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COLLECTION « AMIS DU VIEUX LYON »
cet ouvrage a été tiré
a deux cents exemplaires
numérotés de i a 200,
cinq. ont été réservés a
l'auteur
Exemplaire N° 408
NOËLS ET CHANSONS
EN
PATOIS LYONNAIS
Les six planches qui illustrent cet ouvrage
sont la reproduction d'une série de gravures
intitulée les Grotesques lyonnais, qui fut publiée
au début du xix e siècle par le graveur Julien.
Le texte en vers est de Maucherat de Longpré.
Les types populaires qu'ils représentent étaient
déjà très connus à Lyon à la fin du xvm e siècle,
ce qui nous autorise à lès faire entrer dans le
cadre de cette étude.
LA MARCHANDE D'AIGUILLES
La Marchande d'Aiguilles était une
pauvre vieille femme, parcourant les
rues de Lyon, offrant à tous les mer-
veilles de son éventaire : aiguilles de
toutes sortes, épingles, dés, peignes,
etc.
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E. LEROUDIER
NOËLS ET CHANSONS
EN
PATOIS LYONNAIS
du xviii' siècle
LYON
CUMIN ET MASSON
1918
NOTICE
SUR LES
NOELS ET CHANSONS
DU XVIII e SIÈCLE
EN PATOIS LYONNAIS
Et d'abord existe-t-il un véritable patois lyon-
nais? Si la question peut sembler futile aux
rares érudits lyonnais connaissant le langage
qui se parlait couramment dans notre ville
jusqu'à la fin du xvm e siècle et au courant des
quelques travaux philologiques dont il fut le
sujet, elle n'en a pas moins sa raison d'être à
une époque où l'on semble considérer comme
la langue de nos pères, ce jargon, intéressant,
— 8 —
certainement, par ses curieuses trouvailles de
mots, mais sans règles ni logique, que l'on
est convenu d'appeler le « parler canut ». Le
grand malheur est que notre ancien patois
lyonnais n'a laissé que très peu de monu-
ments littéraires. Pourquoi notre ville, si re-
marquable dans les arts, les sciences., la philo-
sophie, est-elle si pauvre en poètes et en sty-
listes? Je laisse à d'autres mieux informés le
soin de résoudre cette question. Quoi qu'il en
soit, il est certain qu'il s'est parlé, dans notre
ville, pendant plusieurs siècles, un idiome
particulier bien différent de ceux dont faisaient
usage les habitants de là Bresse et du Beaujo-
lais, du Dauphiné et du Vivarais, de la plaine
du Forez et des monts d'Auvergne, qui sont
les provinces nous avoisinant immédiatement.
Jean Racine, après avoir passé à Lyon le jour
de la Toussaint de l'an 1662, écrit d'Uzès, dans
sa première lettre adressée à Jean de Lafon-
taine : « J'avais commencé à Lyon à ne plus
entendre le langage du pays et à ne plus être
intelligible moi-même ».
— 9 —
En réalité, cet idiome parlé à Lyon jusqu'au
début du xix e siècle constitue plus qu'un
patois, car il a ses règles grammaticales nette-
ment établies et sa phonétique propre. En prin-
cipe il se rapproche de l'italien ou plutôt du
dialecte milanais, qui lui-même s'écarte en
beaucoup de points de la véritable langue ita-
lienne.
Nous ne nous arrêterons pas sur des con-
sidérations d'ordre purement philologique,
s'écartant trop de notre sujet qui est simple-
ment de donner un aperçu des productions
poétiques en patois lyonnais au xvm e siècle.
Notre patois, d'ailleurs, a déjà trouvé ses Vau-
gelas dans Onofrio et Nizier du Puitspelu,
YEssai de glossaire de l'un et le Dictionnaire
étymologique de l'autre sont des preuves magis-
trales que le patois de nos pères était une véri-
table langue.
Malheureusement, ainsi que nous l'avons
dit, cette langue parlée n'a laissé que très peu
de documents écrits; aucun véritable monu-
ment littéraire n'en conserve le souvenir. Notre
10
folklore comprend surtout des actes officiels et
des chants populaires. Peut-être pourrait-on
trouver là un symbole de notre esprit local.
Notre ville de marchands et de financiers n'a
jamais beaucoup donné dans les spéculations
purement intellectuelles, mais le peuple y est
volontiers frondeur.
Notre patois lyonnais possède cependant
une pièce d'éloquence civique que nous ne
pouvons moins faire que de consigner ici, car,
à défaut d'autres qualités, elle est un véritable
modèle de concision.
En 1734, l'échevin Pierre Denis était à fin
de mandat et devait, suivant la coutume, faire
un discours d'adieu à ses collègues du Consu-
lat; il s'exprima ainsi : « No ne venan u mondo
que per murri, no nentran en chargi que per en
sorti, Adio vo di! » Et, en réalité, ces quelques
mots ne contiennent-ils pas plus de bon sens
et de saine philosophie que tant d'autres
longs discours!
Jusqu'au début du règne de Louis XV, le
patois lyonnais était le langage accoutumé de
-II
toute la population de notre ville. Au début
du xvni e siècle, il fut abandonné par la bour-
geoisie, mais le peuple continua à s'en servir.
C'est pourquoi notre littérature, qui comporte
des œuvres de quelque importance, voire
même des pièces officielles, aux xv e , xvi e et
xvii e siècles, ne comportera plus au xvm e
siècle que des noëls et des chansons popu-
laires, bien plus intéressants peut-être pour
les détails qu'ils nous donnent sur la vie de
nos pères. Nous les trouvons dans Noëls nou-
veaux sur la naissance de Notre Rédempteur, édité
à Lyon, chez Revol, en 1730, dans Fleur des
Noëls nouveaux, imprimé chez Juttet, en 1752,
et dans quelques manuscrits faisant partie du
fonds Coste à la bibliothèque de la Ville.
Quelques érudits lyonnais : Monfalcon, Phili-
pon et Nizier du Puitspelu en ont publié
quelques-uns, que l'on peut retrouver aussi
dans le Recueil de Chansons et Noëls de la « Col-
lection des Bibliophiles ».
Nous n'avons pas la prétention de vouloir
donner dans notre recueil la suite complète
— 12 —
de toutes ces pièces, dont quelques-unes sont
réellement insignifiantes. Nous avons choisi
celles qui nous ont paru les plus intéres-
santes, nous bornant, quant aux autres, à les
signaler dans cette notice.
La première pièce en patois lyonnais que
nous rencontrons au xvin e siècle est le « Noël
de Jean Capon », qui est vraiment délicieux.
Ce noël, qui paraît dater de l'an 1700, était
très populaire à Lyon et dans les villages
environnants vers le milieu du xvm e siècle, et
il en existe un certain nombre de répliques
commençant toutes par ce vers
Quétay donc cela novella
qui exprime si bien la curiosité étonnée à
l'annonce d'un événement intéressant et im-
prévu. Certains couplets sont délicieux d'ob-
servation naïve et maligne à la fois. Tels sont,
par exemple, le troisième couplet et surtout le
cinquième, qui est certainement un merveil-
leux petit tableau. Le diabie étant entré dans
l'étable où il ètay venu per vey,
— i3 —
La mère s'epouvantave
Se rangeave dans un coin
A gran coite elle enfonçave
L'infant dans in pou de foin
L'âne a pou, le bou se gonfla
Per veni sauta dessus
Et sofflant corne una ronfla
Lui foitit sa corne u eu.
La Vierge épouvantée à l'aspect du diable,
se réfugiant dans un coin, enfonçant son en-
fant dans le foin pour le soustraire à la vue
du monstre, le pauvre âne peureux, le bœuf
brave comme... un taureau, soufflant comme
une toupie, s'élançant sur le démon et lui
fichant sa corne... dans la culotte. Il nous a
été impossible de découvrir l'auteur de ce char-
mant Noël.
La pièce qui suit le Noël de Jean Capon est
la Chanson des Bains en Saône. Il n'existait pas
encore à Lyon au xvm e siècle ces bateaux-pis-
cines qui tendent à disparaître de nos jours
et que nous appelons communément des
« bêches ». Nos pères se baignaient directe-
ment dans la Saône et dans le Rhône et ne
— 14 —
craignaient pas de plonger dans ce dernier du
haut du Pont de la Guillotière, bien plus élevé
qu'aujourd'hui au-dessus du niveau de l'eau,
car le fleuve n'était pas alors resserré entre
deux quais, mais s'étendait librement sur la
rive gauche jusqu'à l'actuelle place du Pont.
Pour être moins gênés dans leurs mouvements
natatoires, un grand nombre de Lyonnais se
baignaient absolument nus, et les mœurs de
cette époque, moins prudes que les nôtres, n'y
trouvaient rien à reprendre. Cependant, en 1740,
messire André Perrichon, procureur du roi,
faisant fonction de lieutenant de police, ren-
dit, en date du 26 juillet, une ordonnance de
police défendant, sous peine de 150 livres
d'amende, de se baigner nu dans le Rhône et
dans la Saône, à l'intérieur de la ville. Il y eut
de nombreuses protestations et il ne fut guère
tenu compte de cet arrêt, qui dut être repris
maintes fois par les successeurs de Perrichon.
Le maître chirurgien Pierre Laurès, fils de
Denis Laurès, syndic de la communauté des
chirurgiens, connu déjà par plusieurs petits
— 15 —
écrits facétieux, composa, à l'occasion de l'or-
donnance de Perrichon, la spirituelle Chanson
des Bains en Saône. Ce Pierre Laurès, esprit très
fin, maniant adroitement la bouffonnerie la plus
outrancière, sous un apparent sang-froid, de-
vait, quelques années plus tard, publier en
1756, sous le titre de Supplément aux Lyonnais
dignes de mémoire, une des pièces les plus
curieuses de notre littérature lyonnaise.
Le Noël satyrique de 1741, qui vient après la
Chanson des Bains en Saône, est un très intéres-
sant spécimen de la verve ironique de nos
aïeux. Elle s'exerce principalement dans cette
pièce sur le monde officiel et les congrégations
religieuses.
Après le préambule obligatoire de l'invi-
tation à aller voirl'Enfant-Jésus dans sa crèche,
et le tableau de l'arrivée à l'étable, c'est un
défilé satirique de toutes les organisations de
la ville. Toutes y passent et la verve railleuse
de l'auteur trouve à s'exercer sur chacune.
