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Full text of "Noëls et chansons en patois lyonnais du 18e siecle"

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COLLECTION « AMIS DU VIEUX LYON » 



cet ouvrage a été tiré 
a deux cents exemplaires 
numérotés de i a 200, 
cinq. ont été réservés a 
l'auteur 



Exemplaire N° 408 



NOËLS ET CHANSONS 

EN 

PATOIS LYONNAIS 



Les six planches qui illustrent cet ouvrage 
sont la reproduction d'une série de gravures 
intitulée les Grotesques lyonnais, qui fut publiée 
au début du xix e siècle par le graveur Julien. 
Le texte en vers est de Maucherat de Longpré. 
Les types populaires qu'ils représentent étaient 
déjà très connus à Lyon à la fin du xvm e siècle, 
ce qui nous autorise à lès faire entrer dans le 
cadre de cette étude. 



LA MARCHANDE D'AIGUILLES 



La Marchande d'Aiguilles était une 
pauvre vieille femme, parcourant les 
rues de Lyon, offrant à tous les mer- 
veilles de son éventaire : aiguilles de 
toutes sortes, épingles, dés, peignes, 
etc. 




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Air de- ?a dipe de talae 

armateur j d&> /> ai in càAij/udlùà. 

cÀoià/îeX, dana moru mapaJih , 
pour vciuf etpow* leJjeuneJ fuIeJ 
je- cAernine-Joir- et matin-. 
J 'av pour touteJ leJ ou/t>riercJ 

deo ccuptideô \ dey 6on. acien. 

et de*/ à/ Ijsçrecpoicr àngereo 

*iu La.nplccue' Aaède à^t/àc?-" 




J"aùdd aiguillai renforcées, 
pow* culo tia^eJ, polir iaUlcxcrJ 
et d'au/reJ a.>dtux froiui perce, 
pour leJ ouvragée d&i brodeur, 
deo a. l'autruche poio^ module- 
deJtroù neyred pour leJJouàer 
en wv rnotpourtûiuJleJ artùteJ 
c/ief?ou, maitre/JeJ date/urrJ . 

duivardmon ancienne méthode 
it oenda deo' deJ et deJ éttuJ,y 
detpa/âc-laeeé) a/ la- mode-, 
deJ peigne^ de corne- ou-de-oia, 
d.&i êptnçleJ, aicoy demoijclt&f , 
j offre- iin.es ample/ provision, , 
affuri, que- d'autr eJ bayatel/e*> 
uâ'leJ danJ Voccao taTi . 
MancIio^atLo7topre- écrivait* 



ji Lyon, ôhe*. Laideur Place- ^UiXi'ei- mou ff*> dit-grand baho^K'^t 



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E. LEROUDIER 



NOËLS ET CHANSONS 



EN 



PATOIS LYONNAIS 



du xviii' siècle 




LYON 

CUMIN ET MASSON 

1918 









NOTICE 



SUR LES 



NOELS ET CHANSONS 

DU XVIII e SIÈCLE 
EN PATOIS LYONNAIS 



Et d'abord existe-t-il un véritable patois lyon- 
nais? Si la question peut sembler futile aux 
rares érudits lyonnais connaissant le langage 
qui se parlait couramment dans notre ville 
jusqu'à la fin du xvm e siècle et au courant des 
quelques travaux philologiques dont il fut le 
sujet, elle n'en a pas moins sa raison d'être à 
une époque où l'on semble considérer comme 
la langue de nos pères, ce jargon, intéressant, 



— 8 — 

certainement, par ses curieuses trouvailles de 
mots, mais sans règles ni logique, que l'on 
est convenu d'appeler le « parler canut ». Le 
grand malheur est que notre ancien patois 
lyonnais n'a laissé que très peu de monu- 
ments littéraires. Pourquoi notre ville, si re- 
marquable dans les arts, les sciences., la philo- 
sophie, est-elle si pauvre en poètes et en sty- 
listes? Je laisse à d'autres mieux informés le 
soin de résoudre cette question. Quoi qu'il en 
soit, il est certain qu'il s'est parlé, dans notre 
ville, pendant plusieurs siècles, un idiome 
particulier bien différent de ceux dont faisaient 
usage les habitants de là Bresse et du Beaujo- 
lais, du Dauphiné et du Vivarais, de la plaine 
du Forez et des monts d'Auvergne, qui sont 
les provinces nous avoisinant immédiatement. 
Jean Racine, après avoir passé à Lyon le jour 
de la Toussaint de l'an 1662, écrit d'Uzès, dans 
sa première lettre adressée à Jean de Lafon- 
taine : « J'avais commencé à Lyon à ne plus 
entendre le langage du pays et à ne plus être 
intelligible moi-même ». 



— 9 — 

En réalité, cet idiome parlé à Lyon jusqu'au 
début du xix e siècle constitue plus qu'un 
patois, car il a ses règles grammaticales nette- 
ment établies et sa phonétique propre. En prin- 
cipe il se rapproche de l'italien ou plutôt du 
dialecte milanais, qui lui-même s'écarte en 
beaucoup de points de la véritable langue ita- 
lienne. 

Nous ne nous arrêterons pas sur des con- 
sidérations d'ordre purement philologique, 
s'écartant trop de notre sujet qui est simple- 
ment de donner un aperçu des productions 
poétiques en patois lyonnais au xvm e siècle. 
Notre patois, d'ailleurs, a déjà trouvé ses Vau- 
gelas dans Onofrio et Nizier du Puitspelu, 
YEssai de glossaire de l'un et le Dictionnaire 
étymologique de l'autre sont des preuves magis- 
trales que le patois de nos pères était une véri- 
table langue. 

Malheureusement, ainsi que nous l'avons 
dit, cette langue parlée n'a laissé que très peu 
de documents écrits; aucun véritable monu- 
ment littéraire n'en conserve le souvenir. Notre 



10 



folklore comprend surtout des actes officiels et 
des chants populaires. Peut-être pourrait-on 
trouver là un symbole de notre esprit local. 
Notre ville de marchands et de financiers n'a 
jamais beaucoup donné dans les spéculations 
purement intellectuelles, mais le peuple y est 
volontiers frondeur. 

Notre patois lyonnais possède cependant 
une pièce d'éloquence civique que nous ne 
pouvons moins faire que de consigner ici, car, 
à défaut d'autres qualités, elle est un véritable 
modèle de concision. 

En 1734, l'échevin Pierre Denis était à fin 
de mandat et devait, suivant la coutume, faire 
un discours d'adieu à ses collègues du Consu- 
lat; il s'exprima ainsi : « No ne venan u mondo 
que per murri, no nentran en chargi que per en 
sorti, Adio vo di! » Et, en réalité, ces quelques 
mots ne contiennent-ils pas plus de bon sens 
et de saine philosophie que tant d'autres 
longs discours! 

Jusqu'au début du règne de Louis XV, le 
patois lyonnais était le langage accoutumé de 



-II 



toute la population de notre ville. Au début 
du xvni e siècle, il fut abandonné par la bour- 
geoisie, mais le peuple continua à s'en servir. 
C'est pourquoi notre littérature, qui comporte 
des œuvres de quelque importance, voire 
même des pièces officielles, aux xv e , xvi e et 
xvii e siècles, ne comportera plus au xvm e 
siècle que des noëls et des chansons popu- 
laires, bien plus intéressants peut-être pour 
les détails qu'ils nous donnent sur la vie de 
nos pères. Nous les trouvons dans Noëls nou- 
veaux sur la naissance de Notre Rédempteur, édité 
à Lyon, chez Revol, en 1730, dans Fleur des 
Noëls nouveaux, imprimé chez Juttet, en 1752, 
et dans quelques manuscrits faisant partie du 
fonds Coste à la bibliothèque de la Ville. 
Quelques érudits lyonnais : Monfalcon, Phili- 
pon et Nizier du Puitspelu en ont publié 
quelques-uns, que l'on peut retrouver aussi 
dans le Recueil de Chansons et Noëls de la « Col- 
lection des Bibliophiles ». 

Nous n'avons pas la prétention de vouloir 
donner dans notre recueil la suite complète 



— 12 — 



de toutes ces pièces, dont quelques-unes sont 
réellement insignifiantes. Nous avons choisi 
celles qui nous ont paru les plus intéres- 
santes, nous bornant, quant aux autres, à les 
signaler dans cette notice. 

La première pièce en patois lyonnais que 
nous rencontrons au xvin e siècle est le « Noël 
de Jean Capon », qui est vraiment délicieux. 
Ce noël, qui paraît dater de l'an 1700, était 
très populaire à Lyon et dans les villages 
environnants vers le milieu du xvm e siècle, et 
il en existe un certain nombre de répliques 
commençant toutes par ce vers 

Quétay donc cela novella 

qui exprime si bien la curiosité étonnée à 
l'annonce d'un événement intéressant et im- 
prévu. Certains couplets sont délicieux d'ob- 
servation naïve et maligne à la fois. Tels sont, 
par exemple, le troisième couplet et surtout le 
cinquième, qui est certainement un merveil- 
leux petit tableau. Le diabie étant entré dans 
l'étable où il ètay venu per vey, 



— i3 — 

La mère s'epouvantave 
Se rangeave dans un coin 
A gran coite elle enfonçave 
L'infant dans in pou de foin 
L'âne a pou, le bou se gonfla 
Per veni sauta dessus 
Et sofflant corne una ronfla 
Lui foitit sa corne u eu. 

La Vierge épouvantée à l'aspect du diable, 
se réfugiant dans un coin, enfonçant son en- 
fant dans le foin pour le soustraire à la vue 
du monstre, le pauvre âne peureux, le bœuf 
brave comme... un taureau, soufflant comme 
une toupie, s'élançant sur le démon et lui 
fichant sa corne... dans la culotte. Il nous a 
été impossible de découvrir l'auteur de ce char- 
mant Noël. 

La pièce qui suit le Noël de Jean Capon est 
la Chanson des Bains en Saône. Il n'existait pas 
encore à Lyon au xvm e siècle ces bateaux-pis- 
cines qui tendent à disparaître de nos jours 
et que nous appelons communément des 
« bêches ». Nos pères se baignaient directe- 
ment dans la Saône et dans le Rhône et ne 



— 14 — 

craignaient pas de plonger dans ce dernier du 
haut du Pont de la Guillotière, bien plus élevé 
qu'aujourd'hui au-dessus du niveau de l'eau, 
car le fleuve n'était pas alors resserré entre 
deux quais, mais s'étendait librement sur la 
rive gauche jusqu'à l'actuelle place du Pont. 
Pour être moins gênés dans leurs mouvements 
natatoires, un grand nombre de Lyonnais se 
baignaient absolument nus, et les mœurs de 
cette époque, moins prudes que les nôtres, n'y 
trouvaient rien à reprendre. Cependant, en 1740, 
messire André Perrichon, procureur du roi, 
faisant fonction de lieutenant de police, ren- 
dit, en date du 26 juillet, une ordonnance de 
police défendant, sous peine de 150 livres 
d'amende, de se baigner nu dans le Rhône et 
dans la Saône, à l'intérieur de la ville. Il y eut 
de nombreuses protestations et il ne fut guère 
tenu compte de cet arrêt, qui dut être repris 
maintes fois par les successeurs de Perrichon. 
Le maître chirurgien Pierre Laurès, fils de 
Denis Laurès, syndic de la communauté des 
chirurgiens, connu déjà par plusieurs petits 



— 15 — 

écrits facétieux, composa, à l'occasion de l'or- 
donnance de Perrichon, la spirituelle Chanson 
des Bains en Saône. Ce Pierre Laurès, esprit très 
fin, maniant adroitement la bouffonnerie la plus 
outrancière, sous un apparent sang-froid, de- 
vait, quelques années plus tard, publier en 
1756, sous le titre de Supplément aux Lyonnais 
dignes de mémoire, une des pièces les plus 
curieuses de notre littérature lyonnaise. 

