mes pieds). 



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88 MOULAY ISMAIL ET JACQUES 11 

chant sa conversion ; ils firent du tumulte et se re- 
tirèrent comme des ânes sauvages. Il les encoura- 
gea et les consola et ce par l'intérêt de conserver 
la couronne. Et lorsque notre prophète eut appris 
cette nouvelle, il dit(( : C'est l'intérêt du Royaume et 
delà couronne qui retient cet ambitieux, caria con- 
naissance de la bonne religion est fortement gravée 
dans son cœur et il est persuadé de l'excellence de 
notre loi au dessus des autres, mais il ne peut se 
résoudre à risquer sa couronne S). 



1. L'ambassadeur envoyé vers le César (Kaîsar), empereur 
des Grecs (Héraclius), par Mahomet ne partit que dans la 
septième année de Thégire, après la victoire de Khaibar. Le 
messager, porteur de la lettre du Prophète invitant ce prince 
à embrasser Tislamisme, s'appelait Dihya ben Holaïla et appar- 
tenait à la tribu des Benou Kelb. Héraclius, raconte Âbou 
'1 Féda, fit à Dihya une réception honorable, plaça la lettre du 
Prophète sur un coussin et y fit une réponse gracieuse. Vie de 
Mahomet, p. 67. On ne voit pas que la mission de Dihya ait 
été suivie d'un autre* résultat ; le fait de placer la lettre de 
Mahomet sur un coussin ne peut être interprété comme la 
marque d'un grand respect, et il est probable qu'Héraclius 
étendu sur des coussins plaça, suivant Tusage oriental, entre 
deux d'entre eux la lettre que lui remettait Dihya. Les hésita- 
tions d'Héraclius sur le point de se convertir h Tislamisme, 
auxquelles fait allusion Moulay Ismâïl, sont rapportées par 
quelques historiens arabes. L'année qui suivit l'ambassade de 
Dihya (8® de l'hégire). Mahomet envoya une armée attaquer 
un prince ghassanide qui commandait, sous l'autorité d'Héra- 
clius, aux Arabes de Syrie ; cette armée fut complètement bat- 
tue à Monta. Malgré la victoire de l'empereur grec, un de ses 
officiers, dit-on, qui était Arabe et s'appelait Farwa ben Amr, 



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UNE APOLOGIE DE LISLAM 89 

Enfin, de quelque manière que la chose soit, il 
est certain que cette religion est la véritable, la 

abandonna le christianisme et se fit musulman. Il fut arrêté 
par ordre d'Héraclius qui voulut d*abord le faire revenir au 
christianisme^ en lui proposant le pardon et même son réta- 
blissement dans son emploi. Farwa répondit superbement 
qu'Héraclius savait bien lui-même que Mahomet était le Pro- 
phète de Dieu et que la crainte de perdre son rang suprême 
Tempêchait seule de le reconnaître à la face de tout Tempire. 
La mort fut le prix de son opiniâtreté (Nowairi et Djennabi, 
ap. Caussin de Perceval). — Moulay Ismaïl, qui faisait d'Hé- 
raclius l'ancêtre de Louis XIV, avait la conviction que la lettre 
de Mahomet à cet empereur d'Orient était conservée avec le 
plus grand soin par les rois de France et que cette précieuse 
relique était la cause de toutes les prospérités de la monarchie 
française. « J'ai toujours cru, disait ce sultan en 1677 à un 
ambassadeur portugais, que le roi de France, dont j'estime la 
valeur, ne pouvait manquer d'avoir de grands avantages sur 
ses ennemis... recevant pour y parvenir des grâces particu- 
lières du Ciel, pour la vénération... qu'il porte à la lettre que 
notre grand Prophète écrivit à ses prédécesseurs, lorsqu'il vi- 
vait sur la terre, laquelle il tient enfermée dans un petit coffre 
d'or. » Mouette, loc. cit., p. 238, 239. Une autre fois, en 1680, 
Moulay Ismâïl fit appeler le Père Jean de Jésus-Maria, trini- 
taire espagnol en résidence à Fez, et lui demanda « s'il voulait 
entreprendre un voyage en France pour venir demander au 
Roi une Lettre de Mahomet, qu'il croit qu'on conserve encore 
à Paris... et qu'il donnerait en échange tous les Français qui 
étaient dans ses Etats. Le Père s'excusa du voyage, sur les 
guerres qu'ils avaient avec nous, ce qui fit que le Roi n'insista 
pas davantage. » Ibid.y p. 284, 285. En 1699, Abdallah ben 
Aâïcha, l'ambassadeur de Moulay Ismâïl auprès de la cour de 
France, fit demander à Louis XIV comme une grâce particu- 
lière qu'il pût baiser et mettre sur sa tête cette fameuse lettre. 



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90 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

Hanyfyenne*, celle que Dieu a élevée et dont il a 
établi Mahomet pour intendant et celle qu'il a ren- 
due la plus excellente des Religions. Dieu a dit 
dans TAlcoran, qui est le livre de nos lois*, que 
Dieu ne reconnaît de Religion que le Musulma- 
nisnie et que quiconque en suii^ra une autre^ il ne 
lui en sera point tenu de compte et il sera en Vau- 
tre i^ie au nombre des damnés^. Ainsi celui qui 
fera une sérieuse réflexion, pensera de bonne foi et 
pèsera les religions à la balance de la justice et 
de la raison, il connaîtra que la Religion musul- 
mane est la véritable religion et que toutes les au- 
tre ne sont que fadaises et bàdineries, depuis le 
jour que Dieu a envoyé notre Prophète après le- 
quel il n'en veut plus envoyer d'autres, et c'est 

Le roi lui répondit qu'il n'en avait jamais entendu parler, mais 
qu*il consentirait volontiers à la lui montrer, si on la trouvait 
dans sa bibliothèque. V. Mercure galant et Gazette de France^ 
année 1699. Thomassy, loc, cit, 

1. La religion hanéfienne, c'est-à-dire la religion ortho- 
doxe, celle d'Abraham^ Tantique monothéisme dont il ne res- 
tait plus que quelques sectateurs en Arabie, au temps de 
Mahomet. Caussin de Perceval, loc, cit., t. I, 323-326 et t. III, 
191. 

2. jjl^t J<^ ^9 doit se traduire : dans les versets positifs 
du Coran. Les versets du Coran sont divisés, sous le rapport 
du sens, en deux catégories : 1* sj^USsr^! c^b^. ElAîât el 
mouhakamdt^ les versets à sens clair, positif et précis. 
2** c^L^liuxJl vji^tU^. El Aiât el moutachdbihdt, les versets 
dont la signification est douteuse, obscure, vague et qui, par 
conséquent, peuvent être l'objet de diverses interprétations. 

3. Coran^ m, 17, 79; xlvu. l et Lxn, 7. 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 91 

pour cela qu'il est appelé le sceau des prophètes \ 
Il sera persuadé que toutes les autres religions 
sont vaines ou superstitieuses et que leurs sec- 
tateurs seront damnés. 

Un certain grand docteur d'entre les chrétiens 
voulut un jour connaître les différents sentiments 
des sectateurs des différentes religions pour juger 
de celle qui était la meilleure. Il fît attention à ce 
que professaient les musulmans, à ce que profes- 
saient les chrétiens et à ce que professeient les 
juifs, et il voulut s'informer d'eux par la voie du 
raisonnement. A cet effet il s'adressa à un chrétien 
et lui dit : 

— Quelle est la meilleure des religions, la chré- 
tienne, la juive ou la musulmane ? 

-r- C'est celle des chrétiens, répondit le chré- 
tien . 



