v<
l-
NOUVEAU
GLOSSAIRE GENEVOIS
GENÈVE. — IMPRIMERIE DE FERD. RAMBOZ «k C
NOUVEAU
GLOSSAIRE GENEVOIS
JEAN HUMBERT,
PROFESSEUR DE LANGUE ARABE A l'ACADÉMIE DE GENEVE,
CORRESPONDANT DE L'INSTITUT DE FRANCE, MEMBRE DES ACADÉMIES
DE NANCY, BESANÇON, MARSEILLE, TURIN, ETC.
TOiyiE SECOND.
GENEVE
CHEZ JULLIEN FRÈRES, LIBRAIRES,
Place ilii Koiii'K-dc-l'"ui.r, 71.
1852
Vi
NOUVEAB
GLOSSAIRE GENEVOIS.
I
t ICI, adv. Ces jours-ici, ces ùemps-ici, cette semaine-ici.
Faute fréquente, qui est une tradition du vieux français. On
parlait encore delà sorte à la cour de Louis XIV, vers 1645.
Dites : Ces jours-ci, ces temps-ci, cette semaine-ci.
ICI-DESSOUS, loc. adv. Dites : Ci-dessous. Dites de même :
Ci-dessus; ci-après; ci-contre, et non pas: Ici-dessus:
ici-après; ici-contre.
IDÉE, s. f. Très-petite quantité, tant soit peu. Tu as du ta-
bac, donne m'en une idée. Mes nouveaux souliers sont une
idée étroits. Nous eûmes pendant notre promenade une.
idée de pluie.
IDÉE (AVOIR). J'ai idée, j'ai bien idée que nous aurons
beau temps demain matin. As-tu idée de faire celte course
avec nous!' Tous les gens de l'équipage ont péri : a-t-ou
idée d'une pareille catastrophe? Français populaire. Dites:
Avoir l'idée. J'ai l'idée de. A-t-on l'idée de, etc.
IDÉE, s. f. Avoir de l'idée, signifie : Avoir de l'intelligence.
II. 1
H IDQ— IND
avoir un esprit fécond en expédients et en ressources. Votre
nouvelle domestique n'est pas tres-active, mais elle a de
l'idée. Expression qui nous est très-familière.
IDOINE, s. m. Idiot, hébété. Il demeurait là plante' commi
un idoine. Terme curieux, qui doit appartenir au vieux
français, et sur lequel pourtant les vieux lexiques que j'ai
pu consulter ne donnent aucun renseignement. Dans les
dictionnaires usuels, « Idoine » a le sens banal du mot latin
idoneus (propre à, capable de).
ILÂI, s. m. Jeu d'écolier, où tous les joueurs, moins un ou
deux, se cachent aussi bien qu'ils le peuvent, tandis que
les autres cherchent à les découvrir et à les atteindre. Jouer
à ilai. liai courant; ilai cachant; ilai à la ramasse.
i IMAGE (UN). Tu auras tm bel image à Pâques. Solécisme
répandu partout, et qui a son origine dans le vieux français.
IMPROMPTU, s. m. Prononcez ein-pronp-lu.
t INCAN ou INQUANT, s. m. Encan, vente publique à l'en-
chère. Terme suisse-roman, savoisien, lyonnais, dauphi-
nois, languedocien et vieux français. R. m quantum.
t INGANTER ou INQUANTER, v. a. Acheter à l'encan. La
Mélanie aincante'un e'baragnoir, un guindre, et deux ou
trois autres raufferies. Terme vieux français.
INCENDIE (UNE). Ce mot est masculin. « Un grand incen-
die. »
INCLINAISON DE TÊTE, s. f. Je lui faisais inutilement
plusieurs inclinaisons de tête. On doit dire : Inclination de
tête.
l.NCOMBANCE, s. f. Charge, inconvénient, conséquence dé-
.sagréablc. Vous avez là une fâcheuse incombance . En pié-
montais, incombensa. Le verbe neutre incomber, écheoir,
ne se trouve que dans le dictionnaire de M. Bescherelle.
INDEMNISER, v. a. Prononcez la syllabe dem comme vous
prononcez le mot dame {indamniser) . R. damnum.
JND— INT :î
INDEMNITÉ, s. f. Prononcez ein-dame-ni-lé.
INDIGESSION, s. f. Avoir une indigession. « Celle faute est
* tellement répandue en France, dit le grammairien Charles
Martin, que les acteurs mêmes, au théâtre, prononcent de
la sorte, sans soupçonner la faute grossière oii ils tombent. •>
Il faut écrire et prononcer : « Indigestion, n
INDIVIS, adj. m. Prononcez ein-di-vi.
t INDUCATION, ^. f. Éducation. Je veux que notre garçon
reçoive une excellente inducation.
t INDUQUER, V. a. Induquer un enfant, élever un enfant.
INGRAT, ATE, adj. Désagréable, peu attirant, et qui inspire
peu de confiance. Ne se dit en ce sens que dans les expres-
sions suivantes: Figure ingrate; visage ingrat; air in-
grat; mine ingrate. Ce sens, qui manque dans les diction-
naires modernes, n'a point d'équivalent exact en français.
INGRÉDIEIN, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses
du mot « Ingrédient, n lequel rime avec expédient.
t INORME, adj. Énorme.
INSOLENTER, v. a. Injurier, insulter. Là-dessus, trois ban-
dits nous bavardèrent et nous insolentèrent.
INSTITUT, s. m. Institution, pensionnat, maison d'éducation.
Un institut de garçons; un institut de jeunes demoiselles:
un chef d'institut. Le mot « Institut » n'a pas ce sens.
Voyez les dictionnaires.
INTENTION (ÊTRE D'). Nos dames sont d'intention de faire
une partie de char. Dites : « Nos dames ont rintcntion de,
ou : Sont dans l'intention de, » etc.
INTENTIONNÉ DE. Qui a l'intention de. a M'"'^ de Sév.***
étant intentionnée de partir pour Vienne eîi Autriche, dé-
sirerait trouver une personne qui, « etc. {Feuille d'Avis,
année 1846.]
INTÉRÊT, s, m. Nous disons, et on le dit dans le français po-
pulaire : Mettre de l'intérêt à une chose, pour : « Prendre
A INT— ISE
de l'intérêt à une chose. » Tu ne mets point d'intérêt à
tes leçons d'écriture, ni à tes leçons de musique. Dites :
Tu ne prends point d'intérêt, etc.
INTERFEUILLER, v. a. Un volume interfeuillé. Il faut que
j'interfeuille cette brochure. Dites : Un volume interfolié ;
il faut que j'interfolie cette brochure. L'infinitif de ce verbe
s'écrit : « Interfolier. »
INTIiVIÉMENT, adv. Moi et Victorine nous sommes intime-
ment liées. Écrivez « Intimement » sans accent sur l'e.
INTITULÉ, s. m. L'intitulé d'un livre, l'intitulé d'un ou-
vrage. Dites : Le titre d'un livre; le titre d'un ouvrage.
t INTRINSECTE, adj. Ta montre, Jaquinet, a une valeur
intrinsecte de trente francs. Dites : Valeur intrinsèque.
INTRUE, adj. et s. f. Il faudra bien nous débarrasser promp-
tement de cette intrue. Dites: « Intruse. » Une intruse;
une femme intruse.
INVECTIVER, V. a. Invectiver quelqu'un. Dites : Invectiver
contre quelqu'un.
INVENTORISER, v. a. Inventorier, dresser un inventaire.
Inventoi'iser un mobilier. Terme suisse-roman et savoisien.
INVERSION VICIEUSE. Je n"ai personne vu, je nai per-
sonne entendu, sont des phrases mal construites, des
phrases mal sonnantes, et qui, très-familières à nos voisins
du canton de Vaud, commencent à se répandre chez nous.
t IRAGNE ou IRAIGNE, s. f. Araignée. Iragne appartient au
vieux français, et se dit dans le Berry, en Languedoc et
sans doute ailleurs. Voyez aragne.
t IRRUPTION, s. f. Éruption (à la peau). Apres cette fièvre,
il lui sortit une forte irruption.
ISCARIOLE ou ESCARIOLE, s. f. Escarole, sorte de chico-
rée à fleur large.
ISERABLE, s. m. Du bois d'iserable. Terme vaudois, sa-
voisien et dauphinois. Dans le patois bourguignon on dit :
ITA— JAC 5
ôzemule; dans le patois de la Franche-Comté, iseraule ou
euzeraule. Le mot français est : « Erable. »
ITALIEN, s. m. Pâtissier. Aller chez l'Italien. Expression
connue à Paris, et sans doute ailleurs. La plupart de nos
' pâtissiers sont originaires de la vallée de l'Engadine (can-
ton des Grisons), vallée où l'on parle italien. En Normandie,
les pâtissiers sont appelés Suisses.
IVRER, V. a. Terme de charpentier. Cheviller, lier les joints
d'un plancher au moyen de chevilles qui s'emboîtent d'une
planche dans une autre, [p. g.]
IVRER (S'), v. pron. S'enivrer. Sais- tu une chose F — Eh
quoi? — C'est que la Fanchetle s'ivre. — Elle s ivre! Ce
^ n'est pas croyable. Terme languedocien, berrichon, etc.
chacun s'ivre à sa manière
D'amour et de vin.
[Dancourt, Les trois Cousines j I, 1.]
J
JABOT, s. m. (fig.) Se donner du jabot, signifie: Se pava-
ner, se glorifier, faire parade de son propre mérite. En
voilà un qui ne se donne pas mal de jabot. Locution fré-
quente chez nous et chez nos proches voisins, mais qui ne
se trouve pas dans les dictionnaires.
.JACASSE, s. f. Babillarde, causeuse liclTée. Terme parisien
populaire, normand, etc.
JACQUES DÉLOGE ou DES LOGES, nom propre d'homme,
Prendre Jacques Des Loges est une expression facétieuse
qui signifie : Déloger, détaler sans bruit, s'échapper à la
sourdine. Je devais le trouver chez lui ce matin, et rece-
voir mon loyer : bernique ! il avait pris Jacques Des Loges.
6 JAI— JET
L'expression française populaire est : // a pris Jacques
Déloge pour son procureur.
JÂIRE ou JARRE, s. m. Terme de boucherie. Jaire de veau,
jarre de veau. Dites : « Jarret de veau. »
JAMBETTE, s. f. Jambon de l'épaule.
JANOT, nom propre d'homme. Battre Janot, déraisonner,
radoter, [p. g.]
JÂQUETER, V, n. Jacasser, caqueter.
JARAVATTE, s. f. Langue, au sens propre. Mener sa jara-
vatte, faire aller sa jaravatte, signifient: Jaser, bavarder.
JARICLE, s. f. Babillage, loquacité, verbiage, [p. g.]
JARJET, s. m. Terme de tonnelier. Jable, rainure pratiquée
aux douves d'un tonneau pour arrêter les pièces du fond. ,
JARLE ou GERLE, s. f. Sorte de corbeille ronde. Voyez
GERLE et JERLE.
JARLOT, s. m. Cuvier ou grand baquet, destiné principale-
ment à saler la viande de cochon. En Normandie on dit :
Jalot; en vieux français, jale.
JARRETOU, s. m. et adj. Cagneux, qui a les genoux rap-
prochés et les pieds jetés en dehors. Dans la langue pro-
vençale, jarretier se dit des personnes et a le même sens.
JÂRRETOULE, s. fém. etadj. Gagneuse.
JASERON, s. m. Chaîne d'or à très-petits anneaux. Envieux
français : Jaseran.
JASPINER, v. n. Disputer, taquiner, contredire. Terme rou-
chi, normand, etc. En français, « Jaspiner» signifie: Causer
à tort et à travers.
JEAN-JEAN (UN). Un niais, un imbécile. En Normandie on
dit : Un Janot.
JERLE, s. f., et JERLON, s. m. Cuve, petite cuve. Dans le
Berry on dit : Jarlée.
JE T'EN MOQUE! Sorte de locution adverbiale, qui équi-
vaut à : Point du tout, bernique. Nous comptions sur une
JET— JOF! 7
lettre d'Alfred: mais je t'en moque! c'est un négligent.
Benoît devait me payer ce matin : je t'en moque! Fran-
çais populaire.
JETER (SE), V. pron. Se dit du bois et signifie : Se déjetei,
se tourmenter, se courber, s'enfler, s'étendre. La fenêtre,
faite d'un bois peu sec, s'était jetée. Terme français popu-
laire.
JETON, s. m. Forcet, petite corde fort menue et fort pressée,
que les cochers et les charretiers mettent au bout de leur
fouet.
JICLER, V. a. Voyez gicler.
JOINTE (UNE). Terme d'ouvrier. Le qua^'t d'une journée dt
travail. Faire une jointe. La journée se compose de quatre
jointes. Le charpentier ne viendra qu'après la première
jointe.
JOLERIE, s. f. Poissonnaille, fretin, alevin. En languedo-
cien, jol signifie : Petit poisson.
•lOMBRER, V. n. Attendre, attendre avec ennui et avec im-
patience; nonchalanter; être privé d'une chose. Vous notn
avez bien fait jombrer. Que j ombres-tu là ? Pourquoi jom-
bres-tu ici au lieu d'aller travailler ? Tu en jombreras de
ces beaux abricots. Se dit aussi des choses. Quand vous
aurez coupé ces branchages, laissez-les jombrer pour en
ôter plus facilement les feuilles. Terme universellement.
connu dans les campagnes, et qui a des sens très-divers.
JONCHE, s. f. Arure, attelée de labour, espace de temps du-
rant lequel on laboure sans dételer. Terme savoisien et
dauphinois. En provençal on dit : Jhoûncho.
JORAN, s. m. Vent du nord-ouest. Voyez ve.nt.
JORDONNER, v. n. et a. L'expression : Une Madame J or-
donne, une demoiselle Jordonne, une servante Jordonne,
est dans quelques dictionnaires modernes. De cette expres-
sion s'est formé notre verbe jordonner. Qu'a-t-elle donc à
8 JOT— JOU
j ordonner P Que vient-elle nous jurdonner/' Est-ce à elle
de j ordonner ici F Excellent mot de la langue familière, et
qui exprime une nuance précise et délicate, savoir le com-
mandement exercé avec sottise et vanité, à tout propos et
hors de propos. M. Bescherelle et M. Francis Wey appel-
lent cette expression un affreux barbarisme. M. Victor Hugo,
au contraire, l'emploie et l'apprécie.
JOT, s. m. Endroit du poulailler où se perchent les poules.
Les poules sont sur le jot; les poules sont à jet. A Rennes
on dit : Joe; en Champagne, en Languedoc et en vieux
français, joue. De ce mot joue s'est formé le verbe « ju-
cher, n
JOTTU, TUE, adj. Qui a de grosses joues, joufflu.
JOU (EN.) Mettre en jou, coucher quelqu'un en jou. Ecrivez
et prononcez « En joue. » Mettre en joue, coucher en joue.
JOUAILLER, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses
(ou plutôt vieillies) du mot « Joailler. »
JOUAILLON, s. m. Jouereau, celui qui ne joue pas bien à
quelque jeu ou qui joue petit jeu. [p. g.]
JOUFFLARD, ARDE, adj. et s. Joufflu. Une grosse jouf-
flarde.
JOUIN, s. m. Écrivez et prononcez « Juin. »
JOUISSERIE, s. f. Jouissance, plaisir. Notre voisin Z*** s'est
donne' la jouisserie d'aller voir la grande Exposition de
Londres.
JOUR, s. m. Dans le langage populaire : Au jour d'aujour-
d'hui signifie : Dans les circonstances actuelles, par le temps
qui court. Au jour d'aujourd'hui toutes les carrières sont
dif^ciles. Expression redondante, fort critiquée des gram-
mairiens, mais énergique et d'un emploi continuel.
JOUR, s. m. Nous disons: On voit jour, on y voit jour, pour
(lire : 11 fait jour, on y voit clair. Ces expressions, qui n'(»nt
rien de choquant, manquent dans les dictionnaires.
JOU— LA 9
JOUU, s. m. Au lieu de dire : Vivre du jour au jour; gagner
sa vie du jour au jour, il faut dire : Vivre au jour la jour-
née; gagner sa vie au jour la journée ; ou bien : Vivre au
jour le jour; gagner sa vie au jour le jour. Mais cette der-
nière expression est moins bonne, quoique reçue dans le
dictionnaire de l'Académie.
JOUR, s. m. Nous disons : Du jour au lendemain, pour
dire : D'un jour à l'autre. En été le puii>son se gdic du jour
au lendemain. Cette expression n'est pas française.
JOUR, s. m. Voyez d'un jour l'un.
JOUR SUR SEMAINE, s. m. Dites : Joui' ouvrable. A'e ve-
nez pas me voir le dimanche, venez les jours sur semaine.
he& Parisiens ne s'expriment pas différemment, et ils oppo-
sent aussi la semaine au dimanche. Ils affichent, par exem-
ple, que : « Dans tel ou tel omnibus on paie vingt centimes
en semaine, et trente centimes le dimanche. » Un parisien
me disait : « En semaine les bals des Champs-Elysées sont
plus tranquilles que les dimanches et jours de fête. >>
JOURS, s. m. pi. Nous distinguons l'habit des jours ûe l'ha-
bit des dimanches. Quand tu rentres, Alfred, aie soin de
mettre ta veste des jours. Le peuple de Paris dit dans le
même sens : Cet habit est pour à tous les jours, c'est-à-
dire : Pour mettre tous les jours ouvrables.
JUSTE (A), adv. Être à juste de pain, signifie : En avoir tout
juste la quantité strictement nécessaire. Si tu invites toute
la famille, nous serons à juste de couverts d'argent.
A, pron. pers. Les gens de la campagne, soit dans notre can-
ton, soit en Savoie, emploient d'ordinaire ce pronom à la place
11. -2.
10 LA— LÂl
du pronom « lui » (à elle). Je m'aperçois c/ue lu Claudine
part déjà pour le marché: dites-la de tn attendre. Brion a
pris une tisanne qui la fera du bien. Notre Mariette n'a
rien dormi cette nuit : c'est ses dei^ts qui la font mal.
Voyez LES.
LA, LE, LES. Ces articles sont mal à propos substitués aux
[)ronoms personnels « notre » et « nos « dans les phrases
suivantes et phrases analogues : Sais-tu comment se porte
la tante F As-tu des nouvelles de l'oncle P Crois-tu que
nous dînerons dimanche chez la cousine!' Expressions fort
triviales, et peu dignes d'une bouche de laquelle sort habi-
tuellement un langage correct.
i LA, art. La Rosalie va au Conservatoire. L'E7nélie nous
jouera du piano, et la Jenny nous citera. La, article,
ajouté ainsi devant un nom propre do femme, est de la der-
nière vulgarité.
LABOURAGE, s. m. Chevaux de labonraqc. ITûes : Chevaux
de labour.
LACHER QUELQU'UN. L'abandonner, le planter là. Nous
causions tranquillement avec Alphonse : mais quand il vit
venir cette pége de N***, il me lâcha et disparut. Expres-
sion parisienne, etc.
LADJÉRE, s. f. Terme de couturière. Sorte dechanteau. Ma-
dame veut-elle qu'on lui fasse des chemises à ladiere ou
des chemises à l'allemande?
LADlÊRE, s. f. Voyez liadière.
LAGiNER (SE), v. pron. Terme des campagnards. S'ennuyer
de, faire avec dégoût. Cet enfant se lagne d'aller à l'école.
Ça me lagne d'avoir demain un exercice au Plan-les-
Ouates. \\. vieux français, lanier, mou, lâche, paresseux.
LAIDERON (UN). Cette jeune fiancée que vous me vantez si
fort n'eft qu'un laideron. Dites : Uiie laideron.
LAIDEHONNE (UNE). Auriez vous jamais cru qu'une sem-
LAI— LAM M
hluble laideronne Iroaveruit un mari:'' Terme parisien po-
pulaire, etc. Dites : « Une laideron. »
IjAIRE, s. f. Alouette. Chanter comme une laire, signifie :
Chanter sans relâche, ne pas discontinuer son chant.
En allemand, Lerche , en anglais, lark, veulent dire;
« Alouette. »
LAISSER (S'EN). Ne pas faire une chose, s'en abstenir. Tune
veux pas nous accompagner, Henri: eh bien! laisse- t'en,
c'est-à-dire : Eh bien! demeure, fais à ta convenance. Voiis
refusez de scier ce bois pour cinquante sous : eh bien! lais-
sez-vous-en, d'autres le scieront. Cette locution est dès
longtemps critiquée par les grammairiens; mais le peuple,
qui ne lit pas les grammairiens, continue de s'en servir, et
il n'a pas excessivement tort.
LAIT, s. m. Lait de lotte, lait de carpe, etc. Terme savoi-
sien, dauphinoise! limousin. Dites : Laite ou lactance. C'est
le nom qu'on donne à cette partie des entrailles de poisson
qui ressemble à du lait caillé.
LAIT DE SERPENT, s. m. Tilhymale, plante.
LAIT DE SON, s. m. Laiteron, plante dont les lapins sont
friands. Nos campagnards disent : Laiteçon.
LAITIER, s. m. Endroit delà fromagerie où l'on tient le lait.
LAMBINERIE, s. f. Lenteur, nonchalance. Finiras-tu avec
les lambineries? Terme français populaire.
LAMBINOCHER, v. n. Augmentatif de lambiner. Qu as-tu
tant à lambinocher ? Expression très-bonne et très-usitée
à Genève.
LAMBOURET ou LAMBORET, s. m Nombril. Terme sa-
voisien. En provençal, on dit : Embourigo, d'où nous avons
fait, par addition de l'article, l'embourigo, et ensuite lam-
bouret.
LA MÊME CHOSE. Locution adverbiale qui signifie : Éga-
lement, de même, tout de même, d'ailleurs, néanmoins,
Î2 LAM— LAN
comme, de môme que. // pleut, et la même chose je sorti-
rai. Ne lui demandez pas ce service: la même chose il ne
vous V accorderait pas. Malgré qu'on ne se voye pas sou-
vent, la même chose on s'aime. Comment se porte Madame
votre sœur F — Toujours la même chose. Faute générale. La
même chose n'est jamais ni adverbe, ni conjonction. Maison
s'exprimerait correctement si, à cette question : Comment
se porte votre sœur? on répondait : C'est toujours la même
chose, c'est-à dire : « C'est toujours le même état de chose ;
c'est toujours le même état de santé. »
t LA MIEN , LA TIEN , LA SIEN. Ces expressions bar-
bares sont souvent mises à la place des trois pronoms per-
sonnels féminins : « La mienne, la tienne, la sienne, r, dans le
langage le plus populaire. Rends-moi cette plume, c'est la
mien. — Non, ce n'est pas la tien. Celte faute se retrouve
en Savoie et dans quelques provinces du nord de la France.
LANCHEBROTAGE, s. m. Flux de paroles inutiles et mal
articulées; discours hors de propos, confus et embrouillé.
LANCHEBROTER, v. actif. Parler beaucoup et peu intel-
ligiblement, jargonner. Finalement que t'a-t-il dit P— Il
ne m'a rien dit : Il m'a lanchebrote' un tas de bêtises aux-
quelles je n'ai rien compris. Voyez enchebroter.
LANDE ou LENDE, s. f. Lente, petit œuf d'où naissent les
poux, et qui se colle aux cheveux. La tête du pauvre enfant
était toute couverte de lendes. Français populaire et vieux
français. A Neuchâtel et dans l'évêché de Baie on dit : Un
lent. R. lat. lens, lendis.
LANDINE, s. f. Lente. Voyez lande.
LANDRILLE, s. f. Voyez andrille.
LANGUIR DE, suivi de l'infinitif. Désirer, souhaiter ardem-
ment. Je languis d'avoir achevé ce grand travail. Nous
languissions tous de revoir notre beau lac. Te votlà,
Edouard: je languissais de Le rencontrer. Expression i'e-
LAN— LAR 13
marquable, comiiie en Suisse, en Savoie et dans le Midi.
LANGUIR QUE. Souhaiter ardemment que. Vous languis-
sez bien que les vacances arrivent. En provençal on dit :
Se languir, v. imp. // me languissait de te voir, c'est-à-
dire : 11 me tardait de te voir.
LANl, s. m. Sac d'un tissu grossier. Un lani de riz. Terme
savoisien et piémontais.
LANTERNE, s. f. Se dit d'une personne nonchalante, lam-
bine, paresseuse, tant homme que femme. Notre associé, on
peut le dire, est une lanterne, tme lanterne magique.
Terme parisien populaire, etc.
LANVOUI, s. m. Anvoie, orvet, serpent aveugle, anguille de
haie. Les lanvouis ne sont pas venimeux. Ce terme a été
formé du mot «Anvoie. » On a dit d'abord, avec l'article:
L'anvoie; puis, faisant de l'article et du substantif un seul
mot, on a dit : Lanvoie {une lanvoie)-^ puis enfin, un lan-
voui. R. anguis?
LAPAIS ou LAPA'V, s. m. Grande oseille sauvage, patience,
plante très-propre à purifier le sang. Tisane de lapais. En
provençal on dit : Lapas, s. m. ; en latin, lapathum.
LAPIDER QUELQU'UN, v. a. (fig.) Le fatiguer par des de-
mandes réitérées, par des instances importunes. Finissez,
enfants : vous me lapidez.
LARD (UN). Un cochon, un porc. Tuer un lard: saler un
lard; élever des lards; engraisser des lards. Expression
savoisienne et limousine, qui se retrouve en Sologne (dépar-
tement de Loir-et-Cher), et sans doute ailleurs.
LARGE, s. m. ou f. Mélèze, arbre bien connu. Bois de large;
échalas de large. En vieux français : Larege. [Voyez Ro-
gUEFORT, Glossaire de la langue romane, t. II, p. 64.]
R. lat. larix.
LARGE, s. m. Espace, place. Donner du large, signifie:
Donner de l'espace. Mettez les trois enfants à une laide
U LAR— LEC
à part, cela nous donnera du large. Expression très-
connue, mais qui n'est pas dans les dictionnaires.
LARGEUR, s. f. Terme de couturière. Lé. Fous ajouterez
une largeur à cette robe. Une demi-largeur (un demi-lé)
suffira pour cette jupe.
LARMETTE, s. f. (fig.) Très-petite quantité. Une larmette
de vin; une larmette d'eau de cerise. Employé au sens
propre, le mot de larmette appartient au vieux français, et
se trouve dans quelques dictionnaires.
LARRON, s. m. Terme des campagnards. Sorte de fourche
de fer à deux cornes, destinée surtout à décharger les cha-
riots de fumier.
LARRON, s. m. (fig.) Mouchon, tilament enflammé de la
mèche et qui fait couler le suif. Oter un larron. Terme
suisse-roman, signalé aussi dans le Dictionnaire du patois
de Valenciennes.
LAVOIR, s. m. A Genève ce mot a deux sens, dont un n'est
pas exact. Nous appelons lavoir l'endroit de la cuisine où
on lave la vaisselle : ce sens est français. Nous appelons
aussi lavoir, la pierre en forme de table, et légèrement
creusée, sur laquelle on lave la vaisselle, et qui a un trou
pour l'écoulement des eaux. Ce sens n'est pas français ; il
faut dire : « Évier. Jeter des eaux par l'évier, par la pierre
d'évier. » [Acad.]
LAVOIR, s. m. Nous disons figurément : Être dans le lavoir,
pour : Être à même de réussir, être dans une position à
faire son chemin. Expression fribourgeoise et savoisienne.
LAYETTE, s. f. Rayon, étagère. Ranger des livres sur une
layette. Le mot de « Layette» est français; mais il n'a
pas la signification qu'on lui donne chez nous.
LÉCHÉE (UNE). Très-petite quantité d'une chose qui se
mange. Je te demande un morceau de ce pâté, et tu m'en
donnes une léchée. « Lèche, » s. f., est français.
l
LEC-LEN 15
LÉCHEPOT, s. m. Se dit, par dérision, d'un homme qui va
autour des marmites, tâtant les viandes et goûtant les sauces.
LÉCHEPOTER, v. a. Faire le léchepot. L'enfant se glissait
dans la cuisine pour y le'chepoter. Que viens-tu léchepoter
ici, Janot ?
LÉCHEPOTEUR, s. m. Voyez léchepot, qui a le même
sens.
LECRELET ou LÉKERLET, s. m. Voyez ecrelet.
LEGAT, s. m. Terme des campagnards. Don laissé par tes-
tament. Faire un légat. Il a eu pour sa part un légat de
deux mille francs. Terme savoisien, méridional et vieux
français. R. legatum,. Le mot français est « Legs, » qu'on
doit prononcer lai, comme la dernière syllabe du mot délai.
LEGREFASSE, s. f. Grande tonne, tonneau monté sur place.
Terme suisse-roman. En allemand, Làgerfass a le même
sens.
LEIZETTE, s. f. Petit lézard. Voyez linzette.
LEMENTE, s. f. C'est sous ce nom que les campagnards
désignent la chouette effraie, strix flammea de Linné, la-
quelle aime à vivre dans nos habitations. Les autres espèces
de chouettes, celles qui ne sont pas stationnaires, vivent dans
les bois. R. lamenter.
LE MOINS DES MOINS. Le moins, au moins. Combien de
temps durera ton voyage ? — Six semaines pour le moins
des moins. Expression curieuse, usitée sans doute ailleurs,
mais que je n'ai vue consignée nulle part.
LENDE, s. f. Voyez lande.
LENT, s. m. Cette viande sent le lent. Le lard prend très-
vite un goût de lent. On dit en français : Un goût de re-
lent.
LENTILLE, EE, adj. Lentilleux, semé de taches. Visage
lentille; peau lentillée. Notre mot de lentille a un sens
plus étendu que le mot français correspondant. Nous disons
!6 LEP— LEU
qu'une robe est lentillée, lorsqu'elle est tachée de boue.
Me voilà toute crottée et lentillée. En français, lentille
signifie : Tache de rousseur.
LE PLUS SOUVENT. Expression railleuse et populaire, par
laquelle on nie ou on infirme ce qu'une personne vient d'a-
vancer. Eh bien, Pierroton, est-il vrai que ce fameux hé-
ritage dont tu nous parlais, te passera loin du nez ^ — •
Oui, moucher, le plus souvent. Ne parte-- pas avant moi,
Messieurs; vous avez promis de m'attendre. — Oui, oui,
le plus souvent; c'est-à-dire : N'y compte pas; ne t'ima-
gine pas qu'on t'attende. Dans le français populaire on dit
en ce même sens : Plus souvent.
LES, pron. pers. Les paysans emploient sans cesse les (accu-
satif) pour « leur » (à eux). Les blés souffraient beaucoup:
cette pluie les aura fait du bien. Si ces messieurs aiment
les croûtes dorées, on les en fera manger. Vos deux bouèbes
font bien du train, maître Antoine. - — Je les ai pourtant
bien dit de se taire; mais je vais les parler sur un autre
ton. Voyez la, t. Il, p. 9.
LESINEUX, EUSE, adj. et subst. Être lésineux; devenir
lésineux. Ce riche Oswald est un lésineux. Dites : « Lési-
neur, lésineuse. »
LESSIVE, s. f. Prononcez lé-ci-ve et non pas le-ci-ve.
LESSIVE, s. f. Ne dites pas ; Avoir la lessive. Nous avons
la lessive après-demain. Dites : Faire la lessive. Nous fai-
sons la lessive après-demain.
LEUR, LUI, pron. pers. C'est parler mal que de dire avec
les Méridionaux : Je leur suis parent, vous lui êtes cou-
sin, etc. ; il faut dire : Je suis leur parent, vous êtes son
cousin.
LEURRE (UNE), Ce mot est aujourd'hui masculin ; il était
féminin dans l'ancien français. [Voyez \c Dictionnaire fran-
< çais anglais de Cotgkave.]
LEV— LIA 1 7
LEVAINS, s. m. pL Mettre des levains aux pieds. Expres-
sion suisse et savoisienne. On dit en France : Sinapisme.
Mettre des sinapismes.
LÈVE, s. f. Terme de chasse. Oiseau qui sert d'appeau.
LÈVE, s. f. Terme de certains jeux de cartes. Levée.
LÈVE, s. f. Terme des campagnards. Trouvaille, bénéfice.
Faire une lève. S'emploie d'ordinaire ironiquement. Oh! la
belle lève! C'est-à-dire : La belle chose! Le beau venez-
y-voir! Le beau rien-du-tout !
LEVER LA TABLE. Desservir, dégarnir la table, ranger
le couvert. Il faut lever la table, Josette; mais vous lais-
serez la nappe.
LEVER LE COUDE. Hausser le coude, boire beaucoup, faire
excès de boissons enivrantes. Français populaire.
LE VOICI QU'IL... Dites: «Le voici qui. Le voici qui vient.
La voici qui approche. Les voici qui nous cherchent. Les
voici QUI arrivent par le bateau. » Remarque importante et
trop négligée.
LEVRAUT, s. m. Instrument à peser, peson, sorte de ro-
maine. Terme snisse-roman et jurassien. En Savoie on dit:
Lèvre' ou levrai ; en vieux français, lièvre. R. libra. Le
Dictionnaire français-anglais de Cotgrave, lequel a enre-
gistré une foule de provincialismes, n'a pas oublié levrault.
LIADIÈRES, s. f pi. Nom que l'on donne, sur le lac de Ge-
nève, à certains courants irréguliers qui se forment parfois
dans les eaux à différentes époques de l'année, et entraînent
les bateaux malgré les efforts des rameurs. Ces courants
vont tantôt dans une direction, tantôt dans une autre, et
n'ont aucun rapport avec le courant qui amène les eaux du
Valais à Genève, [p. g.]
LIASSE DE CLEFS, s. f. Trousseau de clefs, trousse.
LIASSE DE LINGES, s. f. Trousse de linges.
LIASSE D'OGNONS. Glane. Liasse de porreaux, liasse de
H. 3
18 Lie— LIN
radis, liasse de raves, liasse de scorsonères, etc. Dites :
Botte de porreaux, botte de radis, botte de raves, botte de
scorsonères. En français, « Liasse» signifie : Paquet de pa-
piers, amas de papiers liés ensemble.
LICHEFRITE, s. f. Lèchefrite, ustensile de cuisine.
t LIERRE (LA). Boire sur la lierre. Ce féminin est un reste
du vieux français. Depuis le commencement du dix-sep-
tième siècle on dit: « Le lierre. »
t LIÈVRE (UNE). Ce solécisme nous vient du patois {na
livra ) et du vieux français. Dans le canton de Vaud, en
Savoie et en Franche-Comté, les campagnards disent aussi :
Une lièvre. En provençal, lèbre (lièvre) est féminin. Une
des vallées des Vosges s'appelle vallée de la Lièvre.
LIGNU, s. m. Ligneul, fil poissé des cordonniers. On dit à
Lyon: Ligneux; en Languedoc et en Provence, lignoou.
Tirer le lignu, c'est : Exercer l'état de cordonnier.
LIMACE, s. f. -Se dit figurément d'une personne lente, molle
et nonchalante. Je vois venir notre limace. Arriveras-tu
enfin, limace que lu es P
LIM(3GE, s. m. Coton filé rouge, dont on se sert pour mar-
quer le linge, etc.
LIN, s. m. Nous disons proverbialement : Se faire au lin
de quelqu'un, pour : Se faire à ses habitudes, à ses goûts,
à ses manières ; adopter ses sentiments et ses opinions. Ce
terme nous vient des campagnards. Lin est un mot patois
qui signifie : « Lien. »
LINCEUIL, s. m. Linceul, drap de toile, drap mortuaire.
Linceuil appartient au vieux français.
LINGE, s. m. Nous disons proverbialement d'une personne
très-pâle : Elle est blanche comme un linge. Expression
inconnue aux dictionnaires.
LINGÉRE, s. L Ouvrière en linge. En France on appelle " Lin-
gères) celle qui fait le Hnge et qui le vend.
I
LIN— LIS 19
t LINZARD, s. m. Lézard. Regarde voir ce Imzard, Jacques.
■ — ■Ensauve-toi, nigaud, c'est une serpent. Le féminin
est linzarde.
LLNZETTE, s. f. Petit lézard.
LIONS, s. m. pL Terme des campagnards. Se dit d'un mé-
lange de légumes secs, comme fèves, haricots, lentilles, pois,
dont on fait une soupe, qui s'appelle soupe aux lions, parce
que le bouillon en est bien /;'e et très-fcfrineux. [p. g.]
t LIQUERNE, s, f. Lucarne.
LIQUETTE, s. f. Très-petit bateau à pointe carrée ; batelet
pour une seule personne. Dans le canton de Vaud on dit :
Ligvette, loquette et leguette; à Neucbâlel, loguette. Ces
divers termes semblent formés du mot patois lîkà ou lekà,
lequel signifie : « Glisser, d
LIQUEURISTE, s. m. Liquoriste.
LISERET, s. m. Poser un liseret; mettre un liseret. Terme
de couturière. Écrivez et prononcez « Liseré. «
LISIER ou LISIE, s. m. Eau de fumier, eau grasse. Dans le
canton de Vaud on dit : IJsier, Usé ou lusé.
t LISSIVE, s. f. Lessive. Mettre la lissive ; tremper la lis-
sive; couler la lissive. Terme suisse-roman, savoisien ,
franc-comtois et parisien populaire. R. lixivia. A la tin
du seizième siècle on écrivait encore avec un x, lexive.
LISSU, s. m. Lessive, eau de cendres, eau détersive, rendue
telle par la cendre ou par la soude. Bu lissu sec. La cou-
leuse, avant les chaudes, lave dans le lissu les ustensiles
de cuisine les plus communs. Terme suisse-roman. En Sa-
voie, à Lyon et en Dauphiné, on dit : Lissieu; en Provence,
lissiou; en Francbe-Comté et dans le Berry, lessu ; à Bor-
deaux, lessif. R. lat. Ux, licis.
LISTE, s. f. Bande mince de bois, règle de bois mince et
étroite. Ajuster une liste. Terme suisse-roman, savoisien,
méridional et vieux français.
20 LIT— LON
LITEAU, s. m. Latte, morceau de bois refendu selon son iil,
long, mince et étroit. Mettre des liteaux, clouer des li-
teaux. Les liteaux du plafond. Ce terme, peu usité en
France, et qui ne figure point dans le dictionnaire de l'Aca-
démie, n'a pas, dans les dictionnaires qui l'ont recueilli, la
signification genevoise.
LITELAGE, s. m. Lattis, ouvrage de lattes.
LITELER, V. a. Latter, poser des liteaux. Liteler une paroi;
liteler un plafond. Paroi litelée. Dans le patois limousin
on dit : Listela.
LOIN (ETRE). Être parti, s'être retiré. Les sauteurs de
corde sont loin. Nos deux voyageurs étaient à peine loin
que Vincendie éclata. Expression très-répandue.
t LOINTEUR, s. f. Éloignement, dislance. J'avais marché
sans le savoir sur le nid de ces guêpes, et elles me pour-
suivirent à une très-grande lointeur.
t LOIRIE, s. f. Hoirie, héritage, succession. Sur le conseil
de M'^ le notaire, nous avons accepté la loirie. Expres-
sion des campagnards.
LONG, s. m. S'étendre de tout son long. Les dictionnaires
disent : « S'étendre tout de son long. »
LONGE, s. f. Une voilure à longe. Terme suisse-roman et
savoisien. En France on dit : « Une voiture à flèche. »
t LONGE (A LA), loc. adv. A la longue. Un peu de pa-
tience, Monsieur, à la longe vous en viendrez à bout.
LONGEOLE, s. f. Terme de boucherie. Andouille. En patois :
Landiùle. Au sens figuré, lungeule se dit d'une femme ou
d'une fille très-grande et très-maigre. Se dit aussi des cho-
ses. Quelle longeole de pipe tu as là. Nos jardiniers don-
nent plus particulièrement le nom de longeole à une sorte
de longue pomme de terre.
LONG FEU. Au sens figuré, faire long feu en quelque en-
droit, signifie : Y demeurer longtemps, s'y arrêter, y se-
LOQ-LOU 21
journer. J'ai dâ me rendre à l'invitation d'Avibroise, mais
je n'y ai pas fait long feu.
t LOQUET, s. m. Hoquet. Avoir le loquet. Souffrir du lo-
quet. Terme parisien populaire, etc. Loquet s'est formé de
« hoquet, » par addition de l'article le en tête du mot.
LORGNE, s. m. Oiseau de notre lac, espèce de plongeon.
i LOTON, s. m. Laiton. Une montre en loton. On lit dans
une Ordonnance du Petit Conseil sur les monteurs de boî-
tes, en l'an 1710 : «Est défendu à tous maîtres de faire au-
cun mélange dans leurs ouvrages d'or avec du loton. r>
Terme suisse-roman, savoisien et piémontais.
t LOTTE (UNE). Une hotte. // tomba, ayant sur le dos sa
lotte pleine de terraille. Terme suisse-roman et savoisien.
Après avoir dit : « La hotte, ■» en aspirant Vh, on a dit ;
L'hotte, sans aspiration ; puis beaucoup de personnes s'ima-
ginant que lotte était le substantif lui-même, elles y ont
joint l'article, et nous avons eu l'expression la lotte.
LOUETTE, s. f. Luette, épiglotte. Avoir la lunette basse.
Terme français populaire.
LOUISE, s. f. Jeton de cuivre à l'usage des enfants dans cer-
tains jeux. Payer avec des Ionises. An jeu de l'oie on mar-
que d'ordinaire avec des louises.
LOUP, s. m. (fig.) Terme des campagnards. Eciiyer, faux
bourgeon qui croît au pied d'un cep.
LOURD, adv. Beaucoup, considérablement. Tu as là de bien
beaux pistolets, mais ils doivent l'avoir coûté lourd.
LOURDEUR, s. f. Pesanteur. Elle se plaignit tout à coup
d'une lourd!kur dans la tête qui nous inquiéta. Ce sens du
mot lourdeur n'est pas dans les dictionnaires.
LOURDISE, s. f. Lourderie, faute grossière contre le bon
sens ou contre la bienséance. Faire lourdise sur lourdise.
Les dictionnaires disent que ce mot a vieilli. On s'en serf
habituellement chez nous.
II. 3.
22 LOU— LUI
LOUPiIOU, s. m. Loriot, oiseau.
LOUSTIQUE, adj. Gai, content, joyeux, gaillard. Les pre-
miers jours de printemps nuus rendent lousliques. Nous
n'étions que six à ce repas, mais tous six en belle hu-
meur et lousliques. Comment vous portez-vous, voisin-'
— Sans être tout à fait loustique, je suis déjà beaucoup
mieux. Les dictionnaires français qui ont recueilli ce mot
ne lui donnent pas cette signification, laquelle pourtant est
la véritable. U. ail. lustig.
LOVAT, s. m. Tique de marais, insecte qui s'attache aux
oreilles des bœufs et des chiens. Nous disons aussi : Louvat
et lovet.
LUC, s. m. Sizerin, sorte de linotte.
t LUCAIRNE, s. f. Voyez luquerne.
LUCHEPiAN, s m. Nom que les campagnards donnent à la
chouette et au chat-huant. Dans le patois vaudois on dit :
Lutzerou et lutzerein.
LUGE, s. f. Sorte de traîneau sans ferrure, en usage dans les
montagnes qui nous avoisinent, et qui sert à transporter le
blé, le foin, le bois, etc.
LUGER (SE), V. pron. Terme des enfants. Aller en luge,
aller sur un grand ferron. Dans le patois vaudois on dit :
Ludji uu iiuzi; et dans le dialecte du Jura, se lutchi signi-
lie : Glisser sur la glace.
t LUI LA. Ta crois que je lui la donne, cette belle paume:
je lui la prête. Dites : Je la lui donne, je la lui prête.
Prends ces dix sous, et tu lui les donneras. Dites : Tu LES
lui donneras.
LUIRE, V. n. Briller, éclairer. Les yeux des chats et ceux des
loups luisent dans la nuit. Expression méridionale, etc.
LUISET, s. m. Petite lucarne. On a dit anciennement : Hui-
set (diminutif de huis, porte); de là, l'huisel avec l'article,
et le luisel.
LUM— MAC 23
LUMIGNON, s. m. Sorte de petit lampion, sorte de veilleuse.
J'irai me coucher sitôt que vous aurez 'préparé le lumignon.
Expression connue dans le Berry et sans doute ailleurs. En
français, .< Lumignon » signifie : Bout de la mèche d'une
chandelle ou d'une bougie qui achève de brûler.
t LUMINON, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses
du mot « Lumignon, n Une boîte de luminons. Terme va-
laisan, savoisien, limousin, berrichon, etc.
LUNE, s. f. Lunaison, intervalle d'une lune à une autre. //
pleuvra toute celle lune. Faute générale dans le Midi.
LUNE, s f. Terme d'écolier. Lorsque deux palets ou deux
boules se trouvent à une égale distance du but, les joueurs
(lisent : C'est lune. [Glossaire de G.\UDY.]
LUPPE, s. f. Huppe, oiseau. Terme vaudois.
t LUQUERNE ou LUCAIME. s. f. Raccommoder la lu-
(juerne. Terme suisse-roman et lyonnais. En français : « Lu-
carne. » R. lucerna.
M
M.\CHE-MOLLE, s. f. Se dit d'une personne apathique, flas-
que, lâche au travail, et qui indique par ses allures cette
disposition. Ce terme, que nous regardons comme très-
expressif, est formé du verbe mâcher et de l'adverbe molle-
ment. On dit aussi quelquefois : Mdche-mou, en parlant
d'un homme.
M.ÀCHILLER, v. a. Mâchonner, mâcher avec difficulté ou
avec négligence. Mdchiller du papier. Terme français po-
pulaire.
.MÀCHILLON, s. m. Objet que l'on mâchille.
MÀCHILLIEBE, adj. Dent mdchillihe. Dites: « Mâchelière.»
2i MAC— MAI
MACHIN, s. m. MACHINE et MACHINANTE, s. f. Mots d'un
grand secours dans la conversation familière, et qui sup-
pléent à tous les noms quelconques d'objets ou de personnes
qui ne se présentent pas promptenient à la mémoire. Tends-
moi ce machin. Donne-moi cette machinante, jjour faire
un trou à la cloison. Français populaire.
MACHURE, s. m. Nous appelons taches de mâchure, les ta-
ches que l'on se fait autour des marmites. On les appelle
aussi mâchuron {du mâchuron). Terme connu chez nos
proches voisins. Le verbe «Màchurer, » v. a., est français.
MADOTE, s. f. Poire madote. Dites : Poire amadote : terme
formé par corruption du mot Damoudotou plutôt t?a?«e Ou-
det, « laquelle dame était du village de Demigni, entre
Beaune et Châlons, et eut la première de ces fruits en ce
pays-là. » [Voyez Lacombe, Dictionnaire du Vieux lan-
gage, t. I", p. 23.]
t MADOU, s. m. Amadou.
t MAGINER, V. a. Voyez ém.\giner.
MAGNIN, s. m. Drouineur, chaudronnier ambulant. Quand le
temps est très-sombre et le ciel très-chargé, nous disons
figurément et facétieuseraent : // va pleuvoir des magnins.
Magnin-esi un terme suisse, savoisien, franc-comtois et
vieux français. En Bourgogne on dit : Maignier; en Berry,
mignan; à Metz, wagni ; en Normandie, magnan. La pre-
mière édition du dictionnaire de l'Académie française [1694]
dit : Maignen. En vieux français, magnan signifie : « Chau-
dron. »
MAGNU ou MAGNU, s. m. Lourdaud, homme épais de corps
et d'esprit, butor. Un gros mâgnu. Voye% donc ce mâgnu
qui m'a brisé ce miroir.
MAIGRIR, v. a. La maladie t'a maigri. Les chagrins vous
ont beaucoup maigri. « Maigrir » est un verbe neutre. Il
faut dire : « Amaigrir. » La maladie t'a amaigri.
MAI— xMAI 25
MAIGROLET, ETTE, adj. Maigrelet. La femme est une
grosse pi Lande ; le mari est e'coitaira et maigrolet.
MAlGRULE, s. f. Fille ou femme très-maigre.
MAILLER, V. neutre. Se dit de la viande qui a été cuite trop
fraîche, et qui s'aplatit, s'étend, s'écrase sous la dent plutôt
que de se couper. Ce veau est d'une bonne qualité : c'est
dommage qu'il maille.
MAILLER, V. actif. Tordre, tortuer, fausser, froisser, mar-
teler. Mailler une clef. Mailler une branche de chêne pour
en faire une riouie (un lien). Tout en croyant plaisanter,
lia fini par inailler le bras de sa sœur. Terme franc-com-
tois. R. maliens. « Mailler » est français dans des accep-
tions différentes.
MAILLOT, s. m. Maillet, mailloche, gros marteau de bois. On
dit à Bordeaux : Mailloc.
MAIN, s. f. Nous disons figurément d'une personne ouverte
et loyale : Elle a le cœur sur la main. L'Académie dit :
« Elle a le cœur sur les lèvres. »
MAINS CHAUDES. Sorte de jeu. Jouer à mains chaudes.
On dit en France : Jouer à pied de bœuf.
MAINS NOIRES. Nous disons, sous forme d'encouragement,
à un ouvrier qui se rebute d'une occupation pénible : Les
mains noires font manger le pain blanc, c'est-à-dire : Le
ti'avail procure l'aisance.
t MAIRERIE, s. f. L'hôtel de la maircrie. Français popu-
laire et vieux français. On dit aujourd'hui : « Mairie. " Hô-
tel de la mairie.
MAIS, adv. Terme des campagnards. De nouveau, derechef,
encore une fois, en sus. Voyez cette coffe qui a mais sali sa
robe. Voilà beaucoup de niolles dans le Jura, il pleuvra
mais. Oh! la maladroite, la voilà msiis, par terre. Ton ou-
vrage est mal fait, Joson, il faudra mais le recommencer.
Ce sens n'est pas dans les dictionnaires.
26 MAL— MALA
MAL, adj. des 2 genres. Mauvais. Ce vin n'est pas mal. Ton
thème de prix n'est pas mal. En vieux français, mal était
adjectif. On disait, par exemple, maie femme, pour : Mé-
chante femme: maie bouche, pour : Mauvaise bouche; maie
mort, pour : Mort funeste; maie fortune, pour: Infortune;
et nous disons encore à Genève : Maie vie, pour : Mauvaise
vie. Le mot « Malheur » n'est autre chose que la réunion
des deux mots maie heure, mauvaise heure. En provençal,
mal an signifie : Mauvaise année.
MAL, s. m. Nous disons : Se faire mal, pour : Se blesser.
Elle s'était fait mal au doigt. Il s'est fait mal au pied.
Celte expression, fort connue en Suisse, en Savoie, en Pro-
vence et ailleurs, n'est pas mentionnée dans les diction-
naires.
MAL, s. m. Plaie, ulcère. L'enfant du pauvre Doguet est
plein de mal. Français populaire.
MALADIE, s. f. L'expression faire vne maladie, est si ré-
pandue, si claire et si commode, qu'elle mériterait presque
d'être française. Ce qu'il y a de certain, c'est que cette
phrase : «J'ai eu une maladie, » forme une cacophonie hor-
rible, dont l'oreille délicate du peuple ne s'accommodera ja-
mais. J.-J. Rousseau a dit: «Il est singulier que je n'ai
jamais fait de grandes maladies à la campagne. » [Confes-
sions, liv. VI.]
MALÂDIER, V. n. Être malade, languir, traîner. La pauvre
Alix ne veut pas maladier longtemps. T. des campagnards.
MALADISTE, adj. Enfant maladisle; jeune fille maladiste.
Dites : Maladif, maladive.
MALAGNOU ou MARAGNOU, s. m. Muscardin, petit mam-
mifère rongeur, du genre des loirs.
MALAISE, adj. Ne dites pas : Je me sens tout tnalaise; di-
tes : J'ai beaucoup de malaise, ou employez une expression
équivalente. Voyez .\ise.
MAL— MALE 27
MALAISÉE, s. f. Dans le langage le plus familier, faire dar.-
ser à quelqu'un la malaisée signifie : Lui administrer une
correction, le rosser, l'étriller.
t MALATRU, TRUE, substantif. Malotru, malotrue. Unvm-
lalru nous vint au rencontre et nous agonisa.
MALATRU, TRUE, adjectif. Se dit des choses et signifie :
Usé. délabré, en mauvais état. Des malatrus souliers; un
vialatru chapeau. Voyez, mon bon Monsieur, l'étal miséra-
ble où je suis; je n'ai que cette malatrue veste et ce crouye
pantalon. Dans le vieux français, malotru ou plutôt malos-
tru et malestruz, adjectifs, signitlaient : Chétif, misérable.
R. malè strucLus. Dans le langage français actuel, « Malo-
tru )' n'est pas adjectif.
MALCOMMODE, adj. Incommode, peu commode. Voiture
malcommode ; fauteuil malcommode.
MALCOMPLAISANT, ANTE, adj. et s. Peu complaisant, qui
manque de complaisance. Tu es une malcomplaisante ,
Fanny . — Malcomplaisante toi-même. Terme généralement
connu et usité, mais que nul dictionnaire n'a encore admis.
MALCONTENT, ENTE, adj. Mécontent. L'Académie dit que
le mot de malcontent a vieilli. Il est fort habituel chez nous.
MAL DU PAYS, s. m. Maladie du pays, nostalgie. Avoir le
mal du pays; succomber au mal du pays. Terme suisse-
roman et savoisien. C'est la traduction littérale du mot alle-
mand : Heimweh.
MALEMPARÉE, s. f. Mauvaise tournure d'un événement,
mauvaise tournure d'une affaire. Quand il a vu la malem-
parée, et que la querelle s'échauffait, il a prudemment levé
le pied. Terme vaudois, savoisien, etc.
MAL EN TRAIN, adj. Peu en train, mal disposé, détraqué,
sans courage au travail. Je me sentais tout mal en train.
Voyez ENTRAIN, s. m.
MALET, s. m. Convulsions nerveuses des enfants au maillot.
28 MAL— MAL
Le malet bleu; le malct blanc. Le rire du malet. Sirop
pour le malet. Terme suisse-roman et savoisien.
MALEVIE, s. f. Ce mot signifie littéralement : Mauvaise vie, et
se dit de certaines choses qui sont à la fois très-mauvaises et
excessives dans leur genre. Ainsi, un vacarme de malevie,
est : Un vacarme épouvantable. Une faim de malevie, est :
Une faim dévorante. On dit de même : Une colère de male-
vie, xin désordre de malevie, etc. On se sert aussi du mot de
malevie pour éviter celui de « diable. » Cet enfant a la ma-
levie pour faire tout ce qu'on lui défend. C'est bien la male-
vie si je ne viens pas à bout de ce travail. Faire ces tours
d'escamotage, ce n'est pas la malevie. Terme suisse-roman.
MALHONNÊTE, substantif des 2 genres. Impoli, indiscret.
Fous êtes un malhonnête, Monsieur: passez votre chemin.
Voyez ces deux malhonnêtes, qui ne daignent pas nous sa-
luer. « Malhonnête » n'est jamais substantif.
MALICE, s. f. Donner une malice, signifie, dans le langage
des campagnards : Donner un sort, jeter un sort, ensorceler.
Les paysans, non-seulement de notre canton, mais encore
de toute l'Europe, croient qu'on peut ensorceler eux, leur
bétail et leurs récoltes, au moyen de paroles, de drogues ou
de plantes, [p. g.]
MALIN, LIGNE, adj. Difficile, en parlant des choses. Grimper
au haut de cet arbre, voilà qui est malin I c'est-à-dire :
Voilà une belle prouesse !... Français populaire.
MALINE, adj. et s. f. Orthographe et prononciation vicieuses
du mot « Maligne. » La fièvre maline. Terme français po-
pulaire et vieux français. Nous disons de même : Consiner,
manifique, companie, cliner les yeux, etc.
MALLE, s. f. Nous disons trivialement d'un homme ivre : lia
sa malle.
MALMUR, URE, adj. Qui n'est pas assez mûr. Fruit malmûr.
Terme de la Suisse romane, etc.
MAL— MAN 29
MALOTTE, s f. Motte de terre. En Savoie, inaloUe se dit non-
seulement des mottes de terre, mais aussi des boules de neige
que font les enfants.
MANCHE, s. f. Nous disons proverbialement d'un homme
ferme, habile, résolu et qui sait ce qu'il se veut : // ne se
mouche pas de la manche. L'Académie dit : Il ne se mouche
pas SUR la manche.
MANCHE, s. m. Queue, (fig.) Nous disons figurément : Te-
nir le manche de la poêle, pour signifier : Conduire une af-
faire, en avoir la direction principale. Ce?st Monsieur tel qui
est le grand meneur ; c'est lui qui tient le manche de la
poêle. On dirait en français : C'est Monsieur tel qui tient l;i
queue de la poêle.
MANCHE DE VESTE, s. f. Avoir les jambes en manche de
veste, est une expression burlesque qui signifie : Avoir les
jambes torses et contrefaites ; être mal bâti ; « avoir les jam-
bes en faucille, " comme s'exprime le Dictionnaire du Bas
langage, t. 1", p. 378.
MANCHETTES, s. f. pi. Nous disons proverbialement d un
vêtement, d'un ajustement quelconque qui est trop beau
pour la personne qui en est parée : Cela lui va comme des
manchettes à un cochon .
MANDEMENT (LE). Habiter le Mandement. S'établir dans
le Mandement. Les principaux villages du Mandement
sont: Bourdigny, Peneij, Satigny, Dardagny et Russin.
■Voici l'origine de ce terme. Au commencement du seizième
siècle, l'évêque de Genève possédait à quelques lieues de sa
résidence trois petits territoires ou mandements, savoir ceux
de Thiez, de Jussy et de Peney, et chacun d'eux avait son
châtelain qui administrait au nom du prélat. Le mandement
de Thiez fut perdu après la Réformation. Ceux de Jussy et
de Peney sont restés à la république ; celui de Peney seul a
conservé le nom de mandement. Ainsi l'expression de man-
Ji. 4
30 MAN— MANI
dément signifie : District, juridiction, territoire confié par
l'évêque à l'administration d'un châtelain ou d'un bailli. Au-
cun dictionnaire usuel, ni même le Glossaire roman de Ro-
quefort, n'ont signalé cette signification, assez notable, du
mot mandement. Le district d'Aigle (canton de Vaud),
était anciennement divisé en quatre mandements. Dans le
latin du moyen âge, on disait : Mandamentum.
MANGEOIRE, s. f. Auget de cage, petit bocal oîi l'on place
lamangeaille d'un oiseau. « Mangeoire, » en français, ne se
dit que de l'auge où mangent les chevaux. En languedo-
cien, manjhadou a le sens de notre mot mangeoire.
MANGER, V. a. Nous disons proverbialement d'une personne
fort riche : Elle mange l'or à la cuiller. On dit en fran-
çais : « Elle remue l'argent à la pelle, »> expression moins
énergique peut-être que la nôtre.
MANGER, V. a. (fig.) Mordre, piquer, dévorer. Se dit de cer-
tains insectes qui s'attachent à la peau de l'homme et des
animaux. La pauvre enfant était mangée des puces. Ex-
pression méridionale, etc.
MANGER, V. a. (fig.) Employer, faire perdre. Je renoncerai
à cette excursion : elle me mangerait trop d'argent. La fête
d'Interlaken fut brillante; mais elle nous mangea environ
trois jours. Ce sens, un peu trivial, du verbe mander, n'est
pas dans les dictionnaires.
MANGER UN ORDRE. Oublier un ordre, oublier une com-
mission. Je lui avais prescrit de m'attendre au débarca-
dère, mais il a mangé l'ordre. Français populaire.
MANGER (SE), v. pron. Se ruiner en folles dépenses. C'est
un homme qui se mange, et auquel il ne restera bientôt
pas un écu.
MANGER (SE), v. réc. Se quereller. Les entendez-vous gui
se mangent F Ils ne se rencontrent jamais sans se manger.
MANI ANGE, s. f Maniement, administration, jouissance.
MAN— MANQ 31
Ne s'emploie guère que dans cette expression : Avoir en ma-
niance, c'est-à-dire: Manier, avoir le maniement de, admi-
nistrer. Du moment que ce jeune homme eut toute sa for-
tune en maniance, il se dérangea. Terme vieux français,
etc.
MANICLE, s. f. Gabegie, manigance, mystère, manœuvre se-
crète et artificieuse. Etre dans la manicle, veut dire : Etre
dans le secret, être initié à l'intrigue. On dit dans le même
sens : Connaître la manicle, savoir la manicle.
MANIÈRE (DE). Ne dites pas : De manilre à ce que, dites :
« De manière que, » ou : « De sorte que. » De manière à
ce que est un barbarisme qui a passé insensiblement du lan-
gage populaire dans le style des romanciers et des feuilleto-
nistes, et qui est aujourd'hui installé et achalandé. Dire que
M. Bescherelle, si indulgent pour les néologismas, con-
damne absolument cette expression traînarde, c est en
faire, il me semble, une suffisante critique.
t MANIFIQUE, adj. Orthographe et prononciation vicieuses
du mot a Magnifique, »> dont l'articulation ^n est mouillée.
On nous servit ^ine fricassée manifque. Cette faute, qui se
l'ait en Lorraine et sans doute ailleurs, est une tradition du
vieux français.
MANILLE, s. f. [Il mouillés.) Anse. La manille d'un pot.
La manille lui est demeurée à la main. Terme suisse-ro-
man, savoisien, languedocien et vieux français. En Dau-
phiné on dit: Maneille; à Lyon, manillon; en provençal,
maneyo ; en rouchi, manique. R. manus.
MANNE, s. f. Drogue purgative. On doit prononcer 7nâne.
t MANQUABLEMENT, adv. Immanquablement.
MANQUE À TOUCHE, s. m. (fig.) Manque à toucher, man-
que de tact, gaucherie. Faire un manque à touche. Son
manque à touche le mit dans vn embarras cruel. Au sens
propre, les dictionnaires disent : « Un manque de touche, »
32 MAN— MAR
ou : « Un manque à toucher; » mais l'expression manque
à touche n'est jamais française.
MANQUEfi, V. n. Ils ont manqué être pris. Il a manqué
tomber; elle a manqué s'estropier. Un cheval a manqué
l'écraser. Tous les dictionnaires et la majorité des grammai-
riens veulent qu'on ajoute la préposition de, et qu'on dise:
il a manqué de tomber. Elle a manqué de s'estropier.
MANQUER (SE). Manquer, se tromper, faillir. Notre jeune
écolier s'est manqué deux fois en récitant sa leçon. Suivez
ce chemin, mes amis, vous ne pouvez pas vous manquer.
Terme suisse-roman, savoisien et méridional.
MANQUER (SE). Manquer, être de moins. Quand le com-
missionnaire fut parti, et que je voulus reconnaître la
somme, il s'y manquait dix francs.
MANTEAU, s. m. Le manteau d'un chat, le manteau d'un
cheval, le manteau d'un chien. On dit en français : « La
robe. »
MANTILLAGE, s. m. Linge de table, assortiment de linge de
table. Un beau mantillage ; un mantillage usé. En vieux
français, mantil ou mantiz ont le même sens. Dans le canton
de Vaud, en Savoie et à Besançon, manti signifie : « Nappe.»
En latin, mantile veut dire : Essuie-mains, serviette.
MÂPELU, s. m. Malotru, bélître. Ce terme, qui nous vient
du patois, signifie : « Mal pelé. » En vieux français, pelu
ou pellu veut dire : Rempli de poils, sale, malpropre.
MÂPIS ou MÀPI, s. m. Bille, gobille, chique, petite boule
de grès ou de marbre dont s'amusent les jeunes enfants.
Jouer aux mâpis. Le jeu des mâpis. A Genève, ceux qui
veulent mieux parler disent : Marbron.
MAPU, s. m. Butor, lourdaud, malotru.
MARAGNOU, s. m. Muscardin. Voyez malagnou.
MARAIN, s. m. Gravois, plâtras. Un tombereau de marain.
Terme lyonnais, etc.
MAR— MARI 33
MARATAGE, s. m. Brocantage, troc.
MARATER, v. a. Brocanter, troquer, échanger. En proven-
çal, barata a le même sens. En vieux français, barater
signitle : Tromper, frauder.
MARATEUR, MARATEUSE, s. Brocanteur, brocanteuse.
MARBRON, s. m. Bille, gobille, mâpis. Jouer aux mar-
brons. Le jeu des marbrons.
MARC DE CAFÉ, MARC DE RAISIN, s. m. Le c final du
mot marc ne se prononce pas, et la syllabe ar est très-brève.
MARCHANDEUR, MARCHANDEUSE, s. Celui ou celle qui
dispute sur le prix d'une marchandise. Il est ires-riche, et
pourtant tris-grand marchandeur.
MARCHER, V. a. Quand une Genevoise dit à quelqu'un :
Vous me marchez, ou : Vous me marchez dessus, cela si-
gnifie : "Vous marchez sur ma robe. L'expression: Vous me
marchez, est un peu étrange, mais elle n'est pas particulière
à notre ville. [Voyez les Glossaires méridionaux.]
MARCORET, s. m. Mercuriale, plante. Dans le canton de
Vaud on dit : Mercoret.
MARGALLE, s. f. Sorte de petite cerise noire.
MARGOT, s. f. Femme ou fille inepte, sotte, stupide. S'em-
ploie quelquefois adjectivement. Voire Marianne est plus
margot que je ne sais quoi. En français, « Une margot »
signifie : 1° Une bavarde; 2" Une éhontée.
MARGOTTE, s. f. Marcotte. Une margotte d'œillet: planter
des marcottes. Français populaire.
MARCOTTER, v. a. Marcotter.
MARGUERITES, s. f. pi. (fig.) Cheveux gi'isonnants.
MARIAGE, s. m. Au mariage et à la mort, le diable fait
son effort. Proverbe genevois qui signifie qu'à chaque ma-
riage et à chaque mort les caquets et les médisances vont
grand train.
MARIAUDER ou MARIAUTER, v. a Ne s'emploie guère
34 MAR-MART
que dans cette phrase : Mariauder un enfant, c'est-à-dire :
Le manier, le porter sans précaution, le faire sauter brus-
quement. Ne lui donnez pas celte petite fille à mariauder.
MARIER, V. a. Se marier avec, épouser. Sais tu que Jacques,
le célibataire, va marier la fille à Truchet ? Français po-
pulaire.
MARMANGER (SE), v. réc. Se quereller vivement, s'entre-
manger. iVos deux voisines sont toujours à se marman-
ger. Terme peu noble, mais énergique.
MARMOTTEUR, MARMOTTEUSE, s. Celui ou celle qui a
l'habitude de marmotter, de répliquer, de se plaindre sans
raison. Tu es une marmolteuse, Jenny, et je te punirai.
MARMOTTINE, s. f. Terme de modiste. Marmotte, sorte de
mouchoir qui enveloppe la tête.
MARMOUNER, v. n. Marmonner, marmotter, marronner.
MAROQUIi\, s. m. (tig.) £"71 vouloir au maroquin, signifie :
Ambitionner, convoiter les hautes places de la République.
Expression figurée qui se prend d'ordinaire en mauvaise
part.
