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Full text of "Nîmes, Arles, Orange, Saint-Rémy"

LES VILLES D^ART CÉLÈBRES 



NÎMES, ARLES, 

Orange, Saint-Rémy 



MÊME COLLECTION 



Paris, par Georges Riat, 1^4 gravures. 

Bruges et Ypres, par Henri Hymans, 116 gravures. 

Gand et Tournai, par Henri Hymans, 120 gravures. 

Cordoue et Grenade, par Ch.-Eug. Schmidt, 97 gravures. 

Nimes, Arles, Orange, par Roger Peyrk, 85 gravures. 

Venise, par Pierre Gusman, 130 gravures. 

Séville, par Ch.-Eug. Schmidt, m gravures. 

Ravenne, par Charles Diehl, 130 gravures. 

Constantinople, par H. Barth, 103 gravures. 

Versailles, par André Pératé, 130 gravures. 

Rome (L'Antiquité), par Emile Bhktaux, 135 gravures. 

Moscou, par Louis Léger, de l'Institut. 



EN PREPARATION : 

Florence, par Charles Diehl. 

Rome (Des catacombes à l'avènement de Jules II), par Emile Bertaux. 

Rome (De l'avènement de Jules II à nos jours), par Emile Bertaux. 

Rouen, par Camille Enlart. 

Strasbourg, par H. Welschinger. 



Les Villes d^Art célèbres 



NIMES, ARLES, 

Orange, Saint-Rémy 



PAR 



ROGER, PEYRE 



AGRliGE DE L UNIVERSITE 



NOUVELLE EDITION 



Ouvrage orné de 86 gravures 




PARIS 

LIBRAIRIE RENOUARD, H. LAURENS, ÉDITEUR 

6, RUE DE TOURNON, 6 



1904 




ELEGAiWTlSSIMO ET SAGACISSIMO 
RERUM ROMANARUM SCRIPTORI 

G. BOISSIER 

NEMAUSENSI 

HANC ADUMBRATIONEM ROMAN.*; PROVINCI.E 

UT VI RO QUI UN US EFFIGIEM IFS A M 

SIBI JURE ET MERITO EXPRIMENDAM 

REPETERE POTUIT 

REVERENTI.t; ERGO 

D. D. D, 

aiLctor 

R. PEYRE 



AVANT-PROPOS 



Cinq groupes artistiques, sans parler de Paris, mettent la France au 
premier rang dans l'histoire de l'architecture : les monuments romains 
du bassin du Rhône ; les églises romanes du Centre ; les églises gothiques 
de la Seine et du Nord ; les châteaux renaissance de la Loire ; les 
« pompeuses merveilles » de Versailles. Il était naturel que la collection 
des Villes d'art s'occupât d'abord du plus ancien de ces groupes. 

Nous n'avons pas à présenter ici des considérations générales sur ces 
édifices antiques que chacun connaît au moins de réputation : ces consi- 
dérations trouveront d'ailleurs leur place en divers endroits du volume. 
Mais nous devons remercier ceux qui nous ont permis de rendre ce livre 
plus digne du sujet, plus digne de l'illustre et savant écrivain qui en a 
accepté la dédicace. 

A Nîmes, M. Maruéjol, a bien voulu nous accompagner dans la visite 
du Musée lapidaire en mettant à notre service sa compétence d'anti- 
quaire et sa connaissance parfaite de la collection dont il est le conser- 
vateur. M. Simon, a facilité le mieux du monde nos études dans la 
bibliothèque municipale. 

A Saint-Rémy, M. Marrel nous a servi de guide dans notre exploration 
à travers la ville et ses environs, appelant notre attention sur des points 
qui nous auraient échappé. Enfin dans la description d'Arles, M. Lacaze- 
Duthiers, professeur d'histoire au collège de la ville, a été pour nous un 
véritable collaborateur. Il y a peu de pages de cette partie du volume 



2 AVANT-PROPOS 

qui ne lui doiv^e quelque indication utile. Nous regrettons seulement que 
le cadre de cet ouvrage ne nous ait pas permis de profiter davantage de 
son érudition toujours prête et de son infatigable obligeance. 

Novembre 1902. 

Une seconde édition nous permet, plus tôt que nous ne l'espérions, 
d'apporter à ce volume un certain nombre de corrections et de tenir 
compte de découvertes faites encore tout récemment sur un sol qui ne 
cesse de fournir des documents à l'archéologie, à l'art et à l'histoire. 
M. Véran, architecte des monuments historiques pour la ville d'Arles, 
nous a très aimablement dirigé à travers les chantiers des fouilles qu'il 
poursuit avec sa science et sa conscience accoutumées. Qu'il reçoive ici 
l'expression de notre gratitude, Nous devons renouveler aussi nos remer- 
ciements à M. Lacaze-Duthiers dont le zèle amical n'a cessé de mettre à 
notre disposition, avec une générosité parfaite, sa profonde connaissance 
des antiquités arlésiennes. 



1904. 




Nîmes. — Esplanade, Arènes, Fontaine de Pradier, Palais de Justice. 



NIMES 



Un illustre géologue signalait, vers le début du dernier siècle, le 
caractère éminemment social ou sociable du sol français qui, graduelle- 
ment, en se rapprochant de la frontière, semble annoncer le pays nouveau 
auquel il va se joindre. La remarque d'Elie de Beaumont est vraie aussi 
de ce que le travail de l'homme a ajouté à la nature. 

Quelle admirable préface à l'Italie antique que nos monuments romains 
de la région du Rhône ! Nous ne croyons pas que, Rome exceptée, l'Italie 
elle-même présente un ensemble pareil à celui que nous offrent Nîmes, 
Arles, Orange, Saint-Rémy, sans parler de Vienne, Fréjus, Riez, Vaison 
et d'autres régions moins célèbres où revivent encore dans de précieuses 
ruines la puissance et la gloire du peuple conquérant et civilisateur. 



4 NIMES 

Aucun temple gréco-romain ne l'emporte sur la Maison Carrée ; les 
arènes d'Arles ou de Nîmes sont mieux conservées que le Colisée. Quant 
au pont du Gard, c'est une œuvre unique au mondée 

Si nous ajoutons (et le Pont du Gard le prouve particulièrement) que 
ces merveilles monumentales nous apparaissent sous un ciel éclatant, au 
milieu dune nature pittoresque, variée, jamais banale, nous pourrons 
affirmer que peu de pays méritent plus d'être explorés, qu'il s'agisse d'art 
ou de paysages, que notre Provence. On pourrait, il est vrai, en dire 
autant de la France tout entière. S'agit-il même des seuls monuments 
romains ? des vestiges s'en retrouvent partout sur notre sol, des Alpes 
aux Pyrénées, de la Méditerranée à l'Atlantique. Ce qui subsiste de ces 
édifices atteste, mieux que tout autre document, ce que fut la prospérité 
de la Gaule sous l'Empire et ils nous en donnent une grande idée. 
« N'oublions pas, dit M. G. Boissier, qu'en général ils ont été construits 
aux frais des villes qui les possèdent, sans que l'Ktat ait participé à la 
dépense : ce qui prouve combien la fortune des municipes était alors 
considérable. Jamais, je crois, ce pays-ci n'a été plus riche, ni mieux 
administré. » 

Mais, nulle part la vérité de cette appréciation n'est plus sensible que 
dans la région du bas Rhône et il ne faut pas s'en étonner. Elle fut la 
partie de la Gaule la plus anciennement conquise [Aqjiœ Sextiœ, Aix, 
était fondée en 122 av. J.-C.) et elle s'assimila la civilisation des 
vainqueurs avec une rapidité vraiment extraordinaire, puisque dès le 
temps d'Auguste, des Gaulois d'origine comptaient parmi les écrivains 
latins les plus estimés^. 

Encore de notre temps, malgré tout ce qui est resté debout, malgré 
tout ce qui a été découvert ou détruit, malgré les colonnes et les pierres 
taillées qui ont été transportées au loin % il n'est pas d'années où l'on ne 
rencontre, dans ce sol si fouillé, des mosaïques, des sculptures ou des 
débris d'anciens édifices. Aussi ne saurait-on trop féliciter la municipa- 
lité de Nîmes d'avoir pris soin par une clause du traité passé avec les 

* * Le midi (de la France) est déjà si beau, si grand et si romain, que Rome paraît 
moins grande et moins belle à qui a vu le Midi ». (Alexandre Dumas. Impressions de 
voyage. Midi de la France.) 

2 Dominitius Afer, le maître de Quintilien, né était à Nîmes en 16 avant J.-C. — Nîmes 
ayant reçu sous Auguste une colonie, prit le nom de Colonia Augusta Nemausus. Toutes 
les colonies romaines devaient se rattacher à une des anciennes tribus de la ville de 
Rome. Nîmes comptait dans la tribu Voltinia. 

' Comme cela eut lieu au début de ix^ siècle lors de la construction du monastère de 
Saint-Guilhem-du-Désert dans les gorges de l'Hérault. 



NIMES 



en 



— trepreneurs des nouvelles rues, de réserver à la ville la propriété de 
tous les objets d'art où d'intérêt historique trouvés pendant les travaux. 

Peu de cités se présentent au voyageur sous un aspect plus grandiose 
que Nîmes lorsque, du haut du viaduc où arrivent les trains, on aperçoit 




Arènes. Vue sur le grand axe. 



ses vastes avenues bien ombragées, encadrées de constructions régulières 
et, à Thorizon, les collines aux lignes nobles sur lesquelles se dresse la 
silhouette énigmatique de la Tour Magne. Il semble que Daudet ait 
pensé à cet aspect de Nîmes, lorsque parlant dans son Numa Roiimestan 
de la ville d'Aps, nom choisi par lui pour détourner les applications trop 
précises, il nous la montre groupant ses monuments au pied de la vieille 
tour des Antonins, comme un troupeau de bœufs se groupe en pleine 
campagne autour du plus vieux taureau pour faire tète au vent'. 

Un magnifique boulevard conduit de la gare à l'Esplanade où s'élève 

* Aps n'est pas un nom inventé ; c'est une petite ville de l'Ardèche. C'est même 
une ancienne ville romaine Alha Augusta capitale des Helvii; mais elle ne contient plus 
que des vestiges antiques peu importants. 



6 NIMES 

la fontaine monumentale de Pradier. Nous y reviendrons. Mais on a hâte 
d'arriver aux monuments romains, et bientôt apparaît la courbe des Arènes, 
De tous les amphithéâtres romains, c'est celui qui a le moins souffert du 
temps et des hommes. C'est aussi l'un des plus vastes : il pouvait contenir 
près de 23000 spectateurs. Cela suffit à attester qu'elle était alors l'état 



i^ti^tf'^^'^ - .• !^**>^?':t^^" 



l^i-- 




Cliché Bernlieini. 



Arènes. Vue sur le petit axe. 



florissant de la ville. Strabon, qui vivait au temps d'Auguste, nous dit que, 
si elle était inférieure à Narbonne pour l'importance commerciale et le 
mouvement des étrangers, elle l'emportait au point de vue politique et 
par la haute société qui s'y trouvait. Elle commandait à quatre-vingt- 
quatre bourgs qui lui payaient tribut. Ville de noblesse et de grande 
bourgeoisie, Nîmes jouissait du droit latin, et ceux de ses habitants qui 
avaient exercé les magistratures municipales importantes obtenaient le 
droit de cité romaine et devenaient des personnages. Si Nîmes était déjà 
une cité brillante au début de l'ère chrétienne, sa prospérité et son éclat 
ne pouvaient manquer de grandir au siècle suivant, au temps des Anto- 
nins, lorsque se développait partout la vie provinciale; d'autant plus que 
l'empereur qui a donné son nom à la dynastie était par sa famille [origi- 



NIMES 7 

naire de Nîmes. Aussi est-il juste d'attribuer aux Antonins la construction 
des Arènes, et le style de l'architecture qui indique la première moitié du 
ir siècle après J.-C. confirme cette attribution. Ces arènes ont subi bien des 
vicissitudes. Les Wisigoths maîtres du pays (472) y construisirent une for- 
teresse. Elle servit depuis aux Sarrasins. Aussi Charles-Martel, après les en 




Cliché Bcrnlicim. 



Arènes. Intérieur. 



avoir expulsés, y mit-il le feu ; mais les grandes masses de la maçonnerie 
furent à peine atteintes. La citadelle fut réparée par les comtes de 
Nîmes et il y eut pour la garder des « chevaliers des arènes ». Durant 
le moyen âge, tout un quartier de la ville, une sorte de bourg distinct s'y 
était constitué. Une population de deux mille âmes s'était logée, soit 
directement dans les galeries et sous les arcades, élevant des murs de 
séparation et bouchant une partie des ouvertures avec les débris des 
pierres voisines, soit dans de véritables maisons appuyées sur les gradins 
comme sur des terrasses découpées au flanc d'une colline. L'église de la 
paroisse, Saint-Martin des Arènes, avait été aménagée dans une partie de 
la galerie du premier étage où son emplacement est encore signalé par 
des cloisons fermant deux de ses arcades et percées de fenêtres romanes. 



8 NIMES 

C'est avec raison que, malgré tous les efforts qui ont été faits pour rendre 
aux arènes leur aspect romain, la Commission des Monuments historiques 
a réservé ce souvenir du xr siècle. 

L'amphithéâtre de Nîmes, a, comme tous les amphithéâtres connus, la 
forme elliptique. Le grand axe, orienté du nord-ouest au sud-est a 
I33"',38, le petit axe i04"',40 ; le périmètre 364'", 82. L'extérieur, haut 
de 21"", II est divisé en deux étages composés chacun de 60 arcades. 
Les arcades de l'étage inférieur sont séparées par des pilastres toscans 
de ©""jôo de face, celles de l'étage supérieur par des colonnes dori- 
ques engagées. L'attique du sommet porte 120 consoles saillantes 
percées de trous ronds où s'engageaient les mâts destinés à porter le vêla- 
riiim; elles sont placées à égale distance deux par deux. Le grand diamètre 
intérieur de l'arène proprement dite mesure 69'", 14, le petit 38"', 34. On 
peut s'étonner que nous ne trouvions que des nombres fractionnaires. 
Cela tient à notre système de mensuration ; car tous ces chiffres correspon- 
dent à un nombre exact de pieds romains, sauf le périmètre (1230 pieds 
romains, 10 pouces). 

Lorsque, à partir de 1809, on a déblayé l'intérieur de l'édifice, on a 
reconnu que les constructions parasites n'avaient pas fait tout le mal 
qu'on aurait pu craindre. On a retrouvé, par grandes parties et jusque 
dans le détail, tous les éléments qui composaient un amphithéâtre antique. 
D'abord autour de l'arène le podium, plate-forme assez élevée entourée 
d'un mur pour mettre les spectateurs des premiers rangs à l'abri des 
risques des combats de bêtes féroces ou du coup mal dirigé d'un gladia- 
teur. Le mur du podium de Nîmes avait 2'", 40 de haut; il était uni et lisse 
pour que l'ongle des animaux, qui voudraient en tenter l'escalade, ne pût 
qu'y glisser'. Au-dessus au podium se développaient trente-quatre rangs 
de gradins divisés en quatre zones. La première zone appelée aussi 
podium (entre le murf ermant l'arène et un autre mur de i'",66 de haut) ne 
comprenait, quoiqu'elle fut de plus petit rayon, que quatre gradins. 
<( Elle était, dit M. Hipp. Bazin, divisée en un certain nombre de loges par 
des cloisons dont on voit encore les points d'attache. 'Le podium compre- 
nait les places d'honneur. A Nîmes, non seulement les magistrats et les 
principaux sénateurs y avaient leurs sièges réservés, mais aussi les corpo- 
rations importantes de la cité ou des régions voisines dont les noms 

* Peut-être cependant, comme quelques-uns l'ont soutenu, n'y eut-il pas de combats 
de bêtes féroces à Nîmes, l'on se serait contenté d'y donner, outre des combats de gla- 
diateurs, des chasses au cerf et au sanglier. Ceux qui défendent cette opinion se fondent 
sur le peu de hauteur du mur d\i podium. 



NIMES 9 

étaient inscrits sur la moulure couronnant cette première enceinte. » Des 




Arènes. Galerie du rez-de-chaussée. 

fragments de cette moulure ont été conservés. On lit sur l'un d'entre eux 
N. RHOD. ET ARAR. XL DDDN. 



10 NIMES 

c'est-à-dire : Aux Nantes du Rhône et de la Saône 40 places données 
par décret des décurions de Nîmes. Une autre inscription, nous apprend 
qu'un honneur analogue (25 places) avait été accordé aux Nautes de 
rOuvèze et de l'Ardèche. Nous doutons qu'aujourd'hui la navigation de 
ces deux cours d'eau fut assez active pour que ses bateliers puissent former 
une corporation et une corporation digne d'un tel honneur. Au-dessus du 
poliiim viennent trois étages de gradins et de balcons [mœniana) dont le 
plus élevé était destiné au bas peuple et aux esclaves. A Nîmes les 
places n'étaient pas, à ce qu'il semble, numérotées comme à Pompéï mais 
marquées par deux traits gravés sur la pierre. Ces détails, si curieux qu'ils 
soient, frappent plus l'esprit que les yeux. Mais le regard aime à se perdre 
sous ces hautes galeries voûtées du rez-de-chaussée dont les travées 
tournantes semblent fuir devant vous et vous entraîner dans un mouve- 
ment sans fin ; — sous les galeries plus basses mais plus belles encore du 
deuxième étage couvertes par un plafond de pierres énormes qui d'un seul 
bloc, à la façon pharaonique, en mesurent toute la largeur ; — dans ces 
escaliers multiples, dans ces vingt-quatre vomitoires qui permettaient, 
en cas d'accident ou d'orage, d'évacuer la foule en quelques minutes. 

Si on voulait étudier complètement le plan, la technique, le système 
d'ornementation de cette construction immense, un volume ne suffirait pas, 
et aussi bien aurions-nous à répéter ce qui a été dit tant de fois au sujet 
du Colisée. Mais nous ne pouvons nous dispenser d'appeler l'attention sur le 
talent et l'ingéniosité avec laquelle l'architecte a ménagé les corridors 
d'accès, et sur sa préoccupation de rendre l'entrée et la sortie commodes et 
rapides. « Il n'est pas possible, dit avec raison M. Hipp. Bazin, d'atteindre 
un plus haut degré de perfection. Les spectateurs arrivaient à leur place par 
des portes ou vomitoires et à ces vomitoires par des passages qui étaient 
reliés à cinq galeries concentriques logées dans l'épaisseur de la maçon- 
nerie. Le rez-de-chaussée en a deux, l'une extérieure, l'autre intérieure 
et celle-ci assez basse pour qu'on ait pu au-dessus d'elle en établir une 
autre qui atteint à peine en hauteur la voûte de la galerie extérieure, nous 
l'appellerons pour ce motif galerie d'entresol. Au-dessus de la galerie 
extérieure du rez-de-chaussée se développe la galerie du premier étage, 
surmontée elle-même d'une dernière galerie de moindre importance 
au second étage. » Ces explications, jointes à la vue du monument et lues 
sur place, permettent de se rendre compte « du système en apparence 
assez compliqué des escaliers qui joignent les galeries les unes aux 
autres et les galeries aux gradins ». Il y aurait non moins à admirer 
dans les dispositions prises, soit pour assurer l'écoulement rapide des eaux 



NIMES 



II 



de pluie qui tombent rarement à Nîmes mais parfois avec une violence 
extrême, soit au contraire pour amener les eaux destinées à transformer 
l'arène en un lac où se donnaient des naumachies. Il faudrait remarquer, 
dans les deux cas, les précautions prises, dans la disposition des conduites 
et le choix des matériaux pour empêcher toute infiltration. D'ailleurs la 




Arènes. Galerie du premier étage. 



machinerie du plancher ne servait pas aux seules naumachies : on a 
retrouvé un des contrepoids qui mouvaient les trappes de ce plancher 
pour quelque scène à spectacle : il ne pèse pas moins de 44 kilogrammes. 
Signalons enfin une pierre calcaire trouvée également dans le sous-sol 
et qui porte ces mots : 

F. CRISPUS 

REBURRUS 

FECIT 

C'est sans doute un des architectes ou entrepreneurs du monument. 
D'autres documents épigraphiques conservés au musée lapidaire attes- 
tent l'importance des combats qui y furent donnés ; ce sont des inscriptions 
funéraires qui nous montrent que des gladiateurs étaient établis dans le pays 



12 NIMES 

et que ce n'étaient pas seulement des troupes de passage qui paraissaient 
dans l'arène. La fonction de ces spécialistes qui s'ingéniaient à varier l'art 
de tuer y est indiquée avec soin ainsi que le nombre de leurs victoires. 

Voici le Thrœx (le Thrace) qui, armé d'une courte épée, d'un bouclier 
rond et d'un casque, combat contre un adversaire armé de même. Voici le 
rètiaire qui, un filet d'une main et un trident de l'autre, mais sans armes 
défensives, poursuit le myrmillo portant seulement une épée, mais pro- 
tégé par sa cuirasse, son bouclier, ses jambières et son casque. 

Les inscriptions de Nîmes ne nous ont pas signalé de laqnéateurs, 
(combattant l'un contre l'autre avec des lacets); ni de dimachaires, ni de 
gladiateurs équestres. On ne peut conclure de ce fait qu'on n'en ait pas 
vu dans les arènes de Nîmes, d'autant mieux qu'ils étaient plus rarement 
employés. Les dimachaires surtout qui, sans armes défensives, mais por- 
tant une épée de chaque main, cherchaient plutôt à tuer qu'à se défendre 
revenaient fort cher aux entrepreneurs de spectacles. Un gladiateur 
bien instruit représentait un capital important et ce n'était pas sans 
mélancolie, en songeant à sa bourse, que le soir venu le maître comptait 
ses morts, soit ceux qui avaient été tués sur le coup, soit ceux qui, griève- 
vement blessés et ne valant pas la peine d'être guéris, étaient achevés à coup 
de maillet dans le « spoliaire ». Un combat de gladiateur constituait 
donc des émotions et des dépenses auprès desquelles les courses de tau- 
reaux les plus luxueuses sont vraiment peu de chose. On éprouve à lire les 
noms de ces gladiateurs non loin de l'arène où ils ont combattu, une 
impression singulière, évocation d'un passé tragique. La plupart sont 
morts avant vingt-cinq ans tués dans l'arène, comme ils en avaient tué 
d'autres. Et cependant ils étaient aimés ; ils avaient une famille. Ce sont 
leurs femmes, aux doux noms de Sperata ou d'Optata, c'est leur profes- 
seur Lucius Sestius Latinus qui ont fait les frais de leur tombeau. 

Si les Arènes nous donnent surtout la sensation de la grandeur 
romaine, la « Maison Carrée » complète l'idée que nous devons nous faire 
d'une civilisation qui savait allier l'élégance à la force. La Maison Car- 
rée, le plus populaire des monuments antiques de notre sol, est peut-être 
l'œuvre la plus parfaite que nous ait léguée l'architecture gréco-romaine, 
édifice où apparaît dans tout son jour ce souci de la « divine proportion » 
que les Romains avaient hérité des Grecs, lorsqu'ils reprenaient à leur 
tour les types que ce peuple, artiste entre tous, avaient créés. Ce souci ne se 
montre pas seulement dans le rapport des parties entre elles; mais dans 
les dimensions adoptées. Plus petit, il risquerait de paraître mesquin; plus 



NIMES 



13 



grand, on saisirait moins bien l'ensemble de sa « magique harmonie ». 
La Maison Carrée forme un rectangle de 2 6'", 3 2 de long sur 13"", 5 5 de 
large. Ses colonnes sont corinthiennes et ont 7"", 16 de haut. C'est un 
temple pseudopériptère, c'est-à-dire que, sauf au péristyle, les colonnes au 
lieu de former galerie autour de l'édifice sont engagées dans les murs de 
la cella ou sanctuaire, ce qui permet d'augmenter les dimensions de ce 




Cliché Fcvrot. 



Maison Carrée, 



sanctuaire, sans changer les dimensions de l'ensemble. Vingt de ces 
colonnes sur trente sont ainsi prises à moitié dans la maçonnerie; six 
forment la façade ; les quatre autres, deux de chaque côté supportent le 
péristyle. Le monument s'élève sur un stylobate qui lui sert comme de pié- 
destal et l'on accède à la porte d'entrée par un escalier de quinze marches. 
Cette porte de 7'", 14 de haut sur 3", 24 est couronnée par une architrave 
très saillante que supportent deux consoles richement sculptées, 

La sculpture décorative de la Maison Carrée est justement célèbre. On y 
voit avec quel soin et quelle fermeté les ornemanistes romains fouillaient 
la pierre, accentuaient les reliefs, faisaient saillir les lignes principales, 
et, par la profondeur à laquelle ils creusaient, comme par la précision de 



14 NIMES 

leur ciseau, faisaient intervenir les jeux d'ombre au milieu du dessin le 
plus pur. C'est ainsi que sans parler des têtes de lion qui supportent 
la corniche, la disposition des rinceaux qui courent le long de l'entable- 
ment nous apparaît, malgré la distance du sol, dans une netteté parfaite, 
sans froideur ni sécheresse. Certains fragments de ce genre qu'on peut 
voir de près au musée lapidaire nous montrent que, même pour des motifs 
destinés à être placés à plusieurs mètres du spectateur, l'artiste prenait 
souvent la peine, par exemple, d'isoler la feuille ou la branche de la pierre 
qu'il sculptait, de façon qu'elle n'}'- restât attachée que par un côté ou 
même seulement par quelques points de ses courbures. 

La Maison Carrée était comprise dans un ensemble architectural dont 
il a été possible de déterminer à peu près les dimensions. Elle se trouvait 
au fond d'une grande place qui se prolongeait vers le nord jusqu'au point 
où s'élève aujourd'hui la statue d'Antonin. Tout autour, à i6 mètres 
environ du mur du temple s'élevait un portique formé de colonnes de 
7"', 60 de haut et de o'",73 de diamètre, avec un entrecolonnement de 
3 mètres. Une voie romaine qui passait derrière la Maison Carrée, avait 
obligé de donner de ce côté au portique une forme cintrée. Divers 
débris de ces constructions ont été conservés et placés avec raison dans 
la cour même de la Maison Carrée. On y remarque surtout de ces 
magnifiques guirlandes de fruits ou de fleurs dont nous retrouverons 
d'autres échantillons au musée lapidaire. Les modèles ne manquaient pas 
dans le pays, les fleurs et les fruits y abondaient. Les marchandes de 
fleurs devaient être fort bien achalandées, si l'on en juge par un bas- 
relief, probablement une enseigne de magasin, où l'on voit une jeune 
femme assise à un comptoir avec cette inscription engageante et 
coquette ; 

Non vendo ni aniantibns coron as 
Je ne vends mes bouquets qu'aux amoureux. 

Les archéologues ont été fort longtemps dans l'embarras pour déter- 
miner qu'elle était la destination de la Maison Carrée et qu'elle était la date 
de sa construction. On admet généralement aujourd'hui que c'était un 
temple, élevé en l'honneur des deux frères Caius et Lucius Agrippa, fils 
de Julie et du grand Agrippa, le vainqueur d'Actium et par conséquent 
petit-fils de l'empereur Auguste. L'archéologue Séguier, vers le milieu du 
xviir siècle, est arrivé à cette conclusion d'après les empreintes des clous 
qui attachaient sur le fronton les lettres métalliques de l'inscription 



NIMES 15 

depuis longtemps disparue ; il a pu ainsi reconstituer l'inscription suivante : 

C. CAESARI AUGUSTI F. L. CAESARI AUGUSTI F. COS DESIGNAïO 
PRINXIPIBUS JUVENTUTISi 

Si Caius et Lucius sont appelés fils et non petit-fils d'Auguste, c'est 
qu'à cette date, Agrippa leur père, devait être mort et que leur grand-père 




Cliihc Bcinheim, 



Maison Carrce. Intciicur, 



les avait adoptés comme ses héritiers. Or, Agrippa mourut en 12 avant 
J.-C. D'autre part, les fastes consulaires nous apprennent que Caius fut en 
effet consul en l'an I après J.-C. C'est donc vers l'an I de Jésus-Christ 
qu'aurait été élevée la Maison Carrée. Peut-être ne le fut-elle qu'après la 
mort des deux princes qui eut lieu inopinément l'année suivante. Le 
style du monument, quoi qu'on en ait dit, s'accorde avec cette date. Quant 
à l'idée des Nîmois d'élever un si beau temple à des personnages aujour- 
d'hui assez oubliés, elle ne nous étonnera plus lorsque nous réfléchirons 

*■ L'idée de rétablir Tinscription de la Maison Carrée d'après les trous des crampons 
des lettres est due à Peiresc. (Voy. Gassendi. Vie de Peiresc, en latin 1641). Le 
mémoire de Séguier a été publié en 1759. 



i6 



NIMES 



que Caius et Lucius avaient hérité de la grande popularité de leur père 
dans la Gaule orientale, et qu'ils avaient su entretenir ces se'^timents. Ils 
avaient contribué à l'embellissement de Nîmes et Caius avait accepté 
d'être officiellement le protecteur de la Colonia Nemaiisensis. T'^tte popu- 
larité était telle que lorsque les Nîmois purent craindre que Tibère, alors 

à Rhodes, cherchât par ses 
intrigues à supplanter les fils 
d'Agrippa, ils avaient ren- 
versé les portraits et les 
statues de ce prince qui se 
trouvaient dans leurs murs. 
Ce témoignage de Suétone 
[Vie de Tibèi'e) est précieux 
à plus d'un titre. Il nous fait 
comprendre combien, même 
dès le début, le nombre des 
œuvres d'art, officielles ou 
non, devait être grand dans 
l'empire, puisque Tibère, qui 
n'était pas encore empereur 
et qu'aucun lien spécial ne 
rattachait à Nîmes, y avait 
cependant plus d'une fois son 
image. 

La Maison Carrée, si sou- 
vent citée comme un modèle 
d'harmonie et de symétrie, 
présente dans sa construction 
certaines irrégularités qui ont 
été relevées avec soin. La corniche horizontale du fronton nord (la façade) 
présente 29 modillons; celle du sud en a 22; la façade latérale de l'ouest 
en a 54; celle de l'est 64*. On peut s'amuser à les compter; on peut 
faire des remarques analogues sur les mufles de lion qui sont rangés 
sous le toit ; mais on ne voit pas bien en quoi la valeur du monument 




Cliché Bcrnheim. 

Maison Carrée. Danseuse grecque. 



* Ces modillons ou consoles offrent une particularité qu'on n'a jamais rencontrée 
dans aucun autre édifice. Ils sont placés dans le sens inverse du sens habituel; leur 
partie saillante et renflée, au lieu de s'appuyer verticalement sur la corniche, s'étend 
horizontalement sous le larmier. Un architecte égyptien du temps de Thoutmes III eut 
une fantaisie analogue, lorsque, dans un portique de Karnak, il imagina de retourner 



NIMES 



17 



peut en être diminuée. Ce qui est plus singulier, c'est que les entreco- 

lonnements^ne sont pas égaux, et cela sans qu'on puisse trouver une pro- 
gression, un rapport de chiffres qui permette de conclure à des inégalités 

volontaires. M. Aurès a trouvé des différences allant jusqu'à o'",oy. 

^ Les monuments antiques du midi de la France ne commencèrent à 

être étudiés qu'à la fin du 

XV* siècle. Les architectes 

italiens eux-mêmes, malgré 

tout ce qu'ils avaient vu 

dans leur pays, en étaient 

vivement frappés, comme 

en témoignent les dessins 

de Giuliano da San Gallo 

conservés à la Bibliothèque 

Barberini à Rome. San 

Gallo passa par la Provence 
en 1492 et la visita plus 
longuement en 1496. Il a 
laissé un journal assez insi- 
gnifiant d'ailleurs de son 
voj'age. Palladio, au siècle 
suivant, étudie et dessine, 
d'une façon assez inexacte, 
il est vrai, le temple de 
Diane dont nous nous occu- 
perons plus loin. Dans son 
ouvrage DelV Architec- 
ttira (Venise 1570), il parle 
aussi de la « Mazon quar- 

rée ». Ses contemporains Vignole et San-Micheli vinrent également l'ad- 
mirer. 

Vers le même temps, le français Jean Lemaître publia sous le titre 
« Le vrai pourtrait de la Maison Carrée de Nîmes » une grande gravure 
sur bois qui représente notre monument d'une façon remarquablement 

les chapiteaux de ses colonnes campaniformes de façon à placer en haut la partie la plus 
étroite, exemple unique également dans l'architecture pharaonique. Ce sont là des 
« curiosités » dont l'imitation n'est pas à recommander. Mais tandis que, dans le por- 
tique égyptien, l'effet est véritablement mauvais, dans le temple gréco-romain, la 
forme paradoxale qu'on ne remarque que si l'on estprévenu, ne nuit en rien à l'ensemble. 




Maison Carrée. Vénus. 



i8 



NIMES 



exacte. Depuis, l'admiration ne fit que s'accroître. Colbert songea à la 
faire transporter à Versailles et Albéroni demandait pour elle un étui 
d'or. L'Anglais Arthur Young, qui visitait notre pays à la fin du xviir 
siècle, en a donné une description qui mérite d'être reproduite : « Je 
visitai la Maison Carrée hier au soir, ce matin et deux fois outre cela 

dans le jour (26, 27 juillet 
1787). C'est sans comparaison 
l'édifice le plus léger, le plus 
élégant et le plus agréable 
que j'aie encore vu. Sans 
avoir une grandeur impo- 
sante, sans étaler une magni- 
ficence extraordinaire pour 
créer la surprise, il fixe l'at- 
tention : il se trouve dans ses 
proportions une harmonie 
magique qui charme les yeux. 
On ne saurait distinguer une 
partie spéciale de beauté par 
excellence; c'est un tout par- 
fait de symétrie et de grtice. » 

L'intérieur du monument 
contient un musée d'anti- 
quités. Nous y signalerons, 
avec des mosaïques moins 
cii,i,ùne,.ni,ei,„. intércssautcs que celles que 

Vénus de Nîmes. nous trouverons au musée de 

peinture, une statue de Vénus 
(petite nature, i'",35 de haut) qui est assez agréable, mais a été beaucoup 
trop vantée par M. Lenthéric, et ne vaut pas un buste grandeur naturelle 
de la déesse dans la pose de la Vénus de Médicis, mais plus souriante ; — 
une statuette de danseuse dont les draperies sont d'un mouvement remar- 
quable rappelant de loin, de très loin, la victoire de Samothrace; — un 
enfant jouant avec un chien, statuette de marbre : — un Silène d'un 
caractère très réaliste; — un torse d'enfant dont on peut louer les formes 
véritablement enfantines car les sculpteurs antiques même de grand 
talent n'ont pas toujours su en rendre le caractère ; — un faune dévorant 
avec amour un raisin ; — un fragment de tète de bronze ayant appartenu 




NIMES 



19 



à une statue d'athlète ou à une statue d'Apollon : la place des yeux est 
vide ; ils devaient être formés au moyen d'une pâte d'émail avec une 
prunelle de couleur différente; — une statue de vieille prêtresse, certai- 
nement un portrait, car le modèle n'est pas flatté; — un buste de Mer- 
cure ; — des statuettes de bronze, entre autres celles d'un dieu gaulois 




Cliché Bernlieini. 



Maison Carrce. Julia Mamrr.œa. 



et d'un Amour enfant. Au nombre de ces œuvres il en est peut-être qui 
proviennent de l'atelier de Vœrarius (fabricant de bronzes) nîmois, Sextus 
Spiiriiis Piper eliiis (voilà certes un nom qui n'a rien de consulaire), 
dont la pierre funéraire est au musée. Parmi les figures historiques nous 
indiquerons des bustes de Commode, de Plotilla, femme de Caracalla, 
de Julia Mammœa, mère d'Alexandre Sévère, de Géta enfant et de sa 
mère Julia Domna, femme de Septime Sévère. Cette Julia Domna a l'air 
d'une dame de la haute bourgeoisie du temps de Louis-Philippe avec 
des torsades de cheveux pendant sur les tempes. Le haut échafaudage 
de sa perruque compliquée qui se dresse sur son front a été taillé 



20 NIMES 

dans un morceau de marbre distinct et rapporté sur la tête, sculpté à 
part, comme une véritable perruque. C'est à tort que lorsque l'œuvre 
a été restaurée on a cru devoir cimenter la perruque avec le buste. 

La plupart de ces sculptures n'offrent qu'une valeur d'art secondaire 
et appartiennent presque toutes à la décadence. Plusieurs sont franche- 
ment mauvaises. On s'étonne de ne trouver que des œuvres statuaires en 
général si médiocres dans une ville où l'architecture, et même la sculp- 
ture ornementale donnent d'autre part des preuves d'un talent supérieur, 
et que Nîmes, à cet égard, soit si inférieure à Vienne et à Arles. Il est 
vrai que les statues les plus précieuses, celles qui passaient pour être de 
beaucoup les plus belles ne sont plus à Nîmes. L'Hygie découverte 
en 1732 a disparu, sans qu'on sache ce qu'elle est devenue. Quant à 
V Apollon (?), improprement appelé Antinoiis qui fut trouvé en 1739 
dans les bain^ romains et qu'on croyait perdu, il a été identifié récem- 
ment par M. E. Michon avec la statue portant le n" 424 dans le Catalogue 
sommaire des marbres antiques diL Louvre^. 

Quelques poteries méritent aussi l'attention. Un vase signé Perennius, 
trouvé dans les Arènes, a été sans doute un prix donné à quelque bestiaire. 
Un autre vase provenant de la fabrique de Banassac (Lozère), porte l'ins- 
cription : Tarn bene fictilibus, « on boit aussi bien dans des vases de 
terre », qui l'a rendu célèbre parmi les céramistes archéologues. Ce vase 
présente aussi une autre particularité : une échancrure pratiquée plus 
tard par un perruquier pour qu'il pût servir de plat à barbe. Il aurait pu 
envier le sort inverse de cet autre plat à barbe qui, devenu l'armet de 
Mambrin, eut l'honneur de servir de casque à Don Quichotte. Enfin, 
deux dolium, immenses tonneaux d'argile destinés à contenir du vin, de 
l'huile ou même des céréales, sont placés à la porte d'entrée. Ils ont 
i^iQO de hauteur, 4", 45 de circonférence dans la partie la plus renflée, 
2"", 28 à la base, o'",2o d'épaisseur. 

Dans les vitrines contenant des documents numismatiques (sceaux et 
monnaies) se rapportant surtout à l'histoire locale, on remarque parmi 
les monnaies romaines, celles qui, sur la face portent les profils 
affrontés d'Auguste et d' Agrippa et sur le revers la représentation inat- 
tendue d'un crocodile en colère, la gueule ouverte, tirant sur les fortes 
chaînes qui l'attachent à un palmier. C'est une allusion à la bataille 
d'Actium et à la conquête de l'Egypte, ce que confirme la couronne 
rostrale qui orne de l'autre côté le front d'Agrippa ; au-dessous, on lit 

^ E. Michon. Statues antiques trouvées en France {Mémoires de la Société des Anti- 
quaires de France. T. LX, Paris igoi). 



NIMES 



21 



les mots Col. Nem\ Ce type monétaire est un argument pour les his- 
toriens qui pensent que la colonie impériale de Nîmes fut une de celles 
qui furent fondées, comme en témoigne le Testament d'Auguste, en 
faveur des vétérans qui avaient combattu à Actium, Mais la Colonia 
Nemausensis ne reçut que le droit latin et non le droit romain. M. AUmer 
a conjecturé que les colons 

militaires envoyés à Nîmes " 

étaient, non des citoyens 
romains, mais des auxi- 
liaires, des Grecs et des 
Égyptiens qui, on le sait, 
servirent en assez grand 
nombre dans l'armée d'Oc- 
tave. On a retrouvé à Nîmes 
plusieurs statuettes égyp- 
tiennes de style archaïque et 
le musée contient un petit 
autel où l'on peut, avec 
M. Maurin, reconnaître un 
caractère égyptien. D'ail- 
leurs un temple d'Isis avait 
été construit près de la Tour 
Magne. 

