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Full text of "Notger de Liège et la civilisation au 10e siècle"

PURCHASED FOR THE 

UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY 

FROM THE 

CANADA COUNCIL SPECIAL GRANT 



FOR 
MEDIEVAL StuDIES 



NOTGER DE LIEGE 



LA CIVILISATION AU X^" SIÈCLE 



TOME PREMIER. 



NAMII!. 



nir 



),AMr.i;i;T ■ m; r.niMS. lu i: nr. l'anck 



'28. 



NOTGER DE LIÈGE 



l.l' 



LA CIVILISATION AU X^ SIÈCLE 



l'AK 



GODEFROID KURTH 



Lcgia, lege ligan» cutn praelatie tibi loses 
Notgeinni Ciiristo, Kotgero cetera dcbes. 



TOME I 



PARIS 

ALPHONSE riCARD & FILS, ÉDITEURS 

82, uiK ii(i.\Ai'.\nTE. S'I 

BRUXELLES LIÈGE 

OSCAR SCHEPENS 

.*lli\ A.NOX. DE LIBRAIQIE 



LOUIS DEMARTEAU 



-10, nVK TRKlRE.\l!E)l(,, MJ ,; 12, l'I.Ar.K VKBÏE, 12 

1905 



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201 
-t,\ 



u i.'^ r\ 



^■^'S - 2 Î967 




A 
MONSIEUR LE CHANOINE 

LOUIS GUILLAUME 

« 

CRÉATEUR DE LA COLLECTION 
DES 

CLASSIQUES COMPARÉS 
JE DÉDIE CE LIVRE 

EN COMMÉMORAISON JUBILAIRE 
DE TRENTE ANNÉES D'AMITIÉ 

G. K. 



PREFACE. 



Il peut sembler téméraire d'écrire tout un volume 
sur l'évêque Notger, les sources directes de son his- 
toire étant à peu près totalement perdues. 

Je l'ai essayé toutefois, à cause de l'extraordinaire 
intérêt que cette physionomie d'évêque civilisateur 
garde à travers les nuages qui la couvrent. 

La tâche, comme pourront s'en convaincre ceux 
qui voudront contrôler mon écrit, était malaisée. Si 
elle avait dû se borner à combler, à force de patientes 
recherches et de comparaisons perpétuelles, les 
lacunes innombrables du sujet, elle aurait pu passer 
pour agréable et pour relativement facile. Mais la 
grande difficulté était ailleurs. 

L'histoire du pays de Liège est un vrai champ de 
broussailles, et l'on dirait que, depuis Gilles d'Orval, 
tous ceux qui ont entrepris de la raconter dans son 
ensemble n'ont fait qu'en augmenter la confusion. 
Une exubérante végétation de légendes s'est emparée 
du vieil édifice, implantant ses racines dans chaque 
tissure, disjoignant à la longue les assises et faisant 



II PREFACE. 

disparaître le plan de la construction sous l'opulence 
suspecte de ses feuillages. 

L'imagination populaire a la moindre part de res- 
ponsabilité dans ces ravages de la légende; ce sont 
les chroniqueurs qui sont les vrais coupables. Ils 
ont semé à poignées les fables érudites, et il est tel 
d'entre eux qui n'a pas craint d'y associer les plus 
audacieuses fictions. Les historiens modernes n'ont 
remédié au mal que d'une manière bien incomplète. 
Sans doute, nous possédons un certain nombre de 
très bons livres sur l'histoire du pays de Liège, mais 
on remarquera que ce sont toujours des monogra- 
phies dues à des érudits qui n'avaient pas l'ambition 
de raconter les annales liégeoises dans leur ensem- 
ble (i). Ceux qui l'ont eue, par contre, n'ont guère 
fait que reproduire leurs sources. Les meilleurs sont 
encore ceux qui écrivaient dans un temps où la cri- 
tique ne faisait que de naître, je veux dire Fisen et 
Foullon, mais déjà Bouille leur est fort inférieur. 
Les narrateurs du XIX'^ siècle se sont contentés, en 
ce qui concerne le moyen-âge, de redire ce qu'ils 

(I) Je signalerai surtout quehiucs travaux de longue lialeine, comme : 

E. Poullet, l-^ssai sur L'Iii.ttoire du droit criminel doux l'ancienne imncipaulé de 
Liège. (Mémoires de l'Afadémie Royale de Belgique, collection in-i», t. XXXVIIl). 
Bruxelles I87i. 

J. de Cheslret de IhuielVc (le baronj, Nuinismalifiue de la principauté de Liè(/e et 
de ses dépendances. (Mémoires de l'Académie Royale de Belgique, collection in-4", 
t. L). Bruxelles 18i)0. 

C. de Borman (le chevalier). Les éclierins de la souveraine justice de I.iè(/.e, 
2 volumes in-4", Liège i8i)'2-189l). (Publication de la Société des Bibliophiles 
liégeois). 

Th. Gobert, Les rues de Livije, A volumes in-i". Liège 1884-1904. 

S. Balau (l'abbé), l-^tude critiijue des sources de l'histoire du pai/s de Liège au 
vioi/en-df/e, Bruxelles dDO^-inOo. (Mémoires couronnés de lAcadémie Royale de 
Belgique, t. LXI). 

J. Ilelbig. La peinture au paijs de Liège et sur les bords de la Meuse. Nouvelle 
édition considérablement augmentée. Liège, i'J03. 



PRKFACK. II r 



lisaient dans leurs devanciers. Ainsi ont procédé 
Dewez, de Gerlache (i), Polain, Ferdinand Henaux. 
Leurs livres «nous font relire les chroniqueurs dans 
une rédaction modernisée, mais ne nous mènent pas 
plus loin (2). Et quand il s'agit d'une histoire comme 
celle de Notger, qui est tout entière à constituer 
fragment par fragment, ils ne servent qu'à rendre 
plus difficile la tâche de la critique. 

Avant de raconter l'histoire de Notger telle qu'on 
la trouvera dans ce livre, j'ai eu à démolir celle 
qu'il a plu aux chroniqueurs d'accréditer. Un compi- 
lateur sans critique, Gilles d'Orval, avait commencé 
de la défigurer, en interpolant ses deux principales 
sources. J'ai dû dégager de ces empâtements l'une 
de mes sources principales, je veux dire le Vita 
Notgeri, qu'on trouvera reproduit dans l'appendice 
de ce livre et qui, combiné avec la chronique 
d'Anselme, fournira désormais une base solide aux 
investigations des érudits. Après Gilles d'Orval était 
venu Jean d'Outremeuse, dont l'immense chronique 
intitulée Ly Myreur des Histors a brouillé pour des 
siècles toute l'historiographie liégeoise du moyen- 
âge. La boiteuse justice de la postérité a fini par 
atteindre ce chroniqueur peu scrupuleux. C'est désor- 
mais sa destinée que quiconque veut arriver à la 
vérité historique doit lui passer sur le corps. 

(1) Je tiens d'ailleurs a rendre un liommage mérité à de Gerladie : la partie de 
son livre qui concerne l'époque moderne contient les meilleures pages qui aient été 
écrites sur l'histoire du pays de Liège. 

(2) Les vastes travaux de M. le chanoine Daris, duquel on peut dire qu'il a lu 
toutes les sources tant manuscrites qu'imprimées, ont surtout de l'intérêt pour les 
quatre derniers siècles de l'historiographie liégeoise. Dans ceux qui sont relatifs à 
l'époque traitée dans ce livre, la critique, par endroits fort clairvoyante, pèche 
souvent par un conservatisme trop prudent pour n'être pas quelquefois de la 
timidité. 



IV PREFACIÎ. 

Ce n'est pas ici le lieu, si séduisante que soit la 
tâche, de démontrer que Jean d'Outremeuse n'est 
autre chose qu'un chroniqueur doublé d'un roman- 
cier, ou, pour parler plus exactement, un romancier 
doublé d'un chroniqueur. Obligé de m'enfermer 
dans les limites de mon sujet, je dois ajourner l'exa- 
men critique de cet auteur, qui n'aura rien perdu 
pour attendre (i), et je me contente de montrer ce 
qu'il a fait de l'histoire de Notger. Par ce seul 
exemple, j'espère faire comprendre au lecteur ce 
qu'est devenue, sous sa plume, l'histoire de Liège. 

Et d'abord, Jean d'Outremeuse est tellement igno- 
rant qu'il prétend que lorsque Otton I mourut, en 
1006, le chagrin que Notger en ressentit le conduisit 
lui-même au tombeau : voilà ce qui donne une idée 
de sa chronologie. J'ai eu l'occasion, dans les notes, 
de rectifier une multitude de contre-sens et de bévues 
que commet cet auteur, lorsqu'il parle de faits histo- 
riques avérés. Ce que je n'ai pu entreprendre, c'est de 
perdre mon temps à démontrer le caractère fabuleux 
de l'histoire telle qu'il la raconte : elle se place telle- 
ment en dehors de l'histoire vraie, qu'on peut n'en 
pas tenir compte et qu'on ne la rencontre jamais. Je 
me suis borné à résumer ici les principales inventions 
dont l'histoire de Notger est l'objet chez Jean d'Ou- 
tremeuse. Sont donc inventées de toutes pièces les 
parties suivantes du Myreur des Histors ft. IV) : 

La généalogie royale de Notger, p. i32. 

(\) En attendant, je renvoie à une bonne étude de M. S. Balau, Comment Jeun 
d'Outremeuse écrit l'histoire, liCliH, t. LXXI, pp. 227-259, et à mes propres indica- 
tions dans mes articles intitulés : Renier de Ihnj, auteur véritable des fonds baptis- 
maux de Saint-Bnrtliélemtj de Lièf/c et le pri'tendii Lambert Fatras et ^ote sur le 
nom de Lambert l'atrus [UAliU, 190^). 



PREFACE. V 

L'histoire d'Henri de Marlagiie ci des 25G brigands 
pendus avec lui par ordre de Notger, p. i38. 

La fondation, par Notger, d'un petit hôpital près 
de Saint-Christophe, p. i5i. 

La régence du royaume d'Allemagne confiée à 
Notger par Otton I, qui le nomme vicaire impérial, 
p. i53; la colère de l'empereur quand Notger lui 
rendit ses comptes à Nurnberg, et la manière dont 
Notger parvint à l'apaiser, p. i56. 

La guerre de Notger contre le comte de Hainaut 
qui avait détruit Dinant, la victoire de Notger à 
Fontaine-l'Évêque, et la cession de Thuin et de 
Fosse par le comte au prélat, pp. 1 58- 161. 

La tutelle d'Otton II confiée par Otton I à Notger, 
qui amène le jeune prince à Liège, p. ny. 

La paix ménagée par Notger entre le roi Lothaire 
de France et Otton II, en 998, à Liège, p. 167 (1). 

La guerre de Lambert de Louvain contre Notger, 
pour lui reprendre le comté de Huy, avec les exploits 
personnels de Notger, qui bat le comte et va ravager 
le Brabant, pp. 167-168, 172. 

La composition brillante, au temps de Notger, du 
chapitre de Liège, qui comptait six fils de roi, treize 
fils de duc et vingt-trois fils de comte, p. 171. 

La paix conclue, à l'intervention du roi Lothaire de 
France, entre Notger et le comte de Louvain, p. 174. 

L'histoire des exploits de Colin Maillard, Hutois 
que le roi de France arma chevalier et qui devint 
maïeur de la Sauvenière, à Liège, p. 169. 

Et c'est loin d'être tout. 

Si malfaisant qu'ait été le rôle de Jean d'Outre- 
Ci) A cette date, les deux princes étaient morts, Otton II depuis quinze ans, 
Lothaire depuis douze. 



VI PREFACi:. 

meuse, il y a dans l'historiographie liégeoise un 
autre nom qui mérite d'être traité plus sévèrement 
encore par la critique : c'est celui de Ferdinand 
Henaux. 

Il pouvait être permis, au XIV^ siècle, de confon- 
dre l'histoire avec le roman de chevalerie; il ne 
l'était plus, au XIX^, de l'identifier avec le pam- 
phlet. Et c'est ce qu'a fait Henaux. La ditîérence 
essentielle que je vois entre lui et Jean d'Outremeuse, 
c'est que celui-ci a égaré les historiens, tandis que 
Henaux n'a pu égarer que le grand public, les 
historiens de nos jours étant armés contre les mysti- 
ficateurs. 

Je ne ferai pas ici en détail le procès de Henaux. 
Grand liseur, mais totalement dénué d'esprit critique 
et au fond ignorant parce qu'il manquait de culture 
générale, Ferdinand Henaux est en outre affecté d'une 
espèce d'incurable daltonisme scientifique, maintes 
fois stigmatisé dans ces derniers temps par de bons 
juges (i). Selon lui, toutes les sources de l'histoire 
de Liège doivent être réputées pour suspectes parce 
qu'elles émanent de prêtres, de moines ou de 
nobles, c'est-à-dire de gens de parti; il ne faut 
consulter que les écrits émanés des bourgeois, parce 
que les bourgeois seuls sont des esprits dégagés de 
préjugés et de passions. Mais comme les bourgeois 

(1) V. H. Pireniie, Histoire de la conatitiilion de la ville de Dinant au mnijcn-âfjr, 
p. 39 : « Le l'ccil de Henaux est ladicaleinenl faussé par les idées pré- 
conçues de l'auteur ». — H. Lonoliay, Biuijraphie tiationale, t. XUI, art. Guillaume 
de La Mark, p. 320 : « Il faut l'étrange partialité de Henaux pour voir un patriote 
dans cet audacieux chef de bande ». 

Cf. .1. Dcniartcau, Quchiuoi rhapiinx d'unr Histoirk DU PAYS DE L\vx,v., de 
Ferdinand Henaux, Liège, 1873, où r<m raille spirituellement, et avec une érudition 
de bon aloi, un certain nombre de thèses développées par Henaux sur les ori" 
gines de la principauté et sur les premiers siècles de l'histoire liégeoise, 



PREFACE. VII 



ne commencent à tenir la plume que vers le XVI I'^ 
siècle, et qu'ils se bornent à reproduire, pour tout 
le moyen-àge, les légendes de Jean d'Outremeuse 
agrémentées de nouvelles erreurs, il s'ensuit que 
Henaux oppose d'ordinaire aux sources des compila- 
tions sans valeur, qu'il appelle en bloc les Chroniques 
de Liège, et auxquelles il accorde la foi qu'il refuse 
à un Anselme, à un Hocsem, à un Hemricourt. 

On peut deviner ce que deviendra dans de pareilles 
mains l'histoire de Notger. Ce ne sera plus le roman 
amusant et à multiples facettes où Jean d'Outremeuse 
fait chatoyer toutes les couleurs de l'arc en ciel, ce 
sera le pédantesque factum à tendances politiques, 
brouillant les notions les plus claires, détournant de 
leur vrai sens les textes les plus limpides, jetant au 
hasard, avec une audace sans pareille, les affirma- 
tions les plus extravagantes, jonglant avec le voca- 
bulaire technique de l'histoire sans le comprendre, 
et aboutissant à la plus monstrueuse caricature de 
la vérité historique. Au sortir de cette lecture, on 
peut se demander si, roman pour roman, il ne 
valait pas mieux s'en tenir à celui de Jean d'Outre- 
meuse, qui avait au moins le mérite de n'être pas 
ennuyeux. J'aurais grossi singulièrement ce volume 
si j'avais dû entreprendre de réfuter pas à pas toutes 
les erreurs, contre-sens et contre-vérités qui fourmil- 
lent dans le livre de Henaux. On en jugera d'ailleurs 
par le spécimen suivant. 

« Liège, écrit Henaux, était resté dans l'obédience 
de l'Empire. L'ambitieux Notger résolut de se sou- 
mettre la ville épiscopale (i). 

fl) Pùur bien comprendro ce passage, il faut se rappeler que, d'après Henaux, 
la commune de Liège daterait de Tépoque d'Auguste, qu'elle jouissait dés lors de 



Vlll PREFACE. 

» Déjà l'évêque Éracle, en 969, en avait fait la 
tentative, mais les habitants y avaient répondu par 
une révolte. Ils avaient assailli et saccagé son ma- 
noir, et ils avaient fait coulera flots, dans la Meuse, 
tout le vin de ses celliers. Ils avaient ainsi forcé le 
prélat à respecter leurs lois et leurs usages. 

» Notger s'en prit au Comte et au Vicomte, les 
protecteurs-nés de la Cité (1). 

» En 987, il entra dans Liège à la tête de gens 
armés, et mit le feu au Châtelet de la Sauvenière, 
qui était la demeure du Vicomte. 

» Il lui restait un rival en autorité, le Comte, qui 
exerçait la Juridiction militaire. C'était un Seigneur 
de noble extraction. Il résidait près de Liège, à 
Chèvremont, Burg florissant et renfermant un Palais 
qu'avaient habité les Princes Pippiniens, une Abbaye 
célèbres et deux Oratoires. 

» Afin de s'emparer du château, l'Evêque eut 
recours à la ruse. 

)) Il s'y achemina un matin (993), pour adminis- 
trer le baptême au fils du Seigneur. Il était précédé 
d'une longue procession de moines encapuchonnés 
et psalmodiant, qui se transformèrent, arrivés dans 
la place, en gens d'armes ayant le casque en tête et 

l'autonomie municipale, et quelle avait deux consuls qu'on retrouve au moycn-àgc 
sous le nom de maîtres. Henaux emprunte toutes ces rêveries aux publicistes du 
XVIIc siècle, qui les empruntaient eux-mêmes à un humaniste du XVIc, Hubert 
Thomas, et qui appuyaient sur elles les prétentions de la Cité au titre de Ville 
Libre impériale. 

(1) Note de Henaux a Le principal acteur dans tout ceci, Notger, était Jik du dur. 
de Souabc ; il riait neveu tic Louix d'OiUrrmer et de l'oiipcrrur Otlon I, et cousin 
finiiinin d'Otton II, père d'Otton IlL En HOO, il avait été admis dans le chapitre de 
Saint-Lumbvrt et on s'était empressé de le revêtir de la dignité d'archidiacre de 
Campine, puis, en 972. de celle d'évêque n. Tout ce qui est souligné dans ce passage 
n'est qu'un tissu de fables empruntées à Jean d'Outremeuse. 



PRÉFACE. IX 

l'épée au poing. Tous ceux qui résistèrent furent 
tués. Chèvremont, pillé, fut ruiné à rez-terre. 

)) Notger rentra triomphalement à Liège. Il y fut 
dès lors le seul Seigneur. Il redressa les murailles 
de la Cité, et en agrandit l'enceinte en y renfermant 
le quartier de l'Ile. Etc., etc. » (i). 

Tout est faux dans cette tirade hérissée de majus- 
cules. 

Il est faux qu'après 980 Liège fût « resté sous 
l'obédience de l'Empire » dans le sens où l'entend 
Henaux, c'est-à-dire qu'il relevât directement de 
l'empereur sans l'intermédiaire du prince-évêque. 
Et Notger n'eut aucunement besoin de « se soumet- 
tre la ville épiscopale » pour la bonne raison que, 
comme on le verra, elle était depuis longtemps sou- 
mise à ses prédécesseurs. 

Il est inexact encore de dire que, « dès 969, 
l'évêque Éracle avait fait la tentative de soumettre 
la ville ». Il y a là une interprétation étonnamment 
abusive d'un passage d'Anselme racontant — sans date 
— une émeute qui éclata à Liège sous Éracle, et dont 
le chroniqueur ne nous fait pas connaître le motif. 

Affirmer qu'à cette occasion les Liégeois « forcèrent 
le prélat à respecter leurs lois et leurs coutumes » 
est une simple pantalonnade. A l'époque d' Eracle. 
les Liégeois n'avaient pas d'autres lois et pas d'autres 
coutumes que le reste de la principauté, et le prélat 
ne songeait pas à leur manquer de respect. 

Notger ne s'en prit pas au « comte » et au 
« vicomte », attendu qu'il n'y avait à Liège ni comte 
ni vicomte. 

(1) Fciilinand Henaux, Histoire du Pays de Liège, 3^ édition, t. I, p. 107. 



X PREFACE. 

Dire qu'en 987 « Notger entra à Liège à la tête de 
gens armés et mit le feu au Châtelet de la Sauvenière, 
qui était la demeure du vicomte », c'est accumuler 
comme à plaisir autant d'extravagances qu'il est 
possible d'en faire tenir dans une phrase. L'expédition 
dont parle Henaux est un fruit de son imagination. 
Notger ne put pas mettre le feu au Châtelet de la 
Sauvenière, attendu que le Châtelet de la Sauvenière 
n'a pas plus existé que son prétendu habitant. 

Placer la résidence de l'imaginaire comte de Liège 
à Chèvremont est une plaisanterie, et les déplorables 
raisonnements auxquels Henaux se livre à ce sujet 
ne rendent son invention que plus bizarre» 

Il est inutile de rompre une lance contre la légende 
de Chèvremont, dont il sera parlé plus loin en son 
lieu. Mais je ferai remarquer qu'au temps où Henaux 
écrivait les lignes que j'ai citées, plusieurs érudits en 
avaient déjà fait justice (1). Si Henaux atfecte de les 
ignorer, cela ne prouve pas en faveur de sa critique, 
ni peut-être môme de sa bonne foi. 

Notger n'a point pu redresser les murailles de 
la Cité de Liège, attendu que la Cité de Liège 
n'avait jamais eu de murailles avant lui, et qu'il fut 
le premier à les bâtir. Et lorsque Henaux ajoute, 
dans une note, que le prélat « n'entoura de murailles, 
en quelque sorte, que le quartier de l'Ile », il joue 
de malheur, car c'est précisément le quartier de l'Ile 
que Notger a laissé en dehors de son enceinte. 

Une autre note ajoute, par manière d'épiphonème, 
ce jugement final sur le grand homme dont j'entre- 
prends d'écrire l'histoire : 

(i) V, (;i-de;<SOus, \>. i!Ji. 



PRÉFACE. Xf 

« Depuis la renaissance de la critique, on n'a plus 
ose faire l'apologie de ce prélat, coupable de si 
odieuses violences, et qui a laissé de si pénibles sou- 
venirs. » 

Est-il besoin de le dire? c'est précisément depuis 
la naissance de la critique (qu'est-ce donc que 
Henaux appelle renaissance?) qu'on a été obligé de 
réhabiliter la mémoire de Notger. On en aura la 
preuve dans ce livre, dont le lecteur comprendra 
maintenant l'opportunité. Il en excusera aussi l'al- 
lure, qui sera nécessairement arrêtée à chaque pas 
par le besoin de redresser les innombrables erreurs 
dont le sujet a été défiguré par le romancier du 
XIV*^ siècle et par le pamphlétaire du XIX^. Il excu- 
sera l'incessante transformation du récit en disser- 
tation, les innombrables notes qui encombrent le 
bas des pages, la sécheresse inévitable de l'exposé. 
S'il veut bien se contenter des résultats, j'espère qu'il 
n'aura pas lieu d'être mécontent. En comparant ce 
volume avec Y Essai de Villenfagne et avec VÉloge 
de Malherbe, il verra que quelques progrès ont été 
réalisés ( i). 

Je n'ai plus qu'un mot à ajouter. Ce livre a été 
ébauché par moi avec les élèves de mon cours de 
critique historique. Il est donc, comme VHistoire 
poétique des Mérovingiens, le fruit de mon enseigne- 
ment. Commencé avant ce dernier ouvrage, il a dû 

(1) Villenfagne, Esxai Iiistorùiue nur la Vie de Xottjer, piincc-cvàiuc tic Lièije. 
(Couronné par la Société d'Émulation de LiétjeJ 

Malherbe, Eloiie lùstorique dr Notijer, princr-évàpie de Lièt/r. (Honoré d'un accessit 
|)ar la Société d'Emulation de Liège J 

Ces deux écrits ont paru dans les Mémoires pour servir à l'histoire de Liège. 
Maestriclit, 178.). Celui de Villenfagne a été réimprimé dans ses Mélanges de littéra- 
ture et d'histoire, Liège, I T8S, 



XU PREFACE. 



être abandonne, à deux reprises, pour des travaux 
plus urgents, et il est resté une quinzaine d'années 
dans mon portefeuille. Il y a plutôt perdu que gagné, 
n'en déplaise au précepte d'Horace, et les défauts de 
composition qu'on y relèvera s'expliquent par là. 

En terminant, je me fais un devoir de remercier 
Monseigneur Monchamp, vicaire général de l'évêque 
de Liège, qui a bien voulu relire mes épreuves et 
à qui je suis redevable de plus d'une judicieuse obser- 
vation. 

Liège, premier dimaucbe de l'Avent 1904, 

G K. 



LISTE DES OUVRAGES CITÉS EX ABREGE. 

SiGLES. 



AAAB, Annales de r Académie d'Archéologie de Belgique. 
AA. SS, Acta Sanctorum des Bollandistes. 
AHEB, Analectes pour servir à riiistoire ecclésiastique de la Bel- 
gique. 
AS AN, Annales de la Société Archéologique de Namur. 
BARB, Bulletin de VAcadémie Royale de Belgique. 
BCRAA, Bulletin de la Lommission Royale d'Art et d'Archéo- 
logie. 
BCRH, Bulletin de la Commission royale d'histoire. 
BIAL, Bulletin de l'Institut archéologique liégeois. 
BSAHL, Bulletin de la Société d'Art et d'Histoire du diocèse de 

Liège. 
DU. I, DO. I, Sickel, Conradi, Reinrici I et Ottonis I Diplomata, 

Hanovre 1879-1884. MGH, section Diplomata. 
DO. II, DO. m, Sickel, Ottonis II et III Diplomata. Hanovre 

1888. (Même collection). 
DU. II, Bressiau et Bloch, Ileinrici II et Arduini Diplomata 

Hanovre, 1903. (Même collection). 
GC, Gallia Christiana. 

MABB, Mémoires de F Académie royale de Belgique. 
MCARB, Mémoires couronnés de l'Académie Royale de Belgique. 
MGH, Monumenta Germaniae Historica. Quand ce sigle n'est 
suivi d'aucune autre indication, il désigne la section Scriptores. 
MIOG, Mittheilwigen des Instituts fur osterreichische Geschichte. 
ISA, Neues Archiv der Gesellschaft fiir altère deutsche Geschichts- 

hinde. 
PL, Patrologie Latine. 

SRM^ Scriptores Rerum Merovingicarum. Cette collection fait 
partie des MGU. 



XIV LISTE DÉS OUVRAGES CITES EN ABREGE. 



I. Sources. 

Adalbold, Vita sancti Ucinrici H, MGÏI, IV. 

Adam de Brème, Gesta llammaburgemis ecdesiae iiontificum, 

MGII, Vil. 
Albéric de Troisfoiitaines, Chronkon, MGH, XXIII. 
Alpert, De diversitate temporum, MGII, JV. 
Alpert, De Episcopis MeUensihm, MGII, IV. 
Allfrid, Vita sancti Liudgeri, MGH, II. 
Annales Altahenscs Majores, MGII, XX. 
Annales Bertiniani, MGII, I. 
Annales Blandinienses, MGII, V. 
Annales Einhardi, MGH, I. 
Annales Elnonenses majores, MGII, V. 
Annales Fossenses, MGH, IV. 
Annales Fiildenses, MGH, I. Nouvelle édition in-8° par Fr. 

Kurzc, Hanovre, 1891. 
Annales Hihlesheimenses, MGII, III. 
Annales Ilincmari, MGH, I. 
Annales Laubienses, MGH, IV. 
Annales Laurisscnses majores, MGII, I. 
Annales Leodienses, MGII, IV. 
Annales Lobbienses, MGII, II et XIII. 
Annales Magdelmrgenses, MGII, XVI. 
Annales Quedlinburgenses, MGH, III. 
Annales Bodenses, MGH, XVI. 
Annales Sancti Bavonis, MGII, II. 
Annales Sancti Jacobi, MGII, XVt. 
Annales Weissenbnrgenses, MGII, III. 
Annalista Saxo, MGII, VI. 
Anselme, Gesta pontificnm Trajectensium et Leodiensium, MGII, 

VII. 
Arnoul de Saint-Emmeram, AA. SS., t. III de juin. 
Berlarius de Verdun, llistoria brevis episcoporum Virdunensium, 

MGII, IV. 
Bormans et Schoolmeesters, Cartulaire de Véglise Saint- Lambert 

de Liège, Bruxelles, 1803-1900. 



LtSTE λES OUVRAOTÎS CITKS EN ARIIEGE. XV 

Capilnlaria Uciium Francoruw, édition lîorctiiis, t. I, dansi)/^'//, 

Lcgcs. 
Cartulaire ou Recueil de chartes et de documents anciens de 

réijUse collégiale de Saint-Paul, actuellement cathédrale de 

Liège, Liège, 1878. 
Chapeavillo, Gesta Pontificum Tungrensium, Trajectensium et 

Leodiensium, Liège, 1612-iGIG. 
Chronica regia Coloniensis =■ Annales colonienses Ma.vbni, 

MGIl, XVIL 
Chronicon Cladhacense, MCI!, IV. 
Chronicon episcoporum Hildesheimensium, MOU, VIL 
Chronicon rhythmicum Leodiense, MGII, XII. 
Ghronicon Sancti Andreae Castri Cameracesii, MGH, VII. 
Chronicon Sancti Hîiberti sive Cantatorium, MGH, VIL 
Chronicon Sancti Laurentii, MGU, VIII. 
Chronicon Walciodorense, MGIl, XIV. 

Chronique Liégeoise de i402 (La), éditée par E. Baclia, Bru- 
xelles, 1900. 
Constantin, Vita Adalberonis II Metensis, MGH, IV. 
De Fundatione et Lapsu monasterii lobbiensis, MGH, XIV. 
Eginhard, Translatio ss. Marcellini et Pétri, dans Einhardi Opéra, 

éd. Teulet, Paris, 1840-1843. Voir aussi Annales Einhardi. 
Eigil, Vita sancti Sturmi, MGH, IL 
■ Ekkehard, Casus Sancti Galli, MGH, IL 
Ermoldus Nigellus, Carmina, MGH, IL 
Flodoard, Annales, MGH, III. 

Flodoard, Historia Remensis ecclesiae, éd. Lejeune, Reims, 1854. 
Folcuin, Gesta abbatum lobbiensium, MGH, l. IV. 

Continuat-o, MGH, XIII. 
Gerbert, Lettres, édition de Julien Havet, Paris, 1889. 
Gerhard, Vita sancti Oudalrici, MGH, IV. 
Gesta abbatum Fontanellensium, MGH, IL Nouvelle édition in-8'' 

par Loewenfeld, Hanovre, 1886. 
Gesta abbatum Trudonensium, auctore Rudolfo. MGH, X. 
Gesta episcoporum Leodiensium abbreviata, MGH, XXV. 
Gesta episcoporum Cameracensium, MGH, VIL 
C.esta Treverorum, MGH, VIII. 
Gilles d'Orval, Gesta episcoporum Leodiensium, MGH, XXV. 



XVl LISTE DES OUVRAGES CITÉS EN ABREGE. 

Gislebert de i^ïons, La Chronique de Gislebert de Mons, nouvelle 

édition par L. Van der Kindere. Bruxelles, 1904. 
Gozechin, Kpistola ad Wakherum scolasticum (Mabillon, Vetcra 

Analecta, édil. in-folio), 
Grégoire de Tours, Historia Francorum, MGlf, SRM. 
Hartzheim, Concilia Gcrmaniae, Cologne, 1750-1790. 
Hériger, llerigcri et Amelmi Cesta episcoporum Tunijrensium, 

Trajectcnsium et Leodicnsium, MGll, VII. 
Le même, Translatio sancti Landoaldi et sociorum, A A. SS., 

t. III de mars. 
Historia Mojiasterii Mosomensis, MGIJ, XIV. 
Hugues de Flavigny, Chronicon, MGU, VIII. 
Hugues de Lobbes, Fundatio monasterii Lobbiensis, MGU, XIV. 
Jean d'Outremeuse. /.;(/ Myreur des Histors, éd. A. Borgnet et St. 

Bormans. Bruxelles, 18G4-1887. 
Jocundus, Translatio sancti Servatii, MGU, XII. 
Lacomblct (Th.-J.), Urkiindenbuch fiir die Geschichle des Niedcr- 

rheins, Dûsseldorf, 1848. 
Lambert de Hersfeld, Annales, MGIJ, III. 
Liber Historiae Francorum, MGH, SUU. 
Luitprand, Antapodosis, MGH, lîl. 
Liïnig, Spicilegium ecclesiasticum, Leipzig, 1716-1721. 
^labillon, Acta Sanctorum Ordinis sancti Benedicti. 
Liber ojjic'wr uni eccles'ae Leodiensis, BCRJI, Paris, 1(')68-1701. 
Mansi, Sacroriim conciliorum nova et amplissima Collectio, Flo- 
rence et Venise, 17o9. 
Martène et Durand, A. C. Veterum Scriptorum amplissima Col- 
lectio, Paris, 1724. 
Miracula sancti Gangulfi, MGH, XV. 
Miracula sancti Hubert i, AA. SS., t. I de novembre. 
Miracula sancti Jlemacli, AA. SS., t. 1 de septembre. 
Miracula .sancti Wicberti, MGH, VIIL 
Mira'us et Foppens, Auberli Mirœi Opéra diplomatica, éd. F. 

Foppens. Louvain, Bruxelles, 1723-1748. 
Moine de Saint-Gall (Le), De Geslis Karoli Magni, MGH, II 
Nicolas (le chanoine), Gesla sancti Lamberti, Chapeaville, t. î. 
Nizo, Vita sancti Frederici Leodiensis, MGH, XII. 
Nortberl, Vita liennonis episcopi Osnabrugeusis, MGH, XII. 



LISTE DES OUVRAGES CITES EN ABREGE. XVII 

Orderic Vital, Historia ecclesiastica, Migne, PL, CLXXXVIII. 
Othlon, Vita sancti Wolfgangi Batisponensis MGH, IV. 
Pez, Thésaurus aiiecdotorum iiovissimus, Augsbourg, ITâl. 
Poeta Saxo, Vita Caroli Maipii, MGH, \. 
Kaoul Glaber, Les cinq livres de ses histoires, éd. M. Prou, Paris, 

1886. 
Rathier, Opéra omnia, Migne, PL, CXXXVI. 
Reginon, Chronicon, MGH, I. 
Reginonis Continuatio, MGH, I. Nouvelle édition in-S" par 

Kurze. Hanovre, 1890. 
Règle de saint Chrodegang, Migne, PL, t. LXXXIX. 
Renier de Saint-Jacques, Annales, MGH, XVI. 
Renier de Saint-Laurent, Vita Evracli. Le même, Vita Reginardi. 

Le même, Vita Wolbodonis, MGH, XX. 
Richer, Historiarum libri IV, MGH, III. 
Ruotgerus, Vita Brunonis, MHG, IV. 
Rupert de Deutz [alias de Saint-Laurent), Chronicon Sancti Lau- 

rentii, MGH, VIII. 
Sedulius, Carmina, éd. Di'immler, dans Poetae Latini aevi Caro- 

Uni, t. III, MGH. 
Sigebert de Gembloux, Chronographia, MGH, VI. 
Sigebert de Gembloux, De Scriptoribus ecclesiasticis, Migne, PL, 

CLX. 
Sigebert de Gembloux, Gesta abbatum Gemblacensiiim , MGH, 

VIII. 
Sigebert de Gembloux, Vita Deoderici episcopi Mettensis, MGH, 

IV. 
Stepelinus, Miracula sancti Trudonis, Mabillon, rlJ.SS. O.S.B., 

VI, 2. 
Thangmar, Vita sancti Berrnvardi, MGH, t. IV. 
Thietmar de Mersebourg, Chronicon, MGH, III, Nouvelle édition 

in-8", par Fr. Kurze, Hanovre, 1889. 
Triumphus sancti Lamberti in Steppes (par l'archidiacre Hervard), 

MGH, XXV. Cf. G. Kurth, BCBH, LXXII. 
Triumphus sancti Lamberti de Castro Biillonio, MGH, XX. 
Triumphus sancti Bemacli de Malmundariensi coenobio, MGH, 

XI. 
Vita Odiliae, Analecta Bollandiana, t. XIII. 



XVUl LISTE DES OUVRAGES CITES EN ABREGE. 

YUa ou Vamo sancti Adalberti. Il y en a deux, l'une par Cana- 
parius, l'autre par Brunon; toutes deux MGH, t. IV. 

Vita sancti Anno7iis, MGH, XI, 

yita Balderici II Icodiensis, MGH, t. IV. 

YUa sancti Burchardi, MGH, IV. 

Yita sancti Desiderii episcopi Cadiircensis, MGH, SRM, IV. 

Yita sancti Gerardi TuUensis, MGH, IV. 

Yita sancti Godehardi, MGH, IV. 

Yita sancti Hiribcrti Coloniensis, MGH, t. IV. 

Yita sancti Huberti, A A. SS, t. I de novembre. 

Yita sancti Joannis Gorziensis, MGH, IV. 

Yita sancti Lamberti {\^?iY un anonyme contemporain), A A. SS., 
t. V de septembre. 

Yita sancti Lambei^ti, par le chanoine Nicolas, o. c. 

Yita sancti Landoaldi, A A. SS., t. ITI de mars. 

Yita Notgeri, publié par G. Kurth dans BCPJl et reproduit ci- 
dessous, appendice II. 

Yita sancti Popponis, MGH, XI. 

Yita sancti Richardi abbatis Sancti Yitoni, MGH, XI. 

Yila sancti Theodardi, AA. SS. t. III de septembre. 

■\Vidukind, Res gestae Saxonicae, MGH, III. 

Wipo, Yita Chiwnradi, MGH, XI. 

II. Travaux modernes. 

Alberdingk Thijm (P.), Karel de Groote en zijne eeuw. La Haye, 

Amsterdam, 1867. 
Balau (S.), Etude critique des sources de lliistoire du pays de Liège 

au moyen-âge, Bruxelles, 1902-1903. {MCARB, t. LXI. 

coll. in-4"). 
Beissel (St.\ Der heilige Bermvard von Hildesheim als Kùnstler 

und Fôrderer der deutschen Kunst, Hildesheim, 1895. 
Berlram (A.), Gesckichte des Bisthums Hildesheim, t. I. Hildes- 
heim, 1899. 
Bittner (A.), ^Yazo und die Schulen von LiUtich, Breslau, 1879 

(diss). 
Bôhmer, (H.), Willigis von Mainz, Leipzig, 1895 (Leipziger Stu- 

dien, fasc. 3). 



LISTE DES OUVRAGES CITES EX ABREGE. XIX 

Bôhmer (F.), Rcgesta chronolugico d/plomatica rcgum alque impe- 

ratorutn, Francfort, 1831. 
Bôhmer-Mutilbacher, Die Jiefiestcn des Kaiserreichs unter den 

KaroUmjern. Innsbrùck, 1885). 
Bouille (le P. Th.), Histoire de la ville et pays de Liège, Liège, 

17-25-1732. 
Bouquet (dom\ Recueil des historiens des Gaules et delà France. 
BovY, Promenades historiques dans le pays de Liège. Liège, 1838- 

1841. 
Clerval (A.), Les écoles de Chartres au moyen-âge, Paris, 1895, 

(Dans quelques citations de cet auteur, on a imprimé par erreur 

Clairval). 
Cramer (F.), Geschichte der Erziehung und des Unterrichts in den 

Niederlanden wàhrend des Mittelalters, Stralsund, 1843. 
Daris (J.), Histoire du diocèse et de la principauté de Liège depuis 

leur origine jusqu'au XIIP siècle, Liège, 1890. 
Dcvaulx (F.), Mémoires pour servir à rhistoire ecclésiastique du 

pays et du diocèse de Liège. 5 volumes in-folio (En manuscrit à 

la bibliothèque de l'Université de Liège). 
Dieckmeyer, Die Stadt Cambrai. Verfassungsgeschichtliche Unter- 

snchungen von dem X"" bis gegen Ende des XIL""' Jahrhiinderts. 

Icna, 1889. 
Dute, Die Schulen im Bisthum Liittich im XI Jahrhundert. Mar- 

bourg, 1882 (programme). 
Ennen (L.), Geschichte der Stadt Kôln, Cologne, 1863-1880. 
Essai historique sur Véglise de Saint-Paul, ci-devant collégiale, 

aujourd'hui cathédrale de Liège, Liège, 1867. 
Fisen (B.), Flores ecclesiac Leodiensis, Lille, 1647. 
Fisen (B.), Sancta Legia, Romanae ecclesiae (ilia, sive Historiarum 

ecclesiae Leodiensis partes duae, 2* édition, Liège, 1691. (La 

1'^^ édition, citée rarement, est de 1642). 
Foullon (J.-E.), Historia Leodiensis per episcoporum et principum 

seriem digesta, Liège, 1735-1737. 
Ghesquière (J.-H.), Acta Sanctorum Belgii selecta, Bruxelles, 1783- 

1794. 
Giesebrecht (W.), Geschichte der deutschen Kaiserzeit, Bruns- 
wick, 1855. 
Giesebrecht (W.), Jahrbiicher des deutschen Reichs unter der 

Herrschaft Kaiser Otto's IL Berlin, 1840. 



XX LISTE DES OUVRAGES CITES EN ABREGE. 

Grandgagnage (Cli,), Mémoire sur les anciens noms de lieux de 

la Relgiqtw orientale, AICARB, L XXVI, coll. in-4«. 
Hauck (A.), Kirchengeschichte Deutschlands . Leipzig, 4887-1903. 
Hefele (C.-J. von), Conciliengeschichte, ^2" édition. Fribourg e. B., 

1873- 
Hinschius (P.>, Das Kirchenrecht der Katholiken und Protestan- 

ten in Deutsc/iland. Berlin, 1869-1897. 
Kirsch (S.), Jahrbikiier der deiitschen Geschichte unter Heinrich 

If, 1862-1875. 
Histoire Littéraire de la France, par les religieux bénédictins de 

la congrégation de Saint- Maur. 
Jade (Ph.), Regesta iJontificum Romanorum, 2^ édition, Leipzig, 

1883-1888. 
Kehr (P.), Znr Geschichte Otto" s III. Historische Zeitschrift, 

t. LXVL 
Kurth{G.), Le comte Immon, BARB, 1898. 
Lair (J.), Bulle du pape Sergius, Lettres de Gerbert, Paris, 1899. 

(T. FI des Études critiques sur divers textes des X^et A'/" siècles). 
Lot (F.), Ixs derniers Carolingiens, Paris, 1891. 
Maître (L.), Les écoles épiscopales et monastiques de r Occident, 

Paris, 1866. 
Mabillon, Annales Ordinis sancti Benedicti. Paris, 1703-1739. 
Malherbe, Éloge historique de Notger {Mémoires pour servir à 

l'histoire de Liège), Maestricht et Liège, 1875. 
Martin (K.), Beitrdge zur Geschichte Brujw's I von Koln. Icna, 

1878. 
Moll (W.), Kerkgeschiedenis van Nederland vôôr de Ilervorming. 

Tome L Utrecht, 1864. 
Pirenne (H.), Sedulius de Liège, BARB. 
i'Iacentius (J.), Catalogus omnium antistitum, Tungarorum, Tra- 

jectensium ac Leodiensium. Anvers, 1529. 
Reinecke (W.), Geschichte der Stadt Cambrai. Marbourg, 1896, 

in-8". 
Richter (G.), Annulen der deutschen Geschichte im Mittelalter. 

Halle, 1873-1898. 
Sickel, (Th. von), Lrlaiiterungen zu den Diplomen Otto's IL 

MIÔG, Lrgïinzungsband, IL — Erlaiiterungen zu den Diplo- 
men Otto's IIL MIÔG, XII, 



LISTE DES OUVRAGES CITES EN ABREGE. XXI 

Trilhcini, Chronicon Monasterii Ilirsaxigiensis. Bàle, looO. 

Lemèmc, Catalogusscriptorum ccch'siasticorwn, Coloj2;ne, 1531 . 
Speclit (F. -A.), Geschichte der Unterrichtsiveseiis in neutsc/ilaml 

von den nltesten Zeiten bis zur Mitte des dreizehnten Ja/irhun- 

derts. Stuttgart, 488o. 
Stumpf (F.), Die lieichskanzler. Innsbriick, 1865-1881. 
Uhlirz (K.), Jahrbiicher des deutschen Reiches unter Otto II luid 

Otto III, t. I. Leipzig, 190-2. 
Van der Kindere (L.), La Formation Territoriale des imndjjautés 

beliies au moyen-âge. Bruxelles, 190:2. 
Villenfagne (le baron de). Essai historique sur la vie de I\'otger. 

{Mémoires pour servir à l'histoire de Liège). Maestricht, 1785. 

Réimprimé dans ses Mélanges de littérature et dliistoire. 

Liège, 1788. 
Vogel (A.), Ratherius von Verona und das Zehnte .fahrhundert. 

léna, 1854. 
Voigt (E.), Egberts von Luttich Fecunda Ratis. Halle-a-S., 1889. 
Vos, (J.), Lobbes, son chapitre et son abbaye. Louvain, 1865. 
Wattenbach (W.), Deutschlands Ceschichtsquellen im Mittelalter, 

6" édition. Berlin, 1894. 
Wauters (A.), Table chronologique des chartes et diplômes imprimés 

concernant l'histoire de la Belgique. 
Wilmans (R.), Jahrbucher des deutschen Reichs unter der Ilerr- 

schaft Kônig und Ka ser Otto's III. Berlin, 1840. 
Witte (D. J.), Lothringen in der zweiten Hdlfte des X'^" .lahrhun- 

derts. Gôttingen 1869 (diss). 
Wohlwill (A.), Die Anfdnge der landstdndischen Verfassung im 

Bisthum Luttich. Leipzig, 1867. 



I 



NOTGER DE LIÈGE 



ET 



LA CIVILISATION AU X'^ SIÈCLE 



CHAPITRE PREMIER. 



INTRODUCTION. 



C'est un beau spectacle que présente le royaume d'Alle- 
magne au X*^ siècle. Sous la conduite d'une dynastie intelli- 
gente et active, il marche à pas de géant dans les voies de 
la civilisation. Ce siècle qui fut, pour d'autres pays, un siècle 
de fer, fut pour l'Allemagne, Leibniz l'a dit avec raison, un 
siècle (l'or (i). Et déjà Sigebert de Gembloux, le plus grand 
chroniqueur du XI'' siècle, proclamait heureux l'âge des Ottons. 

La raison que Sigebert donne de son admiration pour 
cette époque est aussi celle qu'a reconnue l'histoire. Quand 
on clicrche à se rendre compte des causes qui ont produit 
l'étonnante prospérité du royaume d'Allemagne à une époque 
où les pays voisins étaient plongés dans la nuit, on s'aperçoit 
bientôt que les souverains qui présidaient à ses destinées 

(1) Neque Geniiania .sibi Ipsi coniiinrata iinquam magis bello et pace, arniis et 
moribus et (si iiovissinias binas annoiuni ceiilurias demas, qiiibus nuitata est faciès 
generis humani) etiam lltteris floniit, qiiani setiilo Ottonuni, id est decimo, qtiod 
alite geiites ab hodieniis suis moribus diversis, Galli torpore, Itali etiam probris 
infâme fecere. Leibniz, Annales Impcrii t. III ad a. 1002, p. 802. 

I. 1 



2 CHAPITRE PREMIEIl. 

ont été aclinirublement servis. Une pléiade de grands évêques 
ont été, dans les ])r()vinces, les soutiens du tronc et les intel- 
ligents collaborateurs des rois. 

» D'illustres prélats et des hommes doués de sagesse res- 
tauraient FKtat, rendaient la paix aux églises, restituaient à 
la religion sa pureté première. On pouvait constater, par les 
faits, la vérité de cet adage d'un philosophe, qu'heureux est 
l'Ktat où les rois sont des sages, où les sages sont rois. Ce 
n'étaient pas des mercenaires, c'étaient de vrais pasteurs qui 
étaient assis alors sur les sièges épiscopaux » (1). 

Ces paroles contiennent l'expression d'une vérité qui 
a frappé les historiens du XIX" siècle autant que les chroni- 
queurs du XP. « Le clergé, écrit l'un d'eux, avait seul le 
sens de l'intérêt public, et seul lui avait montré un véritable 
dévouement (2). » 

» Jamais, dit un autre, l'Allemagne n'a possédé un épis- 
copat à ce point distingué par l'intelligence, par la culture 
d'esprit et par les qualités morales (3). » 

Et un troisième ajoute, presque dans les mêmes termes : 
« Januùs plus, par la suite, l'Eglise d'Allemagne ni aucune 
autre n'a pu se glorifier d'un épiscopat aussi riche en prélats 
pieux et zélés (4). » 

Si l'on veut contrôler ces affirmations générales, il est 
facile d'en constater la justesse. On peut dire que chaque 
siège épiscopal, pour ainsi dire, eut alors son grand homme, 
et parfois plus d'un. A leur tête, il faut mentionner leur 
modèle et leur maître à tous, saint Brunon de Cologne, qui 
aura d'ailleurs un digne continuateur dans saint Iléribert. 
A Trêves, nous rencontrons Henri et Egbert; à Mayence, il 
faut mentionner Guillaume et Willigis. Les sulïragants sont 

(1) Jure felicia tlixerim Ottonis tcnipora, cuin claris pnesulibus et sapiontibus 
viris resjjiiblica sil rcfonnala, pax a'ccelosianini rd'orinala, lioncslas religionis 
riMlinlograta. Erat vidcre cl rcipsa probaro, vcruiii esse illiid pbilosopbi : fortuna- 
taiii esse reiiipublicain, si vel reges sapèrent vel rcgnai-ent sapientes. Prœerant 
eiiiiii populo regni non mcrcennarii scd pastorcs clarissimi. Sigeberl, Mta Dcodcr. 
Mcttnisis e. 7, ]). 407. 

(2) Giesebreclit, Geschichte (1er deiitschen Kaiserzcit III, p. 7. 

(3) Kraiis, (ïcsrliichlc drr cliiistlirhcii Kuimt, {., Il, p. ',V^. 

(i) Ralzingcr, tiiscliiclilc dcr Kirclilicluii .ir)iuiipj!rijc, p. 2î)2, 



INTRODUCTION. 6 

(lignes des métropolitains. Pour ne pas sortir de la Lotha- 
ringie, nous nommerons saint Ansfrid à Utrecht, Thierry à 
Metz, AViefrid à Verdun, saint Gérard à Toul. Le reste de 
l'Alleuiagne n'est pas moins riche en prélats do haute sain- 
teté et de première valeur coinme chefs d'T^tat; il sullit de 
citer saint l'iric à Augsbourg, saint AVolCgang à Ratisbonne, 
Reginald à Eichstaett, Piligriui à Passau, saint Bernward et 
saint Godehard à Hildesheim, saint Meinwerk à Padcrborn. 
Tel est le sénat épiscopal au milieu duquel Notger, évoque 
de Liège, tient dignement sa place. 

C'est l'œuvre collective de ces hommes qui fait la beauté 
du règne des rois, leurs maîtres. Ceux-ci ont eu le mérite 
très grand de les deviner, de les mettre en valeur, de les 
sertir comme des joyaux, en quelque sorte. L'épiscopat alle- 
mand a levé, si je puis ainsi parler, dans l'atmosphère de 
paix et de quiétude que la forte épée des princes saxons a 
fait régner sur l'Allemagne. Le souille printanier qui passe 
sur le jeune royaume ottonien ravive la sève du vieux tronc 
taillé et greffé par saint Boniface et par Charlemagne ; une 
poussée de progrès se fait sentir dans tous les domaines; 
la vie intellectuelle, morale et matérielle reprend au sortir 
de la crise qui a secoué la civilisation du IX'' siècle expirant. 

Les évoques allemands sont donc dignes de la confiance 
de la royauté qui les appelle au partage de leur autorité tem- 
porelle. Les principautés ecclésiastiques naissent autour de 
leurs crosses, et ils sentent peser sur leurs épaules un double 
fardeau. On se tromperait beaucoup si l'on se persuadait 
que tous ont vu avec le même plaisir cet accroissement de 
leur responsabilité. Plus d'un en éprouva de la répugnance, 
et il en fut, comme Ulric d'Augsbourg, qui demandèrent à être 
soulagés. Il ne manquait pas d'esprits, au X'^ siècle, qui blâ- 
maient le cumul des attributions religieuses et politiques, et 
un écrivain quelque peu olîiciel a cru devoir répondre à 
leurs objections (1). Plus tard, il est vrai, on s'habitua à la 

(1) Causanhii' forlc aliqiii diviiia' ilisix'nsatioiiis igiiari, qiiai'C cpiscopus rom 
popiili et pei-ii'ula bclli Iractavcrit, cum animanim tantunimodo curain susceperil. 
Quibus res ipsa facile, si quid samini sapiunt, safisl'acit, etc., Ruolgeriis, c. 23, p. 
203. Cf. aussi Widukiiid 1, 31, p. 'i30, ([iii invoque l'exemple de Samuel. 



4 CHAPITRE PREMIIiR. 

nouveauté ; les évoques s'aecomodèrcnt de leur rôle de 
princes, et, plus d'une fois, le prince prima Tévéque au grand 
détriment de l'Église et de la religion. 

Il n'en fat pas ainsi dans ce siècle d'or de la monarchie 
allemande. Les caractères du prince et du prélat se fon- 
daient harmonieusement dans le môme homme. Beaucoup 
d'évêques de ce temps ont été des saints; plusieurs ont l'au- 
réole, beaucoup d'autres la méritent. Nous les connaissons 
surtout comme princes, parce que leur activité extérieure est 
celle qui a le plus frappé leurs contemporains. Mais quand 
on veut, guidé par les indications trop parcimonieuses des 
biographes, pénétrer dans l'intimité de ces hommes de gou- 
vernement, on rencontre à la base de toute leur existence 
la conception chrétienne du but de la vie et des devoirs 
qu'elle impose à l'homme ici-bas. 

Il est frappant de voir combien, la tâche civilisatrice se 
présentant la même partout, la carrière, l'activité de ces 
hommes sont identiques dans leurs grandes lignes. Tous 
agrandissent et protègent la propriété ecclésiastique, bâtissent 
et restaurent des églises, pourvoient aux besoins des pauvres 
par d'abondantes fondations charitables, ontau }>lus haut degré 
l'amour des études, multiplient les écoles et vont jusqu'à en- 
seigner eux-mêmes, protègent les arts et parfois les cultivent. 
Tous font la guerre aux abus, soumettent les factieux, forti- 
fient leurs A'illes, abattent les chàteaux-forts des pillards ou 
en bâtissent d'autres pour les tenir en respect, ont la passion 
de la justice et sont zélés pour le service du roi. Leur souve- 
nir s'imprime profondément dans la mémoire populaire; on 
leur fait des légendes })our ainsi dire dès leur vivant. Et, 
d'autre part, les écrivains s'emparent de leur vie, et la bio- 
graphie épiscopale s'élève à la hauteur d'un genre littéraire. 
Notger est une des figures à la fois les plus intéressantes 
et les moins connues de celte famille ecclésiastique. Il fut 
pour la dynastie des Ottons un agent fidèle aux jours de la 
prospérité, un conseiller sûr dans les moments de crise, un 
défenseur courageux aux heures mauvaises. Par lui, la mo- 
narchie allemande trouva pour un siècle, dans la principauté 
de Liège, son plus solide boulevard en Lotharingie. 



IXTRODUCTION. O 

?.Liis le rôle joue par Notg'ci* dans rcmi[)ir3 ne nuu:3 révèle 
qu'un aspect de sa pliysionomie. Il nous intéressera davan- 
tage encore si nous l'envisageons comme fondateur de l'élat 
liégeois. Ici, il ne travaille pas en sous-ordre et, en quelque 
sorte, pour le compte d'autrui. Il est souverain ; c'est son 
initiative que nous rencontrons partout, ce sont ses idées 
originales et civilisatrices qui trouvent leur expression dans 
cette Aille qu'il crée, dans cet état dont la trame s'ourdit 
sous ses mains. La scène, sans doute, n'est pas si vaste que 
celle de l'Empire, mais l'intérêt n'est pas diminué par les 
proportions du cadre : il semble même que, pouvant plus 
facilement embrasser du regard le tableau, on le comprenne 
mieux et on l'admire davantage. 

La difficulté, pour un livre qui veut faire revivre cette 
physionomie, c'est de fondre en une seule figure historique 
les traits du feudataire impérial et ceux du chef d'Etat, Je 
m'y suis employé comme j'ai pu. Si, dans mon exposé, le chef 
d'État apparaît plus souvent que le feudataire, c'est d'abord 
la nature de mes matériaux qui l'a voulu ainsi; Notger, comme 
chef d'Etat, a attiré l'attention de l'histoire; Notger, connne 
feudataire, n'a laissé sa trace que dans quelques diplômes. 
C'est ensuite la proportion môme des deux rôles qu'il a 
rempli. Dans l'Empire, il est au quatrième ou au cinquième 
rang; à Liège, il occupe le premier. Là, il apporte son con- 
cours à une tâche commune, dont le programme ne lui 
appartient pas; ici, il exécute, pendant un long règne, un 
plan qui est le sien, et qui nous donne la vraie mesure de 
sa valeur. 

Notger cependant est inconnu, que dis-je ? il est méconnu. 
Si, au dernier siècle, quelques Liégeois ont fait, dans une 
certaine mesure, réparation à sa mémoire, c'a été seulement 
pour la laver d'une accusation infamante, et leur voix n'a 
pas eu d'écho à l'étranger. Les titres de gloire de Notger 
l'cstent plongés dans l'oubli, et les légendes calomnieuses 
continuent de circuler. Sous ce rapport, il y aura quelque 
plaisir pour le lecteur à voir reparaître graduellement, dans 
ces pages, la figure authentique d'un grand homme qui 
peut se dire le créancier de l'histoire. 



CHAPITRE II. 



L ETAT LIEGEOIS AVANT NOTGER. 



De tous les royaumes issus du morcellement de Ihcritage 
de Charlemagne, la Lotharingie était celui qui contenait le 
plus d'éléments de vitalité, et ce fut au contraire, grâce à un 
concours de circonstances tragiques, le plus éphémère et le 
plus malheureux. Sa dynastie nationale s'éteignit avec son 
premier roi (869). A partir de cette date, elle est ballottée 
entre la France et l'Allemagne, qui, tantôt, essayent de se 
l'arracher lune à l'autre, tantôt, se la partagent, jusqu'à ce 
qu'enfin, en 879, elle reste à l'Allemagne seule. Grâce à la 
tendresse du roi Arnoul pour son lils Zwentibold, qu'il 
voulait mettre à la tête d'un royaume, la Lotharingie re- 
trouva son autonomie nationale en 895. Mais cette seconde 
phase d'indépendance nationale fut encore plus courte que 
la première : Zwentibold périssait dès 900, en luttant contre 
les grands révoltés, et le pays était de nouveau rattaché à 
l'Allemagne en 911. Peu après, il se jetait encore une fois 
dans les bras de la France, lorsque l'extinction des Carolin- 
giens d'Outre-Rhin fournit à l'aristocratie un prétexte pour 
changer de suzerain. Mais la France ne devait pas garder 
longtemps une possession qui avait été de sa part l'objet de 
tant de convoitises ; dès 924, le roi d'Allemagne, Henri I, 
devenait le maître de la Lotharingie, et, cette fois, le pays 
entrait définitivement dans rorI)ite du plus puissant des 
rovaumcs francs. Les Carolingiens de France ne s'v rési- 
gnèrent pas facilement; jusqu'à la fin, comme on le voit par 



l'état liégeois avant \otger. 



les tentatives désespérées du roi Lolhairc, ils révèrent de 
regagner ce qu'ils appelaient alors l'héritage de leurs pères, 
ce que leurs successeurs devaient appeler les frontières du 
Rhin. Ce fut peine perdue : la Lotharingie demeura à TAlle- 
magne. 

Mais le sentiment national était resté vivacc dans le pays, 
et ses nouveaux maîtres surent le respecter. Alors qu'en 879, 
lors de sa première annexion à l'Allemagne, il n'avait été 
pour celle-ci qu'un accroissement de territoire, qu'une i)ro- 
vince de plus, il n'en fut pas ainsi après la mort de Zwen- 
tibold. La restauration de l'indépendance, si précaire qu'elle 
eût été sous ce roi, avait ravivé le patriotisme dans l'an- 
cien royaume de Lothaire ; on ne voulait pas renoncer à ce 
titre, et les nouveaux souverains respectèrent les suscep- 
tibilités de nos ancêtres en leur laissant l'apparence de l'au- 
tonomie. Le royaume de Lotharingie garda donc, de 900 à 
911, sa chancellerie propre et ses plaids nationaux distincts 
de ceux de l'Allemagne; et il en fut de même de 911 à 923, 
pendant les quelques années qu'il fut, pour la dernière fois, 
rattaché au royaume de France (1). 

Cette situation ne se maintint pas, il est vrai, à partir 
d'Henri I ; toutefois, pendant tout le X'^ siècle et pendant une 
bonne partie du XP, la Lotharingie resta un royaume dans 
la pensée ou dans le langage de ses enfants et de ses voisins. 
Elle est le royaume de Lothaire pour la plupart des chroni- 
queurs contemporains, et l'usage est ici un indice trop signi- 
ficatif pour qu'on puisse n'en pas tenir compte : il atteste 
tout au moins qu'on a gardé la conscience de certains carac- 
tères nationaux propres, qui ne permettent pas de voir dans 
notre pays un simple prolongement de l'Allemagne (2). 



(1) 11. Piuisot, Le roijauinc de Lorraine soun les Carolinyiciis, p. o58. 

(2) Viiici ([iicliiues passages qui aUestent la survivance de l'usage de qualifier la 
Lotharingie de royaume : 

9i(3. Olto « rex Lotharicnsium et Francigenum » DO. /p. IGl. 

900. Otio rex Lothar'iensium Francorum atque Germanensiuiii IX). I, \k 289. 

Piiiher III, 07 : Otto a Germanis Belgisque rex creatus est. 

901. Reginonis Continuatio : Olto (II) eleclione omnium Lofiiariensium Aquis 

rex ordinalus. 



8 CHAPITRE H. 

Il n'en faut pas douter : c'est sur ce sentiment national 
que s'appuya la famille de Régnier au Long Col, au cours 
de ses incessantes rébellions contre les souverains français 
et allemands. Quand on voit cette maison, dont l'ambition 
était si grosse de menaces pour la liberté et pour le patri- 
moine de tant d'autres, soulever à diverses reprises, contre 
les rois, un ensemble si imposant de forces, n'en faut-il 
pas conclure qu'elle disposait d'un mobile assez puissant 
pour contrebalancer toutes les jalousies et toutes les inquié- 
tudes qu'elle devait inspirer ? Et ce mobile, quel pouvait-il 
être, sinon ce que nous avons le droit d'appeler le patrio- 
tisme lotharingien ? 

C'est cet esprit national, souvent fourvoyé, il est vrai, ou 
mis au service d'ambitions personnelles, qui fut toujours le 
grand danger de l'autorité des rois d'Allemagne en Lotha- 
ringie. Il régnait spécialement dans la partie occidentale 
du pays, celle que le partage de 870 avait assignée à la France, 
et qui d'ailleurs, à plusieurs égards, se distinguait nettement 
de l'orientale. Somme toute, la Lotharingie orientale et la 
Lotharingie occidentale appartenaient à deux groupes eth- 
niques différents : la première était germanique et la seconde 
romaine (1), et malgré les efforts de la politique pour ignoi*er 
ou pour pallier cette opposition nationale, elle s'affirmait en 
dehors de la vie officielle avec une force croissante (:2). Tant 



VitaAdalberonis UMcttemisVô,]i. 6C3 : Doininus IIenriciis(lI)rcx — inlota Ger- 
mania quœ citra Rhenum est et in Lotharii regno ([uod ris Rlienuiii est succcsserat. 

Une muUilude d'écrivains de la seconde moitié du X" et du XI^ siècle nomment 
la Lotharingie rajmtm LoUiarii, rcrimnn Lotharievr.c, rcgnuni Lnthoricwn, etc. Je 
cite, parexcinplo, Ituotiienis c. loet24, p. îo'J et 2fJi; Flodoard, .l))7;«fcv9."J9; Ger- 
bert. Lettres p]). 28, 'A'v, ;;i, Oi, l^i, 242; lle;ihiii)ih Continiiatio ann. 917, 924, 
939, 9GG; Vita Ridiardi c. 7. Encore au XII« siècle. Renier, dans le Triimiphiis 
Sancti Lamberti de Castro Dnllonio, p. 499, dit que Bouillon est silué intcr conjinia 
duoruin rcjnorum, Francorum scilicct et Luthurintjonun. 

(-1) Cette opposition de langage trouve bien son expression dans Widukind, II, 17, 
p. 443, oii Ton voit que, dans la bataille de Biricn contre le duc Giselbert révolté, le 
saîO'e (/Mi pt'uf est crié en français pardcsSr.xonspouriuetli'ecn fuite les soldats du duc. 

(2) Voir dans le tome II de mon livre intitulé : La frontière Umjuistiqitc en Bel- 
gique et datis le nord de la. France, pp. 42-1 i-, les [)i'euvcs de findinéience iiolitiquc 
du temps pour les frontières linguistiques. 



l'état liégeois avaxt xotger. 9 

qu'on n'en était pas venu à bout, tant qu'on n'avait pas donne 
une autre direction au puissant courant, les rois d'Allemagne 
n'étaient clicz nous que des conquérants étrangers, dont l'au- 
torité était toujours menacée i)ar « rindom]>table bai'baric » 
des provinces occidentales du royaume de Lotliairc (1). 

Les rois firent ce qu'ils purent; ils imaginèrent de s'atta- 
clier les grands du i)ays par des mariages (2), mais cela ne 
réussit point. Il fallut l'arrivée de saint Brunon pour sau- 
ver la situation. Otton le Grand fut bien inspiré le jour où 
il confia à son frère , avec la chancellerie du royaume 
d'Allemagne, le gouvernement de cette orageuse et turbulente 
Lotharingie. Les dix années (9oo-96o) pendant lesquelles, 
sans titre ofïiciel d'ailleurs (3"), l'archevêque de Cologne 
tint en mains les rênes du pays furent décisives pour l'ave- 
nir de celui-ci. Brunon sut concilier à la dynastie, par sa 
douceur, et dompter, par sa fermeté, un peuple habitué aux 
révolutions et ennemi de ses maîtres. Il mit fin au schisme 
funeste de la Lotharingie romane et de la Lotharingie 
germanique, en renversant l'axe du j)artage de cette vaste 
contrée, et en la divisant géograpliiqueinent en Haute et en 
Basse. Ce partage fut décisif; à partir de ce jour, mises cha- 
cune sous l'autorité de ducs diiférents, la Haute et la Basse 
Lotharingie n'eurent plus rien de commun entre elles. Le 
Lothier, qui correspond à la Basse, et la Lorraine, qui est le 
nom delà Haute, suivront désormais des destinées différentes. 

Pour longtemps, l'opposition nationale entre les popula- 
tions de race diverse que chacune contenait dans son sein 
cessa de se faire sentir. Mais ce n'était pas encore assez. 
Mémo réduite dans ces proportions, même désorientée 
par ces combinaisons nouvelles, l'autorité ducale pouvait 

(I) Ei-at namqiic in occidcntalibus regni Lolharici fiiiibus velut iinlomila bar- 
baries. Ruotirerus, c. 37, p. 209. 

(9) Nolaminent par le mariage du «lue Giselbert avec Gcrberge, (ille d'Henri I. 

(o)Il n"est jiliis nécessaire d'appi-endre àpersonne, je p.ensc, que le fiire (ïarcJudur 
qu'on a longtemps cru être celui de Brunon, repose sur la mésintelligence d'un pas- 
sage de Ruotgcrus, c. 20, p. 2G1 : (Oito) fratrem suum Brunonem occidenti tulorem 
e! provisorem et, ntita dicam, arcbiducem, in tam periculoso fempore misit. Le ut Un 
ilicam et le fait que Piuotgerus ali'ectionne l'emploi de termes grecs sullisenl pour 
enlever toute valeur à ce litre d'archiduc, qui d'ailleurs n'existait pas au m oycn-àge 



10 CHAPITRE II. 

rester redoulabic, cl la suite le fit bien voir. ( Kic denibarras 
ne causèrent pas aux Ottons les remuants descendants de 
Régnier au Long Col ! Mais, s'il ne put entièrement les bri- 
der, Brunon sut leur donner des contrepoids. En face de ces 
grandes familles laïques qui étaient la terreur des rois, il 
plaça les puissances ecclésiastiques, dont la fidélité ne se 
démentit pas. Il y avait en Lotliier trois sièges épiscopaux : 
ceux de Cambrai, de Liège et d'Utrecht. Brunon voulut 
qu'ils fussent autant de citadelles impériales. Il devint l'àme 
de cet excellent épiscopat qui présida pendant la plus grande 
partie du X" et du XP siècles aux destinées du pays. Maître 
de la chancellerie du rovaume allemand, il v formait sous ses 
yeux les hommes de valeur qui devaient ensuite, sur les sièges 
épiscopaux, travailler avec lui à consolider la dynastie, le 
royaume, la religion. Formés et façonnés à son école long- 
temps après cj[u'il aura disparu, les évèques de l'époque 
ottonienne y apprendront l'amour des lettres, le dévouement 
à la famille royale, le sens des choses publiques (1). Et c'est 
ainsi que de la Lotharingie, qu'il avait trouvée si barbare, 
Brunon fit une province pacifique et civilisée (2). 

Le diocèse de Liège se ressentit particulièrement de la 
sollicitude de ce grand homme. A deux reprises, il y pla(;a 
des hommes lettrés et austères qui sortaient de son entourage 
et dont le caractère lui inspirait toute confiance. Le premier 
ne parvint pas à se maintenir, et l'on peut dire que son échec 
fut le seul insuccès de la carrière politique du saint. Mais 
l'insuccès ne fut pas de longue portée, et ce sont encore des 
hommes selon le cœur de Brunon qui, après sa mort, conti- 
nueront à Liège l'œuvre à laquelle il avait consacré sa 
vie. 

(1) L'importancp de celle partie du rùle de ?ainl Brunon est bien mise en lumière 
par ces paroles de Ruolgerus c. 37, p. 2G9: Qutfsivil inlei'ea summa dilii;enlia ])ius 
paslor Bruno, verilatis asscrlor, evangelii propagalor, navos el iiidusliius vin>s, qui 
rem publicam sue quisquc loco lide el viribus luerenlur. 

(2) Mulla sunt alia et prope inlinila, quie in brevi non in Lolhariorum lantum- 
modu populo, {[uem ipse ex inlej,n'o susceperat gubernandum, quem eliain, sicut 
in pi'a'seuliai'uin (•{■rnilui', ex iiicuihj el fero |)a(aluin reddidil el inansuetum, sed 
eliaiu [lei' toluin regnuiu gloriosissiiui impcraloi'is sui in Dei rébus el salule locius 
populi strennuissime oi)eralus csl. l'iuutgcrus, c. 39, p. 270. 



l'ktat liégeois avant notoer. 11 

L'histoire de saint Brunon est, de la sorte, comme Tintro- 
duction de celle de Notger : on ne comprendra bien celui-ci 
qu'en se rappelant le milieu d'où il est sorti et les influences 
qui ont formé sa personnalité. D'autre part, on ne se rendra 
bien compte du rôle joué par le premier prince-évèque de 
Liège que si l'on connaît le domaine dans lequel va s'exercer 
son activité. C'est pourquoi l'aperçu que nons venons de 
présenter de la carrière lotharingienne de saint Brunon sera 
suivi logiquement d'un coup d'œil sur l'histoire de l'état 
liégeois avant Notger. 



L'État liégeois n'est pas seulement ecclésiastique par son 
caractère, il l'est aussi par son origine. Il doit sa naissance 
au diocèse dont il faisait partie, et dans lequel, petit à petit, 
s'est constitué son domaine temporel. Ce diocèse, qui avait 
pour tète la ville de Tongres, était identique, au point de vue 
territorial, avec la cité romaine du même nom, qui était elle- 
même l'une des subdivisions de la seconde Germanie. Qui 
connaît les frontières du diocèse peut tracer exactement celles 
de la civitas. Celle-ci était immense, ayant été formée de la 
réunion des territoires de plusieurs peuplades dont les unes, 
comme les Éburons, avaient été exterminées par les Romains, 
et dont les autres étaient trop petites pour constituer chacune 
une cité à elle seule. Le diocèse ou la cité de Tongres — 
c'est tout un au point de vue territorial — comprit donc, 
jusqu'en loo9, année de son morcellement, toute la Belgique 
orientale jusqu'à la Semois inférieure avec des parties consi- 
dérables des provinces limitroplies, c'est-à-dire du Brabant 
septentrional, du Limbourg hollandais, de la Prusse rhénane 
et du Grand-Duché de Luxembourg. Il s'étendait du nord au 
sud, de Bois-le-Duc à Bouillon, et on aura tracé ses confins en 
y comprenant Bcrg-op-Zoom, Bois-le-Duc, Venlo, Ruremonde, 
Wassenberg, Aix-la-Chapelle, Eupen, Stavelot, Saint-Vith, 
Bastogne, Bouillon, Chimay, Thuin, Nivelles, Louvain, 
Arendonck, Eeckeren. On peut préciser quelques points. A 
l'est, la limite passait entre Stavelot et Malinedy, entre 
Aix-la-Chapelle et Borcette; à l'ouest, elle passait entre 



12 CHAPITRE TI. 

Thuiii et Lobbcs, cuire Nivelles et Bornivaî, entre Louvain 
et lièrent, entre Arendonck et Turnhout. Au nord, le dio- 
cèse était liiuitc par le cours de la Meuse (1). Neuf diocèses 
se partagent aujourd'hui le vaste territoire sur lequel régnait 
la crosse de saint Servais et de ses successeurs (2). 

De bonne heure, la libéralité des rois francs, des évoques 
eux-mêmes et des fidèles avait fait passer dans le patrimoine 
de l'église de Tongres des fractions considérables de ce beau 
domaine. Au X'^ siècle, l'église de Liège possédait encore 
dans ses archives des actes qui attestaient ces largesses, 
celles de saint Remacle notamment (3). 

Il est fort probable que des évèques qui possédaient leur 
patrimoine dans le pays, comme saint Monulfe (4), saint 
Jean l'Agneau (o), saint Lambert (6), peut-être encore saint 
Perpète et saint Domitien (7), et d'autres saints personnages 
issus de riches familles hesbignonnes, comme saint Trond, 
saint Bavon, saint Chrodegang de Metz, n'ont pas oublié 

(1) Daris, llist. du diuc. et de la princip. de Liùge jusqu'au Xlll'^ siècle, p. 29. 

(2) Ce sont : Liège, Uurcîiionde, Bois-lc-Duc, Bréda, Malines, Touniai, Naniur, 
Luxembourg et Cologne. 

(3) Velut traditio inagnanim possessionum ejus (se. Remacii) tam Tungrcnsi 
eeclesi83 quam nostro monasterio (se. Stabulensi) facta, vel ab ipso vcl a prolicrc- 
dibus ejus vel efiani a regia sublimitatc testatur. Multa etenim seripîa ex eisdcni 
rébus i)er iiiulla annorum curricula a nobis possessis, in uti'aruuKiue eecclesiarum 
(se. Leodiensis el Stabulensis) adhuc reîinenfur arehivis. Keriger, c. 41, p. 181. 

(4) Deonanlum dcinde visitaluiu (MonuU'us) castrum liercditaric suuni Pon- 

tifex vero Monuifus Deonanto rediens, omnium priedioi'um suoruni bcatum Serva- 

tiuDi scripsit heredem addidit l'amiliain et prœdia, quia in liiis terris erat 

jocupletissimus. Gilles d'Orval I, o3, d"après une Vie de saint Monulfe par Jocundus, 
(XI" siècle), encore inédile. 

(o) Nobilis siquidem erat et mullis magnarum possessionum reditibus abundabal, 
quod si cui forte videatur ambiguum, lestanlur etiam pra'dia ab eodem nostrae 
aeeclesiac collala, a majoribus nostris et nobis adbuc possessa, et de quibus domi- 
nicani ilecimalionem saneti Cosmae rctinet aecclesia pro ejusdem sancti viri sepul- 
tura. lici-iger, c. ÎÎO, p. 177. 

(G) Glorio.stis vir Landcbcrtus pontifex oppido Trajeclensi oriundus fuit et alUis 
ex parentibus lociqdefibus secundum dignilatem seculi inter présides vencrandis et 
longa prosapia clii'islianis. Vitu sancti Lamherti, 2, p. o74 D. 

(7) C'est eiicui-e, le fabuleux .Jocundus (jui nous fourni! (judijucs renseignemenls 
sur ces deux sainis; ils ne sont d'aillcars pas de nalure ;i inspii'cr une entière con- 
liance. 



l'état liégeois avant NOTGEU. '13 

dans leurs libéralités le diocèse de Tongres. Nous en dirons 
autant des rois mérovingiens. Ils s'intéressaient à ce pays, 
qui était pour eux la terre des aïeux; ils y avaient, dans la 
iiiboveuse Ardenne, des villas rovales où ils aimaient à rési- 
der, comme Longlier (1) et Bcssling (2), qu'ils visitaient 
souvent à la saison des grandes chasses, et nous connaissons 
le séjour que deux d'entre eux ont fait dans la ville de Maes- 
triclit (3), qui était pour lors la résidence des évoques. C'est 
un prince de cette dynastie, SigeJjert II, qui a donné à saint 
Remacle, évOque de Tongres, les vastes solitudes où il bâtit 
les abbayes de Stavelot et de jNîalmedy (4). Qui ne voit 
qu'une donation de cette importance en laisse dcA'iner bien 
d'autres qui nous sont restées inconnues? Le crédit dont on 
sait que saint Lambert jouissait auprès du roi Childéric II et 
de ses successeurs n'a pas laissé de profiter à son église (5). 
Ce ne sont pas ici de simples conjectures : au XIP siècle, on 
possédait encore à Liège le diplôme par lequel le roi 
Glovis III (OOl-GOo), à la demande du saint, avait confirmé à 
l'église de Tongres ses possessions avec la jouissance de l'iin- 
mvniité (G). Or, un domaine territorial considérable, soustrait 



(1) Clotaire II à Longlier, lÀber Ilistoriœ, c. 41. 

("2) Cliildcbcrt II à Bessling (Belsonanco) en îiSo avec sa mère Brunehaut. Gré- 
goire de Tours, Ilist. Francorum, VIII, 21. 

{'?>) Cliildebei'l II en o9G. Capitichir. llcij. Franconcii, I. p. 13. Cliiidêric II en 
GG7. ŒGÏI. Diphmata, p. 29). 

(^ij MGll. Diploinata t. I, p. 22. 

(o) Apud regeni vero summum tenebat locum. Vita sancti Lamherti , u, p. -oVÔ A. 

(G) Quantœ autem existimationis et aucloritatis beatus Lambei'tus apud regem 
fuerit, manifeste patet cum cum idem pacifieus rex non solum episeopum sed et 
palrem et apostolicum virum appcilet in eo privilégie quod promulgavit, ipso sancto 
liresuie petente, pro immunilate et possessionibus ccclesie sancte Marie perpétue 
virginis, in cujus nomine et lionore eo tempore Trajeeti vigebat post Tungris que- 
dam dignitas pontificalis catbedre. Quod privilegium usque bodie apud nos conser- 
vari non dubium est. Nicolas, Gesta sancti Lmnbcrti dans Cbapeaville, I. p. 380. 
Les termes dans lesquels Nicolas analyse le document ne iiermettcnt pas de 
douter qu'il en ait lu le texte. Yillentagne, dans son Essai historique sur la vie de 
.\iii<ier, p. 2, dit que « Tliéodcbert, roi (d"Austrasie), publia, en considération de notre 
évêque Euchère II, un édit par lequel il ordonna, sous des peines rigoureuses, de 
restituer des dîmes, des prairies, des cbàteaux ou des maisons qui avaient été usur- 
pées sur l'église de Tongres depuis la dévastation des iluns. (Mémoires pour servir 



14 CHAPITRE II. 

par rimmunitc àriiitcrventiondes officiers royaux, qu'était-ce 
autre chose qu'une principauté ecclésiastique en germe ? 

Les Carolingiens ne se montrèrent pas moins généreux 
envers l'église de Tongres que les Mérovingiens. Plus encore 
que ceux-ci, ils étaient attachés à la Belgique orientale, qui 
était le berceau de leur famille et le centre de leurs pro- 
priétés territoriales. Leurs libéralités étaient consignées 
dans un grand nombre de diplômes conservés, à coté de 
ceux des descendants de Glovis, dans les archives de l'église 
cathédrale. Au dixième siècle, elle pouvait exhiber encore 
ceux de Pépin le Bref, de Charlemagne, de Louis le Débon- 
naire, de Lothaire P'" et de Charles le Gros, et il s'en faut 
que cette énumération fut complète (l). Les actes de Pépin 
et de Charlemagne étaient perdus dès le XIIP siècle, à l'é- 
poque où l'on compila le cartulaire de l'église de Liège, 
puisqu'ils n'y ont pas été transcrits ; toutefois, il est à remar- 
quer que l'on connaissait encore, en '1250, un diplôme 

à ridsstoirc de Liège. Maeslriclil, 178S). Je ne sais où est puisé ce renseignement, 
d'ailleiirs très suspect. L'Euchère qui figure dans le catalogue épiscopal de Liège, 
s'il a jamais été évêque, a occupé ce siège avant le règne de Théodebert (334-348). 
Cf. Fisen, Sancta Ln/ia, I, p. 73, qui exprime le regret d'avoir vainement clierclié 
ce diplôme; FouUon, llist. Leod. I, pp. 132 et 197; Léo, Zivulf Di'iclier Nicder- 
Itieudisclier Gescliidile, I, p. 1G9. 

C'est pour avoir ignoré ou négligé ces faits que WoJdwill, Die Anfiinijc dcr 
IdiidxtaïKli.scheii yerfas.tinKj iiii Bixthuni IJ'itlicli, p. 72. lii'e de l'absence du nom de 
Liège dans les diplômes les plus anciens la preuve que cette ville n'aurail pas appar- 
tenu à l'église. Quant aux raisonnements de M. Demarteau (Bulletin de la Socicié 
d'art et d'histoire du diocèse de Liège, t. VII, p. 31) iiiii snjijiose (pie l'église Sainte- 
Marie dont il s'agit dans le diplôme de Clovis 111 est, non celle de Tongres ou de 
Jlaestrichl, ([ui étaient l'une de droit, et l'autre de fait, les catliédi'ales du diocèse, 
mais la petite église du même vocable cpii aui-ait existé dès lors à Liège, ils ne me 
paraissent pas fondés. A la date où fut émis le dij)lôme de Cliildéi-ic II, Liège n'était 
qu'un des nombreux villages possédés par les évêques de Tongres dans leui- dio- 
cèse; il n'est pas même prouvé qu'il y existait dès lors une église. 

(i) Ces diplômes furent mis sous les yeux de l'empereui' Ollun II, en 980, par 
Notger, comme l'empereur l'atteste à la date du janvier de cette année : « Vene- 
rabilis episcopus Leodicensiuni Noikerus precepla qucdam noslris obtulit obtutibus 
quae ab anteccssoribus nostris Pi|iino Karolo Ludovico Lothario et item Karolo 
rcgibus Francorum collala eraiit ecclesie Sancte Marie et Sancti Laniberli, et insuper 
a paire nosti'o Ollone imperatore confirmata. » Bormans et Sclioolmeeslers, (Uirtu- 
laire de l'église Saint-Lambert à Liège t. I j). 20. 



L*ÉTAT LIÉGEOIS AVANT NOTGER. lo 

(le Cliarlomagne pour révoque A^illVid (i). Les actes de 
Louis le Débonnaire ont disparu également (2). De Charles 
le Gros enfin, le cartulaire de Saint-Lambert n'a conservé 
qu'un acte de 88'i par lequel il donne à l'église de Tongres 
la terre de Maidières au pays de Cliarpeigne, avec les serfs 
qui lui appartiennent à Tongres et à Liège (3). 

Mais, si les documents visés par Otlon II ont entièrement 
disparu (sans doute parce qu'ils étaient écrits sur papyrus), 
les archives de Saint-Lambert ont conservé un certain 
nombre d'actes émanés de rois carolingiens dont il n'est 
point parlé dans les diplômes des Ottons. 

Cette nouvelle série s'ouvre par la riche donation de l'em- 
pereur Arnoul, qui, en 888, confirma à l'église de Liège la 
possession de la grande abbaye de Lobbes, avec le château de 
ïliuin et 153 villages, et elle se continue au cours des années 
suivantes par d'autres libéralités importantes (4). En 894, 
Charles le Simple restitue à lévcque Francon la terre 
d'Arches (Charleville) dans le Porcien (o). En 898, le roi 
Zwentibold lui fit don de Theux (G). Vers ce môme temps, 
Gisèle, fille du roi Lothaire II, lui donna l'abbaye de Fosse(7). 
En 908, Louis l'Enfant lui conlirma la possession du droit 

(I) Sub islo Agllfrido ecclosia Loodionsis miilla actiiiisivit, siriit tesîaiitur privi- 
légia a voge Karolo sibi colluta. Gilles d"Oi-val, II, ?>'2. Cf. Sickel. .irlu Kunilhwniin, 
II, 373. 

(2j 11 y a à la vérilé, trois actes émanés de cet empereur qui iigurent dans le 
Carlulaire de Saint-Lambert, mais le premier est apocrypbe, le second confirme un 
échange de terres en Hesbaye entre Walcaud et un seigneur, le troisième donne la 
lerre de Pont-de-Loup et de Marcbiennes à un nommé Ekkard, dont les héritiers 
l'ont l'ait [lassoi', à une date inconnue, mais avant llo5, à l'église de Liège. Aucun 
ne mentionne une donation impériale faite à celle-ci. Il faut donc croire que 
cette église possédait d'autres diplômes de Louis le Débonnaire qu'elle soumit à 
Otton II, à moins que ce souverain ne fasse simplement allusion à Tapocryplie, 
chose peu vraisemblable. 

(3) IJormans et Schoolmeesters, t. I, p. (J. 

(A) Miraeus et Foppons, Opéra diplomatica, t. II, p. GuO. 

(o) Bormans et Schoolmeesters, t. I, p. 7. 

((3) Les mêmes, p. 8. Probablement, dit M. Vanderkindere, La Furmation terri- 
toriale de la BeUjique, t. II, 18o, à la suite des confiscations faites sur Régnier II. 

()7 L'acte est perdu, mais nous en avons la confirmation par Louis l'Enfant en 
907, Bormans et Schoolmeesters, p. 10. 



16 CHAPITRÉ 11. 

de monnaie et de lonlieu à Macstriclit. (1) En 008 -91o, 
Charles le Simple lui accorda l'abbaye d'Haslières et lui 
coniîrma la possession de celle de Malines (2). En 9io, le 
même roi lui concéda le Joresiiini de Tîieux, con^piétant 
ainsi la donation de Zwenlibold (3). Enfin, en 932, Otton I" 
ajouta à toutes ces richesses la donation de l'abbaye d'Alden- 
eyck(4). 

Le domaine territorial de l'église de Liège formait un 
vaste ensemble de terres non pas contiguës, à la manière 
d'un État moderne, mais disséminées et isolées, comme le 
sont d'ordinaire celles qui constituent les patrimoines privés. 
Et cela n'a rien d'étonnant, puisqu'en somme il s'était con- 
stitué comme ces derniers, par des donations, par des achats 
et par des échanges. Ce qui faisait l'unité de ce domaine 
épiscopal, c'était, outre la personnalité du propriétaire, la 
situation juridique spéciale qui lui était assurée. Cette situa- 
tion était désignée par le nom d'immunité. L'immunité était 
un privilège très précieux, dont un grand nombre de terres 
ecclésiastiques et quelques laïques jouissaient dès l'époque 
mérovingienne. Il consistait, comme on sait, en ce qu'aucun 
oflicier public, ni le comte ni aucun de ses agents, ne pouvait 
entrer dans le domaine immunitaire sous quelque prétexte 
que ce fût, soit pour juger des procès, soit pour lever des 
amendes, soit pour prendre des fidéjusseurs, soit pour exer- 
cer le droit de gîte, soit pour percevoir des impôts. C'est 
l'immuniste lui-même, ou l'agent choisi par lui, qui procé- 
dait à tous ces actes de la vie publique. Nous avons des for- 
mules du YIF siècle qui nous montrent que tous les droits 
enlevés j)ar les actes d'immunité aux agents royaux sont con- 
férés aux propriétaires exemptés. Et il n'est pas douteux 
que les évoques de Liège n'aient été de très bonne heure au 
nombre de ces derniers. Non seulement cela résulte de 
l'existence du diplôme de Clovis III, mais les actes impériaux 
qui, sous Notger, viennent confirmer les droits de nos 

(1) Donnans et Schoolmccslei-s, p. 12. 

(2) Les mûmes p. IG. 

(3) Les mêmes, p. 1 i. 
(4-) Les mêmes, p. M. 



L ETAT LIEGEOIS AVANT NOTGER. 17 

évèqucs, le font avec des expressions empruntées aux plus 
anciens documents qui conlcraient l'innnunitc. Il est mani- 
leste qu'ils se bornent à copier des documents do l'époque 
mérovingienne (1). 

L'évoque de Liège était donc, depuis quelques siècles au 
moins, un grand seigneur inimuniste. Entre lui et le souve- 
rain, il n'y avait personne. Il était lui-même, dans ses terres, 
l'olHcier royal, et il exerçait sur toute la population qui dé- 
pendait de lui les pouvoirs de ce dernier, soit directement, 
soit par l'intermédiaire d'un agent de son choix (2). La juri- 
diction que son immunité interdisait à tout autre ollicier 
royal^ c'est lui qui l'exerçait. Son pouvoir judiciaire faisait 
partie de sa qualité d'immuniste (3). 

Cette situation était belle; toutefois, elle était bien loin 
d'être exempte d'ennuis et même de dangers. Ln un temps 
d'anarchie et de violence, les richesses de l'église tentaient 
beaucoup de gens, et connue il n'y avait personne pour la 
défendre, elle était à la merci de tous les déprédateurs. La 
vie même des évêques n'était pas toujours protégée. Coup 
sur coup, deux évêques de ïongres, saint Tliéodard et saint 
Lambert, périrent pour avoir voulu défendre contre les pil- 



(1) Ces actes sont le diplôme d'Odon II en 980, celui d'OUon III en 98o el celui 
d'Henri 11 en lOÛG. On les trouve fréquemment édités, notamment par Bormans et 
Sclioolineesters, t. I pp. 19-27. On y ])eut joindre le diplôme de 987 accordant à 
Téglise de Liège l'abbaye de Gembloux {ibid. p. 23). Ces diplômes nous apprennent 
(juils ne font ({ue confirmer ceux de Pépin-le-Brel", de Charlemagne, de Louis-le- 
Débonnaire, de Lothaire (I ou II) el de Charles le Gros. 

(2) C'est ce que dit déjà le plus ancien diplôme d'immunité accordé à l'église de 
Liège, celui d'Otton II en 980 : precipimus ut nuUus cornes, nullus judex, nisi cui 
episciipus commiserit, audeat potestatem exercere super ea loca iicque placitum 
habere etc. (Bormans et Scliooîmeesters, I p. 19.) Cette disposition est reprise dans 
le i)rivilège de 987 : crceptis eis qui ub rpiscopo suffccti fueriiit (o, c. I p. 21) et 
dans celui de 1000 : )iisi cui episcopiis commiserit. (o. c. p. 2G). 

(3) Ce point étant prouvé, en ce qui concerne Liège, par la note qui précède, je 
me crois dispensé de rentrer, pour ma \yAvi, dans l'interminable discussion relative 
à la juridiction de l'immuniste. Cette juridiction a d'ailleurs été affirmée et prouvée 
par les meilleures autorités, notamment par "Wuitz, !>ar W. Sickel, par Fusiel de 
Coidanges, par Beaucliet, par Solim, ([ui a abandonné sa première opinion, el pai- 
Brunner, Dcutiche rœchta-jeschichtr 1. II, [). 298. Cf. cet auteur pour la bibliogra- 
phie du sujet. 

I. 2 



lÔ ciTÀPiTiiT: li. 

lards rinlc'grilc du patrimoine ecclésiastique (1). Mais la 
mort de saint Lambert devait amener un changement consi- 
dérable. L'extraordinaire aiïluence des lîdèles autour de son 
tombeau, donna en peu d'années à la modeste bourgade de 
Liège une importance sullisante pour lui valoir le premier 
rang dans le diocèse. Treize ans après la mort du saint, son 
successeur Hubert y transférait le siège de révôclié. 

C'était là une détermination grave. Elle fut exécutée d'une 
manière solennelle et en quelque sorte avec le caractère 
d'une véritable exode. Quelles raisons saint Hubert avait-il 
d'abandonner les deux chefs-lieux du diocèse, non seulement 
la vénérable ville de Tongres, qui en était le siège olliciel, 
mais la belle Maestricht, où s'élevaient de si nobles sanc- 
tuaires, et où la tombe de saint Servais semblait avoir à 
jamais fixé la résidence de ses successeurs? S'il est permis 
de chercher ailleurs que dans une inspiration de la piété 
l'origine de la migration de saint Hubert, je ferai remarquer 
qu'à Liège, les évoques étaient chez eux, sur un sol qui leur 
appartenait, tandis qu'à Maestricht, dont ils ne possédèrent 
jamais que la moitié, ils avaient pour voisins gênants et sou- 
vent pour rivaux et pour ennemis les comtes francs. Cette 
considération ne doit pas être restée indifférente à saint 
Hubert. A Liège, il put désormais exercer en toute liberté 
l'autorité presque illimitée attribuée à l'évèque sur la vie 
sociale de ses diocésains. Il fut, dans une certaine mesure, 
le créateur de la ville de Liège, et l'on voit vaguement, sous 
lui, s'ébaucher la principauté future (2). 

(1) Dans mon mémoire de 487G sur Saint Lambert et son premier biographe 
(Amialcs de l'Académie d'ArchéoIoijie de Delt/iriiic, Uh' série, I. III), j'ai encoi'C tlé- 
l'ciulu l'aullienticilé de la Iradilion liégeoise svir la mort de saint Lambert; depuis 
lors, mes études m'ont amené à la conclusion (juil faut s'en tenir à la version du 
premier biogi'aplie. Cf. Balau, Les Sutirces de l'Iii.stoirr du pays dr Liège {MCAUD, 
t. LXI. pp. 37 et 38). 

(2) Ipse prinium in huniili Leodio, Deo opihilante, religionis posuil fundamentum, 
unam tanfum a?ccleciani ordinando, ean(li'm([ue pro leiiiiioris oportunitate fabricis 
ceterisque insignibus adornando. Jus civile oppidanis tribuil, vitam et mores 
ipsorum disci|)linae freno composuit (compescuit ?j, libram panis, libram vini 
modiumque, qii;e nobisoum persévérant usque hodie, sapienler constiluit. Anselme 
c. Kl, p. 198. 



i/étaï liéokois avant NOÏGEU. 19 

Les conditions crexistcncc du diocèse et du domaine 
ecclésiastique ne se niodilicrent pas d'une manière essentielle 
sous le règne de Charles-Martel. L'église de Liège, comme 
toutes les autres, dut donner en fief une quantité de ses 
biens, et gagna à ce prix un certain nondjre de vassaux. 
D'autre part, la dynastie carolingienne, (jui s'appuyait sur la 
grande propriété et sur l'I^giise, ne cessa de favoriser 
celle-ci, confirma ou multiplia ses imumnités, lui lit des 
concessions territoriales. L'église de Liège possédait des 
diplômes d'immunité qui lui avaient été concédés par tous 
les rois carolingiens depuis Pépin le Bref et son frère Gar- 
loman (1) jusqu'aux deux Lotliaire et à Charles le Gros (2). 
Elle prenait donc de plus en plus, et par ces concessions 
réitérées du pouvoir souverain, et par les inféodations aux- 
quelles elle avait dû se prêter, le caractère dune institution 
féodale, reflétant ainsi dans son )node d'existence les condi- 
tions générales de la société dont elle faisait partie. Et ni les 
troubles qui éclatèrent après la mort de Louis le Débonnaire, 
ni les partages réitérés mais précaires de la Lotharingie, ni 
les terribles ravages des Normands ne changèrent rien à la 
situation territoriale des évcques. On voit au contraire pro- 
gresser leur influence, et la royauté se dépouiller de plus en 
plus en leur faveur. 

Dès le X'' siècle, nous ti'ouvons l'église de Liège en pos- 
session de privilèges nouveaux, qui accentuent sa marche 
lente et graduelle vers la souveraineté. Nous avons déjà vu 
qu'en 908, en vertu d'une donation de Louis l'Enfant, elle 
possédait à Maestricht le droit de tonlieu ou de marché et 
celui de monnaie (3). Nous savons aussi qu'à une date que 
nous ne pouvons préciser, elle avait reçu également le droit 
de tonlieu et de monnaie à Huy (4). Ce droit régalien n'était 

(1) Sur les donations de Carloman, v. lo Vita saiicti Huberti c. 22 p. 803 E : cuni 
muneribiis suis ditavit, oum palliis alque vasa argentca, et de jure liaeredilalis suac 
cuni hiiiiiinibus, lum tei-ris ti-adiilit ei et per instruiiienla eai'laruni deiegavit ad 
basilicain ubi sanctus Dei exaltalur in gloria ([uiescens tuniuluni. 

(2) Ils sont menlionnés notamment dans le diplôme ilOdon II poui- Liège en 
980. Bormans et Sehoolmeesters, t. I, p. 19. 

(3) Bormans et Selioolmeesters, I, p. 12. 

(4) El quia quud reli(iuum erat régie ditionis, in moncla sciiieel et lelonco reli- 



20 CIIAPIÏRK II. 

pas de ceux qui faisaient paiHie, jusqu'alors, des concessions 
d'immunité : il appartenait essentiellement au pouvoir sou- 
verain, et Gliarlemagnc se l'était toujours réservé. C'est 
Louis le Débonnaire qui donna le premier l'exemple de l'a- 
bandonner (1), et peut-être est-ce à ce prince que l'église de 
Liège devait celui qu'elle exerçait à Huy. Il faut noter ici 
l'étroite connexité qu'il y avait entre les droits de marclié, 
de tonlieu et de monnaie. Abandonner à un évèque celai de 
marché, c'était lui céder les redevances payées au prince du 
ciicf des transactions commerciales, et c'est ce qu'on appe- 
lait droit de tonlieu. C'était lui céder aussi la police du mar- 
clié et le droit de punir les infractions, en d'autres termes 
le droit de ban. C'était, enfin, lui donner la haute main sur 
une institution dont ne pouvait se passer aucun marché, à 
savoir, l'établissement qui transformait en numéraire les 
métaux servant aux transactions commerciales, et qui rem- 
plissait en l'espèce l'ollice d'une vraie banque d'échange (2). 
Sous le nom de droit de marché, il faut donc comprendre 
en général ce triple droit de tonlieu, de ban et de monnaie, 
qui, sans être toujours exprimé complètement dans les con- 
cessions de marché, n'en est cependant pas séparable (3). 

Qui ne voit qu'un pareil droit dépassait de beaucoup la 
portée de l'immunité? Par celle-ci, un grand propriétaire 
était déclaré seul intermédiaire entre la population de son 
domaine et le souverain. Par le droit de marché, au contraire, 
une partie essentielle des droits du souverain était détachée 
du pouvoir royal et livrée au concessionnaire. Aussi voyons- 
nous qu'en 908, pour enlever à l'ollicier royal de Maestricht, 

(|uls([iie redditibiis, magnificentia rogiim et imperatoruin et predecessonini iiostro- 
niiii ecclesie sancte Marie Lcodio vel llolo posile jam cesserai. Diitlome dOltoii III 
en 983 dans Bormans et Schoolmeesters, I, i». 21. 

(•1) W'aitz, Deutsche Vcrfassinirjsgeschichte, 2«^ édition, (. IV. p. 9a. 

(2) Waitz, 0. c. t. IV, p. 94. 

(3) Waitz, o.c. t. VII, p. 187. Cf. K. Hegel, Euistcl.iniij des daiisrhcn Stadtcivcsem, 
p. 30 : Markt, Mùnze und Zoll gehoren zusammen. Denn der Markt bedarf derMunze 
fiir den ('.cldvcikelir und ini Zoll liegt dasllauptei'triigniss dcsMarkfes. Daherwerden 
in der Regel aile drei zusammen bewilligl, und wenn Zoll und Miinze allein verlic- 
hen werden, ist das Dasein des Marktcs vorau.sgesetzt. Dazu konnnt viertcns der 
Bann. 



i/ktat ltkceois avant xoTr.r.n. 21 

c'est-à-dire au coiuto Alhoin, une [)orliori aussi coiisidc'i-able 
de ses attributions, le roi crut devoir commencer par prendre 
son consentement (1). 

Au moment donc où s'éteignait la dynastie carolingienne, 
les cvcques de Liège, comme un grand nombre de leurs col- 
lègues allemands, n'étaient plus de simples immunistcs, et, 
s'ils n'étaient pas encore de A'rais princes, ils tendaient sans 
relàclic à le devenir. Déjà ils étaient en voie de sup[)Ianter 
l'autorité comtale dans les principales villes de leur diocèse : 
Macstricht, Huy et probablement Tongres. Leurs droits 
domaniaux d'une part, leurs naissantes attributions politiques 
de l'autre, constituaient une double autorité sur laquelle se 
posait le prestige de leur dignité religieuse. Quand on les 
voit, déjà sous Hartgar (S41-8oo) et sous Francon (8o6-903) 
marcher contre les Normands à la tcte de leurs propres 
troupes, et remporter des victoires sur ces redoutables enva- 
hisseurs (2), ce ne sont plus seulement des pasteurs, ce sont 
des princes qu'on reconnaît en eux. 

Aussi l'élection d'un évèque de Liège était-elle une affaire 
dont personne ne se désintéressait, et qui, le cas échéant, 
prenait les proportions d'un intérêt international. Ce fut le 
cas lorsque mourut l'évéque Etienne en 920. Il y eut deux 
candidats en présence, alliés l'un et l'autre aux plus puis- 
santes familles de France et d'Allemagne. L'un, Hiîduin, 
était i)arent des comtes d'Arles et de Provence ; l'autre, 
Richaire, abl:)é de Prûm, avait pour frères les fameux comtes 
Gérard et Matfried, qui, en 900, avaient triomphé du roi 
Zwentibold. Toute la Lotharingie prit parti dans cette 
querelle, qui bientôt se transforma en une rivalité de nations, 
l'Allemagne appuyant Hilduin et la France Richaire. C'est 
ce dernier qui l'emporta, parce qu'il avait pour lui le souve- 
rain du pays, alors Charles le Simple, et qu'il fut reconnu 
par le pape. Mais la lutte si âpre et si longue qui s'était 
livrée pour la possession du siège épiscopal entre les deux 

(5j Tcloncum ac monelam do Trajeclo noslra donatione cum conseiisu Alboini eo 
teinjioiv illius coniitis conce.'^sani. lîmiiiitiis et Sdioolmeesters, I. p. 13. 

i'.i\ Anselnip, c. 19. p. 1!)9. Scdiiliiis, II, \iii, Ad Ilartijarium et Xl.v De Stnifje 
yor)ii(uin(in(in dans Poctœ Latini Acvi Cnrolini, III, pp. 17G et 208 (MGllJ. 



99 



CHAPITRE 11. 



factions prouve bien que dès lors l'évêché était un pouvoir 
qui ne laissait plus personne indiflërent (1). 

L'avènement des rois d'Allemagne en Lotharingie accéléra 
le développement de ce pouvoir temporel qui, depuis plus 
d'un siècle, se formait peu à peu autour du siège épiscopal 
de Liège. Incessamment en lutte avec la maison de Régnier 
au Long Col et avec ses nombreux adliérents, la royauté 
trouvait dans les évèques ses meilleurs appuis, ses plus 
fidèles serviteurs. Aussi Liège devint-il, avec Caml^rai et 
Utrecht, la citadelle où le pouvoir impérial aAait ses arse- 
naux et ses refuges. Les évèques accompagnaient l'empereur 
dans ses expéditions ; nous rencontrons Rathier et Eracle à 
la suite d'Otton I" en Italie, et nous lisons dans un docu- 
ment de 980 que l'église de Liège envoie à l'armée impériale, 
cette année, un contingent de soixante hommes d'armes 
vêtus de la cuirasse ou hroigne (2). Les deux évèques dont 
il vient d'être question ont bien déjà l'air de princes : des 
émeutes éclatent contre eux ; le premier est renversé et chassé 
par les grands, et du second il est dit qu'il fut tellement 
doux qu'il ne punit pas les coupables (3). Et, dès les pre- 
mières années de son règne, Notger peut affirmer son autorité 
souveraine à Liège : on nous dit qu'il punit avec la dernière 
sévérité les perturbateurs qui avaient troublé la vieillesse de 
son prédécesseur Eracle (4). Tous ces faits attestent que la 
principauté ecclésiastique de Liège n'est pas née tout d'un 
coup, qu'elle s'est formée à la longue, sous l'action du milieu 

(1) Flodoanl, Annalrs '^10, 921; Richer, I, 2o; Folciiin, Grata ibtuit. Lohb. 
c. li), ]). ()3 ; ; Luifpraïul, Autapodu.sis III, 42, p. 312; lipistolœ .Jaiuiiiis papœ dans 
I?oui[ui'l, IX, p. 21o. Cf. l'exposé (le P». Pai'isot, Le roijainiic de Lorraine mnis les 
Carolingiens, \)[). 0oi-(j39. 

(2) MGll. Coustitiitinnes impcnttdnnn, t. I, p. (133. Di\j;i on DGI, saint liiiinon de 
Cologne avait envoyé à son fi'ère Ollon P'', jjarlant imiir rilalic, un contingenl de 
Lotliaringiens pesaminent armés, lîiiotgeriis c. 41, p. 270. 

CA) -Mulla idem cpiscriims a suis siepe perpessus, ciim reli'ihiierc pussel, nim 
paticntia superavit, nullam ]n-o injuila smi rcddcrc vnleiis vindi(lai!i. Anselme, 
c. 24, p. 202. 

(4) Clobum enim obdaralionis corum qui ad versus dominnm suum I.eodiensem 
e|)iscopum dominum Everaelium se conflavei'anf judiciaria vii-|ule eontrivil et eos 
penali discipline usque ad dignain correctioneni subjccit. Mia ?iotijcri, c. 1. 



l'état liégeois avant XOT^Ell. 23 

ambiant, et que les diplùmcs dimmunilô qu'elle reçut des 
Ottons consacrent plutôt qu'ils ne créent leur autorité terri- 
toriale. 

llendons-nous, si possible, un compte exact de cette situa- 
tion, à la veille des faits qui vont donner un cachet oiricicl à 
l'existence de la principauté. Nous verrons que l'église de 
Liège est un grand propriétaire immuniste qui, comme tous 
ses semblables, a donné en lief une bonne partie de ses 
terres : celles-ci ont dès lors cessé de faire partie de son 
domaine direct pour aller enrichir la classe déjà nombreuse 
des vassaux de l'église. Le mouvement féodal qui détermi- 
nait ces aliénations de territoire était si intense que, dès le 
IX" siècle, la royauté chercha à en modérer les excès. C'est 
ainsi qu'en 884, Charles le Gros, en faisant don d'une terre 
à l'église de Liège, stipulait qu'elle ne pourrait jamais être 
donnée en rief(l). "Slais il était impossible de remonter le 
courant, pour la raison qu'il était universel, et qu'il y avait 
pour l'église autant d'avantages que d'inconvénients à y 
céder. Si, en eflet, d'une part, elle se voyait privée de la 
jouissance de plus d'un domaine par les laïques avides aux- 
quels elle était obligée de l'inféoder, de l'autre, c'est l'inféo- 
dation seule qui lui procurait les vassaux formant son armée. 
Aussi voyons-nous les églises, à cette époque, travailler à se 
procurer le plus grand nombre possible de vassaux, et celle 
de Liège, au commencement du XP siècle, continuait de faire 
de même (2). Dès la seconde moitié du X*^, ces vassaux 
ecclésiastiques, sous le nom de milites, apparaissent fré- 
quemment dans nos textes. Chaque diocèse, chaque abbaye 
a les siens, en nombre plus ou moins considérable selon 
l'importance de ses propriétés territoriales. Les uns sont des 
hommes libres qui se sont fait céder des terres ecclésiastiques 
en lîef pour s'enrichir et à qui l'église n'ose pas les refu- 

(1) Nullusque rjiisdom ccclesia' episcoiius deinceps benefaciendi eas (res) habcat 
licenliani. lîui'inans et Schoolmecsters, t. I, p. 6. 

(i) Vitn Ihilderici II, c. 2, p. 72o : Non enim in acquii'cndis miinicipiis rt iircijr 
opei'ani adhibebal, ut plcrisquc cpiscopis est constictudo, licet et in bis inililina 
qufedani utilitas et tam privatorum quam publicarum reruni vidcaluf osse defensio, 
sed tûtum ad ccclo.siastica coinmoda contulerat studium. 



24 CHAPITRE II. 

scr (1) : pour eux, le vassclagc et le serment de {idclitc prêté 
au saint (2) ne sont guère que des formalités, ou du moins 
ne représentent pas leur vraie relation avec lui. I^es autres, 
au contraire, sont des hommes non libres sur lesquels Téglise 
exerce une aulorité plus réelle, et dont elle fait des vassaux 
pour avoir en eux des défenseurs. L'armée épiscopale était 
ainsi composée d'un double élément, que les chartes ont soin 
de distinguer : les premiers sont les hommes libres (liheri 
homines), les propriétaires d'alleux qui se font accorder des 
fiefs; de l'autre, ce sont des gens de l'église (homines de fa- 
milia, on homines ecclcsiastici, ou ministeriales) (3). Mais ces 
deux catégories, si distinctes à l'origine, tendent à se fondre 
rapidement; dès le XIIP siècle elles n'en forment plus qu'une 
seule, celle des barons et chevaliers. Tous seront nobles sans 
distinction d'origine, ennoblis par le fief et par le service 
militaire qu'il implique. 

Disséminés sur toute l'étendue du domaine ecclésiastique 
ou groupés dans les villes et les bourgades, ces vassaux for- 
maient l'élément militaire de la nation. Exclusivement pré- 
occupés de leurs intérêts de caste, ils étaient pour l'évéque 
aussi dangereux qu'utiles. Ils aimaient à intervenir dans 
toutes les affaires publiques, principalement dans les élec- 
tions épiscopales, pour favoriser les candidats desquels ils 
attendaient des augmentations de bénéfices (4). Ils ne ces- 
saient d'en réclamer, de s'en faire accorder par l'évOque 
de gré ou de force (o). Les chroniqueurs du temps ne taris- 
sent pas sur leurs exactions, leurs rébellions. A Cambrai, où 
le y)ouvoir épiscopal fut de tout temps désarmé vis-cà-vis 
d'eux, les évéques eurent beaucoup à souiTrir de leur inso- 

(1) Anselme, c. 2i, p. 202, dil il'lù-icle : Et (iii;uiivis iiimimeiis prenicrotiir 
molestiis et niulla fumiliaris roi :iiigiisli;i, (|iii[ipe ([ui a viris iiiilitarihus cpiscupio 
appendiciis i)rivalns cssct villis. 

(2j Vlta Cdalriri, c. 22, p. -iOT-ÎOH; Crsla cpp. Caiii. lil, 2, p. iGG. 

(3) Celte double couiposition (l"iii!c ai'inéc cpiseopale apparaît bien d;)iis le Vita 
sa?icii Rcrnwardi c. r)2, p. "72, oii l'on volt Tabbesse Sopliie de Ganderslieim con- 
voquer « eunttos videlicet quos vel de vassatieo archiepiseopi vcl de faiiiilia illius 
convocarc poterat », sans compter ses amis à elle et les gens de sa propre familia. 

(4) Vita sancti i'il/tlrici, e. 28, p. ilo. 
(o) Ibid. p. il 7. 



I, ITAT î.ir.r.EOTS AVANT N'OTr.rR. 



2.' 



Icncc. Bércngcr et Ansljcrt durent recourir l'un et l'autre 
à la protection du comte de Flandre (1); quant à Theudon 
(072-970), il fut littc-ralemont mystifié par eux, et son ponti- 
ficat lui devint tellement insupportable qu'un beau jour il 
se sauva pour retourner dans sa chère Cologne (2). Il n'allait 
pas si mal partout, mais partout les vassaux ecclésiastiques 
étaient prépondérants dans les diocèses, et tout pouvoir avait 
besoin de leur adhésion (3). 

Ce qui faisait la force et l'audace de tous ces vassaux 
vis-à-vis de leurs suzerains, c'est que, de^iuis un siècle envi- 
ron, ils étaient retranchés et protégés contre tout venant. 
Au cours des invasions des Normands, le besoin de la défense 
avait fait surgir partout, sur les hauteurs abruptes, dans les 
plaines marécageuses, des chàteaux-forts qui, en cas de 
détresse, servaient de refuge non seulement au seigneur, 
mais à toute la population des environs, souvent même à 
des monastères entiers qui s'y réfugiaient avec les chasses 
de leurs saints. Le danger passé, le pays se trouva hérissé 
d'une multitude de bastilles qui, après l'avoir défendu contre 
l'ennemi, protégèrent désormais les feudataires contre leurs 
voisins et contre leur prince. La puissance de l'aristocratie 
féodale s'en trouva accrue démesurément, et rien ne contribua 
plus à détraquer les rouages de l'aduiinistration, à modifier 
les cadres des divisions territoriales. Aussi le mouvement de 
construction de chàteaux-forts, loin de se ralentir après la 
période des invasions, continua-t il avec plus d'entrain que 
jamais. Pendant un siècle environ, de 880 à 980, il surgit de 
terre une multitude de donjons féodaux (4). Non seulement 
chaque seigneur voulait avoir le sien, mais certains en possé- 
daient un bon nombre (o). On peut dire que dans les Pays- 
Bas, et en particulier sur les bords inférieurs du Rhin et de 

(1) Gcsta epp. Ctnn. 1, 88, 

(2) Md. I, 9?>-nn. 

(3) Vita sancti lUribcrti, c. \. p. 7'io. 

(4) Nous ne possédons ([wc rarcnirnt l;i (hilc de la cniislruclion de ces forteresses. 
Le cliàtenu de Mii'WMi-t, près de Saint-Ihibeft, l'iit- bâti en ÎJoiJ par un eoinlc 
Etienne. V. Minirula S'inrti Uidnrti, II, 2. 20 p. 827. 

(o) C'est ainsi que la chronique de Waulsort c. 4 p. oOG (cf. c. 12 p. olO;, veut 
que le comte Eilbcrt en ait bâti jusqu'à sept. 



26 CHAPITRE II. 

la Meuse, ce sont les clifitcaux-forts qui sont les clefs de 
toutes les situations politiques (1). C'est là que se passent à 
peu près toutes les scènes de la résistance des vassaux à 
leurs suzerains. Régnier au Long Col à Durfoz, Giselbcrt à 
Harburc et à Ghèvremont, les fils de Régnier à Roussoit, 
Raudouin IV à Gand, tiennent tète aux rois et aux empe- 
reurs (2). 

Ces rois, qui bâtissaient eux-mêmes nombre de châteaux, 
n'avaient pas de plus grand souci que d'abattre ceux de leurs 
vassaux. Le mot d'ordre de la royauté du X'' siècle, comme 
celui des révolutionnaires du XVIII'' siècle, c'est guerre aux 
châteaux! Dès 86i, par le capitulaire de Pitres, Charles le 
Chauve avait ordonné à ses comtes de détruire les châteaux- 
forts de leurs circonscriptions et défendu d'en bâtir de nou- 
veaux (3). Et cette politique fut celle de tous les princes qui 
entendaient régner : du roi Lothaire, que nous voyons 
abattre un chàteau-fort sur la Chiers (4); de son fils Louis V, 
qui somme l'archevêque de Reims de détruire ses châteaux 
de Mouzon et de Mézières, bien que situés en terre d'Em- 
pire (o), de saint Rrunon qui, préposé au gouvernement 
général de la Lotharingie, ne trouva pas de moyen plus eiii- 
cace pour y rétablir l'autorité royale que de faire abattre les 
châteaux (G). Ce qui prouve jusqu'à quel point les mesures 
prises par saint Rrunon entraient dans le vif des diilicultés 
politiques, c'est qu'elles déterminèrent en Lotharingie un 
soulèvement général, auquel s'associèrent même ceux des 
vassaux qui avaient été jusqu'alors les plus fidèles (7). 

(1) Lire par cxemiile dans Alperl, De f//('fc.s7V«?^ to»pon(w II, l-IO, p. 700-717, 
l'histoire des rivalités de Wicmaiin et de Baldéric, qui n'est qu'une suite de 
cliâtcaux-forts assiégés, pris ou rendus,. puis démolis et enfin i-eoonstruits. 

(2) V. Flodoard, Atmalcs 922; Riclierl, 37 et 38; p. S79; Continuât. Reginon 939. 
(o) MGII. I.riirx. p. '199. Cf. Fustol de Conlanges, 1rs TriinuforDiations de la 

Roijmitp, p. 082. 

(4) 93G. Lotharins vt'\ iimnilioni'in quaindaia sujier Cliaruin fluviiiiii ([uam lîage- 
narius cornes l'rsioni cuidam Rciiiensis ecclesiie niiliti abstulerat pugnando l'ecepil 
ipsunupie rastrum dircptuin incendit. Floiloard Annctics, cf. V. Lot, p. 20, n. 

(o) Lettres de Ccrbert, n" 89, p. 80; cf. n" 94, p. 80. 

(fi) Flodoard, .tntKilrs, 9G0. 

(7) Flodoard, Auunlcn ; Ruolgcrus, c, Cf. C. Knitli, Le comte humon, p. 328. 



l'état LIKCfEOIS AVANT NOTOER. 27 

Les évèqucs se firent les agents énergiques de la politique 
royale, dont, en roccurence, les intérêts se confondirent 
avec les leurs. Tout en bâtissant des châteaux là où ils le 
pouvaient, ils ne cessèrent de travailler à abattre les bas- 
tilles féodales. 

C'est certes une page bien curieuse de l'histoire du temps, 
celle qui nous montre ces princes crosses et mitres qui mon- 
tent à l'assaut des donjons, en attendant que, plus heureux, 
ils trouvent dans la création des Trèves-Dieu un emploi non 
moins eHicace, mais plus digne d'eux, de leur zèle pastoral. 
La plupart des évoques de ce temps sont des briseurs de 
bastilles; je citerai notamment Adalbéron II de Metz (1), 
Adalbéron de Reims (2), Rothard de Cambrai (3). 

Or, les bastilles ne manquaient pas au pays de Liège. 
Elles hérissaient les hauteurs abruptes du Condroz et de 
l'Ardenne, elles abondaient dans les plaines marécageuses 
de la Hesbaye (4). Les prédécesseurs de Notger. enserrés de 
toutes parts dans le cercle de 1er qu'elles traçaient autour 
deux, avaient été littéralement à la merci des châtelains, et, 
si les annales de ce temps étaient plus explicites, elles nous 
feraient assister à bien des scènes de violence et d'iniquité 
impunies. En 033, Richaire se crut assez fort pour entre- 
prendre de mettre à la raison un de ces rebelles, et il alla en 
personne démolir le château qu'un certain Bernard avait 
bâti à Arches (aujourd'hui Charleville), dans le comté de 
Porcien, sur une terre appartenant à l'église de Liège (o). 

(1) Vita Addlbcmnis II Mctemis, c. 20. p. OGo. 

(2) Historia Mt»ia.strrii Mosnmensis, c. 7 Pt 8. 
(o) Gegtii epp. Camcrac. I, -103, p. 443. 

(4) In paludibus sivc rupibiis firmissima s^ibi rcccptacula LOinunnieranl. 
Anselme c. oo, p. 222. 

(5) Richarius episcopus Tiingrensis quoddain caslcllum Bernardi comiti.s, qiiod 
i|)se Bernardus apud Marceias in pairo Porcinso consfnixei'at cvertit, eo quod in 
snap octlpsiae terra sidini e?set. Flddoai'd, AnnaUx. a. fl33. La terre d'Arcbes 
avait été acquise pai' i'évèqne ri'ancuii en vertu d'un mutrat de précaire sdus 
le roi Lotliaire II, mais il en avait été dépouillé par la .suite. En SOi, cette terre 
lui fut rendue par Cliarics le Simple. Bormans et Scboolmecsters. t. I, p. 7. 
Ci. diiui A. Noél, Notice hi.stori'jiic sur le canton de Cliarlerille, Reims 1890. p. I!) 
et suivantes. 



28 CHAPITRE II. 

Mais, poui' liu ou dtnix succès de ce genre, que iannalistc 
n'aurait pas enregistrés s'ils ne se présentaient à lui comme 
des faits extraordinaires et exceptionnels (1), que de ren- 
contres dans lesquelles l'autorité du roi et celle de l'évoque, 
son représentant, étaient foulées aux pieds ! L'édit de saint 
Brunonne fut certainement pas exécuté, ou ne le fut que d'une 
manière partielle dans le diocèse de Liège, s'il en faut juger 
par l'exemple que voici. En 9oo, un certain comte du nom 
d'Etienne, dans lequel on s'accorde à voir un ascendant de 
la maison de Ghiny, avait bâti le château de Mirwart sur une 
terre que l'abbaye de Saiiit-IIubert revendiquait comme 
sienne (2). Mir^vart, malgré l'édit de 9o9, resta debout; le 
comte Etienne se contenta de dédommager l'abbaye pour le 
tort qu'il pouvait lui avoir causé, et c'est seulement au milieu 
du XP siècle que la forteresse fut détruite au cours de la 
lutte entre le duc Godefroi IV et l'empereur Henri IIÎ (3), 
pour être d'ailleurs rebâtie quelques années ensuite. 

Les féodaux étaient donc à peu près les maîtres des 
terres cpiscopales, et il est naturel qu'ils aient considéré la 
dignité épiscopale elle-même comme une proie qui leur était 
réservée. Ce qui se passait vers cette époque à Rome, où, 
depuis le milieu du IX'' siècle, la tiare pontificale était livrée 
à toutes les rivalités de l'aristocratie, se retrouvait en petit 
dans les diocèses. Il y avait longtemps qu'à Liège les grandes 
familles du pays se transmettaient l'une à l'autre les insi- 
gnes é[)iscopaux. AValcaud sortait d'un l'iclie lignage do la 
Famenne (4): Hartgar était certainement de haute naissance; 
Francon appartenait à la noblesse et avait fréquenté l'école 
du palais; Etienne, son successeur, était aj)parenté aux 
Carolingiens. 

A partir du jour oii la Lotharingie fut rattachée à l'Alle- 

(1) On |icut ri'.ppi'ocher de lu prise d'Arches par Ricliaire celle de Warcq par 
rarchevêiitie de lîfiiiis Adalbéron on 071. Ilistaria M(ni(istcrii M(<.<timiensi.<:, c. 7 cl 8. 

(2) Vuir les ducunicnls réunis pai' T.. Kurlli, CJuirtcs de l'ahlntiic de Saint Hubert 
en Ardauie, t. I. p. !l. Ci. le iiiriiie Les jirrmirrs siècles de l'iihlidijc de Siiiiit- 
Jliihert. ilCiUl. V" série, t. VIII (1898), p. 72 et suivanles. 

(;■)) Chroiiiro)! Snnrli Jlnbcrti. c. o, p. y71. 

(4) Gilles d'Orval II, oi. Cf. ti. Kiirtii, Les premiers siècles de l'al)ba>je de Suint 
Hubert, jip. do et 30. 



l'état likgeois avant notgeu. 29 

magne (925), il n'en JiHa [)lus ainsi. La dynastie était forte 
et avait conscience de ses droits ; elle se rendait compte de 
l'importance politique des cvcques, et elle se réserva de les 
choisir elle-méine. Ce furent alors des personnages étran- 
gers au x^ays, ou du moins à son aristocratie, qui occupèrent 
successivement le siège de saint Lambert. Les rois en pour- 
vurent tour à tour Hugues, abbé de Saint-Maximin de 
Trêves, Faraberl, abijé île Prûm dans le même diocèse, 
Uathier, né, il est vrai, dans le pays, mais issu de petite 
noblesse. 

Comme on peut le croire, les grands ne se résignèrent 
pas à être évincés de cette manière systématique. Profitant 
des troubles qu'avait suscités en Lotharingie la révolte du 
duc Conrad (954), ils déterminèrent un soulèvement à Liège 
pendant l'absence de l'évèque, et ils introduisirent à sa 
place Baldéric, un parent de Régnier au Long Col et du 
duc Giselbert (9oo). Le coup était d'une hardiesse sans 
pareille, et il trahissait l'intention de faire l'etomber toute la 
Lotharingie sous le joug de cette famille puissante qui avait 
tant de fois trahi le souverain et balancé son autorité. Tou- 
tefois, aux prises avec des diliicultés presque inextricables, 
et tremblant qu'une attitude plus résolue ne poussât les 
séditieux à quelque mesure désespérée, Brunon crut prudent 
de céder : il sacrifia à regret Uathier et laissa Baldéric 
prendre possession du siège (1), après avoir obtenu des 
grands la promesse qu'à ce prix ils défendraient avec zèle 
les intérêts de l'Eglise et ceux de l'empereur (2). L'épiscopat 
de Baldéric fut digne, au surplus, de son origine : il livra le 
diocèse à ses parents, à son oncle, Régnier de Ilainaut, sur- 
tout, et l'on se souvint longtemps à Lobbes des déprédations 
et des violences de ce dernier (3). 

(1) Piuolirenis. c. 38, p. 270 ; Ualliier, Pi'ir('iir.sis,j)roœinii(m, 1; Folcuiii, Gcsta 
abbut. Ijibl)., c. '23, p. C.'] ; Anselme, c. 23, p. 2()l. 

Los cominentâire.s de Riiotgerus sur l'expulsion de Ralliier montrent combien le 
saint dut sentir vivement ce premier échec de sa politique. 

(2) Obstricti sunt sacraiiientorum iide spontanei, ut si accipere mererentur epis- 
copuiii ([uem petebant, inviclu exinde firmitate aucloritatem ecclesiœ et jus impera- 
torium tuerentur. Folcuin, o. c. c. 23, p. Go. 

(3j Y. Folcuin, o. c. c. 20. pp. 07-CS. 



âÔ CHAPITRÉ II. 

La mort précoce de Baldéric, arrivée le 20 avril 959 (1), 
fut pour l'archevêque de Cologne l'occasion d'une revanche 
iuipaticmnient attendue : il en prolita pour donner l'évcché 
de Liège à un de ses compatriotes saxons, le savant Li'acle, 
prévôt de l'église de Bonn. L'aristocratie lotharingienne, 
qui venait d'être humiliée dans la personne de Régnier au 
Long Col, arrêté comme coupable de haute trahison, ne put 
ou n'osa s'opposer à la nomination, et, de nouveau, la royauté 
eut sur le trône pontifical de Liège un sujet fidèle à la place 
d'un vassal remuant. Eracle, il est vrai, ne connut guère de 
sa haute position que les angoisses et les épreuves. Savant 
distingué pour son époque et professeur admirable, il ne 
paraît pas avoir possédé au môme degré les qualités de 
l'homme de gouvernement. Il vit les terres de son église 
pillées et confisquées par les grands seigneurs sans pouvoir 
s'opposer à leurs déprédations, et, privé de ses revenus, il 
se trouva plus d'une fois dans la détresse. Il faillit môme 
partager finalement la destinée de son prédécesseur et ancien 
maître Uathier : un jour, déchaînée sans doute par les 
grands, une émeute furieuse assaillit son palais épiscopal 
sur le Mont Saint-Martin, à Liège; les tonneaux (2) de sa 
cave furent défoncés, et des Ilots de vin de Woimus rouge 
coulèrent jusque dans la Meuse, qui baignait le pied de la 
colline. Telle fut la première émeute dont l'histoire de la 
ville de Liège fasse mention. L'évoque, ajoute le chroni- 
queur, supporta patiemment ces épreuves et ne chercha pas 
à tirer vengeance des rebelles : apparemment, il y avait dans 
cette longanimité autant d'impuissance que de vraie man- 
suétude. 

De tout ce qui vient d'être dit, on peut déduire quelle 

(1) C'est par erreur que M. Lot, dans Les deniicru Carolinijicns, p. iG, le fait 
mourir de la peste en 950, sur la foi de Flodoard. L'année 939 est donnée par 
Folt'uin, c. 27, par les Annales Luiibienses cl leurs succédanés, les Annales Leodienses 
et les Annales Sancti Jacubi ; le jour, par l'obituaii'e de Saint-Lambert, autorité 
plus siire que Gilles d'Orval, qui dit AT /.<(/. tiuv. II. AU; cf. Fouilon, I, p. -180. 

(2) Anselme, c. 2i, p. 202. A Cologne, loi'S de rémeute de lOT-'t contre Tarche- 
vè([uc Annon, c'est également le palais épiscopal qu'on pille, et on défonce les 
tonneaux de vin dans les caves. V. Ennen, Gescliichte der Studt KiUn, t. I, p. 332, 
d'après Lambert d'ilersfeld, pp. 211-213 et le Yita Annonis, p 493. 



L^ÉTAT LIEGEOIS AVANT NOTGËU. 3l 

était vers le milieu du X'' siècle lu situation des évoques de 
Lièjçe. Ce sont des ii^rands seigneurs entourés de toute une 
ax'Uiée de vassaux à lidélité incertaine, désarmés comme prin- 
ces et comme évcques, et dont le pouvoir a ])lus d'éclat que 
de solidité. Ils sont à la merci de leurs grands : sont-ils choi- 
sis sans Taveu de ceux-ci, on leur rendra la vie impossible. On 
se permettra tout vis-à-vis d'eux, on dépècera graduellement 
le patrimoine de leur église, on leur substituera, si l'on peut, 
des usurpateurs laïques qui, comme Albéric l'a fait à Home, 
géreront à leur gré le patrimoine de leur église. 

Assurément, ce ne sont pas là des conditions favorables à 
1 éclosion d'une puissance ecclésiastique, et si Ton avait du, 
à cette époque, pronostiquer l'avenir du i^ays de Liège, on 
se le serait figuré plutôt sous l'aspect d'une interminable 
anai'chie féodale de laquelle aurait émergé, finalement, la 
prépondérance de quelque grand seigneur laïque. Il fallait, 
pour changer la tournure des événements, une force capable 
de réagir puissamment et de donner à la politique royale un 
appui solide dans le Lothier. Cette force s'appelait Notger. 



CHAPITRE III. 



NOTGER AVANT l'ÉPISCOPAT. 



Nous ne savons presque rien de l'origine et de la jeunesse 
de Notgei' (1). Son histoire ne commence, à proprement par- 
ler, que le jour où, dans la pleine maturité de 1 àg'c, il monta 
sur le siège cpiscopal de Liège. Des témoignages contempo- 
rains parfaitement dignes de foi nous apprennent qu'il était 
né en Souabe (2), et son biographe ajoute qu'il était de noble 
extraction (3). Il n'y a pas lieu de révoquer en doute ce der- 
nier renseignement : à l'époque où vivait Notger, ce n'est 
guère qu'à titre exceptionnel que des hommes d'origine plé- 

(1) Il règne la plus grande divcrsilé au sujet de Fortliograplie de ce nom. On 
rencontre les tonnes suivantes : NutLcrus, AodLeruft, yotlilienis, Aotfjeriis, !^otli<jenis, 
ÎSotcjerius, Sutakariiis, ?îutc!;c>iHS, Nothecherius, ?\ote<jariits, ÎS'otherm.1, yocheni.i, 
iSocherius, Nortichcrus. 

Si, nous attachant de préférence aux fornies les plus anciennes et aux documents 
les [)lus oiiiciels, et (jue, paimi ceux-ci, nous distiiiguions les originaux des coi)ies, 
alors c'est la fiu'me Nolkei'us (avec la variante Nodkerus une fois employée) qui 
remporte; elle se rencontre sur l'ivoire de Notger, sur son sceau, dans l'en-lêle de 
l'original du Vita Lumloaldi, et dans quatorze diplômes originaux; c'est d'ailleurs 
la forme haut-allemande, c'est-à-dire celle qui était usitée dans le pays de notre 
évoque. La forme Notgerus apparaît dans six diplômes originaux. Toutefois j'ai cru 
devoir garder la forme i\'ot(;cr, qui est consacrée par l'usage et plus conforme au 
génie de la langue dans laquelle j'écris. Cf. Foerslemann, AUdeutsclies yamcnbucli, 
2« édition, t. I, col. -IICO, et FouUon I, p. l!);i. 

(2) Kotkerus gêner quidem Alemannus. Anselme c. 2o, p. 203. Ip.se igitur in Suevia 
natus. Vitu Xotijcri c. 1. Non sine multis querellis atque conviciis recurrit ad epis- 
co|)um, illum jjerlidiae accusât et fraudis Alemannicic. Id. c. 20. 

(3) Nobilitatem gencris scientia et moribus illuslravil. Vita yotgeri c. 1. 



NOTGER AVANT l'ÉPISCOPAT. 33 

béienne revêtaient les insignes pontificaux (1), et les chroni- 
queurs avaient grand soin de relever la noblesse du sang de 
leurs héros (~). 

A Liège même, il n'y eut à cette époque que Durand (3) 
et Wazon] (4) qui fussent de petite naissance, et l'on s'é- 
merveilla longtemps de voir la crosse épiscopale dans 
les mains de Durand (10i21-1025), qui était d'origine servile 
et qui avait eu poiu' seigneur le prévôt de sa propre cathé- 
drale (o). 

Mais, si la noblesse de Notger n'est pas douteuse, la généa- 
logie que lui ont forgée divers chroniqueurs peu dignes de 
foi doit ctrc reléguée dans le domaine des fables. (G) La manie 

(1) On cite 'NVilligis de Mayenco, Godciiard de Hildeslieim, Wolfgaiig de Ratis- 
boiino. 

(2) Cf. Biltiior, ir«:o 7iml die Scliulen ron Lïittich, p. 08. De saint Woll'gang on 
disait : Qui lieri polosl ut istc [jaupcr et ignolus ad lionorem tanli episeo[ialus (se. 
lladisponensis) merealui- pei'lingere, cuni jani iioniiulht' eelebros cognitiorcsqiie 
pcrsonse hune sibi apiul iiui)oratui'eiu dignius valeant acquirere? Vitu s. Wolfijnngi, 
c. 14, p. o;-]I etc. 21, p. ;j?.5. 

(3) Anselme, c. 3G, p. 200. 

(4) Id., 1. c. 

(ÎJ) Anselme I. c. et Gilles d'Orval, II, 71 p. G9, qui donne son ('pilaplie : 
Paupcris in nido palrimoni natiis et altus 

Ingenio summos evolat ad proceres. 
Quos tulerat dominos Iiisdem famulantibus usus. 
In tlieatro mundi fabula quanta fuit ! 
(G) Voici celle qu'a fabriquée Jean d'Uutremeuse, IV, p. 132 : 

Henri I 



Otton I Hélène, épouse 

i ■ Guyon duc de Souabe 

Otton II I I 

] Kûtgec Elissent, 



Otton III. 



comtesse de Boulogne 



Robert, 
prévôt de Liège. 

De ce Guy on Guyon, des copistes distraits ont fait Gnayon, comme Placontlus, 

et ce Gnayon est devenu Grayon dans notre quatrième Vie deNotger,(V. l'Appendice). 

Quand celle-ci ajoute que le père de Notger est comte d'Ottingen, il ne faut voir 

dans ce nom iiu'un jeu de mots : les membres de la famille de Saxe .sont t(.us de?; 

Ottingcn, c'est-à-dire des parents crotton. Celle lilialion fabuleuse a été reproduite 

I. 3 



34 CilAPITRE lil. 

cyclique, si je puis mexprimer ainsi, qui a porté les poètes 
épiques de tous les temps à rattacher entre eux les héros 
populaires par des liens de parenté, nos chroniqueurs, dont 
les procédés ressemblent sous beaucoup de rapports à ceux 
des poètes, en ont été possédés aussi, et nul n'y a plus large- 
ment payé son tribut que le bon Jean d'Outremeuse, auteur 
responsable de toutes les fictions qui depuis cinq siècles font 
de l'histoire du pays de Liège un champ de broussailles. 
Bornons-nous à constater que la famille de Notgcr nous 
reste totulemcut inconnue : elle était noble et elle habitait la 
Souabe, voilà tout ce que nous avons le droit dallirmer. 

Ce n'est que par des conjectures que l'on peut arriver à 
fixer très approximativement la date de la naissance de 
Notger, aucun document ne nous fournissant à ce sujet la 
moindre indication. Mort en 1008, après trente-six ans d'épis- 
copat, il était, selon toute apparence, un homme d'âge mûr 
quand il devint évoque, et il n'est pas téméraire de lui attri- 
buer une quarantaine d'années en 972, ce qui reporterait sa 
naissance aux environs de 930. Il y aurait lieu de reculer 
notablement cette date, si l'on devait reconnaître Notger 
dans le Notkeims notariiis qui, le 7 avril 940, à Quedlinburg, 
procéda à la place de l'archichancelier à la récognition d'un 
diplôme d'Otton I pour l'abbaye de Saint-Gall (1). Mais il 
est à peine besoin de faire remarquer qu'à ne donner à ce 
notaire qu'un âge de 23 ans — chiffre bien minime pour 
l'importance des fonctions qu'il remplit — il faudrait, si 
on voulait l'identifier avec l'évoque de Liège, faire naître 
celui-ci en 913 et le faire mourir à 92 ans. Or, si l'on 
réfléchit que jusque dans les dernières années de sa vie, 
Notger déploya une activité presque juvénile, qu'il fit son 
dernier voyage d'Italie en 997, qu'il y remplit des missions 



non seulement par tous les écrivains dénués de eriliquc, comme Placenlius dans 
son Catalogus, Adolplie Ilappart, dans sa CJiri)ni(pic de Saint- Ihibcvt, Ms. à l'Uni 
versilc de Liège, et F. Ilenaux, BIAL, (. 1 (1852) p. iiS nofe. mais aussi, bien 
qu'avec des réserves, par l'Histoire littéraire de la France, l.VII, p. 208. Par con- 
tre, elle a été repoussée ])ar Foullon, t. I, p. 195, (jui d'ailleurs ne la connaît que 
par Placent ius. 

(I) Sickel 1)0. 1,\). M 5. 



NOT(îKIl AVAXT ï. ÉPISCOPAT. 35 

importantes et qu'on le trouve encore en 1007 au plaid impé- 
rial de Mayence, on sera d'accord pour reconnaître que cette 
conjecture est hautement improbable. Le notaire Notkerus 
qui a rédigé le diplôme du 7 avi-il i)M) n'est qu'un notaire de 
circonstance qui ne reparaît plus dans la chancellerie d'Ot- 
ton I; tout indique que son rôle est purement local, occa- 
sionnel, et ce n'est pas s'aventurer que d'attribuer la paternité 
de l'acte qui porte son nom à Notger le médecin, surnommé 
Grain de Poivre, qui, en 940, llorissait à l'abbaye de Saint- 
Gall (1). 