1. D'après une tradition rapportée par El Boukhari dans le 
chapitre qui traite du sceau des prophètes, Mahomet a dit : 
«Je suis à regard des prophètes, mes prédécesseurs, comme 
cette seule et dernière brique que Thomme bâtissant une 
maison n'a plus qu'à poser en place pour achever sa construc- 
tion. » On désigne donc pas l'expression sceau des prophètes 
ou par celle de la brique le personnage qui a obtenu le don du 
prophétisme parfait. — De même qu'il y a une dernière brique 
qui complète l'édifice du prophétisme, il y a une dernière 
brique qui parachève Tédifice de la sainteté. — C'est avec 
cette acception symbolique que les soufis appellent parfois 
Mahomet la brique d'or tandis qu'ils désignent le Mahdi, le 
sceau des saints (khatem el ouâli), par l'expression : la brique 
d'argent, Ibn Khaldoun, loc, cit,^ t. Il, 193, 194. 



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92 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

— Et quelle est la meilleure de la juive ou de la 
musulmane ? 

— C'est la musulmane, dit le chrétien. 
Puis le docteur s'adressant à un juif : 

— Quelle est, lui dit-il, la meilleure des trois 
religions, la musulmane, la chrétienne ou la juive ? 

— C'est celle des juifs, répondit le juif. 

— Et quelle est la meilleure, de la chrétienne 
ou de la musulmane ? 

— C'est la musulmane. 

Enfin le docteur s'adressa à un musulman. 

— Quelle est, lui demanda-t-il, la meilleure des 
religions ? 

— C'est celle des musulmans, répondit-il. 

— Et laquelle des deux, ajouta le docteur, est la 
meilleure de la juive ou de la chrétienne ? 

— Elles ne valent rien ni l'une ni l'autre, car la 
véritable et solide religion est celle des musul- 
mans. 

Par ce raisonnement, le docteur chrétien connut 
en son esprit que la religion musulmane était la 
véritable, que les juifs et les chrétiens n'étaient 
rien et que toutes les autres religions n'étaient que 
pure erreur. Cette vérité est bien marquée dans 
notre livre de TAlcoran, lorsque Dieu dit ce qui 
suit : c( Les juifs ont dit que les chrétiens n étaient 
pas dans la bonne voie quoiqu'ils lussent les lii^res 
divins; les uns et les autres sont dans V erreur^ ». 

1. « Les juifs disent : les chrétiens ne s'appuient sur rien; les 
chrétiens disent : les juifs ne s'appuient sur rien et cependant 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 93 

Tout ce que dessus n'est que pour vous faire 
connaître une petite partie des versets de l'Alco- 
ran, des conseils du Prophète et des arguments 
suivant la raison, conformes aux statuts de cette 
vraie religion et pour vous persuader que toutes 
les autres sont damnées. C'est pourquoi, si vous 
voulez faire une sérieuse réflexion, en éloignant 
toute prévention, et si vous préférez l'autre vie, à 
celle-ci, et si vous aimez mieux entrer en paradis 
qu'en enier, voilà que je vous ai fait voir le moyen 
et que vous en savez le chemin. Croyez-moi, sui- 
vez cette religion qui est la véritable. Faites-en 
profession, en prononçant les deux témoignages 
à savoir qu'il n'y a point d'autre Dieu que Dieu et 
que Mahomet est son prophète; car celui qui les 
prononcera de cœur et de bouche entrera en para- 
dis, quand il ne les aurait prononcés qu'une fois 
en sa vie, et il y entrera par l'intercession de Ma- 
homet — sur qui soit le salut — parce que ce 
grand prophète a la commission de protéger les 
pécheurs, même les plus grands criminels qui ont 
encouru les menaces de Dieu les plus rigoureuses, 
de laquelle commission Dieu lui a donné le pri- 
vilège dans l'assemblée qui se fît des âmes, au 



les uns et les autres , ils lisent les Ecritures , ceux qui ne con- 
naissent rien tiennent un langage pareil. » Coran ^ ii, 107. 
Comme nous Tavons dit, les musulmans reconnaissent la révé- 
lation de plusieurs de nos livres saints, mais ils nous accusent 
d'en avoir falsifié certains passages et de les interpréter géné- 
ralement en faisant une exégèse d'appropriation. 



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94 MOULAT ISMAIL ET JACQUES 11 

commencement de la création du monde*. Je vous 
jure par ce grand Dieu que, si vous voulez croire 



1. Contre-sens du traducteur : ,^^yi\ ne signifie pas « l'as- 
semblée qui se fit des âmes au commencement du monde », mais 
le lieu où, à la fin du monde, au jour du jugement, le genre 
humain «6 tiendra debout devant Dieu; ce mot s'applique par 

extension au jugement dernier ; il a pour synonyme ^^-^s-*-^ 5. 
Les hommes seront entassés sur le lieu du jugement; ils s'y 
étageront les uns au-dessus des autres et leur nombre sera si 
grand a qu'un pied se trouvera au-dessus de mille autres pieds. » 
Le lieu du jugement deviendra de plus en plus étroit et la com- 
pression croissante sera un véritable supplice. Pour y échapper, 
les hommes intercéderont successivement auprès d'Adam, de 
Noé, d'Abraham et de Moïse, qui opposeront, chacun, une rai- 
son les empêchant d'être un médiateur efficace. Jésus lui-même, 
le Verbe et TEsprit de Dieu, sera vainement imploré et répon- 
dra aux hommes : « On nous a pris comme dieux, moi et ma 
mère, h la place du Dieu Très-Haut; comment oserais-je inter- 
céder pour vous auprès de Celui à côté duquel on m'adore, dont 
on prétend que je suis le fils et qu'on nomme mon père? » Et Jé- 
sus adressera les suppliants à Mahomet, au sceau des Prophètes. 
Et rhumanité implorera ainsi le Prophète arabe : « O Envoyé 
de Dieu, tu es le Bien-Aimé de Dieu, et le Bien-Aimé est le plus 
considéré des médiateurs. Intercède donc pour nous auprès 
du Dieu Très-Haut, car nous sommes allés vers notre père 
Adam et il nous a renvoyés auprès de Noé, nous sommes allés 
vers Noé et il nous a renvoyés auprès d'Abraham, nous sommes 
allés vers Abraham et il nous a renvoyés auprès de Moïse ; nous 
sommes allés vers Moïse et il nous a renvoyés auprès de Jésus; 
nous sommes allés vers Jésus et il nous a renvoyés auprès de 

toi Après toi, il n'est plus personne à qui nous puissions 

présenter notre requête, personne auprès de qui nous puis- 
sions chercher un refuge. » Le Prophète s'écriera : « Je m'en 



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UNE APOLOGIE DE L*1SLAM 95 

à cette Religion, Dieu vous fera la grâce d'arriver 
à cette félicité. Faites comme César (ou Héraclius) 
qui la croyait en son âme et en était persuadé et 
faites choix de cette foi tant au péril de votre vie 
que devos biens; je le demande à Dieu de tout mon 
cœur. C'est là l'affaire concernant la religion dont 
nous avons voulu vous avertir. 

charge, j*y pourvoîeraî. » Cf. El-Ghazali, Ad-Dourra al-Fak- 
hira^ traduction L. Gautier, 1878. 

Ce privilège de Tintercession finale, qui a fait appeler quel- 
quefois Mahomet ibl^l v^^^a.Lo, est mentionné dans le Coran. 
« Quand viendra le jour où la terre sera changée en quelque 
chose qui nest pas la terre (xiv, 49), ce jour oii toute âme ne 
songera quà plaider pour elle-même (xvi, 112), ce jour-là, 
V intercession de qui que ce soit ne pourra profiter , sauf V inter- 
cession de celui à qui le Miséricordieux permettra de le faire 
et à qui il permettra de parler » (xx, 107). 

