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Full text of "Nouveau glossaire genevois"

v< 



l- 



NOUVEAU 



GLOSSAIRE GENEVOIS 



GENÈVE. — IMPRIMERIE DE FERD. RAMBOZ «k C 



NOUVEAU 

GLOSSAIRE GENEVOIS 



JEAN HUMBERT, 



PROFESSEUR DE LANGUE ARABE A l'ACADÉMIE DE GENEVE, 

CORRESPONDANT DE L'INSTITUT DE FRANCE, MEMBRE DES ACADÉMIES 

DE NANCY, BESANÇON, MARSEILLE, TURIN, ETC. 



TOiyiE SECOND. 



GENEVE 

CHEZ JULLIEN FRÈRES, LIBRAIRES, 

Place ilii Koiii'K-dc-l'"ui.r, 71. 

1852 






Vi 



NOUVEAB 

GLOSSAIRE GENEVOIS. 



I 



t ICI, adv. Ces jours-ici, ces ùemps-ici, cette semaine-ici. 
Faute fréquente, qui est une tradition du vieux français. On 
parlait encore delà sorte à la cour de Louis XIV, vers 1645. 
Dites : Ces jours-ci, ces temps-ci, cette semaine-ci. 

ICI-DESSOUS, loc. adv. Dites : Ci-dessous. Dites de même : 
Ci-dessus; ci-après; ci-contre, et non pas: Ici-dessus: 
ici-après; ici-contre. 

IDÉE, s. f. Très-petite quantité, tant soit peu. Tu as du ta- 
bac, donne m'en une idée. Mes nouveaux souliers sont une 
idée étroits. Nous eûmes pendant notre promenade une. 
idée de pluie. 

IDÉE (AVOIR). J'ai idée, j'ai bien idée que nous aurons 
beau temps demain matin. As-tu idée de faire celte course 
avec nous!' Tous les gens de l'équipage ont péri : a-t-ou 
idée d'une pareille catastrophe? Français populaire. Dites: 
Avoir l'idée. J'ai l'idée de. A-t-on l'idée de, etc. 

IDÉE, s. f. Avoir de l'idée, signifie : Avoir de l'intelligence. 

II. 1 



H IDQ— IND 

avoir un esprit fécond en expédients et en ressources. Votre 
nouvelle domestique n'est pas tres-active, mais elle a de 
l'idée. Expression qui nous est très-familière. 

IDOINE, s. m. Idiot, hébété. Il demeurait là plante' commi 
un idoine. Terme curieux, qui doit appartenir au vieux 
français, et sur lequel pourtant les vieux lexiques que j'ai 
pu consulter ne donnent aucun renseignement. Dans les 
dictionnaires usuels, « Idoine » a le sens banal du mot latin 
idoneus (propre à, capable de). 

ILÂI, s. m. Jeu d'écolier, où tous les joueurs, moins un ou 
deux, se cachent aussi bien qu'ils le peuvent, tandis que 
les autres cherchent à les découvrir et à les atteindre. Jouer 
à ilai. liai courant; ilai cachant; ilai à la ramasse. 

i IMAGE (UN). Tu auras tm bel image à Pâques. Solécisme 
répandu partout, et qui a son origine dans le vieux français. 

IMPROMPTU, s. m. Prononcez ein-pronp-lu. 

t INCAN ou INQUANT, s. m. Encan, vente publique à l'en- 
chère. Terme suisse-roman, savoisien, lyonnais, dauphi- 
nois, languedocien et vieux français. R. m quantum. 

t INGANTER ou INQUANTER, v. a. Acheter à l'encan. La 
Mélanie aincante'un e'baragnoir, un guindre, et deux ou 
trois autres raufferies. Terme vieux français. 

INCENDIE (UNE). Ce mot est masculin. « Un grand incen- 
die. » 

INCLINAISON DE TÊTE, s. f. Je lui faisais inutilement 
plusieurs inclinaisons de tête. On doit dire : Inclination de 
tête. 

l.NCOMBANCE, s. f. Charge, inconvénient, conséquence dé- 
.sagréablc. Vous avez là une fâcheuse incombance . En pié- 
montais, incombensa. Le verbe neutre incomber, écheoir, 
ne se trouve que dans le dictionnaire de M. Bescherelle. 

INDEMNISER, v. a. Prononcez la syllabe dem comme vous 
prononcez le mot dame {indamniser) . R. damnum. 



JND— INT :î 

INDEMNITÉ, s. f. Prononcez ein-dame-ni-lé. 

INDIGESSION, s. f. Avoir une indigession. « Celle faute est 

* tellement répandue en France, dit le grammairien Charles 

Martin, que les acteurs mêmes, au théâtre, prononcent de 

la sorte, sans soupçonner la faute grossière oii ils tombent. •> 

Il faut écrire et prononcer : « Indigestion, n 

INDIVIS, adj. m. Prononcez ein-di-vi. 

t INDUCATION, ^. f. Éducation. Je veux que notre garçon 
reçoive une excellente inducation. 

t INDUQUER, V. a. Induquer un enfant, élever un enfant. 

INGRAT, ATE, adj. Désagréable, peu attirant, et qui inspire 
peu de confiance. Ne se dit en ce sens que dans les expres- 
sions suivantes: Figure ingrate; visage ingrat; air in- 
grat; mine ingrate. Ce sens, qui manque dans les diction- 
naires modernes, n'a point d'équivalent exact en français. 

INGRÉDIEIN, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses 
du mot « Ingrédient, n lequel rime avec expédient. 

t INORME, adj. Énorme. 

INSOLENTER, v. a. Injurier, insulter. Là-dessus, trois ban- 
dits nous bavardèrent et nous insolentèrent. 

INSTITUT, s. m. Institution, pensionnat, maison d'éducation. 
Un institut de garçons; un institut de jeunes demoiselles: 
un chef d'institut. Le mot « Institut » n'a pas ce sens. 
Voyez les dictionnaires. 

INTENTION (ÊTRE D'). Nos dames sont d'intention de faire 
une partie de char. Dites : « Nos dames ont rintcntion de, 
ou : Sont dans l'intention de, » etc. 

INTENTIONNÉ DE. Qui a l'intention de. a M'"'^ de Sév.*** 
étant intentionnée de partir pour Vienne eîi Autriche, dé- 
sirerait trouver une personne qui, « etc. {Feuille d'Avis, 
année 1846.] 

INTÉRÊT, s, m. Nous disons, et on le dit dans le français po- 
pulaire : Mettre de l'intérêt à une chose, pour : « Prendre 



A INT— ISE 

de l'intérêt à une chose. » Tu ne mets point d'intérêt à 
tes leçons d'écriture, ni à tes leçons de musique. Dites : 
Tu ne prends point d'intérêt, etc. 

INTERFEUILLER, v. a. Un volume interfeuillé. Il faut que 
j'interfeuille cette brochure. Dites : Un volume interfolié ; 
il faut que j'interfolie cette brochure. L'infinitif de ce verbe 
s'écrit : « Interfolier. » 

INTIiVIÉMENT, adv. Moi et Victorine nous sommes intime- 
ment liées. Écrivez « Intimement » sans accent sur l'e. 

INTITULÉ, s. m. L'intitulé d'un livre, l'intitulé d'un ou- 
vrage. Dites : Le titre d'un livre; le titre d'un ouvrage. 

t INTRINSECTE, adj. Ta montre, Jaquinet, a une valeur 
intrinsecte de trente francs. Dites : Valeur intrinsèque. 

INTRUE, adj. et s. f. Il faudra bien nous débarrasser promp- 
tement de cette intrue. Dites: « Intruse. » Une intruse; 
une femme intruse. 

INVECTIVER, V. a. Invectiver quelqu'un. Dites : Invectiver 
contre quelqu'un. 

INVENTORISER, v. a. Inventorier, dresser un inventaire. 
Inventoi'iser un mobilier. Terme suisse-roman et savoisien. 

INVERSION VICIEUSE. Je n"ai personne vu, je nai per- 
sonne entendu, sont des phrases mal construites, des 
phrases mal sonnantes, et qui, très-familières à nos voisins 
du canton de Vaud, commencent à se répandre chez nous. 

t IRAGNE ou IRAIGNE, s. f. Araignée. Iragne appartient au 
vieux français, et se dit dans le Berry, en Languedoc et 
sans doute ailleurs. Voyez aragne. 

t IRRUPTION, s. f. Éruption (à la peau). Apres cette fièvre, 
il lui sortit une forte irruption. 

ISCARIOLE ou ESCARIOLE, s. f. Escarole, sorte de chico- 
rée à fleur large. 

ISERABLE, s. m. Du bois d'iserable. Terme vaudois, sa- 
voisien et dauphinois. Dans le patois bourguignon on dit : 



ITA— JAC 5 

ôzemule; dans le patois de la Franche-Comté, iseraule ou 
euzeraule. Le mot français est : « Erable. » 

ITALIEN, s. m. Pâtissier. Aller chez l'Italien. Expression 
connue à Paris, et sans doute ailleurs. La plupart de nos 

' pâtissiers sont originaires de la vallée de l'Engadine (can- 
ton des Grisons), vallée où l'on parle italien. En Normandie, 
les pâtissiers sont appelés Suisses. 

IVRER, V. a. Terme de charpentier. Cheviller, lier les joints 
d'un plancher au moyen de chevilles qui s'emboîtent d'une 
planche dans une autre, [p. g.] 

IVRER (S'), v. pron. S'enivrer. Sais- tu une chose F — Eh 
quoi? — C'est que la Fanchetle s'ivre. — Elle s ivre! Ce 
^ n'est pas croyable. Terme languedocien, berrichon, etc. 

chacun s'ivre à sa manière 
D'amour et de vin. 

[Dancourt, Les trois Cousines j I, 1.] 



J 



JABOT, s. m. (fig.) Se donner du jabot, signifie: Se pava- 
ner, se glorifier, faire parade de son propre mérite. En 
voilà un qui ne se donne pas mal de jabot. Locution fré- 
quente chez nous et chez nos proches voisins, mais qui ne 
se trouve pas dans les dictionnaires. 

.JACASSE, s. f. Babillarde, causeuse liclTée. Terme parisien 
populaire, normand, etc. 

JACQUES DÉLOGE ou DES LOGES, nom propre d'homme, 
Prendre Jacques Des Loges est une expression facétieuse 
qui signifie : Déloger, détaler sans bruit, s'échapper à la 
sourdine. Je devais le trouver chez lui ce matin, et rece- 
voir mon loyer : bernique ! il avait pris Jacques Des Loges. 



6 JAI— JET 

L'expression française populaire est : // a pris Jacques 

Déloge pour son procureur. 
JÂIRE ou JARRE, s. m. Terme de boucherie. Jaire de veau, 

jarre de veau. Dites : « Jarret de veau. » 
JAMBETTE, s. f. Jambon de l'épaule. 
JANOT, nom propre d'homme. Battre Janot, déraisonner, 

radoter, [p. g.] 
JÂQUETER, V, n. Jacasser, caqueter. 
JARAVATTE, s. f. Langue, au sens propre. Mener sa jara- 

vatte, faire aller sa jaravatte, signifient: Jaser, bavarder. 
JARICLE, s. f. Babillage, loquacité, verbiage, [p. g.] 
JARJET, s. m. Terme de tonnelier. Jable, rainure pratiquée 

aux douves d'un tonneau pour arrêter les pièces du fond. , 
JARLE ou GERLE, s. f. Sorte de corbeille ronde. Voyez 

GERLE et JERLE. 

JARLOT, s. m. Cuvier ou grand baquet, destiné principale- 
ment à saler la viande de cochon. En Normandie on dit : 
Jalot; en vieux français, jale. 

JARRETOU, s. m. et adj. Cagneux, qui a les genoux rap- 
prochés et les pieds jetés en dehors. Dans la langue pro- 
vençale, jarretier se dit des personnes et a le même sens. 

JÂRRETOULE, s. fém. etadj. Gagneuse. 

JASERON, s. m. Chaîne d'or à très-petits anneaux. Envieux 
français : Jaseran. 

JASPINER, v. n. Disputer, taquiner, contredire. Terme rou- 
chi, normand, etc. En français, « Jaspiner» signifie: Causer 
à tort et à travers. 

JEAN-JEAN (UN). Un niais, un imbécile. En Normandie on 
dit : Un Janot. 

JERLE, s. f., et JERLON, s. m. Cuve, petite cuve. Dans le 
Berry on dit : Jarlée. 

JE T'EN MOQUE! Sorte de locution adverbiale, qui équi- 
vaut à : Point du tout, bernique. Nous comptions sur une 



JET— JOF! 7 

lettre d'Alfred: mais je t'en moque! c'est un négligent. 
Benoît devait me payer ce matin : je t'en moque! Fran- 
çais populaire. 

JETER (SE), V. pron. Se dit du bois et signifie : Se déjetei, 
se tourmenter, se courber, s'enfler, s'étendre. La fenêtre, 
faite d'un bois peu sec, s'était jetée. Terme français popu- 
laire. 

JETON, s. m. Forcet, petite corde fort menue et fort pressée, 
que les cochers et les charretiers mettent au bout de leur 
fouet. 

JICLER, V. a. Voyez gicler. 

JOINTE (UNE). Terme d'ouvrier. Le qua^'t d'une journée dt 
travail. Faire une jointe. La journée se compose de quatre 
jointes. Le charpentier ne viendra qu'après la première 
jointe. 

JOLERIE, s. f. Poissonnaille, fretin, alevin. En languedo- 
cien, jol signifie : Petit poisson. 

•lOMBRER, V. n. Attendre, attendre avec ennui et avec im- 
patience; nonchalanter; être privé d'une chose. Vous notn 
avez bien fait jombrer. Que j ombres-tu là ? Pourquoi jom- 
bres-tu ici au lieu d'aller travailler ? Tu en jombreras de 
ces beaux abricots. Se dit aussi des choses. Quand vous 
aurez coupé ces branchages, laissez-les jombrer pour en 
ôter plus facilement les feuilles. Terme universellement. 
connu dans les campagnes, et qui a des sens très-divers. 

JONCHE, s. f. Arure, attelée de labour, espace de temps du- 
rant lequel on laboure sans dételer. Terme savoisien et 
dauphinois. En provençal on dit : Jhoûncho. 

JORAN, s. m. Vent du nord-ouest. Voyez ve.nt. 

JORDONNER, v. n. et a. L'expression : Une Madame J or- 
donne, une demoiselle Jordonne, une servante Jordonne, 
est dans quelques dictionnaires modernes. De cette expres- 
sion s'est formé notre verbe jordonner. Qu'a-t-elle donc à 



8 JOT— JOU 

j ordonner P Que vient-elle nous jurdonner/' Est-ce à elle 
de j ordonner ici F Excellent mot de la langue familière, et 
qui exprime une nuance précise et délicate, savoir le com- 
mandement exercé avec sottise et vanité, à tout propos et 
hors de propos. M. Bescherelle et M. Francis Wey appel- 
lent cette expression un affreux barbarisme. M. Victor Hugo, 
au contraire, l'emploie et l'apprécie. 

JOT, s. m. Endroit du poulailler où se perchent les poules. 
Les poules sont sur le jot; les poules sont à jet. A Rennes 
on dit : Joe; en Champagne, en Languedoc et en vieux 
français, joue. De ce mot joue s'est formé le verbe « ju- 
cher, n 

JOTTU, TUE, adj. Qui a de grosses joues, joufflu. 

JOU (EN.) Mettre en jou, coucher quelqu'un en jou. Ecrivez 
et prononcez « En joue. » Mettre en joue, coucher en joue. 

JOUAILLER, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses 
(ou plutôt vieillies) du mot « Joailler. » 

JOUAILLON, s. m. Jouereau, celui qui ne joue pas bien à 
quelque jeu ou qui joue petit jeu. [p. g.] 

JOUFFLARD, ARDE, adj. et s. Joufflu. Une grosse jouf- 
flarde. 

JOUIN, s. m. Écrivez et prononcez « Juin. » 

JOUISSERIE, s. f. Jouissance, plaisir. Notre voisin Z*** s'est 
donne' la jouisserie d'aller voir la grande Exposition de 
Londres. 

JOUR, s. m. Dans le langage populaire : Au jour d'aujour- 
d'hui signifie : Dans les circonstances actuelles, par le temps 
qui court. Au jour d'aujourd'hui toutes les carrières sont 
dif^ciles. Expression redondante, fort critiquée des gram- 
mairiens, mais énergique et d'un emploi continuel. 

JOUR, s. m. Nous disons: On voit jour, on y voit jour, pour 
(lire : 11 fait jour, on y voit clair. Ces expressions, qui n'(»nt 
rien de choquant, manquent dans les dictionnaires. 



JOU— LA 9 

JOUU, s. m. Au lieu de dire : Vivre du jour au jour; gagner 
sa vie du jour au jour, il faut dire : Vivre au jour la jour- 
née; gagner sa vie au jour la journée ; ou bien : Vivre au 
jour le jour; gagner sa vie au jour le jour. Mais cette der- 
nière expression est moins bonne, quoique reçue dans le 
dictionnaire de l'Académie. 

JOUR, s. m. Nous disons : Du jour au lendemain, pour 
dire : D'un jour à l'autre. En été le puii>son se gdic du jour 
au lendemain. Cette expression n'est pas française. 

JOUR, s. m. Voyez d'un jour l'un. 

JOUR SUR SEMAINE, s. m. Dites : Joui' ouvrable. A'e ve- 
nez pas me voir le dimanche, venez les jours sur semaine. 
he& Parisiens ne s'expriment pas différemment, et ils oppo- 
sent aussi la semaine au dimanche. Ils affichent, par exem- 
ple, que : « Dans tel ou tel omnibus on paie vingt centimes 
en semaine, et trente centimes le dimanche. » Un parisien 
me disait : « En semaine les bals des Champs-Elysées sont 
plus tranquilles que les dimanches et jours de fête. >> 

JOURS, s. m. pi. Nous distinguons l'habit des jours ûe l'ha- 
bit des dimanches. Quand tu rentres, Alfred, aie soin de 
mettre ta veste des jours. Le peuple de Paris dit dans le 
même sens : Cet habit est pour à tous les jours, c'est-à- 
dire : Pour mettre tous les jours ouvrables. 

JUSTE (A), adv. Être à juste de pain, signifie : En avoir tout 
juste la quantité strictement nécessaire. Si tu invites toute 
la famille, nous serons à juste de couverts d'argent. 



A, pron. pers. Les gens de la campagne, soit dans notre can- 
ton, soit en Savoie, emploient d'ordinaire ce pronom à la place 
11. -2. 



10 LA— LÂl 

du pronom « lui » (à elle). Je m'aperçois c/ue lu Claudine 
part déjà pour le marché: dites-la de tn attendre. Brion a 
pris une tisanne qui la fera du bien. Notre Mariette n'a 
rien dormi cette nuit : c'est ses dei^ts qui la font mal. 
Voyez LES. 

LA, LE, LES. Ces articles sont mal à propos substitués aux 
[)ronoms personnels « notre » et « nos « dans les phrases 
suivantes et phrases analogues : Sais-tu comment se porte 
la tante F As-tu des nouvelles de l'oncle P Crois-tu que 
nous dînerons dimanche chez la cousine!' Expressions fort 
triviales, et peu dignes d'une bouche de laquelle sort habi- 
tuellement un langage correct. 

i LA, art. La Rosalie va au Conservatoire. L'E7nélie nous 
jouera du piano, et la Jenny nous citera. La, article, 
ajouté ainsi devant un nom propre do femme, est de la der- 
nière vulgarité. 

LABOURAGE, s. m. Chevaux de labonraqc. ITûes : Chevaux 
de labour. 

LACHER QUELQU'UN. L'abandonner, le planter là. Nous 
causions tranquillement avec Alphonse : mais quand il vit 
venir cette pége de N***, il me lâcha et disparut. Expres- 
sion parisienne, etc. 

LADJÉRE, s. f. Terme de couturière. Sorte dechanteau. Ma- 
dame veut-elle qu'on lui fasse des chemises à ladiere ou 
des chemises à l'allemande? 

LADlÊRE, s. f. Voyez liadière. 

LAGiNER (SE), v. pron. Terme des campagnards. S'ennuyer 
de, faire avec dégoût. Cet enfant se lagne d'aller à l'école. 
Ça me lagne d'avoir demain un exercice au Plan-les- 
Ouates. \\. vieux français, lanier, mou, lâche, paresseux. 

LAIDERON (UN). Cette jeune fiancée que vous me vantez si 
fort n'eft qu'un laideron. Dites : Uiie laideron. 

LAIDEHONNE (UNE). Auriez vous jamais cru qu'une sem- 



LAI— LAM M 

hluble laideronne Iroaveruit un mari:'' Terme parisien po- 
pulaire, etc. Dites : « Une laideron. » 

IjAIRE, s. f. Alouette. Chanter comme une laire, signifie : 
Chanter sans relâche, ne pas discontinuer son chant. 
En allemand, Lerche , en anglais, lark, veulent dire; 
« Alouette. » 

LAISSER (S'EN). Ne pas faire une chose, s'en abstenir. Tune 
veux pas nous accompagner, Henri: eh bien! laisse- t'en, 
c'est-à-dire : Eh bien! demeure, fais à ta convenance. Voiis 
refusez de scier ce bois pour cinquante sous : eh bien! lais- 
sez-vous-en, d'autres le scieront. Cette locution est dès 
longtemps critiquée par les grammairiens; mais le peuple, 
qui ne lit pas les grammairiens, continue de s'en servir, et 
il n'a pas excessivement tort. 

LAIT, s. m. Lait de lotte, lait de carpe, etc. Terme savoi- 
sien, dauphinoise! limousin. Dites : Laite ou lactance. C'est 
le nom qu'on donne à cette partie des entrailles de poisson 
qui ressemble à du lait caillé. 

LAIT DE SERPENT, s. m. Tilhymale, plante. 

LAIT DE SON, s. m. Laiteron, plante dont les lapins sont 
friands. Nos campagnards disent : Laiteçon. 

LAITIER, s. m. Endroit delà fromagerie où l'on tient le lait. 

LAMBINERIE, s. f. Lenteur, nonchalance. Finiras-tu avec 
les lambineries? Terme français populaire. 

LAMBINOCHER, v. n. Augmentatif de lambiner. Qu as-tu 
tant à lambinocher ? Expression très-bonne et très-usitée 
à Genève. 

LAMBOURET ou LAMBORET, s. m Nombril. Terme sa- 
voisien. En provençal, on dit : Embourigo, d'où nous avons 
fait, par addition de l'article, l'embourigo, et ensuite lam- 
bouret. 

LA MÊME CHOSE. Locution adverbiale qui signifie : Éga- 
lement, de même, tout de même, d'ailleurs, néanmoins, 



Î2 LAM— LAN 

comme, de môme que. // pleut, et la même chose je sorti- 
rai. Ne lui demandez pas ce service: la même chose il ne 
vous V accorderait pas. Malgré qu'on ne se voye pas sou- 
vent, la même chose on s'aime. Comment se porte Madame 
votre sœur F — Toujours la même chose. Faute générale. La 
même chose n'est jamais ni adverbe, ni conjonction. Maison 
s'exprimerait correctement si, à cette question : Comment 
se porte votre sœur? on répondait : C'est toujours la même 
chose, c'est-à dire : « C'est toujours le même état de chose ; 
c'est toujours le même état de santé. » 

t LA MIEN , LA TIEN , LA SIEN. Ces expressions bar- 
bares sont souvent mises à la place des trois pronoms per- 
sonnels féminins : « La mienne, la tienne, la sienne, r, dans le 
langage le plus populaire. Rends-moi cette plume, c'est la 
mien. — Non, ce n'est pas la tien. Celte faute se retrouve 
en Savoie et dans quelques provinces du nord de la France. 

LANCHEBROTAGE, s. m. Flux de paroles inutiles et mal 
articulées; discours hors de propos, confus et embrouillé. 

LANCHEBROTER, v. actif. Parler beaucoup et peu intel- 
ligiblement, jargonner. Finalement que t'a-t-il dit P— Il 
ne m'a rien dit : Il m'a lanchebrote' un tas de bêtises aux- 
quelles je n'ai rien compris. Voyez enchebroter. 

LANDE ou LENDE, s. f. Lente, petit œuf d'où naissent les 
poux, et qui se colle aux cheveux. La tête du pauvre enfant 
était toute couverte de lendes. Français populaire et vieux 
français. A Neuchâtel et dans l'évêché de Baie on dit : Un 
lent. R. lat. lens, lendis. 

LANDINE, s. f. Lente. Voyez lande. 

LANDRILLE, s. f. Voyez andrille. 

LANGUIR DE, suivi de l'infinitif. Désirer, souhaiter ardem- 
ment. Je languis d'avoir achevé ce grand travail. Nous 
languissions tous de revoir notre beau lac. Te votlà, 
Edouard: je languissais de Le rencontrer. Expression i'e- 



LAN— LAR 13 

marquable, comiiie en Suisse, en Savoie et dans le Midi. 

LANGUIR QUE. Souhaiter ardemment que. Vous languis- 
sez bien que les vacances arrivent. En provençal on dit : 
Se languir, v. imp. // me languissait de te voir, c'est-à- 
dire : 11 me tardait de te voir. 

LANl, s. m. Sac d'un tissu grossier. Un lani de riz. Terme 
savoisien et piémontais. 

LANTERNE, s. f. Se dit d'une personne nonchalante, lam- 
bine, paresseuse, tant homme que femme. Notre associé, on 
peut le dire, est une lanterne, tme lanterne magique. 
Terme parisien populaire, etc. 

LANVOUI, s. m. Anvoie, orvet, serpent aveugle, anguille de 
haie. Les lanvouis ne sont pas venimeux. Ce terme a été 
formé du mot «Anvoie. » On a dit d'abord, avec l'article: 
L'anvoie; puis, faisant de l'article et du substantif un seul 
mot, on a dit : Lanvoie {une lanvoie)-^ puis enfin, un lan- 
voui. R. anguis? 

LAPAIS ou LAPA'V, s. m. Grande oseille sauvage, patience, 
plante très-propre à purifier le sang. Tisane de lapais. En 
provençal on dit : Lapas, s. m. ; en latin, lapathum. 

LAPIDER QUELQU'UN, v. a. (fig.) Le fatiguer par des de- 
mandes réitérées, par des instances importunes. Finissez, 
enfants : vous me lapidez. 

LARD (UN). Un cochon, un porc. Tuer un lard: saler un 
lard; élever des lards; engraisser des lards. Expression 
savoisienne et limousine, qui se retrouve en Sologne (dépar- 
tement de Loir-et-Cher), et sans doute ailleurs. 

LARGE, s. m. ou f. Mélèze, arbre bien connu. Bois de large; 
échalas de large. En vieux français : Larege. [Voyez Ro- 
gUEFORT, Glossaire de la langue romane, t. II, p. 64.] 
R. lat. larix. 

LARGE, s. m. Espace, place. Donner du large, signifie: 
Donner de l'espace. Mettez les trois enfants à une laide 



U LAR— LEC 

à part, cela nous donnera du large. Expression très- 
connue, mais qui n'est pas dans les dictionnaires. 

LARGEUR, s. f. Terme de couturière. Lé. Fous ajouterez 
une largeur à cette robe. Une demi-largeur (un demi-lé) 
suffira pour cette jupe. 

LARMETTE, s. f. (fig.) Très-petite quantité. Une larmette 
de vin; une larmette d'eau de cerise. Employé au sens 
propre, le mot de larmette appartient au vieux français, et 
se trouve dans quelques dictionnaires. 

LARRON, s. m. Terme des campagnards. Sorte de fourche 
de fer à deux cornes, destinée surtout à décharger les cha- 
riots de fumier. 

LARRON, s. m. (fig.) Mouchon, tilament enflammé de la 
mèche et qui fait couler le suif. Oter un larron. Terme 
suisse-roman, signalé aussi dans le Dictionnaire du patois 
de Valenciennes. 

LAVOIR, s. m. A Genève ce mot a deux sens, dont un n'est 
pas exact. Nous appelons lavoir l'endroit de la cuisine où 
on lave la vaisselle : ce sens est français. Nous appelons 
aussi lavoir, la pierre en forme de table, et légèrement 
creusée, sur laquelle on lave la vaisselle, et qui a un trou 
pour l'écoulement des eaux. Ce sens n'est pas français ; il 
faut dire : « Évier. Jeter des eaux par l'évier, par la pierre 
d'évier. » [Acad.] 

LAVOIR, s. m. Nous disons figurément : Être dans le lavoir, 
pour : Être à même de réussir, être dans une position à 
faire son chemin. Expression fribourgeoise et savoisienne. 

LAYETTE, s. f. Rayon, étagère. Ranger des livres sur une 
layette. Le mot de « Layette» est français; mais il n'a 
pas la signification qu'on lui donne chez nous. 

LÉCHÉE (UNE). Très-petite quantité d'une chose qui se 
mange. Je te demande un morceau de ce pâté, et tu m'en 
donnes une léchée. « Lèche, » s. f., est français. 



l 



LEC-LEN 15 

LÉCHEPOT, s. m. Se dit, par dérision, d'un homme qui va 
autour des marmites, tâtant les viandes et goûtant les sauces. 

LÉCHEPOTER, v. a. Faire le léchepot. L'enfant se glissait 
dans la cuisine pour y le'chepoter. Que viens-tu léchepoter 
ici, Janot ? 

LÉCHEPOTEUR, s. m. Voyez léchepot, qui a le même 
sens. 

LECRELET ou LÉKERLET, s. m. Voyez ecrelet. 

LEGAT, s. m. Terme des campagnards. Don laissé par tes- 
tament. Faire un légat. Il a eu pour sa part un légat de 
deux mille francs. Terme savoisien, méridional et vieux 
français. R. legatum,. Le mot français est « Legs, » qu'on 
doit prononcer lai, comme la dernière syllabe du mot délai. 

LEGREFASSE, s. f. Grande tonne, tonneau monté sur place. 
Terme suisse-roman. En allemand, Làgerfass a le même 
sens. 

LEIZETTE, s. f. Petit lézard. Voyez linzette. 

LEMENTE, s. f. C'est sous ce nom que les campagnards 
désignent la chouette effraie, strix flammea de Linné, la- 
quelle aime à vivre dans nos habitations. Les autres espèces 
de chouettes, celles qui ne sont pas stationnaires, vivent dans 
les bois. R. lamenter. 

LE MOINS DES MOINS. Le moins, au moins. Combien de 
temps durera ton voyage ? — Six semaines pour le moins 
des moins. Expression curieuse, usitée sans doute ailleurs, 
mais que je n'ai vue consignée nulle part. 

LENDE, s. f. Voyez lande. 

LENT, s. m. Cette viande sent le lent. Le lard prend très- 
vite un goût de lent. On dit en français : Un goût de re- 
lent. 

LENTILLE, EE, adj. Lentilleux, semé de taches. Visage 
lentille; peau lentillée. Notre mot de lentille a un sens 
plus étendu que le mot français correspondant. Nous disons 



!6 LEP— LEU 

qu'une robe est lentillée, lorsqu'elle est tachée de boue. 
Me voilà toute crottée et lentillée. En français, lentille 
signifie : Tache de rousseur. 

LE PLUS SOUVENT. Expression railleuse et populaire, par 
laquelle on nie ou on infirme ce qu'une personne vient d'a- 
vancer. Eh bien, Pierroton, est-il vrai que ce fameux hé- 
ritage dont tu nous parlais, te passera loin du nez ^ — • 
Oui, moucher, le plus souvent. Ne parte-- pas avant moi, 
Messieurs; vous avez promis de m'attendre. — Oui, oui, 
le plus souvent; c'est-à-dire : N'y compte pas; ne t'ima- 
gine pas qu'on t'attende. Dans le français populaire on dit 
en ce même sens : Plus souvent. 

LES, pron. pers. Les paysans emploient sans cesse les (accu- 
satif) pour « leur » (à eux). Les blés souffraient beaucoup: 
cette pluie les aura fait du bien. Si ces messieurs aiment 
les croûtes dorées, on les en fera manger. Vos deux bouèbes 
font bien du train, maître Antoine. - — Je les ai pourtant 
bien dit de se taire; mais je vais les parler sur un autre 
ton. Voyez la, t. Il, p. 9. 

LESINEUX, EUSE, adj. et subst. Être lésineux; devenir 
lésineux. Ce riche Oswald est un lésineux. Dites : « Lési- 
neur, lésineuse. » 

LESSIVE, s. f. Prononcez lé-ci-ve et non pas le-ci-ve. 

LESSIVE, s. f. Ne dites pas ; Avoir la lessive. Nous avons 
la lessive après-demain. Dites : Faire la lessive. Nous fai- 
sons la lessive après-demain. 

LEUR, LUI, pron. pers. C'est parler mal que de dire avec 
les Méridionaux : Je leur suis parent, vous lui êtes cou- 
sin, etc. ; il faut dire : Je suis leur parent, vous êtes son 
cousin. 

LEURRE (UNE), Ce mot est aujourd'hui masculin ; il était 
féminin dans l'ancien français. [Voyez \c Dictionnaire fran- 
< çais anglais de Cotgkave.] 



LEV— LIA 1 7 

LEVAINS, s. m. pL Mettre des levains aux pieds. Expres- 
sion suisse et savoisienne. On dit en France : Sinapisme. 
Mettre des sinapismes. 

LÈVE, s. f. Terme de chasse. Oiseau qui sert d'appeau. 

LÈVE, s. f. Terme de certains jeux de cartes. Levée. 

LÈVE, s. f. Terme des campagnards. Trouvaille, bénéfice. 
Faire une lève. S'emploie d'ordinaire ironiquement. Oh! la 
belle lève! C'est-à-dire : La belle chose! Le beau venez- 
y-voir! Le beau rien-du-tout ! 

LEVER LA TABLE. Desservir, dégarnir la table, ranger 
le couvert. Il faut lever la table, Josette; mais vous lais- 
serez la nappe. 

LEVER LE COUDE. Hausser le coude, boire beaucoup, faire 
excès de boissons enivrantes. Français populaire. 

LE VOICI QU'IL... Dites: «Le voici qui. Le voici qui vient. 
La voici qui approche. Les voici qui nous cherchent. Les 
voici QUI arrivent par le bateau. » Remarque importante et 
trop négligée. 

LEVRAUT, s. m. Instrument à peser, peson, sorte de ro- 
maine. Terme snisse-roman et jurassien. En Savoie on dit: 
Lèvre' ou levrai ; en vieux français, lièvre. R. libra. Le 
Dictionnaire français-anglais de Cotgrave, lequel a enre- 
gistré une foule de provincialismes, n'a pas oublié levrault. 

LIADIÈRES, s. f pi. Nom que l'on donne, sur le lac de Ge- 
nève, à certains courants irréguliers qui se forment parfois 
dans les eaux à différentes époques de l'année, et entraînent 
les bateaux malgré les efforts des rameurs. Ces courants 
vont tantôt dans une direction, tantôt dans une autre, et 
n'ont aucun rapport avec le courant qui amène les eaux du 
Valais à Genève, [p. g.] 

LIASSE DE CLEFS, s. f. Trousseau de clefs, trousse. 

LIASSE DE LINGES, s. f. Trousse de linges. 

LIASSE D'OGNONS. Glane. Liasse de porreaux, liasse de 
H. 3 



18 Lie— LIN 

radis, liasse de raves, liasse de scorsonères, etc. Dites : 
Botte de porreaux, botte de radis, botte de raves, botte de 
scorsonères. En français, « Liasse» signifie : Paquet de pa- 
piers, amas de papiers liés ensemble. 

LICHEFRITE, s. f. Lèchefrite, ustensile de cuisine. 

t LIERRE (LA). Boire sur la lierre. Ce féminin est un reste 
du vieux français. Depuis le commencement du dix-sep- 
tième siècle on dit: « Le lierre. » 

t LIÈVRE (UNE). Ce solécisme nous vient du patois {na 
livra ) et du vieux français. Dans le canton de Vaud, en 
Savoie et en Franche-Comté, les campagnards disent aussi : 
Une lièvre. En provençal, lèbre (lièvre) est féminin. Une 
des vallées des Vosges s'appelle vallée de la Lièvre. 

LIGNU, s. m. Ligneul, fil poissé des cordonniers. On dit à 
Lyon: Ligneux; en Languedoc et en Provence, lignoou. 
Tirer le lignu, c'est : Exercer l'état de cordonnier. 

LIMACE, s. f. -Se dit figurément d'une personne lente, molle 
et nonchalante. Je vois venir notre limace. Arriveras-tu 
enfin, limace que lu es P 

LIM(3GE, s. m. Coton filé rouge, dont on se sert pour mar- 
quer le linge, etc. 

LIN, s. m. Nous disons proverbialement : Se faire au lin 
de quelqu'un, pour : Se faire à ses habitudes, à ses goûts, 
à ses manières ; adopter ses sentiments et ses opinions. Ce 
terme nous vient des campagnards. Lin est un mot patois 
qui signifie : « Lien. » 

LINCEUIL, s. m. Linceul, drap de toile, drap mortuaire. 
Linceuil appartient au vieux français. 

LINGE, s. m. Nous disons proverbialement d'une personne 
très-pâle : Elle est blanche comme un linge. Expression 
inconnue aux dictionnaires. 

LINGÉRE, s. L Ouvrière en linge. En France on appelle " Lin- 
gères) celle qui fait le Hnge et qui le vend. 



I 



LIN— LIS 19 

t LINZARD, s. m. Lézard. Regarde voir ce Imzard, Jacques. 
■ — ■Ensauve-toi, nigaud, c'est une serpent. Le féminin 
est linzarde. 

LLNZETTE, s. f. Petit lézard. 

LIONS, s. m. pL Terme des campagnards. Se dit d'un mé- 
lange de légumes secs, comme fèves, haricots, lentilles, pois, 
dont on fait une soupe, qui s'appelle soupe aux lions, parce 
que le bouillon en est bien /;'e et très-fcfrineux. [p. g.] 

t LIQUERNE, s, f. Lucarne. 

LIQUETTE, s. f. Très-petit bateau à pointe carrée ; batelet 
pour une seule personne. Dans le canton de Vaud on dit : 
Ligvette, loquette et leguette; à Neucbâlel, loguette. Ces 
divers termes semblent formés du mot patois lîkà ou lekà, 
lequel signifie : « Glisser, d 

LIQUEURISTE, s. m. Liquoriste. 

LISERET, s. m. Poser un liseret; mettre un liseret. Terme 
de couturière. Écrivez et prononcez « Liseré. « 

LISIER ou LISIE, s. m. Eau de fumier, eau grasse. Dans le 
canton de Vaud on dit : IJsier, Usé ou lusé. 

t LISSIVE, s. f. Lessive. Mettre la lissive ; tremper la lis- 
sive; couler la lissive. Terme suisse-roman, savoisien , 
franc-comtois et parisien populaire. R. lixivia. A la tin 
du seizième siècle on écrivait encore avec un x, lexive. 

LISSU, s. m. Lessive, eau de cendres, eau détersive, rendue 
telle par la cendre ou par la soude. Bu lissu sec. La cou- 
leuse, avant les chaudes, lave dans le lissu les ustensiles 
de cuisine les plus communs. Terme suisse-roman. En Sa- 
voie, à Lyon et en Dauphiné, on dit : Lissieu; en Provence, 
lissiou; en Francbe-Comté et dans le Berry, lessu ; à Bor- 
deaux, lessif. R. lat. Ux, licis. 

LISTE, s. f. Bande mince de bois, règle de bois mince et 
étroite. Ajuster une liste. Terme suisse-roman, savoisien, 
méridional et vieux français. 



20 LIT— LON 

LITEAU, s. m. Latte, morceau de bois refendu selon son iil, 
long, mince et étroit. Mettre des liteaux, clouer des li- 
teaux. Les liteaux du plafond. Ce terme, peu usité en 
France, et qui ne figure point dans le dictionnaire de l'Aca- 
démie, n'a pas, dans les dictionnaires qui l'ont recueilli, la 
signification genevoise. 

LITELAGE, s. m. Lattis, ouvrage de lattes. 

LITELER, V. a. Latter, poser des liteaux. Liteler une paroi; 
liteler un plafond. Paroi litelée. Dans le patois limousin 
on dit : Listela. 

LOIN (ETRE). Être parti, s'être retiré. Les sauteurs de 
corde sont loin. Nos deux voyageurs étaient à peine loin 
que Vincendie éclata. Expression très-répandue. 

t LOINTEUR, s. f. Éloignement, dislance. J'avais marché 
sans le savoir sur le nid de ces guêpes, et elles me pour- 
suivirent à une très-grande lointeur. 

t LOIRIE, s. f. Hoirie, héritage, succession. Sur le conseil 
de M'^ le notaire, nous avons accepté la loirie. Expres- 
sion des campagnards. 

LONG, s. m. S'étendre de tout son long. Les dictionnaires 
disent : « S'étendre tout de son long. » 

LONGE, s. f. Une voilure à longe. Terme suisse-roman et 
savoisien. En France on dit : « Une voiture à flèche. » 

t LONGE (A LA), loc. adv. A la longue. Un peu de pa- 
tience, Monsieur, à la longe vous en viendrez à bout. 

LONGEOLE, s. f. Terme de boucherie. Andouille. En patois : 
Landiùle. Au sens figuré, lungeule se dit d'une femme ou 
d'une fille très-grande et très-maigre. Se dit aussi des cho- 
ses. Quelle longeole de pipe tu as là. Nos jardiniers don- 
nent plus particulièrement le nom de longeole à une sorte 
de longue pomme de terre. 

LONG FEU. Au sens figuré, faire long feu en quelque en- 
droit, signifie : Y demeurer longtemps, s'y arrêter, y se- 



LOQ-LOU 21 

journer. J'ai dâ me rendre à l'invitation d'Avibroise, mais 
je n'y ai pas fait long feu. 

t LOQUET, s. m. Hoquet. Avoir le loquet. Souffrir du lo- 
quet. Terme parisien populaire, etc. Loquet s'est formé de 
« hoquet, » par addition de l'article le en tête du mot. 

LORGNE, s. m. Oiseau de notre lac, espèce de plongeon. 

i LOTON, s. m. Laiton. Une montre en loton. On lit dans 
une Ordonnance du Petit Conseil sur les monteurs de boî- 
tes, en l'an 1710 : «Est défendu à tous maîtres de faire au- 
cun mélange dans leurs ouvrages d'or avec du loton. r> 
Terme suisse-roman, savoisien et piémontais. 

t LOTTE (UNE). Une hotte. // tomba, ayant sur le dos sa 
lotte pleine de terraille. Terme suisse-roman et savoisien. 
Après avoir dit : « La hotte, ■» en aspirant Vh, on a dit ; 
L'hotte, sans aspiration ; puis beaucoup de personnes s'ima- 
ginant que lotte était le substantif lui-même, elles y ont 
joint l'article, et nous avons eu l'expression la lotte. 

LOUETTE, s. f. Luette, épiglotte. Avoir la lunette basse. 
Terme français populaire. 

LOUISE, s. f. Jeton de cuivre à l'usage des enfants dans cer- 
tains jeux. Payer avec des Ionises. An jeu de l'oie on mar- 
que d'ordinaire avec des louises. 

LOUP, s. m. (fig.) Terme des campagnards. Eciiyer, faux 
bourgeon qui croît au pied d'un cep. 

LOURD, adv. Beaucoup, considérablement. Tu as là de bien 
beaux pistolets, mais ils doivent l'avoir coûté lourd. 

LOURDEUR, s. f. Pesanteur. Elle se plaignit tout à coup 
d'une lourd!kur dans la tête qui nous inquiéta. Ce sens du 
mot lourdeur n'est pas dans les dictionnaires. 

LOURDISE, s. f. Lourderie, faute grossière contre le bon 
sens ou contre la bienséance. Faire lourdise sur lourdise. 
Les dictionnaires disent que ce mot a vieilli. On s'en serf 
habituellement chez nous. 
II. 3. 



22 LOU— LUI 

LOUPiIOU, s. m. Loriot, oiseau. 

LOUSTIQUE, adj. Gai, content, joyeux, gaillard. Les pre- 
miers jours de printemps nuus rendent lousliques. Nous 
n'étions que six à ce repas, mais tous six en belle hu- 
meur et lousliques. Comment vous portez-vous, voisin-' 
— Sans être tout à fait loustique, je suis déjà beaucoup 
mieux. Les dictionnaires français qui ont recueilli ce mot 
ne lui donnent pas cette signification, laquelle pourtant est 
la véritable. U. ail. lustig. 

LOVAT, s. m. Tique de marais, insecte qui s'attache aux 
oreilles des bœufs et des chiens. Nous disons aussi : Louvat 
et lovet. 

LUC, s. m. Sizerin, sorte de linotte. 

t LUCAIRNE, s. f. Voyez luquerne. 

LUCHEPiAN, s m. Nom que les campagnards donnent à la 
chouette et au chat-huant. Dans le patois vaudois on dit : 
Lutzerou et lutzerein. 

LUGE, s. f. Sorte de traîneau sans ferrure, en usage dans les 
montagnes qui nous avoisinent, et qui sert à transporter le 
blé, le foin, le bois, etc. 

LUGER (SE), V. pron. Terme des enfants. Aller en luge, 
aller sur un grand ferron. Dans le patois vaudois on dit : 
Ludji uu iiuzi; et dans le dialecte du Jura, se lutchi signi- 
lie : Glisser sur la glace. 

t LUI LA. Ta crois que je lui la donne, cette belle paume: 
je lui la prête. Dites : Je la lui donne, je la lui prête. 
Prends ces dix sous, et tu lui les donneras. Dites : Tu LES 
lui donneras. 

LUIRE, V. n. Briller, éclairer. Les yeux des chats et ceux des 
loups luisent dans la nuit. Expression méridionale, etc. 

LUISET, s. m. Petite lucarne. On a dit anciennement : Hui- 
set (diminutif de huis, porte); de là, l'huisel avec l'article, 
et le luisel. 



LUM— MAC 23 

LUMIGNON, s. m. Sorte de petit lampion, sorte de veilleuse. 
J'irai me coucher sitôt que vous aurez 'préparé le lumignon. 
Expression connue dans le Berry et sans doute ailleurs. En 
français, .< Lumignon » signifie : Bout de la mèche d'une 
chandelle ou d'une bougie qui achève de brûler. 

t LUMINON, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses 
du mot « Lumignon, n Une boîte de luminons. Terme va- 
laisan, savoisien, limousin, berrichon, etc. 

LUNE, s. f. Lunaison, intervalle d'une lune à une autre. // 
pleuvra toute celle lune. Faute générale dans le Midi. 

LUNE, s f. Terme d'écolier. Lorsque deux palets ou deux 
boules se trouvent à une égale distance du but, les joueurs 
(lisent : C'est lune. [Glossaire de G.\UDY.] 

LUPPE, s. f. Huppe, oiseau. Terme vaudois. 

t LUQUERNE ou LUCAIME. s. f. Raccommoder la lu- 
(juerne. Terme suisse-roman et lyonnais. En français : « Lu- 
carne. » R. lucerna. 



M 

M.\CHE-MOLLE, s. f. Se dit d'une personne apathique, flas- 
que, lâche au travail, et qui indique par ses allures cette 
disposition. Ce terme, que nous regardons comme très- 
expressif, est formé du verbe mâcher et de l'adverbe molle- 
ment. On dit aussi quelquefois : Mdche-mou, en parlant 
d'un homme. 

M.ÀCHILLER, v. a. Mâchonner, mâcher avec difficulté ou 
avec négligence. Mdchiller du papier. Terme français po- 
pulaire. 

.MÀCHILLON, s. m. Objet que l'on mâchille. 

MÀCHILLIEBE, adj. Dent mdchillihe. Dites: « Mâchelière.» 



2i MAC— MAI 

MACHIN, s. m. MACHINE et MACHINANTE, s. f. Mots d'un 
grand secours dans la conversation familière, et qui sup- 
pléent à tous les noms quelconques d'objets ou de personnes 
qui ne se présentent pas promptenient à la mémoire. Tends- 
moi ce machin. Donne-moi cette machinante, jjour faire 
un trou à la cloison. Français populaire. 

MACHURE, s. m. Nous appelons taches de mâchure, les ta- 
ches que l'on se fait autour des marmites. On les appelle 
aussi mâchuron {du mâchuron). Terme connu chez nos 
proches voisins. Le verbe «Màchurer, » v. a., est français. 

MADOTE, s. f. Poire madote. Dites : Poire amadote : terme 
formé par corruption du mot Damoudotou plutôt t?a?«e Ou- 
det, « laquelle dame était du village de Demigni, entre 
Beaune et Châlons, et eut la première de ces fruits en ce 
pays-là. » [Voyez Lacombe, Dictionnaire du Vieux lan- 
gage, t. I", p. 23.] 

t MADOU, s. m. Amadou. 

t MAGINER, V. a. Voyez ém.\giner. 

MAGNIN, s. m. Drouineur, chaudronnier ambulant. Quand le 
temps est très-sombre et le ciel très-chargé, nous disons 
figurément et facétieuseraent : // va pleuvoir des magnins. 
Magnin-esi un terme suisse, savoisien, franc-comtois et 
vieux français. En Bourgogne on dit : Maignier; en Berry, 
mignan; à Metz, wagni ; en Normandie, magnan. La pre- 
mière édition du dictionnaire de l'Académie française [1694] 
dit : Maignen. En vieux français, magnan signifie : « Chau- 
dron. » 

MAGNU ou MAGNU, s. m. Lourdaud, homme épais de corps 
et d'esprit, butor. Un gros mâgnu. Voye% donc ce mâgnu 
qui m'a brisé ce miroir. 

MAIGRIR, v. a. La maladie t'a maigri. Les chagrins vous 
ont beaucoup maigri. « Maigrir » est un verbe neutre. Il 
faut dire : « Amaigrir. » La maladie t'a amaigri. 



MAI— xMAI 25 

MAIGROLET, ETTE, adj. Maigrelet. La femme est une 
grosse pi Lande ; le mari est e'coitaira et maigrolet. 

MAlGRULE, s. f. Fille ou femme très-maigre. 

MAILLER, V. neutre. Se dit de la viande qui a été cuite trop 
fraîche, et qui s'aplatit, s'étend, s'écrase sous la dent plutôt 
que de se couper. Ce veau est d'une bonne qualité : c'est 
dommage qu'il maille. 

MAILLER, V. actif. Tordre, tortuer, fausser, froisser, mar- 
teler. Mailler une clef. Mailler une branche de chêne pour 
en faire une riouie (un lien). Tout en croyant plaisanter, 
lia fini par inailler le bras de sa sœur. Terme franc-com- 
tois. R. maliens. « Mailler » est français dans des accep- 
tions différentes. 

MAILLOT, s. m. Maillet, mailloche, gros marteau de bois. On 
dit à Bordeaux : Mailloc. 

MAIN, s. f. Nous disons figurément d'une personne ouverte 
et loyale : Elle a le cœur sur la main. L'Académie dit : 
« Elle a le cœur sur les lèvres. » 

MAINS CHAUDES. Sorte de jeu. Jouer à mains chaudes. 
On dit en France : Jouer à pied de bœuf. 

MAINS NOIRES. Nous disons, sous forme d'encouragement, 
à un ouvrier qui se rebute d'une occupation pénible : Les 
mains noires font manger le pain blanc, c'est-à-dire : Le 
ti'avail procure l'aisance. 

t MAIRERIE, s. f. L'hôtel de la maircrie. Français popu- 
laire et vieux français. On dit aujourd'hui : « Mairie. " Hô- 
tel de la mairie. 

MAIS, adv. Terme des campagnards. De nouveau, derechef, 
encore une fois, en sus. Voyez cette coffe qui a mais sali sa 
robe. Voilà beaucoup de niolles dans le Jura, il pleuvra 
mais. Oh! la maladroite, la voilà msiis, par terre. Ton ou- 
vrage est mal fait, Joson, il faudra mais le recommencer. 
Ce sens n'est pas dans les dictionnaires. 



26 MAL— MALA 

MAL, adj. des 2 genres. Mauvais. Ce vin n'est pas mal. Ton 
thème de prix n'est pas mal. En vieux français, mal était 
adjectif. On disait, par exemple, maie femme, pour : Mé- 
chante femme: maie bouche, pour : Mauvaise bouche; maie 
mort, pour : Mort funeste; maie fortune, pour: Infortune; 
et nous disons encore à Genève : Maie vie, pour : Mauvaise 
vie. Le mot « Malheur » n'est autre chose que la réunion 
des deux mots maie heure, mauvaise heure. En provençal, 
mal an signifie : Mauvaise année. 

MAL, s. m. Nous disons : Se faire mal, pour : Se blesser. 
Elle s'était fait mal au doigt. Il s'est fait mal au pied. 
Celte expression, fort connue en Suisse, en Savoie, en Pro- 
vence et ailleurs, n'est pas mentionnée dans les diction- 
naires. 

MAL, s. m. Plaie, ulcère. L'enfant du pauvre Doguet est 
plein de mal. Français populaire. 

MALADIE, s. f. L'expression faire vne maladie, est si ré- 
pandue, si claire et si commode, qu'elle mériterait presque 
d'être française. Ce qu'il y a de certain, c'est que cette 
phrase : «J'ai eu une maladie, » forme une cacophonie hor- 
rible, dont l'oreille délicate du peuple ne s'accommodera ja- 
mais. J.-J. Rousseau a dit: «Il est singulier que je n'ai 
jamais fait de grandes maladies à la campagne. » [Confes- 
sions, liv. VI.] 

MALÂDIER, V. n. Être malade, languir, traîner. La pauvre 
Alix ne veut pas maladier longtemps. T. des campagnards. 

MALADISTE, adj. Enfant maladisle; jeune fille maladiste. 
Dites : Maladif, maladive. 

MALAGNOU ou MARAGNOU, s. m. Muscardin, petit mam- 
mifère rongeur, du genre des loirs. 

MALAISE, adj. Ne dites pas : Je me sens tout tnalaise; di- 
tes : J'ai beaucoup de malaise, ou employez une expression 
équivalente. Voyez .\ise. 



MAL— MALE 27 

MALAISÉE, s. f. Dans le langage le plus familier, faire dar.- 
ser à quelqu'un la malaisée signifie : Lui administrer une 
correction, le rosser, l'étriller. 

t MALATRU, TRUE, substantif. Malotru, malotrue. Unvm- 
lalru nous vint au rencontre et nous agonisa. 

MALATRU, TRUE, adjectif. Se dit des choses et signifie : 
Usé. délabré, en mauvais état. Des malatrus souliers; un 
vialatru chapeau. Voyez, mon bon Monsieur, l'étal miséra- 
ble où je suis; je n'ai que cette malatrue veste et ce crouye 
pantalon. Dans le vieux français, malotru ou plutôt malos- 
tru et malestruz, adjectifs, signitlaient : Chétif, misérable. 
R. malè strucLus. Dans le langage français actuel, « Malo- 
tru )' n'est pas adjectif. 

MALCOMMODE, adj. Incommode, peu commode. Voiture 
malcommode ; fauteuil malcommode. 

MALCOMPLAISANT, ANTE, adj. et s. Peu complaisant, qui 
manque de complaisance. Tu es une malcomplaisante , 
Fanny . — Malcomplaisante toi-même. Terme généralement 
connu et usité, mais que nul dictionnaire n'a encore admis. 

MALCONTENT, ENTE, adj. Mécontent. L'Académie dit que 
le mot de malcontent a vieilli. Il est fort habituel chez nous. 

MAL DU PAYS, s. m. Maladie du pays, nostalgie. Avoir le 
mal du pays; succomber au mal du pays. Terme suisse- 
roman et savoisien. C'est la traduction littérale du mot alle- 
mand : Heimweh. 

MALEMPARÉE, s. f. Mauvaise tournure d'un événement, 
mauvaise tournure d'une affaire. Quand il a vu la malem- 
parée, et que la querelle s'échauffait, il a prudemment levé 
le pied. Terme vaudois, savoisien, etc. 

MAL EN TRAIN, adj. Peu en train, mal disposé, détraqué, 
sans courage au travail. Je me sentais tout mal en train. 
Voyez ENTRAIN, s. m. 

MALET, s. m. Convulsions nerveuses des enfants au maillot. 



28 MAL— MAL 

Le malet bleu; le malct blanc. Le rire du malet. Sirop 
pour le malet. Terme suisse-roman et savoisien. 

MALEVIE, s. f. Ce mot signifie littéralement : Mauvaise vie, et 
se dit de certaines choses qui sont à la fois très-mauvaises et 
excessives dans leur genre. Ainsi, un vacarme de malevie, 
est : Un vacarme épouvantable. Une faim de malevie, est : 
Une faim dévorante. On dit de même : Une colère de male- 
vie, xin désordre de malevie, etc. On se sert aussi du mot de 
malevie pour éviter celui de « diable. » Cet enfant a la ma- 
levie pour faire tout ce qu'on lui défend. C'est bien la male- 
vie si je ne viens pas à bout de ce travail. Faire ces tours 
d'escamotage, ce n'est pas la malevie. Terme suisse-roman. 

MALHONNÊTE, substantif des 2 genres. Impoli, indiscret. 
Fous êtes un malhonnête, Monsieur: passez votre chemin. 
Voyez ces deux malhonnêtes, qui ne daignent pas nous sa- 
luer. « Malhonnête » n'est jamais substantif. 

MALICE, s. f. Donner une malice, signifie, dans le langage 
des campagnards : Donner un sort, jeter un sort, ensorceler. 
Les paysans, non-seulement de notre canton, mais encore 
de toute l'Europe, croient qu'on peut ensorceler eux, leur 
bétail et leurs récoltes, au moyen de paroles, de drogues ou 
de plantes, [p. g.] 

MALIN, LIGNE, adj. Difficile, en parlant des choses. Grimper 
au haut de cet arbre, voilà qui est malin I c'est-à-dire : 
Voilà une belle prouesse !... Français populaire. 

MALINE, adj. et s. f. Orthographe et prononciation vicieuses 
du mot « Maligne. » La fièvre maline. Terme français po- 
pulaire et vieux français. Nous disons de même : Consiner, 
manifique, companie, cliner les yeux, etc. 