D'abord, ce sont les Chanoines-Comtes de
Lyon, qui demandent au nouveau-né la conti-
— lé —
nuation de leurs privilèges, les chanoines d'Ai-
nay qui réclament une meilleure place dans
les processions, puis c'est la foule des ordres
religieux, si nombreux à Lyon à cette époque :
les Jacobins qui sont dans la misère pour avoir
vendu leurs terrains de la rue Saint-Domi-
nique contra de fichu papi, les Carmes Déchaux
et les Récollets si misérables, les Augustins,
les Carmes et les Cordeliers, dont l'ivrognerie
est notoire, les Capucins avec une longue
barbe et ses parasites. Après les ordres reli-
gieux, voici les pouvoirs civils : le maréchal
de Villeroy, gouverneur de la ville, sur son
cheval, les gens de justice
laissi lo passa
qui n'y a ren à s'y frotta
(laissez-les passer car on ne gagne rien à s'y
frotter), le Prévôt des marchands, les échevins,
les chevaliers du guet et les corps de métiers,
y compris les malheureux taffetaquiers
lo pouro riclairo
y voudrant priy l'infant
de parla à lieu marchant
— 17 —
et les charretiers avec leurs femmes qui pro-
mettent au nouveau-né de ne plus jurer
Y prometton u petit
De ne jamais plus sacrayi
La morale, d'une triste philosophie qui est
de toutes les époques se trouve dans ce cou-
plet :
D'où vient qu'y n'ia que lo grou
Iqui, que se montreront
Et qui fourront tant de coups
U petits qu'avançont
Et puis, quand faudra paia
Y lo saran ben trova.
D'où vient qu'il n'y a que les gros — qui se
montrent ici — et qu'ils donnent tant de coups
— aux petits qui s'avancent. — Puis, lorsqu'il
faudra payer — ils sauront bien les trouver.
En raison de son réel intérêt et malgré sa
longueur, nous donnons ce Noël tout entier.
Nous arrivons en 1744, à une des époques
les plus troublées de notre histoire lyonnaise.
L'année précédente, les maîtres et fabricants
d'étoffes d'or, d'argent et de soie avaient obtenu
— 18 —
du roi qu'un nouveau règlement serait mis à
l'étude pour remplacer celui de. 1537, qui ré-
gissait jusqu'alors leurs rapports avec leurs
ouvriers et maîtres-ouvriers et qu'ils estimaient
être à leur désavantage. Le cardinal Fleury,
ministre d'État, chargea le célèbre Jacques
Vaucanson de se rendre à Lyon et d'y étudier
l'état des manufactures, en vue de l'élabora-
tion d'un nouveau règlement. Ce fut pour
l'illustre mécanicien l'occasion de perfection-
ner le métier à tisser. Malheureusement, les
ouvriers, qui voyaient avec peine abroger le
règlement de 1737, goûtèrent peu les innova-
tions de Vaucanson et prétendirent qu'il vou-
lait les réduire au chômage. Peut-être Vaucan-
son les traita-t-il avec trop d'ironique dédain,
car la légende veut que, pour se venger de
quelques manifestations dirigées contre sa per-
sonne, il ait construit un automate représen-
tant un âne tissant une étoffe façonnée. Quoi
qu'il en soit, lorsqu'au mois d'août 1744, les
ouvriers et maîtres-ouvriers se révoltèrent
contre le nouveau règlement promulgué, ils
— 19 —
accusèrent Vaucanson d'avoir reçu una patta,
c'est-à-dire d'avoir été acheté par les maîtres-
marchands, et composèrent contre lui une
chanson que nous insérons et qui fut la mar-
seillaise de cette terrible émeute.
La pièce qui vient après la Chanson des Taffe-
taquiers est le Noël du Satinaire, une des plus
intéressantes, certainement, et une des plus po-
pulaires puisque, dans notre jeunesse, nous en
avons encore entendu chanter certains couplets
par plusieurs vieilles personnes, non en véri-
table patois lyonnais, mais en langage canut.
E. Philipon, le premier érudit lyonnais qui ait
donné une édition de cette chanson, croit devoir
l'attribuer à un certain Jean Guigoud qui vivait
à la fin du xvm e siècle '. Véricel, sur un manu-
scrit de qui Philipon l'avait relevée, l'attribuait
tout d'abord à Pierre Laurès, l'auteur des Bains
I. Il existait en effet à Lyon, vers la fin du xvme siècle,
un Guigoud Pigal, auteur dramatique, né en 1748, qui mourut
en 18 16. Il a laissé plusieurs pièces à tendances révolutionnaires,
dont la plus connue est le Triomphe de la raison publique, dédiée
aux sans-culottes et imprimée à Ville- Affranchie en l'an ri. Nous
ne pouvons croire qu'il soit l'auteur de ce Noël.
— 20 —
en Saône. Nous nous rallierons plus volontiers
à cette opinion ; en tout cas, nous classerons
cette pièce au milieu du xvm e siècle. Certains
couplets, en effet, portent visiblement cette
date. Les détails si intéressants du costume du
satinaire, la prodigalité du réveillon qui l'at-
tend au retour de la crèche, donnent une idée
de trop grande richesse pour nous reporter à
la fin du règne de Louis XVI. A cette époque,
la Fabrique lyonnaise de soieries traversait une
crise terrible, la plupart des métiers étaient en
chômage et le luxe de vêtements et de nourri-
ture dont fait étalage notre brave satinaire
n'étaient, hélas, plus de mise à l'heure où la
municipalité et l'initiative privée s'ingéniaient
à venir en aide, au moyen de souscriptions
publiques, aux ouvriers et maîtres-ouvriers en
soie, sans travail. Une autre particularité vient
encore donner à cette chanson une date anté-
rieure à 1779. La Chapelle vers les Jacobins,
dans laquelle le satinaire voit son creva do mer-
chant et sa fuma qui f au ben la belle ne peut être
que la chapelle de l'Assomption Notre-Dame,
— 21 —
que la Communauté ou Corporation des Fa-
bricants et Maîtres-marchands en étoffes de
soies d'argent et d'or avait fait édifier en 1641,
dans le couvent des Jacobins, et à côté de la-
quelle ils avaient bâti leur maison commune
en 1721. Or, la chapelle et la maison furent
vendus en 1779, à la suite des ordonnances de
Turgot supprimant les corporations, à un sieur
Vingtrinier, marchand pelletier.
Après le Noël du Satinaire, on trouvera dans
le recueil un charmant petit noël, délicieux de
sentiment, et intitulé le Noël de Maty. Il est
extrait du Recueil de Noëls nouveaux sur la nais-
sance de Notre Seigneur, imprimé à Lyon, chez
Jean-Denis Juttet, en 1752.
Nous arrivons enfin à quatre chansons sur
la paternité desquelles on ne saurait élever le
moindre doute. Elles sont d'Antoine Révérony,
ancien fabricant de soieries, qui mourut en
1824, directeur de la Condition des Soies. Il
excellait dans les chansons en patois lyonnais,
et sa verve s'exerçait volontiers sur des sujets
publics.
— 22 —
En 1773 , la princesse Marie-Thérèse de Savoie
passa à Lyon, se rendant à Paris, pour y épouser
le Comte d'Artois. Lyon était la première im-
portante ville de France que l'on trouvait sur
la route en venant d'Italie par la Savoie, et le
roi y avait envoyé le marquis de Brancas pour
recevoir la princesse. Le marquis se fit admettre
dans la confrérie de Notre-Dame de Confalon.
C'est à quoi il est fait allusion dans le sixième
couplet de la Chanson de Révérony que nous
publions sous le nom de Chanson sur le mariage
du comte d'Artois.
Le 19 janvier 1784 eut lieu, aux Brotteaux,
la première ascension en ballon que l'on ait vue
à Lyon. La montgolfière contenait six personnes :
Montgolfier, Pilastre du Rozier, le comte de
Laurencin, le marquis de Dampierre, le comte
d'Anglefort et le prince de Ligne. Le ballon,
parti de la plaine des Brotteaux, à la hauteur de
l'avenue de Noailles, descendit par suite d'une
déchirure, quelques cents mètres plus loin, vers
les Charpennes, auprès de la maison de Morand,
et non point du côté de Vénissieux comme le
— 2 3 —
prétend la chanson de Révérony que l'on trou-
vera dans le recueil sous le nom de la Chan-
son sur le Ballon des Brotteaux.
Une des chansons de Révérony des plus in-
téressantes est certainement celle sur les Mal-
heurs des Temps, qui dut être composée vers
1788. La fin du xvm e siècle fut une époque
de grande misère pour la Fabrique lyonnaise,
et partant pour la ville tout entière, car il n'exis-
tait guère à Lyon à cette époque, d'autre indus-
trie que celle des étoffes de soie. La mode dé-
laissait nos riches tissus de soie, et le malheureux
traité d'Essen (1786), en favorisant les manu-
factures anglaises, avait presque anéanti les
nôtres. En 1787, l'initiative de quelques géné-
reux citoyens ouvrait une souscription publique
en faveur des ouvriers en soie sans ouvrage. En
1788, près de six mille métiers étaient en chô-
mage, et la municipalité devait subvenir à la
nourriture de plus de 20.000 personnes.
Le 14 juillet 1790 fut célébrée, place Belle-
cour, devenue place de la Fédération, la fête de
la Confédération, en mémoire de la prise de la
— 2 4 —
Bastille. Chalier avait rapporté de Paris, à cette
intention, une pierre de l'ancienne Bastille qu'il
faisait baiser ainsi qu'une relique. Révérony, qui
manquait d'enthousiasme pour les sans-culottes,
composa, à la suite de cette cérémonie, sa Chan-
son sur la Bastille.
Nous avons inséré après les quatre chansons
dont Antoine Révérony est certainement l'au-
teur, une Chanson sur les Mathevons, qui doit dater
des premiers jours de 1794, peu de temps après
la chute de Robespierre. Il y est largement fait
allusion aux malheurs que supporta Lyon lors
de la répression du siège, en suite de la fuite
de Précy et de son armée et de la prise de la
ville par les troupes de la Convention : séquestres
mis sur toutes les propriétés privées, réquisi-
tions, inventaires simulés, etc., etc. Nous
croyons pouvoir attribuer cette chanson à An-
toine Révérony, dont les sentiments étaient net-
tement contre-révolutionnaires.