Les pièces les plus rares 
que contiennent les vitrines 
de la Maison Carrée, pièces 
qui ont longtemps exercé la 
sagacité des numismates, 
portent soudée à leur con- 
tour une patte de biche ou plutôt de sanglier, car le sanglier était une 
figure, plus ou moins symbolique, fort répandue en Gaule et qui était 
justement représentée sur les plus anciennes monnaies de Nîmes. Ces 
médailles à pied de sanglier peuvent avoir servi d'amulettes : quelques- 
unes sont percées d'un trou pouvant donner passage à un cordon. 
D'autres ont servi d'ex-voto. Les anciens, en effet, avaient l'usage de 
jeter différents objets et principalement des pièces de monnaie dans les 

* Les armes de Nîmes reproduisent le revers de notre médaille. Ces armes lui furent 
données par François l", lors de son passage dans la ville en i535. A cette occasion on 
éleva au roi une colonne surmontée d'une salamandre. 




Cliché Bernheim. 

Maison Carrée. Tête de bronze. 



NIMES 



eaux consacrées aux divinités dont ils demandaient la protection et Ton 
sait que des Anglais de passage avaient en 173g trouvé de ces médailles 
à pied de sanglier sur les chantiers de restauration de la fontaine de 

Nîmes. 



Cette fontaine vers la- 
quelle nous allons nous diri- 
ger portait le nom de Nemaii- 
sus. Ce mot désignait à la fois 
la ville, la source qui l'alimen- 
tait et le dieu de cette source. 
La fontaine de Nîmes était 
une des plus célèbres de la 
Gaule avec celle de Divona 
(Cahors^ ; et même une des 
plus célèbres du monde ro- 
main. Ausone qui a rappelé 
ailleurs Divona, n'hésite pas 
(de Claris Urhlbus 13, 33) 
à rapprocher Nemausus de 
la source d'Abano près de 
Padoue et du Timave que 
Virgile avait déjà célébré ou 
cité non seulement dans 1'^- 
néide, mais dans les Eglo- 
gues et les Géorgiques. 




Cliché Bernheim. 

Monument du poète Jean Reboul. 



Non aponus potu, vitrea non luce Nemausus 
Purior; itquoreo non plenior amne Timavus. 



vSur le chemin qui conduit à cette fontaine, nous passons dans le voi- 
sinage des rues qui portent les noms d'Auguste, d' Agrippa, Vespasien, 
Titus, Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin, aussi naturellement qu'on lirait 
ailleurs les noms de Richelieu ou de Turenne, de Gambetta ou de Ledru- 
Rollin. Antonin, dont la famille était originaire de Nîmes, a même les 
honneurs d'un square et d'une statue, œuvre du sculpteur nîmois Bosc, 
auteur de la statue du boulanger poète Reboul qui est placée plus loin 
dans le jardin public. 

Un canal, contenu dans de belles maçonneries et coupé par des ponts 



NIMES 



23 



élégants ornés de balustres et de vases de marbre, court à travers deux 
allées de beaux arbres. La source qu'il a recueillie sort du pied du mont 
Cavallier qui porte la Tour Magne. Sur la colline et sur la terrasse qui 
se développe en avant, a été disposé un jardin justement célèbre où les 
aménagements du xviii^ siècle, exécutés à partir de 1739, par l'architecte 
Maréchal, s'unissent sans disparate à ce qui a été conservé des nom- 




Cliclié Bernheim. 



Canal de la Fontaine. 



breuses constructions antiques élevées autrefois sur cet emplacement où 
la source sacrée attirait tant de pèlerins. Le jardin englobe les restes 
importants des bains romains qu'on voit en contrebas des balcons et des 
galeries qui divisent aujourd'hui le parterre. On accédait à ces bains par 
un escalier circulaire à double rampe, au milieu duquel s'élevait une statue 
d'Auguste portant sur son piédestal une inscription qui nous a été con- 
servée : A V empereur CéS'ir-AiLgustc, fils du divin Jules ^consul pour 
la neuvième fois, consul désigné pour la dixième fois, imperator pour 
la huitième fois. Ces indications administratives nous donnent l'année 
25 avant Jésus- Christ pour la date de la statue et peut-être aussi pour 
celle de la construction des bains. Une autre statue colossale de l'empe- 



24 



NIMES 



reur, en bronze doré, s'élevait aussi sur une sorte de terrasse centrale à 
la place où se voit une nymphe couchée du xviii'' siècle. Aux quatre angles 
de cette terrasse, des Génies appuyés sur des gerbes de blé ont succédé 
à de magnifiques colonnes décoratives de style corinthien dont l'une a pu 
être complètement reconstituée. En arrière, du côté du midi, un fronton 
porté sur six colonnes, formait l'entrée principale d'un péristyle qui 




Clicné Févrot. 



Le Jardin de la Fontaine. 



entourait à la fois la source et les bains. Ce jardin était encore embelli 
par de nombreuses statues de Nîmois importants, dont plusieurs nous sont 
connues par linscription de leur piédestal. Aujourd'hui la partie conservée 
des bains romains est livrée à l'accès libre et permanent des eaux, quoi- 
qu'on distingue encore les rigoles qui les dirigeaient autrefois dans les 
baignoires et les piscines en ménageant les galeries et les promenoirs. 
Ces bains étaient dignes de Nemausus, le dieu de la source qui les ali- 
mentait. 

Nemausus était vraisemblablement le véritable titulaire du temple voi- 
sin dans lequel on a vu aussi un Nymphée et un temple de Diane. 



m. 



'^^ 



NIMES 



25 



Auguste avait élevé un sanctuaire en ce lieu ; mais le monument dont 
nous voyons les ruines semble appartenir à l'époque des Antonins. Son 
attribution au culte de Nemausus n'empêche pas que les douze niches 
aujourd'hui vides du sanctuaire aient pu contenir les statues de Diane, 
Vesta, Hypnos (le sommeil), Isis, Sérapis, dpnt les noms ont été lus sur 
des inscriptions trouvées dans le voisinage. Cet édifice est beaucoup moins 




Lliclié Fcn-ot. 



Bains romains. 



bien conservé que la Maison Carrée ou les Arènes. Il a passé par de 
nombreuses vicissitudes. Il fut donné en 991 par Fontaine, évêque de 
Nîmes, à des religieuses bénédictines qui le possédèrent jusqu'au milieu du 
xvr siècle. Quoique devenu depuis grenier à foin, il était encore à peu 
près intact dans son ensemble, lorsqu'un incendie l'endommagea forte- 
ment en 1576. Bientôt, à l'occasion des Guerres de Religion qui trou- 
blèrent particulièrement le bas Languedoc, il fut partiellement démoli 
par les protestants pour qu'il ne pût être utilisé par les troupes catho- 
liques de Bellegarde qui voulaient s'en emparer. Plus tard, il servit de 
carrière, lorsqu'on restaura les fortifications de la ville (1622). 



26 



NIMES 



Malgré les attaques du temps et des hommes, le temple de Nîmes n'en 
reste pas moins un des monuments les plus intéressants que nous ait 
laissés l'antiquité. La partie centrale est couverte par une voûte en ber- 
ceau de grand appareil, d'une construction hardie et originale qui a, 
avec raison, attiré l'attention de nos architectes. On a pu y voir une des 
plus anciennes applications systématiques de l'arc doubleau, employé 




Cliché Févrot. 



Temple de Nemausus. 



couramment, mais plusieurs siècles après seulement, dans l'architec- 
ture romane et ogivale. La chose a assez d'importance dans l'histoire 
de l'art pour que, sans entrer dans la discussion, nous indiquions les don- 
nées du problème, o Les éléments de cette voûte, dit M. Corroyer [Architec- 
ture Romane^ p. 217) se composent d'arcs doubleaux très ingénieusement 
combinés et dont l'appareil est particulièrement soigné. Ces arcs forment 
pour ainsi dire des cintres permanents en pierre entre lesquels sont ajustées 
des dalles taillées en claveaux et reposant dans les feuillures ménagées 
sur les faces latérales des arcs doubleaux », M. Brutails [V Archéo- 
logie et ses méthodes) n'admet pas que les architectes du Nymphée 



NIMES 27 

aient eu des visées aussi systématiques : « Après avoir longuement con- 




Clichc Févrot. 



Temple de Nemausus. 



sidéré la grande voûte du Nymphée, voici ce que j'y vois. Elle est formée, 
comme plusieurs autres voûtes d'Arles et de Nîmes, dont on trouve des 



28 NIMES 

spécimens dans le Nymphée même, de tranches juxtaposées. Seulement 
dans la grande voûte dont il s'agit, la douelle ^ n'est pas lisse ; les tranches 
sont de deux épaisseurs et alternativement en saillie et en retrait. Or, il 
fallait éviter que par suite des mouvements de la maçonnerie, la saillie ne 
présentât des inégalités choquantes... C'est pour cela qu'on a fait porter 
les extrémités des voussoirs en retrait sur une feuillure réservée dans les 
voussoirs faisant saillie. Si ces derniers étaient vraiment des nervures 
portantes, ils seraient taillés en vue de cette fonction ; ils auraient au lieu 
d'une feuillure insignifiante au large rebord constituant une assiette appré- 
ciable. Au surplus il entre dans la fabrique de cette voûte du Nymphée 
tant de ferrements et de crampons que l'on ne peut raisonnablement la 
prendre pour exemple quand il s'agit de définir les éléments d'une voûte et 
leurs rapports normaux. Il est une autre raison de croire que ces arcs sail- 
lants ne sont pas des arcs doubleaux proprement dits faisant fonction de 
nervures portantes : dans les constructions soignées, les joints des dou- 
bleaux et ceux des voussoirs (qu'ils couvrent en tout ou partie), se chevau- 
chent, et si une lézarde se produit dans la voûte il y a moins de chance 
qu'elle atteigne le doubleau. Au Nymphée il n'en est pas ainsi et les 
joints des voussoirs en saillie correspondent à ceux des voussoirs en 
retrait. » 

De chaque côté de la voûte centrale une galerie plus étroite, une nef 
latérale à vrai dire, présente, pour la couverture, l'éclairage et l'écoule- 
ment des eaux, des particularités architectoniques sur lesquelles nous 
n'avons pas la place d'insister et qui intéresseraient surtout les spécia- 
listes. 

Certaines parties du monument n'étaient pas voûtées; mais couvertes 
par des plafonds en pierre. D'importants fragments en ont été conservés. 
Ils nous présentent un agencement très savant et très heureux de lignes 
géométriques, triangles, losanges, rectangles, hexagones se réunissant en 
groupes de dodécagones réguliers inscrits dans des cercles. Les caissons 
ainsi formés sont ornés soit de feuilles, soit de fleurs qui diffèrent toutes 
les unes des autres. La disposition de ces caissons rappelle les rosaces 
de la grande mosaïque du musée qui date du second siècle et dont on 
parlera plus loin. Cette analogie est un argument tel quel en faveur de 
l'opinion qui place au temps des Antonins la construction du temple 
de Nemausus. 

Le temple de Nemausus présente plus d'une analogie avec les temples 

^ Il s'agit ici de la douelle intérieure ou intrados, c'est-à-dire de la partie intérieure 
et concave de la voûte. 



NIMES 



29 



de Balbek (Héliopolis d'Asie) élevés à l'autre extrémité du monde 
méditerranéen. Est-ce une simple coïncidence? Mais Antonin, qui s'occupa 
beaucoup de Nîmes et au règne duquel on peut attribuer, au moins en 
partie, la construction du Nymphée dans son dernier état, avait fait aussi 
travailler au temple de Jupiter à Balbek et on a trouvé un autel consacré 
à la fois au dieu Nemausus et au Jupiter Héliopolitain par un habitant 
de Béryte (Beirouth) en Syrie. 




Cliclié Bornheim. 



Porte d'Auguste. 



La Tour Magne rappelle aussi par sa masse et certaines formes de sa 
partie supérieure, peut-être plus moderne que le reste, l'architecture 
héliopolitaine. Etait-ce un tombeau ou une tour de défense ? On a pu 
mettre les savants d'accord en déclarant qu'elle était à la fois l'un et 
l'autre. En archéologie, comme en philosophie, les systèmes sont plutôt 
vrais dans ce qu'ils affirment que dans ce qu'ils nient. Il est certain que 
la Tour Magne a été comprise dans l'enceinte fortifiée construite dès le 
commencement de l'empire, enceinte dont on voit encore plusieurs vestiges, 
entre autres, la porte de France dont il ne reste plus qu'une arcade der- 
rière l'Hôtel-Dieu sur la route de Montpellier et la porte d'Auguste 



30 NIMES 

qui comprend encore trois arcades avec une corniche portant une 




Cliché Bernlieiin. 



Tour Magne. 



inscription qui a permis de fixer en l'an i6 avant J.-C. la construction de 
ces murailles \ 

1 Les murailles formaient un circuit d'environ six mille mètres. Hautes de sept mètres 
et larges de près de trois, elles étaient flanquées de quatre-vingt-dix tours, rondes, 



NIMES 



31 



La Tour Magne qui avait autrefois uile quarantaine de mètres de haut, 
n'en a plus qu'une trentaine. Elle était bâtie sur un tumulus dont la 
masse supérieure servait de noyau à la première partie de la construc- 
tion. La partie inférieure de l'édifice était donc pleine de terre et formait 
le piédestal de la tour proprement dite. Aujourd'hui il n'en est plus 
ainsi; cette partie inférieure présente depuis le xvii'' siècle une grande 




Jardin de la Fontaine. La Source. 



excavation qui est traversée depuis 1843, par un escalier, qui se prO' 
longe jusqu'au sommet de l'édifice. 

Cette excavation aune origine singulière. Un jardinier nommé Traucat 
avait eu connaissance d'une prédiction du célèbre astronome provençal 
Michel Nostradamus portant qu'un jardinier ferait fortune en découvrant 
un coq d'or caché dans la terre. Il crut que la Tour Magne cachait ce 
trésor et que le jardinier désigné par le destin pour cette trouvaille, c'était 
lui, Traucat. Il avait eu quelques relations avec Henri IV, ayant contri- 

carrées ou octogonales et percées de dix portes. Pour rapprocher Nîmes de Rome, on 
a cherché dans son enceinte sept collines et..., on les y a trouvées (voy. le Dictionnaire 
Gcograpliique de Bruzen de La Martinière. 



32 NIMES 

bué dès 1564, sous Charles IX, à répandre la culture du mûrier en Pro- 
vence, tentatives que le roi de Navarre, devenu roi de France, avait 
appréciées et encouragées. Traucat s'adressa donc à Henri IV et après 
de nombreuses demandes il obtint des lettres-patentes datées de Fontai- 
nebleau, 22 mai. 160 1, qui lui accordaient l'autorisation qu'il désirait. Mais 
ces lettres lui imposaient des conditions assez dures. Les fouilles seraient 
faites en présence du procureur du roi et de tel nombre de personnes que 
celui-ci jugerait convenable. Tous les frais seraient à la charge de Traucat 
et devraient être payés ou garantis d'avance. Si l'on trouvait le trésor, le 
tiers seulement lui appartiendrait et les deux autres tiers reviendraient à 
la couronne. L'a^i^entureux et crédule jardinier ne trouva rien et n'eut 
d autre compensation de ses dépenses que le privilège (chose qui sans 
doute le toucha peu) de voir son souvenir uni à celui d'un des monuments 
les plus connus de son pays. 

Du sommet de la Tour Magne, le regard s'étend sur un beau panorama 
qui a été comparé à celui qu'on découvre des hauteurs voisines de Flo- 
rence. Les collines pierreuses des environs apparaissent semées de nom- 
breux ma^ets ou bastides, maisons de campagne, petites exploitations 
rurales, ou habitations de plaisance, oasis de vignes et de petits oliviers 
grisâtres. Au nord, l'horizon est borné par les Cévennes ; au sud, se déve- 
loppe la plaine de la Vistre et l'on devine vers le bord de la mer les rem- 
parts d'Aigues-Mortes ; à l'ouest, il paraît que par un temps très clair on 
peut apercevoir, par-dessus les montagnes de l'Orb et de l'Hérault, l'ex- 
trémité des Pyrénées orientales et le mont Canigou, Enfin, à l'est, par 
delà le cours du Rhône la vue s'étend sur les Alpines, la chaîne de Vau- 
cluse et le mont Ventoux. 

Plus près, l'œil s'arrête sur les collines aux flancs déchirés qui ont 
fourni les matériaux d'une partie des Arènes et sur les collines ondulées 
à travers lesquelles arrivaient les eaux de la source de l'Eure ou de l'Aire 
[Ura) que les Nîmois romains avaient été chercher au delà du Gard à 
plus de 30 kilomètres. 

Dans un temps où on ne parlait pas encore de microbes, les Romains 
avaient déjà sur l'hygiène publique des idées dont on ne saurait trop 
admirer la justesse. Ils ne reculaient devant aucun e^^ort, devant aucune 
dépense pour assurer à leurs agglomérations urbaines des distributions 
d'eau de source avec une abondance que les villes de nos jours lès plus 
^favorisées connaissent à peine. Rien n'affirme mieux le rôle civilisateur 
des Romains que leurs aqueducs, et il n'y a pas de-plus bel aqueduc 
romain que le « Pont du Gard ». 



NIMES 



33 



Le Pont du Gard qui fait passer au-dessus de la rivière du Gard la 
rivière de l-Eure sur ses trois étages d'arcades superposées est avec rai- 
son le plus célèbre aqueduc du monde. Quel remarquable exemple de 
l'union du beau et de l'utile ! Quelle habileté technique et quelles admi- 
rables proportions dans la construction ! Quelle puissance dans ces arches 
inférieures de vingt mètres de portée dont les pierres simplement juxta- 






WV%^ 




Cliilié Févrot. 



Pont du Gard. 



posées tiennent en place depuis vingt siècles ! Quelle élégance dans les 
petites arcades qui forment le couronnement ! Sur les faces et dans l'inté- 
rieur des voûtes, ces trous et ses corbeaux encore visibles destinés à por- 
ter les cintrages et les échafaudages donnent à cette architecture quelque 
chose d'encore vivant, comme on dirait d'un chantier que les ouvriers 
viennent de quitter. Et avec tout cela, quelle merveilleuse harmonie de 
l'édifice et du paysage. Il semble qu'ils soient faits l'un pour l'autre, sans 
que la nature écrase l'œuvre de l'art et sans qu'elle-même semble diminuée 
par un pareil voisinage. Soit qu'on regarde vers l'amont et qu'on aper- 
çoive à travers les courbes des arches les nobles ondulations des collines 

3 



34 NIMES 

rtDcheu.sesoù s'enfonce la rivière, soit que, de l'autre côté, le pont apparaisse 
au milieu des arbres qui ne le dépassent point et que la vue se porte au delà 
sur la plaine qui s'élargit et se perd à l'horizon, soit que des hauteurs 
voisines l'œil s'arrête à chaque instant sur des effets de perspective nou- 
veaux et imprévus, c'est un spectacle dont on ne se lasse point. Sa 
majesté qui a quelque chose d'austère s'accommode même d'un temps cou- 
vert. Mais là, comme partout en Provence, le soleil est le grand peintre et 
il faut voir le Pont du Gard lorsque ses rayons resplendissent. Alors ils 
avivent la couleur rose de ses pierres taillées en les détachant sur le gris 
d'acier des rochers qui les appuient. Alors, glissant sur les eaux immobiles 
et profondes, ils marquent de reflets, tantôt verts, tantôt bleus, leur surface 
parsemée çà et là de taches noires par l'image confuse des pierres et des 
arbres foncés du rivage et parfois par l'ombre d'un nuage isolé passant 
dans le ciel clair. Les aqueducs de la campagne romaine, les longues 
lignes d'arcades de VAqua Claudia même ne sauraient faire une telle 
impression *. 

La construction de cet aqueduc est due peut-être à Agrippa et daterait 
de l'an 19 avant J.-C. Le nom de Veronius gravé en lettres antiques 
sur la face intérieure de la 8* arcade du 2^ rang comptée à partir de la rive 
droite est peut-être le nom de l'architecte. Quoi qu'il en soit, l'édifice a 
été protégé par sa situation retirée, loin de tout centre important et les 
savants architectes Laisné et Questel ont pu sans trop grands frais lui 
rendre en notre siècle son intégrité monumentale. Sa hauteur est de 
48"", 7 7, sa longueur a 26g mètres au niveau de l'étage supérieur et 
i7i'"^22 au niveau du premier étage. Ce premier étage, haut de 20"", 12, 
comprend 6 arches dont la plus large a 21"", 50 d'ouverture, les autres 
19"", 20 et i5"\75. Le second étage en retrait sur le premier compte 
1 1 arcades qui, dans la largeur commune aux deux étages, ont le même 
axe et les mêmes dimensions que les arcades inférieures. Le troisième 
étage (8"", 55 de haut), également en retrait sur le second, se compose de 

35 arcades de 4"", 35 de hauteur. Nous pouvons nous rendre compte qu'à 
diverses époques, il était peu différent de ce qu'il est aujourd'hui, pour 
le xvi° siècle par une excellente gravure sur bois du Discours de Poldo 
d'Albenas, pour la fin du xvn* siècle par un dessin de Pierre Mignard 
gravé par Guibert, pour le xviir siècle par une planche de V Histoire du 

* Le Pont du Gard a été célébré en vers latins par Théodore de Bèze ; et Alexandre 
Dumas dit que dans ses impressions de voyage que, quoiqu'il ait vu tant de choses 
admirables, il n'a jamais rien vu déplus beau, sauf le temple de Sélinonte, que cette 
épopée de pierre. 



NIMES 35 

Languedoc de Dom Vaissette et un tableau d'Hubert Robert (Louvre) '. 

Les eaux de l'Eure avant d'entrer à Nîmes se divisaient en deux 
embranchements dont l'un aboutissait à un château d'eau [castelUim 
divisorium) dont on a retrouvé des restes importants en 1844 près de la 




Ruines du château d'eau romain [Caslellum divisorium). 



maison centrale de détention. Le canal d'adduction destiné à alimenter 
ce castellum et dont la section était beaucoup trop petite pour donner 
passage à la totalité des eaux venues du Pont du Gard, débouchait 

' Notice sur les dessins des antiquités de la France méridionale exécutés par Pierre 
Mignard et sur leur publication projetée par le comte de Caylus, par M. H. Labande. 
[Revue du Midi, t. XXVIII, année 1900. Nîmes, in-8".) — Voici le titre complet du 
curieux livre de d'Albenas : Discours historial de l'antique et illustre cité de Nhnes 
en la Gaule Narbonnaise avec les portraits des plus antiques bastiments du dit lieu 
réduit^ à leur vraye mesure et proportion, ensemble de l'antique et moderne ville, 
par Jean Poldo d'Albenas. A Lyon, par Guillaume Roville, avec privilège pour 
dix ans, 1^60. 



36 NIMES 

dans un bassin circulaire dont la margelle est, — à cinquante-six cen- 
timètres au-dessus du fond, — percée de dix ouvertures circulaires d'où 
partaient les canaux de distribution pour les divers quartiers de la 
ville. « Des scellements placés en ligne courbe, dit M. Thierr}^ [Dic- 
tionnaire des antiquités de Saglio) paraissent indiquer qu'une bar- 
rière en métal sur laquelle l'eau sortant de l'aqueduc venait se briser 
avait été établie en avant de l'ouverture, soit pour modérer l'impétuosité 
des eaux, soit pour donner à l'eau une agitation qui devait contribuer à 
sa salubrité. » Les Romains pensaient qu'une eau bien aérée en était 
meilleure. Ce monument mérite un regard du voyageur le moins archéo- 
logue. Jusqu'à la découverte récente du castellum de Pompéi, il était, 
je crois, le seul édifice de ce genre en Europe assez bien conservé pour 
nous faire comprendre de visu l'un des types les plus intéressants de 
l'architecture antique*. Il n'y a plus trace du second embranchement 
des eaux de l'Eure ; mais son existence au xvii'' siècle est attestée par 
Deyron qui publiait à Grenoble en 1636, ses Antiquités de Nîmes. 

Un petit autel trouvé à Nîmes et qu'on voit au Musée de Lyon porte 
l'inscription Aitgus (ti), Laribus, cultores Urœ fontis. Ces cultores sont 
ou des fidèles du culte de la fontaine de l'Eure considérée comme une 
divinité, ou plutôt des fonctionnaires chargés d'entretenir les conduits et 
de surveiller les distributions. On sait avec quel soin et quelle précision, 
le régime des eaux était réglé dans les villes romaines. 

M. Pelet a retrouvé près des bains vers le milieu du dernier siècle une 
rangéedeneufgradinsdeo'",35 de haut et deo"',75 de large qu'il a prise pour 
l'escalier d'une piscine demi-circulaire aboutissant à la seconde conduite 
des eaux du Pont du Gard. C'étaient les restes d'un théâtre. En dépit de la 
magnificence de leurs Arènes, les Nîmois ne s'étaient pas laissé complè- 
tement détourner par les jeux sanglants du cirque des spectacles plus 
intellectuels restés dans le goût des Grecs. Des inscriptions du Musée 
nous font connaître que Nîmes n'hésitait pas à faire venir à grands frais 
et de fort loin des membres de ces corporations d'artistes dionysiaques ou 
acteurs qui, instituées dans plusieurs villes, semblent avoir formé entre 
elles un grand syndicat s'étendant à tout le monde romain et pouvant 
relier les acteurs des Gaules à ceux de l'Asie Mineure. L'une de ces ins- 
criptions datant d'Hadrien nous apprend que le sacré synode des acteurs 
de Naples, dans sa réunion quinquennale, a décidé de témoigner de sa 
reconnaissance à Dolabella, par un décret honorifique. La dédicace à 

' Le château d'eau de Pompei est moins dégradé que celui de Nîmes, mais il était 
moins important. Il présente d'ailleurs les mêmes dispositions générales. 



NIMES 37 

Titus Julius Do Libella, quatuoivir du trésor, pontife, préfet des 
vigiles et des armes de la ville de Nîmes est en latin ; mais le texte du 
décret est en grec. On y vante la noblesse de sa race, la dignité de sa 
vie, sa grandeur d'âme. On y dit que sa renommée a dépassé les limites 
deson illustre patrie, etc.^ Une autre inscription moins importante, égale- 
ment en grec, signale l'existence d'une corporation d'acteurs à Nîmes 
même. Elle est du temps de ïrajan -. 

Malgré tout ce que l'antiquité nous a laissé à Nîmes, on ne saurait trop 
regretter la destruction de la basilique qu'Hadrien avait élevée à Plotine, 
la femme de Trajan, à laquelle il devait en grande partie son élévation à 
l'empire. Elle passait aux yeux des anciens pour une merveille [opus 
mirabile). Spartien [Hist. Aug. Hadrianus 12,2) nous apprend qu'Ha- 
drien en ordonna la construction, lorsqu'après avoir pacifié la grande 
Bretagne il traversait la Gaule, inquiet de la sédition qui avait éclaté à 
Alexandrie à l'occasion du bœuf Apis. C'est donc dans l'hiver de l'an 122 
après J.-C.^ que cet édifice aurait été commencé. Mais il ne fut terminé 
et la dédicace à Trajan et à Plotine n'en fut faite, comme l'a établi 
M. Lacour-Gayet avec Ernest Desjardins, que sous Antonin en 139, 
c'est-à-dire dix ans après la mort de Plotine. Il est probable que la basi- 
lique s'élevait sur l'emplacement du palais de justice actuel. On n'a 
jamais creusé la terre en bâtissant à cet endroit, nous apprend Ménard 
[Hist. de Nîmes, t. VII, p. 113), sans y trouver des restes d'anciens fonde- 
ments d'une épaisseur prodigieuse, et bâtis avec de grosses pierres carrées 
sans mortier ni ciment comme ceux de la plupart des édifices antiques. » 
C'est de là que provient la frise des aigles du musée lapidaire. Une heu- 
reuse trouvaille épigraphique nous a par hasard conservé le nom d'un de 
ceux qui contribuèrent à la construction de ce magnifique monument, 
c'est un autel votif avec ces mots : 

lovi et Nemaus (O) T. Flavius Herm (es) exactor oper (isi basilicag 
marrnorari lapidari v(otumj s (olvit). 

Ce qui veut dire : A Jupiter et à Nemausus; Titus Flavius Her- 
mès, entrepreneur ou inspecteur (le mot exactor peut avoir ces deux 
sens) des travaux de la basilique pour ce qui regarde le marbre et 
la pierre, en accomplissement deson vœu. 

^ Corpus Iiiscriptioituni grœcaruin. N" 6786. 

- Ibid. N" 6785. 

■* Voy. aussi Lettre d'Holstenius du 30 mai 1629. 



38 NIMES 

Les derniers restes du cirque ont disparu lors de la construction de 
l'abattoir. Ils avaient longtemps servi de jeu de mail. Leur forme 
allongée s'adaptant très bien à ce genre de sport. 

L'existence d'un grand monument sur l'emplacement de la cathédrale, 
peut-être un temple de Jupiter , est attestée par des chapiteaux corinthiens, 
des fragments de fûts de marbre et de mosaïques. Nous savons par des 
inscriptions que Nîmes eut aussi un spliéristère (lieu où l'on jouait à la 
paume), un xyste ou grande salle de gymnastique due à Caius Agrippa ^ 
et un temple d'Isis qui, ainsi que nous l'avons dit, était situé près de la Tour 
Magne. De nombreux restes de maisons romaines ont été et sont encore 
bien souvent retrouvés sous le sol, et la propriété particulière qu'on 
appelle le château Fadaise a été en grande partie construite avec des 
débris antiques. De nombreux tombeaux ont été découverts dans la direc- 
tion de la route d'Uzès et de la route d'Arles. On sait que les anciens 
(comme on le voit si bien à Pompéi et le long de la voie Appienne) 
aimaient à placer les tombeaux le long des chemins, pour que le mort 
ne fût pas abandonné et reçût le salut du passant. Quelques-uns sont 
celtiques, un plus grand nombre sont romains. Dans un de ceux-ci, on 
a trouvé un hochet en os, et une poupée grotesque en terre avec des 
jambes articulées. Ces objets font partie d'une collection privée. 

Mais le musée lapidaire de la ville, — installé dans les bâtiments qui, 
après avoir appartenu aux Jésuites, ont ensuite servi au lycée, — a reçu 
de nombreux restes de ces monuments disparus. Il contient surtout des 
échantillons de sculpture ornementale antique vraiment incomparables. 
Mieux encore que dans les fragments conservés auprès de la Maison Car- 
rée, on peut y constater de l'œil et du doigt avec quel soin les Romains 
creusaient la pierre et fouillaient le moindre détail. Les rubans ainsi que 
nous l'avons remarqué plus haut pour les feuillages, ne sont pas sculptés 
à plat, mais de champ et en partie détachés de la masse. La pierre a été 
souvent creusée par-dessous de part en part. Il semble que l'ouvrier ait 
procédé par une série de trous percés avec une sorte de vilebrequin, de 
touret ou de violon et rejoints ensuite au ciseau. 

Nos admirables sculpteurs ornemanistes du xilT siècle n'ont pas 
montré plus de conscience. Comme eux aussi (et on ne l'a pas assez 
remarqué) les Romains aiment à employer pour motif de décoration les 
éléments naturels des plantes, feuilles, fleurs et fruits qu'ils ont sous les 

* Comme on le lit encore sur une partie de l'entablement au Musée lapidaire. 



NIMES 39 

yeux. Tout en constatant que les sculpteurs de la belle période ogivale 
ont mieux « stylisé » les éléments empruntés par eux à la nature et 
qu'ils répandent partout la variété et la vie, il faut reconnaître que 
les guirlandes de fleurs et de fruits enrubannées des sculpteurs romains, 
telles qu'on les voit dans les fragments provenant du péristyle des bains 
de Nemausus sont des chefs-d'œuvre et, autant qu'il est possible de 
comparer, non plus dans l'ensemble, mais dans le détail, des styles fort 
différents, ils conservent de certain côté leur supériorité. 

Cette supériorité se manifeste dans la fameuse frise où se voient des 
aigles aux ailes frémissantes dont Palladio disait qu'il fallait l'avoir vue 
pour se faire une idée de la vérité à laquelle parvenaient les bons artistes 
de l'antiquité. Cependant les belles sculptures antiques ne manquaient pas 
en Italie. Sans parler des œuvres d'une valeur d'art éminente, le musée 
lapidaire est fort riche et nous avons signalé déjà au courant de cette 
étude, plus d'une des curiosités qu'il renferme. Indiquons encore quel- 
ques pièces. 

Le tombeau de famille qui a donné son nom dès le xvr siècle, au 
« chemin des trois sœurettes » et au « quartier de la pierre écrite » contenait 
primitivement dans quatre niches quatre têtes : deux d'hommes et deux de 
femmes. Une des tètes de femme a été enlevée, grattée profondément dès 
l'antiquité et peu de temps après l'achèvement de l'œuvre ; l'inscription 
a été aussi soigneusement raclée. Il semble qu'on ait voulu faire dispa- 
raître le souvenir de la défunte et en effet on ne peut plus rien savoir 
d'elle. S'agit-il d'un drame de famille : un second mariage avec une 
femme qui aurait exigé les suppressions qui ont été faites? ou de tristes 
révélations posthumes qui auraient fait connaître l'indignité de la morte ? 

Le Tombeau des neuf bustes contient deux rangées superposées de 
niches et de bustes (cinq à la partie inférieure). Les quatre bustes de la par- 
tie supérieure ont seuls conservé leurs inscriptions. Ce sont le grand-père, 
la grand'mère et les tantes, jeunes encore, de celui qui a fait élever le 
monument. Les inscriptions sont en latin, mais les noms prouvent qu'il 
s'agit d'une famille d'origine celtique et, à cet égard les types seraient 
intéressants à étudier de près^ Cette famille, d'ailleurs, inspire con- 
fiance et sympathie. La figure du grand-père, comme le remarque M. Bazin, 
est pleine d'énergie; celle de l'aïeule est pleine de noblesse et celles des 
femmes plus jeunes ne manquent pas de grâce. Un autre tombeau nous 

* Le musée contient des inscriptions en langue celtique écrites avec des lettres 
grecques. Voyez sur tout cela Hipp. Bazin, Nhnes gallo-romain. Le Corpus Insc. Lai. 
contient un peu plus d'un millier d'inscriptions nîmoises. 



40 NIMES 

montre le sévir Augusta\ Julius Hésychus, vieux et renfrogné, auprès de 
sa femme Julia Thallusa, jeune et coquette avec ses beaux cheveux 
ondulés et abondants partagés en bandeaux réguliers et de grandes 
boucles d'oreilles. La femme porte le même nom de famille que son 
mari'. Peut-être Hésychus, comme le conjecture M. Bazin, avait-il 
épousé son affranchie. La chose était moins rare qu'on ne pense et une 
autre inscription nîmoise montre que ces unions étaient librement 
avouées et pouvaient être heureuses : Aux Dieux Mânes d'Attia Vtcto- 
rina. Qiiintus Attius Agathopits à son affranchie et épouse très chère -. 
Près de là deux amies Cœcilia Secunda et Hospita soutiennent une 
corbeille de fleurs de leurs mains unies. C'est Cœcilia Secunda qui a 
élevé le monument pour elle-même et pour Hospita. Plus loin le tri- 
bun de la légion VI'' Victrix est réuni à sa femme Licinia Flavilla 
prêtresse flaminique augustale : voilà de grands personnages. D'autres 
tombeaux sont intéressants parce qu'ils portent les insignes de la dignité 
du défunt (le quatuorvir Maximus avec ses faisceaux, l'édile Liicius Seve- 
rius Severinus) ou les marques de sa profession (cisailles à bouts carrés 
du tondeur de drap, — serpette du vigneron, — pic, marteau, équerre et 
ciseau du tailleur de pierre, — outils du corroyeur, — scène de labou- 
rage). 

De nombreuses mosaïques ont été découvertes dans le sol de Nîmes ; 
tout pétri de débris antiques : Ton sait combien ce genre de décoration 
était en faveur chez les Romains. Les deux les plus remarquables ont été 
mises au jour assez récemment; l'une en 1883, l'autre en 1884. Celle-ci 
représente le Sommeil d'Endymion., d'un dessin correct et gracieux. 
Elle a i"',50 de côté. Le sujet de l'autre était beaucoup plus difficile à 
déterminer. M. Maruéjol y a ingénieusement reconnu le Mariage d'Ad- 
jjiête. Pélias, roi d'Iolchos en Thessalie, avait déclaré qu'il ne donnerait 
sa fille Alceste qu'à celui qui viendrait la lui demander sur un char traîné 
par des animaux sauvages. Un autre prince Thessalien, Admète, roi de 
Phères, profitant de ce qu'il avait auprès de lui le dieu Apollon, exilé 
de l'Olympe, put, grâce à lui, domestiquer un lion et un sanglier et se 
présenter ainsi, conduisant cet attelage d'un nouveau genre, devant Pélias. 
Pélias fut fort surpris (on le serait à moins), mais dut tenir sa pro- 
messe. Le roi d'Iolchos est assis sur un trône à l'entrée de son palais, il 

* Les affranchis prenaient, comme nom de famille, le nom de leur maître. 
■^ Comparer les inscriptions du musée de Lyon portant dans le catalogue du musée 
les n'^* 6; et 149 (C. L L. t. XllI, n" 1936). 



NIMES 41 

a à côté de lui, un peu arrière, sa fille Alceste debout, le torse complète- 
ment découvert. Dans une pose un peu inclinée, gracieuse et noble, elle 
regarde, sans effroi et avec quelque coquetterie l'entrée singulière de son 
futur époux. Ce sujet avait été plus d'une fois traité par les artistes de 
l'antiquité et le Dictionnaire de Daremberg et Saglio a reproduit un bas- 
relief dont la composition présente avec notre mosaïque une très grande 
analogie. Mais cette sculpture est plus ancienne. Le sujet y est plus sévè- 
rement traité et le corps d' Alceste est complètement caché par des dra- 
peries? Cette mosaïque de Nîmes est une des plus importantes et des plus 
belles que l'antiquité romaine nous ait laissées. Elle avait plus de 50 mètres 
carrés de superficie et la plus grande partie en est conservée. Le style 
et les procédés techniques, la beauté du dessin, la puissance du coloris, 
indiquent qu'elle a été exécutée au milieu du iV siècle vers le temps où 
l'empereur Hadrien ornait de décorations analogues sa villa de Tivoli. 
C'est un honneur pour la mosaïque de Nîmes de provoquer de tels rap- 
prochements. Le sujet principal n'occupe qu'une assez petite partie de 
l'ensemble. Il est entouré de seize caissons formés d'éléments géomé- 
triques variés : lignes brisées, pyramides, prismes, rosaces circonscrites à 
des figures diverses et rappelant les agencements des plafonds du temple 
de Némausus. Puis vient un magnifique rinceau de feuilles d'acanthes 
d'une largeur d'effet et d'une puissance de couleur tout à fait remarquables. 
Au milieu de ces ornements apparaissent des animaux de toute espèce 
dans les attitudes qui leur conviennent : un chien court après un lièvre ; 
un lion dévore sa proie ; un tigre attaque une antilope ; un léopard 
s'élance : c'est surtout dans la représentation de ces animaux sauvages 
que l'on peut saisir l'analogie avec les mosaïques de la villa d'Hadrien 
[Centaures combattant contre des lions) ; puis ce sont des oiseaux 
tels que une perdrix rouge, un geai, un moineau, un chardonneret et un 
faucon, un perroquet; on y voit aussi des animaux inférieurs, lézards, 
serpents, grenouilles et jusqu'à des escargots. Peter Fischer n'est donc 
pas le premier qui, dans la chasse de Saint-Sebald à Nuremberg, ait 
songé à donner un rôle décoratif à ce mollusque rustique. 

Tout ce travail est exécuté avec un grand soin ; et c'est ainsi que 
pour rendre le plumage spécialement brillant du perroquet on a eu excep- 
tionnellement recours à des éléments vitrifiés. On voit que celui qui a 
commandé cette mosaïque ne lésinait pas sur la dépense et cela fait hon- 
neur à Titus Turpilius, édile de la colonie, dont le nom est inscrit dans 
un angle de l'œuvre. Cette mosaïque est placée dans une des pièces de la 
galerie des tableaux. 