MALLE, s. f. Nous disons trivialement d'un homme ivre : lia 
sa malle. 

MALMUR, URE, adj. Qui n'est pas assez mûr. Fruit malmûr. 
Terme de la Suisse romane, etc. 



MAL— MAN 29 

MALOTTE, s f. Motte de terre. En Savoie, inaloUe se dit non- 
seulement des mottes de terre, mais aussi des boules de neige 
que font les enfants. 

MANCHE, s. f. Nous disons proverbialement d'un homme 
ferme, habile, résolu et qui sait ce qu'il se veut : // ne se 
mouche pas de la manche. L'Académie dit : Il ne se mouche 
pas SUR la manche. 

MANCHE, s. m. Queue, (fig.) Nous disons figurément : Te- 
nir le manche de la poêle, pour signifier : Conduire une af- 
faire, en avoir la direction principale. Ce?st Monsieur tel qui 
est le grand meneur ; c'est lui qui tient le manche de la 
poêle. On dirait en français : C'est Monsieur tel qui tient l;i 
queue de la poêle. 

MANCHE DE VESTE, s. f. Avoir les jambes en manche de 
veste, est une expression burlesque qui signifie : Avoir les 
jambes torses et contrefaites ; être mal bâti ; « avoir les jam- 
bes en faucille, " comme s'exprime le Dictionnaire du Bas 
langage, t. 1", p. 378. 

MANCHETTES, s. f. pi. Nous disons proverbialement d un 
vêtement, d'un ajustement quelconque qui est trop beau 
pour la personne qui en est parée : Cela lui va comme des 
manchettes à un cochon . 

MANDEMENT (LE). Habiter le Mandement. S'établir dans 
le Mandement. Les principaux villages du Mandement 
sont: Bourdigny, Peneij, Satigny, Dardagny et Russin. 
■Voici l'origine de ce terme. Au commencement du seizième 
siècle, l'évêque de Genève possédait à quelques lieues de sa 
résidence trois petits territoires ou mandements, savoir ceux 
de Thiez, de Jussy et de Peney, et chacun d'eux avait son 
châtelain qui administrait au nom du prélat. Le mandement 
de Thiez fut perdu après la Réformation. Ceux de Jussy et 
de Peney sont restés à la république ; celui de Peney seul a 
conservé le nom de mandement. Ainsi l'expression de man- 
Ji. 4 



30 MAN— MANI 

dément signifie : District, juridiction, territoire confié par 
l'évêque à l'administration d'un châtelain ou d'un bailli. Au- 
cun dictionnaire usuel, ni même le Glossaire roman de Ro- 
quefort, n'ont signalé cette signification, assez notable, du 
mot mandement. Le district d'Aigle (canton de Vaud), 
était anciennement divisé en quatre mandements. Dans le 
latin du moyen âge, on disait : Mandamentum. 

MANGEOIRE, s. f. Auget de cage, petit bocal oîi l'on place 
lamangeaille d'un oiseau. « Mangeoire, » en français, ne se 
dit que de l'auge où mangent les chevaux. En languedo- 
cien, manjhadou a le sens de notre mot mangeoire. 

MANGER, V. a. Nous disons proverbialement d'une personne 
fort riche : Elle mange l'or à la cuiller. On dit en fran- 
çais : « Elle remue l'argent à la pelle, »> expression moins 
énergique peut-être que la nôtre. 

MANGER, V. a. (fig.) Mordre, piquer, dévorer. Se dit de cer- 
tains insectes qui s'attachent à la peau de l'homme et des 
animaux. La pauvre enfant était mangée des puces. Ex- 
pression méridionale, etc. 

MANGER, V. a. (fig.) Employer, faire perdre. Je renoncerai 
à cette excursion : elle me mangerait trop d'argent. La fête 
d'Interlaken fut brillante; mais elle nous mangea environ 
trois jours. Ce sens, un peu trivial, du verbe mander, n'est 
pas dans les dictionnaires. 

MANGER UN ORDRE. Oublier un ordre, oublier une com- 
mission. Je lui avais prescrit de m'attendre au débarca- 
dère, mais il a mangé l'ordre. Français populaire. 

MANGER (SE), v. pron. Se ruiner en folles dépenses. C'est 
un homme qui se mange, et auquel il ne restera bientôt 
pas un écu. 

MANGER (SE), v. réc. Se quereller. Les entendez-vous gui 
se mangent F Ils ne se rencontrent jamais sans se manger. 

MANI ANGE, s. f Maniement, administration, jouissance. 



MAN— MANQ 31 

Ne s'emploie guère que dans cette expression : Avoir en ma- 
niance, c'est-à-dire: Manier, avoir le maniement de, admi- 
nistrer. Du moment que ce jeune homme eut toute sa for- 
tune en maniance, il se dérangea. Terme vieux français, 
etc. 

MANICLE, s. f. Gabegie, manigance, mystère, manœuvre se- 
crète et artificieuse. Etre dans la manicle, veut dire : Etre 
dans le secret, être initié à l'intrigue. On dit dans le même 
sens : Connaître la manicle, savoir la manicle. 

MANIÈRE (DE). Ne dites pas : De manilre à ce que, dites : 
« De manière que, » ou : « De sorte que. » De manière à 
ce que est un barbarisme qui a passé insensiblement du lan- 
gage populaire dans le style des romanciers et des feuilleto- 
nistes, et qui est aujourd'hui installé et achalandé. Dire que 
M. Bescherelle, si indulgent pour les néologismas, con- 
damne absolument cette expression traînarde, c est en 
faire, il me semble, une suffisante critique. 

t MANIFIQUE, adj. Orthographe et prononciation vicieuses 
du mot a Magnifique, »> dont l'articulation ^n est mouillée. 
On nous servit ^ine fricassée manifque. Cette faute, qui se 
l'ait en Lorraine et sans doute ailleurs, est une tradition du 
vieux français. 

MANILLE, s. f. [Il mouillés.) Anse. La manille d'un pot. 
La manille lui est demeurée à la main. Terme suisse-ro- 
man, savoisien, languedocien et vieux français. En Dau- 
phiné on dit: Maneille; à Lyon, manillon; en provençal, 
maneyo ; en rouchi, manique. R. manus. 

MANNE, s. f. Drogue purgative. On doit prononcer 7nâne. 

t MANQUABLEMENT, adv. Immanquablement. 

MANQUE À TOUCHE, s. m. (fig.) Manque à toucher, man- 
que de tact, gaucherie. Faire un manque à touche. Son 
manque à touche le mit dans vn embarras cruel. Au sens 
propre, les dictionnaires disent : « Un manque de touche, » 



32 MAN— MAR 

ou : « Un manque à toucher; » mais l'expression manque 
à touche n'est jamais française. 

MANQUEfi, V. n. Ils ont manqué être pris. Il a manqué 
tomber; elle a manqué s'estropier. Un cheval a manqué 
l'écraser. Tous les dictionnaires et la majorité des grammai- 
riens veulent qu'on ajoute la préposition de, et qu'on dise: 
il a manqué de tomber. Elle a manqué de s'estropier. 

MANQUER (SE). Manquer, se tromper, faillir. Notre jeune 
écolier s'est manqué deux fois en récitant sa leçon. Suivez 
ce chemin, mes amis, vous ne pouvez pas vous manquer. 
Terme suisse-roman, savoisien et méridional. 

MANQUER (SE). Manquer, être de moins. Quand le com- 
missionnaire fut parti, et que je voulus reconnaître la 
somme, il s'y manquait dix francs. 

MANTEAU, s. m. Le manteau d'un chat, le manteau d'un 
cheval, le manteau d'un chien. On dit en français : « La 
robe. » 

MANTILLAGE, s. m. Linge de table, assortiment de linge de 
table. Un beau mantillage ; un mantillage usé. En vieux 
français, mantil ou mantiz ont le même sens. Dans le canton 
de Vaud, en Savoie et à Besançon, manti signifie : « Nappe.» 
En latin, mantile veut dire : Essuie-mains, serviette. 

MÂPELU, s. m. Malotru, bélître. Ce terme, qui nous vient 
du patois, signifie : « Mal pelé. » En vieux français, pelu 
ou pellu veut dire : Rempli de poils, sale, malpropre. 

MÂPIS ou MÀPI, s. m. Bille, gobille, chique, petite boule 
de grès ou de marbre dont s'amusent les jeunes enfants. 
Jouer aux mâpis. Le jeu des mâpis. A Genève, ceux qui 
veulent mieux parler disent : Marbron. 

MAPU, s. m. Butor, lourdaud, malotru. 

MARAGNOU, s. m. Muscardin. Voyez malagnou. 

MARAIN, s. m. Gravois, plâtras. Un tombereau de marain. 
Terme lyonnais, etc. 



MAR— MARI 33 

MARATAGE, s. m. Brocantage, troc. 

MARATER, v. a. Brocanter, troquer, échanger. En proven- 
çal, barata a le même sens. En vieux français, barater 
signitle : Tromper, frauder. 

MARATEUR, MARATEUSE, s. Brocanteur, brocanteuse. 

MARBRON, s. m. Bille, gobille, mâpis. Jouer aux mar- 
brons. Le jeu des marbrons. 

MARC DE CAFÉ, MARC DE RAISIN, s. m. Le c final du 
mot marc ne se prononce pas, et la syllabe ar est très-brève. 

MARCHANDEUR, MARCHANDEUSE, s. Celui ou celle qui 
dispute sur le prix d'une marchandise. Il est ires-riche, et 
pourtant tris-grand marchandeur. 

MARCHER, V. a. Quand une Genevoise dit à quelqu'un : 
Vous me marchez, ou : Vous me marchez dessus, cela si- 
gnifie : "Vous marchez sur ma robe. L'expression: Vous me 
marchez, est un peu étrange, mais elle n'est pas particulière 
à notre ville. [Voyez les Glossaires méridionaux.] 

MARCORET, s. m. Mercuriale, plante. Dans le canton de 
Vaud on dit : Mercoret. 

MARGALLE, s. f. Sorte de petite cerise noire. 

MARGOT, s. f. Femme ou fille inepte, sotte, stupide. S'em- 
ploie quelquefois adjectivement. Voire Marianne est plus 
margot que je ne sais quoi. En français, « Une margot » 
signifie : 1° Une bavarde; 2" Une éhontée. 

MARGOTTE, s. f. Marcotte. Une margotte d'œillet: planter 
des marcottes. Français populaire. 

MARCOTTER, v. a. Marcotter. 

MARGUERITES, s. f. pi. (fig.) Cheveux gi'isonnants. 

MARIAGE, s. m. Au mariage et à la mort, le diable fait 
son effort. Proverbe genevois qui signifie qu'à chaque ma- 
riage et à chaque mort les caquets et les médisances vont 
grand train. 

MARIAUDER ou MARIAUTER, v. a Ne s'emploie guère 



34 MAR-MART 

que dans cette phrase : Mariauder un enfant, c'est-à-dire : 
Le manier, le porter sans précaution, le faire sauter brus- 
quement. Ne lui donnez pas celte petite fille à mariauder. 

MARIER, V. a. Se marier avec, épouser. Sais tu que Jacques, 
le célibataire, va marier la fille à Truchet ? Français po- 
pulaire. 

MARMANGER (SE), v. réc. Se quereller vivement, s'entre- 
manger. iVos deux voisines sont toujours à se marman- 
ger. Terme peu noble, mais énergique. 

MARMOTTEUR, MARMOTTEUSE, s. Celui ou celle qui a 
l'habitude de marmotter, de répliquer, de se plaindre sans 
raison. Tu es une marmolteuse, Jenny, et je te punirai. 

MARMOTTINE, s. f. Terme de modiste. Marmotte, sorte de 
mouchoir qui enveloppe la tête. 

MARMOUNER, v. n. Marmonner, marmotter, marronner. 

MAROQUIi\, s. m. (tig.) £"71 vouloir au maroquin, signifie : 
Ambitionner, convoiter les hautes places de la République. 
Expression figurée qui se prend d'ordinaire en mauvaise 
part. 

MARQUAINE ou MARQUÉE, s. f. Craie rouge ou blanche. 

MARTEAU, s. m. Dent mâchelière, grosse dent. Souffrir 
d'un marteau; se faire tirer un marteau. Terme popu- 
laire, fort usité dans la Suisse française, en Savoie, à Lyon 
et en Franche-Comté, mais qui n'a été recueilli jusqu'à pré- 
sent par aucun dictionnaire français. 

MARTEAU, s. m. Capron, grosse fraise ronde que l'on cul- 
tive dans nos jardins, [p. g.] 

MARTÉRISER, v. a. Martyriser. Elle se martérise pour ga- 
gner quelques pauvres sons. A Neuchâtel on dit : Marlu- 
riser. 

MARTINATIER, s. m. Propriétaire ou directeur d'un mar- 
tinet, c'est-à-dire, d'une usine. 
MARTLN VIT, s. m. Sorte de jeu qu'on appelle en France: 



MAR— MAT 35 

!( Petit bonhomme vit encore. » Martin vit. — Vit-il tou- 
jours ? — Toujours il vit. 

MARTIROLET ou MARTIROLAT, s. m. Maitelet, martinet 
de murailles, espèce d'hirondelle. 

MARTYRE, s. m. (fig.) Nous disons, en retranchant l'ar- 
ticle : Souffrir martyre. Son bavardage incessant nous fai- 
sait souffrir martyre. Les dictionnaires disent : « Souffrir 
LE martyre. » 

MAS, s. m. Ce que nous appelons Mas de maisons s'appelle 
en français : « lie. » Et quand nous disons: Trente poses 

de vigne en «7i seul mas, les Français disent : « en 

un même clos. » Dans le vieux français, mas signifiait : 
Territoire appartenant à un même seigneur. 

MÀSILLES, s. f. pi. Voyez m.\zilles. 

MAT (Prononcez matt), MATTE, adj. Se dit surtout du linge et 
signifie : « Qui a quelque humidité, qui est un peu mouillé. » 
Des serviettes mattes. Les draps restent mats, lorsque, 
après la lessive, ils n'ont pas été' suffisamment exposés au 
soleil. Nous le disons aussi de la peau. La transpiration 
commence, et la peau devient un peu matte. En français, 
jnat, adjectif, n'a aucun de ces deux sens. Dans le pays 
d'Enhaut (canton de Vaud), matzo signifie : « Humide. » 

MATAFAN, s. m. Lourdaud, bélître. Matafan que tu es, 
feras- ta une fois en ta vie quelque chose de bien!* Voyez 
M.^TE-FAIM. 

MATAGASSE, s. f. Pie-grièche, et au figuré : Femme dont 
l'humeur est aigre et querelleuse. Dans le canton de Vaud 
on dit : Matagasse et montagasse ; en Languedoc, amar- 
gasse; en Provence, darnagasse. R. agasse (pie). 

MATE ou MATTE, s. f. Terme des campagnards. Tas, mon- 
ceau. Une matte de foin. Voyez m.\tolle. En Languedoc, 
mate signifie : Une touffe, une fane. 

MATE-FAIM, s, m. Terme culinaire. Sorte de crêpe fort 



36 MAT— MATR 

nourrissante, et qui, par conséquent, mate la faim. Mate- 
faim aux pommes. Terme suisse-roman, savoisien et fran- 
çais populaire. En patois on dit : Matafan. 

MATERAT, s. m. Bécassine sourde. Quelques-uns écrivent 
matras. 

MATIN, s. m. C'est parler mal que de dire : J'irai grand 
matin; on se lèvera bon matin. 11 faut dire : «J'irai DE 
grand matin ; on se lèvera de bon matin. « C'est parler mal 
aussi que de dire : Venez du matin ; on partira du matin. 
[Voyez t. \»; p. 159.] 

MATINIER, 1ÈRE, adj. Matinal. Tu es bien matimer, Victor. 
« Matinier » est français, mais dans une acception un peu 
différente. 

MATOLLE, s. f. Masse de beurre ordinairement ronde. Une 
grosse matolle; une petite matolle. Le beurre destiné à 
être fondu se vend en matolles. Terme connu aussi dans la 
Suisse romane, en Chablais et dans le Faucigny. A Aigle 
(canton de Vaud), à Chambéry, et ailleurs sans doute, on 
dit : Malotte. Or, ce mot de malotte est notre mot de ma- 
tolle, dont les lettres sont transposées. Dans le Jura, matolle 
signifie: Boule de neige façonnée entre les mains. R. malle, 
terme patois, qui veut dire : Tas, monceau. 

MATOQUE, s. f. et adj. Nigaude, sotte, bécasse. Tu es bien 
matoqne, ma pauvre Thérèse, de croire tous les contes que 
ce jeune homme vient te faire. Oh! la matoqne de fille, 
qui ne sait pas distinguer un lapin d'un lièvre ! Terme 
connu en Suisse et en Savoie. Quelquefois matoqne se dit 
en parlant des choses. Foyer celle matoque de cafetière, 
qui met une heure de temps à cuire! A Reims, mastoque 
signifie : Lourdaud, grossier. 

MATRAS, s. m. Engrais, fumier, [p g.] Terme usité aussi 
dans le Jura. [Voyez Monnier, Vocabulaire de la langue 
rustique du Jura.] 



I 



MAT- MED 37 

MATRASSER, v a. Fumer un terrain, y é|iandre de l'engrais 
ou du fumier, [p. G.] 

MAUVAIS, MAUVAISE, adj. Cet adjectif, pris dans le sens 
de « méchant, » se dit quelquefois des animaux, et surtout 
des bêtes à cornes. Prene:^ garde, Messieurs : cette vache 
est mauvaise, elle donne. 

MAUVAISES RAISONS. Paroles offensantes, propos inju- 
rieux. Dire des mauvaises raisons. Je lui parlais avec 
douceur et sans me fâcher; mais lui, il s'est monté, et a 
fini par me dire un tas de mauvaises raisons. Expression 
dauphinoise, etc. 

MAYOLE, s. f. (Prononcez maïôle.) Exclamation ironique, 
terme de moquerie, usité surtout parmi les enfants. Oh! la 
mayôle, qui s'est laissé battre par une petite fille! Faites- 
lui tous mayôle! Ce mot vient par corruption de mariole, 
qui, dans plusieurs dialectes de France, signifie : Un homme 
dont on ne fait point de cas, un homme de rien, un témoin 
peu digne de foi. En vieux français, mariolet voulait dire : 
Enfant inepte, jeune homme inconséquent. [Voyez le Dic- 
tionnaire roman-uallon de DoN François, et le Diction- 
naire français-latin de Robert E&tie:<^e, I6O0, in-4°.] 

MAZILLES ou MAZILS, s. f. pi. L'argent que possède une 
personne. Avoir des mazilles. Compter ses mazilles. Le 
peuple parisien dit : Avoir de la mazille. Dans le Berry et 
en Picardie, mazille signifie : Mauvaise monnaie de cuivre. 

-MÉCANIQUE (UN). Le mécanique de l'horloge s'est dérangé. 
« Le mécanique est palpable, « [Ch. Bonnet, Contempla- 
tion de la nature, X^ partie, ch. 27.] Ce mot est féminin. 

MÉCREDI. s. m. Écrivez et prononcez « Mercredi. » 

t MEDAILLE, s. f. Regarde, papa, j'ai la médaille. Écrivez 
et pi'ononcez « MÉdaille. » 

MÉDECINAL, ALE, adj. Écrivez « Médicinal. >■> Herbe médi- 
cinale, potion médicinale. [Acad.] 



38 MED— M EN 

MEDILLON, s. m. Sorte de rigole pavée. L'eau séjournait 
dans le médillon. 

MEICLE, S. m. (Prononcez me»/-c//e, /^nouilles.) Terme ru- 
ral qui signifie : Mélange, et plus particulièrement : 1" Un 
mélange de seigle et de blé, soit Méteil. Pain de meicle; 
farine de meicle; semer du meicle. 2° Un mélange de paille 
et de foin, que les campagnards font manger en hiver à leurs 
vaches et à leurs chevaux. En I.anguedoc on dit : Mescle. 
Le verbe provençal mescla signifie : Mêler, mélanger. « 

MELEZE (LA). La mélèze dure bien plus que le sapin. Ce 
mot est masculin. Le genre féminin appartient au vieux fran- 
çais, et s'est conservé en Savoie et sans doute ailleurs. Nos 
campagnards prononcent ?«e/èse. 

MELIZE, s. f. Plante médicinale. Une infusion de melize. 
Terme savoisien et lyonnais. Écrivez et prononcez « Mé- 
lisse. » 

MÈLON-MÈLETTE, adv. Pêle-mêle. En Picardie on dit : 
Melon-melette : dans le patois bourguignon et en Franche- 
Comté, maulin-maulo ; en Normandie, mêli-mêlo. 

MEMBRE, EE, adj. Un homme vigoureux et bien membre. 
Terme français populaire. Dites : Membru, c'est-à-dire : 
Qui a les membres gros et puissants. 

MEMORISATION, s. f. Voyez mémoriser. 

MÉMORISER, v. n. Apprendre par cœur et retenir ce qu'on 
a appris. Les orateurs ont souvent une peine extrême à 
mémoriser. Le travail de la mémorisation est pour beau- 
coup de prédicateurs un travail ingrat et difficile. Termes 
excellents. 

MÉNAGE, s. m. Nous disons : Se mettre à son ménage. Nous 
disons également : Se mettre dans son ménage. Aussitôt 
mariés, les futurs époux se mettront dans leur ménage; 
se 7nettront à leur ménage. Le dictionnaire de l'Académie 
dit : « Se mettre en ménage. » 



MEN— MEP 39 

MÉNAGÈRE, s. f. Petit tablier de femme. 

MENÉ, NÉE, adj. Se dit des choses, et signifie: «Usé. » 
Un habit mené; des serviettes menées. 

MENER, V. a. (fig.) Dans le langage des campagnards: Un 
tel mène sa soixantième année, signifie : Un tel est dans 
sa soixantième année ; il court sa soixantième année. 

MENER SA LANGUE. Jaser, bavarder, médire. 

MENER UNE CONDUITE. Ce jeune homme ne mène pas une 
conduite qui lui fasse honneur. On dit en français : Tenir 
une conduite. Mais il est correct de dire • Mener une vie. 
Ce jeune homme mène une vie dissipée. 

MENIÈRES, s. f. pi. Lisières, bandes d'étofTe ou cordons atta- 
chés aux robes des petits enfants pour les soutenir quand 
ils s'essaient à marcher. Votre petit John marche-t-il? — 
Vous m' excuser e:^. Monsieur : il va encore avec les me- 
nières. 

MENILLE, s. f. Jeu de cartes, espèce de brelan. Au sens fi- 
guré nous disons de quelqu'un qui est dupe dans une af- 
faire : // est menille. 

MENTEUR, s. m. Le proverbe suivant : On attrape plus vite 
un menteur qu'un voleur, signitie : Que les mensonges se 
découvrent facilement. Ce dicton, très-répandu à Genève et 
chez nos voisins, ne se trouve dans aucun des dictionnaires 
que j'ai consultés. 

MENTON À TAPETTE, s. m. Menton pointu et recourbé, 
menton de galloche, et non pas menton à galloche, comme 
nous le disons ordinairement. 

MENUSAILLE, s. f. Menuaille, petite monnaie. // ne m'a 
payéquenmenusaille. Dans la Franche-Comté on dit: Me- 
nui saille. 

MENUSERIE, s. f. Menuiserie. MENUSIER, s. m. Menuisier, 

t MÉNUTIE, s. f. Minutie. MÉNUTIEUX. Minutieux. 

MÉPHIBOSET, s. m. Petit homme mal bâti. « La chambre 



40 MEP— MER 

de Milice pourra dispenser du service les malades et lesme- 
philjosets. » [Troisièine Visite de V aristocrate; brochure 
genevoise anonyme, année 179L] On dit quelquefois au fé- 
minin : Me'phibosetlc. Une petite me'phibosette. 

MÉPRISER (SE), V. pron. Mépriser, dédaigner; se refuser 
par fierté à faire une chose. Oui, Monsieur le pasteur, je 
dois t'ows le dire : Ma fille se méprise de porter Veau ; elle 
se méprise même d'aller promener avec nous. Ton père est 
cordonnier, et tu te méprises de prendre cette profession !* 

MERANDE ou MERENDE, s. f. Terme des campagnards. Pe- 
tit repas qui se fait à quatre heures de l'après-midi ; goûter. 
Dans plusieurs de nos villages, ce repas s'appelle goûlairon. 
Le repas de onze heures ou midi s'appelle goûta ; le repas 
du matin, din-na ou déna ; le repas du soir, s'pa ou ch'pa. 
Le mot merande, connu dans toute la Suisse romane, en 
Chablais, en Faucigny et dans les trois quarts de la France, 
appartient au vieux français. R. lat. merenda. 

MERCI DE. Merci de la peine; merci du compliment; merci 
de votre bon souvenir. Cette expression familière, très-usi- 
tée chez nous et probablement dans tous les pays où l'on 
parle français, n'est consignée nulle part. Les dictionnaires 
disent : « Merci, >' sans ajouter de régime. 

MERDAILLON, s. m. Terme injurieux, dont on qualifie 
quelquefois un bambin ridicule, un blanc-bec, un petit 
bonhomme qui veut se donner de grands airs. Terme fran- 
çais populaire. 

MÈRE, s. f. Nous disons proverbialement : C'est tout ma 
mire m'a fait, pour signifier : C'est tout un ; il n'y a au- 
cune différence entre ces choses; c'est blanc bonnet, bonnet 
blanc. Prenez l'oncle, prene:: le neveu : c'est tout ma mère 
m'a fait; c'est-à-dire : Ils ne valent pas mieux l'un que 
l'autre. 

MÉRÉDI, s. m. Raifort sauvage. Ce terme, connu dans le 



MEK— MES 41 

i;aiilon tic \'aud, vient de l'allciiiaiid jMeerrcUiy, qui a le 
même sens que mérédi. 

MERIDIEN (LE). Régler une pendule au méridien, 'ferme 
dauphinois et provençal. Dites : A la méridienne. 

MERINGUÉ, EE, adj. Terme de pâtissier, Tàfet meringue; 
insciiit meringué; bâton meringué. «Meringue» est fran- 
çais. 

MERISE, s, i. Ce que nous appelons à Genève merise, s'ap- 
pelle en français : « Griotte, » La merise est une cerise 
sauvage. La merise douce est une « Guigne. « 

MERISIER, s. m. Griottier, guignier. 

MERVEILLES, s. f. pi. Rubans de pâte cuits dans le beurre.. 
Un plat de merveilles. On notis servit à ganter des croûtes 
dorées et des merveilles. 

MESAILLE, s. f Terme des collégiens. Argent. Voyez me- 

SUAILLE. 

MÉSENTENDU, s. m. Malentendu, cest-à-dire : Paroles 
ou actions prises dans un autre sens que celui où elles ont 
été dites ou faites. Ecldircir un mésentendn. « Par un 
mésentendu survenu dans ce voyage, le prince royal eut le 
malheur de tomber dans la disgrâce du roi son père. [Sei- 
GNEUX DE CoRREVON , Mémoires sxir Frédéric le Grand, 
t. 1", p. 12.] Terme universellement connu et usité en 
Suisse, en Savoie et en France, mais non admis jusqu'à pré- 
sent dans les dictionnaires. 

.MESENTENTE, s. f. M^\(ii\io.'C\A.\y . Arrangeons-nous de ma- 
nière qu'il n'y ait point de mésentente. On lit dans le .Jour- 
nal de Genève de 1848, n'^ 84 : « La proposition de M' V** 
est adoptée. (Discussions, bruit, mouvements et mésentente 
prolongée.) ^ Je pense qu'ici mésentente signifie : Le fait 
de ne pas entendre. 

MESONS, s. m. pi. Voyez mezons. 

MESSELIER ou MESSALIER, s. m, Messicr, garde cham- 
n. 5 



4-2 MET— MET! 

pèti'e temporaire. Terme vaudois et iyomiais On disait en 
vieux l'rançais : Memlier et messeîlUer. 
MÉTAN ou plutôt MEYTAN, s. m. En patois ce mot sigm- 
fie : Milieu, Terme franc-comtois. Dans le patois boiirgui- 
gnon, dans le patois du Berry, à Reims, en Normandie et 
en vieux français on dit : Mitan. Dans le patois de l'évêché 
de Bàle on dit : Muaii et moïtan. Le dictionnaire de Mt)NET 
[1636] donne comme synonymes les trois mots: Meilieu, 
milieu et mitan. En allemand, Mitte. 

MÉTEGUETTE (A LA). Locution adverbiale qui signifie: 
Chichement. Tu m'en donnes à la méteguelle. Ta me sers 
à la méteguelte ; c'est-à-dire : Tu me regrettes ce que 
tu me sers. Dans le canton de Vaud, meteguet se dit d'un 
homme minutieux, lambin, doucereux. Dans les Alpes le 
verbe meiegà signifie • Assigner,, dans une famille, à cha- 
cun sa portion du bien commun. R. mitigare ? 

MÉTIAFOU ou MATL\FOU, s. m. Demi-fou, cerveau tim- 
bré, original. En patois, mali-à ou meytî-à signihent ; 
' Moitié. » 

METTRE A COIN, v. a. Serrer, mettre de côté, tenir en 
réserve. Son mari lui a prts et a fioulé les quatorze écus 
q%ielle avait mis à coin. 

METTRE DES DENTS. Nous disons d'un petit enfant : Il 
met ses dents. On dit en français : Les dents lui percent, 
ou : Les dents lui viennent, ou : Il fait ses dents. De ces 
trois expressions, les deux premières sont les plus correctes. 

METTRE SUR QUELQU'UN. Terme d'encan. Enchérir. // 
a mis trois francs sur moi, et je n'ai pas eu celle belle 
commode. Faisons un accord : je ne mettrai pas sur vous, 
ni vous sur moi. Expression neuchateloise. [Voyez Guil- 
LEBEUT, Vocabulaire du dialecte neuchâtelois, 'i" édition, 
p. 295.] 

METTRE (SE), v, pion. Se mellre d'une société; se mettre 



MET— MIE 43 

d'une confrérie. Il s'est mis du coinplol. Dites : Entrer 
dans une société ; entrer dans une confrérie; entrer dans 
un complot. 

METTRE (SE), v. pron. Se mettre dans les dettes. S'endet- 
ter, Expression très-adoptable et vraisemblablement très- 
répandue. 

t MEUU, MEURE, adj. Mûr, mûre. Un frtiit mal meur. 
Meur appartient au vieux français, et se dit encore vulgai- 
rement dans tout le nord de la France, en Savoie et dans 
la Suisse romane. 

MEURAISON, s. f. Terme des campagnards. Maturité. 

MEURE, s. f. Mûre, sorte de fruit. Une seille de meures. 
Cueillir des meures. Aux meures! Aux belles meures! 
est le cri de nos revendeuses à la fin du mois de juillet. 
Terme français populaire et vieux français. 

MEURIER, s. m. Mûrier. 

MEURON, s. m. Mûre sauvage, baie de ronce. Piquer des 
meurons. Terme vaudois, bressan et vieux français. A Ru- 
milly (Savoie) on dit : Mûron; en Franche-Comté, ma- 
vuron. 

MEZONS, s. m. pi. Espèces sonnantes, argent. // est riche, 
celui-là; il a des mezons. Dans le langage des collégiens, 
mezon signifie : Petit morceau de cuivre. 

t MIALER, V. n. Miauler. Le minon enfermé mialait. Terme 
parisien populaire, etc. 

MIDI, suivi du pluriel. Midi ont sonné. Nous dînons à midi 
précises. Je vous attends vers les midi. Toutes ces phrases 
sont vicieuses, et il faut dire : Midi est sonné; nous dînons 
à midi précis; je vous attends vers midi. 

MIE, s. f. Terme rural. Meule ou pile de foin ou de paille, 
de forme conique, qu'on fait en plein air dans le voisinage 
des maisons qui ne sont pas assez grandes pour contenir 
loul(> la récolte, [p. g.] En Franche-Comté, en Bourgogne 



44 MIE— MIL 

et (bus le iiuril de la France on dit : Muie. Chez nos cam- 
pagnards, moue signifie : «Monceau. » 

t MIENNE (LE). Le mien. Heiuls-vioi ce mâpis, c'est le 
mienne. — Le tienne' tu es-l-un menteur. Notre pronon- 
ciation, dans ces mots mienne et tienne, est très-nasale, s'e'- 
loignant ainsi de la prononciation française et s'approchanl 
beaucoup de la prononciation patoise [mein-nà) . 

MIES, s. f. pi. Mies de pain, miettes de pain. 

MIEUX, adv. Plutôt. Finiras-tu de nous ennuyer, Jacol ? 
— C'est bien mieux toi qui no^is bassines. 

MIEUX DE. Plus de. // a hérité inieux de cent louis. La 
Josette a mieux de trente ans. Locution savoisienne, lyon- 
naise et méridionale. 

MIEUX (LA). Le mieux. Au dernier bal, c'était notre Clé- 
mentine qui était la mieux, c'est-à dire : Qui était la plus 
jolie, qui était le mieux. 

MIEUX VALUE, s. f. Il nous fallut encore payer cent 
francs pour la mieux value. Dites : La plus value. Terme 
neuclîâtelois, savoisicn, franc comtois, lorrain, etc. Value, 
en vieux français, signifie ; « Valeur. » 

MIFFE, s. f. Terme de boucherie. Rate. Je te prie, Isabeau. 
de ne plus te laisser donner de la miffepour garneçon. 
Nos campagnards, et ceux dn canton de Vaud, disent : La 
mefâ, d'où ils ont formé le verbe em'fà, essouffler. 

MIGNON, adj. Aller de son pied mignon, signifie chez nous : 
Aller à pied, voyager lestement et sans frais, L'Académie 
dit : « Aller de son pied gaillard. >' 

MI-LAINE, adj. liobc mi-laine, robe qui est moitié laine et 
moitié coton. 

MILLE-PIEDS, s. in. Scolopendre, insecte. 

MILLION, s. m. Terme de maçon. Brisures, éclats de cail- 
loux. 

MILLIONNER, va. Émier, émielter. S'emploie le plus sou- 



MIM-MIÛ A'6 

vcnl avec le pronom personnel, el signitic : S'éiriier, s'é- 
rnietlcr, se briser, se séparer en itelils morceaux comme le 
fromage persillé, ou comme certaines sucreries cl |)àtisse- 
ries. [p. G.] 

t MIMERO, s. m. Numéro. En Picardie ont dit : Limero. 

MIMEUOTER, v. a. Numéroter. 

MINAGE, s. m. Délbnceraent. Le minacje d'une vigne. Faire 
un minage. Terme savoisien. 

MINÇOLET, ETTE, adj. el s. Se dit des personnes et des 
choses, et signifie : Maigre, petit, chétif, mince. Une jeune 
fille minçolclie. Tu me coupes là un morceau de pain qui 
est bien minçolet. Terme savoisien. 

MINE, s. f. Visage. Se laver la mine. Regarde-toi au mi- 
roir . tu as la mine bien sale. 

MINEU UN TERRAIN. Terme d'agriculture. Défoncer un 
terrain, le fouiller à deux ou trois pieds de profondeur, en 
ôter les pierres, y mettre du fumier ou de la terre nouvelle. 

MINON, s. m. Sorte de palatine, fourrure que les dames por- 
tent sur le cou en hiver. Français populaire. 

MINON, s. m. Terme des campagnards. Chaton, fleur pen- 
dante et en forme de chenille, que portent certains arbres, 
comme le coudrier, le noyer, le chêne et le saule, [f. g.] 
A Genève nous appelons minons (s. m. pi.), cette poussière 
qui s'agglomère sous les lits, sous les armoires, sous les 
commodes, et qui y revêt la forme de chatons. Balayer les 
minons; enlever les minons; pannosser les minons. 

MINUIT, suivi du pluriel. Sur les minuits. L'orage com- 
mença contre les minuits. Ce pluriel, quoique d'un fréquent 
usage, n'est pas correct. On doit dire : Sur le minuit. On 
peut dire aussi : « L'orage commença vers minuit. » 

MINUIT (LA). C'est ainsi qu'on parlait anciennement. Ce mol 
est aujourd'hui masculin; on dit: Le minuit et le midi. 

MIOTISE, s. f. Thym, plante aromatique. 



40 M1R~M0G 

MlREIi, V. a. ilig.) Viser, avoir en vue certaine iin, // mire 
une riche et belle veuve. Je crois que lu mires la cousine. 
Dans la comédie de Fanclton la Vielleuse, on lit celle 
|)hras:-e : « 11 vise la jeune personne. » [Âute 1"', scène 9.] 

MIROLON ou MEROLON, s. m. Pinson des Ardennes, pinson 
de montagne. 

I\1ISE, s. f. Dans le langage des écoliers, Faire mise ou faire 
mise ensemble, signilienl : Mettre en commun les enjeux, 
s'associer. N'est-ce pas, haac, on est ami, et on fera tou- 
jours mise ensemble P 

MISER, V. a. Enchérir, mettre une enchère. Si lu vwns de- 
main à l'encan, lu auras soin de ne pas miser sur moi. 
Qu' as-tu misé au dernier encan? J'ai misé un placard, 
six tablais et deux escabelles. Terme suisse-roman el sa- 
voisien. 

MISSER-JEAN, s. m. Poire de misser-Jean. On dit en fran- 
çais : Poire de messire-Jean. 

MITE, s. f. Mitaine, miton long. Tncoler des mites. Terme 
suisse, savoisien, lyonnais, limousin, etc. 

MITENANDRE, s. f. Cortège, suite, séquelle. Le mari, la 
femme, le beau-frcre, et toute la milenandre. Terme vau- 
dois, formé des mois allemands mil einander, qui signi- 
lienl : Ensemble, de compagnie. 

M00.\, v. n. Terme patois fort connu. S'en aller, quitter 
l'endroit où l'on est. No-z alin modà (nous allons partir.) 
Dans le Berry, Moder est verbe actif, et signifie : Lâcher les 
bestiaux, les mener paître; en languedocien mudà veut dire : 
Déménager, déloger. 

MOGEON, s. m. Veau, veau d'un an. Terme suisse-roman et 
'savoisien. Au tiguré, mogcon se dit d'une fille ou d'une 
femme épaisse de corps et d'esprit. Votre Albertine est un 
peu mogeon, elle a l'air mogeov. 

MOGIJON, s. m. Voyez molio.n. 



MOG-MOL -i7 

MOGNOiX, s. m. Muignoii. 

MOINDRE, aclj. Malingre, faible, iiidisposc. La jeune Caro- 
line est toute moindre aiijoxLrd'hiù : elle garde la chambre. 

MOINDKOLET, ETTE, adj. Diniiiiulif de moindre. Se dit 
surtout des personnes et signifie : l'élit , maigre, chéfif. 
L'enfant a une excellente nourrice, et pourtant il reste 
(lien momdrolet. 

MOINEAU, s. m. (lig.) Homme dont m lait peu de cas Quel 
sol moineau que votre M^ Dubreuil ! 

MOINEAU SOLITAIRE, s. m. Merle de rocher. 

MOINS, adv. Voyez dl' moins, t. I'"', [.. 159. 

MOIRE, s. f. Voyez mouare. 

MOIS D'AVRIL, s. m. Poisson d'avril. Donner un mois d'a- 
vril. Terme suisse-roman et savoisien. 

MOIS DE MAI, s. m. Aubépine. A Bordeaux, dans le Berry 
et ailleurs, on dit : Du mai [du mai en fleurs). 

MOISIR, V. n. (fig.) Faire trop lentement une chose, lambi- 
ner dans un message. Va-t'en faire cette commission, et 
tâche surtout de n'y pas moisir. Expression triviale. 

MOLAN, s. m., ou MÔLAN-NE, s. f. Vent d'est. Voyez vent. 

MOLETTE, s. f. Pierre à aiguiser des faucheurs. Terme 
suisse-roman et savoisien. R. mola. 

MOLIÈRE, s. m. Terme des campagnards. Éraouleur, ré- 
mouleur, gagne-petit, aiguiseur. Le terme patois est: 
Molaire ou molidrc, dont molière est une corruption, ou 
plutôt un raffmement. Dans le canton de Vaud on dit : Mo- 
lâre, et à Chambéry, molaire. Dans notre patois le verbe 
molà signilie : Aiguiser. 

MOLION, s. m. Salamandre, reptile amphibie. 

MOLLACllE, subst. et adj. féminin. Personne flasque, molle, 
lAche au travail, dénuée de toute énergie. On dit en fran- 
çais, dans un sens analogue : Mollasse. « Un individu lourd 
et mollasse.» [Voyez BesciikrellF';, Dict. National.] 



48 MOL— MON 

MOLLASSE, s. f. Sorte (h grès Icridre. Lu parpaing (le 
mollasse; un escalier de mollasse. Tw'inc suisse-roinan, 
savoisieii cl dauphinois. 

MOLLE, s. f. Avoir la molle, signilio : N'avoir [ins le cœur 
au travail, cire plus disposé à flâner qu'à s'occuper. J'ai 
la molle ; la molle me gagne; la molle me tient. 

MOMASSE, s. f. et adj. Augmentatii' de mome, 

M()ME, s. f. et adj. Fille ou femme ine[ile, sotte, stupide. 
Je ne sais pas ce (/ue j'ai; mais je suis toute môme au- 
jourd'hui. Dans le patois vaudois on dit : Mouma. 

MOMICHON, s. m. Nigaud. Mômichon que lu es! Avoir 
peur d'une levrette, d'une petite levrette. 

MOMIER, MOMIEUE, subst. Dénomination inconvenante par 
laquelle on désigne quelquefois les membres de l'Eglise 
dissidente. C'est un mômier. Il donne dans la mômerie. 
Il s'emmônie ; il s'est cmmômc. 

MOMIÈRE, s. f. Cabas, sorte de panier en tresses de paille, 
plat sur sa hauteur et termine par deux anses. 

MONETIEH. Village [irès de Genève, dans le mont Salève. 
Ce nom peut s'écrire indifféremment: Moneticr, Mouneiier, 
Moneti et Mouneti, la terminaison i (pour icr) appartenant 
au patois. De Saussuhe écrit Monc^/er. Dans l'origine de la 
langue française, monstier, montier, moustier et moutier, 
ont signifié: 1° Couvent; 2" Église cathédrale; 3° Pa- 
roisse. R. monasteriwn. 

MONPÈR ! Sorte d'exclamation fort usitée en Suisse et en Sa- 
voie. Monpèr, que c'est beau! Monpcr, que lu es patel ! 
Monper, que vous arrivez tard! Cette expression n'est autre 
chose que les deux mots mon père ! mal prononcés , et 
substitués, par convenance, à l'exclamation , « Mon Dieu ! » 

MONSIEUR DE TROP. Se di^lune personne surnuméraire, 
et par cela même embarrassantîiM^"^'' N**, qm avait six 



MON— MOQ 49 

filles, vient d'accuuchcr d'un garçon . cel enfant ne sera 
certes pas M" De Trop. On dit dans le même sens.: M"'^ 
De Trop. 

MONTAGNE (LA). Le Salèvc, la montagne par excellence 
(pour les Genevois). Dis donc, Bernard: que fait-on 
jeudi matin ? — Ne sais-lu pas ? On va déjeuner à la 
Montagne, et l'on revient avant midi par la Croisette. 

MONTAGNES (LES;. Nos horlogers désignent par ce nom 
les villes du Locle et de La Chaux-de-Fonds, situées toutes 
deux dans les montagnes du canton deNeuchàtel. S'établir 
aux Montagnes. Travailler pour les Montagnes. La fa- 
brique de Genève soutient avec les Montagnes une concur- 
rence journalière et difficile. 

MONTANT, s. m. Encouragement, stimulant, courage, cœui'. 
Donner du montant. Avoir du montant. Notre Samuel 
était découragé; ce petit succès lui redonnera du montant. 

MONTEE (LA). La maison. Est-ce dans cette montée que 
loge M'' le docteur N** F Connaissez-vous M'' le dizenier 
Z** P — Si je le connais! Il reste dans notre montée. 
« Montée, » en français, signifie entre autres : 1" Petit es- 
calier dans une maison de pauvres gens ; 2^' Chaque marche 
d'un escalier. [Ac.\d.] 

MONTER SUR... Nous disons: Monter sur une échelle; 
on doit dire : «Monter .\ une échelle. » 

MONTEUR DE BOIS, s. m. Scieur de bois. 

MONTICULE (UNE). Ce mot est masculin, il est formé du 
mot latin monticulus, qui est masculin. 

MONTURE, s. m. Mauvaise plaisanterie, tour malin, malice 
concertée entre des camarades contre un d'entre eux. 
Faire une monture. Préparer une monture. La monture 
a échoué. Terme de bonne fabrique, et qui n'a pas d'é- 
quivalent exact en français. 

MOQUE, s. f. Chose de peu d'importance, bagatelle. S emploie 



KO MOO— MOR 

d'ordinaire avec la riégalion. Ce n'est pas de la moque, ce 
n'est pas peu de chose. Terme neiichâlelois et vieux fran- 
çais. 

MOQUER (SE), V. pron. Proverbialement : Donner à plus 
riche que soi, le diable s'en moque, signifie : Que les lar- 
gesses faites à des riches, étant rarement désintéressées, le 
diable ne peut ni ne doit en tenir compte. On donne souvent 
une tout autre signilication à ce proverbe. 

MORAINE ou MORÈNE, s. f. Falaise, terres escarpées au 
bord d'un torrent, d'un fleuve, d'une rivière. Les moraines 
de Chainpel; les moraines de Pinchat; les moraines de 
Carligny; les moraines du bois de La Bâtie. Dans les Al- 
pes de Savoie on appelle moraine une enceinte de pierres 
au pied des' glaciers. 

MORBIER, s. m. Pendule ou horloge à poids, qui se fabriquait 
anciennement au village de Morbier, département du Jura. 

MORFER, v. a. Bâfrer, manger avec avidité. Dans le vieux 
français, on disait: M or fier ; et l'on trouve dans Rabelais 
mor fiai lier, en ce même sens. 

MORGILLER, v. a. Mordre par petites entamures, mordiller. 
Morqi lier son pain. 

MOPilGINER, V. a. Morigéner. Son père l'a convenablement 
moriginé. Terme suisse-roman, savoisien, français populaire 
et vieux français. 

MORSILLER, v. a. Mordre légèrement et à plusieurs repri- 
ses, mordiller. Morsiller une pomme. Terme savoisien et 
lyonnais. 

MOf»TAISE, s. f. (fig.) Avoir sa mortaise, signifie : « Être 
ivre, » Le cocher avait sa mortaise. Expression triviale. 

.MORT-A-PÊGHE, s. f. (Prononcez mor-ta-pêche.) Crin de 
Florence, crin d'empilé, crin très-fort sur lequel on monte 
riiameçun. 

MORTUAIRE, s. m. Acte de décès, extrait mortuaire. // de- 



MOT— MOU 51 

vait se i)rocHrer le mortuaire de son grand- oncle. Go moi; 
très-usité cliez nous, mais inconnu aux diclionnaires, se 
trouve dans le Glossaire de l'ancien Droit français, de 
MM. DupiN et Laboulaye. 

xMOTET, s. m. Visage. Un vilam motet. 

.MOU ARE ou MOIUE, s. f. Saumure. Nous disons d'un mets 
et d'un assaisonnement quelconque où le sel domine troj) : 
Cela est salé comme de la moire. Terme suisse-roman et 
savoisien. En Franche-Comté on dit: Maire; en Langue- 
doc, mïère. Dans le patois vaudois, le verbe mouairi signi- 
lie : « Saler avec excès. » P». lat. muria, saumure. 

MOUCHE, s. f. De la mouche de chandelle. Dites : De la mou- 
chure de chandelle. A Lyon, à Nancy et sans doute ailleurs, 
on dit : Du mouchon ; en Daupliiné, du moue. 

MOUCHET, s. m. Signifie : 1'^ Houppe, boutïetle, freluche, 
floccon, assemblage de plusieurs lilets de soie, d'or, d'ar- 
gent, de laine, liés ensemble par un bouton en forme de 
gland à sa partie supérieure. Les monchets d'une bourse; 
les mouchets d'une canne. Nos bonnets de nuit sont ordi- 
nairement surmontés d'un mouchet. Voltaire a dit : « Un 
chapeau do pourpre... auquel pendaient quinze houppa 
d'or, ») [Lois de Minos, note 96'".] Nous aurions dit à Ge- 
nève : Quinze mouchets. Mouchet signifie : 2° Touffe, bou- 
quet. Un mouchet d'arbres; un mouchet de cerises; un 
mouchet de noisettes (un trochet de noisettes) . 3° Mou«het 
se dit pour: Groupe, peloton. Un mouchet d'abeilles; un 
mouchet de curieux. Les émeutiers étaient par mouchets sur 
la grande place. Terme suisse-roman et savoisien. En Nor- 
mandie, mouchet a le sens de « Monceau. » [Voyez le Dic- 
tionnaire du patois normand, par MM. Duméril.] 

MOUCHETTE (LA). Les mouchettcs. 

MOUCHILLON, s. m. Moucheron. Etre inquiété par les mou- 
chillons. En vieux français, on disait : MovscailUm. 



'o"! MOU— MOUL 

MOUCLAIi, s. m. Hameçon. Des moiiclars rouilles. Dans ie 
canton de Vaud on dil : Moclar; en provençal, monsdaou: 
dans le Jura, bouclard, (selon le dictionnaire de M. Mon- 

KIER). 

MOUFFE, s. m. Moufle, gros gant. Une paire de mot) ffes. 
Terme lorrain, parisien populaire, etc. 

MOUGNE, s. f. Faire la mowjne, signifie : Faire la moue, 
être de mauvaise liumeur, bouder. A Chambéry, on dit ; 
Faire la morjne. En provençal, mougno veut dire : Moue, 
grimace. 

MOUGNÛN, s. m. Moignon. En provençal, mougnoun. Dans 
le reste de la France, mognon. 

MOUGONNER, v. n. Bougonner, murmurer, gronder entre 
les dents. 

MOUILLE, s. f. Mouillure, humidité. Ne laissez pas cet en- 
fant dans la mouille. Terme suisse-roman, savoisien, franc- 
comtois, etc. Nous disons dans le même sens : Mouillon. 
Laisser un enfant dans le mouillon. 

MOUILLES, s. ï. pi. Nous appelons ainsi des sources qui ne 
iont que suinter dans les prairies , et qui , fournissant à 
l'herbe de ces prairies une température plus élevée pendant 
l'hiver, y produisent une lierbe précoce et excellente, très- 
propre à refaire les vaches qui ont vêlé, etc. [p. g.] 

MOULE, s. m. Mesure de capacité pour le bois: c'est un 
'carré dont le côté a cinq pieds quatre pouces. Terme suisse- 
roman et lyonnais. 

MOULER, v. n. Caponner , se comporter lâchement, sai- 
gner du nez. D'entrée il faisait le rodomont, et quand il 
a fallu se battre, il a moule'. En provençal, moula signi- 
fie : Mollir. 

MOULETON, s. m. Molleton, élolîe de laine moelleuse. «Une 
camisole de rnollelon ; un gilet doublé de molleton, w [Acad.] 

MOULU, LUE, part. Emoulu. Noire Théodure est tout frais 



MOU— MOUS 53 

moulu de l'Académie, c'est-à-dire : Est tout nouvellement 

sorti de l'Académie. Terme méridional, etc. 
MOURGET, s. m. Vent soufflant de Morges pour les habitants 

du Chablais. 
MOURMÉ, MÉE, adj. Stupide, abruti. 

C'était Monsieur son fils, un pauvre rapélu. 
Plus matafan, plus mourmé, plus raâpu! 

[Ch.] 

En Normandie, mourmaud signifie : Songe-creux, morose. 

t MOURVE, s. f. Morve. 

MOURVEUX, EUSE, adj. et subst. Morveux. Voyez cette 
monrveuse, de quel ton elle réplique à sa mère! 

MOUSETou MUSET, s. m. Petite souris des champs, à courte 
queue, à museau fort pointu, et que les chats ne mangent 
pas, quoiqu'ils lui donnent volontiers la chasse. Terme 
suisse-roman et savoisien. Le nom français est Musette ou 
Musaraigne. Le dictionnaire de Bescherelle donne une 
fausse définition de ce mot. 

MOUSTACHES, s. f pi. // relevait ses moustaches; il es- 
suyait ses moustaches ; il admirait ses moustaches. Dans 
ces exemples et dans les exemples analogues, il est infini- 
ment plus correct d'employer le singulier et de dire : Il re- 
levait SA moustache; il essuyait sa moustache; il admirait 
SA moustache. La phrase suivante est tirée de Gil-Blas, 
livre II, ch, v : « Un nez fort épaté lui tombait sur une mous- 
tache rousse. » L'exemple suivant est tiré de J.-J. Rous- 
seau : « Fantasque fut enfin mariée à un roi voisin qu'elle 
préféra, parce qu'il portait la plus longue moustache. [La 
reine Fantasque.'] Tous les dictionnaires s'accordent en ce 
point, mais il faut avouer que beaucoup de bons écrivains, 
surtout parmi les modernes, ont fait usage du pluriel. 

MOUSTACHON, s. m. Celui qui porte moustache et qui, par 
II. 6 



U MOU— MYR 

cela même, fait l'homme d'importance et le fier-à-bras. Tu 
te crois un fameux moustachon, et tu n'as que seize ans! 

MOUT, s. m. Nous disons proverbialement d'un potage ou 
d'un mets quelconque mal assaisonné : Cela n'a ni goût ni 
moût, et cette locution est aussi employée ligurément. 
Il nous racontait ses voyages longuement et platement, cela 
n'avait ni goût ni moût, c'est-à-dire : Ni goût ni piquant. 

MOUTAJLE ouMOUTELLE, s. f. Motelle, sorte de poisson. 

MOUTELË, LEE, adj. Tacheté, étoile. Ce terme, qui appar- 
tient à la langue de nos campagnards, ne s'emploie guère 
qu'en parlant des bestiaux. Une vache moutelée; un bœuf 
moutelé. Terme suisse-roman et savoisien. 

MOYENNE, NÉE, adjectif. Riche, aisé. Le cadet est plus 
moyenne que son frère. Terme signalé dans le Dictionnaire 
rouchi-français àe Hécart, 3'"'= édition. 

MULATRE, adj. Métis. Un canari mulâtre. 

MULE, s. f. Sorte d'engelure. Avoir la mule aux talons. En 
français ce mot ne s'emploie qu'au pluriel. « Avoir les mu- 
les au talon. » [Acad.] 

MULE, s. f. Faire mule, terme du jeu de cartes, signifie : 
Faire capot, [p. g.] 

MURGUET ou MEURGUET, s. m. Muguet, fleur. GieilUr 
des murguels. Un bouquet de murguets. 

MUSAILLE, s. f. Quantité de petite monnaie, menuaille. 

MUSCADET (UN). Dites : Une muscadelle. Espèce de poire 
qui sent un peu le musc. 

MUSCATE, s. f. et adj. Noix muscate; rose muscale. La 
muscale dominail trop dans ce ragoût. Dites : « Muscade. » 

MUSILIÈRE, s. f. Muselière. 

MYRTRE, s. m. Myrte, arbrisseau. Une branche de myrtrc. 
Terme suisse-roman, limousin, lorrain, etc. 



NAC— NAN 



N 



NACRE (DU). Cemotestleiniiiin. 

NAGEOTTER, v. n. Nager un peu, nager avec (lifficiillé. Mon 
chien a les pâlies fort courtes, et il ne peut que nageotler. 

NAGER, V. n. Nous disons proverbialement d'une personne 
qui est dans l'abondance, d'une personne qui est riche, ou 
qui est en voie de le devenir : Elle nage en pleine eau. 
L'Académie dit : « Elle nage en grande eau; » et c'est ainsi 
que s'exprime Le Sage dans son roman de Guzman d'Al- 
farache : «Quand j'ai nagé en grande eau, j'ai toujours eu 
le malheur de m'y noyer. » [Livre VI, chap. viii.] 

NAILLER, v. a. Terme des campagnards. Casser les noix et 
les trier. Nous irons ce soir nailler les noix chez M. l'ad- 
joint, [p. G.] 

NAIMBOT, BOÏE, subst. Nabot, nabote. Celui ou celle qui est 
d'une taille ridiculement petite. Un petit naimbot, une pau- 
vre naimbote. Terme vieux français. On dit en Savoie : 
Nambot. 

NAINNAIN, s. f. Terme enfantin. Nourrice. 

NAISER (SE), V. pron. Se moisir. On le dit principalement 
du linge. Un linge nuise est celui qui a souffert de l'humi- 
dité et qui en a contracté des taches ; ces taches s'appellent 
taches de naisé. Terme suisse-roman. En Dauphiné, en 
Franche-Comté, chez nous et sans doute ailleurs, naiser le 
chanvre c'est : Le faire rouir. 

NANE, s. f. Nourrice. L'enfant pleure;, appelez la nâne. 
Notre Lili ne veut pas quitter sa nâne. 

NANQUINET, s. m. Dites : Nanquinetfe, s. f. 

t NANSE, s. f. Nasse, instrument d'osier ou de tîl de fer ser- 
vant à prendre du poisson. Tendre des nanses; lever les 



56 NAN— NEI 

nanses. Terme suisse-roman, savoisien et vieux français. 

NANT, s. m. Ravin boisé au fond duquel coule un petit ruis- 
seau. Le nant de Frontenay ; le nant de Jargonand; le 
nant d'Avenchet; le nant de Roulave. Dans le Faucigny 
(Savoie), un nant est Un torrent ; et on le dit particulière- 
ment de certains torrents impétueux qui descendent du 
Mont-Blanc ou des montagnes voisines ; tels sont : le Nant- 
Noir, le Bon-Nant, le Nant-Bourant. Le dictionnaire de 
Bescherelle traduit le mot de nant par celui de : Cascade ; 
c'est une grande erreur. Dans le vieux français, îiani signi- 
fiait : « Vallée, » s'il faut en croire le Dictionnaire du Vieux 
langage, de Lacombe. 