A dire vrai la Chanson de la Cou^onnaise, qui
suit celle sur les mathevons, n'est pas d'un
patois lyonnais bien pur; elle est plutôt du dia-
— 25 —
lecte parlé par les riverains de la Saône aux
portes de Lyon. Mais elle fut pendant très long-
temps si populaire dans notre ville, que nous
n'avons pas hésité à la comprendre dans ce
recueil. D'ailleurs, Nizier du Puitspelu lui-
même lui donne asile dans ses Fragments en pa-
tois lyonnais. C'était la chanson des Carriers de
Couzon, et on y trouve avec plaisir dans ce
vers
Que Lion chor de n'tré périré
l'idée que notre grand poète Pierre Dupont,
dont la jeunesse se passa àRochetaillée, en face
de Couzon, reprendra plus tard dans son Chant
des Carriers.
Amis, Lyon est sorti de ces pierres.
La dernière pièce que nos lecteurs trouveront
dans ce volume est une Chanson de Mai, un de
ces gracieux hymnes au printemps que des
joyeuses troupes de jeunes gens et de jeunes
filles, allant de porte en porte, lançaient gaie-
ment aux échos, dans la nuit du 30 avril pour
fêter le retour du joli mois de mai. Le couplet
— 26 —
était ordinairement chanté par une seule voix,
puis le dernier vers repris en chœur par toute
la troupe et quelques menues pièces de mon-
naies, tombant des fenêtres, récompensaient les
messagers des beaux jours.
Quoique notre patois lyonnais n'ait pas laissé
une littérature considérable, il existe encore un
grand nombre de chansons que nous n'avons
pu, faute de place, insérer dans ce recueil ;
nous en donnons ici la nomenclature aussi
complète qu'il nous est possible de le faire, en y
joignant, pour les plus intéressantes, les couplets
les plus typiques.
Dans les Noëls nouveaux de la Naissance de
notre Rédempteur, édités à Lyon, chez GuiRevol,
en 1750, se trouve un noël en patois lyonnais
en forme de dialogue, entre maître Guillaume
et maître Martin. Nous en relevons les deux
couplets suivants :
MAITRE MARTIN
Mais à to te ne penses pas
J'an oublia lo principa
— 27 —
Si j'avian porta quoque ren
Pet-ètre qui la prendro ben.
MAITRE GUILLAUMO
Si comme y dion y est lo bon Diu
Je crayo qui dai être viu
Et qui y es un homo d'esprit
Pisque de ren lo monde fit.
Ce noël a été réédité par Péricaud dans les
Archives historiques du Rhône, tome XII.
Un autre très joli Noël, quoique un peu long,
et c'est la raison qui nous a empêché de le pu-
blier ici, se trouve dans une édition de la Fleur
des Noëls nouveaux, édité sans nom ni date, mais
que l'on peut croire avoir été imprimé en 1 75 1,
en raison du permis d'imprimer donné par l'au-
torité épiscopale en date du 6 décembre de
cette année. Nous en donnons ici les premiers
couplets :
Di may Claudot n'enten-te pas ?
D'où vin qu'i font tant de tracas
Den celi villageo là bas ?
Di may don ce que te t'en penses
Et ne di gin de médisance.
— 28 —
J'ay vu tray rays d'autro pais
Qu'arrivavont dans cety-ci
Qui venavont-y don charchi ?
Di may donc ce que te t'en penses
Et ne dit gin de médisance.
Allons trova parain Tirven
Que sat tôt los noviaux du ten
Pet-être y nos u dira ben
Y nos dira ce qu'il en pense
Y ne sat gin de médisance.
Le même ouvrage comprend encore deux
autres noëis en patois lyonnais, dont l'un, sans
intérêt, est un dialogue entre l'ange, l'Isabeau et
Gros Pierre, ces deux derniers seuls parlant pa-
tois; dont l'autre, plus curieux, met en scène
deux ouvriers en soie, Guillot et Fleuri :
GUILLOT
Accote mey, comparez
Y no faut savey
Miu notron devey
Lo bon Diu no regardez
Et no puni quoque fey !
— 29 —
T'as ben viu Tan passa
Que loz méti an tertou ben chôma
Et y es per notron péchi
Que lo bon Diu no vou farez pati.
FLEURI
J'ay lu dan la gazetta
Compare Guillot,
Je scay lo noviau :
Madame la Dauphina
A fait un enfant qu'est biaiî ;
Lo marchan étrangi
Vindran de loin no fairez travailli
Et celo de Lyon
Van to d'abord augmenta lo façon.
Dans un Recueil de Noëls nouveaux, composés
Par Sr A. R., et édité par Denis-Joseph Vialon,
on peut lire deux Noëls. Le premier, commen-
çant par ces mots : ce Levons nos, mon grou
Colas et ne tardo guero », est assez insigni-
fiant. Nous citerons du second le couplet sui-
vant :
Accordon no per chanta.
De Noé a plaina teta
— 3 o —
Afin de miu entonna
Bai von quoque gandola.
Lo Bon Diu ne defen pas
Est parai qui nos a aima
Y a fa planta la vigna
Eh ben n'en faut profita.
Dans un Noël tiré de la Fleur des Noëls nou-
veaux sur la Naissance de N. S. J.-C, imprimé à
Lyon, chez Jean-Denis Juttet, et qui est un dia-
logue entre l'ange, le Pasteur et Pierrette, le
Pasteur fait en patois l'énumération des corps
de métiers qui viendront à la crèche.
Passamenti, Taffetati
Avoi lo satinairo, etc., etc.
Enfin dans un Recueil de Noëls nouveaux édité
à Lyon, en 1755, on trouve un dialogue entre
Gros Pierre et son voisin ; nous en extrayons le
couplet suivant :
Vai-tu illai sa mare
A genou prosterna
Qu'etay celi viu pare
Quo baisse ilai lo na ?
Y est Joset que je crayo
~ 31 —
Qu'est à demi transi
Si faut ai que je le voyo
Mais que j'ayo tussi.
Pour que cette liste des œuvres connues en
patois lyonnais au xvin e siècle soit complète,
le plus possible tout au moins, nous devons
signaler encore neuf couplets insignifiants, chan-
tés par « lo bolangi, lo porta-falot, lo saveti et
una buandiri » dans un à propos en vers, joué
en 1744, à la Comédie de Lyon, en l'honneur de
la convalescence du roi.
Le patois lyonnais fut parlé couramment par
le peuple de notre ville jusqu'à la fin du xvin c
siècle, puis il fut remplacé par ce langage riche
en images que nous appelons aujourd'hui le
parler canut. Nous trouvons la première mani-
festation de ce nouvel idiome dans deux pla-
cards populaires édités en 1795 et intitulés la
Déclaration d'amour d'un ouvrier en soie à une sa-
tinaire et la Réponse de la Satinaire.
— 32 —
D'où peut venir cet abandon général de notre
ancien patois et son remplacement par le lan-
gage canut? Il y aurait là pour nos savants lin-
guistes un beau problème à résoudre. Quant
à nous, profane, nous croyons y voir surtout
la résultante de l'effort militaire de la Révolu-
tion et du premier Empire. Sous l'ancien régime,
les habitants de Lyon n'étaient point astreints
aux servitudes militaires, et les ouvriers lyon-
nais, tisseurs pour la plupart, quittaient peu
leur ville natale, ne pouvant guère compter
vivre de leur métier en dehors de la Fabrique
lyonnaise. Sédentaires par goût et par nécessité,
ils conservaient pur et sans déformation le dia-
lecte de leurs pères. Pendant la Révolution et
sous l'Empire, ils durent passer aux armées.
Ils y coudoyèrent des Français d'autres pro-
vinces, parlant des patois différents des leurs;
leur langue s'enrichit de mots nouveaux, mais
perd de son originalité. D'autre part, la Fabrique
lyonnaise a vu diminuer son hégémonie parmi
les corps de métiers de la Ville. D'autres in-
dustries, d'autres commerces se sont installés
— 33 -
à Lyon. Les ouvriers tisseurs, les canuts, ne
forment plus qu'une corporation parmi d'autres
corporations. Mais elle reste néanmoins une
communauté très fermée, dont les membres, de
mêmes goûts et moeurs, vivent dans les mêmes
quartiers : la Croix-Rousse, Saint-Just et Saint-
Georges. Ils conservent entre eux une langue
spéciale, enrichie surtout de termes profession-
nels, et c'est là le langage canut.
Cet idiome nouveau formera bientôt sa lit-
térature particulière, dont les chefs-d'œuvre sont
les chansons de L.-G. Blanc dit Tampia, les
Lettres àmon cousin Greppo, et les boutades rimées
de l'avocat Pérouse, un certain nombre de
pièces du répertoire classique de Guignol (les
Frères Coq, le Déménagement, etc.) et du réper-
toire moderne (le Sarsifi pètafiné de G. Mas, et
les Tribulations de Duroquef). Il possédera ses
journaux (la Marionnette, le Journal de Guignol),
ses dictionnaires (le Littré de la GrandUCôte, de
Puitspelu et le Glossaire des gones de Lyon, de
l'abbé Vachet). Il aura même son Académie,
l'Académie du Gourguillon.
— 34 —
Malheureusement, cet idiome n'est plus le
patois aux règles définies que nous retrouvons
identiques dans les chansons de Benoît du
Troncy au xvi e siècle et dans celles de Révérony
à la fin du xvm e . Ce n'est plus qu'une défor-
mation de la langue française, déformation
qui, s'accentuant tous les jours, en arrive à ce
galimatias que nous voyons parfois aujourd'hui
usurper frauduleusement le nom de langage
canut.
Onofrio, Nizier du Puitspelu, tous ceux qui
furent les gardiens vigilants de notre folklore
ont essayé de réagir contre ce mouvement de
décadence. Puissent leurs efforts être continués
et couronnés de succès. Puissent les auteurs
lyonnais réapprendre à nouveau notre idiome
local et se persuader que les déformations sys-
tématiques des mots français, si bizarres et pit-
toresques soient-elles, ne constituent pas à elles
seules la caractéristique de notre vieux patois
lyonnais, ni même celle de notre si intéressant
langage canut.
E. L.
LE PÈRE THOMAS
Le père Thomas était un musicien
ambulant, qui parcourait tous les quar-
tiers de la ville, en chantant les re-
frains populaires qu'il accompagnait des
crincrins d'un méchant violon. Le Père
Thomas vécut très vieux. Il était un
ami de Mourguet,le créateur du Théâtre
de Guignol, et il lui servit de modèle
pour son type si truculent de Gnafron.
JÏ&
—/&, dj€M0f*&0H>fUMàe>
/> eus Saris 6t <rr or t*/'t >//&■.
futtreres /ètunutr t-/ ft//rs. fiuj
/?*&■ Ams £• " ftn—r fAéAt/s.
