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V 1^ O KcxaVM'Oj 1^^7
MUSÉE DE POUPÉES
i'uu|)fL' llnl.uidaise.
M""" MARIE KŒNIG
MUSEE
3E POUPÉES
OUVRAGE ILLUSTRÉ DE 5S GRAVURES
m.
PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET C*
79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79
1909
Droits (le traduction et de reproduction réservés.
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r
K
A Mademoiselle NICOLE FOUR ET
Chère mignonne, je te dédie ce livre en souvenir de la
vieille amitié qui munit à tes chers parents et parce qu'il
glorifie notre pays que nous aimons tendrement.
Marie KŒNIG.
Mai 1909.
PRÉFACE
La belle collection de poupées exposée au Al usée pédago-
gique, il, rue Gay-Lussac, et visible tons les jeudis de une
heure, à cinq, appartient à l'État et fait partie de l'exposi-
tion |)ermanente de travaux de couture créée en 1890 par
Mlle Marie Kœnig, inspectrice de rEnseignement.
L'exposition des travaux à l'aiguille et des ouvrages
enfantins fut installée au début dans lancien appartement
([u'occupait Mme Pape-Carpantier, lorsque l'immeuble abri-
tait le cours normal des institutrices d'écoles maternelles.
C'est dans ces pièces, consacrées par le souvenir de la femme
d'élite qui b^s habita, que Mlle Marie Kœnig installa ses
premières collections, c'est-à-dire de vieux albums trouvés
dans les salles du Musée et datant d'expositions antérieures à
celle de 1889, albums de la Martinique, de Saint-Pierre, de
New- York, du Japon, etc.
Mlle M. Kœnig orna les murs et les armoires de ces riens
en papier, en paille, en perles, que les petits enfants édifient
dans les écoles maternelles et dont elle a inventé tant de
modèles charmants, mille fois copiés; puis, ayant été avisée
VIII PHKlACi:.
(|ii'iiiii' i'\|>(»>ilioii (li'S Ails th' la frinnir (lr\;iil >"((ii\ lir iiii
Valais (le riii(lii>l rit", ;i Paris, cllr (il)liiil lu |ifiriii>-i(»ii di-
(lemaïuItT à (••ilaiiirs (toIcs {\v<' ouNra'^t's |m>iii- io r\|M)S('r.
La \ilrirn' lui tirs rf^Mi'cit'c ; elle cluil loi! iiih-ifs-aiih' |>ar<t'
(]ii<' la progression des (uiM'agrs \ (Hail hien siii\ic, (|('|)iii-s hi
petite t''C(tlt' lualt'rin'lli' jiis(|u à IV'coIc iioriiiali'.
Va\ l<S!)i, iiiit" ('\|H»sili()ii siiiiilairr cul lieu à L\oii. Mllf M.
Kœnig s'y i-rudif a\fc do alhunis liii-u iMl(''i'('Ssauls (|u"(dlc
avail renijdis de Irasaux pios riianl d- toutes les grandes
écoles primaires de l'rance.
Les collections du iMusée s angmentei'ent ainsi des objets
exposés et qui restèrent en pai'tie en sa |)Ossession. L'a|)par-
tenienl de Mme Pape-Carpantier lui alors ensalii par la
bibliutliè(|ue, Mlle Marie Kœnig s'établit |dus liaul, au
deuxième, dans une longue galerie située au-dessus de la
salle de lecture.
En 1895, l'infatigable er('ati'ice du Mux-e de coulure
demanda à son ami, M. Bouragué, inspecteur j)iimaire à
Brest, (le faire habiller dans les écoles de sa circonscription
des poupées en costumes de la n'gion. Trente poupées bre-
tonnes deLorient, de Plougastel, de Douaiiicnc/. {\r (Juiniper,
d'Ouessaut, etc., iirri\èrcnt au Musi'c, et ritsircul le public
j)ar leur gentillesse, la fi-aîcheur et Texactitude de leurs
costumes.
Lu 180(>. une ex])osition commei-ciale cl iiidusiriclle
s'ouvrit à Rouen. Mlle Marie Kœnig y exposa deux cents
poupées iiabillées en costumes paysans, ("et elToit nouveau
fut obtenu en inoins de trois mois de toutes les directrices
d'écoles normales, dc-cole-- primaires ^upi-rieui-es et de cours
complémentaires.
PRÉFACE. IX
Une poupée tonkinoise arriva d'Hanoi, coiffée trun grand
chapeau en palme ressemblant à un immense couvercle, et
vêtue de trois jolies robes en brocart, posées l'une sur
Tautre; puis ce furent les poupées d'Alger, d'Oran, de Cons-
tantine, de Pondichéry. Les écoles qui n'avaient pu fournir
un costume local avaient envoyé des poupées habillées en
costumes historiques de la région : c'est ainsi que l'on vit à
Rouen l'abbesse d'Epinal avec sa crosse et son aumusse,
Jeanne d'Arc dans sa robe de bure lacée au corsage, etc.
Ces poupées sont fort belles, mais rentrent dans le
domaine du théâtre et de la fantaisie, tandis que rien n'est
comparable à la beauté vraie des paysannes normandes,
angevines, poitevines, auvergnates, savoyardes, vêtues de
leurs atours villageois.
Les institutrices, dans les lettres documentées qu'elles
adressèrent au Musée pédagogique avec les poupées, termi-
naient toutes par le regret que les costumes paysans, si
solides, si pittoresques, si bien faits pour les rudes allures des
gens qui les portent, fussent abandonnés chaque jour pour
les modes changeantes de Paris qui leur siéent si mal.
Les poupées eurent un réel succès à Rouen et lorsqu'elles
revinrent à Paris, les journalistes accoururent pour les voir.
L'un deux, du Figaro^ M. Charles Dauzats, les découvrit le
premier alors qu'elles arrivaient de voyage, au milieu de
leurs malles à peine entr'ouvertes.
11 comprit de suite la valeur de cette collection, ce qu'elle
^ ouvait obtenir dans la suite, le joli élan patriotique qui avait
poussé les directrices d'école, à vêtir si parfaitement ces
tilles de France, les reliques précieuses que ces poupées
valaient devenir pour l'histoire, l'artiste, le penseur lorsque
\ i'i{r.FA<:i;.
l'iiiv CCS (IcIiciciiN c(is|iniic«. (le mdic \icii\ |>;iv-> ainiiit'iit
<li<|iar-ii. cl il cci'i\il iiii loii:; article ijni lit >ri)saii<)ii dans la
Prossr.
Ij' Siihil, Ir 7'f/f//)S. Ir l'rlil .louiinll. Ir Hndiidl.
I l ni niiisitji'iml . h- l'rlil Ptifisirn, \ i'.chiii'. hi irumlr. 1rs
Di-hills, hi l'dhif. 1(1 l'ri'ssf. cjc.. ciiJiii \n\\> |c> |niiiiiaii\
(je |u|||c> les 1111,1 iK'cs \ iiiildciil celle C(»||eclio|l culllllie ||||
uiami ihiiiilirc de rc\iics IViiiicai^t's cl id raiiiici'cs.
I'!l de|Miis ce jour, les louantes oui coiiliiiiK' de parallre au
liir cl ji iiicMirc (|iie de iioii\(dles |»oii|hm's arri\aiciil au
MllSt'C. Il \ e|i ,1 ;|i| llel |e|||c||| 'HlD.
ni:c|(|iics I Mil ijtci 'S t'I rallie rcs (loiiiii''c> [lar <.\v< \ isilciirs soiil
mt'di'cs aii\ |ioii|H'cs di' l'raiii'c. La colleclioii des |)(>iiiM''es
coloiiiales cs| lorl riclic. Il lanl indcr les liiiiiriiics {\r \\)\\-
(licli('r\ dues ;i M. l-'crricr. iu^peclcui- de I Inde. Idlcs foiil
I admirai iou des \ isilciirs.
.\(tll> |Mll»lio||s ici I hisloire de soixaille de co |i()ii|i(''CS
jU*i<cS dails lolls les i;roil|M's. |»oll|t(''es |ia\s;i||||cs. |)o|l|)(''CS
coldiiialcs. |ioii|n'es (''haltères. |M)ii|iees liis|ori(|iics.
l'^ii iiiar^ dernier, le coiiiiir- ccnlral des (hunes do .\r|s
decoralils a\anl d(''sire une coiilV-rciicc sur les l'oiipi'cs du
MM>>(''e |)(''dai:<ii;i(|iie. à la snilc de celle l)tdlc réunion la l*re>s<'
('mil le \(cu |iarlau('' par les dames du comile. (|uc les jj()U|)t'(.'S
riisseiil lraii>IV'i'i''cs ;iii |*a\illoii de Marsan.
(".(•si bien la |»eiil-idrc (|iie Vdiis |ioiirre/ les voir liienhM.
FRANCE
POUPÉES HISTORIQUES
MUSÉE DE POUPÉES
SAINTE GENEVIÈVE, PATRONNE DE PARIS
Assise près d'un arbre, un peloton de fil de lin dans une
main, sa quenouille appuyée sur elle, sainte Geneviève, vêtue
d'une tunique blanche lisérée de bleu, les pieds nus sur
l'herbe fleurie, les cheveux longuement nattés, la tète
entourée d'une auréole d'or, regarde fixement du côté du
vitrail.
Que semble-t-elle voir?
Notre sainte Geneviève écoute peut-être les échos de la
jeunesse des écoles établies sur cette montagne célèbre qui
porte son nom, où est situé le petit Musée des poupées, tout
comme le majestueux Panthéon qui fut élevé pour elle, et
comme aussi l'admirable église Saint-Étienne-du-Mont où
l'on garde dans une châsse dorée, environnée de mille cierges
allumés, quelques reliques de son corps précieux.
Peut-être compare-t-elle le Paris où elle vivait il y a quinze
siècles, si petit, si restreint, au Paris d'aujourd'hui, la ville
de lumière, la ville des belles choses où chaque carrefour se
signale par un monument d'art, ville remplie de palais
splendides, ce Paris qu'elle sauva des barbares, et qui, sans
elle, aurait pu voir s'éteindre, dès leur première aurore, sa
U MUSEF-: DK IM)riM:ES.
^'loirt' cl sa ifiioiiiim'c liihircs, ce Paris cnlin dont on peut
quelquefois mal pailri-. iiiai> oti la (•liaril('' est si vive, Taniour
du beau si luiissaiil, 1 rsixTainc ■>! ji'iiarc!
Sainte (IciK'virN r a \ il >oii\iiil do inia^i's ()l)S('Ui'eir la
s»''rénil<'' du <i('l. dtdifiriisfiiii'iil Idciili-. de la \illt' (ju "dit-
prolé^ra. iiiai> tdic a Ion jours \ii ers niiaui's sCnlnir, comint'
sCnliiil |adi-^ \>' liTiàldc Attila <d sa runnidaldr aiUKM'. Paris
restant lidtdr à sa dcNisc : Flticlmil itri- mn-(jiliif.
Laissons la sainte poupée à sa «loiice rêverie et disons de
(jui nous tenons cette |)0(''li(pie iinaj;e,
(détail un jour on toutes mes paysannes étaient réunies,
au moment de partir pour PKxposition de Rouen, une jeune
amie, Marie Tabutean. vint nous snrju'endre dans notre tra-
\ail de cdassement.
(( Quoi! nous dit-elle, vous ave/. Fair un peu triste.
— Oui, je n'ai pu obtenir, de l^M-ole «pii me lavait pro-
mise, sainte Geneviève de Paris.
— Eli bien! \ ()llle/-\ dll-- tpie j'aie riioiiiieiii- de \(<U> olVrii'
la sainte pahonue de inilre \ille natale, car nioi aussi je suis
comme vous née à Paris?
— Ob 1 que vous êtes bonne, Marie, mille lois oui et mei-ci. »
(Ju(d(pies jours a])rès, la Ixdle ixtupi'c idail trouvé-e. Marie
Tabuteau a\ait interroiit' ses amis artistes cl poètes, les Ibui-
(dior et anlics, pour obtenir di's renseip;nements : elle a\ail
visité les é'i^lises de Paris, si ri(dies en tableaux repré-seiitaul
sainte (leuevièse, mais c'est au PanlliéMUi (pielle II! la (du^
longue slatiou.
Toute la \ie de la s;iinte v est icpi-éscntée par des artistes
très célèbi'cs, (iros, Maindron, Jean-Paul Paureiis, Klie
nelaunax, mais surtout |>ar Puvis de Cbavannes.
Le ^n'-nic poédifpie de cel arl i>te convenait admirablement
à rendre la b'-i^eude de >ainte (lene\ie\e.
SAINTE GENEVIÈVE, PATRONNE DE PARIS. 15
D'un côté de l'église, on voit toute l'enfance de la sainte,
Sainte (jeiieviéve, palroune de Piuis.
l'arrivée à Nanterre de saint Germain et de saint Loup, leur
renconti'c avec la jeune fille prédestinée, la foule de paysans
IG
MJ'SKK I)K POIPKKS.
(liii les onlouront. Sur l'iiiiliT cùlt'', (•"csl la ^aiiilr iii\ ilaillani
l^aris, assirp;!' cl incuacr- dr la raiiiirn'.
(litoiis riiliii iiiu- (li'i'iiiri'i' ('()iii|M)>il ion (|iii a hicii •'inii les
visih'iiis à ri"]\|Mtsili(»ti de |M'iiihii<' de IS!>S. la (li'i-nicrc
(l'iiNrt" (if lailislc. saiiilc (icncN icsc. l'oil à^^i'-r. (jiii Nrillc <.\\i
la \ illc riidiiriiiit'.
Avec Maiif raldilciiii. imiii> l'îiiifs t'ii>iii|c |c |)r|i'iiiia_ui' dr
Naiih'ii'c, lirii de iiais>aii<<' di' la |>al l'oiiiif dr l*ari>. où lOii
\()il nicdic le |)uils cf'lrhit' duiil Ifaii ^iit'iil |i> \cii\ malades
(II' la mcre df (icnt-v it'\.'.
Enfin la fi^iii-inr lui dr^liiiil i\ fiiu'iil liahilli'-t' coiiinn' vous
la voyez.
Cej3('ndaiil la sainte |»(»ile louionis sur la poiliine iinr
médaille suspendue au moyen dun luhan el ici elle nCsl
j)as visible.
i\elU' c(»iilume se ra|)|M)ile à un l'ail lii<luri(|Me. Saiiil
(îermain dAuxerre, à son ch'parl de .Naiileire. aloi's (ju il
bénissail la |»etite (iene\ iève, \it à lerrc une picce de monnaie
marqut'e du si<;iie de la <'roi\, il la ramasse, il la donne a
rcnlaul en lui disant : (< Fais-la |)ercer et susjiends-la à ton
eou el n aie jamais d'autre parure. »
La poup«'e de Marie Tahuleau l'ut très ainn-e à l{ouen el à
son retour à Paris plao'-e a\ec les p(Mip<'i's liisloii(|ues.
Parisiens, dit un <anli(|ue di'dic à la sainte. Parisiens.
aime/.-la toujours; elle fui \olre pld\i(lence: \ene/ le C(eui'
plein d"esp(''rance. lui demander ['nva' el «'ouraiit'. (llorieuse
lib<''i"atiice, au milieu des danii:ei-s pr<'ssanls. montre-|oi n(die
protoclrice et de Paris ^j^arde les eiifanlsl
SAINTE RADEGONDE
Au \f siècle de notre ère, notre pays était devenu la
conquête nouvelle des Francs. Cette époque de transition est
vraiment affreuse; les grands cralors donnent des exemples
d'une horrible sauvagerie.
Et cependant de nobles créatures de Dieu, de saintes femmes
traversent ces années cruelles, laissant autour d'elles un
rayonnement de vertu qui charme les yeux fatigués de
n'assister qu'a de vilains spectacles.
Ces femmes s'appellent : sainte Geneviève, sainte Clotilde,
l'infortunée Galswinthe, sainte Radegonde, sainte Agnès.
Au début de ce siècle, sainte Geneviève, âgée de quatre-
vingts ans, nous apparaît toute droite comme dans le chef-
d'œuvre de Puvis de Ghavannes; elle regarde Paris et prie
pour cette France nouvelle qu'elle avait délivrée du farouche
Attila et qu'elle bénit dans l'avenir.
Après cette évocation si élevée de l'apparition de cette
grande figure, arrivons à notre jolie poupée représentant
sainte Radegonde.
Elle ne vous est peut-être pas inconnue, car elle a attiré
bien des visiteurs au Musée; elle est si gracieuse sous son
voile léger, vêtue si somptueusement, à la façon byzantine,
de vêtements brodés de croix grecques toutes constellées de
pierres précieuses!
18 MUSÉE DE POUPÉES.
Nous (levons relie délicieuse |t(Hi[M'M' à la diioclrice de
TEcole noi'inale de Laon. Nulle ne pomail iiiit'ux (jue crllo
institulrice dislinjjjut'C roconsliluer ce coslunic, puisquCUe
habite non loin de Bi-ainc. qui fut le foyer nit'-iovin^Men par
exctdlence.
Radegondeélait née en Thuringie, cesl-à-dire en (iernianie,
dans une nalui'e a(lniiral)le.
Fille de roi, adorable lillelle, (die (dail liem-ouse et libre
au milieu de ces belles forèls (ju'on leirouve encore aujour-
d'hui. Klle avait un i'n'Te (|u"(dle aimai! lendi'emenl.
Tout à coup, le roi Bertber, son pÏM-e, l'ut assassine par un
de ses oncles. La guerre (''data entre le fratricide et les rois
de France, Tlu'-oderiU et Clolaire. Ces deiniers furent Nain-
queurs.
Parnii les otages, il y avait, Indas! la petite Hadegonde et
son frère, ils tombèrent par le sort dans le lot de (Notaire.
Les pauvres enfants furent emmen(''s en esclavage à la cour
du terrible roi connu jtar le meurtre de ses neveux, les
petits fils de Clovis.
La petite Radegonde (dait si jolie (pie le farouche monai'([ue
résolut de la faire élever pour en faire sa femme.
Heureusement pour la pauvre enfant que ces f(''roces
barbares, voulant imiter, en ([utd(jues jtoiul>. les manières
civiles des Gallo-Uomains qu'ils avaient vaincus, se piquaient
d'aimer les belles-lettres.
Radegonde eut une ('-(hiea lion très soignée comme l'avait eue
la femme de Clovis. Elle ai)jtril. ouli-e les travaux (dt'gants
des riches Gauloises, le grec, le latin, la musi(|ne: elle eut
une culture très grande des poètes profanes ci des (''cri\aius
ecclésiastiques et, Tenfant devenue jeune tille m'-cuI alors en
imagination dans un liquide religieuv d'idc-al et de r(''\erie
qui la séparait de celui ou elle était.
SAINTE RADEGONDE.
19
L'heure d'épouser Clotaire arriva, Radegonde, qui avait
horreur de cette union, prit la fuite, mais on la ramena de
Sainte Radegonde.
force au palais, et quelle que fût sa répulsion pour le roi,
le mariage dut s'accomplir.
Radegonde n'était pas une épouse soumise.
20 MdSKK m: l'oll'KES.
" -II- Il .li |i;i> mil' l'i-iiii' pour rciiiiiir. (Ii>ail (^loliiirr. iii;ii>
IIIH' liuillli'. '
I II jour. Il' ini lit liirr Ir Irrrc t\t- Undi-^uiidi', |M'iil-('tir
|i;ir |aluii>ii'. (.'ir i;i rrim- lui iiiniilniil iiih' ;^riiii(li' aiiiilii'-.
A liMll |tri\. l'Ili- lir Viillllll |i|ll- \i\lr ilM'C MUI •'liiillX
(li'M'iiii |i()iir rilt' ()(li('ii\ il 1 excès.
|]||c >-(' ri'iHJil ;i NuMiii. prrsdii \ii'il r'\i(|iir. -iiiiil Mi'd.ird.
cl d('iii;iiid;i ;'i t'iil n-r (laii~« li'> ordii'^. Sain! Mr-dard irdoiilail
la colrr»' du idi. il iriii^a de se rciidiT a la |»ri('ii,' de Hadr-
iiondi'.
La jriiiii' ri'iiii' iiiNciila un >lratag»'mo : clic jcla ^cs (iriic-
iiiciiU r(»\aii\ an pied de laiilcl, les IVan^cs (\i' |Miiir|trc c|
d (ir A*' ^a liiiiii|iii', sa coiiilnir d'or iiiassil'. >rin voile, sa
eoiiroinie. ses a^rali'S de |)ieri"eries, ses hraetdels, d se
revêtit d un costume de recluse.
" Si tu tardes à me consacrer, dil-elle à r(''vc([ue dune xoix
terme, cl (jue lu craignes |»lu> les liomnio (|ue |)icu. tu
auras à rendi'c compte de tes actions cl le rasieur le rede-
mandera Fàme de sa brebis. »
Saint M<''dard crut alors (pie llieu xoulail decelle ànie pour
son service; ili'(»in|iil le niaria:;e de la reine cl la cdiisaci-a
diaconesse.
Clolaire fui daiiord très couri'ouci' (raj)prendre cet acte de
rébellion et il accouiut pour ieclier( lier sa femme.
Klle s'était rél'ugi(''e à Touis, pi-ès de saint Mai'liii. ('hdaire
lii'sita à poursuivre la reine; il la laissa d(''Sorniai< lihre de
\ \\ re selon sa \olonle.
Radegonde jiarlit alors pour Poitiers cl commença avec
les biens (pi elle a\ail reins de son mai'i en cadeau de
noces cl ipiil lui a\ail rendus, à l'aire l'-dilier un cuineiit
immense.
M \'(»\e/, ranlie. (li>ail-on pendanl -a conslruction, (|ui
SAINTE RADEGONDE. 21
s'élève près de nous contre le déluge des passions et contre
les orages du monde. »
Le monastère fut mis sous l'invocation de la croix, parce
qu'il possédait un morceau de la sainte croix envoyé à Rade-
gonde par l'empereur d'Orient, Justin.
Radegonde s'y enferma a\ec des compagnes distinguées, de
sang gaulois, et jamais plus elle n'en sortit.
La règle du couvent était sévère, on ne devait jamais boire
de vin, ni manger de viande.
Radegonde s'astreignit à son tour ù des travaux fort ordi-
naires : elle balayait, elle faisait la cuisine!
Mais la règle du cloître acceptait quelques agréments, tels
l'usage de fréquenter des bains dans de vastes piscines d'eau
chaude, et certains amusements comme le jeu de dés et la
réception de visiteurs.
Radegonde se donnait tout entière à la prière et au culte si
élevé des belles-lettres. Elle et ses compagnes traduisaient
les Saintes Ecritures.
C'est alors qu'apparaît dans ce monastère où la vie était si
douce, si calme, comparée à celle du monde barbare, le poète
Fortunatus.
C'était un Italien, très érudit, très enfantin, pourrait-on
dire, très saint homme cependant. 11 s'était fait connaître
aux noces de la reine Brunehilde par un épithalanie, puis il
avait écrit des poèmes très estimés des rois barbares.
Quand il arriva au monastère de Sainte-Croix, il eut peut-
être un avant-goCit du ciel et de ses béatitudes, car il y trouva
de telles amitiés, une pratique si grande de religion et d'idéal
qu'il se fixa à Poitiers et y reçut les ordres.
Alors il s'établit des rapports d'amitié entre Fortunatus,
Radegonde et ses sœurs, qui furent d'un charme délicieux.
Fortunatus, écrivait de petits poèmes sur des riens; il venait
22 MUSÉE I»i: POII'KKS.
I""- lirr iiii\ ii'lii;ii'iisfs (|Mi s'cvcrciiiriil ;'i lui doiiiPT ;i iiiaiifîor
tir Ixiiis |M'li|s plais (l(tiil il ('liiil fiiaiid cl aii\(|ii('ls l'ilc^ ni»
loiicliaii'iil |)a<.
La taille (lail ^n||\c|ll roilNrlIc (le UflllS. l'ol'lll IlillllS
rt';j;n'l lail d (-Ire li' seul coiiNiNc. mais il sa\ail l'ain' liniim'ur
au li'sliii. Il iMMiicrciail en liinaiil de |Mdilr«^ piiTc-. de \<'is,
(|iii nous oui (''!('' ronservc'os, sur i\i'< llcni-- ini^-i'^ a laulid,
sur di's licurs (|u il cuNoic, sur un icpas. sur do |trnmdlf<.
des ( liàlaif^ncs. sur du lail r\ aul rcs l'riaudist's, sui' des (i'ur>
cl des prunes, pour (pie la >ainlc, l'ali^ui'e. luil un peu de
\ in. cic.
Il ('ci'iN ail aussi des poèmes S(?ripu\. il se faisait rinterpi'ctc
(lo Radeiiomle. re^rotianl sos lieurcs licurcusos de ieunes<c.
sa Tliurinirie. ses forèls. ses part'uls. ('.'«^sl l'oi-Junatus (pii a
('(•rit 1 h\mne (|ue (liante rK<;lise le jour (\*'> Maincaux.
V exil la vpçjis.
Sainte Uadc^onde mouiail en "IST. l'iitoiin'e de ses
ronipa^iK'S. Son tomb(^au ('sl un lieu de |)elerinaut' à l'oitieis
dans lé^lise (pii porte s(Ui nom.
ISABEAU DE ROUBAIX
La douce et charitable clame Isabeau de Roubaix, fille
unique de Pierre, le plus populaire des seigneurs de Roubaix,
naquit en France, au moment où disparaissait du monde son
homonyme, l'odieuse reine de France, Isabeau de Bavière, si
exécrée qu'elle dut être inhumée presque secrètement dans
la basilique de Saint-Denis, <( à très petit appareil et convoi,
car il n'y avait que quatre personnes, comme si c'eût été la
plus petite bourgeoise de Paris ».
Quelqu'un a dit : « Les femmes sont toutes bonnes ou
mauvaises ». Isabeau de Bavière fut un monstre, mais Isa-
beau de Roubaix fut une créature d'élite dont le passage dans
la vie fut tout fleuri de ses vertus.
Quel honneur pour une petite poupée de représenter une
si noble dame!
N'a-t-on pas raison de parler de la justice immanente! elle
existe sur terre, certainement, les bons sont récompensés et
les méchants punis.
Dans le moment même de leurs forfaitures ou de leurs
bonnes actions, les hommes peuvent croire à tort que le
hasard règle tout, la vertu souffre, le vice triomphe, mais
attendez quelques années et ceux qui ont mérité l'opprobre
seront détestés, ceux qui ont bien agi seront loués. Tard
24 MUSÉE DF POIPÉES.
|)(nil-t-'lr»\ miii^ non piis li(t|» hnd. |Mii>^(|nc rr-tciin'llc Bcaul»''
cl rt'lt'iiit'llf Konl*' n'>^|i'iil l(»ni(»ur> I idi'iil linin;iin, idt'iil
impi'escrijjlil)!»' dans l'i'spiil inrnif (U's môclianls.
La justice huiniiiiir est rcndnr par l'iinnianil»' rlIc-mtMiic.
Kl voilà |iour(|noi Isaix'an \a t'Iif Iimut dan^ ce Ncdiimc
coinnit' (dli' nr ccssi' de lidii- à lioidiaix dt'|(ni- |)i<'> de
ciiKi rcnls ans.
Notre ponpt't' csl la lidrjc copie d'nii laldi-an (|ui la l'cjn-t''-
sonto dans le coshiiiK' ('di'fianl cl scricnx. (m peu niDnastiquo
(juanl à la roiiiic. df la lin du xv' siècle.
Il laul lonl admirer dans cette gracieuso reprodnclion. la
beaiil"' dr la l'obo Nfi'tc en soie, la ri(dicssc dn niaiilean de
velours bleu artisteTiient brodé et Tidr-e dt-licate de la direc-
trice de Técole primaire snpéri(nire (pii. avant à habiller une
poupée, a choisi Isabeau de Uouhaix.
Par sa mère Marguerite de Ghistelles, dame de Brouici] et
de Wasquehal, Isabeau de Roubaix se rattache à lune des
j)lus nobles cl des pins anciennes maisons de l-'landi'c. Son
père l'nl le conseiller cl le ( handxdlaii des ducs de Bourgogne
Philippe le Bon (d Charles le T/'int-raire.
C'était nn homme trèsa(dit'(d (riiiie Ixdle inl(dlij;ence.
La France d'alors, lassée des guerres contre les Anglais,
respirait à l'aise : chacun se reprenait à ainiei- ai-demnient son
clocher.
Isabeau enlanl lïit associée à lunles les o'ux resde son |)ère :
Boubaix vit doubler ses filatures, ses comptoirs. IMerre de
Roubaix lit heanconp hàlir on niaisoHni'r. pour parlei- en
em|)rnntant les termes de TepiMpie. .■! la \il|e ((uupla hientôl
sept rues td une place; le-^ maicliamU de dra|» (thtinrent
• (rimmenses avantages.
(le l'ut le commencenienl ddne jirospi'rit"'- (pii ne s'arrêta
plus.
ISABEAU DE ROUBAIX. S!'.
Isabeau suivait tous ces progrès avec sollicitude : elle entrait
dans les chantiers en construction, visitait les filatures,
regardait marcher les métiers, mais ce qui l'intéressait plus
Isabeau de lloubaix.
encore, c'était la vie des travailleurs. Elle savait doucement
les interroger sur leur famille, s'intéressait à leurs besoins
journaliers ; elle les aidait de ses conseils et de ses largesses,
qui semblaient inépuisables.
2(3 MUSÉE !)K POIPKES.
Lors(|ii Vllf n'iicuiil liiil (le ri-s::!'!!- |);i II viT> [liais >i (h'-licals,
(lu'i'ii n'ci'xaiil mil' aiiiiiùiii' ils oui |M'iir d fii }ti'i\ "T daulres
|>lii^ mallii'iirt'iix ('nc(jr(', clli' Ifnr disait : « Ne vous iii(|iiit''ft'z
j)as, il \ allia Ion jmii's de 1 arizciil à Uoiihaix poiii- cimix (]ii('
le niallh'iir aciahlf : il \ a (lie/ mon iific iiih' l)ii(|iii' d'or
mi'rvoill('U>L' ([u»' Ton pi-iil eiilamei' cl tjni jamais iii- sri-a
<''piiis(''0. Ellos<M'oforiiii' saiiscosso roTnmocesoanx (|ni lonihcnl
de rcilaiiii's vonics en ht-anx crislanx hrillanls ■>. |,a l)ri(|n('
d'or iiUM'vcillt'iist' (|ni loujoni's ('ntani(''0 ne s f|)iii-^ail jamais,
(•'('dail la cliaiili' dlsahraii, cliaritt' sans bornes.
Oh! (|n (die <'lail aiim'c de lîonbaix, la doiicf id aimaldc
dame de liouljaix! Le bien que peut l'aire aiiloni d « lie une
bonne erralurc es! immense : c'est <'omme le s(dt'il duni le
rayonnement j)()i'lt' la vie |iarloiil. Si <diaciin savait èh-e
bon, mais le jiaradis serait dt'ià sur la teirel
Alors il advint (pie pour parfaire ses bonnes o'uvres, le
vingt-qualri('me jour du mois de mai de laiimM' I ISS, |>ai)eau
de Houbaix, en un grand gala, posa le |»remièit' pierre d un
(HablissenK'iit ( iiaiitable sous rinvoealion de Mme j-]li<al)etli :
ce nom (Hait, je crois, celui de sa nièrt».
Bientôt de nombreux ouvriers se mirent à louvrage.
Cet établissement faisait face à r(''glise jiaroissiale de
Saint-Martin et au brsfiff// uu abreiiNoir. Il occupait l'empla-
cement actuel de la Graud'IMace enlre la rue du ('.liàleau et
la rue de la Chaussi''e. anjourd lini nie Xeuxe, et s"('teiidait
jusqu'au /vV'j de Tiii lion (|tii coiilail dans les fossés du
(diàteaii, a peu [irès en l'ace de la nie a(dii(dle des j-'ahricaiits.
Cet établissemenl «dinpreiiail iiin loilre de n noires xeurs »,
un iiô|nlal. une (lia|te||e oii Isalxdli' lui rusrjnilliirri'. une
ferme, une hi-asserie. un polai;ei'. un cinielière.
Il abritait aussi douze paiiMe» \ieilles clKiiirirrcs di'biles
et languissantes et enlin " un a^il^ pour le» .'■Iran^ers ».
ISABEAU DE ROUBAIX. 27
Ce dornier point n'est-il pas tonchant? Dans cette
ville de Roubaix, toute de fabriques et de commerce, il faut
compter avec les étrangers. Avec eux on fait le transit, les
étrangers apportent l'imprévu, le nouveau, Targent, mais
combien aussi ces voyageurs peuvent être malheureux, la
maladie peut les surprendre hors de chez eux. Isabeau avait
tout prévu.
Il faut comprendre toute la charité contenue dans ces
mots : « un asile pour les étrangers », quand on apprendra
qu'à Paris, la ville si fertile en bonnes œuvres qu'on pourrait
dire de ses pavés qu'ils sont tous des briques merveilleuses,
qu'à Paris qui donne si largement, si riche en établissements
de toutes sortes, on ne peut admettre cependant un étranger
dans les asiles hospitaliers destinés à la vieillesse!
Isabeau de Roubaix mourut en 1502, après avoir succédé
à son père en 1498; mais son œuvre de charité continua
après elle, l'argent qu'elle avait laissé devint un fonds
précieux qui ne fit qu'augmenter avec le temps, il aide à parer
aux infortunes les plus pressantes.
« En résumé, dit M. Lefèvre, professeur à Roubaix, qui a
bien voulu nous fournir toutes ces notes précieuses sur notre
poupée, Isabeau de Roubaix c'est la bonne dame qui restera
toujours pour les Roubaisiens une des plus belles incarna-
tions de la charité locale, si généreuse, qu'elle permit au
peuple de croire longtemps à l'existence de la brique d'or
merveilleuse qui suppléait à l'insuffisance des ressources des
établissements hospitaliers de la ville. »
^
LA MAI{(il Khiri: liKS M \l{(il KhIÏKS
Cotte pclilt' lii;iiiint' it'|»r(''si'ii|(' la Mai'^iieiili" des Mar^nc-
rilt's, (loiil. Mai'ol disait : « (ioips IV-miiiin. ((iMir (riHuiiiiii- rt
tèlc (ran<i(' ».
(li'lail la sd'iir di- l'i-aiicois \'\ miiis son aliU'i'. ()i\ nno
Sd'Ui' aîiK'c, (• est mic seconde nièiH'. cV'sL une amie de lonles
les henics de la \ ie.
iji'uieiix sont le> liomnies (|ni onl en dan> lenr jeunesse
une grande souir pour les aimer.
.Mai-<;uprile d'Ani^oidème a\ail une inlellii^i-ne»' l'eniai-
<inal>le. rljc ("lail l'oil in-«l niile. roi! si'M^ihle.
" h'i'ancois I". son IVi'ie. dil Henri Mailin. (dail comme
une llcnr étrange et s|dendide (|iii ne se \crra (|n'nne fois.
Ni a\anL ni api'ès. on n a en painii lions el on n aura I id(''0
d Une si «dt-^anlc cit-ai ure.
" Il avail la majesLi' comme 1 t'di'iiance ; sa l'orcr, son inli'('-
j)i(lilt'' rt''|)on(lairnl à sa taille dr dcmi-dien.
« Ses Irails i;i-ands cl doux. >on (cil ra\onnanl. son son-
lire |)lcin dr j;ràce, son cs|»ril in^r-nicux. aclil". cniii'iix dr
tout, son imai;inal ion \i\e cl rulor(''c, son cieur l'acil»' à
I (''nio|i(Mi. loni conconi'ail à la x'-durliiMi immense (|ii"i'xercail
ce jeune lioinnu'. »
l>"a|irès <■(' poi'Irait l'on di'xinc condtifn pndondi- |iou\ail
èl re I amil n- de sa >(j'nr.
LA MARGUERITE DES MARGUERITES. 29
La Marguerite des Marguerites fut le bon génie de
François 1". Il tint d'elle ce qu'il avait de libéral dans
l'esprit.
Malheureusement, pour contre-balancer toute cette grâce,
La duchesse d'Alençon.
François P', si tendre, si sensible aux affections de la famille,
subissait aussi l'influence de sa mère, Louise de Savoie, la
rude femme au cœur étroit, au visage dur, qui fut son
mauvais génie.
La tendre Marguerite eut à souffrir par ce frère qui étail
30 MUSÉE DE POUPÉES.
loult' la vie (le <()M cd'iir. Il ••ni ijt- linirriix |)((iir la l-'raiicc
(|Ut' CI' lui .MaiTiin-rili' (|iij rùl \r dessus dans ci'll.' lullf. ciili'i'
la iiH'ir cl la -.(iMir di' l'raM«;ois I". L(ii's(|iic le loi, dr-iinmiin''
le l'di nalaiil Ikhiiiiic. l'aillil aux lois (\r I lioiiiiciir. il >iii\ail
les inijudsioii-" dr la nature (|U0 lui a\ail donnt'e ^a uicrc.
Margucrilc lui uiari(''c liés jeune au dm' d Alcnçon. un
|)ersouna<i(' >an> \aleur, cl ccsl s()u> le nom de duclic>oe
(rAlcnçon (|ue la |»ou|)(''e (|ui la l'cpi-éscnte a rir doum'-e au
Musf'c par la direclrice de ll-lcolf iKniiiale d iiis| il ni liecs du
di'parleiuenl de l'Oi-ue. Mais ce niai-ia^c lui rompu par la
mort du duc. ot Mar^ucrilc •■piuisa en >ecoinles noce> le roi
de NavaiM'c, plus jeune (ju'cdie. cl (le\iul ainsi la mère de
Jeanne trAlbret et la grand'mèie d'IIenii i\'.
Aucune an'ection jtourlanl ne (l(''tourna Marguerite de
ramiti('' profonde ({u elle portail à François I". Elle no vivait
que pour lui. dans son rayonnement.
Elle en eut (juelques joies, mais elle éprou\a aussi de
gi'andes angoisses. "
Ce l'ut après la dè'faite de Pavic (|u elle supjMtrla les plus
terribles épreuves de sa vie.
Le roi, qui s't'dait battu comme un lion, lut blessé au
visage et à la jambe, son cbeval fut fra|)|>('' à moi't o\ s'abattit .
il fut foreé d(^ rendre son éj)éc cou\<'rlc de sang au loi de
Xajjles.
François I", fait j)risouuicr fut comluil de i*i/./.ighctonc a
Madrid.
Sa nature fougueuse ne pou\ait s accommoder de \i\re
dans une |)risou. François !" tomba gi'avcmcnl malade; il
faillit iiiouiir. et toutes les ('gliscs d"l<]spagne furent rem|>lies
(le fidèles (|ui priaient Ilieu de i-endre la >anti'' au roi de
France. I/Esj>agne (dievaleres(jue aimait ce ii(d)le vaincu.
Marguerite \int près de ("-liarlc^-fjuiut poui- m'-gocier la
LA MARGUERITE DES MARGUERITES. 31
paix. Elle vit son frère le lendemain même où Charles-Quint
s'était décidé à visiter son royal prisonnier et à lui donner
du réconfort.
La douce Marguerite trouva son frère bien changé, le roi
demeurait sans entendre et sans voir.
Marguerite resta longtemps silencieuse, regardant son
frère, demandant à Dieu de lui rendre la santé et la liberté
avec son doux royaume de France.
La tendresse des êtres comme Marguerite est une sorte de
magnétisme qui, près des malades, appelle le mieux, quel-
quefois la guérison.
François P"" sortit de sa torpeur, la fièvre se calma, il
tendit la main à sa sœur, et tous deux, à voix basse,
s'entretinrent longuement; puis une messe eut lieu dans la
chambre du roi, et le frère et la sœur communièrent.
Le roi se trouva après quelques jours tout à fait bien ; il
conseilla à Marguerite de le quitter pour aller à Tolède
tenter les négociations pour la paix.
Vous connaissez la suite.
Le roi resta encore prisonnier quelque temps, mais au
moment oîi son compagnon, le maréchal de Montmorency,
allait partir pour la France emportant l'acte d'abdication de
François I", le roi céda enfin la Bourgogne que réclamait
son terrible rival, quitte, pensait-il, à la reprendre aussitôt
qu'il serait en France. Ce n'était plus chevaleresque du tout,
la guerre recommença de plus belle, et pendant de longues
années....
Vingt ans après Pavie, François \" mourut d'une fièvre
lente qui le minait; il errait de château en château, sans
trouver le repos qu'il cherchait. Marguerite suivait anxieuse
les progrès du mal qui rongeait le roi; elle souffrait aussi de
voir la joie insolente des ennemis de François I" qui
:i2 Ml SKK IH. l'OUPÉES.
UiK'lhii.'iil |',iu(»iiii' (lu ini cil (li'^iiiil ; Il -Vu \;i. le -itlaiil .
il St'll Ml ".
Lr Tdi iiiuiinil II' :!l in;iis. ;'i I fiu^c de ciiKiiiaiilc-dcux ;iiis.
riiii\ii' Mar^iicrilc, |»iiii\ i<' (Hiilnr de l'ia in()i> !'! I'>llr ne
M' sciilil |llll>^ ;iii(iiii(' riii-itii de \i\ri', clic difi-tlia dall>^ la
Ircjiir.'. dan- !••- Ira\aii\ de l'i'-iuil. Idiildi iiiniin'ii iain'- d'-
sa grandi- doiilfur; cWc nr |c ||(Mi\a |ia-. r||c -'.di'imiij
dt'iix aii> a|ti('> Sun IVric
Mai'^iK'iilc d Aiii;(tiilr'!ii(,'. la MarmH'iijr di-^ .Maii:iiri'il('s,
csl iiiic douce li^iirc {{(' rciiiiiic (|iij ia\uiiiic daii^- I lii-l(tirc
|)ar son aiuilii' riali-nicllc. coiniiic c(dli' df la loniliaiilc
l'ilccli'c. Sd'iir de 1 iiiroiiiiin' Or(3stt', an Icnip- lit-roKiiic de la
(irècc.
LE PORTE-ÉTENDARD DE JEANNE D'ARC
De toutes les poupées liistoriques du Musée pédagogique,
il n'en est pas une qui excite plus vivement la curiosité que
celle représentant le porte-étendard de Jeanne d'Arc.
Le petit personnage est posé sur un piédestal, à côté de la
Pucelle d'Orléans, afin que l'héroïne se détache bien sur
l'étendard blanc fleurdelisé qu'il tient à la main.
Malgré tout le respect que doit nous inspirer ce représen-
tant de la grande sainte patriote, on ne peut s'empêcher de
sourire en le voyant, car il est habillé comme un joli pantin
avec un chapeau de feutre emplumé, plat devant, et des
culottes, en soie bariolée.
Peut-être prouverait-on que l'ancienneté de son costume
coïncide avec celle du jouet brillant qui amuse les bébés.
Le costume de la poupée a été copié exactement sur celui
du porte-étendard qui peut se voir à Orléans dans une cage
vitrée, au musée de Tabourg, ancienne maison d'Agnès
Sorel.
La taille du mannequin représente un jeune garçon âgé
d'environ quinze ans.
Ce personnage figura Jeanne d'Arc à la procession solen-
nelle du 8 mai à Orléans, depuis 1725 jusqu'en 1830, soit,
105 ans, mais il est plus que probable que l'usage de faire
3
34 Ml'SKE DE POUPÉES.
Le |)urle-L'liMidard di- Ji'amii- d'An
à roWi' (lait- (le 172.'): sculrnK'iil I»'-- (•()m|»l''> tic la \ill<' ti'iMi
foui llit'lllidll (|U a ci'l le ('•|)(>(|Ui'.
LE PORTE-ÉTENDARD DE JEANNE D'ARC. 35
Ce qui autorise cette présomption, c'est qu'en 1532, à la
fête annuelle de Jeanne d'Arc, se trouvait un valet de ville
habillé comme le fut depuis le petit porte-étendard lequel
portait la bannière. Son costume était d'étoffe et de forme
semblables à celles que nous présente notre poupée.
François de Saint-Mesmin, receveur des deniers de la
commune, est chargé par les échevins d'Orléans de payer
« LXII sols pour deux aulnes et demie de satin de Bruges
jaulne et rouge à raison de XXV sols l'aulne, employés à
faire un pourpoint à Philippe Yilleret, serviteur de l'Ostel
(hôtel) de la ville pour le jour de la feste des Thourelles du
8 mai de cette année. Item, par le même, payé XV sols, pour
une aulne de doublure rouge pour doubler ledit pourpoint.
Item, payé XVII sols VI deniers pour la façon des dits
georget et pourpoint, donnés au couturier (tailleur). Item,
payé XXX sols, pour achat d'une toque rouge et d'un plumet
blanc, pour être baillés à Philippe Villeret, serviteur de
l'Ostel de Ville. Item payé XXX sols pour une paire de chausses
(souliers) de drap blanc à bords ronds, pour Villeret, qui
portait la bannière à la dicte fête des Thourelles d'aujour-
d'hui. »
I/AIJHESSi: I) l-l'l.NAL
\(iii<lii('/ Idiil à I liciiic la (lrs(ii|(l ion cuiicii"-»' (|r< cllorls
(|ii(' lil .Mlle Laiiraiii. dirrclricc de ri^colf iioiFiialc d'I^itiiial.
pour rccoiisl ihit'i' h'rs parlailcmcnl co costiiiiH- <|tii iM'\i'-l<'
plus, la l{(''\oluliou (le I 7S!> axa ni cinpoi-lt' dans sa journii'ulr
louli's les al)lta\<'s de l'^iancc.
Les al)l)a\i'S (l(''ii\ aii'ul d ancirn^ roii\cnl<. ((die d l'.pinal
i-('inoiilait à Tliicri) 1' (''\ ^(pir di' Mcl/.
L<'s ('lianoiness(^s (pii en rai>aii'nl parlic dr\;ii('nl rliT de
noblesse d'ôpée Ires auciruno; certaines al)l)ess(^s <^laieul
|»rincesses du sano-.
Ces nol)les dames ne dt'pendaieni (|u<' du loi. di' renipercur
(d du |>a|te: rlles rcndaicnl la pi'^iicf >ui- leurs terres.
SouNeiil, riiunieur i;u('rro\auli' df leurs aneèhcs cul a se
nianilestei', (|uand elles durenl dfdeiulre leurs drcdis e| |eur<
pri\ ilèiii'S al hupu-s.
l'illes \i\aienl. aulour de laldtaNe. (Iiaenue dans une
maison, ('/(dail eoninie un « loilre ou\eii. idle> idaieni libres
de sortir, de reccNoir. de d(Uiner de«> l'èlex.
I.es abbesses de\aieul a celle liberle une ^(''Uéro>ilt'' de
manières doul prolilail leur enhuira^e.
Près du (liapiire d llpiiial. ipii ((unplail une \inulaine de
religieuses, se inuiNail le o |(du'e e| ri( lie ( Iia|iilre de Hemi-
L'ABBESSE D'ÉPINAL. 37
remoiit qui en comptait soixante-douze. Ces nobles dames
étaient sœurs par le costume et par les sentiments.
Un jour, il arriva ceci :
Les villages dépendant de labbaye de Remiremont devaient,
selon la coutume, le lundi de la Pentecôte, faire hommage,
L'abbesse d'Épinal.
en procession solennelle, de rameaux fleuris, aux chants
mille fois redits des kyriolés (sortes ào^ Kyrie Eleisoiï). Mais,
une année, la veille de la procession, pendant la messe, un
grand feu éclata, tous les paysans coururent éteindre
l'incendie, et la nuit arriva sans qu'ils eussent trouvé le
loisir de faire leur cueillette printanière. L'abbesse d'Épinal,
ayant appris cette déconvenue, en avisa ses chanoinesses,
38 MUSKK I>r, roll'KKS.
qui ;i|»it"'s |i'> \r'|»i'('S, sf n-piiiidin'nl Aww- l;i i;iiii|»iiiiHf •■!
liii'iil ;iiii|)|i' iii(ii>«^(ni (|r i:rrl)f^ llniii.'^ (|u i'lli> (ircnl [lorltT
(Itms (les clian'cllcs, au pdil jour. (If\aiil h'> |t(irl('> drs
pavsans de I ahhaxr de Mciiiiri'iiioiil . ciidniini^ fiicuic |iar la
^M'aiid»' l'ali^iif du |i>iir |ii(''Cf(lfiil .
A leur n''\fil. (•((iiiinr les ('iiraiil> au malin d*' Noid, ils
ci'iii'ciii a iiii iiiira( il* du ciid.
\ il laf;<' |»ai" villa^i', siii\ a ni la r((ulnnii'. Iiannit-rc m h'dc.
los |)a\saiiss(' ^r(»ii|M'Ti'nl . l/ahhoM' dr lliininniniil. assise
sur son Iroiic sons nn su[trrl»r dais, les allciidail. h'nani sa
crosse dOr ciiri» liic dr iiicirt-rirs.
l'it'S didlr sr Icnaicnl li's daines di'inilaii'os, les secrètes,
le (dio'Ui' di-s < lianoiiK'ssi's. des orijcicis id i\i'< aulori|(''S Ai'
la ville.
Les villageois de Saiiil-Mlienne (•omiiieiiceienl le dt'-lilé: ils
(lisjiaraissaieiil sous des hraindies de cerisier ileuiies. ('-<'U\
de Saint-Nabord les suivaient avec {\i'> raiiieanx de roses de
haies, petites églanlines légèrement rosées. Haoïi auilail des
grappes de genêt don''. Doniinailin ii'pandail en niariliaiil
les seiileiirs acres des geiH-N riers ('pineiix. SanKiirev-sur-
Moselotte venait ensuite avec des branches de saule. Kniin
V^agney parrnniail Tair (\r< seiiienr^ niiellé-es de ses llnrses
de sureau.
Toules les |ioilrine>- ( liaiilaieni à liie-bHe les k\riol<''s des-
tinés à attirer les Ix'-iK'dic ti()ii> de Dieu sur tout lecliapilre,
sur le due de Lorraine e( sur les |»avs environnant.
Jamais les (diants n "a \ aient tde enlevt'S avec laiil d ardeur.
("iCS l\\ri(d('S >e r(''p('laienl à rinliiii par ces rol)n>les
paysans, tout ('■mus de la surprise (piiU avaient eue a leur
It'Neil.
On dexine l'impression pr(d"onde (pie produisaieni sur
1 assistance ces cris de prières répél('S.
L'ABBESSE D'ÉPINAL. 39
Cependant, un \illage, le plus éloigné de Remiremont.
manquait à l'appel, celui de Saint-Maurice, au pied du
Ballon d'Alsace.
Tout d'un coup, on aperçut au loin sa bannière qui brillait
au soleil.
La redevance de ce village était assez singulière : au lieu
de fleurs, il faisait don de quelques poignées de neige placée
entre des morceaux d'écorce et qu'on déposait devant
l'abbesse et la doyenne.
Les chants éclatèrent plus vibrants encore.
Ces fleurs et cette neige au pied de l'autel, c'était assuré-
ment un symbole gracieux du printemps succédant à l'hiver.
La fête se terminait par des danses.
Voici pour la reconstitution du costume ce que dit
Mlle Laurain :
(( La précision des textes imprimés ou manuscrits ne nous
a pas manqué. Elle est si grande qu'il nous a paru possible
de reconstituer le costume de l'abbesse du chapitre d'Épinal
comme il était sous Louis XV, c'est-à-dire à l'époque où le
royaume de Lorraine venait d'être incorporé au royaume de
France.
« Le premier est le principal des documents écrits qui
nous ont ser^i est le Dispositif de V arrêt du Conseil d Etat
de Sa Majesté le roi de Pologne^ duc de Lorraine et de Bar^
faisant règlement pour l'insigne chapitre dEjyiîial^ rendu
le 20 janvier 1761.
« Nous avons aussi consulté avec profit :
« r Histoire ecclésiastique et cimle de Lorraine, par
Dom Calmet, édition de 1757, tome VII;
« 2° Histoire des ordres religieux, par le Père Helyot,
édition de 1721, tome VI;
« 3" Gallia christicma, tome XllI, collection 1471 ;
40 MIJSKE DE POUPÉKS.
(( i" Clnipilri's nnhh's ilr Lomiiitr, pur l'i'li\ df Salles,
1888.
H Hmiis ct's (li\fr< ouvrages, nous avons Iroiivi' loii< les
(locumciils (|iii iioiiv l'hiiciil . nécessaires |»oiii' <uii\iii' iioirc
altljessc (ir M'> onit'iiK'iils rcclésiaslifiiirs :
(( \ Ij' MdiilcdK. Le rèjîlemenl (!•• I7(il. iiilidr in.), dit :
« Porteront les dames ehanoinesscs, |ioiir li;il)il d église, un
^M'iiiid iiiaiilfiiii ,1 (|iit'iir 1 1 aiii;iiili' di' liiiiif iioii'e, avec un
collrl d ln'iiiiiiif. cl l)ui(li'- dt's (lfii\ (•(t|t'> d licriiiiiK' |>ar
devant. Celui de la dauK' ahbesse sera d un»' lifiininr
inoueliel(''e. n
<' Il n'y a là aucune indt-cision. 11 ne nous restait (|u';i
( li('i'(dier la coup»' di' v^' nianlcaii. Nous lavoiis Iroiivci' à la
planche II de \'Arl du Tdillrur. pai' de (iarsault;
« 2" \jWuihussc. L'article 20(3 est ainsi rédigé : « Les
dames porteront au chœur, les jours de fêtes etd»^ dimaiu lie.
aux |>i-ocessions et à toutes autres cérémonies, une auniusse
d licrniinc nuiu(dietée. »
« J/aumusse consistait jadis en une pièce de draj) ou de
\elouis. ohlon^iie cl foiirrt'e. A l'une {\i'> cxln-mités, on
avait ramené l'un contre l'autre les deux e(»iii--. d'oii rr^sultail
une poche pointue. On mettait cette p(M lie sur la lèlc, le
reste de l't'IolVe pendant siii- le dos. LorsijuOn niait son
aumusse, on la metlail sur un hras. la fourrure en (hdiors.
<( Cette coiffure resta affectée, dit Ouicherat, exclusive-
nieul aux ( lianoinesses des (diajtiires sr'culier>. ilans la
suite, rite ne lut plus (piun Ornement poi-tt- par elles sur le
bi'as. C'étaient les pelletiers-fourreuis (jui les faisaient;
« W Le Courrc-clirf. La dame abbesse et le> autres dames
dignitaires portaient au elKciir et dans les c(''r<''nionies. |M)nr
couvre-chef, une espèce de mante de loije de (|uiutin. cou-
vei'te d'i'tamine noire, attachf'e derrièi-c la tète cl descendant
L'ABBESSE D'ÉPINAL. 41
jusqu'à terre, et une grande coiffe de taffetas tombant sur les
épaules (art. 207).
(( Nous avons vu des mantes se rapportant à cette descrip-
tion dans Hélyot. La coupe ne présentait aucune difficulté.
Il nous restait à choisir celle de la coiffe. Nous avons adopté
la forme décrite par de Garsault dans ÏArt de la Lingère^
page 13 et planche H.
(( 4" Insignes de la dignité abbatiale. Au chœur, Tabbesse
portait sur sa poitrine une croix d'or. Dans les cérémonies
publiques, elle était accompagnée d'un gentilhomme qui lui
donnait la main, suivie d'une demoiselle qui portait sa
queue, et précédée d'un jeune clerc qui portait la crosse
(art. 399). Mais dans quelques cérémonies religieuses, elle
tenait sa crosse à la main. Cela nous a paru suffisant pour
que notre abbesse, bien qu'isolée, fut représentée avec le
signe le plus important de sa dignité. Pour la tète de cette
crosse nous avons tâché d'imiter celle qui se voit dans le
sceau particulier de la comtesse de Gourcy, dernière abbesse
du chapitre d'Épinal, conservé dans la bibliothèque de la
ville ;
« 5° Décoration. Charlotte de Lenoncourt, abbesse
d'Épinal, de 1645 à 1698 institua dans son abbaye une
espèce d'ordre de chevalerie qui fut confirmé par le pape
(Dom Calmet). Cette décoration consistait en un large ruban
bleu, allant de l'épaule droite à la hanche gauche, et auquel
était suspendue une croix d'or, à pointes, en forme de croix
de Malte, ayant d'un côté l'image de la Sainte Vierge et de
l'autre, celle de saint Goëry (Règ., art. 211). Cette décora-
tion, dit le Père Hélyot (Hist. eccl., t. VI, p. 422), était
portée par l'abbesse et les autres chanoinesses en tous temps
et en tous lieux.
(( Sous les ornements que nous venons de décrire, les cha-
42 Ml SKK MK l'OI l'KKS.
ii(»iiii'^«<rs, ;iii cImi'Iii'. iliiii'iil li'iiin'^ d ''li»' Idiijoiirs lialiillt'-fv
(Ir noir, l'iiiloiil ;iilli'iir>. elles s liiiltilhiieiil ,i leur ccniNe-
nance, inai-> il leur l'Iail pre^eiil de nr porler (|iie (\f< (-(ts-
linnos inode^les el de SI- tenir daii> I t'ial déceiil cl coiixeiiiilde
à de. (hinie. d|-:-lise ;irl. liOU). »
LE CHOUAN GROSSE-TÈTE
Moustache, Tranche-Montagne, Main-de-Fer , Danse-à-
rOmbre, Jambe-d'Argent, Cœiir-d'Acier, etc., sont des sur-
noms que se donnaient les chouans entre eux; le nôtre, c'est
Grosse-Tete.
Il arriva au Musée pédagogique un jeudi d'avril 190'5,
répondant ainsi, un des premiers, à l'appel adressé par un
arrêté ministériel, en février, à toutes les directrices d'écoles
normales pour obtenir de leurs élèves des travaux de couture
et de nouvelles poupées, destinés à renouveler et compléter
les collections du Musée.
Chezeaud, le garçon de la bibliothèque, décloua la caisse
soigneusement, il enleva les copeaux d'emballage et l'ouate
qui entouraient la poupée et il sortit le petit personnage, tel
que vous le voyez ici.
Grosse-Tête tenait un papier qu'il nous présenta.
Voici ce passeport original sur lequel était apposé le timbre
de l'école : ^
« Chouan authentique, d'après les archives de Laval.
« Veste courte, d'où le nom mayennais basvestiers et en
patois baveziers:
(( Au revers, cœur en broderie calqué sur celui du fameux
Chouan Jambe-d'Argent que nous possédons ici.
44 MUSKK DK l'oriM'.KS.
" l>;nis la main (li-oilf. la raiiifii-r /r///'.
M (iihMrcs cl >«(tiilici>. ji'iTc--.
« l M i^i'aiid <lia|»i'aii i-n fi'iilif ^ri-, |-tToii\ ir un hitinpl .n
lainr.
■ ' Mriii' l*i:i,iii:r..
|»iri'i(i ici' (le l'ivolc norni.ili' (l'iii>tiliilrii:t'S d(-' Laval. »
.le lisais a lianlr \(»i\ a' >>ii;nalciii('iil à ninii li«-iilriiaiit
lidt'lr, liji'ii <(tiiiiii (li's \isili'iii> <lii Miisi'c, Maria lliiliaim-l.
(juaiid ( Irosst'-Trli' a joiila :
" Il csl hon (le diii' (|u<' jai le coi'its f'iil<)iir('' diinr lianlf
rciiiliii'c Idaïudii'. (|iii' je poilf un iiilid a n-Ncrs onu'' de uio>
boulons. Il inr uian(|ui'. il rsl \iai. un i lia[iidc| au cou. vous
m'en foro/. lucn cadeau d un, nCsl-cc pas, \ous iHcs si scrn-
j)idcusc pour rcxaclilndc des costumes do vos poupées. »
Grosso-Tète jiailail raniilicrcnient .
(( Oli ! certes, mon joli ami, mais a une <'ondilion. |»uis(|ue
vous SHve/. parler, il faiil n(»us couler vos impression^- depuis
le momenl ou \(Mis èles entre dans le monde in^(|U an jour-
d liui. >'
Gross(^-Tèl(' plastronna, commo dit le poMo Hostand, c'esl-
à-dire (piil bomba sa poitrine p(uir se donner 1 air très
imporlani, il voulut tendre le jarret dioit. mai<... il «dail
(l<')à li\('' sur un support de l'ei-, il se contenta d avancer sa
l'crlo, c'osl-à-dii'c son Ion:;- bâton, et d'ouvrir -a main i;:au< be.
la |)aume tour/n'c vers nous, ce (pu est un sii;ne de tram bise.
Sa mou>ta( lie monta dun c«Mi''. descendit de lautre. et il
commença :
« Moi, poupco, j'ai r\r acbclcc dans b' plus ^rand map:a-
sin de Laval, par Mme rij-onome de ITm-oIc, pour être babilb'-e
(Ml Lavalloisc de la vieille ville, cai' Laval osl partagée en
deux par la Mayenne.
LE CHOUAN GROSSE-TETE.
(( Les jeunes filles étaient réunies dans le jardin de l'école
avec la directrice quand je fis mon entrée.
Le Chouan Grosse-Têle.
« Toutes voulurent me voir, me complimenter, mesjboucles
les charmèrent, on me trouva des yeux superbes.
« A ce moment, j'étais encore un bébé portant une simple
4r, MUSÉE PK l'OrPKKS.
<||r|||i>r (il'IltT (le (It'ult'Ht' ;i It'IKi)! IHT cl de llois llU'Ilds <Ul
rose le |illl< Iriidif.
« <lrs (Icllioiscllcs (ll^cillt'ii'iil 1,1 liiili'llc (|||(' je (lc\ais |)(M'-
liT. la coiilriir (le ma iuIm'. ri'lnll'c. la roiiiic de iiiDii lahlirr,
on dciiiaiida (|iii l'crail la i-liosr la plu-- diliicili'. mais la plus
impoilaiih' diiih- loili'jjr |iavsaunt', c'esl-;i-diif la roillV.
(( Mais, s iMiia loul d un coup une l»riinc||c qui Icnail cri
main !•• scplicmc \olumi' dr la Hrrdliillnii i\i' Tliicis. >-i n(Mis
liabillion^- cclli' poupt't' a\<'c un cosliimc lii>lori(|uc? Il \ a
beaucoup de pou|t(''t's j)a\sannt's au Musée, (jut* dilcs-\ous de
nda?
« — L'idée est à creuser, répondiicnl lc< aulro. LaNal a
d(''ià l'ouini un Anihi'oisc Vdvv (|ui csl lonjouis en honneur, à
col('' de Louise de Lorraine.
u — Oui. je me rap|telle l'aNoii- \u. dit une mii:iionne. on
lui a mis un scalpel nu à sa ceinluie en _i;uise de |)oi^niai"(l.
" — Xail", (il une écolièi-e lieuse, mais esl-ce bien un
scal()el? cesl à \(''i'ilief.
« — Kcoute/.. lit une i;iande bbinde, cn\(dopp»''i' d'un
tablier noir de laine dOii n ('iiieriit'ail rien de blanc, sinon
un loiij; cou taillé comme dans du marbi-c dr Pai'os. si uou->
taisions poui' la poupt-e un <'ostunie pil l()res(|uc, celui dun
(diouan. puis(|ue la ( liouanneiac est m'-e ici, ce ( lioiiau |»our-
rail èhe (Irosse-Tètc (|ui lui de ma ramille td (|ui ninurid aux
côt<''s du prince de Talmont?
« — Ali! tirent les jeunes tilles.
'< — Alleiidc/ la lin. (irosse-Tè|e eid le bonlicui'. dans
celle i,Mierre leriible. de ne jamais hier personne, (i'i'dait une
soile (riiiliiniicr. sni^naiil les bles>-(''S (|iril ramassait daii> les
l'ourro. (pi il ca( liait ensuite daii> des rv//7//r//o/.s-. il ense\e-
lissait les mol 1^. il consolait le^ mnurants. (Tt-tail un saint!
f( — i']st-ce (pii' (irosse-'rrde nidail pa> un cou^-in dr> IVères
LE CHOUAN GROSSE-TÊTE. 47
Cottereaii, de ceux qui créèrent la chouannerie dans le Bas-
Maine pour défendre la royauté contre la République nais-
sante?
« — Non, Grosse-Téte était simplement du même pays
qu'eux, il n'avait aucune initiative guerrière, seulement il
avait la passion de se dévouer à ses compagnons, il savait
découvrir les terrriers où, comme des bêtes fauves, les chouans
pouvaient se cacher. Il montrait aux femmes le chemin lors-
qu'elles venaient apporter à manger à ces hommes qui
vivaient dans leurs repaires, guettant l'ennemi comme les
fourmis-lions, au fond de leur entonnoir.
(( — Les fourmis-lions interrogea une jeune fille de pre-
mière année. C'est un joli nom! Que désignez-vous ainsi?
« — Gomment, vous ne le connaissez pas? riposta une scien-
tifique. Le fourmi-lion est un insecte qui, à l'état de larve,
creuse dans le sable un entonnoir sur le bord du(|U(d tombent
les insectes imprudents attendus par lui avec une patience
inlassable.
« — Ah! mais alors ce n'est pas pour rien qu'on appelle
cette béte guerrière fourmi-lion, elle a du lion toute la
noblesse, son guet-apens est à ciel ouvert, tandis que les
chouans avaient leurs repaires à ciel caché, c'étaient plutôt
des taupinières humaines, invisibles, cachées sous des feuilles,
sans lumière et sans air. »
(( L'heure de rentrer à l'étude était sonnée, la conversation
des jeunes normaliennes s'arrêta net pour être reprise plus
tard, à l'heure de la couture.
« Finalement, il avait été décidé en grand conciliabule que
je serais Grosse-Tête. Le portrait des chouans avait été tracé
par Victor Hugo : « Tous avaient de grands feutres ou des
bonnets bruns avec des cocardes blanches, une profusion de
rosaires et d'amulettes, de larges culottes ouvertes au genou,
48 MUSKE DK POUPÉES.
dos C(isa(|ii('s (Ir |Hiil. i\('> <^{\r\n'> (If cuir. !»• jai'ii'l un. !•>>
cIlrMMIX lu||;4S. ( | llr |(| |lc-.-|i n > liiir |Vt(ici'. |o||^ Id'il llilll". »
<' l/d'il llilll. (V'Iiiil liii'ii mon <;i-<. \\,[\> ]•'> jiMiiirs iioirmi-
licMIH'S \()llllll<'lll l'Ili' mi''ll\ l't'll'-ri^llrrs cilCDrc >.iir le cos-
luinc (|iii' i"' tlt's;ii> |i(trli'i-. cllfs JiHtMciil ;i\i'c la ma il !•'■>>-•• iN*
coiiluii' au M ii^-t'i' (Ir l.a val.
■ ' Ou |iril (!(•> cnKiiiis. dis mtlc»». (ui l'cuillfla lis ardiiNcs.
|uii- (Ui aclida dans la \illr li's floiVcs lUM-cssaircs [Kuir r'dilirr
Il K III ('(ol llilll'. ha us les \ illcs (le |U(t\ ilicr DU |ii'||| I iuu\ !'!• d(^s
(''IdlVi'S (liuil I ii^ai^r iif-^l plus cuiiraiil . cisl un ;L:iaii(l a\au-
la^c, li'S iiiaiiasins se Iraiisiiirl Inil df |m'|i' ni lil>; cr uCsl
|»as ('(nu nie à l'a ris où \olrr' Bmi M aie In'-. Mtln' Loiix n-. \(»ln'
Pi'iiilrmiis li(|uidi'iil lonjoiiis Irs iiiarcliaudisi'S doiil la No^ue
osl j)ass('M'.
« Fuliu. à riifiirc i(''i;li'ni('ulairr di- la ruiilurc. on me prit
des nicsui't'S, ou iiu' lil Icudic le lu'as, le icplicr. ou uicsura
le contour (l(^ ma laillc, de ma jioilrinc, de mon mollet, la
liauli'iir (Ir mes jambes, puis des di'ssius ^iMuiir'liiipu's com-
mencèi'ent sur Ir laldrau iioir, sur du papier n'-o^lé. Ce fut très
long; et li'i'S iU(nu>l(Uie, la ('ou|m' de mes lialiils comuuMii'a. ou
lui' les essaya, les coulures sui\ireiil.
<( Pendant ce teiu|»s. (pioiiiuVIIr lui soum'uI interrompue
jiar la m''C(^ssilt' du lra\ail. une normalienne lisail le rduian
«''pi(|ue Qf/a/fr-rt/////-//r/-r de \ ici or lliip:o.
« Je serais iiioii de peur, s il u \ a\ail eu les pa>-saii('S si
ptlis où le jioi'te raconte l'Iiisloire (\i'<, trois prlils entants
eufei-més dans le haut de la loiir de la Toiii'iiiie assii'^'i-e. alors
(piils s'y reveillèreul . (Jnellc i''( laircie di'licieuse au uiilii'U de
ce sombre drame!
(( Mon costume a(dieM'. jr \'\\^ IroiiM' à s(»iiliait. je \ouliis
essayer de lancer (|iiel(pies cris de elial-liuaul . ces //on lion
(pii doiiiii'ul, le soir. l(U'S(pron le» riileiid à la cam|>ar::ui'.