MARQUAINE ou MARQUÉE, s. f. Craie rouge ou blanche.
MARTEAU, s. m. Dent mâchelière, grosse dent. Souffrir
d'un marteau; se faire tirer un marteau. Terme popu-
laire, fort usité dans la Suisse française, en Savoie, à Lyon
et en Franche-Comté, mais qui n'a été recueilli jusqu'à pré-
sent par aucun dictionnaire français.
MARTEAU, s. m. Capron, grosse fraise ronde que l'on cul-
tive dans nos jardins, [p. g.]
MARTÉRISER, v. a. Martyriser. Elle se martérise pour ga-
gner quelques pauvres sons. A Neuchâtel on dit : Marlu-
riser.
MARTINATIER, s. m. Propriétaire ou directeur d'un mar-
tinet, c'est-à-dire, d'une usine.
MARTLN VIT, s. m. Sorte de jeu qu'on appelle en France:
MAR— MAT 35
!( Petit bonhomme vit encore. » Martin vit. — Vit-il tou-
jours ? — Toujours il vit.
MARTIROLET ou MARTIROLAT, s. m. Maitelet, martinet
de murailles, espèce d'hirondelle.
MARTYRE, s. m. (fig.) Nous disons, en retranchant l'ar-
ticle : Souffrir martyre. Son bavardage incessant nous fai-
sait souffrir martyre. Les dictionnaires disent : « Souffrir
LE martyre. »
MAS, s. m. Ce que nous appelons Mas de maisons s'appelle
en français : « lie. » Et quand nous disons: Trente poses
de vigne en «7i seul mas, les Français disent : « en
un même clos. » Dans le vieux français, mas signifiait :
Territoire appartenant à un même seigneur.
MÀSILLES, s. f. pi. Voyez m.\zilles.
MAT (Prononcez matt), MATTE, adj. Se dit surtout du linge et
signifie : « Qui a quelque humidité, qui est un peu mouillé. »
Des serviettes mattes. Les draps restent mats, lorsque,
après la lessive, ils n'ont pas été' suffisamment exposés au
soleil. Nous le disons aussi de la peau. La transpiration
commence, et la peau devient un peu matte. En français,
jnat, adjectif, n'a aucun de ces deux sens. Dans le pays
d'Enhaut (canton de Vaud), matzo signifie : « Humide. »
MATAFAN, s. m. Lourdaud, bélître. Matafan que tu es,
feras- ta une fois en ta vie quelque chose de bien!* Voyez
M.^TE-FAIM.
MATAGASSE, s. f. Pie-grièche, et au figuré : Femme dont
l'humeur est aigre et querelleuse. Dans le canton de Vaud
on dit : Matagasse et montagasse ; en Languedoc, amar-
gasse; en Provence, darnagasse. R. agasse (pie).
MATE ou MATTE, s. f. Terme des campagnards. Tas, mon-
ceau. Une matte de foin. Voyez m.\tolle. En Languedoc,
mate signifie : Une touffe, une fane.
MATE-FAIM, s, m. Terme culinaire. Sorte de crêpe fort
36 MAT— MATR
nourrissante, et qui, par conséquent, mate la faim. Mate-
faim aux pommes. Terme suisse-roman, savoisien et fran-
çais populaire. En patois on dit : Matafan.
MATERAT, s. m. Bécassine sourde. Quelques-uns écrivent
matras.
MATIN, s. m. C'est parler mal que de dire : J'irai grand
matin; on se lèvera bon matin. 11 faut dire : «J'irai DE
grand matin ; on se lèvera de bon matin. « C'est parler mal
aussi que de dire : Venez du matin ; on partira du matin.
[Voyez t. \»; p. 159.]
MATINIER, 1ÈRE, adj. Matinal. Tu es bien matimer, Victor.
« Matinier » est français, mais dans une acception un peu
différente.
MATOLLE, s. f. Masse de beurre ordinairement ronde. Une
grosse matolle; une petite matolle. Le beurre destiné à
être fondu se vend en matolles. Terme connu aussi dans la
Suisse romane, en Chablais et dans le Faucigny. A Aigle
(canton de Vaud), à Chambéry, et ailleurs sans doute, on
dit : Malotte. Or, ce mot de malotte est notre mot de ma-
tolle, dont les lettres sont transposées. Dans le Jura, matolle
signifie: Boule de neige façonnée entre les mains. R. malle,
terme patois, qui veut dire : Tas, monceau.
MATOQUE, s. f. et adj. Nigaude, sotte, bécasse. Tu es bien
matoqne, ma pauvre Thérèse, de croire tous les contes que
ce jeune homme vient te faire. Oh! la matoqne de fille,
qui ne sait pas distinguer un lapin d'un lièvre ! Terme
connu en Suisse et en Savoie. Quelquefois matoqne se dit
en parlant des choses. Foyer celle matoque de cafetière,
qui met une heure de temps à cuire! A Reims, mastoque
signifie : Lourdaud, grossier.
MATRAS, s. m. Engrais, fumier, [p g.] Terme usité aussi
dans le Jura. [Voyez Monnier, Vocabulaire de la langue
rustique du Jura.]
I
MAT- MED 37
MATRASSER, v a. Fumer un terrain, y é|iandre de l'engrais
ou du fumier, [p. G.]
MAUVAIS, MAUVAISE, adj. Cet adjectif, pris dans le sens
de « méchant, » se dit quelquefois des animaux, et surtout
des bêtes à cornes. Prene:^ garde, Messieurs : cette vache
est mauvaise, elle donne.
MAUVAISES RAISONS. Paroles offensantes, propos inju-
rieux. Dire des mauvaises raisons. Je lui parlais avec
douceur et sans me fâcher; mais lui, il s'est monté, et a
fini par me dire un tas de mauvaises raisons. Expression
dauphinoise, etc.
MAYOLE, s. f. (Prononcez maïôle.) Exclamation ironique,
terme de moquerie, usité surtout parmi les enfants. Oh! la
mayôle, qui s'est laissé battre par une petite fille! Faites-
lui tous mayôle! Ce mot vient par corruption de mariole,
qui, dans plusieurs dialectes de France, signifie : Un homme
dont on ne fait point de cas, un homme de rien, un témoin
peu digne de foi. En vieux français, mariolet voulait dire :
Enfant inepte, jeune homme inconséquent. [Voyez le Dic-
tionnaire roman-uallon de DoN François, et le Diction-
naire français-latin de Robert E&tie:<^e, I6O0, in-4°.]
MAZILLES ou MAZILS, s. f. pi. L'argent que possède une
personne. Avoir des mazilles. Compter ses mazilles. Le
peuple parisien dit : Avoir de la mazille. Dans le Berry et
en Picardie, mazille signifie : Mauvaise monnaie de cuivre.
-MÉCANIQUE (UN). Le mécanique de l'horloge s'est dérangé.
« Le mécanique est palpable, « [Ch. Bonnet, Contempla-
tion de la nature, X^ partie, ch. 27.] Ce mot est féminin.
MÉCREDI. s. m. Écrivez et prononcez « Mercredi. »
t MEDAILLE, s. f. Regarde, papa, j'ai la médaille. Écrivez
et pi'ononcez « MÉdaille. »
MÉDECINAL, ALE, adj. Écrivez « Médicinal. >■> Herbe médi-
cinale, potion médicinale. [Acad.]
38 MED— M EN
MEDILLON, s. m. Sorte de rigole pavée. L'eau séjournait
dans le médillon.
MEICLE, S. m. (Prononcez me»/-c//e, /^nouilles.) Terme ru-
ral qui signifie : Mélange, et plus particulièrement : 1" Un
mélange de seigle et de blé, soit Méteil. Pain de meicle;
farine de meicle; semer du meicle. 2° Un mélange de paille
et de foin, que les campagnards font manger en hiver à leurs
vaches et à leurs chevaux. En I.anguedoc on dit : Mescle.
Le verbe provençal mescla signifie : Mêler, mélanger. «
MELEZE (LA). La mélèze dure bien plus que le sapin. Ce
mot est masculin. Le genre féminin appartient au vieux fran-
çais, et s'est conservé en Savoie et sans doute ailleurs. Nos
campagnards prononcent ?«e/èse.
MELIZE, s. f. Plante médicinale. Une infusion de melize.
Terme savoisien et lyonnais. Écrivez et prononcez « Mé-
lisse. »
MÈLON-MÈLETTE, adv. Pêle-mêle. En Picardie on dit :
Melon-melette : dans le patois bourguignon et en Franche-
Comté, maulin-maulo ; en Normandie, mêli-mêlo.
MEMBRE, EE, adj. Un homme vigoureux et bien membre.
Terme français populaire. Dites : Membru, c'est-à-dire :
Qui a les membres gros et puissants.
MEMORISATION, s. f. Voyez mémoriser.
MÉMORISER, v. n. Apprendre par cœur et retenir ce qu'on
a appris. Les orateurs ont souvent une peine extrême à
mémoriser. Le travail de la mémorisation est pour beau-
coup de prédicateurs un travail ingrat et difficile. Termes
excellents.
MÉNAGE, s. m. Nous disons : Se mettre à son ménage. Nous
disons également : Se mettre dans son ménage. Aussitôt
mariés, les futurs époux se mettront dans leur ménage;
se 7nettront à leur ménage. Le dictionnaire de l'Académie
dit : « Se mettre en ménage. »
MEN— MEP 39
MÉNAGÈRE, s. f. Petit tablier de femme.
MENÉ, NÉE, adj. Se dit des choses, et signifie: «Usé. »
Un habit mené; des serviettes menées.
MENER, V. a. (fig.) Dans le langage des campagnards: Un
tel mène sa soixantième année, signifie : Un tel est dans
sa soixantième année ; il court sa soixantième année.
MENER SA LANGUE. Jaser, bavarder, médire.
MENER UNE CONDUITE. Ce jeune homme ne mène pas une
conduite qui lui fasse honneur. On dit en français : Tenir
une conduite. Mais il est correct de dire • Mener une vie.
Ce jeune homme mène une vie dissipée.
MENIÈRES, s. f. pi. Lisières, bandes d'étofTe ou cordons atta-
chés aux robes des petits enfants pour les soutenir quand
ils s'essaient à marcher. Votre petit John marche-t-il? —
Vous m' excuser e:^. Monsieur : il va encore avec les me-
nières.
MENILLE, s. f. Jeu de cartes, espèce de brelan. Au sens fi-
guré nous disons de quelqu'un qui est dupe dans une af-
faire : // est menille.
MENTEUR, s. m. Le proverbe suivant : On attrape plus vite
un menteur qu'un voleur, signitie : Que les mensonges se
découvrent facilement. Ce dicton, très-répandu à Genève et
chez nos voisins, ne se trouve dans aucun des dictionnaires
que j'ai consultés.
MENTON À TAPETTE, s. m. Menton pointu et recourbé,
menton de galloche, et non pas menton à galloche, comme
nous le disons ordinairement.
MENUSAILLE, s. f. Menuaille, petite monnaie. // ne m'a
payéquenmenusaille. Dans la Franche-Comté on dit: Me-
nui saille.
MENUSERIE, s. f. Menuiserie. MENUSIER, s. m. Menuisier,
t MÉNUTIE, s. f. Minutie. MÉNUTIEUX. Minutieux.
MÉPHIBOSET, s. m. Petit homme mal bâti. « La chambre
40 MEP— MER
de Milice pourra dispenser du service les malades et lesme-
philjosets. » [Troisièine Visite de V aristocrate; brochure
genevoise anonyme, année 179L] On dit quelquefois au fé-
minin : Me'phibosetlc. Une petite me'phibosette.
MÉPRISER (SE), V. pron. Mépriser, dédaigner; se refuser
par fierté à faire une chose. Oui, Monsieur le pasteur, je
dois t'ows le dire : Ma fille se méprise de porter Veau ; elle
se méprise même d'aller promener avec nous. Ton père est
cordonnier, et tu te méprises de prendre cette profession !*
MERANDE ou MERENDE, s. f. Terme des campagnards. Pe-
tit repas qui se fait à quatre heures de l'après-midi ; goûter.
Dans plusieurs de nos villages, ce repas s'appelle goûlairon.
Le repas de onze heures ou midi s'appelle goûta ; le repas
du matin, din-na ou déna ; le repas du soir, s'pa ou ch'pa.
Le mot merande, connu dans toute la Suisse romane, en
Chablais, en Faucigny et dans les trois quarts de la France,
appartient au vieux français. R. lat. merenda.
MERCI DE. Merci de la peine; merci du compliment; merci
de votre bon souvenir. Cette expression familière, très-usi-
tée chez nous et probablement dans tous les pays où l'on
parle français, n'est consignée nulle part. Les dictionnaires
disent : « Merci, >' sans ajouter de régime.
MERDAILLON, s. m. Terme injurieux, dont on qualifie
quelquefois un bambin ridicule, un blanc-bec, un petit
bonhomme qui veut se donner de grands airs. Terme fran-
çais populaire.
MÈRE, s. f. Nous disons proverbialement : C'est tout ma
mire m'a fait, pour signifier : C'est tout un ; il n'y a au-
cune différence entre ces choses; c'est blanc bonnet, bonnet
blanc. Prenez l'oncle, prene:: le neveu : c'est tout ma mère
m'a fait; c'est-à-dire : Ils ne valent pas mieux l'un que
l'autre.
MÉRÉDI, s. m. Raifort sauvage. Ce terme, connu dans le
MEK— MES 41
i;aiilon tic \'aud, vient de l'allciiiaiid jMeerrcUiy, qui a le
même sens que mérédi.
MERIDIEN (LE). Régler une pendule au méridien, 'ferme
dauphinois et provençal. Dites : A la méridienne.
MERINGUÉ, EE, adj. Terme de pâtissier, Tàfet meringue;
insciiit meringué; bâton meringué. «Meringue» est fran-
çais.
MERISE, s, i. Ce que nous appelons à Genève merise, s'ap-
pelle en français : « Griotte, » La merise est une cerise
sauvage. La merise douce est une « Guigne. «
MERISIER, s. m. Griottier, guignier.
MERVEILLES, s. f. pi. Rubans de pâte cuits dans le beurre..
Un plat de merveilles. On notis servit à ganter des croûtes
dorées et des merveilles.
MESAILLE, s. f Terme des collégiens. Argent. Voyez me-
SUAILLE.
MÉSENTENDU, s. m. Malentendu, cest-à-dire : Paroles
ou actions prises dans un autre sens que celui où elles ont
été dites ou faites. Ecldircir un mésentendn. « Par un
mésentendu survenu dans ce voyage, le prince royal eut le
malheur de tomber dans la disgrâce du roi son père. [Sei-
GNEUX DE CoRREVON , Mémoires sxir Frédéric le Grand,
t. 1", p. 12.] Terme universellement connu et usité en
Suisse, en Savoie et en France, mais non admis jusqu'à pré-
sent dans les dictionnaires.
.MESENTENTE, s. f. M^\(ii\io.'C\A.\y . Arrangeons-nous de ma-
nière qu'il n'y ait point de mésentente. On lit dans le .Jour-
nal de Genève de 1848, n'^ 84 : « La proposition de M' V**
est adoptée. (Discussions, bruit, mouvements et mésentente
prolongée.) ^ Je pense qu'ici mésentente signifie : Le fait
de ne pas entendre.
MESONS, s. m. pi. Voyez mezons.
MESSELIER ou MESSALIER, s. m, Messicr, garde cham-
n. 5
4-2 MET— MET!
pèti'e temporaire. Terme vaudois et iyomiais On disait en
vieux l'rançais : Memlier et messeîlUer.
MÉTAN ou plutôt MEYTAN, s. m. En patois ce mot sigm-
fie : Milieu, Terme franc-comtois. Dans le patois boiirgui-
gnon, dans le patois du Berry, à Reims, en Normandie et
en vieux français on dit : Mitan. Dans le patois de l'évêché
de Bàle on dit : Muaii et moïtan. Le dictionnaire de Mt)NET
[1636] donne comme synonymes les trois mots: Meilieu,
milieu et mitan. En allemand, Mitte.
MÉTEGUETTE (A LA). Locution adverbiale qui signifie:
Chichement. Tu m'en donnes à la méteguelle. Ta me sers
à la méteguelte ; c'est-à-dire : Tu me regrettes ce que
tu me sers. Dans le canton de Vaud, meteguet se dit d'un
homme minutieux, lambin, doucereux. Dans les Alpes le
verbe meiegà signifie • Assigner,, dans une famille, à cha-
cun sa portion du bien commun. R. mitigare ?
MÉTIAFOU ou MATL\FOU, s. m. Demi-fou, cerveau tim-
bré, original. En patois, mali-à ou meytî-à signihent ;
' Moitié. »
METTRE A COIN, v. a. Serrer, mettre de côté, tenir en
réserve. Son mari lui a prts et a fioulé les quatorze écus
q%ielle avait mis à coin.
METTRE DES DENTS. Nous disons d'un petit enfant : Il
met ses dents. On dit en français : Les dents lui percent,
ou : Les dents lui viennent, ou : Il fait ses dents. De ces
trois expressions, les deux premières sont les plus correctes.
METTRE SUR QUELQU'UN. Terme d'encan. Enchérir. //
a mis trois francs sur moi, et je n'ai pas eu celle belle
commode. Faisons un accord : je ne mettrai pas sur vous,
ni vous sur moi. Expression neuchateloise. [Voyez Guil-
LEBEUT, Vocabulaire du dialecte neuchâtelois, 'i" édition,
p. 295.]
METTRE (SE), v, pion. Se mellre d'une société; se mettre
MET— MIE 43
d'une confrérie. Il s'est mis du coinplol. Dites : Entrer
dans une société ; entrer dans une confrérie; entrer dans
un complot.
METTRE (SE), v. pron. Se mettre dans les dettes. S'endet-
ter, Expression très-adoptable et vraisemblablement très-
répandue.
t MEUU, MEURE, adj. Mûr, mûre. Un frtiit mal meur.
Meur appartient au vieux français, et se dit encore vulgai-
rement dans tout le nord de la France, en Savoie et dans
la Suisse romane.
MEURAISON, s. f. Terme des campagnards. Maturité.
MEURE, s. f. Mûre, sorte de fruit. Une seille de meures.
Cueillir des meures. Aux meures! Aux belles meures!
est le cri de nos revendeuses à la fin du mois de juillet.
Terme français populaire et vieux français.
MEURIER, s. m. Mûrier.
MEURON, s. m. Mûre sauvage, baie de ronce. Piquer des
meurons. Terme vaudois, bressan et vieux français. A Ru-
milly (Savoie) on dit : Mûron; en Franche-Comté, ma-
vuron.
MEZONS, s. m. pi. Espèces sonnantes, argent. // est riche,
celui-là; il a des mezons. Dans le langage des collégiens,
mezon signifie : Petit morceau de cuivre.
t MIALER, V. n. Miauler. Le minon enfermé mialait. Terme
parisien populaire, etc.
MIDI, suivi du pluriel. Midi ont sonné. Nous dînons à midi
précises. Je vous attends vers les midi. Toutes ces phrases
sont vicieuses, et il faut dire : Midi est sonné; nous dînons
à midi précis; je vous attends vers midi.
MIE, s. f. Terme rural. Meule ou pile de foin ou de paille,
de forme conique, qu'on fait en plein air dans le voisinage
des maisons qui ne sont pas assez grandes pour contenir
loul(> la récolte, [p. g.] En Franche-Comté, en Bourgogne
44 MIE— MIL
et (bus le iiuril de la France on dit : Muie. Chez nos cam-
pagnards, moue signifie : «Monceau. »
t MIENNE (LE). Le mien. Heiuls-vioi ce mâpis, c'est le
mienne. — Le tienne' tu es-l-un menteur. Notre pronon-
ciation, dans ces mots mienne et tienne, est très-nasale, s'e'-
loignant ainsi de la prononciation française et s'approchanl
beaucoup de la prononciation patoise [mein-nà) .
MIES, s. f. pi. Mies de pain, miettes de pain.
MIEUX, adv. Plutôt. Finiras-tu de nous ennuyer, Jacol ?
— C'est bien mieux toi qui no^is bassines.
MIEUX DE. Plus de. // a hérité inieux de cent louis. La
Josette a mieux de trente ans. Locution savoisienne, lyon-
naise et méridionale.
MIEUX (LA). Le mieux. Au dernier bal, c'était notre Clé-
mentine qui était la mieux, c'est-à dire : Qui était la plus
jolie, qui était le mieux.
MIEUX VALUE, s. f. Il nous fallut encore payer cent
francs pour la mieux value. Dites : La plus value. Terme
neuclîâtelois, savoisicn, franc comtois, lorrain, etc. Value,
en vieux français, signifie ; « Valeur. »
MIFFE, s. f. Terme de boucherie. Rate. Je te prie, Isabeau.
de ne plus te laisser donner de la miffepour garneçon.
Nos campagnards, et ceux dn canton de Vaud, disent : La
mefâ, d'où ils ont formé le verbe em'fà, essouffler.
MIGNON, adj. Aller de son pied mignon, signifie chez nous :
Aller à pied, voyager lestement et sans frais, L'Académie
dit : « Aller de son pied gaillard. >'
MI-LAINE, adj. liobc mi-laine, robe qui est moitié laine et
moitié coton.
MILLE-PIEDS, s. in. Scolopendre, insecte.
MILLION, s. m. Terme de maçon. Brisures, éclats de cail-
loux.
MILLIONNER, va. Émier, émielter. S'emploie le plus sou-
MIM-MIÛ A'6
vcnl avec le pronom personnel, el signitic : S'éiriier, s'é-
rnietlcr, se briser, se séparer en itelils morceaux comme le
fromage persillé, ou comme certaines sucreries cl |)àtisse-
ries. [p. G.]
t MIMERO, s. m. Numéro. En Picardie ont dit : Limero.
MIMEUOTER, v. a. Numéroter.
MINAGE, s. m. Délbnceraent. Le minacje d'une vigne. Faire
un minage. Terme savoisien.
MINÇOLET, ETTE, adj. el s. Se dit des personnes et des
choses, et signifie : Maigre, petit, chétif, mince. Une jeune
fille minçolclie. Tu me coupes là un morceau de pain qui
est bien minçolet. Terme savoisien.
MINE, s. f. Visage. Se laver la mine. Regarde-toi au mi-
roir . tu as la mine bien sale.
MINEU UN TERRAIN. Terme d'agriculture. Défoncer un
terrain, le fouiller à deux ou trois pieds de profondeur, en
ôter les pierres, y mettre du fumier ou de la terre nouvelle.
MINON, s. m. Sorte de palatine, fourrure que les dames por-
tent sur le cou en hiver. Français populaire.
MINON, s. m. Terme des campagnards. Chaton, fleur pen-
dante et en forme de chenille, que portent certains arbres,
comme le coudrier, le noyer, le chêne et le saule, [f. g.]
A Genève nous appelons minons (s. m. pi.), cette poussière
qui s'agglomère sous les lits, sous les armoires, sous les
commodes, et qui y revêt la forme de chatons. Balayer les
minons; enlever les minons; pannosser les minons.
MINUIT, suivi du pluriel. Sur les minuits. L'orage com-
mença contre les minuits. Ce pluriel, quoique d'un fréquent
usage, n'est pas correct. On doit dire : Sur le minuit. On
peut dire aussi : « L'orage commença vers minuit. »
MINUIT (LA). C'est ainsi qu'on parlait anciennement. Ce mol
est aujourd'hui masculin; on dit: Le minuit et le midi.
MIOTISE, s. f. Thym, plante aromatique.
40 M1R~M0G
MlREIi, V. a. ilig.) Viser, avoir en vue certaine iin, // mire
une riche et belle veuve. Je crois que lu mires la cousine.
Dans la comédie de Fanclton la Vielleuse, on lit celle
|)hras:-e : « 11 vise la jeune personne. » [Âute 1"', scène 9.]
MIROLON ou MEROLON, s. m. Pinson des Ardennes, pinson
de montagne.
I\1ISE, s. f. Dans le langage des écoliers, Faire mise ou faire
mise ensemble, signilienl : Mettre en commun les enjeux,
s'associer. N'est-ce pas, haac, on est ami, et on fera tou-
jours mise ensemble P
MISER, V. a. Enchérir, mettre une enchère. Si lu vwns de-
main à l'encan, lu auras soin de ne pas miser sur moi.
Qu' as-tu misé au dernier encan? J'ai misé un placard,
six tablais et deux escabelles. Terme suisse-roman el sa-
voisien.
MISSER-JEAN, s. m. Poire de misser-Jean. On dit en fran-
çais : Poire de messire-Jean.
MITE, s. f. Mitaine, miton long. Tncoler des mites. Terme
suisse, savoisien, lyonnais, limousin, etc.
MITENANDRE, s. f. Cortège, suite, séquelle. Le mari, la
femme, le beau-frcre, et toute la milenandre. Terme vau-
dois, formé des mois allemands mil einander, qui signi-
lienl : Ensemble, de compagnie.
M00.\, v. n. Terme patois fort connu. S'en aller, quitter
l'endroit où l'on est. No-z alin modà (nous allons partir.)
Dans le Berry, Moder est verbe actif, et signifie : Lâcher les
bestiaux, les mener paître; en languedocien mudà veut dire :
Déménager, déloger.
MOGEON, s. m. Veau, veau d'un an. Terme suisse-roman et
'savoisien. Au tiguré, mogcon se dit d'une fille ou d'une
femme épaisse de corps et d'esprit. Votre Albertine est un
peu mogeon, elle a l'air mogeov.
MOGIJON, s. m. Voyez molio.n.
MOG-MOL -i7
MOGNOiX, s. m. Muignoii.
MOINDRE, aclj. Malingre, faible, iiidisposc. La jeune Caro-
line est toute moindre aiijoxLrd'hiù : elle garde la chambre.
MOINDKOLET, ETTE, adj. Diniiiiulif de moindre. Se dit
surtout des personnes et signifie : l'élit , maigre, chéfif.
L'enfant a une excellente nourrice, et pourtant il reste
(lien momdrolet.
MOINEAU, s. m. (lig.) Homme dont m lait peu de cas Quel
sol moineau que votre M^ Dubreuil !
MOINEAU SOLITAIRE, s. m. Merle de rocher.
MOINS, adv. Voyez dl' moins, t. I'"', [.. 159.
MOIRE, s. f. Voyez mouare.
MOIS D'AVRIL, s. m. Poisson d'avril. Donner un mois d'a-
vril. Terme suisse-roman et savoisien.
MOIS DE MAI, s. m. Aubépine. A Bordeaux, dans le Berry
et ailleurs, on dit : Du mai [du mai en fleurs).
MOISIR, V. n. (fig.) Faire trop lentement une chose, lambi-
ner dans un message. Va-t'en faire cette commission, et
tâche surtout de n'y pas moisir. Expression triviale.
MOLAN, s. m., ou MÔLAN-NE, s. f. Vent d'est. Voyez vent.
MOLETTE, s. f. Pierre à aiguiser des faucheurs. Terme
suisse-roman et savoisien. R. mola.
MOLIÈRE, s. m. Terme des campagnards. Éraouleur, ré-
mouleur, gagne-petit, aiguiseur. Le terme patois est:
Molaire ou molidrc, dont molière est une corruption, ou
plutôt un raffmement. Dans le canton de Vaud on dit : Mo-
lâre, et à Chambéry, molaire. Dans notre patois le verbe
molà signilie : Aiguiser.
MOLION, s. m. Salamandre, reptile amphibie.
MOLLACllE, subst. et adj. féminin. Personne flasque, molle,
lAche au travail, dénuée de toute énergie. On dit en fran-
çais, dans un sens analogue : Mollasse. « Un individu lourd
et mollasse.» [Voyez BesciikrellF';, Dict. National.]
48 MOL— MON
MOLLASSE, s. f. Sorte (h grès Icridre. Lu parpaing (le
mollasse; un escalier de mollasse. Tw'inc suisse-roinan,
savoisieii cl dauphinois.
MOLLE, s. f. Avoir la molle, signilio : N'avoir [ins le cœur
au travail, cire plus disposé à flâner qu'à s'occuper. J'ai
la molle ; la molle me gagne; la molle me tient.
MOMASSE, s. f. et adj. Augmentatii' de mome,
M()ME, s. f. et adj. Fille ou femme ine[ile, sotte, stupide.
Je ne sais pas ce (/ue j'ai; mais je suis toute môme au-
jourd'hui. Dans le patois vaudois on dit : Mouma.
MOMICHON, s. m. Nigaud. Mômichon que lu es! Avoir
peur d'une levrette, d'une petite levrette.
MOMIER, MOMIEUE, subst. Dénomination inconvenante par
laquelle on désigne quelquefois les membres de l'Eglise
dissidente. C'est un mômier. Il donne dans la mômerie.
Il s'emmônie ; il s'est cmmômc.
MOMIÈRE, s. f. Cabas, sorte de panier en tresses de paille,
plat sur sa hauteur et termine par deux anses.
MONETIEH. Village [irès de Genève, dans le mont Salève.
Ce nom peut s'écrire indifféremment: Moneticr, Mouneiier,
Moneti et Mouneti, la terminaison i (pour icr) appartenant
au patois. De Saussuhe écrit Monc^/er. Dans l'origine de la
langue française, monstier, montier, moustier et moutier,
ont signifié: 1° Couvent; 2" Église cathédrale; 3° Pa-
roisse. R. monasteriwn.
MONPÈR ! Sorte d'exclamation fort usitée en Suisse et en Sa-
voie. Monpèr, que c'est beau! Monpcr, que lu es patel !
Monper, que vous arrivez tard! Cette expression n'est autre
chose que les deux mots mon père ! mal prononcés , et
substitués, par convenance, à l'exclamation , « Mon Dieu ! »
MONSIEUR DE TROP. Se di^lune personne surnuméraire,
et par cela même embarrassantîiM^"^'' N**, qm avait six
MON— MOQ 49
filles, vient d'accuuchcr d'un garçon . cel enfant ne sera
certes pas M" De Trop. On dit dans le même sens.: M"'^
De Trop.
MONTAGNE (LA). Le Salèvc, la montagne par excellence
(pour les Genevois). Dis donc, Bernard: que fait-on
jeudi matin ? — Ne sais-lu pas ? On va déjeuner à la
Montagne, et l'on revient avant midi par la Croisette.
MONTAGNES (LES;. Nos horlogers désignent par ce nom
les villes du Locle et de La Chaux-de-Fonds, situées toutes
deux dans les montagnes du canton deNeuchàtel. S'établir
aux Montagnes. Travailler pour les Montagnes. La fa-
brique de Genève soutient avec les Montagnes une concur-
rence journalière et difficile.
MONTANT, s. m. Encouragement, stimulant, courage, cœui'.
Donner du montant. Avoir du montant. Notre Samuel
était découragé; ce petit succès lui redonnera du montant.
MONTEE (LA). La maison. Est-ce dans cette montée que
loge M'' le docteur N** F Connaissez-vous M'' le dizenier
Z** P — Si je le connais! Il reste dans notre montée.
« Montée, » en français, signifie entre autres : 1" Petit es-
calier dans une maison de pauvres gens ; 2^' Chaque marche
d'un escalier. [Ac.\d.]
MONTER SUR... Nous disons: Monter sur une échelle;
on doit dire : «Monter .\ une échelle. »
MONTEUR DE BOIS, s. m. Scieur de bois.
MONTICULE (UNE). Ce mot est masculin, il est formé du
mot latin monticulus, qui est masculin.
MONTURE, s. m. Mauvaise plaisanterie, tour malin, malice
concertée entre des camarades contre un d'entre eux.
Faire une monture. Préparer une monture. La monture
a échoué. Terme de bonne fabrique, et qui n'a pas d'é-
quivalent exact en français.
MOQUE, s. f. Chose de peu d'importance, bagatelle. S emploie
KO MOO— MOR
d'ordinaire avec la riégalion. Ce n'est pas de la moque, ce
n'est pas peu de chose. Terme neiichâlelois et vieux fran-
çais.
MOQUER (SE), V. pron. Proverbialement : Donner à plus
riche que soi, le diable s'en moque, signifie : Que les lar-
gesses faites à des riches, étant rarement désintéressées, le
diable ne peut ni ne doit en tenir compte. On donne souvent
une tout autre signilication à ce proverbe.
MORAINE ou MORÈNE, s. f. Falaise, terres escarpées au
bord d'un torrent, d'un fleuve, d'une rivière. Les moraines
de Chainpel; les moraines de Pinchat; les moraines de
Carligny; les moraines du bois de La Bâtie. Dans les Al-
pes de Savoie on appelle moraine une enceinte de pierres
au pied des' glaciers.
MORBIER, s. m. Pendule ou horloge à poids, qui se fabriquait
anciennement au village de Morbier, département du Jura.
MORFER, v. a. Bâfrer, manger avec avidité. Dans le vieux
français, on disait: M or fier ; et l'on trouve dans Rabelais
mor fiai lier, en ce même sens.
MORGILLER, v. a. Mordre par petites entamures, mordiller.
Morqi lier son pain.
MOPilGINER, V. a. Morigéner. Son père l'a convenablement
moriginé. Terme suisse-roman, savoisien, français populaire
et vieux français.
MORSILLER, v. a. Mordre légèrement et à plusieurs repri-
ses, mordiller. Morsiller une pomme. Terme savoisien et
lyonnais.
MOf»TAISE, s. f. (fig.) Avoir sa mortaise, signifie : « Être
ivre, » Le cocher avait sa mortaise. Expression triviale.
.MORT-A-PÊGHE, s. f. (Prononcez mor-ta-pêche.) Crin de
Florence, crin d'empilé, crin très-fort sur lequel on monte
riiameçun.
MORTUAIRE, s. m. Acte de décès, extrait mortuaire. // de-
MOT— MOU 51
vait se i)rocHrer le mortuaire de son grand- oncle. Go moi;
très-usité cliez nous, mais inconnu aux diclionnaires, se
trouve dans le Glossaire de l'ancien Droit français, de
MM. DupiN et Laboulaye.
xMOTET, s. m. Visage. Un vilam motet.
.MOU ARE ou MOIUE, s. f. Saumure. Nous disons d'un mets
et d'un assaisonnement quelconque où le sel domine troj) :
Cela est salé comme de la moire. Terme suisse-roman et
savoisien. En Franche-Comté on dit: Maire; en Langue-
doc, mïère. Dans le patois vaudois, le verbe mouairi signi-
lie : « Saler avec excès. » P». lat. muria, saumure.
MOUCHE, s. f. De la mouche de chandelle. Dites : De la mou-
chure de chandelle. A Lyon, à Nancy et sans doute ailleurs,
on dit : Du mouchon ; en Daupliiné, du moue.
MOUCHET, s. m. Signifie : 1'^ Houppe, boutïetle, freluche,
floccon, assemblage de plusieurs lilets de soie, d'or, d'ar-
gent, de laine, liés ensemble par un bouton en forme de
gland à sa partie supérieure. Les monchets d'une bourse;
les mouchets d'une canne. Nos bonnets de nuit sont ordi-
nairement surmontés d'un mouchet. Voltaire a dit : « Un
chapeau do pourpre... auquel pendaient quinze houppa
d'or, ») [Lois de Minos, note 96'".] Nous aurions dit à Ge-
nève : Quinze mouchets. Mouchet signifie : 2° Touffe, bou-
quet. Un mouchet d'arbres; un mouchet de cerises; un
mouchet de noisettes (un trochet de noisettes) . 3° Mou«het
se dit pour: Groupe, peloton. Un mouchet d'abeilles; un
mouchet de curieux. Les émeutiers étaient par mouchets sur
la grande place. Terme suisse-roman et savoisien. En Nor-
mandie, mouchet a le sens de « Monceau. » [Voyez le Dic-
tionnaire du patois normand, par MM. Duméril.]
MOUCHETTE (LA). Les mouchettcs.
MOUCHILLON, s. m. Moucheron. Etre inquiété par les mou-
chillons. En vieux français, on disait : MovscailUm.
'o"! MOU— MOUL
MOUCLAIi, s. m. Hameçon. Des moiiclars rouilles. Dans ie
canton de Vaud on dil : Moclar; en provençal, monsdaou:
dans le Jura, bouclard, (selon le dictionnaire de M. Mon-
KIER).
MOUFFE, s. m. Moufle, gros gant. Une paire de mot) ffes.
Terme lorrain, parisien populaire, etc.
MOUGNE, s. f. Faire la mowjne, signifie : Faire la moue,
être de mauvaise liumeur, bouder. A Chambéry, on dit ;
Faire la morjne. En provençal, mougno veut dire : Moue,
grimace.
MOUGNÛN, s. m. Moignon. En provençal, mougnoun. Dans
le reste de la France, mognon.
MOUGONNER, v. n. Bougonner, murmurer, gronder entre
les dents.
MOUILLE, s. f. Mouillure, humidité. Ne laissez pas cet en-
fant dans la mouille. Terme suisse-roman, savoisien, franc-
comtois, etc. Nous disons dans le même sens : Mouillon.
Laisser un enfant dans le mouillon.
MOUILLES, s. ï. pi. Nous appelons ainsi des sources qui ne
iont que suinter dans les prairies , et qui , fournissant à
l'herbe de ces prairies une température plus élevée pendant
l'hiver, y produisent une lierbe précoce et excellente, très-
propre à refaire les vaches qui ont vêlé, etc. [p. g.]
MOULE, s. m. Mesure de capacité pour le bois: c'est un
'carré dont le côté a cinq pieds quatre pouces. Terme suisse-
roman et lyonnais.
MOULER, v. n. Caponner , se comporter lâchement, sai-
gner du nez. D'entrée il faisait le rodomont, et quand il
a fallu se battre, il a moule'. En provençal, moula signi-
fie : Mollir.
MOULETON, s. m. Molleton, élolîe de laine moelleuse. «Une
camisole de rnollelon ; un gilet doublé de molleton, w [Acad.]
MOULU, LUE, part. Emoulu. Noire Théodure est tout frais
MOU— MOUS 53
moulu de l'Académie, c'est-à-dire : Est tout nouvellement
sorti de l'Académie. Terme méridional, etc.
MOURGET, s. m. Vent soufflant de Morges pour les habitants
du Chablais.
MOURMÉ, MÉE, adj. Stupide, abruti.
C'était Monsieur son fils, un pauvre rapélu.
Plus matafan, plus mourmé, plus raâpu!
[Ch.]
En Normandie, mourmaud signifie : Songe-creux, morose.
t MOURVE, s. f. Morve.
MOURVEUX, EUSE, adj. et subst. Morveux. Voyez cette
monrveuse, de quel ton elle réplique à sa mère!
MOUSETou MUSET, s. m. Petite souris des champs, à courte
queue, à museau fort pointu, et que les chats ne mangent
pas, quoiqu'ils lui donnent volontiers la chasse. Terme
suisse-roman et savoisien. Le nom français est Musette ou
Musaraigne. Le dictionnaire de Bescherelle donne une
fausse définition de ce mot.
MOUSTACHES, s. f pi. // relevait ses moustaches; il es-
suyait ses moustaches ; il admirait ses moustaches. Dans
ces exemples et dans les exemples analogues, il est infini-
ment plus correct d'employer le singulier et de dire : Il re-
levait SA moustache; il essuyait sa moustache; il admirait
SA moustache. La phrase suivante est tirée de Gil-Blas,
livre II, ch, v : « Un nez fort épaté lui tombait sur une mous-
tache rousse. » L'exemple suivant est tiré de J.-J. Rous-
seau : « Fantasque fut enfin mariée à un roi voisin qu'elle
préféra, parce qu'il portait la plus longue moustache. [La
reine Fantasque.'] Tous les dictionnaires s'accordent en ce
point, mais il faut avouer que beaucoup de bons écrivains,
surtout parmi les modernes, ont fait usage du pluriel.
MOUSTACHON, s. m. Celui qui porte moustache et qui, par
II. 6
U MOU— MYR
cela même, fait l'homme d'importance et le fier-à-bras. Tu
te crois un fameux moustachon, et tu n'as que seize ans!
MOUT, s. m. Nous disons proverbialement d'un potage ou
d'un mets quelconque mal assaisonné : Cela n'a ni goût ni
moût, et cette locution est aussi employée ligurément.
Il nous racontait ses voyages longuement et platement, cela
n'avait ni goût ni moût, c'est-à-dire : Ni goût ni piquant.
MOUTAJLE ouMOUTELLE, s. f. Motelle, sorte de poisson.
MOUTELË, LEE, adj. Tacheté, étoile. Ce terme, qui appar-
tient à la langue de nos campagnards, ne s'emploie guère
qu'en parlant des bestiaux. Une vache moutelée; un bœuf
moutelé. Terme suisse-roman et savoisien.
MOYENNE, NÉE, adjectif. Riche, aisé. Le cadet est plus
moyenne que son frère. Terme signalé dans le Dictionnaire
rouchi-français àe Hécart, 3'"'= édition.
MULATRE, adj. Métis. Un canari mulâtre.
MULE, s. f. Sorte d'engelure. Avoir la mule aux talons. En
français ce mot ne s'emploie qu'au pluriel. « Avoir les mu-
les au talon. » [Acad.]
MULE, s. f. Faire mule, terme du jeu de cartes, signifie :
Faire capot, [p. g.]
MURGUET ou MEURGUET, s. m. Muguet, fleur. GieilUr
des murguels. Un bouquet de murguets.
MUSAILLE, s. f. Quantité de petite monnaie, menuaille.
MUSCADET (UN). Dites : Une muscadelle. Espèce de poire
qui sent un peu le musc.
MUSCATE, s. f. et adj. Noix muscate; rose muscale. La
muscale dominail trop dans ce ragoût. Dites : « Muscade. »
MUSILIÈRE, s. f. Muselière.
MYRTRE, s. m. Myrte, arbrisseau. Une branche de myrtrc.
Terme suisse-roman, limousin, lorrain, etc.
NAC— NAN
N
NACRE (DU). Cemotestleiniiiin.
NAGEOTTER, v. n. Nager un peu, nager avec (lifficiillé. Mon
chien a les pâlies fort courtes, et il ne peut que nageotler.
NAGER, V. n. Nous disons proverbialement d'une personne
qui est dans l'abondance, d'une personne qui est riche, ou
qui est en voie de le devenir : Elle nage en pleine eau.
L'Académie dit : « Elle nage en grande eau; » et c'est ainsi
que s'exprime Le Sage dans son roman de Guzman d'Al-
farache : «Quand j'ai nagé en grande eau, j'ai toujours eu
le malheur de m'y noyer. » [Livre VI, chap. viii.]
NAILLER, v. a. Terme des campagnards. Casser les noix et
les trier. Nous irons ce soir nailler les noix chez M. l'ad-
joint, [p. G.]
NAIMBOT, BOÏE, subst. Nabot, nabote. Celui ou celle qui est
d'une taille ridiculement petite. Un petit naimbot, une pau-
vre naimbote. Terme vieux français. On dit en Savoie :
Nambot.
NAINNAIN, s. f. Terme enfantin. Nourrice.
NAISER (SE), V. pron. Se moisir. On le dit principalement
du linge. Un linge nuise est celui qui a souffert de l'humi-
dité et qui en a contracté des taches ; ces taches s'appellent
taches de naisé. Terme suisse-roman. En Dauphiné, en
Franche-Comté, chez nous et sans doute ailleurs, naiser le
chanvre c'est : Le faire rouir.
NANE, s. f. Nourrice. L'enfant pleure;, appelez la nâne.
Notre Lili ne veut pas quitter sa nâne.
NANQUINET, s. m. Dites : Nanquinetfe, s. f.
t NANSE, s. f. Nasse, instrument d'osier ou de tîl de fer ser-
vant à prendre du poisson. Tendre des nanses; lever les
56 NAN— NEI
nanses. Terme suisse-roman, savoisien et vieux français.
NANT, s. m. Ravin boisé au fond duquel coule un petit ruis-
seau. Le nant de Frontenay ; le nant de Jargonand; le
nant d'Avenchet; le nant de Roulave. Dans le Faucigny
(Savoie), un nant est Un torrent ; et on le dit particulière-
ment de certains torrents impétueux qui descendent du
Mont-Blanc ou des montagnes voisines ; tels sont : le Nant-
Noir, le Bon-Nant, le Nant-Bourant. Le dictionnaire de
Bescherelle traduit le mot de nant par celui de : Cascade ;
c'est une grande erreur. Dans le vieux français, îiani signi-
fiait : « Vallée, » s'il faut en croire le Dictionnaire du Vieux
langage, de Lacombe.
NANT DE BRAILLE, s. m. Usure; usurier. Faire le nant de
Braille. Etre nant de braille. Cette expression, purement
locale, vient d'un nant, près de Coppet, où se commettaient
jadis des vols et des assassinats. [Glossaire de Gaudy.]
NANZOU, s. m. Mallemolle, espèce de mousseline ou de toile
de coton blanche, claire et très-fine, qui est apportée des
Indes orientales.
NAPPAGE, s. m. Linge de table, c'est-à-dire : Nappes et
serviettes. Nappage uni ; nappage damassé. Terme suisse-
roman, lorrain, etc.
NARCISSE (UNE). Une belle narcisse. Ce mot est masculin.
NATOURI, s. m. Batelier. Ce terme vieillit.
NAVETTE, s. f. Petite brioche sucrée.
NAYER, v. a. et SE NAYER, v. pron. Ancienne orthogra-
phe et ancienne prononciation des mots « Noyer » et « Se
noyer. »
NE, part, négat. Tu as payé ce châle plus qu'il vaut. Dites :
Plus qu'il NE vaut.
NÈFE ou NEIFE, s. f. Nèfle, fruit du néflier. Une grosse
nèfe; une nèfe molle. Terme parisien populaire, etc.
NEIGEOTTER, v. n. Diminutif de « Neiger. » Le temps de-
NEI— NEZ 57
vient froid et sombre, U neigeotte, c'est-à-dire : Il neige
lin peu. I
NEIZÉ, ÉE, adj. Voyez naizé.
NÉNET, s. m. Terme enfantin. Sein. Se dit en Savoie, dans
le Limousin et ailleurs.
NERTIF, adj. m. Musclé. Un lurron nertif.
NETTAYER, v. a. Nettayer des meubles; nettayer un appar-
tement. Ancienne orthographe et ancienne prononciation du
mot « Nettoyer. » Dites : Je nettoie; je nettoierai, etc.
NETTAYEUR, s. m. Ne viens pas me rendre visite demain,
Adeline, j'ai les nettoyeurs. Dites : « J ai les frotleurs. »
NEUF (À), locut. adv. L'expression genevoise : S'habiller à
neuf, appartient au français populaire. 11 faut dire : n S'ha-
biller de neuf. » [Acad.]
NEURET, nom propre d'homme. Nous appelons feinte à
Neurel, ou feinte à la Neuret, une feinte grossière et qui
saute aux yeux, une grosse bourde, une craque, telle qu'en
pourrait faire le plus effronté gascon. Tuerais m'en impo-
ser ? Va, va, c'est une feinte à Neuret; tu fais la feinte
à Neuret. Cette locution proverbiale, très-connue dans la
rue du Rhône et dans les rues avoisinantes, tire son origine
de feu Neuret, grand chasseur et grand hâbleur.
NEZ, s. m. (fig.) Nous disons d'une plaisanterie plate et insi-
gnifiante, qu'elle n'a point de ne::, c'est-à-dire : point d'es-
prit, point de piquant. Faire des malices à cette pauvre
revendeuse, cela n'a véritablement point de nez. Expres-
sion savoisienne et méridionale.
NEZ, s. m. Nous disons : À son nez et barbe, pour dire : En
sa présence, en face de lui. Elle osa tenir ce langage éner-
gique et franc à son nés et barbe. L'Académie dit : u À son
nez et À sa barbe. »
NEZ, s. m. Nous disons proverbialement et dérisoirement à
II. G.
lis NEZ— NIA
une personne qui se flatte d'un succès qu'elle n'a aucune
chance d'obtenir : Tdle voir si le nez te branle.
NEZ DE BOIS. Trouver nez de bois, signifie : Trouver la porte
fermée quand on va chez quelqu'un ; trouver visage de
bois. Nous disons dans le même sens : Avoir nez de bois.
NIACE, s. f. Terme enfantin, qui signifie : Caresse, et qui ne
s'emploie que dans cette expression : Faire niâce, c'est-à-
dire : Caresser. Fais niâce au minon, Antoinette; fais
niâce à ce joli, chat.
NIACER, Y. a. Caresser, faire ^îmce.
NIAFFE ou GNIAFFE, s. m. Savetier. Terme de dénigre-
ment, connu à Paris, en Normandie et sans doute ailleurs.
A Chambéry on dit : Niaffre.
NIAFFE ou GNIAFFE, adj. Se dit des personnes et signifie :
Flasque, sans énergie, sans courage. Je me sens tout niaffc
aujourd'hui. Expression triviale.
NIANIOU, s. m. et adj. Niais, dadais, nigaud, personnage dont
la démarche et le maintien annoncent déjà la bêtise. Va-t'en,
niâniou; va-t'en, bobet, qui ne sais pas seulement relever
des quilles. Prenez-y garde, Messieurs : avec son air niâ-
niou il n'est pas aussi bêle que vous le pensez. Terme
suisse et savoisien. Dans le Berry, Nioniot; en Norman-
die, niot. A Genève on dit quelquefois dans le même sens :
Niânion.
t NIARGUE, s. f. Terme de dépit, de raillerie ou de mépris.
Faire la marque à quelqu'un, c'est le braver avec dédain,
lui faire nargue.
NIARGUER, v. a. Faire nargue. Tu me niargues, André,
parce que tu es avec ton grand frère, mais tu verras de-
main.
NIAU ou NIÔ, s. m. Nichet, œuf qu'on met dans un nid pour
que les poules y aillent pondre. Dans les dialectes populaires
de France on dit : ISiai, nieu, niot et niaou.
NIA— NIN m
NIAUQUE, s. f. Voyez niôque.
t NIERFE ou NIARFE, s. m. Nerf.
t NIFLER, V. a. Flairer, sentir. Nifler un ragoiU. Nifle voir
cette rose. Terme savoisien et méridional, recueilli par Cût-
GRAVE, qui lui donne le sens de « Renifler. » Dans le pa-
tois limousin, niflo, s. f., veut dire : La narine. Au figuré,
nifler est synonyme de : Fureter.
NIFFLET, s. m. Nigaud, benêt. Oh! le mflet, qui a peur
d'une chèvre.
NIFLE-TANTÔT, s. m. Dadais, nigaud, niais.
NIGODÈME, s. m. Se dit d'Un homme simple et borné. Il
faut écrire et prononcer : Nicodème.
NIGUEDOUILLE ou NiGUEDANDOUlLLE, s. m. Idiot, hé-
bété, sot, niais, dadais, homme simple et innocent. Nigue-
duuille n'est qu'une légère altération de « Niquedouille, »
qu'on trouve dans quelques dictionnaires français.
NILLE, s. f. Articulation, jointure, phalange. En glissant,
il s'écorcha la nille du pied. Terme suisse-roman et sa-
voisien.
NILLE, s. f. Terme de boucherie. Nille d'aloyau.
NiLLON, s m. Pain de noix.
NINA, s. f. Ce terme ne s'emploie que dans cette expression
populaire : Avoir sa nina, c'est-à-dire : Etre ivre.
NINE, s. f. et adj. Naine. Une petite nine ; un rose nine. On
parlait ainsi en France il y a deux cents ans.
t NINOTTE, s. f. Ninotte royale, ninotte de vignes. La
chasse aux ninottes. Le changement de / en n est continuel.
Ainsi, dans le langage parisien populaire, on dit : Nentille
pour lentille; caneçon pour caleçon ; falbana pour falbala;
et à Genève nos grand'mamans ne discnf-elles pas indif-
féremment une chaflane et une chaflal? D autre part le l
est souvent mis pour le n. Exemple : Calonnier pour ca-
nonnier.
60 NIO— NIT
NIOLLE, s. f. Nuage. Les niolles qui s'élèvent lentement et
en fuseaux contre les flancs du Jura annoncent la pluie.
Terme suisse-roman, savoisien , dauphinois, franc-com-
tois, etc. En provençal : Nioulo. En français, Nielle si-
gnifie : Brouillard, petite pluie froide.
NIOLLE, s. f. Nielle, plante à fleur rouge, laquelle croît dans
les blés.
NIOMET, s. m. Niais, benêt. Hln Normandie, Nio.
NION-NION, s. m. Dadais, hébété. Faire lenion-nion.
NIOQUE, s. f. Femme ou fille bête, bornée, sans expérience
ni savoir. Ce mot s'emploie aussi adjectivement. Votre ap-
prentie est bien niôque de m'avoir estropié mon corset.
Oh! la niôque, à qui on fait croire tout ce que l'on veut.
Terme suisse. A Lyon tt à Chambéry, on dit : Nioche.
NIOQUASSE, s. f. Augmentatif du mot niôque.
NIÔQUERIE, s. f. Nigauderie, bêtise.
NIOSET, ETTE, s. et adj. Sot, niais, nigaud. Ce mot de«io-
selne serait-il point une corruption du mot Dioset, qui, en
patois, est le nom propre Joseph, lequel nom s'emploie sou-
vent comme synonyme de Homme simple et borné?
NIOTTE, s. f. Cache, cachette, réduit. Je trouvai une excel-
lente niotte, et j'y cachai le boursicaut. Ils découvrirent la
niotte et enlevèrent le sac.
NI PEU NI TROP, loc. adv. Beaucoup, considérablement.
Toute l'école vient d'être punie ni peu ni trop. La pluie
nous a surpris à une demi-lieue de la ville, et nous avons
été rincés ni peu ni trop.
NIQUER, V. a. Terme d'écolier. Tout gagner, mettre à sec.
Être nique, être flambé, avoir tout perdu, [p. g.]
NIQUET, s. m. Nigaud. En Normandie, niquet &]^m\\e : Sim-
ple et un peu niais.
NITON. Ne dites pas : Les pierres du Niton, mais : « Les
pierres de Niton, » parce que le nom de Niton est une alté-
NIV— NON 61
ration de celui de « Neptune. » Ce sont deux énormes pier-
res qui se voient à Genève, dans le lac, en face et tout près
des Eaux-Vives, [p. g.]
NI VU NI CONNU. Expression elliptique et familière, qui
revient à celles-ci : C'est fini; n'en parlons plus; qu'il n'en
soit plus question.
NOCE, s. f. Terme enfantin, qui signifie : Petit morceau, petit
carré de pain sur lequel on place un peu de iomme ou un
peu de chocolat, ou quelque petite sucrerie. Faire des no-
ces. Si vous êtes sages, mes enfants, vous aurez des noces
après votre goûter.
t NOËL, s. f. A la Noël. Faute fréquente en Suisse, en Sa-
voie et en France. Dites : A Noël, aux fêtes de Noël.
NŒUD-COURANT, s. m. Nœud coulant, nœud qui se serre
ou se desserre sans se dénouer. Le chat fut pris dans le
nœud-courant. Terme savoisien et méridional.
NOGAT, s. m. Nougat, gâteau d'amandes au miel ou au ca-
ramel. Terme méridional. « Nougat » vient du mot langue-
docien nougue, sorte de grosse noix dont on faisait origi-
nairement ce gâteau. R. nux.
NOGET, s. m. Nigaud, dadais. En Normandie : Nigeon.
NOIR, s. m. (fig.) Avoir du noir, signifie : Broyer du noir,
se livrer à des réflexions tristes, à des pensées sombres et
mélancoliques. Nous disons dans le même sens : Etre dans
ses noirs. Hier il était dans ses noirs, le voilà loustique
aujourd'hui.
NOIX, s. f. Nous disons ligurément et proverbialement à une
personne qui fait un plan baroque, une combinaison saugre-
nue et inexécutable : Fous avez rangé tout cela comme des
noix sur un bâton.
NONANTE, adj. numéral. Quatre-vingt-dix. Nous étions à
cette assemblée nouante et quelques. L'Académie indique ce
mot de nouante comme vieilli, et Boiste l'appelle inusité. 11
62 NON— NOU
f'st d'un usage universel en Suisse, en Savoie el dans le
midi de la France. « Il est fâcheux, dit M. Bescherelle,
qu'on ait laissé vieillir le moi nouante, et qu'on lui ait sub-
stitue un terme aussi barbare et aussi irrégulier que « qua-
tre-vingt-dix. » [Dicliunnaire National.]
NONNET, s. m. Homme simple et même un peu nigaud.
NON-NETTE, s. f. C'est ainsi que nous prononçons le mot
« Nonnette, » terme peu répandu en France, mais enregis-
tré dans le dictionnaire de Bescherelle et dans le Complé-
ment de l'Académie. En Valais on dit : Nanette.
NONO, s. m. Terme enfantin. Couchette, berceau. Faire
nônô, dormir. Aller nônô, aller dormir. Nônô, Fanfan,
etc., est un refrain de chanson sur un air ou une note très-
capables d'endormir l'enfant le plus éveillé. Terme vaudois,
savoisien et provençal. Dans le Limousin on dit : Faire
na-na.
NON PAS, loc. adv. Au contraire. Eh bien, André, le concert
a été, dit-on, bien mauvais? — lia été délicieux, non pas.
NON-PLUS (LE). Ne s emploie que dans cette expression :
Etre au non-plus, c'est-à-dire : Etre dans une position
fort critique, être dans une perplexité cruelle, être à quia,
être aux abois.
t NOUEL. Noël- A la Noué'l prochaine. Cette expression des
campagnards est un reste de l'ancien français, et le savant
iMénage préférait ce terme (Nouèî) à celui de Noël.
NOUER, v. a. (fig.) Joindre. Nous disons figurément et fa-
milièrement : Nouer les deux bouts, pour signifier : Avoir
de quoi suffire à toutes les dépenses de l'année. Locution
méridionale. L'Académie dit : «Joindre les deux bouts. »
NOURMË, s. f. Vieux conte, htgnie, vieille histoire qui n'a
pas le sens commun. Dans l'ancien patois genevois, nour-
ma signifiait : Règle. -4 vontra nourma, à votre volonté.
NOU— NUI 63
NOURHISSAGE, s. m. Les dictiorinaires Irançnis définissent
ce mot : «Soin et manière d'élever les bestiaux. » A Ge-
nève, nourrissage signifie : Le temps pendant lequel la
mère ou la nourrice allaitent l'enfant. M'^'"' N** s'est mieux
portée pendant son nourrissage que jamais auparavant.
Nourrissage à la bouteille. Noiirrissage au biberon. Le
dernier mois du nourrissage se paie double. Expressions
utiles, connues à Lyon et sans doute ailleurs.
NOUVEAU (UN). Ce mot signifie : 1° Une nouvelle, c'est-à-
dire : Le premier avis qu'on donne d'un événement tout
récent; 2" Une chose inaccoutumée, une nouveauté. Eh
bien! Messieurs, nous apportez-vous quelque nouveau?
Je m'enmiie loin de Genève ; écrivez-moi tous les nou-
veaux que vous pourrez. Quel nouveau de vous voir à
cette heure-ci chez nous ? Terme suisse-roman et savoisien.
Dans le patois rouchi : Un nouviau. En français, on dira
fort bien : « Y a-t-il du nouveau? Voici du nouveau.» Mais
un nouveau est une expression très-incorrecte et inconnue
aux dictionnaires.
NOUVEAU (À), adv. De nouveau, derechef, une seconde
fois. La muraille était à peine finie, qu'il fallut l'abattre
et l'établir à nouveau. Cet habit n'est pas acceptable, vous
le ferez à nouveau. Selon l'Académie et selon tous les dic-
tionnaires, à nouveau est un terme de banque, un terme
de commerce, qui signifie : Sur un nouveau compte. « Cré-
diter à nouveau ; débiter à nouveau ; porter à nouveau . «
NOYAUX (DES), (lîg.) De l'argent. Terme connu aussi en
Savoie.
NOYER (SE), v. pron. Nous disons proverbialement de quel-
qu'un qui se laisse effrayer par le moindre obstacle, ou par
la moindre dilTicullé : // se noie dans un verre d'eau. L'A-
cadémie dit : « Il se noie dans un crachat. »
ÎNUIT, s. f. Les expressions : Se mettre de nuit, ou : Se
64 NUI-OBS
mettre à la nuit , veulent dire : « S'anuiter, » s'exposer
à être surpris en route par la nuit. [p. g.]
NUIT, s. f. La nuit tous les. chats sont gris. Dites avec le
dictionnaire de l'Académie : « La nuit tous chats sont
gris. )i Et, avant de faire usage d'un proverbe quelconque,
ayez soin de le connaître parfaitement,
t NUMERO, s. m. J' hasarda cinq francs, et fallrapa un
excellent numéro. Ecrivez et prononcez « Numéro, » avec
un accent sur l'e.
OBÉISSANCES, s. f. pi. La formule suivante de salutation:
Je vous présente mes obéissances, n'est pas française. H
faut dire au singulier : Je vous présente mon obéissance.
t OBELONS, s. m. pi. Houblons. Cueillir des obelons. Man-
ger des obelons en salade. Terme savoisien et vieux fran-
çais.
OBLIGEANCE, s. f. Ce mot signifie : Penchant à obliger,
disposition à obliger. Ainsi nous parlons incorrectement
quand nous disons : Ayez l'obligeance de me prêter un pa-
rapluie. A%iriez-vous l'extrême obligeance de m'accompa-
gner ce soir F M"" N** a eu l'obligeance de me promettre
des billets de concert. Mais on sera exact en disant : « Votre
ami Gustave est un homme d'une grande obligeance ; il met
dans ses procédés, et dans toute sa manière de faire, une
excessive obligeance ; on ne saurait porter plus loin l'obli-
geance et le dévouement. » Remarque un peu délicate et
subtile.
OBSERVATION, s. f. Nous disons : Je vous ferai une ob-
servation, c'est que Permettet-moi une observation.
OCC-ŒU 6S
J'ai voulu faire quelques observations à notre jeune avo-
cat, mais il les a mal prises. Il faut dire : Je vous ferai
faire une observation, une réflexion, c'est que Permet-
tez que je vous fasse remarquer, etc. On ne dit pas non
plus : Je vous observerai que Il faut dire : Je vous fe-
rai observer que
OCCASION, s. f. Nous disons : Auriez-vous occasion d'ex-
cellente toile ? Si vous avie:: occasion de café, je sais un
bon coup à faire. Quand vous aurez occasion de macula-
ture, adressez-vous à moi, ou à mon ami Z. Z**. Cette
expression, qui n'a point d'équivalent exact en français, est
un anglicisme. Occasion, en anglais, signifie : « Besoin. »
Mais on dira fort bien : Marchandise d'occasion ; livres
d'occasion; acheter un piano d'occasion.
OCHON, s. m. Hoche, entaillure, coup. Se donner un ochon;
se faire un ochon; recevoir un ochon.
OCHONNER, V. a. Faire des hoches, entailler. S'OCHON-
NER, V. pron. Se meurtrir. En gravissant la moraine du
bois de La Bâtie, notre gamin s^est tout ochonné.
ŒILLETON, s. m. Mignonnette, mignardise, petit œillet dont
on garnit les plates-bandes. Dédoubler des œilletons.
« Œilleton, » en français, signifie : Rejeton d'œillet, mar-
cotte d'œillet.
ŒUF DE FOURMI, s. m. Dites : Ver de fourmi, nymphe
de fourmi. Les œufs de ces insectes sont beaucoup plus
petits et presque imperceptibles ; ce sont les vers qui en
sortent et qui passent ensuite à l'état de nymphes, que
nous donnons aux rossignols et à quelques autres oiseaux.
[Glossaire de Gaudy.]
ŒULE, s, f. Ou plutôt œula et oûla, sont des termes patois
qui signifient : «Marmite.» Dans le patois du canton de
Vaud on dit : Aulà et eulâ; dans le patois de l'Isère, olla:
en provençal, oulo; en latin, olla.
II. 7
66 ŒU— OHV
ŒUVES ou UVES, s. f. pi. Laite, laitance. Les œuves d'une
carpe, les œuves d'une lotte, etc. Dans beaucoup de pois-
sons les œuves sont une nourriture très-estimée. Ce mot
a été recueilli par Gotgrave, dans son Dictionnaire fran-
çais-anglais. Terme vaudois et savoisien. Nous disons aussi :
Lait. Voyez ce mot, tome II, p. U ,
OFFRE (UN). Un offre gracieux ; un offre avantageux. Ce
mot était autrefois des deux genres ; il est actuellement fé-
minin. Il faut dire : Une offre gracieuse, une offre géné-
reuse, etc.
OFFRIR À..., suivi de l'infinitif. Offrir de. On lit journelle-
ment dans nos Petites Affiches : On offre à vendre une bi-
bliothèque; on offre à vendre un canapé et six chaises, etc.
Dites : « On offre de vendre -, » ou, ce qui revient au même ;
« On offre à acheter. »
OGNE, s. f. Terme d'écolier. Coup porté par un mâpis sur
les articulations des doigts. Etre condamné aux ognes;
recevoir les ognes.
OGNON, s. m. Tape, coup, contusion. Recevoir un ognon:
se donner un ognon; se faire un ognon.
OGNON , s. m. Nous disons d'une personne excessivement
propre : Elle est propre comme un ognon.
OH ALORS! Exclamation de surprise. Sais-tu l'aventure
de la ménagerie P — Non. — Eh bien! Ecoute. Quand les
spectateurs y pensaient le moins, le singe, dans un accès
de gaîté, s'est jeté sur une belle dame, lui a enlevé son
chapeau de velours et s'en est coiffé. — Oh alors! voilà
qui est plaisant.
OH! VOILA, locution adverbiale qui marque le doute. Com-
bien de temps seras-tu absente, Suzon?—Oh! voilà,
un mois ou deux. Aimes- tu ton état de tailleuse, Lisette P
— Oh ! voilà, on gagne peu, mais l'ouvrage ne manque
jamais. Es-tu fatigué de ta course de montagne, Emile!'
OIS-ON 67
— Oh! voilà, je serai bien aise de me reposer. Cette ex-
pression est d'un emploi universel chez nous.
OISEAU, s. m. Fête ou réjouissance, appelée aussi « Papegai. »
L'Académie et tous les dictionnaires disent : « Tirer l'oi-
seau. » On dit à Genève : Tirer à l'oiseau.
t OLIFE, s. f. Olive. Du bon huile d'olife. Dans le patois
rouchi on dit: Olife et oulife; en vieux français, olif.
[Voyez Roquefort, Supplémenl au Glossaire roman.]
OLIVE, s. f. Primevère des prés, primevère à fleur jaune.
Une plante d'olives; un bouquet d'olives.
OMBRE, EE, adj. Une promenade ombrée est : Une pro-
menade où l'on est à l'ombre; une promenade où les arbres
procurent de l'ombre. Parc ombré; prairie ombrée; seii-
tier ombré. Ce sens du mot « ombré » aurait bien droit,
peut-être, de figurer dans les dictionnaires. « Ombragé »
n'est pas synonyme d'ombré. « Ombreux » s'en approche-
rait davantage.
OMBRE-CHEVALIER, s. m. Sorte de poisson particulière
à notre lac.
OMBRETTE, s. f. Ombrelle, petit parasol. Terme français
populaire et vieux français.
t OMNIBUS, s. f. La grande omnibus. Ce mot est masculin.