M)tjpatA**Nk* a'er Àt/bs/Sui/ At*SAa/
/mJ àf/& Ac'*/* A'/tS/lWV ,
&T 7fT/UJ^Ysrsr <& A?jhrsr
As/ />te*t ma/ ri sert tfËjTfç
/Ù&< Art sur /r yraAtt/. Aa/Att/
%
la veû/e a\*i rAnutrteAr .
JL/t /rmAmf /■//**- AnuxÂr, (Âr)
AY/r* ses/ efr'ntts éh Aeruris,
sV/ S'tttt f-Ossé /&
Un t/wwur- iA»iS 4l !>l//f
C 7 n »ul*/4£*r- AaAnt;
'èur Jx> renurre &>a*it'ur//r
/'ewrin* en /ic Jvwa* Àa/s,
si/r>rts/rrrr- /.'■%>*> M**xt*rv .
y*/+ eu> un €Tfyj/*rw; fè*j
Sans t>r>tre tfr/ srtAe/arrr
£ti peuvrene* m moune, À*.' A* S
/îas efùnr maeri aafr-eùfr
A 'rwiuné, pauf/tr er* t/mt/v .
fer urtr vetê*- étiret/b''
Ar ù/tst/ir'/f passa, Aa/Aa/naJ
//en suit /au/ ra> hmmv;
sWaWr'ne à /rievÂarpr. f fi ^)
&>a SetnZfons e/' for/a*/*.
iHrrrt nr /h- seuArartr. , Afts/ ne. /
/i/s ms'mr à? /•.uterfr A...
Z>e /tt> /ttruvrir me/tt/e',
. *â> santé *e/rvt/r*uA/
S/ ne rei'tf **/*<* pas,.- naf /m / A* /
S
ft>nr jaeri? seriner /es r/eener
£/u» derme' ses aaAveAer, f^)
*£>n /'yen et ses fecAes,
Jès seuuenr ré sar Ses, &a/Aa.
A'er&ee pas /revt' arvAaye ,
(fuirne* ft//e a*/ssi^saae
sfa prin/rms ae>/ sen a^e/
Jet/ reaniée ne* /r-e/xts 9 Aa/Aa /
Aa pauvre $eurâfnrtairr
£st âèen- ma/ a sert atsr, m fâuj
Jans fauMa/ r/ sans càatire, \
Jans &'f et sans scrpAa-, âv/ào,/
l'et/a çuW/r sueetnàe/
£/&/ rAenrruty e ZentA*/, . . .
A^s/ts çuW/e r»/ écarts la* /emàn»
g//+ n 'en sernrwves. 4a / ÂaSA* /
LE NOËL DE MAITRE JEAN CAPON
1700?
(Ce Noël, extrait de la Fleur des Noëîs nou-
veaux, s. 1. n. d., portant permis d'imprimer à
Lyon, en 1757, a été reproduit dans les Ar-
chives historiques de Lyon et dans la « Collection
des Bibliophiles lyonnais »).
Qu'étay don cela novella
Que dit maitre Jean Capon ?
Etay vray qu'una pucella
Vin d'acuchi d'un popon?
Que tôt lo mondo s'apreta
Per vey le novio venu :
Nos en seran de la fêta,
Dussian nos alla pi nu.
- 38 -
Qu'étay don celo grans home
Que son biau commo de ray ?
Il an tous tray de corone;
Y en a un qui est tôt nay.
Grou Guillot, pren ta musetta
Et tay ton obois, Michi :
Nos danseran à la fêta;
J'ay mon tambor per tochi.
Saint Joset prit so lunettes
Per avisa qui étet.
Y cherchi des alumettes
Per attisy son cruzet;
Mais la biza que sofflave
Per mais de trenta golets,
Chaque fay que se baissave,
Faisave cheyi son bonet.
Lo guiable enter w la fêta,
Y est venu p f y,
S'en alla fc
Per un trou y.
Saint Joset prit sa vcuopa,
Ly foitit una vertiolla ;
Il en a yu, la charopa,
Lo grouin tôt écarmailla.
— 39 —
La mare s'épouvantave,
Se rangeave dans un coin;
A gran coite elle enfonçave
L'infant dins un pou de foin :
L'ano a pou, lo bou se gonfla
Per veni sauta dessus,
E sofftant comm'una ronfla
Ly foitit sa corne u eu.
Lo guiablo ben en colera
Se veyant traita ainsy
Va ronflant per la charira
Commun fouet de charety,
E veyant ben qui n'avave
Gin d'endret per se logi,
Y trovit una boutasse
Y s'y alla dandogli.
CHANSON SUR LES BAINS EN SAONE
1740
(Cette chanson a été reproduite dans la
réimpression, publiée en 1838, de Y Entrée ma-
gnifique de Bacchus avec Dimanche grasse sa femme,
faicte en la ville de Lyon le 14 febvrier 1627.}
Air : Monsieur le Prévôt des marchands,
Ma foi, vous vous moque\ des gens.
Ah! que fera chaud ojordi!
Que fera bon après midi
Se jeta la tête premire
De dessus l'arcade du pont,
Et montra à la batelire
A le renversa lo popon !
Je son cinquanta charboni :
Si je chion, y 'est tôt por li.
L'iau no ratfraiche e no décrasse.
La pesta creva lo rogniu;
Je lavons notre tisonasse ;
Y na qu'à se buchi los yu.
— 4 i —
Crey mi, ne va pas te bagni,
Ma foi, y nia rien à gagni.
Que guiable vou-tu que je gagne ?
Perrichon y a défendu I
Si ne vou pas que je me bagne,
Qui vienne me lichi le Q.
Il a mai d'aime que n'est grand :
Le guiablo le chia en volant.
Y va faire una bella prise :
La culotte il emportera.
Je ne s'en iran sans chemise '
Qui l'ara biau, lo montrera.
JULIEN, DIT MIRABEAU
J. B te Julien, dit Mirabeau, était un
pauvre dévoyé qui gagnait, en cirant
les bottes de ses compatriotes, juste
assez pour soutenir une belle réputa-
tion d'ivrogne dont il était fier.
Il professait une douce philosophie
et un certain scepticisme ainsi qu'en
témoignent les couplets accompagnant
son portrait.
J.B" JuV,en. Ait MIRABEAU
JSnas* Mi^/aire tùr, /narine a Tou/on .
Myuj à £yt»i et y mourut <ye' a> & <""■ »*" i'c/oâre. /-///.
Air.- çà n, ' Je peut pa*
En.toujbeitx. on in.dppt.ue.- ivroane
^/e- traute powttott un yrand. nom . ■
Jtye porte -une. rouxpe. troanes,
eUe-dàtigne tu* ion luron/,
le- long du-jour JanJ être tikle.
Jouoenlje ne-puiJ fàtre. un. pal). •
ah~'<juïleJi 'de genJ ' JanJ ta ville/ ■
oui JanJ moi ne brilleraient paJ
Moiu lit cjt canb'e une muraille,
une pierre^ /ait mon/ chevets.
Je, dorJ atî/Ji butn^Jur la,paille
qu,'tui, financier Jur le duvet,
au, point du, jour JanJ petite/ aucune ■
je-me, leve~toict habdte/;
Je porte- avec- moi- ma, fortune- .
et n'ai paj peur d'efre'Vole .
OvotufrartdJ donllejorl- Je/ joue ,
Jur la, Jcene de l'univevJ.
comme /oouJ quoique danJ la. bouc. ,
j e/juie/ ici baJ dej rêver J.
neiaettJement pour meJnboffeJ,
ceJ rêver J Jont a ''un, y and Je ǰ"'' J
car ce n ejtqu'àpropoJ de batte),
-Qiieje m 'enivre, ivuJ lejjottrj .
Jevoudroù comme niogeiie
avoir pour refaite un tonne au.
car ce n'eJtjwrmii çu'aveepeme
que sur moij<yJenJ tomber J cou
mon/pot.monpmceawjna JcUtte/.
eivù^UmoU^oda,- mon à-eJorv
et lé louchoiv dune/ 9£>»3" e/ic
nouJindujue mon, cojjrejort.
ùep^ h/ ta, Êiè&*£ ^"^HB^ Vefutéet/jrave/tar^
ji Lyon, che^UuteurplaceS.WCÙer malien du.gr onJoaLcn, au>4- N . /3/
LE NOËL SATIRIQUE DE 1741
(Ce Noël existe en manuscrit, portant la
date de 1741, à la Bibliothèque de la Ville,
sous le numéro 17332 du Fonds Coste. Il a
été réédité, en 1846, dans le volume des Facé-
ties lyonnaises de la « Collection des Bibliophiles
lyonnais ». Nizier du Puitspelu le fit paraître
à nouveau, en 1882, dans une brochure tirée
à cent exemplaires intitulée Un Noël satirique en
patois lyonnais. Il semble bien que, suivant l'opi-
nion de Puitspelu, ce Noël soit antérieur à
1741 et remonte au moins à 1725).
Meigna, veni a tropa
A cela bella fêta,
In enfant qu'est novio-na
Qu'a ben bonna têta
Y nos a pris à la gola
De la geula de rapina
- 4 6-
Et Ion, lan la, la relilenla
Et Ion, lan la, lerire.
Ay no faut donc ben rengi
Tretous d'una tyre
Allons vito, les amis
Que n'y a pas à rire
De votra via vo n'avi viu
Un si gros petit monsiu !
Et Ion, lan la, etc.
Copa donc, s'y a moyen,
Gagnons la dressyre :
Diable, soveny vo bien
De l'appela Sire !
*Puis en près, cria bien fort
Te rogamus audi nos!
Et Ion, lan la, etc.
Ma fay. Je cray que j'y sons
Totore à la porta.
Je vayo lo viu patron
Qu'est après sa sopa
Y la fat bien mittona
Mais n'est pas per notron na
Et Ion, lan la, etc.
— 47 —
Qu'étay celi charbony
Qu'avize la mare
Et l'autro qu'est per derry
Cely qui dion son pare
Et l'autro qu'est per devant
Qu'empoisonne avoy d'encens
Et Ion, lan la, etc.
s
Vay tu pas qu'i est de ray
Du fin fond du mondo
Arrivas d'hier u sai
A causa d'un songo
L'étaila los a conduit
Tôt mondamena mynuit
Et Ion, lan la, etc.