LE CHOUAN GROSSE-TETE. 49
envie de se signer, et que lançaient les chouans, d'où leur
nom, pour s'appeler entre eux, mais je ne pus le faire, une
poupée est un mannequin pacifique que ne peut trahir aucun
cri de guerre.
« Je ne suis pas trop farouche; pour tenir ma ferte, il a
fallu me l'assujettir à la main avec une courroie.
((Enfin, me voilà au Musée. Puissé-je ne pas effrayer toutes
les paysannes qui sont ici, ajouta Grosse-Tete avec malice.
— Oh! fit mon lieutenant, les paysannes du Musée sont
filles de France, elles n'ont pas froid aux yeux, n'ayez crainte,
Grosse-Tète, elles ne les baisseront pas devant vous, et pour
cause.
— Allons, tenez-vous bien, qu'on vous place dans une
vitrine. »
A côté c|es fines Berrichonnes, Grosse-Tête faisait trop un
effet de matamore; on le mit à côté d'une forte Angevine
très aimable, presque une compatriote.^
Grosse-Tête, sans doute, lui redit sa petite et grande his-
toire car l'Angevine m'a semblé très attentive à l'écouter.
iMii iȎl: dhi: la hkini: amklie ..
Ct'llf |>(»ii|MM' oi (lilr hi Heine Marie-Amélie piircc (infll"'
osl \rliic coinnic les rciii incs ('l(''o;anles (Ic Tôpoqu»" où vi\;iil
cette rt'iiic rcimuc de I^oiii> IMiilippc
Kilo est grandf. I)I()ihI(', ;i (I('> cIicnoux nallt's (|iii spii-
roiilriil (le cliiKiiir rùh' de l;i limiif (|iii csl cil cire. Sa roi)»',
aiiiplt' jii|)(', est orncMî de trois \olants (Iccoupés, elle est en
soie, il caircaux ii-ré^ulicrs hlciis et blancs. La laillo ost
couNcilc d un niiinlidcl |('i;<m' en lullc poinl d'cspril, à deux
volants, dont les ouilt'ls son! donldi's dun rni)an bien.
Le cliapean cabi'iolcl jMtilc >iir la coilVe le nom de
Mme Foissv, la gTandi- iiKtdisIc d al(>r>>. iiif de lUniNcrsiti',
il est en |iiiill(' de li/. à l»a\ol('l, g;ai ni sur h- cnti' diiu Ikui-
([Utd de llcui's l'oses. A lintéricur. nu luuidc ir-jr eu l)loudi'
cncadrt' !•' \isai;(', il csl (irut'' d un pcjil ikcikI kV^ ncIouis cl
de deux petits l)<»U(|ucls; les hiidcs s(MiI blanc lie» cl l'oniicnl
un large nœud.
C'est M. La\aud, a\ocal à la (^(Uir d'apjtcl Av Paris, qui,
après la mort de sa nu'ic, asaiil li(tn\c celle exquise poupée,
en a fait don au .Mu>ce pcdaiioiiicjuc. .Ni lui, ni sa sœur ne la
connaissaient.
POUPÉE DITE (( LA REINE AMÉLIE )). 51
Pourquoi cette poupée mignonne avait-elle été ainsi con-
servée loin de tous les regards?
Ce qui est certain c'est qu'elle est restée d'une, fraîcheur
La poupée dite •< la Reine-Amélie ».
remarquable, brillante comme il y a soixante ans lorsqu'elle
sortait des mains des bonnes faiseuses, et que l'on ne peut
la regarder sans être ému.
Si l'histoire de cette poupée reste un mystère, il n'en est
52 MUSKi; lti; l'OUPÉES.
|i;i> tic iiH'iiir (le Idiilfs SCS coii 1 1 lii i^n ''^ . I(iiili> (iiil tlf-. |i;i|iicrs
il"' lii iiiilh'. cIji^m'S dans de prliK n-ui^l i"i'^. loil <iiiii'ii\ à
coM^-lalir.
\ uns al II'/ l'ti jti^fr dans (•<• noIuihc oi'i non s a\ons l'ccnfilli
les nh'nioin's l('> |dii> ÎMliTcssanl» de (•<•> |Mlilr«. |M'i>(»niit's.
FRANCE
II
POUPÉES PAYSANNES
UNE ALSACIENNE DE BELFORT
Deux jeunes gens se fiancèrent en janvier de l'année ter-
rible; la jeune fille, Marguerite, était de Belfort et le jeune
homme, Fritz, de Schlestadt, près Sainte-Marie-aux-Mines.
Fritz, de son métier, était ébéniste d'art.
Or, la coutume alsacienne veut que le commerçant qui
fournit le mobilier aux mariés ajoute en présent, à la com-
mande, une petite commode de poupée.
C'est une sorte de coffre de mariage où la jeune mariée
serrera ses bijoux, ses dentelles, des portraits et souvent son
livre de prières.
Le patron de Fritz était des plus habiles, il voulut montrer
à son ouvrier toute son estime et fit construire un meuble
ravissant.
La petite commode était en thuya, incrustée sur le dessus
d'une étoile à quinze branches en bois de cerisier, entourée
d'une guirlande de feuilles de chêne en joli frêne rayé; elle
comportait trois tiroirs dont les fermetures mignonnes étaient
en cuivre ciselé. Le tiroir du haut, légèrement bombé,
s'appuyait à ses extrémités sur deux hnes colonnettes en
sycomore. Marguerite fut ravie lorsqu'elle reçut ce bijou
d'ébénisterie.
5J6 MISKK DK l'OlJPKF.S.
li iiili'-iii'iir ('Il l'iil, |);ir ses soin--. i:;inii de soir |)i(|iii'f (Tiiii
\ir||\ ruse (Ir-IicirllX . | Uu\ i'|| ;i|| | d'iin l.ililii'l' (I ;i|t'll|i'.
Kllc (lispos.i (liiiis \r liiuir du |i;iv so >(>ii\ i'iiii> d •■iifaiiK.
puis daiiN le second liioir idlf dt''|)osa, sur un oii'iUrr de
dnilidli', sii (dii'i'i' |)oii|Mr (|iii (diiil sètiir (•«tiiiiiif iiuln- iuia^c :
jupe Ni'llr. coultMir ;i(|(t|di'"' par h'-- pni|i'v|;i iil,.-. le |(»ui,''t' osl
iM'Srrx r- aux (■alli(»li(pic> . Ii( Im Ijioih' iiii\ >-(iii'^ di' couli'iirs,
{;uini|M' IdaiK ln' (UIh''»' de \ alf'iicicniU's à iiiaillt'< <arn''('S,
nOHid alsacien alla<dn'' à s(hi jHdil hoiiind de scloiir^ hiudi'
de cannelillt' dur id de p.i illel (es.
Mar^iiorile ('nil»ra-->a la poupT'c. la reniercianl de loiilcs
les joies enranliiies (|ii"(dle lui a\iiil dues, elle la cou\ril d un
sacdiel de |»apier rose dans le(pi(d elle a\ail ^ein.' dr^ ^raiii>
de caiM|dii'e.
Le dernier liroir, c«dui du haut, re>^la vidi'. ellt^ >*oiiril ;
c'était là qu (die placerait ses cadeaux de noce>.
Mar^uorito et son mai-i devaient liabitei- S( liloladl où
V\'\\/. avait son lra\ ail.
Le mariage lui ct'l<''l)rr' avec ^i-ande pompe. !l \ eut
soixante j>ersonnes. loules joNeiises, (|ui ne se doulaieiil
f^uère (pie le inallieui' |danail sur (dies. niallieiir (dl'ro\altle
([ui les frappei'ail dan> leur> aiuitii'S de raiuille.de l'o\er(d
de pali'ie.
La lune de miel de-, jeunes l'ponx dura à peine (p|td(pie^
jours; la <;iierre éidala, le jeune Lril/ dul parlir. laissant
Marfçuei'ite à lîidforl, cliez ses |iareiits.
Fi'il/ et iMarj^iierite avaient à la liàle l'ei-mt' Imr maison à
SclilesladI. coiiNiant tout di tolVr i t de papier.
Mais la jeune teinnie a\ a il plu-- pn''cieu«-enie|it encore pro-
tégi'î sa petite c(Mnniode. à cause de sa poup(''i'. i']||e mit dans
le tii'oir lihre sa |uèce de mariaiic. (pi(d<pie< tleiirs si'cln'cs de
son liitiapiet de niarU'e. r| ('Ucole milli' riell^ ail\(pie|< elle
UNE ALSACIENNE DE BELFORT.
57
tenait. Elle enveloppa le menble précieux dans un morceau
de molleton épais, elle l'entoura de paille et de papier et le
cacha dans la cave au milieu de bouteilles vides.
Hélas! les journées de deuil commencèrent. Enfermée dans
Alsacienne de Belfort.
Belfort assiégé, Marguerite restait sans nouvelles de son cher
Fritz. L'hiver était afîreux, il ajoutait sa note de souffrances
physiques à toutes les douleurs dont chacun avait sa part.
Fritz, avait été pris dans le désastre de Sedan, mais il
avait profité du désarroi général qui régnait alors pour se
58 MUSÉE DE POUPÉES.
sauM'i'. Mon \('r>« Im'Hui-I. mais où il \ avail à roinltalln', il
a\ail n'joiiil le ^♦'•nôriil \ inox •■( avait l'ail |iaiiii' di'S soldais
qui acconiplirciil la Itt-llf iftiailt' ^^'^s l'aris.
Fritz fut (loue un It'nioin ad il" du faraud sir^c
A la sortie de I llav ou |M''ril Ir cnniiuaudanl lit-roupit'
(".liristiuni de na\ai'an. il lui hlt-ssi- id Irau^poilt'- dans uiu'
auihidance parliculièrt". rue du (dieic lie-Midi.
Enlin Belf'oi-l a\aul recouvr»' sa libei'li'- a|)re> Paris, l'iil/.
■;U(''ii. leviul près de sa leinnie.
Tous deux élaieiil hieu (diauiiés. Ils ne pouvaieni l'idoui'iiei"
à S( lilestadt, ils ne voulaiont pas y retourner. !•• |)ali()n de
Krit/ était mort à Si'dan et leur maison avail •'!<• lu-rdt'e.
Ils restèrent à li«drort.
Ouel([ues années s'é<'oulèi'enl . la lauiille s (dail an^^iuenlt'c
d'une jolie ])etite lille (pu axait en\iron <iu(| ans.
Un dimaïudie (pu' Marguerite, l'iil/. e| la p(dile .leanne se
li'ouvaieiil à Saint-Dié chez les <;rauds-|iaients de l"ril/. la
petite lille r(''(dama uiu' poupée.
il |uil alors à Marguerite le désir l'on de partir à Sclilestadt
à la reclierclie de la sienne; elle eomrnuniipia s(ui idée à VvWv
([ui l'accepta de suite.
il (Hait huit heures du matin, on laissa l'enranl aux soins
des grands-parents.
On embrassa la petite Jeanne en lui disant : " Nous
allons te ( lieri lier une poupée » et à ueul heures, tous
deux (''tant prèjs, ariiv("'rent à la place oii stationnait la
diligence (|ui \a de Saiid-i)ii'' à Sainle-Marie-aux-Mine>. ici
je laisse la partde a Mar^uerih' (pii a ('cril >on curieux
p(derin;ige.
H A cette (''po(pie, il t'allait poui- cidici- en Allemagne un
passeport, les Allemand> ('taienl liés st'vèrcs. à la moindi-e
UiNE ALSACIENNE DE BELFORT. 59
infraction ils emprisonnaient les femmes et envoyaient les
hommes dans une forteresse.
« Nous n'avions aucun papier, nous avions été pris du
désir subit de revoir les ruines de notre maison et nous
étions partis sans accomplir cette formalité qui aurait
demandé un ou deux mois.
(( Nous étions entrés dans la diligence sans souffler mot au
conducteur de notre absence de passeport, nous craignions
qu'il ne voulût pas de nous. Pourtant, à moitié route, nous
parlons de cela aux personnes qui se trouvaient avec nous.
Consternation générale. « Jamais, nous fut-il répondu, vous
ne passerez, les Allemands sont terribles, vous n'êtes pas,
non plus, habillés comme les gens d'ici, parlez au conduc-
teur, c'est un bon Français, il vous donnera un conseil. »
« Notre homme, mis au courant, nous dit : « Nous allons
tâcher de vous faire passer tout de même. Vous, madame,
enlevez votre chapeau, mettez un fichu sur votre tête,
monsieur s'achètera une casquette et une pipe. Lorsque vous
arriverez sur les hauteurs de Vas-de-Ville, vous laisserez
votre valise et vos chapeaux dans ma voiture, je vous procu-
rerai un petit garçon qui vous conduira en promeneurs à
travers la forêt jusqu'à Sainte-Marie-aux-Mines où vous
retrouverez vos affaires à l'hôtel où je m'arrête, si vous avez
la chance de parvenir jusque-là sans encombre. Sinon je
reprendrai vos colis à mon départ du soir et je les mettrai à
la consigne du chemin de fer de Saint-Dié. »
<( Le petit garçon choisi était très gentil et parlait l'alsa-
cien aussi bien que le français. Ce que nous appelons l'alsa-
cien, c'est le patois, un mélange d'allemand et de français.
a Tu veux bien nous montrer le chemin à travers la forêt?
lui dit mon mari.
(( — Oui, monsieur, mais c'est l'heure de garde du grand
60 MUSÉE DK POUPÉES.
l'uu^t'. t'I -«il iiiMi«> \ oil . ii()ii> ii^|iiiiii< (li'l I"' .iri't'-li'S. c'est lui
II' |tlllS IIK'-cIlilIll .
« — Oui csl-cc {;r;i 11(1 loii'i;»'?
« — (l'osl II' i^ciidariiir.
« — Allons parloii-. I']t à la i^ràcr de llifiil •■
a Nous ciilràmcs dans la loi'^-l de sapins dont la li'iic i-lail
conM'ilf d nn lapis de nci^i'. mais roinnn* ci'l ail la lin d a \ lil .
If soleil a\ail l'ondn la nt-iu»' |)ar |daee. r| i\t'< |»;M|nt're||i'S e|
dos Violejles sollaieni leurs |)e|iles l«He> dr la \ l'I-d U l'e. Au
lioul d nne deini-lieiirc de niai'clie. a nn Inuiiianl nou^ a|iei'-
(•nines, assis sur nne l'oidie, le fameux gendarme roti^e (|ui
l'iimail une (''normi' |uj)e en poi'cidaine hiani lie. Le |tau\re
^amin sai rèja eoni'l .
« Il l'aut nous en aller, madame, sans cida il nous aiièleia.
« — Non, lui <lis-je, mai'cdie nous allons riie td causer en
alsacien. »
(( .lusleineiit à (|uel(|ues |ia< (lu gendarme roupo, en plein
soleil, il \ a\ail des lleui'tdles. je dis à mon mari :
« (Continue à marcher avec le jielil, moi. joui en ( liaii-
tonnanl . j'irai cueillii- les Heurs. »
(( C'est ce que je lis, et ce! Iiomme (jih' l'on disait si
terrible n\o rer-arda souriant en louehant ^-a eas(|uett(* pour
me faii'c un salut.
i« Le danger était |»assi'' (d nous arrixàuies sau.>- diriicult.' à
riiùtel de Sainte-Marie-aux-Miiies à rébahissemeut de nos
\oisins de la (lili«;ence.
« Nousi'lions 1res tiers (Tavoir passt'- au nez et à la barbe
du f;raud lou^c sans passe|i(Ml.
« NtDUS dr'jeimàmes a\ee mdre jielil i^uide. (pii. bien récon-
lorh'. bien |)a\t'', rid(Miriia en |-'raiiee.
« Il salissait ensuite daiaiNer j Selilr^ladl a la reidieri lie
des ruines de noli-e maison.
UNE ALSACIENNE DE BELFORT. 61
« Elle était située dans la Bornert-Gasse. Elle avait été une
de ces maisons anciennes au toit pointu, haute de deux
étages, ayant un auvent sous lequel les enfants venaient
jouer les jours de pluie. La boutique du menuisier-ébéniste
se trouvait dans le renfoncement, et sous la boutique était la
cave où j'avais enterré ma petite commode. En plus des
souvenirs qu'elle contenait, il y en avait un qui me tenait
particulièrement au cœur depuis la guerre, c'était le plus
beau des rubans que m'avait donnés mon mari quand il
n'était que mon fiancé et qui provenait de son tirage au sort.
« L'habitude en Alsace est que lorsqu'une jeune fille est
(lancée à l'époque du tirage au sort, son fiancé lui donne les
rubans dont il est couvert pour fêter ce jour.
« C'est avec le plus beau et le plus large que les filles font
le nœud qui orne leur tète, il est toujours de couleur claire
avec des fleurs variées brochées dans la soie.
(( Le nœud des paysannes, celui de tous les jours, est noir;
elles le portent aussi bien aux champs qu'à la maison, et
même elles le gardent sous les paniers ou les baquets à eau
qu'elles portent sur leur tête.
« Hélas ! qu'elles nous parurent tristes les ruines de la
maison où nous avions vécu nos premiers jours de mariage.
(( Elle avait été brûlée et n'avait pas été reconstruite;
cependant notre cave était pavée avec de gros silex, ma petite
commode avait "été bien cachée, le feu n'avait pas du aller
jusqu'aux profondeurs de la maison.
« Avec l'aide de quelques vieux voisins qui nous avaient
reconnus et qui pleuraient de joie de nous revoir, nous tra-
versâmes les décombres tout couverts d'herbes folles et
d'orties.
« Nous trouvâmes presque intact l'escalier solide de la
cave.
62
MUSKE DK POUPKKS.
" \).\\\< I l'iiilroil nu i ii\iii-> inio ma (uiiiinndr. il \ ;i\;iil un
aniulicrllniii'iil dr \ l'I irv |)ri"-i>. hdlKi'îlK'Ill a \ l'c dc^ |iitl(r| les
»'| mil' |)rl|i\ ii()ii> (l('l»)iiiiiamf> («'S (li'lui^ (le l»uiili'illi'>« n-coii-
M'ils (le |H»ll>sit''lc.
" l']l aloi's iioii- \ iiiirs II' |)a(|iirl un clail ma comiiindi'.
Mon ('(riir >anlail daii> ma |Miil liiii'. lo \itMi\ ami> cl iiioii
mari >ii-^|M'iitlaifiil Iniis (•(tiiMT^al idiis.
- ,!•■ ir\i> alufx la Itclh' ('■litili' don! \r dr'-vn-. du mcidth'
t'Iail niiii'. (jii t'Ilf iiH' |»aiiil ,|«dit', mu pi'lilr ((MiiiiHidr; mais
je lia \ ais pas de eh- |)()iii' 1 oiiv rir.
« Ou a|)|H)rla un Ii(»u->^imii di' |iidil('s (di'-s. cf <'nlin, api'f'S
(jliekiiii's essais, au ^raiid j<»iir )(iu\ri>- Ir liroir ou idail
ma |)()IIj)('m\ ma pdili' AUaficum'. l ne larme coula de mes
\eu\, (|ue je dissimulai.
« Ali mili(Mi (le huiles les liorreiiis de la jiuerre. >i\ ans
après, (die avail iiard*' son <oiii'ii"e!
« Do retour à Saint-Di<'', je la mis dans les hras de notre
lilltd le (|ui la coiivril de Itaisers.
<< Aujoui'd liiii. à r»<drorl , le ru l»au de conseril de mon mari
osl plac<'' (•(Uiiiiie nu meiid alsacien aii-de><ii< (riiiie i;raiide
carte de France, et ses bouts Uollaiils loini)ent comme exprès
sui' la tache noire du pays (|ni nous fui enlevé. »
LA FLEURIOTTE
ïoquat est le nom de la coiffure élevée que porte cette
petite poupée champenoise. C'est un reste de la fontange
créée vers la fin du xvif siècle. L'histoire de cette coiffure
est bien amusante. Un jour de chasse royale, Mlle de Fon-
tanges, ayant été décoiffée par le vent, noua ses cheveux
avec un ruban dont un bout retombait sur le front. Louis XIV
trouva cette invention charmante; les dames de la Cour
rimitèrent, joignirent au ruban un nœud de dentelle, puis
enfin portèrent un bonnet garni d'une haute passe façonnée
en rayons qui dardaient le ciel ! On appela le ruban, puis
ensuite la coiffure, une fontaîige.
Pour garnir le frontispice de la coiffure, les cheveux furent
amoncelés en boucles, en tortillons, en tresses de toutes
sortes, désignés par des noms pittoresques si nombreux que
l'on pourrait, dit Quicherat, en composer un dictionnaire.
Il y eut les choux ou cheveux noués en paquet ; les tignons
ou torsades contournées en divers replis ; la passagère,
touffe bouclée près des tempes; la favorite, touffe pendant
sur la joue; les cruches, petites boucles sur le front ; les confi-
dentes, autres petites boucles près des oreilles; \es crève-
cœurs plaqués sur la nuque; les bergers, boucles tournées en
haut avec une houppe ; les meurtriers, les souris, la duchesse.
64 MUSKK DK l'oll'KK S.
assort iiiii'iil-- (If iih'Iiu- iiiIi;iii>- |miiii' litT ii'-« dix ci-m'^ IkhicIcs;
li'S /i niKi iiii'iils. pd iiiUoiis. etc.
Lf InlMl (In holilH'l >";i|i|ic|;iil rlllliuh'.
I't'ii(l;iiil iii'iilc MiiiK'O (|iii' lii iiiodi' (les IViiihiiii:"'^ (Iiiim.
Ii'^ rciiiiiio (•iiiiiiii'rciit lii |t''|f en |i;i>>iiiil ^dii'- lo |i(trlc>. I^c
roi, (l('\rini \i(Mi\, se r('|)('iil il d ;i\oir j;Mli> ii|i|ti(tiiN ('• cctlc
mode (|(ii .iiiiciiail de hdlc-^ loli('>> diiii> >;i iiiaixtii, iiiiii> il ne
|imI (d)l('iiir I ;il);iiidoii ^\r<. Iiiiii|.'> coilTiiros.
Ce iTol (|ii Cil I 7 I 'i . lin ;iii ;i\;iiil la iiioil de l>oiii-> Xl\ ,
(|ii nncdamc aiiiilaisc. ('laiii \riin.';'i la (ionr avec iiiic coitl'nrf
basse, lit hniiber comme |)ar iniiiK le lon> les (''(lili(''s de (lic-
vou\ |)oil(''s par los diimcs d'alors.
A Troyt's, la fontaniic. (Icvcinn' le hniiiaf. l'appidlc iiiic
liistoirc ])i(Mi liisic. dti (•ommcnccinciil dn >i('M le (|ni xit-nl de
s'arlicNcr. In lill(''ral('iii- ({('iical', iir ilaiis cid h' ville nK-mc
a i'(dal('' les |K''i'i|)(''rK's de celle caiiso célèbre dan-- un roman
(|iii |»(jile en lilre : la /''Icitrioltf;.
D'autres aiiistes oui ('•ci'il I lii^^loiic loncliaiile (le>> ii(d)les
femmes (|ui monriirenl sur IVMdial'and peiidanl la K(''\o-
Inlion : il (dail juste qu'un lioinnie de laleiil noiàl le mari \ re
d'une humble lille du peuple (pii inoiirnl \ieliiiie de la
justice de ce temps.
Petite (ille de nobles émigrés, mais abandonnée sans nom,
à son entrée dans la vie, elle fut ('levée aux Knfanls trouvés.
Puis, lorsqu'elle fut en àf^e, on la plaça (lie/ une fermière
d(nil lame féroce (l(''C(dail les p|n> iiiaiiN aisf>. pa>>ioiis.
I.a pauvre ser\aiile (liaiiipcnoisc (dail >iiiipli' d esprit, à
force d être douce et saiis iiK-liaiice danirni. mais (die (dail
(rnne Iteanlt' idi'ale : ^ow (hnix \ i^ai^c lappidail le> \ ieriics
de lla|»lia(d. I']lle avait le i^dnl de la lieaiit"'- cl (dl(^ se com-
1. Louis ribacii, wd ;ï Trovcs en 1H-J!i.
LA FLEURIOTTE. 65
plaisait sans malice à disposer sur sa jolie tète le bonnet
La Fleuriotte.
aux étages de dentelles, à la mode d'alors et qui couronnait
si bien d'une auréole sa ligure de madone.
La méchante maîtresse avait à payer la location de sa
ferme et n'avait point d'argent; elle avait à venger aussi le
66
MUSKK I)K l'OLl'KKS.
(I(''tlaiii (I iiii ln'iiM' soldai (|iii a\iiil rcrnsi- (!•' I ('poiiM'i' ri lui
piN'IV-iail v;i ^('ix aiilf.
r>lli' iiiM'iila I lioi'iiljlc slrala^^cin*' df iiit'llrr flh'-inriiie le
IVii à la rniiic, t'I (|(« (lisposor loutos les |irt'ii\t'> dr ce for-
l'ail coiilrc v((ii iiiiiucciilc dumol i(|iic.
La |)aii\n' lilh' a |i|)i'il par la ri'i'uiiri'i' (juc le Itravr ^uldal
voiilail I l'poiiscr. VA\r (dail si iiiodi'>|i' ipi idlt- cul iiu
éblouisst'UKMil de linuhi'ur.
Aurait-(dle jamais |iu croire que quelqu'un songerai! à elle?
Mais en même temps la mégère lui iusinua qur (•('■lail cet
homme (|ui avait mis le feu à la l'eruir cl (pic si, elle, la
serviuile, ne se sacriliail [)as puur le sauNcr. ("c^-l lui (jui
serait condamné.
Sur celle idi'-c g(''ii('i'euse l;i pau\ii' lillf donna sîi vie.
Le peupli' t'Iait 1res syuipallii(pie à celle hclle jcuui' lillc:
il rajtp(dail le /jc(//f loquat, et le nom est resté à celle dou-
loureuse histoire.
Le toquai joue un rôle important dans l'alVaire. La pauvi»^
victime ne peut s'en séj)arer, elle le protège pour (piil
demeure intact afin de pouvoir le meltre aux assises, clic y
ajoute une idée de dignité. Elle est si pure, elle craint si peu
la mort qu'elle se plaît à parer sa tète, cette tète idéalement
belle que le couperet du bourreau dut ceiieudaul abatlie.
(Juant au brave soldat, il dt-eouvril plus tard le sacrifice
de celle qu'il affectionnait c| toute la méchancett'' de la fer-
mière. Un jour. eniporl('' |iar la colère, il la tua coiuuie un
chien, |)uis, a\aul repris du ser\ice. il se jeta au fort d uue
mêlée et tomba sous les balles ennemies.
LA MEUNÏÈRE DU BASSIGNY
Elle est tout à fait gracieuse, la légende de la meunière du
Bassigny. 11 faut d'abord vous dire que Bassigny est un
ancien nom de pays de France, qui désignait une région
appartenant aux trois départements limitrophes de la Meuse,
de l'Aube et de la Haute-Marne : Vaucouleurs, près de Dom-
rémy, était un lieu important du Bassigny lorrain. Notre
histoire s'est-elle passée dans le Bassigny champenois ou le
Bassigny lorrain, c'est ce que nous n'avons pu déterminer,
mais il serait facile de découvrir la localité exacte.
C'était un lieu accidenté, traversé de nombreux cours
d'eau où l'on pouvait pécher de petites truites. Un moulin
de quatre étages, aux épais murs de granit percés tout
autour de fenêtres carrées, était placé au plus bas du
terrain, à l'endroit le plus propice pour que l'eau abondante
et limpide pût en faire tourner les roues multiples. Trois
maisons de paysans, disparaissant sous les rosiers et les
glycines, peu distantes du moulin ; des hauteurs boisées, des
prés coupés par des ruisseaux, quelques ponts formés de silex
accumulés pour aider au passage des eaux oi^i des canards
barbotaient un peu partout, tel était le petit hameau appelé
encore, au moment de notre histoire, le Moulin neuf, quoi-
68 MUSKK ItK l'OT IM.KS.
(|ii il iriiKUilàl :iii niitiiis ;i (|ii;il n- :,r,.||,.|;,| j,,||;, ,|,. inciniiors
(le lit lllrllir l'aillillr.
Lr IIKiIllill fhlil il IlH'llIi'x. \i(M|\ v\^|f|||r (||ii |i'||<| ;'( djs-
|iiii';i ili'c |i<iiii- i'iiii'i' phici' iiii\ iiiiiiiliii^ ;i ex liiidn'--. doiil lii
l'iirilic rs| |i|;i||r||i' l\\;\'\-. Ill(»ill> lidir r|| i;||||r|i. Il (•(ail (lili^i'
jiiir iiiir jciiiii' lill"' (le \iiii;l ;iii^. hi julir nirmiirrr (•(triinn'
oli r;i|)|)c|ilil . I!llc rii ;i\iiil lit'llii' (le m'^ |i;i |c|1 I -, fllt' 1«' coii-
(Itiisail Ires hirii, aiilt'c par sc> |»r(i|»i'rs ruii^iii^. (Iiii\ )"'iiiir>
^^ars iiiJrlIiiii'nU.
Un (liinaiiclic davi'il dr raiinrc \H\\\\. il faisait un l»'iii|i-
afTroiix unu'iK' par la lime l'oiissc l.a pliiir loinhail liii'' '1
froido. ri)V(d(tppanl h' paNsai^r (riiiic hniiiic hlaiu liai n-.
\)d\\< lin \i('ti\ ( liàlraii. à iiih' ln'iii'i' du iiioiiliii. il \ avail
DHiiiidii df jriiiics i^cns, cuiiiiiic (Vdaii la (•(HiIiiiiii-. < Iia(pii'
(liinan(dn', aprrs la inosso.
Los p'iiiH'^ lilli's idiiaiiMil du piaim. ( liaiiiaii'iii . daii>ai*'iil.
Il ai'i'i\a iiii iiiuiiK'iil ou ils l'iii-ciil las.
Rangés aiiloiir de pidilcs lai)l('s. (Iaii> tiii --aloii iiiiimMisc.
aii\ boiseries hlaindies eiieadiaiil de Indien la|iisseries
aiicieinie>, le> jeimes iii'MS (•an>aieiil. La phrase : .. (Jiie le
(oiiips est ti'islc I o \('nail à loiile niiimle scander leur
causorie comme <» ay(V, |)ilié de noii> " d une lihinie.
Tout à coup, un jeune homme "^T'cria :
« Une idée, si nous allions \isiler le jnoulin de la hejle
meunière, on la dil l'ort avenante; savez-vous comment le j)|e
se chanj^e en farine? Moi. je rjfjnore. iioii> rapprendrions.
— (Ili ! oui. ri'pondit en elneiir loiile la s(»ei('l<''.
— Faites mieux, ajouta la ( hàtelaiiie «pii seiiait d entrer
dans le salon, emporte/ d ici un ^ae de hh- an iiiouliu tout
comme nos fermiers. »
Un grand char à hanes fui atlelr-. on hissa i\^'> tahonrels
et un sac (le blé tr(ju\<'' d;ins le ijrenier.
LA MEUNIÈRE DU BASSIGNY. 69
A ce moment, la pluie monotone s'arrêta de tomber et un
La meunière du Bassigny.
pâle soleil, caché par les nuages qui couraient sur le ciel,
éclaira un peu l'horizon.
La réunion était charmante; les jeunes filles portaient des
robes très courtes, des manches à gigots et des souliers à
cothurnes.
70 MUsÉi: in: i'oupkrs.
La (li<>laii(-r (lu (liàlraii au uiuulju parul ctiurl)' à celle
jeunesse (|ui. au i^lfin aii'. a\ail ri-lidUNr sa ffaîté.
Lf rliai- a Italie*^ airi\a. a|U't'S (|Ut'|(|ut's caljols. dans la
cour (lu lunuiin ou piroiaii-ul dr» uitTi's-poules loulfs jeunes,
menant desaiil ello de [lelils |M)us>ius couleni" d or.
La nieunière apparut; elle sortait de la vacherie où elle
sui\eillail de jeunes veaux dont la bouche ("lait cachée par
un pauiec.
La jolie apparitidii! Hep(tile/-vous à notre puupi'e. La
meunière était dune heauh' idé-ale ; ses grands \eu\ bleus,
d'une douceur lualieieuse. ne pousaient nous lixer sans vous
émouvoir; sa 1)0U( lie é-tait une |)elite cerise.
Se sachant jolie, elle était très simjile mais très coquette.
Comme celait un dimanche, elle avait arboré' un tablier à
soie changeante orné de nœuds de ruban, et mis sa croix en
rubis balai, ancien bijou d'une réelle valeur.
Sa grande coill'e blanche plissée, avait été |)rot<''gé'e de la
pluie par une capeline qu'elle venait dVnlever puisque la
pluie avait cessé.
« Nous apportons, dit le porte-parole de la jH'tile caravane,
un sac de blé à moudre de suite et nous serions bien aises de
visiter vrdi-e moulin pendant (]ne notre i:rain se ti'ant'ormera
en farine. Lst-ce possible? »
La meunière sourit, ouxrit le sac qu'un de ses cousins
venait de descendre de la carriole, et prit une poigné-e do
blé.
« Le moulin ne peu! - arrêter pour |)i'endre votre ^^'aiu,
til-elle, mais comme \otre ble est de la même (|ualité' (|ue
<'elni (|ui >e traNaille. je |)eux gardei' le \ùtre pour une autre
mouture et vous donnei' la même farine et le même son.
— C est entendu. »
Les jeunes gens tendirent la main aux jeunes tilles (jui.
LA MEUNIERE DU BASSIGNY. 71
légères comme des gazelles, sautèrent des roues de la carriole
sur le marchepied, et du marchepied à terre.
La jolie meunière passa la première pour montrer le
chemin.
Les grosses roues tournaient avec bruit, formant un
accompagnement sévère au léger gazouillement de la société.
On monta au premier étage du moulin par un escalier à
claire-voie très étroit, sans rampe.
Trois paires de meules étaient en action.
« Cette quatrième, sur laquelle un de mes cousins est assis
tenant en main une sorte d'outil de sculpteur, dit la meu-
nière, est au rhabillage. »
A ce mot de rhabillage, chacun s'arrêta.
La meunière expliqua que deux roues immenses fort
épaisses, ayant leur centre vide, sont toujours posées l'une
sur l'autre pour broyer le grain; qu'une de ces meules, celle
de dessous, reste immobile, tandis que l'autre tourne sur elle,
mais que toutes les deux sont creusées de rayons très fins dont
les saillies s'usent par le frottement, ce qui oblige à un cer-
tain moment de recreuser des sillons.
« Le rhabillage, fit la meunière, est une opération très
longue, difficile, dure, car la pierre à meule, d'un grain très
serré, est d'une dureté égale au cristal de roche.
<( La première opération à faire subir au grain de blé, c'est
de lui faire la barbe. »
Toute la troupe se mit à rire.
« Mais oui, la barbe, ajouta la meunière, le blé a une
petite barbe très dure comme pas un de vous ne la porte
encore.
— Montrez-nous cela », fit une jeune fille.
La meunière jolie, se prêtant à ce badinage instructif, ])rit
dans sa main quelques grains, chacun, avec des yeux qui
72 Mrsi:r. i>k poupées.
ir;i\iiii'iil i»;»'» ln'>-uiii de Iiiih'I le-, ni de |(.ii|h'. \il un li;iiil d''
(■Ii;i(|iii' i;raiii de Id'' un diiM-l Imiih' de [tidil- [ndU Idaiics.
H Id (III donc r>| le hailih-r?
— I)aiis Cl' csliiidn'. <!•' cNliiidn' l'ail j'nriicc de ravoir, il
enlt'VO siii' inn' ih\\r la harhi' du Mi' td iiih' |i(tii^-«icii' (|iii
adlirrr an i^rain. mais ce n c^l \):i^ ^ll^li«^alll . il l'a ni le did)ai'-
l'ilSSl'l" de l<Mlle> les piaille-- l'd la ll^ej'o (|||i II- v,,|i^^,.|il .
« Vo\e/. lil-e||e. \oici. des i^iaiiies d i\raie doiil la laiiiie
est Irès daiiiicren^e (d d(tniie de liNrcsse. voici cnccjrc los
"l'ailies de lli(dle à enle\ er.
(loMlineill , ce joli (idllel \ io|(d (le m )n ( ||;i m j» r^l iiiaH'ai-
saiil/
— Mais oui; rc^ai-dez cncoj-e co <;i-ain (|ni s^'-crase dans ma
main on poussière noire, cosl le charbon (|ni a |»ri> la place
(le la l'arine, vovoz aussi c(\s fjraines de \esce. de cMioiilosse.
11 v eu a encore bien d'aull-es, mais moiiloii»' à It-laf^^e au-
dessus, vous veri-e/. le Irirur. »
La jeune bande commencail rorlemeiit à sinléressor à
riiistoii'i' dn i)l<'', à la loihdle niinnlieii^e ([n'il dcNail snbii';
elle grimpa lestenienl le denxienii' escalier.
La meunière ajipela un de >es c(uisius. (|ni d<d)(»iilonna une
longue armoire liori/oiilale où le liii'ur idail enleriiK-.
.1 N'ons èles \raimenl bien aimable. iiiadeiii(»i-.(d le la meu-
nière ". dil nn jeune liomme.
Il l'a Nul (Hlel(Hle>^ elbu'ls |)oiir didoiiiner |e> :; rosses \ i< (|ni
i'ei'maicuL les Nobds du Irieiir.
« Nous nellovons cela une ou deux foi'' lan. '>
\\\\ \oliiiil de boi«> lui eiileN('', laissaul à d(''cou\erl un
c\ liiidre pcrci- de I rous.
M II l'ail >i\ ceiiU loin-, a la miniile, dil h niennièi'c, e| ne
narde d;iii>^ >on inlî'rieiir (|iie |e> ^raiii^ de blè- (|iii n.' pcuNenl
lra\ er-er le>< I i(Hi- du c\ liiidre.
LA MEUNIERE DU BASSIGNY. 73
— Je suis intriguée, fit une jeune fille de savoir comment
le blé arrive au trieur, car il n'a pas monté l'escalier.
— Pardon, mademoiselle, répondit toujours souriante la
belle meunière, regardez. »
Elle ouvrit, en face le trieur, une petite porte étroite et
baute qui enfermait une colonne creuse dans laquelle le blé,
en petit tas, posé dans de petits godets attachés à une courroie
circulaire, montait tranquillement comme dans un ascenseur,
puis se jetait dans le trieur.
a Le blé, ainsi ébarbé et trié, descend par d'autres godets
sous une des meules que vous avez vues, et là il est broyé.
Mais dans toutes ces opérations, il a gagné chaud.
— Irait-il au café?
— Oh! non, il est trop sage; pour se rafraîchir, il va
gagner le dernier étage du moulin. Montons la troisième
échelle.
— Voyez au plafond, dit la meunière, cette sorte de sou-
pente fermée, c'est là que le blé est remué par un râteau pour
se refroidir. Mes cousins montent par cette échelle mobile à
la chambre au râteau, mais je ne peux pas vous y faire aller.
Venez par ici. »
Un tas de son était à terre à l'extrémité de la pièce et près
d'une autre grande armoire horizontale à porte de bois.
On entendait le tic tac, tic tac du moulin.
« C'est la bluterie, dit la meunière, qui donne ce bruit. La
bluterie est l'endroit oîi la farine moulue ])erd le son, se sépare
en fleur de farine et en gruaux. »
Son explication fut interrompue par l'ari-ivée d'un jeune
chasseur qui, plus heureux que celui de la chanson, était
entré dans le moulin pour rejoindre ses amis.
11 y eut force poignées de main comme dans un salon, pré-
sentation de la belle meunière, du jeune arrivant, nouvelles
TV MUSKE DK l'Oll'KKS.
cxjilical imis it''|)t''|(''i's pai- les jt'uiit's lillcs (i les jciiues gons
(|iii sciiihliiii'iil iiTilc|- mil' ciiiiK'dic.
La M iili'iif lui (li'Itaira-stT (le >-nii riiaiiliMii de hoi^ cl l'itii !
\il (laiisdi's lii\aii\ à >t''|ia lal ion-, lariics. en I icillis df soie
|tliis un iindiis si'iiT'. s'ai^ilff la iikhiIiiit rlici( liaiil ^oii pas-
sade t'I se (lassaiil dapirs sa linossc. Ici piissait losoii. là. la
llciH' de l'aiiiii' (|iii dfxriidail cnsnilo dans une ^laiidt'
(diainhif à l'aiiiic à I T'Ia^f iiilV-iifin'.
Kiiliii les (ji'n(un\ l()nil)aiciil dans drs sars.
'< Les ^l'iianx. lil la nicniiirro. l'ossfnddcnl à du vaMc, ils
l'cloni'nt'nl à nue iiirnlf oii dtMi\ on trois l'ois ils son I i-emonlés
)ns(|n"à cr (piils ne donin'nl pin- (pif la liin' larini'.
« Mon histoire est terminée », dil iiiacitMiscnn'nl la nnuinière.
Lesteincnl cidli' follr jeunesse descendit les trois ('■(jielles.
non sans se blanchir sur les degrés et snr le mur du moulin.
Un sac de farine et un auti'e de son l'ui'enl alors Ternit-^ et
portés dans la carrioh».
(( Combien vous doil-on pour ce traxail dn nionlin.^ dit le
jeune chasseur.
— Uien, dil la niennière.
— Comment, rien! si-crièrent en eli(i'in' les jeunes ^ens.
— (hii, ritMi. ri'dil la inennière joli(\
— Mais condiieii |iiene/-\on< à I (udinaire. (juand vous
n'avez pas aidonr de \ons nne socieji' an>>i eniieiise (pie la
n(>tre?
— Lu liane ein(|iianle.
— Un l'raiic cin(iuanle, iiiai> (pie ("est peu.
— C'est assez, lil-<'lle. p(nir les eiiiliN atenrs.
— \oiei nii lonis, dit le < lias^eiir. pour \o^ eonsins(pii \(nil
a\oir a releriiier le Irienr el la Idnleiie. .Noii> re>toii> Itieii
{•ec(ni!iai>^anls eii\ers \ons. niadeiiioiselle. »
l'.j il lui tendit la main.
LA MEUNIERE DU BASSIGNY. 75
Et voici que cette petite main se mit à trembler et que les
beaux yeux de la meunière s'emplirent de larmes.
La meunière si fine venait de passer une heure inoubliable
avec cette aimablç jeunesse, et elle pensait que cette joie était
passée, qu'elle allait reprendre sa vie solitaire dans ce coin
isolé du Bassigny.
« Je ne veux pas de votre pièce d'or pour mes cousins, dit-
elle, ils ont ce qu'il leur faut, mais ici, il vient de pauvres
paysans, je me permettrai, si vous le voulez, de leur remettre,
avec leur farine, un peu de cette monnaie », ajouta-t-elle
rougissante.
Oh! qu'elle était jolie, la belle meunière, dans cet élan de
bonté qui illuminait sa délicieuse figure.
Le retour au château de la joyeuse société fut charmant,
le temps était devenu d'une pureté parfaite, les oiseaux chan-
taient, les jeunes gens contaient leur visite, seul le chasseur
était soucieux.
Quinze jours après, il vint au moulin dans un carrosse avec
ses parents. C'était un des plus riches héritiers de la contrée.
« Mon fils, dit le père à la meunière qui les recevait dans
une pièce où bridait un feu de sarments dans une haute che-
minée, à côté de la huche brillante où l'on faisait le pain,
mon fils veut être meunier. Vous lui avez paru aussi bonne
que belle, il m'a prié de vous demander en mariage. »
Le jeune homme regardait la meunière comme s'il était en
prières devant une madone.
Elle leva au ciel ses grands yeux si doux et s'écria :
(( Que Dieu nous bénisse, il n'y aura jamais plus de pauvres
dans le Bassigny. »
A ce moment, un pigeon familier s'échappa du colombier
et vint voltiger autour de la tête de la jeune fille, complétant
ainsi ce charmant tableau.
Ti. MrSKE DK POUPKES.
I.t' iiiaiiii^i' Si' lil Mil luoi^ après; les l'èli'- cnrciil liru an
rliàlcaii; Ions !.■> i:rii> du lîassi^ny y riiiriil cuhn !.'■■>.
\j' iiiiiiiliii (le la Id'lli' iiifiiiii'-rc resta sa |ii(i|irii''l(''. j^iTt'-c
par ses (-otisiii^. loiil le hit' iiioiilii lui lnii|(iiii's hkhiIu |i()|||-
lieli.
Puis les coiisiiis se niariéieiil . Ij' iiioiiliii. (|iii .'lail \ieii\,
lui (li'liiiil par un uraiie. mais la l(''i;('iitle de la lielle iiieiiiiiè|-e
es| i('s|(M' dans la iiuMiioire des liahilaiiU du r>a>->imi\ (pii la
coiileiil nicoi'c a I lieiire du icpos dt' midi. Ifs i^rands jours
de la moisson ! |']||i' noiis a «'h' ledile pai- une l'Irxe de I Meule
normale de (lliaiinioni on la |)(Mip<'-e a r[r liahillr-e.
CHALONNAISE ET ARDENNAIS
Nos deux poupées champenoises ont été habillées par
les directrices des Ecoles normales de Bar-le-Duc et de
Chàlons.
Les costumes locaux ont disparu parce que la Champagne
a été une terre de luttes contre l'ennemi; les Cosac[ues,
en 1815, y ont laissé des traces aussi terribles c^ue les
Prussiens en 1870. Les vieilles modes ont disparu dans la
tourmente.
Le costume de notre Chàlonnaise est celui d'une aïeule : il
est léger, gracieux, copié avec de vieilles étoiles. Quant à
TArdennais, il ])orte la blouse courte, rigide, lustrée, encore
en usage, mais peu pittoresque.
L'accueil fut très cordial quand nos poupées champenoises
arrivèrent au Musée et furent placées dans la vitrine destinée
aux poupées de l'est de la France.
(( Contez-nous des histoires », dirent de suite les Alsaciennes
désireuses d'entendre le langage si doux de leur France
aimée; la jolie dame de Troyes, coiffée du toquât, et la noble
châtelaine de Chivel supplièrent à leur tour.
Alors le beau gars de Vouziers regarda malicieusement sa
compagne la Chàlonnaise. Tous deux éclatèrent de rire, la
môme pensée venait de traverser leurs petits cerveaux.
78 MUSEE DK l'(i| l'KES.
<| Kli hii'ii ! (Iic('iil-ils cii-rmlili', |iiii^i|iii' Ir^ iiiimIiiiiiIps
langues (li>^^lll (|iic <, (]ii;ili('-\ iiii^l-dix-nrnf inuiiloii^ d nu
C.lllimjX'IKiis l'olll ct'lll hrics " '. colllliluli"- cliariiii iiiir IlisluilT
(le l)rlt'S. \(iiis dccidcn'/. la(|iit'llc <r\-,\ la plus iiih-rcs^aiilt'. ft
comme iKtiis aiilics. (lliani|>('iiois. .s(»niini'> do simpli-s, iiwa-
|)al»l(*s de mciilir. nos liisloiics scioiil al)S(duim'iil aiillnii-
liiliK's. It's ('.liain|)('ii(»is n iii\ •'ulciil |ias.
— (-oinmriicc/. donc, i^cnl illc aniir de (',|iàl()ii>.
— Mon liisloirc csl ci'llf d'un |M'rro(|ur| . lil-dlr. Il a\ail
(''It'' ia|i|»oil<'' de (!('\lan à M. \ ir^iiin, (iirt- de Saiiil-AI|Mn.
vers l'année [SXi.
« Mlle Kœnig vous dira que sa grancrmèro et sa mère Ton!
connu, car (dies demouraient en f'ac(> de cette vi(Mlle ('«ilise
dont les vilraiix curieux repri-senlenl au \' sie( le r(''\r(|ue
saint Alpin, a linslanl ou il oblige le l'aroiK lie Attila à
quitter Cliàlons. Ne man(|ue/. pas, si vous |)asse/ pai( lliàlons.
d allei' visilei- Saint-Alpin. I^e pa\('' de l'('glise est l'ornu' de
|»ieri'es lunmlaires couvertes d'inscri|tlions dont une des |ilus
bizarres est celle-ci :
« Tril coni estes ^ teil fumes ?ios; teil corne somes, tril erres
vos. Par amour Deu^ pries por nos et si aies merci de vos.
«■ Tel comme vous êtes, tel fûmes-nous: tel comme nous
sommes, tel serez. Poui* l'amour de Dieu, jU'ie/. pour moi e|
ayez également |)itie de vous. »
<( Le voisinage de celte église soml)re était assez tri>le
1. On sait quelle est Torii^ine de re proverbe populaire qui vise bien plus
ia malice de nos paysans champenois que leur simplicité. La Champagne fut
de tous temps grande productrice de moutons, et ces animaux étaient conduits
autrefois directem<nt à Paris par les routes. Un édit décida (jue ces troupeau.x
lorsqu'ils altciiidraient le rhilTre de cent animaux paieraient un certain
droit de circulation. Dt-slors, les rusés Clianiprnois réiluisirent le chiffre de
leurs troupeaux à (juatrc-vingt-dix-neuf moulons. D'où nouvel arrêté que
quatre-vingt-dix-neuf moutons et le berger les conduisant seraient comptés
pour cent « botes ».
CHALONNAISE ET ARDENNAIS. 79
quand le perroquet arriva à la cure. M, le curé fut distrait de
ses graves pensées par la jolie bête, Psittacus alessandra^
ainsi nommée parce que c'est la première de ce genre qui
Châlonnaise et Ardennais.
vint en Europe et fut donnée au grand Alexandre, roi de
Macédoine. La nouvelle arrivée était fort belle, sa queue très
longue était mêlée de vert et de bleu d'azur. Elle avait une
voix tonnante mais peu criarde qui égayait tout le voisi-
nage.
80 .miîsi:k i)i; i'oupéks.
" Il r>«| hoii (II' ■.!• (lisliJi il <-. (Ii--;iit M. le ciir.'. ^iiiiil .l.sni !••
rt'ruliiiii,! ikIc.
" \ji' |M'|'l'iM|l|rf lui |)|iiri'- MIT |||| |i;ii|| | m' |'r II ( li r : ht |i;itl('
• illarlhr |);ii' iiii*' Il i i liée c II a j II i'| | r (rai::(-iil. Il | la il ici | la i I à
loM> |c> ir|ia-~ (lu ciii"'. -a\ail se lain' (|iiaii(l il li->ail >t»ii l»r(''-
\iair<'. Te |M'iiiM|ih'| nClail |»a>l»aiial, ir'|M'laiil «-aii^ r<'ll<'\ion
!••> |iliraM'> (|ii 1)11 lui a|»|(rriiail . Il im' ii'jH'Iail |»as. il
i<'|MUi(lail a\t'c ('s|»iil. rai>ail lr «■(i(|. l'aiic. h' iimtIi'. le rhirii.
Il' iiKMihHi. \,i'^ |iar<)is>ii'iis df Saiiil-AI|iiii le (•(iiiiiai>-sairiil
Itii'ii r| st'ii aiiiii>ait'iil .
H Si Mil riiraiir ('lail liisir. malado. M. le vwvr lr l'aisail
monirr clic/, lui ci loiilc la i;ailt'- du |M'ri'0(jiic| pa^^ail (lan->
I àiiic (le l ciilaiil .
<^ l)f's aiiiit'cs s Ccoulcrcnl ainsi paisibles, (laii> la turc.
outre M. le ri\Vi\ ses ))aroissions lidclos et son aimable jierii»-
qnot. Mais, In-las! un ji'iif le |icri()(nicl (li>|iaiiil . Hn l'Iail-il
(IcNcim? Tontes les |»ai'()issiennos s'cninrcnl . le clicrclièrenl
en \ain |>en(lanl de l()np:s jonrs. It'S tambours de \il|.' d(»s
cn\ iiini-- aiiiKnicèrcnl la |ieili' (|ii axait l'aile M. le cnn'' de
Saint-AI|iiii. la jnlic bè|e idail bien |>erdne!...
" Six mois se |)as>èrent. on ne |)arlail |»liis du |i('!'ro(|n('t .
(|nand lin joiii. nii Novaiiciir de comme r<e |»as<anl a X. .. petite
xille de la .Maine, eut à lain- cnlc\ er un ( Ion à su tdianssni'e,
il ciilia (lie/ lin cordonnier de la localilT' et s'assit, priant
([hOii lui ri'paràt s;i Itol line.
(« Un perro(|nc| à loiiune (|neno idail dans une cai:e. parlant
si \i\emenl (pi il as-diirdis-ail le -iiM-lidct -«on (lient.
« Tout d lin coup, d une \oi\ ( lair(ninaiite tre< nette, il
cria : « .ra|(parlieii> à \ iriiiiin. cnr(' de Sainl-.VIpin ».
« Le voyageur tourna la t(~'te vers l'oix-aii (pii reprit
(rnnc Noix tonnante : - .rappariions à Nir-^nin. cnr('' de
Saint-Alpin >'.
CHALONNAISE ET ARDENNAIS. 8\
(' Mais, fit le voyageur, cet oiseau, comment le possédez-
vous? C'est celui qui fut si cherché de tous côtés, il y a
plusieurs mois. Vite, donnez-le-moi que je le reporte à son
propriétaire. J'ai ma voiture, payez-vous. »
« 11 jeta une pièce de monnaie sur l'établi et emporta la
cage avec l'oiseau. Le cordonnier coupable ne souffla mot.
<( Cocotte, allons vite, cria le voyageur à son cheval en
faisant claquer son fouet, nous portons de la joie à tout
Châlons! Huel Hue! »
« Le perroquet dans sa cage tenait la seconde place de la
banquette du tilbury, à côté du voyageur. Tous deux firent
une entrée triomphale à Chàlons. Le perroquet exalté par
l'air, la locomotion, criait à perdre haleine : « J'appartiens
à Virguin, curé de Saint-iVlpin »,
(( Tous les enfants sortant des écoles suivirent la voiture,
mais ce fut plus curieux encore quand la voiture tourna
devant le portail de la sombre église; les fenêtres s'ouvrirent
de tous les côtés, les voisins s'approchèrent : «. Comment,
c'est toi! Oi^i étais-tu caché? »
« On courut prévenir M. le curé qui descendit à la hâte
revoir sa gentille perruche. Quelle allégresse! Elle sortit de
sa cage, grimpa sur les épaules, sur la tête blanche du véné-
rable pasteur, elle l'embrassait, battait des ailes.
« Cette histoire vraie fut longtemps, ajouta la gentille
conteuse, redite dans les familjes, à tous les petits enfants
lorsque les parents voulaient leur apprendre leurs noms et
leurs adresses afin qu'ils fussent retrouvés si jamais ils étaient
perdus.
— Jolie, votre histoire, dirent les poupées qui l'avaient
écoutée, très jolie. »
Alors l'Ardennais, redressant s'il était possible, sa haute
taille, commença à son tour :
6
8-2
ML'SKK l>r; l'ori'KKS.
Mon lii^lnirc .•>! |i|ii^ ii'c.'iilr. (;V-|ail fii mai di^
1 a mit''»' ISKG. Mlli' Li-oiida. (T'It-hic (Imiipli'ii^i'. arii\a t'ii
noire l)oiiiii' \illi' (le \oii/ici's a\<'c sa lroii[K' coiiiiHist-r de
(•iiu| sii|n'il)cx lioii^ {\r \ Alla-- : [{(nm'-o. l'iiiicr. Moiili. Sullaii
cl Maloiiik.
H l.f> i('|»i(''^e|||al ioii> aiiiioiic(M^s avec i^iand»' ponipt'
(dUiiiit'iici'rciil t'I liiii'iil acciii'iljics a\<'c un iiih-rèl iiimienst'
jiar It'S spoctaleni's. (|iiaii(l loul d Un conii. Maloiuk, \r |dn>
nia^niliijut' lion de la iiK'nai^ciii'. irlnM- d (dti'ir à sa
domplouso. 11 iH' inan^c pin--, il \\r dorl |dn>. il poii^-M- des
rugissoiiK'iits rlhoN al)l('s. (Jii a-l-il/ ( m- denl malade, nne
molairt' (•aiit''('; ses i-an'es soiil leniMes. il co^mm' sa lè|e sni'
les barreaux di' la ca^c, il (Minne. ses narines Innienl. sa
queue s aj;ile désespéréiiieiil .
<( Mlle I.i''oU(la cl son d(»mplenr Kodolplii- se considlenl,
on apj)elle les denlisles. mais (|ni Nondiail, (|ni |)onriail
soiguer ranimai l'uiieux?
« Cependaiil dans \'on/iei> deineuiail, <•{ denn'iire em'orc
nii \ ('•It'rinaiie renomnit' ponr sa science pidl'oinle. >on
adresse, sa hrasonre e| son amour |iour le-- animaux souf-
lianls, c'est M . Ihacinllie j.alonr.
.. Il \ienl à la UK-na^^erie. e>| pris de |)ilii'' pour la sn|»ei-|)e
](è|e (|ui sonlTrail d un altcès occa-ionut- par la deni carit'c.
M. Lalour prend la rt''--olnl ion d'ai-i'aclier le lendi'inain à
Malouik >a denI malade.
(( Va\ cIVeL le jour suixaiil M. Lahuir \ienl de 1res lionne
heure Noir son clifiiL il a\ail apporli' a\ec lui des insliu-
nienls ^/r/ //or |»our ro|i(''ral imi .
(( Mlle L('-onda. la doni|)leii-M". n"o>ail plu- enirer dans la
cage, parci' (jue Malouik ne la >u|)|Mtrlail |du-. Le daniici'
('■lait immense, daulanl plu- (pie le-(|nalre aulro li(Uis par-
la^caienl la nuMue ea^c. (Ui iiaNail pu ixder Ma louik . Celle
CHALONNAISE ET ARDENNAIS. 83
opération difficile exigea en essais, préparatifs, ruses pour
saisir l'animal, une journée entière, de huit heures du matin
jusqu'à six heures du soir. Enfin les jambes du féroce
animal furent attachées, M. Hyacinthe Latour ouvrit la
gueule du lion et arracha vivement et d'un coup la molaire
douloureuse. Malouik rugit de plus belle, détacha ses liens
par un effort, déchira même la chemise de son sauveur;
mais, se sentant délivrée, la béte intelligente secoua sa
superbe crinière, Malouik redevint le roi des animaux, com-
prit le bien qu'on avait voulu lui faire et se laissa caresser.
Mlle Léonda rentra aussitôt en grâce.
« Le surlendemain, M. Latour revint soigner l'abcès de
l'animal; il profita de l'occasion pour servir de pédicure au
lion, comme l'a écrit à Mlle Kœnig Mme Latour toute fière de
l'exploit de son mari, et il enleva à Malouik une griffe malade.
« Ceci avait lieu exactement le 22 mai de l'année 1889. »
Le conteur se tut, les bravos éclatèrent de tous côtés avec
de nombreux : « Vivent les Champenois! Vive M. Latour!
Vive le perroquet du curé de Saint-Alpin ! »
LA CIIAMI'ACNOI.AISI':
OU LA FÈTi: liKS CONSCHITS
C'était le preinior (limaii<li<' (!•• juin df raiiiit'c IS70,
Tiiimiit sonnait à r(''iilis('. hnidis (|(i un la|ta!;c l'I i an^c de cris.
(If pas cl (le (((iips SI' ra|>|)rocliail <li' \)\\\^ di |ilns de la
(h'incui'c paisible de deux Icnimcs, une |;inle e| sa nièce,
cpii JO'i.f'aienl au IjouI d un pelil \illa^e du .Inra, près de
( iliain|)a^n()le.
La xieilje dame ne doiniail pas, tdie sui\ail le Itruil a\ec
in(piielnde, (pnnid loni d un c(MI|i idje ciui eiilendie IVac-
lurer sa |i(»rle. tdle piil |)eur i(''(dlenienL "d «lia a sa nièce
(pii repd^ait dans la |)iece \ oisine :
>' Marie. Maiie. (piCsI-ce (pie i"eiilend>.'
— Kli bien I lanle. r('|)(nulil liaienienl la jeune lille. \(nis
oul)lie/. i\i)\\c l()uj(Uir>- la IV-le du pa\s? CCsl demain la
Sainle-.lulille cl la Sainl-(Ai-, la l'èle de nos consci'ils, ils
plaiileni à noire porte I imai;e lialnhiellc dr nos >aints.
— Tu as raison Marie, c'est la l'èje. Celle anm'c. l'imaiic
(pi'ils |danleiit à noire |inrle «M-ra Idamlie. car n(dre deuil
est passé. »
C(d te ((Mitume e^-l fort ('traHi^eel l'orl ancieiim'. espaunoje
sans doute : les c(Uiscril^ de rann(''e accro( lient, la \eille de
la l'èle (In ijax--. à toiile> le^ |iortcs, des ima^e>. i:,raii(les
LA CHAMPAGNOLAISE OU LA FETE DES CONSCRITS. 8S
comme des compliments, rouges pour les notables, blanches
pour les autres, noires pour les personnes en deuil, et vertes
La Champagnolaise.
pour les conscrits et les conscriles. Les conscrites ce sont
toutes les jeunes filles ayant l'âge des conscrits, vingt ans.
Les images varient selon les HMcs du pays du Jura. Ici
86
MUSKi; l>i: l'OUPKKS.
l'iiiiîific rt'|)r)''M'iil>' Miinif .liilillc <•! «.(ni lils s;iiiil (",\r. I(»iis
(l<'ii\ m.iilxr^. It»i> (le l:i |M'|sf(iil loii df hidclt'-l icii ;'i Tarsr.
L;i >:iiiili' lii'iil v(i|| l'iil'aiil |iiii' l;i iiiiiiii. cV^I un |H'lil dr
Irois illl^, l'Ile II' |i':^;i|(|i' Ii'IkIi'i'IIH'IiI . |{ii|p|ti|i'/-\ ou- i|lir
I ('nlaiil \<»\;iiil s.i iiifir riii|i|H'i' riiicjjiMiii'iil . >i''lail iiii^ à
|)lrllM'l' --i Inll (|lli' je- lu »ll lli'll II \ a \ a idl I li'ditlllilt' (|r cniaillt'.
l'I (|ii iU ii'li'ii'iil i l'iiraiil ->iir le-. (Ii'urt'-- ilii I liltiiiial . ou le
|iaii\ii' iiiarl\r i'iil lui-i' •■! iiuuinil a I liriiir iiu'iiu'. sous les
\i'U\(li'>a iiU'iT. (|ui tut |M'ii a|)n'- (l(''ca|)il('-('.
Sur I imago, rcnlaiil r-l iiii-|>ii'(|s. saiiilf .liilillc a di'- s.ni-
(lalos, ri Iniis drii\ iiianlii'iil daii> un rliniiiii llniii (|iii It'S
conduit au l'aradis.
Olli' IV'te est pr('par«''0 lonf^^i'iiips à laNaiiri'. ClnHjiH'
conscrit [H'cnd un repas clir/. ( liariiii df srs liituis IVrrfs
(rai'mcs, cl les rcruil a sou tour, rda a lirii I'- diiiianclir. d
est cahiili' de nianirrc ((iH' le di'iiiii'r rcpa- .ii| lieu ;i\aiil la
f.Ho.
l'iii 1 aiiuiM' iSTdctle a\ail r[r axand'i- à caiisi' des roiu>.
<( Les coiiscrils xMit-ils iioiiihri'ux? iiiti'i'roiii'a la taiilf
lors(|iii' II' hriiil cessa à sa porte, alors cpn' les (•(•ii>eri(s si'doi-
gnaienl en (diaiitaiil .
— Oui. lit Marie, il y en a (|nalor/,e. le lils du maire, le lits
du noiaire. deux petits e(tusins à nous. Louis et (!liaile>.
« Ils oui un drapeau |dus heaii eiieore ipie de eoutume. car
M. le maire a donné une coli>alion énorme.
— Tu achèteras demain des gâteaux, lit la lanle. et tu
remonteras de la cave les dei'niére> houleilles de \iu de
|iaille ir'(olti''e> par Ion père.
— ( .(' hou \iu. dit la nièce, comme il de\ienl rare. |e
S(deil nous l)oude ! .)
Dès le matin de ce jour, les promenades liahitiiellcs des
conscrits commencèrent dans li' village, le grand drapeau
LA CHAMPAGNOLAISE OU LA FÊTE DES CONSCRITS. 87
fut porté liiiut par un gars superbe, ainsi qu'un croûton de
pain au bout d'une longue perche.
Croûton est une manière aux conscrits de parler, il
indique leur joli appétit de montagnard, car c'est un pain
entier, toujours le même.
Deux estrades étaient dressées pour le bal des conscrites et
des conscrits.
Le temps était magnifique, tout le village était dehors. La
joie était partout.
Marie était sortie pour voir la fête, acheter les provisions,
voisiner à droite et à gauche, elle s'était même un peu
attardée pour le déjeuner, aussi elle rentra en coup de vent,
elle tenait en main l'image de la porte.
(( Tante Emma, tît-elle a celle-ci qui était assise près d'une
fenêtre, devant une table couverte de livres et d'ouvrages
commencés, tenez, regardez l'image de notre porte qui s'est
détachée d'elle-même. »
La vieille dame pâlit étrangement, prit l'image dorée où
les pointes étaient encores passées, la regarda longtemps,
enleva les petits clous, et dit d'une voix blanche.
« Ma chère Marie, les superstitions, les croyances de nos
parents laissent en notre esprit une hantise contre laquelle
nous nous défendons bien mal, ma mère eût vu dans ce fait
l'annonce d'un grand malheur.
<( Nos saints ne veulent plus nous protéger, aurait-elle dit,
quand leur image tombe de notre porte.
« Cela a eu lieu en effet, murmura la tante Emma,
l'année de l'invasion des Cosaques. »
La dame âgée qui parlait ainsi était une Champagnolaise.
Elle portait le costume de notre poupée, reconstitué à
dessein, à l'Ecole normale de Lons-ie-Saunier, la poupée lui
ressemble. Est-ce un effet du costume?
88 Ml SKK iiK i'(»ri'i:i;s.
y II iiif (If Ixiiili' r\| iT'iiit' ('lail i'''|tii!i(lii >iir ^oii \isa^c. cil»;
;i\iiil (le lii'^ fzi"iiiHl> \"'ii\. mil' |M'lili' ImuiiIh'. do r|it'\cii\
Irrs iil)(tii(l;iiil^ |»;irl;ii:c> de cliiKiiH' i'«i|(' cii ii;illfs S('rr(''es
(|iii luiiiiiaifiil aiilniii' di-^ ((rcillcs ; »dl<' ;i\iiil. t'-laiit jt'iim'.
\\(t>r pour lit (((illiin' dr lu >liiliii' {\c Lillf. drt'ssrti au joiir-
d liiii Mir la plaii' di- la (idiicordc I ii iKHiind I irs ( los cac liail
inaiiijciiaiil >a ixdl*- ( lirNidiiir. un ikimmI \i<df|. Mdoii la iiiDilr
se i't'jui';iuiil aii-dL'Ssus de ^a Iflu.
Ses mains, petites e( Idandies, seinidaiciil disparaîtrez
dans SCS manches, cl loiijuiio (dic porlail, les j<>ur> IÏtIcs,
ce iiicr\ cillciix cl hrillaiil iiioïKdioir i\i' soie, à grands
ramag;es. orm'' diiiic iVaniic aii\ lai-'^es r('scaii.\. (Icliii de la
|K)ii|t<''c CM csl un nioi'ccau.
Dans le j)ays clic ('-lail connue sous le doux nom de la
« Bonne demoiselle ». car elle ne s'était jamais mariée.
Ell(! étail très savante dans les choses de la natuic: idle
connaissait par leurs noms les plus petites bestioles et les
plus petites herbes, elle avait été Félève de son père d'abord,
cl du i^raiid .lussien ensuite, eai' clic a\ait \(''cu longtemps à
Paris.
Lors(]U(dle n^'lail |tas (die/ <dle. les pa\ sans disaieni dans
leur laiiiiagc : <( I^a dcmoisidlc est à I lieibc ».
Elle ('lait aiiiK'c de tout le monde, (diaciin lui devait
rpielque service. Sa nièce était aus>i >a tille adoptive. car
clic l'avait ('levée après la moil de >a xciir.
" Alors, tante Emma, \oii> ci-onc/ à un mauvais signe parce
que l'image de la sainte .lulitte est lomlx'c de notre porte?
— Je ne j)cu\ te dii'c ([uc je crois, dit la dame, mais j ai
peur. »
Elle tenait eu main> un oii\iage de laine, car la savante
('tait aussi une tV-e au travail, et (die coiiliiiua de tirer sa
navette, l'our (bdouinci' I alleiilion de la jeune tille, elle lui
LA CHAMPAGNOLAISE OU LA FÊTE DES CONSCRITS. 89
montra la belle dentelle au filet qu'elle terminait. Marie
resta pensive, la jeunesse est si impressionnable!
Elle reprit plus tard :
« Tante Emma, autrefois une image est tombée de la
porte de votre mère comme aujourd'hui, cette image qu'est-
elle devenue?
— Je vais te la montrer, fit la tante, elle est dans mon
secrétaire. »
La vieille demoiselle se leva, ouvrit un tiroir à secret
comme en comportent presque tous les vieux meubles, et
lira un paquet d'images. Quelques-unes étaient noires car
bien des deuils avaient marqué l'existence de la vieille tante,
le dernier, avait été celui du père de Marie, son frère cadet,
qu'elle avait adoré.