42 



NIMES 



Nous avons trop d'indifférence pour nos musées de province, et le musée 
de Nîmes sans être de premier rang, sans valoir ceux de Montpellier et 
de Grenoble, serait certainement plus remarqué s'il était en Allemagne 
ou en Italie, c'est-à-dire dans des pays pour lesquels on ne croit pas que 
toutes les belles choses sont concentrées dans la capitale. Le musée muni- 
cipal s'est accru en 1875 de la 
collection Gower '. Il a reçu 
aussi de nombreux tableaux et 
dessins de M. et M""^' Salles- 
Wagner. M. et M"" Salles- 
Wagner pratiquaient tous 
deux la peinture et avaient eu 
des œuvres remarquées aux 
Salons de Paris. Ils ne se 
sont pas contentés de léguer 
leurs principales œuvres à la 
ville; ils lui ont laissé des 
sommes importantes qui ont 
servi notamment à élever une 
salle de conférences et de 
lectures (un auditorium 
comme disaient les Latins) à 
laquelle on a donné leur nom. 
Dès l'entrée du musée le 
regard est agréablement 
frappé par la Poésie légère 
de Pradier, œuvre peu sévère 
sans doute, mais dont la rare 
élégance est accentuée par 
une polychromie discrète. Il y a peu de statues aussi séduisantes. Il y 
en a peu qui témoignent d'un ciseau plus souple, d'un mouvement plus 
enlevé, plus gracieux et plus sûr : c'est un des chefs-d'œuvre du Canova 
français. 

Le Cromwell ouvrant le cercueil de Charles I" par Paul Delaroche 
eut, en son temps, le plus grand succès ; il le dut plutôt au sujet qu'au 
talent de l'artiste. Mais ce talent s'y trouve; c'est plus, quoi qu'en ait 
méchamment dit Gustave Planche, « qu'une paire de bottes devant une 

* En vertu d'un testament, mais après procès et indemnité payée à raison d'un droit 
d'usufruit légué. 




La poésie légère de Pradier. 



NIMES 



â3 



boîte à violon. » La Locuste essayant ses poisons sur un esclave 
devant Néron^ par Sigalon fut un des tableaux les plus remarqués au 
Salon de 1824. Sigalon était alors en passe de devenir le chef du mou- 
vement romantique après la mort de son ami Géricault. Cependant, 
aujourd'hui sa composition, du moins dans ce tableau, nous paraît presque 
classique ; la correction du des- 
sin nous frappe plus que la 
remarquable solidité de la cou- 
leur. Ce talent de dessinateur, 
que Sigalon devait avoir occa- 
sion de déployer dans sa copie 
dujugement dernier de Michel- 
Ange, se montre à Nîmes 
dans son Athalie, dessin à la 
sanguine supérieur à la pein- 
ture qu'on peut voir au musée 
de Nantes. C'est une œuvre 
tout à fait remarquable : la 
composition est saisissante et 
dramatique, le trait énergique 
et pur. 

Il n'y a pas de raison sé- 
rieuse de douter de l'authen- 
ticité de la Mort de Dldon 
du Guerchin. C'est une répé 
tition, à peine modifiée, du 
tableau du palais Spada à 
Rome ; mais on y retrouve 
bien le faire et le style de 

l'artiste, et l'on sait que ces répétitions ne sont pas rares. L'aspect noirâtre 
de \di Judith^ n'est pas une raison décisive pour l'enlever à Guido Reni qui 
a plus d'une fois imité Caravage; mais cette peinture banale n'ajoutera 
rien à sa gloire. Nous aurions encore à signaler dans l'école italienne, 
deux esquisses excellentes d'un peintre peu connu en France, Andréa Sac- 
chi (1598-1661), dont l'une est le projet de sa Vision de saint Romuald, 
Une des peintures les plus estimées du musée du Vatican; puis d'autres 
esquisses du ïintoret, un Jésus expliquant les prophéties du Calabrèse 

^ Locuste est bien un personnage historique. Mais ce nom est sans doute un « nom 
de guerre », il signifie « La Langouste » ; aussi bien dirait-on aujourd'hui « La Pieuvre >;. 




Cliclié BeiiiliL'iiu. 

Monument d'Alphonse Daudet, 



44 



NIMES 



et surtout un tableau anonyme qui provient de la collection Gower. 




Cliclié Beinlieim. 



Cathédrale de Saint-Castor. 



On y voit la figure en buste d'une religieuse dominicaine (costume 
blanc et noir) accompagnée de petites figures accessoires qui ne tiennent 
aucun compte de la perspective et qui, comme veut bien me le faire remar- 
quer M. La Haye, conservateur du musée de Nîmes, sont d'une autre main 



NIMES 



45 



que la figure principale et semblent'ajoutées après coup. Le tableau est 
un ex-voto ; la sainte qui est représentée est sainte Catherine de Sienne, 
fort populaire en Italie et qui appartenait à Tordre de Saint-Dominique. 




C liclié Bern'ieini, 



Église Saint-Baudile. 



A défaut de la facture, l'inscription qui l'accompagne fixerait le temps 
où le tableau a été exécuté. Cette inscription, écrite en abréviations, se lit 
ainsi : Ego Johannes Baptista Pusterula eques, precibus tuis,gallicas 
manus evasi. Il s'agit donc d'un chevalier italien qui fut fait prisonnier 
par les Français, au temps de Charles VIII ou de Louis XII, et put se 
soustraire à sa captivité. Serait-ce un compagnon de César Borgia? On 
sait que César Borgia fut laissé en otage au roi de France, et qu'il ne tarda 



46 



NIMES 



pas à s'échapper. En tout cas la peinture est bien des dernières années du 
XV' ou des premières années du xvr siècle ; c'est bien un original (chose 
à noter, car la collection Gower contient, sans les avouer toujours, un 




Église Sainte-Perpétue. 



grand nombre de copies), et il appartient à l'école de Léonard de Vinci. 
L'œuvre est assez belle pour qu'on puisse l'attribuer, par ex{nnple, à 
Marco Oggione. Une œuvre bien inférieure pour l'art, mais non moins 
curieuse est un panneau de o'",58 de haut sur o"',42 de large, donnant le 
portrait authentique de Lucrèce Borgia. Il à été l'objet d'une étude spéciale 
de Charles Yriarte, dont nous résumons les conclusions. La peinture est 
médiocre ; mais ancienne (répétition ou copie). L'inscription Lucrezia B... 
A. MV. XXVII est refaite mais peut être ancienne. La date donne lieu 



NIMES 



47 



à controverse, Lucrèce étant morte en 15 19. Mais il n'est pas douteux que 
le portrait de Nîmes représente la même personne que : i" la médaille 
attribuée à Filippino Lippi reproduisant certainement les traits de 
Lucrèce ; 2" le portrait peint se trouvant chez Monseigneur Antonelli à 
Ferrare * . 




Clicliii Cenilicim. 



Eglise Saint-P.:ul. 



Avec l'ex-voto, et le portrait dont nous venons de parler, les tableaux 
les plus remarquables de la collection Gower sont le Marché aux 
chevaux de Philippe Wouwerman qui semble appartenir au milieu de sa 
carrière, au temps où il commençait à abandonner les tons dorés pour 
les tons argentés, et une Marine de Joseph Vernet. 

C'est, comme on devait s'y attendre, l'école française qui est le plus 



^ Gaiette des Beaiix-Arfs^ 2'' périnde, XXX'" lohiiue, p. 214. 



48 NIMES 

abondamment représentée au musée de Nîmes. Nous avons déjà parlé de 
Paul Delaroche et de Sigalon. Pour le xviir aiècle, nous y trouvons 
deux chefs-d'œuvre de C. Vanloo, son portrait par lui-même et surtout 
le portrait de sa mère. C'est un des meilleurs portraits du xviii" siècle, 
comparable au portrait de femme anonyme de la collection Lacaze. Jamais 
le pinceau de C. Vanloo n'a été plus attentif, plus moelleux ; jamais il n'a 
mieux rendu la personnalité du modèle. On y reconnaît une femme, 




Hippolyte Fhmdrin. — L'égalité, chrétienne. Peinture murale de l'église Saint-Paul. 



bonne, intelligente, qui a su se faire aimer. Cette peinture fait honneur 
au fils comme à l'artiste. C'est aussi avec quelque surprise qu'on voit 
sous le nom de François de Troy une Moissonneuse couchée d'un 
réalisme quelque peu brutal qui se souvient de Rubens. 

Pierre Mignard nous donne un portrait de magistrat à la physionomie 
dure où il faut noter l'habileté dans l'agencement du costume ; Grimou, 
un portrait de jeune fille dont la légèreté et le fondu annoncent Greuze. Un 
peintre tout à fait oublié, Constant-Félix Smith, nous est signalé par une 
figure plus grande que nature, étude de femme couchée, très brune, dans 
toute la force de l'âge, avec des formes pleines confinant à l'âge mûr, 
tableau auquel il a donné, sans doute, après coup, en y ajoutant des figures 



NIMES 



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Hippolyte Flandrin. — Procession des Vierges (Église Saint-Paul). 

accessoires, le nom de Songe d'Athalie^ Il parut au Salon de 1822 en 
même temps que la Courtisane de Sigalon et le Dante et Virgile de 
Delacroix. 

Le Martyre de saint Laurent de Lehoux, nous rappelle les débuts 
de cet artiste qui n'a pas tenu ce que ses premiers tableaux pro- 
mettaient : le Martyre de saint Laurent obtint une médaille de 
1" classe au Salon de 1874 et valut en outre au jeune peintre le prix du 
Salon, 




Hippolyte Flandrin. — Procession des Martyrs (Église Saint-Paul). 



Les peintres locaux, ce qui n'arrive pas toujours (Poussin et Géricault 

* Le fils de Félix Smith s'occupa aussi de peinture. Il s'établit à Arles où il est 
mort il n'y a pas longtemps. 

4 



50 NIMES 

manquent presque complètement au musée de Rouen) occupent au musée 
de Nîmes la place qui leur est due. 

Avec Sigalon, né à Uzès, nous y trouvons Reynaud le vieux qui est 
représenté par deux des six tableaux sur la vie de saint Jean-Baptiste, 
qu'il peignit à Rome vers 1685 pour la chapelle des Pénitents noirs 
d'Avignon. La Sainte Famille de Numa Boucoiran est d'une belle 
tenue et d'une couleur agréable. Jalabert nous y montre ses italiennes 
gracieuses et mélancoliques, Maria Abru^e^^e, Metella, qui en font 
un émule d'Hébert, et aussi un échantillon de ses grandes compo- 
sitions classiques, Virgile, Horace et Varius che^ Mécène, qui fut 
longtemps au musée du Luxembourg. Jourdan et Saint-Pierre y ont 
aussi des tableaux. 

Nous retrouvons Reynaud le vieux et Xavier Sigalon à la cathédrale 
de Saint-Castor, le premier avec ses Pèlerins d'Emmaiis, le second 
avec le Baptême du Christ. 

La cathédrale de Saint-Castor, élevée en 1030, restaurée en 1096 et au 
xiir siècle, a beaucoup souffert des guerres du xvi^ et du xvir siècles, et 
a dû être en partie reconstruite. Certaines parties de sa façade sont très 
anciennes. Elle est attenante à l'évêché dont l'escalier est décoré d'une 
Assomption de Mignard. Près de là se voient des restes importants 
d'une maison romane enclavés dans des constructions plus modernes. 

On peut dire, sans préjugé, que les églises construites de nos jours 
dans la ville, valent bien sa cathédrale. L'église des Saintes-Félicité-et- 
Perpétue a été élevée sur les plans de Feuchère, mais après sa mort. Elle 
est de style ogival ainsi que l'église Saint-Baudile, œuvre de M. Mondet. 
Entre ces deux églises un square est orné du monument élevé tout 
récemment à Alphonse Daudet. 

La statue, œuvre de Falguière, se détache sur un fond de fleurs et de 
verdure. Elle est placée au centre d'un bassin circulaire, au milieu d'ar- 
bres aux branches nombreuses, chargées d'oiseaux chanteurs. Des cygnes 
dont le cou blanc et les ailes blanches semblent du même marbre que la 
blanche statue, nagent silencieusement autour du monument. On dirait 
des génies familiers chargés de sa garde. La place convient bien à ce 
romancier-poète. Il a raillé le Midi, mais il l'a aimé ; il a peint ses 
faiblesses ; mais il a contribué à sa gloire. Comment la brouille aurait- 
elle pu durer? Amantium irœ. Le monument de Daudet est la dernière 
œuvre que E"alguière ait pu achever. Déjà fort malade, il persistait malgré 
les résistances de sa famille, à partir pour Nîmes où il voulait surveiller 
la mise en place de sa statue. Ce fut son suprême effort. « Le jour de 



NIMES 



51 



l'inauguration il ne pouvait assister à la cérémonie : il la suivait de sa 
fenêtre avec tristesse ; car il devinait enfin que la force et la vie lui échap- 
paient, que son énergie et son courage étaient moins forts que la mort 
imminente ^ » 




Glinlic Beinlieiin. 



L'Immortalité, par Pradier. 



Dans un autre quartier, entre la Maison Carrée et les Arènes, l'église 
romane de Saint-Paul (i 840-1 850), une des meilleures œuvres de Ques- 
tel, contient un chemin de croix de Bosc, des vitraux de Maréchal et 
surtout les peintures exécutées par Hippolyte Flandrin avec l'aide de 
son frère Paul Flandrin. La Procession des Vierges et la Procession 
des Martyrs sont dignes des admirables cortèges de saints que le grand 

^ G. Larroumet. Notice sur Falgniere, lue à l'Académie des Beaux-Arts, 8 novem- 
bre 1902. 



52 NIMES 

artiste chrétien a développés sur les murs de Saint-Vincent de Paul à 
Paris. La Procession des Martyrs contient, avec les portraits des deux 
peintres, ceux des principaux artistes et entrepreneurs qui ont contribué 
à la construction ou à la décoration de l'église. Au fond, dans la demi- 
coupole de l'abside, une composition grande et simple, symbolisant 
l'égalité chrétienne, nous montre le Christ tendant la main à un esclave 
et à un roi agenouillés à ses pieds. M. Paul-Hippolyte Flandrin, qui 
porte si dignement un nom illustre, a bien voulu nous faciliter la repro- 
duction de ces belles peintures \ 

Parmi les monuments civils, le Palais de Justice s'est fort heureuse- 
ment inspiré de la Maison Carrée. 

Le cimetière catholique contient le mausolée de M''" Cart, œuvre de 
M. Révoil. Ce monument, de st34e gothique, est une exception. Est-ce 
une illusion ? est-ce le souvenir de tout ce que l'on a vu de romain dans 
la ville ? il semble que ce cimetière ait conservé un cachet antique. Les 
tètes de mort, les squelettes, les images eiïrayantes, que le moyen âge 
aimait, s'y montrent à peine. Le sentiment chrétien n'en est pas absent, 
pour cela : on ne peut même dire qu'il y perde. Tel tombeau nous repré- 
sente un naufragé désespéré s'accrochant à une croix battue des vagues, 
comme à son seul salut, tandis que sur les flots agités flottent les débris 
d'un navire auquel pend une main crispée ; mais le reste de l'ornementa- 
tion est composé de riches guirlandes de fleurs et de fruits bien fouillées 
et rappelant les frises romaines du musée. Ailleurs, sur l'édicule qui se 
dreisse derrière le sarcophage, une jeune femme en haut relief s'élève vers 
le ciel en tenant une palme et en jetant des fleurs sur la terre qu'elle 
quitte. Quelques-unes ont débordé et glissé sur la pierre funéraire : 

Manihus date lUia pJcnis. 
Purpureos sparfram flores. 

On va voir au cimetière protestant une belle statue symbolique de Pra- 
dier (tombeau d'Amanlier), remarquable par ses draperies : elle représente 
V Immortalité. Mais ce qui a rendu surtout le nom de Pradier populaire 
à Nîmes, c'est la fontaine de l'Esplanade dont la ville est justement fière. 

En 1 841, au moment où se construisait la voie ferrée, la municipalité 
voulut faire de ce côté une belle entrée à la ville, une entrée tentante 

* Nous avons donné plus haut pages ^18 et /\() les reproductions de trois de ces pein- 
tures, d'après les lithographies de J.-B. Poncet (Haro, éditeur). 



NIMES 



53 



pour les voyageurs. On fit tout un plan d'avenues et de voies de déga- 
gement, embellissements où l'Esplanade eut sa part. On revenait en 
partie aux projets de la fin du xviir siècle, dus à Raymond, architecte 






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Cliché lîernlieicn. 



Fontaine de Pradier. 



du roi de Toulouse'. Le 20 mai 1844, le Conseil municipal vota 50.000 francs 
pour une fontaine monumentale. La construction fut mise au concours. 
Vingt-sept projets furent exposés du 13 au 14 novembre. 

^ Les projets de Raymond datent de 1787. 11 s'agissait d"un remaniement complet 
d'une partie de la ville. L'esplanade n'était alors qu'une sorte de terrain vague. Ces 
projets, abandonnés pendant la période révolutionnaire, furent repris en l'an VIII et 
quelques travaux furent exécutés. (Voyez la Fontaine de Pradier, par Adolphe Pieyre, 
dans la Revue du Midi, 1899, numéro de novembre.) 



54 NIMES 

Le projet de Feuchère, aidé du sculpteur Klagmann, et le projet de 
Questel furent seuls réservés. Finalement celui de Questel fut adopté. 
Mais il fallut alors choisir un sculpteur. Un nouveau concours amiable 
eut lieu entre Pradier, Klagmann et Etex ; Etex se retira devant son 
maître Pradier^ qui l'emporta, peut-être à tort, sur Klagmann. 

Le monument ne fut terminé qu'en mai 1851. Les devis primitifs 
avaient été bien dépassés et l'on était loin des 50.000 francs d'abord 
prévus. La dépense totale s'élevait en effet à plus de 214.000 francs'. 
Cette générosité fait honneur à la municipalité de Nîmes. Au haut du 
monument tout en marbre, la figure de Nîmes, coiffée, non d'une cou- 
ronne murale, mais du fronton de la Maison Carrée, est debout sur un 
premier piédestal où s'appuient quatre statues (deux masculines, deux 
féminines), représentant le Rhône, le Gard, la source de l'Eure (Ura), 
et la source de la fontaine de Nîmes [Nemausa). Au-dessous, quatre 
vasques sont en partie engagées dans un piédestal plus large qui repose, 
ainsi que les pieds de ces vasques, sur un soubassement occupant le 
centre d'un bassin de 40 mètres de tour. 

Le i" juin, jour de l'inauguration, l'adjoint au maire de Nîmes, 
M. Vidal, prononça les paroles suivantes qui seront la conclusion natu- 
relle d'une étude sur cette ville artistique : 

« Puisse la ville de Nîmes, dit-il, marcher constamment dans la noble 
voie où depuis un siècle elle a accompli de si éclatants progrès ! Puisse- 
t-elle, toujours assurée comme aujourd'hui de l'autorité supérieure, ne 
jamais séparer le beau de l'utile. Ce principe d'administration doit être 
sacré pour nous : il en est en quelque sorte notre glorieux patrimoine ; car 
il est gravé sur chaque pierre des monuments que nous ont légués nos 
aïeux ! » 

^ Exactement 214 963 fr. 55. 




Cliché Févrot 



Arles. Vue générale. 



ARLES 



« Arles à cette heure tu es moissonneuse et, couchée sur ton aire, tu 
rêves avec amour de tes gloires anciennes ; mais tu étais reine alors et 
mère d'un si beau peuple de rameurs que le vent mugissant ne pouvait 
traverser l'immense flotte de ton port. Rome t'avait vêtue à neuf de 
pierres blanches bien assemblées. Elle avait mis à ton front les cent 
vingt portes de tes grandes arènes : tu avais ton cirque ; tu avais, prin- 
cesse de l'empire, pour distraire tes caprices leS:, pompeux aqueducs, le 
théâtre et l'hippodrome, » 

Ainsi s'exprime le grand poète cher à la Provence, Frédéric Mistral. 
Ici le poète n'est qu'un historien. Il y a peu de villes qui aient été plus 
brillantes. Il y en a peu qui se recommandent de plus de glorieux souve- 



56 ARLES 

nirs. Arles [Arelate] était, au temps de César, une importante cité gau- 
loise où la population celtique était fortement mêlée d'éléments grecs. 
Après la conquête, César y établit, de même qu'à Narbonne, une colonie. 
Comme les colons envoyés à Arles étaient des vétérans appartenant à la 
sixième légion, on l'appela Arelate Sextanorum '. 

Arles était alors une ville maritime. Sans être juste au bord de la mer, 
elle était mise en relation avec la Méditerranée par deux branches du 
delta du Rhône, plus courtes, plus larges et plus profondes qu'aujourd'hui. 
La branche orientale s'élargissait à la hauteur de la ville en un vaste 
bassin qui s'étendait à l'est jusqu'au pied de l'ondulation de terrain qui 
porte maintenant les ruines de l'abbaye de Montmajour. Les plus grands 
navires, navires de guerre ou de commerce, alors en usage — il est vrai 
qu'ils étaient beaucoup moins grands qu'aujourd'hui — pouvaient y 
accéder librement. Les variations considérables de nos côtes depuis les 
temps historiques ont été vainement contestées et ces transformations de 
la région méditerranéenne n'ont rien de plus paradoxal que celles qui ont 
modifié notre rivage Atlantique. Au temps où Arles était un port de mer, 
le Médoc était une île et le Poitou occidental un golfe. Quoi qu'il en soit, 
Arles au temps de César avait déjà des chantiers de constructions navales 
assez importants pour que le proconsul pût y faire construire en trente 
jours douze galères destinées à agir contre Marseille qui s'était déclarée 
pompéienne. Lorsque Marseille vaincue eut été dépouillée par Jules 
César de ses privilèges et d'une grande partie de son territoire, Arles 
était prête à profiter de cette décadence. Elle fut la rivale de Narbonne, 
dont la situation a encore plus changé aujourd'hui, et elle joua en somme 
dans la Méditerranée occidentale le rôle que reprit plus tard la cité 
phocéenne. Sous l'Empire, un Préfet de la Navigation du Rhône résidait 
à Arles. Des flottes venues de l'orient, de l'occident et du sud abor- 
daient dans son port ; et, par la vallée du Rhône, qui était alors comme 
aujourd'hui, mais plus exclusivement, la grande voie de communication 
entre le Nord et le Midi, elle recevait les marchandises des régions 
septentrionales de l'Europe voiturées à travers la Gaule ou transportées 
par eau depuis Cabillonum (Chalon-sur-Saône). C'est par là qu'arrivait 
surtout l'étain qu'on allait chercher en Angleterre et probablement 
l'ambre du Samland (côie sud de la Baltique) . 

^ Colonia Julia Patenta Arelate Sextanorum. Elle était rattachée à la tribu Teren- 
tina. Le nom d' Arelate pourrait indiquer aussi une origine ligure (voy. Klipert, Al te 
géographie, § 440, note i). Le poète Avienus {Ora maritima, v. 679), dit qu'elle prit 
plus tard le nom de Theline, lorsque les Grecs vinrent y habiter. 



ARLES 57 

L'activité de la navigation sur les fleuves ou rivières à eau peu pro- 
fonde ou sur les étangs qui existaient déjà le long de la côte de la Médi- 
terranée était favorisée par l'emploi de radeaux allégés au moyen d'outrés 
gonflées, comme on le voit encore sur le Nil. Les inscriptions nous attes- 
tent l'importance qu'avait alors dans la région d'Arles, la corporation des 
Utriciilarii dans lesquels il ne faut pas voir ici des fabricants d'outrés. 
Donc Arles s'enrichissait à la fois par la navigation fluviale et la naviga- 
tion maritime. 

Une ordonnance d'Honorius, un texte officiel de 418, s'élève jusqu'au 
ton lyrique pour célébrer cette prospérité commerciale. « Si avantageuse 
est la situation d'Arles, si grand est le trafic qui s'y fait qu'on y apporte 
sans difficulté les denrées de tous les pays. Tout ce que l'Orient, tout ce 
que l'Arabie aux parfums pénétrants, tout ce que l'Assyrie expose de 
luxe, tout ce que l'Afrique au sol si riche, tout ce que l'Espagne la belle 
et la Gaule féconde peuvent produire, tout cela se rencontre à Arles en 
une aussi grande abondance que dans les pays d'origine. » 

Comme il arrive presque toujours, le développement du commerce ne 
tardait pas à amener le développement de l'industrie et Arles devenait un 
des plus grands centres industriels de l'empire, par ses tissus, ses tapis- 
series artistiques, ses étoffes d'or et d'argent. Elle possédait même des 
fabriques impériales ^ Remarquons aussi que dès le début de l'empire sa 
charcuterie était fort recherchée même en dehors des Gaules. C'est aujour- 
d'hui son principal produit d'exportation. 

La cité d'Arles avait sous sa juridiction un territoire considérable et on 
a trouvé à quelques lieues d'Aix une borne indiquant qu'elle s'avançait 
jusque-là : actuellement Arles est encore la commune la plus étendue de 
France. Constantin le Grand, ayant succédé à son père Constance Chlore 
dans le gouvernement des Gaules en 306, laissa à Trêves le rang de capi- 
tale, mais transporta sa résidence personnelle à Arles, d'où il pouvait 
surveiller de plus près ce qui se passait en Italie. Il y éleva un palais et 
d'autres monuments dont nous signalerons plus loin les restes. Après 

* Une fabrique de monnaies ; une fabrique d'orfèvrerie et d'armes de luxe ; une 
fabrique de tissus. Voy, Notitia dignitatum utriusqiie imperii : Ch. XI, 33, 43, 54, 74 ; 
Ch. XLII, 14, éd. d'Otho Seeck. Comparer ; Ch. XI, C, n-^ 11, éd. Bœcking. Arles, aux 
temps romains, était renommée, aussi pour la culture intellectuelle de ses habitants. 
Pline parle avec éloge de Paulinus d'Arles. Aulu-Gelle nous résume ses entretiens avec 
le philosophe Phavorinos qui lui décrivait en connaissance de cause le Mistral, ce vent 
terrible alors comme aujourd'hui et que, comme nous l'apprend Strabon, on appelait le 
Borée noir. La moderne municipalité de la ville a donné à une de ses rues le nom de ce 
compatriote trop oublié, mais elle l'a modernisé familièrement. C'est la rue Favorin. 
Eusèbe vante l'éloquence de Pomérius et de Claudius Quirinalis. 



58 



ARLES 



que ses succès sur Maxence lui eurent donné la ville de Rome, alors 
même que plus tard il eut placé à Byzance la nouvelle capitale de 
l'empire, il n'oublia pas pour cela la ville qu'il avait aimée et qui avait 
pris par reconnaissance le nom de Constantina. Il continua à l'embellir 

et à l'agrandir et sa 
splendeur fut telle qu'on 
l'appela la « Rome Gau- 
loise ». 

C'est alors que se 
développa, sur la rive 
droite du fleuve, le quar- 
tier appelé aujourd'hui 
Trinquetaille qui fut 
comme une seconde ville 
d'Arles : la ville des 
mariniers, des ouvriers, 
des gens d'affaires, en 
face de la ville de l'aris- 
tocratie , des rentiers , 
des plaisirs et du gou- 
vernement. De là le 
nom de duplex Arelas 
que lui donne le poète 
Ausone dans son poème 
ou plutôt sa réunion de 
petites pièces sur les 
villes les plus nobles du 
monde romain [ordo ce~ 
lebrium tirbium) parmi 
lesquelles il ne comprend que dix-sept cités dont Arles. Elle s'accrois- 
sait, de génération en génération, de tout ce que perdait Trêves, menacée 
de plus en plus par les barbares. Sous Honorius, une ordonnance dont 
nous avons plus haut reproduit un passage, se fondant sur l'heureuse 
situation et la richesse de la ville, y transportait le siège de l'assemblée 
annuelle des représentants des provinces gauloises, enlevant ainsi offi- 
ciellement à Trêves son rang de capitale. 

Arles était déjà à cette date un des principaux centres religieux de l'église 
latine. C'est peut-être même la première ville gauloise qui ait connu l'évan- 
gile. La tradition d'après laquelle les disciples immédiats du Christ, Made- 




Cliché Tourel. 



Arlésienne coiffée de « la cravate ». 



ARLES 59 

leine, Marthe et Lazare auraient débarqué en Provence sur le territoire de la 
commune d'Arles au point appelé aujourd'hui les Saintes-Maries-de-la-Mer 
prend une grande vraisemblance depuis que les ingénieurs et les géologues 
ont prouvé que, la différence des régions immédiatement voisines, la côle 
des Saintes-Mariés n'a- 
vait pas sensiblement 
varié depuis deux mille 
ans ; depuis que de leur 
côté les érudits ' ont 
reconnu dans un tombeau 
trouvé près d'Arles (à la 
GayoUe) un sarcophage 
chrétien du premier siè- 
cle et qu'ils ont admis 
l'authenticité longtemps 
contestée de l'inscription 
découverte sur l'empla- 
cement de l'église des 
Saintes-Mariés. 

Plus tard Arles eut 
pour évèque saint ïro- 
phine et dès le iv" siècle 
elle avait été le siège de 
deux conciles en 314 et 
353. Elle devait en avoir 
dix-neuf, le dernier en 
1275. Elle ne souffrit 
pas trop de la grande 
invasion des Barbares ; 

car, au milieu du v*" siècle, au temps d'Attila, le pape saint Léon le Grand 
constatait dans une de ses lettres « que l'on va à Arles de tous les points 
pour s'y fournir de tout » et le puissant roi Wisigoth Euric, qui s'en 
empara en 480, en faisait une de ses capitales. Elle fut plus maltraitée 
par les Sarrasins qui heureusement ne purent s'y établir. En 879 elle 
devenait une des principales villes du royaume de Bourgogne cisjurane. 

En 930, la Bourgogne cisjurane était réunie au royaume de Bourgogne 
transjurane et formait le royame des deux Bourgognes ou royaume 




Cliché Tourel. 



Arlésienne coiffée du « ruban ». 



^ V. Camille Julian. Journal des Savants, août 1889, p. 504^ 



6o ARLES 

d'Arles. Le royaume d'Arles fut légué par Rodolphe III à l'empereur 
Conrad II qui en devenait le souverain à sa mort (1032). Conrad ne 
manquait pas de se faire couronner solennellement roi d'Arles (1033) et de 
faire partager ce titre à son fils (1038). Au siècle suivant (1156), l'illustre 
Frédéric Barberousse cherchait à assurer l'autorité des empereurs 
d'Allemagne sur le pays en épousant Béatrice de Bourgogne. 

Le fait que la ville d'Arles donnait son nom à un royaume, montre 
quelle était encore son importance, quoique le retrait de la mer aussi 
bien que les révolutions politiques eussent commencé sa décadence. 
Cependant la cité avait profité, en un sens, des troubles dont le pays 
avait été le théâtre et des compétitions dont il avait été l'objet pour 
défendre ou reconstituer ses libertés municipales. La tradition romaine 
à cet égard ne s'était jamais complètement perdue. Dès le xi'' siècle, Arles 
a un corps délibérant qui traite avec les seigneurs. Les luttes des papes 
et des empereurs, les rivalités des comtes de Provence et des arche- 
vêques d'Arles, favorisent le développement de ses privilèges. Elle est 
une des premières villes à adopter le consulat ; on l'y trouve définiti- 
vement établi dès 1131. Nous n'avons pas à suivre dans" ses péripéties, 
l'histoire de la commune d'Arles à laquelle Charles d'Anjou devait enlever 
l'indépendance politique en 1250, tout en lui laissant en partie son indé- 
pendance administrative. Mais il est bon d'indiquer le soin avec lequel 
les Arlésiens se rattachaient aux souvenirs romains. Sous Louis XIV 
on les accusait d'avoir des sentiments républicains ^ et l'archevêque 
d'Arles^ se plaint en 1700 de l'arrogance des « consuls » de son temps, 
bien petits personnages cependant à côté de ceux du XII" siècle. « Ils 
sont, dit-il, vifs, glorieux entreprenants. Ils se souviennent qu'Arles 
était une colonie romaine et croient être d'après (sic) ces fiers consuls 
romains qui gouvernaient autrefois l'univers. » 

Arles n'était déjà plus à cette date qu'une médiocre ville de province. 
Elle conservait cependant un air de capitale et un cachet d'aristocratie 
nobiliaire et même intellectuel, comme l'atteste l'histoire de son académie 
consacrée par des lettres patentes de Louis XIV, académie où les 
femmes étaient admises et dont fit partie M"" Deshoulières. La Révo- 
lution détruisit tout cela. Aujourd'hui elle doit se contenter d'avoir rem- 
placé Tarascon, comme sous-préfecture après avoir été simple chef-lieu 
de canton. Mais elle a ses antiques monuments qui rappellent son ancienne 
gloire. Elle a la beauté proverbiale de ses femmes. 

^ Lettre du coadjuteur d'Arles au contrôleur général Le Pelletier, 4 nov. 1687. 
^ Lettre de F Archevêque d'Arles au contrôleur général Chamillard, l'i avril 1700. 



ARLES 6i 

On a voulu distinguer trois types d' Artésiennes correspondant à 
trois des peuples qui ont occupé le pays : le type grec, le type romain 
et le type arabe ou sarrasin. Nous ne nions pas qu'on ne puisse trouver 
à Arles des types qui rappellent l'Afrique ou l'Asie musulmane. Mais ce 
n'est là qu'une exception. Si l'on admet une classe spéciale d'Arlésiennes 
du type arabe, pourquoi alors ne pas ajouter à la liste : le type ligure, 
le type phénicien, le type celtique. Aussi bien la dénomination de type 
celto-grec nous paraît être celle qui conviendrait le mieux au type qui 
domine en pays d'Arles et la transition successive est frappante, pour la 
coupe du visage et les formes du corps, entre le type arlésien et le type 
franchement celtique, aux yeux du voyageur, qui, parti de la Provence 
maritime, passe par le bas Languedoc et la région des Cévennes méridio- 
nales pour arriver au plateau central. Cependant, pour nous qui sommes 
habitués au type celtique, ce qui frappe tout d'abord un observateur non 
prévenu, c'est le grand rapport du t3'pe de l'Arlésienne avec le type grec. 
C'est le grec qui dans ce mélange des races a imposé surtout sa marque. 
Ce point admis, si l'on observe avec plus d'attention, on distinguera deux 
types secondaires. L'un est un peu court, aux formes admirablement pro- 
portionnées, mais pleines et ramassées, il n'est ni romantique ni chiffonné 
et ne rappelle en rien le roseau ondulé qui est encore trop exclusivement 
à la mode ; au premier abord il aurait je crois peu de succès dans un salon 
parisien. C'est parmi ces Arlésiennes que l'on trouve les cheveux les 
plus noirs, les yeux les plus foncés et les plus brillants, les nez les plus 
droits avec le bout carré et légèrement relevé, les fronts les plus larges. 
Dans l'autre type, l'aspect est grec aussi et l'est même davantage pour les 
proportions du corps, car la taille est plus élancée ; mais le nez est plus 
long et parfois un peu arqué au milieu, les cheveux sont moins foncés et 
parfois blonds, la physionomie ne laisse pas d'avoir quelque mélancolie ^ 
Il est difficile de dire quel est celui des deux qui l'emporte ; mais, lorsque 
le peintre Cot a voulu personnifier l'héroïne de Mistral, c'est dans le 

* Voici quelques-uns des traits caractéristiques que le docteur Lagneau attribue à 
la race grecque et où l'on reconnaîtra aussi bien le type de l'Arlésienne :... Crâne régu- 
lièrement ovale, à région frontale large, verticale, élevée, sans bosses apparentes, sans 
saillies sourcilières notables ; cheveux bouclés, brillants, souples ; sourcils... longs, 
bruns, arqués ; yeux grands, vifs, allongés, de couleur souvent foncée ; nez droit fai- 
sant suite au front sans saillie appréciable des os carrés, sans dépression à la racine, à 
extrémité antérieure plus ou moins régulièrement carrée, peu saillante ; bouche petite à 
lèvres bien accentuées ; dents complètement verticales formant une double arcade par- 
faitement régulière ; menton arrondi ; visage régulièrement ovale ; développement har- 
monique de toutes les parties de la face (distance égale de la racine des cheveux à la 
igné sourcilière, des sourcils au bord inférieur du nez, du bord inférieur du nez au bord 



62 



ARLES 



second type qu'il a été chercher sa Mireille. La jeune fille qui lui a servi 
de modèle poursuit le cours de sa vie à Trinquetaille. Son existence et 
celle de l'amie de Vincent ont été bien différentes ; car elle est mariée 
pour la deuxième fois. 

Quelle que soit la beauté des Arlésiennes, il serait injuste de leur 
sacrifier les femmes du reste de la Provence et même de la rive droite du 




Cliché Tourel. 

Palais de Constantin. Vue de la façade Nord depuis sa récente restauration. 

Rhône. Lorsque Racine, retiré à Uzès chez son oncle le chanoine, atten- 
dait patiemment, avec des dispositions fort peu ecclésiastiques, le bénéfice 
qu'on lui laissait espérer, il ne se faisait pas faute d'ouvrir les yeux et de 
regarder autour de lui. Il écrivait à son ami La Fontaine, un amateur qu'il 
savait intéresser tout particulièrement par ces détails : « Je ne me saurais 
empêcher de vous dire un mot des beautés de cette province. On m'en 
avait dit beaucoup de bien à Paris ; mais, sans mentir, on ne m'en avait 



inférieur du menton) ; cou cylindrique, etc. Voy. Lagneaux, Anthropologie de la France 
dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales deDechambre etJ.erebouUet. 
Voy. aussi Deniker, Les Races humaines. Grâce à l'obligeance de M. Tourel, nous 
pouvons donner ici le portrait d'une Arlésienne parfaitement authentique, ApoUonie Ch... 
qui, à Arles même, était célèbre par sa beauté et qui portait, on le voit, un prénom grec. 



ARLES 



b3 



encore rien dit auprès de ce qui en est et pour le nombre et pour l'excel- 
lence ; il n'y a pas une villageoise, pas une savetière qui ne disputât de 
beauté avec les Fouilloux et les Menneville. Si le pays de soi avait un 
peu de délicatesse et que 
les rochers y fussent 
moins fréquents, on le 
prendrait pour un vrai 
pa3^s de Cythère. Toutes 
les femmes y sont écla- 
tantes et s'y ajustent d'une 
façon qui leur est la plus 
naturelle du monde. Et 
pour ce qui est de leur 
personne, 

Color verus, corpus solidum 
et succi plénum ^ » 

Racine avait raison 
de parler ainsi des femmes 
des environs d'Uzès : 
disons seulement que ce 
portrait s'appliquerait en- 
core mieux aux filles 
d'Arles. Le poète qui 
devait réaliser dans leur 
grâce souveraine Andro- 
maque et Bérénice n'hé- 
site pas, comme on l'a vu, 
à comparer les paysannes 

et les ouvrières de la basse vallée du Rhône aux beautés les plus en vue 
de la cour. En effet leur grand air nous frappe encore aujourd'hui. Ainsi 
Mistral dans ses Isclo d'or : 

« Je vous le dis et vous m'en croirez. La jeunesse dont je parle était 




Cliché Tourel. 

Palais de Constantin. 
Vue intérieure de la salle absidiale depuis les déga- 
gements récents. 



^ Cette lettre est datée du ii novembre 1661. Le vers latin qu'elle contient est 
emprunté à VEunuque de Térence (acte II, scène iv, vers 26;. M'"^^ du Fouilloux et de 
Menneville étaient filles d'honneur de la reine mère Anne d'Autriche. Soixante ans plus 
tard Saint-Simon parlait encore de la renommée de beauté d'Ange Bénigne de Meaux 
du Fouilloux, devenue duchesse d'Alluye. 



b4 ARLES 

une reine ; car vous saurez qu'elle avait vingt ans et qu'elle était 
d'Arles. » 

On les oubliait un peu cependant ces filles d'Arles lorsque Mistral et 
Gounod sont venus donner un nouveau lustre à la patrie de Mireille et 
que la musique de Bizet a réveillé partout le souvenir de VArlésienne. 
Par là l'attention a été plus vivement attirée sur les curiosités artistiques 
et archéologiques de la ville ; toutes les renommées se tiennent. 