NANT DE BRAILLE, s. m. Usure; usurier. Faire le nant de 
Braille. Etre nant de braille. Cette expression, purement 
locale, vient d'un nant, près de Coppet, où se commettaient 
jadis des vols et des assassinats. [Glossaire de Gaudy.] 

NANZOU, s. m. Mallemolle, espèce de mousseline ou de toile 
de coton blanche, claire et très-fine, qui est apportée des 
Indes orientales. 

NAPPAGE, s. m. Linge de table, c'est-à-dire : Nappes et 
serviettes. Nappage uni ; nappage damassé. Terme suisse- 
roman, lorrain, etc. 

NARCISSE (UNE). Une belle narcisse. Ce mot est masculin. 

NATOURI, s. m. Batelier. Ce terme vieillit. 

NAVETTE, s. f. Petite brioche sucrée. 

NAYER, v. a. et SE NAYER, v. pron. Ancienne orthogra- 
phe et ancienne prononciation des mots « Noyer » et « Se 
noyer. » 

NE, part, négat. Tu as payé ce châle plus qu'il vaut. Dites : 
Plus qu'il NE vaut. 

NÈFE ou NEIFE, s. f. Nèfle, fruit du néflier. Une grosse 
nèfe; une nèfe molle. Terme parisien populaire, etc. 

NEIGEOTTER, v. n. Diminutif de « Neiger. » Le temps de- 



NEI— NEZ 57 

vient froid et sombre, U neigeotte, c'est-à-dire : Il neige 
lin peu. I 

NEIZÉ, ÉE, adj. Voyez naizé. 

NÉNET, s. m. Terme enfantin. Sein. Se dit en Savoie, dans 
le Limousin et ailleurs. 

NERTIF, adj. m. Musclé. Un lurron nertif. 

NETTAYER, v. a. Nettayer des meubles; nettayer un appar- 
tement. Ancienne orthographe et ancienne prononciation du 
mot « Nettoyer. » Dites : Je nettoie; je nettoierai, etc. 

NETTAYEUR, s. m. Ne viens pas me rendre visite demain, 
Adeline, j'ai les nettoyeurs. Dites : « J ai les frotleurs. » 

NEUF (À), locut. adv. L'expression genevoise : S'habiller à 
neuf, appartient au français populaire. 11 faut dire : n S'ha- 
biller de neuf. » [Acad.] 

NEURET, nom propre d'homme. Nous appelons feinte à 
Neurel, ou feinte à la Neuret, une feinte grossière et qui 
saute aux yeux, une grosse bourde, une craque, telle qu'en 
pourrait faire le plus effronté gascon. Tuerais m'en impo- 
ser ? Va, va, c'est une feinte à Neuret; tu fais la feinte 
à Neuret. Cette locution proverbiale, très-connue dans la 
rue du Rhône et dans les rues avoisinantes, tire son origine 
de feu Neuret, grand chasseur et grand hâbleur. 

NEZ, s. m. (fig.) Nous disons d'une plaisanterie plate et insi- 
gnifiante, qu'elle n'a point de ne::, c'est-à-dire : point d'es- 
prit, point de piquant. Faire des malices à cette pauvre 
revendeuse, cela n'a véritablement point de nez. Expres- 
sion savoisienne et méridionale. 

NEZ, s. m. Nous disons : À son nez et barbe, pour dire : En 
sa présence, en face de lui. Elle osa tenir ce langage éner- 
gique et franc à son nés et barbe. L'Académie dit : u À son 
nez et À sa barbe. » 

NEZ, s. m. Nous disons proverbialement et dérisoirement à 
II. G. 



lis NEZ— NIA 

une personne qui se flatte d'un succès qu'elle n'a aucune 
chance d'obtenir : Tdle voir si le nez te branle. 

NEZ DE BOIS. Trouver nez de bois, signifie : Trouver la porte 
fermée quand on va chez quelqu'un ; trouver visage de 
bois. Nous disons dans le même sens : Avoir nez de bois. 

NIACE, s. f. Terme enfantin, qui signifie : Caresse, et qui ne 
s'emploie que dans cette expression : Faire niâce, c'est-à- 
dire : Caresser. Fais niâce au minon, Antoinette; fais 
niâce à ce joli, chat. 

NIACER, Y. a. Caresser, faire ^îmce. 

NIAFFE ou GNIAFFE, s. m. Savetier. Terme de dénigre- 
ment, connu à Paris, en Normandie et sans doute ailleurs. 
A Chambéry on dit : Niaffre. 

NIAFFE ou GNIAFFE, adj. Se dit des personnes et signifie : 
Flasque, sans énergie, sans courage. Je me sens tout niaffc 
aujourd'hui. Expression triviale. 

NIANIOU, s. m. et adj. Niais, dadais, nigaud, personnage dont 
la démarche et le maintien annoncent déjà la bêtise. Va-t'en, 
niâniou; va-t'en, bobet, qui ne sais pas seulement relever 
des quilles. Prenez-y garde, Messieurs : avec son air niâ- 
niou il n'est pas aussi bêle que vous le pensez. Terme 
suisse et savoisien. Dans le Berry, Nioniot; en Norman- 
die, niot. A Genève on dit quelquefois dans le même sens : 
Niânion. 

t NIARGUE, s. f. Terme de dépit, de raillerie ou de mépris. 
Faire la marque à quelqu'un, c'est le braver avec dédain, 
lui faire nargue. 

NIARGUER, v. a. Faire nargue. Tu me niargues, André, 
parce que tu es avec ton grand frère, mais tu verras de- 
main. 

NIAU ou NIÔ, s. m. Nichet, œuf qu'on met dans un nid pour 
que les poules y aillent pondre. Dans les dialectes populaires 
de France on dit : ISiai, nieu, niot et niaou. 



NIA— NIN m 

NIAUQUE, s. f. Voyez niôque. 

t NIERFE ou NIARFE, s. m. Nerf. 

t NIFLER, V. a. Flairer, sentir. Nifler un ragoiU. Nifle voir 
cette rose. Terme savoisien et méridional, recueilli par Cût- 
GRAVE, qui lui donne le sens de « Renifler. » Dans le pa- 
tois limousin, niflo, s. f., veut dire : La narine. Au figuré, 
nifler est synonyme de : Fureter. 

NIFFLET, s. m. Nigaud, benêt. Oh! le mflet, qui a peur 
d'une chèvre. 

NIFLE-TANTÔT, s. m. Dadais, nigaud, niais. 

NIGODÈME, s. m. Se dit d'Un homme simple et borné. Il 
faut écrire et prononcer : Nicodème. 

NIGUEDOUILLE ou NiGUEDANDOUlLLE, s. m. Idiot, hé- 
bété, sot, niais, dadais, homme simple et innocent. Nigue- 
duuille n'est qu'une légère altération de « Niquedouille, » 
qu'on trouve dans quelques dictionnaires français. 

NILLE, s. f. Articulation, jointure, phalange. En glissant, 
il s'écorcha la nille du pied. Terme suisse-roman et sa- 
voisien. 

NILLE, s. f. Terme de boucherie. Nille d'aloyau. 

NiLLON, s m. Pain de noix. 

NINA, s. f. Ce terme ne s'emploie que dans cette expression 
populaire : Avoir sa nina, c'est-à-dire : Etre ivre. 

NINE, s. f. et adj. Naine. Une petite nine ; un rose nine. On 
parlait ainsi en France il y a deux cents ans. 

t NINOTTE, s. f. Ninotte royale, ninotte de vignes. La 
chasse aux ninottes. Le changement de / en n est continuel. 
Ainsi, dans le langage parisien populaire, on dit : Nentille 
pour lentille; caneçon pour caleçon ; falbana pour falbala; 
et à Genève nos grand'mamans ne discnf-elles pas indif- 
féremment une chaflane et une chaflal? D autre part le l 
est souvent mis pour le n. Exemple : Calonnier pour ca- 
nonnier. 



60 NIO— NIT 

NIOLLE, s. f. Nuage. Les niolles qui s'élèvent lentement et 
en fuseaux contre les flancs du Jura annoncent la pluie. 
Terme suisse-roman, savoisien , dauphinois, franc-com- 
tois, etc. En provençal : Nioulo. En français, Nielle si- 
gnifie : Brouillard, petite pluie froide. 

NIOLLE, s. f. Nielle, plante à fleur rouge, laquelle croît dans 
les blés. 

NIOMET, s. m. Niais, benêt. Hln Normandie, Nio. 

NION-NION, s. m. Dadais, hébété. Faire lenion-nion. 

NIOQUE, s. f. Femme ou fille bête, bornée, sans expérience 
ni savoir. Ce mot s'emploie aussi adjectivement. Votre ap- 
prentie est bien niôque de m'avoir estropié mon corset. 
Oh! la niôque, à qui on fait croire tout ce que l'on veut. 
Terme suisse. A Lyon tt à Chambéry, on dit : Nioche. 

NIOQUASSE, s. f. Augmentatif du mot niôque. 

NIÔQUERIE, s. f. Nigauderie, bêtise. 

NIOSET, ETTE, s. et adj. Sot, niais, nigaud. Ce mot de«io- 
selne serait-il point une corruption du mot Dioset, qui, en 
patois, est le nom propre Joseph, lequel nom s'emploie sou- 
vent comme synonyme de Homme simple et borné? 

NIOTTE, s. f. Cache, cachette, réduit. Je trouvai une excel- 
lente niotte, et j'y cachai le boursicaut. Ils découvrirent la 
niotte et enlevèrent le sac. 

NI PEU NI TROP, loc. adv. Beaucoup, considérablement. 
Toute l'école vient d'être punie ni peu ni trop. La pluie 
nous a surpris à une demi-lieue de la ville, et nous avons 
été rincés ni peu ni trop. 

NIQUER, V. a. Terme d'écolier. Tout gagner, mettre à sec. 
Être nique, être flambé, avoir tout perdu, [p. g.] 

NIQUET, s. m. Nigaud. En Normandie, niquet &]^m\\e : Sim- 
ple et un peu niais. 

NITON. Ne dites pas : Les pierres du Niton, mais : « Les 
pierres de Niton, » parce que le nom de Niton est une alté- 



NIV— NON 61 

ration de celui de « Neptune. » Ce sont deux énormes pier- 
res qui se voient à Genève, dans le lac, en face et tout près 
des Eaux-Vives, [p. g.] 
NI VU NI CONNU. Expression elliptique et familière, qui 
revient à celles-ci : C'est fini; n'en parlons plus; qu'il n'en 
soit plus question. 
NOCE, s. f. Terme enfantin, qui signifie : Petit morceau, petit 
carré de pain sur lequel on place un peu de iomme ou un 
peu de chocolat, ou quelque petite sucrerie. Faire des no- 
ces. Si vous êtes sages, mes enfants, vous aurez des noces 
après votre goûter. 
t NOËL, s. f. A la Noël. Faute fréquente en Suisse, en Sa- 
voie et en France. Dites : A Noël, aux fêtes de Noël. 
NŒUD-COURANT, s. m. Nœud coulant, nœud qui se serre 
ou se desserre sans se dénouer. Le chat fut pris dans le 
nœud-courant. Terme savoisien et méridional. 
NOGAT, s. m. Nougat, gâteau d'amandes au miel ou au ca- 
ramel. Terme méridional. « Nougat » vient du mot langue- 
docien nougue, sorte de grosse noix dont on faisait origi- 
nairement ce gâteau. R. nux. 
NOGET, s. m. Nigaud, dadais. En Normandie : Nigeon. 
NOIR, s. m. (fig.) Avoir du noir, signifie : Broyer du noir, 
se livrer à des réflexions tristes, à des pensées sombres et 
mélancoliques. Nous disons dans le même sens : Etre dans 
ses noirs. Hier il était dans ses noirs, le voilà loustique 
aujourd'hui. 
NOIX, s. f. Nous disons ligurément et proverbialement à une 
personne qui fait un plan baroque, une combinaison saugre- 
nue et inexécutable : Fous avez rangé tout cela comme des 
noix sur un bâton. 
NONANTE, adj. numéral. Quatre-vingt-dix. Nous étions à 
cette assemblée nouante et quelques. L'Académie indique ce 
mot de nouante comme vieilli, et Boiste l'appelle inusité. 11 



62 NON— NOU 

f'st d'un usage universel en Suisse, en Savoie el dans le 
midi de la France. « Il est fâcheux, dit M. Bescherelle, 
qu'on ait laissé vieillir le moi nouante, et qu'on lui ait sub- 
stitue un terme aussi barbare et aussi irrégulier que « qua- 
tre-vingt-dix. » [Dicliunnaire National.] 

NONNET, s. m. Homme simple et même un peu nigaud. 

NON-NETTE, s. f. C'est ainsi que nous prononçons le mot 
« Nonnette, » terme peu répandu en France, mais enregis- 
tré dans le dictionnaire de Bescherelle et dans le Complé- 
ment de l'Académie. En Valais on dit : Nanette. 

NONO, s. m. Terme enfantin. Couchette, berceau. Faire 
nônô, dormir. Aller nônô, aller dormir. Nônô, Fanfan, 
etc., est un refrain de chanson sur un air ou une note très- 
capables d'endormir l'enfant le plus éveillé. Terme vaudois, 
savoisien et provençal. Dans le Limousin on dit : Faire 
na-na. 

NON PAS, loc. adv. Au contraire. Eh bien, André, le concert 
a été, dit-on, bien mauvais? — lia été délicieux, non pas. 

NON-PLUS (LE). Ne s emploie que dans cette expression : 
Etre au non-plus, c'est-à-dire : Etre dans une position 
fort critique, être dans une perplexité cruelle, être à quia, 
être aux abois. 

t NOUEL. Noël- A la Noué'l prochaine. Cette expression des 
campagnards est un reste de l'ancien français, et le savant 
iMénage préférait ce terme (Nouèî) à celui de Noël. 

NOUER, v. a. (fig.) Joindre. Nous disons figurément et fa- 
milièrement : Nouer les deux bouts, pour signifier : Avoir 
de quoi suffire à toutes les dépenses de l'année. Locution 
méridionale. L'Académie dit : «Joindre les deux bouts. » 

NOURMË, s. f. Vieux conte, htgnie, vieille histoire qui n'a 
pas le sens commun. Dans l'ancien patois genevois, nour- 
ma signifiait : Règle. -4 vontra nourma, à votre volonté. 



NOU— NUI 63 

NOURHISSAGE, s. m. Les dictiorinaires Irançnis définissent 
ce mot : «Soin et manière d'élever les bestiaux. » A Ge- 
nève, nourrissage signifie : Le temps pendant lequel la 
mère ou la nourrice allaitent l'enfant. M'^'"' N** s'est mieux 
portée pendant son nourrissage que jamais auparavant. 
Nourrissage à la bouteille. Noiirrissage au biberon. Le 
dernier mois du nourrissage se paie double. Expressions 
utiles, connues à Lyon et sans doute ailleurs. 

NOUVEAU (UN). Ce mot signifie : 1° Une nouvelle, c'est-à- 
dire : Le premier avis qu'on donne d'un événement tout 
récent; 2" Une chose inaccoutumée, une nouveauté. Eh 
bien! Messieurs, nous apportez-vous quelque nouveau? 
Je m'enmiie loin de Genève ; écrivez-moi tous les nou- 
veaux que vous pourrez. Quel nouveau de vous voir à 
cette heure-ci chez nous ? Terme suisse-roman et savoisien. 
Dans le patois rouchi : Un nouviau. En français, on dira 
fort bien : « Y a-t-il du nouveau? Voici du nouveau.» Mais 
un nouveau est une expression très-incorrecte et inconnue 
aux dictionnaires. 

NOUVEAU (À), adv. De nouveau, derechef, une seconde 
fois. La muraille était à peine finie, qu'il fallut l'abattre 
et l'établir à nouveau. Cet habit n'est pas acceptable, vous 
le ferez à nouveau. Selon l'Académie et selon tous les dic- 
tionnaires, à nouveau est un terme de banque, un terme 
de commerce, qui signifie : Sur un nouveau compte. « Cré- 
diter à nouveau ; débiter à nouveau ; porter à nouveau . « 

NOYAUX (DES), (lîg.) De l'argent. Terme connu aussi en 
Savoie. 

NOYER (SE), v. pron. Nous disons proverbialement de quel- 
qu'un qui se laisse effrayer par le moindre obstacle, ou par 
la moindre dilTicullé : // se noie dans un verre d'eau. L'A- 
cadémie dit : « Il se noie dans un crachat. » 

ÎNUIT, s. f. Les expressions : Se mettre de nuit, ou : Se 



64 NUI-OBS 

mettre à la nuit , veulent dire : « S'anuiter, » s'exposer 

à être surpris en route par la nuit. [p. g.] 
NUIT, s. f. La nuit tous les. chats sont gris. Dites avec le 

dictionnaire de l'Académie : « La nuit tous chats sont 

gris. )i Et, avant de faire usage d'un proverbe quelconque, 

ayez soin de le connaître parfaitement, 
t NUMERO, s. m. J' hasarda cinq francs, et fallrapa un 

excellent numéro. Ecrivez et prononcez « Numéro, » avec 

un accent sur l'e. 







OBÉISSANCES, s. f. pi. La formule suivante de salutation: 
Je vous présente mes obéissances, n'est pas française. H 
faut dire au singulier : Je vous présente mon obéissance. 

t OBELONS, s. m. pi. Houblons. Cueillir des obelons. Man- 
ger des obelons en salade. Terme savoisien et vieux fran- 
çais. 

OBLIGEANCE, s. f. Ce mot signifie : Penchant à obliger, 
disposition à obliger. Ainsi nous parlons incorrectement 
quand nous disons : Ayez l'obligeance de me prêter un pa- 
rapluie. A%iriez-vous l'extrême obligeance de m'accompa- 
gner ce soir F M"" N** a eu l'obligeance de me promettre 
des billets de concert. Mais on sera exact en disant : « Votre 
ami Gustave est un homme d'une grande obligeance ; il met 
dans ses procédés, et dans toute sa manière de faire, une 
excessive obligeance ; on ne saurait porter plus loin l'obli- 
geance et le dévouement. » Remarque un peu délicate et 
subtile. 

OBSERVATION, s. f. Nous disons : Je vous ferai une ob- 
servation, c'est que Permettet-moi une observation. 



OCC-ŒU 6S 

J'ai voulu faire quelques observations à notre jeune avo- 
cat, mais il les a mal prises. Il faut dire : Je vous ferai 
faire une observation, une réflexion, c'est que Permet- 
tez que je vous fasse remarquer, etc. On ne dit pas non 
plus : Je vous observerai que Il faut dire : Je vous fe- 
rai observer que 

OCCASION, s. f. Nous disons : Auriez-vous occasion d'ex- 
cellente toile ? Si vous avie:: occasion de café, je sais un 
bon coup à faire. Quand vous aurez occasion de macula- 
ture, adressez-vous à moi, ou à mon ami Z. Z**. Cette 
expression, qui n'a point d'équivalent exact en français, est 
un anglicisme. Occasion, en anglais, signifie : « Besoin. » 
Mais on dira fort bien : Marchandise d'occasion ; livres 
d'occasion; acheter un piano d'occasion. 

OCHON, s. m. Hoche, entaillure, coup. Se donner un ochon; 
se faire un ochon; recevoir un ochon. 

OCHONNER, V. a. Faire des hoches, entailler. S'OCHON- 
NER, V. pron. Se meurtrir. En gravissant la moraine du 
bois de La Bâtie, notre gamin s^est tout ochonné. 

ŒILLETON, s. m. Mignonnette, mignardise, petit œillet dont 
on garnit les plates-bandes. Dédoubler des œilletons. 
« Œilleton, » en français, signifie : Rejeton d'œillet, mar- 
cotte d'œillet. 

ŒUF DE FOURMI, s. m. Dites : Ver de fourmi, nymphe 
de fourmi. Les œufs de ces insectes sont beaucoup plus 
petits et presque imperceptibles ; ce sont les vers qui en 
sortent et qui passent ensuite à l'état de nymphes, que 
nous donnons aux rossignols et à quelques autres oiseaux. 
[Glossaire de Gaudy.] 

ŒULE, s, f. Ou plutôt œula et oûla, sont des termes patois 
qui signifient : «Marmite.» Dans le patois du canton de 
Vaud on dit : Aulà et eulâ; dans le patois de l'Isère, olla: 
en provençal, oulo; en latin, olla. 

II. 7 



66 ŒU— OHV 

ŒUVES ou UVES, s. f. pi. Laite, laitance. Les œuves d'une 
carpe, les œuves d'une lotte, etc. Dans beaucoup de pois- 
sons les œuves sont une nourriture très-estimée. Ce mot 
a été recueilli par Gotgrave, dans son Dictionnaire fran- 
çais-anglais. Terme vaudois et savoisien. Nous disons aussi : 
Lait. Voyez ce mot, tome II, p. U , 

OFFRE (UN). Un offre gracieux ; un offre avantageux. Ce 
mot était autrefois des deux genres ; il est actuellement fé- 
minin. Il faut dire : Une offre gracieuse, une offre géné- 
reuse, etc. 

OFFRIR À..., suivi de l'infinitif. Offrir de. On lit journelle- 
ment dans nos Petites Affiches : On offre à vendre une bi- 
bliothèque; on offre à vendre un canapé et six chaises, etc. 
Dites : « On offre de vendre -, » ou, ce qui revient au même ; 
« On offre à acheter. » 

OGNE, s. f. Terme d'écolier. Coup porté par un mâpis sur 
les articulations des doigts. Etre condamné aux ognes; 
recevoir les ognes. 

OGNON, s. m. Tape, coup, contusion. Recevoir un ognon: 
se donner un ognon; se faire un ognon. 

OGNON , s. m. Nous disons d'une personne excessivement 
propre : Elle est propre comme un ognon. 

OH ALORS! Exclamation de surprise. Sais-tu l'aventure 
de la ménagerie P — Non. — Eh bien! Ecoute. Quand les 
spectateurs y pensaient le moins, le singe, dans un accès 
de gaîté, s'est jeté sur une belle dame, lui a enlevé son 
chapeau de velours et s'en est coiffé. — Oh alors! voilà 
qui est plaisant. 

OH! VOILA, locution adverbiale qui marque le doute. Com- 
bien de temps seras-tu absente, Suzon?—Oh! voilà, 
un mois ou deux. Aimes- tu ton état de tailleuse, Lisette P 
— Oh ! voilà, on gagne peu, mais l'ouvrage ne manque 
jamais. Es-tu fatigué de ta course de montagne, Emile!' 



OIS-ON 67 

— Oh! voilà, je serai bien aise de me reposer. Cette ex- 
pression est d'un emploi universel chez nous. 

OISEAU, s. m. Fête ou réjouissance, appelée aussi « Papegai. » 
L'Académie et tous les dictionnaires disent : « Tirer l'oi- 
seau. » On dit à Genève : Tirer à l'oiseau. 

t OLIFE, s. f. Olive. Du bon huile d'olife. Dans le patois 
rouchi on dit: Olife et oulife; en vieux français, olif. 
[Voyez Roquefort, Supplémenl au Glossaire roman.] 

OLIVE, s. f. Primevère des prés, primevère à fleur jaune. 
Une plante d'olives; un bouquet d'olives. 

OMBRE, EE, adj. Une promenade ombrée est : Une pro- 
menade où l'on est à l'ombre; une promenade où les arbres 
procurent de l'ombre. Parc ombré; prairie ombrée; seii- 
tier ombré. Ce sens du mot « ombré » aurait bien droit, 
peut-être, de figurer dans les dictionnaires. « Ombragé » 
n'est pas synonyme d'ombré. « Ombreux » s'en approche- 
rait davantage. 

OMBRE-CHEVALIER, s. m. Sorte de poisson particulière 
à notre lac. 

OMBRETTE, s. f. Ombrelle, petit parasol. Terme français 
populaire et vieux français. 

t OMNIBUS, s. f. La grande omnibus. Ce mot est masculin. 

OMNIBUS, s. m. Petite dose' d'eau-de-vie et de sirop mêlés 
ensemble dans un verre qu'on remplit d'eau chaude , et 
qu'on sert chez les débitants de boissons, [p. g.] 

OMNIBUSSIER, s. m. Conducteur d'omnibus. 

ON, pron. pers, indéfini. Ce pronom tient la place de «nous» 
ou de «je » dans le langage des gamins. Jacques! Jacques! 
On va au bois des Frères : en es-tu ? On dérochera des 
nids et l'on avantera des gaules. On a un jardin, nous, 
avec des poules et un lard. On est sage, nous : on va ra- 
masser du bois pour la grand'mère. 

t ONCORE, adv. Encore. Pas oncore. 



68 OND— ORI 

ONDE, s. f. Se dit de l'eau qui bout. Cuire à grandes ondes, 
signifie : « Cuire à gros bouillons. » Il faudra deux ondes 
à cette tisane. Il suffit d'une onde à ces petites herbes. 
Terme méridional, etc. 

ONGLE (UNE). Tii as les ongles bien longues, Alexis. Ce 
mot est masculin. 

ONGLÉES, s. f. pL Engourdissement douloureux au bout des 
doigts, causé par un grand froid. Avoir les onglées. Dites : 
« Avoir l'onglée. » 

1 OPÉNIÂTRE, adj.ets. Opiniâtre. S'OPÉNIÂTRER, v. 
pron. S'opiniâtrer. 

OPIÂTRE, s. m. Opiat, confection. 

ORA, s. f. Air, vent qui souffle. Terme patois, connu en Sa- 
voie et en Dauphiné. Dans le canton de Vaud on dit : Atirra, 
eura et aura. En latin, aura. 

t ORâGAN, s. m. Ouragan. Les affreux ravages d'un ora- 
gan. Terme savoisien et lyonnais. 

ORANGE, s. f. Eau de fleur d'orange. "Voyez l'expression : 

FLEUR DE PÊCHE, t. 1", p. 2H. 

ORRET, s. m. Routon à la paupière, orgelet. 

ORDON, s. m. Terme des campagnards. Portion de tâche. 
Un petit ordon; un grand ordon. Mener l'ordon, signifie: 
Être à la tête des faucheurs; être à la tête des vendan- 
geurs. Cette expression, qui appartient au vieux français, 
. est fort connue en Savoie, dans le Dauphiné, dans le Rerry, 
à Reims et ailleurs. 

ORGANE, s. fém. Une belle organe. Ce mot est masculin. 
Un bel organe 5 un organe flatteur; un organe musical. 

ORGE D'ULM, s. m. Orge mondé; orge perlé. 

ORIGINE (À L'), loc. adv. Dans l'origine, originairement. 
«1 l'origine ce vaste pays (le Rrésil) fut peu estimé des 
Portugais. » [Rrédow, Histoire universelle, t. II, p. 116.] 



ORI— OTU 69 

ORIOL, s. m. Loriot, oiseau. En Languedoc : Loriol ; à 
Chambéry, louriot. 

ORTEUIL, s. m. Le gros orteuil. Ecrivez et prononcez «Or- 
teil. » Le gros orteil; le petit orteil. 

t ORTHOGRAPHE, s. m. Un mauvais orthographe. J'ai 
fait huit mois de Septième, et je n'ai jamais pu attraper 
un bon orthographe. Ce mot est féminin. 

ORTHOGRAPHER, v. a. Orthographier. 

ORTHOPÉDISTE, s. m. Ne signifie pas: Redresseur de pieds. 
Il signifie, d'après l'étyraologie grecque : Médecin qui cor- 
rige ou qui prévient dans les enfants les difformités du 
corps. « Orthopédiste » est formé des mots orthos, droit, 
et païss, païdoss, enfant. 

ORVAT, s. m. Plante fort commune, appelée en français : 
Orvale, Ce que nous nommons orvat des prés, s'appelle: 
Sauge des prés. 

OS, s. m. Se donner un coup là où les Allemands n'ont 
point d'os, signifie : Se donner un coup à ce nerf du coude 
que les médecins appellent « Nerf cubital. » 

OSSAILLES, s. f. pi. Os de porc. On se régala d'uneplate- 
lée d'ossailles. Terme savoisien. 

OSTRUCTION, s. f. Terme de médecine. Obstruction. Avoir 
des ostructions au foie. Cette faute nous vient probable- 
ment du Midi, où l'on retranche le b dans une quantité de 
mots, et oii l'on dit : par exemple : Oscurité, ostacle, osti- 
nation, ostiné. 

OT. Dans tous les mots qui se terminent par ot, comme pot, 
marmot, cachot, sabot, haricot, fagot, huguenot, nous pro- 
nonçons l'o très-bref, et c'est aussi la prononciation des Mé- 
ridionaux. Les Parisiens, au contraire, le prononcent long. 
Pat, marmot, cachât, sabût, haricot, tripot, huguenot, 
etc., et c'est la prononciation reçue dans les dictionnaires. 

ÔTU-BÔTU, adv. Voyez .utu-bÔtu, t. ^^ p. 29. Ce mot 
H. 7. 



70 OUA— OUR 

est aussi substantif. Faisons de toutes ces marchandises un 
ôtu-bôtu. Terme vaudois et jurassien. 

OUABLIA, s. f. Terme patois. Clématite commune, nommée 
aussi « Herbe aux gueux » et « Viorne des pauvres, » Cer- 
tains mendiants roués écrasent les feuilles de cette plante 
pour se faire des excoriations qui ont l'apparence d'ulcères, 
afin d'exciter la pitié des personnes auxquelles ils deman- 
dent l'aumône, et qui ne sont pas au fait de cette manœu- 
vre, [p. G.] 

OUA-OUA, s. f. Terme enfantin. Chien. Regarde le joli oua- 
oua; caresse un peu ce oua-oua. 

OUBLI, s. m. Pain à cacheter. Oubli noir, oubli vert. Boîle 
d'oublis. Terme suisse-roman et savoisien. 

OUBLIEUR, adj. m. Oublieux. 

t OÙ CE QU'IL EST? Où est-il? Où ce qu'il demeure? Où 
demeure-t-il? Où ce qu'il va? D'où ce que tu viens? Fran- 
çais populaire. 

OUÏE (L). Ne dites pas : Avoir l'ouïe fin, avoir l'ouïe dé- 
licat, etc. Ce mot est féminin. Ouïe fine, ouïe délicate. 

OUÏE, s. f. Nous disons et nous écrivons : A l'ouïe de ces pa- 
roles; à l'ouïe de cette déclaration des juges; à l'ouïe d'un 
semblable aveu, etc. Cette expression, qui manque à la lan- 
gue française, est à la fois claire et concise, et il y a plus 
d'un siècle qu'elle est entrée dans le domaine du style ré- 
fugié. « A l'ouïe d'un nom aussi respectable que celui de la 
vertu, il me semble, » etc. [Lenfant, Premier Sermon.] 
« A l'ouïe de ces mêmes sons, » etc. [Ch. Bonnet, Con- 
templation de la nature, XII""^ partie, ch. 28.] « A l'ouïe 
de ce qui venait de se passer à Lausanne, » etc. [M'' ***, Le 
iâ Février, p. 40, 41.] 

OURIOU et mieux HOURIOU, s. m. Petit enfant. Expression 
de la conversation la plus familière. Et les ourious, voisin, 



OUR— OVA 71 

comment sont-ils P En Bourgogne, haïrai^ et en vieux fran- 
çais hoir et hoiret, ont le même sens. 

OURIOU, s. m. Loriot, oiseau. On dit aussi : Oriol. 

OURLE, s. f. Terme de couturière. Ourlet, repli que l'on fait 
au bord d'une étoffe. Ourle ronde; ourle plate. En vieux 
français : Orle. 

OURLES, s. f. pi. Oreillons, inflammation des glandes voisi- 
nes de l'oreille. Prendre les ourles; avoir les ourles. Terme 
suisse-roman, savoisien et dauphinois. 

OURTIE, s. f. Ortie. 

OURTILLIÈRE, adj. Nous appelons fièvre ourtilliere ce que 
les gens de l'art appellent en France : Fièvre ortiée, fièvre 
urticaire. 

OU SINON, conjonct. Sinon. Obéis à l'instant, ou sinon... 
gare! Français populaire. 

OUSTE. Le mois d'ouste ; à la fin d'ouste, etc. Orthographe 
et prononciation viceuses du mot « août, » lequel se pro- 
nonce ouït selon le dictionnaire de l'Académie, et où selon 
d'excellents grammairiens. Dans le vieux français, on disait : 
Axoouste. R. augustus. 

OUTA, s. f. Terme des campagnards. Cuisine. Dans le canton 
de Vaud on dit : Outo, otlo et otau. Dans le Valais, outto, 
s.f., signifie : Auberge, cabaret. En vieux français, ost et 
ostau, logis, maison, hôtel. R. hospitium. 

i OUVRAGE (UNE) . Ton ouvrage est-elle finie, Joséphine ? 
Tu as fait là vraiment une belle ouvrage! Ce solécisme, 
qui est une tradition du vieux français, se fait à Paris et sans 
doute ailleurs. ' 

OVAILLE ou OVALE, s. f. Accident arrivé par une force ma- 
jeure; désastre qu'on ne pouvait prévoir. Ce terme n'est em- 
ployé que dans l'expression suivante : Cas d'ovaille. « Les 
dégâts causés à un fermier par une grêle, par une gelée, 
par un ouragan, par une inondation, par une invasion enne- 



72 PAC-PAG 

mie, sont autant de cas d'ovailles. » Terme vaudois. Le 
tremblement de terre qui détruisit, en 1584, le village d'Y- 
vorne, (canton de Vaud), s'appelle: La grande ovaille. 
A Neuchâtel et en Franche-Comté on dit : Orvale. 



PACHE, s. f. Accord, transaction, marché. Bonne pache; 
mauvaise pache. La pache est faite. Terme suisse-roman, 
savoisien, méridional et vieux français. Dans le vieux fran- 
çais, pac^e était masculin. R. pactum. 

PACOT, s. m. Boue épaisse, gâchis. S'enfoncer dans le pa- 
cot. Terme suisse-roman et savoisien. 

PACOTER, V. a. etn. S'enfoncer dans le pacot. Nous paco- 
tions dans ce chemin. SE PACOTER, v. pron. Se salir de 
boue, entrer dans le pacot. 

PACOTEUX, EUSE, adj. Plein de pacot. Sentier pacoteux ; 
route pacoteuse. 

PAFFE, adj. Signifie : 1" Gorgé de nourriture ; 2» Ivre, plein 
de vin. Ils s'en revinrent tellement paffes, qu'ils avaient 
peine à se soutenir. Terme trivial. Dans le dialecte rouchi, 
s'empaffer signifie : Se bourrer d'aliments; et dans le dia- 
lecte lorrain, ce même verbe signifie : Boire avec excès de 
l'eau-de-vie ou d'autres liqueurs. 

PAGNON, s. m. Gros morceau de pain. Terme suisse-roman 
et savoisien. En vieux français : Paignon. R. panis. 

PAGNOT, s. m. Nigaud, dadais. Un vrai pagnot ; un franc 
pagnot. Dans le vieux français, pagnote signifiait : Homme 
de rien, chenapan, lâche, poltron; et ce terme subsiste en- 
core dans le patois du Dauphiné [pagnota). 

PAGNOTERIE, s. f. Sottise, bêtise, stupidité. Dans le vieux 
français, pagnoterie signifiait : Lâcheté, action lâche. 



PAI— PAN 73 

PAILLASSON, s. m. Banneton, panier à pâte, sorte de jatte 
de paille où l'on met la pâte pour donner la forme au pain. 
Terme savoisien et méridional. 

PAILLER, V. a. Pailler une chaise, pailler un tabouret, 
c'est : Les garnir de paille. On dit en français : Empailler. 

PAILLEUR DE CHAISES, s. m. Empailleur de chaises. 

PAIN, s, m. Nous disons figurément de quelqu'un qui peut 
vivre sans travailler : Il a du pain sur la planche. On dit 
en français : « Il a du pain cuit; il a son pain cuit.» [Acad.] 

PAIN CUIT. Ce qu'on appelle en français « Panade, » s'ap- 
pelle à Genève : Soupe au pain cuit. Terme savoisien , 
marseillais, etc. 

PAIN DE LOUP, s. m. Baie ou fruit de la viorne. 

PAIR, s. m. Nous disons : Jouer à pair ou impair; on dit en 
français : « Jouer à pair ou non. » 

t PAIRE (UN). Un paire de bas, un vieux paire de g relies. 
Il n'y a qu'un paire de jours que je le rencontra en rue. 
Ce solécisme, très-fréquent en Savoie et dans le Midi, appar- 
tient au vieux français. 

PAIR ET COMPAGNON. Nous disons de deux hommes qui. 
étant d'une condition fort différente, vivent néanmoins dans 
une grande intimité : Ils sont pairs et compagnons ; ils vi- 
vent comme pairs et compagnons. L'Académie dit : « Ils 
vivent de pair À compagnon. » 

PALET, ETTE, adj. Pâlot, un peu pâle. Notre Louisa était 
palette ce matin. 

PALETTE, s. f. Abécédaire, petit livre destiné à l'enseigne- 
ment de l'alphabet. Terme suisse-roman et savoisien. 

PALOURD, OURDE. s. Terme de mépris. Balourd, pataud, 
homme grossier. 

PAN, s. m. Mesure de longueur. Au sens figuré : Cela fait k 
pan, signifie : Cela solde, cela balance. La mesure appelée 
pan est encore connue dans le Midi. 



1i PAN-PANO 

PAN, s. m. Terme d'écolier. Brin de paille pour mesurer une 
petite distance. 

PANACHE (UNE). Ce mot est masculin. « Panache ondoyant. » 

PANCHER D'EAU. Faire de l'eau. 

PANER, V. a. Terme des campagnards. Torcher, essuyer. 
Voyez plus bas, panner. 

PANET, PANÉ ou PANAIS, s. m. Sorte de millet dont cer- 
tains petits oiseaux sont friands. Terme suisse-roman et 
savoisien. On dit en français : Panic ou Panis. 

PANETIER, s. f. Vannier, faiseur de paniers, [p. g.] 

PANFU, UE, s. Terme des campagnards. Ce mot n'est autre 
chose que le mot français « Pansu, » la lettre s se changeant 
fréquemment en f, dans le patois, comme nous l'avons re- 
marqué plus haut, tome I", p. 61 . Panfu se dit d'un homme 
qui a une grosse panse. Nous disons aussi : Panflu. 

PANIER, s. m. Figurément et proverbialement, nous disons 
d'un homme très-maladroit : Il est lourd comme un panier. 

PANIÈRE, s. f. Sorte de grande corbeille à anses. Ce terme, 
très-répandu en France, et principalement à Lyon et dans 
le Midi, manque dans les dictionnaires. Nous appelons aussi 
pamère un grand cabas, un grand panier couvert. 

PANIÉRÉE, s. f. Panerée, le contenu d'un panier extrême- 
ment rempli. En provençal : Panieirado. 

PANNER ou PANER, v. a. Terme des campagnards. Es- 
suyer. Ce verbe paner se retrouve non-seulement dans les 
divers patois de la Suisse romane et de la Savoie, mais aussi 
dans le Berry, en Dauphiné, en Franche-Comté et dans le 
vieux français. Dans le patois des Vosges, panneur veut 
dire: Balai; en Normandie, pannas, plumeau; dans le 
canton de Vaud, panaman, essuie-mains. 

PANOSSE, s. f. Torchon, vieux morceau de linge servant dans 
les cuisines à frotter et à nettoyer les meubles et ustensiles 
sales. Terme suisse-roman. En provençal : Panoucho. Dans 



PAN— PAP 75 

le vieux français, panoseux signifiait : Couvert de haillons. 
R. panniis, drap, linge, chiffon. 

PANOSSER, V. a. Laver avec une panasse. N'écure:: pas ce 
plancher. Jeannette, mais contentez-vous de le panosser. 

PANTALON, s. m. Râle deau, oiseau. 

PANTET, s. m. Signifie : 1° Un pan de chemise, un bout de 
chemise qui pend 5 2° La chemise elle-même. Etre en pan- 
tel, être en chemise, avoir une simple chemise. On criait : 
Au feu! à l'eau! Les voisins y coururent enpantet. Terme 
suisse, savoisien et franc-comtois. 

PANTOMINE, s. f. Écrivez et prononcez « Pantomime. » 

t PA-ONNE, s. f. Se dit d'Une femme qui s'attife ou qui fait 
la glorieuse. A-t-on rien vu de pareil à cette Jenny ? Elle 
se met comme une guignauche à la maison, et comme une 
pa-onne dès qu'elle sort. Le féminin de « Paon « est bien 
« Paonne, » mais ce mot doit se prononcer panne. 

PAPACOLON, s. m. Joubarbe, plante grasse et toujours verte, 
dont l'espèce la plus commune croît ordinairement sur les 
toits et sur les murs. 

PAPEROCHES, s. f. pi. Paperasses. 

PAPET, s. m. Soupe très-épaisse, telle qu'est celle qu'on 
donne aux moissonneurs. Terme suisse, savoisien, dauphi- 
nois et languedocien. Figurément, Il ne peut plus direpa- 
pet, se dit d'un homme qui a tellement bu, qu'il ne peut 
plus parler distinctement. Dans l'évêché de Bàle et en 
Franche-Comté on dit: Paipay; en Belgique, pape, etc. 

PAPET CORDET, s. m. Soupe à la courge. Dans le vieux 
français, coorde ou cohorde signifiait : Gourde, citrouille. 
En latin, cucurbita, dont on a fait d'abord coucourde. 
[Voyez Robert Estienne, Dictionnaire français-latin, 
édition de 1603.] Nos campagnards appellent une courge, 
nà courdà ou kœurda. 

PAPETTE, s. f. Voyez papet, qui a le même sens. 



76 PAP— PAR 

PAPIER CASSE, adj. m. Nous appelons papier cassé ce 
qu'on appelle, en français : Papier brouillard, papier qu'on 
emploie à sécher l'encre d'une écriture fraîche. Une com- 
presse de papier cassé. Terme parisien populaire. 

PAPIER DE POSTE, s. m. Papier à lettres. Une rame de 
papier de poste. Terme neuchâtelois, etc. 

PAPIERS, s. m. pi. J'ai lu dans les papiers. Dites : J'ai lu 
dans les Papiers publics, c'est-à-dire : Dans les journaux, 
dans les feuilles publiques, dans les gazettes. 

PAPILLOTES, s. f. pi. Figurément : Avoir les yeux en pa- 
pillotes, signifie : Ne pas les avoir bien ouverts en se ré- 
veillant. 

PAQUET, s. m. Fagot, faisceau de menu bois. 7'ame mieux 
brûler des paquets que des fascines. Un cent de paquets 
coûte de huit à douze francs. 

PAQUET, s. m. Nous disons : Donner à quelqu'un son pa- 
quet, pour : Le congédier, le renvoyer. Les dictionnaires 
ne mentionnent pas cette expression, mais bien la suivante : 
« Recevoir son paquet, » c'est-à-dire : Etre congédié, 

PAQUETIER, 1ÈRE, s. et adj. Cancanier, faiseur de paquets, 
tripotier, médisant. N'ayez plus rien de commun avec ce 
paquetier. Terme savoisien. 

PAQUIS, s. m. Terme des campagnards. Troisième coupe du 
foin. 

PAR, prépos. // vendit ^brique par brique (brique à brique) 
tout son mobilier. Vous arracherez ces herbes brin par 
brin (brin à brin) . Dictez-moi votre nom de famille lettre 
par lettre (lettre à lettre). 

PAR, prépos. Il y a deux ans jour par jour (jour pour 
jour) que M"" N** est mort. Vous me copierez ce manuscrit 
page par page (page pour page), etc. Mais on dira fort 
bien : Écrivez jour par jour toutes vos dépenses, etc. 

PARAFE (UNE). Une belle parafe. Ce mot est masculin. 



PAR— PARE 77 

t PARAÎTRE (SE), v. pron. Paraître, être aperçu, s'aper- 
cevoir. Pour raccommoder les manches et le collet, vous 
prendrez dans le pan de l'habit : cela ne veut pas se pa- 
raître. 

PARAPEL, s. m. Parapet. Français populaire. 

PARBOUILLIR, v. a. Faire bien bouillir. Des épinards par- 
bouillis. Terme vieux français. 

PAR CONTRE, adv. Si le vin est cher cette année, par con- 
tre il est bon. Le petit Ernest a une figure peu attrayante, 
mais il a par contre une belle santé. Le paysan gagne peu, 
mais par contre il ne hasarde guère. Dans ces exemples, 
et dans les exemples analogues, dites : En revanche, en ré- 
compense. 

PAR-CONTRE (LE). L'équivalent. Recevoir le par-contre . 
Terme suisse-roman et savoisien. 

PAR-DESSUS, adv. Nous disons d'un homme adroit, rusé, 
et qui se tire toujours d'affaire dans les circonstances les 
plus critiques : Ll les sait toutes et une par-dessus. Ex- 
pression qui se prend d'ordinaire en mauvaise part. 

PARE, s. f. Croûte, pelure du fromage et de la tomme. Oter 
la pare, manger la pare; donner la pare aux poulets. 
Terme suisse-roman et savoisien. Voyez parer. 

t PAR ENSEMBLE, adv. En commun, en société. On achè- 
tera ces deux lards par ensemble. Terme vieux français. 

t PAR ENSUITE, adv. Ensuite. Terme vieux français. 

PAREPLUIE, s. m. Parapluie. 

PARER, V. a. Parer son fromage, parer sa tomme, en ôter 
la croûte. Terme très-connu dans les Alpes qui nous avoi- 
sinent. En Languedoc, parer le lait signifie : « En ôter la 
crème. » Dans le vieux français, parer veut dire : Peler. 

PARESOL, s. m. Parasol. 

PAREVENT, s. m. Paravent. 

II. 8 



78 PAR— P A RM 

t PAR HASARD, loc. adv. En revanche, en compensation, 
du moins. // n'a pas grand' chose, lui; mais sa femme, 
par hasard, a beaucoup de terrain. Comment donc, ce 
drôle de Joigne vous a répondu si insolemment! — Oui, 
Monsieur, mais je l'ai remouché par hasard, c'est-à-dire : 
Mais à mon tour je l'ai arrangé. Que vous est-il donc arri- 
vé, Monsieur Paltey ? — // m'est arrivé que je me suis mis 
quatre vessicatoires, sans l'ordonnance du médecin; mais 
j'en ai souffert, par hasard, et l'on ne m'y reprendra pas. 
Expression fréquente chez les campagnards. 

PARIURE, s. f. Pari, gageure. J'en ferais bien la pariure. 
Terme français populaire. 

PARLENTIN, subst. etadj. Grand parleur, babillard, bavard. 
Comment as-tu la patience d'écouter ce parlentin? Le fé- 
minin parlentine, d'autres disent par/en£euse, est peu usité. 

PARLER LE RHUME. Expression consacrée chez nous et 
qui signilie : Parler avec un son de voix qui dénote un 
viiume. 

PARLEPi MAL et MAL PARLER, sont deux expressions 
.différentes. « Parler mal, «c'est: Manquer aux principes 
de la grammaire. « Mal parler, » c'est : Dire des paroles 
offensantes, médire. [Acad.] Mais nos grands écrivains 
n'ont pas observé scrupuleusement cette distinction, et les 
exemples à l'appui ne manqueraient pas. 

PARMI, adv. Au milieu, dans le milieu, dans l'intérieur. Ce 
foin paraît sec, mais il est encore mouillé parmi. Cette 
paille est mouillée parmi. Cette expression, qui nous vient 
du vieux français, est fréquente dans la bouche des campa- 
gnards. 

PARMI, prép. S'emploie souvent en sous-entendant son com- 
plément. Vos moutons sont chétifs ; il y en a pourtant 
d/asse:: bons parmi. Expression inconnue aux dictionnaires 
ot blâmée par les grammairiens. 



PAR— PART 79 

PAROI, s. f. Parui lilelée ; paroi gijssée; paroi en carrons. 
Le mol paroi est français, mais vieux et inusité dans le sens 
qui lui est donné chez nous. Le terme véritable est : « Cloi- 
son. » 

PAROLI, s. m. Babil facile, élocution abondante. Ce jeune 
homme n'a qve du paroii. En provençal, parunli signitie : 
Langage flatteur et séduisant; dans le vieux français : Pa- 
roler, discourir. 

t PAR PEU QUE, locut. conj. Pour peu que. Far peu que 
tu lambines, ta arriveras trop tard. Par peu que tu sois 
diligent, tu pourras 7ious rattraper. Faute fréquente, mais 
qui passe inaperçue, à cause de la ressemblance des sons 
par peu et pour peu. 

PARPILLOLE, s. f. Monnaie genevoise du seizième siècle, 
valant les trois quarts d'un sou, soit neuf deniers. Elle s'ap- 

• pelait aussi parpayole. 

PARPILLON, s. m. Terme des cam[)agnards. Papillon. Fais 
voir à ces Monsieiirs ton beau parpillun. En Franche-Com- 
lé, en Auvergne, en Languedoc et en Gascogne, on dit : 
Parpillot; en provençal, parpaihoun ; en Dauphiné, par- 
paillou. 

PARTERET, s. m. Couperet, hachette, sorte de couteau de 
boucherie fort large, lequel sert à couper la viande. A Ru- 
.milly (Savoie), on dit: Parlelel; en Dauphiné, parîow. 
R. vieux français, parter, diviser, partager. 

PARTICIPER, V. a. Communiquer, faire part de, informer 
de. Participer une nouvelle, participer un événement. M' 
N** a négligé de nous participer le mariage de sa fille. 

t PARTICULIARITÉ; s. f. Que dis-tu de ce bon rencontre, 
Christophe.^ N'est-ce pas une particuliarité.^ Terme vieux 
français. Ecrivez et prononcez « Particularité. » 

PARTIE, s. f. Ne dites pas : Faire une partie aux boules, 
faire une partie aux quilles, etc. Dites : Faire une partie 



80 PAR— PAS 

DE boules, faire une partie de quilles, une partie de billard. 

PARTI-MEYTI. Locution moitié patoise, moitié barbare, 
qui revient à : « Partageons, r, et qui se dit ordinairement 
après une trouvaille faite en commun. Partir ou parler, en 
vieux français, signifie : « Partager, » et meyti ou meytla, 
en patois, veulent dire : « Moitié. » 

PARTI ROULANT, s. m. Se dit d'un jeune homme qui est 
mûr pour le mariage, riche ou en position de le devenir. 
j|r jv** ggf ^j^ farti roulant. Il y avait à ce bal trois ou 
quatre partis rowfonis. Cette expression, qui appartient à la 
conversation familière, n'est pas inconnue en Savoie et dans 
le canton de Vaud. Je demandais à une bonne paysanne du 
Chablais quel âge à peu près devait avoir un riche céliba- 
taire pour être appelé parti roulant : « Tant plus vieux, 
tant meilleur, » me répondit-elle. 

i PAS, adv. interrogatif. N'est-ce pas? Cesl après-demain 
la foire à Gaillard, pas? Dis-donc, Moïse, les raisins 
sont mûrs, on ira à la picote, pas F Terme des gamins. 

PAS MOINS, conj. Cependant, néanmoins. Elle avait dit et 
répété : « Je n'irai plus au bal, » et pas moins elle y re- 
tourne. Terme français populaire. 

PAS PLUS, loc. adv. Non certes, point du tout, aucunement. 
Votre cousin a-t-il réussi dans sa requête? — Pas plus. 
On dit que vous pensez à vous marier, Mamzelle Gothon. 
— Moi, Monsieur, pas plus : et qui est-ce qui me voudrait? 

PAS RIEN QUE, est une expression incorrecte dans les phra- 
ses suivantes : // ny a pas rien que lui qui souffre. Il n'y 
aura pas rien que vous deux de pu7iis, etc. Dites : Il n'est 
pas le seul qui souffre. Il y en aura d'autres que vous deux 
de punis. 

PASSAGER, ÈRE, adj. Passant, passante; fréquenté, fré- 
quentée. Chemin passager, rue passagère. Terme français 
populaire. 



PAS— PAT 8î 

PASSEE, s. f. Terme de vigneron. Le temps de la floraison 
des vignes. // faut beaucoup de chaleur pour que la pas- 
sée se fasse bien. [Glossaire de Galdy.] 

PASSEE, subst. f. Tournée, passage de quelqu'un. Première 
passée, deuxième passée du facteur de la poste aux lettres. 
As-tu soin, Octavie, de cueillir mes graines de capucines/' 
— J'ai déjà fait ce matin deux passées. 

PASSE-GENT, s. m. Nos jeunes garçons appellent ainsi un 
jeu qui consiste à sauter, de distance en distance, les uns 
par-dessus les autres. Jouer à passe-gent. Terme langue- 
docien. En français, ce jeu s'appelle Coupe-tête. 

PASSER AU BLEU, v. a. (fig.) Tuer, faire mourir. Quelle 
nouvelle a-t-on de notre lieutenant F — // a été passé au 
bleu. Français populaire. 

PASSE-ROSE (UN). Un beau passe-rose. Ce mot est fé- 
minin. 

PASSET ou PASSEY, s. m. Échalas. La plupart des dia- 
lectes populaires de France, de Suisse et de Savoie ont ce 
terme, plus ou moins modifié. Dans le vieux français on 
disait : Pesseau; en grec, passalos, et en latin, paxillus. 

PASSIONNER, V. a. Ce verbe n'est pas français, dans le sens 
de : Aimer avec passion. Ne dites donc pas : Cette dame 
passionne les romans. La jeunesse passionne les voyages. 
Nous passionnons tous la paix et la liberté. 

PASSIORET, s. m. Petit passage, ouverture pratiquée dans 
une haie pour les piétons. Terme savoisien. Dans le dia- 
lecte du Berry, passière veut dire : « Chemin. » 

PASSON, s. m. Terme des campagnards. Échelon. En Cham- 
pagne, passet veut dire : Petit marche-pied. 

PATACHE ou PATASSE, adj. et subst. Lambin, lambine. 

PATACHER ou PATASSER, v. n Lambiner. 

PATACHERIE et PATASSERIE, s. f. Lenteur extrême, non-- 
cbalance. 

II. 8. 



82 PAT— PATE 

PATAPOUF, s. m. Homme corpulent et lourd. Ungrospaia- 
pouf. Terme savoisien, picard, rouchi, etc. 

t PATARAFE, s. f. Mettre sa patarafe. Terme français po- 
pulaire. L'expression véritable est : Mettre son parafe. 

t PATARAFER (SE). Faire son parafe. 

PATENAILLE, s. f. Pastenade, carotte jaune. Plucher des 
patenailles. Salade aux patenailles. Terme vaudois, va- 
laisan et jurassien, usité aussi dans le Chablais et le Fauci- 
gny. A Rumilly (Savoie), on dit : Parsenaille ; en vieux 
français, pastenaille. R. lat. pastinaca. 

PATENOCHAGE, s. m. ou PATENOCHERIE, s. f. Lambi- 
nerie. 

PATENOCHE, s. f. Lambin, lambine; nonchalant, noncha- 
lante. 

PATENOCHER, v. n. Lambiner. 

PÀTÈRE(UN). Unpâtère avis. Assujettir un pâtère. Dites: 
« Une patère » [a bref). Sorte de crochet qui sert dans l'a- 
meublement à différents usages. R. lat. paiera, coupe. 

PATET, ETE, subst. et adj. Lambin, qui fait tout lentement 
et mollement. Un écolier patet ; une servante patete. Il est 
si palet qu'il vous ferait grimper les murs. Terme suisse- 
roman, savoisien, lyonnais et méridional. Dans le Midi, pa- 
tet signifie plutôt : Vétilleur, chipotier, tatillon, scrupuleux 
à l'excès, diiîicile à contenter. A Genève, patet se dit aussi 
des choses. Un travail palet est celui qui exige des soins 
très-minutieux. Une bouilloire patèle est celle qui met 
beaucoup de temps à cuire. 

PATETAGE, s. m. Lambinerie, acte d'un lambin. 

PATETER, V. n. Lambiner, s'occuper longuement de mi- 
nuties. 

PATÈTERIE, s. f. Lambinerie, barguignage, tatillonnage. 
Cesse tes patèteries, Joseph, et viens nous aider à scier 
le bois. 



PAT— PATR 83 

PATIENCE, s. f. Sorte de petite pâtisserie ronde, de la gran- 
deur d'une pièce de cent sous et de la nature des masse- 
pains. Un cornet de patiences. 

PATIN, s. m. Braie, linge dont on enveloppe les petits en- 
fants, et par-dessus lequel on met le lange. Faire sécher 
des patins. Terme suisse-roman et savoisien. 

PATIOCAGE, s. m. Lambinerie. 

PATIOQUER, v.n. Lambiner. Augmentatif du verbe patetcr. 

PATl-PATA. Onomatopée par laquelle on exprime les redites 
et le bavardage étourdissant d'une personne qui babille sans 
cesse. 

PATOCHON, s. m. Lambin. 

PATOUFLE, s. m. Lourdaud. Un gros patoufle. Terme sa- 
voisien. Enrouchi : Patouf. Dans le patois du bas Limou- 
sin, patoufle signifie : Joufflu ; en provençal, patufeou veut 
dire : Dadais, benêt. 

i PATRAOLE, s f. Patraque. 

PATRACLER, v. n. Travailler avec mollesse et lenteur; ne 
pas avancer dans son ouvrage, [p. g.] 

PATRIGOT, s. m. Patrouillis, margouillis, boue liquide. Se 
mettre dans le patrigot. Terme suisse-roman et savoisien. 
Patrigot s'emploie aussi figurément et signifie : Tracas, em- 
barras dont on ne pourra sortir que difficilement; affaire 
épineuse et désagréable. Le voilà depuis six mois, et par 
sa faute, dans un fameux patrigot. En provençal, patrigo 
et patricot signifient : i° Mic-mac, manigance, pratique 
secrète ; 2° Tracasserie, embarras. 

PATRIGOTER, v. n. Patauger, marcher ou s'enfoncer dans 
la boue épaisse, dans le patrigot. 

PATR1M0NL4L, s. m. Doyen d'un cercle, doyen dune con- 
frérie. M"" iV**, patrimonial du cercle des Anonymes, vient 
de mourir. Le mot patrimonial est français, mais dans une 
acception différente. 