Le Noël satyrique de 1741, qui vient après la 
Chanson des Bains en Saône, est un très intéres- 
sant spécimen de la verve ironique de nos 
aïeux. Elle s'exerce principalement dans cette 
pièce sur le monde officiel et les congrégations 
religieuses. 

Après le préambule obligatoire de l'invi- 
tation à aller voirl'Enfant-Jésus dans sa crèche, 
et le tableau de l'arrivée à l'étable, c'est un 
défilé satirique de toutes les organisations de 
la ville. Toutes y passent et la verve railleuse 
de l'auteur trouve à s'exercer sur chacune. 
D'abord, ce sont les Chanoines-Comtes de 
Lyon, qui demandent au nouveau-né la conti- 



— lé — 

nuation de leurs privilèges, les chanoines d'Ai- 
nay qui réclament une meilleure place dans 
les processions, puis c'est la foule des ordres 
religieux, si nombreux à Lyon à cette époque : 
les Jacobins qui sont dans la misère pour avoir 
vendu leurs terrains de la rue Saint-Domi- 
nique contra de fichu papi, les Carmes Déchaux 
et les Récollets si misérables, les Augustins, 
les Carmes et les Cordeliers, dont l'ivrognerie 
est notoire, les Capucins avec une longue 
barbe et ses parasites. Après les ordres reli- 
gieux, voici les pouvoirs civils : le maréchal 
de Villeroy, gouverneur de la ville, sur son 
cheval, les gens de justice 

laissi lo passa 
qui n'y a ren à s'y frotta 

(laissez-les passer car on ne gagne rien à s'y 
frotter), le Prévôt des marchands, les échevins, 
les chevaliers du guet et les corps de métiers, 
y compris les malheureux taffetaquiers 

lo pouro riclairo 

y voudrant priy l'infant 

de parla à lieu marchant 



— 17 — 

et les charretiers avec leurs femmes qui pro- 
mettent au nouveau-né de ne plus jurer 

Y prometton u petit 

De ne jamais plus sacrayi 

La morale, d'une triste philosophie qui est 
de toutes les époques se trouve dans ce cou- 
plet : 

D'où vient qu'y n'ia que lo grou 

Iqui, que se montreront 
Et qui fourront tant de coups 

U petits qu'avançont 
Et puis, quand faudra paia 

Y lo saran ben trova. 

D'où vient qu'il n'y a que les gros — qui se 
montrent ici — et qu'ils donnent tant de coups 
— aux petits qui s'avancent. — Puis, lorsqu'il 
faudra payer — ils sauront bien les trouver. 

En raison de son réel intérêt et malgré sa 
longueur, nous donnons ce Noël tout entier. 

Nous arrivons en 1744, à une des époques 
les plus troublées de notre histoire lyonnaise. 
L'année précédente, les maîtres et fabricants 
d'étoffes d'or, d'argent et de soie avaient obtenu 



— 18 — 

du roi qu'un nouveau règlement serait mis à 
l'étude pour remplacer celui de. 1537, qui ré- 
gissait jusqu'alors leurs rapports avec leurs 
ouvriers et maîtres-ouvriers et qu'ils estimaient 
être à leur désavantage. Le cardinal Fleury, 
ministre d'État, chargea le célèbre Jacques 
Vaucanson de se rendre à Lyon et d'y étudier 
l'état des manufactures, en vue de l'élabora- 
tion d'un nouveau règlement. Ce fut pour 
l'illustre mécanicien l'occasion de perfection- 
ner le métier à tisser. Malheureusement, les 
ouvriers, qui voyaient avec peine abroger le 
règlement de 1737, goûtèrent peu les innova- 
tions de Vaucanson et prétendirent qu'il vou- 
lait les réduire au chômage. Peut-être Vaucan- 
son les traita-t-il avec trop d'ironique dédain, 
car la légende veut que, pour se venger de 
quelques manifestations dirigées contre sa per- 
sonne, il ait construit un automate représen- 
tant un âne tissant une étoffe façonnée. Quoi 
qu'il en soit, lorsqu'au mois d'août 1744, les 
ouvriers et maîtres-ouvriers se révoltèrent 
contre le nouveau règlement promulgué, ils 



— 19 — 

accusèrent Vaucanson d'avoir reçu una patta, 
c'est-à-dire d'avoir été acheté par les maîtres- 
marchands, et composèrent contre lui une 
chanson que nous insérons et qui fut la mar- 
seillaise de cette terrible émeute. 

La pièce qui vient après la Chanson des Taffe- 
taquiers est le Noël du Satinaire, une des plus 
intéressantes, certainement, et une des plus po- 
pulaires puisque, dans notre jeunesse, nous en 
avons encore entendu chanter certains couplets 
par plusieurs vieilles personnes, non en véri- 
table patois lyonnais, mais en langage canut. 
E. Philipon, le premier érudit lyonnais qui ait 
donné une édition de cette chanson, croit devoir 
l'attribuer à un certain Jean Guigoud qui vivait 
à la fin du xvm e siècle '. Véricel, sur un manu- 
scrit de qui Philipon l'avait relevée, l'attribuait 
tout d'abord à Pierre Laurès, l'auteur des Bains 



I. Il existait en effet à Lyon, vers la fin du xvme siècle, 
un Guigoud Pigal, auteur dramatique, né en 1748, qui mourut 
en 18 16. Il a laissé plusieurs pièces à tendances révolutionnaires, 
dont la plus connue est le Triomphe de la raison publique, dédiée 
aux sans-culottes et imprimée à Ville- Affranchie en l'an ri. Nous 
ne pouvons croire qu'il soit l'auteur de ce Noël. 



— 20 — 

en Saône. Nous nous rallierons plus volontiers 
à cette opinion ; en tout cas, nous classerons 
cette pièce au milieu du xvm e siècle. Certains 
couplets, en effet, portent visiblement cette 
date. Les détails si intéressants du costume du 
satinaire, la prodigalité du réveillon qui l'at- 
tend au retour de la crèche, donnent une idée 
de trop grande richesse pour nous reporter à 
la fin du règne de Louis XVI. A cette époque, 
la Fabrique lyonnaise de soieries traversait une 
crise terrible, la plupart des métiers étaient en 
chômage et le luxe de vêtements et de nourri- 
ture dont fait étalage notre brave satinaire 
n'étaient, hélas, plus de mise à l'heure où la 
municipalité et l'initiative privée s'ingéniaient 
à venir en aide, au moyen de souscriptions 
publiques, aux ouvriers et maîtres-ouvriers en 
soie, sans travail. Une autre particularité vient 
encore donner à cette chanson une date anté- 
rieure à 1779. La Chapelle vers les Jacobins, 
dans laquelle le satinaire voit son creva do mer- 
chant et sa fuma qui f au ben la belle ne peut être 
que la chapelle de l'Assomption Notre-Dame, 



— 21 — 

que la Communauté ou Corporation des Fa- 
bricants et Maîtres-marchands en étoffes de 
soies d'argent et d'or avait fait édifier en 1641, 
dans le couvent des Jacobins, et à côté de la- 
quelle ils avaient bâti leur maison commune 
en 1721. Or, la chapelle et la maison furent 
vendus en 1779, à la suite des ordonnances de 
Turgot supprimant les corporations, à un sieur 
Vingtrinier, marchand pelletier. 

Après le Noël du Satinaire, on trouvera dans 
le recueil un charmant petit noël, délicieux de 
sentiment, et intitulé le Noël de Maty. Il est 
extrait du Recueil de Noëls nouveaux sur la nais- 
sance de Notre Seigneur, imprimé à Lyon, chez 
Jean-Denis Juttet, en 1752. 

Nous arrivons enfin à quatre chansons sur 
la paternité desquelles on ne saurait élever le 
moindre doute. Elles sont d'Antoine Révérony, 
ancien fabricant de soieries, qui mourut en 
1824, directeur de la Condition des Soies. Il 
excellait dans les chansons en patois lyonnais, 
et sa verve s'exerçait volontiers sur des sujets 
publics. 



— 22 — 



En 1773 , la princesse Marie-Thérèse de Savoie 
passa à Lyon, se rendant à Paris, pour y épouser 
le Comte d'Artois. Lyon était la première im- 
portante ville de France que l'on trouvait sur 
la route en venant d'Italie par la Savoie, et le 
roi y avait envoyé le marquis de Brancas pour 
recevoir la princesse. Le marquis se fit admettre 
dans la confrérie de Notre-Dame de Confalon. 
C'est à quoi il est fait allusion dans le sixième 
couplet de la Chanson de Révérony que nous 
publions sous le nom de Chanson sur le mariage 
du comte d'Artois. 

Le 19 janvier 1784 eut lieu, aux Brotteaux, 
la première ascension en ballon que l'on ait vue 
à Lyon. La montgolfière contenait six personnes : 
Montgolfier, Pilastre du Rozier, le comte de 
Laurencin, le marquis de Dampierre, le comte 
d'Anglefort et le prince de Ligne. Le ballon, 
parti de la plaine des Brotteaux, à la hauteur de 
l'avenue de Noailles, descendit par suite d'une 
déchirure, quelques cents mètres plus loin, vers 
les Charpennes, auprès de la maison de Morand, 
et non point du côté de Vénissieux comme le 



— 2 3 — 

prétend la chanson de Révérony que l'on trou- 
vera dans le recueil sous le nom de la Chan- 
son sur le Ballon des Brotteaux. 

Une des chansons de Révérony des plus in- 
téressantes est certainement celle sur les Mal- 
heurs des Temps, qui dut être composée vers 
1788. La fin du xvm e siècle fut une époque 
de grande misère pour la Fabrique lyonnaise, 
et partant pour la ville tout entière, car il n'exis- 
tait guère à Lyon à cette époque, d'autre indus- 
trie que celle des étoffes de soie. La mode dé- 
laissait nos riches tissus de soie, et le malheureux 
traité d'Essen (1786), en favorisant les manu- 
factures anglaises, avait presque anéanti les 
nôtres. En 1787, l'initiative de quelques géné- 
reux citoyens ouvrait une souscription publique 
en faveur des ouvriers en soie sans ouvrage. En 
1788, près de six mille métiers étaient en chô- 
mage, et la municipalité devait subvenir à la 
nourriture de plus de 20.000 personnes. 

Le 14 juillet 1790 fut célébrée, place Belle- 
cour, devenue place de la Fédération, la fête de 
la Confédération, en mémoire de la prise de la 



— 2 4 — 

Bastille. Chalier avait rapporté de Paris, à cette 
intention, une pierre de l'ancienne Bastille qu'il 
faisait baiser ainsi qu'une relique. Révérony, qui 
manquait d'enthousiasme pour les sans-culottes, 
composa, à la suite de cette cérémonie, sa Chan- 
son sur la Bastille. 