Les angoisses du dernier jour (ed^anrj r^p-epa) et celles de la vie 
future (ï^^^l J|y>l) sont décrites par les auteurs musulmans 
avec des images terrifiantes rappelant celles de la liturgie ca- 
tholique. Il existe des ^^j^^ )èL^\j^ Mao udid el khouf [sen- 
tences et aussi sermons destinés à inspirer aux croyants une 
salutaire frayeur) qui semblent une traduction de la fameuse 
prose Dies irœ. On y retrouve la terreur de Tâme cherchant 
un intercesseur : Quem patronum rogaturus^ la présenta- 
tion du livre : Liber scriptus proferetur, le dévoilement 
des actions secrètes : Quidquid latet apparebit, etc. Voici, à 
titre d'exemple, un de ces maouâid extrait du livre intitulé 

gUai,)! j^jî*-^ sjl^w^ J-i. s^ b^ 6^\ -^''•-J* (y^,j'^'^ 

« Songe au jour où tu paraîtras seul devant Dieu, où sera 



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96 MOULAT ISMAIL ET JACQUES II 

A l'égard de l'affaire qui regarde la politique*, 
c'est que, si vous voulez rester dans votre religion 
infidèle, il est certain que celle de votre nation an- 
glaise est plus légère et plus commode pour vous 
que l'adoration de la Croix et Tobéissance à ceux 
qui donnent un fils à Dieu et dont les moines se 
moquent*. Quel avantage trouvez-vous à vous être 
retiré de votre patrie, éloigné de votre peuple et 
de vos sujets et sorti de la religion de vos pères et 
aïeux pour embrasser une religion autre que celle 
de votre peuple? Et quoiqu'en général toutes vos 
sectes soient un tissu d'erreurs et de fourvoie- 
ment,' cependant votre véritable secte à vous est 
celle d'Henric^ qui est plus raisonnable que les 
autres qui sont embourbées dans l'infidélité*. Il 

dressée la balance des actions, où rera déchiré le voile qui 
couvre les fautes, où le mal apparaîtra dégagé de tout voile. » 

1. Pour cette seconde partie de la lettre, il sera intéressant 
de se reporter au récit de la révolution d'Angleterre rédigé 
par un ambassadeur marocain. V. ci-après Appendice p. 105. 
Si l'on ne peut prouver que ce récita été communiqué tel quel 
à Moulay Ismaïl, on peut affirmer que les événements politi- 
ques de TAngleterre lui ont été présentés de cette manière. 

2. Contre-sens du traducteur. Le texte porte jjlô t^-a^jLjj 
^Lfcj II faut traduire : « ceux qui donnent un fils à Dieu, alors 

quils en refusent à leurs moines ». La pensée complète est 
celle-ci : ils prétendent que le célibat est pour leurs moines 
un état plus parfait que le mariage; ils sont donc inconsé- 
quents, puisqu'ils refusent cette perfection à la divinité en lui 
attribuant un fils. 

3. Le roi Henri VIII. 

4. Les musulmans mettent le protestantisme au-dessus du 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 91 

n'y a pas jusqu'à la reine, votre épouse, qui est 
Française qui vous a porté à embrasser sa religion 
et vous vous êtes séparé des autres pour suivre 
son parti*. Et pourquoi faut-il que vous restiez 
chez les Français, abandonnant votre peuple et le 
royaume de votre père et de votre frère à un autre 
et que vous souffriez qu'un Hollandais se soit im- 
patronisé de votre couronne pendant votre vie? 

catholicisme auquel ils reprochent Tadoration des images et le 
culte des saints. V. la traduction de la lettre de Moulay Ismâïl 
à Jacques II écrite en espagnol, p. 98 etss. En 1680, Charles II 
ayant écrit îi Moulay Ismaïl pour lui annoncer l'envoi d'un am- 
bassadeur chargé de négocier la paix (Foccupation de Tanger 
par les Anglais était une cause continuelle d'hostilités), le sul- 
tan consulta les principaux de sa cour sur la question de savoir 
si, sans contrevenir aux lois du Coran, il pouvait faire un traité 
de paix avec les Anglais. Ahmar Kheddou, le gouverneur de 
Ksar el-Kebir se prononça pour Taffirmative et entre autres 
motifs, il mit en avant « que la Religion Protestante que les 
Anglais professaient, les rendait beaucoup approchans de la 
leur, qu'ils n'adoraient qu'un Dieu et quoiqu'ils crussent au 
Christ comme h son Fils, que toutefois ils n'avaient dans leurs 
temples ni Croix ni Images ni autres œuvres faites de main 
d'homme pour les adorer, comme faisaient les autres Chré- 
tiens ». Mouette, loc, cit., p. 510, 511. 

1. On a vu plus haut p. 36 que Jacques II avait épousé en 
secondes noces en 1673 une princesse catholique, Marie- 
Béatrice de Modène. Elle était petite-nièce de Mazarin, et 
Louis XIV avait été l'instigateur de ce mariage; c'est proba- 
blement pour ces raisons que Moulay Ismâïl en fait une Fran- 
çaise. Le texte arabe porte L^ CaS^! %^ nJI^I La> ce qui 
doit être traduit : « et vous voici maintenant séparé d'elle. » 
C'était d'ailleurs une inexactitude. 



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9& MOULAI ISMAIL ET JACQUES II 

Par le grand Dieu! je ne puis souffrir que votre 
maison et votre royaume soient en la puissance et 
sous le gouvernement d'un Hollandais ni d'aucun 
autre. Il vaut mieux que vous abandonniez ce qui 
vous a ci-devant mis en différend avec votrepeuple, 
car vos sujets croient que c'est une obligation de 
leur conscience de vous renier, à cause de la reli- 
gion dans laquelle vous leur êtes contraire. De- 
mandez-leur excuse, accablez-les d'honnêtetés afin 
de les faire revenir. Oui, par Dieu je le jure! si 
nous n'étions pas gens arabes, barbares non stylés 
à l'art maritime, ou bien si nous avions quelqu'un 
chez nous qui fût habile en cet art et à qui nous 
puissions confier des troupes et les lui donner à 
commander, j'écrirais aux Anglais et je vous en- 
verrais des troupes avec lesquelles vous feriez des- 
cente en Angleterre, vous rentreriez dans vos biens 
et remonteriez sur votre trône. 

Mais il y a un obstacle que je veux vous faire 
savoir, c'est qu'il faudrait que vous délogeassiez 
d'où vous êtes et que, quittant le pays des Fran- 
çais, vous vous rendissiez à Lisbonne, pays de 
Portugal. Voilà que la Reine, épouse de feu votre 
frère, la Portugaises est à présent en ce pays là, 
quoiqu'elle eût voix et autorité en votre Parle- 
ment. Si vous étiez là, il y aurait moins de dis- 

1. Catherine de Bragance, femme de Charles II. C'était cette 
princesse qui avait apporté en dot à l'Angleterre la ville de 
Tanger. Elle se retira en Portugal en mars 1692 et y mourut 
le 31 décembre 1705. 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 99 

tance et de difficulté entre vous et votre peuple ; 
il vous serait bien plus facile d'entrer avec lui 
en conférence et en ajustement. Mais il faudrait 
que cela se fît en telle manière que les Français 
n'eussent aucun avis de ce que vous feriez, car, 
s'ils s'apercevaient que vous eussiez ce dessein et 
intention, ils ne vous laisseraient pas aller et ils 
vous arrêteraient pour deux raisons : la pre- 
mière, parce qu'ils ne voudraient pas que vous 
abandonnassiez leur religion pour reprendre 
celle de votre nation, l'autre est qu'ils craindraient 
que, retournant avec votre peuple, vous devins- 
siez leur ennemi et leur fissiez la guerre, et prin- 
cipalement après avoir eu connaissance d'eux et 
de l'excellence de leur pays, car les Rois re- 
doutent toujours ces sortes de choses*. 

Voilà donc que nous vous avons donné conseil 
et nous vous avons remontré ce qui convient de 
faire tant au sujet de votre religion que de votre 

1. Louis XIV orientait sa politique en prévision de la suc- 
cession de Charles II et Moulay Ismaïl prenait ombrage de 
notre rapprochement de l'Espagne, Tennemie héréditaire du 
Maroc. La guerre de la Succession d'Espagne et plus tard la 
politique du Pacte de Famille nous firent perdre une situation 
prépondérante au Maroc. Le principal moyen employé par la 
diplomatie anglaise pour entretenir la défiance des sultans 
chérifiens à notre endroit était de représenter l'union parfaite 
qui régnait entre les cabinets de Versailles et de Madrid. 