« Tiens, la voilà », fit-elle, après quelques recherches.
Marie l'examina, puis regarda la nouvelle, puis les deux
images juxtaposées devant une vitre, et s'exclama :
« Oh, tante Emma, voyez donc une chose singulière, les
trous laissés par les pointes dans les deux images sont abso-
lument aux mêmes places. »
La vieille demoiselle prit ses lunettes, regarda comme elle
savait regarder, bien attentivement, et dit :
« Oui les mêmes piqûres ici à droite, trois trous ; à gauche
une piqûre suivie de quatre, en bas une déchirure qui a
amené la chute des images.
— Tante Emma, croyez-vous aux génies du foyer?
— Ma mère, en entendant chanter le grillon dans la che-
minée, expliquait son langage, et si le bois crépitait sur les
landiers, elle disait : « C'est une bonne, c'est une mauvaise
nouvelle ».
— Mais vous, tante Emma?
— Moi je pense comme George Sand, je ne nie rien, mais,
90
MUSFJ-; l>K l'ori'KKS.
citiiiiiit' clic, je Miii |i;is \ii (l;iii> ii(i> c|i;iiii|i>. iii (laii> lc>.
c.'i iicidiii'^ (le ii(i-> li(ii>. ni Mil- le i)n>iiill;i i(l de iin> lisicrcs.
ilIK'llll i;|';il|i| Nciieiir. ;uie|||| 1:1 II 1 1 iliie . je || ;ii iiil|liii> e|l|e||(|||
(le |(l|l|l |i;il'|e|'.
-1 Sciilciiiciil il \ il de» c(iïii(idcii(('> >i ('•liantes soii\t'iil
(laii> la \ic. (|ii cl|c-< iiii" iciidciil ir-\eiivc; il \ a une |(''i;ciid<'
de clic/ iidii'- (|iii ne ma jaiiiai> laisx'-e iiidilliTcnlc. il e>|
vrai (lui' ma iennessc a rïr. a\cc la lin de I ciii|dic de .\ajM)-
l<''()n. (oui (■mol idiint'c |»ai' celli' Ic^i'iidc.
— Tanli' l']iiiiiia. (Iilc> celle Ir-Lreiidc.
— (iV'st <Tlle de la |)ciidiilc des sanniei^s de Salin>.
— Oli ! (lil<'S-la-m(»i. "
La \icillc iiiiauc lui i'e|)liee. la iioi!\ clic aussi. i'| le liioir
il secret lui reteinii'.
La lanjc l'cpril sa iia\(dlt', Marie s'assil en taie de >a lahie
avec un ouvi'a^e cl la ((luversation eonlinua.
<( A rt'jKKjue dont je le pai'Ie. quand la sainte imaue
tomlia de la porte de nies parents. les sauniers de Salins
avaient depuis loiii:tenips oliscrvi''. dans un cndi'oil rctir*'-
de la mine, nue colonnade de cristaux an milieu de laipiellc
s'f'levait une espèce d'éj^lise en S(d très traus|>areiit : le-. t(uirs
carrées et le (doidier fort élevés C(Ulser^ aient une >iiite de
lignes 1res rt'iiiilièrcs. Au-dessus du portail on vo\ail un
cadran, on les heures cl les aii:iiillcs immohiles ('laienl
ligurées piU' des liails rouges dus a des inlillralions de fer.
« Les sauniers appelaient cette construction « la pendule
(le sel ».
<( Or. le< siinnicrs (•(Uitaiciit ipie lors de la IV'le du \illage.
à rt''po(|iie iiir'iiie où sain II' .lui il te cl xiiint ( a r ('laienl t(iml)('>
ici. a la p(M'le de mdrc demeure. I horloge de la cal hiMlrale
de s(d de Saliii-> s"('tait l(Uit d un coup nii>e a tinlci' lugu-
brement.
LA CHAMPAGNOLAISE OU LA FETE DES CONSCRITS. 91
« Deux jours après, rennemi pénétrait dans nos villages
du Jura.
— Et la cathédrale de sel? dit Marie.
— Elle resta dans la roche, vénérée comme un autel, elle
y est encore, m'a-t-on dit.
— Tu ne pourras jamais, ajouta la tante, enlever cette
croyance de la mémoire de nos vieux sauniers de Salins,
jeunes alors comme je l'étais : ils ont entendu sonner
l'heure fatale, disent-ils. »
Les deux femmes demeurèrent silencieuses, filant, trico-
tant, tandis que leur esprit gardait cette vague terreur, qui
suit les contes fantastiques, mais elles furent distraites par
l'entrée joyeuse des conscrits qui faisaient leur ronde chez
tous les habitants.
Le vin de paille, ce vin couleur de soleil couchant, fut
trouvé exquis, on but à l'amitié, à la patrie, à la douce
gaîté. Hélas!
Ouehfues jours après cette belle journée, un vif émoi se
répandit dans les montagnes du Jura, sur les hauts plateaux,
de Salins à Lons-le-Saunier, de Champagnole à Beaufort, où
la fête des conscrits tombe aussi à la Sainte-Julitte et à la
Saint-Cyr, et où encore l'année dernière la fête a battu son
plein : les sauniers avaient entendu le cadran de la cathé-
drale de Salins sonner douze coups, comme un glas funèbre;
un soir suivant, le ciel s'était éclairé des lueurs sanglantes
d'une aurore boréale.
Le malaise devint général comme celui qui précède
chez les personnes impressionnables, l'annonce d'un grand
orage.
Et subitement la guerre avec l'Allemagne était déclarée,
la même année que l'image de sainte Julitte et saint Cyi-
était tombée de la porte de la « Bonne demoiselle ».
92
MUSKI-; l»i: l'Ol l'KES.
I^a \ifil|c ( !|i;iiii|iiimi(iliii^t' fl >.,i nircr pii'iiait'irnl liMir
maison iMI iUnlMllilllCi'. |iilllili'|r||| de lu Idili-, cnlIlM'It'Hl (Irv
Itiiiidcs [Ktiir li-s l)lt'ss(''s, l'I |iiiil iit'iil il Salin- dit'/ des aiin>.
(julll |i'> (|||;i I le \\\< l'iaii'iil r||<ran;(''S,
Il \ t'iil. a|iifs lr-> (It'iaili-s >aii- iKtiiihif <lr cette piH'iif
liTiiblc. un conihal a iJoIr rnlir les l'iii>«>>it'ns cf 1rs |-'ran-
rais. Les Franrais cnicnl le «Irssoiis. n»ai> li-s inoiitap;nar(ls
jurassions |)i'ir(Mil leur icNancIn' à Salin-. I*(isl('s snr l»'-
doux cotes de la nioiila^nc (|iii'l<|nrs Joni> ajnrs. ils lia<dit'rfnl
los onnomis. (Vi-iail en jan\i"'r ISTI.
La virillf Clianipaiiuolaiso fut st-partM- de >a nit'cr pi-n-
danl CCS lii'un's iillVoiiscs ; cliosc ("Iran^f (tn ne la ic\il |iln-.
<Jnc|(|ncs \icn\ sauniers direni jdus lard, avdir apercn
cejx'inlanl I (nnhre de la " Bonne demoiselle ■■ errer dans les
galeries de la mine de Salins, elle «dail coiJlV'c de son IxniiH'l
(le Chanijta^iiolaise, le n(j'iMl de rnhan \i(dc| croisé sur la
tcto, ses peliles mains blanches |>res(|iie cacln'Os dans ses
nian(dics, (d le liiliii «'clalani de conlem's. si soyux, cl -i
beau avec sa frange madrilène aux lar^^es it'seaux.
Tronlo-cin([ ans se sont passés depuis le combat j)i'ès do
Dôlc, Ions les \ien\ sauniers sont niorls; la l'èli' des conscrils
coni iniieia-l-idli' encoie dèlre (d»ser\t''e mainlenaiil (|n il
u \ a |tlus de lira^e an sori? Il e-l bon <le recneillir les sou-
V(!nirs de ntdie |(ays; nous n'uiercions Mme la diretirice de
rÉcole noiinali- de Lons-le-Sannier de nous aNoir doiint' la
|)(»upée ( liampa^nolaise.
MATELOT ET MATELOTE DE BERCK-SUR-MER
Jéresse, la matelote berckoise, est une vaillante femme :
avec ses voisines, matelotes comme elle, elle est allée dès le
petit jour, la marée l'exigeait ainsi, dans la baie de l'Authie,
et à l'aide d'une petite pelle à long manche, elle cherche dans
le sable mouillé les vers qui doivent former l'appât pour la
pêche de son homme, Michel.
Sans compter sa fatigue, car il y a plusieurs lieues à
parcourir pour cette récolte, Jéresse rentre au logis, à Berck-
Ville.
La petite maison est basse, au sol de terre, mais bien
propre, car les murs sont tous les ans badigeonnés k la chaux
bleuie.
C'est l'heure du repas; elle fait cuire dans une marmite
du poisson bouilli, des pommes de terre, unique nourriture
des matelots, et donne à manger aux enfants; puis elle met
de l'ordre et se hâte ensuite de préparer des centaines de
mètres de lignes à l'aide de petits hameçons amorcés tous
les dix centimètres avec les vers recueillis à l'Authie, et
auxquels elle fait subir une certaine préparation.
C'est le seul temps où Jéresse reste assise. Les lignes
préparées, elle les met dans des corbeilles à deux anses
appelées mannes et qu'elle porte, comme vous le pouvez voir,
94 MISKK DK l'OI l'KES.
>iir lt' (lus à liiidr (I mic coiniuif (|iii lui Iihm'im' h'^ Iti'as cl
lii |Miilrini>.
lliiiM' .It'pesso! s;i iiiisr |iil Idrt'Mjiit' n'csl pas basre sur la
(•n(|iii'| Inic. Mi;iis >\\i I iililili-. T(Mis ses \ fMt'inonts roiiniH'
ceux de son lioniuit' nul Icm- imIsou (rrln- ni hml (\ui' li-^ii
et faeon. d le di'-liiil ne --iiiiiail \nii^ r-lic iiidill'i'inil.
l'^llr a iiii"' - Il iiiix' " fil llaiiflli' di- roldii de coiilciii-. a
luunclics luii^iji'S, iiioiilaiilc d hii'ii m'iti'i- an cuii pai- iiii'-
coulisse. Dessus, idlc rcNrj smi |ii'iiici|>al \r|ciiiriil , lr/>/V7/o//
à pouili's ri il jïhnujiir. ('"csi-à-din' une jii|»'' •■! un l'orsaf^c
sans niaii(lif> m Irrs licaii iiKdli'Ioii l'oii^c La jn|ii' roriin?
de iiDinlncnx \\\'\^ a la Jailli'. (|iii an^niciiliMil ciicon' sa
riduiidili- ; la inrcc [daci'c di'irirrc, la |daii(|ni' d It'S di'ux
pointes soiil le drinicr cii de la mode, disent en souriant
les baigneurs, mais la M-rili- c'esl (|iril> raeililenl |e> eiijam-
Ihm's de la mal(d(de. I!e|(e sorje de i(d)e ie\ienl an inoin<
à \ in^l-(in(| lianes.
i^a maiidolc passe dessus un .iu|»()n en loile l»leu sui' hieu
dil i/arilii'u.
Le (janhoi ej \r pirlion sarrèleiil à mi-jamhe. \x ijnidiru
a nii |)li ('■lionne l'ail a\ee la main el loiil aiiloiir.
.It'resse II oublie pa> de piciidre sa lafiie poilie de laine
donbli'e daii^ la(|nelle tdie ea(lie ses nioulles, ses (jarlicrs
( jari'elièi'esj et ses liouzciles.
Llle par! de Rei-cU-N'ille pom- iler(k-ria,:.;e. jambes nne>.
pieds lins; il \ a deii\ kiloiiielie- l'I demi. Il e^| \r;ii (pu- la
plaide de lleick. (pii a eiiK] belles d('lendiii'. esl mer\eilleuse :
elle ne pi(''seii|e ni lin Iroii. ni lin ^ale|. (."ev| lin lapis de
sable ab--(dniiienl uni. ^ i-leiidanl m pi'iije ddiiee \er- la mer.
L ail' salin iode (pi (tii \ respire e-l lorlilianl el e\pli(pie
poui"(]U(»i ce lien ("sj ( lidi^i |m)UI' refaire les eunsi il ni ion>
débiles des malades v\ surjonl de- p(dils enranls. Ces pauvres
MATELOT ET MATELOTE DE BERCK-SUR-MER.
95
mignons délicats peuvent en rejDrenant de la santé, s'ébattre
sur cette plage immense sans craindre aucun danger.
Pour les matelots berckois elle a un défaut, elle n'a pas de
Matelot et matelote de Berck.
port pour les barques de pèche, il faut les échouer en plein
sable, le dimanche, qui est le jour de repos très observé, le
seul où le pêcheur vive en famille.
Mais nous sommes en semaine, Jéresse va retrouver la
96 MlSKi: ])]■: V()VVV.ES.
I);ir(|iit' (le <(\i\ lioiiiiiif. liMjiicl lui (l(»iiiifi';i Ir iioi^voii (|ii'il
aura iiMiii-illi. Il |»ri'ii(lia Ifs lii^iics iinii\ cllrinfiil aiintiti-cs,
les vivi'fs |irt''jtai(''s cl il n'|»ail ira .
Connut' Il I ^1' l'ail cf lra\ ail.' ( lli ! c est là (|ii(' la inalrldjc csl
vaillanff; l'ilc i'iiIicim dans la iiK-r jnsiiiià la (•cinliiii' à la
porlt'-f (|r la l)ai(|iic.
Alors sa\c/.-\()iH (•(tiiiiiiciil la lira\r cl (lii^iii' rt'iniiif >'\
prend |)Oiir l'csicr ((tiiN ciiaMc'.' I.llr l»ais<i' sa Jii|h' dr colon
(|iii roniiail un pli. |>iii«- clic ndcNc dans sa ccinliirc sa
/t'/fiisf cl son iiiclnni, cl l'ail le \a-c|-\icnl y\r la ri\c au
l)alcaii.
iMicliol descend aussi de sa harqiie, enlrc dans l'eau, aide
sa femme; son caleeon que vous apercevez sous son gros
panlalon es! fendu de clnupic eôlt' pour rt'coiilcmi'nt de
Teau.
l^ors([ue loul le |toissoii est dans la manne. .Ii-rcssc et
Michel parlent un p<'u des enfants, du temjis. la iirande
pn'occupalioii de joui Injuime de mer, cl ils se diseiil un
coi'dial « an re\oir ».
.It''resse lord alors la pointe d'arrière de sa jupe ^\i' colon
qui est trcnipt-c. elle descend sa liiiiise et son piclion, passe
la pointe essoriM' de la jupe Ideiic dans sa ccinlnn' cl eiililc
(( ses houzettes ».
Ce sont des jambières en laine non tordue (|ni sont d < '^1 in ('cs
à empêcher ses jamhes mouillé(\s de s entamer au contact i\i'
la laine (\\\ pi( hou.
Vous vo\ez coinlticn le husie est pi"oté^«'' : elle ;i un corsage
noir sans maiiclies, à l)as(jucs rondes, en f::ros mollcldn, très
ajust('' anqind 1 lii\ cr elle coud (lc< iiiaiiches « marronnes ».
Va enlin le iiioiiclioir ou licliii ^lis en laine à cai'rcaiix. ci'oist'"
sur la poitrine cl dont on rentre les poinlc>« soii> le corsage
pour empèclicr le \ciil de jouer a\ec (dh'S.
MATELOT ET MATELOTE DE BERCK-SUR-MER. 97
Sur la tête, Jéresse porte le bonnet que vous voyez en
étoffe à pois et qui s'appelle la calipette comme l'ancienne
coiffe des femmes de Caen.
Mais laissons Jéresse retourner chez elle et voyons un peu
Michel dans sa barque. C'est un homme très solide comme
tous les matelots de Berck, large d'épaules. 11 a sur la tète
une casquette à oreilles presque toujours relevées, à moins
qu'il ne fasse un vent à tout rompre.
Vous distinguez sa pipe. Ce n'est pas ainsi qu'il la pose;
nous avons voulu la montrer, il cache le foyer, on n'aperçoit
que le tuyau. Elle est bien jolie, cette petite pipe de poupée!
mais combien dans la réalité cette compagne rend de ser-
vices au matelot. C'est sa distraction, son repos, son rêve!
La vie est si dure sur mer à pêcher le poisson !
Sur sa vareuse, Michel met des vêtements huilés ou cirés,
c'est du calicot à 75 centimes, trempé trois fois dans de
l'huile de lin et séché à l'air, il faut deux ans pour obtenir
ces vêtements.
On en fait des vestes, des surois, des cotillons. Les cotillons
sont des sortes de jupes courtes cousues au milieu et qui se
mettent par-dessus le pantalon et les bottes.
Vous vous demandez pourquoi Michel, que vous ne voyez
pas en vêtements cirés, porte sous son bras cette paille et
et pourquoi il a un bâton à la main.
C'est qu'il est représenté traversant la plage pour se
rendre à son bateau. Une fois dans le bateau, il met ses
bottes énormes, très hautes, en cuir mou pouvant se rabattre,
coûtant 50 francs la paire, et il les bourre avec de la paille
à l'aide de ce petit manche à balai. Cette paille le préserve
du froid et de l'humidité.
Enfin, il a un vêtement fort caractéristique pour le
protéger du mauvais temps quand il rentre chez lui, c'est le
7
98 MUSKE l>K l'OL'PÉKS.
i-iijKil hiaiic. Cil ^i(»N iiKtllfldii, à (Il I» Ile II. (Il i'\ I m il a II I . (If va ni ,
iiii ((l'iir niiiicr >^iii' |t'(|iii'l -«uii iiDiii f^l iiiannn''.
Un inali'IftL l(»iil _iir(''<'' en \ ^'•lt■lll••lll-^ d'iiiii' Ixmiik' (|iiaiil"'',
poric sur lui |iuiif 2()(l l'iaiif^ d lialuU (|iii (liiiciil a |»t'ine
IIIK' SiliSiMl.
(j' |»ri\ rsl hicii ('■lt'\i'' |M>ur cfv |>aii\it's |)iM|iriir>« aii\i|iit'ls
la \ il' «'>^l si |i(''iiil(|t', (|ui ii (Uit pa^ riii\r|- |ilii^ di li oii ;{ Iran es
])a!' SfiiiaiiU' à (li''|n'iis('r (lall>^ iiiu' raiiiillr dr ciini ou >iv
pcrsoiiiirs.
C'est l»i"Mi soiiNciil la luiscir noirr. I.a saison (Tt-li'' est
nu'ill''ur(' : il \ a lo cxlra. la |m'( lie a la crt-vrlLc, lo |iro!ui'-
nados en liar«|Ut' |)our l<'-> iironiciiciirs.
Ces lualtdols un peu Iruslfs. un peu i\\\\>. ««oui dr luasc^^
^■(•iis (pii acc'cplenl !•' lra\ail sans iiiiiriiiiin'r.
C'est (|irils ont |)0U1' eux ce (|ui inaïKjiir à l'oiixiirr des
\illr<. le plein air (|ui dilale la poitrim- «d le cd'ur. (pi'ils
voient toujours une laiiif (dciidih' de ciid. (piiU \i\i'nl daii>
la grande nature (d (jue tout eida doiiiic di- la sanh' id du
bonheur.
Un ni(d pour Icriniiirr : iiou< linons ces di'iix pou|»i''i'>
berckoises de deux iiislil iilriees de Kueil, Mlles l{<don el
Penhoutd, (jui les (Uil fait lialtiller à jleri ls-\ il|c. par
Arniaiide. couturière pour i^ens de mer ej maleloles. e| «pii
nous les oui oll'erles en souvenir tie gu«''ii>(ui> oldeiiiie> la-lia».
à l»t>rek, >ur leurs (dèves. \'(^sl-ce pas là une pen>><''e lou-
clianlel
LA BOURGEOISE DE TOURCOING
Cette Tourquennoise a été photographiée malgré elle, car
il faut bien que vous sachiez qu'en vivant dans le monde
aimable des poupées, on arrive à deviner leurs petites pensées
jamais trop compliquées. Nous avons les coquettes qui font
la roue pour être admirées, puisfles vives, les méridionales,
toujours prêtes à s'en aller, puis les réservées du Nord, des
travailleuses qui n'entendent rien à la vie de repos qu'elles
mènent au Musée.
Notre poupée de Tourcoing est de ce nombre : « Je ne suis
pas élégante, semblait-elle nous murmurer pendant que
nous l'installions sur une selle devant l'appareil photogra-
phique ; choisissez une de mes voisines. Faites le portrait
d'Isabeau de Roubaix, si richement vêtue, dont la robe de
velours bleu à traîne est si coquettement drapée sur son
jupon vert brodé d'or. Vos lectrices me trouveront très ordi-
naire. Je suis petite et grosse. Ma mise est vulgaire, mon
bonnet n'a rien d'artistique. C'est une coiffe sans éclat. »
« Ma petite amie, lui avons-nous répondu, ne savez-vous
pas qu'il faut de tout pour faire uri monde? Si vous n'avez
pas l'air endimanché d'une poupée qui va à la noce, ou qui a
beaucoup de temps à passer à sa toilette, si votre costume
est simpe, il ne nous déplaît pas. Vous êtes l'image de la
7267
100 MUSKE m: l'orPKES.
l)i-;i\<' Iriiiiiif (\r< cili's (In nord di- intln' |i;i\>«. moins it-vcnsc
<jn ii<li\ f. lii nirill.'nic (!<■•- im'-nnjîiTf's, l.i li;i\ .lillrn^f iiiijM'c-
chIiIc dont l;i inai'-on lidnil di- |no|(ir|c. du ^rnil l'xlt'i'ii'nr ;iii
^rcnitT. comiiiiunr conriiucn^i' de >>on niaii. ^on |pi;i^ droit,
son |dns »nr (-(Misril. I.M nirrc iKirlailc (pii donne !•■ nhiUrnr
o\('iu[)lt' à st's t'idanU. (.(unrncnl. \on-- i|iii n'|ni''^"'nl"'/ nn*-
Iradilioii S(''cidaii<' de \t'iln^. de liaxail r\ dhonnenr. Nons
iii' |dairit'/, pas an\ li'c|fnr> de ce ueidil \(diinie/ Ali! «pie
\uiis les connaisse/ peii ! ■■
En offVl. il n'csl rien de pin^ inli-iessanl (|ne riii^loin- de-,
vieilles cilt-s ilaniande-, el de lenrs ni(''nai;éres. Painii relies
(|ni son! resh-es françaises, il en e>>l den\ liii-n inlfTc-^-imlo.
denx cilés scenrs : Tonrcitirm e[ i{oid)ai\, an noid de
Lille.
Klles (''laienl dr-jà connne< an Tno\en à;i:e ponr lenrs
ralnicjnes l'eiioniiiiées de tissn> de hiine diU parnies. >er^es,
fuiiudols, camelandes. e|c.
Les camelots élaienl en poil de < liamean. d (mi lenr nom:
mais comme ces élolTes. pdies pourlanl. (daienl de peu de
durée, il en esl di-iivi' le nn)t camehde. (pu dt'-sii^n»' une
élolTe on nn |)rodnil de manvaise (pialili'.
La prosp<''rilt' de ces den\ \illes. 1res \oi>ines lune de
I anire, i^randissanl ( lia(pie jour, on croil (pie hienhM idles
se c(nd'ondronl . \'A\c> ri\alisenl a\ec jlradlorl en Anulelcrre,
el remporleni par le (|ioi\ des dessins el le> iii\ enl ioii< de la
l'anlaisie.
Il eiilre a Tonrcoini;. aii\ lMiie;in\ de douane, ponr
].").'> millions de IVanc-^ de mar( liandi^-es.
Anlrefois la sa\e||e on laine peii:n(''e t-lad I ransporh'-e de
Tourcoing à |{onl)ai\. el le -.en! iiio\eii de locomotion ('lait
ia brouette.
A certaines lieiiiM^s, do liomnio app(d(''S l»ronetlen\. par
LA BOURGEOISE DE TOURCOING. 101
abréviation broutteux, avaient la charge d'aller de Tourcoing
La bourceoise de Tourcoina-.
à Roubaix et vice versa^ en poussant devant eux le véhicule
caractéristique.
102 MUSKK l»K l'dl PKKS.
(Ict usai;!' Mf-lail |>,is riil iririnrnl almli, il v a mit'
(|iiiii/aiiii' (I a 11 11. ■c^. i;i \ i I |r coin |il a i I <'ii(iiri' (|ii<'li|iii'> hroncl-
h'iix .
I^a lllnlli'l le i'-.| r. •>.(,.,• ri'inhlrllir (Ir 1,1 cili- I n|| |-( jlK'll ridisc
Le- un- fil |(Mll lin nlijrl ( I a U liM 1 1 1' Il I : |Mi||f-|(u||(|l|i'U. \i(|,.-
|M)(|h<. |Mtl|l'(al|l'». le» aill If- >si||M,.|,j,.||( ;| |,,||. ;■, I;, |i,|i_
ciili-fr. m r('|)rlaiil la lfi;fii(lr >iii\aiilr :
1
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La l)roupltc tnun]iH'iuuiise.
« [ M T(»iii(|iiriin(>is \(tiilail ciiIiit a Lillf a\fc iiin- i;aiilo
|»ost''(' en IraNcrs >iii- -a hniiiclh'. La [loili' de la \illi' ii l'Iaiil
|ias assez lai'iir, le lira \ (' lioimiic iif \ il lifii (!•• iiiifii \ (|ih' df
n-lniinicr à Toiinoiiii; a\('c i:aul'' ri liioin'l h'. La. le cniisril
(]<■ iiM'Ilii' >a |)i'rcli(' "'il lonuni'iii' lui lui «lonin'', cf (|iii [iriiiiil
au T(>iii(|iii'iiii(tis (rfiiliiT dans la rapilalc liainand"'. -ans
dilliciilh''. »
l>rs T()iii(|ut'im()is (lu IJruiilli'iix soiil >i lii'i- d a|i|iarlt'iiir
à Iriii' ciL'. ([Il il- \cul<'iil (iiif Ituil le iiKUidt' If -a< lii'. lors-
(juils sorlriil en |U(unfiiadf. daii- lf- fiiNiions. A cfl elfot,
ils finporjfiil aNff fii\ iiiif [iflilf Itroufllf. \\\\ idujou. fl
l()rs(|u ils rt'\ienufiiL lf -uir, il- la jdaiiU'iil cuiiiiiif iiiif llfiir
LA BOURGEOISE DE TOURCOING. 103
sur leur coiffure. Ils ont un journal en patois le Broutteux^
qui se vend à la gare du Nord et sur toute la ligne.
La jolie brouette ornementale que vous voyez ici, est un
porte-cartes. Les armoiries de la ville y sont brodées au fond.
Elles sont d'argent à la croix de sable, chargée de cinq
besans d'or.
L'ÉCdLIKHK IH; l'AIIIS
(It-sl bien elle, riMll'-llll (le l.l Ville, iivec son |ielil .lit'
(lélical. |»leiii (le malice; rllr >,i" rend a la Iti'lle l-lcoje. ('levc'C
coiiiine lin |);ilai> |»(Mii' a hiijer de peliles rnne^, aii\(|iiel!('S
de l)ra\es iii>l ilulrices eiisei<;iieiil les e()iiiiai>~'aii(es liljt'-
raii'es el scieiilili(|iies (|iii ef)in|»osenl le |ie(il Ita^a^e de
riiisliiiclidii |iriinniro.
A li-cole. leiilaiil de l*aris esl ahiib' e(»iiiiiie xui^ I aile
iiialeiindle. \èlii, > il n a pas dliaMU. nom ri -> il ii a |ia> une
iKiiinilnre >nrii>an(e dans son |>elil |ianiei-. l/or^aiii>ali(Hi
|»()nr >>(iii liii-n-idie esl aussi di'dieale (|iii' po^-sihle.
l/iTole a (l(iu/.e (dassos, soil une |)(i|iiilal ion de mille
miellés. ( ilia(|ue (da>se se l'ocounaîl à la (diileiiidiin nilian
(le laine |i;i>>(' di\ ei'semeiil sui' le laldier (If mi'rino> noir.
Les ( lie\ eii\ di- renranl,.Nils sunl courls, sonl en>eri't''S
dans un riihaii lonidiiis propre; s'ils sont lonj^s, ils son! n'Uuis
en une grosse iialje ipii pend siii' le (|()> e| e>t ai-rèli'-e par un
inend. (lelle iialle iiiii(pie dt-^agc comph'lenii'nl la lillelje (In
SOllei de >a eoilllire. I II pelil riA Idaiie ero(die|(' par (die
(''p,aie un peu son e(e-lllllie ail-jere.
(Jlielle dillV'reiice pli'^enle ee||e petite ('•(•olièl'e .incc celli»
d auli'el'ois. il \ a une (piaraiilaine (ranut'es. les eiilants
n <}laienl pa< du loiil jolis, j CnleinU een\ (\i\ pi'U|de. Ils
L'écolière de Paris.
lor,
Ml M.h m. l-nl l'i.l.S
Il ;i \ .lii'iil |»;is ccl air de ih'IIi'Ii- (|iii Ir^ caiacliTisf aiijoiir-
(I II ni : I II \ ^ii'iH' M l'I ail [ta- l'iil n'-c |iar la |ioi|c ilr la iikhIi-vIc
(li'iiii'iii'i' l'aiiiilia II' ni |ia r rrlji' i|i- l'/'culr.
l-i'v. |(clilr< lillf>^ l'Iaii'nl mal lialiillr-rv ; nn"'mt' ci'lli'-. di- la
<la><si' ai-iT |M)ilaii'nl. daii-^ la tlnir >ai^(in. df loiii:- [laiila-
loiis Cil laine, ^"'nildaldfv d"as|M'r| a criix di-^ j^ar<;(ni--. iU
di'srcjidaifnl iiiv(|ii'aii\ l)nM|c(|iiiiiv. {{f^ liuniirlv nuii> on
IdaiM'S (•(Mi\ raii'iil leurs lidcs.
Il II i-M'^le lieiirell^-i'llli'lll ailcillK' Irarc de celle lllise
i,M'(i|eS(jll(' t'I |»e|l xHlilH-e. (ilàcc ail Itoll iiiar( Im' des «'JolIVs
el des \è|efnenl>. la lillellc. cil eiMliaill. l'ail Iniller le-. Il(de<
^iiie> de >cs l>a> ro-es. Ideii^ on ron^e<. >cs jii)>"'S >oiil
conrlos. ses |taiilaloii> >oiil hlains. Sa lè|e niii^noniie reslo
iiiK-, aiis>i ( liatjne malin nii ('on|i de |M'i^nc \ienl a honi de
sa ( lie\ tdnre.
La |»elile l'arisienne. ce^l nii |ie|il èlre seiivilif. inlidli-
ij:enl ej lra\ ailleiii'. |deinc d esprit eomine son l'iere le ^Minin
de I*aris; (die ('^ri'iie de rires iiais toutes ses causeries; elle
est surtout bonne, elle paiia^ei-a son dt'jenner avec une eoni-
jiairne e| saiii'a ajtporler une lleiir eneilMc sur le janlinel de
sa l'enèlre à sa direelriee i|ii elle ad(n'e. (die aime le lii'aii (d
le Ixni. l'eiil-(dre ril-(dle Irop, >e iiioi|iie-l-idle lin |ieii. mai>
ce lr(''Sor de Itoiiiie linnieiir. c Csl. daii> la \ille liixiiense, sa
saii\ei;arde ((Uilre reiivie. Son ojnil (•rili(|ne. (|ni sui^uise
sur loiil. lui nioiilre la \anil('' des (dioses.
r.e n'esl pas isoh'c (piil l'aiil \oir la p(dile (''eoli(''re. mai»
an milieu de se., compagnes, à la >orlie de I ceole. TonI ce
ptdil monde alerle re|)ren(l a lair liliie un eiilrain d(di('ien\.
(In dirait une iiiiee de pierr(ds an sorlirdnn l>iii>>oii. nn-me
cosliiinc soiiilifc. im'iiie \i\aeil(''. même mine ('-x cilh-e. nn^-me
(dVroiilerie. Tout cela iKnirdoiiiie. rit. j;isc, se pemlie I une
sur 1 autre, se raconte mille lii>toires.
L'ECOLIERE de paris. 107
Ces petites filles ont sur leur tête des chapeaux impossibles,
cabossés, cassés, couverts de plumes étiques, de rubans sans
couvurs, de fleurs passées. Ont-ils jamais été neufs?
Ces singulières coiffures, très amusantes, sont à l'arrivée à
l'école placées à des patères, mais y subissent des poussées
qui les brisent, puis les poussières, les chutes, le soleil et la
pluie font le reste.
11 est dans l'année un moment bien pittoresque pour nos
petites écolières, c'est la veille des prix. Dès le matin, elles
vont l'une après l'autre chez les différents coiffeurs de leur
quartier, se faire tourner les cheveux en papillotes, elles
sortent des boutiques, la tête lourde comme un boisseau,
toute sonnante du bruit que font les papiers en grosses boules
autour de leur drôle de petite figure. Ces papillotes, de toutes
les couleurs, échelonnées sur plusieurs rangs, font un
étrange effet.
Le lendemain, l'écolière se vêtira d'une robe blanche,
souvent celle de sa première communion, sa taille sera
entourée d'un ruban de couleur, couleur de sa classe, et tous
ses cheveux retomberont en grosses boucles sur ses épaules.
Quelques-unes seulement rapporteront des prix, car si les
prix sont beaux et bien choisis, ils sont rares, mais les
aînées s'en consolent, elles tiennent dans leurs mains un
parchemin qui vaut bien un prix, c'est le certificat d'études;
les autres ont les dessins qu'elles ont exposés, de beaux
travaux à l'aiguille. On leur a donné une couronne pour
encadrer leur jolie coiffure, puis elles ont vu la cérémonie,
les classes ornées de fleurs en papier, les banquettes cou-
vertes de crépine rouge, il y a eu des discours, et quelle
qu'en soit l'éloquence, la petite écolière aime entendre
discourir comme ses grands-parents, les Gaulois.
C'est fini de l'école pour beaucoup. Notre petite écolière
108 MUSKK l)K l'(H l'KKS.
(Icviciidra |ii'iil-rlii' I oiis rii-rc li;il»ilf d.'Siiiil la(|ii('llf \t'>
plus ^IMIkIi'^ (l.diH-^ > imliiK'iKiil |Miiir l'In- vi-liirs a\rc ('-li''-
jîîinco. lialiilli'i'S ou coilIV-c» |iiir m'> dni^K df IVt. (".'csI iIIc
(jui ( Tt'Cl'il |c> |||(>dc> llnlIN ( l|i'-> llllili'o du lllnlldi' t'IlliiT.
Te II r>t |i;i-> a rcc(d(' (iiTrlIi' a aiiiui-- I li i-loin' de l'ai'l^
mais dans I air aiidnaiil di' l'an-. di'\aiil -i'- iiia^a>>iii>^. -«"^
revues, an I Ifal it.
[>a Parisienne, c esl un ("die dtdile. lueu -un\eiil (aloinniec
par les esprils Mipeilieiels (|u! ne xoiriil d.m- la grande \ille
(|ne I (•euine ajipoi'lee par le eonraiil |)rii\iiieial (Ui «•Iraii^n-r.
car luiil ee(|ni esl inansais arrive à i*ari> pour \ \i\re mieux
('aelit'.
Ce vilain monde n e-,| |)ii> r;iri>.. \ii\ lienies M-rieii>es du
si^'^îe. j*ari-. livn'' a Ini-mi'ine. a niuiilre ce (pi'il \;ilail. le
(pi il (•oiileiiail de \erln (d de coiiraiie. les reiiinie-« du >ie^e.
les f('iilllie> du |ien|di- (illl li»ules (d <• de- ||i'-r(iïlli's!
Mais pardon, pelile (•coliei-e. di'Nixpier en parlant de loi.
^ai rayon de S(deil, \\\\i' iniai^e aus-i lris|r. juime mieux linir
sur nii de les rtdVains d école :
Sonnez chansons, riez beaux yeux.
Battez ô cœur joyeux!
L'ÉLÈVE DE CUISINE
Cela paraît étrange de trouver, au milieu de la foule des
poupées paysannes ou grandes dames du Musée, cette gentille
petite cuisinière si soigneusement habillée, près de ce minus-
cule fourneau à gaz, outillé à merveille.
Ou'est-elle donc?
Elle représente une élève de cuisine de l'école primaire
supérieure de Paris. Edgar-Quinet.
Sur la nappe, au coin, à gauche, vous voyez les initiales
de la maison.
Depuis la création de l'école, M. Driessens y a fait jusqu'à
ce jour un cours de cuisine, et c'était fort intéressant de le
voir, aidé de l'aimable Mme Driessens, donner ses conseils
au jeune auditoire.
Les jeunes filles avaient toutes un tablier à fond blanc,
piqueté de fleurettes. Elles étaient alignées, debout, dans le
réfectoire de l'école devant une immense table et, sous les
ordres du maître, préparaient une omelette au lard, des
rognons sautés, une crème à la vanille, etc. On goûtait ces
mets qu'on trouvait exquis.
Oh! comme M. Driessens était coquet de la tenue de la
cuisine, il voulait qu'elle fût plus soignée que le salon! Lui-
même professait en habit!
HO MLSKK I)i: l'ULPKRS.
Nous parlons mi |)iiss(' ])aiT(' ([iic M. Diicssons ost un pou
Ins f't (juc ci'llr aiiin-i- s<'ra. s;iii> (luiil.'. hi (Ifrnit'n' ilf son
prort'>>orat ; il f>l airiM-a la n'Iiaili'. il fsl (ji-coir'.
Mais aussi, c't'sl (pic («' malin' fii ( iiisino osl (loni)lt' dun
pliilanl lii'opi'.
Tous it's coin^. il lf> a l'aile pour I aiiioiir dr lail coiiiin"'
lai! M. r»oiirlior poiii' la iniisi(pic. haii^ un oïdic d'idri's dillV'-
l'cnl . CCS deux aptMi't's (If I enseignement >aerilienl leiii' \ie
an\ ('colicis. Non senjcmeni M. Dricssens donnait sa peim-.
mais il ap|)ortait à Tt-crde tontes 1 (.-s c 11 oses (pii se cuisinaient ;
l(''<:,nmes. viande, condiments, ai'oiiiatcs.
Il l'aisail daNanla^c
Le joui" de la (lislril)ulion de» |)ii\, ;'i criti' des hcanx livres
dpstin(''S an\ jeniics tilles, on \o\ail snr la laMe. mèl/'es ;in\
conroniics. des casseroles. i\{'> sanlenses, des Ixaiilloires en
cnixrc ('•lincidant , à 1 inti'rienr ('lann''.
(^(''taienl les piix de cuisine donm-s pai" le maître ^^('m''-
reu\.
Nous avons vu des hommes tiès graves, des minisli-es
pr(''sidanl la r(M'(''moni(> solenn(dle. soni'ii-c en iNMViettanl enx-
mèmes lie superhes casseroles anx jennes lauréates.
Le Musée, lui aussi, a de la reconnaissance enxers cet
liomme de iMcn.re petit loiirnean a coiiti' toii Irancs à
M. lli'icssens. (pii la (tll'ert lors de l'I-'Aposition de L\(in. à
la(pi(dle le Musée prit |»art en IS!Mi;il marche au ^a/. ilôt
Itondi- de marmites, de plais dr tontes formes, dt'cumoii'es,
vove/ lien i\ \ mampie; il jail la jdii' cliaipie ji-ndi des
enfants (pii \isiteut le Mus(''c.
Notre petite (llisinjèl'e \ienl de dispuscr axec ai'l des
fruits sur nue tarte; tdie sait comiden de temps son i^àtean
exij^e de cuisson.
Elle sait l»ien des ( liuscs : ('lablir de> menus hou mar( In'',
L'ÉLÈVE DE CUISINE-
111
reconnaître les bons aliments des mauvais, ne pas confondre
le beurre avec l'affreuse margarine.
Certains matins, M. Driessens allait avec ses élèves aux
L'élève de cuisine.
Halies centrales et leur apprenait de visu à choisir le
poisson frais, les fruits mûrs, les légumes frais cueillis, à
reconnaître les viandes, les volailles, etc.
C'est que la cuisine est un art bien nécessaire à savoir;
de la cuisine dépend la santé, de la santé dépend le travail,
la gaîté, et souvent la bonne harmonie des familles.
112 MISKi; DK IHUIPKKS.
Les ('((tlo (II' ciiisiiic s»' ^('iKTiilisciil. Nous connaissons
un»' l'cninic du ^Maiid niiunlf (jui (lislnl)iii' daii^^ Ic^ cam-
pajîiK'S des roiiiiH'iiii \ cl donne, dif-nn-nic. ;in---i i\r<, 1i'çom>
j»i-(»lilal)lcs an\ |ia\saiiiics poiii' l»icn l'aiic cniic Ic-^ aliments
cl ('lalilii' i\rr> incnn^ noniii--.a nl>. a lies lion cotn|dc.
I on les lc> jcnins lil|c>. (|ncl (|nc soil jcnr idal de l'oilnne.
doi\cnl coiinailie les piincipes di' la cnisiin'. lonjcs soiil
a|»|»c|t''cs a t'Iie mamans, il l'anl hien sni\ fillcr hi nonniinre
des ^cnlils hi'lii''^. celle du mail.
II ai'ii\e. Iitdas 1 (|iie|(|nerois di's maladies; |()is(|n on a des
(■on\ a lescenls, ce n'csl |(;|s ||'o|i de I (cil de la maillessr de
maixdl |iolll' \eille|- a ce (|ne ceilnins jielils |da|s s idal»ore|ll
comme il con\ ieni .
La lahie |M'nl l'jie jolie, convcile de llenis el de delilelles.
mais lonle cel le |iom|>e nCsj lien si les me|s soni mauvais.
Ij'S maisons on Ton niante liien de\ienneiil lares; || n eu
t'-lail |tas ainsi auliefois. Au jouid liui. la liàle d en Unir \ile
domine loul. \o\c/. Jcs IimmIis. les ItulVels des soiri'cs. loul
cela esl airoce au poinl de \ue culinaire. A plus l'oi'lc i-aison.
(loil-on rt'a^nr. il l'aul xuiiiier ralimeiilal imi. ('."esl à lahlc
que la famille se réunit, eVsl à lahle (|u'on l'ail li's al1'aii-es,
(juon ciniento les unions, c'est ;i lahle (|u"ou IV-le les uai>-
sances, les aniii\ eisaii'cs des jouis Iieureu\.
(',ro\c/. que Tari culiiiaiie n eni|iè(die uullemeni la l'emnie
dèlre hii'U lenue. \e||e/ \oif au Mn^i'c la loilelle de noire
(•|è\e de cuisine, c es| nn ( ll(d-d (CUN re d (dci^ame el de
couture : la jupe es| d(Uililee de soie ( laire. mais ne s allt'rcra
pas. car la cuisine doil idie in l'pro» lia Ide de propreté.
(!oUUaiss('/-\ (Mis nue a I I ihlde p| lls :Liraeiellse (|Ue celle d une
jeune lille du monde (pii nnd un laldiei- de cuisine el (|ui
fîOÙte au plat (pi elle \ienl di lal)oie|- .' Kieu (pi à la \oir. 1 eau
vient a la hoiK lie.
L ELEVE DE CUISINE. U3
Cette même jeune fille, tout à l'heure après le dîner,
s'assiéra au piano et charmera ses parents par un chant bien
rythmé, ou brodera, sous la lampe, une fine dentelle. On ne
saurait trop applaudir à renseignement raisonné de la cui-
sine dans les écoles et dans les familles; il faut savoir mettre
la main à la pâte, l'art de la cuisine est fort digne; qui ne sait
que Rossini excellait à faire certains plats?
Dans la corbeille de noces de sa fille, une mère spirituelle
et prudente mit, au fond, un minuscule petit livre recouvert
de soie blanche comme un cantique le jour de la première
communion : c'était un délicieux traité de cuisine, édité chez
Hachette et C" et publié sous le titre de la Cuisine des petites
ménagères.
Ne devons-nous pas tous, comme le bonhomme Chrysale,
vivre de bonne soupe?
iMiupKKs \(H{\iAM)Ks m: cakx
i:t m: iîavkix
' Si lu \('|l\ (■lie llclllc||\. \;i riilic (liii-li cl l)ii\t'il\ •. (lil
lin |H()\rrlic iKtriiiiiiKJ . hoiic NdiiLiiil «'In' liciiiriiM'. nous
;i\()iis ;i((uni|»li ce jiclil vova^c, cl ihmI'^ ;i\()n>- i;i[i|iiirli'' li's
|H'I ilc> dciiur» (|ui' \ (lici.
La |)lii- iiKidfsIc ii'|ir('>ciilt' une IViuiik' de C-arn i-n cos-
liiiiic aciiicl: la srcondr. (|ui a rlr accaldi'i' d»- (•(iiii|diiiM'iils
aux <'\|M»>ilio!is de llnui'u rj de raii-s. ol uni' idciiaiili' l'fi-
mit'i'c de r»a\('ii\. ddiil \r lidic Ixnincl in' se |i(>rli' |diis. ri
cCsl itifii dommage.
Les (■(dlVcs Iro liaiilo. >i (dc^anii'^. Ir^ \(iilr>. jciicis <|ui
Nidait'til an /iiuindic -(iiiHIi' d air. les |)a|iill(ins iuiiiirnsos,
en (lentcllc, (|ui scyairnl lrr> Itirn an\ (t|>uli'nlt's .Nor-
mandes, (oui cria a dis|)arii.
Alors la ('(till'iin' de Cafii. ^i lininidc (luidlf soil. nous
parail-i'llc inliTcssanlc |)iii'-(|n idlr u i-vj |i;i-- de la ukkIo,
qu'elli' r>\ cinoi»' nu l\|i('. |i()ilaiil un nom ^juTial : la bon-
nette.
Ijf'S (lai'iiuaiscs doniM'iil aiii^i uni- [trcuNc (!•• uraiid liou
srn>. (If im'uir lr> rmiiin'"- de (iiaiivilli' (]ui |Mirli'!il au-^i uiif
(•t'ilaiiif foilli- oii;4in<i II' aii\ |iaii>- ndi'Ni'-s >u!" la lidi-. .Mais à
pari ers r\ci'|dion< cl le lioniicj y\<- colon (|ui di>-(»araîl
POUPÉES NORMANDES DE CAEN ET DE BAYEUX. H5
également, vous ne trouverez plus les coiffures frautrefois
en Normandie. Bien entendu nous ne [tarions pas des
personnes âgées; il existe encore partout dans notre cher
Femme de Caen el l'ermière de baveux.
pays, de vieilles personnes, restées fidèles au costume de
leur belle jeunesse. On les rencontre aux noces, aux pre-
mières communions, aux grandes expositions, ce qui
explique que tout le monde a raison, et ceux qui disent : «. Il
n'y a plus de costumes en France », et les autres qui
\\c,
Mrsi:K iti: i-ki pkks.
;ijuiil<'iil : ■ l*iinlnii. il \ cii a cncctri' lti'iiiic(»ii|i |t(iiir cfiix
(|iii ^a\ l'iil clit'iclicr l'I \ ((ii- - .
l/c\ (diil i»»n (|iii > l'-^l l'aile daii-- la cuill'iiiT de la ( lat-nnaix',
rsl amii>aMl('.
ApITS It'-^ liaillr>> r|l\(iicr^ (|c (I f|| | r | |c . |;i riMiUnc (|i' (!ai'll
poi'Iail. il \ a (|iiaiaiili' an-- "'iixiioii. la r////pi'//f. xnic dr
Itdiiiii'l aiiii'olc ((imiin' celui de la i'xMiliiiiiia i--e. Ii'iiniii.'
derrière [lai' iiii lar^r iiu'tid de nd)aii. souNenJ (''cossais <'t
doiil les bonis llollairiil >ur le dos, mais laiidi^ (|in' h'
hollliel de lloldoiTMC (Icsct'lld SUT le cotl. le fond de la cali-
[)*'[[{' iiioiilail (d t'iirei'iiiail les (dieveiix. soiileims par un
poigne à la girafe.
Aujounriiiii la bouncllr. vons le voyez. n"a dOii^i^inal <|ni'
cotte sorte de ronronne d ini ^^•^l^l'ap:e spécial, en iiihan de
soie on de colon. (|ni > allai lie a I arrière, à I aide d Un rnhan
on d lin niend de denlelle. In \(donrs imir l'oi-niani seri'e-
|è|e di''|»asse la honnelle (d l'ail Naloii- la denlelle.
A\ec la calipidle a dis|iai'n le lidin à ixndnii' de ca(dieniii'e
an\ voyantes conlenrs; il est reinplaci'' jtar le jriste caraco
(|ni n'a aucnne grâce. IMns de guinijie l)lan( lie. par conséqnenf
|dns y\o lir<delles en velonrs poiif lenir h' lai'i^e laldier.
l'niscpie la Normandie n a j)oinl éle, connue la Bretagne,
tidèle à la tradition de ses costumes anciens, consolons-nous-
en par le son\eiiir. en le^aidanl dan> niie \ihiiie du iiin>t''e,
les Normandie d ani rer(n>.
Notre helle daiiie de ila\eii\ a l'd •'■ lialiilli'-e. coninie la
(!aeiinai>e. par les jeiino lilles de IV-cole de Caen. mais avec
(pnd soin. (|iiidli' ri(die^-«e. (jindle e\aeliliide! jji proxince
on peiil ai lieler. daii^ lo iiia^a>iii>. de> (dojl'es, des liijoux,
dalaiil de ciii(|iianle, >oi\aiile an-. .\ l*aii<. on ne les Iron-
verail nulle pail peiil-èire. car le< iiiaiia>iii- d anlicjuilés
n'ont ([Ile {\rr> ( lioses lrè> aiicienne> nu «1 i'p(»(pies très carac-
POUPEES NORMANDES DE CAEN ET DE BAYEUX. 117
térisées. C'est à ce concours do circonstances que notre
groupe de poupées normandes doit ses qualités d'exactitude.
Les bijoux sont en or, adaptés à la taille de nos petites
personnes, et les étoffes ont enchanté les gros commerçants
Bonnet cauchois et bonnet de Bayeux.
de tissus de la région normande, parce qu'ils y retrou
vaient des types intéressants.
Le bonnet de la fermière est très riche, il est en vraie
valenciennesà bord uni, à réseaux carrés. Voyez aussi la pho-
tographie des deux points de Bayeux qui ornent les jupons,
ils ont été copiés d'après d'anciens modèles de cette dentelle
qui se faisait à Bayeux même.
H8 MUSKK DK IMIII'KKS.
l II'' Icmmt' li'i's «'nitlili'. Mll<' Aiih'IIc r.(.-(|iir|. ;i .'(ril !.•
|i'\l<' (if (li'ii\ iii-t'(ili(i ^iir l;i Nuriii,! iidif '. >cs ii>iii;t'S, ses
(•<)>! iiiiio ; |i;irl,iiil (|i> ((lillcs. cil»' r;i|)|)((rli' li-s iimiit'iiscs
lioiiiit'U ;'i (l('ii\ I \ iir-. (liMil \ui(i (lr-< i'\cni[ih"- : 1 li- lioiuict
tic iiolii' rt'i'iiiii'ii' (!'• I>;ist'ii.\, '!" le lioiiinl Cl m |iui-<.
« (le dcrni»'!'. (lil-cllc fail ('xr('|ili(m ;i\rc \<i\\^ li^ anhcs:
il Si- |M)il;iil (laii> Irs fiix iioii^ di' l)i<'|i|M'. du lliisn'. d V\iditl.
crsl-à-diri' dans le pas >- df Taux .
«( Il se (•((tiiposail . a joMJi'-l-f'IJi'. d une carcasse en soie,
liclicMii'iil lirodfM' d'or (iii d'ar^ciil. (d allcc lai! la l'itiiiic d Un
cùnc ou d'iiiic longue coiiic un |m>ii rccdiirlx'-c. A I i\l n'-inilô
s'aliaidiiricnl les hai'hcs, soii\ciil plissccs cl lii\aiil(''cs,
loiiiiani sa])n|.(|iii rcloinhaicnl nisnilf 'nis(jirà nii-(ni|i<. en
jdnanl auloiii' de la lè|e td des épaules; (pie|(|iier()is nn-tne.
(dies tdaieni assez l<»ii<;ucv pour (Icsccndrc jus(|u au Ita^ de la
lohe. mais alors on les redoid)lail e| on ialla<iiail iesexlrc-
mil(''S à la liauleurdu (liiiiuon. l/eni|doi de la eai'casse. (pii
(dail la pièce principale de la coillure, e| ral>>ence c(unplide
de passe cl de fond, consliluaienl une dilIVii-nce niar(|U(''c
enlie le hoiiucl cau(liois cl les aidies Itonnels noiina nds. ■
lleniar(|UOZ (|ue le honnct de liaycux a. l'ii el1e|. une passe
e| un fond couM'rIs de denlidli". et (pie les liarites uesoul pas
dispox'cs cojninc celles du houmd cauchois. [>es harhes de
C(dui-ci l'csseinhlcn! à un \(iile. tandis (jui' celles du lionutd
de noli'c rerniiece siiiiujenl pluh'd des |)|-ides ll(dlanles. (Tesl
à dessein (|ue nou< a\(Uis plac(''. à c<Me I une de | aulre, ces
deux j(dies eoilles, aliu (pie \o||s puissic/ les C( uii pa rci'. cal'
on les ((Uirond (|Ufd(pi(d'ois.
JAcepIt- les liants l)onii(ds rcssrinldanl à celui de î^»aveu\.
joules les coill'es iiorinaiides sVdoi^neni du l\pe cainliois:
i . ?ioniMmlie illustrée.
POUPEES NORMANDES DE CAEN ET DE BAYEUX.
119
elles n'ont pas de barbes flottantes, mais rigides, tenues tou-
jours par le pied de la dentelle, et simulant des ailes; ou
bien elles sont plissées et tuyautées et tournent autour du
bonnet. Celui-ci se pose droit sur la tête, le fond en haut,
ou s'abaisse plus ou moins jusqu'à prendre quelquefois la
Bords de jupons en point de Bayeux.
direction horizontale. Nous avons un bonnet de Louviers
(Eure), qui se pose ainsi, il s'appelle la, pompe à feu.
Mlle Amélie Bosquet est très intéressante à suivre quand
elle veut donner au bonnet cauchois une origine qu'on ne
lui connaît guère. Il est d'usage de rapporter toutes les
hautes coiffures au hennin du xv' siècle que portait Isa-
beau de Bavière. Mlle Bosquet trouve qu'elles se rappro-
chent davantage d'une coiffe appelée Bourgogne, qu'elle a
vue dans le département de la Manche; elle pense qu'il y a
une analogie entre le bonnet cauchois et celui que portait
Marie de Bourgogne.
A vous de décider la question.
LA I lOKMlKKK BKKIUCIION.N K OU LA FKTK
DLS vi(;m:i{().\s a pl.wciils dans l iNDin-:
C'est mit' mode, on ne vciil [dus hoii'c de vin (laii> (•ci'Iaiiit'S
f'iimillos; ce \iii. (pic la iialiiri' |»i(Mlii,Mit' ^^•'•iii'ii'ii^i'iiirnl au
sol (le l'^raiicc, on raccusc de Ions les nianx. VA (jni l'ail
cela? Les propres enlanls di' nolic lirlic pa\s \i^nolde.
Jadis, nos pères buvaient leriiie, el nous avons la snr nos
«Haji:ères, de g^rands verres sans j)ie(| (jjii leur ('daienl dnn
usa^e journalier, el ou sans doule, ils niellaienl j)lns de \in
que d'eau.
Mais aussi le vin «dail pur. Hn ne le l'alsiliail |ia<. on
n avait j)as tronvt'- {\i'> !)on<piids (diiniitpn's pour >opliisti(pn'i'
avec l)on aspect id hon i^oùt des nn\lure> inlames.
Ces bons vins ont (■oiihiltiit' à créer les eariiclèi'es
d lionmies de notre (lier pa\s. mais (]uel <|in' ^oil Toslra-
cisnie que subit le \iii sur certaines tables, il reste cependant
de nombreuses \ieillr> l'amilles oi'i le vin continue d'ctir la
boisson en usa<;e. ou la ca\c c>t nii eiididit l'especté. oii les
bouteilles (lillerenjes de loinic. sidoii les crus s'alignent a\ec
soin dans des casiei's à (d(''S. cnca|iu( lioiint''> de couleurs
Nai'it'es. on Tàiic des \iii^ e-l iii->i Til. dont on lient nièiiie un
registre, cax e dont le soin e■^t ri'^er\ i' an niaîlre de la maison.
(piehinefois même à la maitrose.
LA FP:RMIÈRE berrichonne. 121
Ces vins sont distribués aux convives avec dévotion les
jours (le fête, baptêmes, première communion, noces d'argent,
Fermière berrichonne.
anniversaires des enfants. Bien que ce ne soit plus l'habitude,
on choque encore, au dessert, les verres à la santé des uns, à^
leur prospérité, au bonheur de tous.
Notre jolie poupée, fermière berrichonne, est un portrait
122
Ml'SEK DK F'OrPKES.
f\;ic| tl mil' rciiiiiic ii'''i' \i\'i'< (I l>>soii(liiii (l;iii> I IihIii-; "-IIi'
porli'. luliiliii' elle. Il- (•(i-hllin-. lie l;i Sil i II iN i IHi'll I , la |V-|i'
(lt'> \ iixiH'ioii^. (!(' «•osliiiiH' ••■^1 l'oil ciiiii'ux. car luiilfs lo
<'l(»ll't'> (loiil il csl rniiiit'" (iiil l'Ii' lil('f> fj li>-,M'sà la main au
jt'iiip^ (lu roi Loui^ \\ I. j'.iif (••-! ((lilVct' du hi'rrijdh', c csl-à-
dii'C du bonncl brrriclmii doiil la lorim' r>| la plus aiicifiiiic.
r/('sl à r(''C(d(' primaii'i' >-u|M''!i«'m(' de (lien ([uc ccllt' jt()U|n''('
a ('il' lialiilli'c a\cc de- ninicMiix dr ers \ icillt'S «Hotîcs, don!
ii(»ii> \t'U(»us (lr |iarli'r. |iar li'< soins de Mmn Rorlias-Fam c
Li' minislt'i'i' de I 'lii>>liii(l ion |iiil)li(|iH- ne lui a\ail pas
adressé de dcmandt' |>cisonntdli' conuni' aii\ dircci ri(<'-
dôcolcs iKU'malrs. mai< Miiu' |{oclias-l''aurc. (|iii In! loiii:l''nips
dans une (''colc dAlir»'!'. a \oiilii imn^ oIVrir rrljr cmii-nM-
paysanne, |ioùr ikmis l^'UioiL^ncr di' son amom* pour noli'e
(l'iiM'c cl du honlicur (piVlJc a d'circ rc\cmic dans la mci'o
pal l'ic. prc-. (les ^icns.
.Nous sommes dune à IMancJie^. en i;raiide l'èle \ ii;neidiine.
à la Sainl-Vineent.
l*our(juoi la Sainl-\ ineeiil . dire/.-\ous .'
C'est (peu la Sainl-N'inccnl,
La siîvc nionlc dans le sarnuMil.
S'il g'tde. elle en il("~i('ii<|.
Un proprictaii'c du pays<pii possède des \ii;nol)les a ailieh-
à Pai'is dans le (piarlier Sainl-Snlj)ice, rue .Madame, un >ainl
\incenl mafinilicpie, en iNoiiiiie coloriée el dor(''e.
T<»ns le> pavsans soiil endiman* Im''> id le> \ieilles mamans
ont -orli de leurs l'-crins leur- itipuix anciens: lonixs pendant
d"oreille>. hro( lies (pii >oul de-, pdiliail» de rauiilje. loni;iie-
(llaille>^ (le c(»u. \ieille- moiilie< ciiiieux'S laisaiil de la
mu>i(]ue, cl Niirloiil ellr- iiiil iiii- jeiir coilVe ancienne de
deiil.dle.
LA FERMIERE BERRICHONNE. 123
Quels souvenirs cette fête leur rappelle! le temps de leur
jeunesse, le mari qui souvent n'est plus, car à Planches comme
ailleurs les veuves sont très nombreuses.
Leurs filles sont habillées à la mode de Paris. C'est regret-
table, mais comment faire comprendre à la jeunesse que leur
taille plus lourde que celle des citadines se prêterait mieux
aux lourds tissus coupés plus largement?
Non, elles veulent être tête nue, ébouriffées, avoir des corps
de guêpe, des jupes collantes et des cols en carton. Elles
supportent d'être gênées, mais la nature ne tient pas compte
de leurs désirs, elles restent villageoises quand même, elles
sont de fortes et belles filles. Le soleil prend soin de poudrer
leur visage de sa chaude poudre d'or, qui vaut bien la poudre
froide et blafarde appelée « de riz » par nos élégantes.
La statue de saint V^incent est portée sur un pavois comme
nos premiers rois mérovingiens, une procession est orga-
nisée, elle part de chez la fermière berrichonne, traverse
le village et se rend à l'église, elle marche au son d'un
biniou.
La messe est dite par le bon curé qui ne manque pas de
prononcer une allocution à ses paroissiens pour remercier
Dieu de ses bienfaits, lui demander une bonne récolte. Il
n'oublie pas de citer Noé, le premier viticulteur, mais il
recommande surtout à ses ouailles de ne pas suivre l'exemple
du patriarche, de boire du vin avec modération, puisque, plus
savants que Noé au moment de ses premiers essais, ils
connaissent le danger du jus de la treille.
A la sortie de l'église, les groupes se forment, on parle du
bal qui doit avoir lieu, à cause de la saison rigoureuse de la
fête, dans une salle prêtée par un habitant.
Cette salle, le soir, est éclairée par des lampes à pétrole,
dissimulées sous des guirlandes de feuilles de vigne découpées
121 MISI'.K l)i: l'(»l l'I.I'.S.
(lilll- (lu l>U '!■ |>il|iii'I' \i'll IIKMI"^»!'. Irxjlli'll.'s rc|ollll)i'||| Mir
It'S i:lilct'S ii\ ce i;i'àc('.
Il \ ;i (If inMiiliri'ii'^i's laiilciin'-- \ «'•ni! ii'iiin's (loccndaiil
(|f< [loiilro saillaiili'-- du |)lalnu(l, (|iii u ••--I |ia- pialnnd du
Idul dan>- I arcc|(| KMi iii:i»un'U>(' du \\\n\ . (lu \ \nil -^u-^iirudu^
dau> li'> luIt'iN al II'- di's |)oulrt'>. ri l(»ujnur> ruuuiila udt'S,
ions les iu-^tiiiuu'uU (|ui »('i\i'ul à la culluir i\r la vi^Uf. à
la fahrif-alKui du \ iu : dt-s jiunit'rs de luulf^ I'miup'-. d»' [ifl il<
luiineauv, do li()lli'>. di'S scrjx's.
L'oi'clioslrc est di>|i(»M' sni' un»- oliadi'. il ol rou-lilui' j)ar
di'MX \io|(>ufU\ id un joui'ur dr iMuau'UiiiM'.
On danse sans aiaèl, oti ne Ixdl i^uriT.
Les pai'tMils sont assis sur (\t'> (diaisrs axcc M. !•' .Maiic id
les uolahlt'S du |ia\s: la t'ciaiiii'ic licul eu niaius. car tdir csl
très V(''nér{M\ un l)uu(|ui't df ilt-urs arliliciidlfs. n'ouhlinn^ pas
que nous sommes en jan\ier.
Alors (|nel(|ues ('-rudils rt-cileul des \ers. nos Nieilli--
('am|)a_i;iie> coniidenl heaucouj) de l)ou- \ieu\ (|ui oui l'ail
leurs liumanih's. jolie expicssion (|ui \alail mieux (|ue le<
litres modernes, ils savi'ut encore leui' 'j^vfr e| leur laliii,
comme au sortir du colley', ils |iarlenl des lejes de Ilaci lui-,
du \ieuv Silène, dont le nom n'est plus rappeli' die/ nous
(jue dan- noire llore par de jolis odllets \eiitiu-.
Tandis (pie le- danseurs (''jiais sanimeiil . tout Iremhler It^s
pla ii( lies du par(|UL'l sous leurs louiiles chaussures, en enlevant
liaiii leurs jeunes danseuses, un ancèli'e récite avec émotion
ces \ers criuirijjide :
(( Kvohé! (I(^s ruisseaux de lait. i\i'> ruisseaux de \iu. des
ruisseaux de mitd. nectar i\r> al)eille<. arro- 'lit la tei're. et
I air e-l eiiiNauiiK' de- doux pairiim- de la S\ rie. Ilac( lins.
Ii'naiii une t(U(die de |Mu alliiiiii'e dans une IV-rule. l'auile en
courant, excite le- daiisi's Nauahoiide- ej le- anime par ses
LA FERMIÈRE BERRICHONNE. 125
cris, laissant sa blonde chevelure flotter au gré des vents; en
même temps il fait éclater ses clameurs :
« Courage, courage, Bacchantes, délices du ïmolus, dont
l'or enrichit le Pactole! Chantez Bacchus, au bruit des
tambours retentissants ! Evohé ! célébrez votre dieu Evios par
des cris de joie, par des chants phrygiens, lorsque les doux
sons de la flûte sacrée font entendre des accents sacrés en
accord avec vos courses rapides. A la montagne, à la
montagne! Alors la bacchante joyeuse, semblable au jeune
poulain qui suit sa mère dans les pâturages, bondit, et s'agite
en cadence. »
I.A Ï(M |{ WiiKIJ.K Kl' LA MOUIAISi:
l^a jolie Tniii';iiii;t'lli'. (It'i;;ii;(''i' (l.iii> son loiin'iMii di i:i'os
(le Toiiis. coilIV'c (lu ImmiiicI ciiriiclfii^l i(Hii' de la n\i;ioii. caiiM-
av(;c su iiouncIIc aiiiit' (|u rlli- nciiI ml raiinT a la di-coiiN rilr
(lo (jii('knii'> <ili's (le la (loiicf cl |i()i'li(]iii' Ttniraiin'.
Mme la Nioilaisc ol plus aiii|il''iiii'iil m-Iiic : ikIh' de xtic
gorgo pigeon aii\ rellds loniics, cièpi' de ('.liiin- adiiiiiaMi'-
mont br<)d(''. IVaiige d imr iiicuiiiparalde iicli('S>(' et lioiiiiil
uiagislial.
(lotte soi'le de iiiilre lii^ide se reiicoiil ii' lre-> soum'IiI <'1i
Poiloii. plii> on moins liante. |r.''> (•lendnc à .Mai"an>. (deM'cà
|irendie ion! à l'ail la l'ornii' d Un eaxpie à la Mollie-Sainl-
lléraye.
Elle doit, sous la iiionsstdine. èli'e |)i(pi('e (roi-neiuenls
blancs multiples; dame poupt'-e ne pn-senle pas ces Inodeiie^.
c'est dommage mais si vous vonle/. vous rendre coinide de
cette coiffure, vous en verrez une l'url (uiNiagee an Musée
etimograplii(|ue du TroeadtTO.
Les (lifïerences entre les façons de se cunxiir la |è|e sont
très étranges eiilre deux d('|>ailenienl> aussi \oi>in- (pie la
\ ieiine (d rindre-et-Loire. mais r(deiie/ Itieii ceci : e'ol (pie
la mode de tradition (pii a pas<('' au-des>us des révolutions,
est une (piestion de pi'o\ince e| pas du tout dejd('parlenie!its.
LA TOURANGELLE ET LA NIORTAISE. 12:
En Guyenne et Gascogne toutes les coiffes cartonnées dis-
paraissent, il n'y a plus guère que des foulards.
Mais écoutons nos poupées qui font connaissance :
Tourangelle et Mortaise.
« \^ois-tu, dit la dame Poitevine, en jouant avec sa chaîne
de montre, à l'Exposition de 1900, j'ai obtenu avec d'autres,
jolies comme moi, une médaille d'or, et, dans une splendide
revue, nous avons été comparées à des tleurs de France, au
milieu des moissons scolaires.
— C'est poétiquement dit, répond la Tourangelle. Moi, je
128 MUSI'.K liK IMill'KIS.
n ai aiiciiih' lii^loiir. .le >iii'^ ikt a I IjhIc iKMiiialr dr 'l"oiii-s
(Ml Mine Soiinlilloii. la diii'rl lici-. i n IrHii^fiilr. <|(iiici> d
li(tiiiic, iir cliiTchc jamais (|ii a lain' |miir |r iiiniix.
<< l'Ait' a l'ail (lniiiii>i' Mil Ix'aii cadi'ini ;iii iihim'i' {\t- |)(iii|m'-i>s :
Ions je-. I(ii>|cv (le Iciiium'^ ri'|)n'vi.|ilaiil \r- cdill'.-^ dr j-'iaiicc
|iar le ^raiid aili-^l'' Ininaii^caii h(d|M'iri"'i-.
— rCsl lii'-- hii'ii. iiiai>. on iin' (•(iiidiii>-lii aiii>i?
I*]s-| Il |M)|| IdlllH' !
— Pas du loiil .