On ne sait où le futur évéque de Liège fît ses études. Une 
source à peu près contemporaine laisse entendre que ce l'ut 
à Saint-Gall, puisqu'elle dit que Notger l'ut moine et môme 
prévôt de cette maison (2). IMais quelque valeur qu'il faille 
attribuer aux Ajmales de Hildesheiin, ce renseignement est 
fort sujet à caution. Anselme (3), qui a ici une bien autre 
autorité, ne sait rien des fonctions monastiques remplies par 
Notger avant son épiscopat, et il est peu probable qu'il aurait 
omis de signaler une circonstance si importante à son point de 
vue. Quant au Vita Notgeri, il contredit implicitement les 
Annales de Hildesheini en nous apprenant que Notger, ayant 
brillé dans ses études dès ses plus tendres années, mérita 
d'être transféré de l'école au palais des empereurs (4). On 
ne peut guère nier qu'Anselme et l'auteur du Vita aient été 
mieux renseignés au sujet de la jeunesse de leur héros qu'un 
auteur qui écrivait h une assez bonne distance et de Saint- 
Gall et de Liège, et qui, n'ayant pas le même intérêt à se 
renseigner d'une manière exacte sur le point qui nous 
occupe, a fort bien pu se tromper ici. Selon toute appa- 
rence, il aura confondu l'évêque de Liège avec l'un des trois 

(1) V. y eues Ar cil h' I, pp. 4G0 et 401, oii Sickel se rallie à cet avis, émis la 
première fois par Jleyer vou Knonau. 

(2) A. 1008. Notligerus [irepositus nioiiaslei'ii Sancli f.alli L^oilicensis presiil ad 
Chrisiiiin iiiigravit. Annales llildeshciincnses. Cl'. Wallenljacli, Ikiitsclilunds Ue- 
schicUtsquellen, G^ édition, t. I p. 380. 

(3) Anselme, c. 23, p. 203. 

(4) A liltcrali ergo scienlia moriini qnof[iio ornanionla accoi)il et in ul raque 
disciplina iaiulabililei- |h-(iiiuiIiis de seolis ad pahitiuiit Ininsfeni iiii'iuil. Vitu Matijeri 
c. 1. 



36 CHAPITRE m. 

personnages de Saint-Gall qui ont rendu le nom de Nolger 
célèbre dans l'histoire littéraire du moyen-àge (1). Entre ce 
nom et celui de leur abbaye, il y avait comme une association 
d'idées qui évoquait naturellement l'un quand on rappelait 
l'autre, si bien que prononcer le nom de Notger, c'était faire 
penser à Saint-Gall. Encore au XYI*" siècle, nous voyons que 
le plus illustre érudit monastique du temps, ïritlieim, s'y est 
laissé prendre ; il confond totalement l'évèque de Liège avec 
l'abbé Notger-le-Bègue, et, grclfant une erreur chronologique 
sur cette confusion de personnes, il fait mourir ce double 
personnage en 850 (2) ! Si une telle confusion a pu être faite 
par un homme à qui son érudition fournissait tant de moyens 
de contrôle, à combien plus forte raison ne s'explique-t-elle 
pas chez l'annaliste de iïildesheim, qui ne disposait pas de 

(1) Ces trois personnages sont : 

-1" Notgci- le Bègue (t 912) célèbre par ses séquences; 

2o Nolger Grain-ile-Poivre, ilit aussi le médecin (f 97o) ; 

3° Notgei'-à-la-Lèvre (Lubeo), (-[- 1022), réputé pour ses traductions allemandes. 

La confusion avec un de ces frois personnages était d'autant plus facile pour 
l'annaliste qu"il savait qu'Otton le Grand avait clé reçu à Saint-Gall (le 14 août 972) 
par l'abbé Notger, et qu'il se montra plein de prévenance pour IS'otgcr Grain-de- 
Poivre. V. Diimrnler, Olto der Grosse, p. '188. 

(2) Tritlieim, Clmmic. Hinau<i. a. Soi, t. I, p. 22 (Saint-Gall, 1090) écrit : 
Ilisdem (pioque temporibus claruit Nollvcrus e\ inonacho vel abbate ccenobli Sancti 
Galli in Sucvia, episcopus Leodiensis in Gallia, vir doctus atquo sanctissimus, qui 
multorum Iratrum ante Wandelbcrtum preceptor in codem loco exstitcrat, quos in 
omni scientia nobiliter erudivit. Scripsit libruin sequentiarum ad Lutwardum epis- 
copum Yercellensem adhuc juvcnis tempore Caroii Magni. De nuisica etiam et sym- 
plionia librum unum, de cxpositionibus sacrte scriplur;e libruin unum, epislolarum 
ad diverses librum nnum, et alia plura composuit quœ in manus nostras minime 
pervenerunt. Ejus prosas sive sequentias Nicolaus papa primus confirniavit et ad 
missam cantandas ecclesiis Galiicanis induisit, nam Itali suscipere ilias usque in 
prtesens despiciunl. 

Le même, Catalorjus Scriptor. ecdesiastic, f. LVII v. refait cette notice à peu 
près dans les mêmes termes et aggrave son erreur : Qui propter scicntias et vilie 
claritalem primum abbas, deinde in senectute sua episcopus consecratus, decimus in 
ordaie Leodiensis ccclesiîe regimini prœfuit, sub Lotliario imperatore liiio Ludovic!, 
anno Domini DCCCL, sub quo et moritur non sine opinionc sanctitatis. 

L'origine de l'erreur de Tritlieim sur la chronologie de Notger de Liège vient 
sans doute de ce que, le sachant auteur d'une vie de saint Remacle, il a confondu 
cet écrit avec la première vie du saint, qui fut etrcctivement écrite au IX^ siècle 
pur un moine de Stavehit. 



NOTCIEU AVANT l/lh'ISCOl'AT. »W 



CCS moyens crinformution et que personne ne pouvait cor- 
riger en temps utile ! 

Mais, si nous devons renoncer à croire avec les Annales 
de Hlldesheini (jue Not.'j^er a été prévôt de Saint-Gall, pou- 
vons-nous conserver une partie quclcon([ue de son inibrma- 
tion et admettre tout au moins que Notger a l'ait ses études 
dans cette célèbre maison ? Je crois que rien ne serait plus 
contraire aux régies d'une bonne critique. Si le renseignement 
est le résultat d'une méprise, il disparaît tout entier (1). Qu'a- 
près cela on admette, pour des raisons purement internes et 
d'ailleurs peu probantes, que Notger a étudié à Saint-Gall (2), 
je ne m'y opposerai pas, encore bien qu'on puisse croire avec 
la même vraisemblance que c'est à Reiclienau ou dans n'im- 
porte quel autre monastère de la Souabe. 

S'il n'est imllemcnt établi que Notger ait jamais été moine 
à Saint-Gall, il est absolument faux qu'il ait été écolàtre de 
Stavelot. C'est Fisen qui a le premier avancé cette assertion, 
soutenant môme que, d'abord moine à Saint-Gall, Notger fut 
appelé ensuite à Stavelot, où il dirigea les écoles pendant 
huit ans, et que de là il retourna à Saint-Gall pour prendre 
en mains la direction de l'abbaye (3). Je crois savoir où Plsen 
a pris ce petit roman, que jMabillon, sans se prononcer sur 
le fond, a précisé en ajoutant, par voie de conjecture chrono- 
logique, que dans ce cas Notger aura été appelé à Stavelot 
par l'abbé Odilon (4). Fisen a trop bien lu son Tritheim. 
Celui-ci avait, par erreur, attribué à Notger la première Vie 



(1) Voir Devaulx, t. II, pp. 7-11, qui consacre (outc une dissertation à la ques- 
tion (lu nionachisme de Nolper et qui conclut négativement. 

(2) C'est Topinion de Dûniiuler, Otto der Grosse, p. .j-lO, note de Voigl, lùjberts 
V01I Lùttkli Fecunda Ratis, p. XV, et du chanoine Daris, Histoire du diocèse et de la 
■princi-pautè de Lièye depuis leurs origines jiis(iu au Xllle siècle, p. 280. — llirscli, 
Heinrich [f, t. I, p. 403, dit avec plus de prudence : « Ans der Scliule, viclleiclit 
von Sankt-r.allen, kani ec in den Palast. » Voilà la noie juste. 

(3) Fisen, Flores, p. 20.5, et Sancta Lerjin, t. I, p. 1 i-7 : « Monasiicen ad Sancti 
Gain in Ilelvetiis |)rorcssum fuisse aiunt, ubi tantam eruditionis opinionem coile- 
gerit, ut Slabuletum scholis ca tempestale celeberrimuni evocatus fuerit ad altiores 
disciplinas auditorihus eo concurrentibus tradendas. A Sangallensibus deinde nio- 
nachis abbas creatus, annos octo sic eo nuinere funclus est, etc. 

(4) Mabillon, Annales, livre XLIII, n" 40, p. 41o, reproduit par Marlène et Durand, 



38 CHAPITRE III. 

de saint Remacle, écrite au IX® siècle; Fiscn, constatant que 
cette Vie a été écrite à Stavelot, en a tiré la conclusion 
que Notger avait été moine de cette abbaye (1). La conclusion 
est très naturelle, mais la prémisse était fausse. Notger n'étant 
pas l'auteur de la première vie de saint Remacle, les déduc- 
tions de Fisen croulent avec l'hypothèse de Tritheim (2). 

Ce qui paraît probable, c'est que Notger n'a jamais été 
moine. Aucun trait monastique ne reparaîtra plus tard dans 
sa physionomie. Ses fondations religieuses seront toutes 
exclusivement réservées au clei^gé séculier ; ce grand bâtis- 
seur ne fondera pas un seul monastère, il ne terminera pas 
même celui de Saint-Laurent, laissé inachevé, aux portes de 
sa ville épiscopale, par son prédécesseur immédiat, et l'on 
verra que c'est par erreur qu'on lui a attribué la fondation 
des prieurés clunisiens de son diocèse. Et lorsque, plus tard, 
il voudra connaître le charme de ces heures bénies dans 
lesquelles l'àmc se dérobe à toutes les préoccupations du 
monde pour ne vivre qu'en Dieu, ce n'est pas derrière les 
murailles d'un monastère, c'est dans le cloître de sa chère 
collégiale de Saint-Jean, à Liège, qu'il se retirera. S'il a été 
assis, dans son enfance, sur les bancs de quelque école 
monastique de la Souabe, ce n'a dû être que pour y faire ses 
premières études. 

On ne sait comment il attira sur lui l'attention de l'empe- 
reur ou peut-être de saint Brunon (3), qui l'appela ou le 
trouva à la chancellerie impériale. Il n'est pas le seul exem- 

A. C, l. II, praefat. 17, par l'Histoire littéraire de France, t. YII, p. 208 ; pai" Jloréri, 
Dictionnaire, s. v. Nolger, t. VII, p. 1081 ; par Daris, o. c. p. 280 ; ce dernier a 
seuieiiienl le tort de mettre sur le compte de Fisen la mention d'Odilon. 

(1) Je fais remarquer, simjili'menl pour la curiosité, (jue le nom de Notger n'était 
pas inconnu au IX*^ et au X<^ siècle à Stavelot; nous le voyons porté par un paysan 
qui appartenait à Va familia de l'abbaye, v. AA. SS. i. I de septembre, p. (j!)0 E. 
En 011, un lidéjusseui- de Stavelot s'api)elle Notgerus. Chartes de Stavclot-Malmédij, 
édil. Halkin et Roland, p. 12;!. En MTG. un échevin de Liège p(U'te aussi le nom 
(le Nolger; De Borman, Les échevins delà soiirerainr justice de Liètjc, t. 1, p. 27. 

(2) Fi.sen renvoie encore à Bruscliius, Mimastcrioruni Ccnturitr. Mais celui-ci ne 
dit rien de la double ([uaiilé attribuée à Nolger; v. f. M4-, verso. VA. V. Pc Buck, 
Acta Sanctoritm I. MI d'octobre, p. 72,3, et Devaulx, I. 11, p. 8 et suivantes. 

(.3) Cette conjecture de l'Histoire Littéraire de la France, I. VII p. 208, n'a rien 



XOTCtER avant l/ÉPlSCOI'AT. 39 

pic iruii clerc passant du cloître au palais, pour échanger 
ensuite le palais contre un siège épiscopal. La chancellerie 
allait nu'me prendre dans leur cellule des moines, comme 
lîoson, moine de Saint-l'mmeram de Ratisbonne, qui après 
son service à la chancellerie, lut nommé ensuite, en 1)70, 
évcque de Mersebourg (1). Le second successeur de Notger, 
AValbodon, eut une carrière semblable à celle de Boson : sa 
jeunesse s'était écoulée à l'ombre du cloître de Saint-Martin 
d'Utrecht, où il s'éleva même aux fonctions de prévôt; 
l'empereur Henri III l'arracha malgré lui à ce doux nid pour 
l'attaclier à sa chancellerie, et lorsqu'en 1018 le siège épisco- 
pal de Liège fut devenu vacant, il l'y fit monter (2). 

La chancellerie impériale était si bien le vestibule de l'épis- 
copat qu'Anselme croit devoir dire que lorsque Wazon y 
entra, il le fit sans intention d'acquérir un évcclié (3). Et 
comme il n'y était resté que neuf mois, les courtisans vou- 
lurent s'opposer à sa nomination, alléguant qu'il ne méritait 
pas un tel honneur, puisqu'il n'avait jamais peiné à la cour 
du roi (4). 

Notger, à la chancellerie, fut le collègue de WiUigis, le 
futur archevêque de Mayence, de l'intrigant Giselbert de 
Mersebourg (o) et du célèbre Gerbert d'Aui'illac, le futur 
pape Sylvestre II, l'une des plus fortes tètes de ce siècle. 
La chancellerie exigeait des hommes sûrs et des esprits cul- 
tivés : Notger s'y distingua, c'est Otton III qui l'atteste (6), 
et les fonctions épiscopales que lui confia Otton I sont 

d"!nvraisomhI;tble, si l'on réflécliil que depuis 9.')5 suint Brunon l'emplisstiif les 
l'onclions (raicliichancclier. V. Diimniler, (Jtto der Grosac, p. 211. 

(1) Thietmar de Mersebourg II, 3G (23). 

(2) Anselme c. 32 et 33, p. 207. Les deux premiers successeurs de Notger, 
Baldcric II cl Walbodon, étaient des clercs de la capclla. De même, Héribert de 
Cologne sort de la capella [Vita, c. i, p. 742). On pourrait mulliplier ces exemples. 

(3) Nullo ad([iiircndi cpiscopatus desidcrio. Anselme, c. 43, p. 216. 

(4) Ex capellanis i)otius episcopum constiluendnm, Wazonem nun(iaam in cuiia 
régis desudasse, ut lalem promereretur honorem. Anselme, c. 50, p. 210. 

(5) H. Bolimer, Willifiis vo» Mdinz, pp. V> et 8. 

(0) Diplôme d'Olton 111 du aviil 007 : in récompensai ione videiicef servi! il 
avo patriqnc meo el milii exliibiti. Sur rauthenlicité de cet acte, voiries considéra- 
lions de Sickel DO. Ilf, p. Oo8, e( cellesdeBloch, \eiies Archiv., t. XXIII, pp. I4o-Io8. 



40 CHAPITRE Î!I. 

la preuve éloquente que ce prince fut content de ses ser- 
vices. 

Nous ne savons d'ailleurs pas autre chose de cette partie 
de la carrière de Notger. Il en serait autrement si l'on pou- 
vait se fier à une indication d'Uglielli. D'après cet érudit, un 
chapelain impérial, qu'il nomme Norticherus, fut, en 934, 
détaché par l'empereur Otton I d'auprès de sa personne, 
pour aller à Gaëte apaiser un conflit qui avait éclaté entre 
l'évèque Bernard et une partie de la population. Le document 
sur lequel Ughelli s'appuie est une lettre des ouailles de Ber- 
nard à leur évoque, dans laquelle elles rappellent qu'Otton I 
avait délégué, en qualité de missus, son chapelain, un clerc 
du nom de Norticherus, qui vint à Gaëte, à Traetto et à 
Argenti, et devant lequel fut jugé tout le débat (1). Plusieurs 
historiens (2) ont vu dans ce personnage le futur évèque de 
Liège. Mais il est établi aujourd'hui que le diplôme auquel 
Ughelli donne la date de 9o4 est en réalité de 999 (3). Il 
faut donc biiler de l'histoire de Notger le seul épisode qui 
nous donnât l'espoir de jeter quelque lumière sur les pj'e- 
mières années de sa carrière publique (4). 

C'est seulement en gravissant les marches du trône épis- 

(1) Qui vidclicet (Otto) dédit vobis suum mlssiim et capellamini simrn clcricum 
nominc Norticherum, qui venit vobiscum in Cajela et in Trajctto et in Argenti. 
L'gheUi, Italia sacra, I, p. 530. 

(2) Entre autres Di'immler, Otto der Grosse, p. }G3 et 34.j. 

(3) Le document en question contient cette formule chronoIogi(iue : Imperantc D. 
nostro piissimo perpétue Augusto a Deo coronato magno pacitico imperatore Ottone 
cxcellentissimo, anno iniperii ejus 18, menso martio, ind. XII. Or, dès ITùi', 
Gatlola CAd historiam abtniticc Cassincnds acrcssiones Venise I73i, Pars prima, 
p. 112 : Exrnrsus de Bernardi Cajetani cpiscop: nrtatej, en republiant le diplôme 
d'Ughclli dans un texte plus authentique, et après lui les èdileurs du Codex Diplo- 
maticus Cnjctanus, Monl-Cas.sin, 1887-189!, in-if, t. I, p. 188, n. 100 ont prouvé 
que celte formule, où il faut corriger Uitpcvii en reijni et -18 en lu, se rapporte à 
la If)" année du règne d'Otton III, c'est-à-dire à l'année 999; ils ont rappelé aussi 
que l'évèque Bernard de Gaote n'a pris possession du siège pontifical qu'en 993. Ces 
conclusions ont passé dans Hiibner, Ccrirhtsiirhiimlen dcr frânldschcn Zeit (Zcil- 
schrift der Saviijuy-Stiftumj, XIV, Ànluimi. p. 123. 

(4) On verra plus loin s'il y a lieu., tmit au moins, de reporler à la On de la car- 
rière de Notger l'épisode relatif à Nortirhenis, en d'aulros termes, si ce dernier doit 
être idenlilié avec l'évèque de Liège. 



XOTCEU AVAXT l,"ri'IS(;OPAT. 41 

copal (le Lièc^c que le grand lionime dont nous retraçons 
rexistcnce devait émerger des ténèbres du X" siècle. Au 
témoignage de nos sources, il passa directement de la clian- 
celleric impériale sur le siège épiscopal (l), et il est parfaite- 
ment superflu de réfuter ici Jean d'Outrcmcuse, qui croit 
savoir qu'il fut dabord chanoine de Saint-Lambert et que 
])endant deux ans il remplit les fonctions d'archidiacre de 
Gampine (2). 

Le siège avait été laissé vacant le 28 octobre 971 par la 
mort de l'évêque Eracle (3). On sait comment, en pareille 
occasion, les choses se passaient dès le temps d'Otton L Le 
clergé de l'église veuve portait la crosse du défunt à l'em- 
pereur (4), et celui-ci faisait choix, pour lui succéder, d'un 
personnage à son gré. D'ordinaire il le prenait parmi les 
clercs de sa chancellerie, cpii, attachés à sa personne et 
initiés à sa politique, lui semblaient présenter des garanties 
supérieures. II faisait ensuite coimaître son choix à l'église 
intéressée, et celle-ci s'empressait d'élire à son tour l'homme 
qui était déjà l'élu du roi. Parfois, sans attendre que le 
souverain lui manifestât sa volonté, le clergé de l'église 
veuve se réunissait, faisait un choix canoniaue, et envovait 
prier le souverain de le ratifier (o). A prendre à la lettre 

(1) De scolis ad palatium IransfeiTi meniit--- de palatio ad regimen Leodicnsis 
ecclesi», Vita ^otyeri, c. 1. 

(2) Jean d'Outreineiise, t. IV, p. 132, suivi par F. Henaux, UIAL, 1. 1 ( 18u2) p. o8no(e. 
{?>) Cette date est solidement établie, quant à l'année, par les Annales de Lobbcs, 

p. 21 1, suivies par Reinerus, Viia EracU, c. •!2 p. 364 et par Gilles d'Orval II, 49, 
I». o7. Sur le jour, tandis (jue les sources (jui viennent d'être citées, d'accord avec 
rObituaire de Stavelot cité par Koepke, préf. à Anselme, c. 24, p. 202, note 2o) don- 
nent VI Kal. nov., c'est-à-dire le 2" octobre, TObiluaire de St-Lambert (aux Archives 
de l'État à Liège), et ceux de Notre-Dame de Maestrichl (Franquincl, [nrcriiaris ran 
het !<(ipittelv(in(). L. r/v);»."/.e;7.-, Maestriclil, 1870, t. I, p. 10, n" 4), donnent l'A'*//. 
niir. (28 oct.i. On ne saurait hésiter un seul instant entre les données concordantes 
de ces témoignages authentiques et celles que fournissent des narrateurs postérieurs, 
même appuyés sur l'Obituaire de Slavelot. Les j-aisons ([ui peuvent avoir fait adopter 
à Bûcher, suivi par Fisen, p. 144, la date de 970, sont de nulle valeur. 

(4) Ainsi à Worms, Vitn Diirchardi, c. 4, p. 834; à Augsbourg, Vita Udalriri, 
c. 28, p. 41o. Cf. Hauck III. pp. ;;2-34. 

fo) Ainsi, à la morl de AVicfi'id de Cologne, on clioisil ([ualre prcires et quatre 
laïques pour aller demander au palais un nouvel évêque et dire qu"on est unanime 



42 cHAPiïRîî m. 

les paroles du Vifa Notgeri, on serait tenté de croire que 
c'est ce dernier procédé qui a été suivi pour l'éleclion de 
Notger. C'est, dit-il, à la demande du clergé et du peuple et 
par la faveur du prince que Notger passa du palais impérial 
au siège épiscopal de Liège. Mais les formules de ce genre 
étaient en quelque sorte de style, et pouvaient fort bien se 
concilier avec le cas d'une désignation royale antérieure, 
suivie d'une élection pro forma par le clergé et le peuple 
du diocèse. Ceux-ci, en elFet, après avoir procédé à l'élec- 
tion, en demandaient encore la confirmation au roi, tout 
comme s'ils n'avaient pas connu les intentions de celui-ci. 
11 est d'ailleurs bien peu probable que, si l'église de Liège 
avait eu l'entière liberté de son choix, elle eût jeté les yeux 
sur un étranger, qu'elle ne connaissait pas et dont peut-être 
elle ignorait même l'existence. Il y a donc lieu de croire que 
lorsqu'elle apprit le nom de lévêque qu'on lui destinait, 
elle s'empressa de se conformer à la volonté royale en por- 
tant sur lui ses suffrages. 

Ce fut au mois d'avril 972 que Notger fut consacré 
évcque dans l'église de Bonn, par les mains de son mé- 
tro[)olitain Géron de Cologne. Toutes les sources sont 
unanimes sur l'année (1), et cette date s'accorde avec les 
autres témoignages. En premier lieu, avec la date de la mort 
d'Eracle, que nos documents, comme on vient de le voir, 
placent au 28 octobre 971. En second lieu, avec le cliiffre 
de 3G ans de pontificat que les deux meilleures sources 
de l'histoire de Notger attribuent à ce prélat (2). En elfet, 
Notger étant mort le 10 avril 1008, il a bien gouverné 3() 
années si l'on fait commencer son pontificat au printemps 
de 972. En troisième lieu, avec le témoignage, concluant 
à coup sur, de Notger lui-même, qui, le 19 juin 980, écri- 
vant à l'abbé Womar de Gand, dit être dans la neuvième 



sur Brunon, et iiuliiiclleMiciil Ollon I consent, llufitijcrus, c. l'i. p. 2uS. On |)Ciil 
penser toutefois que le clergé, en pareil cas, ne faisait cette (lémai'chc que parce 
ipi'il avait la ccrtitiidi; do la voir accueillir. 

(1) AinKiles Lobicnses; Folcuin, c. 28; Atni'ilcs l.riKlini.ic.i. 

(2) Voir les Iciiioignages à l'endroit oii nous parlons de la inorl de Not|3''er. 



XOTCrEn AVANT l'ÉPISCOPAT. 43 

année de son pontificat (1). Cela est absolument exact si 
nous faisons courir la ])rcmière année du pontificat de Not- 
ijer à partir d'avril 1)72, et ne l'est plus si nous admettons 
une autre année. 

Les Annales de Lobbes ont voulu nous apprendre le jour 
précis de la consécration, et elles le font en ces termes : 

972. Donilniis nostev Notkerus mense apr'ill octav'is paschœ 
et 9 kalend. mail apiid Bonnam a domino Gerone archlepis- 
copo inslituitur Leodicensiiini episcopiis. 

Cette indication est contradictoire. En 972, l'octave de 
Pâques tombait le 14 avril et non le 23 (9 kal. niaii), comme 
le veulent les Annales de Lobbes. C'est en 971 qu'elle coïn- 
cide avec le 23 avril. L'erreur est facile à expliquer. L'anna- 
liste, qui semble avoir puisé à de bonnes sources, y a lu 
que Not^er fut consacré en 972, le jour de l'octave de 
Pâques. En cherchant dans sa table pascale le jour du mois 
qui correspondait à cette indication liturgique, il aura, par 
mégarde, lu une ligne trop haut, et sera tombé sur le jour 
qui correspond à l'octave de Pâques 971. Voilà l'explication 
toute simple dune difliculté qui était, dans tous les cas, le 
résultat d'une erreur, et qui disparaît si l'on parvient à 
découvrir l'origine de celle-ci. 

Est-il besoin, après cela, de réfuter longuement l'opinion 
des érudits qui, dans le témoignage des Annales de Lobbes, 
se sont attachés surtout à la date du 23 avril, et qui, voyant 
qu'elle ne concorde qu'avec 971, ont imaginé de placer en 
cette dernière année le couronnement de Notger ? Nous 
ne le pensons pas, bien que cette date ait rallié le suffrage 
de plusieurs érudits (2). Pour l'adopter à notre tour, il 
nous faudrait corriger tous les annalistes qui font mourir 
Eracle en 971 , et placer sa mort en 970 ; il nous faudrait 

(1) Daduii 13 kitl. julii, anno doininicic incariKilionis 980, indictione 8, impc- 
rantc tlonino Oltmie |>os( morlein patris anno 8, episcopatus nostri anno '.). Vita 
S. Landoaldi , p. 30 A. 

(2) Bûcher, Chronicun episruponnn Trajecteiisiiim ad Mosam seii Leodietisium ail 
ann. 971, dans Cliapeavillc, Gesta Pontijicum, t. I ; Fisen dans ses deux éditions de 
Kîi'i , p. 2;!G, ol de 109G, p. l-'iT, ainsi (pie dans son Flores paru en 16i7, p. 20,"), 
de Tlieux, l.c Chapitre de S. I.amlicri, l. 1, |). ;);) ; Koejike, préface à Anselme, 
p. 13o; Heller à Cilles d'Orval, 11, oO. 



44 CHAPITUE ITI. 

ensuite donner un démenti à toutes les sources qui nous 
racontent ravénement de Notger. Qui ne voit qu'au lieu d'un 
tel tissu de conjectures il est bien préférable de suivre les 
sources pas à pas, comme fait Foullon (1)? 

Nous concluons donc, en ne faisant subir à notre principale 
source qu'une modification très-légère, que Notger a été 
consacré à Bonn, le 14 avril 972, jour qui coïncidait cette 
année avec celui de l'octave de Pâques. 

Le nouvel évoque de Liège héritait d'une situation trou- 
blée. Le pontificat de son prédécesseur avait été attristé par 
l'émeute. Lui-même, nouveau venu et étranger dans le i^ays, 
il ne saA^ait pas la langue d'une moitié de ses ouailles (2), et, 
quant à l'autre, il ne pouvait s'adresser à elle que dans le 
dialecte liaut-alleiuand, fort dificrent du thiois parlé dans les 
Pays-Bas. Il appartenait d'ailleurs à une peuplade qui était 
l'objet, de la part des autres Allemands, de lazzi sans nom- 
bre. Les Souabes avaient cliez les Allemands du Nord la 
réputation que les Gascons ont en France : hâbleurs avec 
l'esprit en moins et une certaine lourdeur en plus. Anselme 
écrit en termes formels, au début de la notice qu'il consacre 
à Notger : « C'était, à la vérité, un Souabe, mais, pour le 
reste, un homme des plus distingués (3) ». Et l'on entendra 
plus tard un seigneur liégeois, en querelle avec son évêque, 
lui reprocher « sa mauvaise foi de Souabe » (4). 

Mais même s'il n'eût pas été Souabe, il était étranger, et 

(1) Foullon, I, 190, d'après Placentius, qui garde aussi 972; de même le G((Uia 
C'iristiana, t, III, col. 843; Vtli.stoire Littéraire, I. VII, p. 209; Daris, p. 280, qui 
garde cependant la fausse indication du 2o avril. 

(2) Cela résulte d'un passage de Riclier, IV, 100, où Ton voit qu"au concile de 
Mouzon, tenu par les évêqucs d'Allemagne pour juger la cause deOerbert, cl auquel 
Nofger assisia, le r;ipport sur l'artaiie lui confie à rcv("'([ue Haimon de Verdun, co 
qmid ilntjuam (jallicam norat. De même Tlicudon de Cambrai, qui est de Cologne, 
ignore la langue do .sa ville Opiscopale : utpole siniplici viro et lingute regionis 
ignaro. Gest. epp. Cam. I, 99, p. Ail. 

fo) Génère quidcm Alcmannus, sed admodum omni morum eleganlia insignilus. 
Anselme, c. 2o, p. 20o. 

(4) llluiu pcrlidia' accusnl cl fraudis Alemannicic. Anselme c. 2(!, p. 20i ; Cf. 
Piuperl (le Saint-Laurent, Chrouicon, c. 9, p. 205 : de pessimà gentc Alamannoi'um. 
Cf. le Vita Aiiuouix, c. 1, p. i07 et i ji. i08. 



xotctF.u avaxt l'kpiscopat. 45 

co Jéfaul devait lai ôtro diriicilcnient pardonné par une 
noblesse remuante et aniljitieuse qui voulait voir dans la 
dignité épiscopale l'apanage de ses cadets, et qui, dans les 
vingt dernières années, avait chassé un évcque et troublé le 
pontificat d'un autre. 



CHAPITRE IV 



PREMIÈRE ANNÉE d'ÉPISGOPAT. 



La carrière de Nolgcr ne s'annonçait pas riante, on vient 
de voir pourquoi. 

Etranger coninie Eraele, et, comme lui, représentant au 
milieu d'une aristocratie turbulente le pouvoir impopulaire 
de la royauté, il pouvait s'attendre à passer par des expé- 
riences semblables à celles de ses prédécesseurs. Mais 
Notger possédait à un degré éminent les qualités qui avaient 
manqué à Rathier et à Eraele. Il se distinguait du premier 
par un tact et par une prudence qui conjurèrent plus d'un 
conflit, et du second, par une énergie de 1er qui avait raison 
des résistances les plus déterminées. Au surplus, s'il ren- 
contra des dillicultés, ce fut surtout dans le début de sa 
carrière, lorsqu'il eut à recueillir l'héritage quelque peu 
dangereux d'Eracle , puis encore après la mort d'Otton II 
(983), pendant les quelques années si orageuses qui ou- 
vrirent le règne d'Otton III. 

Son épiscopat n'aurait j^as été si merveilleusement fécond 
en œuvres de paix, s'il avait été constamment troublé par 
l'anarchie féodale, et si le grand bâtisseur et le grand 
pédagogue avait dû souvent échanger la truelle ou la férule 
contre lépée. 

Planter et arracher, tel fut, selon l'énergique expression 
d une de nos sources, le programme du pontilicat de 
Notger, et ce programme fut rempli (1). Notger déploya 

(1) Cop-noscpiis prgo se vocaliim non ad dignitaleiii tantum sod in opiis niinis- 
terii sibi ri'cditi ad desli'iiendiiiii ot cradicaiiduiii, ad itlantaudiiiii el edilicaiuluin, etc. 
}'it(i .\iitijfn', c. 1. CA. J('Tt''iiiif', 1. lu. 



rnr.^riKnK AXxrK d'épi^copaï. 47 

une grande énergie dans la répression des abus et dans 
la soumission des rebelles. 

« Il i'ut, dit Anselme, terrible pour les riches orgueilleux, 
redoutable pour les hommes factieux et iniques ». (1) — « Par 
la vigueur de sa justice, dit de son côté l'auteur du Vit a 
Notgei'L il brisa l'obstination de ceux qui avaient troublé 
les jours dl'lracle, et leur inlligea de justes châtiments, 
jusqu'à ce qu'il eut obtenu leur correction complète. Il avait 
deux armes dans la main : ranathènie spirituel et la ré- 
pression par la force ; il les mania Tune et l'autre »(2). Enfin, 
l'auteur du poëuie anonyme résume en quelques mots sa 
cai'rière de justicier : « Tous ceux qui troublaient l'ordre 
étaient d'abord frappés de l'anathème et exclus de la com- 
munion; s'ils refusaient de s'amender, ils devaient partir 
pour l'exil. Les incorrigiljles étaient ou pendus, ou mutilés. 
Il était sans pitié pour les parjures, les voleurs, les bri- 
gands ; nul d'entre eux ne pouvait paraître devant lui (3). » 

On le voit, nos sources sont d'accord sur l'énergie dé- 
ployée par Notger dans sa lutte contre les perturbateurs, 
et, si ceux-ci ne sont pas désignés plus expressément, c'est 
parce que personne, au moment où écrivaient ces auteurs, 

(1) Erat. eiiiiii |iaupcribu.s iiiitis, supei'bis divitibiis terribilis, bonis quibusque 
mansuetus, iniciiiis et facliosis hominibus nicliipiiilus, etc. Anselme, c. 30, p. 200. 

(2) Globiun oniiii obdiifationis eorum qui adversus dominum suiun Loodiensem 
cpiscopum dominum Eraclium se conllavcrant judiciaria virtiite contrivit et eos pe- 
nali discipline usque ad dignam correplionem subjecit. Vita Xutrieri, c. l. Ita sermn 
Dei vivus et efficax et penetrabiiior omni gladio aii(i|)iti in eo fuit, ul quisquis dccie- 
lorum ecclesie violator exstitisset, si post foinmonitionem conlumax et quasi lapi- 
tiatus cordis duricia fuisset, penam obdurationis sue portaret in quem episeopali 
auctoi-itale maledicta congessisset. Id. c. 8. 

(3j Nam (sumus experti) quicumque fuit violaloi- 

Ecclesie, postquam hune feriens anatheniate vinxit 
Corpore et exclusif sacro vel sanguine Cbristi, 
Ivit in exilium, resipiscere ni properasset. 
Si rabic caruit sed non porrigine turpi 
Kl rciiqua scabie, quam postea neino piarol. 
Aut fregit collum vel amatos [icrdidil arlus, 
Talis erat reprobis, tam fonnidabilis omni 
Perjuro prsedoni furi ; non perfidus ausus 
In faciem venisse suam. Vitd Xotijcri, c. S. 



48 CHAPITRE IV. 

ne pouvait s'y Iromper. Il s'agissait de ineiubres de l'aris- 
toeratie. Anselme, qui les désigne comme des riches orgueil- 
leux, ne laisse pas do doute à cet égard, et l'auteur du 
poëme anonyme, en pai'lant de séditieux qui sont d abord 
frappés danathènie et ensuite envoyés en exil, est au fond 
d'accord avec Anschne. Et lorsque le même auteur fait 
allusion à la peine de la hart ou de la mutilation réservée 
aux coupables, il vise apparemment la tourbe des individus 
de bas étage que les grands avaient à leur service, et qui 
organisaient les émeutes comme celle qui fit tomber Ratliier, 
ou celle qui menaça du même sort l'autorité d'Eracle. En 
somme donc, malgré le vague et l'imprécision peut-cire 
intentionnelle de leurs expressions, nos sources principales 
ne laissent pas de lever discrètement le voile qui couvre 
la partie la plus orageuse et la plus délicate de la carrière 
de Notger : ses luttes pour forcer les grands seigneurs à 
reconnaître l'autorité du prince légitime, et à respecter les 
droits de l'Eglise et ceux de la population désarmée (1). 

Un épisode plus fameux dans la légende que dans l'his- 
toire nous fait connaître le nom d'au moins un des chàteaux- 
forts dont l'évêque de Liège parvint à se débarrasser pour la 
plus grande sécurité des habitants de sa ville : c'est celui de 
Ghèvremont. Situé à sept kilomètres en amont de Liège, dans 
la pittoresque et profonde vallée de la Yesdre, ce château 
était Ijien le plus redoutable voisin de nos princes. On 
voyait, des portes de la ville, sa sombre silhouette se profiler 

(1) Cf. r.uotgerus, c. ?A-, ]). 34. Jean d'Outremcuse, IV, p. 138 veut en savoir 
plus long, mais il prouve qu'il ne comprend rien à cette situation. D"api'ès lui, 
Notger s'attaqua d"emblée à un chef de brigands nommé Henri de Marlagne, le même 
<iui avait troublé le règne d'Eracle, et qui continuait de désoler la ville de Liège. 
H alla le soir avec .ses gens mettre le feu aux maisons de ces brigand.s, s'empara 
de leurs personnes et les lit pendre au nombre de 230 ; le plus haut gibet fut réservé 
a Henri de Jlarlagne, leur chef. Notger, continuant le cours de ses répressions, 
a tous maisfaiteurs justement enquérit ; XII'= trestouz à moit les metit cl à leur 
liusserie les pendoit, etc. » Il est inutile de dire que tout cela e.st du roman, 
attestant seulement la fécondité de l'imagination de notre chroniqueur. On peut lui 
accorder cpie Notger a sévi contre les brigands, puisque toutes les sources le disent; 
mais ces brigands sont les membres de l'aristocratie féodale, et non de pauvres 
diables courant les bois et les cliamps pour détrousser les passants. 



Première année d'episcopaï. 49 

à riiorizon, et plus d'un évêque de Liège eût pu dire ce qu'au 
rap[)ort de Suger, Philippe I, roi de France, disait à son fils 
Louis VI en lui montrant la tour de Montlhéry : « Voilà une 
tour qui m'a l'ait vieillir dans les inquiétudes ; jamais elle ne 
m'a permis de goûter une vraie paix (1) ». Du haut de la 
montagne inaccessible dont les parois descendaient presque 
verticalement dans la rivière, et abordable seulement par 
l'isthme étroit qui, du côté du nord, la rattachait au plateau, 
le château de Chèvremont se dressait comme une menace 
perpétuelle à l'horizon. Cette vaste et puissante forteresse 
n'était pas antérieure à l'époque mérovingienne ; selon toute 
apparence, elle avait été bâtie par Pépin d'Herstal ; au VHP 
et au IX'' siècle, elle portait encore le nom de Glu\teau-neuf 
(ÏVoçum Castelliun). Dans son enceinte était comprise une 
église Sainte-Marie, desservie par un corps de chanoines 
réguliers; les rois francs, à partir de Pépin, se plurent à 
l'enrichir, de leurs libéralités (2). Grifon y fut enfermé en 
741 par son frère Gai'loman (3) ; l'empereur Lothaire I y 
résida en 854 et Lothaire II en 862 (4). Dans les premières 
années du X^ siècle, Ghèvrcmont, (c'est le nom qui dès lors 
vient remplacer l'appellation de Ghàteau-neuf) (u) passa aux 
mains des ducs de Lotharingie, qui prirent dans nos contrées 
la place des rois et occupèrent leur domaine. En 922, le 
château est occupé par le duc Giselbert (G), et, après sa mort 
tragique en 939, nous y voyons sa veuve réfugiée. Quelque 
temps après, les derniers tenants de la cause de Giselbert en 
étaient expulsés par le comte Immon, qui, paraît-il, garda 
la place et qui, révolté à son tour, y tint bon en 960 contre 
saint Brunon (7). Gomme, peu de temps après, il se récon- 

(1) Sugei", Vie de Louis le Gros, éd. A. Molinier, p. 18. 

(2) V. ci-dessous, p. ul, note i. 

(3) Annules Einharili -à. 741 : in Novo Castello, quod juxta Arduennam situni est. 

(4) Marlône et Durand, A. C, t. I, col. 188 et t. H, cul. 11. 

(o) La plus ancienne mention de Vabbatiu Caprœuions est dans un diplôme de 
Zwentibold en 897 ; on y voit aussi son identité avec Novum Castellum; v. Laconiblet 
t. I, p. 42. Cf. Miiacula sauctl Remacli, p. 440, et deux diplômes de Louis ["Enfant 
en 902 et 910 dans Lacomblet, I, pj). 44 et 47. 

(G) Flodoard, Annales, p. 371 ; Cf. Hiclier, I, 39, p. 580. 

(7) Flodoard, Annales, p. 403. 



50 CHAPITRE lY. 

ciliti avec l'empereur, et qu'on avait appris à connaître à la 
fois et son lialntuellc lidélité et le danger qu'il y avait à 
l'aliéner, nous devons croire qu'il aura conservé la paisible 
possession de ses biens, et que Chèvremont ne lui aura pas 
été enlevé. Nous savons qu'il vivait encore en 9G8 : c'est 
donc à tout le moins jusqu'à cette date que le château sera 
resté entre ses mains (1). 

La forteresse passait pour imprenable, et non sans raison, 
car les flancs abrupts de ses rochers et les parois massives 
de ses murailles avaient bravé plus d'un ennemi. En 882, les 
moines de Stavelot, fuyant la fureur des Normands, y avaient 
trouvé un refuge avec les reliques de leur saint (2). En 922, 
le duc Giselbert y avait tenu te te au roi Charles le Simple (3), 
en 939, il y avait soutenu leflort des armées du roi Olton le 
Grand (4), et depuis lors, comme on vient de le voir, les 
armes royales l'avaient vainement assiégé à plusieurs reprises : 
on n'avait pu s'en rendre maître que par la ruse (o). Telles 
étaient les annales militaires de la redoutable fortei*esse (G). 

(1) Voir G. Kurlh, Le comte Immon (DMIB. Illf série, 1. XXXV, 1898, p. 332). 

(2) Mir. K. Jiciuacli, p. 410. 

(3) Voir la note G de la page précédente. 

(i) Continuât. liefjinonis, Widukiiul, II, 22 ,p. iii; Cf. Liulprand, Antapi)- 
ddsis, IV, 33, p. 320. 

(o) Widukiiul, II, 28, p. AVÔ. 

(G) Comme on pouvait s'y attendre, Chèvremont a eu de bonne heure son histoire 
légendaire. Une vie de sainte Begge qui semble du XII'' siècle, cl qui paide de Chè- 
vremont comme n'existant plus (voir les imprécations de la sainte à la poterne jiar 
où elle s'enfuit du château : jam in R^ternuin non exeat aut ingrediatur quisrjuam 
transiens pcr te. Quod postmodum etiam compertum est) veut qu'Anségise y ait 
demeuré avec sa femme sainte Begge, et y ait été assassiné par son fils adoptif Gun. 
duinus fVUa S. Degf/ae dans Ghesquière, Acta Sunctoriiin Uebjii, t. V). Cette légende, 
dont l'hisloricitc est admise, avec quelque hésitation, par M. J. Demarteau (yoti-e- 
Dame de Chèvremont, nouvelle édition, Liège, i888, ])p. 9-17) n'a pas sutll à .Jean 
d'OuIremeuse. Pour lui, le château de Chèvremont a été bâti par Sedros, roi de 
Tongrcs, t. I, pp. 244), saint .Materne y bâtit les églises Notre-Dame et .Saint- 
Jean et mit vingt chanoines dans chacune (I, .^32) ; saint Martin de Tongres 
porta ce nombre à trente dans chacun des deux sanctuaires (II, 37) ; saint Do- 
mitien bâtit au pied du château la chapelle des ss. Cosmc et Damion (II, 230) ; 
saint Monulfe acheta le château de Chèvremont avec Matines et Jnpille, pour la 
somme de mille livres, au duc (Juynn d'Ardenne, son pai'cnl, descendant des ,'in- 
ciens l'ols de Tongres, ipi'il l'cnrontra auprès du lit de mnladedeson père à Uinaiil. 



PREMIÈRE ANNÉE d'ÉPISCOPAT. 51 

Dès SOU avéneaient, nous voyous Notgcr se préoccuper de 
ce qu'où pourrait appeler la (jucslion de Chèvremont; je 
crois en trouver la preuve dans le fait suivant. Il était à 
peine depuis quelques mois sur le siège de saint Landiert 
qu'un acte impérial, daté de Pavie le 1*^' août 1)72, faisait don 
à l'église Notre-Dame d'Aix-la-Chapelle de l'abbaye de 
Chèvremont, c'est-à-dire de l'église annexée au château et 
comprise dans son enceinte (1). L'intention ici est transpa- 
rente. L'octroi de l'abbaye de Chèvremont à une église 
étrangère, s'il n'équivalait pas à la sentence de mort du 
château, en était au moins le prélude. Notger n'avait pas 
perdu son temps, et ce simple diplôme, où son nom n'est 
pas même prononcé, témoigne éloquemment, et de son crédit 
auprès de l'empereur, et de la singulière énergie de sa vo- 
lonté. Pour le reste, il pouvait attendre, et préparer tranquil- 
lement le coup suprême qu'il se proposait de porter à la 
bastille féodale. 



Jt'an (rOutrcmeuse a L-viilciiiinciit nssish!' à l'eiil revue; il nous reproduil les propos 
échanges el les clauses du marché (il, 2;)!)). Mais il faut renoncer à suivre l'in- 
ventif conteur pour ne pas alhiiiger cette note, et pour dii-e quelques mots d'un 
autre conteur plus moderne, aussi inventif et moins amusant. Ferdinand Henaux 
veut que le château ail été une véritable ville, une « bonne ville », comme il dit 
(BIAL, I, \\\). liO-o'i). Son ai'i^umenl pi'incipal est le passage de Widukind qui, à 
deux reprises (II, 22 et 23) donne le liti-e iVuiiis à Chèvremont. Mais en quoi ce 
chi'oniqucur qui écrit sur les bords du Wéser peut-il infirmer le témoignage una- 
nime des écrivains liégeois parlant de leur pays? Si Henaux avait connu l'historio- 
graphie du X*^ siècle, il aurait su que les écrivains saxons donnent régulièrement à 
des châteaux le nom (Viirhs et même de riritax. De même fait Thielmar de Mer- 
sebourg, III, G (i), qui donne le nom de ciriiax au château de Boussoit-sur-llaine, 
(v.ci- dessous, p. '68.) Cf. Rietschcl, Die Chittis uuf deutschem Boden, p. 43; Keul- 
gen, i'ntcrsurhioujcn ïiber den L'rspniini dcr dciitschcn Stddferfa.isniiui, Leipzig, 

i8i)o, p. n. 

(1) Sickel, 1)0. I, p. ;>G9. L'abbaye de Chèvremont (ecclcsia Sunctac Marutc, 
rclluln Sdtictiic Mariae, abbutitt CiipraciiK^n.t, k'ircnmnit, inona.^tcrlion CiiliraciiiouKj 
parait être contemporaine du château ; elle tenait des donations de Pil'pin d'Iler- 
stal mais ne pouvait pas exhiber son diplôme, tout comme Saint-Hubert en Ardenne. 
Elle reçut des libéralités de Charlemagne (779), de Louis-Ie-Débonnaire, de Lo- 
thaire I (8W). de Zwentibold (897), de Louis-l'Knfant (902, 910) et d'OKon-le- 
Orand (917). C'était, comme Saint-Hubert, un établissement de chanoines irgu- 
liers; on connaît deux de ses abbés : KrnuMihardus en 770, Lolliaiie en 8i4. 
(V. Lacomblel, t. I, pp. I, 2G, 42, 44, 47, 08.) 



82 CtlAPiTRE IV. 

Une autre dinicullé, et d'un caractère beaucoup plus 
urgent, réclama toute la sollicitude de Notger dès les 
premiers jours de son avènement : c'était la situation cri- 
tique de l'abbaye de Lobbes. Cette grande maison mo- 
nastique, qui faisait partie du diocèse de Cambrai, relevait 
au temporel des évèques de Liège, depuis la donation que 
l'empereur Arnoul en avait faite, en 888, à l'évèque Francon. 
Elle avait un domaine immense, qui comprenait en 8G8- 
869, lorsque fut dressé son polyptyque, un total de 174 
villages, avec le château de ïhuin qui lui servait de forte- 
resse et de l'efuge (1). Ses abbés se glorifiaient d'avoir eu, 
au VHP siècle, le rang et le titre d'évêques (2). Livrée 
successivement, pendant le IX*^ siècle, à des abbés laïques 
de famille princière, elle avait vu sa prospérité religieuse 
et matérielle déchoir en même temps sous des chefs aussi 
indignes que Hubert, beau-frère de Lolhaire II, Carloman, 
lîls de Charles-le-Chauvc, et Hugues, bâtard de Lothaire II 
(864-885). Les évèques de Liège, devenus les héritiers de 
ces déprédateurs sans conscience, n'avaient qu'en partie 
fermé les plaies. Se considérant, de par la donation du 
roi, comme les abbés du monastère, ils l'avaient gouverné 
par des prévôts, et pris pour eux la moitié de ses reve- 
nus (3). Cette situation dura environ un siècle, et, au témoi- 



(1) Voir ce polyptyque dans Vos, Lobbes, son abbaijc et son eliapitre, l. I, p. 418. 
Je donne le chiffre de cet auteur, p. 17o; moi-même, j'étais arrivé à celui de lOi- 
en énumérant les noms repi'is dans le polyptyque. Le traite De Fundatione et 
lapsu mouasterii Lobiemis, qui est de la fin du Xll" siècle, donne un total de 'Iî>3, 
mais dans le diocèse de Liège seulement : possidebat enim ecdesia Lobiensis villas 
ad centum quinquaginta très in dioecesis pagis. pICJl. t. XIV, p. 550). 

(2) De Fitmlatione et lapsu, p. ooo infra. 

(3) Voir le diplôme d'Arnoul de Cai-inthic du lu novembre 880 : ut mcdielate ejus 
abbatiœ, quam llucbcrtus abbas, ut nunc scimus, plus cupiens prseesse quam pro- 
desse, monacliis solum reliquerat, reliqua utilitati régis genitoris nosfri serviturus, 
ipsa pra-dicta medictate monaciii nunquam privenlur (Vos, t. 1, p. 427). Ce texte 
semble altéré. Le Fitndatio monasterii Lobbiemis, (p, S43) œuvre du prieur Hugues, 
dit, sans doute d"après cette cliarle : Franco... abbatiam Lobbiensem petit et acci])!!, 
mediam partem reddituum relinquens monachis, aliam vero relinens sibi et posleris 
p. î)45). De même parle le De Ftindatione et Lapsu,{p. ÎJuO), qui dit que Francon 
garda dans sa ])art le cliàleau de Thuin. 



PREMIl'cHE VXXÉE d'ÉPISCOPAT. 83 

gnagc (les écrivains Ju lieu, elle l'ut Jcsastrcusc [)oui' la 
discipline et pour la prospérité de rabbavc. 

Tout fut à vendre sous des prélats comme Ilichairc et 
Farabert, qui, bien qu'ayant été moines eux-mêmes, gou- 
vernèrent dans un sens bien peu monastique (1). Les 
choses en vinrent à un état de crise aiguë lorsque l'évêque 
Baldéric I eut envoyé de Gembloux le prévôt Erluin, qui, 
déjà suspect à cause de son origine étrangère et de son 
accointancc avec le comte Régnier de Hainaut, se rendit 
bientôt odieux aux moines de Lobbes par sa sévérité outrée. 
Krluin, vénéré comme un saint à Gembloux, faillit laisser 
la vie sous les coups de ses religieux exaspérés, qui lui 
arrachèrent les yeux et lui coupèrent la langue. Ces choses 
se passaient vers 958 (2). Instruit par de pareilles expé- 
riences, et pacifique en toutes choses, Eracle avait rendu 
à Lobbes ses abbés, et cet acte, en y affermissant l'autorité, 
y avait ramené le calme (3). L'abbé Alétran avait eu un 
règne paisible et prospère, et l'abbatiat de son successeur 
Folcuin avait commencé sous les meilleurs auspices, lorsque 
le retour au pays d'un ancien moine de la maison, le fa- 
meux Rathier, déchaîna de nouveaux orages. L'évoque 
détrôné voulut se refaire un petit royaume dans ce coin 
de terre qui avait été labri de sa jeunesse; il y eut bientôt 
son parti, il parvint, à ce qu'il paraît, à gagner Eracle 
lui-même, et l'abbé Folcuin n'eut plus qu'à céder le terrain 
à son remuant rival, qui s'installa aussitôt à Lobbes comme 
dans son héritage_(4). 

(1) Folcuin, c. 19 et 21, pp. 63 el Gk 

(2) Folcuin. c. 2(j, p. 70. Cf. un fragment de la supplique tl'EiIuin à Otton I, 
oii il parle de sa mutilation, cilé par Hampe, Nciics Avchiv, t, XXIII (1808) p. 387. 

(I!) Hic (Evracus) domnum Aletrannum in Laubiis prœfecit abbatcm. Fuicuin, 
c. 27. p. 09. Cf. le Compendiiiin manuscrit de Lobbes,'citéj)ar Vos, t. I, p. 283, n. 2. 

It'aulie part, le Vita Nutgcri attribue à Notgei" le mérite d'avoir rétabli à Lobbes 
ia dignité abbatiale : In qna (Lobiensi ecclesia) ctiam, abbatcm consliluit, quia 
visum est ei quod episcopalis sollicitude, que debebatur pluribus, non salis expc- 
dila esset ad vacandum monachis in cotidianïs oportunitatibus. 

(4) Folcuin, c. 28, p. 70. Vos, t. I, p. 2o7, voudrait faire croire que ce récit de 
Folcuin est faux, mais lui-même en accepte la partie qui lui convient, à savoir 
l'expulsion de Folcuin el son remplacement par Hatliier, 



54 CHAPITRE IV. 

Les choses en éluient là lorsque Eraele mourut, laissant 
à Notger une situation aussi embrouillée à Lobbes qu'à 
Liège. Mais Notger était à la hauteur de toutes les clifli- 
cultés. La pacification de Lobbes semble être devenue le 
premier objet de son activité épiscopalc. S'adjoignant une 
commission qui comprenait, outre quelques moines de 
Lobbes, les abbés Werinfrid de Stavelot et Heribert de 
Saint-Hubert, il vint lui-même à Fabbaye pour faire une 
enquête sur l'origine des troubles. Il ne lui fut pas diillcile 
de la constater, mais il ne devait pas être aussi facile de 
la faire disparaître. Par quel prodige d'adresse et d'énergie 
parvint-il, non seulement à réconcilier les moines avec leur 
abbé, mais encore à décider Rathier à lâcher prise? On ne 
sait, mais il faut considérer comme un vrai triomphe du 
génie de Notger d'avoir à tel point apprivoisé ce naturel 
amer, qu'il se réconcilia avec Folcuin et qu'il se retira de 
bon gré à l'abbaye d'Aulne. L'abbé reprit possession de 
son autorité; il nous a raconté lui-môme, avec un accent 
de reconnaissance mêlé d'admiration, tout ce qu'il dut à 
l'évêque animé du véritable esprit de Dieu (1). En ell'et, à 
partir de cette heureuse intervention de Notger, l'ordre ne 
fut plus troublé à Lobbes, et cette belle abbaye eut désor- 
mais des jours de prospérité et d'éclat qu'elle n'avait pas 
encore connus auparavant. En 973, à la demande de Notger, 
le nouveau souverain, Otton II, de résidence à Aix-la-Cha- 
pelle, fixa la situation de l'abbaye et la prit sous sa pro- 
tection. La charte impériale consacra les mesures réforma- 
trices de Notger et attesta en même temps que son crédit 
n'était pas moindre auprès du fils d'Otton I qu'il ne l'avait 
été auprès du père (2). Au reste, le voyage de Lobbes 
n'avait pas été sans heureux fruits pour l'évêque lui-même, 
s'il est vrai, comme on l'a supposé, qu'il fit à cette occasion 
la connaissance de Ilerigcr (3). 

Tous ces soins consacrés au bien de son diocèse n'em- 
pêchèrent pas Notger de se trouver, le 17 septendjrc, au 

(1) Folcuin, c. 28, p. 70. 

(2) Sickfl, J) O. n. p. (i;!. 

(3) Voir Dcvauix, (. Il, p. 1 i-. 



«.« M 



puemip:uk AWKi: n i:i'is<:oiv\t. oo 

concile nalional triiiyi'l!iciin. où prcscruc Ions les évci|ucs 
du royaume (VAlleniagne étaient réunis autour d'Otton 1 
revenant d'Italie. Son nom figure au bas des actes de cette 
assemblée, sur laquelle nous ne sonmics d'ailleurs informés 
que par un document de valeur douteuse (1). 

Ainsi, depuis la mi-avril, date de sa consécration, jusque 
vers la mi-se[)teinbrc, cest-à-dire, en l'espace de cinq mois, 
le prince avait mis la main, avec un remarquable succès, 
aux alTaires les plus épineuses de sa princi[)auté, et l'évcque 
avait participé aux préoccupations de l'Eglise d'Allemagne. 
Va\ ce court espace de temps, il avait, selon les paroles de 
son biogra[)lie, dcinoli et édifié, arraché et planté. On 
pouvait attendre beaucoup d'un pareil début. 



(1) Sickcl, DO. I, \). o'o. Cf. Hcfflé, Concilicmjeschichte, t. IV, p. G31. 



CHAPITRE V. 



NOTGER AU SERVICE D OTTON II. 



Si nous avons pu, dans les pages qui précèdent, retracer 
au moins en partie la première année du pontificat de 
Notger, ce n'est là qu'une heureuse exception : les sources 
ont oublié, le plus souvent, de dater les principaux faits 
par lesquels s'est manifestée sa vaste activité, et nous 
devrons nous contenter, en général, de les classer dans un 
ordre logique. L'ordre chronologique n'apparaît que dans 
ceux de ses actes qui ont été consacrés au service des 
princes, parce que ceux-là nous sont connus par des di- 
plômes et par d'autres documents datés. Cette dillerence 
dans le degré de précision des dates de la carrière de notre 
héros nous oblige à partager en deux parties le tableau 
de sa vie : dans la première, nous exposerons au jour le 
jour sa participation aux affaires de l'Empire; dans la se- 
conde, nous grouperons sous quelques rubriques générales 
ses actes de gouvernement et d administration. 11 sera facile 
au lecteur de constater que cette division n'est pas pure- 
ment formelle : tout au contraire, elle correspond bien 
exactement à la réalité. Entre le rôle du vassal d'Empire 
et celui de prince de Liège, il y a une telle ligne de démar- 
cation, qu'on pourrait presque étudier séparément chacun 
d'eux sans rencontrer l'autre. 

Sous les empereurs de la maison de Saxe, un évoque 
était, pour ainsi dire, un gouverneur de province. Il était 
commis par le prince à la garde des intérêts royaux 
dans sa région. Il avait pour tâche d'y faire respecter 



NOTGEU AU SEUVICK d'oTTON II. 57 

l'autorité de son muitrc, de riiiforiiicr de tout ce qui s'y 
passait, d'y combattre par tous les moyens, et au l)Csoin par 
la force, les ennemis de la couronne. Il continuait d'ailleurs de 
faire partie de la cour, bien que relégué à un poste éloigné. 
Il y devait paraître à intervalles périodiques, en qualité de 
grand vassal fidèle. Il avait aussi Tol^ligation d'accompagner 
le prince dans ses expéditions, à moins d'empêchement 
légitime, et d'y mener les hommes de ses fiefs. Tout cela 
lui créait des obligations qui n'étaient pas toujours compa- 
tibles avec ses devoirs spirituels. Mais, lorsqu'il y avait 
conflit, c'était ces derniers qui passaient à l'arrière-plan : 
l'évéque était vassal avant d'être pasteur. 

Il faut connaître cette situation si l'on veut se rendre 
compte du tableau que nous allons dérouler sous les yeux 
du lecteur dans ce chapitre et dans les trois suivants. 
î\lais il faut en même temps se souvenir qu'il ne fait con- 
naître qu'un des aspects de la carrière de Notger, et n'ap- 
précier celle-ci que lorsqu'on aura envisagé l'autre. 

Notger, on l'a vu, occupait depuis une année son siège 
épiscopal lorsque son bienfaiteur, Otton I, mourut le 7 mai 
973. Il ne paraît pas qu'il ait reçu à Liège même la visite 
du jeune Otton II, ce prince, associé au trône du vivant 
de son père, n'ayant pas eu besoin de faire, comme nou- 
veau souverain, la tournée des diverses provinces de son 
royaume (1). Mais, du 21 au 26 juillet 973, nous trouvons 
Otton II à Aix-la-Chapelle, où Notger vint lui faire sa 
cour, et d'où, à la requête de l'évéque, il émit le diplôme 
confirmant l'immunité de l'abbaye de Lobbes. Dans ce 
document, le souverain parle de Notger en termes fort 
élogieux; il l'appelle le soutien et l'auxiliaire de ses volontés, 
et l'on voit que ce sont les deux impératrices, Adélaïde et 
Tliéopliano, qui ont fait au prélat l'honneur d'intervenir 
en faveur de sa demande (2). 

Notger eut bientôt l'occasion de montrer que son jeune 
maître n'avait jyas fait de lui un éloge exagéré. La mort 
d'Otton I avait rendu courage, un peu partout, aux vas- 

(1) Ihliiz, Jdlirhi'tcfier des dciitxchni [Iriilicst miter Oito II utnl (Htii lll, I. I, p. 32. 

(2) Sickcl DO, II, p. G3. Nostrie voluntalis faulor simul et adjutor. 



o8 CIIAPITUE V. 

saux rcijcllcs, et notamment, en Belgique, à la remuante 
famille de Régnier au Long Col. Les deux arrière -petits-fds 
de ce dernier, Régnier IV et Lambert, étaient rentrés en 
Lothicr dès l'automne de 973, et avaient vaincu et tué, dans 
une bataille livrée à Péronne près de Binche, Garnier et 
Rainald, auxquels Otton I avait donné une partie de leurs 
biens confisqués (1). Après cela, les deux frères sétaient 
solidement établis dans le chàteau-fort de Boussoit-sur- 
llaine (2). Il importait pour le prestige du nouveau règne et 
pour la sécurité du Lothier que cette entreprise fût enrayée 
sans retard. Malgré l'hiver — on était en janvier — Otton 
accourut et mit le siège devant le château de Boussoit. Les 
deux frères, désespérant de résister, se résignèrent à capi- 
tuler. INJaître de la place, Otton la livra aux flammes et 
emmena ses prisonniers en Saxe (3). Le 21 janvier 974, 
Otton était encore à Boussoit, d'où il délivra, à cette date, un 
diplôme en faveur de Tabbaye de Saint-Bavon à Gand (4). 

Il est fort probable que Notger avait accompagné l'em- 
pereur en Hainaut avec les contingents liégeois. Prince 
d'empire, il n'était pas seulement tenu de participer à une 
expédition qui avait lieu sur ses frontières, il était encore 
intéressé à voir la paix régner dans un pays si voisin. Il 
devait, de plus, tenir grandement à la soumission de 
la famille de Régnier, qui tyrannisait son abbaye de Lobbes. 
En 954, lorsque les moines, fuyant l'invasion des Hongrois, 

(1) Annales Laubienses et Annales Leoclienses, 17. Annales S. Jacobi Leodiensis, 
G37; Sigebcrl de C.enibloux, Chnmicon a. 973. p. 3ol; Gesta epp. Camerac. I, 
93, p. 440. 

(2) Les sources ne nous permellent pas do dire avec une absolue ccrlitude si 
c'est Boussoit prés de Mons ou Boussu près de Saint-Gliislain. Ces deux localités 
sont Tune cl l'autre sur la Haine (super llagnani); la l'orme moderne du nom de 
l'un et de l'autre peut également dériver du nom ancien (Busciid, Dusmd, liuautli, 
lUisciilit, Uosiiiit); toutes deux oui un ( liàleau d'anliquilé immémoriale, cl la situa- 
lion géograpliiiiue de chacun lui permet d'avoir été le lliéàlre de la lutte. Mais 
Boussoit, étant situé près de Péronne, semble mériter la |)rél'érence. Cf. Lot o. c, 
1>. 78 note 4, à Topinion duquel je me rallie et l'hlirz, o. c. t. I, p. 40, donl les 
i-aisons linguistiques pour préférer Boussu sont sans valeur. 

(.3) Gcxta cpp. Cam. l. r. ; Tliielmar de Mei'sebdurg, III, i; Annales Wcissenbur- 
(jenses; Annales Altalicnses Majores. 

(4) Sickel, IK). U, p. 82 (n» G9). Sur toute colle guerre, cf. Lot o. c. p|). 78-79. 



xoTGK[i Ai; sKiivicr, d'otïon h. 39 

avaient voulu se réfugier au château de Tliuin, lléguier III 
les avait empêchés de Ibrtilier cette citadelle, quoiqu'elle 
iVit leur propriété (1). Pour toutes ces raisons, nous croyons 
probable que Notger assista à la reddition du château du 
Boussoit, avec son confrère Theudon, cvéque de Cami)rai, 
dont la présence y est attestée (2). 

C'est pendant le siège de Boussoit que semblent s'être 
nouées, entre Otton II et l'abbaye de Saint-Bavon, des rela- 
tions très intimes, qu'il y a lieu d'exposer. Gand était un 
{)Oste stratégique de la plus haute importance; selon que 
les comtes étaient les amis ou les ennemis de l'empereur, ils 
défendaient ou ils menaçaient l'extrémité occidentale de l'Em- 
l)ire, et, de cette forteresse qui dominait le cours de l'Escaut, 
ils pouvaient, en s'alliant avec les rebelles du Lothier, tou- 
jours sûrs de l'appui de la France, devenir un sérieux 
danger (3). Il était donc de bonne politique, pour les empe- 
reurs, de se ménager des intelligences du côté de la Flandre. 
Or, il se trouvait précisément que l'abbaye de Saint-Bavon à 
Gand avait besoin de son appui. Womar, qui gouvernait 
cette maison ainsi que celle de Saint-Pierre au Mont-Blan- 
din, s'était déjà adressé précédemment à l'empereur Otton I, 
en le priant de restituer à Saint-Bavon des biens que l'abbaye 
possédait dans l'Empire, aux pagiis de Campine, de Brabant, 

(1) Folcuin, c. 25, p. 66. 

(2) Gesta rpp. Camerac. I, flo, p. 440. 

(3) La légende qui veut qu'Olton I ail l'ail en 946 une expédition en Flandre 
pour punir le comte Arnoul, se soit emparé de Gand, ait creusé le Ottegracht ou 
Fossé dOtton et enlevé à la couronne de France tout le pays situé à di'oite de ce 
fossé, qu'il aurait confié à un Saxon du nom de Wiclimann, est absolument con- 
trouvée. Elle ne repose que sur le témoignage sans autorité du chroniqueur Jean de 
Tliielrode, qui écrivait dans les dernières années du Xin« siècle. Voici le passage : 
Otlo iinperalor de Scaldi l'ossalum ante pontem Sancti Jacobi usque in mare exten- 
suni a nomine suo OUingam nominavit, que regni Francorum et imperii orienla- 
liuMi fines delerminavit elc. Van Lokeren, Clironùiue de Saiiit-Darun à Gand, par 
.Iriui de Thirlrodc, Gand, 1835, p. 10 ; .1/67/, t. XXV, p. 363. Surcelle légende, admise 
jusque dans les derniers tenqis par tous les historiens, v. A. De Vlaminek, De atud 
en de lieerlijkheid van Dendeniiimdc, {Annales du Cercle arcliéoloiiiinte de Terniondc, 
1I« série, 1. I, pp. 126-178 (1868); Messai/er des Srienrcs liistoriques, 1876, i)p. 158- 
163; le même, MAUB, collection iu-8", t. XLV,pp. 09- 76; Waulers, DARD, III'" série, 
1. A7, pp. 165, t, LX, 1 (ISOOj, p. 138-139. 



60 CHAPITRE V. 

de Hesbavc, de Rven et ailleurs encore. Otloii I avait 
accueilli cette demande en principe, mais, prévenu par la 
mort, il n'avait pas eu le temps de faire dresser un acte en 
règle. Womar profita de la présence dOtton II dans le 
pays pour renouveler sa demande, à laquelle l'empereur 
s'empressa de faire droit par son diplôme daté de Boussoit 
le 21 janvier 074. L'abbaye témoigna sa reconnaissance à 
l'empereur en le recevant dans sa communauté de prières, 
faveur spirituelle très appréciée à cette époque (1). Et elle 
n'eut qu'à se féliciter, par la suite, de s'être procuré un 
confrère de cette importance : trois autres diplômes impé- 
riaux, datés, les deux premiers de 97G, le dernier de 977, 
lui apportèrent, avec la confirmation de ses privilèges, la 
restitution de plusieurs domaines qui lui avaient été en- 
levés, entre autres celui de Wintersliovcn en Ilesbaye, 
détenu pour lors par un des propres chapelains de l'em- 
pereur (2). 

Il n'est pas douteux que le soin des graves intérêts de 
son abbaye n'ait amené au camp devant Boussoit l'abbé 
de Saint-Bavon en personne, et qu'à cette occasion, Notger 
n'ait fait la connaissance de ce dernier. C'est, en effet, peu 
de temps après l'expédition d'Otton II en Hainaut que 
l'évêque de Liège, sollicité par l'abbé, consentit à écrire 
pour lui l'histoire de saint Landoald, dont les moines de 
Saint-Bavon venaient de transférer les reliques de Win- 
tershoven à Gand (3). 

Le dévouement que Notger avait montré à l'empereur au 
cours de la campagne de Hainaut ne devait pas tarder à 

(1) Voir Tramlatio s. Landualdi dans AA. SS. t. III de mars, p. 43 B : Otto 
nis imperatoris jnnioi'is, (lui tune temporis visiis est oblinere nostnc consortium 
konfratemitutis. Et Viia, Appcndix, 12 p. 12 C : Impcrator novitcr in fralernitateni 
Irutrum susceptus. Atwalcs S. Davonia ad (inn. !t83. p. 188 : Secundus Otto, 
impci-ator Uomanonim, qui socictatem fralernilatis frali'uin C.andensis cœnobii desi- 
dcrantei' adcptiis fucrat. 

(2) Voir les diplômes impériaux dans Sickcl, UO. II. \\\). 82, lit, 112, UJ(J. 
Saint-Bavon était-il en Flandfe ou en Lotharingie, c'est-à-dii-e en France ou en 
Allemagne? Vandi'rkindore, Formation tcrritoriulr, t. I, p. J!!*, expose avec sagacité 
les i-aisons qui plaident pour la dernièi-e iiy|)olliése. 

(3) Voir plus loin, 



NOTGER AU SERVICE d'oTTOX II. 61 

recevoir sa récompense. Dans les derniers jours de juin de 
la même année, Ollon II, se trouvant à Krfurt, émit un 
diplôme par lequel il conlirinait à l'évcque de Liège la pos- 
session du marche et de la monnaie de la ville de Fosse (1). 

Mais on n'en avait pas fini avec Régnier et Lambert, 
lléfugiés en France, ils se préparaient à un nouvel assaut 
contre le Lotliier. Le roi Lotliaire les appuyait sous main : 
dans son ardent désir de remettre ce pays sous l'autorité de 
la France, il croyait devoir encourager toutes les tentatives 
destinées à y ébraider le pouvoir des rois allemands. Deux 
grands seigneurs de son royaume, son propre frère Charles 
et Ollon de Vermandois prêtèrent leur concours aux exilés. 
Ainsi renforcés, Régnier et Lambert avaient couru assiéger 
dans Mons Arnoul et GodeiVoi, qui gouvernaient le Hainaut 
pour le compte d'Otton depuis la mort de Garnier et de llai- 
nald. Les assiégés firent une sortie le 19 avril 97G, jour du 
mercredi saint, et un sanglant combat l'ut engagé entre eux 
et les envahisseurs. Godel'roi fut blessé dans la rencontre ; 
Arnoul s'enfuit à bride abattue, mais il ne paraît pas que la 
bataille ait eu un résultat décisif (2). La frontière de l'empire 
restait compromise toutefois, et plus menacée que jamais par 
les intrigues et les entreprises du parti français. 

Dans ces conjonctures, Otton II se résolut à une mesure 
qui eût pu paraître téméraire, si elle n'avait été inspirée par 
une profonde connaissance des hommes et des choses : il 
conlia le duché de Lothier, alors vacant, à ce même Charles 
de France qui venait de le ravager et qui, frère du roi Lo- 
tliaire, avait été jusque là l'instrument le plus actif des visées 

(1) Sickcl DO. II, p. 100. Chapeaville, qui a piiblié le premier cet acle, le date 
ei TOiuMiiont (le 99i (Gcsta Episcoj). Lcod. t. I, p. 208) et il a été suivi par Liinig-, 
Spkilefiiuni, t. II, p. 190 et par Waulcrs, Table, t. I, ]). 427. Jlais déjà Bûcher avait 
i-eclifié Terreur en invoquant les notes chronologiques du diplôme lui-même 
(Cliapeaville, appendice de l'o. c, ad ann. 974). Fisen l'avait suivi et complété 
p. 108; ils ont été suivis par Borgnet, Cartulairc de Fusses, par Bnrnians et School- 
meeslers, Cartitlaue de S. Lambert t. I, p. 18, par Stumpf, par Wauters, se corri- 
geant lui-même, Table, supplémevt, t. VU] p. i07. Sickel, Erlauterungcn, pp. MO et 
117 expose les raisons qui lui font adopter la date de 974. 

(2) Gesta epp. Camerac. I, 9G. p. 440; Annales Laubienses et A'inales Leodlenses 
\). 17; Fludiiard, Contiiiiint. p. U)7. 



62 CHAPITRE V. 

de ce dernier (I). Charles était jeune, entreprenant, ambi- 
tieux ; il soudVait d'avoir été écarté du pouvoir par son 
frère (2), qui ne lui avait pas même constitué d'apanage ; à 
tout prix, il cherchait à se faire une situation politique, et il 
ne pouvait espérer de la trouver en France. Quoi de plus 
habile, en pareille circonstance, que de l'attacher à la fortune 
de la maison de Saxe et de le brouiller définitivement avec 
son frère, en lui donnant à défendre les provinces que celui- 
ci convoitait le plus ? L'expédient réussit, et Charles de 
France devint le fidèle vassal d'Otton II. Si je raconte ces 
faits, c'est à cause de la part prépondérante qu'à mon sens 
y a prise Notger. d n'est pas un jeune souverain tdors âgé 
de 23 ans au plus, inexpérimenté et sans connaissance spé- 
ciale du pays, qui aui*ait seul conçu un plan politique à aussi 
longue portée, et il n'y a pas de témérité à en faire honnem* 
aux conseils de l'homme qui était le mieux en situation et 
pour l'élaborer et pour le faire adopter (3). 

Lothaire ressentit vivement le coup qui venait de lui 
être porté : ardent et vindicatif, et, sans doute, poussé par 
les fils de Régnier (4), il rêva de se venger sans retard. 
Brusquement, sans avoir laissé transpirer rien de son projet, 
il apparut avec une armée en Lothier vers la fin de juin 978 
et courut droit sur Aix-la-Chapelle, où résidait alors Otton II 



(1) Gcsta cpp. Camcrac. I, 101, |). iiS; Sigeberl, Chroiiito)!, n. 977, p. ?iG2; Hugues 
(le Flavigny dans Bouquet, VIII, 29G. 

(2) C'est dans ce sens ((u'il faut entendre le liret ciiim a fratre de vcijno pnlsim 
itiiu que Riclier, IV, 9 met dans la bouche de Ciiarles (|uand il brigue le Irùne après 
la mort de Lolliaire. C'est se tromper cpie dy voir ([ue Charles aui-ait été exilé pai- 
son fréi-e, comme l'ait M. Lot, Les derniers Caroliiuiiens, j). 88 et 91. 

(3) M. Lot écrit p. 9!2 : « Peut-être est-il exagéré d'attribuer à l'ompei'eur de 
profonds desseins politiques; il n'agit peut-être ainsi que par faiblesse, pour se 
délivrer des tracas que lui causait incessamment la Lorraine (//«■: ; le Lothier). 
Qu'il fût dû à son habileté ou au hasard, le résultat n'en fut pas moins heureux 
pour l'Empire, etc. >> Il serait vraiment étrange ([u'une combinaison à la fois ingé- 
nieuse et hardie, et dont on reconnaît les résultats heureux, fût l'ieuvre du hasard 
plutôt que des hommes de talent qui entouraient Ollon II : j'imagine qu'ils savaient 
aussi bien que nous ce qui convenait à leur maître. 

(i) iiuvep\U)h\{,\(>\y .iiDiales Allalunises Majores a. 978 et cf., jiar contre, Matha-i, 
I>ie llaeiidrl (lltii I mit l.iit.'iriin/ni iiiiil Fnuil.reiih, llaile s. S. 1882, p. 13. 



jIoTGER au service d'oTÏON II. 03 

avec sa rcnime Tlicopliano, qui (Hail ciicoiiilc. La nouvelle 
tic l'arrivée du roi de France tondja comme un coup d(; Ibu- 
drc sur la ville impériale. Ollon, d'abord, n'en voulut rien 
croire, puis, forcé de se rendre à l'évidence, il s'enfuit préci- 
pitannnent à Cologne, abandonnant ses bagages et ses tables 
encore dressées. Le roi de France put impunément ravager 
le pays et se donner la satisfaction de manger le dîner pré- 
paré pour son adversaire. Il en eut une seconde, plus vive 
encore, qui consista à retourner du côté de la Germanie 
l'aigle qui surmontait le palais de Charlemagne. Trois jours 
après cette démonstration, et sans avoir rien fait pour justi- 
fier ce symbole de ses conquêtes futures, il reprenait le clie- 
min de la France (1). 

Quel avait été le but de cette singulière expédition? In- 
contestablement, Lotliaire voulait mettre la main sur la 
personne d'Otton II, qu'il savait alors aux confins de son 
royaume : ce qui le prouve, c'est que, n'ayant pas réussi 
à s'emparer de lui, il repartit aussitôt. S'il ne le poursuivit 
pas jusqu'à Cologne, c'est apparemment parce que, comp- 
tant faire un coup de main, il n'avait pas amené assez de 
troupes pour tenir la campagne. Il ne faut pas ajouter foi 
aux assertions de Richer, d'après lequel Lotliaire s'était 
fait accompagner d'une armée de 20,000 hommes : un pareil 
rassemblement de forces ne pouvait avoir lieu, à cette 
époque surtout, sans de longs préparatifs, dont on n'aurait 
pas manqué d'avoir vent en Allemagne, et l'extrême dé- 
sarroi qui régna à Aix-la-Gliapelle, lorsqu'on y apprit l'équi- 
pée du roi de France, dénient implicitement l'iiypollièse 
d'une expédition en règle (2). 

Nous ne nous serions pas occupé de cet incident liéro'i- 
comique, si Xotger n'avait dû s'y trouver impliqué. C'est 

(1) Rkher m, G8-71. Gcsta epp. Canirrar., I, !tT, p. iiO; Alpoit, De rpiscopis 
Mcttensibus, 1, p. G97 ; Aiimiles Altulicnscs a. !)78; Annales Laubicn.ses et Anuale.i 
l.eoiUemcs, p. 17; Tliieiinar de Mersebourir, III, G. 

(■2; Cf. \\-à\{±^[c'm,(Mnuulun(i desfraiizosisclien KunitjUtiiiiis iialer ilnt Kapctinijoi, 
Leipzig, 1877, p. 3il, w. I et Loi, Les derniers Carolùif/iens, p. 93, qui trouve le 
iliillVc de Riclier exagéré. Riclitei-, Anualcn der deutsclien Ccsdiiclite im Millrlalter, 
111, p. l.SO, croit qu'il n'y a aucune raison pour le révoquer en doute. Quant à 
Ciiesebrerlit, Kuiscr-eit, t. I, p. :j^l, il parle de 30,000 hommes, ce qui n'est peut- 



64 CHAPITRE V. 

son pays que traversait rarnice des envahisseurs, et s'il n'a 
pu prévenir en temps utile son souverain de ce qui se pré- 
parait contre lui, c'est une preuve de plus du caractère 
soudain et iuiprévu de l'attaque. Gomme aucun chroniqueur 
liégeois n'en a conservé le souvenir, et qu'il ne devait ctre 
ni dans le plan ni dans l'intérêt de l'envahisseur de perdre 
du temps à soumettre des villes, au risque de laisser échap- 
per le prince allemand qu'on voulait surprendre, il est assez 
vraisemblable que Lothaire aura pris un chemin qui ne 
passait pas par Liège. Il n'aura eu qu'à suivre la chaussée 
romaine qui, de Bavay, court à travers les plaines du llai- 
naut et de la Hesbaye, et se dirige sur Cologne en passant 
par Tongres et Maestricht. En la quittant à partir de cette 
dernière ville, on était au bout de quelques heures à Aix-la- 
Chapelle. C'était le chemin que suivirent, en sens inverse, 
tous les envahisseurs de la Gaule septentrionale; récemment 
encore, en 954, il avait conduit les Hongrois au cœur du 
Lothier (1), 

Liège fut donc probablement épargnée par l'incursion 
française; mais, en revanche, les campagnes de la Ilcsbaye 
durent souHVir cruellement de ce passage d'une armée enne- 
mie qui n'avait rien à ménager. Il y eut sans doute quelque 
résistance à certains endroits, car nous savons qu'un homme 
de l'armée du roi de France périt en 978 a dans la guerre de 
Hesbaye » (2), On sait comment, dès le mois d'octobre de la 
même année, Otton rendit à Lothaire l'étrange visite qu'il 
en avait reçue. Notger fut probablement de l'expédition, 
mais aucun chroniqueur ne parle de lui à cette occasion. On 
peut croire que la crainte du retour d'une pareille attaque, 
dans laquelle sa ville épiscopale ne serait plus épargnée, ne 



êti'C qu'une faute d'impression. Ulilirz, JaUrbûcher, I, p. 107, l'LproJuit stins com- 
moiUaire le liiillVc de Richer. 

(1) Cf. Lot, Les derniers CaroliiKjk'ns, p. ',)?,, note o, qui défend le même itiné- 
raire pour d'autres raisons non moins probantes, mais dont il n'y a pas lieu de 
faire état ici. Lhlirz, p. 107, croit que l'armée française aura passé la Meuse entre 
Liège et Maestricht, peut-être à Visé. 

(2) C'est Tizekinus, père de saint Poppon, homme du pays de la Lys. Vitu Pup- 
ponis, c. 1, p. 2'Ju. 



NOTGER AU SERVICE D OTTOX H. OÔ 

doit pas avoir peu contribué au projet de fortifier Liège, que 
nous le verrons réaliser au cours de son règne. 

Désormais aussi, les yeux de l'évêque restèrent fixes sur 
la frontière française, où était le point le plus vidnérable de 
la monarchie oUonienne. (^aniJjrai, qui aurait dû en être le 
boulevard occidental, était le sujet dïternelles inquiétudes 
et le théâtre de troubles permanents. Les évoques y étaient 
à la merci des comtes, véritables tyrans locaux, qui se 
désintéressaient entièrement de l'Empire. On y avait eu, 
depuis le règne d'Otton I, une série de pontificats troublés, 
et Theudon, qui occupait le siège épiscopal depuis 972, avait 
été à la lettre le souiïVe-douleur de ses vassaux. Ce pauvre 
homme fiiible et naïf ne cessait de regretter sa chère église 
Saint-Séverin de Cologne, dont il avait été le prévôt, et se 
considéz^ait comme un exilé en pays barbare : à la fin, n'y 
tenant plus, il abandonna son diocèse et revint mourir à 
Cologne. C'était en 979. 

Notger avait bien des raisons pour se préoccuper du choix 
de son successeur. Non seulement il était, avec son collègue 
de Cambrai, le principal représentant de l'empereur en Lo- 
thier, mais il avait un intérêt direct à ce que Theudon fut 
bien remplacé : si l'on voulait préserver Liège des attaques 
du roi de France, c'est à Cambrai qnil fallait la défendre. 
Ajoutons qu'à peine la mort de Theudon connue, le duc de 
Lothier était accouru, à la demande des comtes Godefroi et 
Arnoul, pour protéger la ville contre le roi de France. En 
réalité, il s'y était comporté en maître, et il fallait aviser sans 
retard. Malgré les rigueurs de l'hiver, Notger courut trou- 
ver l'empereur à Pœhlde en Saxe, où la cour passait les fêtes 
de Noël, et lui recommanda vivement son ancien élève llo- 
tliard (1). Déférant au vœu de son fidèle conseiller, l'empereur 
donnal'évôché de Cambrai au protégé de l'évoque de Liège (2). 
Rothard était de famille noble et semble avoir été populaire à 
Cambrai, où l'on avait demandé sa nomination à l'empereur. 
On espérait, dit le chroniqueur, que l'am.énité du nouvel 
évoque adoucirait le peuple de cette ville; en d'autres termes, 

(1) Gesta epp. Corn. I, 102, p. «3 ; Anselme, c. 20, p. 205. 

(2) Gesta epp. Ccim. I. c. 

I. i> 



C6 CHAPITRE V. 

on voulait rattacher plus étroitement à la cause de l'Empire 
une population dont la iidélité était peut-être branlante (1). 

Rothard ne trompa point les espérances de son protec- 
teur : un de ses premiers actes, ce fut la destruction du fort 
de Yinchy, construit à quatre milles de sa ville épiscopale 
par Eudes de Vermandois, qui menaçait de devenir le tyran 
de l'évêché (2). Rothard montrait de la sorte à son ancien 
maître Notger comment il fallait se comporter envers ces 
forteresses féodales. « C'est ainsi, dit un historien moderne, 
que la nomination de Rothard et l'échec de son neveu Eudes 
tirent perdre à Lothaire toute influence sur ce pays de Gam- 
brésis, qui s'enfonçait comme un coin dans son royaume (3) ». 
Le fait, dans tous les cas, atteste et le crédit dont Notger 
jouissait à la cour, et la perspicacité de son coup d'œil poli- 
tique. Aussi voyons-nous son séjour auprès du souverain 
marqué par une nouvelle faveur accordée à son église ; 
par un diplôme daté de Grona le G janvier 980, Otton II lui 
confirmait la possession de tous ses biens et la jouissance 
de l'immunité (4). 

Il ne faudrait cependant pas exagérer, comme l'ont fait 
quelques-uns, la position que Notger occupait à la cour 
impériale, et la comparer à celle dont, grâce à d'éminents 
services, il devait jouir sous le règne suivant. Sans doute, 
nous le trouvons parmi ceux qui ont la confiance du roi ; 
toutefois, plusieurs personnages le dépassèrent en influence 
sous ce règne, et nous apprenons par les documents diplo- 
matiques que ce furent Gisilher de Magdebourg, Pierre de 
Pavie et Thierry de Metz (o). 

A pai'tir des premiers jours de 980 jusqu'à la fin du règne 
d'Otton II (983), le nom de Notger disparaît d'ailleurs des 
diplômes impériaux. Nous voyons qu'il passa une bonne 
partie de l'année 980 dans son diocèse. Le 25 mars, il était à 
Lobbes, où il prenait des mesures pour assurer à cette abbaye 

(1) Ibul. 1. c. 

(2) Ibid. V. i03,\>. US. 

(3) Lot, p. -lii. 

. (4) Sickel, 1)0. II, p. 288. 
(ii) Sur ce point, voir Kelir dans V llistorischc Zeitschrift, t. LXVI, p. ilo. 



NOTGER AIT SERVICK d'oTTOX TT. QH 

la paisible possession de certaines redevances (1). Peu de 
temps après, il assistait à un concile d'Ingellieim qui, sous 
les yeux de lempereur, confirmait l'union des abbayes de 
Stavelot et de Malmedy, et précisait le privilège de la pre- 
mière en matière d'élections abbatiales (2). Selon toute appa- 
rence, il accompagna l'empereur à Margut sur le Ghiers, où ce 
prince eut avec le roi de France une entrevue qui établit des 
relations pacilîqucs entre les deux souverains; c'était en mai. 
De là, il sera revenu avec l'empereur, que nous trouvons le 
l" juin à Aix-la-Gliapelle. Dans tous les cas, dès le 19 juin, 
il était de retour dans son diocèse, car c'est à cette date qu'il 
envoya à son ami, l'abbé Womar de Saint-Bavon, la vie de 
saint Landoald, dont les reliques venaient d'être transférées 
à Gand (3). 

Nous ne sommes pas si bien renseignés sur l'emploi qu'il 
fit des années 981 et 982. Il n'accompagna pas le monarque 
en Italie, dans cette expédition fatale qui devait se terminer 
par le désastre de Rossano. Nous possédons un document 
de 980 ou 981, contenant l'énumération des soldats à cuirasse 
que l'empereur demandait aux divers princes ecclésiastiques 
et laïques. Les uns de ces grands vassaux devaient partir 
eux-mêmes avec leurs contingents, d'autres pouvaient se 
borner à les envover, et Notger est au nombre de ces der- 
niers. « L'évêque de Liège, dit la circulaire impériale, 
enverra soixante hommes avec Ilerman ou Ammon (4). » Il 
est donc certain que Notger fut laissé à son diocèse pendant 
les années 981 et 982. Mais la catastrophe qui frappa les 
armées allemandes pendant cette dernière année devait dé- 
terminer de la part des princes un mouvement de loyalisme 
extraordinaire : la plupart, répondant à l'appel de leur sou- 
verain en détresse, accoururent se ranger autour de lui dans 
la diète qu'il réunit à Vérone pendant les premiers jours 

(1) Voir le diplôme publié par Vos, t. I, p. 433. 

(2) Voir Sickel, DO. Il, p. 248 (diplôine impérial du i juin 1)80). 

(3) Voir plus loin. 

(4) Leodicensis episcopus LX mitlat cum Hermuniio aut Ammone. Monumenta 
Bambergensia dans Jaffé, Bibliotheca Rertim rjermanicin-um t. V., p. i72. Sur la date 
du document, voir le même, p. 471. 



68 CHAPITRE t. 

de juin 983 (1). Notgcr, cette fois, se trouva au rendez-vous. 

Ce fut là qu'il reçut de l'empereur la dernière marque de 
sa faveur : Otton lui conférait par diplôme du o juin 983 
le droit de marché à Visé, en récompense, dit l'acte, de sa 
fidélité et de son dévouement éprouvés. Thierry de Metz et 
la duchesse Béatrice étaient intervenus, et c'est probable- 
ment Béatrice qui avait provoqué la donation, car c'est de 
ses mains que le droit de marché passait dans celles de 
l'évoque (2). 

La diète de Vérone avait eu un double but : d'une part, 
elle devait rassurer les populations en leur montrant, au 
lendemain du revers, l'empereur inébranlable dans son 
attitude; de l'autre, il s'agissait de faire reconnaître Otton III, 
enfant encore, comme successeur de son père. Ce double 
but atteint, Otton II, appuyé surtout sur les milices ita- 
liennes, reprit la campagne contre les musulmans, pendant 
que les archevêques de Mayence et de Ravenne, auxquels, 
sans doute, se joignit Notger, menaient l'enfant royal en 
Allemagne pour le faire couronner à Aix-la-Chapelle. La 
cérémonie eut lieu le jour de Noël 989. Une fête joyeuse, à 
laquelle Notger dut assister en qualité d'évêque du dio- 
cèse (3), réunissait les princes et les prélats autour de leur 
jeune souverain, lorsqu'on reçut de Rome la triste nouvelle 
de la mort d'Otton II. Il disparaissait à l'âge de 28 ans, 
emporté par les fatigues, par les ardeurs d'un climat méri- 
dional et aussi par le chagrin que lui causaient ses revers, 
laissant le royaume dans la situation la plus critique, sous 
l'autorité d'un prince âgé de quatre ans. 



(1) Voyez parLiculicremenl Tliielmar de Mersebourg, 111, '11, p. 7G6 et Annalex 
Maijdebrinjemcs iu\. ann. 983, p. lo7; et cf. Ricliter, Annalcn dcr Deut.ichen Gc- 
schichtr im Mittdalhr III, p. 139, et Ciesebreclit, Deutsche Kaiserzcit, t. I, p. 570. 

(•2; Sickcl, 1)0. Il, p. SGo : Proptcr siipradati Notkeii episcopi in omnibus extra 
(loinique spectalam ruleni erga nostrte fidelitatis executionem. 

(3) Daris. p. 28i. 



CHAPITRE \'I. 



\OTGER PENDANT LA MINORITE D OTTON III. 



La mort prématurée d'Otton II avait créé une situation 
des plus difliciles à son fils Otton III. Souverain de plein 
droit, en vertu de son sacre, il était censé régner en fait, le 
droit germanique ne connaissant pas les régences. Seule- 
ment, comme le règne d'un enfant n'est en réalité qu'une 
fiction juridique, il fallait l)ien que quelqu'un gouvernât 
pour lui pendant sa minorité, et ce quelqu'un, c'était évi- 
demment celui qui se mettrait en possession de l'enfant 
royal. Pendant que les plus fidèles serviteurs de la maison 
ottonienne se ralliaient autour de la reine-mère et ne vou- 
laient pas quon lui enlevât son fils, Henri de Bavière, le 
plus proche parent masculin du jeune roi, essaya de faire 
valoir ses prétentions. 

Henri, que l'histoire connaît sous le nom de Querelleur, 
était à bon droit suspect aux loyalistes : il s'était soulevé à 
plusieurs reprises contre son cousin Otton II, qui avait 
fini par le destituer de son duché de Bavière et par l'en- 
voyer en exil à Utrecht, où il vivait depuis cinq ans sous 
la garde de l'évèque Folcmar. Les plus perspicaces disaient 
que cet ambitieux et remuant personnage ne se contenterait 
pas de gouverner sous le nom de son jeune parent, mais 
qu'une fois maître de sa personne, il le mettrait à l'ombre 
et s'emparerait de la couronne royale. D'autres, au con- 
traire, préoccupés exclusivement des dangers d'une tutelle 



/() CHAPITRE VI. 

féminine et persuades qu'il fallait au royaume menace le 
concours d'un bras puissant, sensibles d'ailleurs aux argu- 
ments tirés de la proche parenté d'Henri, penchaient à le 
reconnaître comme l'arbitre du royaume. 

Henri ne laissa pas aux partis le temps de peser et de 
discuter ses droits. A peine informé de la mort d'Otton II, 
il eut le talent de se faire mettre en liberté par Tévèque 
d'Utrecht, son gardien, X3uis, sans perdre de temps, il cou- 
rut à Cologne, où il décida Tarchevêque Warin à lui livrer 
la personne du royal orphelin. Maître de l'enfant, il pou- 
vait déjà se considérer comme maître du royaume. Peu de 
temps après, l'archevêque de Trêves Egbert et son suf- 
fragant Thierry, évêque de Metz, se prononcèrent en sa 
faveur, et il se trouva à la tête d'un parti assez puissant 
pour lui permettre de tout espérer. Son intention manifeste 
était dès lors de se faire associer au trône (1), sans doute 
avec Tarrière-pensée de se substituer plus tard au jeune roi. 
Tous ses partisans ne s'aperçurent pas, peut-être, de ces 
visées lointaines. Plus d'un put, sans scrupule, se pronon- 
cer en faveur de ses prétentions, en considération des maux 
que devait causer à l'empire le règne d'un enfant et pour 
éviter les horreurs de la guerre civile (2). 

Mais l'épiscopat allemand restait fidèle au malheur, et ce 
fut son opposition aux x^rojets du Bavarois qui sauva le 
trône d'Otton III. Il y eut, si l'on peut ainsi parler, deux 
foyers de résistance. Le centre de l'un, ce fut Wiiligis de 
Mayence, qui sut grouper les Saxons et les Francs, les deux 
tribus sur qui surtout s'appuyait la dynastie ottonienne, et 
qui força Henri de Bavière à renoncer à ses prétentions. Le 
rôle de Wiiligis, un peu éclipsé parce qu'il n'a pas laissé 
beaucoup de traces dans la littérature, a été remis en lumière 
récemment et mérite de rester dans l'histoire (3). 

(1) Y. les Lettres de Gcvbert, ii" 2'2 htjiv.r, p. 18 fllciiiriri reiinii sr farrre ruicntisj 
26, p. 20 Cconregtiantem institiiere) ; 33, p. 32 (iirc coiurf/ndiitoii institucrcj ; 3*J, 
p. 38 (ncc consortem refjni faciasj el cf. 31, p. 2o-29. 

(2) V. sur les menées d'Henri de Bavière les lémoignages recueillis par Ricliler, 
p. 142, note a. 

(3) Cf. le livre de BiJluner sur Wiiligis. 



NoraEn pendant r. a :\riNoiuTK d'ottox m. 71 

En Lotharingie, les droits du roytil orphelin li'ouvaient 
des partisans résolus parmi les membres de Tépiscopat. 
Pendant qu'Egbert de Trêves et Tlnerry de Metz embras- 
saient le parti d'IIcnri, Nolger et son ami Rothard de Cam- 
brai, suivis bientôt par Gérard de Toul, se prononcèrent dès 
les premiers jours pour la cause du souverain légitime et de 
la reine-mère. Ils trouvèrent un puissant appui dans Adalbé- 
ron, archevêque de Reims, et dans son frère Godefroi, dont 
Otton II avait autrefois récompensé les services en lui faisant 
don des terres enlevées dans le Hainaut aux fds de Régnier. 
Mais l'a me de la résistance au Ravarois fut un prêtre fran- 
çais, Gerbert d'Aurillac, écolàtre de Reims, qui avait des 
obligations à la famille royale d'Allemagne et qui lui gardait 
un attachement profond. Gerbert était le confident de son 
archevêque; par lui, le siège français de Reims devint le 
foyer le plus actif de l'agitation en faveur d'Otton III. 

Il ne faut pas s'étonner de voir Gerbert s'engager dans 
cette cause avec un zèle qui le poussera même, plus tard, à 
combattre son propre roi, quand celui-ci voudra tirer parti 
de la situation pour son compte. L'empire, à cette époque, 
n'avait pas encore perdu aux yeux des hommes ce caractère 
d'internationalité qui faisait comme partie de son essence; il 
semblait qu'il intéressât tout le monde, et que l'empereur fût, 
comme le pape, chez lui dans tous les pays. Ce qui était nou- 
veau au X* siècle, c'étaient les nationalités, c'était cette espèce 
de patriotisme qui s'arrête aux frontières d'un royaume et 
non aux confins de la civilisation. Dès lors, des hommes qui, 
comme Gerbert et comme Adalbéron lui-même, devaient tant 
aux empereurs, pouvaient se croire liés à eux par un lien 
plus sacré que celui qui les rattachait au roi de France (1). 

Nous devons à une bonne fortune bien rare de pouvoir 
assister au lent et patient travail de propagande entrepris 
par ces hommes, à une époque qui ne semble remplie que 
de batailles et de violences, pour peser sur l'opinion de 
leurs contemporains et pour les gagner à la cause qu'ils 
crovaient la meilleure. 

(1) .1. Havet, Lettres de Gerbert, Introduclion, p. XIII, expose les raisons per 
sonnelles qir Adalbéron de Reims avait pour adhérer à Otton III. 



72 ciiapitut; vi. 

Les lettres de Gerbert, que nous avons conservées, s'en 
allaient dans toutes les directions, encourageant ou stimulant 
les uns, gourmandant, s'il le fallait, les autres, déjouant les 
intrigues françaises et les intrigues bavaroises, organisant 
et centralisant toutes les démarches : on eût dit qu'il était 
partout, et qu'il avait fait des intérêts de Théopliano et de 
son fils les siens propres. C'est en toute vérité qu'il pouvait 
écrire à un ami, en le chargeant de présenter ses hommages 
à l'impératrice : « Elle est souvent, comme de juste, présente 
à mon esprit; j'ai suscité à sa cause un grand nombre de 
défenseurs; tu le sais, et toute la Gaule m'en est témoin (1). » 

Ainsi, pendant ces années critiques, la Lotharingie fut 
le champ clos où se jouèrent les destinées de l'Allemagne 
et de sa dynastie. L'attitude de Notger avait donc dans ce 
débat une importance capitale. Elle a été jusqu'ici peu com- 
prise ou pour mieux dire peu connue, et il y a lieu de la 
mettre en lumière. Notger, nous l'avons déjà dit, n'avait pas 
hésité un seul jour à embrasser une cause qui était pour lui 
celle de la justice; tout le monde connaissait ses sentiments, 
et quand on voit qu'un homme comme Adalbéron de Reims, 
écrivant à notre évêque, se croit obligé de protester de son 
dévouement au jeune prince, on devine quelle idée ses 
contemporains se faisaient de sa fidélité dynastique (2). 
Toutefois, dans l'origine, cette fidélité n'eut pas le même 
caractère que celle de Gerbert, et la politique de Notger 
diffère sur un point capital de celle du prêtre de Reims et 
de ses alliés. Gerbert so déliait au plus haut degré d'Henri 
de Bavière et voulait à tout prix éviter la régence de cet 
ambitieux, dont il avait probablement pénétré les vues se- 
crètes; c'est contre lui qu'il dirigeait tous ses efforts, le 
considérant comme infiniment plus dangereux pour son 
jeune maître que le remuant et versatile roi de France. Il 
se flattait d'avoir gagné à la cause de Théopliano le duc 
Charles de Lothicr, bien plus, il croyait y avoir rallié 
Lothaire lui-même. 



(4) Lettres de Gerbert, n" 37, p. 'SI 
(2) V. ci-dessous, p. 74, note 1. 



XOTGER PENDANT LA MINORITÉ d'oTTON III. 73 

« Dites bien à riinj^cratricc Tliéopliano, maiulait-il â une 
grande dame de ses correspondantes, que les rois de France 
sont acquis à son fils, et qu'ils n'ont d'autre anihilion que 
de détruire la domination usur])atrice du duc Henri, qui 
essaie de se faire roi » (1). Jusqu'à quel point Gerbert était- 
il convaincu de la sincérité de Lothaire? On n'oserait le 
dire, et la seule chose qu'il soit permis d'aflirmer, c'est que, 
dans sou ardeur à écarter la candidature de l'homme qui lui 
seuiblait le plus redoutable rival d'Otton III, il ne craignit 
pas d'accepter ou de paraître accepter l'alliance d'un tiers 
qui, tout aussi ambitieux, lui paraissait pourtant moins à 
craindre. 

Pour Notger, le véritable ennemi, ce n'était pas le duc de 
Bavière, c'était le roi de France. Henri, après tout, était un 
membre de la iamillc impériale, et, tant qu'on ne pouvait 
pas, avec quelque raison, l'accuser de nourrir une ambition 
criminelle, il était plus adroit de le ménager que de rompre 
avec lui. Lothaire, par contre, était l'ennemi né du Lothier, 
tout autant que de la dynastie impériale. Le souvenir de 
son invasion de 978 était récent encore, et on avait 
tout lieu de craindre qu'il ne voulût profiter de la mino- 
rité d'Otton III pour s'emparer de cette contrée, qui avait 
toujours été l'objet de ses ardentes convoitises. Pour cela, 
il lui suffisait de feindre un grand zèle pour les intérêts du 
jeune prince, et de se faire le protecteur de sa cause. Et 
déjà, déçus par ses protestations, un grand nombre de 
seigneurs lotharingiens, qui envisageaient sans répugnance 
l'éventualité d'une tutelle exercée par le roi de France, 
s'étaient ralliés autour de son nom et lui avaient donné des 
otages (2). 

Voilà pourquoi, tant que la candidature de Lothaire fut à 
l'horizon, Notger pencha visiblement du côté d'Henri, qu'il 

(1) Lettres de Gerbert, n» 22, [i. 18 : « PiOges Francofum filio suo favere dicile, 
iiiliil([uealiii(Jconari,nisitvTanni(lem Hcinricivelleregemsefacerevolentissubnomine 
advocationis destruere. » Les ref/e.< Francorum dont il est question sont Lothaire 
et son fils et associe Louis, qui fut son successeur et le dernier des monarques 
carolingiens. Gerbert écrit dans le même sens à Willigis de Mayencc, n" 27, j). 21 : 
Deniquc reges noslros ad auxiliuin ejus (Otlonis) proinovimus. 

(2) Lettres de Gerbert, no 22 p. 18, v. la note précédente. N" 3o p. 3i : Adal- 



74 CHAriTHE VI. 

considérait comme le moindre mal. Les partisans de celui-ci 
ne réclamaient d'ailleurs pour lui qu'une espèce de tutelle, 
et il semblait nécessaire, en effet, que, pendant la minorité, 
les affaires lussent dirigées par un bras fort. Gela étant, 
le plus proche parent du roi n'était-il pas le plus indiqué 
pour remplir cette mission? Notger, à ce qu'il paraît, l'a 
cru avec beaucoup d'autres. 

Cette opposition de points de vue entre Liège et Reims 
éclate dès la première lettre que Gerbert écrivit à Notger, 
de la part de son maître l'archevêque Adalbéron. Notger 
avait convoqué Godefroi, le frère de l'archevêque, à une 
réunion qui devait se tenir à Liège, sans doute pour aviser 
à la situation politique. Adalbéron lui écrivit pour excuser 
son frère de n'y avoir pas été, à cause d'un mal de pied, et 
d'être allé, par contre, trouver le roi de France, ce qui 
n'était nullement convenu avec l'évêque de Liège. Il lui 
protestait de la communion de sentiments qui le liait à lui, 
dans un même dévouement à la cause d'Otton III, et lui fixait 
un rendez-vous pour le H juin 984 (1). 

Quelle était la réunion à laquelle Notger avait convié 
Godefroi d'Ardenne? On ne sait au juste, mais on y voit 
assister Charles de Lothier, alors brouillé avec son frère, et 
l'évêque Thierry de Metz, ennemi déclaré de l'impératrice 
Théophano et partisan avéré d'Henri de Bavière, ainsi qu'un 

bero duiii a Lothariensis regni primatibus obsides accipit, dum filio iinpcra- 

loris parère cogit sub régis Francorum clientela dumque Hcinricum in Gallia regnarc 

prohibet N" 57 p. o4 : Cum agerefur «t senior mens (c'est Lotliairo, et la 

lettre est écrite au nom d'Adalbéron) imperatoris iilio advocatus foret eâque de 
causa dati obsidcs essent. Cf. Havet p. 18, note 6. 

(l) Lettres de Gerbert, n«> 30 p. 24. Les raisons données par M. J. Lair, Bulle du 
jxipp Senjius IV. Lettres de Gerbert, p. III, pour contester la date de cette lettre 
sont faibles, et on ne voit pas davantage pourquoi il doute que herilis vestri pi/rri 
désigne Otton III. Quel autre était donc le herilis puer de l'évêque de Liège? — 
Pour M. Loi, p. 134, il voit dans notre lettre la preuve qu'Adalbci'on et Gerbert 
avaient gagné Ndiger à l'idée de donner l'avouerie du Lothier à Lolhaire; il 
traduit comme suit : « IS"accusez pas, mon père, je vous en prie, mon frère Gode- 
froi d'avoir désobligé voti'e amitié en n'allant pas trouver le roi (Lotliaire) comme 
cela était convenu, et en ne venant pas où vous désirez. » Le texte dit tout juste le 
contraire : i Ne maie mei-eri, queso, mî pater, de vestra exislimetis amicitia fralrem 
meum G. non ex condicto regem adiisse, et ex condicto quo voluistis non venisse. » 



NOTGER pi:ni)AM' r,A :minokitk n'oTTON m. 715 

certain nombre de personnages de second ordre (1). Dans 
cette réunion, si nous en croyons le témoignage d'ailleurs 
suspect de lévcque de Metz, celui-ci aurait obtenu de 
Charles de Lothier certains engagements en faveur d'Henri 
(2). Toutefois, la rencontre de ces personnages chez Notger, 
sous les yeux duquel ils semblent s'être mis d'accord pour 
quelque temps, nous permet de deviner les bons sentiments 
qu'à un moment donné l'évcque de Liège professa pour la 
cause d'Henri (3). 

Celui-ci se chargea lui-même d'ouvrir les yeux des hon- 
nêtes gens par une de ces démarches prématurées et mala- 
droites que l'impatience du pouvoir dicte presque toujours 
aux ambitieux vulgaires. Le IG mars 98 i, à Magdebourg, 
dans une réunion de ses partisans, il se fît saluer du titre de 



(1) Non iiobilioribus, lamcn veritatc excellentioribus prsesentibus. Lettres de 
Gcrbert, n» 31, p. 21j. 

(2) V. dans les Lettres de Gerbert, n" 31, pp. 26-29, les reproches de Thierry 
de Metz à Charles de Lothier, ({ui n'aurait pas tenu le serment prêté en présence do 
Notger devant l'autel de Saint-Jean. L'éditeur, J. Havet, p. 26, note 1, a tort de 
penser ici à l'église de Chèvremont, qui n'était pas alors au pouvoir de Notger; et 
je ne sais si l'on peut penser à l'église Saint-Jean de Liège. 

(3) Il faut cependant se garder d'aller trop loin et d'admettre avec M. Lot, o. c. 
p. 170, que Notger reconnut l'usurpateur Henri comme roi. M. Lot invoque un 
di(dûme dont la formule de date est la suivante : Acta sunt haec Leodii publiée V. 
kal. uovcmbrlti (amw dominicœ incarnationis DCCCCLXXXVIllI, indictinne Xlf, ini- 
perii vero lleinrici anno primo.) (Dachéry, Spicilcgium, p. 320 ; Ilariulf, Chronique de 
Saint-Riquier, III, 30, édit. Lot, p. 170). A première vue, on ne comprend pas bien 
comment cet acte de 989 pourrait prouver que, cinq ou six ans auparavant, Notger 
a reconnu Henri comme roi; c'est que, dit M. Lot, la date est altérée, et qu'en 
lisant OSi on remet d'accord l'année avec l'indiction XII. .Mais, cela étant, (jui 
garantit que 984 vaille mieux que 999, qui concorde aussi avec l'indiction XII et qui 
ressemble plus à 989? Sans doute, 999 n'est pas la première année de l'empire 
d'Henri, mais 984 ne l'est pas davantage, et ce n'est pas par pure distraction, sans 
doute, que M. Lot confond ici imperium et reijnum. On verra plus loin qu'en réalité 
l'acte est de 1002, qui est etfectivcment la première année du règne de l'empereur 
Hciu'i II. Chose cui'ieuse, pendant ([ue M. Lot s'évei'tue à nous faire croire que Not- 
ger aurait favorisé Henri jusqu'au point de trahir la cause du jeune roi, M. BiJlmier, 
p. 31, écrit que Notger, aussitôt qu'il se fut rendu compte des intentions d'Henri, 
adhéra à l'idée de confier la tutelle au roi Lothaire. 11 invoque pour cela la lettre 
n" 30, i>. 21, pleine d'allusions qui en rendent l'interprétation dilTicile, mais qui 
dans aucun cas ne peut être interprélée dans le sens de M. Bohmer. 



76 CHAriTRE VI. 

roi (1). Alors tous ceux qui avaient adhéré sincèrement au 
régent se détournèrent avec indignation de Tusurpatcur. 

Lorsque, avec ses Bavarois, il fut arrivé dans le i>ays du 
Hhin, à Burstiidt près de Worms, il y rencontra l'arche- 
vêque Willigis de Mayence et le duc Conrad de Franconic 
avec leurs adhérents : loin de les rallier à sa cause, il fut 
obligé au contraire de s'engager vis-à-vis d'eux à rendre le 
jeune Otton III à sa mère (2). Peu décidé à tenir cetle pro- 
messe, il se porta vers la Saxe, mais, à Eythra, il tomba sur 
une armée de Saxons et de ïhuringiens partisans d'Otton, 
qui le forcèrent à renouveler sa promesse. Cette fois, il lui 
fallut s'exécuter, et, le 29 juin, dans l'entrevue de Rohr près 
de Meiningen, il remit solennellement le jeune prince entre 
les mains de sa mère (3). Ainsi la fidélité des Lotharingiens 
d'une part, des Francs et des Saxons de l'autre avait rem- 
porté la première victoire. 

Si le Bavarois avait cru ramener l'esprit public par cette 
ostentation de générosité, il avait fait un faux calcul. Il ne 
parvint pas à regagner la confiance de ses adversaires, ni à 
garder celle de ses partisans. Privé à la fois et de cet air de 
fidélité qu'il avait su se donner longtemps, et du gage pré- 
cieux qu'il avait dans la personne de l'enfant royal, il n'avait 
plus ni prestige ni force, et sa cause était perdue. Lui-même 
le sentit si bien que, renonçant à s'appuyer sur la nation, il 
ne compta plus que sur le secours de l'étranger. Le roi 
Lothaire, qu'on lui avait jusqu'alors opposé comme un rival, 
allait devenir son allié. Entre ces deux ambitieux également 
déçus, également irrités, un rapprochement se fit. Lothaire 
et Henri convinrent dune entrevue qui devait avoir lieu à 
Brisach sur le Rliin, le 1*"" février 983, pour arrêter un projet 
commun dont les lignes maîtresses étaient les suivantes : 
Lothaire aiderait Henri à conquérir la couronne d'Alle- 

(I) Annales Ifildesheimenses p. GG; Annales Quedlinbiinjenses p. 00; Tliietmar de 
Jlersebour-, IV, 2, p. 7G7. 

(2j V. Thietiiiai- de Merseboiirg, IV, 4 (3), p. 7G8. 

(3) Thietinar de Mersebourg, IV, 7 (G) et 8 p. 770; ci. IJOliiiicr, pii. 34 et 3o; 
Lot, p. 432; Richter, III, p. -143. M. Daris, p. 285, eroit ([ue Notger fut à rentreviie 
de Rohr; c'est une supposition qui n'a rien d'invi'aisenibiable, mais (jui man(iue 
de preuve. 



NOTGEU mN'OANT T. V :mixoiîitt': d'otton Tri. 1i 

niagnc (1); Henri, devenu roi, céderait la Lotharingie à 
Lothaire (2). 

Gerbert, dont il n'était pas facile de prendre la vigilance 
en défîiut, eut vent du projet. Aussitôt il [)oussa le cri 
d'alarme : « Veillez-vous, père de la patrie, éerivit-il à 
Notger, vous dont la fidélité à la cavise de l'empereur était 
autrelois si fameuse, ou bien ctes-vous aveuglé par la for- 
tune et par l'ignorance des événements? Xe voyez- vous X)as 
les droits divins et humains bouleversés à la fois? Voilà 
qu'on délaisse ouvertement celui à qui, par reconnaissance 
])Our son père, vous aviez promis votre foi, à qui vous deviez 
la conserver une fois promise. Les rois de France s'appro- 
chent en secret de Brisach allemand sur les bords du Rhin; 
Henri, déclaré ennemi pulîlic, ira à leur rencontre le L'"" fé- 
vrier. Prenez toutes les mesures de résistance, mon père, 
[lour empêcher la ligue contre votre seigneur et votre 
Christ. La multitude des rois, c'est l'anarchie des royau- 
mes (3). S'il est dillicile de la conjurer complètement, choi- 
sissez au moins le parti le meilleur. Pour moi, qui, à cause 
des bienfaits d'Otton, reste fidèle à la cause de son lils, je 
n'iiésite pas dans mon choix. Nous connaissons les projets 
ambitieux d'Henri, nous savons ce qu'est la fougue fran- 
çaise, nous n'ignorons pas ce qu'ils nous préparent (4). 

(1) Selon Richei", III, 97-98, p. G28, cette entrevue était fixée au comniencemont 
(le 984, et il est suivi par Richter, III, p. 113. Au contraire, selon les Lettres de 
Gerbert, n» 39, p. 37, l'entrevue devait avoir lieu le 1'^'' ievriei- 98.", si l'on adopte 
le classement chronologique de Julien Havct, qui est le bon. M. J. Lair, pp. 103- 
-lu9, fait des efforts énergiques, mais infructueux, pour se débarrasser du témoignage 
de la lettre n" 39, qu'il dit corroinpuc, iiiutilée et mal datée; il n'est point pai'venu 
ù me convaincre. 

(2) Lettres de Gerbert, n» 39, p. 3"; Uiclicr, 111, 97, p. G'28. 

(3) Turba rcr/nuns, reynoruin perturbât tu. La pensée de Gerbert est claire : outre 
le roi légitime, il y a le roi de France et le duc de Bavière qui essaient de s'imposer : 
de là l'anarchie. C'est dans le même sens (ju' Ulysse dit à Thcrsite : Ojx àyaOôv 
TtoXuxoipavîrj, Iliade II, 204. M. Lot se trompe donc en traduisant : « La royauté 
de la foule, c'est l'anarchie dans les royaumes, n 

(4) Noviinus Henrici alta consiiia, Francorum inipctum, sed quem finem habeant 
non ignoramus. Après avoir opposé la fougue française à l'esprit calculateur d'Henri, 
Gerbert continue en disant que l'un et l'autre tendent au même but, qui est, dans 
sa pensée, la sp^dialifin du jeune Otlun. II ndjure donc Notger de ne pas favoriser, 



78 CHAPITRE Vi. 

Gardez-vous de faire associer au trône un homme que vous 
ne pourrez plus écarter, une fois qu'il y sera monté (1). » 

Nous voyons par cette lettre combien, à Reims, on était 
préoccupé de combattre la prédilection qu'on attribuait à 
Notger pour le Bavarois. Aussi le groupe des familiers et 
des partisans de l'archevêque Adalbéron multipliait-il les 
avances pour entretenir les bonnes dispositions de l'évêque 
de Liège et pour le détacher de plus en plus d'Henri. Adal- 
béron lui-môme le mettait au courant de ses démarches auprès 
d'Egbert de Trêves (2). Godefroi le faisait inviter, en no- 
vembre 984, à la consécration de son fils, qui venait d'être 
élu évoque de Verdun, et dont l'inauguration était fixée au 
3 janvier 985; pour être sûr de sa présence, il lui mandait 
qu'il le ferait prendre le 28 décembre (3). Nul doute que 
cette solennité religieuse ne fût destinée à couvrir, dans la 
pensée des princes lotharingiens, une réunion politique des 
plus importantes, où l'on arrêterait en commun une ligne de 
conduite. 

Cependant le danger était moins du côté d'Henri que du 
côté de Lothaire. Notger n'aura pas manqué de le dire à ses 
amis, et l'histoire lui a donné raison sur ce point. Le rap- 
prochement des deux ennemis de Théophano, tant redouté 
de Gerbert, n'eut pas lieu. Henri, on ne sait pour quelle 
raison, n'apparut pas au rendez- vous de Lothaire à Brisach. 
Le roi de France revint furieux, se considéi'ant comme joué, 
et bien décidé, puisqu'il le fallait, à agir seul (4). 

Le mois de février n'était pas encore écoulé qu'il s'empa- 
rait de Verdun, et, cette ville ayant été reprise par les Lotha- 
ringiens peu après son départ, il vint en faire une seconde 

comme il semble le faire, l'un des deux conjurés. M. Lot, qui n'a pas compris ce 
passage, veut que l'on bitte le non devant iijnoramus et traduit : (f Quelle en sera 
l'issue, nous l'ignorons, u El il ajoute en note : « Comment C.erbert aurait-il su à 
priori la suite des projets de Henri et de Lothaire? » 11 lui sullisait d'en connaître 
le but. 

(1) Lettres de Gerbert. n" 39, p. 37. .l'ai emprunté à M. Lot la traduction qu'il 
donne de cette lettre, p. 143, mais non sans la rectifier par endroits. 

(2) Lettres de Gerbert, n" 42, p. 40. 

(3) Lettres de Gerbert, n» 43, p. 41. 

(4) Richer, III, 98, p. G28. 



NOTfîIîn PF.XnANT LA MINOniTK d'oTTON III. 79 

fois le siège et s'en rendit maître au mois de mars 985. Ainsi 
le roi de France prenait pied en Lothier, et le désastre pour 
la maison de Saxe était d'autant i)lus grand que le vaillant 
Godcfroi de Verdun, son frèz-e Sigcfroi de Luxembourg et 
d'autres personnages de mar([ue étaient tombés dans les 
mains du vainqueur. Adalbéron de Reims fut si intimidé de 
cet échec qu'il n'osa plus faire op[)osition à Lotliaire ; il se 
laissa même entraîner à écrire en sa faveur aux archevêques 
de Mayence, de Trêves et de Cologne (1). 

Mais Gerbei't restait à la cause du jeune Otton et de sa 
mère, et, sans exagération, on peut dire que Gerbert sulli- 
sait. Cette fois cependant, la tâche était rude, car il avait à 
combattre son métropolitain, son bienfaiteur, son chef Adal- 
béron, et ses lettres allaient chez les correspondants de 
celui-ci détruire l'elfet des messages contraints que ce prélat 
écrivait sous la dictée de Lotliaire. Voici celle que reçut Not- 
ger : a Votre nom devient éclatant dans un temps où retentit 
si rarement l'éloge de la probité, mais où l'improbité est si 
souvent proclamée. Votre ami Godefroi voit maintenant où 
sont les amis qui l'ont aimé plus que leurs intérêts, qui au- 
raient été fidèles à sa femme et .à ses enfants s'il leur avait 
été enlevé par la mort. La bonne opinion qu'a de vous un 
homme de cette valeur est à elle seule la preuve du haut de- 
gré du mérite qui brille en vous. Il exhorte donc et il engage 
ceux qui l'aiment, ceux qui lui sont dévoués, à garder leur 
foi à sa souveraine Théophano et à son fds, à ne pas se lais- 
ser accabler par les forces de l'ennemi ni épouvanter par les 
événements ; il viendra un jour d'allégresse qui fera le départ 
des traîtres et des amis de la patrie, réservant à ceux-là de" 
châtiments, à ceux-ci des récompenses. Ne mandez rien de 
tout ceci à votre lidèle ami l'archevêque Adalbéron de 
Reims : il est victime de la contrainte, comme en font foi les 
lettres qu'il a écrites à vos archevêques. Il n'a rien écrit qui 
vienne de lui; tout lui a été arraché par la violence de la 
tyrannie (2) ». 

(1) Sur tout ceci voir Lot, pp. 142- 14 i. 

(2) Lettres de Herbert, n° 49, |). 4G. 



80 CHAPITRE VI. 

Notgcr, apparemment, n'aAait pas besoin des exhortations 
de Gerbert pour se mettre sur ses gardes contre les entre- 
prises du roi de France, que l'on peut considérer comme son 
vieil ennemi. Aussi bien eut-il, peu de temps après, la satis- 
l'action de constater que, comme il l'avait ])rcvu, Lotliaire 
restait seul en i'ace du jeune Otton. En eiîet, l'ambitieux 
Henri, désespérant de ses vastes projets et voulant avi moins 
sauver son duché de Bavière, venait de se décider à faire 
une paix décisive avec les deux reines. Cet acte important se 
passa en 98o à Francfort sur-le-Mein (1). Une conférence, 
convoquée à Metz pour le mois de juillet de la même année, 
avait pour objet de sceller cette réconciliation. Là devaient 
se rencontrer, avec les inqiératrices Adélaïde et Théophano, 
la duchesse Béatrice, plusieurs princes parmi lesquels Henri, 
et plusieurs évcques parmi lesquels Notger (2). On ne sait si 
cette conférence eut lieu (3) ; dans tous les cas, les résultats 
de la paix de Francfort restèrent acquis : Otton III garda 
son royaume sous la tutelle de sa mère, Henri fut rélabli 
dans son duché de Bavière. 

Notger passa une partie de cette année 985 à la cour du 
roi. Il était avec lui à Francfort le 28 juin, et il intervint dans 
l'acte par lequel le roi accorda en propre à Ansfrid tout ce 
qu'il tenait de lui en bénéfice dans la Frise (4). Il l'accom- 
pagna ensuite à Ingelheim, où, le 7 juillet, il se fit accorder 
tous les droits qui restaient au souverain dans le comté de 
Huy (o). 

Seul, le roi de France, mécontent et jaloux, rêvait de de- 
mander aux armes une revanche de ses insuccès diploma- 
tiques, et préparait une nouvelle invasion du Lothier. C'est 
encore par la correspondance de Gerbert qu'on en fut in- 
fo imié en Allemagne ; dès la fin de juin 9SG, il prévenait 
l'inq^érati'ice Théophano : « Un complot s'est formé ou se 

(1) Annales QuedlinlnD-rjcnses p. C". 

(2) Lettres de Gerbert, n" 02 p. Cl ; n» GG p. 04; cf. la note de J. llavet, p. (M, 
note 1. 

(3) Lettres de Gerbert, p. 01 note 1 ; Lot, p. IGl avec la note 4. 

(4) Sickel, DO. III, \>. ilO. 
(3) Sirkel. 1)0. fil, p. 4i;3. 



NOTGER PENDANT LA MINORITÉ d'oTTON III. <S1 

trame en ce moment contre le fils de César et contre vous ; 
il comprend non seulement des princes, entre autres le duc 
Charles qui ne s'en cache plus, mais encore tous ceux des 
chevaliers que l'espérance ou la crainte peuvent enchaîner... 
On prépare en grand secret une expédition contre vos (idèles, 
mais je ne sais lesquels (1). « 

En même temps, Ilothard de Canibrai apprenait que les 
deux postes menacés, c'étaient sa ville épiscopale et celle de 
Notger. Liège et Cambrai étaient en eflet les boulevards de 
la puissance ottonienne en Lothier; les conquérir, c'était 
enlever tout le pays à l'Allemagne. Cette fois, l'évèque 
de Cambrai ne fut plus à la hauteur de la situation : à la nou- 
velle des projets de Lothaire, il accourut s'humilier devant 
lui et obtint la promesse que le roi ne lui demanderait sa sou- 
mission qu'après c[u"il aurait obtenu celle de Liège et des 
principaux grands du pays (2). Vaines terreurs! L'heure 
approchait où le remuant roi de France ne serait plus un 
danger pour personne. Le 2 mars 98G, ce prince, dans lequel 
revivaient toutes les vastes ambitions des rois carolingiens, 
expirait à l'âge de 44 ans, et, comme dit un contemporain, 
« les Belges pouvaient respirer » (3). 

Sur cette période de luttes sourdes ou ouvertes déchaînées 
par les intrigues de deux ambitieux, la correspondance de 
Gerbert, tout intéressante qu'elle soit, ne nous apporte cepen- 
dant pas toutes les indications que nous souhaiterions. Elle 
allume notre curiosité plus qu'elle ne la satisfait, elle nous 
laisse deviner des problèmes dont elle ne nous donne pas la 
solution. Cela est vrai surtout du rôle c{ue notre évoque a 
joué dans ces complications internationales. Nous avons 
laissé de côté, dans notre exposé, plus d'un point de ce rôle 
sur lequel nous n'avons que des allusions vagues; par 
exemple, nous n'avons pas essayé de préciser quelles sont 
au juste ses relations avec Godefroi de Verdun, qui semble 
être de ses fidèles et pour qui on réclame sa protection. 

(1) Lettres de Gerbert, n" o9, p. o8; Lot, p. tG2, note. 

(2) Gesta epp. Cameruc. I, 10.j, p. 413.. 

(3) Richer, III, 108, p. G30 : Sed Divinitas res miindanas dcterniiiuins, et lîelgis 
requiem, et liuic (régi Lolhario) regnandi linem dédit. 

I. G 



82 CHAPITRE Vt. 

Plusieurs écrivains liégeois ont prétendu que Notger fut le 
tuteur dOtton III et le régent du royaume (1). Il n'en est 
rien. La tutelle a été gérée par riinpératrice elle-même; 
quant aux études du jeune prince, elles ont été dirigées, d'a- 
bord par le comte saxon Hoico et par Jean de Plaisance, puis, 
après la retraite de ce dernier en 988, par saint Cernward, 
évcque de Hildesheim. Notger lut encore moins le régent du 
royaume, puisqu'il n'y eut pas de régence à proprement par- 
ler, et que ceux-là étaient les maîtres du pouvoir qui avaient 
la garde de l'enfant royal, c'est-à-dire, tout d'abord sa mère 
Tliéopliano et sa grand'mère Adélaïde (2). 



(1) Ces idées n'apparaissent pas encore dans Anselme, qui se contente de dire : 

Quippe qui in palatio Ollonis III adliiic pucri inter primos consiliarios esset 

(c. 25); et plus loin : Quem summi proceres, antistes dico Romanae urbis pariter- 
que imperator tanto honore dignum duxenint ut alter eoruni, papa videlicet, in 
disceptationibus praesulum cisalpinoruin vice sua sequeslrem saepe esse jusserit, 
imperator vero in disponendis regni negotiis ])rimum habuerit. Mais déjà le Vita 
\ot{irri, c. 7, fait de notre évûquc le tuleur d'Otton III : Praerogativà bonae lidei et 
meritorum constitutionc principum curia fccit eum patronum pucrilis aelatis Otlo- 
nis imperatoris. Cujus studio et diligentia quam super actatem siiani puer ille 
profecerit etc. 

Le continuateur III de la Cironiquc de Saint- T rond, III, li, p. 380, fait écho 
au Vita Notgeri : Leodiensis episcopus Noigerus propter sui industriam a primori- 
bus imperii tutor constituitur. Jean d'Outremeuse, naturellement, abonde dans le 
même sens et raconte à ce sujet des fables bizarres, t. IV p. -153 et iM-. Enfin, on 
lit dans le Vitu Notrjeri de Langius ce vers dont je ne connais pas l'âge : 
A Suevo regitur rcx magnus tertius Otio. 

Parmi les modernes, Fisen, I, p. loS, et Foullon, I, p. 199, croient à la tutelle ; 
Daris, p. 28,'), à un conseil de tutelle sur la foi d'Anselme, qui ne dit rien de sem- 
blable. 

(2j V. Kelii', 0. c. 



CHAPITRE VII. 



NOTGER AU SERVICE I) OTÏON III. 



Le zèle que notre évèque avait déployé pour la défense 
des droits de son souverain légitime devait trouver une 
récompense. Il devint, sous Otton III, un des hommes les 
plus influents de l'empire, un des conseillers les plus écoutés 
de la couronne. Sans égaler la situation d'un Willigis de 
Mayence et d"un Plildebold de Wornis, qui remplissaient 
respectivement les fonctions d'arclùchancelier et de chan- 
celier du royaume, il occupait, immédiatement après eux, 
le premier rang à la cour et dans le royaume, et les di- 
plômes impériaux du règne d'Otton III nous apportent un 
témoignage oiiiciel de sa haute situation. 

C'est lui que l'empereur consultait sur tout ce qui regar- 
dait les aflaires du Lothier. Sous ce rapport, on peut dire 
que notre évoque reproduit, bien qu'avec moins d'autorité 
et de prestige, la iigurc de saint Brunon de Cologne. C'est 
lui, on le verra, qui disait le mot décisif dans la nomination 
des évêques de Cambrai et d'Utrecht; c'est sou intervention 
qui était mentionnée dans les diplômes des libéralités faites 
par l'empereur aux églises ou aux grands de ce pays. 
Nous rencontrons son nom dans treize actes impériaux qui 
s'échelonnent entre les années 985 et 997 : sur ces treize 
documents, il y en a huit qui reviennent au Lothier, quatre 
à d'autres régions de l'Empire cL un à l'Italie. C'est Notgei", 
les actes en font foi, qui a procuré la faveur du souverain 
à l'église de Cambrai (1), ainsi c£u'aux abbayes de Stave- 

(1) SicUel, 1)0. Ul, \)\). 179 et oTO (actes du '28 mai 931 et du 23 avril 99C.) 



84 CHAPITRE Vit. 

lot (1), de Brogne (2), de Nivelles (3) et de Villich (4) ; c'est 
grâce à son intervention aussi que le comte Ansfrid a 
obtenu de l'empereur d'importantes concessions en Frise (o). 
Ces actes seraient plus nomiireux encore si, plus d'une fois, 
sous le règne d'Otton III, des missions importantes n'avaient 
tenu Notger éloigné de la cour pendant un temps assez 
considérable (G), mais ils suffisent pour nous permettre de 
dire, avec les diplomatistes, que lorsqu'il s'agissait d'affaires 
lotharingiennes, la cour n'écoutait personne plus volontiers 
que lui (7). 

Nous en avons une preuve bien éclatante dès l'année 98G. 
Notger en passa une grande partie, ainsi que le commence- 
ment de la suivante, auprès de son jeune souverain. 11 l'ac- 
compagna à Duisbourg, où il intervint le 29 novembre dans le 
diplôme pour l'abbaye de Saint-Remi de Reims (8) ; il le sui- 
vit à Cologne, où, le 27 décembre, il joua le même rôle dans 
une donation impériale pour l'abbaye de Saint-Gérard de 
Brogne (9) ; à Andernacli, où il fat intervenant pour l'abbaye 
de Villich à la date du 18 janvier 987 (10), et à Nimègue, où 



(1) 1(1. ibid. p. 432 (acle du 27 février 987.) 

(2) Id. ibid. 1». 429 cl 502 (actes du 27 décembre 98G et du 31 mars 992.) 

(3) Id. ibid. p. 501 (acte du 8 avril 992.) 

(4) Id. ibid. p. 431 (acte du 18 janvier 987.) 
(y) Id. ibid. p. 410 (acte du 2G juin 985.) 

(6) J'admets, en effet, avec Bresslau, Uumllmch dcr l'i-l;vndenlchrc fur DeiiHtch- 
latid und Italien, t. I, p. 793, que l'intervenant n"est mentionné que dans les 
diplômes à l'émission desquels il assiste. L'élude des interventions de Notger con- 
lirme cette doctrine; elles se produisent partout où nous avons soit la preuve, soit 
un indice sérieux de sa présence; elles s'interrompent chaque fois qu'on peut établir 
par les textes qu'il est éloigné de son souverain. Ainsi d'ailleurs s'explique le mieux 
du monde l'évolution qui, dans les diplômes inqiériaux, substitue les témoins aux 
intervenants. Cf. Fickcr, BeitriUje zur i'rkundcnlclire, t. I, pp. 232 et suivantes; 
Pflugk-Harttung, Diplomatiscli-liistorixche Forschungcn. 

(7) Kehr, Ilistorisclic Zeilsclirift, t. LXVI p. 427; Wilmans, Otto III, p. 71; 
Richter, t. III p. 151. 

(8) Sickel, 1)0. III, p. 417. 

(9) Id., ibid. p. 430. 

(10) Id., ibid. p. 431. L'auteur du Vita Notaeri, qui a passé à l'abbaye de Villich, 
y a vu le diplôme ottonien portant mention de l'intervention de Notger; mais il 
s'est persuadé, sans doute parce qu'il n'a parcouru l'acte que d'une manière super- 



NOTGRR AU SKUVICi: n'oTTO.V Uî. So 

son nom figure le 27 février dans une donation à l'aljbaye de 
Stavelot (1). 

Pendant ce séjour prolongé auprès de ses souverains, il 
eut le temps et l'occasion d'entretenir l'impératrice régente 
des intérêts de son pays de Liège. Une expérience cruelle 
avait ouvert les yeux de cette princesse sur la nécessité de 
rentbrcer dans ce pays de i'rontière l'autorité de l'Empire, en 
y fortifiant la situation d'un vassal aussi dévoué que Notger, 
et c'est sans doute cette considération qui la détermina à lui 
prêter main forte en 987 pour la démolition de Ghèvremont. 
Des documents contemporains nous la montrent occupée au 
siège de cette forteresse vers le commencement de l'été de 
cette année (2). 

Un projet hardi germa alors dans l'esprit d'Eudes de Blois 
et de Herbert de ïroyes. Ces deux seigneurs français s'étaient 
rendus fameux par la capture du comte Godefroi de Verdun. 
Se souvenant que, quelques années auparavant, le coup de 
main de Lothaire sur Aix-la-Chapelle avait été bien près de 
réussir, ils imaginèrent d'aller surprendre et enlever l'impé- 
ratrice. Adalbéron de Reims, ou pour mieux dire Gerbert, 
qui avait un service d'informations hors ligne, eut le temps 
de prévenir cette princesse : c'était quelques jours après le 
17 juin (3). Théopliano, sans doute, déjoua le complot; mal- 
heureusement, nous ne savons rien de plus à ce sujet, et, 
sans une allusion fortuite conservée dans la correspondance 
de Gerbert, nous ignorerions et le siège de Ghèvremont, et 
la part qu'y a prise limpératrice. 

Si l'histoire de la destruction de Ghèvremont, sur laquelle 
nous devons revenir plus loin, atteste une fois de plus le 
crédit dont Notger jouissait à la cour, le fait suivant est une 
preuve non moins frappante de l'espèce de patronage qui 

liciellc, que c'est notre évciiue qui a fondé ce monastère : Conatitiuo super lienum 
inoriit-sterio sanctimonialium in villa Vilica, aient pririlcgia ejusdein ccelcsie in bible 
coiiseripta testantur, Vita Notgeri. c. 8. 

(1) Sickel, DO. m, p. 432. 

(2) Lettres de Gerbert, u" iO'2, p. 91- : pi'opler prcscntem obsidionem Caprimontis. 
Cf. la note suivante. 

(3) Ibid., n" 103, p. 96: Qui nunc furtivasjdelectorum militum conliaiiunl copias, 
ul in vos, si apud Caprimontem estis, impetum faciant. 



86 CHAPITRE VII. 

lui était dévolu sur les affaires du Lotliier. L'abbé Erluin 
de Gembloux était mort le 10 août 986 ou 987 (1), et les 
moines se rendaient à la cour pour obtenir un nouvel 
abbé. Passant par Liège, ils ne manquèrent pas d'aller 
demander conseil et peut-être appui à Notger, qui était 
d'ailleurs leur évcque diocésain. Notger les dissuada vive- 
ment de leur démarclie. Il allégua que le roi, étant éloi- 
gné souvent, ne pourrait pas les protéger elHcacement, 
et que ses courtisans ne manqueraient pas cette occa- 
sion de leur extorquer de l'argent; il leur olî'rit de de- 
venir lui-même leur patron, se faisant fort d'obtenir le 
consentement de l'empereur à cette combinaison. Les moines 
se laissèrent convaincre, et ils élurent Herward, à qui 
Notger imposa les mains. L'évêque voulut récompenser lab- 
baye de la confiance qu'elle lui avait montrée : il lui lit 
diverses donations parmi lesquelles étaient le village de ïem- 
ploux, qui donnait un revenu annuel de 100 sous, une vigne 
à Namur et d'autres terres (2). Au surplus, il n'avait pas 
trop présumé de son crédit à la cour; peu de temps après, 
Otton III confirmait les possessions de l'église de Liège par 
un diplôme où est expressément mentionné Gembloux (3). 
L'acte n'est pas daté, mais comme nous trouvons l'empereur 
à Braine-lc-Comte (4) le 20 mai 988, il y a lieu de croire qu'il 
aura passé par Liège, et qu'il aura émis le diplôme pendant 
son séjour dans cette ville (o). 

(1) GcsUi abbatum Gcmblaccns., c. 23, p. oSI. Sickel, DO. III, p.'iio, admet 
la date de 987. 

(2) Gesta abbatum Gemblacctis., 1. c. 

(3) Sickel, DO. III, p. 445. 

(4) Id. ibid., p. 444. Est-ce Brainc-le-Comfe, comme croit Sickel, ou faul-il pen- 
ser à un autre Braine : Braine-le-Cliâteau, Braine-l'AIleud, ou encore Waulhier- 
Braine? Je ne sais, et les érudits hennuyers ne nous tirent pas d'embarras. 

(5) Sickel, DO. III, p. 445. Ce diplôme, n'étant pas daté, a été obligé, par les 
divers érudits qui s'en sont occupés, de voyager d'une année à l'autre, jusqu'à ce 
que Sickel d'une part, Bormans et Schoolmee.sters de l'autre, lui aient enfin assigné 
sa place, bien que d'une manière approximative, dans la chronologie ottonienne. 
Cliapeaville, I. 2H, avait prudemment laissé la date en blanc; Li'inig, moins avisé, 
eut l'étrange idée d'en faire un diplôme d'Olton I et de le placer en 972; Fisen et 
Miraeus admettaient 98i-, Slumpf et Bormans, Reaieil etc., descendaient jusqu'en 
985, et Wauters même allait jusqu'en 995 environ. Enfin, revenant sur la question 



xoTORP. AU s;:iivicE d ottox iir. 



s: 



A partir du printemps de 988 jusqu'au 18 juin 1)90, nous ne 
rencontrons plus le nom de Notger dans les diplômes d'Ot- 
ton III. C'est une longue disparition, dont il n'est pas néces- 
saire de chercher la raison fort loin : les Annales de Lobbes 
nous apprennent qu'il était parti pour l'Italie. Apparemment 
il y accompagna (1) l'impératrice ïhéophano, qui allait alTer- 
mir l'autorité de son fils dans ce pays, où le pape Jean XV 
était toujours menacé par Grescentius (2). On a discuté sur la 
date de ce voyage de l'impératrice, mais nous savons aujour- 
d'hui qu'elle partit dans l'automne de 989 (3), et rien ne per- 
met de croire que Notger l'aurait précédée au-delà des Alpes. 
On comprend quelle importance la mère du jeune roi devait 
attacher aux services d'un prélat à la fois habile et énergique, 
qui avait déjcà quelque expérience de l'Italie et qui savait ce 
que c'est que gouverner. 