Un grand nombre de ses monuments ont disparu mais les archéo- 
logues ont pu souvent déterminer leur place et des débris en ont été 
retrouvés. 

L'ancien forum a porté longtemps le nom de Place des Hommes 
pour prendre ensuite un nom plus savant qui rappelle son origine : 
Place du Forum ^ Il n'est plus depuis longtemps le centre social de la 
ville, le lieu favori des Arlésiens pour la flânerie et la conversation, 
choses toujours chères aux peuples du Midi. On ne s'y réunit plus pour y 
parler politique et affaires ou y entendre des commérages. La place des 
Hommes a été remplacée à cet égard par la promenade des Lices (/ Liço 
d''Arle). Ce forum était entouré de portiques et constructions à deux 
étages, l'étage supérieur étant occupé par des galeries, l'inférieur, par 
des boutiques. L'ancien forum était beaucoup plus étendu que ne l'est 
aujourd'hui la place des Hommes ; et l'on a retrouvé des arcades et 
des fragments divers des édifices qui le décoraient non seulement dans 
le sol même de la place et dans les caves des maisons qui la bordent 
(voûtes intéressantes à l'hôtel Pinus), mais sous les rues voisines. Les 
seules parties apparentes qui en subsistent sont deux colonnes corin- 
thiennes, supportant un riche entablement orné de rinceaux, d'oiseaux 
divers et de feuilles d'eau, le tout couronné d'un fragment de fronton. 
Ces colonnes, quoique la chose ait été contestée, sont probablement 
à leur place primitive et paraissent avoir appartenu aux anciens « ther- 
mes^ ». 

En dehors même de ces riches constructions qui le bordaient, le 
forum était orné de statues. Au v° siècle, leur nombre était assez grand 
pour que l'on pût, en se faufilant entre elles, éviter de se rencontrer avec 
ceux qu'on ne voulait pas saluer ou reconnaître. Sidoine Appollinaire, le 

* Il a porté au xviii*' siècle le nom « de place Saint-Lucien » et a été aussi appelé, 
comme les anciens forums de plus d'une ville d'Italie, « la place aux Herbes ». 

2 Voir le plan d'Arles gallo-romain de M. Véran dans le volume du Congrès archéo- 
logique de 1876. 



ARLES 



65 



bel esprit du temps, que les Arlésiens accusaient de les avoir calomniés, 
en fit l'épreuve et, étonné de cet accueil dans une ville qui l'avait tou- 
jours très bien reçu, s'informa de la cause de ce changement et put 
se disculper. 

« Au centre, dit M. Lenthéric, se dressait la colonne honorifique de" 
Constantin. Vis-à-vis était le palais du Prétoire sur les fondations duquel 




Place Royale. — Église Sainte-Anne (Musée Lapidaire). — Hôtel de ville. 
Obélisque du cirque. — Église Saint-Trophime. 



on a construit l'église et le cloître de Saint-Trophime et l'ancien arche- 
vêché. Derrière s'élevait la coupole du Panthéon dont quelques amorces 
de soubassement, enfouies dans des caves presques remblayées, permet- 
tent cependant de rétablir la forme primitive à peu près semblable, sauf 
les dimensions, au célèbre Panthéon d'Agrippa. » 

Plus loin se trouvait un édifice qui était peut-être une Basilica argen- 
taria, c'est-à-dire un lieu de réunion pour les affaires, surtout pour les 
affaires de banque, une sorte de Bourse. On connaît l'existence, mais il 
ne reste à peu près rien, des Thermes, de la Naumachie, des temples de 

5 



66 ARLES 

la Bonne déesse, de Rome et Auguste, de Mars, de Diane, de Jupiter, 
du temple de Mithra. L'arc de Constantin, qui était déjà très dégradé, 
fut complètement détruit en 1643 pour l'élargissement d'une rue. Un 
autre arc dit V Arc admirable qui donna son nom à un hôpital bâti dans 
son voisinage, existait encore en 1224, mais disparut lorsqu'on recons- 
truisit d'une façon générale les remparts de la ville (1263). Il se trouvait 
sur l'un des côtés de la place Saint-Esprit qui portait encore au xv*" siècle 
le nom de « Planet de l'Arc admirable ^ y>. 

Des fouilles faites en 1902 près de la porte de l'Aure ont donné, 
entre autres débris intéressants, de magnifiques fragments de corniches, 
des tambours de colonne sculptés. On y voit des guerriers armés et des 
vignes grimpantes becquetées par des oiseaux. Ces fragments, dit 
M. Véran, proviennent d'un arc de triomphe de proportions colossales et 
d'une riche ordonnance architecturale, et tout porte à croire qu'ils ont 
fait partie de l'Arc admirable'. 

Ces débris ont été classés et disposés méthodiquement dans le théâtre. 
On y voit aussi une « frise des aigles ». 

Devant « l'Arc admirable » passait la route de Nîmes qui franchissait 
le Rhône sur un pont construit par Constantin et dont on voit encore un 
fragment de culée sur la rive droite du fleuve à Trinquetaille. Sur la 
rive gauche, le pont aboutissait près du pont métallique du chemin de fer 
d'Arles à Montpellier par Lunel, en amont du « Grand Prieuré ». 

A quelque distance en aval, se trouvait le palais impérial dont il 
existe encore des constructions assez importantes englobées et en grande 
partie cachées dans les maisons voisines, ainsi qu'une abside circulaire 
mieux dégagée qui domine le Rhône. Cette abside porte le nom en appa- 
rence bien vulgaire de la Trouille. Mais ce mot « la Trouille » n'est 
autre que le mot latin trollia ou trullum ; c'est le nom du palais 
impérial de Constantinople dans lequel se tenait en 692 le célèbre 
concile dit in trullo. Le palais d'Arles n'était sans doute pas compa- 
rable à celui de Constantinople ; mais c'était un édifice magnifique, et 
les fouilles récentes de M. Véran permettent de se rendre compte de ce 
qu'il devait être \ Il est de petit appareil, mais cet appareil est riche et 

' E. Fassin, le Musée, 1876, p. 217. 

- Voy. un article du journal arlésien le Forum Républicain (11 octobre 1902) et le 
Bulletin de la Société des Amis du vieil Arles (juillet 1903). La porte de YAure (et 
non pas de Laure) veut dire la porte du vent {aura) et n'a rien à voir avec l'héroïne de 
Pétrarque. 

•' Voir le Bulletin de la société du vieil Arles, janvier 1904. 



ARLES 6; 

soigneusement établi, avec des dispositions variées où les pierres alter- 
nent avec les briques. On aperçoit encore au haut des murs quelques 
parties d'une belle corniche. M. Véran vient de nous rendre la grande 
salle d'apparat qui n'a pas moins de 20 mètres de longueur sur 12 mètres 
de largeur avec une hauteur de 17 mètres. Elle n'a plus ses statues, ses 
colonnes de granit, ses frises dont parlent d'anciens témoignages et, de 
son revêtement de marbres de couleur, il ne reste qu'une partie du 




Clii-|]u ClLltiMullrUl. 



Restes d'aqueduc romain à Barbegal. 



pavé. Sous ce pavé s'étend un étage en sous-sol de i'",50 de haut 
destiné à servir d'hypocauste , c'est-à-dire de calorifère. Pour chauffer 
l'immense salle dans toute sa hauteur, des cheminées destinées au passage 
de l'air chaud (on les voit encore) avaient été ménagées dans l'épaisseur 
des murs verticaux. Signalons aussi l'amorce d'un escalier tournant en 
spirale, un escalier à vis, comme les aimait le moyen âge. Cet escalier 
avait été découvert en 1886 par l'architecte Révoil et l'on pouvait se 
demander si ce n'était pas une addition de l'époque féodale. Mais, suivant 
l'opinion non contestable de M. Véran, c'est bien une construction 
romaine '. 

1 A Textérieur on a trouvé les restes d'une rangée de corbeaux de pierre qui présentent 
cette particularité d'être percés de trous, mais de trous qui ne traversent pas la pierre et 
dont l'ouverture est tournée vers le bas. Ils ne pouvaient donc porter des mâts ou des 



68 



ARLES 



Quoi qu'il en soit, le palais d'Arles rappelle tout  fait, pour le carac- 
tère comme pour les procédés de construction, le palais de Trêves. 

Sur les bords du Rhône également , s'allongeait parallèlement au 
fleuve, le Cirque. Son emplacement est traversé aujourd'hui par le bou- 
levard des Lices , nom caractéristique rappelant les luttes et les jeux 




Cliché Fùvrot. 



Arènes fvue extérieure) 



qui s'y donnaient autrefois. L'obélisque qui se voit aujourd'hui sur la 
Place royale provient de ce cirque ; il était enfoui depuis longtemps dans 
la terre, lorsqu'on le découvrit en 1389, près de la porte de la Roquette. 
Il ne paraît pas qu'on s'en soit autrement occupé. Car Charles IX, dans 
le voyage qu'il fit à travers la France, ayant passé par Arles en 1564, 
on trouve dans les comptes du trésorier de la ville pour cette année : 
Dépense faite pour déterrer l'obélisque enfoui dans le jardin Fulcrand de 
Loste, près de la porte de la Roquette ; « laquelle pierre le roi notre sire 

drapeaux. On se demande à quel usage ils pouvaient servir : peut-être à maintenir dans 
le haut les pivots des fermetures, qui s'appuyaient et jouaient sur des blocs en pierre 
formant balcon au-dessous des trois grandes ouvertures de l'abside (Voy. grav. p. 62). 



ARLES 



69 



vollut veoir » ; et encore : « salaire de 1 5 hommes qui ont déterré cer- 
taine pierre appelée pyramide dans le jardin Fulcrand de Loste * ». 
Lorsque Charles IX et sa mère allèrent la voir, le premier consul leur 
débita une belle harangue. L'obélisque fut transporté et dressé oîi il est à 




Cliché Févrot. 



Arènes intérieures un jour de courses de taureaux. 



présent par l'architecte Peytret, en 1676. Le 20 mars de cette année, « on 
le leva avec tant d'adresse, dit Bruzen de la Martinière, qu'en moins d'un 
quart d'heure il fut posé sur un pied-d'estal de vingt pieds de haut et 
consacré à Louis-Legrand ». Ce monolithe a 15'", 7 8 de hauteur et i'",66 
de côté à la base. Son stylobate actuel de 4™;,54 de haut, date de 1829 
et est décoré de quatre lions en bronze par Dantan. L'ancien piédestal, 
orné d'inscriptions en l'honneur de Louis XIV, rédigées en beau latin 
par Pellisson, avait été complètement dégradé au moment de la Révo- 
lution. La pyramide était surmontée alors d'un globe d'azur parsemé de 
fleurs de lys d'or avec un soleil, symbole du roi. 

^ Archives de la ville d'Arles, CC, 573 et CC, 325. 



70 ARLES 

Cet obélisque est en granit. Il était naturel de penser qu'il avait été 
taillé dans les carrières voisines de l'Esterel, mais on sait aujourd'hui 
qu'il provient d'Egypte. 

Il y a une quarantaine d'années, MM. Révoil et A. Véran ont dû 
refaire la pointe, le pyramidion de l'obélisque, tel qu'on le voit aujour- 
d'hui. Croyant, comme tout le monde, que l'obélisque était en granit de 
l'Esterel, ils ont fait venir des carrières de ce pays la pierre nécessaire. 
Mais, lorsqu'il s'est agi d'ajuster ce nouveau pyramidion (l'ancien avait 
été supprimé lorsqu'on avait placé sur le monument le soleil de 
Louis XIV), ils se sont aperçus que l'obélisque était fait d'un autre 
granit. Le granit que la tranche montrait à vif et avec sa couleur natu- 
relle présentait tous les caractères de la syénite, dont est fait l'obélisque 
de Louqsor : d'aspect saumoné, il faisait avec le granit gris de l'Esterel 
qui le surmonte aujourd'hui le plus frappant contraste. Si l'obélisque 
d'Arles n'a pas à l'extérieur la teinte rosée de son confrère de la place 
de la Concorde, c'est que son trop long séjour dans les alluvions du 
Rhône l'a recouvert d'une mince couche de calcaire qui cache sa couleur 
naturelle'. L'obélisque d'Arles est bien un obélisque romain en ce sens 
qu'il a été taillé du temps des Romains et pour un usage romain ; mais 
il a été fait en Egypte ou avec du granit apporté d'Egypte. D'ailleurs 
les monuments romains contiennent souvent des matériaux venus de 
fort loin. A Arles même, les colonnes du théâtre venaient d'Afrique'. 

Le boulevard de la Lice ou des Lices se prolonge vers l'Est et passe 
non loin de l'enceinte romaine dont des parties importantes plus ou moins 
modifiées par des destructions où des constructions postérieures existent 
encore. 1^3, porta aqiiaria fermée aujourd'hui et qui n'est plus au niveau 
de la route a été bouchée ; mais ses deux tours ont été conservées. Elles 
ont été reconstruites à la fin du moyen âge et au xvi^ siècle. On saisit 
très bien la différence des constructions romaines (forme ronde, gros 
matériaux) avec les constructions plus récentes (petit appareil, forme 
polygonale des murs). Les constructions modernes sont tantôt super- 
posées, tantôt juxtaposées aux antiques et une même tour peut être en 
partie circulaire, en partie prismatique. Mais, les parties modernes des 

^ Remarquons cependant que, au xvii" siècle l'origine égyptienne de l'obélisque 
d'Arles était généralement admise. Bruzen de la Martinière, dans son Grand diction- 
naire géographique historique et critique, appuie cette opinion justement sur cette 
constatation « qu'il est fait d'une même sorte de marbre [sic) » que ceux qu'on a 
transportés des bords du Nil à Rome. 

^ Comparer le théâtre d'Orange (voy. p. 184). — Une piirtie de la Meta du cirque se 
voit au musée. Des fouilles faites en 1902 en ont mis au jour de nouveaux fragments. 



ARLES 



tours, comme des remparts, sont souvent composées de matériaux antiques 
et de larges pierres bien taillées apparaissent en grand nombre au 
milieu de murs d'appareil plus petit et plus irrégulier. On a fait aussi 




Cliché Ghateiiuiieuf. 

Galerie supérieure (1°'' étage) et vue de la galerie inférieure. 



entrer dans l'intérieur de la maçonnerie des tronçons de fûts de colonnes 
et de corniches sculptées enlevés pour la plupart au théâtre. Ce fait a 
été constaté notamment il y a quelques années lorsque l'on a abattu quel- 
ques mètres de la muraille près du théâtre pour élargir une rue ' . 

^ On agit de même à Athènes, lorsque Thémistocle la fit fortifier précipitamment après 



72 ARLES 

La porte aquaria, comme son nom l'indique, était le point où aboutis- 
sait l'aqueduc qui alimentait la ville. Arles, par sa position entre le Rhône 
et les étangs, ne manquait pas d'eau à sa proximité et en avait même 
plus qu'elle n'en voulait ; mais ce n'était pas une eau bien limpide et l'on 
s'étonne qu'une ville romaine de cette importance ait attendu si longtemps 
avant d'avoir des eaux de source en abondance. Tandis que Nîmes, qui 
possédait cependant déjà sa fontaine de Nemausus avait été chercher, 
au delà du Gard, peut-être dès le temps d'Auguste, les eaux de l'Eure, ce 
n'est que sous Constantin qu'Arles jouit d'un bienfait analogue. Il est 
vrai qu'alors on fit très bien les choses. On alla jusqu'à la chaîne des 
Alpilles chercher les eaux les plus pures de la région. L'aqueduc prin- 
cipal commençait sur le versant nord de la chaîne, c'est-à-dire dans 
la vallée de la Durance, aux abords de Saint-Rémy et de Mollèges. Il 
serpentait au pied de la montagne, longeait, sans y pénétrer, le terri- 
toire de l'ancienne Glanum Livii, suivant de l'est à l'ouest la base 
septentrionale de la chaîne jusqu'à son extrémité. Arrivé à l'endroit 
appelé aujourd'hui Saint-Gabriel (l'ancien Ernaginiim) il contournait 
les Alpilles, se dirigeait vers le sud perpendiculairement à sa première 
direction, passait près du village actuel de Fontvieille où, au lieu dit les 
Taillades , se voit un bas-relief rupestre antique et, un peu plus loin, se 
juxtaposait à un autre aqueduc. C'est là qu'est la partie la mieux con- 
servée, celle que représente notre photographie. Le second aqueduc 
venait des environs de Maussane et du Paradou. Après avoir reçu par 
un embranchement les eaux de la fontaine d'Arcoule, qui existe encore 
sur le versant méridional de la colline des Baux, il rencontrait un bour- 
relet rocheux qui domine d'assez haut la vallée des Baux, de l'autre 
côté de laquelle au sud se trouve le château de Barbegal. L'ingénieur 
romain avait percé ce rocher et y avait creusé une rigole à ciel ouvert 
débouchant dans un vaste bassin. C'est là que finissait l'aqueduc venant 
de Maussane. Quant au premier, le plus long, il traversait la vallée de 
Barbegal sur des arches dont il ne reste plus qu'une seule pile dans les 
jardins du château, au point même où l'aqueduc atteignait le rebord du 
plateau de la Crau qu'on appelle dans le pays « le pendant de Crau». De 
là, il suivait le plateau de la Crau jusqu'à Arles. 

Trois arcades sont encore à peu près intactes. Elles ont à leur base 
des moulures bien conservées. Cette base est construite en grand appa- 
reil, le reste en petit appareil. Le conduit est formé d'une espèce de béton 

le départ des Perses (480 av. J.-C). Les fouilles ont confirmé ce que Thucydide nous 
avait appris à ce sujet (I, 90-93) . 



ARLES 



71 



dur comme du fer. Ce béton est composé de morceaux de brique très 
menus et de graviers mêlés ensemble et agglomérés au moyen de ce 
ciment hydraulique romain dont la chimie moderne à pu scientifiquement 
reconstituer la composition exacte sans que l'industrie ait toujours pu le 
reproduire avec toutes ses qualités, Tout dans cette construction indique 




Cliché Cliateauneuf. 

Théâtre antique. « Tour de Roland », vue prise du jardin (côté Sud). 



bien l'époque de Constantin. Après avoir alimenté par des embranche- 
ments les thermes et la naumachie, les eaux des Alpilles arrivaient au 
palais impérial, mais elles ne s'arrêtaient pas là et des tuyaux de plomb, 
dont un grand nombre ont été retrouvés portant le nom du fabricant, la 
faisaient passer par un siphon à travers le Rhône jusqu'au quartier popu- 
laire de ïrinquetaille'. 

Quoique cela ne vaille pas le pont du Gard, il y a là un travail impor- 
tant, digne des Romains, digne d'avoir inspiré à Mistral sa magnifique 
fantaisie du Porto-aigo. 

^ Voy. aussi page suivante ce que nous disons de cet aqueduc à propos de Saint-Rémy. 



74 ARLES 

« Les ouvriers comblent vallées et bas-fonds nuit et jour malgré les 
obstacles. Ils vont toujours, le plan est bien tracé ! Le fossé est encaissé, 
cimenté, couvert, butté, l'eau peut ruisseler. Ils éventrent les collines, 
les buttes, aux travers des Alpilles ils percent droit. Le prodigieux canal, 
l'aqueduc sans pareil, sur l'étang de Barbegal, marche que c'est mer- 
veille. » 

Il reste en somme assez peu de chose de l'Arles de Constantin ; mais, 
puisqu'il faut toujours faire sa part aux ravages du temps et des hommes, 
nous devons nous féliciter que ce soit surtout l'Arles d'Auguste et des 
premiers Césars qui ait été plutôt épargnée. 

L'amphithéâtre d'Arles est plus ancien que celui de Nîmes. Il remonte 
au premier siècle de notre ère ; peut-être fut-il commencé dès le temps 
où Claudius Tibérius Néro, père de l'empereur Tibère, conduisait dans la 
ville une colonie romaine (46 avant J.-C.;. Transformé en forte- 
resse, au début du moyen âge, il fut surmonté de tours qui existent encore 
en partie. Il ne tarda pas à se remplir d'habitations, et, lorsque en 1825, 
la municipalité, à l'instigation du maire, M. de Chartrouse, entreprit 
de le restaurer, il fallut commencer par démolir les deux cent douze habi- 
tations et la chapelle qu'il contenait. En 1830, le déblaiement était à peu 
près achevé et, à l'occasion de la prise d'Alger, on y donnait, devant 
près de 20.000 spectateurs, une première course de taureaux. 

L'amphithéâtre d'Arles est moins bien conservé que celui de Nîmes \ 
L'attique, qui a certainement existé, comme l'a prouvé Questel, a 
disparu ; mais les arcades supérieures qui découpent librement sur le ciel 
leur ligne grandiose et régulière, donnent un effet pittoresque qui permet 
à peine de regretter cette destruction. Ayant parlé dans ce volume même 
de l'amphithéâtre de Nîmes nous n'insisterons que sur les points par 
lesquels l'amphithéâtre d'Arles en diffère. 

Les substructions présentent un grand intérêt. La colline de Mouleyrès, 
sorte d'acropole de quelques mètres de haut, n'offrant pas une surface 
suffisante, les Romains l'entaillèrent sur une assez grande étendue et 
établirent leurs substructions en contre-bas. « Elles comprennent, dit 
M. Hipp. Bazin, quatre murailles concentriques, formant alternativement 

' L'amphithéâtre d'Arles est un peu plus grand que celui dé Niraes. Voici ses dimensions 
principales. Nous empruntons ces chiffres au plan de Questel qui fut chargé de diriger 
les restaurations votées en 1845 par les deux chambres. Ce plan a. été dressé d'après 
les mesures de l'architecte arlésien Guillaume Véran. Grand axe : extérieur 136"', 15, 
intérieur 69'", 26 ; petit axe : extérieur 107'", 62, intérieur 39'", 82; superficie de l'arène, 
2.166™, 9; superficie totale 11.505'", 508. 



ARLES 75 

des galeries et des chambres, dont les unes étaient utilisées et dont les 
autres avaient pour objet d'assurer la solidité de l'édifice, tout en évitant 
l'emploi de contours massifs en maçonnerie. Galeries et chambres sou- 
terraines n'existaient pas d'ailleurs sur tout le périmètre de l'arène ; là 
où les Romains avaient rencontré le rocher formant une assise suffisam- 




Théàtre romain (intérieur). 



ment solide, ils n'avaient eu garde de négliger cet avantage, de sorte 
que la galerie extérieure n'existe que sur une partie du périmètre. Toutes 
ces constructions de la première assise échappent au regard, sauf d'un 
côté sur la face septentrionale où une porte aujourd'hui disparue donnait 
accès par les souterrains sur le sol même de l'arène. » C'est par là que 
l'on faisait entrer les cages des animaux sauvages. 

On a pu se demander si les arènes de Nîmes avaient vu des combats 
d'animaux féroces. La chose est certaine pour Arles. Des ossements 
trouvés dans le sous-sol et la hauteur considérable du mur du podium ne 
peuvent laisser de doute. Ce podium présente environ à mi-hauteur une cor- 
niche, destinée probablement à porter un plancher, lorsque, pour d'autres 



76 ARLES 

spectacles, il n'était pas nécessaire de protéger aussi bien le public. 

Dans cette comparaison entre les deux amphithéâtres romains les plus 
célèbres de notre pays, ce qu'il importe le plus de remarquer, c'est la 
différence des styles. A Arles, il y a plus d'élégance; on est plus près du 
temps où l'art romain était pénétré de l'art grec. Sans doute l'aspect 
général est romain : la forme circulaire des cent vingt arcades superpo- 
sées en deux étages et la masse considérable de l'édifice affirment ce 
caractère ; d'ailleurs, les Grecs n'ont jamais connu l'amphithéâtre ou, du 
moins, ne l'ont connu que par les Romains. Cependant Révoil a raison de 
reconnaître dans l'amphithéâtre d'Arles l'influence hellénique, qui appa- 
raît dans l'emploi plus fréquent, pour les dispositions intérieures, de la 
plate-bande au lieu de la voûte comme dans le dessin des moulures et 
des ornements. « Tandis qu'à Nîmes la galerie principale est voûtée 
suivant le système romain et divisée en travées, à Arles elle est couverte 
de linteaux de pierre. D'autre part le style des corniches et des pilastres 
accuse l'art grec. » Il se manifeste aussi bien dans les pilastres doriques 
du premier étage que dans les colonnes corinthiennes du second. On sait 
quel admirable parti les architectes romains ont tiré de l'ordre corinthien ; 
c'est le seul point sur lequel on puisse dire qu'ils aient modifié heureuse- 
ment leurs modèles grecs. Or les chapiteaux corinthiens d'Arles rappellent 
plutôt le monument choragique de Lysicrate que le Panthéon d'Agrippa. 

Cette influence grecque est bien plus apparente dans le théâtre, malgré 
la tour de défense qu'on y a ajoutée au moyen âge'. Elle est sensible 
dans le style de son architecture et de son ornementation (chapiteaux 
corinthiens), elle l'est dans son plan général qui rappelle celui du théâtre 
d'Athènes. Elle se montre surtout dans l'importance laissée à l'orchestre. 
Dans les théâtres grecs, l'orchestre n'était pas occupé par les specta- 
teurs, ce mot voulant dire l'endroit où l'on danse. C'était, comme le sens 
étymologique l'indique, le lieu où le chœur exécutait ses évolutions 
devant l'autel de Bacchus et il était relié à la scène par deux escaliers 
latéraux. Les Romains dont les représentations théâtrales n'avaient pas 
le même caractère national et religieux livrèrent l'orchestre aux specta- 
teurs et en restreignirent l'étendue. Nous le constaterons à Orange. 
Mais à Arles, lorsqu'on mesure ses dimensions, lorsqu'on remarque le 
magnifique dallage de marbre rare qui le couvre encore, en partie, on vou- 
drait croire qu'il n'a pas été simplement destiné à contenir des sièges et 
qu'on y a vu se développer les théories, les cortèges qui venaient faire 

^ La Tour de Roland . 



ARLES 



77 



entendre les vers lyrique des émules de Sophocle ou d'Aristophane. Le 
peu de profondeur de la scène comparée à sa largeur (42 m.) permet 
de supposer du moins que cet orchestre à pu servir à la figuration et 
à l'extension de l'appareil théâtral. Le théâtre d'Arles a 163 mètres de 
diamètre, et pouvait contenir 
16 000 spectateurs. 

La population d'Arles 
affirmait son origine en partie 
hellénique par son goût pour 
des spectacles plus intellec- 
tuels et plus humains que 
ceux de l'amphithéâtre et du 
cirque. Il semble que ce 
monument a été construit 
avec amour, si on en juge par 
le luxe qui y fut déployé, par 
la délicatesse et la beauté des 
sculptures, par la richesse des 
matériaux, marbres d'Italie, 
de Grèce et d'Afrique. On peut 
s'en rendre compte encore 
aujourd'hui, malgré les des- 
tructions fanatiques du V siè- 
cle. Alors en effet, vers 446, 
sous l'épiscopat de saint Hi- 
laire, le théâtre fut condamné. 
Un clerc nommé Cyrille con- 
duisit le peuple à la destruc- 
tion et au pillage. On ne 
pensa même pas à réserver 

ce qui aurait pu servir à l'ornementation des églises ; et c'est par hasard 
que quelques colonnettes provenant du mur qui soutenait le pulpitiim * 
ont été beaucoup plus tard employées à Saint-Césaire et au cloître de 
Saint-Trophime. Au milieu de ces décombres qui servirent de carrière, 
un couvent fut construit en 1664, sur l'emplacement de la scène. Ce cou- 




La Vénus d'Arles. 



^ Le pulpitum était la partie avancée de la scène (en avant du proscenium) où les 
acteurs se plaçaient le plus souvent, autant que leur rôle le permettait, pour se faire 
mieux voir et mieux entendre. Le proscenium correspond à peu près à ce que nous 
appelons aujourd'hui la scène. 



78 ARLES 

vent fut détruit à la Révolution et les ruines s'ajoutèrent aux ruines. La 
forme de l'ancien édifice était tellement méconnaissable que, depuis le 
XVii" siècle où on commença de nouveau à s'en occuper, plusieurs y 
voyaient un temple de Diane. Cependant deux magnifiques colonnes 
monolithes, l'une de marbre jaune de Sienne, l'autre en brèche africaine, 
marquent encore le fond de la scène et attestent sa splendeur passée. En 
avant du proscemum, sur la face intérieure du mur du. pnipïtum, on 
aperçoit des rainures biseautées, creusées dans de larges pierres. C'était 
là probablement que s'engageaient les mâts destinés à porter les tentures 
qui fermaient la scène chaque fois que le spectacle était interrompu. 
Dans l'antiquité, au contraire de ce qui se passe actuellement la toïle 
se levait à la fin du spectacle et s'abaissait pour permettre au public de 
voir les acteurs. 

Fort heureusement Cyrille et ses complices, dans leur fureur de des- 
truction et pour aller plus vite, avaient laissé sur place les débris des 
statues qu'ils avaient cassées. C'est ce qui a permis d'y retrouver, depuis, 
des œuvres admirables. 

Les sculptures antiques d'Arles sont incomparablement supérieures à 
celles de Nîmes; elles appartiennent en général à une meilleure époque, 
et donnent une haute idée des goûts artistiques des Arlésiens, comme de 
la merveilleuse diffusion de l'art gréco-romain. 

La première trouvaille date de 1651 et elle fut particulièrement heu- 
reuse : la Vénus d'Arles. liWe n'est plus à Arles, mais à Paris. Cepen- 
dant c'est bien à propos de la ville d'Arles, où l'on en voit d'ailleurs le 
moulage, qu'il convient de résumer l'histoire d'une statue qu'on n'aurait 
pas dû lui enlever et qu'on devrait lui rendre. Cette statue est certai- 
nement une des plus belles que nous ait laissées l'antiquité. On pourrait 
lui reprocher quelque manière dans la pose, ce bras tendu qui tient une 
pomme ne s'explique guère et détruit l'eurythmie de la figure ; mais la 
faute en est à la manière dont elle a été restaurée, quoique ce travail 
ait été confié à Girardon. La Vénus d'Arles avait perdu complètement 
le bras droit et ne possédait plus que la partie supérieure du bras 
gauche. On ne put retrouver ce qui manquait, malgré les recherches 
ordonnées par Louis XIV. Il aurait mieux valu, n'en déplaise au 
grand roi et à Girardon, ne pas tenter de restitution. Admettons que 
le bras gauche tenait en effet un miroir, mais pour la main droite il 
n'est pas probable qu'elle tînt une pomme, elle devait plutôt se relever 
pour arranger la chevelure et tenir soit une fleur, soit un flacon de 



ARLES 79 

parfum, à moins qu'on ne préfère placer le flacon dans la main gauche. 

Ce n'est pas seulement pour la composition, c'est aussi pour l'exécu- 
tion que notre grand sculpteur, emporté par sa nature, est ici en défaut. 
Les formes de la Vénus d'Arles ont quelque chose de pur, de jeune, de 
simple, de chaste qui en fait l'originalité. On pourrait même y signaler 
un archaïsme discret et plein de charme, archaïsme, soit dit en passant 
qui ne permet guère de la faire remonter à l'époque de Praxitèle où l'on 
n'avait pas de telles préoccupations. Or, les restaurations modernes sont 
plantureuses jusqu'à la lourdeur et la différence est choquante entre le 
bras droit, tout entier de Girardon, et la partie antique du bras gauche 
qui aurait dû cependant lui servir d'indication. 

Signalons enfin un détail intéressant. Au milieu de la bandelette qui 
retient les cheveux, un petit trou percé dans le marbre et visible sur notre 
photographie, servait sans aucun doute à porter un bijou. De même, dans 
le bracelet qui orne le haut du bras gauche, le chaton indique nettement 
un vide qui devait enchâsser également une pierre précieuse. 

Il est naturel que le culte de Vénus fût en honneur à Arles, puisque 
cette colonie était sous le patronage de la famille Julia qui prétendait se 
rattacher directement par Enée à cette déesse. On se plaît à remarquer 
la ressemblance des traits de la Vénus d'Arles avec ceux des Arlé- 
siennes de nos jours et l'on aimerait à croire que quelque jeune femme de 
la Coloni'a Julia Arelatensis a posé devant le sculpteur. xMais la sta- 
tue est bien grecque ; elle est en marbre de l'Hymette. Elle appar- 
tient à l'époque postérieure à Alexandre, peut-être il est vrai plus voisine 
de Pasitélès que de Lysippe. 

Elle fut trouvée le 6 juin 1651, par deux frères nommés Brun pro- 
priétaires de la maison dont la cour renfermait les deux colonnes qui 
sont encore à leur placée Le conseil de la ville d'Arles l'acheta pour 
61 livres. Au mois de juillet 1683, il députa son premier consul Gaspard 
de Grille, sieur de Robiac, pour aller l'offrir à Louis XIV. Le roi fut 
fort satisfait : Grille reçut une belle chaîne d'or, plus un médaillon 
entouré de diamants et contenant le portrait du roi. Quant à la ville 
d'Arles elle ne gagna rien. Cependant Arles comprenait toute la valeur 
de son hommage ; car peu de temps après en 1687, le coadjuteur d'Arles 
ayant à défendre sa ville épiscopale d'accusations qui portaient atteinte 

^ Voyez Frohner. Notice des sculptures antiques du Louvre, i''"' volume, p. 179 et 
suiv. Frohner donne une bibliographie très complète du sujet. On voit des répétitions 
du type de la Vénus d'Arles au Britrsh Muséum et au Louvre même (n° 138). Com- 
parer la Yénus genitrix également au Louvre (n'^ i35). 



8o 



ARLES 



l.EGENr)E_ 



I ■+■ I Sarcophage chrciien 
I parcoptiade ■ païen 
I parcophàdfS superpose 
y^C'^pf^s, et aufels 

lu u 



O Colonne (ov f^a2nle'^^) 

(g) Sfafue (ow fî-nyinenH 

>■ Sur un fragM.'-ele ColcimC 

A rracjrnÇn'S architcfçfurdKv- 
ifl a Inscr.pfior, 




Musée Lapidaire, ancienne église Sainte-Anne, 



On n'a marqué sur ce plan, — qui ne prétend pas à remplacer un catalogue, — que 
les œuvres vraiment dignes d'attention soit par leur valeur artistique, soit par leur 
intérêt archéologique ou historique. Comme on le voit, cet édifice a été construit irrégu- 
lièrement. 



ARLES 



LEGENDE DU PLAN SCHEMATIQUE DU MUSÉE D'ARLES 

Ne voulant pas faire un catalogue et d'autre part les signes marqués sur le plan faisant nettement 
connaître la nature de l'objet, nous ne renvoyons qu'aux œuvres les plus importantes, de manière à faciliter 
la visite rapide de la collection. 

S. Sarcophage. — C. Cippe. — St. Stèle. — Chr. Chrétien. — Col. Colonne. 
Fr. Fragment. — Couv. Couvercle. 

§ I". Objets placés au milieu de la nef. — i, S. dit de Lèda. — 2, S. de JuUa Tyrannia. 

— 4". Fr. de statue àe Jupiter} ou Ôl Auguste} — 8, Couv. de S. trouvé à Trinquetaille 
(1891). — 9. Mosaïque de VEnlèvement d'Europe. — to et 11. Bustes de femmes. — 
14 et 15, Silènes du théâtre. — 19, C. surmonté d'un chapiteau orné d'un sphinx et por- 
tant une tête d'enfant (moderne). — 20, S. dit de Psyché. — 21, S. de Cornélia lacœna. 

— 22, S. dit à!Hippolyte. 

§ II. Objets placés des deux côtés de la nef entre les chapelles et à l'entrée du chœur. 

— A, Couv, de S. à tuiles imbriquées. — C, Col. dédiée à Constantin. — D, Danseuse 
ou Victoire grand, nat. — //, Buste de Marcelliis (?). — / et /". Danseuses du théâtre. 

— /, Tète de Livie ou Vénus, sur l'autel de la Bonne Déesse. — M et O, Autels avec 
couronnes de chêne. — P, C. de Veria Filtata et torse de femme. — R, C. deSenipronia 
Tertulla, portant la statue du Dieu Mithrci. — 5, Tête à' Auguste. — T, Col. et Masque 
de théâtre. — X, Couv. de S. à tuiles imbriquées. 

§ III. Objets placés dans les chapelles latérales. — Chapelle I. — i, Groupe dit de 
Médée (?). — 2, 3, 4. Trois S. chr. superposés, sur le supérieur, stèle à quatre portraits. 

— 6, S. de la Cueillette des olives. 

Chapelle II. — 2, S. portant la représentation d'un Orgue hydraulique. — 5, St. de 
Cornélia Optaia et Cornélia Sedata (avec portraits). — 8, S, chr. avec oranle. 

Chapelle III. — 2 et 15, Fr. ayant appartenu à la même (?) statue de danseuse. — 
7, S. dit de Constantin II. — 8, S. chr. à cinq tableaux. — 12, S. chr. [le Christ don- 
nant la loi aux apôtres). — 13, Couv. du S. de Concordius. 

Chapelle IV. — i et 14, Bornes milliaires. — 2, S. chr." à 7 tableaux. — 3, Couv. 
du S. d'Hydria Tertulla. — 4, S. de YOrante. — 7, St. à trois portraits (le père, la 
mère et l'enfant). — 12. S. d'Optatina Reticia. — 11 et 13, S. chr. de deux époux 
(figures clypeatœ). 

Chapelle V. — 2, S. chr. à 7 niches. — 3, Au-dessus, couv. du S. de saint Hilaire 
évêque d'Arles. — 8, Autel d'Apollon. — 9, Apollon et les Muses. — 12, St. de Primi- 
génius, acteur de la troupe d'Eudoxe. 

Chapelle VI. — i, Partie du piédestal de la Meta du cirque. — 2, St. de deux 
jeunes femmes (portraits), très intéressante pour le costume. 

Chapelle VII. — i, S. de Chrysogone. — 2, Fr. de S. chr. Résurrection de la fille de 
faire. — 3, Inscription funéraire d'Aelia Aeliana. — 7, S. chr. à strigiles avec figure por- 
tant un agneau {le Bon Pasteur). — 8, S. delà Chasse au. sanglier. 

Chapelle VIII. — i, S. chr. à strigiles avec V Adoration des Mages et Y Adoration 
des Bergers. — 5, S. dit du Mariage romain. — 6, S. chr. à strigiles avec le Christ 
nimbé. — 7, Couv. de S. païen a.\ec Scènes de la vie pastorale. 

Chapelle IX. — i. Statue de Sénateur (?). — 4, S. de Julia Lucina. 

Chapelle X. — Débris divers. 

Vitrines du chœur. — Objets divers : Magnifiques urnes cinéraires en verre; dans 
la vitrine e, cachets d'oculiste; dans la vitrine b, vertèbre humaine gardant la flèche en 
silex qui s'y est enfoncée, 

6 



82 ARLES 

à sa fidélité envers le roi disait : « Avec quelle joie n'a-t-elle pas envoyé 
la statue de Vénus au roi, lorsqu'elle a cru par là pouvoir lui plaire ! 
Sacrifice pourtant de la chose du monde la plus chère et la plus précieuse 
à ses habitants! » Le marbre était arrivé à Paris au mois de mai 1684 
sous la garde de Jean de Dieu, sculpteur d'Arles, élève de Puget, et de 
Louis Lanfant, commissaire général des troupes royales en Provence. Le 
mercredi, 18 avril 1685, après avoir été restaurée par Girardon, elle occu- 
pait une place d'honneur dans la grande galerie de Versailles. 

Les Arlésiens eurent tort d'envoyer leur belle statue à Louis XIV, 
Louis XIV eut tort de l'accepter. L'on ne saurait trop approuver ce que 
le marquis de Lauriston écrivait en 1822 au nom du roi Louis XVIII, à 
la ville de Vienne. Il s'agit d'une autre statue de Vénus que le roi s'était 
décidé à ne pas refuser, ne voulant pas avoir l'air de dédaigner un témoi- 
gnage de déférence. 