84 PAT— PAU 

PATTE ou PATE, s. f. Chiffon, morceau de vieux linge, lam- 
beau de linge usé et qui n'est bon qu'à faire du papier. Il 
7111 1 sur sa coupure des toiles d'araignée en guise de patte. 
Ici on loue la Feuille d'Avis et on achète les pattes. Pro- 
verbialement, Avoir son béguin de patte, signifie: Etre 
mort, être ployé, être dans le linceul. Terme suisse, sa- 
voisien, franc-comtois et méridional. En Lorraine, patte 
signifie : Etoupes de chanvre. A Lausanne, à Neuchàtel, 
à Lyon, à Besançon, le pattier est Celui qui ramasse les 
chiffons dans les rues. En français on appelle pattière, La 
femme qui trie les chiffons à papier. Nous appelons patte 
aux aises ou patte des aises, La lavette, c'est-à-dire : Le 
bout de torchon qui sert à laver la vaisselle, Nous appelons 
patte soufrée, Une mèche soufrée ; patte à bleu ou patte 
au bleu. Le sachet pour l'indigo. 

PATTE A COU, loc. adv. Porter quelqu'un à patte à cou, 
signifie : Porter à dos une personne qui se tient à notre 
cou avec ses bras, ou ses pattes. Cette expression est sur- 
tout familière aux campagnards. A Genève nous disons : 
-4 cocochet. [p. G.] 

PATTE MOUILLÉE, s. f. Se dit dune personne flasque, 
molle, lâche au travail et sans énergie. Je ne peux rien 
faire de votre apprenti: c'est un paresseux, c'est une patte 
mouillée. Terme suisse, savoisien et lyonnais. On dit en 
français, dans le même sens : « Un linge mouillé. » 

PAUFER, s. m. (Prononcez le r.) Levier en fer, avant-pieu. 
On plante les saules au paufer. Terme suisse. En Savoie : 
Paufer et pafer; dans le Dauphiné et le Languedoc, pal fer. 
En vieux français, pau signifie : Pieu. Quelquefois, par 
exagération, nos dames appellent paufer, Une grosse ai- 
guille. 

PAUME, s. f. Balle, sorte de pelote ronde servant à divers 
jeux. Lancer une paume. Renvoyer la paume. Terme mé- 



PAU-PAY 85 

ridional. En français, «Paume» se dit du jeu lui-mèrae 
et non de la balle. 

PAUME DE NEIGE, s. f. Pelote de neige, boule de neige. 
Jeter des paumes de neige. Se battre à coups de paumes 
de neige. Ternie suisse. Paumer les passants, c'est : Leur 
lancer des paumes de neige. 

PAUNER ou PÙNER, v. a. Payer sa quote-part, acquitter 
sa dette; contribuer. On saura bien le faire pôner comme 
les autres. En vieux français, paner signifie : Poser, mettre, 
déposer. R. pana. 

PAUVRE, s. m. Nous disons proverbialement : Rire comme 
des pauvres, pour : Rire de bon cœur, rire à ventre débou- 
tonné. La soirée fut divertissante : nous y avons ri comme 
des pauvres. En Bretagne, Etre gai comme des peillotoux, 
signifie : Être gai comme des déguenifiés. 

PAUVRE (UNE). Une mendiante. Ne renvoyez pas cette 
pauvre. Les dictionnaires disent : « Une pauvresse, » ex- 
pression inconnue chez nous, et probablement ailleurs. 

PAVANE, subst. fém. Farce. Regarde ces déguisés, Joson ! 
quelle pavane! S'emploie aussi adjectivement. Que cette 
chanson est pavane ! c'est-à-dire: Qu'elle est plaisante; 
qu'elle est bouffonne ! 

t PAVIR, V. a. Paver. 

t PAVISSEUR, s. m. Paveur. Terme savoisien. 

PAYER, v. a. (fig.) Il me la payera! Vous me la payerez 
tous! Il faut quon me la paye! Dites, avec le masculin : 
u 11 me LE payera ! Vous me le payerez! Jl faut qu'on me 
LE paye ! » c'est-à-dire : J'aurai ma revanche. 

PAYER UN GAGE. Terme de certains jeux. Dites : Donner 
un gage. Ma lourdise fut grande à tous ces jeux, et l'on 
me fit payer quatre gages. Expression méridionale. Le gage 
n'est pas un payement, c'est une garantie du payement : 
on ne paye que quand on retire le gage. 



86 PEA— PEG 

PEAU DE SOURIS, s. f. Se meUre en peau de souris pour 
quelqu'un, signifie : Se dévouer à lui corps et biens ; em- 
brasser ses intérêts chaleureusement et quoi qu'il en puisse 
coûter. 
PEBLACHE, adj. des 2 genres. Terme des campagnards. 
Sec et mou. Se dit d'un légume de la famille des crucifères, 
qui n'a plus sa fraîcheur primitive; qui s'est durci en per- 
dant sa saveur. Un ravonel peblache . Des raves pehlach.es. 
On dit aussi : Bllache {Il mouillés). 
PÈCHERONGE, s. f. Pavie, sorte de poche. 
PÈCHE SANGUINE. Voyez sanguine 
PECHIER, s. m. Pécher, arbre qui porte la pèche. Des pê- 
chiers en plein vent. Terme français populaire et vieux 
français. 
PECLET, s. m. Loquet d'une porte. Trouvant la porte fer- 
mée, nous commençâmes à sigougner le pe'clet. Terme 
suisse et savoisien. En Franche-Comté on dit : Pècle. 
PÉCLET, s. m. Montre, petite horloge de poche. Terme 

badin. 
PÉCLOTIER, s. m. Horloger. Terme badin ou dérisoire Un 

pauvre péclotier ; un mauvais péclotier. 
PECOU ou PÉKEU, s. m. Terme des campagnards. Le pé- 
doncule, la queue d'un fruit. Le pecou d'une poire; le 
pecou d'une cerise, etc. Mot provençal et vieux français. 
On dit à Lyon : Picou, et en Languedoc, pecoul. 
PÉCUGNE, s. f. Pécune, argent comptant. 
PÉGE ou PEGUE, s. f. Poix, matière résineuse. Ces mots 
pkje et piegue appartiennent aux dialectes du Midi et au 
vieux français. Nous disons figurément d'une personne dont 
les conversations ou les visites fatiguent par leur longueur : 
C'est une pège. Quelle scie! quelle pege que ce Dorival ! 
Vège s'emploie aussi adjectivement. Taperçois-tu que le 
papa N** devient un peu pege? 



PEG— PEN 87 

PÉGEUX, EUSE, subst. Lambin, traînard. 

PEGUER, V. n. Enrager, pester. Regardez tous comme il 
bisque! Regardez comme ilpeyue! Terme trivial. 

PEIGNE, s. m. Nous disons proverbialement: Être sot comme 
un peigne, pour : Etre ébahi, être stupéiait. // persistait 
à nier; mais quand on lui montra sa signature, il de- 
meura, sot comme un feigne. 

PEIGNER (SE), V. récip Se battre. Nous disons figurément 
et proverbialement : Voilà où les chats se peignent, pour : 
Voilà où est la difficulté, voilà où est l'obstacle. 

PEIGNETTE, s. f. Peigne fin. 

PEILLE, PEILLOT, PEILLON, et PEILLOU, s. m. Brou, 
écale, coque, couverture extérieure des noi.x, des noisettes 
et des amandes. Terme vaudois et savoisien. Dans le canton 
de Vaud, piller des noix signifie : Ecaler des noi.x-, et 
noix pillettes veut dire : Noix débarrassées de leur enve- 
loppe. En Lorraine, piller des pois, piller des fèves, signi- 
fie : Les écosser. 

PÈLE, s. m. Nom que les enfants des environs de Genève 
donnent à une noix ou à un noyau de pêche, qu'ils façon- 
nent et polissent avec du grès, et dont ils se servent pour 
jouera la droite, aux noix ou aux noyaux dépêche, [p. g.] 

PÈLERINE, s. f. Biscuit long et mince, très-léger, qu'on ap- 
pelle à Paris : Biscuit à la cuiller. Saucer des pèlerines 
dans du sirop. Terme savoisien. 

PELLE, s. f. Rame, aviron. Aller à la pelle, signifie : Ra- 
mer, naviguer à l'aide des rames. En français, « Pelle d'a- 
viron f) se dit quelquefois de la partie plate de laviron, la- 
quelle entre dans l'eau quand on rame. 

PELLE, s. f. Bêche. Labourer à la pelle, c'est : Labourer 
à la bêche. Le Complément du dictionnaire de l'Académie 
dit : « Pelle-bêche, espèce de bêche. » 

P'ENGORE, loc. adv. Pas encore, [p. g.] 



88 PEN— PENT 

PENDEAU, s. m. Trochet, bouquet, glane, botte. Unpendeau 
de cerises s'appelle en français : Un trochet de cerises. Un 
pendeau de poires s'appelle : Une glane de poires. Ce terme 
de pendeau est connu à Moudon (canton de Vaud;, à Neu- 
châtel et sans doute ailleurs. 

PENDILLON, s. m. Morceau d'étoife, ruban qui pendille et 
annonce le désordre ou le manque de goût. 

PENIN, s. m. Salaire, argent qui est le produit d'un travail. 

PENNE, s. f. Panne, graisse du ventre d'un porc. Une penne 
de lard. Terme suisse etsavoisien. 

PENOT, OTTE, adj. (o bref.) Penaud, penaude. .4 cette ren- 
contre imprévue, elle demeura penotte et interdite. 

PENSER DE. Projeter, avoir l'intention de, avoir dans l'idée 
de. Penses-tu de sortir dimanche, s'il fait beau? — -Sans 
doute, je pense de l'accompagner à la Bellotte. Dites : Je 
pense à t'accompagner. [Ac.\d.] 

PENSER (SE). Penser, croire, s'imaginer. Quand on a 
frappe' à la porte, nous nous sommes bien pensé que c'était 
toi. En voyant les hirondelles voler si bas, je m'étais bien 
pensé qu'il pleuvrait. Cette locution, fort répandue en 
Suisse, en Savoie, en Franche-Comté, en Dauphiné et dans 
tout le Midi, appartient au vieux français. Ce n'est donc 
point une locution qui soit particulière à notre patois, 
comme le dit M. Sainte-Beuve, dans la Biographie de 
Topffer. 

PENSION, s. f. L'expression : Prendre pension, si connue, 
si usitée chez nous, ne se trouve dans aucun dictionnaire, 
ni dans aucun Glossaire. Vous voilà donc. Monsieur, pour 
quelque temps à Genève: où prendrez vous pension^ c'esi- 
à-dire : Où prendrez-vous vos repas? 

PENTE, s. f. (tig.) Se donner une pente de quelque chose, 
signifie : En prendre autant que l'on peut, en user large- 
ment et à cœur joie. Se donner xine pente de travail; se 



PEN— PER 89 

donner une pente de petit blanc ; se donner une pente de 
bals masqués, une pente de concerts, etc. Expression qui 
appartient au style le plus familier. 

PENTECÔTE, s. f. Nous disons comme les Gascons : La fête 
de Pentecôte; le jour de Pentecôte, etc.; et je trouve dans 
Seinebier la phrase suivante : « Les décisions du Synode 
de Lausanne sur les fêtes de Noël, de l'Ascension eide Pen- 
tecôte.» [Histoire littéraire de Genève, t. I'^'", p. 186.] Il 
faut dire, en ajoutant l'article : La fête de la Pentecôte, 
le jour de la Pentecôte; les sermons de la Pentecôte. 

PÉPINÉRISTE, s. m. Un pépinériste achalandé. Terme fran- 
çais populaire. On doit écrire et prononcer Pépiniériste. 

PERCE-NEIGE (UN). Sorte de plante qui rteurit en plein 
hiver. Ce mot est féminin. « Une perce-neige. » 

PERCER, V. a. Nous disons d'un petit enfant à qui les pre- 
mières dents viennent : Il a percé ses premières dents. L'ex- 
pression française est : Les premières dents ont percé à cet 
enfant; les premières dents sont venues à cet enfant. 

PERCET, s. m. Foret, vrille, perçoir, percerette. On dit en 
Valais : Percer et. 

PERCHETTE, s, f. Sorte de menu poisson, petite perche. 

PERCLUE, adj. f. Cette pauvre femme était perdue de froid, 
perdue de douleurs. Terme français populaire. L'adjectif 
« perclus I) fait au féminin « percluse « et non pas perdue. 

PERDRE, v. n. Quand nous disons d'une jeune tille, d'une 
jeune dame : Elle perd, elle a perdu, elle commence à per- 
dre, cela signifie que : Sa beauté, sa fraîcheur, son éclat 
diminuent, ont diminué, commencent à diminuer. Ce sens 
du verbe « Perdre, » si usité chez nous, n'est pas dans Içs 
dictionnaires. 

PERDRIGONE, adj. f. Une prune perdrigone. Dites: Une 
prune de perdrigon, ou : Un perdrigon. Un perdrigon blanc, 
un perdrigon violet. Dans le Languedoc, le Limousin et le 
II. 9 



90 PER— PET 

Dauphiné, on dit : Une perdigone; à Marseille, tine prune 

pardigone. 
PERD-ÏEMPS, s. m. Se dit de tout objet qui invite à muser 

et à perdre le temps. Un chien, mu oiseau, un chat, une 

pipe, deviennent quelquefois un perd-temps, un agréable 

perd-temps. 
PÉRIN ou PÉRAIN, s. m. Canepin, pessonure, rognures de 

peau blanche et fine, pour effacer les traits au fusain. 
PERNETTE, s. f. Petit scarabée, d'un beau rouge moucheté 

de noir. C'est la définition qu'en donne Tôpffer lui-même 

dans le Presbytère. 
PERORER, V. a. Pérorer une assemblée. Il nous pérora de 

son mieux, mais il ne parvint pas à nous convaincre. 

M Pérorer » est un verbe neutre. « Voyez comme il pérore! 

Ecoutez-le pérorer. « 
PERRUQUE, s. f. (fig.) Remontrance, mercuriale. On lui a 

donné sa perruque. 
PERRUTIER, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses 

du mot « Perruquier. » 
PERSÉCUTER DE, suivi de l'infinitif. Je le persécute de par- 
tir ; il me persécute de le suivre, etc. Ce régime du verbe 

« persécuter n est inconnu aux dictionnaires: ce qui ne veut 

pas dire qu'il soit vicieux. 
PESATU, s. m. Terme rural. Blé, seigle et vesces {pesettes) 

que l'on sème pêle-mêle et que l'on récolte à la fois sans 

faire de triage. Farine de pesatxi; pain de pesatu. [p. G.] 
PERTANTAINE, s. f. Courir la pertantaine. Dites : Courir 

la prétantaine. 
PÉTALE (UNE). Ce mot est masculin : « Un pétale, » c'est- 
à-dire : Chacune des pièces qui composent la corolle d'une 

fleur. 
PETARD, s. m. (fig.) Nous appelons front de pétard, le front 

d'un homme qui ne rougit plus, le front d'un homme 



PET— PEU 94 

élionté. Insensible à ce reproche, il curUinua de se défendre 
avec un front de pétard, c'est-à-dire : Avec une audace et 
une effronterie achevées. Expression fort triviale, mais fort 
répandue. 

PETARD, s. m. (fig.) Horion, nnornifle. Donner un pétard ; 
flanquer un pétard; appliquer un pétard. 

PETARD, s. m. Canonnière, tube de sureau dont on ôte la 
moelle, et dont les enfants se servent pour chasser, par le 
moyen d'un piston, de petits tampons de papier mâché. 
Terme méridional. 

PÉTA VIN, s. m. Espèce de framboise noire, qui croit dans 
les lieux humides et surtout le long des rivières. Selon le 
Vocabulaire dauphinois de M"' Ch.\mpollion aîné, peitavin 
signifie : Osier. 

PETEE, s. f. Foule, quantité. Une pelée de monde; une pelée 
de curieux. Vite, vite, tire ton cerceau: tu as une pelée de 
perchetles. 

PETER, V. n. Faire peter son fouet. Dites : Faire claquer son 
fouet. 

PETER, V. n. Nous disons d'un vin dur et acide : C'est un vin 
à faire peter les chèvres. Les dictionnaires disent plus dé- 
cemment : « C'est un vin à faire danser les chèvres. » 

PETEUX, s, m. Lâche, poltron, pleutre, couard, peteur. 
Dans le plus fort de la dispute, il s'alla cacher comme un 
peieux. Terme français populaire. 

PETIAFFE, adj. des 2 genres. Sans force, sans vigueur, fai- 
ble, bon à rien. Je suis encore tout pétiaffe, et je puis à 
peine me soutenir: Se dit aussi d'un fruit pourri : Une 
pomme pe'liaffe. 

PETIOLET, ETTE, adj. Très-petit, très-chétii. 

PETIOT, OTE, adj. Petit, très-petit, exigu. Tume donnes là 
un morceau de pain bien petiot. Terme vieux français. Pe- 
iiotesl aussi substantif. Où sont vos])etiots? (où sont vos 



92 PET— PETR 

jeunes enfants?) Montrez-nous donc vos braves petiots? 

Petiou se dit quelquefois pour : Petiot. 
PETIT (LE). Terme du jeu de boules. Le but, le cochonnet. 

Lancer le petit; s'approcher du petit ; baucher le petit. 

Terme méridional, etc. 
PETIT, s. m. Jeune enfant, jeune fils d'un tel. Vos petits sont- 
ils en bonne santé? — Notre petit a la rougeole. Petit, dans 

ce sens, n'est pas français. Le féminin petite pourrait mieux 

se dire. 
PETIT-BOIS, s. m. Menu bois. 

PETIT-LOUIS, s. m. Courlis ou courlieu, oiseau aquatique. 
PETIT-PEU (UN). Très-peu, tant soit peu. 
PETOLLE, s. f. Crotte, fiente de certains animaux, comme 

chèvres, brebis, lapins, souris. En vieux français : Petelle; 

en provençal, peto. 
PETON, s. m. Terme enfantin. Le pied d'un petit enfant. Elle 

a bobo à son peton. Dans le canton de Vaud on dit : Piéton 

oûpioton. 

PÈTRA ou PEITRÀ, s. m. Manant, rustre, pacant, butor, 
grossier personnage. Terme normand, breton, etc. 

PÈTRE ou PEITRE, s. m. Gésier, estomac. Le pètre d'une 
poule; le pitre d'une dinde. Terme suisse et savoisien. On 
le dit quelquefois, mais trivialement, en parlant des per- 
sonnes. Nos individus ne quittèrent la table qu'ayant le 
pitre bien garni. Pètre se dit aussi d'un gros goitre. 

PÉTREUX, s. m. Goitreux. 

PÉTRISSOIRE, s. f. Pétrin, huche, coffre à pétrir le pain. 
Terme suisse, savoisien, franc-comtois, etc. Quelques dic- 
tionnaires modernes disent au mascuhn : «Un pétrissoir. « 

PTRONER (SE), ou SE PÉTROGNER, v. pron. Se dit 
d'un enfant qui, dans les bras de sa nourrice ou de sa 
mère, a l'air de se dorloter, et témoigne son contentement 
par un certain bruit du gosier. 



PET— PIA 93 

PETTE, s. f. Bagatelle, chose de nulle valeur. Pour toutes 
vos peines, vos courses, vos écritures , vos correspondances, 
la famille du défunt vous a envoyé deux cotiverts d'argent : 
la belle pelle! Voilà vraiment une belle pette! Ils ont 
fait là une belle pette! Ce terme, très-familier et même 
trivial, se retrouve dans le patois rouchi, où il signifie : Peu 
de chose, rien. [Voyez le Dictionnaire rouchi- français de 
HÉCART, G""*^ édition.] Voyez aussi le mot peto, dans le 
Dictionnaire provençal Aq M. J.-F. Avril. 

PEU (UN), s. m. N'est pas français dans le sens de : Un peu 
de temps. Il y a un peu que je n'ai vu ton frire. Il y a un 
peu que la diligence est partie. 

PEU (UN). Prête-moi un peu ton couteau. Donne-moi un 
peu cette échelle, etc. Dans cette phrase et les phrases ana- 
logues, un peu est inutile et vicieux. 

PEUGET, s. m. Suc ou jus qui se forme dans le tuyau et le 
fond d'une pipe par la salive et la vapeur du tabac. 

PEUR, s. f. A moi la peur si Espèce d'affirmation qui 

revient à la suivante : Je veux être pendu si Tu veux 

donc toujours me désobéir, Janot; mais à moi la peur si 
je ne t'enferme pas dimanche prochain. Puisque Du Ro- 
sier refuse obstinément de me payer, à moi la peur si je ne 
lui envoie pas une assignation. 

PEUR, s. f. Qu'as-tu peur? Qu'ave::-vous peur? Kxpves- 
sions fort usitées chez nous et ailleurs. Pour parler gram- 
maticalement il faut dire : De quoi as -tu peur? De quoi avez- 
vouspeur? 

PHIBOSETTE, s. f. Fille ou femme démesurément petite et 
contrefaite. Voyez méphiboset. 

PIÂLER, V. n. Piailler, piauler. 

PIAILLARD, ARDE, adj. et s. Piailleur, criard. Français 
populaire. 
II. 9. 



9i PIA— PIC 

PIÂILLEE, s. f. Piaillerie, criaillerie. Faire des piaillées. 
Finissez donc vos piaille'es. 

PIANOTTER, V. n. Terme dérisoire. Jouer du piano. 

PIAPEU, s. m. Renoncule des champs. Terme connu aussi 
dans le canton de Vaud. Le dictionnaire de M'' Bescherelle 
dit : « Piapan. » 

t PIASTRE (UN). Une piastre. Aimer le piastre, aimer l'ar- 
gent. Goûts piastreux , goûts excessifs de s'enrichir. 
Homme piastreux, homme riche. 

PIAUTE, s. f. Voyez piÔte. 

PIC, s. m. Terme français, qui signifie: Pivert. Nous disons 
proverbialement d'une personne maigre et sèche : Elle est 
maigre comme un pic. Cette expression est sans doute 
moins usitée ailleurs que chez nous, puisqu'elle n'est pas 
consignée dans les dictionnaires. 

PIGAILLONNER, v. n. Liarder, lésiner, faire des économies 
mesquines, mettre avaricieusement sou sur sou. Son plus 
grand bonheur est de picaillonner. Le picaillon était une 
petite monnaie en usage dans le Piémont et la Savoie, et 
qui valait un centime. Nous disons encore d'une chose de 
nulle valeur : Cela ne vaut pas un picaillon; je n'en don- 
nerais pas nn picaillon . 

PICAILLONNEUR, s. m. Liardeur, avare. 

PICÂTA ou PECATA. Terme injurieux dont les paysans sa- 
voisiens se servent pour désigner les habitants de Genève 
et particulièrement les protestants. On explique très-diver- 
sement l'origine de cette dénomination. Dans le Berry, pec- 
cata signitie : « Baudet. » 

PICAIRNE, s. f. Voyez piquerne. 

PICATALON, s. m. Fourmi, Un nid de picatalons. 

PIGHE, s. f. Chopine, petite mesure du pays. En français, 
« Pichet B est une sorte de vase à vin. 

PICHENETTE, s. f. Coup, taloche. Flanquer une pichenette. 



PIC— PIE 95 

PIGHOLETTE, s. f. Ghopine, petite mesure du pays. Une 
picholette de vin. Boire picholette. Payer picholette. 
Terme vaudois et savoisien. 

PIGOLON, s. m. Petit point. Indienne à petits picolons. 
Terme vaudois. Dîner au picolon de midi, signifie : Dîner 
au coup de midi, à midi sonnant. Nous disons qu'une mon- 
tre fend le picolon, lorsqu'elle marche avec une parfaite 
régularité- Je puis vous donner l'heure exacte, car ma 
montre fend le picolon. 

PIGOT, s. m. Sorte d'épingle longue et à grosse tête. En fran- 
çais, « Picot » signifie : Petite pointe qui demeure sur le 
bois quand ce bois n'a pas été coupé net. 

PIGOTE, s. f. Picorée, maraude. Aller à la picote des rai- 
sins, à la picote des noix. Terme consacré parmi les jeu- 
nes garçons. 

PIDANGE, s. f. Pitance. Le pain et la pidance. Terme fran- 
çais populaire. Voyez s'apidancer. 

PIDE, s. f. Semonce, réprimande. Donner une pide. Rece- 
voir une pide. Tu as eu ta pide, et cela te venait. Terme 
vaudois. 

PIDE, s. f. Terme de certains jeux. Mesure, action de mesu- 
rer. Je veux de la pide (je veux mesurer). 

PIDER, V. n. Mesurer la distance d'un palet à un autre, la 
distance d'une boule à une autre, etc. Tu t'imagines tenir, 
mais je pense le contraire, et j'en veux de la pide, je veux 
pider. Terme vaudois et savoisien. R. lat. pes, pedis. 

PIDER, V. n. Abuter, c'est-à-dire : Jeter au but, tirer au 
but pour savoir qui jouera le premier. A qui est ce à pider. ^ 
Commence, Daniel, et ne pidons pas. 

PIDER, V. a. Terme des collégiens. Voler, dérober, filouter. 
Quel est celui de vous qui m'a pide mon agate? 

PIED, s. m. Braie, drapeau, pièce de toile dont on enveloppe 
les petits enfants, et par-dessus laquelle on met les langes. 



96 PIE— PIER 

Sécher un pied; changer un pied. Terme vaudois et savoi- 
sien. En Dauphiné, Dominer les pieds à tin enfant, signifie : 
Lui donner sa première robe. 

PIED, s. m. Tenir pied, est un terme du jeu de boules qui 
signifie : Piéter, c'est-à-dire : Tenir le pied à l'endroit qui a 
été marqué pour cela. 

PIED POTENT, s m. Jeu d'écolier. 

PIEDS, s. m. pi. Nous disons figurément de quelqu'un qui, 
par des spéculations ambitieuses ou sottes, a perdu la posi- 
tion aisée où il se trouvait : // s'est mis aux pieds ce qu'il 
avait aux mains. 

PIEDS, s. m. pi. Ne pas mettre deux pieds dans un soulier, 
est une expression figurée qui signifie : Agir promptement, 
mettre à l'exécution d'un message toute la diligence pos- 
sible. Va nous louer un cabriolet, et surtout ne mets pas 
deux pieds dans un soulier. 

PIEDS AU CHAUD. Tenir à quelqu'un les pieds au chaud. 
Se dit d'une personne qui en soigne une autre dans des vues 
intéressées. On dira, par exemple, d'un neveu qui a de 
grands égards pour un oncle célibataire : Voye:: comme il 
le cajole et le prévient; voyez comme il lui tient les pieds 
au chaud. 

PIEDS BLANCS, s. m. pi. // a les quatre pieds blancs. Se 
dit de quelqu'un qui a ses entrées libres et ses coudées fran- 
ches dans une maison. 

PIERRE À BERNARD ou PIERRE À BERNADE. Se dit 
d'une distribution d'argent ou de bonbons que les riches pay- 
sans, le jour de leurs noces, font aux enfants de la com- 
mune. L'ancien Glossaire fait erreur quand il dit que cet 
usage a cessé dans notre canton, [p. g.] 

PIERRE A FEU, s. f. Pierre à fusil, pierre à briquet. Les 
capsules auront bientôt remplacé partout les pierres à feu. 
Terme suisse et savoisien. 



PIE-PIN 9-? 

PIERRES, s. f. pi. Nous disons figurémcnt d'une personne 
qui est au comble du malheur : Elle est malheureuse comme 
les pierres. Expression proverbiale connue en Picardie, et 
sans doute ailleurs. Les dictionnaires français disent: « Être 
malheureux comme un chien qui se noie. » 

PIF-POUF, s. m. Homme gros, ventru et de petite taille. 
En français, « Piffre n signifie : Gros, replet. 

PIGEONNIÊRE, s. f. Pigeonnier, colombier. 

PIGNOCHER, V. n. Peindre à petits coups, peindre sans 
hardiesse. Dans les dictionnaires , « Pignocher » signifie : 
Manger négligemment, manger sans appétit et du bout 
des dents. 

PIGNOCHEUR, s. m. Tatillon, palet. 

PIGNOLET, s m. Nom que les campagnards donnent à la 
plante appelée en français : « Thym. » Brouter le pignolet. 
Terme vaudois. 

PILE, s. f. Volée de coups, étrillée. Donner une pile à quel- 
qu'un, le rosser. Terme connu dans le Berry, en Savoie et 
ailleurs. 

PILON, s. m. Mortier. Pilon de fonte, pilon de marbre. 
L'escamoteur mit la montre dans le pilon et la brisa. 
Terme suisse et savoisien. En français, « le Pilon » est l'in- 
strument avec lequel on pile dans le mortier. 

PILVINETTE, s. f. Épine-vinette, sorte d'arbrisseau. Ta- 
blettes à la pilvinette. Dans le français populaire on dit : 
Pinevinetle. 

t PLMPILVINETTE, s. f. Épine-vinette. 

t PLMPINIÈRE, s. f. Pépinière. PIMPINIÉRISTE, s. m. 
Pépiniériste. 

PINCE, s. f. Terme de couturière. Troussis, pli fait à une 
robe, à une jupe pour la raccourcir. 

PINÇOTTER, V. n. Terme de nos anciennes fabriques d'in- 
dienne. Travailler au pinceau. 



98 PIN— PIO 

PINÇOTTEUSE, s. f. Ouvrière qui, dans nos anciennes fa- 
briques d'indienne, mettait les couleurs. 

PINIOUF ou PIGNOUF, s. m. Dénomination dérisoire. Sol- 
dat du centre dans la réserve. 

PINTE, s. f. Cabaret, taverne, gargote, bouchon. Hanter 
les pintes. S'attabler dans une pinte. Terme suisse-roman. 
En français, « Pinte» est le nom d'une mesure pour le vin, 
et (I Pinter» signifie : Faire débauche de vin. » [Acad.] 

PIOCHAT, s. m. Sittelle torche-pot, oiseau. 

PIOGRE ou PIOGUE. Envoyer quelqu'un à Pingre, c'est : 
L'envoyer promener bien loin, l'envoyer se faire pendre, 

l'envoyer au di Si tu répliques encore, petit drôle, je 

t'envoie à Piogre, je t'envoie à Piogre ferrer les chats. Ce 
mot àe Piogre est peut-être une altération du mol piautre; 
car dans le français populaire, Envoxjer au piautre, c'est : 
Envoyer au di.... Peut-être aussi Piogre est-il le nom 
d'une ville imaginaire, censée fort éloignée de nous. En 
Languedoc on dit dans ce dernier sens : Envoyer quelqu'un 
à Pampeligoust : c'est le nom languedocien de la ville de 
Pampelune. 

PION, PIONNE, adj. Être pion, être ivre. 

PIONS, s. m. pi. Nom d'un jeu que les petits garçons jouent 
assis à terre avec neuf petits cailloux, qu'ils font sauter al- 
ternativement en l'air pour les recevoir dans la main. On 
ne peut se faire une idée exacte de ce jeu qu'en le voyant 
jouer aux enfants, [p. g.] 

PIORNE, s. f. 'Voyez piourne. 

PIÔTE, s. f. Patte. La piôte d'un oiseau, la piôte d'un 
chien, d'un chat, etc. Une écriture en piôtes de mouche. 
Terme vaudois et savoisien. Les chasseurs donnent les noms 
de piôtes rouges et piôtes noires à certains oiseaux qui 
vivent sur les bords du lac. 
t PIOTON, s. m. Piéton. Trottoir pour les piotons. 



PIO— PIQ 99 

PIOTONNER, V. n. Piétiner, remuer les pieds avec vivacité. 
Se dit des enfants qui s'essaient à marcher. Dans le fran- 
çais populaire on dit : Piétonner. 

PIÔTU, UE, adj.etsubst. Boiteux, clopinel. 

PIOULER ou PlULER, v. n. Piauler, crier comme les pou- 
lets. Se dit aussi des jeunes enfants qui [)lcurent et se la- 
mentent. Piuler appartient au vieux français. 

PIOU-PIOU, s. m. Dénomination badine par laquelle on dé- 
signe un soldat du centre dans le contingent. On appelle 
piou, dans le dialecte du Berry, le plus petit poulet d'une 
couvée. [Vocabulaire du Berrij, p. 85.] 

PIOURNE ou PIORNE, s. f. Femme ennuyeuse, qui se plaint 
et qui gronde habituellement. Oh! la sotte pio\irne.' Tais- 
toi, piourne! Terme vaudois. 

PIOURNER et PiORNER, v. n. Se plaindre continuellement. 
Terme vaudois. 

PIPER, v. n, et act. S'emploie surtout avec la négation : Ne 
pas piper, ne pas piper mot, et signifie : Ne pas souffler 
mot, ne pas répondre. On l'a fortement réprimandé et il 
n'a pas pipé mot. Terme français populaire. 

PIPETTE, s. f. Pipe de tabac, petite et mauvaise pipe. Terme 
languedocien. A Genève, pipette ne s'emploie que dans 
cette locution : Cela ne vaut pas pipette, c'est-à-dire : Cela 
ne vaut rien, cela ne vaut absolument rien. En français on 
dit : Cela ne vaut pas une pipe de tabac. 

PIPI, s, f. Pépie, petite peau blanche qui vient sur la langue 
des oiseaux et qui les empêche de boire. Avoir la pipi: 
ôter la pipi. 

PIQUEE, s. fém. Douleur vive et de courte durée. Une pi- 
quée de mal de ventre. 

PIQUE-PRUNES, s. m. Garçon tailleur Dénomination ba- 
dine ou dérisoire. 



100 PIQ— PIT 

PIQUER, V. a. Picoter. Piquer des raisins. Cueillez des 
grappes, mes amis, je vous le permets; mais ne piquez 
pas. Terme savoisien, gascon, etc. 

PIQUER, V. a. Se dit des oiseaux, et signifie : Manger. Nus 
deux cha7'donnerets commencent à piquer seuls. Expres- 
sion languedocienne, etc. 

PIQUER UNE FAUX. Terme des campagnards. Rebattre 
une faux, l'aiguiser. Piquer, dans le sens d'affiler, est une 
expression méridionale. 

PIQUE-RAVES, s. m. Tarier, ciseau. 

AIQUERNE, s. f. Chassie, humeur gluante des yeux. Terme 
suisse et dauphinois, formé par corruption du vieux mot 
français bigane, qui a le même sens, et qui n'est point in- 
connu dans la Franche-Comté. 

PIQUERNEUX, EUSE, adj. Chassieux. Des yeux piquer- 
neux. 

PIRE, adv. Dans le langage populaire, pire a souvent le sens 
de « plus» et de » mieux, » Les deux cousines se chéris- 
sent .• elles sont pires que des sœurs. Mon domestique fait 
tout dans la maison : il est pire qu'une servante. 

PIRE, adv. Comment va la santé, Guillaume? — Ça va de 
mal en pire. Dites : « De mal en pis. » Pis est un ad- 
verbe qui signifie : « Plus mal. » (Mettre les choses au pis.) 
« Pire » est un adjectif, qui signifie : « Plus mauvais, plus 
méchant. » « Mon vin n'est pas bon, j'en conviens: mais le 
vôtre est pire. >> 

PISSE, s. f. Urine. 

PITATEMENT, s. m. Course au galop, etc. "Voyez pitater. 

PITATER, V. n. Courir au galop, prendre le galop. Les jeu- 
nes garçons se plaisent à pitater dans la neige. Je les 
voyais pitater dans les sables limoneux de l'Arve. 

PITAUD, AUDE, s. et adj. Pataud, pesant, épais, patu. Un 
gros pitaud ; une grosse pitaude. Quel pitaud d'evfnnt vous 



PIT— PLA 101 

avez là! Dans le vieux français, pitaud signifiait: Rustre, 
paysan. [Voyez le Dictionnaire de Richelet.] 

PITON, s. m. Fouloir de vendange, [p. g.] 

PITONNER, V. a. Fouler aux pieds. Pilonner la vendange. 
Pilonner un duvet, comme font les chats avant de s'y endor- 
mir. Dans notre patois, pilenà signifie : Piler, et piton, 
s. m., signifie : Pilon. A Lyon, pitrogner veui dire : Ecra- 
ser et broyer d'une manière malpropre. 

PlULER, V. n. "Voyez piouler. 

PIVOINE, s. m. Sorte de fleur. Un beau pivoine. Ce mot est 
féminin. 

PLACARD, s. m. Armoire. Remuer un placard ; transporter 
un placard. On appelle en français placard, une armoire 
pratiquée dans un mur. En Suisse, en Savoie et dans le 
Midi, on désigne par ce terme toute espèce d'armoire. 

PLACARD, s. m. Grosse tache sur un plancher, sur une ta- 
ble, sur un vêtement. Un placard d'huile; un placard de 
suif; un placard de graisse. 

PLACE, s. f. Condition. Aller en place, dans le langage des 
domestiques, signifie : Aller en condition, aller servir. En- 
trer en place, signifie: Entrer en condition. L'Henriette 
part demain pour entrer en place. 

PLAINDRE, V. n. Gémir, pousser des gémissements, gein- 
dre. La pauvre Colette n'a pas cessé de plaindre toute la 
nuit; elle plaignait même en dormant; elle plaignait à 
nous fendre l'âme. Expression suisse, savoisienne et méri- 
dionale, qui se retrouve dans l'ancien français, et qui n'a 
point d'équivalent exact dans la langue des dictionnaires. 
l'LAlN-PlED, s.m. Rez-de-chaussée. Habiter un plain-pied. 
Loger au plain-pied. Expression universellement répandue 
dans notre Suisse et en Savoie. Le mot de « Plain-pied » 
est français, mais il signifie autre chose. Voyez les diction- 
naires. 

H. 10 



102 PL A— PLAN 

PLAINT (UN). Gémissement d'un malade. Faire des plaints; 
pousser des plaints. C'étaient des plaints déchirants. Terme 
vaudois, neuchàtelois, savoisien, limousin, etc. En vieux 
français, plaint veut dire : Complainte. 

PLAISIR, s. m. Se faire plaisir d'une chose, signifie : S'en 
donner le plaisir et en user largement; en jouir tout à l'aise. 
Voici une corbeille de cerises, mes enfants : faites-vous-en 
plaisir. Cette expression familière, très-usitée et très-ori- 
ginale, ne se trouve pas, que je sache, dans les dictionnaires. 
Ah! 3Iarguerite, comme je t'envie ton joli châle jaune. — 
Ce châle jaune? tu peux facilement t'en faire plaisir : il 
ne coûte que 8 francs. J'ai trouvé ton aiguille de bas, Ro- 
sine. — Eh bien, fais-t'en plaisir, c'est-à-dire : Garde- 
la, et qu'elle te serve longtemps. 

PLAN ou PLANT, s. m. Laisser quelqu'un en plant, signi- 
fie : Le faire attendre fort longtemps, l'abandonner, le lais- 
ser dans l'embarras, le planter là. Ils me laissèrent en plant 
sur la route, c'est-à-dire : Ils me laissèrent sur la route 
comme si j'étais un plant et comme s'ils voulaient que j'y 
prisse racine. On dit dans le môme sens : Rester en plant, 
être en plant, mettre en plant. Terme parisien populaire. 
Aucun dictionnaire n'a recueilli cette expression, qui a bien 
son mérite. 

PLAN, s. m. Gage. Mettre un habit en plan, le mettre en 
gage. Expression connue aussi à Paris et sans doute ailleurs. 

PLANCHER, v. a. Planchéier, garnir de planches le plancher 
inférieur d'un appartement. // vaudrait mieux plancher 
cette cuisine que de la carronner. Terme français populaire. 
On disait en vieux français : Planchier ou planchéer. [Voyez 
Glossaire roman de Roquefort.] 

l^LANELLE, s. f. Sorte de brique, sorte de carron. La plu- 
part de nos cuisines sont carronnées (carrelées) avec des 
planelles. 



PLA— PLAT 10:J 

PLANTAPORET, s. m. Dénomination badine, par laquelle 
on désigne les habitants de la commune de Plainpalais, et 
principalement les jardiniers. Planlaporet est un mot patois 
qui signifie : Plante-porreaux, planteur de porreaux. 

PLANTER UN CLOU. Enfoncer un clou, le faire entrer. 

PLANTEUR D'ÉCHAPPEMENTS, s. m. Ce terme, delà fa- 
brique d'horlogerie, n'a pas d'équivalent dans la langue des 
dictionnaires. 

PLANTON, s. m. Terme de jardinier. Jeune plant de fleur 
ou de légume. Planton de salade ; planton de chou; plan- 
ton de viollier. Plate-bande garnie de plantons. On dit 
en Dauphiné : Plantun. 

PLAQUE, s. f. Tache à la peau. Son éruption a entièrement 
cesse', mais il lui reste quelques plaques aux joues et au 
front. 

PLAQUE, s. f. Palet en cuivre ou en fer. Jouer aux plaques. 
Sa plaque touchait le but. 

PLAQUER, V. neutre. S'appliquer exactement contre. Il est 
bien fait, ton habit: il plaque bien. Faites bien plaquer 
ce miroir contre le mur. Ta bretelle ne plaque pas bien 
sur ton dos. 

PLAT, s. m. (fig.) Cancan, commérage, bavardage, médi- 
sance. Faire des plats. On vous a dit cela et puis encore 
cela. — Oui, sans doute. — Eh bien! ce sont autant de 
plats, autant de mensonges. 

PLATAISE, s. f. Platitude, bêtise, sottise. Dire desplataises. 
N'écoutons plus ces plataises. J.-J. Rousseau a dit dans 
le même sens : Platise, expression qui a été recueillie par 
quelques dictionnaires. 

PLAT DE LIT (À). Être aplat de lit, être malade au lit. 
Comment, Dubrenil, tu viens me voir sans ton frère! — 
Parbleu, mon frère, il est depuis deux jours à plat de lit. 
Cette expression remarquable, et qui est d'un constant usage 



I (M PLA-PLE 

à Genève, n'a pas été négligée par J.-J. Rousseau. «II 
n'y avait que l'excuse d'être à plat de lit qui pût me dis- 
penser de courir à son premier mot. » Nous disons quel- 
quefois : Etre au plat du lit. 

PLATE, s. f. Poisson de notre lac, sorte de fera. Selon 
De Saussure, « la plate vit dans le golfe de Thonon, et se 
pêche rarement ailleurs, » [Votjage dans les Alpes, t. l^", 
p. 16.] 

PLATEAU, s. m. Madrier, planche fort épaisse. Terme sa- 
voisien, franc-comtois et méridional. Dans le canton de 
Vaud et à Neuchâtel on dit : Eplateau. 

PLATELEE, s. f. Platée, plat de nourriture chargé abon- 
damment. Une platelée de raves; une platelée de bou- 
dins. Terme vieux français. 

PLÂTRE, s. m. Nous disons figurément : Faire plâtre de 
quelqu'un, pour signifier : Le turlupiner, le houspiller ma- 
licieusement, en faire le badeau de la compagnie. On a 
tellement fait plâtre de ce pauvre Delolme, qu'à la fin il 
s^est fâché tout rouge. Les dictionnaires disent : « Battre 
quelqu'un comme plâtre, » pour signifier : Le battre à ou- 
trance. 

PLÀTRIR, V. a. Plâtrer, enduire de plâtre. 

PLÀTRISSAGE, s. m. Plâtrage, action d'enduire de plâtre. 

PLEIN, prépos. de quantité. Nous disons de quelqu'un ou de 
quelque chose qui nous a beaucoup ennuyés, fatigués, vexés : 
J'en ai plein le dos. L'Académie dit : « Je le porte sur mon 
dos 5 >' mais elle l'applique seulement aux personnes. 

PLEURER, V. actif. Pleurer la nourriture à quelqu'un, 
signifie : La lui reprocher, la lui plaindre. Le riche M^ Col- 
net est si avare, qu'il pleure le pain à ses domestiques, 
et qu'il se pleure la vie à lui-même. Léonard vient de 
faire un magnifique héritage, que personne sans doute ne 



PLE— PLO lor, 

lui pleurera. Les dictionnaires ne donnent point de complé- 
ment indirect au verbe « Pleurer. » 

PLEURNICHAGE. s. m. Pleurnicherie, larmes feintes, pleurs 
répandus sans véritable chagrin. Tes pleurnichaijes sont 
bien inutiles, tu seras puni. 

PLEUVIGNER, PLUVIGNER, PLEUVINER etPLUVINER, 
V. n. Pleuvoir menu, pleuvoir un peu. Il ne pleut pas, il 
pleuvigne; il commence à pluvigner. Termes suisses, sa- 
voisiens et lyonnais. Le dictionnaire de Robert Estienak 
(1605) dit: Plouviner. En Franche-Comté on dit: Ple- 
vigner: tous mots acceptables et dignes de figurer dans les 
dictionnaires. 

PLIANT (UN). Un lit de sangles. Uauherge était pleine, et 
tous les lits occupés : il fallut dresser quatre pliants. 
Terme suisse, franc-comtois, marseillais, etc. 

PLIÉ, PLIÉE, partie, (fig.) Mort, morte. Voyez ployé. 

PLIOGE, PLIOZE, ou PLIODZE, s. f. Terme patois fort 
connu. Pluie. Vaika la plliodze {Il mouillés), voici la 
pluie. En vieux français : Ploge. 

PLOMBETTE, s. f. Terme d'architecture. Plomb. 

PLONGEON, s. m. Terme de nageur. Action de plonger, 
immersion. Faire un plongeon. Il fit deux ou trois plon- 
geons et sortit de l'eau. Terme suisse, savoisien et mé- 
ridional. L'expression française est : « Faire le plongeon, » 
c'est-à-dire : Imiter l'oiseau appelé Plongeon. 

PLONGER (SE), v. pron. Terme de nageur. Aimes-tu te 
plonger, Alexis? — Oui. — -Eh bien! allons nous plonger 
à cette barque. Se plonger n'est pas français. Dites : Plon- 
ger, v. neutre, « Aimes-tu plonger? Allons plonger. Le- 
(|uel de vous vient plonger? » 

l'LOT, s. m. Billot, tronçon de bois, bloc de bois, tronc de 
sciage. Couper de la viande sur un plot. Faute de chaises, 
nous nous reposâmes sur deux plots. Terme suisse, savoi- 
H. 10. 



106 PLO—PLU 

sien, franc-comtois, berrichon, provençal, etc. Nous disons 
au figuré : Dormir comme un plot, pour ; « Dormir d'un 
profond sommeil, dormir comme un sabot. » [Acad.] 
PLOT, s. m. Tronc pour les aumônes. La clef du plot. Ce 
terme a vieilli. Plot est aussi un terme de tir : Varme 
sera sans coche sur le plot, et sans double délente. [Glos- 
saire de Gaudy.] 
PLOYÉ, ÉE, part. Mort, enveloppé du linceul funèbre. Tu 
voudrais bien que je fusse ploye'e, disait brusquement une 
lavandière à son mari. — Displutôt encrottée, répliqua l'é- 
poux. «Plié» s'emploie dans le même sens que ployé. 
Depuis sa chute il ne traîna pas longtemps : après cinq 
jours il était plié. Expression savoisienne. 
PLUCHER, V. a. Eplucher. Plucher du légume; plucherdes 
haricots; plucher de la salade. Cet enfant est toujours à 
se plucher le nez. En vieux français : Pluchoter. 
PLUCHURES, s. f. pi. Épluchures, pelures. On dit aussi : 

Pluchons et pluches. 
PLUMACHE, s. f. Plumes d'ornement, plumet, panache. Un 
chapeau à plumaches. Terme suisse, savoisien, bressan, 
provençal, etc. 
PLUME, s. f. Mettre la plume à la main signifie : Se mettre 
à écrire, commencer à écrire. Les dictionnaires disent : 
« Mettre la main à la plume. » 
PLUMER, v. a. (fig.) Ronger, manger, dévorer. Les chenilles 

plumaient les branches de ce bel arbre. ' 
PLURÉSIE, s. f. Pleurésie. Gagner une plurésie. Terme 

suisse-roman, savoisien et français populaire. 
PLUS, adv. Est mis pour : « Plus de, » dans les phrases sui- 
vantes et phrases analogues : J'en ai plus peur qu'envie. 
Votre mari. Madame Philibert, va, dit-on, passer en Amé- 
rique. — A vous dire le vrai, Monsieur, j'en ai plus peur 
qu'envie. Dites : J'en ai plus de peur que D'envie. 



PLU-POI 107 

t PLUS BON. Meilleur. Prends ce foire, Vincent; il est bien 

plus bon que l'autre. 
t PLUS PIIIE. Pire. Tu trouves ce vin mauvais; tu en bois 

du plus pire chez ta grand'mère. Français populaire. 
PLUVIGNER ou PLUVINER, v. neutre. Pleuvoir un peu. 

Voyez PLEUVIGNER. 

POCHÉ, ÉE, adj. Fruits pochés. Fruits que l'on a portés 
dans la poche pendant quelque temps. On dit en français : 
« Pocheté. » 

POCHE-L'ŒIL, s. m. Terme des collégiens et des gamins. 
Coup violent sur l'œil, et qui le fait entier et bleuir. Rece- 
voir un poche-l'œil. 

POCHON, s. m. Cuillère à potage, cuillère profonde et à long 
manche, dont on se sert à table pour prendre le potage dans 
la soupière. Pochon d'argent, pochon d' ctain . Terme suisse 
et franc-comtois. 

POCHURE, s. f. Coup marqué au visage, meurtrissure au 
visage avec enflure. Pochure à l'œil; pochure au front. 
Recevoir une pochure ; se faire une pochure. « Pocher n et 
« se pocher « sont français. 

POINT AU CÔTÉ, s. m. Point de côté, mal, douleur que 
l'on ressent au côté. Au figuré, point au côté (point de côté}, 
se dit : 1° D'une personne qui nous est à charge; 2" D'une 
alTaire embarrassante ou pénible. Français populaire. 

POINTET, s. m. Petite flèche qu'on met sur une arbalète pour 
tirer contre un but. [p. g.] 

POINTILLEUR, EUSE, adj. Pointilleux, euse. [p. g.] 

POINTU, UE, adj. (fig.) Malin, satirique, caustique, mor- 
dant. As-tu remarqué son air pointu? Elle nous répondit 
d'un ton bien sec et bien pointu : Cela ne vous regarde 
pas, Messieurs. Expression languedocienne. En vieux fran- 
çais, le mot guille signifie : « Pointe » et « ruse, malice. '^ 

POINTU, s. m. Lâche, insolent. 



i08 POI-POL 

POIRE (UN). Un bon poire; des poires blets. Aux poires! 
Aux beaux poires! Ce solécisme nous vient du patois, où 
ce mot est masculin {on peret). 

POIRE-À-BON-DIEU, s. f. Alizé, fruit ou baie de l'aubépine. 

On dit aussi: Poire-de-bon-Diea et poire-au-bon-Dieu. 

Terme savoisien. 
POIRE CHARLON, s. f. Poire gros-romain. 
POIRE-ROME, s. f. Poire de bon chrétien. 
POIRE SIRE-JEAN, s. f. Poire de Messire-Jean. 
POIS EN GRAINS, s. m. pi. Petits pois. 
POIS GOURMANDS, s. m. pi. Voyez gourmands. 
t POISON (LA^. Boire de la poison; prendre de la poison. 

Ce mot a été féminin jusque vers la fin du dix-septième 

siècle. C'est une poison, se dit d'une femme très-méchante. 

Français populaire. 
POITE, s. f. Méchante femme. 
POLAILLE, s. f. Terme des campagnards. Poule. Une belle 

polaille. Une polaille grasse et dodue. En français, « Pou- 

laille » signifie : Volaille. 
POLAILLON, s. m. Sobriquet que l'on donne populairement 

à un homme qui s'occupe des soins du ménage ou de cho- 

ëes trop minutieuses. Fanchette, ton Monsieur est un po- 

laillon. On dit en français : « Un tâte-pouls. » 
POLATAILLE, s. f. Oiseaux d'une basse-cour, volaille. 
POLICE (LA), ou LA POLISSE. Les polissons, les enfants 

qui courent les rues pour y faire des espiègleries. Il faudra 

pourtant une fois mettre à la raison toute cette police. 

N'est-il pas vrai (ju étant gamins nous faisions la police 

ensemble J' Terme parisien populaire, etc. 
t POLIE, s.f. Poulie. Ajuster une polie. Vranç^hiio^uh'ive. 
POLIR, V. a. Dépenser en folles dépenses. Il a su en quatre 

années polir une fortune de 150,000 francs. 
POLITESSE (UNE). A Genève, faire une politesse à quel- 



POL— POM 109 

qu'un, veut dire : Lui offrir une collation, un dîner, un thé; 
l'inviter à une soirée dansante, à une partie de m: ntagne, 
etc. Expression consacrée. 

t POLMON, s. ra. Poumon. Un ragoût de polmons. En vieux 
français on dit: Poulmon; en Languedoc, palmon; en 
Franche-Comté et à Paris, pomon; à Chambéry et dans 
la Bresse, pormon. 

POMMEAU, s. ra. Terme injurieux, qui équivaut à : Homme 
pesant, homme ennuyeux, homme sciant. 

POMMEAU, s. m. Nous disons : Une canne à pommeau d'ar- 
gent; une canne à pommeau d'or. Il faut dire : Une canne 
à pomme d'argent, une canne à pomme d'or. Mais on dit 
très-bien : Le pommeau d'une épée , le pommeau d'une 
selle. 

POMMEAU, s. m. C'est ainsi qu'on désigne souvent un petit 
messager dans une fabrique ou dans un comptoir. 

POMME EN CAGE, s. f. Pomme enveloppée de pâte et cuite 
au four. 

POMME RAINETTE, s. f. Rainette, ou pomme de rainette. 

POMMIER D'AMOUR, s. m. Tomate, sorte d'arbrisseau, dont 
le fruit s'appelle : Pomme d'amour. 

POMPE A FEU, s. f. Ne signifie point en français : « Pompe 
à incendie. » Une pompe à feu est une machine hydraulique 
mise en jeu par la vapeur. Ne dites donc pas : Les pompes 
à feu arrivèrent quand le bâtiment était déjà consumé. 
Faute fréquente en Suisse et en Savoie. 

POMPER, v. n. Ce mot se dit d'un poêle ou d'une cheminée 
où le feu est allumé, et il signifie : Attirer l'air. Tu as bien 
de la fumée dans ta chambre, Edouard. — En effet, c'est 
que mon poêle ne pompe pas assez. 

POMPON, s. m. À nous le coq, à nous le pompon. Expression 
un peu vulgaire qui signifie : A nous le fion, à nous la su- 
périorité. Voyez COQ. 



110 PON— POR 

PONT, s. m. Termft de maçon et de plâtrier. Dresser un pont; 
enlever un pont. Choisisse:: pour votre pont des planches 
solides. En France on dit : Écliafaudage. Dresser un écha- 
faudage. 

PONTENAGE, s. m. Payer les droits de pontenage. Terme 
suisse, savoisien et vieux français. On dit actuellement : 
Pontonage. 

PONTET, s. m. Chantier, pièce de bois sur laquelle on pose 
les tonneaux dans une cave. Etablir des pontets. Terme 
suisse-roman. 

POHPE ou POURPE, s. f. Poulpe, partie charnue de la vian- 
de. Prenez ce morceau, Madame, c'est tout pourpe. 

PORPU, UE, adj. Charnu, garni de chair. Au sens figuré, 
nous disons d'une chose excellente, d'une chose très-belle 
en son genre : C'est du chenu et du porpu, c'est-à-dire : 
C'est du très-beau, c'est du très-bon. 

PORTAIL ou PORTAL, s. m. Grille. Portail en fer; por- 
tail en bois. Ouvrir les portails. Terme méridional. En 
français, « Portail » se dit de la façade ou de la principale 
porte d'une église. 

PORTÉE, s. f. Distance convenable. Mettez-vous à portée 
(à la portée) afin de pouvoir entendre. Ne lâche pas encore 
ton coup de fusil : tu n'es pas à portée (à la portée) , Met- 
tez ce fumier à portée, c'est-à-dire : Mettez-le près de 
l'endroit où il doit être employé. Les canons n'étaient pas 
à portée. Selon les dictionnaires, « Etre à portée » se dit 
des personnes et signifie : Être dans une situation conve- 
nable pour faire quelque chose. 

PORTER PERTE. Nuire, être nuisible, tourner à préjudice. 
Ce nouveau magasin nous portera perte. Si tu renvoies 
Marguerite, elle cherchera à nous porter perte. Expression 
consacrée. 

PORTEUR, s. m. Terme de vigneron. Cource, bout de sar- 



POR— POT 111 

ment d'environ demi-pouce de longueur, qu'on laisse au som- 
met d'un cep de vigne pour rapporter des raisins, [p. g.] 

PORTILLON, s. m. Petite porte basse dans la fermeture 
d'une boutique. 

PORTION, s. f. (Prononcez por-cion.) Potion, remède li- 
quide qu'on boit. Prends ta portion, mon valet, tu auras 
du bonbon ensuite. Terme français populaire. 

PORTRArr EN TROIS QUARTS. Dites : Portrait de trois 
quarts. Dites aussi : Se faire peindre de trois quarts, et 
non : Se faire peindre en trois quarts. 

t PORVISION, s. f. Provision. Vous faites votre petit mar- 
ché. Madame Dulignage F — Vous le voyez, Monsieur : je 
fais une petite porvision de raves et de patenailles. 

POSE ou PAUSE, s. f. Mesure agraire, qui équivaut à 400 
toises de Genève, c'est-à-dire, à un peu moins d'un arpent. 
Notre plaine de Plainpalais a trente poses; la plaine du 
Pré-l'Evêque en a trois et un tiers. Terme vaudois et ju- 
rassien. 

POSEE, s. f. Écriture moyenne. Ecrire en posée. Passer 
de la posée à la fine. 

POSER, v.a. Quitter. Poser son habit, poser son chapeau,. Si 
Monsieur voulait poser son manteau, les chevilles sont là. 

POSER LE DEUIL. Quitter le deuil. A Genève, une veuve 
ne pose qu'après quatre ans le deuil de son mari. 