L'évoque de Liège emmenait avec lui un moine savant et 
vertueux qui jouissait de toute sa confiance ; c'est Hériger, 
écolàtre de l'abbaye de Lobbes, qui lui fut toujours d'un 
grand secours pour expédier toutes les aifaires, tant poli- 
tiques que religieuses et littéraires (4). 

C'est pendant que Notger était en route pour l'Italie qu'il 



(liuis l'édition (lu Cartuhiire de Sdiiit-Lainbert, Bormaiis et Scliooliiieesfers se ren- 
dirent compte que l'acte était, dans tous les cas, postérieur à l'accord des moines 
de Gembloux avec Notger, dont il est parlé ci-dessus. Et cet accord lui-même est 
postérieur à la mort d'Erluin, qui arriva le -10 août de 986 ou de 987. 

(1) 989. Notkerus episcopus vadit Romam; H (érigeras) cum eo. Annales Lau- 
bicnses, p. 18. Ivehr, qui ne connaîf pas ce texte, argue à tort du silence des sources, 
pour soutenir CHistoriache Zeitschrift, t. LXVI p. 487, note 1) qu'on ne sait rien 
d'une mission de Notger en Italie pendant la minorité d'Otton III. 

(2) 989. Theopliania mater régis Romam perrexit ibique natalem Domini cele- 
bravit et omnem regionem sibi subdit. Annales Hildeshtimoises, p. (J8. 

(3) C'est ce qu'a établi Sickel, MIÔG, XVI, pp. 231-243, contre Wilmans p. Go, 
suivi par .1. Havet, Lettres de Cerhert, p. LXXIV, et par Richter, III, p. Ii9, qui 
admettaient 988. 

(4) In tantum enim (Herigerus) praedicto venerabili episcopo Notgero cliarus et 
familiaris fuit, ut non solum in domesticis vel ecclesiasticis rébus, sed in palafinis 
(|uu(iue negotiis, quorum tune temporis praecipuus erat executor, idem episcopus 
inlcr ])rimos eum semper liabuerit, nec in Lotharingia solum sed et in Italia, ubi 
Olloni II[I] adluic puero regnum praepai-abat, ejus obsequiis et consiliis usus fuerit, 
Geslu abbatum Lobiensium coiitinitala, p. 309, 



88 CHAPITRE VII. 

reçut la lettre suivante, dont l'auteur était l'archevêque Ar- 
noul de Reims, qui venait de succéder à Adalbéi'on par le 
choix de Hugues Gapet : « La joie que j'avais conçue de 
faire le voyage de Rome, et que rendait plus vive l'espoir de 
le faire en votre société et dans l'escorte de l'impératrice 
Théophano toujours auguste, est troublée par la défense que 
me fait mon seigneur. Prenez donc ma place en ami ; faites 
que par votre entremise nous obtenions du seigneui* pape le 
palliiim, et que nous conservions les bonnes grâces de notre 
souveraine, après les avoir conquises grâce à vous. Avec la 
permission de Dieu, nous serons à son service à Pâques, et 
il n'y aura personne qui puisse nous détacher de la fidélité à 
sa personne et à celle de son fils (1). » 

Théophano se comporta en Italie comme une vraie sou- 
veraine ; elle prit le titre d'empereur, data d'après les années 
de son règne, envoya des missi en tournée d'inspection et 
siégea en justice (2). Elle n'oublia pas les intérêts de Not- 
ger, puisqu'elle obtint du j)ape Jean XV une bulle direc- 
tement adressée à l'évêque de Liège, et renfermant des pri- 
vilèges pour l'abbaye de Lobbes (3). Elle resta dans la 
péninsule jusqu'au printemps de 990. Le 1" avril de cette 
année, elle était encore à lia venue; le 18 juin, nous la ren- 
controns, ainsi que Notger, à Francfort, où ils interviennent 
chacun dans un acte du roi daté de ce jour, lui pour Worins 
et elle pour Aquilée (4); il ne semble pas douteux qu'il soit 
revenu avec elle. 

(1) Lettres de Gerbert, n» IGO, p. 142. Le destinataire de cette lettre n'est pas 
désigné, mais je pense qu'aucun lecteur n'hésilera à y reconnaître Notger. Puur la 
date, c'est évidemment 989, comme il résulte des constatations de Sickel sur la 
diplomatique de Théophano, mais, contrairement à l'opinion de Havct, 1. c, c'est 
plus probablement l'automne que le printemps de cette année. J'attire l'attenlion du 
lecteur sur le vocabulaire politique d'Arnoul, qui est signilicatil' : Hugues Capet 
n'est poui' lui que son seigneur (senior). Thénphano est sa souveraine fdumina). Ar- 
noul semble avoir le point de vue international de Gerbert. Cf. ci-dessus, p. 71. 

(2) Giesebrecht, t. I, p. 617; Wilmans, p. GG. 

(3) Vos, t. I. p. iSG. 

(4) Sickel, DO. III, p. 470 et 471. Ici l'intervention semble bien prouver la pré- 
sence, car on n'admettra pas que Notger soit intervenu du fond de l'Italie, moins 
encore ([ue son intervention se soit produite avant son départ pour ce pays, c'est- 
à-dire deux ans avant l'acte diplomatique. 



N()T(;KR au SEMVICK d'oTTON I!1. 80 

A peine rentré chez lui, Notger y apprenait, avec la mort 
de l'abbé Foleuin de Lobbes, la nouvelle que les moines de 
cette abbaye désiraient lui donner pour successeur son fidèle 
Hériger, qui venait de l'accompagner dans son voyage. Bien 
qu'il ait dû éprouver de la peine à se séparer de cet excel- 
lent collaborateur, il déféra toutefois au désir qui lui était 
exprimé dans un document rempli des termes les plus Ihit- 
teurs pour son ami (1), et Hériger alla prendre à Lobbes la 
crosse abbatiale, qu'il porta jusque vers la lin du pon- 
tificat de Notger. Il n'est pas téméraire de croire que ce 
dernier aura assisté à la consécration abbatiale , qui eut 
lieu à Lobbes le 21 décembre 990, jour de la fôte de saint 
Thomas, par les mains de l'ordinaire diocésain, Rothard de 
Cambrai. 

Dès le 28 juin 991, nous retrouvons Notger près de l'em- 
pereur à Nimègue, où il intervient dans un diplôme en fa- 
veur de l'église de Cambrai (2). Pour peu que son séjour à 
la cour se soit prolongé, il y aura été témoin de la mort de 
sa souveraine, l'impératrice ïliéophano, qui expira dans 
cette ville le lo juin de cette année, à l'âge de 31 ans, après 
un veuvage de huit ans pendant lequel elle avait défendu 
avec une énergie virile et un dévouement sans bornes les 
droits de son fils à la couronne. Cette princesse byzantine, 
élégante et d'une culture supérieure à celle du milieu où elle 
fut appelée à vivre, n'y a pas rencontré les sympathies de 
tout le monde ; on lui a reproché ce qu'on appelait son faste 
byzantin; on a pris ombrage de sa distinction de manières, 
qui contrastait avec la rudesse des moeurs saxonnes; on 
s'est olfusqué de ses procédés de gouvernement, qui ne s'ins- 
piraient pas de la tradition germanique; on s'est plaint de 
l'éducation trop peu nationale qu elle donna à son fils, et la 
calomnie n'a pas toujours respecté sa réputation de femme. 
Mais Notger, qu'elle avait honoré de sa confiance et qui 
pai'tageait son dévouement au royal orphelin, dut être dou- 
loureusement frappé par sa disparition, et de toute manière 

(1) Ce document est rt'pi'oduit 2« extenso dans le Cesta epp. Camerac. I, lOfi, 
p. 445. 

(2) Sickel, DO. III, p. 470. 



00 CHAPITRE Vil. 

il faut croire qu'il assista à ses funérailles, qui eurent lieu à 
Saint-Pantaléon de Coloji^ne (1). Otton III perdait son meil- 
leur appui à un âge où il avait encore grand besoin de 
guides et de conseils, et sa grand'mère Adélaïde ne pouvait, 
malgré son dévouement, suppléer les sollicitudes d'une mère. 
Le rôle de Notger auprès du jeune roi était appelé à gran- 
dir dans ces conjonctures ; aussi ne faut-il pas s'étonner de 
le retrouver, pendant une bonne partie du printemps de 
992, aux côtés de son roval maître. 

Le 11 mars 992, il est à la cour à Boppard, en qualité 
d'intervenant dans trois diplômes émis par Otton III en fa- 
veur de l'abbaye de Selz, fondation favorite de sa grand'mère 
l'impératrice Adélaïde (2). De là, la cour se transporta à 
Aix-la-Chapelle, où elle célébra la fête de Pâques (27 mars). 
Nous avons une preuve du séjour de Notger dans cette 
ville le 8 avril : c'est la date d'un diplôme par lequel, à la 
demande de sa grand'mère et de Notger, Otton III fît don 
des terres d'Ardenelle à l'abbaye de Nivelles (3). 

Pendant ce séjour à Aix-la-Chapelle, Notger fut appelé à 
intervenir dans une affaire retentissante, qui passionnait 
alors tous les diocèses de France et d'Allemagne, et dont le 
héros était son ancien correspondant Gerbert. 

Gerbert était monté sur le siège archiépiscopal de Reims 
dans des conditions très discutées. Son prédécesseur Arnoul, 
lors des troubles causés par l'avènement de la troisième dy- 
nastie, avait trahi la cause de Hugues Capet en livrant sa 
ville à Charles de Lorraine. Après la défaite du prétendant, 
on demanda compte au prélat de sa conduite, et un synode 
réuni à Saint-Basle le déposa et élut à sa place Gerbert (18 
juin 991). Arnoul en appela à Rome, et le jîape Jean XV fit 
soumettre l'affaire à un nouvel examen par un de ses légats, 
qui réunit dans ce but le concile d'Aix-la-Chapelle (4). 

(1) Thicliiiar, IV, iO, p. 772; Annales Quedlinbiirr/nnsc/i, p. G8; A)i)uiles Ilildrslici- 
menaes et CJininicon rcd'nnn Qihmiac, p. 7 il. 

(2) Sickcl, /;o. ///, i.j). 19'p-'f98. 

(3) Sickel, 1)0. ///, p. 504. Il faut lire dans le texte ArdbicUa et non ArdivcUa 
comme fait Siclvci. Anienelle est une dépendance île Nivelles. 

(i) Wilnians, Otto lll, p. o8. llefelé, Condliemjcschichtv, t. IV, p. GM, ignore tota- 
lement ces deux conciles. 



XOTGER AL' SKRVICE d'oTTO.V HI. 91 

« Le légat, écrit un éruditdc nos jours, n'osait évidcmuient 
venir en France même attaquer une sentence portée avec 
rassentiment du roi de France « (1). Il est inutile de dire 
qu'aucun évcque français n'assista à cette réunion qui de- 
vait juger la cause d'un évcque français. C'est cette circons- 
tance, sans doute, qui infirma d'avance les délibérations du 
synode sur une question si délicate : il est permis de croire 
qu'il se sépara sans avoir pris aucune décision, et ainsi s'ex- 
plique l'oubli dans lequel il est tombé. 

Le concile doit avoir été tenu avant la fin d'avril, car, dans 
les derniers jours de ce mois, nous voyons l'évcque de Liège 
accompagner son souverain vers les frontières occidentales 
de l'Empire. Etait-ce une entrevue projetée avec le roi de 
France qui appelait Otton III dans les vallées de la Meuse 
et du Chiers, ces théâtres historiques de tant de rendez- 
vous royaux? On le croirait, mais l'histoire est muette, et 
nous ne pouvons faire que des conjectures. Passant par 
Brogne, où il doit avoir été le 30 avril (2), l'empereur, accom- 
pagné de Notger, se trouvait le 19 mai à Laneuville-sur- 
Meuse (3), et le 2o du même mois à Margut (4). Dès le 29, il 
était rentré à Trêves (o), d'où il regagna la Saxe. 

L'année suivante, Notger eut l'honneur de recevoir Ot- 
ton III à Liège, comme on le voit par un diplôme impérial 
daté de cette ville le 2ô mars 993 (6). Le 17 avril de la même 
année, Notger était encore auprès du souverain à Ingclheim, 
intervenant dans une donation impériale en faveur de Mag- 
debourg (7). 

Cependant le légat du pape ne perdait pas de vue l'épi- 
neuse affaire de Gerbert, et, sous ses auspices, un second 
concile, où Notger doit s'être trouvé, se tint à Ingelheim en 



(1) ,1. Havpt, Lettres de Gerbert p. XXVI. 

(2) Sickel, DO. UI, p. on2. Cf. riippemlico. 

(3) Sickcl, li<i. m, p. oOi. Je rectilie le nom de !a localité, ijne Sickel appelle 
erronémoiit Neuville. 

(4) Id. ibid. p. oO.'i. 
(.") Id. ibid. p. viOfi. 
(G) Id. ibid. p. ;;28. 
(7j Id. ibid. p. 329. 



î^2 CHAPITRE VII. 

994 (1). Les évèques français y firent défaut comme à Aix- 
la-Chapelle, mais, cette ibis, le concile décida de délil>ércr 
sans tenir compte de cette espèce de protestation tacite. Il 
paraît bien que, dès le principe, les évoques du royaume 
d'Allemagne n'envisagèrent pas d'un bon œil la déposition 
d'Arnoul, et plusieurs d'entre eux, Willigis de Mayence à 
leur tète, avaient réclamé auprès de Jean XV (2). Quel était 
leur mobile? Etaient-ils convaincus que les prélats français 
avaient en cette matière violé les droits du Saint-Siège, ou 
voyaient-ils quelque danger grave à procéder contre un 
évoque comme on l'avait fait contre Arnoul? N'obéissaient- 
ils pas peut-être, et en partie à leur insu, à un point de vue 
national qui les indisposait contre toute mesure prise en 
faveur de Hugues Gapet? On peut croire que, chez plus d'un 
d'entre eux, les deux raisons auront influé à la fois. Quoi 
qu'il en soit, le synode d'Ingelheim condamna le concile de 
Saint-Basle, qui avait déposé Arnoul, et demanda au pape de 
casser sa sentence. Notger ne se sépara pas de ses confrères 
dans cette occurrence, et peut-être même fut-il de ceux qui se 
prononcèrent de la manière la plus catégorique, puisque, 
peu de temps après, Gerbert se plaignait d'avoir perdu son 
amitié et entreprenait de la reconquérir (3). 

A la suite du synode d'Ingelheim, le pape crut pouvoir 
s'avancer, et il lança une sentence d'excommunication contre 
Gerbert. Mais l'énergique lutteur ne céda point, et un con- 
cile français, réuni à Ghelles sous les auspices du roi Robert, 
prit résolument parti pour lui contre les rigueurs de l'épis- 
copat d'Allemagne. Il devenait évident qu'un débat purement 
canonique se transformait, grâce aux intérêts qui y étaient 
engagés de part et d'autre, en une querelle nationale. Le pape 
le comprit : renonçant à poursuivre l'exécution de sa sen- 
tence, il essaya d'une nouvelle réunion des évêques allemands 
et français, qui fut préparée, cette fois, avec plus de pru- 
dence et de soin que les deux précédentes. Le choix qu'on fit 
de Mouzon comme siège de cette assemblée était excellent : 

(1) Wilmans, Olio III, p. GO. 

(2) Richer, IV, 9a, p. Co3. 

(3) Lettres de Gerbert, 11° 193, p. 183, 



N'OTGER AU SERVICE d'oïïON III. i)o 

situé aux confins do la France et de l'Allemagne, Mouzon 
appartenait ])olili([ueuient à ce dernier pays, mais dépendait 
au s[)irituel de Reims, et ne pouvait ius[)irer aucune in([uié- 
tuile à des évèques français. Ceux-ci, au surplus, soit qu'ils 
eussent été habilement travaillés, soit (qu'ils se t'ussenî rendu 
compte qu ils ne pouvaient, sans imprudence et sans injus- 
tice, se dérober plus longtemps aux volontés du Souverain- 
Pontife, étaient, à ce qu'il semble, disposés à se rendre en 
grand nombre à Mouzon, où Gerbert lui-même se préparait à 
comparaître (1). Mais Hugues Gapet crut devoir intervenir 
avec éclat : au dernier moment, devinant le danger que cou- 
rait son protégé, il lit défense à ses évèques de répondre à 
l'appel du légat, et Gerbert, bravant l'interdiction du roi, 
partit seul pour Mouzon (2). L'homme qui avait tant fait pour 
allermir le trône d'Otton III allait donc comparaître devant 
un tribunal où siégeaient les évèques de ce jeune prince, dans 
une question où il y allait de son honnem', de sa dignité, du 
repos de toute sa vie. Il n'était pas résigné à se laisser écra- 
ser; une lettre qu'il avait écrite quelque temps auparavant à 
Notger nous en fournit la preuve. Dans cette lettre, où il dit 
connaître la cause du changement d'attitude de son ancien 
ami, il lui envoie la justification qu'il venait décrire à la de- 
mande de Wiiderod, évoque de Strasbourg, et il déclare 
qu'il fait tous ses efforts pour obtenir la réunion d'un con- 
cile sinon œcuménique, du moins franco-allemand, pour y 
cire jugé, tant il a confiance dans la justice de sa cause et 



(1) Lettres de Gerbert, I. c. : Et mine ad votiiin meonim hosfium, quia ex loto 
orbe fioi-i non potest, ex tolo principiim nostrorum regimine, iil universalc co- 
galui- conciliiini, niodis quibiis valeo elaboro. Tanium quippe a nobis abesl malefi- 
ciiun, etc. 

("2) Richer, IV, 9G, p. Ch>?>, Je dis au dernier moment; il est difficile, en edet, de 
croire que Gerbert se fût présenté devant le concile de Mouzon, s'il n'avait eu la con- 
viction que l'épiscopal français adhérait à cette réunion. D'autre part, l'interdiction 
prononcée par Hugues Capet n'aurait eu aucune raison d'être, si le niènie épiscopat 
avait protesté contre l'idée de réunir le concile à Mouzon. Et il est fort probable 
que si cette interdiction n'avait pas été formulée à la dernière heure, Gerbert aurait 
eu le temps de concerter son attitude avec celle des autres évoques de France. 
C'est IVicher, IV, 100, p. GoG, qui fait dire à Gerbert qu'il est venu à Mouzon malgré 
Hugues Capcl frum ipsr etiam proliibidis arces^i-.critj 



lli CHAPITRE VU. 

dans son innocence. « Je vous en supplie, écrit-il en finissant, 
ne vous en rapportez pas, sur mon compte, à mes ennemis 
plutôt qu'à vous-même. Voyez si je suis resté ce que jetais, 
c'est-à-dire dévoué à votre personne, prêt à votre service, en 
général fidèle à mes amis, ami passionné de la justice et de 
la vérité, sans dol et sans superbe, et honoré de votre amitié. 
Ne l'ayant pas perdue par ma faute, je la redemande à votre 
droiture ; je m'afîligerais qu'elle me fût refusée, et j'éprou- 
verai une grande joie si elle m'est rendue (1). y> 

Notger dut être ému de ce langage de l'homme qu'il avait 
connu si puissant, et qui aujourd'hui, dans sa détresse, était 
obligé d'invoquer le secours, peut-être la pitié de ses anciens 
amis. Nous le trouvons le 23 avril de cette année à Aix-la- 
Chapelle, où il intervient dans une donation impériale en 
faveur de l'église de Cambrai et de son évoque Rothard. 
Quelque temps après, il partait pour Mouzon, où le concile 
devait se réunir le 2 juin. L'évèque de Liège y trouva Suitger 
de Munster, Leodulf de Trêves, et Aymon de Verdun, avec 
le légat Léon (2) et le comte Godefroi. Devant cette petite 
réunion, Gerbert se défendit avec vigueur et habileté ; son 
discours, dont Richer nous a conservé le texte, et dont 
l'authenticité ne semble pas douteuse, était en réalité un 
mémoire rédigé d'avance (3). Le concile, trop peu nombreux 
et considérant d'ailleurs qu'en l'absence de la partie adverse 
la cause ne pouvait pas être tranchée, décida de se proroger 
à une réunion qui devait être tenue le l*"'' juillet à Reims; en 
attendant, il voulut, pour donner une preuve de déféi^ence 
au pape représenté par son légat, interdire à l'accusé le mi- 
nistère sacerdotal et la communion; mais, celte fois encore, 
la défense de Gerbert fut si énergique et si modérée, qu'on 
se contenta de la promesse qu'il s'abstiendrait du sacrifice 
de la messe. 

(1) Lettres tic Ccvbert, n" 11)3. p. ISi-, 

(2) Richer, IV, 99, p. Go'k 

(3) Gerberlus surrexit atijue oralioncm pro se scriptam in conciiio mox recitavit. 
Richer, IV, 101. Il siidlt (railleurs de comparer les discours de Gerbert dans cet 
auteur, 102-107, avec sa lettre à Wilderod de Strasbourg {Lettres de Gerbert, n" 217, 
p. 203), pour reconnaître rélroitc parenté des deux documents. 



NOTGER AU SERVICTÎ d'oTTON III. i)o 

Xotger. dans toute cette aHairc, ne paraît pas avoir joué 
de rùle prépondérant, soit parce qu'il croyait devoir à sa 
dignité de s'enfermer strictement dans sa qualité de juge, 
soit parce que Tévêquc de Verdun, qui fut l'orateur prin- 
cipal du concile, était le seul de l'assemblée qui possédât la 
langue française (1). Au surplus, l'affaire de Gerbert, tou- 
jours reprise et toujours ajournée, ne fut jamais terminée, 
et son départ pour l'Italie, où bientôt après il fut élevé au 
siège archiépiscopal de llavenne, mit lin à un des débats les 
plus embrouillés de ce tenqjs. 

On voudrait savoir quelle inlluencc ces événements ont 
pu exercer sur les relations des deux anciens amis, et l'on 
est assez tenté de supposer que Notger aura jugé avec sévé- 
rité le cas de Gerbert, quand on voit, peu de temps après, un 
ancien élève et protégé de l'évéque rie Liège, Erluin, qui 
avait obtenu l'évcclié de Cambrai grâce à son appui, refuser 
de se faire consacrer par Gerbert, qu'il considérait connue 
un intrus (2). Toutefois, Gerbert, devenu pape quelques 
annnées après sous le nom de Silvestre II, ne garda pas 
rancune à Notger, et c'est lui-môme qui intervint auprès 
d'Otton III pour faire accorder une libéralité à l'église 
Saint-Jean l'Evangéliste, que l'évoque de Liège venait de 
fonder dans sa ville épiscopale (3). 

Pendant cette môme année 995, la haute influence dont 
Notger jouissait à la cour s'aflîrma à deux reprises, à l'oc- 
casion de nominations épiscopales. L'évéque Baudouin 
d'Utrecht était mort le 10 mai 994, et l'évoque Rothard de 
Cambrai l'avait suivi dans la tombe le 20 septembre 99o. 
C'est l'évoque de Liège, qui, en sa qualité, de conseiller tou- 
jours écouté de l'empereur pour les alfiiires lotharingiennes, 
va disposer des deux sièges vacants. Celui d'Utrecht fut 
conféré, en 995, sur sa recommandation, à un pieux la'ique, 
le comte Ansfrid, aussi distingué par ses vertus chrétiennes 
que par ses qualités d'homme de guerre, et qui avait joui 

(1) Episcopus Virdunensis, eo qiiod lingiiani gallicam norat, causam synodi pio- 
laturus siirrexit, etc., Richer, IV, 100, p. Gui 

(2) Gestaepp. Cam. I, c. 110-111, pp. i184'i9. 

(3) Yoii- plus loin. 



Oo CHAPITRE VU. 

dans sa jeunesse de la confiance d'Otton I (i). Le siège de 
Cambrai fut plus dillicile à pourvoir, et les rivalités qui se 
produisirent à ce sujet nous permettent de nous rendre 
compte de la manière dont, à l'époque la plus brillante de 
la dynastie de Saxe, on parvenait à un siège épiscopal. La 
succession de Rothard fut disputée par Erluin, archidiacre 
de Liège, protégé par Notger et par Azelin de ïronchienne, 
lils naturel du comte Baudouin de Flandre. Erluin était 
versé dans les adaires séculières et ecclésiastiques; ayant 
fréquemînent visité les antichambres des grands, il possédait 
beaucoup d'utiles relations. De plus, Notger le recommanda 
à Mathilde, abbesse de Qucdlinbourg et tante d'Otton lîl, 
dont elle avait la confiance. Azelin, lui, se procura à pi'ix 
d'argent l'appui de la princesse Sophie, sœur de l'empereur 
et abbesse de Gandenheim. Ces deux influences féminimes 
se disputèrent le prince; ce fut celle de Mathilde qui finit 
par l'emporter, et Otton donna la crosse au protégé de l'é- 
vcque de Liège (2). 

L'année suivante, Otton partit pour l'Italie, où il allait 
chercher la couronne impériale. Les princes ecclésiastiques 
avaient été les plus empressés à lui amener leurs contin- 
gents, Willigis de Mayence à leur tète. Notger fut aussi au 
rendez-vous à Ratisbonne (3) : c'était le troisième voyage 
d'Italie qu'il entreprenait pour le service de ses rois. En 
février 990, l'armée impériale se mit en route. Par le col du 
Brenner encore couvert de neige, on pénétra en Italie, et 
l'on descendit par la vallée de l'Adige sur Vérone; de là on 
gagna Pavie, où le roi réunit autour de lui les grands du 
pays et où il passa la fête de Pâques. C'est là qu'il apprit 
la nouvelle de la mort du pape Jean XV et qu'il lui choisit 
pour successeur son propre cousin Brunon, qui prit le nom 
de Grégoire V (4). 

(1) Voir Thietmar de Mcrsoboui-g, IV, 22-24, pp. 777-778 : ad ppiscopaliiin Tra- 
jeclensem per Nolgcrum, Leodii pontificem, siimnia ncccssilalc vocatiis. Cf. Alpeil, 
De diversitate tevtporum, I, H- 10, p[). 70u et siiiv. 

(2) Gestaepp. Cum. I, -110, p. iiS. 

(3) Voir la preuve plus loin. 
^4) Wilinans, Oiio lU, p. 87. 



NOTGER AU SERVICE d'oTTON III. 97 

Le nouveau pape semble avoir été un ami personnel de 
Notger : il aAait été chapelain de l'empereur, et, comme tel, 
il avait eu l'occasion de le rencontrer plus d'une l'ois à la 
cour. A peine consacré — ce fut entre le 28 avril et le 9 
mai (1) — nous le voyons prendre successivement plusieurs 
mesures dans lesquelles rinlluence de notre évoque est 
visible. 

Pendant que Grégoire V gagnait Rome pour s'y faire 
consacrer, l'empereur s'acheminait à petites journées vers 
la Ville étei-nelle. Le 20 avril, il était à Crémone (2), et le 
l^' mai à Ravenne (3). Notger, qui l'avait accompagné dans 
cette ville, y assista au plaid général convoqué au palais de 
l'euipereur, hors la porte Saint-Laurent. Ce plaid fut des 
plus solennels : neuf évcques et un grand nombre de comtes 
et d'abbés y prirent part, et,chose remarquable, c'est le nom 
de Notger qui ouvre la longue liste de tous ces dignitaires, 
comme c'est aussi le sien qui ligure en premier lieu parmi 
ceux des signataires de l'acte (4), 

De Ravenne, l'empereur et sa suite gagnèrent Rome, où 
l'on était dès le 22 mai. Le lendemain, Otton III rcyut la 
couronne impériale des mains de son cousin Grégoire V. 
Notger avait assisté à cette cérémonie grandiose. Le 24, 
le pape émettait, au profit de l'abbaye de Villich, fondation 
de l'impératrice Adélaïde, une bulle de privilèges solli- 
citée par Hildebold de AYorins et par Notger (5). Puis, il con- 
sacra lui-même Erluin de Cambrai, élève de ce dernier, 
qui, nous l'avons dit, avait refusé de demander l'ordination à 



(1) Jafle, ncfiesta pont. Ihm., t. I, [>. i!)U. 

(V) Sickel, DO. III, p. 599. 

(3) 1(1. 0. c. GOO. 

(■'i-) Id. 0. c. p. GOl. Il faut remarquci- que sur les neuf prélats, Notger est le seul 
ulti'amontain. c'est-à-dire le seul qui ait accompagné Otton III dans son expédition ; 
les autres occupent des sièges italiens et n"onl pas de rapports intimes avec le 
souverain. De là, sans doute, le rang honorifique assigne ici à Notger. En elTet, 
dans la bulle pontificale du 51 mai !}!)(] (voir ci-dessous), il signe sixième, non seu- 
lement après les archevêques de Mayence et de Salzbourg, mais après les évêques 
de Worms, de Strasbourg et de Spire. 

(a) Lacomblet. t. I. p. 77. 

I. 7 



08 CITArîTRE Vil. 

son métropolitain Gerbert (1). Le 2 juin, le pape accorda à 
l'abbaye de Stavelot la conlirniation de ses biens, et, quoi- 
que Nolger ne soit pas nommé dans l'acte, il n'y a pas lieu 
de douter qu'il n'ait appuyé la demande de ce monastère, 
qui était de son diocèse (2). Enfin, le 3 juin, Notger lut 
intervenant dans un diplôme impérial pour le couvent de 
Saint-Iîoniface et de Saint- Alexis sur l'Aventin (3). 

Pendant son séjour à Rome, Notger fit la connaissance 
d'un bomme qui semble avoir occupé une grande place dans 
son cœur : saint Adalbert de Prague. Fils d'une grande fa- 
mille, jeune, ricbe, brillant de santé, appelé, semblait-il, à 
toutes les joies du monde, Adalbert était de bonne heure 
entré dans les ordres et avait été appelé sur le siège épis- 
copal de Prague. Mais aucune grandeur, pas même celle des 
dignités ecclésiastiques, n'avait d'attrait pour le ca>ur du jeune 
ascète. Il avait fui Prague et il était venu s'enfermer comme 
moine dans le couvent de Saint-Alexis. Rappelé dans 
son diocèse par les instances de son métropolitain, il 
s'était réfugié de nouveau à Saint-Alexis, et, une seconde 
fois, les démarches de AVilligis auprès du pape le forcèrent 
à regagner son siège. Il quitta en pleurant le doux nid 
de l'Aventin où il avait trouvé le vrai milieu de son âme, et 
il prit avec accablement le chemin qui devait le ramener au 
milieu de ses barbares ouailles (4). Ame délicate et sensible, 
et, de plus, imagination enivrée par l'idée des héroïques 
renoncements de la vie monastique et des sublimes travaux 
de l'apostolat, il ne se sentait pas fait pour le gouvernement 
régulier d'un diocèse. Mais ce qu'il y avait de poétique et 
d'exalté dans sa nature était fait pour séduire ses contem- 
porains, et le jeune empereur fut un des premiers amis du 
jeune prélat. 



(1) Voir ci-dessus, p. 9Î>. 
• (2) Chartes de Stui'elot-Mabnedii, éd. llulkin cl lioland, t. 1, p. 19.'). 

(3) Sickel, I)(K 111, n» 209 \>. 020. Nouvel excinjile de la présence de ïintrrrcmtiit 
il la passation de l'acte. 

(4) Ergo niultis lacrimis fratrum dulce nionasterium linquens, eiun siimmae 
discretionis viro Nollierio episcopo ullra Alpes |)roru-iscilur. Vilu s. Adalbcrli, 
C. 22, p. 591. 



NOTGKU ATT SERVICE d'oTTOX ITI. 99 

Notger, lui aussi, semble avoir été sous le charme d'une 
nature à tant cVécf.irds dillcrente de la sienne. Il avait eu 
Toccasion de fréquenter Adalbert pendant son séjour à 
Rome, et il Taccompagna à son retour en Allemagne. Les 
deux amis liront en deux mois le voyage de Rome à 
Mayence, où l'empereur les rejoignit vers la mi-sep tem- 
bre(l). Là, ils se séparèreirt pour toujours. La cour gagna 
le nord ; le 18 décembre 9'.)G, elle était à Nimègue (2), le 8 fé- 
vrier 997, à Aix-la-Chapelle, où nous la retrouvons encore le 
23 mars, ainsi cpie le 6 et le 9 avril (3). C'est le 9 que l'empe- 
reur confirmait l'église de Saint- Jean de Liège, bâtie par 
Notger, dans la possession de ses biens de Heerwaarden (4). 

On peut croire, puisqu'il n'existe aucun témoignage du 
contraire, qu'après cela Notger sei^a resté dans son diocèse, 
et qu'il aura pu y passer au moins quelques mois, pendant 
que l'empereur visitait la Saxe et les pays slaves. Il ne jouit 
cependant pas longtemps du repos. Du 1^'" au 27 octobre, 
Otton séjourna à Aix-la-Chapelle, où il préparait une nou- 
velle expédition en Italie. Dès le 1'"'' du même mois, Notger 
était auprès de sa personne, intervenant dans un diplôme 
impérial en faveur de l'église de Mantoue (5). Il accompagna 
encore son maître dans ce nouveau voyage d'Italie; c'était 
la quatrième fois qu'il passait les Alpes. Nous retrouvons 
l'empereur à Trente le 13 décembre 997; du 31 décembre au 
5 janvier 998, il était à Pavie ; le 19 janvier il fut à Crémone, 
où Notger assista avec lui à une réunion judiciaire dans 
laquelle l'authenticité d'un diplôme de l'église de Crémone 
fut reconnue (G). Le séjour de l'empereur en Italie fut long; 
il y passa les années 998 et 999 en entier, et c'est seulement 
le 1" janvier 1000 qu'on le retrouve à Vérone, sur le chemin 
du retour. En avril 999, il avait élevé sur le siège de saint 

(1) Vita s. Adalbcrti, c. 23 p. o9l. Nous voyons, par les diplômes, qu'Otlon III 
était encofc à Vérone le M septembre et {[iie. dès le l.'l, il se trouvait à Ingelheim. 
Sickel, 1)0. III, pp. Ci20 et 044. 

(2) Sickel DO. III, p. G49. 

(3) Idem, o. e. p. Go'2-Gol. 

(i) Idem, o. c., p. (i.')7. Sur ce diplôme, voir plus loin, 
(o) Idem, 0. c, p. (i71. 
(G) Idem, 0. c, p. 087, 



lOO CHAPITRE VII. 

Pierre son ancien maîtz^e Gerbert, qui prit comme pape le 
nom de Silvestre IL 

Pendant tout ce temps, nous perdons presque totalement 
de vue l'évèque de Liège. Son nom ne reparaît plus dans 
aucun des nombreux diplômes que l'empereur émit depuis 
le 19 janvier 998 jusqu'à sa mort, arrivée le 23 janvier 1002. 
Et cela ne laisse pas d'étonner, quand on réfléchit à la place 
qu'il avait conquise dans la confiance du souverain, et au 
rang éminent que nous lui voyons occuper dans les derniers 
actes de la chancellerie impériale qui font mention de lui. 
Pourquoi Notger, qui, pendant les douze premières années 
du règne d'Otton III, a été treize fois (1) intervenant dans ses 
diplômes, c'est-à-dire en moyenne un peu plus d'une fois par 
année, n'intervient-il plus du tout pendant les cinq deimières 
du même règne ? Il ne figure même pas dans les actes émis 
au sujet de la Lotharingie, dont il était en quelque sorte le 
patron à la cour. L'empereur instrumente en faveur d'Utrecht, 
de Metz, d'Oeren à Trêves, et même d'Aix-la-Chapelle, sans 
qu'il soit parlé de Notger. Bien plus, les intérêts de son ami 
Erluin de Cambrai eux-mêmes lui semblent devenus indiffé- 
rents, puisque l'acte en faveur de ce prélat daté de Ravenne 
le 21 avril 1001, ne fait pas mention de lui! Ajoutons que ce 
n'est pas seulement dans les actes iuipériaux passés en Italie 
que nous constatons son absence. Pendant le cours de 
l'an 1000, Otton III, de retour en deçà des Alpes, émit 31 
diplômes, et l'évèque de Liège ne figure dans aucun. Et 
cependant, du 1^'' au 15 mai, la cour résidait à Aix-la-Cha- 
pelle, à quelques lieues de Liège, dans le diocèse même de 
Notger. Se persuadera-t-on qu'il eût manqué de venir saluer 
son maître s'il avait été chez lui ? Nous croyons pouAoir 
conclure que, pendant les années 998 et 999, il ne fut pas 
auprès de la personne de l'empereur, et qu'en l'an 1000, il 
n'était pas dans son diocèse. 

Où donc était-il? Tout s'expliquera, encore une fois, si 

(1) Ces treize interventions se répartissent sur un cnsr-mble de 208 diplômes 
émis do 984 au -19 janvier 998. (V. le détail ci-dessus, p. 83). Depuis ce jour jus- 
qu'à sa mort, Otton 111 a émis encore ll>7 diplômes dont aucun ne contient plus la 
meut ion de Notger, 



xoTGKiî AU sîîuvict; d'cvitox iir. 101 

Ton admet que, comme en 989-990, l'évcque Je Lic'go, i)en- 
dant les années 998 à 1002, eut à remplir quelque importante 
mission politique pour l'empereur dans une des régions de 
cette Italie, si diilicile à pacifier et à gouverner. D'abord, nous 
possédons au moins une trace positive de la présence de 
Notger en Italie pendant cette période. A la Noël 1001, il 
paraît être venu faire sa cour à l'empereur, qui résidait 
alors à Todi près de Spolète. Du moins, le 27 du mois de 
décembre, il assista au concile qui y tut tenu pur les évéques 
italiens, auxquels s'étaient joints, outre lui-mcme, deux pré- 
lats allemands, Sigefroi d'Augsbourg et Hugues de Zeitz (1). 
Ensuite, il semble que ce soit ici le lieu de se souvenir du 
diplôme relatif à ce niissiis impérial du nom de Norticherus, 
que l'empereur Otton aAait chargé de pacifier le pays de 
Traetto. On a vu plus haut que ce diplôme, mal daté par son 
premier éditeur, est en réalité de 999. Est-il téméraire de 
supposer que Notger, en qualité de commissaire impérial, 
parcourait alors la Basse-Italie, avec la double ndssion 
de justicier et de pacificateur? (2). Cette séduisante hypo- 
thèse semblerait confirmée par la circonstance que le texte 
en question attribue formellement au dit missiis la qualité 
de Lotharingien. Est-il admissible qu'il y ait eu dans notre 
pays, sous le règne d'Otton III, un autre personnage du 
nom de Notger qui aurait accompagné l'empereur en Italie, 
qui y aurait été investi de missions de confiance, et dont 
l'histoire aurait totalement oublié le nom? Je ne le pense 
pas, et le fait que notre document, par une erreur qui s'ex- 
plique, donne au commissaire impérial le titre de clej-c et de 
chapelain de l'empereur, et non celui d'évèque (3), ne me 
semble pas suffisant pour écarter une identification qui vient 
d'elle-même à l'esprit. 

(1) Tliangmar, Vita S. Bcrnvavdi, c. 36, p. 774. 

(2) V. Wiliaans, (Mo III, p. 109. 

(3) Quâdam die, dum predictus imperator augustus Otlo dirigeref ^uiini liiissuni 
aUiiic capellaiium, unum clericum iiomine Noticheriuni, genlis Lotlieringorum 
in hanc civilatem Gaietanam propter distringenduni ac derniiendiini iiereditates sacri 
ei»isc(jpii sancte Gaietanc eeclesie. Codex diplomaticiis Caietanns, I p. 191. n" 101. 

Il y a d'ailleurs exagération à dire avec Gfroerer, suivi par Daris, p. 29G, qu'en 



102 



CHAPITRE VII. 



Cela élanl, on entrevoit pour quelle raison notre évoque 
est si souvent appelé à accompagner son roi dans ses voyages 
d'Italie. Il ne partait pas simplement pour rehausser par sa 
présence l'éclat de la cour et pour prendi'c place dans un cor- 
tège brillant ; il ne se contentait pas d'être l'un des conseil- 
lers les plus écoutés du prince, il devenait, au-delà des Alpes, 
l'un des agents de la politique impériale; il parcourait le 
pays avec des pouvoirs étendus, à la manière d'un mis.siis 
doininiciis de Ciiarlemagne, travaillant avec énergie à réa- 
liser dans le gouvernement de cette contrée le programme 
qu'il avait contribué à arrêter (1). 

On peut croire qu'investi d'une mission aussi importante, 
Notger aura été retenu en Italie par ses fonctions pendant 
que l'empereur, dans les premiers jours de l'an 1000, repas- 
sait les Alpes pour aller revoir une dernière fois l'Allemagne, 
et faire un pèlerinage au tombeau de son ami Adalbert à 
Gnesen. Et cette longue absence de son diocèse paraîtra d'au- 
tant plus vraisemblable, qu'elle est suggérée par le texte 
même du Vita Notgeri. Après avoir raconté la part prise 
par l'évêque aux actes d'Otton III en Italie et fait un récit 
sommaire de ce règne, il ajoute : « Notger enfin, après tant 
de travaux par lesquels il s'était employé heureusement au 
service de l'empire et à la beauté de la maison de Dieu, ren- 
tra à Liège dans un âge déjà avancé, et là, il mit tout son 
zèle à l'éducation de son clergé et de son peuple (2) ». Ces 
lignes sont une allusion évidente à quehfue longue absence 
de l'évêque, après laquelle son retour à Liège a eu comme la 
valeur d'un événement. Elles s'expliqueraient moins bien, 
s'il fallait les entendre dun de ses retours ordinaires après 

999 Otlon 111 chargea Noti;er de faire la conquêlc des villes de Gaëte, Traelloel Ar- 
genli dans la CampaniL', les(Hiel!cs appartenaient encore à rcnipereur deConstanli- 
noplc, et qne Notger réussit à les conquérir. 

(1) lilumaliqnandoiniperalor Uavennam reliquerat ad rceoneiliandos sibiindustriâ 
suâ discordes. Vita x. lleribcrti, c. 4, p. 74i2. 

(2) Igitur deductis Notgerus universis laboi'ibns, quibus ad honorem imperii et 
decorem donuis ecclesiae Dci bona fide et bono Une diversis in locis et temporibus 

felicitei' laboravit rediit Leodium jain in processà aetate, et ibi episco|)aii 

opère, vcrbo et cxemplo clerum et populum ad meliora provehcre sollicilus fuit. 
Vita Notfjeri, c. 8. 



NOTGER VU SKP.VICK l)*OTTO\ III. 103 

Tin voyage plus court clans le mcnic pays et au service du 
même prince. 

Si notre conjecture est fondée, le séjour de cinq années 
Adl par Notger en Italie, dans un poste aussi important que 
celui de lieutenant du prince, doit avoir laissé plus de traces 
diplomatiques qu'une simple mention dans un acte conservé 
par hasard. Qui sait si riiistoirv3 locale, judicieusement con- 
sultée, ne fournirait pas encore de ci de là quelque indication 
précieuse (1) ? 

Ainsi que nous l'avons dit, Notger assista le 27 décembre 
1001 au concile de Todi. Cette assemblée devait prononcei* 
entre le puissant AVilIigis, arclievèque de Mayence et archi- 
chancelier de l'empire, et l'illustre évcque saint Bernward 
de Hildeslieim, au sujet de leurs prétentions respectives sur 
l'abbaye de Gantlersheim en Saxe. La cause de Willigis ap- 
parut si mauvaise (|ue les évcques italiens se montrèrent tout 
disposés à le condamner. Ce furent sans doute Notger et ses 
deux collègues allemands qui obtinrent un délai jusqu'à l'ar- 
rivée de l'archevêque de Cologne et d'autres évèques de son 
pays. On prorogea donc le concile jusqu'au G janvier 1002, 
mais, à cette date, personne ne parut et rien ne put être 
décidé (2). Peu de temps après, Otton III, mourait dans la 
Heur de sa jeunesse, à Patevno, l<; 24 janvier 1002 (3). 

Il est très peu probable que Xotger ait quitté l'Italie dans 
lintervalle qui s'écoula entre le concile de Todi et la mort 
du jeune empereur. Selon toute apparence, il devait siéger 
au concile du 6 janAder 1002, et il est certain, tout au moins, 
qu'à cette date il était en Italie, puisqu'il assista aux funé- 
railles de son maître. Un coup d'œil sur les événements est 
indispensable pour permettre de deviner comment se sera 
passée la fin du long séjour de notre évcque en Italie. 

Otton était rentré dans ce pays au mois de juin 1000 et 
était arrivé dès le mois de novembre à Rome. On eût dit que 



(t) C'est une reclieivlie ([u"il iresl guère facile crenlivi)i'eiuli'c do ce eùlc îles 
Alpes: nous formulons toutefois le vieu qu'elle soit faite un jour. 

(2) Thangmar, 1. c. 

(3) Pour la date, voir Richter, III, p. 1G8, 



104 CHAPITRE VII. 

les troubles n'attendaient que son retour pour éclater. Succes- 
sivement Capoue, Tibur,puis finalement Rome se soulevèrent. 
L'empereur dut quitter la Ville Éternelle pour se rendre à 
Ravenne, d'où nous le voyons, au commencement de l'été, 
courir à Béncvent pour dompter une rébellion. En revenant 
de là, il regagna la Haute-Italie, séjourna tour à tour à Ra- 
vie et à Ravenne, puis, dans les premiers jours de 1002, il 
vint camper dans le voisinage de Rome, à Paterno, au pied 
du mont Soracte, avec l'intention de réduire la Ville Eter- 
nelle. On ne peut douter que Notger ait eu son rôle à jouer 
dans les difficultés que nous venons d'énumérer, et qui ne 
durent pas être les seules. Il fut probablement employé, pen- 
dant ce temps, à dompter ou à tenir en respect l'une des villes 
soulevées. On peut croire que, voulant disposer de toutes 
ses forces pour briser la rébellion romaine, l'empereur l'aura 
rappelé auprès de sa personne dans les derniers jours de sa 
carrière (1), et que Notger aura pu fermer les yeux du 
prince. Toutefois, il n'est pas impossible qu'il n'ait rejoint la 
cour qu'à la nouvelle de la mort de l'emperem*, lorsqu'il 
fallut faire un suprême eflort pour protéger la retraite de 
l'armée allemande (2). On avait, dans l'entourage du prince, 
commencé par tenir sa mort secrète, et, en attendant, on 
s'occupait en toute bâte à rassembler l'armée dispersée en 
divers endroits. 

Ainsi se terminait d'une manière mélancolique le long sé- 
jour de l'évêque de Liège sur la terre d'Italie. C'était le qua- 
trième qu'il y faisait. Il en revenait vieilli, fatigué, attristé, 
mais avec la conscience des services qu'il avait rendus à son 
maître et à l'Eglise. Ce long contact avec la terre classique 
des arts et de la religion n'avait pas été inutile au pays de 
Liège : Notger en rapportait des enseignements précieux et 
aussi des reliques clières aux Liégeois. C'est notamment au 
cours d'un de ses voyages en Italie qu'il avait acquis les 

(1) Convcnienfe (uni oum Horiberto, saiiftac Agi-lpinae episcopo, plnrima fideliuni 
turbû, iniperator laelîitur. Thiotiiuu- de JFerscboiirg, IV, 30, p. 781. 

(2) Hii autem qui extremis ejus intererant, haec tamdiu celabanl, quoad excr- 
cilus undiqup tuiii dispersus per iiilernunlios coiligerctur. ThietinardeMersebourg, 
IV, 31, p. 782. 



NOTOKH Ai: SKUVICE d'oITON lll. lOo 

reliques des saints Vincent, Fabien et Sebastien : il les donna 
à son église favorite de Saint-Jean (I), avec ce précieux évan- 
géliaire qui est encore aujourd'hui le [)rinci[)al souvenir que 
la ville de Liège ait gardé de lui. 



(1) Vita yoliicri, c. i. Vers l:i iiiùme épo(iuc, nous voyons saint Beniwaid lap- 
poi'tei- (le Rome les corps entiers de saint Exsupérance et du diacre saint Sabin, 
donnés par Tenipereur Olton III à la ville de Goslar. Vita s. Dermvardi c. 27, p. 770. 



CHAPITRE VIII. 



NOTGER AU SERVICE D HENRI II. 



De nouveau la situation de l'empire était critique. La 
mort du jeune empereur, qui n'avait pas d'héritier direct, 
laissait rAllemagiie en proie à toutes les complications. 
L'Italie était hostile; elle se préparait manifestement à 
secouer le jou2^ impérial, et déjà Ardouin commençait à se 
remuer. Les Allemands étaient comme prisonniers en Italie; 
on se levait pour leur fermer le chemin du retour : Bur- 
cliard de Worms eut grand' peine à se dégager à Lucques (1). 
Les rebelles ne surent pas même respecter le triste cortège 
qui reportait dans sa patrie, conformément à son dernier 
désir, le corps du jeune empereur désabusé de cette terre 
romaine qu'il avait tant aimée. Il fallut, les armes à la main, 
frayer au cadavre impérial le chemin du tombeau. Notger 
était de ceux qui rendirent au défunt ce suprême devoir de 
fidélité, avec l'archevêque de Cologne, les évêques d'Augs- 
bourg et de Constance, le duc Otton de Lothier et les 
comtes Henri et Wichmann. Après sept jours de marche et 
plus d'un combat, on gagna Vérone, d'où l'on rentra en Alle- 
magne par le col du Brenner. A Polling sur l'Ammer vint à 
la rencontre de l'empereur défunt son cousin Henri de 
Bavière, fils du remuant personnage qui, une vingtaine 
d'années auparavant, avait essayé d'enlever au jeune souve- 
rain le trône de ses ancêtres. Plus fidèle et plus heureux 

(I) Vitas. Burchardi, c. 8, p. 83(5. 



NOTOKR AU SERVICE d'iIENUI II. 107 

que son père, Henri voyait s'ouvrir devant lui respcrancc 
d'un héritage qu'il ne devait qu'à son droit. Il était accom- 
pagné d'une grande suite d evèques et de comtes qui, avec 
lui, grossit le funèbre cortège. C'est ainsi qu'on arriva à 
Augsbourg, où, pour entrer dans la ville, Henri voulut por- 
ter le cei'cueil sur ses propres épaules. Après que les 
entrailles du dél'unt curent été déposées à Saintc-Afra, auprès 
du tombeau de saint Ulric, Henri accompagna le cortège 
jusqu'à Neuberg sur le Danube. Là, on se sépara, le futur 
empereur allant défendre ses intérêts déjà menacés, pendant 
que le cercueil continuait son itinéraire jusqu'à Aix-la- 
Chapelle, où le petit-fds d'Otton-le-Grand alla dormir son 
dernier sommeil à côté de Charlemagne (1). 

Sans doute, Henri, qui était le plus proche parent du dé- 
funt, avait profité de l'occasion pour se recommander aux 
évcques du cortège et pour leur demander leur voix. Rien 
n'était plus important pour lui que de se réclamer de ceux 
qui avaient en quelque sorte recueilli le dernier souflïc de 
l'empereur. Mais il ne paraît pas qu'alors aucun d'eux se 
soit catégoriquement prononcé en sa faveur, sauf l'évèque 
Sigefroi d'Augsbourg(2). Herinan de Souabe avait plusieurs 
partisans; Héribert de Cologne lui-même, le jour des funé- 
railles d'Otton à Aix-la-Chapelle (o avril 1002), avait chau- 
dement recommandé cette candidature. On ne sait ce que 
pensa et fit Notger, mais l'attitude qu'il garda par la suite 
porte à croire qu'il se rallia de bonne heure à la cause 
d'Henri. Bientôt le parti d'Herman faiblit, et, le fi juin 1002, 
Henri II fut couronné roi d'Allemagne à Mayence par Willi- 
gis. A partir de ce moment, sa cause ne cessa de gagner du 
terrain (3). Il avait précédemment visité la Franconie, la 
Souabe, la Saxe ; il lui restait à se faire reconnaître en Lotha- 
ringie. En août 1002, il était à Duisbourg, où il avait convo- 
qué les évcques lotharingiens. Notger y fut des premiers 
avec son ami Erluin de Cambrai ; leurs confrères arrivèrent 

(I) Adalbokl, Vita Ileinrici II, c. ;) et 4, p. G84; Thielmar de Mersobourg, IV. 3], 
p. -m. Cf. Raoul Glabor, I, l.j, ('dilioii Prou et Ilirscb, I, p. 193. 
(•2) liii-sch, 1. 1 p. 19;;. 
(3) Giesebrecht, t. II, pp. 14-18. 



lOS cuAPimr; viii. 

plus tard, l'un après Tautro. L'archevêque de Cologne lui- 
même n'osa pas manquer au rendez-vous (1), Suivi des évo- 
ques, le roi sacliemina par Nimègue et Utreclit vers Aix-la- 
Chapelle, où son couronnement solennel eut lieu en grande 
])ompe, le 8 septembre 1002. Dès le lendemain, nous voyons 
Notger intervenir dans le diplôme par lequel Henri II con- 
firmait la propriété de Kusel à l'abbaye de Saint-Remi de 
Reims (2). 

Rentré à Liège après le couronnement, Notger pouvait enfin 
se donner à son cher diocèse, qu'il avait quitté depuis cinq ans. 
Il s'y prépara tout d'abord à recevoir la visite de son au- 
guste maître. D'Aix-la-Chapelle, où il avait assisté le 24 jan- 
vier 1003 à l'anniversaire de son prédécesseur (3), l'empereur 
était allé vénérer les reliques de saint Servais à Maestricht, 
puis il vint à Liège faire ses dévotions au tombeau de saint 
Lambert. C'est là qu'au dire d'un chroniqueur, il obtint, par 
l'entremise de ce saint, d'être délivré de ses soulTrances 
physiques (4). 

Le repos du vieil évoque de Liège ne devait être que relatif. 
Dès 1004, il assistait à un concile tenu j)ar l'empereur on ne 
sait au juste où, mais très probablement dans les régions 
occidentales de l'empire (o). Dans cette réunion, le roi s'éleva 



(1) Adalbold o. c, c. 12, p. 686; Thietmar de Mersebourg, V, 12, p. 796. 

(2) Bresslau et Bloch, DH. Il, p. dS; p. o8. Marlof, Mctropolis Rcmensis lilstu- 
ria, l. II, p. o8. 

(3) Hirsch, Hcinrich II, l. I, p. 247. 

Itinéraire : Thionville 15 janvier 1003. 
Aix-la-ChapcIle o février. 
Cologne 9 février. 
Nimègue 23 et 28 févrcr. 
Minden dO ou 13 mars. 
(\) Tliietmar de Mersebourg, V, 17, p. 798. Cf. GiesebrechI, Gni-hirhtc dcr 
deuluchcn Kaiscrzcit, II, p. io. 

(o) Constantin, Vita Adalbcnnm, c. -l."-20, pp. 6G3-66o. Il cilc nommément les 
cvêques de Strasbourg, Spire, Liège, AVurzbourg, Verdun, Toul, Metz et ajoute : 
Aliicpie quamplurcs non solum ex Lotharii regno verum ex omni Gennania. On y 
discute le cas du duc de Franconic, et le biographe de Tévêrpie de Metz rapporte 
l'épisode à roccasion de ce prince : autant d'indices que le concile s'est tenu dans 
les régions occidentales de l'empire. Hirscli, t. I, p. 21 i, croit qu'il siégea à Thion- 



XOTCxER AU SEUVICE d'hKNRI II. 100 

avec force contre les mariages entre proches et signala le 
cas de Conrad, duc de Franconie, (jui avait épousé sa pa- 
rente. Ce fut, au dire d'un contemporain, l'occiision d'une 
vive querelle, et le concile fidllit dégénérer en bagarre. On 
comprendra mieux l'épisode quand on saura que ce Conrad 
était le gendre d'IIerman de Souabe, qu'il avait porté les 
armes contre l'empereur et qu'au zèle pour la pureté du ma- 
riage se joignait probablement, chez Henri II, le désir de 
rompre, si possible, le lien qui rattachait le puissant duc de 
Franconie à ini dangereux rival. 

En 1005, nous retrouvons Notger à la cour iuq^ériale à 
Aix-la-Chapelle, et c'est là que, le 5 avril, Henri II lui accor- 
dait un diplôme de confirmation pour son église de Sainte- 
Croix (1). Le 7 juillet de la même année, l'évoque de Liège 
était au concile de DorLmund. Le roi y lit prohiber par le 
synode plusieurs abus qui se passaient dans l'Eglise. Il s'y 
fonda aussi une association de prières entre les évéques, 
les prêtres et les laïques présents. A la mort de chaque évo- 
que, les associés devaient, dans le délai de trente jours, célé- 
brer la messe pour lui, nourrir trois cents pauvres, donner 
trente deniers d'aumône et allumer trente cierges ; d'autres 
obligations du même genre étaient faites aux prêtres et aux 
laïques. Le concile détermina aussi les jevmes qui auraient 
lieu aux Vigiles et aux Quatre-temps (2). 

L'empereur Henri II accordait à l'évèque de Liège une 
confiance égale à celle dont il avait joui sous le règne du 
dernier Otton. Ce qui le prouve, c'est qu'il le choisit en lOOG 
pour remplir une mission des plus dilliciles et des plus hono- 
rables, en l'envoyant à Paris négocier un traité avec le roi 
de France Robert (3). Il s'agissait, selon toute apparence, 

ville, cl de lait nous savons que l'empereur y fut le lo janvier; du coup nous 
tiendrions la date du concile, qu'il faudrait placer encore avant le couronnement. 
Mais Bolimer, p. 110, établit contre llirsch qu'on ne peut pensera ThionviUe, et 
place la réunion entre les 10 et 18 juillet 1004. 

(1) Fisen, t. I, p. 170, publie ce diplôme en partie; Bressiau et Dloch, DU. U, 
(i. 117 viennent de le publier intégralement. V. dans l'appendice les raisons pour 
lesquelles j'ai cru devoir en donner une nouvelle édition. 

(2) Thietmar de Mersebourg, VI, 13, p. 810. 

(3) Anselme, c. 29, p. 205. Cf. llirsch, t. I, p. 401. Cet auteur croit que le voyage 



110 CHAPITUE Ylli. 

d'une guerre à entreprendre en commun contre Baudouin IV, 
comte de Frandre, dont l'ambition offusquait également les 
deux souverains. En renvoyant sa i'emme Rozala-Suzanne, 
veuve en premières noces d'Arnoul de Flandre et belle-mère 
de Baudouin, le roi Robert avait jeté entre lui et son puis- 
sant vassal un germe d'inimitié, ou, tout au moins, lui avait 
fourni un prétexte pour légitimer toutes ses entreprises. 
D'autre part, le comte venait de s'emparer de Valencienncs 
sur l'Escaut; il menaçait directement le Cambrésis, où 
l'évêque Erluin continuait de soutenir courageusement la 
lutte contre tous les ennemis de l'empire. Henri II ne 
pouvait rester impassible devant une telle insolence : s'il 
voulait que l'empire fût respecté de ses voisins, il devait 
à tout prix mettre à la raison l'outrecuidant feudataire. 
En outre, Notger, qui, dans les derniers temps, avait 
inspiré toutes les mesures relatives au Cambrésis, qui était 
auprès des empereurs le patron des intérêts lotharingiens, 
qui était de plus l'ami particulier d'Erluin, ne sera certai- 
nement pas resté étranger aux délibérations d'PIenri II; le 
choix môme que l'empereur fait de lui pour négocier à 
Paris semble indiquer qu'avant de préparer la mesure il 
l'avait conseillée (1). 

C'est pendant son séjour à Paris que Notger eut à s'occu- 
per d'un clerc de son église, nommé Hucbald, qui, étant 
encore adolescent, s'était enfui de Liège dans la grande ville 
française, où il était entré à l'abbaye de Sainte-Geneviève, et 
où il s'était fait une brillante réputation comme professeur. 
A la sollicitation des chanoines de la célèbre abbaye, l'évêque 
de Liège consentit à reprendre en grâce le clerc fugitif, et 
même il lui pei'mit de passer trois mois de l'année dans 
l'abbaye (2). 

lie Nûtgci' à l'ai'is n'est pas postéi-ieur au mois de mai, parce que, dès le lU juin, 
nous trouvons Notg-er au|)ri'S de lleni'i II à Ei'stcin, et que le diplôme de conlir- 
mation qu'il y reeut, du l'oi était la récompense de la manière dont il avait rempli 
celte ambassade. 

(1) Cf. Fisen, t. 1, p. lo7, ([ui croit (lue la gueri'c de Flandre a été cnti-eprise 
sur le conseil de Notger. 

(2) An.selme. c. 29, p. 2U,';. 



^'OTGEU AL' SERVICI:: D*IIEXni II. lli 

Ce l'ait est [>lcin d'intérêt sans doute, mais on regrette de 
n'être pas mieux renseit;né sur les négociations de Notger 
avee la eour de France, (^e qu'on sait, c'est qu'elles lurent 
couronnées de succès, car, peu après le retour de Notger, en 
juin ou en juillet, les deux souverains eurent mie entrevue 
sur les bords de la Meuse, aux conlins de leurs royaumes 
respectifs (1). Là fut décidée l'entreprise commune contre le 
turbulent comte de Flandre. Il faut croire que l'empereur 
était i)leinement satisfait des services que Notger lui avait 
rendus à cette occasion, car, le 10 juin lOUIJ, par un di[)lùme 
tlaté d'iM'stein en Alsace, il lui accordait la confirmation de 
toutes les propriétés de l'église de Liège. Si cette induction 
est fondée, nous serons aiiienés à placer avant le mois de 
juin le départ de l'évéque pour Paris. 

L'expédition des deux rois contre la Flandre eut lieu au 
mois de septembre de la même année (2); le but immédiat en 
était, parait-il, d'enlever Valenciennes au comte. Mais, mal- 
gré les elforts réunis des forces franc^-aises et allemandes, 
aidées par celles du duc Richard de Normandie, le siège fut 
infructueux, et Henri dut regagner son royaume sans avoir 
pu châtier l'orgueil du lier Baudouin (3), Celui-ci, enllé de 
son succès, se crut assez fort pour pouvoir menacer l'évéque 
Erluin de Cambrai, dont on sait la fidélité à l'empire (4) 
et le dévouement à Notger. L'attaquer, c'était attaquer 
l'évéque de Liège lui-môme, et dans son patriotisme — Erluin 
gardait l'extrême frontière de l'empire — et dans ses amitiés 

(1) L'entrevue est allestée par un diplôme du roi Robert ainsi daté : Actum 
liublice supra Mosam apiid regale collû([uium régis Ilotbcrti atque Heinrici régis. 
Mabillon, Amutlcs O. S. li., t. IV, p. 183. Hirsch, I, 401, croit pouvoir placer l'entrevue 
en août, après le retour d'Henri II de Bourgoijiic, mais il est à remarquer que 
Texpédilion des deux rois contre la Flandre eut lieu dès le mois de septembre. 
V. r.ichter, 111, r, p. 192, et cf. Pfister, [lobert-lc-Pieux, p. 3G3. 

(2) AuiKilcs Ebioncnscs majarcs, a. lOO.'i, p. H. 

(3) Gestu cpp. Caïuerac. I, 114, p. 431 ; Tliielmar de Mersebourg, VI, 22, p. 813; 
Annales Qurdlinhiinjcnscx, a. lOOG, p. 79) ; Sigeberl de Gembloux, Cluoiiicon, a. lOOfi, 
|i. ooi; Annules Klmmenxcs majores, a. 1003, p. 12; Annales Leodirnses, a. 1000, p. 
18; Annales S. Jacobi Leodiensis, a. 1000, p. 038. On trouvera tous ces textes 
réunis dans \'anderkinderc, La funnution territoriale des iirincipaiités hcliiett, t. I, 

p. 94 et suivantes. 

(4) Ccsta epp. Camerac, 1. c. 



112 



chapitrt: viiî. 



personnelles. Aussi, quand l'cvèque de Cambrai accourut en 
toute hâte auprès de l'empereur pour l'appeler au secours, 
il n'est pas douteux qu'il se soit arrêté à Liège auprès de son 
ami et ancien maître Notger, et que celui-ci soit énergique- 
ment intervenu à la cour en sa faveur. 

Le vigoureux vieillard était alors septuagénaire, mais son 
ardeur au service de l'Empire restait entière. Le 25 mai 1007, 
jour de la Pentecôte, il était à Mayence, au plaid impérial 
dans lequel on expédia une alTaire qui touchait singuliè- 
rement au cœur de l'empereur. Henri, évèque de Wûrz- 
bourg, y consentit enfin, moyennant des compensations, à 
laisser détacher de son évêché la ville de Bamberg, dont 
l'empereur et l'impératrice avaient richement doté l'église et 
où ils voulaient fonder un siège épiscopal (1). L'évéque de 
Liège était encore à la cour le 4 juin, car, à cette date, il fut 
intervenant dans un diplôme royal en faveur de l'abbaye de 
Thorn (2). Nous avons le droit de croire qu'il ne laissa pas 
oublier à Henri II les intérêts d'Erluin et la nécessité de 
châtier le comte de Flandre, bien que ce souverain énergique 
n'eût guère besoin qu'on lui rappelât ses amis ni ses ennemis. 
Le 8 juillet, suivi sans doute de Notger, Henri était à Aix- 
la-Chapelle, où se réunissait son armée, et d'où il prit le 
chemin de la Flandre. Cette fois, la fortune abandonna Bau- 
douin : après avoir attendu vainement son ennemi derrière 
l'Escaut, dont il lui disputa le passage, il le vit passer le 
lleuve grâce à un stratagème et se jeter sur Gand, où Henri 
entra le 19 août 1007, accueilli en souverain par les moines 
de Saint-Bavon. Alors Baudouin sentit l'impossibilité de con- 
tinuer la lutte : il restitua Valenciennes à l'empereur, lui 
donna des otages et lui prêta serment de fidélité. L'empereur, 
préférant avoir en lui un ami, lui rendit plus tard Valen- 
ciennes en fief avec les îles de la Zélande (3). 

(1) V. MGII. SS. IV, p. 70.", note. Cf. Ilofelé, Cmicilivuncschkhle, (. IV, p. GG4, 
eX Hirscli, t. II, p.G2.La relation reproduite dans MGIl, l.c, est extraite des actes 
du concile de Francfort tenu en 1007. 

(2) ^lira'us et Foiipens, Opéra diplomatica, t. I, p. o07. 

(3) Thictmar de Merscbourg, VI, 22, p. 813; Annal. Saxo, annn 1001, p. CiJG; 
Annales Ulnnilin. ann. 1007 p. 2o; Annales Sancii Bavonis p» 189; Sigcbert de 



îs^OTGER AU SERVICE d'uENRI II. 113 

Notger fut-il des deux expéditions de Henri II contre la 
Flandre ? On est assez porté à croire qu'à moins de raisons 
graves, comme celles qu'il aurait pu tirer de son grand âge 
et de ses infirmités, il n'a pas dû manquer à des luttes où la 
sécurité de son propre pays était si nettement engagée. Nous 
serions plus alïii-matif, au moins en ce qui concerne la 
seconde expédition, si nous pouvions ajouter foi au récit d'un 
chroniqueur liégeois du XIIP siècle, dont l'autorité, à vrai 
dire, est bien faible pour des événements du XP. D'après 
Gilles d'Orval, l'empereur, ayant échoué dans sa première 
entreprise sur Valenciennes, aurait appelé au secours Notger, 
et, avec l'aide de ce prince, serait allé prendre Gand, ce 
qui aurait déterminé la soumission de Baudouin (1). Il est 
bien inutile de s'attarder à réfuter ce récit, mais peut-être 
avons-nous le droit de voir dans la tradition conservée par 



Gembloux, ami. 1007, p. 354. Gctta epp. Camcrac, I, c. llo, p. 452. Cf. Van- 
derkindere, La Formation territoriale, etc., t. I, p. 95. Sur divers souvenirs de 
cette expédition laissés dans i'iiagiographie locale, v. Hirsch, t. II, p. 40. 

(i) On remarquera que la relation de Gilles d'Orvâl est empruntée textuellement 
à la chronique de Sigebert de Gembloux, mais que la ligne relative à Notger a été 
interpolée : voici les deux textes. 

Gilles d'Orval : Sigebert, Chronique : 

Castrum preterea Valentianas, sifum dOOG. Castrum Valentianas, situm in 

in marchia Francie ac Lotharingie, quod marcha Franciae et Lolharingiae, quod 
Balduinus comes Flandrensium invase- Balduinus comes Flandrensium inva- 
rat, imperator Henricus obsedit, concur- serat, imperator Heinricus obsidet, con- 
rentibus ad auxilium ejus Roberto rege currenlibus ad auxilium ejus Rotberto 
Francorum et Richario comité Norman- rege Francorum et Richarde comité 
dorum. Sed quia idem rex de obsidione Norlmannorum. 

redierat inefficax, vocato in auxilium -1007. Heinricus imperator, quia de 

suum predicto episcopo Nothgero, contra obsidione Valentianensi inefllcax redie- 
Balduinum proficiscitur ejusque auxilio rat, contra Balduinumprofeclus, castrum 
et consilio munitus castrum Gandavum Gandavum invadit, et depopulata terra, 
invadit, et depopulata terra, aliquot Flan- aliquot Flandrensium primores capil. 
drensiumprimorescapit.Unde Balduinus L'nde Balduinus perterritus imperatori 
perterritus imperatori satisfecit, Yalen- salisfacit, Valentianas reddit, datisque 
tianas reddidit datisque obsidibus cum obsidibus cum sacramento fidelitatis, 
sacramento fidelitatis, manus ei dédit. manus ei dédit. 

Le renseignement de Gilles d'Orval a été reproduit dans la C/(ro?;/r/!/e (interpolée) 
de Saint-Laurent et dans la Chroniipie liégeoise de 1402, ce qui n'en augmente pas 
l'autorité. 

I. 8 



114 CHAPITRE VIII. 

Gilles dOrval le souvenir de la participation réelle de Notger 
à la dernière guerre contre la Flandre. Si, comme nous le 
supposons, Notger est entré à Gand avec l'empereur, il y 
aura retrouvé, parmi les moines de Saint-Bavon, quelques 
uns des amis qu'il s'y était faits dans les jours de sa jeunesse, 
lorsque, une génération auparavant, il était venu visiter cette 
même ville sous les drapeaux d'un autre empereur. Gand 
marquait en quelque sorte le commencement et la fin de sa 
carrière d'homme de guerre. 

L'expédition de Flandre fut, dans tous les cas, la dernière 
à laquelle il prit part, et il ne rentra dans sa ville épiscopale, 
si l'on peut ainsi parler, que pour mourir (1). Il avait servi 
tous les princes de la dynastie de Saxe, à part le premier, 
et la plus grande partie de son existence s'était écoulée à leur 
service. Il avait contribué à sauver le sceptre du troisième 
Otton et à procurer l'élévation de son successeur; il avait 
été quatre fois en Italie, et il s'était écoulé des années entières 
sans que la sollicitude des affaires publiques lui permît de 
reprendre le chemin de son pays. Jusqu'à sa dernière heure, 
l'Empire eut en lui un de ses serviteurs les plus intelli- 
gents, les plus énergiques, les plus dévoués. C'est lui qui 
désigna au choix de l'empereur un évoque d'Utrecht et deux 
évèques de Cambrai. Plusieurs fois, il avertit son souverain 
des menées françaises, et on peut croire que, sans sa vigi- 
lance, Otton II serait tombé aux mains du roi Lothaire. Il 
marcha sous les drapeaux de l'empire contre tous les enne- 
mis, et, dans ce Lothier toujours si remuant, il créa, par son 
exemple et par ses œuvres, une atmosphère de respect et de 
prestige autour du trône impérial. 

(1) Plusieurs auteurs, notamment le Gallta Christianci, t. 111, col. 848, Vllistoire 
littéraire de France, t. VII, p. 210, A. Waufers, Table chronologique, t. I, p. 449, 
Daris, t. I, p. 300, croient que Notger assista au concile de Francfort le i novem- 
bre 1007 (le GC. imprime lOOG), où fut sanctionné l'accord relatif à la fondation 
de l'évêché de Bamberg. C'est une erreur provenant de ce qu'ils ont mal lu l'acte 
du concile de Francfort. Cet acte contient : i» la relation des négociations qui 
eurent lieu le 25 mai -1007 au concile de Mayence, où Notger assista (v. plus haut); 
2" une confirmation des mesures qui y furent arrêtées, signée par un grand nombre 
de prélats parmi lesquels Notger ne ligure pas. Les auteurs cités ont, par dis- 
traction, mis dans le second acte ce qu'ils lisaient dans le premier. 



CHAPITRE IX. 



FORMATION DE LA PRINCIPAUTE DE LIEGE. 



Le lecteui' qui s'est rendu compte, par le chapitre qui pré- 
cède, de la part que Notger a prise aux affaires générales de 
l'empire, se sera demandé plus d'une fois comment il a pu 
trouver le temps de s'occuper de son diocèse. Les diocésains 
du grand évoque eussent pu renverser la question et deman- 
der comment le père de la patrie liégeoise, le créateur de la 
ville et de la principauté a trouvé le loisir nécessaire pour 
vaquer aux intérêts de l'empire (i). Rien, semble -t-il, ne 
peint mieux que ce simple rapprochement la féconde activité 
d'un homme qui a su, en quelque sorte, se dédoubler, et accom- 
plir des choses également grandes à l'intérieur et à l'extérieur. 

On est généralement d'accord pour voir en Notger le fon- 
dateur de la principauté de Liège. Et cela est vrai en ce sens 
que non seulement il fut le premier prince de ce pays, mais 
encore que son initiative personnelle contribua puissamment 
à l'organisation du pouvoir princier. Mais il s'en faut de 
beaucoup que l'Etat Liégeois, non plus que les autres princi- 
pautés ecclésiastiques de l'empire, ait été créé de toutes pièces, 
et du jour au lendemain. Il est, au contraire, nous l'avons 

(1) Déjà l'auteur du Vita Nutgeri a eu conscience de ce contraste : Et cum tôt et 
tanta egerit in patria, ut non immerito pater diceretur patrie, non seinper tamen 
totus cessit Leodiensi ecclesie, c. 7. Le Vita BurcJutrdi, c. 20, p. 844, relève d'une 
manière énergif[ue les difficultés que l'évêque de AVornis trouvait, dans le service 
du roi, à raccomplissement de ses travaux dans sa ville : il avait, dit-il, commencé 
à bâtir le monastère de Saint-Martin, sed muro ex parte peracto, rcgalis crebrositate 
serviminis et maxime adsidua infirmitatc necnon variis adversitatibus impeditus 
proh dolor! peragere non poluit. 



116 



CHAPITRE IX. 



VU, le fruit d'un lent développement, qui a fait passer l'Eglise 
de Liège par toutes les phases que la grande propriété terri- 
toriale a traversées depuis l'empire romain jusqu'au XP 
siècle. Notger a mis le sceau à ce développement en joignant 
le premier, à la qualité de grand seigneur immuniste pos- 
sédée par ses prédécesseurs, celle de comte et de prince 
d'empire qui lui fut conférée par ses souverains. 

Jusque là, lévêque était loin d'équivaloir au comte comme 
autorité publique. Sans doute, il était, dans le domaine de 
son immunité, entièrement indépendant de celui-ci, et il y 
exerçait un pouvoir analogue à celui du comte dans son 
comté. L'évèque de Liège, avant Notger, jouissait de la 
haute et basse justice dans les terres de son église et sur la 
population qui en dépendait. Mais ces terres étaient dissé- 
minées, tandis que l'autorité du comte s'exerçait sur une 
province entière, sur de vastes territoires contigus et sur 
tous les habitants de ceux-ci. 

Ce fut la politique des rois de la maison de Saxe qui lit 
franchir au pouvoir des évêques les deux derniers degrés qui 
le séparaient de celui du comte. D'abord, ils leur donnèrent 
les droits comtaux sur certains territoires; plus tard, ils 
leur accordèrent des comtés entiers, avec tous les droits 
qu'ils impliquaient. 

Du coup, les prélats se trouvèrent à la tête de principautés 
véritables. D'une part, au lieu de terres dispersées et sans 
autre lien entre elles que la personne des possesseurs, ils 
eurent sous leurs ordres des domaines territoriaux compacts 
et d'un seul tenant, qui formaient le noyau de leur temporel. 
De l'autre, au lieu de n'avoir dans leurs domaines que la 
juridiction sur leurs hommes, ils furent désormais les juges 
de toute la population, tant libre que servile, et ils rempla- 
cèrent les comtes. Enfin, le comté étant donné à leur église 
et non seulement à leur personne, les états nouvellement 
constitués eurent la perpétuité et l'indivisibilité qui étaient 
les caractères spéciaux du patrimoine ecclésiastique. On peut 
dire que c'est la concession de comtés entiers, faite pour la 
première fois, d'une manière systématique, aux évêques par 
les princes de la maison de Saxe, qui doit être considérée 



FORMATIOX DE LA PRINCIPAUrK DK I.IKC.K. 117 

cojiinie Tacte constilutifdes pi-incipautés ecclésiastiques (1). 
Il en fut ainsi à Liège. Parmi les nombreuses libéralités 
que les euq)ereurs firent à Notger, nous relevons la donation 
de deux comtés : celui de Huy en 985 et celui de Brugeron 
vers la même date. Rendons-nous bien compte de la portée 
de cette double libéralité. Nous savons déjà que l'église de 
Liège, possédait, dans le comté de Huy et dans la ville même, 
des biens jouissant de Timmunité, et qu'elle y exerçait aussi, 
en vei'tu d'une concession impériale, le droit de tonlieu et de 
monnaie. L'évèque partageait donc en quelque sorte la qua- 
lité de comte de Huy avec le titulaire (2). Il la posséda seul 
à partir du jour où le comte Ansfrid lui céda ce qui lui res- 
tait du comté, tant dans le bourg de Huy qu'en dehors 
(infra eiindein çiciiin vel extra). Cette concession fut ratifiée 
par l'empereur, qui, de son coté, abandonna à Notger ses 
droits de tonlieu etde marché dans la pai*td"Ansfrid, de même 
que les autres revenus de la couronne (3). C'est ainsi qu'ajou- 
tant aux biens de son immunité et à la part héréditaire d' Ans- 
frid les droits régaliens qu'il exerçait déjà, et ceux que 

(1) Les plus anciennes concessions de droits comtaux à des évêchés sont : 

887. Langres, par Chai'les le Gros. Bouquet, VIII, p. 643. 

927. Toul, par Henri I. Sickel, DH. I, p. 32. 

940. Reims, par Louis IV. (Flodoard, Annales, 940 ; le même, Hist. Rem. 

écoles. IV, 24). 
948. Cambrai, DO. I, p. 182. 
Les plus anciennes concessions de comtés entiers à des évêchés sont : 

974. Le comté de Cadore donné à Tévêché de Frisingue. DO. Il, p. 96. 
1001. Les cinq comtés de Paderga, Aga, Treveresca, Auga et Soretfeld 
donnés par Olton III à l'évèché de Paderborn. DO. Ill, p. 810. 

(2) Des cas semblables se rencontrent ailleurs. A Coire, l'évèque avait le ban de 
la moitié de la ville, avec les redevances des serfs et des libres de la campagne. 
Cl Daraus enstand ein sonderbares Zwitterverhaltniss zwischen dem Bischof und dem 
Grafen von Chur, dem nachlier Otto III 998 dadurch ein Ende machte, dass er der 
Kirche von Chur die ganze Stadt mit Zoll, Miinze und Bann schenkte. » K. Hegel, 
Die Entstehumj des deutschen Stàdtewesens, pp. 73-74. A Cambrai, l'évèque et le 

comte avaient chacun la moitié de la ville : Tune lemporis Isaac cornes abba- 

tiam sanctissimi Gaugerici tenebat, dimidium scilicet Cameracae urbis castel- 

him, cum medietale quoque publicorum vectigalium simulque etiam altéra monetâ. 
Gesta epp. Cam. I, 71, p. 420. 

(3) Quiequid camere nostre provenire poterat ex comitatu jain dicto. Sickel, DO, 
II, p. 414. 



lis CIIAPITllE IX. 

l'empereur venait de lui concéder, Notger se trouva devenu 
comte de Huy par accumulation. 

Le comte de Huy s'étendait sur les deux rives de la Meuse, 
dans le Condroz et la Famenne d'une part, dans la Hesbaye 
et le Brabant actuel de l'autre. Parmi les localités qui en 
faisaient partie, nous voyons citer : JenelTe-en- Hesbaye, 
Seraing-le-Glititeau, Braives, Tourinnes-la-Ghaussée, Grand- 
Rosière, au nord de la Meuse ; et au sud de ce fleuve : Honay, 
Wiesme, Leiguon, Barvaux-en-Gondroz, Buzin (Verlée), 
Fraiture-en-Gondroz et Somal (MalTe) (1). 

C'était la première fois qu'un comté tout entier, avec tout 
son territoire et avec toutes les attributions comtales, tom- 
bait aux mains de Tévêque de Liège. Gette superbe acquisi- 
tion le faisait, d'emblée, passer du rang d'immuniste à celui 
de prince. Elle devenait le noyau qui allait assurer l'unité 
territoriale de la principauté, en rattachant entre elles une 
bonne partie de ses possessions. 

L'acquisition du comté de Brugeron suivit de près celle du 
comté de Huy, si elle ne la précéda. G'est vers 988 que, dans 
un diplôme où il est question de plusieurs autres donations, 
Otton III confirma à l'église de Liège la possession de ce 
nouveau domaine (2), et tout porte à croire que Notger en 
sera devenu le maître en vertu de négociations semblables à 
celles qui firent passer dans ses mains le comté de Huy. 

Le comté de Brugeron (Briinengeriiz) s'étendait de Tirle- 
mont à Louvain; il était borné à l'ouest par la Dyle, au nord 
par une ligne courant de Gorbeek-Dyle par Lovenjoul 
àBinckom, à Meensel-Kieseghem etàPippinsvoort; à l'est, la 
frontière allait de Glabbeek à Pippinsvoort, à Grimde et à 



(1) Sur le comté de Huy, v. Piot, Les Pagi de la BcUjique, p. 1 17 ; J. Demarteau. 
Les origines de Ilinj, etc. Cùmférences de la Société d'art et d'histoire du diocèse de 
Lièr/p, l\<^ série, pp. 12 61-13); Vanderkinderc, Formation territoriale, etc., t. II, 
p. 213-221. Il faut se garder de confondre ce comté de Huy avec un autre comté de 
Hoio, qui est le comté de la Houille, comme fait Grandgagnage, Mémoire sur les an- 
ciens noms de lieux de la BeUjiquc orientale, p. 41, suivi par Piot, o. c, p. 118, 
note 3. V. sur cette question Roland dans ASA^, t. XX, pp. 77-78. 

(2) Sickel, DO. III, p. 440. En ce qui concerne Tannée où fut émis cet acte non 
daté, voir ci-dessous, p. 121, note 2, 



FOnMATKIN I)i; T> A rillXCIPAUTK DE HÈCxE. 110 

Ai'Jevoor; au sud, elle passait entre les deux Heylisscm, 
entre Zctrud et Genville, et de là par Mélin, Roux-Miroir, 
Longueville et Chaumont, elle revenait aboutir à la Dyle, 
le long de laquelle elle se dirigeait vers Corbeek-Dyle, déjà 
nommé (1). 

(]ette acquisition, qui étendait singulièrement le domaine 
de nos évêques, n'allait pas sans inconvénients. Les puis- 
sants comtes de Louvain voyaient arriver jusqu'aux portes 
de leur capitale un voisin dont ils jalousaient la richesse et 
la puissance : quoi détonnant si les évoques de Liège eurent 
plus d'une fois maille à partir avec eux, et si le premier 
successeur de Notger, Baldéric II, se vit entraîné dans une 
guerre calamiteuse contre le comte Lambert ? Vaincu, il 
s'estima heureux d'acheter la paix au prix de l'engagère du 
comté à son redoutable adversaire. Plus tard, en 1096, 
l'évoque Otbert parvint à dégager le Brugeron et le donna 
en fief au comte Albert de Namur, mais, après la mort de ce 
dernier, qui disparaît de l'histoire vers llOo, le domaine 
disputé retourna au duc Godefroi, gendre du comte de Na- 
mur (2). L'église de Liège en garda quelques parcelles : ce 
sont Hougaerde, Bauvechain, Tourinne et Chaumont, aux- 
quels on peut ajouter le château de Tirlemont (3). Tout le 
reste fut j)erdu définitivement pour la principauté. p]ntre 
deux centres d'attraction de force à peu près égale, le Bru- 
geron était allé se perdre dans la masse dont l'influence 
s'exerçait de plus près. 

Là ne se bornèrent pas les acquisitions que l'église de 

l'I) Sur le comté de Brunengeruz, lire Gilles d'Orval. III, 13 p. 91, et cf. Grand- 
gagnage, Mémoire, p. 106, Moulaert, BCRH, série II, t. X, Waulers, Géographie et 
histoire des communes belges. Ville de Tirlemont, p. 26 et Vanderkindere, La For- 
mation territoriale, t. II, p. 143-146. Daris, Notices, t. IX et Bets, Histoire de 
Tirlemont, t. I, p. 26, se bornent à reproduire Moulaert. 

Le nom de Brunengeruz (= Bruninge Rode) signifie, selon toute apparence, le 
Sari de Bntnon (cf. Vanderkindere 1. c), mais cela ne nous renseigne guère sur 
l'origine de cette circonscription, qui semble le résultat d'un partage auquel n'a 
présidé aucune considération [lolitique ni géographique. 

(2) Moulaert, 0. c, p. 168 et 169. Il y aurait beaucoup à dire .sur cet exposé, 
mais ce n'est pas ici la place. 

(3) Vanderkindere, La Formation territoriale, t. II, p. -146, 



120 CHAPITRE IX. 

Liège fit sous l'épiscopat de Notger. Dès 974, Otton III lui 
avait donné le marché de Fosse, comprenant le droit de ton- 
lieu et de monnaie avec celui de fabriquer la drêche des 
brasseurs. Maître déjà de l'abbaye, qu'il tenait de la 
jîrincesse Gisèle, l'évêque de Liège pouvait dès lors se con- 
sidérer comme le vrai prince de la localité (1). En 983, le 
même souverain ajoutait à cette libéralité le marché de 
Visé (2). En 988, l'évêque devint encore le maître de l'impor- 
tante abbaye de Gembloux dans des conditions que nous 
avons fait connaître (3). En 997, il reçut d'Otton III la terre 
de Heerwaarden avec ses dépendances pour son église Saint- 
Jean, nouvellement fondée (4). Ajoutons encore que Notger 
parvint à sauver les biens que son prédécesseur Eracle avait 
légués à la collégiale Saint-Martin. A la mort de cet évêque, 
le fisc royal les avait revendiqués, comme étant de simples 
précaires dont Eracle n'avait eu la jouissance que sa vie 
durant. Notger sut amener l'empereur à se désister, et Saint- 
Martin resta en possession de son domaine (o). 

Pour compléter ce tableau des acquisitions territoriales de 
Notger, nous empruntons à une source étrangère l'histoire de 
celle qu'il fit, en Hesbaye, de certains domaines appartenant 
à l'abbaye de Saint-Riquier, en Picardie. C'étaient cinq manses 
situés à Heers, cinq autres à Fumai, un à Bois-ct-Borsu et 
un à Gelinden. L'abbaye, se trouvant gênée de ces posses- 
sions lointaines, les offrit à Notger, qui les prit en gage pour 



(i) Sickel, DO. //, p. dOO. 

(2) Le même, o. c, p. 36o. 

(3) Le même, DO. III, p. 44o. V. ci-dessus, p. 86. Les évoques étaient parfois 
les avoués des monastères situés dans leur diocèse. Ainsi, l'archevêque de Cologne 
l'était des monastères de Laach, Bitbourg, Camp, Meer. V. Blondel, De advocatiis 
ecctrsiasticis, Paris, 1892, p. 23. 

(i) Le même, o. c, p. 637. Sur ce diplôme, voir les observations do cet éditeur, 
celles de Bormans et Sclioolmeesters, I, 24 et de Blocli dans NA., XX1II(1897), I io. 

(o) Vita ^oujeri, c. 3. Si quidem ecclesia Sancii Martini in bonis relinendis 
que ei domimis Eraclius contulerat laborabat. In tempore enim illo tercius Otto ea 
lamquam domino Eraclio prestita, in fiscum regium, eo defuncto, revocare ceperat. 
Pontifex et opife.\ Notgerus preclaris meritis suis serenavit principem, et prestita in 
dati et rali convertit habitationem. Ces souvenirs semblent brouillés; s'ils contien- 
nent quelque réalité, il ne peut être question que d'Otton I. 



FORMATION DK L\ PIUVCU'AUTÉ DE LIKCE. 121 

vingt ans, au prix de trente-trois livres de deniers versées 
dans les mains de Tabbc Ingclurd. C'était en 1002(1). Nous 
possédons l'acte, daté du 28 octobre, par lequel notre évoque 
l'ait connaître cette condition; il est revêtu de sa signature, 
de celles du prévôt Godescalc et de plusieurs clianoines et 
chevaliers de l'église Saint-Lambert, ainsi que de l'abbé 
Ingelard, de deux moines et de trois chevaliers de l'abbaye 
de Saint-lliquier (2). A peine le pacte conclu et signé, l'abbé, 
de retour chez lui, craignit que les droits de sa maison ne 
fussent pas suflisammcnt garantis, attendu qu'il n'avait pas 
fait insérer dans le contrat une clause portant qu'on rendrait 
les terres dans le même état qu'on les avait reçues. Il écrivit 
donc à Notgcr une lettre que la chronique de Saint-Riquier 
nous a conservée, le priant d'entretenir lesdits domaines, 
comme on dirait aujourd'hui, en bon ]»ère de famille, c'est-à- 
dire de mettre en friche les terres incultes, de rebâtir les 
constructions qui tomberaient en ruines, enfin, de prendre des 
dispositions j^i'ohibitives à l'endroit de ceux de ses succes- 
seurs qui s'aviseraient d'abuser du gage. Un petit morceau en 
vers adoniques, contenant des souhaits à l'adresse de l'évêque 
de Liège, terminait cette épîtrc. Notger répondit à l'inquiet 
religieux qu'il était entendu qu'aucun de ses successeurs ne 
pourrait entamer le gage, mais que celui-ci serait restitué à 
l'abbaye n'importe à quel moment elle rendrait la somme de 
trente-trois livres ; il concluait par une menace d'anathème à 
l'adresse de quiconque porterait atteinte à cette convention(3). 
Lorsque les vingt années furent écoulées, l'abbé Angelram, 

(1) L'acte est daté comme suit : Acfa siivt hacc Leodii publiée V Kal. nnvembris, 
anno Dominicae Incarnatianis DCCCCLXXXVIII, indiclione XII, imperii vero Ilenrici 
primo. (Lot, p. 171). Celte date est altérée. La I>e année de Henri II est 1002, et 
la preuve qu'il faut retenir cette année, c'est que le contrat devait être renouvelé 
après l'expiration du ternie de vingt ans qui y est stipulé, et qu'il le fut en ePTet 
en 1022 (v. ci-dessus). M. F. Lot, qui n'a pas remarqué cette circonstance, corrige 
d'abord 989 en 98Î-, puis, il imagine une raison fantastique pour expliquer comme 
quoi la première année du roi Henri II tombait en 984 : Notger, en cette 
année, aurait reconnu pour roi Henri le Querelleur, duc de Bavière. (Les dcrnicr.i 
Caroliixjivns, p. 143). Wauters, on ne sait pourquoi, assigne à l'acte la date de 1007. 

(2) Hariulf, Chronique de l'abbaye de Sniiit-Uiquier, éd. F. Lot, III, 30, pp. 170-174. 

(3) Hariulf, 1. c. II est intéressant de noter que Fumai et Heers se retrouvent. 



1-2 CHAPITRE IX. 

successeur d'Ingelurd, proposa à l'évèque Duruiul, U'oisiènie 
successeur de Notger, de renouveler le contrat, ce que 
Durand lui accorda par une charte du 18 septeuibrc 1022, 
reproduite par le chroniqueur (1). 

Ces épisodes se rattachent d'une manière trop intime à 
l'histoire de la formation territoriale de la principauté de Liège 
pour qu'on puisse omettre de les raconter ici. Maintenant 
nous revenons à l'histoire du temporel de Liège, pour lequel 
Notger se fit accorder quatre confirmations générales par les 
empereurs. Ces confirmations générales mettent sous la pro- 
tection du droit public de l'empire toutes les acquisitions 
de l'église de Liège, tant celles de notre évêque lui-même 
que celles de ses prédécesseurs. La première est d'Otton II 
et porte la date du 6 janvier 980; les deux suivantes, datées 
du 7 juillet 985 et de 987 ou 988, émanent d'Otton III; la der- 
nière enfin fut accordée par Henri II, le 10 juin 1006 (2). Que 
ces quatre diplômes ont bien le caractère de confirmations 
générales que nous leur attribuons, c'est ce qui résulte des 
termes formels dans lesquels ils sont conçus (3). Qu'ils ne 
contiennent pas l'énumération complète des biens de l'église 
de Liège, mais seulement la mention des principaux, c'est 
encore ce qu'ils disent eux-mêmes, et il suffit d'y renvoyer 
une fois pour toutes (4). 

en -1147, parmi les localités où l'église Saint-Jean de Liège possédait des pro- 
priétés, et il est vraisemblable que Notger aura attribué la jouissance de ces 
domaines à son église favorite. Bulle inédite du pape Eugène III, conlirmant 
les propriétés de l'église Saint-Jean, aux Archives de l'État à Liège, fonds Saint- 
Jean. 

(1) Hariulf, o. c, IV, 3, pp. 183 et 184. 

(2) On trouve ces actes dans Bormans et Schoolmeesters, t. I, pp. d9, 21, 23, 
25; dans Sickel, DO. Il el DO. III, pp. 238, 413, 443, ainsi que dans Bressiau et 
Bloch, DH. Il, p. 141. 

(3) Le premier : Super universas possessiones ejusdem matris ecclesiae, quarum 
istae sunt capitales — — et super cetera loca. — Le deuxième : Id quod ab ante- 
cessoribus nostris regibus vel imperatoribus ecclesiae jam dictae Tongrensi vel Leo- 

diensi concessum fuerat concedimus. — Le troisième : Ut ea omnia quae anle- 

ces.'iores noslri piissimi Bomanorum reges et imperatores ecclesiae sanctae Mariae 

sanctique Lambert! contulerant et nos concederemus. — Le quatrième enfin 

déclare être la conlirmalion de celui de 980. 

(4) Voir la première citation de la noie précédente. On trouve des expressions 



FonMATioN i)K r.A iMuxciPArri': dk likci:. 123 

Sous le bénéfice de cette double observation, nous allons 
exposer ci-dessous, en un tableau, l'ensemble des domaines 
dont se composait à la fin du pontificat de Notger le patri- 
moine de l'église de Liège. Les dates placées à côté des noms 
des localités sont celles de leurs plus anciennes mentions. 

LISTE ALPHABÉTIQUE DES LOCALITÉS 
CITÉES NOMMÉMENT DANS LES DIPLÔMES 
COMME AYANT APPARTENU A L'ÉGLISE DE LIÈGE 
AYANT OU PENDANT 
LE PONTIFICAT DE NOTGER : 
Aldeneyck, monastère 9.32 

Arches 894 

Brogne, monastère lOOG 

Brugeron (Bninengeniz), comté 987 

Celle, monastère 1006 

Ciney 1006 

Dînant 985 

Fosse, monastère vers 900. 974, 980 

Gembloux, monastère 987 

Hastière, monastère 908-915 

Huy, ville 980 

Huy, comté 985 

Lobbes, monastère 888, 973, 980 

Lustin 888 

Maestricht 908, 985 

Malines 915, 980 

Malonne, monastère 1006 

Namur 985 

Saint-Hubert, monastère 1006 

Theux 988 

Theux, forêt 915 

Tongres 980 

"Ville-en-Hesbaye 831 

Visé 983 

identiques ou équivalenles dans le texte des autres diplômes; pour ne pas allonger 
outre mesure ces notes, je me borne à cette citation unique, qui tient lieu des 
autres. 



!2i CHAPITRE IX. 

Cette liste appelle un commentaire sans lequel elle risque- 
rait fort de rester inintelligible pour plus d'un lecteur. Telle 
qu'elle se présente à nous, elle se compose de deux groupes 
très distincts : l'un, forme par les importants domaines énu- 
mércs dans les actes de confirmation générale, l'autre, [)ortant 
le nom de quelques acquisitions d'importance secondaire 
faites au cours des temps par l'église de Liège, et dont nous 
devons au seul hasard d'avoir conservé le souvenir. Or, 
chacun des noms de la première catégorie, sans parler des 
comtés, n'est que l'expression géographique désignant la 
réunion, dans les mêmes mains, d'un grand nombre de loca- 
lités éparpillées ou groupées, et formant elle-même un 
domaine considérable. Voici quelques exemples. La seule 
abbaye de Lobbes, aux termes d'un pouillé qui en fut fait en 
8G8, ne possédait pas moins de 133 villages, y compris le fort 
de TImin, qui lui servait de citadelle (1). L'abbaye de Saint- 
Hubert possédait dès l'époque de AValcaud (817), rien que 
dans le diocèse de Liège, vingt-deux villages, et ce nombre 
avait été peut-être doublé par des libéralités nouvelles au IX^ 
et au X^ siècle. La forêt (forestiim) de Theux comprenait, 
avec le districtiis du même nom, à peu près tout l'ancien 
marquisat de Franchimont (2). 

Toutes les autres maisons religieuses, dont malheureu- 
sement nous ne sommes pas en état de dresser le terrier, 
avaient une situation analogue ; l'entrée de l'une d'elles dans 
le domaine de l'église de Liège constituait pour celle-ci un 
accroissement considérable, et c'est ainsi que se multipliaient, 
sur la vaste étendue du diocèse, les îlots régis par la 
crosse. Au fur et à mesure que croissait leur nombre, ils se 
rapprochaient, ils devenaient contigus; l'îlot se transformait 
en île et la principauté grandissante semblait aspirer à s'iden- 

(1) Vos, t. I. pp. 41S-42G, et craprès lui Duvivier, Uechcrclics sur le Uainaut 
ancicu, Bruxelles, 180o, pp. 307-31o. 

(2) M. Vanderkindcrc, Formation territoriale, t. II, p. ^80, éci'it : « Nofger 
s'était encore empare du cliâteau de Franchimont. » Il est i)robablc qu'il existait 
déjà un (lifileau de Francliimont, mais il faisait partie du districtim Tectis, et 
celui-ci appartenait à l'église de Liège dès 9lo. Notgern'a don<' pas pu « s'en 
emparer ». 



FORMATION DE LA PRINCIPAUTÉ DE LIKGE. l2o 

lifier avec le diocèse. Ce ne fut jamais le cas, même au temps 
de la plus grande splendeur des princes-évèques, mais on 
peut dire que la principauté se développa dans le cadre du 
diocèse et que son idéal semble être de le couvrir. D'ailleurs, 
elle n'est pas tellement enfermée dans ses frontières ecclésias- 
tiques que dès lors elle ne les franchisse. Lobbes, en ellet, 
appartenait au diocèse de Cambrai. Et, par contre, certains 
domaines situés dans le diocèse de Liège appartenaient à 
des principautés ecclésiastiques voisines. Ainsi, le seul évèque 
de Metz possédait les abbayes de Saint-Trond, de AVaulsort 
et d'Hastière. 

Après ce qui vient d'être dit, le lecteur ne sera pas surpris 
de ne pas rencontrer le nom de Liège sur la liste des 
acquisitions primitives de l'église de ïongres. L'omission 
s'explique d'une manière bien simple. Si l'on consulte le 
tableau ci-dessus, on remarquera que les confirmations im- 
périales ne mentionnent, à deux ou trois exceptions près, 
que des comtés, des abbayes et des villes, c'est-à-dire des 
domaines considérables, les uns par leur étendue territoriale, 
les autres par l'importance de leur population. Or, Liège, 
avant les Carolingiens, ne pouvait rivaliser, ni avec les riches 
abbayes, ni avec des localités comme Dinant, Huy, Maestricht, 
Namur et Tongres. On conçoit donc que les diplômes 
d'immunité de l'époque mérovingienne ne l'aient pas men- 
tionnée, et qu'elle n'ait pas figuré davantage dans les diplômes 
carolingiens, qui ne sont que la répétition des précédents (1). 

11 est vrai que, dans l'intervalle, Liège était devenue une 
ville importante, et rien ne s'opposait à ce qu'on inter- 
calât désormais son nom dans l'énumération oflicielle des 
biens de l'église. Mais, à partir du jour où saint Hubert eut 
transféré la résidence épiscopale de Maestricht à Liège, nul 
n'éprouva plus le besoin d'allirmer, dans un acte public, les 

Cl) Rien n'est plus certain que la fixité des formules dans les diplômes d'immu- 
nité ou dans leurs confirmations : les privilèges ont beau s'étendre, les acles les 
mentionnent toujours dans les termes traditionnels. Cf. Waitz, Deutsche Ver/as. 
siimjKycschiclite, t. VII, p. 244; K. Hegel, Die Entstelutmj des deutschen Stâdtewexens , 
p. 71; Slengel, Die Immunitàts-Urkunden der deutschen Kmicje vom 10 bis zuin 

12 Juhrhundert. Innsbriick, 4902 (dissertation). 



i2G 



CHAPITRE IX. 



droits de l'église sur cette ville : ils allaient de soi, ils étaient 
sous-entendus en toute rencontre (1). 

Au surplus, tout nous autorise à croire que Liège faisait 
partie des domaines de l'église de Tongres dès l'époque 
mérovingienne. La prédilection de saint Lambert jDour ce 
village, où il avait une habitation et où il crut devoir trans- 
porter les reliques de son prédécesseur saint Tliéodard, 
nous en est un indice significatif, et la translation de la rési- 
dence épiscopale dans cette localité par saint Hubert en est 
un autre plus éloquent encore (2). A Liège, les évoques 
étaient chez eux; à Maestriclit, ils étaient chez le comte. 

A ces deux indices, nous ajouterons une preuve. Nous 
savons, par un témoignage très digne de foi, que saint 
Lambert avait à Liège son agent (Jiidex), qui, comme c'était 
l'usage dans les domaines privés et spécialement dans les 
immunités, rendait la justice au nom du seigneur. Ce per- 
sonnage, à qui notre source donne le nom d'Amalgisile, 
ouvre la série des ofticiers du prince (avoués, puis grands 
maïeurs), qui, à partir du VIP siècle jusqu'à la fin de la patrie 
liégeoise, ont présidé le tribunal des échevins de Liège. Et 
nous n'avons pas besoin d'un autre témoignage que la seule 

(d) Foullon avait entrevu la moitié de cette vérité lorsqu'il écrivait, I, p. 497 : 
Intcr loca ecclesiae Lcodiensi donata neque hse neque aliie unquam Caesareae 
rcgiaeve litterae Leodii meminerunt, quia semper jam ab antique, ante alteram 
Francorum regum stirpem, in jus episcoporum Leodicensium venerat, propriaque 
eorum et immota res fuerat, uti supra indicamus. D'autre part, Rietschel, parlant 
des trois évêchés de Passau, de Frisingue et de Salzbourg, écrit : « In allen dreien 
ist das Bisthum gegriindet worden, als der Ort noch schr sclnvach bevolkert war. 
Der Grund und Boden war von Anfang an in diesen Orten fast ganz bischoflich. Des- 
halb findet sich mit Ausnahme einer Freisinger Urkunde keine einzige iiber Gebiet 
ain Bischofsort selbst. L'ebrigens ist auch nicht ausgeschlossen, dass inan es nichl 
l'iir noelliig hiell die Urkunden liber den Bcsitz am Orte selbst, den nian ja stetscon- 
troUieren konntc, in die Traditionsbiicher aufzunehmen. » Die Civiina auf deutschem 
Boden, p. 83. Chacune de ces lignes peut s'appliquer au cas de la ville de Liège. 

(2) Je ne comprends pas M. le chanoine Daris disant, p. 133, que Liège aura été 
donné à l'église Saint-Lambert par Pépin d'Herstal, le jour de la consécration 
de l'église. De quelle église? De celle qui fut bâtie après la mort de saint Lambert? 
Mais, il est vraisemblable que le saint possédait déjà le domaine de Liège de son 
vivant. De la chapelle qui précéda l'église? Mais nul n'en connaît l'origine, et il 
semble bien qu'elle soit antérieure à Pépin d'Herstal. 



FORMATION DE LA PRINCIPAUTÉ DE LIEGE. 127 

mention de son oflice pour en pouvoir conclure que saint 
Lambert était bien le maître du territoire sur lequel il avait 
un juge (1). 

Il y a lieu aussi de mentionner un acte de 884, par lequel 
l'empereur Charles-le-Gros cède à l'église de Liège tous les 
serfs fiscaux demeurant dans cette ville et dans celle de 
Tongres, quel que fût au surplus leur lieu d'origine. 11 s'agit 
ici de serfs provenant de divers domaines royaux où ils 
étaient attachés, les uns à l'exploitation directe du prince, les 
autres aux terres données par lui en bénéfice (2). Leur éta- 
blissement à Tongres et à Liège, c'est-à-dire dans les deux 
principales villes du diocèse, est un curieux indice de l'af- 
lluence des populations agricoles dans les cités épiscopales, 
où la vie était plus douce sous la crosse. Et si ces fiscalins 
— c'est le nom qui les désigne souvent — sont donnés à 
l'église de Liège, n'est-ce pas parce que celle-ci possède déjà 
les terres sur lesquelles ils vivent? Nous le savons de science 
certaine en ce qui concerne Tongres, que les diplômes nous 
montrent dans le patrimoine de Saint-Lambert depuis au 
moins 98(3 : le moyen de se dérober à la conclusion qu'il en 
était de même, à plus forte raison, pour la ville de Liège? 

L'autorité accordée à Notger dans les deux comtés de 
Huy et de Brugeron n'était pas la même que celle dont il 
jouissait en qualité d'immunistc, dans les terres de son 
domaine. Dans les comtés, il était investi du pouvoir public; 
dans le domaine, il n'avait que la situation de grand pro- 
priétaire. Dans les comtés, son pouvoir s'étendait sur toute 
la population indislinctement, tant libre que servile. Dans 
le domaine, il ne commandait qu'aux gens de condition 
dépendante qui l'habitaient et le cultivaient. Toutefois, cette 
dualité de pouvoir ne se prolongea pas. Tout porte à croire 
qu'en même temps qu'il fut investi des droits comtaux dans 

(1) Post anni cun-iculo explelo apparuit sanclus vir Landeberlus in visionc noc- 
turna ad teiisaurarium nomine Amalgisilum, qui oliiii judcx ejus fuerat. Vita saucti 
Laiiilirrti dans .1.1. SS., t. V de septembre, p. o79 E. 

(2) Mancipia insuper illa utriusque sexus, que in Tongris et Leodio residere et 
manere noscuntur, de quocunique nostro fisco sint aut ex dominicato aut ex bene- 
ficiato. Bormans et Schoolmeesters, t. I, p. 6. 



l28 CHAPITRE IX. 

les comtés de Huy et de Brugeron, Notger les reçut égale- 
ment dans le reste de son domaine, s'il ne les possédait pas 
déjà auparavant. Ses diplômes, il est vrai, ne nous le disent 
pas, mais il ne faut pas nous en étonner : les diplômes sont 
peu explicites et ne parlent pas de tout; nous avons déjà fait 
remarquer que, sous les vieilles formules d'immunité renou- 
velées au X® siècle, se cache d'ordinaire l'éclosion d'une 
situation juridique toute nouvelle. Si donc aucun diplôme 
liégeois ne nous dit que les empereurs confèrent à nos 
évèques le ban, c'est-à-dire le pouvoir de commander en 
donnant à leurs ordres une sanction pénale, il ne faut nulle- 
ment s'en prévaloir pour en conclure que les évéques ne l'ont 
pas possédé du temps de Notger (1). Certains faits indiquent 
nettement le contraire. Ainsi, quand le panégyriste à peu 
près contemporain nous parle de la sévérité avec laquelle 
notre évoque châtiait les perturbateurs de l'ordre public, 
faisant pendre les uns et mutiler les autres, tandis qu'il en 
envoyait d'autres en exil, c'est bien l'exercice de la haute 
justice que nous voyons ici dans ses mains. Or, il n'est pas 
douteux que ce ban judiciaire, il ait eu l'occasion de l'ajopli- 
quer principalement dans les premières années qui suivirent 
la mort de son prédécesseur Eracle (2). Pareillement, quand 
le document de 980, qui énumère les contingents à fournir 
par les divers diocèses, taxe celui de Liège à 00 guerriers 
pesamment armés, c'est, encore une fois, le ban militaire que 
nous voyons exercer par notre évéque (3). Il est donc établi 
qu'il a les attributions du comte, non seulement dans ses 
deux comtés, mais encore dans toutes les terres de son 
domaine. Au surplus, ne les eût-il pas possédées dès lors, 
les confirmations générales d'immunité qu'il obtint à partir 
de 980 (1) les lui auraient données par voie d'extension. 

Ainsi se forma la principauté ecclésiastique de Liège. 
L'acquisition de deux comtés d'une part, et, de l'autre, celle 
du ban ou autorité comtale dans ses propres domaines, tels 

(1) Cf. Doei'ing, Beitràge ziir âlteren Geschichtc des Bisthums Metz, p. 19. 

(2) Voir ci-dessus, pp. 22, 47 et 48. 

(3) V. ci-dessus, p. 22. 
(1) V. ci-dessus, p. 22. 



t-ORMATION DE LA PRINCIPAUTK DE LIEGE. 120 

furent les deux actes qui firent passer l'évêque de Liège de 
la catégorie des grands propriétaires immunistcs dans celle 
des princes. Et c'est parce que cette double acquisition a été 
faite par Notger qu'on peut considérer ce prélat comme le 
premier prince-évêque de Liège. 



I. 



CHAPITRE X. 



NOTGER SECOND FONDATEUR DE LIEGE. 



Notger n'est pas seulement le fondateur de sa principauté. 
Il mérite encore d'être appelé le second fondateur de sa ville 
épiscopale, saint Hubert en ayant été le premier. Ses titres 
à la reconnaissance des Liégeois ont été formulés, dès son 
siècle, en ce vers devenu classique, par lequel le poète, 
s'adressant à la ville de Liège, lui dit : Tu dois Notger au 
Christ, et le reste à Notger (1). 

Les travaux exécutés à Liège par ce grand liomme sont 
assez importants pour justifier cet éloge à première A'ue 
hyperbolique. Monuments religieux, monuments civils, tra- 
vaux de défense et travaux d'utilité publique; églises, 
monastères, hospices, fortifications, canaux, Notger a créé 
tout cela. Il a fait plus. A sa voix, les arts sont accourus au 
secours des métiers pour embellir la jeune cité, et il a laissé 
à ses successeurs une résidence épiscopale digne de ses 
hautes destinées. 

Sous ce rapport, il est bien de la race des grands évoques 
du X*" siècle qui entourèrent les princes de la maison d'Otton. 
Parmi eux, il en est un dont le nom revient souvent à l'es- 
prit quand on pense à Notger : celui de Tillustre évoque de 
Hildesheim, saint Bernward. Celui-ci est également le fonda- 
teur de sa ville épiscopale, qu'il a, comme Notger, tirée en 
quelque sorte du néant. L'œuvre de l'évOque saxon est 
encore debout en grande partie, telle qu'elle est sortie de 

(1) Ndigeriiui Cliristo, Notgero cetera debcs. Vita Soiijcri, c. o. 



NOTGER SECOND FONDATEUR DE LIÈGE. 131 

ses mains, et le voyageur peut admirer, avec la massive 
enceinte tracée par lui autour des cloîtres de sa cathédrale, 
ces édilices religieux d'un style si simple et si pur, ces con- 
structions où les pierres blanclies et rouges alternent d'une 
manière si agréable au regard, ces portes de bronze qui l'ont 
vivre le cycle des récits bibliques, cette colonne, imitée de la 
colonne Trajane mais ornée de symboles chrétiens, et que 
l'évéque, revenu de Rome, avait dressée dans le chœur de 
son église Saint-Michel. Tout cet ensemble artistique, c'est 
l'efïlorescence d'une vie religieuse pleine de fraîcheur et 
d'avenir, et il semble que la jeune civilisation saxonne, toute 
parfumée de christianisme, ait trouvé son symbole le plus 
gracieux dans ce rosier de mille ans qui, du fond de la crypte 
de la cathédrale, étend ses rameaux fleuris autour de l'abside 
extérieure, qu'il étreint d'une couronne de fleurs. 

L'œuvre de Notger n'a pas eu le même bonheur que celle 
de son illustre ami. A Liège, sauf quelques parties d'un 
édifice, toutes les constructions du X^ siècle ont disparu ou, 
du moins, en se renouvelant, ont perdu leur aspect premier. 
Toutefois, c'est sur la base des constructions notgériennes 
qu'elles reposent toujours, et, sous ce rapport, si l'on excepte 
la cathédrale abattue à la fin du XVIIP siècle, on peut dire 
que les monuments bâtis par Notger sont restés debout. 

En essayant de présenter ici le tableau d'une activité qui 
a été gigantesque, il importe de rappeler qu'elle fut la réali- 
sation d'un programme qui peut se résumer en ces trois 
mots : agrandir, embellir et fortifier la ville épiscopale. Mais 
l'embarras est grand pour l'historien, lorsqu'il s'agit de retra- 
cer les diverses phases par lesquelles a passé l'exécution de 
ce programme. Nous ne connaissons pas l'ordre chronolo- 
gique dans lequel se sont succédé les constructions notgé- 
riennes, et nous ne disposons pas môme de moyens d'infor- 
mation sullisants pour le rétablir par voie de conjecture. 
Tout ce que nous pouvons alïirmer, c'est qu'en 990, c'est-à- 
dire au milieu de la durée de son pontificat, Notger avait déjà 
réalisé une bonne partie de son programme de bâtisseur, 
puisque l'abbé Folcuin de Lobbes, mort en cette année, dé- 
clare qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait enrichi l'église 



132 



CHAPITRE X. 



de Liège d'un si grand nombre d'édifices (1). Au surplus, 
chaque fois qu'on essaie de préciser la date de lune ou de 
l'autre des constructions notgériennes de Liège, on s'aper- 
çoit qu'elle est intimement liée à celle de toutes les autres. 
Et la conclusion qui s'impose à l'esprit d'une manière irré- 
sistible, c'est que tous ces monuments ont été conçus à la 
fois dans la tête créatrice du grand civilisateur, c'est qu'ils 
font partie d'un même plan. Les considérations que voici 
viennent à l'appui de cette hypothèse. 

L'œuvre architectonique de Notger comprend trois vastes 
entreprises : ce sont la construction de l'enceinte, le creuse- 
ment du canal de la Meuse et l'édification d'une série de 
monuments. Or, nous constatons que le bras de la Meuse était 
compris dans le système défensif de la ville, et qu'il servait 
essentiellement à en compléter les ouvrages d'art militaire. 
D'autre part, comme on le verra, plusieurs des édifices not- 
gériens : Saint-Denis, Sainte-Croix et Saint-Martin ont fait 
partie de l'enceinte fortifiée, et ont dû, par conséquent, sur- 
gir en même temps qu'elle. La savante combinaison en vertu 
de laquelle les murs, les édifices et le canal se complètent 
mutuellement ne s'explique d'une manière satisfaisante que 
dans l'hypothèse d'un plan d'ensemble, laborieusement mûri 
avant que l'on mît la main à l'œuvre. Il fallait de toute néces- 
sité que l'enceinte fût dabord tracée, au moins dans les 
croquis de l'architecte, pour qu'on pût assigner leur place 
aux églises appelées à en faire partie, et pour que le cours 
du canal passant par la ville pût être déterminé d'une ma- 
nière certaine. C'est donc le système défensif élaboré par 
Notger qui devra être exposé d'abord. 

Le X® siècle est par excellence le siècle de l'architecture 
militaire. Sous les rois mérovingiens et sous les premiers 
carolingiens, les peuples avaient, somme toute, connu les 
bienfaits d'un régime relativement pacifique. Les rois 

(1) Pace nobis per Dei gratiam Nothgero agente firmissimâ collatâ, dominus epis- 
copus Leodium revertifur, reliquum teiiipus in innovandis sive tlecorandis edibus 
et ecclesiasticis rcbus multiplicandis consumens. Nam, ut verum fatcar, nulhis prc- 
decessoruin suonini, quorum recordalur opinio, illo amplius Leodiensein ecclesiain 
rébus auxit, edificiis nobilitavit. Folcuin, c. 29, p. 70. 



XOTGER SKCOND FONDATEUR DE LIEGE. 133 

vivaient à la campagne, dans des palais qui étaient des fer- 
mes, gardés par la fidélité de leurs hommes et par la vigi- 
lance de quelques chiens. Quant aux villes, dont les descen- 
dants de Clovis réparaient encore de temps à autre les 
enceintes (1), elles avaient cessé, à partir de la fin du VHP 
siècle, de craindre les barbares ; elles laissaient tomber en 
ruines leurs vieilles murailles qui dataient de l'époque ro- 
maine, et l'on vit même des princes et des évoques les 
abattre pour en faire servir les matériaux à la construction 
d'édifices religieux (2). Mais cette belle sécurité ne dura 
guère : dès le milieu du IX" siècle, les invasions normandes 
firent flamber toutes les villes l'une après l'autre, et il fallut 
bien songer à les fortifier contre les ennemis du dehors. 
D'autre part, le morcellement féodal, qui transforma chaque 
seigneur en une espèce de chef d'Etat entouré d'autant d'en- 
nemis que de voisins, suggéra la même précaution. Les 
enceintes destinées à protéger les habitants des villes eui'ent 
donc la même origine que les bastilles où se remparaient les 
féodaux (3). Dans les villes d'origine romaine, on releva les 
murailles qui dataient de l'époque impériale ; dans les autres, 
on bâtit de toutes pièces des enceintes neuves. Le X® siècle 
reprenait l'œuvre du IIP et se remettait à embastiller les 
cités que les siècles de Trajan et de Gharlemagne avaient 
laissées ouvertes (4). Mayence dès 882 (5) et Cologne l'année 



(1) En Neusirie, Cliilpéric « iiiisit ad diiccs et comités civitatum nuntius, ut mu- 
rus componerent urbium. » Grégoire de Tours, H. F., YI, 41. 

(2) Ainsi Louis le Germanique à Ratisbonne (Moine de Saint-Gail, II, 11, p. 734), 
et l'archevêque Ebbon à Reims (Flodoard, Hixt. Item. II, 19). 

(3) Avec cette dificrence, toutefois, que les villes sont t'orti[iées par les évéques 
avec le consentement implicite ou explicite des rois. V. le diplôme de Louis l'Enfant 
pour révêque d'Eichstaedt en 908. Bohmer-Miihlbacher, Die Regcsteu des Kaiser- 
rciclies untcr de» Karolinijen, ii» 1992. 

(4) La prétendue reconstruction de l'enceinte de Mayence par le roi Dagobert 
n'est qu'une légende (Schaab, Geschichte der Stadt Mainz, t. I, p. 166 et suiv.), et 
celle des murs de Strasbourg par le duc Adalbert au Ville siècle est hautement 
invraisemblable, malgré le diplôme de 722 qui l'aflirme. V. UieLschel, Die Civitas 
auf deutsichcm Doden, p. 0.'^, note 4 et cf. p. G2, note 1. 

(5) Mu rus Maguntiae civilatis restaurari coeptus et fossa muruni an)biens extra 
civitatem fada, Annales Fuldenses, a, 882, 



134 CIIAPITUE X. 

suivante (1) donnèrent le mouvement sur le Rhin ; Foulques 
de Reims (883-900) rebâtit les murailles de sa ville épiscopale 
récemment abattues par son prédécesseur Ebbon (2); Dodi- 
lon de Cambrai fortifia sa ville entre 887 et 901, (3) ; Geilon 
de Langres fit de même en 887 (4). A Ratisbonne, c'est le duc 
Arnoul qui, comme Foulques à Reims, rebâtit l'enceinte dé- 
molie par Louis le Germanique (o). A Augsbourg (6) et à 
Saint-Gall (7), c'est l'imminence du danger hongrois qui pro- 
duisit le même résultat vers 954. Dans la seconde moitié 
du X^ siècle, nous voyons surgir les murs de Constance (8), 
de Verdun (9), de Rrôme (10) et de Hildesheim (11), tandis 
que Worms (12) fut fermé au commencement du XF siècle. 
En un mot, la génération de Notger est celle qui a travaillé 
le plus activement à fortifier les villes épiscopales. 

Liège, devenue chef-lieu d'un diocèse et d'une principauté^ 
ne pouvait donc pas rester la bourgade ouverte à tout ve- 
nant qu'elle avait été jusqu'alors (13). L'heure était venue 
pour elle de revêtir l'armure de fer et de pierre qui devait 

(1) Agripina Colonia absqiie aecclesiis et monasteriis reaedificala et mûri ejiis 
cum portis et vectibus et seris instaurati. Annales Fuldenses, a. 883. 

(2) Flodoard, Histor. Remens. Il, 19; III. 4. Cf. I, 21 ; IV, 8. 

(3) Gesta epp. Camerac. I, G.5, p. 424. 

(4) V. l'acte dans Bouquet, VIII, p. 643, où il est dit que c'est pour proléger la 
ville contre les Normands. 

(o) Arnoul de Saint-Emmcram, I, 7, p. 532, cité par Hauck, t. III, I, p. 277, 
note. 

(G) Gerhardi Vita Oudalrici, c. 3, p. 390 et c. 12, p. 401. 

(7) Ekkehardi Casus Sancti-Galli, pp. 104 et lOo. 

(8) Idem, 0. c, c. 63, p. 22o, cité par Hauck, 1. c. 

(9) Vita Richardi, c. 14, p. 287. 

(10) Adam de Brème, II, 31, p. 317 met nettement la construction des murs de 
cette ville en rapport avec le danger normand : Ex illo nimirum tempore pyratarum 
crebra et hostilis eruptio faeta est in banc regioncm. In me.tu crant omnes Saxoniae 
civitates et ipsa Brema vallo muniri cœpit tirmissimo. 

(11) Sanctum quoque locuni nostrum murorum ambitu vallare summa iiitenlionc 
aggressus, disposais per gyrum turribus, tanla prudentia opus inchoavit, ut décore 
simul ac miuiimine, vdut liodic patet, siniile nil in omnia Saxonia invenias. Thang- 
mar, Vita Rcrnwardi, c. 8, p. 761. Cf. Vila II Godcluirdi, c. 13, p. 204. 

(12) Vita Burchardi, c. G, p. 833. 

(13) Sur une prétendue enceinte de la ville de Liège qui aurait été bâtie par 
saint Hubert, voir l'appendice. 



NOTOER SECOND FOXDATET.'R DE LlÈOE. 13o 

rester, jusqu'<à l'aube du XIX" siècle, le vêtement de toutes 
les villes européennes. C'était une transformation qui allait 
décider de toute sa destinée ultérieure : il convient d'en exa- 
miner la portée. 

Le village de Liège sort des ténèbres de l'histoire avec 
saint Lambert, qui, vers 670, y transporta les restes mortels 
de son prédécesseur saint ïhéodard (1). Il était éparpillé sur 
les deux rives du ruisseau de la Légia, à l'endroit où ce 
ruisseau, débouchant de son vallon assez encaissé, entrait 
dans la vallée de la Meuse pour s'unir, un kilomètre plus 
loin, à ce fleuve, dont les bras multiples se promenaient 
nonchalamment dans la large plaine marécageuse. C'était une 
agglomération agricole conquise sur les épais fourrés de la 
forêt « leudique », qui couvrait primitivement de ses om- 
brages le domaine entier de Liège. Un certain nombre de 
bateliers, établis dans le bas de l'agglomération, poussaient 
leurs barques de commerce et de pêche à travers les méan- 
dres de la rivière. Sur la pointe de la colline où vient expirer 
la ligne de faîte séparant la Légia de la Meuse, le cimetière 
de Liège alignait ses sépultures orientées, que venaient frap- 
per les rayons du soleil levant (2). 

Ce village, comme son nom l'indique (3), était un domaine 

(1) Vita S. Theudai-di, AA. SS., t. III de septembre, p. o'J2B. H siilllt de rappeler 
pour mémoire la jolie légende de Nicolas. Vita sancii Lamberti, c. 16. (Dans Cliapea- 
ville, t. I, p. 399) qni fait prophétiser par saint Monulphe la fortune grandiose de 
Liège. 

(2) Ce cimetière fut retrouvé en -1320. Jean d'Outremeuse, t. VI, p. 311 ; cf., 
t. IV, p. 86, raconte que les Liégeois s'enfuirent épouvantés, croyant voir les restes 
des meurtriers de saint Lambert ; lui-même se croit plus avisé en supposant que 
c'était les ossements des Normands tués dans une bataille par l'évêque Francon ; les 
deux explications se valent et montrent, sur le vif, le travail de l'imagination popu- 
laire qui, toujours, explique par tel ou tel fait connu les problèmes de l'histoire 
ou de l'archéologie. Fison, I, p. 117 et Foullon, I, p. 117, reproduisent tacitement 
Jean d'Outremeuse. A peine ai-je besoin de dire que les armes trouvées prés des 
morts s'expliquent par ce fait que tout le monde alors était armé, même les simples 
clercs, comme on le voit par la règle de saint Chrodegang, c. 3, qui veut que les 
chanoines se désarment en entrant au réfectoire. Et l'on sait que c'était l'habitude 
traditionnelle d'enterrer les morts avec leurs armes. 

(3) V. G. Kurth, Les OrUjines de la ville de Liège, BSAUL, t. II, et cf. ci-dessus, 
p. 12o et suivantes, 



136 CHAPITRE X. 

royal, et nous avons vu qu'il doit être passé de bonne heure 
dans le patrimoine de l'église de Tongres (1). La translation 
des reliques de saint Théodard dans l'église du lieu par saint 
Lambert fut pour Liège le point de départ de nouvelles 
destinées. Lambert y séjournait volontiers auprès du tom- 
beau de son prédécesseur, en compagnie de son clergé, et il 
habitait, à proximité de la chapelle, une maison de campagne 
dans laquelle il succomba sous les coups des assassins (2). Si 
l'on considère que le domaine de Liège était contigu à ceux de 
Jupille et d'Herstal, qui appartenaient aux rois, on sera 
fondé à croire que c'est un de ceux-ci qui l'aura détaché pour 
l'abandonner aux évêques de Tongres. 

Ce fut la mort sanglante de saint Lambert, massacré par 
le doTnesticiis Dodon dans sa maison de Liège, qui tira ce 
village de l'obscurité pour en faire le centre d'une afïluence 
extraordinaire. Le tombeau du saint fut, à la lettre, le ber- 
ceau de la ville. J'ai déjà rajipelé plus haut l'extraordinaire 
résolution de saint Hubert, premier successeur du martyr, 
qui, abandonnant Tongres et Maestricht, transporta d'une 
manière définitive la résidence des évêques à Liège, où il 
apporta les cendres de son prédécesseur (3). Ce fut comme la 
consécration du plébiscite spontané par lequel les fidèles 
enlevaient le siège épiscopal aux deux premières résidences 
des évêques, pour le fixer auprès du tombeau de l'homme 
qui l'avait le plus illustré. La chapelle primitive de Liège 
se transforma en une superbe basilique, dédiée à la Vierge 
et à saint Lambert (4), et, comme pour indiquer le rapide 
accroissement de la bourgade, une seconde basilique, dédiée 
à saint Pierre, surgit à l'extrémité du promontoire qui domi- 
nait le confluent de la Meuse et de la Légia (o). Les habitations 



(1) V. ci-dessus, p. 126. 

(2) Vita .1. Lainberti, dans A A. SS., t. V de scplcmbre, p. 877-78. Il péi'il dans 
sa maison et non dans la chapelle, comme je l'ai montré dans mon Etude sur saint 
Lambert et son premier bior/raptie (Annales de l'Académie d'Archéologie de Delyirjue, 
t. XXXIII (-1876), p. o2-56. 

(3) Cf. ci-dessus, p. 48. 

(4) Vita sancti Lamberti, p. 580. 

(o) Vita sancti Iliiberti, AA. SS., t. I de novembre, p. 799C D. 



XOÏGER SKCONM) FONDATEUR DE LIEGE. 137 

se multiplièrent de tous les côtés, et, sous les rois carolin- 
giens, le bourg de Liège (vicus Leiidiciis) fut à plus d'une 
reprise le séjour de ces monarques : Gharlemagne y fut en 
770 (1), et les fils de Louis le Débonnaire s'y réunirent en 
8o4 (2). Un somptueux palais épiscopal, qui a trouvé un 
poëte pour le chanter, servait d'habitation à ces princes (3). 
Les invasions des Normands portèrent un coup terrible à 
cette prospérité naissante : la ville, qui était ouverte, fut 
pillée et presque détruite, et ses monuments réduits en 
cendres. Les évoques de la première moitié du X® siècle 
eurent fort à faire pour relever les ruines : ce fut surtout 
Richaire qui s'y employa. Il restaura Saint -Lambert et 
Saint- Pierre (4), et il bâtit dans le vallon de la Légia un 
troisième sanctuaire qu'il dédia à saint Servais (o). Otton- 
le-Grand paraît s'être intéressé à ces travaux de réédification, 
et c'est à lui qu'une chronique, d'époque postérieure il est 
vrai, en fait honneur (6). A partir de son règne, la ville de 
Liège recommença de se développer rapidement : deux nou- 
velles églises, celles de Saint-Martin et de Saint-Paul, bâties 
par Eracle aux deux extrémités opposées de sa ville épisco- 
pale, en sont la preuve, et il est certain que Notger n'aurait 
pas étendu si considérablement, comme nous le verrons, le 
pourpris de Liège, si les quartiers qu'il y engloba avaient 
été totalement inoccupés. Liège s'étendait alors dans le vallon 
de la Légia depuis l'église Saint-Servais, où était sa limite 
occidentale, jusqu'au confluent de la Meuse, qui la boimait 
du côté de l'est. Vers le nord, elle se terminait à peu 

(1) Annales Laurissenses, p. 148. 

(2) Annales Bertiniani, p. 448. 

(3) Serlulius, Carvnna, II, 4, p. 469. 

(4) Sur la restauration de Saint-Pierre par Ricliaire, v. Folcuin, c. 19. p. 63 : 
Qui postquam in episcopatu XXII annos peregisset, in ecclesia Sancti Pétri, quam 
ipse construxit, tumulatus quiescit. Cf. Gilles d'Orval, IH. 42, p. Hl. 

(o) Gesta abbreviata, p. 130 : Edilicavit ecclesiain super rivum Legiain ad liono- 
rem saneti Servatii. 

(6) Iste Otto, meliorato regni et ecclesiae per suani industriam statu, duas eccle- 
sias in Leodio a Norniannis destructas monasteriumque reedilicat et restaurât. 
Chronique de Saint-Trond, Continuât. III, 3, I, p. 376. Diimmlcr, Kaiser Otto I, ne 
parle pas de ce détail, 



133 CHAPITRE X. 

près à rentrée des rues parallèles Hors-Chàteau et Férons- 
trée. Au sud enfin, elle englobait encore le terrain connu 
sous le nom de Sauvenière : celui-ci avait lui-même pour 
limite méridionale un bras de la Meuse, qui décrivait une 
île assez vaste au milieu de laquelle surgissaient alors les 
constructions de léglise Saint-Paul. Tel était le Liège de 
972, la cité de Liège, comme on disait depuis que l'endroit 
était devenu le séjour des évoques diocésains (1). 

Partout les forêts délimitaient et ombrageaient la banlieue 
de Liège. Sur les hauteurs, au-delà de Téglise Saint-Martin, 
elles cernaient remplacement sur lequel Tévêque Eracle 
venait de jeter les fondements de Tabbaye de Saint-Laurent; 
cette maison religieuse elle-même remplaf;ait l'ancien gibet(2). 
Plus loin s'étendait la belle forêt de Glain, qui ne fut défri- 
chée qu'au commencement du XIIP siècle (3). Dans la vallée, 
au sud de la ville, à l'endroit où s'éleva depuis le monastère 
de Saint-Jacques et oîi l'on voit encore aujourd'hui l'église 
du même vocable, ce n'étaient qu'épais fourrés et repaires 
de bêtes fauves (4). 

La capitale naissante de l'Etat liégeois gardait encore, dans 
sa prospérité de fraîche date, quelque chose de ses origines 
rustiques. Elle leur devait, dans tous les cas, une bonne for- 
tune des plus enviables : celle de n'avoir ni comtes ni châte- 
lains. Dans les villes qui avaient été, sous les Mérovingiens, 
la résidence d'un comte, celui-ci, malgré l'immunité, malgré 
les privilèges qui, des évêques, faisaient des princes, ne lais- 
sait pas de revendiquer pour lui l'autorité autrefois inhérente 
à sa charge, et c'était l'occasion d'interminables querelles 
avec les prélats. Ceux-ci n'étaient guère plus heureux lorsque, 

(■1) Dès le commencenu'iU de répoqiie mérovingienne, le mot de ciic est devenu 
synonyme de ville ('piscf/pale. 

(2) Non veritiis est sajiiens itrchitectiis quod locus infamis essel siispendiis latro- 
num, rapinis exosiis praedonum, qvii proptcr silvae cireunijacentis tune condensa 
sibi speluncas liie feceranl et lalibula. Renier de St-Laurenl, Vita Evemcli, c. 10, 
p. o6i; cf. le même, Vita Ileijinardi, c. 20, p. 378. 

{?>) Silva pulclierrinia ([uac T.Ianum vocatur, quae ad dccus eivilalis eral vicina 
elantiqua, lioe annof 120!) vendituret exstirpatur. Renier de Saint-.Iacqucs,.4/?7)«te, 
p. 038. 

(4) Vita Balderici, c. 49, p. 731. 



NOTGER SECOND FOXDATEUU DE LIEGE. I3D 

débarrasses du comte, ils installaient à sa place un châ- 
telain qui tenait d'eux son oHicc en fief, et qui, au lieu de 
protéger l'église, la tyrannisait de toute manière. L'cvéquc 
qui avait l'un ou l'autre de ces personnages dans l'enceinte 
de sa ville épiscopale n'était plus le maître chez lui ; il devait 
soutenir contre eux des luttes acharnées, heureux quand, à 
ce prix, il parvenait à sauvegarder son indépendance vis-à- 
vis du comte, son autorité vis-à-vis du châtelain. 

A Cambrai, dont l'histoire offre au X« siècle comme le 
pendant de celle de Liège, on avait fait successivement l'expé- 
rience du comte et du châtelain, et l'on avait pu constater 
que le second ne valait pas mieux que le premier . Il ne ser- 
vit de rien, en effet, à l'évêque, de voir en 948 un diplôme 
impérial lui donner l'autorité comtale sur la ville entière, 
qu'il soustrayait de la sorte au comte. Un quart de siècle 
pins tard, nous le retrouvons aux prises avec son châtelain, 
qui se bâtit une maison forte dans l'enceinte de la ville. 
Membre d'une des grandes familles du Cambrésis, le châte- 
lain, nommé Jean, s'était probablement imposé au choix do 
l'évêque; celui-ci ne s'en débarrassa que pour en accepter 
un autre qui ne le tourmenta pas moins, dépouilla l'évéché, 
rendit sa charge héréditaire et troubla (1) le pontificat de 
trois évoques. Ses successeurs en firent autant, et, jusqu'à 
la fin du XIP siècle, le châtelain de Cambrai resta le grand 
perturbateur de la principauté ecclésiastique. 

Déjà, le péril était devenu imminent à Liège. Cette ville 
ouverte, dont l'importance et la richesse allaient tous les 
jours croissant, était faite pour tenter tous les ambitieux : 
s'y bâtir, au sommet de la colline qui la dominait, un château- 
fort du haut duquel on la tiendrait sous la main, quel rêve 
pour un féodal doué de quelque hardiesse! Notger dut 
trembler le jour où « un puissant « — le chroniqueur ne le 
désigne pas d'une manière plus précise — lui demanda la 
permission de construire une maison fortifiée à l'emplacement 

(1) Gesta t'pp. Cam. I, 71-73, 93, 99-103, 113-122. Cf. A. Diockmeyer, Die Stodt 
Cambrai. Vcrfassuii(js(jcschirhtliclie Unlersur.hntKjeii nus ilcin X'"' bis gcrjcn Ende des 
XW JahrhiindertK, léna, 1889, et surtout W. Reinecke, Geschichte der Stadt Cam- 
brai bis ziir ErtlteUumj der Lex Godefridi (1221), Marbourg, 1896, pp. 15-62. 



140 



CHAPITUE X. 



aujourd'hui occupé par l'église Sainte-Croix, prétextant que 
de là-haut il défendrait la ville et la principauté. L'endroit 
qu'il entendait se faire abandonner par l'évèque était préci- 
sément le poste stratégique par excellence, celui d'où l'on 
dominait à la fois les deux vallées de la ville, celle de la 
Meuse et celle de la Légia (1), 

Que devait faire Notger ? Céder, c'était installer au bon 
endroit le tyran qui mettrait fin à l'autorité patôrnelle de 
l'évèque : cela n'était pas douteux, et il est intéressant de 
constater jusqu'à quel point le narrateur du XP siècle a con- 
science de ce danger. Résister, c'était courir au devant d'un 
conflit avec un homme redoutable, dei'rière lequel se ran- 
geaient peut-être des forces imposantes. Notger recourut à la 
ruse : il demanda un délai, et en profita pour faire jeter en 
toute hâte par Robert, le prévôt de sa cathédrale (2), les 
fondements de l'église Sainte-Croix. Lorsque le solliciteur 
revint et se plaignit d'avoir été joué, Notger manda le prévôt 
et affecta de le gronder ; « Si vous aviez élevé toute autre 
construction, lui dit-il en présence du puissant vassal irrité, 
je vous l'aurais fait abattre pour céder le sol à mon ami; 
mais puisque c'est à la cioix du Sauveur que vous avez con- 
sacré cet édiiice, je croirais lui faire injure à lui-même si je 
mettais la ville sous un autre protectorat que le sien. » Et 
l'église continua de s'élever (3). Cet incident est hautement 
caractéristique; il nous apprend la gravité du danger con- 
juré par le stratagème de Notger, il nous fait toucher du 
doigt la situation précaire du pouvoir épiscopal naissant. On 

(1) Eral in luijiis nrbis odilissimo loco spaciiiin quod talis viderelur capax esse 
adificii, unde reliqua urbs ab ejusdem arcis habilaloribus violenter posscl iinpu- 
gnari. Anselme, c. 26, p. 203. 