« Il m'a paru, dit-il, que ces hommages n'étaient rien moins qu'a- 
gréables aux habitants des villes que l'on prive ainsi de leurs monuments 
historiques. Je me suis en conséquence arrêté pour l'avenir à l'idée qu'il 
serait du service du roi et de la France de s'appliquer à éluder ces offres 
et ces hommages des autorités locales, auxquels il est contre la nature 
des choses que les administrés applaudissent \ » 

Cependant le Louvre contient des sculptures d'origine arlésienne 
autres que la Vénus : le torse d'une statue de l'empereur Auguste dont 
nous retrouverons la tète au musée d'Arles et un Sarcophage dit de 
Prométhée, cédés à notre collection nationale en 1822, plus une tête de 
faune plus grande que nature, trouvée à Trinquetaille et achetée en 1860 
à M. de Valori. 

' Sous le premier empire, lorsqu'on était passionné pour l'antique, il fut question de 
transporter en bloc à Paris toutes les antiquités d'Arles, y compris les deux colonnes 
du théâtre. M, Mathieu Saint-Jacques fut délégué à cet effet par le ministre de l'inté- 
rieur auprès de la municipalité arlésienne. Il descendit notamment avec l'archéologue 
Petit- Radel, dans la crypte de Saint-Honorat, mais y trouva une si grande quantité 
d'eau qu'il put à peine examiner les sarcophages qu'elle contenait. « Tout prouve, dit 
Saint-Jacques dans son rapport, le peu de cas que Ton fait dans cette ville des objets 
provenant des anciens monuments. Pourquoi alors ne pas les transporter à Paris où ils 
seront protégés et appréciés à leur valeur ? » Mais la mission du délégué officiel avait 
rappelé aux Arlésiens le prix de ce qu'ils possédaient. Ils revendiquèrent avec vivacité le 
droit de conserver leurs antiquités « pour le musée que S. M. les avait autorisés à éta- 
blir », On n'envoya au Louvre que quelques colonnes et fragments architecturaux. Ils ne 
parvinrent même pas à destination et disparurent, dit-on, dans un naufrage, en remontant 
le Rhône. On prétendit que c'était un accident simulé et qu'en réalité ces colonnes et ces 
fragments furent volés. En tous cas on ne sait aujourd'hui où ils se trouvent. (Voy. Millin, 
Voyages dans les départements du midi de la France, t. III, p. 613 et E. Michon, Op. cit.) 



ARLES 



83 



Le musée d'Arles contient, comme celui de Vienne en Dauphiné, des 
sculptures antiques de premier ordre qui seraient plus connues si elles 
étaient dans quelque ville d'Italie. La tète d'Auguste (plan, S) apparte- 
nant à la statue dont nous parlions plus haut est digne de l'Auguste du 
Vatican *. Elle a été trouvée dans le théâtre ainsi que d'autres œuvres 
admirables que nous allons énumérer. Citons au premier rang la tète 
d'une statue de Livie ou de Vénus (probablement une statue de Livie en 




Musée Lapidaire dans l'ancienne église Sainte-Anne. 



Vénus), qui semble avoir fait pendant à la statue d'Auguste. L'admirable 

* Le torse fut trouvé dans le théâtre en 1787. Il passa d'abord pour un Jupiter 
jusqu'au jour ou Estrangin reconnut que c'était un torse d'Auguste. Dans les anciens 
catalogues du Louvre, il est indiqué comme provenant de Nîmes. Enfin, on a dit aussi, 
car les erreurs semblent s'accumuler sur ce malheureux fragment, qu'il avait été décou- 
vert à Trinquetaille au commencement du xvii'' siècle. Mais la statue de Trinquetaille 
était un Jupiter tenant la foudre et elle était à peu près complète. On peut voir là-des- 
sus ce que dit François de Rebatu, dans La Diane et le Jupiter d'Arles, Arles 1656, 
brochure in-8°. A cette époque on croyait que la Venus d'Arles était une Diane, le 
théâtre passant pour un temple de Diane. Quant au torse impérial il fut, comme nous 
l'avons vu (voy. p. 80), donné au Louvre avec le sarcophage de Prométhée en échange 



84 



ARLES 



beauté du type, beauté qui subsiste et ce n'est pas peu dire malgré la 
déformation de son nez cassé près de la racine, la largeur et la science 
du faire sont dignes de la Vénus de Milo, dont elle rappelle le type. 
Nous n'hésitons pas à dire que c'est une des plus belles œuvres de la 
sculpture antique. Un trou percé sur le front à la naissance des cheveux 




Cliclié Neurdein. 



Fragment d'une statue de Livie ou de Vénus. 



analogue à celui que nous avons signalé pour la Vénus d'Arles devait 

d'un tableau de Lemoine et Natoire dont nous parlons plus loin (1822). La tête n'a été 
découverte qu'après cette date, en 1834. C'est pour cela qu'elle est encore à Arles. Le 
musée d'Arles possède un bas de statue drapée qui pourrait se rapporter aussi à cette 
figure d'Auguste. Le Louvre ayant envoyé à Arles un moulage du torse, la Société du 
vieil Arles a chargé M. Férigoule de réunir les moulages des divers fragments et de 
reconstituer l'ensemble. La tête s'adaptait parfaitement au torse et à cet égard il ne 
peut y avoir de contestation. Pour la partie inférieure, il n'en est pas de même. Sans 
doute la réunion du torse avec les jambes se fait assez naturellement, si l'on tient 
compte des éclats de la pierre, les proportions sont exactes, la qualité du marbre est 
la même. Cependant l'ensemble n'est pas satisfaisant, le bas paraît étriqué et gâte 



ARLES 85 

retenir un ornement métallique tel qu'un bijou, une étoile ou une boucle ' 
(plan, J). 

Une statue de danseuse se tenant sur un pied ferait honneur, pour le 
mouvement vif de ses draperies et 
sa grâce exquise, à un sculpteur 
du xviir siècle. Mais un Coustou 
lui-même n'aurait pas eu cette 
eurythmie vraiment grecque. C'est 
ici que l'on peut penser légitime- 
ment à la Victoire de Samothrace. 



plutôt la majesté du reste. Bernouilli dans 
son Iconographie romaine, (deuxième 
partie, t. I, p. 38), trouve que les jambes 
drapées sont de proportion moindre que 
la tête et on a remarqué avec raison que 
le torse semble appartenir à une statue 
debout et non assise. Quoi qu'il en soit 
l'œuvre est tout à fait remarquable et la 
tète d'Auguste non laurée a un caractère 
de réalité, « un caractère iconique » que 
n'a pas l'Auguste de Naples. (Voir E. 
Michon, Op. cit. et le Bulletin du vieil 
Arles numéro d'octobre 1903 et numéros 
suivants.) Ajoutons enfin que la société 
des Amis du vieil Arles vient d'obtenir 
que le torse du Louvre fût restitué, en dé- 
pôt, à son lieu d'origine. 

^ On pourrait objecter qu'il est au 
moins singulier de représenter la grave 
Livie dans un appareil aussi simple, un 
costume aussi mythologique. Mais c'était 
ainsi qu'on figurait les habitants de l'O- 
lympe et les Romains ne devaient trouver 
rien de choquant à représenter de même 
les empereurs et les impératrices, ces 
dieux terrestres. Des personnages bien 
moins qualifiés n'hésitaient pas à se dé- 
cerner ce genre d'honneur. Dans le tom- 
beau du consul Manilius (voie Appienne), 
on a trouvé à côté de la statue de Mani- 
lius en Mercure, celle de Manilia dans le costume et l'attitude de la Vénus de Médicis. 
On voit au Louvre d'autres Romains du temps d'Adrien formant le groupe de Mars et 
de Vénus. On trouverait des représentations analogues de princesses dans les temps 
modernes. (Emaux de Léonard Limousin, tableau de la fin du xvi'^ s. à Chantilly, Marie 
de Médicis en Junon par Rubens au Louvre, tapisserie de Jacques Lefebvre (une grande 
dame à sa toilette), médaille du mariage de Marie-Louise et de Napoléon, etc.) 




Danseuse. 



86 ARLES 

Cette statue est sans tête. Des fragments de deux autres statues de dan- 
seuses beaucoup plus mutilées, n'en donnent pas moins une sensation 
complète de beauté. Il semble qu'une âme anime les œuvres d'un art 
supérieur et qu'on la retrouve dans toutes leurs parties \ Un autel 
d'Apollon découvert en 1822 et dont la place était toute marquée dans 
un théâtre romain où la littérature dramatique n'avait aucune raison 
de se rattacher à Bacchus plus qu'au maître du Parnasse, nous repré- 
sente, au centre, le dieu assis, sa lyre à la main ; de chaque côté 
sont sculptées des branches de laurier. Sur une des faces latérales, 
Marsyas accroché à un arbre et attendant son supplice ; de l'autre un 
esclave aiguisant un couteau court à large lame. Au-dessus un bas-relief 
représente les muses ^ D'ailleurs le souvenir de Bacchus, le dieu premier 
inspirateur de la poésie dramatique, est rappelé par deux Silènes '\ 
appuyés sur une outre. On saisit bien, dans ces corps ventrus et flasques, 
dans ces chairs amollies par l'âge et par les excès de la bonne chère, ce 
caractère réaliste que sait prendre au besoin l'art grec toujours prêt, 
non à affadir la nature, mais à lui donner tout son caractère. Signa- 
lons aussi les restes d'un autre autel derrière lequel a été trouvée la 
Vénus du Louvre. Cet autel est orné de cygnes et de guirlandes de fruits 
et de palmier ; c'est peut-être un autel votif à Vénus et Auguste. 

Parmi les autres sculptures de provenances diverses on ne saurait 
oublier un autel votif, dédié à la Bonne déesse, la déesse de l'Ida, par 
l'affranchie Caïena sa prêtresse*; la statue d'un sénateur romain (?) très 
mutilée mais de la bonne époque (l" siècle. Plan, chapelle IX, n" i) ; la 
partie supérieure d'un torse de femme avec une mèche de cheveux lui 
arrivant au milieu de la poitrine " ; un buste d'enfant dit de Marcelhis ^ 
qui, sur son jeune visage et au-dessous de ses longs cheveux ramenés en 
partie sur le front, laisse lire déjà l'énergie romaine ; une tige de palmier 

^ Plan, I et I"; Chapelle III, 2 et 15. Les fragments 2 et 15 se rapportent vraisembla- 
blement à la même statue. 

- Plan, chapelle V, n'^* 8 et 9. 
•' Plan, nef, n"' 14 et 15. 

* Plan J, — Ce culte oriental semble avoir été assez répandu dans le bassin du 
Rhône : des inscriptions analogues ont été trouvées à Vence et à Riez. L'autel d'Arles 
a fait partie des substructions de l'église Notre-Dame-la-Major. 

" Au-dessus du Cippe de Veria Filtata (Plan,. P). 

* Plan H. — On est trop naturellement porté à voir un Marcellus dans toutes les 
figures de jeunes romains de distinction qu'on ne peut autrement identifier. Mais ici la 
date de l'œuvre, autant qu'on en peut juger par le style, et le type du personnage s'ac- 
cordent avec cette attribution. 



ARLES 87 

en marbre; deux autels en marbre de Carrare portant sur leur face 
antérieure, sculptée en très haut relief, une couronne de chêne d'un 
grand style décoratif et d'un travail très fin (plan, nef M et O) ; un 
groupe dit de Médée (plan, chapelle I, n"" i) ; des bustes de femme 
intéressants par leur coiffure (plan, nefn*^* 10 et 11); un magnifique cha- 
piteau corinthien en marbre, trouvé dans le Rhône ; des fragments 
importants d^un arc de triomphe ; un bas-relief calcaire représentant 
encore une danseuse ou une Victoire provenant aussi peut-être d'un arc 
de triomphe (plan, D). 

Sur une partie du piédestal circulaire de la meta du cirque, on voit 
quatre groupes de chars, représentant les quatre factions de cochers qui 
se disputaient, à Rome la faveur de la foule et dont les rivalités avaient 
passé dans les provinces ; ces chars sont conduits par des génies ailés. 
On remarquera la forme allongée des chevaux. Ce type se rapproche de 
celui de nos chevaux de course ou des chevaux d'Assourbanipal dans 
l'antique Assyrie ; mais, il est rare dans la sculpture classique qui, à 
l'exemple des œuvres de Phidias, nous présente plutôt des chevaux de 
forme courte et ramassée (plan, chapelle VI, n° i). 

Une tête en pierre, de jeune homme coiifé d'un bonnet phrygien, a dû 
appartenir à une statue mithriaque (plan, nef n" 16). Le culte de Mithra 
s'était répandu profondément dans les Gaules : on a trouvé les murs d'un de 
ses temples à Vieu en Valromey et on voit à Bourg Saint-Andéol, près de la 
rivière de la Tournes une pierre mithriaque. Mithra avait à Arles, près du 
cirque un temple d'où provient la curieuse statue dont il nous reste à dire 
un mot (plan, R). La tête, qui était peut-être une tête de lion, manque; 
le corps est entouré d'un serpent énorme aux écailles saillantes ; entre 
les spirales régulières du reptile sont sculptés en bas-relief les signes du 
Zodiaque. Ces bizarreries et ces monstruosités orientales font comme une 
fausse note au milieu des inspirations gracieuses ou puissantes, mais tou- 
jours harmoniques et bien humaines, du génie gréco-romain, contraste 
d'autant plus sensible que la netteté de la ligne et la correction du dessin 
(une fois le sujet admis) sont vraiment classiques. Une autre sculpture 
près du tombeau de Cornelia lacsena, diffère aussi beaucoup des œuvres 
qui l'entourent, mais pour d'autres raisons (plan, nef n" 19). C'est une tête 
d'adolescent en marbre blanc, admirable d'ailleurs : l'expression du 
regard, vivante et personnelle, la manière dont les cheveux sont traités, 
sont particulièrement remarquables. « Mais, pense M. Lacaze Duthiers, il 
est fort douteux que ce morceau soit antique. Il a tous les caractères d'une 
œuvre remontant tout au plus à la Renaissance et, à le bien examiner, 



88 ARLES 

paraît même plus moderne ; d'ailleurs, il n'a pas été trouvé dans les ruines 
du théâtre, mais dans les ruines de l'abbaye de Saint-Césaire et assez 
récemment. » Signalons aussi une mosaïque {y Enlèvement d'Europe), 
découverte il n'y a pas longtemps à Trinquetaille. 

Ces œuvres, quelle que soit leur valeur, ne forment que la partie la 
moins intéressante du musée d'Arles. Ce qui en fait une collection, sinon 
unique (il y a le musée de Saint- Jean de Latran à Rome), du moins excep- 
tionnelle, ce sont ses sarcophages chrétiens et païens. 

A Arles, comme à Nîmes, les inscriptions funéraires ou autres nous 
apprennent beaucoup sur la vie antique de la région. 

Les Nautœ Arelatenses (bateliers du fleuve) y formaient un corps de 
métier distinct des Navicularii marini qui, eux^ faisaient les transports 
maritimes et étaient assez nombreux pour se diviser en cinq corporations. 
La considération dont ils jouissaient était telle que les plus grands person- 
nages, — par exemple un ancien tribun de la légion adjutrix\ devenu 
depuis procureur impérial pour l'approvisionnement du blé à fournir 
pour la Narbonnaise et la Ligurie — ne dédaignaient pas d'être leurs 
patrons ^ L'importance maritime d'Arles est attestée par le nombre de ses 
Fabri navales (constructeurs de navires), qui étaient sous la direction 
d'un Architecttis navalis (ingénieur des constructions navales) \ Ces 
Fabri navales n'étaient pas des ouvriers vulgaires, si on en juge par la 
longue épitaphe en vers qu'un certain nombre d'entre eux ont fait graver 
sur le tombeau d'un de leurs camarades'. Citons encore les Centonarii 
fabricants d'étoffes fortes et grossières, espèces de bâches destinées à 
couvrir les marchandises transportées par terre ou par eau et employées 
aussi, chose imprévue, à étouffer les incendies °. 

Le mot Utricularii^ désignait non seulement des bateliers d'une 
espèce particulière (voy. ci-dessus p. 57), mais aussi leurs homonymes les 
fabricants d'outrés qui trouvaient surtout des clients dans les Dijfiisores 
ou marchands d'huile \ 

^ Le titre de tribun légionnaire équivalait au grade moderne de général de division 
ou même de général commandant un corps d'armée. 
^ Corpus Inscriptionum latinarum, t. XII, n° 730. 

* Ibid., n" 733. 

* Ibid., D." 58. Voy. sur les inscriptions d'Arles, Hipp. Bazin. Arles gallo-romain, 
p. 67-80. 

" Ou peut-être aussi à servir de protection contre les dégâts que peut causer l'eau 
des pompes. Les bâches ont été employées de nouveau, en cas d'incendie par le corps 
de sauveteurs qui vient d'être adjoint aux pompiers de Paris. 

* L'importance du commerce de l'huile à Arles est attestée entre autres par Ulpien 



ARLES 89 

Nous trouvons aussi des Scholaslici (étudiants) qui rappellent que la 
culture intellectuelle était fort en honneur dans cette ville gréco-romaine '. 

Le souvenir des fêtes qui se donnaient au théâtre ou aux arènes est 
évoqué soit par le nom d'un de ces imprésarios d'un genre spécial, de ces 
Negotiatores familiœ gladiatorice (plan, nef n° 4), qui faisaient la traite 
des gladiateurs, soit par le nom d'un acteur de la troupe d'Eudoxe [ex 
factione Eudoxi) plan, chap. V, n° 12) et d'un ^Edilis miinerarlus 
espèce d'intendant des menus plaisirs, magistrat chargé de l'organisation 
et de la police des jeux. 

D'autres inscriptions prennent leur intérêt dans les sentiments qu'elles 
expriment. On les rencontre aussi bien sur les tombeaux païens que sur 
les tombeaux chrétiens. En voici trois qui sont particulièrement tou- 
chantes. La première est probablement païenne et porte les lettres D. M. 
(DiisManibus). Malgré de nombreuses incorrections, on voit qu'on a voulu 
la rythmer, ou à peu près, en hexamètres (plan, chapelle IX, n" 2). 

O dolor quantae lachrumag fecere sepulcrum 
Jul. Lucinc-e quns vixit karissima matri 
Flos astatishic jacet intus condita sacxoo [sic] 
O utinam possit reparari spiritus ille 

Ut sciret quantus dolor est. 
Quae vixit ann. xxvii, m. x., die. xiii. 

Jul. Parthenope infelix mater ; 

O douleur ! que de larmes représente la tombe 
De Julia Lucina qui vécut très chère à sa mère. 
Cette fleur de jeunesse gît ici cachée sous cette pierre. 
Pourquoi sa vie ne peut-elle renaître, 

Ne fut-ce que pour qu'elle juge des regrets qu'elle a laissés. 
Elle a vécu vingt-sept ans, dix mois, treize jours ^. 

Julia Parthenope sa malheureuse mère. 

La seconde, n'est pas moins curieuse soit par sa forme, soit par les 
sentiments qu'elle exprime (plan, chapelle VII, n"' 3). 

dans un passage du Digeste. (Livre XIV, titre III, loi 13.) Le musée contient (Plan, 
chapelle II, n'^ 7) le sarcophage de M. Junius Messianus, membre et maître de la cor- 
poration des utriculaires d'Arles. 

^ Corp. Ins. Lut., t. XII, n" 714. (Voy. cî-dessus p. 57 à la note.) 
^ On peut remarquer ici combien les Romains mettaient de précision dans les âges, 
avec quel soin ils marquaient les dates des naissances. Cette précision disparut au 
moyen âge et nous l'avons retrouvée seulement depuis que l'Assemblée constituante 
de 1789 a établi les registres de l'état civil. 



90 ARLES 

^lias. JEUa [nas] 
Littera' qui nosti, lege casum et dole puellas. 
Multi sarcophagum dicunt quod cons [umit artus] ; 
Set conclusa decens apibus domus ist [a vocanda]. 
O nefas indignum ! jacet hic praeclara puella. 
Hoc plus quam dolor, rapta est speciosa puella. 
Pervixit virgo, ubi jam matura placebat; 
Nuptias indixit, gaudebant vota parentes. 
Vixit enim ann [osj XVII et menses VII diesque XVIII 
O felice' patrem qui non vidit taie' dolorem ! 
Haeret et infixo pectore volnus Dionysiadi matri, 
Et junctam secum Geron ^ater tenet ipse puellam '. 

Toi qui sais lire, apprends l'infortune de cette jeune fille et pleure. 
C'est un sarcophage, dira-t-on, devant ce tombeau qui dévore les chairs 
Mais n'est-ce pas plutôt une élégante demeure réservée aux abeilles qu'il faudrait 
O désastre ! O iniquité 1 ici gît une jeune fille rare. [l'appeler] ? 

Douleur plus qu'humaine ! Elle a été ravie cette belle jeune fille, 
Lorsque, vierge encore, elle était déjà faite pour plaire dans l'épanouissement de 

[sa jeunesse]. 
Son mariage approchait; sa famille se réjouissait à cette espérance. 
Elle avait en effet dix-sept ans, sept mois et dix-huit jours! 
Heureux son père qui n'a pas vu cet affreux malheur 

Dans son cœur transpercé, sa mère Dionysiade garde une blessure incurable. 
Mais son père Geron lui est uni à jamais et seul la possède aujourd'hui. 

La troisième est complètement chrétienne, mystique même, dans sa 
belle simplicité ; l'espérance et la foi y laissent à peine place à la 
douleur (plan, chapelle III, n° 13). Elle est aussi en vers, sauf la dernière 
ligne. 

Integer adque pius vita et corpore purus 
^ternus hic positus vivit Concordius aevo 
Qui teneris primum ministrum fulsit in annis 
Post etiam lectus cœlesti lege sacerdos. 
Triginta et geminos decim (sic) vix reddidit annos. 
Hune cito sideream raptum omnipotentis in aulam 
Et mater blanda et frater qu3erunt. 

^ Corpus Inscription latinarum, t. XII, n" 743. Cette inscription, gravée en 
bonnes lettres du ii*" siècle, comme le dit Hirschfeld, se lit sur une plaque de marbre 
trouvée en 1844 à côté d'un sarcophage contenant deux cercueils de plomb (aujourd'hui 
à la chapelle Bouic-Aiguières aux Alyscamps) et contenant l'un le squelette d'une jeune 
fille, l'autre celui d'un vieillard. Elle a été étudiée par Caumont [Bulletin monumental, 
1845 et Congrès archéologique, 30'' vol., 1866, p. 220), par Emile Egger [Bulletin des Anti- 
quités, 1897, p. 109), et par Mommsen. 



ARLES 

Irréprochable et pieux, pur de vie et de corps, 

Concordius ici enseveli vit pour l'éternité. 

Dans ses tendres années il occupa de hautes fonctions dans l'Etat ; 

Puis, il fut choisi comme prêtre par la loi céleste. 

Il accomplit à peine sa cinquantième année. 

Ravi prématurément dans la cour étoilée du Tout-Puissant. 

Sa tendre mère et son frère aspirent à le retrouver. 



91 




UlidiO i-lialcuuueul 



Sarcophage dit d'Hippolyte. 



La tombe de Concordius a été regardée comme miraculeuse. Ce 
Concordius est peut-être l'évèque qui signa en 374 au premier concile 
d'Arles. 

Nous allons maintenant passer en revue les monuments funéraires qui 
se recommandent surtout par leur valeur artistique. Nous y retrouverons 
d'ailleurs plus d'une inscription analogue. Cette étude sera forcément 
très sommaire ; car, comme nous l'avons dit, le Musée d'Arles est à cet 
égard d'une grande richesse et sa description méthodique et complète 
exigerait tout un volume. Nous ne pouvons cependant nous dispenser de 
lui donner quelques pages; rien à Arles, sans en excepter le théâtre et 
les arènes, n'est plus digne d'attention et c'est un vrai devoir de signaler 
cette collection aux simples touristes, à tous les esprits cultivés, ou 



93 ARLES 

curieux de l'être, qui n'auront certes pas à regretter le temps qu'ils 
emploieront à sa visite. Ces tombeaux proviennent presque tous du 
cimetière des Alyscamps dont on parlera plus loin. 

Nous commencerons par les monuments païens, mais en remarquant 
qu'il est parfois difficile de les distinguer des monuments chrétiens con- 
temporains ou même postérieurs ; car, d'une part, plusieurs des formules 
funéraires païennes sur la paix de la mort et la vie future convenaient à 
la religion nouvelle, qui les adopta en leur donnant un sens plus fort et 
plus précis, et, de l'autre, des scènes mythologiques ou des emblèmes 
purement païens furent également conservés sur les tombes chrétiennes, 
avec un sens symbolique, même après la paix de l'Église. Il ne faut pas 
s'en étonner puisqu'on les retrouve en grand nombre dans les cata- 
combes et que le christianisme naissant, le christianisme héroïque, les 
avait ainsi consacrées. 

Parmi les monuments païens celui qui attire tout d'abord les regards 
est un des plus récemment connus. Il ne vient pas des Alyscamps : il a 
été trouvé dans la Camargue lors des travaux faits pour l'établissement 
du chemin de fer des Saintes -Maries (189 1) et donné par la compagnie au 
Musée d'Arles (plan, nef n" 22). Il a 2'", 35 de longueur, i mètre de lar- 
geur et I mètre de hauteur. Il appartient peut-être au T' siècle de notre ère. 
Le couvercle porte la statue couchée du défunt qu'on reconnaît bien être 
celle d'un jeune homme quoique la tète soit perdue. Ce couvercle est, 
pour la qualité de la pierre comme pour la valeur du travail, très inférieur 
au sarcophage : il a été fait par quelque marbrier local, tandis que le 
sarcophage, qui vient peut-être d'Italie, doit avoir été acheté dans quel- 
qu'un de ces ateliers réputés qui fabriquaient d'avance et tenaient en 
réserve des monuments ornés des sculptures le plus généralement deman- 
dées, toujours prêts à livrer au goût du client des cérémonies funèbres, 
des scènes de la vie future telle que se la figuraient les païens, des sujets 
mythologiques d'application symbolique : les Dioscures, Léda, Psyché, 
Ganymède, Orphée ou même l'histoire d'Ilippolyte. L'histoire d'Hippo- 
lyte était spécialement choisie pour les tombeaux de jeunes gens non 
seulement à cause de sa mort tragique et prématurée, mais aussi à cause 
de la légende d'après laquelle le fils de Thésée aurait été ressuscité par 
Diane sous le nom de Virbius. C'est justement l'histoire d'Hippolyte qui, 
selon toute vraisemblance, est représentée sur les quatre faces d'exécu- 
tion inégalement soignée du sarcophage qui nous occupe. L'analogie avec 
le sarcophage conservé à Girgenti en Sicile et, avec un sarcophage du 
Louvre, pour lesquels cette explication a été généralement admise est un 



ARLES 93 

argument de plus en faveur de cette opinion ^ Notre photographie nous 
dispense d'insister sur la description du sujet principal qui représente le 
départ pour la chasse ; remarquons seulement la présence de Phèdre 
accompagnée de l'amour et signalons l'intelligent souci de la réalité avec 
lequel ont été variées les espèces de chiens qui accompagnent les jeunes 
chasseurs. La face latérale de droite et la face postérieure représentent la 
chasse au milieu de la forêt. Ces deux faces sont beaucoup plus frustes, 
l'épaisseur moins grande du marbre ne permettait pas d'ailleurs de fouiller 
plus profondément et d'accentuer davantage les formes. La face latérale 
de gauche au contraire est aussi belle que la face antérieure ; elle nous 
montre Hippolyte mourant dont un chien lèche la main. Deux héros (les 
Dioscures ?) sont près de lui ; des femmes apportent du linge et des par- 
fums. 

Un autre sarcophage de même style nous représente aussi des scènes 
de chasse pleines d'animation où l'on voit un sanglier faisant tète aux 
chiens et des cerfs pris dans des rets qu'ils essaient vainement de rompre, 
tout en luttant désespérément contre les chiens et les chasseurs qui les 
empêchent de s'échapper plan, chapelle VII, n" 8). On pourrait rappro- 
cher plus légitimement encore le sarcophage d'Hippolyte des sarcophages 
dits de Psyché et de Léda qui avaient contenu la dépouille de deux jeunes 
femmes; mais pour le caractère symbolique seulement et non pour l'art, 
car ce sont des œuvres médiocres. Celui de Psyché surtout est d'un travail 
assez grossier ; malgré l'intérêt de la composition et la grâce souriante 
que conserve la figure principale, c'est une œuvre de la décadence-. 

Pour en finir avec les grands sujets m3'thologiques signalons aussi le 
monument brisé où l'on reconnaît Apollon et les neuf Muses, Le dieu 
tient sa l3^re à la main et porte une longue robe ûottscnte comme VA poli on 
musagète du Vatican. Les attitudes des diverses figures qui l'accom- 
pagnent sont variées et gracieuses. Ce monument appartient sans doute 
aux environs de l'ère chrétienne (plan, chapelle V, n" 9). 

Des monuments plus simples n'en sont pas moins d'un travail excel- 
lent. Celui que se fit faire de son vivant, Cornclia lacœna et qui est orné 

1 Le sarcophage du Louvre — sur sa face principale (les autres sont différentes) — 
reproduit presque exactement la scène la plus importante du sarcophage d'Arles. A 
gauche Phèdre est assise ayant à ses côtés l'Amour. Entre Phèdre et Hippolyte, une 
femme âgée semble faire des reproches au jeune homme. Dans le bas-relief du Louvre, 
Phèdre au lieu de regarder Hippolyte, détourne la tête et se penche vers la gauche. Ce 
sarcophage provient de Toscane (Douane del Chiarone) et est entré au Louvre en 1863, 
dans la Collection Campana. 

- Sarcophage de Léda : Plan, nef, n*^ L Sarcophage de Psyché. Plan, nef, n" 20. 



94 



ARLES 



de guirlandes de fruits et de feuillage avec des têtes de bélier, est un 
chef-d'œuvre ; il était considéré, avant la découverte du sarcophage d'Hip- 
polyte, comme le plus parfait des monuments funéraires du musée 
d'Arles (plan, nef, rf 21), Il semble contemporain, comme l'Apollon, des 
sculptures du théâtre. 

D'autres, fussent-ils d'une valeur artistique moindre, ont un prix non 
moins grand par ce qu'ils nous apprennent sur les défunts et par les scènes 
plus familières qu'ils nous présentent. Tel est le couvercle de sarco- 
phage représentant des scènes de la vie pastorale ^ Tel est le sarcophage 
de la, Cueillette des olives aujourd'hui fort mutilé, mais encore complet 
au temps de Millin qui l'a reproduit. Sa correction laisse parfois à dési- 
rer; mais les petits génies occupés à détacher les fruits des arbres ou à 
les entasser dans des paniers, mettent à leur travail une ardeur et une 
vivacité charmantes (plan, chapelle I, n° 6). 

Les goûts artistiques dejtilia Tyrannia sont rappelés par des instru- 
ments de musique variés. D'un côté, les instruments à cordes : une lyre 
sur sa boîte de résonnance et accompagnée de son plectriim, une guitare 
d'une forme bombée rappelant la mandoline et portant les clefs destinées 
à tendre les cordes, un cahier de musique suspendu à un clou ; de l'autre 
les instruments à vent : un hydraule ou orgue mis en action par le moyen 
de l'eau et une syrinxou flûte de Pan enfermée dans une boîte ; au-dessous 
un bélier. Julia Tyrannia devait être une femme très distinguée par l'es- 
prit et par le cœur, si l'on en juge par son épitaphe dont toute femme 
pourrait être fière. 

Juliae Luc. Filiae Tyrannise 
vixit ann. XX. m. VIII 
quœ moribus pariter et 
disciplina ceteris feminis 
exemple fuit, Autarcius 
nurui, Laurentius ucxori 

A Julia Tyrannia, fille de Lucius, morte à vingt ans et huit mois, qui par ses 
mœurs, comme par son éducation, fut un modèle pour les autres femmes, 
Autarcius son père et Laurentius son époux (ont élevé ce tombeau)-. 

On regrette que le sculpteur ne nous ait pas donné les traits de Julia 

* A gauche un berger trait une chèvre ; à droite à côté d'une flûte de Pan suspendue 
à un arbre, un autre berger tient une chèvre par la barbe (Plan, chapelle VIII, n° 7). 

^ Plan, nef n<> 2. — Le musée contient un autre sarcophage analogue, mais fort 
dégradé, où l'on voit également un orgue à eau mis en action par deux personnes (Cha- 
pelle II, n» 2). 



ARLES 



95 



Tyrannia à côté des instruments qu'elle aimait à manier. Terentius 
Musseus nous a fait connaître la figure d'Hydria Tertulla son épouse et 
d'Axia ^liana sa fille dans le tombeau commun qu'il leur a fait cons- 
truire (plan, chapelle IV, n" 3). A droite de l'inscription, en avant d'une 
draperie qui sert de fond et d'encadrement, se voit le personnage à mi- 
corps de la mère. Elle tient à la main un rouleau de parchemin ou de 
papyrus signe de ses droits. Son air est noble et sévère ; son visage aux 




Sarcophage de Julia Tyrannia. 



traits réguliers, un peu durs, est couronné d'une coiffure soignée en tor- 
sades. C'est une véritable matrone. De l'autre côté, la jeune Axia fait 
un parfait contraste, avec sa face ronde, ses cheveux coupés sur le front, 
son nez court et épaté, sa physionomie souriante. Elle devait ressem- 
bler à son père. D'une main elle tient un oiseau, de l'autre un raisin 
(voy. fig. p. 99). 

A défaut de parents ce sont des amis qui prennent soin de donner à 
quelque mort qui leur est cher une sépulture durable et parfois luxueuse. 

Sur un cippe, deux jeunes filles se tiennent par la main au-dessus de 
cette inscription : « Cornélia Sedata, de son vivant, pour elle et pour 
Cornélia Optata son amie, morte à l'âge de vingt ans. » (Plan, chapelle II, 
n° 5.) Ailleurs, une stèle est consacrée à l'affranchie Fidelîs Romula par 
Secundina Cominia sa compagne « qui a élevé ce monument à ses frais. » 



96 ARLES 

De petits êtres, qui ont à peine paru dans la vie, sont honorés d'inscrip- 
tions qui prouvent que les enfants, si jeunes qu'ils soient, ont déjà 
dans le cœur de leurs parents une place bien à eux et qu'ils laissent, 
en s'en allant un vide que rien ne pourra combler. Tel est le tombeau, 
orné de guirlandes, de la petite Chrysogone « fille très douce, très 
« innocente et très chère, morte à l'âge de trois ans, deux mois, vingt- 
« sept jours et que ses parents regretteront tout le temps de leur exis- 
« tence. » Lorsque le tombeau fut découvert, on y retrouva encore les 
restes de la petite Chrysogone enveloppés dans un tissu d'or et de soie 
cramoisie. Cela n'empêcha pas les religieux de l'ordre des Minimes, qui 
avaient reçu la garde des Alyscamps et s'y conduisirent souvent en véri- 
tables barbares, de transformer ce sarcophage en un lavabo, ou une cuve, 
comme en témoignent encore les trous percés pour l'écoulement des 
eaux \ 

Sur la partie supérieure du sarcophage de Chrysogone on lit en gros 
caractères les mots : Pax j^terna. Cela ne suffit pas pour affirmer 
qu'il soit chrétien. D'ailleurs les monuments chrétiens sont en assez 
grande quantité dans le musée pour qu'il faille se garder d'en grossir le 
nombre par une attribution tant soit peu douteuse. Ils ont été décrits et 
interprétés par Edmond Le Blant dans un in-folio qui fait autorité. 
Nous allons, avec ce guide, reprendre la description sommaire des prin- 
cipaux d'entre eux, en faisant précéder cette description de quelques 
généralités indispensables. 

Les monuments chrétiens du seul musée d'Arles fourniraient les élé- 
ments d'une étude sur la symbolique chrétienne primitive. On y trouve sur- 
tout reproduits les sujets de la Bible et de l'Evangile qui se rapportent à 
la mort, à la vie future, à la résurrection, à la rémission des péchés et au 
salut des âmes : la résurrection de Lazare, Daniel dans la fosse aux lions -, 

^ Plan, chapelle VII, n*^ i. — Quelques tombeaux d'Arles portent la figure d'une 
ascia et la formule sub ascia dedicavit. L'ascia désigne en latin divers instruments de 
forme analogue, doloire des tonneliers et charpentiers, marteline des tailleurs de pierre, 
truelle des maçons et aussi pioche des terrassiers. Elle peut être parfois le signe du 
métier exercé par le défunt et on la trouve a côté du fil à plomb. Mais elle apparaît 
souvent, avec ou sans la formule, sur le tombeau de personnages de toutes conditions 
dont la profession n'a aucun rapport avec cet instrument. De là une discussion mémo- 
rable dans laquelle les monuments d'Arles ont pu servir d'arguments et où les érudits 
ont exposé et soutenu une quarantaine d'opinions différentes sur le sens de la formule. 

- « O notre vrai père, qui jamais ne mentis, dit encore Roland dans la célèbre 
épopée du XI'' siècle, toi qui ressuscitas saint Lazare d'entre les morts et défendis 
Daniel contre les lions, défends mon âme contre tous les périls à cause des péchés que 
j'ai faits dans ma vie. «(Strophe CIII, v. 2384-88.) 



ARLES 



97 



le baptême de J.-C, le Christ lavant les pieds des apôtres, le paralytique 
guéri, Moïse frappant le rocher, l'histoire de Suzanne sauvée par Daniel, 
Jonas vomi par la baleine, l'arche de Noé où la figure du défunt et même 
de la défunte sont substituées à la figure du patriarche. Comme l'a expliqué 
Le Blant, on trouve dans ces sculptures comme la traduction figurée, 
l'illustration symbolique de l'office des morts, tel que nous le donne la 
liturgie. 




Tombeau dit de Constantin ou du Triomphe de la Croix; au-dessus, autre sarcophage, 

le Christ et les Apôtres. 



Il ne faudrait pas cependant abuser (et on l'a fait jusqu'au ridicule) du 
caractère symbolique des sculptures funéraires et chercher un sens caché 
jusque dans les détails les plus insignifiants de l'ornementation. Les 
artistes, même en ce temps, n'étaient pas nécessairement de grands théolo- 
giens. Ils conservent plusieurs des anciennes formes, et figures auxquelles 
on était habitué — formes et figures qui d'ailleurs n'ont pas encore com- 
plètement disparu de nos jours : les génies ailés, les torches renversées, 
les griffons, les personnifications des fleuves, de la mer et des vents. L'ordre 
dans lequel sont disposés les sujets n'est déterminé souvent que par le 
désir de la symétrie. Ce désir est poussé fort loin. Par exemple au-dessus 
de tel médaillon circulaire encadrant le buste du mort, — lorsqu'il s'agit de 
remplir les angles curvilignes entre le médaillon et la ligne horizontale 

7 



98 ARLES 

auquel il est tangent, — si on voit d'un côté la main de Dieu tendant à 
Moïse les tables de la loi, de l'autre le sculpteur mettra la main de l'ange 
arrêtant le bras d'Abraham au moment où il va sacrifier son fils (voy. 
fig. p, loi). Les sujets peuvent donner lieu d'ailleurs à des interprétations 
différentes. Par exemple, où Le Blant voit le paralytique guéri portant 
son grabat, d'autres avaient cru voir Samson, qui certes n'avait jamais 
été paralytique, enlevant les portes de Gaza. 