POSER LES SCELLÉS. Apposer les scellés, mettre les 
scellés. 

POSSÉDÉE (UNE). Nous disons d'une femme qui se démène 
et qui jette des cris perçants : Elle s'agite comme une pos- 
sédée; elle crie comme une possédée. Ce féminin, qui man- 
que dans les dictionnaires, est fort admissible. 

t POTACHE, s. f. Potasse. 

POT À EAU, s. m. Pot à l'eau ; c'est-à-dire : Pot destiné 
à recevoir de l'eau. 

POT À LAIT, s. m. Pot au lait. 



H2 POT— POU 

POTET, s. m. Terme des campagnards. Petit pot. En vieux 
français : Poulet. 

POTRINGUE, s.f. Médecine, breuvage purgatif, drogue. Se 
dit aussi de toute mauvaise boisson. Voire cidre a un goût 
de putringue ; c'est une vraie potringue. Le docteur iwulait 
me purger : je l'ai dispensé de sa potringue. Etre tou- 
jours en potringues, signifie : Être toujours dans les re- 
mèdes. Terme suisse, savoisien et méridional. 

POTRINGUER, v. a. Droguer, médicamenter. Dis voir, Mi- 
chel, on dit comme ça que tu te laisses potringuer par ta 
cauque (par ta femme) ; pour moi, je ne me potringue 
jamais, et je n'en suis pas plus malade pour tout ça. 

POTTES, s.f. pi. Lèvres. S'essuyer les polies; se lécher les 
polies. Je vois bien, gouillard, que tu as louché à mes 
confitures : il t'en reste encore par les polies. Terme suisse, 
savoisien, méridional, lorrain, etc. Ce ragoiU est à sa 
polie, signifie : Ce ragoût lui plaît. La soupe était à sa 
polie, et il s'en est pijfré. 

POTTE, s. f. Moue, mine refrognée, grimace. Faire la polie, 
c'est faire la moue, bouder, témoigner de la mauvaise hu- 
meur par son silence et par son air. On dit à un enfant qui 
pleurniche : Tw fais là une bien vilaine polte; va donc te 
cacher avec ta polte. 

POTTU, UE, adj. Qui fait la moue, qui a mauvaise grâce, qui 
rechigne. Terme vaudois et savoisien. 

POU, s. m. Chercher les poux parmi la paille, est une locu- 
tion proverbiale qui signifie : Vétiller, s'attacher à des minu- 
ties, chercher noise à propos de rien. On dit à Paris, dans 
le langage populaire : Chercher des poux à la tête de quel- 
qu'un. Expression plus triviale que la nôtre, mais qui a le 
même sens 

POUARE, POUAIRE ou POUAI, s. m. Sale, malpropre, 
.'^agouin, porc. Fi donc^ le pouairel... Va-t^'en, pouaire. 



POU— POUP 113 

le ronger les ongles ailleurs. Terme va udois, savoisien, ju- 
rassien et provençal. En vieux français, pouerc signifie : 
Pourceau. Dans le français populaire, pouacre signifie; 
Homme mal propre, et « pouah ! » est une interjection qui 
indique le dégoût. 

POU DE SERPENT, s. m. Insecte à corps très-long, qui 
fréquente surtout les cours d'eau, et qui s'appelle en fran- 
çais : « Une demoiselle. » [p. g.] 

POUFFE ou POUF, s. m. Faire du pouffe, signifie: Dé- 
ployer de l'ostentation, s'étaler, tirer vanité de son costume. 
On dit en français : « Faire pouf. » 

POUGNE ou POGNE, s. f. Poignet, force du poignet. Avoir 
de la poiigne; avoir une bonne pougne. Dans le français 
populaire on dit : Poigne ou pogne. 

POUINE, s. f. et adj. Femme ou fille malicieuse, taquine, 
espiègle, pie-grièche, chipie. Elle fait la pouine. Elle 
est jolie, mais pouine. C'est une méchante pouine. Terme 
suisse. 

POUINET, ETTE, adj. et subst. Se dit des personnes et des 
choses. Un ton pouinet est un ton tranchant, aigre, malin, 
pointu. Air pouinet, mine pouinette. 

POULAINE ou POULINE, s. f. Pouliche, cavale nouvelle- 
ment née. Terme vaudois, savoisien, etc. 

POULAINTE ou POULINTE, s. f. Farine de maïs, gaudes. 
Soupe à lapoulainte. En provençal : Poulento; en Valais 
et en Italie, polenta. 

POULET, s. m. Robinet, clef d'un robinet. Tourner le pou- 
let. Terme vaudois et neuchâtelois. Le mot allemand Hahn 
signifie tout à la fois un coq et un robinet, et c'est de là 
probablement qu'est venue notre expression : Poulet. 

POUPONNER (SE), v. pron. Se pomponner, s'ajuster avec 
un soin minutieux, mettre à sa toilette du temps et de h 
recherche, Onne le rencontre jamais que pouponne', mus- 
II. 11 



11 i POU— POUS 

que et tiré à quatre épingles. A Lyon et dans le Midi, se 
povpo7iner signifie : Se choyer, se traiter délicatement et 
comme un poupon. 

l^OUR BON, loc. adv. Tout de bon. Ne jouons phis pour 
semblant, jouons pour bon; jouons pour de bon. Fran- 
çais populaire. 

POUR ÇA, loc. adv. Assurément, certainement. Moi, l'ac- 
compagner par cette pluie battante! Ah! pour ça, non. — 
Pour ça, oui, tu m'accompagneras. Ne s'emploie que suivi 
de oui ou de non. 

POUR DIRE, loc. adv. A vrai dire, à dire vrai, pour m'ex- 
primer exactement. Notre petite Caroline n'est pas men- 
teuse, pour dire, mais elle pourrait être plus franche. 

POURE, adj. m. POURA, adj. f. Terme patois qui signifie : 
pauvre. Porlrâ féna, vo-z-ive don hein fan (pauvre femme, 
vous avez donc bien faim). Terme vaudois, savoisien, ber- 
richon, normand et vieux français. En anglais : Poor. 

POURPE, s. f. Pulpe. Voyez porpe. 

POUR QUANT A, loc. adv. Quant à. Partez, vous autres, 
par le bateau : pour quant à moi, je prendrai la diligence. 
Terme savoisien et lyonnais. 

POURREAU, s. m. Soupe aux pourreaux. Terme suisse, 
savoisien, lyonnais, etc. On dit en français : « Porreau « ou 
« Poireau. » 

t POUR TANT QU'A, loc. adv. Quant à. Jouez aux boulex 
vous deux ; pour tant qu'à moi, je préfère de jouer aux 
quilles Expression très-répandue. 

POUSSEE, subst. fém. Se dit des arbres et des plantes et si- 
gnifie : Pousse. La poussée des acacias est chaque année 
d'environ six pieds. Terme suisse, savoisien, dauphinois, 
lorrrain, etc. 

POUSSÉE, subst. fém. Éruption à la peau. Terme connu de 
fous ceux qui fréquentent les établissements d'eau therma- 



POU-PRE 115 

les. Il n'est pas prudent, dil-on, d'interrompre les baina 
quand une fois la poussée a commencé. 

POUSSER (SE), V. pron. S'éloigner, se retirer, se reculer. 
Pousse-toi, John, tu me gênes. Pousse::.-vous un peu, 
Messieurs, et faites place aux dames. 

POUSSETTE, s. f. Lycopode, plante dont les capsules sont 
remplies d'une poussière abondante qui prend feu comme la 
résine. 

POUSSIERE, ÉE, adj. Chemin poussière. Dites ; Poussié- 
reu.K, ou plutôt dites; Poudreux, Chemin poudreux. 

POUTET, s. m. Mâle de la fouine. Noir comme un poutet; 
noir comme le poutet. Terme savoisien. 

POUTET, s. m. Enfant joufflu, pottu et d'une figure désa- 
gréable. Quel poutet! J'ai bien vu des poutets dans ma vie, 
mais jamais de pareils à celui-ci. Terme fort connu de nos 
campagnards. 

POUTRAISON, s. f. Charpente d'un édifice. La poutraison 
qui était fort vieille, a consenti. Terme neuchàtelois, etc. 

t POUTRE (UN). Un gros poutre. Aide-nous à mettre ce 
poutre en place. Dites : « Une poutre. » 

PR.AILLE, s. f. Prairies, pâturages. La praille de Carouge; 
la praille de Lancij ; la praille de Chêne-Thônex. Dans le 
patois du canton de Vaud, prahia signifie : Pièce de terre 
avec un fenil. En vieux français : Praillel, petit pré, prairie. 
Du mot de praille nous avons formé celui d'emprailler, qui 
veut dire : Gazonner, semer du gazon, mettre en prairie. 

PRECHER, V. n. Prêcher à un converti. Dites : « Prêcher 
UN converti. » 

PRÉCIPITÉE (À LA), loc. adv. Précipitamment, en toute 
hâte. Partir à la précipitée. Les choses qu'on fait à la pré- 
cipitée sont rarement bien faites. Expression savoisienne 
et dauphinoise, digne de prendre place dans les diction- 
naires. 



116 PRE— PREN 

PRECO, s, m, (Prononcez prœcau.) Celui qui est le principal 
personnage dans un petit endroit, celui qu'on y écoute le 
plus et y exerce le plus d'influence. Le préco du village; 
le préco de la paroisse; le préco du cercle. Terme savoi- 
sien. En français, ce personnage s'appelle figurément et fa- 
milièrement : « Le coq. » Le coq du village ; un coq de pa- 
roisse, etc. 

PRÉFÉRER, suivi de l'infinitif. Je préfère partir. Elle pré- 
féra ne pas nous suivre, etc. Dites, avec les dictionnaires 
et les meilleurs auteurs : Je préfère de partir; elle préféra 
DE ne pas nous suivre. « J'eusse préféré D'être jeté aux 
crocodiles. » [Chateaubriand, Atala, ks Chasseurs.] 

PREMIÈRE CHOSE (LA), loc. adv. En premier lieu, d'a- 
bord. Tti iras la première chose à la boucherie, et ensuite 
chez la gagère de Longemalle. 

PREMIÈRE MAIN (DE). J'ai eu ce meuble et ces beaux 
draps de première main. Il achète ses vins de première 
main. Dites avec l'article : « De la première main. » 

PREMIÈRE VUE (À), loc. adv. Dites, en employant l'arti- 
cle : À la première vue. « Elle déchiffrait les plus difficiles 
musiques à la première vue. » « Je les reconnus tous deux 
à LA première vue. » 

PRENDRE, V. n. L'idée lui a pris de voyager. Si l'idée te 
prend de m'écrire, tant mieux. Quand l'idée vous en pren- 
dra, venez me voir. Dans ces diverses phrases et dans les 
semblables, dites : L'idée lui est venue de voyager. Si l'i- 
dée te vient de m'écrire, tant mieux, etc. 

PRENDRE, V. a. Nous disons : Un tel a pris la fièvre; il a 
pris un mal de dents, im gros rhume, une extinction de 
voix, etc. Nous disons de même : Prendre froid; prendre 
la coqueluche ; prendre des convulsions ; prendre un ca- 
tarrhe : toutes expressions qui ne sont pas françaises. Les 



PRE— PRES 117 

dictionnaires disent: La fièvre l'a pris; il lui a pris un mal 
de dents; il a gagné un rhume, etc., etc. 

PRENDRE FEU. Employé impersonnellement. Il a pris feu 
à la maison de l'Escarcelle; il a pris feu au Molard, etc. 
Dites avec les dictionnaires français : Le feu a pris à telle 
et telle maison, à tel et tel quartier, etc. 

PRENDRE MAL. Se trouver mal, tomber en faiblesse, se- 
vanouir. i/'"*^ iV*** pril mal à l'église, et fut transportée 
chez elle. 

PRENDRE PEUR. Prendre de l'épouvante, s'effrayer. Geor- 
gette a pris peur. Si tn prenais peur, appelle-moi . Dites : 
La peur le prit. Si la peur le prenait, etc. [Dictionnaire 
de Poitevin, p. 787.] 

t PRENDRE (S'EN). S'y prendre. Il faudra s'en prendra 
de bien bonne heure, si l'on veut trouver ce soir des places 
au Cirque olympique. Notre Joseph ne sait pas s'en pren- 
dre; il est encore bien emprunté et bien maladroit. Cette 
opération, pour dire, n'est pas difficile; tout dépend de 
la manière qu'on s'en prend. 

PRÈS, employé adjectivement, est un barbarisme. Ne dites 
donc pas : Un tel est mon plus près parent; un tel est 
leur plus près cousin; nous étions leurs plus près voisins. 
Substituez, dans ces phrases, l'adjectif « proche » à l'ad- 
verbe près, et dites : « Un tel est mon plus proche pa- 
rent, » etc. 

PRESSER, V. a. Pressurer, mettre sous le pressoir. Presser 
la vendange; presser les raisins; presser les poires et les 
pommes pour en faire du cidre. 

PRESSER, V. neutre. Nous disons à un ouvrier : Faites-moi 
promptcment cette table et ce canapé, car ils me pressent. 
c'est-à-dire : Car je suis pressé de les avoir. Nous disons 
de même : Ces cravates pressent, ces robes pressent, ces 
souliers pressent. Il faut dire ; Ces cravates sont pressées, 

H. 1 1 . 



ît8 PRE— PRI 

ces robes, ces souliers sont pressés, etc.; ou : Nous sommes 
pressés de les avoir. 

PRESSON, s. m. Barre de fer, levier. Terme savoisien et 
lyonnais. 

PRESSURE, s. f. Présure, acide pour faire cailler le lait. 
Plus on garde la pressure, meilleure elle est. Terme fran- 
çais populaire et vieux français. A Genève on dit aussi : 
Présure. 

PRETER, V. a. A table, on entend souvent dire: Prêtez-moi 
la carafe; prêtez-moi la salière; veuillez me prêter l'hui- 
lier, etc. Cette locution est un gasconisme, qu'il faut rem- 
placer par l'expression toute simple : Donnez-moi la carafe ; 
donnez-moi la salière ; veuillez me passer l'huilier. 

PRETER À RIRE. Apprêter à rire. La jeune Adélaïde avait 
une toilette qui prêtait un peu à rire. Terme suisse, sa- 
voisien, etc. Mais on dira fort bien : Prêter au ridicule, 
prêter à la critique, etc. 

t PRÉVENIR, V. n. Provenir. 

PRIE À. Nous disons: Etre prié à un enterrement; être 
prié à une cérémonie; être prié à une fête. Il faut dire : 
Être prié D'un enterrement ; être prié D'une fête, etc. 

PRIER QUE. Je prie que l'on se taise. Le président agi- 
tait la sonnette et priait qu'on l' écoutât. Dites : Je de- 
mande que l'on se taise. Le président demandait qu'on l'é- 
coutât. 

PRIEUR, s. m. Nous appelons prieur ou prieur d'enterre- 
ment, celui des porteurs que la famille du défunt charge 
d'aller prier au convoi les parents et les amis du défunt. 

I^RIEUSE, s. f. Nous appelons prieuse, la femme dont l'em- 
ploi est, dans les enterrements protestants, de marcher à la 
tête du cortège. A côté d'elle marchent, vêtus de noir, les 
deux porteurs d'escahelle. 

l^RIMBÊCHE, s. f. Pimbêche. C'est une primbêche. Quelle 



PRI— PRO iiO 

primbêche ! Les campagnards ne s'expriment pas autre- 
ment. 

PRIMO D'ABORD, loc. adv. L'un de ces deux mots est inu 
tile à côté de l'autre, puisque d'abord, en français, a le 
même sens que primo en latin. Dans le langage parisien 
populaire on dit : Premièrement d'abord; ce qui ne vaut 
pas mieux. 

PRIN, adv. Dans le langage des campagnards, Parler prin 
signifie : Parler du bout des lèvres et avec afîectation- 
Voyez donc celle primbêche : quels airs elle se donne, ei 
comme elle s'éludie à parler prin ! 

PRIN ou PRIN BOIS, s. m. Menu bois, brins de fagot. Pour 
mettre ce feu en train, il nous faudrait du prin bois. Terme 
suisse, savoisien, lyonnais, franc-comtois, etc. Prin ou 
prim [primus), appartiennent au vieux français, et signi- 
fient : 1" Premier; 2° Menu, fin, mince, délié. Nos cam- 
pagnards appellent ^rmes graines, Les graines qu'on sème 
au printemps ; ils appellent prin terrain, Un terrain léger, 
etc. Dans le patois du canton de Vaud : Prin bec, blanc 
bec; primes bêtes, menu bétail. 

PRIN-FORT, s. m. La petite absinthe. Terme vaudois et sa- 
voisien . 

PRIS, PRISE, adj. Entrepris, embarrassé, endolori, per- 
clus. Avoir la tête prise; avoir la gorge prise; être pn>; 
des deux bras, etc. Terme méridional. 

PROCURE, s. f. Procuration. Ils envoyèrent les deux pro- 
cures au notairje. Terme vieux français, conservé chez nos 
proches voisins. 

PROFITAGE, s. m. Faire un pro filage (un profit). 

PROFITER DE, suivi d'un infinitif. Je profite de venir le 
voir pendant que mes marmots dorment. Nous profiterons 
de faire notre voyage pendant les vacances de l'Académie. 
Tu dois profiter d'aller au théâtre pendant qu'on joue le 



ïiO PRO— PUC 

Domino noir. Cette expression, qui me semble claire, com- 
mode et concise, n'est dans aucun dictionnaire français. 
PROMENER, V. actif, (fig.) // m^a promené deux ans avant 
que de me payer. Les dictionnaires disent : Il m'a traîné 
deux ans. 

t PROMONTIONS, s. f. pi. Promotions, distribution solen- 
nelle des prix aux écoliers du collège dans la cathédrale de 
Saint-Pierre. Le jour des Promontions ; la fête des Pro- 
monlions . 

PROPREMENT, adv. Entièrement, à fond. Hier soir, Jean 
Couzineau s'est soûlé proprement. Français populaire. 

PROPRÎTAIRE, s. m. Propriétaire. 

PROPRÎTÉ, s. f. Propriété. 

PROVIGNURE, s. f. Provin, rejeton d'un cep de vigne pro-. 
vigne. Terme vaudois et savoisien. 

PRUNEAU, s. m. Nous appelons pruneau une espèce de 
grosse prune Irès-alIongée. Cueillir des pruneaux ; abattre 
des pruneaux; sécher des pruneaux. En français, « Pru- 
neau » signifie : " Prune sèche. » L'espèce de prune que 
nous appelons jorw«eaw, se nomme « lie verte. » 

PRUNEAULlER ou PRUNEAUDIER, s. m. Arbre qui porte 
\es pruneaxix. Voyez l'article précédent. 

PSAUME (UN). Jl faut dire: Des psaumes, ou : Un psautier, 
quand on parle du recueil des cantiques de David. Les phra- 
ses suivantes sont donc, à ce point de vue, incorrectes. 
Tu te placeras auprès de moi, Betsi, et nous chante- 
rons sur le même psaume. Fais donc relier ton psaume. 
Achète-toi un psaume plus sortable que celui-là. Dites : 
Fais relier tes psaumes. Achète-toi des psaumes plus sor- 
tables, etc. 

i'UCER, V. a. Épuccr, ôter les puces. 



PU1~PUR 121 

PUIQUE. Prononciation vicieuse delà conjonction « puisque,» 
dont le s doit se faire entendre. Les grammaires sont toutes 
d'accord sur ce point. 
PUISERANDE, s. f. Danaïde, roue à augels établie dans le 
Rhône, près de Genève : elles sont au nombre de deux, et 
servent aux irrigations de plusieurs jardins potagers. Ce 
mot de piiiserande nous vient du Midi. Dans le Languedoc, 
poiizarangiie signifie : « Puits à roue. » Nous appelons aussi 
puiserande, des puits à roue établis à une très-petite dis- 
tance de l'Arve, et dont un cheval est la force motrice. 
[Voyez Villa, Nouveaux Gasconismes corrigés, t. II, p. 
164.] 

PUNAIS, AISE, adj. En français, ce mot ne se dit que des 
personnes. A Genève on l'emploie surtout en parlant des 
choses, et comme synonyme de désagréable, incommode, 
et qui affecte péniblement. Nous disons : Un vent punais, 
un air punais, un froid punais, un temps punais, etc. 
Rue punaise est le nom que portait, il y a quelques années, 
la rue appelée aujourd'hui «Traversière. » 

PURE, s. f. Le moment de la plus grande abondance d'un 
légume, d'un fruit, d'un poisson. La pure des abricots, la 
pure des cerises, des melons, des feras, etc. J'attends la 
pure des framboises pour faire mes confitures. Quelques- 
uns écrivent l'apure. Voyez apure. 

t PURÉZIE, s. f. Pleurésie. La piirézie se déclara et il fal- 
lut en venir à une saigne. Terme savoisien, lyonnais et bas 
limousin. En Languedoc et en Franche-Comté on dit : Un 
purési. 

PURGE, s. f. Purgation, purgatif. Prendre une purge. Ce 
terme, fort usité en Suisse, en Savoie et en France, appar- 
tient au vieux français. 

PURPURALE, adj. fém. Fièvre purpurale. Dites : Fièvre 
puerpérale. R. lat. puerpera. 



122 PUS— QUÂ 

PUSSIN ou PUCIN, s. m. Poussin, poulet nouvellement éclos. 
La foule et ses pussivs. Terme suisse, lorrain, vieux fran- 
çais, etc. 

PUSSINE, s. f. Jeune poule, poulette. Ce joli mot « pussine » 
manque à la langue française, puisque « Poulette » ne s'em- 
ploie guère qu'au sens figure. Dans le patois vaudois on 
dit : Pudjena ou puzene. 

PUTRIFIER, V. a. Putréfier, faire pourrir. 



Q 

QU.4ND, conj. En même temps que, aussitôt que. J'y serai 
quand toi, c'est-à-dire : J'y serai aussitôt que toi. Tu par- 
tiras quand nous. Vous sortirez quand les autres, c'est- 
à-dire : Vous sortirez quand les autres sortiront. Ce tour 
elliptique appartient au vieux français. Le dictionnaire de 
l'Académie dit : « Il est parti quand et quand nous, « pour 
signifier : 11 est parti en même temps que nous. 

QUAND QUE..., loc. conj. A quelque moment que. Quand 
que tu viennes, tu me feras plaisir. Oui, viens, viens, 
quand que ce soit. 

QUANTE, adv. Prononciation vicieuse de l'adverbe « quand. « 
Quanle l'occasion se présente, saisissez-la. Français po- 
pulaire. Prononcez Kan. 

QUANTIEME, s. m. Le quantième avons-nous!' Le quan- 
tième tenons-nous^ Le quantième du mois sommes-nous P 
Ces trois expressions sont vicieuses, et l'on doit y substi- 
tuer les suivantes : Quel quantième avons-nous? Quel est le 
quantième du mois? 

QUARANTAIN, s. m. Un bouquet de quarantains. Terme 
savoisien, rouchi, etc. Le mot français est: Quarantaine. 

QUART, s. m. Nous disons, en supprimant l'arlicle « Un « : 



QUA-QUE 123 

// est deux heures et quart; il est midi et quart ; il est trois 
heures et quart. Les dictionnaires et le bon usage veulent 
qu'on dise : 11 est deux heures et un quart; il est midi et 
LN quart. Ou bien, en retranchant la conjonction et : Il est 
deux heures un quart; il est midi un quart, etc. Dites de 
même : Cet objet pèse trois livres et un quart ; ou : Cet ob- 
jet pèse trois livres un quart. 

QUART, s. m. Nous disons d'un objet qui n'a aucune valeur : 
Il ne vaut pas six quarts ; il ne vaut pas deux quarts. Le 
quart était une de nos monnaies valant un centime environ. 
il y avait des pièces de six quarts, des pièces de trois 
quarts, et des pièces de deux quarts 

QUART, s. m. Mesure de capacité pour les grains, laquelle 
équivaut à un quart de coupe, soit deux décalitres ou à peu 
près. Un quart de blé; un quart d'avoine. 

QUARTE ou CARTE, s. f. Mesure de capacité pour les 
grains, laquelle équivaut à un seizième de la coupe. Voyez 
ce mot. A la page quatre-vingtième du tome I<"", il est dit, 
par erreur, un sixième (de la coupe) au lieu de : « Un sei- 
zième. » Voyez CARTE. 

QUARTERON, s. m. Mesure de capacité pour les liquides, 
laquelle équivaut à un vingt-quatrième du setier, soit deux 
pots, soit deux litres et un quart. 

QU.\RTERON, s. m. Un quarteron de paî7/e équivaut à huit 
quintaux de paille, soit vingt-cinq grosses gerbes, chacune 
d'environ sept pieds de tour. 

QUE, dans les phrases suivantes, est une particule d'impa- 
tience et de dépit. Sonne que te sonne! Crie que te crie! 
Pleure que te pleure! Phrases elhptiques et originales, qui 
équivalent à : Peste de celui qui ne fait que sonner! La 
peste soit du bambin qui crie ! La peste soit de l'enfant qui 
pleure ! 

t QUE, sorte de conjonction. Si ce n'est, excepté. Toxts ont 



iU QUE— QUET 

menti que mon garçon. Tous ont payé que toi. On peut tout 
racheter que la mort, est un proverbe de nos campagnards. 
i QUE. Dont. Dis-wir, Tronchet, comment appelles-tu cette 
femme d'ici, vis-à-vis que son mari est tailleur? (dont le 
mari est tailleur). Connais tu Prosper? — Quel ProsperP 

— Eh! pardi ne, Prosper Flammel. que sa femme est tant 
méchante (dont la femme est si méchante). Quel chemin 
faut-il prendre pour accourcir? — C'est tout simple : le 
chemin qu'on va au vieux pont (par lequel on va au vieux 
pont). Expression savoisienne, etc. 

QUEBER, V. a. Terme d'écolier. Voyez cheber. 

QUEL. Quelque. Tirai te voir après-demain quel temps qu'il 
fasse. Dites : Quelque temps qu'il fasse. À quel moment 
que tu viennes (à quelque moment que tu viennes), lu me 
trouveras. Viens à quelle heure que ce soit (à quelque 
heure que ce soit.) Faute répandue même parmi des per- 
sonnes qui se piquent de bien parler. 

QUEL, QUELLE. A quelle heure dînerons-nous, Antoine ? 

— À quelle heure tu voudras. Dites : A l'heure que tu vou- 
dras. A quelle place nous asseyerons-nous? — À quelle 
place tu voudras. Dites : A la place que tu voudras. 

QUELQUES, s. m. plur. Nous étions à ce concert quarante 
et quelques. Le nomhre des morts, dans cet horrible in- 
cendie, s'éleva à soixante et quelques. Cette expression, 
très-usitée chez nous, et qui n'a rien de choquant, ne se 
trouve pas dans les dictionnaires. 

t QUE NON PAS. Il nous vaut mieux suivre la grand' route 
que non pas nous perdre. Dites : « Que de nous perdre.» 
C'est plus sage à nous de patienter que non pas recourir 
à un procès. Dites : « Que de recourir à un procès. « 

QUET, adj. masc. Terme d'écolier. Ruiné, qui a tout perdu 
au jeu. Je ne joue plus, je suis quet. 



QUE-QUl 125 

QUEUE, s f. Nous disons figurément : Il n'y a pas la queue 
d'un chat, pour signilier : Il n'y a personne. Le temps fut 
si mauvais, si désastreux, qu'il n'y eut pas la queue d'un 
chat à la soirée du casino. Les dictionnaires disent : «Il 
n'y eut pas un chat. » 

QUEUE CUITE. Dans notre langage populaire : Avoir la 
queue cuite, signifie: Etre penaud, être tout honteux, tout 
mortifié. // s'en retourna la queue cuite. 

QUI, pron. rel. Que. Faites ce qui bon vous semblera. Dites: 
Faites ce que bon vous semblera. 

t QUIBLE, s. m. Passer au quible. Dites : Crible. 

t QUIBLER, V. a. Cribler. 

t QUIBLURE, s. f. Criblure. 

t QUINAR, s. m. Quinar en bois. Dites : Quina. Quina en 
bois. 

QUINARRODON, s. m. Cynorrhodon, fruit de l'églantier. 

QUINCONCHE, s. m. Planter des arbres en quinconche. 
Terme vieux français. On dit actuellement : « Quinconce. » 

QUINE, s. fém. Dites : Un quine, combinaison de cinq nu- 
méros pris ensemble à la loterie. 

QUINER, V. a. Terme d'écolier. Tout gagner, mettre à sec 
son adversaire. 

QUINQUE, s. f. Femme malingre, souffrante et qui se plaint 
toujours. 

QUINQUERNAGE , s. m. Rabâchage, répétition fatigante. 
Veux-tu donc continuer toute la semaine avec ces quin- 
quernages ? 

QUINQUERNE, s.f. Vielle, instrument de musique. Lesson$ 
monotones d'une quinquerne. Au sens figuré, quinquerne, 
adjectif et substantif, se dit d'une personne ennuyeuse et 
qui ne fait que rabâcher. La sotte quinquerne que votre 
dame Du Terrail! Tu es bien quinquerne aujourd'hui, 
ma petite Rosalie. Terme vaudois et savoisien. En Valais, 
II. 12 



126 QUI-QUIQ 

quinquerne se dit d'une femme vaine et coquette. Dans le 
dialecte rouchi, quinch'temeux se dit d'un ménétrier qui 
fait danser dans les guinguettes. En vieux français, qui terne, 
guiierne et guinterne signifiaient : Guitare. 

QUINQUERNER, v. a. et neutre. Rabâcher, fatiguer par 
d'insipides redites, gronder, sermonner. Qu'as-tu tant à 
nous quinqnerner? Elle quinquerne son mari toute la 
sainte journée. 

OUINQUERNEUR, s. m. Rabâcheur, celui qui fatigue en 
répétant ou en demandant toujours la même chose. 

OUINQUET, adj. raase. Se dit d'un homme faible de corps 
et malingre. Il est tout quinquet. Voyez quinque. 

OUINQUET, s. m. (tig.) Œil. Prends donc garde, Félix, 
tu vas me crever le quinquet. Terme badin. 

QUINSON, s. m. Pinson. Un nid de quinsons. Elever des 
quinsons. Terme vaudois, savoisien et méridional. En 
Franche-Comté on dit : Quinzon, et dans notre patois, 
quichon. 

QUINZE, adj. num. Nous disons de deux faits, de deux évé- 
nements, tout à fait semblables : Cela revient tout à quinze. 
On dirait en français : C'est tout un; c'est blanc bonnet, 
bonnet blanc; c'est absolument la même chose. Partir au- 
jourd'hui, partir demain, cela revient tout à quinze. 

QUIQUAGEON, s. m. Maisonnette, habitation chétive, réduit. 
Ternie dérisoire et badin. 

QUIQUE, s. f. (Prononcez kike.) Jeu d'enfant, lequel se joue 
de la manière suivante. On place, derrière un morceau de 
tuile ou de pierre, de la monnaie, des boutons ou des clous. 
On prend un palet qu'on tire contre un but pour savoir qui 
jouera le premier. Celui dont le palet est le plus près du 
but fait une raie et lance de là son palet contre le morceau 
de tuile ou de pierre, afin d'amener l'enjeu le plus près 
possible de son palet. Chaque joueur en fait autant à tour 



QUI— K i27 

de rôle. Une fois que le peiit (ou cochonnet) est renversé, 
chaque mise ou partie de mise échoit au palet qui s'en ap- 
proche le plus. Si par hasard le palet d'un joueur s'arrête 
sur ou contre le petit, et le touche, on dit qu'il vougne; 
c'est un mauvais coup pour tous les joueurs, lesquels ne 
peuvent rien gagner tant qu'il n'a pas été dévougné, c'est- 
à-dire, tant que le petit n'a pas été remué par un palet re- 
joué de nouveau, [p. g.] 

QUIQUERIKI, s. m. Chant du coq, ou plutôt, sons par les- 
quels nous imitons ce chant. Terme savoisien. En certaines 
provinces de France on dit: Coquerico ; dans d'autres, 
coquelicot; ailleurs, cacalaka et quiquelikika. Il en est du 
chant du coq comme des cloches, auxquelles on fait dire 
tout ce qu'on veut. 

QUITTE, adj. Nous disons : Jouer à quitte ou double. Les 
dictionnaires disent : Jouer à quitte ou À double. 

QUITTE AVEC. Me voilà enfin quitte avec toi!' On n^'est ja- 
mais quitte avec son pays. Dites : Me voilà quitte envers 
loi: on n'est jamais quitte envers son pays. 

QUOIQUE ÇA, loc. adv. Malgré cela, néanmoins, pourtant. 
Elle le trompe ouvertement, et quoique ça il l'aime tou- 
jours. Français populaire. 



R 



H. Cette lettre joue un grand rôle dans le langage de nos 
campagnards : ils l'introduisent entre deux voyelles pour 
éviter les cacophonies. Ainsi, au lieu de dire : À un coin, 
à une heure, à un village, etc., le paysan dira . À r'un 
coin, à r'une heure, à r'un village; d'ici à r'un moment. 
La petite chambre est à r' Auguste. Quel est le prix de 



] 28 RAB— RAC 

vos cerises, brave homme F — Oh là, Monsieur, j'en ai à 
r'un sou la livre et à deux sous. L'introduction de ce r 
euphonique est fréquente ayssi dans le langage populaire 
de la ville. 

RABATTRE, v. a. Rebattre, répéter jusqu'à satiété. Que 
viens-tu encore nous rabattre? N'as-tu pas asse:: rabattu 
tes ennuyeuses anecdotes et tes vieux contes? 

RABISTOLER, v. a. Raccommoder. Voyez rafistoler. 

RABISTOQUER, v. a. Rapiécer, rapiéceter, raccommoder 
tant bien que mal. Babistoquer des grolles; rabistoquer 
un brouston. 

RABLET ou RABLIET, s. m. Râble, racloir à long manche. 

RABOBINER, v. a. Raccommoder tant bien que mal, rajus- 
ter. Babobiner une casaque. Terme vaudois et vieux fran- 
çais. S'emploie souvent au sens figuré. Un verre de vin a 
suffi pour ie rabobincr et le remonter. Se rabobiner veut 
dire : Se rétablir, revenir en santé. 

RABOTTE, s. f. Pomme enveloppée de pâte, et que l'on 
cuit au four. Terme connu à Reims, et sans doute ailleurs. 
En vieux français, rabote sigmïïe : Boule. Nos rabattes ont, 
en effet, la forme d'une boule. 

RABOTU, UE, adj. Raboteux. Chemin rabotu. 

RABOUCLER, v. a. Boucler. Baboucler un soulier. 

RABOUTONNER, v. a. Boutonner. 

RACAUQUER, v. a. Attraper, recevoir dans la main une 
chose jetée en l'air. Jette-moi ta paume : je la racauque- 
rai. Terme de la Suisse romane. A Rumilly (Savoie) on 
dit : Becauquer. 

lUCCORDER, V. a. Baccorder un piano, raccorder un vio- 
lon, etc. Dites : Accorder. 

RÀCHE, s. f. Teigne, gale plate et sèche, qui vient à la tête 
et dont on guérit diflicilement. M-- Bescherelle, en enre- 



RAC— RACL 1"29 

gistrant en mot dans son dictionnaire, dit qu'il est inusité. 
M"" Bescherelle devait dire que ce terme appartient au 
vieux français, et qu'il est encore usité en Suisse, en Sa- 
voie, en Bourgogne, dans le Berry et dans quelques autres 
provinces de France. 

BACHE, s. f. Cuscute ou barbe de moine, plante parasite. 
Terme vaudois, méridional, etc. 

BACHE-PIED (DE), loc. adv. D'arrache-pied, sans inter- 
ruption, sans discontinuité, sans relâche. Travailler de 
rache-pied. Terme français populaire. 

RACINAGE, s m. Terme collectif par lequel on désigne les 
raves, les carottes, les scorsonères, les navets, les bette- 
raves, etc. 

BÂCLE, s. m. instrument propre à racler, racloir, ràble. 
Le proverbe suivant : Le racle se moque de l'écovet, se dit 
de deux personnes également ridicules et qui se moquent 
l'une de l'autre. Les dictionnaires français disent : « La 
pelle se moque du fourgon. » 

RACLE ou RÀCLE-CHEMINÉE, s. m. Ramoneur. Terme 
jurassien, savoisien, méridional, etc. 

BACLER, V. a. Racler des scorsonères, racler des radit^, 
racler des navets, ne sont pas des expressions françaises; 
il faut dire : Ratisser. 

Que faites-vous, Marguerite? 
Râtissez-vous des navets? * 

[Théâtre de la Foire, t. 111, p. 100."; 

RACLER, V. a. Racler un poisson. Dites : Ecailler un pois- 
son, c'est-à-dire : Lui enlever l'écaillc avec un outil tran- 
chant. 

RACLER, v. a. Toucher légèrement, frotter contre. J'ai 
raclé la muraille en passant. 

II. 12. 



130 RAC— RAF 

RACLER, V. n. Grasseyer, parler gras et d'une manière 
traînante. 

RACLETTE (A LA), loc. adv. A la rigueur, tout juste. 
L'examen de mathématiques fut médiocre et l'étudiant 
ne fut admis quà la raclette. Dans le canton de Vaud, 
raclette, s. f. (en français, « Racloire, » s. f.), se dit de 
la planchette qui sert à racler le dessus d'une mesure de 
blé pour la rendre rase, au lieu d'être comble. 

RACLON, s. m. Se dit de certains objets en mauvais état 
et usés. Ainsi, un raclon de fusil, un raclon de couteau, 
un raclon de canif, sont : Un mauvais fusil, un mauvais 
couteau, un mauvais canif. 

RACÔQUER, V. a. Voyez racauquer. 

RACOQUILLER, v. a. Recoquiller, retrousser en forme de 
coquille. 

RAFATAILLE, s. f. Vieilleries, objets usés ou de nulle va- 
leur, restes d'un choix qu'on a fait. Un tas de rafatailles. 

Ou voyait dans un plat coineux 
Nager, sur du bouillon sans yeux , 
Des raves, de la patenaille. 
De l'ognon, de la rafataille. 

[Ch.j 

Terme suisse et méridional. S'emploie figurément comme 

synonyme de canaille, racaille, rebut. 
RAFFE, s. f. Diarrhée, cours de ventre. 
RAFFER, v. n. Avoir la diarrhée. 
RAFFEUX, adj. masc. Nous appelons raisin raffeux, celui 

dont la gousse se détache lorsqu'on le mange. On appelle 

en Anjou, raffard, une sorte de mauvais raisin. 
RAFFISTOLER, v. a. Raccommoder, rapiéceter, remettre 

en état. Raffistoler un manteau; raffistoler un chariot. 

Terme parisien populaire, etc. Dans le vieux français, af- 

fistoler signifie : Parer, orner, embellir, cndimancher. 



RAF— RAi 131 

RAFLEE, s. f. Rafle. Les voleurs firent une complète ra- 
flée; c'est-à-dire : Emportèrent tout sans rien laisser. 
Terme français populaire. 

RAFOUILLER, v. a. Fouiller, farfouiller. 

RAFOUR, s. m. Four à chaux. Établir un rafoxir ; allumer 
le rafuur. Terme vaudois, savoisien, dauphinois, bressan, 
franc-comtois et vieux français. 

t RAFROIDIR, V. a. Refroidir. Le temps s'est rafroidi. Lais- 
sons rafroidir la soupe. Français populaire et vieux français. 

RAGÂCHE ou RAGASSE, adj. Taquin, tenace, avare. En 
italien : Ragazzo. 

RAGON, s. m. Salade romaine printannière. Les habitants 
de la ville appellent ragon la « Petite laitue verte. » 

RAGOTANT, ANTE, adj. Ragoûtant, appétissant. 

RAISIN, s. m. Nous disons : Cueillir un raisin, manger un 
raisin, offrir un raisin. Cette locution gasconne n'est au- 
torisée par aucun grammairien, ni aucun dictionnaire. «,Un 
raisin » ne se dit qu'en parlant de toute une espèce (le mus- 
cat est un bon raisin) . Dans les exemples ci-dessus, il faut 
dire : Cueillir une grappe de raisin, ou : Cueillir du raisin ; 
manger du raisin; offrir du raisin, ou des raisins, etc. 

RAISINS DE MARS, s. m. pi. Groseilles rouges. 

RAISINEE, s. f. Un pot de raisine'e. La raisine'e est sujette 
à se moisir. Terme suisse et savoisien. Le mot français 
est : «Raisiné.» Du raisiné. 

RAISON, s. f. Se faire une raison, signifie : Accueillir des 
idées raisonnables, adopter des mesures sages et prudentes. 
Tu as eu là une grande épreuve, mon cher Antoine; 
mais ne t'abandonne pas au découragement, et sache te 
faire une raison. Terme français populaire. 

l>AlSONiSER À. Réphquerà. Tu veux nous raisonner, bam- 
bin! Raisonner à ton père et à ta mère!... tu verras. 
Le verbe « Raisonner » a bien le sens de répliquer, mais 



132 RAI— RAM 

il ne prend pas de régime. On peut dire à un enfant qui 
ergote : Ne raisonne pas; cesse de raisonner. iVIais il n'est 
pas correct de lui dire : Ne me raisonne pas. 

RAISONNER QUELQU'UN Le faire raisonner, chercher à 
l'amener à une sage détermination. Il vaut souvent mieux 
raisonner un enfant que de le gronder. On disait en vieu.x 
français : Arraisonner quelqu'un. Se raisonner, v. pron., 
veut dire : Accueillir des idées raisonnables; soumettre 
son esprit à la raison. Tu ne sais pas te raisonner, Julie ; 
tu te désoles pour un rien. 

RAISONS, s. f. pi. Altercation, contestation, démêlés, ditïi- 
cultés, paroles vives. Avoir des raisons avec quelqu'un. 
Ils ont eu des raisons ensemble. Je me garderai bien d'a- 
voir des raisons avec lui. Expression connue en France, 
mais qui n'a pas été, jusqu'à présent, admise dans les dic- 
tionnaires. 

RAISSON, s. m. Sciure de bois. Une seule de raisson. 
Terme vaudois et savoisien. En Franche-Comté on dit: 
Basson; dans l'évêché de Bîde, rasun : termes formés du 
vieux mot resse; en patois rasse, qui signifie : Une scie. 

RAISSONNET, s. m. Sciure de bois. Au raissonnet! au bon 
raissonnet ! est le cri des paysans qui viennent nous vendre 
de la sciure de bois. 

RAJOUTER, V. a. Ajouter de nouveau. Cette salade n'a pas 
assez d'hjiile : rajoutez-en. Terme français populaire. 

RAMASSÉE, s. f. Volée de coups, rossée. Une bonne ra- 
massée le contraignit enfin à se taire. Terme vaudois. 
Dans le vieux français, donner la ramasse., signifiait : Don- 
ner le fouet. Dans le français populaire, ramasser veut 
dire : Maltraiter de coups. 

RAMASSER UN MAL. Gagner un mal, gagner une maladie. 
La phthisie est, dit-on, une maladie qui se ramasse. 



IIAM— RAN 133 

RAMELÉE, s. f. Ribambelle, granJ nombre, quantité. Une 
ramelée de badauds. Terme vaudois. 

RAMONÉE, s. f. Forte réprimande. Faisons les gattes, Fran- 
çois : on en sera quitte tous deux pour une ramonée. 
Terme dauphinois, etc. 

RAMONER, V. a. (fig.) Gronder, tancer. Dans le dialecte 
rouclii, ramoner signifie : Rosser. 

RAMPON, s. m. Mâche, herbe potagère. Salade au rampon. 
Terme suisse-roman et savoisien. 

RAMURE, s. f. Toiture, couverture d'un édifice. 

RAMURES, s. f. pi. Terme de jardinier. Rames, menues 
branches d'arbres qui servent à soutenir les pois et les ha- 
ricots. Mettre des ramures. 

RANCHE, s. f. Rangée, ligne. Une longue ranche. Terme 
lyonnais. 

RANCHÉE, s. f. Rangée, ligne, rang, suite de plusieurs 
choses mises sur une même ligne. Une ranche'e de livres; 
une ranchée d'arbres , etc. 

t RANCO ou RANKO, s. m. Dernier râlement d'un mourant 
Etre au rancu. Terme vaudois et jurassien. Dans le dia- 
lecte provençal, rangouiha veut dire: Râler, c'est-à-dire : 
Respirer avec bruit et d'une manière pénible. Dans le pa- 
tois du Jura, le verbe rancasser, et dans le patois de l'I- 
sère, rancheisié, ont le même sens. 

RANG ou RANG DE BOIS, s. m. Bûche ronde, rondin. Une 
douzaine de rangs. Des têtes de rang. A Genève on vend 
le fayard (le hêtre) soit au moule, aoit par rangs. 

RANGER, V. a. Tranquillisez-vous, nous rangerons bien 
votre affaire. Va te ranger, Emile, et nous sortirons; 
mais aie soin de bien ranger ta cravate et tes cheveux. 
On peut dire : Ranger une chambre, ranger une armoire, 
ranger des livres ; mais dans les exemples ci-dessus, ranger 
est une expression incorrecte; il faut dire: «Arranger.» 



iU RAN— RÂP 

RANGUILLE. Jeu d'écolier, qui consiste à placer une pierre, 
une boule ou une tuile sur un piquet ou sur une butte quel- 
conque, et à tâcher de les abattre à coups de pierre. 

RANGUILLER, v. a. Terme du jeu de quilles. Relever et 
replacer les quilles abattues. Terme vaudois. 

RANGUILLELIR, s. m. Celui qui ranguille. 

RANQUEMELER, v. n. Râler, être poussif, respirer avec 
bruit et peine. On dit aussi : Roncemeler. 

RAPATIN, s. m. Sittelle, genre d'oiseaux grimpeurs. 

RÂPELU ou RAPÉLU, s. m. Se dit d'un homme qui est vêtu 
d'habits vieux et râpés, et qui a l'air excessivement misé- 
rable. 

RAPERCHER, v. a. Chercher avec une sorte de soin, trou- 
ver, déterrer, raccrocher. Rapercher des houqnins. Où 
as-tu donc raperché cette vieille hallebarde F Tu as perdu 
là, par ta faute, une excellente pratique : il faut essayer 
de la rapercher. Se rapercher, v. pron., signifie : Se rat- 
traper, recouvrer ce qu'on avait perdu. 

RÂPETISSIR, V. a. Rapetisser. 

RAPETOUILLER, v. a. Raccommoder. 

RÂPl, s. m. Râpé de copeaux, c'est-à-dire : Certaine quan- 
tité de copeaux (belues) qu'on met dans un tonneau pour 
éclaircir le vin. Boire sur le râpi, signifie: Roire du vin 
éclairci par les copeaux. Au sens figuré, Être sur le râpi, 
veut dire : Être barrasse, être rendu, être sans force et 
sans courage, baisser, décliner. 

RAPIAMUS. Terme latin qui signifie : Enlevons , prenons 
tout. Faire rapiamus, signifie : Enlever tout. Terme nor- 
mand, etc. 

RAPICOLER, v. a. Ravigoter, ranimer. Repicoler â le même 
sens. 

RAPIDE, adj. Roide, escarpé, qui a beaucoup de pente. Che- 
min rapide; montée rapide; côte rapide. 



RAP— RAPP 135 

RÂPIN, s. ra. Avare, ladre, homme dur à la détente. Je te 
plains d'avoir pour maître de maison un pareil râpin. 
Terme vaudois. Dans le dialecte normand (arrondissement 
de Bayeux), nn râpin est un homme qui enlève tout ce qu'il 
peut dans les champs. R. rapio. 

RAPISÏOLER, V. a. Raccommoder grossièrement, rapiécer, 
rapiéceter, rajuster. Rapistoler une robe. On dit aussi, 
mais plus rarement : Rafistoler. 

RAPLATIR, V. a. Rendre plus plat, rendre plus uni, amin- 
cir. Terme français populaire. 

RAPPELER (S'EN), v. pron. Dites: Se le rappeler. T'en 
rappelles-tu, Toinelte? — A'ow, Madame. — Eh bien, moi, 
je m'en rappelle : et voici la troisième fois que tu sors de 
nuit sans ma permission. 

RAPPELER DE. Rappeler d'un jugement, rappeler d'un 
arrêt, rappeler d'une sentence, ne sont pas des expressions 
correctes. 11 faut dire: Appeler d'un jugement; appeler 
d'un arrêt, appeler d'une sentence, 

RAPPONDRE, V. a. Joindre, rejoindre deux choses sépa- 
rées. Rappondre une ficelle. Fil rappondu. On rappond 
une sauce, en y ajoutant du bouillon ou de l'eau. Terme 
suisse-roman, savoisien et jurassien. 

RAPPORT, s. m. Dans notre langage populaire, par rapport 
que, signifie : Parce que, par la raison que. Fanchette 
n'est pas allée te voir dans ta maladie, par rapport que 
toi le premier tu l'avais depuis longtemps négligée. Fran- 
çais populaire. 

RAPPORT A. Par rapport à, ayant égard à, en considéra- 
tion de, à cause de. Rapport à nos deux cousins, j'ai 
voulu changer l'heure du goûter. Rapport à vous, je prê- 
terai la somme en question. Français populaire. 

RAPPORTAPET, s. m. Terme d'écolier. Rapporteur, celui 
qui rapporte, celui qui dénonce les étourderies de ses ca- 



i3G RAP— RAS 

marades. Défiez-vous de lui, ce n'est, qu'un rapporlapet. 
Dans le canton de Vaud : Un redipet. 

RAPPROPRIER, V. a. Approprier, nettoyer. Rapproprier 
une chambre. Au réfléchi, se rapproprier, veut dire : Se 
faire propre, se rebiancliir, faire sa toilette. Terme français 
populaire. 

RAPSODAGE, s. m. Mauvais raccommodage, rhabillage. 
Vous dévie:: me raccommoder ce gilet ^ et je n'y vois qu'un 
rapsodage. Le verbe « rapsoder, » raccommoder grossiè- 
rement, se trouve dans quelques dictionnaires modernes. 

RARIFIER, v. a. Raréfier. 

RARRANGER, v. a. Arfanger de nouveau, rajuster. 

RARRIVER, V. n. Tu ne fais que jeter des pierres, Alexis; 
mais si cela te rarrive, gare! Vous avez fait les gattes. 
petits drôles : que cela vous rarrive et vous verrez. Je 
suis sorti hier sans ma bourse; cela ne me rarrivera pas. 
Ce terme fort commode n'est pas dans les dictionnaires. 

RAS, adv. Couper les cheveux ras, tondre un chien ras, etc., 
ne sont pas des expressions françaises, quoique fort usitées 
en France, en Savoie et chez nous. Il faut dire : Raser 
les cheveux-, raser un chien; raser une moustache, etc. 
Couper à ras, tondre à ras, couper à ras terre, couper à 
ras de terre, sont également des expressions vicieuses. 
Ne dites donc pas : Les hirondelles volaient à ras terre; 
ni : Elles volaient ras terre; ni : Elles volaient à ras la 
terre. Dites : Elles volaient en rasant la terre ; ou : Elles 
volaient rez terre. « Rez, » en effet, est une préposition qui 
signifie : Tout auprès, tout contre, tout joignant, rien entre 
deux. Abattre une maison rez terre; couper un arbre 
REZ terre, etc. 

RASSIS, participe du verbe rasseoir, ne fait pas au féminin 
rassie, comme beaucoup de personnes le croient. 11 ne 
faut pas dire : Celte femme est rassie, c'est-à-dire : Calme, 



RAS- RAT 137 

•posée, réfléchie; il faut dire: Cette femme est rassise. 
« La jeune Éveline, qui n'a pas encore dix-huit ans, est 
déjà une personne rassise, prudente et circonspecte. » 

RASSUJETTI, lE, subst. Jeune homme ou jeune fille qui, 
ayant fini son apprentissage, travaille encore avec un maître 
ou une maîtresse pour se perfectionner. 

RAT, s. m. Nous disons proverbialement : Être trempé comme 
un rai, pour signifier : Etre fout trempé. L'Académie dit : 
« Etre mouillé comme un canard. » 

RATAPIOLE, s. f. Ribote du lendemain. Faire la ratapiole. 

RATAQUO, s. f. Voyez rate, n° 5. 

RATASSER, v. a. Signifie: 4° Fouiller, chercher; 2° Chi- 
caner, taquiner, rabâcher, repasser. 

RATE, s. f. Souris. Un nid de rates. Prendre des raies. 
Avoir un sommeil de rate. Le Complément du dictionnaire 
de l'Académie, en enregistrant ce mot, dit qu'il est peu usité. 
J'ose assurer qu'il est d'un usage journalier en Suisse, en 
Savoie, en Franche-Comté, dans les Vosges et dans tout 
le Midi. Nous disons figurément et facétieusement : Avoir 
les rates au ventre, pour signifier : Avoir grand'faim, avoir 
le ventre qui grouille de faim. 

RATE, s. f. Rat, marque blanche, que les écoliers et les ga- 
mins font malicieusement sur les habits des passants, au 
moyen d'un morceau d'étoffe frotté de craie et taillé en forme 
de rat. 

RATE, s. f. Dent de petit enfant, quenottes. Montre-nous tes 
petites rates, Fanny. Laisse-toi arracher cette rate qui 
branle, et nous la mettrons sous le chenet. Terme vaudois, 
franc-comtois, limousin, etc. En Languedoc et en Pro- 
vence on dit : Ratete et ratounette. 

HATE (FAIRE). Rater, faire faux feu. Son fusil avait fait 
rate deux fois de suite. Ce mot est une onomatopée. 

1\ATE ou RATAQUO, s. f. Réflexion du soleil sur un miroir 
II. 13 



138 RAT— R AU 

ou sur un corps quelconque réverbérant. Faire la rate aux 
passants. Ces petits polissons nous aveuglaient avec leur 
rate, avec leur rataquo. Les vitres de ta fenêtre me font 
la rate. 

RATE, s. f. Un mal de rate. Souffrir de la rate. Pronon- 
ciation vicieuse du mot « Rate, » dont l'a est bref. 

RATEAU, s. m. Grille, fermeture, et principalement d'une 
porte de ville. Fermer le râteau; ouvrir le râteau; enfon- 
cer le râteau. 

RÀTELET DE MOUTON, s. m. Terme de boucherie. Carré 
de mouton, haut côté. Terme suisse ot savoisien. 

RÂTELIER, s. m. Terme d'économie domestique. Dressoir, 
espèce de buffet sans porte, à plusieurs rayons. 

t RATENIR, V. a. Retenir. Ratiens-moi, David, je tombe! 
Tâche de te ratenir à ce poutre. Terme vaudois, etc. 

RATER, V. n. Se dit des chats, et signifie : Prendre les rats, 
poursuivre les rats. Notre chat rate bien. Les chasseurs 
le disent aussi des chiens qui s'amusent à poursuivre les 
rats, au lieu de s'attacher au gibier. 

RATIONNER, v. a. Faire la part, donner la ration, mettre 
à la ration. Ces garçons ont un si terrible appétit, qu'il 
faudra véritablement les rationner. 

RATIN, s. m. Odeur des rats. Sentir le ratin. 

RÂTISSOIR (UN). Instrument de fer pour ratisser les allées 
des jardins. Râtissoir usé, râtissoir démanché. Ce mot est 
féminin. Une râlissoire usée, une râtissoire démanchée. 

RATOULIVE ou RATOLIVE, s. f. Chauve-souris. Ce mol 
ratoulive est une contraction des mots rate-volive, qui 
signifient : Rate volante, souris qui vole. A Rumilly (Sa- 
voie) et en Valais on dit : rate-volière; dans le patois vau- 
dois, ratta volaire; à Lyon, rate-volage; dans le Jura, 
ratevolate; dans les Vosges, volant-retle. 

RAUFE, s. f. Rotengle, poisson du genre de la tanche. 



RAU— RAV 139 

RAUFÉE, s. f. Algarade, grogneric, gronderie. Faire une 
raufée. Recevoir une raufée. 

RAUFER, V. a. Gronder, grogner. Raufer ses domestiques ; 
raufer ses enfants. Son mari ne cesse de la raufer. Terme 
suisse-roman. En allemand, raufen signifie : i° Tirer par 
les cheveux ; 2° Chamailler. 

RAUFERIE, s. f. Gronderie, grognerie. 

RAUFERIES, s. f. pi. Vieux chiffons, vieilles hardes, objets 
sales et inutiles. 

RAUFIN, FINE, subst. Grognard, celui ou celle qui gronde 
par habitude ou par caractère. 

RAVANTER, v. a. Aveindre, avanter de nouveau. Tâche de 
me ravanter mon cerf-volant. 

RAVAUDAGE, s. m. Action de ravauder, de marchander. 

RAVAUDER, v. n. Marchandailler, mésoffrir, offrir d'une 
marchandise beaucoup moins qu'elle ne vaut. 

RAVAUDERIE, s. f. Bagatelle, brimborion. As-tu payé ton 
tailleur ? — Je ne lui dois plus qu'une ravauderie. Ta mère 
a-t-elle acheté quelque chose à cette vente publique ? ■ — 
Oui, quelques ravauderies. 

RAVAUDEUR, DEUSE, subst. Celui ou celle qui marchan- 
daille, qui aime à marchander, et qui déprécie la marchan- 
dise. Allez, ma mie : je vois bien que vous nêtes qu'une 
ravaudeuse, et que vous ne voulez rien m'acheter. Terme 
suisse et franc-comtois. 

RAVE, s. f. (fig.) Objet de nulle valeur, chose de rien. Se dit 
des personnes et des choses. Deux francs à votre fils pour 
ses étrennes! La belle rave! Vous mariez votre Tiennette 
à Jean Des Verres^ La belle rave de mari que vous lui 
donnez là! On dit de même : Le beau fusil de rave! La 
belle campagne de rave! etc. 