(2) Jean d'Oui rcmeuse, qui raconte à l'occasion de ceci tout un petit roman, 
sait que ce prévôt Hobcrt élail le neveu de Notger par sa mère Elissent, comtesse 
de Boulogne. Nous laisserons aux iidèles de Jean d'Ûutremeusc la satisfaction de le 
croire. Fisen, i). 150, lui, dil ijue dans les archives de Sainte-Croix Robert porte le 
titre de cliorévêque et il ajoute : raruin in hac ecclesia nomen. J"ai vainement 
cherché dans les archives de Sainte-Croix la trace de ce renseignement, et il est 
peu probable ([u'Anselme, qui donne à Robert le double titre d'archidiacre et de 
prévôt, eût oublié celui de cliorévêque, si Robert y avait eu droit, 

(3) Anselme, 1. c.,p. 204, 



NOT6eR SKCON!) KONDATKL'll DM LlKGi:. iU 

y voit sur quel ton les vassaux de l'église de Liège pou- 
vaient se pcrineltre de parler à leur prince, et avec quel 
mélange de timidité et d'adresse cet homme énergiciue et 
puissant défendait, contre les emjjiètements des l'éodaux, la 
sécurilé de sa ville épiscopale avec les droits les plus élé- 
mentaires de son autorité. 

Gomme il est facile de le comprendre, une expérience de 
ce genre dut faire mûrir dans l'esprit de Notger le plan de 
doter sa cité d'une enceinte fortifiée, si toutefois ce plan 
n'avait pas été con^u par lui dès les premières années de 
son pontificat. 

Dans la construction de l'enceinte, il fallut tenir compte 
et de la contiguration du terrain et des besoins de l'avenir. 
Notger voulut donc englober non seulement la cité propre- 
ment dite, telle qu'elle avait existé avant lui, mais encore 
tous les terrains contigus qui, sur la colline de Publémont et 
dans la vallée de la Meuse, formaient déjà, selon toute appa- 
rence, de populeux faubourgs. C'est ce qu'Anselme exprime 
avec autant de concision que de netteté quand il dit que Not- 
ger, par l'enceinte qu'il traça, augmenta l'étendue de sa 
ville (1). 

On peut déterminer avec une précision relative le pour- 
tour de la première enceinte de Liège. Partant du haut du 
Publémont, ovi les massives constructions de l'église Saint- 
Martin étaient encastrées dans son tracé, elle dévalait vers 
l'ouest dans le vallon de la Légia, qu'elle coupait transversa- 
lement, passait le ruisseau sur une voûte, remontait la côte 
opposée derrière la place Saint-Séverin, suivait la rue de 
Bruxelles du côté du fond Saint-Servais, encastrait l'église de 
ce nom, courait sur les flancs de la colline, parallèlement 
à la rue Hors-Chàteau, jusque près de la caserne des Pom- 
piers, où elle obliquait par la rue des Airs et par l'impasse 
Babylone vers la rue Féronstrée. Là s'ouvrait une porte à 
laquelle les vieux chroniqueurs donnent le nom de porte 
Kasseline. L'enceinte, passant entre les rues de la Clef et 
Sur-le-Mont, gagnait ensuite la Meuse au quai de la Golfe, la 

(1) Urbem nienibus ampliavit. 



142 CHAPITRE X. 

remontait jusqu'au delà de Gheravoie, puis, faisant un angle 
droit à la hauteur du bâtiment de la poste actuelle, elle allait 
encastrer réglise Saint-Denis, revenait par la rue de la 
Régence en longeant le bras de la Meuse, et remontait ensuite 
la rue Haute-Sauvenière jusqu'au Mont-Saint-iMartin, qui la 
ramenait à son point de départ près de l'église du même 
nom (1). 

Tel est le tracé que, en combinant les témoignages de nos 
sources et en les interprétant par les découvertes de l'ar- 
chéologie locale, on peut assigner avec quelque vraist3m- 
blance à l'enceinte notgérienne. Une partie en subsistait 
encore du temps de Jean d'Outremeuse, notamment celle qui 
passait derrière le Palais, où elle supportait les maisons de 
la pente abrupte qu'on appelle aujourd'hui Pierreuse, et qui 
portait alors le nom de Pissevache (2), Des actes du XI V'^ 
siècle nous en signalent d'autres fragments du côté de la 
Meuse, aux abords du Pont des Arches, dans le voisinage 
de la Halle, et enfin en Sauvenière (3). Quelques restes 
s'en retrouvent encore aujourd'hui vers le Mont-Saint-Martin 
et au Thier de la Montagne. 

Un écrivain du XP siècle, qui a vu tous ces travaux de 
défense debout et tels qu'ils étaient sortis de la main des 
ingénieurs de Notger, nous en donne une idée sommaire. 
C'étaient des murs garnis de tours nombreuses ; devant 
Saint-Martin, il y avait un triple retranchement et de hautes 
tours avec des saillies ou barbacanes pour les défenseurs. (4). 

Mais ce n'est pas tout. Au pied de la partie méiùdionale de 
cette enceinte, c'est-à-dire en Sauvenière, coulait, nous 

(1) V. la carte ci-jointe. 

(2) Et aloient les murs dcl citeit tout altour de Pissevaiclic, et encore les pocis 
voir en palais, à Liège, ou les maisons de Pissevaiclic sont sur fondées. Jean d'Ou- 
tremeuse, t. III, p. 7, (|ui se persuade ([ue ces fragments représentent l'enceinte 
de saint Hubert. 

(3) Sur tout ceci, voir dans l'appendice la dissertation intitulée : L'enceinte not- 
(jéricnne de IJèfie. 

(i) Clauslrum exterius ejusdem ecclesie Sancti Martini, incise colle Publici 
Montis, triplici vallo et uiuro cum propugnaculis et turi-ibus sublimibus communi- 
vit, et eaiidem mûri et turrium muuitionem circa ambitum civitatis sua longitudine 
et latitudine, sicul adhuc liodie videfur, perduxit. Vita Notfjeri, c. 3. 



NOTGER SECOND FONDATKUU I)K I.ÎKC.r.. i '^',\ 

l'aA'ons vu, un bras de la Meuse qui s'y divisait en ramifica- 
tions nombreuses et qui décrivait une île de configuration 
irrcgulière. Cette île, d'une superficie à peu près égale à 
celle de la ville enimuraillce, était encore inculte et boisée à 
son extrémité méridionale, mais elle conunençait à se peu- 
pler du côté où elle touchait à la ville, et l'évèque Eracle 
y avait jeté les fondements de sa collégiale Saint-Paul. 
Notger, qui ne pouvait penser à englober tout ce vaste 
terrain dans le pourpris de son enceinte, voulut tout au 
moins lui donner une protection quelconque en même temps 
que la faire contribuer à son système général de défense. 
Dans ce but, il approfondit le bras de la ^Nleusc, dont le 
volume d'eau n'était pas considérable, et en fit un fossé pro- 
fond qui mettait l'île à l'abri d'un coup de uiain, tout en 
renforçant la défense de la Cité du côté sud. C'est ainsi que 
nie fut rattachée à la Cité pour ne plus former avec elle 
qu'une seule ville (1). 

(1) Mosani fluvium, qui extra civilalein fluebat, civilali iiUruduxU et eum circu 
claustruni sancti Paiili sanctique Johannis ad radiées iiiontis, in quo ccclcsia sancti 
Martini et sanctae Grucis et sancti Pétri sita est, inter claustrum sancti Johannis 
sanctique Lamberti, ut fluminis inipetus letificet civitatem Dei, per médium civitalis 
in communes usus fluere fecit. Vitu Notijeri, c. o. Sur la foi de ce lémoignai^e 
unique, on a répété depuis lurs que le bras de la Meuse coulant sur les boulevards 
d'Avroy et de la Sauvenière, qui fut desséclié de 1838 à i84o (v. ISotice sur l'origine 
de Liège et ses agrandisseiiinits, Liège 1881, p|). 19 et 20), n'était qu'un canal 
creusé par Notger. Il m'est dillicile de le croire. Dès 997, le quartier qu'il circons- 
ci'it porte le nom d'Ile, ce qui suppose une certaine ancienneté de l'usage; les plus 
anciennes mentions de l'Ile sont, après 997, celles du Vita Daldcrici, c. 18, p. 731, 
vers lÛÎJO, et celle de 1079 dans le Curtttlairc de Saint-Lambert, t. I, p. 43. De 
plus, le biographe du XI« siècle a bien pu ignorer que le bras de la Meuse avait 
existé avant Notger et ne se souvenir que du travail de ce dernier. Le lit du pi-é- 
tendu canal semble bien être l'ancien lit de la Meuse. C'est la thèse de de Crassier, 
Mémoire historique sur le lit, le cours et les branches de la rivière de Meuse dans 
l'intérieur de la ville de Liège, Liège 1838, qu'il défend encore dans Cri d'un franc 
Liégeois contre le projet de dérivation de la Meuse, Liège 18o0. Cette thèse, dont la 
partie proprement historique est d'ailleurs très faible et criblée d'erreurs, a rallié 
l'adhésion de Duvivier de SIreel dans LIAL, t. III (1857), p. 193, de M. .St. 
Bormans, Recherches sur les rues de l'ancienne paroisse Saint-André à Liège, Liège 
•1807, pp. 18, 2'2 et 23 et de M. Th. Gobert, Les Rues de Liège, t. II, p. 80. Duvi- 
vier de SIreel invoque des arguments géologiques. « En creusant pour faire une 
cave au nouveau presbytère de Saint-Jean, on a trouvé plusieurs lits de gravier el 



l44 CHAifiTIlE X. 

Je ne crois pas que le besoin de la défense ait été la prin- 
cipale raison qui décida Notgcr à canaliser le bras de la 
Meuse. Ce fossé rempli d'eau, qui alors enveloppait de toutes 
parts le quartier de l'Ile, n'était pas une défense sufîisante 
pour valoir les peines qu'il coûtait, et on ne comprendrait 
pas le plan de Notger, s'il ne s'était agi avant tout, dans sa 
pensée, d'amener jusqu'au cœur de sa ville la circulation 
marchande qui avait lieu sur la Meuse. En d'autres termes, 
l'approfondissement du lleuve avait un but commercial 
autant que stratégique, et l'écrivain du XP siècle à qui nous 
devons la connaissance de ce travail semble bien l'avoir 
compris dans ce sens, puisqu'il nous dit, avec une réminis- 
cence biblique, que Notger voulut que l'élan du Jleiwe 
réjouît la cité de Dieu (1). 



(le limon superposés, el, dans la dernière couche, un débris de poterie romaine et 
une défense de sanglier ». Par contre, tout le chemin du quai d'Avroy est formé 
de terres rapportées, à te point que « quand on creuse une tranchée en cet endroit, 
nous ne voyons jamais paraître le limon ni le gravier. » 

Ce qui vient à l'appui de cette opinion, c'est la conliguration même du canal de 
Notger aux abords du Pont d'Ile. Là, comme on peut le voir encore sur les anciens 
plans de la ville, il s'élargissait à l'excès, se bifurquait en plusieurs bras et formait 
quantité d'îles. Pourquoi? ce n'est certainement pas la main de l'homme qui les a 
formées, car cet élargissement, qui diminue la profondeur de l'eau, est des plus 
nuisibles à la défense et au commerce. Dira-t-on que ce phénomène s'est produit à 
la longue? Mais nous voyons que l'une de ces îles, celle qui portait le nom de 
Torrent, existait déjà du temps de Notger lui-même. Voici ce qu'on lit dans l'obi- 
tuaire de Saint-Denis, aux archives de l'État à Liège : 

Ajvilis, IIII nouas, coimitemorutio Nofieri episcopi qui dcdit nobis duo molendina 
in T or rente, etc. 

D'autre part, le petit Torrent est mentionné déjà dans un diplôme du XII^ siècle. 

(\) VitaNotfieri, c. o. Des travaux de ce genre ne sont pas isolés. Sans parler de 
saint Félix de Nantes et de Sidonius de Mayence au VI» siècle, je noterai ici saint 
Sturmi, premier abbé de Fulda : explorato passim cursu fluminis Fuldae, non 
parvo spatio a monasterio ipsius amnis fluenla a proprio abduxit cursu, et per non 
modica fossata monasterium influere fecit, ita ut tluminis inipetus laetilicaret cueno- 
bium Dei fVita s. Sturmi, c. 20). En 1104, Robert Courte Heuse, duc de Normandie, 
détourna une branche de l'Orne pour transformer en île le quartier de Saint-Jean à 
Caen. Ce travail, qu'il acheva en entourant ce quartier de fossés, de murs et de 
tours, avait une destination stratégique. Le canal ci'eusô par Robert s"api)elle en- 
core aujourd'hui le canal du duc. (Vautier, Histoire de la ville de Caen, |jp. S-C), 



NOTGER SECOND FONDATEUR DE LIEGE. 145 

Ainsi une double ville : la Cité ou Château (1), avec son 
enceinte fortifiée, et, au-devant d'elle, l'Ile défendue par le 
cours de son lleuve, tel était le Liège notgérien. 

Les deux villes, s'il est permis d'employer cette expres- 

(1) Sous t'c nom de cliàtpau (atxteUum) qui. en l'espèce, équivaut absolument à 
l'expression romaine castrum, on entendait au liaul m(iyen-âi,'-e non pas seulement 
l'édilice aux proportions restreintes ((u'il désigne aujourd'hui, mais i" Une loca- 
lité fortifiée qui n'était pas civitas, et 2» la partie fortifiée de la civitas elle-même. 
Ce deuxième sens, qui semble resté inconnu des lexicographes, est attesté par plu- 
sieurs exemples. A Worms, il est dit que révê(iue Burchard mum civitatcm ad instar 

castelli circumdcdit Castcllo iijitur couJiniKito et ronstrncto. Vitu liuirliardi, 

c. 7, p. 833. A Cambrai, la partie fortiliée de la ville s'appelait castrum; elle com- 
prenait la cathédrale, le palais épiscopal et l'abbaye Saint-Aubert. Leglay, Recherches 
sur Véfjlise métropolitaine de Cambrai, j). 10, cité par Dieckmeyer, p. 7, note 12. 
A Cahors, l'évêque saint Didier bâtit l'église Saint-Julien extra castri munitionem, 
c'est-à-dire en dehors de l'enceinte iortifiée. Yita s. Desiderii, c. 10, p. o7.j. A 
Auxerre, l'église Saint-Pierre, située dans l'enceinte fortiliée, s'appelait pour cette 
raison Saint-Pierre-au-Chàleau (Lebeuf, Mémoires sur l'histoire d' Auxerre, t. 111, 
p. -12). La ville d'Arlon, qui avait une enceinte romaine et qui avait été un castrum 
sous l'empire, a continué de s'appeler pour cette raison, pendant le moyen-âge, 
Erlon-le-Chastial. A Fosse, la partie de la ville comprenant la collégiale et les mai- 
sons des chanoines s'appehiit le Cliàleau, parce qu'elle était enceinte de murs, à la 
différence du reste de la ville, qui était ouverte. A Tout, enfin, la rue Mi-Chàteau 
coupe encore aujourd'hui par le milieu la ville fortifiée. Ces exemples éclairent le 
sens du nom do llors-Chdteau porté par une des principales rues de Liège, et dont 
les plus anciennes mentions à moi connues sont dé 1189 et 1191 ; il y eut alors une 
inondation //( ea parte ijuar dicitur extra caxtrnm (Annales Sancti Jacobi, pp. G49- 
631). Ce nom, qui désignait alors tout le quartier septentrional situé en dehors de 
l'enceinte, a fini par n'en plus désigner que la principale rue. Il n'y a pas lieu de 
supposer, avec les topographes liégeois, un château au sens moderne du mot qui 
aurait existé à cet endroit. Jean d'Outremeuse, t. III, p. 8, ne se fait pas faute d'ima- 
giner un château Saint-Georges qui aurait clé bâti par Ogicr le Danois; la rue aurait 
été appelée llors-Château « car elle seoit débours dudit casteal Saint-Georges ». 
Henaux, Histoire de Liège, t. I, pp. 71 et 72, s'en voudrait de laisser la palme de 
l'extravagance à Jean d'Outremeuse : selon lui, une colonie romaine se fonda à 
Liège : « Vers la fin du règne d'Auguste, on y institua un corps municipal, qui 
élisait dans son sein deux maîtres ou consuls; on l'entoura de murailles pour pro- 
téger le passage du pont qui reliait les rives de la Meuse ■ L'espace qui longeait 

le mui' à l'ouest, extra castrum, est devenu notre rue Hors-Château, curieuse 
dénomination qui perpétue le souvenir de la domination romaine n. L'explication 
que je viens de donner s'était déjà présentée à l'esprit de Bovy, Promenades 
archéolofjiques, t. I, p. 2, mais, ignorant les faits mentionnés ci-dessus, il n'a pu la 
prouver, et l'on a continué de redire après lui la légende étymologique dont je 
viens de faire justice. 

I. iO 



14G CHAPITRE X. 

sion, étaient reliées entre elles par un pont situé dans l'axe 
de la rue qui porte encore aujourd'hui le nom de Pont 
d'Ile (1). Du côté du sud, l'Ile elle-même communiquait avec 
la campagne par un autre pont dit le Pont d'Avroy, parce 
qu'il menait au village de ce nom. Le Pont d'Avroy exis- 
tait déjà en 1036, année où, à l'occasion d'une translation de 
reliques, l'aflluence y fut tellement intense qu'il faillit crouler 
sous le poids des passants (2). 

La dualité de la Cité et de l'Ile correspond, à Liège, à la 
dualité de la Cité et du Bourg, telle qu'on la remarque dans 
plus d'une ville épiscopale de la France (3). La Cité, c'est 
chaque fois la vieille ville où se trouvent la cathédrale et la 
résidence de l'évoque; le Bourg, comme l'Ile à Liège, c'est 
le quartier qui est venu s'adjoindre à la ville et qui en repré- 
sente le premier accroissement à partir de l'ère moderne. 
Seulement, tandis qu'ailleurs l'opposition des deux termes 
persiste encore aujourd'hui dans la toponymie, à Liège, on 
en a perdu le souvenir depuis longtemps, et la trace la plus 
récente que j'en rencontre se trouve dans un auteur du 
XV^ siècle disant que le Pont d'Ile menait à la Cité (4). 

Par ce qui vient d'être dit, on peut se convaincre que ce 

(1) M. Th. Gobert. dont rérudltion est si riche et si exacte, commet quelques 
erreurs dans son article Pwit d'Ile, t. III, p. 2i k II dit que ce pont a été bâti par 
Réginard et il met cette assertion sur le compte d'Anselme ; celui-ci n'a parlé que 
du Pont des Arches, que Réginard a en effet jeté sur la Meuse. Il fait passer sur le 
Pont d'Ile la procession qui portait à Saint-,Tacques les reliques du saint patron en 
lOoG : or, il résulte des contextes, comme je rétablirai plus loin, qu"il ne peut être 
question que du Pont d'Avroy. C'est d'ailleurs dans une narration contemporaine 
reproduite par Gilles d'Orval, II, 6, pp. 82-8G, et non dans les Annales de Renier de 
Saint- Jacques, qu'on lit la description de ladite procession. En réalité, la plus an- 
cienne mention du Pont d'Ile est de l'année -iI9G : Pons Insulae fnuujltur. Renier 
de Saint-Jacques, Annales, ad ami. 119(5, p. 662. 

(2) Voir, à l'appendice, le mémoire sur l'Enceinte noUjérienne de Liège. 

(3) Par exemple à Rodez, à Arras, à Tournai. 

(4) Hoc anno scilicct 1338 tam aspera fuit hyems, (luod tribus vicibus Mosa 
congelatus exstitit inter duos pontes, Insulae videlicet et Avroti, et quod homines 
sicco pcdc de Civitate ad Insulam transitum faciebant. Hocsem, II, 24, dans Cha. 
peaville, Gesta Puntijicmn, t. II, p. 4i8. Cette distinction est encore faite par Jean 
de Looz en I4G8 : Super alium pontem versus civitatem, qui pons Insulae dicebalur. 
Dans de Ram, Documents relatifs aux troubles de Liège, p. G2. 



NOTGER SECOND FONDATEUR DE LIEGE. 147 

n'était pas un mince travail de clore la ville de Liège. 
Epanduc dans deux vallons, avec une partie qui gravissait 
les luiuleurs, et une autre qui s'entourait d'un bras du fleuve, 
elle était diiïicile à fortifier, et l'on peut dire qu'elle fut tou- 
jours de faible défense. La vraie forteresse du pays, c'était 
Huy, dont le site presque inexpugnable lui valait d'être le 
refuge ordinaire des princes. Mais du moins, à partir des 
travaux de Notger, l'ennemi ne viendra plus impunément 
assaillir la capitale de l'Etat : il la trouvera prête ù le repous- 
ser. Des vigies l'observent du haut des nombreuses tours de 
l'enceinte, des portes garnies de solides verroux lui barrent 
le passage; derrière les murs, toutes les maisons, même celles 
des clercs, se transforment en arsenaux, et les bourgeois en 
armes sont prêts, à toute heure, à défendre la liberté de la 
patrie (1). Aussi la ville de Liège ne recevra-t-elle la visite 
de l'ennemi que lorsque, au XIIP siècle, elle aura laissé 
tomber en ruines l'enceinte notgérienne avant de l'avoir 
remplacée en temps utile par une enceinte nouvelle (2). 

Pénétrons maintenant dans la ville pour considérer l'im- 
posant ensemble de constructions dont nous venons de 
décrire la ceinture. 

La première chose qui doit attirer notre attention, ce sont 
les trois basiliques faisant partie de l'enceinte nuu^aillée, à 
savoir Saint-Martin, Sainte-Croix et Saint-Denis. Tout per- 
met de les regarder comme les plus anciens des édifices 
religieux dont nous avons à raconter l'histoire. La chose est 
certaine pour Saint-Martin, qui est une fondation d'Eracle ; elle 
ne l'est guère moins pour Sainte-Croix et pour Saint-Denis, 
puisque l'érection de la première fut commencée avant l'exis- 
tence des fortifications, et que toutes les deux ont dû, faisant 
partie de celles-ci, être achevées en même temps qu'elles (3). 

(1) Anselme, c. 54, p. 222. 

(2) C'est dans ce sens qu'il faut entendre le passnge du Tihanphiis Saticti Lam- 
berti in Steppes dans Gilles d'Oi'val, p. Ho, disant : Siiiiiidein nondiim riritax mûris 
circumdata crut. 

(3) 11 y a encore d'autres églises de notre pays qui ont été encastrées dans les 
enceintes muraillées ; ainsi, par exemple, Saint-Mirhel de Louvain (v. Van Even, 
Loxivain dans le passé et dans le présent, Louvain 1898, pp. 117 et 371-372, avec, 
les gravures); ainsi encore l'église de Bouvignes, comuie peut le constater de visu, 



148 CHAPITRE X. 

Saint-Martin et Sainte-Croix, rebâties à une époque posté- 
rieure, ont subi trop de remaniements pour qu'on puisse 
encore se faire une idée de leur aspect primitif et de leur 
agencement dans l'œuvre de la défense. Mais Saint-Denis est 
toujours debout, dans la fruste antiquité de sa haute tour 
carrée, percée d'étroites meurtrières et couvrant de sa masse 
opaque, comme d'un solide bouclier, tout le reste de l'édifice 
sacré aligné derrière elle. L'aspect austère de ces murs nus 
et sombres évoque bien l'idée d'une architecture qui fut mili- 
tante et religieuse à la fois ; il devait être le même que celui 
des deux autres sanctuaires encastrés. Et l'observateur qui, 
placé en Ile, aurait contemplé de ce côté la muraille de Liège, 
aurait été frappé de la voir courant dans la plaine au-delà du 
fleuve, escaladant la colline, accentuée de tours et articulée 
en quelque sorte par les trois vastes basiliques qui s'incor- 
poraient avec elle. 

Nous possédons quelques renseignements sur chacune de 
ces trois forteresses sacrées. Saint-Martin, on l'a vu, devait 
son origine à Éracle ; il lavait largement doté, il y avait mis 
trente chanoines (1), il rêvait même, s'il en faut croire un 
érudit liégeois, d'en faire sa cathédrale (2). De fait, il avait 



aujourd'hui encore, cglui qui connaît le tracé de son ancienne enceinte. Le plus 
remarquable exemple actuel que je connaisse d'un sanctuaire encastré dans des 
murailles de ville est celui de l'église d'Avila en Castille. L'usage de faire servir les 
églises à la défense militaire des villes semble d'ailleurs n'être que la transforma- 
tion d'un usage romain plus ancien, qui consistait a bâtir les églises contre Ten- 
ceinte, apparemment, selon M. Enlart, parce que le terrain y était moins cher et 
que les chrétiens y demeuraient en plus grand nombre. Une multitude de cathé- 
drales furent ainsi bâties contre l'enceinte, d'ordinaire avec leur abside soudée à 
celle-ci; M. Enlart cite Aleth, Châlons-sur-Marne, Chalon-sur-Saône, Chartres, 
Noyon, Senlis, Boulogne, Le Mans, Albi, Amiens, Angoulème, Auxerre, Beauvais, 
Bourges, Carcassonne, Evreux, Langres, Meaux, Narbonne, Paris et Soissons. 
Enlart, Manuel d'Archéologie Française, t. I, p. 103. Il en était de même à Cologne. 

{i) Voir le diplôme de juin 9G3 dans Martène et Durand, Amplissima Collectio, 
t. I, col. 320. L'authenticité de ce diplôme n'est pas garantie, mais le fait allégué 
ne peut être que certain, et l'acte lui-même est dans tous les cas d'une bonne 
antiquité. 

(2) J. Demarteau, dans la Gazette de Liàje, 2 et 9 octobre 1890. Il invoque le 
diplôme de DGo, suspect et fort mal conservé, oii dans tous les cas il faut lire Martini 
au lieu de Lamberti, 



NOTGER SECOND FONDATEUR DE LIEGE. 149 

son [)alais sur la colline, sans doulc dans le voisinage du sanc- 
tuaire. Selon toute apparence, l'église était achevée à l'avé- 
nement de Notger, et celui-ci n'eut pas à y mettre la main. 
Elle lui dut cependant un autre service et des plus précieux. 
Les biens dont Éracle avait gratifié sa fondation furent, après 
sa mort, revendiqués par Otton III comme des fiefs royaux. 
11 fallut tout le crédit dont Notger jouissait à la cour pour 
décider l'empereur à renoncer à ses prétentions ; grâce à 
lui, la donation d'Éracle resta acquise à son sanctuaire 
favori (1). 

Pour Sainte-Croix, on sait déjà la curieuse histoire de cet 
édifice sacré, qui venait prendre sur la colline de Publémont 
la place d'un château-fort projeté. L'évêque intervint dans 
les frais de la construction, et il n'eut pas de repos jusqu'à ce 
qu'il le vit achevé avec son cloître, qui contenait une popu- 
lation de quinze chanoines (2). Après cela, il obtint la confir- 
mation de la fondation par un diplôme impérial qui lui fut 
accordé par Henri II, de résidence à Aix-la-Chapelle, le 3 
avril lOOo (3). Toutefois, si grande que fût la part de Notger 
dans l'édification de Sainte-Croix, cette église n'oublia pas 
l'homme auquel elle devait le plus après lui, et elle garda 
pieusement le tombeau du prévôt Robert, qui vint reposer 
dans la nef sous le crucifix, devant lautel de sainte Hélène (4). 

(1) Siquidem ecclesia Sancti Martini in bonis relinendis, que ei dominus Evraclius 
contulerat, laborabat. In tempore enim illo tercius Otto ea tanquam domino Evra- 
clio prcstita in fiscum regiuni, eo defunelo, revocare ceperat. Pontifex et opifex 
Nogerus prcclaris meritis suis serenavil principem, et preslita in dati et rati con- 
vertit habitationem. Vita NoUjeri, c. 3. 

(2) Anselme c. 26, p. 204. Aedificium aecclesiae cum claustris et congruis pro loco 
offîcinis consummatnr, eademquc in iionore sanctae Crucis dcdicata, agris et dccimis 
donatur, unde lo tratribus victus et vestitus solatia penderentur. C'est sans doute 
l'expression vague de fratres, pour désigner les chanoines, dont certains se sont 
autorisés pour conclure, comme nous l'apprenons par Fisen, I, p. -loO, que Sainte- 
Croix fut d'abord habité par des moines, qui auraient été remplacés par des chanoines 
du temps de Wazon. Je ne sais qui a soutenu cela (ce n'est pas Jean d'Outrenieuse) 
et il n'y a aucunement lieu de faire état de cette allégation. 

(3) Fisen, I, p. 170; Miraeus-Foppens, II, p. 808; v. l'acte à l'appendice, dans le 
Catnl(Hjue des actes de iSotijer. 

(4) In quà idem Robertus prepositus [G idus martii in navi ccclesie ante altai'e 
béate Hélène sub crucitixo] sepulturam postea acccpit. Gilles d'Orval II, o2 p. 59. 



l'JO CHAPITRE X. 

Saint-Denis également fut élevé sur les terres du chapitre 
de la cathédrale et avec le concours d'un de ses dignitaires (1). 
Elle eut pour fondateur Nithard, chanoine- coste de Saint- 
Lambert, auquel s'associèrent, nous dit un chroniqueur, ses 
frères Jean et Godescalc, qui l'enrichirent de leurs dona- 
tions (2). C'était une église romane à une seule nef, avec 
un narthex à l'occident et une crypte sous le chœur. La 
crypte a disparu (3); quant au narthex et à la nef, ils olfrent 
le pur caractère de l'art roman du X^ siècle (4). Bâtie en petit 
ai)pareil, en pierres de grès rongées par le temps, flanqué 
de bas-côtés d'époques diverses et terminés par un chœur 
gothique du XIV'= siècle qui surgit fort au-dessus du reste de 
l'édifice, l'église Saint-Denis, avec son cloître méridional 
aujourd'hui remanié, présente à l'historien et à l'archéologue 
une des pages les plus attachantes de l'histoire architecturale 
de Liège (5). 

Nous savons par Anselme qu'un personnel de vingt cha- 
noines fut attaché, dès l'origine, à cette église. Mais par la 
suite, — c'est-à-dire, si je comprends bien, encore du vivant 
de Notger — ce chiifre fut porté à trente (6). Il est peu pro- 
bable que l'augmentation ait eu lieu après le règne de ce 
prince, c'est du moins là l'interprétation la plus obvie du 

L'épitaphe de Robert, que Fisen, 1. 1 p. 150, a encore vue sur sa tombe au milieu d9 
l'église, était ainsi conçue d'après le manuscrit de Langius copié par Devaulx t. II, 
p. 81 : 

Hic jacet Robertus arcliidiaconus, Leodiensis, qui obiit V idus martii et dotavit 
hanc ecclesiam de bonis de Bcrtonia. 

(1) Anselme, c. 27, p. 204; Cilles d'Orval, II, 53, p. 59. Le Vifa NoUierV ne parle 
pas de cette église; par contre, Jean d'Ontrcmcuse nous gratifie d'une collection de 
légendes oiseuses. IV, pp. 455, 157, 17(j, 178, 180. 

(2) llanc ergo ecclesiam diclus Nitardus decimis et agriculturis tam pcr se quam 
per suos fratres Johannem videlicet et Godcscalcum beneficiavit. Gilles d'Orval, 
1. c. 

(5) Elle existait encore en 1738; voir Gobert, t. I, p. 394. 

(4) Victor Hugo, LeUhiii, lettre VII, écrit à tout hasard : « Saint-Denis, curieuse 
église du X<; siècle dont la grosse tour est du neuvième. Cette tour porte à sa [lartie 
intérieure des traces évidentes de dévastation et d'incendie. Elle a été probablement 
brûlée lors de la grande irruption des Normands, en 882, je crois ». 

(5) Voir Gobert, t. I, jip. 392-400. 

(0) In quà primum quidem 20 aggregati sunt canonici, procedente vero tempore 
additis decem in tricenarium ipsorum numerus excrevit. Anselme, c. 27, p. 204, 



NOTGER SECOND FOXDATKUR DE LIEGE. 13l 

texte d'Anselme, et on ne comprendrait pas pom-quoi, s'il en 
était autrement, cet écrivain ne nous en aurait rien dit et 
aurait à dessein employé des expressions dont le vague est 
fait pour induire en erreur. Les historiens liégeois ont donc 
tort une fois de plus qui redisent, sur la foi de Jean d'Outre- 
meuse, que Nithard avait fondé vingt canonicats et que deux 
ans après Notger en ajouta dix (1). Il est manifeste que, fidèle 
à son habitude, le chroniqueur du XIV*" siècle veut se donner 
l'air d'en savoir plus que les sources et invente purement et 
simplement. 

Comme à Sainte-Croix, le fondateur de l'église Saint-Denis 
trouva l'hospitalité du tombeau dans le sanctuaire qu'il avait 
bâti. On voyait encore, du temps de Gilles d'Orval, la sépul- 
ture de Nithard au milieu du chœur, tandis que ses deux 
frères, Jean et Godescalc, reposaient, le premier devant le 
crucifix, l'autre derrière l'autel de Sainte-Gertrude (2), érigé 
autrefois sous la tour (3). Aujourd'hui, des pierres commé- 
moratives placées, l'une dans la muraille du jubé, l'autre dans 
la chapelle Saint -Pierre, rappellent le souvenir de Nithard 
et de Godescalc (4). 

Voilà comment la Cité se trouvait dotée au point de vue 
religieux. Avec la cathédrale, dont il sera question plus loin, 
et l'église Saint-Pierre, fondation de saint Hubert, à laquelle 
il ne paraît pas que Notger ait touché, on y comptait cinq 
grands sanctuaires, les deux anciens au centre et les trois 
nouveaux aux extrémités. Il s'agissait maintenant de pour- 
voir aussi aux intérêts de lllc. Là s'élevaient les assises de 
Saint-Paul, sanctuaire commencé par Éracle et qu'il n'avait 
pas eu le temps d'achever. Au moment de sa mort, comme 
nous l'apprend indirectement le Vita Notgeri, la construc- 
tion n'arrivait encore qu'à la hauteur des fenêtres (o). Nous 

(1) Voir Jean d'Outremeiise, t. IV, p. loG et cf. Fisen, I, loi; Foiillon, I, 200. 

(2) Gilles d'Orval, II, S3, p. o9. 

(3) Gobert t. I, p. 392. 

(4) « Une pierre en marbre blanc, qui ne peut être que du siècle dernier et qui 
est au côté de l'ancien vestiaire devenu la chapelle Saint-Pierre, rappelle la sépulture 
de Godescalc : Trium fratrum (pu haiic ecclesiam dccimis et aijricuUuris beuefecerunt 
d. Godescalcu.t hic sepultiis est. Il, I. P. ». Gobert, 1. c. 

(5) Vita Notrjeri, c. 3. 



lo2 CHAPITRE X. 

voyons cependant que cette collégiale avait déjà été dotée 
par l'évèque défunt, car en 1111, Tévêque Otbert atteste 
qu'elle tenait de sa libéralité le village de Lixhe (1). Notger 
eut donc à achever Tédifice; de plus, il joorta à trente le 
nombre des chanoines, qui était primitivement de vingt (2), et, 
probablement aussi, il augmenta le patrimoine de l'église. 
Voilà tout ce que nous apprennent les sources dignes de foi; 
quant aux autres, elles ont tissé autour des origines de 
Saint-Paul tout un réseau de légendes gracieuses autant que 
fragiles (3). 

Pour compléter la liste imposante des églises collégiales 
que le règne de Notger vit achever ou édifier, il nous reste 
à parler du sanctuaire qui fut son œuvre favorite, c'est-à-dire 
de l'église Saint- Jean l'Evangéliste en-Ile. Notger la bâtit sur 
un monticule au bord de la Meuse, en face des tours de la 
cathédrale dédiée à Notre-Dame et à saint Lambert, afin, 
nous dit son biographe, que le disciple dont le Christ, du haut 
de la croix, avait fait le fils de la Vierge, eût toujours la vue 
de sa mère, et que le gardien de la Vierge fût par elle 
gardé (4). Notger destinait ce sanctuaire à lui servir de lieu 
de retraite de son vivant, et de sépulture après sa mort. Il 
l'édifia sur le type de la basilique Notre-Dame d'Aix-la-Cha- 
pelle (5) : un octogone surmonté d'un dôme (6). Aujourd'hui 
encore, malgré la modernité de l'édifice qui a remplacé celui 
de Notger, l'œil de l'observateur est frappé à première vue 
de la parenté de ces deux sanctuaires. 

(1) Cartulaire de Saint-Paul, ji. 2. 

(2) nta sSoUjeri, c. 3. 

(3) Gilles d'Orval, II, 48, p. 56; Joan trOulremeuse, IV, 127 siiivanlcs; cf. (Tlii- 
niisler) Essai historique sur l'éfjlise de S. Paul, Liège, 1867. 

(4) Nam hanc ecclesiam propter dilectionem apostoli a Christo aiiipliiis dilecli et 
a cliristianis ainplius diligeiuli in editiori loco insuie ex direcio ante faciom consti- 
tuit ecclesie Sancii Laniberli, que pi-incipaliter consecrala est ad titulum semper 
Virginis Marie, ut filius deputatus Virgini a Christo summo testamcnlo in cruce 
inatris sue semper prospectuin liabeat dlvina conslilulione, et custos Virginis custo- 
diatuf a Virgine. Vita Notç/cri, c. k 

(5) L'observation est laite pour la iiremière i'oisiiar Jean d"Outrcineuse,IV, p. 130, 
puis par Ortelius, IHmrorium, p. 17, par Fisen, 1, p. l.')l, par Foullon, I. p. 199. 

(0) En voir la description dans le Voijaric de l'Ir/lippc de Htmjcs à Liètje et à 
Maestricitt, publié jtar Miclielanl, Liège, 1872, p. 10,') et suivantes. 



NOÏGER SECOND FON'DATîîUR DE LIKOE. .'153 

Il ne reste plus rien de la construction notgcrienne. La 
vieille et vénérable tour carrée qui surgit, toute bardée de 
fer, avec son appareil irrégulier, au milieu du cloître silen- 
cieux de Saint-Jean, est elle-même de date postérieure ; 
selon toute apparence, elle ne fut bâtie que dans la seconde 
moitié du XP siècle (1). 

Notger fit lui-même les frais de cette construction (2). Il 
y fonda un collège de trente chanoines, qu'il dota avec la 
plus grande libéralité « Les revenus actuels des prébendes, 
écrit un historien du XVIIIe siècle, sont une preuve certaine 
qu'il n'épargna rien pour faire de cette fondation un monu- 
ment éternel de sa générosité (3) ». Il emùchit l'église de 
reliques insignes, notamment de celles de saint Vincent 
lévite, et des saints Fabien et Sébastien (4), sans doute 
apportées de Rome au retour d'un voyages dans la Ville 
éternelle. Il lui donna de riches ornements : des parements 
d'autel, des tapis, des draperies, des vases sacrés, des candé- 
labres et d'autres ustensiles nécessaires au culte (5). Il lui 
constitua un douaire important dont malheureusement la 
rareté de nos sources ne permet pas de reconstituer l'en- 
semble. Sa générosité envers son sanctuaire ne s'arrêta pas 



(1) Pour de plus amples détails sur l'église Saint-Jean, voir dans l'appendice la 
dissei'tation intitulée : Possédons-nous les restes de Notger Y 

(2) Suc nomine. Anselme, c. 27, p. 204. Ex suis sumplibus Vita Notgert, c. 4. 
Ces ipielques mois dérobent d'avance le terrain aux légendes de Jean d'Oui remcuse, 
lY, 149, qui prétend que Saint-Jean fut bâti avec les ressources de Cliévremont. 

Et cependant, telle est la prévention en faveur des récits de Jean d'Outremeuse, 
que Fisen, en dépit de ces témoignages autorisés, reste fidèle à la légende. Et 
sait-on sa raison ? « Fidem facit, écrit-il, quod Eburam, veterem Eburonum sedem, 
in arcis conspectu sitam, hodie retinet eadem Sancti Joannis ecclesia ». En d'autres 
termes, parcequc le village d'Enibourg, qui est situé vis-à-vis de Chèvremont, appar- 
tenait à Téglise Saint-Jean, la preuve serait faite de l'assertion de Jean d'Outre- 
Meuse. Et FouUon, t. I, p. -199, enregistre purement et simplement l'opinion de 
Fisen sans oser y contredire, après s'être coutenté de faire remanpier qu'elle 
est en rontradiction avec le témoignage d'Anselme et de Gilles d'Orval, c'est-à- 
dire, ici, du Vita yotgeri. 

(3) Devaulx, t. II, p. 38. 

(4) Vita Ndtgeri, c. 4. Cf, ci-dessus, pp. iOi-iOo. 
(o) Vita Notf/eri, 1, c, 



lo4 CHAPITRE X. 

après l'acte de fondation. Nous retrouvons dans les biens de 
Saint-Jean en Ile les terres de Heers et de Fumai, dont il ne 
fit l'acquisition qu'en 1002, nous y retrouvons aussi le plus 
précieux livre possédé par la bibliothèque de Liège, c'est-à- 
dire l'évangéliaire dont il se servait et qu'il aura légué, par 
testament, à son église de prédilection (1). 

Ce n'est pas tout. Il sut encore associer l'empereur lui- 
môme aux libéralités dont ils se plaisait à combler le 
sanctuaire du disciple bien-aimé. Le 9 avril 997, étant à 
Aix-la-Chapelle, Otton III lui fit don, « pour les frères du 
monastère nouvellement construit dans l'Ile devant la Cité », 
des biens de Maren, de Kessel et de Hedikhuyzen. Plus tard, 
à la demande du pape Sylvestre II, il y ajouta la terre 
d'Heerwaarden avec ses dépendances (2). 

Mais cette couronne de collégiales ne suffisait pas à Notger, 
et il voulut que la ville qu'il venait de créer eût une cathédrale 
digne d'elle. Tel n'était pas le modeste sanctuaire élevé par 
saint Hubert. Il ne correspondait ni par ses proportions, 
ni par sa beauté, à ce qu'était devenue la capitale de la prin- 
cipauté de Liège. Il convenait que le temple auguste où 

(i) Montfaucon, Bibliotlwca bibliothecarum, t. I, p. 605. 

(2) Sickel, DO. III, p. Go8. Sickel considérait ce diplôme comme apocryphe, mais 
des pénétrantes reclicrclies que lui a depuis lors consacrées Bloch (ycucs Archir, 
t. XXIII, p. 445 et suiv.), il résulte qu'il est bien l'œuvre authentique d'un notaire 
BA dont il a retrouvé les actes assez clairsemés dans la chancellerie de Henri II, 
et qui paraît avoir fait ses premières armes à Liège. Il est même tenté de recon- 
naître en lui Adalbold d'Utrecht. La mention du pape Sylvestre II dans le diplôme 
s'expliquerait, selon l'ingénieuse conjecture de Bloch, par ce fait qu'il y avait eu en 
997 un premier acled'Otton III, donnant à Saint-Jean les biens des localités de Maren, 
Kessel et Hedikhuyzen, qui sont des dépendances de Ileerwaarden, tandis que plus 
tard, à une époque oii Gerbert était déjà pape, et à la demande de celui-ci, Otion y 
ajouta Heerwaarden même. L'acte relatif à celte dernière donation aurait repris le 
fexte de celui de 997, se bornant à y ajouter la mention de l'intervention du 
pape et l'addition d'IIecrwaerden sans, au surplus, rien changer au reste du texte. 
Ce qui tend à confirmer cette hypothèse, c'est que la vraie leçon du diplôme est non 
pas nec (Ttiton, comme dans Sickel, DO. III, p. 658, ligne 18, mais tuinc autem, ce 
([ui est la seule exitlication de priitinm (juidcm qui précède (1. 17). La leçon maïc 
autciii est aussi celle du Caiiulairc de Saint-Lambert (I p. 2'i') dont l'édition par 
Bormans et Schoolmcesters date de la même année que celle des diplômes 
d'Otton III par Sickel. 



NOÏGEll SECOND FONDATEUR DE LIEGE. ISo 

battait le cœur de la cite, et qui conservait le palladium de 
la nation, c'est-à-dire la châsse de saint Lambert, ne fût 
pas éclipsé par les églises qui se rangeaient autour de lui 
comme des vassales. Selon l'auteur du Vita Notgeri, il fau- 
drait admettre un autre motif : la basilique du YIIP siècle, 
dit-il, n'était plus capable de résister au poids des années (1). 
Il est permis de douter de cette aiïïrmation, qui semble bien 
n'être qu'une formule, ou tout au moins une conjecture. 
Après le passage des Normands, nous retrouvons Saint- 
Lambei't debout (2), non qu'en effet ce sanctuaire ait échappé 
aux coups des barbares, mais parce qu'il a été restauré de 
bonne heure. Le fait que les évoques Francon et Etienne y 
avaient trouvé leur tombeau montre bien que dès les premières 
années du X* siècle, tout au moins, la cathédrale de Liège 
avait réparé les dégâts dont elle pouvait avoir pàti pendant 
la génération précédente. (3). Il est donc plus conforme à 
la vraisemblance d'admettre que Notger n'a pas eu besoin 
de démolir la cathédrale de saint Hubert par besoin de sécu- 
rité. En la reconstruisant sur un plan plus vaste, il se sera 
inspiré « Jde la magnificence de son grand cœur », comme 
s'exprime son biographe (4). Il bâtit en même temps l'église 
paroissiale de Notre-Dame, adjacente à la cathédrale, les 
cloîtres du chapitre, qui touchaient au sanctuaire du côté de 

(1) Ecclesia enim quam bcatus Hvibertus edificaverat, infirmitatc minons operis 
et veluslate incnmbentis temporis ad lapsum declinaverat. riV« NuUjcri, c. 2. Devaulx, 
t. II, p. 16, cherchant à s'expliquer cette injirmitas, et se rappelant que la cathédrale 
avait été dévasiée par les 3S'(jrm:mds, imagine que sur les débris fumants on avait 
élevé a quelques cloisons d'attente » laissant à des temps plus paisibles le soin 
d'élever à Dieu une maison digne de lui. Ce n'est là qu'une conjecture destinée à 
fortifier la conjecture du Vita Notgeri. 

(2) Ce n'est ni par Anselme ni par Gilles d'Orval que nous connaissons les ravages 
des Normands à Saint-Lambert, ces deux auteurs les (tassent complètement sous 
silence; le dernier parle, il est vrai, de la dévastation de Saint-Pierre et ajoute que 
les Normands ont été miraculeusement empêchés de profaner la châsse de saint 
Lambert (II, 37, p. 40). Mais ces réticences du patriotisme humilié sont inva- 
lidées par le témoignage formel d"un Liégeois contemporain fHl.lL, t. XIII, 1877, 
p. olo) auquel il faut joindre celui des Annales de Hincmar, p. 31 i, disant, à l'an- 
née 882, que Saint-Lambert fut dévasté par les Normands. Cf. Reginon, ml anti. 881. 

(3) Anselme, c. 19, p. 200; Cilles d'Orval, II, 37. 

(4) Juxta magnificentiam dilatati cordis sui. Vita Notfjeri, c. 2. 



156 CHAPITRE X. 

l'est et du nord, et, enfin, le palais épiscopal : cotait un vaste 
ensemble de constructions opulentes, constituant comme une 
cité ecclésiastique renfermée dans l'autre cité (1). Le bio- 
graphe nous parle avec enthousiasme de cette œuvre ample 
et superbe, qui était l'ornement de la ville et comme le sym- 
bole de la patrie naissante. 

S'il était vrai, comme le croient les historiens modernes 
sur la foi de textes qui semblent l'insinuer, que la cathédrale 
soit la première en date d.e toutes les constructions de 
Notger (2), alors il y aurait travaillé pendant toute la durée 
de son règne. La chose n'aurait rien d'impossible en soi : il 
fallut sept ans à Gérard de Cambrai pour bâtir sa cathé- 
drale (3), et Willigis de Moyence en mit trente à achever son 
église métropolitaine (4). Mais si la construction de Saint- 
Lambert avait requis un temps aussi considérable, on nous 
l'aurait probablement dit, et il est hautement probable que l'en- 
ceinte, avec ses trois collégiales, et l'Ile, qui en avait deux, 
dont une inachevée, ont sollicité plus tôt l'attention du prélat. 
Au surplus, nos sources n'exagèrent pas quand elles nous 



Lire dans Folcuin, c. 18, p.GS, les motifs de la reconstitution de l'église abbatiale. 

Ecclesiam prioreni sub Pipino principe a sancto Ursmaro factam jam supra 

diximus Quae, crescenle copia rerum per munificentiam regum seu ceterorum 

lideliuHi, quia loci nobililâd parva et minus apla videbatur, destructa el hindifus 
eversa est et ista quae nunc est elegantioris forniae et speciei aedificata. Combien un 
pareil motif était i>lus vrai encore à Liège du temps de Notger ! 

(1) Anselme, c. 2.3, p. 203, avec sa concision ordinaire, nous parle de ces travaux 
de Notger : Domum Sanctae Mariae et Sancti Lamberti, sicut in presentiaruin est 
cum ornamentis, daustro et cdificiis episcopii renovavit. E( le Vitii \vt(irri, c. 2, 

semble s'inspirer de ces paroles en les développant : Templum secundum 

ampliludinem et sublimitalem operis qua cernilur — — — exaltavit, ornamentis 
ditioribus decoravit, clauslra ac domorum vel officinarum edificia renovavit et 
ecclesiam béate Maiie tem|»lo adjacentem et palatium donnis episcopalis — consur- 
gere fecit. 

(2) C'csl l'opinion de Fisen, I, p. -147, de Foullon, t. I, p. l'JG, de Dcvaulx, t. 11, 
p. 10. Ils invù(iiK'!i( l'ordre dans lequel le Vita Notgeri, c. 2, relate les constructions 
de Notger; toutefois, rien ne prouve que cet ordre soit chronologique, et il semble 
bien plutôt dicté à l'auteur par le degré d'importance des Ifavaux (pi'il ('numère. 

(3) De 1023 à 1030. Voir Gcxfa cpp. Caiii., III, 49, |). 483. 

(4) lîiilinicr, p. l.'iO. tille brûla Ir jour iin'iue de la di''dicace, et Willigis en com- 
mença la reconstruction dés le lendemain, 



NOTCxER SECOND FONDATEUR DE LIKGE. 157 

parlent de rimmensité de Tentreprise, du grand nombre des 
ouvriers qu'on y employa et de lénoruiiLc de la dépense (1). 

Eu ellet, c'est sur les roudemcnts du monument notgôrien 
que surgit, après l'incendie de II80, la troisième et dernière 
des cathédrales consacrées à saint Lambert; elle avait par 
conséquent, au ras du sol, les proportions du gigantesque sanc- 
tuaire du X^ siècle (2). Celui-ci mesurait donc, comme celui 
du XIF, 90 mètres en longueur et 31 mètres en largeur, pro- 
portions que la cathédrale actuelle de Liège est loin d'attein- 
dre, car elle n'a que 70 mètres de longueur sur 3ii de 
largeur. 

Cela étant, il n'y a pas lieu de s'étonner que Notger ait eu 
à peine le temps de mettre la main à ce majestueux édifice, 
et qu'il n'ait pas eu la satisfaction de le consacrer. Cette joie 
était réservée à son successeur Baldéric II, qui procéda à la 
dédicace le 28 octobre 1015 (3). 

La cathédrale notgérienne était un édifice roman orienté 
et muni, comme un grand nombre d'églises allemandes et 
surtout rhénanes, de deux absides hémisphériques, sous 
chacune desquelles s'ouvrait une crypte. Dans l'abside occi- 
dentale ou supérieure se trouvait l'autel des saints Cosme 
et Damien et celui de la Trinité; la crypte de cette abside 
renfermait les restes de saint Lambert, L'abside orientale ou 
inférieure était dédiée à la sainte Vierge, qui partageait avec 
saint Lambert le patronage du sanctuaire : beaucoup d'é- 
vèques du diocèse reposaient dans sa crypte. 

Deux portes latérales, l'une au nord-ouest et l'autre au 
sud-ouest, mettaient en communication l'édifice sacré avec 
les divers quartiers de la ville. Celle du nord-ouest s'ouvrait 
sur une place qui fut, jusqu'à la fin du XP siècle, le marché 
de la ville de Liège, et qui a été connue depuis cette date 
sous le nom du Vieux Mai^ché. Au sujet de cette porte, le 
biographe de Notger nous a conservé un détail plein d'in- 
térêt, qui atteste, de la part de ce grand prélat, un sens 

(1) Multiplicatis operariis et magnificafis impensis. Vita NuUjcri, c. 2. 

(2) Jean d'Outremeuse, t. IV, pp. 483489. 

(3) Yita liahkrici, c. G, p. 720. Cf. Anselme, c. 31, p. 207, el Gilles ilOrvai, II, 
39, p. 63. 



158 CiHAPltRE ^. 

respectueux du passé et comme une préoccupation d'archéo- 
logue : Notger y avait fait aligner des deux côtés les colonnes 
de l'ancienne cathédrale, avec leurs piédestaux et leurs chapi- 
teaux, et l'œil du visiteur pouvait ainsi comparer les propor- 
tions de l'ancien édifice avec celles du nouveau (i). 

Notger replaça dans la nouvelle église les sarcophages ou 
les châsses de ses prédécesseurs qu'il avait trouvés dans l'an- 
cienne. Nous savons par nos sources que saint Florbcrt, le 
plus ancien habitant de la cathédrale souterraine, fut déposé 
sous l'autel de la crypte orientale dans son sarcophage de 
marbre blanc (2). D'autres évêques, parmi lesquels Francon 
et Etienne, qui reposaient également dans la cathédrale pri- 
mitive, reprirent probablement leur place dans la nouvelle. 
L'évoque tenait à ce que le sanctuaire ne perdît rien de son 
prestige ancien, tout en conquérant un éclat nouveau. Il l'en- 
richit de nombreux ornements et il y fit régner toute la 
majesté des cérémonies liturgiques. Dans ce but, il porta à 
soixante le nombre des chanoines (3) voués à l'office divin 
dans ce grandiose monument à la fois religieux et national, 
diadème splendide que le prélat civilisateur avait placé au 
front de sa capitale (4). 

(-1) Columpne veteris templi cuiti basibus et capilellis suis anie facicm Icmpli 
modernioi'is in porticu que ducit in forum reruni venaiium disposite indicium pre- 
teriti ex statu presentis edificii comparalioncm prioiis et poslerioris templi queren- 
tibus ofierrc possunt. Vita ?iûtijen, c. 2. 11 est à remarquci" que la destruction des 
vieux monuments auxquels se rattachaient les souvenirs nationaux n'était pas tou- 
jours bien vue des populations au haut moyen-câge. A Metz, quand l'évêque Thierry I 
abattit l'église Saint-Etienne pour rebâtir plus beau ce sanctuaire qui, selon la 
légende, avait bravé miraculeusement Attila, il y eut des méconlenls. Voir à ce sujet 
des paroles remarquables de Sigebert de Gembloux, Vita Deodcrici, c. S, pp. 466-467. 

(2) Processu autem temporis, elapsis plusquam 2o0 annis a transitu ejus, ut cre- 
ditur, a venerabili Nogero episcopo translatum est sacrum corpus ejus a loco sue 
prime translalionis et cum sarcophago de marmore Pario, qui est lapis albus, in 
allari cripte inferioris nove ecclesie beati Lamberti decenler, ut dccuit, est relo- 
catum. Gilles d'Orval, II, 30, p. 40. 

(3) Vita yotijeri, c. 2. Selon Jean d"Outremeuse, IV, p. 440, saint Hubert avait 
créé 20 chanoines, saint Florbert en ajouta 10, Piichaire -10 autres et Notger 20. 
D'autres, dit-il, veulent qu'il y en ait eu 30 avant Notger, qui en aurait ajouté 
trente, mais, coulinue-t-il naïvement, ilh est ensi que j"ay dis. » 

(4) Hic in capile hujus civitatis, sicut hactcnus cernitur, diadema splendide fabri- 
cavit, ecclesiam scilicet Sancli Lamberti a fundamento renovans cum domo episco- 
pali. Rupert, Chrun. S. Laurcntii, c. 7, p. 204, 



NOTGER SECOXD FONDATEUR DE LIEGE. iTiO 

Les cloîtres de la cathédrale, où les chanoines de Saint- 
Laniberl, conforniénient à la règle édictée en 817 par le con- 
cile d'Aix-la-Chapelle, menaient la vie commune, s'élevèrent 
à l'ouest et au nord du temple : disposition peu ordinaire et 
qu'explique peut-être la dilliculté qu'on éprouvait dès lors à 
se procurer un autre emplacement au sein de la ville déjà 
llorissante. Ces cloîtres étaient entourés d'un haut mur qui 
leur donnait l'aspect austère d'une forteresse ou dune prison ; 
les portes en étaient fermées après compiles et la clef remise 
à l'évèque (1). 

La charité eut son palais dans la même enceinte. Le con- 
cile d'Aix-la-Chapelle, en 817, avait exigé que chaque évoque 
eût près du cloître de sa cathédrale un hospice pour les 
pauvres et pour les étrangers. Cette maison devait être dotée 
des ressources nécessaires ; chaque clerc était tenu de lui 
abandonner le dixième de son revenu ; un chanoine respec- 
table en avait la direction; pendant le carême, les clercs y 
lavaient les pieds des pauvres (2). Ces dispositions, violées 
ou négligées vers la lin de la dynastie carolingienne, reprirent 
toute leur vigueur sous les princes de la maison de Saxe, et 
l'organisation des institutions charitables atteignit en quelque 
sorte son apogée (3). On ne peut pas douter, écrit un histo- 
rien de la charité, qu'à cette époque chaque ville épiscopale 
ait possédé les hospices prescrits par la législation carolin- 
gienne (4). La vie des grands évêques qui furent les contem- 
porains et les amis de Notger est remplie de traits qui 
attestent leur sollicitude pour leuj-s pauvres, et pour les mai- 
sons dans lesquelles ils pourvoyaient aux besoins des indi- 
gents et des voyageurs. 

Notger n'est pas resté en arrière d'eux sous ce rapport. Il 
fut doux aux pauvres ; il aimait à leur distribuer ses aumônes 
et à visiter les malades, et sa large hospitalité est glorifiée 

(-1) Concile d'Aix-la-Chapelle, 817, ce. 117 et 143,dansMansi,t. XIV, pp. 230 et 242. 

(2) Même concile, c. -141. Sur les canons de Liège, qui présentent des variantes 
en regard de ceux de 817, voir Mansi, t. XIV, p., 283 et llefelé, t. IV, p. 17. 

(3) Hatzinger, Geschichte der Kirchlichen Armenpfleye, 2e édition 1884, pp. 249, 26o. 

(4) Id. 0. c. p. 238 : Es diirfte kaum zu bezweifeln sein dass in allen 

Bischofstadten damais Hospitaler exislierfen, wic dies die Karolingische Gesetz- 
gebung verlangl. 



iGO CHAPITRE 3t. 

en ces termes par un poète qui écrivait peu de temps après 
sa mort : « Nulle part l'étranger n'est l'objet de soins si pré- 
venants. L'exilé qui venait à Liège croyait se retrouver chez 
lui : jamais la nourriture n'y lit défaut aux pauvres, ni le 
vêtement à ceux qui étaient nus. » (1). 

Il n'est nullement nécessaire de supposer que c'est Notger 
qui a créé l'hospice de la cathédrale de Liège, et c'est même 
le contraire qui est vraisemblable. Depuis Etienne, les 
évèques s'étaient employés à restaurer dans leur ville épis- 
copale les œuvres de religion et de charité : ils n'avaient pu 
oublier l'hospice. Notger aura rebâti celui-ci, comme il a 
rebâti la cathédrale elle-même, pour l'agrandir et la déve- 
lopper. Nos sources, à la vérité, ne nous le disent pas, parce 
qu'elles sont d'un laconisme extrême, mais elle l'insinuent en 
nous montrant l'hospice en pleine activité quelques années 
après la mort de Notger. Placé sous la direction d'un digni- 
taire du chapitre de Saint- Lambert (2), il touchait la none 
et la dîme de tous les biens de l'évêché (3). Baldéric II, pre- 
mier successeur de Notger, lui fit de grandes libéralités (4), 
et l'illustre Wazon, à qui la direction en fut confiée vers 
1032, l'administra si bien qu'il le fit arriver à un haut degré 
de prospérité (o). Plus tard, au commencement du XII'' siècle, 
l'abbé Hellin l'agrandit et le dota richement (G), et eniin, dans 
les premières années du XIIL\ Gautier de Ghauvency, doyen 
du chapitre de Saint-Lambert, le rebâtit de fond en comble 
sur un emplacement nouveau (7). 

(-1) Nus([uam siccolifur tofis afiectibus liospps. 
In laribus putal esse suis qui veneral exul. 
Pauperibus victus, nudis non desit amiLtus. l'iia yotiieri, c. 8. 

(2) Wazon l'administra du temps qu'il était prévôt (Anselme, c. 47, p. 217.) 

(3) Anselme, 1. c. 

(4) Le même, c. 31, p. 200. 
(o) Le même, c. 47, p. 217. 

(C) Chronique rythmique de 1118, p. 119. 

(7) .lean d'Outremeuse, IV, 319, qui n'a connu que la construction de Gautier de 
Chauvency, se persuade que celui-ci est le fondateur de l'hospice ; brouillant outra- 
geusement toute la chronologie, il lui donne pour successeur Hellin (f 1118). Voir 
la succession chronologique des abbés de N.-D., |irévots de Saint-Lambert, rétablie 
par Bormans, dans son édition de Jean d'Outremeuse, 1. c; par .1. Demarteau, 
DSAIIL, l. Yll, pp. 47-38, et par Th. Gobert, Les rues de Liège, II, p. 401. 



NOTGER SECOND FONDATEUR DE LIEGE. 



461 



L'hospice notgérien, placé sous l'invocation de saint 
Mathieu, était connu, dès 1117, sous le nom d'hospice à la 
chaîne (1). Il occupait, depuis Notger, l'angle nord-ouest 
des cloîtres de Saint-Lambert, à l'entrée du Marché, qui était 
contigu alors au côté septentrional de la cathédrale, et il 
resta, jusqu'à la fin du moyen-âge, le principal sanctuaire 
de la charité liégeoise. 

A cùté de la cathédrale et des cloîtres fut édifié en môme 
temps le palais épiscopal (2). Dans toutes les villes diocé- 

(1) In liospitali quod nunc ad cathenam vocatur. Vita s. Friderici, c. 42, p. 307. 
Ce passage indique que le nom de ad cathenam était relativement récent. Quelle en 
est l'origine? Je crois la trouver dans un passage de Hocsem, II, 22 (Cliapeaville, 
t. II, p. 431), que voici : « Hoc anno (133G), diebus post conversionem sancti Pauli 
continue sequentibus, inundatio tanla fuit aquarum, quod Mosa operuit areani 
magne domus claustralis que [facil] angulum ex opposito domus supra porlam, ubi 
catliene pendere consueverant, et extendit se usque ad portam magne domus oppo- 
site his ambabus ». Ces chaînes pendaient donc juste au-dessus de la porte du cloître 
qui s'ouvrait près de l'hospice, et ainsi s'explique le nom d'hospice à la chaîne porté 
par celui-ci. Chose curieuse, il garda ce nom même après qu'en 4204, Gautier de 
Chauvency l'eut transféré place du Théâtre, « en Gérardrie », comme disent nos 
textes. Il resterait a savoir quelle était la destination des chaînes dont il s'agit. 
On aurait pu penser à la chaîne ([ui, à Paderborn, servait à séparer l'imniunité de 
la cathédrale du reste de la ville (1238, catitcna que ex antiquo tennhuuii cmn- 
nitatis et civitatis divisit. Westfâlisches Vrkundenhuch, IV, n» 268, cité par Hii- 
binger. Die Verfassimg der Studt Paderborn im Mitlelalter, p. 22). Celte chaîne fut, 
au XIII« siècle, le sujet de perpétuelles querelles entre les bourgeois, qui ne ces- 
saient de l'enlever, et le chapitre, qui la faisait chaque fois replacer. Mais l'histoire 
de Liège ne nous révèle aucune particularité de ce genre. Par contre, je vois, sur 
le plan historique de la cathédrale Saint-Lambert publié par Van den Steen de Jehay, 
en tête de son livre intitulé : La Cathédrale de Saint-Lambert à Liège, 2"^ édition, 
grand in-folio, Liège 1880, des chaînes tendues devant les portes latérales de la 
cathédrale et aussi devant celles qui menaient aux cloîtres du côté occidental, et 
la légende explicative, p. 7, dit : « Chaînes interceptant la circulation le jour de 
l'élection du prince-éréque. » Ces chaînes servaient sans doute encore en dauti'es 
circonstances; elles devaient être d'un usage assez fréquent, puisqu'on les laissait 
suspendues à l'endroit même où on les tendait, et peut-être qu'au moyen-âge elles 
étaient tendues tous les soirs devant les portes de la cathédrale, pour mieux pro- 
téger celle-ci contre les voleurs. 

Les considérations qui précèdent me forcent à écarter l'ingénieuse conjecture de 
M. .T. Cuvelier, dans son article Aie Chaijne (BCR., t. LXXI, 1902, pp. 175 et 
suivantes), qui croyait que ad cathenam était une retraduction, de date postérieure, 
d'un aie citayne ou al chaisne signifiant ad qiiercum. 

(2) Vita Notger i, c. 2. 

I. 11 



162 CHAPITRE X. 

saines, la résidence de Tévêque s'est trouvée près de sa 
cathédrale, et le nom de domiis ecclesiae, quelle a porté à 
l'origine, indique assez bien cette relation de dépendance. 
Nous avons le droit de croire que Liège ne fit pas exception 
à la règle, et que, depuis saint Hubert, nos évèques ont 
demeuré dans le voisinage de Saint-Lambert. C'est là que 
Sedulius aura vu le palais de Hartgar qu'il décrit dans ses 
vers (1). Mais, lors de la destruction de Liège par les Nor- 
mands, le palais épiscopal subit probablement le sort de la 
cathédrale, et les évèques, à ce qu'il parait, se réfugièrent 
dans une maison située sur la colline de Publémont. Du 
moins, c'est là que, au témoignage d'un contemporain, l'é- 
vêque Eracle avait sa résidence (T). Près d'un siècle s'était 
écoulé depuis le désastre, lorsque Notger imagina de rendre 
à lui-même et à ses successeurs une demeure digne d'eux, 
en rebâtissant sur un plan agrandi le palais qui avait abrité 
Hartgar. Nos sources ne nous disent pas, il est vrai, qu'il 
le construisit à proximité de la cathédrale, apparemment 
l^arce qu'elles n'avaient pas besoin d'apprendre ce détail à 
des lecteurs qui avaient ce monument sous les yeux ; il nous 
suffît d'ailleurs de constater qu'à partir de Notger nous ne 
cessons pas de rencontrer le palais épiscopal à la même place. 
On comprend donc à peine l'aveuglement de certains érudits 
liégeois qui, sur la foi des indices les plus fallacieux, se sont 
amusés à chercher ce palais dans des sites invraisemblables, 
plutôt que de s'en rapporter à ce que suggère le témoignage 
du bon sens confirmé par tous les textes historiques (3). 

(1) V. ci-dessus, p. 137. 

(2) Anselme, c. 24, p. 202. 

(3) La plupart, séduits comme d'ordinaire par Jean d'Outremeuse (II, 391 et 
III, 8) admettent, sur la foi du nom de Vesquecourt (1345, curia episcopi) que l'en- 
droit désigné par ce nom, et qui est occupé aujourd'hui par la Boucherie, a été 
remplacement du palais épiscopal bâti par saint Hubert. D'autres, comme Bovy 
(Promenades historiques, II, p. 27), interprétant de travers le passage du Vita Not- 
ijeri sur la prédilection de Tévèque pour le séjour de Saint-Jean, ont imaginé de lui 
bâtir un palais en face de cette église. On perdrait son temps à énumérer toutes 
ces opinions sans fondement et surtout à les réfuter; je renvoie le lecteur, pour le 
détail, à l'excellent article intitulé Le Palais, dans Les Rues de Liège de M. Gobert, 
t. III, pp. 10 et suivantes ; cette étude a été tirée à part en un volume intitulé : Le 
Palais de Liège, Liège, 1896. 



NOTGER SECOND FONDATEUR DE LIEGE. 103 

Tout indique que les proportions du palais de Notger 
étaient considérables, et en rapport avec celles de sa cathé- 
drale. Il était flanqué d'un jardin ou préau (1) dans lequel, 
aux grandes occasions, se donnaient des festins solennels ; 
c'est là qu'en 1071, l'empereur Henri lY banqueta avec son 
entourage, et jusqu'à la lin de l'ancien régime, les princes- 
évêques de Liège restèrent fidèles à l'usage d'y dîner en 
public à ciel ouvert, aux fctes de leur joyeuse entrée et en 
d'autres circonstances encore (2). Ce palais épiscopal lut 
consumé en 1183 par l'incendie qui dévora la cathédrale, 
mais déjà Raoul de Zàhringen le rebâtissait dans toute sa 
splendeur primitive (3). 

Il ne faut pas se figurer le palais de Notger comme un de 
ces édifices somptueux et élégants qui, à partir de la Renais- 
sance, se multiplièrent dans les grandes villes. Il ne ressem- 
blait en rien à celui qu'Érard de la Mark, au XYP siècle, 
éleva sur les fondements de l'ancien, et que certains étran- 
gers admiraient comme le plus beau de la chrétienté (4) 
Le palais de Notger avait plus de solidité que d'élégance, 
et s'il frappa les esprits des contemporains, ce fut par la 
masse imposante de ses pierres, contrastant avec la simpli- 
cité des constructions en bois de l'époque. En un temps où 
nul, prince ou simple chevalier, n'était en sûreté qu'à l'abri 
d'une bonne forteresse, il n'est pas probable que le palais 
ait été autre chose qu'une maison fortifiée. Bien plus, sa pro- 
ximité des murs de l'enceinte, à laquelle il touchait au nord, 
a donné lieu dans les derniers temps à une conjecture sédui- 

(1) Un acte de Tliéoduin, daté de -10o7, est passé in viridario episcopi. Dom Ber- 
lière, DocumentH inédits, p. 17. Cf. le Triiunphus Sancti Laniberti in Steppes, p. 177 : 
dux iiil ravit in hortuiii paiatii. 

(2) Triinnphiis sancti Uemacli, I, 8, p. 4o2. Cf. Gobert, t. III, p. 115. 

(3) Hic Rodulplius magnum et décorum in Leodio construxit palatium. Giselbert 
de Mons, 33, p. 63 (éd. Van der Kindere.) Gilles d'Orval, III, 30, p. -lOo, attribue 
une reconstruction du palais à Henri de Limbourg (l'145-'l'I64), prédécesseur de 
Raoul de Zidu'ingen, mais je me persuade qu'il aura fait une ronfusion. 

Quomodo vel qualiter aula episcopalis Leodii ab eo restructa sit et amplificata, et 
alla domus juxta aulam inchoata, quia oculis nostris eadem fabricata se offert, de 
ea loqui supersedimus. Cf. Albéric de Troisfontaines, ann. 1163, p. 848. 

(4) Hubert Thomas, De Tunçiris et Eburonihus. Bâle, 1341. p. 37. 



164 CHAt>ITRE X. 

santé, d'après laquelle le palais de Liège, comme plus tard le 
Louvre à Paris, aurait fait partie de Fenceinte muraillée de 
la ville. Le côté septentrional de ce vaste édifice, garni d'ou- 
vrages défensifs tels que meurtrières, mâchicoulis, créneaux, 
aurait formé le point de jonction des deux sections du rem- 
part, dont l'une venait du côté de Saint-Martin et l'autre de 
la rue Hors-Château. Mais ce tracé aurait laissé en dehors 
de l'enceinte une grande i^artie de la vieille ville avec l'église 
de Saint-Servais, et il est par conséquent très peu probable. 
Au sud de la cathédrale, et en quelque sorte à l'ombre de 
celle-ci, dont elle n'était séparée que par une sorte de cou- 
loir servant de cimetière, Notger rebâtit l'église paroissiale 
de Liège. Fondée probablement par saint Hubert, lorsqu'il 
transporta la résidence épiscopale auprès du tombeau de 
son prédécesseur, cette église, dédiée à Notre-Dame comme 
celles de Tongres et de Maestricht, était à proprement parler 
le baptistère de la cité. Elle avait péri avec les autres mo- 
numents liégeois sous les coups des Normands, mais elle fut 
parmi les premières que l'on rebâtit après le départ de ces 
féroces déprédateurs (1). Notre-Dame, voisine de la cathé- 
drale, en partagea d'ordinaire les destinées. Surgissant l'un 
à côté de l'autre comme deux frères jumeaux, les deux sanc- 
tuaires marquaient, par la différence de leui*s proportions, 
celle de leurs destinations particulières, celui-ci servant au 
diocèse, celui-là à la paroisse (2). 

(1) Ilic (Richarius) reedificavil per diocesem suam, sicut predecessores sui Ste- 
phanus et Franco, plures ecclesias a Normannis destructas, inteiiectis abbatibus, 
monachis et monialibus. In quibus novenos constituerunt clericos, inter quos unum 
statuerunt qui curam gereret et hospitalitatem tam presens quam absens exliiberet 
ipsumque abbatem vocaverunt. ne antiqua devotio deperiret. Nomina abbatiarum : 
prima Leodiensis Sancte Marie Sanctique Lamberti. Gesta abbreviata, p. 130. Le chro- 
niqueur se trompe au surplus en associant ici, sans doute par distraction et par habi- 
tude, le nom de saint Lambert à celui de la sainte Vierge : c'est la cathédrale 
seulement qui était sous leur double vocable. 

(2) C'est ici le lieu de rappeler l'opinion émise par M. J. Demarteau, Les pre- 
mières églises de Liège {BSAHL), t. VI, 1892), d'après laquelle Téglise Notre-Dame 
ne serait autre chose que l'ancien oratoire existant à Liège dès le temps de saint 
Lambert et mentionné dans la vie de ce saint. M. Demarteau a failli me convertir à 
son opinion, tant il la défend avec érudition et ingéniosité ; si je m'y suis finalement 
dérobé, c'est l" parce que la tradition liégeoise relative à une chapelle des saints 



NOTGER SECOND FONDATEUR DE LIEGE. 165 

Comme Tindique son nom de Notre-Dame aux Fonts, ce 
sanctuaire était l'église baptismale de toute la ville de Liège. 
Mais, après qu'il eut ajouté à la Cité tout le vaste quartier de 
l'Ile, Notger voulut donner à ce dernier les prérogatives de 
la Cité, et c'est pourquoi l'Ile reçut une église paroissiale à 
elle. Il l'éleva dans le voisinage de Saint- Jean et la plaça sous 
l'invocation de son ami Adalbert de Prague, qui venait de 
cueillir les palmes du martyre en Prusse (997) et qui, dès le 
29 juin 999, avait eu à Rome les honneurs de la canonisa- 
tion. Tout l'occident était rempli du nom du nouveau saint, 
qui faisait descendi*e sur l'Eglise du X'' siècle la gloire dont 
s'étaient empourprées ses premières années. On peut bien 
se figurer avec quelle émotion ceux qui avaient été ses amis 
ici-bas s'associèrent aux honneurs qui lui étaient rendus, et 
on est touché de voir que Notger a été le premier à le glori- 
fier. Saint- Adalbert devint l'église paroissiale de l'Ile, comme 
Notre-Dame était celle de la Cité. Tous les habitants de ce 
vaste quartier, à part les clercs, devaient y recevoir les 
sacrements de baptême, d'eucharistie et d'extrême-onction, 
et les femmes devaient y faire leurs relevailles. Le lien hié- 
rarchique qui rattachait à Notre-Dame tous les sanctuaires 
du territoire de Liège ne fut toutefois pas rompu : le curé de 
Saint-Adalbert dut reconnaître à celui de Notre-Dame l'auto- 
rité archidiaconale, et aller assister trois fois l'an aux synodes 
tenus dans cette église (1). 

Y eut-il à Liège, en dehors de Saint-Adalbert, d'autres 



Cosme et Damien à Liège remonte au moins jusqu'au XI^ siècle (v. le VitaServatU 
manuscrit de Jocundus ; le Vita Lamberti attribué à Godescalc dans Cliapeavilic, 
0. c. t. I, p. 336 et le Vila Lamberti du chanoine Nicolas dans Chapeaville, o. 
c, p. 405); 2" qu'elle explique seule, d'une manière satisfaisante, leculte des dits 
saints dans le chœur occidental de Saint-Lambert ; 3o que ce culte est immémorial 
dans le pays de Liège; à Huy, il existait dès le Vile siècle. (V. Hérigcr, c. 31. p. 
179, cf. idem, c. 30, p. 177,40.) 

(i) Nous voyons que l'église de Saint-Adalbert devait à la libéralité de Notger, 
entre autres, un revenu annuel de dix-neuf sous, provenant de trois manses situées 
à Béemont. (Charte d'Otbert, de 'l'107, en original aux arcliives de l'État à Liège, 
fonds (le Saint-.7ean Évangélisfe.) Béemonf est une dépendance de la commune de 
Warzée, et cette dernière localité avait été donnée par Notger à l'église Saint-Jean. 



166 CHAPITRE X. 

paroisses fondées par Notgcr? Il ne le semble pas (1). A 
Liège, comme partout ailleurs, c'est seulement au XIP siècle 
que les paroisses commencent à se multiplier. Gela ne veut 
pas dire qu'il n'ait pas existé d'autres oratoires que ceux qui 
viennent d'être énumérés; on a vu que Saint-Servais date 
du commencement du X^ siècle (2), et nous savons que les 
oratoires étaient déjà nombreux dans les villes du XP siècle. 
Mais, à Liège comme ailleurs, ce n'étaient que des chapelles 
et nullement des églises paroissiales (3). 

Tant de sanctuaires et d'écoles ecclésiastiques supposent 
un personnel de prêtres et de clercs extraordinairement 
nombreux. Rien que dans la cathédrale et dans les six collé- 
giales, il y avait deux cent vingt-cinq chanoines (4), et le 
nombre des autres prêtres et clercs de toute catégorie devait 
être plus considérable encore. Il n'y a donc aucune exagé- 
ration à admettre pour le Liège du XP siècle une population 
d'au moins six cents prêtres, sans compter les étudiants qui 
peuplaient les diverses écoles et dont les uns formaient la 
pépinière du sacerdoce, tandis que les autres étaient pris 
dans l'élite du monde séculier. 

(1) L'hypothèse de Fisen, p. i-lO, d'après laquelle les rollégiales étaient elles- 
mêmes des églises paroissiales, semble contredite par le t'ait que Saint-Adalbert 
était la seule paroisse de l'Ile, bien que celle-ci contînt les deux collégiales de Saint- 
Jean et de Saint-Paul. 

(2) Edificavit (Richarius) ecclesiam super rivum Legiam ad honorem beati Ser- 
valii. Ge.'ita Abbreviata, p. l'SO. D'après un acte du 14 août 1303 (reproduit ])ar 
M. St. Borraans, BCRH., Ille série, t. XIV, p. 91), cette église appartenait à la col- 
légiale de Saint-Pierre. 

. (.3) Dès la première moitié du Xle siècle. Dînant ne comptait pas moins de six 
églises ou oratoires. St. Bormans, Cartulaire de Dînant, t. I, p. 2. Le chef-lieu du 
diocèse n'a certainement pas été moins bien pourvu. 

(4) Voici comment ce personnel se répartissail sur les divers sanctuaires : 

A la cathédrale. 

A Saint-Pierre. 

A Sainte-Croix. 

A Saint-Martin, 

A Saint-Paul, 

A Saint-Denis, 

A Saint-Jean, 



00 


chanoines. 


30 


I) 


io 


n 


30 


» 


30 


I) 


30 


» 


30 


n 


22o 


chanoines. 



NOTGER SECOND FONDATEUR DE LIEGE. 167 

A la suite des grands travaux dont nous avons essayé de 
présenter l'aperçu, Notger possédait une capitale qu'il devait 
presque tout entière à son activité créatrice. Essayons de 
nous la figurer telle qu'il l'avait faite. Pour cela, descendons 
le long de la Légia (1) des hauteurs boisées d'Ans, où elle 
sourd à l'ombre de la foret de Glain, et entrons avec elle 
dans la ville, où elle pénètre sous une voûte du mur d'en- 
ceinte. Nous traversons le frais vallon où le village de Liège 
est né quelques siècles auparavant, et dont les hauteurs 
gardent encore, malgré leurs transformations, quelque chose 
de leur origine agreste. A main droite, nous avons la riante 
colline de Publémont avec ses trois sanctuaii'es de Saint- 
Martin, de Sainte-Croix et de Saint-Pierre; à gauche, ce sont 
les hauteurs abruptes et pittoresques de Pierreuse, au pied 
desquelles s'appuie le modeste oratoire de Saint-Servais. La 
Légia, après avoir reflété ces beaux lieux, sort de son vallon 
natal pour entrer dans la large vallée de la Meuse; elle 
laisse à main droite, d'abord le palais épiscopal, ensuite le 
chœur oriental de la cathédrale, dont elle lèche la base, puis, 
coulant toujours à ciel ouvert sous une série de ponceaux 
jetés devant les maisons bâties sur ses bords, elle traverse 
le quartier populeux où sont logés les pauvres secourus par 
la matricule de la cathédrale. C'est toujours dessous le moiis- 
tiei% comme on disait au moyen âge, que cette humble clien- 
tèle de la charité catholique est venue s'abriter, groupant 
ses pauvres maisons de clayonnage autour du noble édifice, 
comme des poussins sous les ailes de leui* mère. La matricule 
a donné son nom à ce quartier indigent (2), que les Liégeois 

(1) Legia est le nom porté par ce ruisseau dans la CJirnniipw njtlaniiiuc de 1118 
(LecjcjiaJ ,y . 1-12, p. 417, et dans la Gesta Abbreviata du XIII» siècle, p. 130 ; ce sont les 
deux plus anciennes mentions qui en sont faites. 

(2) M. r.obert, II, p. 419, ne me paraît pas avoir saisi ces rapports, lorsqu'il écrit 
les lignes suivantes : 

« Des tentatives plus scientifiques se sont fait jour en notre temps pour dévoilei- 
l'énigme (c'est-à-dire l'étymologie du mot MerchonleJ. Dans maints vieux documents, 
Merclioiil apparaît avec sa première forme matricula et sa signification particulière. 
La matriculo patipenn», en bas-latin, était à l'origine la liste des pauvres. Le pre- 
mier mol passa ensuite au local dans lequel, près de la porte de l'église, on distri- 
buait l'aumône et enfin, par une semblable bizarrerie, à l'éylise elle-même. On est 



168 CHAPITRE X. 

appelaient dans leur langue la Mierchoule, et elle finit même 
par le donner aussi au ruisseau (1). Celui-ci va d'ailleurs 
atteindre l'extrémité de son itinéraire : voici le Vivier ou 
port de Liège, près duquel il se jette dans la Meuse. 

Aucun pont ne relie encore les deux rives du fleuve : 
c'est une vingtaine d'années plus tard que Réginard, qua- 
trième successeur de Notger, bâtira, le premier, le Souverain 
Pont, qui sera plus connu sous le nom de Pont des Arches (2). 
Toutefois, sur la rive droite, il surgit déjà des habitations 
qui forment le noyau du populeux quartier d'Outre-Meuse. 
Au sud de la ville, passé l'Ile, de belles auvrayes ont laissé 
leur nom au village d'Avroy (3), qui était déjà habité du 
temps de saint Lambert et le quartier de Saint-Christophe 
commence à se peupler aussi. Une grande partie de la vallée 
est encore envahie par la végétation sauvage ; l'Ile elle-même 
appartient encore à la forêt et aux bêtes sauvages (4). Mais 

immédiatemenl arrêté lorsqu'on veut appliquer cette interprétation au Mercho^il de 
Liège. Ce nom n'avait rien de commun avec la matricula pauperum, comme le prou- 
vent les textes anciens ». Les deux phrases que j'ai soulignées sont des erreurs 
manifestes. Je n'ai jamais soutenu, ni personne à ma connaissance, que le nom de 
Merchoule ait été appliqué à l'église ; je dis qu'il l'a été, par métonymie, au.x pauvres 
inscrits sur la matricule, puis, par une seconde métonymie, à l'endroit où ces pauvres 
demeuraient, c'est-à-dire au quartier situé aux abords de la cathédrale, puis enfin 
au ruisseau qui traverse ce quartier. Il serait facile d'établir ceci à coups de texte, 
mais la filiation des acceptions est tellement évidente que la question est tranchée 
pour tout critique. 

(4) Sur le nom de Merchoule CMierchoule, Melchul, Melechu, Mercheroux, Miche- 
roux, Merlechue et même Merdecuel, (v. Bormans et Schoolmeesters, t. I, p. 183), 
donné au ruisseau de Légia, les témoignages abondent dés le commencement du 
XlIIe siècle; cf. Gobert, t. II, p. 418 et suivantes. Jean d'Outremeuse, II, p. 312, 
a encore conscience du lieu étymologique entre merchoule et mère, mais il ignore 
la vraie raison de ce nom et raconte une historiette de son goût. Selon lui, il y 
avait au milieu de la Cité de Liège une villette qui « fut li mère de le citeit, car 
la citeit issoit de lu. Si le nomat ons de dont en avant Myrechoule, por tant qu'elle 
estoit petite; si elle l'ust grani, elle fust appelée Meire; or fut-elle appelée Merechoule, 
qui est diminution de Mère » . 

(2) Pontem super Mosam magno sumptu exstruxit. Anselme, c. 37, p. 210, 

(3) Avroy s'appelle au IX« siècle Arbrido; ce nom vient li' Arboretum, qui signifie 
un lieu planté d'arbres. V. nCHIl, \e série, t. 111 (1833), p. 415. 

(4) Le nom de Vert-Bois conservé par une de ses rues nous reporte en pleine 
époque notgérienne. Sur ce nom, v. Duvivier, Le Quartier de l'Ile, BIAL, t. III 
(1857) avec les observations de Gobert, t. IV, p. 82. 



NOTGER SECOND FONDATEUR DE LIEGE. 169 

partout la vie urbaine germe; Notgcr aura fermé à peine 
les yeux que surgira le monastère de Saint-Jacques au sud 
et, au nord, la collégiale de Saint- lîarthélemy hors Château. 
On sent que l'enceinte tracée par le grand prélat ne sera 
pas longtemps trop vaste, et qu'il n'a pas trop présumé 
de l'avenir. Le XP siècle ne touchera pas à sa fin sans avoir 
fait du viens Leodicus une grande ville. Ni Bruges, ni Gand, 
ni Anvers, ni Louvain ne pouvaient rivaliser, à cette époque, 
avec la cité de saint Lambert. Aussi longtemps que le com- 
merce ne les eut pas en richies et n'eut pas fait aftluer dans 
leurs murs les multitudes humaines, elles firent pauvre mine, 
ces villes ouvertes et sans monuments, au regard de la belle 
capitale épiscopale, où, par dessus une ceinture de murailles 
et de canaux, on voyait surgir les tours des églises et des 
palais. Cette capitale était avant tout une ville ecclésiastique 
et savante ; elle devait son éclat à ses églises, comme Rome, 
à ses écoles, comme Oxford, à son nombreux clergé, à la 
présence du prince et de sa cour. Il devait venir, dans l'his- 
toire du moyen âge, une heure où, grâce au progrès gigan- 
tesque du commerce et de l'industrie, les localités nommées 
tout à l'heure dépasseraient de beaucoup Liège en grandeur 
et en richesse, mais, en attendant, Liège devait rester, jus- 
qu'au XIP siècle, la ville la plus peuplée et la plus vivante 
des Pays-Bas (1). 



[i) H. Pirennc, Histoire de Belgique, 2e édition, t. I, p. 123. 



CHAPITRE XL 



TRAVAUX ACCOMPLIS DANS LA PRINCIPAUTE. 



L'activité de Notger ne fut pas moins féconde dans le reste 
du diocèse qu'à Liège même. Partout il intervient, soit 
directement, soit en faisant agir ses subordonnés, et c'est 
parce que plus dune fois il se dérobe derrière ceux-ci 
qu'une partie de son rôle nous échappe. L'essai que nous 
faisons ici de suivre ses traces là où elles ont pu être relevées 
sera donc forcément incomplet, néanmoins il permettra, 
par ce qu'il fera voir, de deviner ce que l'histoire a plongé 
dans l'oubli. 

L'un des principaux soucis de Notger, ce fut de mettre sa 
principauté en état de défense. 

Sa capitale ne devait pas être la seule ville fortifiée de la 
principauté. L'acquisition du comté de Huy lavait rendu 
maître d'un château de premier ordre qui devint le séjour 
favori et le refuge ordinaire de plusieurs de ses successeurs, 
et dont, plus tard, un pape devait dire qu'il ne vit jamais si bon 
château avec si bonne cille, ni si bonne cille avec si bon 
château (1). Plus haut, et toujours sur le cours de la Meuse, 
qui était comme le ileuve national des Liégeois, il y avait un 
autre château, celui de Dinant (2). Mais le reste de la prin- 

(1) V. Maurice de Neufmouslier dans Gilles d'Orval I, il, p. 18. Ce pape est 
Grégoire IX; j'ai dit par erreur Grégoire X dans mon étude sur Maurice de Nenf- 
mumtier, BAnU. \\Y série, t. XXIII (1892). p. 070. 

(2) 7i i- Dioiiaiitc Castro. Cliarte de Childéric III pour Stavelot dans le Cartnlnirc 
des abbayes de Stavelot et Malmedij, par Halkin et Roland, t. I, ]). 'lo. Dinant entra 
dans le patrimoine de l'église de Liège on ne sait à quelle date, mais l'évêque devait 



TRAVAUX ACCOMPLIS DANS LA PRINCIPAUTÉ. 171 

ci])aiitô, sans frontière naturelle, était ouvert à tout venant : 
il ialhiit en fortifier les points extrêmes; il fallait aussi veiller 
à la prospérité des monastères que l'église de Liège possé- 
dait ou venait d'acquérir ; il fallait, enfin, extir])er les aires 
féodales qui désolaient le pays. Les épisodes suivants mon- 
trent que les trois points de ce programme ont été également 
l'objet de l'attention de Notger. 

Après Liège, aucune localité ne prend dans l'histoire des 
travaux de Notger une place aussi considérable que Lobbes, 
Gela tient sans doute en partie à ce que nous sommes par- 
faitement renseignés sur cette abbaye par son chroniqueur 
contemporain, l'abbé Folcuin, mais il y «i encore une autre 
raison. Lobbes était la perle de la principauté de Liège : 
y toucher, c'était atteindre celle-ci à la prunelle de l'œil (1). 
La richesse de ce vaste domaine, l'éclat des lettres dont bril- 
lait la maison, l'importance de sa situation stratégique, ren- 
forcée par le château de Thuin qui lui appartenait, tout 
faisait de cette abbaye l'orgueil de ses possesseurs. Nous 
avons vu que, dès la première année de son pontificat, Notger 
s'était intéressé à la prospérité de Lobbes, qu'il y avait 
apaisé les dissensions causées par le retour de Rathier, et 
qu'après avoir aifermi la position de l'abbé Folcuin, il avait 
obtenu de l'empereur Otton II, en 973, un diplôme qui 
confirmait et les privilèges de l'abbaye et ses propres 
réformes (2). Depuis ce jour, on peut le dire, il ne détacha 
plus les regards de Lobbes, et à plusieurs reprises, ))endant 
sa carrière, on le vit occupé des affaires de la maison. En 
980, il eut à intervenir pour protéger les droits traditionnels 
de l'abbaye sur les bancroix ou croix banales des villages 
environnants (3). Dix ans plus tard, il lui donna une nou- 
velle preuve d'intérêt en obtenant pour elle la bulle du pape 

finir par en éliminer totalement l'autorité du comte de Namur, qui partageait cette 
localité avec lui. Ceci se passa avant 1070, selon Wauters, De l'oriyine des libertés 
communales, p. 289, et même avant 1047, selon Pirenne, Histoire de la constitution 
communale de Binant, p. 3. 

(1) Ut ecclesiam Lobbiensem qui tangeret, ecclesiae Leodiensi tangeret pupillam 
oculi sui. Compendium, dans Vos, t. I, p. 380; cf. ibid. p. 288. 

(2) V. ci-dessus, p. 54. 

(3) Sur ce point, v. plus loin. 



172 



CHAPITRE XI. 



Jean XV, par laquelle le Saint- Siège confirmait les faveurs 
que lui avait accordées l'empereur Otton II. Dans cette 
bulle, rendue à l'intervention de l'impératrice Tliéophano et 
de lévêque de Wurzbourg, le souverain pontife accordait à 
l'abbé de Lobbes le droit de porter l'anneau d"or et celui de 
se servir à la messe de sandales et de tunique subdiaconales, 
faveurs honorifiques et insignes qui étaient rares à cette 
époque ; il y ajoutait le pouvoir de lier et de délier sous 
réserve de l'autorisation de l'évêque. Quant à l'église du 
monastère, le pape voulait qu'on respectât l'usage ancien 
qui ne permettait pas qu'on enterrât quelqu'un dans son 
cimetière (1). 

Folcuin n'eut guère le temps de jouir des faveurs pontifi- 
cales que venait de lui procurer son éminent ami. La bulle 
de Jean XV, datée du 1" février 990, était à peine arrivée 
à Lobbes, qu'il expirait après une administration de vingt- 
cinq années, au cours de laquelle l'évêque de Liège avait eu 
en lui un collaborateur intelligent et dévoué. Plein d'admi- 
ration pour le grand homme qui avait aplani sous ses pas 
tant de diflîcultés et qui lui avait concilié les papes et les 
empereurs, Folcuin a voulu nous apprendre lui-même 
que la plupart des choses qu'il a faites à Lobbes, c'est sous 
les auspices et sur les conseils de Notger qu'il les a entre- 



(1) Voir le texte de la bulle dans Vos, o. c, t. I, p. 436. Les historiens anté- 
rieurs à notre siècle ne l'ont connue que par la mention qu'en fait au XII^ siècle le 
continuateur de la Chronique de Folcuin, qui s'exprime ainsi : « Immunitatem eccle- 
siae nostrae, suggerente domno episcopo Nothgero, ab Ottone imperatore de no- 
mine II innovari primum, postea. eodem episcopo agenle, a Joanne papa auctoritate 
apostolica conlirmari obtinuit abbas Folcuinus ». Ils ont conclu, comme fait encore 
JaHè, Kei/esta Prnitijinon Roinaminim, t. I, p. 477, qu'il s'agissait de Jean XIII, con- 
temporain d'Otton II, oubliant que ce pape, mort le 6 novembre 972, ne pouvait 
pas avoir confirmé des privilèges conférés par unacte de 973. JalTé, d'ailleurs, donne 
plus loin la bulle sous Jean XV. L'auteur du De fundatiunc et lapsii, c. 13, p. o34, 
a connu notre diplôme, qu'il analyse dans ses dispositions liturgiques et dont il 
sait qu'il est du pape Jean XV. Il en est de même de l'auteur d'une Chronique de 
Lobbex écrite vers 1 102, qui dit (MGH, 1. XXI, p. 308) : Servanfur in arcis cccle- 
siae aucioritatis Imjus privilégia. El illud ([uidem quod papae Johannis habet sigil- 
luiii, ([uia papiro fuit conscriptum, pro vetustate pêne obliteratum, sed ipsum sicut 
aliud quod ab Ottone secundo fuit confirmatum, succedente lempore renovatum est. 



TRAVAUX ACCOMPLIS DANS LA PUTN'CIPAUTÉ. 173 

prises (1). Comme Nolger ù Liège, il fut à Lobbes un grand 
bàtissem', et il v éleva une série de constructions remar- 
quables. Il construisit un beau réfectoire précédé d'un 
vestibule avec un jet d'eau. Il releva de ses ruines l'église 
Saint-Paul, brCdée par les Hongrois, et il y annexa une 
infirmerie. Il embellit l'église du monastère; il orna l'autel 
d'un revêtement d'argent, il lit faire des peintures dans le 
chœur, il fit l'acquisition d'un lutrin en dinanderie qui était 
regardé comme un chef d'œuvre, et dont il se plaît à nous 
donner la curieuse description. Il érigea dans ce même 
sanctuaire un autel dédié à la sainte Croix : il y suspendit 
une couronne de lumière en argent avec inscription. Les 
tours reçurent deux cloches où il avait également fait graver 
des inscriptions par le fondeur Daniel, l'une à la gloire de la 
sainte Trinité, l'autre en l'honneur de saint Ursmer (2). 
C'est ainsi que Notger savait communiquer son zèle aux 
autres, et qu'à Lobbes se reproduisait en petit le spectacle 
de son activité féconde et infatigable. 

A la mort de Folcuin, les moines, qui, depuis Eracle, étaient 
rentrés en possession du droit d'élire leur abbé, firent choix 
pour lui succéder de leur écolâtre Hériger. (3). Hériger justi- 
fiait pleinement l'éloge que firent de lui ses électeurs; il jouis- 
sait dès lors de l'amitié de Notger, qui, nous l'avons vu, l'avait 
emmené en Italie (4). Il n'est donc pas étonnant que son 
élection ait été ratifiée et par l'évêque de Liège, et par celui 
de Cambrai, Rothard, qui n'avait rien à refuser à son ancien 
maître Notger. Hériger fut sacré abbé le 21 décembre 990, 
jour de la fête de saint Thomas (5). Il se montra sous tous 

(1) Creverunt illo tempore et in monastcrio nostro aedificia nonmilla instinctu 
episcopi, opéra abbatis facta. Folcuin, c. 29, p. 70. 

(2) Voir tout le chapitre 29 de la clironique de Folcuin. 

(3) Gesta epp. Camerac, 1, 106, p. 44o. 

(4) V. ci-dessus, p. 87 ; cf. Sigebert de Gembloux, De scriptoribus ecdcsiasticis, 
c. 137. 

(o) Gesta Lobb. contimtala I. c, Sepultus est ante altare sanctijThoniae apostoli 
inecdesia sancti Ursmari, quod quidem altare, quod in die ejusdem apostoli ordinatus 
esset abbas, eidem apostolo consecravit. Annales Lob ienses, a. 990 : obiit Folcuinus, 
substituitur Herigerus natali Domini. On voit que les deux sources se contredisent; 
je tiens pour la première. 



474 CHAPITRE XI. 

les rapports un digne continuateur de Folcuin, et l'école 
monastique garda sous son abbatiat le lustre qu'elle avait 
acquis sous les deux derniers abbés. Lui-même est connu 
comme bâtisseur : nous savons qu'il construisit, du côté occi- 
dental de l'église du monastère, un oratoire dédié à saint 
Benoît, que Notger vint consacrer, on ne dit pas en quelle 
année. Hériger mourut le 31 octobre 1007, devançant de 
quelques mois dans la tombe son illustre patron et protec- 
teur (1). Si, comme c'est probable, Notger a encore eu le 
temps de pourvoir à sa succession, il n'aura pas eu la main 
heureuse celte fois, car l'abbé Ingobrand gaspilla les biens 
du monastère et laissa son école tomber en pleine déca- 
dence : le mal en arriva au point qu'en 1020, il fut déposé 
par les deux évèques de Liège et de Cambrai unis (2). 

Telle est Ihistoire des travaux de Notger à Lobbes. On 
comprend le souvenir reconnaissant qu'on lui conserva dans 
cette abbaye, en même temps que les diplômes où étaient 
consignées les preuves durables de sa générosité pour elle. 
Ces documents, au dire de l'auteur du Vita Notgeri, conte- 
naient encore d'autres dispositions libérales de ce prince en 
faveur des clercs attachés à la maison (3). 

Fortifier ïhuin, c'était encore travailler pour Lobbes, en 
même temps que pour le reste de la principauté. ïhuin 
appartenait de temps immémorial à l'abbaye : dans un 
polyptique de celle-ci, composé vers 868, elle figure en tête, 
sous le nom de Tiidinio castello (4). Cette place forte, située 
à 3 kilomètres en amont de Lobbes, dominait une position 
escarpée sur la rive droite de la Sambre. Les anciens abbés 
aimaient ce séjour, de même que les évêques de Liège celui 
de Huy; ils s'y sentaient à leur aise, et, plusieurs siècles 
après, un chroniqueur retrouvait la trace de leur l'ési- 



(1) Gesta Lobb. continuât, p. 309. 

(2) Gesta epp. Camerac, III, dS, p. 470. 

(3) In armario ejusdem ccclesie, quod numéro et merito librorum valde aiilhen- 
ticum est, inler multa preclara bénéficia, que omnibus in commune providisse 
scriptis aulenticis proditur, in clericos liberalissimus legitur. Vita Notijeri, c. G. 

(4) Voir ce document dans Vos o. c, t. I, p. 4-18 et suivantes; il débute par 
ces mots : Laubacus cum appendiliis ejus : Tudinio castello, etc. 



TRAVAUX ACCOMPLIS DAXS LA PRINCIPAUTÉ. 17o 

dence fréquente à Thuin dans les formules finales des 
diplômes conservés à la hibliollièque de labbaye, et où 
on lisait : Actani castra Tudlnio (1). Lors de l'invasion 
normande de 879, ïliuin avait servi de refuge aux moines, 
qui y avaient transporté les châsses de leurs saints et qui s'y 
trouvèrent en sécurité à l'abri de puissantes murailles (2). 
Il y avait, dans l'enceinte, une église dédiée à saint Ursmer, 
qui est déjà citée au X*" siècle (3). Kn dehors de l'enceinte sur- 
gissait la collégiale dédiée à la sainte Vierge et à saint Théo- 
dard; ruinée par les Normands, elle fut rebâtie vers 938 
par l'évoque Richaire(4). Mais le château portait de l'ombrage 
aux comtes de Hainaut, qui ne voulaient pas que les évêques 
de Liège possédassent à leurs frontières une forteresse de 
cette importance : ils l'avaient démantelé, et l'on a vu que 
l'imminence du danger hongrois n'avait pu les décider à tolé- 
rer qu'il fût rebâti par les moines (o). 

Notger n'était pas homme à supporter longtemps pareille 
humiliation. D'ailleurs, depuis l'expédition victorieuse de 974, 
à laquelle il avait participé, l'orgueil des comtes de Hainaut 
avait été dompté, et l'on peut dire que la libération de Thuin 
fut pour l'évéque de Liège le prix de la victoire. H voulut 
que cette localité devînt le boulevard de l'état liégeois, et il 
n'est rien qu'il n'ait fait pour l'élever au rang d'une ville, à 
l'imitation d'Henri de Saxe, lorsqu'il bâtissait les cités qui 
devaient protéger l'Allemagne contre les Hongrois. Il com- 
mença par relever les ruines du château, et il donna à Thuin 
la solide enceinte de murailles que l'on admirait encore 



(1) De Fundatione et Lapsu, etc., c. 6, p. ooO. 

(2) Quorum metu plura sanctorum corpora et optima quaeque ad lutiora loca 
(leportantur. Sed nostrorum patronorum non necesse fuit longius asportari, quo- 
niani adjacens Tudinii caslrum, idque nobis proprium et munitissimum, fecerat 
affluentes indempnes haberi. Folcuin, c. IG, p. Gl. 

(3) Tudinium denique, nobis adjacens casti-um, locum habebat ecciesiae sancti 
Ursmari memoria sacrum. Folcuin, c. 41, p. 73. 

(-i) Hic recditicavit per dyocesim suam plures ecclesias a Normannis 

destruclas Duodecima sancte Marie sanctique Theodardi Tudiniensis. 

Gesta abbreviata, p. 130. 

(o) V. ci-dessus pp. S8-o9. 



170 CHAPITRE Xl. 

au XIP siècle (l). Cette enceinte était. surtout destinée à pro- 
téger le nord et le nord-est de la ville, car, du côté du sud 
et de l'ouest, l'escarpement de son promontoire, qui s'avance 
entre la Sambre et le ruisseau de Biesmel, n'exigeait pas 
beaucoup dœuvres d'art. L'enceinte notgérienne, beaucoup 
2)lus étroite que le pourpris de la ville au XV IP siècle, ren- 
fermait la partie extrême du promontoire avec le château et 
la place du marché ; elle courait d'une vallée à l'autre der- 
rière les rues de la Montagne et du Mont de Piété. Il 
existe encore, dans la cour d'une maison située rue des 
Nobles, la base d'une tour ronde en grès rouge et en appa- 
reil irrégulier, comme dans les édifices liégeois du même 
prince. Cette construction, dit un archéologue local, devait 
être une tour de garde défendant l'angle sud-est de l'enceinte 
trapézoïdale construite par les soins de Notger, et formait, 
avec celle du nord-est, (dont il reste quelques vestiges con- 
vertis en une terrasse), la principale force de résistance 
de la place du côté oriental (2). Une courtine qui relie cette 
tour à une demi-lune située dans la cour d'une maison de la 
place du Marché constitue avec elle un fragment considérable 
de l'enceinte notgérienne. Un autre fragment se trouve à 
l'extrémité opposée, du côté de la Sambre. Ces fragments 
sont, je crois, les plus anciens monuments que nous ayons 
conservés de l'architecture militaire du haut moyen âge. 

Dans la ville ainsi fortifiée, Notger établit, en leur donnant 
des fiefs, un certain nombre de ses ministériaux, qui en 
devaient former la garnison, et qui, au dire d'un écrivain du 
XIP siècle, y vivaient dans de vastes maisons munies de 
tours solides, sous l'autorité d'un châtelain nommé par 



(1) Tuinum castrum fecit et communivit in defentionem marchie episcopalis et 
protectionem Lobiensis ecclesie. Vita Notgeri, c. 6. 

Evracro succedens Nothgerus episcopus et successu meliore magnis iterum mûris 
et turribus firniis Tudinium munivjt et firmavit usque in hodiernum diem. De fiin- 
datione et lapsii, c. 12, p. SS4. 

(2) Rapport de M. l'abbé Boulmont, dans le Compte-rendu du Cuntjrès archéolo- 
(jique et histurique de Bruxelles, 1891, p. 39i. Cette tour est décrite dans un acte 
de 1307 dont une mauvaise copie est conservée aux archives de Thuin. Je dois une 
transcription de cet acte à l'obligeance de 31. Boulmont. 



Travaux accomplis dans la principauté. 177 

révèque(l). Un tribunal d'échevins, présidé par un maïeur, 
y exerçait la juridiction civile et veillait à l'observation des 
coutumes (2). Tous les fiels donnés à ces défenseurs de 
l'abbaye, soit dans le château de Tliuin, soit en dehors, 
étaient prélevés sur la part qui revenait à l'évêque dans 
l'opulent patrimoine du monastère. Le domaine de Lobbes, 
qui faisait comme un état dans l'état liégeois, reproduisait 
donc en petit les traits que nous aurons à décrire en parlant 
plus loin de la principauté. 

C'est grâce aux annalistes lobbiens que nous avons pu 
retracer ici le tableau de l'activité déployée par Notger dans 
la vallée de la Sambre. Nous sommes moins heureux en ce 
qui concerne Fosse, autre abbaye appartenant à l'église de 
Liège. Cette maison, font^ée au VIP siècle par un apôtre 
irlandais du nom de Foillian ou P'euillien, sur une terre qui 
appartenait à l'abbaye de Nivelles, était en Belgique le plus 
ancien (3) de ces nombreux hospices de Scots qui servaient, 
si l'on peut ainsi parler, de pied à terre aux missionnaires 
irlandais sur le continent (4). Elle avait dès 870 assez d'im- 
portance pour être mentionnée dans l'acte de partage qui 
coupa en deux le royaume de Lothaire, et qui la mit, avec 
sa maison-mère, Nivelles, dans la part de Charles-le- 
Chauve (3). Mais, quelques années après, l'abbaye partagea 
le sort de tous les monastères lotharingiens : elle fut incen- 
diée par les Normands. Elle se releva bientôt de ses ruines, 
grâce, apparemment, à l'abbesse Gisèle, fille de Lothaire II, 
qui, veuve du Normand Godefroi, venait d'entrer comme 
religieuse à l'abbaye de Nivelles. C'est Gisèle aussi qui 
donna à l'église de Liège cette maison restaurée par elle. 

(i) De fundatione et lapsu, c. 42, p. 533. Cf. les mesures prises par Erluin de 
Cambrai lors de la fondation du Cateau-Cambrésis. Gesta epp. Cam., I, 412 et 113, 
p. 4o0. 

(2) 0. c. ibid. 

(3) V. De Buck dans Acta Sanctonim, l. XIII d'octobre, p. 428b. 

(4) Vita sancti Foilliani dans A A. SS., t. XIII d'octobre, et cf. Vita s. Gerirudis 
dansS/Î.V, t. II, p. 402. 

(î)) Annales Bertiniani ad ann. 870, p. 489. Ce monasterhan Srotorum qiiod Fos- 
sae vocatur est mentionné dans Eginhard, Translatio ss. Marcellini et Pétri, c. 86. 

I. 12 



178 CHAPITRE Xî. 

Nous ne savons pas la date exacte de cette libéralité, que le 
roi Louis l'Entant ratifia par diplôme de 907 (1). 

Notger a-t-il, le premier, substitué aux religieux le collège 
de chanoines qui a occupé l'abbaye jusqu'à la fin ? Cette 
hypothèse est assez spécieuse à première vue ; toutefois, elle 
semble peu compatible avec les textes. D'une part, le conti- 
nuateur de Sigebert nous apprend que des chanoines rem- 
placèrent les religieux en 890 (2). De l'autre, un écrit du X* 
siècle nous montre en 918 un archidiacre quittant Fosse avec 
un cortège de clercs et de laïques pour aller au devant des 
reliques de saint Eugène (3). Si l'on peut ajouter quelque 
valeur à ce passage, il signifie que dès lors, et probablement 
depuis sa reconstruction par la princesse Gisèle, la maison 
était occupée par un chapiti-e canonical (4). 

La localité qui était venue se grouper autour de l'abbaye 
avait ou devait acquérir bientôt une certaine importance. 
En 974, nous la trouvons en possession d'un marché 
qu'Otton II céda à notre évoque avec les droits de tonlieu et 
de monnaie (5). 

Notger, toutefois, ne crut pas devoir faire pour Fosse ce 
qu'il avait fait pour Thuin : s'il fortifia l'église et les cloîtres, 
en'*les entourant d'une puissante muraille garnie de tours, 
il laissa en dehors de l'enceinte la bourgade proprement 
dite, qui ne fut emmuraillée que longtemps après lui (6). L'en- 

(1) Bormans et Schoolmeesters, t. I, p. 12. J. Borgnet, Cartulaire de Fosse, 
p. 1. Le nom du chancelier Ernuldus doit être lu Ernustus, v. Bohmer-Mûhl- 
bacher, Regesta [mpevii, t. I, p. 737 et Reusens, A EB, XXV (1893), pp. 98-101. 

(2) Sigeberti Contiti. p. 391 ; Cf. Albéric de Troisfontaines, p. 747. 

(3) Translatio s. Eugenii, c. 7 : Copiosa sibi juncta ex monasterio sancti Foil- 
lani clericorum ac laicorum turma. {AB. III, p. 34). Cf. D. U. Berlière, Monas- 
ticon Belge, t. I, p. 38. 

(4) Kairis, Notice historique sur la ville de Fosse, Liège, 1858, p. 78 p. 19, veut 
que le changement soit dû à Notger, mais il n'apporte aucune preuve. Devaulx, 
t. II, p. 30, semble vouloir établir une opinion moyenne en disant que Notger a ré- 
duisit les chanoines à la vie commune ». De Buck, AA.SS., t. XIII d'octobre, p. 478, 
expose les deux opinions sans se prononcer. Il serait étonnant d'ailleurs, si Notger 
était l'auteur de la substitution des chanoines aux religieux, qu'aucune source ne 
nous eût conservé le souvenir d'un fait de cette importance. 

(5) V. ci-dessus, p. 61. 

(6) Fossensem ecclesiam condidit, et muro eidem ecclesie circumdato, et lurri- 



TRAVAUX ACCOMPLIS DANS LA PRINCIPAUTÉ. 179 

ceinte notgcrienno portait le nom de château, que lui donne 
déjà le Vita Notgeri, concurremment avec ceux à'encloîlre 
ou de chapitre; c'était, si l'on peut ainsi parler, la ville des 
chanoines; elle comprenait la résidence de l'évêque, l'église 
collégiale, le cimetière et les maisons claustrales. La tour de 
Morialmé, que les érudits, sans preuve, l'ont remonter à 
l'époque de Notger, et qui subsista jusqu'en 1853, était con- 
tiguë à la résidence épiscopale, dont elle avait peut-être été 
le donjon dans les premiers temps (1). « C'était, dit un his- 
torien local, un vaste quadrilatère bâti en moellons schisteux 
et surmonté d'un toit à quatre faces; elle était percée de 
trois fenêtres principales, dont l'une consistait simplement 
dans l'embrasure d'un hémicycle aplati; une autre fenêtre 
beaucoup plus remarquable se trouvait à l'étage supérieur; 
elle était divisée par un meneau en pierre grossièrement 
taillée et surmontée d'un linteau triangulaire. L'angle de la 
tour, depuis le sommet jusqu'au milieu de la base, témoi- 
gnait, par sa teinte foncée et par sa construction, que l'édi- 
fice avait été primitivement adossé à une butte. On pouvait 
voir également que le sol avait été abaissé à cet endroit, 
et qu'il s'élevait autrefois jusqu'à la hauteur de la première 
fenêtre, qui servait alors de soupirail (2) ». 

Telle était la ville des chanoines. Quant à la ville des bour- 
geois, elle resta longtemps encore une simple agglomération 
ouverte, dont la population, en cas de danger, trouvait un 
refuge derrière les hautes murailles de lencloître. C'est seu- 
lement en lloO qu'instruit par une récente et terrible leçon, 
l'évêque de Liège imagina de fortifier la ville des bour- 
geois (3) en la reliant au château (4) par une ligne continue 

bus in defensionem mûri constitutis, intra religione et foris eam communivit valida 
castri complexione. Vita Notyeii, c. 6. 

(1) J'ai suivi dans cette description le judicieux érudit J. Borgnet, Carinlaire de 
la commune de Fosse, Namur, 1867, p. XVIII et suivantes. 

(2) Kairis, o. c, Liège 1838, p. 18. 

(3) 1149. Henricus episcopus castrum Fossense reedificat, deinde urbem nuiro 
circunidat. Annales Fossenses, p. 31. Ce texte est formel, et je ne sais pourquoi 
Borgnet, qui le croit « trop vague », veut faire descendre jusqu'au XlIIe siècle 
la construction des murs de la ville des bourgeois. 

(4) Le lumineux exposé de Borgnet réduit à néant le système de Kairis, o. c. 



180 CHAPITRE XI. 

de remparts. Bourgeois et chanoines ne s'entendirent pas 
toujours, et, quand ceux-là croyaient avoir à se plaindre de 
ceux-ci, ils obstruaient la ruelle qui porte aujourd'hui le nom 
de Thée-Dinant, seul passage par lequel on pouvait arriver 
du château dans la ville. 

Les travaux de Notger ne semblent pas avoir profité seu- 
lement à la prospérité matérielle du chapitre de Fosse. Nous 
y voyons régner une activité littéraire et artistique de bon 
aloi; à trois ou quatre reprises, au cours du XP siècle, on y 
écrivit la vie du saint patron (1), et l'on fit exécuter, pour 
renfermer ses reliques, une châsse qui, à en juger d'après 
une description contemporaine, doit avoir été une œuvre des 
plus remarquables (2). 

C'est maintenant à l'extrémité septentrionale de sa princi- 
pauté que nous devons nous transporter avec Notger. Chose 
curieuse! les localités qui ont gardé quelques souvenirs de lui 
sont précisément celles qui, par leur voisinage de la fron- 
tière, réclamaient le plus impérieusement sa sollicitude, et 
cette circonstance plaide pour la véracité des traditions 
locales qui, comme celle de Malines, ne nous sont pas 
conservées par des documents contemporains. Malines était, 
en 870, une abbaye de bénédictins assez importante pour 
être, comme Fosse, énumérée parmi celles qui furent com- 
prises dans la part de Charles le Chauve (3). Dès les pre- 
mières années du X^ siècle, elle appartenait à l'église de 
Liège (4), mais on ne sait pas au juste comment celle-ci 
l'avait acquise. Une tradition malinoise croyait pouvoir le 

p. iT, qui soutient que la ville des bourgeois doit elle-même son enceinte à Notger. 
Celui-ci, s'inspirant de ce qu'il avait fait à Liège, aurait voulu faire contribuer le 
ruisseau de Biesme à la défense de la ville ; il en aurait donc détourné le cours 
pour le taire passer au pied des remparts, de manière à contourner toute la ville, 
excepté du côté de l'ouest, où elle était protégée par le Château. La description de 
Kairis s'applique en réalité à l'enceinte du XII^ siècle. 

(1) On trouve ces documents au t. XIII d'octobre des Acta Sanctorum. 

(2) Sur cette châsse, voir mon mémoire intitulé Renier de Huy, dans BÀRE, 
4903, pp, 510 et o62-So3. 

(3) Annales Brrtiniani, I. c. 

(4) Voir le diplôme de Charles le Simple en 9lS dans Bormans et Schoolmeesters, 
Cartulaire de Saint- Lambert, t. I, p. 16. 



TR4VAUX ACCOMPLIS DANS LA PRINCIPAUTE. 



I8l 



dire. D'après elle, Arnoul Berllioud, seigneur de Malines au 
X^ siècle, avait partagé la ville entre ses deux fils aînés : 
l'un d'eux, Jean, prit Ihabit à Lobbes et donna sa part à ce 
monastère. Son frère s'en étant emparé injustement, Lobbes 
céda ses droits à Notgcr, qui fit lâcher prise à l'usurpateur et 
établit un chapitre à douze prébendes dans la moitié lob- 
biennc de Malines (1). Cette tradition (2), dont la version la 
plus ancienne ne remonte pas plus haut que le commencement 
du XIV siècle, a le défaut de n'expliquer qu'en partie le 
problème, car c'est la ville de Malines tout entière et non 
la moitié de celle-ci que l'église de Liège possédait, et cela 
bien avant le temps de Notger. Il est d'ailleurs à remarquer 
que le plus ancien des Berthoud malinois, Wautier, n'appa- 
raît qu'à la date de 1096 (3). L'origine des droits de Liège 
sur Malines reste donc jusqu'à présent plongée dans les 
ténèbres, (4) et il en est de même de la substitution des 
chanoines réguliers aux moines bénédictins (o). 

Ce que nous savons, c'est que l'église de Liège possédait 
Malines depuis une date qu'on peut cù*conscrire entre les 
années 908 et 91 o. En cette dernière année, Etienne, évêque 
de Liège, avait passé un contrat de précaire avec im comte 
du nom de Windérie, qui recevait poui^ sa vie l'abbaye de 
Saint-Rombaut, mais qui, après sa mort, devait la rendre en y 
ajoutant l'abbaye d'Hastière (G). Ce contrat, approuvé par le 
roi Charles le Simple, avait naturellement sorti ses effets, 
car, en 980, nous trouvons la ville de Malines au nombre des 
domaines dont l'empereur Otton II confirme la possesion à 

(1) Vos, t. I, p. 304. 

(2) Vos se donne le tort de la reproduire comme un fait historique avéré. 

(3) Van den Branden de Hcelh, Recherches sur l'origine de la famille des Ber- 
thoiit, [MCARB, t. XVII), pp. 40 et 43. 

(4) II est inutile de discuter une historiette de Jean d"Outremeuse, II, p. 2S3, 
reproduite par Gramaye, Machlinium, II, p. 2, d'après laquelle Malines aurait été 
vendu en 500 par le duc Guyon d'Ardenne à son neveu saint Monulfe, évêque de 
Liège. Il n'a jamais existé de duc Guyon d'Ardenne. 

{îî) Cette substitution était un fait accompli au moment où fut écrit le Gesta epp. 
Camerac. (v. cet ouvrage, II, 48, p. 4G.'>). 

(6) Bormans et Schoolmeeslers, t. I, p. 16. Cf. Lahaye, Êtudç sur l'abbaije dç 
Waulsort, BSAHL, t. V, (1889), p. 219, 



182 CHAPITRE XI. 

Notger(l). Cette localité avait beaucoup souffert de l'invasion 
des Normands, et il ne paraît pas qu'avant Notger aucun 
évêque de Liège se soit préoccupé de secourir une détresse 
si lointaine, ayant sous ses propres yeux tant de maux à 
réparer. Il n'est donc pas étonnant que l'église et l'abbaye 
aient dû attendre jusqu'à lui pour se relever de leurs ruines. 
C'est lui, selon toute apparence, qui les a restaurées l'une 
et l'autre, en remplaçant les bénédictins par des chanoines. 
Du moins, nous pouvons affirmer que cette substitution a eu 
lieu entre les années 908-913, où nous trouvons encore Saiut- 
Rombaut occupé par des moines (2), et 1041-1043, où la pré- 
sence des chanoines y est attestée pour la première fois (3). 
Des sources du XVP siècle, qui semblent se faire l'écho 
d'une bonne tradition, assurent qu'après avoir rebâti l'édifice, 
Notger y aurait fondé les douze premières prébendes (4). 

Selon toute probabilité, Notger a également fortifié Ma- 
lines et lui a donné sa première enceinte de murs. La chose, 
il est vrai, ne nous est attestée que par des auteurs assez 
récents (5), mais, outre qu'ils semblent parler d'après des 
sources antérieures aujourd'hui perdues, tout nous porte à 
croire que Notger a dû faire pour Malines ce que nous 
l'avons vu faire pour Liège, pour Thuin et pour Fosse. Les 
comtes de Flandre et les ducs de Brabant, auxquels il 
touchait de ce côté, n'étaient pas des voisins moins remuants 

(1) V. le diplôme d'Otton II cité et analysé ci-dessus, p. 66. 

(2) V. ci-dessus, p. -181. 

(3) C'est la date à laquelle fut écrit le Gesta episcoporum Cameracensium, dans 
lequel nous lisons 11, 48, p. 465 : Apud Maslinas quoque est monasterium canoni- 
corum, ubi quiescit preciosus Dei martyr Rumoldus, génère Scotus, qui vitam 
eremiticam ducens, inibi martyrizatus est. Hoc autem monasterium ab antiquitate 
constructum regalibus emolumentis maxime augmentatur. 

(4) In eccifcsia collegiata sanctl Rumoldi Mechliniensis instituit Notgerus duode- 
cim primas praebendas. Vita Notgeri de Langius, p. 72. Gramayc, llistoriae et anti- 
quitatum urbis et provinciae ilecfiiinietisis libri III, Bruxelles, 1609, I. III, cli. 4, 
dit avoir lu apjid scriptores qu'aux douze chanoines de Notger la comtesse Gerlende 
en ajouta d'autres : quaenam illa Gerlendis sit fateor me ignorare. Remmerus Vale- 
rius, Cfiruiiijke van Mechelen, Malines. s. d. p. 7, l'appelle Gela, comtesse de Namur. 

(o) Gramaye, o. c. III, 6; Remmerus Valorius, o. c, p. 7; David, Geschiedenis 
van Mechelen, p. 27, note; Van den Brandon de Reeth, o. c, p. 41 et tous les 
historiens de Liège, notamment Fisen, Foullon, Bouille et de Gerlache. 



TRAVAUX ACCOMPIJS DAXS LA PRINCIPAUTÉ. 183 

que les comtes de lîainaut. En vain alU'guera-t-on qu'au 
témoignage d'un chroniqueur du XIIF siècle, Malines n'était 
pas encore fortifiée en 1208, lors du siège qu'y vint mettre 
Henri de Gueldre (1) : à supposer qu'on ait bien compris les 
paroles de Jean Van Heelu et qu'il faille le prendre au pied 
de la lettre, ce chroniqueur n'a pu penser ici qu'à la 
seconde enceinte, considérablement élargie, et avant la 
construction de laquelle la plus grande partie du Malines 
d'alors était ellectivement sans défense (2). L'enceinte not- 
gérienne, nous disent les historiens, allait de la porte d'IIans- 
wyck à celle de Neckerspoel et consistait en un mur protégé 
par un fossé ; tout le reste était formé de simples palissades (3). 

(1) Jean Van Heelu, Rijmkronijk, v. 350 et suivants : 

Al woudic seggen nu en conde 
Vanden heeren nlet tgetal 
Die de bisscop met lien al 
Voor Mechelen doen brachte 
Daer hi vore mure ende graclite 
Noch ancler porte en f/hcne en tant 
Sonder die van Brabant 
Ende heeren Berthouts mage, 
Die fiadden soe sterche lagfie 
Voor Mechelen soe (jheleegt 
Dut dicwile wert (jheseegt 
Dat men en wiste van steenen 
In al tlnnt muer en ghenen 
Soe seker ende soe vasten 
Aise Mechelen hadde metten gasten 
Die hen te hulpen comen waren 
Ende bereet met haren scaren 
Hilden, torsse ende te voete 
Den bisscop Hein rie te ghemoete; 
Soe dat hire door moeste liden 
Soude hi te Mechelen in ridcn. 

(2) C'est de la même manière que les chroniqueurs liégeois du XHI^ siècle nous 
disent que, lors de l'attaque de cette ville par le duc de Brabant Henri Ie>" (1212), 
elle était encore sans fortifications (Siquidem nondum civitas mûris circumdata erat. 
Triumphus s. Lamberti de Steppes, c. 3, p. 17o). Ils pensent à la seconde enceinte, 
élargie, qui surgit à cette époque, et non à celle de Notger, qui ne protégeait que le 
cœur de la ville. 

V. David, Gcschiedenis van Mechelen. p. 27, note : a Het Mechelen der XHIe eeuw 
was veel grooler dan dat der tiende, en zoo is de schijnbare tegenspraak gemak- 
kelijk weg te ruimen. 

(3) Gramaye, III, 6 : Et quidem Notgeri Leodicensis episcopi aevo, constat urbis 



184 CHAPITRE XI. 

Tels sont les travaux accomplis dans la principauté par 
Notger, et dont le temps a laissé subsister quelques traces. 
Us donnent une haute idée de lui comme homme de gouver- 
nement. Chef d'un territoire extrêmement déchiqueté, sans 
cohésion, sans frontières naturelles, il ne recule pas devant 
les obligations que lui impose sa qualité de prince, et il 
aborde résolument la grande tâche de fortifier ses frontières 
et d'opposer la force à l'invasion. On appréciera ce que 
vaut cette initiative si l'on réfléchit que les plus grandes 
villes du voisinage ne furent fortifiées que longtemps après 
les siennes : Aix-la-Chapelle entre 1172 et 1176 (1), Louvain 
en 1156 (2). 

Fortifier les villes, c'était une nécessité ; démolir les châ- 
teaux des seigneurs pillards, c'en était une autre, et plus 
impérieuse encore, à laquelle ne s'est dérobé aucun des 
grands évêques du X^ siècle (3). Dans ce combat pour la paix 
publique, les prélats pouvaient comiîter sur le concours des 
rois, et ceux-ci, à l'occasion, ne le leur marchandaient point. 
Lothaire, en 958, vint en personne prêter main forte à 
Artaud de Reims devant Coucy; le château, au siège duquel 
se trouvaient un grand nombre de comtes et d'évêques, fut 
restitué à l'église de Reims. Le même roi prêta un concours 
non moins efficace à Roricon de Laon, qu'il aida à reprendre 
le château de La Fère (4). On n'en finirait pas s'il fallait 
énumérer tous les exemples de ce genre de collaboration 
royale à l'œuvre des grands feudataires. 

Notger, à en juger d'après la situation de son j)ays et 
d'après l'exemple de ses contemporains, aura abattu plus 
d'un repaire féodal, bien que, de toute sa campagne contre 



illud latus ab Hanswyckana, quae tum Leodicensis vocabatur iisque ad Neckerspo- 
liam portam muro fosrâqiie munitum fuisse, alla parte ligneis scpimentis instructa. 
Reniinerus Valerius, Chronijke van Mechelen, p. 7, écrit : 992 wordt door Notger 
gemaekt den muer ende veste tusschen de Hanswyck-en de Neckerspoelpoort. 

(1) Hagen, Geschichte Achens, t. I, p. 13o. 

(2) E. Van Even, Louvain dans le passé et dans le présent, p. 100. 

(3) Adalbéron II de Metz en détruisit trois pour son compte : Lanfrocourt, Ven- 
doeuvre et Alteriacum. 

(4) Lot, pp. 23 et 24. 



TRAVAUX ACCOMPLIS DANS LA PRINCIPAUTE. 185 

les châteaux, lliistoire nous ait garde à grand' peine le sou- 
venir d'un seul épisode, et encore combien déiiguré par la 
légende ! Le hasard a voulu que cet épisode soit devenu, 
grâce à elle, la page la plus célèbre de l'histoire de notre 
prince; il nous importe donc de l'étudier avec quelque détail. 
De tous les châteaux auquels en voulait Notger, aucun ne 
le préoccupait plus vivement que celui de Ghèvremont, dont 
il voyait de sa propre capitale les hautes et sombres tours 
surgir vers le ciel comme une menace vivante. Depuis la 
mort du comte Immoii, son dernier possesseur connu, cette 
forteresse avait eu de nouvelles vicissitudes. Elle semble bien 
avoir été au pouvoir de l'empereur le jour où celui-ci en 
donnait l'abbaye à l'église d'Aix-la-Chapelle (1), mais elle 
était retombée ensuite, selon toute apparence, au pouvoir de 
quelque vassal plus puissant que fidèle. Ainsi s'explique le 
nouveau siège qu'elle eut à soutenir, pendant l'été de 987, 
de la part de l'armée impériale (^). Deux raisons ramenaient 
sous ses murs les soldats allemands. D'une part, le château 
avait servi et peut-être servait encore d'asile aux ennemis du 
jeune roi Otton III, à qui son parent Henri de Bavière avait 
fait une si rude opposition, et il importait de les débusquer si 
on ne voulait laisser ouvert au roi de France le chemin de 
l'Allemagne. De l'autre, Notger occupait à la cour impériale 
une jiosition des plus élevées, et il n'est pas douteux qu'il 
aura mis en jeu toute son influence pour obtenir le secours 
des souverains contre le plus dangereux de ses voisins. Le 
siège, auquel nous voyons assister l'impératrice en per- 
sonne (3), dura assez longtemps. En effet, Gerbert de Reims 

(1) Voir ci-dessus, p. SI. 

(2) Il ne nous est connu que par la mention qui en est faite incidemment dans 
une lettre de Gerbert à Adalbéron de Reims : Quâ fiduciâ quàve cautelâ colloquio 
0[donis] et H[erberti] expetenda vobis sint pervidete, ne forte propter praesentem 
obsidionem Caprimontis nova in vos novis dolis undecunquo comparentur consilia. 
Lcttre.1 de Gerbert, n» 102, p. 9i. Cette lettre.comnie le montre l'éditeur, fut écrite 
en avril- juin 987. 

(3) Lettre d'Adalbéron de Reims à Tliéophano : Num castra ad eoruiii 

votum exlruerepatiemini, qui nunc furtivas delectorum militum contralumt copias, 
ut in vos, si apud Caprimontem estis, impetum faciant ? Lettres de Gerbert. n" 103, 
p. 93. Cette lettre est de juin 987, de l'avis concordant de Havet et de Lair. 



186 CHAPITRE XI. 

s'y trouvait ; il date de Chèvremont la lettre qu'il écrivit, au 
I)rintemps de 987, à son maître l'archevêque Adalbéron de 
Reims. Cette même lettre nous apprend qu'il devait y re- 
tourner, porteur d'un message de l'archevêque à l'impéra- 
trice. Voilà qui suppose quelques semaines de siège prévu. 
C'est, sans aucun doute, à la demande de Notger et pour lui 
rendre service que Théophano avait amené l'armée impériale 
devant cette forteresse, qui défiait l'effort de ses armes, 
Anselme nous l'insinue en nous disant que Notger s'employa 
à délivrer ses sujets de ce mauvais voisinage (1). Etant 
donnée l'extrême concision de cet auteur, qui suppose les 
faits connus et les rappelle souvent par voie d'allusion, cela 
signifie bien que ce n'est pas par lui-même, mais grâce à l'ap- 
pui d'autrui que Notger parvint à détruire l'odieuse bastille. 
Nous ignorons d'ailleurs si le château fut emporté de vive 
force ou s'il capitula ; mais comme, quelques années plus tard, 
nous le trouvons détruit, il n'est que logique de supposer 
qu'il le fut à cette occasion. Rien ne nous défend de nous 
figurer ce siège de Chèvremont à la manière de tous ceux de 
cette époque. Je ne dis pas que les assiégés jetèrent des 
ruches d'abeilles sur les assiégeants, comme la chanson 
populaire veut qu'ait fait le comte Immon, enfermé, quel- 
ques années auparavant, derrière ces mêmes murailles qu'as- 
saillaient aujourd'hui les armées impériales (2). Mais je vois 
que, peu de temps après Notger, un évêque de Liège, qui fut 
comme lui un dénicheur de brigands féodaux, emploie des 
claies, fait transporter des fascines, recourt à des béliers 
pour battre les murailles et à des cataxmltes pour lancer des 
pierres, pendant que, du haut de leurs remparts, les assiégés 
adressent des injures à l'ennemi et lui demandent s'il est fou 
de s'attaquer à une enceinte aussi redoutable. L'évêque, 
pendant ce temps, implore le secours d'en haut, en veillant 
et en chantant des psaumes (3). 

Et ce n'est pas le seul côté intéressant que présente à cette 
époque le siège d'une bastille féodale par un prince-évêque. 

(1) Libcrare studuit. Anselme, c. 2o, p. 203. 

(2) Cr. G. Kurth, Le Comte Immon, BARB, 1898, p. 323. 

(3) Anselme, c. 53, p. 222. 



TRAVAUX ACCOMPLIS DANS LA PRIXCIPAUTE. 187 

Lorsque Rothard de Cambrai, contemporain et ami de Not- 
ger, marchait contre la tour de Vinchy pour la détruire, il 
comptait dans son armée, à côté des milices féodales placées 
sous les ordres des comtes Arnoul et Godefroi, des bourgeois 
de sa ville et même de pauvres paysans (i). C'est le chroni- 
queur de Cambrai qui nous le rapporte, et il n'est pas dou- 
teux que nous lirions la même chose dans l'histoire de la 
destruction de Chèvremont, si l'histoire avait parlé ici avec 
autant d'éloquence que la légende. Ce sont, tout me porte à 
le croire, les Liégeois eux-mêmes qui montèrent à l'assaut 
de la forteresse, tout comme les paysans français à l'assaut 
de la tour du Puiset sous les ordres de Louis VI (2). 

Chèvremont enfin, de quelque manière que ce fût (3), 
tomba au pouvoir des assiégeants, et l'impératrice s'empressa 
de le faire démolir. Ce dut être un beau jour pour l'évêque 
et son peuple, et il est facile de se figurer avec quel enthou- 
siasme furent exécutés les ordres de la souveraine. Le X^ et 
XI" siècle ont assisté à plus d'un épisode de ce genre ; tout 
le monde s'employait alors à l'œuvre de destruction : les 
clercs, les citadins et les paysans. Qu'on lise, par exemple, 
l'histoire de la démohtion du château de Mirwart, dont l'abbé 
Thierry de Saint-Hubert avait enfin arraché la sentence de 
mort à l'évêque de Liège Henri P^ Dans cette page où vibre 
encore l'enthousiasme du narrateur contemporain de l'évé- 
nement, on retrouvera, à n'en pas douter, quelque chose de 
l'explosion de joie passionnée avec laquelle, Chèvremont pris, 
les Liégeois se ruèrent sur la bastille maudite pour l'efTacer 
de la surface de la terre (4). 

(1) Gestaepp. Cartier., I, ^03, p. 444. 

(2) Suger, Vie de Louis- le-Gros, c. 48, pp. 63-66, éd. A. Molinier. 

(3) Ce serait à la suite d'une capitulation, s'il fallait admettre avec Raikem, 
Quelques événements du temps de Notcjer, Liège i870, pp. 30 et o\, que la lettre de 
Gerbert à Notger (n» 66, p. 63) dans laquelle il lui parle d'un château assiégé 
devant se rendre le lendemain, doit s'entendre de Chèvremont. 11 n'en est rien. 
Havet assigne a cette lettre la date de 985 (Lair, p. 180, préfère 984), alors que le 
siège de Chèvremont a lieu en 987. D'ailleurs, Gerbert assiste au siège et Notger 
n'y assiste pas : cela suffit pour Indiquer qu'il s'agit d'un autre siège que celui de 
Chèvremont. 

(4) Clirunicon Sanrti Iluberti, c. 48, p. 594; cf. Gesta ej>p. Camerac, I, 103, 
p. 444 (destruction du château de Vinchy). 



1S8 CHAPITRE XI. 

La démolition du diàteau entraînait nécessaircinent celle 
de ses chapelles : ainsi le voulaient les nécessités militaii'es. 
Mais ri^'glisc ne permettait pas qu'une fondation religieuse 
fût supprimée sans plus, et les prébendes de Ghèvremont 
furent rattachées à Fégiise d'Aix-la-Chapelle, qui, depuis 972, 
ainsi qu'on l'a vu, possédait l'abbaye du lieu. Anselme fait 
honneur à Nolger de la modération avec laquelle, pouvant, 
dit-il, enrichir son église des dépouilles du château détruit, 
il aima mieux les laisser à la ville de la résidence royale, 
pour ne pas prêter à la suspicion. S'il entend parler ici de 
l'usage qui fut fait des dîmes de l'abbaye castrale, il commet 
une erreur. L'église d'Aix-la-Chapelle étant le légitime pro- 
priétaire de 1 abbaye détruite, il ne pouvait pas être question 
de lui enlever ce qui était à elle, et il n'y avait aucune modé- 
ration à respecter son droit. Mais il est probable qu'Anselme 
pense au butin fait dans le château même et que Notger aura 
agi, en cette occurrence, avec la modération prudente qu'en 
pareil cas d'autres prélats déployaient aussi (1). 

Les Liégeois se souvinrent longtemps de ce qu'ils avaient 
.eu à craindre et à pâtir de la redoutable bastille, dont les 
ruines menaçantes continuèrent, pendant bien des siècles, de 
dominer la côte abrupte baignée par les flots de la Vesdre (2). 
S'il faut en croire un historien, ils auraient pris l'habitude 
de faire jurer à chacun de leurs princes, lors de son avène- 
ment, que jamais il ne rebâtirait Chèvremont (3). C'est aussi 

(1) Voir par exemple ce qui est dit d'Adalbéron II de Metz dans la vie de ce pré- 
lat par Constantin, c. 21, p. GG6, à l'occasion de la pi'ise d'un repaire de brigands : 
Quia vero pietalc magis quam avaritiâ haec faciebat, ea res indicio erat, dum ab 
aliquo maligno quippiam lege accipiebat, suis usibus exinde nihil unquam miscerc 
voiuit, sed aut pauperibus ea statim distribuenda, aut restaurandarum ecclesiarum 
usibus largienda dispertiebatur. 

(2) Veterum sane muroi'um ruinae — • — indicant loci amplitudinem, écrit Fisen, 
0. c, I. p. i^i, col. 2, hij'ra. Il n'en existe plus aucun vestige depuis longtemps, 
ce qui n'empêche pas F. Henaux d'éci'ire en 1872, Histoire du pays de Lièye, 3» édi- 
tion, t. I, p. MO, note 2 : « Des restes considérables des murailles de Chèvre- 
mont subsistent encore. Elles sont construites en pflit appareil. On est frappé de 
leur caractère antique (!) ». Cela est faux, et l'était en 1872 tout autant qu'en 
dOOi. 

(3) Caverunt Leodienses tanto studio, ([uantum perpessi fuerant malum. Suis 
profecto principibus, dum inaugurarentur, solenne id esse sanxerunt pcr tôt jam 



TRAVAUX ACCOMPLIS DANS LA PRINCIPAUTÉ. 489 

le spectacle des ruines, si bien fait pour tenir les imaginations 
en éveil, qui devait, quelques générations plus tard, donner 
naissance à une dramatique légende. A une époque où le 
souvenir des circonstances dans lesquelles avait péri le châ- 
teau était perdu, et où Ion ne pouvait se figurer qu'un évoque 
à lui seul eût eu raison de ces maçonneries formidables, il 
fallait s'expliquer leur destruction par quelque stratagème. 
Voici donc lliistoire qu'à partir de la fin du XIP siècle on 
se raconta à Liège et dans les environs. 