On lit plutôt ijà' que ij^ sur le texte original, d'après la po- 
sition du point diacritique, ce qui d'ailleurs influe peu sur le 
sens. 



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100 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

politique. Je vous conjure de ne pas mépriser la 
direction ni le bon conseil. 

Nous avons aussi appris que vous avez dessein 
de passer à Rome, mais donnez-vous bien de 
garde de prendre cette résolution, car, si vous y 
entrez une fois, vous vous y habituerez et vous ne 
voudrez plus en sortir, ni ne pourrez après elle 
rentrer en votre Royaume. 

En un mot, et de quelque manière que la chose 
se passe, si vous vous accommodez avec votre 
peuple et si vous rentrez en votre religion, nous 
renouvellerons avec vous les traités que nous 
avions avec votre frère. En vérité, notre officier 
qui était ambassadeur à sa Cour*, ne cesse de 
nous faire le récit de ses honnêtetés et de ses bon- 
tés; c'est ce qui m'a porté à vous écrire pour vous 
donner conseil, désirant qu'il y ait entre nous 
deux une bonne amitié et correspondance de 
lettres qui puisse vous être utile en quelque état 
que vous soyez, s'il plaît à Dieu, et le salut à ce- 
lui qui suit les voies de la direction ^ 

Écrit le 15 de la lune de Chaban, l'an de l'hégire 
1109 (c'est-à-dire le 25 février, l'an de grâce 1698f . 



1. Abdallah ben Aâïcha. V. p. 46 et ss. 

2. Comme on le voit, la lettre de Moulay Ismâïl se termine 
parla formule du salut négatif. V, p. 59, note 1. 

3. L'interprète a ajouté : « Traduit de Tarabe en français 
par Pétis de la Croix, secrétaire interprète du Roy, ce 11 juin 
1698 ». 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 101 



Lettre de Moulay Ismâïl à Jacques II 

écrite en espagnol* 



Ainsi que nous Tavons dit ^, il existe dans les 
Archives des Affaires Etrangères une seconde let- 
tre de Moulay Ismâïl à Jacques II écrite en espa- 
gnol et portant la même date. Cette lettre est ac- 
compagnée de sa traduction en français que nous 
donnons ci-après. L'original est écrit sur le recto 
d'une feuille de papier de même format que celui 
de la lettre arabe. 

En tête de la feuille se lit la formule : 

c( Au nom d'un seul Dieu tout Puissant ». Au 
dessous de cette formule est apposé le grand ca- 
chet ou plutôt le chiffre arabe de Moulay Ismâïl ; 
puis le texte suit en ces termes : 

A Jacques, Roi d'Angleterre, que Dieu garde! 
Le grand nombre d'honnêtetés que votre frère — 
que Dieu aye — a eues pour mon ambassadeur 
et la bonne correspondance que nous avons eue 
ensemble, tant au sujet de Tanger que d'autres 
affaires qui ont été entre lui et moi, m'ont porté à 
vous écrire cette lettre par laquelle j'ai deux 

1. V. planche II la reproduction de Toriginal par la photo- 
gravure. 

2. V. p. 2, note 1. 



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102 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

choses à vous faire savoir ; Tune est spirituelle et 
l'autre temporelle. 

A l'égard de la spirituelle, je ne crois pas que 
vous ignoriez qu'il n'y a qu'un seul Dieu et que 
Jésus-Christ est l'âme de Dieu et fait de son ouvrage 
comme nous sommes; que ce Dieu est tout puis- 
sant et qu'il n'a point de compagnon dans son 
Royaume. Et, si vous aviez perdu le vôtre pour 
une chose aussi juste que celle-là, vous auriez été 
plus agréable aux yeux de Dieu que de le perdre 
pour adorer des images. Erreur si grande que je 
ne puis m'imaginer qu'elle puisse exister dans vo- 
tre jugement, sachant que Dieu a dit : Maudit soit 
l'homme qui adore les Idoles *. Et je suis dans le 
dernier étonnement que vous ayez abandonné la 
loi de vos pères pour en prendre une pire et non 
pas pour en prendre une meilleure. Cela m'a porté 
à vous écrire, poussé de compassion pour que vous 
preniez une meilleure loi. Et, afin que vous jouis- 
siez du temporel aussi bien que du spirituel, je 
vous conseille de passer en Portugal: vous serez 
plus proche des occasions de demander pardon à 
votre Royaume de votre faute, car jamais votre 
peuple et vos sujets ne trouveront un si bon Roi 
que vous, ni vous ne trouverez jamais un si bon 

1. « La plupart [des hommes] ne croient point en Dieu, sans 
mêler à son culte celui des idoles [le culte des images et aussi 
des saints]. Sont-ils donc surs que le châtiment de Dieu ne les 
enveloppe pas .. » Coran^ xii, 106, 107. V. Ibid.^ xiv^ 35; xviii, 
i02;xvii, 59; iv, 54, 55. V. 65. 



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UNE APOLOGIE DE L*1SLAM 103 



peuple. A mon égard, si j'avais sur mer une puis- 
sance assez forte, je vous secourrais de bon cœur 
et je ferais tout au monde ce qui dépendrait de 
moi comme vous le verriez. De plus le Roi de Por- 
tugal ayant été votre beau père\ il n'y a point de 
doute qu'il ne vous reçût à bras ouverts, suivant 
l'exigence de votre rang jusqu'à ce que vos [ou 
nos] accommodements fussent achevés. Certes, si 
vous retournez en votre Royaume, comme j'en prie 
le Seigneur, nous aurons ensemble une paix géné- 
rale tellement que vos vaisseaux pourront venir à 
nos ports en toute sûreté et sans aucun risque et 
les nôtres aux vôtres. Et il y aura entre nous une 
fraternité réciproque sans aucune sorte de trom- 
perie, ni par autre motif que de faire connaître que 
je ne suis pas ingrat des honnêtetés que votre frère 
m'a faites. 

Recevez donc celles-ci comme une marque du 
chagrin que je ressens de votre malheur, désirant 
avec plus d'estime que qui que ce soit que vous 
retourniez à votre premier état. 

Ecrit le 26 février 1109, c'est-à-dire 1698. 

1. Moulay Ismâïl commet une double erreur. Le roi de Por- 
tugal, Jean IV, père de l'infante Catherine, était mort en 1656. 
H était beau-père de Charles II et non de Jacques II. 



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APPENDICE I 



La Révolution d'Ang^Ieterre et la fuite de Jacques II en France. 

Récit d'un ambassadeur marocain qui se trouvait en Espagne 

en 1690-1691'. 



Le roi des Anglais [Charles II] était mort pen- 
dant que les chrétiens se faisaient la guerre; il ne 

1. Ce récit est extrait d'une relation de voyage écrite en 
arabe et traduite par M. H. Sauvaire sous le titre : Voyage en 
Espagne d^un ambassadeur marocain (1690-1691), Paris, 1884, 
in-8. On lit en tête de l'ouvrage cet avertissement du traduc- 
teur : « La traduction qui suit a été faite en partie sur le ma- 
nuscrit de la Bibliothèque Nationale de Madrid coté Gg. 192, 
et en partie sur un manuscrit appartenant à M. de Gayangos, 
et qui paraît n'être qu'une copie du premier. Le manuscrit de 
la Bibliothèque est porté au catalogue avec cette mention : 
Viaje a Espaha de un Embajador enviado por Muley Ismael a 
Carlos II j y observaciones que hace en todo lo que viô. Viaje 
hechopor los ahos 1680 a 1682. La mort du pape Alexandre VIII 
et la prise de Mons par les Français, pour ne citer que ces 
deux événements relatés par l'ambassadeur marocain, prouvent 
qu'il se trouvait en Espagne en l'année 1691. Il dut s'embar- 
quer à Ceuta avant la fin de 1690. Son nom nous est inconnu. » 

La marquise Campana de Cavelli (V. p. 33, note 1) avait déjà 



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106 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

laissait pas d'enfant pour régner après lui sur son 
peuple, mais un frère appelé Jacques. 