Nous avons inséré après les quatre chansons 
dont Antoine Révérony est certainement l'au- 
teur, une Chanson sur les Mathevons, qui doit dater 
des premiers jours de 1794, peu de temps après 
la chute de Robespierre. Il y est largement fait 
allusion aux malheurs que supporta Lyon lors 
de la répression du siège, en suite de la fuite 
de Précy et de son armée et de la prise de la 
ville par les troupes de la Convention : séquestres 
mis sur toutes les propriétés privées, réquisi- 
tions, inventaires simulés, etc., etc. Nous 
croyons pouvoir attribuer cette chanson à An- 
toine Révérony, dont les sentiments étaient net- 
tement contre-révolutionnaires. 

A dire vrai la Chanson de la Cou^onnaise, qui 
suit celle sur les mathevons, n'est pas d'un 
patois lyonnais bien pur; elle est plutôt du dia- 



— 25 — 

lecte parlé par les riverains de la Saône aux 
portes de Lyon. Mais elle fut pendant très long- 
temps si populaire dans notre ville, que nous 
n'avons pas hésité à la comprendre dans ce 
recueil. D'ailleurs, Nizier du Puitspelu lui- 
même lui donne asile dans ses Fragments en pa- 
tois lyonnais. C'était la chanson des Carriers de 
Couzon, et on y trouve avec plaisir dans ce 

vers 

Que Lion chor de n'tré périré 

l'idée que notre grand poète Pierre Dupont, 
dont la jeunesse se passa àRochetaillée, en face 
de Couzon, reprendra plus tard dans son Chant 
des Carriers. 

Amis, Lyon est sorti de ces pierres. 

La dernière pièce que nos lecteurs trouveront 
dans ce volume est une Chanson de Mai, un de 
ces gracieux hymnes au printemps que des 
joyeuses troupes de jeunes gens et de jeunes 
filles, allant de porte en porte, lançaient gaie- 
ment aux échos, dans la nuit du 30 avril pour 
fêter le retour du joli mois de mai. Le couplet 



— 26 — 

était ordinairement chanté par une seule voix, 
puis le dernier vers repris en chœur par toute 
la troupe et quelques menues pièces de mon- 
naies, tombant des fenêtres, récompensaient les 
messagers des beaux jours. 

Quoique notre patois lyonnais n'ait pas laissé 
une littérature considérable, il existe encore un 
grand nombre de chansons que nous n'avons 
pu, faute de place, insérer dans ce recueil ; 
nous en donnons ici la nomenclature aussi 
complète qu'il nous est possible de le faire, en y 
joignant, pour les plus intéressantes, les couplets 
les plus typiques. 

Dans les Noëls nouveaux de la Naissance de 
notre Rédempteur, édités à Lyon, chez GuiRevol, 
en 1750, se trouve un noël en patois lyonnais 
en forme de dialogue, entre maître Guillaume 
et maître Martin. Nous en relevons les deux 
couplets suivants : 

MAITRE MARTIN 

Mais à to te ne penses pas 
J'an oublia lo principa 



— 27 — 

Si j'avian porta quoque ren 
Pet-ètre qui la prendro ben. 

MAITRE GUILLAUMO 

Si comme y dion y est lo bon Diu 
Je crayo qui dai être viu 
Et qui y es un homo d'esprit 
Pisque de ren lo monde fit. 

Ce noël a été réédité par Péricaud dans les 
Archives historiques du Rhône, tome XII. 

Un autre très joli Noël, quoique un peu long, 
et c'est la raison qui nous a empêché de le pu- 
blier ici, se trouve dans une édition de la Fleur 
des Noëls nouveaux, édité sans nom ni date, mais 
que l'on peut croire avoir été imprimé en 1 75 1, 
en raison du permis d'imprimer donné par l'au- 
torité épiscopale en date du 6 décembre de 
cette année. Nous en donnons ici les premiers 

couplets : 

Di may Claudot n'enten-te pas ? 
D'où vin qu'i font tant de tracas 
Den celi villageo là bas ? 
Di may don ce que te t'en penses 
Et ne di gin de médisance. 



— 28 — 

J'ay vu tray rays d'autro pais 
Qu'arrivavont dans cety-ci 
Qui venavont-y don charchi ? 
Di may donc ce que te t'en penses 
Et ne dit gin de médisance. 

Allons trova parain Tirven 
Que sat tôt los noviaux du ten 
Pet-être y nos u dira ben 

Y nos dira ce qu'il en pense 

Y ne sat gin de médisance. 

Le même ouvrage comprend encore deux 
autres noëis en patois lyonnais, dont l'un, sans 
intérêt, est un dialogue entre l'ange, l'Isabeau et 
Gros Pierre, ces deux derniers seuls parlant pa- 
tois; dont l'autre, plus curieux, met en scène 
deux ouvriers en soie, Guillot et Fleuri : 

GUILLOT 

Accote mey, comparez 

Y no faut savey 
Miu notron devey 

Lo bon Diu no regardez 
Et no puni quoque fey ! 



— 29 — 

T'as ben viu Tan passa 
Que loz méti an tertou ben chôma 

Et y es per notron péchi 
Que lo bon Diu no vou farez pati. 

FLEURI 

J'ay lu dan la gazetta 

Compare Guillot, 
Je scay lo noviau : 

Madame la Dauphina 
A fait un enfant qu'est biaiî ; 

Lo marchan étrangi 
Vindran de loin no fairez travailli 

Et celo de Lyon 
Van to d'abord augmenta lo façon. 

Dans un Recueil de Noëls nouveaux, composés 
Par Sr A. R., et édité par Denis-Joseph Vialon, 
on peut lire deux Noëls. Le premier, commen- 
çant par ces mots : ce Levons nos, mon grou 
Colas et ne tardo guero », est assez insigni- 
fiant. Nous citerons du second le couplet sui- 
vant : 

Accordon no per chanta. 
De Noé a plaina teta 



— 3 o — 

Afin de miu entonna 

Bai von quoque gandola. 
Lo Bon Diu ne defen pas 

Est parai qui nos a aima 
Y a fa planta la vigna 

Eh ben n'en faut profita. 

Dans un Noël tiré de la Fleur des Noëls nou- 
veaux sur la Naissance de N. S. J.-C, imprimé à 
Lyon, chez Jean-Denis Juttet, et qui est un dia- 
logue entre l'ange, le Pasteur et Pierrette, le 
Pasteur fait en patois l'énumération des corps 
de métiers qui viendront à la crèche. 

Passamenti, Taffetati 
Avoi lo satinairo, etc., etc. 

Enfin dans un Recueil de Noëls nouveaux édité 
à Lyon, en 1755, on trouve un dialogue entre 
Gros Pierre et son voisin ; nous en extrayons le 
couplet suivant : 

Vai-tu illai sa mare 
A genou prosterna 
Qu'etay celi viu pare 
Quo baisse ilai lo na ? 
Y est Joset que je crayo 



~ 31 — 

Qu'est à demi transi 
Si faut ai que je le voyo 
Mais que j'ayo tussi. 

Pour que cette liste des œuvres connues en 
patois lyonnais au xvin e siècle soit complète, 
le plus possible tout au moins, nous devons 
signaler encore neuf couplets insignifiants, chan- 
tés par « lo bolangi, lo porta-falot, lo saveti et 
una buandiri » dans un à propos en vers, joué 
en 1744, à la Comédie de Lyon, en l'honneur de 
la convalescence du roi. 






Le patois lyonnais fut parlé couramment par 
le peuple de notre ville jusqu'à la fin du xvin c 
siècle, puis il fut remplacé par ce langage riche 
en images que nous appelons aujourd'hui le 
parler canut. Nous trouvons la première mani- 
festation de ce nouvel idiome dans deux pla- 
cards populaires édités en 1795 et intitulés la 
Déclaration d'amour d'un ouvrier en soie à une sa- 
tinaire et la Réponse de la Satinaire. 



— 32 — 

D'où peut venir cet abandon général de notre 
ancien patois et son remplacement par le lan- 
gage canut? Il y aurait là pour nos savants lin- 
guistes un beau problème à résoudre. Quant 
à nous, profane, nous croyons y voir surtout 
la résultante de l'effort militaire de la Révolu- 
tion et du premier Empire. Sous l'ancien régime, 
les habitants de Lyon n'étaient point astreints 
aux servitudes militaires, et les ouvriers lyon- 
nais, tisseurs pour la plupart, quittaient peu 
leur ville natale, ne pouvant guère compter 
vivre de leur métier en dehors de la Fabrique 
lyonnaise. Sédentaires par goût et par nécessité, 
ils conservaient pur et sans déformation le dia- 
lecte de leurs pères. Pendant la Révolution et 
sous l'Empire, ils durent passer aux armées. 
Ils y coudoyèrent des Français d'autres pro- 
vinces, parlant des patois différents des leurs; 
leur langue s'enrichit de mots nouveaux, mais 
perd de son originalité. D'autre part, la Fabrique 
lyonnaise a vu diminuer son hégémonie parmi 
les corps de métiers de la Ville. D'autres in- 
dustries, d'autres commerces se sont installés 



— 33 - 

à Lyon. Les ouvriers tisseurs, les canuts, ne 
forment plus qu'une corporation parmi d'autres 
corporations. Mais elle reste néanmoins une 
communauté très fermée, dont les membres, de 
mêmes goûts et moeurs, vivent dans les mêmes 
quartiers : la Croix-Rousse, Saint-Just et Saint- 
Georges. Ils conservent entre eux une langue 
spéciale, enrichie surtout de termes profession- 
nels, et c'est là le langage canut. 

Cet idiome nouveau formera bientôt sa lit- 
térature particulière, dont les chefs-d'œuvre sont 
les chansons de L.-G. Blanc dit Tampia, les 
Lettres àmon cousin Greppo, et les boutades rimées 
de l'avocat Pérouse, un certain nombre de 
pièces du répertoire classique de Guignol (les 
Frères Coq, le Déménagement, etc.) et du réper- 
toire moderne (le Sarsifi pètafiné de G. Mas, et 
les Tribulations de Duroquef). Il possédera ses 
journaux (la Marionnette, le Journal de Guignol), 
ses dictionnaires (le Littré de la GrandUCôte, de 
Puitspelu et le Glossaire des gones de Lyon, de 
l'abbé Vachet). Il aura même son Académie, 
l'Académie du Gourguillon. 



— 34 — 

Malheureusement, cet idiome n'est plus le 
patois aux règles définies que nous retrouvons 
identiques dans les chansons de Benoît du 
Troncy au xvi e siècle et dans celles de Révérony 
à la fin du xvm e . Ce n'est plus qu'une défor- 
mation de la langue française, déformation 
qui, s'accentuant tous les jours, en arrive à ce 
galimatias que nous voyons parfois aujourd'hui 
usurper frauduleusement le nom de langage 
canut. 

Onofrio, Nizier du Puitspelu, tous ceux qui 
furent les gardiens vigilants de notre folklore 
ont essayé de réagir contre ce mouvement de 
décadence. Puissent leurs efforts être continués 
et couronnés de succès. Puissent les auteurs 
lyonnais réapprendre à nouveau notre idiome 
local et se persuader que les déformations sys- 
tématiques des mots français, si bizarres et pit- 
toresques soient-elles, ne constituent pas à elles 
seules la caractéristique de notre vieux patois 
lyonnais, ni même celle de notre si intéressant 
langage canut. 