Le château de Chèvremont était habité, du temps deNotger, 
par un homme puissant et redoutable, et l'évéque se deman- 
dait comment il parviendrait à s'en emparer, quand une cir- 
constance fortuite lui en olïVit l'occasion. La châtelaine ayant 
mis au monde un fils, son mari invita Notger à le venir 
baptiser. L'évêque promit d'aller un jour déterminé procéder 
à cette cérémonie avec un grand cortège. Mais il devança la 
date fixée, de peur que le châtelain ne vînt à sa rencontre à 
Liège et ne découviùt la ruse qu'il ourdissait. Habillant donc 
en prêtres un grand nombre de ses soldats, qui cachaient 
leurs armes sous leurs surplis, et leurs casques sous des 
capuchons, il partit en procession solennelle. On annonce au 
châtelain que Notger vient le visiter avec presque tout 
son clergé : il accom^t au devant du cortège et l'introduit 
dans le château avec toute sa suite. Mais à peine les guer- 
riers de Notger y sont-ils entrés que, sur l'ordre de l'évêque, 
ils jettent bas leur costume ecclésiastique, massacrent tout ce 
qui leur résiste et s'emparent de la forteresse, qu'ils détrui- 
sent de fond en comble. Après quoi ils retournèrent à Liège, 
emportant avec eux les reliques des saints, qu'ils déposèrent 
avec respect dans la cathédrale. 

Telle est la légende qui, consignée pour la première fois, au 
commencement du XlIP siècle, dans un résumé de la chro- 



aetates, ut roncepti junsjurandi religione tenerendir impedire, ne quis aliquando 
novis operibus locum inuniret. Ita fama est. Et priscis fortasse temporibus usur- 
patum fuit, quando recens toieratorum malorum memoria novum ab aliis metum 
incutiebat. Hodie nullam hujusce jupisjurandi mentionem invenio. Fisen, Sancta 
Legia, t. I, p. loi. 



190 ' CHAPITRE Xï. 

nique d'Anselme (1), s'est répandue ensuite dans les chroni- 
queurs et dans les historiens comme un fait avéré. Accueillie 
par Gilles d'Orval, dont la compilation absolument dépour- 
vue de critique est devenue, à partir du XIIP siècle, la base 
de l'histoire liégeoise, amplifiée et dramatisée au XIV* 
par la féconde imagination de Jean d'Outremeuse, introduite 
au XV", avec une variante assez considérable, dans la chro- 
nique de l'abbaye de Saint-Laurent, elle a été rééditée suc- 
cessivement par tous les historiens tant liégeois qu'étran- 
gers, et c'est de nos jours seulement que les érudits l'ont 
définitivement éliminée de l'histoire (2). 

Nous venons d'énumérer les souvenirs que la principauté 
de Liège a conservés des travaux de son premier souverain. 
Tous, on le voit, se rapportent, comme dans la capitale, 
à un même ensemble de grandes constructions religieuses et 
militaires, ou à des luttes pour défendre le pays contre la féo- 
dalité pillarde et oppressive. Ils se groupent autour de quel- 
ques noms : Liège, Thuin, Fosse, Malines, Chèvremont. Les 
autres villes auraient-elles été oubliées par le grand initiateur? 
Non certes, et ce n'est pas parceque leur nom ne figure pas 
sur les feuillets de l'histoire qu'on aurait le droit de le penser. 
Gomment se figurer que des centres aussi intéressants que 
Tongres, Maestricht et Huy, pour n'en pas citer d'autres, 
n'auraient eu aucune part dans les solhcitudes du père de la 
patrie? Mais il faut bien renoncer à savoir ce qui ne nous a 
pas été raconté, et nous ne ferons pas d'effort pour en savoir 
davantage. Tout au plus nous arrêterons-nous un instant, 
avant de clore ce chapitre, devant une allégation qui fait de 
Notger le restaurateur de la belle éghse Notre-Dame de 
Maestricht. 

Ge n'est pas qu'il ait fondé ce sanctuaire, dont l'existence 

(1) On trouve ce résumé dans le manuscrit i78 de la bibliothèque de l'université 
de Liège. Waitz a signalé et décrit ce manuscrit dans le Neues Archiv, t.VlI, p. 73 
et suivantes, et en a réimprimé une partie dans le tome XIV des MGll, pp. 107- 
i20. Sur ce texte, dont l'importance a été exagérée par Waitz, il faut lire R. Gor- 
gas, Veber den kûrzeren Text von Anselms Gesta pontijicum leodensium, Halle, i890 
(dissertation). 

(2) Voir la note complémentaire à la fin du chapitre. 



Travaux accomplis dans la phincipauté. 191 

plonge dans la nuit des temps et qui est probablement 
la plus ancienne église de la ville. Mais Notre-Dame a été 
reljàtie au cours des âges, et, si son vaisseau actuel n'est pas 
antérieur à l'époque romane, en revanclie son étonnant nar- 
thex évoque bien l'idée du X^ siècle et olïï'e une frappante 
analogie avec celui de Saint-Denis de Liège, œuvre du grand 
évêque. Un document très ancien nous apprend que la crypte 
de Notre-Dame fut creusée par Baldéric II, son successeur 
immédiat, et qu'elle s'écroula le jour même où ce prélat sor- 
tait de l'église pour aller, avec son armée, participer à l'expé- 
dition contre la Hollande (1). Ce renseignement concorderait 
avec l'hypothèse de la reconstruction de l'édifice par Notger. 
Celui-ci serait mort avant de l'avoir achevé, et le soin de 
consacrer l'église de Maestricht, comme la cathédrale de 
Liège, serait échu à son successeur (2). 

Mais ce n'est pas tout, et l'on veut que Notger, après avoir 
construit Notre-Dame, y ait transporté le chapitre séculier 
de Malonne avec son abbé. A cette occasion, continue l'au- 
teur moderne auquel j'emprunte ce renseignement non sans 
hésitation, il donna à l'église un moulin banal et le droit de 
pâturage sur le patrimoine de l'église Saint-Pierre (3). Il ne 
m'est pas possible de contrôler ce renseignement et je laisse 
à un plus heureux que moi le plaisir de résoudre un jour ou 
l'autre ce petit problème de l'histoire de Notger. 



(1) Gesta epp. Camerac. III, 19, p. 471. 

(2) Voir la note 3. 

(3) Lenarts, Opkomst en VoorUjang der stad Maestricht, édité par J. Habets dans 
les Publications de la Sncicté d'Archéologie dans le duché de Linibourg, t. II, 18Go, 
p. 4. Lenarts est un Maestrichtois qui a vécu de 1741 à 1828; il appartenait à une 
famille patricienne établie à Maestricht depuis le XV^ siècle. Lenarts ajoute que cet 
abbé s'appelait Eligibel et était chanoine de Saint-Lambert, double renseignement 
qu'il m"a été impossible de contrôler. Fisen. auquel Lenarts renvoie, mais avec la 
fausse indication Historia Leodiensis, p. 213, ne dit rien de cela, mais affirme aussi, 
sans d'ailleurs donner aucune preuve, que Notger transporta le chapitre de Malonne 
à Notre-Dame de Maestricht. Barbier, Histoire de l'abbaye de Malonne, et dom 
Berlière, Monasticon Belge, p. d41, ignorent cette translation, et les érudits maes- 
trichtois d'aujourd'hui pareillement. D'autre part, il est peu probable que le ren- 
seignement de Fisen et aussi celui de Lenarts soient pris en l'air. La question 
attend donc une solution. 



19ïî CHAPITRE XI. 

NOTE COMPLÉMENTAIRE. 

SUR LA LÉGENDE DE CIlÈVREMONT. 

La légende se bifurque en deux versions à l'endroit du stratagème par lequel 
Notger pénétra dans la forteresse. L'une de ces versions est celle que j'ai analysée 
ci-dessus ; l'autre, qui se trouve dans la chronique interpolée de Saint-Laurent, c. 8, 
p. 264, veut que Notger ait spontanément imaginé de pénétrer dans le château en 
faisant dire au seigneur qu'il voulait y célébrer l'oflice du jeudi saint. Cette variante 
prouve tout au moins qu'a l'origine, on se bornait à raconter que Chèvremont avait 
été pris grâce à un stratagème, mais sans savoir lequel. C'est plus tard seulement 
qu'on imagina de préciser, et rien n'est mieux fait pour attester le caractère légen- 
daire de la tradition relative à Chèvremont. 

Gilles d"Orval (II, SO, p. 08), écrivant au XIII^ siècle, a imaginé de greffer diverses 
légendes accessoires sur la principale, et Jean d'Outremeuse (IV, pp. 143-149), est 
trop heureux de développer ces nouveaux thèmes à sa suite. 

C'est ainsi que, selon Gilles d'Orval, il y avait dans le château de Chèvremont 
trois églises : Notre-Dame avec ses douze prébendes, qui furent transportées à 
Aix-la-Chapelle, Saint-Jean et Saint-Denis. Or, Saint-Jean ne voulut d'aucune manière 
se laisser abattre, jusqu'à ce que Notger eut fait le vœu de bâtir dans sa ville une 
autre église sous le même vocable. Alors seulement les démolisseurs en vinrent à 
bout. Jean d'Outremeuse s'en voudrait de ne rien ajouter à cette légende, et il 
nous apprend que celui qui conseilla à Notger l'expédient du vœu, ce fut « un grand 
maistre théologien » du nom d'Eustache de Chamont : « et tôt ausi tost qu'il l'ol 
voweit, écrit-il comme s'il avait été présent, elle chaiit sens cop férir ». Jean 
d'Outremeuse sait encore que l'église Saint-Jean de Chèvremont contenait 30 
chanoines, dont 20 avaient été fondés par saint Materne et 10 par saint Martin. 
(IV, p. ■149). 

On peut s'étonner que Jean d'Outremeuse ait résisté à la tentation de développer 
le thème que Gilles d'Orval lui fournissait avec ses renseignements sur la troisième 
église de Chèvremont, dédiée à saint Denis. Notre chroniqueur, sans doute parce 
qu'il était fatigué, s'est borné, pour n'en pas perdre l'habitude, à corriger sa 
source : Saint-Denis de Chèvremont n'est pas, d'après lui, une église distincte, 
c'est une simple chapelle de l'église Saint-Jean. Néanmoins, sa mégalomanie l'em- 
portant au dernier moment, il ne peut s'empêcher de placer douze prêtres dans ce 
« petit oratoire ». Jean d'Outremeuse comble aussi une grave lacune du récit de 
Gilles d'Orval et épargne au lecteur la torturante question : Que sont devenus les 
châtelains de Chèvremont, à savoir le père, la mère et l'enfant? Et tout d'abord, il 
a soin de nous faire connaître les noms de ces personnages ignorés avant lui : le 
père s'appelait Lidriel, la mère Isabeau, et l'enfant (que Notger baptisa aussitôt 
après la prise du château), Anchelay. Lidriel donc, se voyant trahi, se précipita du 
haut des murs du château et périt brisé sur les rochers; « la mère del enfant et 
l'enfant ons metil en Vais (Vaux-sous-Chèvremont) ou à Chayenée, à un hosteil 
suffissant, mains ilh moururent andois. » Comme on le voit, il est impossible d'être 
mieux renseigné que ne l'est notre chroniqueur sur une histoire qui s'est passée 



TRAVAUX ACCOMPLIS DANS LA PRINCIPAUTÉ. 193 

quatre siècles avant lui, et que ses prédécesseurs avaient racontée en quelques 
lignes. Mais ce n'est pas tout. Jean d'Outrcmeusc sait aussi ce que devinrent les 
cloches de Clièvroinont. Kilos étaient douze, ni plus ni moins, et chacune avait 
son petit nom, iialnreilement connu de noti'C omniscient chroniqueur. Dardar fut 
donnée à Sainl-Paul de Liège, Primetle à Saint-Pierre, et ainsi de suite. Dardar 
(qu'il faut sans doute lire dare-dare), et Primelte sont de charmants noms de 
cloche, et il est peu probable que Jean d'Outremeuse les ait inventés; ou je me 
trompe fort, ou c'était des noms portés de son tcnips pai' des cloches de Saint- 
Paul et de Saint-Pieri'O, auxquelles il a voulu forger une histoire. 

Les fables de Jean d'Outremeuse ont encore été amplifiées par lesérudits liégeois 
à partir de la Renaissance. Il serait oiseux de relater par le menu toutes leurs 
inventions nouvelles ; je me contenterai de ce spécimen. Albert de Lymborcb, cha- 
noine de Saint-Paid au XVP' siècle, a trouvé sans doute que Jean d'Outremeuse n'a 
p:ii; fait la part de sa collégiale assez belle en ne lui attribuant dans les dépouilles 
de Chévremont qu'une simple cloche. 11 sait que Daniar appartenait a une quatrième 
église de Chévremont restée inconnue de Jean d'Outremeuse, et qui était dédiée à 
saint Caprais (Saint-Caprais à Ca-praemom, c'est bien imaginé et digne d'un huma- 
niste!) Il y avait à Saint-Caprais dix chanoines que Notger transporta, avec leur 
cloche, dans l'église de Saint-Paul de Liège, oii ils furent désormais au nombre de 
trente : 

Census tituiumque Caprasi 

(Sic primi primis qui successere sequentes 

Ordine, sic prisci nos edocuere récentes) 

Transtulit ad Pauli lemplum numerumque tricenum 

Inceptamijue aedis moleni complcvit. 

Albert de Lymborch, Fundntio Sancti Pauli, dans 0. J. T., 
Essai historique sur l'ct/lisc de Saint-Paul, p. 321. 

Quant aux chroniques vul()aires, cette vraie peste de l'historiographie liégeoise, 
qui se sont bornées à reproduire et à amplifier les légendes de Jean d'Outremeuse, 
elles n'ont pas manqué à la lâche. Dès le commencement du XVI« siècle déjà, elles 
racontaient, en contradiction formelle avec leur auteur, le triste sort de la châte- 
laine, se précipitant dans le puits du château, selon les uns avec son enfant, selon 
les autres sans lui. Déjà Placentius et dom de Waha (celui-ci vers dS96, v. Bormans 
dans son Introduction à Jean d'Outremeuse, p. CC) citent cette légende, mais pour 
s'en moquer, et de même fait Foullon, t. I, p. 199. Ils ont tort : l'histoire est bien 
plus dramatique ainsi, et d'ailleurs, chaque fois qu'un château est pris, la châtelaine 
se jette soit dans un puits, soit du haut des murs ; sans sortir de notre petite 
Belgique, nous avons quantité d'exemples de cette mode féodale. 

On me demandera pourquoi je me suis infligé la peine de suivre à la piste les 
développements successifs d'une légende dont le caractère fabuleux saute aux yeux 
de tout lecteur ayant un peu d'esprit critique. 

Il le fallait à cause du crédit extraordinaire qu'elle a gardé, ju.sque dans les 
derniers temps, auprès des historiens liégeois, et qu'elle a conservé chez plus d'un 
de ceux du dehors. Je citerai, sans essayer de faire une énumération complète : 
Fisen, t. I, p. ioO; Foullon, t. I, p. 198; Bouille, t. I, p. 72; Gallia Christiana, 

h 13 



194 CHAPITRE XI. 

t. III, col. 84,'); Histoire littéraire de France, t. VII, p. 209; Villcnfagne, JSssa« 
historique sur ISdtfjrr, p. 20, oii on lit ce passage curieux : a II m'aurait été bien 
satisfaisant de disculper l'illustre Notger de la surprise de cette place, mais, après 
avoir approfondi ce trait historique, j'ai trouvé que cela est impossible. Si ciuelques 
personnes traitent encore ce strataqème de fable, c'est qu'elles n'ont point pris la peine 
d'examiner comme moi, dans de bonnes sources, l'histoire de ce prince. » Les histo- 
riens du XIXe siècle font écho à ceux du XYII" et du XVIIIe; tels sont de Gerlache, 
Histoire de Liège, 3e édition, p. 45 et suivantes; Polain, Histoire de Liètje (-1844), 
1. 1, p. -138; Hirsch, Jalirbi'icher des dcutschcn Heichs untcr Heinrich H, t. I, p. 404; 
F. Lot, Les derniers Curolimjiens, p. 21îj; Bohmer, Willigis von Mainz, p. W^, qui 
n'hésite pas à conclure de la légende « que les évêques du Xe siècle ne craignaient 
« pas de recourir à des moyens d'une moralité douteuse pour protéger l'intégrité 
a du patrimoine de leur église. » Mais la palme de l'extravagance était réservée, 
cette fois encore, à F. Henaux. Cet historien, qui n'entre jamais dans l'écurie 
d'Augias de la légende que pour .... en mettre, selon une expression spirituelle, 
nous a déjà présenté Chèvremont comme une ville (v. ci-dessus, p. SI, note). Ce 
n'est pas tout. Il sait encore que le seigneur de Chèvremont n'était autre que le 
comte de Liège, ignorant qu'il n'y a jamais eu de comte de Liège. Il veut, on ne 
sait pas pourquoi, que ce personnage se soit appelé Guidon, et, après l'avoir 
dépouillé du nom que lui avait donné Jean d'Outremeuse, il en gratifie sa femme, 
qui devient Idrelle par aphérèse. 

Après nous avoir appris une première fois que Notger prit Chèvremont, le 21 
avril 972 [BtAL, I, p. iJ8) il s'aperçoit un peu tard que c'était deux jours avant la 
consécration èpiscopale de ce prince à Bonn, et il imagine alors, pour des raisons 
dont il a cru devoir conserver le secret, de placer l'événement en 993. (Histoire du 
pays de Liège, 3^ édition, t. I, p. ilO). Enfin, il couronne toutes ces énormités par 
une idée saugrenue qui, par bonheur pour lui, n'a jamais été réalisée : il propose 
de faire des fouilles dans le puits de Chèvremont pour retrouver les restes des guer- 
riers de ce château qu'on y a précipités en 972 ! (F. Henaux, Les ruines de Chèvre- 
mont, DÎAL, 1. 1, pp. 30-64). 

Cependant, dès le XYIII^ siècle, on avait commencé à révoquer en doute l'histoire 
du stratagème de Chèvremont. Le premier qui s'y soit employé à ma connaissance, 
c'est Devaulx, dans sa dissertation manuscrite « Sur la manière dont Notger s'est 
rendu maître de Chèvremont. » (En manuscrit à la bibliothèque de l'Université de 
Liège). Un plus rude coup fut porté à la légende par Ernst, Histoire du Limbourg, 
t. I, p. 33o, qui versa le premier au débat la correspondance de Gerbert. La ques- 
tion fut reprise ensuite par dom ViU'A,.CtHAL, t. I, p. -iSo), et après lui, par 
J.-J. Raikem, Quelques événements du temps de Notger, Liège, 1870 ; par J. Demar- 
teau, Notre-Dame de Chèvremont. Liège, d874; par F. Gonne, Notger, dans les 
Conférences de la Société d'Art et d'Histoire du diocèse de Liège, 1™ série, Liège, d888 
(d'après des notes fournies par l'auteur de ce livre); par le chanoine Daris, Histoire 
du diocèse et de la principauté de Liège depuis leur origine jusqu'au XHI« siècle, 
Liège, -1890, pp. 286 et suivantes. On peut considérer le sujet comme épuisé après 
tous ces travaux. 



CHAPITRE XII. 



LA PRINCIPAUTE. 



A la tête du gouvernement d'une principauté, Notger avait 
à l'organiser. Tout y était à créer. Les sources ne nous font 
connaître qu'une seule des nombreuses initiatives qu'il aura 
prises, mais quelle lumière ce trait isolé jette sur toute sa 
carrière d'homme de gouvernement ! Écoutons ici Anselme : 
« Notger, dit-il, par une mesure pleine de sagesse, partagea 
en trois parts égales les biens de son église. Il en réserva 
une pour lui-même et pour ses successeurs, il en attribua 
une autre aux serviteurs de Dieu dans les églises et dans les 
monastères, et il accorda la troisième à ceux qui se consa- 
craient au métier des armes » (1). 

Ceci mérite quelques explications. 

En règle générale, l'évoque était, dès les premiers siècles, 
l'administrateur de tous les biens possédés par son église, 
c'est-à-dire par son diocèse, et il en faisait l'usage que récla- 
maient les besoins du culte et de la religion (2). De bonne 
heure les canons en avait déterminé l'emploi : un quart devait 

(1) Idem prudcnti consilio prœdia aecclesiae in très aequas portiones divisit, 
quai'um unam suis et successorum usibus, alteram Deo servientibus per aecclesias 
et monasteria, tertiam his qui miliciam exercèrent concessit. (Anselme, c. 29, p. 20G). 

(2) Cette règle, déjà formulée dans les Constitutions Apostoliques, était en vigueur 
dès le V« siècle; voir la lettre du p;ipe Simplicius en -iT.'j. 

En 494, le pape Gclase II la formule nettement : quarum sit una poiilifuis, altéra 
clericorum, tertia pauperum, quarta fabricis applicanda. 

En 723, Grégoire II rénonce à son tour ■• Quatuor iaciat portiones quarum unam 
sibi ipse rctineat, alteram clericis pro ofiiciorum sedulitate distribuât, tertiam pau- 
peribus et peregrinis, quartam ecclesiaslicis fabricis noverit reservandam {MGIl. 
Epistolae, 1, p. 2G7). Cf. Schneider, Die bischiijlichen Domkapitel, p. 38, n. 



196 tiHAPITRE XII. 

être réservé à l'évêque, un second au clergé, un troisième aux 
églises et un quatrième aux pauvres. L'évêque exerçait la ges- 
tion de cepatrimoine ecclésiastique avec le concours et sous le 
contrôle de son presbyteriiim ou conseil épiscopal, embryon 
du chapitre catliédral qui devait hériter du preshj'terium le 
di'oit de coadministration des biens de l'église. 

Ce mode de répartition des revenus ecclésiastiques, que 
nous voyons appliqué, à l'époque de Notger, par son ami 
saint Adalbert de Prague (1), et que Rathier avait observé à 
Vérone (2), n'était cependant pas usité seul. De bonne heure, 
à côté de l'usage romain de la division quadripartite, nous 
en voyons apparaître une autre en trois parties, qu'on dési- 
gne parfois sous le nom d'usage espagnol (3), mais que, 
chose curieuse, le pape Gélase I lui-même semble inculquer 
concurremment avec l'autre (4). Elle attribuait un tiers au 
clergé, un tiers aux pauvres et un tiers à l'évêque. Un capi- 
tulaire de 802 recommande aussi la division tripartite, mais 
le tiers que Gélase I réserve au clergé y est donné aux 
fabriques d'église, si je comprends bien le texte (o). 

La division tripartite de Notger procède d'un autre prin- 
cipe et répond à d'autres nécessités. L'église de Liège se trouve 
placée dans une situation nouvelle : elle doit subir la loi 
commune de l'inféodation des terres ecclésiastiques, prati- 
quée sur une si large échelle depuis Ghai'les Martel ; de plus, 
elle est devenue une puissance temporelle et, à ce titre, 

(1) Res aecclesiasticas ut aequa divisionc dislribuit in quatuor partes : primain 
partem pro necessariis vel ornatibus aecclesiae, sccundam canonicorum commodi- 
tatibus asscripsil, terciam vero in agmina pauperum proflua miseratione espcndens, 
ultimae partis sunimulam pro suis usibus servabat. Vita Adulberti auctore Canapario, 
c. 9, p. 584-583; cf. la vie du même saint par Bruno, c. 11, p. 599. disant la 
même chose en termes un peu différents. 

(2) Cum auctoritas quoque contineat ecclesiastica, ut de rébus ecclesiasticis 
quatuor iieri debeant partes e quibus una episcopi, altéra fabricae ecclesiae, tertia 
clericoruni, quarta debeat esse pauperum et hospitum. Sijnodique, 420. 

(3) Concil. Tolet. IX (a. 653), c. 6, dans Mansi, Concilia, t. XI, col. 28. 

(4) JalTé, Ilegcsta Pontiftcum llomanorum, t. I, 391. 

(5) El ad ornamentum aecclesiae priniam eligant partem, secundam autem ad 

usum pauperum atque peregrinorum dispensent, tertiam vero partem 

semetipsis soiis sacerdotes reservent. Boretius, Capitularin Regimi Francorum, 
t, I, p. 106. 



LA PniXClPAUTÉ. 107 

elle a des oljligalions spéciales. Elle ne pouviiil pus se passer 
de vassaux qui, pour prix des fieis qu'elle leur accordait, lui 
engageaient leurs services et formaient le meilleur de son 
armée. Déjà au IX'^ siècle, nos prélats s'étaient habitués — 
peut-être faut-il dire résignés — à conférer des fiefs aux 
nobles du pays. Le régime se généralisant, l'évèque Kracle 
avait été réduit à une espèce d'indigence par les féodaux 
qui s'étaient emparés des terres de son église (1). 

Tout fait croire que la mesure prise par Notger, en 
régularisant la situation, porta des fruits heureux. En effet, 
on n'entend plus reparler, après lui, d'un évoque de Liège 
spolié par ses vassaux. Il est vrai que ses successeurs res- 
tèrent fidèles à son système et inféodèrent spontanément de 
nombreux domaines. Ainsi fit notamment Baldéric II pour 
se procurer une solide armée, à l'occasion de sa lutte contre 
le duc de Brabant (2). Pareillement, Durand convertit en 
fiefs une partie des terres de l'abbaye de Saint-Laurent, 
encore inachevée (3). A ce prix, ils mirent fin aux violences 
qui avaient désolé les âges précédents, et disposèrent de 
milices vaillantes. Un pacte de fidélité qui, en somme, a été 
tenu pendant des siècles, rattacha à l'église de Liège les 
principales familles du pays. 

Les vassaux du prince de Liège, à cette époque primitive, 
se groupaient dans deux catégories bien distinctes, que le 
temps s'est chargé de fondre et d'unifier. D'une part, c'étaient 
des puissants qui possédaient leurs domaines en toute pro- 
priété, mais qui ne détestaient pas de s'enrichir encore en se 
faisant donner en fief des terres de Saint-Lambert : ce sont 
les « hommes libres » (liheri homines) mentionnés dans nos 
plus anciens diplômes. D'autre part, c'étaient des gens de 
service, des ministériaiix, comme on disait dans la langue 
du temps, que le prince appelait au métier des armes et à 
qui il accordait des fiefs. Le nom sous lequel nos sources 

(1) Et quamvis innumeris premeretur molestiis et multâ familiaris rei angustià, 
iiuippe qui a viris militaribus episcopio appcndiciis privatus esset villis. Anselme, 
c. 24, p. 202. Cf. Renier de Saint-Laurent, Vita Everacli, c. 5, p. S63. 

(2) Vita BaUhnci, c. 2. p. 72o. 

(3) Renier de Saint-Laurent, Vita Wolbodonis, c. 20, p. S70. 



198 CHAPITRE XII. 

désignent ces derniers exprime bien leur condition; ils 
étaient les soldats (milites) de la principauté (i). Ces deux 
catégories de vassaux, répandues sur toute la surface du 
pays, étaient loin, à cette époque, d'être confondues comme 
elles le furent plus tard. Tandis que les hommes libres 
"vivaient sur leurs terres et jouissaient d'une indépendance 
presque complète, les soldats se voyaient souvent assigner 
des garnisons et devaient loger là où les intérêts du prince 
l'exigeaient (2). Ainsi nous en voyons un bon nombre fixés à 
Thuin, où ils protègent la ville et assurent la sécurité de 
l'abbaye de Lobbes qui les paye (3). Avec le temps, hommes 
libres et soldats vinrent à se fusionner et formèrent la classe 
noble du jDays. Ce que le règne de Notger nous montre, 
c'est la naissance de cette chevalerie liégeoise, si vaillante et 
si réputée (4), qui avait pour profession la défense de la 
patrie, et pour passe-temps la guerre civile ou les grandes 
aventures au dehors. 

Les deux autres tiers de son budget, Notger les réserva, 
dit Anselme, l'un pour lui, le second pour le clergé des 
monastères et des églises. Ceci paraît indiquer une autre 
importante mesure d'ordre financier : je veux dire la distinc- 
tion de la mense épiscopale et de la mense capitulaire. A 
l'origine, c'est l'évoque seul, nous l'avons vu, qui adminis- 
trait tous les biens de son diocèse, et il continua de le faire 
même à une époque où ces biens avaient reçu leurs diverses 
aliectations spéciales (5). Mais une modification considérable 

(1) Et, comme ils servaient à cheval, le langage populaire les désignait sous le 
nom de chevaliers. Le terme de miles dans les chroniques liégeoises est donc l'équi- 
valent de celui de chevalier. 

11) Cî. Waitz, VcrfassKmjsiieschichte, t. V, p. 348. 

(;3) De Fiindaiionc et lapsu numanterii Lobiensis, c. 12, p. bb3. 

(4) Folcuin, c. 2o, p. 66, l'appelle : laudata illa et cunctis saeculis praedicata 
Lolhariensis mililia. 

(i)) Quand la repurenl-iis? Il est exlraordinairemenl diflicile de répondre à cette 
question. Selon toute apparence, c'est à la longue, avec des diversités de diocèse à 
diocèse, et non en vertu de quelque décision conciliaire, que les différentes églises 
arrivèrent à disposer elles-mêmes de leurs revenus. Sans doute, elles eurent à se 
ronronner à la règle de la répartition (luadripartife .o\\ tri[)arlile , mais ce fut leur 
clei'gé spécial et non l'autorité épiscopale qui y présida dès une époque qui n'est pas 



rV PRINCIPAUTÉ. 199 

se produisit dans le régime économique des diocèses Iorsq;uo 
le concile d'Aix-la-ChapcIlc, en 817, eut soumis le clergé des 
grandes églises à la vie canonique. Les actes de ce concile, 
reprenant, pour l'étendre et la compléter, Tœuvre commencée 
au VHP siècle par Tévcque de Metz Chrodegang, transfor- 
maient les chapitres des cathédrales en de véritables corpo- 
rations, et leur donnaient une organisation dont le trait 
princijial était la vie commune. Le prévôt du chapitre devint 
le chef et aussi l'administrateur de la corporation, et eut à 
gérer les biens de celle-ci à la place de l'évêque. Voilà com- 
ment naquit, on ne sait au juste à quel moment, la distinc- 
tion des deux menses. 

Nous la rencontrons pour la première fois à Cologne en 
866 (1), puis à Hildesheim entre le IX'' et le X" siècle (2), à 
Cambrai en 911 (3), à Autun en 922 (4), à Reims vers 973 (o\ 
à Verdun sous le pontificat de Heymon (988-1024) (6). Tout 
nous autorise donc à interpréter dans le sens dune distinc- 
tion faite par Notger entre les deux menses le passage 
d'Anselme cité plus haut. Et, de fait, nous voyons que sous le 
règne de Notger la distinction existe : en effet, c'est avec les 
revenus de la cathédrale que le prévôt Robert et le chantre 
Nithard bâtissent, sous les auspices de l'évêque, les églises 

postérieure à la première moilié du XI^ siècle pour les Pays-Bas. Voir sur cette 
question W. Moll, Kcrkgescliiedcnis tan Nedcrland roor de Hervorming, t. I, pp. 348 
et 349. 

(1) Ennen, Gesehichte der Stadt Kolu, t. I, p. 203-206. Cf. Ennen und Eckertz, 
Qiiellen, etc., t. I, p. 447. 

(2) Sous Wigberl (880-903) qui commença le partage des revenus entre l'évêque 
et le chapitre, et sous Walbert (903-919), qui l'acheva. V. Bertram, Gesehichte des 
Bistnms Hildesheim (Hildesheim, 1899), t. I, pp. 47 et 49, d'après le Chronicon 
Hildesheimen.ie, p. 851. 

(3) Gesta epp. Camerac., I, (j7, p. 424. 

(4) Villam ecclesiae S. Nazarii destinamus, obsecrantes ul nuUus episcopus aut 
cornes a mensâ eorumdem canonicorum subtrahere praesumat. Ducange, a. v. mema. 

(o) Jlistoria Mmuisterii Mosomemis, p. Gif». 

(6) Gesta epp. Virdun. cotiti». c. 7, p. i7. 

Adam de Brème, I, G7, p. 331, écrit de l'évêque de Hambourg Bescelin (1033- 
i04o) : Mensam canonicis ipse primus instituit. Prius enim, cum praebenda tenuis 
fere videretur, triginta convivia quae Libentius episcopus per annum dare statuit, 
adjectis ex una parte quibusdam decimis ita ordinare videlur, etc. 



200 CHAPITRE XII. 

Sainte-Croix et Saint-Denis. Et l'épisode où est relatée la 
fondation de Sainte- Croix nous fait voir bien clairement que 
le prévôt Robert gère le patrimoine du chapitre de Saint- 
Lambert dans une parfaite indépendance vis-à-vis de l'auto- 
rité éj)iscopale. Notger se couvre, en quelque sorte, de la 
responsabilité du prévôt pour se dérober aux sollicitations 
du puissant qui lui demandait l'emplacement de cette église. 
Or, nous savons que le terrain sur lequel elle s'éleva appar- 
tenait au chapitre de Saint-Lambert. Il semble donc bien 
qu'à la date où surgit Sainte-Croix, la distinction entre les 
deux menses fût déjà chose accomplie à Liège. Au surplus, 
les témoignages ne manquent pas qui confirment la chose 
pour les pontificats de la première moitié du XP siècle. 

L'évêque Durand, entre 1021 et 1023, attribua à la mense 
épiscopale divers biens de l'abbaye de Saint-Laurent (1). 
Quelques années plus tard, Wazon, alors doyen du chapitre 
de Saint-Lambert, rappelle au despotique prévôt de ce col- 
lège qu'il ne lui est pas permis de disposer arbitrairement 
des biens de la cathédrale et que l'évêque lui-même n'a pas 
ce droit (2). Devenu évèque, le même Wazon, nous dit un 
contemporain, augmenta les rations quotidiennes qu'on dis- 
tribuait aux chanoines de la cathédrale et trouva encore le 
moyen de faire des libéralités aux collégiales, disant « qu'il 
« était juste que l'abondance de la cathédrale vînt en aide 
« aux besoins des églises inférieures » (3). Enfin, en 1083, la 



(t) Hic bona plurima, qiiae antecessor ejus ecclesiae Sancti LaureiUii dederat, 
abstulil et pailim ad mensain episcopalem retinuit, partim mililibns beneficiavit. 
Renier de Saint-Laurent, Vita Wolbodoiiis, c. 20, p. 570; Gilles d'Orval, II, 71, 
p. 68. 

(2) Praesumis claustralia bona inconsullis fratribus dare Non poterunt 

fratres consilionini esse participes, ([iii insliluiioiiis deposilionisque tuae possunt 
esse opilices? (Anselme, c. 41, p. 212). Wazon tut obligé, à la suite de son débat 
avec le prévôt Jean, d'abandonner ses fonctions dccanales en 1030; c'est vers celle 
date ou peu auparavant qu'il convient de placer l'explosion de la querelle. V. S. Balau, 
Quelques dates concernant Wazon, dans Leodium, mai '1904, pp. u2-§6. 

(3) Qualinus inde et rationabiliter mensura potus augeietur, et ex relique fra- 
tribus ecclesiarum, quibus vinum non esset, consuleretur, dicens juste ex majoris 
ecclesiae habundantia minorum necessitalibus esse suppeditandum. Anselme, c. 46, 
p. 217. 



LA PRINCIPAUTE. 



201 



mense épiscopale possède son administrateur en titre (1), et 
en 1116 un acte public nous montre le prévôt de Saint- 
Lambert passant une transaction relative aux biens de la 
cathédrale (2). 

Ces quelques renseignements sont trop vagues pour nous 
édifier sur le régime iinancier de la principauté à l'époque 
de Notger, mais nous sommes en état, grâce à une source 
digne de foi, de nous faire une idée plus exacte de l'admi- 
nistration d'un domaine épiscopal. 11 s'agit de l'abbaye de 
Lobbes, avec ses cent cinquante trois villages et son chàteau- 
fort de ïhuin. Lorsque le roi Arnoul la donna à l'évêque 
Francon, celui-ci partagea l'opulent patrimoine de cette 
maison en deux parts égales : il en laissa l'une aux moines, 
et il prit pour lui l'autre, comprenant le château de Thuin et 
les fiefs militaires (3). Ce régime dura jusqu'à ce qu'Eracle 
rendit à Lobbes son abbé. Seulement, à cette occasion, il fit 
un nouveau partage de ce qui restait à l'abbaye, si bien que 
celle-ci ne conserva plus que 30 de ses domaines environ. 
En d'autres termes, il ne laissa rien à l'abbé pour sa mense 
personnelle, ni à l'abbaye pour les nombreuses dépenses que 
nécessitaient les besoins croissants d'une si grande maison, 
mais il se chargea lui-même de la défendre partout où elle 
avait du bien, et ce régime se prolongea jusqu'au milieu du 
XIP siècle (4). 

Mais le rôle du chapitre ne devait pas se borner à celui 
d'une corporation religieuse ayant l'administration indépen- 
dante de ses biens; il était appelé à devenir, à la lettre, le 
co-seigneur de Liège, et nous le voyons associé au gouver- 
nement de la principauté, au point que rien d'important ne 
pourra se faire sans lui. Cette haute situation, il n'en jouit 
pas encore au moment où naît la principauté de Liège ; elle 
sera le fruit d'une succession de circonstances historiques 
dont le récit n'appartient pas à ce livre. Toutefois, il est 
intéressant de trouver, au berceau de cette principauté, les 

(1) Dodo dispensator cpiscopalis mensae. Chronicon Sancd llubcvti, c. oO, p. 595. 

(2) Dormans et Schoolmeestcrs, t. I, p. 32. 

(3) Dr Fundatione et lapm Monastcrii Lobicnsix. c. 0, p. ooO. 

(4) Ibidem, c. 10, p. Soi. 



202 CHAPITRE XII. 

germes qui, en se développant, produiront lu constitution 
liégeoise, et c'est pourquoi il semble qu'il y ait quelque 
intérêt à les étudier ici. 

De ces germes, le plus intéressant est sans contredit celui 
d'où devaient sortir les trois Etats de la patrie liégeoise : il 
remonte jusqu'aux origines de l'épiscopat lui-même. Tout 
évoque avait son conseil sacerdotal ( presbyte riam) qui 
l'assistait dans les grandes aflaires et dont il prenait les avis; 
ce fut l'origine des synodes diocésains. Lorsque naquirent 
les principautés ecclésiastiques, les synodes, dont la compé- 
tence avait été jusque-là purement religieuse, eurent à 
s'occuper aussi d'affaires temporelles. Le synode devint 
ainsi le conseil du prince, de même qu'il était déjà le conseil 
de l'évêque. Le caractère mixte du synode ne tarda pas à 
trouver son expression dans la composition de ses assem- 
blées, où l'on vit désormais des laïques figurer à côté des 
ecclésiastiques. Tout naturellement, on ne convoquait que 
les personnages les plus importants, les hommes libres 
notamment. Ils participaient aux délibérations sur les 
questions d'ordre temporel ; ils figuraient, tout au moins 
comme témoins, dans les actes qui émanaient du synode. 
Ce groupe des vassaux principaux de l'église liégeoise, c'est 
l'embryon de l'Etat noble ou secondaire, venant prendre 
place à côlé de l'État ecclésiastique ou primaire dans les 
conseils du pi-ince. On voit d'ailleurs, dès l'époque de 
Notger, apparaître par-ci, par-là, dans les actes synodaux, 
des noms de vassaux d'origine servile, de ministériaux 
qu'ennoblira peu à peu leur fief, mais qui sont encore 
désignés sous des qualificatifs modestes (1). 

Cinq d'entre eux ont signé la convention de 1002 entre 
Notger et l'abbaye de Saint-Riquier en Picardie (2); ce sont : 
Wautier, Hiserelm, Norbert, Odelm et Butso, qui se titrent 
tous les cinq de soldats (milites) (3). Ces cinq personnages 

(1) [[oniiitrs ccclcsia^tiri, liuinhus dcfamilia sancti Lamberli. 

(2) V. ci-dessus, pp. 120-1S2. 

{?>) Ilariulf, m, :<0, édition F. Lot, p. 171. Ajoutons à ces noms celui d'un antre 
chevalier liégeois, Hubert, qui, avec sa femme Alguidis, prend en ilef de l'abbaye 
de Saint-Uiquier, la terre de Milmorte, 0. c. III, 32, p. 174. 



LA PRINCIPAUTÉ. 203 

sont, si l'on peut ainsi parler, les j)lus anciens membres de 
l'État noble liégeois dont l'histoire ait retenu les noms (1). 

Une assemblée de vassaux qui se réunit autour de l'cvèque, 
quelques années après la mort de Nolger, nous laisse 
entrevoir un tableau qui, sans doute, est aussi celui des 
réunions tenues sous ce prince. Lorsque Baldéric II eut sur 
les bras la guerre de Hougaerde avec le duc de Rrabant, 
« l'évêque, dit son biographe, ne voulut rien faire sans le 
)) conseil des comités, qui, à cause de leur serment de fidé- 
» lité, avaient pour devoir de défendre la ville et tout 
» l'évcclié. Il les rassembla donc, il convoqua le noble sénat 
» de ses frères, et leur exposa la situation, ajoutant qu'il 
)) avait vainement essayé, pendant trois ans, d'arriver à une 
)) solution pacifique de ce conflit. Il leur demanda d'aviser 
» et d'agir conformément au serment de fidélité qui les liait 
y> à lui, mais, pour que cette fidéh'té ne fut pas tentée de 
)) branler, il leur donna des fiefs militaires. Tous furent 
» d'avis qu'il fallait répondre à la force par la force et pro- 
» mirent leur concours. » (2) Ce passage est instructif à plus 
d'un titre; on y voit s'esquisser, en quelque sorte, les futures 
journées des États liégeois. 

On voit aussi apparaître dans la pénombre la figure du 
principal agent des domaines ecclésiastiques : je veux dire 
l'avoué. Toute église avait son avoué, c'est-à-dire son défen- 

(1) Nous ne connaissons pas les noms de leurs terres, l'usage ne s'ctanl pas en- 
core répandu alors d"ajouîer cette indication aux noms propres d'hommes, mais 
plus tard, lorsque ce sera le cas, les plus anciennes terres mentionnées à côté des 
noms de vassaux de Téglise de Liège seront : Hognoul, Ouflct, Colmont, Bauve- 
chain, Huy et Theux, localités que nous trouvons en effet dans le patrimoine de 
Saint-Lambert, la première en -108o, les suivantes en Hoo, de même que les indé- 
chiffrables Trexonia et Hesmris. Ajoutons aux cinq p.crsonnages nommés dans le 
texte : en 1093, Lambert du Pont et son fils Thierry, Lambert du Pré; en 1H6, 
Jofroi du Marché; en 1111, Lambert de Camarbarbe (?). Ce sont sans doute des 
habitants de Liège, vassaux de l'église au même titre que les précédents. 

(2) Vita Baldcrici, c. 9, i)p. 727-8. Quels sont ces personnages? Ce sont des co- 
mitex, une patricia tiirba, un notniis auorum fratrum scnatiis ; et l'évêque leur 
demande un srnadis conniiUinu. Voilà donc bien des seigneurs laïques, des nobles, 
mais en même temps pcnes quos erat, ob fucUun JidcUt'ttem, noatram civitntein et tutiim 
tiieii epiaciifatum et ils doivent le secourir srcinuhnu inilitaria sacramciitn, qinbiis 
quasi quàdam catenà oblirjati tcnebantur . 



204 CHAPITRE XII. 

seur, et tout imiministe avait le sien, c'est-à-dire son lieute- 
nant. L'avoué des principautés ecclésiastiques réunit ce double 
caractère : il les représenta au dehors, il participa à leurs 
transactions, il l'ut le chef de leurs milices et le pré- 
sident de leurs tribunaux criminels. Peu à peu, comme toutes 
les fonctions de l'époque féodale, l'avouerie devint hérédi- 
taire, et se transforma en une puissance qui s'entendit aussi 
bien à opprimer qu'à protéger. A Liège toutefois, il n'en fut 
pas ainsi, et l'on ne voit pas que l'avoué de cette église soit 
jamais parvenu à se créer une autorité réellement mena- 
çante pour celle de l'évêque. Ce n'est pas que la bonne 
volonté lui ait manqué, si, comme je me le persuade, c'est 
l'avoué qui imagina [de se bâtir sur les hauteurs de Sainte- 
Croix une forteresse d'où il aurait dominé toute la ville. 
Quel autre, en elfet, que le défenseur attitré de l'église de 
Liège pouvait réclamer de l'évêque la concession d'un chà- 
teau-fort « pour mieux protéger la ville et le pays contre les 
attaques de rennemi? » (1) On sait comment Notgcr parvint 
à écarter le danger : il fut obligé de recourir à la ruse, et, de 
fait, il ne devait pas être facile de refuser à l'avoué une fa- 
veur qu'il demandait pour mieux remplir son olïice de pro- 
tecteur ! 

Nous sommes d'ailleurs mal renseignés au sujet des avoués 
de l'église de Liège. Alors que, dans les abbayes voisines, à 
Stavelot et à Saint-Trond notamment, des pages entières de 
l'histoire sont remplies des faits et gestes de l'avoué, à Liège, 
rien de semblable : c'est à peine si on le rencontre dans cer- 
tains actes solennels, où il joue un rôle purement décoratif, 
et prend possession, au nom de l'église, des biens qui sont 
cédés à celle-ci. Il n'appartient pas aux grandes familles du 
pays. Tandis que les abbayes du diocèse avaient pour 
avoués les ducs de Lotharingie ou encore les ducs de Bra- 
bant ou de Liuibourg, Liège se contente d'un agent d'ordre 
bien inférieur. C'est la preuve que les évoques étaient par- 
venus à éviter des protecteurs trop encombrants. On ne se 
trompera pas, sans doute, en faisant honneur de cette poli- 

(I) Quasi iiiile (otani urbcm ot universas episcopii tacultates conlra hostiles insi- 
dias deïensaturus, Anselme, c. 2G, p. 203. 



tique adroite à Notger, au moins en partie. Il y a grande 
apparence, en elïet, que c'est lui qui a institué le premier 
avoué de l'église de IJège dont l'histoire nous ait conservé 
le nom. Il s'appelait Hcllin, et il apparaît dans un document 
à la date de 1011 (1). 

Je ne voudrais pas jurer que son successeur Wiger, que 
nous trouvons investi de l'avouerie de 1015 à lOoi, était son 
fils, ni que dès lors l'avouerie a été héréditaire; mais elle le 
fut, dans tous les cas, bientôt après, car l'avoué Renier, qui 
succéda à Wiger, lui était rattaché par les liens du sang (2). 

Les avoués de l'église de Liège ne portèrent d'abord que 
le simple titre à'adt'ocatus; c'est plus tard, en 1029, que 
surgit pour la première fois celui d'avoués de Saint-Lam- 
bert (3), et ce n'est pas avant 1171 qu'apparaît celui d'a- 
voués de Hesbaye, sous lequel ils sont connus dans l'histoire 
de la principauté (4). Mais ce nom est d'une significa- 
tion si restreinte au regard du titre glorieux d'avoué de 
Saint-Lambert, qu'il semble déjà marquer la décadence de 
l'institution. Si je le comprends bien, il veut dire que l'église 
de Liège n'a plus que des avoués locaux; que, parmi ceux-ci, 
le premier rang reste acquis par tradition aux avoués de 

(-1) Signuni Hillini advocati per cujus manum haec tradilio factaest. (Charte iné- 
dite de Baldéric II pour l'église Sainte-Croix de Liège. Archives de l'Etat à Liège). 
(2) Voici un croquis généalogique des avoués de l'église de Liège à partir de 
Hellin : 

Hellin, 1011. 
Wiger, 101o-10o4. 



Renier (1079-1117). Libert. 

I 
Wiger de Waremme 1127. 

I 

N., épouse Euslache de Chinv, avoué de Hesbaye. 

I 

Louis, •1163-1207. 

I 
N., épouse Frédéric de Linibourg -j- 1211. 

Mathilde, épouse Louis d'Audenaerde, 1241. 

(3) Wigerus, advocatus Sancti Lamberti, AHEB, XXI, p. 390. 

(4) Bormans et Schoolmeesters, t. I, p. 90, et le Triumphus de castro Bullonio, 
c. 17, p. 508. Ce dernier écrit tut composé entre 4153 et 1182 ; cf. Balau, p. 324. 



206 CHAPITRE XII. 

Hesbaye, mais qu'ils sont loin d'exercer leur autorité sur 
tout le territoire de la principauté (1). En fait, ils n'ont con- 
servé de leurs anciennes attributions que le droit lionorifique 
de porter l'étendard des milices liégeoises à la guerre (2). Et 
leur dignité, qui aurait pu devenir si redoutable, n'a jamais 
gêné les princes-évèques de Liège. Ailleurs, les avoués ont 
été bien souvent les fléaux des églises qu'ils protégeaient; il 
a fallu soutenir contre eux des luttes opiniâtres dont on ne 
sortait pas toujours victorieux, et ils ont troublé les plus 
beaux siècles des principautés ecclésiastiques. Une heureuse 
fortune, à laquelle le premier prince-évôque n'est pas resté 
étranger, a voula que le pays de Liège ne conniit pas plus 
ies exactions de ses avoués que la ville n'a connu celles des 
burgraves. 

De la cour de Notger, nous ne savons rien. Sans doute 
elle ressemblait à celle des autres princes et elle prenait 
modèle sur les cours royales. Elle aura donc possédé de 
bonne heure ses principaux olîiciers féodaux : un sénéchal, 
un maréchal, un échanson, un conseiller, un connétable, un 
camérier. Mais les textes nous laissent dans l'ignorance : le 
sénéchal de hiège (senescalciis, cf^pi/e/') n'apparaît pas avant 
1083, l'échanson (pincerna) est mentionné à la même date (3), 
et des autres officiers il n'est parlé que beaucoup plus tard (4). 

(4) On sait que l'église de Liège n'acquit le comté de Hesbaye qu'en 1040 et elle 
avait des avoués bien avant cette date. Mais la famille des avoués avait ses domaines 
patrimoniaux dans la Hesbaye méridionale (Borloo, Haelen. Cortenaeken) et le nom 
désigne leur pays d'origine. Le capitulaire d'Aix-la-Chapelle de 801-803, c. 14, 
p. 172, voulait que les avoués eussent des possessions dans les comtés placés sous 
leur protection. S'en suivrait-il, d'après le nom, que dès la fin du Xllt^ siècle, les 
avoués de Saint-Lambert n'exerçaient plus leur autorité qu'en lîesbaye? 

(2) Leodiensis militiae signifer Reynerus (1119). Rodolphe de Saint-Trond, XI, 
4, p. 2'J9. Suum episcopus vocavit exercitum et Rasoni militi portandam mandavit 

banneriam, quia Hasbanîae advocatus factus de medio (Hervard dans le 

Triiunphus de Steppes, III, c. o, p. 17o). Cf. le record de 1321 dans Bormans et 
Schoolmeesters, III, p. 229. 

(3) V. E. Poncelet, Les sénéchaux de Véi'êché de Lièrje, DSAIIL, t. XI, p. 315. Le 
sénéchal porte en 1083 le nom de dapifer et en 1107 (charte dOtbert) celui de 
senescalcus. 

(4) Le maréchal n'apparaît qu'en 1214. Cf. E. Poncelet, BIAL, XXXII, dont je 
jie saurais accepter les conclusions. M. Toncelet croit que, contrairement à ce qui 



LA PUIXCIPAUTE. 207 

Il est certain, toutefois, qu'un nombreux personnel se grou- 
pait autour du j)rince-évèque. Ecclésiastiques consultés sur 
les ailaires quotidiennes, clercs attachés à sa personne, laï- 
ques de tout rang occupant nnn l'onction honorifique, servi- 
teurs de toute catégorie pour vaquer aux diverses besognes 
qu'exige un grand train de maison, tout ce monde vivait au- 
près du prince et faisait de sa cour un centre important 
d'affaires et de dépenses. Si modeste, si austère que fût 1 e- 
vêque, le prince ne pouvait se dispenser de faire honneur à 
son titre et de sacrifier aux exigences de son rang (1). Aussi 
faisait-il grande figure au X*^ et au XP siècle, si nous en 
croyons un témoin bien informé. 

« L'évcque de Liège, armé du double glaive, siégeait dans 
la chaire de saint Lambert comme un roi et comme un pon- 
tife. Tout un peuple de chevaliers sages et vaillants remplis- 
sait, ornait, fortifiait sa cour épiscopale. On y rencontrait de 
grands princes, un clergé nombreux et respectable, qui comp- 
tait dans son sein des hommes éminents revêtus de hautes 
dignités : à leur tète les sept archidiacres, hommes de grande 
valeur, qui possédaient à fond la loi divine et la loi liu- 
maine » (2). 

existait dans la plupart des principautés ecclésiastiiiues allemandes, le maréchal de 
Liège n"élait pas un viinifiterialis ; or, dans le premier acte où il est question de ce 
personnage, je lis : De familia nostra Rodulplius senescalcus, Godefridus marescalcus, 
II croit aussi que le maréchal ne fut créé qu'en 1214, et cela pour la seule raison 
qu'il est mentionné alors pour la première fois; celte raison est illusoire. Enfin, 
M. Poncelet blâme Ilocsom de dire qu'en l?>i7 l'étendard de Saint-Lambert fut porté 
par le maréchal : « Oi', il est prouvé par les actes authentiques et par raffîrmation 

constante des historiens ([ue la bannière était remise non au maréchal, 

mais à l'avoué de Hesbaye », p. 12o. Mais nous voyons en 13G4 l'étendard de Saint- 
Lambert porté par Lambert d'Oupeye (Raoul de Uivo, c. 7, p. 40) qui est bel et 
bien maréchal du pays de Liège, cf. Poncelet, p. 240. Il ne reste donc qu'a con- 
clure qu'à la date de 1347 le maréchal a été substitué aux fondions de l'avoué de 
Hesbaye. Je ne puis pas non plus accorder à Wohlwill, p. 44, la conclusion qu'il tire 
du nom de marescalcus patriae employé une fois par Hocsem, p. 370, car le même 
Hocsem, à plusieurs reprises, donne à cet officier le litre de mariscalciis episcopi, 
par exemple, pp. 372 et 388. Tout montre que le maréchal de l'évcque de Liège a la 
même origine que les autres oiriciers de la même catégorie, sénéchal, échanson, etc., 
c'est-à-dire qu'il a été d'abord un des ministériaux de l'évêque. 

(1) Cf. Waitz, Deutsche Verfassumjsrjeschîchte, t. VII, p. 188. 

(2) Episcopus Leodiensis duplici gladio potens, quasi rex magnus, quasi sacerdos 



208 CHAPITRE XII. 

Nous sommes dépourvus de renseignements sur la clian- 
cellerie de Notger. Il faut môme dire, d'une manière générale, 
que la chancellerie des princes-évcques de Liège nous est à 
peu près totalement inconnue. On ne possède aucun docu- 
ment qui nous la fasse connaître, et des divers actes de 
cette époque, il n'y en a que deux où l'on puisse recueillir à 
ce sujet de faibles indices. L'un de ces actes nous montre 
un notaire Hardulfus, souscrivant vers 972 une charte de 
régli?e Saint -Martin par ordre de Notger (1). L'autre, 
rendu en 980 par notre évoque pour l'abbaye de Lobbes, 
est revu et signé par un certain Tancrède (ego Tanci'ediis 
recognoçi et siibscripsi) (2). Mais Tancrède est un moine de 
Lobbes, et c'est lui, et non la chancellerie de Notger, qui a 
rédigé le diplôme accordé à l'abbaye (3). 

Toutefois, il n'y a pas lieu de révoquer en doute l'exis- 
tence d'une chancellerie de Notger, et il est probable qu'elle 
fut créée par ce prince (4). Mais elle a dû avoir une situation 

magnus, in cathedra Leodiensis sedere solcbat ; implebant et ornabant atqiie rob(v 
rabant curiani frequenlem militum familia magna, fortis et sapiens, magni principes 
et prudentes, clerus magnus et honestus, in clero viri summi, magnis dignilatibus 
honorati, ante omnes archidiaconi septem, viri slrenui, humanâ et divinâ lege ple- 
llius eruditi. [De Fundatknie et la-psu, c. dl, p. u32). 

Cet éclat de la cour de Licge ne dura que jusqu'au règne d"Alexandre II (llGo- 
dl67) selon notre écrivain. 

(1) Ego Hardulphus notarius jubente domino meo Notgero venerabili episcopo 
subscripsi. Schoonbroodt, Inventaire analijtitpie et clironoUxjiqne des chartes du cha- 
pitre de St-Martin, à Liège, p. 2o7. 

(2) V. Vos, t. I, p. 434 (cette page, par suite d'une faute d'impression, porte le 
chiffre 334). 

(3) Les diplomatistes sont d'accord pour reconnaitre que les chancelleries épis- 
copales sont d"origine relativement tardive, et que, dans les premiers siècles, les 
diplômes étaient rédigés en général par les impétrants ou pour leur compte par des 
scribes V. 0. Posse, Die Lehre von den Privatnrkunden, p. 2 ; Bresslau, llandbuch der 
Uriiundenlehre fiïr Deutscliland nnd Italien, p. 44G ; Reusens, AHEB, t. XXVI 
(1896), pp. doQ et dCO. 

(4) Cf. Reusens, qui en place la naissance aux environs de l'an 4000, sans doute 
parce qu'il la fait coïncider avec les origines de la principauté. AHEB, t. XXVI, 
(1896), p. 181. Cette chancellerie n'empêche pas qu'encore au Xl^ et au XIK siècle, 
les impétrants aient fait rédiger eux-mêmes les actes qu'ils obtenaient des évoques; 
ainsi, en 1078. le doyen de Saint-Barthélémy de Liège, Etienne, écrit lui-même la 
charte que lui accorde l'évêque Henri 1. (V. Daris, Notices sur les églises dv dio- 



LA PRINCIPAUTÉ. 209 

assez modeste, et, comme dans plus d'une autre ville (''[)isco- 
pale, elle était unie à l'ccolàtrie. Eu 1011, l'écolàtre ^^'azon 
Ibnctionne comme chancelier; en 1057, l'écolàtre Francon se 
donne aussi le titre de cancellariiis (1). Il faut descendre jus- 
qu'en 1192 pour rencontrer les fonctions de chancelier dis- 
tinctes de celles d'écolàtre, sans que toutefois elles prennent 
beaucoup d'ampleur. L'institution est donc loin d'avoir à 
Liège l'importance que nous lui trouvons, par exenqile, à 
Cambrai (2), où elle fut également réunie à l'écolàtrie, à 
Tournai, où elle était rattachée à l'oillce du chantre (o), et 
à Reims, où dès l'origine, elle subsista indépendante de toute 
autre fonction (4). 

Après ce coup d'œil jeté sur les principaux officiers d'ordre 
central qui sont à la disposition du prince, il reste à voir 
encore quels sont ses agents locaux dans les villes. 

A Liège, on le sait, les évoques avaient au VIP siècle, 
comme tous les immunistes, un juge privé dont la juridiction 
s'étendait sur la population de l'immunité (o). A une date 
inconnue, mais qui, selon toute probabilité, coïncide avec la 
naissance de la principauté ecclésiastique, ce juge privé fut 
remplacé par un avoué, à moins qu'il ne soit plus vrai de 
dire qu'il changea simplement de nom. En même temps, sa 
juridiction prit un autre caractère : c'était une juridiction 
publique et non plus privée et, de ce chef, il eut pour justi- 
ciables non plus seulement les gens dépendant de l'immunité, 
mais toute la population urbaine. L'avoué de Liège est resté 

ccse de Lièye, YI, p. 182. J"ai trouvé dans le fonds de Neufmoustler, aux Archives 
de l'Élat à Liège, un original de l'évêque Alexandre I, entièrement prêt, sauf ([u'il 
n'est pas scellé : il est manifeste qu'il a clé confectionné par un moine de la maison 
et qu'une cause inconnue a empêché l'évêque d'y apposer son sceau. 

(-1) Ego Wazo recognovi et scripsi, 1011. Charte de Baldôric II dans Wauters, 
La Belgique ancienne et iniidcrne. Canton de Tirleninnt, rommunes rurales, I, p. 100. 

Ego Franco scolasticus recognovi (1000) BCRll, III, 2, p. 281. 

Cf. Reusens, 1. c, pp. -181-182, qui n'a pu recueillir que de très rares passages 
sur la chancellerie liégeoise au moyen-ùge. 

(2) Reusens, o. c. pp. -107-180. 

(3) Id. 0. c. pp. 182-192. 

(4) Id. 0. c. pp. -192-200. 
(o) V. ci-dcs.sus, p. -126. 

I. 14 



210 CHAPITRE XII. 

jusqu'aujourd'hui bien peu connu, au point que la plupart 
des Iiisloricns l'oiit confondu avec ravoué de Saint-Lambert. 
Cela s'explique. Au XIÎI" siècle, l'autorité de l'avoué de 
Liège n'est plus qu'un souvenir, et le maïeur dvi prince lui 
a succédé dans l'exercice de sa juridiction ; înais il garde son 
office, que le temps a rendu héréditaire, ainsi que les droits 
honorifiques ou pécuniaires y attachés, et il a soin de les 
faire attester par des records (1). Ge qui nous intéresse dans 
l'histoire de cet agent, c'est ctu'il est choisi, à l'origine, 
dans la catégorie modeste des ministériaiix, c'est-à-dire que 
le prince se trouve assez fort dans sa ville épiscopale pour 
ne x^as laisser tomber l'avouerie dans les mains dangereuses 
de quelque grand seigneur. Le plus ancien avoué de Liège 
dont le nom soit cité dans nos chartes est Meinerus, qui 
apparaît en 1030 avec la double désignation de judex et 
d'adçocatiis (2). 

Dans les autres domaines possédés par l'église de Liège, 
c'est un avoué encore qui représente primitivement l'évêque. 
Il en est ainsi à Huy, où le plus ancien avoué connu, Wau- 
tier de Barse, est en fonction à la date de lOOG (3); c'est 
l'héritier, sans doute, de celui que Notger aura installé 
lorsque le comté lui échut (4). Il en est de même à Dinant, 

(1) Ces records ont été publiés par Polain dans DLIL, i. III, pp. 297-304, puis, 
sous leurs dates respectives, par Bormans et Schoolnieesters, t. I et II. 

(2) Le premier nom lui est donné par Rupert, Chron. S. Laurentii, c. 32, p. 273, 
le second par Renier de Saint-Laurent, Vita llefjinanli, c. 10, p. 374 et par Gilles 
ri'Orval dans Chapeaville, t. I, p. 272. Après Meinerus, nous rencontrons Wéry du 
Pré, qui a pour successeur son fils Thierry. Il est à remarquer que Wéry II, frère 
de Thierry, est investi des fonctions de sénéchal, autre office réservé aux ministériaux. 
Je ne puis développer ici ce que j'ai a dire sur la distinction entre l'avoué de Liège 
et l'avoué de Saint-Lambert ; cette distinction éclate dans une charte datant du pon- 
tificat d'Otbert et antérieure à 1117, où ces deux agents apparaissent côte à cote : 
Wilhelmus advocatus Leodii, Rcnenis advocatus Sancti Larnberti. BCRII. IX, p. lOC. 

(3) LCIUi, lY^^ série, t. I. (1873), p. 93. 

(4) Je crois devoir mettre le lecteur en garde contre une étude sur Vavmierie de 
Iliiy par M. F. Tihon, qui a paru dans les Annales du Cercle hutois des Sciences et 
des Dcaux-Arti, t. XI (1898). C'est une œuvre d'amateur, dénuée de foute valeur 
scientifique et oii, entre autres énormités, on lit cette assertion qu' « il est pro- 
bable que les comtes de lluy furent ses premiers avoués. » On saura toutefois gré à 
M. Tihon d'avoir publié en tête de son mémoire quelques dorumcnls concernant 
l'avouerie de lUnj, dont Thistorien peut tirer parti. 



L.V l'UIXCIPAUTK. 211 

à Fosse, à Malines et ailleurs encore. A Dinant, l'avoucrie 
était, depuis le XP siècle, aux mains dos seigneurs de 
Montaigu-llochefort (J). L'avoucrie de Fosse était attachée 
à la seigneurie de Morialnié (i2). Celle de Tongrcs était 
exercée depuis un temps immémorial par les comtes de 
Looz (3), et celle de Malines, par la puissante famille des sei- 
gneurs de Grimberghe (4). Malines est, au surplus, la seule 
ville où les avoués soient parvenus à gêner sérieusement le 
prince-évèque, et cela s'explique par la position excentrique 
de cette ville, séparée du reste de la principauté par le duché 
de Brabant. Partout ailleurs, les évèques surent tenir en 
bride l'ambition de leurs avoués, et Unirent par rester les 
seuls nuiîtres de leurs villes. 

A côté des avoués locaux et siégeant, en quelque sorte, 
sous leur protection, nous devons mentionner aussi les tri- 
bunaux échevinaux. Cette institution plonge ses racines dans 
l'époque mérovingienne, et l'on sait que chaque tribunal 
avait pour ressort une subdivision du comté, la centène. 
Mais cette vieille organisation avait été détruite depuis long- 
temps, et les villes, se détachant de leur centaine, formèrent 
de bonne heure des circonscriptions judiciaires à elles seules. 
On ne sait quand Liège devint un de ces centres, et il serait 
téméraire de faire remonter l'origine de son tribunal à saint 
Hubert, qui, nous dit Anselme, donna un droit civil aux 
habitants de cette l)ourgade (o). 

Il fallut d'abord que Charîemagne eût réorganisé le régime 
judiciaire des Francs et créé une magistrature à vie, il fallut 
ensuite que les villes eussent acquis une importance sulli- 

(1) V. sur ravouei'ie de Dinant, Lainotle, Élude liiatorùiiic sur le comté de Ruclie- 
fort, Namur, 1883, pp. 303-308. 

(2) Le plus ancien avoué connu de Fosse est Godescalc, Fussensis uppidi advo- 
catus, en -H7G. DS.illL, t. I, (1881) p. 102. Après lui, je rencontre en 1211, 
Arnoul de Morialmé, probablement son fils (Uormans et Schoohnecsters, 1. 1, p. 167). 

(3) Bormans et Sclioolineestcrs, t. I. p. 323. 

(4) Ce n'est d'ailleurs ([n'en 12i-l que nous voyons le litre û'adrocatus MarjUni. 
ensis porté pour la première fois par un membre de cette famille, mais il n'est pas 
douteux qu'elle en ait exercé les fondions depuis un temps immémoi-ial. Cf. F. Van 
den Branden de Reeth, Recherches sur l'origine de la famille des Berthout, p. 84 du 
tiré à part {RICARD, coll. ;n-4<', t. XVII). 

(5) Anselme, c. 10, p. 198. 



âl2 



CHAPITRE XII. 



santé pour justifier la possession d'un tribunal exclusive- 
ment réservé ù leurs habitants. Et cette importance, Liège 
la possédait-elle avant que Notger eût transformé la bour- 
gade en véritable ville ? Je pose la question, mais je n'y 
réponds point, parce que les éléments me font défaut pour 
la résoudre. Je me borne à attirer l'attention du lecteur sur 
ce fait que Liège possède de temps immémorial quatorze 
éclievins : c'est justement le double du chillre normal fixé par 
Cliarleniagne (1), le double aussi de celui des éclievins de 
toutes les bonnes villes du pays. Dans beaucoup de cas, ce 
chillre s'explique par l'unification judiciaire de deux terri- 
toires auparavant distincts (2). Si, comme tout nous porte à 
le ci'oire, il en a été de même à Liège, nous devrons faire 
remonter à la création du quartier de l'Ile la duplication du 
nombre des éclievins liégeois. En rattachant à la Cité ce 
quartier plein' d'avenir, et presque aussi grand qu'elle, Not- 
ger aura voulu lui donner, dans le tribunal urbain de même 
que dans la vie paroissiale, une place proportionnée à son 
importance future. Ce n'est là, à vrai dire, qu'une conjec- 
ture, et il sera fort difficile d'arriver à quelque certitude en 
cette matière, aussi longtemps que nos sources ne nous per- 
mettront pas de remonter plus haut que le commencement du 
XII*^ siècle. En ellet, les plus anciens membres du tribunal 
échevinal de Liège ne sont mentionnés qu'à la date de 1113(3). 
Une particularité qui vaut la peine d'être notée dans l'his- 
toire de ce tribunal, c'est que, jusqu'en lo89, il ne posséda 
j)as de local à lui; son destroit (4), comme on disait, c'est-à- 

(1) V. le Capitulaice de 803, c. 20, p. IIG. 

(2) A St-Tronil, il y a quatorze éclievins parce qu'il y a deux seigneurs : Tabbé et 
l'évêque, qui établissent chacun sept éclievins. A Maestrichl, oii il y a deux sei- 
gneurs, le duc de BrabanI et l'cvcque de Liège, il y a deux éclievinages et deux 
niaïcurs. A Tournai, il y a quatorze éclievins, ceux de la cité cl ceux du iiuartier de 
Saint-Brice. On poui-rait multiplier ces exemples de cas où le nombre double repré- 
sente, tantôt deux seigneurs, tantôt deux territoires. Je conviens d'ailleurs volon- 
tiers que l'on trouve plus d'une ville avec 14 éclievins sans qu'il y ait jamais eu 
dualité de territoire; ainsi par exemple Cambrai (Beinecke, p. •191). 

(3) De Borman, Les éclievins de la souveraine justice de Liège, t. I, p. 2S. 

(4) Destroit, venant de distrirtits, a eu successivement trois sens découlant l'un 
de l'autre. Il signille : 1" Le droit de contraindre CdistritujereJ exercé par une auto- 
rité judiciaire ; 2° le ressort territorial sur lequel elle exerce ce droit (d'où le 



LA PRINCIPAUTE. 213 

tlirc le siège de sa juridiction, était établi sui' un caiplacement 
qui faisait partie des dépendances de la cathédrale de Saint- 
Lambert. C'était, dans les derniers temps, une maison située 
sur le marché actuel, et contiguë aux degrés qui menaient au 
chœur oriental du sanctuaire (i). 

Il n'en était pas ainsi à l'époque de Notger. Le tribunal 
des échevins était alors situé au nord de la cathédrale, à 
l'endroit connu de temps immémorial sous le nom d'à la 
chaîne. Il touchait, par conséquent, à l'hospice, qui portait la 
même désignation topograpliique, et qui, lui aussi, à partir 
du XIII'' siècle, quitta cet emplacement primitif pour celui 
de la rue Gérardrie. Mais, en ce printemps de la vie civile 
liégeoise dont nous essayons de retracer l'aspect, l'hospice 
et le tribunal vécurent fraternellement côte à côte : la justice 
et la charité, selon le mot de l'Écî'iture, échangeaient le baiser 
de paix à l'ombre du même sanctuaire. Le souvenir de cette 
cohabitation familière s'est perpétué au cours des siècles : 
depuis longtemps, l'hospice Saint-Mathieu, établi à partir du 
XIII*' siècle rue Gérardrie, y avait emporté son vieux surnom 
d'à la chaîne, que les échevins de Liège continuaient de reve- 
nir parfois, obéissant à la vieille tradition, tenir leurs séances 
« à la chaîne en Gérardrie » (2). 

Le destroit de Liège fat donc, dès son origine, l'hôte de 
la cathédrale : établi sur un sol qui dépendait d'elle, il sem- 
blait y plonger ses racines et al'irmer ainsi son caractère 
spécial (3). Il faut d'ailleurs ajouter que, de tout temps, 
ses relations topographiques avec le marché furent aussi 
nettement accusées qu'avec la cathédrale. En eiï'et, c'est au 

wallon destroit) ; 3" le lieu où elle siège. Les historiens liégeois se sont longtemps 
amusés à interpréter le nom de destroit par l'ctroitesse du passage qui séparait ce 
local de la Violette ou luJtel-de-villc. 

(1) C. de Borman, o. c, t. I, p. 20. 

(2) Par exemple en 1310. V. Bormans et Sclioolmcesters, t. III, p. 107. 

(3) Il en était de même à Cologne. « Der Sitz des stadtischcn Gerichtes befand 
sich auf dem Domhof, \\o die Gericlitssitzungen anfangs wohi nach aller Sille unter 
freiein Ilimmol, spâter in eincm bosondern Gebiiude slatt fandcn. » Lau, Enttvick- 
lutig der l;o»iiiui)ialcn VerJ'tmsiimj und ]'rnvaltiiini der Stadt Kiiln, p. o. On peut se 
demander si, à Liège aussi, les échevins ne siégèrent pas en plein air à la chaîne, 
du moins pendant les premiers temps. 



214 CHAPITKK XII. 

côté nord de ceîle-ci que, comme nous l'avons vu, s'étendait 
le plus ancien marché de Liège, et il y a lieu de croire que 
le destroit le suivit le jour où, aux environs de 1100, le 
marché lut transféré à l'est de la catliédrale, à l'endroit 
qui! n'a cessé d'occuper depuis. Selon toute apparence, le 
perron, qui est l'antique emb'éînc de la vie publique de la 
Cité, surgissait déjà sur la place du Vieux Marché, en face 
du destroit. Ainsi, le Marché, le Destroit et le Perron sont 
nés à l'ombre de la cathédrale notgérienne et auront émigré du 
nord à l'est en môme temps que le régime municipal s'affer- 
missait sur des bases plus larges. Il n'était pas inutile de 
mettre en lumière cette phase si antique et si profondément 
oubliée de leur dramatique liistoire. 

Si maintenant nous abandonnons le terrain des institu- 
tions publiques pour nous enquérir de l'état des populations, 
nous constaterons un phénomène économique qui donne une 
assez bonne idée de leur prospérité. Le commerce déploie 
au X^ siècle une sérieuse vitalité dans la plupart des villes 
du pays. Nous voyons qu'il y a des marchés à Maestricht (1), 
à Yisé (2), à Dinant (3), à Fosse (4), et nous avons tout lieu de 
croire qu'il en existait à Liège et à Huy. Les caravanes de 
nos marchands sillonnaient toute la région mosane ; des 
sources nous montrent les lîutois passant à Florennes (o) et 
à Verdun (G), et il y avait, pour cette classe de voyageurs, 
un entrepôt à l'abbaye de Lobbes (7). 

Un commerce très actif circulait sur la Meuse; les barques 
marchandes remontaient et descendaient ce beau ilcuve, 
faisant escale, si j'ose employer cette expression, dans les 
])orts de Dinant, Nauiur, Huy, Liège, V'isé et enfin Maes- 
tricht, et y acquittant un droit de stationnement qui fut de 

(1) Ti'indatio S. Eit'jenU dans AB, (. \\\, c. 10, p. Sfi. 

(2) DO. //. p. 363. 

(3) Trawslatio S. Eajcnii c. 23 dans Àl), f. III, pp. 4G-i7. 

(4) M). IH, p. dOO. 

(îj) Mirmtila sancti Gnirjnlji, c. 23, p. 794. 

(6) Laurent, Gexta ppi.icupfiniin Virditncurinnu c. 3.'). 

(7) Charte d'Otbfirt, 1102, dans Vos, li, [i. 444 : Il aniodo, sii ut anliquihis, 
nocturna sive diurna diveitioiila conîmeanliuin negotiatoruiii cnin doposilione et 
impositione sarcinarum eornindein Laiiliiis habeatls. 



LA PRINCrPAUTÉ. 21 

bonne heure cédé parles empereurs aux évcipTP? rie Liège (]). 
On remarquera la qualification de port attribuée à nos 
villes mosanes (2) : le mot à lui seul atteste l'importance 
qu'avait le commerce pour ces localités naissantes. Au sur- 
plus, le fleuve était le vrai chemin du trafic; tout le monde 
voyageait par eau, et l'on utilisait, pour la navigation, des 
rivières qui, de nos jours, ne portent [)lus la plus mince 
embarcation. La vieille route romaine de Bavai à Cologne, 
dont l'importance avait toujours été j)lus stratégique que 
commerciale, cessait peu à peu d'être employée, et le tron- 
çon qui traverse la Heshaye commençait k prendre le nom 
significatii' de Chemin cert, qu'il a conservé dans le langage 
de ses riverains (3). Ainsi s'explique la prospérité des six 
villes mosanes que nous avons énumérées ci-dessus. 

Le laconisme de nos sources ne nous permet pas d'assister 
de près à l'activité commerciale de ces villes; nous ne pou- 
vons relever ici que quelques traits. Nous voyons qu'àDinant, 
au X'' siècle, il n'y a pas encore de pont et que néanmoins le 
marché se tient sur les deux rives du fleuve, morne au plus 
fort de l'hiver (4). A la foire annuelle de Visé, on vendait du 
bétail, des étofles, des habits et diverses espèces de métaux (o). 

(1) Ce droit {rcditiis de sUitumc naviuin) est cédé à Notger par le diplôme de 980, 
et lui est confirmé par ceux de 98S et de 1000. 

(5) Notamment à Iliiy en 8()2 (Halkin et Roland, Chartes de Stavelot-Malmedij, 
I, p. 85) à Dinant (8G2, texte cité; et au X» siècle, TramUitio sancti Eugenu, c. 2o, 
p. 46); cette dernière ville est aussi appelée emporium dans le Vita s. Uadalini, 
•12, p. 380 C. Chose remarquable! chez les Anglo-Saxons, on rencontre la même 
acception du mot part, mais plus accentuée encore : « Port ist weder Hafcn noch 
Thor, sondera Stadt », écrit K. Hegel, Stâdte iind Gilden, t. I, p. 37. 

(3) C'est plus tard, au Xle siècle, que l'on commence à fréquenter une route nou- 
velle, celle qui va de Maestricht à Bruges par Louvain, Bruxelles et Gand, et qui 
met Cologne en rapports avec la mer. En -1088, l'auteur du Translatio S. Scrvatii, 
p. 92, ne connaît encore, comme on le voit par son exposé, que le tracé Bavai- 
Maestricht-Cologne ; une ligne Cologne-3Iaeslricht-Bruges ne semble pas exister 
pour lui. 

(4) Translatio sanrii Eia/cnii, 1. c. 

(o) Quidquid videlicet ex cocmptione animalium vel ex omni génère tam vestium 

qnam fei'ri et inotallorum ;iossit provcnire, DO, II, p. 3Go; cf. Chr()7ucon 

S. Lauretitii, c. 2G, p. 271, où l'un voit un moine de Saint-Laurent aller acheter 
des habits ad Viseti forum. 



216 CHAPITRE XII. 

Maestricht possédait dès la première moitié du IX* siècle 
une nombreuse population de marchands (1). 

Les Mosans ne se contentaient pas du trafic local; déjà 
ils s'étaient ouvert les marchés internationaux, et ils y 
faisaient quekjue fijçure. Au X^ siècle, nous rencontrons 
les commerçants de Liège, avec ceux de Huy et de Nivelles, 
sur le marché de Londres. S'embarquant je ne sais où, peut- 
être à Damme, ils prenaient terre dans quelque ville du 
littoral sud-est de Tîle et gagnaient la grande cité de la 
Tamise à pied, ce qui leur permettait de faire certaines 
affaires en route et leur valait l'obligation de payer un 
double tonlieu (2). Pendant le cours du XP siècle, on retrouve 
dans File des gens de la Hesbaye et un marchand de Gem- 
bloux (3). Peu de temps après (1104), on signale, sur le 
marché de Coblence, les négociants de Liège, de Huy, de 
Namur et de Dinant, qui mettent en vente des pelleteries, 
des chaudrons et des bassins : c'est, comme on le voit, le 
commencement de la dinanderie (4). A la même date (1103), 
Liégeois et Hutois vendent sur le marché de Cologne de 
l'étain, de la laine, du lard, de l'onguent, de la toile et du 
drap (5). 

La charte de Cologne où nous trouvons ces intéressantes 
particularités nous donne une assez vive image du mouve- 
ment du commerce mosan dans la grande cité rhénane. 
Parmi les Liégeois que leur trafic y appelle, les uns sont des 
capitalistes pouvant fréter eux-mêmes les bateaux sur les- 
quels ils transportent leurs marchandises, tandis que d'autres 

(1) In vico (lui liodieqiie Trajectus vocatur cl- dislat ab Aquensi palatio octo cir- 
citer leugas, estque habitanliuin et praecipue iiegotiatorum inuKitudine frequcntis- 
simiis. Eginliard, Translat. sa. Marcellini et Pétri, c. 81, dans Migne, P. L. t. 104, 
col. o87. 

(2) Voici un extrail du droit, de Londres sous le roi Kllielrcd (978-lOlG), relatif 
aux tonlieux qui se payaient dans cette ville; on y lit : 

Ilogge et Leodium et Nivella qui per terras ibant ostensioncm dabant et lelo- 
neuin (Hohlbanni, Ilanshchea Urkundenbitcli, t. I, p. \). 

(3) Stepelinus, Miracula suncti Trudonis, II, 74, p. 827 ; Miracula S. Wicbcrti, 
p. 520. 

(4) Ilulilbaum, Uansisches l'rlaindenbncli, t. I, p. 3. 

(5) Hohibaum, 1. c; Jean d'Outrcnieuse, I. Y, p. 264. 



LA PRIXCIPAUÏÉ. 217 

sont obligés de recourir à des vaisseaux <lc cotnmerce. A 
côté de ceux qui empruntent la voie lluviale, nous en ren- 
controns qui prennent la voie de terre et arrivent avec leurs 
chariots; d'autres encore, véritables prolétaires du monde 
commercial, chargent modestement toute leur maj'chandise 
sur le dos de leur monture. 

Le vaste marché colonais n'absorbe d'ailleurs pas seul 
l'activité de nos Liégeois : il en est qui vont jusqu'au fond 
de la Saxe pour y acheter du cuivre, et qui paient un droit 
de transit en repassant par ('ologne (1). Souvent, les intérêts 
de leur commerce les fixaient pendant des années à l'étran- 
ger : tel ce marchand de Ilalmael qui s'établit en Angleterre 
et s'y maria, puis revint au pays natal (2), ou encore ce 
pelletier de Huy, fixé à Falaise en Normandie, dont la fille 
eut l'équivoque honneur de devenir la mère de Guillaume 
le Bàtai'd, dit le Conquérant (3). 

Quant à la ville de Liège, la Meuse, véritable chemin qui 
marche, y faisait affluer les marchandises et les marchands (4). 
Nous connaissons le nom de l'un de ceux-ci, qui vivait en 
1056 : il s'appelait Marianus, et c'est lui qui fournit le sac 
dans lequel furent rapportées d'Espagne les reliques de saint 
Jacques (5). Le commerce liégeois, qui n'avait cessé de 
s'étendre, atteignit, au seuil du XÎP siècle, un développe- 
ment considérable : son organisation était assez forte pour 
qu'il j)ût entreprendre, et avec succès, de faire respecter ses 
droits sur le marché de Cologne. Pour donner jdIus de poids 
à leurs réclamations, les marchands liégeois et hutois les firent 
appuyer par leur prince-évêque, qui se trouvait alors à une 
réunion épiscopale dans la grande ville rhénane, et Otbert 
— car c'est lui — fut témoin de l'acte par lequel rarchevéque 
Frédéric donna pleine satisfaction aux gens de Liège et de 

(1) Voii' le iliplùiiie cité, note. 

(2) Charte deSaint-Troiul en 109o dans Piol, CnrinUdre de S.aint-Troml, 1. 1. p. 28. 

(3) Albéric de Tfoisfontaines, p. 784, cf. G. Kiirtli, lienicr de lluti, dans DARn, 
1903, p. 542. 

(4) Variis nierciiim commeatibus habilis. Gozechin dans Mabiilon, Vetera Aiia- 
lecta, p. 438. 

(o) Récit d'un contemporain leproduil par Gilles d'Orval, III, 7, p. 8G. 



218 CÉÎAPIÏIIE XII. 

Huy (1). Plusieurs do ceux-ci ont mis leur nom au bas du 
document, qui laisse entrevoir, si je ne me trompe, l'exis- 
tence d'une gilde de marchands liégeois. Ce sont, outre 
Henri le maïeur, les marchands Mascelin, Godefroi, Lanfroi, 
liambert de Liège, Lambert de Huy et Baldéric. 

Le patriciat urbain de Liège, représenté par les noms que 
je viens de citer, nous apparaît, au cours du Xi'' siècle, 
comme une véritable puissance financière. Les capitalistes de 
Liège prêtent do l'argent à de riches abbayes, comme Saint- 
Laurent (2) ou Saint-lîubert en Ardenne (13); le prince-évcque 
les appelle à signer ses actes (4) et seinble avoir appuyé sa 
politique sur cette classe opulente. Un contemporain l'accuse 
formellement de se 1 être attachée au moyen de libéralités 
et de promesses, j^our pouvoir mieux oppriruer les petits (5). 

Ceci est significatif. L'opposition entre gi^ands et petits à 
la fin du XI*^ siècle et l'existence avérée de griefs populaires 
semblent insinuer qu'il y avait dès lors une certaine organisa- 
tion communale à Liège. Peut-on la faire remonter jusqu'à 
l'époque de Notger? Il y aurait de la hardiesse à le soutenir, 
encore bien que nous en trouvions au XII'' siècle plus d'une 
trace. On a déjà fait remarquer la charte de li7o, par laquelle 
le comte de Looz accorde à sa ville neuve de Brusthem « la 
loi, le droit et la liberté de Liège, tels que par l'intermédiaire 
d'hommes de bien, nos fidèles, nous les avons appris des 
Liégeois eux-mêmes ». Cette charte atteste l'existence d'un 
droit spécial à l'usage des bourgeois de Liège, et ce droit, il 
y est déjà fait, allusion dans l'acte de 1107 par lequel l'empe- 

(1) lluhlbauni, o. r., (. I, p. 3; Jean cl'Outrcnieuse, t. V, p. 2G-k Olbert se trou- 
vait à Cologne, parait-ii, à l'occasion d'un concile provincial, en même temps que 
les autres suHragants de la métropole, comme on le voit par les termes de la duirle. 

(2) CIn-nnicon Saurti Laiircntii, c. io, p. 277. 

(3) C'irotiiciDi Smirli lluberti, c. 49, p. 594. 

(4) Di|iIÙ!ne d'Olbeit (I09G) dans le Mexsaijcr des .sciences liist:>r!!jtics, 18i8, 
p. .381. 

(o) Olberlus ir.terea nimis imiriodei'atus dominai ionis cxercendae, coepit Leodii 
civilia jura evellere, Icgcs majorum inutarc, consueludines annullare, ut-jue liberius 
compriincret iiiinurrs, (Ujj'rrrbnl c.riisprrave iutcr'nii majores, diiiiis etioiit et paiininsis 
ad cinisenticintitjn sHii ciiulni'tehdt puteiiliorcs. Clinmici'ii Suncti iliibcrli, c. 90, 
p. 628. 



L\ PRIN'CIPAUTÉ. 210 

reiir Henri V décide que quiconque a la qualité de marchand 
(incrcatoj' pnhUcus), relève de la juridiction scabinale. Nous 
])Ouvons remonter une génération plus haut et constater que 
lorsqu'on fonda le tribunal de la [)aix, en 1082, les Liégeois 
furent exemptés de cette nouvelle juridiction (1), apparem- 
ment parce qu'ils étaient en possession d'un droit urbain qui 
donnait les mômes garanties. Nous voilà bien près de l'année 
!0(jG, en laquelle Huy, la seconde ville de la principauté, 
reçut sa charte d'alTranchissement. 

Or, si, au milieu du XP siècle, nous trouvons à Huy une 
bourg'eoisie déjà organisée, à qui le prince accorde le précieux 
privilège de garder elle-même son château pendant les inter- 
règnes, qui est assez riche pour player fort cher les droits 
qu'on lui concède, et assez respectable pour que le prince 
traite avec elle d'égal à égal, peut-on supposer crue la capi- 
tale du pays fût moins bien lotie ? Le seul fait que les Hutois 
ne sont tenus d'entrer en campagne pour le service du 
])rince que huit jours après les Liégeois ne montre-t-il pas 
que la situation de ceux-ci est déjà réglée au point de vue de 
leurs devoirs militaires? Et comment croire que Liège, qui 
fut toujours le type d'organisation municipale sur lequel se 
modelèrent les autres villes de la principauté, n'eût point 
précédé celles-ci dans la voie de l'affranchissement (2) ? Dans 

(1) Lcgein, jus et libertaleni Lcodienscm, sicut ;ib ipsis pi-udcntioribus Lcodii 
viiis pei' fratres nostros fidèles viros didiciiinis, Piot. Cartuktire de Saint-Trond, 
I. I, p. 123; Bormr.ns, Recueil dex Edits, etc., t. I, p. 22. Ce passag-e semble prou- 
ver que les dites libertés n'étaient pas encore mi.ses pai- écrit à cette époiiue, et le 
passage suivant vient à l'appui de cette manière de voir : Et si quid de jure Leo- 
diensi in hàc chartà est praetermissum, quod postea possit adjicere, hoc bénigne 
coinedimus e'S habere. Toutefois, il n'en résulte pas encore la preuve que Liège 
iraurait pas eu alors de ciiarle de liberté, attendu que celle-ci ne devait [las conte- 
nir nécessairement tous les articles de son droit municipal. 

(2) Je ne suis donc pas d'accord avec M. Pirenne, Histoire de Belgique, 2^ édition, 
t. I, p. 177, disant que » dans la principanlé de Liège, les villes secondaires telles 
ijue Dinant, Huy et St-Trond devancèrent la capitale dans la voie de lémancipa- 
fion politique. » Cette manière de voir s'explique par la disparition des archives de 
Liège; on s'est habitué à ne croire à la liberté de cette ville qu'à partir de la date 
oti elle est attestée par écrit. M. Pirenne ajoute, en parlant du droit concédé par 
Thcoduin aux Hutois de ne prendre les armes que huit jours après les Liégeois : 
« Ceci indique bien que la liberté de Huy a devancé celle de Liège. » H nie paraît 
que ce texte indique plutôt le contraire. 



220 CHAPITRE XII. 

tous les cas, ses privilèges ne peuvent guère être postérieurs 
à ceux de Huy. 

Si ces raisonnements sont fondés, ce serait dans la pre- 
mière moitié ou, du moins, vers le milieu du XP siècle que 
nous aurions à placer la naissance de la commune de 
Liège (1). Et le lecteur se convaincra facilement qu'une 
recherche de ce genre n'était pas hors de propos à la lin de 
ce chapitre consacré aux institutions du temps de Notger. 
En effet, Torigine de la constitution commumde liégeoise se 
rattacherait directement, d'après cela, à la clôture de la ville 
par les soins de ce prélat. Une enceinte muraillée était tou- 
jours, pour les agglomérations urbaines, la mère d'une paix 
spéciale, c'est-cà-dire d'un ordre public garanti par une pro- 
tection plus efficace de la sécurité et par une douceur plus 
grande du régime légal (2). 

Je m'arrête ici, craignant qu'on ne puisse me reprocher 
d'avoir abusé de la conjecture. Si c'était le cas, j'aurais 
droit à une certaine indulgence. Une étude sur le règne de 



(1) .l'aiTÎve, bien que par un auti-e clicmin cl sans entente préalable, au niênie 
résultat (jue A. Wauters, qui écrit : 

(( L'une des attributions que l'homme libre réclame en premier lieu, c'est le 
droit de s'armer pour la défense de ses foyers et de la patrie. Vers le milieu du XI'' 
siècle, nous voyons l'évêque de Liège, Wazon, (1043-1061) qui jouissait d'une 
haute réputation de sagesse et de loyauté, chercher un appui dans l'armement de 
ses sujets contre les révoltes dos princes voisins. La ville de Licr/e, dit un chroni- 
queur, farlijicc tnitant que le temps et la xittiatiim des lieu.r le permirent, fut mise à 
l'abri des atta(jues des ennemis; le prélat ordonna de remplir d'armes les maisons 
Unit des clercs que des laïques ; les citoyens furent plus d'une fois appelés sous les 
armes (Anselme). Alors sans doute fut fixé le délai dans lequel les Liégeois devaient 
rejoindre les troupes de l'évêque, comme on le rappelle dans la charte de Huy de 
l'an 1000; alors aussi, selon toute apparence, fut rédigé pour Liège un diplûme île 
liberté qui a péri, mais dont les dispositions paraissent avoir été reproduites par- 
tiellement dans celui qui fut accordé au\ habilants de Brusthem en 117o. Les libertés 
communales, Bruxelles-Paris, 1878, t. I, p. 282. 

(2) « La construction d"une enceinte forliliéc ou le creusement d'un fossé autour 
de la ville va de pair avec Tocti-oi d'une paix spéciale pour le territoire urbain. » 
H. Pirenne, o. c. 21^ édition, t. J, p. 182. Cf. Keutgcn, Untersuchumien ïtber den 
l'rsprunij drr drutsehen Stadt:<erfassnn(j, p[). ol-02. K. Hegel, Die Entstehun;/ der 
deutsclien Stddtrwescns, p. HI, dit, à la vérité, que ce n'est pus la seule enceinte 
cmmurailléc qui fait la ville, et à cela personne ne contredit. 



LA PRINCIPAUTE. jÎ21 

Notger ne pouvait passer devant les multiples problèmes que 
soulève l'histoire des institutions du X^ siècle sans poser au 
moins quelques points d'interrogation. Ils seront, si l'on 
veut, des jalons indiquant aux chercheurs de l'avenir les 
endroits où il faudra creuser. 



CHAPITRE XIII. 



LE DIOCESE. 



Il peut sembler étrange, ù première vue, que nous soyons 
beaucoup mieux renseignés, par nos ciironiqueurs ecclésias- 
tiques, sur l'histoire du })rincs que sur celle de l'évêque. 
Gela s'explique. D'une part, on ne consignait par écrit que 
le souvenir d'événements éclatants et d'actions qui sollici- 
taient le regard; or, l'administration d'un diocèse est quelque 
chose de régulier et de tranquille qui ne iVap[)e guère l'atten- 
tion. En second lieu, un évèque de cour, incessamment 
appelé auprès du roi, comme on l'a vu, et obligé souvent de 
le suivre dans des expéditions lointaines, devait être plus 
d'une fois empêché de remplir les fonctions de son ministère, 
qui consistaient à tenir les synodes annuels, à visiter son 
diocèse, à administrer le sacrement de confirmation, à ensei- 
gner son troupeau et à veiller à tous les besoins religieux. 
Pour ces deux raisons, il n'est nullement étonnant que nos 
sources, déjà si laconiques en ce qui concerne le gouverne- 
ment de la pi'incipauté, deviennent à peu près muettes lors- 
qu'il s'agit de l'organisation et de l'administration du diocèse. 
Nous sommes donc réduits à quelques mentions épisodiques 
trouvées, en général, dans des documents étrangers à l'his- 
toire de Notger, dont nous tacherons de tirer tout ce qu'ils 
peuvent nous apprendre. 

Le lecteur sait déjà quelle était l'étendue du vaste diocèse 
de Tongres ou de Liège. Une moitié en était comprise dans 
le domaine de la culture latine, où on parlait un idiome 
roman, tandis que l'autre plongeait dans ces régions sur 



T.iî DiocKsiî. 223 

lesquelles, de bonne heure, s'était répandu le flot de linva- 
sion gcriiKinique. Si bien que deux bnu^ues se pai'ta|:çeaient 
le diocèse, qu'elles coupaient en deux parts presque égales : 
la septentrionale parlait le thiois ou néerlandais, la méridio- 
nale, un dialecte roman connu aujourd'hui sous le nom de 
wallon, sans compter des populations du sud-est (1), dont 
l'idiome se rapprochait du haut allemand. 

Que les frontières de cet immense diocèse n'aient pas été 
partout également fixes, on ne s'en étonnera pas; ce qui 
surprend plutôt, c'est qu'elles n'aient pas fait l'objet de plus 
fréquentes contestations. Il s'en était produit une au A'P siècle 
avec l'archevêque de Reims, au sujet de la juridiction spiri- 
tuelle de ^louzon, qui relevait de cette église métropolitaine, 
mais où l'évcque de Liège avait, sans doute par ignorance, 
procédé à des ordinations. Ce fut l'occasion d'une lettre des 
plus vives par laquelle saint Rémi reprochait à Falcon de 
Tongres cet acte d'usurpation (2). 

Notger eut à s'occuper aussi d'une dilliculté de ce genre, 
et il la trancha d'une manière pacifique. Gomme nous l'avons 
déjà dit, du côté de l'est, le diocèse de Liège était contigu à 
l'archidiocèse de Cologne, et il englobait, entre la Meuse et 
le Rhin, un certain nombre de paroisses aujourd'hui com- 
prises dans la Prusse Rhénane (3). Les plus septentrionales 

(1) Equivalent à la pointe septentrionale du Grand-Duché de Luxembourg-. 

(2) Voir la lettre de saint Henii dans Epistolar Aevi Mcrorinyici fMGllJ, p. llo. 
Plus tard, au XI^ siècle, il y aura un autre conflit, cette fois avec Cologne, au sujet 
de l'abbaye de Malmedy, unie à celle de Stavelot qui dépendait de Liège, mais rat- 
tachée elle-même au diocèse de Cologne. Mais la querelle fut surtout entre les deux 
abbayes, et la question des frontières diocésaines ne fut pas soulevée. V. le Trium- 
phiis sanrti Rcmacli. Une qi'.erclie non moins retentissante, et contemporaine de 
Nolger, fut celle de rarchevêi[ue de Mayence et de l'évcque de Hildesheini au sujet 
de l'abbaye de Gandersheiin, que les deux diocèses se disputaient ; une enquête au 
sujet de leurs frontières donna des résultats incertains. V. Thangmar, Vita S. Bern- 
wardi, c. 20, p. 768. Il faut lire, sur rindécision des frontières dans les diocèses 
nouveaux, un curieux passage d'Adam de Brème, lY, 33, p. 383. 

(3) Est-il vrai, comme le croit Bintorim-Mooren, Die Erzdiikese lûHn lin Mhtcl- 
alter, Dûsscldo'rf, 1892, t. I, p. 49, suivi par Alberdingk-Thym, p. 481, qu'Aix-la- 
Chapelle ait appartenu au diocèsede Cologne jusqu'au XI*-' siècle? J'en doute beaucoup : 
il est peu probable que la ville du couronnement ait pu passer d'un diocèse à 
l'autre sans que la chose ait fait du bruit, et, surtout, sans que l'archevêque de 



224 CHAPITRE xm. 

se groupaient autour de Wassenberg, qui en était le centre 
et qui donnait son nom à une des ciirétientés de Tarcliidio- 
cèse. 

Dans une paroisse de cette chrétienté, nommée Glad- 
bacli (1), Tarclievêque de Cologne Géron, celui-là même qui 
avait imposé les mains à Notger, avait bâti, en 974 ou 975, 
une abbaye de bénédictins. On ne sait pas au juste pourquoi 
il avait cru devoir fonder cette maison précisément au-delà 
des frontières de son diocèse, et il y a apparence que, de 
même que saint Remacle lorsqu'il édifia Malmedy, il ne con- 
naissait pas exactement les confins de Liège et de Cologne. 
Gladbacli se trouva donc, dès l'origine, dans la dépendance 
temporelle de Cologne et sous la juiùdiction spirituelle de 
Liège : situation semblable à celle de plusieurs autres ab- 
bayes du diocèse ou du pays de Liège (2) et qui créait, tant 
au diocèse qu'aux abbayes elles-mêmes, de sérieuses diffi- 
cultés. Gladbacli n'eut pas à se louer de cette dualité de maî- 
tres. Son premier abbé, Sandrad, fut accusé à Cologne 
d'avoir plus de zèle pour le service de Liège que pour celui 
de la métropole, bien que, dit la chronique locale, il s'acquit- 
tât humblement de son devoir envers l'un et l'autre prélat. 
Finalement, il fut rappelé par l'archevêque Warin et ne put 
rentrer dans son monastère que grâce à la protection de 
l'impératrice Adélaïde. E verger, successeur de AVarin, en- 
nuyé d'avoir à entretenir un monastère dans le diocèse d'au- 
trui, imagina de transporter les moines de Gladbach à Saint- 
Cologne ait protesté. La seule preuve alléguée par Binlerini est (ju'en 887, Fol- 
charius, abbé du Palais d'Aix-la-Chapelle, assista au synode de Cologne avec Nevelung 
d'Inda et Andolf de Werden (Ilartzlicini, II, f. 3CG) mais ce synode n'était-il pas pro- 
vincial? Les arguments ajoutés par A. T. ne prouvent rien ou prouvent trop, car si 
le fait que les arclievêques de Cologne se sont employés pour Aix permettait de 
conclure qu'ils sont les diocésains, ceux de Maycnce et de Trêves pourraient, de ce 
chef, revendiquer le même titre. Dans tous les cas, à partir du XI'' siècle, Aix 
apparaît bien liégeois. 

(d) Aujourd'hui Miinchen-Gladbach, ou, selon roi'thographe oflicielie, M. Glad- 
bach. 

(2) Ainsi Saint-Trond et Waulsort relevaient au spirituel de Liège et au temporel 
de Metz. Lobbes, par contre, relevait de Liège au temporel, et au spii-ituel de 
Cambrai. 



LK DIOCÈSE. 225 

Martin de Cologne; déjà il se disposait à l'aire emporter les 
reliques, lorsqu'il en fut détourné par une vision dans laquelle 
il crut voir apparaître saint Vitli. Alors, il se décida à res- 
taurer l'abbaye, mais, en môme temps, il résolut d'en acqué- 
rir le domaine spirituel, et il ouvrit des négociations à ce 
sujet avec Notger. Les deux diocèses procédèrent à ce 
qu'on appellerait en langage. moderne une rectification de 
frontières : Liège céda à Cologne la juridiction religieuse sur 
Gladbacli et sur Reitli, Cologne donna à Liège les trois pa- 
roisses de Tegelen, de Lobberich et de Venlo. Cet accord 
l'ut conclu entre l'année 984 et le 11 juin 999, date de la 
mort d'Everger (1). Depuis lors, et jusqu'au morcellement 
des diocèses belges en loo9, les trois localités cédées à 
Notger fii*ent partie du diocèse de Liège, où nous les 
retrouvons dans l'archidiaconé de Campine, au doyenné de 
Wasscnberg (2). 

Notger n'était pas seul à administrer son vaste diocèse. Dès 
les premiers temps, les évèques eurent un archidiacre avec 
qui ils partageaient la sollicitude de toutes les affaires maté- 
rielles : charité, discipline, gouvernement. A partir du IX® 
siècle, les fonctions archidiaconales subirent une modifica- 
tion profonde ; chaque évêque eut plusieurs archidiacres, et 
chaque archidiacre fut à la tête d'un ressort territorial 
déterminé (3). La subdivision des diocèses en archidiaconés 



(1) Chronkon Gladbacense, c. 20 et 21, p. 77. Cf. Molaïuis, Natales Sanctorum 
BeUjii, 24 août ; Knippenbcrgh, Hintoria ccclesiastica ducatus Geldriae, p. 43; Fisen, 
pars I, p. 149. — Keuller, Gescliiedenis en besclin'jvinri van Venlo, p. 14 et Peeters, 
Clironolo(jische Deschrijvimj van Tetjelen {Piibl. de lu Soc. Iiist. et archéol. dans le 
duché de Limhotirg, t. XIII, p. 8), n'ajoutent rien aux renseignements de nos 
sources. Pour être complet, je crois devoir reproduire ces lignes de Binterim- 
Mooren, Die Erzdiôcese Kôln im Mittelalter, Dïisseldorf, 1892, t. I, p. 49 : « .Merk- 
wùrdig ist es noch, dass die Sage Diilken im Kôlnischen zu einer Filiale von deni 
unter Liittich liegenden Birgeln niacht. » 

(2) Venlo e( sa voisine Tegelen, à une demi-lieue au sud, font partie aujourd'hui 
de la province de Limbourg hollandais et du diocèse de Ruremondc (Habets, Gescliie- 
denis van liet bisdom Roermond, p. 408). Lobberich est une commune du cercle 
de Kempen, régence de Diisscldorf. 

(3) Selon M. le chanoine Daris, I, p. 177, (jui, avec raison, ne croit pas à lacréa- 
li(in des archidiaconés de Liège en 799 par Léon III, la division serait antérieure à 

I. 13 



22G CHAPITRE Xllt. 

devient la règle à cette époque. La pluralité des archidiacres 
semble déjà établie en 813 (1); toutefois, ce n'est qu'à la 
lin du IX" siècle qu'on peut la prouver pour un diocèse déter- 
miné : Hincmar de Reims avait au moins deux archidiacres 
et probablement davantage (2). 

On a soutenu, il est vrai, que la division du diocèse de 
Liège en huit archidiaconés datait de 799, et qu'elle fut déci- 
dée par le pape Léon III, lors du voyage qu'il fit auprès de 
Charlemagne (3). Mais que n'ont pas fait nos chroniqueurs 
de ce voyage pontifical? Ils y ont rattaché, à peu près, tous 
les faits religieux imaginables (4). En réalité, c'est seulement 
au début du X^ siècle que nous voyons à Liège des archidia- 
conés territoriaux. Celui de Hainaut est cité en 903-920 (o), 
celui de Hesbaye en 980 (6), et ce sont les plus anciennes 
mentions. Deux archidiacres simultanés apparaissent pour la 
première fois dans nos textes en 901 : ce sont celui de 
Hesbaye, Bovon, et Gislebert, dont le ressort est inconnu (7). 
Enfin, en 1007, trois archidiacres signent à la fois un acte 

l'époque de Charlemagne, « car le capitulaire de 779, dit-il, la suppose déjà 
généralement établie ». Le capitulaire d'Herstal en 779, c. 19, dit : 

De mancipiis quae vendunt, ut in presePtiâ episcopi vel comitis sit, aut in itre- 
sentià archidiaconi aul centenarii aut in presentiâ vice domini aut judicis, comitis 
aut ante bene nota testimonia (Boretius, p. 31). Mais ce passage n'est pas assez 
explicite pour qu'on en puisse tirer argument. 

(1) Concile de Châlons-sur-Saône, c. 4o, dans Sirmond, Concilia Galliae, t. II, 
p. 3 H, 

(2) Mansi, XV, 497 et cf. Hinschius, t. Il, 489, note 3. 

(3) Fisen, Historia Ecclesiae Leodietisis, pars I, 1. V, § 28, suivi par Van Espen, 
Jus ecclesiaaticum, pars I, tit. XII, cap. 1, § 23. 

(4) V. dans BSAHL, t. XIII (1903) l'intéressante étude de M. l'abbé J. Paquay 
sur la Consécration de icijlisr de Tongres far le pajje Léon III en 804, oii il est l'ait 
bonne justice de la légende indiquée par le titre. La réfutation qu"un anonyme qui 
signe Robert d'Aluins a essayé de faire de ce travail dans une brochure intitulée Le 
pape Léon lU et la consécration de l'église de Notre-Dame à Tongres, Tongres, 1904, 
ne mérite pas l'honneur d'être lue. 

(5) Translatio S. Eugenii, c. 7, dans Analecta Bollandiana, III, p. 34. 

(0) Translatio S. Landoaldi, p. 004. Martene et Durand, A. C. II, 47-48. Encoi'e 
faut-il remarquer que les textes ne prononcent pas le nom de Hainaut ni de Hes- 
baye; ils montrent seulement, en parlant de localités situées dans ces contrées, 
qu'elles ont un archidiacre régional. 

(7) Mart. et Dur. A. C. II, 47-48. L'authenticité de ce diplôme ne me semble pas 
établie. 



LE DIOCESE. 



227 



de Notger : ce sont Oll)ert, Albold et Jean (1), mais no as ne 
savons pas à quel archidiaconé ils président. 

Ces maigres renseignements ne nous permettent pas de 
dire avec certitude ni à quelle date remonte la division du 
diocèse en arcliidiaconés, ni combien il y en avait à l'époque 
de Notger. Nous pouvons admettre que l'organisation est du 
IX^ siècle, comme partout ailleurs. Quant au nombre, nous 
avons à cet égard des renseignements que je crois devoir, 
dans l'intérêt de la clarté, résumer dans le tableau suivant : 

903-920. Plus d'un archidiacre et notamment Adalelm, archi- 
diacre de Hainaut. 

960. Plus d'un archidiacre, et notamment Bovon, archi- 

diacre de Hesbaye. 

961. Bovon, archidiacre de Hesbaye, Gislebert, archi- 

diacre. 
1007. Trois archidiacres : Otbert, Albold et Jean. 

Encore trois archidiacres en 1026 : Bodon, Otbert, 

Robert et en 1029 : Gobert, Jean, Lanzon. 
1031. Cinq archidiacres : Geldrad, Lambert, Robert, Sic- 

con, Wazon. 
Encore cinq en 1030 : Gérard, Gobert, Jean, Rotfrid, 

Robert. 
1057. Six archidiacres :Bernier, Gérard, Godescalc, Gode- 

zon, Gobert, Humbert. 
1066. Sept archidiacres : Boson, Godescalc, Godescalc, 

Godescalc, Gobert, Herman, Théoduin. 
1178. Huit archidiacres : Albert, Baudouin, Berthold, 

Brunon, Henri, Olton, Rodolphe, Thierry (2). 

Cette progression si étonnamment régulière est-elle l'ex- 
pression de la réalité et faut-il croire que les arcliidiaconés 
du diocèse de Liège sont allés en se multipliant dans l'ordre 
qu'on vient de voir? Je ne suis pas en état de répondre à 
cette question. Toutefois, je ferai remarquer qu'au dire d'un 
auteur du XIP siècle cité plus haut, il n'y avait que sept 

(1) Hariulf, Chronique de Saiut-Ptiquicr, éd. Lot, p. 17o. 

(2) V. de Marneffe, Table cliroiiolofjique des dignitaires du chapitre de Saint- 
Lambert de Liège {AHED, L XXV). 



228 CilAPITRE xiii. 

archidiacres au XP siècle (1). Ce témoignage confirmerait 
singulièrement les conclusions qu'on tirerait des données 
fournies par les dates de 106G et de 1178. 

Les archidiaconés eux-mêmes étaient subdivisés en doyen- 
nés, c'est-à-dire en cii'conscriptions rurales dites chrétientés 
ou conciles, à la tête desquelles était un prêtre revêtu des 
fonctions de doyen. Le doyen était ce qu'il est encore aujour- 
d'hui (2), et nous savons par une source du X'' siècle l'exis- 
tence d'un doyen d'Entre-Sambre-et-Meuse, nommé Flodinus, 
dans la circonscription duquel se trouvait le monastère de 
Saint-Gérard de Brogne (3). Les trente doyennés liégeois qui 
existaient en 1559 ne remontent pas tous à l'époque de 
Notger, mais les plus anciens sont peut-être antérieurs à la 
subdivision des archidiaconés. 

S'il est vrai, comme semble l'avoir établi récemment un 
ingénieux chercheur, que les ressorts des croix banales co'in- 
cident avec ceux des doyennés (4), alors l'antiquité de ceux- 
ci apparaîtra dans tout son jour, car les croix banales sont 
elles-mêmes attestées dès le X^ et le XP siècle, non pas comme 
une invention de cette époque, mais comme une tradition 
remontant à une date immémoriale. Un épisode de l'histoire 
de Notger nous fournit l'occasion de considérer de plus près 
cette curieuse institution. 

Les bancroix ou croix banales étaient des processions qui, 
tous les ans à la même date, amenaient au sanctuaire le plus 
ancien et le plus respecté de la région les populations des 
villages avoisinants, apportant leur redevance traditionnelle : 
une obole et un pain. Elles avaient un double caractère : celui 
d'un hommage rendu au saint dont elles visitaient le sanc- 
tuaire et celui d'une redevance régulière, dont le payement 
se faisait, selon l'esprit du temps, d'une manière collective et 
solennelle. 

(1) De fundatione et liipsu mouasterii lobitnsis, c. 11, p. 552; le passage est 
reproduit ci-dessus, p. 207. 

(2) Avec cette différence toutefois que le doyen n'était pas nécessairement le 
curé du chef-lieu de la chrétienté, mais qu'il était choisi indifféremment parmi les 
curés de toutes les paroisses de celle-ci. 

(3) Translatio s. Eugenii ûâns Analecta Bollandiuna , t. III, c. n, p. 3G. 

(4) V. le mémoire de M. l'abbé J. Paquay, Les antiques processions des croix 
banales à Tougres. Tongres 1903. 



LE DIOCESE. 



229 



Comme la plupart des institutions dontrorij^ine se perd dans 
une antiquité reculée, elles eurent leur légende, qui avait la 
prétention d'expliquer leur origine : d'ordinaire, on racontait 
qu'un fléau de la nature, (inondation, sécheresse, épidémie, 
épizootie) avait été conjuré par l'institution de ces croix, et 
que les fidèles reconnaissants avaient voulu perpétuer le 
souvenir du miracle obtenu en le commémorant chaque an- 
née (1). Ces cérémonies, à la longue, parurent onéreuses à 
beaucoup de localités qui, sans vouloir se soustraire à la 
double obligation de la procession et de la redevance, préfé- 
rèrent porter leurs hommages à des sanctuaires moins éloi- 
gnés. De là, pour la plupart des monastères, l'occasion de 
fréquents conflits avec les populations (2). A Lobbes, le 
conflit éclata de bonne heure. Soixante-douze paroisses de- 
vaient apporter leurs redevances annuelles à l'abbaye le 23 
avril, jour de la fête de saint Marc. Mais, trouvant sans doute 
l'itinéraire trop long, vingt-neuf d'entre elles préférèrent les 

(1) Ainsi, à l'abbaye de Saint-Hubert, les bancroix auraient été imaginées en 837 
pour conjurer des pluies diluviennes qui détruisaient les récoltes; l'empereur 
Louis le Débonnaire cl un synode diocésain auraient confirmé l'institution (V. 
Miracitla snncti lliiberti, II, 6, p. G7). A Ecliternacb, c'aurait été une épizootie qui, 
éclatant avec violence au XIV*; siècle, aurait décidé la population à invoquer le 
secours de saint Willibrord. A Luxembourg, les croix banales qui allaient tous les 
ans en procession à Trêves, chef-lieu du diocèse, auraient été instituées au X^ siècle 
à la suite d'une sécheresse désastreuse. A Lobbes même, au dire d'un écrit du 
Xlle siècle, on croyait que les bancroix de cette abbaye étaient destinées à tenir lieu 
des pèlerinages que les fidèles faisaient autrefois jusqu'à Rome, et que les papes 
auraient, par la suite, commués en processions à des sanctuaires anciens. V. le 
document publié par M. St. Bormans dans BCRH, II, 8, pp. 318 et suivantes. 

(2) Ainsi à Saint-Hubert, cf. la Chronique de Saint-Hubert, c. 30, p. 380; 
et c. 123, p. 627. Les paroisses qui devaient ces processions ou croix banales à 
l'abbaye sont énumérées dans une bulle d'Innocent II datée du il avril 1139 
(G. Kurth, Chartes de l'atfbaiie de Saint-Hubert, t. I, p. 107). A Saint-Trond, les 
paroisses voisines devaient apporter leur obole à l'abbaye dans l'octave de la 
Pentecùte, et, ce droit ayant été contesté à l'abbaye par l'église de Diest, l'évêque 
Albéron II le confirma en 1139 par un diplôme qui énumère les paroisses rede- 
vables de l'obole annuelle (Ch. Piot, Cartulaire de l'abbaye de Saint-Trond, t. I, 
p. 49). A Luxembourg, les croix banales qui allaient à Trêves se rendirent à partir 
de 1 128, avec l'approbation du pape Honorius II, à l'abbaye de Munster dans le fau- 
bourg de la première de ces villes. V. J. Wilhelm, La seiijneurie de Mïtnsler ou l'ab- 
baye de Xotre-Dame de Luxembourg pendant les cinq premiers siècles de son exis- 
tence, dans le programme de l'athénée de Luxembourg, 1904, pp. 14-13. 



230 CHAPITRE XIII. 

porter, les unes à l'abbaye de Nivelles, les autres à celle de 
Fosse, dont elles étaient plus rapprochées, frustrant ainsi 
Lobbes de l'honneur et du profit qui lui revenait. Folcuin 
s'en plaignit à Notger, qui examina sa revendication dans un 
synode épiscopal, et, l'ayant trouvée fondée, enjoignit aux 
paroisses récalcitrantes d'avoir à respecter désormais les 
droits de l'abbaye. L'évêque était venu en personne à Lobbes 
pour faire son enquête et tenir son synode, et c'est là que, 
le jour même de la fête de saint Marc, il promulgua son 
décret (1). 

En examinant de près ce document, on constate que les 
paroisses récalcitrantes dont il y est question sont précisé- 
ment, à deux près, celles qui composaient le doyenné de 
Fleurus en 1706 (2). C'est donc bien ce doyenné tout entier 
qui, vers 980, s'était avisé de renoncer au vasselage religieux 
de Lobbes, et, du coup, nous avons la preuve de son exis- 
tence à cette date reculée, ainsi que de l'immutabilité de sa 
circonscription pendant sept siècles. La division paroissiale 
est ici un fait accompli, et il n'y sera presque plus touché 
par la suite (3). Tout nous autorise à croire que ce grand 

(i) Le document a été publié, non sans lacunes et incorrections (ainsi Dar- 
mienses pour Darnuenses, fortitudine pour tortitiuUneJ , par M. le chanoine Vos, 
0. c, t. I., p. 433, et, d'après lui, par Lejeune, o. c, p. 304. M. Vos a pris le texte 
dans un placard in-folio publié à Mons en 1706 sous ce titre : Institutio utipplica- 
tionum (jencralium qitae viihjo bancruces vocantur. M. Vos et son caudataire Lejeune 
intitulent à tort ce document Sentence d'cjccommunication etc., car la menace Csi 
qiiis deinceps hanc elemusynain ecclcsine (d> anti<iuis statutnm avertere viduerit, ami- 
tlieina sitj n"est qu'une formule de chancellerie et fait partie de ce qu'on appelle 
en diplomatique la sanction. Malgré les recherches que j'ai faites à Mons, je n'ai pu 
me procurer le placard de n06. Sur les bancroix de Lobbes, voir aussi le travail 
de M. F. Hachez, Le pèlennntje des croix à Valybaiie de Lobbes (Annales du Cercle 
archéolofjiqiie de Mons, t. II). 

(2) V. VInstitutio Siipplicatiomtm dans Vos, 1. c. 

(3) Voici, dans Tordre alphabétique, les noms des 29 paroisses reprises dans 
l'acte de 980 : 

Baisy-ïhy (Daisius). Courcelles (Courcella). 

Bidien (a). Dampremy fDampremiJ. 

Buzel (Bosonis Vallisj. Fleurus (FlerosiitmJ. 

Charleroi (Carnois). Frasnes-lez-Gosselies (Frnneisj. 

(a) Dans Tacte de 1706, cotto localité porte le nom de Gulietia, et Vos, t. I, p. 300, l'inter- 
prète par Glatiny bous Eansart. 



LE DIOCÈSE. 231 

progrès de la vie religieuse, réalisé sous la puissante impul- 
sion de Charlemagne (1), n'était pas limité au pays de la 
Sambre. On se tromperait toutefois si l'on croyait qu'il en 
était de même partout. Tandis que les régions fertiles voient 
de bonne heure leurs diverses agglomérations dotées d'un 
service paroissial, la plupart des villages des contrées pau- 
vres, comme, par exemple, l'Ardenne, durent attendre beau- 
coup plus longtemps ce bienfait (i). 

Nous voyons aussi fonctionner sous Notger une autre 
institution canonique, le synode diocésain. Issu du preshy- 
teriiini de l'église primitive, le synode diocésain est, comme 
lui, un conseil épiscopal. On y promulgue les décisions des 
conciles provinciaux, en nu^me temps qu'il y est pourvu, 
par l'autorité épiscopale, à la solution des questions d'ordre 
religieux et à la répression des abus. Les canons prescri- 
vaient à l'évèque deux synodes diocésains par an et en 
fixaient même la date (3). Nous avons indiqué plus haut 
que le caractère à la fois spirituel et temporel de l'autorité 

Gilly (GislirJ. Mellet (Melens). 

Gosselies (GocileaJ, Hontignies-le-Tilleiil (Montiniacus). 

Ooiiy-lez-Piéton (Gaudiunis). MoiUignies-s/Sambre {item Montiniacus). 

Heppignies {llepcniaj. Obaix (Otbaise). 

Houtain-le-Val (Holtoini. Petit Piœulx lez-Nivelles (Ilodaraj, 

Jumet (GimiaciisJ, Pont-à-Celles fCella). 

Libei'chies (Librcceis) . Pioux flîliodimn). 

Lodelinsart tOduin SartliJ. Thiméon (Tiimions). 

Loupoigne CLuponium). Trazegnies {Trasineia) 

Jlarchiennes (Martianis). Vies-Ville (Vêtus VillaJ faj. 

Mai'cinelle (item Martianis). 

(1) Imbart de la Tour, Les Paroisses rurales du IVe au AV^ siècle, p. 98. 

(2) Je renvoie aux belles recherches de 31. .[. Brassinne sur les paroisses de l'an- 
cien diocèse de Liège, parues dans BSAIIL, t, XII, (1900) cl XIV (1904). On y voit 
que le concile de Saint-Pieniacle, qui est représenté en 1904 par IT6 paroisses, n'en 
avait encore que 36 en i5S8 et seulement 15 au IX^ siècle. 

(3) C'était le lo octobre et la 4^ semaine après Pâques. V. concile d'Auxerre 

r)73-G03 c. G, p. iSO; cf. premier concile d'Orléans, c. 19, p. 7 et liinschius, 

Das Kirclienreclit der Katholiken nnd Protestanten in Deutscliland, III, p. 384, note 

3. Toutefois, nous voyons l'iric d'Augsbourg tenir un synode trois jours après 

Rameaux, afin d'avoir autour de lui une plus grande foule pour solenniser le jeudi 

saint. Vita Udalrici, c, 4, p. 392; cf. ibid. c. 19, p. 407. 

(a) L'acte de 1706 contient la même liste, sauf Baiey-Thy et IIoiitain-le-Yal en moins et 
MarbaU en plus. 



232 CHAPITRE XIÏI. 

des évêques de Liège eut pour résultat de tranformer plus 
d'une fois leurs synodes diocésains en réunions mi-partie 
religieuses, uù-partie politiques, et que les trois Etats du 
pays sont sortis de ces assemblées (1). Mais nous n'avons 
à parler ici des synodes qu'au point de vue religieux. 
On en a tenu dans le diocèse de Liège longtemps avant 
Notger, et c'est dans un synode de l'évèque Etienne que fut 
autoi'isé le culte de saint Eugène, dont les reliques avaient 
été récemment transférées à l'abbaye de Saint-Gérard de 
Brogne (2). Notger lui-même a tenu plusieurs synodes; on 
vient de lire un résumé de celui de Lobbes, qui siégea 
en 980. 

C'est la même année 980 que fut examinée, en synode, la 
délicate question des saints de Winterslioven. Si, comme c'est 
probable, cette affaire fut traitée le plus près possible du lieu 
d'où devaient venir les témoins, c'est à Liège ou à Tongres, 
et non à Lobbes, que l'assemblée aura siégé, et alors nous 
devons admettre qu'il y en a eu au moins deux pendant cette 
année 980. Et cela montre aussi que, lorsqu'il était dans son 
diocèse, Notger vaquait activement à ses fonctions épiscopales. 

L'affaire des saints de Winterslioven était, en réalité, un 
procès de canonisation : on sait que, jusqu'à la fin du XP 
siècle, c'est l'autorité diocésaine qui prononçait la béatifi- 
cation des saints personnages et qui leur décernait les hon- 
neurs du culte public. Ce n'était pas, d'ailleurs, comme on 
vient de le voir, la première affaire de ce genre qui était 
portée devant un synode liégeois. Mais celle dont il s'agis- 
sait cette fois était plus importante et plus difficile. 

Winterslioven, près de Tongres, était une terre qui appar- 
tenait à l'abbaye de Saint-Bavon de Gand, mais dont les 
comtes de Flandre s'étaient emparés et qu'ils avaient succes- 
sivement donnée en fief à plusieurs vassaux. On y rendait 
un culte à des saints locaux dont l'évèque Eracle (939-974) 
avait ordonné l'élévation, à la prière de Lambert, alors 
possesseur du fief de Winterslioven. Cette cérémonie avait 
été accompagnée de plusieurs miracles qui, comme bien on 

(4) V. ci-dessus, p. 202. 
(2) Ali. l. 111, c. 8, p. 3o. 



LE DIOCÈSE. 233 

pense, avaient joie un nouveau lusti'c sur la mémoire dos 
dits saints. Aussi, lorsqu'on 97(5, un diplôme d'Otton II eut 
remis l'abbaye de Saint-Bavon en possession de la terre de 
AVintershoven (1), les moines de Gaud voulurent-ils avoir 
chez eux de si précieuses reliques. Ils envoyèrent à Winters- 
hoven une commission, qui procéda à TexlRunalion des corps 
saints et qui les transporta à Gand(2). C'était en 980. L'abbé 
AVomar pria Notger, avec qui il était lié d'amitié, de faire 
recueillir tout ce qu'il savait sur les reliques et d'écrire la vie 
des saints de Winterslioven. A cette supplique était joint un 
mémoire racontant la vie des saints d'après les renseigne- 
ments recueillis sur place par la commission monastique, et 
dont la plupai't avaient été fournis par Sarabert, le curé du 
lieu. Kn voici la substance : 

« Au YIP siècle, saint Amand, évèque régionnaire, était 
allé demander du renfort au pape saint Martin pour ses 
missions apostoliques. Le souverain pontife lui adjoignit 
l'archiprêtre Landoald et une dizaine de pieux personnages 
des deux sexes, parmi lesquels il y avait les diacres Aman- 
tius, Vinciane, sœur de Landoald et Adeltrude. Ils rejoigni- 
rent Amand dans le pays de Tongres. Peu de temps après, 
Amand fut appelé sur le siège épiscopal de cette ville, à la 
mort de saint Jean l'Agneau. Il ne l'occupa que trois ans et 
le quitta pour retourner à sa vie errante d'évangélisateur. 
Pendant les neuf années qui, dit-il, s'écoulèrent entre sa re- 
traite et l'avènement de saint Remacle, le siège vacant fut 
administré par saint Landoald. 

« Etabli dans le village de Winterslioven, près de Tongres, 
Landoald y devint le précepteur de saint Lambert qui, en- 
core enfant, fit là ses deux premiers miracles. Le roi Gliildé- 
ric II, qui résidait alors à INIaestricht, envoyait tous les jours 
des vivres à la pieuse colonie. Adrien, le messager qui cir- 
culait du palais royal à la maison des saints, fut un jour 
assassiné en route, à Waltwilder, parcequ'on supposait qu'il 

(1) Voir cet acte dans Sickcl, DO. II, p. 143. 

(2) Le Vita s. Laudouldi, p. 41 U, prétend que l'empereur s'intéressa à la trans- 
lation el ([ue le pape Jean l'autorisa; mais il ne reste aucun document qui nous 
permette de contrôler cette double atlirmation. 



234 CHAPITRE XIII. 

portait des trésors. Saint Lantloald mourut dans une bonne 
vieillesse, le 19 mars d'une année restée inconnue, et fut en- 
terré à Wintcrshoven, dans l'église qu'il avait lui-même 
bâtie et dédiée à saint Pierre le 1'='^ décembre. Au VHP 
siècle, saint Floribert, évêque de Liège, fit la translation des 
reliques des saints, le 1" décembre, jour anniversaire de 
la dédicace de l'église. Leur culte se célébra dans le village 
jusqu à l'invasion des Normands, donc jusqu'en 882, que l'on 
réenterra leurs corps pour les soustraire à ces déprédateurs. 
A cette cérémonie, disait notre narrateur, assistèrent le vieil- 
lard Frangerus, alors maïeur de AVintershoven depuis neuf 
ans, et le prêtre Hildebrand, que j'ai moi-même enterré il y 
a quelques années. Il existait aussi une vie de ces saints, que 
j'ai vue; mais elle était écrite en caractères si anciens et tel- 
lement maculée de taches de cire, qu'elle a été bien peu lue : 
malheureusement, il y a un quart de siècle, lors de l'invasion 
des Hongrois (1), ce livre, grâce à l'incurie de ses gardiens, 
a péri dans un incendie ». 

Notger déféra au désir de Womar. H commença par sou- 
mettre à son synode diocésain la question du culte des saints 
de Wintershoven. Un grand nombre de prêtres et de clercs 
vinrent déposer au sujet de leurs miracles, dont ils avaient 
été les témoins oculaires et auriculaires. A la suite de cette 
enquête, Hériger reçut mission d'écrire l'histoire de nos 
saints. Prenant pour base la déposition de Sarabert, s'aidant 
du mémoire de Womar et recueillant tout ce qui se disait 
dans le pays, il rédigea, sous le nom de Notger, une Vie de 
saint Landoald que l'évêque, sous la date du 19 juin 980, 
adressa à l'abbé de Saint-Bavon (2). 

Tout n'était pas fini, cependant. Il ne manquait pas de 
gens qui ne voulaient rien croire de l'histoire racontée par 
Sarabert. Selon eux, loin d'être des corps saints, les préten- 
dues reliques n'étaient que des ossements de malfaiteurs : 
au lieu de les élever sur les autels, on devait plutôt leur 

(1) Donc en 954. 

(2) Les détails que je viens de donner sur rhisloire du Vila s. Landoaldi sont 
extraits d'un Tramlntio s. Landoaldi qu'on trouve aux AA. SS., t. III de mars, 
pp. 39 et suivantes, 



LE DIOCÈSE. 235 

faire subir l'épreuve du feu. N'ayant pas réussi à persuader 
l'abbé de Saint-Bavon, les opposants s'adressèrent à son mé- 
tropolitain, c'est-à-dire à l'arclicvcque de Reims. Ce fut 
l'occasion d'un nouveau synode tenu dans cette dernière 
ville, et qui réunit autour de l'arclicvcque sept de ses sufl'ra- 
gants. Saint-Bavon avait envoyé des délégués qui produisi- 
rent une relation de miracles faits par les saints de Winters- 
hoven ainsi que la déposition écrite de plusieurs prêtres. 
L'assemblée se laissa convaincre par ces preuves, et, à la 
suite de cette séance, l'archcvcque autorisa formellement le 
culte des reliques. Les moines, pleins de joie, allèrent aus- 
sitôt trouver leur évoque diocésain, Liudulf de Noyon-Tour- 
nai, qui consentit à faire l'élévation des corps saints le 13 
juin 982. Lorsque Liudulf arriva de Gand, avec une suite 
nombreuse, pour présider à cette cérémonie, les opposants, 
si je comprends bien le texte, firent auprès du jeune prélat 
une dernière tentative, qui ne fut pas plus heureuse que les 
précédentes. Les saints de AVintershoven prirent définitive- 
ment place sur les autels. 

Que faut-il penser de cette curieuse histoire, et en parti- 
culier, de la résistance acharnée que rencontra, au X^ siècle, 
le culte des saints de Wintershoven ? Il y a lieu, à notre 
avis, de procéder comme dans la plupart des cas semblables, 
et de distinguer nettement entre le culte de nos saints et leur 
biographie (1). Le culte est antérieur à celle-ci : il est attesté 
dès le règne de Tévcque Eracle tout au moins. En autorisant 
l'élévation des reliques, Notger, de même que les évêques de 
la province ecclésiastique de Reims, se rendait sans doute à 
de bonnes raisons. 

Il en est autrement de l'historicité du Vita Landoaldi. Ce 
document, qui émane tout entier du prêtre Sarabert, a 
tout l'air d'un petit roman pieux forgé par lui. Il cite des 
témoins, il est vrai, mais ces témoins sont morts. Il invoque 
un écrit, mais cet écrit n'existe plus (2). Tout se ramène 

(1) C'est ce que n'a pas su faire M. Holtier-Egger dans son curieux mémoire 
intitulé : Zu den lleilUinKieHchicliten des Sankt Bavo Klosters (Historische Aiifsdtze 
dem Audenken an G. Waitz iicwidwet. 1887). 

(2) V. une historielte semblable racontée par Hincmar, au sujol île la première 
Vie de saint Rémi de Reims, dans Sft.V, t. III, p. 2o!2. 



236 CHAPITRE XIII. 

donc, en dernière analyse, à son seul témoignage, et celui-ci 
est fort suspect. D'abord, le cadre du récit est d'une rare 
invraisemblance. Je ne parle pas ici de fautes grossières 
contre la chronologie, comme celle qui fait donner le siège 
de Tongres à saint Amand, promu en 646, par Dagobert I, 
mort en 638, ou qui lui fait adjoindre des auxiliaires, avant 
son épiscopat, par le pape saint Martin, qui ne monta sur le 
siège de saint Pierre qu'en 649. De telles erreurs n'effarou- 
chaient guère l'ancienne critique : il restait toujours possible 
de sauver la réputation d'un document compromis en suppo- 
sant que l'auteur s'était simplement trompé sur le nom du 
pape et du roi mis en cause. On ne peut pas en dire 
autant d'un saint Lambert enfant vers 650, puisqu'on le fait 
mourir en 696 après 40 ans d'épiscopat : cette fois, aucune 
erreur sur la personne n'étant admissible, on était en pré- 
sence d'une fiction pure. Il en est de même de la prétendue 
vacance du siège de Tongres pendant neuf ans et de son 
administration temporaire par saint Landoald. On sait que 
saint Remacle succéda immédiatement à saint Amand, après 
la retraite de celui-ci eu 649 : le rôle attribué à saint Lan- 
doald était donc une nouvelle fable qui rendait le récit de 
plus en plus suspect. 

On chercherait d'ailleurs vainement, dans l'histoire du 
haut moyen âge, un diocèse du nord de la Gaule confié par 
le pape à un administrateur apostolique, et il faudrait une 
autorité plus sérieuse que celle du 'Vita Landoaldi pour 
nous y faire croire. Ce n'est pas tout. On possédait à cette 
date deux Vies de saint Lambert, dont l'une avait pour 
auteur un contemporain : or, elles igmraient entièrement le 
séjour que le saint aurait fait dans sa jeunesse à Winters- 
hoven, sous la direction de saint Landoald. Ce silence était 
d'autant plus remarquable, qu'il laissait dans l'ombre deux 
éclatants miracles faits par Lambert enfant, alors que, 
d'ordinaire, les vies des saints n'avaient d'autre but que de 
faire connaître les faits merveilleux de ce genre, et on n'a 
pas d'exemple qu'elles les aient tus sciemment. 

L'analyse critique du récit n'était pas moins probante et en 
découvrait la singulière incohérence, Ktait-il possible d'ad- 



LE DIOCÈSE. 2H7 

mettre qu'après avoir l'ait le long- voyage de Rome en Belgique, 
pour pai'licipcr aux travaux apostoliques de saint Anuxnd, 
Landoald et ses compagnons se fussent retires dans une vil- 
légiature aux environs de la ville ôpiseopale, et que Landoald, 
en particulier, eût borné son activité à l'aire l'éducation d'un 
petit garçon? Enfin, celte administration du diocèse de 
Tongres, pendant neuf ans, par le précepteur de saint Lam- 
bert, n'est-elle pas elle-même suggérée tout simplement par 
le nom du personnage? Landwald signifie, en langue germa- 
nique, V administrateur du pays : de là à imaginer que Lan- 
doald avait eff'ectivement administré le diocèse de Liège, il 
n'y avait qu'un pas, et l'inspirateur du Vita Landoaldi ne 
s'est fait aucun scrupule de le franchir (1). 

La critique du X^' siècle n'était pas assez développée pour 
se formaliser de pareils indices de supposition, et puis, les 
idées du temps n'admettaient guère que la critique se permît 
de pénétrer sur le terrain de l'hagiographie : élever le moindre 
doute au sujet d'un miracle , c'était de l'impiété (2). Bien 
plus : il suffisait d'agrémenter un écrit de quelques belles 
histoires de miracles pour désarmer ordinairement les plus 
incrédules et pour lui donner de l'autorité. Notger était de 
son temps, et, pas plus que ses contemporains, il ne paraît 
s'être ému des indices de supposition que contenait le récit 
de Sarabert. Nous nous bornons à en prendre acte, sans 
nous aviser de lui en faire un reproche (3). 

(1) Je dois cependant avouer, poiu- rendre justice à Sarabert, que sur ce point 
il n'est pas absolument atlirmatif, et qu'il semble trahir ses propres hésitations dans 
ces lignes : Imcompertum est deinde, quanta temporis intercapedine plebs Trajec- 
tensium fueritusque ad b. Remaclum sine paslorali benedictione, nisi quod famâ ad 
nos usquc perferente accepimus, b. Landoalduni illic remansisse, et per novem 
annos vices pontilicis administrasse. Vita s. Landoaldi, p. 36 F. 

(2) Dans la vie de sainte Berlinde, qui est précisément, bien qu'avec peu de pro- 
babilité, attribuée à notre Hériger (cf. G. Kurtli, Biographie nationale, t. IX, col. 
231 article Hériger et S. Balau, p. 249), on raconte le trait suivant : Sainte Berlinde 
avait été enterrée dans un sarcophage en bois; sept ans après, quand on ouvrit sa 
tombe, le sarcophage était en pierre ! Une femme, qui ne voulait pas le croire, vint 
pour s"en assurer : elle fut saisie par le démon, et, pendant trois jours, elle resta 
comme morte en punition de son incrédulité. Vita s. Bcrlendis, c. 14, dans Mabil- 
lon, AA. SS. 0. S. B., t. III, i, p. 16. 

(3) Pour les divers documents relatifs à l'histoire de saint Landoald, je renvoie 



238 CHAPITRE km. 

Nous aurons achevé de dire tout ce que nous savons de 
l'administration épiscopale de Notger, quand nous aurons 
fait connaître quelques fondations ecclésiastiques et quelques 
consécrations d'églises. Il ne sera pas reparlé ici, cela va sans 
dire, des sanctuaires qu'il bâtit ou consacra dans sa princi- 
pauté, mais de ceux dont, en qualité d'évêque, il eut à s'occuper 
dans le reste de son diocèse. Et ici, nous avons tout d'abord 
à mentionner son rôle à Aix-la-Chapelle. Cette ville, la ville 
impériale comme elle aimait à s'appeler, faisait partie du dio- 
cèse de Liège (1), et l'on a déjà vu que ce n'est pas sans l'in- 
tervention de Notgcr que son église Notre-Dame avait reçu 
de l'empereur, en 972, le don de l'abbaye de Chèvremont (2). 
Lorsque le château de Chèvremont et avec lui son abbaye 
furent détruits en 906, ce fut naturellement Notre-Dame 
d'Aix-la-Chapelle qui reprit possession de tous les biens de 
celle-ci. Elle avait jusqu'alors un chapitre de vingt chanoines; 
grâce à la dotation nouvelle, le nombre en fut doublé et 
porté à quarante (3). Malheureusement, il n'est resté dans 



aux Acfa Sanctonnn. M. A. Patjuay, dans sa brochure intitulée De Ilcilhien van 
Wintersiioven, Tongres, 4897, se contente de reproduire les données tradilion- 
nelles. 

(d) Gilles d'Orval III, 5, p. 81. 

(2) V. ci-dessus, p. 223, note 3. 

(3) Voici le passage d'Anselme, c. 25, p. 203, pailant des trois églises du château 
de Chèvremont : In quarum unâ 12 presbiteri ad serviendum Dec erant deputati, 
ad quorum usus respiciebant de adjacentibus villis nonnuUae decimarum partes, et 
praeterea quorumdam ex integro agrorum ususfructus. Quae omnia cuni post ipsius 
oppidi excidiuni in suas suaeque ecclesiae utilitates posset retorsisse, quippe qui et 
antistes ejus dioeceseos foret, et in palatio Ottonis tercii adhuc pueri inter primos 
consiliarius esset, simul ut a loco suo invidiam facti transi'erret, maluit sedem regiara 
honorare his quae prius ad niemoratum oppidum erant appenditia. Unde et in ora- 
torio sanclae Mai'iae, quod est Aquisgrani, quantus illic antea inerat numerus cleri- 
corum, tantumdem adauxit ibidem Dec servientium, sibi suaeque credens suflicere 
aecclesiae, si, etc. 