— Kdi Iticii I ji' \i'ii\ le faire \ oir d ahord k cnlr Irnildi'
de iioirc d('|iail i-iiK'iil . (rii\rc i\>'< lioniinr-^. Ir». |iii-iiii'- d''
LocIk'sI... )•
l']||<'S ciil lèi'ciil au donjon. (dlc>s t'-laii'iil un |m'Ii Iroj) id*'--
^nnh'S |>oni' dcsicndn' (d nioiilcr Ic^ di';^ii'v moi^i-^ dc-^ loiir^.
le joli crritc de Chine laisail h'aiiic >ni" !•'> iiiai( In-» cl raiiia>-
sail i\i'> ('"pavos do toutes sortes, des Ixnifrrlicr.s, coiunii' on
dil l'ii Toniainc
.\ ini|iorli'. les |ioii|)(''('s ne re^ardaienl pas à leiir^ (iie(U.
(dle«. lexaieiil la |è|e vers le liaiil Ai'> loiii'^. on |ia>->aieiil en
ci'oassaiil (les (|iiaiil il(''> de ( lioiicas, — co sont les |Mdil> cor-
beaux de-- mines. — (dle> lidii\aienl la lianlenr vei-lii;iiieuse.
L'enfei' du hanle ne |)r('>enle lien de |dii> idlVovalde. Toiil
d'nn coiiii. la Toiiiaiiuidle \oil un li( lien \ei|. didieal eoiiiiiie
une deillelle. de»re||dn' elllle |r> |»ie||'ex (1 i >- joi II I .•■-. mai- elle
ne |teiil I al leiiidre. ('-oninieiil l'aire'.' .Naï\ eiiieiij . idle dil an
p;ai"(lien : ■< l*orle/-iiioi ! ■ id (die d(da(lie didiea lenieiil ((die
|tlanle l'raiiile coiiinie du liille. rari>sime. |ioiir I lierlii(,'r de
rilcole iiorniale.
Un arri\e an (^Kdnd on lui enreriiK' un l'oile\iii (•(d('dtre.
Jean de l'oiliers. xd^iieiir de Saiiil-\'a Hier. |»i''re de ItiaiK» de
IN.ilier-.
VA alor-, nos deux |i(dil"-> reillllie--. Illl peu pr(''eie|ises. —
LA TOURANGELLE ET LA NIORTAISE. 129
dame, quand on sort de deux écoles normales! — se rappel-
lent leur littérature moderne, Victor Hugo, et toutes deux
ensemble, sur les degrés, débitent avec gestes ces vers du
Roi s'amuse que le comte de Saint-Vallier adresse à Fran-
çois \" :
Nous avons tous deux au front une couronne
Où nul ne doit lever de regards indiscrets,
Vous de fleurs de lys d'or et moi de cheveux blancs.
Roi, quand un sacrilège ose insulter la vôtre,
C'est vous qui la vengez, c'est Dieu qui venge l'autre.
Le gardien reste ébahi, c'était si étrange, cette scène au
fond de ce terrible donjon.
« Dites-moi, mes mignonnes, fait-il une fois qu'on fut
remonté vers les jardins, vous devez écrire dans les journaux !
Quel esprit vous avez! Ici, il vient des princesses, jamais une
seule ne m'a impressionné comme vous le faites ! »
La Poitevine remercie en secouant un peu ses falbalas, la
Tourangelle sourit.
« Nous allons prendre une calèche, dit-elle, car la Touraine
ne se visite bien qu'en voiture découverte, en allant piano.
On respire ainsi l'air subtil du pays, la poésie si douce des
sites vous envahit, c'est un état délicieux qui tient du rêve!
— Je te remettrai à la frontière de ton département en te
faisant visiter, excepté Chinon, des lieux peu explorés, Bossée,
Manthelan, Sainte-Catherine-de-Fierbois et Richelieu.
— Un pèlerinage de Jeanne d'Arc, à Sainte-Catherine, oh!
tant mieux! dit la Poitevine.
— Oui, mais mon but est double, prenons de la sciure de
bois dans de petites boîtes.
— De la sciure, des boîtes, quoi donc?
— Laisse faire. »
Le temps était doux. Arrivées à Manthelan, elles descen-
no MUSKK ItK l'diPÉKS.
(Ifiil (If Noilnic. I 11 ::i()> \n-^ df -;il»|r. Iihmr toiiiiin' 1m iit'ig^o,
<'-l;iil :iii iiiilii'ii *\r la ithicc
• ((II! lil lu Tdiiiaiiui'lli'. la <'liaiiir l'sl |Hiiir nous. IjiIi'M'
joli cir'iii' (le Cliiiic, iiii'1-.-lf (jaii-- la Noiliin'. d^iiox' aiis^i Ion
<'as(|ni' à uia ndf-- Inidcs. »
La l*oil('\ iiH" (dii'il .
n |{idf\ons nos jn|H's m la\ andicn-s d \ il.'. ;i (| natif |ia I les.
(If \ aiil cr la> df saldc.
H Ma (diiipai^iif fsl l'ollfl " [ifiisail i)i pi'llo la .Niorlaisc
lia Toni'ani;f llf niail : ('/f>l ia\issanl! .If rf\ais i\r
ramasser des ((Kiiiillfs rahiiiifrf>, en \(tilà a lonnifr i\r |dii-
fortes (fies (|nf la mifiiiif ! Tn sais, la Toiiiaiiif ol cidflirf
pour ses l'aliiiis, sahlc ((Miiiillif r (|iii >-fil d fnj::rais; mais.
regarde ces ('()(|uill<'s inlaclfs. vois ce llf de licif use (do(lifllf
avec ses rangées de |»frlfs. ("/est la Tiirrilrllu hirtirinula .
Oind joli nom !
— Oui, il sonne agi'f'ablemenl. ii''|)ondit la l*oile\ine.
— Jîegartie celte volute, ce cardium. est-ce drdi<ieu\ di"
forme?
<i Vois-tu, la miT a eouverl la Touraine an temps lointain
et toutes ces cO(|uilles riiahilaieiil . Hnel monde! (Jiie l,i nature
est helle et varit'i". »
Et la Toniaii;;(dle i'eni|dissait ses boîtes où la <eiuie tenait
lien deinltallai:»'.
i^a |»ou|)<'-e de Nioil s'amusait (''norim-menl .
Cependant tout a une lin. On se rliahilla di^nenieiil fl on
remonta en \oituie pour Saiiite-C.allieiiiie.
L't'glisi" ('tait simple et reiiieillie. Puis à iKuiveaii. lonuiie-
menl. (ui pareouint de liello lonlfs ft on arriva ^iir le tertre
(Ui se dresse la >lal lie de j{, il x- lais devant la \ ne paiKU'aniiipie
de (illilloll !
<( ( )li ! (|lie|li' \ Ile ! s'i-eria la Poitevine,
LA TOURANGELLE ET LA NIORTAISE. 131
— Vois, dit la Tourangelle, c'est, en effet, un paysage
unique : sur la colline, tu suis les ruines de trois châteaux
célèbres; tiens, vois, sur le milieu, c'est là où était la
cheminée sur laquelle s'appuyait le roi, quand Jeanne d'Arc
le reconnut. Ces trois châteaux occupent une demi-lieue
d'étendue.
« Au contre-bas, serpente une rue que nous allons visiter;
puis tu vois la troisième ligne des quais avec leurs maisons
de date récente, et enfin, au bas du paysage, la Vienne qui
va bientôt se perdre dans la Loire. »
La Poitevine admirait.
<( Et, dit-elle, dans notre Vienne limpide se répète le décor
magique que tu viens de m'expliquer!
— Rabelais, né ici, ne se lasse pas de contempler ce spec-
tacle divin », ajouta la Tourangelle.
Dans la rue qui ourlait le bas de la colline, les deux pou-
pées s'engagèrent, mais son étroitesse est telle, que leurs
jupes de soie, avec leur envergure, occupaient presque toute
la largeur.
On dirait être au xv" siècle, quand on parcourt cette rue
aux petites fenêtres plombées, aux petites portes garnies de
curieuses garnitures en fer forgé.
« Est-ce ici, dit la Tourangelle à un vieillard qui passait,
la maison habitée par Henri II?
— Qu'est-ce que ce particulier-là] lit-il, je ne le connais
pas, demandez à la boulangère^ »
Vous pensez si les poupées sourirent. Mais la journée
avançait, il fallait se hâter.
« Cocher, menez-nous à Richelieu! »
Richelieu, c'était la dernière étape.
Le trajet fut long, très long, et tout droit, on aurait cru
aller au bout du monde. Enfin, après avoir parcouru long-
i:<2
MI'SKK liK l'dIPKKS.
|i-iii|)^ lii ('iiiii|i;ii:iii'. un ^c li'(iii\;i Iniil J nu ('(in|i dcsanl imp
^i\\\i' (If l*;il;ii^ io\iil. I illi'l lui >;ii<i^^;inl . I^idirlim. ni- la
\ a lail l'It'Nrr à sr>« IVai^ hmlc nni' \ill«' fiia^nili(|iif. mi<
loii^nr inc (l(inl hnilfs h-^ niai-^on^ >i>nl M'nililalilcs cl so
lit'iiiiiMil . Miinc- lialiiMi-«. niiMncs i:ian(l('^ |hiiI"'v. inrmos
onii'inrnls paihinl. Tonh- cfllr arcliilichin- a ^Mand ail
On ne |i(''nt"'ln' <•! on in- sort de liiclirlirn (|ih' par (!'•-• iioilcs
iHonnincnlalfS.
« Alil (|ii'' (• l'sl hi-'anl sV'criail la i'nilrs im-. nu cioirail
(|n(' <• i'>\ Moli'c Midusinc (|ni. en nn<' nnil. a (li'|»os('' crll'' \illf
(•I('n;aiil<' ici. an milieu dr ctdlc ralnir nalnif! Onidjc nniti-
de coiislinclion 1
(( nucl décor merveilleux I
" Mjiis où-est Louis Xlil et sa cour et les eollei'eltes en
points de Venise?
— (Ili 1 s"<''ci"ia, Kricine, la Poitevine enlli(iii>iasni(''e. (jui
ponnail ramener la mode des rnhans aux ('-paules, les jiour-
poinlsde salin, les grands l'eulresanx |dumes i-elomltanles.
les (''pi-es tiaînanles? ('/('tait le heaii temps! »
Sur celle exclamation, les deux poupées se serrèrent les
mains et se S(''j)arèrenl.
LA MARIÉE D'OLÉRON
Une de nos poupées me rappelle une légende que mon
grand-père se plaisait à nous conter.
il était une fois, dans l'île d'Oléron, une vieille pêcheuse
qui avait fait de sa fille cadette une vraie demoiselle, en ce
sens que jamais elle n'avait voulu que son enfant s'occupât
des soins du ménage, ni travaillât au dehors pour gagner
un salaire.
Imelda ne savait que lire, écrire, broder sur le tulle et
faire des tartes et des galettes.
La vieille pêcheuse et sa fille aînée Bastienne (le père était
mort) gagnaient le pain quotidien, et s'occupaient de l'inté-
rieur, c'étaient de rudes femmes à l'ouvrage.
Pourquoi Imelda ne partageait-elle pas leur labeur?
C'est qu'elle avait été très délicate de santé, étant enfant.
Imelda était regardée par sa mère et sa sœur comme un
de ces jolis oiseaux des îles qu'on garde en cage et qui
charment la maison par leur beauté, leur gaîté et leur chant.
Elle était grande, brune avec le teint blanc, gracieuse et
affable avec tous. Condamnée à la rêverie par le manque
d'activité, elle s'était fait de la vie une idée particulière, où
les fleurs jouaient un grand rôle avec les oiseaux et les bêtes
domestiques.
i:t4 Mrsi:i: nr. l'dii'KKs.
l'Ji lin 1111)1. Iiiii'l(l:i. iiidi'i' |i;ii' (|ii<'li|iii->- Irchircs. lonjuiiis
l('> lllt'ilir-', sur lr> h'^i'lidc^^. |i'> ((ililt'S dr >;i |i|n\ ilicr. Illii'ldii
('l.iil r(Hiiiim'S(|iii'.
Ani\ii Tà^t' di' l;i iiiai'iiT. I»;isl irnih'. ^a so'iii', a\ail
d(''(dan'' itsIit fille d dciiiciiii'i- jnii joiir^ |in'> de sa luri-c,
à la ((iiidilioii île voir liiudda ((Mil larl.'c uih' iiiiioii à -(»ii i:i-(''.
Les parlis se |ir(''ScMl("'f('iil iKiinhrciix [t(»iir iiiu Ida : dans (•«•
monde de |i(Mdi(iiis on >c iiiaiic parce (inOn >«■ |dail : il w \ a
jtas d a!:;('iil. on sail s Cn |iasS('i\
Mais Inndda ne se d('(i(lail pas.
« .le suis des liciirciisc |H'("'s de \oiis. ma linii' nuTc cl ma
hôiinc lias! iciiiit'. di>ail-(dl('. |)oiir(|iioi aiirai^-jc liàlc de \oiis
(|iiill('r? •>
Los joui's passèrcnl .
(.('piMidanl un soir de IV-lc à la NcilliM', aloi> (jnc les lidi>
rcmnics caiisaiciil pr("'s de la glande (diciniiit'c en compaiiuic
de I rois jciiiics lidis de I île, pi"(''l('ndaii I s a la maindliiKdda,
la vieille |K"^'(dieiise inlerxiiil un peu \i\einenl pour decidei'
sa cadetle à < Iioisir un mari.
Iimdda, alors. nde\a son cou d(dical. une [cinle rt)sé(3 se
mollira sur ses joues pâles el (die dil :
« Ma mère, je \eii\ hieii iiie marier, mais à une condilion,
c'esl (jiie je choisirai pour ('■poux le premiei' jeune liomuu'
(pii nrapporlera une IJciir d(Uil je rt~'\e. je lai \ ne |)einle
>ur un li\re dV'ulivc. il \ a l(Uii;[emps, (die/ derniile ma
marraine, je ne lai depui> jamais oul)li(''e. Idie a la l'orme
dune coupe |r(''S liaiile dans hupudle seiail huulx'e la cou-
rolllie d une de IloS >aiule>. C(dle coUr(Ullie polie doU/e
poinles. il me l'aiil c(dlc Heur pour la replanjer r\ la \oii'
lleiirir cliaipie a iim'-e. »
A ce r('cil ('Iraiif;»', le> lroi> jeune- hommes se rei;ard(''reiil .
« ('.(die Heur, dil l'iiii dCiix. c-l-.dlc lleiir de l-'rance'
LA MARIÉE D'OLÉRON. 135
— De France, répondit Imelda, ma marraine me Fa dit.
La mariée d'Oléron.
— Alors rien n'est impossible, nous la chercherons»,
firent-ils; et ils quittèrent la maison de la vicîille pêcheuse
ayant tous les trois le même espoir dans le cœur.
136
MI'SKK |iK rori'KKS.
Les jours Si' siii\ in-iil .
liiK'lilii hrodail l;iiiiliN (|iii' <;i inri'i' ri l!;i>l ii-iiiir conli-
iiuaii-iil leur \ ic (!•' I laxail.
I.o Mois amis. faiiiilitTs de la iiiaixni. aNaii-nl ii'-solii dr
(•|it'r<ln'i' la llt'iir ((HiiuiiiKi'. fliarmi st''|»ar<''iiii'iil . r| d arccji-
tcr li-iii' I l'ioiiipln' on li'iii' didaili' dr hoiiiH' aiiiilii''.
(Jiioi d<' mieux ! il^ icslt-raii'iil rivaux •■! ami>.
Oh'idii ri !(•> îles Noi>iii('S II "l'.x isl a it'ii I |ias aiiliclois. idlcs
lïiisairiil coiits ('N idrmiiifiil axcc la Icnr rciiiic, ce nOl (|ii('
les llols cl les \riils(|iii les ojil di'l ac h (■(•> de la h'raïK'c l'ii
crôaiil dr> dclroils, soiixciil ('IVid\al)li\s a lia\t'r>('i- pour les
l)iil('aiix, Iciiioin ce lt'rril)l(' |)riliii> de .Mauiiiusson, apix'lé la
Mak'-BoiK lit', au Mid d Oh-i'oii.
Un .i<Mi!- (|U»' II' roriiiidaMc di'lroil si'iilriidail a di>laii(i'
et l'aisail dii'i' à la \irilli' ihmIu-uso cl à ses filles: - .Mau-
miisxui iii'o^iie », un de nos j)i'(''lriidaiils iir ciaiiiiiil pas di'
le lra\er>ei- sur une haiMjiie li'^ère.
Il doubla son Ile natale du eôli'' (\i-^ sables moii\aiilset
aborda à l'île de Ib'.
11 son^cail à la Heur demandi'e |iar Imelda. mai^. di-jà
découragé |)ar des reclierclies \ aines, il s"aJ)andonnail aux
mains du liasard.
Axaiil lixi' sa banjue. il m' mil a |»ar(ourir lîle du nord au
sud el arri\ a à la lande.
11 s'assit |)rès de la mer.
Ton! à eoup.asanl lexi' les \eiix au sommet de la mon-
tagne de sable, il \il une -rande Heur (|ui se balaiieail au
M'iit et (|ni éloilait de -^a blam lieiir nacn'e la lande stérile.
<« iiKUi hii'U >'. til-il en eomiuimanl son ('(l'Ui* (|ui battait
à se rompre.
Il distin^Mie de loin la Hiicsm' de la coupe, il ij:ra\it plein
il'i'moi la liauleur, le sable menu glisse sous ses pas. il arrixe.
LA MARIÉE D'OLÉRON. 137
joie, ô surprise, ô ravissement, la fleur embaume, il la
regarde de près, il voit une couronne portant les douze
pointes, disposées deux à deux.
Il ne peut se tromper.
C'est elle, la fleur d'Imelda, la fleur de missel à l'odeur
suave; elle est unique mais d'autres boutons l'entourent
prêts à s'entr'ouvrir.
Après avoir jeté vers le ciel rayonnant de lumière et de
soleil un soupir de joie, il songe à cueillir la fleur si longtemps
cherchée.
Les difficultés commencent, le sable mouvant ne permet
à la fleur précieuse d'éclore au soleil qu'à la condition d'être
fixée très profondément dans le sol ; et c'est au prix de bien
des peines que notre jeune homme, qui craint de briser la
longue tige de la fleur, arrive enfin à découvrir un tubercule
à plusieurs enveloppes qui forme le pied même de la plante.
La voilà dans toute sa longueur, étendue sur la dune. 11
l'enveloppe avec soin avec des herbes marines et la porte
précieusement à la barque où elle ne craindra aucun contact.
Le vent s'est apaisé, notre héros fait le tour de l'île et
revient en Oléron par le terrible Maumusson dont les gro-
gnements ont cessé.
C'est l'heure du souper; il prend la fleur précieuse et la
porte à Imelda.
Imelda demeure un instant silencieuse.
(( C'est bien elle, ditrelle, la fleur rêvée, la fleur du
missel » ; elle la baise pieusement et tend la main au jeune
homme.
Tous deux vont dans le jardin pour remettre la plante
en terre; la vieille pêcheuse et Bastienne sont heureuses.
Il faut creuser très loin, ameublir le sol avec de l'eau,
creuser encore, préparer du sable pour remplacer la terre
i:i8 MUSKK 1)K POUPÉES.
(•(»iii|iii<li' (jiii II'' <()!i\i(iil |);i-> ;i l.i lli-iir <l<'< (Iiiih's. Le lr;i\iiil
est Iniii;. mais, ù siirpiMSt'. ;'i I fiidniil iii'*'iii"' nu ditil (■lie
|ila iili' 11' |iii''cii'ii\ I iilh'i'ciil''. Il' i''iiii(' liniiiiii'' n'iHdiilii' mil'
Intilc ni l'i-r t>l»l(»ii-iii'. liiH'Ida rniixrr ri t-ii liii' un paiclif-
miii ; r"r>l lin IViiiHd de mi^srl >iir Ii'(|ih'I la llriir est peinte
dans toulr sa jaiiclt''. l iH' iii^ci'i|dioii l'sl aii-d<'ss(>us. hiudda
la lil a\ t'c rcciicilli'iiiriil .
. l*(iii!(Hii' II' M'iil di' I ad\ ('r>-il('' cl ji' li'iii|>^ iialliTcnl |»as
volit' Itoiilii'iir, <a<lir/-i'ii li's racines an Iniid {\>' Mille ((cur.
r'csi-à-dirc aimc/-\((n-- hicn ; mais c Csl an stdcil (|iic la llcnr
doit s ('[lanoiiir. c'csi-à-dii'c rende/ liciircux ceux (|ni \(iiis
cnlmireiil. »
Le mai'iai^e cul lieu peu de jemjis api'cs cet ('"M'iicim'iif .
Imeklji était oxactomont vêtue eomme notre p(»u|»<''e; sa
roi)!' l'Iait (Tun mauve 1res lendi'c, elle a\ail un licliu de
hloiide hlamlic cl. sur la lèlc. la ^l'andc cl lar^c coille de
dculelle (|ui csl encore en nsa^c eu Oléron. oimum' de Heurs
(Torano^or posées on pei*;nc;deu\ longues guirlandes de celle
lleiii' iinpliale descendaii'iil le long de son cmsage cl elle
Icnail à la main, cnloun'c d un joli papier dcnlcli'-. une llcnr
de mi>scl «'closc dans le pirdiii malerncl, du pied inème
arracln'' dans les dunes de Ht' par smi l'ponx.
N'diis plaîl-il de sa\oir le muii de celle llcnr? (re>l une
Aniars llid^'c, elle sappcllc le |\s Malliiole. en lalin le
Pancraliiiiii inaritiiniini, c osl-à-diic la lonle-puissaiilc.
LA BELLE AGATHOISE
Le golfe du Lion dessine au sud-est de notre belle France
une courbe gracieuse qui diminue chaque jour sous le recul
de la mer et l'apport des fleuves riverains. Autrefois elle était
marquée par une mer intérieure où évoluaient les tartanes,
sortes de barques plates portant la voile latine attachée à
une longue antenne.
Cette mer intérieure s'est transformée en étangs nombreux
où vivent de jolies familles de plantes d'eau douce et d'eau
salée, en compagnie de nombreux poissons.
Pour les naturalistes, c'est un voyage curieux à faire que
l'exploration de tous ces rivages découpés comilie ceux de la
Grèce antique et qui ont le même ciel lumineux.
La ville d'Agde, d'où vient notre poupée, est située au
milieu de ce golfe célèbre, à l'embouchure de l'Hérault. Elle
est d'origine phocéenne comme Marseille, et son nom grec,
Agatha, signifie Bonne Fortune, parce que c'était près de
son rocher de Briscou, entre le cap d'Agde et la montagne
Saint-Loup que se trouvait « le bon mouillage ».
Mais c'est sous un nom moins gracieux que le Vénitien
Marco Polo, au xuf siècle, la désigne; il l'appelle « la Ville
Noire », Urbs ni(jra\ même il ajoute, on ne sait pourquoi,
« caverne de voleurs ».
liO MUSEK l>K l'(tUPEF-:S.
l 'il l'N rM|iii' (I Aiidi' (|iii iiiiiiiiii l)i';iii(()ii|i ci'l II- \ illr ciiiiriiM',
M^r |{i>ii \ i()\ (If S;iiiil-Siiii()ii. la dr-si^Mir foiniin' iiiif iiiiclcimi'
l'uiiniaiM' (|iii hii'ilail aiil ii'iui^ le |ia\s.
il rt'ciK'illii l(tiii;l i'iu|)-> an coins dr «m'>« ri»iiiili'- (li'> (lt''hris
(!•' Ia\i'. d"' piiTi'i' |M)ii(i'. di' iia^ailf. •'! (!•■ scories en tout
sciid)lal»lcs ;iii\ |)i('ircs du \('Sii\c.
Il a joule ([lie la \ illc exhale iiih' odeiii' de ^(»iifVe a|iiès les
pluies ahoiidaiiles. i.e sailli r'\(M|ue a |ieiil-èl!e e\aiii'it'. il a
|)(nil-(Hre dil \iai: il vi\ait au wm" siècle e| \iiil iiioiirir à
Paris sur I Vm iialaud i(''\(diilioiinaire.
he|iui'- ce loii^ lem|is, la \ille a |)ii (liaiiiier d'aspect,
saïut'liorer coiiime li\i;ièiie. elle n'eu e>t |>as moins
au j(Uird liiii une \ille iioiic e| sonihre xui^^ un ciid di'di-
cieiix.
i\e nous ('Ion nous plus a|)rf's (-(da (|U(\ pour r('a^Mr contre
cette ti'istesse locale, les femmes et les lilles dAi^de soient
tr(''s co(pielles (d In-s pimpantes.
Klles iniileni la nature, (dles appai-aisseiil en (dlel, dans
cette ville j)àlie de la\e td de liasalte. comme les fleurs
hrillaiiles (|ui (''(doseiil eiilre les lissures des id(dieis \olca-
ni(jues.
Noire Ixdie jtoupt'e allire ralleiilioii par sa jj;ràce et la
richesse de sa loilidle. loihdle ionrnalii'i'e cepeiidaiil,
malj;r(î la soie (d les |ierles don! tdie est oru(''e.
La l'oi'nie du ItoiiiKd est cai^K l»''risli(pie. la deiilidie de la
passe se iwdi've en lii\au\ ^iir le soinniel de la lèle. tout
comme la roiilauiic. mai> les (ôli'S doi\enl èlre plais td
ap|)U\(''s sur les ( lie\eu\.
Une po('li([ue b'gende ma rlr conli-e ^ur c-die rii lie poiipr-e
agallioise, je liai pas |)U encore lu M-rilier. car il l'aiidrail
(pie je lu>se à miiiiiil. le jour de Notd, daii> la ^alle du
Mus(''e.
LA BELLE AGATHOISE. 141
r/osi si 1)011 (If croii'P, que j(^ prrfri-o arcrplor sans' examen
la jolie croyance qne voici :
La belle Asathoise.
Pour la fête de Noël on élève dans nos églises une crèche
plus ou moins ornée selon la richesse de la commune ou la
ferveur des habitants.
1 i2 \|| SKI. IH. l'Hl l'I.l.s.
haiis, cciliiim'-. \ill(- du Midi il cxislc une foiiliimi' Itirii
|)<)<''l i(|iir. |,c^ <'iir;iiiK liiiltilh'iil . |Miiir crlli' (••'•i-i'iiKniii'. leurs
cIlèlTS |)(UI|m'm'< iiM'c d(■>^ liiiliil^ UculV. t'I lr>- (lullfui .1 l.'l
crcclic. (',r> iiouju'i'». (ii'diu:iii'<'uii'ul ni'Iuc- ;i I.i |>ii\ «-iiniir,
n'|>r(''St'ulcul If-. Im'ii;!'!'^ t>| les l)i'ii;iTf^ (|ui luicnl Ifs jn-t'iuiors
îidoialruis de rcuiiiul di\ iii.
L»'S lill('llc> miiciil (|in' le |H'lil .lt''>ii- |muiii;i aiu^i se
dislrain' en coiniiaiiuic de leur^ |i(>u|M''r>. r| (|iii' les |)()U|)('?os
scroiil lii'urcusrs d a^^i-lcr aux ((''l'i-nioMirs de I <''iilisr. d'cii-
londl'C les |H('U\ eau! i(|Ui'S. cl de res|iile|- I odeur ^uave de
loncrMis nièh'-e à celle des |jou(|ii('|s e| de> guirlandes.
I*ariiii loidc"^ les |hiu[)(m's qui l'oiil corlèiie au |te|il .h'-siis,
la ci'oyaiico itopulain' assure qu Hue délies est loujoui'S
regard(''0 |»ar reiilanl I)ieu au eou|t >()leiiue| de minuit, cl
qu'clli; de\ieu( alors une sorle dr reli(iue doul la jin'seiice
|)i'id ^liiuM'ir les inaladrs.
Ou l'econnaîl la |i(»u|»t'M' |(rivil(''t:;i(''<' à ci' (|u elle a la h'-lc
a ur(''( )]('"(> d'une lumière ('■iiani;»' au momeiil <»ù !<■ ic^ard du
pclil Ji'SIIS se pose sm- elle. |)ll(''nomèn(' (|ui se r(''|»èle ensuite
tous les ans à l'iioure de minuit, le jour de Xoid.
A racole normale de Montpellier les jeunes insliluli'ices
devaieiij iiahiller une poni>ée |»our le Musi'c [iéda^o;j^i([ue ; la
directrice asait di'sin'' eiivover une Ai^atlioise et la jeune
Dlanclie Mai'tin avait r[r ( liar^^'-e de cet aimaltle lra\ail.
Un auti'e motif avait |i<trl('' sur elle le < lioi\ de la direc-
trice, c'est <pie lllanclie Martin elail une IV-e pour li's travaux
à rai^nille. attendu (pielle idail la tille d une liniicre
di>tinii;uéc (pii faisait di's niei\ eilh's pour le-^ trousseaux de
touti's les riches jeunes tilles de la contri'c.
Blanche axait donc reçu la pou|i(''e (jue \ous xoy/: elle
V(Miait de ( Ih'/ .lumeau. elle «Hait en helle peau hhun lie. très
arlicidi'e td asse/ i^rande.
LA BELLE AGATHOISE. 143
Mais, sur ces entrefaites, la petite sœur de Blanche tomba
malade très gravement, non pas à Agde, mais dans une
commune voisine, à quelques kilomètres.
Blanche demanda un congé à Técole, elle devait en profiter
pour habiller la poupée sous les conseils de sa mère.
Ce ne fut pas très gaînient que les étoffes furent choisies
et coupées. Cependant l'arrivée de Blanche et de la poupée
avaient causé une grande joie à l'enfant. On avait pris pour
la robe des morceaux d'une soie couleur tourterelle qui pro-
venaient d'un costume de la maman.
La veille de Noël la poupée était habillée, mais la petite
sœur de Blanche avait une rechute, la jeune fille alla à
l'église prier Dieu et la bonne Vierge afin d'obtenir la guérison
de la petite Cécile.
La crèche était installée : le petit Jésus reposait sur une
botte de paille dorée à côté d'un bœuf et d'un âne d'une
grosseur appréciable, et qui pouvaient sous un petit mouve-
ment hocher la tête; le bœuf était blanc marqué de roux
comme ceux de la chanson de Paul Dupont, il portait au cou
une grosse clochette suisse, l'âne brun avait d'admirables
oreilles superbement dressées.
Les poupées des enfants de la commune et des environs
étaient déjà installées, tenant en mains une guirlande de
toutes petites roses en papier fin.
L'endroit est célèbre, car l'église est fort antique, c'est un
de ces monuments du moyen âge qui servaient d'église et de
forteresse, on priait dedans, on se battait dessus. Parmi les
poupées il y en avait de bien curieuses, de vieilles datant de
plus de cent années, rappelant les vieilles modes du pays, car
si les costumes semblent ne pas varier, il y a cependant des
modifications que les années accentuent.
Blanche Martin se dit : « Si j'apportais la poupée destinée
1 i 't
MISKK m: l'dll'KI-.S.
ail Miisi'-r. ici ;'i la (rrclir. rllr sera iH'iiilc, ce sera la |»liis
Iti'llc. i'\ (|iii sail ? (|iii sail ? »
l>.l miil (II- .Nni'l. nJ j(i\r||-,. |(a!|(»i||, lui lti''ll lli^lr cIh'/,
l>la!i('lii- Mai! in.
Tandis que li's (•|ii(li('> rii\o\aitMil à Idiilf \(il(''<' hnirs
j(i\t'ii\ caiilldii'-. la (M'iilr (ii-cilc loinhail daii^ iine l'aihlrsso
exlrr-mc l'illi' iif pailail |ilii>. (Irmt'mail !••> \r\\\ clos, lialc-
lanh'. SCS deux pi-lilrs mains (•i<)is(''('s sur sa |)(iilriiii*.
Le duciciii'. (|iii aillait |iii Intincr dcr^ pai'olrs d i'S|)(''raiice,
ne manirt'vlail (|IH' i\i'> signes de pilii'.
I.cs heures parui'ent longuos, assises de chaque cùh' du lit,
les deux pauvr(>s fenunes. la mère el Blanclie, nosaieul se
rerrardec. l/une (Telles se soulevait pour essuyer le front de
renfanl et ("t'-lail loul.
ImiHii le joui' se le\a. La lumièic apporte avec elle on ne
sail (pielle elialeiif l)ien l'a isa II I e (pii \a droil au coMir.
La joiirm'e eependanl se |)assa encore semblable à la iinil.
Vers six liiMires une dame du pa\s eiilra à jteliU p;is. elle
rappoiiail la poiijM'e; Iit'das! la j)ensée de la poupée étail bien
loin.
La (lame dit tout bas : « \ous n'avons pas voulu la g^arder
plus loujLïtemjis pour ([u'il ne lui arii\i' aiieiin accident ».
La belle poupi'c embaumail reiieeiiv e| les fleurs jiai'mi
lesquelles idle a\ail \t''cii enrernu'e à la crèelie. et toute la
chambre en un in>lanl piil une atmioplieic de (lia|H'lle après
le Sîiliil du Saint-Sacreuieiil.
Que se passa-l-il alors?
L'enfant malade, raninn'e sans doiile pai' lair |»ai-fumt'.
ouvril (b'-mesurt-mcnl les \eiix e| murmura :
« l.,a poupt'-e, la poupei' ! "
La dame la (l(''|»osa douceineiil sur son oreiller, rcnlanl se
tourna pour la regarder.
LA BELLE AGATHOISE. 145
« Maman! » dit-elle.
La mère déjà dressée, avait ressenti au cœur un émoi indes-
criptible.
« Ma chérie, tu m'appelles?
— Oui, petite mère, embrasse-moi, ne te fais plus de peine,
ni ma grande Blanche, je sens que je vais guérir. »
Les joues de l'enfant reprenaient une couleur rosée comme
la fleur de l'églantine des bois.
Le médecin arrivait avec sa figure attristée, il resta surpris
sur le seuil de la porte.
« Dieu soit loué, dit-il, Cécile est hors de danger, »
Le lendemain et les jours suivants le mieux fit des progrès
rapides.
Dans tout le pays on cria au miracle. Blanche put retourner
à son Ecole normale à Montpellier, emportant la précieuse
poupée destinée au Musée.
Un des derniers jours de janvier, la petite Cécile se rendit
avec sa mère à la vieille église, sa prière naïve fut touchante,
elle dit : « Petit Jésus, pour que les mamans n'aient jamais
plus de chagrin, permettez que toutes les poupées des petites
filles malades fassent des miracles comme la belle Aga-
thoise! »
10
U: HACIIO
IjCS a\is siml Irt-s |);iiliiii(''> sur I imii'iin'iil (jih' |tn''M'iili' la
vue (le *-<> l)()iili(iiiiiii('. Il |)liiil (iii il (l(''|iliiil. iStiiil di- milii'U.
Mais (|iit'll(' (|ih' soit riiiij>n's>i<)ii (|n il iiis|)in', on If lioiiNf
original loiijours.
Il <'sL en rCIVI. In''> ciiricux. aM'c sa li^iii'c hiùli't' pai' le
Soleil, son accoiil iciiifiil df xt'loiirs si sui^iicusciiit'iil rapit'-rt',
cl la cliai'iic t'iioiiiic (|ii il [loilf. cl sons la(|ucllc il n'a jia< l'air
(le |)|o\cl'.
<Ju('sl-il (loue? ,
Un Jtdclio.
Ce mol ne \ons dit lien. |ieiit-è| re. V\\ llaclio n'ol |m> nn
|)a\saii, il n lialtite pas la raiii|iaiiiie, et ceitendant c fst nn
lioninie aitacdit' à la terre |)ai' le ra|i|M)il et le |dai>ir <|n elle
donne à la cnltiNei'.
I^e |{a(dio est nne >oite de |»ro|iri«''laire. niai< (11111 lopin de
terre, d Une ealiane.
I)ans le midi de la l'ianee. ces soldes de mai>on> rn>ti(jnes,
(■omj)()S(''i's dnne pièce on de deux, s'ap|)tdlent nn mas vers
Marx'ille. nn ludzcl à .Nîmes.
Le |{a( lio. à (•an>e de cela, l'sl (pitd(|nerois (lt''>i^Mi('' sons le
nom de iitdzi'lirr.
I.e dimam lie. comme ton> les jonrs di' la ->cniaine, le
Le Racho.
148 MUSÉE DK POri'KES.
n.iclio. ai'iiii' (II' Iniis SCS iiislrmut'iih df h'av.iil cl diui sac
rempli di- iioiirriliiic. (|iiil le la \ illc. ma i^ |miiii- suii ma/et. a lin
de se rcpostM- du jiaxail di'> (liaiii|)< (|iiil a l'ail (iaii> la
semaine pour nn iiiailii- (pii h- paii-. Il dil ipi il sf repose,
mais ref^arde/-le. il Ikm'Ih-, il sarcle, il M'rm'. il chramlit', il
ratisse, il arro^'. Il rflr\r un pan d»- mur altallu. I.c joui-
avance, il t'coulc le cliani des cigales, du rc\cr>> di^ >a main
il essuie son Ironl. Il soui^c au rclonr: il cueille nu houipud
de llivm, sa llcur t'axorile. il lail un l'a^ol d oli\icr. il ii'unil
ses outils cl rc\ icul \ ers la \ illc.
Tid (pu' NOUS le \o\e/. il \ icul dr pa s>-cr la place dr^ Troi--
Piliers.
Sous son aspcci lusliipu'. le liai lio cache une àme 1res
honnèle. Il esl liou et cordial. Tous le> hommes (pu aiment
les choses de la nature, tous ceux (pii éprou\ent {\u plai>ii'
à s'occuper de tleurs, de eO(|uilles, de pierres, d'oiseaux, ont
des mœuis douces et patientes.
Le Racho aime la terre avec passion pour l'air lihre (]u"il
y respir(\ et parce (ju'il la mène comme il lui con\ient.
C'est comme les enrauts (pion cli('rit |)oui' la peine (|u ils
donnent et d'autant plus (pu* la peine est plus grande.
Vous pensez hien (jiie le Haclu» a nue petite vigne, (ju (die
lui rapporte le \in(|u"il consomme avec sa lamille. (Ir il l'aul
soigner sa \igne, (die lleurit. (die peiM c(tuler. il laid l'atta-
cher, lii (hd'eiidre de ses ennemi>. |»elits et i;rand>.
(In l'ail la \eiidani;(', c Cst une t'(de. (hi im-coII^' Ii' \\u. (ui le
l'ait goûter aux amis, ce sont là des joies très sinijdes. Et sous
le ci(d mer\eilleux du ;;ai Midi, aucune de ces joies (jiii ne soit
accompagiK'c de mu>i(|ue. L hojumc, >ous le riant soleil,
chante comme l'oiseau!
Toutes les ville> oiit ainsi leiir^ ra( lios. c'esl-à-dire des tra-
vailleurs, des journaliers, (|iii >e i"(''|>andeiit le dimaiK lie dans
LE RACHO. 149
la campagne où ils l'etroiiYont un petit coin de terre qu'ils ont
acheté de leurs maigres économies, sur lesquels ils ont élevé
une petite maisonnette souvent d'un étage, entourée de
quelque petit jardin, qu'ils cultivent avec soin, mais on ne
saurait les reconnaître.
Le Raclîo présente un type local, bien caractérisé; c'est un
ouvrier de la terre qui travaille pour un patron, mais qui
habite Nîmes. Celui-ci a trouvé un chantre pour le fixer dans
la mémoire de ses compatriotes, c'est le fabuliste A. Bigot.
Il semble que la terre nîmoise soit propice aux fabulistes.
Nous lui devons Florian dont le nom gracieux indique tout le
charme tendre de ses vers.
A. Bigot est né à Nîmes en 1825, il est mort en 1897. 11 a
écrit dans le patois de sa ville natale un volume appelé Li
Bourgadieiro, dans lequel il a noté l'idiome des travailleurs,
avec sa rudesse et son harmonie. Ce livre n'est pas traduit;
voici quelques passages d'une chanson délicieuse qu'il con-
tient : c'est la peinture de l'homme des champs, de l'amateur
de terre, du Racho proprement dit, mais puissiez-vous l'en-
tendre un jour par un Nîmois lui-même, dans son patois si
chaud et si imagé.
GANSOUN DI RAGHALAN
LA CHANSON DES RACHALANS
L'aoubo luzis, d'aou, rachalan,
L aube luit. Debout, rachalan,
D'aou! Qu'où yé y'a d'éspigno.
Debout! Au lit point de retard.
La biasso ou col, Vase deuan,
L'âne en avant portant le dîner,
Caminén ver la vigno.
Nous cheminons vers la vigne.
ir.O MISKK DK IMH l'KKS.
//(■/• «'.s frrs. Ion ciel es hcou,
L air c^t Irai-, le ciel est Itcaii,
l'Jt fléman /ilnniirn In-léou.
I)(Miiaiii il |il<'ii\ra pcnl-rlrc.
llKKHAIN :
En eslrifdn la It-ro
Vm (It'cliiranl la lerrc
(lréni(jiièn jxi ni frc ni cdoii.
No craignons ni le l'roiil ni la clialcur.
FA ienf/nén la niisèro
Et tenons la misère
Yun dé nostis ouslaou.
Éloignée (le nos demeures.
f/aouhre din su ficiii/ot d'clison
L'arbre dans son feuillage délé
De longn non f<ù feslo.
Longtemps nous fait fêle,
A'/ // jifisscroun don Bon Dion
Et les oiseaux du l>on I)ieu
Canloun sns noslis leslo ;
Chantent sur nos lôtes;
L'aigo lindo din Ion grès
L'eau claire dans le grès
Bis cl lèn nosle rin f'rès.
Hil el lient noire vin irais
End'is en l'on, sns Ion laoni/e.
Assis avec les cntaiiU sur 1(^ liane,
Ve'gan don tèm dis a'iro ;
Nous veillons au temps des granges;
L'irer, nn fngo d'ouliviê
L'hiver, un fagt)t d'olivier
iS'on caonfo et non esclairn.
Nous ehaulTe et nous éclaire.
Sara antonr dno /io'sconlan
Serrés autour du loyer, nous écoulons
L'aonra i/ué passa en eharjxin.
Le veut ipii pass(> en grondaid.
LE RACHO. 151
On péyis sèn fier dé baya
Au pays nous sommes fiers de donner
Oly, l'in et pan tendre.
De l'huile, du vin et du pain tendre.
Mai s'éro ataqaa,
Mais s'il était attaqué,
Soiiprian bèn lou désfèndre.
Nous saurions bien le défendre.
Contro un fusil chanjarian
Contre un fusil nous changerions
Lou héchar di rachalan!
La bêche des rachalans !
LA Vli:iLLI': CKVKNOLi:
Mlle Sophie lluc nous n ciinov»'. de Nîmes, rdlf ciirii'iiso
poupée avec les armes de la \ille, brodées |)ai' les jeiiiies
filles de son école.
L'origine de ces armes e>l iiin' aneirnne monnaie (|iii jniie
un rôle dans l'hisloire de la vieille Cévenolr. l'oiir ne pas
couper notre petit récit pai- une note, lisez cette explication.
fort originale d'ailleurs, (pii nous l'ail approuver cette
pensée de Gérard de Nerval : « (lonnaîire le blason, c'est
savoir l'histoire de son pays. »
Ce beau crocodile que vous pounie/ prendre jxjur une
larasque, car Nîmes est près de Tarascon, esl bien le croco-
dile du Nil.
Quelques annt'es avant Jésus-Christ, la cité de Nîmes, ou
colonie nîmoise, fit frapper une monnaie (b- bronze (|ui
porte: au droit, la lèle de Marcus Agrippa, et celle ddetaNe.
devenu plus tard lempereur Auguste. Au revers, un croco-
dile attaché à une tige de Palmier et la b'gende COLNLM,
c'est-à-dire Colnnia ncnKnisrftsis, colonie de Nimes.
Octave était le fondateur de la colonie. Agrippa en t'tail
le protecteur. (JnanI au crocodile altacln'' ;iu palmier, il se
trouvait la jiour s\uiboliser la cou(juète de rLgypte a])rès la
LA VIEILLE CÉVENOLE, 153
bataille d'Actiiim, où la flotte d'Octave, commandée par
Agrippa, avait battu Antoine et Gléopàtre.
La vieille Cévenole.
Ces monnaies sont très connues, on en trouve à chaque
instant dans le vieux sol nîmois.
Lorsque François I" visita Nîmes, en 1533, les consuls lui
ir,i MisKK IU-; ror i'i;i;s.
lil't'lif (-,'i(lr;ii| (rilll)- I l'dlK'l ioll rll illl^clll (!<' i il lll|iil 1 1 llt'ii t ri>
Idlllilill (Ir (t'I If \ illc.
On ;i\iiil (>ii la >iiiuiili''i'"' i<I'''' <!'' j'Iini'i' au iiiiliiii ilf
l'art'iir nii |M'lil |)a!iiiiri- aïKjin'l l'-lail allailii- iiii micoilil*'.
l'iaiifois I " I i()ii\ a, sans (Idiilc. ce <r<i((t(lili' a<>f'/. aimisaiil .
il ru (Icmandji 1 o\|)licali()n. d lur«.(|iril a|i|ii'il (|ti(' crtiiit là
\r {yiicd'uno anciomio monnaie dr la ruldiiic ;^Mllr)-r()iiiain(\
il rrsidut de domicr, à la \illc de Mino, lf |ialiiiiir. I«'
crocodile cl la li-^n'iidr (KILMIM.
La con et 'ss ioll ollicirllc lui l'aile jiar Itdires ro\ale> du mois
(le juin M't'Xi.
Al ri\oiis à noire liisloirc
l'"i^Ure/-VOlIS l)ieu (|Ue [e pelil Uloude (|e-> |)oll|i(''eS CSt
comme tous les mondes : un nudaniie de bon et de mauvais;
seulement il faut avouer (ju ici le bon n'a |tas de pnissanles
racines dans le cœur, el (|ue le mauvais ne i('s|i||r d'aiieune
combinaison de respril. Te (jni domine, cCsl la légèi'eté, la
coquetterie jointe à un brin de sollise.
Il arriva donc (|ue b- jour où la \ ieille (li'venole, si sombre,
si sérieuse, lit son entrée au Musée de j)oii|M''es, le joli |)(dil
monde se di'tourna d'tdie. Sous sa coilVe noire, ses iriitiids
yen\ brillaieiil comme (\r> cliarboiis allumés, el faisaient
peur; ses rides prolondes, son leiiil jaune, ajoulaieiil eneoi'e
à FetTroi (''prouxé par ces [)etites personnes l'oses. blaiiebcs.
([ui sourient toujours.
La nuit arriva. Fatiguée du vovage, la jtauvre vieille,
indilVt'reiile aux caquetago de ses voisines, s endormit
débout, comme un oiseau sur >on siijq)ort.
Une cbose amusante se passa alors. Toutes les pejjles
poupées N inreiil lu ne aj)rès Faillie rii-c de la non \ elle \ eiiiie.
<( \'oye/. (j(mc. direnl-elles. ce \ilaiii costume, (jindle robe
épaisse!
LA VIEILLE CÉVENOLE. 15b
— Quels gros sabots !
— Tiens, elle a des chaussettes tricotées sur ses bas.
— Qu'est-ce que ce Saint-Esprit suivi d'une larme?
— A son âge met-on des boucles d'oreilles?
— Oh! qu'elle est laide!
— Quel parapluie! Toute la famille de Noé aurait pu s'y
abriter du déluge. »
Mais voilà que le maraîchin, qui faisait chorus avec ces
dames, riant plus fort qu'elles, aperçut dans la poche du
tablier de soie de la vieille Cévenole, un petit livre relié en
basane, il le sortit avec précaution.
« C'est de l'impression, fit-il, le psautier de la vieille. »
En le feuilletant, il fit tomber trois papiers, il lut le
premier.
Complainte du châtaignier.
« Cévennes, pleines de rochers, hautes, hautes, hautes,
Cévennes, pleines de rochers, faites-nous forts et croyants. »
Le second était une strophe traduite de Bigot, qu'il
déchiffra.
« Vieux psaume de ma grand'mère, fais revivre ses qua-
lités dans ma maison, péchère! A peine elle savait écrire,
mais savait fuir le mal. Des choses que l'homme demande,
je me passerais sans m'inquiéter, si comme elle j'avais les
plus grandes : la justice et la charité. »
« C'est un sermon », fit une petite.
Le dernier papier était une feuille menue toute couverte
d'une écriture fine et légère, le maraîchin lut :
Légende de la vieille Cévenole.
« Oh, lisez-nous cela! » dirent en chœur les petites pou-
pées, curieuses comme des femmes.
156 MIJSKE DE l'OUPKES.
!.<• iiiJir.i îcliiii (li'xrcihlil (le ^(iii i;i\(»ii ;i<>"'/ Ifturdcinnil . ci-
)|iii lil lin- Iniil |i> i;i'()ii|M> |Miili-\iii. d .iiilaiil |ilii^ (|iii' <'<-
|tii\ s;iii i''|);i i- [toili' (Icnirrc ;'i la criiil hit. un rlidii il»' nihaii
roiiiiiic mil- ji'iiiic lillc II coiiimciii-a dans \<' ^ili'iirr al)--(dii :
« ('/('dail dans Ir ->ili' h'cs sansaiic di- .Munoljlcl, «-n pleines
Ci''\f'iin('s. Il" joui- (!•■ \i)r\. I.a \ irillc ( ;.''\ cnnlr. «jnc la persé-
cution a\ail l'allr •^olilaiii-, sajtprrlail ;i sr n-ndic au lifU du
euilc. ('"ol-a-diiT à la T(»ni' de {'ressac. dan> une ^n-idle.liej
endi'oil niNsli-rieiix (dail nouxellenienl eln.ivi. eai' la persé-
c'ulioii était (Ml jileino ri^iuMir.
" La \ieille s't'tait \èlne (diaudemenl . elle a\aii nii^ xm
jupon en indienne lleurie. loiil pi(|Ui''. |iui> elle a\ail pa^-^i- >a
robe de l)iiii' (»rn(''e de trois troiissis ou |di>. app(d<'-s aolsells.
Cette rohe lui (dail < lit-re. cai' son inaii la lui a\ail l'ail li->ser
avec la laine de ses moutons du r,au>se.
« Pendant cpi «die sliahillait, les clo(dics jou'uses ap|)e-
laient à ré^i^lisê les «icns du \illaii-e. Kll<^ (dail triste d'iMi-e
seule, la pauvre; t'eninie. l'allé aurait |)U aus>i aller à li^ulise
pleine de cierges allumés (d de llenrs Itrillantes. oii I enlanl
Jésus, en cire, sur une (i('(lie de Une paille de IVoment.
tendait ses petits l)ras. mais sa nuTe lui a\ail (hume la i(di-
j^ion r(d'oiinée, et (die !;ardail la foi de sa mère.
(( Les derniers app(ds i\i'> ( lo( In-s a\aiit (di' ri''|)(d(''S pai' les
échos (le la uioiitai^ne. la vieille rahallit sou capu(li(in sur
son visage, alin de n être pas recounue, (d (die s «doigna
vivement du \illa;;('. La neige t()ml)ait. La roule idait c(iu-
V(Mde dune (Miate épaisse (\\\\ rendait la mar( lie dillicile. il
l'a lia il t''\iler des ro(diers. Iraxerser des (diàtaigneraies: la
n(dge aNenglanle descendait en pa(pnd> ('iKirmo. il idait
im|)Ossil)le a la pau\re l'eniine dduNiir >on grand paiapluie.
Tout diin coup idie lui pri>e d «dlVoi. (Jui |(|n"un <dail Idolli
pr('s d un arhre. send)lalde a une ^lalue. Mais de plus pr('S
157
LA VIEILLE CÉVENOLE.
elle reconnut un petit berger de la montagne. C'était un
enfant de neuf ans environ; il pleurait.
« Que fais-tu là, mon petit? Pourquoi ne marches-tu pas?
<( — Hier, dit-il, en sanglotant, j'ai entendu dire à la mai-
son qu'il y aurait gros d'argent pour celui qui découvrirait
Les armes de Nîmes.
l'endroit du culte, alors comme nous sommes bien pauvres
chez nous, j'ai voulu chercher le lieu où se réunissent les
Cévenols; je connais bien la montagne, mais j'ai eu froid et
je ne peux plus marcher. »
« La vieille dissimula vivement son petit Saint-Esprit d'or
sous son fichu, puis elle secoua la neige dans laquelle l'en-
fant semblait enseveli. Aucun endroit n'offrait un refuge.
i'>H MISKi; Di; l'nll'KKS.
\'A\(' lui t'iil('\;i st's >-iil)()U (litiil clic pas^ii les al hnlic-. dans
irs ('((rdoiis (le >()i) lalilii'c.
" I'icikU iiiiiii |)aia |iliih' ■■ , lil-i'||r.
- I.l (I lin t'Ilnil l'Ile --(iiili'\a If ^aiiiiii daii^ ><•> i»ra*'. Mlle
ciiN <'|()|i|ia M'v piciU (laii-- Irv ri'li(tii->^i^ de sa rnlie. |iiii^
('(diaill va |Miill'ille >|ir cidle de reuraill. idie |e |(''rliaillla el
lui dil :
« 1)(' (|uel \illa^(' cs-lu'
(( — De Saiiil-llij)|»ol\ le-dii-l'(»rl .
(( — .le \ a i> I \ (•(iiidiiiie, lil-(dle siiii|)|('iiieiil .
(( Nolisèles hieil IxMllie. lliadaïUe, je \ a i> llli' l'aile loul
pelil |KHii- ('■Ire inoiijN loiinl.
« Ndll, lil-elle en le Sollle\aill |)lll> liaill, accn )( Il e-| oi
hiell --ellleiiielll il llia ceinl iile. ».
u l.a l'oiile (dail luii^iie, car il lallail à loiil |(i-i\ ('xiler la
renediitre daiilres (i(''\emil>, el ne |)a> apin'oelier i\[\ lien de
l'ern^^e. de la ^M'otle de l''|-es>ae. l II didoiir tdail in''eev>a iie.
« Lji iHM^c llfurmiseiliciil cessa de lonihef. La \ieille aiii\a
devîiii! 1(^ village (In pelil paire. I^lle sarrèla a leiilri'e pour
lie pas elle recoiiniie. Alors, inellanl le pelil i^areini par
terre, elle lui leiidil ses sabols, puis elle lira de >a poclie une
\ieille pelile [m'-daille en aiiieiil. ranciemie iiKinnaie de
.Nîmes, el (|ni (dail le sii;ne de recoiiiiaiv«^a iice di'< (j''\eiiul>
eiihi' en\, (die la lui (dlril .
(( .le n'ai pa-> d anlre |)ièi'e a le d(»iiiier. dil-e||e. mai'- In
vendras ('(die iin'da il le. (die e>| I rès ancienne. Tu \ w- liien
gaf;n(''(!, paii\re ptdil, en (diendianl le lien du ciille. car le
bon l)ien es| parloni . "
" Elle (Hail bien la-->e. la \ieille prdlesjanle, (piand «die
revint à Moiiobbd ; (die ne pril ipie le leinp> de se dt''^ai?er
de son ^raiid inanlean (d de le jiox'r >iir un sii'i;»' pour le faire
S(''(dier ; (die enle\a ses «^ros sabol^-. pni-. idie >e j(da habillée
LA VIEILLE CÉVENOLE. <59
cur son lit et s'endormit de suite en faisant un rêve divin :
la neige fondait sous ses pas, le ciel était d'azur, un soleil
radieux dorait la montagne, les arbres se couvraient de
feuilles, les bruyères fleurissaient, les oiseaux chantaient et
tous les paysans, devenus des amis, se serraient les mains
d'allégresse.
« Pendant ce temps le petit berger racontait son histoire
touchante et comment il avait dû la vie à une Cévenole, car
on l'avait reconnue à la vieille médaille donnée à l'enfant.
« C'est depuis ce temps, dit la légende, que la persécution
cessa dans ce pays. »
L'histoire était finie, les petites poupées écoutaient encore.
Le maraîchin, sans bruit, remonta sur son rayon; la
vieille poupée dormait toujours.
PAYSANS DE SAlXT-CIIHISTorMI K-EN-OISANS
C'est la Ixmiit' irli^iciisc, dirccl ricc df TEcolt' iiialcrn«'lle
du Hoiirn-dOisaiis. en |)aii|diiiii'. (|iii a liahill»' ci's deux
curieuses poupées dans le (•oslmiii' i\<'> luoiita^nards de Sainl-
Christo|»li(' ; la croix (iiii (tiiic la |ioilriiH' de la femme est un
bijou aiuien.
(loml)ien elles sont intéressantes ces figurines, dans toute
la vérité de leurs costumes! La photographie lésa rendues
parfaitement, mais les couleurs rouges du tablier devenant
noires, le |iaiii de seigle grossier qui est dans la poche de
gauche ne se distingue plus.
Les jmysaiis des Alpes daiipliiiioises sont loin d'avoir la
délicatesse di- |)eau cpie Ton disliiigue sui' lit lii::ure des
poupées : ils suiil hiiiiis. Iiàh-s. rr\|M-essi()ii du \isage est
sévère et indicpie imc grande linesse d'esprit.
Le costume de I hoiniui» serait comj)let s'il a\ail les
culottes courtes <|ui ne se poilciil plus; la (|ueue de cheveux
devient très rare e| ccliii (|iii la coiiseiNe n'est pas un ado-
lescent, mais nn vieillard lies àgt'', nn \ieii\ dn |)ays.
(Test Napoléon I" (pii a aineiK- parloni la mode des che-
\en\ conris. Anlierois. Ixm nondin' de j'iancais auraient
reiidn des poinl> an\ (lliinois.
\(»ns ponve/. \on> rendre compte de IV-paisseur i\i''> tissus
PAYSANS DE SAINT-CHRISTOPHE-EN-OISANS. 161
des vêtements ; elle est tout indiquée pour braver les chan-
Paysans de Saint-Ghristophe-en-Oisans.
gements de température au milieu des montagnes. Voyez
aussi le caractère de ces mises paysannes.
L'auréole de dentelle noire qui encadre le visage de la
montagnarde est posée au bord d'un bonnet piqué, de
11
162 MUSKF-: DE l'OL'PKES.
iniildir --ni II lire. .\(iii^ rii | iu>-.(m1(iii'^ iiii(I<' liiii iidi'iir liai iiii'l Ir ;
il lui |)n"'l('' a mih' jt-iiur lilji- (|iii > ('lail lia\r>«lic (jaii> jr
cosliiiih' (Ir son pa\^ iialal. jr haii|)liiii<'-: il lui allail à |-a\ir.
Il raiidiail \ l'iiir n-^a rdi-i- an Mii-i'»' li' li>>ii et la (•nuli'iir
(It's lialiiK (If 1111- iii(iiilauiiar(l>, li'iii'> ;^1'()>m''^ tialodics, !<■
l)f)liiii-l (II' I Ihmiiiih'. If- |iii'Cf> a la jup" (\r la r<'riiiiit'. sou
licliua rania^i'-^. »n\ tajjlici' >i llfUi'i di' iiiariiiicrilo.
La <(»ll('i'(dli' uuio, sciTililaMi' à cidlc de certains ordres de
l'einnio. ni(d loul le re>>le eu \ aleiir.
Nous a\ (»US dt''si|-i'' ces deux l\|ie- |)(Uir la ri(die e(dlec|i()n
du Miisi'c. (lai'ce (|ne nou^ les a\i(iii> \U'- l(n> d Un \(»\a,ire.
<d [larce (|ue I ni<ans nous a laisst- dan- la uieinoii'e de-
souvenirs iiioul)lial)les.
Mes jenne> lecJeni'S et lUeS jeUUeS lecjlice-, llollS NOUS
sonliail(Mis le Itonlieiir. (|iii nous a t'Ii' donn(''. d a\oir de
sa\anl> anii>. ainianl la naliireid -a(liaiil la l'aire eom-
|)i-(Mi(li'e (d aimer.
Les joies (| lie donne I (d ude de la n a lu le sou I >aii- nudan^'-e.
Apres a\(dr, dans la p'iiiiesse, couru daii- le- (diani|»> r\
les Itois, a|>r(''S les Heur- (d les pa|)illoiis. raniassi- sur les
^rî'vcs (les c(M|[iilles. c'ass('' la pierre des ('arri(''i'es id des
ro(diei"s. pour ra|)|»orler i\i'> ('■( liaiil illoiis de iniut'ranx. plus
lard, alors (|u on ne peiil plus exciir^ioiiner. parce (pi'on a
{\('> occiipalioiis iniporlaiiles. une raiiiille à la(piidle on s(>
doit, cCsl un plaisir inoui de l'euilhder un lieiluer (|tii
raj>iHdle les |)roiiiena(los ol les voynp:os daiilndois. c'esl-à-
dirc les heures l)ieillienren>e de la \ie. de re:;arder lesc(d|ec-
lions recueillies a\ec le> caiiiai'ades cf amis. Ces joie-, nous
pou\(Uis cil parler. Ie-a\aiil eues si grande-'.
Nous a\ons lai! iioire e\ciir>-iou dans 1 Oi-aiis a\cc une
vieille amie, Mlle Ma;.:aud de JM-auror! dont les (de\es
nalnraliste> sonl iioiulncuses.
PAYSANS DE SAINT-CHRISTOPHE-EN-OISANS. 163
L'Oisans est un massif des Alpes, vous le savez, qui a subi
des cataclysmes terribles.
C'est là que coule un torrent, le blanc Vénéon qui se jette
dans un autre, la Romanche, laquelle arrive à l'impétueux
Drac qui grossit l'Isère, mais bien entendu à l'époque de la
fonte des neiges, car dix mois de l'année tout est immobile,
tout est glace.
Le Bourg-d'Oisans, où nous arrivâmes d'abord, se trouve
sur la route de Grenoble à Briançon.
Quelle route! Et combien elle est impressionnante à suivre
pour les gens de Paris! C'est toujours des montagnes à droite
et à gauche, des précipices, des cascades, des gouffres, des
abîmes.
On arrive, bien après le Bourg-d'Oisans, ayant traversé
les gorges de l'Infernet, au col célèbre du Lautaret qui est
à 2 057 mètres d'altitude.
Oh! ce col merveilleux! Deux mois de l'année, après la
fonte des neiges, il apparaît au fond de son entourage monta-
gneux comme un bouquet de fleurs!
Les espèces rares y sont très nombreuses. On y trouve un
saule de la taille du petit doigt, des gentianes délicieuses,
les robustes et si mignons rhododendrons, et tant et tant
d'autres! Nous ne vous en donnerons pas la liste, une
nomenclature n'est agréable à lire que lorsqu'elle rappelle
des objets connus.
Toutes hardies que nous étions, nous ne voulions pas, sans
guide, aller sur les glaciers, coucher à la belle étoile; or,
c'est là-haut qu'on trouve d'autres espèces plus rares encore,
comme les edelweis qu'on essaie de cultiver; nous en avons
vu à la dernière exposition d'horticulture de cette année.
La culture peut faire des miracles, ces fleurs étranges toutes
duvetées ne sont belles que venues sur la montagne.
164 \ll S1:K m. l'dl'IMiKS.
.V I ;iiil)i'i:;t' (lii lloiiii^-di )i-;iiiv. r||c/ Mailiii. iKihi' ImMi',
lions avions (■aii>-<', dcx aiil l:i |»orh', liiiidi^ (|iii' l;i In-oclit^
loiii'iiail, nous iivions dixoli- noin' •'vcui^.iou ;iii L.uihni'l l't
(l(''|doi't'', car on n l'-l |;iin;iis ^;ili>rail. de nr |iuns(»ir ;illi'i-
rnrillir le (îrinii immluiimii «d I (inrinoHr d"'>< A1|m's.
Aussi (|n<dl(' lui noi II- >ui|tii^i' loi>(|ur ;'i I ,i nln'i i^i'-ndiiuf <ln
Lanhii'rj, ou noU'- rcuiil un i)ou(|uid de ('i"> llcuis de |;i |iiii-|
d'un vova^cni' (|ui a\ail tdi' li-s curillii- à |;i (inivr poiii- nous.
!,(' Icudcniaiu. nous |»arli(»ii- :iu < lapicr de Sainl-rdiris-
((•|tlu' avec un ;;nid<' t-huinani. Ttd lioninii- ur sa\ail pas
liit' alors, niais il connaissail !<'> |)i('n'<'s, Ifur -liiictun-.
It'Ui'S ^iscniiMils duiu' nianirrc lui'ixcillcnsc. Il a\ail «di-
fornn'' à ('.('ll<' htdli' sciriuc df la niiui''ial(t;i:ii' |tai- le niaii-c du
Boui'^-iroisans.
Sou nom ('lai! suporbc, Napol<''on AlIxTlaz/o; ikmis Iiinous
l'ail iuscriri' dans le (liililr du /)(///jf/i///r i\c .\\);\\ii\(\
Lo (dapicr de Sainl-<dirisloplh' pi-r^sculc la d(''S(dalion des
(lésolations, nous dt-p-unàiurs (•■pciulaiil là au ItonI du
Vénron cl j allai avec Napoh'ou a la r('( licii lo' di'-. »'■( liau-
tillons les [)lns précieux. Il les d(''la(diail lui-mènu'dr la ro( lie
avec un petit niai'lean. ma vieille amie nous allendail.
Nous rap})oitànies des cristaux nier\eilleux, de> axinites
violettes et vertes, des sphènes jaunes, des cristaux danalase,
des éclieveaux de soie d'un Idanr uierNcilIcux, c'esl-à-din' de
l'aniiaiite. Dans ce lenips-là. I auiianle ne s"eui|do\ail |»as
comme aujouid liui à l'aiie les niaiu lions des becs Aner.
Nous asioiis ^ardr- pour la lin deux bijoux (pi on ne Irouve
(Uie là, deux erislanx de ro( lie dils //fcs «//■ fl/z/r.
Ils oui la loniinenr id la i;i'osseui' diin niau( lu' de porte-
plume, mais siii- la |t\iaini(le bexa^onale ipii teiiujne |e
prisme du cri>lal. uiu- des si\ l'ai es a absuib.- loules |,.s mil res
et a lolint' ce bec de llùle.
PAYSANS DE SAINT-CHRISTOPHE-EN-OISANS. 165
Posséder ces deux échantillons, c'était bien beau. Est-ce
que je n'eus pas la sottise, pour en constater la dureté, d'en
jeter un par terre? Il se brisa : la dureté d'une pierre ne se
mesure pas à sa force de résistance au choc, mais au frotte-
ment contre un autre corps.
« Que faites-vous, Marie? me dit l'amie. Le diamant le
plus dur de tous les minéraux, peut se cliver, c'est-à-dire se
séparer en petit cristaux en tombant.
— Je crois, lui dis-je, que la désolation du lieu où nous
sommes, cette solitude immense, ce chaos me tournent la
tête. »
Et j'ajoutai :
<( Que sont ces montagnes, l'hiver, pour les habitants?
— Hélas! dit Napoléon, tout à fait inhospitalières, la neige
couvre tout, les chemins sont impraticables. »
Les oiseaux de proie, qui l'été parcourent les cimes des
montagnes désertent, les moineaux, les fidèles moineaux
descendent dans les bas-fonds, il n'y a plus personne là-haut,
l'on ne voit plus que la neige et le ciel implacable.
Les habitants imitent les oiseaux, ils partent et ils ont une
spécialité assez curieuse, ils deviennent colporteurs de
plantes alpines et font le commerce avec le monde entier,
ils vont jusqu'en Amérique. Ils amassent ainsi un petit
pécule qui leur permet de vivre indépendants à la fm de
leurs jours....
Au retour de notre excursion, nous nous arrêtâmes à
Venosc.
Venosc, c'est l'oasis rêvée au milieu du désert, c'est un vil-
lage situé à 1050 mètres d'altitude, mais verdoyant, ombragé
de noyers superbes. C'est le lieu d'où partent l'hiver tous
les émigrants.
En nous rapprochant du Bourg-d'Oisans, nous aperçûmes
ir.C MlSKi: DK l'OrPKKS.
(les moiilafçiiiirds ;i((i(i(ln''s a do cuidrv. (|iii (Irscfndaifiil
dans des ra\iii^uii les hc^liaiix iif |)rii\t'iil allir.
n (Jlli' rull|-il> (l(»ll(?
Notre irnidc nous i('|M»iidil :
" Ils cih'illcid lr ,:;')'-iii|)i hlaiic dont un lait iiiir rK[(h'iir
i'\(|inst' cl (|iii M'il aiis^i de iiK-dicainciil.