E. L. 



LE PÈRE THOMAS 



Le père Thomas était un musicien 
ambulant, qui parcourait tous les quar- 
tiers de la ville, en chantant les re- 
frains populaires qu'il accompagnait des 
crincrins d'un méchant violon. Le Père 
Thomas vécut très vieux. Il était un 
ami de Mourguet,le créateur du Théâtre 
de Guignol, et il lui servit de modèle 
pour son type si truculent de Gnafron. 



JÏ& 




—/&, dj€M0f*&0H>fUMàe> 



/> eus Saris 6t <rr or t*/'t >//&■. 
futtreres /ètunutr t-/ ft//rs. fiuj 

/?*&■ Ams £• " ftn—r fAéAt/s. 
M)tjpatA**Nk* a'er Àt/bs/Sui/ At*SAa/ 

/mJ àf/& Ac'*/* A'/tS/lWV , 

&T 7fT/UJ^Ysrsr <& A?jhrsr 

As/ />te*t ma/ ri sert tfËjTfç 

/Ù&< Art sur /r yraAtt/. Aa/Att/ 

% 
la veû/e a\*i rAnutrteAr . 
JL/t /rmAmf /■//**- AnuxÂr, (Âr) 
AY/r* ses/ efr'ntts éh Aeruris, 

sV/ S'tttt f-Ossé /& 

Un t/wwur- iA»iS 4l !>l//f 

C 7 n »ul*/4£*r- AaAnt; 
'èur Jx> renurre &>a*it'ur//r 
/'ewrin* en /ic Jvwa* Àa/s, 



si/r>rts/rrrr- /.'■%>*> M**xt*rv . 

y*/+ eu> un €Tfyj/*rw; fè*j 

Sans t>r>tre tfr/ srtAe/arrr 

£ti peuvrene* m moune, À*.' A* S 

/îas efùnr maeri aafr-eùfr 

A 'rwiuné, pauf/tr er* t/mt/v . 

fer urtr vetê*- étiret/b'' 

Ar ù/tst/ir'/f passa, Aa/Aa/naJ 

//en suit /au/ ra> hmmv; 

sWaWr'ne à /rievÂarpr. f fi ^) 

&>a SetnZfons e/' for/a*/*. 

iHrrrt nr /h- seuArartr. , Afts/ ne. / 

/i/s ms'mr à? /•.uterfr A... 

Z>e /tt> /ttruvrir me/tt/e', 

. *â> santé *e/rvt/r*uA/ 

S/ ne rei'tf **/*<* pas,.- naf /m / A* / 

S 
ft>nr jaeri? seriner /es r/eener 
£/u» derme' ses aaAveAer, f^) 
*£>n /'yen et ses fecAes, 
Jès seuuenr ré sar Ses, &a/Aa. 
A'er&ee pas /revt' arvAaye , 
(fuirne* ft//e a*/ssi^saae 
sfa prin/rms ae>/ sen a^e/ 
Jet/ reaniée ne* /r-e/xts 9 Aa/Aa / 

Aa pauvre $eurâfnrtairr 

£st âèen- ma/ a sert atsr, m fâuj 

Jans fauMa/ r/ sans càatire, \ 

Jans &'f et sans scrpAa-, âv/ào,/ 

l'et/a çuW/r sueetnàe/ 

£/&/ rAenrruty e ZentA*/, . . . 

A^s/ts çuW/e r»/ écarts la* /emàn» 

g//+ n 'en sernrwves. 4a / ÂaSA* / 



LE NOËL DE MAITRE JEAN CAPON 

1700? 

(Ce Noël, extrait de la Fleur des Noëîs nou- 
veaux, s. 1. n. d., portant permis d'imprimer à 
Lyon, en 1757, a été reproduit dans les Ar- 
chives historiques de Lyon et dans la « Collection 
des Bibliophiles lyonnais »). 

Qu'étay don cela novella 
Que dit maitre Jean Capon ? 
Etay vray qu'una pucella 
Vin d'acuchi d'un popon? 
Que tôt lo mondo s'apreta 
Per vey le novio venu : 
Nos en seran de la fêta, 
Dussian nos alla pi nu. 



- 38 - 

Qu'étay don celo grans home 
Que son biau commo de ray ? 
Il an tous tray de corone; 

Y en a un qui est tôt nay. 
Grou Guillot, pren ta musetta 
Et tay ton obois, Michi : 
Nos danseran à la fêta; 

J'ay mon tambor per tochi. 

Saint Joset prit so lunettes 
Per avisa qui étet. 

Y cherchi des alumettes 
Per attisy son cruzet; 
Mais la biza que sofflave 
Per mais de trenta golets, 
Chaque fay que se baissave, 
Faisave cheyi son bonet. 

Lo guiable enter w la fêta, 

Y est venu p f y, 
S'en alla fc 

Per un trou y. 

Saint Joset prit sa vcuopa, 
Ly foitit una vertiolla ; 
Il en a yu, la charopa, 
Lo grouin tôt écarmailla. 



— 39 — 

La mare s'épouvantave, 
Se rangeave dans un coin; 
A gran coite elle enfonçave 
L'infant dins un pou de foin : 
L'ano a pou, lo bou se gonfla 
Per veni sauta dessus, 
E sofftant comm'una ronfla 
Ly foitit sa corne u eu. 

Lo guiablo ben en colera 
Se veyant traita ainsy 
Va ronflant per la charira 
Commun fouet de charety, 
E veyant ben qui n'avave 
Gin d'endret per se logi, 

Y trovit una boutasse 

Y s'y alla dandogli. 



CHANSON SUR LES BAINS EN SAONE 

1740 

(Cette chanson a été reproduite dans la 
réimpression, publiée en 1838, de Y Entrée ma- 
gnifique de Bacchus avec Dimanche grasse sa femme, 
faicte en la ville de Lyon le 14 febvrier 1627.} 

Air : Monsieur le Prévôt des marchands, 
Ma foi, vous vous moque\ des gens. 

Ah! que fera chaud ojordi! 
Que fera bon après midi 
Se jeta la tête premire 
De dessus l'arcade du pont, 
Et montra à la batelire 
A le renversa lo popon ! 

Je son cinquanta charboni : 
Si je chion, y 'est tôt por li. 
L'iau no ratfraiche e no décrasse. 
La pesta creva lo rogniu; 
Je lavons notre tisonasse ; 
Y na qu'à se buchi los yu. 



— 4 i — 

Crey mi, ne va pas te bagni, 
Ma foi, y nia rien à gagni. 
Que guiable vou-tu que je gagne ? 
Perrichon y a défendu I 
Si ne vou pas que je me bagne, 
Qui vienne me lichi le Q. 

Il a mai d'aime que n'est grand : 
Le guiablo le chia en volant. 
Y va faire una bella prise : 
La culotte il emportera. 
Je ne s'en iran sans chemise ' 
Qui l'ara biau, lo montrera. 




JULIEN, DIT MIRABEAU 

J. B te Julien, dit Mirabeau, était un 
pauvre dévoyé qui gagnait, en cirant 
les bottes de ses compatriotes, juste 
assez pour soutenir une belle réputa- 
tion d'ivrogne dont il était fier. 

Il professait une douce philosophie 
et un certain scepticisme ainsi qu'en 
témoignent les couplets accompagnant 
son portrait. 



J.B" JuV,en. Ait MIRABEAU 

JSnas* Mi^/aire tùr, /narine a Tou/on . 
Myuj à £yt»i et y mourut <ye' a> & <""■ »*" i'c/oâre. /-///. 



Air.- çà n, ' Je peut pa* 

En.toujbeitx. on in.dppt.ue.- ivroane 
^/e- traute powttott un yrand. nom . ■ 
Jtye porte -une. rouxpe. troanes, 
eUe-dàtigne tu* ion luron/, 
le- long du-jour JanJ être tikle. 
Jouoenlje ne-puiJ fàtre. un. pal). • 
ah~'<juïleJi 'de genJ ' JanJ ta ville/ ■ 
oui JanJ moi ne brilleraient paJ 

Moiu lit cjt canb'e une muraille, 
une pierre^ /ait mon/ chevets. 
Je, dorJ atî/Ji butn^Jur la,paille 
qu,'tui, financier Jur le duvet, 
au, point du, jour JanJ petite/ aucune ■ 
je-me, leve~toict habdte/; 
Je porte- avec- moi- ma, fortune- . 
et n'ai paj peur d'efre'Vole . 




OvotufrartdJ donllejorl- Je/ joue , 

Jur la, Jcene de l'univevJ. 

comme /oouJ quoique danJ la. bouc. , 

j e/juie/ ici baJ dej rêver J. 
neiaettJement pour meJnboffeJ, 
ceJ rêver J Jont a ''un, y and Je ǰ"'' J 
car ce n ejtqu'àpropoJ de batte), 

-Qiieje m 'enivre, ivuJ lejjottrj . 

Jevoudroù comme niogeiie 
avoir pour refaite un tonne au. 
car ce n'eJtjwrmii çu'aveepeme 
que sur moij<yJenJ tomber J cou 
mon/pot.monpmceawjna JcUtte/. 
eivù^UmoU^oda,- mon à-eJorv 
et lé louchoiv dune/ 9£>»3" e/ic 

nouJindujue mon, cojjrejort. 



ùep^ h/ ta, Êiè&*£ ^"^HB^ Vefutéet/jrave/tar^ 

ji Lyon, che^UuteurplaceS.WCÙer malien du.gr onJoaLcn, au>4- N . /3/ 



LE NOËL SATIRIQUE DE 1741 



(Ce Noël existe en manuscrit, portant la 
date de 1741, à la Bibliothèque de la Ville, 
sous le numéro 17332 du Fonds Coste. Il a 
été réédité, en 1846, dans le volume des Facé- 
ties lyonnaises de la « Collection des Bibliophiles 
lyonnais ». Nizier du Puitspelu le fit paraître 
à nouveau, en 1882, dans une brochure tirée 
à cent exemplaires intitulée Un Noël satirique en 
patois lyonnais. Il semble bien que, suivant l'opi- 
nion de Puitspelu, ce Noël soit antérieur à 
1741 et remonte au moins à 1725). 

Meigna, veni a tropa 
A cela bella fêta, 
In enfant qu'est novio-na 
Qu'a ben bonna têta 
Y nos a pris à la gola 
De la geula de rapina 



- 4 6- 

Et Ion, lan la, la relilenla 
Et Ion, lan la, lerire. 

Ay no faut donc ben rengi 
Tretous d'una tyre 
Allons vito, les amis 
Que n'y a pas à rire 
De votra via vo n'avi viu 
Un si gros petit monsiu ! 
Et Ion, lan la, etc. 

Copa donc, s'y a moyen, 
Gagnons la dressyre : 
Diable, soveny vo bien 
De l'appela Sire ! 
*Puis en près, cria bien fort 
Te rogamus audi nos! 
Et Ion, lan la, etc. 

Ma fay. Je cray que j'y sons 

Totore à la porta. 

Je vayo lo viu patron 

Qu'est après sa sopa 

Y la fat bien mittona 

Mais n'est pas per notron na 

Et Ion, lan la, etc. 