Comme il était naturel, ce ne sont pas les seuls faits de la vie du Christ 
pouvant avoir une application funéraire que l'on retrouve sur les tom- 
beaux. Mais, quelque variés que soient les sujets empruntés à l'Évangile, 
aucun ne représente les scènes de la passion. Tout au plus conduit-on la 
vie du Sauveur jusqu'à sa comparution devant Pilate et, même alors, l'y 
voit-on presque toujours couvert du pallium signe du commandement. 
Quoique dans un temps si voisin des martyrs (et il en avait été de 
même au temps des persécutions) on ne voulait pas représenter le Fils 
de l'homme au milieu de ses souffrances physiques. Cette omission, évi- 
demment volontaire, suppose une conception de l'art et de la religion qui 
fait naître de nombreuses réflexions et qui est, en tout cas, fort diffé- 
rente de celle du moyen âge. On ne connaît guère qu'une exception. 
Un sarcophage du musée de Latran rappelle le crucifiement, et le couron- 
nement d'épines ; mais la croix est portée par le Cyrénéen, mais c'est 
une couronne de fleur que le soldat place sur la tête du Christ. 

Remarquons enfin, comme dernière considération générale, la grande 
ressemblance des sarcophages d'Arles et de ceux de Rome. « Il y a 
presque identité dit Le Blant. Tandis que dans d'autres villes de la 
Gaule à Bordeaux, à Toulouse, ou même dans les cités italiennes les 
tombeaux sont de formes variées S à Arles et à Rome ils ressemblent 
tous à des auges allongées à bords droits avec un couvercle généralement 
taillé en toit de maison. » Quant aux figures sculptées aux quatre extré- 
mités du couvercle, elles représentent à Rome les têtes de saint Pierre et 
de saint Paul patrons de la ville éternelle ; à Arles, c'est le plus souvent 
une tête juvénile dans laquelle Le Blant voit, après de Rossi, la figure 
de saint Genès martyr particulièrement vénéré à Arles, 

Parmi les tombeaux les plus connus du musée d'Arles, on doit placer 
les deux sarcophages reproduits page 97 ^ Celui du bas est presque intact. 



' Par exemple, formes évasées, la base étant plus étroite que l'ouverture, couvercle 
bombé en arc de cercle, etc. 

■^ Plan, chapelle III, n'' 7 et 8. — Si le lecteur veut bien prendre la peine de suivre 



AR1,ES 



99 



quoiqu'il ait perdu son inscription, qui était probablement peinte sur le 
cartouche vide placé au centre du couvercle. Ce couvercle contient les 
médaillons à mi-corps de la défunte et du défunt. Le cartouche et les 
médaillons sont soutenus par des génies. La face principale du sarcophage 
proprement dit porte au centre la croix surmontée d'une couronne. Au 
pied de la croix sont deux soldats ; sur les côtés les douze apôtres, six d'un 
côté, six de l'autre ; au-dessus de chacun d'eux une main sortant de la 




Au-dessus, sarcophage dit de l'Orante ou de Moïse; au milieu, couvercle du sarcophage 
d'Hydria TertuUa et de sa fille Axia ; au-dessous, sarcophage à colonnes, le Christ et les Apôtres. 

pierre tient une couronne ; sur les faces latérales qu'on ne voit pas sur la 
gravure sont représentés d'un côté le Baptême dit Christ, de l'autre Moïse 
frappant le rocher. Ces figures sont déjà trop courtes et ramassées ; 
l'absence d'élégance dans les lignes montre qu'on est à une époque de 
décadence. Mais les tètes, toutes différentes, sont personnelles et expres- 
sives, les proportions, les formes et les gestes suffisamment corrects ; c'est 
une œuvre d'artiste. Le travail est très soigné et le marbre employé fort 
beau. Ce tombeau, provenant de la crypte de l'église Saint-Honorat, 

sur nos gravures les descriptions données ici, il s'habituera à reconnaître sur les autres 
sarcophages du musée la plupart des sujets dont ils sont décorés. 



loo ARLES 

serait, d'après une ancienne tradition, le tombeau de l'empereur Cons- 
tantin II qui était ne à Arles. Cette tradition ne repose sur aucune preuve. 
Tout ce qu'on peut dire c'est que l'âge du personnage représenté dans 
le médaillon de droite ne la contredit pas, Constantin n'ayant que trente- 
quatre ans lorsqu'il périt tragiquement à Aquilée en 340. 

Le sarcophage placé au-dessus a encore plus de valeur. Les propor- 
tions sont plus justes, les corps plus élancés, les bonnes traditions ne sont 
pas encore perdues, l'encadrement architectural des figures avec les 
colonnes corinthiennes ou plutôt composites qui divisent l'ensemble en 
cinq compartiments est riche et majestueux, sans lourdeur. Au centre le 
Christ portant la barbe et ayant les cheveux tombant sur les épaules est 
debout sur un tertre rocheux d'où s'échappent quatre sources (les quatre 
fleuves du Paradis terrestre?); à ses pieds sont deux brebis. A droite, 
saint Pierre portant la croix sur son épaule se penche dans une attitude 
respectueuse et confiante vers le Christ pour recevoir un volume (rouleau) 
que lui tend le Sauveur, comme au dépositaire privilégié de sa loi. Der- 
rière le saint, dans la même arcade, un autre apôtre tient un rouleau à la 
main. A la gauche du Christ deux autres apôtres tenant chacun aussi un 
volume sont séparés par un palmier sur lequel se voit un phénix (ou 
une colombe?), emblème de la résurrection. Aux extrémités sont deux 
sujets : à gauche le Christ lavant les pieds de saint Pierre; à droite 
le Christ devant Pilate (par exception le Christ porte la simple tunique 
et non le pallium) . A tous égards ce sarcophage qui appartient sans doute 
à la seconde moitié du iv" siècle, est une œuvre exceptionnelle * ; pour le 
temps nous n'en connaissons pas de plus belle. 

Une disposition architecturale analogue, mais plus dure, plus sèche, 
a été adoptée dans le tombeau reproduit au bas de la fig. p. 99. Il est 
composé de sept niches : au centre le Christ et un apôtre ; de chaque côté 
trois autres apôtres. Malheureusement toutes les têtes sont cassées (Plan, 
chapelle IV, n° 2). Le sarcophage supérieur, un des plus beaux que l'on 
connaisse, se distingue par un sentiment religieux plein de gravité et de 
noblesse (Plan, chapelle IV, n° 4). Au centre une femme en prière^ une 
« orante », la tête drapée et les bras étendus est debout entre deux saints 
personnages. A gauche, après une représentation très sommaire et assez 
obscure du Miracle deCana, vient le Reniement de saint Pierre (un 
coq au pied du saint ne laisse pas de doute sur le sujet), puis Moïse frap- 

^ Il est intéressant de comparer ce sarcophage et le suivant à celui qu'on a trouvé 
à Rigneux-le-Franc (Ain), et qui est aujourd'hui au Louvre, sarcophage où l'on voit le 
Christ avec les douze apôtres. 



ARLES loi 

pant le Rocher. An Moïse, fait pendant à l'autre extrémité le Christ res- 
suscitant Lazare ; auprès de lui sont Marthe et Marie. A côté on voit le 
Christ guérissant un aveugle. Dans ce groupe le personnage qui joint 
les mains dans l'attitude de l'adoration est particulièrement remarquable. 
Entre ces deux sarcophages chrétiens a été placé le tombeau païen 
d'Hydria TertuUa et d'Axia ^liana dont nous avons déjà parlé (p. 95). 
De même que sur le tombeau d'Hydria TertuUa et de sa fille, les por- 




Au-dessus, sarcophage de deux époux (histoire de Jonas, etc.) ; au miHeu, sarcophage 
d'Optatina Creticia; au-dessous, sarcophage de deux époux (passage de la mer rouge, etc.). 

traits des défunts sont sculptés sur deux des sarcophages de la fig. p. loi ' ; 
ces images sont de celles qu'on appelle clypeatœ (en forme de bouclier), et 
occupent un cadre circulaire central. Dans le sarcophage inférieur, tandis 
que tout le reste du travail est terminé même avec soin, les deux têtes 
des époux réunis dans la même sculpture sont seulement dégrossies. 
Cela prouve que la pièce était préparée d'avance et que le détail des têtes 
devait être taillé, après la vente, à la ressemblance de ceux dont elle 
devait contenir la dépouille et au goût de l'acheteur. Dans le bandeau 



' Plan, chapelle IV, n''' 11, 12 et 13. 



I02 ARLES 

supérieur, on reconnaît : à droite du médaillon/^ Main de Dieu donnant 
à Moïse les tables de la lot, — Suzanne entre deux arbres épiée pay- 
les deux vieillards, — Jésus devant Pilate ; à gauche : la Main de 
l'ange arrêtant Abraham dans son sacrifice, — les Vieillards accusa- 
teurs de Suzanne conduits devant David et au moment d'être lapidés ; 
au-dessous, à partir de la gauche : les Trois jeunes hébreux refusant 
d'adorer l'idole élevée par Nabuchodonosor, — Daniel dans la fosse 
aux Lions, puis le Passage de la Mer Rouge. Tous ces personnages ont 
les membres trop courts, la tête trop grosse ; on dirait de vieux enfants ; 
mais leurs gestes sont variés ; ils ont une naïveté fort expressive et même 
ingénieuse dans sa bonhomie. Signalons par exemple Ponce-Pilate, et 
l'Israélite qui entraîne rapidement son enfant loin des flots de la mer Rouge 
que Moïse vient de refermer sur les Egyptiens \ Les mêmes défauts, mais 
fort exagérés, déparent le sépulcre à'Optatina Reticia où des figures gro- 
tesques représentent (de gauche à droite) le Paradis terrestre, Daniel 
aux lions et une barque permettant de conjecturer que la partie disparue 
contenait V Histoire de Jouas. Ces figures difformes rappellent sans le 
vouloir les pygmées des temps classiques, dont le type caricatural servait 
aux artistes qui voulaient parodier quelque sujet grave ou héroïque, 
comme on le voit dans la fresque du Jugement de Salomon, de Pompéi. 
Le troisième sarcophage de notre gravure nous donne, comme le sarco- 
phage inférieur, les traits de deux époux. Ils sont à mi-corps dans une 
coquille fort bien fouillée. Ici le travail est terminé et nous avons de 
vrais portraits. L'homme, d'une physionomie grave et bonne à la fois, 
tient à la main un rouleau qui est censé renfermer sans doute la liste de 
ses dignités. Il se présente à peu près de face. La femme appuie la main 
sur son épaule, tourne la tête de profil et le regarde avec une affection 
confiante. Cette partie de l'œuvre est particulièrement remarquable ; très 
supérieure au reste du monument, elle nous donne une preuve de plus que, 
même pendant sa période de véritable décadence, la sculpture romaine 
garde toujours son mérite dans l'art du portrait. Nous retrouvons 
là, au-dessous du médaillon, la Barque de Jouas ; puis, à droite Jonas 
rejeté par le monstre ; à la suite, du même côté, nous avons encore le 
Paradis terrestre, puis Daniel aux lions; mais ici Daniel a près de 
lui deux hommes debout dont l'un lui offre des poissons et l'autre du 
pain. C'est sans doute une image de l'Eucharistie : le poisson [ichthus en 

* On peut comparer à ce sarcophage celui d'Adelfia, femme du comte Valérius, au 
musée de Syracuse. A droite et à gauche des figures clypeatce des deux époux, se voient 
aussi les deux sujets d'Abraham et de Moïse, mais mieux conservés. 



ARLES 103 

grec) étant un symbole du Christ à cause des lettres qui forment le 
mot. A gauche, après un arbre sur le tronc duquel s'enroule un serpent 
et qui semble regarder un personnage dont la tête manque, on recon- 
naît le Miracle de Cana^ puis vient une femme en prière entre deux 
arbres avec un homme debout à sa droite. Dans la rangée supérieure, 
en allant de gauche à droite, le sacrifice de Caïn et d'Abel, saint 
Pierre on le Christ arrêté par les Juifs, Jésus guérissant f aveugle; -puis 
au delà du médaillon, le Sacrifice d'Abraham, la Multiplication des 
pains et poissons, enfin un personnage assis Moïse ou Esdras lisant 
la loi aux Juif s . Le même sujet est sculpté sur un autre sarcophage où 
l'on voit aussi, entre autres scènes des Écritures le paralytique guéri 
emportant son grabat (voy. ci-dessus p. 98). 

La rareté des scènes se rapportant à la vie des apôtres donne du prix 
aux fragments qui représentent Saint Pierre ressuscitant Thabite. 

Au milieu de ces tombeaux chrétiens, l'attention est attirée par une 
pierre fort simple, mais dont les caractères hébraïques désignent une 
sépulture juive. 

Cependant de tous ces monuments le plus singulier est celui qui est 
connu sous le nom de sarcophage du Mariage romain. Ses faces laté- 
rales portent d'un côté la Multiplication des pains et de l'autre un 
vieillard assis devant un juif debout, tandis que la face principale est 
complètement païenne*. En effet à chaque extrémité un héros nu la lance à 
la main s'appuie sur un cheval : ce sont les Dioscures Castor et Pollux qui 
étaient, comme on sait, des demi-dieux funéraires. De plus, contraire- 
ment à l'usage, au lieu d'être du même âge, comme il convient à ces 
jumeaux mythologiques, l'un est encore imberbe, l'autre barbu. Cette 
anomalie s'explique (et ici l'idée païenne semble s'affirmer particulière- 
ment), si l'on remarque que ces Dioscures représentent les défunts divi- 
nisés. En effet dans la partie centrale on voit du côté du Dioscure 
barbu un homme également barbu et du côté du Dioscure imberbe un 
jeune homme imberbe. Sur l'épaule du jeune homme imberbe une femme 
voilée pose la main. L'homme plus âgé qui a abordé la carrière des 
honneurs (il porte le pallium et tient un volumen de la main gauche), 
a la main droite dans celle d'une femme. Ce sont les adieux suprêmes 
entre époux avant le grand voyage. Est-ce un sarcophage commencé 
pour des païens et acheté ensuite par des chrétiens qui l'auront fait 
compléter? Mais ce que le sarcophage lui-même nous autorise à sup- 

1 Plan, chapelle VIII, 11° 5. 



I04 



ARLES 



poser de la personnalité de ses morts, semble écarter cette hypothèse. 
Est-ce que ceux ou celles qui ont fait sculpter le monument (il semble 
appartenir au iv* siècle) se sont convertis au christianisme pendant 
qu'on y travaillait? Ou plus simplement n'a-t-on rien trouvé de choquant 
— (comme on le voit aux catacombes et même à la grande porte de 




Clirlie Févrot. 



Portail de Saint-Trophime. 



Saint-Pierre qui date de 1474) — à unir des allégories d'origine païenne 
à des scènes chrétiennes?^ 

Le musée de sculpture d'Arles e^t placé dans une église gothique (l'église 
Sainte-Anne), d'un aspect assez froid et médiocre, mais d'une grande unité 

^ Les vitrines placées au fond de la salle contiennent nombre d'objets antiques, sur 
lesquels nous n'avons pas à insister : lampes, vases, verreries, bronzes, statuettes de 
terre, des poids de baUince, deux cachets d'oculiste, le crâne d'une jeune femme et sa 
plaque funéraire {Jiilia Hermione) trouvés récemment à Trinquetaille, près du chemin 
de fer de Lunel, dans un ancien cimetière romain. On y voit aussi des objets de l'âge 
de pierre provenant des allées couvertes ou grottes des environs d'Arles (grottes du 
Castellet, etc.) et du pont du Gard, entre autres une vertèbre humaine qui garde hi 
pointe de flèche en silex qui s'y est enfoncée. 



ARLES 



105 



de style. Elle a été bâtie tout entière au xviT siècle. Le fait, quelque 
paradoxal qu'il soit, ne peut être contesté. On sait par un document d'une 
authenticité absolue que la première pierre fut posée en 1619 et que 
l'inauguration du monument eut lieu en 1629. Ce n'est pas d'ailleurs le 
seul exemple de ce genre que nous trouvons à Arles même. Il semble 
que la Provence, n'ayant adopté que fort tard et à son corps défendant le 
st3de qui dominait dans la France du Nord dès la fin du xiT siècle, ait 




Intérieur de Saint-Trophime. 



eu ensuite plus de peine à l'abandonner. Il est assez singulier que la 
région d'Arles soit avec la Bretagne, à l'autre extrémité de la France, 
le seul pays où le gothique se soit continué, presque à l'état de tra- 
dition, pendant une bonne partie des temps modernes et non pas seule- 
ment par quelques rares essais. Mais ce n'est pas ce gothique mesquin 
et bâtard qui donnera une haute idée de l'architecture religieuse de la 
Provence. Reconnaissons d'ailleurs, que, malgré le grand mérite de 
certains édifices religieux de la vallée du Rhône, on n'y rencontre rien 
qui y puisse rivaliser avec les églises du centre et du Nord. La région 
du Sud-Est, qui avait mieux conservé la tradition antique et qui avait 
fondé sur cette tradition la supériorité architecturale dont elle avait joui 
d'abord, ne sut pas assez apprécier les mémorables révolutions archi- 



io6 



ARLES 



tecturales qui s'accomplissaient dans le bassin de la Loire et de la 
Seine, et dont elle sentait moins la nécessité. Elle fut ainsi victime de 
sa supériorité même qui lui donna trop de confiance. 

La réflexion peut être faite en présence de Saint-Trophime, édifice 
cependant justement réputé. L'église primitive fut, dit-on, consacrée 




Cliché Féviot, 



Cloître de Saint-Trophime, ensemble des galeries. 



dès 606 par saint Virgile sous le vocable de Saint-Étienne, mais l'église 
actuelle qui reçut en 11 52 les restes de saint Trophime, enlevés à Saint- 
Honorat des Alyscamps, et qui prit alors le nom qu'elle porte aujour- 
d'hui, ne fut terminée qu'en 1180, lorsque le style ogival était déjà à peu 
près constitué autour de Paris. Sans doute les voûtes de la nef sont en 
arc brisé ; mais ce sont des voûtes en berceau et non des voûtes d'arête ; 
les nefs latérales sont étroites : tout est sombre et manque d'aisance, et 
malgré ses ogives, l'édifice, même à l'intérieur, a le caractère roman. Le 
portail est de style franchement romano-byzantin, et c'est une fort belle 
œuvre. Ses sculptures, parla composition, comme par l'exécution, surtout 



ARLES 



107 



par la noblesse et la correction relative des formes, l'emportent sur la 
plupart des ensembles décoratifs du même style qu'on pourrait trouver 
dans d'autres régions. On y sent, comme un souvenir de l'antiquité, qu'on 
ne rencontre pas, à Vézelay ou à Autun, par exemple, et elles ont un 
caractère plus antique que bien d'autres sculptures de l'ancienne Nar- 
bonnaise. Ce n'est pas parce que ces sculptures sont plus anciennes; 




Galeries romanes du cloître de Saint-Trophime. 



mais au contraire parce qu'elles sont plus modernes et que les artistes 
plus habiles ont pu mieux imiter les modèles romains et profiter de la 
tradition romaine qui, à Arles, s'étaient conservés plus qu'ailleurs. En 
somme, les sculptures byzantines de Saint-Trophime, ainsi que celles 
non moins célèbres du portail de Saint-Gilles, ne sont pas antérieures au 
xili^ siècle ou tout au plus aux dernières années du xii" siècle. Elles sont 
contemporaines de Notre-Dame de Chartres et de Notre-Dame de Paris \ 

^ Brutails. L' Archéologie du moyen âge et ses méthodes, p. 211, a pu dire précisé- 
ment à propos des églises de la Provence : « Les sculpteurs du haut moyen âge, très 
malhabiles, ont donné de mauvaises copies (des œuvres antiques), tandis que leurs suc- 



io8 ARLES 

Quelle que soit la date, l'œuvre est belle. Le sujet principal représente 
\e Jugement dernier. Au centre, sur le tympan, on voit le Christ avec les 
quatre animaux symboliques de l'Apocalypse, rappelant les quatre évan- 
gélistes. Au-dessus trois anges sonnent de la trompette, puis de chaque 
côté le long de l'embrasure de l'arcade, des anges sont en adoration. La 




Clicke Cliuteauneuf. 

Chapelle de l'Assomption (devenue une habitation privée). 



frise supérieure présente au centre les douze apôtres ; puis, à droite du 
Christ (gauche du Spectateur), les élus — à gauche, les réprouvés. Sans 
parler des sujets secondaires, disons que sur la frise inférieure, des lions 
et autres bêtes féroces, symbolisant les passions, déchirent des hommes ; 
signalons la colonne de marbre oriental qui sépare en deux le portail, et 
dont le singulier piédestal nous montre le paganisme, le mahométisme, le 
schisme et l'hérésie écrasés par le poids de quatre anges qui sont à 

casseurs du xti'-' siècle, plus adroits, ont serré de plus près leurs modèles. Ainsi donc, 
plus l'ornementation se rapproche de l'antiquité comme facture et plus elle s'en éloigne 
comme date. » 



ARLES 



109 



genoux sur eux, et recommandons, chose à peine nécessaire, d'étudier 
les nobles figures de saints (parmi lesquelles on distingue saint Trophime 
à son costume d'évêque avec la crosse et la mitre), disposées au nombre 
de dix entre les colonnes et les pilastres. Ces figures, de dimensions plus 
grandes et de relief plus marqué que toutes les autres, sauf le Christ, 




Llicue (jhateauneuf. 

Cheminée en plâtre, de la Renaissance, maison Réguis, rue de la Tour-du-Fabre. 



donnent au portail sa signification architecturale. Ce portail de Saint- 
Trophime, avec sa pierre dure et sombre cuite au soleil, a un aspect 
métallique et le relief net, mais relativement peu saillant, des figures qui 
ne sont, dans aucune de leur partie, franchement détachées de la masse, 
achèvent de lui donner l'aspect d'un immense bronze repoussé et martelé. 
Saint-Trophime fut agrandi en 1430 d'un chœur, qui y ajoute comme 
une seconde église dans le style gothique. Elle subit au xvir siècle plu- 
sieurs changements dans le style néo-classique ; mais, même pendant 
cette période, la chapelle de Grignan, qui date de 1695, fut construite en 
style gothique. L'intérieur contient plusieurs œuvres d'art dignes d'atten- 



no ARLES 

tion. Le tombeau de Geminus Paulus sert d'autel à la chapelle du Saint- 
Sépulcre, et est surmonté d'une magnifique scène à dix personnages 
représentant l'ensevelissement du Christ ; deux autres sarcophages sont 
du iv"" siècle. Au xvii" siècle l'église recevait des tableaux du peintre 
flamand Finsonius (Finzoon), élève de Caravage, qui passa une grande 
partie de sa vie dans la région du Rhône. M. Bredius, directeur du 




LIii'Ih: Cliiitcauneuf. 



Puits du xvi'' siècle. Maison Fournier (ancienne maison Datty), rue des Arènes. 



musée d'Amsterdam, a écrit en français, sur cet artiste, une intéressante 
notice qui nous dispense d'en parler plus longuement (publication du 
Congrès international cV histoire de 1900). La peinture la plus remar- 
quable est une œuvre anonyme du xv* siècle représentant un Concile 
d'Arles. Elle se distingue par la fermeté de l'exécution et la solidité de 
la couleur. 

Saint-Trophime, célèbre par son portail que Mistral a chanté, l'est 
encore plus par son cloître. Les faces Nord et Est sont romanes (fin 
du XII" et commencement du Xlii" siècle), la face Sud est encore du style 



ARLES 



III 



de transition, la face Ouest (1389) est ogivale. Les chapiteaux et les 
pilastres sont surchargés de sculptures représentant les sujets les plus 
divers : l'incrédulité de saint Thomas, sainte Marthe et la Tarasque, 
scènes de la Bible et de l'Évangile. Ces figures enchevêtrées, contour- 
nées^ tassées les unes sur les autres pour s'adapter aux formes architec- 
toniques sont simplement curieuses et leur valeur sculpturale est médiocre, 
mais l'aspect architectural est d'une rare beauté. Le soleil découpe nette- 
ment sur le ciel ou dessine sur les murs de fond les silhouettes élégantes 




Lliclie (.Uiiteauiiful. 

Maison de Divonne (xvi<' siècle), rue de la Roquette. 



de ces cintres, de ces arcades ogivales, de ces pilastres et de ces colonnes 
dans une harmonie tranquille à laquelle la diversité des formes donne 
un charme de plus. De grands souvenirs historiques se rattachent à la 
vieille cathédrale. Le 30 juillet 1178, Frédéric Barberousse accompagné 
de sa seconde femme Béatrice de Bourgogne et de son fils Henri (le 
futur Henri VI) âgé alors de seize ans, y recevait la couronne d'Arles 
des mains de l'archevêque. Charles IV, renouvelant des prétentions qui 
semblaient abandonnées des empereurs d'Allemagne s'y faisait couronner 
comme roi d'Arles le 5 juin 1365. Louis II d'Anjou y épousait Yolande d'Ara- 
gon (4 déc. 1400). Plus anciennement les princes de la maison des Baux y 
avaient fait leur soumission à Raimond Bérenger II, comte de Provence. 
Nous ne parlerons pas du trésor de Saint-Trophime. Malgré quelques 



112 



ARLES 



pièces précieuses, il présente assez peu d'intérêt. Comment s'en étonner 
quand on voit la manière dont le traitaient ceux qui en avaient la garde ? 
A la fin du xvii" siècle, un prêtre nommé Telet recevait du chapitre une 
somme de 25 livres en récompense du zèle déployé par lui pour faire 
fondre « l'ornement de Mgr le cardinal de Sainte-Croix, qui était tout 




Clirlie Chaleauneur. 



Cour de l'hôtel Nicolaï (xv*^ siècle), rue Nicolaï. 

déchiré ». Cette opération fructueuse avait rapporté 754 livres avec 
lesquelles on avait acheté un ornement neuf ' ! 

Arles possédait avant la Révolution une trentaine d'églises ^. Quelques- 
unes ont été conservées au culte ; plusieurs ont été désaffectées ; d'autres 
ont été détruites, effondrées, traversées par des rues et leurs fragments 
divisés se cachent parfois encore derrière les murs et sous les toits carrés 
placés à l'alignement. 

* Voyez une note de l'abbé Rance {Ami des Monuments, 1889, p. 129). 
2 U Encyclopédie donne à Arles 9 églises, 14 couvents et une abbaye; mais elle ne 
compte pas toutes les chapelles des Alyscamps. 



ARLES 



lij 



ISIotre-Dame-la-Maj or (Sainte-Marie-Majeure) existait déjà en 314, 
puisque c'est là que se tint le Concile qui, en cette année, condamna 
les Donatistes. L'église actuelle remonte à 11 52; mais elle a été fort 
remaniée depuis. On y voit une statue de la Vierge du romain Monti. 
Saint- Antoine, église romane, consacrée par le pape Calixte II (1119 , 




t.lnhr CIl.lLMCllieur. 

Cour du Collège (ancien hôtel de Laval, xv° siècle). 



a été reconstruite en style gothique sous Louis XIV, en 1647. Dans 
cette même année, les Jésuites achetaient V Hôtel de Laval, et y com- 
mençaient la construction d'une chapelle toute différente dans le style 
que Vignole avait employé au Gesu de Rome. Cette chapelle, achevée 
en 1654, est devenue depuis la chapelle du collège. Il est question aujour- 
d'hui de la détruire. Elle possède un magnifique retable qui s'élève 
jusqu'au plafond. Ce plafond en bois plâtré imite une voûte de maçon- 
nerie assez compliquée Ces « voûtes » de bois sont un procédé de con- 
struction souvent employé en Hollande où un sol d'alluvion supporterait 
difficilement des édifices trop lourdement couverts. 

8 



114 



ARLES 



La Chapelle dite de Ja Charité (ancienne église des Carmélites avant 
1789), située sur la partie de la Lice qu'on appelle l'esplanade du Marché- 
Neuf, possède un remarquable tableau de Parrocel. Aux Dominicains^ 
certains arcs doubleaux, certaines croisées d'ogives, portent sur des 
consoles sculptées en têtes de mort. Saint- Jean-du~Moustiers , chapelle 
appartenant à l'ancienne abbaye des dames de Saint-Césaire et en partie 




Cliclié Llicileiiuneuf. 



Le Collège (ancien hôtel de Laval). 

enfouie dans les remparts, date, suivant M. Révoil, du commencement 
du ix^ siècle. Son abside, avec ses arcatures intérieures et sa voûte en 
cul-de-four, rappelle l'ancienne cathédrale de Saint-Paul-Trois-Châteaux 
et l'église Saint-Quenïn de Vaison. 

Saint-Césaire^ Sainte-Madeleine, Saint-Laurent, etc., converties 
en propriétés particulières, laissent apparaître encore une partie de leurs 
constructions. Le clocher de l'ancienne église Saint-Martin se voit rue^du 
Séminaire. Complètement cachée, au contraire, est la Chapelle de Notre- 
Dame de V Assomption, divisée en étages et partagée en appartements. 

Cette chapelle fut achevée seulement après 1580, comme le prouve le 



ARLES 



115 



testament de Nicolas Desalbert, lieutenant de la maîtrise des ports de la 
ville d'Arles, son fondateur, mort le 28 novembre de cette année. Dans 
ce testament Desalbert fait élection pour sa sépulture de l'église des 
Carmes, et désigne pour l'emplacement de son tombeau la chapelle qu'il 
y fait bâtir sous le titre de l'Assomption. Il recommande à ses exécu- 
teurs testamentaires de hâter l'achèvement de cette chapelle où repose 
déjà sa femme Marie Collier, et de suivre fidèlement les projets et prix 
faits qu'il en a donnés. La voûte de cette chapelle, comme on le voit par 




iiaieuuucut. 



Gargouilles de la cour du Grand Prieuré (rue du Grand-Prieuré). 



la photographie reproduite ici, est gothique et à nervures multiples. Son 
ornementation étoilée et feuillée est d'une richesse vraiment flamboyante ; 
mais elle présente dans ses éléments une régularité qui a quelque chose 
de classique. A la fin de son testament, cet original de Desalbert, veuf 
et sans enfant, fait instituer et nomme son héritière universelle son âme, 
« à laquelle, dit-il, je pourvois de curateurs administrateurs et surveil- 
« lants les vénérables personnes dont les noms suivent », etc. 

M. Lacaze Duthiers, à l'érudition et à l'infatigable obligeance duquel 
nous devons les documents écrits et figurés qui précèdent sur la chapelle 
de l'Assomption, nous a fourni aussi sur plusieurs constructions civiles 
d'autres documents qui constituent véritablement un Arles inconnu. Il 
nous suffira d'énumérer les principaux : les photographies, tirées spécia- 



ii6 ARLES 



lement pour notre volume, par M. Chateauneuf, parlant d'elles-mêmes. 
Au moment où le gothique dominait encore dans les églises, le style 
renaissance jouissait exclusivement de la faveur dans les habitations 
privées, comme le montrent la maison Régiiis^ qui renferme une magni- 
fique cheminée Henri II, la maison Fonrnier qui a un puits à margelle 



Cliché L<litiicuuut.'ut. 

Porte du xvi° siècle de l'ancienne chapelle de l'hôpital (rue Dulau). 

sculptée du même temps, la maison Dontreleau et surtout la maison 
Artaud qui a su utiliser heureusement des pierres antiques. La maison 
de Divonne, rue de la Roquette, a des médaillons à personnages, comme 
aux châteaux d'Assier et de Pau, qui indiquent le temps de François I". 
D'ailleurs, dès le XV* siècle, l'architecture civile avait abandonné com- 
plètement l'ogive, et, s'il en reste quelques traces à l'hôtel Nicolaï, on n'en 
rencontre plus à l'hôtel dp Laval devenu le Collège municipal d'Arles, après 
avoir été le collège des Jésuites, au grand prieuré, etc. Au xvr siècle 
(1558) appartient la Porte de la Cavalerie^. Elle est située non loin delà 
* Il a été récemment question de détruire cette porte ; mais, à la suite du vœu émis 



ARLES 



117 



place où une fontaine a été élevée en l'honneur de l'historien Amédée 
Pichot. Cette fontaine est ornée d'une figure allégorique, d'après Raphaël, 
peinte en émail sur lave par Paul Balze. Le style franchement néo-clas- 
sique, colonnes et frontons, apparaît dès le xvi° siècle à la porte de la 
chapelle de V hôpital (rue Dulau), et même sous la forme de colonnes 




Ciulii^ cluiifauLcul'. 

Porte renaissance d'une maison de la rue de la République. 



torses et de frontons brisés à lignes mixtes (rectilignes et courbes) au 
n*" 42 de la rue de la République. Ce caractère classique se montre aussi 
dans la Tour de V horloge, bâtie de 1543 à 1553 et surmontée d'un Mars 
colossal (2'", 30 de hauteur), populaire dans le pays sous le nom de V Homme 
de bron^e^. Cette statue a été fondue en 1555 par Laurent Vincent d'Avi- 

par la Société du Vieil Arles, la municipalité a promis de la respecter (Voy. Bulletin 
du Vieil Arles d'octobre 1903). 

'■ Un journal d'Arles porte encore le titre de l'Homme de bronze. 



ii8 ARLES 

gnon. En 1793, les Jacobins du pays (les Monnaidiers) essayèrent de 
la renverser, mais n'arrivèrent qu'à lui donner l'inclinaison qu'elle pré- 
sente aujourd'hui. 

Quelques mètres de murs crénelés percés d'une porte et de jolies 
fenêtres à meneaux sont tout ce qui reste du Palais du gouvernement 
d'Arles au moyen âge, qui fut le théâtre de plus d'un événement impor- 
tant. A gauche de la porte se voit un banc où se rendait publique- 
ment la justice suivant l'habitude féodale (les « plaids de la porte »). Ces 
constructions sont aujourd'hui englobées dans V Hôtel de ville élevé par 
Peytret et Pileporte dei673ài675. 

La décision d'élever un nouvel Hôtel de ville avait été prise dès le 
16 août 1665, par le Conseil d'Arles, jaloux de rivaliser avec Lyon qui 
venait d'achever son magnifique palais municipal. « Les consuls seront 
assistés de quatre nobles et de quatre bourgeois pour travailler au plan 
et dessin et donner les prix faits. » Le coinité montra le plus grand 
zèle, cherchant cependant à bien faire, plutôt qu'à faire vite. Il fit venir 
à Arles Louis-François Royers de la Valfenière d'Avignon, « homme 
très expert et très intelligent à ces matières «. Ils appelèrent aussi deux 
fois dans leur ville Pierre Puget. Peytret, après d'autres, avait déjà donné 
un plan qui allait être exécuté, lorsqu'on apprit que Jules Hardouin 
Mansard se rendait en Provence pour restaurer le château de Grignan : 
on voulait le rendre digne de la nouvelle comtesse de Grignan (M."" de 
Sévigné) qui était venue l'habiter en 1671. Les consuls prièrent l'archi- 
tecte, déjà célèbre à vingt-sept ans, de faire un détour par Arles. Cette 
démarche était d'autant plus indiquée que celui qui faisait les frais de la 
restauration du château était justement l'oncle du comte de Grignan, 
Jean-Baptiste Adhémar de Monteil de Grignan, coadjuteur, depuis 1667, 
de François de Monteil, archevêque d'Arles, qui était lui-même l'oncle 
de son coadjuteur. 

Mansard donna des indications précieuses, notamment pour la voûte 
du rez-de-chaussée. La voûte plate et ondulée de ce vestibule est un véri- 
table chef-d'œuvre, à peu près inconnu malheureusement et à peine 
regardé de ceux mêmes qui vont visiter la ville. On y voit, réunies comme 
à plaisir et admirablement résolues, toutes les difficultés de la taille et de 
l'équilibre des pierres. La voûte du même genre qui supporte la tribune 
des chantres et des musiciens à l'église de l'Escurial ne la vaut pas. 
Autrefois, les compagnons maçons qui faisaient leur tour de France, 
ne manquaient pas de visiter la voûte de l'Hôtel de ville d'Arles, quoi- 
qu'elle n'eût pas le prestige d'une grande antiquité, lorsqu'ils allaient 



ARLES 



iig 
» de 



faire leur pèlerinage traditionnel à l'escalier tournant ou « vis 
Saint-Gilles. 

L'Hôtel de ville possède un document précieux : un brevet de cheva- 
lier d'or à l'armure et aux éperons d'or {Miles et eques aitratîts) conféré 
par Charles-Quint à Antonio 
Fernandez avec confirmation 
d'armoiries et addition d'un 
aigle, le dernier jour du mois 
d'août 1532. Ce brevet est en 
parfait état de conservation et 
est orné de miniatures de la 
plus grande valeur. Il est assez 
important et assez peu connu 
pour que nous croyons utile 
d'en donner la description som- 
maire. « Le mot Carolus, dit 
M. Lacaze-Duthiers, occupe 
dans le sens de la largeur tout 
le haut du parchemin. Le C ini- 
tial beaucoup plus grand que 
les autres lettres et accosté de 
l'A, se détache en bleu azur 
sur l'aigle de sable aux ailes 
éployées qui sert de support aux 
deux premières lettres. Dans 
un assez grand intervalle, laissé 
vide entre l'A et la suite du 
mot, c'est-à-dire la lettre R, se 
trouve le portrait de Charles- 
Quint précédé de sa devise : 

« Plus oultre. » Plus bas : 1° à gauche, Charles V conférant à Antonio 
Fernandez la dignité de chevalier : l'empereur debout incline son épée 
sur l'épaule du récipiendaire à genoux : au second plan un écuyer tient 
par la bride le cheval de Fernandez; 2" à droite, le nouveau chevalier 
a enfourché sa monture : il s'en va la tète levée vers le ciel dans une sorte 
d'extase; 3" enfin, au milieu, les armoiries. » Il n'y a guère à signaler 
après cela à l'hôtel de ville qu'un Jésus guérissant Vavcugle-né, bon 
tableau commencé par François Lemoine, interrompu par sa mort tra- 
gique '4 juin 1737) et terminé en 1738 par son élève Natoire. 




Puits dans la cour d'une maison de la rue Balécliou. 
(Fin Louis XIV.) 



120 ARLES 

Ce tableau a été prêté par le musée Réattu qui tire son nom du peintre 
arlésien Réattu (prix de Rome de 1791) dont il possède la plupart des 
œuvres^ Les plus importantes cependant sont à l'église de Beaucaire, Elles 
ont pour sujet la Vie de saint Paul. Le musée de tableaux d'Arles en a les 
esquisses qui ne manquent pas d'intérêt. Nous avons remarqué aussi dans 
cette collection deux sujets d'une mythologie sentimentale qui a bien 
vieilli, mais œuvres qui ne manquent pas de grâce : Ceyx et Alcyone^ 
d'Amable Coutan (Salon 1824) et la Mort de Léaiub^e^ par François 
Delorme qui l'exposa en 18 14 en même temps que son pendant Héro 
et Léandî^e. Ces deux tableaux eurent un grand succès, obtinrent une 
médaille d'or et eurent l'honneur d'être gravés au burin par Laugier 
(Salons de 1817 et de 18 19). Ce succès nous étonne aujourd'hui, mais à 
regarder sans parti pris cette Mort de Léandre., on voit une fois de plus 
que, quelles que soient les variations du goût et la vogue exagérée du 
moment, la faveur du public s'explique toujours par quelque mérite ^ 

On peut en somme se dispenser de visiter le musée Réattu. Mais, si 
absorbé que l'on soit à Arles par les monuments de l'antiquité, on aurait 
tort de négliger le Mtiseon Arlaten, créé sous l'influence de Mistral et 
des félibres. C'est le musée de Cluny du Félibrige provençal. On y a réuni 
tout ce que l'on a pu des souvenirs du pays d'Arles, meubles, céramiques, 
vues de sites et de monuments, costumes, types. On y apprend avec 
quelque surprise que la coiffure actuelle des femmes d'Arles, qui nous 
paraît si caractéristique et si traditionnelle, est d'origine récente et ne 
remonte pas à cent ans. Sous le premier Empire, la coiffure des Arlé- 
siennes consistait encore en une grande coiffe blanche, cachant les cheveux 
et formant des ailes de chaque côté du visage, comme dans la coiffe des 
Sœurs de charité. Cela a bien changé depuis. C'est vers 1830 seulement 

' Cette collection occupe une partie des bâtiments du « grand Prieuré ». 