OMNIBUS, s. m. Petite dose' d'eau-de-vie et de sirop mêlés
ensemble dans un verre qu'on remplit d'eau chaude , et
qu'on sert chez les débitants de boissons, [p. g.]
OMNIBUSSIER, s. m. Conducteur d'omnibus.
ON, pron. pers, indéfini. Ce pronom tient la place de «nous»
ou de «je » dans le langage des gamins. Jacques! Jacques!
On va au bois des Frères : en es-tu ? On dérochera des
nids et l'on avantera des gaules. On a un jardin, nous,
avec des poules et un lard. On est sage, nous : on va ra-
masser du bois pour la grand'mère.
t ONCORE, adv. Encore. Pas oncore.
68 OND— ORI
ONDE, s. f. Se dit de l'eau qui bout. Cuire à grandes ondes,
signifie : « Cuire à gros bouillons. » Il faudra deux ondes
à cette tisane. Il suffit d'une onde à ces petites herbes.
Terme méridional, etc.
ONGLE (UNE). Tii as les ongles bien longues, Alexis. Ce
mot est masculin.
ONGLÉES, s. f. pL Engourdissement douloureux au bout des
doigts, causé par un grand froid. Avoir les onglées. Dites :
« Avoir l'onglée. »
1 OPÉNIÂTRE, adj.ets. Opiniâtre. S'OPÉNIÂTRER, v.
pron. S'opiniâtrer.
OPIÂTRE, s. m. Opiat, confection.
ORA, s. f. Air, vent qui souffle. Terme patois, connu en Sa-
voie et en Dauphiné. Dans le canton de Vaud on dit : Atirra,
eura et aura. En latin, aura.
t ORâGAN, s. m. Ouragan. Les affreux ravages d'un ora-
gan. Terme savoisien et lyonnais.
ORANGE, s. f. Eau de fleur d'orange. "Voyez l'expression :
FLEUR DE PÊCHE, t. 1", p. 2H.
ORRET, s. m. Routon à la paupière, orgelet.
ORDON, s. m. Terme des campagnards. Portion de tâche.
Un petit ordon; un grand ordon. Mener l'ordon, signifie:
Être à la tête des faucheurs; être à la tête des vendan-
geurs. Cette expression, qui appartient au vieux français,
. est fort connue en Savoie, dans le Dauphiné, dans le Rerry,
à Reims et ailleurs.
ORGANE, s. fém. Une belle organe. Ce mot est masculin.
Un bel organe 5 un organe flatteur; un organe musical.
ORGE D'ULM, s. m. Orge mondé; orge perlé.
ORIGINE (À L'), loc. adv. Dans l'origine, originairement.
«1 l'origine ce vaste pays (le Rrésil) fut peu estimé des
Portugais. » [Rrédow, Histoire universelle, t. II, p. 116.]
ORI— OTU 69
ORIOL, s. m. Loriot, oiseau. En Languedoc : Loriol ; à
Chambéry, louriot.
ORTEUIL, s. m. Le gros orteuil. Ecrivez et prononcez «Or-
teil. » Le gros orteil; le petit orteil.
t ORTHOGRAPHE, s. m. Un mauvais orthographe. J'ai
fait huit mois de Septième, et je n'ai jamais pu attraper
un bon orthographe. Ce mot est féminin.
ORTHOGRAPHER, v. a. Orthographier.
ORTHOPÉDISTE, s. m. Ne signifie pas: Redresseur de pieds.
Il signifie, d'après l'étyraologie grecque : Médecin qui cor-
rige ou qui prévient dans les enfants les difformités du
corps. « Orthopédiste » est formé des mots orthos, droit,
et païss, païdoss, enfant.
ORVAT, s. m. Plante fort commune, appelée en français :
Orvale, Ce que nous nommons orvat des prés, s'appelle:
Sauge des prés.
OS, s. m. Se donner un coup là où les Allemands n'ont
point d'os, signifie : Se donner un coup à ce nerf du coude
que les médecins appellent « Nerf cubital. »
OSSAILLES, s. f. pi. Os de porc. On se régala d'uneplate-
lée d'ossailles. Terme savoisien.
OSTRUCTION, s. f. Terme de médecine. Obstruction. Avoir
des ostructions au foie. Cette faute nous vient probable-
ment du Midi, où l'on retranche le b dans une quantité de
mots, et oii l'on dit : par exemple : Oscurité, ostacle, osti-
nation, ostiné.
OT. Dans tous les mots qui se terminent par ot, comme pot,
marmot, cachot, sabot, haricot, fagot, huguenot, nous pro-
nonçons l'o très-bref, et c'est aussi la prononciation des Mé-
ridionaux. Les Parisiens, au contraire, le prononcent long.
Pat, marmot, cachât, sabût, haricot, tripot, huguenot,
etc., et c'est la prononciation reçue dans les dictionnaires.
ÔTU-BÔTU, adv. Voyez .utu-bÔtu, t. ^^ p. 29. Ce mot
H. 7.
70 OUA— OUR
est aussi substantif. Faisons de toutes ces marchandises un
ôtu-bôtu. Terme vaudois et jurassien.
OUABLIA, s. f. Terme patois. Clématite commune, nommée
aussi « Herbe aux gueux » et « Viorne des pauvres, » Cer-
tains mendiants roués écrasent les feuilles de cette plante
pour se faire des excoriations qui ont l'apparence d'ulcères,
afin d'exciter la pitié des personnes auxquelles ils deman-
dent l'aumône, et qui ne sont pas au fait de cette manœu-
vre, [p. G.]
OUA-OUA, s. f. Terme enfantin. Chien. Regarde le joli oua-
oua; caresse un peu ce oua-oua.
OUBLI, s. m. Pain à cacheter. Oubli noir, oubli vert. Boîle
d'oublis. Terme suisse-roman et savoisien.
OUBLIEUR, adj. m. Oublieux.
t OÙ CE QU'IL EST? Où est-il? Où ce qu'il demeure? Où
demeure-t-il? Où ce qu'il va? D'où ce que tu viens? Fran-
çais populaire.
OUÏE (L). Ne dites pas : Avoir l'ouïe fin, avoir l'ouïe dé-
licat, etc. Ce mot est féminin. Ouïe fine, ouïe délicate.
OUÏE, s. f. Nous disons et nous écrivons : A l'ouïe de ces pa-
roles; à l'ouïe de cette déclaration des juges; à l'ouïe d'un
semblable aveu, etc. Cette expression, qui manque à la lan-
gue française, est à la fois claire et concise, et il y a plus
d'un siècle qu'elle est entrée dans le domaine du style ré-
fugié. « A l'ouïe d'un nom aussi respectable que celui de la
vertu, il me semble, » etc. [Lenfant, Premier Sermon.]
« A l'ouïe de ces mêmes sons, » etc. [Ch. Bonnet, Con-
templation de la nature, XII""^ partie, ch. 28.] « A l'ouïe
de ce qui venait de se passer à Lausanne, » etc. [M'' ***, Le
iâ Février, p. 40, 41.]
OURIOU et mieux HOURIOU, s. m. Petit enfant. Expression
de la conversation la plus familière. Et les ourious, voisin,
OUR— OVA 71
comment sont-ils P En Bourgogne, haïrai^ et en vieux fran-
çais hoir et hoiret, ont le même sens.
OURIOU, s. m. Loriot, oiseau. On dit aussi : Oriol.
OURLE, s. f. Terme de couturière. Ourlet, repli que l'on fait
au bord d'une étoffe. Ourle ronde; ourle plate. En vieux
français : Orle.
OURLES, s. f. pi. Oreillons, inflammation des glandes voisi-
nes de l'oreille. Prendre les ourles; avoir les ourles. Terme
suisse-roman, savoisien et dauphinois.
OURTIE, s. f. Ortie.
OURTILLIÈRE, adj. Nous appelons fièvre ourtilliere ce que
les gens de l'art appellent en France : Fièvre ortiée, fièvre
urticaire.
OU SINON, conjonct. Sinon. Obéis à l'instant, ou sinon...
gare! Français populaire.
OUSTE. Le mois d'ouste ; à la fin d'ouste, etc. Orthographe
et prononciation viceuses du mot « août, » lequel se pro-
nonce ouït selon le dictionnaire de l'Académie, et où selon
d'excellents grammairiens. Dans le vieux français, on disait :
Axoouste. R. augustus.
OUTA, s. f. Terme des campagnards. Cuisine. Dans le canton
de Vaud on dit : Outo, otlo et otau. Dans le Valais, outto,
s.f., signifie : Auberge, cabaret. En vieux français, ost et
ostau, logis, maison, hôtel. R. hospitium.
i OUVRAGE (UNE) . Ton ouvrage est-elle finie, Joséphine ?
Tu as fait là vraiment une belle ouvrage! Ce solécisme,
qui est une tradition du vieux français, se fait à Paris et sans
doute ailleurs. '
OVAILLE ou OVALE, s. f. Accident arrivé par une force ma-
jeure; désastre qu'on ne pouvait prévoir. Ce terme n'est em-
ployé que dans l'expression suivante : Cas d'ovaille. « Les
dégâts causés à un fermier par une grêle, par une gelée,
par un ouragan, par une inondation, par une invasion enne-
72 PAC-PAG
mie, sont autant de cas d'ovailles. » Terme vaudois. Le
tremblement de terre qui détruisit, en 1584, le village d'Y-
vorne, (canton de Vaud), s'appelle: La grande ovaille.
A Neuchâtel et en Franche-Comté on dit : Orvale.
PACHE, s. f. Accord, transaction, marché. Bonne pache;
mauvaise pache. La pache est faite. Terme suisse-roman,
savoisien, méridional et vieux français. Dans le vieux fran-
çais, pac^e était masculin. R. pactum.
PACOT, s. m. Boue épaisse, gâchis. S'enfoncer dans le pa-
cot. Terme suisse-roman et savoisien.
PACOTER, V. a. etn. S'enfoncer dans le pacot. Nous paco-
tions dans ce chemin. SE PACOTER, v. pron. Se salir de
boue, entrer dans le pacot.
PACOTEUX, EUSE, adj. Plein de pacot. Sentier pacoteux ;
route pacoteuse.
PAFFE, adj. Signifie : 1" Gorgé de nourriture ; 2» Ivre, plein
de vin. Ils s'en revinrent tellement paffes, qu'ils avaient
peine à se soutenir. Terme trivial. Dans le dialecte rouchi,
s'empaffer signifie : Se bourrer d'aliments; et dans le dia-
lecte lorrain, ce même verbe signifie : Boire avec excès de
l'eau-de-vie ou d'autres liqueurs.
PAGNON, s. m. Gros morceau de pain. Terme suisse-roman
et savoisien. En vieux français : Paignon. R. panis.
PAGNOT, s. m. Nigaud, dadais. Un vrai pagnot ; un franc
pagnot. Dans le vieux français, pagnote signifiait : Homme
de rien, chenapan, lâche, poltron; et ce terme subsiste en-
core dans le patois du Dauphiné [pagnota).
PAGNOTERIE, s. f. Sottise, bêtise, stupidité. Dans le vieux
français, pagnoterie signifiait : Lâcheté, action lâche.
PAI— PAN 73
PAILLASSON, s. m. Banneton, panier à pâte, sorte de jatte
de paille où l'on met la pâte pour donner la forme au pain.
Terme savoisien et méridional.
PAILLER, V. a. Pailler une chaise, pailler un tabouret,
c'est : Les garnir de paille. On dit en français : Empailler.
PAILLEUR DE CHAISES, s. m. Empailleur de chaises.
PAIN, s, m. Nous disons figurément de quelqu'un qui peut
vivre sans travailler : Il a du pain sur la planche. On dit
en français : « Il a du pain cuit; il a son pain cuit.» [Acad.]
PAIN CUIT. Ce qu'on appelle en français « Panade, » s'ap-
pelle à Genève : Soupe au pain cuit. Terme savoisien ,
marseillais, etc.
PAIN DE LOUP, s. m. Baie ou fruit de la viorne.
PAIR, s. m. Nous disons : Jouer à pair ou impair; on dit en
français : « Jouer à pair ou non. »
t PAIRE (UN). Un paire de bas, un vieux paire de g relies.
Il n'y a qu'un paire de jours que je le rencontra en rue.
Ce solécisme, très-fréquent en Savoie et dans le Midi, appar-
tient au vieux français.
PAIR ET COMPAGNON. Nous disons de deux hommes qui.
étant d'une condition fort différente, vivent néanmoins dans
une grande intimité : Ils sont pairs et compagnons ; ils vi-
vent comme pairs et compagnons. L'Académie dit : « Ils
vivent de pair À compagnon. »
PALET, ETTE, adj. Pâlot, un peu pâle. Notre Louisa était
palette ce matin.
PALETTE, s. f. Abécédaire, petit livre destiné à l'enseigne-
ment de l'alphabet. Terme suisse-roman et savoisien.
PALOURD, OURDE. s. Terme de mépris. Balourd, pataud,
homme grossier.
PAN, s. m. Mesure de longueur. Au sens figuré : Cela fait k
pan, signifie : Cela solde, cela balance. La mesure appelée
pan est encore connue dans le Midi.
1i PAN-PANO
PAN, s. m. Terme d'écolier. Brin de paille pour mesurer une
petite distance.
PANACHE (UNE). Ce mot est masculin. « Panache ondoyant. »
PANCHER D'EAU. Faire de l'eau.
PANER, V. a. Terme des campagnards. Torcher, essuyer.
Voyez plus bas, panner.
PANET, PANÉ ou PANAIS, s. m. Sorte de millet dont cer-
tains petits oiseaux sont friands. Terme suisse-roman et
savoisien. On dit en français : Panic ou Panis.
PANETIER, s. f. Vannier, faiseur de paniers, [p. g.]
PANFU, UE, s. Terme des campagnards. Ce mot n'est autre
chose que le mot français « Pansu, » la lettre s se changeant
fréquemment en f, dans le patois, comme nous l'avons re-
marqué plus haut, tome I", p. 61 . Panfu se dit d'un homme
qui a une grosse panse. Nous disons aussi : Panflu.
PANIER, s. m. Figurément et proverbialement, nous disons
d'un homme très-maladroit : Il est lourd comme un panier.
PANIÈRE, s. f. Sorte de grande corbeille à anses. Ce terme,
très-répandu en France, et principalement à Lyon et dans
le Midi, manque dans les dictionnaires. Nous appelons aussi
pamère un grand cabas, un grand panier couvert.
PANIÉRÉE, s. f. Panerée, le contenu d'un panier extrême-
ment rempli. En provençal : Panieirado.
PANNER ou PANER, v. a. Terme des campagnards. Es-
suyer. Ce verbe paner se retrouve non-seulement dans les
divers patois de la Suisse romane et de la Savoie, mais aussi
dans le Berry, en Dauphiné, en Franche-Comté et dans le
vieux français. Dans le patois des Vosges, panneur veut
dire: Balai; en Normandie, pannas, plumeau; dans le
canton de Vaud, panaman, essuie-mains.
PANOSSE, s. f. Torchon, vieux morceau de linge servant dans
les cuisines à frotter et à nettoyer les meubles et ustensiles
sales. Terme suisse-roman. En provençal : Panoucho. Dans
PAN— PAP 75
le vieux français, panoseux signifiait : Couvert de haillons.
R. panniis, drap, linge, chiffon.
PANOSSER, V. a. Laver avec une panasse. N'écure:: pas ce
plancher. Jeannette, mais contentez-vous de le panosser.
PANTALON, s. m. Râle deau, oiseau.
PANTET, s. m. Signifie : 1° Un pan de chemise, un bout de
chemise qui pend 5 2° La chemise elle-même. Etre en pan-
tel, être en chemise, avoir une simple chemise. On criait :
Au feu! à l'eau! Les voisins y coururent enpantet. Terme
suisse, savoisien et franc-comtois.
PANTOMINE, s. f. Écrivez et prononcez « Pantomime. »
t PA-ONNE, s. f. Se dit d'Une femme qui s'attife ou qui fait
la glorieuse. A-t-on rien vu de pareil à cette Jenny ? Elle
se met comme une guignauche à la maison, et comme une
pa-onne dès qu'elle sort. Le féminin de « Paon « est bien
« Paonne, » mais ce mot doit se prononcer panne.
PAPACOLON, s. m. Joubarbe, plante grasse et toujours verte,
dont l'espèce la plus commune croît ordinairement sur les
toits et sur les murs.
PAPEROCHES, s. f. pi. Paperasses.
PAPET, s. m. Soupe très-épaisse, telle qu'est celle qu'on
donne aux moissonneurs. Terme suisse, savoisien, dauphi-
nois et languedocien. Figurément, Il ne peut plus direpa-
pet, se dit d'un homme qui a tellement bu, qu'il ne peut
plus parler distinctement. Dans l'évêché de Bàle et en
Franche-Comté on dit: Paipay; en Belgique, pape, etc.
PAPET CORDET, s. m. Soupe à la courge. Dans le vieux
français, coorde ou cohorde signifiait : Gourde, citrouille.
En latin, cucurbita, dont on a fait d'abord coucourde.
[Voyez Robert Estienne, Dictionnaire français-latin,
édition de 1603.] Nos campagnards appellent une courge,
nà courdà ou kœurda.
PAPETTE, s. f. Voyez papet, qui a le même sens.
76 PAP— PAR
PAPIER CASSE, adj. m. Nous appelons papier cassé ce
qu'on appelle, en français : Papier brouillard, papier qu'on
emploie à sécher l'encre d'une écriture fraîche. Une com-
presse de papier cassé. Terme parisien populaire.
PAPIER DE POSTE, s. m. Papier à lettres. Une rame de
papier de poste. Terme neuchâtelois, etc.
PAPIERS, s. m. pi. J'ai lu dans les papiers. Dites : J'ai lu
dans les Papiers publics, c'est-à-dire : Dans les journaux,
dans les feuilles publiques, dans les gazettes.
PAPILLOTES, s. f. pi. Figurément : Avoir les yeux en pa-
pillotes, signifie : Ne pas les avoir bien ouverts en se ré-
veillant.
PAQUET, s. m. Fagot, faisceau de menu bois. 7'ame mieux
brûler des paquets que des fascines. Un cent de paquets
coûte de huit à douze francs.
PAQUET, s. m. Nous disons : Donner à quelqu'un son pa-
quet, pour : Le congédier, le renvoyer. Les dictionnaires
ne mentionnent pas cette expression, mais bien la suivante :
« Recevoir son paquet, » c'est-à-dire : Etre congédié,
PAQUETIER, 1ÈRE, s. et adj. Cancanier, faiseur de paquets,
tripotier, médisant. N'ayez plus rien de commun avec ce
paquetier. Terme savoisien.
PAQUIS, s. m. Terme des campagnards. Troisième coupe du
foin.
PAR, prépos. // vendit ^brique par brique (brique à brique)
tout son mobilier. Vous arracherez ces herbes brin par
brin (brin à brin) . Dictez-moi votre nom de famille lettre
par lettre (lettre à lettre).
PAR, prépos. Il y a deux ans jour par jour (jour pour
jour) que M"" N** est mort. Vous me copierez ce manuscrit
page par page (page pour page), etc. Mais on dira fort
bien : Écrivez jour par jour toutes vos dépenses, etc.
PARAFE (UNE). Une belle parafe. Ce mot est masculin.
PAR— PARE 77
t PARAÎTRE (SE), v. pron. Paraître, être aperçu, s'aper-
cevoir. Pour raccommoder les manches et le collet, vous
prendrez dans le pan de l'habit : cela ne veut pas se pa-
raître.
PARAPEL, s. m. Parapet. Français populaire.
PARBOUILLIR, v. a. Faire bien bouillir. Des épinards par-
bouillis. Terme vieux français.
PAR CONTRE, adv. Si le vin est cher cette année, par con-
tre il est bon. Le petit Ernest a une figure peu attrayante,
mais il a par contre une belle santé. Le paysan gagne peu,
mais par contre il ne hasarde guère. Dans ces exemples,
et dans les exemples analogues, dites : En revanche, en ré-
compense.
PAR-CONTRE (LE). L'équivalent. Recevoir le par-contre .
Terme suisse-roman et savoisien.
PAR-DESSUS, adv. Nous disons d'un homme adroit, rusé,
et qui se tire toujours d'affaire dans les circonstances les
plus critiques : Ll les sait toutes et une par-dessus. Ex-
pression qui se prend d'ordinaire en mauvaise part.
PARE, s. f. Croûte, pelure du fromage et de la tomme. Oter
la pare, manger la pare; donner la pare aux poulets.
Terme suisse-roman et savoisien. Voyez parer.
t PAR ENSEMBLE, adv. En commun, en société. On achè-
tera ces deux lards par ensemble. Terme vieux français.
t PAR ENSUITE, adv. Ensuite. Terme vieux français.
PAREPLUIE, s. m. Parapluie.
PARER, V. a. Parer son fromage, parer sa tomme, en ôter
la croûte. Terme très-connu dans les Alpes qui nous avoi-
sinent. En Languedoc, parer le lait signifie : « En ôter la
crème. » Dans le vieux français, parer veut dire : Peler.
PARESOL, s. m. Parasol.
PAREVENT, s. m. Paravent.
II. 8
78 PAR— P A RM
t PAR HASARD, loc. adv. En revanche, en compensation,
du moins. // n'a pas grand' chose, lui; mais sa femme,
par hasard, a beaucoup de terrain. Comment donc, ce
drôle de Joigne vous a répondu si insolemment! — Oui,
Monsieur, mais je l'ai remouché par hasard, c'est-à-dire :
Mais à mon tour je l'ai arrangé. Que vous est-il donc arri-
vé, Monsieur Paltey ? — // m'est arrivé que je me suis mis
quatre vessicatoires, sans l'ordonnance du médecin; mais
j'en ai souffert, par hasard, et l'on ne m'y reprendra pas.
Expression fréquente chez les campagnards.
PARIURE, s. f. Pari, gageure. J'en ferais bien la pariure.
Terme français populaire.
PARLENTIN, subst. etadj. Grand parleur, babillard, bavard.
Comment as-tu la patience d'écouter ce parlentin? Le fé-
minin parlentine, d'autres disent par/en£euse, est peu usité.
PARLER LE RHUME. Expression consacrée chez nous et
qui signilie : Parler avec un son de voix qui dénote un
viiume.
PARLEPi MAL et MAL PARLER, sont deux expressions
.différentes. « Parler mal, «c'est: Manquer aux principes
de la grammaire. « Mal parler, » c'est : Dire des paroles
offensantes, médire. [Acad.] Mais nos grands écrivains
n'ont pas observé scrupuleusement cette distinction, et les
exemples à l'appui ne manqueraient pas.
PARMI, adv. Au milieu, dans le milieu, dans l'intérieur. Ce
foin paraît sec, mais il est encore mouillé parmi. Cette
paille est mouillée parmi. Cette expression, qui nous vient
du vieux français, est fréquente dans la bouche des campa-
gnards.
PARMI, prép. S'emploie souvent en sous-entendant son com-
plément. Vos moutons sont chétifs ; il y en a pourtant
d/asse:: bons parmi. Expression inconnue aux dictionnaires
ot blâmée par les grammairiens.
PAR— PART 79
PAROI, s. f. Parui lilelée ; paroi gijssée; paroi en carrons.
Le mol paroi est français, mais vieux et inusité dans le sens
qui lui est donné chez nous. Le terme véritable est : « Cloi-
son. »
PAROLI, s. m. Babil facile, élocution abondante. Ce jeune
homme n'a qve du paroii. En provençal, parunli signitie :
Langage flatteur et séduisant; dans le vieux français : Pa-
roler, discourir.
t PAR PEU QUE, locut. conj. Pour peu que. Far peu que
tu lambines, ta arriveras trop tard. Par peu que tu sois
diligent, tu pourras 7ious rattraper. Faute fréquente, mais
qui passe inaperçue, à cause de la ressemblance des sons
par peu et pour peu.
PARPILLOLE, s. f. Monnaie genevoise du seizième siècle,
valant les trois quarts d'un sou, soit neuf deniers. Elle s'ap-
• pelait aussi parpayole.
PARPILLON, s. m. Terme des cam[)agnards. Papillon. Fais
voir à ces Monsieiirs ton beau parpillun. En Franche-Com-
lé, en Auvergne, en Languedoc et en Gascogne, on dit :
Parpillot; en provençal, parpaihoun ; en Dauphiné, par-
paillou.
PARTERET, s. m. Couperet, hachette, sorte de couteau de
boucherie fort large, lequel sert à couper la viande. A Ru-
.milly (Savoie), on dit: Parlelel; en Dauphiné, parîow.
R. vieux français, parter, diviser, partager.
PARTICIPER, V. a. Communiquer, faire part de, informer
de. Participer une nouvelle, participer un événement. M'
N** a négligé de nous participer le mariage de sa fille.
t PARTICULIARITÉ; s. f. Que dis-tu de ce bon rencontre,
Christophe.^ N'est-ce pas une particuliarité.^ Terme vieux
français. Ecrivez et prononcez « Particularité. »
PARTIE, s. f. Ne dites pas : Faire une partie aux boules,
faire une partie aux quilles, etc. Dites : Faire une partie
80 PAR— PAS
DE boules, faire une partie de quilles, une partie de billard.
PARTI-MEYTI. Locution moitié patoise, moitié barbare,
qui revient à : « Partageons, r, et qui se dit ordinairement
après une trouvaille faite en commun. Partir ou parler, en
vieux français, signifie : « Partager, » et meyti ou meytla,
en patois, veulent dire : « Moitié. »
PARTI ROULANT, s. m. Se dit d'un jeune homme qui est
mûr pour le mariage, riche ou en position de le devenir.
j|r jv** ggf ^j^ farti roulant. Il y avait à ce bal trois ou
quatre partis rowfonis. Cette expression, qui appartient à la
conversation familière, n'est pas inconnue en Savoie et dans
le canton de Vaud. Je demandais à une bonne paysanne du
Chablais quel âge à peu près devait avoir un riche céliba-
taire pour être appelé parti roulant : « Tant plus vieux,
tant meilleur, » me répondit-elle.
i PAS, adv. interrogatif. N'est-ce pas? Cesl après-demain
la foire à Gaillard, pas? Dis-donc, Moïse, les raisins
sont mûrs, on ira à la picote, pas F Terme des gamins.
PAS MOINS, conj. Cependant, néanmoins. Elle avait dit et
répété : « Je n'irai plus au bal, » et pas moins elle y re-
tourne. Terme français populaire.
PAS PLUS, loc. adv. Non certes, point du tout, aucunement.
Votre cousin a-t-il réussi dans sa requête? — Pas plus.
On dit que vous pensez à vous marier, Mamzelle Gothon.
— Moi, Monsieur, pas plus : et qui est-ce qui me voudrait?
PAS RIEN QUE, est une expression incorrecte dans les phra-
ses suivantes : // ny a pas rien que lui qui souffre. Il n'y
aura pas rien que vous deux de pu7iis, etc. Dites : Il n'est
pas le seul qui souffre. Il y en aura d'autres que vous deux
de punis.
PASSAGER, ÈRE, adj. Passant, passante; fréquenté, fré-
quentée. Chemin passager, rue passagère. Terme français
populaire.
PAS— PAT 8î
PASSEE, s. f. Terme de vigneron. Le temps de la floraison
des vignes. // faut beaucoup de chaleur pour que la pas-
sée se fasse bien. [Glossaire de Galdy.]
PASSEE, subst. f. Tournée, passage de quelqu'un. Première
passée, deuxième passée du facteur de la poste aux lettres.
As-tu soin, Octavie, de cueillir mes graines de capucines/'
— J'ai déjà fait ce matin deux passées.
PASSE-GENT, s. m. Nos jeunes garçons appellent ainsi un
jeu qui consiste à sauter, de distance en distance, les uns
par-dessus les autres. Jouer à passe-gent. Terme langue-
docien. En français, ce jeu s'appelle Coupe-tête.
PASSER AU BLEU, v. a. (fig.) Tuer, faire mourir. Quelle
nouvelle a-t-on de notre lieutenant F — // a été passé au
bleu. Français populaire.
PASSE-ROSE (UN). Un beau passe-rose. Ce mot est fé-
minin.
PASSET ou PASSEY, s. m. Échalas. La plupart des dia-
lectes populaires de France, de Suisse et de Savoie ont ce
terme, plus ou moins modifié. Dans le vieux français on
disait : Pesseau; en grec, passalos, et en latin, paxillus.
PASSIONNER, V. a. Ce verbe n'est pas français, dans le sens
de : Aimer avec passion. Ne dites donc pas : Cette dame
passionne les romans. La jeunesse passionne les voyages.
Nous passionnons tous la paix et la liberté.
PASSIORET, s. m. Petit passage, ouverture pratiquée dans
une haie pour les piétons. Terme savoisien. Dans le dia-
lecte du Berry, passière veut dire : « Chemin. »
PASSON, s. m. Terme des campagnards. Échelon. En Cham-
pagne, passet veut dire : Petit marche-pied.
PATACHE ou PATASSE, adj. et subst. Lambin, lambine.
PATACHER ou PATASSER, v. n Lambiner.
PATACHERIE et PATASSERIE, s. f. Lenteur extrême, non--
cbalance.
II. 8.
82 PAT— PATE
PATAPOUF, s. m. Homme corpulent et lourd. Ungrospaia-
pouf. Terme savoisien, picard, rouchi, etc.
t PATARAFE, s. f. Mettre sa patarafe. Terme français po-
pulaire. L'expression véritable est : Mettre son parafe.
t PATARAFER (SE). Faire son parafe.
PATENAILLE, s. f. Pastenade, carotte jaune. Plucher des
patenailles. Salade aux patenailles. Terme vaudois, va-
laisan et jurassien, usité aussi dans le Chablais et le Fauci-
gny. A Rumilly (Savoie), on dit : Parsenaille ; en vieux
français, pastenaille. R. lat. pastinaca.
PATENOCHAGE, s. m. ou PATENOCHERIE, s. f. Lambi-
nerie.
PATENOCHE, s. f. Lambin, lambine; nonchalant, noncha-
lante.
PATENOCHER, v. n. Lambiner.
PÀTÈRE(UN). Unpâtère avis. Assujettir un pâtère. Dites:
« Une patère » [a bref). Sorte de crochet qui sert dans l'a-
meublement à différents usages. R. lat. paiera, coupe.
PATET, ETE, subst. et adj. Lambin, qui fait tout lentement
et mollement. Un écolier patet ; une servante patete. Il est
si palet qu'il vous ferait grimper les murs. Terme suisse-
roman, savoisien, lyonnais et méridional. Dans le Midi, pa-
tet signifie plutôt : Vétilleur, chipotier, tatillon, scrupuleux
à l'excès, diiîicile à contenter. A Genève, patet se dit aussi
des choses. Un travail palet est celui qui exige des soins
très-minutieux. Une bouilloire patèle est celle qui met
beaucoup de temps à cuire.
PATETAGE, s. m. Lambinerie, acte d'un lambin.
PATETER, V. n. Lambiner, s'occuper longuement de mi-
nuties.
PATÈTERIE, s. f. Lambinerie, barguignage, tatillonnage.
Cesse tes patèteries, Joseph, et viens nous aider à scier
le bois.
PAT— PATR 83
PATIENCE, s. f. Sorte de petite pâtisserie ronde, de la gran-
deur d'une pièce de cent sous et de la nature des masse-
pains. Un cornet de patiences.
PATIN, s. m. Braie, linge dont on enveloppe les petits en-
fants, et par-dessus lequel on met le lange. Faire sécher
des patins. Terme suisse-roman et savoisien.
PATIOCAGE, s. m. Lambinerie.
PATIOQUER, v.n. Lambiner. Augmentatif du verbe patetcr.
PATl-PATA. Onomatopée par laquelle on exprime les redites
et le bavardage étourdissant d'une personne qui babille sans
cesse.
PATOCHON, s. m. Lambin.
PATOUFLE, s. m. Lourdaud. Un gros patoufle. Terme sa-
voisien. Enrouchi : Patouf. Dans le patois du bas Limou-
sin, patoufle signifie : Joufflu ; en provençal, patufeou veut
dire : Dadais, benêt.
i PATRAOLE, s f. Patraque.
PATRACLER, v. n. Travailler avec mollesse et lenteur; ne
pas avancer dans son ouvrage, [p. g.]
PATRIGOT, s. m. Patrouillis, margouillis, boue liquide. Se
mettre dans le patrigot. Terme suisse-roman et savoisien.
Patrigot s'emploie aussi figurément et signifie : Tracas, em-
barras dont on ne pourra sortir que difficilement; affaire
épineuse et désagréable. Le voilà depuis six mois, et par
sa faute, dans un fameux patrigot. En provençal, patrigo
et patricot signifient : i° Mic-mac, manigance, pratique
secrète ; 2° Tracasserie, embarras.
PATRIGOTER, v. n. Patauger, marcher ou s'enfoncer dans
la boue épaisse, dans le patrigot.
PATR1M0NL4L, s. m. Doyen d'un cercle, doyen dune con-
frérie. M"" iV**, patrimonial du cercle des Anonymes, vient
de mourir. Le mot patrimonial est français, mais dans une
acception différente.
84 PAT— PAU
PATTE ou PATE, s. f. Chiffon, morceau de vieux linge, lam-
beau de linge usé et qui n'est bon qu'à faire du papier. Il
7111 1 sur sa coupure des toiles d'araignée en guise de patte.
Ici on loue la Feuille d'Avis et on achète les pattes. Pro-
verbialement, Avoir son béguin de patte, signifie: Etre
mort, être ployé, être dans le linceul. Terme suisse, sa-
voisien, franc-comtois et méridional. En Lorraine, patte
signifie : Etoupes de chanvre. A Lausanne, à Neuchàtel,
à Lyon, à Besançon, le pattier est Celui qui ramasse les
chiffons dans les rues. En français on appelle pattière, La
femme qui trie les chiffons à papier. Nous appelons patte
aux aises ou patte des aises, La lavette, c'est-à-dire : Le
bout de torchon qui sert à laver la vaisselle, Nous appelons
patte soufrée, Une mèche soufrée ; patte à bleu ou patte
au bleu. Le sachet pour l'indigo.
PATTE A COU, loc. adv. Porter quelqu'un à patte à cou,
signifie : Porter à dos une personne qui se tient à notre
cou avec ses bras, ou ses pattes. Cette expression est sur-
tout familière aux campagnards. A Genève nous disons :
-4 cocochet. [p. G.]
PATTE MOUILLÉE, s. f. Se dit dune personne flasque,
molle, lâche au travail et sans énergie. Je ne peux rien
faire de votre apprenti: c'est un paresseux, c'est une patte
mouillée. Terme suisse, savoisien et lyonnais. On dit en
français, dans le même sens : « Un linge mouillé. »
PAUFER, s. m. (Prononcez le r.) Levier en fer, avant-pieu.
On plante les saules au paufer. Terme suisse. En Savoie :
Paufer et pafer; dans le Dauphiné et le Languedoc, pal fer.
En vieux français, pau signifie : Pieu. Quelquefois, par
exagération, nos dames appellent paufer, Une grosse ai-
guille.
PAUME, s. f. Balle, sorte de pelote ronde servant à divers
jeux. Lancer une paume. Renvoyer la paume. Terme mé-
PAU-PAY 85
ridional. En français, «Paume» se dit du jeu lui-mèrae
et non de la balle.
PAUME DE NEIGE, s. f. Pelote de neige, boule de neige.
Jeter des paumes de neige. Se battre à coups de paumes
de neige. Ternie suisse. Paumer les passants, c'est : Leur
lancer des paumes de neige.
PAUNER ou PÙNER, v. a. Payer sa quote-part, acquitter
sa dette; contribuer. On saura bien le faire pôner comme
les autres. En vieux français, paner signifie : Poser, mettre,
déposer. R. pana.
PAUVRE, s. m. Nous disons proverbialement : Rire comme
des pauvres, pour : Rire de bon cœur, rire à ventre débou-
tonné. La soirée fut divertissante : nous y avons ri comme
des pauvres. En Bretagne, Etre gai comme des peillotoux,
signifie : Être gai comme des déguenifiés.
PAUVRE (UNE). Une mendiante. Ne renvoyez pas cette
pauvre. Les dictionnaires disent : « Une pauvresse, » ex-
pression inconnue chez nous, et probablement ailleurs.
PAVANE, subst. fém. Farce. Regarde ces déguisés, Joson !
quelle pavane! S'emploie aussi adjectivement. Que cette
chanson est pavane ! c'est-à-dire: Qu'elle est plaisante;
qu'elle est bouffonne !
t PAVIR, V. a. Paver.
t PAVISSEUR, s. m. Paveur. Terme savoisien.
PAYER, v. a. (fig.) Il me la payera! Vous me la payerez
tous! Il faut quon me la paye! Dites, avec le masculin :
u 11 me LE payera ! Vous me le payerez! Jl faut qu'on me
LE paye ! » c'est-à-dire : J'aurai ma revanche.
PAYER UN GAGE. Terme de certains jeux. Dites : Donner
un gage. Ma lourdise fut grande à tous ces jeux, et l'on
me fit payer quatre gages. Expression méridionale. Le gage
n'est pas un payement, c'est une garantie du payement :
on ne paye que quand on retire le gage.
86 PEA— PEG
PEAU DE SOURIS, s. f. Se meUre en peau de souris pour
quelqu'un, signifie : Se dévouer à lui corps et biens ; em-
brasser ses intérêts chaleureusement et quoi qu'il en puisse
coûter.
PEBLACHE, adj. des 2 genres. Terme des campagnards.
Sec et mou. Se dit d'un légume de la famille des crucifères,
qui n'a plus sa fraîcheur primitive; qui s'est durci en per-
dant sa saveur. Un ravonel peblache . Des raves pehlach.es.
On dit aussi : Bllache {Il mouillés).
PÈCHERONGE, s. f. Pavie, sorte de poche.
PÈCHE SANGUINE. Voyez sanguine
PECHIER, s. m. Pécher, arbre qui porte la pèche. Des pê-
chiers en plein vent. Terme français populaire et vieux
français.
PECLET, s. m. Loquet d'une porte. Trouvant la porte fer-
mée, nous commençâmes à sigougner le pe'clet. Terme
suisse et savoisien. En Franche-Comté on dit : Pècle.
PÉCLET, s. m. Montre, petite horloge de poche. Terme
badin.
PÉCLOTIER, s. m. Horloger. Terme badin ou dérisoire Un
pauvre péclotier ; un mauvais péclotier.
PECOU ou PÉKEU, s. m. Terme des campagnards. Le pé-
doncule, la queue d'un fruit. Le pecou d'une poire; le
pecou d'une cerise, etc. Mot provençal et vieux français.
On dit à Lyon : Picou, et en Languedoc, pecoul.
PÉCUGNE, s. f. Pécune, argent comptant.
PÉGE ou PEGUE, s. f. Poix, matière résineuse. Ces mots
pkje et piegue appartiennent aux dialectes du Midi et au
vieux français. Nous disons figurément d'une personne dont
les conversations ou les visites fatiguent par leur longueur :
C'est une pège. Quelle scie! quelle pege que ce Dorival !
Vège s'emploie aussi adjectivement. Taperçois-tu que le
papa N** devient un peu pege?
PEG— PEN 87
PÉGEUX, EUSE, subst. Lambin, traînard.
PEGUER, V. n. Enrager, pester. Regardez tous comme il
bisque! Regardez comme ilpeyue! Terme trivial.
PEIGNE, s. m. Nous disons proverbialement: Être sot comme
un peigne, pour : Etre ébahi, être stupéiait. // persistait
à nier; mais quand on lui montra sa signature, il de-
meura, sot comme un feigne.
PEIGNER (SE), V. récip Se battre. Nous disons figurément
et proverbialement : Voilà où les chats se peignent, pour :
Voilà où est la difficulté, voilà où est l'obstacle.
PEIGNETTE, s. f. Peigne fin.
PEILLE, PEILLOT, PEILLON, et PEILLOU, s. m. Brou,
écale, coque, couverture extérieure des noi.x, des noisettes
et des amandes. Terme vaudois et savoisien. Dans le canton
de Vaud, piller des noix signifie : Ecaler des noi.x-, et
noix pillettes veut dire : Noix débarrassées de leur enve-
loppe. En Lorraine, piller des pois, piller des fèves, signi-
fie : Les écosser.
PÈLE, s. m. Nom que les enfants des environs de Genève
donnent à une noix ou à un noyau de pêche, qu'ils façon-
nent et polissent avec du grès, et dont ils se servent pour
jouera la droite, aux noix ou aux noyaux dépêche, [p. g.]
PÈLERINE, s. f. Biscuit long et mince, très-léger, qu'on ap-
pelle à Paris : Biscuit à la cuiller. Saucer des pèlerines
dans du sirop. Terme savoisien.
PELLE, s. f. Rame, aviron. Aller à la pelle, signifie : Ra-
mer, naviguer à l'aide des rames. En français, « Pelle d'a-
viron f) se dit quelquefois de la partie plate de laviron, la-
quelle entre dans l'eau quand on rame.
PELLE, s. f. Bêche. Labourer à la pelle, c'est : Labourer
à la bêche. Le Complément du dictionnaire de l'Académie
dit : « Pelle-bêche, espèce de bêche. »
P'ENGORE, loc. adv. Pas encore, [p. g.]
88 PEN— PENT
PENDEAU, s. m. Trochet, bouquet, glane, botte. Unpendeau
de cerises s'appelle en français : Un trochet de cerises. Un
pendeau de poires s'appelle : Une glane de poires. Ce terme
de pendeau est connu à Moudon (canton de Vaud;, à Neu-
châtel et sans doute ailleurs.
PENDILLON, s. m. Morceau d'étoife, ruban qui pendille et
annonce le désordre ou le manque de goût.
PENIN, s. m. Salaire, argent qui est le produit d'un travail.
PENNE, s. f. Panne, graisse du ventre d'un porc. Une penne
de lard. Terme suisse etsavoisien.
PENOT, OTTE, adj. (o bref.) Penaud, penaude. .4 cette ren-
contre imprévue, elle demeura penotte et interdite.
PENSER DE. Projeter, avoir l'intention de, avoir dans l'idée
de. Penses-tu de sortir dimanche, s'il fait beau? — -Sans
doute, je pense de l'accompagner à la Bellotte. Dites : Je
pense à t'accompagner. [Ac.\d.]
PENSER (SE). Penser, croire, s'imaginer. Quand on a
frappe' à la porte, nous nous sommes bien pensé que c'était
toi. En voyant les hirondelles voler si bas, je m'étais bien
pensé qu'il pleuvrait. Cette locution, fort répandue en
Suisse, en Savoie, en Franche-Comté, en Dauphiné et dans
tout le Midi, appartient au vieux français. Ce n'est donc
point une locution qui soit particulière à notre patois,
comme le dit M. Sainte-Beuve, dans la Biographie de
Topffer.
PENSION, s. f. L'expression : Prendre pension, si connue,
si usitée chez nous, ne se trouve dans aucun dictionnaire,
ni dans aucun Glossaire. Vous voilà donc. Monsieur, pour
quelque temps à Genève: où prendrez vous pension^ c'esi-
à-dire : Où prendrez-vous vos repas?
PENTE, s. f. (tig.) Se donner une pente de quelque chose,
signifie : En prendre autant que l'on peut, en user large-
ment et à cœur joie. Se donner xine pente de travail; se
PEN— PER 89
donner une pente de petit blanc ; se donner une pente de
bals masqués, une pente de concerts, etc. Expression qui
appartient au style le plus familier.
PENTECÔTE, s. f. Nous disons comme les Gascons : La fête
de Pentecôte; le jour de Pentecôte, etc.; et je trouve dans
Seinebier la phrase suivante : « Les décisions du Synode
de Lausanne sur les fêtes de Noël, de l'Ascension eide Pen-
tecôte.» [Histoire littéraire de Genève, t. I'^'", p. 186.] Il
faut dire, en ajoutant l'article : La fête de la Pentecôte,
le jour de la Pentecôte; les sermons de la Pentecôte.
PÉPINÉRISTE, s. m. Un pépinériste achalandé. Terme fran-
çais populaire. On doit écrire et prononcer Pépiniériste.
PERCE-NEIGE (UN). Sorte de plante qui rteurit en plein
hiver. Ce mot est féminin. « Une perce-neige. »
PERCER, V. a. Nous disons d'un petit enfant à qui les pre-
mières dents viennent : Il a percé ses premières dents. L'ex-
pression française est : Les premières dents ont percé à cet
enfant; les premières dents sont venues à cet enfant.
PERCET, s. m. Foret, vrille, perçoir, percerette. On dit en
Valais : Percer et.
PERCHETTE, s, f. Sorte de menu poisson, petite perche.
PERCLUE, adj. f. Cette pauvre femme était perdue de froid,
perdue de douleurs. Terme français populaire. L'adjectif
« perclus I) fait au féminin « percluse « et non pas perdue.
PERDRE, v. n. Quand nous disons d'une jeune tille, d'une
jeune dame : Elle perd, elle a perdu, elle commence à per-
dre, cela signifie que : Sa beauté, sa fraîcheur, son éclat
diminuent, ont diminué, commencent à diminuer. Ce sens
du verbe « Perdre, » si usité chez nous, n'est pas dans Içs
dictionnaires.
PERDRIGONE, adj. f. Une prune perdrigone. Dites: Une
prune de perdrigon, ou : Un perdrigon. Un perdrigon blanc,
un perdrigon violet. Dans le Languedoc, le Limousin et le
II. 9
90 PER— PET
Dauphiné, on dit : Une perdigone; à Marseille, tine prune
pardigone.
PERD-ÏEMPS, s. m. Se dit de tout objet qui invite à muser
et à perdre le temps. Un chien, mu oiseau, un chat, une
pipe, deviennent quelquefois un perd-temps, un agréable
perd-temps.
PÉRIN ou PÉRAIN, s. m. Canepin, pessonure, rognures de
peau blanche et fine, pour effacer les traits au fusain.
PERNETTE, s. f. Petit scarabée, d'un beau rouge moucheté
de noir. C'est la définition qu'en donne Tôpffer lui-même
dans le Presbytère.
PERORER, V. a. Pérorer une assemblée. Il nous pérora de
son mieux, mais il ne parvint pas à nous convaincre.
M Pérorer » est un verbe neutre. « Voyez comme il pérore!
Ecoutez-le pérorer. «
PERRUQUE, s. f. (fig.) Remontrance, mercuriale. On lui a
donné sa perruque.
PERRUTIER, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses
du mot « Perruquier. »
PERSÉCUTER DE, suivi de l'infinitif. Je le persécute de par-
tir ; il me persécute de le suivre, etc. Ce régime du verbe
« persécuter n est inconnu aux dictionnaires: ce qui ne veut
pas dire qu'il soit vicieux.
PESATU, s. m. Terme rural. Blé, seigle et vesces {pesettes)
que l'on sème pêle-mêle et que l'on récolte à la fois sans
faire de triage. Farine de pesatxi; pain de pesatu. [p. G.]
PERTANTAINE, s. f. Courir la pertantaine. Dites : Courir
la prétantaine.
PÉTALE (UNE). Ce mot est masculin : « Un pétale, » c'est-
à-dire : Chacune des pièces qui composent la corolle d'une
fleur.
PETARD, s. m. (fig.) Nous appelons front de pétard, le front
d'un homme qui ne rougit plus, le front d'un homme
PET— PEU 94
élionté. Insensible à ce reproche, il curUinua de se défendre
avec un front de pétard, c'est-à-dire : Avec une audace et
une effronterie achevées. Expression fort triviale, mais fort
répandue.
PETARD, s. m. (fig.) Horion, nnornifle. Donner un pétard ;
flanquer un pétard; appliquer un pétard.
PETARD, s. m. Canonnière, tube de sureau dont on ôte la
moelle, et dont les enfants se servent pour chasser, par le
moyen d'un piston, de petits tampons de papier mâché.
Terme méridional.
PÉTA VIN, s. m. Espèce de framboise noire, qui croit dans
les lieux humides et surtout le long des rivières. Selon le
Vocabulaire dauphinois de M"' Ch.\mpollion aîné, peitavin
signifie : Osier.
PETEE, s. f. Foule, quantité. Une pelée de monde; une pelée
de curieux. Vite, vite, tire ton cerceau: tu as une pelée de
perchetles.
PETER, V. n. Faire peter son fouet. Dites : Faire claquer son
fouet.
PETER, V. n. Nous disons d'un vin dur et acide : C'est un vin
à faire peter les chèvres. Les dictionnaires disent plus dé-
cemment : « C'est un vin à faire danser les chèvres. »
PETEUX, s, m. Lâche, poltron, pleutre, couard, peteur.
Dans le plus fort de la dispute, il s'alla cacher comme un
peieux. Terme français populaire.
PETIAFFE, adj. des 2 genres. Sans force, sans vigueur, fai-
ble, bon à rien. Je suis encore tout pétiaffe, et je puis à
peine me soutenir: Se dit aussi d'un fruit pourri : Une
pomme pe'liaffe.
PETIOLET, ETTE, adj. Très-petit, très-chétii.
PETIOT, OTE, adj. Petit, très-petit, exigu. Tume donnes là
un morceau de pain bien petiot. Terme vieux français. Pe-
iiotesl aussi substantif. Où sont vos])etiots? (où sont vos
92 PET— PETR
jeunes enfants?) Montrez-nous donc vos braves petiots?
Petiou se dit quelquefois pour : Petiot.
PETIT (LE). Terme du jeu de boules. Le but, le cochonnet.
Lancer le petit; s'approcher du petit ; baucher le petit.
Terme méridional, etc.
PETIT, s. m. Jeune enfant, jeune fils d'un tel. Vos petits sont-
ils en bonne santé? — Notre petit a la rougeole. Petit, dans
ce sens, n'est pas français. Le féminin petite pourrait mieux
se dire.
PETIT-BOIS, s. m. Menu bois.
PETIT-LOUIS, s. m. Courlis ou courlieu, oiseau aquatique.
PETIT-PEU (UN). Très-peu, tant soit peu.
PETOLLE, s. f. Crotte, fiente de certains animaux, comme
chèvres, brebis, lapins, souris. En vieux français : Petelle;
en provençal, peto.
PETON, s. m. Terme enfantin. Le pied d'un petit enfant. Elle
a bobo à son peton. Dans le canton de Vaud on dit : Piéton
oûpioton.
PÈTRA ou PEITRÀ, s. m. Manant, rustre, pacant, butor,
grossier personnage. Terme normand, breton, etc.
PÈTRE ou PEITRE, s. m. Gésier, estomac. Le pètre d'une
poule; le pitre d'une dinde. Terme suisse et savoisien. On
le dit quelquefois, mais trivialement, en parlant des per-
sonnes. Nos individus ne quittèrent la table qu'ayant le
pitre bien garni. Pètre se dit aussi d'un gros goitre.
PÉTREUX, s. m. Goitreux.
PÉTRISSOIRE, s. f. Pétrin, huche, coffre à pétrir le pain.
Terme suisse, savoisien, franc-comtois, etc. Quelques dic-
tionnaires modernes disent au mascuhn : «Un pétrissoir. «
P TRONER (SE), ou SE PÉTROGNER, v. pron. Se dit
d'un enfant qui, dans les bras de sa nourrice ou de sa
mère, a l'air de se dorloter, et témoigne son contentement
par un certain bruit du gosier.
PET— PIA 93
PETTE, s. f. Bagatelle, chose de nulle valeur. Pour toutes
vos peines, vos courses, vos écritures , vos correspondances,
la famille du défunt vous a envoyé deux cotiverts d'argent :
la belle pelle! Voilà vraiment une belle pette! Ils ont
fait là une belle pette! Ce terme, très-familier et même
trivial, se retrouve dans le patois rouchi, où il signifie : Peu
de chose, rien. [Voyez le Dictionnaire rouchi- français de
HÉCART, G""*^ édition.] Voyez aussi le mot peto, dans le
Dictionnaire provençal Aq M. J.-F. Avril.
PEU (UN), s. m. N'est pas français dans le sens de : Un peu
de temps. Il y a un peu que je n'ai vu ton frire. Il y a un
peu que la diligence est partie.
PEU (UN). Prête-moi un peu ton couteau. Donne-moi un
peu cette échelle, etc. Dans cette phrase et les phrases ana-
logues, un peu est inutile et vicieux.
PEUGET, s. m. Suc ou jus qui se forme dans le tuyau et le
fond d'une pipe par la salive et la vapeur du tabac.
PEUR, s. f. A moi la peur si Espèce d'affirmation qui
revient à la suivante : Je veux être pendu si Tu veux
donc toujours me désobéir, Janot; mais à moi la peur si
je ne t'enferme pas dimanche prochain. Puisque Du Ro-
sier refuse obstinément de me payer, à moi la peur si je ne
lui envoie pas une assignation.
PEUR, s. f. Qu'as-tu peur? Qu'ave::-vous peur? Kxpves-
sions fort usitées chez nous et ailleurs. Pour parler gram-
maticalement il faut dire : De quoi as -tu peur? De quoi avez-
vouspeur?
PHIBOSETTE, s. f. Fille ou femme démesurément petite et
contrefaite. Voyez méphiboset.
PIÂLER, V. n. Piailler, piauler.
PIAILLARD, ARDE, adj. et s. Piailleur, criard. Français
populaire.
II. 9.
9i PIA— PIC
PIÂILLEE, s. f. Piaillerie, criaillerie. Faire des piaillées.
Finissez donc vos piaille'es.
PIANOTTER, V. n. Terme dérisoire. Jouer du piano.
PIAPEU, s. m. Renoncule des champs. Terme connu aussi
dans le canton de Vaud. Le dictionnaire de M'' Bescherelle
dit : « Piapan. »
t PIASTRE (UN). Une piastre. Aimer le piastre, aimer l'ar-
gent. Goûts piastreux , goûts excessifs de s'enrichir.
Homme piastreux, homme riche.
PIAUTE, s. f. Voyez piÔte.
PIC, s. m. Terme français, qui signifie: Pivert. Nous disons
proverbialement d'une personne maigre et sèche : Elle est
maigre comme un pic. Cette expression est sans doute
moins usitée ailleurs que chez nous, puisqu'elle n'est pas
consignée dans les dictionnaires.
PIGAILLONNER, v. n. Liarder, lésiner, faire des économies
mesquines, mettre avaricieusement sou sur sou. Son plus
grand bonheur est de picaillonner. Le picaillon était une
petite monnaie en usage dans le Piémont et la Savoie, et
qui valait un centime. Nous disons encore d'une chose de
nulle valeur : Cela ne vaut pas un picaillon; je n'en don-
nerais pas nn picaillon .
PICAILLONNEUR, s. m. Liardeur, avare.
PICÂTA ou PECATA. Terme injurieux dont les paysans sa-
voisiens se servent pour désigner les habitants de Genève
et particulièrement les protestants. On explique très-diver-
sement l'origine de cette dénomination. Dans le Berry, pec-
cata signitie : « Baudet. »
PICAIRNE, s. f. Voyez piquerne.
PICATALON, s. m. Fourmi, Un nid de picatalons.
PIGHE, s. f. Chopine, petite mesure du pays. En français,
« Pichet B est une sorte de vase à vin.
PICHENETTE, s. f. Coup, taloche. Flanquer une pichenette.
PIC— PIE 95
PIGHOLETTE, s. f. Ghopine, petite mesure du pays. Une
picholette de vin. Boire picholette. Payer picholette.
Terme vaudois et savoisien.
PIGOLON, s. m. Petit point. Indienne à petits picolons.
Terme vaudois. Dîner au picolon de midi, signifie : Dîner
au coup de midi, à midi sonnant. Nous disons qu'une mon-
tre fend le picolon, lorsqu'elle marche avec une parfaite
régularité- Je puis vous donner l'heure exacte, car ma
montre fend le picolon.
PIGOT, s. m. Sorte d'épingle longue et à grosse tête. En fran-
çais, « Picot » signifie : Petite pointe qui demeure sur le
bois quand ce bois n'a pas été coupé net.
PIGOTE, s. f. Picorée, maraude. Aller à la picote des rai-
sins, à la picote des noix. Terme consacré parmi les jeu-
nes garçons.
PIDANGE, s. f. Pitance. Le pain et la pidance. Terme fran-
çais populaire. Voyez s'apidancer.
PIDE, s. f. Semonce, réprimande. Donner une pide. Rece-
voir une pide. Tu as eu ta pide, et cela te venait. Terme
vaudois.
PIDE, s. f. Terme de certains jeux. Mesure, action de mesu-
rer. Je veux de la pide (je veux mesurer).
PIDER, V. n. Mesurer la distance d'un palet à un autre, la
distance d'une boule à une autre, etc. Tu t'imagines tenir,
mais je pense le contraire, et j'en veux de la pide, je veux
pider. Terme vaudois et savoisien. R. lat. pes, pedis.
PIDER, V. n. Abuter, c'est-à-dire : Jeter au but, tirer au
but pour savoir qui jouera le premier. A qui est ce à pider. ^
Commence, Daniel, et ne pidons pas.
PIDER, V. a. Terme des collégiens. Voler, dérober, filouter.
Quel est celui de vous qui m'a pide mon agate?
PIED, s. m. Braie, drapeau, pièce de toile dont on enveloppe
les petits enfants, et par-dessus laquelle on met les langes.
96 PIE— PIER
Sécher un pied; changer un pied. Terme vaudois et savoi-
sien. En Dauphiné, Dominer les pieds à tin enfant, signifie :
Lui donner sa première robe.
PIED, s. m. Tenir pied, est un terme du jeu de boules qui
signifie : Piéter, c'est-à-dire : Tenir le pied à l'endroit qui a
été marqué pour cela.
PIED POTENT, s m. Jeu d'écolier.
PIEDS, s. m. pi. Nous disons figurément de quelqu'un qui,
par des spéculations ambitieuses ou sottes, a perdu la posi-
tion aisée où il se trouvait : // s'est mis aux pieds ce qu'il
avait aux mains.
PIEDS, s. m. pi. Ne pas mettre deux pieds dans un soulier,
est une expression figurée qui signifie : Agir promptement,
mettre à l'exécution d'un message toute la diligence pos-
sible. Va nous louer un cabriolet, et surtout ne mets pas
deux pieds dans un soulier.
PIEDS AU CHAUD. Tenir à quelqu'un les pieds au chaud.
Se dit d'une personne qui en soigne une autre dans des vues
intéressées. On dira, par exemple, d'un neveu qui a de
grands égards pour un oncle célibataire : Voye:: comme il
le cajole et le prévient; voyez comme il lui tient les pieds
au chaud.
PIEDS BLANCS, s. m. pi. // a les quatre pieds blancs. Se
dit de quelqu'un qui a ses entrées libres et ses coudées fran-
ches dans une maison.
PIERRE À BERNARD ou PIERRE À BERNADE. Se dit
d'une distribution d'argent ou de bonbons que les riches pay-
sans, le jour de leurs noces, font aux enfants de la com-
mune. L'ancien Glossaire fait erreur quand il dit que cet
usage a cessé dans notre canton, [p. g.]
PIERRE A FEU, s. f. Pierre à fusil, pierre à briquet. Les
capsules auront bientôt remplacé partout les pierres à feu.
Terme suisse et savoisien.
PIE-PIN 9-?
PIERRES, s. f. pi. Nous disons figurémcnt d'une personne
qui est au comble du malheur : Elle est malheureuse comme
les pierres. Expression proverbiale connue en Picardie, et
sans doute ailleurs. Les dictionnaires français disent: « Être
malheureux comme un chien qui se noie. »
PIF-POUF, s. m. Homme gros, ventru et de petite taille.
En français, « Piffre n signifie : Gros, replet.
PIGEONNIÊRE, s. f. Pigeonnier, colombier.
PIGNOCHER, V. n. Peindre à petits coups, peindre sans
hardiesse. Dans les dictionnaires , « Pignocher » signifie :
Manger négligemment, manger sans appétit et du bout
des dents.
PIGNOCHEUR, s. m. Tatillon, palet.
PIGNOLET, s m. Nom que les campagnards donnent à la
plante appelée en français : « Thym. » Brouter le pignolet.
Terme vaudois.
PILE, s. f. Volée de coups, étrillée. Donner une pile à quel-
qu'un, le rosser. Terme connu dans le Berry, en Savoie et
ailleurs.
PILON, s. m. Mortier. Pilon de fonte, pilon de marbre.
L'escamoteur mit la montre dans le pilon et la brisa.
Terme suisse et savoisien. En français, « le Pilon » est l'in-
strument avec lequel on pile dans le mortier.
PILVINETTE, s. f. Épine-vinette, sorte d'arbrisseau. Ta-
blettes à la pilvinette. Dans le français populaire on dit :
Pinevinetle.
t PLMPILVINETTE, s. f. Épine-vinette.
t PLMPINIÈRE, s. f. Pépinière. PIMPINIÉRISTE, s. m.
Pépiniériste.
PINCE, s. f. Terme de couturière. Troussis, pli fait à une
robe, à une jupe pour la raccourcir.
PINÇOTTER, V. n. Terme de nos anciennes fabriques d'in-
dienne. Travailler au pinceau.
98 PIN— PIO
PINÇOTTEUSE, s. f. Ouvrière qui, dans nos anciennes fa-
briques d'indienne, mettait les couleurs.
PINIOUF ou PIGNOUF, s. m. Dénomination dérisoire. Sol-
dat du centre dans la réserve.
PINTE, s. f. Cabaret, taverne, gargote, bouchon. Hanter
les pintes. S'attabler dans une pinte. Terme suisse-roman.
En français, « Pinte» est le nom d'une mesure pour le vin,
et (I Pinter» signifie : Faire débauche de vin. » [Acad.]
PIOCHAT, s. m. Sittelle torche-pot, oiseau.
PIOGRE ou PIOGUE. Envoyer quelqu'un à Pingre, c'est :
L'envoyer promener bien loin, l'envoyer se faire pendre,
l'envoyer au di Si tu répliques encore, petit drôle, je
t'envoie à Piogre, je t'envoie à Piogre ferrer les chats. Ce
mot àe Piogre est peut-être une altération du mol piautre;
car dans le français populaire, Envoxjer au piautre, c'est :
Envoyer au di.... Peut-être aussi Piogre est-il le nom
d'une ville imaginaire, censée fort éloignée de nous. En
Languedoc on dit dans ce dernier sens : Envoyer quelqu'un
à Pampeligoust : c'est le nom languedocien de la ville de
Pampelune.
PION, PIONNE, adj. Être pion, être ivre.
PIONS, s. m. pi. Nom d'un jeu que les petits garçons jouent
assis à terre avec neuf petits cailloux, qu'ils font sauter al-
ternativement en l'air pour les recevoir dans la main. On
ne peut se faire une idée exacte de ce jeu qu'en le voyant
jouer aux enfants, [p. g.]
PIORNE, s. f. 'Voyez piourne.
PIÔTE, s. f. Patte. La piôte d'un oiseau, la piôte d'un
chien, d'un chat, etc. Une écriture en piôtes de mouche.
Terme vaudois et savoisien. Les chasseurs donnent les noms
de piôtes rouges et piôtes noires à certains oiseaux qui
vivent sur les bords du lac.
t PIOTON, s. m. Piéton. Trottoir pour les piotons.
PIO— PIQ 99
PIOTONNER, V. n. Piétiner, remuer les pieds avec vivacité.
Se dit des enfants qui s'essaient à marcher. Dans le fran-
çais populaire on dit : Piétonner.
PIÔTU, UE, adj.etsubst. Boiteux, clopinel.
PIOULER ou PlULER, v. n. Piauler, crier comme les pou-
lets. Se dit aussi des jeunes enfants qui [)lcurent et se la-
mentent. Piuler appartient au vieux français.
PIOU-PIOU, s. m. Dénomination badine par laquelle on dé-
signe un soldat du centre dans le contingent. On appelle
piou, dans le dialecte du Berry, le plus petit poulet d'une
couvée. [Vocabulaire du Berrij, p. 85.]
PIOURNE ou PIORNE, s. f. Femme ennuyeuse, qui se plaint
et qui gronde habituellement. Oh! la sotte pio\irne.' Tais-
toi, piourne! Terme vaudois.
PIOURNER et PiORNER, v. n. Se plaindre continuellement.
Terme vaudois.
PIPER, v. n, et act. S'emploie surtout avec la négation : Ne
pas piper, ne pas piper mot, et signifie : Ne pas souffler
mot, ne pas répondre. On l'a fortement réprimandé et il
n'a pas pipé mot. Terme français populaire.
PIPETTE, s. f. Pipe de tabac, petite et mauvaise pipe. Terme
languedocien. A Genève, pipette ne s'emploie que dans
cette locution : Cela ne vaut pas pipette, c'est-à-dire : Cela
ne vaut rien, cela ne vaut absolument rien. En français on
dit : Cela ne vaut pas une pipe de tabac.
PIPI, s, f. Pépie, petite peau blanche qui vient sur la langue
des oiseaux et qui les empêche de boire. Avoir la pipi:
ôter la pipi.
PIQUEE, s. fém. Douleur vive et de courte durée. Une pi-
quée de mal de ventre.
PIQUE-PRUNES, s. m. Garçon tailleur Dénomination ba-
dine ou dérisoire.
100 PIQ— PIT
PIQUER, V. a. Picoter. Piquer des raisins. Cueillez des
grappes, mes amis, je vous le permets; mais ne piquez
pas. Terme savoisien, gascon, etc.
PIQUER, V. a. Se dit des oiseaux, et signifie : Manger. Nus
deux cha7'donnerets commencent à piquer seuls. Expres-
sion languedocienne, etc.
PIQUER UNE FAUX. Terme des campagnards. Rebattre
une faux, l'aiguiser. Piquer, dans le sens d'affiler, est une
expression méridionale.
PIQUE-RAVES, s. m. Tarier, ciseau.
AIQUERNE, s. f. Chassie, humeur gluante des yeux. Terme
suisse et dauphinois, formé par corruption du vieux mot
français bigane, qui a le même sens, et qui n'est point in-
connu dans la Franche-Comté.
PIQUERNEUX, EUSE, adj. Chassieux. Des yeux piquer-
neux.
PIRE, adv. Dans le langage populaire, pire a souvent le sens
de « plus» et de » mieux, » Les deux cousines se chéris-
sent .• elles sont pires que des sœurs. Mon domestique fait
tout dans la maison : il est pire qu'une servante.
PIRE, adv. Comment va la santé, Guillaume? — Ça va de
mal en pire. Dites : « De mal en pis. » Pis est un ad-
verbe qui signifie : « Plus mal. » (Mettre les choses au pis.)
« Pire » est un adjectif, qui signifie : « Plus mauvais, plus
méchant. » « Mon vin n'est pas bon, j'en conviens: mais le
vôtre est pire. >>
PISSE, s. f. Urine.
PITATEMENT, s. m. Course au galop, etc. "Voyez pitater.
PITATER, V. n. Courir au galop, prendre le galop. Les jeu-
nes garçons se plaisent à pitater dans la neige. Je les
voyais pitater dans les sables limoneux de l'Arve.