Ce Jacques et sa femme étaient attachés en se- 
cret à la religion chrétienne [catholique], sans que 
personne de leur nation en eût connaissance. 

Lorsque son frère mourut, l'ordre de succession 
le désignant, il fallait nécessairement l'investir du 
pouvoir royal et le mettre sur le trône à la place 
de son frère. Les Anglais l'invitèrent donc à ré- 
gner sur eux. 

en 1871 donné une traduction de ce récit dans son recueil de 
documents inédits relatifs à Jacques II, t. II, p. 414, Doc. 
DCXCII. Elle fournit sur la provenance de cette pièce les ren- 
seignements suivants : 

<c Le document dont il s*agit est la traduction partielle d'un 
récit écrit en arabe par un envoyé de l'empereur de Maroc à 
la cour d'Espagne en 1690-91. Ce diplomate avait, paraît-il, 
séjourné à Paris pendant le règne et lors de la chute du Roi 
Jacques; il voulut raconter ces événements qui l'avaient parti- 
culièrement frappé. On ignore son nom et Ton ne sait rien de 
lui, sinon qu'il était en faveur à la cour d'Espagne. 

« Nous devons la communication de cette pièce curieuse et 
amusante trouvée dans une bibliothèque privée à Lisbonne, à 
l'obligeance de lord Stanley d'Alderley. 

« Ce document marocassin [sic], œuvre d'un esprit juste et 
sensé, malgré l'ignorance et les inexactitudes qu'on y aperçoit, 
a une couleur et une originalité qui ne peuvent manquer d'in- 
téresser le lecteur. » 

Nous n'avons pas consulté les divers textes arabes de la 
relation de l'ambassadeur marocain ; mais nous pensons, à en 
juger par les traductions de cet extrait, que le manuscrit de 
lord Stanley d'Alderley est identique à ceux que Sauvaire a 
eus entre les mains. 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 107 



Or il s'en défendit et refusa : c'était de sa part 
un artifice et une ruse. En effet, une fois qu'ils 
l'eurent pressé et qu'il vit leur impossibilité de 
placer un autre que lui sur le trône, puisqu'il était 
le seul héritier, il leur dit : « Je n'accepterai votre 
demande et ne répondrai à vos instances qu'autant 
que vous accomplirez un de mes désirs, qui ne 
peut vous causer préjudice : il consiste en ce que 
chacun suivra la religion qu'il préfère. » 

Ils acceptèrent sa demande et accédèrent à ses 
désirs, le couronnèrent et l'assirent snr le trône. 

Mais à peine eut-il pris les rênes du gouverne- 
ment que lui et sa femme suspendirent des croix 
à leurs vêtements, firent paraître un moine chré- 
tien * qu'ils avaient auprès d'eux et, entrant dans 
l'église, célébrèrent la prière des chrétiens [catho- 
liques]. 

Leur exemple fut suivi par les personnes de l'en- 
tourage du roi qui connaissaient ses intentions 
Jacques voulut aussi pousser ses sujets à adopter 
la religion qu'il pratiquait. 

Quand les Anglais virent que leur roi professait 
une doctrine différente de la leur et suivait la reli- 
gion des gens de la croix j ils eurent peur que cette 
maladie ne gagnât les masses et qu'il ne leur fût 
plus possible d'arrêter le mal. Ils reprochèrent 
alors au roi d'avoir embrassé cette religion et, réu- 
nis en assemblée, ils décidèrent de le tuer. 

1. Le père Pètre, jésuite, confesseur et conseiller de Jac- 
<}ues IL 



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108 MOULAY ISMAIL ET JACQUES If 

Ayant eu connaissance de leur projet, il s'en- 
fuit avec la reine auprès du roi de France et im- 
plora sa protection. 

Le roi de France résolut de le secourir et de le 
protéger, par haine des Anglais et en dépit d'eux. 

Ils lui adressèrent des réclamations, et des cor- 
respondances furent échangées qui se terminèrent 
par ces paroles du roi de France : « Vous êtes tous 
des ennemis pour moi comme les autres chré- 
tiens *. Préparez- vous donc à me combattre jus- 
qu'à ce que je rende, malgré vous, à son palais et 
à son royaume, le prince qui s'est réfugié auprès 
de moi. » 

En présence de ces événements, c'est-à-dire du 
départ de leur roi et de la guerre qui éclatait entre 
eux et les Français, les Anglais se donnèrent pour 
roi le prince d'Orange, stathouder de Hollande; 
car les deux peuples suivaient une même religion, 
vu que la même dissidence les séparait des catho- 
liques. Le prince prit les rênes du gouvernememt 
et ils lui donnèrent le titre de roi. Ils décidèrent 
de faire la guerre à la France sur terre et sur mer. 

1. C'est-à-dire : les princes catholiques et protestants fai- 
sant partie de la ligue contre Louis XIV. Note de la Marquise 
Campana. 



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APPENDICE II 



Letter from the king of Morocco to ihc king of Ençland *. 



When thèse our letters shall be happy to 
corne to your Majestie's sight, I wish the spirritt 
of the righteous God may soe direct the powers 
of your mynde, that you may joyfullie embrace 
the message^ I send, presentinge unto you the 
meanes of exaltinge the Majesty of God, and your 
owne renowne amonge men. The royall powers al- 
lotted to our charge, make us comon servants to 

1. British Muséum. Harleian Manuscripts, 2104, f» 291. 
Cette lettre se trouve également dans la collection Lansdowne 
(vol. 93, n° 64, f* 152) ; elle est intitulée : Copy ofthe king of 
Morocco' s letter to the king of England^ arrived in oc t. 1637. 
Les différences que présentent les deux manuscrits sont insi- 
gnifiantes; elles seront indiquées comme suit : les mots du 
manuscrit H (Harleian) qui ne figurent pas dans le manuscrit 
L. (Lansdowne) seront écrits en italiques. Les autres variantes 
figureront en note précédées de la lettre L. Quand elles por- 
teront sur des mots ajoutés dans le manuscrit L ces mots se- 
ront écrits en italiques. 

2. L. : messages. 



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i!Û MOULAY ISMAIL ET JACQtES It 

our Creator, then of those whom wee governe, 
the people, soe that*, observinge the dutie we 
owe to our God, we deliver blessinge to the 
world and in providinge for the publicke good 
of our States, we magnifie the honour of God. 
Like the celestiall bodies, that, though they hâve 
much vénération % serve onely to benefitt the 
world. It is the excellency of our offices^ to 
be instruments* of greate happiness to the world 
Pardon me, this is not to instructe y ou I knowe 
I speak to one of a clearer and quicker sight than 
myselfe, but^ speake this, because God hath plea- 
sed to grant mee happie victory over some part 
of^ cellious' pirates that hâve soe long molested 
the peacefull trade of Europe, and hath presented 
further occasion to root out the génération* of 
those that hâve been soe pernitious to the good 
of our nations, I meane that since it hath pleased 
God to bee soe auspitious to our beginninge in 
the conquest of Sallie, wee might joyne and pro- 
ceed with hope of like^ successe in warr against 
Tunis Argiers and other places dennes and recep- 