^ L'hôtel de ville contenait avant 1789 des peintui^es historiques dont il est intéres- 
sant de donner la liste ; car leurs sujets rappellent les faits importants de l'histoire 
d'Arles ; Constantin le Grand faisant édifier des monuments à Arles. — Couronne- 
ment de l'empereur Avitiis, en présence de Théodoric, roi des W isigoths, sur un tertre 
élevé au nord de la ville. — Childebert et ses Francs célébrant à Arles les jeux du cirque. 
— Couronnement de Frédéric Barberousse à Saint-Trophine [^o juillet 1178). — Députés 
d'Arles prêtant serment à Charles d'Anjou, 12^0. — Mariage de Louis II d'Anjou avec 
Yolande d'Aragon à Saint-Trophime (2 déc. 1400). — Entrée de l'empereur Charles IV 
à Arles [^ juin i ^6^). Voy. aussi ci-dessus, p. m. Toute cette décoration fut 
détruite en 1793 ainsi que les médaillons des rois d'Arles de la façade, le haut relief 
représentant Louis XIV à cheval placé sous le couronnement de l'édifice et la statue du 
roi qui se trouvait dans le vestibule. Sur l'histoire et la description de ce monument, 
voir CnARVJiT, U Hôtel de ville d'Arles. 



ARLES 



121 



que les Arlésiennes abandonnèrent ce genre de coiffure pour adopter, 
le petit bonnet à rubans noirs devenu bientôt célèbre. Ce bonnet, porté en 




Cliché Févrot. 



Allée des Alyscamps. 



arrière tout au sommet de la tète laisse à la chevelure tout son épanouis- 
sement. La forme de ce bonnet a elle-même changé depuis une vingtaine 
d'années; mais ce n'est qu'une nuance. Actuellement, l'Arlésienne a trois 



122 ARLES 

coiffures : la cravate, coiffure négligée; la, ganse ^ coiffure de mariée; le 
ruhan^ coiffure classique. 

Des groupes de figures en stuc coloré, la Visite à l'accouchée [la 
laciido), la Table de Noël [Taula calendalo] mettent sous nos yeux des 
tableaux de ces mœurs locales qui tendent partout à disparaître après 
avoir lutté à Arles plus longtemps qu'ailleurs. Ces groupes sont des 
œuvres vraiment artistiques qui font honneur au sculpteur Férigoule. 
Dans la Visite à V accouchée les parentes et amies sont groupées autour 
de la jeune mère avec leurs beaux habits, mais les habits qui conviennent 
à leurs âges divers. Elles sont venues sans doute faire au nouveau-né les 
souhaits d'usage en Provence : Sage comme lou sau. — Bon comme 
lou pa. — Plen comme un ion. — Dre comme une brouquetto. — 
C'est-à-dire : Qu'il soit sage comme le sel, bon comme le pain, plein 
comme un œuf, droit comme un bâton. 

Sur la Taulo calendalo, sont servis le blé germé dans une soucoupe, 
les escargots, le gros brochet aux olives noires, les cardons, les amandes, 
les grains de raisin à l'eau-de-vie. Autour de la table, les serviteurs se 
mêlent aux maîtres; on y remarque le berger avec son bonnet de laine, 
le bouvier en blouse et surtout le gardien des chevaux de la Camargue, 
portant une veste de velours noir, espèce de chevalier rustique armé d'un 
trident long comme une lance. 

C'est là l'image de la vie actuelle. Mais Arles est surtout la ville du 
passé. En contre-bas de la colline de Mouleyres, au pied des arènes et du 
théâtre, la nécropole des Alyscamps occupait un espace aussi grand que 
la ville elle-même. Les Alyscamps ou Champs-Elysées, dont les débris 
ont rempli le musée, étaient le cimetière païen d'Arles. Ils conservèrent 
leur nom et leur destination dans les temps chrétiens. Ce fut le plus res- 
pecté des cimetières de l'occident et on s'y faisait enterrer de toutes les 
villes de la région du Rhône et souvent de l'étranger. On abandonnait, 
dit-on, au cours du Rhône les cercueils en y ajoutant le prix de la 
sépulture. Les cercueils arrêtés au passage étaient ensevelis dans le champ 
sacré. Les Alyscamps ont donné le titre de l'une des moins inconnues de 
nos chansons de geste. Dante compare la campagne désolée où les héré- 
siarques souffrent dans des tombes brûlantes, « à ces environs d'Arles, 
près du Rhône stagnant, où les sépulcres rendent le terrain tout mon- 
tueux ' ». L'Arioste, frappé de cette accumulation de sarcophages de pierre 
superposés parfois sur cinq rangs, pensait à un champ de bataille. 

1 Enfer, IX, v. 112 et 113. 



ARLES 



1^3 



C'étaient pour lui les restes des preux de Charlemagne morts en luttant 
contre les Infidèles '. En effet on aperçoit encore, — dans les tranchées 
profondes faites pour le passage de la voie ferrée, — au-dessus des stra- 
tifications calcaires, d'autres rangées de pierre de forme plus régulière, ce 
sont des sépulcres restés encore en place. 




Cliclié Févrot. 

Les Alyscamps, entrée du cimetière établi par les moines de Saint-Victor (xii'' siècle). 

On comptait aux Alyscamps dix-neuf églises ou chapelles. A l'entrée de 
l'enceinte se trouve la petite chapelle de Saint-Accurse, chapelle expia- 
toire que Quiqueran de Beaujeu fut condamné à élever en cet endroit où 
il avait tué dans un duel, qui était en réalité une sorte d'assassinat, le jeune 
Accurse de Latour (1521). De là les singuliers bas-reliefs de la façade : 
deux hérauts soufflant dans un oliphant en posant leur pied sur une tète 
de mort, et un dragon dévorant un jeune homme. Les Porcelets, quoiqu'ils 
eussent leur sépulture de famille dans une des églises de la ville aujour- 
d'hui détruite, tinrent à avoir leur chapelle aux Alyscamps ; elle est bien 



'■ Roland furieux (Chants XXXIX, strophe 'jz). 



124 ARLES 

conservée et on y voit leur sing-ulier blason, faisant sans fausse honte allu- 
sion à leur nom : d'or à la truie passante de sable à queue recercélée. 
L'église Saint-Honorat, en partie ruinée, date pour l'ensemble du 
commencement du xiir siècle. Mais de nombreuses chapelles y ont été 
ajoutées. La chapelle de Notre-Dame de Grâce, entièrement reconstruite 
à partir de 1615 par les Minimes qui venaient de s'établir à Saint-Hono- 
rat, contenait une statue de la Vierge — œuvre du génois Léonardo 
Mirano — qui a été transportée à Saint-Trophime après la Révolution ^ 
Elle a encore des peintures murales de 1618, représentant des scènes de 
la vie du Christ et de la Vierge. Contiguë à la chapelle de Notre-Dame 
de Grâce, on voit la chapelle que fit construire à ses frais, pour y être 
enterrée avec son mari, Louise de Castellane, dame de Laval, marquise 
d'Oraizon, « femme de haut et puissant seigneur messire André d'Orai- 
zon, seigneur et marquis dudit lieu, vicomte de Cadenet, conseiller du 
Roy en ses conseils d'état et privé, capitaine de cinquante hommes 
d'armes de ses ordonnances », etc. Au-dessus du maître autel détruit, 
on voit encore, très bien conservé, le blason de la marquise qui portait 
<■' écartelé de Castellane et de Châteauneuf ». Cette chapelle est une 
curiosité architecturale. Quoique de pur style Henri II, il est certain 
qu'elle n'a été commencée qu'en 1629 (l'acte de donation est de 1626). 
C'est selon la volonté expresse de Louise de Castellane que sa chapelle fut 
construite à côté de celle de Notre-Dame de Grâce. Elle stipule aussi for- 
mellement que sa chapelle « sera sous le nom de Notre-Dame de Pitié et 
le couvert en dosme, comme celle de Notre-Dame (de Grâce) ». Plus loin 
une chapelle du xv° siècle, celle des marquis d'Allein présente quatre écus 
aux retombées des nervures de la voûte (aux quatre angles). Mais les 
armoiries peintes qu'ils portaient ne sont aujourd'hui visibles que sur deux 
d'entre eux : armoiries des Renaud d'Allein à l'angle N.-O ; armoiries des 
Quiqueran de Beaujeu à l'angle S.-E. Dans la chapelle des familles Bouic 
et Aiguière, on conserve les rares cercueils de plomb échappés aux 
spoliations, entre autre celui d'vElia -^liana, comme on l'a vu plus haut. 
Ce cercueil a été placé sur le tombeau de style flamboyant du xvr siècle 
des deux familles alliées. Saint-Pierre de Mouleyres sur la colline et la 
chapelle de la Genouillade au delà du canal de Craponne, étaient aussi 
comprises dans les Alyscamps -. 

Le cimetière commença à perdre de son prestige, lorsqu'on eut trans- 

^ Elle est dans la chapelle de la Vierge (derrière le chœur). 

- Documents communiqués par M. E. Lacaze Duthiers qui prépare une étude spé- 
ciale des Alyscamps. 



ARLES 



125 



porté les restes de saint Trophime à l'église Saint-Etienne, appelée 
depuis lors Saint-Trophime. Peu à peu la dévastation commença. 
Charles IX pendant son voyage à travers la France (1564) donna des sar- 
cophages des Alyscamps à sa tante Marguerite, qui était venue le voir à 
Lyon avec son époux Emmanuel Philibert, duc de Savoie. Il en donna 
aussi au duc de Lorraine. Ces sarcophages ainsi que huit colonnes de 




Cli.ipL-llc Saint-Ho:iorat des Aly.^-cimps. 



porphyre sombrèrent dans le Rhône au pnssage dangereux du Pont 
Saint-Esprit. A-t-on fait des recherches pour les retrouver ? Rome 
(musée Barberini}, Lyon, Marseille, etc., et même des particuliers enri- 
chirent leur collection de sarcophages enlevés aux Alyscamps ' . 

Encore ceux-là étaient-ils sauvés. 3lais que de destruction durent être 

^ Le président de Pérussis, mort en 1570, s'en était fait céder un à prix d'argent pour 
lui servir de tombeau. Le principal sujet en était le Passage de la Mer ronge. En 1635, 
le marquis de Saint-Chamond en obtenait treize d'un seul coup des consuls de la ville. 
Vers le même temps, le frère de Richelieu, Alphonse du Plessis, cardinal-archevêque 
de Lyon, s'en faisait donner trois qu'il plaçait dans sa maison de campagne ; sur l'un 
d'entre eux était représenté la Chasse de Mclèagre. Plus tard, Peiresc de Bon, Grillon, 
le marquis d'Aalan, le comte de Berton, le marquis de Caumont, Lebret, intendant de 
Provence, Séguin en faisaient aussi enlever. Le tombeau de Flavius Memorius, où l'on 



126 ARLES 

faites dans le cimetière même, Vainement les magistrats sévissaient-ils à 
l'occasion \ Mais que pouvaient-ils faire, lorsque des religieux, les 
Minimes, qui avaient obtenu de la ville d'Arles l'autorisation de s'établir 
à Saint-Honorat (1615), donnaient, malgré les promesses formelles qu'on 
avait exigées d'eux, l'exemple de ces profanations. On doit après tout se 
féliciter que les plus précieux aient été réunis au Musée. 

Aujourd'hui, l'ancienne nécropole diminuée par les constructions et 
les promenades prises sur son emplacement, bouleversée par divers tra- 
vaux, n'est plus qu'un champ de ruines. iNlais son charme en est peut-être 
plus grand. Au milieu de ces allées de tombeaux qui s'alignent au pied 
de vieux arbres aux branches libres et irrégulières, puis se rangent 
devant une immense haie de peupliers hauts, étroits, uniformes qui dres- 
sent d'un seul jet vers le ciel leur cime aiguë; le long de ces sarcophages 
qui conduisent à des édifices en partie écroulés, mais conservant leur 
caractère et le style du passé, on est pénétré de mélancolie et de respect. 
C'est bien là la demeure des morts dans le silence et la tranquillité, 
dans l'antiquité du souvenir. La pensée des vivants les accompagne 
encore quelquefois; mais nulle sépulture nouvelle ne viendra les troubler 
dans leur triste domaine. La vue des Alyscamps vous laisse mieux que 
toute autre dans le sentiment qu'il convient d'emporter de la ville d'Arles. 

(( Quiconque te voit, Arles, reçoit une impression de calme et de gran- 
deur. O ville du Lion, tu es assise au bord du Rhône, comme une reine 
vénérée et majestueuse, à l'ombre de la gloire et de tes monuments... Oui 
toi, qui as été tout ce qu'on peut être, la métropole d'un empire, la capitale 
d'un royaume et la matrone de la liberté, dédaigneuse aujourd'hui, tu 
laisses l'eau courir au Rhône... (Mais), O Arles, si tu es veuve de tes 
consuls souverains, de tes rois qui luttèrent contre les Sarrasins et de ces 
empereurs qui bâtirent tes arènes, console-toi, O Arles, car tu domines 
encor par ce rayon de Dieu qui éclaire le monde et qui s'appelle la 
beauté ». (Mistral.) 

voit des Centaures couihattant des bctes féroces, servait de cuve à un salpêtrier lorsqu'il 
fut acheté pour la ville de Marseille, le couvercle seul est resté à Arles. Le sarcophage 
de Cornélia Jacœna fut longtemps dans la cuisine des Dominicains d'Arles qui y con- 
servaient leur huile. Déjà en 1047, Raimbaud (Rajimbaldus), archevêque d'Arles, ayant 
retrouvé, dit-on, le tombeau de Maximin, le persécuteur des chrétiens, le fit jeter dans le 
Rhône avec les objets précieux qu'il contenait. Le Louvre a le sarcophage de Prométlice 
(n" 490) . Voy. ci-dessus p. 82 et 83. On y a sculpté, l'origine, la vie et la mort de l'homme. 

* On a le témoignage de sentences rendues, en 1612 contre un certain François 
Labattut, en 1661 contre Jean Gavot pour avoir brisé des tombeaux dans le cimetière des 
Alyscamps (Bibliothèque d'Arles. Collection Bonnemant. Manuscrit 159, p. 109). 




LlRll,. IrVKil. 

Abbaye de Montmajour. Vue générale. 
La tour de Pons de l'Orme. — Les bâtiments abbatiaux. — L'église basse et l'église haute. 



MONTMAJOUR 



Même au temps où le pays arlésien était un territoire maritime, il ne 
comprenait pas que de simples lagunes. Sans parler de la terrasse calcaire 
qui portait la plus grande partie de la ville, il contenait des îles rocheuses 
aujourd'hui réunies au rivage, sorte de continuation du système des Alpilles 
et dont les plus célèbres sont Cordes et Montmajour. 

Cordes [Mons ou instila de Cordoa au moyen âge) doit peut-être son 
nom, comme la commune de Cordes en Albigeois, à la ville de Cordoue, 
la capitale des califes d'Occident. Ce serait alors pour d'autres raisons et 
par suite d'une occupation effective des Musulmans. Les Sarrasins avaient 
possédé aux ix^ et x" siècles plusieurs points de la Provence, et Cordes a pu 
être un de leurs camps fortifiés. De nombreux restes de remparts s'y voient 
encore. Ils complètent les pentes presque verticales des terrains calcaires 



128 MONTMAJOUR 

dont les assises régulières semblent tout d'abord une maçonnerie d'énorme 
appareil faite de main d'homme. La position, on le voit, était déjà très 
forte par elle-même et encore aujourd'hui il est difficile de l'aborder 
autrement que du côté du Midi. Il n'est donc pas étonnant qu'elle n'ait 
pas attendu les Sarrasins pour être utilisée comme refuge ou centre de 
défense. Le curieux « Trou aux fées » galerie souterraine en partie natu- 
relle, en partie taillée dans le roc en forme d'épée ou plutôt de poignard, 
rappelle les premières populations qui s'établirent dans le pays. 

Montmajour (le Alons major, tout est relatif) nous occupera plus long- 
temps. 11 montre encore les imposantes ruines d'une des plus anciennes 
et des plus puissantes abbayes de la France. C'est au x" siècle en 977, 
que Theucinde, riche Arlésienne, donnait cette colline, déjà sanctifiée 
par le séjour de saint Trophime, à une abbaye qui adopta la règle des 
Bénédictins et ne tarda pas à devenir célèbre. Elle reçut de nombreux 
privilèges et donations de l'Empire et de la Papauté, privilèges et dona- 
tions qui lui étaient confirmés par un acte du roi des deux Bourgognes, 
Conrad le Pacifique, signé à Gènes le 8 décembre 966. Frédéric Bar- 
berousse 11 60 et Frédéric II (1223) lui accordaient leur sauvegarde. 
Plusieurs grands personnages tinrent à honneur d'y être ensevelis tels 
que Geoffroy VI, comte de Provence (1054-1063). Ce Geoffroy et sa 
femme Stéphanie avaient, entre autres droits, concédé aux Pères de 
Montmajour le singulier privilège de revendiquer le premier esturgeon 
oval qu'on prendrait dans le Rhône depuis le lieu appelé « la Mourrade 
du Bourquet », un peu au-dessus de Tarascon, jusqu'au rivage de la 
mer. Encore à la veille de la Révolution, les pêcheurs du bas Rhône 
allaient comme en triomphe porter tous ensemble à l'abbaye, ce pois- 
son au son des tambours et des hautbois. Les Pères leur donnaient 
trois florins d'étrennes et ils célébraient une messe haute et solennelle 
de mort, « autant pour la venue de l'esturgeon que pour le repos de 
l'âme de ce bon comte ^ ». Cette coutume ajoutait peu à la splendeur de 
l'abbaye. 

Montmajour était un des lieux de pèlerinages les plus fréquentés de 
l'Europe et on y comptait, le jour du Pardon de saint Pierre, le 3 mai, 
jusqu'à cent cinquante mille pèlerins venus de tôt lo mond, et vous dié 
per vertatj non tant solament per ausir^ mas per veser'^. Et cependant 
il n'était pas très facile de s'y rendre. Des chartes nombreuses des xir 

* Manuscrit 160 de la Bibliothèque d'Arles, dans la collection de l'abbé Bonnemant, 
2 Mémoires de Bertrand Boisset, bourgeois d'Arles, passage cité paf Lerithéfic : 
La Grèce el l'Orient en Provence^ p. 124. 



MONTMAJOUR 



129 



et XIII' siècles, comme le rappelle M. Lenthéric, prouvent qu'on ne pou- 
vait y aborder que par eau et au xviii" siècle encore, — quoique le travail 
de dessèchement de la région eût été commencé sous le règne d'Henri IV 
par le Hollandais Van Ens, — les fidèles venus des différents points de la 
Provence étaient obligés de s'embarquer à Arles, de traverser une partie 




Abbaye de Montmajour. — Le puits du cloître. 



Cliché Féviot. 

La tour de Pons de l'Orme. 



des étangs sur des barques et des radeaux, de s'engager ensuite au milieu 
des terres noyées sur d'étroites levées en terre coupées de distance en 
distance par de petits ponts de bois. 

La partie la plus ancienne de cet ensemble de constructions est creu- 
sée sur le flanc méridional du coteau calcaire à pentes assez raides qui 
porte l'abbaye et ses dépendances. On y montre, au fond, une étroite cellule 
(i'",40 sur o'", 60), munie d'un large siège de pierre et percée latéralement 
d'une lucarne à hauteur d'appui. Ce serait le confessionnal de saint Tro- 
phime. Cet édifice offre une analogie frappante avec « le confessionnal de 
saint Lazare », dans la crypte de saint Victor à Marseille. En avant de cette 

9 



I30 MONTMAJOUR 

cellule consacrée par le souvenir de l'apôtre de la Provence a été cons- 
truit un sanctuaire ou oratoire. Ce sanctuaire précédé d'un vestibule où 
l'on voit deux sarcophages creusés dans la pierre, est aussi taillé en 
grande partie dans la colline. Limité d'un côté par le rocher convena- 
blement aplani, il est fermé de l'autre par un mur percé de quatre fenêtres 
à arcades donnant sur la campagne. Certaines parties de l'édifice sont 
certainement fort anciennes et l'on peut faire remonter au temps de 
saint Trophime (iii° siècle) ou du moins de saint Césaire (vr siècle) le 
« confessionnal » cité plus haut ainsi que les constructions qui l'avoi- 
sinent. Mérimée pensait que l'oratoire lui-même datait des temps Caro- 
lingiens (ix^ siècle). Mais Révoil semble avoir établi que cet oratoire, 
dans son état actuel, appartient, pour l'ensemble, au xi" siècle. Quelle 
que soit d'ailleurs la date que l'on adopte, il est remarquable de cons- 
tater là, comme dans tant d'autres monuments chrétiens de la Provence, 
la persistance des traditions antiques, notamment dans les chapiteaux 
qui, malgré leur rusticité, nous paraissent imités les uns du Corinthien 
romain, les autres du Corinthien grec. 

C'est aux xi'' et xiT siècles qu'appartiennent les constructions les plus 
importantes et les plus intéressantes des ruines de .Alontmajour. La crypte 
est cependant en partie carolingienne. Elle a eu peut-être l'honneur, 
au dire de Révoil, d'inspirer l'architecte de vSaint-Gilles. Elle se com- 
pose d'une construction centrale circulaire recouverte par une voûte 
sphérique. L'autel est au centre, ce qui est un argument en faveur de 
l'antiquité de l'édifice. « Les murs du sanctuaire sont percés de cinq baies 
prenant jour sur une galerie concentrique surmontée d'une voûte annu- 
laire. Autour de cette galerie, dans l'axe de chacune de ces baies, 
rayonnent cinq chapelles en forme de fer à cheval et voûtées en cul-de- 
four. Aux deux extrémités de la galerie transversale placée en avant de 
cette disposition se trouvent deux chapelles semblables. » (Révoil.) Cela 
fait en tout sept chapelles. L'extérieur a la forme non pas arrondie mais 
polygonale. Un grand nombre de pierres porte des sigles ou marques de 
tâcherons. Ces marques qui permettaient de reconnaître l'ouvrier et de 
déterminer ce qui lui était dû, se retrouvent encore dans les premières 
assises de l'église haute, bâtie en retrait au-dessus de la crypte. Dans 
le voisinage des fenêtres, ces sigles disparaissent, la couleur des maté- 
riaux change et l'on peut saisir d'un coup d'œil, la ligne de démarcation 
indiquant une restauration et un travail plus moderne. Au dire de 
Révoil, cette restauration seule et non la construction primitive serait 
due à l'abbé Rambert qui dirigea l'abbaye au début du xl" siècle et 



MONTMAJOUR 



131 



poussa activement les travaux de l'église haute. Cette église réunie inté- 
rieurement à la crypte, non par un escalier, mais par une rampe douce 
et large qui permettait aux cortèges religieux de s'y développer librement 
fut entreprise dans des dimensions considérables. Elle est restée inache- 
vée. Dès la fin du xir siècle, soit qu'on voulût garder les ressources de la 
communauté pour un autre usage, soit qu'on reconniit qu'elles étaient en 




Cliché Feviot. 



Montmajour. Le cloître. 



effet insuffisantes pour permettre de réaliser le projet primitif, on ferma 
la partie déjà construite — le grand bras de la croix en avant des tran- 
septs était à peine commencé — par une cloison en maçonnerie. Cette 
façade rudimentaire reçut plus tard une assez belle rosace centrale qui 
date du xiii^ siècle ainsi que la voût« des transepts. 

L'église n'eut jamais de clocher; car on ne peut donner ce nom aux 
arcades construites en plein vent, sans aucun souci d'art et le plus rapi- 
dement possible, pour y suspendre les cloches. Aussi ce qui frappe tout 
d'abord lorsqu'on approche de Montmajour, ce n'est pas son caractère 
religieux, mais son caractère féodal et militaire s'affirmant dans la haute 
et robuste tour dressée en 1369 par Pons de l'Orme sur la partie la plus 



132 MONTMAJOUR 

élevée de la colline qu'elle dépasse de vingt-six mètres. La salle du 
rez-de-chaussée de cette tour servait de magasin et contient en dessous 
une citerne qui captait, par un ingénieux système de conduits, l'eau des 
toits et déversait son trop plein dans des réservoirs extérieurs. On sait 
que le souci d'avoir de l'eau à l'abri des entreprises de l'assiégeant était 
une des grandes préoccupations des constructeurs du moyen âge. Une 
autre citerne est établie dans l'intérieur du cloître. 

Ce cloître de Montmajour est presque aussi beau que celui de Saint- 
Trophime d'Arles ; il a même plus d'unité. Toute une galerie avec ses 
colonnettes uniformes d'un style corinthien simplifié a un aspect vrai- 
ment classique. La galerie qui lui fait face a des chapiteaux plus variés, 
plus fouillés, plusieurs sont sans doute du xiir siècle ; mais ils sont fort 
élégants et n'ont pas cet enchevêtrement, cet entassement confus de figures 
animées, fort curieux sans doute mais parfois déplaisant à l'œil, qui sur- 
charge les chapiteaux d'Arles. 

Le cloître de Montmajour a été plus d'une fois reproduit par le pinceau 
de Granet ou le crayon de Turpin de Crissé. 

A l'entrée de la galerie du cloître qui communique avec l'église se 
trouve le tombeau de ce Godefroy (Gaufredus) VI dont nous parlions plus 
haut. Ce tombeau est dépouillé de son inscription en sigles^ véritable 
logogriphe épigraphique qui eut besoin pour être lu de l'ingéniosité et de 
l'érudition de Peiresc. Près de ce tombeau, un voyageur du xvir siècle ^ 
signalait encore deux statues de femmes, probablement Jeanne, reine 
de Jérusalem et de Sicile, et sa sœur. Elles n'y sont plus, mais Révoil en 
a retrouvé un fragment. 

Nous ne pouvons entrer dans le détail des sculptures conservées ; 
signalons cependant un.modillon ou chapiteau sur lequel est représenté 

^ loDOCUs SiNCERUs, dans son Itinerarium Galliœ. Voici le titre complet de cet 
ouvrage curieux et rare : Itinerarium Galliœ ita accommodât uni ut, ejus duc tu 
mediocri tempore, tota Gallia obiri, Anglia et Belgium adiri possint, nec bis terve 
ad eadem loca rediri oporteat, notatis cujusque loci quas vocant deliciis, cum appen- 
dice de Burdigala. Lugduni apud Jacobum du Creux, alias Molhard. Anno MDCXVI. 
L'ouvrage est assez gros, mais de très petit format, de manière à être mis facilement 
dans la poche. Il a été traduit par Thaïes Bernard. Lyon et Paris, 1859. L'auteur est un 
Allemand de Thuringe dont le véritable nom est Zinzerling. Il se loue fort de l'affabilité 
des rehgieux de Montmajour qui lui donnèrent copie de l'inscription carlovingienne (?) de 
la chapelle de Sainte-Croix (voy. ci-dessous p. 134) et « l'abreuvèrent d'un vin généreux». 
Il rappelle aussi qu'au siècle précédent lors du voyage de Charles IX et de Catherine de 
Médicis à travers la France (en 1564, voy. p. 168 et 125), le roi et ses courtisans vivaient 
mesuré « avec leurs pieds et leurs épées » les dimensions de l'abbaye. Puisque nous 
parlons de lodocus Sincerus disons que son livre contient la transcription des vers 
latins que Théodore de Bèze composa en l'honneur du Pont du Gard. 



MONTMAJOUR 



Ï33 



un buste d'homme à l'aspect furieux, ses longs cheveux hérissés, le front 
plissé, grinçant des dents : c'est le mistral, un des trois fléaux de la 
Provence avec le Parlement et la Dnrance^ comme dit le vieux dicton. 
On continua à construire à Montmajour dans les temps modernes : les 
bâtiments abbatiaux datent du xvii" siècle et conservent dans leur ruine 




Montmajour. La chapelle Sainte-Croix-en-Jérusalem. 



le caractère majestueux du temps. Tandis que ces bâtisses relativement 
récentes ne présentent plus que des murs effondrés, une des constructions 
les plus anciennes de l'abbaye, la chapelle de Sainte-Croix-en-Jérusa- 
lem, située à une centaine de mètres, au bas de la colline, a presque com- 
plètement échappé aux atteintes du temps et des hommes. Il est vrai que 
ses dimensions restreintes étaient une sauvegarde et qu'on avait assez à 
faire au moment de la Révolution de détruire les vastes bâtiments voisins. 
De plus elle est composée de matériaux excellents, taillés et appareillés 
avec le plus grand soin. Ce monument, qui est un petit chef-d'œuvre^ méri- 
tait à bon droit l'attention des archéologues et des architectes. Il n'en 



134 MONTMAJOUR 

est pas qui ait plus exercé leur sagacité. Son plan en forme de croix à bran- 
ches égales terminées par des absides, voûtées en cul-de-four, sa coupole 
centrale, le caractère même de l'ornementation y dénotaient l'influence 
byzantine et tendaient à la faire remonter aux premiers temps du moyen 
âge, d'autant plus qu'une inscription semblait la placer aux temps Caro- 
lingiens. Mais on sait que l'influence byzantine s'est fait sentir, au moins 
par des exemples isolés, beaucoup plus tard. De plus, le nom même de 
l'église, Sainte-Croix-en -Jérusalem paraissait indiquer une époque plus 
voisine du mouvement des croisades. D'ailleurs l'inscription qui servait 
de principal argument fut reconnue fausse. Une nouvelle inscription 
découverte au sommet du fronton du porche par Révoil et confirmant une 
charte citée par Dom Chanteloup ' apprenait que cette chapelle commen- 
cée par l'abbé Rambert en 1016 avait été consacrée en 1019 par l'arche- 
vêque Pons de Marignane. Cette opinion fut adoptée par Ouicherat et 
le problème sembla définitivement résolu -. Cependant M. Brutails dans 
une communication faite à l'Académie des Inscriptions et belles-lettres 
(28 janvier 1898) sans nier qu'une chapelle ait été consacrée en cet 
endroit à la date admise par Quicherat, semble avoir démontré que la 
chapelle actuelle est très diff'érente et ne remonte pas plus haut que le 
xiii' siècle ou la fin du xii*'^ 

Et maintenant, quelle était sa destination ? Les uns y ont vu la cha- 
pelle funéraire des moines de Montmajour et la lanterne de pierre qui la 
surmonte était justement destinée, disaient-ils, à contenir, non une cloche, 
mais un fanal brûlant en souvenir des morts. D'autres, avec autant de 
raison, y voient un baptistère. 

Parmi les vestiges de la civilisation romaine partout répandus dans 
la région du bas Rhône, il y a deux groupes de monuments qu'on ne peut 
séparer des souvenirs antiques d'Arles et de Nîmes, nous voulons parler 
du théâtre et de l'Arc de triomphe d'Orange, — de l'Arc de triomphe et 
du Mausolée de Saint- Rémy. 

' Uistoria Montisinajoris, manuscrit conservé à la bibliothèque d'Arles. 

^ Jules Quicherat, Mélanges archéologiques, p. 149, 157, 354. 

•' M. Brutails pense que l'on a attribué après coup la date de la première chapelle de 
Sainte-Croix pour la consécration de laquelle on avait un texte, à la consécration de la 
chapelle actuelle pour laquelle les documents faisaient défaut. Il pense que l'ancienne 
chapelle de Sainte-Croix pourrait bien être la même que la chapelle dite de Saint-Tro- 
phime ou de Saint-Césaire. 




Saint-Rémy. Restes de Glanum. 
Le Mausolée des Jules. — L'Arc de triomphe. 



SAINT-REMY 



Au versant nord des Alpines, sur une terrasse en partie naturelle, en 
partie de main d'homme comme l'attestent les murs de grand appareil 
qui la soutiennent, terrasse entourée d'une ceinture de rochers sauvages 
qui s'ouvre au nord sur la riche plaine du Comtat, la vallée de la Durance 
et le mont Ventoux, — donc dans un cadre admirablement choisi, comme 
savaient le faire les Romains, — un arc de triomphe et, tout au près, un 
monument funéraire sont tout ce qui reste de l'antique Glanum qu'ignore 
Strabon mais dont parlent Pline, Ptolémée, Pomponius Mêla, l'itinéraire 
d'Antonin et la carte de Peutinger. 

Le Mausolée a surtout une rare valeur. On se demande comment, en 



136 SAINT-RÉMY 

Gaule, dans une cité qui n'a jamais eu qu'une médiocre importance et 
pour des personnages qui prétendent bien se rattacher à la famille des 
Jules, mais ne sont pas autrement connus, — comment il a pu se faire 
qu'on ait construit un monument que les plus brillantes capitales pour- 
raient envier et qui ferait honneur à des chefs d'empire. L'édifice, haut de 
i8 mètres, a trois étages. Sur un socle composé de trois degrés, s'élève 
d'abord un soubassement carré de ô^'jSo de côté orné de riches bas-reliefs. 
Il porte une construction en retrait également carrée dont chaque face 
est percée d'une arcade et qui présente à chaque angle une colonne corin- 
thienne engagée d'un quart ; au-dessus, dix colonnes également corin- 
thiennes disposées en cercle soutiennent une coupole sous laquelle sont 
placées les deux statues debout des défunts, un homme et une femme. 
Sur l'architrave du second étage côté nord est gravée l'inscription : 

SEX L M IVLIEI C F PARENTIBUS SVEIS 

ce qui se lit Sextiis, Lucius, Marciis Julii^ Caii filiî, parentibiis suis 
et se traduit : Sextus, Lucius, Marcus de la famille des Jules, fils de 
Caïus (ont fait élever ce monument) à leurs parents. 

Malgré la conservation exceptionnelle du monument et le caractère 
bien déterminé de son architecture on n'est pas d'accord sur le siècle 
auquel il appartient. Mais la pureté et l'harmonie de l'ensemble, le style 
des sculptures et de l'ornementation, et dans l'inscription, l'excellente 
forme des lettres, l'usage de la diphtongue ei pour i ne permettent pas, 
il nous semble, de le placer plus bas que les environs de l'ère chrétienne, 
peut-être même, comme le veulent Rïtschl et Salomon Reinach, doit-on 
le rapporter aux derniers temps de la République. D'après M. Salomon 
Reinach, les bas-reliefs du soubassement — sauf celui du Sud représentant 
évidemment une scène de chasse divisée en trois sujets — seraient rela- 
tifs à des faits de la conquête des Gaules : combat de cavalerie entre 
Romains et Gaulois de Provence (face N.) ; combat d'infanterie autour du 
corps d'un guerrier tombé (face O.) ; combat au bord d'une rivière per- 
sonnifiée par une divinité fluviale (face E.). Mais à supposer que l'ar- 
tiste ait voulu faire allusion aux exploits de Jules César et quand même 
il aurait placé dans la main de tel ou tel des combattants (face O.) le 
pilum ou javelot du légionnaire, il nous semble qu'il songeait surtout 
à quelques-uns de ces sujets de la Grèce héroïque devenus les lieux com- 
muns de la sculpture : la Chasse de Méléagrc^ ]\e Combat des Amazones ; 

* L'animal fort mutilé qui se présente de face paraît bien être un sanglier. On le voit 
plus nettement sur les anciennes gravures faites d'après le monument. 



SAINT-REMY 



^57 



la Lutte autour du corps de Patrocle. On n'y aurait pas vu autre chose 
si Tinscription ne portait le nom des Jules ; en tous cas, on aurait tort de 
leur attribuer une signification historique précise et d'y chercher des 
documents figurés pour les Commentaires de l'illustre dictateur. 

Quoi qu'il en soit, la disposition en forme de tour du monument de 
Saint-Rémy, dont la desti- 
nation est certaine, con- 
firme l'opinion qui fait de 
la tour Magne un tombeau. 
Un autre monument fort 
semblable au mausolée de 
Saint-Rémy se trouvait à 
Aix en Provence ; mais on 
ne le connaît plus que par 
des gravures. 

Glanum qui existait avant 
la conquête romaine et était 
une des principales villes 
des Salyes fut appelée plus 
tard Glanum Livii. On a 
conjecturé que l'adjonction 
de ce mot Livii doit son 
origine à Marcus Livius 
qui fut consul avec Lucius 
Calpurnius Piso Cœsonius 
en l'an de Rome 738 (15 
ans avant J.-C). Il serait 
alors naturel d'attribuer à 
ce Livius la construction 
de l'arc de triomphe voisin 
du mausolée et non moins 

légitime de penser qu'il l'a fait élever en l'honneur de Néro Claudius Drusus 
le grand guerrier qui mourut en 745 de Rome (8 av. J.-C.) ; car ce Marcus 
Livius se rattachait aux Drusus. Son nom complet était Marcus Livius, 
L. f. (Lucii filius) Drusus Libo'. 

Cet arc de triomphe comprend une seule arcade dont l'archivolte est 
une guirlande de fruits et de feuilles sculptés, dit avec raison Mérimée, 




Tombeau des Jules. 



Cliché Févrot. 



^ Papon. Histoire générale de Provence, Paris, 1777. 



138 SAINT-REMY 

« avec la même perfection d'imitation, avec le même goût de la variété des 
détails qu'on observe dans la période gothique » et qu'on retrouve d'ail- 
leurs dans plus d'une sculpture ornementale romaine *. Les colonnes can- 
nelées qui ont perdu leurs chapiteaux étaient très probablement corin- 
thiennes. A droite et à gauche de l'arcade sont sculptés des captifs et 
des captives d'un dessin ferme et large. Par ses dispositions générales 
l'arc de Saint-Rémy rappelle l'arc de Carpentras ; mais il paraît plus 
ancien. 

A quelques centaines de mètres des ruines de Glanum, dans une belle 
situation, au pied des Alpines, entouré de vastes jardins et au milieu de 
grands arbres, luxe naturel plus apprécié en Provence qu'ailleurs, se voit 
un ancien prieuré, aujourd'hui devenu asile d'aliénés. Il doit son nom de 
Saint-Paul-du-Mausolée ou Saint-Paul-de-Mausole au monument romain 
qui le domine. Son église commencée peut-être au ix' siècle et dont le clocher 
rappelle par ses dispositions générales le tombeau des Jules, est accom- 
pagnée d'un cloître plus récent (xii" siècle et commencement du xiiT) qui 
n'a que le tort de n'être pas assez connu ; car c'est un des chefs-d'œuvre 
de l'architecture religieuse provençale. Ses arcades, portant sur des colon- 
nettes accouplées, sont séparées — de trois en trois — par de larges 
pilastres au-dessus desquels sont insérées des consoles portant les arcs 
doubleaux de la voûte. Ces arcs doubleaux correspondent à des contre- 
forts appliqués de l'autre côté du mur et faisant saillie sur la cour inté- 
rieure. Les fûts des colonnettes sont tantôt circulaires, tantôt octogonaux : 
l'un d'entre eux, malheureusement fort dégradé, semble avoir été entouré 
de nervures hélicoïdales. Les chapiteaux sont d'une remarquable variété. 
Là encore nous retrouvons des chapiteaux analogues aux chapiteaux 
corinthiens dont on avait le modèle dans le voisinage, les uns avec les 
feuilles d'acanthe à peine dégrossies, les autres plus fouillés. Comme 
transition entre le style gréco-romain et les habitudes ornementales du 
moyen âge, certains de ces chapiteaux corinthiformes portent au milieu 
de chaque face, sous le tailloir, une tête d'homme. L'imitation du mausolée 
des Jules se montre avec plus de précision dans certains éléments déco- 
ratifs qui pouvaient facilement s'adapter à ce goût de figures animées et 
fantastiques chères à l'ornementation du xir siècle. Ce sont des aigles, 
des monstres marins, des sirènes qui rappellent la frise du monument 
romain. Quelques-uns de ces motifs sont de véritables copies plus ou moins 
adroites. On pourrait croire aussi que l'archivolte de l'arc de triomphe 

* Voyez ci-dessus, p. 12, 38, etc. 



SAINT-RÉMY 



139 



a été imitée dans les chapiteaux qui présentent des enroulements de sar- 
ments de vignes et des raisins. Mais cette ornementation végétale est trop 
dans le style qui dominera au xiii' siècle pour qu'il soit nécessaire de 
faire intervenir ici l'imitation de l'antiquité. 