Forts enfans, n'ayons pas pou
Entrons tôt de fila
Per entendre de tertou
Chacun lieu divisa;
Ne manquons pas notron coup,
Flanquons-nou derri lo bou
Et Ion, lan la, etc.
Vay-tu lo pauvre petit?
Mon Diu, qu'il est drôlo
- 4 8-
Sa mare que l'echaudit
Avouayque son soflo :
Lo pare, totéboli
Gongue à l'âne un coup de pi !
Et Ion, lan la, etc.
Et lo bou, avouay sa quat
Qu'étay qui tortille?
Te devrias ben ly donna
Un coup de caliche!
Y n'est, mon âma, pas sot ?
Sons, n'ay Diu, tomba melô !
Et Ion, lan la, etc.
Vey, qui aretun bio moyen
D'avay n outra grâce :
Ne te sovin-tu pas bien
De noutra bella farce ?
Surtout de la vilaine action,
Quand je manquiron Marion ?
Et Ion, lan la, etc.
Quaisi-vo, si vo voly !
Que vaicia lo conto ;
Y sont lo biaux fins promis
Avouay tôt lieu mondo
— 49 —
Saint-Just, Saint-Paul que le suit
Et lo crota de Saint-Nezy.
Et Ion, lan la, etc.
Grand Roy, nous vous demandons
Avec soupplesse
La continuation
De nos privilèges
Contre messieurs de Lyon
Surtout quand nous bâtirons
Et Ion, lan la, etc.
Le novio noble d'Ainay
Porton lieu bandire
Y venon tôt d'un cœur gay
En sonnant : arrire 1
U premi coup de sifflet
Il en d'abord étagnet
Et Ion, lan la, etc.
Grand Dieu, nous vous demandons
Une petite grâce :
Que dans les processions
Nous ayons notre place,
Car nous sommes bien dolents
De ne point avoir devant
Et Ion, lan la, etc.
— 5o —
Vaiquia ben los Innocens
De vers la Plattire
Hélas ! qu'ils sont bonnes gens !
Y sant ren dire;
Y sont tos à maitia fous
Baillont de liards per de sous
Et Ion, lan la, etc.
Lo carmo font-ils pas bien.
Dedin lieu cuisina,
De baire fort et souvent
En bon père Hélia ?
Et puis quand ai faut moda
Y ne saut per ou passa.
Et Ion, lan la, etc.
Los Augustins, lieu veusins
N'en font pas de mémo :
Y s'y prenon de matin
Per baire a lieu aiso,
Et per marchi bien sodin
Ils en fait jamba de vin.
Et Ion,, lan la, etc.
Qu'étay don celos ouvri ?
Ayet lo Minimo!
— si —
Pesta ! queu gaille-freti
Per de bigro à l'huilo
Y l'en fouaytta lo motardi !
Pâtre Day nos u a dit!
Et Ion, lan la, etc.
Y volon pertant parla
A la bonne mare :
Que l'y volon-t-y donna?
Renucle, biau frare !
De bon huilo d'Aramon
Per li faire de grobon.
Et Ion, lan la, etc .
Les Antonins venon bien
Portant de menuise
Que ne lieu couton pas ren
Utor de l'églisa
Saint-Antoino, lieu patron
Lieu engraisse de caïon.
Et Ion, lan la, etc.
Saint-Irénée, vint, bien sor,
Avouayque sa trogna
Saint- Joset la fuit d'abord
Quand ben que n'en boda
— 52 —
Et puis lo povro Carmo
Que lieu fait lo pi de vio.
Et Ion, lan la, etc.
Je n'avian pas encor viu
Lo père Lasare
Y baissont tretou los yu
N'y a pas un que parle.
Avisa lo bon Joset
Comme y lorgne lieu mochet !
Et Ion, lan la, etc.
Tay ! véqui lo Jacopins
Avouayque lieu ronfle,
Ils en pou, per lo certain
Que la mare gronde
D'avay vendu lieu payi
Contra de fichu papi
Et Ion, lan la, etc.
Grand Diu, faite-lo payi
Qu'y n'en an bien fauta !
Si vo vaya lieu chini
Qui lieu sert de caborna
Y z'y sont tôt en un cuchon
Et n'y van qu'à cacaboson
Et Ion, lan la, etc.
— 53 —
Tay ! encore lo Cordeli !
A y est l'Observance.
Jésus, Maria, queu gosi !
O queu groussa pance !
Il ent, ma fey, tant soula
Qu'ils ne povont plus jappa.
Et Ion, lan la, etc.
Los Recollets sont iqui,
Tretous en bon ordre ;
Ils en de biau rateli
Ne cherchont qu'a mordre.
Que lieu barret à dina
Los faret pas ren plura !
Et Ion, lan la, etc.
Los Joly Feuillan to blan
Lieu barba bien faita,
An présenta à l'enfan
Deux bonnes requestes :
L'une per los enrichi
Et l'autre per los chossi.
Et Ion, lan la, etc.
Qu'étay donc celos iqui !
Y sont en chemise !
— 54 —
Je los connaisse* d'ici :
Y est lo Genevivo !
Ils ont bailla la pala u eu
U chanoino qu'etian viu !
Et Ion, lan la, etc.
Y n'en reste un prou malin
Que s'appelle Antoine;
Il est ben aussi mutin
Que celo grou moino.
Y ne vou pas vesina
Pour lo ben faire bailla !
Et Ion, lan la, etc.
Vaiquia ben lo Capucin
Avouy lieu gran barba
Y sont, mon ama, cent vingt
Sen conta lo frare
Que son resta en arri,
U solei, per se puilli.
Et Ion, lan la, etc.
s
Los pares Camelots
De la Guillotire
Dion qui sont lou grans amy
De notron biau sire,
— 55 ~
Raport à la dame du coin
Qu'il en prit en Bichevelin
Et Ion, lan la, etc.
Et los Augustins déchô
De la bonna Croix- Rossa,
Sont de ben jolis mognô
Per manqua la nossa !
Il en bu de bon pinoy
Per cria : Vive le Roy !
Et Ion, lan la, etc.
Lo Carmo déchô, to bon
Qu'en ben prou misère
Demandon vito u popon
Si n'y a rien de reste.
Lo bon Joseiph dit que non
Et cache vito lo grobon.
Et Ion, lan la, etc.
Que diran-no don de bon
De loTrinitniro
Toujours avouay de grands fonds
Vant cheu lo corsairo;
Puis fau peta lieu rançon
Qui n'en vaut diablement long.
Et Ion, lan la, etc.
- 56 -
Et lo bon père Chartru
An-ti perdu la têta
De n'être pas à pi nu
A cella bella fêta !
Mais lieu pare Saint-Brugnô
Vou qui n'aillan qu'à chiviô.
Et Ion, lan la, etc.
Y l'en ben, si vos voli
Fait quoque largesse ;
A cou seur, que lo peti
Connay lieu finesse.
•Y sont de bon fenian
Que dormon huit may de Tan.
Et Ion, lan la, etc.
Les Célestins van bien plan
Mais y est sen malice ;
Y sen occupa to Tan
Dedin lieu bâtisse ;
Et puis tôt lo samedy
200 ovris a payi.
Et Ion, lan la, etc.
Le plus bio est en dior.
A ce qu'on vou dire
— 57 —
On crai qui n'est pas pro fort
Y laissont tôt dire.
Qu'y payant solamen bien
Cela qui sourron deden.
Et Ion, lan la, etc.
Tay! notron bon marichau
Qu'a ben bonna mina,
Dessu son petit chiviau
Avouay son oussina,
Le petit Jésus n'en ri
Et so laissia baisi lo pi.
Et ion, lan la, etc.
Qu'étay donc celo grou gra ?
Eh ! y est la justice
Ils an lo gosi pava
Ne vivont que d'épice.
Hélas, laissi-los passa
QuVy a ren à s'y frotta.
Et Ion, lan la, etc.
Ils en utor de leuri
Qu'en mauvaisacara.
Y m'ant l'air, se m'et avi
D'alla a font de cala.
- 5 8 -
Y n'oblion pas lo tort
De lieu pare Bella-Cor.
Et Ion, lan la, etc.
O queu tropa de corbiau !
Ah y est los Jésuisto.
La sala sorta d'isio!
Per los Jansénisto
Y ne cherchont que sa bichi
Per devant et per derri.
Et ion, lan la, etc.
Si portant y tenon bon
Dedens lieu misère
L'écritto de lieu maison
Les tire d'affaire
Un santi Jesu sacrum
N'est-t-y pas un biau vayon
Et Ion, lan la, etc.
Assa, sont-y tos passa
Los prêtro d'église ?
Prions joliamen to bas
Que Dieu lo bénisse,
Per que puissian s'accorda
Una fay sen se morgua.
Et Ion, lan la, etc.
— 59 —
D'où vient qu'y n'ia que los grou
Iqui que se montront
Et qui fourront tant de coups
U petit qu'avançon?
Et puis, quand faudra pona
Y los saran bien trova.
Et Ion, lan la, etc.
Tretou los arts de méty
Coron per tôt vaire,
Sortout lo taffetaqui,
Lo pouro riclaire !
Y vodrant priy l'enfant
De parla à lieu marchant.
Et Ion, lan la, etc.
Notron Prévôt des Marchans
Amaine bonbance
Et per f'olata l'en fan,
Y vou que l'on dence!
Vaiquia los arquebusi
Qu'amenont lo menetri.
Et Ion, lan la, etc.
Los échevins, grou marchands
De la loge du Change,
Volon, utor de l'enfant
— 6o —
Densi tos un branlo
Dumaine et lo deux Tanliards
Lieu fan faire un bel écart.
Et Ion, lan la, etc.
Et los chenapan du guet,
Qu'amon tant la luna,
Mettirant 200 poches à sec
Sen en manqua una.
Si vo n'avi pas lo sou
Gara lo bouayttere-caillou !
Et Ion, lan la, etc.
Colombi, lieu offici
Est ben so los armes,
Los trois sergen per derri
A ! le bonnes âmes !
D'abord qui serant là ba
Lo diablo va bien bafrâ !
Et Ion, lan la, etc.
Queu grand diablo de soudar
De la part d'Hérode?
Té ! n'éto guère manqua
Y sont de la Porta !
Venont-y no massacra
— ér —
Repilli et revolla?
Et Ion, lan la, etc.
Queu tropa de cartochins !
Non, je me raviso :
Ce sont los misse-pepiens ;
L'u connaisso u suisso
]ls an la livra du Ray ;
Briquet Nesmo estay avay.
Et Ion, lan la, etc.