1. L. sometime. 

2. L. yet. 

3. L. office the. 

4. L. wherebygreat happinesses are delivered to the nations. 

5. L. I. 

6. L, those, 

7. L. rebellions. 

8. L. générations. 

9. L. the. 



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tJNfe APOLOGIE DE L*1SLAM lll 

tacles for the inhumayne villaynes of those that 
abhor rule and government herein whillst we 
extirpate the corrupcon of malignant spirritts of 
the world, wee shall glorifie the great* God and 
performe a duty that will shine as glorious as 
the Sun or Moone which ail the earth may see and 
révérence A worke which shall ascend sweete 
as the perfume of^ most prêtions odours in the 
nostrills of God^ A worke gratefull and happie to 
men A worke whose memory shall remayne as* 
long as there shall bee any that delight to read 
the actions of heroicke magnanimous spirritts 
that shall last as longe as there bee any remai- 
ninge amongst men that love and honour the 
piety and virtue of noble mynde^ This Action^ V 
hère willinglie présent to you, whose pious vir- 
tues are equall to the dignitie of your^ power 
that wee who are both servants of the greate and 
mightie God may hand in hand tryumph in the 
glory this action noiv présents to us. Now because 
the Llands^you governe hâve ever been*^ famous 

1. L. greatest. 

2. L. the, 

3. L. the Lord. 

4. L. Be reverenced so. 

5. L. minds. 

6. L. occasion. 

7. L. do. 

8. L. the. 

9. L. which, 

10. L. being ever. 



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112 NOUUT ISaïAIL ET JACQUES U 

for the unconquered strength of there shippinge 
I hâve sent thèse my trustie servants and ambas- 
sadors to knowe whether in your Princely wisse- 
dome you shall thinke fitt to assist mee with 
such fforces by sea as shall bee answerable to 
those I provide by land which if you please to 
grant I doubt not but the Lord of Host will pro- 
tect and assist those that fight in soe glorious a 
cause nor ought you to thinke this strange that I 
soe much reverencing* the peace and accord of 
nations shold fîrst exhort a warr your great pro- 
phett Jésus Christ^ was the Lyon of the tribe of 
Juda as well as the Lord and giver of peace 
which may signifie unto you that hee who is a 
lover and maynteyner of peace must alwaies ap- 
peare in^ the terror of his sword and wadeinge 
through seas of blood must arrive to tranquillity 
this made James your ffather of glorious memory 
soe happie* renowned amonge ail nations^ It was 
the noble famé of your princely virtue which re- 
sound^ even to^ the uttmost corners of the Earth 
that persuaded mee to invite you to pertake of 
that blessinge wherein 1 boast myselfe most 
happie I wish God may heape the riches of his 

1. L. who much révérence. 

2. L. Christ Jésus. 

3. L. with. 

4. L. happily. 

5. L. occasions. 

6. L. resoundeth. 

7. L. unto. 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 113 

grâce* on you*; Increase your happiness with 
your daies and hereafter perpetuate your name in 
ail âges. 



TRADUCTION 



Lettre du roi de Maroc au roi d'Ang^leterre'. 



Lorsque nos présentes lettres auront le bonheur 
de parvenir aux regards de Votre Majesté, je sou- 
haite que TEsprit de Dieu Juste puisse éclairer et 
diriger les facultés de votre intelligence, afin que 
vous receviez avec joie le message que je vous 
envoie et qui vous offre les moyens de glorifier la 
majesté de Dieu et d'étendre votre gloire et votre 
renommée parmi les hommes. 

1. L. blessing. 

2. L, your. 

3. Les Moriscos chassés d'Espagne et réfugiés au Maroc, 
où ils étaient connus sous le nom de Andalos, avaient fondé à 
Salé une république de pirates. Le chérif Moulay Zidan (1608- 
1628) entreprit de les réduire et il envoya une ambassade à 
Charles P» d'Angleterre pour solliciter son appui. Le fameux 
aventurier John Giffard prit le commandement des troupes 
auxiliaires qui concoururent à l'extermination des pirates salé- 

8 



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114 MOULAY ISMAIL ET JACQUES II 

Les pouvoirs dévolus à notre charge nous ren- 
dent tous les deux serviteurs non seulement de 
notre Créateur, mais encore de ceux que nous gou- 
vernons c'est-à-dire de nos peuples. 11 en résulte 
que c'est rendre à Dieu nos devoirs et nos hom- 
mages que de procurer des bienfaits à nos sujets 
et d'assurer le bien public dans nos Etats et, en 
faisant ainsi, nous exaltons la gloire de Dieu. Nous 
sommes comparables à ces corps célestes qui, 
bien qu'ils soient entourés de vénération, n'ont 
été créés que pour faire le bien de l'humanité*. 



tins. Zidan reconnaissant fit présent a Charles V de trois cents 
esclaves chrétiens. En 1637, l'amiral anglais Rainsborough vint à 
Salé réclamer des navires de sa nation et la liberté des esclaves 
chrétiens. Il profita de la discorde qui divisait Rbat et Salé, 
prit parti pour le marabout Sidi el-Ayachi, maître de Salé, et 
débarqua des canonniers qui aidèrent à la réduction de Rbat. 
La fraction de Rbatins qui tenait dans cette place, n'accepta 
toutefois les conditions de Rainsborough que sur Tordre du 
chérif Moulay el-Oualid dont la suzeraineté fut momentané- 
ment rétablie sur la République. C'est cet événement trans- 
formé par Moulay el-Oualid en un succès de ses armes qui 
ferait l'objet de la présente lettre, si l'on se réfère à la date de 
1637 inscrite dans le Ms. L. L'original arabe de cette lettre 
n'existe pas dans les documents du Foreign Office. Maroc. Mo- 
dem Royal Letters. Second séries 1564-1737. 

1. Le sens de la phrase n'est pas très clair et cette obscurité 
doit provenir du texte arabe encore plus que de la traduction 
anglaise. Nous proposons le sens suivant: «Les corps célestes, 
quels que soient leur éclat et leur splendeur, n'existent que 
pour concourir au bonheur de l'humanité; il en est ainsi des 
rois et, quels que soient le respect et la vénération dont ils 



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UNE APOLOGIE DE L'ISLAM 115 

Ce qui fait rexcellence de nos fonctions, c'est 
que nous sommes les instruments des grands évé- 
nements qui se produisent dans le monde. Pardon- 
nez-moi ces discours ; ils ne sont point destinés à 
vous instruire. Je sais que je m'adresse à quelqu'un 
dont la vue est plus claire et plus rapide que la 
mienne; mais si je dis ceci, c'est qu'il a plu à Dieu 
de m'accorder d'heureuses victoires sur des 
troupes de pirates rebelles qui pendant longtemps 
ont été un sérieux obstacle au commerce pacifique 
des gens d'Europe. Je dis tout cela parce que le 
Seigneur m'a fourni, en outre, l'occasion favorable 
de déraciner en quelque sorte et de faire disparaître 
de la face de la terre la génération de ces hommes 
si nuisibles à la prospérité de nos nations. 

Depuis qu'il a plu à Dieu d'accorder un si plein 
succès à notre entreprise dans la conquête de Salé, 
il m'est venu à l'esprit de vous proposer alliance 
pour entreprendre, dans l'espoir d'arriver à un 
succès aussi complet, une guerre contre Tunis, 
Alger et autres villes qui forment en quelque sorte 
des antres et des refuges pour les monstres inhu- 
mains qui refusent d'accepter une loi et un gou- 
vernement. 

Et ainsi, en faisant disparaître de la face du 

sont entourés, ils ne doivent être que les bienfaiteurs de l'hu- 
manité. Faut-il ajouter que ce sont là de fort belles pensées, 
mais que, dans la pratique, Moulay el-Oualid comme ses suc- 
cesseurs^ ont donné à cette conception de la souveraineté le plus 
constant et le plus éclatant démenti. 