Les environs du mausolée des Jules présentent le long du ravin de 
Saint-Cler ou de la route de Maussane les vestiges de diverses construc- 




Cloître de Saint-Paul-du-Mausolée. 



tions antiques : tour, réservoir, route dallée. Il ne reste rien d'un temple 
attribué à Diane, dont les matériaux ont été récemment employés par un 
administrateur animé d'un esprit « vraiment utilitaire » pour construire 
des cabanes de cantonniers ou de gardes forestiers. 

Nous dirons encore en terminant combien ces ruines sont rehaussées 
par le cadre naturel qui les entoure. Elles semblent sous la garde du 
montGaussier auquel les traditions populaires et les poètes de Provence 
aiment à reconnaître la forme d'un lion accroupi. Mistral dans les Isclo 
d'Or interpelle le « monstre pétrifié, au dos rongé et fauve, où les oxy- 
cèdres et les genièvres lui fournissent la crinière qui flotte au préci- 
pice ». Le vieux lion u bonasse et brave qui vit monter les tours et sombrer 
les châteaux forts » daigne répondre au félibre et après aVpir rappelé les 



I40 SAINT-REMY 

gloires du pays d'Arles auxquelles il présidait, lorsqu'il donnait son nom 
au golfe qui creuse la côte provençale, il dit. 

« Mais tout passe et devient ennui... (Aujourd'hui), perdu dans la 
pierraille, n'ayant plus ni griffes, ni crocs, à la cime des Alpilles je vins 
me pétrifier. » 

Unissant la décadence de la puissance provençale à la sienne, le lion 
ajoute : 

« Par la ruse et le négoce que s'élève qui voudra ; par les armes et le 
tumulte que triomphe qui pourra. Toi, Provence trouve^ et chante, et, 
marquante par la lyre ou le ciseau, répands autour de toi tout ce qui 
charme et monte vers le ciel, )) 

« Et le grand lion de roche sur lequel croît la broussaille, où s'ac- 
croche le genièvre, cela dit, rentra dans le silence. Au soleil qui venait de 
poindre s'irradiaient toutes les hauteurs du ciel ; et, ravi, mon cœur son- 
geait k Mireille et à Calendal. » 

Glanum fut détruit au moment de la grande invasion vers 408 par les 
Wisigoths. La population qui avait échappé au désastre se transporta 
deux kilomètres plus au nord, là où l'on constate, au x^ siècle au plus 
tard, l'existence d'un bourg fortifié du nom de Saint-Rémy. Ce bourg, 
malgré la distance, faisait bien partie du domaine de l'abbaye de Saint- 
Rémy de Reims qui perdit ses droits sur le pays en 1331. 

Saint-Rémy a des maisons de la Renaissance telles que la maison de 
l'astrologue Nostradamus dont le buste orne une de ses fontaines et la 
maison des Mistral-Mondragon ou maison du Planet récemment saccagée 
par des « embellissements » coupables. Près de là, sur une rue traversée 
par des arcades, dans une habitation particulière, se trouve une tour dont 
la porte en gothique flamboyant, donne accès à un escalier à vis, de 
pente très douce, qui, par son habile construction, est comparable à la 
vis de Saint-Gilles et à l'escalier François I" au château de Blois. 

La mairie conserve un certain nombre de fragments antiques : des 
inscriptions gauloises en caractères grecs, — une inscription latine en l'hon- 
neur d'un certain Ebutius Agathon qui, après avoir été trois fois Augus- 
tale à Arles, exerça les fonctions d'administrateur des finances de Gla- 
num, — une tète de taureau plus petite que nature, — surtout un buste 
d'homme et un buste de femme d'une véritable valeur artistique. Oubliés 
dans les greniers où ils risquent de se perdre, ces bustes devraient ou 

^ On sait que le mot de troubadour, comme le mot trouvère veut dire le troiiveiir 
c'est-à-dire l'inventeur. 



SAINT-RÉMY 141 

être placés dans la salle d'honneur de l'édifice municipal ou être 
envoyés au Musée d'Arles. Peut-être sont-ce les têtes qui manquent aux 
deux statues du mausolée. 

Une grande partie de la canalisation souterraine construite au temps 
des Romains pour conduire à Arles les eaux des Alpines (voir ci-dessus 
p. 72-74) sert encore aux usages domestiques et à l'irrigation des cam- 
pagnes voisines de Saint-Rémy. On peut en suivre le parcours grâce à 
des « regards » antiques bien connus des gens du pays. Le canal est 
alimenté par de grands travaux de drainage et de captation de sources 
pratiqués dans la région montagneuse, puis par des drainages continués 
le long de son parcours. Le fond du canal est une maçonnerie solide- 
ment cimentée avec ce ciment hydraulique imperméable que les Romains 
ont su fabriquer mieux que personne. Il en est de même des murs laté- 
raux jusqu'à une certaine hauteur au-dessus des eaux moyennes. Ensuite 
ces murs se continuent seulement en pierres sèches de manière à laisser 
filtrer les eaux de drainage de telle sorte que ces eaux soient recueillies 
dans la partie cimentée qui ne les laisse plus échapper. Les gens du pays 
constatent que l'existence de cet aqueduc rend l'alimentation des puits 
fort difficile et leur possibilité plus rare, à moins que le sondage ne tombe 
juste sur le canal ; ce qui permet alors d'avoir des puits d'eau courante. 

Malgré leur situation écartée, loin des grands centres, en dehors des 
grandes voies de communication, les ruines de Glanum, protégées d'ail- 
leurs par leur isolement, ont attiré l'attention des savants et des artistes, 
même lorsque les voyages étaient bien plus difficiles et le respect des vieux 
monuments plus rare qu'aujourd'hui. Dès 1724, les États de Provence 
votaient une somme de 3000 francs pour leur réparation; en 1795, l'é- 
diteur-artiste Beaumont publiait à Londres sur les antiquités de Saint- 
Rémy une gravure que la magnifique eau-forte d'Octave de Rochebrune 
a fait outoer ; entre temps Hubert Robert leur donnait une place dans un 
des quatre tableaux, aujourd'hui au Louvre, où il groupait les plus célèbres 
monuments romains de notre sol et Alexandre de Laborde les faisait 
reproduire dans les belles planches de ses Monuments de France. Il y a 
quelques années on les sculptait en bas-relief sur le monument du poète 
provençal Roumanille, à Avignon. 




Orange. Théâtre romain, extérieur. 



ORANGE 



Orange, l'ancienne Arausio^ a été dans l'antiquité comme dans les 
temps modernes beaucoup plus importante que Glanum ou Saint-Rémy. 

Capitale des Cavares, elle avait vu se heurter sur son territoire, dans 
un terrible choc, l'armée des Cimbres et des Teutons et l'armée des 
Romains (105 av. J.-C). Sous la domination de Rome, où elle eut le 
titre de colonie', elle fut une des plus brillantes villes des Gaules. Plus 

* C'est de Jules César qu'elle avait reçu une colonie composée de soldats de la 
deuxième légion. De là son nom officiel : Colonia Firma Julia Secundanorum, Araitsio. 
On sait à quelle tribu de Rome elle avait été rattachée. 



ORANGE 143 

tard, elle devint une principauté et l'on a à peine besoin de rappeler 
que la famille d'Orange, une des plus illustres de l'Europe, donnait, aux 
Pays-Bas, les Stathouders qui fondèrent son indépendance et, à l'Angle- 
terre, le roi qui affermit ses libertés. 

Maurice de Nassau, malgré le grand rôle qu'il jouait dans la politique 
générale, et tous les efforts qu'exigeaient la défense et le gouvernement 
des Provinces unies, n'oubliait pas sa petite seigneurie, située bien loin 
dans la vallée du Rhône et il l'entourait en 1622 de fortifications qui 
n'avaient pas alors leurs pareilles ; car Maurice de Nassau était le pre- 
mier ingénieur militaire de son temps et il ne ménagea rien pour que cette 
enclave en terre de France pût résister, quoique isolée, aux entreprises 
possibles du roi son puissant voisin. Les restes des monuments romains 
que les barbares n'avaient que très incomplètement détruits donnaient des 
matériaux de premier choix, tout ouvrés, et pour ainsi dire à pied d'œuvre: 
heureuse fortune qu'il ne fallait pas négliger! C'est alors que disparurent 
complètement les Arènes, c'est alors que l'hippodrome fut réduit aux 
quelques pans de murs qu'on voit encore. Si le théâtre fut plus épargné, 
c'est qu'il fut empâté dans le rempart. Quant à l'arc de triomphe, il avait 
été déjà transformé au moyen âge par Raymond des Baux en un château 
fort et ce château avait été habité par les princes d'Orange dont plusieurs 
actes sont datés du Château de VAi'c. 

L'arc de triomphe d'Orange est un des plus beaux que nous ait lais- 
sés l'antiquité. Par ses dimensions il vient au troisième rang, après l'arc 
de Constantin et l'arc de Septime Sévère, avant l'arc de Titus. Il est 
percé de trois arcades et présente sur chacune de ses faces quatre colonnes 
corinthiennes, les colonnes d'angle servant à la fois à deux faces. Des 
frontons sont disposés au-dessus de l'arcade centrale et réunissent les 
colonnes des faces latérales. Les sculptures sont d'une grande richesse et 
d'une grande variété*. On y voit d'abord des armes de toutes sortes : 
casques, javelots, armures complètes, enseignes (une entre autres surmon- 
tée d'un sanglier), des proues de vaisseau, des ancres, des cordages et des 
gréements divers, des gladiateurs, des captifs (hommes et femmes), des 
scènes de combat. Ce sont là pour l'histoire militaire de Rome des docu- 
ments d'une valeur comparable à ceux que nous donne la colonne 
Trajane. On y voit aussi des attributs religieux, des sirènes, une tête 
d'Apollon entourée de rayons. Puis ce sont, le long des archivoltes prin- 

' La façade occidentale a perdu presque complètement les siennes. 



144 ORANGE 

cipalement, des fruits, des fleurs, des plantes diverses, épis de blé, pommes 
de pins, feuilles de vigne, raisins, poires, pommes, grenades, muguets 
ou clochettes se déroulant en guirlande ou s'échappant de cornes d'abon- 
dance. On pourrait insister sur la pureté des corniches, et l'admirable 
exécution de leurs éléments plus géométriques. Aussi, quoi qu'en dise 
Caristie, qui attribuait le monument aux Antonins, et, tout en reconnais- 
sant que des artistes de ce temps, spécialement bien inspirés, auraient été 
capables de construire l'arc d'Orange, rien n'empêche d'admettre qu'il 
appartienne au premier siècle de notre ère. La présence des trois ouver- 
tures, au lieu d'une seule, n'est pas une objection décisive. Sans doute les 
plus anciens arcs de triomphe qui nous soient connus, y compris l'arc de 
Titus, n'ont qu'une seule arcade; mais des médailles de l'an i6 av. J.-G. 
donnent la preuve que les trois arcades avaient déjà été appliquées à ce 
genre d'édifice. Tandis que l'architecte Caristie tenait pour le second siècle 
après J.-C, M. de Witte, l'archéologue, proposait la date de 121 avant 
notre ère et prétendait que le monument glorifiait les généraux romains 
qui avaient fait les premières conquêtes dans la Gaule transalpine, soit 
Domitius Ahénobarbus, soit Fabius l'Allobrogique, soit plutôt Sextius 
le fondateur d'Aquœ sextiœ (Aix en Provence) ^ 

Ce sont bien en effet des trophées de Gaulois vaincus qui y sont repré- 
sentés ; et, parmi les noms gravés sur les boucliers, on peut lire net- 
tement celui de Sacrovir. Il était donc naturel de penser qu'il s'agissait 
ici de ce Julius Sacrovir qui, avec Julius Florus, essaya de soulever les 
Gaules contre Tibère. M. de Saulcy, mis ainsi sur la voie, essaya de 
reconstituer l'inscription de l'architrave en employant le moyen qui avait 
si bien réussi à Séguier pour la Maison Carrée. En se guidant d'après les 
traces laissées par les crampons des lettres de bronze qui la formaient, il 
crut pouvoir lire sur la première ligne le nom de Tibère et l'indication 
de son quatrième consulat, ce qui donnerait l'année 21 après J.-C, date 
qui s'accorde parfaitement avec la victoire su-r Sacrovir. Cette opinion a 
été adoptée par E. Desjardins et est en effet la plus vraisemblable. 

* Cette opinion était déjà exprimée par Jean-Isaac Pontanus dans son Itinéraire de la 
Gaule Narbonnaise (Leyde, 1606). Pontanus croyait reconnaître dans les sculptures 
les figures de trois triomphateurs et lisait sur la poitrine d'un roi prisonnier le nom « très 
usité chez les Arvernes de Buduacus ». lodocus Sincerus dans l'ouvrage latin cité plus 
haut transcrit en français l'opinion des gens du pays et nous dit que les habitants 
d'Orange croyaient généralement que leur arc de triomphe se rapportait à Marius et à 
Catulus « dont les noms se lisent apertement en deux endroits ». La signification de l'arc 
d'Orange occupa à diverses reprises les savants du xv!!*^ et du xviii'' siècles entre autres 
Gronovius. 



ORANGE 



'45 



Nous ne reviendrons pas sur la discussion ; mais nous voudrions y 
apporter quelques arguments nouveaux, pour ou contre, qui ne nous 
paraissent pas avoir été indiqués jusqu'ici. On peut objecter d'abord que 
le mouvement provoqué par Florus et Sacrovir n'intéressa que très indi- 
rectement la Provence. Florus appartenait au nord de la Gaule, Sacro- 




ClicUé Fevrot. 



Arc de triomphe. 



vir était Eduen et c'est à Autun qu'il fut vaincu. On ne voit pas non 
plus ce que viennent faire des trophées maritimes lorsqu'il s'agit d'une 
guerre où les vaisseaux ne jouèrent aucun rôle. D'autre part il semble qu'il 
y ait une disproportion bien grande entre le monument et l'événement 
qu'il célèbre. La révolte (et Tibère en avait bien jugé dès le début), eut 
peu d'extension et fut facilement réprimée. Mais, comme nous l'apprend 
Tacite [Annales^ III, 44), tout le monde n'avait pas vu aussi juste que l'em- 
pereur ; Rome avait été vivement émue et on avait blâmé le calme de 
Tibère qui ne s'était pas rendu de sa personne en Gaule, n'y avait même 
pas envoyé Drusus et avait laissé tout faire à des lieutenants. Un autre 

10 



146 ORANGE 

détail est favorable à l'hypothèse soutenue par E. Desjardins. On a vu 
que parmi les sculptures de notre édifice se trouvent des figures de gla- 
diateurs ; or Sacrovir avait placé à son avant-garde, des guerriers bardés 
de fer pris parmi les esclaves destinés aux combats du cirque *. 

On peut trouver en dehors d'Orange, des arcs de triomphe égaux ou 
supérieurs au sien par la valeur d'art et l'intérêt historique. Mais son 
théâtre est unique : aucun théâtre antique n'est dans un pareil état de 
conservation. « Evidemment il y a ici, comme le dit Taine, la marque 
d'une civilisation complète et l'on ferait une étude stir vSophocle avec ce 
point de départ. » La façade de 36 mètres de haut se développant sur une 
longueur de 103 mètres est d'un effet saisissant dans sa simplicité un peu 
nue. 

Elle a perdu un avant-corps s'élevant environ au tiers de la hauteur 
totale. Cet avant-corps permettait aux acteurs de passer derrière la scène 
pour y pénétrer par les portes du fond. Car il ne faut pas croire que ces 
portes centrales, s'ouvrant aujourd'hui sur la place et masquées autrefois 
par cet avant-corps^ donnaient passage au public. Cette construction existait 
encore à la fin du xv'' siècle comme en témoigne un croquis pris sur place 
par Giuliano da San Gallo croquis que nous reproduisons ^ 

Dans la partie élevée de la façade, on remarque deux rangées paral- 
lèles de grandes pierres, espèces de corbeaux plantés normalement dans 
le mur et placés exactement deux par deux au-dessous l'une de l'autre. 
Les pierres de la rangée supérieure sont traversées verticalement par des 
trous cylindriques, tandis que les pierres de la rangée inférieure sont 
plus larges et présentent une surface plate et bien unie. Dans les pre- 
mières étaient insérées et sur les plus basses venaient s'appuyer les 
perches qui correspondaient à d'autres pièces de bois insérées par leur 

* Ferratos milites (Tacite, Annales, III, p. 45) ; e servitiis, gladiaturœ destinati 
[ibid, ch. 43). — Si, à l'exemple de M. de Witte, on ne veut pas accorder de l'impor- 
tance au mot Sacrovir, si on se contente d'y voir le nom d'un chef gaulois quelconque 
dont le rôle politique n'est pas plus connu que celui de ses compatriotes dont les noms 
sont inscrits à côté du sien, si l'on remarque en outre qu'un grand nombre de ces ins- 
criptions ont disparu, on pourrait émettre aussi l'hypothèse que l'arc d'Orange consacre 
le souvenir de la victoire de Rome sur Sabinus, sous le règne de Vespasien. La révolte 
de Sabinus avait été beaucoup plus dangereuse que celle de Sacrovir ; car elle se liait à 
l'insurrection des Bataves avec Civilis et des Germains avec Velléda. Dans cette hypo- 
thèse, la présence des trophées maritimes s'expliquerait mieux. De plus la date intermé- 
diaire entre Tibère et le second siècle aurait chance de mettre d'accord les deux 
opinions fondées sur l'étude purement architecturale du monument. 

2 Voy. p. 152. Dans son dessin, San Gallo a pu rétabUr les formes incomplètes ou 
dégradées, mais n'a rien inventé. Voy. V Ami des Monuments, année 1890, p. 111-112. 



ORANGE 



147 



base dans la crête du mur demi-circulaire entourant les gradins. Ce S3's- 
tème portait le vcUim servant d'abri contre le soleil et la pluie. 

La scène était protégée d'une façon permanente par un toit s'appuyant 
sur de fortes pièces de charpente encastrées dans la face intérieure du 
mur de la façade et disposées de manière à laisser la vue complète du 




Théâtre romain, intérieur. 



Clicbe Févrot. 



spectacle aux personnes occupant les rangs les plus élevés des gradins. 
On ne connaît pas, paraît-il, d'autre exemple d'une construction semblable. 
Ce toit a dû être détruit par un incendie dont les traces sont encore appa- 
rentes dans l'aspect rougeâtre et calciné des pierres qui le soutenaient. 
La scène a également perdu ses colonnes et son revêtement de marbres 
rares. Mais elle a conservé au fond ses trois portes, dont celle du milieu 
« la porte royale » servait exclusivement à l'acteur principal. Deux autres 
portes (cinq en tout) sont ouvertes sur les ailes en retour. L'une était 
censée donner sur V Agora, c'est-à-dire la ville, l'autre sur la campagne. 
C'était « le côté cour » et le « côté jardin ». Au-dessus de la porte royale 
une grande niche contenait une statue colossale d'empereur dont on a 
retrouvé le torse. De vastes dégagements à droite et à gauche ser- 
valent de loges ou de foyer pour les acteurs, de salle d'attente pour 



i.l8 ORANGE 

la figuration qui était souvent très nombreuse, de lieu de repos et de 
promenoir pour le public. Dans une de ces salles a été placé à juste 
titre le buste de Caristie qui restaura avec une respectueuse perspicacité 
et décrivit avec non moins de soin les édifices antiques de la ville. 

Le Théâtre nous donne un exemple frappant de l'esprit pratique que 
les Romains apportaient à toutes choses. S'ils ne reculaient devant aucune 
dépense pour atteindre les effets grandioses qu'ils se proposaient, ils évi- 
taient avec soin toute peine et tous frais inutiles. En architecture, comme 
à la guerre, ils étaient décidés à tout pour la victoire ; mais ils ne vou- 
laient que des sacrifices nécessaires. De même qu'aux amphithéâtres de 
Fréjus et de Saintes et au théâtre de Vaison, les gradins du théâtre 
d'Orange étaient en grande partie découpés dans une colline. C'est dans 
la même colline à droite du théâtre et communiquant au besoin avec lui, 
qu'avait été creusée une partie du cirque ou hippodrome dont une 
arcade subsistante est comme égarée assez loin au travers d'une rue. 

Malg-ré ce souci de ménager l'argent et la main-d'œuvre — à Orange 
comme à Arles, — tout le bassin de la Méditerranée avait été mis à contri- 
bution pour l'ornementation du théâtre. On a retrouvé dans les décombres 
des marbres roses, rouges, gris, le marbre blanc de Carrare, le marbre 
vert de Grèce, le jaune de Sienne, la brèche d'Afrique, sans compter de 
magnifiques colonnes monolithes de granit. 

Mais si le théâtre d'Orange était comparable par la magnificence à 
celui de la grande cité du delta du Rhône, il en différait notablement par 
le caractère de la construction. Tandis que le théâtre d'Arles est presque 
un théâtre grec, le théâtre d'Orange est complètement romain ; il l'est par 
le peu d'étendue relative de l'orchestre qui était occupé par des sièges; il 
l'est par les dimensions plus grandes données à la scène de façon à y 
permettre le développement de ces riches cortèges auxquels les Grecs 
attachaient moins de prix ; il l'est encore par le caractère des moulures 
et des colonnes. Tandis qu'à Arles les feuilles d'acanthe des deux 
colonnes conservées de la scène sont grecques de forme et disposées sur 
le chapiteau à la manière grecque, les fragments corinthiens retrouvés à 
Orange sont analogues aux colonnes du Panthéon d'Agrippa et du 
temple de Jupiter Stator. Tandis que le grand ordre du théâtre d'Arles 
était ionique et rappelait le temple de la Victoire Aptère d'Athènes, à 
Orange, sur la façade principale comme sur les façades latérales, les 
pilastres sont toscans. Ici on peut être sans restriction d'accord avec 
Caristie et Révoil qui placent la construction de ce monument au 
II* siècle de notre ère sous Antonin ou Marc-Aurèle. 



ORANGE 



149 



On savait bien par Vitruve que les architectes de l'antiquité avaient 
une juste préoccupation de la bonne acoustique ; on connaissait les études 
et les expériences qu'ils avaient faites à ce sujet. Mais on n'en a pas moins 
été profondément surpris, lorsqu'on a constaté que, même dans ce théâtre 
délabré d'Orange, si vaste et en plein air, la voix des acteurs sans cothurne et 
sans masque portait jusqu'aux derniers gradins. C'est ce que l'on a reconnu 
en 1869 dans la. représentation du Joseph deMéhul. Depuis on y a entendu 
Mounet-Sully dans Œdipe Roi', M.""" Bartet dans Antigone, W Bré- 
val dans V Hymne à Pallas de Saint-Saëns. Ces murs ont raisonné des 
accents vraiment antiques de V Hymne à Apollon reconstitué par M. Théo- 
dore Reinach sur le texte découvert à Delphes. En 1900 on y a représenté 
une adaptation ô!Alceste, en 1902 les Phéniciennes. Enfin on y devait 
donner la première représentation des Barbares, œuvre de Saint-Saëns 
jouée récemment à l'Opéra. Il est regrettable que ce projet n'ait pas 
abouti, car c'est à Orange, et spécialement dans le théâtre devenu un 
refuge contre les farouches envahisseurs, que se passe le drame. 

Sans exagérer l'importance de ces résurrections, il y a tout un symbole 
dans les efforts ainsi faits pour rattacher le présent à un passé lointain. 

Devant le théâtre d'Orange un gracieux groupe d'Injalbert repré- 
sente la Civilisation antique, belle encore, mais prête à s'endormir d'un 
dernier sommeil, transmettant d'une main défaillante la lumière du Vrai 
et du Beau à la Civilisation moderne. Ce groupe est bien à sa place ; 
jamais en effet on ne sentira mieux cette solidarité qui unit les générations 
à travers les siècles ; jamais on ne sentira mieux comment l'art et l'idée 
survivent aux révolutions et aux catastrophes que devant ces monuments 
antiques de la Provence qui, tout mutilés qu'ils sont, nous parlent un 
langage que nous comprenons encore. En nous inspirant le respect du 
passé ils nous enseignent la confiance en l'avenir ; car ils disent bien haut 
que le beau qu'on a aimé, qu'on a exprimé, se retrouve toujours, même 
sous des ruines. La leçon s'adresse à tous. Sans doute nous, Français, 
nous pouvons l'entendre mieux que d'autres ; car la civilisation gréco- 
romaine a mis plus fortement sur nous son empreinte. Mais cette civi- 
lisation est une inspiratrice commune pour les peuples de l'Europe 
moderne ; et elle rayonne sur les bords de la Tamise et sur les bords 
du Rhin comme sur les bords de la Seine et du Rhône. 

' On y avait joué aussi le même jour, la Revanche d' l'Iris et V Ilote ; mais ces fantai- 
sies gracieuses et spirituelles parurent trop légères pour un pareil cadre. Voyez Larou- 
met, Le théâtre antique d'Orange, dans ses « Etudes de littérature de VArt ». Les 
paroles de l'hymne à Pallas sont de M.-J. Croze. 



TABLE DES ILLUSTRATIONS 



NIMES 



Esplanade, Arènes, Fontaine de Pradier, Palais de Justice 3 

Arènes. Vue sur le grand axe 5 

— Vue sur le petit axe 6 

— Intérieur 7 

— Galerie du rez-de-chaussée 9 

— Galerie du premier étage 11 

Maison Carrée. Extérieur 13 

— Intérieur 15 

Musée de la Maison Carrée. Danseuse grecque 16 

— Tête de Vénus 17 

— Vénus de Nîmes 18 

— Julia Mammœa 19 

— Tête de bronze 21 

Monument du poète Jean Reboul 22 

Canal de la Fontaine 23 

Le Jardin de la Fontaine 24 

Bains romains 25 

Temple de Nemausus 26 

— Intérieur du sanctuaire 27 

Porte d'Auguste 29 

Tour Magne 30 

Jardin de la Fontaine. La Source 31 

Pont du Gard 33 

Ruines du château d'eau romain {CasteUum divisoriuvi) 35 

La Poésie légère de Pradier 42 

^Monument d'Alphonse Daudet 43 

Cathédrale de Saint-Castor 44 

Église Saint-Baudile 45 

Église des Saintes Perpétue et Félicité 46 

Eglise Saint-Paul 47 

Peintures murales d'Hippolyte Flandrin à l'église Saint-Paul. L'égalité chrétienne. 48 

— Procession des Vierges 49 

— Procession des Martyrs 49 

IVImmortalité par Pradier 51 

Fontaine de Pradier 53 



TABLE DES ILLUSTRATION^ 151 



ARLES 



Vue générale 55 

Arlésienne coiffée de « la cravate » 58 

Arlésienne coiffée du « ruban » 59 

Palais de Constantin. Vue de la façade nord depuis sa réceqte restauration .... 62 

— Intérieur de la salle absidiale depuis les dégagemenl^s récents 63 

Place Royale. Église Sainte-Anne (Musée Lapidaire). Hôtel de ville. Obélisque du 

cirque. Église Saint-Trophime 65 

Restes d"aqueduc romain à Barbegal 67 

Arènes. Vue extérieure 68 

— Vue intérieure un jour de courses de taureaux. 69 

— Galerie supérieure (i'^'' étage) et vue de la galerie inférieurç 71 

Théâtre antique. « Tour de Roland », vue prise du jardin |côt^ Su'd) "Ji 

— Vue intérieure ' 75 

La Vénus d'Arles "j-j 

Plan schématique du musée Lapidaire , 80 

Musée Lapidaire dans l'ancienne église Sainte-Anne 83 

Musée Lapidaire. Fragment d'une statue de Livie ou de Vénus 84 

— - Danseuse , 85 

— Sarcophage dit d'Hippolyte 91 

— Sarcophage de Julia Tyrannia 95 

— Tombeau dit de Constantin ou du Triomphe de la Croix. Sarcophage dit du 

Christ et des Apôtres 97 

— Sarcophage dit de TOrante ou de Moïse. Couvercle du sarcophi^ge d Hydria 

TertuUa et de sa fille Axia, Sarcophage à colonnes, le Christ et les Apôtres . 99 

— Sarcophage de deux époux (Histoire de Jonas, etc.). Sarcophage d'Optatina 

Creticia. Sarcophage de deux époux (Passage de la mer rouge) ....... loi 

Eglise Saint-Trophime. Vue du portail 104 

— Intérieur ' . . . 105 

Cloître de Saint-Trophime, ensemble des galeries 106 

Cloître de Saint-Trophime. Galeries romanes 107 

Chapelle de l'Assomption (devenue une habitation privée) :^o8 

Cheminée en plâtre de la Renaissance, maison Réguis, rue de la Tour-du-Fabre . 109 

Puits du xvi^ siècle. Maison Fournier (ancienne maison Datty), rue des Arènes . . 1^0 

Maison de Divonne (xvi" siècle), rue de la Roquette m 

Cour de l'hôtel Nicolaï (xV siècle), rue Nicolaï lU 

Cour du Collège (ancien hôtel de Laval, xv" siècle) 113 

Le Collège (ancien hôtel de Laval) 114 

Gargouilles de la cour du Grand Prieuré (rue du Grand-Prieuré) 115 

Porte du XVI'' siècle de l'ancienne chapelle de l'Hôpital (rue Dulau) 116 

Porte renaissance d'une maison de la rue de la République 117 

Puits dans la cour d'une maison de la rue Baléchou (fin Louis XIV) 119 

Allée des Alyscamps 121 

Les Alyscamps, entrée du cimetière étabhe par les moines de Saint-Victor 

(xii' siècle) 123 

Chapelle Saint-Honorat des Alyscamps 125 



152 



TABLE DES ILLUSTRATIONS 



MONTMAJOUR 

Abbaye de Montmajour. Vue générale. La tour de Pons de l'Orme. Les bâtiments 

abbatiaux. L'église basse et l'église haute 127 

Abbaye de Montmajour. Le puits du Cloître. La tour de Pons de l'Orme 129 

Abbaye de Montmajour. Le cloître 131 

Montmajour. La chapelle Sainte-Croix-en-Jérusalem 133 

SAINT-RÉMY 

!R.estes de Glanum. Le Mausolée des Jules. L'Arc de triomphe 135 

Tombeau des Jules 137 

Cloître de Saint-Paul-du-Mausolée. . 139 

ORANGE 

Théâtre romain (extérieur) 142 

Arc de triomphe 145 

Théâtre romain (intérieur) 147 

Fac-similé du croquis du théâtre d'Orange, par Giuliano da San-Gallo 152 




Fac-similé du croquis du théâtre d'Orange, par Giuliano da San-Gallo. 



BIBLIOGRAPHIE^ 



GENERALITES 

Corpus Itiscriptionnni Latinanun. Le tome XII par HirschfeJd a recueilli les inscrip- 
tions de la Gaule Narbonnaise. Il contient une bibliographie complète indiquant à 
peu près tout ce qui a été publié sur les antiquités romaines de la région. 

Montfaticon. — L'Antiquité expliquée. 

Piganiol de la Force. — Description historique et géographique de la France. 

lodociis Sinceriis. — Itinerarium GallicC (voy. p. 124). 

Paul Merula (Van Merle). Cosmographiae generalis libri très, item cosmographiae parti- 
cularis libi quatuor quibus Europa in génère, speciatim Hispania Gallia, Hispania 
describuntur. C'um tabulis geographicis aeneïs multo quam antehac accuratioribus : 
Amsterdam apud Guilielmum BlaeuCIC IC CXXXVI, in-12. Il y est question de N mes 
et d"Arles dans le second volume, p. 365 et p. 381. La première édition date de 1605 
et est in-/j'\ 

Zeiller. — Topographia GallicC . 4 vol. in-f. Francfort sur-le-Mein. Le tome IV. 
Les Dictionnaires géographiques de Thomas Corueille, de Bru\en de la Marti/iicre, 
d'Fxpillv. 

Abbé Longuerue. — Description historique et géographiciue de la France ancienne et 
moderne. 

Alexandre de Laborde. — Les monuments de France, classés chronologiquement. 
In-f-, Paris, 1816. 

Grangent, Durand et Durant. — Description des Monuments antiques du midi de la 
France. 

Millin. — Voyages dans les départements du midi de la France. 
Le mente. — Antiquités nationales. 

Honoré Bouche. — La Chorographie ou description de la Provence et l'histoire chrono- 
logique du même pays. In-P, Aix, 1664.- 
Archives de la Commission des Monuments historiques (!'=■' vol.). 
Dont Vaisselle. — Histoire du Languedoc. In-P. Paris, 1730. 
Ernest Desjardins. — Géographie de la Gaule romaine. 
Cellarius. — Notitias orbis antiqui. 

' Nous indiquons dans cette bibliographie : les livres les plus importants ; ceux où l'on trouve des indi- 
cations bibliographiques nombreuses: enfin quelques ouvrages rares ou peu connus. 



154 BIBLIOGRAPHIE 

Muret. — Catalogue des Monnaies gauloises de la Bibliothèque nationale. 

H. de la Tour. — Atlas des Monnaies gauloises. 

Rèvoil. — Architecture romane du midi de la France. 

Mérimée. — Notes d'un voyage dans le midi de la France. 

Cit. Lenthéric. — Les villes mortes du golfe de Lyon. 

Le même. — La Grèce et l'Orient en Provence. 

E. Michon. — Statues antiques trouvées en France au musée du Louvre. La cession 

des villes d'Arles, Nîmes et Vienne en Î822 (Mémoires de la Société des antiquaires 

de France, t. LX. Paris, 1901, p. 79-173). 

NIMES 

Clérisseau. — Antiquités de Nîmes, 2 vol. in-f", 1876 et 1806. 

Ménard. — Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de Nîmes. 

Dom Vaissette. — Eclaircissements sur les antiquités de la ville de Nîmes. 

E. Germer Durand. — Dictionnaire topographique du département du Gard. 

Mémoires de l'Académie du Gard. 

Poldo d'Albenas. -7- Discours de l'antique cité de Nîmes (voy. p. 32). 

Deyron. — Antiquités de Nîmes. Grenoble, 1656, petit in-4'^. Deuxième édition très aug- 
mentée, Nîmes, 1663. 

Jacobus Grasserus. — De Antiquitatibus Nemausensibus dissertatio. Ad usum peregri- 
nantium. Lyon 161 7, format de poche. Ouvrage réuni en général à l'Itinerarium Galliae 
de Jodocus Sincerus. 

Hippolyte Baiin. — Nîmes gallo-romain. 

Rcvoil. — Rapport sur les fouilles de l'amphithéâtre de Nîmes. 

Désiré Nisard. — Nîmes dans la collection de l'histoire des villes de France. 

Les mémoires divers de MM. Aug. Pelet, Maurin, Durand, Godard, Pothier, Maruéjol, 
Aurês. 

Germer Durand. — Promenade d'un curieux dans Nîmes, . 

Albert Michel. — Nîmes et ses rues. 

Germer Durand et A limer. — Collection épigraphique de Nîmes, 

ARLES 

Nous renvoyons surtout aux manuscrits, documents et mémoires divers recueillis par 
l'abbé Bonnemant, dans la seconde moitié du xviii" siècle (1760-1791) et conservés à 
la Bibliothèque de la ville. Voir aussi à la même bibliothèque les manuscrits recueil- 
lis par M, Mège et, aux archives de la ville, le fonds Véran. 

/. Séguin. — Antiquités d'Arles, 1687. 

Diiport. — Histoire de l'église d'Arles, 1690. 

Anibert. — Mémoires historiques et critiques sur l'ancienne république d'Arles, Iverdon 
1779-81, 4 vol. in-i2. 

Millin. — Voyage dans les départements du midi de la France, Tome III (1808), 
La Lauii'cre. — Annales d'Arles. 



BIBLIOGRAPHIE 155 

Comte de Villeneuve. — Statistique du département des Bouches-du-Rhône, avec 
Atlas, Marseille, 1824. 

L. Jacquemin. — Guide du voyageur dans Arles. Arles, 1835. 

Le même. — Monographie de l'amphithéâtre d'Arles (1846-47). 

H. Clair. — Des monuments d'Arles antique et moderne. Arles, 1837. 

/.-/. Estrangin. — Études archéologiques, historiques et statistiques sur Arles. Aix, i838. 

Le même. — Description de la ville d'Arles antique et moderne, etc. Aix, 1845. 

Saurel. — Dictionnaire des villes et villages des Bouches-du-Rhône. 

E. Leblant. — Les sarcophages chrétiens antiques de la ville d'Arles. 

Congrès archéologique de France. 63'' session. Séances générales tenues à Arles en 
187b. Paris, Champion, 1877. 

Gautier Descottes — Aqueducs antiques delà ville d'Arles (extrait du volume précé- 
dent). 

Charvet. — L'Hôtel de ville d'Arles. Paris, 1898. 

Hippolyte Ba\in. — Arles gallo-romain. 

Allmer. — Revue épigraphique du midi de la France. 

E. Fasin. — Le Musée, revue historique et littéraire (1868-77^. 

Le même. — Le Bulletin archéologique d'Arles (1889-91). 

Bulletin de la Société des amis du vieil Arles 1902 et suiv. 

ORANGE 

Roussel, Morel, Duhamel. ~ Une ancienne capitale, Orange. 
Caristie. — Les monuments antiques d'Orange. 

Ernest Desjardins. — L'Arc d'Orange [Bulletin de la Société centrale des Archi- 
tectes, 1883). 
Rèvoil. — Le thâtre antique d'Orange (Bulletin monumental. 1883V 

SAINT-RÉMY 

Deloche. — Saint-Rémy de Provence au moyen âge [Mèm. de l'Ac. des Insc, t. XXXIV, 

i''^ partie). 
Article de M. Saulcy sur les moulages des bas-reliefs d'Orange et de Saint-Rémy 

[Journal des Savants). 



TABLE DES MATIERES 



Avant-Propos 



NIMES 



Les villes romaines du midi de la France, 3. — Nîmes. Aspect général, 5. — 
L'Amphithéâtre (les Arènes), 6. — La Maison Carrée, 12; son Musée, 18. — La fontaine 
de Nîmes et ses jardins, 22. — Le Temple de Nemausus (temple de Diane, Nym- 
phée), 24. — La Tour Magne et l'enceinte fortifiée, 29. — Le Pont du Gard, 32. ■ — 
Le château d'eau, 35. — Le Théâtre, 36. — Restes de la Basilique, du Cirque, du 
Xyste, etc., 37. — Le Musée lapidaire, 38. — Mosaïques, 40. — Galerie de peinture 
et de sculpture, 43. — Les églises Saint-Castor, Saint-Paul, etc, 50. — Le Palais de 
Justice, 52. — Les Cimetières, 52. — L'Esplanade et la fontaine de Pradier, 53. 

ARLES 

Prospérité d'Arles dans l'antiquité. Son histoire, 55. — Les Arlésiennes, 61. — 
Restes du Forum, du Cirque, du Palais de Constantin, etc., 64. — L'obélisque, 68. — 
La Porta aquaria et l'aqueduc de Barbegal, 7,1. — L'Amphithéâtre (les Arènes), 74. — 
Le Théâtre, 76. — ■ La Vénus d'Arles, 78. — Le Musée antique. Statues et bas- 
reliefs, 81. Inscriptions, 88. Monuments funéraires païens, 91. Monuments funéraires 
chrétiens, 96. — Les églises d'Arles, 105. — Saint-Trophime et son cloître, 106. ■ — 
Notre-Dame la Major; chapelle de l'Assomption, etc., 113. — Edifices civils. Tour de 
l'horloge. Hôtel de Ville. Maisons curieuses,, 115. — Musée Réattu, 120. — Museon 
Arlaten, I2i>. — Les Alyscamps, 122. 

MONTMAJOUR 

Origine de Montmajour, 127. — La chapelle de Saint-Trophime ou de Saint- 
Césaire, 129. — ^ L'église, 130. — Le cloître, 132. — La chapelle de Sainte-Croix-en- 
Jérusalem, 133. 

SAINT-RÉMY 

L'ancienne Glanuni, 135. — Le tombeau des Jules, 13b. — L'Arc de triomphe, 137. — 
Saint-Paul-de-Mausole, 138. — Curiosités diverses de Saint-Rémy. 139. 

ORANGE 

L'ancienne Arausio, 142. — L'Arc de triomphe, i.'j3. — Le Théâtre, 146. — 
Conclusion, 149. 

Table des Gravures 150 

Bibliographie 153 



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