PITAUD, AUDE, s. et adj. Pataud, pesant, épais, patu. Un
gros pitaud ; une grosse pitaude. Quel pitaud d'evfnnt vous
PIT— PLA 101
avez là! Dans le vieux français, pitaud signifiait: Rustre,
paysan. [Voyez le Dictionnaire de Richelet.]
PITON, s. m. Fouloir de vendange, [p. g.]
PITONNER, V. a. Fouler aux pieds. Pilonner la vendange.
Pilonner un duvet, comme font les chats avant de s'y endor-
mir. Dans notre patois, pilenà signifie : Piler, et piton,
s. m., signifie : Pilon. A Lyon, pitrogner veui dire : Ecra-
ser et broyer d'une manière malpropre.
PlULER, V. n. "Voyez piouler.
PIVOINE, s. m. Sorte de fleur. Un beau pivoine. Ce mot est
féminin.
PLACARD, s. m. Armoire. Remuer un placard ; transporter
un placard. On appelle en français placard, une armoire
pratiquée dans un mur. En Suisse, en Savoie et dans le
Midi, on désigne par ce terme toute espèce d'armoire.
PLACARD, s. m. Grosse tache sur un plancher, sur une ta-
ble, sur un vêtement. Un placard d'huile; un placard de
suif; un placard de graisse.
PLACE, s. f. Condition. Aller en place, dans le langage des
domestiques, signifie : Aller en condition, aller servir. En-
trer en place, signifie: Entrer en condition. L'Henriette
part demain pour entrer en place.
PLAINDRE, V. n. Gémir, pousser des gémissements, gein-
dre. La pauvre Colette n'a pas cessé de plaindre toute la
nuit; elle plaignait même en dormant; elle plaignait à
nous fendre l'âme. Expression suisse, savoisienne et méri-
dionale, qui se retrouve dans l'ancien français, et qui n'a
point d'équivalent exact dans la langue des dictionnaires.
l'LAlN-PlED, s.m. Rez-de-chaussée. Habiter un plain-pied.
Loger au plain-pied. Expression universellement répandue
dans notre Suisse et en Savoie. Le mot de « Plain-pied »
est français, mais il signifie autre chose. Voyez les diction-
naires.
H. 10
102 PL A— PLAN
PLAINT (UN). Gémissement d'un malade. Faire des plaints;
pousser des plaints. C'étaient des plaints déchirants. Terme
vaudois, neuchàtelois, savoisien, limousin, etc. En vieux
français, plaint veut dire : Complainte.
PLAISIR, s. m. Se faire plaisir d'une chose, signifie : S'en
donner le plaisir et en user largement; en jouir tout à l'aise.
Voici une corbeille de cerises, mes enfants : faites-vous-en
plaisir. Cette expression familière, très-usitée et très-ori-
ginale, ne se trouve pas, que je sache, dans les dictionnaires.
Ah! 3Iarguerite, comme je t'envie ton joli châle jaune. —
Ce châle jaune? tu peux facilement t'en faire plaisir : il
ne coûte que 8 francs. J'ai trouvé ton aiguille de bas, Ro-
sine. — Eh bien, fais-t'en plaisir, c'est-à-dire : Garde-
la, et qu'elle te serve longtemps.
PLAN ou PLANT, s. m. Laisser quelqu'un en plant, signi-
fie : Le faire attendre fort longtemps, l'abandonner, le lais-
ser dans l'embarras, le planter là. Ils me laissèrent en plant
sur la route, c'est-à-dire : Ils me laissèrent sur la route
comme si j'étais un plant et comme s'ils voulaient que j'y
prisse racine. On dit dans le môme sens : Rester en plant,
être en plant, mettre en plant. Terme parisien populaire.
Aucun dictionnaire n'a recueilli cette expression, qui a bien
son mérite.
PLAN, s. m. Gage. Mettre un habit en plan, le mettre en
gage. Expression connue aussi à Paris et sans doute ailleurs.
PLANCHER, v. a. Planchéier, garnir de planches le plancher
inférieur d'un appartement. // vaudrait mieux plancher
cette cuisine que de la carronner. Terme français populaire.
On disait en vieux français : Planchier ou planchéer. [Voyez
Glossaire roman de Roquefort.]
l^LANELLE, s. f. Sorte de brique, sorte de carron. La plu-
part de nos cuisines sont carronnées (carrelées) avec des
planelles.
PLA— PLAT 10:J
PLANTAPORET, s. m. Dénomination badine, par laquelle
on désigne les habitants de la commune de Plainpalais, et
principalement les jardiniers. Planlaporet est un mot patois
qui signifie : Plante-porreaux, planteur de porreaux.
PLANTER UN CLOU. Enfoncer un clou, le faire entrer.
PLANTEUR D'ÉCHAPPEMENTS, s. m. Ce terme, delà fa-
brique d'horlogerie, n'a pas d'équivalent dans la langue des
dictionnaires.
PLANTON, s. m. Terme de jardinier. Jeune plant de fleur
ou de légume. Planton de salade ; planton de chou; plan-
ton de viollier. Plate-bande garnie de plantons. On dit
en Dauphiné : Plantun.
PLAQUE, s. f. Tache à la peau. Son éruption a entièrement
cesse', mais il lui reste quelques plaques aux joues et au
front.
PLAQUE, s. f. Palet en cuivre ou en fer. Jouer aux plaques.
Sa plaque touchait le but.
PLAQUER, V. neutre. S'appliquer exactement contre. Il est
bien fait, ton habit: il plaque bien. Faites bien plaquer
ce miroir contre le mur. Ta bretelle ne plaque pas bien
sur ton dos.
PLAT, s. m. (fig.) Cancan, commérage, bavardage, médi-
sance. Faire des plats. On vous a dit cela et puis encore
cela. — Oui, sans doute. — Eh bien! ce sont autant de
plats, autant de mensonges.
PLATAISE, s. f. Platitude, bêtise, sottise. Dire desplataises.
N'écoutons plus ces plataises. J.-J. Rousseau a dit dans
le même sens : Platise, expression qui a été recueillie par
quelques dictionnaires.
PLAT DE LIT (À). Être aplat de lit, être malade au lit.
Comment, Dubrenil, tu viens me voir sans ton frère! —
Parbleu, mon frère, il est depuis deux jours à plat de lit.
Cette expression remarquable, et qui est d'un constant usage
I (M PLA-PLE
à Genève, n'a pas été négligée par J.-J. Rousseau. «II
n'y avait que l'excuse d'être à plat de lit qui pût me dis-
penser de courir à son premier mot. » Nous disons quel-
quefois : Etre au plat du lit.
PLATE, s. f. Poisson de notre lac, sorte de fera. Selon
De Saussure, « la plate vit dans le golfe de Thonon, et se
pêche rarement ailleurs, » [Votjage dans les Alpes, t. l^",
p. 16.]
PLATEAU, s. m. Madrier, planche fort épaisse. Terme sa-
voisien, franc-comtois et méridional. Dans le canton de
Vaud et à Neuchâtel on dit : Eplateau.
PLATELEE, s. f. Platée, plat de nourriture chargé abon-
damment. Une platelée de raves; une platelée de bou-
dins. Terme vieux français.
PLÂTRE, s. m. Nous disons figurément : Faire plâtre de
quelqu'un, pour signifier : Le turlupiner, le houspiller ma-
licieusement, en faire le badeau de la compagnie. On a
tellement fait plâtre de ce pauvre Delolme, qu'à la fin il
s^est fâché tout rouge. Les dictionnaires disent : « Battre
quelqu'un comme plâtre, » pour signifier : Le battre à ou-
trance.
PLÀTRIR, V. a. Plâtrer, enduire de plâtre.
PLÀTRISSAGE, s. m. Plâtrage, action d'enduire de plâtre.
PLEIN, prépos. de quantité. Nous disons de quelqu'un ou de
quelque chose qui nous a beaucoup ennuyés, fatigués, vexés :
J'en ai plein le dos. L'Académie dit : « Je le porte sur mon
dos 5 >' mais elle l'applique seulement aux personnes.
PLEURER, V. actif. Pleurer la nourriture à quelqu'un,
signifie : La lui reprocher, la lui plaindre. Le riche M^ Col-
net est si avare, qu'il pleure le pain à ses domestiques,
et qu'il se pleure la vie à lui-même. Léonard vient de
faire un magnifique héritage, que personne sans doute ne
PLE— PLO lor,
lui pleurera. Les dictionnaires ne donnent point de complé-
ment indirect au verbe « Pleurer. »
PLEURNICHAGE. s. m. Pleurnicherie, larmes feintes, pleurs
répandus sans véritable chagrin. Tes pleurnichaijes sont
bien inutiles, tu seras puni.
PLEUVIGNER, PLUVIGNER, PLEUVINER etPLUVINER,
V. n. Pleuvoir menu, pleuvoir un peu. Il ne pleut pas, il
pleuvigne; il commence à pluvigner. Termes suisses, sa-
voisiens et lyonnais. Le dictionnaire de Robert Estienak
(1605) dit: Plouviner. En Franche-Comté on dit: Ple-
vigner: tous mots acceptables et dignes de figurer dans les
dictionnaires.
PLIANT (UN). Un lit de sangles. Uauherge était pleine, et
tous les lits occupés : il fallut dresser quatre pliants.
Terme suisse, franc-comtois, marseillais, etc.
PLIÉ, PLIÉE, partie, (fig.) Mort, morte. Voyez ployé.
PLIOGE, PLIOZE, ou PLIODZE, s. f. Terme patois fort
connu. Pluie. Vaika la plliodze {Il mouillés), voici la
pluie. En vieux français : Ploge.
PLOMBETTE, s. f. Terme d'architecture. Plomb.
PLONGEON, s. m. Terme de nageur. Action de plonger,
immersion. Faire un plongeon. Il fit deux ou trois plon-
geons et sortit de l'eau. Terme suisse, savoisien et mé-
ridional. L'expression française est : « Faire le plongeon, »
c'est-à-dire : Imiter l'oiseau appelé Plongeon.
PLONGER (SE), v. pron. Terme de nageur. Aimes-tu te
plonger, Alexis? — Oui. — -Eh bien! allons nous plonger
à cette barque. Se plonger n'est pas français. Dites : Plon-
ger, v. neutre, « Aimes-tu plonger? Allons plonger. Le-
(|uel de vous vient plonger? »
l'LOT, s. m. Billot, tronçon de bois, bloc de bois, tronc de
sciage. Couper de la viande sur un plot. Faute de chaises,
nous nous reposâmes sur deux plots. Terme suisse, savoi-
H. 10.
106 PLO—PLU
sien, franc-comtois, berrichon, provençal, etc. Nous disons
au figuré : Dormir comme un plot, pour ; « Dormir d'un
profond sommeil, dormir comme un sabot. » [Acad.]
PLOT, s. m. Tronc pour les aumônes. La clef du plot. Ce
terme a vieilli. Plot est aussi un terme de tir : Varme
sera sans coche sur le plot, et sans double délente. [Glos-
saire de Gaudy.]
PLOYÉ, ÉE, part. Mort, enveloppé du linceul funèbre. Tu
voudrais bien que je fusse ploye'e, disait brusquement une
lavandière à son mari. — Displutôt encrottée, répliqua l'é-
poux. «Plié» s'emploie dans le même sens que ployé.
Depuis sa chute il ne traîna pas longtemps : après cinq
jours il était plié. Expression savoisienne.
PLUCHER, V. a. Eplucher. Plucher du légume; plucherdes
haricots; plucher de la salade. Cet enfant est toujours à
se plucher le nez. En vieux français : Pluchoter.
PLUCHURES, s. f. pi. Épluchures, pelures. On dit aussi :
Pluchons et pluches.
PLUMACHE, s. f. Plumes d'ornement, plumet, panache. Un
chapeau à plumaches. Terme suisse, savoisien, bressan,
provençal, etc.
PLUME, s. f. Mettre la plume à la main signifie : Se mettre
à écrire, commencer à écrire. Les dictionnaires disent :
« Mettre la main à la plume. »
PLUMER, v. a. (fig.) Ronger, manger, dévorer. Les chenilles
plumaient les branches de ce bel arbre. '
PLURÉSIE, s. f. Pleurésie. Gagner une plurésie. Terme
suisse-roman, savoisien et français populaire.
PLUS, adv. Est mis pour : « Plus de, » dans les phrases sui-
vantes et phrases analogues : J'en ai plus peur qu'envie.
Votre mari. Madame Philibert, va, dit-on, passer en Amé-
rique. — A vous dire le vrai, Monsieur, j'en ai plus peur
qu'envie. Dites : J'en ai plus de peur que D'envie.
PLU-POI 107
t PLUS BON. Meilleur. Prends ce foire, Vincent; il est bien
plus bon que l'autre.
t PLUS PIIIE. Pire. Tu trouves ce vin mauvais; tu en bois
du plus pire chez ta grand'mère. Français populaire.
PLUVIGNER ou PLUVINER, v. neutre. Pleuvoir un peu.
Voyez PLEUVIGNER.
POCHÉ, ÉE, adj. Fruits pochés. Fruits que l'on a portés
dans la poche pendant quelque temps. On dit en français :
« Pocheté. »
POCHE-L'ŒIL, s. m. Terme des collégiens et des gamins.
Coup violent sur l'œil, et qui le fait entier et bleuir. Rece-
voir un poche-l'œil.
POCHON, s. m. Cuillère à potage, cuillère profonde et à long
manche, dont on se sert à table pour prendre le potage dans
la soupière. Pochon d'argent, pochon d' ctain . Terme suisse
et franc-comtois.
POCHURE, s. f. Coup marqué au visage, meurtrissure au
visage avec enflure. Pochure à l'œil; pochure au front.
Recevoir une pochure ; se faire une pochure. « Pocher n et
« se pocher « sont français.
POINT AU CÔTÉ, s. m. Point de côté, mal, douleur que
l'on ressent au côté. Au figuré, point au côté (point de côté},
se dit : 1° D'une personne qui nous est à charge; 2" D'une
alTaire embarrassante ou pénible. Français populaire.
POINTET, s. m. Petite flèche qu'on met sur une arbalète pour
tirer contre un but. [p. g.]
POINTILLEUR, EUSE, adj. Pointilleux, euse. [p. g.]
POINTU, UE, adj. (fig.) Malin, satirique, caustique, mor-
dant. As-tu remarqué son air pointu? Elle nous répondit
d'un ton bien sec et bien pointu : Cela ne vous regarde
pas, Messieurs. Expression languedocienne. En vieux fran-
çais, le mot guille signifie : « Pointe » et « ruse, malice. '^
POINTU, s. m. Lâche, insolent.
i08 POI-POL
POIRE (UN). Un bon poire; des poires blets. Aux poires!
Aux beaux poires! Ce solécisme nous vient du patois, où
ce mot est masculin {on peret).
POIRE-À-BON-DIEU, s. f. Alizé, fruit ou baie de l'aubépine.
On dit aussi: Poire-de-bon-Diea et poire-au-bon-Dieu.
Terme savoisien.
POIRE CHARLON, s. f. Poire gros-romain.
POIRE-ROME, s. f. Poire de bon chrétien.
POIRE SIRE-JEAN, s. f. Poire de Messire-Jean.
POIS EN GRAINS, s. m. pi. Petits pois.
POIS GOURMANDS, s. m. pi. Voyez gourmands.
t POISON (LA^. Boire de la poison; prendre de la poison.
Ce mot a été féminin jusque vers la fin du dix-septième
siècle. C'est une poison, se dit d'une femme très-méchante.
Français populaire.
POITE, s. f. Méchante femme.
POLAILLE, s. f. Terme des campagnards. Poule. Une belle
polaille. Une polaille grasse et dodue. En français, « Pou-
laille » signifie : Volaille.
POLAILLON, s. m. Sobriquet que l'on donne populairement
à un homme qui s'occupe des soins du ménage ou de cho-
ëes trop minutieuses. Fanchette, ton Monsieur est un po-
laillon. On dit en français : « Un tâte-pouls. »
POLATAILLE, s. f. Oiseaux d'une basse-cour, volaille.
POLICE (LA), ou LA POLISSE. Les polissons, les enfants
qui courent les rues pour y faire des espiègleries. Il faudra
pourtant une fois mettre à la raison toute cette police.
N'est-il pas vrai (ju étant gamins nous faisions la police
ensemble J' Terme parisien populaire, etc.
t POLIE, s.f. Poulie. Ajuster une polie. Vranç^hiio^uh'ive.
POLIR, V. a. Dépenser en folles dépenses. Il a su en quatre
années polir une fortune de 150,000 francs.
POLITESSE (UNE). A Genève, faire une politesse à quel-
POL— POM 109
qu'un, veut dire : Lui offrir une collation, un dîner, un thé;
l'inviter à une soirée dansante, à une partie de m: ntagne,
etc. Expression consacrée.
t POLMON, s. ra. Poumon. Un ragoût de polmons. En vieux
français on dit: Poulmon; en Languedoc, palmon; en
Franche-Comté et à Paris, pomon; à Chambéry et dans
la Bresse, pormon.
POMMEAU, s. ra. Terme injurieux, qui équivaut à : Homme
pesant, homme ennuyeux, homme sciant.
POMMEAU, s. m. Nous disons : Une canne à pommeau d'ar-
gent; une canne à pommeau d'or. Il faut dire : Une canne
à pomme d'argent, une canne à pomme d'or. Mais on dit
très-bien : Le pommeau d'une épée , le pommeau d'une
selle.
POMMEAU, s. m. C'est ainsi qu'on désigne souvent un petit
messager dans une fabrique ou dans un comptoir.
POMME EN CAGE, s. f. Pomme enveloppée de pâte et cuite
au four.
POMME RAINETTE, s. f. Rainette, ou pomme de rainette.
POMMIER D'AMOUR, s. m. Tomate, sorte d'arbrisseau, dont
le fruit s'appelle : Pomme d'amour.
POMPE A FEU, s. f. Ne signifie point en français : « Pompe
à incendie. » Une pompe à feu est une machine hydraulique
mise en jeu par la vapeur. Ne dites donc pas : Les pompes
à feu arrivèrent quand le bâtiment était déjà consumé.
Faute fréquente en Suisse et en Savoie.
POMPER, v. n. Ce mot se dit d'un poêle ou d'une cheminée
où le feu est allumé, et il signifie : Attirer l'air. Tu as bien
de la fumée dans ta chambre, Edouard. — En effet, c'est
que mon poêle ne pompe pas assez.
POMPON, s. m. À nous le coq, à nous le pompon. Expression
un peu vulgaire qui signifie : A nous le fion, à nous la su-
périorité. Voyez COQ.
110 PON— POR
PONT, s. m. Termft de maçon et de plâtrier. Dresser un pont;
enlever un pont. Choisisse:: pour votre pont des planches
solides. En France on dit : Écliafaudage. Dresser un écha-
faudage.
PONTENAGE, s. m. Payer les droits de pontenage. Terme
suisse, savoisien et vieux français. On dit actuellement :
Pontonage.
PONTET, s. m. Chantier, pièce de bois sur laquelle on pose
les tonneaux dans une cave. Etablir des pontets. Terme
suisse-roman.
POHPE ou POURPE, s. f. Poulpe, partie charnue de la vian-
de. Prenez ce morceau, Madame, c'est tout pourpe.
PORPU, UE, adj. Charnu, garni de chair. Au sens figuré,
nous disons d'une chose excellente, d'une chose très-belle
en son genre : C'est du chenu et du porpu, c'est-à-dire :
C'est du très-beau, c'est du très-bon.
PORTAIL ou PORTAL, s. m. Grille. Portail en fer; por-
tail en bois. Ouvrir les portails. Terme méridional. En
français, « Portail » se dit de la façade ou de la principale
porte d'une église.
PORTÉE, s. f. Distance convenable. Mettez-vous à portée
(à la portée) afin de pouvoir entendre. Ne lâche pas encore
ton coup de fusil : tu n'es pas à portée (à la portée) , Met-
tez ce fumier à portée, c'est-à-dire : Mettez-le près de
l'endroit où il doit être employé. Les canons n'étaient pas
à portée. Selon les dictionnaires, « Etre à portée » se dit
des personnes et signifie : Être dans une situation conve-
nable pour faire quelque chose.
PORTER PERTE. Nuire, être nuisible, tourner à préjudice.
Ce nouveau magasin nous portera perte. Si tu renvoies
Marguerite, elle cherchera à nous porter perte. Expression
consacrée.
PORTEUR, s. m. Terme de vigneron. Cource, bout de sar-
POR— POT 111
ment d'environ demi-pouce de longueur, qu'on laisse au som-
met d'un cep de vigne pour rapporter des raisins, [p. g.]
PORTILLON, s. m. Petite porte basse dans la fermeture
d'une boutique.
PORTION, s. f. (Prononcez por-cion.) Potion, remède li-
quide qu'on boit. Prends ta portion, mon valet, tu auras
du bonbon ensuite. Terme français populaire.
PORTRArr EN TROIS QUARTS. Dites : Portrait de trois
quarts. Dites aussi : Se faire peindre de trois quarts, et
non : Se faire peindre en trois quarts.
t PORVISION, s. f. Provision. Vous faites votre petit mar-
ché. Madame Dulignage F — Vous le voyez, Monsieur : je
fais une petite porvision de raves et de patenailles.
POSE ou PAUSE, s. f. Mesure agraire, qui équivaut à 400
toises de Genève, c'est-à-dire, à un peu moins d'un arpent.
Notre plaine de Plainpalais a trente poses; la plaine du
Pré-l'Evêque en a trois et un tiers. Terme vaudois et ju-
rassien.
POSEE, s. f. Écriture moyenne. Ecrire en posée. Passer
de la posée à la fine.
POSER, v.a. Quitter. Poser son habit, poser son chapeau,. Si
Monsieur voulait poser son manteau, les chevilles sont là.
POSER LE DEUIL. Quitter le deuil. A Genève, une veuve
ne pose qu'après quatre ans le deuil de son mari.
POSER LES SCELLÉS. Apposer les scellés, mettre les
scellés.
POSSÉDÉE (UNE). Nous disons d'une femme qui se démène
et qui jette des cris perçants : Elle s'agite comme une pos-
sédée; elle crie comme une possédée. Ce féminin, qui man-
que dans les dictionnaires, est fort admissible.
t POTACHE, s. f. Potasse.
POT À EAU, s. m. Pot à l'eau ; c'est-à-dire : Pot destiné
à recevoir de l'eau.
POT À LAIT, s. m. Pot au lait.
H2 POT— POU
POTET, s. m. Terme des campagnards. Petit pot. En vieux
français : Poulet.
POTRINGUE, s.f. Médecine, breuvage purgatif, drogue. Se
dit aussi de toute mauvaise boisson. Voire cidre a un goût
de putringue ; c'est une vraie potringue. Le docteur iwulait
me purger : je l'ai dispensé de sa potringue. Etre tou-
jours en potringues, signifie : Être toujours dans les re-
mèdes. Terme suisse, savoisien et méridional.
POTRINGUER, v. a. Droguer, médicamenter. Dis voir, Mi-
chel, on dit comme ça que tu te laisses potringuer par ta
cauque (par ta femme) ; pour moi, je ne me potringue
jamais, et je n'en suis pas plus malade pour tout ça.
POTTES, s.f. pi. Lèvres. S'essuyer les polies; se lécher les
polies. Je vois bien, gouillard, que tu as louché à mes
confitures : il t'en reste encore par les polies. Terme suisse,
savoisien, méridional, lorrain, etc. Ce ragoiU est à sa
polie, signifie : Ce ragoût lui plaît. La soupe était à sa
polie, et il s'en est pijfré.
POTTE, s. f. Moue, mine refrognée, grimace. Faire la polie,
c'est faire la moue, bouder, témoigner de la mauvaise hu-
meur par son silence et par son air. On dit à un enfant qui
pleurniche : Tw fais là une bien vilaine polte; va donc te
cacher avec ta polte.
POTTU, UE, adj. Qui fait la moue, qui a mauvaise grâce, qui
rechigne. Terme vaudois et savoisien.
POU, s. m. Chercher les poux parmi la paille, est une locu-
tion proverbiale qui signifie : Vétiller, s'attacher à des minu-
ties, chercher noise à propos de rien. On dit à Paris, dans
le langage populaire : Chercher des poux à la tête de quel-
qu'un. Expression plus triviale que la nôtre, mais qui a le
même sens
POUARE, POUAIRE ou POUAI, s. m. Sale, malpropre,
.'^agouin, porc. Fi donc^ le pouairel... Va-t^'en, pouaire.
POU— POUP 113
le ronger les ongles ailleurs. Terme va udois, savoisien, ju-
rassien et provençal. En vieux français, pouerc signifie :
Pourceau. Dans le français populaire, pouacre signifie;
Homme mal propre, et « pouah ! » est une interjection qui
indique le dégoût.
POU DE SERPENT, s. m. Insecte à corps très-long, qui
fréquente surtout les cours d'eau, et qui s'appelle en fran-
çais : « Une demoiselle. » [p. g.]
POUFFE ou POUF, s. m. Faire du pouffe, signifie: Dé-
ployer de l'ostentation, s'étaler, tirer vanité de son costume.
On dit en français : « Faire pouf. »
POUGNE ou POGNE, s. f. Poignet, force du poignet. Avoir
de la poiigne; avoir une bonne pougne. Dans le français
populaire on dit : Poigne ou pogne.
POUINE, s. f. et adj. Femme ou fille malicieuse, taquine,
espiègle, pie-grièche, chipie. Elle fait la pouine. Elle
est jolie, mais pouine. C'est une méchante pouine. Terme
suisse.
POUINET, ETTE, adj. et subst. Se dit des personnes et des
choses. Un ton pouinet est un ton tranchant, aigre, malin,
pointu. Air pouinet, mine pouinette.
POULAINE ou POULINE, s. f. Pouliche, cavale nouvelle-
ment née. Terme vaudois, savoisien, etc.
POULAINTE ou POULINTE, s. f. Farine de maïs, gaudes.
Soupe à lapoulainte. En provençal : Poulento; en Valais
et en Italie, polenta.
POULET, s. m. Robinet, clef d'un robinet. Tourner le pou-
let. Terme vaudois et neuchâtelois. Le mot allemand Hahn
signifie tout à la fois un coq et un robinet, et c'est de là
probablement qu'est venue notre expression : Poulet.
POUPONNER (SE), v. pron. Se pomponner, s'ajuster avec
un soin minutieux, mettre à sa toilette du temps et de h
recherche, Onne le rencontre jamais que pouponne', mus-
II. 11
11 i POU— POUS
que et tiré à quatre épingles. A Lyon et dans le Midi, se
povpo7iner signifie : Se choyer, se traiter délicatement et
comme un poupon.
l^OUR BON, loc. adv. Tout de bon. Ne jouons phis pour
semblant, jouons pour bon; jouons pour de bon. Fran-
çais populaire.
POUR ÇA, loc. adv. Assurément, certainement. Moi, l'ac-
compagner par cette pluie battante! Ah! pour ça, non. —
Pour ça, oui, tu m'accompagneras. Ne s'emploie que suivi
de oui ou de non.
POUR DIRE, loc. adv. A vrai dire, à dire vrai, pour m'ex-
primer exactement. Notre petite Caroline n'est pas men-
teuse, pour dire, mais elle pourrait être plus franche.
POURE, adj. m. POURA, adj. f. Terme patois qui signifie :
pauvre. Porlrâ féna, vo-z-ive don hein fan (pauvre femme,
vous avez donc bien faim). Terme vaudois, savoisien, ber-
richon, normand et vieux français. En anglais : Poor.
POURPE, s. f. Pulpe. Voyez porpe.
POUR QUANT A, loc. adv. Quant à. Partez, vous autres,
par le bateau : pour quant à moi, je prendrai la diligence.
Terme savoisien et lyonnais.
POURREAU, s. m. Soupe aux pourreaux. Terme suisse,
savoisien, lyonnais, etc. On dit en français : « Porreau « ou
« Poireau. »
t POUR TANT QU'A, loc. adv. Quant à. Jouez aux boulex
vous deux ; pour tant qu'à moi, je préfère de jouer aux
quilles Expression très-répandue.
POUSSEE, subst. fém. Se dit des arbres et des plantes et si-
gnifie : Pousse. La poussée des acacias est chaque année
d'environ six pieds. Terme suisse, savoisien, dauphinois,
lorrrain, etc.
POUSSÉE, subst. fém. Éruption à la peau. Terme connu de
fous ceux qui fréquentent les établissements d'eau therma-
POU-PRE 115
les. Il n'est pas prudent, dil-on, d'interrompre les baina
quand une fois la poussée a commencé.
POUSSER (SE), V. pron. S'éloigner, se retirer, se reculer.
Pousse-toi, John, tu me gênes. Pousse::.-vous un peu,
Messieurs, et faites place aux dames.
POUSSETTE, s. f. Lycopode, plante dont les capsules sont
remplies d'une poussière abondante qui prend feu comme la
résine.
POUSSIERE, ÉE, adj. Chemin poussière. Dites ; Poussié-
reu.K, ou plutôt dites; Poudreux, Chemin poudreux.
POUTET, s. m. Mâle de la fouine. Noir comme un poutet;
noir comme le poutet. Terme savoisien.
POUTET, s. m. Enfant joufflu, pottu et d'une figure désa-
gréable. Quel poutet! J'ai bien vu des poutets dans ma vie,
mais jamais de pareils à celui-ci. Terme fort connu de nos
campagnards.
POUTRAISON, s. f. Charpente d'un édifice. La poutraison
qui était fort vieille, a consenti. Terme neuchàtelois, etc.
t POUTRE (UN). Un gros poutre. Aide-nous à mettre ce
poutre en place. Dites : « Une poutre. »
PR.AILLE, s. f. Prairies, pâturages. La praille de Carouge;
la praille de Lancij ; la praille de Chêne-Thônex. Dans le
patois du canton de Vaud, prahia signifie : Pièce de terre
avec un fenil. En vieux français : Praillel, petit pré, prairie.
Du mot de praille nous avons formé celui d'emprailler, qui
veut dire : Gazonner, semer du gazon, mettre en prairie.
PRECHER, V. n. Prêcher à un converti. Dites : « Prêcher
UN converti. »
PRÉCIPITÉE (À LA), loc. adv. Précipitamment, en toute
hâte. Partir à la précipitée. Les choses qu'on fait à la pré-
cipitée sont rarement bien faites. Expression savoisienne
et dauphinoise, digne de prendre place dans les diction-
naires.
116 PRE— PREN
PRECO, s, m, (Prononcez prœcau.) Celui qui est le principal
personnage dans un petit endroit, celui qu'on y écoute le
plus et y exerce le plus d'influence. Le préco du village;
le préco de la paroisse; le préco du cercle. Terme savoi-
sien. En français, ce personnage s'appelle figurément et fa-
milièrement : « Le coq. » Le coq du village ; un coq de pa-
roisse, etc.
PRÉFÉRER, suivi de l'infinitif. Je préfère partir. Elle pré-
féra ne pas nous suivre, etc. Dites, avec les dictionnaires
et les meilleurs auteurs : Je préfère de partir; elle préféra
DE ne pas nous suivre. « J'eusse préféré D'être jeté aux
crocodiles. » [Chateaubriand, Atala, ks Chasseurs.]
PREMIÈRE CHOSE (LA), loc. adv. En premier lieu, d'a-
bord. Tti iras la première chose à la boucherie, et ensuite
chez la gagère de Longemalle.
PREMIÈRE MAIN (DE). J'ai eu ce meuble et ces beaux
draps de première main. Il achète ses vins de première
main. Dites avec l'article : « De la première main. »
PREMIÈRE VUE (À), loc. adv. Dites, en employant l'arti-
cle : À la première vue. « Elle déchiffrait les plus difficiles
musiques à la première vue. » « Je les reconnus tous deux
à LA première vue. »
PRENDRE, V. n. L'idée lui a pris de voyager. Si l'idée te
prend de m'écrire, tant mieux. Quand l'idée vous en pren-
dra, venez me voir. Dans ces diverses phrases et dans les
semblables, dites : L'idée lui est venue de voyager. Si l'i-
dée te vient de m'écrire, tant mieux, etc.
PRENDRE, V. a. Nous disons : Un tel a pris la fièvre; il a
pris un mal de dents, im gros rhume, une extinction de
voix, etc. Nous disons de même : Prendre froid; prendre
la coqueluche ; prendre des convulsions ; prendre un ca-
tarrhe : toutes expressions qui ne sont pas françaises. Les
PRE— PRES 117
dictionnaires disent: La fièvre l'a pris; il lui a pris un mal
de dents; il a gagné un rhume, etc., etc.
PRENDRE FEU. Employé impersonnellement. Il a pris feu
à la maison de l'Escarcelle; il a pris feu au Molard, etc.
Dites avec les dictionnaires français : Le feu a pris à telle
et telle maison, à tel et tel quartier, etc.
PRENDRE MAL. Se trouver mal, tomber en faiblesse, se-
vanouir. i/'"*^ iV*** pril mal à l'église, et fut transportée
chez elle.
PRENDRE PEUR. Prendre de l'épouvante, s'effrayer. Geor-
gette a pris peur. Si tn prenais peur, appelle-moi . Dites :
La peur le prit. Si la peur le prenait, etc. [Dictionnaire
de Poitevin, p. 787.]
t PRENDRE (S'EN). S'y prendre. Il faudra s'en prendra
de bien bonne heure, si l'on veut trouver ce soir des places
au Cirque olympique. Notre Joseph ne sait pas s'en pren-
dre; il est encore bien emprunté et bien maladroit. Cette
opération, pour dire, n'est pas difficile; tout dépend de
la manière qu'on s'en prend.
PRÈS, employé adjectivement, est un barbarisme. Ne dites
donc pas : Un tel est mon plus près parent; un tel est
leur plus près cousin; nous étions leurs plus près voisins.
Substituez, dans ces phrases, l'adjectif « proche » à l'ad-
verbe près, et dites : « Un tel est mon plus proche pa-
rent, » etc.
PRESSER, V. a. Pressurer, mettre sous le pressoir. Presser
la vendange; presser les raisins; presser les poires et les
pommes pour en faire du cidre.
PRESSER, V. neutre. Nous disons à un ouvrier : Faites-moi
promptcment cette table et ce canapé, car ils me pressent.
c'est-à-dire : Car je suis pressé de les avoir. Nous disons
de même : Ces cravates pressent, ces robes pressent, ces
souliers pressent. Il faut dire ; Ces cravates sont pressées,
H. 1 1 .
ît8 PRE— PRI
ces robes, ces souliers sont pressés, etc.; ou : Nous sommes
pressés de les avoir.
PRESSON, s. m. Barre de fer, levier. Terme savoisien et
lyonnais.
PRESSURE, s. f. Présure, acide pour faire cailler le lait.
Plus on garde la pressure, meilleure elle est. Terme fran-
çais populaire et vieux français. A Genève on dit aussi :
Présure.
PRETER, V. a. A table, on entend souvent dire: Prêtez-moi
la carafe; prêtez-moi la salière; veuillez me prêter l'hui-
lier, etc. Cette locution est un gasconisme, qu'il faut rem-
placer par l'expression toute simple : Donnez-moi la carafe ;
donnez-moi la salière ; veuillez me passer l'huilier.
PRETER À RIRE. Apprêter à rire. La jeune Adélaïde avait
une toilette qui prêtait un peu à rire. Terme suisse, sa-
voisien, etc. Mais on dira fort bien : Prêter au ridicule,
prêter à la critique, etc.
t PRÉVENIR, V. n. Provenir.
PRIE À. Nous disons: Etre prié à un enterrement; être
prié à une cérémonie; être prié à une fête. Il faut dire :
Être prié D'un enterrement ; être prié D'une fête, etc.
PRIER QUE. Je prie que l'on se taise. Le président agi-
tait la sonnette et priait qu'on l' écoutât. Dites : Je de-
mande que l'on se taise. Le président demandait qu'on l'é-
coutât.
PRIEUR, s. m. Nous appelons prieur ou prieur d'enterre-
ment, celui des porteurs que la famille du défunt charge
d'aller prier au convoi les parents et les amis du défunt.
I^RIEUSE, s. f. Nous appelons prieuse, la femme dont l'em-
ploi est, dans les enterrements protestants, de marcher à la
tête du cortège. A côté d'elle marchent, vêtus de noir, les
deux porteurs d'escahelle.
l^RIMBÊCHE, s. f. Pimbêche. C'est une primbêche. Quelle
PRI— PRO iiO
primbêche ! Les campagnards ne s'expriment pas autre-
ment.
PRIMO D'ABORD, loc. adv. L'un de ces deux mots est inu
tile à côté de l'autre, puisque d'abord, en français, a le
même sens que primo en latin. Dans le langage parisien
populaire on dit : Premièrement d'abord; ce qui ne vaut
pas mieux.
PRIN, adv. Dans le langage des campagnards, Parler prin
signifie : Parler du bout des lèvres et avec afîectation-
Voyez donc celle primbêche : quels airs elle se donne, ei
comme elle s'éludie à parler prin !
PRIN ou PRIN BOIS, s. m. Menu bois, brins de fagot. Pour
mettre ce feu en train, il nous faudrait du prin bois. Terme
suisse, savoisien, lyonnais, franc-comtois, etc. Prin ou
prim [primus), appartiennent au vieux français, et signi-
fient : 1" Premier; 2° Menu, fin, mince, délié. Nos cam-
pagnards appellent ^rmes graines, Les graines qu'on sème
au printemps ; ils appellent prin terrain, Un terrain léger,
etc. Dans le patois du canton de Vaud : Prin bec, blanc
bec; primes bêtes, menu bétail.
PRIN-FORT, s. m. La petite absinthe. Terme vaudois et sa-
voisien .
PRIS, PRISE, adj. Entrepris, embarrassé, endolori, per-
clus. Avoir la tête prise; avoir la gorge prise; être pn>;
des deux bras, etc. Terme méridional.
PROCURE, s. f. Procuration. Ils envoyèrent les deux pro-
cures au notairje. Terme vieux français, conservé chez nos
proches voisins.
PROFITAGE, s. m. Faire un pro filage (un profit).
PROFITER DE, suivi d'un infinitif. Je profite de venir le
voir pendant que mes marmots dorment. Nous profiterons
de faire notre voyage pendant les vacances de l'Académie.
Tu dois profiter d'aller au théâtre pendant qu'on joue le
ïiO PRO— PUC
Domino noir. Cette expression, qui me semble claire, com-
mode et concise, n'est dans aucun dictionnaire français.
PROMENER, V. actif, (fig.) // m^a promené deux ans avant
que de me payer. Les dictionnaires disent : Il m'a traîné
deux ans.
t PROMONTIONS, s. f. pi. Promotions, distribution solen-
nelle des prix aux écoliers du collège dans la cathédrale de
Saint-Pierre. Le jour des Promontions ; la fête des Pro-
monlions .
PROPREMENT, adv. Entièrement, à fond. Hier soir, Jean
Couzineau s'est soûlé proprement. Français populaire.
PROPRÎTAIRE, s. m. Propriétaire.
PROPRÎTÉ, s. f. Propriété.
PROVIGNURE, s. f. Provin, rejeton d'un cep de vigne pro-.
vigne. Terme vaudois et savoisien.
PRUNEAU, s. m. Nous appelons pruneau une espèce de
grosse prune Irès-alIongée. Cueillir des pruneaux ; abattre
des pruneaux; sécher des pruneaux. En français, « Pru-
neau » signifie : " Prune sèche. » L'espèce de prune que
nous appelons jorw«eaw, se nomme « lie verte. »
PRUNEAULlER ou PRUNEAUDIER, s. m. Arbre qui porte
\es pruneaxix. Voyez l'article précédent.
PSAUME (UN). Jl faut dire: Des psaumes, ou : Un psautier,
quand on parle du recueil des cantiques de David. Les phra-
ses suivantes sont donc, à ce point de vue, incorrectes.
Tu te placeras auprès de moi, Betsi, et nous chante-
rons sur le même psaume. Fais donc relier ton psaume.
Achète-toi un psaume plus sortable que celui-là. Dites :
Fais relier tes psaumes. Achète-toi des psaumes plus sor-
tables, etc.
i'UCER, V. a. Épuccr, ôter les puces.
PU1~PUR 121
PUIQUE. Prononciation vicieuse delà conjonction « puisque,»
dont le s doit se faire entendre. Les grammaires sont toutes
d'accord sur ce point.
PUISERANDE, s. f. Danaïde, roue à augels établie dans le
Rhône, près de Genève : elles sont au nombre de deux, et
servent aux irrigations de plusieurs jardins potagers. Ce
mot de piiiserande nous vient du Midi. Dans le Languedoc,
poiizarangiie signifie : « Puits à roue. » Nous appelons aussi
puiserande, des puits à roue établis à une très-petite dis-
tance de l'Arve, et dont un cheval est la force motrice.
[Voyez Villa, Nouveaux Gasconismes corrigés, t. II, p.
164.]
PUNAIS, AISE, adj. En français, ce mot ne se dit que des
personnes. A Genève on l'emploie surtout en parlant des
choses, et comme synonyme de désagréable, incommode,
et qui affecte péniblement. Nous disons : Un vent punais,
un air punais, un froid punais, un temps punais, etc.
Rue punaise est le nom que portait, il y a quelques années,
la rue appelée aujourd'hui «Traversière. »
PURE, s. f. Le moment de la plus grande abondance d'un
légume, d'un fruit, d'un poisson. La pure des abricots, la
pure des cerises, des melons, des feras, etc. J'attends la
pure des framboises pour faire mes confitures. Quelques-
uns écrivent l'apure. Voyez apure.
t PURÉZIE, s. f. Pleurésie. La piirézie se déclara et il fal-
lut en venir à une saigne. Terme savoisien, lyonnais et bas
limousin. En Languedoc et en Franche-Comté on dit : Un
purési.
PURGE, s. f. Purgation, purgatif. Prendre une purge. Ce
terme, fort usité en Suisse, en Savoie et en France, appar-
tient au vieux français.
PURPURALE, adj. fém. Fièvre purpurale. Dites : Fièvre
puerpérale. R. lat. puerpera.
122 PUS— QUÂ
PUSSIN ou PUCIN, s. m. Poussin, poulet nouvellement éclos.
La foule et ses pussivs. Terme suisse, lorrain, vieux fran-
çais, etc.
PUSSINE, s. f. Jeune poule, poulette. Ce joli mot « pussine »
manque à la langue française, puisque « Poulette » ne s'em-
ploie guère qu'au sens figure. Dans le patois vaudois on
dit : Pudjena ou puzene.
PUTRIFIER, V. a. Putréfier, faire pourrir.
Q
QU.4ND, conj. En même temps que, aussitôt que. J'y serai
quand toi, c'est-à-dire : J'y serai aussitôt que toi. Tu par-
tiras quand nous. Vous sortirez quand les autres, c'est-
à-dire : Vous sortirez quand les autres sortiront. Ce tour
elliptique appartient au vieux français. Le dictionnaire de
l'Académie dit : « Il est parti quand et quand nous, « pour
signifier : 11 est parti en même temps que nous.
QUAND QUE..., loc. conj. A quelque moment que. Quand
que tu viennes, tu me feras plaisir. Oui, viens, viens,
quand que ce soit.
QUANTE, adv. Prononciation vicieuse de l'adverbe « quand. «
Quanle l'occasion se présente, saisissez-la. Français po-
pulaire. Prononcez Kan.
QUANTIEME, s. m. Le quantième avons-nous!' Le quan-
tième tenons-nous^ Le quantième du mois sommes-nous P
Ces trois expressions sont vicieuses, et l'on doit y substi-
tuer les suivantes : Quel quantième avons-nous? Quel est le
quantième du mois?
QUARANTAIN, s. m. Un bouquet de quarantains. Terme
savoisien, rouchi, etc. Le mot français est: Quarantaine.
QUART, s. m. Nous disons, en supprimant l'arlicle « Un « :
QUA-QUE 123
// est deux heures et quart; il est midi et quart ; il est trois
heures et quart. Les dictionnaires et le bon usage veulent
qu'on dise : 11 est deux heures et un quart; il est midi et
LN quart. Ou bien, en retranchant la conjonction et : Il est
deux heures un quart; il est midi un quart, etc. Dites de
même : Cet objet pèse trois livres et un quart ; ou : Cet ob-
jet pèse trois livres un quart.
QUART, s. m. Nous disons d'un objet qui n'a aucune valeur :
Il ne vaut pas six quarts ; il ne vaut pas deux quarts. Le
quart était une de nos monnaies valant un centime environ.
il y avait des pièces de six quarts, des pièces de trois
quarts, et des pièces de deux quarts
QUART, s. m. Mesure de capacité pour les grains, laquelle
équivaut à un quart de coupe, soit deux décalitres ou à peu
près. Un quart de blé; un quart d'avoine.
QUARTE ou CARTE, s. f. Mesure de capacité pour les
grains, laquelle équivaut à un seizième de la coupe. Voyez
ce mot. A la page quatre-vingtième du tome I<"", il est dit,
par erreur, un sixième (de la coupe) au lieu de : « Un sei-
zième. » Voyez CARTE.
QUARTERON, s. m. Mesure de capacité pour les liquides,
laquelle équivaut à un vingt-quatrième du setier, soit deux
pots, soit deux litres et un quart.
QU.\RTERON, s. m. Un quarteron de paî7/e équivaut à huit
quintaux de paille, soit vingt-cinq grosses gerbes, chacune
d'environ sept pieds de tour.
QUE, dans les phrases suivantes, est une particule d'impa-
tience et de dépit. Sonne que te sonne! Crie que te crie!
Pleure que te pleure! Phrases elhptiques et originales, qui
équivalent à : Peste de celui qui ne fait que sonner! La
peste soit du bambin qui crie ! La peste soit de l'enfant qui
pleure !
t QUE, sorte de conjonction. Si ce n'est, excepté. Toxts ont
iU QUE— QUET
menti que mon garçon. Tous ont payé que toi. On peut tout
racheter que la mort, est un proverbe de nos campagnards.
i QUE. Dont. Dis-wir, Tronchet, comment appelles-tu cette
femme d'ici, vis-à-vis que son mari est tailleur? (dont le
mari est tailleur). Connais tu Prosper? — Quel ProsperP
— Eh! pardi ne, Prosper Flammel. que sa femme est tant
méchante (dont la femme est si méchante). Quel chemin
faut-il prendre pour accourcir? — C'est tout simple : le
chemin qu'on va au vieux pont (par lequel on va au vieux
pont). Expression savoisienne, etc.
QUEBER, V. a. Terme d'écolier. Voyez cheber.
QUEL. Quelque. Tirai te voir après-demain quel temps qu'il
fasse. Dites : Quelque temps qu'il fasse. À quel moment
que tu viennes (à quelque moment que tu viennes), lu me
trouveras. Viens à quelle heure que ce soit (à quelque
heure que ce soit.) Faute répandue même parmi des per-
sonnes qui se piquent de bien parler.
QUEL, QUELLE. A quelle heure dînerons-nous, Antoine ?
— À quelle heure tu voudras. Dites : A l'heure que tu vou-
dras. A quelle place nous asseyerons-nous? — À quelle
place tu voudras. Dites : A la place que tu voudras.
QUELQUES, s. m. plur. Nous étions à ce concert quarante
et quelques. Le nomhre des morts, dans cet horrible in-
cendie, s'éleva à soixante et quelques. Cette expression,
très-usitée chez nous, et qui n'a rien de choquant, ne se
trouve pas dans les dictionnaires.
t QUE NON PAS. Il nous vaut mieux suivre la grand' route
que non pas nous perdre. Dites : « Que de nous perdre.»
C'est plus sage à nous de patienter que non pas recourir
à un procès. Dites : « Que de recourir à un procès. «
QUET, adj. masc. Terme d'écolier. Ruiné, qui a tout perdu
au jeu. Je ne joue plus, je suis quet.
QUE-QUl 125
QUEUE, s f. Nous disons figurément : Il n'y a pas la queue
d'un chat, pour signilier : Il n'y a personne. Le temps fut
si mauvais, si désastreux, qu'il n'y eut pas la queue d'un
chat à la soirée du casino. Les dictionnaires disent : «Il
n'y eut pas un chat. »
QUEUE CUITE. Dans notre langage populaire : Avoir la
queue cuite, signifie: Etre penaud, être tout honteux, tout
mortifié. // s'en retourna la queue cuite.
QUI, pron. rel. Que. Faites ce qui bon vous semblera. Dites:
Faites ce que bon vous semblera.
t QUIBLE, s. m. Passer au quible. Dites : Crible.
t QUIBLER, V. a. Cribler.
t QUIBLURE, s. f. Criblure.
t QUINAR, s. m. Quinar en bois. Dites : Quina. Quina en
bois.
QUINARRODON, s. m. Cynorrhodon, fruit de l'églantier.
QUINCONCHE, s. m. Planter des arbres en quinconche.
Terme vieux français. On dit actuellement : « Quinconce. »
QUINE, s. fém. Dites : Un quine, combinaison de cinq nu-
méros pris ensemble à la loterie.
QUINER, V. a. Terme d'écolier. Tout gagner, mettre à sec
son adversaire.
QUINQUE, s. f. Femme malingre, souffrante et qui se plaint
toujours.
QUINQUERNAGE , s. m. Rabâchage, répétition fatigante.
Veux-tu donc continuer toute la semaine avec ces quin-
quernages ?
QUINQUERNE, s.f. Vielle, instrument de musique. Lesson$
monotones d'une quinquerne. Au sens figuré, quinquerne,
adjectif et substantif, se dit d'une personne ennuyeuse et
qui ne fait que rabâcher. La sotte quinquerne que votre
dame Du Terrail! Tu es bien quinquerne aujourd'hui,
ma petite Rosalie. Terme vaudois et savoisien. En Valais,
II. 12
126 QUI-QUIQ
quinquerne se dit d'une femme vaine et coquette. Dans le
dialecte rouchi, quinch'temeux se dit d'un ménétrier qui
fait danser dans les guinguettes. En vieux français, qui terne,
guiierne et guinterne signifiaient : Guitare.
QUINQUERNER, v. a. et neutre. Rabâcher, fatiguer par
d'insipides redites, gronder, sermonner. Qu'as-tu tant à
nous quinqnerner? Elle quinquerne son mari toute la
sainte journée.
OUINQUERNEUR, s. m. Rabâcheur, celui qui fatigue en
répétant ou en demandant toujours la même chose.
OUINQUET, adj. raase. Se dit d'un homme faible de corps
et malingre. Il est tout quinquet. Voyez quinque.
OUINQUET, s. m. (tig.) Œil. Prends donc garde, Félix,
tu vas me crever le quinquet. Terme badin.
QUINSON, s. m. Pinson. Un nid de quinsons. Elever des
quinsons. Terme vaudois, savoisien et méridional. En
Franche-Comté on dit : Quinzon, et dans notre patois,
quichon.
QUINZE, adj. num. Nous disons de deux faits, de deux évé-
nements, tout à fait semblables : Cela revient tout à quinze.
On dirait en français : C'est tout un; c'est blanc bonnet,
bonnet blanc; c'est absolument la même chose. Partir au-
jourd'hui, partir demain, cela revient tout à quinze.
QUIQUAGEON, s. m. Maisonnette, habitation chétive, réduit.
Ternie dérisoire et badin.
QUIQUE, s. f. (Prononcez kike.) Jeu d'enfant, lequel se joue
de la manière suivante. On place, derrière un morceau de
tuile ou de pierre, de la monnaie, des boutons ou des clous.
On prend un palet qu'on tire contre un but pour savoir qui
jouera le premier. Celui dont le palet est le plus près du
but fait une raie et lance de là son palet contre le morceau
de tuile ou de pierre, afin d'amener l'enjeu le plus près
possible de son palet. Chaque joueur en fait autant à tour
QUI— K i27
de rôle. Une fois que le peiit (ou cochonnet) est renversé,
chaque mise ou partie de mise échoit au palet qui s'en ap-
proche le plus. Si par hasard le palet d'un joueur s'arrête
sur ou contre le petit, et le touche, on dit qu'il vougne;
c'est un mauvais coup pour tous les joueurs, lesquels ne
peuvent rien gagner tant qu'il n'a pas été dévougné, c'est-
à-dire, tant que le petit n'a pas été remué par un palet re-
joué de nouveau, [p. g.]
QUIQUERIKI, s. m. Chant du coq, ou plutôt, sons par les-
quels nous imitons ce chant. Terme savoisien. En certaines
provinces de France on dit: Coquerico ; dans d'autres,
coquelicot; ailleurs, cacalaka et quiquelikika. Il en est du
chant du coq comme des cloches, auxquelles on fait dire
tout ce qu'on veut.
QUITTE, adj. Nous disons : Jouer à quitte ou double. Les
dictionnaires disent : Jouer à quitte ou À double.
QUITTE AVEC. Me voilà enfin quitte avec toi!' On n^'est ja-
mais quitte avec son pays. Dites : Me voilà quitte envers
loi: on n'est jamais quitte envers son pays.
QUOIQUE ÇA, loc. adv. Malgré cela, néanmoins, pourtant.
Elle le trompe ouvertement, et quoique ça il l'aime tou-
jours. Français populaire.
R
H. Cette lettre joue un grand rôle dans le langage de nos
campagnards : ils l'introduisent entre deux voyelles pour
éviter les cacophonies. Ainsi, au lieu de dire : À un coin,
à une heure, à un village, etc., le paysan dira . À r'un
coin, à r'une heure, à r'un village; d'ici à r'un moment.
La petite chambre est à r' Auguste. Quel est le prix de
] 28 RAB— RAC
vos cerises, brave homme F — Oh là, Monsieur, j'en ai à
r'un sou la livre et à deux sous. L'introduction de ce r
euphonique est fréquente ayssi dans le langage populaire
de la ville.
RABATTRE, v. a. Rebattre, répéter jusqu'à satiété. Que
viens-tu encore nous rabattre? N'as-tu pas asse:: rabattu
tes ennuyeuses anecdotes et tes vieux contes?
RABISTOLER, v. a. Raccommoder. Voyez rafistoler.
RABISTOQUER, v. a. Rapiécer, rapiéceter, raccommoder
tant bien que mal. Babistoquer des grolles; rabistoquer
un brouston.
RABLET ou RABLIET, s. m. Râble, racloir à long manche.
RABOBINER, v. a. Raccommoder tant bien que mal, rajus-
ter. Babobiner une casaque. Terme vaudois et vieux fran-
çais. S'emploie souvent au sens figuré. Un verre de vin a
suffi pour ie rabobincr et le remonter. Se rabobiner veut
dire : Se rétablir, revenir en santé.
RABOTTE, s. f. Pomme enveloppée de pâte, et que l'on
cuit au four. Terme connu à Reims, et sans doute ailleurs.
En vieux français, rabote sigmïïe : Boule. Nos rabattes ont,
en effet, la forme d'une boule.
RABOTU, UE, adj. Raboteux. Chemin rabotu.
RABOUCLER, v. a. Boucler. Baboucler un soulier.
RABOUTONNER, v. a. Boutonner.
RACAUQUER, v. a. Attraper, recevoir dans la main une
chose jetée en l'air. Jette-moi ta paume : je la racauque-
rai. Terme de la Suisse romane. A Rumilly (Savoie) on
dit : Becauquer.
lUCCORDER, V. a. Baccorder un piano, raccorder un vio-
lon, etc. Dites : Accorder.
RÀCHE, s. f. Teigne, gale plate et sèche, qui vient à la tête
et dont on guérit diflicilement. M-- Bescherelle, en enre-
RAC— RACL 1"29
gistrant en mot dans son dictionnaire, dit qu'il est inusité.
M"" Bescherelle devait dire que ce terme appartient au
vieux français, et qu'il est encore usité en Suisse, en Sa-
voie, en Bourgogne, dans le Berry et dans quelques autres
provinces de France.
BACHE, s. f. Cuscute ou barbe de moine, plante parasite.
Terme vaudois, méridional, etc.
BACHE-PIED (DE), loc. adv. D'arrache-pied, sans inter-
ruption, sans discontinuité, sans relâche. Travailler de
rache-pied. Terme français populaire.
RACINAGE, s m. Terme collectif par lequel on désigne les
raves, les carottes, les scorsonères, les navets, les bette-
raves, etc.
BÂCLE, s. m. instrument propre à racler, racloir, ràble.
Le proverbe suivant : Le racle se moque de l'écovet, se dit
de deux personnes également ridicules et qui se moquent
l'une de l'autre. Les dictionnaires français disent : « La
pelle se moque du fourgon. »
RACLE ou RÀCLE-CHEMINÉE, s. m. Ramoneur. Terme
jurassien, savoisien, méridional, etc.
BACLER, V. a. Racler des scorsonères, racler des radit^,
racler des navets, ne sont pas des expressions françaises;
il faut dire : Ratisser.
Que faites-vous, Marguerite?
Râtissez-vous des navets? *
[Théâtre de la Foire, t. 111, p. 100.";
RACLER, V. a. Racler un poisson. Dites : Ecailler un pois-
son, c'est-à-dire : Lui enlever l'écaillc avec un outil tran-
chant.
RACLER, v. a. Toucher légèrement, frotter contre. J'ai
raclé la muraille en passant.
II. 12.
130 RAC— RAF
RACLER, V. n. Grasseyer, parler gras et d'une manière
traînante.
RACLETTE (A LA), loc. adv. A la rigueur, tout juste.
L'examen de mathématiques fut médiocre et l'étudiant
ne fut admis quà la raclette. Dans le canton de Vaud,
raclette, s. f. (en français, « Racloire, » s. f.), se dit de
la planchette qui sert à racler le dessus d'une mesure de
blé pour la rendre rase, au lieu d'être comble.
RACLON, s. m. Se dit de certains objets en mauvais état
et usés. Ainsi, un raclon de fusil, un raclon de couteau,
un raclon de canif, sont : Un mauvais fusil, un mauvais
couteau, un mauvais canif.
RACÔQUER, V. a. Voyez racauquer.
RACOQUILLER, v. a. Recoquiller, retrousser en forme de
coquille.
RAFATAILLE, s. f. Vieilleries, objets usés ou de nulle va-
leur, restes d'un choix qu'on a fait. Un tas de rafatailles.
Ou voyait dans un plat coineux
Nager, sur du bouillon sans yeux ,
Des raves, de la patenaille.
De l'ognon, de la rafataille.
[Ch.j
Terme suisse et méridional. S'emploie figurément comme
synonyme de canaille, racaille, rebut.
RAFFE, s. f. Diarrhée, cours de ventre.
RAFFER, v. n. Avoir la diarrhée.
RAFFEUX, adj. masc. Nous appelons raisin raffeux, celui
dont la gousse se détache lorsqu'on le mange. On appelle
en Anjou, raffard, une sorte de mauvais raisin.
RAFFISTOLER, v. a. Raccommoder, rapiéceter, remettre
en état. Raffistoler un manteau; raffistoler un chariot.
Terme parisien populaire, etc. Dans le vieux français, af-
fistoler signifie : Parer, orner, embellir, cndimancher.
RAF— RAi 131
RAFLEE, s. f. Rafle. Les voleurs firent une complète ra-
flée; c'est-à-dire : Emportèrent tout sans rien laisser.
Terme français populaire.
RAFOUILLER, v. a. Fouiller, farfouiller.
RAFOUR, s. m. Four à chaux. Établir un rafoxir ; allumer
le rafuur. Terme vaudois, savoisien, dauphinois, bressan,
franc-comtois et vieux français.
t RAFROIDIR, V. a. Refroidir. Le temps s'est rafroidi. Lais-
sons rafroidir la soupe. Français populaire et vieux français.
RAGÂCHE ou RAGASSE, adj. Taquin, tenace, avare. En
italien : Ragazzo.
RAGON, s. m. Salade romaine printannière. Les habitants
de la ville appellent ragon la « Petite laitue verte. »
RAGOTANT, ANTE, adj. Ragoûtant, appétissant.
RAISIN, s. m. Nous disons : Cueillir un raisin, manger un
raisin, offrir un raisin. Cette locution gasconne n'est au-
torisée par aucun grammairien, ni aucun dictionnaire. «,Un
raisin » ne se dit qu'en parlant de toute une espèce (le mus-
cat est un bon raisin) . Dans les exemples ci-dessus, il faut
dire : Cueillir une grappe de raisin, ou : Cueillir du raisin ;
manger du raisin; offrir du raisin, ou des raisins, etc.
RAISINS DE MARS, s. m. pi. Groseilles rouges.
RAISINEE, s. f. Un pot de raisine'e. La raisine'e est sujette
à se moisir. Terme suisse et savoisien. Le mot français
est : «Raisiné.» Du raisiné.
RAISON, s. f. Se faire une raison, signifie : Accueillir des
idées raisonnables, adopter des mesures sages et prudentes.
Tu as eu là une grande épreuve, mon cher Antoine;
mais ne t'abandonne pas au découragement, et sache te
faire une raison. Terme français populaire.
l>AlSONiSER À. Réphquerà. Tu veux nous raisonner, bam-
bin! Raisonner à ton père et à ta mère!... tu verras.
Le verbe « Raisonner » a bien le sens de répliquer, mais
132 RAI— RAM
il ne prend pas de régime. On peut dire à un enfant qui
ergote : Ne raisonne pas; cesse de raisonner. iVIais il n'est
pas correct de lui dire : Ne me raisonne pas.
RAISONNER QUELQU'UN Le faire raisonner, chercher à
l'amener à une sage détermination. Il vaut souvent mieux
raisonner un enfant que de le gronder. On disait en vieu.x
français : Arraisonner quelqu'un. Se raisonner, v. pron.,
veut dire : Accueillir des idées raisonnables; soumettre
son esprit à la raison. Tu ne sais pas te raisonner, Julie ;
tu te désoles pour un rien.
RAISONS, s. f. pi. Altercation, contestation, démêlés, ditïi-
cultés, paroles vives. Avoir des raisons avec quelqu'un.
Ils ont eu des raisons ensemble. Je me garderai bien d'a-
voir des raisons avec lui. Expression connue en France,
mais qui n'a pas été, jusqu'à présent, admise dans les dic-
tionnaires.
RAISSON, s. m. Sciure de bois. Une seule de raisson.
Terme vaudois et savoisien. En Franche-Comté on dit:
Basson; dans l'évêché de Bîde, rasun : termes formés du
vieux mot resse; en patois rasse, qui signifie : Une scie.
RAISSONNET, s. m. Sciure de bois. Au raissonnet! au bon
raissonnet ! est le cri des paysans qui viennent nous vendre
de la sciure de bois.
RAJOUTER, V. a. Ajouter de nouveau. Cette salade n'a pas
assez d'hjiile : rajoutez-en. Terme français populaire.
RAMASSÉE, s. f. Volée de coups, rossée. Une bonne ra-
massée le contraignit enfin à se taire. Terme vaudois.
Dans le vieux français, donner la ramasse., signifiait : Don-
ner le fouet. Dans le français populaire, ramasser veut
dire : Maltraiter de coups.
RAMASSER UN MAL. Gagner un mal, gagner une maladie.
La phthisie est, dit-on, une maladie qui se ramasse.
IIAM— RAN 133
RAMELÉE, s. f. Ribambelle, granJ nombre, quantité. Une
ramelée de badauds. Terme vaudois.
RAMONÉE, s. f. Forte réprimande. Faisons les gattes, Fran-
çois : on en sera quitte tous deux pour une ramonée.
Terme dauphinois, etc.
RAMONER, V. a. (fig.) Gronder, tancer. Dans le dialecte
rouclii, ramoner signifie : Rosser.
RAMPON, s. m. Mâche, herbe potagère. Salade au rampon.
Terme suisse-roman et savoisien.
RAMURE, s. f. Toiture, couverture d'un édifice.
RAMURES, s. f. pi. Terme de jardinier. Rames, menues
branches d'arbres qui servent à soutenir les pois et les ha-
ricots. Mettre des ramures.
RANCHE, s. f. Rangée, ligne. Une longue ranche. Terme
lyonnais.
RANCHÉE, s. f. Rangée, ligne, rang, suite de plusieurs
choses mises sur une même ligne. Une ranche'e de livres;
une ranchée d'arbres , etc.
t RANCO ou RANKO, s. m. Dernier râlement d'un mourant
Etre au rancu. Terme vaudois et jurassien. Dans le dia-
lecte provençal, rangouiha veut dire: Râler, c'est-à-dire :
Respirer avec bruit et d'une manière pénible. Dans le pa-
tois du Jura, le verbe rancasser, et dans le patois de l'I-
sère, rancheisié, ont le même sens.
RANG ou RANG DE BOIS, s. m. Bûche ronde, rondin. Une
douzaine de rangs. Des têtes de rang. A Genève on vend
le fayard (le hêtre) soit au moule, aoit par rangs.
RANGER, V. a. Tranquillisez-vous, nous rangerons bien
votre affaire. Va te ranger, Emile, et nous sortirons;
mais aie soin de bien ranger ta cravate et tes cheveux.
On peut dire : Ranger une chambre, ranger une armoire,
ranger des livres ; mais dans les exemples ci-dessus, ranger
est une expression incorrecte; il faut dire: «Arranger.»
iU RAN— RÂP
RANGUILLE. Jeu d'écolier, qui consiste à placer une pierre,
une boule ou une tuile sur un piquet ou sur une butte quel-
conque, et à tâcher de les abattre à coups de pierre.
RANGUILLER, v. a. Terme du jeu de quilles. Relever et
replacer les quilles abattues. Terme vaudois.
RANGUILLELIR, s. m. Celui qui ranguille.
RANQUEMELER, v. n. Râler, être poussif, respirer avec
bruit et peine. On dit aussi : Roncemeler.
RAPATIN, s. m. Sittelle, genre d'oiseaux grimpeurs.
RÂPELU ou RAPÉLU, s. m. Se dit d'un homme qui est vêtu
d'habits vieux et râpés, et qui a l'air excessivement misé-
rable.
RAPERCHER, v. a. Chercher avec une sorte de soin, trou-
ver, déterrer, raccrocher. Rapercher des houqnins. Où
as-tu donc raperché cette vieille hallebarde F Tu as perdu
là, par ta faute, une excellente pratique : il faut essayer
de la rapercher. Se rapercher, v. pron., signifie : Se rat-
traper, recouvrer ce qu'on avait perdu.
RÂPETISSIR, V. a. Rapetisser.
RAPETOUILLER, v. a. Raccommoder.
RÂPl, s. m. Râpé de copeaux, c'est-à-dire : Certaine quan-
tité de copeaux (belues) qu'on met dans un tonneau pour
éclaircir le vin. Boire sur le râpi, signifie: Roire du vin
éclairci par les copeaux. Au sens figuré, Être sur le râpi,
veut dire : Être barrasse, être rendu, être sans force et
sans courage, baisser, décliner.
RAPIAMUS. Terme latin qui signifie : Enlevons , prenons
tout. Faire rapiamus, signifie : Enlever tout. Terme nor-
mand, etc.
RAPICOLER, v. a. Ravigoter, ranimer. Repicoler â le même
sens.
RAPIDE, adj. Roide, escarpé, qui a beaucoup de pente. Che-
min rapide; montée rapide; côte rapide.
RAP— RAPP 135
RÂPIN, s. ra. Avare, ladre, homme dur à la détente. Je te
plains d'avoir pour maître de maison un pareil râpin.