— (i(''iii|)i Itlaiic? (Jii Ol-cr ddiic? »
Ma \ ii'ilh- aniir dil :
i< (/fsl iiiH' ail('iiiis(\ une sorte dahsiiillie. mais ici on ne
trouve (jiie le ^éni|)i hianc. |>ln> juin il v ii lo ^t'-nipi noir. Les
l)ètes sont très IViandes de ces piaules aromati(|iie> cl on ne
peut les iccneillir (pie dans les endioils oii les bestiaux ne
passent |)as. »
VA (piand lions \ous aurons dit encore, en rcuardanl nos
deux |)ou|»(''e>. (pic la population montagnarde de l'Oisans ost
inl(dli';('nte, l)rave, lioiim''le. (pi elle porte liaul. |)arlonl. le
nom rraneais, nous \ous donnerons |icnl-iMre I idt'c dallei-
l'aire celle excui'>ion rendue mainlenani un peu plu- lacile
(pia 11 Ire foi s: vous trouverez des Heurs rares, du fer. du |d(uiil).
du zinc, de Tor m<''me, oui. de r(»r de la (iardelle. montagne
devant le hoiirii im''iiie. e| tous les hipuix iiiineialoi,n(pies
dont nous \oiis avons part*', dans une roi lie ^raiiiloïde. la
protogine, l'orl intéressante aussi.
|{a|»porlc/ (\r<, aiiiuilles de (piarl/. a Itec de Unie, mai^ pn''-
cieuseineiil cm lia 1 li'cs. c| piii>>ic/.-\ oiis \ p)iii(lre (pichpics
aulre> beaux i;roupe> jtar e\eiii|dc : do (|iiarl/, jaunis |»;ii- le
ter et (pi'oii appidie l'a lisses lopa/es. ceux encore (pi i scinldcnl
contenir de la mousse, ou liii'ii. les cri>laiix de inmIio lan-
l('>nies ainsi nomiui's |)arce (piils coiil iemieiil iiiir^rieiireinciit
(le pelils cris|;iii\ parraileiiicnl rorim's.
DEUX SAV0[S1ENNES
La Savoie est très bien représentée au Musée de poupées,
et ce qui saute aux yeux des visiteurs, c'est qu'elle forme une
région bien distincte avec toutes celles qui l'entourent ; voi-
sine de l'Italie, elle ne lui ressemble pas.
La Savoie forme un tout géographique parfait, dit le grand
géographe Elisée Reclus, et doit à sa configuration, à ses
défenses naturelles, c'est-à-dire à ses frontières, sa longue
indépendance.
Cependant sa pente générale est tournée vers la France,
c'est donc bien à la France qu'elle devait, un jour, appar-
tenir.
Ce fut avec un enthousiasme merveilleux que la Savoie
vota sa fusion avec la nationalité française en 1792; et en
1860 ce vœu devint un fait acquis. Victor-Emmanuel, roi de
Sardaigne, avait délié solennellement la Savoie du serment
de fidélité qui l'attachait à sa personne et à sa dynastie, afin
qu'elle pût manifester ses désirs en toute indépendance.
A une majorité immense, presque à l'unanimité, les Savoi-
siens (qui préfèrent ce nom à celui de Savoyards) dem^andèrent
à devenir Français, mais les chiffres ont ici une telle élo-
quence qu'il est utile de les noter.
Il y avait 135 449 votants inscrits sur lesquels 130 839
168 MUSKK Di: l'Ol PKES.
[iiiit'iil |);trl au vdlf. ri liîo .'»:{;{ [xtiir raiiiicxiuii de la Savoie
à la l'iaiicr.
Il ('>>l JikIi' (If n'iidrt' à c»» bravo |M'lil |>i'ii[(I<'. ddiil
riiouiirlclc (•<{ |>i(>\ cihialc .mioiir j)oiir aiiiuiir.
La Savoie n'evl |);i^ aii^>i rn''(|iieiilt''e (|iie la Suisse, aussi ses
fDSluUies volll |)eu ((MIMU^.
Les (jeux |M)U|»('eS (|ui XtuI ici lepri'Seuli'ev |Mi|'lenl les j»|iis
()i'ii;iuau\. ceux de Saiul-.lean-d Ar\ e> e| du lîourg-Saint-
Mauiice.
Le MllSi'e possède eucol'e ceux (le Six! . di' \ alloile>. de Moil-
laiinoiiL de La |{()(die. de l>(dle\ aux [um's dllx iau, de Tlionon,
(rAII»v-sur-<ilii''iau.
Les coilles sav(jisiennes son! lr("'S enxelo|i|)aules. tdies soûl,
par i\i^^ formes sp(M'ial(^s, lr-<'s li\(''es sur la lè|e. (l'es! (pi'au
milieu des montagnes, daus les peiiles, les l'axiues \ni'^ des
eluites torrenl lieuses le veul souffle souvent avoe rap:e. Les
veuls de la Savoie sont lr('s nombreux et p(»rleul lous des
noms pil loi('S([ues.
C'esl le veut de la Vanoise, si i-edout('' ilr^ ui(uila^iiar(l>. (|ui
r(''gularise les eourants de raliiios|)lit'i-e entre la Maiirieuue
et la Tareulaise, les d('[\\ localiti"- Iiahiti-es |)ai' uos poupt-es;
mais il souille eueore la Lxonnaise, la Lombarde et tant
d'autres. Oue le> liivei's soûl diii-s daus ces r(''^ious! Les liabi-
taiils, pour a\oii' eliaud. \i\eiit daus les (''tai)les avec leurs
b(H('S, mais ils u \ anieiienj pa> le soleil, lu'das. le soleil si
bienfaisaul.
La poU|>i'e (|ue \ oiis \ o\ e/ à droite (le la i;ra\ ure s appel le
la Tarine; elle est coitlV'e de la franlirrr ou Marie-St uaid .
C'esl un M'rilalde ('■(lili( e *|ui ue s'('dè\e pas lous les uiatius;
les ( lie\eiix. entndae/'s d'un \eloiirs noir, seuil eordt'S autour
d'un cercle lui'tal liipie (pie la Tarine pour denauir (doii::ue de
sa lèle.
DEUX SAVOISIENNES.
169
Ce diadème donne à la femme un grand air.
La robe et le tablier de notre poupée sont en satin noir
Poupées savoisiennes.
brodés d'edelweis en chenille, le tablier est ravissant. Cette
poupée est une des plus belles du Musée.
Quant à sa compagne, elle est de Saint-Jean-d'Arves dans
la Maurienne, tandis que la Tarine est de Bourg-Saint-Maurice
dans laTarentaise; ces deux localités sont peu éloignées l'une
de l'autre.
170
MCSKK m; l'ori'KKs.
Nous lisoii< ^\\v li's |»arcli<'iiiiiis de l<-i |)nin)iM' dr Siiiiil-.lcan-
(1 AiNt'S. — <ar ii(i> |MUi|ii''«'s possèdent ilo |)a|iiti-> d'' raiiiillc,
— (|ii(' son coshiiiK' iciiioiitc conimo ori^Miii' aii\ liiii|»> des
Mt'diili'S, a\aiil .li''Siis-( '.liri^l . I^sl-cc I in|) dirr?
Les Médiilcs ('laii'iil un Ai'> |)cii|dt's de la (lanl«' aiicii'iiiu'.
ils lialtilaii'iil li'> Alprs (iiw'-cs d les AI|m'S l'ciiiiiiifs. à Idiit'sl
des Ceiiti'oiH's ri à ICsl des All(d)i()^es, r'»'sl-à-diif la Maii-
l'it'Uiic.
A roi'i^iiit', dil la ciirit'iisr iiolicr. on n^ rnnriT|i(Minail les
robes (|n avec dn draj) ^rossici' cl In-s l'oil. rahihiin'' |iar les
tisseranils du |»a\s; les jupt'S IVonrées avaicnl une aniplfur
démesurée. Aloi's les feinnies de Sainl-.lt'an-d Ar\t's sinj;»'-
iiièiTiil r| I [{(UNcicnl le inoNt'U de uiodilier celte l'oiim' dis-
jijracit'usc, eu |)lissanl les jnpt'S r| m uiidlaul li'> plis ^ous
presse p(>u(laiil plusieurs jours, de facMtu à les aplal ir «d à les
auiiiicir : hdlc csl I ori^iuf de la iidtc à \)\\^ llollauls.
iNolie |)r|ilr poU|)t''e est |»laii''(' ll'op (If facf pour (pic VOUS
voyie/. ('(die l'acoii. uous le i'e^r(dloiis bien, tous ces |di-^ lr«''S
lirofoiids l'orinciil un coiiloni' lr("'s gracieux ; le Iravail de cou-
ture el C(dui du ler sonl parl'ails.
Les vc^toments don! se eonipose ce coslunie. a joidc la notice,
oïd de uudliplt's raisons déire : la robe solide ne craint |tas
les accrocs, (die est l'aile |iour( 'lie porh-e à lra\ ers les roeailles
broussailleuses des pa\s aecideiih'^ : elle abrite conlre le
IVoid (d la elialeui'.
Si ((dles (pii la |»orlenl doixeni < a>-<eoii' sur le» |»ierres
rr(ti(les on la terre liuiuide. Ie>> plis de la robe ser\eiil de si('ge.
La lar^e ceinlure. (pii eiildure la taille san< la eoinpriiner,
prouve (pie le (•(U'Sej . pro->eii| |),ir les iiH'-di>(iii<. \\'f^[ pji» Idil-
jours indisj)en>alde.
Le eadian plaei' sur leur ( liiuiioii lii;iire \c b(»iielicr porh''
par les \aillanl'- ancèlres, le» .Mcdiile>.. doiil le ea'-(pie d aiiain
DEUX SAVOISIENNES. 171
est représenté par leur coiffe de clinquant, garnie en avant
d'une dentelle, diadème qui accompagne leur visage.
Emprunté aux Ibères, frères des Médules, le mouchoir de
cou croisé sur la poitrine en dissimule la forme, La pudeur
empêche la Maurienne de se décolleter.
Ce costume, porté par vingt générations successives de
villageoises, est si bien approprié au séjour montagneux de
celles-ci et à leurs occupations diverses, qu'il est ordinaire-
ment repris par leurs compatriotes lorsqu'elles reviennent
dans leurs foyers après un séjour à Lyon ou Paris.
POUPÉES CORSES
Ces jx'lilcs itcrsoniK'S sont \ rainn'nl un peu mii-vros poni'
représenter 1rs nobles monta^niards de VHc parfumée,
mais les coshiincs ([u'elles poi'lcnl soiil Irrs exacts, les pou-
pées viciiiii'iil (rAjaccio mrmc.
La pctilt' ^(Miide de notre ber^ei' est un Mai Ijijou, connut'
son mignon poignard sur lequel le mot vendetta est grave.
La raee corse est très belle : les hommes soni solides, les
femmes sont grandes et vigoureuses.
Poui'se l'endre com])le de la heanh' des reniines. il faul les
voir lors(|u'<dles vont (dierclier de Jean aux lunlaines
|»nMi(|nes, la lèle couNcrle d'un niouclioii' (|iii descend sui' le
cou.
Ouelle di-niarclie d('gagf''i'. (|nellr dii;nil<''. (|ue| calme!
Lois(|u (dies <''le\ enl le harillel ou le vase an! i(|ue (|ui c(ni-
tient le liquide rate e| pn'Micux au-dessus de leur lèle, leurs
poses, leurs alliliides s<»nl 1res liaruiouieuses el ra|)|ielleii|
les cliel's-d (eu\ le de la ->cul |d lU'c.
L'île de Corse a mil' c(tnlii;iiral ioii gr'ogra|dii(|ue lies
curieuse, regarde/.-la eu louiiiaiil la carte de eôlt'. ne dii-ail-
oii |>a^ le |ti'lil clia|ieau de \a|Hdr'()U? Le de\aiil es! roinu'
j)ai' la |M)iule de r)a>lia el le soiiiiiiel par Ajaccio mr-nie.
Eaul-il voir là un >\ luhole /
POUPÉES CORSES. 173
L'histoire de l'île est fort intéressante, mais dominée en-
tièrement par Fépopée napoléonienne.
Poupées corses.
A part cette merveilleuse légende, on connaît peu la Corse.
Il semble qu'on ait tout dit sur elle avec les deux mots :
vendetta et banditisme : encore prôte-t-on à ces termes une
signification qu'ils n'ont jamais eue dans la réalité,
iTi •- Ml Ml. m. l'oi i'i;i:s.
Noms rspi'ndis vuiiv ddiiiPT l'iir sriisrxad.
(".lie/ illirilll |M'll|ilr. (i|| m' ||(tii\c |"i'>|)|ll ili- rillllilli' |illlS
<|i''\ i'lii|i|M' : il \ ;i |M'ii tl liiiiiiiiM'v (|iii iiinii ;iiil,iiil ^(uiHVil
|»(»ii!' I;i lilicil''.
h.lllS Iriir lui I)' ('|||(| jui^ MMiilail r cnlllli' (n''IH'<. rrr|ilill>
lli"'o|(i^irii> l(\uil iiiiaiciil !•'-> < riiii'- di'- (i|)|>r<'>--i'iirs i-ii al'lir-
iitaiil (|ih' |r^ ilcs. (■laiil ^l'iian'cs du cuiil iiiriij . tdaii'iij
r\c(tiiiiiiiiiii"'i'> |iiir la iialiiic. i'\ l'irjii racoiih' (|n ''ii IT.'lil un
;^(ii!\ rriK'iir de la (loi'sr it'iiliail a (ii~'iif>; an iiKtiiit-nl (Ui ii
(lid)ai'(|iiail sur Ir |m)|'I. il n'iicmil ic iiii iiulaMi- iii'iiois (|iii
lrml)i-assi' t'I lui dil : - Idi Idcnl (juni de iKuiM'aii fii i'-oiM'?
)' (ir<'~-vnns tilt moins hiissr 1rs nionliii/iics'! <•
(icsdfiix Irails sidlisciil pour laiaclt'risci r((|i|tit's>i(iii li-r-
lihlc <|m' subit, lioj» l()iiglt'nij)S, ce vaillaiil cl iiid(Hiij)ljil>l('
|»(dil pcupli'.
IMiis la Corso Tnl ()p|)riin('M', plus elle so di-IVndil eu (lt'\r-
Idppanl (lie/ (dlf jnsipia rcxlirnir. raiiiniir dr la liitt'i'li-,
Icspiil (II- raiiiilli'. riioiiiKMir du Ionci' donu'^l i(pit'.
La Nt'hdi'lla Nciiiic l(',> iiijiiics l'aile-- conlit' riinuiiciir de
la iainillc; le haiidilisine y aj(»ule une |M'n>i'i' p(dili(pie :
c'est lidiMiiucr (pi il fi'pousse.
L lioiiiieur du l'oyei' a pour lia--e le> \rilu> de la jeune lille,
sa di^Miilé |»aiTaile; aussi inallieiir à (pii I alla(|ue. Ou (!<•( lare
la \ende[|a a la rainilje di' I (dVeii>eni' en ein|dii\anl les
lei'iiK^s consacrés : « Je me ^arde. <;ai'de/-v(»us »,
l'Ji 1 SO.'i. (piehpi nu dénia ntia (piidli' ejail la (l(d d une jeune
lille. '. Mlle r>| paUNle. |('puU(l i j -( Ul , Iliais elle e(ini|de di\ ou
(piin/.e cousins iicrniain^ dans ««a lace. »
OiiV(jil. par celle rf-pouse. cond>ien Tespril de l'aniille est
puissant en Cor^e, celte jeune lille n l'Iail ri( lie (pie d'Iion-
neiir cl de (l('ren>eurs de cet lioiiiieiir iiK'Uie.
La parole (Lun Corse comme celle d'un Union vaut de lor.
POUPÉES CORSES. 175
Quand des jeunes gens se plaisent, les familles se réunissent
et sous les yeux des parents, ils s'embrassent. Cette cérémonie
s'appelle Vabraccio] elle est plus importante que la céré-
monie officielle; les fiancés sont liés par leur parole et ne
sauraient manquer à leur promesse. Le fiancé vient-il à mou-
rir avant le jour des épousailles, la jeune fille prend le deuil
pendant un an ; on dit même que dans certains endroits,
elle se teint les dents et les ongles en noir.
Ces lois naturelles ont une certaine grandeur.
Souvent le point d'honneur est poussé jusqu'à l'héroïsme.
On cite ce trait : Un déserteur français s'était réfugié dans
les environs d'Alata, près Ajaccio. Un jeune berger corse fut
sommé par la maréchaussée de dire où se cachait le trans-
fuge. Le berger refusa longtemps; on le menaça, on lui
offrit cinq louis d'or, il céda enfin : sans rien dire, il désigna
du doigt l'endroit où se dissimulait le déserteur!
Le père du berger ayant appris la faiblesse de son fils, le
garrotte, court à Ajaccio, demande la grâce du déserteur.
On la lui refuse.
« Eh bien ! dit-il, vous allez apprendre comment un Corse
se conduit envers le fils qui a déshonoré son pays et sa
famille, et si nous souffrons des traîtres parmi nous. »
Alors il délie son fils et devant sa famille réunie, il le fait
agenouiller, et lui fracasse la tète d'un^coup de fusil en lui
jetant les cinq louis.
« liens, dit-il, garde le prix de ton crime. »
Mais revenons à nos aimables poupées.
Le petit garçonnet est un berger; il porte le justaucorps
de laine, sa coiffure est un bonnet dans le genre de ceux que
portent les Napolitains, mais il est moins large du haut.
C'est le bonnet pointu qui donne son nom, pinsuto, à une
tribu corse.
176 MUSKP: 1)K l'Ori'KKS.
Les lnT^crs se (ItTcudi'iil du tmid à laidi' d Un iiiiiiilt'.iii
très (''|»Jlis. en |t(iil d<' « ||r\|r. IKilllIII"'- itchnif : il r>( >;ill^
coulure, l)i('U (ju il |M)ilt' nu liii:,^' cjiuk liuii.
S'il |d(Mil. Il" lnT^rr dir>->(' xth |M IdiK' droit <()nnii<' iiiu'
puérile, en Ir sdiilciKiiit au ihoncu d iiu |ii(ii li\i' r\\ Icii'c
I*our doiiiiir. il rccouNi'c sa lèlc dr sou caïuK Ikmi r| il x'
roule (lan> >on luanjcau >ur la jrirc nuMui'.
Il u \ a |ias de lou|is ru Coisr uiai> dr> rruai'd^. al(tr> il
lioiit sou (liii'u ru i'-\<>il la iiiiil par des oli ()U|)! oh ou|i!
souvcul n''|K'lés.
Les bergers sont Irès liospilalici-s.
Ct' |»;iys grauili(|ih' par fxccUt'Ucc, (]ui u'a ui ixuissirr»'.
ui i>ou(', a un <i(d adiuiraltli', (|(> lirllcs loi-èl^, \\\\ aii- pur d
eiiil)îunu('' (|ui le l'ail rccounuaudcr, pour uuc >lali(ju liiNcr-
nale, aux malades (jui soullVeiil de la poilriiu'.
Cette belle ualure (-lève 1 àuie el dispose à la po(''sie. les
bergers joueni {\{''< ( liauls de leur compo^iliou >ur di' \ieu\
airs palritdi(pies eu s'aecouipaiiuaul du lil're. du ( lialuiueau,
ou de la corueuiuse.
LES CHARENTAISES
Notre jeune ami, Jacques Morland, l'érudit littérateur
bien connu de la jeunesse studieuse pour ses belles traduc-
tions allemandes, étant presque Charentais, nous lui avons
demandé de vous conter des histoires à propos de ces déli-
cieuses poupées, habillées dans les écoles normales d'Angou-
lème et de la Rochelle; nous lui passons la plume.
Les plateaux du Limousin, ombragés de châtaigniers,
s'abaissent doucement jusqu'à la mer, et le pays où s'effacent
leurs dernières ondulations est l'un des plus fertiles de la
France.
Ses habitants, quand ils en parlent, l'appellent « les Cha-
rentes », parce que le gracieux fleuve a donné son nom à
deux départements. 11 descend lentement vers la plaine,
contourne de molles collines et son estuaire se cache derrière
des îles qui le protègent.
Il semble que l'eau du fleuve ait donné son caractère aux
habitants de la région. Et, ce qu'il est, ce caractère, une
chanson de Maurice Bouchor nous le dit :
Bien sûr que la Charente
Doit vivre de ses rentes.
Aimable et nonchalante
Elle a le temps....
Plus d'une Charentaise
Comme elle prend ses aises....
12
178 MUSKK DK IMil PKKS.
hiiii> Ii'iir accciil rniiiiiH' (liiii- li'iir iiia iiii'ir d r-|i"<'. les
('.li;ir<'iil;ii> (iiil rc||i' iiii'Iik' ii(M1(1i;i hi iicc 11- m,i i'cIhmiI l<'iilt'-
iiiciil (l;iii- l;i |il;iiiif ii\ l'c le |iiis I i°;t iiiii il I des iiioiita^uards
cl, l()rs(|u ils p.iriciil. iU a llniii;cii| I a \ a iil-di'rnit'n' svllaix'
(lu dernici' iiioL df la pliia^r. .\|tirs (•cllf inllcxion, le Ion de
la voix S(3 rtdt"'V(' (d lOii |>i'iil aiiiM diir (juc racccnl clian'ii-
lais. saiiiloFii^cais siirloiil. semljli' ( liaiildiiiicr uvrc mie
molle cadence.
l'diir re|r(iii\er le< c()>|iimes (|iie |Mi!'|i'nl no- |Mtii|it''es (dia-
reiilaiscs, il fa ni iiiainleiianl sc'doi^iiei- des \ i||c^ ,.| du eh .'in in
de fer, rouiller les recoins de la ciMe. iiun |ia> du cidi' de la
l)clle \ille de la Hocdndle, ni an|>res des |da_:;es rianles de
Ruviin (d de Ponlaillac, mais plnlôl \ers le- leires les |dns
pauvres, où le lerrihle \enl d diiesl conrhe le- aiines i-l des-
sèche les cuUui'os.
Les fermes sont basses pour mieux lui rt''>is|er. (lomme il
poussail le sable (\*'> dunes \ers I iii|eiieiii\ on a l'ail des
|dantations de pins marilimes d<uil les racines piolcuides
lixent ce sol moii\aul. Les lorèl> (|iii liainissciii la pointe de
la ("-oiibre r\ les rives occideiilales des iles abiileiil de> \il-
la^es (juYdles ont sauvés de renvahissemi-nl dr< sables, he
grands espaces ag:ricoles s'i'leudenf mainlenani ius(|irà la
lisière des bois. Ou \ ciillive des c(''ii'al.'s. le mais aux lourds
épis br(Ui/.és |)ar le soleil, cl surbuil la viiiiie : c'esl la
ri(diesse du pa\s, iikuiis |».'iil-è| le an joiird lini (pranherois,
a\anl le plivlloxera. Alois le \iliciil|enr n a\ail <pie la peine
de Taire de lirasses \eiidaiii;es e| de niellir le raisin sous le
pressoir.
Les mères de nos ptuipees oui eonnii celle ri(dies<e. Mais
leurs aïeules a\aieiil jdiis dr peine à \i\re. LOcism. les
sables, la \ase ruinaieiil les \ iHnj^es ('Td iers.
Hn raconje (pi nu riche lialiilaiil du pa\s idanl un jcuir à
LES CHARENTAISES.
179
la pêche prit une sirène dans ses filets : elle le supplia de la
laisser dans l'eau eu liberté. 11 allait y consentir, mais sa
femme qui était avec lui voulut absolument garder prisonnière
Poupées charentaises.
l'étrange créature. On l'emporta au château malgré sa résis-
tance et ses menaces : elle criait que tous se repentiraient
de ne l'avoir point remise à la mer. Au lieu de l'écouter,
on ne songeait qu'à s'émerveiller d'une pèche si miraculeuse;
Le bruit s'en répandit. On vint de très loin pour voir la
captive. Mais, le septième jour, une catastrophe arriva :
480 MUSKK l»i; IMUl'KES.
|'( Ici'iiii i'ii\;iliil !•• iMNii^c il ,::riiii(l rr;ic;i>. di'-l iiii>il !•' chàlt'au,
ciiipiirl ,1 !<• ni.'iri. les cnriiiils. Ion-- (l'iix (|in ('laifiil vomis
par riii'io-«ilt'' r| i-t'|iiil daii- -(tii x'in la ■>iii'in'.
La ri'iiiiiic (|iii iia\;iil \r,\< muiIii |;i lai>>>><'i' lihi'i' l'Iail
^rraii(l(iiiiiil |niiii('. \i'ii\('. niitii'f. maiili' aii|ii«'s df^ niiiir^.
('.Iiaciiii s ('loiiiiiail (li'lli'(|iii avait <aii-t' hiiil i\r iiialliriirs.
|-!ii ce loiiiiaiii |>a^S(''. |nc('',iii n'i-lail |i;i> (iniiii >iiji'l d"-
craiiilcs. Il |tr(t(iiiail aux i;i'iis df la cùlc (|iir|(|iii'> |ir(tlils
(|ii"ils n'iml |ilii-- ;iii j(»iii{| liiii. (Jiiaiid il \ a\ail iiii lia iilVai;»',
on se parla^cail lo dcl)ii-> du iia\iic.
liC S('iij:iii'iir di' la ((de piciiail >a |)ail : (•' (|ni lai^ail dire
à lin coiiih' di' Li'oii (|ii il » possi'dail dans si'S Ifiics nno
piciif pins pi(''<i('iis(' (jiit' huiles ((dles de liiniNeis . Il
Mtiilail parler du lia/ «pii lui |)nieiirail i-ii Imile >ai>(iii do
nomhreiix naiirraiics.
Dans les xillaiics du lilliM'.il. nw (lianlail de< (irai->(nis
j)Our ol)l(Miir des (''jjavcs : >< .Mme .Marie en\(»\e/ iiaiirraiit' e|
n'en envovez pas un seillellienj; eil\n\e/.-en deux. Iliii^ ej
heaiicoiip |i<)iir (|ne eliaeiin ail sa pari. "
VA nahirellenieiil on aidail volonliers la lenipèle a l'aire
des niallieiirs (]ni |)r<)(-iii'aieiil un rielie hnlin.
Kn Sa in Ionise el dan-- lile d < H.'ion. de^^ iiiiM''raIdes allaieiil
promener la miil >iir la pla^e nn àne hoileiix. lU lui alla-
cliaii-nl an eoii une l;iiili-rne alInniiM-. Le liandel en
marelianl. doiiiiail à ce l'en un halaneemenj ii-^nlier,
seinldalde an lan^Jigc d une haivpie. l'j les marins »''^art''S an
lar<;(', assiir(''S quo lii eôle ne se Iroiixail jias à Tendroil on
llollail celle lumière, se diiii;eaienl xer^ .elle avec conliance.
Leur lialean s (''cliunail el. après le nanlraue. ils t'-laienl
(lt''poiiilli''s. massacrés soiixeiil. par les pilleurs d(''pa\es.
(".eii\-ci. polir «-e pri''>er\er d lin maiixai-^ sort, porlaieiil
cliacnn niie ceinlnre de l'oiiiière màli' cueillie le jour de la
LES CHARENTAISES. 181
Saint-Jean. Ces feuillages bruns, aperçus à la lueur des
torches, par les marins épouvantés, leur paraissaient de
larges taches de sang et ils appelaient ces terribles bandits
les « Ventres Rouges ».
Horrible légende qu'il faut croire fausse aujourd'hui que
ce surnom de « V^entres Rouges » s'est étendu à tous les
habitants de la région où quelques rares paysannes portent
encore les bonnets de nos poupées charentaises. Peut-on
croire que le renom sinistre de quelques pilleurs d'épaves se
soit étendu au peuple placide et doux de la Saintonge? Il y a
d'autres légendes qui expliquent ce surnom singulier.
On raconte que pour se reconnaître au milieu du combat,
les Saintongeais portaient des ceintures de laine rouge.
Et, comme ils se battaient bien, leurs ennemis s'écriaient
en les apercevant : « Fuyons I Fuyons! Voilà les Ventres
Rouges! »
Ceci devait se passer pendant les guerres de religion. On
peut préjférer cette version agréable à l'amour-propre cha-
rentais.
11 y en a une autre plus savante : on dit que certaines
peuplades gauloises se barbouillaient le corps de pâte rouge
pour être à l'épreuve du sang et parce que c'est la plus belle
des couleurs. Les Santons auraient eu cette coutume où l'on
peut voir l'origine du surnom retentissant de leurs pacifiques
descendants.
Ce qui est probable c'est que nos jeunes Charentaises ont
voulu aller un jour à Saintes, la vieille ville, qui fut la
première, dit-on, où dans l'église Saint-Pierre on sonna
l'angélus, vers la fin du xiv'' siècle. ,
Il y a auprès des arènes romaines de Saintes une fontaine
dédiée à sainte Estelle qui attire beaucoup de jeunes hlles.
La tradition veut que chacune prenne deux épingles entre le
182 Ml'SKE l)i: roUl'KKS.
poilci' l'I 1 ili(|r\ cl les l;iis<r Idllllit'f (hill^ ICilll |M'|| iH'dlolHlt'.
Lii (It'iiKtist'lle se iiiari'-r,! (l;lll>^ I iiiiiHM' >i, aii'ivt'r> au l'uiul
les (Iciix (''[(iiifjlcs S»' liiMiN l'iil |)la((''('S t'ii rroix. Mai^ il est
l)iiMi (lillicili- (ir les I'imm iii lia il I r an iiiilii'ii (!•■ laiil d aiili't's!
La jeune lillc so consolf en \o\anl (|u«' I nin' (li'< •'•|»inf::l<'s
(|n rllr vii'iil (il' ji'l''!" r<>iint' la croix avec |>lii^ii'm>> «!<• crllr-s
riilîissLH'S dt' jà dans la loiilaiin'.
El à (Hh'hjnc tiMiips de là, (|naii(l tdlf a r[r diMiiandi'»' r-n
mariap;(' par If Imsui ^sirçon (|nt' son (d'ur a rlntisi. .dit- a
('OinrrnMH'('' à (Mii'ii liir d»' doiijtdlt's sa coill'r ina;4iiili(|ii(' pour
lîi l'aire plus btdle nue les aiilrcs r[ s"('iiorj;ni'iHir riisnilr,
louto sa vif. do cette petite victoire de sa coqutdlrrir cl de
son am()ur-pro|trc.
Plus lai-(l. beaucoup |dus lard. lors(|iit' dcNrmit' (rt'S virillr,
elle voit ses p(dil''s-lill('s aller à la |»idiiit'nad(' avec ilo'^
chapeaux (|ui \fuli'iil rcsscinlilei' à ceux des dames de la
ville, une grande iiupiiiMude la saisit; n'élail-elle donc pas
belle autrefois avec sa jolie eoilVe en denhdles empesées et
savamment lux a ul (''es?
Elle a la eliauce (iutd(iU(d'ois de rencontrer un monsieur
dont elle a entendu vanter le savoir et rexjxM'ience : il la
console en rassuiant (|U aucune dr> pidiles folles daiijoiir-
d'Iiiii (jui poideiil cliapeaii ne donne aux \eux un |daisir (''i;al
à ((dni (pi On a à rimai;inei\ (die. la petite niarii'e diinlrefois,
un peu iiuind(''e. un peu timide, sous sa liante coitl'e (pie
noti"<' pi('t('' conserve dans {\t'< iniis(''es. au inilieii d<'> richesses
dont notre pali'ie a ('t('' faite.
UNE ARLÉSIENNE DU XVIIP SIÈCLE
Vous connaissez le costume de FArlésienne, de cette
Arlésienne rendue si populaire par la Mireille de Gounod et
par la musique de Bizet sur la pièce d'Alphonse Daudet? Eh
bien! ce costume n'est pas très ancien, comme vous pourriez
le croire, et diffère en cela des costumes de nos vieilles
provinces françaises.
Ce n'est guère que vers la moitié du siècle dernier que ce
costume, aussi gracieux qu'élégant, a été fixé.
Personne n'oserait blâmer les Arlésiennes, si belles de
traits et d'allure, d'avoir cherché longtemps une mode
seyant à leur beauté. Tout autour d'elle les incite à cela : la
pureté du ciel, l'éclatante lumière de leur chaud soleil, l'art
répandu dans leur cité antique.
Nous avons décrit dans le volume Poupées et Légendes
de France, le costume arlésien moderne; aujourd'hui nous
vous présentons une poupée du xvnf siècle qui figurait à
l'Exposition de 1900, à côté de l'Artésienne actuelle.
Le contraste est très curieux entre ces deux poupées, et les
visiteurs les admiraient également, ne pouvant déterminer
celle des deux qu'ils trouvaient la plus jolie.
L'Artésienne moderne étale son opulente chevelure en
larges bandeaux. Un petit casque de tulle, entouré d'un
184 MUSKK DK l'Oll'KKS.
lariic riil);iii. ;i|i|ic|('' le rilnm ilr Irsln on ■^im|il<'iiii'iil h' l'iihan
ol |t(i-c >lir I lllliclc (le |;i IT'Ic (((Illllii' |||| li'^iT (I iadciiH' .
(icllc cuilliiic l'iiil \iil(tir ;i::n';i Mciin'iil lu |»iiri'|i' i\r^ liuiics
(le lit |r|c l'I |;i ^ràrr (''Ir'^ii ii 1 1' du ((Ml. roli' lilu-c (l;iii- luii>
^('S IIHIIIN cilicllls.
Au coiilraiic I Ailoii'iiiH' du wiii siècle ciieliail ^e^ l»eiiii\
(die\etl\ sous des de|||(d|e> e| (le lilies II IOII>S(d i lieS , lili>siHll
Selllemelll |)a>Ser SU!' |e> |e|ll|M'S (jlie|(|lle> l»oile|e-' (|lli ellloll-
raieiil d une oiidtre l(''i;(''re ses Iteaiix \eii\ e| leur (hninail une
(l(Mi(-eiir inlinie.
An d('se>|ioif des n'iIIo \oisiiies (|iii ne |i('iiveiil riiniler,
rAil(''>ieiiiie iiiodcine ^a i I dia|M'r sa \ aiiiiiieiil . sur >()ii ('(»r-
sa^e aj»|tid('' dtsr cl (|ni csl [onjonis noii- lc> joiir^ de Icjc.
trois (icluis, d6nl Tiin osl de la conlcnr de la jupe ; (die a >oiii
de luisscf lij)re. snr le dcNaiil de :-a poiliine, la j)lac<.' des
bijoux a|)|tidt''e la (IkijjcIIc.
LWidrsicnne (|ne \ous novc/, ici |ioile un nni(|nc li(din
anoiidi en |)èlerine, très clos cl dont les bouts disparaissent
sous le (leva ni i\{\ corsage.
11 méi'ilo voire alleiilion, ce il('dicien\ \tMenient a|>pel('' du
joli nom (1(» droulcl. C/csl un easa(|niii lai'<;eiiieii| on\crt.
devaiil. a l)as(|iie> Ii('s loiii;iies cl li-(''S ('dfoiles. Son (is>u
est une e>|>ccc de \(doni's (''piii^Ht', d un \ieu\ rttse e\(|uis. Il
repose sur une jujte en soie brocdit'-e, dont le fond d un ^lis
indélinissable, est semé de <;i-osses roses rouges au cd'iir
('( lalaiil.
l/cn\eis de C(d|e Idlte c>l doilldi'' (le mille li(»lll> de \ieilleS
soies (Ion! Ie> liaiino!iien>e> coiileiiis foiil >oiiii-er à la palette
diin Milliard. "^
Le de\anl du co!>a,ui' ''>! semblalde à la jupe, maison ne
remarcpie (jiie l(" boU(|ncl de llcurs qui e>l de cùlé et qui
semble suiiir de l'éloire.
UNE ARLÉSIENNE DU XVIir SIÈCLE. 185
Les manches du droulet sont droites et se perdent au
coude dans une garniture de dentelle en malines.
Une Aricsienne du xviii" siècle.
Enfin un tablier en toile de Jouy ajoute sa note imprévue
et pittoresque à ce costume.
186 MUSKK DK TOl'I'KKS.
\'(»\f/-\<ms 1»' ^ros oijiMon (jiii y est (^ossiii»' et d'oii sorlnil
(les i"a(li('rll(«s et des fViiill.i^n's iiirmis?
Un oignon c'est assez (jri;;iiial.
Toute la lloro de ce cosluine n'esl |ias sti/lisrr. eoinnif (Hi
dil niaiiiti'iiaiit , l'ile est eopi/'e sur la ualuic hiiijoui's belle
dans toutes ses luaiiirfslalions.
Les Ai'l(''sieniies d an! i-i'lois porlaieni cncurc jouiin'lli'nii'iil
1111 tahlit'i" d"' ('(iimirrllc cl itciidaiil nu ccriaiii |cni|»>. il lui
i\i' mode d \ placer en un coin une |)ifci' de ( lialVragand
rouge, espeee d andiMUojde, coinuic s il v a\ail eu dt''( liirui'c.
(juoicpie le labliei- l'iil tout ueul'.
Notre fine poupée est coitl'éi' d'un di'-lical |)t'lil Ixuiuet de
tulli> brodé à la chaînette, entoun'' du ne vraie malines fpii
>"appuie presque à jdat siu' le IVoul. Sur celte coill'e. inie
laiH hou (velotte <ui piccliouui; en organdi, onrlé-e, l'orniant
bavolet, encîidre le iru'utou et les joues et se l'erine par nu
nœud snr l'oreille gaucdu'.
Toutes les Artésiennes ne s'babillaieut \y,\< de mùme; le
droulet était qu(d(|ue('ois [•einplacé' par un casacpiin noii- sans
basque aucune.
Les simples paysannes ne se periueltaieut pas les mêmes
bijoux que les artisanes et celles-ci ne ])oi'taient pas les
jovaux des damoiselettes, bourgeoises, tilles de uiarcliauds,
procureurs, n(daii"es. etc.
Les pavsauues ornaient leni' cou d un coulant d'argent
qui tenait une médaille, i-epi't'senlanl diin c té' un ciucilix.
de l'autre, l'image de la N'ierge,
Les plus riches portaient encore une croix |)late en or, avec
un coulant creux de la grosseur d'une noix. Llles se paiaient
aussi d'une ceinture épaisse en argent.
Les artisanes, les ménagères, avaient au côt<'' un clavier
en argent très gros, très large, avec deux chaînes. Le clavier
UNE ARLESIENNE DU XVIir SIÈCLE. 187
servait à tenir les clés. Elles portaient au cou une croix d'or
ornée de sept diamants, au bras droit un coulant en or.
Dans la classe la plus élevée, les bijoux consistaient en
une croix de Malte surmontée d'un papillon garni de dia-
mants, suspendu à une chaîne, puis en longs pendants
d'oreilles, bracelets au-dessous du coude, et bagues à tous les
doigts.
La croix de Malte était un signe de noblesse, elle était en
usage parce qu'Arles fut le siège d'une commanderie de
Malte et qu'un certain nombre de chevaliers de cet ordre fai-
saient partie des familles nobles de la ville. La croix de
Malte diffère de la croix latine : elle a ses quatre bras égaux.
Autrefois le trousseau d'une Arlésienne avait une impor-
tance capitale. C'était, disait la jeune fille qui se mariait,
une mine féconde d'où, plus tard, elle pourrait tirer, fondre
ses plus belles, ses plus vieilles indiennes pour l'habillement
de ses enfants.
Arrêtons-nous sur cette pensée touchante, sur cette déli-
cate prévoyance féminine.
pavs.wm: ih-: la valm:i: ih: haiiki.i.s
Ndiis IriKdis et' i;r()U|)(' (If l;i din'cl ricc de | l-lcolc nuiiiiiili'
(le Titil)('>. \()ici rxarlciiu'iil la iiulicf (|iii 1 a<(niii|ni^iiail .
« Ce costume est cflui (rmii' |»a\saiiii(' aisf'c df la \ali(''0
(le llarr^cs, vi\aiil il \ a iiiii' ciiMiiiaiila iin' d aiiiii'cs. Il a ('li'
C()|)i('' sur Cl du i d iiiic uiaixl iih'I'i' d''^ ru \ ii'()ii> dr Lu/.
« Lu coillun', assez. (•()ni|di(|iit''(', se compose (l'une sorh- de
Ix'guin en loile, dil seri'e-lèle, (riiii Itaiidean de Illèiue (■loll'e
lixant le serre-lèle, et destiné, en oulre, à hien eiupiisonner
tous les clieveiix de la mi([ue ; d'un honiiel de mousseline
enloiir('' «l'iiii rnltaii uiidu'i". e;i(diaiil lr-> e(irdiiii> d«'> di\er>e>
pièces de la eoilViire. e| iiiaiiileiiu par une i'piiii:le à lète
taill(''e. eiitiii (I lin capiilel roiii^e l)nrd('>d un riihaii nuir.
'< La (dieiiiise es! en loile, lih'c dans la niai>oii el li>sée
dans le pa\s. '
« Le jii|t<»ii es! en ^ro> nudleloii. en iii''m''ral \itdrl. La rolte
eonipicinl un eoisai;e e| ii!ii> jupe. Le corsa^^t* esl une des
j)i('ces les plll> Clllieiises de ce cosllinie : il esl (m II a licl"»''
(levanl el derrièri'. Le d{»^ eoniprend ipialre parties, don! les
deux pe|il> (•(~)|r'> e|ll|)ii'li'lll ^\\V le de\aill. \x lllilit'll dll do>
e>l oi'ni'. an lias de la laillr. di- deux |>elil^ coiii^. A\\^ his-
SL'llcs, lixés par ileu.x bon Ions recouverts de soii-.
PAYSANNE DE LA VALLEE DE BAREGES. 189
« Le (levant est composé de deux pièces croisées et lixées
Fiine à l'autre par trois épingles à tète taillée.
Paysanne de la vallée de Barèges.
«Ce corsage, cjui est court de taille, est relié à la jupe par
des agrafes, il est doublé en grosse toile de ménage. Un fichu
190 MUSÉK DE POUPKKS.
blanc fil niousscliiii'. ovur de (Icnli'llf d lnudr-, rruiv,. s,|||- lu
puih'iiii' «'I (•((iiil)lr le (Iccollili- (In cdrsa^i'.
'I L;i |ii|M'. Iit'^ ,iiii|»li'. r«<| niuiiliM' à j)lis coiiclit-s ; dit' est
niuiiic. ^iir lu diuilc d iiih' niiM'iInn* ronduiMiiit a (iiic jux-lic
iiid*'-|))'iid;i nie un Vf Iiuiinc iiii iihmh liuir.
« Les l)as son! I ricolt-s axcc de la laine Tm riif du jia\s «'l
filc'îe dans la maison.
« Los sahols, saii< talons. S(»nl fcn-i'-s de m'os (dons (|ni
facililoiil la inai(li(' dans la niansaisc saison, en cnipr--
t'iiant la ncii^c de se lasser sons le sahof ej de l'aire coi'ps
avoc Ini.
(( l'Jilin, nn lahlief de ^oie noue, loni^ e| >ans |io( lie, nnnih''
à plis (•on(di(''S, compleje la loilelle de (-(die pa\>anne. he
nos jours, co. coslnnie es! à |)en pr(''S di>|»arn. sauf le capidej.
(( Cotto paysanne condnil nn àne an niai( In''. Le hàl de celle
l)(Me, dit (Ufhtiifh' dans le pa\s, l'cpose snr nn conssin ; il |ienl
ùlre charge de l»ois on de sacs. L'àne, ainsi liaiiia( Ik'. e^l
Tunique véhicule des paysans de cette contrée. »
(ï'esl à dessein (|ne nous avons copi('' cefic notice en entier,
poui" (pie vous coniprenie/ la valeur de la C(dleclion i\i->
poupées si scrupuleus(Muent liahilh'cs ; il n'est pas jnsipià la
doublure eu toile (In corsaj;(' ([ui ne soil e\a(de.
Dans les Hautes et IJasses-Pyrénées, les ^ ilhii^coises |>ortenl
le capnlet, il est nn^'ine en usa^i^e |iarnii les dann's (pu l"r(''-
(pienlent les stations tlierniales de (aiuterets, des Laux-
Bonnes, de Bar('^es et autres, (i'est une lai/.e (Télone j)li(''e
en deux et cousue dans les {\i'{\\ tiers de la longueur pour
l'ermei' la coill'e à Tai'rii're. tuais (die serait deux l'ois trop
large ainsi, celle de notre pa\sanne est repli(''e en nn large
revers. Le capnlet n ('\i>le plus dans TArit'gc, ni dans les
Pyrénées-Orientales, e\cept(' pour les v(Mives.
haiis la \all('e de iJelliniale, c"e>t nn bonnet de laine sou-
PAYSANNE DE LA VALLÉE DE BARÈGES. 191
vent écarlate mais tout brodé et descendant à la moitié de
l'oreille.
Quant à ce petit âne joujou, à l'œil intelligent, on dirait
vraiment qu'il devine l'intérêt qui s'attache à sa mignonne
personne.
Qu'elles sont curieuses les jolies bêtes destinées aux
enfants! Lorsque les petits les ont tirées, ont sauté dessus,
en ont fait leur œuvre, leur ont parlé, arraché des poils ou
des plumes, enlevé un harnais, mis un nœud de ruban,
lorsque ces animaux de carton ou de bois ont vécu avec les
bébés, il leur reste un je ne sais quoi d'humain qui attendrit.
Notre petit âne, hélas ! n'a jamais joué avec un petit
enfant, il a gardé toute sa gravité et a pris, de par les com-
pliments qu'il a reçus des visiteurs du Musée, une certaine
suffisance. Les ânes qu'il représente sont de rudes betes,
comme les gens de ces montagnes sont de rudes gens !
A propos d'ânes et de bois, nous nous rappelons deux
anecdotes fort curieuses, contées par Taine dans le volume
Voyage aux Pyrénées.
« Un jour de Noël, allant dans sa galerie, le comte de Foix
vit qu'il n'y avait qu'un petit feu et le dit tout haut.
« Là-dessus, un chevalier, Ernauton d'Espagne, ayant
regardé par la fenêtre, aperçut dans la cour quantité d'ânes
qui apportaient du bois. Il prit le plus grand de ces ânes,
tout chargé de bûches, et le chargea sur son cou moult
légèrement, et l'apporta amont les degrés qui étaient vingt-
quatre, et ouvrit la presse des chevaliers et écuyers qui
devant la cheminée étaient, et renversa les bûches et l'âne
les pieds dessus en la cheminée sur les cheminaux, dont le
comte de Foix eut grande joie et tous ceux qui là étaient.
(( La capitale de ces belles vallées pyrénéennes dont l'une
conduit à Barèges, est Luz. Autrefois ces vallées formaient
192 MUSÉE DE POUPÉES.
une sort»' df rt''[iiiltli([iit'. chaqui' (•(inimuiif (li'-lilii-iail sur ses
intf'TiMs |i;iili( nlii'i>. (Jnalif (»u cinij villa;j:«'s lurMiait'iil un
r/r «'t les (li'piilt'-s (!••> \ics se l'éuuissairnl a lai/.
« Le rôlf (|i'> iMi|iositions s»- lai^ail. df l<'iii|i>' iiiiriH'iiioiial,
sui' (1rs uioicraux <l<' \)(>\< (|M il> a | >| m-1 a ii'ii I hthlinii.s, c'i'sl-à-
diit' hàlc^ns. (lliacjut' communaulé avait son latcliou sur
l»'(|ut'l If M'crt'taii-t' Taisait, ayec un routcau. dos fliiffros
r(tniaiii> donl t'U\ x-uls ronnaissait'ul la \ait'ui'.
«' Linlt'iidaul d'Audi. (|ui w^^ se doutait pas de o-s usages,
ordonna, t'u ITS'i. à un dfs t'iujdn\t''> du ;:uii\ l'iiicmcnt de
lui apporlt'r les (iiirirns rcfjistrcs. il arii\a >iii\i d.- dru\
('liarit'llt'> df IdIrItûllS. »
Celle lii>|()irc uuiis païaîl ainusanlf. luais ci-s foldinns
ofliei(ds oui un»' ^raïul»' lossemblanee avee ces lini> a|t|Mdt's
tailles, sur lesquels on marcjuait et on niar(|ue encorr, en
eerlain-; villap:es, les pains apjuM'It'-s par If iKiulani^fi- ri (pii
ne sont pas payés eom|»tanl.
Ces laillos sont formées de deux lai les de hois, le l'ouruis-
seur fait une entaillf sur les deux à la fois à la livraison
d mi pain, le lidulauf^er garde une lalle el le (dienl l'aulre.
Ce sonl là des usa^^e-. i|iii oui jui- naissance dan> I i::n<)-
ranei', alors (pie liierl r-ciiie t'Iaienl nu i:iaiid luxe die/, les
gens simples. Malgr('' les elieiiiiii> de fei-, le lt'li''i,M'aplie et
loule la merveilleuse gamme des d(''couvertes modernes, ii
y a encore heauroup de gens ignorants, (Kt^dres simples,
surloiil dans les coin> retiri'-s des montagnes,
Notre poup(''e, notre pa\<anne Iiaréi^eoise u'esl ^iière aussi
rusée que son Ane.
Huand elle conduit son l)0uiii(piel, chargé de hois, dans la
vallée ombragée par des arbres qui aiment l'eau : les aulnes,
les bouleaux. les |»eupliers, (piellrs sont ses pensées?
Les mille ruisseaux ipii serpentmi tombent en cascades,
PAYSANNE DE LA VALLEE DE BAREGES. 193
jasent à ses oreilles une romance délicieuse: l'air embaume ;
elle marche lentement, côte à côte avec la bonne bête qu'elle
caresse souvent. Elle songe à ceux qu'elle aime, pour les-
quels elle travaille, à toute sa chère maisonnée, père, mère,
enfants, animaux domestiques; la beauté de la nature emplit
son âme, elle communie avec cette nature à son insu, elle
parle avec Dieu du bonheur de tous les siens, de leur santé,
de leur avenir.
Mais voilà que sur une branche de saule, elle aperçoit
l'insecte étrange appelé mante religieuse, Prega Diou (prie
Dieu), comme on dit là-bas. Notre paysanne barégeoise est
superstitieuse. Elle regarde la bête avec attendrissement :
c'est un signe heureux de rencontrer cet insecte en son
chemin, non seulement à Barèges, mais en Afrique, dans
l'Orient.
De quel côté indique-t-elle d'aller?
(( Ah! c'est vers Barèges, cela me portera bonheur », dit
notre paysanne.
Elle prend une allure plus vive, caresse le bourriquet qui,
de son œil malin, a vu l'insecte, mais a profité de l'arrêt pour
avaler un joli chardon de montagne : c'est toujours bon.
Tous deux satisfaits oublient la route qui devient laide, on
arrive à la ville de soufre, triste et désolée comme un pays
de volcan. Il n'y a de beau que l'admirable tente que forme,
au-dessus du paysage et de la longue rue de Barèges, le ciel
d'azur du midi de la France.
Demain, ce sera jour de marché à Luz. On recommencera
la même route, on rapportera non du bois, mais, pour les
baigneurs de Barèges, les fruits qu'ils aiment, les beaux
raisins, puis des dentelles espagnoles, des rubans quasi fanés,
des mantilles, des savons, des fichus en barège. Le barègc
n'est plus de mode, c'est dommage; car ce tissu, léger
13
104
MIJSKK DK POUPKKS.
coiiiiiK' (lu «'II''! I (|iii |tit'iiiiil >i liidi l;i ((tiili'iir, l'aisail des
rolK'S {\'r[r cliai'IliailIt'S |Milir Ir^ iciiiics lillrs.
La ioiili' i\r< l»aiiiiit'iii> riiloiiicia li-lala^M' dr noire
paysanne; il l'aiil Itn-n ([nc les malades se (li>lrairiil coiiiiin'
ils |ten\ eut . loiil piidexlc leur esl hoii, à Barèges snrldul .
Notre paysanne; i-econnaissantc, en repassant près du saule
oii gnellait la manie ?'(dii,Mense. lui criera nn irenlil iiieici en
])atois;
Chaque jour amèni' ainsi (luehjue pdil l'vt'nemenl jii^iju'à
rhiver, où il faut déloger de Bart'ges; il y lail hop lioid. la
neige rend les roules impraticables. Ions les Barégeois se
relireni à Lu/, à Saint-Sau\ eiir. aux aleiil(»ui-s.
Quelques liommt^s restent seuls à veillei- aux |ielilfs lialu-
tations, alin (ju'(dles ne subissent pas. sans r(''pai'al ion. les
avaries de la mauvaise saison.
Cette \ ie ne ressemble pas à celle des citadins, si agil<'e. si
brnvanle, elle est peut-être jjIus heureuse!
LA MARIÉE DE DOUARNENEZ
Je revenais de Brest avec ma sœur, nous avions assisté à
la messe du Saint-Esprit sur le bateau-école Borda, où son
fils venait d'entrer. Vous devinez que nous étions tristes.
(( Veux-tu, dis-je à ma sœur, aller passer quelques jours
au bord de la mer; loin du bruit? » Et c'est ainsi qu'un
dimanche nous nous sommes trouvées à Ris.
Ris n'a qu'une auberge sur la route, au bord d'une forêt,
devant l'admirable baie de Douarnenez.
Il était six heures. En octobre, c'est presque la nuit. La
plage de sable fin s'étendait au loin; d'innombrables
mouettes y sautillaient à l'aise, buvant dans les petites
lagunes, laissant la trace de leurs pieds où elles se posaient,
puis s'envolaient toutes du même côté.
Déjà émues par la beauté majestueuse du paysage et le
calme qui nous enveloppait, nous entrons à l'auberge, et
après nous être entendues pour le coucher, nous descendons
sur la grève.
La lune éclairait la nuit si tiède, les vagues s'avançaient
petites, lentement, sans effort.
Un spectacle étrange se passa alors sous nos yeux. De
chaque vague qui se brisait sur le sable en flocon d'écume
sortait une poupée. Je les comptais, mais leur nombre
196 MUSKF l>i: POrPÉES.
aiiiiiiK'iiliiil loiij(iiii-<. (Jihllc lui ma surpri^,.-. je los recon-
nus.
« Mais. <li<-.i'' ;i nia ^d'iii'. <<• <onl ni»'s in-lilcs Bi'ftoniios du
Mus(''('. ..
Mes veux saccouiunianl à 1 Oh^curih'. ji' tli^lin^iiai la plus
iicllc (le mes Ouini|»(''r()is('S. j)orlaiil uih' v*)\)t' de salin Mru,
loulc iialoiiiii'i' (I ar:;<'ul cl de \(dours, avt'c son hoiinrl do
(•liiii]nant . (Hiit'' de driix lultans apin'li's ><a|tulairrs : je- !'( tries
|H)U|)(''t's, les lualfoncs s f'Iait'ul ;^r()ii|M'M's : on rnlciidail nin-
m air lie cad en (•('(• de [it-lils saixds. (■'('•! a icnl Ifs dames df (iiiin-
i;ani|> tddf Ti"t''i;ui('i', loliufi-nrvcssrs, Icsi lui''nt''d(ini'«'ssesav('C
leurs lioinmf's (|ui l'aisaicnl ce tapage. Je rt'connn> la matrone
de (iuinganip à sa grande calinle (coiiro), sa laclie de vin sui-
te froni, el son gi-and |(ara|duie de eolon verl.
« Tiens, lit ma scrur, voi<'i lonle la noce de Sainl-.Maïc, les
Plougastel, les Pont-rAhbi'-. le giduj)e de Rennes. »
A ce momeid, une pelilc hise chalonilla n(ts (treilles,
comme un l(''gei' souille de |tar(tles.
« Mais, dis-je, mes pon|)ées parleni, |irè|ons Idreille. »
« \(tiis \(tilà elle/. \ous. ma (dière. dil une eiiriiMise Higon-
dine à une poupée vèliie de hlaiie, lill<' sini|ile, tacite à recon-
naîlre à sa coill'e en lijel ItiMtdi'' (|ui semltle avoir <''t«'' lailli'
dans un lilel ilc pi'clie. un Jour (pie les mailles auraient rir
entrem(d(''es de d(d)ris de c(t(|uilles.
— Oui. n''p(tndil celle-ci. Oli ! (pnd lt(t!ilieur de re\oir mon
pavs. .reii suis partie en niarif'c. a\ec un >iijtcrlte cliàlc en
dciilcllc Idiit ltr(tdc par les ent'aiil> de l"(''c(tle, mais, ma
chère, jallciid> l(tiii(tiii> iikui mari! (hi me prend peut-être
pdUi' une ('(tmmuniaiile ! .le suis tout ('tonrdie. je liens à
peine sur mes jambes... (Comment ditnc >(tmmes-n(tu> ici? >•
La nigoiidine au\ veux de (!liinoi--c reprit :
«< Hier, la «tel de la \ilrine ou nou> ^-oiunie^ lo^t'-es au
LA MARIEE DE DOUARNENEZ.
197
Musée était restée sur la porte; une de nous, la petite de
r Hôpifal-Ccimfrout\ qui est si pâlotte, celle que vous voyez
La mariée de Douarnenez.
là, avec une guimpe blanche qui retourne sur le col comme
un capuchon ; eh bien! elle est allée trouver le gars de Gué-
1. L'Hôpital-Camfrout est une commune sur la rivière du même nom
(Finistère).
198 MUSKK l)i; l-OUPKKS.
ii'mI(iiii'. ()|i! r'csl iiii savant. Tt-nr/ il |ias«'. (-"f-l lui ([iii a
• •<• licaii :;il('| a IIimii'^ i-I iiih' \t's|c n'Iiii^a iih- de <f(|iiiii^.
« — .\(' |»uiii rail-<iii Miil ir (I iri ? lui a tlfinaudi- a\rr doii-
<'<'ur la |M'li|c Cauilioul : ou > ••uuuic l)i<>u au Mu^"'-»-. ■,
L(! ^ai> a n|M)U(lu : ■ .lai um- i»l(''<' ". Il <■■>! df^crudu. Il a
If'oun*' um- ItiMiol Im'(|u<' ou il \ a\ail Ac^- lisn-^- r\ de» li\ri'>-.
I)i('n ('uuu\i'u\. uiai^ eu clii'if lia ni . il a diMdiiN fil un \it'U\
l)(>M(|uin, di' riui|uiMii'ii(' d V. .1. L. dcirii-ic rt-iiliso à
<Juiiu|M'i'.
Là sr li'duxt' un aucifu collfxiU"' lVan<;ai> •'! Iti'fjnn roiu-
(;a ni a iusi :
L iin|ii'ini(Mii' au liM-Irur :
Ami irclcur. I aiicirn colldiiuc Iraiirais, ctr.
\a Mii^Mioii l.ciuicr, ar ( '. IioIIdcoii, cIc.
Il la lu loii^ui'iucul.
li rsl ai'ri\('' à une |>ai;t' : " Si didiiul ou liiiuii' di' i^i'U^. I ou
ol di' I Aiiuiu-. ru disant les |>an)l('s caha li^rK|ui'>> ^uisaul""-.
If soir ou la luuc al hiar csl à sou dciiiifr (piailii'i- an
DiHVdr :A ni la cliiii lo ml liar oc hue lue hue. lini uf
pourra plus \(MIs jciiir caplir. fl \ous sitc/. I lau^poih' où
Noire Noiouli' le di'sirt'ra juxpi a I auroïc pro(diaiui'. •
Le f:;ai'S (le Guriiéduiir t">l n'iuoiilc: r| tous nou< a\oiis dit
avec lui la l'oi-iunlf lra^i(pii'.
Alois nou^ a\ou> si'uli nos pi'lilo jainlics se (lt';:,(iur(lii',
cL l'ii |)as>aul par lt'> l'rur'lrfs. nous avons iH»'' lransj)Oi't«''S
sui' <••'! |t' plaide Itri'louuf.
.. (juil t'ai! Iiou. ci'lh' nui!, nio >(rui'>. lil ru pa>>aul la
OiM'Ssanlinc, si diiiui' dau^xiu co-luiuc >v\'rvr.
— .le Noudi'ais \ diiucurri' loujours, ajouta rrl(''f;anlt' d<'
C.ourarui'au. à la riidif ((dlcri'llr pli^st'c.
— La nuil f^l uirr\rillru^r NCcrif inu' pctilf Monde très
LA MARIEE DE DOUARNENEZ. 199
futée, Marie Driano de Jocelyn, dont les barbes de tulle
voltigeaient autour de sa tète comme des papillons blancs. »
Prenant ses voisines par la main, elle commença une
farandole délicieuse qui se déroula ilans les grottes mysté-
rieuses, où la mer de Douarnenez s'engouffre, à la marée
haute, soulevant le sable
sous les pieds légers de ses
danseuses. Tabliers de soie,
fichus de blonde, rubans,
volaient autour des poupées,
tandis que sur leurs poitrines
les croix d'or scintillaient
comme des étoiles. En dan-
sant, les petites Bretonnes
ne voyaient pas s'élever de
la mer une vague d'écume
qui prit la forme d'une jeune
fille aux yeux d'émeraude,
aux longs cheveux flottants,
entremêlés d'herbesmarines.
La vision blanche s'éle-
vait toujours plus haut sur les flots, ses yeux verts étince-
laient.
La mariée de Douarnenez l'aperçut la première; du doigt
elle la montra à ses compagnes. La vision parla, un grand
silence se fit :
« Petites poupées de France, rappelez-vous votre devoir.
Vous représentez un monde qui s'en va. Les vieux costumes
rappellent les vieux parents, les ancêtres, tous ceux qui ont
fait le pays ce qu'il est aujourd'hui, avec sa grandeur et ses
gloires. Il faut retourner au Musée enseigner au public l'art si
doux du souvenir. Dites en chœur : <( France, France aimée ».
Coiiïe bretonne en filet brodé.
200
ML'SKK I)i; l'orPKKS.
Le j'Hii- <(• li'Niiil. ]j'< ji()ii|m''i's rt'\ iiiii'iil ;iii Miisro sans f|ii('
II' pi'iT llil 1,1 1(1. h" \ i cil \ coiici ••!■;:••. |i-^ ;i|M'rciil . I']llr> r("|)i-ii'ciil
li'iir ;i|i|niiil) viir Idir li^c li^iidi'. iioii >,iiis a\(»ir i'cikhk'' les
les <'(ii(l()ii> (liTail^ (le lt'iii> |H'lil> souliers.
C't'lail liiii.
Le jiaiN'on (If lii l»ij)li(illit''(|ii<', <'.lii'/t'aii(i. ii'oiiva If Ifiidf-
iiiaiii If livi'f iiiivfil à la |>ai;(' iiia^i(|iif.
(( (l'es! (Iiùlf. iiiiirimira-l-il . fii ^iiiii|iaiil siu' >uii (•clifllc
pour le rcmctlrt' il sa place, ji' n ai |M»iiilaiil doinii' cf lixic a
]tersonne ! »
UN MARIAGE BRETON DANS LE MORBIHAN
Ces poupées représentent des Bretons, tels ils étaient vêtus
le jour de leur mariage à Lanouée, commune du canton de
Josselin, arrondissement de Ploërmel, dans le Morbihan.
C'est la mariée, Yvonne Dréano, qui a fait habiller la
poupée par la couturière de Lanouée, avec les mêmes étoffes
que celles de ses propres vêtements; c'est Mme Ruby, la
directrice de l'Ecole normale de Quimper, qui a fait reproduire
le costume du gentil Quimperrois, son voisin.
Pour ce jour du mariage, le fiancé avait revêtu une veste
bleue ornée de velours, sur un gilet aux broderies jaunes,
lequel était fermé par de reluisants boutons de cuivre doré;
il était chaussé de lourds sabots sculptés et sa tête chevelue
était couverte d'un grand chapeau de feutre noir, d'où
tombaient de longs rubans de velours.
Yvonne Dréano avait, comme la poupée que vous voyez,
une robe de laine noire brochée, les manches droites fort
larges, bordées de velours comme celles du Quimperrois,
laissaient voir des manches blanches ornées de dentelles au
crochet.
Elle avait la poitrine recouverte d'un beau châle de soie à
fleurs voyantes, qui était entouré d'une passementerie et
d'une très haute guipure noire.
202 MISKi: l»K l'OUl'KKS.
Sdll l.lIlliiT (h' xùr. ixor^c <lr |iii:i'u||. |Mi|'lilil mil' It.iNrMr
lix<''(; sur \r <|i,iif |i;ir drs ('■piiii^lo. Ile larges j)li> |r |-,.>>cr-
raii'iil ;'i la taille a\i'c un i^aldii (|iii Itanail T'i:;! Iiiiu'iiI (|f(i\
larges |to(lii's.
Ses <lii'\ l'iix l'Iaii'iil ((iiiiH's. M'Ioii l'ii^^aiit' : li'> jiljo dr ce
|>a\ s les \ cinlt'iil (|iii'l(|iic> sons a (les («tliioilciir.- |M»ni' -arlicln-
nn ()l)i('l (lr loili'llc
< i"f>l domina;;!', cenv (I ^ Nomn- sont loit l)<Mn\ d loi! diii>,
mais la coilVc ru nsa;;»' dans ce l»;iys, (-lant tirs |dal«', ne
coiiiporlfrail ^iifif (|n(' des nattes idaci'-es près dt> |a iiikiiic;
ce (|ni coiist il lierait une coilliii-e de e|ie\en\ |)en |irali([iie
|ioiir des lilles allant an\ cliamiis.
I.e honnet de Laiioni'-e a deux sortes de brides, une paire sp
joiiil derrière sur le fond par nue ("pin^le, la seconde en tulle
on en l(''i;ere moiiss(dine hordi'-e de dentelle, passe sous le
meiilon et forme sur la joue ;;anelie un noMid aux lon^^s Ijouts
tloUaiils.
Ajoutons (pie le (Jnimperrois avait doniK' à V\oiiiie une
l)roelie en argent repif-senlant li'S armes d'Anne de llretaiiiie
aux |»etites hermines, et (pie cidait liii-iiK'nie (pd. \eiiaiil
(l'arriNer (lie/. V\oiiiie le matin dii maiiai;e. l'axait tixi'-e sur
son corsage.
Celle familiarit»'- idait permise, les jeunes i;t'ns ('daienl
niiU'i('S à la mairie, de la \eille.
Il ('dail huit heures du malin. La maison (dail dt'-jà remplie
dinvilés.
La maison du |)eri' Hii-ano. vi^rilaldi' jiatriarcdie. pnis(|ii il
a (lou/.e entants eniiime .ia((d). l'st const ilii(''e jiar une scnjc
j)i('ce, immense, d'iine liaiileiir de si\ midres. |ieiiite à la
(diaiix. mais don! la hlanelienr disparait derrii'-re les meiihles
dont elle esl ^Miiiie. ijuati'e ;;raii(l('S armoires en hois de
cerisier. orm'M's de Ixdles ap|die;ili<)ns en cniM-e, sont remjilies
UN MARIAGE BRETON DANS LE MORBIHAN.
203
de bon gros linge, confectionné tout entier dans la maison,
car dans cette région reculée de notre chère Bretagne, Ton
Les mariés bretons.
file toujours à la main le chanvre recueilli dans les champs.
Quatre grands lits bretons, construits dans le mur, rem-
plissent les intervalles laissés entre les armoires; deux de
204 MUSKK DE POUPEES.
ces lils MMll rr|||i(''< ;i\cc (If^ |M)||i'< ;i |i;i 1 1 ;i li I <, les dt'UX
;illllt>.. ;i\i'c (les lidi'iilIX rii clrl i ill Ile l|i||lii'.
l II (rrs hciij Idill'fl ('l.i^rrc l'ii \)()\> iKiir r>| |»la(('' à dntili'
(If la |Mnli' (riMiliiM' r\ iir -'a|i|tiiit' |)a> sur !•• iiiiii'. un |iriil
hjiinicr aiildiir. il rst ^Mriii de \ii'illt'> a^-irllo oriic.'-.
(r<il)nll('-. |iiii>- (I aoiclli'^ citiiscs (|iii m'ivimi! nrdiiiairt'iiu'iil ,
iiiiisi i|iic di' iiiiiid)i'i'ii\ Inds t'ii li'ii't'.
Au iiiilii'ii (II- cctli' saiji'. une ^M'aiidi' lahjf en rcrisifr cir»''
est llaii(|ih'T diiii ddi- d un Italie de \)(t'\^ el de raiiii»'. de
cliaiscsdf [laille s|i|- |e-,(|iie||e> |e> iii\ ili'> si'Iaieiil assis collimt'
|i()iir |)ieii(lie leur n'|)as. mais >iir la lahie il \\'\ a\ail ([urdcs
livres de iiK'sso el la coiiioniie (roiani^er de la iiiarir-e.
L'imiiKMise chominéo, siii-niontéc do qutd(jiit's lii>ils. |»r<''-
scnlait un spoctaclc peu banal, rlle crmlienl un foNcr l'oi-nn''
de Irois énormes j)ieri'<'s de p:i'aiiil. si larges. (|u<', loi>(|ut' !<•
l'eu pélille, on peul s y cliauller, ce qui n'emprclie pas cpi un
banc soit encore réservé devant Tàtro.
Trois vieillards, en bragou-bia/ de vtdours. en prlilc veste,
se tenait'iil dtdjoul sur li'S |iierres de fjranil td devisaii'iil
avec des invités assis sur le banc vis-à-vis d'eux, \\ri- leurs
longs cheveux et leurs barbes blain lies, ils semblaient i\t'<
grands prêtres faits pour br-nir la cérémonie al tendue.
Ce( iutérieui' curieux est «m lairé' |tar une seule petite l'enélre
il deux N itres uii peu verdàlres, mais la lumière et l'air entrent
sans obstacle par la grande pui'te toujours ouverte, td deNaiit
laquelle, dans ce moment, se tenait le maître du logis, le
vénérable jjré'auu, ddiinanl des accolades à tous les arri-
V aiits.