D'autre part, Gilles d'Orval écrit, II, 57, p. Gl : Ipse (Otto III) et dominus Noge- 
rus tutor ejus 28 canonicos partim de suis prediis partim de reditibus ecdesie 
Capremontis conslituit et addidit, quia in dicta Aquensi ecclesià, postquam vastata 
exstitit a Normannls, non erant nisi 42, et sic modo sunt in eâ 40 canonici, cum 

sanctus Karohis qui eam l'undavit dicatur 20 clericos statuisse. J'ai tâché 

de combiner ces deux témoig-nages. 



t.V. DIOCÈSE. 230 

l'iiistoire aucune trace des modilicalions qui curenl lieu, à 
cette occasion, dans le régime de celte collégiale, ni de l'in- 
tervention de Tévêque diocésain. 

Par contre, nous avons une autre preuve de Tintérct porté 
par Notger à Téglise vénérable dont le dôme ombrageait la 
tombe de Gliarlemagne. C'est une bulle du pape Grégoire Y, 
en date du 8 février 997, accordant à ce sanctuaire le privi- 
lège d'être desservi par sept cardinaux prêtres et par sept 
cardinaux diacres. Les cardinaux prêtres étaient les seuls, 
avec l'archevêque de Cologne et l'évêque de Liège, à pouvoir 
oiïicier sur l'autel de la Sainte Vierge (1). Il n'y avait guère, 
de ce côté des Alpes, que Reims et Cologne qui fussent en 
possession du même honneur. Un artiste italien du nom de 
Jean fut chargé [)ar l'empereur de la décoration du sanc- 
tuaire et fut ensuite reconnnandé par lui à Notger, qui l'em- 
ploya à orner les églises de Liège : (2) c'est un indice de plus 
de la collaboration de l'empereur et de l'évêque à Aix-la- 
Chapelle. 

Cette collaboration, toutefois, n'eut pas pour objet, comme 
on la cru jusqu'à nos jours, la construction d'une église à la 
mémoire de saint Adalbert, leur ami commun. Qu'y avait-il 
de plus poétique et aussi de plus vraisemblable que l'histoire 
de l'érection de ce sanctuaire par les deux hommes qui pro- 
fessaient ensemble le culte d'une mémoire chérie et dont l'un, 
l'évêque, est connu pour avoir honoré cette mémoire en lui 
consacrant une de ses églises de Liège? Et pourtant, il faut 
renoncer à cette belle légende, car il est établi aujourd'hui 
que c'est Henri II et non Otton III qui a fondé l'église Saint- 
Adalbert à Aix-la-Chapelle (3). Notger, au surplus, a dû porter 
à l'initiative d'Henri II le même intérêt qu'il aurait porté à 
celle d'Otton III ; il a x^eut-être encouragé l'empereur dans 

(1) Quix, Codex diplomaticus aquensis, I, 36; Miraeus-Foppens, III, 563. 

(2) Sur le peintre Jean, \oir G. Kuitli, Le peintre Jean, DIAL, t. XXXIII (1903) 
cl cf. ci-dessous, ch. XV. 

(3) Voir les deux diplômes d'Henri II, en date du 6 juillet lOOo et du mois de 
mai 1018, (Z>//. //, pp. 122 et SOo), auxquels il faut ajouter ceux du 7 juillet 1003 
et du 13 août 1005, iDII. Il, pp. 124 et 127), et cf. P.. Pick, Hat Otto lU die St-Adal- 
berti Kirclie in Aachen (jefjrundet? (Dans le recueil du même intitulé : Ans Auchens 
Verganijenheit. Aix-la-Chapelle, 1893). 



240 CHAPITRE XIII. 

son projet, et, sans doute aussi, il a consacré l'église quand 
elle fut achevée. 

Deux autres églises du diocèse de Liège furent consacrées 
par Notger : ce sont celles de Florennes et de Waulsort. Sur 
la première, nous sommes assez bien renseignés. Elle avait 
été bâtie par Arnoul de Rumigny, seigneur du lieu (1), en 
l'honneur de saint Gengoul, dont les reliques y avaient été 
apportées de Gedinne (2). Cette consécration eut lieu en 
1002 (3). 

Nous connaissons moins l'activité épiscopale de Notger à 
Waulsort. L'évoque de Liège, qui était déjà venu à Waul- 
sort consacrer l'abbé Thierry (4), y fut rappelé sous ce dernier 
pour consacrer l'église abbatiale, qui venait d'être rebâtie 
à la suite d'un incendie. A cette occasion, il prit quelques 
mesures liturgiques dont le chroniqueur nous entretient avec 
plus de détail. Sous l'abbé Forannan, l'abbaye célébrait le 
même jour, c'est-à-dire le 3 décembre, trois fêtes à la fois : 
celle de la dédicace de son église, celle de la déposition de 
saint Éloque, et celle de la translation du même saint. L'é- 
vêque de Liège décida que la fête de la déposition du saint 
continuerait d'être célébrée le jour traditionnel, c'est-à-dire 
le 3 décembre ; il porta celle de la translation au 8 octobre, 

(1) Sur ce personnage, v. Roland, Histoire généalogique de ht maison de Itiimi- 
gnij-Florciines dans Annales de la Société archéologique de Nnmttr, t. XIX (1891). 

(2) V. Miracala S. Gcngulji auctore Gonzonc abbate Florinensi dans MGH., t. XV, 
p. 792. 

(3) Albéric de Troisfontaines ad ann. 4002, p. 778 et Gilles d'Orval II, 59, 
p. 23, qui reproduisent une source commune oh Notger n'est pas cité. L'année 
n'est d'ailleurs fournie que par une conjecture d'Albéric, comme le fait remarquer 
Holder-Egger, 1. c. Au dire du Gesta ejrp. Cani.,111, 48, p. 470, Arnoul de Rumigny 
aurait laissé l'église inachevée, et ce serait son fils Gérard, évêque de Cambrai, qui 
l'aurait achevée et consacrée du consentement de Baldéric II, évôcjne de Liège. Mais 
ce témoignage ne saurait contrebalancer celui de Gonzon, qui écrivait à Florennes 
avant 40S0, et il paraît bien qu'il y a confusion dans les souvenirs du chroniqueur 
cambraisien. Il est inutile de réfuter Jean dOutremeuse, IV, p. 478, qui place la 
consécration en 4004. 

(4) La chronologie de Waulsort est très embrouillée pour le X» siècle; elle no 
nous permet pas de dire si Notger a aussi consacré les abbés Immon et Forannan, 
prédécesseurs de Thierry. Cf. dom trsmer Berlière, Monasticon Belge, 4890, f. I, 
p. 40 et L. Lahaye, Étude sur l'abbaye de Waulsort, dans BSAHL, t. V (4889), 
p. 217 et suivantes. 



LE DIOCESÏî. 



M 



et celle de la dédicace de l'église au 14 mai, qui est proba- 
blement le jour où il la consacra. Le chroniqueur de Waul- 
sort se félicite de ces mesures, qui, dit-il, donnèrent à chacune 
de ces solennités l'éclat dont elles furent entourées depuis 
lors (1). 

Là ne se borna pas l'intérêt que Nolger porta à l'abbaye 
de Waulsort. Il est permis de croire qu'il aura inspiré ou 
tout au moins encouragé les remarquables travaux qui y 
furent exécutés par l'abbé Érembert, et qui rappellent, dune 
manière instructive, ceux de l'abbé Folcuin à Lobbes (2). 
Les autres abbayes du diocèse ne laissèrent pas Notger indif- 
férent. Bien que celle de Saint-ïrond relevât au temporel de 
l'évêché de Metz, elle était trop voisine de Liège et elle avait 
trop souvent besoin, dans ces temps troublés, de la protec- 
tion de l'évèque diocésain pour que celui-ci se soit désinté- 
ressé de ses destinées (3). On le voit aussi en bons rapports 
avec l'abbé de Saint-Hubert (4), et on sait qu'il est parvenu 
à mettre Gembloux sous le patronage de Saint-Lambert (o). 
Des traditions un peu altérées, mais qui ont un fond liisto- 

(1) Deinde quia res exigebat ut ararum consecrationes renovaronlur episcopali 
benediclione, très a beato Forannano sollemnes celebritates tertio nonarum decem- 
brium sub unius diei observantiam conslitutae mutantur. Nam tempii consecratio 
pridie idus maii staluitur et depositio beati Eloquii in propriam diem relinquitur, 
et ejusdem franslalionis observanlia propler connuentiam populi, qui eo fempore 
quotannis congregabatur, sicut nunc observalur, octavo idus octobris ob tempo- 
l'alem aflluentiain prudeiitiuin consilio constituitur. Renovati igitur a domino No- 
ciiero Leodiensium pontifice tribus sollemnibus cclebritatibus, honorein proprii 
cultus unaquaeque celebrilas per se reformata et dignitatem suae venerationis 
resumpsit sicque dierum istorum exullatio et devotionis ordinatio longo tempore 
permansit. (CItronicon Walciodorerise, c. 40, p. o24 et S4, p. 528). Cf. L. Labaye, 
Etude sur l'ubbaije de Waulsort, o. c, p. 233). 

(2) CItronicon Walciodorense, c. 41-44, p. 824-523. 

(3) Je n'ose toutefois pas reconnaître Notger dans Tévêque de Liège non nommé 
qui, au dire de la Chronique de Saint-Trond de l'abbé Rodolphe, I, 2, p. 230, pro- 
tégea l'abbé Adélard contre l'évèque de Metz, Thierry II. La raison en est que 
Adélard fut abbé de 999 ou 1003 à 1034, et que Thierry II occupa le siège de Metz 
de ICOG à -1046. Cela nous forcerait à admettre que les débats de Thierry II avec 
Adélard eurent lieu dès les deux premières années de son règne, ce qui est fort 
peu probable. 

(4) V. ci-dessus, p. 34. 
(o) V. ci-dessus, p. 86. 

I. 46 



24iJ CHAPITRE XIII. 

rique, nous font connaître aussi sa présence à Saint-Gérard 
de Brogne, et la bienveillance dont il entoura celte maison 
religieuse. Mais nous sommes particulièrement bien rensei- 
gnés sur ses relations avec l'abbaye de Thorn. Cette maison, 
située sur la rive gauche de la Meuse, entre Maeseyck et 
Ruremonde, fut fondée en 992 par Hilsuinde, femme du 
comte Ansfrid, avec le consentement de son époux. Elle 
la dota richement et, devenue veuve, elle s'y retira avec sa 
fille Benoîte, qui en devint la première abbesse (1). En 
qualité dévèque diocésain, Notger était appelé à approuver 
cette fondation, mais d'autres motifs encore le portaient à 
s'y intéresser (2). Ansfrid était son ami : ils avaient tous 
les deux servi les rois saxons, à la cour desquels ils 
s'étaient probablement rencontrés plus dune fois. C'est à la 
demande de l'évêque de Liège qu'en 98o, Otton III avait 
accordé à Ansfrid des avantages considérables en Frise et 
dans le Maesland (3). Notger obéissait donc autant aux 
suggestions de l'amitié qu'à la voix de son devoir pastoral 
en contribuant à cette importante fondation de la pieuse 
famille qui renonçait tout entière aux joies du monde pour 



(1) Voir la charte de fondation de Hilsuinde dans J. Habets, De Archieven van 
het Kapittel der hoogadellijke rijksabdij Thorn, t. I, p. 6. L'éditeur, dans son intro- 
duction, pp. XII-XXXV, défend vigoureusement l'authenticité de ce diplôme, dont 
le protocole final seul serait altéré; sa démonstration m'a paru convaincante. Selon 
Hirsch, II, 330, n. 3, suivi par M. Vanderkindere, Formation territoriale, II, p. 121, 
l'acte serait, au contraire, eiu plumpes Machwerk. 

(2) Je ne crois pas inutile de donner ici un aperçu des établissements monastiques 
existant dans le diocèse de Liège sous le ponfilicaf de Notger. 

Abbayes d'hommes. Abbayes de femmes. 

Stavelot. Nivelles. 

Saint-Trond. Suesteren. 

Saint-Hubert. Andenne. 

Gembloux. Moustier-sur-Sambre. 

Brogne. Aldencyck. 

Celles. Thorn. 

Malonne. 
Malines. 
Aulne. 
Florennes. 

(3) 1)0. m, p. 4H. 



LE DiocKsi:. 243 

suivre, dans le clergé ou dans le cloître, les traces du divin 
Rédempteur (1). 

L'abbaye de Thorn lui resta chère; il lui lit don des trois 
églises de Britte, de Ilemert et d'Avezate; plus tard, l'année 
qui précéda sa mort, il lui lit concéder par diplôme impérial 
les droits de tonlieu et de marché à Thorn, avec celui de juri- 
diction (2). Dans l'intervalle entre ces deux donations, il eut 
l'occasion de témoigner dune manière plus éclatante la haute 
considération qu'il avait pour le comte Ansfrid; l'évèché 
d'Utrecht étant devenu vacant en 995, il décida l'empereur 
Otton III à confier ce siège à son ami (3). 

Le reste de l'activité épiscopale de Notger échappe à notre 
connaissance, et son biographe ne nous en a rien dit. Nous 
n'essayerons pas de suppléer à son silence, et nous n'énumé- 
rerons pas ici des rubriques sous lesquelles nous serions 
obligés de laisser des blancs. Certes, ces lacunes de notre 
exposé sont pénibles. Avec quel intérêt, par exemple, on 
assisterait au travail de l'organisation paroissiale, qui dut 
être actif! Sous un pontificat si prospère, en un temps où le 
rajeunissement de la vie religieuse était si vif, où un mouve- 
ment universel faisait sortir de terre les églises neuves, sans 
doute aussi les paroisses durent se multiplier, et plus d'une 
se sera détachée sous Notger de son église-mère pour conqué- 

(i) La fondation de Thorn nous est connue : 1° par le diplôme de Hilsuinde, 
sur lequel voir la note ci-dessus; 2» par le récit de Thietmar de Mersebourg, IV, 
32; 30 par une notice de Gilles d'Orval, II, o3, p. GO, que Habets, p. XV, a le tort 
d'attribuer à Anselme, n'ayant consulté que l'édition vieillie de Chapeaville. Ces 
récits ne s'accordent pas complètement sur les circonstances de la fondation, mais 
leurs contradictions sont faciles à lever. Si Thietmar et Gilles d'Orval attribuent la 
fondation à Ansfrid et non à sa femme, cela prouve simplement qu'ils n'ont pas eu 
une connaissance exacte de l'affaire, et le diplôme de Hilsuinde, qui les contredit, 
semble emprunter à cette opposition une preuve d'authenticité de plus, car il est 
évident qu'un faussaire aurait eu soin de le rédiger en conformité avec les récits 
existants. Thietmar ajoute qu'Ansfrid donna le nouveau monastère à Saint-Lambert, 
ce qui est une inexactitude flagrante; Thorn resta toujours une abbaye impériale et 
ne dépendit jamais des évêques de Liège. D'après cela, il faut corriger Hirsch, 
Heinrich II, t. I, p. 330, qui reproduit le renseignement de Thietmar sans le con- 
trôler. 

(2) DH. Il, p. IGG ; Habets, 0. c. I, p. 7. 

(3) Thietmar de Mersebourg, IV, 24, pp. 777-778, 



244 CHAPITRE XIU. 

rir une existence indépendante. Il est dit d'un évoque du X* 
siècle que dans un grand nombre de localités il vint au se- 
cours des populations trop éloignées de l'église, soit en y 
créant des paroisses nouvelles, soit en y bâtissant des cha- 
pelles (1). Gela est vrai, dans une mesure variable, et de notre 
évêque, et de tous les pontifes du X*^ siècle en Allemagne. 
Il faut savoir gré au biographe de nous avoir au moins 
laissé entrevoir Notger dans l'exercice du ministère de la 
parole. Ce ministère était en effet une des principales mis- 
sions de l'évoque, et Fulbert de Chartres s'inspirait de la 
tradition quand il recommandait au roi Robert de ne point 
permettre d'élire un évèque incapable de prêcher (2). Les 
évêques du X^ siècle ne se sont pas dérobés à ce devoir. Nous 
voyons saint Brunon (3) et saint Héribert (4), à Cologne; 
saint Ulric, à Augsbourg (5) ; saint Adalbert, à Prague (6) ; 
saint Frédéric et Willigis, à Mayence ; saint Gérard , à 
Toul (7), haranguer leurs fidèles, et une des qualités épisco- 
pales les plus vantées, c'est l'éloquence. Elle ne manqua 
pas à Notger. Un poëme écrit presque au lendemain de sa 
mort nous dit qu'il enseignait le peuple en langue vulgaire 
et le clergé en langue latine, nourrissant, à l'exemple de 
Tapôtre, les petits de lait et les grands d'aliments solides. 
Et il continue, faisant allusion, sans doute, à la vigueur ora- 
toire du prélat : « Devant ce vaillant chevalier du Christ, 
les hérésies tombaient d'emblée. La fraude, les fausses doc- 

(i) In plerisque parochiis misericorditer subveilit populo in difficultate longissimi 
ecclesiarum itmeris, sine parrochiis novis in divisione aliarum factis, sive capellis 
in eis constructis. Vita Metmverci, c. -ISG. p. d39. 

(2) P. Fournier, Les Officialités au moi/en-ûge, Paris, 1880, p. VIII. 

(3) Jam vero in praedicalione verbi Dei qualis quantusque fuerit, admi- 

rari possumus, diflinire non possumus. Ruotgerus, c. 33, p. 267. 

(4) Vita S. Heriberti, c. 9, p. 747. 

(5) Vita S. Udalrici, c. 4 et 6, pp. 391-39S. Le même ouvrage, c. 24, p. 409, 
vante Adalbéron, neveu et successeur présomptif de cet évèque, comme étant in 
eloquentid dulcisotid cautus. 

(G) Vulgari plebem, clerum sermonc latino 

Erudit et satiat magnà dulcedine verbi. 
Lac teneris praebens solidamque valentibus escam. 

Dans le Vita Notgeri, c. 8. 

(7) Vita s. Gerardi TiiUcmis, c. 4, p. 494. 



LE DIOCÈSE. 245 

trilles, l'orgueil des sectaires et leurs iiiveiûious, tout fuyait, 
tremblant de se voir démasqué par ce redoutable juge des 
mœurs. » Il n'y a là que quelques traits, mais ils sullisent 
pour nous intéresser. 

J'ai d'ailleurs fait remarquer plus haut que Notgcr ne 
savait pas le roman ou Wallon (1), qui était parlé par une 
moitié de ses ouailles et notamment par la population de sa 
ville de Liège. Cela était fâcheux, sans doute, mais des 
inconvénients de ce genre étaient fi'équents dans la Lotha- 
ringie, qui était pourvue d'évêques par la cour d'Allemagne. 
C'est ainsi qu'à la môme époque, deux évéques de Cambrai, 
Bérenger et Theudon, ont ignoré le français et ont pu se 
considérer comme des étrangers dans leur cité épiscopale (2). 
Il faut ajouter que la plus grande partie du diocèse de 
Cambrai et une lionne moitié du diocèse de Liège parlaient 
l'idiome germanique. Cet idiome, à la vérité, se distin- 
guait notablement du dialecte natal de Notger, et celui-ci 
aura dû faire des efforts pour se rendre intelligible à ses 
auditeurs thiois. Plus d'une fois, en l'écoutant, ils auront 
reconnu le Souabe à sa langue chuintante, tout en admi- 
rant son éloquence. 

Est-il vrai que Notger ait contribué pour une large part à 
la diffusion de la fête des Trépassés, que l'abbé Odilon de 
Cluny venait de créer dans son monastère, et qui de là se 
répandit sur tout le monde chrétien? Gilles d'Orval nous dit 
qu'il l'introduisit dans son diocèse et voulut qu'elle y fût 
célébrée solennellement (3). Ce renseignement est sommaire 

(1) C'est le nom d'origine allemande qu'on trouve dans la chronique de Rodolphe 
de Saint-Trond I, -1, p. 229 : Igitur primus Adelardus nativam linguam non habuit 
theutonicani, sed quam corrupte nominant romanam, theutonice walonicam. 

(2) V. Gesta epp. Camerac, I, 80, p. 431 ; I, 99, p. 441. 

Par contre, quand un évèque liégeois du IX^ siècle, Hartgar, est vanté par Sedu- 
Ijus (II, 1, 27, p. 167), comme ayant su les trois langues : 
Aurea iingua cluit triplici cui famine vocis 
c'est évidemment du latin, du thiois (flamand) et du roman (wallon) que veut parler 
le poète. Le même éloge est fait du pape Grégoire V (f 999) par un contemporain : 
Usus franciscâ, \'ulgari et voce latinà 
Insfituit populos eloquio triplici. 
La langue ridijairc en question est ici l'italien. 

(3) (Odilo) constituit per omnia monasteria sibi subjecla, ut sicut primo die no- 



246 CHAPITRE XIII. 

et tardif; toutefois, il serait téméraire de l'écarter pour cette 
seule raison, et tout indique que Gilles d'Orval parle ici 
d'après une source plus ancienne. C'est vers 998 que, selon 
Sigebert de Gembloux, Odilon institua la fête des morts (1); 
la chronologie ne s'oppose donc pas à ce que Notger ait pu 
s'y intéresser et la répandre. Et il fut certainement l'un des 
premiers qui accueillirent une solennité si touchante, autre- 
ment l'histoire n'aurait pas pris la peine de nous apprendre 
son initiative, puisqu'on sait que tous les diocèses, l'un après 
l'autre, consacrèrent par leur liturgie l'œuvre d'Odilon de 
Cluny. Cela suffit pour nous autoriser à revendiquer pour le 
diocèse de Liège, qui avait créé la fête de la Trinité et qui 
devait créer celle de la Fête-Dieu, l'honneur d'avoir été des 
premiers à répandre celle des Trépassés. 

Ce qui vient d'être dit permet de croire que d'excellentes 
relations existaient entre Notger et les Clunisiens. Nous en 
avons une autre preuve. L'un des hommes les plus illustres 
de cette famille monastique, Richard de Saint-Vanne, qui a 
réformé plus d'un monastère du diocèse de Liège, professait 

vembris sollempnitas omnium Sanctonim agitur, ita sequenti die memoria omnium 
in Christo quiescenlium ceiebretur. Qui ritus ad multas ecclesias transiens, fidelium 
defunctorum memoriam sollempnizari facit. Qucun consiietuiUnem etiam episcopus 
Christi Nothgents ad suam dyocesiam transluUt, eamque soUempniter fieri ordinavit. 
Gilles d'Orval, II, 53, p. 60, reproduisant Sigebert de Gembloux, a. 998, p. 333, à 
part la phrase soulignée qui est de lui. 

(1) Cette date, donnée par Sigebert de Gembloux, Chronicon, p. 353 et par le 
frère André d'Anchin, est admis par Mabillon. Sackur, Die Cluniacenser , t. II. 
p. 473, conteste, mais sans raison probante, qu'elle soit de Sigebert et veut qu'elle 
repose sur une fausse interprétation du texte de cet auteur. On allègue, à la vérité, 
que le décret par lequel Odilon rendit la fête obligatoire pour toutes les maisons clu- 
nisiennes semble postérieur à la mort d'Henri II (1024) ; mais il s'en faut que ce 
décret lui-même soit nécessairement contemporain de l'institution de la fête. 0. Ring- 
holz a prouvé qu'il se compose de deux parties, dont la première (jusqu'à Ergo qiui- 
liter) est antérieur tout au moins à 1009, puisqu'à cette année la Disciplina Farfen- 
sis, (jui la reproduit, existait déjà. Y. Ringholz. Die Einfùhruu'j des Allerseelentages 
durch den II. Odiio von Clunij dans Wissemchaftliche Studien nnd Mittheilimcjen ans 
dem Benediktiner Orden, II* année, 11^ volume, p. 23G-2oi. La discussion sur la date 
serait sans objet si l'on avait la preuve de l'existence d'une bulle de Sylvestre II, 
confirmant la fête (Oldoini, Vitae Bomamn-itin pontijicnm, I, p. 737), mais la preuve 
que Ringholz tire du Martyrologe Romain fqncni vilum postea unirersalis ecclesia 
recipiens comprobavitj est trop faible. 



LE DIOCÈSE. 247 

pour Notgcr une véritable vénération et îe considérait com- 
me un saint (1). Gela étant, la tradition d'après laquelle l'abbé 
Odilon aurait fondé dans le diocèse de Liège cinq prieurés 
de son ordre (2) ne manque pas d'une certaine vraisemblance 
interne. En réalité toutefois, aucun de ces établissements 
n'est antérieur à la fin du XP siècle, et il faut bilTer de l'his- 
toire de Notger toute la part qui lui est attribuée dans leur 
fondation (3). 

Au dire d'Anselme, le pa[)e aurait eu pour Notger une 
si haute estime, qu'il l'aurait plus d'une fois chargé de tran- 
cher à sa place des différents entre évcques cisalpins (4). 
Nous ne savons à quels événements Anselme fait allusion, 
mais il est bien certain que son témoignage est ici de grande 
portée, et nous pouvons l'accueillir avec certitude, bien qu'il 
soit malheureusement trop vague à notre gré. Anselme n'a 
pu penser d'ailleurs qu'à Grégoire Y ou à Silvestre II (o). 
Notger les connaissait personnellement l'un et l'autre : on 
sait déjà ses relations avec ce dernier; quant à Grégoire V, 
sous le nom de Brunon qu'il avait porté dans le siècle, il 
avait appartenu avec Notger à la chapelle de l'empereur, et y 
avait probablement noué avec notre évèque des liens d'amitié. 
Notger fut deux fois en Italie pendant le pontificat de Gré- 
goire V, la première en 996-997, la seconde de 997 jusqu'en 
1000 et peut-être plus tard. Il eut donc l'occasion de revoir 
à plusieurs reprises son ancien ami. Avec Gerbert, ses rela- 
tions avaient subi une crise lors du procès de celui-ci, mais, 
quand Gerbert fut devenu ioape, elles restèrent bonnes, sans 

(1) Hugues de Flavigny, II, p. ,382. 

(2) Gilles d'Orval, II, o3, p. GO. Jean d'Outremeuse, IV, p. I7.j, connaît la dale 
exacte de la fondation, comme il fallait s'y attendre; c'est l'an iOOO. Cf. Foullon, I, 
p. 201; Fisen, I, p. 130; Devaulx, II, p. 38. 

(3) Il y a eu en réalité, dans le diocèse de Liège, six prieurés clunisiens, sur les- 
quels voyez .1. Halkin, Les prieurés clunisiens de l'ancien diocèse de Lièije, BSAHL, 
t. X (1896) pp. -133-293, et le même, Documents concernant le prieuré de St-Sérevin 
en Condroz de l'ordre de Chinii (BCKH, Y, t. 4). 

(i) Anselme, c. 30. Cf. Histoire littéraire de la France, t. VII, p. 210. 

(5) A la vérité, Jean XV a accordé une bulle à Notger à la demande de Théo- 
pliano, mais Notger était alors encore un inconnu pour le pape et il n'eut pas l'oc- 
casion de faire sa connaissance. 



248 CHAPITRE XIII. 

que rien nous montre que Notger aurait joui de la faveur 
spéciale du souverain pontife. C'est donc, très probablement, 
de Grégoire V qu'il faut entendre le renseignement d'An- 
selme. 

Il nous reste, pour épuiser l'objet de ce chapitre, à faire 
mention encore de certains récits relevant de ce qu'on pour- 
rait appeler l'histoii'e légendaire de Notger. Ces récits, qu'on 
rencontre pour la première fois dans Gilles d'Orval, sont 
d'ingénieuses amplifications de thèmes fournis par Sigebert 
de Gembloux. En 1006, d'après Gilles d'Orval, un été sec, 
suivi de neiges précoces et de grandes pluies d'automne, qui 
empêchèrent les semailles, avait produit une famine. Notger 
ordonna un jeune général et ses prières furent efficaces, car 
il plut du blé en Hesbaye, d'aucuns disent même des pois- 
sons. Ce ne fut pas la seule calamité de l'année. Il y eut un 
tremblement de terre; une comète apparut dans le ciel. Le 
14 décembre, dans l'après-midi, on vit comme une grande 
torche ardente traverser le firmament et tomber sur la terre, 
après quoi apparut une espèce de dragon à la tête garnie 
d'une crête et aux pattes bleues. Mais tous les dangers ainsi 
pronostiqués fm^ent conjurés par les prières de Notger » (1). 

(1) Voir ces légendes dans Gilles d'Orval, II, o9, p. 60, d"oii elles ont passé, pro- 
bablement au XlVe ou au XVe siècle, dans la chronique interpolée de Saint-Laurent. 
Je crois utile de faire voir, ci-dessous, le rapport entre Gilles d'Orval et Sigebert 
de Gembloux : on pourra, en le constatant, se rendre compte de l'origine des 
éléments légendaires : 

Gilles d"Orval, II, 53, p. 60. Sigebert, Chronicoii. 

Temporibus ejus siccitas magna ver- 1006. Famés et mortalitas jam gravi- 

nalis, unde et satio primitiva impedita et ter per totum orbem invaluit, ut tedio 
famés ingens secuta est. Fertur enim sepelientiiim vifi adliuc spiritiiin trahen- 
etiam precibus ejus annonam pluisse de tes ubnierrntiir cinn iiwrtitis. 
celo in Hasbanio, alii etiam pisciculos 
parvos de celo pluisse ferebant. Postea 
nix de celo nimia decidit, ymber etiam 
continuus, qui autumpnalem sationem 
denegaret omnino. Episcopus vero Noth- 
gerus, indicto communi jejunio, pericu- 
lum imminens reppulit. Terre motus 

quoque factus est permaximus, corne- '003. Cmnctcs hnrribiU sprcie Jhim- 

lesque apparuit splendidissimus. Kono mas Inic iUuajUcjactaiis, in australi parte 
decimo kalendas januarii circa horam visitsest. 



LE DIOCESE. 



249 



Outre les légendes populaires ou monastiques qui ont 
envahi la biographie de Notger, il nous l'aut aussi éliminer 
celles qui naissent aujourd'hui dans les sillons de l'érudition. 
La fameuse tradition des terreurs de l'an mil, si elle était 
fondée, créerait un inexplicable contraste entre les préoccu- 
pations d'avenir du grand civilisateur et les préjugés de son 
époque : il est inutile de dire qu'elle est une pure liction des 
érudits du XVIIP siècle et qu'elle reçoit du règne de Notger 
un éclatant démenti. L'intense activité déployée par lui et 
ses collaborateurs dans le double domaine religieux et civil 
pendant la génération qui précéda l'année fatidique est une 
des réfutations les plus péremptoires d'une croyance aujour- 
d'hui démodée. Le seul récit que nous avons fait de cette 
carrière de prince et d'évcque exclut irrémissiblement de 
l'histoù'e les prétendues terreurs de l'an mil, et il n'y a pas 
lieu de nous en occuper davantage (1). 

noiiam, lisso ccio, quasi facula ardens 
cum longo Iractu instar fiilguris illapsa 
est terris tanto splendore, ut non modo 
qni in agris erant set etiani in teetis, 
irrupto lumine, ferirentur. Qua eeli fis- 
sura sensim evanescente, intérim visa 
est figura quasi serpentis, capite quidem 
crescente, cum ceruleis pedibus. Que 
pericula oratione viri Dei sunt adnichi- 
lata. 

On trouve des récits analogues, mais d'un caractère plus liistoi'iquc, dans la vie 
de saint Héribert de Cologne, contemporain de Notger, c. 7 et 8, pp. 74o-746. Gilles 
d'Orval, qui a certainement lu cet ouvrage, s'en est manifestement inspiré. 

Alpert, De dirersitate tempnrum, I, 6 p. 704. 

Post hinc triennium quam rex in solium regni sublimatus est (lOOo) commetes 
liorribili specie flammas hac illaque jactans, in anstrali parte coeli visus est. Se- 
quenti anno (1006) famés et mortalitas gravissima per totum orbem factae sunt, ita 
ut in multis locis prae multitudine mortuorum et taedip sepelientium vivi adhuc 
spiritum trahentes, vi qua poterant renitentes, cum mortuis obruerentur. 

La terrible famine de iOOG a laissé aussi des traces dans la chronique de Ro- 
dolphe de Saint-Trond, I, p. 229. 

(1) C'est dom Plaine qui a le mérite d'avoir le premier attaqué la légende et de 
l'avoir anéantie dans son magistral article intitulé : Les Terreur.i de l'on mil {Revue 
des qucstifuis histniiqircs, janvier 1873). Après lui, M. Raoul Rozièrc a repris le 
sujet dans La Icçicnde des terreurs de l'an mil (Revue p(diti<iiie et littéraire, t. XXI 
(1878). y\. Rozière, qui a d'ailleurs le mérite d"avoir élucidé les origines de la 



230 



CHAPITRE XIII. 



NOTE. 



LE CLERGE DE NOTCiER. 



Prévôts. 
Robert. 
Godescalc [de Morialmé] i002. 



Archidiacres. 
Robert. 

Erluin (avant octobre 995). 
Otbcrt, 998,d002 (12 mars). 
Albold, 1002 (12 mars). 
1002 (12 mars). 



Jean, 



Ëcolâtres. 



Adalboid. 






Wazon, 1007. 








Clercs. 


Nitho 




1002. 


Si 00 




» 


Egbert 




» 


Frédéric 




Notaire. 


Hardulfus, 


vers 973. 



(Anselme c. 26, p. 20i.) 

(Hariulf, Chronique de Saint- Riquier, 

c. 30, p. 171. Sur la date, v. ci-dessus, 

p. 121, note 1.) 

(Anselme, c. 26, p. 204.) 

{Gesta epp. camerac. I, 110 p. SiS). 

(Hariulf, Chronique de Saint- Riquier, 
c. 31, p. 175. Sur la date, v. ci-des- 
sus, p. 121, note 1.) 

(Anselme, c. 40, p. 210.) 



(Hariulf, Chronique de Saint -Riquier, 
C. 30, p. 171. Sur la date de 1002, 
V. ci-dessus p. 121, note 1.) 

(Manuscrits Lefort II, 18, aux Archives 
de l'État à Liège, f. 3. Cf. BCRIl, III, ii, 

p. 278.) 



légende, s'est audacicusemenl attribué Thonncur de la découverte de dom Plaine 
en passant totalonjent sous silence le travail de celui-ci ; il est ainsi parvenu à faii'e 
illusion à ceux qui ont étudié le sujet après lui, et qui ont confirmé les conclusions 
du savant bénédictin sans savoir qu'ils étaient les complices incon.-^cients d'une 
laïcisation d'un genre spécial. Ce sont Von Eicken, Die Mittelalteriiche Weltan- 
schauung dans Forschunrjen zur dcutschen Grscliichte, t. XXIII ; Jules Roy, L'An 
Mille, Paris, Hachette, 1883 [Bibliothèque des merveilles); P. Orsi, L'anno mille 
{llivista Stnrica Italianu, 1887). Ces résultats généraux sont contrôlés et confirmés 
jiar ceux des chercheurs qui ont étudié le sujet dans un domaine étroit comme (Mgr. 
Schoolmeesters) dans Le Mémorial, janvier-mai-juin 1874 et le P. Beissel, Der hei- 
lifje Dernward rou llililrshcim ah Kïinstlvr uvd Fordercr dcr drnlsrhcn Kunst, 
pp. 69-70. 



CHAPITRE XIV. 



l'instruction publique (1). 



Un des plus beaux aspects de la carrière de Notger, c'est 
le zèle qu'il déploya pour l'instruction publique. Sous ce 
rapport, il fut le digne successeur d'Eracle et l'émule de 
cette pléiade d'hommes distingués qui, sous le règne d'Otton 
le Grand, gardaient les tradition du siècle de Cliarlemagne. 
Pour bien nous rendre compte de l'activité qu'il déploya dans 
ce domaine, il faut jeter un coup d'œil sur l'état dans lequel 
il trouva les lettres et les études à Liège. 

Selon toute apparence, la prospérité de l'instruction 
publique dans cette ville remontait à Cliarlemagne. La 
puissante impulsion donnée par ce grand homme au mouve- 
ment intellectuel devait se faire sentir principalement dans 
les régions de son vaste empire qu'il habitait lui-même. 
Quoi d'étonnant, dès lors, que Liège, voisine des séjours 
carolingiens d'Herstal, de Jupille et d'Aix-la-Chapelle, et 
qui eut même un jour l'honneur de donner l'hospitalité à 
Cliarlemagne (2), ait eu de bonne heure des écoles et des 
lettrés? Le seul document qui nous montre l'application des 
instructions données par l'empereur à l'épiscopat, c'est préci- 
sément un mandement de l'évêque de Liège Gerbald (78o-810) 

(1) Sur les écoles de Liège au moyen-âge, il faut lire : A. BiKner, Wazound die 
Sduclen von LïUtich, Brcsslau, 1879 (dissertation) ; Dute, Die Schulc» im Bistlnun 
Lïtttiiii im XI" Julirliundert ; Marbourg 1882 (programme) ; S. Balau, Etude critique 
sur les Sources de l'histoire de Lièije au moiien-âfje, chap. IV, ^ H, pp. 14G-1G2). 

(2) Le 22 avril 770 (fête de Pâques). Annales Laitrissenses. 



252 CHAPITRE XIV. 

à son clergé (1), pour lui inculquer Thorreur de l'ignorance 
et la nécessité de Tctude (2). 

Après la mort du grand empereur, Liège continua d"étre, 
pendant la première moitié du siècle, visitée par les souve- 
rains, dont la présence n'aura pas peu contribué à y main 
tenir le culte de la vie littéraire. Sous l'évèque Hartgar (840- 
8oo), la ville reçut la visite du savant irlandais Sedulius, qui 
y fit un long séjour. On croit qu'il enseigna les lettres à la 
cathédrale de Liège (3); dans tous les cas, son influence n'y 
sera pas demeurée stérile à une époque tourmentée par la 
fièvre du savoir. Sedulius lui-même, par-dessus le règne ora- 
geux de Francon, toujours en lutte avec les Normands, tend 
pour ainsi dire la main à Mienne, successeur de ce prince. 
Poète, liturgiste et liagiograplie, Etienne ne laissa point 
s'éteindre dans sa ville épiscopale le foyer de la culture 
intellectuelle. Richaire, dont l'histoire nous signale les grands 
travaux de restauration, Hugues et Farabert, trois abbés du 
pays de Trêves qui apportèrent à Liège un zèle sincère pour 
les études et d'excellentes traditions monastiques, durent, eux 
aussi, veiller à la bonne marche des écoles, bien que les 
trop rares données des chroniques nous aient laissé ignorer 
leurs actions. Toutefois, il ne paraît pas qu'avant la seconde 
moitié du X® siècle, les écoles de Liège s'élèvent au-dessus 
d'une honnête moyenne. Elles n'atteignent pas l'éclat dont 
brillent alors celles d'Utrecht, où des maîtres irlandais ensei- 
gnent le grec à saint Brunon enfant; elles sont éclipsées par 

(1) La lettre de Gerbald est dans Martene et Durand, A. C, f. VII, col. io. 

(2) Beaucoup d'historiens, notamment Cramer, Geschichte der Erziehung iind des 
l'ntenichts in den Niederlanden wâhvend des Mittelalteis, p. 72, ont été les jouets 
d'une étrange illusion en se persuadant, parce que nous n'avons conservé que 
l'exemplaire liégeois de la circulaire de Charlemagne aux évêques, qu'elle n'a été 
écrite que pour Liège ; il suflll de lire le texte pour en reconnaître le caractère géné- 
ral. Il y a d'ailleurs deux documents émanés de Gerbald : une instruction pastorale 
à tous ses diocésains et une lettre à son clergé; cette dernière est écrite en exé- 
cution des ordres de Chai'lemagne dont nous avons conservé le texte. Ces trois 
documents forment un petit dossier qu'on ti'ouve dans Martene et Durand, A. C, 
t. VII, col. 15-21. 

(3) Bûmm\er, Jahrhuch fin- Vaterk'indisclie Gescliiclite, I (18G1), p. 170; Ebert, 
AWjemeine Gcsrliichte der Literatnr des Mittelalters im AhcndUtndc, i. II, p. 191; 
II. Pirenne, Sedulius de Liège, p. 23. 



l'instruction publique. 253 

celles de Metz (1), et elles ne sauraient rivaliser avec celles 
de Lobbes. C'est cette maison qui, dans la naissante princi- 
pauté de Liège, tient le sceptre des études. 

La vie littéraire était ancienne dans cette abbaye; au VHP 
siècle, elle avait produit des écrivains comme saint Ermin et 
Anson (t 800), les plus anciens noms littéraires du moyen- 
àge belge (2). Interrompues dans la seconde moitié du IX** 
siècle par l'invasion des Normands et par l'intrusion des abbés 
laïques, les études avaient repris vigueur à Lobbes sous 
l'abbé Richaire (920-945) et trois hommes s'y firent alors un 
nom par leur savoir : Scaminus, Tliéoduin et Ratliier (3). Ce 
dernier est l'écrivain le plus érudit et le plus original de son 
temps. Il a beau nous dire qu'il a peu appris chez ses maîtres 
et beaucoup par lui-mcme (4), il n'en fait pas moins honneur 
à l'école dont il sort et qui, sans doute, lui a donné tout au 
moins la passion de la science avec les moyens de la satis- 
faire (o). Ce qui prouve bien, d'ailleurs, que Rathier devait 
à Lobbes plus que Lobbes ne lui devait, c'est que la tradition 
littéraire de l'abbaye ne fut pas interrompue par son départ ; 
elle se continua sous les doctes abbés Aléti^an et Folcuin (6). 

Mais le grand homme qui devait imprimer à la vie litté- 
raire de la Lothai'ingie la plus vigoureuse impulsion qu'elle 
eût reçue depuis Charlemagne, ce fut saint Brunon. Parfai- 
tement au courant des langues grecque et latine, lisant tous 
les grands écrivains de l'une et de l'autre, versé enfin dans 
les sept arts libéraux, l'archevêque de Cologne était un 
homme de haute culture intellectuelle. En conformité, d'ail- 
leurs, avec l'esprit de son temps, il voyait dans les lettres 

(1) A. Hauck, Kirchenijeschichte Deutschlands, III, \, p. 283. 

(2) V. S. balau, Étude critique mr les sources de l'histoire littéraire de Liège au 
moijen-dfje, pp. 4o-i9. Sur saint Ermin, voir sa Vie métrique de saint Ursmei' 
dans AD, t. XXIII (1904), p. 317, récemment éditée par dom Germain Morin. 

(3) Folcuin, c. 19, p. 63. 

(4) Pauca a magistris, plura per se magis didicit. Phrenesis, 3, p. 3G9. 

(5) Sur Rathier, lire Vogel, Ratlierius von Verona, léna, 1859, et Hauck, III, 1, 
pp. 283-297, qui l'appelle le seul théologien de son époque. 

(6) Hic (Evcracrus) domnum Aietrannum undecunque doclissinnim et in lege Dei 
exercitatum ac eloquentem volentibus omnibus Laubiis prefecil abbatem. Folcuin, 
c. 27, p. G9. 



254 



CHAPITRE XIV. 



un moyen plutôt qu'un but; il leur demandait avant tout 
le secret d'une belle forme, mais il entendait les mettre au 
service des vérités éternelles, et un mot de son biographe 
caractérise bien son tour d'esprit : il lisait avec plaisir tous 
les poètes anciens, mais il s'était surtout nourri de Pru- 
dence (1). Avec cette noble passion pour les éludes, il était 
parvenu à posséder à un degré remarquable l'éloquence 
latine et à l'apprendre à ses disciples : ceux-ci, à leur tour, 
avaient porté dans tous les j)ays le zèle littéraire qu'il leur 
avait communiqué. On comprend quelle action il dut exercer 
sur la Lotharingie après qu'il eut réuni dans ses mains les 
deux principales dignités de ce pays : l'archevêché de 
Cologne d'abord, le gouvernement du duché ensuite. 

Liège ressentit immédiatement les effets du goût de Brunon 
pour les choses de l'esprit. Il était à peine monté sur le siège 
épiscopal de Cologne, qu'il faisait asseoir Rathier sur celui 
de Liège. La consécration des deux prélats eut lieu à Cologne 
le même jour (23 septembre 953) (2). Brunon aimait à se dire 
l'élève de Rathier : leurs relations intellectuelles semblent 
dater du jour que ce dernier, après son exil de Vérone, était 
venu vivre à la cour d'Allemagne, où il avait fait partie du 
clergé de la chapelle royale et où il avait été admis dans 
l'intimité de Brunon (3). On ne peut pas dire toutefois, que, 
malgré sa science et son talent, Rathier ait eu une action 
directe et personnelle sur le progrès des études dans son 
diocèse ; il n'en eut pas le temps, et puis, son tempérament 
combatif ne se prêtait pas à l'exercice d'une influence paci- 
fique et régulière. Par contre, il était réservé au saxon 
Eracle, que Brunon donna en 959 pour successeur à Bal- 
déric !'="■, de devenir l'un des principaux promoteurs du mou- 
vement intellectuel dans les Pays-Bas. 

Eracle avait été lui-môme, à Cologne, l'élève de Rathier; 
il se plaisait à le lui rappeler longtemps après, dans une 
lettre affectueuse où il invitait son ancien maître à rentrer 
au pays, ajoutant qu'il ne rougirait pas, en ce cas, de se 

(1) Ruotgerus. c. 4, p. 2oG. 

(2) Vogel, Ratherius von Veroua, pp. 480-181. 

(3) Folcuin, c. 22, p. G4. Cf. Vogel, o. c, p. i74. 



l'instruction publique. 235 

remettre à son école (1). C'est Éracle qui, au dire d'un 
écrivain du temps, a le premier fait ileurir à Licf^e les études 
et la relii^ion (2). Les contemporains liégeois, dit un autre, 
avaient depuis longtemps perdu jusqu'au souvenir des études 
libérales, et c'est lui qui établit les écoles auprès des collé- 
giales (3). Mais ce n'est pas seulement sa ville épiscopale, 
dit un troisième, c'est tout son diocèse qu'il a appelé à la vie 
intellectuelle, en le couvrant d'écoles et en y appelant les 
maîtres distingués (4). Il est manifeste qu'il y a dans ces 
éloges une part d'exagération : ni Liège ni le diocèse n'étaient 
à ce point dénués de culture littéraire avant Kracle, et ce 
que nous avons dit plus haut le prouve sans réplique. Ce qui 
semble résulter des textes, c'est qu'à l'école de la cathédrale, 
qui existait de temps immémorial et dont il aura augmenté 
l'éclat, Eracle ajouta l'école de Saint-Martin. 

Le tableau qu'Anselme nous trace de l'activité pédago- 
gique d'Kracle est charmant, et il ne faut pas en omettre ici 
un seul trait. Une de ses principales occupations était de 
visiter à tour de rôle les classes des écoles de Liège. Il se 
chargeait lui-même de présider à la leçon des élèves les plus 
avancés (o); à l'occasion, il leur expliquait avec la plus 

(1) Prislinam soleo ante oculos dulcedinem ponere, itlqiie crebris libenter sernio- 
nibus repetere, et, si mane non, vel posl prantlia inter bibendum, quoniodo me fo- 
vistis, ut commanducandum cibum, sicut nutrices infantibus edentibus, in os meum 

trajecistis Sub vestro pollice docto et artifice nianum ferulae non erubes- 

cam subducere. Chapeaville, I, p. 190-191. 

(2) Qui primus in hae urbe studium et religionem iniciavit. Vita Balderici, 
c. 18, p. 731. Renier de Saint-Laurent, Vita Evracli, c. 4, p. Ml, veut qu'Éracle 
ait créé des écoles à Liège même dans les monastères : adeo ut scolas ctiam per 
claustra urbis monasterialia instilueret ; il oublie que les monastères liégeois sont 
postérieurs à Éracle. 

(3) Cum jam pridem aput illius temporis nostrates funditus libérale studium cum 
memoria absolvisset, ille soolas per claustra stabilire curavit. Anselme, c. 24, p. 201. 

(4) Totam Leodicnsem ecclesium, immo totam provinciam, nuilis hactenus stu- 
diis illustratam, ad studium coaptavit, scholas constituit, peritos quaquaversum 
dericos coUegit, eosque magistros instituere sua ope liberaliter pavit. Rupert, Chro- 
niron Sancti LaureiUii, c. I, p. 2G2. 

(o) Lectiones majusculis tradere. Anselme, c. 24, p. 201. Cramer, p. 94 (?) écrit 
à ce sujet : « Weil es an Lehrern (ehlte, so scheint Everaclus eine dem gegensei- 
tigen Unteri'iclit abnliche Méthode, die wir schon frûlier bei den Juden kennen 
Icrnten, eingefiihrt zu haben. » Rien de plus fallacieux que cette interprétation du 
texte, qui dit tout autre chose. 



2oG CHAPITRE XIV. 

grande douceur ce qu'ils n'avaient pas compris, promettant 
de s'y reprendre à cent fois, s'il le fallait, pour leur résoudre 
toutes les dillicultés (1). Lui arrivait-il de devoir quitter sa 
ville pour aller à la cour ou participer à quelque expédition 
lointaine, il ne cessait de correspondre avec les maîtres, les 
stimulant, leur envoyant des poésies, récliaulfant leur zèle 
pour l'étude par des messages qui leur arrivaient parfois 
du fond de la Calabre. Il était avec eux comme un père 
avec des enfants bien aimés, et il ne cessa, dit le narra- 
teur, de se dévouer à sa glorieuse tâche; aussi beaucoup de 
jeunes gens ignorants et grossiers acquirent-ils en peu de 
temps, grâce à lui, la connaissance des sciences sacrées et 
profanes (2). 

Il nous reste un témoignage touchant de la reconnaissance 
que gardaient ses anciens élèves au maître dévoué : c'est la 
lettre d'un Anglo-Saxon qui ne se désigne que par l'initiale 
de son nom, B,, et qui, écrivant à l'archevêque de Ganter- 
bury Ethelgar (988-989), rappelle avec émotion le souvenir de 
lévèque de Liège. « J'ai été, écrit-il, au banquet de la science 
sacrée, où m'a introduit ce maître chéri, et j'y ai pu, comme 
un petit chien, lécher les miettes que laissaient tomber les 
convives. Une mort cruelle m'a ravi le doux maître qui 
m'a distribué à moi-même et à beaucoup d'autres le prix de 
la science, et nul ne sait combien, depuis ce jour, la faim et 
la soif intellectuelles ont tourmenté mon esprit désormais 
privé des festins du savoir » (3). A la date où fut écrite cette 
lettre, il y avait dix-sept ou dix-huit ans qu'Ei*acle était mort; 
peu de bienfaiteurs, on en conviendra, laissent un aussi long 
souvenir dans le cœur de leurs obligés ! 

Les études étaient donc en pleine prospérité à Liège lors- 
que Notger prit en mains la direction du diocèse. Nourri au 

(1) Cf. Vit. s. Wulfijangi, c.l8, p. 334 : Ut autein adolescentes in capiendis scien- 
tiae liberalis noticiis parent agitiores, fréquenter voluit tabules eorum cernere dic- 
tales. Pierosque etiam eorum profifiendi causa beneficiis incitavil ; qui aulem 
desides erant et négligentes increpavit. 

(2) Anselme, c. 24, pp. 201-202. Cf. Renier de Saint-Laurent, Vita lù'iacli, 
c. 4, p. 562. 

(3) W. Stubbs, Mémorial of saint Diinstan, arclibisliop of Gante rhunj, j). 38(5. Cf. 
VJntroditctiun, p. XI et suivantes. 



l'instruction publique. 257 

palais, et peut-être élève lui-même de saint Brunon, il conti- 
nua, sous tous les rapports, la tradition de son prédécesseur, 
et leur action s'est si bien mariée et fondue, qu'il est diflicile 
de dire à qui des deux revient la plus grande gioii'e dans le 
lustre que jeta après eux leur ville épiseopale. Au lieu d'en 
essayer le départ, nous allons tâcher plutôt d'en tracer un 
tableau d'ensemble : nous y trouverons l'occasion, plus d'une 
l'ois, de mettre en relief la haute initiative et l'énergique 
activité de notre prélat. 

Comme on l'a pu voir ci-dessus, il y avait plus d'une école 
à Liège dès le temps d'P]racle (1), avec un personnel de plu- 
sieurs professeurs (2). Or, comme, en dehors de la cathédrale, 
il n'existait alors que la collégiale de Saint-Pierre et celle de 
Saint-Martin, force nous est de supposer ou bien qu'il y avait 
une école à Saint-Pierre ou que celle de Saint-Martin devait 
son origine à Éracle. Il n'est d'ailleurs pas douteux que Not- 
ger, qui acheva Saint-Paul et qui fonda Sainte-Croix, Saint- 
Denis et Saint-Jean, aura traité toutes ces églises comme 
cette dernière, où il nomma un maître des écoles (magister 
scolariim) (3), et qu'il les aura toutes également dotées 
d'un enseignement organisé. Si cette conjecture est fondée, 
Liège aura possédé à l'époque de Notger une école de cathé- 
drale et six écoles de collégiale (4). 

(1) nie scolas per claustra stabilire curavit, quas ipse vicissim non indignum 
duxit frequentare. Anselme, c. 24, p. 201. 

(2) Si qiiando autem eum contingeret aut ad palatium aut in expeditionem lon- 
gius ab hàc urbe discedcre, quos reliquisset scolarum magistros litteris animare, 
ipsis crebro dulci carminé alliulere solebat. Id., 1. c. 

(3) Vita Notgeri, c. 9. Cf. Voigt, Eijberts von Lïutich Fecunda Ratis, Halle s. S., 
1889, p. XXXVII. 

(4) Voici quelques données à l'appui de cette conjecture. C'est un fait admis que 
les écoles des collégiales se sont généralisées au commencement du Xl^ siècle. 
V. G. Bourbon, La licence d'enseigner, p. o2o. A Liège, l'écolâtrie existe certai- 
nement dans les diverses collégiales en 1109, témoin ce passage d'une charte de 
celte date : Confirmantibus reliquis fratribus de Sancto Lamberto et collaudan- 
tibus prepositis, decanis, scholasticis, cantoribus, custodibus et reliquis totius civi- 
tatis fratribus. Bormans et Sclioolmcesters, t. I, p. 51. 

Avant cette date, nous rencontrons les écolâlres suivants : 
A Saiîite-Croi.r, en 10G3, Nizo. (Registre de Sainte-Croix, aux Arcliives de l'État 
à Liège, f. 84j. 

I. 17 



258 CHAPITRE XIV. 

Ce qui vient d'être dit contient la réfutation anticipée 
d'une conjectui'e émise par certains érudits (1), et qui doit 
nous arrêter quelques instants. Selon eux, il n'y aurait pas 
eu d'écolàtre à la cathédrale avant Wazon, que nous trou- 
vons en fonctions du vivant de Notger : c'est l'évêque lui- 
même qui aurait gardé la direction des écoles, comme firent 
à Chartres non seulement l'illustre Fulbert, mais tous ses 
successeurs jusqu'au XIII* siècle (2). Il est impossible de se 
rallier à cette manière de voir, qui ne s'appuie que sur un 
argument négatif. Gomment croire que l'école de la cathé- 
drale, qui était de beaucoup la plus importante, ait manqué 
de ce que possédaient les collégiales et ait dû se contenter, 
pour directeur, d'un évêque presque toujours absent? L'ex- 
emple de Ghai'tres, qu'on invoque ici, est loin d'être probant, 

A Saint-Martin, en 1092-1'101, Héribert (Registre Lefort, dS, p. 8, aux Archives 
de l'État à Liège, copié par St. Bormans). Cf. Chapeaville, I, p. 316 et BCRH, Ve sé- 
rie, t. 6, p. 513. 

Ce qui est concluant, c'est l'exemple de Saint-Barthélémy. Fondée en 1016, huit 
ans après la mort de Notger, cette collégiale fut d'abord la plus modeste de Liège, puis- 
qu'elle ne comptait que 12 prébendes. Or, dès 1026, elle avait son écolâtre, ce qui 
prouve sans doute que celui-ci y existait dès l'origine. Ce fait résulte d'un diplôme 
de l'évêque Réginard, daté de 1031, (publié par Fisen, t. I, p. 198) et attestant 
que l'évêque Herman (Hezelo) de Toul, neveu du fondateur, avait ajouté à ce cha- 
pitre cinq clercs, sans compter les bénéfices du prévôt, du doyen et de l'écolâtre. 
Or, Herman de Toul est mort en 1026 ; c'est donc celte date et non celle du di- 
plôme (1031) qui est celle de la plus ancienne mention de l'écolâtre de Saint-Barthé- 
lémy. Il faut corriger d'après cela la note de Voigt, o. c, p. XXVII, note S, qui a 
déjà corrigé certaines erreurs d"A. Bittner, pp. 24 et 27. Si maintenant l'église Saint 
Barthélémy, la plus humble des sept collégiales liégeoises (Wazon l'appelle paiipe- 
rem ecclesiam Sancti Bartltolomaei dans un diplôme publié par Martene et Dnrand, 
A. C, I, 142) possédait son écolâtrie dès l'origine, comment se refuser à croire que 
des fondations plus importantes et dues à Notger lui-même en fussent privées? Con- 
cluons donc sans crainte que chacune des collégiales liégeoises possédait son éco- 
lâtrie sous le règne de ce prince. Il en était de même à Cologne au XI^ siècle : il y 
avait des écolâtres à St-Pantaléon, à St-André, à St-Cunibert, (Ennen, t. II, pp. 
299, 749), à St-Géréon, où Herman de Toul, qui fut évêque de 1018 à 1026, 
reçut une éducation très soignée (Gesta epp. Tull. c. 37, p. 043). (Cf. Césaire 
d'Heisterbach, VI, S). 

(1) Léon Maître, Les écoles épiscopales et monastiques de l'Occident, Paris, 1866, 
p. 185. Voigt, Erjberts von Lïittich Fecunda Ratis, p. XVI. 

(2) Clairval, pp. 30 et 40. On voit encore Yves de Chartres enseigner lui-même, 
p. 143. 



l'instruction publique. 259 

car Chartres avait des écolâtres depuis le conimeneemeut 
du X^ siècle (1), et l'on verra plus loin qu'il en était de môme 
à Liège. 

Il est probable, au surplus, que les écoles des collégiales 
n'étaient guère, comme nous dirions aujourd'hui, que des 
établissements d'enseignement moyen (2), tandis que l'école 
de la cathédrale avait le caractère d'un grand séminaire ou 
d'une université. Le personnage placé à la tète de cette 
dernière portait concui-remment, vers le milieu du XP siècle, 
le titre de magister scolariim et celui de scolasticiis (3), ce 
qui prouve l'identité des deux appellations. Et il semble 
même avoir cumulé ses fonctions avec celles de chancelier, 
comme c'était le cas à Chartres (4) et à Cambrai, où, de 
1037 à 1101 et encore en 1132, nous rencontrons une série 
de chanceliers qui portent le titre d'écolâtre (o). Ce qui nous 
confirme dans cette supposition, c'est qu'à Liège aussi, Fran- 
con nous apparaît revêtu, en 1037, de la dignité de chance- 
lier (6), en 106G, de celle d'écolâtre (7). D'ailleurs, la chan- 

(1) Voici leur succession : 

Clémenl, 931. 
Sugger. 
Fulbert, 987. 
Evrard I, 1023. 
Hildegaire, 1024. 
Evrard II, 1032. 
Sigon, 1033. 
Ingelram, 1048. 
Gauslin, 1084-1090. 
V. Clairval, o. c. pp. 22-23, 39 et o7. 

(2) V. Voigt, Egberts von Lûttich Fecunda Uatis, Halle, 1889, pp. XXYI-XXVII, 

(3) Franco est qualifié en 1078 de scolasticus (Mantelius-Robyns. p. 15) et en 
iOSd de magistei- scolarum Sancti Lamberti (Rodolphe, Chvonicun Sancti Trudonis. 
II, 5). De même à Cologne, les écolâtres de St-Séverin et de St-Cunibert prennent 
dans un acte de 1174 le titre de maijister scolanun, et dans un autre de 1176, celui 
de scolasticus, pour reparaître dès 1180 sous celui de magister scolamm. Ennen et 
Eckerlz, Quellen zitr Geschichte der Stadt Kôln, I, 571 , 573, 584, cilé par Specht,p. 184. 

(4) Clairval, Les Écoles de Chartres au moyen-âge, pp. 22 et 23. 
(o) Reusens, AHEB, t. XXVI, p. 169; cf. ibid., p. 180. 

(6) Miraeus et Foppens, Diplomata, IV, 394 ; Muller, Het oudste cartularîum van 
het sticht L'trecht, p. 103 et suiv. ; cf. de Marneffe, Tableau chronologique, p. 8. 

(7) Charte de Théoduin pour Huy, dans Chapeaville, Gesta pontijicuni, II, p. 4 ; 
et BCRH, IV, 1, p. 90-96. Cf. de Marneffe, p. 8. 



260 CHAPITRE XIV. 

cellerie était un ollice compris dans les attributions de la 
capella ou chapelle ; or, à Liège, nous pouvons constater que 
les écoles relèvent également de la capella. Quand Notger 
emmenait les élèves de son école en voyage, c'était un des 
chapelains qui avait la direction de la classe et, nous dit le 
chroniqueur, il y faisait régner une discipline aussi stricte 
que sur les bancs (1). C'est dans la capella que Wazon s'em- 
ploie d'abord; il y exerce des fonctions obscures, portant les 
livres et la machine à calculer, jusqu'à ce que, sélevant de 
degré en degré, il parvient au rang de maître des écoles (2). 
Or, n'est -il pas remarquable que nous lui voyions éga- 
lement signer des chartes comme chancelier (3), attestant 
par là que l'écolâtrie, la chancellerie et la capella étaient 
reliées entre elles par les liens les plus étroits (4) ? C'est 
même parce que l'écolàtre et le chancelier sont si souvent 
une seule et même personne que nous verrons plus tard, 
dans les universités, rechange des deux noms, et celui d'éco- 
lâtre finir par disparaître devant celui de chancelier (o). 

Quelles étaient les atti-ibutions de notre chancelier directeur 
des écoles ? Apparemment, son autorité ne s'étendait pas 
seulement sur l'école de la cathédrale; il devait avoir, du 
moins à l'origine, une certaine direction ou surveillance 
de l'enseignement dans toutes les autres églises (6). En 

(4) Anselme, c. 28, p. 20S. 

(2) Id. c. 30, p. 20G. 

(3) dOll. Ego Wazo recognovi et subscripsi. A. Waulers, Communes belges, Can- 
ton de Tirlemont, Communes rurales, l'e partie, p. 167. — 1029. Ego Waso archi- 
capellanus recognovi sigilhim domini Reginaldi, Leodiensisepiscopi. AHEB, t. XXI 
(1888), p. 392. 

(4) Ailleurs, l'office d'écolâtre était cumulé avec celui de chantre. Thomassin en a 
déjà fait la remarque, et G. Bourbon, La licence d'enseirjner (Revue des questions 
historiques, t. XIX, 1876, p. 322) dit que t dans un certain nombre de diocèses, le 
chantre resta en possession de la régence des écoles et fut chargé d'accorder ou de 
refuser la licentia,docendi. » Cf. Specht, p. 184. J'ignore quelles ont été à Liège 
les relations entre l'écolâtrie et la chanlrerie. 

(o) G. Bourbon n"a pas bien vu cela et semble croire que la confusion est acci- 
dentelle ; il écrit même cette phrase bizarre, p. 536 : « Au XIII" siècle, on peut 
établir en règle générale que les fonctions d'écolâtre sont remplies dans les villes 
d'université par les chanceliers, dans les autres villes épiscopales par l'écolàtre ou 
par le chantre. » 

(6) V. Diirr, De capitulis clausis, dans Schmidt, Thésaurus juris ecclesiastici, III, 
p. 139. 



l'instruction publique. 261 

d'autres termes, si les analogies ne sont pas Iroinpcuses, 
l'écolàtre de la cathédrale était, au temps dont nous parlons, 
Icquivalent d'un ministre de l'instruction publique. Nous 
sommes malheureusement réduits à de simples conjectures 
sur ce sujet. 

Essayons de grouper ici le peu que la pauvreté de nos 
sources nous permet de connaître ou de deviner, au sujet 
de l'enseignement qui se donnait dans Técole de la cathédrale. 

La première chose qu'il faille noter, c'est que l'école de 
la cathédi'ale était, dès le temps de Notger, partagée en deux : 
Tune intérieure pour les clercs, l'autre extérieure pour les 
la'ïques. Ce n'était pas le cas partout (1) : bon nombre 
d'églises se bornaient à assurer, par leur enseignement, le 
recrutement de leur personnel. Liège était donc de celles 
qui enseignaient aussi par amour de la science, et qui 
aimaient à en communiquer le plus largement possible les 
fruits au monde profane (2). 

La distinction dont il vient d'être parlé nous est affirmée 
par le témoignage le plus autorisé de l'époque. En même 
temps, nous dit Anselme, que Notger se livrait avec délices, 
au milieu des clercs, à la lecture et à l'étude des livres saints, 
il faisait instruire les jeunes gens laïques, qui étaient l'objet 
d'un enseignement à part, dans des connaissances qui con- 
venaient à leur âge et à leur condition (3). Ce passage est 

(1) La coexistence des deux écoles extérieure et intérieure est attestée, à l'abbaye 
de Saint-Gall, dés la première moitié du IX« siècle (V. Spccht, p. 3G) à Reichenau 
en 817, à Tegernsee (Spechf, o. c, pp. 309, 369, 376) et à la cathédrale de Reims, 
dès la fin du même siècle. (Flodoard, Hhtoria Remensis, IV, 9, p. 574.) Il en était 
de même à Cologne sous saint Brunon, et probablement à L'trecht, au dire de Moll, 
p. 3o8; a St-Hubert vers lOoS (Clironicon Sancti tiaberti, c. 8, p. 372.) 

(2) On pourrait se demander dans laquelle de ces deux écoles étudiaient les clercs 
liégeois destinés à faire partie du clergé paroissial. A. s'en tenir aux termes formels 
du texte d'Anselme, ils ne faisaient point partie de l'école extérieure. Je remarque 
cependant qu'à Saint-Gall et à Reims, les clercs qui n'appartenaient pas au per- 
sonnel de la maison étudiaient dans l'école extérieure, l'autre restant exclusivement 
réservée, à Saint-Gall, aux futurs moines de l'abbaye, à Reims, aux chanoines de la 
cathédrale. 

(3) Anselme, c. 30, p. 206 : Dum ipse cum clericis evolvendis atque iterandis 
divinae scripturae paginis jocundissime intentus, laicos nichilominus adolescentes, 
quilniit alendis sua scorsum erat (lisriptiiia, actati et ordini suo congi'uis artibus im- 
plicaveril. 



262 CHAPITRE XIV. 

d'ailleurs le seul qui nous révèle l'existence d'une école ex- 
térieure de la cathédrale de Liège ; mais il n'en est que plus 
important, puisqu'il atteste qu'à une date aussi reculée que 
le X^ siècle, la jeunesse laïque trouvait à Liège le moyen de 
se procurer une culture littéraire sous des maîtres distin- 
gués. Tout ce que les chroniqueurs nous rapportent de plus 
a trait exclusivement à l'école intérieure ou cléricale, qui 
équivalait, dans la formation du clergé, à ce qu'est aujour- 
d'hui un grand séminaire. 

Dans cette école, Notger n'admettait pas seulement des 
adolescents de naissance libre, mais aussi des enfants de 
condition servile qu'il se faisait céder, souvent même avant 
leur naissance, par les mères encore enceintes (1). Il semble 
bien qu'une pareille adoption équivalait, pour les futurs 
clercs, à un affranchissement en règle, et il n'est pas douteux, 
puisque aussi bien les canons l'exigeaient, que leur émanci- 
pation ne fût la condition préalable de leur admission aux 
ordres sacrés. Du nombre de ces heureux protégés fut peut-être 
Durand, troisième successeur de Notger sur le siège épiscopal 
de Liège (1021-1025), et dont les chroniqueurs nous attestent 
l'origine servile (2). Mais le grand cœur de l'évêque ne lui 
permettait pas de réserver le bienfait des études libérales 
aux seuls enfants de son diocèse : il admettait aussi dans son 
école ceux qui lui venaient d'autres diocèses, lorsqu'ils lui 
étaient recommandés par leur évêque ou par leurs parents (3). 

Entre les deux écoles, il y avait d'ailleurs une différence 
déterminée par le but propre de chacune. L'intérieure pré- 
parait le recrutement du clergé de la cathédrale ; son pro- 
gramme comportait donc tout au moins le minimum des 
connaissances indispensables à tout prêtre chargé du minis- 
tère ecclésiastique. Pour l'école extérieure, le programme 
était plus simple, puisqu'il se bornait à offrir aux jeunes gens 
laïques les connaissances les plus élémentaires. On peut 
croire qu'il ne dépassait pas beaucoup le niveau de ce que 
nous appelons aujourd'hui l'enseignement primaire. 

(1) Quoriim nonnullos saepe a praegnantibiis etiani expostulasset matribus. An- 
selme, c. 28, p. 205." 

(2) Anselme, c. 36, p. 209. 

(3) Anselme, c. 28, p. 20S. 



l'instruction publique. 263 

Le personnel enseignant de la catli?dralo devait être assez 
nombreux, d'abord à cause de la division de l'école en exté- 
rieure et en intérieure, ensuite à cause de la durée des études, 
qui était de plusieurs années, et de la grande diversité des 
branches, qui comprenaient, comme on sait, les sept arts 
libéraux. L'exemple de ce qui se passait ailleurs ne laisse pas 
d'être assez concluant sous ce rapport. A Utrecht, dès la fin 
du VHP siècle, l'école ne comptait pas moins de quatre 
maîtres, qui, il est vrai, n'enseignaient qu'un trimestre cha- 
cun (1). A Poitiers, l'écolâtre Hildegaire avait un coopéra- 
teur appelé magister scolai'uni (2). A la même époque, le 
savant Renaud était sous-maitre de l'école de la cathédrale 
de Tours (3). Peu après, au XII siècle, dans l'école de Toul, 
qui était certes inférieure en éclat et en importance à celle 
de Liège, il y avait, à côté de l'écolâtre, trois maîtres ayant 
chacun une prébende de chanoine (4). 

Mais c'est surtout l'exemple de Chartres qui est décisif. 
Là, dans la première moitié du X^ siècle, nous rencontrons 
déjà un écolâtre, investi des fonctions de chancelier, et à côté 
de lui un professeur de littérature (grammaticiis) qui porte 
le titre de vice-chancelier (o). Vers la fin du siècle, autant 
qu'il est permis d'en juger par le nombre considérable 
d'hommes éminents dans les lettres et les sciences qui étaient 
réunis à Chartres, ce personnel devait s'être augmenté nota- 
blement (6). Ce qui est certain, c'est que pendant tout le XP 
siècle il comprenait, en-dessous de l'écolâtre, des personnages 
qui portaient le titre de gramrnaticus , de magister scolae 
ou d'adjutor scolnrum, et dont plusieurs arrivèrent à leur 
tour aux hautes fonctions d'écolâtre et de chancelier (7). 



(i) Altfrid, Vifa s. Lhtdgeri, c. do, p. 409. Cf. Moll, Kerkgeschiedenis van Neder- 
land vonr de Hervonning , t. I, pp. 3o3-3o4. 

(2) Clairval, p. 31. 

(3) Reginaldus sacerdos submagister scholae. Œuvres de Julien Havet, t. II, 
p. 103, note 3. 

(4) Yoigt, p. XXXIX. 

(5) Clairval, o. c, p. 22. 

(6) Id. ibid. p. 23 et suiv. 

(7) Id. ib. p. 31, 



264 



CHAPITRE XIV. 



En ce qui concerne plus particulièrement Liège, le même 
fait semble ressortir des titres que se donnent entre eux 
deux écolàtres du XP siècle, Rodolphe de Liège et Raimbaud 
de Cologne, dont la correspondance nous a été conservée. 
Le premier gratifie son correspondant du titre pompeux de 
Coloniensis ecclesiae generalissimiis scolasticiis, et se qualifie 
plus modestement de Leodicensis (scolasticiis) particiilaris 
et infimiis. Raimbaud, dans sa réponse, confirme à Rodolphe 
le titre, qu'il a pris lui-même, de magister specialis ecclesiae 
Leodicensis (1), et il faut bien admettre que cette termino- 
logie désigne une diff'érence de rang hiérarchique, car, plus 
loin, nous voyons que Raimbaud s'appelle scolasticus, tan- 
dis que Rodolphe n'est désigné que par le titre de magister. Le 
premier est évidemment le directeur des écoles de Cologne, 
l'autre n'est qu'un des professem's de l'école cathédrale de 
Liège. Le célèbre Egbert, qui écrivait, vers 1020, le recueil 
de sentences appelé Feciinda Ratis, aurait été, lui aussi, un 
membre de ce collège professoral de Saint-Lambert, si nous 
en croyons l'ingénieuse conjecture du dernier érudit qui se 
soit occupé de lui : en effet, il dit écrire son livre pour de 
tout jeunes écoliers, qui tremblent encore sous la férule et 
qu'il appelle des impubères et même des souris. Évidemment, 
d'autres maîtres enseignaient les élèves plus avancés en 
âge (2). 

Nous ne sommes pas en état de reconstituer, comme on Ta 
fait pour Chartres, la liste des écolàtres liégeois pendant la 
période primitive. Je ne crois pas me tromper cependant en 
supposant qu'un des premiers noms repris dans cette liste 
devrait être celui d'Adalbold, le célèbre évêque d'Utrecht. 
Du moins, nous voyons qu'à la date de 1007, Adalbold exerce 
les fonctions d'archidiacre de Liège, et nous savons que 
c'était un personnage fort instruit, correspondant avec le 
pape Silvestre II (donc entre 999 et 1003) sur les problèmes 
les plus ardus des mathématiques. Or, dans une des lettres 
qu'il lui adresse, il s'excuse de la liberté qu'il prend, jeune 

(1) Ms. G401 du fonds latin de la Bibliothèque Nationale de Paris, fol. \ verso 
jusqu'à fol. 11, lettres i et 2; cf. Voigt, 1. c, 

(2) Voigt, 0. c, pp. XXXIX-XL. 



L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 263 

comme il Test, d'aborder un homme de son importance 
presque comme un collègue, quasi conscholastlciim (1). On 
aura beau commenter ce passage tant qu'on voudra, il faudra 
bien qu'on se résigne à la conclusion qu'Adalbold a été éco- 
làtre et qu'il traitait Gerbert comme si ce dernier était encore 
écolàtre lui-même (2). 

Quoi qu'il en soit de cette conjecture, avec M^azon, succes- 
seur d'Adalbold, nous mettons le pied sur un terrain plus 
solide. Wazon, en efl'et, nous le savons par le témoignage 
formel d'Anselme, a été écolàtre de Notger, et si Adalbold a 
occupé cette dignité vers 999-1003, nous devons en conclure 
que Wazon lui aura succédé dans son poste le jour où Adal- 
bold fut promu aux fonctions d'archidiacre (3). Disons-le en 
passant : ce seul choix montre que Notger se connaissait en 
hommes, car Wazon, c'est Notger lui-même, revivant dans 
une physionomie dont une heureuse coïncidence nous permet 
de voir de près et d'admirer la rare beauté morale. 

Le plus parfait accord de vues régnait entre l'évêque et 
son écolàtre; ils étaient dévorés tous deux du même zèle 

(1) Pecco quod (antitm vinim quasi conscholasticum jiivenis convenio. Pez, Thé- 
saurus Anecdotorum, t. III, pars II, p. 87 et MGH, IV, p. 680, note 14. 

(2) Hirsch, Heinrich II, II, p. 298, (avec la note 2), comprend le passage comme 
moi.Voigt, p. XVIII, cherche vainement à en infirmer la portée; le silence d'Anselme, 
invoqué par lui, ne signifie rien du tout ; il le sent si bien qu'il concède que Notger 
a pu nommer Adalbold écolàtre ailleurs, et, avec Moli, II, 1, p. 52, il pense à 
Lobbes, sur la foi de l'expression clericus lobiensis qu'emploie en parlant de lui 
Sigebert de Gembloux, De scriptoribus ecclesiasticis, c. 138 ; sur ce point, v. 
Hirsch, Heinrich H, t. II, p. 297, note 4. 

(3) Il me faut réfuter ici une erreur assez bizarre. Selon Bittner, Wuzo und die 
Schulen von Lïittich, p. G et p. 2, note 2, suivi par Voigt, pp. XVI et XXIX, ce 
serait en 1008, l'année même de sa mort, que Notger aurait appelé Wazon aux 
fondions d'écolâlre. Bittner ne fournit pas la preuve de cette assertion, et, de fait, 
il n'en a pas d'autre que la date de 1008 placée par Koepke en marge du chap. 40 
d'Anselme où il est dit : capellanus primum sub Notgero, postea ab eodem donalus 
est scolarum magisterio. Mais les érudits qui ont fait état de celle date n'ont pas 
remarqué qu'elle appartient à Koepke et non à Anselme, et qu'elle a simplement 
pour but, dans la pensée de l'éditeur en question, d'indiquer le terminus ante quem 
de l'entrée en fonctions de Wazon. Il n'existe donc pas l'ombre d'une raison pour 
faire commencer l'écolâtrie de Wazon en 1008, et il esl hautement probable qu'il 
dirigeait déjà les écoles de Liège en 1007, puisqu'à celle date son prédécesseur 
Adalbold avait le rang d'archidiacre. 



266 CHAPITRE XIV. 

pour l'enseignement de la jeunesse, et leur œuvre se mêla à 
tel point qu'Anselme redit de Wazon comme écolàtre ce qu'il 
a déjà dit de Notger lui-même. Wazon se préoccupait à la 
fois de l'éducation morale et de la culture littéraire ; il préfé- 
rait de beaucoup, nous dit le chroniqueur, les jeunes gens qui 
avaient de la vertu à ceux qui n'avaient que la connaissance 
des lettres (1). Les élèves affluaient de tous les pays à son 
école, mais il ne les accueillait pas tous avec empressement; 
loin de là, il leur faisait d'abord valoir la difficulté des 
études ; par contre, ceux chez qui il remarquait un vrai zèle 
pour la science étaient traités par lui de la manière la plus 
cordiale ; il les gardait tant qu'ils voulaient et souvent il 
pourvoyait encore à leur vêtement (2). 

Quelle que fût d'ailleurs la confiance méritée que Notger 
avait dans son écolàtre, il n'abdiquait pas totalement entre ses 
mains les nobles préoccupations de l'école; il aimait à rester 
en contact avec les jeunes gens, à se rendre compte de leurs 
travaux et de leurs progrès. Jusque dans ses nombreux 
voyages, il ne pouvait pas se détacher de ses chers élèves : 
il emmenait avec lui les meilleurs, et, sous la direction d'un 
de ses chapelains, ils continuaient leurs études dans une dis- 
cipline aussi rigoureuse qu'à l'ombre des cloîtres de Saint- 
Lambert. Ce séminaire ambulant, s'il est permis de l'appeler 
ainsi, avait sa bibliothèque et toutes ses autres armes de 
classe, comme s'exprime Anselme. Et ainsi, continue-t-il, 
ceux que l'évêque emmenait ignorants et illettrés revenaient 
souvent, plus instruits dans les lettres que les maîtres 
qu'ils avaient quittés (3). Cela se comprend : une édacation 
complétée par des voyages et par un contact précoce avec 
d'autres peuples et d'autres hommes devait rapidement 
mûrir ces jeunes intelligences. En ceci, Notger ne faisait que 
se conformer à l'exemple des maîtres les plus illustres. Il 
faisait ce qu'avaient fait à Liège son prédécesseur Eracle, à 



(1) V. un portrait plein de charme de l'écolâlre de Trêves, saint Wolfgang, qui y 
enseignait vei'S 900. Vita x. Wolfanniji, c. 7, pp. 528-529. 

(2) Anselme, c. 40, pp. 210-211. 

(3) Anselme, c. 28, p. 205. 



l'instruction publique. 267 

Hildcsheim le précepteur de saint Bcrnward (1) et ce que 
devait faire ce saint lui-même (2). 

On ne peut pas douter qu'en môme temps qu'il élevait à 
cette hauteur l'école cathédrale, Notger ait déployé une même 
sollicitude pour les autres écoles de sa ville épiscopale et de 
son diocèse. Malheureusement, on l'a déjà vu, nous sommes 
très peu renseignés sur les collégiales de Liège et pas du 
tout sur les autres. Il est certain toutefois qu'elles ont dû 
avoir leur pépinière de clercs de tout rang pour le service 
de leur culte et pour les prébendes dont elles disposaient. 
Quant aux écoles monastiques, bien qu'elles fussent plus 
indépendantes de l'évêque, Notger ne paraît pas s'en être 
désintéressé : ce qui le prouve, c'est que la plus brillante de 
toutes les écoles monastiques de son temps, ce fut précisé- 
ment celle de l'abbaye de Lobbes, qui lui appartenait. Notger 
encouragea de toute manière l'abbé Folcuin, un des prin- 
cipaux érudits de l'époque, et certes, il ne lui aura pas mar- 
chandé, dans le domaine des études, un appui qu'au dii'e de 
Folcuin lui-même (3), il lui accordait si libéralement lorsqu'il 
s'agissait de travaux d'art. 

Lorsque Folcuin mourut, Notger lui donna pour succes- 
seur son ami Hériger, l'écolâtre de l'abbaye, qui avait toute 
sa confiance et qu'il avait emmené dans son voyage d'Italie 
l'année précédente. L'honneur de ce choix excellent revient 
toutefois, en premier lieu, aux moines de Lobbes eux-mêmes. 
Dans une supplique adressée par eux à l'évêque de Cambrai 
et à celui de Liège, l'un, leur supérieur spirituel, l'autre, leur 
chef temporel, ils avaient désigné à ces deux prélats 
Hériger comme leur candidat préféré. « Il y a de longues an- 

(1) Thangmai", Vita s. Bernwardi, c. 1, p. 7o8 : Quem eliani mccum interdum 
in servitium domini episcopi extra monasterium excédons ducebam... Nam saepe 
totiim diem inler eqviitandum studendo attrivimiis, etc. 

(2) Id. c. 5, p. 7G0 : Ingeniosos namqiie pueros et eximiae indolis secum vel ad 
curtem ducebat vel quocunque longius commeabat, etc. 

Godehard de Hildesheim, en voyage, écrit aux moines de Tegernsée de lui envoyer 
Horace et les lettres de Cicéron. Bertrani, p. 90. 

(3) Creverunt illo tcmpore et in monasterio nostro aedilicia nonnulla, instinctu 
episcopi, operâ abbatis facta. Id. ib. c. 29, p. 70. Suit la description de la plupart 
des ouvrages exécutés à Lobbes par Folcuin. 



268 CHAPITRE XIV. 

nées, écrivirent-ils, quil vit au milieu de nous en frère, 
nous rendant de signalés services, et remplissant avec le plus 
grand zèle, à l'égard d'un bon nombre de nous, le rôle d'un 
éducateur. Vous avez comme nous la certitude qu'il sait bien 
enseigner, et qu'il possède cet art qui consiste à tirer de son 
trésor l'ancien et le nouveau (1). y> Pas plus que son illustre 
ami et chef spirituel, Plériger, devenu pasteur, ne se désin- 
téressa des études qui avaient été la joie de son existence, 
et nous avons lieu de croire que, comme Notger, il continua 
d'enseigner en personne (2). Ecrivain remarquable autant 
que professeur distingué, Hériger laissa plusieurs ouvrages 
parmi lesquels sa Chronique des évêqiies de Tongres lui a 
valu le titre de père de l'histoire de Liège. Il mourut à un 
âge assez avancé, le 31 octobre 1007, et Notger, qui lui survé- 
cut de quelques mois, a encore eu le temps de choisir son 
successeur. Mais, cette fois, il ne paraît pas avoir eu la main 
aussi heureuse que de coutume, car Ingobrand, qu'il revêtit 
de la dignité d'abbé, laissa bien déchoir la maison et le prince- 
évêque Wolbodon fut obligé de le déposer en 1020 (3). 

Si nous mentionnons cette dernière circonstance, c'est 
parce qu'elle montre bien que c'est de l'école d'Hériger seul 
que sont sortis les personnages éminents de cette époque qui 
firent tant d'honneur à l'abbaye de Lobbes, à savoir Wazon, 
évèque de Liège, Burchard, évèque de AVorms, et Olbert, 
abbé de Genibloux et de Saint-Jacques de Liège. 

Nous connaissons moins l'histoire des autres abbayes; 
dans aucune d'elles, nous ne rencontrons le nom d'un éco- 
làtre contemporain de Notger. Toutefois, les plus anciens 
témoignages relatifs aux études dans ces maisons sont d'une 
date si rapprochée de lui, qu'ils semblent bien pouvoir être 
invoqués pour son temps. A Saint-Laurent, aux portes de 
Liègej il y avait un écolàtre, Falcalin, qui enseigna dans la 

(1) Gesta epp. Camerac. I, c. 406, p. 44o. Allusion aux paroles de l'Évangile : 
Scriba doctus in regno Dei similis est patrifamilias, ((ui promit de thesauro suo nova 
cl vetera. 

("2) Le Gesta ahbat. Gemblacensium, c. 26, p. 336, dit en parlant de l'abbé Ot- 
bert : Hic ubi ex ore Herigcri Laubicnsis abbatis viri suo tempore disertissimi ali- 
quid de septem sapore artium bibit, silim .stndii sui extinguere non potuit. 

(3) Gesta abbatum Lobiensium post Folcuinum continuata, c. 3, pp. 309-310. 



l'instruction publique. 269 

première moitié du XP siècle, et qui fut le collaborateur du 
célèbre Francon(l), A Stavelot, vers 1030 ou peu après, le 
bienheureux Thierry, si célèbre depuis comme abbé de Saint- 
Hubert, commença sa carrière comme directeur de l'école (2). 
A Saint-Trond, nous rencontrons avant 1034 un écolàtre du 
nom d'Adélard, qui occupe en même temps les fonctions de 
trésorier (3). A Saint-Hubert, il y avait, vers lOoo, deux 
écolâtres, dont l'un tenait l'école intérieure et l'autre l'exté- 
rieure (4). H n'est pas téméraire de présumer qu'en général, 
la prospérité des lettres, que nous constatons dans les centres 
dont nous avons parlé, se sera manifestée aussi dans ceux 
dont les destinées nous restent inconnues. 

Il faut maintenant nous informer du programme des études. 
Il variait notablement selon les écoles et selon le degré de 
l'enseignement. Dans les écoles inférieures on se bornait, 
selon le vœu de Charlemagne, à la lecture, à l'étude du psau- 
tier, qu'on apprenait par cœur, à la musique avec le chant 
et aux éléments de calcul; c'était, si l'on peut ainsi parler, le 
programme de l'enseignement primaire (5) et je suis porté à 
croire que les écoles extérieures n'en avaient pas d'autre. Par 
contre, dans les écoles où les futurs clercs complétaient ou 
achevaient leurs études, et tout spécialement dans les écoles 
des cathédrales, le programme élaboré par Charlemagne com- 
l)renait, en outre, un ensemble de connaissances théoriques 
et pratiques : d'une part, la liturgie et le chant, avec la disci- 
pline ecclésiastique ou théologie morale, le comput, l'élo- 
quence sacrée, la rédaction des actes publics ; de l'autre, 
l'Ecriture sainte et la patristique (6). Au surplus, il faut se 
garder de trop de précision, et c'est à peine si l'on peut parler 
ici de programme. Il est certain que le degré de supériorité au- 
quel nous voyons s'élever l'enseignement de certaines écoles de 

(1) Reinerus, f)e claris Scriptoribus monasterii siii , dans Pez, Tliesauru.s, l. IV, 
col. 21. 

(2) Vita Theoderici ahbatis Andagineusis, c. 12, p. 43. 

(3) Chronicon Sancti Huberti, c. 3, p. 571. 

(4) Ibid., c. 8, p. 372. 

(5) Admonitio (jcueralis de 789, c. 72 dans Capitularia rer/iim Francoruiii , (Bore- 
lius, p. 60). 

(6) Ibid., Qnae a presbyteris discenda sint, p. 233. 



270 CHAPITRE xrv. 

ce temps, notamment de celles de Liège, est avant tout l'œuvre 
personnelle de leurs maîtres. Ceux-ci avaient toute latitude de 
pousser aussi loin qu'ils voulaient, selon la capacité de leurs 
élèves et leur propre zèle (1). Et c'est sous cette réserve que 
nous abordons ici l'examen des études liégeoises du haut 
moyen-âge. 

Ces études, on le sait, se groupaient, depuis les derniers 
siècles de l'Empire romain, en une encyclopédie de sept 
sciences, les unes littéraires, qui constituaient ce qu'on 
nommait le trivium, les autres scientifiques et formant le 
quadriçiiim. Le triçiiim comprenait la grammaire, la l'iiéto- 
rique et la dialectique, c'est-à-dire, comme on dirait aujour- 
d'hui, l'étude de la littératm^e, de l'éloquence et de la philo- 
sophie. Le quadriviuin comportait celle de la musique, de 
l'arithmétique, de la géométrie et de l'astronomie, c'est-à-dire 
les sciences en regard des lettres. Nous allons passer en 
revue les diverses branches du septwiiim, en marquant ce 
qu'on sait sur l'étude de chacune dans les écoles de Liège. 

Tout d'abord, elles n'étaient pas étudiées successivement, 
mais en partie simultanément. Du moins, on voit bien que 
l'enseignement de la grammaire, c'est-à-dire de la littérature, 
se prolonge pendant toute la durée des études. 

Cet enseignement commençait par la lecture, et, comme il 
n'y avait pas de livres en langue vulgaire, on apprenait à lire 
en latin. Le latin était d'ailleurs, en fait de langues, la seule 
qu'on apprît, puisqu'elle était, par son universalité, le seul 
véhicule des idées générales et la seule expression de la civi- 
lisation. Il s'ensuit que l'art de lire était, pour le commençant, 
une connaissance absolument stérile aussi longtemps qu'on 
n'y associait pas l'étude du latin. Celui-ci élait donc abordé 
tout de suite et l'étude en était menée de front avec celle de 
la musique et celle du calcul digital. Tout cela, bien que fort 
élémentaire, n'était pas sans dilliculté. Plus d'un écolier aura 
versé des larmes amères avant de posséder parfaitement les 
neumes qui étaient le seul langage musical de l'époque. Et 
l'apprentissage de la langue savante était très pénible aussi. 

(1) Richer, III, 49, dit dans ce sens de Gerbert qu'il n'initiait aux mathématiques 
que ses élèves les plus capables. 



L INSTRUCTION PUBLIQUE. 271 

Des listes de mots, des manuels de conversation, des exer- 
cices de conjugaison latine étaient la première propédeutique 
des petits barbares qui venaient s'asseoir sur les bancs du 
cloître de Saint-Lambert. On mettait ensuite dans leurs mains 
des résumés de grammaire, dont Donat fournissait les prin- 
cipaux éléments. Dès que la chose devenait possible, on ap- 
pelait l'exercice au secours de la théorie, et, pour le rendre 
fructueux, on interdisait aux élèves de converser dans une 
autre langue que le latin (1). 

En attendant, ils apprenaient par cœur tout le psautier (2), 
et cet usage, déterminé sans doute par des considérations 
pratiques telles que les besoins de la liturgie, avait pour ré- 
sultat de meubler l'esprit de l'élève d'un trésor de poésie 
sacrée dont il ne comprenait pas toujours toute la beauté, 
mais qui maintenait sa vie intellectuelle dans les régions 
supérieures. Tout le moyen-âge est resté fidèle à la récitation 
intégrale du psautier; le plus ancien des hagiographes lié- 
geois nous montre saint Lambert le récitant dans la neige et 
au milieu des frimas, devant la croix de Tabbaye de Stave- 
lot (3). 

Mais le j)sautier n'était pas le seul livre qu'on mettait aux 
mains des élèves. Des recueils de sentences, généralement 
sous forme métrique, venaient solliciter leur curiosité toute 
fraîche encore. Tels étaient les Distiques de Caton, ouvrage 
d'un emploi universel, les Fables d'Avien, et celles de 
Phèdre ndses en prose par un certain Romulus (4). Un 
maître liégeois contemporain de Notger, du nom d'Egbert, 
a le mérite d'avoir enrichi cette littérature pédagogique 
d'un recueil de sentences à un, deux ou plusieurs vers, qui 
contenait en quelque sorte tout le trésor de la sagesse popu- 

(d) Ainsi à Magdebourg, au X« siècle, sous le fameux Ohtric (Brunon, Vita s. 
Adalberti, c. 3, p. 547 ; Auditoribns enini usus erat lacialiter fari, nec ausus est 
quisquam coram magistro linguâ barbarà loqui). Ainsi à Saint-Gall (Ekkeliard, Ca- 
sus Sancti Galli, c. 89, p, 317, cité par Specht, p. 324). 

(2) Y. Specht, p. Gl. 

(3) Vita sancti Lamberti, AA. SS., t. V de septembre, p. 57o. 

(4) Voir Specht, 43; Maître, 217; Voigt, XLVI. Cf. Othloh dans Pez, III, 2, 
p. 487. 



272 CHAPITRE XIV. 

laii'e de l'époque (1). Ce livre, qui nous a été lieureusement 
conservé, n"a pas joui de la dilFusion de ceux que je viens 
de nommer, et son volume ne le permettait pas d'ailleurs; 
toutefois, il n"a pas laissé d'être répandu, et la mention 
honorable que lui accorde Sigebert de Gembloux atteste 
l'estime dans laquelle il était tenu par les maîtres du moyen- 
âge (2). 

Après cette préparation, on abordait l'étude des sept arts 
libéraux eux-mêmes. Dans les pages qui vont suivre, j'es- 
sayerai de dire aussi complètement que possible comment ils 
étaient enseignés à Liège du temps de Notger. 

I. La grammaire. Sous ce nom, nos sources désignent 
l'enseignement littéraire dans son ensemble depuis ses pre- 
miers éléments, c'est-à-dire depuis l'alphabet, jusqu'aux chefs- 
d'œuvre de la poésie païenne et chrétienne, en y comprenant 
toutes les œuvres du génie humain (3). L'étude de la gram- 
maire savante se continuait à Liège dans Donat et dans Pris- 
cien (4), auxquels il faut probablement ajouter Martianus 
Capella. C'est quand on passait à l'étude des écrivains qu'on 
se trouvait vraiment sur le terrain de la littérature. Les maî- 
tres choisissaient librement les auteurs qu'ils expliquaient, 
toutefois, il semble qu'il y ait eu dès lors, dans les écoles, un 
certain ordre suivi, et Prudence paraît avoir été en posses- 
sion de présider aux débuts des études littéraires des jeunes 

(1) Cet ouvrage a été publié de nos jours, avec un savant commentaire, par E. 
Voigt sous ce titre : Eghertx von Lïittkh Fecunda Ratis. Halle a. S., 1889. 

(2) Voigt, pp. LXII-LXIII. 

(3) « La grammaire embrassait alors toutes les humanités, sauf la rhétorique, et 
comportait l'étude des grammairiens et des auteurs classiques, avec des essais de 
composition en prose et en vers, d'après les règles et les modèles. » Clairval, o. c. 
p. 108. 

Grammatica est scientia interpretandi poetas atque historicos, et recte scribendi 
loquendique ratio (Raban Maur, De Institutione Clericonnn, III, 18, p. 223, édit. 
Kiioeplller). Il parle d'après Gassiodore, De Artibus ac discijjlinis liberolium littera- 
rum, c. 1, col. 1132 : Grammatica vero est peritia pulchre loquendi ex poetis illus- 
tribus oratoribusque collecta. 

(4) Anselme dit de Wazon, c. 32, p. 220 : De Donali vel Prisciani regulis sco- 
lares adulescenlulos non dedignabalur inlerrogare. Cf. pour Chartres, Clairval, 
p. 109. Vers 930, l'Italien Etienne expliquait Donat à Wûrzbourg, v. Vita s. Wolf- 
gangi, c. 5, p. 328. 



tAxstruction publique. 273 

humanistes (1). Celte préférence avait sa raison d'être : on 
voulait éviter que l'imagination de l'enfant fût troublée, voire 
même souillé par ce qu'il y avait d'impur dans les écrivains 
classiques, et, conformément aux recommandations d'Al- 
cuin, on chargeait le poêle chrétien d'introduire la jeunesse 
dans le sanctuaire des lettres. Au surplus, dans la pensée 
de cette époque, l'étude des anciens ne devait être elle-même 
qu'une préparation à celle de l'Ecriture Sainte ; ce qu'on leur 
demandait, ce n'était pas leur tour d'esprit, comme firent plus 
tard les humanistes de la llenaissance, c'est la connaissance 
de leur langage et de leur style. 

A part la prédilection pour Prudence, à laquelle les maîtres 
liégeois, disciples de saint Brunon, seront restés fidèles, nous 
ne savons que vaguement quels écrivains étaient étudiés dans 
les classes et nous ignorons totalement dans quel ordre ils 
l'étaient. Il faudra donc nous borner à énumérer ceux 
que les Liégeois du X" et du XP siècle connaissaient. 
Parmi les pa'iens, ils citent Gicéron, Salluste, Varron, Sé- 
nèque, Pline l'Ancien, Quinle-Gurce, Aulu-Gelle, Macrobe, 
Virgile, Horace, Tibulle, Perse, Juvénal, Lucain, Piaule, 
Phèdre, Martial, Slace et même Lucilius, Labérius et Pu- 
blilius Maximinianus. Parmi les écrivains chrétiens, ils ont 
lu saint Jérôme, saint Augustin, saint Jean Ghrysostome, 
saint Ambroise, saint Grégoire- le-Grand, Sulpice Sévère, 
Lactance, Gassien, Boèce, Procope, Pierre Ghrj'sostome, 
saint Isidore de Séville, Eugène de Tolède, Béda le Véné- 
rable, Paulin, Raban Maur et leur propre compatriote 
Rathier, auxquels il faut ajouter les poètes. Prudence, Ara- 
tor et Séduliu?, sans compter les chroniqueurs et les hagio- 
graphes du moyen-àge (2). Ils en connaissaient d'autres 



(1) IS'olger (le Saint-Gall recommande à son élève Salomon de préférer Prudence. 
Saint Brunon avait commencé dans Prudence ses études littéraires. Paiolgerus, 
c. 4, p. 25G. 

(2) V. les citations dans Koepko, préface de son édition d'Hériger cl d'Anselme, 
pp. i 42, -144, loG et lo7 ; Voigt, p. LUI. Pour Aulu-Celle (XVIII, p. 2, 1), je le vois 
cité dans Gozechin, 441*. On a supposé (Massmann, Germania des Tacitus, Qued- 
linburg, -1847, p. IGl) qu'Hériger avait lu Tacite, mais on se borne à alléguer un 
passage de ce chroniqueui- ([ui scinble inspiré de Tacite, (icnnania 2; qu'on en juge : 

I. 18 



274 CilAPlTRE XIV. 

encore, cela n'est pus douteux, mais nous ignorons lesquels. 
De ces auteurs, tous n'élaienl pas expliqués en classe, un 
grand nombre étaient réservés dans les bibliothèques à la 
curiosité des plus studieux. Virgile et Lucain jouissaient 
d'une diffusion sans égale. On les commentait au moyen-âge 
avec autant de zèle que pendant l'antiquité, et c'est notre 
Egbert qui écrit ces paroles, significatives dans la bouche 
d'un professeur : 

Qui sine commento riinaris scripta Maronis 
Immiinis nuclei solo de cortice rodis (1). 

Mais quels étaient, pour continuer la figure d'Egbert, les 
commentaires qui ouvraient le fruit précieux et faisaient 
goûter la noix ? Il n'est pas facile de le dire, et il y a tout 
lieu de croire que le plus clair du temps des maîtres médié- 
vaux était consacré par eux à faire eux-mêmes le travail de 
commentateur. C'est, selon toute apparence, un professeur 
liégeois qui nous a laissé ce curieux commentaire manuscrit 
du XP siècle sur Lucain, Macrobe, Juvénal et Perse. 
L'œuvre de ce contemporain de Notger est hautement 
instructive (2). Le commentateur suit son texte pas à pas 
et l'explique vers par vers, s'attachant surtout aux faits et ne 
s'occupant guère de critique littéraire; ses gloses, tantôt 
justes et tantôt erronées, souvent encore subtiles ou même 
puériles, illustrent de la manière la plus saisissante l'en- 

Tacile, 2. Hériger, 7. 

Ceteriim Germaniae vocahiilum recens Et Octaviuincam, oblionoremOctaviani 

et nupei- additum, quoniain qui primi Augusti vel matris ejiis, sororis Julli 
Rhenum transgressi Gallos expulerint Caesaris, qui primus Gallium Romano 
ne ruine Tiimjvi, Uinc Germnni voeati subegit imperio, et Germaniam fenint 
sint. fuisse mnninatam. 

(1) Egbert, Foecimda lUitis, v. 923-4. 

(2) V. cet ouvrage décrit daus Jafleet Wattenbacli, Ecclcsiae MctropuUtauac Colo- 
niensis codices mamtscripti, Berlin, 1874, au n» 199. Sur sa provenance liégeoise, 
cf. ce que disent les éditeurs, pp. 86 et 87. J'ai parcouru le manuscrit lui-même à 
la bibliothèque du chapitre de la cathédrale de Cologne, au printemps de 1900, 
mais je n'ai pas eu le lemps de le lire, el l'écrilui'e fort menue n'est abordable que 
pour des yeux plus jeunes. 11 est à désirer que ce curieux ouvrage voie enfin le 
jour. 



l'instruction publique. 27S 

seignement des lettres et l'explication des auteurs anciens 
dans un collège du XP siècle (1). 

Ce que l'on cultivait avec le plus grand soin k Liège, 
c'était la versification. L'on y voyait non seulement une 
excellente gymnastique intellectuelle, mais la meilleure 
preuve de la culture littéraire. Tout le monde s'en mêlait; il 
n'est presque pas un seul des hagiographes ou chroniqueurs 
du temps qui n'ait voulu nous laisser au moins un échantillon 
de son savoir-faire dans un art si noble et si estimé, et les 
écoliers versifiaient à tour de bras. Voici une preuve curieuse 
de l'engouement universel. 

En 1050, le prieur Guifred étant mort à fabbaye du Mont- 
Canigou, au fond du Languedoc, ses moines, conlormément 
à l'usage des abbayes qui taisaient partie d'une association 
de prières, firent annoncer la funèbre nouvelle à toutes 
les maisons fédérées. Ceux qui recevaient la visite du mes- 
sager de l'abbaye signaient le rouleau de parchemin qu'il 
apportait, et y inscrivaient, selon le cas, tantôt une parole 
de condoléance ou un accusé de réception quelconque, 
tantôt, quand ils savaient écrire et qu'ils ne détestaient pas 
de le montrer, une pièce de vers de circonstance. Nous pos- 
sédons encore le rouleau mortuaire qui fut rapporté en 1031 
à Mont-Canigou par le messager, après une tournée au cours 
de laquelle il avait visité une multitude de monastères et 
d'églises de l'Occident (2). Sur cent trente-trois inscriptions 
que contient ce curieux document, il y en a onze de Saint- 
Servais de Maestricht (3) et quatorze de Liège ; ces dernières 
proviennent de la cathédrale, puis des collégiales de Saint- 

(1) Un des plus curieux passages de ce livre est incontestablement le suivant, 
cité parmi divers autres par les éditeurs, p. 140 : » Bardi, id est Leodicenses, qui 
caruiinibus suis reddunt immortales animas scribendo gesta regum. » Ce passage, 
qui semble attester qu"au XI« siècle il y avait a Liège des poètes écrivant des chan- 
sons de geste, est à rapprocher de celui du Triumplms sancti Remacli, II, c. 19, 
p. 4oG, où l'on voit un jongleur [cantor (juidam jociilaris) se mettre à chanter en 
public, dans des vers improvisés, des miracles de saint Remacle qui viennent d'avoir 
lieu le jour même. On voit à la vérité, par le contexte, que ce jongleur n'était pas 
de Liège même, puisqu'il y demeurait chez un hôte. 

(2) Il a été édité dans le recueil de M. Léopold Delisle, nnnlt-aïuc des Morts du 
LV»-' au AT" siècle, Paris, 18G6. 

(3) 0. c. pp. 9S-102. 



276 CHAPITRE XIV. 

Pierre, de Sainte-Croix, de Saint- Jean et de Saint-Bartliélemy, 
et, enfin, des monastères de Saint-Jacques et de Saint-Lau- 
rent (1). Dans aucune ville de son itinéraire, le porteur du 
rouleau n'avait recueilli un si grand nombre d'attestations 
de condoléance. Toutes ces petites pièces sont en vers, et il 
faut avouer que les effusions lyriques de nos Liégeois se 
distinguent par leur tour en général plus aisé et plus élégant. 
Sans doute, il s'agit ici de l'époque de Wazon, dont le sou- 
venir est évoqué plus d'une fois par les annotateurs liégeois 
du rouleau, mais, je l'ai déjà dit, l'œuvre de Wazon continue 
l'œuvre de Notger, et l'une témoigne pour l'autre. 

Le rouleau mortuaire du Mont-Ganigou nous montre d'ail- 
leurs qu'à Liège, la versification latine est entrée sans ré- 
serve dans le coui'ant nouveau. D'une part, la rime a péné- 
tré dans l'hexamètre et les Aers léonins se multiplient ra- 
pidement. D'autre part, à côté du vers métrique, qui pèse les 
syllabes, on voit apparaître le vers rythmique, qui les 
compte. Or, ce double phénomène se rencontre déjà sous 
Notger. L'inscription de son célèbre ivoire, peut-être com- 
posée par lui-même (à), contient deux hexamètres léonins, et 
l'on en trouve d'autres parmi ceux que l'abbé Hériger a 
écrits en l'honneur de saint Servais (3). 

Pour les vers rythmiques, les premiers que je connaisse 
d'un maître liégeois sont ceux d'Adelman, dans son célèbre 
poëme sur les savants de son temps (4). Il est vrai qu'Adel- 
man avait étudié à Chartres, où ce genre de versification 



(i) 0. c, pp. 407-113. 

(2) En ego Notkenis, peccali pondère pressus. 
Ad te flecto gemi, qui ten-cs omnla nutu. 

(3) Dans Mabillon, AA. SS. O.S.D., t. III, ii, p. ool. 

Par contre, le recueil d'Egbert et le poème anonyme en Ihonneur de Notger ne 
contiennent pas de vers léonins. Et un assez long fragment de la Vie métrique d'Er- 
luin de Gembloux par le moine Richer (après 987), reproduit par le Gesta ubbatum 
Gemblacensium, p. 524, n'en contient pas davantage. 

(4) Ce poëme a été édité à plusieurs reprises; on le trouve notamment dans 
Mabillon, Veteru Analecta, dans le Thc.tauru.t de Martène et Durand, t. IV, dans 
dom Bouquet t. XI, dans Cierval, pp. ;>i)-91 et dans J. lluset. DEuvres, t. 11, p. 
94 et suivantes. 



l'instruction puiîlique. 277 

était particulièrement cultivé (1), et ou pourrait se demander 
si ce n'est pas lui qui en a introduit le goût dans sa ville 
natale, où il a composé son poëme (2). Mais, d'autre part, 
Adelman a étudié à Liège avant d'aller à Chartres, et il n'est 
pas interdit de penser, jusqu'à preuve du contraire, qu'il aura 
trouvé dans sa patrie l'usage du vers rytlimique. 

Nous ne quitterons pas le chapitre de la grammaire, c'est- 
à-dire de la littérature, sans répondre à une question qui a 
été plus dune fois posée. 

Le grec figurait-il au programme de l'enseignement des 
écoles notgériennes? Je ne le pense pas, et ce n'est certes pas 
la présence de Léon de Calabre à Liège qui pourra le faire 
croire (3), car enfin, Léon était-il bien de Calabre? et s'il 
en était, savait-il le grec, et s'il le savait, l'a-t-il ensei- 
gné à Liège ? Ce n'est pas non plus parce que l'écolàtre 
Gozecliin, qui, en iOoO, signe en qualité de notaire une 
charte de Théoduin pour Waulsort, trace son nom en carac- 
tères grecs (4) ou parce qu'en 1051 les clercs de Saint- 
Pierre écrivent sur le rouleau mortuaire du Mont-Canigou : 
In no mine IT et Y et A et FIAFK Amen (o), que nous devons 
conclure à un enseignement du grec à Liège sous le pon- 
tificat de Notger et de Wazon. Quelle conclusion serait plus 
forcée et plus aventureuse ? Si Rathier a su un peu de 
grec, cela ne prouve pas davantage, car ce polymathe pos- 

(1) i( Fulbert, Adelman, Bérenger ont eu, pour les vers de 16 ou de io pieds, 
assonances ou rimes, une prédilection jusqu'alors inconnue ; on pourrait même 
croire qu'ils leur ont donné la vogue par leurs compositions, et que c'est après eux 
qu'on les a cultivés ailleurs. » Clerval, p. diS. 

(2) Après Adelman, les plus anciens vers rythmiques écrits au pays de Liège (et 
encore est-ce à l'abbaye de Slavelol),sonl ceux du TriumpJius aatictiliemacli, c. 3G, 
p. 460. 

(3) Comme voudrait Hauck, KirchengeschicUte Deutschlands, t. 111, p. 324. V. 
Cliron. S. Laurentii, p. 266. Dute, o. c, pp. 14 et \o, a réuni un certain nombre 
de faits relatifs à la connaissance du grec dans des centres lolharingiens, mais 
n'a pu en alléguer un seul pour Liège et Unit par convenir lui-même que jamais 
les écrivains liégeois ne citent un passage grec. 

(4) AHEU, t. XVI, \\. 1, oii on lit par erreur Gozelinos; cf. ibid. t. XXVI, p. 182. 
(3) Delisle, Roulmux de.!; Morts, p. dlO. C'est-à-dire : In nomine TraToo; cl ulcj 

et ayiou Tciv'jy.izfic,. Sui- le sens des autres lettres grecques de cette formule, 
V. de Ilozière, Recueil général des formules usitées dans l'empire des Francs, p. 909. 



278 CHAPITRE XIV. 

sédait une science exceptionnelle pour son temps; d'ailleurs, 
ce qu'il savait de cette langue, il la bien plutôt appris au cours 
de ses nombreuses migrations que dans les écoles de son 
pays (1). Rien donc n'autorise à supposer que l'enseignement 
du grec fût donné à Liège sous Notger; aussi n'y a-t-on 
pas relevé la moindre trace de la connaissance de cette lan- 
gue ou de sa littérature dans les écrivains du temps, si em- 
pressés d'ordinaire d'exhiber leur savoir (2). Liège, sous ce 
rapport, n'avait aucune supériorité sur Chartres, où le grec 
n'était pas enseigné non plus, bien que tel ou tel Chartrain 
se soit plu, comme Gozechin, à écrire certains mots en carac- 
tères grecs, ou, comme Luidprand, à larder son texte d'ex- 
pressions empruntées à cette langue (3). 

IL La rhétorique. C'est, de toutes les branches du septi- 
viiim, celle au sujet de laquelle nous sommes le moins 
informés. Aucune de nos sources ne nous parle de l'ensei- 
gnement de l'art de l'éloquence dans les écoles de Liège. 
D'ailleurs, le trivinm traditionnel n'appliquait l'éloquence 
qu'aux choses du monde profane (4). Raban Maur, il est vrai, 
qui fut le maître par excellence des écoles du royaume d'Alle- 
magne, voulait qu'on l'étudiàt aussi en vue de la prédication 
et il se réclamait de l'autorité de saint Augustin (5). Mais 

(1) V. Vogel, p. 28, qui a tort de mettre une restriction en écrivant : « Pamit 
soll nicht geleugnet wcrden, (iass er schon in sciner Jiigend in Lolharingen die 
Elemente der gricchischen Spraciie hit'ttej lernen l^unnen, |denn Baldrich von Utreclil 
lelirte sie ja den Bruno im Anfang der dreissiger Jahre des X^ Jahrhunderts. » 
C'est rirlandais Isaac et non Baidéric qui a appris le grec à saint Brunon, et il ne 
s'ensuit pas que Rathier aurait pu appi'endre cette langue à Lobbes. 

(2) Voyez par exemple le cas de Luidprand. Il a appris le grec au cours de ses 
divers voyages à Constantinople, aussi ne perd-il pas une occasion de l'étaler; il 
emploie une multitude de mots grecs à tort et à travers, et le titre même de son 
livre, Antapodosis, devait être une énigme pour ses lecteurs. 

(3) Clerval, pp. 109 et 140. Ainsi fait notamment Adelman. 

(4) Rhotorica est, sicut magistri tradunt, saecularium litlerarum bene dicendi 
scientia in civilibus quaestionibus. Cassiodore, De aitib. et discipl. c. 2, cité par 
Raban Maur, De Instilntiotie rlerironim, III, 19. 

(o) Raban Maur, loc. rit. Le chapitre qu'il consacre à la rhétorique n'est que la 
reproduction textuelle de saint Augustin, De dortrinu christiana, IV, 3. De même, 
III, 28 de Raban, où il est reparlé du rôle de l'éloquence dans l'enseignement, se 
borne à reproduire saint Augustin, o. c. IV, 4. 



l'ixstuuctiox publique, 279 

lui-même n'entre dans aucun détail à ce sujcl. Les prédica- 
teurs, d'autre part, ne professaient pas une estime exagérée 
pour un art tant goûté des anciens, mais qui avait finalement 
abouti à un verbiage sléi-ile : ils recherchaient la simi)licité 
du langage évangéli((ue, l'aile pour toucher les auditeurs et 
pour i)énétrcr dans leur intelligence, plutôt que les accents 
grandiloquents et la beauté boursoudée des harangues com- 
posées selon les règles. Aussi l'enseignement de l'éloquence 
avait-il changé de nature dans les écoles clirétiennes. Ce n'est 
pas qu'on y eût entièrement renoncé à l'exercice de la décla- 
mation classique, qui consistait à faire des discours sur des 
causes imaginaires. Un curieux passage d'IIériger nous 
édifie à ce sujet : « Ce n'est pas ici, écrit-il dans la préface 
du Vita Remacli, une de ces compositions frivoles comme 
les écoliers en rédigent sur des sujets donnés, faisant parler 
tour à tour, par exemple, un oiTenseur et un oflensé » (1). 
Voilà bien la déclamation à la Sénèque pratiquée dans les 
écoles liégeoises, car nul ne soutiendra que Hériger, profes- 
seur lui-même, fasse allusion aux écoles de l'empire romain 
et non à celles de son temps. Conçue de la sorte, la rhéto- 
rique relevait de l'art d'écrire bien plutôt que de l'art de 
dire. C'était un enseignement spécial et fort technique, qui 
n'avait pas grand chose de commun avec l'art oratoire. 
Nous aurions pu classer sous la rubrique g'rammairc tout ce 
que nous disons ici de l'enseignement de la rhétorique dans 
les écoles liégeoises. Il consistait essentiellement en des 
exercices de rédaction sur des thèmes donnés : on rédigeait 
des diplômes, on écrivait des lettres sous le nom de tel ou tel 
personnage et sur telle ou telle question (2), et ces exercices 
d'écoliers, quand ils étaient bien faits, ont été pris plus d'une 
fois pour de vrais documents historiques. Le triomphe du 

(1) Nec ut scholares, posito themale, quibns vcrbis iiti potiiil(iui injuriain passus 
est vel illc ([ui inlulit, aliquid ])inxiinii.s frivoluni, iitimo nec creperum. Hériger, 
in proocm, p. 163. J'avoue toutefois que .j'ai un scrupule à fendroit de ce passage, 
qui pourrait, comme tant d'autres du même auteur, être emprunté à quelque 
soui'ce classique. 

(2) « Scribere carias et epistulas » est l'article I." du pi-ogrammc tracé par 
Cluirlemagne, Capitnlar. 117, p. 23S. 



280 CHAPITRE XIV. 

rhétoricien, s'il est permis d'employer cette expression, con- 
sistait dans la confection de ces belles arenga dont s'enor- 
gueillissaient les dictateurs du moyen-àge. Naturellement, la 
rédaction de tant de documents d'ordre purement pratique 
(on dirait aujourd'hui de tant d'actes notariés) n'allait pas 
sans la possession d'au moins quelques notions de droit et 
devait pousser à l'étude de celui-ci : on verra plus loin que 
cette étude, étrangère au cycle des arts libéraux, n'était pas 
négligée à Liège. 

3. La dialectique. Sous ce nom, on comprenait tout l'ensei- 
gnement de la philosophie, comme, sous celui de grammaire, 
tout l'enseignement de la littérature. La dialectique était 
pour le moyen-âge ce que la rhétorique avait été pour 
l'antiquité : la reine incontestée du septiçium, l'art des arts, 
la science des sciences (l). Raban Maur la proclame indis- 
pensable au clerc pour confondre les sophismes de l'héré- 
tique. C'est déjà montrer que la logique formait le centre et 
le sommet de toutes les études philosophiques. Analyser sub- 
tilement une idée ou un raisonnement et les reconstituer 
d'après les procédés élaborés par les maîtres de la logique 
formelle, c'était V alpha et V oméga de la philosophie; il sem- 
blait qu'on eût des recettes pour penser. Gozechin, dans sa 
lettre à son ancien élève Walcher, rappelle à celui-ci que, du 
temps qu'il était sur les bancs de l'école de la cathédrale, il 
savait à l'occasion remplacer son maîti^e absent, même pour 
résoudre les plus diiliciles problèmes d'ordre théologique ou 
philosophique (2). Il ajoute que Liège n'a rien à envier à 
l'académie de Platon en ce qui concerne l'étude des lettres, 
ni à la Rome des papes pour le culte de la religion (3). Goze- 

(1) Haec crgo disciplina disciplinanim est, elc. Raban Maur, o. c. III, 20, in iiiit. 

(2) Si ({uando vero ab cxterioribus niiiii non vacabal. rcbus feriari, tu vices absrn- 
tis magistri inter adjulorii nosiri concelliones ita exsaquebaris, ut quaeque vei 
legendo vel disputando perplexe intricata, vel in theosophicis, vel in sopliislicis 
occurrissent, ea nodosus ipse sagaciter enodares et de his ambigcnlibus ad voluin 
satisfaciebas. Dans Mabillon, Vetera Analecta, p. 4-38. 

(3) Denique ipsa flos Galliae triparlitae et altéra Athcnac nobililcr liberaliuin 
disciplinai'um floret studiis et (quod his praestantius est) egregic poUet observanfià 
divinae religionis adeo (quod pace ecclcsiarum dixerim) ut quantum ad litteranim 
sludia niliil de Plalonis expetas acadeniia, (inaiituni vero ad cultum religionis, nihi' 
de Leonis desideres Ronia. p. 439. 



L INSTRUCTION PUBLIQUE. 



281 



cltiii lui-même semble préoccupe de justifier cetle appréciation 
si llaltcuse de renseignement philosophique qu'il a tour à 
tour reçu et donné dans sa ville natale : il se complaît à laire 
dcfder sous sa plume les noms de plusieurs célèbres philo- 
sophes antiques : Socrate, Zénocrate, Grantor, Ghrysippc, 
Aristote, Garnéade, Panaetius, Gicéron et Musonius (1). 

La réputation des écoles de Liège dans le domaine des 
études philosophiques semble s'être maintenue pendant tout 
le XJe siècle. Nous voyons lévéque Eudes de Bayeux, Irère 
de Guillaume le Gonquérant, envoyer les plus instruits de ses 
clercs à Liège et dans d'autres villes où llorissait l'ensei- 
gnement de la philosophie (2). Il y a là un témoignage consi- 
dérable rendu à la ville de Notger. Et, de fait, un des phi- 
losophes les plus estimés du XI" siècle ne fut-il pas le célèbre 
Alger, écolàtre de Saint-Barthélémy de Liège, puis moine à 
Gluny, qui avait étudié les sept arts libéraux, qui connaissait 
à fond les anciens, et chez qui un contemporain vante sur- 
tout la science de la philosophie et des lettres sacrées? (3). 

Étant donnée la haute réputation dont jouissaient les études 
philosophiques de Liège, il est assez étonnant que l'on soit 
si peu renseigné sur leur programme. Au surplus, tandis qu'à 
une extrémité du Lothier elles brillent d'un si vif éclat, il 
est remarquable qu'à l'autre extrémité, au pays de Gambrai, 
nous en entendions parler avec un mépris assez peu dissi- 
mulé (4). 



(1) 0. c. p. UO. Cf. BiUner, p. 27. 

(2) Dociles quoque clericos Leodicum inittebat et alias urbes iibi philosophorum 
sliidia potissimuin florere noverat eisque copiosos sumptus ut imlesineiUer et diu- 
tius philosophiae fonti possenl insistere, largiter adiiiinislrabal. Ordcric Vital, llis- 
toria eccltsiasticd , VIII, 2. 

(3) Voir sur Alger la lettre de l'église de Liège à celle d'Ltrecht (JatTé, Bibliu- 
theca Remm Gennaniciirum, V, 377) et celle de Piei're le Vénérable à l'évêque de 
Liège, Albéron II (Migne, Patrolofjie Latine, t. CLXXXIX, col. 277-280) puis l'éloge 
d'Alger par le chanoine Nicolas (Mabillon, Teto-a Analccta, p. -129, Récemment, 
Mgr. Monchamp a retrouvé l'écrit d'Alger, De dignitate ecclesiae Leodiensis dans 
l'Appendice du /.//w o//)f/w7«« publié par Bormans et Schoolmeesters dans CCR//, 
5'' série, t. VI, (I.Sitfi); v. [ISAllL, t. XII, 1900. 

(4) Parlant d'Eble de Uoussy, qui devint aixlievêque de Reims en 1021, le Gesta 



282 CHAPITRE XIV. 

4. La musique. Nous savons que cet art a été cultivé avec 
succès à Liège par Févêque Etienne, qui s'est acquis un bon 
renom de liturgisle (i). Rathier, dans sa vieillesse, a égale- 
ment enseigné la musique (2). Si l'on pouvait établir que 
Notger, comme on le croit communément, avait fait ses 
études à Saint-Gall, on serait autorisé à croire qu'il aura fait 
profiter les écoles de sa ville diocésaine de l'excellente édu- 
cation nmsicale qu'on recevait au X^ siècle dans le grand 
monastère de la Souabe. Nous connaissons d'ailleurs les 
noms de deux musiciens liégeois distingués qui ont vécu au 
XI^ siècle; le premier est Lambert de Saint-Laurent, duquel 
nous possédons des pièces notées pour musique (3), l'autre 
est le moine Helbert, qui vivait dans l'abbaye de Saint-Hubert 
en Ardenne (4). 

o. L'arithmétique. L'arithmétique était tenue en haute 
estime au moyen-àge; l'ignorer, avait dit Cassiodore(o), c'est 
ressembler à l'animal. Une des raisons de la faveiu* dont elle 
jouissait, c'était la superstition des nombres : on leur attri- 
buait une valeur mystique, et il était convenu que la con- 
naissance de cette valeur était indispensable à la bonne 
intei'prétation de l'Ecriture Sainte (6). Il y avait donc une 

epp. Camerac, III, 2o, p. 473, l'appeile « vinim sane nuUiiis disciplinae,niliil etiam 
litterarum praeter pauca silogismorum argumenta scientem, quibus iiliotas ac 
simpiices quosqiie IiKlincare solebat. 

(1) Sur les œuvres liturgiques d'Élienne, v. Anselme, ce. 20 et 21, j). 200. 

(2) Vogel, p. 26. 

(3) Lambertus abbas nostei* seeundus multimodae utilitatis, accuralo satis stilo 
vitam sancli Ileriberti Culoniensis archiepiscopi et niiraeula descripsit. Quin etiam 
musice quaedam de ipso composuit, in versibus quociue faciendis claro frelus inge- 
niij. Renier de Saint-Laurent, De claris Scriptoribus munastcrii sui, dans Pez, IV, 
toi. 20. 

(4) Chnmicon siincti llubcrti, c. 8, p. 303. 

(5) Nec diilerre polest a caeteris animalibus, qui calculi non intelligit quanti- 
tatem. Cassiodore, De Artibus ac dLiriplini.i, etc., c. 4, dans Migne, P. L., t. LXX, 
col. 1208. 

(6) V. Raban Maur, III, 22. Ainsi, selon lui, le sénairc ou nombre six ne 
doit pas sa perfection à ce que Dieu a créé le monde en six jours, mais au contraire, 
c'est parce que le sénaire est parfait que Dieu Ta pris pour mesure de la durée de 
la création. Et il termine par ces mots : Quapropter necesse est eis qui volunt ad 
sncrae scri|)lurae notitinm pcrvenire, ut banc aricm intente discant, et cum didi- 
cerint, mysticos numéros in divinis libris facillus liinc intellegant. 



l'instruction publique. 283 

fausse arithmétique comme il y avait une fausse chimie 
(l'alchimie) et une fausse astronomie (l'astrologie). 

L'enseignement de l'arithmétique était poussé fort loin 
dans les écoles de Liège, et c'est même, au dire d'un érudit' 
ce qui aurait nécessité l'existence de plusieurs professeurs à 
l'école cathédrale (1). Uathier, dans sa vieillesse, comprenait 
l'arithmétique au nombre des sciences qu'il enseignait (2). 
L'emploi de la machine à calculer, connue depuis l'époque 
romaine sous le nom à'abaciis, est attesté à plus d'une 
reprise dans les écoles de Liège; Ilériger lui avait consacré 
un traité (3); AVazon, nous dit son biographe, avait débuté 
dans les écoles de Notger en portant Vabaciis, c'est-à-dire en 
remplissant les plus humbles fonctions de la domesticité sco- 
laire (4); Rodolphe de Liège et son ami Raimbaud de Colo- 
gne, dans leur correspondance scientifique, s'en servent pour 
leurs calculs; enfin, il est dit de Helbert de Saint-Hubert, 
ancien élève de Liège, qu'il était aussi fort sur Vabaciis, 
c'est-à-dire en calcul, qu'en musique (o). Ajoutons ici qu'on 
se servait déjà au XP siècle des chiffres arabes, comme on 
peut le voir par la correspondance de Rodolphe et de Raim- 
baud (6). Aux noms des mathématiciens liégeois que nous 
venons de citer, il faut ajouter celui de Gunther, archevêque 
de Salzbourg, ancien élève de Liège. 

6. La g-éoméfrie. La géométrie est une des sciences dans 
lesquelles les Liégeois ont brillé au XL siècle. A cette époque, 
elle n'était pas renfermée dans ses limites actuelles ; elle com- 
prenait la géographie et même l'histoire naturelle. On la cul- 
tivait avec zèle dans les écoles de Liège sous le pontificat de 

(1) Voigt, p. XXXVIII. Gant or, Vorlemnricn ûber Geschiclite der Mathematik, 2^ 
édition, Leipzig, 1894, t. I, p. 833, écrit : Vieie, ja die meistcii Pflanzslàltcn 

matliematischei' Bildung — liegen in zienilich engem Kreise um Luttich 

herum. 

(2) Vogel, p. 20. 

(3) Il était intitulé : Regiilac riinnrniniin super abtinnn Gerbcrti. 

(4) Anselme, c. 30, p. 20G. 

{}')) Heibertum Leodienseni in abaco et nuisica trinniphanteili. Chroti. Sanrti 
Iluberti, 1. c. 

(6) Ils i( employaient, écrit Clcrval, p. 123, les chiffres arabes, dont Boece et 
Gerberl avaient gardé le secret, pour représenter les unités et les fractions. » 



284 CHAPITRE XIV. 

Notger. Deux de ses élèves, Adalhold et Wazon, ont occupé 
un rang distingué parmi les géomètres de leur temps. Tous 
deux, au dire d'un Liégeois dont le nom devait éclipser le leur 
dans cette science, se sont préoccupés du problème de la qua- 
drature du cercle (1). Adalbold correspondait avec Gerbert 
sur des questions de mathématique et de géométrie ; il l'in- ' 
terrogeait notanmient au sujet de l'épaisseur de la sphère 
(de crassitudlne spherae) (2). Mais, ainsi que je viens de le 
dire, le plus fameux géomètre liégeois de ce siècle, c'est un 
homme qui a été formé dans l'école de Liège et, selon toute 
apparence, par des maîtres qui avaient eux-mêmes reçu l'en- 
seignement de Notger : j'ai nommé le célèbre Francon, qui 
remplit à la cathédrale de Saint-Lambert les fonctions d'éco- 
làtre depuis au moins 1047, et qui les occupait encore en 1084, 
Francon a écrit un traité De la quadrature du cercle, qui a 
été publié de nos jours (3), et dans la composition duquel il 
fut aidé par Falcalin, moine de l'abbaye de Saint-Laurent (4). 
Vers la même époque ilorissait à Liège un autre géomètre 
de distinction, Rodolphe, professeur à l'école de la cathédrale 
ou écolàtre d'une collégiale de la ville. Nous possédons la 
correspondance curieuse qu'il entretenait avec Raimbaud, 
écolàtre de Cologne, au sujet de diverses questions de géo- 
métrie (o). Des deux correspondants, c'est Rodolphe de 
Liège qui apparaît comme le plus savant. Raimbaud s'in- 
forme auprès de lui, lui pose des questions, lui demande des 

(-1) Francon, après avoir dit que la quadrature du cercle, trouvée par Aristote, 
a été connue jusqu'à Boèce et après lui oubliée, continue en ces termes : Siquidem 
hanc rem Adelbold, liane maximus doctur Wazo, hanc ipse studiorum ruparaloi' 
Gerberlu.s multi(|ue alii studiose investigarunt, qui si eflectu potiti essent num ab 
illis profcctos, quorum aliquiadhucsupersunf, universos laleret? (Franco, I, p. liù.) 

(2) Voir dans Pez, Tlicmums, III, 2, p. 8o et 87, une lettre de Herbert à Adal- 
bold et une lettre d'Adalbold a Gerberl. 

(.']) Il a été publié )iar Winterberg dans Zeitschrift fiir Mathcmatil, nnd Plnjsil:, 
t. XXVII (1882), Sirpplrinaithcft. 

(i) llcnicr de Saint-Laurent, De claris Scripturibiis iitonastcrii sut, I, (i. 

(o) Cette correspondance se trouve dans le manuscrit 6401 fonds latin de la 
nibliothèque nationale de Paris, foll. 1 à -11. Depuis que je l'ai copiée, elle a été 
publiée par MM. Paul Tannery et l'abbé Clcrval, Une correupondance d'écolàtrcs 
ail Xli" sivrlc, dans !\iitiic.i et ejctrails des mamisrrits de la [liltlidllirqiir I\afiiiniile, 
t. XXYI, II (l'JOl). V. aussi Schepss dans NA., t. XI. 



l'instruction publique. 

livres, et lui r;ippelle les l'oi-les éludes qu'il u laites à Chartres 
sous Fulbert. Rodolphe répond aux questions de Raindjaud, 
résoud ses dillicultés, en confère parfois avec d'autres maîtres 
et semble mettre dans ces relations autant de condescendance 
que Raimbaud y apporte de déférence (1). Rodolphe, on 
vient de le voir, a des collègues possédant comme lui la 
science géométrique, témoin Odulfe, qu'il appelle son con- 
frère, et auquel il a soumis une question posée par Raim- 
baud. Cet Odulfe est peut-être aussi un écolàtre liégeois. Un 
autre, du nom de Rasquin, a été l'élève de Rodolphe ; il est 
maintenant le voisin de Raimbaud, c'est-à-dire, sans doute, 
qu'il a quitté le diocèse de Liège pour celui de Cologne. On 
le voit, Liège peut être considérée à cette époque comme un 
véritable foyer d'études géométriques. 

7. L'astronomie. Cette science, que déjà RabanMaur dis- 
tingue nettement de l'astrologie, condamnant celle-ci et 
recommandant l'étude de celle-là (2), avait, au moyen- âge, 
une utilité immédiate et présentait même aux clercs un carac- 
tère de véritable nécessité : sans elle, pas de comput, c'est- 
à-dire pas de chronologie ! Et l'on sait qu'à cette époque, 
comme dans les premiers temps de la R^me républicaine, 

(1) Sur les quoslions Iraitées dans celte correspondance, on lira avec intérêt les 
lignes suivantes : 

« La géométrie llicorique fait Tobjet principal des lettres de r.aimbaud et de 
Rodolphe. Ils s'etlbrcenl d'expliquer le passage de Boéce sur la valeur des angles. 
L'un démontre ([u'en efl'et les trois angles d'un triangle sont égaux à deux angles 
droits; l'autre, que le triangle équivaut à la moitié d'un carré coupé par une dia- 
gonale. La discussion s'engage ensuite sur la longueur de cette diagonale propor- 
tionnellement aux deux autres côtés du triangle, ce qui donne lieu à une division 
de fractions par l'abaque. Une nouvelle question est soulevée : peut-on trouver un 
carré double d'un autre par l'arithmétique ou par la géométrie? L'on répond que 
par l'arilhméticiue on ne l'obi ient point d'une manière exacte, mais seulement par 
la géométrie, en élevant un carré sur la diagonale du carré dont on recherche le 
double. Le passage de Boéce sur les angles intérieurs et extérieurs fournit aux deux 
savants un autre sujet de discussions. Qu'appellc-l-on angles intérieurs ou exté- 
rieurs ? Les angles intérieurs se trouvent-ils exclusivement dans les plans, et les 
angles extérieurs dans les solides? Ou bien sont-ils identiques, ceux-ci avec l'angle 
aigu, ceux-là avec l'angle obtus? Enfin, les deux amis se demandent ce qu'il faut 
entendre par les pieds, droits, carrés, solides, dont parle aussi Boéce. » Clerval, 
p. \iCi. 

(2) Raban Maur, De Institutione clericorum, III, 2o. 



28(j CHAPITRE XIV. 

c'étaient les ministres de lu religion qui étaient seuls char- 
gés de la rédaction du calendrier. La détermination de la 
date de Pâques, qui s'établissait d'après la place occupée 
dans celui-ci par la pleine lune de printemps, rendait l'étude 
de l'astronomie indispensable; tout computiste était donc 
astronome, à Liège comme ailleurs. 

Il ne nous reste aucun témoignage explicite sur l'ensei- 
gnement du comput et sur les travaux des computistes 
liégeois. Mais on connaît les noms de quelques Liégois qui ont 
étudié l'astronomie au temps de Notger. Ce sont Englebert 
de Saint-Laurent, computiste (1), et Rodolphe, l'écolâtre dont 
nous venons de parler. Celui-ci avait composé un astrolabe 
dont il entretient son correspondant Raimbaud de Cologne. 
« Je vous aurais envoyé volontiers, lui écrit-il, mon astrolabe 
pour que vous en jugiez, mais il me sert de modèle. Si vous 
voulez savoir ce que c'est, venez à la messe de Saint- Lambert, 
vous ne vous en repentirez pas. Il vous serait inutile de voir 
simplement un astrolabe » (2). 

La connaissance de l'astronomie à Liège datait d'ailleurs, 
comme toutes les autres, du temps d'Éracle. Nous en avons la 
preuve dans la célèbre anecdote dont cet l'évèque fut le 
héros, lors d'une éclipe totale de soleil qui épouvanta l'armée 
d'Otton I pendant une campagne en Italie (22 décembre 968). 
Seul tranquille au milieu de ces multitudes éperdues qui 
attendaient la lin du inonde et qui se cachaient en tremblant 
sous les chariots, Éracle parcourait le camp et rassurait les 
soldats liégeois, leur disant qu'il n'y avait là rien qu'un phé- 
nomène naturel, et que sous peu ils reverraient la lumière 
du jour (3). 

(1) Renier de Saint-Laurent, I, 9, dans Pez, Thésaurus, t. IV, pars III, col. 23 : 
Eng-elbertus compoti ventilator et assecla quaedam theoreniata coinpiitistis utilia 
compaginavil. Nam (lucniadmodum Bootes in cardine coeii, diim sic jugilei' in hàc 
versatur arfe, et plaustrum memoriae volvi quidem, sed nequaquam palilur occi- 
dere, multam exinde comparavit notitiam. 

(2) Clerval, p. 127. 

(3) Anselme, c. 24, p. 202 : Stupet super liis prudens anlisles, non de eglipsi 
solis, cujus naturaliter factae optime noverat rationein, sed de irrationali et viro- 

ruin fortiuni l'orniidine : a Innoxiae tantum iuinc aereiii involvere tenebrae, 

paulukiiii pusl cernetis illucescere redintegrato himine; ccterum in lufo sunt 
omnia. i> 



L IN'SÏ!UT,TIOX PUBLIOUE. 



28^;' 



Tels sont les renseigncinenls que j'ai pu recueillir sur Té- 
tude des sept arls libéraux ;i Lièi^e sous Notfj^er. Tout irag- 
nientaires qu'ils sont, ils donnent une grande idée du 
uiouvemcnt intellectuel auquel présidait notre illustre prélat. 

IMais déjà l'activité des études débordait le cadre étroit 
du septiviani antique, et de nouvelles branches du savoir 
étaient nées qui ne se laissaient pas enfermer dans ses 
étroites limites. Les sept arts libéraux, on ne cessa de le re- 
dire au moyen-àge, n'étaient qu'une préparation à une étude 
bien autrement haute et importante, celle de la théologie : 
c'était pour la mieux approfondir qu'on mettait l'esprit de la 
jeunesse à leur école. Les clercs avaient un programme 
d'études dont le minimum avait été fixé par un capitulaire 
de Gharlemagne : il comprenait, outre les connaissances re- 
prises plus haut, celle de la liturgie, du droit ecclésiastique 
et de la patristique (1). La théologie était l'auguste couronne- 

fl) Capilul. 117 : Quae a presbyteris discenda sunt. 

Ilaec sunt quae jussa sunf discere onines ecclesiasticos. 

Fideni catholicam sancti Athenasi et cetera quaecumque de fide. 

Symboluiii eliam apostolicum ; oralionem dominicain ad inteiligenduin plenitcr 
cuni expositione suà. 

Librum sacramentorum pleniter tain canonem missasquc spéciales ad commu- 
tandum plenitcr. 

Kxoi-cismum super cafieuminuin sivc super demoniacos. 

Commendationeni aniniac. 

Paenitentialem. 

Conipolum. 

Cantuin Ronianoruni in morte ; et ad missa similiter. 

Evangeliuni intelligere seu lectiones libri Comitis. 

Omelias dominicis diebus et solemnitatibus dierum ad jiraedicandum canonem ; 
monaclii rogulam similiter et canonem lirmiter. 

Librum pastoralem canonici atque librum otliciorum. 

Epistulam Gelasii pastoralem. 

Scribere cartas et epistulas. Capitulai-, éd. Boretius, I, p. 23u. 

On peut coin|iarer ce programme à celui, plus vaste à la fois et moins précis, que 
trace Haban Maur, De InstUutione clericonnn, III, I, p. 187. 

Le programme de Gharlemagne est repris à peu près par Réginon, De causis syno- 
dalibus, en 899. Et on en voit un cas d'application : Jean, abbé de Gorze, étudia 
toutes ces branches. (V. Vita Joannis Ciirz. c. 13, 18, pp. 340, 342). Cf. les exi- 
gences formulées par Burcliard de Worms, Dccrctonim libri XX, II, 2, oii on lit : 
Ex quibus omnibus si unum dcruerit. sacerdotis nomen vix in eoconstabit. (Migne, 
P. L., t. CXL, col. G2o). 



288 CflAMTRE XIV. 

ment de ces études; elle en formait le degré le plus élevé et 
n'était Tapanage que de ceux qui voulaient une culture supé- 
rieure. 