Terme vaudois. Dans le dialecte normand (arrondissement
de Bayeux), nn râpin est un homme qui enlève tout ce qu'il
peut dans les champs. R. rapio.
RAPISÏOLER, V. a. Raccommoder grossièrement, rapiécer,
rapiéceter, rajuster. Rapistoler une robe. On dit aussi,
mais plus rarement : Rafistoler.
RAPLATIR, V. a. Rendre plus plat, rendre plus uni, amin-
cir. Terme français populaire.
RAPPELER (S'EN), v. pron. Dites: Se le rappeler. T'en
rappelles-tu, Toinelte? — A'ow, Madame. — Eh bien, moi,
je m'en rappelle : et voici la troisième fois que tu sors de
nuit sans ma permission.
RAPPELER DE. Rappeler d'un jugement, rappeler d'un
arrêt, rappeler d'une sentence, ne sont pas des expressions
correctes. 11 faut dire: Appeler d'un jugement; appeler
d'un arrêt, appeler d'une sentence,
RAPPONDRE, V. a. Joindre, rejoindre deux choses sépa-
rées. Rappondre une ficelle. Fil rappondu. On rappond
une sauce, en y ajoutant du bouillon ou de l'eau. Terme
suisse-roman, savoisien et jurassien.
RAPPORT, s. m. Dans notre langage populaire, par rapport
que, signifie : Parce que, par la raison que. Fanchette
n'est pas allée te voir dans ta maladie, par rapport que
toi le premier tu l'avais depuis longtemps négligée. Fran-
çais populaire.
RAPPORT A. Par rapport à, ayant égard à, en considéra-
tion de, à cause de. Rapport à nos deux cousins, j'ai
voulu changer l'heure du goûter. Rapport à vous, je prê-
terai la somme en question. Français populaire.
RAPPORTAPET, s. m. Terme d'écolier. Rapporteur, celui
qui rapporte, celui qui dénonce les étourderies de ses ca-
i3G RAP— RAS
marades. Défiez-vous de lui, ce n'est, qu'un rapporlapet.
Dans le canton de Vaud : Un redipet.
RAPPROPRIER, V. a. Approprier, nettoyer. Rapproprier
une chambre. Au réfléchi, se rapproprier, veut dire : Se
faire propre, se rebiancliir, faire sa toilette. Terme français
populaire.
RAPSODAGE, s. m. Mauvais raccommodage, rhabillage.
Vous dévie:: me raccommoder ce gilet ^ et je n'y vois qu'un
rapsodage. Le verbe « rapsoder, » raccommoder grossiè-
rement, se trouve dans quelques dictionnaires modernes.
RARIFIER, v. a. Raréfier.
RARRANGER, v. a. Arfanger de nouveau, rajuster.
RARRIVER, V. n. Tu ne fais que jeter des pierres, Alexis;
mais si cela te rarrive, gare! Vous avez fait les gattes.
petits drôles : que cela vous rarrive et vous verrez. Je
suis sorti hier sans ma bourse; cela ne me rarrivera pas.
Ce terme fort commode n'est pas dans les dictionnaires.
RAS, adv. Couper les cheveux ras, tondre un chien ras, etc.,
ne sont pas des expressions françaises, quoique fort usitées
en France, en Savoie et chez nous. Il faut dire : Raser
les cheveux-, raser un chien; raser une moustache, etc.
Couper à ras, tondre à ras, couper à ras terre, couper à
ras de terre, sont également des expressions vicieuses.
Ne dites donc pas : Les hirondelles volaient à ras terre;
ni : Elles volaient ras terre; ni : Elles volaient à ras la
terre. Dites : Elles volaient en rasant la terre ; ou : Elles
volaient rez terre. « Rez, » en effet, est une préposition qui
signifie : Tout auprès, tout contre, tout joignant, rien entre
deux. Abattre une maison rez terre; couper un arbre
REZ terre, etc.
RASSIS, participe du verbe rasseoir, ne fait pas au féminin
rassie, comme beaucoup de personnes le croient. 11 ne
faut pas dire : Celte femme est rassie, c'est-à-dire : Calme,
RAS- RAT 137
•posée, réfléchie; il faut dire: Cette femme est rassise.
« La jeune Éveline, qui n'a pas encore dix-huit ans, est
déjà une personne rassise, prudente et circonspecte. »
RASSUJETTI, lE, subst. Jeune homme ou jeune fille qui,
ayant fini son apprentissage, travaille encore avec un maître
ou une maîtresse pour se perfectionner.
RAT, s. m. Nous disons proverbialement : Être trempé comme
un rai, pour signifier : Etre fout trempé. L'Académie dit :
« Etre mouillé comme un canard. »
RATAPIOLE, s. f. Ribote du lendemain. Faire la ratapiole.
RATAQUO, s. f. Voyez rate, n° 5.
RATASSER, v. a. Signifie: 4° Fouiller, chercher; 2° Chi-
caner, taquiner, rabâcher, repasser.
RATE, s. f. Souris. Un nid de rates. Prendre des raies.
Avoir un sommeil de rate. Le Complément du dictionnaire
de l'Académie, en enregistrant ce mot, dit qu'il est peu usité.
J'ose assurer qu'il est d'un usage journalier en Suisse, en
Savoie, en Franche-Comté, dans les Vosges et dans tout
le Midi. Nous disons figurément et facétieusement : Avoir
les rates au ventre, pour signifier : Avoir grand'faim, avoir
le ventre qui grouille de faim.
RATE, s. f. Rat, marque blanche, que les écoliers et les ga-
mins font malicieusement sur les habits des passants, au
moyen d'un morceau d'étoffe frotté de craie et taillé en forme
de rat.
RATE, s. f. Dent de petit enfant, quenottes. Montre-nous tes
petites rates, Fanny. Laisse-toi arracher cette rate qui
branle, et nous la mettrons sous le chenet. Terme vaudois,
franc-comtois, limousin, etc. En Languedoc et en Pro-
vence on dit : Ratete et ratounette.
HATE (FAIRE). Rater, faire faux feu. Son fusil avait fait
rate deux fois de suite. Ce mot est une onomatopée.
1\ATE ou RATAQUO, s. f. Réflexion du soleil sur un miroir
II. 13
138 RAT— R AU
ou sur un corps quelconque réverbérant. Faire la rate aux
passants. Ces petits polissons nous aveuglaient avec leur
rate, avec leur rataquo. Les vitres de ta fenêtre me font
la rate.
RATE, s. f. Un mal de rate. Souffrir de la rate. Pronon-
ciation vicieuse du mot « Rate, » dont l'a est bref.
RATEAU, s. m. Grille, fermeture, et principalement d'une
porte de ville. Fermer le râteau; ouvrir le râteau; enfon-
cer le râteau.
RÀTELET DE MOUTON, s. m. Terme de boucherie. Carré
de mouton, haut côté. Terme suisse ot savoisien.
RÂTELIER, s. m. Terme d'économie domestique. Dressoir,
espèce de buffet sans porte, à plusieurs rayons.
t RATENIR, V. a. Retenir. Ratiens-moi, David, je tombe!
Tâche de te ratenir à ce poutre. Terme vaudois, etc.
RATER, V. n. Se dit des chats, et signifie : Prendre les rats,
poursuivre les rats. Notre chat rate bien. Les chasseurs
le disent aussi des chiens qui s'amusent à poursuivre les
rats, au lieu de s'attacher au gibier.
RATIONNER, v. a. Faire la part, donner la ration, mettre
à la ration. Ces garçons ont un si terrible appétit, qu'il
faudra véritablement les rationner.
RATIN, s. m. Odeur des rats. Sentir le ratin.
RÂTISSOIR (UN). Instrument de fer pour ratisser les allées
des jardins. Râtissoir usé, râtissoir démanché. Ce mot est
féminin. Une râlissoire usée, une râtissoire démanchée.
RATOULIVE ou RATOLIVE, s. f. Chauve-souris. Ce mol
ratoulive est une contraction des mots rate-volive, qui
signifient : Rate volante, souris qui vole. A Rumilly (Sa-
voie) et en Valais on dit : rate-volière; dans le patois vau-
dois, ratta volaire; à Lyon, rate-volage; dans le Jura,
ratevolate; dans les Vosges, volant-retle.
RAUFE, s. f. Rotengle, poisson du genre de la tanche.
RAU— RAV 139
RAUFÉE, s. f. Algarade, grogneric, gronderie. Faire une
raufée. Recevoir une raufée.
RAUFER, V. a. Gronder, grogner. Raufer ses domestiques ;
raufer ses enfants. Son mari ne cesse de la raufer. Terme
suisse-roman. En allemand, raufen signifie : i° Tirer par
les cheveux ; 2° Chamailler.
RAUFERIE, s. f. Gronderie, grognerie.
RAUFERIES, s. f. pi. Vieux chiffons, vieilles hardes, objets
sales et inutiles.
RAUFIN, FINE, subst. Grognard, celui ou celle qui gronde
par habitude ou par caractère.
RAVANTER, v. a. Aveindre, avanter de nouveau. Tâche de
me ravanter mon cerf-volant.
RAVAUDAGE, s. m. Action de ravauder, de marchander.
RAVAUDER, v. n. Marchandailler, mésoffrir, offrir d'une
marchandise beaucoup moins qu'elle ne vaut.
RAVAUDERIE, s. f. Bagatelle, brimborion. As-tu payé ton
tailleur ? — Je ne lui dois plus qu'une ravauderie. Ta mère
a-t-elle acheté quelque chose à cette vente publique ? ■ —
Oui, quelques ravauderies.
RAVAUDEUR, DEUSE, subst. Celui ou celle qui marchan-
daille, qui aime à marchander, et qui déprécie la marchan-
dise. Allez, ma mie : je vois bien que vous nêtes qu'une
ravaudeuse, et que vous ne voulez rien m'acheter. Terme
suisse et franc-comtois.
RAVE, s. f. (fig.) Objet de nulle valeur, chose de rien. Se dit
des personnes et des choses. Deux francs à votre fils pour
ses étrennes! La belle rave! Vous mariez votre Tiennette
à Jean Des Verres^ La belle rave de mari que vous lui
donnez là! On dit de même : Le beau fusil de rave! La
belle campagne de rave! etc.
RAVE. Employé adverbialement, ce mot est synonyme de :
Néant, rien du tout, non, point du tout. Tu neveux pas ces
140 RAV— REB
pommes pour ton goûter?... Eh bien, rave, c'est- -dire :
Eh bien, tu t'en passeras, tu n'auras rien autre. Terme
vaudois. On dit quelquefois dans le même sens : Une rave.
Père, mire, prête-moi les tenailles. — Une rave, c'est-à-
dire : Tu ne les auras pas.
RAVE, s. f. Nous disons proverbialement : Remettre à quel-
qu'un ses raves dans le sac, pour : Lui rétorquer ses ar-
guments, lui prouver son erreur ou son ignorance, le réduire
à se taire.
HAYE, ÉE, adj. Terme des campagnards. Cassant, qui se
casse facilement. Une branche ravée, est une branche pour-
rie, et que le moindre effort, le moindre ébranlement pour-
rait casser.
RAVOIR (S'EN). Revenir de sa surprise, se remettre d'un
grand étonnement. Vous me racontez là une chose si cu-
rieuse et si extraordinaire, que je ne puis m'en ravoir.
En français, « se ravoir » signifie : Se calmer, reprendre
ses forces.
RAVONNET, s. m. Radis, sorte de petite rave. Une liasse de
ravonnets. Terme suisse-roman.
RAYER, V. a. Raijer un écolier, signifie : Lui rayer son pa-
pier, le lui régler. Viens ici, Fanmj, je te rayerai, afin
que tu écrives droit. Notre petit Eugène écrit déjà san.s se
rayer. Dites : Sans régler son papier.
REBÀCHER, V. a. Rabâcher, répéter souvent et inutilement
la même chose.
REBÂCHEUR, CHEUSE. Rabâcheur, rabâcheuse.
REBARBAiiATIF, IVE, adj. Rébarbatif, rude, rebutant, re-
poussant. Visage rebarbaratif, figure rebarbarative. Terme
français populaire.
HEBATTE, s. f. Meule d'un pressoir à huile ou à fruit. Terme
savoisien. En patois, rebatta signifie: Rouler, et rebat,
rouleau.
REB— REC 141'
REBATTE, s. f. Ressac, action des vagues battant contre un
mur ou un rocher, et retournant violemment vers le large.
Dans le vieux français, rebaltre avait le sens de : Répercu-
ter, réverbérer, et rebatlement signifiait : Répercussion.
REBÉQUER ou REBECQUER, v. n. Se dit des aliments et
signifie: Etre antipathique, dégoûter, soulever le cœur.
Les choux me rebecquenl. Le fromage rehecque à beaucovp
de personnes.
REBIOLON, s, m. Seconde pousse des choux, seconde pousse
de la vigne. Terme suisse-roman.
REBLOCHON, REBLOSSON ou REBLAICHON, s. m.
Sorte de fromage de Savoie.
REBOUILLER ou RABOUILLER, v. a. Remuer, ravauder,
farfouiller. Rebouiller un tiroir, rebouiller un pupitre. Il
a l'estomac rebouillé. Terme vaudois, fribourgeois, berri-
chon, etc. Nos campagnards appellent rabouHlé-beuze, le
bouzier, sorte d'insecte volant qui vit de préférence dans la
bouze (en patois, la beu%e).
REBOURRÉE, s. f. Accueil dur, rebuffade. Faire une re-
bourrée. Recevoir une rebourrée.
REBOURRER, v. a Rebourrer quelqu'un, c'est : L'accueillir
avec des paroles dures, le maltraiter en paroles, le rem-
barrer.
HECAFFÉE ou REKIAFFÉE, s. f. Gros éclat de rire, éclat
de rire très-bruyant, forcé et commun. Faire desrecajfées.
De ce groupe de bonnes d'enfants et de domestiques sor-
taient, par intervalles, d'énormes recaffées. Riez, si cela
vous plaît, mesdemoiselles, mais ne faites pas des recaffées.
RECAFFER, v. n. Faire de gros éclats de rire.
RECAPER (SE), v. pron. Terme des campagnards. Se dit
des femmes et signifie : Se recoiffer, se requinquer. L'op-
posé de ce verbe est (en patois), se décapa. R. cape, man-
teau, etc.
i(. 43..
142 REC— RECO
RECHANGE (À), loc. adv. À tour de rôle, tour à tour. Va
à pied, je monterai sur le mulet, et nous ferons à rechange.
REGHANGER (SE), v. récipr. Se relayer, se relever l'un
l'autre. Pour monter jusquà la cime du Jura, JIi°^*^ N**
prit quatre porteurs qui se rechangeaient. Terme franc-
comtois, etc.
RECHAT, s. m. Terme des campagnards. Repas donné aux
ouvriers à la fin d'un travail fait en commun. Dans le canton
de Vaud on dit : Ressat. Faire le ressat.
RECHIEN ou RECHEIN, s. m. Mauvais accueil, répartie
dure, affront, rebuffade. Faire un rechien. Il m'a fait un
rechien et une regauffrée de mâlevie. Dans le vieux français,
rechin est un adjectif qui signifie ; Triste, mélancolique, de
mauvaise humeur. « Rechigner » est fi'ançais.
RECHIGNÉE, s. f. Rechignement, action de rechigner. Faire
une rechignee. Voyez rechien.
RECHINCHÉE, s. f. Prise de tabac.
RECHUTER, v. n. Avoir une rechute, faire une rechute, re-
tomber, être attaqué de nouveau d'une maladie dont on pa-
raissait guéri. Tu le croijais au-dessus, mais il a rechuté.
S'il rechute encore, c'est fait de lui. Terme suisse -roman
et méridional.
REGORDAIN, s. m. Terme des ca.r.pagnards. Deuxième re-
gain. En latin, cordum on fenum cordum veut dire : Re-
gain.
REGOU, s. m. Terme patois. Regain, deuxième coupe du foin.
Quand il pleut à la mi-oû
Y a (prou) raves et prou recou.
RECOUVERT, ERTE, partie. Recouvré, récupéré. La mai-
son de commerce N** a recouvert, en trois ans, les sommes
qu'elle avait perdues. Dites : Elle a recouvré. Dites aussi :
Un tel a recrouvré son crédit. M""= 7** pourra recouvrer
'.me partie de l'héritage.
REC-RED lia
RECREER, V. a. Réjouir, divertir. Celle promenade voiis
a-t-elle un peu recréé!' Ecrivez et prononcez avec trois
accents : « Récréé. » Le verbe « Recréer » (resans accent)
est français, mais avec une autre signification.
RÉCRÉPIR UN MUR. Dites : Crépir un mur. Voltaire, en
se servant du mot récrépir, dans le passage suivant, le sou-
ligne. « M. le curé, vous savez que j'ai récrépi à mes dé-
« pens l'église du Tilloi. " [Lellre à M. de l'Ecluse, dans
les Facéiies.] « Recrépir » est français, dans le sens de :
« Crépir de nouveau. »
RÉCRÉPISSAGE, s. m. Crépissure, crépi. Dans notre pays
les récrépissages faits avant le milieu de mai ne sont pas
solides.
t RECTAL, adv. Recta, ponctuellement, avec régularité. Va-
lentin est un homme qui paie rectal.
t RECTALEMENT, adv. Recta, ponctuellement.
RECUITE, s. f. Masse de lait caillé qu'on tire du petit-lait
bouilli.
RÉCURAGE, s. m. Second écurage.
REDASSE, s. f. Draine, espèce de grive plus grosse deux
fois que l'ordinaire, et la moins délicate de toutes. Au ligure
redasse se dit injurieusement d'une femme maigre et sèche.
Cette redasse, cette vieille redasse n a-t-elle pas encore des
;^re7en(ioîîS.' Terme vaudois. En provençal, rarfasso signi-
fie: 1° Une rossinante; 2° Une vieille et mauvaise bête de
somme.
HEDIT, s. m. Ne s'emploie guère que dans cette expression :
Les dits et les redits, c'est-à-dire : Les cancans. Avec ces
dits et ces redits, on ne manquera pas de brouiller toute
la famille. Terme bordelais, etc.
RKDONDER, v. n. Ressauter, rebondir. Regarde cette pau-
me, Albiii, comme elle redonde! Le verbe redonder se
U-i RED-REF
trouve dans les dictionnaires, mais avec une signification dif-
férente.
REDOUX, s. m. Dégel, retour d'une température plus douce
après quelques jours de gelée. Le baromètre descend, nous
allons avoir du redoux, c'est-à-dire : Il va dégeler. Terme
vaudois et savoisien.
REDUIRE, V. a. Serrer, resserrer, enfermer en lieu conve-
nable, ôter de devant les yeux. Réduire la vaisselle; ré-
duire le relavage; réduire des vêtements; réduire des ou-
tils. Le mauvais temps peut arriver quand il voudra, ma
récolte est toute réduite. Nous étions tous réduits avant mi-
nuit, c'est-à-dire : Avant minuit nous étions tous rentrés
dans nos maisons. Terme consacré en Suisse et en Savoie.
R. reducere, remettre en place, replacer. En Languedoc, au
lieu de réduire, on dit : Conduire. Conduisez ce pain. Con-
duisez cette bouteille et ces verres.
REFAIRE, V. a. Nous disons figurément et proverbialement
d'une chose qu'on nous présente comme avantageuse, mais
qui en effet ne l'est pas : Cela ne me refait pas la taille. On
dit en français : Cela ne me rend pas la jambe mieux faite.
[ACAD.]
REFAIT, FAITE, part. Nous disons ironiquement, à l'occa-
sion d'un mécompte, d'un contre-temps, d'un désagrément
qui nous arrive : Me voilà bien refait! c'est-à-dire : Me
voilà bien avancé! Me voilà mis dans de beaux draps! Te
voilà bien refait, Théodore, de chicaner ton petit frère : il
l'a égratigné et tu saignes. Terme languedocien, etc.
REFALLOIR, v. imp. Falloir de nouveau. Tuas acheté trop
peu d'étoffe; il t'en refaut une demi-aune. Notre provi-
sion de fascines touche à sa fin : il en re faudra un demi-
cent.
REFENTE, s. f. Un mur de re fente. Terme français popu-
laire. Dites : Un mur de refend.
REF— REG 145
REFIER (SE), V. pron. Se fier, compter sur. Il se re fie trop
sur sa mémoire. Ne vous refiez pas sur cet homme.
REFLÉCHIR, v. actif. Ce verbe est neutre. Ne dites donc
pas : J'ai réfléchi une chose. Dites : J'ai réfléchi a une
chose; j'ai réfléchi a un moyen de tout arranger, etc.
REFONFONNER ou REFONFOUNER, v. n. Reprendre dans
la cafetière, dans le pot, dans la marmite, etc. Gouillarde
que tu es ! Après avoir bu tes deux écuelles, tu refonfouaes
encore. On donne aussi à ce verbe le sens de : Mettre de
l'eau sur le marc de café, dans une bouteille de vin, etc.
REFRÂCHAIS, s. m. Terme d'agriculture. Refroissis, ré-
colte faite sur des jachères. Terre que l'on fait porter une
troisième année.
REFROIDIR, V. a. La prononciation de refroidir, avec accent
sur l'e, est habituelle chez nous. Il faut écrire et prononcer :
« REfroidir. »
REFROUGNÉ, ÉE, adj. Mine refrougnée; visage refrou-
gné. Le mot français est : Refrogné. Visage refrogné.
REGAILLARDIR, v. a. Ragaillardir, remettra en bonne hu-
meur, remettre en gaîté. Cette bonne nouvelle les avait
tous regaillardis. Français populaire et vieux français.
REGALE, s. fém. Régal, régalade, festin, gala. Faire une
régale; faire tine superbe régale. Ce terme appartient à
l'ancienne langue française; mais il était alors du genre
masculin (un régale). Voyez la 1'"'= édition du dictionnaire
de l'Académie [1698].
REGAUFFREE, s, f. Gronderie, paroles de dépit, rebutfade.
Faire une regauffrée à quelqu'un; recevoir une regauffrée.
Dans le canton de Vaud, on dit : Regauffée.
REGLET, s. m. Terme de calligraphie. Transparent. Écrire
avec unréglet. Se passer de réglet. Terme méridional.
RÉGITRE, s. m. Écrivez sans accent sur l'e, « Regîlre » ou
« Re£;istre. »
116 REG— REJ
RÉGLEUSE, s. f. Terme de la fabrique d'horlogerie. Ou-
vrière dont la profession est de régler les montres. A Ge-
nève, une habile régleuse 'peut gagner jusqu'à huit francs
par jour.
REGLISSE, s. f. Écrivez et prononcez : « Réglisse. » De la
régHsse. La réglisse est adoucissante.
REGORGE (A), loc. adv. Excessivement, à satiété, jusqu'au
rassasiement. Manger à regorge. Avoir des écus à re-
gorge.
REGRETTER, v. a. Dans notre langage : Regretter une chose
à quelqu'un, signifie : La lui envier, être fâché, être triste
de voir qu'il en est le possesseur. Chacun lui regrette cette
aubaine. Ne regrette:^ pas cette jeune et jolie femme à ce
vieux barbon, c'est une pouine, une diablesse. Expression
méridionale.
REGROLLAGE, s. m. Raccommodage de vieux souliers.
REGROLLER, v. a. Raccommoder grossièrement de vieux
souliers. Grolle, dans notre langage, signifie : « Savate. »
t REGUINGOTTE, s. f. Redingotte. J'acheta cette reguin-
gotte à l'encan. Terme dauphinois, rouchi, etc.
t RÉGULIARITÉ, s. f. Régularité. Le mot réguliarité ap-
partient au vieux français, et on l'emploie encore dans di-
verses provinces du nord de la France.
REINE, s. f. Nous appelons la reine du bal celle des dan-
seuses dont la beauté ou la grâce y est le plus remarquée.
En France, la reine du bal, c'est la personne pour qui se
donne le bal.
REJICLÉE, s. f. Éclaboussure, rejaillissement. En Dauphiné
et en Languedoc, on dit : Un rejiscle.
REJICLER, V. a. et n. Éclabousser, faire rejaillir. I^eau /tti
rejicla dessus. Fais do^ic attention^ Gaspard : ne vois-tu
RE L— REM 147
pas que tu me rejicles? Terme suisse-roman, savoisien et
méridional .
RELÂCHER LE VENTRE. Lâcher le ventre.
RELATIONNÉ, ÉE, adj. Se dit de celui ou de celle qui a
des relations. L'établissement que vient de fonder M^ Z**
ne peut manquer de réussir, car c'est un jeune homme ac-
tif, intelligent et bien relationné.
RELAVAGE, s. m. Lavage de la vaisselle après le repas.
RELAVER, V. a. Laver la vaisselle après le repas. Terme
vaudois, neuchâtelois, lorrain, wallon, etc.
RELAVURES, s. f. pi. Lavure, eau grasse qui provient du
lavage de la vaisselle.
RELEVER, V. a. Terme de lingère. Reprendre. Relever une
maille à un bas. Expression dauphinoise, etc.
RELEVER, V. a. Saisir, prendre en contravention. Le garde
champêtre de la commune a relevé un chasseur qui foulait
du blé noir. À la campagne les enfants se font souvent re-
lever par les gardes, [p. G.]
RELEVER (S'EN), v. pron. En relever, se rétablir, en par-
lant d'un malade. On ne croit pas que notre cousine s'en
relève. Dites : On ne croit pas que notre cousine en relève.
RELIQUAT, s. m. On prononce relika.
RELOIN, adv. Ne s'emploie que dans cette expression très-
familière : Il est loin et reloin, c'est-à-dire : Il est parti, il
est depuis longtemps parti.
RELUCHER, v. a. Reluquer, lorgner attentivement et du
coin de l'œil. Relucher de belles pêches, relucher de beaux
raisins. Dans notre langage, relucher une demoiselle, c'est :
La regarder avec un tendre intérêt, et chercher à attirer
son attention,
REMAGNONS, s. m. pi. Reste d'aliment, vieux reste de fri-
cot. Terme vaudois. Dans notre patois, remagni veut dire :
Rester. R. lat. remanêre.
148 REM-REMO
REMAIGRIR, v. n. Ton beau-pere avait repris un peu d'em-
bonpoint, mais le voilà qui remaigrit. Dites : « Ramai-
grit. » L'infinitif est : « Ramaigrir. »
REMARQUER À QUELQU'UN. Dites : Faire remarquer à
quelqu'un, lui faire observer. Je vous remarquerai que, est
un barbarisme.
REMBOURS, s. m. Remboursement. Terme suisse, parisien
populaire et vieux français.
REMERCIER POUR. Remercier de. Remercie:: votre oncle
pour toute la peine qu'il s'est donnée.
REMÉMORIER (SE), v. pron. Se remémorer. Tâche de te
remémorier une partie de ce beau discours. Français popu-
laire.
REMOLLION, s. m. (// mouillés.) Terme de lessiveuse, se
dit essentiellement du linge de couleur et des vêtements de
laine qui ne se coulent pas au lissu. Madame a-t-elle pré-
paré les remollions? Y a-t-il beaucoup de remollions}'
Le remollion n'est pas encore compté. R. remouiller.
REMOLLION, s. m. {Il mouillés.) Réveillon, lendemain de
noces; petit repas que l'on fait après un autre plus grand.
REMONTANT (UN). Un stimulant, une chose qui ranime
et fortifie soit le corps, soit l'esprit. Pour beaucoup d'esto-
macs, un verre de bon vin est un remontant. Uarrivée de
son père tirera notre jeune écolier de son apathie, et lui
donnera un peu de remontant.
REMONTER, v. a. Ravigoter, raviver, redonner des forces,
remettre en meilleur état. Un petit verre de curaçao les a
toxis réjouis et remontés. Ce petit legs a remonté cette pau-
vre famille. Cinq cents francs remonteraient bien votre
fermier. Terme méridional, etc. Les dictionnaires disent :
« Remonter le courage, remonter l'imagination, » et rien
de plus. A Genève, ce verbe remonter a des significations
plus étendues.
REM— REN 149
REMOUCHÉE, s. f. Remontrance sévère, algarade. Faire
une remouchée. En provençal : Remouchinado .
REMOUCHER, v. a. (fig.) Gourmander, rabattre le caquet,
réprimander sévèrement, rembarrer. Il voulait élever la
voix, mais son bourgeois l'a remouché. Terme neuchâte-
lois, etc. En lorrain, moucher quelqu'un signifie : Le bat-
tre, l'étriller; et dans le patois du bas Limousin, moutsa,
s. m., veut dire : Un soufflet, une mornifle.
REMUER, V. n. Déménager, changer d'appartement. Quand
remuez-vous, voisin? — Je remue après Pâques. Terme
suisse-roman, savoisien et lyonnais. Dans le Limousin, à
Rordeaux et en d'autres endroits du midi de la France, on
dit : Se remuer. C'est demain qu'il se remue (c'est demain
qu'il déménage). En vieux français, remuer, v. n., signi-
fiait : Changer.
REMUEUR, s. m. Déménageur. Les remueurs sont payés
quatre à cinq francs par jour. Tous les Genevois connais-
sent le joli conte des Remueurs, de Gaudy.
RENAILLER, v. n. Renarder, vomir après une orgie.
RENARDS, s. m. pi. (fig.) Vomissements d'un homme ivre.
Faire les renards, vomir après une orgie. Dans le français
populaire, on dit en ce même sens : Ecorcher le renard.
RENASQUER, v. n. Regimber, refuser, récalcitrer, renâ-
cler, faire quelque chose en rechignant. Tu as beau renas-
quer, mon pauvre Alfred, il faudra bien que tu en passes
par là. Terme vieux français, admis dans la l'*^ édition du
dictionnaire de l'Académie [1694.], mais rejetée depuis.
t RENCONTRE (UN). Tu n'as payé ce bois de lit que trois
francs; c'est un bon rencontre. Dis-voir, Guillaume, tu
me viendras ce tantôt au rencontre. Ce mot, qui est au-
jourd'hui du genre féminin, était autrefois des deux genres.
RENCONTRER (SE), v. pron. Être, se trouver, se rendre
dans quelque endroit. M'étant rencontré là par hasard, je
II. a
150 REN— RENO
prêtai viain-forte au gendarme. Tâche de te rencontrer sur
la Treille à midi précis. Il se rencontra tout à point un
honnête paysan qui nous hébergea. Expression vaudoiseet
méridionale.
]\ENDEMENT, s. m. Rendement de compte. Reddition de
compte, [p. G.]
HENETTE, s. f. Écrivez et prononcez : Rainette ou Rei-
nette. Pomme rainette ou pomme reinette. En vieux fran-
çais, raine signifie : « Grenouille. » Or les pommes rainet-
tes sont tachetées comme les grenouilles.
KENEVIER, 1ÈRE, adj. Terme des campagnards. Économe,
ménager, qui tient en réserve. Comment donc! à Pâques
il vous offrait encore des raisins! — Oui, sans doute,
parce qu'il est renevier, lui, et quil conserve quand les
autres prodiguent. Dans le patois vaudois, Renevei veut
dire : Prêteur sur gages, usurier, accapareur. Chez nous ce
terme ne se prend qu'en bonne part, mais il est peu ré-
pandu. Dans le patois dauphinois, renevie signifie: Regrat-
tier, revendeur.
t RENFORCIR, v. a. Enforcir, renforcer, donner des for-
ces. Les bains d'Arve ont renforci notre garçon. Terme
parisien populaire et vieux français.
RENFROGNÉ, ÉE, adj. Visage renfrogné. Dites: Refrogné.
RENITENT, ENTE, adj. et subst. Mutin, récalcitrant. Faire
le renitent. Punir les renitents. Gare aux renitents! Ex-
pression remarquable, fort usitée à Genève, mais inconnue
en France, quoique recueillie par Roiste, etc. Dans le dia-
lecte des environs de Yalcnciennes, rentcier signifie : Trou-
ver des difficultés où il n'y en a pas. R. lat. reniti.
RENONCE, s. f. Rassasiement, dégoût. Boire à renonce.
On menait une vie de chanoine; on avait du vin à re-
nonce, c'est-à-dire : On en avait à gogo et jusqu'à n'en plus
vouloir.
REN— REP 151
RENONCER, v. a. Se dégoûter àe, prendre en dégoût. No-
tre André est un brave garçon qui ne renonce jamais le.
travail. Expression des campagnards.
RENOTER, V. n. Redire sans cesse, répéter fastidieusement,
rabâcher. Cest la dixième fois que tu me renotes la même
chose. Ces deux écoliers me renotent toujours que Vétude
du grec les ennuie.
RENOUVELER, v. n. Se renouveler, en parlant de la lune.
Tm lune renouvelle demain.
Quand la lune renouvelle en beau ,
Trois jours après on a de l'eau.
RENRHUMER, v. a. Enrhumer de nouveau. J'ai quitté mon
gilet de flanelle, et me voilà renrhumé.
RENTER, V. a. Renter des bas. Dites : Remonter des bas.
t RENTOURNER (SE), v. pron. S'en retourner. Nepleure
plus, mon valet, et rentourne-t'en chez vous. — Ma marna
ne veut pas que je m'en rentourne seul. Barbarisme vau-
dois, lyonnais, etc.
RENTRER, v. a. Rentrer une couture. Terme français po-
pulaire. Dites : Rentraire une couture,
t RENVENIR (S'EN), v. pron. S'en revenir. Lequel dévoua
veut s'en renvenir avec moi F Renviens-t'en, Michel. Bar-
barisme lyonnais, etc.
RENVERSER, v. n. Verser, parlant d'une voiture. Noii^
heurtâmes contre le boule-roue, et le chariot renversa.
Terme fi'ançais populaire.
REPAILLER, v. n. Rempailler, garnir d'une nouvelle paille.
Voilà des chaises mal repaillées.
REPAILLEUSE, s. f. Rempailleuse.
REPAS DU LOUP, s. m. Terme des campagnards. Repas
donné le troisième jour de la noce aux personnes avec les-
quelles on est moins en relation.
152 REP— REPL
REPATRIER, v. a. Rapatrier, réconcilier des personnes
brouillées. Terme méridional, etc.
REPÊCHER (SE), v. pron. Se rattraper, retrouver son gain,
prendre sa revanche.
Je laisse le bouli,
Comptant me repêcher bientôt sur le rôti.
[CH.]
+ REPENTU, UE, part. Elle s'est bien vite repentue d'avoir
menti. Barbarisme qui appartient au français populaire. On
doit dire : Repenti, repentie.
REPETASSER, v. a. Rapetasser, raccommoder grossière-
ment de vieilles bardes. Terme méridional.
REPICOLER ou RAPICOLER, v. a. Ravigoter, ranimer,
rendre les forces, remettre en vigueur, refaire. Notre pau-
vre petite Liiiotte était crevotante, xm peu de vin l'a repi-
colée. Depuis que j'ai pris ce bouillon bien chaud et bien
succulent, je me sens repicolé. Terme suisse et savoisien.
Dans le patois du Jura, et dans le dialecte provençal, revi-
couler et reviscoula ont le même sens.
REPIPER, V. a. Répliquer, répondre. Quand je lui ai dit
son fait, il n'a rien repipé, il n'a pas repipé mot.
REPIT, s. m. Avoir du répit; donner du répit. Ecrivez et
prononcez « Répit, n avec un accent sur ïé.
REPLAT, s. m. Plateau, terrain plat sur une élévation. Nous
ferons une halle au premier replat. Terme suisse. Dans le
dialecte du Berry, replat signifie : Terrain déprimé.
REPLIQUER, V. a. Garde-toi de répliquer. Si tu répli-
ques, je te punis. Prononciation habituelle chez nous. Ce
mot s'écrit avec un accent sur ïé: « Répliquer. » Ne ré-
plique pas.
REPLUMER (SE), v. pron. Se remplumer. S'emploie sur-
tout figurément et signifie : 1» Revenir en santé; 2° Réta-
blir ses affaires, regagner de l'argent.
REP— RES iS3
HEPOCHONNER, v. n. Reprendre avec la cuiller à pot.
Repochonner la soupe, [g. G.]
UEPRIN, s. m. Recoupe, son de première qualité. Terme
suisse, savoisien et méridional.
REPRISE, s. f. Terme d'horticulture. Joubarbe des jardins.
liEPROCHER, V. n. Donner des rapports, occasionner de
ces vapeurs acides et désagréables qui s'élèvent de l'estomac
dans la bouche. Les choux et les radis lui reprochent.
Terme français populaire.
REQUÈT, s. m. Terme des campagnards. Se dit d'un repas
ou gala donné à des femmes par une nouvelle mariée le len-
demain de ses noces.
REQUINQUILLER, v. a. Ranimer, ragaillardir. Allons, al-
lons, une goutte de rikiki, ça requinquille. Employé comme
verbe pronominal, se requinquiller signïïie : Se requinquer,
se parer, faire sa toilette. Qu y a-t-il de nouveau, Magdc-
lon, que tu es si requinquillée et si belle? Terme vaudois et
méridional.
RESILLER, V. n. (// mouillés.) Se dit du vin et signifie :
Tourner, devenir aigre.
RÉSlLLER, V. a. (//mouillés.) Orthographe vicieuse du mot
résilier. Résilier un bail, résilier une vente. Cette mauvaise
orthographe conduit à des fautes plus graves : Nous disons
au présent de l'indicatif: Je résille, au lieu de dire : Je ré-
silie. Nous disons au futur : Je résilierai, au lieu de dire :
Je résilierai . Nous disons au subjonctif : Que je résille ; per-
mettez que je résille ma location, au lieu de dire : Que Je
résilie. Permettez que je résilie ma location.
t RÉSIPÈLE, s. f. Érésipèle.
RESSAUTER, v. n. Signifie: 1° Tressaillir; 2° Rebondir;
3" Rejaillir. Ressauter de peur. Je dormais profondément
lorsqu'un cri d'à l'eau! me fit ressauter dans mon lit. Sa
paume élastique ressautait jusqu'à la hauteur du deuxième
II. li.
\U RES— REST
étage. Prends garde, Edouard, tu me fais ressatiter de
Veau. Terme français populaire.
t RESSEMBLER QUELQU'UN. L'aînée {des deux sœurs)
ressemble son père, et la cadette ressemble sa mère. Cette
expression appartient au français populaire et au vieux fran-
çais. On doit dire : L'aînée ressemble à son père et la ca-
dette à sa mère.
RESSEMBLER, v. n. Ne dites pas: Voilà un portrait qui
ressemble, dites avec un régime indirect : Voilà un por-
trait qui ressemble à M'' un tel, à M"'^ ^ne telle; ou : Voilà
un portrait qui est ressemblant.
RESTER, V. n. Nos amis restent bien à venir. Dites : Tar-
dent bien à venir.
RESTER, V. n. Demeurer, loger. Dans quelle rue reste::-
vous , Monsieur Michaux? — Je reste actuellement à la
rue de Toutes- Ames. Français populaire.
1*»ESTER, V. n. Employer, mettre. Les maçons restèrent
deux ans et demi à élever ce bâtiment colossal. Expression
méridionale.
RESTER DEVOIR. Devoir encore, redevoir. Tu me restes
devoir vingt-cinq francs. Expression méridionale.
RESTOUPAGE, s. m. Action de restouper. Ces deux termes,
fort usités en Suisse, mais peu connus en France, ne se
trouvent que dans le dictionnaire de Bescberelle, qui leur
donne un sens plus restreint. Gattel, en citant le mot restou-
page, dit qu'il est usité en Flandre! Dans le dialecte rou-
chi, restouper signifie : Remplir un trou, combler un trou.
Et le dictionnaire de l'Académie [édition de 1G94], dit:
Estouper, boucher un trou avec de Vestoupe (ou étoupe).
RESTOUPER, V. a. Terme de couturière. Raccommoder,
reprendre, rentraire, rejoindre les parties qui sont rompues.
Restouper des bas. Gilet restoupé.
RESTOUPEUSE, s. f, Couturière qui resioupe.
RES-RET 1S5
RESTOUPURE, s. f. Reprise qu'on fait à une étoffe, à un
tissu, à delà dentelle, etc.
RETACONNER, v. a. Rapiécer, rapiéceter, raccommoder
grossièrement. Un habit tout retaconné; retaconner des
bottes; retaconner un manteau. Terme suisse etsavoisien.
Dans le dialecte picard, et en vieux français, rataconerA le
même sens. Ces deux termes viennent de l'ancien mot tacon,
lequel signifie : Pièce, morceau, et spécialement morceau de
cuir. A Genève, la place nommée aujourd'hui Taconnerie
était autrefois un marché aux cuirs.
RETAMER ou RÉTAMER, v. a. Remettre l'étamure. Réta-
mer une casserole; rétamer un pochon. Terme français po-
pulaire.
RETARDER (SE), v. pron. Être retardé. Notre petite Amé-
lie commençait à marcher, mais le froid est survenu, et
elle s'est retardée. Quand le dtner se retarde, nos Mes-
sieurs me font devenir folle. La garde était arrêtée pour
le l""" de septembre, mais notre maîtresse s'est beaucoup
retardée.
RETENDRE, v. a. Vous m'apporte:: là du linge qui est à
peine sec : aile::: le rétendre. Rétendre, écrit avec un e, est
un barbarisme. Pour être correct, on doit écrire et pronon-
cer « Retendre. »
RETENIR, V a. Réparer un objet qui est peu gâté, peu en-
dommagé. Retenir un habit; retenir des bas. Après la les-
sive, la maîtresse fait retenir tout le linge. Une journée
suffira aux couvreurs pour retenir tous les toits du bâti-
ment.
RETORDU, UE, subst. Mot populaire du bassin de Genève
et d'ailleurs, qui s'emploie pour : Retors, matois, renard.
Exemple : Mé/iez-vous de cet homme, de cette femme,
parce que c'est un retordu, une retordue.
RETOUR, s. m. Ce que nous appelons voilure de retour,
156 HET— REV
s'appelle en France : Voiture de renvoi. Nos voyageur a
trouvèrent à point nomwé une voiture de retour pour se
rendre à Berne. Terme méridional.
RETOURNER, v. a. Terme mercantile. Renvoyer, Retour-
ner une marchandise. Le colis était avarié, et on le re-
tourna à l'expéditeur. Terme français populaire.
RETRANCHER À, Retrancher de. Retrancher un couplet
à une chanson. Retranche un paragraphe à ton discours.
Dites : Retranche un paragraphe de ton discours, etc.
t REVANCHE (UN). Prendre son revanche. «Revanche»
est français, mais ce mot est féminin.
REVANGE, s. f. Revanche. Prendre sa revange. Avoir sa
revange. Demander sa revange. Terme français populaire.
REVANGER, v. a. Revancher, prendre la défense d'une per-
sonne attaquée. Sois tranquille, je saurai bien te revan-
ger. Terme français populaire et vieux français.
RÊVE ou RAIVE, adj. Terme des campagnards. Se dit du
bois qui commence à pourrir sur l'arbre et qui se casse
très-facilement. Ne grimpe pas jusqu'à celte branche : elle
est raive.
RÉVEILLON, s. m. Lendemain d'une fête. «Réveillon» est
un mot français, mais il a un autre sens.
REVENDRE QUELQU'UN, (fig.) Lui en revendre, le sur-
passer, être plus fin que lui.
REVENETTE, s. f. Terme d'écolier. Ricochet, bricole. Dis
donc, Louis, la revenette n'en est pas. — Si fait bien, la
revenette en est.
REVENEZ-Y, s. m. C'est du revenez-y. Expression familière
que l'on emploie en parlant d'un aliment quelconque qui
plaît au goût, et auquel on aime à revenir. Ces confiture.'^
ont un goût de revenez-y. Votre vin n'est pas du reve-
nez-y, c'cst-à-dirc : Votre vin ne rappelle pas son buveur.
REV-REVE 157
Ce terme n'est pas inconnu en France, puisqu'il figure dans
le Dictionnaire du Bas langage, t. 11, p. 309.
REVENEZ-Y, s. m. Ce substantif composé, qui ne se trouve
pas dans les dictionnaires français, s'emploie à Genève et
ailleurs dans le sens de récidive. Exemple : Il m'a joué
un tour, mais je l'attends au revenez-y.
REVENGE. Voyez revange.
REVENIR, V. n. Redevenir. Cette étoffe revient à la mode.
Quelle bonne figure tu as, Joubert! En vérité, tu reviens
jeune. Français populaire.
REVENIR QUELQU'UN. Lui faire reprendre ses esprits. Elle
tomba en défaillance, et il fallut la revenir avec du vinai-
gre. Terme dauphinois, etc.
REVENIR (EN). Abandonner l'opinion dont on était, pour
se ranger à l'avis d'un autre. Ludovico est un opiniâtre
achevé, et quand il a décidé xine chose, Un en revient pas.
Dites : Il NE revient pas. [Acad.] « Que la Cour ait raison
ou qu'elle ait tort, elle ne revient pas. " [Marmontel,
Bélisaire, ch. VI.]
REVENUE, s. f. Retour. L'allée et la revenue. Terme vieux
français, qu'on trouve déjà dans le Roman de la Rose.
REVER APRES. Deux nuits de suite. Monsieur Isaac, j'ai
rêvé après vous. Dites : J'ai rêvé de vous, ou (ce qui est
moins correct sans être fautif) : J'ai rêvé à vous.
RÉVERBÈRE, s. m. Écrivez et prononcez « Réverbère. »
REVERCHON, s. m. Envie, petits filets qui se détachent de
la peau autour des ongles, [g. g.]
REVERCHON, s. m. La partie du drap de ht qu'on retrousse
près de la tête, par-dessus la couverture. Se dit surtout
quand on parle des couchettes d'enfant.
REVERS, s. m. Le revers d'une étoffe; le revers du drap,
etc. Dites : L'envers, c'est-à-dire : Le côté d'une étoffe, le
côté du drap qui ne doit pas être exposé à la vue.
158 RE V— REVO
REVIRE, s. m. Ce mot de revire se joint à main et ^pied,
pour exprimer une mesure naturelle prise de la largeur
de l'une et de l'autre. Ainsi revire-main signifie : Largeur
de la main ; revire pied signifie : Largeur du pied. Depuis
cette boule jusqu'au but, il y a un pied et un revire-pied.
REVIRÉE, s. f. Ruban que les garçons de la campagne met-
tent à leur habit quand ils sont de noce. [p. g.]
REVIRÉE, s. f. Mornifle, soufflet, volée de coups. Donner
une revirée. Terme vaudois. S'en donner deux tours et la
revirée, signifie : À outrance, le plus possible. On dit de
deux personnes qui se sont violemment battues, qu'e//es
s'en sont donné deux tours et la revirée. Jacques, as-tu
bien dansé hier F — Ah ! je t'en réponds ; on s'en est donné
deux torirs et la revirée.
REVIRE-MARION, s. m. Mornifle, soufflet violent qui fait_
virer sur elle-même la personne qui le reçoit. Il voulut se
mêler de la dispute, et ilij attrapa pour sa part un revirc-
marion soigné. Terme vaudois.
RÉVISER, V. a. Réviser une loi; réviser la Constitution,
etc. Écrivez et prononcez « Réviser ; » mais écrivez et pro-
noncez «RÉ vision. »
REVOLIN, s. m. Quinte, caprice, changement subit de vo-
lonté, de projet ou d'humeur, // lui a pris un revolin, et il
a congédié les trois domestiques et le cocher. Terme vau-
dois. Au sens propre, revolin signifie : Coup de vent subit.
Nos campagnards disent : Revolet. On ne sait quel revolet
lui a pris. R. volo.
REVOIR (À), loc. adv. Au revoir. A revoir, Messieurs, àre-
voir, Mesdames. Terme français populaire.
REVOYANCE, s. f. Terme très-familier, et qui n'est guère
usité que dans cette expression : À la revoyance, c'est-à-
dire : Au revoir. Adieu, Jeannot; adieu, Rambosson ;
adieu, jusqu'à la prochaine revoyance. Les Champenois
REZ— RID 159
disent: À la revoyure. [Vocabulaire da Bas langage ré-
mois, par M"" E. Saubinet.]
REZASSER, V. a. Que viens-tu nous rabâcher et nous re-
zasser? Ecrivez «Ressasser,» et prononcez la preniière
syllabe comme celle du mot ressortir. R. sas.
RHABITUER (SE), v. pron. S'habituer de nouveau. Mot
utile, que les dictionnaires modernes n'ont pas relevé, mais
qui est sans doute fort connu.
t RHUMATISME MALE. Douleur de rhumatisme mâle.
Dites : Douleur rhumatismale.
+ RHUMATISSE, s. m. Rhumatisme. La Brouillon a un
rhumatisse au cœur. Par une faute analogue, on dit, à
Reims : Un catéchisse, pour : Un catéchisme.
RIBAMBÉE, s.f. Grande troupe, ribambelle. Une ribambée
de monde. Oh! quelle ribambée!
RIBANDELLE, s. f. Ribambelle.
RICHE, adj. (fig.) Se dit du temps, c'est-à-dire, de la dis-
position de l'air. Un riche temps est celui qui hâte et fa-
vorise la végétation, celui qui est propre à combler les vœux
du laboureur et à ['enrichir. Si après ces huit jours nous
avions une pluie de quarante-huit heures, ce serait un
riche temps. Cette signification particulière de l'adjectif
« riche » n'est pas dans les dictionnaires.
RIC-RAC, adv. Payer ric-rac, c'est : Payer avec une exac-
titude rigoureuse, payer jusqu'au dernier sou. M"" N** ne
fait jamais de dettes : il paie tout ric-rac. Terme français
populaire. Nous disons dans le même sens : Ric-et-rac. Le
terme français est : Ric-à-ric. Nous le ferons payer ric-à-
ric. [AcAD.]
RIDICULE, adj. Ce mot appliqué aux personnes signifie:
Sévère, difficile, dur à la desserre. Un maître d'école ri-
dicule. Un propriétaire ridicule est celui qui se refuse aux
160 RIE— RIF
réparations les plus urgentes. Nos campagnards disent : fie-
dicul. On le dit aussi en Savoie, dans le Jura, en Chanapa-
gne et sans doute ailleurs. Refuser à im locataire de lui
ôter la fumée, de lui cimenter les vitres, ou de mettre des
seuils aux portes, c'est être ridicule. Cette expression est
connue en Savoie et dans plusieurs provinces de France.
Appliqué aux choses , ridicule signifie : Difficultueux, sca-
breux, pénible, peu satisfaisant. Chemin ridicule; sentier
ridicule; saison ridicule. Mais ce sens est moins usité à
Genève que chez nos voisins de Savoie et du Jura.
RIEN, adv. Point, pas, pas beaucoup, nullement. Vous m'ap-
portez là un poulet qui n'est rien gros. Ton frère n'est rien
complaisant. Vous n'avez rien d'appétit, cousin? Et avec
l'interrogation? N'est-ce rien toi qui a pris mon para-
pluie P « La session du Grand Conseil est prorogée au 5
janvier : ne serait-ce rien que les deux projets de loi à
présenter ne peuvent soutenir l'examen? « [L'Ami du
Pays, numéro du 9 décembre 1847.] Terme français po-
pulaire et vieux français.
RIEN, adv. La construction des phrases suivantes n'est pas
correcte : Je ne veux rien qu'on me dise. Je ne veux rien
qu'on acheté sans ma permission, etc. Dites : Je veux
qu'on ne me dise rien ; je veux qu'on n'achète rien sans
ma permission.
RIEN DU TOUT, s. m. Homme méprisable, homme de rien.
Lui! lui! c'est un rien du tout, c'est de la drâchée.
RIFFLE RAFFLE, s. f. Ils ont tout volé, il n'est resté ni
riffle ni raffle.
RIFFLER, V. a Effleurer, raser, touchera peine, passer
près. La pierre lui riffla le front; la balle lui avait rifflé
la jambe. Terme suisse, savoisien, rouchi, etc. En vieux
français, riffler a le sens d'égratigner, écorcher. A Reims,
ériflure signifie : Légère écorchure, et s'érifler, s'écorcher
Iccrèremcnt.
RIF— RIO 161
RIFFLETTE (À LA), loc. adv. En effleurant, en rasant. Lan-
cer sur Veau des pierres à la riffîelte.
RINCEE, s. f. Averse, pluie subite et forte. Recevoir une rin-
cée. En montant le Pas de l'Echelle, nous eûmes une
bonne rincée.
RINCEE, s. f. Réprimande sévère. Recevoir une rincée^ être
fort grondé. Ce sens du mot rincée n'est pas dans les dic-
tionnaires.
RINCER DU LINGE. Aiguayer du linge. A ce moment-là,
trois femmes rinçaient du linge au bateau. Expression fort
répandue en France, mais blâmée des grammairiens, qui
veulent que rincer ne se dise que des verres, tasses, cruches
et vases semblables, et de la bouche.
RINGOLET, ETTE, adj. Propret, avenant, bien vêtu. Se dit
surtout des personnes qui n'ont pas l'habitude de soigner
leur mise. Vous voilà bien ringolet aujourd'hui, Monsieur
Maillard. Terme suisse.
RINGUER, v, a. Battre, rosser. Se ringuer, v. réc. Se bat-
tre. Dans le canton de Vaud, ringuer, et en allemand, rin-
gen, signifient : Lutter.
UIOLE ou RIOLLE, s. f. Liseron des champs, plante.
RIÔLE, s. f. Rabâchage, grognerie. C'est toujours la même
riôle, toujours la même chanson,
RIÔLER, RIOULER ou RIULER, v. n. Gronder, rabâ-
cher, ron-ner, pleurnicher. Pendant tout le goûter les en-
fants et le chien rioulaient à qui mieux mieux. Terme
connu surtout des campagnards.
RIOUTE ou RIOTTE, s. f. Débauche devin. Faire la rioute.
Terme vaudois et fribourgeois,
RIOÙTE ou RIÙTE, s. f. Branche flexible et tordue dont on
lie les gerbes et les fagots. Terme suisse-roman et savoisien.
On dit proverbialement : Il faut mailler la rioûte pendant
II. lî)
1 62 RIP— ROB
qu'elle est verte, pour dire : Il faut corriger un enfant pen-
dant qu'il est jeune. Selon plusieurs dictionnaires, le mot
français est : Rouette. A Limoges et en Languedoc : Reorte ;
dans le Jura et en vieux français, riorte. R. relortus.
RIPES (LES). Dénomination attachée à certaines localités dé-
sertes, sauvages. Les ripes de Dardagny. Aux environs de
Lons-Ic-Saunier (département du Jura), les ripes de Saint-
Laurent, les ripes d'Artenas, etc.
RIQUIQUI, s. m. Eau-de-vie, liqueur spiritueuse. Boire le
riquiqui. Terme bas-limousin, dauphinois, etc. En proven-
çal on dit : Requiqui. Dans le dialecte rouchi on appelle
riquiqui, ce que nous appelons : Gloria.
RISETTE, s. f. La racine du riz. Balai de risette; brosse
de risette.
RISOLE ou REZOLE, s. f. Rissole, pâtisserie.
HISOLET, ETTE, adj. et subst. Celui ou celle qui rit aisé-
ment et pour des motifs frivoles. Allons, petite risolette,
c'est assez se moquer. Votre fds aîné serait le meilleur
écolier de ma classe, s'il n'était pas un peu risolet. Terme
suisse et savoisien. En Languedoc : Rizoulié.
t RIZU, partie. Ri. No-zein preu rizu (nous avons assez ri).
Barbarisme usité chez les paysans de notre canton et du can-
ton de Vaud.
RITE ou RITTE, s. f. Filasse, fdaments que l'on tiredel'é-
corce du chanvre ou de celle du lin. Quenouille de rite.
Toile de rite. Filer la rite. Terme suisse, savoisien, juras-
sien et dauphinois.
RIVER LES CLOUS À QUELQU'UN. Lui répondre adroi-
tement et vivement, lui parler ferme et de manière qu'il n'ait
rien à répliquer. En français on dit, avec le singulier : « Ri-
ver le clou à quelqu'un. »
ROBER ou ROBA, v. a. Terme des campagnards. Dérober,
voler, fdouter. On m'a robà mon bouey s'ta neij (on m'a
HOC— ROG 1G3
volé mon bois celte nuit). Terme qu'on retrouve dans le
vieux français et dans le patois vaudois.
ROCANDER ou ROGANDER, v. a. Demander avec indis-
crétion, en revenant sans cesse à la charge. Votre dame
Pérolletrocande soi-disant pour une famille pauvre, mais
on sait bien que c'est pour elle. Va-t'en petit fainéant, et
travaille au lieu de rocander. Terme suisse. Dans le can-
ton de Vaud on dit aussi : Boulcan-ner.
ROCANDEUR, EUSE, subst. Celui ou celle qui rocande. Les
jours de marché nos maisons sont envahies par des rocan-
deuses venues des villages voisins. La demoiselle iV** est
en effet pauvre, mais c'est une rocandeuse. Dans le canton
de Vaud on dit : Roukan, roukan-ne.
RÔDAILLER et RÔDASSER, v. n. Augmentatif de « roder. ..
Veille-toi cet homme en blouse, qui ne fait que rôdasser
par les Paquis depuis dix jours. Terme remarquable. Dans
le patois rouchi on dit : Eôdailler.
RODER (SE). Tu es là à te rôder, à te trancanner sans but
d'un quai à tin autre. Rôder est un verbe neutre. On doit
donc dire : Je rôde, et non : Je me rôde, comme nous le di-
sons fréquemment.
RÔDINER, v. n. Rôder.
ROGATION, s. m. Rogaton, vieux reste de pain, de viande
ou d'autres aliments. Ce mendiant portait une besace pleine
de ro'jâtions. Terme vaudois et savoisien.
ROGNE, s. f. Querelle, mauvaise chicane. Chercher rogne à
quelqu'un, signifie : Lui chercher noise. Terme suisse. En
Languedoc : Chercher rougne.
ROGNE, s. f. Nous disons figurément et proverbialement :
Gratter la rogne à quelqu'un, dans le sens de ; Le flat-
ter, l'aduler bassement, lui faire une cour servile et intéres-
sée. Ne me parle pas de ce Jean Renard : c'est tin person-
nage qui veut absolument parvenir, et qui gratte la rogne
164 ROG— RON
aux hommes de tous les partis. Cette locution est fort
triviale, voire même dégoûtante, mais énergique et fort
connue.
ROGNEUX, EUSE, adj. (fig.) Crasseux, crapuleux. Se dit
d'une personne qui a l'air minable, et dont les habitudes ne
relèvent pas l'extérieur. On le dit aussi des choses. Une
créance rogneuse, une créance mauvaise ou fort douteuse.
Terme bordelais. Selon le dictionnaire de Bescherelle,
rogneux signifie : Chétif, mesquin.
ROME, s. f. L'œillet d"Inde. En latin, tagetes.
RONCEMELER ou RONCHEMELER, v. n. Respirer avec
oppression et bruit, râler. Pendant deux jours nous V en-
tendîmes roncemeler. Expression très-usitée. Dans le canton
de Vaudon dit : Eanquemeler . R. ranco. Voyez ce mot.
ROND, s. m. Ronde, danse en rond, branle circulaire. Dan-
ser un rond. Terme vaudois.
ROND, s. m. Terme enfantin. Jeton rond. On payera avec
des ronds.
RONDION, s. m. Able ou ablette; poisson du genre cyprin.
RONDION, lONE, adj. et subst. Se dit des personnes et si-
gnifie : Rondelet, qui est tout rond de graisse. Expression
badine ou railleuse.
RONDO, adv. Rondement, facilement, sans nul obstacle, à
souhait. Notre affaire marche rondo. Terme vaudois.
RONFLE, s. f. Sabot, toupie d'Allemagne, sorte de toupie
creuse que l'on fait tourner avec une ficelle ajustée dans une
clef et qui ronfle en tournant. Faire zon-ner une ronfle.
En provençal : Rounfloun.
RONGEMENT, s. m. (fig.) Regret, tourment, remords. Un
rongement d'esprit. Ce souvenir fatal était pour lui un
rangement perpétuel. Terme vaudois.
RONGILLER, v. a. Ronger à demi, ronger légèrement et à
plusieurs reprises. Rongiller une pomme; rongiller des
fruits mal mûrs.
HON-ROO I6f;
HONGILLON, s. m. I\este de iVuit rongé. Ta m'as promis
une poire, et lu me donnes un rongillon! Garde tes rongil-
lons. Terme vaudois.
RON-NACHER, v. n. et a. Grogner, murmurer, ron-ner.
RON-NEE, s. f. Action de grogner, de gronder, de ron-ner.
Faire une ron-ne'e; faire des ron-ne'es.
RON-NER, V. n. etact. Se dit : 1° Du grognement de certains
animaux et en particulier du chien et du porc. N'approchez
pas de Sultan, il vous ron-nera. 2" Appliqué aux person-
nes, ron-ner signifie : Gronder toujours et sans raison, mur-
murer, grommeler, rognonner. Bonjour, Pernette : que
fait votre monsieur? — Oh là, Monsieur, notre monsieur
ron-ne ; il est en train de ron-ner, et je crains bien qu'Une
Ton-ne toute la sainte journée. Terme vaudois et neuchâte-
lois.
RON-NEUR, s. m. Celui qui gronde souvent et sans raison,
celui qui a l'habitude de ron-ner. Dans le patois de Fri-
bourg, ron-neri signifie : Grondeur, grogneur, et se dit
surtout des enfants.
ROQUETAILLE, s. f. Race de roquets. Terme de mépris créé
dans le dix-septième siècle, et passé d'usage dans le dix-
huitième. Ce ramassis d'étrangers n'était que de la roque-
taille, c'est-à-dire : N'était qu'une race de roquets, d'hom-
mes faibles, débiles, sans moyens intellectuels, et, avec tout
cela, insolents. Les deux vers suivants sont tirés d'une chan-
son patoise, fort injurieuse, composée à la fin du dix-sep-
lième siècle, quelques années après l'arrivée à Genève des
réfugiés français :
Il étion des citoyens véritables;
Mais orendrait y est to roquetaille.
c'est-à-dire : « La nation genevoise se composait jadis de
vrais citoyens; mais aujourd'hui elle n'est plus qu'une race
de roquets. » Tous ceux qui connaissent l'histoire de cette
166 ROS— ROU
époque, savent qu'alors nos chefs d'ateliers, nos négociants,
nos ouvriers furent très-jaloux de ces réfugiés français, qui,
actifs et industrieux pour la plupart, leur faisaient une con-
currence redoutable.
ROSE-MOUSSE. Rose mousseuse.
ROSSÉE, s. f. Etrivières, volée de coups. Donner une ros-
sée ; recevoir une rossée. Terme dauphinois, etc.
ROSSIGNOL, s. m. Marchandise qui n'est plus de vente, mar-
chandise de rebut. Dis voir, on prétend que N*** va ven-
dre en liquidation son magasin. — Son magasin! dis
plutôt ses rossignols, car il n'a rien antre.
ROTE, s. f. Rue, plante médicinale. Terme vaudois.
ROTER, V. n. Terme d'agriculture. Suer. Ce foin n'a pas
encore roté. Il faut laisser roter le blé avant de le battre.
Voisine, aves-vous fait votre provision de châtaignes.' —
Non, j'attends qu'elles aient roté.
ROTER, V. n. Terme de cuisine. Signifie : Crever, v, n.
Faire roter du riz, c'est : Le faire crever dans l'eau.
ROUCHE, s. m. Enrouement. Vous êtes bien enrhumé, Phi-
libert. — C'est mieux qu'un rhume, Monsieur, c'est un
rouche, un mauvais rouche. Terme suisse et savoisien. R.
raucus.
ROUET, s. m. En parlant d'un chat qui file, nous disons qu'il
fait le rouet, qu'il fait son rouet ; expressions justes, puis-
que en effet le chat, lorsqu'il est content, et qu'il se dorlote
à son aise, produit un certain râlement, un certain bruit con-
tinu de la gorge au nez, assez semblable au bruit du rouet
quand on file.
ROUGEMAND, ANDE, adj. Rougeaud. Une figure rouge-
mande. [g. G.]
ROUGEOTTE, s. f. Cette petite rougcotte lui avait donné dans
l'œil. Dites : Rougeaude. Petite rougeaude.
ROUGE-POULET, s. m. Nous disons proverbialement d'une
ROU— RUC i67
chose ennuyeuse, qu'on nous rabâche, cl dont on nous bat
fastidieusement les oreilles : C'est la chanson du rouge-pou-
let. Finis donc, Alexis, avec ta chanson de rouge-poulet :
c'esf assez quinquerné et triôlé. Le rouge-poulet, c'est le
coq, dont le chant ne se moditîe jamais.
ROUILLE (LE). Oter le rouille; enlever le rouille. Ce so-
lécisme appartient au français populaire et au vieux français.
« Rouille )i est féminin.
ROULER QUELQU'UN. Le leurrer, le mystifier, l'attraper,
le duper, le mettre dedans. Terme français populaire.
ROUPE, s. f. Houppelande, carrick, sorte de vêtement large,
qui se met par-dessus l'habit. Roupe à trois cols. Terme
savoisien. Dans le vieux français, roupille signifie : Petit
manteau. [Voyez Roquefort, Glossaire de la langue ro-
mane.']
ROUSSES, s. f. pi. Rousseyrs, taches de rousseur, lentilles.
Les pleurs de la vigne ôtent les rousses. Terme suisse.
ROUSSELETTE, adj. fém. Le fruit que nous appelons poire
rousselette, s'appelle en français : Poire de rousselet, ou :
Rousselet. Un gros rousselet ; un petit rousselet 5 une livre
de poires de rousselet.
RURAN DE QUEUE, s. m. (fig.) Longue route en ligne
droite et qui s'étend aussi loin que la vue peut porter.
RURLONS, s. m. pi. Terme de fripier. Riblons, vieux fer, pe-
tits morceaux de fer à refondre, hors de service. Une livre
de rublons se vendait autrefois six quarts.
RURRIQUEUR, s. m. Rubricaire, homme qui sait bien les
rubriques du bréviaire.
RUCLON, s., m. Raclon, fumier des rues, boue, immondices
ramassées dans les rues ou sur les routes pour servir d'en-
grais. Un chariot de ruclon.
RUCLONNER, v, a. Etendre du ruclon. Ruclonner un pré.
RUCLONNER, v. neutre. Se dit des chiens, et signifie:
\m HUD~SAC
Fouiller les rudans pour y trouver des restes de viande et
d'os en putréfaction. Mettez à Azor sa muselière, pour
qu'il ne s'arrête pas à ruclonner.
RUDE, adj. Grand, considérable, fameux. Notis avons eu
hier une rude peur. Français populaire.
HUDE, adv. Rudement, beaucoup, considérable, très, fort.
// faudra rude de gravier pour graveler cette promenade.
On a bien mangé et on a bu rude. Et ton bourgeois,
Jean-Pierre, qu'en fais-tu P — Mon bourgeoise Ce que je
peux en dire, c'est que c'est un rude bon maître.
RUE (EN). Dans la rue. On se rencontra en rue et l'on se
causa. Fais vite tes commissioiis, Georgine, et ne t'arrête
pas en rue. Expression gasconne. On trouve cependant la
phrase suivante dans le dictionnaire de l'Académie (t. II,
p. 684) : L'événement se passa en pleine rue.