Dès le matin à l'aube, il a\ ail . selon son lia bit iule, à genoux
à côté de ses eul'auls, l'ail, dans le silence, sa jirière du
matin.
L^usuite. on avait iiiaiii^i'' du lail eaillf- avec du jtaiii de
UN MARIAGE BRETON DANS LE MORBIHAN. 203
seigle, et chacun avait procédé à sa toilette. Le père et la
mère Dréano avaient endossé des habits antiques coupés
comme avec un instrument de labour.
« Mes enfants, dit tout d'un coup le père Dréano, il faut
partir. »
Alors des jeunes filles placèrent sur la tête d'Yvonne la
couronne d'oranger à longs pans, après que la jeune future
eut dénoué les nœuds des brides de sa coiffure pour les laisser
flotter, ainsi que cela a lieu au mariage, à la communion et
dans les jours de deuil.
Yvonne prit les devants au bras d'un oncle, les invités
suivirent, la porte resta ouverte; on ne craint rien en ces pays
reculés.
Il faisait un temps superbe, on était en plein printemps,
l'air était pur et embaumé, les routes étaient fleuries et des
vieux murs descendaient des guirlandes de feuillage d'un
vert nouveau très gai, les oiseaux gazouillaient tout étonnés
de cette procession de paysans qui parlaient haut et
marchaient presque en cadence; les jeunes filles, dont les
nœuds voltigeaient au vent, semblaient entourées de papillons
blancs.
A chaque détour, de nouveaux arrivés se joignaient à la
procession. Ils étaient plus de deux cents, presque tous
parents.
On arriva à l'église au bout d'une heure.
La messe fut écoutée dans le plus grand recueillement.
Toute la noce revint ensuite à la ville aux moines, où se faisait
le repas.
A quelques pas du village, un groupe breton apporta à la
mariée une énorme motte de beurre salé, toute couverte de
jolis dessins, puis du pain blanc et des brocs de cidre avec
des verres.
20(1
Ml'SKK F>K l'ori'KKS.
di'lilil I ollr;i|l(li' (Ir hl r.llllillr. LfS m;irit''S ri ceux (jiii le
Vdiiliiiciit se inircnl giiîniL'iil ;i iiiiiii^rr îles lailiiu's au mili(;u
il«'s cliamix. iioii sans rii-c cl ^an< lioiro de |M'lils rDiips i\o
cidic.
l'iiiiiii on arii\a an pavs. ri Ton sr disposa à dt'-jrunrr.
Cliacnii a\ail hirn laini. 1rs drn\ coiirsrs asanl aiguisé
iappr-lil.
La \ rillr on a\ ail h h' nnr \ iirlir, {\f{\\ \ r;iii\, (jrs m on Ions.
Dans d iinnirnsrs inarniiirs. on a\ail l'ail drs iMd-an-l'rii (]nr
Gai'{;'anlna Ini-inrnu', rnl lrail(''s d rxcrssil's. puis dr> raj;(jùts
acronipa^nrs dt' i'oicr pommrs i\(' Irrir.
\a\ lablr. '"ornn'r de plandirs posi'-rs hoiil ;'i lionl >-nr i\o<,
Irt'lranx, n"(''lai[ rrcouvri'lr ni i\(' nap|H', ni i\i' llrnr>, il n \
axail (pn* drs salières, drs |)lals icniplis dr viandr, des
brocs dr cidre, dv^ verres et des assiellrs creuses sans
bord, accompagnées dr cnillrres. Tonir rrllr faïence,
lonir crlb' Nrri'rrir v(Mniirnl di' Jossrlin on rl|r> a\airnl ('dt''
louées.
Ciiaque convive sortit son roniran di' <;\ p(Hlir. l'onNril.
le brandi! en Tair ri b^ repas cuninn^ira ; il u y rnl aucun
léo:ume. ancnn IVoniaiic, ni calV'. ni liqnenr. C.e repas liomé-
rique, si simple di' mrnn r^l d nnr rxaclilude absolue.
Quelques mai'cbandesde gâteaux brrlonssonl là. l-^n acbète
(pii vrni .
Aprrs Ir repas, la ji'unrssr sr mil à daiisrr drs rondr> an
s(ni du bini(»n ri dn \iid(ni. jonrr^ pai' di'> inn>i(i<'n^ donl
1rs (diapranx rcnnls t'Iairiil oi iif> di' inban> innilicolores.
Les lillrs pai'rif ni jrnr (-((r.-^agr dr llrni> dr> clianips. ddii
le co(|uelicol était absent.
(!rll l'absence de co(|n(dicols rsl lir> curirusr, il y a prnl-rli'r
là uin' b'grndr. Pour nr |»ii^ ia|qM'lrr Ir lriTi!)lr combat des
Trente (pii en! lien loul prr-.. prnl-rlir ipir les coquelicots
UN MARIAGE BRETON DANS LE MORBIHAN. 207
couleur de saug n'onl plus voulu éclore sur cette terre de
braves.
Les jeunes gens, élevés par le digne recteur et les deux
vicaires de Lanouée, se conduisirent gentiment.
Après un second repas tout semblable au premier, la mariée
fut conduite chez des amies pour y passer la nuit, car, ainsi
que le veut la coutume, elle ne devait être libre de retrouver
son mari que le lendemain à la débandade de la noce.
FRANCE
m
POUPÉES COLONIALES
14
LA POUPÉE ARABE DE CONSTANTINE*
« Louange au Dieu unique!
« Salut pour qui marche dans la voie droite !
« A la Seigneurie de la très dévouée éducatrice des petites
Roumies, mes sœurs! A celle qui se complaît dans la société
des toutes petites poupées, et fait pour elles comme un sanc-
tuaire à l'abri duquel rien ne saurait ternir leur éclat, une
retraite où elles demeureront éternellement jeunes en un
monde où chaque être se flétrit et meurt, j'ai nommé la
directrice du Musée de poupées.
(( Que Dieu (qu'il soit loué dans tous les siècles) répande
sur elle la bienfaisante rosée de sa bénédiction, qu'il la
pénètre du parfum de sa grâce, tant qu'alterneront les splen-
deurs éclatantes des midis et la douceur des minuits.
« Vous me demandez mon histoire : j'avoue que je suis
embarrassée de le faire ; encore que descendante d'une lignée
illustre, un de mes aïeux, Ahmed bey, fut le maître de Con-
stantine. Elle est celle de toutes les petites Arabes; il s'y
rencontre peu d'événements capables de retenir l'attention
des personnes qui, comme vous, habitent Paris, la ville où
1. Traduit par M. Mercier, procureur de la République à Tizi-Ouzou
(Algérie).
212 MUSKK ItK iMilP^ES.
les iiifiN cillrs ;t|>|i;i i;i issciil coiiiiiit' rcriivre {\r l^p'iioiiii '. mi
roiiiiiM' iiih> li'iil.il ion (I IMis'. It' ^raiid \iiiM<'ii.
H .II' Mli:^ liée ;i Coilsl II II I i lie, à IIIH' (llllr (|H il IH' in'f'Sl pilS
possildi- (le |iii''ii.sfr. |*t'iil-t|ii' iii-j'' i|iiiii/c iiii>. .M;i ii;ii--
sancc lu! iircm'illif sans j,,i,. |,;ii imiii |M''if Si \\h\ VA
HliaTiiiiii. Id'ii lijs (!•■ Si |]| llaiK Ali i|iii oiM'iail un lil>.
n"a\aiil eu jii>(|ii al(ti>. dr ma iiicrc r| de sa sccoiidf t'jMMiM'.
(jiic des lillt>s.
« Mon pèrt' a\ail ("'poiisi'- ma iiiri*' à caiiM' dr -«a ImmiiI»''
l'ol)iisl(' cl saine. (|ii(ii(|n (d !•• rùl df |ir|il.' iiai>>aii('' (d de
fortune plus médiocre. Sous le eoiip de la déception prol'ondc
qu'il épi'ouva, mon père répudia ma méi-e, mais la triple
formule de it'pudialion n ayant pas t'Ic pinnoncée, il se
rej)entit de sa décision, et avant r('\|driili()ii de la retraite
légale, ma mère et moi, nous étions ramenées dan> la maison
où j'('lais née.
« Ma joliesse, dont Fatma, iioln' vieille et iidèle esclave
soudanaise, enircicnail sans cesse mon |)èi'e, avait peiil-èlre
conti"ibu('' au retour de ma mère.
<( Heconnaissante, <dle me donna alors le nom d'Oum l'I
Kheii-, indicpiani par là (pielle me considérait comme la
source du bonheur cpii lui re\enail.
(( Elle |)romit de m'élever comme une \iaie j'emmc d(>
l'Islam, aliii (|iie je pii>>e. Mii\aiil li's promessesde rarcdiani^e
Gabriid a mdre pro|)liète Maliomel, entrer au Paradis sur le
IraiK liant aci'-ii' du Siral ', avec les messies td le> pittplièjes.
« llepiiis. la naissance de trois lils rendil à ma mère pins
1. Djenoun, ["luriol de DJinii, ospril.s bons ou mauvais.
2. Iblis, archanpo déchu, I.ucifer.
3. Le Sirat est le jionl que les Musulmans doivent franchir après leur
mort et qui conduit au royaume des llouris. Il est aussi eflih'' (jue la lame
d'un sabre, le moindre péché fait tomber le passant au fond <lu tiouffre
au-dessus duquel il est suspendu et où se trouve l'enfer.
LA POUPÉE ARABE DE CONSTANTINE. 213
de faveurs qu'elle ne pouvait en espérer, car mon père ne
prit pas de troisième épouse.
Poupée arabe de Gonstantine.
« Mon enfance fut celle de toutes les fillettes de mon âge;
jouer avec des amies dans les qours intérieures de notre
214 MrSÉK ItK l'OlPf.F.S.
>|»l''ll(ll(li' lli;ii>u||. lidflliT ;i\t'C t'||r> ;i||\ >;i VulircHScS ^('1<''«;S
<l iiliiicdls un (le (((iii^^. |i;iiTiiiiii'ts à I rssfncc de roses, et
;iii\ |iàl i>>('iics >i MiiiiTs (|iii> \;iri;ii| mcdit' lail iii_ut'iiii'ii\
(le liol l<' |iàl i^>ir|' lllllisirii.
" .l;illiii> l'ii n'iiH'iil clic/ mes aniics. .le li-a\crsais en voi-
lure. |)ln> laieinciil .'iicore |e> iiK's (les (jiiiiiliei> liaiiçais où
jes |]|||(»|K'e|IS. cil tullle. sciiilileiil nioillS llia le II e|' (| ijc colll'ir.
coininc s'il l'Iail |)o>sil)le d (''elia|>|ier à une (li^liiK'c dr Imil
temps ('•ciilc. \()il;i les seuls fa ils dont je me souvienne.
« lMii> lard, lin Irès vieux la leh rn'enseijîna, avec la leeture,
les Nci'sels essenli(ds du li\ie it''\(de. Iandi> (|ira\ec une
pareille de nia mère, i"a|t|>it'iiais à acc()m|)a^iicr sur la man-
dole les clianis des \ iciix |)oc|es. (iomhien de roi> Jii-je eélébré
avec eux la ^i-àce el la heanl"' de la reiiime. cum|(ar»''e> à la
lailh' ('lancée dn e\ |ircs. aux rci^ards lanuoiirciiv de la i;a/.elle,
à la (ace ar^^enh-e cl Itrillanjc de la liinel
« I)ej)iiis deux l'amadans. je ne sors [dus de noire xieillo
dcmeui'c (|n une lois (diaque année pour nous rendre à noire
villa des Lauriers-Roses, et malgré mon visaj^e voile, nous ne
li'avcrsons plus la \ille ("raucaise (|ue les shjrcs licrmétique-
menl (dos de noire cal(''( lie.
(( Par mes mains iiih'ricurcmciil leiiiles au roui,M« Iieiun'',
vous saurez, (piil iTx a |tas longtemps encore j'étais liancée.
Je fus demandée en mariage à mon père par un de ses amis
(|ui, m"a\a!il xuecnfanl et m'ayani Ironxt'c j(die. jiensail fjue
la remnic lieiidrail les promesses de reiit'aiil. l ne de >cs
Sd'Ui's élait venue s'en rendre compte el lui axait assur('' (piil
ne serait pas d(''(ii dans ses espérances. Mon jière a^réa sa
demande ej me pre\iiil iiciir jours a|tr(''s de la rcsolulion (d
de la (laie de noire maiia^c lix('' à un an.
•■ .le me rapittdais Si-Smoussi (pie javais vu jdus d'une l'ois
hu'xpie loille pelile. daii- iKilie ( liamhic (le> ||(~»les. je rece-
LA POUPEE ARABE DE CONSTANTINE. 215
\ais de lui quelques friandises. Il était plus âgé que mon père,
je revoyais son air grave. 11 m'inspirait plus de frayeur que
d'affection : mais que peut une jeune fille de mon âge, sou-
mise par Dieu lui-même à la contrainte de son père qui est son
second créateur?
« La dot, que mon futur donnait en échange de ma per-
sonne, était superbe : cinq mille pièces d'or au moment des
accords, cinq mille autres le jour de la célébration du mariage,
un trousseau splendide contenant les plus fin&s soieries bro-
dées d'or fin par les plus habiles passementiers de Stamboul,
de Tunis ou de Smyrne, des tapis tissés à Kairouan du temps
de Sidi Okba, le marabout conquérant, et tant d'autres
conservés en des coffres de santal incrustés d'écaillé et de
nacre.
« Vous parlerai-je des bijoux qui m'étonnèrent par leur
nombre et leur magnificence, quelque habituée que je fusse à
ceux que je voyais dans la maison de mon père et qui avaient
été, du temps du bey Ahmed, dessinés, ciselés et sertis par les
plus habiles joailliers, ses serviteurs?
« Tunis avait fourni le diadème composé de six rosaces de
diamants du plus vif éclat surmontées d'anciennes et pâles
émeraudes, telles que ITnde n'en produit plus; il y avait des
colliers au triple rang de perles, des agrafes doubles, des
bracelets de tous les genres, des anneaux pour les chevilles,
éclatant de jaspes, de béryls, de grenats syriens, de corin-
dons, de calcédoines, de toutes ces gemmes si bien décrites par
votre poète Rostand.
(( Mais plus que tous ces présents nuptiaux, correspondant
au rang et à la fortune de nos ancêtres, ce qui me pénétra de
joie et de reconnaissance, ce fut la condition imposée par mon
père et acceptée par Si-Smoussi, sous la sanction de la rup-
ture immédiate de notre union, de ne jamais m'infliger le
2lt, MUSKK ItK iMHI'r.KS.
(Il l'indice (1 niic sccuiidc t|)i(iiM'. l'I de iii' j;imiiis (((iilrr mon
iiit', iin' laiiT l'i'sidt'r Iniii de la xillf (tii jr >iiis iifc. Mu miTc
iiiii'ii |oiiiniii> lil)i'i* :i)-(-rs d;iii> l;i iiiiiixiii de iikui iii;ii'i. r| il
me sera |m'| iiii-- df n'\ciiii' iiièiiic (liiniiic i^|||•daIl>^ la \it'il|<'
di'iiii'iiir l'ainiliali' d uii je -ui^ -nilif. il \ ii m(iiii>> di- Irois
M'iiiaiiK's.
<( Mon niaiiaui' a l'ii lit-n à la tniiiul"- li\i''(', cl <•'<'>! di- <lii'/.
Si-Snionssi (|iii' pari la lr||it> (|iii' je \i»u> adresse aiijuiird lini.
(Jntd(|ni' r('s|»e( I (joe je coiiM'rxe |M)iir mon mari, je ne lui \(d>
[dus (td air >e\ere (|iii m i-n imposail td m(dlra\ail nn jicn.
|]>l-il |dii< àuV' (|iie nr \r >onl ()iirrois les cpoux des fommos tlo
mon ài;<'. je n(> |»cii\ pas le sa\oir; n csl-il |(a> le mari, (pu
de son l)ia> l)ieii\ idlla ni r| for! |iro|t'^(' sa rcnimc, ^zamiaiil
ainsi, sni\aiil la parole du pro|)h('le à son «''ponsi' ainnr la
l'avt'nr id la «^ràcc dn stud vrai Dieu. <Jn"il S(mI sans cesse
oxaltr! »
POUPEE KABYLE
X. — Alors, vous venez de la Grande Kabylie?
La poupée. — Directement, de l'école indigène de ïaddert
Fort-Nationnal.
X. — Taddert, ce mot ne veut-il pas dire village?
La poupée. — Oui, village, commune. C'est l'unité politique
de notre pays.
X. — Où etes-vous arrivée d'abord?
La poupée. — Au Musée pédagogique avec toutes mes com-
pagnes d'Algérie.
X. — Et ensuite?
La poupée. — Ensuite, je suis partie avec Mlle K... et son
lieutenant Maria Duhamel, pour Rouen, où avait lieu une
exposition internationale.
X. — Quel était l'objet de cette exposition?
La poupée. — La couture des costumes nationaux de la
France et de ses colonies,
X. — La couture, dites-vous, mais il me semble que l'expo-
sition de toutes ces délicates poupées dont vous faites partie est
bien plus une exposition ethnographique qu'une exhibition
de travaux de couture !
La poupée. — Chut! quel mot savant vous lancez ici! « Tout
est dans tout », dit Jacotot. Qu'il plaise à chacun de voir dans
218 MUSKE PF. F^(i( PKES.
la culli'cl iuii (In Miis('-,' iMilit' cliuM- (|iii' (le la <(iiil ni»', laiil
iiiii'iix, il \ a hicii tir- ra((tii> Ai- ii'^Midrr. l''iuiii('/-\ itii> (]in'
It's lissiis dont son! juili-s lniiirs les (lixrr.srs rohrs do |miii-
pros ('(HisliliiiTiiii'iil a t'ii\ siMil- une ('X|)Osil ion hfs insliiic-
li\('. mais an Mn^'f le hnl |ioni>ni\i r»| la cniilnic.
\. — La couiiiiT. soi! 1 |iai(l(innr/-ni()i, inadanic la |m»ii|)(''('
kal>\li'. mais il mi' si'iiildi' (|nr jr ne sois liniM'i' (!•' cunluiTs
dans Nod'c liahillcmml .
I.\ poi i'f;i:. — (.liiil. <diiil! mai> non, mmi-- m- |)(in\c/ \(»ir
ro (|ui ircxisjr pas, mon coshimc m' compoijt' |ia< nn srnl
poiiil l'ail à rai^iiillc. Puiiit de conj)!- sa\aiil''. |)t)inl dasM-m-
blage.
X. — N'oiis iir<''(()nii('/ ; (|nui donc alors, commt'nl lii-nm-nl
vos drajx'rics?
La POiPÉE, //^/6'. — Avec des Inoclics, des (épingles et oncore
des <''|)ino;les.
X. — Mais savoz-vous qup c'est ravissant ?
La poupée. — Certainement, ravissant, ailisli(|iic. NOns
avons des étoffes très souples et nous les drapons sur nous,
comme on les voit sur les statues auliciues, çiisuilc nous les
fixons avec des bijiuix.
X. — (l'est vrai, je vois sur votre épaule nue Iticii curieuse
épingle.
La POCl'ÉK. — Voyez celle-ci et celle-là. et les l)ijon\ (pii
ornent mes chevilles, mes hras, mes oreilles.
X. — Mais dans I'im-oIc (riiuligèues d'où vous veinv., ou ue
coud doue pas.'
L.\ POiPÉF,. — l*ai(l(nine/-inoi. (Ui >nil le- piourauinie>, mais
alteiule/ (pic je \ous dise ceci : I (''cole d'ou je sors 11 e\i>le
plus.
X. — Vraimeiil. mais al<u's «pTol (lev(>niie la digne insli-
tulrice (|ui NOUS a en\o\('M}a l*ari>.'
Poupée kabyle.
220 MUSKK I>r, i'dll'KKS.
I.\ l'Oi l'i';!.. — Mlli' Saillir' l'.ll.- (lili^i- iirliit'llt'iiinil l'Ij'ole
iioniiali' (1rs lillt-> <ii' .Miliaiia.
X. — 'l'rrs ItitMi . \lui>. il MX a iilii-- d i-colrs iii(lii;«'iirs |HUir
les ji'iiiii'> l\al)\ l(•>^ .'
La i'Oii'i';r.. — Si. il \ en a lioi». iiiai> jii^i'/ un prii (•(miiiih'
nous somim's (li'laissrcs ; coiilri' ii(i> I i(»i^ ('cnlcv d,. li||..>. il \
en a 1 .'Ml |t(iiii- les irarrons.
X. — (-t'si \raiini'iil li<i|i ruiii-nx. (Jui a ci-i'-r- ers (''Cdlfs?
La l'oi im';i;. — l ii iii(Mi-i<'iii'. .Iiili'> l"rii\. (•(iii^^iilt'i r- imi
Kal)yli(> (-(iiiiiiii' lin ilii-n.
X. — .ri'iih'mls. Il fs| Ihiii |t(iiir I ail i|ii il \ ail |M'n di-rolcs
cl (|iH' \(»ii> |iiiissi('/. lon:;|('iii|is rncitic (•(iii^'i'iA cr <•(• cn^l unie
si |»ill(»i't'S(|ni', si (liiiiic. si |tii(li(|ii(' : ^adiaiil coiidn' \()iis
Noiidii»'/ voiisaussi iinilci' la iikmIc (|iii \(»ii> coiin irndi;! i( |m'|i.
La POL'PÉK. — Non, mais la couliirt' iioii^ sriail d'iiin- tt'i-
taine ressource, ne f'ùt-co (|iii' |M»ni' fain' ces jidifs hiodcrirs
où excellent les femmes arabes.
X. — Dites-moi : la l'cmmc kahvlc csL-cllc pins iiidi'pcn-
(lanlc (|uc la femme arabe?
L\ poi PÉE. — Neniii. La puissance paleiindle r>.| ab<^(diie,
le j)ère (lit à sa lille : h J'ai dccidi' de |f niaiier. nous a\(>n>
li\(' le prix il. 2(.in lianes à I (KM» IVaiics. ^eloii la >iliialioii e(
la beaiili' de la personne. (!c (pii l'ail dire <lif/ iioii>. en riaiiL
(piiiii père niaii^i' sa lilb' (piaiid il d(''p('ii>e ce prix a|iiès la
noce. L ne n'iinidii de l'aniille a lieu, un repa>. la liaiiei'c n'a
jamais vu son lianet', |M'iil-('lre a la roiilaiiie. inai-> poiii'lanl
lors(jnc les remnies se ii'iid''iil ;'i la t'oiilaiiie. il e>| dt-rcndii
aux bomnies de pa>M'r.
X. — \ ons ne \on^ Noilc/ pas b- \isaij:<>?
La i'0ri>i';r,. — Non. le xoili- in- nous cmix icnl pas. le l\ab\ le
a lioiieiir (In niciisoiiiie. dr huil n' tpii di>siiiiii|,'.
X. — J'Ues-vons lienreiise^ an loNer'
POUPEE KABYLE. 221
La poupée. — Oui, si la femme mariée a des enfants; mais
si elle n'en a pas, si elle ne peut pas travailler, son mari sou-
vent la renvoie.
X. — C'est affreux, cela !
La poupée. — Pourtant, on entoure les parents d'un très
grand respect, notre Coran dit cette belle pensée : « Un fils
gagne le paradis aux pieds de sa mère ». Nous sommes hospi-
taliers entre nous et nous devons même traiter l'étranger
comme un ami.
X. — Dites-moi. Retourneriez-vous avec plaisir dans votre
patrie?
La poupée, résignée. — Je suis très bien ici. Je fais aimer
ma Kabylie. On dit de moi : « Cette étrange poupée est char-
mante, elle a de la noblesse dans son attitude ». Je me gran-
dis alors un peu, je regarde mes compagnes et je suis satis-
faite.
X. — Mais le ciel bleu de l'Algérie, mais vos palmiers.
La poupée. — Les palmiers? Voyez donc, il y en a ici en
papier, n'est-ce pas assez pour une poupée? Quant au ciel du
pays natal, sa couleur divine est gravée dans mon cœur d'un
souvenir inoubliable, je le retrouve toujours en regardant en
moi-même.
X. — Vous me donnez le désir d'aller chez vous, toutes
vos paroles sont si poétiques, sans oublier qu'elles sont
empreintes d'un grand bon sens.
La poupée. — Vous ne pouvez guère aller en Kabylie. Chez
nous, la terre est mesurée à chacun, nous sommes trop
nombreux, il faut même que beaucoup des nôtres s'expa-
trient; la plupart des tirailleurs algériens sont des Kabyles.
La nécessité le veut ainsi, et pourtant le Kabyle adore son
pays natal, son petit champ, la terre, autant que le paysan
de France.
222 MUSÉE DK TOUI'KKS.
X. — Alors, ijt'lh- |»i'lil<' Madaiin' (le l\al»\lii'. j ai [n'iir
(laNoir al(iis('; (le \ns moiiiciils, iiir |H'iim'| | rt'/.-\()ii> A,-
racoilh'l' nulle ro|i\ r|>al inii /
La l'ori'i;!:. — Oui. mais glisse/ >iir la (|iicsti(»ii ((iiiliii-c,
ira|i|iii\('/ pas.
\. — ('/est ('nt(*n(lii.
La l'oirf,!;. — \(ms poiin»'/ dirf à \(tln' jriirio piiMic (|iii
<iiin<' laul li's liisloires de |t(»u|)<''<'s. (|ii'il \ a m i\al)\lit' mit'
|)()ii|)t''<M|ii on |»r()m(''n*M'ii procession, d h' r<'jM"(''St'ii|i' la l-'iaiHi'-i'
des lî]uu\ ; c esl (huis iiiif IV-li' d(> la .Naliirc, f(Me aiili(|iii'. iiiif
réminiscence des temps disparus, comme elie/ \uiis le hd-nl
gras.
X. — Oui, mais la l-'iaiici-e des i']au\ es! mille l'ois |ilii>
poétique, ce n'est pas le carnaNal (iiiClle t''\o(|iie. ni (\>'<.
réjouissances (piehiuefois un peu lourdes, la l"iaiic(''e des l']aii\
rappelle nos ondines et les dix iiiih's doiil noire \ ieille (iaiile
peuplait les bois et les foi-èls. (Ii\ iiiih'S disparues an joiii'd'Iiiii.
Oh! (|U(' ne puis-je allei' eu i\ah\lie!
DAME INDIGÈNE DE SAÏNT-DENIS-DU-SIG
ISRAÉLITE DE MILIANA
Nous devons les confidences que nous allons vous conter à
Mme Jeanpert, directrice de l'école primaire de jeunes filles
à Saint-Denis-du-Sig, province d'Oran.
C'est elle qui a fait habiller cette délicieuse Mauresque, une
des plus belles poupées coloniales du Musée sur laquelle feu
M. Rambaud, ministre de l'Instruction publique, conféra
longtemps, lors de sa visite, parce qu'il était, lui historien,
très intéressé par les amulettes dont elle est ornée.
Les femmes arabes habita rft les douars (réunion des familles
composant la tribu et vivant sous la tente) ont un costume
plus simple : du sommet de la chéchia ou coiffure part un
morceau de calicot, long de cinq à six mètres et large de
quatre environ qui couvre la robe ou ahbaya : mais ici nous
présentons une femme riche du pays et sa toilette est d'une
élégance très raffinée.
Sa coiffure, qui a la forme d'un cône, est en velours vert
brodé d'or et couverte de sequins.
Elle porte deux robes, celle du dessus est un tissu d'or
transparent, le pantalon, seroual^ est à raies vertes et jaunes
d 'un tissu soyeux très épais.
224 MUSKK !'i; l'Oll'KES.
I ne liclic cl lourd.' CI iiiliirc. li^st'-c or. coiin ci le {\i' |)icirc-
rics, c>| iioiit'-c CM ,1 \ ;iii| .
Les l);il»(i||i||c> MHll colINclIc-. (le |iic||c< |i|i''cic|l>c>. (|cs
.■miic;iii\ (le i.iiiihc. Ii'iilli'dl. ciildiiiciil Icv clic\il|cs. riiiii- le
iiii'iiil |irc(icii\ (Ion! il>s(»iil ruiniez ccdc à |;i pression cl ces
;illl|c;iil\ >-c |M)vc|i| ('(iliiliic {\r-. Illliiill-^ lipide- cl se rciTlU'Ill
-•iir l;i jiiinhe.
I>e llcv ii()|lll)le||\ Ii|;i((de|s, (|||;i || | j | (' d ;i II lici |i \ ((((iNrcill
SCS jolis l)i;i> sur |c--(|iiids relolidieii! |c> |;ii^e> iiiaiiclies de
la \esle Fi'n'iiild . La |M)ii|M''e porlc deux paires de peiidaiils
d Oreillo, les uns Solll allai Ik-S aux lohes colllllie elle/ ll(»ll>.
cl une seconde paire, l'ornit'c de ^ro>ses pcrlo enlil(''OS,
eiilonrenl Loreillc el se lixeni an\ <dic\eu\ par une ( lia iiielle.
Les colliers, //lehhifja, on prAidcid les auiulettes, sont
nombreux : les |)ien-es,. les perles allernenl avec de ^ros
anneaux d'anUtre jaune.
Hemar(|uc/ (nie la dame de Sainl-neiiis-du-Si<; a des clie-
\cu\ noii's IVisés, non leiiils au Iicuik'. cl (juVlle est tatouée.
Le tatouafit' des reninu's arabes dill'ere de e(dui i\i'< iKunincs.
Celui des lioiHUU's e>l i ii(l('l(''ljile ; il esl suiloul prali(|Ui'' pâl-
ies nomades.
II remonle aux premiei-s leiups de la r(dij;i<ui inu^ulniaiK^
et aurîiit sei\i au (l(d)ul à dislin^^u'i' les seclaleurs de
Maliomel.
L'hahilanl de> \ille> a ahandoniu' celle coulunie, encore
très en vogue dans les tribus.
(die/, les liommes elle se linriic à un poiiil, un Irail. un
dessin de p(dilc diiuciision, le uu'Uie pour une l'auiillc. un
dollar, une Iribii.
Les Béni-. \uicur. (Iaii> la [('uidii de Sidi-be|-.Mtbt's. |torleiil
un Irail xeilical sur la ,j"iic droilc: au didiui de la (•(UU|uète.
une parlie de la Irilui de-« l'iiila^ de la n'-^ifUi tlii TiàreL
DAME INDIGÈNE, ISRAÉLITE DE MILIANA. 225
ayant fait sa soumission à la France, voulut se distinguer
des Flittas restés en armes, par un signe formé de deux
petites barres parallèles sur l'aile droite du nez.
Chez la femme le tatouage est toujours une parure qui
Dame indigène de Saint-Denis-du-Sig. — Israélite de Miliana.
s'enlève et se renouvelle à volonté, il orne le visage un peu
comme les mouches; de plus, il peut couvrir les mains, les
bras, les pieds.
C'est à dessein que nous avons placé près de notre élé-
gante Algérienne un Israélite venu de l'Ecole normale de
Miliana, parce qu'une jolie histoire ou légende se raconte
in
220 Mrsi;r. i>k l'orni-s.
;i\;miI imi |)i(|ir iicli'iii- un (iiTf\i'f i-^iin'-lili- li:iliil;i ni Siiiiil-
l)('iiis-(lii-Siii f| iiM'' l»i'lh' ji'iiiii' lillc indiui'iir dr la int-im'
Inciililr.
Kllf s a|»|icliiil Minlii^'. (•"csl-à-diic paiTiiin. Sa l)caul«''
rlail radieuse, son inlelligence part'aile, sa seiisibililé
e\(|uise.
|-"dle ainiail la rr\eiic. 1rs lleui->, |c> |mm'|.'-. l-dli- in- dt-si-
lail |ia-- st' niarh'i'. il lui plaidai! di' \ is n- pai^ililr \)\i'^ dt- >.un
N ieii\ père.
Son occnpalion lialiihiellc con^i^lait à faire de- ((dlicrs de
lleiirs, à copier de jolio maximes (|ne||c rninminail de
jtlanles nalnrelles S(''e|ii''es: (die \ ajonlail (pielipics iidleviuiis
pei'sonmdles (elles eelles-ei :
(i La heanié d<' lliomme es| dan> son iiile||ii;cnce : l'iniidli-
iienee (le la femme esl (laMs sa ix'aulé. " Miirliis avait ajouh-
'. (d dans sa bonh'- ".
(( Si In es ]ti(|ntd, palienle, lorxpie In -era>> maillet;
fra|ipe. »
Miirliis avail ('■eril en mde " ne fra|)pe jtas ».
I- (In ne j(d le de pierres (pie dans les a rhres à lleiir^ d'or. »>
« La moiili'e (pii mené (lie/ nii ami e--l une drseellle. "
.. Si Ion ami e>l du miel, ne Ir maiii,^' pas complt-le-
Ilielll. "
Il \ a\ail aillai une M'iie de feiiilltd> (|iii lormaieiil une
soi'je d lierl)icr de lleiir> id de j(dies pens(''es.
.Miirlii> nav ail (pi un dtdaiil , (die adoi"ail la parure td siir-
loiil les Idjoiix.
Il \ a\ail alors à Saiiil-heiii>— dii-Sii;- une l)onli(|ue d'orft'vre
leiiiie, comme c Csl I II a l)i I ii(|e. |»ai" un .liiif. Llle (dail trîis
a(dialaiid(''e ; sou luailre (dail un arli->le (k liante \aleiii',
doiie dune pal ieiice iiilinii'.
Il a\ail mis dans son ail r\ (laii>son c(jiiimerce loule su
DAME INDIGENE, ISRAELITE DE MILIANA. 227
vie, car il avait perdu dans un naufrage sa femme et sa fille
Rébecca qui était d'une beauté parfaite. Mirrhis avait acheté
chez Abraham, ainsi on l'appelait, toutes ses parures, entre
autres merveilles un diadème à breloques, assaba orné de
pierres de lune et de turquoises d'Orient, un collier à plu-
sieurs rangs de sequins anciens et de perles roses, un
médaillon pour le front.
Elle avait assez de bagues pour remplir un œuf d'autruche
en filigrane d'or sur un semis de rubis, dont le fermoir
représentait deux serpents enlacés et qui était monté sur une
patte d'oiseau en jade découpé.
Mirrhis avait établi la liste de ses joyaux sur un petit
album avec le prix qu'elle les avait payés.
Son père lui disait : « Ma colombe aimée ^ prends dans
mon coffre tout l'or qu'il te faut pour tes parures, c'est toi
qui fais valoir tes bijoux », et la jolie Mirrhis en achetait
toujours. Elle portait chez Abraham des pierres précieuses
que des marchands nomades lui vendaient, puis des lingots
d'or, et elle donnait des dessins à l'orfèvre qui discutait la
facilité du travail etqui exécutait ensuite des joyaux uniques.
C'était un précurseur de notre Lalique.
Le temps passait ainsi pour la jeune fille, doucement,
heureusement.
Mais le père vieillissait.
Un matin, il ne put soulever ses pieds de terre. Ses
domestiques le couchèrent, il regarda Mirrhis avec des yeux
étranges mouillés de larmes, son cerveau s'éteignait, il était
paralysé.
Alors commencèrent de longues heures, la jeune fille,
toujours parée, gardait dans sa petite main celle de son
père bien-aimé.
Il parlait peu, mais ses paroles semblaient une sorte de
228 MUSKK DK l'OlPKKS.
lilaiiit' dans liKjiit'Ilr il (•••|»''lti'ail la i:ràc)'. la Ixiiih''. la Itraiili'-
(le son enluMl .
« Ma toute bollo, nioii ••loilc. mon tii'so!-. •■
Puis il soiiriail.
Le niallit'iir cjail friand, il nflail pas assc/. r()m|>l<'l.
Poui'(|uoi i"aiil-il ainsi payer sa pai I (!»• (loulcm- iij-lias.' l in-
nuil un (lom<'sli(|ue inlidMo enipoila jouit' la ruihinr du jx'rf
de Mirrliis. l-]llt' t'Iail t'U pit'ci's d'or rcurt'i'iiK'-t's «lans un
collV»' immense, un df <<'s collVos al^<''rit'us coummIs di-
rnruit'S cl dOniciiicnls eu uacif.
Pi'olilaiil du >(»mmril de |(uis, il a\ait, aidi'' d'un ((implirc
place le lourd collre sur un camion Ira iu('' |iar un mnli'i. iMi
jour au lendemain In misère entrail dans ci'llc ri(lie
(l(>meuie.
Oue devenir? La douce .Miicliis n'hi'sila pas. Idle coiiiul
trouver Abraham, et ell(> lui dil.
<( Mon vitdl ami, je crois (pie je vaisèlre oldi^^t'c de vous
revendre les joyaux (pie je \ons ai a( liejt's, je nai plu>
d'argent, (oui a t''l<'' |)ris (lie/, mon père, je ne \cu\ pas (pi'il
le sacdie, ni lui ni [lersomie; à nous seul, Aiualiam, je c(Uilie
mon malheur. »
Abraham i-csla alteriM'.
« F*auvre belle 1 lil-il, mais oui, je \oiis a( lieleiai ce (pie je
pourrai. Vous a\e/. une iortuiie, de (pioi aclialander une plus
belle boutique (|ue la mienne. »
Le lentlemaiu, tdie Niiil (liez rorfèM-e voilt'-e, dans sa
longue dra|terie IdaiK lie, elle ea( liai! un •'■crin conleiiani S(Ui
plu> ri( lie collier.
« Ahraliam, dil-(dle, ((Uiimeiil l'aire si mon idiei- malade
veut me voir avec ce bijou (piil aime lant? Mon pauvre père
n'a pas d'autre distraction (|iie de legardtM' mes jtarures, je
n'ose vous l'aii'e une proposition, mon amil
DAME INDIGÈNE, ISRAÉLITE DE MILIANA. 229
— Allez toujours, mademoiselle Mirrhis.
— Si vous me faisiez une parure semblable avec de fausses
pierres. Est-ce possible?
— Oui, répondit Abraham, c'est possible pour ce collier et
certains bijoux dont toute la valeur est dans les gemmes,
mais je ne pourrai pas faire de bijoux similaires à ceux qui
sont en or ciselé.
— Ceux-là, père ne me les demandera peut-être pas. Ce
qui lui plaît infiniment c'est de toucher les pierres précieuses
qui sont si froides et de les poser sur son front brûlant quand
il m'embrasse. »
Mirrhis, ayant rempli une bourse de pièces d'or données
par Abraham, était allée le même jour chez un taleb. C'est
un écrivain public qui connaît le Coran, elle lui avait
demandé un talisman pour son père malade.
Le taleb, gravement avait pris un carré de papier blanc, il
y avait inscrit un vers du Coran et la jeune fille lui avait
donné en échange une pièce d'or; elle ignorait que ce talis-
man ne se paie généralement que cinquante centimes ou un
franc.
« Vous ferez tremper ce papier dans un verre d'eau, avait-
il dit à la jeune fille, et vous ferez boire l'eau où l'encre sera
dissoute à votre cher malade. Il ira mieux de suite. Mais ne
craignez pas de revenir, je préparerai pour votre père des
amulettes que vous attacherez à ses bras. »
Pauvre Mirrhis ! elle était superstitieuse comme le
deviennent un peu ceux qui ne savent plus espérer dans la
science. La maladie fut longue. Le train luxueux de la maison
avec le surcroit de dépenses qu'amène toujours un grand
malade continuait, les bijoux de Mirrhis pourvoyaient à
tout.
Les imitations qu'Abraham donnait en échange des belles
2;{0 MUSEE DE POUPEES.
|i;ii'iin'-. M'iidiics ('(iiii'iil si <'\;ic|t's (|iii' Minlii^ cdiil imiiiil à
^ l'ii |);iii'r |Hiiii' (II,! niirr le» \i'ii\ di' ^nii [)iiii\ri' |)('i"'. IimjiicI
n<' se (luiiliiil (|i> ri. 'II. Il (|('(;i<|i;iil |.'-> hracrlrls des hrasde sa
lill<' (In-i'ic, id !<■> l'^Mi'iiail . Il -aiiiii^ail a\cc srs j(t\an\
coiniiii' iiii ridaiil, |)iiis il les lui n-pas^ait «d .Mii'rhis soiiiiail.
r.'idail ([ii(d(|iir> iii-.|aid> liciin-iix. di's mifdics de lionih'iir.
I>;i iiKd'l airi\a \\r^ doiici' : un |)irs>riiiriil di' iiiaiii^-. un
dci'iiici- rf'i^aid. un Mtnrilr.
Lii dduli'iir de .Mi,ri liis fui de crllcs (pii n'i-rlalrnl ru an( un
iiidt' cxh'ricni', iiiai> (|ni d"'in<'iin'nl an jond dr l'àinf >ans
jamais perdre de leni' inlensil<'', comme un parlnm pi'i'cienx ,
(MirpriiK' dans nn \ aso sans issue.
Mirrlii^ a\ail nn omde (|ni. à viiii:! ans. l'dail pai'li an
M('\i(jUo avec un ami, laissant tnulr sa lamille da us la |M'ine :
après (I(« lonfi:uos ann<'es. il avait eidin (hnim'' de ses nou-
velles. Sa vieavail (•!•'• nn lis^n daNenlnres exlraoï'dinaires ;
bref, il s'étail l'ail planleur de cannes à surro ot avait i;ap:né
nne l'oi-l jolie forlnne. Il arri\a jn^li' ponr a>>is|ei- an\ Inut''-
railles de s(mi IVère.
Il ir<dail pas mari»'. Il demanda à Mirrlii> de demeni-ei-
avec (die. I*an\re Miirliis! elle dil oni, |tnis conla sa vie de
rêves, son amoiir |>onr son père, pnis sa ruine, la \enlede
S(»s l)ijou\.
I/on(de, {'-mn. l't'poiidil : k .le ven\ cssavcr de |e ra* lie|er
les l)ijon V n(m \ eiidn> on de coinmaudiT à rorlcN re de relaire
eeux (jui n'evi^lenl pins. Allons chez Abraham ».
(le utdail pas le momcnl de >e parei'. fnai> .Mirrlii> pailil
avec son om le (die/ Alnaliam paice (pi'elle pensait (pie son
p("'re aiirail aimi' cidle a(dion de s(m Ireri-. ha maison
d'Ahraliam ('dail (dose.
<( (le n'esl |>as nn samedi ". dil Miii'his ('donm'c.
.\l»raham idail niorl. la \ eille. d'une conîieslion.
DAME INDIGÈNE, ISRAÉLITE DE MILIANA. 231
11 avait laissé un testament où il donnait tous ses biens à
partager aux jeunes filles juives de Saint-Denis-du-Sig qui
portaient dans leurs prénoms celui de sa fille Rébecca. Il y
avait une lettre fermée d'un gros cachet pour Mlle Mirrhis.
Mirrhis l'ouvrit en tremblant.
« Chère demoiselle Mirrhis, disait-il, je vous ai trompée,
pardonnez-moi; en souvenir de ma fille bien-aimée que j'ai
perdu(» et qui avait la bonté de votre cœur, je me suis permis
de ne pas copier les bijoux que je vous achetais, je préférais
vous rendre vos bijoux parce que mes verroteries n'auraient
jamais eu la froideur des vraies pierres.
(( Aujourd'hui que vous savez la vérité, gardez vos parures
en souvenir de. votre serviteur.
« Abraham. »
Mirrhis passa la lettre à son oncle et essuya les larmes qui
coulaient, abondantes, de ses yeux.
Elle courut dans son jardin, y cueillit une gerbe d'aspho-
dèles et vint la déposer au pied du lit où reposait Abraham.
Il tenait dans ses mains croisées le portrait de sa lille
Rébecca, son visage avait pris une expression indéfinissable
de béatitude.
(( 11 a retrouvé son enfant, murmura Mirrhis, comme moi
je retrouverai mon père bien-aimél >»
POUPÉKS SANS TÈTE KT CROIX h ANJOUAN
I/liisloiic (If celle |)(Ui[)éo n'esl pas l)aiiale.
Mon lilleiil. as|>iiaiil de marine, \en;ii| dèlre dt-si-^m''
pour Madagascar.
.le lui a\ais recommand»' de me faire lialtiller une poupiM-
nial^a(die, mais lu diriicullé de lioiiNer une pejije peninpn'
Jioiro Ir^s fournie dont on |)ùt Iressoi' de noinhicuses nalles
nous avait fait al)andonnei" noire projel ; j"a\ais pourlanl
envoyé de Pîiris des j)Oupées noires, des dessins a\aienl r-je
«k'iumgés ; lonl ('la il Inndti'' dans l'eau : mon ne\eu cependiinl
a\ail t''l('' suinomnK' le papu {h' lu pnitiiri'. parce ipi il a\ail
l)eauc(ui|i pail('' de cela el (|U il a\ail. en l;ii^>anl noire idt-e,
donné les poupées de Paris à des eni"anl> de là-has.
Or, le lemps du rehuir aNancail loisipie je re(u> une fort
jolie lellre dali'e de Ma\olle. on il me dis;ii| à |)ru jires ;
«< Knlin, mari'aine. nous a\ou> l'ail (|uel(|ue chose, e| eu
plus, tu auras une poupée anllieuli(|ue, 1res curieuse, une
poupée sans tète, jtarce (pielle e>t musulmane. e| (jue la
religion de Mahomel di l'fnd de repr('>enler la ligure
humaine. j<]lle n'ania donc pas ces mille |te|i|i"> nalles (pu'
lu avais rêvées, mais, en CMUipeu^alion. lu lui \eria> une
quanlilt' |U'odi^ieuse de inpe> de luules le> couleurs, t'-lagées
POUPÉES SANS TÈTE ET CROIX D'AN.IOUAN.
233
comme un escalier, ainsi que les |>ortenl les femmes indi-
gènes des îles dont je vais te parler.
Poupée musulmane sans figure d'Anjouan.
« Tu remarqueras qu'elle a des boucles d'oreilles à
pendants de chaque côté du masque qui lui tient lieu de
visage, et qu'un superbe voile en étoffe à rideau lui cache les
épaules.
•234 MISKK |)K IMMI'KI.S.
<( <J|H'IIm> ('•paiilo ! [||(i|l hii'll ! Ir roljo di- rr| |r [M)|l|)t''C csl
en t'('';i lilf mil' croi \ m |i(ii> ndii-ci .
" L;i [H>ii|i(''<' ol (''Iriiii^r iiiiii> rr (pii ne ni;iii(|ii<' |»ns (IDri-
^lllillilt'. (• est l:i l'acdll (ImIiI rllc rs| lollilicr cliIlT mes riiiiitis.
" In ••oiitiais li's (|iialn' îli'> (|iii xuil ^ihii'T> au ii(ir(l-(iii('»l
(II- Mada^asrar. a|)|M'|t'cs !.■> (ioinoics r| (|ui ?>oiil ; .MavoLlc,
mil' lies vieille coïKjiièlr. Aiijoiiaii, la fiiaiidc Coniore el
Mcllrli.
« (les lr()i> (iiTiiiiTcs sont iilaciM-s >-uiis la |iin|c(l iuii (je la
Frniicr n'|irt''S('iil(''(' par (lc> iM-sidciils axaiii xmim'mI maillf
à |ia il ir a \ ce les pclijs siillaiis (|iii \ r»\uiii'ii(.
<( Un (le CCS siillans, MaFiinnuid de Molicli. s r-laiil aNi^' de
coniniollrc de iicandcs di-priMlalioiis dans rilr. Idice fui il*-
S(''vii' ('(tiilre lui; il fui t'ai! |iri^(iniiief par le haleaii la
Pcro/e.sf e( transporir' à .Maydle.
" Mais Mammond avait Ironiin' la sui\eilliiiice de eeiiv (|iii
le ^aidaieiil, il \eiiail de si'clia pper pour leiil ler à Mcdiidi
et, comme il ne Nonlail rien enjeiidre par persiiasidii. /ni
allail le ri'duire à l'olK'issa iice jtarla lorce.
'< .Xons ('1 ions (diai'ii(''s de ce l'ail d armes. <Jnel <''V(''neineiil
|)onr iiou>! \oiis di\isàmes iio> Inices. Moi je devais avec le
n''>ideiil el ([ntd<|ncs Malgaches ( liereher do l'iisils caches.
" l.e n'-sidenl M. rMiloni' ('dail a<'eompai:m'' de police et de
(|U(d([nes pii>onniers.
'< M. Dnlonr demande an\ prisonniers oii s«jnl les ai'mcs
cacli(''es.
<( Aueuiie li-ponse.
« Alors un indigène, (pii >"(''lail vendu à noii><. d('>ii:iie un
prisonnier ainpiel inui'^ deiuaiidoiis a noii\eaii : " (Mi ^oiil les
ai'mes? '
« Silence de mort.
« (iependant. vovant notre courroux, il dit : .le connais des
POUPEES SANS TETE ET CROIX D ANJOUAN. 235
hommes qui vous renseigneront, ce n'est pas bien loin
d'ici. »
(( Était-ce vrai?
(( Nous partons sous la conduite de ce prisonnier, le
chemin était très étroit, nous marchions à la file indienne
, et, à chaque instant, nous étions obligés de faire de la
gymnastique pour passer par-dessus des arbres que les indi-
gènes avaient abattus pour barrer notre passage.
« Nous traversons douze fois le même ruisseau, et enfin
nous arrivons au pied d'une colline oi^i le prisonnier nous
fait signe de nous cacher. Nous nous aplatissons dans le
ruisseau, les armes chargées, prêtes à partir.
« Le prisonnier pousse alors un cri de ralliement et nous
voyons apparaître un bonhomme armé à qui le prisonnier
dit : « Descends, tu n'as aucun risque à courir ».
(( À ce moment un de mes Malgaches fait un mouvement,
aperçu sans doute du nouveau venu qui détale. Etions-nous
trahis?
« J'empoigne mon fusil, il était trop tard. J'envoie alors
mon vendu en avant, à la découverte.
« Pendant ce temps, j'interroge le prisonnier et je vois
qu'il se coupe à chaque instant. Sans hésiter je le fais
attacher à un arbre et je le menace de lui faire donner
quelques coups de trique.
« 11 avoue que des armes nombreuses sont cachées dans un
baobab mais qu'il ne sait pas lequel.
(( Le vendu revient dire qu'il n'a trouvé que trois hommes
et quelques femmes. Il était l'heure de retourner à nos
canots, nous descendons par le village, chemin faisant,
toujours le même prisonnier raconte qu'il y a un homme au
village qui saurait dire exactement où sont les fusils, puis,
devant un sentier, dit :
2:i6 MUSKK l>i: l'ol'F'KKS.
' l'iir l;i le liaohai).
« — Al(ns lu If coini;» is?
« — Non. >'
« iVoiiM'Il»' iii''iiii<t' (II' l;i lri<|ii''. iKtiiNt'Mii rd'ii-- df
p.'irloi-.
" .Mais, à I an'i\ «'•(• an \illau<'. Ii' jiriMtii nier ii(iii> (l^'^iinic
I luiiiiiiii' (|iii >ail la caclirMc. iiuii>> \r iiii'iia<;oii> à snii hnir d*'
la lii(|iit' t'I il >'()ll'n' dr ii(>ii> iiiciicr vors li- l'aiiifiix
haoltal).
<( Il l'a Ha il I l'iiii'l I II' If cou |) an Irndi'inain. non^ a \ ii)n> l'ait
(|nin/(' |iri^t»nni('i> sans coiii) l'iTii-.
« I)('S (|nali(' l'i'innio de .ManiUKUid. nin' m --c di-rcinlanl
a\ail hicsx' nn i\i' mes catnaïadfs, une anlir nnn> laconlr
(|n<' II' snllan es! rcparli à .Mavollr. ••! (die n(Mi> ariirrnc
(•(Mina il it' lii (NKdii'Jli' des armes, cl de im»u> v ((induire mm-c-
iiiciil, II' Icudcfiiain.
<( La iinil ji' ne rT'Nai (jui' du Itaohah.
(( Toi, niai'iainc (|ni ainii's si loil la l)o|aiii(|iii'. lu (•(tiinais
de ii'pnlalion C(d arhic. le jtlus i^ros de I(Mis les aihio, il ne
s'(''lt'\(' pas li'i'S liani . mais il pm! r\vr si lar^o et ses rameau \
('•pais p('U\('nl descendre si has. (|ue hnil scid il seud)lc un
petit bois. Sa llenr est jri's hclle. elle resscuddc à un»' rose
lr(''mi('re.
« L ('Spi.'ce (jui \il à Madaiiascai' sei-( i\i' leriiiic pour cacliei'
les fétiches. De lii's Ixmne lieiii-i-, le lendemain, nous redes-
cendons à terre, oni|i(ulanl de-, cailoin lies de colon-poudre
pour l'aire sauler la iiiai>oii du >ullaii ichelle.
« Le vendu s'(''lail l'ail donner i\r< tuxaiix exacts >ni' le
haohal), et c'est lui (pii iioii> \ conduit.
<( Cet arhre mesurant \i!iut-cin(| mèlrc^ de circonlereiice,
nous nous mîmes à (piiir/c pour rriilonrcr i-ii iioii>^ loin liant
1(^ l)oul (le> doiirts.
POUPÉES SANS TÈTE ET CROIX D'ANJOUAN. 237
(( C'était à celui de nous qui découvrirait la cachette. Bien
entendu, ce fut un indigène, il pénétra par un couloir dans
une sorte de chambre, vers le cœur de l'arbre, et en sortit
une trentaine de fusils et autant de sagaies.
(( Je rapporterai quatre de ces sagaies à Paris pour les mettre
en panoplie sur une natte d'Anjouan.
« On en était là de la découverte, quand tout à coup un
milice du résident retira un paquet petit, enveloppé d'une
feuille de bananier, roulée comme un gros cigare. Devine,
marraine, ce que c'était, devine. Une poupée musulmane,
une poupée sans tête.
« Il n'y eut qu'un cri parmi mes camarades.
« Papa de la poupée, voilà ton affaire », et on me donna la
poupée.
« Marraine, j'étais fort content. Le proverbe dit : « L'eau
va toujours à la rivière » ; à cause de toi, la poupée venait à
moi.
(( Quelle curieuse chose que cette petite poupée dans ce
baobab gigantesque. Si elle avait eu une figure, elle aurait
pu parler, et je n'ai pas pu savoir pourquoi elle était là,
pour qui on l'avait mise.
(( Seulement avec toutes nos exclamations vers ce baobab,
nous manquâmes mourir de faim. Le canot devant nous
apporter des vivres comprit mal les signaux et nous n'avions
rien à manger.
« Tout à coup nous voyons apparaître des chèvres. Sans
hésiter nous nous précipitons à six avec des fusils, et après
une fusillade enragée nous en abattons trois. On allume un
grand feu, et en avant la rôtissoire. La broche casse plusieurs
fois, mais, qu'importe, on la remplace aussitôt. Nous arro-
sons notre rôti avec de l'eau de mer, et nous calmons les
tiraillements de nos estomacs de vingt ans,
•i:'« MI'SKK |.|. l'Dl l'KKS.
" Klllill IMillr Ciiiiol ;iiii\r IK ill > i;i \ i 1 ,1 i 1 1 l'i. i'| llulls | t-rmi-
iions iiitlrc n'|);i> d iiiir r;ir(iii |(liis cixilixT (jiic ikmis lit*
I ;i\ ions (•(tiiiiiiciicf.
" Vors If suir nitiis i|i(tii>;i Idniii. c'ol le nuin du nIIIu^c
on Miiiiiinoud ;i\iiil >a iiiiiisdii. ihhi^ n-ii('oiilr(iii> (|iiid(|(i('S
Ifiix di' liidiisM' il lliiiiii's (■(■rliiiiH'iiii'iil >iir notre |)jissage. un
caniiiradt' fait sanlrr la maison, nn anln- lai! lunlci- 1rs
i^i'iindt's rniltaical ion> ai'a l»('> ri lo alrlii-rs cl con^liiK lions
dn >nllaii. Le liMidcniaiii malin non> a pjia i'i-illon> poni' l)>
iii'and villa^H' de Snala.
i< (-ommc la ((de fs! hordi'-c par nn ndicf de I 0(10 mclres
(II' lai'^iuii', l'I (]ni' di' |diis la mer dail l>usse, nons Inines
olili^H's do nianlnr. a\anl de Iran inscju'à la roiiilnro pen-
dant nni' drini-lii'nr»'.
<( UiKî l'ois à Inrc nous nons s(''|iaiàmi's |>onr l'iilonn-r le
village, l'onilliT 1rs caM's. l'aiir rallirr |oii> 1rs lialiilanls vers
la grande placr. Lr rr'>i(|rnl llnfonr (d»l inl >i\ iriil> lonpies
d"ini|iols r| i|nalor/r l'nsils.
« l)e loni cida, mnis liimms, inai'i'aim'. la (■onilii>ion
suivanlc :
u neanconp daninsmiriiL la p(>ii>('r a^iéahir d"a\oir ('li'
utile, r|, ( lioso pins (lajpaMr. niir cniiimst» poupi'c poni' Ion
ninsiT, cl nnc pioposilion lirs l'axoialdr ponr lr giadr de
( lirvalirr (lr lonlir d Ali joiian. drroralion assez rare et qui
poni' rrl.i miMiir n rn a ipir pins {\i' nn-rilc. »
(Jnclipic Irmps aprrs, nion ni'\rn allait à /an/ihar avrc
sou l)alcan, Maniinond > \ idail rnl'ni. il a\ail drmandr a>ilr
au consulat i\i' l'ianrr.
<"i' Inl mon nr\rii ipii |r lamcna à son lialran. i.r irludlr
était caliiir. il lut cnndnit a Saiule-.Maric on il \it daii> nnc
libcrli' rrlalivr. il avail assez, du sultanat rt pi-rlrrait vivre
Iranipiillruirnt (lr> rrntr> ijiir lr ^on\riiirnirnl allait lui
POUPÉES SANS TÊTE ET CROIX D'ANJOUAN. 239
oclroyer. La poupée du baobab fut envoyée au Musée bien
recommandée, mais elle n'y arriva jamais.
Le mystère de sa naissance fut continué parle mystère de
sa disparition.
Mais une compensation nous fut donnée; une jeune amie,
Louise Bail, mariée à M. Plaideau, planteur à Anjouan, nous
envoya quelque temps après son arrivée aux îles Comores, la
poupée Anjouannaise dont vous voyez le curieux dessin et
dont les grands journaux ont bien voulu célébrer l'entrée au
Musée des poupées.
iMHjrM':i':s de Madagascar
I'A(('|>|t' l:i |M'|ilf iii;iiii;iii (jiii poilc son ciiliiiil sur le ilos,
tons CCS |ici'S()Mii;iiics iniil^îichcs oui (''!('• tailles p:rossi('romont
dans (In l)()i>. Ils ne sinil pas jolis, mais ils sont hicn
curieux.
I.e [U'cniier es! cn\ cl<»|>|»('' dr son hiinlid. il ol nionl»'' sni'
un z-rhii. Les /t'hus sont des Ixeuls à l)oss(>. les Parisiens
pourront on voir an Jardin d'Acidinialation.
\'ons vo\e/ ensuite sui" notre «ii'avnre (|uali-e |t(nteni"s de
tilunzane. a\aul les l'cins enloni'i's d nue ccininre eu cofon.
Los porteurs de lilau/am> ^oul ((Uijours des hommes jeunes
ot vigoureux, ils vont an pas de courso, (^w changoant trôs
souvent leur harre (r(''|)aulc; ils la Iniil passer au-dessus de
leui' |ct(< sans ra Icul ir leur a Mure.
Le lilanzane on pa la m pi in e^l loriui' de deux hui^^ucs harres
d'un bois solide ol lt''i;er c(uniue celui di- raphia . et (pii placées
parallèlomeni maiulienneul eu leur milieu nue espèce de
chaise à |»ortonrs 1res rndimeiilaire.
Ici dans le li la n/a ne il \ a une dame du llel/ileo ; elle |i(U"to,
S(don la cuuinme. s(Ui Iddie derrière le do>. il e>| soidciin par
son lamha (pii es! alho In- s(didoment à la taille.
Lu >(Mi\enir i\{\ |cmp> ou il- ilaieid pinh-s dans le laniba
malerutd, ly> jeunes iien^ pr<'>eii|rnl à Icni- mère une pièce
POUPEES DE MADAGASCAR. 241
de monnaie appelée fofon'damosina^ c'est-à-dire « parfum
du dos ».
Notre maman a ses ctieveux tressés en mille petites nattes,
un anneau d'argent est placé au-dessus du front comme le
croissant de lune de Diane chasseresse. Elle porte aussi au
cou une sorte do camée guilloché d'un trait spirale, dontl'ori-
■
1
M
^^^^^^^S^^^^H
^Fw'm
^^IP H
'' IHIIIil
Groupe de poupées de Madagascar-.
gine est la pointe d'une coquille appelée cône, conus quer-
cinus; l'image de ce cône est sur le sol au-dessous du filanzane.
La petite dame a les jambes pendantes, mais il est plus
ordinaire que les femmes soient assises dans une chaise dont
la base est fermée d'une toile formant caisse, sur laquelle les
pieds sont appuyés.
Enfln notre groupe es! terminé par une femme hova, aux
cheveux lissés, au teint plus clair, et qui tient un joujou.
C'est Mme Escande qui nous a donné ces poupées.
16
242 MUSEK 1)K l'Oll'KKS.
\]\\r il cvrr ;'i l'iii lia lii II I >n;i la |iii'iiiit''n' «•culc ma I l'iiH'l le.
Ali joiiid liiii ci'lli' \aillaiilf cl (l(''\ (iih'-c iii-l il iiI lici' •■>! cm
I"'raiicc. un peu l'a lii:in'M' par ^dii n'ii\i(' cl par le clinial. I']jlc
s'est plu à iiuiis iiKHiIrcr lc-> caliicr^ (picllc a rapporlt'-s dt'
son t'colc: clic ractiiilc. a\cc la cuiiipla i>a iicc d une nierc, la
^cnlilIcSSC. I illjel !ii:e|ice (le se^ pe|i|s <''|c\cs. (■(iMlIllenl ils
('•(■ri\ ciil . (•oinincnl il> parlcnl .
La langue l'iaiK ai>c leur csl apprise liicn (liiiiceineiil . sans
ell'ôii. Ils sa\ciil crii'r : \i\c la l'raiicc! en \(i\aiil ^iir une
imiig(3 la rcpn''sciilal ion du (irapeaii rraii(ai>. \\> a p|)rciinciil ,
ces j^enlil> pelils iiciii-cs à nous aimer, parce (piOn li's rend
heureux. Il est un ikmh (piils véiicrcnL (•(diii du ^^l'-m'ial
(iallieni. La <'()ii(|iic|e |iacili(pic i\r Tilc s'aclièsc ■jràcc à ce!
liommc (riiiic si iiiaiidc Noldiih'-. 1res iiilidliiicii! cl [vis
généreux.
Con(]uérir avec r(''|t(''e n'est rien, si Ton ne ('Oii(|uieii ensuite
les cd'urs par un bon i;()ii\ eriienienl. îiiais le< rraiiçais sa x eut
se faire aimer.
Par l'enfant (Ui i^agiic le co'ur des |iarciils. aussi les écoles
ont toute la sollicitude du ii<tii\ ernciir (d di'xicnnciil très
nombreuses. Il l'aul axoir xii une de ces (lasses pour com-
prendi'c et admirer la palience des iiiaiiro (d de> maîtresses.
iiCS ton! pelils xiiil iiialeriicllcineni diri^(''S. Tout est jeu
avec eux. Miin' Lxande rccexaii de l'rancc {\i'< (pia iilih'S de
catalogues des magasins, elle d(''coupail le> dessins repré-
sentant d(^s ohjels dont die voulait apprendre les noms à ses
élèves; oiseau, pi|)c. maison. dia|ieau. leiiaille. cci'ceau.
papillon, etc. Idle les c(dlail sur i\r> carions aritnulis, y
suspendail une licclle rose.
Ensuite tous ces jetons étaicnl mis dans un s;ic comme des
lotos.
L'heure de la leçon arri\ail. c|ia(|ni' cnfani venait tirer
POUPÉES DE MADAGASCAR. 243
une image et devait en dire le nom, l'image était alors
accrochée sur une sorte de grillage piqué de clous à crochet
et placé devant le tableau noir.
Les enfants répétaient le nom. Un deuxième tirage avait
lieu, un troisième. Tous les jetons étaient accrochés au furet
à mesure sur le grillage. L'institutrice alors montrait de
nouveaux jetons.
Les noms sus, on passait aux qualificatifs; serin jaune,
casquette noire, jolie tortue, crocodile vert, etc.
C'était fort ingénieux. Les variations de la leçon commen-
çaient. Mme Escande, avec une badine, touchait un carton.
Il fallait nommer l'objet en ajoutant une matière à manger :
pensée en sucre, sifflet en chocolat, malle en biscuit, le sucre
revenait souvent car l'imagination des petits négrillons est
encore bornée; mais comme ils riaient! et c'était amusant
d'apercevoir toutes les petites rangées de dents blanches
comme des perles éclairer les noirs petits visages.
C'est à l'air libre le plus souvent que les petits prennent
leur leçon, ils sont accroupis sous une sorte de véranda en
nattes.
Il y a chez eux une gentillesse, une drôlerie très différentes
de celles de nos enfants. Ils sont malins comme des singes et
très bons.
Voici l'histoire qui nous a été contée. C'était dans une école
de Tananarive, la « cité de mille villes si élevée ». Parmi les
enfants, il y en avait deux blancs, Charles et Marie, frère et
sœur, enfants d'un fonctionnaire français.
Un jour qu'on apprenait la fable, la Guenon^ le Singe et
la Noix^ ces petits blancs ne cessèrent de se moquer de leurs
petits camarades noirs qui prononçaient à la malgache et
non à la française.
La langue malgache, appelée l'italien de l'hémisphère
244
MUSKK liK IMtrPEES.
aiislial. r«.( lii's li;irimuiiriisr. Ir^, ((uisoimcs y soiil pt'ii
.sonsiMos al les mots se lerriiiinnl |(»iis |(;ti- des voyelles, o se
prononco oit, u n'esl pas iisilr r;ii on !.• dit io. los consoinics
r f/ w X II»' servent j)as. On <li'\iiii' aix'inciil lu l'arijii dont la
lahle pouvait «Mrf dite par les |»i'lils noirs. Nos doii\ gamins
blancs Marif cl (ieorges, loil rspièp^les, se ininiil à riro à
gorge dt'^plovée, à se iiKxpn'r: I in^l iliil rire, très ràcln''»-. ne
put les calmer; rllc les condainiia, pour les punir, à in' |tas
assister à Tarhre de iNoid dont la IV-lc avait lifu 1<' lende-
main. Cela j)araît étrange un arbre de Noël dans nne école
malgache, mais Técole était catholique, et l'arbre de Noid
devait remplacer pour les enfants la fêle de l'an malgache
tombant en même temps, qui dure dix heuies et cjui cuusisle
en un repas ininterrompu où l'on sert plus de cent mets.
L'arbre de Noid toucdiail au faîje de la (dasse; ce n'i'lait
pas un sapin, mais un plan, c'esl-a-dire un ai'hre \erl. c(»n>in
germain des sapins, un casuarina, ainsi appeli- parce (jiie
les rameaux ont éli'' compan'-s an plumage du casdar.
il était (»rn(' de mille petits objets en papier, en coide. en
palme et de (piaiitili' de bonbons. Outd((ues parents accom-
pagnaient leurs enfants. Tin entendait un gentil gazouillis,
des rires sonores, il \ a\ait eulif eux tou> l»eauc(tup
d'accord.
L'institutrice le> lai>sait ^idtatlre. s'amusait elle-même.
mais elle s'étonnait de ne pas les \(Mr c(Mii'ii\ se disperser,
danser autour de I arln-e, se rouler même a \*'yy(' comme c'est
leni- habitude, senddables en cela an\ petit- chiens (pii
jouent.
Us formaient nu groupcinent comme si l'un d'eux avait
eu à monlier (pudque clKt-e a m's camarade^. Tout d'un coup,
s't'daul apj»ro(dit''(>. rin>lilnl rice aperiut deux enfants (\\\\
s'éloignaient, eniraînt's par le- a ntres.
POUPÉES DE MADAGASCAR. 24b
Ordinairement les enfants la recherchaient, pourquoi donc
s'éloignaient-ils un jour pareil?
Intriguée, elle fit quelques pas, sa stupéfaction fut extrême,
il y avait là deux petits étrangers, mignons à ravir. C'étaient
eux que les enfants faisaient fuir, dissimulaient.
D'où venaient-ils? D'une contrée voisine, c'était certain,
amenés pour la fête de l'an nouveau. Mais pourquoi ne les
lui avait-on pas présentés?
Elle s'approche davantage, les petits forment un rassem-
blement, elle les prie de s'écarter, on entraîne les inconnus
à une autre place.
Décidément c'était curieux. Elle veut avoir le fin mot de
ce manège, elle court après les étrangers que les autres
entourent immédiatement en formant une ronde folle. Enfin
il se fait un temps d'arrêt, la farandole est coupée, l'insti-
tutrice met la main sur l'épaule d'un des petits négrillons.
Quelle surprise! C'étaient Charles et Marie, les deux
enfants blancs, barbouillés de couleur sombre.