— 47 — 

Qu'étay celi charbony 

Qu'avize la mare 

Et l'autro qu'est per derry 

Cely qui dion son pare 

Et l'autro qu'est per devant 

Qu'empoisonne avoy d'encens 

Et Ion, lan la, etc. 

s 

Vay tu pas qu'i est de ray 
Du fin fond du mondo 
Arrivas d'hier u sai 
A causa d'un songo 
L'étaila los a conduit 
Tôt mondamena mynuit 
Et Ion, lan la, etc. 

Forts enfans, n'ayons pas pou 

Entrons tôt de fila 

Per entendre de tertou 

Chacun lieu divisa; 

Ne manquons pas notron coup, 

Flanquons-nou derri lo bou 

Et Ion, lan la, etc. 

Vay-tu lo pauvre petit? 
Mon Diu, qu'il est drôlo 



- 4 8- 

Sa mare que l'echaudit 
Avouayque son soflo : 
Lo pare, totéboli 
Gongue à l'âne un coup de pi ! 
Et Ion, lan la, etc. 

Et lo bou, avouay sa quat 
Qu'étay qui tortille? 
Te devrias ben ly donna 
Un coup de caliche! 

Y n'est, mon âma, pas sot ? 
Sons, n'ay Diu, tomba melô ! 
Et Ion, lan la, etc. 

Vey, qui aretun bio moyen 
D'avay n outra grâce : 
Ne te sovin-tu pas bien 
De noutra bella farce ? 
Surtout de la vilaine action, 
Quand je manquiron Marion ? 
Et Ion, lan la, etc. 

Quaisi-vo, si vo voly ! 
Que vaicia lo conto ; 

Y sont lo biaux fins promis 
Avouay tôt lieu mondo 



— 49 — 

Saint-Just, Saint-Paul que le suit 
Et lo crota de Saint-Nezy. 
Et Ion, lan la, etc. 

Grand Roy, nous vous demandons 

Avec soupplesse 

La continuation 

De nos privilèges 

Contre messieurs de Lyon 

Surtout quand nous bâtirons 

Et Ion, lan la, etc. 

Le novio noble d'Ainay 

Porton lieu bandire 

Y venon tôt d'un cœur gay 

En sonnant : arrire 1 

U premi coup de sifflet 

Il en d'abord étagnet 

Et Ion, lan la, etc. 

Grand Dieu, nous vous demandons 

Une petite grâce : 

Que dans les processions 

Nous ayons notre place, 

Car nous sommes bien dolents 

De ne point avoir devant 

Et Ion, lan la, etc. 



— 5o — 

Vaiquia ben los Innocens 

De vers la Plattire 

Hélas ! qu'ils sont bonnes gens ! 

Y sant ren dire; 

Y sont tos à maitia fous 
Baillont de liards per de sous 
Et Ion, lan la, etc. 

Lo carmo font-ils pas bien. 

Dedin lieu cuisina, 

De baire fort et souvent 

En bon père Hélia ? 

Et puis quand ai faut moda 

Y ne saut per ou passa. 
Et Ion, lan la, etc. 

Los Augustins, lieu veusins 
N'en font pas de mémo : 

Y s'y prenon de matin 
Per baire a lieu aiso, 

Et per marchi bien sodin 
Ils en fait jamba de vin. 
Et Ion,, lan la, etc. 

Qu'étay don celos ouvri ? 
Ayet lo Minimo! 



— si — 

Pesta ! queu gaille-freti 
Per de bigro à l'huilo 

Y l'en fouaytta lo motardi ! 
Pâtre Day nos u a dit! 

Et Ion, lan la, etc. 

Y volon pertant parla 
A la bonne mare : 

Que l'y volon-t-y donna? 
Renucle, biau frare ! 
De bon huilo d'Aramon 
Per li faire de grobon. 
Et Ion, lan la, etc . 

Les Antonins venon bien 
Portant de menuise 
Que ne lieu couton pas ren 
Utor de l'églisa 
Saint-Antoino, lieu patron 
Lieu engraisse de caïon. 
Et Ion, lan la, etc. 

Saint-Irénée, vint, bien sor, 
Avouayque sa trogna 
Saint- Joset la fuit d'abord 
Quand ben que n'en boda 



— 52 — 

Et puis lo povro Carmo 
Que lieu fait lo pi de vio. 
Et Ion, lan la, etc. 

Je n'avian pas encor viu 
Lo père Lasare 

Y baissont tretou los yu 
N'y a pas un que parle. 
Avisa lo bon Joset 

Comme y lorgne lieu mochet ! 
Et Ion, lan la, etc. 

Tay ! véqui lo Jacopins 
Avouayque lieu ronfle, 
Ils en pou, per lo certain 
Que la mare gronde 
D'avay vendu lieu payi 
Contra de fichu papi 
Et Ion, lan la, etc. 

Grand Diu, faite-lo payi 
Qu'y n'en an bien fauta ! 
Si vo vaya lieu chini 
Qui lieu sert de caborna 

Y z'y sont tôt en un cuchon 
Et n'y van qu'à cacaboson 
Et Ion, lan la, etc. 



— 53 — 

Tay ! encore lo Cordeli ! 
A y est l'Observance. 
Jésus, Maria, queu gosi ! 
O queu groussa pance ! 
Il ent, ma fey, tant soula 
Qu'ils ne povont plus jappa. 
Et Ion, lan la, etc. 

Los Recollets sont iqui, 
Tretous en bon ordre ; 
Ils en de biau rateli 
Ne cherchont qu'a mordre. 
Que lieu barret à dina 
Los faret pas ren plura ! 
Et Ion, lan la, etc. 

Los Joly Feuillan to blan 
Lieu barba bien faita, 
An présenta à l'enfan 
Deux bonnes requestes : 
L'une per los enrichi 
Et l'autre per los chossi. 
Et Ion, lan la, etc. 

Qu'étay donc celos iqui ! 
Y sont en chemise ! 



— 54 — 

Je los connaisse* d'ici : 

Y est lo Genevivo ! 

Ils ont bailla la pala u eu 
U chanoino qu'etian viu ! 
Et Ion, lan la, etc. 

Y n'en reste un prou malin 
Que s'appelle Antoine; 

Il est ben aussi mutin 
Que celo grou moino. 

Y ne vou pas vesina 
Pour lo ben faire bailla ! 
Et Ion, lan la, etc. 

Vaiquia ben lo Capucin 
Avouy lieu gran barba 

Y sont, mon ama, cent vingt 
Sen conta lo frare 

Que son resta en arri, 
U solei, per se puilli. 
Et Ion, lan la, etc. 

s 

Los pares Camelots 

De la Guillotire 

Dion qui sont lou grans amy 

De notron biau sire, 



— 55 ~ 

Raport à la dame du coin 
Qu'il en prit en Bichevelin 
Et Ion, lan la, etc. 

Et los Augustins déchô 
De la bonna Croix- Rossa, 
Sont de ben jolis mognô 
Per manqua la nossa ! 
Il en bu de bon pinoy 
Per cria : Vive le Roy ! 
Et Ion, lan la, etc. 

Lo Carmo déchô, to bon 
Qu'en ben prou misère 
Demandon vito u popon 
Si n'y a rien de reste. 
Lo bon Joseiph dit que non 
Et cache vito lo grobon. 
Et Ion, lan la, etc. 

Que diran-no don de bon 

De loTrinitniro 

Toujours avouay de grands fonds 

Vant cheu lo corsairo; 

Puis fau peta lieu rançon 

Qui n'en vaut diablement long. 

Et Ion, lan la, etc. 



- 56 - 

Et lo bon père Chartru 

An-ti perdu la têta 

De n'être pas à pi nu 

A cella bella fêta ! 

Mais lieu pare Saint-Brugnô 

Vou qui n'aillan qu'à chiviô. 

Et Ion, lan la, etc. 

Y l'en ben, si vos voli 
Fait quoque largesse ; 

A cou seur, que lo peti 

Connay lieu finesse. 

•Y sont de bon fenian 

Que dormon huit may de Tan. 

Et Ion, lan la, etc. 

Les Célestins van bien plan 
Mais y est sen malice ; 

Y sen occupa to Tan 
Dedin lieu bâtisse ; 
Et puis tôt lo samedy 
200 ovris a payi. 

Et Ion, lan la, etc. 

Le plus bio est en dior. 
A ce qu'on vou dire 



— 57 — 

On crai qui n'est pas pro fort 

Y laissont tôt dire. 
Qu'y payant solamen bien 
Cela qui sourron deden. 
Et Ion, lan la, etc. 

Tay! notron bon marichau 
Qu'a ben bonna mina, 
Dessu son petit chiviau 
Avouay son oussina, 
Le petit Jésus n'en ri 
Et so laissia baisi lo pi. 
Et ion, lan la, etc. 

Qu'étay donc celo grou gra ? 
Eh ! y est la justice 
Ils an lo gosi pava 
Ne vivont que d'épice. 
Hélas, laissi-los passa 
QuVy a ren à s'y frotta. 
Et Ion, lan la, etc. 

Ils en utor de leuri 
Qu'en mauvaisacara. 

Y m'ant l'air, se m'et avi 
D'alla a font de cala. 



- 5 8 - 

Y n'oblion pas lo tort 
De lieu pare Bella-Cor. 
Et Ion, lan la, etc. 

O queu tropa de corbiau ! 
Ah y est los Jésuisto. 
La sala sorta d'isio! 
Per los Jansénisto 

Y ne cherchont que sa bichi 
Per devant et per derri. 

Et ion, lan la, etc. 

Si portant y tenon bon 
Dedens lieu misère 
L'écritto de lieu maison 
Les tire d'affaire 
Un santi Jesu sacrum 
N'est-t-y pas un biau vayon 
Et Ion, lan la, etc. 

Assa, sont-y tos passa 
Los prêtro d'église ? 
Prions joliamen to bas 
Que Dieu lo bénisse, 
Per que puissian s'accorda 
Una fay sen se morgua. 
Et Ion, lan la, etc. 



— 59 — 

D'où vient qu'y n'ia que los grou 

Iqui que se montront 

Et qui fourront tant de coups 

U petit qu'avançon? 

Et puis, quand faudra pona 

Y los saran bien trova. 
Et Ion, lan la, etc. 

Tretou los arts de méty 
Coron per tôt vaire, 
Sortout lo taffetaqui, 
Lo pouro riclaire ! 

Y vodrant priy l'enfant 
De parla à lieu marchant. 
Et Ion, lan la, etc. 

Notron Prévôt des Marchans 
Amaine bonbance 
Et per f'olata l'en fan, 

Y vou que l'on dence! 
Vaiquia los arquebusi 
Qu'amenont lo menetri. 
Et Ion, lan la, etc. 

Los échevins, grou marchands 
De la loge du Change, 
Volon, utor de l'enfant 



— 6o — 

Densi tos un branlo 
Dumaine et lo deux Tanliards 
Lieu fan faire un bel écart. 
Et Ion, lan la, etc. 

Et los chenapan du guet, 
Qu'amon tant la luna, 
Mettirant 200 poches à sec 
Sen en manqua una. 
Si vo n'avi pas lo sou 
Gara lo bouayttere-caillou ! 
Et Ion, lan la, etc. 

Colombi, lieu offici 
Est ben so los armes, 
Los trois sergen per derri 
A ! le bonnes âmes ! 
D'abord qui serant là ba 
Lo diablo va bien bafrâ ! 
Et Ion, lan la, etc. 