RUETTE, s. f. Ruelle, petite rue. La mette de Saint-Ger-
main. Terme français populaire et vieux français.
RUPER (SE), V. pron. Se dit des gens galeux ou pouilleux,
et signifie : Se gratter avec violence, avec rage. Se ruper
se dit aussi des chiens, mais sans qu'il s'y attache aucune
idée dégoiitante.
RUSSIN. s. m. Vovez huile de russin.
SABOULÉE, s. f. Signifie : 1° Volée de coups, rossée;
2° Forte gronderie. Donner une saboulée; recevoir une
saboulée. Terme français populaire. On dit à Valenciennes :
Une saboule. Mais aucun de ces mots ne figure dans les
dictionnaires.
SAC DE MISÈRE, s. m. Sac où nos dames serrent toute?^
SAC— SAI 169
sortes de chiffons qui peuvent être utilement employés à des
raccommodages.
SAC D'OUVRAGE, s. m. Sac à ouvrage.
SACHE (UNE). Sorte de grand sac qui a la forme d'un carré
long. Une sache de riz; une sache de charbon; une sache
de fenasse. Terme savoisien et méridional. Dans le français
populaire , sache signifie : Sachée , c'est-à-dire : Ce que
peut contenir un sac.
SACRE, s. m. Nous disons d'un homme qui travaille outre
mesure : // travaille comme un sacre. Expression suisse.
En français on dit: 11 travaille comme un galérien. Nous
disons aussi : Crier comme im sucre, courir comme un
sacre, jurer comme un sâcrej c'est-à-dire : Crier, courir,
jurer comme un perdu. Sur l'origine de cette expression
les conjectures ne manquent pas ; mais elles ne présentent
rien de satisfaisant.
t SAGRÉFIER, v. a. Sacrifier. On se sacre'fie pour ses en-
fants, n est-il pas vrai, Marion ? et ils ne font rien pour
nous.
SACREMENTATIONS, s. f. pi. Faire des sacrementations,
signifie : Faire des jurements, faire des imprécations, blas-
phémer. Ce mot vient de l'allemand et il aurait dû y rester.
SACRÉPAN, s. m. Sacripan.
SAGATERIE, s. f. Boucherie pour la basse viande. Terme
vaudois. En Provence et en Languedoc, sagata signifie :
Tuer des animaux pour s'en nourrir.
SAGATIER, s. m. Boucher pour la basse viande. En proven-
çal on dit : Sayataire.
t SAIGNE (UNE). Une saignée. Une forte saiyne. Le céru-
gien voulait m'adménistrer une seconde saigne : mais bre-
nique. Terme savoisien. Dans le patois vaudois on dit : Un
sagne.
SAIGNE-NEZ, s. m. Plante appelée en français : Mille-feuilles.
170 SAl— SAL
t SAINK-ET-SAUF, adj. masc. Prononciation vicieuse de
l'adjectif « Sain et sauf. » Le son du k est ajouté pour l'eu-
phonie.
SAINT-FRISQUIN, s. m, Saint-frusquin, ce qu'un homme a
d'argent et de nippes. Un tel a mangé tout son saint-fris-
quin. Terme vieux français. En Languedoc on dit : San-
frescjiiin; en hmousin, saint-fliisquin .
SAINT-LAMBL\, s. m. Nonchalant, paresseux, traînard.
Qui est-ce qui m'a bâti ce saint- lambin F Arriveras-tu,
saint- lambin ? Quel saint-lambin!
SAISON, s. f. Saison tardive nest pas oisive, est un des
jolis proverbes de nos campagnards. Ce proverbe signifie
que : Les printemps tardils sont les meilleurs dans un cli-
mat où les retours du froid sont si habituels et si funestes.
SALADE A. Salade de. Une salade aux racines jaunes; sa-
lade à la chicorée; salade aux pommes de terre. Dites:
Une salade de chicorée, une salade de pommes de terre,
etc.
SALADE, s. f. (fig.) Réprimande, mercuriale. Donner une
salade. Il a reçu une salade conditionnée. Terme parisien
populaire.
SALE, adj. ^lalpropre. Du linge sale; des doigts sales.
Tu es un négligent, tu es tm sale. Prononciation vicieuse
très-répandue dans la Suisse française. Ecrivez et pronon-
cez « sale» [a bref), comme vous prononcez scandale.
SALÉE, s. f. Sorte de galette aux œufs.
SALICHON, s. m. Petit salaud, petit saligaud. En français
on dit d'une jeune fille malpropre : C'est une salisson.
SALIÈRES, s. f. pi. (fig.) Dénomination dérisoire donnée à
nos milices du centre, par allusion à la forme de leurs gi-
bernes. Etre dans les salières.
SALIGNON, s. m Briquette, motte de tan, motte à brûler.
Les salignons servent surtout à entretenir le feu. Terme
vaudois.
SAL— SAN 171
SALIGOT, OTTE, adj. et subst. (o bref.) Voyez cette sali-
gotte, dans quel état elle se met! Ecrivez et prononcez
« Saligaud, saligaude. »
SALIGOTAGE, s. m. Action de saligoter. Quel saliyotage
fais-tu là ? Terme français populaire.
SALIGOTER, v. a. Salir, tacher. Une robe saligote'e. Mes
petits amis, ne gadrouille::. plus, vous vous saligotez.
SALONGLÉE, s. f. Volée de coups, rossée, raclée.
SALONGLER, v. a. Rosser, rouer de coups.
SALOPIAUD, AUDE, subst. Petit salaud, petite salaude. On
dit en Champagne : Salopier.
SALVAGNIN, s, m. Nous appelons salvagnin, ou vin salva-
gnin, une sorte de vin rouge du pays. Plusieurs personnes
écrivent et prononcent sarvagnin et servagnin. Terme
vaudois. En France: Sauvignon , sauvignain et sert'i-
gnain.
SANDARAQUE (LE). Ce mot est féminin.
SANG, s. m. Signe, tache brune sur la peau. Avoir des
sangs. En limousin : Sen.
SANG, s. m. Nous prononçons encore sanke, comme on le
prononçait au treizième siècle et au quatorzième. Des larmes
de sanke. On doit prononcer san devant une consonne, et
sank devant une voyelle.
SANG, s. m. Nous disons de quelqu'un qui s'inquiète, se tour-
mente, s'agite sans motif suffisant : Il se fait du mauvais
sang. Les dictionnaires disent, en supprimant le pronom
personnel : « Il fait du mauvais sang, » ou : « Il fait de
mauvais sang. »
t SANGEMENT, s. m. Changement.
1 SANGER, V. a. Changer. Tu es bien trempe, Mariette,
faut l'aller sanger : oui, sange-toi. Expression signalée
dans le Glossaire du Berry, p. 98.
SANGSUER, V. a. Importuner, fatiguer, obséder, vexer.
•172 SAN— SAU
Mais, John, cesseras-tu enfin de nous sangsuer? Ce oi'est
-pas en nous sangsuant que tu obtiendras quelque chose.
Dans le français populaire on dit : Sangsyrer, ou : San-
surer.
i SANGSUIE, s. f. Sangsue. La femme des sang suies. Mettre
des sangsuies.
t SANGUINAIRE, adj. Tempérament sanguinaire. Dites:
Sanguin.
SANGUINE, adj. Nous appelons pêche sanguine, une sorte
de pêche violette.
SANS ACOUP ou À COUP, locut. adv. Les ouvriers mon-
teurs de boîtes ont augmenté le prix de la main-d'œuvre
sans acoup, c'est-à-dire : Sans secousse ou heurt, sans
causer de contre-coup qui ait arrêté les affaires.
SANS POINT DE, locut. prépositive. // voyageait sans point
d'argent. Dites : Sans argent. // se tira de celte horrible
échauffourée sans point de mal. Il marchait au supplice
sans point de peur. Français populaire et vieux français.
SARCENETTE, s. f. Lustrine, sorte d'étolTe.
t SARCHER, V. a. Chercher. Va-t'en voir me sarcher mon
bonnet, sur le damier tablât en n'haut du placard. Terme
vieux français. [Voyez Roquefort, Glossaire, t. II.]
SARCLORET, s. m. Voyez sercloret,
SARPE, s. f. Terme des campagnards. Sorte de hache, qui
sert surtout à tailler les arbres et à faire des fagots. Terme
fort usité, qu'on trouve déjà dans le vieux français, et du-
quel s'est formé le mot de Serpe.
t SARPENT (UNE). Un serpent. Dans le patois de l'Isère :
Sai'pin.
SARVAGNIN, s. m. Voyez salvagnin.
SAU ou SAÏU, s. m. Terme des campagnards. Sureau, sorte
d'arbrisseau. Du bois de sail; moelle de sail. En Savoie:
Savu; dans le canton de Vaud, sau, sahu ou suau; en
SAU-SAUT 173
rouchi, séu; en Franche-Comté, saivu; dans le patois de
l'Isère et en Normandie, seu; dans le Jura, sou; en wal-
lon, saou; dans le département du Tarn, sagut; en Gas-
cogne, sahuc; en vieux français, sahu, séhu, seu.
SAUCE, s. f. Nous disons figurément, d'une personne qui a
commis une faute : Elle a fait la faute, qu'elle en boive
la sauce, pour dire : Qu'elle en subisse les fâcheuses con-
séquences.
SAUCE, s. f. Sauce de rôti. Dites : Jus de rôti. Nous disons
proverbialement : La sauce vaut mieux que le rôti; l'ac-
cessoire vaut mieux que le principal. Les dictionnaires fran-
çais disent : La sauce vaut mieux que le poisson.
SAULE, s. m. Nos paysans font ce mot féminin. Arve en-
traînait cette saule que j'ai pu enfin accrocher. Il est pa-
reillement féminin dans le canton de Vaud, en Savoie, en
Lorraine, et sans doute ailleurs. R. lat. salix, s. f.
SAUMACHE, adj. et subst. Saumâtre. Vous nous donnez de
l'eau qui a un goût saumache, un goût de saumache. [g. G. J
SAUME, s. f. Anesse. Louer une saume. Galoper sur une
saume. Terme savoisien, lyonnais et dauphinois. Dans
le patois vaudois : Chouma ; dans le dialecte provençal et
dans le patois du bas Limousin, saoumo. Saume se trouve
dans le dictionnaire de Cotgrave, édition de 16S0.
SAUTEE, s. f. Saut. Ne s'emploie guère que dans l'expres-
sion suivante, qui appartient au langage le plus familier :
Faire une sautée chez quelqu'un, c'est-à-dire: Y aller très-
vite et ne pas s'y arrêter.
SAUTEE, s. f. Forte réprimande. Faire une sautée à quel-
qu'un, veut dire : Le tancer vertement.
SAUTIER, s. m. Chef des huissiers. Le sautier loge à l'hôtel
de ville et a l'intendance de tout le matériel du bâtiment,
Bonivard, dans son livre de L'ancienne et la nouvelle Po-
lice, dit que « le Sautier est le maître du guet et l'huissier
II. 10
iU SAU-SAV
du Conseil, a Terme neuchâtelois. Il est probable que ce
mot s'écrivait anciennement sceautier, et que ce fonction-
naire tenait les sceaux du Conseil.
SAUVAGE, s. m. Sauvagin. Se dit soit du goût, soit de l'o-
deur de quelques oiseaux de mer ou d'étang. Notre salmis
sentait le sauvage. Terme vaudois, neuchâtelois, parisien
populaire, lorrain, etc.; à Bordeaux on dit : Sentir le sau-
vageon; en Languedoc, le sauvageun. Dans le vieux fran-
çais, salvagine signifiait : « Bête fauve. »
SAUVE, adj. Sauvé, qui a échappé à un péril. Benoît était
hier dans le plus grand danger : on l'a saigné à propos,
et le voilà sauve. Terme suisse, etc.
SAUVER DE (SE), v. pron. Tu te sauves de moi, Robert?
— Et pour quelle raison me sauverais-je de toi, je ne t'ai
rien fait? Cette expression, si usitée, se sauver de quel-
qu'un, c'est-à-dire : Lui échapper par la fuite, manque
dans les dictionnaires, quoiqu'elle mérite assurément d'être
observée; car l'expression française « fuir quelqu'un » n'est
pas l'équivalent de se sauver de quelqu'un, ou, du moins,
« fuir quelqu'un » appartient au style relevé, et se sauver
de quelqu'un appartient au style familier ou style de la con-
versation.
SAVATER, v. a. Saveter, déranger, incommoder, gâter, faire
un ouvrage malproprement et en dépit du bon sens. Ce vin
m'a savate le cœur ; il m'a savate l'estomac. Vous m'avez
savate cet ouvrage. Il se dit spécialement du linge taché
par les cendres de la lessive. Notre linge est bien savate.
En Lorraine on dit d^un mauvais ouvrage : C'est de la
savate.
SAVATURE, s. f. Saleté causée par les cendres qui ont filtré
avec le lissu dans le linge. Ces draps sont pleins de savature.
SAVIGNON, s, m. Cornouiller sanguin, arbre d'un bois très-
dur.
SAV— SE 175
SAVOIR, V. a. Nous disons proverbialement, pour nous ex-
cuser d'ignorer une chose survenue à notre insu : Qui ne
sait rien ne sait guère.
SAVOIR, V. a. Nous disons d'une personne fort habile, cl
surtout d'une personne subtile et qui trouve des ressources
dans les conjonctures les plus épineuses : Elle les sait toutes
et une par-dessus.
SAVOIR A DIRE. Faire savoir, informer, marquer, mander,
instruire. Si tu te décides à ce voyage, tu me le sauras à
dire. Expression suisse, lyonnaise et méridionale.
SAVONNADE, s. f. Savonnage, blanchissage par le savon.
Ce 7i'est pas une lessive, c'est une savonnade. Ternie sa-
voisien et méridional.
SAVONNETTE, s. f. Terme d'horlogerie. Une montre à sa-
vonnette, ou simplement une savonnette, est une montre
dont la boîte a un fond et un couvercle en métal.
SAVOURÉE, s. f. Savorée ou sarriette, plante.
SAVOYET ou SAVOUIET, s. m. Raisin rouge de qualité in-
férieure, lequel croît dans nos environs et qui rend beau-
coup, [g. g.]
SCHLAGUER, v. a. Battre, rosser, donner la schlague. //
fit l'insolent et fut schlague. En allemand : Schlagen. Les
mots Schlague et Schlagueur se trouvent dans quelques dic-
tionnaires modernes.
SCIE, s. f. (fig.) Rabâchage, ritournelle fatigante, répétition
sotte et fastidieuse. Faire des scies.
SCIE, s. f. Scierie, moulin à scie, moulin où l'on scie le.<
planches. Nous disons quelquefois : Scie à eau. Terme
suisse, savoisien et méridional.
SCORSONÈRES, s. m. De bons scorsonères. Ce mot est fé-
minin.
SE, pron. pers. Les campagnards substituent le pronom se
aux pronoms nous et vous dans les verbes pronominaux.
176 SEC— SECO
et réciproquement ; ils disent, par exemple : Vous s'en-
nuyez chez nous. Messieurs. Adieu, Nicolas; nous se rever-
rons dimanche. Laissez ces paumes de neige, enfants, vous
s'atlraperez lesijeux. Vous se manquerez, Madame (vous
vous manquerez, Madame), en passant par cette route.
Expression savoisienne, jurassienne, dauphinoise, etc.
SÉCHARD, s. m. Vent du nord-est.
SECHER, V. a. Écrivez et prononcez, avec un accent aigu,
« SÉcher; » et ne dites pas : Sécher des pruneaux; sécher
des z'haricots. Voilà le beau temps, femme; on pourra
sécher notre lissive. Faute fréquente,
SEC ET SONNANT, s. m. Nous disons d'une personne riche :
Elle a du sec et du sonnant, c'est-à-dire : Des écus.
SÉCHOT, s. m. Se dit d'une personne très-maigre et très-
seche. Pourrait-on être plus raide et séchot que cette de-
moiselle N** !
SÉCHOT, s. m. Chabot, gobio à tète énorme, poisson qui se
blottit sous les pierres des eaux claires et courantes. Terme
vaudois. A Neuchâtel on appelle ce poisson : Chassot; à
Yverdon, tête-à-maillot; en Languedoc, âne; dans d'au-
tres provinces de France, meunier.
SÉCHOTER, v.n. Prendre des se'c/to/s. Terme vaudois. Dans
les mois de janvier, de février et de mars, pendant que le
Rhône est fort bas, nos jeunes garçons séchotent.
SÉCHOTIER, s. m. Harle, oiseau aquatique.
SECONDE MAIN (DE). Des livres de seconde main. Dites:
Des livres de la seconde main.
SECOUÉE, s.f. Secousse. Un vomitif, le vomitif Leroy, par
exemple, lui donnerait une secouée salutaire. Les fruits
tombèrent de l'arbre à la première secouée. Limousin, etc.
SECOUÉE, s. f. Expression adoucie pour dire : Gifle, danse.
C'est un drôle, donne-lui une bonne secouée.
SECOUER, v. a. Battre, gifler. // l'a fièrement secoué.
SEG-SEI \T1
SECOUPE, s. f. Soucoupe. Apportez-nous une jalle, deux
tasses et deux secoupes . Terme français populaire. En Lor-
raine on dit : Sucoupe.
SECRETAIRE, s. m. Nous prononçons tantôt secrétaire et
tantôt secrétaire. La prononciation véritable est : « SecrÉ-
taire. »
t SÉGNIFIER ou SÉNIFIER, v. a. Signilier. À cà, Manette,
cette fréquentation qui se prolonge, me diras-tu qu'elle ne
senifie en rien ? Terme vieux français.
SEICHE, s. f. Sorte de flux et de reflux particulier à notre
lac et à celui de Constance. « On voit quelquefois, dit De
Saussure, notre lac s'élever tout à coup de 4 ou 5 pieds,
s'abaisser ensuite avec la même rapidité, et continuer <^.^'S'
alternatives pendant quelques heures. Ce phénomène, peu
sensible sur les bords du lac qui correspondent à sa plus
grande largeur, l'est davantage aux extrémités, mais sur-
tout aux environs de Genève, où le lac est le plus étroit. »
\Yoijaqe dans les Alpes, t. 1, p. 12.]
SEIGLE (LA). Sorte de blé. Les campagnards font habituel-
lement ce mot féminin, parce qu'en patois il est féminin (la
seij-la, ou la chala).
SEILLE, s. f. Sorte de seau en bois, à oreilles, et déforme
ronde, avec lequel on porte l'eau et le lait. Prends vite ta
seille, Jaqueline : on crie à l'eau! La seille se porte sur l.'i
tête avec un coussinet que nous appelons torche. Terme vau-
dois. M. Beschekelle, en citant ce mot, dit qu'il s'em-
ployait « anciennement » dans le sens de : Vase, seau de
bois. M. Bescherelle pouvait ajouter que toute la Suisse
romane et les trois quarts de la France connaissent ce terme,
et en font un usage journalier.
SEILLÉE, s. f. Plein une seille.
SEILLOT, s. m. (o bref.) Petite seille, baquet. En iU^b, le
droit de bourgeoisie s'achetait pour quatre écus d'or et vu.
H. 16.
178 SEL— SEM
seillot de cuir. Les dictionnaires de Boiste et de Besche-
RELLE écrivent : « seilleau, » qui est la vraie orthographe;
mais ils se trompent quand ils ajoutent que c'est un terme
de mer : comme si l'on ne faisait usage de seilleaux qu'à
bord des navires. On s'en sert en Suisse, en Savoie et en
diverses provinces de France. Dans la Bresse et à Màcon,
on écrit : Seillet; dans le canton de Vaud et en Languedoc,
seillon ; à Lille, siellot, etc.
SELLE, s. f. Ne dites pas : Aller sur selle, mais : Aller à la
selle, aller à la garde-robe.
SEMATURE, s. f. Ce qu'on peut semer dans une certaine
étendue de terrain. Trois coupes de semature. Le mot fran-
çais « contenance » ne rend pas exactement l'expression ge-
nevoise.
SEMBLANT, s. m. Ne dites pas : Il a fait cela pour sev}-
blant; il se fâchait pour semblant; ils se sont querellés,
mais pour semblant. Dites : Il a fait cela pour rire; il se fâ-
chait par manière de plaisanter, etc. Dans notre langage,
pour semUant signifie aussi : Une petite quantité, un tanti-
net, fort peu. Madame boit- elle du vin ^ — Oui, j'en bois,
mais pour semblant; donnez-m'en pour semblant. Dis-
moi, Lisette, ne tombe-t-il pas une grosse pluie? — Non,
Madame, ilpleut pour semblant.
SEMBLER, y. a. Ressembler à. Il semble son père; elle
semble sa mère. Terme dauphinois, etc.
SEMBLER A. Ressembler à. Tu semblés beaucoup à ton
frère. On dit que je semble à mon oncle. Vieux français.
SEMBLER DE, v. imp. // me semble de le voir; il me sem-
ble d'avoir lu quelque part, etc. Retranchez la préposition
de, et dites avec tous les dictionnaires : Il me semble le voir,
il me semble avoir lu.
SEMELLE (LA). Jeu d'écolier, qui a du rapport avec le jeu
que nous a[)pelons passe-gent.
SEM— SEO 179
SEMENCES, s. f. pi. Semailles. Le temps des semences. Ex-
pression franc-comtoise et méridionale. Semence se dit des
grains que l'on sème.
SEMENTS, s. m. pi. Semences, grains que l'on sème. De
bo7is sernenls; du blé de sèment; une coupe de sèment.
Terme suisse. Vous avez eu l'an dernier de bien belles
pommes de terre dans ce petit champ. — Oui, Monsieur,
et j'en aurai de plus belles encore cette année-ci : j'ai
changé de sements.
SEMOUTER ou CHEMOUTER, v. a. Terme rural, fouler,
presser en foulant, Semouter le raisin; semouter le gaion.
Ne semoute pas ces petites salades. Terme vaudois.
SÉNIFIER, V. a. Voyez ségnifier.
SENS DEVANT DIMANCHE. Euphémisme, pour: Sens de-
vant derrière. Qu'est-ce qui te fait rire, Jeannette? — Ah!
c'est que Monsieur a mis sa robe de chambre sens devant
dimanche. Français populaire. [Voyez Dictionnaire du Bas
langage. 1
i SENSIBLEMENT, adv. Insensiblement.
SENTIE (LA). Le moment où la mère sent pour la première
fois tressaillir l'enfant qu'elle porte dans son sein. 3i"« iV**
fut toujours malade, ou du moins très-incommodée jusqu'à
la sentie.
SENTIR (SE), V. pron. Se souiïnr. Je ne pouvais me sentir
dans cette ville de Constance, c'est-à-dire : Le temps me
durait, je me déplaisais dans cette ville de Constance. Ex-
pression méridionale.
t SENTU, TUE, part. Senti, sentie. Dis-donc, Alexis, l'as-
tu sentu ce coup de poing sur l'œil? Ce barbarisme appar-
tient au vieux français et au français populaire.
SEOIR (SE). Les dictionnaires, en enregistrant ce verbe,
ajoutent qu'il est vieux. Il est, en effet, fort ancien dans la
langue française, mais il est encore vivace et journellement
i80 SEP— SER
usité à Genève. Madame voudrait-elle prendre la peine de
se seoir F Henriette, fais seoir ces dames. Je suis pressée,
ma cliere, et n'ai pas le temps de me seoir. Mais nous ne
l'employons qu'à l'infinitif.
SEPTANTE, nom de nombre. Soixante el dix. Septante poses
de terrain. Une compagnie de septante grenadiers. Je lui
prêtai septante francs. Ce terme, d'un usage universel dans
la Suisse française et dans le midi de la France, appartient
au vieux français. Soixante et dix est un terme incommode
dans la numération, et tous les grammairiens français s'ac-
cordent à désirer que septante lui soit substitué.
SEPT-EN-GUEULE, s. m. Sorte de très-petites poires, dont
se/)i entreraient à la fois dans la bouche. Les sept-en-gueule
sont les plus précoces, mais peut-être les moins bonnes, de
toutes les poires de nos environs.
SÉRAC ou SERAC, s. m. Voyez séret.
SERACE ou SÉRACE, s. f. Voyez sébacée.
SERACEE, s. f. Caillebotte, lait caillé dont on a séparé le
petit lait, et qui fait masse. « La Fanchon me servit des grus,
delà céracée, desgauffres, desécrelets. » [J.-J. Rousseau,
Nouv. Jléloïse, IV^ partie.] Terme vaiidois et neuchâtelois.
En quelques endroits du canton deVaud on dit : Duseracé.
SÉRAILLE, s. f. Se dit des armes à feu et signifie : Long feu,
faux feu. Faire séraille. Le lièvre était presque à bout por-
tant, mais le fusil fit séraille. Terme vaudois.
SERBACANE, s. f. Sarbacane.
SERCLER, V. a. Sarcler, ôter les mauvaises herbes, au
moyen d'un instrument tranchant appelé Sarcloir. Sarcler
un bosquet; sarcler les allées d'un jardin. Terme fran-
çais populaire et vieux français.
SERCLORET, s. m. Sarcloir, petite houe. Emmancher un
sercloret. Terme suisse. Dans plusieurs provinces de France
on dit : Sercloir, au lieu de : Sarcloir.
SEU— SERV i8i
SERET, s. m. Fromage très-maigre qu'on obtient après le
fromage gras, en faisant cailler le petit lait. On le mange
frais en le trempant dans de la crème. Terme suisse et ju-
rassien.
t SERINGUE, s. f. Pompe à incendie. Les seringues arri-
vèrent trop tard. On entendait le roulement sinistre des
seringues pendant la nuit. Ce mot de seringue se trouve
fréquemment employé, en ce sens, dans nos anciennes ar-
chives. Le dictionnaire de Furetière dit « qu'on s'est long-
temps servi, dans les incendies, de grosses seringues pour
élever l'eau en l'air. »
SERINGUER, V. a. (fig.) Ennuyer. Va-t'en et laisse-nous :
tu nous seringues.
SERMENT, s. m. Sarment, bois que pousse un cep de vigne.
Des fagots de serments. Un feu de serments. Briller des ser-
ments. Terme suisse, savoisien, lyonnais, limousin, dauphi-
nois, gascon, lorrain, parisien populaire et vieux français.
SERMENT, s. m. Plusieurs personnes disent : J'en fais de
serment; j'en ferais de serment, etc. Pour être correct,
il faut supprimer le de, et dire : J'en fais serment ; j'en
ferais serment.
t SERPENT (UNE). Un serpent. Cette vieille Arnoux est
une mauvaise langue, une poison, une serpent. Ce solé-
cisme, très-commun en Suisse, appartient au vieux français.
SERREMENT D'ESTOMAC. Dites : Serrement de cœur.
A la vue de cette douloureuse opération, je fus saisi d'un
serrement d'estomac. Terme languedocien.
SERRETTE, s. f. Serre-tête, sorte de bonnet de nuit.
SERTISSEUR, s. m. Terme de joaillier. Celui qui sertit ou
enchâsse les pierres précieuses dans un chaton.
SERVANT, s. m. Esprit follet, lutin qui, dans les chaumières,
dans les chalets et dans les vieux bâtiments, fait du bruit
et des espiègleries. Terme vaudois et fribourgeois.
182 SER— SEU
SERVANTE, s. f. Chevrette, instrument de cuisine que l'on
suspend à la crémaillère, et qui sert à soutenir la cassette
(le poêlon) sur le feu. Cette dénomination une fois donnée
à un ustensile d'un ordre très-inférieur, nos cuisinières ne
peuvent tolérer qu'on les appelle servantes. Je trouve les
lignes suivantes dans une brochure publiée le 1" juillet
1794 : c'est une dame qui parle. « Les servantes, disais-je
une fois à la mienne, ne doivent-elles pas ménager le bien
des maîtres? — Qu'appelez-vous servante, Madame? Les
servantes sont à la crémaillère. » [Plaidoyer pour le corps
des servantes."]
SERVANTE, s. f. Nous disons proverbialement de quelqu'un
qui, par zèle ou par un autre motif, fait plus qu'on ne lui
demande : // fait comme la servante à Pilate (proverbe
languedocien). Le dictionnaire de l'Académie dit : Il est
comme le valet du diable : il fait plus qu'on ne lui com-
mande.
SERVICE (UN). Un couvert, c'est-à-dire : L'assiette, le
verre, le couteau, la cuiller, la fourchette et la serviette.
Mettez un service pour Monsieur. Nous appelons plus par-
ticulièrement service, la cuiller et la fourchette réunies.
Eh quoi! Madelon, vous me donnez une assiette et un
verre, et vous oubliez le service! C'est dans ce sens que
nous disons : Un service d'étain; un service en métal d'Al-
yer ; Benoît a eu pour présent de noces six services d'ar-
gent. Terme suisse, savoisien et méridional.
SETIER, s. m. Mesure de capacité pour les hquides. Un se-
(i'er renferme vingt-quatre çwarferons, soit environ 60 bou-
teilles ordinaires, soit 54 litres 144 centilitres.
SEUJET (LE). Nom d'une de nos rues, située au bord du
Rhône, et où sont établis plusieurs ateliers de teinture et de
dégraissage. L'origine de ce nom est vraisemblablement le
mot languedocien : Sugé, ou sujier, qui signifie : Teintu-
rier.
SI— SIE 183
SI, adv. Extrêmement. Si, adverbe, ne peut se placer immé-
diatement devant un substantif. Il est donc incorrect de
dire : J'ai si peur; j'ai si faim; elle avait si froid; ils
avaient si honte; elle a si envie d'être mariée; c'est si
dommage de détruire ces beaux peupliers ! Français popu-
laire.
Si, adv. Tellement, tant. J'ai si affaire aujourd'hui que je
ne sais par où commencer.
SIAU, s. m. Seau. Siau en bois ; siau en cuir. Un siau d'eau-
Terme usité dans une partie de la Suisse et de la Savoie, en
Dauphiné, dans le Limousin, en Franche-Comté, en Lor-
raine, en Champagne, en Bretagne et à Paris. On dit : Seau
à Marseille, à Bordeaux, à Chambéry, et sans doute ailleurs.
SI AU CAS ou SI EN CAS, loc. conjonct. Au cas que, si.
Si en cas tu sors, Marguerite, laisse la clef chez notre
voisine. Si au cas Duperrut venait m'assigner, je saurais
bien me défendre.
SI BIEN, loc. adv. Oui, assurément, sans doute. Tu ne te
baignes pas aujourd'hui, Samuel? — Si bien. Terme pro-
vençal, etc.
SICLABD, ARDE, adj. Criard, perçant. Une voix siclarde;
un timbre siclard.
SICLEE, s. f. Cri aigu, cri perçant. Se dit surtout du cri
des enfants, du cri des jeunes garçons et de celui des jeunes
filles. Faire des siclées ; pousser des siclées.
SICLER, V. n. Pousser des cris aigus, crier avec éclat. Amu-
sez-vous, mes amis, sans crier et sans sicler. En langue-
docien : Sisclà.
SICLES, s. m. pi. Cris aigus des enfants. Faire des sicles.
lueurs sicles nous déchiraient le tympan. Nos quatre mots
de sicle, siclée, sicler et siclard sont des onomatopées re-
marquables.
SIENNES, pron. poss. plur. Un tel a bien les siennes, signi-
184 SIF— SIG
fie : Un Ici a bien ses mésaventures, ses chagrins, ses mal-
heurs. Aprh avoir perdu sa fortune, Hector perd sa fille
aînée : il faut avouer qu'il a bien les siennes.
SIFFLER (EN), v. a. N'est employé que dans cette expres-
sion : Je t'en siffle, par laquelle on donne à entendre que
l'espérance de quelqu'un sera déçue. Lui! le prêter son
cheval!... Je t'en siffle, bernique. Nous disons dans le
même sens : Je t'en moque.
SIFFLET, s. m. Sifflement, vent coulis. Il venait un sifflet
par la porte, et j'y attrapai un coup de froid.
SIFFLET, s. m. Instrument pour siffler. Avec de l'argent on
a des sifflets à Saint-Claude (ville du département du
Jura, renommée pour ses ouvrages en buis), proverbe
dont le sens est : Qu'avec de l'argent on se [irocure tout ce
qu'on veut ; qu'avec de l'argent tout est possible.
SIGNER (SE), V. pron. Apposer sa signature, signer. Où
faut-il que je me signe? — Signe-toi après tes deux on-
cles. (( Calvin se signa souvent dans ses lettres, Charles de
Heppeville, ou Happeville. Calvin se signait peut-être ainsi
pour, » etc. [Senebier, Histoire littéraire de Genève, t. 1,
p. 246.] Expression suisse et méridionale. Se signer est
français dans le sens de : Faire le signe de la croix.
t SIGNIFIER À, EN et DE. Cela ne signifie d. rien; cela
ne signifie en rien; cela ne signifie de rien. Trois barba-
rismes qui ont également cours à Genève, mais dont le deu-
xième est le plus fréquent. Il faut dire, sans préposition :
Cela ne signifie rien.
SIGOUGNÉE, s. f. Tiraillement, ébranlement violent, secousse
brutale. Apres trois ou quatre fortes sigougnées, la porte
fut jetée bas.
SIGOUGNER, V. a. Tirailler, agiter vivement, secouer bru-
talement. Sigougner un pieu pour l'arracher ; sigougner
une porte pour l'ouvrir; sigougner un loquet; sigougner
SIM— SIT 185
quelqu'un. Il m'empoigna el me sigougna le bras jusqu'à
m' estropier. Terme énergique, et qui n'a pas de synonyme
en français. Les Languedociens disent : Segougnà ; en pro-
vençal, sagagna.
SIMAGRIE, s. f. Simagrée. Allons au fait, et laissons toutes
ces simagries.
SIMOLAT, s. m. Semoule, farine en grains. Soupe au simo-
lat. Terme valaisan et savoisien. En piémontais on dit: Se-
mola.
t SINGULIARITÉ, s. f. Écrivez et prononcez « Singularité. «
Singuliarité appartient au vieux français, et se dit encore
dans quelques provinces du nord de la France.
SIOÙTE, ou SOUTE, ou CHOÙTE, s. f. Abri. À la sioûte,
à l'abri, à couvert. Se mettre à la sioûte. Dans le patois
vaudois : A la chôtà; dans le patois de Fribourg, à la sota;
dans le patois de l'Isère, à Lyon et en Franche-Comté, à la
soute. Dans le dialecte provençal, souslo signifie : Abri.
SIRE-JEAN, s. m. Voyez poire.
SIROP MAGISTRAT, s. m. Sirop magistral.
SISSON, s. m. Terme enfantin. Chien, petit chien. Viens,
Alfred, viens caresser lesisson.
SISTANCE, s. f. Ce qui est nécessaire à l'homme pour vivre et
se sustenter. Ne s'emploie qu'avec la négation. N'avoir pas
sistance, signifie : Être dénué de tout. Ce pauvre Guigno-
let n'a pas sistance au monde. Ce mot de sistance se prend
quelquefois dans un sens plus spécial, et signifie : Nourri-
ture, aliment. Ma bonne dame, donne:i-moi un morceau
de pain, il n'est pas entré sistance dans mon corps au-
jourd'hui. Terme savoisien. Dans le dialecte rouchion dit:
Sastance. Se dit aussi des choses. Quand les cendres ont
donné toute leur sistance, on les ôle, etc.
SI TELLEMENT, si fort, tellement. L'affaire est si tcHemenl
II. 17
186 SOB— SOI
embrouillée, que les avocats mêmes n'y voient goutte.
Français populaire.
SOBRECOT, s. m. Subrécot, le surplus de lécot, ce qu il en
coûte au delà de ce qu'on s'était proposé de dépenser.
t SOCIALISTE, s. m. Socialisme.
SOCIÉTÉ (LA). Le monde. Nous disons ; Aller en société;
se plaire en société: s'ennuyer en société. Où éliez-vous
hier au soir. Monsieur Artus ? — J'étais en société. On
dit en français: Aller dans le monde; se plaire dans le
monde; s'ennuyer dans le monde, etc. On peut dire aussi :
Aller dans la société ; se plaire dans la société ; s'ennuyer
dans la société.
SOCITÉ, s. f. Prononciation vicieuse du mot : Société.
t SOFRE, prép. Sauf. Sofrc votre respect, permettez que...
La Josette fut obligée de vendre toxit son bataclan, sofre
un lit et un placard.
SOI-DISANT, loc. adv. Dit-il, dit-elle. Ce terme [soi-disant)
est mal employé dans les phrases suivantes et les analogues. Il
m'emprunta d'excellents livres, soi-disant pour les lire, et
il les vendit. On lui a fait soi-disant une injustice criante.
Quand l'enfant manque le collège, les parents l'excusent
auprès du régent par un soi-disant mal de tête. Mais « soi-
disant 1) est bien placé dans les exemples qui suivent : On
m'adressa à un soi-disant chirurgien qui n'était, à vrai dire,
qu'un frater. Je me trouvai près d'une dame soi-disant po-
lonaise et qui était de Chambéry. « Soi-disant » demande tou-
jours à être suivi d'un complément, lequel sert de qualifi-
cation au pronom personnel qu'il renferme.
SOIGNER UNE CHOSE. Soigner un parapluie. Soigner des
hardes. Soigne ton manteau, Jules, soigne tes gants et
ton chapeau. « Soigner » n'a point ce sens en français. 11
faut employer le mot « serrer. » Serrer un habit, serrer un
chapeau, etc.
SOL— SOR 187
SOLET, LETTE, adj. Séulet, lette. Elle s'en retoximail toute
solette. Terme vaudois.
SOLI, s. m. Fenil, grenier à foin. Ternne vaudois et IVibour-
geois. Dans le Jura on dit : Soulier ou solier; dans les
Vosges, slo; dans le Limousin, soulié; en vieux français,
solier. R. solarium.
SOLICISME, s. m. Solécisme.
SOLIDE, adj. Se dit du temps qu'il fait, et signifie : Assuré,
qui est de durée. Crois-tu ce beau temps solide P
SOLIDER, V. a. Consolider, affermir. Solider une palissade,
solider une table. Terme franc-comtois.
SON, pr. pers. Ne dites pas : Il fait son entendu; il fait son
homme d'importance, etc., dites: Il fait l'entendu, il fait
l'homme d importance. Ne dites pas non plus : // fait son
embarras, dites : Il fait de l'embarras, beaucoup d'embarras.
SON DE RIÈRE, s. m. Drague, c'est-à-dire : Orge ou tout
autre grain cuit, qui a servi à faire de la bière.
SONNÉE, s. f. Se dit d'un fort coup de cloche. Faire une son-
née signifie : Donner un fort coup de cloche. Peut-on faire
de pareilles sonnées à la porte d'un malade! Terme lan-
guedocien.
SONNETTE, s. f. On ne dit pas : Mettre une sonnette, on
dit : Poser une sonnette.
SOPHIE. N'est usité que dans cette locution : Il fait sa sophie,
c'est-à-dire : Il fait la demoiselle sage.
SORCILÉGE, s. m. Sortilège. R. sortilegium.
SORT, s. m. Malheur, guignon, sort fâcheux, Ai-je du sort!
Faut-il avoir du sort ! Il faut coiivenir que vous avez trop
de sort.
SORTE, s. f. Bonne qualité, bon acabit. Être de sorte signifie :
Etre sortable, être convenable, convenir à l'état et à la con-
dition des personnes. Pour le bal de la vogue, cette robe et
ce châle ne sont pas de sorte. Voilà, certes, un feu qui est
de sorte. Il faut choisira votre Bénigne un mari qui soit
188 SOR— SOU
de sorte. Expression très-répandue chez nos campagnards.
t SORTIR dp: porte. Sortir de la ville. Oh allez-vovs,
Henriette? Sortez-voits de porte F
SOT, SOTTE, adj. et subst. Qui n'est pas sage, qui fait l'es-
piègle, le désobéissant, le paresseux. Se dit des enfants et
des jeunes adolescents. Tu veux donc toujours faire le sot,
Guillaume, Tu es bien sotte, Fanny, de ne pas prêter tes
joujoux à ton petit, frère. Terme suisse, savoisien, mar-
seillais, etc.
SOTTIFIER, V. a. Désappointer, attrister, rendre sot, rendre
penaud. Ce départ subit nous sottifia. Un refus si désobli-
geant et si inattendu sottifia toute la famille.
SOUCARE, s. m. Voyez souquart.
t SOUCI, s. m. Froncer le souci. Après son érésipèle, les
soiicis lui sont tombés. Terme français populaire. Ecrivez
« Sourcil )) et prononcez sourd.
SOUCILLER (SE), v. pron. Se faire des soucis, se créer des
soucis. Un peu de courage, mère, il ne faut pas te sou-
ciller pour si peu de chose.
SOUCILLEUX, EUSE, adj. Soucieux. Qui a du souci, qui
marque du souci. Un front soucilleux; un air sou ci II eux ;
Vous paraissez bien soucilleux. Monsieur Auguste.
SOUFFLER A. Souffler à ini écolier qui récite sa leçon;
souffler à un acteur. Il faut dire : Soufïler un écolier; souf-
iler un acteur.
SOUHATER ou SOITER, v. a. Ecrivez et prononcez « sou-
haiter, » comme « allaiter, » et ne dites pas : Je vous soite
le bonsoir; on vous soite le bonjour.
SOUlLLATOiN, s. m. Les campagnards désignent par ce mol
un homme qui est habituellement entre deux vins, ne quit-
tant un cabaret que pour aller boire dans un autre.
SOÛLER, V. a. (tlg.) Ennuyer à l'excès, assommer. Elle me
soûle avec ses visites répétées et ses conversations sans fin.
Expression fort triviale.
sou— SOUR 189
SOÙLIAUD, s. m. Soûlaud, ivrogne, sac-à-vin. C'est un
soûliaud, un vilain soiUiaud qui boit tout ce qu'il gagne.
Terme vaudois.
SOULIAUD ou SOÛLIOT, s. m. Terme enfantin. Petite pou-
pée de sureau qui, lors même qu'on la renverse, retombe
toujours sur ses pieds.
SOÛLION, s. m. Ivrogne, homme qui ne dessoûle pas. Terme
vaudois. A Neuchâtel et dans le Jura on dit : Un soiîlon.
L'Académie écrit : « Souillon, » et donne à ce terme un
sens différent.
SOUMISSION RESPECTUEUSE. Acte extra-judiciaire bien
connu. La véritable expression est : « Sommation respec-
tueuse. » M"^ N** vient de faire la troisième sommation res-
pectueuse. [AcAD.] Soumission respectueuse est un barba-
risme, mais ce barbarisme ne nous est pas particulier. Je le
trouve signalé entre autres dans le Vocabulaire du Bas lan-
gage rémois, p. 87.
SOUPE, s. f. Nous disons proverbialement d'une personne
qui dort longtemps et profondément : Elle dort comme une
soupe. On dit en français : Dormir comme une souche ; dor-
mir comme un sabot.
SOUPOUDRER, V. a. Saupoudrer. Ce gâteau aurait eu be-
soin d'être soupoudré de sucre. Français populaire. R, sau,
vieux mot français qui veut dire : Sel.
SOUQUART ou SOUCARE, s. m. Terme de hngerie. Gous-
set de chemise, carré d'étoffe ou de toile, qui se met à la
manche d'une chemise à l'endroit de l'aisselle. Terme vau-
dois et lyonnais.
SOURDE, s. f. Sorbe, fruit.
SOURD-ET-MUET (UN). Dites: Un sourd-muet. L'institut
des sourds muets.
SOURDIAUD, DIAUDE, subst. Sourdaud. Celui ou celle qui
n'entend qu'avec peine.
11. 47.
i90 SOU— STO
SOURDITÉ, s. 1. Une compte le sour dite. Terme français po-
pulaire. Dites : Surdité.
SOUS, prép. Sauf, avec. Sons le respect que je vous dois,
Monsieur le juge, je vous dirai que... Sous voire respect.
Madame, j'ai eu la fièvre pendant quinze jours. Terme
français populaire.
SOUS-MAIN (UN), Terme de calligraphie. Papier que celui
qui écrit met sous sa main par mesure de propreté.
SOUS-TASSE ou SOUTASSE, s. f. Soucoupe, le dessous
d'une tasse. Terme vaudois, neuchàtelois, rouchi, wallon, etc.
SOUSTER, V. a. Terme de certains jeux de cartes. Garder,
accompagner. Son roi de trèfle était bien sousté. On dit en-
core : Souste. Terme suisse et lyonnais. Peut-être faut-il
rapprocher ce mot de SOUTE. R. lat. subtus stare ou
substare.
SOUSTRAIRE, v. a. On entend journellement dire : Nous
soustraisons, pour : Nous soustrayons ; tu soustraisais,
pour: Tu soustrayais; en soustraisant, pour: En sous-
trayant, etc. Ce verbe se conjugue comme « Traire. » « On
admire la promptitude avec laquelle les fourmis soustrai-
SENT leurs nourrissons au danger.» [Ch. Bonnet, Contem-
plation de la Nature, XI'"« partie, ch. xxii.]
SOUTE, s. f. Abri. Voyez sioùte.
SOUTENIR, V. a. (fig.) Soutenir des relations avec quelqu'un
n'est pas une expression correcte, du moins ne se trouve-
t- elle pas dans les dictionnaires. Il faut dire : Avoir des rela-
tions avec quelqu'un, ou trouver une expression équivalente.
SOUVENT, adv. Promptement, vite. Depuis deux heures de
fewps que Lise est partie pour le marche', je ne la vois pas
souvent revenir, c'est-à-dire : Je ne vois pas qu'elle se presse
de revenir. Terme parisien populaire.
SPEGTABLE, adj. Titre honorifique dont on qualifiait jadis
les ministres du culte réformé.
t SQUELETTE (UNE). Un squelette.
SUC— SUR 191
STORE, s. m. Jalousie.
8UCLER, V. a. Roussir par le l'eu, griller, brûler légèremenl.
En s' approchant trop de la bovgie, elle se sucla les che-
veux. Notre pauvre min on, qui dormait stir le foyer, s'est
complètement suclé la queue. En languedocien et en proven-
çal, on dit : Usclà.
SUCRER (SE), V. pron. Sucrer son café, son thé, son choco-
lat. S'il vous plaît. Mesdames, sucrez-vous. Tout le monde
est-il sucré.'' Français populaire.
SUCRIÈRE, s. f. Sucrier.
SUCCESSION, s. f. Écrivez et prononcez « Suggestion {sug-
ges-tion), en donnant à la lettre t le son qui lui est propre.
SUPPORTER, V. a. (fig.) Ce vin ne supporte pas l'eau. Di-
tes : Ce vin ne porte pas l'eau.
SUPPOSER, V. a. Nous disons souvent : À supposer que,
pour : Supposé que. A supposer que l'hiver soit rigou-
reux; À supposer que l'Europe demeure en paix, etc. Les
dictionnaires ni le bon usage n'autorisent cette expression.
t SUR, prép. Quel âge a votre fils, Monsieur Jacot?— Oh là.
Monsieur, il est sur ses vingt-cinq ans. — Et vous-même,
s'il vous plaît? — Je suis sur ma seplantième année.
SUR, prép. Lire sur le journal; lire sur Valmanach ; lire
sur l'affiche, etc. Dites : Lire dans le journal, lire dans
l'almanach, lire dans l'affiche. Qui t'a raconté ce naufra-
ge? — Qui? Personne. Je Vai lu sur le Constitutionnel.
Faute universelle.
SUR, prép. Je prends la chose sur ma responsabilité. Dites :
Sous ma responsabilité.
SÛR, adv. Sûrement, pour sûr, certainement, sans aucun
doute. Vous nous promettez de venir chez nous demain.
— N'ayez nulle crainte, j'irai sûr, très-sûr. Vous partez
dimanche. Monsieur Dubois. — Oui, sûr, bien sûr. Ex-
pression gasconne et belge.
192 SUR— TAB
SURFIN, FINE, adj. Superfin. Etoffe surf ne, teinture sur-
fine. Fabrication de liqueurs surfines, au Grand-Lancy,
chez Baron-D**
SURLOUER, V. a. Surlouer une chambre, surlouer un ap-
partement. Terme valaisan, savoisien, parisien populaire,
elc. Dites : Sous-louer.
SUROT, s. m, (o bref.) Cueillir du surot. Infusion de su-
rot. Pétard de surot. Prononciation suisse du mot « Su-
reau, » lequel rime avec bureau.
SUSPENTE ou SOUSSEPENTE, s. f. Les suspentes d'un
cabriolet. Etablir une suspente dans une cuisine. Terme
savoisien, franc-comtois, wallon, etc. A Paris et à Reims
on dit : Supente. Le terme exact est : Soupente.
i SYNAPISSE, s. m. Synapisme.
TABELLE, s. f. Registre, agenda, tableau des devoirs, oc-
cupations, charges, incombances d'une société, d'un corps,
d'une corporation. Rédiger la labelle. Consulter la tabelle.
Inscrire sur la tabelle. Afficher la tabelle. Terme vaudois.
TABLAR ou TARLÂT, s. m. Tablette, rayon, planche po-
sée pour mettre quelque chose dessus. Ajuster des tablâts.
Ecurer des tablâts. S'aguiller sur un tablât. Terme suisse
et savoisien.
TARLE, s. f. Nous disons : La soupe est sur la table, pour
signifier que le dîner est servi. On doit dire sans article : La
soupe est sur fable, ou chercher une meilleure expression.
TARLE, adj. Dans une votation, lorsque les voix sont mi-par-
ties (c'est-à-dire également partagées), cela s'appelle : Être
table. Les jtiges étaient tables, et le président fut appelé à
TAB— TAC 193
détubler. Terme neuchâtelois [Voyez Guillebert, Glos-
saire neuchâlelois, 2'" édition, |). 243.]
TABLÉE, s. f. Réunion nombreuse de convives (autour d'une
table.) Une belle tablée; une joxjeuse tablée. Terme suisse
et vieux français.
TABLETTE À LA BISE, s. f. Pastille de menthe.
TABOUSSE, s. f. Babillarde.
TABOUSSER, v. n. Babiller. Terme vaudois.
TACHE, s. f. Petit clou de fer à tête ronde que Ton met sous
les souliers et les sabots. Terme suisse et méridional. Dans
le patois limousin, on appelle tatso toute espèce de clou qui
a un pouce et demi de longueur, et au delà.
t TACHE, s. m. As-tu fait ton tâche, Baslien? Quand ton
tâche sera fini, tu t'amuseras. Ce mot est féminin.
TACHER, V. n. Terme des jeunes écolières. Rivaliser de di-
ligence; disputer à qui aura le plus vite fait, dans un temps
donné, un certain ouvrage. Mesdemoiselles, voulons-nous
tâcher.^ Tâchons toutes ensemble.
TACHER À. Viser à, lâcher d'atteindre une personne ou une
chose avec un projectile quelconque. Tu me tâchais, Henri,
avec ta paume de neige? — .4 toi!* Pas plus; je lâchais à
cette bourguignôte qui passe.
TÂCHER MOYEN. Faire en sorte, lâcher, s'efforcer. Tâche
moyen que l'on se promène ensemble dimanche. A çà, Jé-
rôme, tu tâcheras moyen de me rembourser tin peu promp-
tement. Terme vaudois et méridional.
TACHER QUE. Il faut tâcher que votre maître soit content.
Le verbe tâcher ne se construit pas avec que. Dites : Il faut
tâcher de contenter votre maître.
TACONNET ou TACOUNET, s. m. Pas d'âne, plante médi-
cinale qui croît principalement dans les terrains improduc-
tifs. Terre de lacounet, laisse à qui elle est. Terme vau-
dois, etc.
\'U TAI— TAM
TAILLARDEH, v. a. Taillader, entailler, couper,
ÏAILLEU À LA RUINE, ou EN RUINE. Terme d'agricul-
ture. Se dit ordinairement d'une vi^ne dont on surcliarare
la taiile de manière à lui faire produire beaucoup de fruit,
sans s'inquiéter si on l'épuisé. Ce procédé est mis en pra-
tique l'année ou les années qui précèdent l'arrachement. Au
figuré, tailler à la ruine, se dit de ceux qui sacrifient l'a-
venir pour faire face au présent.
TAILLERIN, s. m. Petit morceau de pâte pour la soupe, ver-
micelle plat. Terme vieux français.
TAILLEUSE, s. f. Couturière. [Voyez Pautex, Recueil de
mots, ch. XXII.]
TAILLON, s. m. Grosse tranche, morceau, gros morceau
coupé. Un taillon de lard; un taillon de fromage. Ne
coupe donc pas ce pain par taillons. Terme méridional
et vieux français.
TALAR, s. m. Pelisse, robe fourrée.
TALMOUSSE, s. f. Sorte de pâtisserie, nouvellement intro-
duite chez nous, et qui nous vient de Paris. Le véritable
terme est « Talmouse, » avec un seul s.
TAMAGE, s. m. Voyez tamer,
TAMBOUR, s. m. Sorte de poêle portatif en fer-blanc, à cou-
vercle et de forme ronde. Un tambour et sa bassine. Vous
sécherez ces linges dans le tambour.
TAMBOUR D'ONZE HEURES, s. m. (fig.) Rabâchage, ré-
pétition ennuyeuse, litanie.
TAMBOURNER, v. n. Tambouriner. Venez tous : on ira
tambourner au bastion. Se dit surtout des enfants lorsqu'ils
battent de petits tambours qui leur servent de jouet. Terme
suisse, jurassien, etc.
t TAMBOURNIER, s. m. Tambour, celui qui bat la caisse.
Terme savoisien, jurassien et languedocien.
TAM-TAN 195
TAMER, V. a. Etamer. Voilà le marjnin qui passe ; donnez-
lui les deux pochons à lamer. Terme vaudois.
TAMPONNE ou TAMPOUNE, s. f. Débauche de table, ta-
page, grande ribotte avec chants, cris et claquements de
mains. Faire la tamponne. Français populaire.
TAMPONNER, v. n. Faire la tamponne, faire une débauche
bachique, se livrer bruyamment à tous les plaisirs de la ta-
ble. Terme méridional.
TANNÉE, s. f. Rossée, frottée, volée de coups. Donner une
tannée; appliquer une tannée; recevoir une tannée.
TANNER, V. a. (Prononcez â long.) Battre, rosser, abîmer
de coups. Hier au soir ils se sont tannés et giflés à ou-
trance. Terme suisse. Le verbe tanner, pris dans cette ac-
ception, ne se trouve dans aucun dictionnaii'e ni dans aucun
glossaire français.
TANT, adv. Si, tellement. Ne lisez pas ce roman, il est tant
plat. Ces poires sont tant bonnes. La Fanchetle est tant
bête. Cette faute nous vient du vieux français.
TANT, adv. Aussi. Va vite! cours! cours tant fort que tu
pourras. « Je déployai toutes les voiles et laissai le ba-
teau aller tant vile qu'il voulut. » [Bonivard à Chillon,
p. 60.]
TANT, adv. est superflu dans les exemples suivants : Tant
plus on sera, tant plus on s'amusera. Tant plus on a d'é-
gards pour Isaac, tant plus il grogne et rechigne. Cette
expression appartient au vieux français.
TANT, s. m. On lui a promis le tant pour cent. Vous lui
payerez un tant pour mille. Ils auront un tant sur les bé-
néfices. Tant n'est jamais substantif. 11 faut dire, en retran-
chant l'article : On lui a promis tant pour cent. Vous lui
payerez tant pour mille, etc.
TANT MOINS QUE. Le moins que. Il est si apathique qu il
travaille tant moins qu'il peut. Ne fréquente pas les cafés,
196 TAN— TAP
Eugène, vas-y au contraire tant moins que lu pourras.
TANT PLUS QUE est aussi un barbarisme. Combien faut-
il scier de ces rondins ? — Scie%-en tant plus que vous
pourrez. Dites : Le plus que vous pourrez.
TANTOT, s. m. Après-midi. Le tantôt, l'après-midi. Adieu,
Des Thiollaz, on se verra ce tantôt. Vas-tu souvent à ton
cercle, Colombier!' — Pardine, j'y vais chaque tantôt.
Depuis plusieurs jours il pleut tous les tantôls. Cette ex-
pression, qui nous vient du vieux français, n'est point par-
ticulière à notre dialecte. Le mot « tantôt» est un adverbe.
Voyez les dictionnaires.
t TANT PIRE, loc. adv. Tant pis. S'il n'est pas content de
ce que je lui offre, tant pire pour lui. Nous aurons de la
pluie, Benjamin. ■ — Eh bien! tant pire; partons la même
chose. Parisien populaire, etc.
TANT QU'À MOL Quant à moi. Tant quà nous, quant à
nous. Tant qu'à eux^ quant à eux. Je ne t'ai jamais vu
ivre, Chapalay. — Tant qu'à ça, Monsieur, je ne bois ja-
mais plus de demi-pot. Parisien populaire.
TANT QU'A. Jusqu'à. Tant qu'à Genève, tant qu'à Bonne-
ville, etc., signifient : Jusqu'à Genève, jusqu'à Bonneville.
Sans nous apercevoir de la fatigue, nous allâmes tant qu'à
Rumilly. Les gens de la campagne ne s'expriment pas au-
trement.
TAPAGE, s. m. Grande quantité. Un tapage de monde; un
tapage de vieux bouquins. Dans sa colère, il nous lâcha
un tapage de sottises. Français populaire.
TAPAGER, V. n. Faire du tapage. Finissez, mes enfants:
c'est bien assez tapage. Terme marseillais, etc.
TAPASSÉE, s. f. Pluie, averse forte, mais de courte durée.
Une tapassée de pluie. Recevoir une tapassée. Cette tapas-
sec nous inonda. Tormc suisse et savoisien. La signilicafion
TAP— TAR 197
primitive du rnot tapassée est : Grande abondance d'une
chose, grande quantité. Une tapassée d'individus ; une la-
passée de pommes. D'un seul coup de pierre il déguilla une
tapassée de noix.
TAPÉE, s. f. Grande quantité, grande abondance, multitude.
Une tapée de monde. Une tapée de marchandises. Une ta-
pée de soupe. Terme français populaire.
TAPEE, s. f. Coups, gifle. Recevoir une tapée. Nos gamins
se donnèrent une bonne tapée. Terme dauphinois, etc.
TAPER DE L'ŒIL. Dormir. Français populaire.
TAPER (SE), V. pron. Se heurter. Elle se tapa contre la
cheminée et tomba. Taper et se taper sont français , mais
dans une acception un peu différente.
TAPET, s. m. Traquet, oiseau du genre des bectigues.
TAPET, s, m. Langue. Faire cheminer son tapet, signitie :
Babiller, bavarder.
TAPETTE, s. f. Battoir de lessive, palette à manche pour
battre le linge mouillé. Au sens llguré, tapette se dit de la
langue d'une personne babillarde. Mener sa tapette. Tenir
sa tapette au chaud. Il se dit aussi de la personne elle-mê-
me : Cette jeune fille est une tapette.
TAPIN, s. m. Tape, taloche, coup de la main. Recevoir un la-
pin; appliquer un lapin. Terme français populaire.
TAPIN, s. m. Tambour, celui qui bat la caisse. Un petit
lapin. Voilà les lapins qui s'exercent.
TAPISSEUR, s. m. Tapissier.
TAPISSIER, s. m. Colleur, ouvrier qui colle du papier peint
sur les murs d'un appartement. En français : Un tapissier
est Celui qui travaille en toutes sortes de meubles de ta-
pisserie et d'étoffe.
TAQUINEUR, EUSE, s. etadj. Taquin, taquine.
TARABUSQUER, v. a. Tarabuster, inquiéter, importuner,
II. 18
1 98 TAR— TAT
contrarier. Voilà une nouvelle qui me tarabusque. Terme
connu à Reims et sans doute ailleurs.
TARAMARA, s. m. Vacarme, brouhaha, bruit confus.
TARANTE ou TARENTE, s. f. Terreur panique. Tu as eu
ri, Gaspard, une fameuse tarente. En jouant sur ce mot,
nous disons quelquefois d'un poltron : C'est le duc de Ta-
rente. Voici notre duc de Tarente.
TARARA. Faire tarara signifie : Faire grande envie, faire
venir l'eau à la bouche. En voyant ce salmis, ça me faisait
tarara.
TARD (A), adv. Venir à tard, arriver à tard, sont des ex-
pressions vicieuses. 11 faut dire : Venir tard, arriver tard,
ou : Venir sur le tard, arriver sur le tard.
TARRE POUR BARRE. Nous disons familièrement de quel-
qu'un qui s'embrouille dans un discours, ou qui, par inad-
vertance et par distraction, dit une chose pour une autre :
Il dit larre pour barre; il répond tarre pour barre: il
entend tarre pour barre. Expression très-usitée.
TARTIFLE ou TARTUFLE, s. f. Termes par lesquels, aux
frontières de notre canton, dans le Faucigny, on désigne les
pommes de terre. Planter les tartifles, buter les tartifles.
Terme usité aussi en Languedoc. [Voyez le Dictionnaire
gascon àe Villa, t. IL] En français, tartifleest le nom vul-
gaire du topinambour.
TARTRE (LA). La tartre des dents. Ce mot est masculin.
TASSON, s. m. Taisson, blaireau. Proverbialement: Suer
comme un tasson. Terme suisse-roman, etc.
TATA, s. f. Dans le langage des enfants signifie : Tante. Dis
adieu à la tata; touche la main à la bonne taia. Terme
usité en Bretagne et sans doute ailleurs.
TATA, s. m. Nous disons d'une personne que nous voyons,
contre son ordinaire, bien vêtue et pimpante : Elle s'est mise
sur son tata. Le voilà aujourd'hui sur son tata. Expres-
sion connue dans la Suisse romane.
TAT— TAV 199
TATE, s. f. Petite bonde faite avec la gouge dans un fromage
pour le goûter. Terme jurassien et méridional.
TATENITOUCHE, subst. des 2 genres. Sournois, bon apô-
tre, sainte nitouche.
ÏÂTE-POLAILLE, TÀTE-À-POLAILLE, ou TÀTE-À-C.
DE POLAILLE, s. m. Se dit d'un homme qui s'occupe
minutieusement des détails du ménage, et qui demeure
au coin du feu pour veiller le pot. Dans le dialecte picard,
tâte mes glaines (tâte mes poules) a le même sens.
TATOUILLE, s. f. Piquette, mauvais vin, ripopée. Boire de
la tatouille. Terme français populaire.
TATTE ou TETTE, s. f. Terrain en friche, terre vacante,
plaine inculte, lande, steppe. Les lattes de Saint-Georges.
Les lattes d' Aire-la-ville.
TAUCHES, s. m. pi 'Voyez tôches.
TAULEE ou TÔLÉE, s. f. Quantité, grand nombre. Une
tôlée de chiens; une talée de cochons de lait.
TAUPIER, s. m. Se dit familièrement et dérisoirement d'un
soldat du corps des mineurs.
TAUQUÉE ou TOQUÉE, s. f. Gifle, danse.
TAUQUER ou TOQUER, v. a. Battre, frapper, donner une
danse. Jean est rentré soûl che:^ lui et s'est mis à laquer
sa femme et ses enfants.
TAVAN, s. m. Taon, insecte malfaisant très-connu, La pi-
qûre du tavan. Le dard du tavan. Terme vaudois, savoi-
sien, dauphinois et vieux français. Dans le Languedoc et
dans le canton de Neuchàtel on dit : Taban. En latin, la-
banus.
TAVELER, v. a. Terme des campagnards. Signifie : Donner
au beurre une forme et le marquer d'une empreinte. Tave-
ler le beurre. L'instrument qu'on emploie à cet usage s'ap-
pelle : Tavé.
200 TAV— TEM
TAVILLON, s. m. Bardeau, petite planchette de bois dont on
recouvre certaines habitations. Terme vaudois et fribour-
geois. Dans le Jura, dans la Franche-Comté et le Chablais
on dit : Tavillon et tavaillon.
TAVILLONNER, v. a. Garnir le toit de bardeaux, de ta-
villons.
TAVILLONNEUR, s. m. Celui qui fabrique les tavillons et
qui en garnit les toits. A Carouge (canton de Genève), on
lit sur une enseigne de la rue Caroline : B***, couvreur-
tavillonncur.
TEICHE ou TÈCHE, s. f. Tas de foin, meule de foin. Cons-
Iruire une teiche ; élever une teiche. Terme suisse. Se dit
aussi d'un grand tas ou amas. As-tu fait ta provision de
fascines? — Oui, j'en ai une fameuse teiche. Quelle teiche
de bois! En espagnol : Techo, toit d'où l'eau dégoutte. En
Languedoc, técher veut dire : Dégoutter, couler goutte à
goutte.
TEL, TELLE, adj. E.xpression dont on se sert quand on ne
veut pas nommer les personnes, ili"" tel a demandé de
tes nouvelles. Dites : M'' un tel. Tu inviteras M^^ telle.
Dites : M™^ une telle. Que m'importe ce que M"" un tel
pense de moi ! Au pluriel on doit dire : MM. tels. M"**
telles et telles.
TEL ET QUEL, adj. composé. Intact, sans changement,
dans le même état. Je vous rends votre sac d'argent, je
vous renvoie votre groupe tel et quel. Voici vos livres tels
et quels. Supprimez la conjonction et. et dites : Voici votre
argent tel quel. Voici vos livres tels quels.
t TEMPLE (LA). Use heurta à la temple. Terme vieux fran-
çais. Dites : La tempe.
TEMPS, s. m. Une heure de temps, deux heures de temps.
etc., sont des expressions très-correctes, mais qui appar-
tiennent au langage familier. Quand vous les trouvez cen-
TEM— TEN 20 i
surées par les grammairiens, soyez certains que ces grani-
mairiens-là n'ont pas lu bien attentivement les auteurs clas-
siques; Voltaire, par exemple, s'en est servi fre'quemment.
TEMPS, s. m. Qui gagne du temps, gagne tout. Proverbe
remarquable et plein de sens, qui manque dans les diction-
naires.
TEMPS, s. m. Dans le langage des campagnards, avoir du
temps, signifie : Avoir un mauvais temps, avoir de la pluie
ou de l'orage. Les hirondelles volent bas : nous aurons
du temps. Terme vaudois. A Neucbâtel et dans le Jura on
dit en ce même sens : // fera du temps.
TEMPS, s. m. Disposition de l'air. Le temps s'essuie, signi-
fie : La pluie va cesser; la pluie semble vouloir cesser.
TEMPS, s. m. Conjoncture favorable, commodité, facilité.
Prenez ce sentier, Mesdames, voris aurez meilleur temps,
c'est-à-dire : Votre route en sera plus courte et plus facile.
Expression suisse.
TEMPS (LE). Nous disons d'une personne extrêmement fière,
qu'e//e est haute comme le temps. Mais que signifie le mot
de temps dans cette phrase? Peut-être s'agit-il des régions
supérieures de l'atmosphère.
TENDRE, V. a. (fig.) Faire passer, donner. Tendez-moi la
bouteille; tendez-nous le sel; te7\dez-lui les tenailles.
TENDS-TU? Abréviation de «Entends-tu?» Tu viens de-
main pêcher avec nous, Robert, et de bonne heure, tends-
tu.^ Tu as promis de venir nous réveiller : n'y manque
pas, tends-tu F
TENIU, V. a. (fig.) Avoir. Quel quantième du mois tenons-
nous F — Nous tenons le vingt. Dites : Quel quantième du
mois avons-nous? — Nous avons le vingt.