D'où parvin qu'ils an prenu
Tos la serra-fila
Et qui sont si orguillu,
Quand y sont en villa?
C'est qui san que lo popon
A fait baissi los ation.
Et Ion, lan la, etc.
Avissa le palessi,
Avouay ue Delormo, /
Ah 1 si n'étave que gris
Y serait prou drôlo !
Y n'est ren gri ni ren sou
Il apporte de pet de lou.
Et Ion, lan la, etc.
— 62 —
Moche lo gagne-deni
De tote le bende :
« Van-no, dion-t-y u petit
Y'en bennoutreseingle. »
La Doana fait banda à part
Avouay lo biclo Moyard.
Et Ion, lan là, etc.
Los vai-tu, lo charreti
A le quatre pointe !
Lieu famés sont per derri
Et le bonne lingue.
Y prometton u petit
De ne jamais plu sacrayi
Et Ion, lan la, etc.
Eh ça eyet ben tentou tem
Que l'Enfant repose
Crayi-me allons-nos en
Tirons, notre chosse.
Baison so poure paton
Prenant sa benedixion.
Et Ion, lan la, la relilenla
Et Ion, lan la, lerire.
CHANSON DES TAFFETAQUIERS
Lors de la Révolte de 1744.
1744
(Cette chanson a été reproduite dans Vau
cansonâ Lyon, publié par Gonon, en 1844, ainsi
que dans la « Collection des Bibliophiles lyon-
nais » (1846), dans V Ouvrier en soie, de Justin
Godart, et dans la Fabrique de Soierie de A. Ble-
ton.)
A-tu vu passa per iqui?
Lo posu de papi,
Que met de grands pancardes
Den tôt los carreforts.
Ce sont nos maîtres-gardes,
Que ne joïont le tort.
Va lire dens los coins,
Grou Baboin,
Va lire dens los coins,
Los biaux arrêts de merda
- 6 4 -
Que faut fero cassa,
Donnons-nos bien de garda
De los laissy passa.
Y n'en arant menty
Par dépit,
Y n'en arant menty,
Corrons tertous en lice
Chez noutron commandant
Que fait bonna justice
U petits, comme u grands.
Un certain Vocanson
Grand garçon
Un certain Vocanson,
A reçu una patta,
De los maîtres-marchands ;
Gara, gara la gratta
S'y tombe entre nos mans
Y fat chia los canards
Los canards,
Y fat chia los canards
E la marionnetta
Lo plaisant Joquinet.
Si sort ses braies netta
Qu'on me le cope net.
-6 S -
Allons chez Montessuy
Ujord'hui,
Allons chez Montessuy :
Ma fay s'y nos échappe
Le bogre sera fin;
Lo faut mettre en éclappe
Faisons en putafin.
Il a un grou groin long,
Ratapon,
Percia de petits plombs :
Ha ! y est un vilain traitre
Qu'a fait los plus grous ma ;
Si tou qu'y va paraitre
Y faudra l'assomma.
Il a ficha lo camp
Rataplan
Il a ficha lo camp.
Prions Diu per fortuna
Que quoque bon gaillard
Venne trouva sa fuma
Per lo faire cornard.
Je faisons carrillon
Den Lyon
— 66 —
Je faisons carrillon :
Tôt ce que no fait rire,
Los magistrats sont fous.
Y n'ozons ren no dire
Je los fan chia de pou.
LE MARCHAND D'ENCRE
Le Marchand d'Encre était un grand
gaillard de belle allure parcourant les
rues de la ville, son petit tonneau sur
le dos et la pipe aux dents.
Ainsi que son collègue Mirabeau le
cireur de bottes, le marchand d'encre
était un fervent disciple de Bacchus.
Air. du. Car* de Pomponne
Quoique/Je n/ecrvoe/Jamaià .
écrire/ est? L'art que- j'aime/;
Janj èeé art la/je rià'queroui
de/ faire iuu long carême-,
C0nvn&j'atfixe>.vUua>cu, no uni eau.
le-douayjuf de/ la, ire'dle,
(orjqttf»je"Vuide> mon- tonne au^
je remplit ma, bouteille-.
F.n, trottant du, matin/ cuissot/*
on/ peut' m,' entendre/ dire> ,
tenar^anuuitf.c'eitujv devoir,
n'oublie* pas d'écrire- ,
voJ mditrejàe* qu-'un, mot/ flatteur
peut fcomper et/féduire/ ,
potw oubhront, ai par malheur
voua o té/tcjC d'écrire/.
Higfiier4 Procureur-», hraveJJ.en* ,
que- nourri- ta,jiutice/ ,
deplaindrevo* Iteureuao ctCena
on, vous /ait l'injustice/;
aUeUoufourjvoir e- chetivh/,
quoique- l'on/ piu/2c dire/-
pour le/ lien de- votre- prochain.
iii'ouéâ&X- paj d'écrire'-
'e- croià au-' mi malheureux, dvitiiv
. .> jur mol.jetè- i'caxcre,^
car bien/Jowventje/criC' ctwain-
voici le- marchand d- encre,-
maié (v remplir le) encrier/t
Je ne/ p ourro if Juffihe- ,
JoleâJôur'u/jeurJ, leJ ban^iuari
n- 'oub lioient paJ d 'écrire/.
Jts/SaU faire/ distinction/
de ce que-jf debde/ r
Je"ve-ndi l'encre doid le an fripon/
aufôurbC'.d-lhipocrite,
l'encre cjuvjeaundje le/vend,
aua> pèreà de/ fàiml/f,-
maùje/n-'auvendu, delongicmA
de l'encre à <imp le aaa> plleJ
J'aime le//oin/ c'éjl la/ dit-on-
que' mon/ bonheur reiide/,
mais commenta ider unjfacon.
lorsque ma bourse eâb/vide/.
ah/'quandmon, tonneau, rcJtc/ptein
nvaet- de mon- martyre- ,
L inaù pour changer mon encre en vin,.
\n 'oublie? />aJ décrire--
jp,*e kUMMtth'.- §T De/Zmi- et? jravetjiar Julien/
A Lyon, chel L'AuttuT Place S*Nvuer Mauumdivjrand balcon-N'fZt
NOËL DU SATINAIRE
1750?
(Le Noël duSatinaire provient des manuscrits
de Cochard, érudit lyonnais, qui mourut en
1834, à Sainte-Colombe; il a été reproduit par
Philipon dans Lyon-Revue, 6 e année, nouvelle
série.)
Je pinsavo mo cotaire
Quand la minay a sonna,
ConVin bravo satinaire
Ayen fini ma jorna,
Quand Michi, notron aprinti,
Sauti n'a bas de son méti,
Coran corne in ecervela,
Laissi son corse a marqua.
Je li disi : « Nicodaimo
Ou étay don que te va ! »
- 70 —
« Je vouai uvri la liquairna
Per vair ce qu'i dion là bas.
Acota don maître Dufor
Acota si vo n'aite sor,
Y dion que var los Jacobins
Y a in infan tôt divin. »
« Y dion que c'est lo Messie
Qu'est venu per no sauva,
Et que la Vierge Marie,
Cela nuit Ta infanta. »
« J'y creye prou, Dufor y dit,
Car i ne vodrai pas manti ;
Dufor e un homme de bien,
Ce qui dit, il u sa bien ».
Fuma, n'ai-ce tu pas prêta,
Lo dari co va sonna
Bella dessu ta cornetta
Ta coiffl de taffeta ;
Demande vaire à la Finchon
Où elle a beta mon minchon.
Barnadine qu'as-tu fait
De la clia de mon buffait ?
Bailla mon habit canella,
Ma cravata decambrin
— 71 —
Et ma chemise a dintella
Me solas do maroquin.
Te prendras din celi carton
Ma parruqua a très talon
E puis te vargetera
Mon joli chapiau broda.
Lioda bete in etuffaie
Cela cova de muton
Fais in sorte qu'aile saie
Cuita quand je reviendron
Puis te bettra l'os de china
Que sera per noutron dina.
Te prendra cheu lo bolangi,
In grou pin blan à l'ani.
(Le satinait e et sa femme arrivent aux Jacobins.)
Vai-tu din cela chapella,
Noutron creva de marchan,
Sa fuma fai bian la bella
U milieu de celi ban.
Ne dion gin ma du prochin
Notre marchan e prou bon chin
Du moin si nous payo ma
Y no laisso pas chôma.
LE NOËL DE MATY
1751?
(Ce Noël est extrait du Recueil de Noëls nou-
veaux sur la naissance de Notre-Seigneur Jésus-
Christ, imprimé à Lyon, en 1752, par Jean-
Denis Juttet; il fut réédité par Philipon dans
Lyon Revue, 6 e année, nouvelle série).
Maty, réveillez-vous Maty
Metti la testa à la fenestra
Y a gran bru dans lo quarti
Levi vo per vey (bis)
Ce qui pou etra.
Quey ! vos a moda si matin !
Vos ne craigni po l'oura fraicha;
Ay dion qu'en l'étable à Martin
Diu nos est nacquis (bis)
Den una crécha.
A queu brut ! Tu ne mens pas,
Je pensave que tu voulais rira;
— 73 —
Allons-y vito de celo pas !
Comme e tant de monde (bis)
Per le charrira !
Diu sai sayen et mai deden
Y est don vo qu'êtes sa mara?
Joie in branlo si vo pla
Y accuragera (bis)
Sa pouvra mare.
Dame que lui donny à teta,
Dites no qu'il est venu faira,
Es-ty venu per no racheta ?
Cely pouvre enfant : (bis)
Y aura affaira.
A qu'y est joli cet enfan,
Y ressemble unagenty image;
Encore un branle s'y vo pla,
Y desennoycra (bis)
Sa pouvra mare.
CHANSON
SUR LE MARIAGE DU COMTE D'ARTOIS
1773
(Cette chanson a été reproduite, en 1846,
dans la « Collection des Bibliophiles lyon-
nais »).
Air du Noël de maître Jean Capon.
Qu'étai don celi vacarme
Que met le monde en couéti ?
Y disons qu'on prin los armes
Deman din tui lo quarti :
Y e don quoque grande faite
Per lo maîtres-taftatis
Que los gins lo plus honnaites
Devont quitta lu métis.
L'otro jor que j'accotave
Per lo trou de la paret,
Notron grou merchant disave
Que bientôt l'on chômerait.
Qu'arrivave una gran dama
—■ 75 —
Du coûta de Chambéry,
Que devave être la féma
D'un grou monsieur de Paris.