RAVE. Employé adverbialement, ce mot est synonyme de : 
Néant, rien du tout, non, point du tout. Tu neveux pas ces 



140 RAV— REB 

pommes pour ton goûter?... Eh bien, rave, c'est--dire : 
Eh bien, tu t'en passeras, tu n'auras rien autre. Terme 
vaudois. On dit quelquefois dans le même sens : Une rave. 
Père, mire, prête-moi les tenailles. — Une rave, c'est-à- 
dire : Tu ne les auras pas. 

RAVE, s. f. Nous disons proverbialement : Remettre à quel- 
qu'un ses raves dans le sac, pour : Lui rétorquer ses ar- 
guments, lui prouver son erreur ou son ignorance, le réduire 
à se taire. 

HAYE, ÉE, adj. Terme des campagnards. Cassant, qui se 
casse facilement. Une branche ravée, est une branche pour- 
rie, et que le moindre effort, le moindre ébranlement pour- 
rait casser. 

RAVOIR (S'EN). Revenir de sa surprise, se remettre d'un 
grand étonnement. Vous me racontez là une chose si cu- 
rieuse et si extraordinaire, que je ne puis m'en ravoir. 
En français, « se ravoir » signifie : Se calmer, reprendre 
ses forces. 

RAVONNET, s. m. Radis, sorte de petite rave. Une liasse de 
ravonnets. Terme suisse-roman. 

RAYER, V. a. Raijer un écolier, signifie : Lui rayer son pa- 
pier, le lui régler. Viens ici, Fanmj, je te rayerai, afin 
que tu écrives droit. Notre petit Eugène écrit déjà san.s se 
rayer. Dites : Sans régler son papier. 

REBÀCHER, V. a. Rabâcher, répéter souvent et inutilement 
la même chose. 

REBÂCHEUR, CHEUSE. Rabâcheur, rabâcheuse. 

REBARBAiiATIF, IVE, adj. Rébarbatif, rude, rebutant, re- 
poussant. Visage rebarbaratif, figure rebarbarative. Terme 
français populaire. 

HEBATTE, s. f. Meule d'un pressoir à huile ou à fruit. Terme 
savoisien. En patois, rebatta signifie: Rouler, et rebat, 
rouleau. 



REB— REC 141' 

REBATTE, s. f. Ressac, action des vagues battant contre un 
mur ou un rocher, et retournant violemment vers le large. 
Dans le vieux français, rebaltre avait le sens de : Répercu- 
ter, réverbérer, et rebatlement signifiait : Répercussion. 

REBÉQUER ou REBECQUER, v. n. Se dit des aliments et 
signifie: Etre antipathique, dégoûter, soulever le cœur. 
Les choux me rebecquenl. Le fromage rehecque à beaucovp 
de personnes. 

REBIOLON, s, m. Seconde pousse des choux, seconde pousse 
de la vigne. Terme suisse-roman. 

REBLOCHON, REBLOSSON ou REBLAICHON, s. m. 
Sorte de fromage de Savoie. 

REBOUILLER ou RABOUILLER, v. a. Remuer, ravauder, 
farfouiller. Rebouiller un tiroir, rebouiller un pupitre. Il 
a l'estomac rebouillé. Terme vaudois, fribourgeois, berri- 
chon, etc. Nos campagnards appellent rabouHlé-beuze, le 
bouzier, sorte d'insecte volant qui vit de préférence dans la 
bouze (en patois, la beu%e). 

REBOURRÉE, s. f. Accueil dur, rebuffade. Faire une re- 
bourrée. Recevoir une rebourrée. 

REBOURRER, v. a Rebourrer quelqu'un, c'est : L'accueillir 
avec des paroles dures, le maltraiter en paroles, le rem- 
barrer. 

HECAFFÉE ou REKIAFFÉE, s. f. Gros éclat de rire, éclat 
de rire très-bruyant, forcé et commun. Faire desrecajfées. 
De ce groupe de bonnes d'enfants et de domestiques sor- 
taient, par intervalles, d'énormes recaffées. Riez, si cela 
vous plaît, mesdemoiselles, mais ne faites pas des recaffées. 

RECAFFER, v. n. Faire de gros éclats de rire. 

RECAPER (SE), v. pron. Terme des campagnards. Se dit 
des femmes et signifie : Se recoiffer, se requinquer. L'op- 
posé de ce verbe est (en patois), se décapa. R. cape, man- 
teau, etc. 

i(. 43.. 



142 REC— RECO 

RECHANGE (À), loc. adv. À tour de rôle, tour à tour. Va 
à pied, je monterai sur le mulet, et nous ferons à rechange. 

REGHANGER (SE), v. récipr. Se relayer, se relever l'un 
l'autre. Pour monter jusquà la cime du Jura, JIi°^*^ N** 
prit quatre porteurs qui se rechangeaient. Terme franc- 
comtois, etc. 

RECHAT, s. m. Terme des campagnards. Repas donné aux 
ouvriers à la fin d'un travail fait en commun. Dans le canton 
de Vaud on dit : Ressat. Faire le ressat. 

RECHIEN ou RECHEIN, s. m. Mauvais accueil, répartie 
dure, affront, rebuffade. Faire un rechien. Il m'a fait un 
rechien et une regauffrée de mâlevie. Dans le vieux français, 
rechin est un adjectif qui signifie ; Triste, mélancolique, de 
mauvaise humeur. « Rechigner » est fi'ançais. 

RECHIGNÉE, s. f. Rechignement, action de rechigner. Faire 
une rechignee. Voyez rechien. 

RECHINCHÉE, s. f. Prise de tabac. 

RECHUTER, v. n. Avoir une rechute, faire une rechute, re- 
tomber, être attaqué de nouveau d'une maladie dont on pa- 
raissait guéri. Tu le croijais au-dessus, mais il a rechuté. 
S'il rechute encore, c'est fait de lui. Terme suisse -roman 
et méridional. 

REGORDAIN, s. m. Terme des ca.r.pagnards. Deuxième re- 
gain. En latin, cordum on fenum cordum veut dire : Re- 
gain. 

REGOU, s. m. Terme patois. Regain, deuxième coupe du foin. 

Quand il pleut à la mi-oû 

Y a (prou) raves et prou recou. 

RECOUVERT, ERTE, partie. Recouvré, récupéré. La mai- 
son de commerce N** a recouvert, en trois ans, les sommes 
qu'elle avait perdues. Dites : Elle a recouvré. Dites aussi : 
Un tel a recrouvré son crédit. M""= 7** pourra recouvrer 
'.me partie de l'héritage. 



REC-RED lia 

RECREER, V. a. Réjouir, divertir. Celle promenade voiis 
a-t-elle un peu recréé!' Ecrivez et prononcez avec trois 
accents : « Récréé. » Le verbe « Recréer » (resans accent) 
est français, mais avec une autre signification. 

RÉCRÉPIR UN MUR. Dites : Crépir un mur. Voltaire, en 
se servant du mot récrépir, dans le passage suivant, le sou- 
ligne. « M. le curé, vous savez que j'ai récrépi à mes dé- 
« pens l'église du Tilloi. " [Lellre à M. de l'Ecluse, dans 
les Facéiies.] « Recrépir » est français, dans le sens de : 
« Crépir de nouveau. » 

RÉCRÉPISSAGE, s. m. Crépissure, crépi. Dans notre pays 
les récrépissages faits avant le milieu de mai ne sont pas 
solides. 

t RECTAL, adv. Recta, ponctuellement, avec régularité. Va- 
lentin est un homme qui paie rectal. 

t RECTALEMENT, adv. Recta, ponctuellement. 

RECUITE, s. f. Masse de lait caillé qu'on tire du petit-lait 
bouilli. 

RÉCURAGE, s. m. Second écurage. 

REDASSE, s. f. Draine, espèce de grive plus grosse deux 
fois que l'ordinaire, et la moins délicate de toutes. Au ligure 
redasse se dit injurieusement d'une femme maigre et sèche. 
Cette redasse, cette vieille redasse n a-t-elle pas encore des 
;^re7en(ioîîS.' Terme vaudois. En provençal, rarfasso signi- 
fie: 1° Une rossinante; 2° Une vieille et mauvaise bête de 
somme. 

HEDIT, s. m. Ne s'emploie guère que dans cette expression : 
Les dits et les redits, c'est-à-dire : Les cancans. Avec ces 
dits et ces redits, on ne manquera pas de brouiller toute 
la famille. Terme bordelais, etc. 

RKDONDER, v. n. Ressauter, rebondir. Regarde cette pau- 
me, Albiii, comme elle redonde! Le verbe redonder se 



U-i RED-REF 

trouve dans les dictionnaires, mais avec une signification dif- 
férente. 

REDOUX, s. m. Dégel, retour d'une température plus douce 
après quelques jours de gelée. Le baromètre descend, nous 
allons avoir du redoux, c'est-à-dire : Il va dégeler. Terme 
vaudois et savoisien. 

REDUIRE, V. a. Serrer, resserrer, enfermer en lieu conve- 
nable, ôter de devant les yeux. Réduire la vaisselle; ré- 
duire le relavage; réduire des vêtements; réduire des ou- 
tils. Le mauvais temps peut arriver quand il voudra, ma 
récolte est toute réduite. Nous étions tous réduits avant mi- 
nuit, c'est-à-dire : Avant minuit nous étions tous rentrés 
dans nos maisons. Terme consacré en Suisse et en Savoie. 
R. reducere, remettre en place, replacer. En Languedoc, au 
lieu de réduire, on dit : Conduire. Conduisez ce pain. Con- 
duisez cette bouteille et ces verres. 

REFAIRE, V. a. Nous disons figurément et proverbialement 
d'une chose qu'on nous présente comme avantageuse, mais 
qui en effet ne l'est pas : Cela ne me refait pas la taille. On 
dit en français : Cela ne me rend pas la jambe mieux faite. 

[ACAD.] 

REFAIT, FAITE, part. Nous disons ironiquement, à l'occa- 
sion d'un mécompte, d'un contre-temps, d'un désagrément 
qui nous arrive : Me voilà bien refait! c'est-à-dire : Me 
voilà bien avancé! Me voilà mis dans de beaux draps! Te 
voilà bien refait, Théodore, de chicaner ton petit frère : il 
l'a égratigné et tu saignes. Terme languedocien, etc. 

REFALLOIR, v. imp. Falloir de nouveau. Tuas acheté trop 
peu d'étoffe; il t'en refaut une demi-aune. Notre provi- 
sion de fascines touche à sa fin : il en re faudra un demi- 
cent. 

REFENTE, s. f. Un mur de re fente. Terme français popu- 
laire. Dites : Un mur de refend. 



REF— REG 145 

REFIER (SE), V. pron. Se fier, compter sur. Il se re fie trop 
sur sa mémoire. Ne vous refiez pas sur cet homme. 

REFLÉCHIR, v. actif. Ce verbe est neutre. Ne dites donc 
pas : J'ai réfléchi une chose. Dites : J'ai réfléchi a une 
chose; j'ai réfléchi a un moyen de tout arranger, etc. 

REFONFONNER ou REFONFOUNER, v. n. Reprendre dans 
la cafetière, dans le pot, dans la marmite, etc. Gouillarde 
que tu es ! Après avoir bu tes deux écuelles, tu refonfouaes 
encore. On donne aussi à ce verbe le sens de : Mettre de 
l'eau sur le marc de café, dans une bouteille de vin, etc. 

REFRÂCHAIS, s. m. Terme d'agriculture. Refroissis, ré- 
colte faite sur des jachères. Terre que l'on fait porter une 
troisième année. 

REFROIDIR, V. a. La prononciation de refroidir, avec accent 
sur l'e, est habituelle chez nous. Il faut écrire et prononcer : 
« REfroidir. » 

REFROUGNÉ, ÉE, adj. Mine refrougnée; visage refrou- 
gné. Le mot français est : Refrogné. Visage refrogné. 

REGAILLARDIR, v. a. Ragaillardir, remettra en bonne hu- 
meur, remettre en gaîté. Cette bonne nouvelle les avait 
tous regaillardis. Français populaire et vieux français. 

REGALE, s. fém. Régal, régalade, festin, gala. Faire une 
régale; faire tine superbe régale. Ce terme appartient à 
l'ancienne langue française; mais il était alors du genre 
masculin (un régale). Voyez la 1'"'= édition du dictionnaire 
de l'Académie [1698]. 

REGAUFFREE, s, f. Gronderie, paroles de dépit, rebutfade. 
Faire une regauffrée à quelqu'un; recevoir une regauffrée. 
Dans le canton de Vaud, on dit : Regauffée. 

REGLET, s. m. Terme de calligraphie. Transparent. Écrire 
avec unréglet. Se passer de réglet. Terme méridional. 

RÉGITRE, s. m. Écrivez sans accent sur l'e, « Regîlre » ou 
« Re£;istre. » 



116 REG— REJ 

RÉGLEUSE, s. f. Terme de la fabrique d'horlogerie. Ou- 
vrière dont la profession est de régler les montres. A Ge- 
nève, une habile régleuse 'peut gagner jusqu'à huit francs 
par jour. 

REGLISSE, s. f. Écrivez et prononcez : « Réglisse. » De la 
régHsse. La réglisse est adoucissante. 

REGORGE (A), loc. adv. Excessivement, à satiété, jusqu'au 
rassasiement. Manger à regorge. Avoir des écus à re- 
gorge. 

REGRETTER, v. a. Dans notre langage : Regretter une chose 
à quelqu'un, signifie : La lui envier, être fâché, être triste 
de voir qu'il en est le possesseur. Chacun lui regrette cette 
aubaine. Ne regrette:^ pas cette jeune et jolie femme à ce 
vieux barbon, c'est une pouine, une diablesse. Expression 
méridionale. 

REGROLLAGE, s. m. Raccommodage de vieux souliers. 

REGROLLER, v. a. Raccommoder grossièrement de vieux 
souliers. Grolle, dans notre langage, signifie : « Savate. » 

t REGUINGOTTE, s. f. Redingotte. J'acheta cette reguin- 
gotte à l'encan. Terme dauphinois, rouchi, etc. 

t RÉGULIARITÉ, s. f. Régularité. Le mot réguliarité ap- 
partient au vieux français, et on l'emploie encore dans di- 
verses provinces du nord de la France. 

REINE, s. f. Nous appelons la reine du bal celle des dan- 
seuses dont la beauté ou la grâce y est le plus remarquée. 
En France, la reine du bal, c'est la personne pour qui se 
donne le bal. 

REJICLÉE, s. f. Éclaboussure, rejaillissement. En Dauphiné 
et en Languedoc, on dit : Un rejiscle. 

REJICLER, V. a. et n. Éclabousser, faire rejaillir. I^eau /tti 
rejicla dessus. Fais do^ic attention^ Gaspard : ne vois-tu 



RE L— REM 147 

pas que tu me rejicles? Terme suisse-roman, savoisien et 
méridional . 

RELÂCHER LE VENTRE. Lâcher le ventre. 

RELATIONNÉ, ÉE, adj. Se dit de celui ou de celle qui a 
des relations. L'établissement que vient de fonder M^ Z** 
ne peut manquer de réussir, car c'est un jeune homme ac- 
tif, intelligent et bien relationné. 

RELAVAGE, s. m. Lavage de la vaisselle après le repas. 

RELAVER, V. a. Laver la vaisselle après le repas. Terme 
vaudois, neuchâtelois, lorrain, wallon, etc. 

RELAVURES, s. f. pi. Lavure, eau grasse qui provient du 
lavage de la vaisselle. 

RELEVER, V. a. Terme de lingère. Reprendre. Relever une 
maille à un bas. Expression dauphinoise, etc. 

RELEVER, V. a. Saisir, prendre en contravention. Le garde 
champêtre de la commune a relevé un chasseur qui foulait 
du blé noir. À la campagne les enfants se font souvent re- 
lever par les gardes, [p. G.] 

RELEVER (S'EN), v. pron. En relever, se rétablir, en par- 
lant d'un malade. On ne croit pas que notre cousine s'en 
relève. Dites : On ne croit pas que notre cousine en relève. 

RELIQUAT, s. m. On prononce relika. 

RELOIN, adv. Ne s'emploie que dans cette expression très- 
familière : Il est loin et reloin, c'est-à-dire : Il est parti, il 
est depuis longtemps parti. 

RELUCHER, v. a. Reluquer, lorgner attentivement et du 
coin de l'œil. Relucher de belles pêches, relucher de beaux 
raisins. Dans notre langage, relucher une demoiselle, c'est : 
La regarder avec un tendre intérêt, et chercher à attirer 
son attention, 

REMAGNONS, s. m. pi. Reste d'aliment, vieux reste de fri- 
cot. Terme vaudois. Dans notre patois, remagni veut dire : 
Rester. R. lat. remanêre. 



148 REM-REMO 

REMAIGRIR, v. n. Ton beau-pere avait repris un peu d'em- 
bonpoint, mais le voilà qui remaigrit. Dites : « Ramai- 
grit. » L'infinitif est : « Ramaigrir. » 

REMARQUER À QUELQU'UN. Dites : Faire remarquer à 
quelqu'un, lui faire observer. Je vous remarquerai que, est 
un barbarisme. 

REMBOURS, s. m. Remboursement. Terme suisse, parisien 
populaire et vieux français. 

REMERCIER POUR. Remercier de. Remercie:: votre oncle 
pour toute la peine qu'il s'est donnée. 

REMÉMORIER (SE), v. pron. Se remémorer. Tâche de te 
remémorier une partie de ce beau discours. Français popu- 
laire. 

REMOLLION, s. m. (// mouillés.) Terme de lessiveuse, se 
dit essentiellement du linge de couleur et des vêtements de 
laine qui ne se coulent pas au lissu. Madame a-t-elle pré- 
paré les remollions? Y a-t-il beaucoup de remollions}' 
Le remollion n'est pas encore compté. R. remouiller. 

REMOLLION, s. m. {Il mouillés.) Réveillon, lendemain de 
noces; petit repas que l'on fait après un autre plus grand. 

REMONTANT (UN). Un stimulant, une chose qui ranime 
et fortifie soit le corps, soit l'esprit. Pour beaucoup d'esto- 
macs, un verre de bon vin est un remontant. Uarrivée de 
son père tirera notre jeune écolier de son apathie, et lui 
donnera un peu de remontant. 

REMONTER, v. a. Ravigoter, raviver, redonner des forces, 
remettre en meilleur état. Un petit verre de curaçao les a 
toxis réjouis et remontés. Ce petit legs a remonté cette pau- 
vre famille. Cinq cents francs remonteraient bien votre 
fermier. Terme méridional, etc. Les dictionnaires disent : 
« Remonter le courage, remonter l'imagination, » et rien 
de plus. A Genève, ce verbe remonter a des significations 
plus étendues. 



REM— REN 149 

REMOUCHÉE, s. f. Remontrance sévère, algarade. Faire 
une remouchée. En provençal : Remouchinado . 

REMOUCHER, v. a. (fig.) Gourmander, rabattre le caquet, 
réprimander sévèrement, rembarrer. Il voulait élever la 
voix, mais son bourgeois l'a remouché. Terme neuchâte- 
lois, etc. En lorrain, moucher quelqu'un signifie : Le bat- 
tre, l'étriller; et dans le patois du bas Limousin, moutsa, 
s. m., veut dire : Un soufflet, une mornifle. 

REMUER, V. n. Déménager, changer d'appartement. Quand 
remuez-vous, voisin? — Je remue après Pâques. Terme 
suisse-roman, savoisien et lyonnais. Dans le Limousin, à 
Rordeaux et en d'autres endroits du midi de la France, on 
dit : Se remuer. C'est demain qu'il se remue (c'est demain 
qu'il déménage). En vieux français, remuer, v. n., signi- 
fiait : Changer. 

REMUEUR, s. m. Déménageur. Les remueurs sont payés 
quatre à cinq francs par jour. Tous les Genevois connais- 
sent le joli conte des Remueurs, de Gaudy. 

RENAILLER, v. n. Renarder, vomir après une orgie. 

RENARDS, s. m. pi. (fig.) Vomissements d'un homme ivre. 
Faire les renards, vomir après une orgie. Dans le français 
populaire, on dit en ce même sens : Ecorcher le renard. 

RENASQUER, v. n. Regimber, refuser, récalcitrer, renâ- 
cler, faire quelque chose en rechignant. Tu as beau renas- 
quer, mon pauvre Alfred, il faudra bien que tu en passes 
par là. Terme vieux français, admis dans la l'*^ édition du 
dictionnaire de l'Académie [1694.], mais rejetée depuis. 

t RENCONTRE (UN). Tu n'as payé ce bois de lit que trois 
francs; c'est un bon rencontre. Dis-voir, Guillaume, tu 
me viendras ce tantôt au rencontre. Ce mot, qui est au- 
jourd'hui du genre féminin, était autrefois des deux genres. 

RENCONTRER (SE), v. pron. Être, se trouver, se rendre 
dans quelque endroit. M'étant rencontré là par hasard, je 

II. a 



150 REN— RENO 

prêtai viain-forte au gendarme. Tâche de te rencontrer sur 
la Treille à midi précis. Il se rencontra tout à point un 
honnête paysan qui nous hébergea. Expression vaudoiseet 
méridionale. 

]\ENDEMENT, s. m. Rendement de compte. Reddition de 
compte, [p. G.] 

HENETTE, s. f. Écrivez et prononcez : Rainette ou Rei- 
nette. Pomme rainette ou pomme reinette. En vieux fran- 
çais, raine signifie : « Grenouille. » Or les pommes rainet- 
tes sont tachetées comme les grenouilles. 

KENEVIER, 1ÈRE, adj. Terme des campagnards. Économe, 
ménager, qui tient en réserve. Comment donc! à Pâques 
il vous offrait encore des raisins! — Oui, sans doute, 
parce qu'il est renevier, lui, et quil conserve quand les 
autres prodiguent. Dans le patois vaudois, Renevei veut 
dire : Prêteur sur gages, usurier, accapareur. Chez nous ce 
terme ne se prend qu'en bonne part, mais il est peu ré- 
pandu. Dans le patois dauphinois, renevie signifie: Regrat- 
tier, revendeur. 

t RENFORCIR, v. a. Enforcir, renforcer, donner des for- 
ces. Les bains d'Arve ont renforci notre garçon. Terme 
parisien populaire et vieux français. 

RENFROGNÉ, ÉE, adj. Visage renfrogné. Dites: Refrogné. 

RENITENT, ENTE, adj. et subst. Mutin, récalcitrant. Faire 
le renitent. Punir les renitents. Gare aux renitents! Ex- 
pression remarquable, fort usitée à Genève, mais inconnue 
en France, quoique recueillie par Roiste, etc. Dans le dia- 
lecte des environs de Yalcnciennes, rentcier signifie : Trou- 
ver des difficultés où il n'y en a pas. R. lat. reniti. 

RENONCE, s. f. Rassasiement, dégoût. Boire à renonce. 
On menait une vie de chanoine; on avait du vin à re- 
nonce, c'est-à-dire : On en avait à gogo et jusqu'à n'en plus 
vouloir. 



REN— REP 151 

RENONCER, v. a. Se dégoûter àe, prendre en dégoût. No- 
tre André est un brave garçon qui ne renonce jamais le. 
travail. Expression des campagnards. 

RENOTER, V. n. Redire sans cesse, répéter fastidieusement, 
rabâcher. Cest la dixième fois que tu me renotes la même 
chose. Ces deux écoliers me renotent toujours que Vétude 
du grec les ennuie. 

RENOUVELER, v. n. Se renouveler, en parlant de la lune. 
Tm lune renouvelle demain. 

Quand la lune renouvelle en beau , 
Trois jours après on a de l'eau. 

RENRHUMER, v. a. Enrhumer de nouveau. J'ai quitté mon 
gilet de flanelle, et me voilà renrhumé. 

RENTER, V. a. Renter des bas. Dites : Remonter des bas. 

t RENTOURNER (SE), v. pron. S'en retourner. Nepleure 
plus, mon valet, et rentourne-t'en chez vous. — Ma marna 
ne veut pas que je m'en rentourne seul. Barbarisme vau- 
dois, lyonnais, etc. 

RENTRER, v. a. Rentrer une couture. Terme français po- 
pulaire. Dites : Rentraire une couture, 

t RENVENIR (S'EN), v. pron. S'en revenir. Lequel dévoua 
veut s'en renvenir avec moi F Renviens-t'en, Michel. Bar- 
barisme lyonnais, etc. 

RENVERSER, v. n. Verser, parlant d'une voiture. Noii^ 
heurtâmes contre le boule-roue, et le chariot renversa. 
Terme fi'ançais populaire. 

REPAILLER, v. n. Rempailler, garnir d'une nouvelle paille. 
Voilà des chaises mal repaillées. 

REPAILLEUSE, s. f. Rempailleuse. 

REPAS DU LOUP, s. m. Terme des campagnards. Repas 
donné le troisième jour de la noce aux personnes avec les- 
quelles on est moins en relation. 



152 REP— REPL 

REPATRIER, v. a. Rapatrier, réconcilier des personnes 

brouillées. Terme méridional, etc. 
REPÊCHER (SE), v. pron. Se rattraper, retrouver son gain, 

prendre sa revanche. 

Je laisse le bouli, 

Comptant me repêcher bientôt sur le rôti. 

[CH.] 

+ REPENTU, UE, part. Elle s'est bien vite repentue d'avoir 
menti. Barbarisme qui appartient au français populaire. On 
doit dire : Repenti, repentie. 

REPETASSER, v. a. Rapetasser, raccommoder grossière- 
ment de vieilles bardes. Terme méridional. 

REPICOLER ou RAPICOLER, v. a. Ravigoter, ranimer, 
rendre les forces, remettre en vigueur, refaire. Notre pau- 
vre petite Liiiotte était crevotante, xm peu de vin l'a repi- 
colée. Depuis que j'ai pris ce bouillon bien chaud et bien 
succulent, je me sens repicolé. Terme suisse et savoisien. 
Dans le patois du Jura, et dans le dialecte provençal, revi- 
couler et reviscoula ont le même sens. 

REPIPER, V. a. Répliquer, répondre. Quand je lui ai dit 
son fait, il n'a rien repipé, il n'a pas repipé mot. 

REPIT, s. m. Avoir du répit; donner du répit. Ecrivez et 
prononcez « Répit, n avec un accent sur ïé. 

REPLAT, s. m. Plateau, terrain plat sur une élévation. Nous 
ferons une halle au premier replat. Terme suisse. Dans le 
dialecte du Berry, replat signifie : Terrain déprimé. 

REPLIQUER, V. a. Garde-toi de répliquer. Si tu répli- 
ques, je te punis. Prononciation habituelle chez nous. Ce 
mot s'écrit avec un accent sur ïé: « Répliquer. » Ne ré- 
plique pas. 

REPLUMER (SE), v. pron. Se remplumer. S'emploie sur- 
tout figurément et signifie : 1» Revenir en santé; 2° Réta- 
blir ses affaires, regagner de l'argent. 



REP— RES iS3 

HEPOCHONNER, v. n. Reprendre avec la cuiller à pot. 
Repochonner la soupe, [g. G.] 

UEPRIN, s. m. Recoupe, son de première qualité. Terme 
suisse, savoisien et méridional. 

REPRISE, s. f. Terme d'horticulture. Joubarbe des jardins. 

liEPROCHER, V. n. Donner des rapports, occasionner de 
ces vapeurs acides et désagréables qui s'élèvent de l'estomac 
dans la bouche. Les choux et les radis lui reprochent. 
Terme français populaire. 

REQUÈT, s. m. Terme des campagnards. Se dit d'un repas 
ou gala donné à des femmes par une nouvelle mariée le len- 
demain de ses noces. 

REQUINQUILLER, v. a. Ranimer, ragaillardir. Allons, al- 
lons, une goutte de rikiki, ça requinquille. Employé comme 
verbe pronominal, se requinquiller signïïie : Se requinquer, 
se parer, faire sa toilette. Qu y a-t-il de nouveau, Magdc- 
lon, que tu es si requinquillée et si belle? Terme vaudois et 
méridional. 

RESILLER, V. n. (// mouillés.) Se dit du vin et signifie : 
Tourner, devenir aigre. 

RÉSlLLER, V. a. (//mouillés.) Orthographe vicieuse du mot 
résilier. Résilier un bail, résilier une vente. Cette mauvaise 
orthographe conduit à des fautes plus graves : Nous disons 
au présent de l'indicatif: Je résille, au lieu de dire : Je ré- 
silie. Nous disons au futur : Je résilierai, au lieu de dire : 
Je résilierai . Nous disons au subjonctif : Que je résille ; per- 
mettez que je résille ma location, au lieu de dire : Que Je 
résilie. Permettez que je résilie ma location. 

t RÉSIPÈLE, s. f. Érésipèle. 

RESSAUTER, v. n. Signifie: 1° Tressaillir; 2° Rebondir; 

3" Rejaillir. Ressauter de peur. Je dormais profondément 

lorsqu'un cri d'à l'eau! me fit ressauter dans mon lit. Sa 

paume élastique ressautait jusqu'à la hauteur du deuxième 

II. li. 



\U RES— REST 

étage. Prends garde, Edouard, tu me fais ressatiter de 
Veau. Terme français populaire. 

t RESSEMBLER QUELQU'UN. L'aînée {des deux sœurs) 
ressemble son père, et la cadette ressemble sa mère. Cette 
expression appartient au français populaire et au vieux fran- 
çais. On doit dire : L'aînée ressemble à son père et la ca- 
dette à sa mère. 

RESSEMBLER, v. n. Ne dites pas: Voilà un portrait qui 
ressemble, dites avec un régime indirect : Voilà un por- 
trait qui ressemble à M'' un tel, à M"'^ ^ne telle; ou : Voilà 
un portrait qui est ressemblant. 

RESTER, V. n. Nos amis restent bien à venir. Dites : Tar- 
dent bien à venir. 

RESTER, V. n. Demeurer, loger. Dans quelle rue reste::- 
vous , Monsieur Michaux? — Je reste actuellement à la 
rue de Toutes- Ames. Français populaire. 

1*»ESTER, V. n. Employer, mettre. Les maçons restèrent 
deux ans et demi à élever ce bâtiment colossal. Expression 
méridionale. 

RESTER DEVOIR. Devoir encore, redevoir. Tu me restes 
devoir vingt-cinq francs. Expression méridionale. 

RESTOUPAGE, s. m. Action de restouper. Ces deux termes, 
fort usités en Suisse, mais peu connus en France, ne se 
trouvent que dans le dictionnaire de Bescberelle, qui leur 
donne un sens plus restreint. Gattel, en citant le mot restou- 
page, dit qu'il est usité en Flandre! Dans le dialecte rou- 
chi, restouper signifie : Remplir un trou, combler un trou. 
Et le dictionnaire de l'Académie [édition de 1G94], dit: 
Estouper, boucher un trou avec de Vestoupe (ou étoupe). 

RESTOUPER, V. a. Terme de couturière. Raccommoder, 
reprendre, rentraire, rejoindre les parties qui sont rompues. 
Restouper des bas. Gilet restoupé. 

RESTOUPEUSE, s. f, Couturière qui resioupe. 



RES-RET 1S5 

RESTOUPURE, s. f. Reprise qu'on fait à une étoffe, à un 
tissu, à delà dentelle, etc. 

RETACONNER, v. a. Rapiécer, rapiéceter, raccommoder 
grossièrement. Un habit tout retaconné; retaconner des 
bottes; retaconner un manteau. Terme suisse etsavoisien. 
Dans le dialecte picard, et en vieux français, rataconerA le 
même sens. Ces deux termes viennent de l'ancien mot tacon, 
lequel signifie : Pièce, morceau, et spécialement morceau de 
cuir. A Genève, la place nommée aujourd'hui Taconnerie 
était autrefois un marché aux cuirs. 

RETAMER ou RÉTAMER, v. a. Remettre l'étamure. Réta- 
mer une casserole; rétamer un pochon. Terme français po- 
pulaire. 

RETARDER (SE), v. pron. Être retardé. Notre petite Amé- 
lie commençait à marcher, mais le froid est survenu, et 
elle s'est retardée. Quand le dtner se retarde, nos Mes- 
sieurs me font devenir folle. La garde était arrêtée pour 
le l""" de septembre, mais notre maîtresse s'est beaucoup 
retardée. 

RETENDRE, v. a. Vous m'apporte:: là du linge qui est à 
peine sec : aile::: le rétendre. Rétendre, écrit avec un e, est 
un barbarisme. Pour être correct, on doit écrire et pronon- 
cer « Retendre. » 

RETENIR, V a. Réparer un objet qui est peu gâté, peu en- 
dommagé. Retenir un habit; retenir des bas. Après la les- 
sive, la maîtresse fait retenir tout le linge. Une journée 
suffira aux couvreurs pour retenir tous les toits du bâti- 
ment. 

RETORDU, UE, subst. Mot populaire du bassin de Genève 
et d'ailleurs, qui s'emploie pour : Retors, matois, renard. 
Exemple : Mé/iez-vous de cet homme, de cette femme, 
parce que c'est un retordu, une retordue. 

RETOUR, s. m. Ce que nous appelons voilure de retour, 



156 HET— REV 

s'appelle en France : Voiture de renvoi. Nos voyageur a 
trouvèrent à point nomwé une voiture de retour pour se 
rendre à Berne. Terme méridional. 

RETOURNER, v. a. Terme mercantile. Renvoyer, Retour- 
ner une marchandise. Le colis était avarié, et on le re- 
tourna à l'expéditeur. Terme français populaire. 

RETRANCHER À, Retrancher de. Retrancher un couplet 
à une chanson. Retranche un paragraphe à ton discours. 
Dites : Retranche un paragraphe de ton discours, etc. 

t REVANCHE (UN). Prendre son revanche. «Revanche» 
est français, mais ce mot est féminin. 

REVANGE, s. f. Revanche. Prendre sa revange. Avoir sa 
revange. Demander sa revange. Terme français populaire. 

REVANGER, v. a. Revancher, prendre la défense d'une per- 
sonne attaquée. Sois tranquille, je saurai bien te revan- 
ger. Terme français populaire et vieux français. 

RÊVE ou RAIVE, adj. Terme des campagnards. Se dit du 
bois qui commence à pourrir sur l'arbre et qui se casse 
très-facilement. Ne grimpe pas jusqu'à celte branche : elle 
est raive. 

RÉVEILLON, s. m. Lendemain d'une fête. «Réveillon» est 
un mot français, mais il a un autre sens. 

REVENDRE QUELQU'UN, (fig.) Lui en revendre, le sur- 
passer, être plus fin que lui. 

REVENETTE, s. f. Terme d'écolier. Ricochet, bricole. Dis 
donc, Louis, la revenette n'en est pas. — Si fait bien, la 
revenette en est. 

REVENEZ-Y, s. m. C'est du revenez-y. Expression familière 
que l'on emploie en parlant d'un aliment quelconque qui 
plaît au goût, et auquel on aime à revenir. Ces confiture.'^ 
ont un goût de revenez-y. Votre vin n'est pas du reve- 
nez-y, c'cst-à-dirc : Votre vin ne rappelle pas son buveur. 



REV-REVE 157 

Ce terme n'est pas inconnu en France, puisqu'il figure dans 
le Dictionnaire du Bas langage, t. 11, p. 309. 

REVENEZ-Y, s. m. Ce substantif composé, qui ne se trouve 
pas dans les dictionnaires français, s'emploie à Genève et 
ailleurs dans le sens de récidive. Exemple : Il m'a joué 
un tour, mais je l'attends au revenez-y. 

REVENGE. Voyez revange. 

REVENIR, V. n. Redevenir. Cette étoffe revient à la mode. 
Quelle bonne figure tu as, Joubert! En vérité, tu reviens 
jeune. Français populaire. 

REVENIR QUELQU'UN. Lui faire reprendre ses esprits. Elle 
tomba en défaillance, et il fallut la revenir avec du vinai- 
gre. Terme dauphinois, etc. 

REVENIR (EN). Abandonner l'opinion dont on était, pour 
se ranger à l'avis d'un autre. Ludovico est un opiniâtre 
achevé, et quand il a décidé xine chose, Un en revient pas. 
Dites : Il NE revient pas. [Acad.] « Que la Cour ait raison 
ou qu'elle ait tort, elle ne revient pas. " [Marmontel, 
Bélisaire, ch. VI.] 

REVENUE, s. f. Retour. L'allée et la revenue. Terme vieux 
français, qu'on trouve déjà dans le Roman de la Rose. 

REVER APRES. Deux nuits de suite. Monsieur Isaac, j'ai 
rêvé après vous. Dites : J'ai rêvé de vous, ou (ce qui est 
moins correct sans être fautif) : J'ai rêvé à vous. 

RÉVERBÈRE, s. m. Écrivez et prononcez « Réverbère. » 

REVERCHON, s. m. Envie, petits filets qui se détachent de 
la peau autour des ongles, [g. g.] 

REVERCHON, s. m. La partie du drap de ht qu'on retrousse 
près de la tête, par-dessus la couverture. Se dit surtout 
quand on parle des couchettes d'enfant. 

REVERS, s. m. Le revers d'une étoffe; le revers du drap, 
etc. Dites : L'envers, c'est-à-dire : Le côté d'une étoffe, le 
côté du drap qui ne doit pas être exposé à la vue. 



158 RE V— REVO 

REVIRE, s. m. Ce mot de revire se joint à main et ^pied, 
pour exprimer une mesure naturelle prise de la largeur 
de l'une et de l'autre. Ainsi revire-main signifie : Largeur 
de la main ; revire pied signifie : Largeur du pied. Depuis 
cette boule jusqu'au but, il y a un pied et un revire-pied. 

REVIRÉE, s. f. Ruban que les garçons de la campagne met- 
tent à leur habit quand ils sont de noce. [p. g.] 

REVIRÉE, s. f. Mornifle, soufflet, volée de coups. Donner 
une revirée. Terme vaudois. S'en donner deux tours et la 
revirée, signifie : À outrance, le plus possible. On dit de 
deux personnes qui se sont violemment battues, qu'e//es 
s'en sont donné deux tours et la revirée. Jacques, as-tu 
bien dansé hier F — Ah ! je t'en réponds ; on s'en est donné 
deux torirs et la revirée. 

REVIRE-MARION, s. m. Mornifle, soufflet violent qui fait_ 
virer sur elle-même la personne qui le reçoit. Il voulut se 
mêler de la dispute, et ilij attrapa pour sa part un revirc- 
marion soigné. Terme vaudois. 

RÉVISER, V. a. Réviser une loi; réviser la Constitution, 
etc. Écrivez et prononcez « Réviser ; » mais écrivez et pro- 
noncez «RÉ vision. » 

REVOLIN, s. m. Quinte, caprice, changement subit de vo- 
lonté, de projet ou d'humeur, // lui a pris un revolin, et il 
a congédié les trois domestiques et le cocher. Terme vau- 
dois. Au sens propre, revolin signifie : Coup de vent subit. 
Nos campagnards disent : Revolet. On ne sait quel revolet 
lui a pris. R. volo. 

REVOIR (À), loc. adv. Au revoir. A revoir, Messieurs, àre- 
voir, Mesdames. Terme français populaire. 

REVOYANCE, s. f. Terme très-familier, et qui n'est guère 
usité que dans cette expression : À la revoyance, c'est-à- 
dire : Au revoir. Adieu, Jeannot; adieu, Rambosson ; 
adieu, jusqu'à la prochaine revoyance. Les Champenois 



REZ— RID 159 

disent: À la revoyure. [Vocabulaire da Bas langage ré- 
mois, par M"" E. Saubinet.] 

REZASSER, V. a. Que viens-tu nous rabâcher et nous re- 
zasser? Ecrivez «Ressasser,» et prononcez la preniière 
syllabe comme celle du mot ressortir. R. sas. 

RHABITUER (SE), v. pron. S'habituer de nouveau. Mot 
utile, que les dictionnaires modernes n'ont pas relevé, mais 
qui est sans doute fort connu. 

t RHUMATISME MALE. Douleur de rhumatisme mâle. 
Dites : Douleur rhumatismale. 

+ RHUMATISSE, s. m. Rhumatisme. La Brouillon a un 
rhumatisse au cœur. Par une faute analogue, on dit, à 
Reims : Un catéchisse, pour : Un catéchisme. 

RIBAMBÉE, s.f. Grande troupe, ribambelle. Une ribambée 
de monde. Oh! quelle ribambée! 

RIBANDELLE, s. f. Ribambelle. 

RICHE, adj. (fig.) Se dit du temps, c'est-à-dire, de la dis- 
position de l'air. Un riche temps est celui qui hâte et fa- 
vorise la végétation, celui qui est propre à combler les vœux 
du laboureur et à ['enrichir. Si après ces huit jours nous 
avions une pluie de quarante-huit heures, ce serait un 
riche temps. Cette signification particulière de l'adjectif 
« riche » n'est pas dans les dictionnaires. 

RIC-RAC, adv. Payer ric-rac, c'est : Payer avec une exac- 
titude rigoureuse, payer jusqu'au dernier sou. M"" N** ne 
fait jamais de dettes : il paie tout ric-rac. Terme français 
populaire. Nous disons dans le même sens : Ric-et-rac. Le 
terme français est : Ric-à-ric. Nous le ferons payer ric-à- 
ric. [AcAD.] 

RIDICULE, adj. Ce mot appliqué aux personnes signifie: 
Sévère, difficile, dur à la desserre. Un maître d'école ri- 
dicule. Un propriétaire ridicule est celui qui se refuse aux 



160 RIE— RIF 

réparations les plus urgentes. Nos campagnards disent : fie- 
dicul. On le dit aussi en Savoie, dans le Jura, en Chanapa- 
gne et sans doute ailleurs. Refuser à im locataire de lui 
ôter la fumée, de lui cimenter les vitres, ou de mettre des 
seuils aux portes, c'est être ridicule. Cette expression est 
connue en Savoie et dans plusieurs provinces de France. 
Appliqué aux choses , ridicule signifie : Difficultueux, sca- 
breux, pénible, peu satisfaisant. Chemin ridicule; sentier 
ridicule; saison ridicule. Mais ce sens est moins usité à 
Genève que chez nos voisins de Savoie et du Jura. 

RIEN, adv. Point, pas, pas beaucoup, nullement. Vous m'ap- 
portez là un poulet qui n'est rien gros. Ton frère n'est rien 
complaisant. Vous n'avez rien d'appétit, cousin? Et avec 
l'interrogation? N'est-ce rien toi qui a pris mon para- 
pluie P « La session du Grand Conseil est prorogée au 5 
janvier : ne serait-ce rien que les deux projets de loi à 
présenter ne peuvent soutenir l'examen? « [L'Ami du 
Pays, numéro du 9 décembre 1847.] Terme français po- 
pulaire et vieux français. 

RIEN, adv. La construction des phrases suivantes n'est pas 
correcte : Je ne veux rien qu'on me dise. Je ne veux rien 
qu'on acheté sans ma permission, etc. Dites : Je veux 
qu'on ne me dise rien ; je veux qu'on n'achète rien sans 
ma permission. 

RIEN DU TOUT, s. m. Homme méprisable, homme de rien. 
Lui! lui! c'est un rien du tout, c'est de la drâchée. 

RIFFLE RAFFLE, s. f. Ils ont tout volé, il n'est resté ni 
riffle ni raffle. 

RIFFLER, V. a Effleurer, raser, touchera peine, passer 
près. La pierre lui riffla le front; la balle lui avait rifflé 
la jambe. Terme suisse, savoisien, rouchi, etc. En vieux 
français, riffler a le sens d'égratigner, écorcher. A Reims, 
ériflure signifie : Légère écorchure, et s'érifler, s'écorcher 
Iccrèremcnt. 



RIF— RIO 161 

RIFFLETTE (À LA), loc. adv. En effleurant, en rasant. Lan- 
cer sur Veau des pierres à la riffîelte. 

RINCEE, s. f. Averse, pluie subite et forte. Recevoir une rin- 
cée. En montant le Pas de l'Echelle, nous eûmes une 
bonne rincée. 

RINCEE, s. f. Réprimande sévère. Recevoir une rincée^ être 
fort grondé. Ce sens du mot rincée n'est pas dans les dic- 
tionnaires. 

RINCER DU LINGE. Aiguayer du linge. A ce moment-là, 
trois femmes rinçaient du linge au bateau. Expression fort 
répandue en France, mais blâmée des grammairiens, qui 
veulent que rincer ne se dise que des verres, tasses, cruches 
et vases semblables, et de la bouche. 

RINGOLET, ETTE, adj. Propret, avenant, bien vêtu. Se dit 
surtout des personnes qui n'ont pas l'habitude de soigner 
leur mise. Vous voilà bien ringolet aujourd'hui, Monsieur 
Maillard. Terme suisse. 

RINGUER, v, a. Battre, rosser. Se ringuer, v. réc. Se bat- 
tre. Dans le canton de Vaud, ringuer, et en allemand, rin- 
gen, signifient : Lutter. 

UIOLE ou RIOLLE, s. f. Liseron des champs, plante. 

RIÔLE, s. f. Rabâchage, grognerie. C'est toujours la même 
riôle, toujours la même chanson, 

RIÔLER, RIOULER ou RIULER, v. n. Gronder, rabâ- 
cher, ron-ner, pleurnicher. Pendant tout le goûter les en- 
fants et le chien rioulaient à qui mieux mieux. Terme 
connu surtout des campagnards. 

RIOUTE ou RIOTTE, s. f. Débauche devin. Faire la rioute. 
Terme vaudois et fribourgeois, 

RIOÙTE ou RIÙTE, s. f. Branche flexible et tordue dont on 
lie les gerbes et les fagots. Terme suisse-roman et savoisien. 
On dit proverbialement : Il faut mailler la rioûte pendant 
II. lî) 



1 62 RIP— ROB 

qu'elle est verte, pour dire : Il faut corriger un enfant pen- 
dant qu'il est jeune. Selon plusieurs dictionnaires, le mot 
français est : Rouette. A Limoges et en Languedoc : Reorte ; 
dans le Jura et en vieux français, riorte. R. relortus. 

RIPES (LES). Dénomination attachée à certaines localités dé- 
sertes, sauvages. Les ripes de Dardagny. Aux environs de 
Lons-Ic-Saunier (département du Jura), les ripes de Saint- 
Laurent, les ripes d'Artenas, etc. 

RIQUIQUI, s. m. Eau-de-vie, liqueur spiritueuse. Boire le 
riquiqui. Terme bas-limousin, dauphinois, etc. En proven- 
çal on dit : Requiqui. Dans le dialecte rouchi on appelle 
riquiqui, ce que nous appelons : Gloria. 

RISETTE, s. f. La racine du riz. Balai de risette; brosse 
de risette. 

RISOLE ou REZOLE, s. f. Rissole, pâtisserie. 

HISOLET, ETTE, adj. et subst. Celui ou celle qui rit aisé- 
ment et pour des motifs frivoles. Allons, petite risolette, 
c'est assez se moquer. Votre fds aîné serait le meilleur 
écolier de ma classe, s'il n'était pas un peu risolet. Terme 
suisse et savoisien. En Languedoc : Rizoulié. 

t RIZU, partie. Ri. No-zein preu rizu (nous avons assez ri). 
Barbarisme usité chez les paysans de notre canton et du can- 
ton de Vaud. 

RITE ou RITTE, s. f. Filasse, fdaments que l'on tiredel'é- 
corce du chanvre ou de celle du lin. Quenouille de rite. 
Toile de rite. Filer la rite. Terme suisse, savoisien, juras- 
sien et dauphinois. 

RIVER LES CLOUS À QUELQU'UN. Lui répondre adroi- 
tement et vivement, lui parler ferme et de manière qu'il n'ait 
rien à répliquer. En français on dit, avec le singulier : « Ri- 
ver le clou à quelqu'un. » 

ROBER ou ROBA, v. a. Terme des campagnards. Dérober, 
voler, fdouter. On m'a robà mon bouey s'ta neij (on m'a 



HOC— ROG 1G3 

volé mon bois celte nuit). Terme qu'on retrouve dans le 
vieux français et dans le patois vaudois. 

ROCANDER ou ROGANDER, v. a. Demander avec indis- 
crétion, en revenant sans cesse à la charge. Votre dame 
Pérolletrocande soi-disant pour une famille pauvre, mais 
on sait bien que c'est pour elle. Va-t'en petit fainéant, et 
travaille au lieu de rocander. Terme suisse. Dans le can- 
ton de Vaud on dit aussi : Boulcan-ner. 

ROCANDEUR, EUSE, subst. Celui ou celle qui rocande. Les 
jours de marché nos maisons sont envahies par des rocan- 
deuses venues des villages voisins. La demoiselle iV** est 
en effet pauvre, mais c'est une rocandeuse. Dans le canton 
de Vaud on dit : Roukan, roukan-ne. 

RÔDAILLER et RÔDASSER, v. n. Augmentatif de « roder. .. 
Veille-toi cet homme en blouse, qui ne fait que rôdasser 
par les Paquis depuis dix jours. Terme remarquable. Dans 
le patois rouchi on dit : Eôdailler. 

RODER (SE). Tu es là à te rôder, à te trancanner sans but 
d'un quai à tin autre. Rôder est un verbe neutre. On doit 
donc dire : Je rôde, et non : Je me rôde, comme nous le di- 
sons fréquemment. 

RÔDINER, v. n. Rôder. 

ROGATION, s. m. Rogaton, vieux reste de pain, de viande 
ou d'autres aliments. Ce mendiant portait une besace pleine 
de ro'jâtions. Terme vaudois et savoisien. 

ROGNE, s. f. Querelle, mauvaise chicane. Chercher rogne à 
quelqu'un, signifie : Lui chercher noise. Terme suisse. En 
Languedoc : Chercher rougne. 

ROGNE, s. f. Nous disons figurément et proverbialement : 
Gratter la rogne à quelqu'un, dans le sens de ; Le flat- 
ter, l'aduler bassement, lui faire une cour servile et intéres- 
sée. Ne me parle pas de ce Jean Renard : c'est tin person- 
nage qui veut absolument parvenir, et qui gratte la rogne 



164 ROG— RON 

aux hommes de tous les partis. Cette locution est fort 
triviale, voire même dégoûtante, mais énergique et fort 
connue. 

ROGNEUX, EUSE, adj. (fig.) Crasseux, crapuleux. Se dit 
d'une personne qui a l'air minable, et dont les habitudes ne 
relèvent pas l'extérieur. On le dit aussi des choses. Une 
créance rogneuse, une créance mauvaise ou fort douteuse. 
Terme bordelais. Selon le dictionnaire de Bescherelle, 
rogneux signifie : Chétif, mesquin. 

ROME, s. f. L'œillet d"Inde. En latin, tagetes. 

RONCEMELER ou RONCHEMELER, v. n. Respirer avec 
oppression et bruit, râler. Pendant deux jours nous V en- 
tendîmes roncemeler. Expression très-usitée. Dans le canton 
de Vaudon dit : Eanquemeler . R. ranco. Voyez ce mot. 

ROND, s. m. Ronde, danse en rond, branle circulaire. Dan- 
ser un rond. Terme vaudois. 

ROND, s. m. Terme enfantin. Jeton rond. On payera avec 
des ronds. 

RONDION, s. m. Able ou ablette; poisson du genre cyprin. 

RONDION, lONE, adj. et subst. Se dit des personnes et si- 
gnifie : Rondelet, qui est tout rond de graisse. Expression 
badine ou railleuse. 

RONDO, adv. Rondement, facilement, sans nul obstacle, à 
souhait. Notre affaire marche rondo. Terme vaudois. 

RONFLE, s. f. Sabot, toupie d'Allemagne, sorte de toupie 
creuse que l'on fait tourner avec une ficelle ajustée dans une 
clef et qui ronfle en tournant. Faire zon-ner une ronfle. 
En provençal : Rounfloun. 

RONGEMENT, s. m. (fig.) Regret, tourment, remords. Un 
rongement d'esprit. Ce souvenir fatal était pour lui un 
rangement perpétuel. Terme vaudois. 

RONGILLER, v. a. Ronger à demi, ronger légèrement et à 
plusieurs reprises. Rongiller une pomme; rongiller des 
fruits mal mûrs. 



HON-ROO I6f; 

HONGILLON, s. m. I\este de iVuit rongé. Ta m'as promis 
une poire, et lu me donnes un rongillon! Garde tes rongil- 
lons. Terme vaudois. 

RON-NACHER, v. n. et a. Grogner, murmurer, ron-ner. 

RON-NEE, s. f. Action de grogner, de gronder, de ron-ner. 
Faire une ron-ne'e; faire des ron-ne'es. 

RON-NER, V. n. etact. Se dit : 1° Du grognement de certains 
animaux et en particulier du chien et du porc. N'approchez 
pas de Sultan, il vous ron-nera. 2" Appliqué aux person- 
nes, ron-ner signifie : Gronder toujours et sans raison, mur- 
murer, grommeler, rognonner. Bonjour, Pernette : que 
fait votre monsieur? — Oh là, Monsieur, notre monsieur 
ron-ne ; il est en train de ron-ner, et je crains bien qu'Une 
Ton-ne toute la sainte journée. Terme vaudois et neuchâte- 
lois. 

RON-NEUR, s. m. Celui qui gronde souvent et sans raison, 
celui qui a l'habitude de ron-ner. Dans le patois de Fri- 
bourg, ron-neri signifie : Grondeur, grogneur, et se dit 
surtout des enfants. 

ROQUETAILLE, s. f. Race de roquets. Terme de mépris créé 
dans le dix-septième siècle, et passé d'usage dans le dix- 
huitième. Ce ramassis d'étrangers n'était que de la roque- 
taille, c'est-à-dire : N'était qu'une race de roquets, d'hom- 
mes faibles, débiles, sans moyens intellectuels, et, avec tout 
cela, insolents. Les deux vers suivants sont tirés d'une chan- 
son patoise, fort injurieuse, composée à la fin du dix-sep- 
lième siècle, quelques années après l'arrivée à Genève des 
réfugiés français : 

Il étion des citoyens véritables; 
Mais orendrait y est to roquetaille. 

c'est-à-dire : « La nation genevoise se composait jadis de 
vrais citoyens; mais aujourd'hui elle n'est plus qu'une race 
de roquets. » Tous ceux qui connaissent l'histoire de cette 



166 ROS— ROU 

époque, savent qu'alors nos chefs d'ateliers, nos négociants, 
nos ouvriers furent très-jaloux de ces réfugiés français, qui, 
actifs et industrieux pour la plupart, leur faisaient une con- 
currence redoutable. 

ROSE-MOUSSE. Rose mousseuse. 

ROSSÉE, s. f. Etrivières, volée de coups. Donner une ros- 
sée ; recevoir une rossée. Terme dauphinois, etc. 

ROSSIGNOL, s. m. Marchandise qui n'est plus de vente, mar- 
chandise de rebut. Dis voir, on prétend que N*** va ven- 
dre en liquidation son magasin. — Son magasin! dis 
plutôt ses rossignols, car il n'a rien antre. 

ROTE, s. f. Rue, plante médicinale. Terme vaudois. 

ROTER, V. n. Terme d'agriculture. Suer. Ce foin n'a pas 
encore roté. Il faut laisser roter le blé avant de le battre. 
Voisine, aves-vous fait votre provision de châtaignes.' — 
Non, j'attends qu'elles aient roté. 

ROTER, V. n. Terme de cuisine. Signifie : Crever, v, n. 
Faire roter du riz, c'est : Le faire crever dans l'eau. 

ROUCHE, s. m. Enrouement. Vous êtes bien enrhumé, Phi- 
libert. — C'est mieux qu'un rhume, Monsieur, c'est un 
rouche, un mauvais rouche. Terme suisse et savoisien. R. 
raucus. 

ROUET, s. m. En parlant d'un chat qui file, nous disons qu'il 
fait le rouet, qu'il fait son rouet ; expressions justes, puis- 
que en effet le chat, lorsqu'il est content, et qu'il se dorlote 
à son aise, produit un certain râlement, un certain bruit con- 
tinu de la gorge au nez, assez semblable au bruit du rouet 
quand on file. 

ROUGEMAND, ANDE, adj. Rougeaud. Une figure rouge- 
mande. [g. G.] 

ROUGEOTTE, s. f. Cette petite rougcotte lui avait donné dans 
l'œil. Dites : Rougeaude. Petite rougeaude. 

ROUGE-POULET, s. m. Nous disons proverbialement d'une 



ROU— RUC i67 

chose ennuyeuse, qu'on nous rabâche, cl dont on nous bat 
fastidieusement les oreilles : C'est la chanson du rouge-pou- 
let. Finis donc, Alexis, avec ta chanson de rouge-poulet : 
c'esf assez quinquerné et triôlé. Le rouge-poulet, c'est le 
coq, dont le chant ne se moditîe jamais. 

ROUILLE (LE). Oter le rouille; enlever le rouille. Ce so- 
lécisme appartient au français populaire et au vieux français. 
« Rouille )i est féminin. 

ROULER QUELQU'UN. Le leurrer, le mystifier, l'attraper, 
le duper, le mettre dedans. Terme français populaire. 

ROUPE, s. f. Houppelande, carrick, sorte de vêtement large, 
qui se met par-dessus l'habit. Roupe à trois cols. Terme 
savoisien. Dans le vieux français, roupille signifie : Petit 
manteau. [Voyez Roquefort, Glossaire de la langue ro- 
mane.'] 

ROUSSES, s. f. pi. Rousseyrs, taches de rousseur, lentilles. 
Les pleurs de la vigne ôtent les rousses. Terme suisse. 

ROUSSELETTE, adj. fém. Le fruit que nous appelons poire 
rousselette, s'appelle en français : Poire de rousselet, ou : 
Rousselet. Un gros rousselet ; un petit rousselet 5 une livre 
de poires de rousselet. 

RURAN DE QUEUE, s. m. (fig.) Longue route en ligne 
droite et qui s'étend aussi loin que la vue peut porter. 

RURLONS, s. m. pi. Terme de fripier. Riblons, vieux fer, pe- 
tits morceaux de fer à refondre, hors de service. Une livre 
de rublons se vendait autrefois six quarts. 

RURRIQUEUR, s. m. Rubricaire, homme qui sait bien les 
rubriques du bréviaire. 