TENIR, V. a. Terme de négoce. Dans notre langage, tenir
une marchandise, signifie : L'avoir à la disposition des cha-
lands, l'avoir à vendre, la vendre. Tenez-vous des brignoles,
II. 18.
202 TEN— TER
Monsieur Philippe!' Tenez-vous du simolat et des fidés?
Terme méridional.
TENIR DE. // tient de bise, veut dire : La bise souffle. U
tient de vent, signifie : Le vent soutïle.
TENIR PIED. Terme du jeu de boule, du jeu de quilles, etc.
Piéter, c'est-à-dire : Tenir le pied à l'endroit qui a été mar-
qué pour cela. Expression suisse et savoisienne.
TENTATIF, IVE, adj. Tentant, tentante, qui tente. Votre
proposition est tentative, et je l'accepte. Vuus avez là des
raisins fort tentatifs. Terme français populaire. Pour être
correct, il faut dire : Une proposition tentante ; des raisins
tentants, etc.; ou, si l'on trouve trop dura l'oreille ce mot
tentant, on peut facilement prendre un autre tour,
TENTE, s. f. Banne, grosse toile que les marchands mettent
aux auvents de leurs magasins pour se garantir du soleil.
Un coup de vent emporta la tente. Terme méridional.
TENUE, s. f. Direction, conduite. La tenue d'une école; la
tenue d'une classe. La tenue de classe a été d'un mois
pour chaque concurrent. Nous disons dans ce même sens :
Tenir la classe; tenir l'école. Mon collègue, M^ N**,
tiendra la classe à ma place pendant deux jours. Ces ter-
mes utiles et consacrés chez nous n'ont pas encore trouvé
place dans les dictionnaires.
TENUE DE LIVRES, s. f. La tenue de livres est une étude
plus importante que difficile. Pour parler correctement, il
faut dire : La tenue des livres.
TEPPE, s. f. Plaine inculte, terrain en friche. Défricher une
teppe. Terme bressan, etc.
t TER BENTINE, s. f. Tér'bentine commune; tér'hentine
falsifiée. Écrivez et prononcez « Térébenthine. »
TERGETTE, s. f. Pousser la lergette; fermer une porte à
la tergette. Terme français populaire. Ecrivez et pronon-
cez » Targette. »
TER— TES â03
TERRAILLE, s. f. Poterie de terre. Une marchande de ter-
raille. Une fabrique de lerraille. Ternie suisse, savoisien,
méridional et vieux français. Une de nos rues s'appelle
le Terraillet. Terrailler voulait dire : Potier de terre.
[Voyez Roquefort, Glossaire de la langue romane, t. Il,
p. 616.]
TERRASSIERS, s. m. Potier de terre. Le chemin rfes Jer-
rassiers, dans la commune de Plainpalais, tire son nom des
potiers de terre qui y étaient établis autrefois, et qui s'y
sont maintenus jusque vers l'année 1827. Terme savoisien
et méridional. En Bourgogne, dans le Berry et chez nos
campagnards, terrasse ou tarasse signifie : Terrine, plat
de terre, vase de terre, greulctte. Voyez ce mot.
TERRASSIÈRE, s. f. Poterie, fabrique de pots de terre.
TERREAU, s. m. Dans la îangue des campagnards ce mot
signifie : Fossé. En vieux français on disait : Terrail.
TERRE JAUNE. L'expression terre jaune, employée non-seu-
lement par les campagnards, mais aussi par les gens de la
ville, vient de ce que dans les plans de délimitation qui ont
été faits après le traité de Turin, on a teint de jaune la bande
limitrophe sur laquelle nos voisins ne doivent pas établir de
lignes de douanes.
TERTASSE, s. f. C'est le nom que beaucoup de personnes
donnent, depuis quelques années, à l'une de nos rues mon-
tantes. Son vrai nom est Tariasse. On le trouve tel dans la
chanson de l'Escalade et dans les registres latins du seizième
siècle {Tartassia ou Tartasia).
TESTICOTER, v. a. et n. Asticoter, contester, tracasser
quelqu'un sur de petites choses. Si ma marchandise vous
convient, prenez-là, Mamzelle, sinon, pourquoi testico-
tez-vous? Terme neuchâtelois, lyonnais, limousin, rouchi,
etc. A Paris : Tassicoter; en vieux français, tastigoter.
TESTICOTEUR, s. m. Chipotier, taquin, vétilleur.
204 TET— TIG
TÊTARD, ARDE, s. et adj. Têtu, opiniâtre.
TETE, s. f. Le proverbe suivant s'adresse aux personnes ou-
blieuses, étourdies : Quand on n'a pas bonne tête, il faut
avoir bonne jambe; proverbe facile à comprendre, et qui
est parmi nous d'un usage universel.
TÊTE-À-MAILLOCHE, s. f. Têtard, grenouille non déve-
loppée.
TÊTE CARRÉE. Se dit ordinairement d'une personne opi-
niâtre, obstinée, têtue, inébranlable dans ses volontés. Selon
l'Académie, «Tête carrée " se dit d'un homme qui a beau-
coup de justesse et de solidité dans le jugement.
TÉTERASSE, s. f. Sorte de bouteille en verre, qui est d'un
emploi utile dans le nourrissage.
TÊTIÈRE, s. f. Chevet. La têtière du lit. Terme parisien
populaire.
THERIACLE, s. m. Sorte d'opiat. Une prise de thenacle.
Du thériacle de Venise. Terme français populaire et vieux
français. On doit dire : De la thériaque; une prise de thé-
riaque.
t THETIÉRE, s. f. Une thétière de porcelaine ; tine thétière
d'argent. Terme français populaire et vieux français. On dit
aujourd'hui : Théière.
TIENS-TOI BIEN, s. m. Sorte de jeu, où plusieurs enfants
sautent l'un après l'autre sur un d'entre eux, lequel se tient
courbé en forme de cheval. Jouer à tiens-toi bien. On dit
à Paris : Jouer au cheval fondu.
TIAFFE, s. f. "Voyez tioffe.
TIETTE, s. f. Tiette! tiette! est le cri par lequel nous ap-
pelons les poules. Tiette est pour tiotle; et tiotte est un
abrégé de petiote (petite). En Languedoc on dit : Tite! tite!
pour : Petite ! petite ! Dans nos villages on dit : Tihitâ
ou tîtd.
TIGNACHE, s. f. Tignasse, mauvaise perruque.
TIG— TIP 205
TIGNON, s. m. Quignon, gros morceau. Un tignon de fro-
mage.
TILLOL, s. m. Arbre. Écrivez et prononcez «Tilleul. » Les
campagnards disent : Tilîot [o bref). Terme jurassien, ber-
richon, vieux français, etc.
TINQUET, s. m. Gros morceau de quelque chose qui peut se
manger à la main. Un tinquet de •pain; un tinquet de châ-
chaud; un tinquet de saucisse. A Neuchâtel on dit : Un
tanquin.
TIOFFE ou TIAFFE, s. f. Nigaude, niaise, bécasse. Cette
grosse tioffe ne vient-elle pas me marcher dessus!
TIOFFU, UE, adj. et subst. Se dit des personnes et signi-
fie : Lourd, lourdaud, épais.
TIOLE, s. f. Nous disons de quelqu'un qui est ivre : Il a sa
tiole; expression qui nous vient des campagnards. Tiole
ou tieule, en patois, signifie : Tuile. En vieux fi\'mçais :
Tierile.
TIOQUAND, ANDE, subst. Nom propre des habitants du pays
de Gex, puis dénomination injurieuse pour dire : Un gros
paysan, un homme grossier dans ses manières. C'est un
tioquand.
TIOQUE, s. f. Se dit d'une personne sotte et maladroite. Que
tu es lioque, ma pauvre Thérèse ! Tu as le talent de casser
tout ce qui te passe par les mains.
TIOQUER (SE), v. pron. Se choquer, se heurter; donner
ou fi'apper contre. L'enfant se tioqua la tête contre un
mur. Ces deux personnes se sont tioque'es dans l'obscurité.
"Voyez TOQUER.
TIOULÉE, s. f. Larmes abondantes.
TIOULER, V. n. Fondre en larmes.
TIOU-TIOU, s. m. Chevafier aboyeur, sorte de bécassine.
TIPE-TAPE (A), locut. adv. Beaucoup, abondamment, à foi-
son; en veux-tu, en voilà.
206 TIP— TIR
TIPONNER, V. a. Tirailler, chiffonner, manier une chose
comme ferait celui qui pétrit la pâte, pilonner.
TIRAGE, s. m. Tir, place où l'on s'exerce à tirer des armes
à feu. Un tirage spacieux. Terme suisse.
TIRAILLE, s. f. La iimi7/eestunjeu d'écoliers, dans lequel,
rangés en deux camps plus ou moins nombreux, ils se ti-
raillent violemment à l'envi, tâchant d'amener à eux, et de
retenir prisonniers, leurs adversaires. Faire à la tiraille.
TIRANT, s, m. Courant d'air. La fenêtre enlr'ouverte for-
mait un tirant. C'est le tirant de la porte qui fait ce bruit.
Terme vaudois.
TIRANT, s. m. Tiroir. Le tirant de la table. Terme vaudois.
TIRANTE, s. f. Se dit d'une femme qui est dure à la desserre,
qui tire tout à elle, qui accapare et ne fait que des marchés
à son avantasre. Vous êtes bien tirante, ma bonne dame : si
tout le monde marchandait comme vous, oii, en serait-on?
TIRE, s. f. File, rangée, suite, longue suite. Une tire de
hutains. Voilà une bonne pluie, Monsieur Colas. — C'est
vrai, Monsieur: mais il nous en faudrait deux jours de
tire, c'est-à-dire : Deux jours de suite.
TIRE, s. f. Ecrire à tire déplume, c'est écrire aussi vite que
la plume peut aller. Pourrais-tu écrire à tire de plume le
discours entier du prédicateur ? On dirait en français : Pour-
rais-tu écrire à trait de plume?
TIRÉE, s. f. Tire, traite, certaine quantité de chemin que
l'on fait sans se reposer. Nos petits voyageurs firent cinq
lieues tout d'une tirée. De Genève à Doxivaine il y a une
forte tirée.
TIRÉE D'OREILLES, s. f. // a eu sa tirée d'oreilles, sa
bonne tirée d'oreilles, c'est-à-dire : On lui a tiré vigoureu-
sement les oreilles.
TIRE-GOUINE, s. f. Mauvaise viande. On dit aussi : Tre-
guigne.
TIR— TIRE 207
TIRE-LACHE. Faire à tire-lâche, tirer et lâcher tour à tour.
Sorte de jeu ou d'exercice gymnastique entre jeunes garçons.
TIRE-LIGNU, s. m. Sobriquet des cordonniers. Voyez lignu.
TIRE-POILS, s. m. Gribouillette, sorte de divertissement
d'enfants. Faire à tire-poils, c'est jeter des bonbons, des
dragées, de l'argent, au milieu d'une troupe d'enfants, qui
cherchent à s'en saisir, et qui ont le droit de prendre aux
cheveux ceux qui en sont détenteurs. Terme savoisien et
méridional.
TIRER, V. a. Tirer son chapeau (se découvrir), est une ex-
pression vicieuse, quoique très-usitée en Suisse, en Savoie
et même en France. Sois poli, Janoi, et tire ton chapeau
à ces messieurs. Je lui tirai poliment mon chapeau, mais
il ne daigna pas me rendre le salut. Pour être correct, il
faut dire : Ôter son chapeau. Je lui ôtai mon chapeau. Nous
faisons une faute semblable quand nous disons : Tirer son
habit, tirer sa veste. Il faut dire : Oler son habit, ôter sa
veste.
TIRER, v. a. Aller, poursuivre. Filez, petits drôles, et tirez
bien vite votre chemin.
TIRER À L'ARC. Cette expression n'est pas française. On
doit dire : Tirer de l'arc, tirer de l'arbalète.
TIRER AU PISTOLET. Les dictionnaires disent : Tirer le
pistolet. Les expressions tirer au fusil, tirer à la carabine,
tirer au canon, ne se trouvent non plus dans aucun diction-
naire français.
TIRER LES YEUX. Se dit d'un grand éclat de lumière, et
signifie : Éblouir, blesser, offenser les yeux. La réverbé-
ration nous tirait les yeux. Finis avec cette rataco, tu
me tires les yeux. Se tirer les yeux, signifie : Se faire mal
aux yeux en travaillant sans clarté suffisante. // fait pres-
que nuit, ne lis pas davantage, tu vas te tirer les yeux.
208 TIR— TOI
TIRER (SE), V. pron. S'ôter, se retirer. Tire-toi de là, Mi-
chel. Jeunes gens, tirez-vous d'ici. Terme méridional, etc.
TIREVOUGNER ou TRIVOUGNER, v. a. Secouer, tirail-
ler. Dans le dialecte fribourgeois, A tire vougne, adverbe,
signifie : Avec difficulté, péniblement.
TIRE-ZYEUX, s. m. C'est le nom que les campagnards don-
nent à l'insecte que nous appelons en français : Demoiselle.
TOBIE (UN). Un niais, un nigaud, un idoine, un hébété.
Tobie que tu es! Oh! le tobie! Oh! le gros tobie! Terme
berrichon, etc.
TOCANTE, s. f. Montre, petite horloge de poche.
TÔCHE ou TAUCHE, s. f. plur. Terme d'écolier. But qu'il
faut atteindre, dans certains jeux courants, pour être à l'a-
bri de poursuite. Marquer les loches ; rester aux loches;
arriver aux tâches. Ne frouille pas; j'étais aux taches
quand tu m'as pris.
TOCHER, V. n. Terme d'écoHer. Arriver au but, atteindre
les tôches, être aux loches, toucher. Tâché! tâché! On a
tous tâché!
TOFET, s. m. Sorte de petite pâtisserie. Un plat de magdc'
laines et de tofets. Terme jurassien, etc. R. tât fait, vite
fait. Dans le dialecte rouchi, toto [et est le nom d'une sorte
de friture.
TOIL, s. m. Toit. Monter sur le toil ; réparer le toil. Ce
terme appartient au langage le plus négligé.
TOILE, s. f. (fig.) Avoir la toile sur les yeux, signifie : Etre
agonisant, être à l'article de la mort. Expression borde-
laise, etc.
TOISÉ, ÉE, adj. (fig.) Mort, fini, fait. L'oncle Pierre vit-
il encore F — Ah! il y a longtemps qu'il est toisé. Après
une telle faillite, c'est un homme toisé. Quant à sa for-
tune, n'en parlons pas, elle est toisée (mangée, dévorée).
Eh bien! c'est entendu, c'est une affaire toisée.
TOJ-TOM 209
TOJOTTE ou TEUJOTTE, s. f.. Mauvaise taverne, cabaret
borgne, cabaret mal approvisionne. Terme vaudois.
TOLEE, s. f. Voyez taulée.
TOMBÉE, s f. Surcroît de convives, affluence de convives
qui n'étaient pas attendus. Eh bien! femme, que dis-tu de
celte tombée d'hier P Heureusement qu'on avait des œufs et
du jambon. Tombée se dit aussi des acheteurs qui arrivent
en grand nombre à une foire ou à un marché. Terme mé-
ridional.
TOMBÉE (UNE). La plus pethe quantité possible d'une chose
liquide, un soupçon, un rien. Vous ojj'rirai-je du vin, Caro-
line? — J'en prendrai une tombée, une apparence. Une
tombée de vinaigre ne va pas mal dans les pommes de
terre au lait.
TOMBER, v. n. (fig.) Sitôt qu'il l'eut aperçue, il en tov\ba
amoureux, c'est-à-dire : Il en devint amoureux.
TOMBER, v. n. Arriver, parlant des personnes. De la rue
Verdaine on tombe dans celle de Rive. Cette expression n'est
pas correcte. Tomber ne se dit que de la rue elle-même ou
du chemin. Ainsi l'on dira : La rue du Terraillet tombe dans
les Rues-basses. Le chemin Vert tombe dans la roule de
Malagnou, etc.
t TOMBURE, s. f. Chute. Une mauvaise tombure. Qu'as-
tu au front, Gautier!' — Ce n'est rien, c'est la marque
d'une ancienne tombure. En provençal on dit: Toumba-
duro.
TOMME, s. f. Petit fromage blanc fait avec du lait de chèvre.
Nous déjeimâmes tout uniment de pain et de tomme. La
tomme est moins pesante à l'estomac que le fromage. Un
poulet d'horloger, c'est une tomme. Terme suisse, savoi-
sien et jurassien, dauphinois, limousin, provençal et lan-
guedocien. Faire la tomme, se dit des enfants à la mamelle,
lorsqu'ils vomissent leur lait.
II. 19
aïO TON— TOQ
TON, s. m. Nous disons proverbialement : C'est le ton qui
fait la chanson. Les dictionnaires français disent : C'est le
ton qui fait la musique.
TON, s. m. (fig.) Vanité, manières hautaines, goûts de dé-
pense et de faste. Avoir du ton. Prendre du ton. La jeune
Oclavie est fjrt simple; sa mère au contraire a beaucoup
de ton. Dès que celte famille a été dans une sorte d'aisance,
elle a pris du ton. « Prendre un ton « est français, et signi-
tie : Prendre des airs de supériorité.
TONNERRE, s. m. Nous disons : // fait du tonnerre; il a
fait un gros tonnerre; nous aurons des tonnerres. On le
dit ainsi en Suisse, en Savoie, dans le Midi et sans doute
ailleurs. Mais les dictionnaires se taisent sur ces locutions
qu'ils remplacent par les suivantes : Le tonnerre gronde;
il a fait un coup de tonnerre ; il tonnera.
TOPER, V. n. Taper, donner un coup. Allons, c'est conclu!
tope là .'
TÔPER DANS ou DEDANS. Donner dans. Es-tu bête, Jean-
Pierre! Il t'a poussé une bourde et tu as topé dedans.
TOPER (SE), V. pron. Se heurter. Se tôper, v. récip. Se
battre. Ils se rencontrèrent à la nuit tombante et se ta-
pèrent.
TOPETTE, s. f. Petite tiole, petite bouteille en verre blanc.
Une tapette de sirop. Une tapette de ratafia. Terme fran-
çais populaire.
TOQUE, s. f. Terme du jeu àemâpis. Petite butte, petite élé-
vation. Jouer à la toque. Une bonne toque.
TOQUÉE, s. f. Rossée, distribution de coups. Recevoir une
toquée. Donner une toquée. Voyez TAUQUÉE.
TOQUER, v. a. Frapper. Se dit des personnes et de certains
animaux, des bœufs, par exemple, des vaches, des béliers
et des moutons. Retire::-vous, mes enfants, cette vache to-
que; elle pourrait vous toquer. Voyez ces moutons, comme
TOR— TORD 211
ils se tôqnent. La nuit était sombre, je me tôquai contre
le mur. Nos campagnards de la rive droite disent : Tiôquer.
En vieux français, toquer signifie : Heurter, frapper. Terme
normand. Voyez tauqueh.
TORCHE, s. f. Coussinet, bourrelet, tortillon, linge tortillé
en rond, que les femmes se mettent sur la tête quand elles
portent un vase, une corbeille, une seille, etc. Terme suisse,
savoisien et franc-comtois.
TORCHE, s. f. Terme culinaire. Hachis auquel on donne la
forme d'une torche. Voyez ce mot. Nous appelons aussi tor-
che une sorte de pain rond.
TORCHÉE, s. f. Rossée, gifle, volée de coups. Terme vau-
dois. Torcher est français, dans le sens de «Rattre. «
TORCHE-MIRAUD. Voyez giraud, t. 1, p. 231.
TORCHER, V. a. Pour exprimer qu'un homme n'aura pas ce
qu'il désire, nous disons figurément et proverbialement :
Il peut bien en torcher son couteau. Les dictionnaires di-
sent : M II n'a qu'à s'en torcher le bec. »
TORCHETTE, s. f. Petit torchon. Nous disons dune assiette
bien amassée, ou d'un plat où l'on n'a rien laissé, qu'il est
net comme torchette, comme si la torchelte y avait passé.
Puis adverbialement, net comme torchette, veut dire : Sans
faute, sans hésiter, rondement. Tu crois qu'il badine!' Dé-
trompe-toi, il le fera net comme torchette.
TORCHON DE PAILLE, s. m. Le terme français est : Rou-
chon de paille.
TORCHONNER, v. a. Frotter avec un torchon. Terme vau-
dois et neuchâtelois.
TORCHONNER, v. a. Chiffonner, faire maladroitement ou
par accident des plis à sa robe. iVe torchonne pas cette cra-
vate. Voyez la petite sotte, comme elle s'est torchonnée.
TORDRE L'OREILLE, (fig.) Tordre l'oreille à un enfant,
signifie : « Sevrer un enfant. » C'est aujourd'hui qu'un tord
-212 TOR— TOU
l'oreille à notre petite Lili. Cette expression, qui appartient
au langage le plus familier, fait peut-être allusion au dé-
plaisir, au chagrin extrême qu'éprouve le petit enfant lors-
qu'on le sépare de sa nourrice.
TORNIOLE, s. f. Taloche, étrillée. Flanquer une torniole.
Une se vaille pas de la torniole qu'il a reçue. Terme ber-
richon, etc.
TORTILLER (SE). Se dit quelquefois des personnes et signi-
fie : Marcher avec un mouvement, avec un balancement trop
marqué des hanches, affecter une démarche vive, dégagée
et gracieuse. Celte jeune ouvrière se donne des airs, elle se
tortille en marchant.
TORTOLION, s. m. Craquelin, sorte de pâtisserie en forme
de collier. Dans le Dauphiné on dit : Tourtillon. En fran-
çais. Il Tortillon » signifie : Linge tortillé.
TOTU-RÔTU (UN). Un bloc. Faisons de toutes ces marchan-
dises un tôlu-bôtu. Voyez auto-bôtu, t. I, p. 29.
TOUILLER, V. n. Etre rassasié, ne pouvoir plus avaler. Ne
s'emploie qu'à l'infinitif.
TOUILLON, s. m. Femme malpropre, femme repoussante
par la saleté et le désordre de ses vêtements. Un vieux touil-
lon. Terme vieux français. Dans le Jura on dit : Tolion.
Dans le patois picard, touillon signifie : Torchon. A Reims,
touiller, v. a., salir.
TOUNIAUD (UN). Nous disons d'une personne qui est habi-
tuellement salement vêtue : Cest un touniaud. Votre e'cu-
reuse est un vrai touniarid. Dans le canton de Vaud, louni
veut dire : Idiot, hébété, bélître. En Normandie, tounieux
ou touonious signifient : Fainéant, vagabond. [Voyez le
Dictionnaire normand de MM. Duméril, p. 207.]
TOUPIN, s. m. Cruche, jarre, pot de terre. Ce mot n'est plus
guère employé, à Genève, que dans cette expression figurée :
Être sourd comme un toupin , c'est-à-dire: Etre sourd
TOU-TOUR 213
comme un pot, êlre excessivement sourd. Terme suisse et
méridional. Dans le Jura on dit: Tepm; en Savoie, topin;
dans l'Anjou, tupin. Chez nos campagnards, toupin ou
tepin est le nom de la cloche des vaches.
TOUPIN AMBOU, s. m. Sorte de plante. Écrivez et pronon-
cez K Topinambour. »
TOUPINE, s. f. Cruche, jarre, grande terrine avec ou sans
anse. Une toupine de beurre cuit; une touptne de graisse
molle. La toupine glissa de dessus la table et fut e'briquée.
Terme suisse et savoisien. En Languedoc, toupine se dit
d'un pot 5 faire nicher les moineaux. Nous disons figuré-
ment et très-populairement d'une personne morte depuis
un certain temps, qu'elle fait des toupines, c'est-à-dire :
Que sa cendre, confondue avec la terre, est redevenue argile.
En Languedoc, faire terre signifie : Mourir. [Voyez Villa,
Nouveaux Gasconismes corrigés, t. 11, p. 379.]
TOUPINER, V. n. Thésauriser, entasser des écus dans une
toupine.
TOUR, s. m. Nous disons : Celte nouvelle m'adonne le tour,
pour: Celte nouvelle m'a troublé, m'a bouleversé, m'a
tourné le sang. La vue de ce cadavre livide m'a donné le
tour.
TOUR, s. m. Nous disons : Donner le tour, pour : Faire le
tour. Par où dois-je passer pour arriver facilement à ton
logis ^ — Il te faut donner le tour par la cathédrale.
TOUR, s. m. Faire le tour, donner le tour, signifient : Suf-
fire à la dépense de l'année, joindre les deux bouts. Elt
bien, Jacques, les affaires vont-elles mieux. ^ — Oui', un
peu mieux ; avec beaucoup d'économie j'ai pu faire le tour.
TOUR, s. m. S'en donner deux tours, ou s'en donner deux
tours et la revirée, signifie : S'en donner à outrance, se
divertir à fond, se livrer à ce qu'on fait complètement et
sans arrière-pensée. Voyez I'.evirke.
II. 19.
214 TOU— TOUR
TOURMENTE, s. f. (fig.) Le dernier degré de l'ivresse.
TOURMENTE-CHRÉTIEN, s. m. Celui qui obsède, impor-
tune, tourmente quelqu'un. Laisse-moi tranquille, tu n'es
quun tourmente-chrétien. On retrouve la môme forme
dans : Un tourmente-enfants, un g aie- enfants.
TOURNE (LA). La retourne. Terme du jeu de cartes. Quelle
est la tourne? — -Il tourne fiq ne. Français j3opulaire.
TOURNELLE, s. f. Petite tour, tourelle. Un château à qua-
tre tournelles. Terme franc-comtois, berrichon, etc.
TOURNEMENT DE TÈTE, s. m. Tournoiement de tète, ver-
tige. Etre sujet aux tournements de tête. « C'est ainsi que
l'on peut s'accoutumer à voir sans crainte et sans tourne-
ment de tête, les abîmes les plus profonds.» [De Saussure,
Voyages dans les Alpes, t. ^'^ p. 366.] Terme suisse, sa-
voisien et méridional. J.-J. Rousseau a dit correctement :
« Les lieux escarpés me font tourner la tète, et j'aime beau-
coup ce tournoiement. '^ [Confessions, livre IV.]
TOURNER, V. a. Terme de certains jeux de cartes. Que
tourne-t-il? Dites : De quoi tourne-t-il? — 11 tourne cœur,
il tourne carreau.
TOURNER, V. a. Tourner les moutons, tourner les vaches,
etc. Les ramener du lieu où ils ne doivent pas paître à ce-
lui qui leur est destiné et d'oii ils s'étaient écartés. On dit
en patoi : V'ri; et dans le patois limousin, vira (virer,
tourner).
TOURNER, v. n. Au lieu de : La langue lui a tourné, on
dit en français : La langue lui a fourché, la langue lui a
manqué, c'est-à-dire : 11 a [irononcé par méprise un mot
pour un autre.
TOURNER UN HARIT. Est une expression gasconne et in-
correcte. Ne dites donc pas : Habit tourné, pantalon tour-
né, redingotte tournée. Dites : Habit retourné, pantalon
retourné, etc.
TOU— TOUR 21b
TOURNER (SE), v. pron. S'altérer, changer en mal, se
cailler, tourner. Notre lait s'est tourné. Ce vin se tour-
nera si l'on n'y prend garde. Nous disons aussi, par exa-
gération, d'une personne qui a éprouvé une forte émotion,
un saisissement violent et pénible : Son sang s'est tourné.
Il faut dire : Le sang lui a tourné, c'est-à-dire : 11 s'est
fait dans son corps une révolution subite.
TOURNER (SE), v. pron. Nous disons figurément de quel-
qu'un qui est perplexe, embarrassé dans une affaire et qui
ne sait quel parti [)rendre : // ne sait de quel côté se tour-
ner. On doit dire : 11 ne sait de quel côté tourner.
t TOURNER (S'EN), v. pron. S'en retourner. Tourne-t'en,
Gaspard: on serait en peine chei toi. Voici la nuit, tour-
nons-nous-en. Expression languedocienne.
TOURNICOTER ou TOURNILLER, v. n. Tournailler, tour-
ner fréquemment, rôder, virer, faire cent tours et détours.
As-iu assez tournillé, assez viré, et t'asseijer as-tu enfin .^
Le dictionnaire de Rescherelle et le Complément de l'A-
cadémie disent que tourniller est peu usité en France. A
Genève il est fort connu.
TOURPIN-TOURPINANT, loc. adv. Clopin-clopant. Aller
tourpin-tuurpinant, signifie : Manquer d'aplomb dans sa
démarche, chanceler.
On voyait des trous à ses bas,
Ses souliers acculés.... Mais le plus ridicule
C'est qu'à chaque talon il avait une mule
Qui le faisait aller tout tourpin-tourpinant.
Ce qui lui donnait l'air d'un étieurne en marchant.
[Ch.]
Dans le |)atois vaudois, touerpin ou touarpeun, s. m., se
dit d'une personne qui a le pied bot ou tordu, ou dont la
démarche est gênée.
2i6 TOU— TOUT
TOUSSILLER ou TOUSSOTER, v. n. Diminutif de «Tous-
ser. » Tousser légèrement, avoir un peu de toux.
t TOUSSIR, Y. n. Mon pauvre Josun a toussi depuis hier
à soir jusqu'à ce matin. Terme français populaire et vieux
français. Dans notre patois on dit: T'ci, et dans le patois
de l'Isère, tussi.
TOUT, adj. Ne dites pas: Une fois pour tout; dites : Une
fois pour toutes, c'est-à-dire : Une fois pour toutes les fois
subséquentes. Fais bien attention, Albin : je te le dis une
fois pour tout, et je ne le répéterai plus. Français popu-
laire.
TOUT, adj. masc. Dans le tout commencement de son ma-
riage, Alexis avait eu quelques égards pour sa femme.
As-tu dansé hier à ce bal? — Un peu au commencement,
au tout commencement. Cette expression, si fréquente chez
nous, n'a pomt d'équivalent en français.
TOUT DE MÊME, loc. adv. Oui, d'accord, à la bonne heure,
volontiers. Eh bien. Messieurs, faisons-nous la partie de
billard!' — Tout de même.
TOUT DE MÊME, loc. adv. Nonobstant cela, d'ailleurs. Je
ne vous conseille pas d'aller au théâtre ce soir : tout de
même il est déjà tard. Renoncez à ce grand voyage : tout
de même la mauvaise saison n est pas loin. Français po-
pulaire.
TOUT PREMIER (LE). Mes enfants, vous êtes des indis-
crets, et toi, Mathurin, le tout premier. A quelle place
es-tu dans ton école. Philippine F — Je suis la toute pre-
mière. Dites : Et toi, Mathurin, tout le premier. Je suis
la première. [Voyez le dictionnaire de l'Académie, au mot
PREMIER.]
TOUT NOUVEAU, etc. Pour exprimer que les esprits légers
et inconstants s'enthousiasment d'abord de tout ce qui est
nouveau, mais s'en dégoûtent non moins vite, nous disons
ÏRA— TRAI 217
proverbialement : Tout nouveau, lout beau, ou tout est
beau. En français on dit : Au nouveau, tout est beau.
TRAFI, s. m. Prononciation vicieuse du mol trafic, dont le c
doit se faire entendre.
TRAGAL, s. m. Sorte de tiiet, appelé aussi monte.
TRAGIVEKSER ou TRÉGIVERSER, v. n. Tergiverser.
TRAGUE, s. m. Aide-maçon, porte-mortier.
ÏRAGUER, V. a. Porter, traîner, trôler. Se trCujuer d'une
promenade à une autre. Qu'as-tu fait hier, Lamboteau,
qu'on ne t'a pas vu au sarcle? — Ma fiste, hier c'était
Pâques, et j'ai fait comme les autres : j'ai trâgué ma
cauque et mes aurions. Terme suisse. En allemand on dit :
Tragen.
TRAINARD, ARDE, adj. Accent traînard, voix traînarde.
Dites : Accent traînant, voix traînante.
TRAINASSER, v. a. Augmentatif de traîner; transporter sans
soin et malproprement. Tu as une belle poupée toute neuve,
et ta la traînasses partout. Se ^ramasser signifie : 1° Se
salir en se traînant par terre; 2° Se trimbaler, flâner. En
français, Traînasser, v. n., veut dire : Traîner en longueur.
Ge mariage a bien traînassé.
TRAINE, s. f. Etat de santé languissant, indisposition qui se
prolonge, maladie lente, abattement de force après un gros
rhume. Notre Thérèse n'a pas ce qui s'appelle une mala-
die : elle a une traîne. Depuis cette mauvaise traîne, je
n'ai jamais pu me rétablir comme il faut. Terme vaudois.
TriAÎNE-GAINE, s. f. Tout ce qui embarrasse la marche et
qu'il faut traîner après soi. Ce qui m'ennuie à la prome-
nade, c'est cette traîne-gaine d'enfants. Dans le Jura, traî-
ner la gaine signifie : Porter les livrées de la misère. Dans
le français populaire, traîne-gaîner, v. n., battre le pavé
avec l'épée au côté.
218 TRA— TRAN
TRAIN-TRAIN, s. m. Le irain-train des affaires, c'est : Le
cours ordinaire des affaires, la manière la plus ordinaire de
les conduire. On dit de même : Le train-train de la mai-
son; le train-train du bureau; le Lrain-train du com-
merce. A Gap on dit : Le trintran. L'expression française
est : Le tranlran. Le trantran des affaires, etc.
TRAIT, s. m. Traite, étendue de chemin que l'on fait d'un
lieu à un autre sans s'arrêter. Nous allâmes tout d'un trait
de Genève à Bonneville. Terme méridional.
TRAITER POUR. Les médecins le traitaient pour mi engor-
gement au foie : c'était un anévrisme du cœur. Dites : Les
médecins le traitaient d'un engorgement au foie, c'était, etc.
TRAÎTRISE, s. f. L'action de trahir, trahison. Terme franc-
comtois, méridional, etc.
TRALAISON, s. f. Travée, travaison, rang desolives. Terme
vaudois.
TR.4LÉE, s. f. Ribambelle, séquelle, quantité. Une trâlée de
gamins. Une trâlée de mendiants. Une trâlée d'injures. Il
nous lâcha une trâlée de sottises. Terme vaudois etfribour-
geois.
TRANCANAGE, s. m. Changement de vase inutile et fâcheux.
Quel trancanage me fais-tu? As-tu bientôt fini tous ces
trancanages ?
TRANCANER, v, a. Transvaser inutilement un liquide, et
par là le perdre ou le gâter. Laisse-moi ce vin dans cette
bouteille et ne le trancane pas tant. Que trancanes-tu là ?
Se trancaner, v. pron. Se trimbaler, aller sans but et par
flânerie d'un lieu à un autre.
TRANCHER, v. n. Tourner, se cailler. Cette crème est tran-
chée. La sauce a tranché. Les tonnerres font trancher le
lait. Terme suisse, savoisien, berrichon, etc.
TRANCIZION, s. f. Orthographe et prononciation vicieuse
TRA— TRAV 219
du mol «Transition, » lequel se prononce tran-zi-cion .
TRANSPERCER, v. a. Mouiller iroutre en outre, mouiller
jusqu'aux os, percer entièrement. Cette pluie battante nous
a transpercés. Dans le nord de la France on dit : Tra-
percer.
TRANSVASAGE, s. m. Soutirage, remuage. Le transvasage
du vin blanc se fait chez nous au nuiis de mars. Terme
suisse, lorrain, etc. Transvaser est français.
TRANZI, ZIE, part. Prononciation vicieuse du mot « Transi "
(transi de froid), que l'on prononce tran-cij, comme Nancy.
TRAPE, adj. Trapu, court et gros, courtaud. En Dauphinc
et en Languedoc on dit : Trapet; à Lyon, trapot.
TRAS ou TRA, s. m. Terme des campagnards. Solive, pou-
tre, grosse pièce de bois. Placer un tras ; changer un tras ;
remuer un tras. Terme vaudois, fribourgeois, savoisien et
lyonnais. Dans le patois de l'Isère : ÏVau; dans le patois
lorrain, trais; en vieux français, trabe. R. lat. trabs.
TRAVAILLER QUELQU'UN. Se prend en mauvaise part et
signifie : Solliciter quelqu'un, chercher à le gagner, à le
capter, à le retourner. Travailler un juge. Le sieur N**,
proche parent du président de la Cour, l'avait longtemps
travaillé. Expression énergique, inconnue aux dictionnai-
res, mais usitée en Dauphiné, en Lorraine et sans doute
ailleurs.
TRAVAILLER DE. // travaille d'horlogerie. Elle travaille
de couturière. Notre cousine travaille de lingere. M^ Ma-
thieu travaille de gypier, etc. Dites : 11 travaille en horlo-
gerie; elle ti-availle en couture; notre cousine travaille en
linge, en broderie, etc.
TRAVAILLER SUR. Travailler sur l'or; travailler sur le
diamant, etc. Dites : Travailler en or, travailler en dia-
mant, etc.
TR.WERS (LE). Se dit des étoffes et signifie : L'envers. Le
220 TRA— TRE
travers de ce drap est aussi beau, (pie le droit. Voilà le
droit, voilà le travers. Dites : Voilà l'endroit, voilà l'envers.
TRAVERSE, s. f., ou VENT DE TRAVERSE, s. m. Le
vent d'ouest.
TRAVERSER UN PONT. Dites : Passer un pont. Le che-
val s'abattit en traversant le pont de Carouge (en passant
le pont de Carouge).
TREDAINE ou TRIDÂINE, s. f. Tiretaine, drap grossier.
Un habit de tredaine. Terme vaudois, jurassien, etc.
TREDON ou TREDAN, s. m. Bruit de désordre, tapage,
tumulte. Entendez-vous ce tredon? C'est un Iredon à es-
sourdeler. Terme suisse. Selon Ch. Nodier, trudon signi-
fie : Tambour. [Dictionnaire des onomatopées, 2^ édition,
p. 278.]
TREGUIGNE ou TIRE-GOUINE, s. f. Viande dure et filan-
dreuse, viande de très-mauvaise qualité. Au sens figuré,
treguigne est l'équivalent des mots canaille, crapule, objet
de rebut, chose de néant. On dit aussi : Tregougne.
t TREMBLE, s. m. Tremblement, frisson. Quand je pense
à cet horrible espectacle, le tremble me prend. Sa maladie
commença par un grand tremble.
TREMBLER, v. a. Secouer, hocher. Trembler un arbre,
c'est : Le secouer pour en faire tomber les fruits. On leur
abandonna deux pommiers qu'ils tremblèrent à outrance.
TREMPE, adj. Trempé, extrêmement mouillé. Elle arriva
toute trempe de sueur. Français populaire.
TREMPE, s. f. Volée de coups, rossée. Donner une trempe.
Recevoir une troupe.
TREMPÉE, s. f. Terme des campagnards. Pluie abondante,
pluie de durée qui trempe la terre. // a fait une bonne
trempée. Terme lorrain, etc.
TREMPOTTE, s. f. Mouillette, pain trempé dans du vin [lur.
Faire la trcwpotte. Terme jurassien. Dans diverses provin-
TRE— TRI 22 1
CCS de France on dit : Faire la trempette; ailleurs, faire la
trempinelle, faire la trempusse.
TRENTE-SIX. Vous en avez trente-six, veut dire : Vous en
avez menti. Il en a trente-six, il en a menti.
TRÉPER, V. a. Terme des campagnards. Marcher sur. Tu
me irèpes (tu marches sur ma robe). Dans le patois limou-
sin : Trepa lo terro, piétiner la terre, etc. En Lorraine, tri-
pler signifie : Fouler aux pieds. En vieux français on disait :
Triper et trcpper. R. lat. tripudio.
TRÈS, adv. C'est mal parler que de dire: J'ai tris- faim;
j'ai très-soif; j'ai très-sommeil ; j'ai eu très-peur; tu
as tres-raisoii ; elle a très-mal au pied. Ce pauvre Nico-
lin aurait très-besoin d'un chapeau. Je te prête mon joli
parapluie, mais tu en auras très-soin. Vos petites frian-
dises ont fait très-plaisir. Tu as très-tort de désobéir,
Ferdinand. C'est très-dommage de chapler ce morceau d'é-
toffe, etc. L'adverbe irès ne doit pas modifier un substantif.
Les phrases suivantes sont donc aussi incorrectes : Ce jeune
homme fait très-l'aimable ; il fait très-le gentil et sa sœur
fait très-la savante.
TRESSAUT, s. m. Tressaillement. A ce coup de canon, je fis
un tressant. « Je redoublai de sommeil, après avoir été se-
coué par un énorme tressant. » [Topffer, Le Presbytère,
p. 36.] En vieux français, tressault signifie : Action de
sauter, action d'enjamber. Tressauter est dans quelques
dictionnaires.
TRIAILLE, s. f. Triage. Faire une triaille. Ce n'est que de
la triaille (ce n'est que du rebut). Terme méridional.
TRICOTER, v. a. Bàtonner, rosser. Terme vieux français.
«Tricot, » gros bâton, est français.
TRIÉGE, s. m. Toile ouvrée. Triége uni, triége façonné.
Terme suisse, savoisien et franc-comtois.
TRIÉGE, GÉE, adj. Ouvré, ouvrée. Serviette triégée.
H. 20
222 TRI— TPiIV
TRIFOUILLER, v. a. Farfouiller.
TRIMAILLEMENT, s. ni. Mouvement, tréiiioussemenL Dans
le français populaire, «Trimer» signifie : iMarcher vite et
avec fatigue.
TRINCANAGE, s. m. Voyez tr.\nc.\xage.
TRIXGANER, v. n. Voyez thancaner.
TRINGLE, s. f. Tringle. Tringue de rideau. Pourrais-tu
m'avanier celle tringue? Terme lyonnais et vieux français.
TRINGUETTË, s. f. Pour boire, petite gratification. La tnn-
guelte du. cocher. A Ncuchâtel on dit : Le tringuelt; en al-
lemand, Trinkgeld.
TRINQUEBALLER, v. a. Augmentatif de « trimballer, » qui
signifie : Traîner, mener, porter partout. Terme français
populaire. Dans le canton de Vaud on dit : Tringuemaller.
TRIÔLE, s. f. Répétition d'un air de musique plaintif et en-
nuyeux, ritournelle fatigante. Ne continue pas cette triôle.
Dis-donc, quinquerneur, tu nous impatientes avec ta triôle.
Terme suisse. Au figuré, nousappelons triôle, une personne
ennuyeuse, et qui rabâche toujours les mêmes choses.
TRIOLER, V. a. Répéter plaintivement la même chose, im-
portuner par des demandes réitérées. Va-t'en, Alexis, tu
me triôles. Que triôles-tu là depuis trois quarts d'heure?
Dans le canton de Vaud on dit : Triouler. R. triolet, petite
poésie de huit vers dont le premier se répète deux fois.
TRIPOT, s. m. Nous donnons à ce mot un sens qu'il n'a pas
en français. Tripotage, manigance, micmac, menée sourde,
cancan. Faire des tripots. Se mêler dans un tripot. N'êtes-
vous pas dégoûté de leurs tripots? Besciierelle, qui seul
fait mention de ce mot, pris dans ce sens, le donne comme
peu usité. Il est fort connu chez nous.
TRIPOTEUR, EUSE, subst. Tripotier, tripotière, celui ou
celle qui se mêle de tripotages. Terme suisse et savoisien.
TRIURES, s. f. pi. Épluchures.
TRIVOUGNER, v. a. Tirailler quelqu'un ou quelque chose :
TPiO— TROU 223
secouer, obranler en secouant. Dans le patuis vaudois on
dit : Trevuugni ou tservougni.
THOCi. De truc ou de broc. En français : De bric et de broc.
[Bescherelle.] // mené ma vache en champ, et elle se
■nourrit de troc et de broc.
TROCHER, V. n. Se dit du blé et si2:nifie : Taller, donnei
trop de tiges. Les blés ont troché. Terme vaudois et fribour-
geois. Dans le Jura on dit : Trucher.
TROIS-QUARTS, s. m. Ancienne petite monnaie genevoise,
valant trois centimes ou à peu près. les trois-quarts ont
cesse' d'être frappés Van 1610.
TROIS-VliXGTS. Nom de nombre. Soixante. Quand j'avais
mes trois-vingts, disait un vieillard de Veirier, je labourais
encore à la pelle, et je conduisais la charrue. Terme vau-
dois et vieux français.
TROMPETEUR, s. m. Celui qui s'amuse à sonner de la trom-
pette. Les petits garçons parfois sont d' ennuyeux trompe-
leurs.
TRONCHE DE NOËL, s. f. Bûche de Noël, souche de Noël.
Faire caquer la tronche, signifie : Frapper sur la bûche pour
en faire tomber les dragées ou autres friandises que les pa-
l'ents y ont introduites dans le but d'amuser leurs enfants.
Le mot de tronche est connu en Suisse, en Franche-Comté
et sans doute ailleurs. R. lat. truncus.
TRONC DE CHOU, s. m. Trognon de chou, trou de chou,
tige du chou dont on a ôté les feuilles. Dans le Jura on dit :
Trot de chou.
TROP À BONNE HEURE. Dites: De trop bonne heure, et
non pas : Trop de bonne heure.
TROTTÉE, s. f. Trotte, course, traite, espace d'un lieu à
un autre. Nous fîmes sans nous arrêter une trottée de sept
lieues.
TROU, s. m. Trouée, ouverture dans l'épaisseui* d'une haie.
Terme crascon .
224 TRO— TRU
TROUILLE, LÉE, adj. Se dit principalement des fruits, et
signifie : Patrouillé, gâté, mal manié, écrasé, mouillé, qui a
perdu toute sa fraîcheur. Des raisins irouillés. En Norman-
die et dans le Berrv, Irouiller, v. a., si2;nifie : Salir. En
vieux français, ce verbe signifiait : Chiffonner en pressant.
Dans le patois limousin, troulia, chiffonner. Notre mot pa-
tois trolli [Il mouillés), veut dire : Pressurer.
TROUILLON, s. m. Femme sale et mal vêtue. En patois on
dit : Trouxje, et dans le français populaire, trouille.
TROUPE, s. f. Grande quantité, ribambelle. Une troupe de
sottises, une troupe d'injures. Tu nous débites là une
troupe de bêtises. Français populaire. C'est aussi une faute
de dire : Une troupe de monde; il faut dire : Une troupe
de gens.
TROUPELÉE, s. f. Grande troupe, ribambelle, potée. Une
troupelée de badauds. Une troupelée d'enfants. Dans le
patois limousin, troupel, et en vieux français, troupelet, si-
gnifient: Troupeau, petit troupeau.
TROUSSEPET, s. m. Petit enfant chétif, mais intelligent,
agréable et gentil. Dans le français populaire, trousse-pette
se dit par mépris en parlant d'une petite fille. En Norman-
die, troiissepin se dit d'un enfant espiègle.
TROUVE, s. f. Trouvaille. Faire une trouve. Quelle fameuse
trouve tu as fait là! Terme français populaire.
TRUIASSE ou TRUYASSE, s. f. Femme très-malpropre,
femme dégoûtante et repoussante par la saleté et le désordre
de ses vêtements. Augmentatif du mot « Truie. »
TRUIE, s. f. Nous disons proverbialement dune chose qui se
détériore considérablement : Elle s'en va en chair de truie.
Si la pluie continue de la sorte, toute notre récolte s'en
ira en chair de truie. Allusion à la viande des truies por-
tières, laquelle fait beaucoup de déchet.
TRUIERIE, s. f. Vilenie, saleté, ordure, obscénité. Dire des
TRU— TUT • 2-2o
truieries. Balayez-nous ces tniieries. Pousser à cet excès
la lésine, c'est une truierie.'V ermc vaudois.
TRUQUER, V. n. Cosser. Se dit des bètes à cornes et surtout
des béliers qui heurtent de la tête les uns contre les autres.
TUBOTU, s. m. et adv. Acheter du bois, acheter du foin
au tubôtu. Faisons de ces diverses marchandises un tu-
bôtu. Terme fribourgeois, etc. Voyez autu-bôtu.
TUFELLE, s. f. Terme dos campagnards. Pomme de terre.
Planter les tufelles; arracher les tiifelles. En Languedoc
on dit : Tvfère ou tufène, terme formé du mot tmfe ou
trufle, par lequel on désigna d'abord les pommes de terre
dans tout le midi de la France.
TUILE COURBE. Dites : Tuile creuse, tuile faîtière, ou tuile
en gouttière.
TUILIÉRE, s. f. Tuilerie, lieu où l'on fait la tuile. Latuiliere
d'Hermance; la tuilière de Châtelaine; la tuilière Col-
liard, près de Garouge. Terme suisse, savoisien et méri-
dional.
TUILON, s. m. Tuileau, morceau de tuile cassée. Terme lor-
rain.
TUNE, s. f. Ribote, gala, débauche de table. Faire une tune.
Terir.e vaudois.
TURBENTINE, s. f. Térébenthine. Huile de turbentine.
Terme vieux français. En Dauphiné et en Languedoc plu-
sieurs disent : Tourmentine.
TURLUBERLU ou TURLUBRELU, s. m. Hurluberlu,
étourdi, évaporé, écervelé. Quel tapageur que votre ne-
veu! quel e'tourneau! quel turlubrelu! Terme vaudois,
neiichâtelois, lyonnais, bordelais, etc. Voyez hurlubrelu.
TUTAYEMENT, s. m. T'utoiement, action de dire tu et toi
en s'adressant à quelqu'un. Voyez le mot suivant.
TUTAYER, V. a. User des mots tu, te et toi en parlant à
II. 20.
226 U
quelqu'un. Beaucoup d'amis et de très-bons amis ne se tu-
taijent pas. Dans le dix-seplième siècle et dans la première
moitié du dix-huitième, on écrivait « tutoyer » et on pro-
nonçait lutayer. [Voyez le dictionnaire de l'Académie fran-
çaise, !'■« édit., 1G94.] Aujourd'hui on écrit et on prononce
« tutoyer, » je tutoie, elle tutoyait.
U
ULCÈRE, s. f. Une ulcère. Ce mot est masculin.
UN, UNE, adj. Un est mis abusivement pour «deux» dans
l'exemple suivant et dans les exemples analogues : De ces
quatre frères il n'y en a pas un qui se ressemble. Dites :
11 n'y en a pas deux qui se ressemblent.
UN (LE). Le premier. Quel jour sommes-novs ^ — Nous
sommes le un. Quand partez-vous ? — Je pars le un.
UNE, adj. num., suivi du pluriel. Une heure ont sonné, est
une de nos plus étranges fautes.
UNIFORME, s, m. Nous disons : Un habit d'uniforme; en-
dosser l'habit d'uniforme, etc. On doit dire : Un habit
uniforme, ou : Un uniforme. Endosser l'uniforme; prendre
l'habit uniforme.
UN TANT SOIT PEU, s. m. Tu as beaucoup de tabac,
donne-m'en un tant soit peu. Dites, en retranchant l'ad-
jectif wn .• Donne-m'en tant soit peu.
USAGE, s. m. Service, user, s. m. Prenez sans crainte
celte étoffe; prenez hardiment ce drap: ils vous feront
beaucoup d'usage; ils vous seront d'un bon usage; ils
deviendront mcwie plus beaux par l'usage. Dites, avec le
dictionnaire de l'Académie : Ils seront de bon user ; ils se-
ront de bon service; ils deviendront plus beaux par l'user.
U— V 227
USE, adj. Usé. Un pantalon use; une redingote use. Terme
connu dans le Berry, et sans doute ailleurs. Employé fi-
gurément, ce mot signifie : Décrépit. Le voisin N** est
mort à l'âge de trente-huit ans, et il était déjà tout use.
Expression triviale.
USE, s. f. Terme de charron. Esse, cheville en l'orme de S.
USER, V. n. Nous disons proverbialement : Qui refuse n'use.
On doit dire : Qui refuse muse ; ce qui signifie : Que celui
qui refuse une offre a tort, et perd souvent une occasion
qu'il ne retrouvera plus.
UTENSILE, s. m. Ustensile. La pauvre Gothon a vendu
jusqu'à son dernier utensile. Terme méridional et vieux
français. R. lat. utensile.
UVES, s. f. pi. Voyez œuves, p. 66.
V
VACHE, s. 1". Nous disons proverbialement et injurieuse-
ment, en parlant d'une personne peu recommandable et qui
est revenue d'une maladie grave : // mourrait plutôt la
vache d'un pauvre homme. En Languedoc on dit : 7/
mourrait plutôt l'âne d'un pauvre homme. Dans le fran-
çais populaire : Il mourrait plutôt un chien de berger.
[Voyez le Dictionnaire du Bas langage, t. I"^'", p. 198.]
VACHE, s. f. Vaquette, pied de veau, plante qui fleurit dans
les haies pendant les mois d'avril et de mai.
VACHE, s. f. Se dit figurément d'une personne qui est à la
fois très-corpulente, très-molle et très-apathique. Terme
bas et grossier.
VACHE, s. f. Noyau d'abricot taché de blanc. Terme d'éco-
lier.
228 VAC— VAN
VACHERIN, s. m. Sorte de fromage à la crème, lequel se
fabrique surtout dans le Chablais. « Les, vacherins que vous
m'envoyez, seront distribués en votre nom. « [J.-J. Rous-
seau, Lettre écrite de MoLiers-Travers à M' D'Ivernois.]
VACILLER, V. n. {Il mouillés.) On doit prononcer va-cil-ler.
VACILLEMENT, s. m., n'est pas français; on dit : Va-
cillation, et l'on prononce va-cil-la-tion.
VAILLANT, ANTE, adj. Se dit des domestiques et des ou-
vriers, et signitle : Actif, diligent, ardent à l'ouvrage, la-
borieux. Notre Suzette est nne fille sage et vaillante.
Terme méridional, vieux français, etc.
VADER, V. n. S^esquiver, s'évader, partir à la sourdine.
VAILLE QUI VAILLE, loc. adv. Vaille que vaille, à tout
hasard, quelle que soit la valeur de la chose. Acceptez sa
promesse, vaille qui vaille. Contentez-vous d'une signa-
ture, vaille qui vaille. Dites : Vaille que vaille -
VALÉRIENNE, s. f. Valériane, plante médicinale.
VALET, s. m. Terme d'amitié qu'on donne quelquefois aux
petits garçons. Ne pleure pas, tu es mon valet. Viens, mon
valet, viens, que je t'embrasse.
VALEUR, s. f. Appoint. Les bordereaux sont ordinairement
ainsi conçus: Ecus, 60. — Valeur, 3 fr. MO c. Dites:
Appoint.
VALSER, v. n. S'esquiver, s'évader, se sauver, prendre la
poudre d'escampette. Français populaire.
VANGERON, s. m. Petit poisson particulier à notre lac et à
celui de Neuchàtel. M' Jurine lui donne le nom de « Rosse. »
A Neuchàtel on l'appelle: Vingeron. M'' Grel, dans son
Vocabulaire, l'appelle : « Gardon. »
VANNER, V. n. Décamper, s'esquiver, filer, s'échapper.
Terme français populaire.
V.\NTADOUR, s. m. Fanfaron, vantard. Faire le vanta-
dour. Terme neuchâtelois.
VAN— VEI 229
VANTAU, s. m. Contrevent extérieur. Ouvn'r les vantaux;
fermer les vantaux; arrêter, fixer les vantaux. Terme
vaudois, neuchàtelois, dauphinois et vieux français. Ce mot,
recueilli par Gattel (grammairien dauphinois), et copié
par BoiSTE, a été repoussé par M'' Bescherelle, dont le
dictionnaire est cependant un lieu de refuge, ouvert à tous
les genres de barbarismes. En français, «Vantail, » dont le
pluriel est «Vantaux, » signifie : Battant d'une porte, bat-
tant d'une fenêtre.
VARIEMENT DE CŒUR, s. m. Défaillance. Voyez le mot
suivant.
VARIER, V. n. Avoir des vertiges, défaillir. Le cœur lui va-
rie. Le cœur me variait, c'est-à-dire : J'avais des vertiges.
Expression principalement familière aux campagnards.
VARIER, v. n. Corruption de avarier. Parmi les arbres ou
arbrisseaux plantés en hiver, il y en a qui varient à la
sève du printemps, c'est-à-dire : Qui se détériorent ou
périssent.
VASE, s. m. Tonneau, fuste.
VASE, s. m. Ce mot s'emploie chez nous en parlant d'une
église, d'une galerie, d'une bibliothèque, et autres grandes
pièces d'un bâtiment considérées en dedans. Notre temple
de Saint-Pierre est un beau vase. La voix de ce prédica-
teur remplit aisément les plus grands vases. Dans ces deux
exemples, et dans les analogues, dites : Vaisseau. « L'é-
glise de Notre-Dame de Cambray est un très-beau vais-
seau. )) [Pellisson.]
VEAU, s. m. Nous disons d'une vache qui a mis bas : Elle
a fait le veau. Dans le Berry on dit : Elle a fait veau.
11 faut dire : Elle a vêlé. « Faire le veau » se dit d'une
personne qui s'étend nonchalamment.
VEILLER, v. n. Terme consacré pour dire : Passer la veil-
lée, passer la soirée ou l'après-soupée chez un voisin, chez
230 VEI— YEN
un ami, cliez un parent. Femme, où veilles-tu ce soir (où
vas-tu à la veillée ce soir)? — J^ veille chez ma belle-
sœur. Demain on veillera tous chez le grand-papa. Terme
languedocien.
VEILLEFI (SE), v. pron. Veiller, surveiller, observer Clau-
dine, veille-toi ce rôdeur, veille-te-le bien.
VEINE, s. f. Les veines de dessus la main devenant ordinai-
rement fortes et saillantes par le travail manuel, on dit pro-
verbialement : Qui voit ses veines, voit ses peines. Ce dic-
ton s'étend encore aux personnes dont la main est amaig-rie
par l'âge ou par la maladie.
VENDAGE, s. m. Sorte de cabaret, où l'on vend le vin en
détail, mais où l'on ne donne pas à manger. Etablir un ven-
dage. Nous ferons une halte au premier vendage. Terme
vaudois et neuchâtelois. En vieux français, vendage signi-
fie : Vente, débit.
VENDANGETTE, s. f. Sorte de grive, grive musicienne.
VENDANGEUSE, s. f. Petite fleur blanche, qui fleurit vers
le temps de la vendange.
VENDÔME (FAIRE). Vendre ses bardes, ses eff'ets. // a été
obligé de faire Vendôme de tout son butin. [G. G.]
VENDRE, v. a. Ce terme des écoliers, dans leurs divers amu-
sements sur la neige et la glace, signifie : Atteindre, cul-
buter, faire pirouetter. Gare! gare! tu es vendu. Ne we
vends pas, Antoine; s'il te plaît, ne me vends pas!
VENDRE VIN, v. a. Débiter du vin. Terme suisse, berri-
chon, etc.
VENGERON, s. m. Sorte de poisson. Voyez vangeron.
t VENIMEUX, EUSE, adj. Malsain, parlant des personnes.
Un enfant venimeux, dans le langage très-populaire, est
un enfant dont le sang est vicié.
VENIR, v. n. Devenir. Depuis ces bonnes pluies, la cam-
VEN-VENT 231
pagne est venue bien verte. Je crois, ma chère, (/itc je
viens sourde. Terme français po[)ulaire.
VENIR (SE), V. réfl. Cet enfant a une excellente nourrice :
\l se vient bien (il vient bien), c'est-à-dire : Il prospère,
il grossit, il prend nn air de santé. Notre Emélie, qui était
toute nioindrolette, il y a deux mois, se vient trh-jolinient
aujourd'hui.
t VENIR (S EN), V. pron. Ce verbe est français. Un dit :
Venez-vous-en; t'en viens-tu? etc. Mais on ne dit pas, au
parfait indéfini : Elle s'est en venue: ni : Je me suis en
venu; elle s'en est en venue; tâchez voir que Jean-Pierre
s'en en vienne. On dit : Elle s'en est venue ; tâchez que
Jean-Pierre s'en vienne, etc.
VENIULE, s. f. Venelle, passage étroit, sentier. Il s'est
échappé par la veniule ; il a pris une mauvaise veniule :
il a manqué la veniule. Au sens figuré : Etre dans la ve-
niule, enfiler la veniule, signifie : Etre dans la bonne voie;
trouver le moyen de réussir.
VENT, s. m. Les vents ([ui i-^gncnt dans le bassin de Genève
ft sur le lac Léman sont au nombre de huit, savoir ; 1" Le
MôLAN ou la iMôL.\N>fE (vent d'est), ainsi appelé parce qu'il
vient du côté de la montagne du Môle : vent paisible et qui
n'est presque jamais orageux. 2° Le Bornand (vent du
sud-est), ainsi nommé parce qu'il vient du côté des monta-
gnes du Grand et du Petit-Bornand, en traversant les
Bornes et le mont Salève. Il souffle ordinairement par ra-
fales et excite de grands orages. S** Le Gheuseilland (vent
du sud), ainsi appelé parce qu'il vient du côté de Creuseille
et du mont de Sion. C'est le vent proprement dit. 11 souffle
le plus souvent par bouffées, et occasionne quelquefois de
grands orages. Quand il amène la pluie, elle dure assez
longtemps. 4^ Le Michailland (vent du sud-ouest), ainsi
nommé parce qu'il vient du côté de la Michaille, petit pays
232 VENT
situé sur la rive droite de la Yalserine, à l'ouest du fort de
l'Écluse. Quand il souffle en été, c'est une espèce de si-
rocco; et s'il règne durant quelques jours aux approches
des moissons, il fait venter les blés, qui dépérissent et ne
produisent que des grains avortés ou retraits. 5° Le Bour-
guignon (vent d'ouest), ainsi appelé parce qu'il vient de la
Bourgogne, du côté de Chézery et de Lélex. Il traverse
le mont Jura, et s'abat quelquefois avec furie sur les villages
du pays de Gex situés au pied de cette montagne. 6° Le
JoRAN (vent du nord-est), qui vient du côté de la partie
du Jura qui avoisine la ville de Gex. Il souffle ordinai-
rement par bouffées et excite souvent de grands orages.
7° La Bise (vent du nord). Elle amène d'ordinaire le beau
temps. Si elle est accompagnée de pluie, on la nomme
Vouarei, dans certaines localités. 8° Le Séchard (vent
du nord-est), ainsi nommé à cause de sa qualité dessé-
chante. Il nous arrive par le lac et amène presque toujours
le beau temps. Quand il règne, le ciel est serein ou peu
chargé de nuages. Le peuple du bassin de Genève l'appelle
aussi, dans son langage expressif : La Dame de Lausanne,
Notre Dame de Lausanne, [p. G.]
VENT (LE). (Vest ainsi que nous désignons d'un seul mot le
Vent du midi. Le vent s'élève, nous aurons de l'eau. Le
vent n'est pas comme les vieilles femmes, il ne court pas
pour rien, c'est-à-dire: Qu'en dernier résultat il amène
un changement de temps et la pluie.
VENT BLANC, s. m. C'est le nom que nous donnons au
vent du midi, quand il soufile sans couvrir le ciel de nua-
ges. Terme neuchâtelois.
VENTER, V. n. Nous disons d'une chandelle allumée qu'elle
vente, lorsque la flamme en est agitée par le vent et que le
suif se fond plus vite. Nous le disons aussi des rideaux. Les
rideaux ventent lorsqu'ils sont mis en mouvement par l'ac-
tion de l'air.
VEN— VER 233
VENTER, V. n. Se dit des blés, et signifie : Être attaqué de
la maladie appelée nielle ou carie. Les blés ventent lorsque,
étant à peu près mûrs, ils sont surpris par des rosées froides
et fortes, sur lesquelles tombe dès le matin un soleil très-
chaud.
VENTRAILLE, s. f. Tripaille, intestins des animaux. Terme
languedocien, vieux français, etc.
VENTRE, s. m. On dit dérisoirement d'un prodigue à qui il
ne reste plus rien : .4 présent qu'il a tout dépensé, il est
obligé de se frotter le ventre avec un carron (une brique) .
Figurément, Se frotter le ventre avec un carron (voyez
carron), signifie: Se passer de manger. On dit à Paris
dans le même sens : Se serrer le ventre. [Dictionnaire
des locutions vicieuses.] Nous disons figurément dans le
même sens : Danser devant le bujfet.
VENTRE, s. m. Nous disons à un enfant, qui étant servi
abondamment d'un mets, ayant son assiette bien garnie ou
sa poche pleine, se plaint encore de n'avoir pas assez : Tu
as les yeux plus grands que le ventre. Dites : Que la panse.
VERDAÎRULE ou VERDERULE, s. f. Verdule, verdelet,
bruant.
VERGILLON, s. m. Petite verge, petite baguette. Se dit sur-
tout de cette baguette de noisetier que les pêcheurs ajoutent
à l'extrémité du roseau qui leur sert de ligne. Terme vau-
dois. En vieux français, verjon.
VERONE, s. m. Verne, aune, sorte d'arbre qui croît au bord
des eaux. Terme vieux français. Nos campagnards lui don-
nent le genre féminin.
VERNET, s. m. Verney, lieu planté de vernes ou aimes, La
campagne des Vernets. L'hospice des Vernels.
VERSÉE, s. f. Signifie : 1° Une rasade, un plein verre;
2" Une averse. Je te demande un peu de vin et tu me flan-
ques une versée.
II. 21
ni VER— VID
VERSER, V. a. Répandre. Lequel de vous, mes enfants, a
versé cette encre? Tu veux te scroir loi-même, Ernestine,
et tu verses la sauce sur la nappe. Français populaire.
VERSER, V. a. Nous disons figuroment d'un marchand,
d'un commerçant qui, par sa faute, a fait de mauvaises af-
faires et s'est ruiné : Il a versé son écuelle.
VERSER, V. n. Se répandre parles bords. Viens vite, Jean-
nette, Ion lait verse; ta cassette va verser. Expression
méridionale.
VERSI VERSA, loc. adv. Vice versa, qu'on prononce vicé-
versâ; termes latins qui signifient : « Réciproquement. »
VERT, s. m. Faire le vert et le sec, signifie : Se donner tou-
tes les peines du monde pour réussir dans une affaire. L'A-
cadémie et les Dictionnaires de proverbes disent : « Em-
ployer le vert et le sec. »
VESSIGÂTOIRE, s. m. Écrivez « Vésicatoire » et prononcez
vé-^i-ca-loire.
VESTE, adj. À demi ivre, gris, // est veste.
VESTE, s. f. Nous disons de quelqu'un qui a trop hn : Il a
sa veste, la plus belle veste du monde, laissons-le dor-
mir. Il a pris une veste. On dit aussi: SE VESTER,
pour : Se griser.
VICAILLE. s. f. Victuaille, provisions de bouche. Il y a asses
de vicaille dans leur maison.
VICOTER, V. n. Vivoter, vivre petitement, subsister pauvre-
ment et avec peine. Avec ces quarante francs, ils purent
vicoter deux mois. Terme lyonnais, etc. En vieux français,
Vicquer signifie : Vivre, être en vie.