Voici ce qui s'était passé. Les enfants de l'école, tous bons
petits cœurs, pas du tout rancuniers, n'avaient pas voulu
que Charles et Marie fussent exclus de la belle fête de
l'arbre de Noël et ils avaient, à l'aide d'un pinceau très
doux trempé dans une teinture ocracée, usitée à Tananarive,
mais dont le nom nous échappe, noirci la figure des petits
moqueurs, au point de les rendre presque méconnaissables.
N'est-ce pas là un trait charmant de la bonté de ces déli-
cieux petits Malgaches? Mais d'ailleurs, quelle que soit l'en-
fance, sous tous les climats, n'est-elle pas toujours bonne
et généreuse?
LES MAHIÉS DK l'( ►MiKIIKIiV
C t'st à M. Fcrricr, ('\-ins|»(M|t'iir de I fiiM-iL^iii'iiirnl |iri-
maire do nos (''tnblissemciils de I'IikIc. (jnc !•• Miimi' |»(''(la^n)-
ij:i(]ii(' doit ci's Tnaii<'s de IN»iidi( Ik'tv <•! la ii(uiil»i<'ii>r >ii!lt'
de morveillouses poupées qui les accompa{;naioul à l'Expo-
sition de 1900. ol (jui rtaient rrunies au |)avillnn de riudc
française dans (les armoires odorantes, en hois di' |((k.
Le Musée possède aussi ces meubles pn'eieux sui- lt'>(|uels
tous les dieux de I Inde sont sculplt's au milieu de la llore et
de la l'aune de cette l)elle contrée.
C'est une re|il(''Sellla I i(MI en |M'li| de iiolre ((dollle (|iir llOMS
avons a((|ui>e e| où se coudoient les lu alinies, les brahniiues,
les uiusulmaus. les nuisulinaiies. les élèves calli(»li(|nes, les
sœurs (jui les iiisli insenl . Ie> Taiipaziennes, métis aux petits
chapeaux, puis les lia\ ailleui>. le |)otiei' et sa tille, le hlan-
cllisseiir, euinme on le relieoiil ic eollianinU'lil . aM'c ^(ill àue
eliarfi('' d Un pacpiel de lin^c, |»in> les l'emnies de (lonnnMih.
Vana(»u. Ma Ik'. (|ue dire (-neore !
Nos uiarii's sou! les plii^ ri( lienieul liahilh'S.
Les bijoux dont iU sont coUNcrl^ ont nue \ali'nr rt''(dle rj
en roi'inulaiil le reçu pour er inaiiiiili(|ni' <'adeau, il muis a
lallu une unie --pt-ciale |innr df>i^ner le> drii\ -^lahirlles
LES MARIÉS DE PONDICHÉRY.
247
représentant les mariés de Pondichéry, à cause de la
richesse de leurs bijoux.
Mariés de Pondichéry.
Figurez-Yous que la mariée est revêtue d'une robe de soie
rouge, sorte de velours spécial tramé de fleurs d'or; un
immense pagne violet, bordé d'un haut ruban or et argent,
ayant également un semis de lleurettes d'or, couvre les
248 MUSF.K DK JM»UPKKS.
('■jiiiiilt'S. ci'oisc iii(M|t>|i'iiirii| viir l;i |)uilriiH', fiilonr.' l.i
laillf f'I se (li''\ ('1()|(|M' m ;i\;iiil ((iiniiir un (lunl)l(' t'-vriilail . i'.r
pa^iK' <">! l'i'lfiiii par iiin' liaiili- (fini un' m ariiriil (|ni puiic
snr If (•('•h' f:;an(lii' nm- (pianlil"- i\r hijonx. r\r^. ainnlfllcs,
(livci-s inshiinicnls, à l'ain- t'iivif a n(i> iriinr> (•()<|ut'||('s ri à
excilt'i' la ( iiriosih'' de \\it< t'lliiHi^ia|ili('<.
Le liant (les hias t'sl riiscii('', coiiiiin' h-s poignets, df hra-
ci.'lets, d'aimcanx plal>, di- < li.aînt'S oiihts dt» calxx liun> rii
pierres de fVii.
Tous les duij;ls d<'> mains sont counciIs de lja|;U('S siiiiiili-
catives.
Les chevilles ixti-lcnl li'rs liant d a Ixird drs an in-aiix a p)ni r'>
comme de la dcnlrllc, pnis des estdaNai^fs d en lin di'> IVanur^
d'urg;eiil (pii se terminent sur les j)le(ls |iar des ( Imles de
perles blanches.
Les doifits des pieds sont égalemeni (uin's de bagues difPé-
rentes à cluKiue doigt : snr les ponces, des rid)is en cercle
enchâssés dans de Fargeul. puis aux index nn double anneau,
sur les médiums, des carrés mystiques, aux annulaires des
cœurs en or, sur les petits doigts, de délicieux petits cabo-
chons en o|iale.
De grandes chaînes d'or comme de dt-licates aiiinillellfs
passent sur le (le>sn> de I cpanle gauche cl dcsccndcnl snr
le vêtement, retenues par une agrafe de gemmes ('tincelantes.
Ouant à la coiniiic, elle est superbement riche Lc> che-
veux noii's très plal>. divisés en bandeaux, sont réunis en
un lourd (hignon lonitianl. Tne sni-t(^ i]o chenille jaune
en soie dessine un liiiil sur 1 arrière de la tète, le chignon
est entouré de la partie basse de ce chiffre ornemental, et au
centre de ses deux muitii''> > claie une large phKpic de jiicr-
reries.
La raie di'> cheveux esl Iar:;t'ment couxcilc d'un ruban
LES MARIES DE PONDICHERY. 249
de pierreries en rubis et émeraudes, cette bandelette rigide
se sépare au bord des cheveux, s'enroule autour des oreilles,
mais s'est enrichie d'une cascade de petites perles fines qui
ressemblent à de mignonnes petites groseilles blanches, à
cause de la pointe d'argent qui sert à les retenir.
Ne pas oublier que cette mariée porte encore de chaque
côté du nez, des bijoux très jolis et très seyants, petite pluie
de perles qui ne rendent en rien la figure grotesque.
La statuette ainsi vêtue a grand air; son visage jaune est
sérieux et pudique.
Elle tient une fleur dans sa main, comme son fiancé tout
vêtu de blanc.
Devant eux dans la vitrine est le brahme, c'est-à-dire le
prêtre qui doit les unir. Il est peu vêtu et son léger costume
doit être bien ancien de mode, des mille ans peut-être?
Depuis longtemps nos gracieux personnages étaient
fiancés, car pour un Indien, l'acte le plus important, le plus
essentiel de la vie et celui dont on s'occupe le plus, auquel
on se prépare de très loin, c'est le mariage. A sept ans, huit
ans, une fillette est souvent fiancée.
Le mariage hindou a pour but principal la naissance d'un
fils qui, en accomplissant des cérémonies funéraires pério-
diques, procurera le salut éternel à son père et à ses ancêtres.
Qu'elle est poétique cette croyance que le fils par sa piété
donnera le bonheur à son père dans l'éternité !
De cette croyance dépend toute la morale familiale. Avec
quelle sagesse, il faudra élever le fils premier-né pour qu'il
accepte les devoirs de sa naissance, se souvienne de celui
qui lui a donné l'être, et n'oublie jamais de faire les sacri-
fices religieux nécessaires à la libération éternelle de ses
parents !
Et combien le père devra montrer de vertu dans sa vie
2r)0
MUSKK I»r. l'itri'KKS.
jiDiii- (|iic s((|i !il> IruiiM-, l(ii>(|ii il M'ia (»i|ilirliii. mi Ij'icIk;
aisoo ('( iii;i('';il)l('!
('.»' s(»iil li'> |i;iirii|v (|iii (li'cid.'iil (In iniiiiii^r Ai' jeins
en l'a lit s.
I>rii\ iikmIcs (II- iiiai'ia'^c son! en iisa^M' dans Ir sud di;
riiulr : 1 11' iiiudr hialiiiia on cii niiuadanani. — don dnno
viorne — : le |ii'n' donm- sa lill<' rw niaiiiii;i' à un jt'imc
lioiniiic (\i' xni choix a\('c (()n> lo Itijonx doni il la (dini', cl
on l'aisanl lui menu- Ions les riai> dw inaiia^n' ; 2" le mode
asouia on |)ai'iani.
Lr |iariani on |(ii\ nuplial con-^i^^lc >oil i'H ;ii-:;rii|. >oi| en
l)iion\ l'I |ta^^••>^ donI la \;ilcnr \ arii' >ni\ a ni li-s rcssonrees
des parcnis di'v 111,1 ii('.>. C/csl nn a<lial d^ la Irmini-. Toulc-
lois dans les liaules castes, celte venlc csl dmcnn»' pnrcnit'nl
syml)()li(|ne, et l'on se j)laît à considr-rrr le |iaiiaiii coninie
nn présent d n>a^e.
Le mode pariam esl le pin-- nsili'.
Le jour (In niaiiaiic ou rcuouNclic les lV'le> (jui oui di'ià
("Il lien loi'S (les liancaillcs.
(lu coninif'ncf par ('dilicr nn ixiiidal d('^anl la porlc d Cn-
I ri'c de la maison on dans la cour inlt'ricnri' : le jtandal est
nu pasilloii de verdure orm'' de llenr> el de Irnils.
Ici rollicianl. a\(»ns-nons dil, esl nu liraliine, toutefois
cerlaines easles oui leurs |»rèlres parlieidier- pandaroms).
A l*ondi(dn'r\ . le-- e(''r(''UMinie> ol'liciel les sdiil le> >nivantes :
1" lloninn on en'n--iou du henrre da u-< le l'eu >aeri'';
^" LiiiKin iiiini uiorcean de salVun (pie Ton alhudie avec un
cordon pinue a u hra> de I l'poux ) ;
!{" Anininddiliptiiiil jit . prière adresst''c à Arounidadi, l'erniue
d'un rislii sa^(> de I a uli(piil i- renoniiU('' pa r >es \ erins) ;
4" PdiniciKiidinim le-i'pdnx >e |»reuuenl par la ?uaiu ;
Yi" M (iiirdlhdhicdmiii les ('poux loni le lnur de la pierre à
LES MARIES DE PONDICHERY. 25J
carry; la pierre à carry est, pour ainsi dire, un ustensile de
ménage et des plus essentiels, car, dans le creux de cette
pierre, on prépare avec plusieurs ingrédients le carry, pâte
ou poudre destinée à assaisonner le riz qui est presque l'unique
nourriture des Hindous) ;
6° L invocation du 7nariage\ que vos âmes soient unies d'un
lien indissoluble et que la vertu soit ce lien! Que dans vos
cœurs n'entrent jamais ni le dégoût ni l'oubli! Un mari qui
dédaigne sa femme est maudit de Dieu, une femme qui
dédaigne son mari ne peut espérer d'entrer au séjour
céleste!
Vous consacrerez k Dieu l'aîné de vos fils, car c'est lui qui
accomplira sur votre tombe les cérémonies funéraires qui
lavent les dernières souillures et qui vous permettront d'entrer
dans le séjour des âmes purifiées.
7° Assirvadam (les invités bénissent le taly).
Le taly est un cordon auquel est attaché un bijou, ordinai-
rement en or; il est le signe du mariage, on l'enlève aux
veuves.
Les fêtes du mariage peuvent durer très longtemps, souvent
un mois. Tout dépend de l'usage, des castes, des familles et
de la situation des fortunes. Elles sont très coûteuses et les
pauvres s'endettent souvent pour plusieurs années.
Dans les hautes castes elles durent cinq jours ; elles donnent
lieu à des danses de bayadères auxquelles les Européens de
marque sont invités.
Chaque journée comporte un repas copieux. L'on fait aussi
des distributions d'argent et de vivre aux brahmes.
Dans une légende célèbre, on raconte que le père de
l'épousée, après avoir fait cadeau, à ceux qui avaient assisté
à l'invocation du mariage de sa fille et au repas de noce, d'un
2n2
MUSKK ltl. l'ol l'KKS.
iiiiiKMii d'or >iir l'MHK'l ('lail iiicni->|i'' le si^ne consacré de sa
maison, h'iir dit rc> paiulcs :
■ • Ndi'i I aiiiH'aii du xnix fiiii'. (pn' loiis nos aini> h' coiist'r-
\cnl coiiiint' lin h'inoif^iiiijLÇC, (|in' nos |»ai'i'nls le ^micIimiI ()n''-
cicusemciit, cl J'ajonlcnl à la iliaînf de la rainillr, car cest
îiinsi (jnc nos aiM-irrc-indils-cnranls |)oMnonl >•■ dii'c entre
(;ii\ : « Nous soniiiit's issus du même père •.
Les fêles (lu mai-iaf^c se lermiuenl pai' une pidcession
solennelle dans Irs mes. l'dli' a lien ordinaiiemenl la nuit, à
la lueiii' {\t'> tlainl)ean\ el an milieu des Inst-es e| des feux
d'artilice.
Les mai'i(''s sont ;issis en lace l'nn de l'anlie daii> un |ialan-
(|nin. Ions deux sont (diaiiit-s |)lnl(~d (pie pai-és de Henis e| de
bijoux.
Vous ave/, vu eoml)ien les bijoux sont nombreux. e| iion>
avons omis de cilcr les nombreux e(dliers: les llems natu-
relles sont tressées en guirlandes qui enlacent le> maiit's.
Le symbole est gracieux, de simuler |iar des liens de lleurs
l'union saei't'e du mariage hindou.
Du jour de son mariage, la femme doit la soumission la plus
entière à son mari. Les livres saci'és disent : « Il n'y a pas
d'autre Dieu sur la terre (pie son mari. La plus excelleiile de
toutes les bonnesœuvres ([n'(dle puisse faire, c'est de cberi liei'
à lui plaire, en lui montrant la |dus parfaite obéissance. (>
doit <Mi"e là son unique (bAotion ".
POUPÉE DU TONKIN
Cette petite poupée a une tête charmante, mais si peu dans
le type asiatique qu'on a du la lui changer; vous ne la trou-
verez plus telle que vous la voyez ici à notre Musée.
Il est fâcheux qu'il n'y ait pas de magasins où l'on puisse
changer de même les têtes humaines, le monde en irait sûre-
ment mieux,
La tête nouvelle de notre poupée tonkinoise a, comme les
Annamites, les yeux petits, obliques, le front bombé les pom-
mettes saillantes. Les pommettes saillantes indiquent la
malice, je n'ose dire la ruse puisqu'il s'agit du monde poupin
qui ne fait jamais de mal à personne.
La ruse en soi est estimée de la race jaune, qui ne pense
pas tout à fait comme nous sur ce point; dans la famille, dans
l'école on apprend aux enfants la dissimulation : en employant
un euphémisme, devrions-nous dire la discrétion.
Les Tonkinois, que nous avons tous vus aux Expositions,
portaient plutôt des chapeaux pointus mais faits, comme
" celui de la poupée, dans une feuille de latanier.
Le latanier est un palmier bas dont les feuilles sont en
forme d'éventail.
De chaque côté de ce chapeau rond pendent de longs cor-
dons de soie dans lesquels le Tonkinois passe volontiers sort
pouce.
254 MUSÉF DK POl^I'ÉKS.
l'.ll iTilIUT, lloii.s ;i|(|M'lltMi(i||s (•.■||r li'illH- lllir ciill I runnrr \
"Il Ih'IiI un lac('-à-tii;i iii . un rdiilism (!<• |»;i|iirr, un niuncliuii- ;
If'S lidininrs rnrini' [las^rnl un (litii;! (I;in^ l.-ui- f:ilfl, >urlt»ul
le pouce. Voy(V.-V(»us li' i;i|i|)i(ir|icnii'nl '
I''' |t;iiiliiliin c^l |i(iili' ;in Tonlsin |t;ir !•>> Immiucv ,.| Ir>
It'rnuirs, rn;ii>> liciin'Uxrnu'nl il n r-l jiiiniii^rn (liii|i. il ••>! r\\
<''h)ll<' s(»u|i|r. Ilolhinl ;i l:i hiillr. xiuM'nl en >n\r.
Lu l'fihc, ,i|)[i('|cc (In jolii' nom clianliinl hrao. ol la im^'un'
pour les (lrn\ ^l'xcs, une t'>prcc (le l'cdi uiii >|t' (pii ^'(MiMt' au
milieu (le la poiliine |i(uir les l'emun-s ••! du côli'' ilinil pour les
hommes.
La rol)e est en soie pour les gens aist''^, jjrodi'c pour le>
mandai'ins, en toile poiir les pauvres.
Solon la saison, les Tonkinois revèlt^nl une, deux, trois.
quatre, (•in([. six rohes Tune sur l'autre, tonte> d.- in^rne
forme. C'est de novembre à mai (pie ]•■ leni|»s devieiil pour
eux rifi;oureu\ avec 12 à 14".
LeMus(3e des poup(''es (Haut aussi un nius(''e de coulure, nous
devons nous arr(Her un peu sur la cou|ie et la coulure de ces
jolies robes lonkinoises. C'est simplement (b'dicieux d'ingi^-
niosil(', tout est inia';in»'' pour conserver la libeiti- des mouve-
ments. Hien n'est orii^inal et i;racieu\ comnu' les altaclies. Les
sortes de brides sont {\r^ biais pai'eilsà rt''t(dTe i\{\ Ueao, fai-
sant retour sur en\-inèines. Iles brides semblables li.\«^'es au
V(Hemenl enfernient les boutons (|ui. jamais, ne |teu\ent
s\''cbapj)er.
Si l'une de nos jeunes lectrices (l<''>ii'ail imiter ces l'avons
de couture, n(jus soiunio pn'dc à lui prêter une petite r(die
tonkinoise.
Les Tonkin()i> ne poilent pa> de \cteiueul de linj^erie. à
l'exception dune |iièce ddut la femme piutè^M' ^a poitrine.
Le pantalon est tenu par une lari:e ceinture dans la({U(dle
Poupée tonkinoise.
•2S6 MUSKK liK l'Ori'KKS.
It's Tonkinois radiciil leur ariit-nl . Nds ni(»(li'> hkhIi-i nrs xmi
si |M'ii (»iali(|iii'> (|iii- nous avons \ ii fn (tniiiiliiis uni- ji'iint'
l'einnie, <|iii tiaNail >aiis dniilr [i;i-> {\{' iclicnlc, passfi" >on
|ioilt'-iiioiinai(' (laii> la rt'inluir de sa roixi.
Los Tonkinois ^aident IfUfs cIicm'iix lun;^s. inai> la Icninio
se fail uiif rair an niilicn du lioul. et* (|iii aid*- à la ircon-
naître de ilioininr, (|ui *■>[ iniltcrhi' ; (die idulr x-s (lit;veu\
dans 1rs |dis du luilian (|ui si- lixc, aprrs |dn^i''Ui-- (nuis, sur
la Irlc u\('c tlt'S ('•j)iu^dt'> ; le Tonkinois placr ^(Ui luiltan à
même sur les chovoux (pTil (oiirne ensnijr en liuil dt-iri.-i-c
lu lAto. C'est dont- l'homme, ici, (jui piulr le (iiij^non
aj)|)arenl.
Lrs femmes ornent lini- cou do colliers de grains d'oi-, elles
porlcnl aussi des l)i'a((dols, de grosses l)on(d('> d'ondll.'-. dos
bagues égalemoni en or. mais jamais leurs l»ijnu\ ni- cuin-
portent des jneri-ci-ics: il nCn est pas aiii>i i\r^ dani"'» d.' Pnn-
difdxTV.
La l)oii(dio des Annamilcs e>l ('paisse cl Icui-- dfiil>« muiI
laqut'os, e'est-à-dire teintes on noir.
Cei'tes, voilà une mode <pn' nous n'iniilcrons pas: les Ton-
kinois cliiiph'nj touje la joiirnr'e du Ixdid nièl<' aver de la
( lianx (d de la imix d "arec, ce cpii les l'ail ei'ac liei' luiige; c'est
(l'es laid, n'esl-ce pas? mais ils lirenl de celle Ii;iliiludc un
a\anlaue : ils n nul jamais mal aux dénis.
Les Tonkinois se nourrisseni de ri/ (pi'iN piennent avec
une l)ap;uolto on approchant le \uA de leur linn( lie. lin n'a-
lité, ils sont I rès s(d)res. rwv il n 'esl pas aurt-ahle de >e nouri'ir
exclusivomeni de la nu'me ( looe. Ce sont (le> èjres naïfs. (|ui
n'ont aneiine nn''(diaU(e|e. 11^ (Ull le eldle de liituddlia e| la
polygamie rè^iie (lie/ eux. mais la pi'eini(''i(' l'emme rôle la
l'eine mère.
Ils son( adroits. j>alient> <'l ap|irennenl facilenienl. Les
POUPEE DU TONKIN. 257
belles broderies tonkinoises sont toujours l'œu^'re des
hommes.
A Hanoï, d'où ^fient notre poupée, il y a des quartiers pour
chaque industrie : le quartier des cercueils, celui des cha-
peaux, des nattes en bambou, des marchands de cuivre (le
cuivre est très travaillé), le quartier des brûle-parfums pour
les autels, le quartier de la volaille (un poulet coûte environ
12 sous).
L'école de Mme de Lenchères, qui nous a donné cette
poupée, ne comporte pas d'indigènes, mais des métis ou des
enfants de fonctionnaires.
Les enfants annamites ne jouent pas à la poupée ; ils
aiment le papier, les découpures, les enluminures. A cer-
taines fêtes on fait à leur intention, des chevaux très grands
en papier, des éléphants, etc., quand ils ont bien joué avec
ces objets, on les sacrifie à Bouddha en les brûlant.
La fête du Printemps est gracieuse entre toutes : chaque
enfant porte une lanterne en papier transparent, de la forme
d'un poisson, dans une procession qui a lieu le soir dans les
rues de la ville avec accompagnement de musique.
Ce peuple a de belles' vertus, le culte des ancêtres, des
vieillards, l'amour des animaux; jamais dans leurs jeux en
commun, les petits Annamites ne font de mal aux petits
Français.
Toutes ces notes nous ont été données de vive voix par
Mme Déçusse, l'institutrice adjointe de l'école d'Haïphong,
actuellement en congé à Paris. Elle a fait plus, elle nous a
apporté une seconde poupée tonkinoise très curieuse : c'est
un pleureur qui suit un cercueil, La tête, une vraie tête d'An-
namite, est fine, les cheveux noirs et longs pendent sous un
turban qui est en calicot et qui porte une couronne de paille.
Le keao est tout blanc aussi, en calicot, couvert de pièces
17
h
2r,8 MUSKE DE POUPÉES.
Iiliiiiclifs (le Idriiics (livci'scs, c'est un >ii;ii'' de (lt''S(»l;ili(iii. df
(Iriiil cxlirinc.
hailS 1rs r|l|cric|||i'|i|s (le lidlfs. les | tl i'|| icil TS Sr j('||i'l||
cftiishi miiKMil soMs It' (('rciicil (lorli" ;'i t)r;i> [lar |ilii>it'iii-s
liommcs.
1^11 a\aiil (In ccrfiicil, d aiiln-s iiidi^M-ni-s liiMim-nl di-s l)an-
(leroles siii- lt;s(jii(dlt's sont insciilcs 1rs vertus du d'-riinl.
Les vri-(ns du di'l'iml. nous 1rs inscrivons snr no> |iirrres
tombales.
Les iiKeiirs dill'rirnl >td()n les pass, mais Ir tond Ac l'àme
humaine est partoiil Ir même.
POUPÉE DE LA MARTINIQUE
Cette belle poupée fut habillée dans une des écoles pri-
maires de Saint-Pierre de la Martinique, au printemps de
l'année 1901. Elle ne devait rappeler que des souvenirs
ensoleillés, et les bons rires des petites filles nègres qui tra-
vaillaient si gaîment pour le Musée de poupées de la capi-
tale.
Avec quelle joie on lui avait mis sur sa jolie tête noire le
fichu plat qui forme un bandeau sur le front, et qui est sur-
monté de la pointe appelée joroz;oc«//o?z.'
De toutes petites rieuses avaient eu l'honneur de découper,
avec des ciseaux mignons, les dents du volant soyeux de la
belle robe couleur du soleil levant; d'autres, plus habiles,
l'avaient froncé et fixé à la jupe. Chacune avait fait quelque
chose : un point ici, un point là. On avait été très fières de
coudre l'attache du jupon de mousseline, de passer, autour
du cou de l'élégante poupée, le riche collier d'or que vous
pouvez voir.
L'institutrice, cependant, s'était réservé le soin de tourner
autour des tempes ces bouffants de cheveux, sorte de pom-
pons qui donnent à la coiffure de la femme martiniquaise
une grande originalité.
260
MrSKK PK roiPKKS.
Oli 1 commo imt' luiv j)ar(''f', on avait n'^^ardt' la jolie poupt-e,
alors (juClIc ('lail plac(''<' au niiliru (111110 rciiillc de papiop
blanc, sur le l)uit'au (!•• la iiiailn'sse !
Les nègres liciini'iil |(»ui(iiii> (le Ifuraril (lan> h-urs rires
cl leurs l'hais, à plu-' loilc i'ais(»n (\('> pclilo lill('> dr liiiil à
dix aus, bien licnifu^fs de \i\r('l
< hi iiNitil dit uruliiiicnl adieu à l;i poupiT, (ui lui a\ail
douu('' un nom i^racirux. cidui de .IdM'pliiui', >i clicic a la
Mailiniipic. Les lillelles a\aieul clianb' autour d elle une
ronde l'vllnnée pleine d enliaiu.
Coinine nous \oudiii»iis pailir aver loi. pe|i|e jidie
|»ou|M'e, a\aicnl nuinnui'i' (juchjiu's pi'litcs lillcs; on dil (|uc
l*aris esl une si belle ville, que les Parisiennes sont si aima-
bles cl si Ixuiin'S !
— Tu diras Itiuijour à loules les poupt'-cs du MusT'c »,
avaient été les derni<'rs mois piduonct's par une pe|i|e
négresse de six ans loul a l'ail drôlelle.
I^nlin I heure de la st'pii ralion a\ail sonin''. des i)(''h(''S
avaient embrassé les mains de « JoM'pliiiie ... ("/.'■lail lini.
Dans un cai'lon solide, idle a\ail i''\r emhalh'e a\ee du papier
rose, lou^ le> plis de sa rohe idaieul bien liri'S, il t'allail (pie
la poupée arri\àl sans rroi>si.nieii| ; eii>iii|e (die a\ail l'I»-
posée dans une caisse en Ici', ( loih'e e| eu\o\t''e au .Mux'c
péda^o^i(ph' par les soiiis d'un jeune (d'Iicier de inaiiiie.
(-cl oj'lieiei' r;i\ail de(ii;i ndi'-e à l'i-cole. elle (|e\ail rejoindje
au Mus(''e les en\ois (pi il a\ail (h'jà lails. alors (pi'il .lail à
bord de \ //////f/z'/ur. i'\ lors(pii| laisail sa première eaiiipai:ne
de Madagascar.
Ce fui le lourdes mamans des pelilo lill.'sdc r«'C(d.' de
Sainl-l'ierrc. Au momcnl ou parlait le bateau ipii emj)orlail
Joséphine, elles chant»'ren( unt» complainte naïve bien connue
aux Antilles :
POUPÉE DE LA MARTINIQUE.
Adieu foulards, adieu madras, adieu robes soie,
Adieu colliers choux.
261
Poupée de la Martinique.
Doudou {ami) a moi li qu'a parti.
Hélas! hélas! c'est pour toujours.
Doudou à moi li qu'a parti!
Hélas! hélas! c'est pour toujours.
Bonjour, Monsieur le gouverneur
Moi qu'a veni faire une pétition
262 MUSKK F»K l'Ol l'KKS.
iNnii' rii.'mdf'r on (roiis) ;nil(»ii^atioii
Afin lîiisser iJoiidoii moi ici.
Non, non, non, non. i (l»'-jà tiop l;ir<l,
liAlinicnl a dt'-jà su la l)on('c
Non, non, non, non, i <lt''j;i liop l.iiil
nAlinicnl a ih'-i.i mi la lionc
Adicn foulards, atlicu nia<lras, adieu rohos soie
Adiou collions choux,
iJoudon à moi li (|u'a parti.
Hélas! hclas! c'est pour lonjours.
Doudou à moi li qu"a parlil
Hclas! hclas! ci^^il pour toujours.
Le dEstrées, siii- lc(nn'l ('dail noire jciinc (irii<icr. pailail
pour Torre-N(Mi\c en iiiciiic jciiips (iiic la poiij)(''e Jos(''pliiiii'
quittait la Mai'tiiii(iiit'.
A peine le Suchcl, autre croiseur, vonail-il daiiiNcr iiour
remplacer le dEslrécs, que la monta^iu' PcITt laisaiL ciuplion
et, en quelques instants, détruisiiil la ville de Saint-Pierre.
Toutes les petites iilles qui avaieni lra\aill('' jo\eiisenieiil à
représenter une des femmes indi'^ènes de l'île, toutes les ins-
titutrices, ainsi ([iie joule la population, t'Iaieiit anéanties,
hélas!
Seule la |)eti|(' poupée sui'vivail , coiiliiuiaiit de jravei'ser
rOcéan, et arrivai! iulacle au Musée, bien après que les
dépé(dies avaieni appris à rKurope riiori'ihle catasli-oj)!!!'.
In journaliste, M. j'urelicres. a\anl \ii le prcmici- la
petite poupée, lui IoiicIk-, proroiidi'inciil cl rap|)ela }i)ir
précieuse veU(iue eu lui di'diaul uu arliele plein d'émo-
tion.
Pauvi-e poiipt'c! \(in- la \ove/. ici. ijMe|(|Me> pdiles roses-
en papier oui t'It- louiin-cs pour elle dans une <''cole \\k' j'aris.
La Martini(piaise est dcNcnin' nue pelile personne dont la vue
tire les larmes des veux : u esl-cc pas une orjdieline. jmixpie
POUPÉE DE LA MARTINIQUE. 263
toutes ses petites mamans qui l'avaient habillée si coquette-
ment sont mortes dans l'affreux cataclysme?
Que faire? Nous avions depuis longtemps une mignonne
couronne de perles de verre, enfilées dans des cheveux, sou-
venir d'une amie disparue qui aimait la Martinique pour ses
plantes et ses richesses! Nous pensâmes alors à donner à
cette petite couronne, devenue mortuaire la destination que
vous remarquez. Personne mieux que cette amie ne nous
avait fait aimer l'île enchantée!
IV
POUPÉES ÉTRANGÈRES
LA POUPÉE MASQUÉE DE FANO
(Danemark)
Un beau matin, j'entrai en coup de vent dans le cabinet
de travail de mon frère ; une idée de vacances m'était venue
en tête pendant la nuit.
« Si tu voulais ne pas me refuser?
— Quoi? fit-il.
— Un voyage.
— Loin?
— Oui. Très, très loin.
— Au nord, au midi? ajouta-t-il souriant.
— Au nord.
— Alors... à la recherche d'Andrée?
— Non... mais en Danemark.
— En Danemark ! ! ! Soit.... Quand partons-nous?
— Demain, à deux heures.
— Demain? mais mon travail?...
— Nous sommes en vacances, je ne te demande que quatre
jours.
— Tes malles sont donc faites?
— Non. Nous n'emporterons qu'une valise. Elle suffira.
C'est une simple visite que je te prierai de faire avec moi.
— Une demande en mariage, alors?
268 MliSKK DK JMtl'PÉES
— Non.
— Me (liriis-lii (!.• (|ii()i il s'a^nl ?
— (Mii. iii;ii> (l;iii> le cuiiis du \u\;i^t'. >>
l'ciidiiiil le icp;!^ (|iii v|ii\i| ci-ll"' \i\f cnii vt-rsa I ion . notre
lidrlc S(M\ aiilr (|iii iiiaiiui'ail a lahli' a\cr ii()ii>, >»" tnil à
ploiiicf.
« (Juas-lu Maria?
— Mais vous parlt'Z Ions Ifs di'ux.
— I']ll idrii. ||(iil> I r\ ifiididilS. lie I ill(|llit'|c pas. lions
|tailons sans rtre arint'-s, nous allons n(Mi> |ti(uni'ii''r i-n paNs
tr»'s civilisr'S. »
L hiver pi'(''ct''d('n|. j'a\ais l'ail la ••oniiaissainc dnin'
charmante Améi'icuiin', alliiM' à nnc noi)le iamillt' danoise;
je savais ma nouvelle amie clit'/. sfs cousins dans nn tr«*s
vieux château tlu Danemark, cl javais ouï dire (|ui' le châte-
lain était la générosité en p<;rsonnc. (piil possédait une
curieuse collection de 1res anciennes pdupr-es, \èliies en
costumes danois, et je mourais d'envie de les connaîlre.
Le lendemain à doux heures nous monli^ns dans un Irain
(pii (levait nous conduire par la r»el<j:i(|ue el l'Allemagne
juscpi'à Kiel el de là à ('openliague.
Mon intention t'tait de surju-endre ma jeune amie. Lue fois
arrivée en Danemark de lui demander par télégramme la
permission de visiter le château et les antiijuités (|u'il conte-
nait, et je pensais voir ainsi la fameuse collection de poupées
et, <jui sait? L'enlever? Oli ! non. les poupées sont toujours
sous elef, mais en l'appoiler (|uel(jues-unes pour le Musée de
Paris.
Le château d'A... est piès de Nysted. .l'avais demanda' ma
l'onle à remployi' du ehemin de fer pn''|)os('' aux renseifi;ne-
inents, je pensais èli'C 1res avisée.
LA POUPÉE MASQUÉE DE FANO. 269
Avant le signal du départ du train, voici Georges, le fils de
mon ami Geneviève, qui monte dans notre wagon.
La poupée masquée de Faao.
« Oh! quel bonheur! où allez-vous? lui dis-je.
— Retrouver le yacht de mon oncle à Brunsbuttel; savez-
vous où est Brunsbuttel?
270 MUSÉK l)K l'OUPKES.
— Non , mon cInT ;i mi.
— .lai dcinand'' au hiinaii (h;s reiisuigiiements, je dois
passer |>ai' llamhoni:; i-l l\i''l.
— Tiens, coFiiinc nous, laiil mieux (ju»* nous soyez avec
nous, car \ oiis sa vc/. I a llrma ml, \n\\<~ |Minrrt'/., (icorges, nous
(''viter (les ennuis. »
Nous nous installons.
La <dial(>ur élail tcri'iMc La nui! arrive, lonfcs les portes
el loules les feniMres sont ()uv«;rtt's. Iles fm|il<t\i''s se pro-
mènent dans les couloii's. Georges et inmi IVére ne man(pient
pas une seule l'ois, à clia(jiie (diangemenl, de les interroger.
^' Ou est Nysted?
— Où est rîrunsitulhd .^ »
Ces messieurs compulsent leurs livres indicateurs, mais
(pioi(jue nous fussions en Allemaiiue. le pa\s ou Ton sail si
bien la g;éographie, ils n'obtenaient aucune satisfaction.
Georges commençai! à être nerveux, une in(|ni('(nde nie
Iraversait bien aussi Tespril, mais nous élions cependant
dune gatlé folle, c'était si drôle!
Ma jeune Anu-ricaine ma\ail bien donin- son adresse :
cbàli'au d A... près Nvsted, llaiiemark. A < io|H'iiliai;iie, nous
serions li\(''s : mais c'est long, trente-six lieui'es dallente.
Georges enlin apprit dun \o\ageur (pii a\ait un allas
français, (pie Biainsbullel (''tait silm'' à rexln-mit*' ouest du
canal de Kiel, dans la mer du Nord.
« Kb bien! vous aurez pris b» (liemin des ('coliers! ^> lui
dis- je.
Le nôtre devait être bien jdus long encore.
A Kiel, nous nous st-pa raines. Mon frère el moi nous
montâmes dans uu lialeau allemand pour Korsoi'.
Rappelez-vous (pie (iopenliague est à lest de Itle Seidaiid
et sacbez (jue Korsor est à laulre exli-emib', à lOuest.
LA POUPEE MASQUEE DE FANO. 271
Nous parlions peu. En voyage nous aimons le silence qui
laisse la rêverie suivre son cours.
Mais souvent on ne peut se défendre des curieux. Un
voyageur ne nous quittait pas des yeux. Il se place à table,
en face de mon frère. Il entame une conversation banale.
Mon frère en profite.
« Savez-vous, monsieur, où est Nysted? »
Le voyageur ouvre un guide étranger danois et lit :
« Nysted près de Nykjôbing, célèbre par son vieux château
datant du x' siècle, souvent visité par le roi, etc., etc. »
« C'est cela, c'est bien cela », criai-je, ravie, ne me conte-
nant plus de joie. Mais à l'instant même, devant l'énumé-
ration splendide de ce vieux manoir et de ses hôtes, je songe
à V Aventurière^ d'Augier, et je tremble de mettre mon
frère dans une mauvaise position.
a II y a bien un autre Nysted, fait-il.
— Ce n'est pas le nôtre.
— Vous allez à Copenhague?
— Oui, monsieur.
— Vous aurez fait un tiers de chemin de plus.
— Oui, dis-je, mais... je cherchais une compensation.
Nous aurons évité Berlin. »
A Korsor, nous avions beaucoup de temps à nous. Vite, je
cours au télégraphe. Ah! quel bonheur d'être en pays ami.
Les Français sont adorés là-bas.
L'employé me fait cadeau d'une grande carte du Dane-
mark et il m'écrit mon télégramme. Je télégraphie :
« Chère amie, je viendrai demain vous surprendre;
obtenez la permission de visiter le château, mon frère
m'accompagne; amitiés. »
A Copenhague nous passons la nuit.
Le lendemain, nous laissons notre valise à l'hôtel, et
272 MUSEE DE POUPEES.
trôs soignousomt'iil vT-Ins |iuiir urn' \i>ili'. nous iiutis ciivc-
l(»|>|»ons (lo pnmds \ rlrtnrnls ri ii()ii> jui iluiis |Hiiir \\ k j..|iiii^^
i|iii l'sl (LiiiN I lit' (le l'iilsli'i'. >ilii(''«' <.*ll('-iii''iin' au sud dr
Sct'land.
]\(' croN (■/. pas. au UHtiii^. (|Ui' Inul cria t'-tail lacili' poui"
{]i'\\\ l'ansif'HS (|ui in' sa\i'ul |ia> un mol de danois, .le crus
(|ui' 1 t-au à hoiit' <''lail inconnue, car je ne |)us arii\ci-;i m'en
l'aiic ^ci\ir à laMc. inali::i'('' mes plus i'do(|ucnl('> mimi(pit's.
JNous monli'ions nos voircs, on nou> appoiiail <lu \in. de la
bière, du soda walor, nous faisions le si^Mie de na^fr. on
nous l'eiiardail sans rir-e. nous l'iollions nos main>. on nous
monirail le hassin à reiilii'e de la salle.
Je \ oulus demander au (lief de i;are (|ui |iarlail Iraneais
un l'enseij^iiomenl. Trois fois je repris ma jdirase. trois fois il
me dit : h Paide/ plus doiicemenl ". Un cou|)le moula avec
nous et nous ne pûmes encore {j^ai'der le recueillement >i dr-si-
rable pour nous préparer à noti'e df'dicate visite.
«' Vous êtes des Français? disait le nion.sieur. l'ianeai^ lui-
même ; peintres, peut-être? » etc.
Tout d lin coup, à \ ai'diniii)orji', notre wa^jon se trouva sur
un haleaii pouc traverser un hias de mer; les aulrt^s
voyageurs dnienl se rendre à pied sur le |iont du navire.
Enlin .\\s1n johin*; est annonci'. il l'aiil descendre.
Nysted est placi'' au sud dune île nommt'' Lolland on
l^aaland.
Mon cd'Ui' bal. (Juallons-nous faire' l'ai' (pnd < liemin nous
rendre à Nysted? V a-t-il un pont ou un bateau pour i;af;ner
l'île? Y a-t-il des \oitures de location? Faudra-t-il faire à pied
les seize kilomètres annoncés par le ^uide?
ijiielles t'-mol ions !
iNous descendons du tiain. Oli ! surprise! i>ans tout
réblouissement d un jcdi costume couleur de neii:e, la tète
LA POUPÉE MASQUÉE DE FANÔ. 273
ombragée d'un chapeau tout garni de pavots blancs, ma jeune
amie me saute au cou.
« Je suis venue à bicyclette, dit-elle. On vous attend au
château. Vous serez reçus avec la plus grande cordialité. On
vous gardera à coucher, la voiture va venir, mais vous vou-
Broderie danoise.
drez bien laisser les chevaux se reposer un peu, je vais vous
conduire chez des amis, ici, pour prendre un léger repas. »
Quel souvenir cette maison danoise hospitalière nous a
laissé! Le jardin, au bord de la mer, était rempli d'orangers
et de jasmins fleuris, la vue était délicieuse.
Enfin l'heure solennelle a sonné, il est déjà très tard, c'est
le soleil couchant, nous montons dans la calèche et nous
filons comme des hirondelles. Nous traversons des paysages
paisibles où nous voyons des dolmens comme en notre chère
Bretagne.
18
274 MUSKK l)K TOll'KKS.
\ (tici II' cliAli'aii.
Ij'S r|ll;ili|> >(»lll roliclii"^. \,r dilHT a (''|t'' l'ct a |(li'' |hiIII' llull^.
La mail rt'ss<> du lien ikmi^ alh-iid au haut di'> inai( lii'> di' ><»n
pi'IIOII.
l'illc l'sl Ixdic ("I (dia I uiauli' : sur la laldf ((MIIimiI ilt'S
^uirlaiidi's (rii(ulcu>ia . .le >uis I n'-s ('tuiir (!•' lui' Iiuumt là,
daii> une >all(' difiiic du (diàlcaii d l'dsfucui-. (ICsl couiuif un
couli' (If iV'c au |)a\s d'Iiauilid .
Li' hasard, pourlaiil ui'aNail him >('r\ii'. Luc cvpo.silioii
do h'iiNaux IV-miiiius avait alors lieu ;"i (lojx'iihaf^uo. jf
l'avais visitée à la liât»' taudis (juc luuu IVcre visitait h-
port.
Jo raconte mou (MKdiaulcuu'ul df ttuit <•' (|ui' j'ai \u, je dis
avoir rt'ru on ^rt-scut uuc hrodcrir d'une écolièrc, crlh' (jiie
vous voyt'/ ici, cl je dt-cris le tra\ail iiicr\cillcu\ d'uu coin (h-
mouchoir où j'axais rciuar(|U('' un (liàtcau, les l'ossi'S, la
pièce d'eau, le ponl-levis. des cananU. une corheille tleniie
sur un îlol et deux jeunes dames s'ahritaiil du sijleil.
On sourit.
(( Mais c'est une amie qui a hrode ce moU( liiur, dit la mai-
tresse de maison.
— Il u'\ a vraiment (|iie dans ces calmes j>a\s i\u .Nord (|ue
des (cnvres aussi |»alieii|es |Miisseut être exi'-eiili'es ". dis-je.
Après le repas, deux domestiipies portant ile\anl nou> des
lamj)a(laires, nous \isilons le ciiàteaii.
On imns conte de terribles liistoii'cs de trt'-soi's caidn'-s.
il n \ a (pi lin tri'-sor dont je drsire la \ue. la \itriue aux
pou|)(''es.
Toute Ihisloire du i liàleau e>t inxiile Mir la pierre, dans
un immeu-«e \e-|il(iil.' : de i:raU(U imnis. de grands laits y
sont (•it(''S.
Ilidiii uou> tra\erMni> un ancien oraloiie transt'ormt'' en
LA POUPÉE MASQUÉE DE FANÔ. 275
cabinet de travail pour la comtesse. Je me risque et je dis à
ma jeune amie qui marchait à côté de moi :
(( Vous avez une collection de vieilles poupes danoises?
— Non, me répond la châtelaine, il n'y a ici que les
poupées de mes petites filles. »
A ce moment critique, je sens mes jambes fléchir.
Pas de poupées 1 Et ce long voyage! Et mon frère qui avait
quitté son travail!
Mais à ce moment, il devine ma déconvenue, me regarde
bien amicalement en me faisant le geste de me redresser,
car je faiblissais.
Le comte me dit :
« Mademoiselle, je désire que votre visite chez moi vous
laisse un souvenir durable ; je n'ai pas de collection de
poupées, mais vous me permettrez bien, sachant combien
vous les aimez, de vous en offrir plusieurs pour le Musée. Je
les ferai habiller selon les différentes modes qui existent
encore. »
Et voilà comment, chers lecteurs, je peux aujourd'hui vous
présenter l'image de la curieuse poupée masquée de Fano.
Fanô est une petite île située sur la côte ouest du Jutland,
à peu près sur le même parallèle que Copenhague. Elle a la
forme d'un bébé emmailloté qui, de sa petite main, montre-
rait le continent.
Pourquoi les femmes de Fanô portent-elles ce masque
étrange? Dans l'éloignement on dirait la visière d'un casque,
d'autant plus que leur fichu de tète est surmonté de deux
pointes simulant un cimier.
Pourquoi ces femmes ont-elles la tête, le cou ainsi pro-
tégés, sans oublier les mains, toujours couvertes de gants en
laine noire qui manquent à notre poupée?
L'île a peu d'arbres, elle en est partie constituée comme
276 MUSKK FH; l'(»r IT.KS.
iio^ IiiihIcx. r| c'csl t'ii lra\ ;iill;iiil ;iii\ r|iiiiii|)v (|iii' li'<
rclllino cllfirlii'iil il >(• |i|(t|('i;('r le \i>;ii;(' ri If» lii:iill> (•(iiih»'
le Siil)lr soiilr\('' [i.ir II' \ ml .
Lrs li(Mimit's >(iiil Iniis iiiii li II-- ; il» loiil (II' l(i!i;_^> \u\a^t'S
sur (les halcaiix à rii\, r\ cc^l |if!i(laiil Iriir al)>('iici' (|iip
leur» ri'lllllir». colliIlH' ||u> ( )||('>>a II I i llt'S, se lixirlit à |u||<
les h"a\aii\ (!•■ la ca ni|»ai:iii'.
Les liabilaiils de l'aïKi s<»iil aisés. Les maisons resj)l<'n-
dissonl (It^ |»r(i|in'|i\ htiilrs !'■> cnisint's ont les murs onu's de
pla(|iH's (le |t(>i(('laiii('s |M"iii|cs.
(ii'Uc |»ru|H't'l<'', ce l)ii'ii-r|r(' rrlalif cxpliiiin'iil la ((wiiirl-
torie des l'emmes cepciKlaiil In-» lioiiiirlcs rt In-s lra\ail-
leuses : ('lies vciilt'iil |iic»('i\t'i- Ifiir \ i^ai^c d lfiii> mains.
Le niasi|ii(' |ti()l<M|cur csl I l'ian^ulaire. ('•cliancn'' aii\ yiix,
allaclK' (Irrrirrc ; il est en laine iKiiic douMi- d'une ('loiVe
en colon. Lois<]ue la l'emine ôjt' son mas(|ne. il reslr sus-
pendu sous son menton.
.\ous vous conseillon> d aller l'aire une saison df mer l'oile
à Fan(>; r<''lablissemenl cs| In-s «diirorlaldc : le Irajel de
NoriiV la ville importanle de lile, n est ([ue île di.\ minutes
pour jrajïner le continent.
Kmpftrle/ vos Vf'los. il v a une plaide merveilleuse e| sans
limites: emporte/ \*t> Jrf//U/r//f's. les dune> sont ri( lies en
tieurs. on lrou\e une petite oii liidi-e très jolie; enipor|e/^\ os
appareils pour prendre le» po il iail> de ce» l'emmes ma »(jui'm's.
et les vues de l'ile qui ne mainpie pas de jiittores(|ue.
EDMÉE L'ISLANDAISE
(DANEMARK)
Cette poupée vient de l'Islande, une île danoise où il n'y
a pas un soldat, pas un gendarme parce qu'il ne s'y commet
aucun vol, ni aucun crime.
N'est-ce pas là un Paradis terrestre? Les femmes y sont
belles, parce qu'elles sont d'humeur douce et bonne, la beauté
physique dérivant souvent de la beauté de l'àme.
Ajoutez encore ceci : c'est que l'Islande n'ayant pas de
route, n'a pas de voiture; il n'y aura donc jamais d'automo-
biles bruyantes ni de tramways meurtriers.
Mais, — à toute bonne chose il y a mais, — mais cette
île volcanique, recouverte de laves et de neige, est d'un abord
très dangereux; mais cette île est très dure aux petits enfants
dont la mortalité est effrayante.
Or, s'il faut craindre pour les chers petits qui créent,
ordinairement autour d'eux la gaîté, et le bonheur, la vie de
famille est arrêtée dans son élan.
En Islande il y a donc peu d'habitants, peu de petits
enfants, encore moins de poupées. Notre poupée est, par
suite, bien précieuse puisqu'elle vient de cette île.
Entre deux larges golfes à l'ouest de Vile des Glaces (le
mot Islande signifie « pays des glaces »), le Bredi Buy et le
278 MUSÉK F»K l'OlI'KKS.
I;i\ |{ii\. un |)i'(iiiifii|iiirc suMinrc (I;mi- !"( Jci'-iiii ; il luiiin'
I fx! ii'niiir' d'iiiif |)i'iih' (1.- 1,1 hiiiilr iiHiiiliiLiin' Siicl'liiU
.In'klll, lii |i|||s Ih'llc (II- l'ilc.
l 'i' (H'I ilt's m |)ii no \ snni (li^|)crst''('S, elles <(i ni l»AI ie^ ;i\ ce
(le lii Idurhe r| de |;i l;i\c, i| >ni inonlôes (liin Inil |)iiinlii:
riis|t('c( m seiiiil i)iiMi noir. >i i-lli'- n'i''l!iienl conM'rlo dun'-
\ (''^(''l;il i(in r'|);ii>sc (|ni li'> lunl. ;in juin. li)iM|ne jr ciel «•'«l
clair, «onlondre a\ ec la \ei(lnredi' la [iraiiie.
[jW seni <aiiean «-(laiif (••-> |iaii\iev mai^on^ i><lainlaises
où I On aliiirdt' pai' uin- |M'|ili' |t()rle >ui\ie d nn Inn^ <(Hi-
loir.
Le toil |i(iinln d Une de co cahain-s s't'dè\t' |dn- liani (|ni'
les autres : aujoui- di' la ]i()i|i' uiu' nuxaique de [lieircs d<'
granit poli lui donne un air loul sj)écial, un dallait' luillaiil
de nuances \arit'M's suil l'alh'e de l'enh'ée.
C'est la derneuic de Cdiiislian el de sa lenuiie lldilhe.
Kdillie a vT-lu noire poupée comme elle est vêtue elle-
même.
Les Islandais vivent de la pè(die de la nioiiie, mais Chris-
tian, don! la mère es! danoise, a d'aiilres u'oùls.
Il l'ail un joli eouiineree. a\ee le haueiuark. de>. juodniU
delà uainre. pierres, oiseaux . pla nle-> (le>| inr'> à 1 Vd nde des
jeunes gens (pii sni\enl les iiui\ ei>i|i->. Va pour cela . une loi-
l'an, il (piitle sa (dière lldil lu- pour all'-r en haueiuark \ endre
s<'S "'"(diaiil illons. l/ali<ence leur parai! hieu loni;ue. niais le
retour e-l l»ien doux. ('."es| dan> un de ces \o\a^e> (jui-
Christian a rap|iorlt'' la poupT-e (pie \ous \o\e/, ici, niai> elle
n (dail jias liahillt'e.
hun morceau d une de ses l'oho (''pais>cs. une >(»rle de
drap d'un hleii iuiipioise. l-'alillie a lailli- celle jupe td ce
corsap;e (pii a \rainienl une foriue de holi'ro. puis elle a
cousu la Iriple rau;;cc de \idoin> noir -uiiuonli' d un i;aloii
Edmée l'Islandaise.
280 MUSKF I»K l'OnPKES.
Ithiiic: l'Ile a |)os('' jo vcloiir-; du (•(•rsii^'c, les passomontorics
l'I It's ItoiiiOM^ (rar^riil lin. I']ll<' a Iitssi"' If lilcl |m)1ii' iikuiI ler
(|u en Islaiidr la [m'cIh' doniiiir liMiIrs les occii|ial i(»iis.
.Jamais Kdilln' lia |mh1('' la [M'Iilr caldlji' (init r d'un ^danil
dont s<3 coiil'ent liahihndlciucnl It-s Islaiiduises; c'ol ixuiilanl
])i('n j^racioux sni' une lèfc Moinlt' d'où dosrt'inlcnt deux
grosses nattes I
Non, Kditlic piNdt'ic la cuilliiic rrrnitW» (|u<' vous novc/;
qui rcsscinhlc un pt-n à cidlt' des vieilles pavsaiiiies d(i la
rt''p,i()n jtarisiennc, c*)!!!!!!!' rliand»-, conloilahli'. à l'abri des
coups de vent !
Seulement iMlillie y joint, «'onirne e'esl l'usage islandais,
la délicieuse |»elile voile de l'airière. Otte voile lilani lu" ijui
s'avance sur la tt-to, elle est hicn étrange. i| (|iiand l<>
femmes de pèelieur guettent Ifuis hommes (|u tdlfs n-con-
naissent ([U(d(piefois do loin à la \oilun' dr leur haicpie, eux,
les pécheurs semhlenl dislinguer leurs eoiiipagnes à la
hauteui'et à l'inclinaison de la voile (jui domiin' leur eoill'iire
La j)ou|»('"e, une lois liahilh'e e t'-lail pendanl une al)>en't'
de (iiirislian ). lui hapli^i-e |-]dni('i' pai- IMillie (|ui la regardai!
souvent, lii lournail dans ses mains, et (hantait à mi-voix
la romance de Tih'. la complainte du roi de Tliuh'. La l<''i:cn(l('
dit en elVet (|Ue l'Ulaude c'est I ancienne Tliuli'. L(U>(|U elle
arrivait à ces nuds : - A ( lia(ph' roi> (piil \ l)u\ail. >e> \eu\
se remplissaient (\r lai'ines ".elle pleurait aussi: laloence
de Lhristian lui parai>sail plus tii>te (juc de coutume; elle
soupirail, car elle n'a\ait pas un vrai petit entant ;i hercer,
Cihristian re\ int cl le>j(Uir> heureux recommi'ucèrenl .
Les récolles se tirent à nouveau. ('.Iiri>tian diM-ouvril un
gisement i\r cristaux appeh's spaths d Irlande, ou la double
rt-fracticui de la lumicre dait paiTaitc. Lditlie s'amusait à
tracer sur un papier une lii:ne de couh'ur ipiau travers de
EDMÉE L'ISLANDAISE. 281
chaque cristal elle voyait se doubler; alors elle tournait
doucement la pierre et les deux lignes se réunissaient pour
n'en former qu'une seule, ce qui la charmait beaucoup; et
elle disait à Christian : « Mon ami, c'est comme nos deux
existences qui n'en font plus qu'une », et elle embrassait
son cher époux.
On faisait de petits herbiers avec des lichens dont l'île
foisonne, et des pages de dentelle avec les plantes marines
appelées floridées.
On admirait ce qu'on recueillait, Christian avait rapporté
de Copenhague un microscope excellent et il montrait à
Edithe les merveilles cachées aux yeux.
Les lichens ne sont pas des associations de champi-
gnons et d'algues. Christian enlevait le mystère, Édithe était
ravie. Il y avait beaucoup de travail, à emballer délicate-
ment les échantillons de minéraux, à les cataloguer.
On conservait dans la maison des pièces rares, elles
ornaient une jolie armoire ajourée, en bois de sapin, rap-
portée de Copenhague; un gerfaut blanc empaillé, aux ailes
déployées, la surmontait. Cet oiseau noble, jadis très
estimé en fauconnerie, assez abondant en Islande, est tou-
jours recherché. C'est d'Islande que venaient autrefois les
gerfauts offerts chaque année parles rois de Danemark aux
rois de France.
Sur les rayons de l'armoire on voyait briller toutes les
pierres précieuses des terrains volcaniques, des zéolithes de
toutes nuances, les noires obsidiennes si brillantes qu'elles
portent ailleurs le curieux nom de miroir des Incas, puis les
éclatants minéraux de soufre.
Edithe avait laissé une place vide au milieu de la vitrine,
près .d'une collection d'œufs d'oiseaux aquatiques.
(( C'est, disait-elle en souriant, la place d'honneur oîi je
2S2 MUSEK m; l'tii l'r.r.s.
|MiS('r;ii lin iriil du ::i;iii(l [liimniiiii. i|iiiiii(l In en amas liMiiv»'',
aioiilail-i'llc iiiali('irii>^i'nii'iil .
— l'rlilr Inllc, ii|i(i>|ail ( ^liii^-l ia M. !•'-- (Iimi\ di-iiiiris (|,>
ces oi>t'aii\ >i raifs oiil r[r (IcIiiiiK il \ a iiiif ('iii(|iia iilaiiic
(raiiiK'cs ! .Ne sais-lii |ia>(|iir ces (i'tir> -uiit iiilr(»ii\ alilc^ .' rim
(Ifiiv a ('II' |ia\i'' n'Triiiiiii'iil >i\ (iiilli- l'iaiic^!
— Six iiiillr riaiii> lin (riit. >i\ iiiilli- l'ianc^! n''|n''lail
Kdillic, lais-iiKti Ir |)oiliail dr ritisran.
— Fi^iiii'-|()i lin |tiiii:(inin df la laillc d nin' nii-, dfs ailfs
si courtes (inOn l'apindlf l)iacli\ plfii'. un plnniaui' unir Iim'S
hi'illaiil a\*M' du hlaiic aiiloui' (1rs veux, et d<'\aiil lui iiii
lal)li(>r hlaiic. »
Un nouveau df'part df (diiislian arriva. C/i'-Jail nn de ces
jours d'r\r de 1 Isluiidc on il n v a pas df niiil.
Il railiit emballer la |M'lile |)onjtét' d(nil li's \t'n\ no
sélait'ul jamais f'ei-iiH's sur les seènes si douces ([u"<dl<' a\ai(
vues se déi-ouler de\anl tdic.
Il en coula à Kdilhe de, se si-paicr d'iMlmco : (ui arrive h
vi\rc a\('c les (dioscs rainilii'n'S comme si elles l'aisaienl
|iarli(' <'sscnli(dle de ludre re|i()s.
L(irs(|iie (',liri>l ia II riona la caisx'ijiii la reiirermaiL lùlillie
se (h'Ionrna e( e>Mi\a rnilix eiin'iil une |ielile larme.
(ielle poupt'c lions esl arri\(''e an .Mnx'e dans nn <'lal
|>aiTail. (]\'>\ une d(' nos iiridV-n'-i's ; il seiiiMe |(uiionr> i|ii elle
ail (|iiel(|ii(' ( lioM' à lions dire, mais ce (|ni> iinii^ |»on\o!i> lui
couler, lions. c"e-.| (|ll'i''dillie ne irsie |dn^ >ellle e|| I aloelice
de son iiiari.tdlea anjoiirdlini nn |m'| iM',|iri>l iaii lrè> Idoiid
<|ni di'-jà aime ramasser les |iierre> et le> oll'rir à >a maman.
PERDRIX BLANCHE
(NORVÈGE)
Le mot il/wsee signifie certainement palais des Muses, mais
aussi palais à retrait car jamais un Musée n'a de place
suffisante pour loger ses chefs-d'œuvre, pas même le délicieux
Musée de poupées.
Or, la nécessité le veut ainsi, dans une vitrine du Musée
pédagogique, voisinent de petites dames venues, à grands
frais, des quatre points cardinaux : d'Egypte, de Norvège,
d'Ecosse, des îles portugaises, les Açores, etc.
Parmi elles, il y a trois enfants, mais deux de ces petits
étant assis à une table d'études, sous l'œil vigilant d'une
religieuse, le troisième, un gamin açorien de Ponta-Delgada
se tient coi et bien ennuyé.
Il contemple sans fin la jolie poupée que vous voyez ici
dont il voudrait bien savoir le nom et l'histoire.
Un jour, un jour ensoleillé, il vit cette fine petite dame
sourire, il fit part de cette nouvelle à la poupée sa mère;
celle-ci s'enhardissant dit à la fine mignonne.
(( Madame, pardonnez-moi, mais combien vous seriez
bonne de nous dire qui vous êtes, de nous conter votre his-
toire : cela nous distrairait, les heures ici passent trop lente-
ment. »
28 i MUSÉF nr-: poupfes.
I.a (laini- lliit'llt". ;iii pi'lil li;i(|iii-l di- Ixiis, soiiril (Micon»
|»lii> ^^larii'iist'fiu'iil t'I (riiiii'\(ii\ rliiiiiliiiili' rt''|M)ii(lil :
« Je IK» saurai ni «'X |»iiiiit'r l'ii |mmI ii|^ais. à jx-iiif le [loiii-
rai-jc en IVaiicais. mais i"t'S|M"ii' v(>u> salisfain».
« Hier, ii ost arrivi' iiiir Idltt' couverte iU\ lirnhros, |)orfant
le cacliet du (loiisiilal ^^('iKTal (1(^ Fi-aiice à illir'istiania : elle
coiileiiail une h'^cndt' >iir ma iikmIoI.' |MTM)iiiie, éeiilc par
M. Ileni'i Mimaiil . le consul liii-mrmr :
« Mlio Marie |\(eni;,^ a r\r eiicliaillee de celle al|e|i|ion
dt'dicale de xui \ieil ami. (Tesl lui <|iii ma douiu r ;iii Musée,
cl elle a |»n'eieusemeiil sei'i't'' ce |»a|iier daus >a liihlinllii'(|ne,
si ri( lie (|(''j;'i ru ddcuilieuls loi k lol'isl es, comme di>e|il les
sa\aiils: l'olklorisles. ajoiila la [lelilc poupr-r soui'iaiile, veut
dire h'^eiidaires. »
L'enfaut des Açoros f'dail ravi d euleudre parler laimalde
pelittî poujx'e.
(( Altende/.-moi, li|-(dle, je coiiiiai> un xiililè^e pour aller
(dier(dier le pr(''cieu\ manuscriK i"\ \ole. je \ous le lirai
doucemeni, mais, \ile après, je le reporlerai dans son t'Iui,
Tout <e|;i c'esl du m\s|ère, mais je ne peux laire ma p»ie de
nèlre plus ici nue inconnue, d a\oir mes unies comme mes
camarades. »
l'uisipiil s'aiiil de mvsière, nous ne saurions nou-. dire
conimenl la poupi'c put Iraverserles parois des i;lace> dr la
vili'iiie, eiilrer dans mdre caMiiel, compter le> curhuim'ls.
arriver à la le| | re N dos él raii^:;ères r| I iier le maiiu^eiil <pii la
concernail .
(ie manuscril en l'orl hcaii papier re^semldc à un pai( liemin
jauni par le temps, il continil (piaire pap;es plii^ hautes (pie
la poilpi'e, et cdiiN elles d uiii> |ii>||t' ('criture llll pi'ii ('paissc,
Ineii ordonin'c, liien l'ida in''e par i\i'> doiiJde> mariLo d de
Iteaux interlijjiies.
PERDRIX RLANCHE.
285
Nous le copions intégralement.
« Je suis Norvégienne et m'appelle Rypa, c'est-à-dire
Perdrix blanche.
« perdrix blanche ». Ce nom m'a été donné en souvenir d'une
de mes lointaines ancêtres, qui l'avait reçu elle-même dans
des circonstances dignes d'être racontées.
286 MUSKK DK l'Ol'I'KI.S.
« \ t'i> le iiiilifii (lu \iv' sii'cli- la l*rslr inurr (|iii, m'IIIH'
(l'Oriciil, S(''\issiiil (laiiv loiiji' ri"jini|ii', lui a |i|Mirl(''i' (laii> iius
région > f\ I n~'im'> |ia r un na \ in' aiii vi" (r.\iii:l<'lt'rit'. jlr iik'hi.'
(|irailli'iii>. la |n'iii-, I iiiiioia lier, lahstMici- de |(»iili' liv^nt'iit'
lavorix'n'iil linl iiivimi du l.-iiililf ili-aii. (|iii ^Mi,nia di- |iin(dii'
en |ti(H Ile Idiil Ir i(t\ aiiiiic.
" La Mari m)ir<\ v' r'^\ \\\\\A (|iii' Ir lia|di>i'ifii| les |»a\saiis,
(]ui se Ir iT|irrs('iilai('ii( xmi^^ la Ioiiih' d'iiiir \ifillt' rmimo
ollniyatitc, livide, \ (H ne d<' deuil. a|)|iaraissaiil a I iiii|iio\ isie
dans les campiifînos, arméo (run l)alai r\ dHu làjeaii. don!
elle se servait loiir a jour. Miivaiil (|ii elle \(iiilail tmil
enlev(M' ou (''parj^ner (|iie|(]iies rares individus.
« La ville de Bergen ('dan! pail ieulièiemenl t''|»r(»uv(''e, il
arriva <|u iiii uoinhre de ses liahilanls les |du> ii( lie> e| les
plus notables s'ima^çinèrenl pouvoir se soustraire à la conta-
gion en eherchanl im refuse dans le .losladal, vall(''o ('«rartiM'.
solitaire, sépai'ée des réfi;ions voisines par une !)airieie de
hautes montagnes, de glaciers cl de forets.
« Ils dcfendirenl que quiconque n'était |>as des leurs les
accompagnât, <d couvinreiil (|u"<tu ne eoinniiiuiciuerail avec
(Mi\ (jue par des lettres (jue Ion déposerait sou> une ceilaine
pierre (•(inuiie eneiwe de nos jours sous le nom de raclic <ni.r
h'Itrcs. ils disparureid doue, ej pendanl a>>e/ lou;^|enip^, on
ne sut rien d'eux, lorxpie M)udain \\\\\ \il arriver dans les
cantons, au dtdà des uiouls. des li-oupeaux de hidail errants
et atlblés.
« D'ordinaire, les animaux ainsi égar(''S son! proiu|)|enieut
suivis et réclamés par leurs propriétaires, mais celle l'ois nul
ne vint , ce (pii iil >upp(tse|- (|ue ( pie h pie (diose diiixdile > .'lait
passé dans le .lo-^jadal. (In ^"\ reiidii. niai>. ludas! p(Uir
trouver (|ue les mallieuieiiv l'u^Mlils avaient t'tt' alleiiil> par
le mal (piils avaient fui : le ha lai de la Mo ri nnirr a\ ait fait
PERDRIX RLANCHE. 287
son œuvre, les champs étaient déserts, les habitations vides,
un silence morne régnait, et quelques ossements déjà blan-
chissants, ceux des derniers survivants qui n'avaient plus eu
personne pour les enterrer, étaient la seule trace d'une popu-
lation disparue.
« A la fm, cependant, l'on entrevit une forme vivante, celle
d'une toute petite et gentille fillette; mais dès qu'on
l'approcha, elle s'enfuit effarouchée, et pendant des jours,
déjoua toutes les poursuites en se cachant dans les bois; et
quand on se fut saisi d'elle, on découvrit qu'elle avait presque
complètement perdu la parole et la mémoire, et avait
horreur de tout contact humain.
<( C'est cet état de presque complète sauvagerie qui lui fit
donner le nom de Perdrix blanche , par analogie avec ce joli
oiseau si leste à se dérober à l'atteinte des chasseurs.
« Recueillie, entourée de soins, mon aïeule reprit la vie
ordinaire de nos paysannes, sans pourtant pouvoir jamais se
rappeler nettement l'affreuse catastrophe, ni comprendre
comment, après y avoir échappé, elle avait trouvé les moyens
d'y survivre.
« Elle grandit auprès de ceux qui l'avaient sauvée et
adoptée, et devint une jolie fille qui se maria et fut la souche
d'une nombreuse lignée que souvent encore dans le pays on
désigne comme la famille de Rypa.
« Faut-il ajouter que, si je m'appelle Perdrix blanche,
c'est par pure tradition, et non pour aucune raison tirée de
mon caractère ou des habitudes? Je suis au contraire très
sociable, aimable même, assure-t-on. J'ai l'âge où les filles
préparent leur trousseau : le mien contient, outre le costume
que vous voyez sur mon portrait, beaucoup d'autres effets
élégants, corsages brodés, tabliers ornés de dentelles au
point du Hardanger, bijoux en argent ciselé, etc. ; et quant
tHH
MUSKK Itl, IMHPKKS.
• I iiKMi ;:i;iimI Imiiiiii'I lihiiic. jr IM* (|i'iii:i mli- i|ii .'i !<■ n'in |i|;icit,
un IxMii ||i;i||||, |);ir |;i |i;iii|r coll | i ili m- (iol'i-i- (|i|r Iiii'||i'|i| It'K
lin iKiis le jour Mil, ;i( ( i»iii|»;i;:ih''<'s de Irinv |in'|i'iMliis,
|)r(''C(''(|(''Cs (11111 jdlli'iii (|r \iolull, l'I >.||i\irs (le |)iin'||K r\
.'unis, elles llionleiil (laii-. les e|.;,||(|es |>;ir<|||e^ (|lli, joyii^e-
llielil, les eoiidiiisedl ;i |;i jolie ('•^.Hive (|e |)(»is (|ll OU \oil (lllIlS
les \e|';:i'|s ;||| pied dev niOllls, de I ;i|||re eoji' dll liol'd.