RUCLON, s., m. Raclon, fumier des rues, boue, immondices 
ramassées dans les rues ou sur les routes pour servir d'en- 
grais. Un chariot de ruclon. 

RUCLONNER, v, a. Etendre du ruclon. Ruclonner un pré. 

RUCLONNER, v. neutre. Se dit des chiens, et signifie: 



\m HUD~SAC 

Fouiller les rudans pour y trouver des restes de viande et 
d'os en putréfaction. Mettez à Azor sa muselière, pour 
qu'il ne s'arrête pas à ruclonner. 

RUDE, adj. Grand, considérable, fameux. Notis avons eu 
hier une rude peur. Français populaire. 

HUDE, adv. Rudement, beaucoup, considérable, très, fort. 
// faudra rude de gravier pour graveler cette promenade. 
On a bien mangé et on a bu rude. Et ton bourgeois, 
Jean-Pierre, qu'en fais-tu P — Mon bourgeoise Ce que je 
peux en dire, c'est que c'est un rude bon maître. 

RUE (EN). Dans la rue. On se rencontra en rue et l'on se 
causa. Fais vite tes commissioiis, Georgine, et ne t'arrête 
pas en rue. Expression gasconne. On trouve cependant la 
phrase suivante dans le dictionnaire de l'Académie (t. II, 
p. 684) : L'événement se passa en pleine rue. 

RUETTE, s. f. Ruelle, petite rue. La mette de Saint-Ger- 
main. Terme français populaire et vieux français. 

RUPER (SE), V. pron. Se dit des gens galeux ou pouilleux, 
et signifie : Se gratter avec violence, avec rage. Se ruper 
se dit aussi des chiens, mais sans qu'il s'y attache aucune 
idée dégoiitante. 

RUSSIN. s. m. Vovez huile de russin. 



SABOULÉE, s. f. Signifie : 1° Volée de coups, rossée; 
2° Forte gronderie. Donner une saboulée; recevoir une 
saboulée. Terme français populaire. On dit à Valenciennes : 
Une saboule. Mais aucun de ces mots ne figure dans les 
dictionnaires. 

SAC DE MISÈRE, s. m. Sac où nos dames serrent toute?^ 



SAC— SAI 169 

sortes de chiffons qui peuvent être utilement employés à des 
raccommodages. 

SAC D'OUVRAGE, s. m. Sac à ouvrage. 

SACHE (UNE). Sorte de grand sac qui a la forme d'un carré 
long. Une sache de riz; une sache de charbon; une sache 
de fenasse. Terme savoisien et méridional. Dans le français 
populaire , sache signifie : Sachée , c'est-à-dire : Ce que 
peut contenir un sac. 

SACRE, s. m. Nous disons d'un homme qui travaille outre 
mesure : // travaille comme un sacre. Expression suisse. 
En français on dit: 11 travaille comme un galérien. Nous 
disons aussi : Crier comme im sucre, courir comme un 
sacre, jurer comme un sâcrej c'est-à-dire : Crier, courir, 
jurer comme un perdu. Sur l'origine de cette expression 
les conjectures ne manquent pas ; mais elles ne présentent 
rien de satisfaisant. 

t SAGRÉFIER, v. a. Sacrifier. On se sacre'fie pour ses en- 
fants, n est-il pas vrai, Marion ? et ils ne font rien pour 
nous. 

SACREMENTATIONS, s. f. pi. Faire des sacrementations, 
signifie : Faire des jurements, faire des imprécations, blas- 
phémer. Ce mot vient de l'allemand et il aurait dû y rester. 

SACRÉPAN, s. m. Sacripan. 

SAGATERIE, s. f. Boucherie pour la basse viande. Terme 
vaudois. En Provence et en Languedoc, sagata signifie : 
Tuer des animaux pour s'en nourrir. 

SAGATIER, s. m. Boucher pour la basse viande. En proven- 
çal on dit : Sayataire. 

t SAIGNE (UNE). Une saignée. Une forte saiyne. Le céru- 
gien voulait m'adménistrer une seconde saigne : mais bre- 
nique. Terme savoisien. Dans le patois vaudois on dit : Un 
sagne. 

SAIGNE-NEZ, s. m. Plante appelée en français : Mille-feuilles. 



170 SAl— SAL 

t SAINK-ET-SAUF, adj. masc. Prononciation vicieuse de 
l'adjectif « Sain et sauf. » Le son du k est ajouté pour l'eu- 
phonie. 

SAINT-FRISQUIN, s. m, Saint-frusquin, ce qu'un homme a 
d'argent et de nippes. Un tel a mangé tout son saint-fris- 
quin. Terme vieux français. En Languedoc on dit : San- 
frescjiiin; en hmousin, saint-fliisquin . 

SAINT-LAMBL\, s. m. Nonchalant, paresseux, traînard. 
Qui est-ce qui m'a bâti ce saint- lambin F Arriveras-tu, 
saint- lambin ? Quel saint-lambin! 

SAISON, s. f. Saison tardive nest pas oisive, est un des 
jolis proverbes de nos campagnards. Ce proverbe signifie 
que : Les printemps tardils sont les meilleurs dans un cli- 
mat où les retours du froid sont si habituels et si funestes. 

SALADE A. Salade de. Une salade aux racines jaunes; sa- 
lade à la chicorée; salade aux pommes de terre. Dites: 
Une salade de chicorée, une salade de pommes de terre, 
etc. 

SALADE, s. f. (fig.) Réprimande, mercuriale. Donner une 
salade. Il a reçu une salade conditionnée. Terme parisien 
populaire. 

SALE, adj. ^lalpropre. Du linge sale; des doigts sales. 
Tu es un négligent, tu es tm sale. Prononciation vicieuse 
très-répandue dans la Suisse française. Ecrivez et pronon- 
cez « sale» [a bref), comme vous prononcez scandale. 

SALÉE, s. f. Sorte de galette aux œufs. 

SALICHON, s. m. Petit salaud, petit saligaud. En français 
on dit d'une jeune fille malpropre : C'est une salisson. 

SALIÈRES, s. f. pi. (fig.) Dénomination dérisoire donnée à 
nos milices du centre, par allusion à la forme de leurs gi- 
bernes. Etre dans les salières. 

SALIGNON, s. m Briquette, motte de tan, motte à brûler. 
Les salignons servent surtout à entretenir le feu. Terme 
vaudois. 



SAL— SAN 171 

SALIGOT, OTTE, adj. et subst. (o bref.) Voyez cette sali- 
gotte, dans quel état elle se met! Ecrivez et prononcez 
« Saligaud, saligaude. » 

SALIGOTAGE, s. m. Action de saligoter. Quel saliyotage 
fais-tu là ? Terme français populaire. 

SALIGOTER, v. a. Salir, tacher. Une robe saligote'e. Mes 
petits amis, ne gadrouille::. plus, vous vous saligotez. 

SALONGLÉE, s. f. Volée de coups, rossée, raclée. 

SALONGLER, v. a. Rosser, rouer de coups. 

SALOPIAUD, AUDE, subst. Petit salaud, petite salaude. On 
dit en Champagne : Salopier. 

SALVAGNIN, s, m. Nous appelons salvagnin, ou vin salva- 
gnin, une sorte de vin rouge du pays. Plusieurs personnes 
écrivent et prononcent sarvagnin et servagnin. Terme 
vaudois. En France: Sauvignon , sauvignain et sert'i- 
gnain. 

SANDARAQUE (LE). Ce mot est féminin. 

SANG, s. m. Signe, tache brune sur la peau. Avoir des 
sangs. En limousin : Sen. 

SANG, s. m. Nous prononçons encore sanke, comme on le 
prononçait au treizième siècle et au quatorzième. Des larmes 
de sanke. On doit prononcer san devant une consonne, et 
sank devant une voyelle. 

SANG, s. m. Nous disons de quelqu'un qui s'inquiète, se tour- 
mente, s'agite sans motif suffisant : Il se fait du mauvais 
sang. Les dictionnaires disent, en supprimant le pronom 
personnel : « Il fait du mauvais sang, » ou : « Il fait de 
mauvais sang. » 

t SANGEMENT, s. m. Changement. 

1 SANGER, V. a. Changer. Tu es bien trempe, Mariette, 
faut l'aller sanger : oui, sange-toi. Expression signalée 
dans le Glossaire du Berry, p. 98. 

SANGSUER, V. a. Importuner, fatiguer, obséder, vexer. 



•172 SAN— SAU 

Mais, John, cesseras-tu enfin de nous sangsuer? Ce oi'est 
-pas en nous sangsuant que tu obtiendras quelque chose. 
Dans le français populaire on dit : Sangsyrer, ou : San- 
surer. 

i SANGSUIE, s. f. Sangsue. La femme des sang suies. Mettre 
des sangsuies. 

t SANGUINAIRE, adj. Tempérament sanguinaire. Dites: 
Sanguin. 

SANGUINE, adj. Nous appelons pêche sanguine, une sorte 
de pêche violette. 

SANS ACOUP ou À COUP, locut. adv. Les ouvriers mon- 
teurs de boîtes ont augmenté le prix de la main-d'œuvre 
sans acoup, c'est-à-dire : Sans secousse ou heurt, sans 
causer de contre-coup qui ait arrêté les affaires. 

SANS POINT DE, locut. prépositive. // voyageait sans point 
d'argent. Dites : Sans argent. // se tira de celte horrible 
échauffourée sans point de mal. Il marchait au supplice 
sans point de peur. Français populaire et vieux français. 

SARCENETTE, s. f. Lustrine, sorte d'étolTe. 

t SARCHER, V. a. Chercher. Va-t'en voir me sarcher mon 
bonnet, sur le damier tablât en n'haut du placard. Terme 
vieux français. [Voyez Roquefort, Glossaire, t. II.] 

SARCLORET, s. m. Voyez sercloret, 

SARPE, s. f. Terme des campagnards. Sorte de hache, qui 
sert surtout à tailler les arbres et à faire des fagots. Terme 
fort usité, qu'on trouve déjà dans le vieux français, et du- 
quel s'est formé le mot de Serpe. 

t SARPENT (UNE). Un serpent. Dans le patois de l'Isère : 
Sai'pin. 

SARVAGNIN, s. m. Voyez salvagnin. 

SAU ou SAÏU, s. m. Terme des campagnards. Sureau, sorte 
d'arbrisseau. Du bois de sail; moelle de sail. En Savoie: 
Savu; dans le canton de Vaud, sau, sahu ou suau; en 



SAU-SAUT 173 

rouchi, séu; en Franche-Comté, saivu; dans le patois de 
l'Isère et en Normandie, seu; dans le Jura, sou; en wal- 
lon, saou; dans le département du Tarn, sagut; en Gas- 
cogne, sahuc; en vieux français, sahu, séhu, seu. 

SAUCE, s. f. Nous disons figurément, d'une personne qui a 
commis une faute : Elle a fait la faute, qu'elle en boive 
la sauce, pour dire : Qu'elle en subisse les fâcheuses con- 
séquences. 

SAUCE, s. f. Sauce de rôti. Dites : Jus de rôti. Nous disons 
proverbialement : La sauce vaut mieux que le rôti; l'ac- 
cessoire vaut mieux que le principal. Les dictionnaires fran- 
çais disent : La sauce vaut mieux que le poisson. 

SAULE, s. m. Nos paysans font ce mot féminin. Arve en- 
traînait cette saule que j'ai pu enfin accrocher. Il est pa- 
reillement féminin dans le canton de Vaud, en Savoie, en 
Lorraine, et sans doute ailleurs. R. lat. salix, s. f. 

SAUMACHE, adj. et subst. Saumâtre. Vous nous donnez de 
l'eau qui a un goût saumache, un goût de saumache. [g. G. J 

SAUME, s. f. Anesse. Louer une saume. Galoper sur une 
saume. Terme savoisien, lyonnais et dauphinois. Dans 
le patois vaudois : Chouma ; dans le dialecte provençal et 
dans le patois du bas Limousin, saoumo. Saume se trouve 
dans le dictionnaire de Cotgrave, édition de 16S0. 

SAUTEE, s. f. Saut. Ne s'emploie guère que dans l'expres- 
sion suivante, qui appartient au langage le plus familier : 
Faire une sautée chez quelqu'un, c'est-à-dire: Y aller très- 
vite et ne pas s'y arrêter. 

SAUTEE, s. f. Forte réprimande. Faire une sautée à quel- 
qu'un, veut dire : Le tancer vertement. 

SAUTIER, s. m. Chef des huissiers. Le sautier loge à l'hôtel 
de ville et a l'intendance de tout le matériel du bâtiment, 
Bonivard, dans son livre de L'ancienne et la nouvelle Po- 
lice, dit que « le Sautier est le maître du guet et l'huissier 
II. 10 



iU SAU-SAV 

du Conseil, a Terme neuchâtelois. Il est probable que ce 
mot s'écrivait anciennement sceautier, et que ce fonction- 
naire tenait les sceaux du Conseil. 

SAUVAGE, s. m. Sauvagin. Se dit soit du goût, soit de l'o- 
deur de quelques oiseaux de mer ou d'étang. Notre salmis 
sentait le sauvage. Terme vaudois, neuchâtelois, parisien 
populaire, lorrain, etc.; à Bordeaux on dit : Sentir le sau- 
vageon; en Languedoc, le sauvageun. Dans le vieux fran- 
çais, salvagine signifiait : « Bête fauve. » 

SAUVE, adj. Sauvé, qui a échappé à un péril. Benoît était 
hier dans le plus grand danger : on l'a saigné à propos, 
et le voilà sauve. Terme suisse, etc. 

SAUVER DE (SE), v. pron. Tu te sauves de moi, Robert? 
— Et pour quelle raison me sauverais-je de toi, je ne t'ai 
rien fait? Cette expression, si usitée, se sauver de quel- 
qu'un, c'est-à-dire : Lui échapper par la fuite, manque 
dans les dictionnaires, quoiqu'elle mérite assurément d'être 
observée; car l'expression française « fuir quelqu'un » n'est 
pas l'équivalent de se sauver de quelqu'un, ou, du moins, 
« fuir quelqu'un » appartient au style relevé, et se sauver 
de quelqu'un appartient au style familier ou style de la con- 
versation. 

SAVATER, v. a. Saveter, déranger, incommoder, gâter, faire 
un ouvrage malproprement et en dépit du bon sens. Ce vin 
m'a savate le cœur ; il m'a savate l'estomac. Vous m'avez 
savate cet ouvrage. Il se dit spécialement du linge taché 
par les cendres de la lessive. Notre linge est bien savate. 
En Lorraine on dit d^un mauvais ouvrage : C'est de la 
savate. 

SAVATURE, s. f. Saleté causée par les cendres qui ont filtré 
avec le lissu dans le linge. Ces draps sont pleins de savature. 

SAVIGNON, s, m. Cornouiller sanguin, arbre d'un bois très- 
dur. 



SAV— SE 175 

SAVOIR, V. a. Nous disons proverbialement, pour nous ex- 
cuser d'ignorer une chose survenue à notre insu : Qui ne 
sait rien ne sait guère. 

SAVOIR, V. a. Nous disons d'une personne fort habile, cl 
surtout d'une personne subtile et qui trouve des ressources 
dans les conjonctures les plus épineuses : Elle les sait toutes 
et une par-dessus. 

SAVOIR A DIRE. Faire savoir, informer, marquer, mander, 
instruire. Si tu te décides à ce voyage, tu me le sauras à 
dire. Expression suisse, lyonnaise et méridionale. 

SAVONNADE, s. f. Savonnage, blanchissage par le savon. 
Ce 7i'est pas une lessive, c'est une savonnade. Ternie sa- 
voisien et méridional. 

SAVONNETTE, s. f. Terme d'horlogerie. Une montre à sa- 
vonnette, ou simplement une savonnette, est une montre 
dont la boîte a un fond et un couvercle en métal. 

SAVOURÉE, s. f. Savorée ou sarriette, plante. 

SAVOYET ou SAVOUIET, s. m. Raisin rouge de qualité in- 
férieure, lequel croît dans nos environs et qui rend beau- 
coup, [g. g.] 

SCHLAGUER, v. a. Battre, rosser, donner la schlague. // 
fit l'insolent et fut schlague. En allemand : Schlagen. Les 
mots Schlague et Schlagueur se trouvent dans quelques dic- 
tionnaires modernes. 

SCIE, s. f. (fig.) Rabâchage, ritournelle fatigante, répétition 
sotte et fastidieuse. Faire des scies. 

SCIE, s. f. Scierie, moulin à scie, moulin où l'on scie le.< 
planches. Nous disons quelquefois : Scie à eau. Terme 
suisse, savoisien et méridional. 

SCORSONÈRES, s. m. De bons scorsonères. Ce mot est fé- 
minin. 

SE, pron. pers. Les campagnards substituent le pronom se 
aux pronoms nous et vous dans les verbes pronominaux. 



176 SEC— SECO 

et réciproquement ; ils disent, par exemple : Vous s'en- 
nuyez chez nous. Messieurs. Adieu, Nicolas; nous se rever- 
rons dimanche. Laissez ces paumes de neige, enfants, vous 
s'atlraperez lesijeux. Vous se manquerez, Madame (vous 
vous manquerez, Madame), en passant par cette route. 
Expression savoisienne, jurassienne, dauphinoise, etc. 

SÉCHARD, s. m. Vent du nord-est. 

SECHER, V. a. Écrivez et prononcez, avec un accent aigu, 
« SÉcher; » et ne dites pas : Sécher des pruneaux; sécher 
des z'haricots. Voilà le beau temps, femme; on pourra 
sécher notre lissive. Faute fréquente, 

SEC ET SONNANT, s. m. Nous disons d'une personne riche : 
Elle a du sec et du sonnant, c'est-à-dire : Des écus. 

SÉCHOT, s. m. Se dit d'une personne très-maigre et très- 
seche. Pourrait-on être plus raide et séchot que cette de- 
moiselle N** ! 

SÉCHOT, s. m. Chabot, gobio à tète énorme, poisson qui se 
blottit sous les pierres des eaux claires et courantes. Terme 
vaudois. A Neuchâtel on appelle ce poisson : Chassot; à 
Yverdon, tête-à-maillot; en Languedoc, âne; dans d'au- 
tres provinces de France, meunier. 

SÉCHOTER, v.n. Prendre des se'c/to/s. Terme vaudois. Dans 
les mois de janvier, de février et de mars, pendant que le 
Rhône est fort bas, nos jeunes garçons séchotent. 

SÉCHOTIER, s. m. Harle, oiseau aquatique. 

SECONDE MAIN (DE). Des livres de seconde main. Dites: 
Des livres de la seconde main. 

SECOUÉE, s.f. Secousse. Un vomitif, le vomitif Leroy, par 
exemple, lui donnerait une secouée salutaire. Les fruits 
tombèrent de l'arbre à la première secouée. Limousin, etc. 

SECOUÉE, s. f. Expression adoucie pour dire : Gifle, danse. 
C'est un drôle, donne-lui une bonne secouée. 

SECOUER, v. a. Battre, gifler. // l'a fièrement secoué. 



SEG-SEI \T1 

SECOUPE, s. f. Soucoupe. Apportez-nous une jalle, deux 
tasses et deux secoupes . Terme français populaire. En Lor- 
raine on dit : Sucoupe. 

SECRETAIRE, s. m. Nous prononçons tantôt secrétaire et 
tantôt secrétaire. La prononciation véritable est : « SecrÉ- 
taire. » 

t SÉGNIFIER ou SÉNIFIER, v. a. Signilier. À cà, Manette, 
cette fréquentation qui se prolonge, me diras-tu qu'elle ne 
senifie en rien ? Terme vieux français. 

SEICHE, s. f. Sorte de flux et de reflux particulier à notre 
lac et à celui de Constance. « On voit quelquefois, dit De 
Saussure, notre lac s'élever tout à coup de 4 ou 5 pieds, 
s'abaisser ensuite avec la même rapidité, et continuer <^.^'S' 
alternatives pendant quelques heures. Ce phénomène, peu 
sensible sur les bords du lac qui correspondent à sa plus 
grande largeur, l'est davantage aux extrémités, mais sur- 
tout aux environs de Genève, où le lac est le plus étroit. » 
\Yoijaqe dans les Alpes, t. 1, p. 12.] 

SEIGLE (LA). Sorte de blé. Les campagnards font habituel- 
lement ce mot féminin, parce qu'en patois il est féminin (la 
seij-la, ou la chala). 

SEILLE, s. f. Sorte de seau en bois, à oreilles, et déforme 
ronde, avec lequel on porte l'eau et le lait. Prends vite ta 
seille, Jaqueline : on crie à l'eau! La seille se porte sur l.'i 
tête avec un coussinet que nous appelons torche. Terme vau- 
dois. M. Beschekelle, en citant ce mot, dit qu'il s'em- 
ployait « anciennement » dans le sens de : Vase, seau de 
bois. M. Bescherelle pouvait ajouter que toute la Suisse 
romane et les trois quarts de la France connaissent ce terme, 
et en font un usage journalier. 

SEILLÉE, s. f. Plein une seille. 

SEILLOT, s. m. (o bref.) Petite seille, baquet. En iU^b, le 
droit de bourgeoisie s'achetait pour quatre écus d'or et vu. 

H. 16. 



178 SEL— SEM 

seillot de cuir. Les dictionnaires de Boiste et de Besche- 
RELLE écrivent : « seilleau, » qui est la vraie orthographe; 
mais ils se trompent quand ils ajoutent que c'est un terme 
de mer : comme si l'on ne faisait usage de seilleaux qu'à 
bord des navires. On s'en sert en Suisse, en Savoie et en 
diverses provinces de France. Dans la Bresse et à Màcon, 
on écrit : Seillet; dans le canton de Vaud et en Languedoc, 
seillon ; à Lille, siellot, etc. 
SELLE, s. f. Ne dites pas : Aller sur selle, mais : Aller à la 

selle, aller à la garde-robe. 
SEMATURE, s. f. Ce qu'on peut semer dans une certaine 
étendue de terrain. Trois coupes de semature. Le mot fran- 
çais « contenance » ne rend pas exactement l'expression ge- 
nevoise. 
SEMBLANT, s. m. Ne dites pas : Il a fait cela pour sev}- 
blant; il se fâchait pour semblant; ils se sont querellés, 
mais pour semblant. Dites : Il a fait cela pour rire; il se fâ- 
chait par manière de plaisanter, etc. Dans notre langage, 
pour semUant signifie aussi : Une petite quantité, un tanti- 
net, fort peu. Madame boit- elle du vin ^ — Oui, j'en bois, 
mais pour semblant; donnez-m'en pour semblant. Dis- 
moi, Lisette, ne tombe-t-il pas une grosse pluie? — Non, 
Madame, ilpleut pour semblant. 
SEMBLER, y. a. Ressembler à. Il semble son père; elle 

semble sa mère. Terme dauphinois, etc. 
SEMBLER A. Ressembler à. Tu semblés beaucoup à ton 

frère. On dit que je semble à mon oncle. Vieux français. 
SEMBLER DE, v. imp. // me semble de le voir; il me sem- 
ble d'avoir lu quelque part, etc. Retranchez la préposition 
de, et dites avec tous les dictionnaires : Il me semble le voir, 
il me semble avoir lu. 
SEMELLE (LA). Jeu d'écolier, qui a du rapport avec le jeu 
que nous a[)pelons passe-gent. 



SEM— SEO 179 

SEMENCES, s. f. pi. Semailles. Le temps des semences. Ex- 
pression franc-comtoise et méridionale. Semence se dit des 
grains que l'on sème. 

SEMENTS, s. m. pi. Semences, grains que l'on sème. De 
bo7is sernenls; du blé de sèment; une coupe de sèment. 
Terme suisse. Vous avez eu l'an dernier de bien belles 
pommes de terre dans ce petit champ. — Oui, Monsieur, 
et j'en aurai de plus belles encore cette année-ci : j'ai 
changé de sements. 

SEMOUTER ou CHEMOUTER, v. a. Terme rural, fouler, 
presser en foulant, Semouter le raisin; semouter le gaion. 
Ne semoute pas ces petites salades. Terme vaudois. 

SÉNIFIER, V. a. Voyez ségnifier. 

SENS DEVANT DIMANCHE. Euphémisme, pour: Sens de- 
vant derrière. Qu'est-ce qui te fait rire, Jeannette? — Ah! 
c'est que Monsieur a mis sa robe de chambre sens devant 
dimanche. Français populaire. [Voyez Dictionnaire du Bas 
langage. 1 

i SENSIBLEMENT, adv. Insensiblement. 

SENTIE (LA). Le moment où la mère sent pour la première 
fois tressaillir l'enfant qu'elle porte dans son sein. 3i"« iV** 
fut toujours malade, ou du moins très-incommodée jusqu'à 
la sentie. 

SENTIR (SE), V. pron. Se souiïnr. Je ne pouvais me sentir 
dans cette ville de Constance, c'est-à-dire : Le temps me 
durait, je me déplaisais dans cette ville de Constance. Ex- 
pression méridionale. 

t SENTU, TUE, part. Senti, sentie. Dis-donc, Alexis, l'as- 
tu sentu ce coup de poing sur l'œil? Ce barbarisme appar- 
tient au vieux français et au français populaire. 

SEOIR (SE). Les dictionnaires, en enregistrant ce verbe, 
ajoutent qu'il est vieux. Il est, en effet, fort ancien dans la 
langue française, mais il est encore vivace et journellement 



i80 SEP— SER 

usité à Genève. Madame voudrait-elle prendre la peine de 
se seoir F Henriette, fais seoir ces dames. Je suis pressée, 
ma cliere, et n'ai pas le temps de me seoir. Mais nous ne 
l'employons qu'à l'infinitif. 

SEPTANTE, nom de nombre. Soixante el dix. Septante poses 
de terrain. Une compagnie de septante grenadiers. Je lui 
prêtai septante francs. Ce terme, d'un usage universel dans 
la Suisse française et dans le midi de la France, appartient 
au vieux français. Soixante et dix est un terme incommode 
dans la numération, et tous les grammairiens français s'ac- 
cordent à désirer que septante lui soit substitué. 

SEPT-EN-GUEULE, s. m. Sorte de très-petites poires, dont 
se/)i entreraient à la fois dans la bouche. Les sept-en-gueule 
sont les plus précoces, mais peut-être les moins bonnes, de 
toutes les poires de nos environs. 

SÉRAC ou SERAC, s. m. Voyez séret. 

SERACE ou SÉRACE, s. f. Voyez sébacée. 

SERACEE, s. f. Caillebotte, lait caillé dont on a séparé le 
petit lait, et qui fait masse. « La Fanchon me servit des grus, 
delà céracée, desgauffres, desécrelets. » [J.-J. Rousseau, 
Nouv. Jléloïse, IV^ partie.] Terme vaiidois et neuchâtelois. 
En quelques endroits du canton deVaud on dit : Duseracé. 

SÉRAILLE, s. f. Se dit des armes à feu et signifie : Long feu, 
faux feu. Faire séraille. Le lièvre était presque à bout por- 
tant, mais le fusil fit séraille. Terme vaudois. 

SERBACANE, s. f. Sarbacane. 

SERCLER, V. a. Sarcler, ôter les mauvaises herbes, au 
moyen d'un instrument tranchant appelé Sarcloir. Sarcler 
un bosquet; sarcler les allées d'un jardin. Terme fran- 
çais populaire et vieux français. 

SERCLORET, s. m. Sarcloir, petite houe. Emmancher un 
sercloret. Terme suisse. Dans plusieurs provinces de France 
on dit : Sercloir, au lieu de : Sarcloir. 



SEU— SERV i8i 

SERET, s. m. Fromage très-maigre qu'on obtient après le 
fromage gras, en faisant cailler le petit lait. On le mange 
frais en le trempant dans de la crème. Terme suisse et ju- 
rassien. 

t SERINGUE, s. f. Pompe à incendie. Les seringues arri- 
vèrent trop tard. On entendait le roulement sinistre des 
seringues pendant la nuit. Ce mot de seringue se trouve 
fréquemment employé, en ce sens, dans nos anciennes ar- 
chives. Le dictionnaire de Furetière dit « qu'on s'est long- 
temps servi, dans les incendies, de grosses seringues pour 
élever l'eau en l'air. » 

SERINGUER, V. a. (fig.) Ennuyer. Va-t'en et laisse-nous : 
tu nous seringues. 

SERMENT, s. m. Sarment, bois que pousse un cep de vigne. 
Des fagots de serments. Un feu de serments. Briller des ser- 
ments. Terme suisse, savoisien, lyonnais, limousin, dauphi- 
nois, gascon, lorrain, parisien populaire et vieux français. 

SERMENT, s. m. Plusieurs personnes disent : J'en fais de 
serment; j'en ferais de serment, etc. Pour être correct, 
il faut supprimer le de, et dire : J'en fais serment ; j'en 
ferais serment. 

t SERPENT (UNE). Un serpent. Cette vieille Arnoux est 
une mauvaise langue, une poison, une serpent. Ce solé- 
cisme, très-commun en Suisse, appartient au vieux français. 

SERREMENT D'ESTOMAC. Dites : Serrement de cœur. 
A la vue de cette douloureuse opération, je fus saisi d'un 
serrement d'estomac. Terme languedocien. 

SERRETTE, s. f. Serre-tête, sorte de bonnet de nuit. 

SERTISSEUR, s. m. Terme de joaillier. Celui qui sertit ou 
enchâsse les pierres précieuses dans un chaton. 

SERVANT, s. m. Esprit follet, lutin qui, dans les chaumières, 
dans les chalets et dans les vieux bâtiments, fait du bruit 
et des espiègleries. Terme vaudois et fribourgeois. 



182 SER— SEU 

SERVANTE, s. f. Chevrette, instrument de cuisine que l'on 
suspend à la crémaillère, et qui sert à soutenir la cassette 
(le poêlon) sur le feu. Cette dénomination une fois donnée 
à un ustensile d'un ordre très-inférieur, nos cuisinières ne 
peuvent tolérer qu'on les appelle servantes. Je trouve les 
lignes suivantes dans une brochure publiée le 1" juillet 
1794 : c'est une dame qui parle. « Les servantes, disais-je 
une fois à la mienne, ne doivent-elles pas ménager le bien 
des maîtres? — Qu'appelez-vous servante, Madame? Les 
servantes sont à la crémaillère. » [Plaidoyer pour le corps 
des servantes."] 

SERVANTE, s. f. Nous disons proverbialement de quelqu'un 
qui, par zèle ou par un autre motif, fait plus qu'on ne lui 
demande : // fait comme la servante à Pilate (proverbe 
languedocien). Le dictionnaire de l'Académie dit : Il est 
comme le valet du diable : il fait plus qu'on ne lui com- 
mande. 

SERVICE (UN). Un couvert, c'est-à-dire : L'assiette, le 
verre, le couteau, la cuiller, la fourchette et la serviette. 
Mettez un service pour Monsieur. Nous appelons plus par- 
ticulièrement service, la cuiller et la fourchette réunies. 
Eh quoi! Madelon, vous me donnez une assiette et un 
verre, et vous oubliez le service! C'est dans ce sens que 
nous disons : Un service d'étain; un service en métal d'Al- 
yer ; Benoît a eu pour présent de noces six services d'ar- 
gent. Terme suisse, savoisien et méridional. 

SETIER, s. m. Mesure de capacité pour les hquides. Un se- 
(i'er renferme vingt-quatre çwarferons, soit environ 60 bou- 
teilles ordinaires, soit 54 litres 144 centilitres. 

SEUJET (LE). Nom d'une de nos rues, située au bord du 
Rhône, et où sont établis plusieurs ateliers de teinture et de 
dégraissage. L'origine de ce nom est vraisemblablement le 
mot languedocien : Sugé, ou sujier, qui signifie : Teintu- 
rier. 



SI— SIE 183 

SI, adv. Extrêmement. Si, adverbe, ne peut se placer immé- 
diatement devant un substantif. Il est donc incorrect de 
dire : J'ai si peur; j'ai si faim; elle avait si froid; ils 
avaient si honte; elle a si envie d'être mariée; c'est si 
dommage de détruire ces beaux peupliers ! Français popu- 
laire. 

Si, adv. Tellement, tant. J'ai si affaire aujourd'hui que je 
ne sais par où commencer. 

SIAU, s. m. Seau. Siau en bois ; siau en cuir. Un siau d'eau- 
Terme usité dans une partie de la Suisse et de la Savoie, en 
Dauphiné, dans le Limousin, en Franche-Comté, en Lor- 
raine, en Champagne, en Bretagne et à Paris. On dit : Seau 
à Marseille, à Bordeaux, à Chambéry, et sans doute ailleurs. 

SI AU CAS ou SI EN CAS, loc. conjonct. Au cas que, si. 
Si en cas tu sors, Marguerite, laisse la clef chez notre 
voisine. Si au cas Duperrut venait m'assigner, je saurais 
bien me défendre. 

SI BIEN, loc. adv. Oui, assurément, sans doute. Tu ne te 
baignes pas aujourd'hui, Samuel? — Si bien. Terme pro- 
vençal, etc. 

SICLABD, ARDE, adj. Criard, perçant. Une voix siclarde; 
un timbre siclard. 

SICLEE, s. f. Cri aigu, cri perçant. Se dit surtout du cri 
des enfants, du cri des jeunes garçons et de celui des jeunes 
filles. Faire des siclées ; pousser des siclées. 

SICLER, V. n. Pousser des cris aigus, crier avec éclat. Amu- 
sez-vous, mes amis, sans crier et sans sicler. En langue- 
docien : Sisclà. 

SICLES, s. m. pi. Cris aigus des enfants. Faire des sicles. 
lueurs sicles nous déchiraient le tympan. Nos quatre mots 
de sicle, siclée, sicler et siclard sont des onomatopées re- 
marquables. 

SIENNES, pron. poss. plur. Un tel a bien les siennes, signi- 



184 SIF— SIG 

fie : Un Ici a bien ses mésaventures, ses chagrins, ses mal- 
heurs. Aprh avoir perdu sa fortune, Hector perd sa fille 
aînée : il faut avouer qu'il a bien les siennes. 

SIFFLER (EN), v. a. N'est employé que dans cette expres- 
sion : Je t'en siffle, par laquelle on donne à entendre que 
l'espérance de quelqu'un sera déçue. Lui! le prêter son 
cheval!... Je t'en siffle, bernique. Nous disons dans le 
même sens : Je t'en moque. 

SIFFLET, s. m. Sifflement, vent coulis. Il venait un sifflet 
par la porte, et j'y attrapai un coup de froid. 

SIFFLET, s. m. Instrument pour siffler. Avec de l'argent on 
a des sifflets à Saint-Claude (ville du département du 
Jura, renommée pour ses ouvrages en buis), proverbe 
dont le sens est : Qu'avec de l'argent on se [irocure tout ce 
qu'on veut ; qu'avec de l'argent tout est possible. 

SIGNER (SE), V. pron. Apposer sa signature, signer. Où 
faut-il que je me signe? — Signe-toi après tes deux on- 
cles. (( Calvin se signa souvent dans ses lettres, Charles de 
Heppeville, ou Happeville. Calvin se signait peut-être ainsi 
pour, » etc. [Senebier, Histoire littéraire de Genève, t. 1, 
p. 246.] Expression suisse et méridionale. Se signer est 
français dans le sens de : Faire le signe de la croix. 

t SIGNIFIER À, EN et DE. Cela ne signifie d. rien; cela 
ne signifie en rien; cela ne signifie de rien. Trois barba- 
rismes qui ont également cours à Genève, mais dont le deu- 
xième est le plus fréquent. Il faut dire, sans préposition : 
Cela ne signifie rien. 

SIGOUGNÉE, s. f. Tiraillement, ébranlement violent, secousse 
brutale. Apres trois ou quatre fortes sigougnées, la porte 
fut jetée bas. 

SIGOUGNER, V. a. Tirailler, agiter vivement, secouer bru- 
talement. Sigougner un pieu pour l'arracher ; sigougner 
une porte pour l'ouvrir; sigougner un loquet; sigougner 



SIM— SIT 185 

quelqu'un. Il m'empoigna el me sigougna le bras jusqu'à 
m' estropier. Terme énergique, et qui n'a pas de synonyme 
en français. Les Languedociens disent : Segougnà ; en pro- 
vençal, sagagna. 

SIMAGRIE, s. f. Simagrée. Allons au fait, et laissons toutes 
ces simagries. 

SIMOLAT, s. m. Semoule, farine en grains. Soupe au simo- 
lat. Terme valaisan et savoisien. En piémontais on dit: Se- 
mola. 

t SINGULIARITÉ, s. f. Écrivez et prononcez « Singularité. « 
Singuliarité appartient au vieux français, et se dit encore 
dans quelques provinces du nord de la France. 

SIOÙTE, ou SOUTE, ou CHOÙTE, s. f. Abri. À la sioûte, 
à l'abri, à couvert. Se mettre à la sioûte. Dans le patois 
vaudois : A la chôtà; dans le patois de Fribourg, à la sota; 
dans le patois de l'Isère, à Lyon et en Franche-Comté, à la 
soute. Dans le dialecte provençal, souslo signifie : Abri. 

SIRE-JEAN, s. m. Voyez poire. 

SIROP MAGISTRAT, s. m. Sirop magistral. 

SISSON, s. m. Terme enfantin. Chien, petit chien. Viens, 
Alfred, viens caresser lesisson. 

SISTANCE, s. f. Ce qui est nécessaire à l'homme pour vivre et 
se sustenter. Ne s'emploie qu'avec la négation. N'avoir pas 
sistance, signifie : Être dénué de tout. Ce pauvre Guigno- 
let n'a pas sistance au monde. Ce mot de sistance se prend 
quelquefois dans un sens plus spécial, et signifie : Nourri- 
ture, aliment. Ma bonne dame, donne:i-moi un morceau 
de pain, il n'est pas entré sistance dans mon corps au- 
jourd'hui. Terme savoisien. Dans le dialecte rouchion dit: 
Sastance. Se dit aussi des choses. Quand les cendres ont 
donné toute leur sistance, on les ôle, etc. 

SI TELLEMENT, si fort, tellement. L'affaire est si tcHemenl 
II. 17 



186 SOB— SOI 

embrouillée, que les avocats mêmes n'y voient goutte. 
Français populaire. 

SOBRECOT, s. m. Subrécot, le surplus de lécot, ce qu il en 
coûte au delà de ce qu'on s'était proposé de dépenser. 

t SOCIALISTE, s. m. Socialisme. 

SOCIÉTÉ (LA). Le monde. Nous disons ; Aller en société; 
se plaire en société: s'ennuyer en société. Où éliez-vous 
hier au soir. Monsieur Artus ? — J'étais en société. On 
dit en français: Aller dans le monde; se plaire dans le 
monde; s'ennuyer dans le monde, etc. On peut dire aussi : 
Aller dans la société ; se plaire dans la société ; s'ennuyer 
dans la société. 

SOCITÉ, s. f. Prononciation vicieuse du mot : Société. 

t SOFRE, prép. Sauf. Sofrc votre respect, permettez que... 
La Josette fut obligée de vendre toxit son bataclan, sofre 
un lit et un placard. 

SOI-DISANT, loc. adv. Dit-il, dit-elle. Ce terme [soi-disant) 
est mal employé dans les phrases suivantes et les analogues. Il 
m'emprunta d'excellents livres, soi-disant pour les lire, et 
il les vendit. On lui a fait soi-disant une injustice criante. 
Quand l'enfant manque le collège, les parents l'excusent 
auprès du régent par un soi-disant mal de tête. Mais « soi- 
disant 1) est bien placé dans les exemples qui suivent : On 
m'adressa à un soi-disant chirurgien qui n'était, à vrai dire, 
qu'un frater. Je me trouvai près d'une dame soi-disant po- 
lonaise et qui était de Chambéry. « Soi-disant » demande tou- 
jours à être suivi d'un complément, lequel sert de qualifi- 
cation au pronom personnel qu'il renferme. 

SOIGNER UNE CHOSE. Soigner un parapluie. Soigner des 
hardes. Soigne ton manteau, Jules, soigne tes gants et 
ton chapeau. « Soigner » n'a point ce sens en français. 11 
faut employer le mot « serrer. » Serrer un habit, serrer un 
chapeau, etc. 



SOL— SOR 187 

SOLET, LETTE, adj. Séulet, lette. Elle s'en retoximail toute 
solette. Terme vaudois. 

SOLI, s. m. Fenil, grenier à foin. Ternne vaudois et IVibour- 
geois. Dans le Jura on dit : Soulier ou solier; dans les 
Vosges, slo; dans le Limousin, soulié; en vieux français, 
solier. R. solarium. 

SOLICISME, s. m. Solécisme. 

SOLIDE, adj. Se dit du temps qu'il fait, et signifie : Assuré, 
qui est de durée. Crois-tu ce beau temps solide P 

SOLIDER, V. a. Consolider, affermir. Solider une palissade, 
solider une table. Terme franc-comtois. 

SON, pr. pers. Ne dites pas : Il fait son entendu; il fait son 
homme d'importance, etc., dites: Il fait l'entendu, il fait 
l'homme d importance. Ne dites pas non plus : // fait son 
embarras, dites : Il fait de l'embarras, beaucoup d'embarras. 

SON DE RIÈRE, s. m. Drague, c'est-à-dire : Orge ou tout 
autre grain cuit, qui a servi à faire de la bière. 

SONNÉE, s. f. Se dit d'un fort coup de cloche. Faire une son- 
née signifie : Donner un fort coup de cloche. Peut-on faire 
de pareilles sonnées à la porte d'un malade! Terme lan- 
guedocien. 

SONNETTE, s. f. On ne dit pas : Mettre une sonnette, on 
dit : Poser une sonnette. 

SOPHIE. N'est usité que dans cette locution : Il fait sa sophie, 
c'est-à-dire : Il fait la demoiselle sage. 

SORCILÉGE, s. m. Sortilège. R. sortilegium. 

SORT, s. m. Malheur, guignon, sort fâcheux, Ai-je du sort! 
Faut-il avoir du sort ! Il faut coiivenir que vous avez trop 
de sort. 

SORTE, s. f. Bonne qualité, bon acabit. Être de sorte signifie : 
Etre sortable, être convenable, convenir à l'état et à la con- 
dition des personnes. Pour le bal de la vogue, cette robe et 
ce châle ne sont pas de sorte. Voilà, certes, un feu qui est 
de sorte. Il faut choisira votre Bénigne un mari qui soit 



188 SOR— SOU 

de sorte. Expression très-répandue chez nos campagnards. 

t SORTIR dp: porte. Sortir de la ville. Oh allez-vovs, 
Henriette? Sortez-voits de porte F 

SOT, SOTTE, adj. et subst. Qui n'est pas sage, qui fait l'es- 
piègle, le désobéissant, le paresseux. Se dit des enfants et 
des jeunes adolescents. Tu veux donc toujours faire le sot, 
Guillaume, Tu es bien sotte, Fanny, de ne pas prêter tes 
joujoux à ton petit, frère. Terme suisse, savoisien, mar- 
seillais, etc. 

SOTTIFIER, V. a. Désappointer, attrister, rendre sot, rendre 
penaud. Ce départ subit nous sottifia. Un refus si désobli- 
geant et si inattendu sottifia toute la famille. 

SOUCARE, s. m. Voyez souquart. 

t SOUCI, s. m. Froncer le souci. Après son érésipèle, les 
soiicis lui sont tombés. Terme français populaire. Ecrivez 
« Sourcil )) et prononcez sourd. 

SOUCILLER (SE), v. pron. Se faire des soucis, se créer des 
soucis. Un peu de courage, mère, il ne faut pas te sou- 
ciller pour si peu de chose. 

SOUCILLEUX, EUSE, adj. Soucieux. Qui a du souci, qui 
marque du souci. Un front soucilleux; un air sou ci II eux ; 
Vous paraissez bien soucilleux. Monsieur Auguste. 

SOUFFLER A. Souffler à ini écolier qui récite sa leçon; 
souffler à un acteur. Il faut dire : Soufïler un écolier; souf- 
iler un acteur. 

SOUHATER ou SOITER, v. a. Ecrivez et prononcez « sou- 
haiter, » comme « allaiter, » et ne dites pas : Je vous soite 
le bonsoir; on vous soite le bonjour. 

SOUlLLATOiN, s. m. Les campagnards désignent par ce mol 
un homme qui est habituellement entre deux vins, ne quit- 
tant un cabaret que pour aller boire dans un autre. 

SOÛLER, V. a. (tlg.) Ennuyer à l'excès, assommer. Elle me 
soûle avec ses visites répétées et ses conversations sans fin. 
Expression fort triviale. 



sou— SOUR 189 

SOÙLIAUD, s. m. Soûlaud, ivrogne, sac-à-vin. C'est un 
soûliaud, un vilain soiUiaud qui boit tout ce qu'il gagne. 
Terme vaudois. 

SOULIAUD ou SOÛLIOT, s. m. Terme enfantin. Petite pou- 
pée de sureau qui, lors même qu'on la renverse, retombe 
toujours sur ses pieds. 

SOÛLION, s. m. Ivrogne, homme qui ne dessoûle pas. Terme 
vaudois. A Neuchâtel et dans le Jura on dit : Un soiîlon. 
L'Académie écrit : « Souillon, » et donne à ce terme un 
sens différent. 

SOUMISSION RESPECTUEUSE. Acte extra-judiciaire bien 
connu. La véritable expression est : « Sommation respec- 
tueuse. » M"^ N** vient de faire la troisième sommation res- 
pectueuse. [AcAD.] Soumission respectueuse est un barba- 
risme, mais ce barbarisme ne nous est pas particulier. Je le 
trouve signalé entre autres dans le Vocabulaire du Bas lan- 
gage rémois, p. 87. 

SOUPE, s. f. Nous disons proverbialement d'une personne 
qui dort longtemps et profondément : Elle dort comme une 
soupe. On dit en français : Dormir comme une souche ; dor- 
mir comme un sabot. 

SOUPOUDRER, V. a. Saupoudrer. Ce gâteau aurait eu be- 
soin d'être soupoudré de sucre. Français populaire. R, sau, 
vieux mot français qui veut dire : Sel. 

SOUQUART ou SOUCARE, s. m. Terme de hngerie. Gous- 
set de chemise, carré d'étoffe ou de toile, qui se met à la 
manche d'une chemise à l'endroit de l'aisselle. Terme vau- 
dois et lyonnais. 

SOURDE, s. f. Sorbe, fruit. 

SOURD-ET-MUET (UN). Dites: Un sourd-muet. L'institut 
des sourds muets. 

SOURDIAUD, DIAUDE, subst. Sourdaud. Celui ou celle qui 
n'entend qu'avec peine. 

11. 47. 



i90 SOU— STO 

SOURDITÉ, s. 1. Une compte le sour dite. Terme français po- 
pulaire. Dites : Surdité. 

SOUS, prép. Sauf, avec. Sons le respect que je vous dois, 
Monsieur le juge, je vous dirai que... Sous voire respect. 
Madame, j'ai eu la fièvre pendant quinze jours. Terme 
français populaire. 

SOUS-MAIN (UN), Terme de calligraphie. Papier que celui 
qui écrit met sous sa main par mesure de propreté. 

SOUS-TASSE ou SOUTASSE, s. f. Soucoupe, le dessous 
d'une tasse. Terme vaudois, neuchàtelois, rouchi, wallon, etc. 

SOUSTER, V. a. Terme de certains jeux de cartes. Garder, 
accompagner. Son roi de trèfle était bien sousté. On dit en- 
core : Souste. Terme suisse et lyonnais. Peut-être faut-il 
rapprocher ce mot de SOUTE. R. lat. subtus stare ou 
substare. 

SOUSTRAIRE, v. a. On entend journellement dire : Nous 
soustraisons, pour : Nous soustrayons ; tu soustraisais, 
pour: Tu soustrayais; en soustraisant, pour: En sous- 
trayant, etc. Ce verbe se conjugue comme « Traire. » « On 
admire la promptitude avec laquelle les fourmis soustrai- 
SENT leurs nourrissons au danger.» [Ch. Bonnet, Contem- 
plation de la Nature, XI'"« partie, ch. xxii.] 

SOUTE, s. f. Abri. Voyez sioùte. 

SOUTENIR, V. a. (fig.) Soutenir des relations avec quelqu'un 
n'est pas une expression correcte, du moins ne se trouve- 
t- elle pas dans les dictionnaires. Il faut dire : Avoir des rela- 
tions avec quelqu'un, ou trouver une expression équivalente. 

SOUVENT, adv. Promptement, vite. Depuis deux heures de 
fewps que Lise est partie pour le marche', je ne la vois pas 
souvent revenir, c'est-à-dire : Je ne vois pas qu'elle se presse 
de revenir. Terme parisien populaire. 

SPEGTABLE, adj. Titre honorifique dont on qualifiait jadis 
les ministres du culte réformé. 

t SQUELETTE (UNE). Un squelette. 



SUC— SUR 191 

STORE, s. m. Jalousie. 

8UCLER, V. a. Roussir par le l'eu, griller, brûler légèremenl. 
En s' approchant trop de la bovgie, elle se sucla les che- 
veux. Notre pauvre min on, qui dormait stir le foyer, s'est 
complètement suclé la queue. En languedocien et en proven- 
çal, on dit : Usclà. 

SUCRER (SE), V. pron. Sucrer son café, son thé, son choco- 
lat. S'il vous plaît. Mesdames, sucrez-vous. Tout le monde 
est-il sucré.'' Français populaire. 

SUCRIÈRE, s. f. Sucrier. 

SUCCESSION, s. f. Écrivez et prononcez « Suggestion {sug- 
ges-tion), en donnant à la lettre t le son qui lui est propre. 

SUPPORTER, V. a. (fig.) Ce vin ne supporte pas l'eau. Di- 
tes : Ce vin ne porte pas l'eau. 

SUPPOSER, V. a. Nous disons souvent : À supposer que, 
pour : Supposé que. A supposer que l'hiver soit rigou- 
reux; À supposer que l'Europe demeure en paix, etc. Les 
dictionnaires ni le bon usage n'autorisent cette expression. 

t SUR, prép. Quel âge a votre fils, Monsieur Jacot?— Oh là. 
Monsieur, il est sur ses vingt-cinq ans. — Et vous-même, 
s'il vous plaît? — Je suis sur ma seplantième année. 

SUR, prép. Lire sur le journal; lire sur Valmanach ; lire 
sur l'affiche, etc. Dites : Lire dans le journal, lire dans 
l'almanach, lire dans l'affiche. Qui t'a raconté ce naufra- 
ge? — Qui? Personne. Je Vai lu sur le Constitutionnel. 
Faute universelle. 

SUR, prép. Je prends la chose sur ma responsabilité. Dites : 
Sous ma responsabilité. 

SÛR, adv. Sûrement, pour sûr, certainement, sans aucun 
doute. Vous nous promettez de venir chez nous demain. 
— N'ayez nulle crainte, j'irai sûr, très-sûr. Vous partez 
dimanche. Monsieur Dubois. — Oui, sûr, bien sûr. Ex- 
pression gasconne et belge. 



192 SUR— TAB 

SURFIN, FINE, adj. Superfin. Etoffe surf ne, teinture sur- 
fine. Fabrication de liqueurs surfines, au Grand-Lancy, 
chez Baron-D** 

SURLOUER, V. a. Surlouer une chambre, surlouer un ap- 
partement. Terme valaisan, savoisien, parisien populaire, 
elc. Dites : Sous-louer. 

SUROT, s. m, (o bref.) Cueillir du surot. Infusion de su- 
rot. Pétard de surot. Prononciation suisse du mot « Su- 
reau, » lequel rime avec bureau. 

SUSPENTE ou SOUSSEPENTE, s. f. Les suspentes d'un 
cabriolet. Etablir une suspente dans une cuisine. Terme 
savoisien, franc-comtois, wallon, etc. A Paris et à Reims 
on dit : Supente. Le terme exact est : Soupente. 

i SYNAPISSE, s. m. Synapisme. 



TABELLE, s. f. Registre, agenda, tableau des devoirs, oc- 
cupations, charges, incombances d'une société, d'un corps, 
d'une corporation. Rédiger la labelle. Consulter la tabelle. 
Inscrire sur la tabelle. Afficher la tabelle. Terme vaudois. 

TABLAR ou TARLÂT, s. m. Tablette, rayon, planche po- 
sée pour mettre quelque chose dessus. Ajuster des tablâts. 
Ecurer des tablâts. S'aguiller sur un tablât. Terme suisse 
et savoisien. 

TARLE, s. f. Nous disons : La soupe est sur la table, pour 
signifier que le dîner est servi. On doit dire sans article : La 
soupe est sur fable, ou chercher une meilleure expression. 

TARLE, adj. Dans une votation, lorsque les voix sont mi-par- 
ties (c'est-à-dire également partagées), cela s'appelle : Être 
table. Les jtiges étaient tables, et le président fut appelé à 



TAB— TAC 193 

détubler. Terme neuchâtelois [Voyez Guillebert, Glos- 
saire neuchâlelois, 2'" édition, |). 243.] 

TABLÉE, s. f. Réunion nombreuse de convives (autour d'une 
table.) Une belle tablée; une joxjeuse tablée. Terme suisse 
et vieux français. 

TABLETTE À LA BISE, s. f. Pastille de menthe. 

TABOUSSE, s. f. Babillarde. 

TABOUSSER, v. n. Babiller. Terme vaudois. 

TACHE, s. f. Petit clou de fer à tête ronde que Ton met sous 
les souliers et les sabots. Terme suisse et méridional. Dans 
le patois limousin, on appelle tatso toute espèce de clou qui 
a un pouce et demi de longueur, et au delà. 

t TACHE, s. m. As-tu fait ton tâche, Baslien? Quand ton 
tâche sera fini, tu t'amuseras. Ce mot est féminin. 

TACHER, V. n. Terme des jeunes écolières. Rivaliser de di- 
ligence; disputer à qui aura le plus vite fait, dans un temps 
donné, un certain ouvrage. Mesdemoiselles, voulons-nous 
tâcher.^ Tâchons toutes ensemble. 

TACHER À. Viser à, lâcher d'atteindre une personne ou une 
chose avec un projectile quelconque. Tu me tâchais, Henri, 
avec ta paume de neige? — .4 toi!* Pas plus; je lâchais à 
cette bourguignôte qui passe. 

TÂCHER MOYEN. Faire en sorte, lâcher, s'efforcer. Tâche 
moyen que l'on se promène ensemble dimanche. A çà, Jé- 
rôme, tu tâcheras moyen de me rembourser tin peu promp- 
tement. Terme vaudois et méridional. 

TACHER QUE. Il faut tâcher que votre maître soit content. 
Le verbe tâcher ne se construit pas avec que. Dites : Il faut 
tâcher de contenter votre maître. 

TACONNET ou TACOUNET, s. m. Pas d'âne, plante médi- 
cinale qui croît principalement dans les terrains improduc- 
tifs. Terre de lacounet, laisse à qui elle est. Terme vau- 
dois, etc. 



\'U TAI— TAM 

TAILLARDEH, v. a. Taillader, entailler, couper, 

ÏAILLEU À LA RUINE, ou EN RUINE. Terme d'agricul- 
ture. Se dit ordinairement d'une vi^ne dont on surcliarare 
la taiile de manière à lui faire produire beaucoup de fruit, 
sans s'inquiéter si on l'épuisé. Ce procédé est mis en pra- 
tique l'année ou les années qui précèdent l'arrachement. Au 
figuré, tailler à la ruine, se dit de ceux qui sacrifient l'a- 
venir pour faire face au présent. 

TAILLERIN, s. m. Petit morceau de pâte pour la soupe, ver- 
micelle plat. Terme vieux français. 

TAILLEUSE, s. f. Couturière. [Voyez Pautex, Recueil de 
mots, ch. XXII.] 

TAILLON, s. m. Grosse tranche, morceau, gros morceau 
coupé. Un taillon de lard; un taillon de fromage. Ne 
coupe donc pas ce pain par taillons. Terme méridional 
et vieux français. 

TALAR, s. m. Pelisse, robe fourrée. 

TALMOUSSE, s. f. Sorte de pâtisserie, nouvellement intro- 
duite chez nous, et qui nous vient de Paris. Le véritable 
terme est « Talmouse, » avec un seul s. 

TAMAGE, s. m. Voyez tamer, 

TAMBOUR, s. m. Sorte de poêle portatif en fer-blanc, à cou- 
vercle et de forme ronde. Un tambour et sa bassine. Vous 
sécherez ces linges dans le tambour. 

TAMBOUR D'ONZE HEURES, s. m. (fig.) Rabâchage, ré- 
pétition ennuyeuse, litanie. 

TAMBOURNER, v. n. Tambouriner. Venez tous : on ira 
tambourner au bastion. Se dit surtout des enfants lorsqu'ils 
battent de petits tambours qui leur servent de jouet. Terme 
suisse, jurassien, etc. 

t TAMBOURNIER, s. m. Tambour, celui qui bat la caisse. 
Terme savoisien, jurassien et languedocien. 



TAM-TAN 195 

TAMER, V. a. Etamer. Voilà le marjnin qui passe ; donnez- 
lui les deux pochons à lamer. Terme vaudois. 

TAMPONNE ou TAMPOUNE, s. f. Débauche de table, ta- 
page, grande ribotte avec chants, cris et claquements de 
mains. Faire la tamponne. Français populaire. 

TAMPONNER, v. n. Faire la tamponne, faire une débauche 
bachique, se livrer bruyamment à tous les plaisirs de la ta- 
ble. Terme méridional. 

TANNÉE, s. f. Rossée, frottée, volée de coups. Donner une 
tannée; appliquer une tannée; recevoir une tannée. 

TANNER, V. a. (Prononcez â long.) Battre, rosser, abîmer 
de coups. Hier au soir ils se sont tannés et giflés à ou- 
trance. Terme suisse. Le verbe tanner, pris dans cette ac- 
ception, ne se trouve dans aucun dictionnaii'e ni dans aucun 
glossaire français. 

TANT, adv. Si, tellement. Ne lisez pas ce roman, il est tant 
plat. Ces poires sont tant bonnes. La Fanchetle est tant 
bête. Cette faute nous vient du vieux français. 