Queu grand diablo de soudar 
De la part d'Hérode? 
Té ! n'éto guère manqua 
Y sont de la Porta ! 
Venont-y no massacra 



— ér — 

Repilli et revolla? 
Et Ion, lan la, etc. 

Queu tropa de cartochins ! 
Non, je me raviso : 
Ce sont los misse-pepiens ; 
L'u connaisso u suisso 
]ls an la livra du Ray ; 
Briquet Nesmo estay avay. 
Et Ion, lan la, etc. 

D'où parvin qu'ils an prenu 
Tos la serra-fila 
Et qui sont si orguillu, 
Quand y sont en villa? 
C'est qui san que lo popon 
A fait baissi los ation. 
Et Ion, lan la, etc. 

Avissa le palessi, 
Avouay ue Delormo, / 
Ah 1 si n'étave que gris 

Y serait prou drôlo ! 

Y n'est ren gri ni ren sou 
Il apporte de pet de lou. 
Et Ion, lan la, etc. 



— 62 — 

Moche lo gagne-deni 
De tote le bende : 
« Van-no, dion-t-y u petit 
Y'en bennoutreseingle. » 
La Doana fait banda à part 
Avouay lo biclo Moyard. 
Et Ion, lan là, etc. 

Los vai-tu, lo charreti 
A le quatre pointe ! 
Lieu famés sont per derri 
Et le bonne lingue. 
Y prometton u petit 
De ne jamais plu sacrayi 
Et Ion, lan la, etc. 

Eh ça eyet ben tentou tem 
Que l'Enfant repose 
Crayi-me allons-nos en 
Tirons, notre chosse. 
Baison so poure paton 
Prenant sa benedixion. 
Et Ion, lan la, la relilenla 
Et Ion, lan la, lerire. 



CHANSON DES TAFFETAQUIERS 

Lors de la Révolte de 1744. 

1744 

(Cette chanson a été reproduite dans Vau 
cansonâ Lyon, publié par Gonon, en 1844, ainsi 
que dans la « Collection des Bibliophiles lyon- 
nais » (1846), dans V Ouvrier en soie, de Justin 
Godart, et dans la Fabrique de Soierie de A. Ble- 
ton.) 

A-tu vu passa per iqui? 

Lo posu de papi, 

Que met de grands pancardes 

Den tôt los carreforts. 

Ce sont nos maîtres-gardes, 

Que ne joïont le tort. 

Va lire dens los coins, 
Grou Baboin, 
Va lire dens los coins, 
Los biaux arrêts de merda 



- 6 4 - 

Que faut fero cassa, 
Donnons-nos bien de garda 
De los laissy passa. 

Y n'en arant menty 
Par dépit, 

Y n'en arant menty, 
Corrons tertous en lice 
Chez noutron commandant 
Que fait bonna justice 

U petits, comme u grands. 

Un certain Vocanson 

Grand garçon 

Un certain Vocanson, 

A reçu una patta, 

De los maîtres-marchands ; 

Gara, gara la gratta 

S'y tombe entre nos mans 

Y fat chia los canards 
Los canards, 

Y fat chia los canards 
E la marionnetta 

Lo plaisant Joquinet. 
Si sort ses braies netta 
Qu'on me le cope net. 



-6 S - 

Allons chez Montessuy 

Ujord'hui, 

Allons chez Montessuy : 

Ma fay s'y nos échappe 

Le bogre sera fin; 

Lo faut mettre en éclappe 

Faisons en putafin. 

Il a un grou groin long, 

Ratapon, 

Percia de petits plombs : 

Ha ! y est un vilain traitre 

Qu'a fait los plus grous ma ; 

Si tou qu'y va paraitre 

Y faudra l'assomma. 

Il a ficha lo camp 

Rataplan 

Il a ficha lo camp. 

Prions Diu per fortuna 

Que quoque bon gaillard 

Venne trouva sa fuma 

Per lo faire cornard. 

Je faisons carrillon 
Den Lyon 



— 66 — 

Je faisons carrillon : 
Tôt ce que no fait rire, 
Los magistrats sont fous. 
Y n'ozons ren no dire 
Je los fan chia de pou. 




LE MARCHAND D'ENCRE 



Le Marchand d'Encre était un grand 
gaillard de belle allure parcourant les 
rues de la ville, son petit tonneau sur 
le dos et la pipe aux dents. 

Ainsi que son collègue Mirabeau le 
cireur de bottes, le marchand d'encre 
était un fervent disciple de Bacchus. 




Air. du. Car* de Pomponne 

Quoique/Je n/ecrvoe/Jamaià . 
écrire/ est? L'art que- j'aime/; 
Janj èeé art la/je rià'queroui 
de/ faire iuu long carême-, 
C0nvn&j'atfixe>.vUua>cu, no uni eau. 
le-douayjuf de/ la, ire'dle, 
(orjqttf»je"Vuide> mon- tonne au^ 

je remplit ma, bouteille-. 

F.n, trottant du, matin/ cuissot/* 
on/ peut' m,' entendre/ dire> , 
tenar^anuuitf.c'eitujv devoir, 
n'oublie* pas d'écrire- , 
voJ mditrejàe* qu-'un, mot/ flatteur 
peut fcomper et/féduire/ , 
potw oubhront, ai par malheur 
voua o té/tcjC d'écrire/. 

Higfiier4 Procureur-», hraveJJ.en* , 
que- nourri- ta,jiutice/ , 
deplaindrevo* Iteureuao ctCena 
on, vous /ait l'injustice/; 
aUeUoufourjvoir e- chetivh/, 
quoique- l'on/ piu/2c dire/- 
pour le/ lien de- votre- prochain. 
iii'ouéâ&X- paj d'écrire'- 

'e- croià au-' mi malheureux, dvitiiv 
. .> jur mol.jetè- i'caxcre,^ 
car bien/Jowventje/criC' ctwain- 
voici le- marchand d- encre,- 
maié (v remplir le) encrier/t 
Je ne/ p ourro if Juffihe- , 
JoleâJôur'u/jeurJ, leJ ban^iuari 
n- 'oub lioient paJ d 'écrire/. 



Jts/SaU faire/ distinction/ 
de ce que-jf debde/ r 
Je"ve-ndi l'encre doid le an fripon/ 
aufôurbC'.d-lhipocrite, 
l'encre cjuvjeaundje le/vend, 
aua> pèreà de/ fàiml/f,- 
maùje/n-'auvendu, delongicmA 
de l'encre à <imp le aaa> plleJ 

J'aime le//oin/ c'éjl la/ dit-on- 
que' mon/ bonheur reiide/, 
mais commenta ider unjfacon. 
lorsque ma bourse eâb/vide/. 
ah/'quandmon, tonneau, rcJtc/ptein 
nvaet- de mon- martyre- , 
L inaù pour changer mon encre en vin,. 
\n 'oublie? />aJ décrire-- 



jp,*e kUMMtth'.- §T De/Zmi- et? jravetjiar Julien/ 

A Lyon, chel L'AuttuT Place S*Nvuer Mauumdivjrand balcon-N'fZt 



NOËL DU SATINAIRE 
1750? 



(Le Noël duSatinaire provient des manuscrits 
de Cochard, érudit lyonnais, qui mourut en 
1834, à Sainte-Colombe; il a été reproduit par 
Philipon dans Lyon-Revue, 6 e année, nouvelle 
série.) 

Je pinsavo mo cotaire 
Quand la minay a sonna, 
ConVin bravo satinaire 
Ayen fini ma jorna, 
Quand Michi, notron aprinti, 
Sauti n'a bas de son méti, 
Coran corne in ecervela, 
Laissi son corse a marqua. 

Je li disi : « Nicodaimo 
Ou étay don que te va ! » 



- 70 — 

« Je vouai uvri la liquairna 
Per vair ce qu'i dion là bas. 
Acota don maître Dufor 
Acota si vo n'aite sor, 

Y dion que var los Jacobins 

Y a in infan tôt divin. » 

« Y dion que c'est lo Messie 
Qu'est venu per no sauva, 
Et que la Vierge Marie, 
Cela nuit Ta infanta. » 
« J'y creye prou, Dufor y dit, 
Car i ne vodrai pas manti ; 
Dufor e un homme de bien, 
Ce qui dit, il u sa bien ». 

Fuma, n'ai-ce tu pas prêta, 
Lo dari co va sonna 
Bella dessu ta cornetta 
Ta coiffl de taffeta ; 
Demande vaire à la Finchon 
Où elle a beta mon minchon. 
Barnadine qu'as-tu fait 
De la clia de mon buffait ? 

Bailla mon habit canella, 
Ma cravata decambrin 



— 71 — 

Et ma chemise a dintella 
Me solas do maroquin. 
Te prendras din celi carton 
Ma parruqua a très talon 
E puis te vargetera 
Mon joli chapiau broda. 

Lioda bete in etuffaie 
Cela cova de muton 
Fais in sorte qu'aile saie 
Cuita quand je reviendron 
Puis te bettra l'os de china 
Que sera per noutron dina. 
Te prendra cheu lo bolangi, 
In grou pin blan à l'ani. 

(Le satinait e et sa femme arrivent aux Jacobins.) 

Vai-tu din cela chapella, 
Noutron creva de marchan, 
Sa fuma fai bian la bella 
U milieu de celi ban. 
Ne dion gin ma du prochin 
Notre marchan e prou bon chin 
Du moin si nous payo ma 
Y no laisso pas chôma. 



LE NOËL DE MATY 

1751? 

(Ce Noël est extrait du Recueil de Noëls nou- 
veaux sur la naissance de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ, imprimé à Lyon, en 1752, par Jean- 
Denis Juttet; il fut réédité par Philipon dans 
Lyon Revue, 6 e année, nouvelle série). 

Maty, réveillez-vous Maty 
Metti la testa à la fenestra 
Y a gran bru dans lo quarti 
Levi vo per vey (bis) 
Ce qui pou etra. 

Quey ! vos a moda si matin ! 
Vos ne craigni po l'oura fraicha; 
Ay dion qu'en l'étable à Martin 
Diu nos est nacquis (bis) 
Den una crécha. 

A queu brut ! Tu ne mens pas, 
Je pensave que tu voulais rira; 



— 73 — 

Allons-y vito de celo pas ! 
Comme e tant de monde (bis) 
Per le charrira ! 

Diu sai sayen et mai deden 

Y est don vo qu'êtes sa mara? 
Joie in branlo si vo pla 

Y accuragera (bis) 
Sa pouvra mare. 

Dame que lui donny à teta, 
Dites no qu'il est venu faira, 
Es-ty venu per no racheta ? 
Cely pouvre enfant : (bis) 

Y aura affaira. 

A qu'y est joli cet enfan, 

Y ressemble unagenty image; 
Encore un branle s'y vo pla, 

Y desennoycra (bis) 
Sa pouvra mare. 



CHANSON 
SUR LE MARIAGE DU COMTE D'ARTOIS 

1773 

(Cette chanson a été reproduite, en 1846, 
dans la « Collection des Bibliophiles lyon- 
nais »). 

Air du Noël de maître Jean Capon. 

Qu'étai don celi vacarme 
Que met le monde en couéti ? 