VICREUSE (LA). C'est le nom de divers petits chemins
dans notre canton. Vicreuse ou Vie-creuse veut dire : Voie
creuse, chemin creux. En patois, vî-a ou vî signifie : Che-
min. R. lat. via.
VIDÉE, s. f. Action de vider ou de se vider. S'emploie au
VID— VIO 235
sens propre cl au sens figuré. Ils sont tous partis! voilà
une fameuse vidée!
VIDEUSE (UNE). Terme de la fabrique d'horlogerie, ou-
vrière qui découpe le coq de la montre.
VIDOLET, s. m. Terme des campagnards. Sentier particu-
lier. Le vidolet de Sierne. Dans le patois de l'Isère et en
vieux français on dit : Violet.
VIEILLE, s. f. Vielle; instrument de musique fort connu.
Jouer de la vieille. Terme français populaire.
VIEILLOPET, ETTE, adj. et subst. Vieillot, vieillote, qui
commence à avoir l'air vieux : Une petite vieillopettc
VIEULIET ou VIEULIER, s. m. Violier, giroflée. Un vien-
liet double. Terme savoisien, lyonnais et méridional.
VIEUX FER. Être au vieux fer, est une expression figurée
qui s'emploie en parlant des personnes et qui signifie : N'ê-
tre plus bon à rien. Mettre au vieux fer, veut dire : Re-
buter, dédaigner. Ils ne veillent plus rien de moi, et ils
me laissent de côté! Ils s'imaginent donc que je suis déjà
an vieux fer.
VIEUX JOIN, s. m. Vieux oing, vieille graisse de porc fon-
due, dont on se sert pour frotter les voitures. « Oing » est
le mot latin unctum.
VIGOUREUSE, s. f. Sorte de poire. Voyez virgoureuse.
VINOCHE, s. f. Mauvais vin, piquette, vin. Belire-toi, Bas-
lian, retire-toi bien vite, tu pues la vinoche.
VIOLETTES, s. f. Être aux violettes e&i une expression figu-
rée et facétieuse qui signifie ; Être pensionnaire de l'Hôpital
et placé comme tel chez des campagnards. On dit dans le
même sens : Etre aux avant-postes.
VIOLONNER, V. n. Jouer du violon. Se dit de celui qui fa-
tigue ses alentours en raclant ou en étudiant.
VIOLONNER, V. a. Répéter toujours la même chose, rabâ-
cher, fatiguer par d'ennuyeuses redites. Terme vaudois.
236 VIO— VIR
VIOLONNEUH, s. m. Mauvais joueur de violon, râcleur. La
pesle soit du viulonneur I Terme languedocien, etc.
VION-NET, s. m. Terme des campagnards. Petit sentier pu-
blic. Vous accourcirez en prenant ce vion-net.
VIRABOQUET, VIREBOQUET, ou YIREBREQUET, s. m.
Jouet d'enfant. Noyau d'abricot percé, dans lequel on enfile
un petit bâton planté dans une pomme de terre et qu'on fait
tourner au moyen d'une ficelle ou d'un fil ajusté au noyau.
VIRABOUQUIN,' VIREBOUQUIM ou VIREBREQUIN, s. m.
Vilebrequin, outil d'artisan qui sert à trouer, à percer du
bois, de la pierre, et autres corps durs. On dit à Lyon : Vi-
rebroquin.
VIRE-DE-PIED, s. ni. Croc en jambe.
VIRE-DE-PIED, s. m. Mesure d'un travers de pied. La lar-
geur de sa chambre était de sept pieds et un vire-de-pied.
On dit aussi : Revire-de-pied.
VIRER CASAQUE. Tourner casaque, changer départi.
VIRER L'ŒIL. Tourner de l'œil, mourir. Regarde cette pau-
vre truite, comme elle vire l'œil. Expression limousine.
VIRET, s. m. Sorte de miton chaud.
VIRET, s. m. Escalier en limaçon. Dans le patois vaudois,
vira, s. f. signifie : Vis de pressoir.
VIREVOÙTE, s. f. Tours et détours, circuits, sinuosités. Les
virevoûies d'un couvent ; les virevoûtes d'un bois. Terme
vaudois cl languedocien. Les mots ■< virevolte et virevousle »
ont la même origine que notre mot de virevoûte, mais ils
n'ont pas le même sens. Virer signifie : Tourner, et volte,
vonste et voiile sont une corruption du mot latin vultus,
visage, face.
VIRGOUREUSE, s. f. Sorte de poire d'hiver, appelée en fran-
çais : «Virgouleuse. » Virgoulé e&i le nom d'un village près
de Limoges, d"où ces poires se sont propagées.
YIROLET, s. m. Remous, tournant dans une eau courante.
Vm— VIS 237
Prends garde à ce virolel; ve va pas nager près de ce
virolet. Terme vaudois el savoisien.
VIROLET, s. m. Toton, jeu dï'colier.
VIROLET, s. m. Tourniole, panaris qui fait le tour de l'on-
gle. R. virer.
VIROTTER, V. n. Se prend d'ordinaire en mauvaise part, et
signifie : Tourner et virer autour de quelqu'un. As-iu assez
virotté? Si tu virotles encore dans celte chambre, je te
renvoie.
VIS (UN). Mettre un vis. Dites : Mettre une vis. Ce mot est
féminin.
VISAGÈRE, s. f. Le masque d'une poupée. Mettre une vi-
sagere; casser une visagère ; changer de visagere. Terme
suisse et savoisien. Dans l'évêché de Bàle on dit : Visagière.
En vieux français, visagière signifie : Visière d'un casque.
VIS-À-VIS, prép. Envers. // eut des torts graves vis-à-vis de
son tuteur. lise conduisit très-mal vis-à-vis de sa grand-
mère. Cette faute choquante n'en sera bientôt plus une, tant
elle s'est propagée, et tant l'usage qu'en font plusieurs écri-
vains l'a sanctionnée. Introduite en France par J.-J. Rous-
seau, celte expression fut dès l'origine attaquée vivement par
Voltaire. Mais le philosophe de Genève, plus lu et plus goûté
que le philosophe de Fernex, triompha de son opposant, et
le barbarisme trône aujourd'hui.
VISICATOIRE, s. m. Vésicatoire. R. vesica.
VISIÈRE, s. f. Nous disons figurément, en parlant de quel-
qu'un avec qui nous avons cessé toute relation, tout com-
merce d'amitié : J'ai rompu en visière avec lui. En français
on dit : Je lui ai rompu en visière; et cela signifie : Je l'ai
contredit en face et brusquement.
VISITANT, s. m. Visiteur.
VIS OUVERTS (À). À huis ouverts, c'eslà-dire : Avec les
II. 21 .
ijr58 VIS— VOG
portes ouvertes, les portes restant ouvertes. Le mariage ci-
vil se fait toujours à vis ouverts. Vis (prononcez visse) est
une corruption du vieux mol huis (porte), d'où l'on a fait le
mol « huissier. » R. ostiuin.
t VISSE-VERSÀ, loc. adv. Écrivez -Vice versa» et pro-
noncez '^icé-versâ.
VITAILLE, s.f. Terme des campagnards, provision de bou-
che, vivres, vicluaille. Terme vieux français.
De ses deniers assez li baille
Por achater de la vitaiUe.
[Voyez RoQ'JEFORT, Glossaire de la langue romane, t. Il,
p. 723.] En languedocien on dit : Bitaille.
t VITRE (UN). Une vitre. Femme, fais donc remettre ce
vitre. Solécisme franc-comtois, etc.
VIVE, s. f. Alevin, milcanton, réunion de diverses espèces de
Irès-petils poissons. « Il est défendu de pêcher et de vendre
du fretin connu sous le nom de vive. » [Règlement de po-
lice de iSSl.]
VOCATION, s. f. Ce mot ne signifie point, comme plusieurs
le croient : Etal de vie, carrière, profession. II faut donc
éviter les expressions suivantes : Prendre une vocation ;
choisir une vocation ; embrasser ^lne vocation ; quitter une
vocation; changer de vocation, etc. «Vocation» signifie:
Appel, mouvement intérieur, disposition naturelle qui nous
porte à tel ou tel genre de vie. On dira donc fort bien :
Les jeunes gens n'ont pas toujours la facilité de suivre leur
vocation , c'est-à-dire : De suivre l'instinct, le penchant,
le goût qui les pousse vers telle ou telle carrière. Notre
cousin Saloraon n'avait aucune vocation pour la carrière des
armes; il a été cependant forcé de servir. « Vocation » est
le mot exact dans ces deux exemples.
VOGUE, s. f. Fête patronale, fête de la commune. Les bals
VOl— VOL -230
de la vogue; les plaisirs bruyants d'une ovgue. Terme
savoisieii, dauphinois et provençal.
VOILÀ, prcp. Es-lu contente de ton nouveau cordonnier F—
Voilà, c'est-à-dire : Je n'en suis ni contente ni mécontente.
VOIR ou VOIRE, adv. Attends voir, écoute voir, regarde
voir, s'gnifient : Attends un peu, écoute un peu, regarde
un peu. Dis voir, Pierrot, va-t-on à Divonne dimanche!'
Ce terme, qui est si connu dans tous les pays où l'on parle
français, vient du mot latin vere (vraiment), et joue le rôle
que jouent en allemand les mots einmal, etn wenig. On
trouve dans les Contes de La Fontaine le vers suivant :
Voire l écoutez le reste de la fête.
Ce qui revient à : Ecoute voire.
VOIR (SE), v. pron. impersonnel. Paraître. Il se voit lien
^ue tu es en colère. Il se voit bien que le beau temps ne
durera pas. Expression dauphinoise, etc.
VOITURÉE, s. f. Toutes les personnes qui remplissent une
voiture. Nous allâmes ail pont de la Caille : la voiturée
se composait de quatorze amis. Expression fort accep-
table.
VOL, s. m. Un vol d'éiourneanx ; un vol d'hirondelles, etc.
Terme méridional. En français on dit : Volée. «On voit
des volées de deux ou trois cents pintades. » [Buffon.]
VOL, s. m. Prendre quelqu'un au vol. Dites : Prendre quel-
qu'un à la volée, c'est-à-dire : Choisir promptement et ha-
bilement l'instant fugitif où on peut le voir et lui parler.
VOLAILLE, s. f. C'est le nom qu'on donne en français à
tout oiseau qu'on nourrit dans une basse-cour. La phrase
suivante est donc tout au moins un peu bizarre. Ce n'est
pas un poxdet que je vous offre, Messieurs, c'est une vo-
laille.
VOLANT, s. m. Faucille de nos moissonneurs. Aiguiser un
2i0 VOL— VOU
volant; emmancher un volant. Terme vaudois, jurassien
et berrichon. Dans le patois de l'évêché de Baie on dit :
Votilain;en bas-limousin, voulan; en Dauphiné, volame.
Dans le vieux français, voulain et voulant se disaient d'une
espèce de serpe. [Voyez Roquefort, Glossaire, t. II,
p. 731.]
VOLANT, adj. Nous disons que des oiseaux sont tout volants,
lorsqu'ils sont drus comme père et mère. [p. g.]
VOLE, s. f. Mettre un oiseau à la vole, signifie : Le mettre
au vol ; lui faire prendre son vol.
VOLET, s. m. Les mots de volet et de contrevent ne sont
pas synonymes. « Les Volets sont en dedans et s'appli-
quent sur le châssis des fenêtres, les Contrevents sont en
dehors. » [Voy. Pautex, Recueil de mots français, p. 4.1.]
VOLETTE (À LA), loc. adv. Faire une chose à la volette,
signifie : La faire trop vite et avec peu de soin, la faire à
la volée et en courant. On dit aussi ; Prendre une chose à
la volette, saisir une chose à la volette.
VOLEUR, s. m. Filament enflammé delà mèche d'une chan-
delle, lequel fait couler le suif. Ne voyez-vous pas ce vo-
leur à la chandelle P Otez donc ce voleur. Terme connu
dans quelques j)rovinces de France, dans la Flandre fran-
çaise, etc. [Dictioniiaire roman-wallon, p. 209.]
VOLONTIERS, adv. Ordinairement. La Victorine a volon-
tiers mal aux dents le soir. J'ai volontiers la migraine
à la suite d'une grande émotion. Phrases dont chacun peut
apprécier le ridicule.
VOUABLE, s. f. Clématite des haies, herbe aux gueux, sorte
de plante grimpante qui fleurit au mois do juillet. Terme
vaudois, neuchàtelois, franc-comtois, etc.
VOUAFFE, s. f. Au sens propre, boue liquide, bouillon trop
clair, sauce mal liée. Leur soupe n'était que de lavouaffe.
VOU— VOUL 241
VOUAFFER, V. n. S'enfoncer dans un liquide épais. La pluie
survint, on voriaffa dans le patrigot. Ce mol et le précé-
dent sont des onomatopées dignes de remarque.
VOUAI, s. m. Terme des campagnards. Sorte d'épervier.
VOUAUAI ou YOUARET, s. m. Bise noire et pluvieuse.
VOUÀRE, s. f. Terme des campagnards. Mars, larve de
hanneton, et le hanneton lui-même. Terme vaudois et sa-
voisien.
VOUAREUX, EUSE, adj. Qui a la morve au nez. Un en-
fant vouareux.
VOUARGNE, s. m. Terme suisse-roman qui signifie : Sapin
blanc. L'ancien Glossaire appelle Vouarme, le Sapin fe-
melle.
VOUÈPE, s. f. Femme maligne, femme méchante. En pa-
tois, vouèpe signifie : Guêpe. R. lat. vespa.
VOUÉPETTE, s. f. Diminutif de vouèpe. Voyez ce mot.
VOUGNEU, V. n. Se dit de deux boules ou de deux palets
qui se touchent. Voyez quique.
VOUGNER, V. actif. Remuer, fracasser en remuant. S'il
vous plaît, Madame, ne vougnez pas tant mes œufs.
VOULOIR, V, a. Nous mettons il veut devant un infinitif,
pour marquer le futur. Il veut pleuvoir; il veut faire beau;
il veut neiger; il veut geler celte nuit, etc. Cette façon
de parler est un germanisme.
VOUI. Mauvaise prononciation de : Oui.
VOULOIR, V. a. Nous employons les expressions : Si vous
voulez , si tu veux, dans le sens de : « Médiocrement,
honnêtement. »> Y avait-il du monde à l'enterrement de
M^ N** ? — // y en avait si vous voulez. Expression mé-
ridionale,
VOULOIR, V. a. Nous disons d'un homme indécis, d'un
homme inconstant dans ses résolutions : Il ne sait pas ce
qu'il se veut. L'Académie dit : 11 ne sait pas ce qu'il veut.
"242 VOU— X
VOULOIR, V. a. La conjugaison de ce verbe offre une grande
difficulté dont peu de personnes se doutent. Au présent du
subjonctif nous disons : Je ne partirai pas lundi, à moins
que vous ne veuilliez partir avec moi. J'accepte votre ma-
gnifique melon, pourvu que vous veuilliez le manger avec
moi et chez moi, etc. Il faut dire : « Que vous vouliez. »
Voyez toutes les grammaires.
VOUSAYER ou VOUSOYER, v.a. Dire vous à quelqu'un,
ne pas le tutoyer. Plusieurs maris vousayent leurs femmes.
Quelques enfants vousayent leurs pères. Terme connu en
France, mais que les dictionnaires, sans aucune raison
plausible, n"ont pas accueilli. On disait en vieux français :
Vosoycr.
VRAI (DE), adv. Vrai, au vrai, vraiment, véritablement.
Parles-tu de vrai? Dis-tu tout cela de vrai? Me donnes-
tu cette agate de vrai? Voici de vrai comment toute la
chose s'est passée. Français populaire.
VUIDE, adj. Le grammairien Oudin, au commencement du
dix-septième siècle, donnait sur ce mot la règle suivante :
« Écrivez « vuide » et prononcez vide, n Actuellement on
écrit et l'on prononce « vide. » Tonneau vide, estomac vide,
bourse vide.
X
X. Dans les mots Deux, Eux et Ceux, le x est muet. C'est
donc à tort que beaucoup de personnes prononcent deusse,
eusse, cetisse, et disent, par exemple : Tous ceusse qui
m'aiment; tous ceusse devant qui je parle; c'est eusse
que j'accuse, etc.
Y— Z 2i?,
t Y, pronom personnel. A lui. Je Vtj avais recommandé de
prendre bien garde. Je l'y ferai ta commission, etc. Faute
fort ancienne et fort répandue.
t Y, pronom relatif et démonstratif. Le, cela. Donne-m'y,
Vincent. — Y voilà, prends-y tout. Les campagnards di-
sent proverbialement : Qui tout y veut, tout y perd, c'est-
à-dire : Que trop d'avidité perd l'homme.
Y, adv. relat. Est superflu dans les phrases suivantes : // y
a plu toute la nuit; il y a neige' sur le Jura; il y a gelé
dans quelques las-fonds. Il y aurait mieux valu se taire.
t Y AVOIR. Dans le langage populaire, Il y a lui, il y a
elle, il y a eux, signifient : C'est lui, c'est elle, ce sont
eux, M'sieu, il y a lui qui me crache contre. Mamzelle,
il y a l'Andrienne qui m'empêche de tricoter.
YEUX, s m. pi. Beaucoup de personnes, d'ailleurs instruites,
disent : Des maux de z-yeux, un mal de z-yeux, une fai-
blesse de z-yeux. Il faut dire : Des mau.K d'yeux, un mal
d'yeux, etc. Ne donnez donc pas le signalement d'une per-
sonne de la manière suivante : Cheveux châtains, front
grands, bouche moyenne, z-yeux gris. Ce z-yeux gris,
pour : Yeux gris, est une prononciation très-vicieuse.
ZÈRE, s. m. Zéro. Quatre fois cinq font vingt : pose zère
et retiens deux. Terme vaudois.
ZIZÉ, s. m. Terme enfantin, qui veut dire : Oiseau. Regarde
244 ZON
ce joli zizé; ne fais pas peur à ces zizés. Le mot isé, en
patois, a le même sens.
ZON-NEE, s. f. Retentissement. Le canon faisait des zon-
nées terribles.
ZON-NER, V. n. Résonner. Faire zon-ner une ronfle; faire
zon-ner une pierre. Les oreilles me zon-nent (les oreilles
me tintent). Dans le patois des Vosges, zonna, et en arabe,
zanne ou zaïina, signifient : Bourdonner. Onomatopées
évidentes.
FIX,
LISTE ALPHABÉTIQUE
DES
MOTS QUE L'ON POURRAIT CROIRE GENEVOIS,
ViAlS «UI APPARTIENNENT A I,A LANGEE FRANÇAISE FAMILIÈRE ET SO:it
ENREGISTRÉS DANS LES DICTIONNAIRES'.
Ahalourdir, v. a.
Abîmer (gâter), (lig.)
Abord (tout d' — ).
Àcciper, v. a.
Aceriser, v. a.
s'Acoquiner, v. pr.
Actionner, v. a.
Affistoler, v. a.
Agripper, v. a.
Ahuri, adj.
Ailes (d'un chapeau), s. f.
Alarmiste, s. m.
Allant, adj. (qui aime à aller).
Allemand, s. m. (querelle d'Al-
lemand,.
Allonger (un soufflet), v. a.
Amodier, v. a.
s'Amouracher, v. pr.
Amphigouri, s. m.
Amusette, s. ï.
Anicroche, s. f.
s\i7}onchalîr-.
Antiquaille, s, f.
Appointir et appointer, v. a.
(rendre pointu).
Approchant, adv. (à peu près).
Arienne, s. f. (oiseau).
Archi-bête, s. f.
Argousin, s. m.
Aria, s. m.
Arranger quelqu'un (le mal-
traiter) .
Asticoter, v. a.
* Les mots imprimés eu caractères italiques ue figurent pas dans
le dictionnaire de l'Académie française (édition de 183o) : on les
trouvera dans lîoiste, Gattel, le Complément du dictionnaire de
l'Académie, N. Landais, ou Besclierelle, etc.
■■i Ce terme figure à tort dans ce Glossaire, t. I*''', p. 19.
II. 22
-Jifi
LISTE
Astiquer, v. a.
Attifer, v. a.
s'Attabler, v. a.
Attrape-lourdaud, s. m.
Attraper un rhume.
s'Avachir, v. pr.
a l'Avance, adv. '
à l'Aveuglette, adv.
Avoir de quoi (être aisé ou
riche).
B
Babiole, s. 1'.
Bâcler, v. a.
Badiner quelqu'un.
Bâfre, s. f.
Bâfrer, v. n.
Bâfreur, s. m.
Bagout, s. m.
Bagarre, s. f.
Baguenauder, v. n
Baliverne, s. f.
Baliverner, v. n.
Bambocher, v. n.
Bambocheur, s. m.
Bande noire, s. f.
Ban de vendanges, s. ni.
Baptiser le vin.
Baragouin, s. m.
Baragouinage, s. m.
Baragouiner, v. a.
Baragouineur, s. in.
Barbiche, s. f.
Barbifier, v. a.
Barquée, s. f.
Bataclan, s. m.
Bâtarde, s. f. (sorte d'écri-
ture).
Batifoler, v. n.
Battant (tout — neuf).
Bavardise. s. f.
Bécasse, s. f. (iig.)
Bedaine, s. f.
Bégueule, s. f.
Béguin, s. m.
Béjaune, s. m.
Bergère, s. f. (oiseau).
Berlue, s. f.
Bernique ou l/ernicles, adv.
Bestiasse, s. f.
Bestiole, s. f.
Bichonner, v. a.
Bicoque, s. f.
Bidet, s. m.
Bigarreau, s. ni.
Binocle, s. m.
Bisbille, s. f.
Biscornu, adj.
Biscotin, s. m.
Bisquer, v. n.
Blague, s. f. (yanîerie).
Blaguer, y. n.
Blagueur, s. m.
Blanc-blec, s. m.
Blel, elle, adj.
Bleuir, v. a.
se Blouser, v. pr.
Bois carré, s. ra.
Bois gentil, s. m.
Bombance, s. f.
Bonde, s. f.
' Mauvaise expression, accueillie par Boiste et par .M' Desciic-
relle; répudiée par l'Académie, par Lavaux, par Gattel, parN. Lan-
dais, et par le plus récent des lexicographes, M' Poitevin.
ALPHABETIQUE.
247
Bon-homme, s. m. (fleur).
Buniface, s. m.
Boucan, s. m. (tapage).
Boucaner, v. n. et a.
Boiicanenr, s. ni.
]*ouclie-troiJ, s. m.
Bouchon, s. m. (cabaret).
Buuffer, V. a.
Boitifeur, s. m.
Bougon, s. m.
Bougonner, v. n.
Bouillon-pointu, s. m.
Bourde, s. f.
Bourgeois, s. m. (patron),
se Bourrer, v. pr. (s'empif-
frer) .
Bourrique, s. f.
Bourse-à-pasteur, s. f.
Boursicaut, s. m.
Boursiiler, v. n.
Bousin, s. m.
Bousiner, v. n.
Bout d'homme, s. m.
Boute-en-train, s. m.
Boutiquier, s. m.
Boutonné, adj. (fig.)
Braillée, s. f.
Brailler, v. n.
Brandevin, s. m.
Braque, s. m. (fig,)
Bredi -broda, adv.
Breloque, s. f.
Bretauder, v. a.
Bric-à-brac, s. m.
de Bric et de broc, adv.
B ri fer, v. a.
Brimborion, s. m.
Bringue, s. f.
en Bringues, adv.
Brioche, s. f. (pâtisserie).
Brioche, s. f. (maladresse).
Briscanibille, s. f.
Brise-tout, s. m.
Brocanter, v. n.
Brocanteur, s. m.
Brocantage, s. m.
Broches, s. f. pi. (aiguilles).
Brossée, s. f.
Brosser, v. a. (rosser).
Brouille, s. f.
Brouillon, onne, s. et adj.
Brucelles, s. f. pi.
Bûche, s. f. (fig.)
se Bûcher, v. pr.
Bùchelte, s. f.
Butin, s. m. (richesse, af
faires).
Buvable, adj.
Buvard, s. m.
Buvotter, v. n.
(lacade, s. f.
Cache, s. f.
Cache-cache, s. rn. (jeu).
Cache-nez, s. m.
Cachottier, s. et adj.
Cagneux, adj.
Caliin-caha, adv.
Calfeutrer, v. n.
à Califourchon, adv.
Câlin, s. et adj.
Calotte, s. f. (talochej.
Culotter, V. a.
Cambuse, s f.
Camper un soufflet.
Campos, s. m. (congé).
Cancan, s. m.
Cancaner, v. n.
U8
LISTE
Cancanier, adj. et s.
Capilotade, s. f.
Capon, s. m.
Caponner, v. n.
Caqueter, v. n.
Carnier, s. m.
Carotte, s. f. (fig.)
Carotter, v. a. (duper).
Carriole, s. f.
Casaquin, s. m.
Cascaret, s. m.
Cassement de tête, s. m.
Cassine, s. f.
Castille, s. f.
Causant, santé.
Causeuse, s. f. (canapé).
Cavalier, s. m. (danseur).
Chacune, s. f.
Chafouin, s. m.
Chalumer, v. a.
se Chamailler, v. réc.
Chansonnet. s. m. (sanson-
net) .
Chapitrer, v. a.
Chapon, s. m . (bouture de cep)
Chattc-mitte, s. f.
Chaiiche-vieille, s. f.
Chaudelait, S. m. (pâtisserie).
Chauffe- lit, s. m.
Chauffe-pieds, s. m.
Chavirer, v. n.
Chenapan, s. m.
Cheptel, s. m.
Chicard, adj.
Chicot de dent, s. m.
Chien, enne, adj. (parlant des
choses) .
Chiffonner, v. a. (chagriner).
Chiffonnier, s. in., ou Chif-
fonnière, s. f. (meuble).
Chinois, s. m. (fig.)
Chiper, v. a.
Chipie, s. f.
Chiquer, v. a. (manger).
Chope, s. f.
Chou, s. m. (ierme d'amitié).
Chou, s. m. (pâtisserie).
Chou-chou, s. m.
Ciron, s. m.
Clignement d'yeux, s. m.
Clique, s. f.
à Cloche-pied, adv.
Clocher, v. n.
C'opin-clopant, adv.
Clopiner, v. a.
Cocasse, adj.
Cochon, s. m. (avare).
Cochonnaille, s. f.
Cochonner, v. a. (salir).
Coco, s. m. (individu).
Cocotte, s. f. (maladie des
yeux).
Coffrer» v. a.
Coiffé, adj. (hg.)
Colin-tawpon, s. m.
Colle, s. f (menterie).
Collier, s. ni. un grand, ou
un gros — \
Comme'rer, v. n.
Comme cela, adv.
Comme quoi, adv.
Communier (un;.
Conduite [faire la).
Confisqué, ée, part, (dont la
santé est désespérée).
Conscience, s. f. (estomac).
Consentir, v. n. (plier).
Contre-pied, s. m.
Contusionner, v. a.
Coq, s, m. (fig.)
ALPHABETIQUE.
n^)
Coquocigrue, s. f.
Coquemar, s. m.
Coquinet, s. m.
Coqniner, v. n. (gueuser).
Corbillon, s. m.
Corner une chose.
Cossu, adj.
Coteline, adj.
Coucou (faire ■ — ).
Coulé, part, (ruiné).
Cotip d'air, s. m.
Couper la fièvre.
Couper le sifflet (fig.)
Couper le visage.
Courante, s. f. (dévoiement).
Courir, v. a. (il court sa 20*
année).
Cour ter olle, s. f.
Court-pendu, s. f. (poire).
Couturé, adj.
Couvre-chef, s. in.
Couvre-plat, s. m.
Crâne, s. et adj. (audacieux).
Crânement, adv.
Crapaud, s. m. (tlg.)
Craque, s. f. (nriensonge).
Craqueur, s. m.
Crasseux, adj. (fig.)
Crémier, s. m.
Critiqueur, s. m.
Crochet, s. m. (agrafe).
Croque-mort, s. m.
Croquer le marmot.
Crosser, v. a. (traiter dure-
ment).
Croûtes de lait, s. f.
Croûton, s. m. (mauvais pein-
tre).
Cruche, s. f. (fig )
Crucherie, s. f.
Cruchon, s. m.
Cueillette, s. f.
Cuir, s. m. (fig.)
Cuisinière, s. f. (ustensile).
Cuisse de noix, s. f.
Cuistre, s. m.
Cuit, adj. (perdu, ruini'j.
Cul de plomb, s. m.
Culot, s. m.
Cu lolle-de- Suisse , s . té m .
(poire),
se Culotter, v. pr.
Cul-rouge, s. m. \uiseau).
Cumulard, s. m.
D
Dandin, s. m.
Dandiner, v. n.
Daube, s f.
Débagouler, v. n. et a.
à la Débandade, adv.
Débarbouiller, v. a.
Débine, s. f.
Débours, s. m. pi.
Débraillé, adj.
Décommander, v. a.
en Définitive, ou en Dé/inuif,
adv.
Défriser, v. a. (lig.)
Dégaine, s. f.
Dégauchir, v. a. (tig.)
Dégelée, s. f.
Dégobiller, v. a.
Dégoiser, v. a. et n.
Dégommer, v. a. (fig.)
Dégourdie (eau).
Dégringolade, s. f.
Degringoluiulo, adv.
Dégringoler, v. n.
22.
550 LISTE
Dégriser, v. a. (fig.)
Démonétiser, v. a. (fig.)
Démonter, v. a. (fig.)
Dépense, s. f. (office).
Dépersuader, v. a.
Dépêtrer, v. a.
Déraidir, v. a.
se Désassocier, v. pron.
Déscnfiler, v. a.
Deshabillé, s. m.
Dessoûler, v. a.
Détacheur, s. m.
Devanture, s. f.
Dia (terme des charretiers).
Dispxitailler, v. n.
se Disputer, v. réc
se Divorcer, v. réc'
se Dodiner, v. pr.
Dodo, s. m. (lit).
Dodo (faire, aller à — ).
Doléance, s. f.
Don don, s. ï.
Donnant, adj.
Donner, v. n. (suppurer).
Donneur de bonjour, s. m.
Donzelle, s. f.
Double, s. f.
Doucet, adj.
Doucettement, adv.
Douillet, adj.
Drapeaux, s. m. pi. (langes)
Draper, v. a. (fig.)
Drelin! drelin!
Drille, s. m.
Drôlerie, s. f. (bagatelle).
E
Ébaubi, adj.
Écarquiller, v. a.
Ecervelé, adj. et subst.
Écharde, s. f.
Ecohuage, s. m.
Ecobuer, v. a.
Ecurage, s. m.
Écureuse, s. f.
Effaré, adj.
Effondrer, v. a.
s'Égosiller, v. pr.
Egraffigner^ v. a.
Égrillard, adj. et subst.
s'Émbàter, v. pr.
Embarras (faire de 1" — ).
Embêtement, s. m.
Embêter, v. a.
Emboquer, v. a.
Embouché (mal — ).
Émérillonné, adj.
Em entier, s. m.
Emigrant, s. m.
Emmancher, v. a. (fig.)
Emmêler, v. a.
Emotionner, v. a.
Émoustiller, v. a.
Emparenté, adj.
Empaumer, v. a.
Empesé, adj.
s'Empêtrer, v. pr.
Emprunté, adj. (embarrassé).
En çà, adv, (jusqu'à présent}.
Encager, v. a.
Encoche, s. f.
Encocher , v. n. (faire une
' Mauvaise expre-;sion recueillie par M' Besclierelle.
ALPHABETIQUE.
251
encoche).
s'Encroûter, v. pr.
Endêver, v. n.
s'Endimancher, v. pi-.
Enfagoler, v. a.
Englober, v. a.
Engoncé, adj.
Entregent, s. m.
Entrelarder, v. a.
Éponger, v. a.
Éreinter, v. a.
Esbrouffe, s. f.
Escoffier, v. a. (tuer, etc.)
Escogriffe, s. m.
s'Esquicher, v. pr.
Essade, s. f.
Estafier, s. m.
Elagère, s. f.
Eterpe, s. f.
Étisie, s. f.
Excaver, v. a.
Expertiser, va.
Façonnier, adj.
Fadet, adj.
Fait exprès, s. m.
Falot, adj.
Fanfreluche, s. f.
Faquin, s. m. (élégant).
Faquinerie, s. f. (élégance)
Far and, s. m.
Farfouiller, v. a.
Farinière, s. f.
Fatiguer, v. neutre.
Fatrasscr, v. n.
Femmelette, s. f.
Fenasse, s. f.
Fendage, s. m.
Fendant (faire le — ), s. m.
se Fendiller, v. pr.
Festoyer, v. a.
Feuillu, adj.
Ficelé, ce, adj. (fig.)
Fier-à-bras, s. m.
Fignoler, v. n.
Fignoleur, s. m.
Finasser, v. n.
Finasserie, s. 1'.
Finasseur, euse, s.
Finassier, icre, s.
à la Fin des lins, loc. adv.
Fin fond, s. m.
Finissage, s. m.
Finisseur, s. m.
Fion, s. m.
Flageoler, v. n.
Flambé, part, (tig.)
Flandrin, s. m.
Flotte, s. f. (écheveau).
Flouer^ v. a.
Flûter, V. a. (boire).
Folichon, s. m.
Fondrilles, s. f. pi.
Foiiillis, s. m.
Fourgonner, v. n.
Frais (me voilà — ), adj.
à la bonne Franquette, loc.
adv.
F résillon, s. m.
Fricasser, v. a.
Fricot, s. m.
Fricoter, v. n.
Frime, s. f.
Frimousse, s. f.
Friper, v. a.
Frison, s. m.
Frottée, s. f. (rossée).
s'y Frotter, v. pron. (fig.)
^^',<!>
LISTE
Fumer, v. n. (avoir du dL'pit).
Gabegie, s. f.
Gahelou, s. m.
Gâcher, v. a.
Gâchis, s. m.
Gagner une maladie.
Gaillard, s. et adj.
Galette, s. f. (^bourrc de soie)
Galvauder, v. a.
Gamache, s. f.
Gamin, s. m.
Ganache, s. f
Garçonnaillc, s. f.
Garçonnet, s. m.
Garçonnière, s. f.
Garde -feu, s. m.
Gargote, s. f.
Garnement, s. m.
Gâte-enfant, s. m.
Gâte-métier, s. m.
Gâterie, s. f.
Gaudriole, s. f.
Gauler, v. a.
Gaupe, s. f.
se Gendarmer, v. pr.
Genette, s. f.
Gérofle, s. f. (girofle).
Giboulée, s. f.
Gifle, s. f.
Gifler, V. a.
Gigogne, nom prop. (lig.)
Gigolter, v. n.
Girardine, s. f.
Gniaf, s. m. (Dict. Bescii.)
Gniole, s. f. (coup).
Go (tout de — ), loc. adv.
Gobe-mouches, s. m.
Gober, v. a. (croire légère-
ment).
Godelureau, s. m.
à Gogo, loc. adv.
Goguenard, arde, s.
Goguenarder, v. n.
Goguettes, s. f. pi.
Goinfre, s. m.
Goinfrer, v. n.
Gosse, s. f.
Gosser, V. n.
Gourde, s. f. (menterie).
Gourdin, s. m.
Gourer, v. a.
Goutte de sang, s. f. (fleur)
Gouttelette, s. f.
Grabuge, s. m.
Grafgner, v. a.
Graisser la patte, v. a. (fig.)
Grai^pillon, s. m.
Grappiller, v. n.
Grappin, s. m.
Grassouillet, adj.
Gredinerie, s. f.
Grelu, adj.
Grenouiller, v. n.
Grève (faire — ), s. f.
Gribouillage, s. m.
Gribouiller, v. a.
Griffer, v. a.
Grignotter, v n.
Grigou, s. m.
Grimacier, adj. et s.
Grimaud, s. m.
Grippe-sou, s. m.
Gris, e, adj. (ivre).
Grisard, s. m.
Grognard, de, adj. et s.
Grognerie, s. f.
Grognonner, v. n.
ALI'IIABETIQUE.
253
Grommeler, v. n.
Gros, ydv. (beaucoup).
Grouiller, v. n.
Gruer, v. a.
Gruger, v. a.
Guéridon, s. m.
Guêpier e, s. f.
Gueulard, s. m.
Gueule-de-lovp, s. 1". (plante).
Giieulelon, s. m.
Gueusard, s, m.
Guigner, v. a.
Guignon, s. m.
Guignonant, adj.
Guilleret, adj.
Guinguette, s. f.
H
Historier, v. a.
Hypothéqué, adj. (iig.)
I
Illico, adv.
Impressionner, v. a.
Inquilin, s. m.
J
Jaboter, v. n.
Jacasser, v. n.
Jaquette, s. f. (pie).
Jaquette, s. f. (habillement).
Jardinage, s. m. (légume).
Jargonner, v. n. et a.
Jaunet, s. m. (pièce d'or).
Jean farine, s. m.
Juron, s. m.
Juguler, v. a.
Lanterner, v. n.
Laniernicr, s. m.
Lapin, s. m. (tig.)
Lardère. s. f. (oiseau).
Laurelle, s. 1". (plante).
Lèche, s. f.
à Lèche-doigts, loc. adv.
Lendore, s. m. et f.
Lévite, s. f.
Locher, v. n.
Longuet, adj.
Loque, s. f.
Loqueter, v. n.
Loti, participe.
Louper, v. n.
Lubie, s. f.
Lune, s. f. (caprice).
Luron, onne, s.
M
Mâchoire, s. f. (tig.)
Magot, s. m. (argent caché).
Magot, s. m. (homme laid ou
gauche) .
Mailloche, s. f.
Maisonnée, s. f.
Mal-appris, adj. et s. m.
Malpeigné, s. m.
Mangeaille, s. f.
Mange-tout, s. m.
Manigance, s. f.
Manigancer, v. a.
Maquignonnage, s. m.
Marchandailler, v. n.
Margouillis, s. m.
Margot, s. f.
254
Margot, s. f. (pie).
Marie-Graillon, s. f.
Marmaille, s. f.
Marmot, s. m.
Marmotter, v. n.
Marmouset, s. m.
Maroufle, s. m.
Marronner, v. n.
Martel, s m.
Massacrant, te, adj.
Mâtiner, v. a.
Matou, s. m. (butor).
Mazette, s. f.
Mécaniser, v. a.
Mèche, s. f. (moyen).
Mômement, adv.
Micmac, s. m.
Mig-noter, v. a.
Mijaurée, s. f.
Mijoter, v. a.
Mille-cantun, s. m.
Milliasse, s. f.
Minable, adj.
Mioche, s. m. et f.
Mirlillore, s. m.
Mirobolant et nujroholant,
adj.
Miton-mitaine (onguent — ),
adj.
Mitonner, v. a.
Mitron, s. m.
Molester, v. a.
Montage, s. m.
Mordicus, adv.
Mornifle, s. f.
Morveux, s. (impertinent)
Mouille-bouche, s.f. (poire-).
Moutardier, s. m.
Moutons, s. m. pi. (vagues).
.Mufle, s. m.
LISTE
Mule, s. f.
Muscadin, s. m. (mirliflore).
Muser, v. n.
N
Nasillard, adj.
Nicaise, s. m.
Nippé (bien — ), adj.
t Nique (faire la — ), s. f.
Niveler, v. n. (muser),
NiquedoiiUle, s. m.
Nivèlerie, s. f. (badauderie).
Noiraud, s. m.
Noise, s. f.
Nonnette, s. f.
Nuit blanche.
Œufs à la neige, s. m. pi.
Oignon, s. m. (diu^llonj.
Ognon (il y a de V — ), s. ni.
11 y a quelque chose de ca-
ché là-dessous.
Olivettes, s. m. pi.
Ombre-chevalier, s. m.
Ostrogoth, s. m. (fig.) ,
Pacant, s. m. (manant).
Paillasson, s. m.
Pain d'oisea'i, s. m. (plante).
Palisser, v, a.
Panier percé, s. m. (fig.)
Papier mâché, s. m. (lig.)
Paquet, s. m. (grosse femme).
Paresser, v. n.
Par exemple! (exclamation).
ALPHABETIQUE.
25)5
Particulier, adj. (bizarre).
Particulière, s. f. (une — ).
Pataral'fe, s. f.
Palatras, s. m.
Pataud, s. m.
Pâté, s m. (un gros — \ fig.)
Patraque, s f. (^prop. et tig.)
Patrouiller, v. a. et n.
Pays, payse, s.
Pécore, s. f.
Pédon, s. m.
Peignée, s. f. (fig.)
se Peigner, v. réc. (figO
Peinturlurer, v. a.
Pelolte (faire sa — •), (lig.)
Peloller quelqu'un, v. a.
Pendaison, s. f.
Pendiller, v. n.
Péquin, s. ni.
Perlimpinpin, s. 1". (poudre
de — ). (Dict. de Beschk-
HELLE.)
Péronnelle, s. f.
Peseile, s. f. (vesce).
Pesage, s. m.
Pesse, s. f. (sa[)in).
Pétaudière, s. f.
Petiot, Ole, adj. et s.
Pétitionner, v. n.
Peton, s. m.
Pétrin, s. m. (fig.) (embarras).
Piaillerie, s. f.
Piailleur, s. m.
Piauler, v. n.
se Picoter, v. réc. (fig.)
Picoterie, s. f.
Pieds de mouche, s. m. pi.
(écriture).
Pie-grièche, s. f.
Pierrot, s. m. (moineau).
Piètre, adj.
PitTre, esse, s.
se Pifjrer^ v. pr.
Pince-maille, s. m
Pinçon, s. m. (marque qui
reste sur la peau lorsqu'on
a été pincé).
Piocher, v. n. (fig), (tra-
vailler).
Pioler, V. n.
Pipi, S. m.
Pique, s. f. (brouilleriel.
Pique-assiette, s. m.
Pique-mouches, s. m. (oiseau).
Pique-nique, s. m.
Pissenlit, s. m. (plante).
Pissenlit^ s. m. (enfant).
Pivoine, s. m. (plante et oi-
seau).
Planche (faire — ).
Plancher des vaches, s. m.
Plantain, s. m.
Plante, s. f. (fig )
Planton, s. m (soldat de—).
Plastron, s. m. (fig.)
Plate-couture (à plate — ).
Platise, s. f.
Plein (ses poches, sa cave). -
tout Plein.
tout Plein de, adv. (beaucoup).
Pleurard, s. m.
Pleurnicher, v. n.
Pleutre, s. m.
Pliant, s. m. (lit).
Plissage, s. m.
Plumé, adj. (fig.)
Plumeau, s. m.
Poche, s. f. (grande cuiller à
long manche).
Poché (œil — ), adj.
256
LISTE
Pocher, v. a.
Pointer, v. n. (poindre), (en
pariant des lierbes et jjour-
geons qui commencent à
paraître).
Polissage, s. m.
Pommé, adj. (fig.)
Pommelé (ciel — ), adj.
Pommier, s. m. (ustensile).
Pomper, v. a. et n. (iig.)>
(boire),
se Pomponner, v. pr.
Populacier, adj.
Porte-respect, s. m.
Potée, s. f. (fig.)
Poule mouillée, s. f. (fig.)
Poulette, s. f.
Pourboire, s. m.
Pour sur, adv.
Précautionneux, adj. et subst,
Priser, v. n. (du tabac j.
Priseur, s. m.
Procureur de meunier, s. m
(oiseau).
Puant, ante, subst. (fig.)
Q
Quasi, adv.
Quasiment, idv.
Quatre de chiffre, s. m.
Qtieue, s.f. (faire la - ). fig.)
à la Queue leu leu
à Quia, loc. adv.
Qaibns, s. m. (avoir du — ).
Quignon, s. m.
R
Rabougri, adj. part.
Rabrouer, v. a.
Racaille, s. f.
se Raccrocher à, v. pr. (fig.)
Rachever, v. a.
Raclée, s. f. (rossée).
Raffoler, v. n.
Ratle (faire — ), s. f.
Rafler, v. a.
Rager, v. n.
Rageur, subsl.
Ragot, gote, subst.
Rainette, s. f. (grenouille).
Ramages, s. m. pi. (à grands
-)•
Rancuneux, adj. (Dict. de
Bescherelle.)
Rasibus de, prép.
Rata, s. m.
Ratatiné, née, part.
Ratatouille, s. f.
Raté, tée (affaire — ), part.
Rater, v. a. et n.
Râtelée, s. f.
Ravigoter, v. a.
Ravioles, s. m. pi. (Dict. de
Bescherelle.)
Ravonailles, s. f.
Rehéquer, v. n.
se Rebéquer, v. pron.
Rehifj'er, v. n. et a.
se Rebiffer, v. pr.
se Reblanchir , v. pr.
Rèche, adj.
Réciproguer, v. n. (M""^ dk
SÉVIG.N'É.)
ALPHABETIQUE.
257
Récompenser' le temps.
se Recoquiller, v. pr.
Récurage, s. m.
Récurer, v. a.
Regain, s. m.
Regardant, adj.
Régenter, v. a.
Regimber, v. n.
Relancer quelqu'un.
Reluquer, v. a.
Rembarrer, v. a.
Ikmbourrer, v. a. (rembar-
rer ) .
Remonter, v. a.
Remoucher, v. a. (fig.)
Remue-ménage, s. m.
Renarder, v. n.
Rendouhler, v. a.
Renfermé, s. m. (odeur de—).
Rengaîner un compliment.
Renitler, v. n.
Renilent, ente, s. et adj.
Renseigner, v. a. (donner des
renseignements;.
se Renseigner, v. réfl. (pren-
dre des renseignements).
Renvoi, s. m. (rapport).
Ressemelage, s. m.
Retaper un chapeau.
Retors, adj. (fig.)
Revaloir, v. a.
Rêvasser, v. a.
Revenant-bon, s. m.
en Revendre à.
Revoilà, adv.
Rhabillage, s. m. (raccom-
modage).
Rhabilleur, s m. (terme tech-
nique).
Ribambelle, s. f.
Ribolte, s. f.
Ridicule, s. m. (sac).
Ridiculité, s. f. (la, une).
Rincé, part, (battu, grondé,
ou fortement mouillé).
Rincée, s. f. (rossée).
Rincer, v. a. (battre, mouiller,
réprimander).
se Rincer, v. réc. (se battra,
se gronder).
Rogner, v. a.
Rognonner, v. n.
Rossignolet, s. m.
Rotin, s. m.
Rougeaud, adj. et s.
Roulée, s. f. (fig.)
Roupiller, v. n.
Rubrique, s. f.
Rudover, V. a.
S
S, s. f. (faire les — ).
Sabouler, v. a.
Sabrer, v. a. (fig.)
Sac (mettre au — ).
Sac (donner le — et les
quilles).
Sac (l'affaire est dans le — ).
Sac à vin, s. m. (ivrogne).
Saccage, s. m. (amas confus).
Sagouin, s. m.
Sainfoin, s. m.
Sainte-Nitouche, s. I".
Salé, adj. (très-cher).
Salmigondis, s. m.
Sapajou, s. m. (fig.)
faire la Sauce à quelqu'un ,
V. a. (le réprimander].
Saucer, v. n. (réprimander).
II.
258
LISTE
Saucé (mouillé, réprimandé)
Saugrenu, adj.
au Saut du lit.
Sauteur, s. m. (Hg.) (homme
sans consistance).
Savon, s. m. (réprimande).
Scie, s.f. (fig.), parlant d'une
chose ennuyeuse.
Scier te dos, et Scier, v. a.
Semaine des trois jeudis.
Sempiternelle, adj. fém. (une
vieille — ).
Seriner, v. a. (fig.)
Seringue, s. f.
Si fait, adv.
Sifflasson, s. m. (oiseau).
Siroter, v. n.
Soleil, s. m. (fleur).
Songe-creux, s. m.
Sornettes, s. f. pi.
Souffre-douleur, s. m.
à la Sourdine, adv.
Soûlard, s. ra.
Soûler, va.
Soupatoire, adj.
un Soupçon (très-peu).
Souvente fois, adv.
Suçoter, v. a.
pour Sûr.
Tabagie, s. f.
Tablature, s. f.
Taloche, s. f.
Tambourineur, s. m.
Tant et |)lus, adv.
Tantinet, s. m.
Tapageur, eiise, s,
Taper, v. a.
lopin, s. m. (tambour).
Tapisserie, s.f. (fig.) (faire -).
Tâte-vin, s. m.
Tatillon, onne, s.
Tàtillonner, v. n.
Taudion, s. m.
Taudis, s. m.
Taupier, s. m.
Tempêter, v. n.
Tête carrée, s. f. (fig.)
Tignasse, s. f.
Timbré, adj. (fig.) (un peu
fou).
Tintamarre, s. m.
Tintouin, s. m.
à Tire-larigot, adv.
Tirer, v. a. (traire).
Tombée de la nuit, s. f.
Toqué, adj. (un peu fou, qui
a le cerveau dérangé).
Toquet, s. m.
Torciion, s. m. (femme sale).
Tortiller, v. n.
Tortu, adj.
Toupet, s. ra. (audace).
Tourniquet, s. m.
Tourtelette, s. f. (Dict. Besch.)
Traille, s. f.
Train, s. m. (bruit, tapage).
Tranchoir, s. m.
Transiter, v. a. et n.
se Transiter, v. pron.
Trappon, s. m.
Trapu, adj. et s.
Tremblement (tout le — ).
Trembler la fièvre.
se Trémousser, v. pr.
Trempée, s. f. (rossée). (Dict.
de Bescherelle.)
ALPHABETIQUE.
259
Tressait 1er j v. ii.
Tricher, v. a.
Tricot, s. m. (gourdin).
Tricot, s. m. (tricotage).
Trimballer, v. a.
Trimer, v. n.
Tripier, pière, s.
Tripot, s. m. (tripotage).
Tripoter, v. a. (embrouiller]
Tripoter, v. n.
Trique, s. f.
Trogne, s. f.
Trognon, s. m.
Tronche, s. f.
Troliner, v. n.
Troupier, s. m.
Troussé, adj. (mort).
Truc, s. m. (^avoir le — ).
Tuerie, s. I'.
Turin pi nade, s. f.
Turlupiner, v. a.
Va-et-vient, s. m.
Va-nu-pieds, s. m.
Venelle, s. t'.
Venctte, s. f.
Venez-v-voir, s. m.
Venir à rien.
Venlaison, s. f. (maladie du
froment).
Vergogne, s. f.
Vert-galant, s. m.
Vertige, s. m.
Vétille, s. f.
Vie, s. f. (crierie).
Vie (l'aire la — ).
Victuaille, s. f.
Vieillerie, s. f.
Villace, s. f.
Violon, s. m. (prison).
Virer, v. n. et a.
Viser, v. a. (atteindre, etc.)
Terme des écoliers.
Vive-la-joie, s. m.
Vivoter, v. n.
Voix de rogomme, s. f.
se Voiler (parlant du bois).
Volée, s. f. (rossée).
Volerie, s. f.
Vousaijer et vousoijcr, v. a.
(Dict. de Bescherelle.)
Zéro en chiffres,
le Zist et le Zeste.
NB. Cette nomenclature pouvait être futilement doublée et tri-
plée.
L INCENDIE.
BAMBOCHADE EN LANGAGE GENEVOIS.
Ah! te voilà, Carisot; eh bien! as-tu été au feu, celte nuit?
— Au feu? Est-ce qu'on a crié à l'eau cette nuit? Je ne me
suis aperçu de rien, moi, j'ai dormi comme un plot jusqu'à ce
matin à huit heures. — Ah! Dieu me damne! il faut être
sourd comme un toupin, pour ne s'être aparçu de rien avec un
pareil brouhar qui z'y a eu toute la nuit. Moi qui ai le som-
meil léger comme une rate, je me lève aux premiers cris d'à
l'eau, tout en panfet; j'ouvre la fenêtre et je demande : Où
est-ce? où est-ce? — En n'haut la Tour de Boë! qu'on me
répond .
Ali ! mon Dieu ! que je me dis, si c'était chez Goncet le
remueur, ou bien chez la Jossau, la vendeuse de biscômes, qui
demeure à côté ; ces pauvres diables n'auraient pas besoin de
ça, y sont assez minables tous les d eusse !
Je ne me donne pas le temps de m'habiller. J'entile un
crouye broustou avec ma roupe par-dessus, et je cours en
grolles avec ma seille à la main.
Ce n'était pas en n'haut la Tour de Boë, c'était en n haut de
Bêmont, à un certain sacré endroit étroit qui va tout de guin-
gQine comme l'allée du Cul du Chien. Y n'y avait pas une se-
ringue d'arrivée. Quand je vis qu'y senlait le brûle à crever
et qu'on voyait la fumée qui sortait par les vantaux d'un cer-
tain carcagnou de chambre à plain-pied, je dis : Ah ! mon
l'incendie. i6i
Dieu ! voilii un t'en qui a gonvé toute la nuit : y aura l)ien
du mal !
Y avait par-là trois ou quatre piournes de femmes teut
épouiaillées qui faisaient des bràiiiées de mfdevie, et une trou-
pelée de fichus charoupes qui restaient là plantés comme
des idoines tout ébalourdis à regarder la fumée. Je leur dis :
Sacribleu ! y ne s'agit pas de rester là à patenocher en at-
tendant les seringues; puisqu'on a loqueté à la porte, et (ju'on
ne répond pas, y faut la mettre eu bringue.
Moi qui ai une bonne pougne, je vous chigougne le péclet
vigoureusement et fiche la porte en dedans. Quand j'eus avancé
quelques pas, la fumée et la flamme étaient si fortes qu'y fal-
lut me rentourner en damier, avec le col de mon habit et mes
cheveux tout siiclés.
Heureusement que ces fichus patenoches de pompiers arri-
vèrent avec la seringue de Chantepoulet. On lit la chaîne avec
les siaux et les seilles jusqu'au bourneau du bas de la Cité;
et après quelques bonnes jiclées, on fut maître du feu.
M'sieu, quand on entre dans ce croton de chambre, m\
trouve une femme étendue par terre d'à bouchon, toute brû-
lée et la moitié du corps en greubons. C'était la chose la plus
z'hideuse, la plus /'hideuse qu'on puisse voir. On croyait d'a-
bord que c'était une certaine gourgandine de Lyuii qui était
venue demeurer dans le quartier; mais on vit ensuite que c'é-
tait cette vieille redasse de Pignolct, qui tenait là un boiizin
depuis quelque temps. Y paraît qu'on y avait fait la tamponne
le soir, et qu'ayant trop fioulé au lieu de se coucher, elle s'é-
tait endormie sur son covet en faisant le cafornet, et puis que
le feu avait pris à ses z'hardes et à son lit.
J'ai eu là une fière tarente, je t'en réponds ; mais enfin, à
part une gonfle à la main et un peu de rouche pour avoir gardé
mes habits tout trempes, je m^en suis tiré saink-et-sauf.
Pourtant, quand je suis rentré à la maison, y faut bien y
11. ^3.
:2G2 LES HEMUEURS.
dire, j'avais le cœur diablement savate d'avoir vu ce cadavre
tout en greubons. Ma femme me disait : Y faut te faire une
saigne, y faut te mettre les sangsuies Hé! voui ! c'est
bien moi qui vais me potringuer pour une peur. Je me suis
llàné un verre de riquiqui sur la conscience, et puis n.. i ni,
c'est lini, ni vu ni connu. Adieu, Carisol; adieu, mon ami;
Je m'en vais au sarcle faire l'heure sèche avec Mottu, qui paye
les séchots. Adieu, îi revoire.
LES REMUEURS.
{La scène se passe dans une auberge.)
Quel est donc ce fracas, qui, dès l'aube naissante.
Fait retentir ici ma cloison frémissante?
Pourquoi cette poussière et ces ais ébranlés?
D'oîi partent ces clameurs et ces coups redoublés?
Un créancier, suivi de la noire cohorte,
Peut-être du voisin assiége-t-il la porte :
Le rat de cave actif, son registre à la main,
Soupçonnant dans ces lieux un trafic illicite.
Peut-être exerce-t-il sa fâcheuse visite;
Ou peut-être céans le gendarm.e inhumain
Arrache-t-il des bras de sa tremblante mère
Un conscrit malheureux, soutien de son vieux père.
Le bruit redouble. Allons, secouons ces pavots
Qui viennent, malgré moi, refermer ma paupière.
Et sachons quels lutins ont troublé mon repos.
LES REMUEURS. 26:J
À l'instant, d'un bras ferme, empoignant la sonnette,
J'appelle à mon chevet la servante Jeannette.
« Quel est donc, s'il vous plaît, cet infernal fracas?
D'oîi partent tous ces coups frappes à tour de bras?
Et pourquoi, si matin, un pareil tintamarre?
— Monsieur, dans la maison on a les remneurs. n
(Elle dit et s'en va )
Les remueurs, grands dieux! quel est ce nom bizarre!
Hélas! serait-ce point quelque troupe barbare,
D'avides mallôtiers, de cruels exacteurs.
De recors, de sergents... ou de voleurs peut-être !
Allons, habillons-nous : près d'eux il faut paraître,
Et calmer, s"il se peut, leurs bruyantes fureurs.
Les remueurs ! Ce nom, dans mon âme frappée.
Je l'avoue, excitait les plus vives frayeurs.
Enfin, à tout hasard, muni de mon épée,
Je me rends au salon. Glaces, écrans, flambeaux,
Fauteuils et canapés, commodes et bureaux.
Tout était culbuté. Bon Dieu ! dis-je en moi-même.
Ce n'était point en vain que, dans ma crainte extrême.
Un noir pressentiment venait me tourmenter :
La maison est pillée, il n'en faut pas douter.
Puis, passant du salon à la pièce voisine,
Par le bruit attiré, j'arrive à la cuisine
Qui vient s'offrir alors à mes yeux ébahis?
Le croirez-vous, Messieurs?... la dame du logis,
La piquante Fanny, ma jeune et vive hôtesse.
Une coiffe de nuit couvre sa blonde tresse.
Sa robe est retroussée, et, sous un court jupon,
D'un mollet arrondi brille le fin colon.
264 LES REMUEURS.
Du plus vif incarnat sa joue est allumée.
Dans sa gauche elle tient, elle agite un torchon ;
Et d'un balai poudreux, dont sa droite est armée,
Semblable à cet acier qui commande une armée,
Elle ordonne, elle suit les vastes mouvements
Qui font gémir ces murs jusqu'en leurs fondements.
« Allons, dit-elle à l'un, d'une voix animée,
Ebaragnez ici, jetez là du raisson,
Avec cette pannosse essuyez ce pochon ;
Prenez ce pot de greube et Irempez-y ces pattes:
Olez sur ce tablât ces pétales de rates. «
A l'autre : « Eh bien, voyons, sans tant paienocher,
Rangez-moi ce péclet que je vois brelancher.
Reclouez ce liteau qui va tout de bisingve;
Ebriquez ce toupin, sa manille est en bringue.
Et vous, Jeannette, allons, pour vous émuustiller,
Là-haut, sur ce placard montez vous aguiller,
Et d'un coup ô'époussoir ôtez ces rauferies.
Près do ce benaîton que vois-je bambiller?
C'est un guindre entouré d'un tas de truieries.
Vite redescendez. AvatUez ce coissi» ;
Cette casse est gâtée, il faut chez le magnin
La porter ce tantôt Ah! le vilain négoce!
Tout devrait être fait depuis que je bregausse :
Mais avec ces palets j'en ai jusqu'à demain »
Puis, comme j'approchais, ma pétulante hôtesse ;
« Ah! Monsieur, pardonnez, si, dès le grand matin,
Dans cet appartement tout est mis en cupesse,
Tout est écalabré, mais j'ai les remvenrs. r
LA RESTAURATION DE 1814. 265
A ce mot, la gaîté fait place à mes frayeurs,
Et contant à Fanny ma risible épouvante,
Je dérobe un baiser sur sa bouche avenante,
Et je cours tout joyeux, rengainant mon fer nu,
Achever à loisir mon somme interrompu.
Gaudy.
DIALOGUE SUR LA RESTAURATION DE 1814,
LAMBOTEAU ET DELESDERNIER.
Lamboleau. Ah! te voilà, Deladernier, y a longtemps que
je l'ai pas vu. Qu'est-ce que tu as? Tu as l'air tout moindre.
Delesdernier. Je ne sais pas ; depuis tout ce gandin de cet
hivaire, je vais tout crevolant, j'ai une peine de màlevie à me
rapicoler Ah ! si Ifs mâzilles allaient encore, ce ne serait
rien, mais ces sacrés kaisorliques n'ont pas laissé sistance à la
maison.
Lambotean. Voui! Plains-toi, un pauvre gralte-loton,
comme moi, qui en ai eu une tapassée le premier soire, et à
qui on en flâne deusse ensuite tous les quinze jours. Dieu me
damne! quelle avaloire! Ma femme leur fesait à dîner une
puissante galimaufrcc de polmons et de froissures et un jaire
de veau, avec une bonne platelée de tufôles bien diotues; c'é-
tait plus vite en bas la gargataine qu'on y avait vu, et puis des
tinquets de fromage et de tomme, la pare et tout, et puis la
2(i(i LA HESiALîRATION DE 181i.
soupe le matin, et puis le riquiqui Non, on ne l'ait pas
une idée de la vieaille qui s'est galiaufrée chez nous depuis
trois mois.
Delesdernier. Moi, les miennes ne bouffaient pas autre-
ment, mais c'étaient bien les plus fiares gouillards ! .... Tu sais
bien ce lard que nous avions tué par ensemble avec Bosson
et Livache: j'avais encore un couple de longeôles avecque
deu.K jambettes à la cheminée, superbes, y n'y en reste ni
riffle ni raffle!.... Mais ce que je regrette le plus encore, c'est
une demi-douzaine de bouteilles de sarvagnin de la comète,
que j'avais mises à coin pour me rabaubiner un peu l'esto-
maque, (]ue ces sacrés bouchards m'ont lioulées ; et puis à
présent qu'on a besoin de se refaire de quèque chose, y faut
qu'on boive de la tatouille du cabaret. Mais c'est qu'y sont
gouillards et cochons tout à la fois Allons! mouche avec
les doigts comme des capucins ; et puis des clâmauds par terre
qu'y vous acrasent avec le pied Dieu me damne! s'y n'y
avait pas des fois de quoi dégobiller!... et puis une odeur de
gonvé sur eusse. Quant ils ont eu déboulé, j'ai vite ébaragné
et écalabré par leur chambre; eh bien! quoique ça, y a pué
encore le bocan pendant huit jours dans toute la maison. Mais
enfin, Dieu marci! nous voilà, une bonne fois |)Our toutes,
débarrassés de ces sacrées sangsuies.
Lamboteau. Voui, c'est des sangsuies, c'est vrai, mais y
faut bien y dire aussi, quante l'on n'a une maladie, y faut une
purge ou une saigne, et je crois que c'était une maladie qui
comptait que ces gabelous et ces rats de cave.
Delesdernier. Et la conscrii*t+on!... Non, tiens, quante je
[)ense qu'y aurait fallu que mon Jaquet tire cette année! un
enfant chàcholé et flaironné par sa mère comme cetui-là!...
y n'y aurait pas fallu trois semaines de sarvice pour le tlan-
qucr à plaide lit, au ranco dans une hopitale. Non pas à pré-
sent que toute cette sacrée parade est finie, comme il est assez
LA RESTAUrtATION UK 1814.. 267
ilégi'iinë, je m'en vais vous le. pousser farine dans la chiffre,
pour sarcher ensuite à le placer dans quèque bon commarce
d'espiceries on de crincaillerie.
Lamboteau. Dis voir, et tous ces nanis de braille, comme
y vont être ligeau de tout ça?
Delesdemler. Et toute cette cassibraille de gratte-papier
qui vont être d'obligés de vanner.
Lambuleau. Et cette damnable pardition de loto qui ne pom-
pera plus nos ag-nettes.
Delesdernier. Et le cale qu'on va avoir bientôt aussi bon
marché que les faviolons Ma sacré gouillarde de femme
ne viendra plus me triôler, et me tirer de sous les ongles la
moitié du çan mienne pour pouvoir se flâner ses deux écuelles
dessus la conscience tous les jours que le bon Dieu a criés.
Lamboteau. Et dis voir, as-tu entendu sonner cette retraite
hier à soire? Dieu me damne! si au premier coup de cloche
je ne me suis pas tout sentu remuer la farà.
Delesdernier. Et moi, quante j'ai revu en n'haut des af-
fiches la clef de la cave avec notre moitié de poulet, si je n'é-
tais pas pour faire des cupesses au beau milieu de la rue.
Lamboteau. Crois-tu, toi, qu'on mangera les greffions des
pronmontions avec plaisir cette année, quante l'on reverra
Monsieur le Premier redonner les prix à tous nos ourious
comme du temps du bon glu.
Delesdernier. As-tu vu nos brecaillons avec leur nouvel
uniforme comme ça vous a le fion ! Je les ai rencontrés sur
les ponts de Neuve comme y se renvenaient de l'exarcice. Y
sont encore mieux retapés, au moins, que nos anciens volon-
taires avec leur queue à ras le cochon et leurs petits chapeaux
de biscôme. Et ce sacré crotlu de Favre, ce n'est pas le plus
crouye de tousse au moins, quante y a son habit bien aboutonné,
avecque sa gravate nou'C et poudré à blanc. C'est qu'y n'est
ni jartou ni gambion cctui-là, quante mémo c'est un ancien
268 LA RESTAIUATION DE 1814.
Genevois, el j'en ai bien vu quèqiie z'eunes qui le reluchaient
et joliment, en |>assant sous la Corraterie.
Lamboieau. C'est bien à présent qu'on peut dire avec le
père Ch : Luslucm, mon cher conspire? ou bien : No le
veyains revegni ce temps pleijsans tant allègre.
Delesdernier. Ah! je t'en réponfls. Y en a bien encore
quèque z'uns de ces fichus avenaires qui ont toujours à gon-
gonner et à raufer sur tout, quoi qu'on liisse, qui regrettent
encore qu'on ait déguillé Bonaparte, et qui vous disent encore
comme ça : Voui, vous êtes frais avec votre ritournelle. A
présent que vos gros sont remontés sur leur bète, vous allez
les voir tiars comme des boques, qui vont sarcher à acraser
la bourgeoisie plus que jamais. Moi je dis que non. Les gros
et les petits ont eu leur i)ide chacun, on est las de se marman-
ger et de ronger le félin. Y n'y a plus ni natifs, ni grimauds,
ni habitants, ni corniauds, ni englués, ni emmardés ; y n'y a
plus que des bons Genevois (saufre pourtant ceusse qui ont
mis la main au copon, au moins), et je parie, moi, qu'à la pre-
mière tamponne qu'on fera pour la paix, nous verrons encore
Des Arts ou Gourgasse danser avecque les péclotiers autour
du bourneau de Saint-Jarvais.
A çà! Adieu, Lamboteau, adieu, m' n'ami, je m'en vais
au sarcle faire un conchon avec Mottu et Jaquin qui m'atten-
dent. Adieu, ù revoire.
M , docteur.
Il
BINDING &^.„r. JUL 2 9008
ï'O Humbert, Jean l'ierre Louis
314.7 Nouveau glossaire
G4-H8 genevois
t. 2
PLEASE DO NOT REMOVE
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET
UNiVERSITY OF TORONTO LIBRARY