" Il lillll hieii (|||r le soll\e||ir e| |ii laillille de l{\|>a ^e jxT-
|H'|lle|||. ■,
<i»
niSTOIRF. ni: \)VA]X P01IPI<]F.S FINLANUAISKS
( l'I NI, AN hi;
Nous pourrions (•ommonror nolr(^ liisloiro coirinK! (oiis les
ront(îS (lo IVmi : il (''lîiil uik» (ois! nuiis nous dirons sitnplc-
nrumt : il y a p(;u (h; temps, une jolies p(4il<^ lillc, poiliiiil h;
nom cliarmîint d'Ackir', liii,l)iliii( Ihdsinf^Cors <mi iMiiliiinhi.
Lo grand-dueln'' d(ï hinhiiidd, ou pays (l(!S niilhi la<s, l(i
Suo/ni, (h'ipcnd aujourd'hui, conimr! vous l(; sav(v/, dn
l'FinpiiM! russ(^ Sous les rr^iu^s d'/\l<'xa.iulr(i II <d,
d'AloxaruIro III il <()ns('rvii loulcs ses lihcrjrs, mais, à riiciirc
prrs(!ul<', il suhil, avec; pdinc uik; iracliou <lu |)a,ys vain-
qiUMir.
Nol,r<î gracif'usc cnranl, (dail la lilh; du dir('(|(<ur du (!on-
sorvatoirc do musi(|U(;, cai- Ilolsin^Cors csl, une vilh^ d'ail, cl.
d(\ sciencos. Ello vivaif, donc comrnc dans uik! volicir^ d'oi-
soaux (;lianl,(Uirs. Du malin au soir, la, cn^r vihrail (l(!
chants joyoux ou Iristesquc la [xdilc lillc imilail en ^a/ouil-
lant.
(In lui donna (]cs poupc(!S parmi lcs([ucllcs dciiv ohlinrcnl,
toul<!S s(!S prclcrcnccs.
Vous devinez l'objcl i\(' ses j'^'ux : clic leur cnscif^na des
vocalises, d(;s sons lilcs, des Irilles, d(;s ^ru|)pelti, des airs
19
290 MUSKE DE POUPEES.
(If lôiilos sortos. Elle domiail roxcniplo, les |i()ii|)t'es imi-
taitMit .
(i't'sl siii'Iotil [M'ii(l;iii( riiivt-r, (|ii;iii(l llcUiii^^roi-s ('tail,
bloqué |)ar les glaces (jiie rt'iilaiil \i\ait |>lii> iiiliFiK'ineiit
avee ses filles.
(lomniciil cliaiilaiciit ces iioiipi'cs ? Pcrsuiiiie nain ait pu
les enteii(li(», sinon Tadorahlc <'iiraiil (jiii, très atleiilivf, la
hMc liclic (l'imaginations, percevait tlistinctemeiit los sons
(le st>s (It'llX l'irves.
l^lli' leur faisail des observations i-cinplifs de sagesse :
((Le ciianl, disait la mignonne, est iiiic parole harmo-
nieuse et i\ tliriK't' (pii ne veut ni refïnil ni le cri, (|ni doit
charmer et émouvoir. Mes chères filles écoulez... (et elle
chantait une gamme majeure) voilà la force, la joie, atlen-
dez... (la gamme devenait mineurej voilà la faiblesse et la
plainte... allons, paresseuses, tenez-vous bien droites, sans
raideur, sans affectation, c'est très important. Ne prenez pas
de mauvaises manières, ne faites pas de hriiil en rcspiianl.
Respirez doucement et profondément coninif huxiuc vous
dormez : vous êtes si gentilles (piaiid vous soninicillcz. »
La petite Ackt»' devenait loiil à lait di nie (|iiaiid dit' rt'pi''-
lait gravement à ses poupées les observations (luCllc enten-
dait dire aux professeurs du Conservatoii-e :
« Atta([uez bien les sons, ouvi-e/. la lidiielie en soiiiiiint .
Articulez bien. Faites comme nuji, tenez le lai\n\ iiiiuKibile,
mêm<> dans la vocalise. Rappelez-vous ce (|n'a ('crit le grand
chanteur l-'aiii'e : « Un morceau bien ((iiiinieiict' inspire la
conliance, mais le bien linir est encor-e j»ln> inipoilant ».
L'entant se r('Vt''lait dt'S ses jeunes annt'-es la gi'aiide artiste
(ju'elle est (le\enne : l(»rs(iirelle a\ait à n'-pt-tei- deux lois la
même phrase, elle savait en varier le timbre et l'exjjression.
Cela nous rapj)elle Mme Viai'dot dans l'air tinal (\o VOrphée
HISTOIRE DE DEUX POUPÉES FINLANDAISES. 291
de Gluck. De quelle émotion le public était saisi lorsqu'elle *
-r^
Poupée finlandais^.
chantait : « J'ai perdu mon Eurydice »: d'abord le plein de la
voix, presque incolore, avec l'expression d'un profond abat-
tement; la seconde fois, d'une voix plus émue, plus atten-
292 MUSEK DK IMMPEES.
(Iri(\ coininc voilrc |iiir li's larmes, cl cnlin, à la diTiiirre
ir|iiist', (liins toute la joii-e et en s'aiiandoiinaiil an jilus
\i(>lt'iil (Irsespoir.
Ainsi cnseigjnail la in'lilc liijr (|iii es! (lt'\rinii' niif df nos
premiiTcs (lianjciiscs d (i|)(''ra.
(Jui ne sf souvieiil du hrillaiil dr-hiil di- Miiu' .\<kli'' dans
Vaiisl cl dans Ihnuru ri Juliette^ et des nombreuses cit-a-
lions (in"«dlc a dcjà faites, car tous les compositeurs se dis-
putent ilionncur- ih' lavoir comme inlerpicl»'?
Ces dcn\ jjonpccs, précieuses reli(pies, ont t'ii' amciit-cs en
France, et, pour les distraire, elles sont venues rendre visite
à des poupées danoises el norvégiennes (pii occnpi'nl au Musée
un(> \ il line à ^anclic i\i^ la salle.
Maison est si l)i<'n au .Mnsé'c. rK\po>ilion c>| >i cnijcnse,
les visiteurs si aimables, (juc les deux |icii|c> personnes
y ont élu donii<ile.
Leur arrivée avait fait sensation : elles sont si jolies dans
leur mise paysanne où le rongée et le blanc alterncnl Iccs
licureusement ! Nous ne vous donnons que le portrait d une
des deux poupées. N'est-elle pas ravissante avec ses lon^rs
clieveux blonds c(»mme les v\)W! Sa compajiiie e>| dune autre
|iaroisse. tdic porte (h' lon^çues nattes comme Marguerite. 11
n'est jias jus(|u"à leurs (diaussures cpu ne nuTileni raljen-
tion; re^arde/.-lcs bien, une paire es! en écorce de boideau
et la seconde en cuir jaune lerininr-e par une pointe fort
gracieuse.
Alors un é'vénemenl l'anlasli(|ue eut lieu. (In dit avec Vf-i'ité
([ue rien ne se perd dan> la nature.
Les |)Oupées de Mme Aclvlé- avaient mis à prolil le temps
qu'el!<'S avaient vt'-cn dans le milieu aiti>tiipie et >a\ant de
leiii- ( liarmanle jietite mère : elji's r(mnais>aient loute la
riclie mslliolouie de la i'iiilaude. Ie> (liants, les traditions
HISTOIRE DE DEUX POUPÉES FINLANDAISES. 293
et les formules magiques si élevées d'idées et d'un souffle
si poétique.
Les Finnois passaient pour d'habiles magiciens, les pou-
pées étaient devenues magiques à force de volonté.
Or, un soir où le Musée était plongé dans l'ombre et le
silence, elles entonnèrent des airs finlandais dans l'idiome
Chaussures finlandaises.
de leur cher pays natal, dans cette langue suomi qui se prête
facilement à la poésie et au chant par sa douceur, son
rythme, la richesse de ses qualificatifs, semblable en cela
à la belle langue italienne où la valeur d'un mot initial peut
être modifiée par tant d'expressions si variées.
Un air finlandais avec trois bémols fut enlevé avec une
si vive émotion qu'il fit fondre en larmes le monde impres-
sionnable des poupées du Musée, ainsi que l'avait fait devant
un public d'élite Mme Ackté, dans une soirée finlandaise inou-
bliable donnée à propos de l'Exposition de 1900.
294
MUSEE lU: IMMI'KKS.
\ (liii la I riidiirlioii des [larrdfs di' cri ;iir |M(|)iilain\ imlaiil
(|ii iiih- I ladiicl inii pfiil ii'iidir l'orii^iiial :
( ) |»;ni\ rc liiric iii;iIIm'iii(MIS('.
I'our(|ti()i ni'îi^-lu iiii'-c ;iii iiKindr
Pour .soullVir cuihiim' une esclave
Des misèi(;s de lu vie?
Je n'ai, hélas! ni pali-ie ni la joie d rire ;iiinéc,
Je n'ai inème pas de soutien.
Personne pour me <'on.soler!
() pauvre luère inallieureuse,
Pourcpioi in'as-lu inix' au luoinle?
Aujourd'hui, Mme Aino A( l\l(''-HonMil(l éh'Nc une jolie
petite poupiM' (|ui l'ail niiciix (|iie de <dian1t'r. elle di( : jtapa
et maman. Celle-là, nous soiniues sùic (jue Mme Atlvh' ne lu
donnera pas au Musée pédagogique. Elle n'aura pas de
légendf, mais une liciiicuse existenee, ee (|iie iioii^ lui
souhaitons de loul notre conir ainsi (pie dli.''riler de la rliar-
manle voix et du talent de sa mère.
LA LAITIÈRE D'HASENPOT
(RUSSIE)
Non loin de Kourchkônigen, où fut élevé le monument à la
mémoire de Pierre, ce pauvre paysan russe dont l'histoire
vous sera contée, est la ville d'Hasenpot, devenue le termi-
nus d'une petite voie ferrée.
Hasenpot a des maisons basses habitées par une popula-
tion de pauvres gens. Elle est environnée de forêts et de
rivières.
Quelques vieilles demeures seigneuriales sont éparses au
bord des rivières ou à l'ombre des forêts.
Tous les matins, vers six heures, une jolie fermière d'Hasen-
pot quittait la petite ferme où elle demeurait seule depuis la
mort de ses parents, pour aller vendre son lait.
Regardez notre poupée, elle lui ressemble et elle était
vêtue comme elle.
Vraiment, elle avait de grands yeux bleus étonnés, des
cheveux blonds, bouclés, très courts, si touffus, que sa figure,
déjà mignonne, en paraissait plus fine encore. Sur ses
épaules, les plus longs de ses cheveux formaient deux nattes
minces retenues selon l'usage par des flots de petits rubans
de toutes couleurs appelés comètes.
290 MUSKK ItK IMiri'KKS.
\a'. lahlii'i-, la |ii|h'. lu hloiisr (''jairiii jjrodrs à la main, au
|)()ii)l raiii'. (lil |Miiiil russe.
Plusit'iiis laii^s (II' |M'rlfs Naiit-cs. Ii't's oi'dinaires, onloii-
raient son ((Ui (h'-licai cl n'ioinliairnl >iir sa poilrinc.
S'il l'aisail l'inid. cllr ((Uisrail >a jrlc {Vwu ficliii de cfnilcnr
à IVaii^('> cl ILnM'r rllc jiorlail des Ijijlles en l'eiilre ^^ariiies
de cuir.
Noire laitière, f/in.si /roi/ssée, semble bien èlre appelée à
devenir I In-roïne d'un j(di roman !
Vous le de\ine/, oui, joli roman a\ec Irisle (b'nonmont.
Donc, ciia(|ne malin, la mignonne lailièic parlait dilasen-
pol, conduisant sa \oilure (jue traînait un didicieux p(dil
àne.
Sur la voiture, un tonneau de lait était in-;|all('' qui portait
en liaut une ouverture carrée fermée |)ar un larfj;e bouclion
de bois. La laitière, à Taide d'un litre arme d'une longue
queue, prenait la quantité de lait demandée par chaque
client.
Elle avait encore sur sa voiture dans des vases de la cr«^me
douce; dans un baquet du lait eaillt'. Le lait avec crème se
vend (•in(j Uopeks comme le lait caillé, un kopok vaut quatre
centimes, le lait écrémé coûte deux ou trois kopeks.
N'oublions pas d'énumércM" les fromaji;es ronds persillés de
foraines de cninin, (|ni est une sorte d'anis, puis des IVomages
très secs qui avaient acquis leur (jualité dans des cages à
claire-voie placées au soleil.
La vente de ces denn'es ('tait t'iiictui'nse : la laitière, (piand
elle rettuirnail dans sa petite terme, l'aisail sonner <;aîmenl
la monnaie dansées poches de sa jupe; le petit àne allai!
d'un |>as vif et jovenx, il itait all(''i;('' de lonle la mai'chandise
venilne.
11 V a\ail alors dans un château fort ancien, à (juclques
LA LAITIÈRE D'HASENPOT. 297
verstes d'Hasenpot, un jeune homme charmant qui était
juge.
La laitière d'Hasenpot.
Ordinairement, on s'imagine un juge avec une grande
barbe, des verres sur les yeux et Tair sévère. Il n'en était pas
ainsi. Notre juge était jeune, sa figure était d'une distinction
298 MIISKK DE POUPKKS.
Itinl'aili'. l'I l;i l)lii im'Ih'iii' (|i> xtii Iriiil t'Iail iiccrntut'i* |iai' (l*>
|M'lilf> iii(iii>lailn'> Iles iKiiio. Il >'a|)|M'lail l\aii dr lirlli-
vîiiiolV.
(llicKjue malin, il icncoiiliail ihiIii' pdil»' lailit'-n' (Topr-ra-
(.•()ini(|U«' t't il la lidiivail ia\ issanle.
« Si j'en Taisais ma l'cinme, j)t'nsail-iL t'Ilr nanrail [ilns à
conduire sa voitui'e de lait, à s(s lever de boiiih' ln-nn-. cl par
tous les temps. Je suis très riche, je la rendrais licnrcnsc. je
la ii'àterais comme nn anti. eoninie un l'rere. romnie nn Itun
niaii. Ce sei'ail là un joli excmplr. Je sni> orphelin comme
elle. Nous n'avons à al'lli^er personne par noire, allianee. J'ai
hien (jnehpn's parenis <'doi^ni(''s. mais on ne peni ^aeriliei' sa
vie à des arrière-cousins. »
Un matin superbe de printemps, notre mi^nionne lailièie,
plus accorle (pTà l'ordinaire, s'il est possible. a\ail en<i;uii'-
landé su vuiUiie do liserons blancs appelés manchrltes de la
vierge. Le petit àne en avait un collier. Rien n'est plus poé-
tique (jue les l'rèles ramures de cette piaule (|ni se prèle à
toutes les décorations, dont les fleurs s'évasent en coupes gra-
cieuses portées suides calices aih'-s. el dont les fenilles sont
échancrées en comms.
Ivan de Belli\anor rapprocha de la jeune lille rougissante
et lui dit :
« Cbère petite, dowlia imiia hnihlaii li'liin. \eu\-lu bien
devenir ma compagne de ^ie.' A nous deux, nous j)Ouvons
créer un foyer heureux, nous (|ui sommes deux orphelins, je
t'en prie, dis oni. •
La pelile laitière de\inl pâle comme les liserons (jui
ornaient sa voilure, le petit àm' ht un joveux hilian comme
s'il comprenait.
La jeune lille h-^ \cn\ toni-m'S vei*s la terrt>. avtM- un geste
très leni tendit ^;i main an jeune homme.
LA LAITIÈRE DHASENPOï. 299
(( Merci de ta confiance », fit Ivan de Bellivanofï.
Quelques jours après, ils allèrent se marier à Libau.
Le jeune homme présenta son passeport au pope, qui est
le prêtre russe, la jeune fille donna son acte de naissance.
La permission du mariage fut accordée.
Il y aurait eu des parents du côté des fiancés que les for-
malités n'eussent pas été plus compliquées.
Et le mariage fut célébré.
Vous auriez eu de la peine à reconnaître notre Perrette,
elle avait revêtu une robe de brocart merveilleuse, le jeune
Ivan de Bellivanoff l'avait traitée comme une noble demoi-
selle.
Oh! qu'ils furent heureux, mais que ce bonheur dura
peu!
Notre histoire devient triste.
La guerre, cette affreuse guerre avec le Japon et la Russie,
éclata. Ivan dut partir.
Comment se séparer quand on ne peut vivre une minute
éloignés l'un de l'autre?
La femme d'Ivan de Bellivanoff choisit un parti extrême,
elle coupa ras ses cheveux si légers et si frisés, elle prit des
vêtements de garçon et alla s'engager comme ordonnance de
son mari.
Personne n'avait découvert ce touchant mystère, quand
un jour de verglas elle sortit et se cassa la jambe. On
porta à l'hôpital le petit soldat. L'opération chirurgicale
ne réussit pas, notre petite amie eut trois frissons de mau-
vais augure, un délire très doux s'empara d'elle, elle
chanta un air national et s'éteignit dans les bras de son
mari.
Ivan de Bellivanoff devint fou de douleur, il continua son
service, se mettant toujours au premier rang du danger, une
300 MUSKK m: iMtUI'KES.
eSCitriIMMH'Ili' I<-I'l'il)|i' i-lll lirll. il IdIuIi,) llloli iMI ;i\iiiil de ^rs
(•(>ni|);miioiis.
Ils ii'riin'iil pas la iiiriiii' S(''|>iilhii't'. mais au cifl leurs
àui<'> siiuplcs st' S(Mil ici i()u\iT> |Miui- I l'Ii'i iiili'.
PAYSAN RUSSE
Cette poupée fut d'abord donnée à mon neveu, âgé de
quatre ans, par une dame amie qui l'avait rapportée de Russie.
Mais chaque fois que je la voyais entre les mains du petit
Fidèle, je tremblais qu'il ne lui arrivât malheur; la poupée
me fixait avec ses yeux étranges, d'un bleu polaire, et sem-
blait me dire : « Cet âge est sans pitié, tu le sais bien;
emmène-moi à ton Musée ».
C'est ce que je fis subrepticement, un certain jour où un
superbe cheval mécanique devait faire oublier le petit paysan
russe.
La poupée est en costume d'été, culottes en toile rayée sur
lesquelles retombe une longue chemise bordée de rouge,
retenue à la taille par une cordelière aux couleurs variées ;
elle porte sur la tête une coiffure en fourrure.
L'hiver, le moujik s'enveloppe de la touloupe; c'est un
manteau en peau de mouton dont le poil se met en dedans
comme les fourrures dans les pays froids; le nôtre n'a pas de
bottes mais des pastelles, c'est-à-dire des ronds de cuir d'un
jaune foncé, percés de trous sur les bords, et dans lesquels on
passe une lanière du môme cuir pour serrer la chaussure;
cette courroie retient aussi les carrés de toile qui remplacent
les bas.
302 MUSÉK I»K POUPÉES.
(jiit' (If |tt'iist''t's la \ lie (le ri'llc |M(ii|ir'.' (''Ncilli' daiis rt'spril,
iiiaiiili'iiaiil (|ii l'Il)- Il r>| |)lii> lin jniifl haiial, iiiai> un petit
personimge avant un nijc à ifinplir, en iKtliii- coiiipai^nir d»»
poiip(''OS russes, dans iiik' \iliiiit' sf'vrre siirinonlt'i' dr luiiidcs
orncrncnlalions.
Lr passai! l'ussf. coninic tous 1rs |»a\sans, ainn' ardcinnit'iil
la li'iic (|iii le nourrit .
Tout (Ml tra\ai!laiil, il Ndil (■••Ile ti'iif si \i\a!i|(', la nature
si remplie de mystères, le jour sn(((''danl r(''^iili('rement à la
unit, les saisons toujours ()rdonn(''es, les oiseaux ('difiant i\r<
nids pour leurs petits, les arhi'es reverdissant an printemps,
ces arbi'es (pi'il doit couper peut-(Mi'e pour les eniprisonnei'
(le cordes et les l'aire voyager en radeaux llotlants vers les
conln'es où le bois manque. Devant les horizons nei^^eux ou
verdoyants, il emplit son àme saine de poésies et de h'gendes.
Aucune iiction ne le laisse indillerent.
A la nuit close, la renc()iilre (11111 animal an |)assage
d un (•;ii'r(<roiir lui inspire de la crainte, il S(« signe et n(» le
regarde |»as; si en mangeant, son conleaii a \ii-ole s'en-
ti-'ouM'c Ix'-anl. il cidij (pie lt> diable saute dessus.
Il coupe le petit bout de roreille d une de ses bnd»is, s'il
est berger, puis il lui passe un ruban de coiileiir gaie autoiii-
du cou, c'est sa brebis porte-bonlieiir (|ui demeurera an
milieu du trou|)eau.
Mais à c(M('' de ces pin-riles crosanccs (|ue ne d(''sav(uie-
raieiil pas des gens plus insliiiits, car la siij>erstiti(Mi est
compagne de llioiunie, le pa\san l'usse a un senliinenl r(di-
gieuv tr("'S profond.
Jamais un moujik n'entrerait dans une maison nouv(dle
sans la faire b(''ni!'. il \ fait poitei- I image du C.lirisl sur la
croix, le pain et le s(d. et tandis {|ue le pope bénit ces choses,
il est à genoux, an seuil de sa maison, avec toute sa famille.
PAYSAN RUSSE.
303
pour implorer de Dieu la paix entre les siens et leur pros-
périté.
■^^
'^^I^Hf JS^Kk ''^' ^^^^^^^^^^^WLi—
'''iB^^^h'' "''"'^Hj^KL'"'^'j^^B^^^^^^^^^^^Hff'-
^- ^^^^^^^^^^^HB
flHHHH
Poupée russe.
Des images grossières comme nos enluminures d'Épinal,
représentant l'empereur, Fimpératrice, ou des scènes de
piété, sont suspendues aux parois de sa chaumière, elles sont
304 MUSÉE DE POUPÉES.
ontttiiii't's (Ir (Ts lar;::«'s imit-olcs don'i's (|iii li-s (li\ iiiÎM'iit ,
M»ll\(«lll inrilir (1rs 1 1| m ides Itlùlcnl dcNilllI rllrs cl l'ullt
baisser la Irlf aux passants siii- la loiih'.
F.i' |»a\saii russe, ce iiaiivn- iiiniijik, ddiiii'' loiil l'uliiT son
Aine coinnic un pur rncciis à et- (pii rs( aii-dcssiis de lui : ^oii
cFiipcrcur l'I sou Dieu.
\ i)i(i une simple lii>|(»in' (|ui sou-- pt-india mieux If pa\saii
russe ([lie no le feraiful des pamlcs: jr \(ius la it-prlr comnie
tdie \i('nl de mètre eouir-c par uue uioujikc, scr\ault' d iiuf
famill»' lusse à Paris.
Dans eette histoire, il \ a pi'ul-èjri- uuf pari dr li'i^N'ude,
car il ma ('-tt'' ini|»ossil)l(' de lr(»u\<'r (|U(d i-lail e<' roi, la
(louilaudc II a\aul eu (juc des dues ; roi se dit peul-èlre (piaiid
mrnie, navons-nous j)as h; i-oi d'Yvetol?
« Crdail en Courlande, l)ien avant la mort de ma i^i'and'-
mère, sui- uue route entre Goldin^^en et lla/.enpol, non loin
lie iMitau.
(( Je ne sais pas si c'était en t'-té ou l'ii hiver, mais \ raimeul
c'était lii iiiiil, un |>a\san vieux e| las enlra dans une
anl)erge. il \eiiail daelieler du lahae en l'euilles. lexpndles
il avait roulées eu pacjuel sous son bras (la IViiill»' de tabac
est très grande et ti'ès large) ; les paysans les acbèlenl ainsi,
ils les coupent et mettent le menu des feuilles dans leur pipe.
" Bientôt deux hommes à mauvais visage (Mitrenf à leui-
tour et, sétanl assis. >e niellent à causer tout bas. Lv \ieu\
paysan fait celui (jui doil.
a 11 entend les deux hommes (|ui diM-nl (jiie le roi xa
passer avec sa suite sur la route e| (|n il tant le tuer comme
un ( liieii. ils didailleiil llieiiie de son airi\(''e et comment
ils exécnlei-onl leur là( lie agression.
" IMerre, c"esl le nom du moujik, tremble de lotit son
corps, mais il se dit : .. Je ne veux pas laisser assassiner le
PAYSAN RUSSE. 305
roi; moi, je suis vieux, inutile, je dois prévenir ce crime,
quitte à être perdu. »
« Les deux bandits étant sortis de l'auberge pour se mettre
en embuscade à un certain carrefour, Pierre sort à son tour
et court au-devant du roi, son paquet de feuilles de tabac
toujours sous son bras; il avance dans la nuit.
(( Tout d'un coup, il entend un bruit de grelots, de voitures,
de chevaux : c'est le roi et sa suite.
« Pierre précipite ses pas, se jette par terre au-devant
du roi.
« On lui demande pourquoi il fait cela.
« Je veux dire deux mots au roi. »
u Le roi écoute Pierre qui se relève et raconte ce qu'il
a entendu dans l'auberge, le projet terrible des deux ban-
dits.
« Roi n'avancez plus, on vous tuerait. »
« Le roi, incrédule, sourit.
« Est-elle vraie, ton histoire?
<( — Très vraie, s'écrie le pauvre paysan, que je meure si
(( je mens.
« — Que dois-je faire? ajoute le roi toujours incrédule.
« — Donnez-moi votre costume, dit naïvement le pauvre
« Pierre, mettez mes habits, je monterai dans votre carrosse,
« à votre place, et vous, vous partirez avant moi. »
« Le roi se prête à ce déguisement. Ceux de sa suite l'ap-
prouvent et se divertissent en eux-mêmes.
« Pierre sans hésiter prend les riches vêtements du prince
et monte dans le carrosse royal, le roi revêt les grossiers
habits du moujik, saisit sous son bras le paquet de tabac et
s'en va sur la route.
« Les assassins croient voir le vieux de l'auberge, ils le
laissent passer; mais au moment où le cortège royal arrive
20
300 MUSÉK I»K l'OUPÉES.
pirs (rciix. ils >(' |in''(i|)il('iil >iii- le tiiiillu'iiicnx vieillard
(juils |)i'i'iiiii-ii| |M)iii' le idi. r| II' liinil iiMiiil (inOii ail pu
aiTtHei" celh' iiiidacii'iiNc IfiilaliNe.
(( Pierro meurt sur le coup.
<* Toule la suite du l'oi es! saisir» de Icn-onr.
« (.V'Iait donc vrai cr ({n'il laddlail , ci- |)au\ rc |ia\>an ; ni
l'à^r ni la boisson n a\ait'nl allt'-rt' sa raison. siui|»lt'ni<'nl
il st'Iail otVrrJ en victime!
« (JnadN inl-il?
« Le j)auvre Pierre lui ciilfri-i' à Milan, caiiilalc df la
Courlandc. dans nn \irn\ cliàltsin, à côli' drs duo de la
contrée.
« .l'ai visih' ce château, _ajoula la moujike, conteuse de
ce rccil, il csl ouvert au puMic connue votre .Mus(''e i\i'<
poupées, II' jeudi. Sur le cei'cueil de Pierre, ses (■|iau>>ure^
de cuira lacets ont été (douées e\l<''rienrenient.
« A la place où Pierr(> est mort, on a (dev('' une croix où
sa statue en hois est tout près; on n'a eu iiarde d'onhliei-
son pa(|uel de lahac en renilles.
<( En souvenir de cet événement trai;i(|ue. le rcu a ordonn»'
que jamais |tlns on ne i-ecruterail de soldats dans le \ illa^e
où le vieux ()aysau avait accompli sa noble action, et (jni
se nomme lûiri likonip;en. »
MARPHISE DE FLORENCE
ITALIE
Les poupées du Musée sont des personnes qui, sous leurs
costumes provinciaux, veulent être prises au sérieux; ce
ne sont pas des jouets!
Cependant les enfants se plaisent à les regarder parce
qu'elles sont petites et que le petit plaît aux petits : c'est là
un proverbe latin que vous pouvez traduire.
Mais comme, pour attirer les parents, il faut toujours
faire une place aux enfants, nous avons réuni dans une
vitrine basse, à la portée de leur taille, des poupées de toute
provenance, n'ayant pas la solennité d'aspect des autres,
qu'on pourrait leur donner à la rigueur, qu'on voudrait leur
donner.
Dans cette vitrine, vous trouverez la ravissante Marphise
de Florence dont vous voyez le portrait.
C'est une vraie poupée, celle-là, enfantine, brillante,
coquette, délicieuse, jolie à croquer.
Elle est vêtue de cotonnades, de satins, de velours, de den-
telles! Mais quels velours, quelles dentelles?
De petits échantillons, posés bout à bout avec un goût
exquis, qui trahissent leur origine commerciale par des
numéros d'inventaire.
308 MUSKK i»K poijpf":ks.
\o\('/. coiiniii' lt'< Ndhiiil^ (If suit' l'i'^l (iiiiii'ii I ii\('c i^ifict'
Mil' |t' )ll|M)ll (le riilicol lil;il|c. |c|ii;i |(| lie/ |c^ I n ii> IK r|l( I ^ l l'cS
sonilnTs cl li't's l'ij^idcs (h'sl iiii''> ;i les an r-lcr.
Quoi <l"' |ilii> II'::»'!', »l<' \A\\^ riuiirioiila ni (|iir \c> dr-licalcs
l)as(|iiiiit's t'ii (li'iili'llr (|iii a llniinil a\t'c lo IhhiK (!•■ la
cuinluit' t'ii nihaii.
Le huslc (If la |t(»ii|)cc lloii'iil iin' rsl liaiil. (Ii'\ l'Iopin', la
iaillo est très lim', je cou ilt-^ai^V-. les t'iiaiilcs lari;c>^ sur Ics-
([uell(»s deux clioiix di-lolVc lixcni h'S panipillcs de la l'cllc
frange don'c (|iii l'oniic le (le\aiil a|)|M)iii|('' du coi>a^'^e. I^a
t^'to est j<die cl 1res disliufjjuéo, (die Mipporle un i''|ianf:;e
cdiapeaii, \<''i'ilal)le (dilVure (raveiiliirière. doiil je Ixird relevé
esl couver! d une (Holle de colon (|uadrill('' lox' e| Idaiic,
onu' i\i' tlols de lulle td de (diii(|uaiil .
La poujxM' inaïKiue de mains, mais on les devine très
di'dicates et pr(Hes à saisir l(>s deux c(')t<''s de la jupe poui* faire
un j^rand salut de com(''die.
Si jolie, elle n'a coùt('' c{ue quehjues soldi, elle reprt'seule
bien ainsi le jçoùt parl'ail de ci; peuple Ihnenlin. artisle
jusque dans le fond de Tàme. Ln traversant les rues de ido-
rence, on voudrait à ( lia(|uc instant |U'eu(lre un ciavon pour
dessiner les ^eus (pi'on renc(uitre. artisans, Noiluiiei-s.
ouvriers.
Celui-ci conduit iiu (lit>val: mais regardez ce clieval. il
porte une toulVc de lleiirs natundles sur son liant collier.
dress('' comme un (Kune (d l'ern'- de hcaux clous doi es (d ^iiil-
loch(''s; à ses oreilles pendeul des laines multicolores (pii en
rendent I as|ie(d aussi aiiiT-ahle à rt>_:^ar(lei' (|u un joli taldeaii.
(!e brave animal l'ait son^jer (pi'il i\"est |>as sim|dement nue
l)(de do somme, mais " la plu> hidle couipude (pie riioiiime
ail l'aile ».
Un porltd'aiv >"ari"(de sur un trottoir, il (l(''(diar_i:e un
MARPHISE DE FLORENCE. 309
instant son lourd fardeau; voyez-le, on en ferait un croquis
Marphise de Florence.
ravissant, son allure est altière, il n'est pas arrêté, il est
campé, il pose en un mot, mais sa pose est toute naturelle.
Le peuple italien est ainsi; il se remue, il marche, il s'agite.
HO MUSÉK DE POUPKES.
Iniijdiirs ru :;;ii(liiiil de lM'llr>< ;illilii(lr^ (juil (Idil ;'i sa dislinc-
I Miii ii;i I i\ (' cl i'i sa licaiih- pli \ -«i(|ii('.
Un j'Hir (|ii(' nous cniiiiiiii-- dan-- la \illi' a|tii'> je n»' sais
plus (|iii'l lii'aii i:i(Mi|ii' (II' Liiccii (li'lla l{(il»ia. |i(»s('' aii-tl<'>>iis
d une |i((r|(' ((dt'idt', (|iiidi|iriiii ikhi-^ dil : •■ Mais Ions les
• Mifaiils (jiic \ (tii> \()\i'/ ;iv>is aii-dt>\ iiiil des l)<iiili(|ii('S (orinriil
des ciiscinMo clianiia iil>. (jiii \ali'iil Iticii Cfliii (|iii' Mais
<dH>r(di('/., |iMi>(|ii il> son! aiiiiin's! ■■ Ci'llc liouladi- ii(iii> lil
sonriro.
Nolic jKiiijM'c a une (ninjiaiiiH' an .Miisi'c ijni l'^l de >a laillf
<•! jolie ((tiiimi' elle. T(uili'> dt'M\ SI' laioiili'iil (\r> Il isl ( >i rt'S
('\l raurdinaircs el n'i;a nli'iii de I ri'S liaul deux autres
p0U|)»''es acliel(''(>s à NiToiie el à \eiiise, mais (|ui mmiI jii'liles,
ilfïVeuses, si cocasses (jUidles l'oiil rire le puMie.
Vous devine/ (pTclles ne sont pas Italiennes. Ponr vons on
convaincre. \(»ns n aurez (ju à re<;ai'der leurs jupons en
papier jauni, couM'rt diM-rilnre alleniando. Laissons donc
ces grotesques el revenons à nos denx jolies.
Klles parlenl un italien 1res pur et celle langue liarino-
nieusi» de\ienl encore |ilus douce dans leur IhmkIu' de
|iou|)ée.
l'allés se raeoiilent leur naissance à l'^Iorcnee. dans un
atelier tics eiiMdcilli'. sur les hords de lArno, don Ion
vovait an loin le '< \ ieu\ pont >■ (jiii relie les llli/i au l*ala//o
Pitli. Coiiime ils l'taienl i^ais lo loiil jeunes i:ciis (jui ont
jH'inl leur petite tij^ure. Kieii de plus curieux t|ue d un ciaip
de pinceau se M'iitir des veux très xit's pour lc> regarder!
rjles racontent les propos de^ jeune> tille> (jui les onl
lialiil li'cs.
I)e tous les r'clia!ilillon> lixrcs pour rien par les grands
l'onrnisseurs et (|iii reinjdis>aieiil , pclc-nièle. de ;.;ra n des cor-
heilles (ju on aiirail pliiliM criio remplio de ijcurs. elles
MARPHISE DE FLORENCE. 311
édifiaient des costumes ravissants, avec leur aiguille alerte,
elles piquaient, de-ci, de-là, quelques points, et la toilette
improvisée s'achevait vivement.
Toutes les poupées une fois habillées, elles leur donnaient
des noms charmants, affaire de rire, car les filleules ne
devaient pas rester longtemps dans les mains de leurs
marraines. Notre poupée s'appelle Marphise, sa compagne
du Musée, Bradamante; il y avait les Angélique, les Fleurs
de Lis; tous ces jolis noms étaient empruntés à l'admirable
poème de l'Arioste dont les ouvrières débitaient des tirades
en travaillant.
Nos poupées se rappellent encore les soirées charmantes
passées au milieu de cet essaim de jeunes filles. Les
fenêtres grandes ouvertes, elles laissaient entrer l'air si
doux et si subtil de Florence. C'était l'heure des séré-
nades, car on donne encore des sérénades dans la ville.
Trois musiciens drapés, — on ne les comprendrait pas
s'ils n'avaient pas de draperie, la plume légendaire au
chapeau, — commençaient un air accompagné sur la
mandoline. Etaient-ils jeunes? Non, vieux, sans doute,
mais on ne distingue pas. Les voix étaient belles, les sous
pleuvaient.
Un soir, la voix qui chantait avait une douceur incompa-
rable et une étendue inusitée, les sons filaient, on ne respirait
plus à les écouter; les jeunes filles vidèrent toutes leurs
bourses, les pièces blanches suivirent la monnaie de cuivre,
elles lancèrent même des oranges.
Marphise et Bradamante ajoutèrent qu'elles auraient été
heureuses de passer dans quelque humble demeure pour y
faire la joie de petits enfants pauvres qui les auraient reçues
comme des princesses idéales.
il n'en a pas été ainsi, c'est une de nos amies, Mlle Mimant
:U2 MUSKK Iti: POII'KES.
(jiii lions les ;i ia|)|t(>rl(''i's de IM<tn'iict'. les li'(tii\;iiil dif^nes
<lii Miisrc, à caiisi' de Iriir itiii:iii;i lili"'.
Mlle Mifiiiiiil leur a assuit- un m»iI I raïKjnilJi' an Musée.
Il(''lns! i"' honliiMir (I nii"' |>()n|M'-i' r^l-il dans une r<'j)r(''sen-
lalion ((iiislanlt- devant un pnhiif i)i<'n\ t'illant , ol-il dans
une It-nnc iii(''|tr()('iial)i(\ csl-il dans (<• l'ail d»' jtasstM- à la
posléi'ih'. ('•|iar^nr(' de la di'>liii(ii()n par des soins e<jiis-
laiils?
C/ii /() .s(/'!
Le hoiiJKMir des |>oupt''es? Il nie scinhjc <|uiin'' |mui|h'i' doit
r|r<' lifurcnsc dèln' l^nnc dans les mains d iiin' lilli'lt»', sa
pelile mère, d être bercée, habilli'c, dt-shabillée, coilT'ée,
décoifïée, e( linalement d'arrivei- à èli-c cassi-c, laissant nn
doux souvenir dans l<> eo'nr de [«'nlanl pour le tt'ni|)s ou rllc
sera devenue une grande pfisonnt'.
UN COIN DE CLASSE A PORT-SAÏD
EGYPTE
L'aimable supérieure qui dirige les établissements reli-
gieux de Port-Saïd a bien voulu répondre à notre désir et
elle nous a envoyé un groupe de trois poupées représentant
une religieuse de l'ordre du Bon-Pasteur et deux élèves, une
petite indigène et une petite Européenne. La petite indigène
est de la race noire, elle est coiffée de nombreuses nattes
terminées par des sequins, elle a les pieds nus, et elle est
vêtue d'une simple blouse bleue. Regardez-la, elle tricote une
chaîne en laine sur un bouchon; la petite Européenne, sa
compagne, est blonde, elle apprend à faire la dentelle arabe
si solide et d'un si joli effet.
Quant à la religieuse, elle est toute vêtue de blanc. Son
costume est d'un soigné très délicat, sa grande étole est
piquée admirablement et cache une médaille de la Vierge,
un chapelet en nacre, le cordon bleu de Saint-Joseph, une
minuscule paire de ciseaux, une pelote, toutes choses qui
rappellent la prière et le travail, les deux occupations de la
sainte fille.
Des poupées sans histoire ne vous diraient pas assez, il
faut vous faire connaître Port-Saïd, leur lieu d'origine, ce
Port-Saïd hospitalier qui doit nous être cher, car il n'est
31
MUSÉK Itr, l'orPÉES.
piis mil' rmiiilli' liMiicnisi' (|iii piii^M' rlir ii^Miir-r de n'iiNdir
jiiniJiis l)('>uiii (|ps secours (|ii(' h'S s(i'iii> du Imhi l'a^lciir |irii-
M'iil avoir à (Ininici' à un do inMrrs, siddal. marin mi |ias-
I*ort-Saïd iiidail rien (juaiid. !•• 2i a\iil I S.'i!». l-'t'i'diiiaiid
de I.('SS('|t>. niloiiir' de M> iiii^ciiicms doiiiia le itmiiicr ((iiip
de |iidlt', là. on hiriilid nm' arim't' dt- I la \ aillrnrs allairiil
se mi'l I l'i- ;'i ToMiN nv II |ii(inoni;a cfs simples pai-olos : « Nous
sonliailon> (|ne par la i;ràc'e de hieii e| >ons sa proleclion iej
s'('lè\e iNnI-Saïd ". Il s'a^issail de l'aire des miia»les, ce
^rand i;V'nie prenait hieu pour allii'I T.e lien nidail alors
(pi'nn l'Iroil lit de salde a peine asse/ spacieux pour (pi'on
|nil \ diesser (phd(|ues teilles, ;i lahri desipitdles \i\aienl nn
pelil nondire de pécheurs arahes.
<Jne||es merveilles d'induslrii', (pielle somme de travail,
(|U(dles lidies siirliiimaiiuîs la Iranslormalioii de ce| endi'oit
n'a-t-elle pas d(>mand(''es?
Li's l)àl i nient s ne pon\ a ieni a pproclier de la côte, les mat(''-
riaux m'-cessain's au travail : le Ixiis. la pierre, le \'ri\ |onl
dut ('Ire apporl('' d'iMirope, (N'haripn- à Alexandrie et ensuite
Iransporti' à grands Irais, lentement, axecdes perles cousi-
dr-raldes. par des chameaux, à Iraxeis le d(''serl.
La privation la jdus sensihle. an dehnt. l'ut le manque
d'eau douce, (d ce ne lut (piavec peine et au prix de ^rauds
saci'ilices. (pidii installa do a ppa reils dislillaloii'es. deslinés
à rendre pota hie l'eau de niei-.
Iles l'ahord, on construisit des maisons sur |iilotis, puis
les dragages, provenant du jtort (d du (lienalcpn l'omluit à
l'entriM' du canal, l'uifut utilises pour (de\er et t'dendi'e ce
hanc de sahle.
Alors il présenta, ^ràce à et^s travaux, une su|ierlicie d'au
moins \(M) heclai'es. Vno partie de ce terrain l'ul consacrée
UN COIN DE CLASSE A PORT-SAÏD.
315
aux appropriations nécessaires aux navires passant le canal,
magasins à charbon, etc., l'autre partie fut réservée pour
les chantiers, les ateliers, les arsenaux de la Compagnie du
canal, et la ville... à construire.
Bientôt Port-Saïd s'éleva comme par enchantement.
Aujourd'hui, elle a ses squares et ses rues, grand nombre
de maisons en pierres, des églises, hôpitaux, mosquées,
hôtels et magasins.
:u6 MCSKK i)i: r'orpEES.
Pdil-Siiid reçu il |>;ir hi mci- di-s |tr(>\ i>iuiis de I(»ms les points
(|r la .Mt-dilcnain'c, rt rcaii du Nil lui •'>! ciiv (»\ ('• d"I>inadia.
l)es colons ai ri\t'it'iil de huis lo |i(MIiIs du f;l(d»r, de sorte
(ju'il n'est |)t'ul-èlrt' [tas de Nillc. (|f|(iiis llnind. (Ui ion
fiilciidc un plus ^raiid iioiiilur di' laiii^iifs.
Le di'iiiit'i rtMM'iiscmtMil anèh' au I" jaiiNifi' IS*>7 ((uniitc
35 3()S lial)ilaiil> doiil li's i\{'[\\ liris a[i|tail iruniMil à rMui(t|>i'.
Le i;(''iiir de M. (je l.rsscps s'riciidil a loiil . il iH' Si' (•(Miji'iila
j)as de rain'a|i|(id aii\ iiii;i'iii('iii>. t'ii Irur a>>iiraiil des Irai-
Irinnils t'ii ia|i|i(ul a\('c les l'ali^iies (\[\r dfvail Ifur iiiijioser
It'Ui' S(''j(tiir daii> un dr-scil lialtih- jiis(|iit'-là par des l'auM'S. A
point' les |ui'iiiit''n's lentes lurent-elles dressées à l'orl-Saïd
(ju'il sonj^ea à la londalion d'un linpilnl et d'une ('((de.
Pour lu direction de ces deux t'Iahlissenients il demanda à
M^v rév(V{ue d'Alexandrie le concours d'une conf^régation
religieuse. Celui-ci s'adressa à la siip(''rieure g(''ii(''rale des
sœurs Xotre-Danu' de la ('Jiaiit('' du lion-Pasteur d'Angers.
Celle (|iii l'ut la roiidatiice, la \ ('iK'iahle iiK're Sainte
lùiplirasie Pelletier, céda aux instances ('piscopales e| lit
choix de six de ses sœurs (pii s'eiuliaiMpK'icnt le dirnaiK lie
des Hameaux 18G3, à Maiseille, pour leur nouvelle destina-
tion. Ces dames s'installèrent dans nue |tetite maison de l)(ds
à iiOO pas de la mer.
Kn IHO.'J et ISOO, le choléra S(''\il avec force à IN.rl-Saïd et
rendit heaucoup de petits eiirauts orplndins.
Nos hoiiiies religieuses. apr('S avoir soignt' les malades,
consolé les mourants, s'(''mureiit du sort des eiit'ants orphe-
lins et leur ou\ rirent les portes de leur |ueuse demeure ; ce
fut la cn-at ion de l'orplodiiia I .
Le th'aii ayant cessé, lariiN t-ede nouveaux cohuis rt^jtrit de
j)liis htdie. on demanda de t(ai> ( ôt^'-s aux religieuses (r(''tahlir
une ('■co|(> : ce l'ut la cr('-ati(iii du pensionnat.
UN COIN DE CLASSE A PORT-SAÏD. 317
Enfin sollicitées par de pauvres femmes déclassées qui
venaient frapper à la maison du Bon-Pasteur, demandant à
s'y réfugiera jamais, elles obéirent à la voix de leur cœur et,
en 1873, une nouvelle création eut lieu qui mit ces malheu-
reuses femmes à l'abri.
Mais, vous le devinez, la petite maison n'avait pas suffi à
loger tant de monde. Comment tirent les religieuses? elles
n'avaient pas d'argent. Elles furent saintement téméraires,
elles demandèrent, on leur donna. Elles firent construire.
L'hôpital qui avait été élevé pour les employés et les ouvriers
dépendant de la Compagnie du canal de Suez passa, quand
le canal fut ouvert, aux mains du gouvernement égyptien.
Or, c'est dans cet hôpital que sont reçus les voyageurs, les
soldats et les marins qui sont obligés par raison de santé de
s'arrêter à Port-Saïd.
Le soin des malades est une exception pour les religieuses
de l'ordre du Bon-Pasteur, mais elles l'ont accepté cependant,
c'est une occasion de faire du bien, encore du bien et tou-
jours.
Lors de la campagne du ïonkin et de celle de Madagascar,
elles ont prodigué leurs soins à 226 soldats français dont
plusieurs moururent. Ils reposent à l'ombre du cimetière de
Port-Saïd où un magnifique monument a été érigé en
novembre 1900 par les soins de la colonie française.
Quelle consolation pour ceux«^qui meurent pendant leur
séjour à l'hôpital, d'être assistés à leur départ de la vie, par
des femmes françaises qui leur parlent affectueusement dans
le doux langage maternel de leur famille, de leur foyer, de
tout ce qui leur est cher, hélas! et qu'ils ne reverront plus.
Voici l'intéressante statistique des malades au nombre de
1284 : 30 Français, 12 Allemands, 22 Autrichiens, 8 Anglais
26 Berbères, 941 Égyptiens, 6 Espagnols, 92 Grecs, 4 Hollan-
318 MUSÉE 1)1: rori>ÉES.
(lais, i Iiidii'iis, :i(i llaliriis, 2."{ Maltais. I iNiil iii:ai>. jfi laisses
1)0 S\ riens, I Suisse. IH Turcs.
Avec un lel rnéhinge de nali(tnaliti''> e| de lelii^ions. on
devine (jutdlc dépense de < lia rite les r^digieuses ddiNenl
dt''|d(»yer. elles (|ni oui rol)ligation si douce à jeui- cd'iii' de ne
\(tii' en ellel (lan> le.>- malades (|ne des iniuilunes, don! elles
cheiTlient à soulager les doideurs, regardant loujonrsle |dn>
éprouvé comme a\aiil le plii> de droits à leur maleinrlle
tendresse.
Vous j)ense/. ([ue les sept religieuses du di'huj ont dû se
multiplier |iour arri\er ;i remplii' les (le\()ir> (pii (li'|M'ii(leiil
de loule cette organisation. A I lieiire actuelle, il \ a (>i s(eurs
douées d'un indomplalde courage |)oiir l'aire lehieii. \i\ant
d<' peu et ti'a\aillanl sans l'idàclie.
TOURNE-SOL
(AMÉRIQUE)
Tourne-Sol (Wahcaziwim) est le nom de cette étrange
poupée. Elle porte le costume de fête d'une femme de la tribu
des Dakotas des Etats-Unis d'Amérique. C'est Jerusha Corné-
lius, élève indienne de l'école de Hampton (Virginie), qui l'a
habillée.
Cette poupée eut pour campagne dans la traversée de
l'Atlantique une négresse, tante Lily, fort curieuse aussi.
Depuis longtemps leur arrivée m'avait été signalée, mais
les poupées n'arrivaient pas, j'avais été les réclamer partout.
Un matin, n'y tenant plus, je conte ma déconvenue au con-
cierge du Musée.
« Une grosse caisse est depuis un mois dans la salle de
géographie, me dit-il; elle est peut-être pour vous?
— Si elle est pour moi, mais certainement. Vite un ciseau,
un marteau ! »
Nous faisons sauter le couvercle et au milieu des mer-
veilles qu'on m'adressait, j'aperçus tout attristées les deux
pauvres prisonnières!
Toutes deux furent placées dans une petite vitrine, au
Musée pédagogique. Elles semblaient être les gardiennes de
la superbe collection des travaux de couture de l'Associa-
320 \ll >l.l. m, l'ol l'l.l.>.
liull i\r< (|;iiii('>> (If .\i'\\-V(tlk . ;ill-(lt'>SllS (Ir l;if | IM'I li' llull.' le
(Ii"ii|i(';iii i'|(tili' (Ifs |",|;i K-1 iiis. l'illo |i()ii\ il if II! ((•iilf iii|tlf i' à
loisil- Mil jaltlfiill il;il;illl ^\l• !< lue le Tolll f| oll >i>\\\ f\llil)('.S
(les Nr^lfiiifilis (|f |i(t|l|M'f. ((liions |i;ii' (Ifs iK'ijrf svf s f| (les
l'c;iii\-l{(Ui^f S (If ff Ifiiips f''l(tii:ii(''.
lit 'S lif lires cf |if ikIiiiiI sf iiiM.iif ni loiiuiif s |iniir f IJf s |(i|s(|U('
II' li'iiiMi' clifl' iiidifii .M;ili-l()-l(ili-s;i lil son fiiln'-f ;iii .Miisi''(i<
Noiis avons r(''iiiii <••> liois |)(»ii|>(''fs, de sdijf (|iif iiiiiiiilc-
iiaiil le lomps passe jiliis i;aîineiil.
Tourne-Sol esl lorl adiiiiit'f les jours de visile e| (die esj
1res llailée (les iouaiij;es (|n (die eiileiid. Olle |»oiipt''f iiiii(|iie
esl V(''iilal)lemeiil lille des saii\ a^cs.
Son coi'iis est formé avec une soi'le de peau eliauiois; les
membres sont très rudimentaires, les bras sont des moip;nons
sans mains. Ce|)eii(lanl la personne esl foil bien |ii'opor-
tionnée et dune prestance gracieuse. Sa [C-ic esl lar^M- el
plate comme il eomieiil. Sa ( lie\idiire est l'aile avec un mor-
ceau de skons. Ses yeux (dianges sont constiUu's simplement
par deux pelles l)lanclies posées de clia([ue cùlc' de deux
perles noires. Les narines sonl marquées par deux |HMles
rouges el les !("'\ res pai' (iiK] «les UK^Tiies ]ierles. Soii^ la peau
du visage on a maicpie : le ne/ droit, le Iront luNanl, le menton
accentué, sans doule avec une sorte de masque.
Tourne-Sol esl vcMiie ainsi : (\i'> jambières llollanles en
peau de Suède. oriK'es le long de la coulure eX li'lieill'c par
des lanières de peau (d des rangs de perles, recouNicnl le>
jambes jii>(pi aux genoux. Elle ne porte (|irune longue
liini(iiie en jieau It'gt're. doiil If bas esl garni dune l'iaiigc
découpt'e el surmonlt-e d'un galon de p(diles perles grenat et
bleues. Au-dessus se \oienl des sorifs de pompons lr(''s dis-
tanct-s ari'ètés par des masses (If pcilcs blainlifs ou grenat.
L'empiècement eslToul eulier (oiiNerl de peliles )>erles,
TOURNE-SOL.
321
encore très variées de couleurs, jaunes, bleues, marron et
disposées comme des points de tapisserie. C'est fort joli.
Ïourne-Sol ou Wahcaziwim.
Enfin ce costume se complète par de très longues boucles
d'oreilles faites de deux rangs de perles blanches, par un
21
322 MUSEE DE POUPEES.
cdllicr lilcii. r| |»;ii- iiiif criiilnrr ('•|.-^;iiil»' (|ui >f»iili«'nt une
[Kirllf, xiric (le l^'lKllIf. le Idlll clKiin' Itlddi- (lo pCrloS.
Li's manches sont c'oniplcl'riirnl miM-i |.> >iir les côtés fjiii
Sdiil IV;m;x<''<. I.cs cliaussoiis > liaiiii(tiii>ciil ii\cc le rt>|t«, ils
SUUl cil |)CaU, lolll COlINcrls (!<■ prlilrS |H'llr- l>laiir||r>. l'oSCS
et vertes.
Les « N'isa^^'s paies » comnic Icv l'caiix-liou^^rs a|)|nl|cii|
les hiaiics. |H>in raiciil. en l'hidiaiil !•■> iiKems (\i'< saiivajies,
en liicr (nirhuics leçons.
Ces li<»iiiiiic< oui (les sciiliinenls l'or! (''Iev(''s sni- l'inimorlalili'
(le rànie; ils ne redôiilenl niillcnicnl la nidil.
Les femmes sont vaillantes. Ce sont elles (jui ciilli\ciil la
terre, rensemeneent, font la moisson, travaillenl les peaux.
Elle sont des mères très tendres et très vigilantes. A l'imila-
tion des oiseanx, elles font un nid de mousse sécliée et de
|dumes à leur itelil ciilaiil. l'allés ne c(iiilrai<:neiil |ia> |)ar(les
liens (juelconques ses memt)res dt'licals. elles le laissent s"(''|)a-
nouir à l'aise.
Elles savent jtour ramuser fabriquer de (lélici<'u\ petits
joujoux.
Lorscju'il est grand, il peut couiir et gambader au dehors
du village avec des camarades, jusqu'au jour où il deviendra
l'égal de son père. Toute sa première éducation est suisie jtai-
sa mère.
il existe une cuuluine toiiclianle (piaiid >urvieiil la mort
d'iiii nourrisson dans une li'ihu de Sioux. Jamais la |)onp(''e
ne nous a |iaiii reni|>lir un lôle jdiis p(»<''ti(|ue <jiie eehii-ci.
Aussitôt (ju une |>auMe mère indienne a eu le malheur de
jierdre un petit être, elle l'ahriiiue une poui)ée quelle habille
des vêtements de reniant et (pielle oine (h^ la petite cheve-
lure ainii'c, enlrcnièh'-e de rubans.
Celle tii^le ejtigie (juc la femme ajipelle ,son rluKjiin lui
TOURNE-SOL. 323
rappelle l'être cher qu'elle a perdu. Elle met la poupée dans
une bercelonnette, l'asperge de gouttes de son lait, la porte
dans ses bras, la confie aux autres enfants pour la promener.
Elle la garde ainsi pendant des mois, même une année, jus-
qu'à ce que le pauvre petit mort soit considéré comme ayant
assez grandi pour trouver enfin tout seul le chemin du
paradis.
Connaissez-vous rien de plus touchant que la naïveté de
cette pauvre Indienne qui confie à une petite poupée le soin
de conduire au paradis son petit enfant mort?
^
UM<: POUPKE SAUVACK D AMKHIoli:
(lliiisloplir (lolomi), îil)onhml |M»iir I;i iiirmirrr lois à San
Salvador, ih' lut jtas plus (''Iniim'', m a|t('icc\ aiil jr prcniit'r
lioinmr rouiif. (|ii(' lo |»('lilrs |»ou|H't's du Mu^fi'. |(»rv(|nf le
sau\ aii»'. <|m' nous vous |>r(''S('nloii>:. leur apparu! hail aiint':
mais m leur (pialili' de iiouucs l'rauraiscs, aM'uaulrs d s|»i-
riiuidji's. elles dissituuh'icul leur ellVoi.
D'ailleurs, re\|)édilrice. mie ^('iK-reuse Amt'iieaiiie. luiss
StimSOU, <'<'ri\ ail : " .l'espère (|Ue \ous ailUel-e/ le chet' (pic je
vous envoie ». — l'^li 1 oui. lous les hommes soûl frères. >iii-
toul dans le mon(K' des j)OU|»('m^s !
l)au< riu»p()ssil)ilil(' de placei' ce |»elil liomiue e|Vra\aul
dans un cadre tle l'oi'èts vier'^es, on lui lit taire connaissance
avec une femme sauvai^e déjà aeroulumt'e ;iu Musée, dont les
veux, le ne/, la houclie soU I loruU'S (le pe| i | es perles. jMlis a\ ec
une sei'\aute m'-j^resse.
(les trois. (Ie\ eu us amis, loii'eul >ur un ra\on de hihliol liiMpif
où ils res|)ireul une atinosplnic \iviliante de hon camphre
jaixmais.
Le sauvage, c'est le ( hef Mdh-to-loli-sa, ce (pii veut dire
les qiiafrc Of/rs: la l'emnie (•"est Tourne-Sol; la m'^res>e,
la tanle Dill\ .
Ce chef apparlieiiL à la Irihu jadis nomhi'euse des Mandaus
UNE POUPÉE SAUVAGE D'AMÉRIQUE. 325
OU peuple des Faisans, qui habite la rive ouest do la rivière
Le chef Mah-to-toh-sa.
Missouri, à \ 800 milles au-dessus de Saint-Louis, et 200 milles
plus bas que l'embouchure de la rivière Yellowstone.
Son costume mérite d'être détaillé. Le pantalon collant est
:<2G MUSÉE I)K POUPÉES.
<'ii jMNiM (11- roiilciir claii-o, los cuiiliirt's suiil oiik'm's (le |)lusieurs
raii^> (Ir |it'ilf> cl (luiif IVaiii:"' de Iniininf ;i |(iim> [kùIs. lo
«•|i;illSSUll> Sulll COllNclU (le \ i'||(i|iTH'.
Lf \r|<'iii<'iil est iiiic ospct't' (le juslaiicorps (''gaiement en
[Iran, Imnlt' <rime rourrure IjIhiicIic, doiil h-s inaiidies sont
lailladi'o (lune l'ac/on (|ui iiHli(|ii(' <|iii' dan- la l'alil''. «dli-s
sont prises dans les patlcs d'une hrlc
Lr dt'sanl e.>>l st'-pan'' dans la lon^Mirur jiai' dr> ran^s de
perles.
Sur la pari il' (In (d'ur six doublfs I rails rouges soulijj:n''nl df^-
dessins de tries dlndienv ornr'i's de |ilunit'>. Ir priMuicr l'ang
du liani a une \r\r. le sec(^nd, deux tries, t'I ain<i de suite;
sur le e()l('' ()p|)OS('' (ju voit rem|)reinle sanglante d'une main
droite, comme si cette main semblait dire : « (;"esl moi ({ui
ai tué tous les sauvages dont les t(''tes sont ici j-eprt'senU'cs ».
Au dos de la tunique, on distingue une scène tragique : un
bonhomme tient en mains les armes avec lesquelles il vient
(le percer à mort un cavalier; la blessure au c(enr e<t visible
et très grande. Ce n'est pas lini : an col, sons la tonri'ure
sombre, une st'rie de griffes sonl acciocliées.
L'homme rouge porte sur le dos un carnier plat couvert de
toutes sortes de d(*pouilles, dents, cornes, etc., et sur la poi-
trine il a son carquois, sorte de poche en castor dont la jtointe,
destinée à la fermer, est couverte à l'intérieur de dessins et
d'arabesques qui tous ont une signilication. Un riche manteau
traînant, tout entier pris dans la |teau dun bd'ul' sauvage, est
ici rein|)lacr' par deux lierniines. il s'élargit d un côti" ]>ar une
superbe garniture de belles plnincs. La tète sininb'e de l'ani-
mal porte deux coi-nes orin'es de lanières de |)ean. e| nn j>oi-
gnard. tout à tait curieux et mignon, en domine le sommet.
Ouoi de plus terrible rpie cet accoutrement! Notre sauvage,
commt^ les autres Peaux-Houges, n'a pas de barbe.
UNE POUPÉE SAUVAGE D'AMÉRIQUE. 327
Les Mandans ont une façon étrange de traiter les crânes
des morts.
Comme beaucoup d'autres Indiens, ils les enveloppent dans
une peau de buffalo et les hissent dans les arbres, au travers
des branches; mais la tribu des Mandans diffère des autres en
ceci : quand la chair est réduite en poussière, ils enterrent
Le justaucorps de Mah-to-toh-sa.
les os, excepté le crâne qu'ils placent par terre dans un cercle,
sur des feuilles de sauge.
Chaque famille a son propre cercle; dans le centre, s'élève
un amas de sable surmonté des crânes de deux buffalos mâle
et femelle.
Les femmes de la tribu y portent leur ouvrage, telle que la
broderie des chaussons, et passent des heures auprès des
crânes, causant avec eux, leur racontant les histoires amu-
santes du camp.
On a trouvé des femmes endormies tenant dans leurs bras
le crâne de leur mari ou de leur enfant.
328 MlSl.K m: l'Ori'KKS.
Les IViiilIrs (If s.iii^c sniil ii'ii(iii\ cltTs aiissilùl (|n rllcs se
fanonl.
Vous Ndiis i;i|»|ti'|('/ rt-loiiiiniHiil (|ui s;ii>il l»- \h'ii\ luoiulr
à la (li'coiiN dit' (If l'Aim'i i(|m' <'l dlioniFiifS Ji(ni\faii\ i^iio-
raiil (Ir Idiilr n'lii:i»tii fimniit'.
Oui les avait jilact's là? — (Irliii. dil Ndlliiin', (|iii a \\\\> 1rs
animaux d Ifs plauli's dans ci's |iavs.
VA\ hit'ti ! cliosr ulih' à sa\(iir. les Maiidaus onl la liadilion
du (l('luf;t'. Ils ci'oicul (juiiii lioniTut' de (liez eux s'est sauvé
dans une piro^qio. lis ont un*; IV-le amundle. ;iu |iiiiil('ni|ts,
au moment où les saules poussent leurs feuilles, car ils disent
que r/cHait une branche de saule (jue Toisrau légendaire avait
apportée à l'Indien de la pirogue.
TABLE DES MATIÈRES
DÉDICACE V
Préface vu
FRANCE
I
POUPÉES HISTORIQUES
Sainte Geneviève, patronne de Paris (v*^ siècle). — Don de Mlle Tabu-
teau, de Paris 13
Sainte Radegonde (vr siècle). — Don de l'École normale de Laon
(Aisne) ; 17
Isabeau de Roubaix (xv® siècle). — École primaire supérieure de
Roubaix (Nord) 23
La duchesse d'Alençon (xvi^ siècle). — École normale d'Alençon (Orne). 28
Le porte-Étendard de Jeanne d'Arc (xvi» siècle). École normale d'Orléans. 33
L'abbesse d'Épinal (xvin^ siècle). *— École normale d'Épinal (Vosges) . 36
Le chouan Grosse-Tête (xviii" siècle). École normale de Laval (Mayenne). 43
Poupée dite « la reine Amélie » (xix*^ siècle). — Don de M^ Lavaud, avocat
à la Cour d'appel de Paris 50
FRANCE
II
POUPÉES PAYSANNES
Alsacienne de Belfort. — Don de l'École primaire supérieure de Belfort
(Haut-Rhin, Alsace) 5^)
La Fleuriotte. — École normale de Troyes (Aube, Champagne) .... 63
■no TABLE DKS MAilKHKS.
I,;i iiii-iinitT»' du Uassigny (Kcoh- normalf (!•• Cbauinont Haute-Marne,
(",liaiii|)ai,'nel 07
('liàliiiinaisc et Ardennais. — ChAlons et Vouziers (Marne Pt Ardcnnes,
Cliaiiipagnei '.1
La Chaiiipagnolaise. — Lons-le-Saunier (Jura, Franche-Comté) ..... S4
Matelot et rnatt-lote de Hcrck-sur-Mer (Pas-de-l-alais, Artuis). Don de
MU. 'S Huton et l>enliouet O.'J
Bourgeoise de Tourcoing. — Kcole |priiiiaii'i' supérieure de Toun-dint'
(.Nord, Flandre) '.tO
L'écolière de Paris. — Kcole primaire de la rue Bréguet (Paris, Seine,
lie-de-France) 104
L'élève de cuisine. — Kcole primaire supérieure Edgar-Uuimi i^Paris,
Seine, Ile-de-France) lU'.»
Femme de Caen et fermière de Bayeux. — Kcole normale de Caen
(Calvados, Normandie il4
Fermière berrichonne. — École primaire sujjérieure de Pilhiviers
(Loiret, Orléanais) 120
Tourangelle et Niorlaise. — Kcoles normales de Tours et de Mort
(Touraine et l'oituu). Mme Sourdilhon, Mlle Luzier 12ri
La mariée d'Oléron. — École primaire d'Oléron, directrice Mme Chauvin
(Charente-Inférieure, Saintonge) i:J3
La belle Agathoise. — École normale de Montpellier (Hérault, Lan-
guedoc) 139
Le Hacho. — École primaire supérieure de Nîmes (Gard, Languedoc) . 146
La vieille Cévenole. — Kcole primaire supérieure de Nîmes (Card,
Languedoc) 1S2
Paysans de Saint-Christophe-en-Oisans. — École primaiic du Bourg-
d'Oisans (Isère, Dauphiné) llîO
Poupées savoisiennes : Costume de saint Jean dWrves. — Don de
Mlle Itoche, École élémentaire de Villarembert (^Savoie). . . . U>7
Costume de Tarine. — Don de .Mlle Albiict, Kcole élémentaire
de Peisey (Savoie) 168
Poupées corses. — Don de M. Gignoux, directeur des domaines (Corse). 172
Poupées charentaises. — Écoles normales de la Charente et de la
Cliarente-Inférieure (Saintonge et Angoumois) 177
Une Artésienne du wiii" siècle. — École normale d'Aix (Provence).
Mlle Bancilhon 18:<
Paysanne de la vallée de Barèges. — École norniaii- de Gap (ILautes-
Pyrénées, Guyenne et Gascogne) l^H
Mariée de Douarnenez. — École primaire de Douarnenez. .Mlle Bnurrhis
(Finistère, hretagne") l'*'»
Mariés bretons de Lanouée (Morbihan . Don de Mlle Marie Kœnig. 201
TABLE DES MATIERES. 331
FRANCE
III
POUPÉES COLONIALES
Poupée arabe de Constantine. — Don de M. Mercier, procureur de la
République à Tizi-Ouzou (Algérie) 211
Poupée kabyle. — École indigène, directrice Mlle Sahuc (Algérie). . . 217
Dame indigène de Saint-Denis-du-Sig, Israélite de Miliana. — École
primaire de Saint-Denis-du-Sig, directrice Mme Jeanpert. École nor-
male de Miliana 223
Poupée musulmane sans figure, d'Anjouan (îles Comores). — Don de
Mme Plaideau, née Bail 232
Poupées de Madagascar. — École maternelle de Fianarantsoa, direc-
trice Mme Escande 240
Mariés de Pondichéry. — Don de M. Ferrier, inspecteur primaire . . . 246
Poupée tonkinoise. — École primaire, directrice Mme de Lenchères . 253
Poupée de la Martinique. — École primaire de Saint-Pierre. — Don
M. Louis Leniau, enseigne de vaisseau, 1901 259
IV
POUPÉES ÉTRANGÈRES
Poupée masquée de Fano. — Don du comte Raben de Levetzau
(Danemark) 267
Edmée l'Islandaise. — Don du comte Raben de Levetzau (Danemark) . 277
Perdrix blanche. — Don de M. Mimant,- consul général à Christiania
(Norvège) . 283
Poupées finlandaises. — Don de Mme Aïno-Ackté (Finlande) 289
La laitière d'Hasenpot (Russie). — Don de Mlle Luthi de Kiev 295
Paysan russe. — Don de Fidèle Kœnig 301
Marphise de Florence. — Don de Mlle Louise Mimant 307
Un coin de classe à Port-Saïd. — Don de Mme la supérieure des sœurs
du Bon-Pasteur à Port-Saïd (Egypte) 313
Tourne-Sol ou Wahcaziwim. Hampton, Virginie (États-Unis). — Don de
miss Stimson 319
Le chef Mah-to-toh-sa (États-Unis. Amérique). — Don de miss Stimson
de New-York 324
310-09. — Coulommiers. Imp. Paul BRODARD. — 5-09.