Y disons qu'on prin los armes 
Deman din tui lo quarti : 

Y e don quoque grande faite 
Per lo maîtres-taftatis 

Que los gins lo plus honnaites 
Devont quitta lu métis. 

L'otro jor que j'accotave 
Per lo trou de la paret, 
Notron grou merchant disave 
Que bientôt l'on chômerait. 
Qu'arrivave una gran dama 



—■ 75 — 

Du coûta de Chambéry, 
Que devave être la féma 
D'un grou monsieur de Paris. 

Y e parque los maîtres gardes 
Disian à tui los ouvris, 
Que quand y serian de garde 
Ils 'eussian de biaux habits. 
J'avons vu celi du maître 
Qu'est bleu comm'un paradis 
U terriaux il va paraître 
Plus fiar qu'in arquebusi. 

Per honora sa venua 

Le cura de san Nezi 

Du quarti de la gran rua 

L'Etendard nouve a béni 

Comm' y feran l'exercice 

Lo souda, lo capora, 

Car n'est gin que ne bénisse 

Cella que l'etrennera. 

Tertui lo messiu de ville 
Sur le pont van s'in alla 
Avouai lo clia de la ville 
Que devont ly présinta. 

Y povons in assurance 



- 7 6 - 

L'y baillé nos cœurs ussi 
Ma fi, je l'aimons d'avance 
Tôt comra' mossieur son mari, 

Per alla u devant d'elle 
Notron bon Rey a chusi 
Parmi se sujet fidèle 
Monsiu Brancas son ami, 

Y e don un bien brave homme 
Qu'ils Tan reçu pénitent, 

De celo que quant on chôme 
Vo bâillon tojor de pan. 

Y van brûla d'artifice. 
Per lo rey et sos efants 

Que tôt nos vœux s'accomplissent 
Per de gins ussi charmants. 
Et pui vive la comtesse, 
Lou Rey, lo comte d'Artois, 
Que Diu conserve sans cesse 
Per no de si bons bourgeois. 




LE PAUVRE MICHEL 



Ce pauvre diable, dont l'intelligence 
avait sombré à la suite de nombreux 
chagrins, errait dans les rues de la ville, 
chantant quelques refrains et deman- 
dant l'aumône. Il avait dû abandonner 
son métier de rubannier. D'un naturel 
ordinairement doux, il se mettait cepen- 
dant en grande fureur lorsqu'on lui re- 
fusait quelques liards. 



S ûrefow <*f ■£ 




aé^z/yr 



Sir au £ra/vtre 
l 
Chiienn rwf tft> ma 6hu v? //»* . 

/U ///*•/* »/</• t&ttJ- fMMM ttttW. 

/et <tts yx+ te st*<s sans /*'*>/. 
J***s e*t/asts, /es /?** 
SamttsetU <&c- moa Â*4snsttr 
JQt/ai. vu /estimes MNww/ 

2 

JT« /£■/<•/ £te*t *e* m* A>rfst/tA> 

•Je fataù ut, mmua,m û*tcrr*ia*tir 
%/e suré/Sr *»// tÂ<t*t/<* rtrt C€*itr»/rt . 
tJl otretytt ttst , est. ui m** eh>nae> 
•Jo i^é/aÛé* «/& JPmùA** 
,4/ats c<?nutte ttft Am< rt*rat.«n*t f > 
4/« ^v* trvs>ts>e //,, 

f*mr sif/tt*s-Arr*f J/itiù* A\-rti nai fena*û 




><&, 'ï/rtrfiny.sf LYOA 



Â/ao/tes çranas? /sutssanc* , 
JÇst-*/* filtre e/ /f> mate**"-. 
/Je * i>tiycs senf+*èt <rat'<*nr* 

Vfcî»/l Jtfr «*/' /?//'// Ù0tt/(tf1Q*f' . 

sVa/as* ma /aie /e cerv+//* 
xf<> sats an. t/ Atitf ae car s en/ 
Pcw rempùr ma araaa* sc*te//e . 
;ifà/\. rerri* #*/ r*L4/re crftfa.-rf- 



*fccrur*e /er/s m#s /*ts/**i.<* 
*?* travate/r aver <ia^t-«sse 
Jsrrs , <ru* /£ rais mrs m/arts 
Je A*'iS/vrf à /Întis/cxhca. 
Çuats f/v** -WHS atsc* rrton m.*r 

JQt mc*n, raeitr* st'rstfetnt aé /**'. 



CHANSON 
SUR LE BALLON DES BROTTEAUX 

1784 



(Cette chanson a été reproduite, en 1828, 
dans VHomme de la Roche, de Cochard et dans 
la Revue du Lyonnais, i re série, tome VII). 

Air du Noël de Jean Capon . 

Qu'étai don cela merveilla, 
Que raconte Revarchon 1 
I no baille per novella 
Qu'on deit vaire un biau balon. 
Pilaustre et so camarade 
Devon montau jusqu'u ciu : 
Faut fère una promenade 
Per vai de no propro ziu. 

Ze no bettons in dispinsa 
Per allô jusqu'u Brotiau ; 



— 82 — 

Qu'étian, de compagnie 
Montau dedin lo ballon. 
Du partère, du segonde, 
Du parquet, du supiriau 
Tarti criave à la rionde ; 
Bravo lo novo ziziau ! 

On aduisi de coronne 
De lauri, de sarpolet, 
L'intindint que los y donne, 
Groppit Pilaustre u collet, 
Que voliet per modestie 
Sa coronne lo darri, 
E que lo sarimonie 
Comminci per Mongorfi. 

Ca, tartui de compagnie 
Furi, itou complimintau 
Per la dama Phigénie 
Qu'un gognan voliet buclau, 
Sin z'in grou monchu Achile 
Qui étave son galan 
Qui sauva la pouvra fille 
Avouai son sabre à la man. 

Puis n'après à l'intindince 
Où-t-i z'étian invitau 



- 8 3 - 

Y furon rimpli liu pinse 
Car y n'ayant gin dinau. 

Y sopiron, y dinsiron ; 
Apre faront se cuchi 
Quauque zou après partiron, 
E pouai adiu à tartui. 

Si quauqun me fa reproche 
Que ze n'aye pan tôt dit, 
Qui s'in aille chieu Laroche 
Achetau un bel écrit. 

Y zi troverant l'histoire 
De celos aèrosti, 

De biau vars fa à lieu gloire 
Par monchu de Vassali. 



CHANSON 
SUR LES MALHEURS DU TEMPS 

1788 



(Cette chanson de Révérony a été reproduite 
dans la Revue du Lyonnais, V e série, t. VI). 

Air du Cantique de l'Enfant prodigue. 

Ah ! Bon Dieu, que notron Rey 
A grosse ouvre cela fai ! 
Faudret qu'il eu'ben grand emo 
Un parfon et fiar n'esprit 
Per accorda lo sistemo 
De cela tropa d'ecri. 

Tôt le monde vou lo ben 
Me lo fero e lo malin 
Car un chacun craint la tochi 
Et vodret que son vaisin 
Solet payi la Briochi 
Et que sai ne payi rin. 



-8 5 - 

Si Ton pou bien reparti 
Los liars que nos fau bailli, 
Ze feran notron fenailie 
Ze besseran in chantan 
Et mingeron la polaille 
Cinquante dou fai per an. 

Si ze povian raconta 
A notron Rey ben aima! 
Mé ze ne sau pau écrire 
Mé, ze n'avais gin d'esprit ! 
Là, que poriau-ju lui dire : 
Lo gros mingeon lo petit. 

Y u sa, y a gran tin, 

Me lausse-y n'avance rin, 

Il a bio rangi la cota, 

La fixa égalemint 

Son nouvre est mis en ribottes 

Per lo saule grapignan. 

Coman porian-ju payi 
Los liars que nos faut bailli, 
Lo z'ouvri sont sin ressorça 
N'y a gin d'ouvré din Lyon 
Notron bla reste in revorse 
Nutron vin din lo cavon. 



— 86 — 

Lo traita avouai l'anglais 
No z'éreinte cela fai ! 
No san farci de cotona. 
De drap que ne valon gin 
De notr* étoffa si bona 
Lo dias que n'achetons rin. 

Lo gros monchu do Paris, 
Qui du Ray e lo mami, 
Que Ton dit tan que no z'ame 
Faudra qui fasse entention 
Que fau rebaillir de Taimo 
Au comarci de Lyon. 

Quand celo pouvre novet 
N'an gin de liars au gosset, 

Y ne payan pas follieta 

Y n'an gin de quai mingi. 
No perdan notre recetta 
Lou grous perdan lieu loyi. 

Faudret per lo solagi 
Des zintra baissa lo pri, 
Nutron vin ne vau Tanna 
Que si ving sous, bien sovent 
I z'en font bailli d'intra, 
Incore mi de doze francs. 



-8 7 - 

De notron Diu, la bonta 
Vodra bien no zassista, 
Y fara per la gran ouvre 
Que se parpare ajord'hi 
Que n'y ava gin de pouvres ! 

Ze vos zu souhaite a tartui ! 



CHANSON SUR LA BASTILLE 

1790 

(Cette chanson de Révérony, que nous avons 
relevée sur un manuscrit de G. Véricel, a été 
publiée par Péricaud, dans Y Annuaire du dépar- 
tement du Rhône pour 1833.) 






Air du Ballon ou du Noël de la Vierge. 

Qu'étay don cela gran fêta 
Que y avons dans Lyon ! 
Disave la mare Tera 
U compare Mathevon. 
Per anima nos querelles 
Lo cube dos Jacobins 
En réchauffant nos cervelles 
Nos fa tos murri de fan. 

Si z'on un moment tranquille 
Per nos ben revaillis 
Y nos montron la Bastille 
Qui z'on fa chuti 



-8 9 - 

Grand Diu, o la bella prise 
Dix mille hommes en z'un instant 
Sen se bouta en chemise 
L'on prenu sur le chan. 

Les Pennons de notron ville 

E la municipalita, 

Per biaucoup nos fare rire 

Y se son achemina. 
Cherchant per tôt le Bastilia 

Y l'y ont enfin trova 

Et per bicqua la Reliqua 
Je los ont vu s'avança. 

Frinssois Bret, l'inargumeno 
S'est tôt bettu a pially : 
Savy crio qu'en l'inmeno 

Y va nos fas tos boll'y. 
Vitet prenu la parola 

Y est monsu lo Président 
Que volave joyer son rola 
Et fare son important. 

Admira cela Bastilia 
Criave celi avouca. 
Autrefay y étave l'exile 



— 90 — 

De los aristocrata 
A présent que je sons maitro 
Je povons nos en moqua 
On los bettra à Bicetro 
O lieu de lo Bastilla. 

Citoyens que Ton offense 
En se moquant de vous, 
La Bastille qu'on encense 
N'est pas digne de vous. 
Nos représentants eux-mêmes 
Cherchant à nous dominer, 
Emploient tous leurs stratagèmes 
Pour nous faire égorger. 




LE MUSICIEN A LA CENDRILLON. 

Ce malheureux était ainsi appelé 
parce que son air favori était la romance 
de Cendrillon, opéra de Nicolas Isouard, 
qui fut le grand succès de l'année 1817 
à l'Opéra-Comique de Paris. 