L'intervention de l'école théologique de Liège dans les 
débats du X'^ et du XP siècle au sujet de l'Eucharistie sullit à 
attester non seulement l'intérêt qu'on y prenait au problème, 
mais aussi le soin avec lequel il avait dû y être étudié (1). Déjà 
Rathier s'était exprimé de la manière la plus catégorique au 
sujet de l'Eucharistie : c'est bien, avait-il dit en termes for- 
mels, la chair et le sang de Jésus-Christ qu'on reçoit dans la 
communion (2). Hériger également défend la doctrine ortho- 
doxe; son De corpoi^e et sanguine Doniini prend parti pour 
Paschase Radbert contre Raban Maur (3). Aussi, lorsque plus 
tard riiérésie de Bérenger de Tours vint troubler tout le 
monde savant, les Liégeois s'élevèrent contre le novateur 
avec une unanimité et une énergie qui ne montrent pas seule- 
ment la persistance d'une tradition dogmatique, mais la con- 
tinuité d'un enseignement scientifique (4). C'est le vieux 
Gozechin qui, de Mayence, tonne contre Bérenger, l'apôtre 
de Satan (5). C'est Adelman qui écrit à l'hérésiarque une 
lettre touchante pour lui rappeler l'enseignement des maîtres 
communs qu'ils ont entendus à Chartres (6). C'est Rupert de 
Deutz dont la doctrine reproduit ce qu'on lui a appris du 
temps qu'il était sur les bancs de l'école de Liège (7). C'est 
Théoduin qui, dans sa lettre au roi Henri I, lui demande non 
de réunir un concile à Paris, mais d'instruire immédiatement 
le procès de Bérenger et de décréter son supplice (8). C'est 
Alger enfin, l'un des plus illustres élèves de Liège, qui écrit 

{i) V. Vogel, p. 233. 

(2) Vogel, p. 232, rectifiant sur ce point un passage tronqué des œuvres de 
Ratliier dans l'édition des frères Ballerini. 

(3j llauck, III, p. 320, note 3, ne croit pas ([ue l'ouvrage soit de Hériger et s'at- 
taclie a le démontrer. 

(4) V. sur ce point Balau, 9G, p. l'i!», note 4. 

(o) Dans Mabillon, Vetera Analeeta, nouvelle édition, p. 443. 

(C) Migne, Patrolofjie Latine, t. CXLIII, col. 1 289- 129(5. 

(7) F. Doyen, Die Encliaristielehre lliiperts von Deutz. Metz, 4889 (dissertation). 

(8) Dans Mabillon, Vetera Amdeeta,\i\>. 44G-447. Cierval, p. 134, croit recon- 
naître dans la lettre de Théoduin la main d'Adelraan. 



l'instruction publique. 289 

le beau traité sur l'Eucharistie (1), vanté comme un chef- 
d'œuvre par ses contemporains. 

A la théologie se rattachait l'étude de l'exégèse et celle 
de la liturgie. La première se passionnait surtout pour les 
subtiles distinctions du sens littéral ou historique et du sens 
figuré ou prophétique (2), à laquelle s'était déjà appliqué 
Raban Maur, l'Alcuin de l'Allemagne. 

Il est difficile de dire si la liturgie était l'objet d'un ensei- 
gnement formel, mais on est porté à le croire, quand on voit, 
dès le commencement du X* siècle, les travaux liturgiques de 
l'évêque Etienne. Ce sont les maîtres des études liégeoises, 
Hériger et Francon, qui se distinguent dans ce genre de 
littérature. Le premier écrit, outre des antiennes et des 
hymnes, un traité Des offices divins en deux livres et un 
autre Sur la manière de célébrer VAoent. Le second a 
composé, avec Falcalin de Saint- Laurent, qui a déjà été son 
collaborateur pour un autre travail, un traité Da jeûne des 
quatre temps (3). 

Mentionnons encore, pour finir, et sans chercher à savoir 
si l'enseignement y est pour quelque chose, les travaux 
juridiques de quelques Liégeois. On sait que Rathier déjà 
s'était distiqgué par ses connaissances en matière de droit (4). 
Le célèbre canoniste Barchard de Worms est un élève de 
l'école de Lobbes, et il a eu pour collaborateur l'abbé de 
Saint-Jacques, Olbert. D'ailleurs, une certaine teinture de 
droit ecclésiastique était indispensable au prêtre; il ne pou- 
vait ignorer complètement les canons des conciles et les 
décrétales des papes, et Burehard de Worms en exigeait la 
connaissance de ses clercs (o). Faut-il croire que ce sont les 
études de droit qui ont développé de bonne heure, à Liège, 
les idées réformistes, dont Wazon, on le sait, fut le premier 

(i) Par Pierre le Vénérable, dans Migne, P. L., t. CLXXXIX, col. 788. 

(2) Vita sancti Wolfgangi, c. 3, p. 528 : non solum hy.^lorici sensus superficiem 
penetravit, verum eliam inlimam mysteriorum medullam investigarit. 

(3) Renier de Sainl-Laurent De claris Scriptoribus uionasterii sui, I, 6, col. 22. 

(4) Vogel, p. 27. Il n'est nullement établi que Rathier ait connu le p.'-eudo- 
Isidore. Vogel, qui le dit, en convient lui-même par une curieuse contradiction. 

(3) Burehard de Worms, Decretorum libri XX, II, i§9, (dans Migne, Patrologi* 
latine, t. CXL, col. 632). 

I. 19 



290 CHAPITRE XIV. 

champion dans l'épiscopat? (1) La question est intéressante 
et vaudrait la peine d'être soumise à un examen (2), 

Quant à la médecine, que tout prêtre au dire de Rahan 
Maur (3), avait l'obligation de connaître, force nous est de 
nous en taire, parce que nos sources sont muettes tant sur 
l'enseignement que sur la connaissance de cette science (4). 

Combien de temps durait l'ensemble des études à l'école 
de la cathédrale? Nous n'avons pas de données fort précises 
à cet égard, et il faut naturellement distinguer Dans les 
écoles extérieures, où l'on ne donnait qu'un enseignement 
sommaire, elles n'exigeaient sans doute qu'un petit nombre 
d'années. Dans les écoles intérieures elles-mêmes, il y avait 
encore des difféiences, car la majorité des élèves ne faisait 
que les études ordinaires du clergé, tandis que les étudiants 
d'élite approfondissaient tout le savoir de l'époque Ces 
derniers consacraient à leur formation intellectuelle un 
temps qui ne devait guère être inférieur à celui qu'absorbent 
aujourd'hui les études primaires, secondaires et supérieures 
réunies. En général, on peut dire que, pour achever le cours 
complet du septiviam et de ses annexes, on ne mettait pas 
moins d'une douzaine d'années (5). Ainsi Egbert de Liège 
avait fait trois ans d'études élémentaires et neuf ans de 
septiviam (6). Saint Brunon resta une dizaine d'années à 
l'école (7). Saint Adalbert de Prague, qui avait reçu sa 
première instruction dans la maison paternelle, où il apprit 
par cœur tout le psautier et étudia le Moralia de saint 

(4) A. Gauchie, La Querelle des Investitures dans les diocèses de Liège et de 
Cambrai, I, pp. LXXVII-LXXXVIII. 

(2) A ce sujet, Sackur, Die Cluniacenser, II, p. 3i0, écrit : 

a Es ist bezeichneni dass Biscliof Burdiard aus Lobbes in der Diôzese Lûtlich 
stammt, und dass Olbert von Gembloux, der Freund Wazo's, einen grossen Anteil 
an Burchards Canonensammlung batte. Im Lûtticher Sprengel dûrfen wir aiso 
schon friih eine besondere Pflege canonislischer Studien annehmen. » 

(3) Nec enim eis (clericis) aliqua eorum ignorare licet cum quibus vel se vel 
subjectos instruere debent id est — — — difFerentiam medicaminum contra 
varietatem aegritudinutn. De Institudone clericorum, III, i. 

(4) Elle était enseignée à Chartres. V. Clerval, p. 108. 
(§) V. Specht, p. 4b7, (cf. p. 114), Vogel, p. XVI. 

(6) Voigt, p. XXIII 

(7) W. Moll, Kerhgeschiedenis van Nederland voor de Hervorming, t. I, p. 3SS. 



l'instruction publique. 291 

Grégoire le Grand (1), passa ensuite pendant neuf ans à 
Magdebourg sous le célèbre Ohtrik (2). Ces exemples nous 
autorisent à conclure qu'au moyen-âge on consacrait à peu 
près le même temps que nous aux études primaires et 
moyennes (3), avec cette différence toutefois que les vacances 
étaient inconuues II est vrai que le nombre beaucoup plus 
grand qu'aujourd'hui des fêtes chômées, joint au repos 
rigoureux qu'on y observait, apportait des compensations 
suffisantes. Les jeux et les divertissements de toute nature 
prenaient alors la place des éludes; les livres étaient soigneu- 
sement mis de côté, les maîtres les plus sévèrtis se déridaient 
et les écoliers se livraient au plaisir avec la gaieté et la 
pétulence de leur âge (4). 

Si maintenant on veut pénétrer dans l'école pour en 
observer le régime, on ne manquera pas de faire quelques 
constatations intéressantes. Les deux écoles, l'intérieure et 
Textérieure, sont logées chacune dans les cloîtres de la cathé- 
drale et la vie qu'on y mène se ressent de ce milieu quasi- 
monastique (5). Les élèves, ceux de l'école intérieure surtout, 
participent à une bonne partie des exercices religieux des 
chanoines; plus d'un parmi eux fait déjà partie du chapitre 
avant l'âge d'exercer le ministère, et il y a un peu partout 
des chanoines-écoliers (canonici scolares){Q). L'école a sa 
chapelle particulière, qui surgit à l'entrée de ses locaux : 
elle est dédiée à saint Nicolas, patron de la jeunesse et 
spécialement des écoliers (7). 

Les classes présentent le même spectacle que de nos jours : 

(1) Vita I, par Canaparius. c. 3, p. u82 et II, par Brunon, 4. p. o96. 

(2) Le Vita Adalberti, I, dit, c. 5, p. 883 : Quoi annis studuit incertum est, sed 
quia secularis philosophiae scientissimus erat novimus omnes. Le Vita II, c. 6, 
p. 597, dit par contre qu'il étudia annos ter tervos. 

(3) Sur les Cornificiens (nous dirions aujourd'hui les utilitaires) du Xlle siècle 
qui voulaient réduire les études à deux ou trois ans, v. Clerval, p. 2H. 

(4) Voir à ce sujet les pages pleines de charme de Specht, p. 216 et suivantes. 

(5) Dfirr, De capitulis clausis, dans A. Schmidt, Thésaurus juris ecclesiastici, 
Heidelberg, 1774, t. VII, p. 137. 

(6) V. Hinschius, Das Kirchtnrecht der Katholiken und Protestanten in Deutschland, 
t. II, p. 63. 

(7) Capella beati Nicholai confessoris, que cappella in ecclesia nostrâ sila est 
ante scolas. Diplôme de 1241 dans Bormans et Scbooimeesters, t. I, p. 417. 



292 CHAPITRE XIV. 

l'émulation est ardente, surtout quand elle est stimulée par 
un maître zélé(l) Parfois, comme aujourd'hui, elle est 
portée à l'excès, et l'ardeur pour les études dégénère en 
fièvre chaude; je n'en veux pour preuve que ce jeune écolier 
de Stavelot, assailli sur son lit de mort par des visions 
démoniaques qui viennent à lui sous la figure d'Énée, 
de Turnus et d'autres héros de Virgile (2). 

L'école est d'ailleurs régie par une autorité sévère, et la 
discipline y est rigoureuse. « Il faut, disait Meinwerc, 
évêque de Paderborn, qu'on élève les enfants avec sévé- 
rité; leur prodiguer les caresses, c'est les encourager à 
l'indiscipline (3) 

La férule était l'indispensable instrument de l'éducation ; 
elle était dans la main du maître comme l'épée dans celle du 
soldat ou la crosse dans celle de révêque(4). On était tout 
nourri de cette maxime des Livres Saints : « Celui qui 
épargne la vtrge à son fils hait son fils « Un des plus savants 
hommes du temps, le plus érudit des Liégeois du X® siècle, 
Rathier, écrit ces lignes dans un ouvrage où il expose tour 
à tour les devoirs de toutes les professions : « Etes-vous 
maître d'école? Souvenez-vous que vous devez votre afl'ec- 
tion avec votre enseignement à vos disciples; n'oubliez pas 
que vous avez à corriger leurs fautes par des paroles et par 
des coups o) » Et le même savant donne le titre significatif 
à' Epargne- Dos (Sparadorsmn) à sa grammaire latine. La 
mention de la férule revient d'une manière régulière chaque 

(1) Il est dit à l'occasion des études de saint Godehard à Mayence : Cum vero 
ibidem scolari studio aliquamJiu insudaret, cumque scolasticorum more quisque 
alterum praeire alternatim studeret, beatus Godehardus singulos aut praecessit aut 
aequiperavit. Vita Godehardi prior, c. 6, p. 172. 

(2) Exdamavit subito daemonum phalangem Aeneae et Turni aliorumque ex 
Yirgilio virorum vultus imitari, seque ab eis, qui sibi in discendo pluriraum usui 
fuerant, usque ad animam infestari. Vita s. Popponis, c. 32, p. 314. 

(3) Vita s. Meivwerci, c. 160, p. 140. 

(4) Sur la férule à l'époque de Charlemagne, voir le poëme de Théodulphe XLVI, 
1-8, p. 544, où l'on voit la Grammaire ornée du fouet. Cf. Zappert, Stab und Rute 
im Mittelalter, dans Wiener Sitzungsber., phil. hist. Klasse. 1852, IX. 

(5) Magister es? Mémento te disciplinam cum dilectione discipulis debere 

et — — — tam verbis quam verberibus eorum errata corrigere. Ratherius, 
Praeloquia, I, 15. 



l'instruction publique. 293 

fois qu'on parle de classes (1). Éracle écrit à saint Brunon 
qa'il se remettrait volontiers sous sa férule. Ilellin de Fosse, 
qui a gardé un souvenir reconnaissant à son maître Sigebert 
de Gembîoux et qui lui a dédié ses deux ouvrages sur 
saint Feuillien, lui rappelle avec attendrissement le temps 
où la férule de ce bon maître venait caresser son échine 
d'enfant (2) Gozechin de Mayence, qui fut écolàtre à Liège, 
écrit à son ancien élève Walcher : « Je me réjouis aujour- 
d'hui d'avoir souvent corrigé sur votre dos vos peccadilles 
d'écoiier... Où est le temps où vous pleuriez sous ma 
férule? » (3) El Walcher était un bon élève, son ancien 
maître lui en rend témoignage; il déclare qu'il voudrait n'en 
avoir jamais formé que des pareils Mais les mœurs étaient 
rudes et parfois la dureté des maîtres dégénérait en barbarie 
véritable, s'il faut en croire le viel Egbert, qui la flétrit en 
termes énergiques, bien qu'avec une certaine exagération. 
« Il y a, dit-il, des écoles qui ne consistent qu'en verges. 
On frappe le corps, on ne se soucie pas de corriger l'esprit. 
Radamanthe est moins implacable que certains maîtres, 
Eaque tourmente moins cruellement les ombres des damnés, 
les Erynnies entourées de serpents se démènent avec moins 
de fureur. Il y en a parmi eux qui veulent que les élèves 
sachent ce qu'ils ne leur ont pas appris. Ce ne sont pas les 
coups de bâton qui donneront la science, c'est le travail 
intérieur de l'esprit : vous casserez une forêt entière sur les 
épaules de vos malheureux élèves, vous n'arriverez à rien 
sans la collaboration de leur intelligence. De quel droit vous 
dispensez-vous d'enseigner ce que vous avez appris, ou 
voulez-vous qu'on sache ce que vous n'avez pas enseigné? 
Est-ce que la pauvre chair humaine a la dureté du bois ou 
du métal? Tremblez qu'à faire périr de malheureux élèves, 

(i) s. Adalbert, sous Ohtrik à Magdebourg, reçoit la férule : Cumque de lectâ 

lectione nec verbnm saperet, et bene iratus magister flagellare inchoasset . 

Dum scopae tergum verrunt et ferventia flagella dolentem carnem frangunt. Brunon, 
Vita s. Adalberti, c. S, p. o97. 

(2) Quo dictante mihi lenis fuit ira magistri 

Virgaque de dorso saepe reducta meo. 
Prologue du Vita Foilliani dans AA. SS., t. XIII d'octobre, p. 39o, 

(3) Dans Mabillon, Vetera Analecta, p. 438. Cf. p. 443* infra. 



294 CHAPITRE XIV. 

VOUS ne périssiez vous-mêmes à jamais. Je vois maltraiter 
également celui qui est capable d'étudier et celui qui ne l'est 
pas. 

a C'est par la douceur et par les égards qu'on forme les 
enfants. Ce malheureux petit que vous accablez de coups, il 
s'en ira aussi peu formé que lorsqu'il est venu; avant l'âge, 
il descendra, l'obole dans la bouche, aux rives du fleuve 
infernal, et il mourra dans ses premières années alors qu'il 
eût pu remplir un rôle utile dans le monde. Tel frappe les 
enfants comme s'il avait soif de leur sang, ou qu'il eût à 
venger sur eux le meurtre de son père. Non, ce n'est pas 
ainsi qu'on forme un éphèbe : ce sera un merle blanc s'il 
sort bien élevé d'un pareil régime (1) ». 

Il ne faut pas cependant, sur la foi de ces diatribes, se 
faire une trop mauvaise idée des écoles d'alors, ou se figurer 
que les écoliers y fussent traités en malheureuses victimes. 
Les éducateurs du temps croyaient, il est vrai, que ia sévérité 
était nécessaire dans l'intérêt des élèves eux-mêmes. Mais 
ceux-ci ne semblent pas avoir été d'un autre avis, et on les 
voit en général garder de leurs années d'études et de leurs 
maîtres un excellent souvenir (2). 

Sous certains rapports, la méthode pédagogique était, au 
moyen- âge, supérieure à la nôtre. Les classes ne compre- 
naient qu'un petit nombre d'élèves : on ne dépassait pas, en 
général, le chiffre de dix; y en avait-il beaucoup plus, on 
dédoublait la classe. Les élèves étaient assis, séparés et à 
distance les uns des autres (3) Il y avait, comme nous dirions 
aujourd'hui, des professeurs de carrière. Les maîtres vieil- 
lissaient dans le métier; généralement, ils ne déposaient la 



(4) V. dans Egbert, Foecunda Ratis, p. 179, la pièce intitulée : De immitibus 
viagistris et pigris. Je n'ai cité que des exemples liégeois; il m'aurait été facile d'en 
trouver partout; je me borne à noier en passant qu'au portail occidental de la 
cathédrale de Chartres, sculpté vers 1480, on représente la Grammaire brandissant 
le fouet au-dessus de deux enfants accroupis à ses pieds. Clerval, p. 210. C'est 
l'illustration du poëme de Théodulf cité ci-dessus. 

(2) Voir ci-dessous, p. 297 

(.3) Pour ces généralités, comme pour toute lu description du régime scolaire au 
moyen-âge, je renvoie an beau livre de Specht, p. 163. 



l'instruction publique. 295 

férule que lorsque le grund âge venait leur faire une obliga- 
tion du repos (1). 

Ajoutées enfin que la gratuité de renseignement était, 
sinon une loi absolue, du moins une observance générale. 
II était défendu aux professeurs d'exiger un salaire de 
leurs élèves, et tout au plus leur permettait on d'accepter 
des plus riches une rémunératicn volontaire. Mais les maîtres 
liégeois ne voului'ent rien recevoir de })ersonne : Egbert 
se vante formellement de ne donner qu'un enseignement 
gratuit (2), et Wazon refusa toujours les cadeaux que lui 
offraient des élèves reconnaissants (3) On se faisait une gloire 
de distribuer pi^>ur rien les fruits d'or de la science, et on ne 
parlait qu'avec mépris des gagneurs d'argent (4) qui reti- 
raient quelque lucre de leur savoir (5) Il faut l'avouer, tous 
les professeurs ne poussaient pas si loin le désintéressement, 
et l'on voit Sigcbert à Gembloux, Obtrik à Magdebourg 
et en général les maîtres de Chartres accepter une rému- 
nération volontaire (6) Mais le principe de la gratuité de 
l'enseignement n'était pas atteint par ces libéralités des 
parents riches, et, en il 79, le 3* concile œcuménique de Latran 



{\) Thangmar a primaevà juventute iisque ad caniciem scolari studio intentus 
nutriendis pueris operam dabat. Vita s. Bernwardi, c. 34, p. 773. 

(2) Teste Deo nunquam exsecui prelium artis avare. 
Egbert, Foecunda Ratis, I, 4014. 

(3) Et ciim muiti — — — spontanea offerrent xenia, ille ita manus suas 

studebat excutere ab omni munere evangelicum illud corde tenens, ore 

proferens : gratis accepistis, gratis date. Et illud : Beatius est dare quam accipere. 
Anselme, c. 40, p. 211. 

(4) Nodosi lucripetae. Poëme d'Adelman dans Œuvres de J. Havet, t. II, p. 99. 
(o) Cf. saint Wolfgang, écolâtre à Cologne : In quo labore nihil lucri, nihil mer- 

cedis sibi moro saeculari exhiberit voluit De nuUo namque discipulorum, 

sicut plerique volunt doclores, illum satyricum clamantes versum 
Nosse volunt omnes, mercedem solvere nemo. 

(Juvénal, VII, lo7). 
causa remunerationis aliquid exigebat quamvis a pluribus cogeretur. Vila s. 
Wolfgavgi, c. 7, p. 328. 

(G) Le Chronicon Gemblacensc dit de Sigebert : Multa contulil ad usum et 
ornalum ecclesiae, quae adquisierat voluntarià eorum quos instruxerat liberalitate. 
MGH. VI, p. 269; VIII, p. ooO. Voir aussi Vita s. Adalberti, c. 4, p. o83, et 
Clerval, pp. 106-HO. 



296 CHAPITRE XIV. 

lui donna une consécration solennelle (1). "Wazon allait plus 
loin : il pourvoyait, à ses propres frais, aux besoins matériels 
des bons élèves. Et c'est avec raison qu'un contemporain, 
reprenant une image chère à l'hagiographie médiévale, com- 
pare l'école de Liège à un bel arbre chargé de fleurs, autour 
duquel voltige l'essaim des abeilles qui viennent y cueillir le 
miel dont elles emplissent leurs ruches (2). 

Telles furent les écoles de Liège sous Notger, Elles 
devinrent un des plus brillants foyers littéraires de l'Europe, 
et elles propagèrent au loin le renom et l'influence de 
Saint-Lambert (3), Liège éclipsait toutes les écoles de ce côté 
des Alpes, sinon toutes celles du continent (4) L'empereur 
Heuri II se plaisait à dire qu'il souhaitait pour les écoles de 
sa chère Bamberg la science de Liège et la discipline de 
Hildesheim (o) Comme Gerbert à Reims, comme Fulbert 
à Chartres, Notger parvint à s'entourer d'une pléiade de 
disciples qui, plus tard, sur les sièges épiscopaux ou dans 
les chaires les plus célèbres de l'Europe, portèrent au loin 
la gloire de leur patrie. 

Cette prospérité se maintint sous les successeurs du grand 
évéque, et en particulier sous le pontificat de Wazon. 
Comme Eracle et comme Notger, Wazon, devenu évêque, 
faisait ses délices de visiter les écoles, de s'enquérir des 
études de chaque élève, de poser des questions difficiles qu'il 
se plaisait à voir résoudre. C'était là. disait-il, sa récréation et 
son délassement quand il parvenait à s'arracher au tourbillon 



(4) Canon, -18; v. Hefelé, Conciliengeschichte, 2^ édition, t. V, p. 715. 
Ci) Anselme, c. 40, p. 2i0. 

(3) Unler den lotharingischen Schu'en, an denen sicli das reichste litlerarisclie 
Leben entwicitelte, ûbt auf Deutsclilands UnteiTicJitsanslalten den bedeutendsten 
Einfluss die weltberûhmle Lûlticher Sciiule aus. Specht, p. 337. 

(4) Aile Schulen des Niederlandes, wenn nicht des gesammtem conlinenlalen 
Europas diesseils der Alpen ûberragt aber damais die Kalhedralschule zu Lûttich 

gleichsam die Hochscliule des gesaminten nordwestlichen Deutschlands. 

Cramer, p. 91. 

(o) Wolfer, Vita sancti Godehardi prior, c. 37, p. 194. Sur la sévérité de 
Hildesheim nous avons d'ailleurs le témoignage des élèves eux-mêmes, qui se 
plaignent à l'évêque Hézilo de souffrir de la faim el de mauvais traitements. Bertram, 
Die Biichofe von Hildesheim, t. I, p. 314 



l'instruction publique. 297 

des aftaii"es(l). Ainsi, sous des maîtres incomparables, la 
tradition des bonnes études se maintint pendant au moins 
un siècle à Liège. Et l'école de Liège avait le don d'enthou- 
siasmer ses élèves, de conquérir et de garder leur affection. 
Avec quelle tendresse parlent d'elle ceux qui ont suivi ses 
leçons! Nous avons déjà entendu la voix d'un de ses anciens 
disciples, qui, du fond de l'Angleterre, se souvient avec 
reconnaissance de son vieux maître Eracle (2). La biographie 
émue de Wazon par Anselme, les vers rythmiques d'Adelman 
sur les savants de son époque (3), la prose grandiloquente de 
Gozecbin (4) nous font entendre les mêmes accents. Liège, 
selon Adelman, a été la mère nourricière des hautes études 
(magnarum, artiam niitricula); elle a été, selon Gozechin, 
l'Athènes du Nord, la fleur des trois Gaules 

Un contemporain a énuméré les principaux élèves sortis de 
l'école de Liège. Parmi ceux d'entre eux qui ont obtenu des 
sièges épiscopaux, il cite Gunther, archevêque de Salzbourg, 
Rothard, évêque de Cambrai et son successeur Erluin, 
Haymon, évêque de Verdun, Héz3lon, évêque de Toul, 
Adalbold, évêque d'Ulrecht Dans une seconde catégorie 
d'illustrations, il range nommément Duiand, qui dirigea les 
écoles de Bamberg et qui revint plus tard occu^jer le .siège 
épiscopal de Liège, Otbert, qui, à la tête de quelques prêtres 
liégeois, alla réformer la vie du clergé d'Aix-la-Chapelle (o), 
Hubald, qui professa avec le plus gi^and succès à Paris, et 
plus tard à Prague. Hubald est le premier maître de renom 
qui ait enseigné à l'école de Sainte-Geneviève : ii en a inau- 
guré l'éclat, et par lui l'église de Liège j)eut revendiquer une 
part dans l'illustration qui devait entourer la naissante 

(4) Anselme, c. 52, p. 220. 

(2) V. ci-dessus, p. 256. 

(3) V. ci-dessus, p. 276. 

(4) Gozechini epUtola ad Walcherum dans Mabillon. Vetera Ànalecta, nouvelle 
édition, pp. 437-446. 

En 4036, l'évêque de Barcelone vante à des pèlerins liégeois leur ville : Legiam 
religione et studio litterarum prae aliis quas novi urbes luculentissime decoratam. 
Source du Xle siècle reproduite par Gilles d'Orval, III, 6, p. 83. 

(5) Est-ce celui qui, en 4007, signe un diplôme de Notger en qualité d'archidiacre, 
dans Hariulf, c. 34, p. 473? 



298 CHAPITRE XIV. 

université de Paris. Nous possédons au sujet de ce maître 
une esquisse biographique trop intéressante pour n'être pas 
reprise ici. 

Hubald, dit le chroniqueur, était encore un adolescent, 
lorsque, fuyant la discipline un peu sévère de Liège, il partit 
pour Paris, où il s'attacha aux chanoines de Sainte-Geneviève, 
et où, peu de temps après, il donna l'enseignement à beau- 
coup d'élèves (1). Notger, pendant quelque temps, ignora le 
séjour du fugitif, mais lorsqu'il l'eut appris, il lui enjoignit, 
en vertu de son autorité épiscopaîe, de regagner son diocèse. 
Hubald ne se sépara pas sans regret des nombreux amis 
qu'il s'était faits pendant son court séjour à Paris; des larmes 
furent versées au départ et le souvenir du brillant maître 
resta vivace au cœur de ses anciens disciples; Aussi lorsque 
Notger fut amené à Paris, en mai 1003, par un message de 
l'empereur Henri II au roi Robert (2), les chanoines de 
Sainte-Geneviève l'assiégèrent de supplications pour qu'il 
consentît è leur laisser Hubald au moins un mois tous les 
ans. Charmé de voir en quelle estime son clerc était tenu à 
Paris, Notger lui accorda spontanément d'y passer trois mois 
tous les ans, et par cette libéralité comme par les largesses 
qu'il y ajouta, il ne le rendit que plus ardent à l'accomplis- 
sement de ses devoirs. Plus tard, sous le pontificat de 
Baldéric, successeur de Notger, Hubald alla également ensei- 
gner à Prague, et il en revint comblé d'honneurs. 

Ce ne sont pas là les seuls hommes remarquables sortis 
de l'école de Liège dont l'histoire ait gardé le souvenir, et 
nous sommes en état de grossir de plusieurs noms la liste 
dressée par Anselme. Tels sont, sans compter Wazon lui- 
même, Egbert, l'un des principaux poètes gnomiques du 

(i) (1 11 faut arriver jusqu'au X^ siècle pour rencontrer, dans l'école de Sainte- 
Geneviève, un profes.seur de renom. C'est Hubald qui, non content des cours, suivis 
pourtant, de la ville de Liège, vint étudier à Paris, entra ou s'unit au chapitre 
de Sainte-Geneviève et attira par son enseignement un grand nombre d'élèves ». 
P. Ferel, Les origines de l'université de Paris, (Revue des Questions historiques, t. 52, 
1892, p. 342). Et il paraît bien qu'en effet, avant de devenir professeur à Sainte- 
Geneviève. Hubald y aura continué ses éludes pendant un petit temps, puisqu'il 
était encore adolescent quand il quitta Liège. 

(2) V, ci-dessus, p. dlO. 



l'instruction publique. 299 

moyen-àge, qui riippelle avec émotion à Adalbold leurs 
jeunes années passées sur les mêmes bancs (1); Rothani. ce 
Liégeois que Hugues de Flavigny dit également distingué 
par sa science et pur sa piété (2), et qui fut, en 1008, le 
condisciple de l'abbé Poppon sous le bienheureux Richard 
de Sainl-Va.une; Richaire eiiQri, qui dédia à Noîger sa vie 
métrique de l'abbé Ei'luin de Gembloux (3) Plus lard sor- 
tirent encore de l'école de Li'^ge Seifried, abbé de Tegernsée 
(1046-lOGo) qui rétablit la vie intellectuelle dans cette maison 
autrefois célèbv'i, mais alors déchue (4); puis, après 1074, 
Cosmas de Prague, qui étudia sous Francon (oi, et Herman, 
qui fut évêque de Prague de 1100 à 1123(6). Il faut encore 
citer ce maître liégeois du XP siècle qui, à Ratisbonne, 
enseignait l'art de la versification à des religieuses (7 . 

Liège eut donc^ pendant plus d'un siècle, dans l'ordre 
scientifique, une situation internationale qu'elle n'a plus 
jamais reconquise. Elle fut un des plus importants parmi les 
centres de culture intellectuelle qui précédèrent la naissance 
des universités. Ce jugement résume le chapitre que nous 
venons d'écrire, et suflit à faire apprécier quel fut le rôle de 
Notger. 



(1) Ambo olim a pueris apud scolares alas in uno auditorio militavimus, 
Foecunda ratis, préface, p. I. Je ne saurais cependant pas accorder à Voigt, 
p. XXIV, V. 1011, que ce soit iVotger qu'Egbert désigne comme son maître par les 
termes de benignus herus. Un clerc liégeois du nom d'Egbert signe le diplôme de 
1002 : est-ce celui-ci? 

(2) Hugues de Flavigny, II, II, p. 377. 

(3) Gesta abh. gemblac, in initio, p. S23. 

(4) Specht, p. 373. 

(o) Watlenbach, Dcutsehlands Geschichtsijuellen, 11, p. 203. 

(6) Id. 1. c. 

(7) Specht, p. 387. 



CHAPITRE XV. 



LE MOUVEMENT ARTISTIQUE. 



Nous assistons, vers Ja fin du X' siècle, au joyeux réveil 
de la vie artistique, et c'est l'architecture qui le mène. Au 
commencement de la dynastie saxonne, cet art était encore 
bien imparfait Quand Otton le Grand bâtit l'église de 
Magdebourg, il fut obligé, comme Gharlemagne, de faire 
venir d'Italie ses colonnes de marbre (1) Mais sous le règne 
de ses premiers successeurs. Tarchitecture prit un essor 
rapide, et préluda à ce style bien médiéval qui porte le nom 
de roman. 

« Dans le monde presque tout entier, écrit un contem- 
porain, et particulièrement en Italie et dans les Gaules, les 
églises furent renouvelées, même celles qui navaient nul 
besoin d'être rebâties Les peuples chrétiens rivalisaient à 
qui édifierait les plus belles. C'était comme si le monde, 
réveillé d'un long sommeil et secouant sa vieillesse, avait 
voulu se revêtir dune robe blanche d'églises Presque toutes 
les cathédrales furent rebâties par les fidèles, et de même 
les monastères ; les églises de village elles-mêmes furent 
renouvelées (2) » 

(t) Thietmar de Mersebourg, II, Id, p. 748. 

(2) Raoul Glaber, III, 4. éd. Prou. Cet auteur a seulement le tort de vouloir 
dater le pliénomène avec trop de précision, en le plaçant en 4002 (infra supradictum 
millesimum tercio jam fere imminente anno); mais, cette réserve faite, son témoi- 
gnage n'en garde pas moins d'intérêt. Il n'y aurait rien de plus intéressant que de 
vérifier ce témoignage en faisant le relevé des innombrables édifices religieux qui, 
en effet, dans toute l'Europe occidentale, furent alors ou bâtis, ou renouvelés et 
restaurés, mais c'est un travail qui dépasserait le cadre de ce livre. 



LE MOUVEMENT ARTISTIQUE. 301 

Lïntensc activité architecturale de cette époque a un 
caractère que le chroniqueur n'a pas pensé à nous indiquer, 
mais qui était certainement présent à sou esprit lorsqu'il 
comparaît les sanctuaires nouveaux à la robe blanche du 
monde. Ce caractère, c'est la substitution de la pierre au 
bois dans 1 architecture religieuse. 

Jusqu'à la fiu du X' siècle, les églires en pierre étaient 
rares; on n'en voyait guère que dans les villes (1); encore 
y avait-il des villes comme Reims, Strasbourg, Maestricht, 
Brives, Tours, Thiers, Boulogne sur-Mer, dont les premiers 
édifices religieux étaient eux-niêrae en bois (2). Encore dans 
la seconde partie de ce siècle, on voit bâtir en bois la cathé- 
drale de Verden, et l'historien qui relate la chose parle de cet 
édifice comme d'un monument de grande valeur (3) Quant 
aux constructions civiles, l'immense majorité était en bois : 
les édifices privés presque tous, les édifices publics en bonne 
partie. Los donjons d'une multitude de châteaux -forts (4), 
les muiailles d'un grand nombre de villes étaient en bois (5), 
comme celles d'Athènes dans l'oracle de la Pythie (G). 

(■1) Ceci jette du jour sur la portée de la découverte de précieux fragments archi- 
tecturaux provenant de l'église du village de Glcn.s-sur-Geer (province de Liège) 
avec une inscription qui les date du règne de Sigebert III {VI[e siècle). V., .sur ces 
pierres, le curieux travail de Mgr. Monchamp dans BARB, 1901. A mon sens, ces 
pierres provenaient, de quelque sanctuaire de Tongres ou de Maestricht détruit 
peut-être par les Normands, et dont les matériaux auront servi à édiûer l'église de 
Glons au Xe ou au Xle siècle. 

(2) Enlart, Manuel d' Archéologù française, t. I, p. 125. J'ai substitué, dans le 
texte, le nom de Maestricht à celui de Tongres, inscrit ici par erreur. 

(3) Thietmar de Mersebourg, II, p. 753, parlant de i'évêque Brunon de Verden -. 
Qui aecclesiam in Werduun, cui rationabiliter praefuit, de ligno fecit egregiam, et 
magniludine et qualitate caeteras praecedenteni. 

(4) Ainsi Erluin de Cambrai, ami de Notger, bâtit en bois son Cateau-Cambrésis, 
et ce fut Gérard I qui le rebâtit en pierre. Chronicon saneti àndreae, I, II, p. 528. 

(5) C'est seulement à la fin du Xle siècle, sous Gérard II, que l'enceinte en bois 
fut remplacée par une muraille en pierre : civibus auxiliantibus totam in circuitu 
eivitatem, vallo ligneo prius compositam, ipse episcopus munivit muro lapideo 
fortius, etc. Gesta epp. Camerac. Continvatio, Gesta Gerardi II, o, p. 499. 

(6) Hérodote, Vil, 141-442. A l'occasion dn cet oracle, on se souvint à Athènes 
que l'Acropole était défendue autrefois par une palis-ade, et on se persuada que 
c'était là la muraille de bois derrière laquelle la Pythie conseillait de se retrancher. 
C'est comme on sait, Thémistocle qui fit changer d'avis à ses concitoyens, mais je 
crois que ceux-ci avaient bien compris l'oracle. 



302 CHAPITRU: XV. 

Mais les dernières années du siècle sont témoins d'un 
changement profond. Dans la lutte pacifique entre la pierre 
et le bois, celui-ci représente le nord barbare en opposition 
avec le midi civilisé, l'art de la rustique Germanie au regard 
de l'empire romain (1). Le bois succombe et se réfugie dans 
les extrémités septentrionales de l'Europe. Le nouvel a âge 
de la pierre » marque une nouvelle conquête du monde par 
le génie de la vieille civilisation, en même temps qu'un des 
grands progrès de l'art architectural (2). 

Ce mouvement, comme celui de la civilisation elle même, 
se fait de l'occideut à l'orient et du sud au nord, La date 
exacte en varie de pays à pays; on peut l'induire, pour 
chacun en particulier, du soin avec lequel ses chroniqueurs 
nationaux nous font connaître la nature des matériaux de 
construction employés f3) Dans la Belgique orientale, il 
coïncide avec le règne de Notger L'immense majorité des 
églises bâties chez nous du YIP au XP siècle était en bois (4). 



(i) En Angleteire, la construction en bois était appelée mos Scotorum, et la 
construction en pierre, mos Romanornm. V. Béda, Eut. eccl. Angl. III, 2y et V. âl ; 
cf. le même, III, 4. On lit dans la vie de sainte Monenna, 74, AA. SS., t. II de 
juillet, p. 311 : Ecclesia in monasterio sanctae Monennae in supradicto monasterio 
construitur tabulis dedolatis juxta morem Scotticarum gentium, eo quod macerias 
Scotti non soient facere nec factas habere. 

(2) On croit rêver en lisant des piroles comme celles qui suivent : » Il importe 
de bien préciser le rôle joué à cette époque par le bois dans la construction des 
édifices. On ne construisait pas des églises en bois, comme des écrivains, d'ailleurs 
très instruits, l'ont cru (c'est l'erreur dans laquelle est tombé entre autres Éméric 
David), mais on convrait les églises, soit de plafonds en bois, soit de charpentes 
apparentes » etc. A. Wauters, L'architecture romane, Bruxelles ■1889, p. .3S. 

(3) Thietmar de Mersebourg, cité ci-dessus, nous fait connaître que déjà Berchar 
(f 4013), successeur de l'évêque Brunon, ajouta à son église de bois une tour en 
pierre. Le même, II, 42, nous apprend que sa grand mère Judith, morle en 973, 
fut enterrée dans une église quam post de lapidibus, qui in hac terra pauci babentur, 
filia ejus sumopere construcxit. 

L'évoque Boson de Mersebourg (f 970) bâtit une église à Zeitz : Juxta predictam 
civilalem in quodam saltu, quod ipse construcxit ac suc nomine vocavit, templum 
Domino de lapidibus edificat consecrarique fecit. Thietmar de Mersebourg, II, 36. 

(4) Reusens Éléments d'archéologie chrétienne, t. I, p. 335; cf. Habets, Het 
Bisdom lioermond, p. 31 4. Voici, pour l'édification du lecteur, une petite liste 
d'églises en bois dont j'ai constaté l'existence au haut moyen-âge : 



LE MOUVEMENT ARTISTIQUE. 303 

Le progrès, d'abord limité aux villes, gagna un peu plus lard 
les campagnes II lui faudra du temps pour faire le tour du 
Lolhier, et la transformation aichitcclonique ne pénétrera 
que peu à peu dans les régions les plus reculées du pays (1). 
On a pu écrire qu'encore au XII* siècle, la Cumpiue 
était couverte d'églises de bois (2,*, et sans doute il en aura 
été de même de l'Ardenne (3). Mais le mouA'oment est 
imprimé, et à partir de Notger, nous voyons la pierre pénétrer 

AIX-LA-CHAPELLE. Galerie en bois reliant le palais de Charlemagne à l'église 
Notre-Dame. Egimhard, Vita Karoli, c. 32, p. 460; cf. Poeta Sojo, V. G07, p. 278. 

ARRAS. S. Vaast est enterré in oratorio quod paupere sumptn, id est ligneis 
tabuUs prope litiis Grientionis fluvioli acdificaverat. Alcuin, Vita Vedasti dans 
AA. SS., t. I de février, p. 799». 

FLOYON (Nord). Saint Ursmer y bâtit une ecdeaiola lignea de ses propres mains. 
Folcuin, Mir. Ursmari, c. H, dans Mabillon, AA. SS. saec. III, p. 2S4. 

LOVENJOUL. Église en bois dédiée à saint Lambert, rebâtie en pierre au milieu 
du XI" siècle. Anselme, c. 40, p. 496. 

MAESTRICHT. Église en bois sur le tombeau de saint Servais, jusqu'à saint 
Monulphe qui la rebâtit en pierre. Greg. Tur. Glor. Conf., c. 72. 

MARCHE. Église en bois bâtie au IXe siècle en l'honneur de saint Remacle. Mir. 
S. Remacli dans Acta SS., t. I de septembre. 

MONT-SAINÏ-GUIBERT. 1 123. Une église en bois y est remplacée par une église 
en pierre : Olim quippe ecclesiola lignea in eo fuerat. Anselme de Gembloux, 
Continuât. Sigeb., p. 379. 

OEDENRODE (Brabant septentrional). Chapelle en bois sur la tombe de sainte 
Ode. Ghesquière, o. c, VI, pp. 613-630. 

RUSSON. Église en bois sur le tombeau de saint Evermar, rebâtie en pierre au 
milieu du Xle siècle. Vita s. Evermari dans Ghesq. AA. SS. B., t. V, p. 280. 

WARCQ, château-forl sur la Meuse près de Mézières (département des Ardennes). 

974. 1! y a dans ce château une chapelle Saint-Arnoul, qui est en bois. {Hist. 
ilonasterii Mosomensis, p. 606, 15). 

En général, on peut dire que (juand un chroniqueur prend la peine de marquer 
en quels matériaux (pierre ou bois) est bâti un édifice, c'est que la région où il 
demeure est encore dans la période de transition du bois à la pierre; plus tard, 
quand l'emploi de la pierre sera devenu univer.sel, on ne pensera plus à le 
mentionner. 

(4) Cf. (pour les provinces septentrionales) Feith, Korte schets van de oude 
gewoonte om in houten gebouwen te ivonen, dans Nyhofl", Bijdragen, t. I. 

(2) Heylen, Historische Verhandclingen over de Kempen. Je n'ai pas eu ce livre à 
ma disposition. 

(3) Encore en 4404, Albert, fondateur de l'abbaye de Rolduc, y bâtit une église 
en bois (erecta inibi capella ex lignorum materia), mais, dès la 3^ année, il la rebâtit 
en pierre (erexit sanctuarium in materia lapidum) Annales Rodenses, p. 694. 



304 CHAPITRE XV. 

victorieusement dans la construction de plus d'un sanctuaire 
rural (1) Banni peu à peu de l'architecture religieuse, puis 
aussi de i'arciiitecture militaire (2), le bois trouva un plus 
durable asils dans les constructions privées, et pendant 
longtemps, les sanctuaires du moyen-àge surgirent comme 
des géants solitaires au milieu des peuples de maisons de bois 
qui se groupent à leurs pieds. Les grandes villes elles-mêmes 
contenaient au moyen âge si peu de maisons en pierre, que 
celles-ci étaient considérées comme des résidences de grand 
seigneur, et qu'en Flandre on les désignait, comme des 
exceptions curieuses, sous le nom de "iteen (3) 



(1) Par exemple à Rixingen en 4036, à Ottrange (1048-107o), à Waha près de 
Marche (iOoO), à Saint-Hubert dans !a construction de l'ét^Hise paroissiale de Saint- 
Gilles, (Xie siècle), à Emae! (Xl^ siècle), à Russon (2" moitié du Xle siècle) et sans 
doute aus>i à Wéris et à Toliogne, dont les églises trahissent bien le caractère 
architectural de celle de Waha. Cf., sur la plupart de ces sanctuaires, G. Kurth, 
L'inscription dédicatoire de l'église de Waha {BCRH, V^ série, t. X; pp. 119 et 
suivantes). 

(2) Le château d'Upladen au X^ siècle, était protégé par un mur de pierre, 
qtiod in illis locis rarissimum est, écrit Alpert, De diversitate temporum. II, 13, p. 716. 
Encore au XlVe siècle, le château d'Eerde près d'Ommen était en bois, et c'était un 
des plus redoutables. En •ISSO, l'évêque d'Ulrecht l'as-siégea pendant cinq semaines 
avec ses alliés et ne l'obtient que par capitulation. V. Feith, o. c, p. 213. 

(3) A l'occasion du palais bâti à Valenciennes par Baudoin IV de Hainaut, 
Gislebert de Mons écrit : 

In Valencenis domum lapideam ad habitandum honestam et aptam super Scaldum 
fluvium construcxit. Édit. Vanderkindere, c. 40, p. 72. 

ï Dans toute la Flandre, les maisons bourgeoises du XVI* siècle étaient encore 
en bois. » Cl. Moeller, Eléonore d'Autriche et de Bourgogne, Paris, 189o, p. 33. 

A Liège, sous Érard de La Marck (XVIe siècle), il n'y avait que des maisons en 
terre. Abry cité par Bormans, BJAL, VIII, p. 279. (Il est vrai que cette ville se 
ressentait de la destruction de 1468, mais encore!) 

A Trêves, au commencement du XI^ siècle, toutes les maisons sont en bois, quand 
l'empereur Henri II, assiège l'évêque intrus Adalbéron dans son palais. Tune 
imperator ex materia domorum urbanarum machinas circa palatium u.sque ad arces 
praecepit erigi, quo facilius posset palatinos ex ipsâ machinarum aequâ palatio 
altitudine angustare. Gesta Treverorum, c. 30, p. 172. 

De même, en Frise, la maison du seigneur s'appelait stins. Et en France, les 
monuments civils de quelque importance s'appelaient souvent perron, parce que les 
constructions voisines étaient de bois ou d'argile. Cf. Eiilart, Manuel d'Archéologie 
Françaite, t. II, p. 186. 



LK MOUVEMENT AUTISTIQUE. 305 

Les considérations ([ui précèdent donnent une idée de 
l'œuvre arcliilectoniquc do Notger. La pierre seule entre dans 
toutes ses constructions Unit civiles que religieuses, et il 
l'ut un des hommes de son temps qui contribuèrent le plus, 
dans Tordre monumental, à la translormation dont le chro- 
niqueur du XP siècle parle en termes si lyriques. 

Ici se pose une question. 

Tant de travaux divers exigeaient le concours dun ingé- 
nieur militaire et dun ou de plusieurs architectes. Or, nos 
sources nous laissent dans une ignorance absolue au sujet des 
hommes qui prêtèrent à Notger le concours de leur science et 
de leur art. On sait cependant qu'à cette époque, où la divi- 
sion du travail était inconnue, l'art comme la science était aux 
mains des clercs seuls ; aussi voyons-nous qu'encore longtemps 
après Notger, les architectes qui tracent les ])lans des enceintes 
urbaines et qui les font exécuter sous leurs yeux sont des 
moines (1). Nous connaissons les noms de quelques-uns au 
moins de ces maîtres : tels sont, à Metz, l'abbé Odilbert, qui 
bâtit l'abbaye de Saint- Vincent (2), et l'abbé Ansterus de Saint- 
Arnoul, à qui on doit plusieurs édifices lotharingiens (3). 
Tels sont encore Bennon, qui, avant de devenir évêque 
d'Osnabrûck en i0()7, avait été écolàtre, puis prévôt de la 
cathédrale de Hildesheim (4), et Frédéric, moine de Saint- 
Vanne de Verdun, qui présida à la construction des tours de 



(1) « Alix époques carolingienne et ronifine, rareliilCflHro, comme Ions les arts et 
toutes les sciences, n'était plus enseignée que clans les gi'andes abbayes : la plupart 
des artistes étaient des moines bénédictins. » C. Eiilart, Mimnel d'Archéohtjie fran- 
çaise, t. I., p. G2. A Liège, en particulier, les moines étaient encore au XYII"^ siècle 
employés dans les travaux arcliitectoniques. Lors de la cccoustruclion du Pont des 
Arclies, en KioJj, ce fut un iiécollot, le frère Benoît, ([ui dirigea pendant deux ans 
et demi rextrarlimi cl la |)ré|»:irali(in des blocs île pierre dans la carrière d'Em- 
bourg, et un Mineur, le frère Ëioi, ([ui aida à dresser les charpentes pour le cin- 
trage. Th. Gobert, l. 111, p. 1?A. 

« Wie in der Litteratur, sn waren aiicli in dcr Kunst die Monche die Tiiiger der 
Kultui'. » Hauck. 111, i, p. ''VM. 

(2) Sigeberl de Gembloux, Vita Ueoderici, c. li, p. 'iTU. 

(3) Vita Joliuniiiit (Jorzirnxis, c. C)i'>, p. .3.').'). 

(4) Vita Bennoiiis, c. ii cl 7, pp. G2-C;:!. 

I. 20 



306 CHAPITRE XV. 

son monastère (1). Ajoutons à ces noms celui d'un laïque, 
Thietmar, qui aida saint Poppon de Stavelot à lédillcation 
de son église, et à qui un contemporain fait honneur de la 
solide structure de rédifice sacré. Thietmar, écrit-il, était un 
nouveau Béséléel qui, inspiré d'en haut, ornait la maison du 
Seigneur au gré du saint abbé, et celui-ci lui portait une 
vraie all'ection (2). 

L'évêque de Liège a donc pu avoir à son service, soit 
parmi ses clercs et ses moines, soit même parmi ses minis- 
tériaiix, des hommes comme Bennon ou comme Thietmar, 
qui auront tracé le plan de ses édifices (3), à moins que nous 
ne supposions qu'il a mis personnellement la main à l'œuvre, 
et qu'il a manié l'équerre et le compas. Et on se le figure 
volontiers, circulant avec satisfaction sur les chantiers autour 
de Tédifice qui surgit, ou sinstallant à proximité, à la 
manière de 1 évéque Haimon de Verdun, qui, établi à l'abbaye 
de Saint- Vanne, surveille, des fenêtres du couvent, les tra- 
vaux d'agrandissement de l'enceinte de sa ville épiscopale(4). 
Volontiers encore le verrait-on, comme Meinwerc de Pa- 
derborn, engager tel chef-ouvrier qui se fait bientôt valoir 



(•1) Contractis undequâque multis operariis suâ industria turres lapideas 

construxit. Vita s. Richardi, c. 10, p. 285. 

(2) Eodem tempore extitif quidam magister carpenlariorum vel latomoriim, Tliiet- 
marus noinine, qui a viro Dei Poppone vaide carus habebatui' proplei- peritiam arlis 
suae, iiam illi Dcus inspiraverat quemadmodum Beseieel opus perficere in domo 
Domini secundum voliiiitatem viri Dei, monstrante videntibiis praesentis basilicae 
structura mirabili. Vita s. Poppotiis, c. 33, pp. 31i-3io. Cette basilique fut consa- 
crée en 4040. Ibid. c. 22, p. 30'J. Voir, pour la France, les noms cités par Enlart, 
p. G2, note. 

(3) Il lui fallait de toute manière un maître de l'œuvre en qui il pût avoir con- 
fiance, à raison de ses nombreux voyages, pendant lesquels la construction com- 
mencée ne chômait pas. Nous voyons que Meinwerc de Paderborn accompagnait 
Henri II en Italie en i014 : Rébus domesticis dispositis, et maçiistris idoneis operibus 
praepasitis, tempore autuinpnali cimi rege proliciscitur. Vita Meinwerci, c. 23, 
p. liG. 

(4) Vita s. llichurdi, c. d i, p. 287. Voir aussi Vita saucti Meinwerci, c. 12, 
p. d 12-113, où est raconté agréablement Tépisode de ce cementarius et carpentarius 
que l'évêque prend à son service, et qui, mort au cours de ses travaux, reçut de si 
honorables funérailles. Sur sa tombe, dans la crypte de l'église de Paderborn, 
Meinwerc plaça sa truelle et son marteau ad posteritatis monimentum. 



LK :mouve:mkxt autistiqur. o07 

comme un maître, et honorer ses modestes collaborateurs 
par les marques de respei't qu'il donne à leur art. l'it sans 
doute, si on était mieux initie à sa vie, on pourrait tracer 
de l'emploi de sa journée un tableau comme celui qu'esquisse 
un biographe de saint Godeliard de Hildeslieim : Après sa 
messe, le saint consacrait une partie de sa matinée à visiter 
les travaux en construction, s'intéressant aux ouvriers et ne 
leur marchandant pas les encouragements (1). 

Il s'agit maintenant de nous rendre compte des inlluences 
architecturales auxquelles ont obéi les constructions notgé- 
riennes, et de marquer à quelle province de l'art elles appar- 
tiennent. Sous ce rapport, Liège, au dire des archéologues, 
ne constitue pas une entité artistique indépendante. Com- 
prise dans l'Empire d'Allemagne et orientée sur lui, elle 
participe de toute sa vie religieuse, politique et esthétique. 
C'est en Allemagne, par conséquent, qu'il faut aller chercher 
les types de l'art liégeois, et c'est dans la région rhénane 
qu'on retrouve les modèles imités à Liège (2). 

Telle est la doctrine des maîtres. Je n'ose m'inscrire en 
faux contre elle, mais je voudrais faire remarquer que la 
parenté entre l'art mosan et l'art rhénan n'implique pas 
nécessairement que celui-là soit en tout l'élève de celui-ci. 
Somme toute, les édifices religieux de Liège et de Maestricht 
ne sont pas postérieurs à ceux qui se sont élevés sur les 
bords du Rhin, et il est dillicile de dire aujourd'liui quels 
auraient pu être, à Cologne, les prototypes de Saint-Lambert 
ou de Saint- Servais. Un air de famille groupe les églises du 
Rhin et celles de la Meuse dans une même série artistique, 
c'est entendu; mais qui nous dit que les initiatives qui ont 
fini par en fixer les traits généraux ne sont pas parties des 

(1) Vita Sancti Godeliardi prior, c. 88, p. i'Jo : Ad operarios exibat quorum in- 

numerabilem mulUtudinem per diversas operum utilitales exercebat, quibus 

profectionis studio l'requentins assidens, singulorumque strenuitates dilii^enlius 
intuens, adliibito sibi uno de clericis scinper inveniebalur psaliiiodiae laudes 
resonare. 

(2) (i Dans la partie orientale de la Belgique, qui correspond à rancien diocèse 
de Liège, mais surtout sur les bords de la Meuse, près de Liège et de iMaestricht, 
les monuments du \l^ et du Xll'' oIVrent généralement les caractères du style 
rhénan. » Reusens, Éléments d'archéologie religieuse, 2<' édition, t. 1, p. .'iit. 



o08 CHAPITRE XV. 

bords de la Meuse aussi souvent que de ceux du Rhin? Ce 
sont là des questions que Ion pourrait tout au moins poser, 
mais je les suppose résolues dans le sens de l'opinion tra- 
ditionnelle et j'aborde immédiatement la question des rela- 
tions entre l'art notgérien et l'art rhénan. 

Et tout d'abord, je constate qu'à l'époque de Notger, il y 
avait au pays rhénan deux foyers artistiques simposant 
nécessairement à son attention. 

Le premier était dans son propre diocèse : c'était Aix-la- 
Chapelle, la vieille ville carolingienne, avec son dôme auguste 
qui couvrait le tombeau de Charlemagne et qui prêtait ses 
voTites au couronnement des empereurs. Notre-Dame d'Aix- 
la-Chapelle faisait revivre dans le nord barbare limage de 
cette architecture à coupole dont le génie romain était si 
épris. C'était en quelque sorte, on le sait, une copie de Saint- 
Yital de Ravenne, et rien n'était plus célèbre, dans nos 
contrées, que l'octogone de cet éditice, sa coupole, ses portes 
de bronze, sa couronne de lumière et ses mosaïques à fond 
d'or qui, à la voûte, représentaient le Christ et les vingt- 
quatre vieillards de l'Apocalypse. Ce n'est pas que le génie 
architectural de l'Occident poussât nos ancêtres à ce genre 
de constructions, loin de là. C'est le culte pour la mémoire 
de Charlemagne beaucoup plus qu'un goût particulier pour 
les rotondes qui a fait éclore, sur divers points à la fois, des 
édilîces bâtis à l'imitation de celui d'Aix-la-Chapelle. Parmi 
les huit ou dix monuments qui, du IX" au XP siècle, repro- 
duisirent avec plus ou moins de bonheur l'image de l'église 
carolingienne (1), Saint-Jean de Liège est la plus occidentale 
avec Germigny-des-Prés. Rarement, dans l'histoire de l'ar- 
chitecture, l'inlluence d'un monument eut un caractère plus 

(I) Ces inominients sont : 

Sur la rive droite du lîliin : Essen (Prusse Riiénanc); Croningiic (I[oIlande) 
Saint-Micliel de Fulda (Hesse). 

Sur lu rive gauclic, outre Liège : Niiuègue (Hollnndej, Tliionviilc (Lorraine), 
Ottinarsheim (Alsace), MeUach (Prusse rluMianei, Saint-Pantaléon (Cologne;. Y. Deliio 
et Bezold, Die Kirchliche Baukitnst des .[brudlandes, p. ^33, oii l'on ajoute à celle 
liste la tour occidentale de Sainte-Marie au Capilole, à Cologne et l'église de Ger- 
migny-des-Prés (Loiret) bâtie par Tliéodulf, évêciue d'Orléans, un des fidèles de 
Charlemagne. Ch, Sclinaase, Gescliichte der bildendtn Khuste, t. III, p. 1535, 



LE MOrVEMEXT ARTISTIQUE, 309 

individuel, si Von pcul ainsi parler, rareiuenl l'imilalion l'ut 
plus consciente, plus voulue. Alors que, parmi les innom- 
brables cliefs-d'œuvrc d'architecture dont le génie chrétien 
a semé l'Europe occidentale, c'est à peine s'il y en a quelques- 
uns dont on puisse trouver l'origine racontée dans une de nos 
sources narratives, les documents nous disent, au sujet de trois 
églises différentes, qu'elles furent Ijàties sur le modèle d'Aix- 
la-Chapelle (1). C'est le cas pour Li»'gc, où, au XIV^ siècle, Jean 
d'Outremeuse sait que Notger bâtit l'église Saint-Jean « de la 
iachon et forme reonde ensi que astoit et est l'englise Notre- 
Damnie d'Yais le Grain » (2). Et aujourd'hui encore, pour 
qui a vu les deux sanctuaires, nuilgré les reconstructions qui 
ont entamé profondément l'aspect du second, leur ressem- 
blance s'aHirme avec énergie. On peut même dire qu'à toutes 
les époques de son histoire architecturale, Saint-Jean de Liège 
semble avoir été préoccupé de conserver son caractère de 
reproduction du monument de Charlemagne. Lorsqu'au XI Y^ 
siècle Aix-la-Chapelle eut bâti, à cùté de l'octogone, un chœur 
formant à lui seul un nouvel édifice, on en bâtit un semblable 
à Liège (3). Et il n'est pas jusqu'à cette passerelle aérienne 
reliant la tour à l'octogone et menant du clocher à la coupole 
par laquelle on n'ait voulu, à Liège, au XYIIF siècle se con- 
former exactement à ce qui se voyait à Aix-la-Chapelle (4). 

(1) Ainsi pour Metlach, une source écrit vers 1070 : « Et Aquisgrani [lalaliuin 
iniltcns et ex eodem similitudinem sumens, turrim quae adhuc superest crexit. » 

Une chi-onique du X^ siècle dit de Tcglise de Germigny-des-Prés : Basilicam 
luiri operis, instar videlicet ejus quae Aquis est condita. 

(2) Jean d'Outremeuse, IV, p. -loO. On a, je crois, toujours eu conscience à 
Liège de cette ressemblance. En -Io70, Ortelius, passant par cette ville, écrivait 
dans son Itinerarium : Quam aedem, Aquisgranensi perquam simileni, et rotun- 
dam penitus, nisi ([uod ad latera sacella postmodum accessere, condidit ipse suc 
sumptu iNotgeruS). Cf. Délires dn pai/s de Lièije, t. 1, p. 43G. « Au surplus, les 
ih'xw cdilices se ressemblent tellement que l'on ne scaurait doubler si le modèle de 
l'un aurait esté pris après la forme de l'autre. » Pli. de Ilurges, Vuijafjc à Liècje et 
à Macxtricitt, édit. Michelant, p. 1(J7. 

(3) Sur ce chœur, et en général sur toute l'histoire archileclurale de Sainl-Jcan, 
voir plus loin l'appendice. 

(i) Cette passerelle, disparue à Aix, s'y voyait encore dans une reproduction du 
XVIIl'' siècle; v. Gilde de saint Tliomii.i ri de saint Luc, 21^ réunion, p. 3i. 

On ne la voit pas à Sainl-Jean de Liège dans la gravure des Délices du pays de 
Lièye, t. II, p. 133, et j'ignore quand elle y fut faite. 



310 CHAPITRE XV. 

Enfin, à l'intérieur de l'édifice, la ressemblance avec Aix était 
confirmée encore par « une grande couronne de cuivre qui 
remplit presque toute la circonférence « (J). Etant donné une 
conformité si fidèle entre les deux édifices, il serait intéres- 
sant de savoir si la décoration intérieure de Saint-Jean de 
Liège répondait dans quelque mesure à celle d'Aix-la-Chapelle. 
Les voûtes du sanctuaire liégeois n'avaient-elles pas l'ambi- 
tion de ressembler à celles de la basilique de Gharlemagnc, 
dont les mosaïques font encore aujourd'hui l'admiration des 
visiteurs? Cette question doit rester forcément sans réponse, 
aucune de nos sources ne nous fournissant à ce sujet le 
moindre renseignement (2). Quoi qu'il en soit, et à supposer 
que l'imitation n'ait porté que sur les caractères architectu- 
raux, elle constitue un fait trop intéressant pour ne pas jus- 
tifier la notice un peu étendue que nous avons consacrée au 
sanctuaire favori de Notger. 

La construction de Saint-Jean est un hommage de respect 
et un acte de vasselage artistique envers la grande mémoire 
de Charlemagne, mais elle reste un fait isolé, A part cette 
unique exception, l'architecture notgérienne, sous les réserves 
formulées ci-dessus, est orientée sur la métropole de l'église 
liégeoise, sur la « sainte Cologne «. Cette ville, déjà au 
X^ siècle la plus importante de l'Allemagne, était comme la 
Rome du Nord. Nulle part en Allemagne il n'y avait autant 
de sanctuaires ni de si célèbres. Rien que dans la vieille 
enceinte romaine, Cologne avait une cathédrale, une collé- 
giale (Sainte-Marie au Capitole) et quatre paroissiales ; dans 
les faubourgs surgissaient les églises de Saint-Géréon, — la 
basilique des Saints d'or, comme l'appelait le peuple, — de 
Sainte-Ursule aux onze mille Vierges, de Saint-Séverin, de 
Saint-Cunibert, auxquelles venait de s'ajouter plus récem- 
ment celle de Saint-Pantaléon, dé])ositaire des tombeaux de 
saint Brunon et de l'impératrice Théophano. Il y avait là 
un ensemble de merveilles fascinantes. Il semble donc naturel 

(1) Drlirrs du paijs de Licrjc, I. Il, j). \?>G. 

(2) Le Vita NoU/cri, qui consacre tout son th. 4 à l'histoire de la fondation de 
Sainl-Jean. ne parle pas de sa ressemblance avec N. D. d'Aix-la-Chapelle et se 
borne à énumérer les richesses mobilières et les reliques dont Notger la dota. 



LE MOUVEMENT AUTISTIQUE. 



311 



que Liège, îors([u*;i son tour clic voulut « i-c\clii' I;i robe 
blanche des basiliques », se soit inspirée de sa vieille métro- 
pole, et que l'art liégeois soit le disciple de Tart rhénan. 

En quoi il l'imita, cela n'est pas facile à dire, étant donne 
que la plupart des monuments colonais d'alors ont été 
renouvelés. Mais la parenté artistique de Liège et de Cologne, 
atlîrmée pour le X*' siècle par les archéologues, reste vivace 
dans les siècles suivants : elle se prolonge par dessus l'époque 
romane dans l'époque gothi({ue, et atteste l'antiquité comme 
la force du lien qui rattache l'art des bords de la Meuse à 
celui du Rhin. 

Essayons de préciser, sinon les caractères de l'art notgé- 
rien, du moins les traits principaux de ses œuvres archi- 
tecturales. 

Le plus frappant de tous, c'est la double abside hémisphé- 
rique de la cathédrale de Saint-Lambert (1) et de l'église 
Sainte-Croix (2). Tous les archéologues s'accordent à recon- 
naître dans cette particularité, un des traits caractéristiques 
de l'architecture rhénane (3). Elle influe sur la disposition de 
l'édifice tout entier, et même, dans une certaine mesure, sur 
la liturgie, à moins qu'on ne pi'éfère l'expliquer elle-même 
par les nécessités liturgiques. La double abside, si l'on peut 
s'en rappoi'ter aux exemples cités ci-dessus, a dû être fort 
répandue dans nos contrées, mais le remaniement de nos 
édifices religieux à partir d'une certaine époque, l'aura fait 
disparaître. 

Un second trait de notre primitive architecture romane, 
c'est l'absence de voûtes: celles-ci étaient remplacées par des 
plafonds à la cathédrale (4), à Saint-Denis (o), à Notre- 



([) Sur celle-ci, voir, à rappcndice, La rathéilralc nottjérienne de Saint-Lambert. 

(2) Celle-ci existe encore, bien que rebiitie à une époque postérieure. 

{?>) C. F.nlart, Manuel d'archénlogie française, I. I, p. 2'2Û; Antliyme Saint-Paul, 
Bulletin archéolngiqne du cniiiitc des travaux historiiiues, 188(!, p. .31 1 ; Oite, Hand- 
buch dcr rhristlirlicn k'unsl-Arctidolofiie, li'' édition, Leipzig 1883-85, t. I, p. .30-06; 
Dehio et Bezold, Die Kirclilirlie Daul.unst des Abendlandes, l. I. p. 167. 
■ (4) V. à l'appendice la dissertation citée. 

(0) Saint-Denis garda son plafond jusqu'en 1701. V. l'article Saint-Denis dans 
Th. Gobert, Les Rues de Liège, t. I, p. 394. 



^\2 CHAPITRE XV. 

Dame de Maestricht(l) et peut-être dans d'autres églises 
encore (2). Si Saint-Jean a eu une voûte, cela tient à sa 
coupole et à l'imitation d'Aix-la-Chapelle, mais, dans les 
débuts du gothique liégeois, les éi;^liscs étaient encore munies 
de plafonds, témoin léglisc Saint-Christophe aujourd'hui 
restaurée. 

Je note en troisième lieu, dans les églises notgériennes, 
l'absence de transept : aiicune d'elles, si je ne me trompe, 
n'en a eu (3). 

D'autres caractères du roman rhénan ont peut-être aussi 
a]ipartenu à l'architecture notgérienne, mais nous ne sommes 
})lus en état d'en juger. C'est ainsi, par exemple, que l'alter- 
nance des supports (piliers et colonnes), est considérée par 
un historien de l'art comme propre aux débuts du roman (4); 
toutefois, nous ne la rencontrons à Liège que dans une seule 
église, celle de Saint-Christophe, et elle est postérieure d'un 
bon siècle à Notger. Saint-Denis, qui date de cet évèque, 
repose sur des colonnes seulement. 

Enfin, on veut aussi voir dans la pauvreté de l'ornemen- 
tation la dernière note des édifices qui ont été élevés dans 
la période de transition du X'' au XI'' siècle (5). Pour pouvoir 
l'affirmer des monuments liégeois, il nous faudrait avoir 
conservé la cathédrale notgérienne, car tout ce que nous 
savons de cet édifice nous permet de croire qu'il dépassait 
de beaucoup toutes les églises de Liège. A ne juger de celles- 
ci que par la nef et la tour de Saint-Denis, par le nartiiex et 

(1) Nuirc-Dame de Maestridi! a ^ardé son plafond de bois jusqu'en I7(il. .in- 
niuùre de la proriiirc de Uinlidiirii, 182", ]i. I l(S; Gildc de saint. Thomas et de saint 
Luc, Bulletin de la o'2e session, Lille-Bruges, HI03, p. il). 

(2) Le plafond de Saint-Sci'vais de MacstricliL ne fut i-eniplacé ([ue vers li2o 
par une voûte (Schnieils, La basiliiine de Saint-Servais à Maestricht, p. 48.) 

fo) Saint-Servais de Maesti'iclit n"en a pas, ni Sainl-Ciriuent ni Sainle-Agncs de 
Rome, ni Saint-Apollinaire iti Classe, ni aucune basiliiiue de P.avenne. Schmcits, 
La hasiUtjue de Saiiit-Serrais à Maestridit, \). (J9. ^oti'e-Itaiiie de Maeslricht n'avait 
|ias non plus de transept à l'oi-ii^ine; celui qu'elle possède est d'époque postérieure. 
Annuaire de lu prorince de Linibourq, -1827, p. H.'j. 

(i) Kraus, Gesrhichte der christlirhen Kunst, t. II, p. 30. La patrie de cette inno- 
vation sei-ait, d'après lui, la coniréc au nord du Harz; de là elle se serait répandue 
dans toute la Dasse-Saxe, en Alsace, dans le yiand-duclié de Bade et en Lolliaring-ie. 

(5) lîeusens, Eléments d'arrtiéolo<jie rlirétienne, t. 1, p. ;)41. 



LE MOUVE3IEXT ARTISTIQUE. 313 

l'octoo^one clc Saint-Jacques, et par l'église Saint-Baiilu''lemy, 
I>àtics l'une et l'autre quelques années après Notgcr^ et que 
nous avons conservées, nous ne sommes pas fondés à con- 
tester le jugement formulé ci-dessus. Une simplicité extrême 
se remarque dans ces vénérables reliques d'un passé lointain; 
les baies des fenêtres, les arcatures des surlaces, les chapi- 
teaux des colonnes ne traliissent aucune recherche d'orne- 
mentation, aucun ellbrl d'imagination de la part de l'archi- 
tecte. Un chapiteau de Saint-Barthélémy, encore subsistant 
et un autre, qu'on a retrouve dans le sous-sol de Saint- Jean, 
sont, à la vérité, d'un travail plus riche, sans toutefois rien 
présenter de cette exubérante fantaisie avec laquelle on se 
complaii'a, au XP siècle, à orner les su[)ports architecturaux. 
Au surplus, ce que les architectes appellent le remploi a été 
trop pratiqué dans l'architecture mosane de cette époque 
pour qu'on puisse attribuer une fécondité extraordinaire à 
sa glyptique. Nous avons déjà vu que les colonnes de la 
cathédrale bâtie jîar saint Hubert furent conservées et uti- 
lisées au porche septentrional de la cathédrale notgérienne. 
Un autre exemple de remploi, plus curieux encore mais plus 
ancien, est celui dont Folcuin de Lobbes nous a conservé le 
souvenir. L'église de cette abbave fut rebâtie entre 901 et 

o t. 

920 par l'évcque Etienne, un des prédécesseurs de Notger, 
parce qu'elle ne répondait plus ni à la richesse de la maison, 
ni aux besoins du culte. Après avoir abattu de fond en 
comble i'édilîce ancien, on le reconstruisit beaucoup plus 
élégant et plus beau, et l'on fit venir de partout les colonnes 
que les visiteurs admiraient du temps de Folcuin. De partout, 
c'est-à-dire, sans doute, de plus d'une villa romaine, et de 
plus d'un édifice dès siècle carolingiens (I). 

Pour terminer ces notions sur l'architecture notgérienne, 
il ne sera pas inutile de laisser parler ici, malgré la juste 

il, OiKie (ecclesia) — — — quia loci nobilitali [larva et niiiuis apla viilcbaliii', 
ilcsli'iula et l'iiinlilus cvorsa est, et ista ([uac Tiiinc est cleganlioris funiiao et speciei 
edil'uala. Oiiac ad iii opiis columnis undecuiuiuc corrasis, cum basibus et episfyliis 
seii ceteris latomorinn seu ceincntariorum disciplinis pro modnli siii (luantilate 
omnibns circiim se positis est ineoinparabilis. Folcuin, c. 18, p. 02. Cf. Enlart, 
0. c, p. ISo. 



314 CHAPITRE XV. 

défiance qu'il inspirai par ailleurs, un contemporain de la 
destruction de Saint- Lambert. A l'entendre, cet édifice 
g^otliique du XIIP siècle avait conservé des fragments du 
sanctuaire notgérien consumé par l'incendie de II80, et voici 
comment il en décrit l'appareil : 

« Le mode de construction de cette époque était indiqué 
par quelques vestiges qui subsistaient dans les cloîtres avoi- 
sinant le vieux chœur. 

)) Cette bâtisse avait une grande ressemblance avec les 
constructions romaines de petit appareil, c'est-à-dire formées 
de petites pierres à peu près cubiques et parfois cunéiformes, 
environ de 3 à 4 pouces, liées ensemble par une couche 
épaisse de ciment. 

« De tout l'entablement de cet édifice, on n'avait conservé 
que quelques fragments de corniches du pourtour de la nef 
et du cloître. 

« On jugeait qu'elle reposait sur des modillons de formes 
très variées et souvent d'une bizarrerie extraordinaire. Les 
uns figuraient des volutes, des feuilles, des fruits, des masques 
humains ou des têtes d'animaux fantastiques. Les fenêtres 
en plein cintre, de petites dimensions, avaient en hauteur le 
double de leur largeur, ce qui les faisait ressembler à des 
meurtrières; elles reposaient sur des pilastres larges et 
écrasés » (1). 

Le même témoin ajoute — et cette fois je ne vois aucun 
motif pour lui refuser créance : 

« On employa pour la construction les pierres de sable et 
les moellons. Lorsqu'au siècle dernier (le XVIIP) on exami- 
nait les vestiges des substructions de la cathédrale bâtie par 
Notger, on constatait que les pierres de sable provenaient 
de Maestricht et que le moellon brunâtre, stratifié horizonta- 
lement, le tout joint ensemble par d'épaisses couches de 
ciment, ne pouvait venir que d'une carrière voisine » (2). 

Ce dernier détail est exact. Les moellons dont parle ici 
l'auteur sont en grès houillier de A ivegnis, et cette pierre a 

(i) Van lien Slcen de Jeliay, l.a Cntficdrale de Saint-Lambert it Lièijr, 2'" edilion, 
Liège 1880, p. l(i. 
(2) Le même, 0. c, p. iS. 



LE MOUVEMENT ARTISTIQUE. 31o 

servi à la construction de tous les édifices notgéricns, comme 
on peut le constater à Saint-Jean, à Saint-Denis, et dans les 
fragments de l'enceinte du X*" siècle, tout comme, un peu 
après, on l'employait aussi à Saint-Barthclemy (lOlo) et à 
Saint-Jacques (101 G). Or, cette pierre se rencontre partout 
dans le sous-sol de Liège, et notre évcque n'avait pas besoin, 
comme Gérard de Cambrai, de [)arcourir à cheval les envi- 
rons de sa ville jusqu'à ce qu'il découvrîtenfin des carrières(l). 
Il suflisait de creuser où l'on voulait, sous la colline de 
Publémont ou ailleurs, pour mettre au jour ces matériaux 
en grande abondance (2), oftrant d'ailleurs plus de résistance 
au temps que de charme au regard. Conformément à l'usage 
universellement suivi au moyen âge, on taillait les pierres 
sur place, pour éviter les frais inutiles qu'aurait causés le 
transport des matériaux bruts, et de là on les faisait arriver 
à pied d'œuvre, toutes prêtes à leur usage (3). 

En abordant l'histoire des autres arts cultivés au temps 
de Notger, nous rencontrons d'abord une opinion assez 
répandue, d'après laquelle ils auraient subi à un degré 
})rononcé l'influence byzantine. Mais les faits allégués pour 
établir cette manière de voir sont tout ce qu'il y a de moins 
probant. De ce que l'impératrice Théophano était byzantine, 

(1) Ge.ita epp. Camerac. III, 49, p. 483. 

(2) Jean (rOutremeiifîC, qui sait tout, n"a pas voulu ignorer l'endroit précis d'où, 
quatre siècles avant lui, on arrachait ces pierres; ccoutons-lc : 

« Et prendoit pires es preis deriere le Sablonnier, en I grand roche dcsquendant 
le lietre de Publémont où li englisc Saint-Martin astoit fondée, desquendant jusqu'en 
preis où li Begars furent puis situeis; là avoit I grand roche où ons avoit pris pire 
longtemps pour faire l'englise Saint-Martin, Saint-Lambert, Sainl-Crois, et ancors 
y prendoit-ons pour Saint-Johain ; si avoit I si profonde fosse que ch'estoit mer- 
veille. 1) IV, p. loO. Puis, une fois en train, le romancier, (juelques pages plus 
loin, fait servir sa profonde fusse à une nouvelle légende : c'est là ([ue Roland des 
Prez, revenant d'Arabie, et voulant aller la nuit au château de son frère, se tua en 
y tombant; depuis lors l'endroit s'appelle Roland (jojfe {l\' , 161). Toutes ces histo- 
riettes ï-c racontent encore couramn}cnt à Liège comme de l'histoire. 

{oj V. Enlart, o. c. t. 1, p. 77. Des exemples de cet usage se rencontrent dans 
nos sources lotharingiennes. Ainsi Gérard de Cambrai taille ses colonnes dans la 
carrière, à 'AO milles de sa ville épiscopale où il les emploiera (Gestn epp. Camerac. 
c. 49, p. 483.) Ainsi l'abbé Thierry de Saint-Hubert fait tailler à Arlon même les 
pierres ([u'Adélaïde, mai'quisc d'Arlon,lui a données pour .son égli.se (Cfirotiiron Saucti 
Huberti, c. 19, p. 379.) 



316 CHAPITRE XV. 

(le ce que son frère Grégoire mourut abbé de Boi'cettc ])rès 
(rAix-la-Chai)cllc, de ce qu'elle-même a eu son lond^cau à 
Saint-Pantaléon do (Pologne, peut-on tirer une conclusion 
fondée? Sans doute, parmi les cadeaux quelle apporta en 
Germanie en venant épouser Otton II, il a pu se trouver 
bien des objets d'art byzantin (1), mais en quoi les bijoux 
et les meubles de l'impératrice auraient-ils pu révolutionner 
l'art occidental? Il faudrait prouver, et c'est ce qu'on ne 
fait pas, que l'impératrice a amené dans sa suite ou appelé 
auprès d'elle des artistes de son ji^ys, que ces artistes ont 
travaillé chez nous et que leurs produits ont été imités par 
leurs émules occidentaux, mais on ne saurait pas produire 
un seul fait à l'appui des trois termes de cette hypothèse (2). 
Invoquer la circonstance que, lorsque la duchesse HedAvige 
de Souabe fut fiancée à l'empereur Constantin, un peintre 
byzantin vint faire son portrait (3), n'est-ce pas fournir la 
démonstration la plus complète de la pauvreté d'une thèse 
qui a besoin de recourir à de tels arguments? 

De fait, l'art de la peinture florissait dans nos contrées de 
temps immémorial, et rien ne montre qu'il ait sul^i la moindre 
induence byzantine. La place qu'on lui faisait dans les sanc- 
tuaires était tout-à-fait remarquable, si on la compare avec 
celle qu'on lui fait de nos jours dans des églises où le culte 
du badigeon a si longtemps régné. Des deux côtés du Khin, 
en France et en Allemagne, le peintre était le collaborateur 
indispensable de l'architecte, et une église n'était réputée 
achevée que lorsqu'elle était revêtue de sa robe de couleur. 
(c Jusque dans les moindres villages, les églises recevaient 
ces ornements qui nous paraissent aujourd'hui une recherche 
de luxe, et qui étaient alors regardés comme une nécessité 
alisolue. De[)uis le VF siècle jusqu'à la fm du XII'', les églises 
collégiales, conventuelles, paroissiales, comme les cathé- 
drales et les chapelles seigneuriales, reçurent des ornements 
et des compositions historiques dont les traces sont encore 

(!) Ma()tiijicis initncrihiix, Tliicfiiiai' de Mcrselidin-g-, II, !), |i. 7i8. 

(2) Cf. IU'i^;spl. lier liriliiic Ileninfint von llililcxliriiii al.i Kïmstler iiiul l'iinlcirr 
lier deiitsclini hmtsi, Ilihlesheiin, '1893, p. -11. 

(3) Ekkehard, Casm Srnxii Galli, c. 10, p. 123. 



LE MOUVKMKNT AllTISTIorK. 317 

si fréquentes, de. (1) « Voilà les consultations que Cuisaient, 
il y a déjà un deuii-sièclc, les archéologues français, et 
depuis l(M's, ou a al)ondé dans leur sens. La liste serait 
longue des églises et des monastères qui, en Lotharingie ou 
en Germanie, montraient avec orgueil leurs peintures mu- 
rales. 

('am])rai avait, dès le IX'' siècle, nn peintre du nom de 
Madalulf (egregias plctof), qui l'ut appelé à Saint- A\'andrille 
pour orner de son pinceau le nmrs de cette abbaye (!:2). 
A Verdun, on admirait tout un cycle de peintures repré- 
sentant la vie et les miracles de saint Paul, évéque de cette 
ville (3). A Trêves, le moine Sigehard, qui écrivait en 9G5 
les miracles de saint Quiriacus, citait en témoignage une 
fresque dans l'église du saint, tellement vieille qu'elle était 
en grande partie elfacée (4). A Toul, la cathédrale rebâtie 
par saint Gérard resplendissait de couleurs (o). A la cathé- 
drale de Hildesheim, saint Bernward ornait de peintures les 
murs et même le plafond (6). L'abbaye de Reichenau faisait 
tracer, dans son église d'Oberzell, ce vaste cycle de scènes 
sacrées qui frappe encore aujourd'hui l'œil du visiteur (7). 
L'art de la peinture abordait tous les genres : tandis que, 
dune part, il se risquait dans le portrait (8) et que, de 
l'autre, il retraçait les épisodes de la vie des saints, comme 
on l'a vu plus haut, il ne reculait pas devant la peinture 
d'histoire, lidèle encore en ceci à la tradition du siècle de 
Charlemagne (9). Dans la grande salle du palais de Mer- 

(Ij Qiiigrù.i arcliéolo(ii<iiie de Toiir.i, I808, p. 088. 

(2) Gesta ahb. FontanclL, c. 17, p. ï>','>. 

(o) Log'i et i)ii'l;i viili iniilla iniracula ([iiae vivons in opiscopalu cgil. lîortariiis, 
c. 8, p. 43. 

(i) Acla Stincliinint, I. Vil <ie mai, p. 'Sf». 

(o) Vita sancti Ccrardi. c. 5, q. 4!)4, 

(G) Unde ex(!iiisila ;u- lucida piclnra tam parielps qiiam laqnoari.i oxornabat. 
Tliangniar, Vita mucti Dcniwardi, c. 8, p. 701. 

(7) Kraus, Gescliiclite der cliri.itlichen Kunst, t. I, pp. Îii-.'JG. 

(8) Thieliiiar de Mersebourg, III, 1 : portraits d'Otton II et de Tliéopliano on tête 
d'un livre (évangéliaire?) donné par rcs souverains à l'cglise de Magdfbourg. 

(9) Voir dans Ermoldus Nigelius, IV, pp. o04-,")0C, la description des peintures 
qui ornaient le palais impérial d'Ingelheini, et où les scènes de l'bistoire profane 
faisaient pendant à celles de l'histoire sacrée. 



318 CHAPITRE XV. 

sebourg, on avait représenté la victoire d'Henri I sur les 
Honji^rois (1), à peu près comme les Athéniens du temps 
de Miltiade peignaient sur les murs du Pécile la victoire 
de Marathon (2). Et l'évêque de Paderborn, Meinwerc, au 
commencement du XP siècle, faisait représenter le triomphe 
remporté sur un dragon par son beau -père le comte 
Baldéric (3). 

Il ne faudra donc pas s'étonner d'entendre parler des 
peintures liégeoises du X^ siècle. Liège et les riches abbayes 
du diocèse ne faisaient que suivre le courant de la civi- 
lisation. A dire le vrai, il y avait longtemps que la peinture 
était en honneur à Liège, et la ville dont les environs 
fournissaient à la majesté impériale une de ses demeures 
favorites n'avait pu être étrangère aux arts. Si la destruc- 
tion des monuments, jointe à celle des écrits, ne nous permet 
plus de reconstituer l'aspect qu'avaient alors nos sanctuaires, 
nous voyons, vers le milieu du IX^ siècle, surgir à Liège un 
palais épiscopal qui éblouit le regard par la richesse de ses 
décorations et par la beauté de ses tableaux (4). On y trou- 
vait notamment une chambre haute où étaient peintes les 
scènes du Nouveau Testament, comme à Ingelheim; depuis 
l'annonciation à Zacharie jusqu'à la vocation de Pierre, il 
n'y avait pas moins de seize sujets représentés, dont l'exécu- 
tion exigeait de la composition et du dessin (o). Les vers 
explicatifs de ces espèces de fresques avaient été faits par 
Sédulius et nous sont restés. Et certes, si le palais du prince 
était orné de la sorte, les sanctuaires de Dieu n'étaient pas 

(-1) Hune vero triumphum tam laude quani memoriâ dignum ad Meresburg rex 
in superiori cenaculo domus per Zw-'Ç/a-^sTav, zografian, id esl piclurani, nolare 
precepit, adco ut rem veram potius quani verisimilem vidcas. Liutpi'and, Antapo- 
dosis, II, 31, p. 29k 

(2) Cornélius Nepos, Miltiades, G. 
('A) Vita Meinwerci, c. 138, p. i'SA. 
(4) Veslri tecla nilcnl lucc serenâ ; 

Florent arte nova culmina picta; 
Rident atque tolo multicolora 
Et formosa mirant scemata plura. 
Sédulius à l'évêque Hartgar dansDiimmler, Poetae latini aevi carolini, t. III, p. 109. 
(a) Sédulius p. 210. Et encore le poënie qui décrit ces scènes semble-t-il incom- 
plet. 



Llî MOUVKIMKN'T AUTISTIQL'fi. 319 

trailés avec moins de sollicilmle. Ou a <lonc le droit Je croire 
que les nombreux temples qui llamln-rent sous la torche des 
Normands virent disparaître avec eux tout un monde idéal, 
contemporain du grand envpereur et de ses héritiers. 

Mais la renaissance ottonienne était venue, et la peinture 
avait pris un nouvel essor à la voix des évèques bâtisseurs. 
Partout, dans les abbayes de ce temps, le peintre prêta son 
concours à l'architecte (1), et nous a[)prenons qu'à Lobbes, 
où, comme on sait, tout se taisait sous l'inspiration de Notger, 
le chœur tout entier, y compris la voûte, fut orné de pein- 
tures. A Liège, ce n'est pas l'art seulement que nous voyons 
cultivé comme ailleurs, c'est l'artiste qui va nous apj>araître : 
un vrai artiste chrétien dont nous connaissons le nom et 
l'histoire, encore bien qu'un peu altérée parla légende. Arrô- 
tons-nous un instant devant la curieuse et mélancolique 
figure du peintre Jean. 

Jean était italien (::i), et l'empereur Otton III l'avait amené 
d'au delà des Alpes à Aix-la-Chapelle, pour orner de son 
pinceau les murs de l'église carolingienne encore vierges de 
couleur. L'empereur aurait ensuite recommandé et en quelque 
sorte confié son artiste à Notger(3). Jean était une de ces 
âmes pieuses et recueillies pour qui l'art est une des formes 
de la prière, et dont le bienheureux Angelico de Fiesole est 
resté le représentant le plus illustre. Il était de plus, au 
dire d'un contemporain, le prince des artistes de son temps, 
et ses fresques d'Aix-la-Chapelle, bien que ternies par le temps, 
gardaient encore, un demi -siècle après, une triomphante 

(1) Domum ipsam altaris et laquear ipsius appi^ime plnxil. Fdlcuin, c. 29, 
p. 70. 

A Sainl-llubert nous trouvons, vers le milieu du Xle siècle, le peintre Herbert, 
iniinalurà morte preventus. Clinm. S. Iluberti, c. 8, p. o73. 

A Saint-Trond, labbé Adélard (999-1034) orne une église à l'intérieur et à Tex- 
tcrieur. vario cultu diversisque utensilibus. llodolphe, Chroti. S. Trud., I, 2, p. 230. 

\2) Vita Balderki, c. -13, p. 729. La Clironiqite de Saint- Laurent, c. 13, p. 2G7, 
croit même savoir qu'il était lombard, mais ce témoignage un peu tardif d'un ou- 
vrage d'ailleurs interpolé n'est pas tait pour inspirer une entière confiance. 

(3) Kt non à Baldéric II, comme dit le Vita Baldcrici, c. 14, p. 730. V. mon 
article intitulé Le peintre Jean, dans BbiL, t. XXXIII (1904), oii sont élucidés quel- 
ques problèmes relatifs à la vie de cet artiste. J'y renvoie une fois pour toutes. 



320 ciiapitut; xv. 

supériorité sur tout ce qu'on avait peint depuis lors dans 
le même sanctuaire. Nul doute que ce noble artiste n'ait 
travaillé pour Notjçer, et que les peintures qu'on admirait 
dans la cathédrale de Saint-Lambert ne fussent dues à son 
pinceau. Ce qui est certain, c'est qu'il trouva auprès de 
Baldéric II, après la mort de son protecteur, une liospitnlité 
non moins généreuse ; il fut l'ami et en quelques manière le 
conseiller de cette âme sensible et éprouvée; c'est sur sa 
recommandation que l'évèque se décida à bâtir I0 monastère 
de Saint-Jacques, et ce fat Jean qui en orna de ses peintures 
le cliancel. Il mourut à un âge avancé, et l'abbaye reconnais- 
sante donna au pieux étranger l'hospitalité du tombeau (1). 
Bien que le biographe de Baldéric ne nous l'ail pas dit — 
puisqu'il ne parle que de ce qui intéresse son héros — il 
n'est pas douteux que le peintre Jean ait travaillé pour 
Notger tout aussi bien que pour Baldéric. Les églises qui 
surgissaient sur tous les points de la ville de Liège o liraient 
à son zèle un champ d'action illimité. Quelles furent celles 
qu'orna son pinceau? Sur ce point, nous sommes réduits 
aux conjectures. La cathédrale, il est vrai, n'était pas 
encore terminée quand mourut Notger; rien cependant ne 
nous empêche d'admettre qu'il aura, du vivant de ce prince, 
peint le chœur et d'autres parties considérables de ce grand 
édifice, et qu'il peut revendiquer une part dans les belles 
fresques représentant les scènes de l'Ancien et du Nouveau 
Testament (2), ainsi que d'autres sujets hagiographiques 



(-1) Vita IJdlilcrivi, c. 13, p. 720, rfjnTjdiill par (lilles d'Oi'vwl dans Cliapcavillo. 
Grâce à leur mauvaise habitude de coiilinuer à se sei'vii' du Gilles d'Orvul de 
Cliappaville, les écrivains beiges qui ont parlé de Jean, par exemple, lléris, Mciii. 
sur L'iciile jhnnandc de peinture snus les ducs de Dounjofjne {Méin. vous, de l'Avud. 
roii.deDeUj. coll. in-i", 1. XXVII, p. .'>7), se sont persuadés ([ue le passage du 
Vita Ualderici cité par cet auteur dans sa chi'oniciue est de lui-inêrne; ils ont été 
amenés, par suite, à attribuer aux peintures de Jean une durée d'environ deux 
siècles et demi, alors qu'elles avaient déjà disparu en partie au boni d'une géné- 
ration. 

(2) Poshiuam igilur sepedicla ecclesia iu lionorc sancle Jlaiie sancliciuc Lamberli 
consecrata concremata est, tolaquc illa elegans pulcbriludo picture Vcleris el Novi 
Testamenli cum aliis ecclesiasiicis bistoriis et gestis diversorum pontiticum incen- 
ilio devaslata. Gilles d'Orval, 111, 42, p. -111. 



LE MOUVEMENT ARTISTIQUE. 321 

qui pci'irent avec la calhcdralc lors de l'incendie de 11 80. 
Quant à des peintures que Notger aura fait exécuter dans 
ses autres églises, à savoir Sainte-Croix, Saint-Martin, Saint- 
Paul, Saint-Jean et Saint-Denis, l'absence de tout témoignage 
à cet égard ne nous permet pas de formuler ici des conclu- 
sions : il sullit de dire qu'étant donné la place attribuée à la 
peinture dans la décoration des églises du X*" siècle, des 
travaux de ce genre n'auront fait défaut dans aucun des 
sanctuaires notgériens de Liège. 

Il n'est pas facile de se faire, en l'absence de tout rensei- 
gnement, une idée des œuvres de Jean. Ce qui semble résul- 
ter de l'unique témoignage par lequel nous les connaissons, 
c'est qu'elles manquaient de solidité. Un demi-siècle s'était 
écoulé à peine depuis ses travaux à Aix-la-Chapelle, que déjà 
ils avaient perdu une grande partie de leur éclat. A Liège, 
ce fut pis encore : quai'ante ans après l'exécution de ses 
peintures, on les voyait, dit le chroniqueur, vieillir et se 
ternir. Au surplus, on ne paraît pas avoir eu pour elles, à 
Saint- Jacques, l'enthousiasme du biographe de l'évéque 
Baldéi'ic, car on ne se fit pas scrupule d'en faire disparaître 
une partie pour les remplacer par de nouvelles. Ajoutons 
que des sentences explicatives en vers accompagnaient ces 
œuvres d'un art naissant. Deux de ces vers étaient relatifs à 
l'artiste lui-même; l'un racontait sa destinée et l'autre glo- 
rifiait ses travaux. « Le troisième Otton m'a arraché au nid 
de la patrie, disait le premier; et l'autre, oîi l'artiste s'adres- 
sait à lui-même, ajoutait : On peut çoir à Aix-la-Chapelle 
de quoi ton pinceau est capable (1). » 

La glyptique jouait un rôle bien inférieur à celui de la 
peinture dans les monuments religieux du X^ siècle. Malgré 
mes recherches, je n'ai pu découvrir qu'un seul passage où 
soit attestée l'existence de statues de saints dans les églises. 
On lit dans un auteur du XP siècle que Giselbert, duc de 
Lotharingie, eut en songe une vision de saint Servais et qu'il 
reconnut ce saint à sa ressemblance avec sa statue d'or qui 



(1) Vita Dniclerici. 1. c. 

I, 21 



32â CHAPITRE XV. 

se trouvait dans l'église de Maestriclit('l). S'agit-il réellement 
d'une statue en or, ou l'aut-il penser seulement à du bois 
doré? Je ne sais, mais je constate que, vers le milieu du 
XP siècle, un chef du même saint, apparennnent destiné à 
contenir de ses reliques, fut exécuté par des artistes pour le 
compte de l'empereur Henri ÏII ; les yeux étaient représentés 
par des escarboucles (2). 

Les petits arts plastiques ont fourni leur contingent à 
l'ornementation des églises notgériennes, et une véritable 
opulence se déploie déjà dans ce qu'on peut appeler, au 
sens le plus large du mot, le mobilier sacré. Sans doute, les 
invasions normandes avaient causé de cruels ravages, et l'on 
ne devait plus guère trouver trace, à la fin du X^ siècle, de 
richesses comme celles qui furent inventoriées en 870 à 
l'abbaye de Saint- Trond, lors du partage de la Lotha- 
ringie (3). Mais enfin, en détruisant tant de trésors, l'ennemi 
n'avait pas fait périr la tradition artistique, et il y avait 
longtemps que les arts avaient repris chez nous leur vie 
sereine et féconde. Ajoutez à cela l'iniluence que doit avoir 
exercée l'Italie. Depuis que Otton I'"' y était allé prendre la 
couronne de roi des Lombards et d'empereur, le voyage 
d'Italie était, pour les grands A^assaux du royaume d'Alle- 
magne, le complément d'une carrière militaire ou politique : 
on y allait d'une manière régulière, et Notger, on le sait, 
y fit jusqu'à cinq séjours, dont quelques-uns prolongés. Or, 
l'Italie ne cessa d'être, pour les septentrionaux, la patrie des 
merveilles, et ce n'est pas de la Renaissance seulement que 
date l'admiration fervente et passionnée de cette terre pri- 
vilégiée chez tous les esprits accessibles à quelque idée 
de grandeur historique, à quelque émotion d'ordre esthé- 
tique. Des natures d'artiste comme saint Bernward de 

(1) Ex imagine quae deformata in auro erat in sanctuario. Jocundus, Translatio 
.tancti Servatii, c. 41, p. 10.5. On poui-rait se demander si cette imario deformata in 
auro n'est pas plutôt queiciue fresque sur fond d'or, mais je ne le pense pas : l'ex- 
pression deformata ne semble guère s'appliquer qu'à une œuvre d'art plastique. 

(2) Jocundus, o. c, c. 4i, p. 107. 

(3) Rodolphe, Chronic. S. Trudonis, I, ?,, p. 230. 

V. sur le mobilier d'une église au IX^ siècle Hariulf, Clinmimn II, 10, pp. 07 et 
87 (Lot). 



LE MOUVEMENT ARTISTIQUE. 323 

Ilildeslieim en revenaient fécondées, et s'eflbrçaient de 
reconstituer, dans leur milieu, la beauté idéale du monde 
romain. Des esprits qui avaient de la culture et du goût, 
comme Nolger, ne rai)[)orlaient pas des impressions moins 
vives, et |'on ne peut douter que cet entrecours incessant 
de l'Italie et de nos provinces ait singulièrement servi 
les progrès de l'art dans celles-ci. Ce n'était pas seulement 
le prince, c'étaient les amis et les fidèles emmenés par 
lui qui recevaient ainsi leur éducation artistique à la vue 
des chefs-d'œuvre du génie gréco-latin. Ajoutons que la 
simple fréquentation de la cour était, sous ce rapport, un 
enseignement ellicace. La cour, où les souverains rassem- 
blaient de précieuses collections, constituait, comme on l'a 
dit ingénieusement, une exposition d'art permanente (1). 
Et c'est ainsi que tout contribuait, dans nos principautés 
ecclésiastiques du X" siècle, à stimuler l'éveil artistique. 

Aussi se produit-il de tous les côtés et dans tous les arts 
à la fois. Malheureusement, nous sommes obligés de nous 
contenter des maigres indications que nos sources consentent 
à nous fournir. En énumérant les objets que Notger donna 
à sa chère église de Saint-Jean-en-Ile, le biographe men- 
tionne des voiles, des tapis, des vases, des candélabres et 
d'autres ustensiles. Cette énumération est bien peu com- 
plète, et il serait facile de la détailler, mais, au lieu de 
faire des conjectures sur ce que devait être le mobilier 
d'une église au temps de Notger, nous préférons emprunter 
à un de ses contemporains un état des travaux qu'il fit ou 
fit faire à Lobbes (2) pour meubler l'église nouvellement 
construite. 

L'autel principal re^ut un revêtement d'argent ; des pein- 
tures murales ornèrent le chœur jusqu'à la voûte; un beau 



(1) V. Beissel, Der lieilUje Bernward von Ilildeslieim als Kùmtler und Fi'irderer 
der deiitsdien Kunst. Hildeslieiin, 189,'), p. 0. 

(2) La chronique de l'abbc FolcuJn, c. 29, p. 70, qui luius rapporte ceci, s'ex- 
prime en termes qui permettent de distinguer en quoi consiste l'œuvre de 
l'évêque et en quoi celle de l'abbé : Crcverunt illo tempore el in monasterio nostro 

aediticia nonnulla, instinctu episcopi, operâ ahliatis facta Fecit 

Retexit Cinxit etc. 



324 CHAPITRE iV. 

lutrin de bronze doré et argenté fut installé du côté de 
l'évangile; un second autel, dédié à la Sainte Croix et à tous 
les saints, fut également garni d'un revêtement d'argent, et 
surmonté d'un crucifix que l'abbé avait fait faire à grand 
prix et qui passait pour un chef-d'œuvre. Une couronne de 
lumière en argent, couverte d'inscriptions en vers, fut 
suspendue dans la nel", et deux cloches dans la tour. Les 
livres liturgiques ne furent pas oubliés, ni les vêtements 
sacrés (1). 

On a dans ces quelques mots un aperçu, sans doute incom- 
plet mais bien suggestif, de la manière dont Notger aura 
meublé chacune des églises fondées par lui. Ils nous laissent 
entrevoir une pléiade d'artistes indigènes, parmi lesquels 
dut briller l'auteur du crucifix tant admiré. Il n'est pas le 
seul orfèvre du temps. Un contemporain de Notger, Érem- 
bert, abbé de Waulsort, (f 1033) fabriqua de ses propres 
mains des ouvrages d'or, d'argent et de cuivre dont plusieurs 
restèrent longtemps l'ornement de la basilique abbatiale (2). 
Notger n'a donc pas dû être embarrassé pour trouver autour 
de lui l'artiste qui exécuta les croix d'or dont il lit don à ses 
églises, et qui portaient des inscriptions eu vers, comme, 
par exemple, celle-ci : 

Certa salas vitae Notgeriiin serval uhiqiie (3). 

L'usage de croix faites de métaux précieux était fréquent 

à cette époque; les unes étaient des croix processionnelles, 

et on en connaît plusieurs qui étaient vantées comme des 

merveilles (4); d'autres étaient ])lacées en certain nombre 

(1) Folcuin 1. c. 

(2) Historia Walciod., c. 41, p. 524. Cf. Lahaye, Étude sur l'abbaye de Waulsort 
liSAHL, V, p. 239. « Ërembert était encore enfant lorsqu'il vint à Waulsort; c'est 
donc à l'intérieur du couvent qu'il dut apprendre a travailler les métaux précieux, 
sous les auspices d'artistes dont les noms et les productions sont peut-être oubliés 
pour toujours. » 

(3) Vita Notgeri, c. 8. 

(4) Par exemple la Benna, donnée à l'église de Mayence par rarchevêque 'Willigis 
(Boehmer, p. lo3), la croix gigantesque de Trêves, faite par ordre de l'arclievcque 
Egbert et qui contenait GOO livres d'or (Bcissel, o. c, p. 7); deux croix d'or don- 
nées par l'empereur Henri II à Gérard de Cambrai pour l'église Saint-André, mais 
que l'évêque gai'da pour Notre-Dame où elles étaient portées à la procession du 
temps du chroniqueur (Citron. S. Andreae, I, 17-49, p. 330). 



LE MOUVEMENT ARTISTIQUE. 325 

sur les autels, pour servir à divers usages liturgiques (1). 

Les artistes du métal, en ces temps, ne se bornaient pas 
à travailler une seule substance, et ceux qui savaient manier 
le marteau du batteur travaillaient le cuivre aussi volontiers 
que Tor. On ne faisait pas de distinction, en un mot, entre 
lorlèvre et le dinandier, et c'est, comme on le sait, à un 
orfèvre liutois que nous devons le plus beau chef-d'œuvre 
de la dinanderie qui soit conservé (2). Or, nous voyons que 
la dinanderie llorissait au pays de Liège dès l'époque de 
Notger, et c'est encore une des œuvres d'art exécutées à 
Lobbes, sous son haut patronage, qui va nous en fournir la 
preuve. 

Voici en quels termes Folcuin décrit le lutrin dont il a été 
parlé ci-dessus : 

« Il fit faire un ambon pour y chanter l'évangile. Getambon 
se composait d'une cuve formée de quatre demi-cylindres 
disposés en croix. Les quatre faces de bronze, travaillées au 
marteau, étaient, conformément à la fantaisie de l'artiste, 
couvertes de ciselures, de dorures et réunies par des mon- 
tants ai'gentés. Du côté du septentrion, l'ambon portait un 
pupitre en forme d'aigle coulé en bronze, magnilîquement 
doré, qui pouvait fermer les ailes ou les étendre afin de 
recevoir le livre des évangiles. Le cou se mouvait à volonté 
au moyen d'un mécanisme ingénieux : l'oiseau semblait, en 
quelque façon, prêter l'oreille au chant du diacre; il exhalait 
en même temps des nuages de parfums, produits par l'encens 

(I) Richer, III, 22, p. 613 : Allare ])i'aeoipuum crucibus aiireis insignieiis. 
L"abbayc de Saint-Riquier possédait -17 de ces croix. Hariulf, éd. Lot, p. (58 et 
Gesta epp. Vlrd. cont., c. M, p. 49. Sur celle de saint Bernward, que l'on conserve 
à Hildesheim, v. Tliaiigiiiar, Vitas. Beniwardi, c. 9, p. 7(j2 et cf. Bertram, 1. 1, p. 61. 
Olbei't de Gembloux en fit faii-e cinq, doni quatre en or et une en argent. Gesta 
abh.. Gembl., c. 41, p. S40. Sur celle de lîcinis, Flodoard, Ili.stor. ecclex. lion., 
p. 81, éd. Lejeune : Crux major ecclesiae Remensis auro cooperla gemmisque pre- 
tiosis ornata. Le Gesta Trcveromm, c. 29, p. -169, dit d'Egbert de Trêves : Hic 
ccclesiani suam dilavit aurcis et argenteis crucibus. 

(2j Voir mon étude intitulée : rtcnicr de lluy, véritable auteur des fonts baptis- 
maux de Saint-Barthélemij de Liège, et le prétendu Lambert Patrns dans BARB, 
1903, et cf. .(. Destrée, lienier de lluij, auteur des fonts baptismaux de Saint- 
Barthélemij et de l'encensoir du .Musée de Lille, Bruxelles, 1904. 



328 CHAPITRE XV. 

jeté sur des brasiers allumés qui étaient cachés clans l'inté- 
rieur du corps » (1). 

Cette œuvre d'art, qui représente une somme considéraljle 
d'expérience acquise et de traditions professionnelles, fut 
achevée entre les années 972 et 990 (2). Que penser, dès lors, 
de l'hypothèse d'après laquelle les artistes mosans auraient 
appris la pratique de leur art à Hildesheim, où ils passaient 
en allant s'approvisionner de cuivre à Goslar et en reve- 
nant (3) ? Cette opinion, à première vue, n'est nullement 
insoutenable. En effet, l'antiquité de l'art de Hildesheim est 
beaucoup mieux attestée que celle de l'art liégeois; on peut 
suivre ses traces jusqu'en plein IX^ siècle (4), Saint Bern- 
ward, le génial organisateur du mouvement artistique dans 
sa ville épiscopale, n'y a donc pas créé, mais seulement déve- 
loppé et continué des traditions antérieures à lui : il est vrai 
qu'il a pris dans les arts plastiques un rang assez éminent 
pour que son œuvre retînt l'attention et suscitât l'émulation 
des étrangers qui passaient par sa cité. Mais, par contre, 
il n'est guère probable que les Mosans aient visité Hildesheim 
avant la fin du X* siècle, attendu que les mines de cuivre de 
Goslar, qui les y amenaient, ne furent pas découvertes avant 
la lin du règne d'Otton- le- Grand (5). D'autre part, saint 
Bernward n'est monté sur le siège épiscopal qu'en 993, et 
son activité artistique n'a pu se donner carrière qu'après 
cette date. Or, plusieurs années auparavant, le chef-d'œuvre 
décrit par Folcuin occupait déjà sa place dans le chœur 
de l'église de Lobbes. 

L'art mosan ne doit donc rien, quoi qu'on en ait dit, à 
celui de la Basse-Saxe. C'est bien plutôt ce dernier qui a 
été l'élève de l'art lotharingien et français, s'il est vrai qu'Eb- 
bon de Reims, devenu évêque de Hildesheim, y a introduit 

(1) Fulcuin, I'. 29, p. 70. J. Hclbig, La sculpture et les arts plastiques au pnijs 
de Liège et sjir les bords de la Meuse, 2*^ édition, Bruges, dS'JO, p. 7. 

(2) Puisinreile fut excciilôe sous les auspices de Notger (donc a|)rcs !)72) et (juc 
Folcuin, qui la lit faire, mourut en iJ'JO. 

(3) Pinchai't, Histoire de la dinanderlc, BCRAA, t. XIII, p. 309 (1874). 

(4) Bei.ssel, Der h. liernward vnn Hildesheim ah luhistler iiud t'Urdercr dcr 
deiitschen h'nust. Ilildcslieini, 1893, p. 4. 

(5) Neuburg, Goslars licnjbuu bis 1Ô52, pp, '1-2. 



LE MOUVEMENT ARTISTIQUE. 327 

une bonne partie de la culture occidentale (1). Et sans atta- 
cher plus d'importance qu'il ne faut au texte des chartes 
dinantaises (jui faisaient ilater de Charleinagne les origines 
de la batterie de Dinant (12), on a le droit de croire que si cet 
art est indigène quelque part, c'est bien plutôt dans la vallée 
de la Meuse, riche en métaux et peuplée dès l'époque ro- 
maine par une population industrieuse, que dans une con- 
trée encore barbare pendant les premières années du IX^ 
siècle, et dans une ville qui ne fut tirée du néant que sous 
Louis-le-Débonnaire. Sans doute, nous ne rencontrons pas 
encoi'e de dinandiers au paj's de Liège pendant le IX*" siècle, 
mais nous y rencontrons des fondeurs de cloches, dont l'art 
a une singulière parenté aA^ec le leur. Déjà sous l'abbé Hart- 
bert (835-864), un fondeur picard, venu de Corbie, exécutait 
dans l'abbaye de Lobbes une cloche qui portait ce vers : 
Haï'tberti imperio componov ah arte Paterni{^). 

Nous ne passerons pas en revue tous les arts décoratifs et 
plastiques qui ont pu fleurir sous Notger, mais dont il ne 
nous reste pas de trace. Toutefois, nous arrêterons encore 
un instant l'attention du lecteur devant une œuvre remar- 
quable que nous avons conservée, et qui est due à l'initiative 
du grand évoque. C'est le précieux ivoire en haut relief qui. 



(1) Cf. Beissel, o. c. 

('2) l^OS. Cives de Dynant in Ihelonio Coloniensi et in pondère quod vulgo 
piniilere dicitur, talem habenl jiisticiani a iemporibus Karoli régis ipsis hactenus 
observalani. (Charte de l'évêque Adolphe de Cologne pour Dinant dans St. Bormans, 
Cartulaire de la commune de Dinant, t. I, j). 8.) 

1211. Hinc est quod ad noticiam tam niodernorum quam i'ulurorum volumus 
pervenire, nos confirmasse omnia jura et consuetudines dilectorum nostrorum bur- 

gensiuni de Dynant habita a teniporibus gloriosissimi imperatoris Karoli 

Même ouvrage, t. I, p. 31. Ces textes, il est vrai, ne parlent que de commerce 
des Dinantais, mais on sait que ce commerce consistait essentiellement en produits 
de batterie. 

(o) Fok'uin, c. t2, p. GO. Il faut noter que llartbert était lui-même un moine de 
Corbie. et qu'il y retourna linir ses jours lorsque Lobbes fut envahi par le dépré- 
daleur Hubert. Un autre fondeur est ce Beringer qui a laissé son nom au bas des 
portes de bronze de la cathédrale de Mayence, fondues par lui sous rarchevêquc 
Wjlligis ^!)7;j-tOM). Willigis était, dit l'inscription, le premier depuis Charlemagne 
qui eut fait fondre des portes de bronze. Cuhmer, p. lo2. 



328 CHAPITRE XV. 

depuis un temps immémorial, forme le centre de la cou- 
verture du volume connu sous le nom d'évangéliaire de 
Notger(l). On avait l'habitude, à cette époque, d'orner riche- 
ment d'ivoires et d'autres œuvres d'art les évangéliaires des- 
tinés à être portés en grande pompe dans les processions 
solennelles ; il semble bien que l'évangéliaire de Notger ait 
servi à cet usage (2) . 

J'en emprunte une description analytique à la plumç 
savante de l'historien de l'art mosan : 

« Au centre de la composition apparaît le Christ, entouré 
d'une gloire. Assis sur un siège faiblement indiqué, et qui 
n'est peut-être qu'un arc-en-ciel, il a la tête entourée du 
nimbe crucifère. Il bénit de la main droite, à la manière 
latine, tandis que, de la gauche, il tient un livre appuyé sur 

ses genoux En dehors de la gloii'e, on voit, dans les 

angles, les emblèmes des quatre évangélistes posés sur des 
nuages. Enfin, dans la zone inférieure, se trouve Notger lui- 
même ; il est représenté au moment où il vient de quitter sa 
cathedra d'évêque pour offrir au Chi'ist, en mettant un genou 
en terre devant un autel à ciborium, le livre des évangiles 
qu'il a fait écrire. Chose assez bizarre, le naïf tailleur 
d'images a donné un nimbe à Notger, et il ne l'a pas fait 
carré, comme c'était l'usage en Italie pour les personnes de 
haut rang encore vivantes (3). Cet attribut de la sainteté 

(1) Ce volume est conservé aujourd'hui ;i la bibliothèque de l'université de Liège; 
en voir la description dans le Catalogue des manuscrits de l'Université de Liér/e, 
Liège, iSTÔ, pp. 5-iJ. 

(2) Un parfait pendant de l'évangéliaire de Notger est celui d'Essen, aujourd'hui 
à la bibliolhè(iue de Munich. La couverture en est ornée d'un ivoire comme celui de 
Notger : il représente l'abbesse Théophanie agenouillée devant la Sainte Vierge, et 
le Sauveur au-dessus de celle-ci. (Milieu du X"-" siècle). Kugicr, Hinulhnrli dcr Knn.st- 
(jescliirltte, t. II, pp. 7fi-78. 

Cf. Thangmar, Vita s. Bernwardi, c. 8, p. 7G1 : Fccit (Bernwardus) et ad sul- 
lenipneni processionem in praecipuis festis evangelia auro et gemmis clarissima. 

(o) .le crois que celte auréole a été taillée après coup dans l'ivoire, comme on 
peut encore s'en convaincre aujourd'hui; elle est une des preuves du renom de sain- 
teté qui entourait la mémoire de Notger peu de temps après sa mort. J'ajoute que 
la ligure de Notger est entièrement usée et devenue fruste, sans doute sous les 
lèvres des lidèlcs qui, .selon l'usage ancien, baisaient le livre sacré après la lecture 
de l'Évangile. 




«SCEATT r>K ^.-OT&I-K 



LE MOUVEMENT ARTISTIQUE. 329 

contraste d'une manière assez frappante avec les deux hexa- 
mètres qui se lisent sur rencaclrement de ce reliel' : 

En ego Notkerns peccati pondère pressas 
Ad te Jlecto genu qui terres onmia niitii. » (1). 
Outre ce morceau d'un si j^rand intérêt historique, l'on 
conserve encore, dans le trésor des églises Notre-Dame de 
Tongres et Saint-Paul de Liège, deux ivoires dont l'exécu- 
tion, au dire de l'auteur que nous venons de citer, trahit le 
X^ siècle, et qu'il ne serait pas téméraire, peut-être, de dater 
aussi du règne de Notger. Celui de l'église de Tongres, 
représentant le Christ en croix avec divers personnages, est 
particulièrement instructif sous ce rapport : je ne sais quelle 
noblesse et quelle majesté dans l'attitude du principal per- 
sonnage, jointe à un certain aspect dramatique des scènes, 
et à un faire tout spécial, m'induisent à croire qu'il est de la 
même main qui a esquissé l'image de Notger à genoux. 
M. Helbig incline à cet avis; selon lui, les deux œuvres ne 
sont pas seulement de la même école, il est porté à y voir 
la main d' a un artiste obéissant aux mêmes traditions, 
vivant dans le même courant d'influences « (12). 

L'ivoire de Notger n'est pas la seule œuvre d'art qui nous 
soit restée de l'époque de ce grand homme; un monument 
plus fragile mais non moins intéressant, c'est son sceau, atta- 
ché en placard à l'original de la Vie de saint Landoald, 
aujourd'hui aux archives de l'État à Gand. Ce sceau rond en 
cire blanche, le plus ancien sceau épiscopal du Lothier (3), 
représente le buste d'un personnage ecclésiastique imberbe, 
à chevelure bouclée descendant jusqu'en dessous des oreilles 

(1) Jules Helbig, La sculpture et les arts plastiques an pays de Liège et sur les 
bords de la Meuse, 2^ édition, p. 17. 

(2) F,e munie, 1. c. L'art de l'ivoirier était cultivé dès le temps de Cliarlemagne; 
révê(iue Hildeward de Cambrai (■!■ 816) se fit faire deux ivoices avec iii.scriplion, 
la r2<= année de son pontilicat : Qui duas tabulas oburneas pulcliie sculptas, anno 
12 sui episcopatus, ut in eisdcm tabulis li(iuel, liei-i jussil. Gcsta epp. ravi., I, 39, 
p. 413. 

(3) Il est resté inconnu de Bresslau, Ilandburh <ler l'il,undenlchrc jhr Deutchland 
nnd Italien, Leipzig, 188!), t. 1, |i. ."i^S. Le plus ancien sceau de Cambrai conservé 
est celui de l'évêque Libeil, de Kl.'i'J; v. Demay, Le costume au moiicu-ùije d'après 
les sceaux, p. 23. 



330 



CHAPITRE XV. 



et séparée en deux par une raie au milieu de la tèle. Il est 
vêtu d'une robe largement échancrée au cou, avec des 
manches assez amples se resserrant aux poignets. Dans la 
main gauche, il porte un volume sur lequel vient reposer 
aussi la main droite, avec un geste rappelant celui de l'ange 
qui, dans l'ivoire de Notger, représente le premier évangé- 
liste. Alentour, on lit cette devise, dont les deux premières 
lettres sont ell'acées : NODKERVS EPS. Toute la figure, 
bien que déjà un peu fruste, est pleine de naturel et d'ai- 
sance (1). Rapproché de l'ivoire que nous avons décrit ci- 
dessus, le sceau de Notger révèle un art sobre et déjà maître 
de lui, aux lignes pleines d'ampleur et de vie, infiniment supé- 
rieur aux figures gauchement hiératiques de la plupart des 
monuments de l'époque. On comprend qu'une région où, 
à une époque si haute, s'aflirmait déjà cette vitalité esthétique 
ait pu produire, quelques générations plus tard, le noble 
artiste auquel on doit les fonts baptismaux de Saint-Barthé- 
lémy. 

Ici s'arrête notre revue de ce que nous serions tenté 
d'appeler l'art notgérien. On le voit, si peu que nous en 
connaissions, il donne l'impression d'une vie intense et 
d'une réelle fécondité. Il est permis de l'allirmer : l'activité 
de Notger dans le domaine des arts, si nous en connaissions 
toutes les manifestations, nous paraîtrait aussi remarquable 
que dans celui de l'enseignement public. Malheureusement, 
le peu qui nous en reste ne sont que des épaves échappées à 
une grande et irrémédiable catastrophe. Le XP siècle ne 
devait pas s'écouler sans qu'à deux reprises le marteau 
s'abattît sur tant d'œuvres gracieuses et naïves dans lesquelles 
nous aimerions à saluer aujourd'hui les préludes de l'art 
liégeois. 

En 1071, pour payer l'inféodation du comté de Hainaut, 
l'évoque Théoduin mit au pillage les trésors des églises de 
son diocèse (2). Un quart de siècle après, l'évoque Otbert 

(-1) J. de Saint-(ienois, Slessarjer des aienrcs lii.slori<iucs de Belgique, t. IX (1841) 
ji. 'I(i7, (léfiil noire sceau et en re|irndiiil. p. i'à't, un dessin au Irait qui est fort 
loin de donner une idée exacte de l'importance artisti([ue de cette univrc. 

(!2) Quae cocniptio ecclesias episcopii alllixit gravissime, nostrani quoque spo- 



LE MOUVEMENT ARTISTIQUE. 331 

acheva rœuvre de l^'héoduin. L'évc'^que Olbcrt, qui venait 
d'aclictcr le château de Ijouillon au prix de treize cents marcs 
d'argent (il, ne recula pas devant une mesure radicale : il 
dépouiUa la catliédi'ale et toutes les églises de son diocèse 
de tout ce qu'elles possédaient en objets d'or et en pierres 
précieuses. Rien ne fut épargné, pas même les lutrins, pas 
même les châsses, pas même les autels, pas même les cou- 
vertures des livres rituels (2). Tout fut arraché, gratté, 
brisé, fondu, et c'est ainsi que disparurent à jamais tous 
ces produits éphémères d'un art dont les rares fragments 
conservés attestent la jeunesse pleine d'avenir. Il nous est 
resté l'ivoire décrit ci-dessus : s'il a été sauvé, c'est appa- 
remment parce que les chanoines de Saint- Jean, à qui 
Notger l'avait légué, le considéraient comme une relique de 
leur fondateur. 



liavif ex niaxiniA p;u(e. Chnmicmi Saiicli llnhrrli, c. 24, p. o83; cf. Hisileberf, 
Cfininicon llaïuwnicnse, pp. 403-494; éd. Vanderkiudere, c. 8, p. 11. 

(1) Voir sur cet achat les textes que j'ai énumérés dans Les chartes de rnblunie 
de Saint-Hubert en Ardrtine, t. I, p. 8o. 

(2) Episcopus pie violeiitus memoriain beati martyris, locnluni scilicct 

in quo jacebant sacratissiinac ejus reliquiae auro coopcrluiii cxcrustavit, et in 
iiiajori ecclesià et omnibu!; tolius episcopii ecclesiis auruin, gemmas et caetera 
quae decni'o ambitu altaria, pnipita et lextus ecclesiaruin vennstabant detraxit. 
Trhnnpints Sancti I.anihcrti de tastru Bullonio, c. 1, |). 'i'J9 et, d'aprcs lui, Gilles 
d'Orval 111, 14, p. 91. 



CHAPITRE XVI. 



NOTGER ECRIVAIN. 



Qu'un homme qui déploya pendant toute sa carrière un 
zèle ardent et éclairé pour le progrès des lettres les eût 
cultivées lui-même, il n'y aurait à cela rien d'étonnant. On 
n'alléguera pas, à Fencontre de cette supposition, les mul- 
tiples tracas que devait lui causer l'administration combinée 
de son diocèse et de sa principauté, jointe à ses absorbantes 
occupations à la cour et à ses nombreux voyages à l'étranger. 
On a vu comment il utilisait les voyages même pour le 
profit de ses élèves; au surplus, avec son goût pour la 
retraite, il devait trouver, jusque dans ses années les plus 
remplies par la politique, plus d'une heure pour les travaux 
intellectuels. Aussi tous les érudits ont-ils été d'accord pour 
lui assigner sa place parmi les écrivains du moyen-âge, et 
VHistoire littéraire de la France, sanctionnant en quelque 
sorte ce jugement unanime, lui a-t-elle consacré une notice 
détaillée (1). Voyons ce que nous en devons penser. 

Nous savons, par le témoignage du Vita Notg'eri, que la 
studieuse retraite de notre grand évèque à Saint-Jean en Ile 
était occupée, du moins en partie, à des travaux littéraires. 
« C'est là, nous dit cet ouvrage, qu'il dictait à ses tabellaires 
et à ses co])istes ce qu'il avait à écrire (2) ». Et, pour ne laisser 
aucun doute sur la vraie portée de ses expressions, l'auteur 
ajoute immédiatement qu'il a vu en original un des écrits de 

M) Histoire littcrairc de la France, I. VU, pp. 20.S-2l(i. 

(2) Ibi labcUariis et scriploribus scribcnda dictabat. Vita NoUjeri, c. 9. 



S'OTGER ÉCRIVAIN. 333 

Notger, conservé à l'abbaye clc Saint-lkivon de Gand, et qui 
est digne, par ranipleur de son style, d'un si auguste per- 
sonnage (l). Ce témoignage a une valeur qu'il serait didicile 
de méconnaître : rendu au siècle môme où vivait Notger, par 
un auteur liégeois Tort au courant de la tradition conservée 
dans les milieux ecclésiastiques de Liège, il pourrait, à pre- 
mière vue, être tenu pour décisif. Et il n'est pas étonnant 
que nudnt érudit eu ait conclu, sans plus, (pie réellement 
Notger a manié la plume et laissé des œuvres littéraires. 

La question, toutefois, n'est pas d'une solution si aisée, 
comme on va le voir à l'instant. 

11 existe trois écrits qui ont été attribués avec plus ou 
moins de vraisemblance à Notger. Ce sont la Vie de saint 
Reinacle, la Vie de saint Landoald et la Vie de saint Adelin. 
Chacun de ces ouvrages a, en quelque sorte, son histoire et 
exige une étude spéciale. 

Le plus ancien des trois est la Vie de saint Reinacle. 

Il existait à Stavelot, depuis le IX^ siècle, une Vie de saint 
Remacle assez indigente, et composée en grande partie à 
l'aide des Vies de saint Lambert et de saint Trond(2). Dans 
la seconde moitié du X*" siècle, on trouva cet écrit insudisant 
sous le double rapport du style et des renseignements histo- 
riques. L'abbé AVerinfrid s'adressa alors à Notger, en le 
priant de remanier et de compléter cette biographie, Notger 
consentit à se charger de cette mission, et nous pouvons, en 
comparant son écrit à celui qu'il a revisé, — tous les deux 
nous ont été conservés — nous rendre compte de la manière 
dont il l'a remplie. Tout ce que le Vita primitif contenait de 
renseignements historiques est repris, parfois d'une manière 
littérale, dans l'œuvre mise sous le nom de Notger, mais celle- 
ci ne se contente pas de ces emprunts; elle veut tracer un 

(1) Epistolam operis ejus senlentie valetudine et ornatu vcrboium lucidam do 
puericia beati Lamberti et merito Landoaldi confessons et Landradc virginis oppido 
Flaiidi'ie Gandis in ecclesiâ sancti Bavonis legi, et visuni est nobis copia diccndi 
sliliini ipsiini majestati persone convonire. Vita Notgeri, c. 9. 

(2) Cette vie se trouve dans les Acta Sanctorum au I. I de septembre, |)p. (>92- 
GÎ)G. Cf. G. Kurth, Notice mr la j^lus ancienne ùiograpliie de Saint Remacle, UCHH, 
IV, 3, (187G,, pp. 3oo-368. 



334 CHAPITRE XVI. 

tableau général du temps où vivait saint Remacle, elle utilise 
les données fournies par des sources qui n'ont pas été à la 
disposition du premier biographe, telles que le Liber Histoviœ 
Francorinn^ les vies de saint Rémi, et de saint Amand, 
le diplôme de fondation de l'abbaye de Cugnon ; elle ne se 
fait pas faute non plus de développer considérablement cer- 
tains thèmes hagiographiques favoris, tels que, par exemple, 
celui des adieux du saint à ses fidèles au moment où il part 
pour le monastère, et quand il est sur le point de mourir (1). 
Quand l'œuvre fut terminée, Notger l'envoya à Werinfrid 
avec une lettre-préface dans laquelle, parlant à la première 
personne, il fait un court historique de son écrit. Or, 
Werinfrid ayant porté la crosse abbatiale depuis 062 jusqu'en 
980 au plus tard (2), il s'ensuit que la composition du Vita 
Remacli se place entre 972, année de l'avènement de Notger, 
et 980, mais plus près, sans doute, de cette dernière année, 
puisque le grand travail de compilation auquel l'auteur 
assure s'être livré a dû coûter un temps assez considérable. 
Voici maintenant comment Notger parle lui-même de son 
ouvrage : « Vous m'avez envoyé un petit écrit relatif à la 
vie de votre patron, vous plaignant de ce que, grâce à l'in- 
curie de vos prédécesseurs, sa biographie soit trop succincte 
au regard de ses grandes actions. En même temps, vous 
m'avez prié de faire non seulement amplifier, mais aussi 
retoucher cet écrit sous le rapport du style, attendu qu'il 
existe d'autre part quantité de renseignements sur votre 
saint et que, grâce à votre cartulaire, on n'en ignore pas la 
chronologie (3) ». Puis, après quelques compliments à l'abbé 

(1) V., sur ce thème, G. Kurtli, Étude critique stvr saint Lambert et son premier 
biographe, AAAB, Ille série, t. III ('1876). 

(2) Dès le 4 juin 980, c'est son successeur Rabangère qui apparaît dans un acte 
avec le titre d'abbé de Stavelot. V. Halkin et Roland, Recueil des Chartes de l'abbaye 
de Stavelot -Malmedy, p. 189. Puis un diplôme du même abbé Rabangère, daté 
du 28 novembre 980, ibidem, p. 491, 

(3) Obtulisti libellum de vilâ tam nostri quam vestri spctialis palroni, domni 
scilicet Remacli, conquestus propfer incuriam tainen praedecessorum vestrorum 
brevius quam ut res expostularet pro magnitudine gestorum ejus esse editam. Si- 
mulque visus es ne dicam precari sed potius exhorlari ut eam non modo examplari, 
verum aliquanto lepidius mandarem poliri, tum quod gestorum illius aliunde 



NOTGER ÉCRIVAIX. 335 

de Stavelot, il conliiiue en ces termes : a Pour que ce travail 
entrepris par nous, à votre demande, ne reste pas infruc- 
tueux, nous ne nous sommes pas borné à l'histoire de saint 
Uomaele, mais nous avons recueilli les actes de tous les 
autres cvèques qui ont occupé notre siège, autant que nous 
avons pu le faire jusqu'à notre lcnq>s, et nous extrayons 
de ce travail, pour vous l'envoyer, la vie de votre saint 
patron. (1) ». 

Ceci mérite explication. 

En parlant d'un ouvrage qu'il aurait fait sur l'histoire de 
tous les évcques ses prédécesseurs, et duquel il extrairait la 
Me de saint Reinacle qu'il envoie à Werinfrid, Notger fait 
allusion à la Chronique des éçèqiies de Tongres, Maestricht 
et Liège d'Hériger, composée sous ses yeux et avec son 
appui par le célèbre abbé de Lobbes. Il semblerait, à pi-endre 
la préface au pied de la lettre, que cette Chronique était, 
alors déjà, composée tout entière et que Notger en détacha 
la Vie de saint Reinacle pour la donner à l'abbé de Stavelot. 
Il n'en est rien. En réalité, la Vie de saint Remacle fut écrite 
à part, assez longtemps avant le reste de la Chronique 
d'Hériger, et il s'en est conservé des exemplaires (2). Cette 
Vie, munie de sa préface propre, fut postérieurement inter- 
calée tout entière et sans changement dans le Gesta episco- 

suiiiptonun subpetal cop'ui, (uni quod temporuiii, (luorum diversilas niinc maxime, 
siitu opus est, ex carlulario vestro non desit notifia. Hérigcr, Gesta epp. leud. 
p. 1G4. La leçon tion modo, qui est celle des meilleurs manuscrits, tandis que les 
autres ms. lisent tiullo modo, est la seule possible; itullo est à rejeter pour des 
raisons internes et externes. 

(1) Et ne hic labor, qui te adhortante susceptus est, inferacis operis fiât, non 
ejus modo, cujus meminimus, sancti scilicet Remacli, verum caeterorum nostrae 
scdis pontificum tempora et gesta, quae undecunque potuere conradi, ad nostra 
usque tempora collegi, et cujus potissimum anlielabas desiderio vilain inde excerptam 
votis tuis porrexi. Hériger, o. c, p. 165. 

(2) Le plus ancien, à ma connaissance, se trouve à la bibliothèque Vaticane; c'est 
le n» G 15 du fonds de la reine Christine ; c'est un i)etit in-quarto de iï't pages, parais- 
sant contemporain de Notger, avec frontispice en lettres dorées et encadrement 
d'or; la majuscule initiale de l'en-tête est ornée d'entrelacs; voici le titre, écrit en 
capitales : Notkerus quem, acsi indignum sanctte Mariœ sanctique Landberti manci- 
pium, praedicant tamen episcopum, Werinfridn vcnerabili in XPO fiati'i et consa- 
cerdoti saiulis aeternae subsidium. 



336 CHAPITRE XIV. 

poi'um leodicnshiin, qui semble n'en être que rintroduction, 
et avoir été composé pour lui en donner une. La Vie fut 
si bien écrite pour Stavelot que, parlant de ce monastère, 
riiagiographe l'appelle nostra ecclesia (1), et l'on retrouve 
encore aujourd'hui la trace de la soudure qui la rattache à 
la chronique. 

Or, qui est l'auteur du travail de remaniement fait au 
Vita Remacli ? Ce n'est pas Notger : il prend la peine de 
nous le dire, et cela dans le passage même qui est souvent 
allégué pour lui en attribuer la paternité. « Vous m'avez 
demandé, écrit-il à l'abbé de Stavelot, de faire non seulement 
amplifier, mais retoucher cet écrit au point de vue du style : 
non modo examplajH çenini aliquanto lepidius mandareni 
poliri. » Ce mandareni marque avec la plus entière précision 
la part de Notger dans le travail entrepris sous ses auspices 
par son fidèle Hériger (2). Notger a été l'inspirateur, si l'on 
veut, mais il n'a pas tenu la plume, et c'est son historiographe 
en quelque sorte attitré qui a d'abord écrit la vie de saint 
Remncle, et qui a ensuite fondu ce travail dans sa compila- 
tion sous forme de chronique (3). 

Passons au Vita Landoaldi{k). L'original de cet écrit, que 
l'auteur du Vita Notgeri, comme on l'a vu, avait lu vers la 
fin du XI" siècle à l'abbaye de Saint-Bavon à Gand, existe 
encore : il est conservé précieusement, comme je l'ai dit 
plus haut(o), aux archives de l'État dans cette même ville. 
L'ouvrage est transcrit tout entier sur une seule grande 
feuille de parchemin à plusieurs colonnes. Dans la préface, 
Notger, parlant en sonnompersonnel, envoie l'ouvrage à l'abbé 

(1) V. Hériger, Gesta epp. Icml., c. il. 

(2) Tout le inonde attribue à Hériger la paternité du Gesta cpp. Icod., et sur ce 
point il n'y a pas de doute. IWais Hériger ayant .traité le Vila Remacli comme son 
œuvre et Notger n'en étant pas l'auteur, la conclusion qu'elle appartient à Hériger 
semble s'imposer avec une double force. 

(li) Anselme, p. 102, le dit lormellement dans sa préface à Annon de Cologne ; 
Horum (gestorum) quidem pars prior ab Herigero, Lobiensis cœnobii abbate absque 
capitulis est conscripta; cui nos capitula praenotanles, nostram cum capitulis suis 
elucubratiunculam coaptarc studuimus. 

(4) Publié dans les Acta Sanvttiriini, t. III de inai's, pp. 35-42. 

(o) Y. ci-dessus, pp. 329 et 330. 



NOTGER ECRIVAIN. 



33!/ 



Womar de Saint- Bavon; il dit l'avoir composé fi la 
demande de ce prélat; il le date de juin 980, année même 
de la translation des reliques de saint Landoald à (iand. 
Quelle paternité pourrait send)ler plus aullicntu[ue? Tou- 
tefois, la question change bien de face quand on lit un 
ouvrage anonyme : la Translaliun de saint Landoald, 
qui est contemporain des laits et dont l'auteur est très 
probablement un moine de Saint- Jiavon (1). Dans cet écrit, 
nous voyons que l'abbé AVomar avait envoyé à Notger 
quelques frères de sa maison, poui' le prier de recueillir 
de la bouche de ses prêtres et de mettre par écrit tout 
ce qu'il pourrait apprendre de l'histoire des saints de 
Wintershoven. L'évéque réunit un synode où un grand 
nombre de prêtres et de clercs vinrent raconter les miracles 
qui avaient été obtenus, à leur connaissance, par l'inter- 
cession desdits saints. Et, continue notre biographe, « sur 
l'ordre de l'éminent pontife, on fit un recueil de tous les 
miracles qui venaient d'être divulgués. Hériger, le savant 
musicologue, en rédigea le récit en termes succincts, mais 
élégants et clairs. Cette narration, garantie par l'autorité de 
l'évéque et scellée de son sceau, fut envoyée soigneusement 
à l'abbé et aux moines de Saint-Bavon « (2). 

On le voit, ce simple récit met à néant les titres de Notger 
à la paternité du Vita Landoaldi, et nous donne une idée 
des plus nettes de la manière dont les choses se sont passées. 
Notger a joué un rôle actif dans l'enquête qui a abouti à la 
rédaction du Vita; il a réuni un synode exprès pour cet 
objet, il a fait parler de nombreux témoins, il a fait recueillir 
les témoignages par écrit, puis il a confié la rédaction de la 
Vie du saint à son fidèle Hériger; enfin, pour donner à 
l'ouvrage, ainsi composé, toute l'autorité possible, il a voulu 
s'en porter garant et le revêtir de son sceau. Quoi d'éton- 
nant si une collaboration si intense a pu être confondue par 
la postérité avec une paternité réelle, et si l'auteur du Vita 

(1) Le Translatio sancti Landoaldi a été publié à la suite du Vitti Ijuidinilili dans 
les Acta Sanctoriim, 19 mars, t. III de mars. 

(2) Actn Siirirlonim. l. c. Sur l'épisode des saints de Wintorsliovon, <f. ri-dossus, 
pp. 232-2:^,7. 

I, 22 



338 



CHAPITRE XVI. 



JVotgeri, qui a lu à Gand l'original du document, a cru 
devoir l'attribuer au grand cvêque? Nous voyons qu'il n'en 
est rien et que le Vita Landoaldi est de la plume d'Hériger. 
Ainsi l'on s'explique que la prélace de cet ouvrage repro- 
duise presque mot pour mot celle du Vita Remacli (1) : 
l'auteur croit pouvoir se copier lui-mcme. Supposer que 
Notger, s'il était en réalité l'auteur du premier de ces écrits, 
eût été d'une telle indigence intellectuelle qu'il se trouvât 
réduit à se faire le plagiaire de son ami, c'est une hypothèse 



(1) Vita s. Landoaldi, praefatio : 



Poslulare, imnio exliortari l'acultalu- 
lam nosli-ae modicitatis, patres reveren- 
(lissimi, non dubitaslis. 

Justa quidem petitio et dlgna exlior- 
tatio, quae juxta queiiulam sapienteni et 
de praesentis honestato propositi et de 
futurae aetatis utilitale conjuncta est. 



Nisi enim gesta eoriim inoufiâ prae- 
decessorum nostrorum deperissent,nobis 
hodieque sufficcrent. 

Positis ad haec in ancipiti, quia prae- 
sulatum apud vos omnium artiiim 
artem constat esse et 'credi, suspen- 
sam mentera silentium librabat iUud- 
que poelicum animum offendens : 

In silvam ne ligna feras 
parum qiiid diflîdentiae imporlabat. 



Erat namque anle nos dii;tum : Vires 
quas imperitia denegat, caritas submini- 
strat, et quia incepto fantum opus est, 
cetera res expediet. 

Praesumenti enim auctorilas dalur, 
cuni crédit queni postulat praestare 
posse quod petitur, et scienli econlra 
parère aequalis est glorja cum imperanle. 