Y e parque los maîtres gardes
Disian à tui los ouvris,
Que quand y serian de garde
Ils 'eussian de biaux habits.
J'avons vu celi du maître
Qu'est bleu comm'un paradis
U terriaux il va paraître
Plus fiar qu'in arquebusi.
Per honora sa venua
Le cura de san Nezi
Du quarti de la gran rua
L'Etendard nouve a béni
Comm' y feran l'exercice
Lo souda, lo capora,
Car n'est gin que ne bénisse
Cella que l'etrennera.
Tertui lo messiu de ville
Sur le pont van s'in alla
Avouai lo clia de la ville
Que devont ly présinta.
Y povons in assurance
- 7 6 -
L'y baillé nos cœurs ussi
Ma fi, je l'aimons d'avance
Tôt comra' mossieur son mari,
Per alla u devant d'elle
Notron bon Rey a chusi
Parmi se sujet fidèle
Monsiu Brancas son ami,
Y e don un bien brave homme
Qu'ils Tan reçu pénitent,
De celo que quant on chôme
Vo bâillon tojor de pan.
Y van brûla d'artifice.
Per lo rey et sos efants
Que tôt nos vœux s'accomplissent
Per de gins ussi charmants.
Et pui vive la comtesse,
Lou Rey, lo comte d'Artois,
Que Diu conserve sans cesse
Per no de si bons bourgeois.
LE PAUVRE MICHEL
Ce pauvre diable, dont l'intelligence
avait sombré à la suite de nombreux
chagrins, errait dans les rues de la ville,
chantant quelques refrains et deman-
dant l'aumône. Il avait dû abandonner
son métier de rubannier. D'un naturel
ordinairement doux, il se mettait cepen-
dant en grande fureur lorsqu'on lui re-
fusait quelques liards.
S ûrefow <*f ■£
aé^z/yr
Sir au £ra/vtre
l
Chiienn rwf tft> ma 6hu v? //»* .
/U ///*•/* »/</• t&ttJ- fMMM ttttW.
/et <tts yx+ te st*<s sans /*'*>/.
J***s e*t/asts, /es /?**
SamttsetU <&c- moa Â*4snsttr
JQt/ai. vu /estimes MNww/
2
JT« /£■/<•/ £te*t *e* m* A>rfst/tA>
•Je fataù ut, mmua,m û*tcrr*ia*tir
%/e suré/Sr *»// tÂ<t*t/<* rtrt C€*itr»/rt .
tJl otretytt ttst , est. ui m** eh>nae>
•Jo i^é/aÛé* «/& JPmùA**
,4/ats c<?nutte ttft Am< rt*rat.«n*t f >
4/« ^v* trvs>ts>e //,,
f*mr sif/tt*s-Arr*f J/itiù* A\-rti nai fena*û
><&, 'ï/rtrfiny.sf LYOA
Â/ao/tes çranas? /sutssanc* ,
JÇst-*/* filtre e/ /f> mate**"-.
/Je * i>tiycs senf+*èt <rat'<*nr*
Vfcî»/l Jtfr «*/' /?//'// Ù0tt/(tf1Q*f' .
sVa/as* ma /aie /e cerv+//*
xf<> sats an. t/ Atitf ae car s en/
Pcw rempùr ma araaa* sc*te//e .
;ifà/\. rerri* #*/ r*L4/re crftfa.-rf-
*fccrur*e /er/s m#s /*ts/**i.<*
*?* travate/r aver <ia^t-«sse
Jsrrs , <ru* /£ rais mrs m/arts
Je A*'iS/vrf à /Întis/cxhca.
Çuats f/v** -WHS atsc* rrton m.*r
JQt mc*n, raeitr* st'rstfetnt aé /**'.
CHANSON
SUR LE BALLON DES BROTTEAUX
1784
(Cette chanson a été reproduite, en 1828,
dans VHomme de la Roche, de Cochard et dans
la Revue du Lyonnais, i re série, tome VII).
Air du Noël de Jean Capon .
Qu'étai don cela merveilla,
Que raconte Revarchon 1
I no baille per novella
Qu'on deit vaire un biau balon.
Pilaustre et so camarade
Devon montau jusqu'u ciu :
Faut fère una promenade
Per vai de no propro ziu.
Ze no bettons in dispinsa
Per allô jusqu'u Brotiau ;
— 82 —
Qu'étian, de compagnie
Montau dedin lo ballon.
Du partère, du segonde,
Du parquet, du supiriau
Tarti criave à la rionde ;
Bravo lo novo ziziau !
On aduisi de coronne
De lauri, de sarpolet,
L'intindint que los y donne,
Groppit Pilaustre u collet,
Que voliet per modestie
Sa coronne lo darri,
E que lo sarimonie
Comminci per Mongorfi.
Ca, tartui de compagnie
Furi, itou complimintau
Per la dama Phigénie
Qu'un gognan voliet buclau,
Sin z'in grou monchu Achile
Qui étave son galan
Qui sauva la pouvra fille
Avouai son sabre à la man.
Puis n'après à l'intindince
Où-t-i z'étian invitau
- 8 3 -
Y furon rimpli liu pinse
Car y n'ayant gin dinau.
Y sopiron, y dinsiron ;
Apre faront se cuchi
Quauque zou après partiron,
E pouai adiu à tartui.
Si quauqun me fa reproche
Que ze n'aye pan tôt dit,
Qui s'in aille chieu Laroche
Achetau un bel écrit.
Y zi troverant l'histoire
De celos aèrosti,
De biau vars fa à lieu gloire
Par monchu de Vassali.
CHANSON
SUR LES MALHEURS DU TEMPS
1788
(Cette chanson de Révérony a été reproduite
dans la Revue du Lyonnais, V e série, t. VI).
Air du Cantique de l'Enfant prodigue.
Ah ! Bon Dieu, que notron Rey
A grosse ouvre cela fai !
Faudret qu'il eu'ben grand emo
Un parfon et fiar n'esprit
Per accorda lo sistemo
De cela tropa d'ecri.
Tôt le monde vou lo ben
Me lo fero e lo malin
Car un chacun craint la tochi
Et vodret que son vaisin
Solet payi la Briochi
Et que sai ne payi rin.
-8 5 -
Si Ton pou bien reparti
Los liars que nos fau bailli,
Ze feran notron fenailie
Ze besseran in chantan
Et mingeron la polaille
Cinquante dou fai per an.
Si ze povian raconta
A notron Rey ben aima!
Mé ze ne sau pau écrire
Mé, ze n'avais gin d'esprit !
Là, que poriau-ju lui dire :
Lo gros mingeon lo petit.
Y u sa, y a gran tin,
Me lausse-y n'avance rin,
Il a bio rangi la cota,
La fixa égalemint
Son nouvre est mis en ribottes
Per lo saule grapignan.
Coman porian-ju payi
Los liars que nos faut bailli,
Lo z'ouvri sont sin ressorça
N'y a gin d'ouvré din Lyon
Notron bla reste in revorse
Nutron vin din lo cavon.
— 86 —
Lo traita avouai l'anglais
No z'éreinte cela fai !
No san farci de cotona.
De drap que ne valon gin
De notr* étoffa si bona
Lo dias que n'achetons rin.
Lo gros monchu do Paris,
Qui du Ray e lo mami,
Que Ton dit tan que no z'ame
Faudra qui fasse entention
Que fau rebaillir de Taimo
Au comarci de Lyon.
Quand celo pouvre novet
N'an gin de liars au gosset,
Y ne payan pas follieta
Y n'an gin de quai mingi.
No perdan notre recetta
Lou grous perdan lieu loyi.
Faudret per lo solagi
Des zintra baissa lo pri,
Nutron vin ne vau Tanna
Que si ving sous, bien sovent
I z'en font bailli d'intra,
Incore mi de doze francs.
-8 7 -
De notron Diu, la bonta
Vodra bien no zassista,
Y fara per la gran ouvre
Que se parpare ajord'hi
Que n'y ava gin de pouvres !
Ze vos zu souhaite a tartui !
CHANSON SUR LA BASTILLE
1790
(Cette chanson de Révérony, que nous avons
relevée sur un manuscrit de G. Véricel, a été
publiée par Péricaud, dans Y Annuaire du dépar-
tement du Rhône pour 1833.)
Air du Ballon ou du Noël de la Vierge.
Qu'étay don cela gran fêta
Que y avons dans Lyon !
Disave la mare Tera
U compare Mathevon.
Per anima nos querelles
Lo cube dos Jacobins
En réchauffant nos cervelles
Nos fa tos murri de fan.
Si z'on un moment tranquille
Per nos ben revaillis
Y nos montron la Bastille
Qui z'on fa chuti
-8 9 -
Grand Diu, o la bella prise
Dix mille hommes en z'un instant
Sen se bouta en chemise
L'on prenu sur le chan.
Les Pennons de notron ville
E la municipalita,
Per biaucoup nos fare rire
Y se son achemina.
Cherchant per tôt le Bastilia
Y l'y ont enfin trova
Et per bicqua la Reliqua
Je los ont vu s'avança.
Frinssois Bret, l'inargumeno
S'est tôt bettu a pially :
Savy crio qu'en l'inmeno
Y va nos fas tos boll'y.
Vitet prenu la parola
Y est monsu lo Président
Que volave joyer son rola
Et fare son important.
Admira cela Bastilia
Criave celi avouca.
Autrefay y étave l'exile
— 90 —
De los aristocrata
A présent que je sons maitro
Je povons nos en moqua
On los bettra à Bicetro
O lieu de lo Bastilla.
Citoyens que Ton offense
En se moquant de vous,
La Bastille qu'on encense
N'est pas digne de vous.
Nos représentants eux-mêmes
Cherchant à nous dominer,
Emploient tous leurs stratagèmes
Pour nous faire égorger.
LE MUSICIEN A LA CENDRILLON.
Ce malheureux était ainsi appelé
parce que son air favori était la romance
de Cendrillon, opéra de Nicolas Isouard,
qui fut le grand succès de l'année 1817
à l'Opéra-Comique de Paris.