Je/ 




/falùans cAerùat'/rs 
Scoute* mes ceiy/ets 
J"i7s ne sont iras ituiui />/•■' 
Cfst au il.' sent /Gît sans /rats 
Afon instrument cemiaue- 
Ji/iu- virus /ait cari/tsn 
Cette, rare mnsiaue 
£st à. tas Cè/iariUsn. 

ft/yet. ce /mit Oes canne 
itrtu-trment f/antr> 
J\tr rru"> ùtmJeitr caeamir 
(fues/'ai Sih// charpenté. 
fc'yïx masutunte antique 
flac&r mon ttmfianen 
JJilai aue ma rruistattr 
JCs-t À ùi- CfiiarùXen 
Cravé />ar Juien, ^ &YOAÏ- 



*/ss cenvtens sostf yasse-cte-- 

Çu'tï ojautesf>w ïeu* 

/tr inusiyue très ve/tes 

A fais nvris ^un s-utanyonA 

Çufi aue/tCi' .r,iit- rus-tlpue 

Céjt an ecnsi/tÀ6tir7is 

(Ju-iui ne m me <r<uts mus-taust- 

A'csnsniî n ut- Cènsrrutesi'- 



Ui le- tous uiAise.rs-- 
s/vee. mes tna-trusnents- 
Ato/t* cute- et 'ma. /aillixrts 
Afâ inuurreur nt*r en/aszs 
Vous- m'a/rret tas repuauc 
./e tiens- fi eteaitten 
/Vue te in, va- ta musenus^ 
Vente à /a' tetu/rit&m- 
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CHANSON SUR LES MATHEVONS 

1794 

(Cette chanson attribuée à Révérony, que 
nous avons relevée sur un manuscrit de G. 
Véricel, a été publiée assez incorrectement, en 
1825, dans le Siège de Lyon, de Perenon.) 

Air du Noël de maître Jean Capon. 



L'Univers e la patria 
Veni tôt per ecotas 
Le reci tochan et trista 
Qu'à Lyon est arriva. 
Una cliqua sin culotta 
Per miu dire de pullius 
Totan sortant de la crotta 
Volian monta jusqu'u Diu. 



— 94 ~ 

Les Infans do Robespierre, 
Tos celos buveurs de sang 
Nos en fe a tos la guerre 
Vêla ma fey, mai d'un an, 
Les fi Houx equian en place 
Per ben nos tiranisis 

Y gnanave quo la crasse 
Que no faisave soffri. 

I fesian los patriotes 
Per vola les braves geins, 
I si disian san culottes 
Per egorgi lors pareins; 
I n'epargnavons personna 
E volavon s'enrichi 

Y suivavon la-marotta 
Per no fere tos péri. 

Y metavon los séquestros 
A tos los grous magazins 
Per prendre plus a los aisos 
D'inventaire il n'avons gin 
La nuit à la grossa bruna 

Y venavon arpilli 

Los gardiens avouai los fuma 
Portavon à plein tabli. 



— 95 — 

De matelas, de covertes 
Lors lits en son bien garnis, 
D'argenterie, de dentelles 
De linge et de beaux abbis 

Y en pris à drèt à gauche 
Portefeuilles et assignats 
Mais viendra la guillotine 
Qui tretous les rangeras. 

U Brotiaux din les oberges 

Y en avave que per eux 

Y se soulave à l'aise 

U dépans du malheureu. 
Celos mnudits commissaires 
Avouai lors bonnets de piau 
Chacun dedeins sa misère 
Cregnave celos borrios. 

Sortan de faire ripaille, 
Ils allavons à la cession 
Cela tropa de canaille 
Vos parlavons d'un haut ton 
Quoque fois qu'un misérable 
Avave besoin de pan. 
Vos veni per una carte 
Vos repasseri deman. 



- 9 é - 

Celos mâtins de clubistcs 
Nos tretavons duramin ! 
Los pauvres comme los riches, 
Y n'en épargnavon gin ! 
Avouai un air téméraire : 
« Qu'as-tu fais per la nation 
Dénonce vite ton père 
Ou je te flanquon en prison. » 

Jusqu'à la fin du monde 
Non ! Personna ne craira 
Qu'une quantité de monstres 
De brigands, de célérats, 
Colos, Couihon, et bien d'otres 
Voulavons péri Lyon 
Tôt en fesant los apôtres, 
I nous coulassons a fond. 

L'un fesave les affiches 
Et l'otre allave prechi. 
Qui ne faille gin de riche 
Eux volavons s'enrichi. 
Les gens d'esprit, bonna teta 
Per eux, étavons de tro 
I avio juré leur perto, 
I los égorgerons tos. 



- 97 — 

Grâce a la providence 
Notron bons représentants, 
Venons de sauva la France 
En détruisant los tirans. 
I n'en manquo pas eincore 
I sont tretous bien connus, 
I est certain que ço drôles 
Aran lo cou dépendu. 



CHANSON DE LA COUZONNAISE 

1796 

(Nous devons le texte de cette chanson, dont 
on ne connaît pas Fauteur, à l'obligeance d'un 
des plus aimables érudits lyonnais, M. P.). 

Bevin on cou, bevin-z-in dou, 
Et dzamé tra neu-z-an fa pou, 
On cou n'arrouzé qu'ina brasa, 
Pé bin bare à la Cozenaza. 
E fô repequô, mon patron, 
Te né sa pô bar' a repetechon, 
Mon pour' ami, passo per vaza ! 

D'zomeu leu vin quan il é bon, 

D'zomeu le boyes sin façon, 

Dza toudzeur omo lé fumèle ! 

Mé n'omeu po ché sole bêlé 

Que vo fejan de coin dé ju. 

Dépi leur dzeur qu'élé m'ayan mordu, 

Dze n'ouzeu plu m'approtsi d'élé. 



— $9 — 

Dzan bin quoque boye à Cozon 
Que n'an po movèze façon, 
Mé lé bogres son déficilé 
Surteu quan lé van su lé-z-ilé. 
Lu-z-y fô de peté monchu, 
E y é prequa on ne lé morié plu 
E qu'à Sorman, Cozon défilé M 

Cozon, Sorman, on dzeur vindra 

Que teu pé la man se tindra, 

Dzé son dja tiu quesin, quesené, 

Tsoquon fa bin peto se mené. 

Nion ni tiré sa pudr' en l'air. 

Rin qu'à Cozon y é-t-on vra por de mer, 

E y a bin dja tra vin sapené. 

Bevin on cou, malacardi ! 
Dé pou de prindré la pépi ; 
Leu gozi vin cominci à me couare, 
Leu vin teria, é fô leu bàré 
Dzomeu quan i mè djon : « Poïu, 
Fotu gorman, bogreu de côssà piu, 
Tin te bien, bogreu, té vé tsàre ! » 

Parlô mé de la Dzôneton, 
La boye à Noyé Ratadon ; 



— 100 — 

E y é de Cozon qu'el é chorta ; 

On a dzamé vu Sarmagnôta 

Se drôla ni se degadja, 

Y é-t-on plàsi de li va prindre on ca, 

E pouâ de li va baï vota. 

E fô la va din on colèr, 

Du pié, de la man é du bé 

Corn' élé sa vô féré rire ! 

E y é de sa gran qu'élé tiré ; 

El a, vrâ, d'émeu corné tra ; 

Sin li parlo, rin qu'en guignan leu dâ 

La bogra sa de quâ qu'é viré. 

Ne suidé pô leu gran tsemin, 
Que teu leu mondéu va é vin : 
Tan di pié y fan de patrôïe ! 
Vô mieu évito la bassôie, 
E prindre on peté violé : 
E y é iqué que leu roussignolé 
Va se catsi quan i gazôie. 

Malacardi ! vouadi dou plin I 
Voz-z-y a dit, dz'omeu leu vin, 
Leu bon vin, leur petite tôssé, 
Bàre a peté cou i délossi 



— 101 — 

On y refa à son plàzi ; 

De bàr' on cou quan on a leu làzi 

Que fa de bien per on qu'é passé. 

Vo moquo pô du païzan, 
Surteu quan il an lu caban ; 
I fan honneur a la parrôtze. 
Dze ne trainon pô tin carrotze ; 
Dz'an quozi tin de tombério. 
E gna que quoqué pourreu grenerio 
Que né trainon que la galotze. 

Y e din on mô corné din cin 
Dzé né son pô dé-z-inocin ; 
Dzé fan de yor de netré pire 
Grou monchu, vo poï n'in rire 
N'tré piri fan v'tre mazon, 

Dzi poïon dir' avoua quoque râzon 
Que Lyon chor de n'tri périré. 

Malacardi ! y é prou tsanto, 

Y neu fô bar* à la santô 

Dé n'tré blonde, de n'tré naré. 
Si quoque cou leu vin fà tsàre, 

Y vo fà sovin téni drà. 

Entre dou vin, dz'si contin corné trà ; 
Vouadi toudzeu, le Cozenaré. 



CHANSON DE MAI 
1800? 



(Cette chanson a été publiée, en 1846, dans 
la « Collection des Bibliophiles lyonnais ».) 

Al est, al est passo çu vilain tian de brima ; 
Lo printian est venu, lo mondo se fa biau. 
Lo solaï va craïssant choque j or à la prima, 
Plantons, plantons lo mai, vaiquia lo renoviau. 



Le-z-aigue dejalli corons par la prorie 
Din lo boisson fluri chantonne lo coucou ; 
La natura pertot se montre rajunie ; 
Din lo boïs on intint piolou lo rossignou. 



Los champs qu'equiant muets ont reprai lou parola ; 
Tôt chante à l'unisson la cigola et l'isiau, 
So le tiouie nichia la volagi randolla ; 
L'aluetta din l'air, din son trou lo moniau. 



Lo merlo siffle illo, et din la grand bruiri, 
Dijà l'avigli mode à la quaita dou mier; 
O dirit que din l'air, una granda preïri 
S'élève de la terra et remontaïn u cier. 

Un doux vint folliaret fa jarmo lo verdura 
Son sofflo animo tôt, le mondo se fa biau 
A l'homo de chanto l'hymno de la natura 
Plantons, plantons lo mai, vaiquia le renoviau, 




TABLE DES MATIÈRES 



Planche I. La marchande d'aiguilles.. frontisp. 

Notice sur les Noëls et Chansons en patois lyonnais 

au xvin e siècle 7 

Planche II. Le Père Thomas. 

Le Noël de Jean Capon (1700?) 37 

La Chanson sur les Bains en Saône (1740) 40 

Planche III. J.-B te Julien dit Mirabeau. 

Le Noël satirique (1741). . , 45 

La Chanson des taffetaquiers (1744) 63 

Planche IV. Le marchand d'encre. 

Le Noël du Satinaire (1750?) 69 

Le Noël de Maty (175 1?) 72 

La Chanson sur le mariage du comte d'Artois (1773). 74 

Planche V. Le pauvre Michel. 

La Chanson sur le Ballon des Brotteaux (1784). . . 79 

La Chanson sur les Malheurs du Temps (1788). . . 84 

La Chanson sur la Bastille (1790). 88 

Planche VI. Le Musicien à la Cendrillon. 



— io6 — 

La Chanson sur les Mathevons (1794) 93 

La Chanson de la Couzonnaise (1796) 98 

La Chanson de mai (1800?) . . <■ 102 

Table des Matières. 




IMP. PROTAT FRÈRES, MAÇON 




PC 
3108 

U 



Leroudier, E. 

Noëls et chansons 



7 



/ 



3 



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