Vita s. Remacli 
dans Hériger, Gesta epp. leodiens. 
prouemium. 

Simulque visas es ne dicam pi'ecari 
sed potius exhortari. 

Igitur adorsus sum et, ut verbis cujuP- 
dam sapienlis ular et ex illo quantum 
res poscit tollam, exhortations tuâ, quae 
etpraesentis lionestate propositi et futu- 
rae aetatis utilitale conjuncta est, nihil 
antiquius existiniavi. 

Conquestus propter incuriam tamen 
praedecessorum vestrorum brevius quam 
ut res expostulat pro magnitudine ges- 
toruni ejus esse editam. 

Sed ad haec dum te cum luis omnium 
arlium praesulcm esse constarct iUudque 
Pierium animo occurreret : 

In silvam ne ligna feras 
et : 

In mare quid pisces, quid aquas in 

[flumina mitlis? 

Suspensam interea librare silentia 

[menlem 
coeperani ,cum ecce memoriam offendebal 
quia vires quas imperitia denegat, kari- 
tas mlnistrat, et quia incepto tantum 
opus est, cetera res expediet. 

Praesumenti enim auctorilas datur, 
dum crédit praestari posse quod petitur, 
et parère scire, aequalis est glnria cum 
imperanle. 



NOTGER ÉCRIVAIN. 339 

presque injurieuse pour ce grand honune, et dont l'invrai- 
semblance achève notre dcnionslralion. L'histoire de la com- 
position du Vita Landoaldi nous oîrrc le pendant de celle 
du Vita Remacli. De part et d'autre, un abbé s'adresse à 
l'évoque de Liège pour qu'il lui rédige ou lasse rédiger la 
Vie de son saint; de part et d'autre, lévèque déi'ère à ce va>u 
et prend si bien sous son patroiuige l'œuvre de son chroni- 
queur, qu'on la lui a attribuée à lui-même. 

Nous arrivons au Vita Hadalini(i). Il est postérieur au 
Vita Remacli, puisqu'il y renvoie expressément le lecteur (2). 
Chose curieuse ! tous les érudits, même ceux qui dénient 
formellement à Notger la paternité des deux ouvrages pré- 
cédents, sont d'accord pour lui laisser celui-ci (3). A la 
vérité, les raisons qu'ils en donnent ne sont rien moins que 
probantes, et la meilleure est peut-être qu'ils ne trouvent 
aucune preuve certaine qu'il soit d'Hériger. Mais ce qui 
plaide pour la paternité de ce dernier, c'est d'abord l'analogie 
des deux cas semblables que nous venons d'étudier. S'il est 
acquis que Notger couvrait du patronage de son nom les 
écrits de son chroniqueur, n'est-il pas vraisendjlable que le 
Vita Iladalini a été de sa part l'objet de la même faveur 
que les Vies de saint Remacle et de saint Landoald? Il y a, 
d'ailleurs, une présomption grave, pour ne pas dire une 
preuve décisive en faveur d'Hériger : c'est que, cette fois 
encore, la préface est un emprunt manifeste à celle du Vita 
Remacli, qui est de l'abbé de Lobbes, et qui se trouve au 
chapitre 40 de la Chronique de ce dernier (4). Il faut redire ici, 

(1) Acta Sanctonim, t. I de février (3 février). 

(2) En parlant de saint Remacle, il dit : Porro cujus nierili religionis{[ue, qiiam 
intègre in eodein eniluit reginiine, qualiterve Stabulaus et Malnuindariiim nionas- 
teria construxerit pio labore, in vitaeejus libro ([uisquis velit poterit reperire. Vita 
Hudalini, I, 3. 

(3) Boilandus, AcUi Sanctorum, t. 1 de févr., p. 308; Mabillon, Acta Sauct. 
U. S. B. II, p. 1013; Histoire Littéraire, t. VII, p. 214; Koepke, préface à Hériger, 
p. 148. 

(4) Pour ne pas allonger cette note, je nie borne à reproduire la préface du Vita 
Iladalini seulement, soulignant ce qui est emprunté textuellement au Vita Heinucli, 
impiimant en romain ce qui lui appartient en propre, et remplaçant par des tirets 
( ) les passages du Vita Remacli qu'elle n'a pas reproduits. Vita Iladalini, 



340 CHAPITRE XVI. 

comme ci-dessus, qu'on n'imagine pas Notger se faisant le pla- 
giaire de son historiographe. Car pourquoi, s'il n'avait pas 
été capable de tirer de son propre fonds les éléments d'une 
pauvre préface, n'aurait-il pas abandonné à la plume expéri- 
mentée d'Hériger le soin d'écrire la Vie de saint Adelin, 
comme il avait écrit celles de saint Remacle et de saint 
Landoald? 

Il est vrai que la préface de la Vie de saint Adelin parle 
de Notger en termes d'une grande humilité (1), et on ajoute 
qu'il est impossible qu'un autre que Notger ait pu tenir ce 
langage. Nous en tombons d'accord, aussi est-ce bien Notger 



préface, p. 372, copié sur le cli. 40 d'Hériger. Onmipotens Domhms, qui dires est in 

misericordia, cujks natitnt bonitos, vuluntas ejjicientia, opiis miseriœrdia, hic 

in mundum salvandis omnibus venit, quia a reatu primae praevaricationis liliernm 
nulhim invenit, divitias longanimilatis et bonitatis suae omnibus praerogavit, volun- 
tatis umnipotentiam in inyrcitis et respectum gratiae suae in indignis efficacissime 
ejercuit ; quia opus miscricordiae salvatvicis t/t esset recuperabile misericoiditer 

etiam providit. Namque, ni non est credendum aliquem ad salutem venire 

nisi Deo invitante, sic nec invitatum qitidem salUtem suani operari nisi Deo auxi- 

liante. hntium ergo salutis nostrae Deo miserante liabemus, qui 

non modo fautor et adjutor in incremento proficientium, verum remediabiliter 
providet ruenlium casibus obviandum, du m et angelica nobis praestat suflragia non 
déesse, et patrocinia confert Sanctorum, quos pro reatibus intercessores non dubi- 
temus efflagitare. Quos cum passim et dirersis donatos provinciis in commune conve- 
niat lionorare, singulos tamen quibusque locis misericovditer provisos attribuit, quos 
specialiter amplectendos et propensius exorandos voluit. E quibus nobis, acsi indignis, 
beatum Hadelinum destinuvit, cujus gesta occulere tanto culpabilius, quanto et 
impium necessaria creditis subtralicre auditoribus, et vobis id denegare invidiosum 
video petenlibus. Ingratitudinis namque se, aliquà pollens scientiolà, alligat vilio 
qui et bona asserere et prava refellere et Dei jnagnalia pro modulo negligit prae- 
dicare. Monstrat lioc evidens evangeiicus sernio , reposilum mina in sudario, 
perditionis aeternae vindicans elogio. Quod evadere gestiens, saltem in isto non 
cunclabor prol'erre, si quae de illo memoriae occurrerint, quae et noslri temporis 
homuncionibus tanto judico magis jure stupenda, quanto moribus eorum longius 
considère fore imparia. Adestote itaque exactores devoti, et quae extorque.tis anxii, 
suscipite intenti. 

(-1) Il ne s'agit pas ici du passage ^obis acsi indignis Hadelinum destinavit, oii le 
nobis désigne tous les habitants du pays de Liège et non le seul Notger, mais du 
suivant : Hoc comperto qui lune temporibus praesul, cui nunc, Deo annuentc, 
nomine, non (proh nefas!) merito famulamur sedis, auctoritate interminavit epis- 
copali, ne quis posthaec oratorii illius allingeret fines. Vita s. Hadalini, o. c, 
p. 375 B. 



XOTGER ECRIVAIN. 



341 



qui le tient, encore que ce soit par la plume de son ami Ilcri- 

A la vérité, on ne comprend pas facilement aujourd'hui 
qu'un prince ait pu s'attribuer les œuvres dun de ses subor- 
donnés. On n'est pas éloigné de considérer cela comme une 
spoliation et presque comme une fraude. Mais les gens du 
X*^ siècle n'avaient généralement pas nos préoccupations litté- 
raires. En mettant sous son nom les productions d'Hériger, 
Notger était convaincu qu il leur faisait un grand honneur, 
et c'était aussi, à n'en pas douter, l'opinion de llériger (l). 
Ce n'est d'ailleurs pas la seule fois qu'au moyen-àge un évc- 
que en use ainsi envers un ouvrage pour en augmenter le 
crédit. Lorsqu'on 1120, les deux premiers livres delà Vie de 
saint Arnoul d Oudenbourg, écrits par Hariulf, moine de 
Saint-Riquier, furent produits au concile de Soissons, Lisiard, 
évoque de cette ville, consentit, à les laisser mettre sous son 
nom pour leur donner plus d'autorité (2). 

F^aut-il en conclure que Notger n'est pour rien dans le 
triple travail hagiographique dont il vient d'être question? 
Non. S'il n'y avait pas eu sa part, les écrits de Hériger ne 
figureraient pas régulièrement sous son nom, et un patronage 
si fidèlement accordé ne suppose-t-il pas déjà quelque chose 
de plus? Pourquoi Notger, qui était grand clerc et qui, nous 
le savons, écrivait à ses heures, n'aurait-il point participé 
aux œuvres auxquelles il s'intéressait le plus? On reste donc 
dans les limites de la vraisemblance en admettant qu'il a été 
le collaborateur de Hériger dans une mesure qui nous est 
inconnue. 

Quoi qu'il en soit, Notger a cultivé les lettres avec ferveur, 
et on le savait si bien dès les premières années de son pon- 
tificat que de Saint-Bavon, de Stavelot et de Celles (3), on 



(1) W'attenbach, II, p. 382, se persuade ([ue c'est la raison pour laquelle Notger 
met son nom en tête des écrits d'Hériger. 

(2) Hariulf, Clinmique de l'abbaye de Saint-Riiiuier, p. XV, éd. Lot. L'éditeur 
rapproche ce t'ait de ceux que nous étudions. 

(3) V. ci-dessus, p. 340, à la note 4 de la page339, où l'on voit (pie l'ouvrage est 
composé il la pi'ière de personnes qui ne sont pas nommées, mais qui ne peuvent 
être que des chanoines de Celles. 



O '. 



42 CHAPITRE XVI. 

s'adressait à lui pour un travail littéraire dont on était 
incapable dans ces maisons. 11 fut le Mécène des lettrés de 
son temps; c'est lui, pourrait-on dire, qui leur a mis la plume 
à la main, ou qui, tout au moins, les a puissamment encou- 
ragés à écrire. Quand Richer de Gembloux écrivit la vie en 
vers de l'abbé Erluin, (f 986 ou 987) aujourd'hui perdue, 
c'est à Notger qu'il la dédia (1). L'évêque de Liège, par cette 
protection qu'il accordait aux travaux de l'esprit, n'était pas, 
— quoique dans une mesure plus modeste, — un indigne 
successeur de Charlemagne et de saint Brunon. 



(1) Sigebert de Genibloux, Gcsia ahh. Gnnhl., p. ;;23. Cette vie était perdue dés 
le temps de Sigeberl, qui n'en a possédé (lue (inelques fragments; il en reproduit 
un textuellement, p. o23. 



CHAPITRE XVII. 



VIE PRIVEE ET MORT DE NOTGER. 



Nous ne connaissons de Notger que Thoinnie d'État, le 
pontife et le lettré; nous ne pouvons le suivre dans sa vie 
intime pour y surprendre le secret d'une nature si puissante. 
Il n"a pas eu, comme son ami saint Bernward, un bio- 
graphe qui aurait raconte sa carrière au lendemain de sa 
mort et qui aurait pu tracer de lui un portrait d'après nature. 
Mais, nous l'avons vu plus dune fois, ces illustres pontifes du 
X*' siècle sont des natures fraternelles : la pratique des mêmes 
vertus et l'accomplissement des mêmes devoirs établit entre 
eux des ressemblances bien intéressantes. Nul doute que si 
nous étions mieux renseignés, nous serions en état d'esquisser 
d'une journée de Notger un programme à peu près identique 
à celui d'une journée de Bernward. 

Celui-ci, levé avant le jour, , vaquait d'abord à l'olUce de 
matines, se recouchait, se levait ensuite pour aller prendre 
part aux autres ollices de l'église, puis tenait son chapitre où 
il s'occupait d'expédier les allaires ecclésiastiques. A neuf 
heures, il chantait sa messe, après quoi il examinait les 
causes qu'on lui déférait et principalement celles des oppri- 
més. Puis venait l'heure de l'aumône, à laquelle il procédait 
avec le concours d'un de ses clercs, spécialement chargé de 
ce ministère de la charité : il nourrissait plus de cent pauvres 
par jour. Après cela, l'ami des arts satisfaisait sa passion en 
allant visiter les divers ateliers où l'on travaillait pour lui le 
métal et appréciait les ouvrages en cours de fabrication. 



344 CHAPITRE XVII. 

Enfin, à trois heures de l'après-midi, il prenait son repas avec 
les chanoines, en écoutant la lecture réglementaire (1). 

La vie privée de Notger, si nous ne voulons pas en juger 
d'après les lois de l'analogie, nous restera inconnue. Une 
seule fois son biographe consent à lever le voile qui la 
couvre, et alors se déroule devant le regard un tableau plein 
de charme. Yoici comment, deux ou trois générations après 
sa mort, le Vita Notg'ei'i nous l'esquisse : « Quand il pouvait 
se dérober au fardeau des afiaires pour chercher un peu de 
repos, il aimait à se retirer à Saint-Jean. Là, dans une maison 
qu'il s'était fait bâtir contre le cloître intérieur, il était enfin 
chez lui. Il s'y retrouvait comme à son foyer domestique, et 
il s'y livrait à la prière, à l'étude, à la visite des malades, au 
soulagement des pauvres. C'est là aussi qu'il aimait à dicter à 
ses notaires et à ses copistes w. C'est tout, mais combien 
expressifs sont, dans leur simplicité, ces souvenirs recueillis 
tout chauds encore, si l'on peut ainsi parler, par un narra- 
teur pieux, dans l'asile même qui avait si souvent abrité la 
studieuse retraite du prélat! 

Ainsi se laisse entrevoir ou deviner un Notger nouveau, 
ou du moins un Notger que nous n'avons encore connu 
qu'imparfaitement. Dans ce milieu semi-monastique de Saint- 
Jean, dans cette poétique retraite aux bords de la Meuse, en 
face des verdoyantes collines qui y faisaient un coude comme 
pour embrasser le fleuve et le sanctuaire dans ime étreinte 
joyeuse, ce n'est plus l'homme de gouvernement et de com- 
bat, c'est le chrétien et le prêtre qui nous apparaît. Nous 
aimons à découvrir, sous la féconde activité de cette nature 
intrépide et généreuse, ce fond de piété fervente et de pur 
esprit religieux qui en est l'inspiration assidue. Aux heures 
bénies de l'existence où il lui est donné d'être tout-à-fait à 
lui-même, ce qui fait ses délices, c'est, avec le culte des 
lettres, la méditation des vérités éternelles et la pratique 
d'une indéfectible charité (2). 

(-1) Thangniar, Vita mncti Bcrnivurdl, c. 6, p. 700. 

(2) J'ai fait, dans Saint Boni/ace, p. 181, la même conslalalion au sujet du grand 
apùlre de la Cicrmanie; lui aussi, c'est sa rciraite du Biscliofsberg ([ui nous lo 
montre dans toute la vérité de sa nature morale. Les historiens qui ne conscnlent 



VIE PRIVÉE ET MORT DE NOTGER. 34o 

Il faut noter ce trait, qui éclaire d'une chaude lumière toute 
la [)hysionomic du i^rand homme et qui lui restitue son cachet 
de réalité historique. Le prince au bras Ibrl et à l'esprit délié, 
le redoutable justicier devant lequel tremblent les pervers, 
le démolisseur de châteaux, le fondateur de villes, le conseil" 
1er des empereurs, l'infatigable ouvrier de civilisation que 
nous avons vu à l'œuvre dans tous les domaines, c'est, avant 
tout, un homme de prière et de solitude, qui renouvelle sa 
vigueur morale dans la retraite religieuse et dont la j)cnsée 
est orientée sur l'éternité. Qu'on ne s'y trompe point : dans 
ces types d'évèques politiques parmi lesquels les princes de 
la maison de Saxe trouvaient tant de zélés collaborateurs, et 
en qui il pourrait sembler que le prêtre et le chrétien doivent 
être absorbés par l'homme d'État, c'est, en dernière analyse, 
la piété qui est la ligne maîtresse de la physionomie et le 
principe de toute l'activité. Ces ouvriers du royaume de 
Dieu se sont souvenus de la parole du Sauveur : Regniim 
Dei intva vos est, et c'est l'harmonie de leur vie intérieure, 
réglée sur les préceptes divins, qui se ti^aduit avec tant de 
puissance et d'éclat dans leurs actes publics. 

Selon toute apparence, c'est dans sa chère maison de 
Saint- Jean, à l'ombre des voûtes dédiées au disciple bien- 
aimé, que le vieil évoque de Liège attendit la mort. Il avait 
achevé sa double carrière dans les fatigues et les épreuves : 
maintenant, ses labeurs terminés, l'œuvre était devant lui 
dans toute sa fraîche jeunesse, et il pouvait se réjouir des 
proportions et de la vigueur qu'il lui avait données. La nation 
liégeoise était née. Elle entrait dans l'histoire pour s'y 
dérouler, pendant huit siècles, avec une vitalité merveilleuse. 
Elle allait faire voir au monde, dans un petit pays, l'alliance 
féconde de la religion avec le génie de la liberté ; elle allait, 
mieux que beaucoup d'autres, montrer à l'Europe qu'il fait 
bon vivre sous la crosse, et que la houlette du pasteur pèse 
moins sur les peuples que le sceptre des rois. Lorsque, de sa 
retraite située un peu à l'écart de la ville, le créateur du 

li:is :i (Ifisocndie dans le tréfonds religieux des grands personnages de l'histoire se 
(•nnd;)iiiiicnl à ne jamnis les L'Oiii|nTndiv. cl à en tracer des porti-aits inexacts. 
Celle remarque trouve son application dans un grand nombre de cas. 



346 CHAPITRE XVII. 

nouvel Etat regardait vers sa cathédrale, qu'il avait en face 
de lui, il la voyait surgir vers le ciel comme le gigantesque 
symbole de l'œuvre à laquelle il avait consacré sa vie, et il 
se disait peut-être qu'après une existence qui avait valu la 
peine d'être vécue, il n'y avait pas d'amertume à mourir. 

Au surplus, la mort ne le prit point au dépourvu. Attentif 
à tout, il avait eu soin de faire son testament; mais, par un 
scrupule d'humilité, nous dit son biographe, il ne voulut le 
montrer à personne de son vivant (1), et c'est sa mort seu- 
lement qui révéla ses dernières volontés. Il avait légué ses 
cendres à l'église Saint- Jean -Evangéhste (2). Parmi les sou- 
venirs qu'il lui laissa, il nous en est resté un : c'est son bel 
évangéliaire. Nous avons déjà décrit l'ivoire de ce précieux 
manuscrit; celui-ci lui-même nous offre une de ces recensions 
du Nouveau Testament que Gharlemagne fit multiplier par 
ses copistes et qu'il répandit dans tout son empire, pour éli- 
miner peu à peu les textes fautifs alors en usage. Ce livre 
doit être doublement cher au patriotisme liégeois, et comme 
un des plus anciens monuments de l'art national, et pour 
avoir été le livre de chevet du père de la patrie. (3). 



{{) Quod nulli, in signem scrvatae usque in linem humililatis, [ostendil]. Vita 
N()t(jeri, c. 10. 

(2) Vita Nuùjcri, c. -10. 

(3) L'évangéliaire de JN'otger fut conservé précieusement pai- les chanoines de 
Saint-Jean jusqu'au commencement du XVIIIe siècle; à cette date, ils se considé- 
rèrent sans doute comme indignes de posséder pareil trésor, puisque, vers I71.j, 
ils TotlVirent au baron de Crassier, le célèbre antiquaire liégeois, « en récompense 
d'autres bienfaits », comme s'exprime ce dernier. Voir une description de ce ma- 
nuscrit par de Crassier lui-même dans Montfaucon, Bibliotheca DibliothecariDn, 
Paris -1739, pp. G04 et fiOo, reproduite dans le Cnlaloriue des innintscritu de la 
hibliotlièijiie de l'université de Liéfie, 1873, p. 9. On trouve aussi des échanges de 
vues sur ce manuscrit dans la correspondance de de Crassier avec Montfaucon. 
B!AL, t. Il riSoo), p. 3o3 et t. XXVI (1897), pp. 79-81. 

Au dire de Villenfagne, Mélarnjes de littérature et d'iiistoire, Liège, 1788, |). 227, 
note GO, le volume passa de la bibliothèque de de Crassier dans celle de David, 
chanoine de Saint-Jean; après la mort de ce dernier, quelques années avant la 
iiévolulion, il devint la propriété d'un M. Sacré, dont le fils le donna à la biblio- 
thèque de Liège. Cf. le Catalof/ur des Munusrrits de lu Dibliotlièque de l'Université 
de Liège, Liège 1875, p. 9. On a longtemps discuté sur la valeur des lettres 



VIE PRIVÉE ET MORT DE NOTGER. 347 

Notger n'oublie pas ses autres églises; il est fort probable 
qu'à toutes il voulut laisser quelque libéralité, [»our que 
toutes se souvinssent de lui dans leurs prières. Du moins, 
nous savons qu'il avait fondé un anniversaire à Saint-Lam- 
bert, imputé sur des vignes et sur des terres à Fragnée (1), 
et un autre à Saint-Denis, exonéré par deux moulins situés 
sur le Torrent, un des canaux du bras de la Meuse appro- 
fondi par lui, dans les environs de l'église (2). Le jour de son 
anniversaire, on distribuait aux chanoines présents le vin 
et le blé de la fondation, ainsi que nous l'apprennent les 
obituaires de ces deux maisons. 

Il mourut le 10 avril 1008, après trente-six ans d'épiscopat, 
et sa mort — est-il besoin de le dire? — fut un deuil public (3). 

V. I. DCCC qui se lisent en rubrique à la lin du volume. De Crassier y voyait la 
(laie de l'ouvrage CVerhi Inrarnati \800) et imagina ensuite de lire : Quintn Leonis 
ou iJe année du ijontificat de Léon III. Dom Morin, consulté i)ar moi àccsujel, 
m'écrit que « le fameux sigle est tout simplement une indication stichométrique, 
et nous apprend le nombre de lignes contenues dans le IV": évangile. » (Cf. S. 
Berger, Histoire de la r«/f/fffc. p.366). Le même savant ajoute : <t Les prologues, 
sommaires, etc., attestent que le modèle, probablement le texte aussi, se ratta- 
chent à l'école de Tours. « 

(1) IIII id. april. 

Commemoratio domni Notgeri episcopi nos! ri, pro quo liabemus amam vini de 
Frangeis et duodccim modios speltae in granario nosli'o in dicto anniversario 
distribuendae. (Obituaire de Saint-Lambert, manuscrit sur parchemin du XlVe siècle, 
aux archives de l'État à Liège.) 

(2) Aprilis. 
un nonas. 

Commemoratio Nogeri episcopi, qui dédit nobis duo molendina in Torrente quà 
die distribuentur III modii speltae inter praescntes, in vigiliis et in missà. Inde 
accipietur dimidia iibra cerae ad candelas. (Obituaire <le Saint-Denis, manuscrit 
sur parchemin du XllIe-XIVe siècle, aux Arcliivos de l'État, à Liège.) 

(3) Cette date est absolument certaine. Elle est donnée par Sigebert de Gem- 
bloux, Chronic, p. 3oi; par Lambert le Petit, p. Giu; par les Annales de Hildes- 
heim, p. 93, (que suivent les Annales de QncdUnbunj , p. 79 et VAnnalista Saxo, 
p. 658.) 

Le seul Vita Xotrjeri, c. lO (dans Gilles d'Orval II, S8, p. 63) suivi par ,Iean 
d'Oulremeuse, IV, p. 133 donne la date de 1007, mais il faut remarquer que nous 
ne possédons cet ouvrage que dans la défectueuse transcription que Gilles d'Oi'val 
en a faite au XIII*^ siècle, et qu'il y a probablement ici une faute de copiste. En 
ellet, la date de 1008 est la seule ([ui concorde avec les 30 ans d'épiscopat donnés 
à Notger par le Vita Notgeri lui-même, c. lU, ainsi que par Anselme, c. 30, p. 200, 



348 CHAPITRE XVII. 

Ce nest pas seulement la ville de Liège, mais toute la 
nation qui voulut assister à ses funérailles. Elles furent 
longues et solennelles, et elles eurent lieu successive- 
ment dans toutes les églises rie Liège qu'il avait fondées, 
chacune voulant donner un dernier témoignage de recon- 
naissance et d'affection à son bienfaiteur en offrant pour 
lui le sacrifice divin. La funèbre cérémonie dura donc 

cl par Ruperl de Saint-Laurent, c. 10, p. 2G6. Ces années, comme je l'ai établi plus 
haut, p. 43-44, commencent à courir à partir du 14 avril 972. 

'Il est d'ailleurs certain que Notger vivait encore après le 10 avril 1007, puisque, 
le 4 juin 1007, il était intervenant dans un diplôme impérial pour Thorn (v. ci-des- 
sus p. 112 et 243) et que Gilles d'Orval, qui le fait mourir le'/iO avril 1007, le monti'c 
participant, dans l'été de cette même année, à l'expédition de Henri II contre la 
Flandre. (Cf. Devaulx, t. II, p. 70 et Hii'sch, .hihrbùcher des deutsclicn Iteiclis 
UHter Heimicli H, t. II, p. 189.) 

Toutefois, à Liège, oii toute l'historiographie est restée ensorcelée jusqu'à la fin 
du XIXe siècle par Gilles d'Orval et par Jean d'Outremcuse, on avait de bonne heure 
adopté, sur la foi de ces deux compilateurs, la fausse date de 1007; ainsi les cha- 
noines de Saint-Jean en 1634, dans leur pétition à Ferdinand de Bavière (BIAL, 
t. II, p. 2u8); Fisen, I, p. io9; Foullon, I. p. 202; de Reiftenberg, C.lfiC, I, p. 99. 
Ce qui a entraîné la conviction de Foullon, d'ordinaire plus critique, c'est que, selon 
Jean d'Outremeuse, Notger est mort un jeudi-saint, et qu'en 1007 cette fête coïnci- 
dail. en effet, avec le 10 avril, jour unanimement admis. Mais comment Foullon 
n'a-t-ii pas vu que ce qu'il prend pour un témoignage n'est que le résultat d'un 
l'aisonnement de Jean d'Outremeuse qui, partant de la date du 10 avril 1007 comme 
acquise, a ouvert son comput et a constaté que ce jour co'incidait avec le jeudi-saint ? 
Cachet {BAIîB, XVIIP, p. 334) après avoir admis la bonne date de 1008, se laisse 
aussi troubler par Jean d'Oulremeu.se et se remet à hésiter. 

Au surplus, les maîtres de l'érudition se sont depuis longtemps prononcés pour 
1008; tels sont Mabillon, A)inale.s (). S. B., t. IV, p. 201; le Gallia Christiana, 
t. m, col. 848; VHistoire littéraire de la France, t. VII, p. 210; Hirsch, Jahrhucher 
des deutschen Beiclis nnter Ileinricli II, 1. C. A Liège même, Devaulx, I. c. Bouille, 
t. I. p. 78 et Daris, p. 312 les ont suivis. 

La date du jour (10 avril) a donné lieu elle-même à des doutes. Cachet s'est 
demandé si ce jour ne correspond pas à celui de l'enterrement de Notger à Saint- 
Jean, !e([uel avait été précédé par des funérailles solennelles faites successivement 
à la cathédrale, à Sainte-Croix, à Saint-Martin et à Saint-Paul. D'après cela, il fau- 
drait placer la mort de l'évêque au avril, sinon un ou deux jours plus tôt encore. 
Mais ce scrupule est écarté par l'obituaire de Saint-Lambert, qui, incontestable- 
luent, n'a point pris pour date celle de l'enterrement a Saint-Jean, et qui donne le 
IV des ides il'avril, c'est-à-dire le 10 de ce mois. Celte date, il est vrai, est contre- 
dite par celle du nécrologe de Saint-Denis (aux archives de l'État à Liège) qui donne 
le IV des noncs d'avril, mais tout semble lndi([uor (|uo mm. a été écrit pour id. par 
sui|c dune simple distraction de copiste. 



VIE PUIVKK ET MOUT I)K XOTGER. 3i9 

cinq jours entiers (1). Le corps, qui avait été préalahlement 
embaumé (2), l'ut transporté le premier jour à la cathédrale, 
le second à Sainte-Croix, le troisième à Saint-Martin, le qua- 
trième à Saint-Denis, le cinquième à Saint-Jean-Evangé- 
liste (3). Ensuite, les précieux restes furent déposés dans la 
tombe que Xotger avait choisie lui-même, à l'angle de la crypte 
de la chapelle Saint-Ililaire, c'est-à-dire au côté septentrional 
de l'octogone. Plus tard, au XIP ou au XIIP" siècle, on lui 
érigea un cénotaphe sous la tour, et ce monument fut renou- 
velé assez richement en 1366, La création de ce cénotaphe, 
comme il arrive souvent, fit oublier le tombeau véritable; 
de bonne heure on prit le cénotaphe pour le tombeau, et 
Jean d'Outremeuse, en propageant cette erreur, lui assura 
un crédit sans partage auprès des Liégeois. Aussi, lorsqu'en 
1033 on voulut exhumer les restes de Notger, on fut surpris 
de ne pas les trouver dans le monument sous la tour. On 
s'avisa alors seulement de relire la vie de Xotger, et de 
fouiller à l'endroit où il avait été enterré en réalité. Mais, 
par une rare malechance, trompés par les documents altérés 
qu'ils consultèrent, les chanoines de Saint-Jean se persua- 
dèrent que le tombeau se trouvait, non dans la chapelle 
de Saint-Hilaire, mais en dehors et à côté de celle-ci, et les 
fouilles qu'ils firent à cet endroit aboutirent à l'exhuma- 
tion d'un squelette qui fut pris à tort pour celui de Xotger. 
On recueillit précieusement ces ossements d'un inconnu et 



(1) « Quand un évêque mourait, son corps était promené dans plusieurs églises 
avant d'être déposé dans son tombeau, et, dans chacune d'elles, on récitait des 
prières pour le repos de son ànie. » De Cauiiiont, Courx d'antùiuitcs monumentales, 
Ge partie, p. 198. Cf. Vita s. Woljijamji, c. \V.), p. o i-i ; Vila s. Uuirhardi, c. 23, p. 
84G. Il en était de même à la mort des souverains; ainsi le corps d'Otton III, apporté 
à Cologne, fut transporté à Saint-Sévei-in le lundi api'ès les Rameaux, le mardi à 
Saint-Pantaléon, le mercredi à .Saint-Géréon, le jeudi à la cathédrale; le vendredi, 
on prit le chemin d'Aix-la-Chapelle, où il fut inhumé le samedi. (V. Thietmar de 
Mersebourg, IV, 33, p. 783.) De même, le corps de Conrad II, revenant d'Utrecht, 
fut transporté dans- toutes les églises O'ionasteriaJ de Cologne, de Mayence et de 
Worms, au dire de Wipo, Vita Cliuonradi, c. 39, p. 27i. 

(2) Au dire de Jean d'Outremeuse, 1. c. 

(3) Vita Notfjeri, c. 10, et, d'après cet ouvrage, .lean d'Outremeuse, IV, p. 182 
et Rupert, Chronic. s. Laurentii, c. iO, p. 2UU. 



350 CHAPITRE XVlt. 

on les conserva dans un cofTx'e dans la sacristie, où ils sont 
encore (1). 

La terre continue donc, selon toute apparence, de garder 
les restes sacrés de riiomme qui, au même degré que suint 
Lambert, a été le fondateur de la ville de Liège. Enterrée de 
plus en plus profondément par Texliaussement progressif du 
sanctuaire de Saint-Jean, qui était au niveau du sol en Tan 
1000 et auquel on accède aujourd'hui par huit mai'ches, la 
tombe de Notger n'a pas livré son secret et le fondateur de 
la principauté de Liège repose dans la paix inviolée de son 
sanctuaire de prédilection. 

Notger laissa une mémoire entourée d'une vénération uni- 
verselle. 

Déjà ses contemporains professaient pour lui ce senti- 
ment. Folcuin de Lobbes, à qui l'on ne j)eut pas reprocher 
l'adulation, regrette de ne pouvoir, parce qu'il est vivant, le 
louer selon ses mérites, et déclare qu'il est rempli de l'esprit 
de Dieu (2). Le meilleur éloge que l'auteur du Vita Balderici 
trouve à faire de son héros, c'est de dire qu'il marcha sur 
les traces de son prédécesseur, que la ville de Liège n'a pas 
mérité de posséder plus longtemps (3). Anselme, i,le chroni- 
queur laconique', si pressé d'arriver à son héros favori 
Wazon, s'arrête en passant devant la figure de Notger et lui 
rend un témoignage ému. 

« Plein de mansuétude pour les pauvres et pour les gens 
de bien, terrible envers les riches et les factieux, digne à la 
fois d'admiration, de vénération et d'amour, il fut le patient 
précepteur des ignorants, le bâton des vieillards et l'éduca- 
teur de la jeunesse. Prudent, circonspect, discret, éloquent, 
il inspira la plus grande confiance aux papes et aux empe- 

(-1) Sur lout ceci, voir, à l'appendice, la dissertation intitulée : Possédons-nous 
les restes de Notger '! 

(2) Cujus animi dotes et virtutuin summam si pergam dicere, quoniiun adjuic 
superesl, adulari videbor. Unum pro certo dicenduni est, quod vir sit, in queni 
Spiritus Dei donum singulare contulit veritatis et fidei. Folcuin, c. 28, p. 70. 

(3) Vita Balderici, c. 2, p. 72o et 18, p. 731. Notgerus episcopus, lotus ex 
sapientiâ virtutibusque compositus, qui pro suae nienlis industriâ, quâ plurimuiu 
claruit, omnem in se cleri vel civium atlisctum transfudit, quem urbs nostra diutius 
liabere non meruit. 



VIE PRIVKK ET MORT DE NOTGEn. 



351 



reurs. Jamais il n'accorda la moindre place à rinacticjii et à la 
torpeur ni chez lui ni chez les autres, et il laissa des disciples 
digues de lui, parmi lesquels il sullit de nommer rincom[)a- 
rable Wazon » (l). "N'oilà, en substance, le langage d'An- 
selme. Sigcbert de Gendjloux, à son tour, paie à Notgei" un 
tribut d'admiration et de respect (2). Un poète liégeois du 
XP siècle célèbre son zèle pour la prédication de l'Evangile, 
son ardent amour de la justice, sa charité, son hospitalité (3). 
Le Vita Notgerl fait écho à tous ces éloges et les reproduit 
a son tour (4). L'auteur anonyme de la vie du })ienheureux 
Thierry de Saint-PIubcrt vante la sagesse et la piété de 
Notger (o). Les étrangers ne sont pas moins enthousiastes 
que les Liégeois : à Cambrai, à ^'erdun, dant tout llilmpire, 
on salue dans Téveque de Liège un des grands hommes de 
l'époque (6). Plusieurs écrivains le considèrent comme un 
saint et le proclament bienheureux (7). Il ne s'agit pas ici de 
quelque exagération de langage comme l'enthousiasme popu- 
laire s'en permet souvent. Nul, assurément, ne contestera 
le témoignage de Richard de Saint-Vanne, l'austère ré- 
formateur clunisien : il se connaissait en sainteté, et il ne 
prodiguait pas le qualilicatil". Or, Uichard raconte, en y 
ajoutant foi, la vision d'un de ses moines d'Arras qui, trois 
ans après la mort de Notger, l'avait vu dans le ciel (S). 

(!) Anselme, c. 30, p. 206. 

(2) Sapientià et nobilitate salis polIeb;i(. Sigeberl, Gc^ta abb. Gemblnr. c. 23. 
(3j L'hospitalité est une des vertus les plus souvent louées chez les évèques du X^ 

siècle. Y. le Vita s.'Udalrici, c. 3, p. 390 : llospitcs auleni cum ad eum devenissent, 
ti'ipudio et tantà hilaritate vultus et animi suscepti sunt et in omnibus procurali 
velut eis optime conveniebat, sciens in eis Christum se suscepissc, illo dicente : 
llospes fui, et suscepistis me. 
(4) Vita Notger i, c. 8. 

(3) Vita Theoderici Andarjinemis, c. 4, p. 39 : Notgci'O magnae sanctitatls el sa- 
pientiae viro. 

(G) Gesta epp. Caineruc, III, ">, p. 4(>7; Vita s. Adulberti, c. 22, p. 391; Hugues 
de Flavigny. 

(7) Nocherum sanctae memoriae episcopum. Gesta epp. Camerac, I. c. Virsane- 
tae memoriae Notgerus. Piupert, Chronic. s. Laurentii, c. 7, p. 2(34. Et ci-dessus le 
Vita Theoderici Andarjinensis, I. c. 

(8) Lettre circulaire du bienheureux Richard, rapportée par Hugues de Flavigny, 
II, p. 382 : In hoc refrigerii loco Notkerum recognovit episcopum. 



îio2 CHAPITRE XVII. 

Ce jugement d'un contemporain est resté celui de la posté- 
rité. C'est celui de Gilles d'Orval qui, reproduisant textuelle- 
ment dans ses chroniques le récit d'Anselme, y intercale, à 
l'endroit où le nom de Notger est ramené, le titre de bien- 
heureux (1). C'est celui de Jean d'Outremeuse, qui, au KIY*" 
siècle, lui réserve le qualificatif de saint à diverses re- 
prises (2). Au XV*' siècle, le Magnum Ghvonicon Belgicwn 
est le fidèle écho de la même tradition (3). Au XYP, Pla- 
centius proteste contre l'injustice quil y aurait à refuser à 
Notger le titre de saint (4), et un biographe qui écrivait en 
lo66, Quercentius, tout en reconnaissant qu'il ne figure pas 
au bréviaire de Saint -Jean parmi les bienheureux, déclare 
qu'il mérite pleinement ce titre que lui avaient attribué les 
âges passés (5). Au XVIP siècle, Saussoy l'inscrit dans son 
Martyrologe (6). Fisen est persuadé de sa sainteté (7). 
Foullon revendique pour lui le titre de bienheureux et ex- 
prime l'espoir qu'on pourra un jour le vénérer sur les au- 
tels, ajoutant que c'est là le souhait de tout le monde (8). 



(4) Anselme, c. 23, p. 203 : Substitutus est Eraclio quadragesimus sestiis Nol- 
kenis. 

Gilles d'Orval, II, 50, p. 57 : SubstUulus est Eraclio quadragesimus sexlus boaliis 
Notkei'us. 

(2) Jean d'Outremeuse, IV, pp. l'il, 142, 144, 151, 153, et passiin. 

(3) Sanclus Nothgerus. Dans Pistorius-Struve, licruiu Gerinanicanim Scripfnrcs, 
t. 111, Uatisbonne 1720, p. 90. 

(4) At mlhi nou videtur verisimile, quod aliquot historiae satis indecore perhi- 
bent, tantum antistitem propterea demeruisse nomen sanctitatis quia arcem Capri- 
montanam, ut diximus, dolo et tecbnis usurpavit. Placentius, article Notger. 

(5) Quercentius, Vie de Notger, injine. V. sur cet ouvrage l'appendice I. 

(6) A. Saussoy, Martyrolofjiwn Gallicanum, Paris 1G37. t. I, pp. 200-202 : 
Miraculis etiam, quae sanctitatis indicia erant, plurimis etiulsit. Ferunt anatheniatis 
ab co spiculû perçusses, ob induratam proterviam poenasetiam temporales divinà 
ultione luisse. Ipsum vero tempore tamis annonam de coelo precibus impetrasse. 
Oratione suâ maxima avertisse pericula : multa vero a Dec bénéficia piâ eftlagitatione 
gregi suc conciliasse. 

Le titre de saint est encore donné à Notger, au dire de Fisen, Flores, 1. c, par 
Arnold Wion dans son Ligninn Vitae et son Martijrohxjhtvt Denedictinwii ; par Tli. 
Ferrarius dans sa Nova topographia et par Canisius dans son Martyrologium. 

(7) Fisen, Floi-es eccle.tiae Leodiensis, p. 209. 

(8) Foullon, I, p. 203 : L'I, si Pontil'ex maxinuis aliquando annuerit, solemnibus 



Ali" rr.ni':i: i;t :\i()in' ni". .N(>'i(;i:it. 'X'ù\ 

11 n"v a pas de voix iliscordaiilc clans le témoipfnaçfe ([lia 
huit siècles ont rendu à ce grand houinie. 

Mais c'est surtout à Saiut-Jean-l''vangéliste (jue son sou- 
venir est resté eu Ijénétliclion. Dès ré[)oqiie la j>lus reculée*, 
la vénération des chanoines do celte église pour le saint 
fondateur a trouvé une expression aussi naïve que touchante. 
On peut voir encoi'e atijourd'hui, sur l;i couvertui'e de i'évan- 
géliaire de Notger, conscirvé i)ar cette collégiale, l'auréole 
dont une main pieuse a voulu orner sa tète en entaillant 
après coup la surfocc de l'ivoire où il est représenté. Tous 
les ans, on lisait sa vie au réfectoire le jour de son anniver- 
saire, connue on aurait fait i)oui- un bienheureux. Lorsqu'on 
crut avoir retrouvé ses ossements, le chapitre pria le prince- 
évéque Ferdinand de nommer une commission en vue 
d'introduire son procès de canonisation. Nous avons con- 
servé le texte de la pétilion du cha[>ilre, qui est datée du 
28 août UuVi. Le prince agréa cette demande, qu'il a[)oslilla 
dès le 30 août, cl le nonce Carafa ordonna une enquête, 
dont nous ne connaissons pas les phases ni les résultats (1). 
Les archives de Saint-Jean-l']vang'''liste, soigneusement com- 
])ul.sées par moi, ne m'ont fourni à ce sujet aucun rensei- 
gnement (2). 

lionoribus colaninr exuviae pracsiilis Vivil ac vigel hortipriiip illius apiid 

omnes jiicumiissima recortlatio, beatum Nolgenun vulgo appellanles, vovento.'^qiic 
ut sanclum libero ore iiivocaniii a stiniino Pontldce acccilat auctoiilas. CF. Mr-lail. 
Histoire de Ut fille et cliiistcuK de Uni/, l.it'gr, Hii I. p. (J.'j. 

(l) Voir rappendice V. 

(5) Certains écrivains semblent cmire ciiu', sans la ]é,^ent]e lie (llièvromont, 
Xolger aurait été canonisé. Foullon, I, liM), le |)remier, a ma connaissant e, ([ui 
l'(ii-iimle celle manièi'e île voie, ne l'énonce (pie (Tune manière va.i^ue. Parlant île la 
mort (lu sire de Cliévrenionl, il ajoute : l'.vori'in ciiui iiifauliilo relit ttnn tlesilitisxr, 
ithiue ol'slitisse, fjiKDniîiii.s niuticii \iirtjeri iii ttiranmi Jttsta rejerretur, fiibiilu ext tib 
ip.io Pl(tcentii) explosa. Mais Placentiiis est loin d'être si cal(''gori(pic; il se borne à 
dire (lue Notger ne mérite pas de perdre le nom de saint à cause de riiisloire de 
Clièvremont : At mihi nott vitletiir verisintilc iiutitl aUipiot liisttiritie sutis ititlecorr 
perliibent, tantitm tinlistitein pruptereti tleiiternixse iiinitiu stiurtittitis, t/iiitt tirtcin 
Ciipriiiionteni fut di.cimus). tUilu et teclinis nsuriKiiit. On le voit, il n'est pas iniestion 
là de canonisation, mais simplem'^nt du jugement de l'bistoire. Tout cela n'a pas 
empêclié V. Henaiix, Histoire dit piii/s de Liège, t. I, p. lOS, d'écfii'e ces lignes : 

I, 23 



3o4 CIIAPIÏUE XMÙ 

Le l'ayonnement de lu gi-aiide mémoire de Notger devait 
cependant connalLi'c une éclipse : ce fut la calaniiteuse 
époque du XYIII*^ siècle. A cette date, on voit sallaiblir 
partout, jusqu'au sein du clergé, le sens religieux et le 
respect du passé. Croirait-on qu'à Saint-Jean, dans ce sanc- 
tuaire de la mémoire de Notger, on poussa si loin le mépris 
des traditions de la maison, qu'on ne craignit pas d'aliéner le 
plus précieux trésor que possédait encore cette église : je 
veux dire son évangéliaire, le livre doublement saint que 
ses mains avaient feuilleté tous les jours, et entre les pages 
duquel il semblait que son souvenir dût vivre avec une éter- 
nelle fraîcheur (1)? 

La reconstruction de l'église, en 1759, ne contribua pas 
peu, de son côté, à oblitérer le souvenir de Notger et à 
refroidir la ferveur pour sa mémoire. Le niveau de l'église 
fut exhaussé ; l'emplacement supposé de son tombeau n'en 
garda plus aucune trace, le cénotaphe sous la tour disparut, 
la statue de Notger qui le surmontait alla rejoindre dans la 
sacristie le coffre qui contenait ses ossements supposés. 
Il ne restait plus qu'à profaner ceux-ci, et les révolution- 
naires s'acquittèrent de celte tâche, moins barbares en cela 
que les prétendus historiens qui, de nos jours, ont souillé la 
gloire du grand homiiie par l'exploitation d'une inepte 
légende. C'est à peine si, en l'an de grâce 1904, il y a dans le 
pays de Liège une école où Notger soit connu autrement que 
par l'histoire apocryphe du stratagème de Chèvremont. La 
ville qui lui doit tout, selon le vers fameux, ne lui a pas 
même érigé une statue. Ce qui indignait Bovy en 1838 ÇÈ) 
et de Gerlache en 1843 (3) est encore vrai. Le modeste monu- 



« Le clergé liégeois, en 1G30 fsicj, supplia le pape de proclamer la sainteté de K(A- 
gerCsicJ; après examen (sic), celte demande l'iil rejclée. La justice de l'Église fut, 
en ce jour, d'accord avec celle de l'Histoire. » 

Je ne me sens pas le courage de plaindre l'Eglise d'avoir manqué cette uniijue 
occasion de mériter les compliments d'un historien aussi exact. 

(1) Y. ci-dessus, p. 346. 

(2) Bovy, Promenades historiettes dans le pays de Lièi/c, t. II (183!)), p. 20. 

(3) <c Notger n'a pas de monument dans la ville qui lui doit huit. « Do Gerluclir, 
Histoire de Liège, 3^ édition (1870), p. iS. 



VIE l'HlVÉE ET MOUT DE XOTGEU. 3oO 

mont que lui a ilressé on l8i).'J, dans les cloîtres de Suint- 
Jean, le clianoine Meyers, ancien curé de la paroisse, n'est 
pas fait pour payer la dette de la postérité. 

Je voudrais me persuader que j'ai élevé à ce grand homme 
un monument [)lus durable. Je n'ai pas la présomption de 
le croire dclinitiC, mais, tel qu'il est, j'espère qu'il pourra 
servir de point de départ aux travaux des historiens futurs. 



CONCLUSION. 



Notger est une des plus remarquables figures du X'' siècle. 
Dans cette série de prélats qui furent à la fois des hommes 
d'Etat distingués et des pasteurs d'àmes dignes de leur 
mission, il occupe un des premiers rangs. La politique civi- 
lisatrice des empereurs de la maison de Saxe ne connut pas 
d'instrument plus intelligent. Quatre voyages en Italie à leur 
service et d'innombrables séjours à leur cour attestent 
combien ils l'estimaient et combien peu ils se passaient de 
lui. Ils n'eurent pas de serviteur plus fidèle; il sauva le trône 
d'Otton III, il fut le négociateur de la paix entre Henri II et 
le roi de France; on le trouva toujours sur la brèche quand 
il s'agit de défendre leurs intérêts, et c'est en grande partie 
à lui qu'est dû l'airermissemcnt du pouvoir impérial dans 
nos provinces. 

Prince-évcquc de Liège, il a créé sa principauté. Sans 
guerres, sans intrigues, il a acquis un domaine considérable, 
comprenant des villes, des abbayes et deux comtés entiers. 
Il a organisé le gouvernement de ce tout. Arrachant et plan- 
tant, selon l'expression de son biographe, il a détruit les 
chàteaux-forts et édifié les villes. Justicier sévère, il n'a pas 
reculé devant les mesures de ré[)ression énergiques quand 
elles lui semblaient réclamées ])ar le salut de son peuple, et 
il a légué à son successeur un Etat i)aisiblc et heureux. 

Il n'a ])as borné sa tache à assurer la sécurité et le bicn- 
ctre de son j)euple ; il s'est préoccupé aussi de sa vie intel- 
lectuelle. Son (ouvre scolaire est une des plus belles qu'il y 
ait dans l'iiistoire. Grâce à lui, les écoles de Liège ont été 
des pépinières d'hommes émincnts ; leur renom s'est étendu 
au loin ; de toutes parts on est venu lui demander, soit des 



CONCLUSION. îio7 

c\ rqucs, s<;i!: cîos jjroresseurs, et, par l'influence de ses dis- 
ciples, qui coiilinuaicnt au loin son enseignement, il est 
devenu l'un des éducateurs de llùirope. La première liisloire 
ilu pays de Liège a été écrite sous ses auspices, on pouri'ait 
dire sous su dictée. Il a rempli ce pays de livres précieux 
et d'objets d'art, et, uieltant lui-iuénie la main à la besogne, 
il s'est fait le collaborateur de ses éeolàtres, dans leurs 
classes comme dans leurs cellules d'écrivains. 

Pour juger de ce qu'il a fait pour sa principauté, il sullit 
de voir ce qu'il a fait pour sa cité. Il en a été le second l'ou- 
dateur; il y a tout créé ou tout renouvelé. La cathédrale avec 
ses dépendances, quatre églises collégiales nouvelles, deux 
paroissiales, les cloîtres, le })alais, l'hospice, l'enceinte for- 
tilîée, tout y est de lui. Avant lui, Liège n'était qu'une 
bourgade; après lui, elle prit rang parmi les grandes villes. 

Ce grand civilisateur, ce puissant manieur d'hommes fut 
une âme profondément religieuse. Regardant les choses 
temporelles du point de vue de l'éternité, il ne s'est pas laissé 
absorber par les préoccupations du siècle : le salut de son 
âme est resté son affaire principale. Il joignait la sainteté au 
"énie. Il n'v a i»as une tache sur sa robe de prêtre, il nv m 
]jas une souillure sur sa ré])utation d'homme d'Etat. Son nom 
est une des plus ])ures gloires de son pays d'adoption, et un. 
des plus grands de l'histoire de Belgique. 



4 



ADDITIONS ev;: CORRECTIONS. 



P. 2. Sur les évèques de l'époque ottonicnne, il faut lire 

riniportant témoignage du Vita Meinwerci, c. 192, p. 151 : 

lUiiis qiioque tenipuris opiscopi sapicntià et scientJà pracdili, subjcctoriini 
profcotibus continue erant dediti, scoimdas iniporii partes sancte et juste 
adjuvantes, sacerdotii rigoreni nullatenus relaxantes. Intoi' quos vitae 
nici'ilo eniinebat Treverensis lur'îropolis, e.\(iuà priniuiii sonus evangolicao 
praedioationis intonuit parti bus Teutonicis, Meingoz et Poppo, Coloniensis 
(IuO(|ao HorilK'i'tus et Pibgrinus, Mngunticnsis eecJcsiae Willigisus et 
Erchanbaidus, Arilio et Bardo, Partcnopolitanao id est Magtholiui'gonsis 
(Jero et Hunfridus, Hronicnsis l'iuiwanus, Trajeetensis Ansfridus et Alhal- 
baldus, Mimigardefordensis Thiedericus et Sigifridus, Osncbruggensis Thiet- 
marus, Hiidonesheiincnsis Beriiwardus et (lodehai'dus, Mindensis Sil)crtus 
et lii'uno, Hurgliardus Woi'iualicnsis, studio suo in collcctione eanonum in 
Ecclesià laudabibs,Werinliar(lus Argentinae civi^atis, Meinhardus et [îruno 
Wirziburgensis, et alii quamijlures pontificii dignitale vcnerabiles, sancti- 
tate iniconiparalMles, quoi'uiu nieritis adeo illo in ienipnir lloi-uit Eeclcsia. 
ut non sit hodic aliqua, fpiae iiolns ojus lemporis non poi'îondat moruni 
nieritorum insignia. 

P. 10, Nul, à ma connaissance, n'a mieux apprécié que MoU 

l'iniluence de saint Rrunon sur les prélats sortis de son école ; 

les paroles suivantes (Kerkgeschiedenis van Nedevland çôér 

de Herçorming-, t. I, p. 27G), trouvent leur pleine application 

en ce qui concerne Notger : 

Zoo kon het geschieden, dat uit de l<\ve(^i<elijigon van Bruno, waar- 
van vclen door keizcr Otto en zijne jiaaste opvoJgers op de l)isschopszctc]s 
van liot duitsehe rijk werden geplaatst, eono eigenaardige soort van geeste- 
lijken voor-kwaain, prclaton die, hoezecr sonitijds doordrongen van do 
bowusting hunner lioogc rocping voor de kork, zicli ccliter uitnoniond 
lieioondcn voor de moeijiHjkste staatsanibten; mannon die van het altaar 
naar het slagveid togen, van het kapittel naar de rijksvcrgadering; praktische 
naturcn, (he niet allcen korkon en kloostcrs stiehtten, niaar ook torons en 
\vallen tôt verdediging van luni geijied, don handc^l bovordcrden en don 
akkerl)ouw opbeurden iiiet be\vondeJ•ens^vaardig lu'leiii. 

P. 14, dans la note de la page précédente, où il est parlé 
de Clovis III, on a imprimé à tort, dans l'antépénultièjue 
ligne, Cliildéric II au lieu de Clovis III. 



360 ADDITIONS ET CORRECTIONS. 

P. 15. La donation de Lobbes à l'église de Tongres-Liège, par 
l'empereur Arnoiil, n'est pas de 888, mais diilo novembre 889. 
Cf. Boelimer-Mûlilbacher, Regesta Imperii, I, 1783, où cepen- 
dant il sest glissé une erreur : l'éditeur corrige à tort le nom 
de l'abbé Ilartbert (sur lequel voir ci-dessus p. 327) en celui 
de l'intrus Hubert (sur lequel voir ci-dessus p. o2). L'acte 
est dans Miraeus-Foppens, t. I, p. 650. 

P. 18. En écrivant au sujet de saint Hubert : Jus civile 
oppidanis tribuit, — — — libram panis, libram vini mo- 
diumque, quae nobiscum persévérant usque liodie, sapienter 
constituit, Anselme se souvient peut-être des paroles du 
Capitulare Suessioniciim de 744, c. 6 (Boretius, p. 30) : Et 
per omnes civitates legitimus foras et mensuras faciat (unus- 
quisque episcopus) secundum habundantiam temporis. 

P. 23, note 1. Il faut rapprocher l'acte de Henri II don- 
nant un comté «à Meinwerc de Paderborn, « eâ ratione ut nec 
ipse Meinwercus episcopus nec aliquis successorum suorum 
ullam potestatem liaberet alicui suo militi vel extraneo eundem 
comitatum in beneficium dandi, sed ministerialis ipsius 
ecclesiae, qui protemporefucrit, praesit praedicto comitatui ». 
Bresslau-Bloch, DH. Il, p. :3G2. Cf. Vita Meinwerci, c. 172, 
p. 145. 

P. 27. Ajoutez aux noms cités celui deWalcher de Cambrai 
(1093-1101) : « Hic multa praeclare gessit, castella atque muni- 
cipia multa Cambrisiacum et civitatem opprimentia viriliter 
diruit ». Chronicon Sancti Andreae, III, 18, p, 544. 

P. 53, note 1. Le jugement de Folcuin, qui peut paraître 
excessif, est confirmé et bien motivé par le Gesta epp. Cani. 
I, 15, p. 531, qui apprécie avec la même sévérité les abbés- 
évêques Francon, Etienne, llicliaire, Hugues et Farabert. 

P. 05. Le manuscrit 495-505 de la Bibliothèque Royale de 
Belgique (cf. Van den Gheyn, Catalogue des Manuscrits de 
la Bibliothèque Royale de Bruxelles, t. IV, p. 3) écrit au X* 
siècle ou dans les premières années du XP, contient, fol. 
215''-216, la lettre formée par laquelle Notger recommande 
son clerc Rothard qui vient d'être nommé évêque de Cam- 
brai, à son métropolitain l'archevêque de Reims, Adalbéron. 
Ce document est daté du 11 des nones (4 avril) d'avril 980, 



AiibirroNi^ i:t coniiECTiONs. 301 

indiclion 8. On eu trouvera le le\le ci-dessous, ù rup[)eudicc 
VII, Catalogue des actes de Xotger, mais pour no pas 
euconiJjrer ce dernier, je crois devoir présenter ici les obser- 
vations que me sut^gcre le document notgcrien. 

Il s'écarte des types qu'on trouve dans de Rozièrc, Recueil 
général des formules usitées dans l'empire, pp. HOÎ) et sui- 
vantes, ainsi que des s[)écimcns fournis par les lettres for- 
mées adressées à Francon, évètfue de Liège. (V. Al^"" jNlon- 
cliamp, Cinq lettres formées adressées à Francon, évèque 
de Liège, BARLi, 1903, pp. 421-431). Selon la formule ordi- 
luiirc, les évaluations numériques de l'ensemble desquelles 
devait résulter le chiffre total placé à la fin de la lettr-e for- 
mée devaient comprendre, ajirès les nond^rcs représentés 
par les lettres grecques II = 80. Y = 400, A -= 1, Il -= 80; 
total : oGl, ceux qui représentaient a) la valeur immérique 
en grec de la première lettre du nom de l'expéditeur; h) celle 
de la seconde lettre du nom du destinataire; c) celle de la 
troisième lettre du nom du porteur; d) celle de la quatrième 
lettre du nom de la ville épiscopalc de l'expéditeur; e) celle 
de lindiction. 

Ces règles produisaient, dans le cas présent, la combinaison 
NDTD VIII = '50 -f 4 + 300 + 4 - 3G6, 

qui, ajoutée à la somme oC»! des quatre lettres ci-dessus indi- 
quées et à la somme 90 formée par la valeur numérique des 
lettres d'AMHN, donnerait un total de 102G, alors que la 
lettre formée de Notgcr ne donne qu'un total de OGl. Le 
texte lui-même a soin de nous montrer comment procède 
l'auteur : au-dessus de toutes les lettres qui entrent en ligne 
de compte, on a eu soin de placer leur valeur numérique, à 
savoir : 

A, première lettre du nom d'Adalbéron = 1 

r, (^ R latin) j)remière lettre du nom de RoUiard -^ 100 

rs', première lettre du nom de Notger = oO 

P, première lettre du nom de Reims (en grec) = 100 

L, première lettre du nom de Liège = 30 

K, ju'emière lettre du nom de Candirai (en grec) = 20 

3ÔÎ 



;»()2 ADMITIO.NS ET COUHKCTIONS» 

Ce c-lii!Tre, plus celui Je oGl et celui de 99, nous donne le 
total de i>r>I ({ui est indique*, en cdet, à la fin de la lettre for- 
nu;e. Vn d'autres termes, au lieu de prendre respectivement 
la 1"', la 2% la 3" et la 4^ lettre des noms de Texpcditeur, du 
destinataire, du porteur et de la ville épiscopaîe de rexpé- 
diteur, en y ajoutant le cliillre de Tindiction, on a pris la 
])remièrc lettre de cliacun de ces noms, plus la première du 
nom de la ville épiscopaîe du destinataire, et on a omis le 
chiilVe de l'indiction. On voit cjue la cryptographie des lettres 
formées variait selon les temps et les lieux. 

P. 81 infra. M. F. Lot, dans ses Études sur le règne de 
Hugues Capet, p. 11, dont je n'ai pu avoir connaissance 
qu'après l'impression de ce volume, émet l'idée que la lettre 
de Gerbert qui porte dans l'édition de J. Havet le numéro 182 
]>ourrait bien être adressée à Xotger. Cette conjecture est dilli- 
cile à contrôler. La lettre ne porte pas de nom de destinataire 
et on ne sait au nom de qui elle est écrite; il semble qu'elle 
soit adressée à un prélat, voilà tout, et la date daoùt- 
septembre que lui donne Ilavet ne repose sur aucune preuve 
positive. « Je songe, écrit M. Lot, c[ue ce destinataire, lequel 
est un étranger (?) et un évoque, pourrait bien être Notger. 
Sa qualité d'évéque de Liège le mettait en relation (cf. lettre 
31) avec Charles, duc de Basse- Lotharingie [qui semble 
désigné dans la lettre sous l'initiale K], dont le domaine 
s'étendait de Liège à Bruxelles, et le disposait peut-être en 
sa faveur. Cette attitude ne surpendrait pas de la part de ce 
]>crsonnage jadis ])artisan de Henri de Bavière (Derniers 
Carolingiens, p. 143) ». Cf. ci-dessus, p. 121, note I, oîi j'ai 
infirmé l'argument que M. Lot croit avoir trouvé en faveur 
de son hypothèse qui fait de Notger un partisan de Henri de 
Bavière. 

P. Si, note 10. Fisen, I, p. 154, induit en erreur par le 
]iassage du Viia Notgcri, qu'il prend d'ailleurs, avec tout le 
monde, pour l'œuvre de Gilles d'Orval, se donne beaucoup 
de mal pour concilier ce témoignage avec l'instoire. « Extra 
dioecesim etiam exeruit se ejus religio, constituto Wilikae 
ad Rhenuui ex adverso Bonnae sanctimonialiuin monasterio, 
quemadmodum constare testatur Aegidius e commcntariis 



Annrrio; 



i;r (::('»i;r.r:(:rroxft. 3(i^'> 



cjusdem p;n-l]ienonis pubîicà iule c(ni.sigiKiliri. Hodie uihil 
('iusinoili c uionasterii liibulario poluil cj-iii. Nam ({iioil 
lial)flui' OUoiiis rcscriptum hoc soliini inc'.icat eoeiiobium 
illiul auto conclituiu, jam Nolgci-i alioi'unuiue praesuluin ac 
j)riuc-ipuiu eonsilio ab Oltone l'uisse (•onCu'iiialuin. Nisi inalis 
Noli;erinn, qui puoritiac i-egiac lulor i'iierat, OUone jaiu in 
ItaîiaDi prolecto, Imperii vicariiun l'iiisse, càque inslruclviui 
aufloi'ilatL', ^^'ilikae ({uidpiam conslituisse ». 

P. 1U8. Je nie suis trompé ou idcnliliant le Souvcrain-Ponl 
nxcc le Ponl «.les Arelies. Il est assez diliicile de savoir au 
juste ce qu'était le Souveraiu-Poiit, mais il est certain i\n"d 
ne doit pas être conlbndu avec l'autre. V. là-dessus Th. 
Oobert, III. pp. 0-4 et suivantes. 

P. 193. L'église cathédrale de Liège célèbre tous les ans, 
le 'iO octobre, l'oliicc double majeur de saint Gaprais, et ce 
culte y est plus ancien que le XX'l" siècle. Grâce au lien éty- 
mologique établi entre Caprais et Caprimons, l'histoire de 
la Iranshition de ce culte de Chèvremont à Saint-Paul, bien 
(]ue postérieure à Jean d'Outremcuse, a passé néanmoins 
dans le bréviaire de Liège. Voici comment, dans ce bréviaire, 
se terminent les leçons consacrées à saint Gaprais : 

lUijus claris.-iini iiiiu-tyris vcnoratio Capi'imoiilanis ai)a(l l^'huronos ciliiu 
celélii'iTima fuit, teinplo in iilins hoiioreni ihidoin licdicaîo; vcrnm arec solo 
hMT.is por Xotgcraiii antisUlciii orailicatà, is ciilliiiii Laalu luai'tyri (l'iiitiiin ail 
hasilicain saneti Pauli Leodii, laui recoiis oreclaiii, l'oligioso transforendimi 
riu'avit : eajus rei gostao ineiuoriam, i!iai'):-niii Iraditioiic accoplaiii, solouuii 
nllii-in cl poster] sei-varc iiitunfur. 

P. 242, note 2. Il est à remarquer que la ville de Liège ne 
possède pas une seule abbaye de l'emmes sous le pontilicat 
de Notger, alors qu'à la même é[)oque on en rencontre deux 
à llatisbonne : Obermûnster et Niedermûnster (Vila s. Wolf- 
gang-'i, c. 17, p. ol33) et une à Toul (Vita s. Gerardi, c. o, 
p. 494), C'^ sont, si je ne me trompe, les recluses et les 
béguines qui, au moyen-àge, représentent les plus anciennes 
l'ormes de la vie religieuse chez les femmes de Liège. 

P. 330. Il eût fallu dire quelques mots de la numismatique 
notgérienne, si l'on pouvait prendre au sérieux ce qu'en a 
écrit le comte de llenesse-Breidbach dans son Histoire nainin- 



3Gi ADDITIONS KT COKlîKCtiONS. 

maliqiie de l'é\>cché et principaiiic de Liège (1831), pp. 2-o, 
y compris lu première de ses i)lanches. Mais, des monnaies 
décrites, la plupart sont de Raoul de Zahrini^en, et celle qui 
porte le nom de Notg-ei'iis est fausse. Les [)lus anciennes 
monnaies liégeoises à elîigie épiseopale sont de Réginard. 
La monnaie frappée par Notger a donc porté relSigie impé- 
riale : il n'en serait pas moins intéressant de l'étudier, s'il 
existait des pièces qu'on put attribuer avec certitude à 
Notger. Mallieureusement, les plus anciennes monnaies 
liégeoises à elîigie impériale ne sont que de Henri II (1002- 
1024), et Notger n'a régné que jusqu'en 1008. Au reste, 
comme le dit M. le baron de Cliestret, à qui j'emprunte ces 
renseignements, « la série épiseopale liégeoise, par son an- 
cienneté, sa suite non interrompue et la richesse de ses 
premiers types, n'a pas de rivale en Belgique. Mieux que 
cela : durant les XF, XIP et XIIP siècles, nous osons allir- 
mer qu'elle est sans égale dans aucun pays ». Xamismatlque 
de la principauté de Liège et de ses dépendances, MCAltli, 
t. L (1890), p. 4. 



TABLE DES NOMS PROPRES 



CITÉS DANS l'ouvrage 



Aclalbéron , archevêque de 

Reims, 27, 71, 72, 74, 78, 

79, 85, 88, 186. 
Adalbéron II, évêque de Metz, 

27. 
Adalbert (saint), évêque de 

Prague, 98, 99, 102, 165, 

196, 239, 244, 290. 
Adalbold, évêque d'Utrecht, 

264, 265, 284, 297, 299. 
Adalelm, archidiacre liégeois, 

227. 
Adélaïde, impératrice, 57,80, 

82, 90, 97, 224. 
Adeliu,v. Vie de saint Addin, 
Adelman, 276, 277, 288, 297. 
Adeltrude (sainte) de Wiuters- 

hoveu, 233. 
Adige (F), tieuve, 96. 
Adrien (saint) de Wintersho- 

ven, 233. 
Agilfrid, évêque de Tongres- 

Liège, 15. 



Airs (rue des), v. Liège. 
Aix-la-Chapelle, 11,51,54,57, 

62,63,64,67,08,85,90,92, 

94, 99, 100, J07, 108, 109, 

112, 149, 152, 154, 184, 185, 

188, 199, 238, 239, 251. 

(Yais-le-Grain), 297, 308, 

309,310,312,316,319,321. 

L'église Notre-Dame, 152, 

238, 308, 309. 
Aix-la-Chapelle (le concile d'), 

159. 
Albéric, patrice de Rome, 31. 
Albert, archidiacre liégeois, 

227. 
Albert, comte de Namur, 119. 
Alboin, comte de Maestricht, 

21. 
Albold, archidiacre 

227. 

Alcuin d'York, 273, 289. 
Aldeueyck, monastère, 16, 123 
Alétran, abbé de Lobbes, 53, 

253. 
Alger, écolâtre de Saiut-Bar- 

thélemy, à Liège, 281, 288. 



liégeois, 



366 



TABLE DES NOMS PROPRES 



Allemagne, 1, 2, 3, 6, 7, 8, 9, 
21, 22, 28, 55, 63, 68. 71, 
72, 76, 80, 81, 90, 92, 93, 
99, 102, 106, 107, 175, 185, 
244, 245, 254, 289, 307, 310, 
316, 322. 

Allemands (les), 44, 106. 

Alpes (les), 87, 99, 100, 102, 
239, 296. 

Alsace (1'), 111. 

Amalgisile,jugede saint Lam- 
bert, 126. 

Amand (saint), évêque de 
Tongres, 233, 236, 237. — 
V. Vie de saint Amand. 

Amautius (saint), de Winters- 
hoven, diacre, 233. 

Ambroise (saint), évêque de 
Milan, 273. 

Animer (1'), rivière, 106. 

Ammon, avoué de Liège, 67. 

Andernach, 84. 

Angelico de Fiesole, 319, 

Angelram, abbé de St-Riquier 
eu Picardie, 121. 

Angleterre (1' ), 217, 297. 

Angio-Saron (un), signant B, 
256. 

Annales de Hildesheim (les), 
35, 37. 

Annales de Lohhes (les), 43, 
87. 

Ans, 167. 

Ansbert, évêque de Cambrai, 
25. 

Anselme (le chanoine), chroni- 
queur liégeois, 35, 39, 44, 
47, 48, 141, 150, 151, 186, 
188, 190, 195, 198,199,211, 
247, 248, 255, 261, 265, 266, 
297, 298, 350, 351, 352. 

Ansfrid, comte de Huy, 117. 

Ansfrid (saint), évêque d'LT- 
trecht, 3, 80, 84, 95, 242, 
243. 



Anson, moine de Lobbes, 253. 
Ansterus, abbé de St-Arnoul, 

à Metz, 305. 
Anvers, 169. 
Aquilée, 88. 

Arator, poète latin, 273. 
Arches, aujourd'hui Charle- 

ville, 15, 27, 123. 
Ardenelle, 90. 
Ardenne (T), 13, 27, 218, 231, 

282, 303. - V. aussi Clodefroi 

d'Ardenne. 
Ardevoor, 119. 
Ardouin, roi d'Italie, 106. 
Ai^eudonck, 11, 12. 
Argenti, 40. 
Ai'istote, 281. 
Arles, 21. 
Arnoul Berthoud, avoué de 

Malines, 181. 
Arnoul de Carintbie, roi d'Alle- 
magne et empereur, 6, 15, 

52, 201. 
Arnoul, comte de Flandre, 

110. 
Arnoul, comte de Hainaut, 61, 

65, 187. 
Arnoul, duc de Bavière, 134. 
Arnoul d'Oudeubourg (saint), 

341. 
Arnoul, archevêque de Reims, 

88, 90, 92. 
Arnoul, seigneur de Rumigny, 

240. 
Ai-ras, 351. 
Artaud, archevêque de Reims, 

184. 
Athènes. Le Pécile, 318. 
Athènes du Nord (P), 297. 
Athéniens (les), 318. 
Augsbourg, 106, 107, 134, 244. 

V. Ulric (saint), Sigefroi. 
Augustin (saint), évêque d'Hip- 

pone, 273, 278. 



TABLE DES NOMS PROPRES 



367 



Aulne, abbave, 54. 

Aulu-Gelle, 273. 

Aurillac, v. (îerbert. 

Autun, 199. 

Aventin {Y), 98. 

Avezate, 243. 

Avieii, poète latin, 271. 

Avroy, v. Lié!j:e, 168. 

Aymou, v. Ha y mon. 

Azelin de Tronchiennes, fils 
naturel de Baudouin de Flan- 
dre, 96. 



Babylone (l'irapasse), v. Liège. 

Baldéric I, évêque de Liège, 
29, 30, 53, 254. 

Baldéric II, évêque de Liège, 
119, 157, 1(50, 191, 197,203, 
298, 320, 321. Y. Vita 
B aider ici. 

Baldéric, comte, 318. 

Baldéric, marchand liégeois, 
218. 

Bamberg, 112, 296, 297. 

Barse (v. Wautier de) 

Barvaux-en-Coudroz, 118. 

Basse-Italie, 101. 

Basse-Saxe, 326. 

Bastogne, 11. 

Baudouin, archidiacre liégeois 
227. 

Baudouin IV, comte de Flandre 
26, 96, 110, m, 112, 113. 

Baudouin, évêque d'Utrecht, 95 

Bauvechain, 119. 

Bavai, 64, 215. 

Bavarois (le), v. Henri, duc 
de Bavière. 

Bavière (le duché de), 80. 

Bavon (saint), de Gaud, 12. 

Bayeux, v. Eudes. 

Béatrice, duchesse de Lor- 
raine, 68, 80. 



Béda le Vénérable, 273. 

Belges (les), 81. 

Belgique (la), 11, 58, 177, 237, 

357. 
Belgique orientale (la), 14,302. 
Bénévont, 104. 
Bennou, évoque d'Osnabriick, 

305, 306. 
Benoit (saint) de Nursie, 174. 
Benoîte, tille de saint Ansfrid 

dX'trecht, 242. 
Bérenger, évêque de Cambrai, 

25, 246. 
Bérenger de Tours, 288. 
Berg-op-Zoom, 11. 
Bernard, évêque de Gaëte,40. 
Bernard, seigneur féodal en 

Porcien, 27. 
Bernier, archidiacre liégeois, 

227. 
Bernward (saint), évêque de 

îlildesheim, 3, 82, 103, 130, 

267, 317, 322, 326, 343. 
Berthold, archidiacre liégeois, 

227. 
Berthoud, v. Arnoul. 
Béséléel, 306. 
Bessling, 13. 

Biesmel (le), ruisseau, 176. 
Binche, 58. 
Binckom, 118. 
Blois (V. Eudes de) 
Bodon, archidiacre liégeois, 

227. 
Boèce, 273. 
Bois-et-Borsu, 120. 
Bois-le-Duc, 11. 
Boniface (saint), archevêque 

de Mavence, 3, 
Bonn, 30", 42, 43, 44. 
Boppard, 90. 
Borcette, 11, 316. 
Bornival, 12. 
Boson, archidiacre liégeois, 

227. 



368 



TABLE DES NOMS PROPRES 



Boson, evêque de Mersebourg, 
39 

Boiiiilon, 11,331. 

Boulogue-sur-mer, 301. 

Boussoit-sur-Haine, 26, 58, 59, 
60. 

Bûvou, archidiacre liégeois, 
226, 227. (Deux person- 
nages de ce nom). 

Bovy (le docteur), 354. 

Brabant(le), 59, 118, 211. 

Brabant septentrional (le), 11. 

Brabant (les ducs de), 182, 
197, 203, 204. 

Braine-le-Comte, 86. 

Braives, 118. 

Brème, 134. 

Breuner (le col du), 96, 106. 

Brisach, 76, 77, 78. 

Britte, 243. 

Brives, 301. 

Brogne (abbave Saint-Gérard 
de), 84, 91,' 123. 

Brugeron (le comté de), 117, 
118, 119, 123, 127, 128. 

Bruges, 169. 

Brunengeruz, v. Brugeron. 

Brunon (saint), archevêque de 
Cologne, 2,9, 10, 11,26,28, 
29,38,49,83,244,247,252, 
253, 254, 257,273, 290, 293, 
310. 342. 

Brunon, archidiacre liégeois, 
227. 

Brunon, v. Grégoire V, pape. 

Brusthem, 218. 

Bruxelles (la rue de), v. Liège. 

Burchard, évèque de Worms, 
106, 268, 289. 

Burstàdt, 76. 

Butso, chevalier liégeois, 202, 

Buzin (Verlée), 118. 



Calabre (la), v. Léon de Cala- 
bre 256. 

Cambrai 10, 22, 24, 52, 59, 
65, 81, 83, 89, 94, 95, 96, 
112,114, 125, 139, 173,174, 
187, 199, 209,245,259,267, 
281,397, 317, 351. V. Dodi- 
lon, Erhiin, Gérard, Ro- 
thard, Theudon. 

Cambrésis (le), 66, 110, 139. 

Campine (la), 41, 59, 225, 303. 

Canigou (v. Mont-Canigou). 

Canterbury, 256. 

Capella (v. Martianus). 

Capitole (v. Sainte-Marie). 

Capoue, 104. 

Carafa, nonce, 353. 

Carloman, roi des Francs, 19, 
49, 52. 

Carnéade, 281. 

Carolingiens (les), 14, 28, 125. 

Carolingiens de ïVance (les), 6. 

Carolingiens d'Outre-Rhin(les) 
6. 

Cassien, 273. 

Cassiodore, 282. 

Caton (les distiques de), 271. 

Celle, 123, 341. 

César (désignation de Tempe- 
reur), 81. 

Charlemagne, empereur, 3, 6, 
14, 15, 20, 63, 102, 107, 133, 
137, 211,212,226,231,251, 
253, 269, 287, 300, 308,309, 
310, 317, 327,342,346. 

Charles, duc de Lothier, frère 
du roi Lothaire, 61, 62, 72, 
74, 75, 81, 90. 

Charles - le - Chauve, roi de 
France, 26, 52, 177, 180. 

Charles-le-Gros , empereur , 
14, 15, 19, 23, 127. 



TABLE DES NOMS PROPRES 



369 



Charles -le -Simple, roi de 

France, 15, 16, 21, 50, 181. 
Charles Martel, duc des 

Francs, 19, 196. 
Charleville (Arches), 15, 27. 
Charpeigne (le pays de), 15. 
Chartres, 258, 259, 263, 264, 

276, 277, 278, 285, 288, 295, 

296. V. Fulbert. 
Château-Neuf, v. Chèvremont. 
Chauinont, 119. 
Chauvency, v. Gautier). 
Chelles, 92. 
Chemin vert (le), 215. 
Chéravoie (rue), v. Liège. 
Chèvremont (le château de), 

Novimi Castellum, 26, 48, 

49,50,51,85, 185, 186, 187, 

188, 189, 190, 238, 354. 

L'église Sainte-Marie, 49. 
Chiers (la), rivière, 26, 67, 91. 
Childèric II, roi des Francs, 

13, 233. 
Chimay, 11. 
Chiny, 28. 
Chrodegang (saint), évêque de 

Metz, 12, 199. 
Chronique des évéques de Ton- 

(jres, 268, 335. 
Clirysippe, 281. 
Chrysostome (v. saint Jean). 
Chrysostome (v. Pierre). 
Cicéron. 273,281. 
Ciney, 123. 

Clef (rue de la), v. Liège. 
Clovis I, roi des Francs, 14, 

133. 
Clovis III, roi des Francs, 13, 

16. 
Clunisiens (les), 246. 
Cluny (l'abbaye de), 245, 281. 
Coblence, 216. 
Cologne, 25, 30, 63, 64, 67, 70, 

79, 84, 103, 106, 108, 133, 

199,215,216,217,223,224, 



225,239, 244, 253, 254, 264, 

284,285,307,310,311,316. 

v.Bruuon, Evergise, Géron, 

Séverin, Warin, évoques; 

Raimbaud, écolâtre. 
Condroz(le), 27, 118. 
Conrad, duc de Franconie,76. 
Conrad, duc de Lotharingie, 

29 109. 
Constance, 106, 134. 
Constantin, empereur, 316. 
Corbeek-Dyle, 118, 119. 
Corbie, 327. 

Cosmas de Prague, 299. 
Cosme (les saints Cosme et 

Damien), 157. 
Coucy, 184. 

Crantor, philosophe grec, 281. 
Crémone, 97, 99. 
Crescentius, rebelle romain, 

87. 
Cugnon (l'abbaye de), 334. 



Dagobert I, roi des Francs, 236. 

Damien (saint), v. Cosme. 

Damme, 216 

Daniel, fondeur à Lobbes, 173. 

Danube, (le), fleuve, 107. 

JJestroif (le), v. Liège. 

Deutz, V. Rupert. 

Dinant, 123, 125, 170, 210, 

211, 214, 215, 216, 327. 
Dodilon, évêque de Cambrai, 

134. 
Dodon, domestique, 136. 
Domitien (saint), évêque de 

Tongres, 12. 
Donat, grammairien latin, 271 , 

272. 
Dortmund. 109 
Duisbourg, 84, 107. 
Durand, évêque de Liège, 33, 

122, 197, 200, 262, 297. 



370 



TABLE DES NOMS PROPRES 



Diirfoz, château, 26. 

Dyle (La), rivière, 118, 119. 

E 

Eaque, 293. 

Ebbon, archevêque de Reims, 

134, 326. 
Eburons (les), 11. 
Eeckeren, 11. 
Egbert, archevêque de Trêves, 

2, 70, 71, 78. 
Egbert, écolâtre liégeois, 264, 

271, 274, 290, 293, 295, 298. 
Eichstaedt, 3. 
Eloque (saint), à Waulsort, 

240. 
Enée, 292. 
Englebert de Saint-Laurent, 

286. 
Eutre-Sambre-et-Meuse (1') 

228. 
Eracle, évêque de Liège, 22, 

30, 41, 42, 43, 46, 47, 48, 

53, 54, 120, 128, 137, 138, 

143,147, 148, 149, 151, 162, 

173, 197,201,232,235,251, 

254, 255, 256. 
Erard de la Marck, évêque de 

Liège, 163. 
Erembert, abbé de Waulsort, 

241, 324. 
Erfurt, 61. 
Erluin, évêque de Cambrai, 

96, 97, 100, 107, 110, 111, 

112, 297. 
Erluin, abbé de Gembloux et 

de Lobbes, 53, 86, 95, 299, 

342. 
Ermin (saint), abbé de Lobbes, 

253. 
Erstein, 111. 
Erinnyes (les), 293. 
Escaut (F), fleuve, 59, 110,1 12. 
Espagne (1'), 217. 



Ethelgar, archevêque de Can- 
terbury, 256. 

Etienne, évêque de Tongres- 
Liège, 21, 158, 160, 181, 
232, 259,282, 289. 

Etienne, comte en Ardeune, 
28. 

Eudes, évêque de Bayeux, 281 . 

Eudes de Blois, 85. 

Eudes de Vermandois, 66. 

Eugène (saint) de Tolède, 178, 
273. 

Eupen, 11. 

Europe (F), 296, 302, 345, 357. 

Europe occidentale (Y), 309. 

Everger, archevêque de Colo- 
gne, 224, 225. 

Eythra, 76. 



Fabien (saint), martvr romain, 

105, 153. 
Falaise, 217. 
Falcalin, moine de l'abbaye de 

Saint-Laurent, 268, 284, 

289. 
Falcon, évêque de Tongres- 

Liège, 223. 
Famenne (la), 28, 118. 
Farabert, évêque de Tongres- 

Liège, 29, 53, 252. 
Ferdinand, prince-évêque de 

Liège, 353. 
Féronstrée (la rue), v. Liège. 
Feuillien(saint), abbé de Fosse, 

177, 293. 
Fiesole, v. Angelico. 
Fisen (le P. ), historien liégeois, 

37 38 352. 
Flandre (la), 25, 59, 111, 112, 

113, 114, 182, 232, 304. 

Y. Arnoul, Baudouin. 
Flavigny (v. Hugues de). 
Fleurus (le doyenné de), 230. 



TABLE DES NOMS PROPRES 



371 



Flodiims, doyen dans l'Entre- 
Sainbre-et-Mense, 228. 

Floi'hert (saint), évô(|ue de 
Tougres-Liège, 158, 234. 

Florennes, 214, 214. 

Folcmar, évêqne d'Utreclit, 69. 

Folcuin, abl)é de Lobbes, 53, 
54, 89, 131, 171, 172, 173, 
174,230,241,253,267,313, 
326, 350. 

Foraunau, abbé de Waulsort, 
240. 

Fosse, 15, 61, 120, 123, 177, 
180, 182, 190,211,214, 230. 
rue Thée-Dinant, 180. V. 
Hellin. 

Foullon (le P.), historien lié- 
geois, 44, 352. 

Foulques, archev. de Reims, 
134. 

Fragnée, 347. 

Fraiture-en-Condroz, 118. 

Francfort-sur-le-Mein, 80, 88. 

France (la) 6, 7, 21, 44, 49,59, 
61, 62, 63, 64, 65, 67, 71, 
72, 73. 74, 77, 78, 79, 80, 
90, 91, 93, 111, 146, 185, 
316, 356, V. Histoire litté- 
raire. 

Frauchimont (le marquisat de), 
124. 

Francon, écolâtre liégeois, 
209, 269, 284, 289, 299. 

Francon, évêque de Tongres, 
15,21, 28,52, 155,158,201, 
252. 

Franconie (la), 107. Y. Con- 
rad. 

Francs (les), 70,76, 211. 

Frangerus, maïeur de Win- 
tershoven, 234. 

Frédéric, archevêc|ue de Colo- 
gne, 217. 

Frédéric (saint), archevêque 
de Mayence, 244. 



Frédéric, moine, 305. 
Frise (la), 80, 84, 242. 
Fulbert, évèque de Chartres, 

244, 258, 285, 296. 
Fumai, 120, 154. 

G 

Gaëte, 40. 

Gand, 26, 58, 59, 60, 67, 112, 
113, 114, 169,233,235,329, 
333, 336, 337, 338. V. Saint- 
Bavon. 

Gandersheim (abbaye de), 96 
(où Ton a imprimé a tort 
Gandenheim), 103. 

Garnier, comte, 58, 61. 

Gascons, (les) 44. 

Gaule (la), 72, 297, 300. 

Gaule septentrionale (la) 64. 

Gautier de Chauvency doyen 
du chai)itre de Saint-Lam- 
bert, 160. 

Gedinne, 240. 

Geilon, évêque de Langres, 
134. 

Gélase I, pape, 196. 

Geldrad, archidiacre liégeois, 
227. 

Gelinden, 120. 

Gembloux (abbaye de), 53, 
120, 123,216,241,268,295. 
V. Erluin, Richer, Sigebert. 

Gengoul (saint), 240. 

Genville, 119. 

Gérard, comte, 21. 

Gérard, évêque de Cambrai, 
156, 315. 

Gérard; (saint), évêque deToul, 
3, 71, 244, 317. 

Gérard, deux archidiacres lié- 
geois de ce nom, 227, 

Gérardrie (rue) v. Liège. 

Gerbald, évêque de Tongres- 
Liège,[251. 



372 



TABLE DES NOMS PROPRES 



Gerbert d'Aurillac, plus tard 
pape sous le nom de Silves- 
trell, 39, 71,72, 73,74,77; 
78, 79, 80, 85, 90, 91, 92, 
93, 94, 95, 98, 100, 185, 
247, 265, 284, 296. 

Gerlache (de), historien, 354. 

Germanie (la), 23, 306, 316, 
317. 

Germanie seconde (la), 11. 

Germigny-des-Prés, 308. 

Géron, archevêque de Colo- 
gne, 42, 43, 224. 

Gesta episcoporum leodiensium 
335, 336. 

Gilles d'Orval, chroniqueur lié- 
geois, 113, 114, 151, 190, 
245, 246, 248, 352. 

Giselbert, évêque de Merse- 
bourg, 39. 

Gisell:)ert, duc de Lotharingie, 
26, 29, 49, 50, 321. 

Gisèle, fille du roi Lothaire, 
11, 15, 120, 177, 178. 

Gisilher, archevêque de Mag- 
debourg, 66. 

Gislebert, archidiacre liégeois, 
226 227 . 

Gladbach, 224, 225. 

Glabbeek, 118. 

Glain (la forêt de), 138, 167. 

Gnesen, 102. 

Gobert, quatre archidiacres 
liégeois de ce nom, 227. 

Godefroi, comte de Hainaut, 
61, 65,78, 187. 

Godefroi, duc de Brabant,119. 

Godefroi de Verdun ou d'Ar- 
denne, comte, frère de l'ar- 
chevêque de Reims Adalbé- 
ron, 71,74, 79, 81, 85,94. 

Godefroi, chef normand, 177. 

Godefroi, marchand liégeois, 
218. 

Godefroi IV, dit le Barbu ou 



le Courageux, duc de Lothier 

28. 
Godehard (saint), évêque de 

Hildesheim,3,307. 
Godescalc, prévôt de Saint- 
Lambert à Liège, 121. 
Godescalc, frère de Nithard, 

150, 151. 
Godescalc, trois archidiacres 

liégeois de ce nom, 227. 
Godezon, archidiacre liégeois, 

227. 
Goslar, 326. 
Gozechiu, écolâtre, 277, 278, 

280, 288, 298, 297. 
Grand-Rosière, 118. 
Grégoire V, paj :e(Brunon),96, 

97, 239, 247, 248. 
Grégoire - le - Grand (saint, 

pape), 273, 291. 
Grégoire, frère de l'impéra- 
trice Théophano, abbé de 

Borcette, 316. 
Grifon, frère de Pepin-le-Bref 

et de Carloman, 49. 
Grimberghe, 21 1. 
Grimde, 118. 
Grona, 66. 

Gueldre (v. Henri de). 
Guifred, prieur de Mont-Cani- 

gou en Languedoc, 275. 
Guillaume, archevêque de 

Mayence, 2 
Guillaume le Conquérant, 217, 

281. 
Gunther, archevêque de Salz- 

bourg, 283, 297. 

H 

Hadalin, v. VU a Hadalini. 
Haimon, v. Haymon. 
Hainaut (le con;té de), 58, 60, 

61, 64, 71, 2-J6, 227, 330. 

Les comtes, 175, 183. 



TABLE DES NOMS PROPRES 



373 



Halle (la), v. Liège. 

Halmael, 217. 

Haiiswyck (In porto (1<>), à Mn- 

lines. 
Harburc, 26. 
Hai-<lulfus, notaire de Notger, 

208. 
Hariult", moine de St-Riquier, 

341. 
Hartbert, abbé de Lobbes, 

327. 
Hartgar, évêque de Tongres- 

Liège, 21, 28, 162, 252. 
Hasseline (la porte), v. Liège. 
Hastière, 16. 
Hastière (l'abbave de), 16, 

123, 125, 181.' 
Haute-Italie, v. Italie. 
Haute-Sauvenière. v. Liège. 
Haymou, (Haimou ou Aymon) 

évêque de Verdun, 94, 199, 

297, 306. 
Hedikhuyzen, 154. 
Hedwige, duchesse de Souabe, 

316. 
Heelu, (V. Jean van). 
Heers, 120, 154. 
Heerwaarden, 99, 120, 154. 
Helbert, moine de St-Hubert, 

282, 283. 
Helbig Jules, archéologue, 320. 
Hélène(saiute),v. Liège, Sainte- 
Croix. 
Heliin (l'abbé), 160. 
Hellin, avoué de l'église de 

Liège, 205. 
Hellin de Fosse, 293. 
Hemert, 243. 
Henri, archidiacre liégeois, 

227. 
Henri I, roi d'Allemagne, 67, 

175, 288, 318. 
Henri II, empereur, 106, 107, 

108, 109, 110, 111, 112, 113, 

122, 149, 239, 296, 298, 356. 



Henri III, empereur, 28, 39, 

322. 
Henri IV, empereur, 163. 
Henri V, em[)ereur, 219. 
Henri, archevêque de Trêves, 2 
Henri, évêque de Wiirzbourg, 

112. 
Henri, comte, 106. 
Henri I, dit de Verdun ou le 

pacifique, i)rince-évêque de 

Liège, 187. 
Henri II, dit de Gueldre, 

prince-évêque de Liège, 183. 
Henri, duc de Bavière, dit le 

Querelleur, 69, 70, 71,72, 

73,74,75,76,77,78,80,185. 
Henri, maïeur de Liège, 218. 
Herbert, comte de Troyes, 85. 
Hérent, 12. 
Héribert (saint), archevêque 

de Cologne, 2, 107, 244. 
Héribert, abbé de St-Hubert, 

54. 
Hériger, chroniqueur, 54, 87, 

89, 173, 174, 234, 267, 268, 

276, 279, 283, 288, 289, 335, 

336, 337, 339, 340, 341. 
Herman, avoué de l'église de 

Liège, 67. 
Herman, archidiacre liégeois, 

227. 
Herman, duc de Souabe, 107, 

109. 
Herman, évêque de Prague, 

299. 
Herstal, 136, 251. v. Pépin. 
Herward, abbé de Gembloux, 

86. 
Hesbaye (la), 27, 60, 64, 118, 

120,215,216,226,227,248. 

L'avoué de Hesbaye, 205, 

206. 
Heylissem, 119. 
Hézelon, évêque de Toul, 297. 



374 



TABLE DES NOMS PROPRES 



Hildebold, évêque de Worms, 
83, 97. 

Hildebrand, prêtre, 234. 

Hildesheim, 3, 36, 82, 130, 134, 
199, 267,296,305,317,323, 
326, V. Bernward,Grodehard, 
Annales. 

Hildegaire, écolâtre de Poi- 
tiers, 263. 

Hilduin, évêque de Toiigres- 
Liège, 21. 

Hilsuinde, 242. 

Hincmar,arclievêquedeReims, 
226. 

Hiserelm, chevalier liégeois, 
202. 

Histoire littéraire de la France 
332. 

Hoico, comte, 82. 

Hollande (la), 191. 

Houay, 118. 

Hongrois (les), 58,64, 173, 175, 
234, 318. 

Horace, poète latin, 273. 

Hors-Château, v. Liège. 

Hougaerde, 119,203. 

Hubert (saint), évêque de Ton- 
gres-Liège, 18, 125, 126, 
130, 136, 151, 154, 155,162, 
164, 211, 313. 

Hubert, abbé laïque de Lobbes, 
52. 

Hubald ou Hucbald, clerc lié- 
geois, 110, 297,298. 

Hugues, bâtard du roi Lo- 
thaire H, 52. 

Hugues Capet, roi de France, 
88, 90, 92, 93. 

Hugues de Flaviguy, chroni- 
queur, 299. 

Hugues, évêque de Tongres- 
Liège, 252. 

Hugues, évêque de Zeitz, 101. 

Humbert, archidiacre liégeois, 
227. 



Hutois (les), 214, 216, 219. 

Huv, 19, 20, 21,80, 117, 118, 
123, 125, 127, 128, 147, 174, 
190, 210, 214, 210, 217, 218, 
219, 220. 

Huy (le comté de), 123, 170. 



Ile (D, V. Liège. 

Immon, comte, 49, 185, 186. 

Ligelard, abbé de St-Riquier, 
121, 122. 

Ingelheim, 55, 67, 80, 91, 92, 
318. 

Ligobrand, abbé de Lobbes, 
174, 268. 

Isidore de Séville (saint), 273. 

Italie, 22, 34, 55, 67, 83, 87, 
88,95,96,99,100, 101, 102, 
103, 104,106, 114, 173,247, 
207, 286, 300, 322, 323, 328, 
356. Haute-Italie, 104. 



Jacques (saint), 217. 

Jean, châtelain de Cambrai, 

139. 
JeanChrysostôme (saint), 273. 
Jean, fils d'Aj-noul Berthoud 

de Malines, 181. 
Jean, frère de Nithard, 150, 

151. 
Jean de Plaisance, précepteur 

d'Otton m, 82. 
Jean d'Outremeuse, 34, 41, 

142, 151,190,309,349,352. 
Jean l'Agneau (saint), évêque 

de Liège, 12, 233. 
Jean XV, pape, 87, 88, 90, 92, 

96, 172. 
Jean, quatre archidiacres lié- 
geois de ce nom, 227. 



TABLE DES NOMS PROPRES 



375 



Jean, peintre, 239, 319, 320, 

321. 
Jean Van Heelu, chroniqueur, 

183. 
Jeneffe-en-Hesbaye, 118. 
Jérôme (saint), 273. 
Jupille, 136, 251. 
Juvénal,273, 274. 



K 



Kessel, 154. 
Kusel, 108. 



Labérius, 273. 

Lactance, 273. 

La Fère (le château de), 184. 

Lambert, archidiacre liégeois, 
227. 

Lambert, comte, arrière-petit- 
lils de Régnier au Long Col, 
58, 61. 

Lambert, comte de Louvain, 
119. 

Lambert de Huv, marchand, 
218. 

Lambert de Liège, marchand, 
218. 

Lambert de Saint-Laurent, 
moine, 282. 

Lambert (saint), évêque de 
Tongres-Lièfife, 12, 13, 29, 
51, 108, 126^ 127, 135, 136, 
152, 155, 157, 168, 169, 232, 
233, 236, 237, 271, 350, 
V. Vie de saint Lambert. 

Landoald (saint), 60, 67, 233, 
234,236,237,337,339,340, 
V. Vita s. Landoaldi. 

Laneuville-sur-Meuse, 91 . 

Lanfroi, marchand liégeois, 
218. 

Langres, v. Geilon. 



Languedoc, 275 

Lanzon, archidiacre liégeois, 
227. 

Laou, V. Ruricun. 

Latran (le 3° concile de), 295. 

Légia (la), ruisseau de Liège, 
135, 136, 137, 140, 141, 167. 

Légia (la vallée de la), 140, 
141. 

Leibniz, 1. 

Leignon, 118. 

Leodieiis (viens) v. Liège. 

Léodulf,archevèque de Trêves, 
94. 

Léon de Calabre, 277. 

Léon, légat du pape, 94. 

Léon III, pape, 226. 

Leudicus (viens), v. Liège. 

Liber Hisforiac Francorum, 
334. 

Liège (Viens Leudiens, 137, 
viens Leodiens, 169) passim, 
et spécialement chapitre x. 
La Cité, 143, 145, 146, 151, 
154, 165, 212, 214. L'Ile, 
143, 144, 145,146, 148, 151, 
154, 156, 165, 168, 212. 

Rues, places et quartiers. 
Airs (des), 141. Baby- 
lone (impasse), 141. Chéra- 
voie, 142. Clef (de la) 141. 
Féronstrée, 138, 141. Gérar- 
drie, 213. Gotïé (quai de la), 
141. Haute-Sauvenière,142. 
Hors-Château, 138, 141, 164. 
Marché (le), 176, 214. Mont- 
Saint-Martiu et Publémont, 
30,141, 149, 162,167. Outre- 
meuse, 168. Pierreuse, 142 
167. Pissevache, 142. Ré- 
gence (de la), 142. Saint- 
Christophe (quartier), 168. 
Mont-St-Martin, 30. Saint- 
Séverin (place), 141. Saint- 
Servais (le fond), 141. Sau- 



376 



TABLE DES NOMS PROPRES 



venière (la), 138, 142. Sur- 
le-Mont, 141. ïhier de la 
montagne, 142. Torrent (le), 
347. Vieux marché, 157, 
214. Vivier (le), 168. 

Eglise cathédrale : 
St-Lambert (Notre-Dame et 
Saint-Lambert), 15, 17, 18, 
41, 121, 127, 137, 150, 152, 
156, 159, 160, 161, 162, 164, 
197,200, 201,213,241,264, 
266, 271, 284, 286, 296,307, 
311, 320, 347. Alltel de la 
Trinité, 157. 

Eglises collégiales : 
Ste-Croix, 109, 132, 140, 

147, 148, 149, 151, 167,200, 
204, 257, 276, 311, 321, 
349. Autel Sainte-Hélène, 
149. 

Saint - Barthélémy , 69, 
276, 281, 313, 315, 330. 
Saint-Denis, 132,142,147, 

148, 150, 151,191,200,257, 
311, 312, 315, 321,347,349. 
Autel Sainte-(jrertrude, 151. 
Chapelle Saint-Pierre, 151. 

Saint -Jean-l'Evangéliste- 
en Ile, 38, 95, 99, 105, 120, 
152, 153, 154, 165,257,276, 
308, 309, 310, 312, 313, 315, 
321,322,323,331,346,349, 
352, 353, 355. Chapelle St- 

Hilaire, 349. 

Saint-Martin, 39, 120,132, 
137, 138, 141,142, 147,148, 
164, 167, 208, 225, 255, 257, 
321, 349. 

Saint-Paul, 137, 138, 143, 
151, 152, 173,257,321, 329. 
Saint-Pierre, 59, 136, 137, 
151, 167,191,257,275,276, 
277. 



Eglises paroissiales : 
Notre-Dame aux Fonts, 155, 
165. St-Adalbert, 165, 239. 
Saint-Christophe, 312. Saint- 
Michel, 131. Saint-Servais, 
137,164,166, 167,307. Saint- 
Séverin, 65. Sainte-Ursule, 
310. 

Abbayes : Saint-Jacques, 
138, 169,268,276,313,315, 
320, 321. V. Olbert. — Saint- 
Laurent, 38, 138, 190, 197, 
200, 218, 268, 276, 284. 
V. Lambert, Englebert. — 
Autres édifices : La Halle, 
l42.L'hospiceSaint-Mathieu 
à la chaîne, 213. Le Palais, 
142. Le Perron, 214. Le 
Destroit, 214. 

Ponts : 
Pont d^Avroy, 146. Pont 
d'Ile, 146. Pont des Arches, 
142, 168, Souverain pont, 
161. 
Portes : 

Hasseline, 141, Saint-Lau- 
rent, 97. 

Liégeois(les),5, 104, 130, 167, 
170, 187, 188,216,217,218, 
219,273,276,284,286,288, 
289, 292, 349, 351. 

Liégeois (l'Etat) 115. 

Limbourg hollandais (le), 11. 

Limbourg (les ducs dej, 204. 

Lisiard, évêque de Soissons, 
341. 

Liudulf, évêque de Noyon- 
Tournai, 235. 

Lixhe, 152. 

Lobberich, 225. 

Lobbes, 12, 15, 29, 52, 53, 54, 
57, 58, 66, 87, 88, 89, 123, 
124. 125,171, 172, 173, 174, 
177, 180,198,201,208,214, 
229, 232,241, 253, 267, 268, 



TABLE DES NOMS PROPRES 



377 



289, 319,323, 325, 326, 327, 
335, 339, 350. V. Folcuin et 
Annales de Lobbcs. 

Lombards (les), 322. 

Londres, 216. 

Longlier, 13. 

Longueville, 119. 

Looz (les comtes de), 211,218. 

Lorraine, v. Charles de la, 9. 

Lothaire I, emperem', 14, 49. 

Lotliaire,roi de France, 26,61, 
64, 66,72,73,76,81,85, 185. 

Lothaire II, roi de Lotharin- 
gie, 15, 49, 52, 177. 

Lothaire (les deux), 19. 

Lothaire (le royaume de), 7, 

9, 177. 

Lotharingie, 3, 4, 6, 7, 8, 9, 

10, 19, 21, 22, 26, 28, 29, 
49, 71,72,77, 100,107,245, 
253,254, 317, 321,322. 

Lotharingie (les ducs de), 204. 

Lotharingiens (les), 76,78, 101. 

Lothier (le duché de) 9, 10, 31, 
58, 59, 61, 62, 64, 65, 73, 
79, 80,81, 83, 86, 114,281, 
303, 329. V.Charles, Otton. 

Louis V, roi de France, 26. 

Louis VI, roi de France, 49, 
187. 

Louis le Débonnaire, empe- 
reur, 14, 15, 19, 20, 137, 
327. 

Louis l'Enfant, roi d'Allema- 
gne, 15, 19, 178. 

Louis le Germanique, roi 
d'Allemagne, 134. 

Louvain, 11, 12, 118, 119, 
169, 184. 

Lovenjoul, 118. 

Lucain, 273, 274. 

Lucilius, 273. 

Lucques, 106. 

Luidprand, évêque de Cré- 
mone, 278. 



Lustin, 123. 

Luxembourg (le grand-duché 
de), 11. V. Sigefroi. 

M 

Mabillon, 37. 
Macrobe, 273, 274. 
Madalulf, peintre, 317. 
Maeseyck, 242. 
Maeslaud (le), 242. 
Maestricht, 13, 16, 18, 19, 20, 

21, 64, 108, 123, 125, 126, 

136, 164, 190, 191,214,216, 

233,275,301,307,314,322, 

335. L'église Notre-Dame, 

190, 191, 311, 312. 
Matfe, V. Somal. 
Magdebourg, 75, 91, 291, 295, 

300, V. Gisilher. 
May}tum Chromcon Belgicum 

(le), 352. 
Maidières, 15. 
Malines, 123, 180, 181, 182, 

183, 190, 211. 

La porte d'Hanswyck, 183. 

La porte de Neckerspoel, 

183. 
Malmedy, 11, 13, 67, 224. 
Malonne, abbaye, 123. 
Malonne (le chapitre de), 191. 
Marathon, 318 
Mantoue, 99. 
Marc (la fête de saint), 229, 

230. 
Maren, 154. 
Margut, 67, 91. 
Marianus, marchand liégeois, 

217. 
Maro, Y. Virgile. 
Martial, 273. 
Martianus Capella, 272. 
Martin (saint), pape, 233, 236. 
Mascelin, marchand liégeois, 

218. 



378 



TABLE DES NOMS PROPRES 



Matfried, comte, 21, 
Mathieu (saint), 161. 
Matbilde, abbesse de Qued- 

linburg, 96. 
Maur, V. Rabau. 
Mayeuce, 2, 35, 39,68, 79, 99, 

103, 107, 112, 133, 244,288, 

V. Willigis. 
Meensel-Kieseghem, 118. 
Meiuerus, avoué de la ville de 

Liège, 210. 
Meiningen, 76. 
Meinwerc (saiut), évêque de 

Paderborn, 3, 292, 306, 318. 
Méliu, 119. 

Mérovingiens (les), 14, 138. 
Mersebourg, 39, 317, 318. 
Metz, 3, 75, 80, 100, 125, 241, 

252, 305. V. Adalbéron II, 

Tbierrv, Cbrodegang. 
Meuse (la), 12,26,30,91, 111, 

118, 132, 135, 136, 137, 138, 

140, 144, 152, 167, 168, 170, 

214,217, 223, 242, 307, 308, 

311, 327, 344, 347. 
Mézières, 26. 
Meyers (le chanoine), 355. 
Mièrchoule (la), 168. 
Miltiade, 318. 
Mirwart, 28, 187. 
Mons, 61. 
Mont-Blandin, 59. 
Mont-Canigou, 275, 276, 277. 
Montlhéry, 49, 
Monulfe (saint), évêque de 

Tongres, 12. 
Montagne (rue de la), v. 

Thuin. 
Montaigu-Rochefort, 211. 
Mont-de-Piété (rue du), v. 

Thuin. 
Morialmé, 211. La tour Mo- 

rialmé, à Thuin, 179. 
Mosans (les), 216, 326. 
Mouzon, 26, 92, 93, 94, 223. 



Miinster (v. Suitger de). 
Musonius, 281. 

N 

Namur,86, 123, 125, 214, 216. 
V. Albert. 

Neckerspoel (porte), v. Mali- 
nes. 

Neuberg-sur-le-Danube, 107. 

Nicolas (saint), 291. 

Nimègue, 84, 89, 99, 108. 

Nithard, chanoine de Saint- 
Lambert, 150, 151. 

Nithard, chantre de Saint- 
Lambert, 199. 

Nivelles, ville et abbaye, 11, 
12, 84, 90, 177, 216, 230. 

Nobles (rue des), v. Thuin. 

Norbert, chevalier liégeois, 
202. 

Normandie (la), 217. v. Ri- 
chard. 

Normands (les) 19, 21, 25, 50, 
137,162, 164, 175, 177, 182, 
234, 252, 253, 319. 

Norticherus, 40, 101, 155. 

Notger, évêque de Liège, 3 et 
passim. 

Notger-le-Bègue, abbé de St- 
Gall, 36. 

Notl:erus notarius, 34, 35. 

Notre-Dame (église), v. Aix- 
la-Chapelle, Liège, Maes- 
tricht, Tongres. 

Notre-Dame-et-Saint-Lambert 
(églises), V. Liège, Saint- 
Lambert. 

Novuni Castelhim, v. Chèvre- 
mont. 

Noyon-Tournai, 235. 



TABLE DES NOMS PROrRES 



379 



OberzoU (l'église d'), 317. 

Odelni, chevalier liégeois, 202. 

Odilbert, abbé de Saiiit-Vin- 
cent à Metz, 305. 

Odilou, al)bé de Cluiiv, 245, 
246, 247. 

Odilon, abbé de Stavelot, 37. 

Odiilfe, écolâtre liégeois, 285. 

Oeren, 100. 

Ohtrik, écolâtre de Magde- 
bourg, 2P1, 295. 

Olbert, abbé de Gembloux et 
de Saint-Jacques de Liège, 
268, 289. 

Orval (V. Gilles d'). 

Osuabriick, 305. 

Otbert, evêque de Liège, 119, 
152, 217, 330,331. 

Otbert, prêtre liégeois, 297. 

Otbert, trois archidiacres lié- 
geois de ce nom, 227. 

Otton, archidiacre liégeois, 
227. 

Ottou 1 le Grand, empereur, 
9, 16, 22, 34, 35, 39, 40, 
41, 50, 54, 55, 57, 58, 59, 
60, 65, 96, 107, 130, 137, 
251, 286, 300, 322, 326. 

Otton II, empereur, 15, 46, 54, 
57, 59, 60, 61, 62, 63, 64, 
66, 68, 69,70, 71, 114, 122, 
171,172, 178, 181,233,316. 

Otton III, empereur, 39, 46, 
68, 69, 70, 71, 73, 74, 76, 
77, 79, 80, 82, 83, 84, 86, 
87, 90, 91, 93, 95, 96, 97, 
99, 100, 101, 102, 103, 107, 
109,114,118, 120, 122, 149, 
154, 185,239,242,243,319, 
321, 356. 

Otton (les), 1,4, 10, 15, 23. 

Otton de Vermandois, 61. 



Otton, duc de Lothier, 106. 
Oudenbourg, (v. Arnoul d') 
Outre-Meuse, v. Liège. 
Outre-Riiin(v. Carolingiens d'). 
Oxford, 169. 



Paderborn, 3, 306, 318. 
V. MeinAverc. 

Palais (le) v. Liège. 

Panaetius, 281. 

Paris, 109, 110, 111, 164,288, 
297, 298. 

Paschase Radbert, 288. 

Paterno, 103, 104. 

Paul (saint), évêque de Ver- 
dun, 317; 

Paulin, 273. 

Pavie, 51, 96, 99, 104. (v. 
Pierre de) 

Pays-Bas (les), 25, 44, 169, 
254. 

Pécile (le), v. Athènes. 

Pépin d'Herstal, 49. 

Pépin le Bref, 14, 19. 

Péronne, 58. 

Perpète (saint), évêque de 
Tongres-Liège, 12. 

Perron (le), v. Liège. 

Perse, poète latin, 273, 274. 

Phèdre, fabuliste, 271, 273. 

Philippe I, roi de France, 49. 

Picardie (la), v.St-Piiquier. 

Pierre (saint), prince des apô- 
tres, 234, 236, 318. 

Pierre Chrysostome, 273. 

Pierre, évêque de Pavie, 66. 

Pierreuse, v. Liège. 

Piligrim, évêque de Passau, 3. 

Pippinsvoort, 118. 

Pissevache, v. Liège. 

Pitres (le capitulaire de), 26. 

Placentius, 352. 

Plaisance, voir Jean de. 



380 



TABLE DES NOMS PROPRES 



Platon, 280. 

Plaute, 273. 

Pliue l'Ancien, 273 

Pœhlde, 65. 

Poitiers, 263. 

Polling, 106. 

Pont d'Avroy, v. Liège. 

Pont des Arches, v. Liège. 

Pont d'Ile, V. Liège. 

Poppon (saint), évêque de 

Stavelot, 299, 306. 
Porcien (le comté de), 15, 27. 
Prague, 244, 297, 298, 299. 

V. Adalbert, Cosmas. 
Priscien, 272. 
Procope, 273. 
Provence (la), 21. 
Prudence, 254, 272, 273. 
Priïm, 21, 29. 
Prusse (la), 165. 
Prusse rhénane (la), 11, 223. 
Publémont, v. Liège, 
Publilius Maximinianus, 273. 
Puiset (la tour du), 178. 
Pythie (l'oracle de la), 301. 



Quedlinburg,v. Mathilde. 
Quercentius, chanoine de 

Saint-Jean-en-Ile. 352. 
Quinte-Curce, 273. 
Quiriacus (saint), 317. 



Raban Maur, 273, 278, 280, 

285, 288, 289, 290. 
Radamanthe, 293. 
Radbert, v. Paschase. 
Raimbaud de Cologne, 264, 

283, 284, 285, 286. 
Raiuald, comte de Hainaut, 61 . 
Raoul de Zahringen, prince- 

évêque de Liège, 163. 



Rathier, évêque de Tongres- 
Liège et de Vérone, 22, 29, 
30,46,48, 53, 54, 171, 196, 
253, 254, 273, 277, 282, 283, 
285, 288, 289, 292. 

Ratisbouue,3,39,96, 134,299. 

Ravenne, 68, 88, 95, 97, 100, 
104. 

Régence (rue de la), v. Liège. 

Regiuald, évêque d'Eichs- 
taedt, 3 

Réginard, évêque de Liège, 
168. 

Régnier au Long Col, 8, 10,22, 
26, 29, 30, 58. 

Régnier III, comte de Hainaut, 
29, 53,62, 71. 

Régnier IV, comte de Hai- 
naut, 58, 61. 

Reichenau, 37, 317. 

Reims, 26,71, 74, 78, 79, 84, 
90, 93, 94, 108, 199, 209, 

223, 235. 239, 296, 301. 
Reith, 225. 

Remacle (saint), évêque de 
Tongr es-Liège, 12, 13, 38, 

224, 233, 236, 334, 335,336, 
339, 340, V. Vita sancti 
Remacli. 

Remi(saint), évêque de Reims, 

223, V. Vie de saint Rémi. 
Renaud, écolâtre de Tours, 

263. 
Renier, avoué de l'église de 

Liège, 205. 
Rhin (le), 7, 25, 76, 77, 134, 

223, 307, 308, 311, 316. 
Richaire, évêque de Tongres- 

Liège, 21, 27, 53, 137, 175, 

252, 253, 299. 
Richard, abbé de Saint-Vanne 

à Verdun, 246, 299, 351. 
Richard, duc de Normandie, 

111. 



TABLE DES NOMS PROPRES 



381 



Riclier, chrouiqueur français, 
63, 94. 

Richor, moine de Gremhloux, 
342. 

Robert, deux aroliidiacres lié- 
geois de ce nom, 221. 

Robert prévôt de la cathé- 
drale Saint-Lambert, 140, 
149, 199, 200. 

Robert, roi de France, 92, 
109, 110, 244, 298. 

Rodolphe, archidiacre lié- 
geois, 227. 

Rodolphe, écolâtre de Liège, 
264, 283, 284, 285,286. 

Rohr, 76. 

Romains (les), 11. 

Rome, 28, 68, 88, 90, 97, 98, 
99, 103, 104, 131, 153, 165, 
233, 237, 280, 285. 

Rome du Nord (la), 310. 

Roraulus (un certain), 271. 

Roricon, evèque de Laon, 184. 

Rossano, 67. 

Rotfrid, archidiacre liégeois, 
227. 

Rothard, évêque de Cambrai, 
27, 65, 66, 71, 81, 89, 94, 
95, 96, 173, 187, 297, 299. 

Roux-Miroir, 119. 

Rozala-Suzanne , reine de Fran- 
ce, 109. 

Rumigny (v. Arnoul de), 240. 

Rupert, abbé de Deutz, 288. 

Ruremonde, 11, 242. 

Ryen ( \e pagiis de), 60. 



S 



Saint-Adalbert (église), v. 

Liège. 
Saint- Alexis (le couvent de), à 

Rome, 98. 
Saint-Arnoul, v. Ansterus. 
Saint-Barthélémy (église), v. 

Liège. 



Saint-Basle, 90, 92. 
Saint-Bavon (l'abbaye de), 58, 

59, 60, 112, 114,' 233, 234, 

235, 333, 336, 337, 341, v. 

Womar. 
Saint-Boni lace (le couvent de) 

V. Saint-Alexis). 
Saint-(]hristophe, v. Liège. 
Saint-Cunil)ert (l'église de), à 

Cologne, 310. 
Saint-Denis (église), v. Liège. 
Saint-Emmeram (l'abbaye de), 

à Ratisbonne, 39 
Saint-Gall (l'abbaye de), 34, 35, 

36, 37, 134, 282. 
Saint-Gérard de Brogne (l'ab- 

l)aye de), 84, 228, 232, 242. 
Saint-Géréon (église), à Colo- 
gne, 310. 
Sainte-Gertrude (l'autel de), v. 

Liège, Saint-Denis, 
Saint-Jacques (l'abbaye de),v. 

Liège. 
Saint- Jean-Evangéliste-en-Ile . 

V. Liège. 
Saint-Hilaire (chapelle), v. 

Liège, Saint-Jean-Evangé- 

liste-en-Ile. 
Saint-Hubert (l'abbaye de), 28, 

124, 187, 218, 241, 269, 

282. v. Helbert, Héribert, 

Thierry. 
Saint-Lamber^:, église cathé- 
drale de Liège, v. Liège. 
Saint-Lambert (l'avoué de), 

205, 210. 
Saint-Laurent (l'abbaye de), v. 

Liège. 
Saint-Maximin (l'abbaye de), à 

Trêves, 29. 
Saint-Pantaléon (l'abbaye de), 

à Cologne, 90, 310, 316. 
Saint-Paul (église), v. Liège, 
Saint-Pierre (église), V. Liège. 
Saint-Pierre (chapelle), v. 

Liège, Saint-Denis. 



382 



TABLE DES NOMS PROPRES 



Saint-Remi (l'abbaye de), à 

Reims, 84, 108. 
Saint-Riquier (l'abbaye de), 

120, 121,202,341. 
Saint-Rombaud (l'abbaye de), 

à Malines, 181, 182." 
Saint-Séverin (église), v. Liège. 
Saint-Séverin (église), à Colo- 
gne, 310. 
Saint-Servais (église), v. Liège. 
Saint-Servais (église), à Maes- 

tricht, 275. 
Saint-Trond (l'abbaye de), 125, 

204,241,269,322. 
Saint-Ursule (église), v. Liège. 
Saint- Vanne (l'abbaye de), à 

Verdun, v. Richard, 305, 

306. 
Saint- Vincent (l'abbaye de), à 

Metz, V. Odilbert. 
Saint- Vital (l'église de), à 

Ravenne, 308. 
Saint- Vith, 11. 
Saint- Wandrille (l'abbaye de), 

317. 
Sainte-Afra (l'église de), à 

Augsbourg, 107. 
Sainte-Croix (église), v. Liège 
Sainte -Geneviève (l'abbaye 

de), à Paris, 110, 297, 298. 
Sainte-Marie au Capitule (égli- 
se), à Cologne, 310. 
Sainte-Marie (église), v. Chè- 

vremont. 
Salluste, 273. 
Salzbourg, v. Gunther. 
Sambre (la), rivière, 174, 176, 

177, 231. 
Sandrad, abbé de Gladbach, 

224. 
Sarabert, curé de Winters- 

hoven, 233, 234, 235, 237. 
Saussoy, historiographe, 352. 
Sauvenière (la), v. Liège. 
Saxe (la), 56, 58, 61, 65, 76, 



79,91,96,99,103,107,114, 

116, 159, 175, 217. 
Saxe (la maison de), 345, 356. 
Saxe (v. Basse-Saxe). 
Saxons (les), 70, 76. 
Scaminus, moine de Lobbes, 

253. 
Scots (les), 177. 
Sébastien (saint), 105, 153. 
Sedulius, poète irlandais, 162, 

252, 273, 318. 
Seifried, abbé de Tegernsée, 

299. 
Selz (l'abbaye de), 90. 
Semois (la), rivière, 11. 
Senèque, 273, 279. 
Seraing-le-Château, 118. 
Servais (saint), évêque de 

Tongres, 12, 18, 108, 137, 

276,321. 
Se ville (v. Isidore de). 
Siccon, archidiacre liégeois, 

227. 
Sigebert de Gembloux, 1, 178, 

246, 248, 272, 293, 295, 351, 
Sigebert II, roi des Francs, 13. 
Sigefroi, comte de Luxem- 
bourg, 79. 
Sigefroi, évêque d'Augsbourg, 

101, 107. 
Sigehard, moine de Trêves, 

317. 
Silvestre II, pape, 39, 95, 100, 

154, 247, 264. 
Socrate, 281. 

Soissons (le concile de), 341. 
Somal, 118. 
Sophie (la princesse), sœur 

d'Otton III, 96. 
Soracte (le mont), 104. 
Souabe (la), 32, 34, 37, 38, 44, 

107, 245, 282, 316. v. Her- 

man. 
Souverain-Pont (le), v. Liège. 
Spolète, 101. 



TABLE DES NOMS TROPRES 



383 



Stace, poète latin, 273. 

Stavelot (l'abbaye de), 11, 13, 
37, 38, 50, 67, 83, 85, 98, 
204, 269, 271, 292, 306, 333, 
335, 336, 341.V. Werinfrid. 

Strasbourg, 93, 301. 

Suger, 49. 

Suitger, évêque de Munster, 
94. 

Sulpice Sévère, 273. 

Sur-le-Mont (rue), v. Liège. 

Sylvestre II, pape, v. Silvestre 
II. 



Tamise (la), fleuve, 216. 

Tancrède, moine, 208. 

Tegelen, 225. 

Tegernsée (l'abbaye), en Ba- 
vière, 299. 

Temploux, 86. 

Thée-Dinant (rue), 180, v. 
Fosse. 

Théodard (saint), évêque de 
Tongres-Liège, 17, 126, 135, 
136, 175. 

Théoduin , archidiacre lié- 
geois, 227. 

Théoduin, moine de Lobbes, 
253. 

Théoduin, évêque de Liège, 
277, 288, 330, 331. 

Théophano, impératrice, 57, 
62, 72, 73, 74, 78, 79, 80, 
82, 85, 87, 88, 89, 172, 186, 
310, 315. 

Theudon, évêque de Cambrai, 
25, 59, 65, 245. 

Theux, 15, 16, 123, 124. 

Thier de la Montagne (le), v. 
Liège. 

Thierry (le bienheureux), abbé 
de Saint-Hubert, 187, 269, 
351. 



Thierry, abbé de Waulsort, 
240. 

Thierry, archidiacre liégeois, 
227.' 

Thierry, évêque de Metz, 3, 
66,68,70,71,74, 

Thicrs, ville d'Auvergne, 301. 

Thietmar, architecte à Stave- 
lot, 306. 

Thomas (la fête de saint), 89, 
173. 

Thorn (l'abbaye de), 112, 242, 
243. 

Thuringiens (les), 76. 

Thuin (Tudinio castello), 11, 
12, 15, 52, 59, 124, 171, 
174, 175, 177, 178, 182, 190, 
198, 201 . Rue de la Monta- 
gne, 176. Rue du Mont de 
Piété, 176. Rue des Nobles, 
176. 

Tibulle, 273. 

Tibur, 104. 

Tirlemont, 118, 119. 

Todi, 101, 103. 

Tolède (v. Eugène de). 

Tongres, 11,12, 13, 14, 15, 17, 
18, 21, 64, 123, 125, 127, 
136,164, 190,211,222,233, 
236, 237, 335. Notre-Dame 
(église), 329. v. aussi Falcon. 

Tongres (y. Chronique des 
évêquesae). 

Torrent (le), v. Liège. ' 

Toul, 3, 244, 263, 297, 317. v. 
Gérard. 

Tourinnes-la-Chaussée, 118, 
119. 

Tournai, 209. 

Tours, 263, 301, v. Bérenger. 

Traetto, 40, 101. 

Trajan, 133. 

Trajane (la colonne), 131. 

Translation de Saint-Lan- 
doald, 337. 



384 



TABLE DES NOMS PROPRES 



Trente, 99. 

Trève-Dieu, 27. 

Trêves, 2, 70, 79, 91, 100, 

252,317, V. Egbert, Léodulf. 
Trêves, v. Saint-Maximin, 29. 
Triuito' (autel de la), v. Liège, 

Saint-Lambert. 
Tritheim, 36, 38. 
Tronchiennes (v, Azelin). 
Trond (saint), 12. 
Trond, v. Vie de saint Trond. 
Troyes (v. Herbert de). 
Tudinio, v. Thuin. 
Turnhout, 12. 
Turnus, 292. 

U 



LTrsmer (saint), abbé de 

Lobbes, 173, 175. 
Utrecht, 3, 10, 22, 39, 69, 70. 

83, 100, 108, 114, 243, 252, 

263, 264, 297. 
Utrecht (v. Baudouin d'). 
Ughelli, 40. 
Ulric (saint), évéque d'Augs- 

bourg, 3, 107, 244. 



Valenciennes, 110, 111, 112, 

113. 
Varron, 273. 
Venlo, 11, 225. 
Verden, 301. 
Verdun, 3, 78, 95, 134, 199, 

214, 297, 317, 351. V. Gode- 

froi, Haimon, Saint- Vanne. 
Verlée, v. Buzin. 
Vermandois, v. Eudes, Otton. 
Vérone, 67, 96, 99, 106, 196, 

254. 



Vesdre (la), 48, 188. 
Vie de saint Adelin, 333, 340. 
Vie de saint Aniand, 334. 
Vie de saint Lambert, 236. 
Vies de saint Lambert et de 

saint Trond, 333. 
Vie de saint Landoald, 329, 

333, 337, 338, 339. 
Vie de saint Remacle, 333, 335. 
Ville-en-Hesbaye, 123- 
Vincent (saint) 105, 153. 
Vincby, 66, 187. 
Vinciane (sainte), 233. 
Virgile, 273, 274, 277, 292. 
Visé, 68, 120, 123, 214, 215. 
Vita Baîderici, 350. 
Vita Hadaïini, 339. 
Vita LandoaWi, 235,236, 237, 

336. 
Vita Notgeri, 35, 42, 47, 102, 

151, 155, 174,179,332,336, 

337, 338,344,351. 

Vita Remacli, 279, 334, 336, 

338, 339. 
Vith (saint), 225. 
Vivegnis, 314. 
Vivier (le), v. Liège. 



W 



Walbodon, évéque de Liège, 

39, 268. 
Walcaud, évéque de Liège, 

28, 124. 
Walcher, élève de Gozechin, 

280, 293. 
Waltwilder, 233. 
Warin, archevêque de Cologne, 

70 224. 
Wassenberg, 11, 224,225. 
Waulsort (l'abbaye de), 125, 



Table des noms propres 



385 



Wautier Berthoutl, 181,240, 
241,277,324. 

Wautier de Barse, avoué de 
Huy, 210. 

Wautier, chevaliLT iiégeul.s, 
202. 

VVazon, ôvêquo do Liège, 
33, 39, 160, 200, 209, 227, 
260, 268, 276, 277, 283, 284, 
289, 295, 296 297, 298, 350, 
351. 

Wériiilrid, abbé de Stavelot, 
54, 333, 334, 335. 

Wictrid, évéque de Verdun, 3. 

Wiclimann, comte, 106. 

Wiesme, 118. 

AViger, avoué de Saint-Lam- 
bert, 205. 

Wilderod, évéque de Stras- 
bourg, 93. 

Willich, 84, 97 (où on a im- 
primé à tort Viilich). 

Willigis, archevêque de Ma- 
yence, 2, 39, 70, 76, 83, 92, 
96, 98, 103, 107, 156, 244. 

Windéric, comte, 181. 

AYintershoven; 60, 233, 234, 
235, 236, 337. 



Wolbodon, v. Walbodon. , 
Woli'gang (saint), évéque de 

Ratisbonne, 3. 
Womar, abbé doSaint-Iîavon, 

à Gand, 42, 59, 60, 67, 233, 

234 337 
Worm's, 30, 76, 88, 134, 268. 

V. LJurcliard, HiblebobL 
Wiirzbourg, 112, 172. 



Yais-l(^-(!rain, v. Aix-Ia-C'ha- 
polle. 



Zacharie, patriarche, 31 S. 

Zahi'ingen (v. Raoul de). 

Zeitz, V. Hugues. 

Zéhmde (les îles delà), 112. 

Zétrud, 119. 

Zénocrate, philosophe grec, 
281. 

Z-wentibohl, roi de Lotharin- 
gie, 6, 7, 15, 16, 21. 



TABLE ANALYTIQUE 



Préface i 

Liste des ouvrages cités en abrégé xm 

CHAPITRE PREMIER. 
Introduction 1 

Prospérité du royaume irAUemagne au X^ siècle, 4 . — Les grands évoques, 2. 

— Leur double rôle politique et religieux, 3. — Résumé de leur activité, A. 

— Place occupée parmi eux par Notger, 3. 

CHAPITRE II. 

L'État liégeois avant Notger . . . . , 6 

Les destinées de la Lotharingie aux IX« et X^ siècles, C. — Persistance du 
sentiment national après l'annexion à l'Allemagne, 7. — Elle explique les 
fréquentes révoltes, 8. — Comment .saint Brunon met fin à celles-ci, 9. — 
Il donne des contre-poids aux ducs dans les évêques, 10. — Origines ecclé- 
siastique de l'État liégeois, et étendue du diocèse, il. — Comment se 
forme le patrimoine territorial de l'église de Tongres, -12. — De quelle 
manière il est constitué. L'immunité, IG. — Saint Hubert transporte le 
siège de l'évêché à Liège, 18. — Comment les évêques de Liège s'achemi- 
nent vers la souveraineté territoriale, lî). — Caractère féodal que revêt 
leur autorité, 23. — Indiscipline et ambition de leurs vassaux, 24. — Les 
châteaux-forts, 23. — L'épiscopat disputé entre les rois et les grands, 
29. — Condition faite à Éracle, prédécesseur de Notger, 30. 

CHxVPITRE III. 

Notgep avant l'épiscopat 32 

Origine et extraction de Notger, 32. — Date approximative de sa naissance, 
34. — Ce qu'il faut penser de ses relations avec Saint-Gall, 33, et avec Sta- 
velol, 37. — Son passage a la chancellerie royale, 38. — Son prétendu 
rôle en Italie on 931, 40. — Son avènement à Liège, 41. — Date de celui-ci, 
42. — Dans quelles conditions il prend le pouvoir, 44. 



388 TABLE AxN'ALYTIQUE. 

CHAPITRE IV. 

Première année d'épiscopat (972) 46 

(jualilés de Notger comme homme d'Elaf , 46. — Répression des perturbafeiirs, 
47. — Le château-fort de Chévremont et son histoire, 48. — Notger en 
préparc rannexion, ol. — La situation de l'abbaye de Lobbes, o2. — Com- 
nienl Notger y met bon ordre, a4. 

CHAPITKE V. 
Notger au service d'Otton II (973-983) 56 

Faveur dont il jouit auprès du souverain, 57. — L'expédition de Hainaut en 
974, o8. Notger au siège de Boussoit, 59. — Retour offensif des enfants de 
Régnier, 01. — Charles de France devient duc de Lothier, 62. — Le raid 
du roi Lotiiaire, 62, et le rôle de Notger dans cet épisode, 63. — Inter- 
vention efticace de Notger dans les affaires de Cambrai, 65. — Quelle place 
Notger occupe à la cour, 66. — Notger dans son diocèse de 980 à 982, 67. 
— Notger en Italie en 9S3, 68. 

CHAPITRE VI. 

Notger pendant la minorité d'Otton III (983-986) .... 69 
La minorité d'Otton III, 69. — La fidélité de l'épiscopat, 70. — Le rôle de 
Gerbert, 71. — Le point de vue de Notger, 73. — Sa correspondance 
avec Gerbert et Adalbéron, 74. — La tentative ambitieuse du duc Henri 
de Bavièi-e, 75. — Les efforts de Gerbert pour la déjouer, 78. — Les pro- 
jets du roi Lothaire, 78. — Notger ù la cour, 80. — Nouvelles tentatives 
et JTiort de Lothaire, 81. — Obscurités de l'histoire de Notger, 82. 

CHAPITRE VII. 

Notger au service d'Otton III (986-1002) 83 

Influence de Notger à la cour, 83. — Il obtient le concours des armes impé- 
riales pour la prise de Chévremont, 85. — Il fait nommer Erluin évoque de 
Cambrai, 86. — Nouveau séjour en Italie (988-990), 87. — Nombreux 
séjours à la cour, 89. — Rôle de Notger dans le procès de Gerbert, 90. — 
Influence de Notger à la cour, 95. — Troisième voyage en Italie, 96. — 
Relations avec saint Adalbert de Prague, 98. — Notger dans son diocèse, 
99. — Quatrième voyage en Italie, 99. — Mission qu'il y remplit, -lOI. 

CHAPITRE VIII. 

Notger au service de Henri II (1002-1008) 106 

Notger revient avec le cercueil d'Otton 111, 106. — II se prononce pour 
Henri II, i07. — Ses divers séjours dans son diocèse et à la cour, 108. — 
.Son ambassade à Paris, -109. — L'expédition contre la Flandre, ill. — 
Dernières as.scmblées auxquelles assiste Notger, -112, — La seconde expédi- 
tion contre la Flandre, 113, 



TABLE ANALYTIQUE. 389 

CHAPITMi: IX. 
Formation de la principauté de Liège 115 

Coiniiienl l'évèquc ilc Liège devint prince, 1 Hi. — Acquisilion de deux 
comtés, 117. — Autres acquisitions, 119. — Les terres de Sain(-Ui(iuier, 
■120. — Diplômes impériaux conlirmant les proiiriétés dt l'église de Liège, 
122. — Tableau émimératil' de celles-ci, 123. — Importance de l'ensemble, 
124. — Pourquoi Liège ne ligure pas sur la liste des acijuisilions, 12o. — 
Double autorité de Nofger, comme immuniste et comme comte, 127. 

CIIAPITRI-: X. 

Notger second fondateur de Liège 130 

Comparaison de Notger et de saint Bcrnward de Hildesheim, 130. — Le pro- 
gramme de Notger, 131. — L'cmbastillemcnt des villes au X« siècle, i32. 
— ■ Les origines de la ville de Liège, 13o. — Saint Lambert et les dévelop- 
pements de la ville, ISiî. — • Les progrès de celle-ci dans la première moitié 
du Xe siècle, 137. — Comment Notger en écarte les dangers que lui font 
courir les féodaux, 138. — L'enceinte notgérienne de Liège, 141. — Com- 
ment il fait rentrer Tlle dans le système défensif de la ville, 142. — La Cité 
ou Château et l'Ile, 14o. — Les basiliques notgériennes : Ssint-Martin, 147, 
Sainte-Croix, 149, Saint-Denis, loO, Saint-Paul, loi, Saint-Jean, l.'îi. — 
La cathédrale, 154. — L'hospice, 139. — Le palais épiscopal, 101. — Notre- 
Dame aux Fonts, 164. — Les autres paroissiales, 165. — Description de 
Liège après les travaux de Notger, 167. 

chapitrp: xi. 
Travaux accomplis dans la principauté 170 

lluy et Dinant, 170. — Lobbes, 171. — Thuin, 17k — Fosse, 177. — 
Malines, 180. — La destruction de Chèvremont, 184. — La légende de 
ClièvrenionI , 188. — iMaestricht, 190. — Note complémentaire sur la légende 
de Clièvrcmont, 192. 

CHAPITRE XII. 
La principauté 195 

Le budget de la principauté, 195. — Le chapitre co-seigneur, 201. — Les 
vassaux, 202. — L'avoué de Saint-Lambert, 203. — La cour de Notger, 
206. — La chancellerie, 208. — L'avoué de Liège, 209. — Autres avoués 
locaux, 210. — L'échevinat, 211. — Oii siégeaient les échevins de Liège, 212. 
La situation économique, 214. — Le commerce au pays de Liège, 215. — 
L'origine de la vie communale, 218. 

CHAPITRE Xlil. 

Le diocèse 222 

Son étendue cl ses contins, 222. — Ilèglement de frontières avec le diocèse de 



390 TABLE ANALYTIQUE. 

Cologne, 223. — Les ardiirliacres, 225. — Les doyennés, 228. — Les ban 
croix, 229. — Le synode diocésain, 231. — La question des saints de Win- 
lei'shoven, 232. — Notger et l'égiise d'Aix-la-Chapelle, 238. — Notger et 
l'abbaye de Waulsort, 240. — Notger et l'abbaye de Thorn, 242. ^ Notger 
comme prédicateur, 214. — Notger et la fête des Trépassés, 2i5. — Notger 
et les Clunisiens, 24(). — Notger et les papes, 247, — L'histoire légendaire 
de Notger, 248. — Note : le clergé de Notger, 250. 

CHAPITRE XIV. 

L'Instruction Publique , 251 

Les études à Liège depuis Charlcmagne, 251. — Le IX« siècle et Sédulius, 252. 

— Les études à l'abbaye de Lobbes, 253. — Rùle de saint Brunon, 253. — 
L'évêque Ëracle, 254. — Les écoles de Liège sous Notger, 257. — Les 
écolâlres, 258. — La double école de Saint-Lambert : intérieure et exté- 
rieure, 201. — Les diverses catégories d'élèves, 202. — Le personnel 
enseignant, 263. — Le rôle de l'évêque, 266. — Notger protecteur des 
études à Lobbes, 207. — Aperçu général du programme des études dans 
les écoles de Liège, 209. — La grammaire, 272. — La rhétorique, 278. — 
La dialectique, 280. — La musique, 282. — L'arithmétique, 282. — La 
géométrie, 283. — L'astronomie, 285. — Autres branches d'études, 287. 

— Le régime scolaire, 291. La discipline et le rôle de la Térule. 292. — 
Qualités de la méthode pédagogique, 294. — La gratuité de l'enseignement, 
295. — Éclat des écoles de Liège, 296. — Élèves sortis de l'école de 
Liège, 297. 

CHAPITRE XV. 
Le mouvement artistique 300 

Renaissance artisti(iue vers lan 1000, 300. l/archilecturc du bois, 301, et 
l'architecture de la pierre, 302. — Les architectes du X" siècle, 305. — 
1,'architeclure rhénane et l'architecture mosane, 307. — Influence de Notre- 
Dame d'Aix-la-Chapelle, 308. — Influence de Cologne, 310. — Caractères 
de Tarchitecture liégeoise sous Notger, 311. — Les autres arts et l'influence 
byzantine, 315. — La peinture, 310. Le peintre Jean. 319. — La glyptique, 
321. — Les petits arts plastiques, 322. — Les arts à Waulsort, 324, et à 
Lobbes, 325. — L'art liégeois est indépendant de celui de Hildesheim, 320- 

— L'ivoire de Notger, 327. — Le sceau de Notger, 329. — Dans quelles 
circonstances périrent les produits de l'art notgéricn, 330. 

CHAPITRE XVI. 

Notger écrivain 332 

Les occupations littéraires de Noiger, 332. Il n'est pas l'auteur de la Vie de 
miiit [Irmarlc, 333, ni de la Vie de xaiui IjiniUtahl, 330, ni de la Vie de suint 
Adeliii, 339. — Quelle pari de collaboration lui revient dans ces œuvres? 341. 



TAni.K ANALYTIQUE. ',i\){ 

CHAPITUK Wll. 
Vie privée et mort de Notgep 343 

La jouriii'C d'un évèque au \<^^ siècle, '3Vô. — La vie de Noiger à Sainl-Jeaii, 
oii. — Sa mort, 3io. — Son testament, 347. — La date de sa mort, 317. 
— Ses funérailles, oiS. — Son tombeau, 349. — Vénéialion dont on 
entoura sa mémoire, 3o0. — Souvenir gardé de lui a Saint-Jean, 333. — 
lù-lipsc temporaire de sa gloire, 35 i. 

Conclusion 3.50 

Jugement sur la personne et sur l'a-uvre de Notger, 3o0. 

Additions et eoPFeetions 358 

Table alphabétique des noms propres 365 



DH Kurth, Godefroid Joseph Franjois 
801 Noiger de Liège et la 

L562K8 civilisation au X^ siècle 
t.l 



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