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116 MOULAY ISMAIL ET JACQUES 11 

monde la corruption des esprits malfaisants, nous 
glorifierons le Dieu Très Grand et nous accompli- 
rons un grand exploit qui brillera avec autant . 
d'éclat que le soleil et la lune, éclat que toute la 
terre reconnaît et admire. Nous ferons ainsi une 
œuvre dont le parfum aussi doux que celui des 
odeurs les plus précieuses montera vers Dieu et 
réjouira son cœur [ses narines]. Nous accompli- 
rons une œuvre digne de la reconnaissance des 
hommes dont elle assurera le bonheur, une œuvre 
dont la mémoire durera aussi longtemps que sur 
la terre quelqu'un trouvera plaisir à lire les actes 
des héros et des esprits magnanimes, une œuvre 
dont la mémoire demeurera toujours parmi les 
hommes qui aiment et honorent la piété et la vertu 
des nobles esprits. C'est cette entreprise que je 
viens vous proposer avec confiance, attendu que 
je sais que vos pieuses vertus sont dignes de l'élé- 
vation de votre pouvoir. Je vous la propose afin 
que nous deux serviteurs du Dieu-Grand et Puis- 
sant, puissions, la main dans la main triompher 
dans la gloire que son exécution doit nous assurer. 
Ainsi donc, attendu que le pays que vous gouver- 
nez a toujours été célèbre pour la force indomp- 
table de sa marine, j'ai envoyé mes fidèles servi- 
teurs et ambassadeurs pour s'informer si dans 
votre sagesse royale vous jugerez à propos de nous 
assister sur mer avec des forces correspondantes 
à celles que je prépare sur le continent. 

Si, comme j'en suis assuré, vous nous accordez 
cette demande, je suis certain que le Seigneur des 



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UNE APOLOC^IE DE L'ISLAM 117 

Armées protégera et assistera ceux qui combattent 
pour une si glorieuse cause. Vous ne devez pas 
trouver étrange que si plein d'amour pour la paix 
et l'union des peuples j'exhorte le premier à la 
guerre. Votre grand prophète Jésus-Christ était 
le lion de la tribu de Juda aussi bien que le sei- 
gneur et le restaurateur de la paix, ce qui veut 
dire que celui qui aime la paix et a le désir de la 
maintenir doit toujours apparaître terrible avec 
son épée et doit marcher à travers des flots de sang, 
avant d'obtenir la tranquillité. C'est ce que fit 
Jacques, votre père de glorieuse mémoire, renom- 
mé comme heureux parmi les nations. Telle est 
aussi la renommée de votre famille et elle s'est ré- 
pandue jusqu'aux plus lointaines extrémités de la 
terre. C'est elle qui m'a poussé à vous inviter à 
partager cette heureuse entreprise, qui me rend 
très heureux je puis m'en vanter. Je souhaite que 
Dieu accumule ses bienfaits sur votre tête, aug- 
mente votre bonheur avec vos actions et perpétue 
après votre mort votre souvenir dans tous les 
siècles. 



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INDEX ALPHABÉTIQUE 

DES NOMS DE PERSONNES 



97. 

voy. Saint-George 



105. 
70. 



Aftïcha, p. 58. 

Aaron, p. 75. 

Abdallah ben Aftïcba, voy. Ben Aftïcha. 

Abd er-Rezzak, p. 74. 

Abd es-Selam (Moulay), pp. 63, 64. 

Abou Abdallah Mohammed el-Djezouli, 

p. 13. 
Abou Bekr, p. 83. 
Abou el-Abbas Ahmed el-Mansour, 

p. 29. 
Abraham, pp. 70, 94. 
Adam, pp. 32, 70, 75, 94. 
AdoDibezec, p. 19. 
A«ag, p. 19. 
Ahmar Kheddou, p. 
Ahmod, p. 72. 
Albany (comte d'J, 

(chevalier de). 
Alexandre VIII, pape, p. 
Alexandre le Grand, p. 
Ali, p. 57. 
Amran, pp. 72, 75. 
Anne, reine d'Angleterre, pp. 37, 40. 
Antéchrist, pp. 71, 77, 78, 80, 82. 
Archy (Moulay), voy. Er-Rechid. 
Aubigné (Agrippa d ), p. 8. 

Barillon, pp. 39, 40. 

Bausset (Bernard , p. 

Beaumier, p. 54. 

Beauvilliers (duc de), 

Beechers Stove (M"), 

Ben Aàïcha (Abdallah)' pp. 48-52, 64, 

89, 100. 
Berwick, p. 47. 
Bethsabee, p. 13. 
Blois (Miï« de), p. 47. 
Bourgogne (duc de), p. 46. 
Bourgogne (duchesse de), p. 46. 
Braithwaite, pp. 65, 66, 67. 
Brooks (Francis), p. 11. 
Budgett Meakin, pp. 11, 24, 30. 
Busnot, pp. 8, 12, 18, 20, 21, 23, 25, 

26, 31. 

Cambridge (duc de), pp. 39, 40. 
Gampana de Gavelli (marquise de), pp. 

35, 38, 39, 40, 105, 108. 
Carra de Vaux, p. 83. 



2. 

p. 46. 
p. 15. 



Castellanos (Fr. M. P.), pp. 11, 23,24, 

65, 67, 68. 
Castelmaine (comte de), p. 39. 
Catherine de Bragance, reine d'Angle 

terre, pp. 6, 64, 98, 103. 
Caussin de Perceval, pp. 58, 87, 89, 90. 
César, voy. Héraclius. 
Charant (A.), p. 29. 
Charlemagne, p. 59. 
Charles 1, roi d'Angleterre, pp. 42, 62, 

114. 
Charles 11, roi d'Angleterre, pp. 36, 37, 

38, 39, 49, 62, 64, 65, 97, 98, 103, 105. 
Charles il, roi d'Espagne, pp. 61, 99. 
Chartres (duc de), p. 46. 
Chaulnes (M. de), p. 45. 
Chénier (L. Sauveur de), pp. 12, 24, 

60, 68. 
Choaïb, p. 70. 
Christ (le), voy. J.ésus. 
Churchill (Arabella), p. 47. 
Clarendon, voy. Hyde. 
Condé(M>i«» de), p. 46. 
Gonti (prince de), p. 38. 
Conti (princesse de), pp. 26, 27, 52. 

Dan (le P.), p. 23. 

Danemark (prince de), voy. Georges. 

Danemark (princesse de), voy. Anne, 

reine d*Angleterre. 
Dan^eau, pp. 35, 48, 52. 
Daniel (le prophète), pp. 76, 81. 
Dapper, p. 56. 

Dartmouth (comte de), pp. 49, 65. 
Dauphin (le Grand), pp. 45, 46. 
David (le roi), pp. 13, 43. 
Deddjàl (Ed.), pp. 80, 81, 82, voy. aussi 

Antéchrist. 
Délavai (lord), p. 49. 
Del Castillo (Carlos), p. 61. 
Del Puerto (fr. F. de San Juan), pp. il, 

Dihya ben Holaila, p. 88. 

Djaber ibn Abdallah, p. 74. 

Dou el-Kerneïn, voy. Alexandre le 

Grand. 
Dozy, p. 58. 
Du Barry (Mm«), p. 26. 
Dubois Fontanelle, p. 12. 



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INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS DE PERSONNES 



119 



Ech-Cherif (Moulay), p. 16. 

Ech-Ghikh (Moulay), p. 66. 

Edris 1, p. 58. 

Edris II, p. 58. 

El-Ayachi, p. 114. 

El-Boukhari, pp. 3, 85, 91. 

El-Ghazali, p. 95. 

El-Oualid (Moulay), pp. 62, 114, 115. 

El-Oufrani, pp. 11, 13, 16, 29. 

Enault (L.), p. 15. 

En-Nassirî, p. 11. 

Er-Rechid (Moulay), pp. 12, 29. 

Estelle, pp. 25, 27, 28, 50, 66. 

Estrées (cardinal d'), 41. 

Ëz-Zaïani, p. 11. 

Farwa ben Amr, pp. 88, 89. 
Fathma, pp. 57, 77, 79. 
Fatime, voy. Fathma. 
Fîtz-James, p. 47. 

Galles (J. Fr. Edward Stuart, prince de), 
voy. Saint-George (chevalier de). 

Gautier (L.), p. 95. 

Gayangos (M. de), p. 105. 

Georges (prince de Danemark), p. 37. 

Giffard (John), p. 113. 

Gilles de Laval, p. 16. 

Godard (abbé Léon), pp. 12, 23, 68. 