Je/
/falùans cAerùat'/rs
Scoute* mes ceiy/ets
J"i7s ne sont iras ituiui />/•■'
Cfst au il.' sent /Gît sans /rats
Afon instrument cemiaue-
Ji/iu- virus /ait cari/tsn
Cette, rare mnsiaue
£st à. tas Cè/iariUsn.
ft/yet. ce /mit Oes canne
itrtu-trment f/antr>
J\tr rru"> ùtmJeitr caeamir
(fues/'ai Sih// charpenté.
fc'yïx masutunte antique
flac&r mon ttmfianen
JJilai aue ma rruistattr
JCs-t À ùi- CfiiarùXen
Cravé />ar Juien, ^ &YOAÏ-
*/ss cenvtens sostf yasse-cte--
Çu'tï ojautesf>w ïeu*
/tr inusiyue très ve/tes
A fais nvris ^un s-utanyonA
Çufi aue/tCi' .r,iit- rus-tlpue
Céjt an ecnsi/tÀ6tir7is
(Ju-iui ne m me <r<uts mus-taust-
A'csnsniî n ut- Cènsrrutesi'-
Ui le- tous uiAise.rs--
s/vee. mes tna-trusnents-
Ato/t* cute- et 'ma. /aillixrts
Afâ inuurreur nt*r en/aszs
Vous- m'a/rret tas repuauc
./e tiens- fi eteaitten
/Vue te in, va- ta musenus^
Vente à /a' tetu/rit&m-
WS5!sï K r e , V t n a><Ae t frutéw fiai, J' A',- ,,.,,,**<-* Jurvn4t;*!~».y''>s'
CHANSON SUR LES MATHEVONS
1794
(Cette chanson attribuée à Révérony, que
nous avons relevée sur un manuscrit de G.
Véricel, a été publiée assez incorrectement, en
1825, dans le Siège de Lyon, de Perenon.)
Air du Noël de maître Jean Capon.
L'Univers e la patria
Veni tôt per ecotas
Le reci tochan et trista
Qu'à Lyon est arriva.
Una cliqua sin culotta
Per miu dire de pullius
Totan sortant de la crotta
Volian monta jusqu'u Diu.
— 94 ~
Les Infans do Robespierre,
Tos celos buveurs de sang
Nos en fe a tos la guerre
Vêla ma fey, mai d'un an,
Les fi Houx equian en place
Per ben nos tiranisis
Y gnanave quo la crasse
Que no faisave soffri.
I fesian los patriotes
Per vola les braves geins,
I si disian san culottes
Per egorgi lors pareins;
I n'epargnavons personna
E volavon s'enrichi
Y suivavon la-marotta
Per no fere tos péri.
Y metavon los séquestros
A tos los grous magazins
Per prendre plus a los aisos
D'inventaire il n'avons gin
La nuit à la grossa bruna
Y venavon arpilli
Los gardiens avouai los fuma
Portavon à plein tabli.
— 95 —
De matelas, de covertes
Lors lits en son bien garnis,
D'argenterie, de dentelles
De linge et de beaux abbis
Y en pris à drèt à gauche
Portefeuilles et assignats
Mais viendra la guillotine
Qui tretous les rangeras.
U Brotiaux din les oberges
Y en avave que per eux
Y se soulave à l'aise
U dépans du malheureu.
Celos mnudits commissaires
Avouai lors bonnets de piau
Chacun dedeins sa misère
Cregnave celos borrios.
Sortan de faire ripaille,
Ils allavons à la cession
Cela tropa de canaille
Vos parlavons d'un haut ton
Quoque fois qu'un misérable
Avave besoin de pan.
Vos veni per una carte
Vos repasseri deman.
- 9 é -
Celos mâtins de clubistcs
Nos tretavons duramin !
Los pauvres comme los riches,
Y n'en épargnavon gin !
Avouai un air téméraire :
« Qu'as-tu fais per la nation
Dénonce vite ton père
Ou je te flanquon en prison. »
Jusqu'à la fin du monde
Non ! Personna ne craira
Qu'une quantité de monstres
De brigands, de célérats,
Colos, Couihon, et bien d'otres
Voulavons péri Lyon
Tôt en fesant los apôtres,
I nous coulassons a fond.
L'un fesave les affiches
Et l'otre allave prechi.
Qui ne faille gin de riche
Eux volavons s'enrichi.
Les gens d'esprit, bonna teta
Per eux, étavons de tro
I avio juré leur perto,
I los égorgerons tos.
- 97 —
Grâce a la providence
Notron bons représentants,
Venons de sauva la France
En détruisant los tirans.
I n'en manquo pas eincore
I sont tretous bien connus,
I est certain que ço drôles
Aran lo cou dépendu.
CHANSON DE LA COUZONNAISE
1796
(Nous devons le texte de cette chanson, dont
on ne connaît pas Fauteur, à l'obligeance d'un
des plus aimables érudits lyonnais, M. P.).
Bevin on cou, bevin-z-in dou,
Et dzamé tra neu-z-an fa pou,
On cou n'arrouzé qu'ina brasa,
Pé bin bare à la Cozenaza.
E fô repequô, mon patron,
Te né sa pô bar' a repetechon,
Mon pour' ami, passo per vaza !
D'zomeu leu vin quan il é bon,
D'zomeu le boyes sin façon,
Dza toudzeur omo lé fumèle !
Mé n'omeu po ché sole bêlé
Que vo fejan de coin dé ju.
Dépi leur dzeur qu'élé m'ayan mordu,
Dze n'ouzeu plu m'approtsi d'élé.
— $9 —
Dzan bin quoque boye à Cozon
Que n'an po movèze façon,
Mé lé bogres son déficilé
Surteu quan lé van su lé-z-ilé.
Lu-z-y fô de peté monchu,
E y é prequa on ne lé morié plu
E qu'à Sorman, Cozon défilé M
Cozon, Sorman, on dzeur vindra
Que teu pé la man se tindra,
Dzé son dja tiu quesin, quesené,
Tsoquon fa bin peto se mené.
Nion ni tiré sa pudr' en l'air.
Rin qu'à Cozon y é-t-on vra por de mer,
E y a bin dja tra vin sapené.
Bevin on cou, malacardi !
Dé pou de prindré la pépi ;
Leu gozi vin cominci à me couare,
Leu vin teria, é fô leu bàré
Dzomeu quan i mè djon : « Poïu,
Fotu gorman, bogreu de côssà piu,
Tin te bien, bogreu, té vé tsàre ! »
Parlô mé de la Dzôneton,
La boye à Noyé Ratadon ;
— 100 —
E y é de Cozon qu'el é chorta ;
On a dzamé vu Sarmagnôta
Se drôla ni se degadja,
Y é-t-on plàsi de li va prindre on ca,
E pouâ de li va baï vota.
E fô la va din on colèr,
Du pié, de la man é du bé
Corn' élé sa vô féré rire !
E y é de sa gran qu'élé tiré ;
El a, vrâ, d'émeu corné tra ;
Sin li parlo, rin qu'en guignan leu dâ
La bogra sa de quâ qu'é viré.
Ne suidé pô leu gran tsemin,
Que teu leu mondéu va é vin :
Tan di pié y fan de patrôïe !
Vô mieu évito la bassôie,
E prindre on peté violé :
E y é iqué que leu roussignolé
Va se catsi quan i gazôie.
Malacardi ! vouadi dou plin I
Voz-z-y a dit, dz'omeu leu vin,
Leu bon vin, leur petite tôssé,
Bàre a peté cou i délossi
— 101 —
On y refa à son plàzi ;
De bàr' on cou quan on a leu làzi
Que fa de bien per on qu'é passé.
Vo moquo pô du païzan,
Surteu quan il an lu caban ;
I fan honneur a la parrôtze.
Dze ne trainon pô tin carrotze ;
Dz'an quozi tin de tombério.
E gna que quoqué pourreu grenerio
Que né trainon que la galotze.
Y e din on mô corné din cin
Dzé né son pô dé-z-inocin ;
Dzé fan de yor de netré pire
Grou monchu, vo poï n'in rire
N'tré piri fan v'tre mazon,
Dzi poïon dir' avoua quoque râzon
Que Lyon chor de n'tri périré.
Malacardi ! y é prou tsanto,
Y neu fô bar* à la santô
Dé n'tré blonde, de n'tré naré.
Si quoque cou leu vin fà tsàre,
Y vo fà sovin téni drà.
Entre dou vin, dz'si contin corné trà ;
Vouadi toudzeu, le Cozenaré.
CHANSON DE MAI
1800?
(Cette chanson a été publiée, en 1846, dans
la « Collection des Bibliophiles lyonnais ».)
Al est, al est passo çu vilain tian de brima ;
Lo printian est venu, lo mondo se fa biau.
Lo solaï va craïssant choque j or à la prima,
Plantons, plantons lo mai, vaiquia lo renoviau.
Le-z-aigue dejalli corons par la prorie
Din lo boisson fluri chantonne lo coucou ;
La natura pertot se montre rajunie ;
Din lo boïs on intint piolou lo rossignou.
Los champs qu'equiant muets ont reprai lou parola ;
Tôt chante à l'unisson la cigola et l'isiau,
So le tiouie nichia la volagi randolla ;
L'aluetta din l'air, din son trou lo moniau.
Lo merlo siffle illo, et din la grand bruiri,
Dijà l'avigli mode à la quaita dou mier;
O dirit que din l'air, una granda preïri
S'élève de la terra et remontaïn u cier.
Un doux vint folliaret fa jarmo lo verdura
Son sofflo animo tôt, le mondo se fa biau
A l'homo de chanto l'hymno de la natura
Plantons, plantons lo mai, vaiquia le renoviau,
TABLE DES MATIÈRES
Planche I. La marchande d'aiguilles.. frontisp.
Notice sur les Noëls et Chansons en patois lyonnais
au xvin e siècle 7
Planche II. Le Père Thomas.
Le Noël de Jean Capon (1700?) 37
La Chanson sur les Bains en Saône (1740) 40
Planche III. J.-B te Julien dit Mirabeau.
Le Noël satirique (1741). . , 45
La Chanson des taffetaquiers (1744) 63
Planche IV. Le marchand d'encre.
Le Noël du Satinaire (1750?) 69
Le Noël de Maty (175 1?) 72
La Chanson sur le mariage du comte d'Artois (1773). 74
Planche V. Le pauvre Michel.
La Chanson sur le Ballon des Brotteaux (1784). . . 79
La Chanson sur les Malheurs du Temps (1788). . . 84
La Chanson sur la Bastille (1790). 88
Planche VI. Le Musicien à la Cendrillon.
— io6 —
La Chanson sur les Mathevons (1794) 93
La Chanson de la Couzonnaise (1796) 98
La Chanson de mai (1800?) . . <■ 102
Table des Matières.
IMP. PROTAT FRÈRES, MAÇON
PC
3108
U
Leroudier, E.
Noëls et chansons
7
/
3
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