Grammont (le chevalier de), p. 35. 

Guillaume d'Orange, roi d'Angleterre, 
pp. 6, 40, 41, 42, 44, 45, 1Ô8. 

Hamilton.pp. 35, 36, 37. 
Hanna, p. 75. 
Hassan, p. 57. 

Henri IV, roi de France, p. 35. 
Henri VllI, roi d'Angleterre, pp. 6, 96. 
Heraclius, pp. 5, 87, 88, 89, 95. 
Herbelot D'), p. 83. 
Herman de Dalmatie, p. 3. 
Houd, p. 70. 
Houdas, pp. 3, 11. 
Howard (Henry), p. 63. 
Hyde (Anne), pp. 36, 37. 
Hyde (Edward, comte de Clarendon), 
pp. 36, 37. 

Ibn Khaldoun, pp. 3, 58, 61, 79, 91. 

Imran, voy. Amran. 

Innocent aI, pape^ p. 39. 

Isaac, p. 70. 

Ismaël, p. 57. 

Ismâîl (Moulay), pp. 1, 2, 4, 5, 7, 8, 11- 
34, 50, 61, 53, 54, 56, 59, 62, 63, 66, 
67, 68, 69, 77, 86. 88, 89, 96, 97, 99, 
100, 101, 103, 105. 

Israël, p. 71. 

Jacob, p. 70. 

Jacques I, roi d'Angleterre, pp. 113, 117. 



Jacques II, roi d'Angleterre, pp. 1, 5, 
6, 8, 34, 35-52, 53, 56, 60, 65, 97, 101, 
105, 106, 107, voy. aussi York {duc 
d'). 

Jardine (L'-col.), p. 11. 

Jean (S*), p. 72. 

Jean IV, duc de Bragance, pp. 67, 103. 

Jean de Jésus Maria (le P.), pp. 33, 89. 

Jennett, p. 4i. 

Jésus, pp. 4, 54, 55, 70, 71, 72, 75, 77, 
78, 79, 82, 84, 85, 87, 94, 97, 112, 117. 

Joachin, p. 75. 

Juda, p. 19. 

Kasimirski, p. «75. 
Kennett (Robert), p. 3. 
Kirke (Richard), p. 63. 
Krehl, p. 3. 

La Baume, p. 70. 

Laburde, p. 22. 

La Croix (Pherotée de), p. 56. 

La Paye (le P. J. de), p. 12. 

La Fayette (M"» de), p. 35. 

La Martinière (M. de), p. 24. 

Larmessin, p. 7. 

Lauzun (duc de), pp. 42, 46. 

Lède (marquis de), p. 68 

Lescure (M. de), p. 35. 

Louis XIV, roi de France, pp. 1, 6, 20, 

35, 38, 39, 41, 43, 44, 47, 48, 51, 55, 

59, 68, 89, 97, 99, 108. 
Louis XVI, roi de France, p. 60. 
Louvois, p. 43. 
Luc (S»), p. 72. 
Lude (duchesse de), p. 46. 
Luxembourg (maréchal de), p. 43. 

Macaulay, p. 35. 

Maçoudî, p. 83. 

Mahdi, pp. 4, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83, 

84, 91. 
Mahomet, pp. 3, 5, 13, 54, 70, 71, 72, 

73, 74, 76, 77, 78, 79, 81, 83, 84, 85, 

87,88, 89, 90, 91,93,94. 
Maine (duc du), p. 46 
Maintenon (M>b" de), p. 35. 
Maracci, p. 76. 
Marc (St), p. 82. 
Marie, sœur de Moïse, p. 75. 
Marie (la Vierge), pp. 4, 71, 75, 76, 77, 

79. 
Marie, reine d'Angleterre, pp. 35, 37, 

40, 41, 42, 46, 47. 
Martinozzi, p. 38. 
Matthieu (S*), pp. 72, 81, 82, 85. 
Mazarin, pp. 38, 97. 
Mendoza (don Juan de), marquis de 

San German, p. 66. 
Messie (le), pp. 4, 74,76, 77, 78, 79,80, 

81, 84, 85. 



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120 



INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS DE PERSONNES 



MQdène (Marie Béatrice, de), pp. 38, 97. 

Mohammed ben Abdallah,' p. 60. 

Mohamed (Moulay), pp. 12, 20, 21, 60. 

Mohamed (Sidi), voy. Mohamed (Mou- 
lay). 

Motil (J.), p. 3. 

Moïse, pp. 54, 70, 71, 75, 94. 

Montesquieu, p. 15. 

Mortara (Juanetin), p. 66. 

MoOette, pp. 2, 7, 8, 12, 18, 30, 33, 89, 
.97. 

Moulay abd es-Selam, Moulay ech-Ghe- 
rlf, etc., voy. Abd-es-Selam, Ech-Che- 
rif, etc. 

Napoléon I, p. 64. 
Nedjachi, voy. Negus. 
Negus (le), pp. 5, 87. 
Nicnolson (lieut*), p. 63. 
Noé, pp. 54, 94. 

Nolasciue (le?.), pp. 12, 17, 25. 
Nowaïri el-Djennari, p. 89. 

Ockley (Simon), op.; 11, 30, 31, 67. ' 
Orange (prince (T), voy, Guillaume. 
Orange (princesse d'), voy. Marie, reine 
d'Angleterre. 

Paul (S*), p. 82. 

Pellow (Thomas), pp. 11, 20. 

Pepys (Samuel), p. 35. 

Pétis (François), p. 55. 

Pétis de la Croix, pp. 1, 55, 56, 75, 78, 

100. 
Pètre(le P.), p. 107. 
Pedro II, roi de Portugal, p. 65. 
Phelps (Thomas), p. U. 
Philippe III, roi d'Espagne, p. 66. 
Pidou de Saint-Olon, voy. Saint-Olon. 
Pierre de Tolède, p. 3. 
Pierre le Vénérable, p. 3. 
Plantet (Eugène), pp. 12, 16, 23, 26, 52. 
Pompadour (M^e)^ p, 26. 
Pontchartrain, pp. 49, 52. 

Rached, p. 58. 



Rainsborough, p. 114. - . • - 
Renan, p. 71. . ; , ., 

Ruble(M. de), p. 8. 

Sabatier, p. 82. 

Sacy (Silvestre de), p. 60. 

Safwân ben Moâttal, p. 58. 

Saint-Amant (M. de), p. 55. . 

Saint-George (le chevalier de), pp. 40, 

41, 42, 47. , . . 

Saint-Olon (Pidou de), ppi 8, 12, 17, 18, 

19, 22, 27, 31. 
Saint-Simon (duc de), pp. 35, 47. 
Saleh, p. 70. 
Salomon, p. 13. 
Samuel, p. 19. 
San German (marquis de), voy. Men- 

doza. : . . 

San Juan del Puerto, voy. Del Puerto. 
Saugnier, p. 22. 
Sauvaire (H.), pp. 61, 105, 106. 
Sauveur de Chénier, voy. Chénier. 
Schomberg .(M. de), p. 42. 
Seran de la Tour,' p. 12. . 
Sévigné (M^e de), pp. 35, 41, 45, 47. 
Siméon, p. 19. 
Sliman (Moulay), pp. 21, 63. 
Stanley d'Alderley (lord), p. 106.. 

Temîm ed-Dari, p. 83. 

Thomassy, pp. 12, 20, 22, 26, 49, 52, 61, 

90 
Tombut, roi de Guinée, p. 7. 
TouroUe, p. 43. 
Turenne, p. 36. 

Voltaire, p. 35. 

Windus (John), pp. 11, 31. 

Yacoub el-Mansour, p. 53. 
York (duc d'), pp. 36, 37, 38/39, 40, 49, 
63, voy. aussi Jacques II. 

Zacharie, p. 78. 

Zidan (Moulay), pp. 66, 113, 114. 



ANOEBS. — IHPRIMEBIB. ORISNTALF. DE A. BURDIN ET C'«. 



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