TANT, adv. Aussi. Va vite! cours! cours tant fort que tu 
pourras. « Je déployai toutes les voiles et laissai le ba- 
teau aller tant vile qu'il voulut. » [Bonivard à Chillon, 
p. 60.] 

TANT, adv. est superflu dans les exemples suivants : Tant 
plus on sera, tant plus on s'amusera. Tant plus on a d'é- 
gards pour Isaac, tant plus il grogne et rechigne. Cette 
expression appartient au vieux français. 

TANT, s. m. On lui a promis le tant pour cent. Vous lui 
payerez un tant pour mille. Ils auront un tant sur les bé- 
néfices. Tant n'est jamais substantif. 11 faut dire, en retran- 
chant l'article : On lui a promis tant pour cent. Vous lui 
payerez tant pour mille, etc. 
TANT MOINS QUE. Le moins que. Il est si apathique qu il 
travaille tant moins qu'il peut. Ne fréquente pas les cafés, 



196 TAN— TAP 

Eugène, vas-y au contraire tant moins que lu pourras. 
TANT PLUS QUE est aussi un barbarisme. Combien faut- 
il scier de ces rondins ? — Scie%-en tant plus que vous 
pourrez. Dites : Le plus que vous pourrez. 

TANTOT, s. m. Après-midi. Le tantôt, l'après-midi. Adieu, 
Des Thiollaz, on se verra ce tantôt. Vas-tu souvent à ton 
cercle, Colombier!' — Pardine, j'y vais chaque tantôt. 
Depuis plusieurs jours il pleut tous les tantôls. Cette ex- 
pression, qui nous vient du vieux français, n'est point par- 
ticulière à notre dialecte. Le mot « tantôt» est un adverbe. 
Voyez les dictionnaires. 

t TANT PIRE, loc. adv. Tant pis. S'il n'est pas content de 
ce que je lui offre, tant pire pour lui. Nous aurons de la 
pluie, Benjamin. ■ — Eh bien! tant pire; partons la même 
chose. Parisien populaire, etc. 

TANT QU'À MOL Quant à moi. Tant quà nous, quant à 
nous. Tant qu'à eux^ quant à eux. Je ne t'ai jamais vu 
ivre, Chapalay. — Tant qu'à ça, Monsieur, je ne bois ja- 
mais plus de demi-pot. Parisien populaire. 

TANT QU'A. Jusqu'à. Tant qu'à Genève, tant qu'à Bonne- 
ville, etc., signifient : Jusqu'à Genève, jusqu'à Bonneville. 
Sans nous apercevoir de la fatigue, nous allâmes tant qu'à 
Rumilly. Les gens de la campagne ne s'expriment pas au- 
trement. 

TAPAGE, s. m. Grande quantité. Un tapage de monde; un 
tapage de vieux bouquins. Dans sa colère, il nous lâcha 
un tapage de sottises. Français populaire. 

TAPAGER, V. n. Faire du tapage. Finissez, mes enfants: 
c'est bien assez tapage. Terme marseillais, etc. 

TAPASSÉE, s. f. Pluie, averse forte, mais de courte durée. 
Une tapassée de pluie. Recevoir une tapassée. Cette tapas- 
sec nous inonda. Tormc suisse et savoisien. La signilicafion 



TAP— TAR 197 

primitive du rnot tapassée est : Grande abondance d'une 
chose, grande quantité. Une tapassée d'individus ; une la- 
passée de pommes. D'un seul coup de pierre il déguilla une 
tapassée de noix. 

TAPÉE, s. f. Grande quantité, grande abondance, multitude. 
Une tapée de monde. Une tapée de marchandises. Une ta- 
pée de soupe. Terme français populaire. 

TAPEE, s. f. Coups, gifle. Recevoir une tapée. Nos gamins 
se donnèrent une bonne tapée. Terme dauphinois, etc. 

TAPER DE L'ŒIL. Dormir. Français populaire. 

TAPER (SE), V. pron. Se heurter. Elle se tapa contre la 
cheminée et tomba. Taper et se taper sont français , mais 
dans une acception un peu différente. 

TAPET, s. m. Traquet, oiseau du genre des bectigues. 

TAPET, s, m. Langue. Faire cheminer son tapet, signitie : 
Babiller, bavarder. 

TAPETTE, s. f. Battoir de lessive, palette à manche pour 
battre le linge mouillé. Au sens llguré, tapette se dit de la 
langue d'une personne babillarde. Mener sa tapette. Tenir 
sa tapette au chaud. Il se dit aussi de la personne elle-mê- 
me : Cette jeune fille est une tapette. 

TAPIN, s. m. Tape, taloche, coup de la main. Recevoir un la- 
pin; appliquer un lapin. Terme français populaire. 

TAPIN, s. m. Tambour, celui qui bat la caisse. Un petit 
lapin. Voilà les lapins qui s'exercent. 

TAPISSEUR, s. m. Tapissier. 

TAPISSIER, s. m. Colleur, ouvrier qui colle du papier peint 
sur les murs d'un appartement. En français : Un tapissier 
est Celui qui travaille en toutes sortes de meubles de ta- 
pisserie et d'étoffe. 

TAQUINEUR, EUSE, s. etadj. Taquin, taquine. 

TARABUSQUER, v. a. Tarabuster, inquiéter, importuner, 
II. 18 



1 98 TAR— TAT 

contrarier. Voilà une nouvelle qui me tarabusque. Terme 
connu à Reims et sans doute ailleurs. 

TARAMARA, s. m. Vacarme, brouhaha, bruit confus. 

TARANTE ou TARENTE, s. f. Terreur panique. Tu as eu 
ri, Gaspard, une fameuse tarente. En jouant sur ce mot, 
nous disons quelquefois d'un poltron : C'est le duc de Ta- 
rente. Voici notre duc de Tarente. 

TARARA. Faire tarara signifie : Faire grande envie, faire 
venir l'eau à la bouche. En voyant ce salmis, ça me faisait 
tarara. 

TARD (A), adv. Venir à tard, arriver à tard, sont des ex- 
pressions vicieuses. 11 faut dire : Venir tard, arriver tard, 
ou : Venir sur le tard, arriver sur le tard. 

TARRE POUR BARRE. Nous disons familièrement de quel- 
qu'un qui s'embrouille dans un discours, ou qui, par inad- 
vertance et par distraction, dit une chose pour une autre : 
Il dit larre pour barre; il répond tarre pour barre: il 
entend tarre pour barre. Expression très-usitée. 

TARTIFLE ou TARTUFLE, s. f. Termes par lesquels, aux 
frontières de notre canton, dans le Faucigny, on désigne les 
pommes de terre. Planter les tartifles, buter les tartifles. 
Terme usité aussi en Languedoc. [Voyez le Dictionnaire 
gascon àe Villa, t. IL] En français, tartifleest le nom vul- 
gaire du topinambour. 

TARTRE (LA). La tartre des dents. Ce mot est masculin. 

TASSON, s. m. Taisson, blaireau. Proverbialement: Suer 
comme un tasson. Terme suisse-roman, etc. 

TATA, s. f. Dans le langage des enfants signifie : Tante. Dis 
adieu à la tata; touche la main à la bonne taia. Terme 
usité en Bretagne et sans doute ailleurs. 

TATA, s. m. Nous disons d'une personne que nous voyons, 
contre son ordinaire, bien vêtue et pimpante : Elle s'est mise 
sur son tata. Le voilà aujourd'hui sur son tata. Expres- 
sion connue dans la Suisse romane. 



TAT— TAV 199 

TATE, s. f. Petite bonde faite avec la gouge dans un fromage 
pour le goûter. Terme jurassien et méridional. 

TATENITOUCHE, subst. des 2 genres. Sournois, bon apô- 
tre, sainte nitouche. 

ÏÂTE-POLAILLE, TÀTE-À-POLAILLE, ou TÀTE-À-C. 
DE POLAILLE, s. m. Se dit d'un homme qui s'occupe 
minutieusement des détails du ménage, et qui demeure 
au coin du feu pour veiller le pot. Dans le dialecte picard, 
tâte mes glaines (tâte mes poules) a le même sens. 

TATOUILLE, s. f. Piquette, mauvais vin, ripopée. Boire de 
la tatouille. Terme français populaire. 

TATTE ou TETTE, s. f. Terrain en friche, terre vacante, 
plaine inculte, lande, steppe. Les lattes de Saint-Georges. 
Les lattes d' Aire-la-ville. 

TAUCHES, s. m. pi 'Voyez tôches. 

TAULEE ou TÔLÉE, s. f. Quantité, grand nombre. Une 
tôlée de chiens; une talée de cochons de lait. 

TAUPIER, s. m. Se dit familièrement et dérisoirement d'un 
soldat du corps des mineurs. 

TAUQUÉE ou TOQUÉE, s. f. Gifle, danse. 

TAUQUER ou TOQUER, v. a. Battre, frapper, donner une 
danse. Jean est rentré soûl che:^ lui et s'est mis à laquer 
sa femme et ses enfants. 

TAVAN, s. m. Taon, insecte malfaisant très-connu, La pi- 
qûre du tavan. Le dard du tavan. Terme vaudois, savoi- 
sien, dauphinois et vieux français. Dans le Languedoc et 
dans le canton de Neuchàtel on dit : Taban. En latin, la- 
banus. 

TAVELER, v. a. Terme des campagnards. Signifie : Donner 
au beurre une forme et le marquer d'une empreinte. Tave- 
ler le beurre. L'instrument qu'on emploie à cet usage s'ap- 
pelle : Tavé. 



200 TAV— TEM 

TAVILLON, s. m. Bardeau, petite planchette de bois dont on 
recouvre certaines habitations. Terme vaudois et fribour- 
geois. Dans le Jura, dans la Franche-Comté et le Chablais 
on dit : Tavillon et tavaillon. 

TAVILLONNER, v. a. Garnir le toit de bardeaux, de ta- 
villons. 

TAVILLONNEUR, s. m. Celui qui fabrique les tavillons et 
qui en garnit les toits. A Carouge (canton de Genève), on 
lit sur une enseigne de la rue Caroline : B***, couvreur- 
tavillonncur. 

TEICHE ou TÈCHE, s. f. Tas de foin, meule de foin. Cons- 
Iruire une teiche ; élever une teiche. Terme suisse. Se dit 
aussi d'un grand tas ou amas. As-tu fait ta provision de 
fascines? — Oui, j'en ai une fameuse teiche. Quelle teiche 
de bois! En espagnol : Techo, toit d'où l'eau dégoutte. En 
Languedoc, técher veut dire : Dégoutter, couler goutte à 
goutte. 

TEL, TELLE, adj. E.xpression dont on se sert quand on ne 
veut pas nommer les personnes, ili"" tel a demandé de 
tes nouvelles. Dites : M'' un tel. Tu inviteras M^^ telle. 
Dites : M™^ une telle. Que m'importe ce que M"" un tel 
pense de moi ! Au pluriel on doit dire : MM. tels. M"** 
telles et telles. 

TEL ET QUEL, adj. composé. Intact, sans changement, 
dans le même état. Je vous rends votre sac d'argent, je 
vous renvoie votre groupe tel et quel. Voici vos livres tels 
et quels. Supprimez la conjonction et. et dites : Voici votre 
argent tel quel. Voici vos livres tels quels. 

t TEMPLE (LA). Use heurta à la temple. Terme vieux fran- 
çais. Dites : La tempe. 

TEMPS, s. m. Une heure de temps, deux heures de temps. 
etc., sont des expressions très-correctes, mais qui appar- 
tiennent au langage familier. Quand vous les trouvez cen- 



TEM— TEN 20 i 

surées par les grammairiens, soyez certains que ces grani- 
mairiens-là n'ont pas lu bien attentivement les auteurs clas- 
siques; Voltaire, par exemple, s'en est servi fre'quemment. 

TEMPS, s. m. Qui gagne du temps, gagne tout. Proverbe 
remarquable et plein de sens, qui manque dans les diction- 
naires. 

TEMPS, s. m. Dans le langage des campagnards, avoir du 
temps, signifie : Avoir un mauvais temps, avoir de la pluie 
ou de l'orage. Les hirondelles volent bas : nous aurons 
du temps. Terme vaudois. A Neucbâtel et dans le Jura on 
dit en ce même sens : // fera du temps. 

TEMPS, s. m. Disposition de l'air. Le temps s'essuie, signi- 
fie : La pluie va cesser; la pluie semble vouloir cesser. 

TEMPS, s. m. Conjoncture favorable, commodité, facilité. 
Prenez ce sentier, Mesdames, voris aurez meilleur temps, 
c'est-à-dire : Votre route en sera plus courte et plus facile. 
Expression suisse. 

TEMPS (LE). Nous disons d'une personne extrêmement fière, 
qu'e//e est haute comme le temps. Mais que signifie le mot 
de temps dans cette phrase? Peut-être s'agit-il des régions 
supérieures de l'atmosphère. 

TENDRE, V. a. (fig.) Faire passer, donner. Tendez-moi la 
bouteille; tendez-nous le sel; te7\dez-lui les tenailles. 

TENDS-TU? Abréviation de «Entends-tu?» Tu viens de- 
main pêcher avec nous, Robert, et de bonne heure, tends- 
tu.^ Tu as promis de venir nous réveiller : n'y manque 
pas, tends-tu F 

TENIU, V. a. (fig.) Avoir. Quel quantième du mois tenons- 
nous F — Nous tenons le vingt. Dites : Quel quantième du 
mois avons-nous? — Nous avons le vingt. 

TENIR, V. a. Terme de négoce. Dans notre langage, tenir 
une marchandise, signifie : L'avoir à la disposition des cha- 
lands, l'avoir à vendre, la vendre. Tenez-vous des brignoles, 
II. 18. 



202 TEN— TER 

Monsieur Philippe!' Tenez-vous du simolat et des fidés? 
Terme méridional. 
TENIR DE. // tient de bise, veut dire : La bise souffle. U 

tient de vent, signifie : Le vent soutïle. 
TENIR PIED. Terme du jeu de boule, du jeu de quilles, etc. 
Piéter, c'est-à-dire : Tenir le pied à l'endroit qui a été mar- 
qué pour cela. Expression suisse et savoisienne. 
TENTATIF, IVE, adj. Tentant, tentante, qui tente. Votre 
proposition est tentative, et je l'accepte. Vuus avez là des 
raisins fort tentatifs. Terme français populaire. Pour être 
correct, il faut dire : Une proposition tentante ; des raisins 
tentants, etc.; ou, si l'on trouve trop dura l'oreille ce mot 
tentant, on peut facilement prendre un autre tour, 
TENTE, s. f. Banne, grosse toile que les marchands mettent 
aux auvents de leurs magasins pour se garantir du soleil. 
Un coup de vent emporta la tente. Terme méridional. 
TENUE, s. f. Direction, conduite. La tenue d'une école; la 
tenue d'une classe. La tenue de classe a été d'un mois 
pour chaque concurrent. Nous disons dans ce même sens : 
Tenir la classe; tenir l'école. Mon collègue, M^ N**, 
tiendra la classe à ma place pendant deux jours. Ces ter- 
mes utiles et consacrés chez nous n'ont pas encore trouvé 
place dans les dictionnaires. 
TENUE DE LIVRES, s. f. La tenue de livres est une étude 
plus importante que difficile. Pour parler correctement, il 
faut dire : La tenue des livres. 
TEPPE, s. f. Plaine inculte, terrain en friche. Défricher une 

teppe. Terme bressan, etc. 
t TER BENTINE, s. f. Tér'bentine commune; tér'hentine 

falsifiée. Écrivez et prononcez « Térébenthine. » 
TERGETTE, s. f. Pousser la lergette; fermer une porte à 
la tergette. Terme français populaire. Ecrivez et pronon- 
cez » Targette. » 



TER— TES â03 

TERRAILLE, s. f. Poterie de terre. Une marchande de ter- 
raille. Une fabrique de lerraille. Ternie suisse, savoisien, 
méridional et vieux français. Une de nos rues s'appelle 
le Terraillet. Terrailler voulait dire : Potier de terre. 
[Voyez Roquefort, Glossaire de la langue romane, t. Il, 
p. 616.] 

TERRASSIERS, s. m. Potier de terre. Le chemin rfes Jer- 
rassiers, dans la commune de Plainpalais, tire son nom des 
potiers de terre qui y étaient établis autrefois, et qui s'y 
sont maintenus jusque vers l'année 1827. Terme savoisien 
et méridional. En Bourgogne, dans le Berry et chez nos 
campagnards, terrasse ou tarasse signifie : Terrine, plat 
de terre, vase de terre, greulctte. Voyez ce mot. 

TERRASSIÈRE, s. f. Poterie, fabrique de pots de terre. 

TERREAU, s. m. Dans la îangue des campagnards ce mot 
signifie : Fossé. En vieux français on disait : Terrail. 

TERRE JAUNE. L'expression terre jaune, employée non-seu- 
lement par les campagnards, mais aussi par les gens de la 
ville, vient de ce que dans les plans de délimitation qui ont 
été faits après le traité de Turin, on a teint de jaune la bande 
limitrophe sur laquelle nos voisins ne doivent pas établir de 
lignes de douanes. 

TERTASSE, s. f. C'est le nom que beaucoup de personnes 
donnent, depuis quelques années, à l'une de nos rues mon- 
tantes. Son vrai nom est Tariasse. On le trouve tel dans la 
chanson de l'Escalade et dans les registres latins du seizième 
siècle {Tartassia ou Tartasia). 

TESTICOTER, v. a. et n. Asticoter, contester, tracasser 
quelqu'un sur de petites choses. Si ma marchandise vous 
convient, prenez-là, Mamzelle, sinon, pourquoi testico- 
tez-vous? Terme neuchâtelois, lyonnais, limousin, rouchi, 
etc. A Paris : Tassicoter; en vieux français, tastigoter. 

TESTICOTEUR, s. m. Chipotier, taquin, vétilleur. 



204 TET— TIG 

TÊTARD, ARDE, s. et adj. Têtu, opiniâtre. 

TETE, s. f. Le proverbe suivant s'adresse aux personnes ou- 
blieuses, étourdies : Quand on n'a pas bonne tête, il faut 
avoir bonne jambe; proverbe facile à comprendre, et qui 
est parmi nous d'un usage universel. 

TÊTE-À-MAILLOCHE, s. f. Têtard, grenouille non déve- 
loppée. 

TÊTE CARRÉE. Se dit ordinairement d'une personne opi- 
niâtre, obstinée, têtue, inébranlable dans ses volontés. Selon 
l'Académie, «Tête carrée " se dit d'un homme qui a beau- 
coup de justesse et de solidité dans le jugement. 

TÉTERASSE, s. f. Sorte de bouteille en verre, qui est d'un 
emploi utile dans le nourrissage. 

TÊTIÈRE, s. f. Chevet. La têtière du lit. Terme parisien 
populaire. 

THERIACLE, s. m. Sorte d'opiat. Une prise de thenacle. 
Du thériacle de Venise. Terme français populaire et vieux 
français. On doit dire : De la thériaque; une prise de thé- 
riaque. 

t THETIÉRE, s. f. Une thétière de porcelaine ; tine thétière 
d'argent. Terme français populaire et vieux français. On dit 
aujourd'hui : Théière. 

TIENS-TOI BIEN, s. m. Sorte de jeu, où plusieurs enfants 
sautent l'un après l'autre sur un d'entre eux, lequel se tient 
courbé en forme de cheval. Jouer à tiens-toi bien. On dit 
à Paris : Jouer au cheval fondu. 

TIAFFE, s. f. "Voyez tioffe. 

TIETTE, s. f. Tiette! tiette! est le cri par lequel nous ap- 
pelons les poules. Tiette est pour tiotle; et tiotte est un 
abrégé de petiote (petite). En Languedoc on dit : Tite! tite! 
pour : Petite ! petite ! Dans nos villages on dit : Tihitâ 
ou tîtd. 

TIGNACHE, s. f. Tignasse, mauvaise perruque. 



TIG— TIP 205 

TIGNON, s. m. Quignon, gros morceau. Un tignon de fro- 
mage. 

TILLOL, s. m. Arbre. Écrivez et prononcez «Tilleul. » Les 
campagnards disent : Tilîot [o bref). Terme jurassien, ber- 
richon, vieux français, etc. 

TINQUET, s. m. Gros morceau de quelque chose qui peut se 
manger à la main. Un tinquet de •pain; un tinquet de châ- 
chaud; un tinquet de saucisse. A Neuchâtel on dit : Un 
tanquin. 

TIOFFE ou TIAFFE, s. f. Nigaude, niaise, bécasse. Cette 
grosse tioffe ne vient-elle pas me marcher dessus! 

TIOFFU, UE, adj. et subst. Se dit des personnes et signi- 
fie : Lourd, lourdaud, épais. 

TIOLE, s. f. Nous disons de quelqu'un qui est ivre : Il a sa 
tiole; expression qui nous vient des campagnards. Tiole 
ou tieule, en patois, signifie : Tuile. En vieux fi\'mçais : 
Tierile. 

TIOQUAND, ANDE, subst. Nom propre des habitants du pays 
de Gex, puis dénomination injurieuse pour dire : Un gros 
paysan, un homme grossier dans ses manières. C'est un 
tioquand. 

TIOQUE, s. f. Se dit d'une personne sotte et maladroite. Que 
tu es lioque, ma pauvre Thérèse ! Tu as le talent de casser 
tout ce qui te passe par les mains. 

TIOQUER (SE), v. pron. Se choquer, se heurter; donner 
ou fi'apper contre. L'enfant se tioqua la tête contre un 
mur. Ces deux personnes se sont tioque'es dans l'obscurité. 
"Voyez TOQUER. 

TIOULÉE, s. f. Larmes abondantes. 

TIOULER, V. n. Fondre en larmes. 

TIOU-TIOU, s. m. Chevafier aboyeur, sorte de bécassine. 

TIPE-TAPE (A), locut. adv. Beaucoup, abondamment, à foi- 
son; en veux-tu, en voilà. 



206 TIP— TIR 

TIPONNER, V. a. Tirailler, chiffonner, manier une chose 
comme ferait celui qui pétrit la pâte, pilonner. 

TIRAGE, s. m. Tir, place où l'on s'exerce à tirer des armes 
à feu. Un tirage spacieux. Terme suisse. 

TIRAILLE, s. f. La iimi7/eestunjeu d'écoliers, dans lequel, 
rangés en deux camps plus ou moins nombreux, ils se ti- 
raillent violemment à l'envi, tâchant d'amener à eux, et de 
retenir prisonniers, leurs adversaires. Faire à la tiraille. 

TIRANT, s, m. Courant d'air. La fenêtre enlr'ouverte for- 
mait un tirant. C'est le tirant de la porte qui fait ce bruit. 
Terme vaudois. 

TIRANT, s. m. Tiroir. Le tirant de la table. Terme vaudois. 

TIRANTE, s. f. Se dit d'une femme qui est dure à la desserre, 
qui tire tout à elle, qui accapare et ne fait que des marchés 
à son avantasre. Vous êtes bien tirante, ma bonne dame : si 
tout le monde marchandait comme vous, oii, en serait-on? 

TIRE, s. f. File, rangée, suite, longue suite. Une tire de 
hutains. Voilà une bonne pluie, Monsieur Colas. — C'est 
vrai, Monsieur: mais il nous en faudrait deux jours de 
tire, c'est-à-dire : Deux jours de suite. 

TIRE, s. f. Ecrire à tire déplume, c'est écrire aussi vite que 
la plume peut aller. Pourrais-tu écrire à tire de plume le 
discours entier du prédicateur ? On dirait en français : Pour- 
rais-tu écrire à trait de plume? 

TIRÉE, s. f. Tire, traite, certaine quantité de chemin que 
l'on fait sans se reposer. Nos petits voyageurs firent cinq 
lieues tout d'une tirée. De Genève à Doxivaine il y a une 
forte tirée. 

TIRÉE D'OREILLES, s. f. // a eu sa tirée d'oreilles, sa 
bonne tirée d'oreilles, c'est-à-dire : On lui a tiré vigoureu- 
sement les oreilles. 

TIRE-GOUINE, s. f. Mauvaise viande. On dit aussi : Tre- 
guigne. 



TIR— TIRE 207 

TIRE-LACHE. Faire à tire-lâche, tirer et lâcher tour à tour. 
Sorte de jeu ou d'exercice gymnastique entre jeunes garçons. 

TIRE-LIGNU, s. m. Sobriquet des cordonniers. Voyez lignu. 

TIRE-POILS, s. m. Gribouillette, sorte de divertissement 
d'enfants. Faire à tire-poils, c'est jeter des bonbons, des 
dragées, de l'argent, au milieu d'une troupe d'enfants, qui 
cherchent à s'en saisir, et qui ont le droit de prendre aux 
cheveux ceux qui en sont détenteurs. Terme savoisien et 
méridional. 

TIRER, V. a. Tirer son chapeau (se découvrir), est une ex- 
pression vicieuse, quoique très-usitée en Suisse, en Savoie 
et même en France. Sois poli, Janoi, et tire ton chapeau 
à ces messieurs. Je lui tirai poliment mon chapeau, mais 
il ne daigna pas me rendre le salut. Pour être correct, il 
faut dire : Ôter son chapeau. Je lui ôtai mon chapeau. Nous 
faisons une faute semblable quand nous disons : Tirer son 
habit, tirer sa veste. Il faut dire : Oler son habit, ôter sa 
veste. 

TIRER, v. a. Aller, poursuivre. Filez, petits drôles, et tirez 
bien vite votre chemin. 

TIRER À L'ARC. Cette expression n'est pas française. On 
doit dire : Tirer de l'arc, tirer de l'arbalète. 

TIRER AU PISTOLET. Les dictionnaires disent : Tirer le 
pistolet. Les expressions tirer au fusil, tirer à la carabine, 
tirer au canon, ne se trouvent non plus dans aucun diction- 
naire français. 

TIRER LES YEUX. Se dit d'un grand éclat de lumière, et 
signifie : Éblouir, blesser, offenser les yeux. La réverbé- 
ration nous tirait les yeux. Finis avec cette rataco, tu 
me tires les yeux. Se tirer les yeux, signifie : Se faire mal 
aux yeux en travaillant sans clarté suffisante. // fait pres- 
que nuit, ne lis pas davantage, tu vas te tirer les yeux. 



208 TIR— TOI 

TIRER (SE), V. pron. S'ôter, se retirer. Tire-toi de là, Mi- 
chel. Jeunes gens, tirez-vous d'ici. Terme méridional, etc. 

TIREVOUGNER ou TRIVOUGNER, v. a. Secouer, tirail- 
ler. Dans le dialecte fribourgeois, A tire vougne, adverbe, 
signifie : Avec difficulté, péniblement. 

TIRE-ZYEUX, s. m. C'est le nom que les campagnards don- 
nent à l'insecte que nous appelons en français : Demoiselle. 

TOBIE (UN). Un niais, un nigaud, un idoine, un hébété. 
Tobie que tu es! Oh! le tobie! Oh! le gros tobie! Terme 
berrichon, etc. 

TOCANTE, s. f. Montre, petite horloge de poche. 

TÔCHE ou TAUCHE, s. f. plur. Terme d'écolier. But qu'il 
faut atteindre, dans certains jeux courants, pour être à l'a- 
bri de poursuite. Marquer les loches ; rester aux loches; 
arriver aux tâches. Ne frouille pas; j'étais aux taches 
quand tu m'as pris. 

TOCHER, V. n. Terme d'écoHer. Arriver au but, atteindre 
les tôches, être aux loches, toucher. Tâché! tâché! On a 
tous tâché! 

TOFET, s. m. Sorte de petite pâtisserie. Un plat de magdc' 
laines et de tofets. Terme jurassien, etc. R. tât fait, vite 
fait. Dans le dialecte rouchi, toto [et est le nom d'une sorte 
de friture. 

TOIL, s. m. Toit. Monter sur le toil ; réparer le toil. Ce 
terme appartient au langage le plus négligé. 

TOILE, s. f. (fig.) Avoir la toile sur les yeux, signifie : Etre 
agonisant, être à l'article de la mort. Expression borde- 
laise, etc. 

TOISÉ, ÉE, adj. (fig.) Mort, fini, fait. L'oncle Pierre vit- 
il encore F — Ah! il y a longtemps qu'il est toisé. Après 
une telle faillite, c'est un homme toisé. Quant à sa for- 
tune, n'en parlons pas, elle est toisée (mangée, dévorée). 
Eh bien! c'est entendu, c'est une affaire toisée. 



TOJ-TOM 209 

TOJOTTE ou TEUJOTTE, s. f.. Mauvaise taverne, cabaret 
borgne, cabaret mal approvisionne. Terme vaudois. 

TOLEE, s. f. Voyez taulée. 

TOMBÉE, s f. Surcroît de convives, affluence de convives 
qui n'étaient pas attendus. Eh bien! femme, que dis-tu de 
celte tombée d'hier P Heureusement qu'on avait des œufs et 
du jambon. Tombée se dit aussi des acheteurs qui arrivent 
en grand nombre à une foire ou à un marché. Terme mé- 
ridional. 

TOMBÉE (UNE). La plus pethe quantité possible d'une chose 
liquide, un soupçon, un rien. Vous ojj'rirai-je du vin, Caro- 
line? — J'en prendrai une tombée, une apparence. Une 
tombée de vinaigre ne va pas mal dans les pommes de 
terre au lait. 

TOMBER, v. n. (fig.) Sitôt qu'il l'eut aperçue, il en tov\ba 
amoureux, c'est-à-dire : Il en devint amoureux. 

TOMBER, v. n. Arriver, parlant des personnes. De la rue 
Verdaine on tombe dans celle de Rive. Cette expression n'est 
pas correcte. Tomber ne se dit que de la rue elle-même ou 
du chemin. Ainsi l'on dira : La rue du Terraillet tombe dans 
les Rues-basses. Le chemin Vert tombe dans la roule de 
Malagnou, etc. 

t TOMBURE, s. f. Chute. Une mauvaise tombure. Qu'as- 
tu au front, Gautier!' — Ce n'est rien, c'est la marque 
d'une ancienne tombure. En provençal on dit: Toumba- 
duro. 

TOMME, s. f. Petit fromage blanc fait avec du lait de chèvre. 
Nous déjeimâmes tout uniment de pain et de tomme. La 
tomme est moins pesante à l'estomac que le fromage. Un 
poulet d'horloger, c'est une tomme. Terme suisse, savoi- 
sien et jurassien, dauphinois, limousin, provençal et lan- 
guedocien. Faire la tomme, se dit des enfants à la mamelle, 
lorsqu'ils vomissent leur lait. 

II. 19 



aïO TON— TOQ 

TON, s. m. Nous disons proverbialement : C'est le ton qui 
fait la chanson. Les dictionnaires français disent : C'est le 
ton qui fait la musique. 

TON, s. m. (fig.) Vanité, manières hautaines, goûts de dé- 
pense et de faste. Avoir du ton. Prendre du ton. La jeune 
Oclavie est fjrt simple; sa mère au contraire a beaucoup 
de ton. Dès que celte famille a été dans une sorte d'aisance, 
elle a pris du ton. « Prendre un ton « est français, et signi- 
tie : Prendre des airs de supériorité. 

TONNERRE, s. m. Nous disons : // fait du tonnerre; il a 
fait un gros tonnerre; nous aurons des tonnerres. On le 
dit ainsi en Suisse, en Savoie, dans le Midi et sans doute 
ailleurs. Mais les dictionnaires se taisent sur ces locutions 
qu'ils remplacent par les suivantes : Le tonnerre gronde; 
il a fait un coup de tonnerre ; il tonnera. 

TOPER, V. n. Taper, donner un coup. Allons, c'est conclu! 
tope là .' 

TÔPER DANS ou DEDANS. Donner dans. Es-tu bête, Jean- 
Pierre! Il t'a poussé une bourde et tu as topé dedans. 

TOPER (SE), V. pron. Se heurter. Se tôper, v. récip. Se 
battre. Ils se rencontrèrent à la nuit tombante et se ta- 
pèrent. 

TOPETTE, s. f. Petite tiole, petite bouteille en verre blanc. 
Une tapette de sirop. Une tapette de ratafia. Terme fran- 
çais populaire. 

TOQUE, s. f. Terme du jeu àemâpis. Petite butte, petite élé- 
vation. Jouer à la toque. Une bonne toque. 

TOQUÉE, s. f. Rossée, distribution de coups. Recevoir une 
toquée. Donner une toquée. Voyez TAUQUÉE. 

TOQUER, v. a. Frapper. Se dit des personnes et de certains 
animaux, des bœufs, par exemple, des vaches, des béliers 
et des moutons. Retire::-vous, mes enfants, cette vache to- 
que; elle pourrait vous toquer. Voyez ces moutons, comme 



TOR— TORD 211 

ils se tôqnent. La nuit était sombre, je me tôquai contre 
le mur. Nos campagnards de la rive droite disent : Tiôquer. 
En vieux français, toquer signifie : Heurter, frapper. Terme 
normand. Voyez tauqueh. 

TORCHE, s. f. Coussinet, bourrelet, tortillon, linge tortillé 
en rond, que les femmes se mettent sur la tête quand elles 
portent un vase, une corbeille, une seille, etc. Terme suisse, 
savoisien et franc-comtois. 

TORCHE, s. f. Terme culinaire. Hachis auquel on donne la 
forme d'une torche. Voyez ce mot. Nous appelons aussi tor- 
che une sorte de pain rond. 

TORCHÉE, s. f. Rossée, gifle, volée de coups. Terme vau- 
dois. Torcher est français, dans le sens de «Rattre. « 

TORCHE-MIRAUD. Voyez giraud, t. 1, p. 231. 

TORCHER, V. a. Pour exprimer qu'un homme n'aura pas ce 
qu'il désire, nous disons figurément et proverbialement : 
Il peut bien en torcher son couteau. Les dictionnaires di- 
sent : M II n'a qu'à s'en torcher le bec. » 

TORCHETTE, s. f. Petit torchon. Nous disons dune assiette 
bien amassée, ou d'un plat où l'on n'a rien laissé, qu'il est 
net comme torchette, comme si la torchelte y avait passé. 
Puis adverbialement, net comme torchette, veut dire : Sans 
faute, sans hésiter, rondement. Tu crois qu'il badine!' Dé- 
trompe-toi, il le fera net comme torchette. 

TORCHON DE PAILLE, s. m. Le terme français est : Rou- 
chon de paille. 

TORCHONNER, v. a. Frotter avec un torchon. Terme vau- 
dois et neuchâtelois. 

TORCHONNER, v. a. Chiffonner, faire maladroitement ou 
par accident des plis à sa robe. iVe torchonne pas cette cra- 
vate. Voyez la petite sotte, comme elle s'est torchonnée. 

TORDRE L'OREILLE, (fig.) Tordre l'oreille à un enfant, 
signifie : « Sevrer un enfant. » C'est aujourd'hui qu'un tord 



-212 TOR— TOU 

l'oreille à notre petite Lili. Cette expression, qui appartient 
au langage le plus familier, fait peut-être allusion au dé- 
plaisir, au chagrin extrême qu'éprouve le petit enfant lors- 
qu'on le sépare de sa nourrice. 

TORNIOLE, s. f. Taloche, étrillée. Flanquer une torniole. 
Une se vaille pas de la torniole qu'il a reçue. Terme ber- 
richon, etc. 

TORTILLER (SE). Se dit quelquefois des personnes et signi- 
fie : Marcher avec un mouvement, avec un balancement trop 
marqué des hanches, affecter une démarche vive, dégagée 
et gracieuse. Celte jeune ouvrière se donne des airs, elle se 
tortille en marchant. 

TORTOLION, s. m. Craquelin, sorte de pâtisserie en forme 
de collier. Dans le Dauphiné on dit : Tourtillon. En fran- 
çais. Il Tortillon » signifie : Linge tortillé. 

TOTU-RÔTU (UN). Un bloc. Faisons de toutes ces marchan- 
dises un tôlu-bôtu. Voyez auto-bôtu, t. I, p. 29. 

TOUILLER, V. n. Etre rassasié, ne pouvoir plus avaler. Ne 
s'emploie qu'à l'infinitif. 

TOUILLON, s. m. Femme malpropre, femme repoussante 
par la saleté et le désordre de ses vêtements. Un vieux touil- 
lon. Terme vieux français. Dans le Jura on dit : Tolion. 
Dans le patois picard, touillon signifie : Torchon. A Reims, 
touiller, v. a., salir. 

TOUNIAUD (UN). Nous disons d'une personne qui est habi- 
tuellement salement vêtue : Cest un touniaud. Votre e'cu- 
reuse est un vrai touniarid. Dans le canton de Vaud, louni 
veut dire : Idiot, hébété, bélître. En Normandie, tounieux 
ou touonious signifient : Fainéant, vagabond. [Voyez le 
Dictionnaire normand de MM. Duméril, p. 207.] 

TOUPIN, s. m. Cruche, jarre, pot de terre. Ce mot n'est plus 
guère employé, à Genève, que dans cette expression figurée : 
Être sourd comme un toupin , c'est-à-dire: Etre sourd 



TOU-TOUR 213 

comme un pot, êlre excessivement sourd. Terme suisse et 
méridional. Dans le Jura on dit: Tepm; en Savoie, topin; 
dans l'Anjou, tupin. Chez nos campagnards, toupin ou 
tepin est le nom de la cloche des vaches. 

TOUPIN AMBOU, s. m. Sorte de plante. Écrivez et pronon- 
cez K Topinambour. » 

TOUPINE, s. f. Cruche, jarre, grande terrine avec ou sans 
anse. Une toupine de beurre cuit; une touptne de graisse 
molle. La toupine glissa de dessus la table et fut e'briquée. 
Terme suisse et savoisien. En Languedoc, toupine se dit 
d'un pot 5 faire nicher les moineaux. Nous disons figuré- 
ment et très-populairement d'une personne morte depuis 
un certain temps, qu'elle fait des toupines, c'est-à-dire : 
Que sa cendre, confondue avec la terre, est redevenue argile. 
En Languedoc, faire terre signifie : Mourir. [Voyez Villa, 
Nouveaux Gasconismes corrigés, t. 11, p. 379.] 

TOUPINER, V. n. Thésauriser, entasser des écus dans une 
toupine. 

TOUR, s. m. Nous disons : Celte nouvelle m'adonne le tour, 
pour: Celte nouvelle m'a troublé, m'a bouleversé, m'a 
tourné le sang. La vue de ce cadavre livide m'a donné le 
tour. 

TOUR, s. m. Nous disons : Donner le tour, pour : Faire le 
tour. Par où dois-je passer pour arriver facilement à ton 
logis ^ — Il te faut donner le tour par la cathédrale. 

TOUR, s. m. Faire le tour, donner le tour, signifient : Suf- 
fire à la dépense de l'année, joindre les deux bouts. Elt 
bien, Jacques, les affaires vont-elles mieux. ^ — Oui', un 
peu mieux ; avec beaucoup d'économie j'ai pu faire le tour. 

TOUR, s. m. S'en donner deux tours, ou s'en donner deux 
tours et la revirée, signifie : S'en donner à outrance, se 
divertir à fond, se livrer à ce qu'on fait complètement et 
sans arrière-pensée. Voyez I'.evirke. 

II. 19. 



214 TOU— TOUR 

TOURMENTE, s. f. (fig.) Le dernier degré de l'ivresse. 

TOURMENTE-CHRÉTIEN, s. m. Celui qui obsède, impor- 
tune, tourmente quelqu'un. Laisse-moi tranquille, tu n'es 
quun tourmente-chrétien. On retrouve la môme forme 
dans : Un tourmente-enfants, un g aie- enfants. 

TOURNE (LA). La retourne. Terme du jeu de cartes. Quelle 
est la tourne? — -Il tourne fiq ne. Français j3opulaire. 

TOURNELLE, s. f. Petite tour, tourelle. Un château à qua- 
tre tournelles. Terme franc-comtois, berrichon, etc. 

TOURNEMENT DE TÈTE, s. m. Tournoiement de tète, ver- 
tige. Etre sujet aux tournements de tête. « C'est ainsi que 
l'on peut s'accoutumer à voir sans crainte et sans tourne- 
ment de tête, les abîmes les plus profonds.» [De Saussure, 
Voyages dans les Alpes, t. ^'^ p. 366.] Terme suisse, sa- 
voisien et méridional. J.-J. Rousseau a dit correctement : 
« Les lieux escarpés me font tourner la tète, et j'aime beau- 
coup ce tournoiement. '^ [Confessions, livre IV.] 

TOURNER, V. a. Terme de certains jeux de cartes. Que 
tourne-t-il? Dites : De quoi tourne-t-il? — 11 tourne cœur, 
il tourne carreau. 

TOURNER, V. a. Tourner les moutons, tourner les vaches, 
etc. Les ramener du lieu où ils ne doivent pas paître à ce- 
lui qui leur est destiné et d'oii ils s'étaient écartés. On dit 
en patoi : V'ri; et dans le patois limousin, vira (virer, 
tourner). 

TOURNER, v. n. Au lieu de : La langue lui a tourné, on 
dit en français : La langue lui a fourché, la langue lui a 
manqué, c'est-à-dire : 11 a [irononcé par méprise un mot 
pour un autre. 

TOURNER UN HARIT. Est une expression gasconne et in- 
correcte. Ne dites donc pas : Habit tourné, pantalon tour- 
né, redingotte tournée. Dites : Habit retourné, pantalon 
retourné, etc. 



TOU— TOUR 21b 

TOURNER (SE), v. pron. S'altérer, changer en mal, se 
cailler, tourner. Notre lait s'est tourné. Ce vin se tour- 
nera si l'on n'y prend garde. Nous disons aussi, par exa- 
gération, d'une personne qui a éprouvé une forte émotion, 
un saisissement violent et pénible : Son sang s'est tourné. 
Il faut dire : Le sang lui a tourné, c'est-à-dire : 11 s'est 
fait dans son corps une révolution subite. 

TOURNER (SE), v. pron. Nous disons figurément de quel- 
qu'un qui est perplexe, embarrassé dans une affaire et qui 
ne sait quel parti [)rendre : // ne sait de quel côté se tour- 
ner. On doit dire : 11 ne sait de quel côté tourner. 

t TOURNER (S'EN), v. pron. S'en retourner. Tourne-t'en, 
Gaspard: on serait en peine chei toi. Voici la nuit, tour- 
nons-nous-en. Expression languedocienne. 

TOURNICOTER ou TOURNILLER, v. n. Tournailler, tour- 
ner fréquemment, rôder, virer, faire cent tours et détours. 
As-iu assez tournillé, assez viré, et t'asseijer as-tu enfin .^ 
Le dictionnaire de Rescherelle et le Complément de l'A- 
cadémie disent que tourniller est peu usité en France. A 
Genève il est fort connu. 

TOURPIN-TOURPINANT, loc. adv. Clopin-clopant. Aller 
tourpin-tuurpinant, signifie : Manquer d'aplomb dans sa 
démarche, chanceler. 

On voyait des trous à ses bas, 
Ses souliers acculés.... Mais le plus ridicule 
C'est qu'à chaque talon il avait une mule 
Qui le faisait aller tout tourpin-tourpinant. 
Ce qui lui donnait l'air d'un étieurne en marchant. 

[Ch.] 

Dans le |)atois vaudois, touerpin ou touarpeun, s. m., se 
dit d'une personne qui a le pied bot ou tordu, ou dont la 
démarche est gênée. 



2i6 TOU— TOUT 

TOUSSILLER ou TOUSSOTER, v. n. Diminutif de «Tous- 
ser. » Tousser légèrement, avoir un peu de toux. 

t TOUSSIR, Y. n. Mon pauvre Josun a toussi depuis hier 
à soir jusqu'à ce matin. Terme français populaire et vieux 
français. Dans notre patois on dit: T'ci, et dans le patois 
de l'Isère, tussi. 

TOUT, adj. Ne dites pas: Une fois pour tout; dites : Une 
fois pour toutes, c'est-à-dire : Une fois pour toutes les fois 
subséquentes. Fais bien attention, Albin : je te le dis une 
fois pour tout, et je ne le répéterai plus. Français popu- 
laire. 

TOUT, adj. masc. Dans le tout commencement de son ma- 
riage, Alexis avait eu quelques égards pour sa femme. 
As-tu dansé hier à ce bal? — Un peu au commencement, 
au tout commencement. Cette expression, si fréquente chez 
nous, n'a pomt d'équivalent en français. 

TOUT DE MÊME, loc. adv. Oui, d'accord, à la bonne heure, 
volontiers. Eh bien. Messieurs, faisons-nous la partie de 
billard!' — Tout de même. 

TOUT DE MÊME, loc. adv. Nonobstant cela, d'ailleurs. Je 
ne vous conseille pas d'aller au théâtre ce soir : tout de 
même il est déjà tard. Renoncez à ce grand voyage : tout 
de même la mauvaise saison n est pas loin. Français po- 
pulaire. 

TOUT PREMIER (LE). Mes enfants, vous êtes des indis- 
crets, et toi, Mathurin, le tout premier. A quelle place 
es-tu dans ton école. Philippine F — Je suis la toute pre- 
mière. Dites : Et toi, Mathurin, tout le premier. Je suis 
la première. [Voyez le dictionnaire de l'Académie, au mot 

PREMIER.] 

TOUT NOUVEAU, etc. Pour exprimer que les esprits légers 
et inconstants s'enthousiasment d'abord de tout ce qui est 
nouveau, mais s'en dégoûtent non moins vite, nous disons 



ÏRA— TRAI 217 

proverbialement : Tout nouveau, lout beau, ou tout est 
beau. En français on dit : Au nouveau, tout est beau. 

TRAFI, s. m. Prononciation vicieuse du mol trafic, dont le c 
doit se faire entendre. 

TRAGAL, s. m. Sorte de tiiet, appelé aussi monte. 

TRAGIVEKSER ou TRÉGIVERSER, v. n. Tergiverser. 

TRAGUE, s. m. Aide-maçon, porte-mortier. 

ÏRAGUER, V. a. Porter, traîner, trôler. Se trCujuer d'une 
promenade à une autre. Qu'as-tu fait hier, Lamboteau, 
qu'on ne t'a pas vu au sarcle? — Ma fiste, hier c'était 
Pâques, et j'ai fait comme les autres : j'ai trâgué ma 
cauque et mes aurions. Terme suisse. En allemand on dit : 
Tragen. 

TRAINARD, ARDE, adj. Accent traînard, voix traînarde. 
Dites : Accent traînant, voix traînante. 

TRAINASSER, v. a. Augmentatif de traîner; transporter sans 
soin et malproprement. Tu as une belle poupée toute neuve, 
et ta la traînasses partout. Se ^ramasser signifie : 1° Se 
salir en se traînant par terre; 2° Se trimbaler, flâner. En 
français, Traînasser, v. n., veut dire : Traîner en longueur. 
Ge mariage a bien traînassé. 

TRAINE, s. f. Etat de santé languissant, indisposition qui se 
prolonge, maladie lente, abattement de force après un gros 
rhume. Notre Thérèse n'a pas ce qui s'appelle une mala- 
die : elle a une traîne. Depuis cette mauvaise traîne, je 
n'ai jamais pu me rétablir comme il faut. Terme vaudois. 

TriAÎNE-GAINE, s. f. Tout ce qui embarrasse la marche et 
qu'il faut traîner après soi. Ce qui m'ennuie à la prome- 
nade, c'est cette traîne-gaine d'enfants. Dans le Jura, traî- 
ner la gaine signifie : Porter les livrées de la misère. Dans 
le français populaire, traîne-gaîner, v. n., battre le pavé 
avec l'épée au côté. 



218 TRA— TRAN 

TRAIN-TRAIN, s. m. Le irain-train des affaires, c'est : Le 
cours ordinaire des affaires, la manière la plus ordinaire de 
les conduire. On dit de même : Le train-train de la mai- 
son; le train-train du bureau; le Lrain-train du com- 
merce. A Gap on dit : Le trintran. L'expression française 
est : Le tranlran. Le trantran des affaires, etc. 

TRAIT, s. m. Traite, étendue de chemin que l'on fait d'un 
lieu à un autre sans s'arrêter. Nous allâmes tout d'un trait 
de Genève à Bonneville. Terme méridional. 

TRAITER POUR. Les médecins le traitaient pour mi engor- 
gement au foie : c'était un anévrisme du cœur. Dites : Les 
médecins le traitaient d'un engorgement au foie, c'était, etc. 

TRAÎTRISE, s. f. L'action de trahir, trahison. Terme franc- 
comtois, méridional, etc. 

TRALAISON, s. f. Travée, travaison, rang desolives. Terme 
vaudois. 

TR.4LÉE, s. f. Ribambelle, séquelle, quantité. Une trâlée de 
gamins. Une trâlée de mendiants. Une trâlée d'injures. Il 
nous lâcha une trâlée de sottises. Terme vaudois etfribour- 
geois. 

TRANCANAGE, s. m. Changement de vase inutile et fâcheux. 
Quel trancanage me fais-tu? As-tu bientôt fini tous ces 
trancanages ? 

TRANCANER, v, a. Transvaser inutilement un liquide, et 
par là le perdre ou le gâter. Laisse-moi ce vin dans cette 
bouteille et ne le trancane pas tant. Que trancanes-tu là ? 
Se trancaner, v. pron. Se trimbaler, aller sans but et par 
flânerie d'un lieu à un autre. 

TRANCHER, v. n. Tourner, se cailler. Cette crème est tran- 
chée. La sauce a tranché. Les tonnerres font trancher le 
lait. Terme suisse, savoisien, berrichon, etc. 

TRANCIZION, s. f. Orthographe et prononciation vicieuse 



TRA— TRAV 219 

du mol «Transition, » lequel se prononce tran-zi-cion . 
TRANSPERCER, v. a. Mouiller iroutre en outre, mouiller 

jusqu'aux os, percer entièrement. Cette pluie battante nous 

a transpercés. Dans le nord de la France on dit : Tra- 

percer. 
TRANSVASAGE, s. m. Soutirage, remuage. Le transvasage 

du vin blanc se fait chez nous au nuiis de mars. Terme 

suisse, lorrain, etc. Transvaser est français. 
TRANZI, ZIE, part. Prononciation vicieuse du mot « Transi " 

(transi de froid), que l'on prononce tran-cij, comme Nancy. 
TRAPE, adj. Trapu, court et gros, courtaud. En Dauphinc 

et en Languedoc on dit : Trapet; à Lyon, trapot. 

TRAS ou TRA, s. m. Terme des campagnards. Solive, pou- 
tre, grosse pièce de bois. Placer un tras ; changer un tras ; 
remuer un tras. Terme vaudois, fribourgeois, savoisien et 
lyonnais. Dans le patois de l'Isère : ÏVau; dans le patois 
lorrain, trais; en vieux français, trabe. R. lat. trabs. 

TRAVAILLER QUELQU'UN. Se prend en mauvaise part et 
signifie : Solliciter quelqu'un, chercher à le gagner, à le 
capter, à le retourner. Travailler un juge. Le sieur N**, 
proche parent du président de la Cour, l'avait longtemps 
travaillé. Expression énergique, inconnue aux dictionnai- 
res, mais usitée en Dauphiné, en Lorraine et sans doute 
ailleurs. 

TRAVAILLER DE. // travaille d'horlogerie. Elle travaille 
de couturière. Notre cousine travaille de lingere. M^ Ma- 
thieu travaille de gypier, etc. Dites : 11 travaille en horlo- 
gerie; elle ti-availle en couture; notre cousine travaille en 
linge, en broderie, etc. 

TRAVAILLER SUR. Travailler sur l'or; travailler sur le 
diamant, etc. Dites : Travailler en or, travailler en dia- 
mant, etc. 

TR.WERS (LE). Se dit des étoffes et signifie : L'envers. Le 



220 TRA— TRE 

travers de ce drap est aussi beau, (pie le droit. Voilà le 
droit, voilà le travers. Dites : Voilà l'endroit, voilà l'envers. 

TRAVERSE, s. f., ou VENT DE TRAVERSE, s. m. Le 
vent d'ouest. 

TRAVERSER UN PONT. Dites : Passer un pont. Le che- 
val s'abattit en traversant le pont de Carouge (en passant 
le pont de Carouge). 

TREDAINE ou TRIDÂINE, s. f. Tiretaine, drap grossier. 
Un habit de tredaine. Terme vaudois, jurassien, etc. 

TREDON ou TREDAN, s. m. Bruit de désordre, tapage, 
tumulte. Entendez-vous ce tredon? C'est un Iredon à es- 
sourdeler. Terme suisse. Selon Ch. Nodier, trudon signi- 
fie : Tambour. [Dictionnaire des onomatopées, 2^ édition, 
p. 278.] 

TREGUIGNE ou TIRE-GOUINE, s. f. Viande dure et filan- 
dreuse, viande de très-mauvaise qualité. Au sens figuré, 
treguigne est l'équivalent des mots canaille, crapule, objet 
de rebut, chose de néant. On dit aussi : Tregougne. 

t TREMBLE, s. m. Tremblement, frisson. Quand je pense 
à cet horrible espectacle, le tremble me prend. Sa maladie 
commença par un grand tremble. 

TREMBLER, v. a. Secouer, hocher. Trembler un arbre, 
c'est : Le secouer pour en faire tomber les fruits. On leur 
abandonna deux pommiers qu'ils tremblèrent à outrance. 

TREMPE, adj. Trempé, extrêmement mouillé. Elle arriva 
toute trempe de sueur. Français populaire. 

TREMPE, s. f. Volée de coups, rossée. Donner une trempe. 
Recevoir une troupe. 

TREMPÉE, s. f. Terme des campagnards. Pluie abondante, 
pluie de durée qui trempe la terre. // a fait une bonne 
trempée. Terme lorrain, etc. 

TREMPOTTE, s. f. Mouillette, pain trempé dans du vin [lur. 
Faire la trcwpotte. Terme jurassien. Dans diverses provin- 



TRE— TRI 22 1 

CCS de France on dit : Faire la trempette; ailleurs, faire la 
trempinelle, faire la trempusse. 

TRENTE-SIX. Vous en avez trente-six, veut dire : Vous en 
avez menti. Il en a trente-six, il en a menti. 

TRÉPER, V. a. Terme des campagnards. Marcher sur. Tu 
me irèpes (tu marches sur ma robe). Dans le patois limou- 
sin : Trepa lo terro, piétiner la terre, etc. En Lorraine, tri- 
pler signifie : Fouler aux pieds. En vieux français on disait : 
Triper et trcpper. R. lat. tripudio. 

TRÈS, adv. C'est mal parler que de dire: J'ai tris- faim; 
j'ai très-soif; j'ai très-sommeil ; j'ai eu très-peur; tu 
as tres-raisoii ; elle a très-mal au pied. Ce pauvre Nico- 
lin aurait très-besoin d'un chapeau. Je te prête mon joli 
parapluie, mais tu en auras très-soin. Vos petites frian- 
dises ont fait très-plaisir. Tu as très-tort de désobéir, 
Ferdinand. C'est très-dommage de chapler ce morceau d'é- 
toffe, etc. L'adverbe irès ne doit pas modifier un substantif. 
Les phrases suivantes sont donc aussi incorrectes : Ce jeune 
homme fait très-l'aimable ; il fait très-le gentil et sa sœur 
fait très-la savante. 

TRESSAUT, s. m. Tressaillement. A ce coup de canon, je fis 
un tressant. « Je redoublai de sommeil, après avoir été se- 
coué par un énorme tressant. » [Topffer, Le Presbytère, 
p. 36.] En vieux français, tressault signifie : Action de 
sauter, action d'enjamber. Tressauter est dans quelques 
dictionnaires. 

TRIAILLE, s. f. Triage. Faire une triaille. Ce n'est que de 
la triaille (ce n'est que du rebut). Terme méridional. 

TRICOTER, v. a. Bàtonner, rosser. Terme vieux français. 
«Tricot, » gros bâton, est français. 

TRIÉGE, s. m. Toile ouvrée. Triége uni, triége façonné. 
Terme suisse, savoisien et franc-comtois. 

TRIÉGE, GÉE, adj. Ouvré, ouvrée. Serviette triégée. 
H. 20 



222 TRI— TPiIV 

TRIFOUILLER, v. a. Farfouiller. 

TRIMAILLEMENT, s. ni. Mouvement, tréiiioussemenL Dans 
le français populaire, «Trimer» signifie : iMarcher vite et 
avec fatigue. 

TRINCANAGE, s. m. Voyez tr.\nc.\xage. 

TRIXGANER, v. n. Voyez thancaner. 

TRINGLE, s. f. Tringle. Tringue de rideau. Pourrais-tu 
m'avanier celle tringue? Terme lyonnais et vieux français. 

TRINGUETTË, s. f. Pour boire, petite gratification. La tnn- 
guelte du. cocher. A Ncuchâtel on dit : Le tringuelt; en al- 
lemand, Trinkgeld. 

TRINQUEBALLER, v. a. Augmentatif de « trimballer, » qui 
signifie : Traîner, mener, porter partout. Terme français 
populaire. Dans le canton de Vaud on dit : Tringuemaller. 

TRIÔLE, s. f. Répétition d'un air de musique plaintif et en- 
nuyeux, ritournelle fatigante. Ne continue pas cette triôle. 
Dis-donc, quinquerneur, tu nous impatientes avec ta triôle. 
Terme suisse. Au figuré, nousappelons triôle, une personne 
ennuyeuse, et qui rabâche toujours les mêmes choses. 

TRIOLER, V. a. Répéter plaintivement la même chose, im- 
portuner par des demandes réitérées. Va-t'en, Alexis, tu 
me triôles. Que triôles-tu là depuis trois quarts d'heure? 
Dans le canton de Vaud on dit : Triouler. R. triolet, petite 
poésie de huit vers dont le premier se répète deux fois. 

TRIPOT, s. m. Nous donnons à ce mot un sens qu'il n'a pas 
en français. Tripotage, manigance, micmac, menée sourde, 
cancan. Faire des tripots. Se mêler dans un tripot. N'êtes- 
vous pas dégoûté de leurs tripots? Besciierelle, qui seul 
fait mention de ce mot, pris dans ce sens, le donne comme 
peu usité. Il est fort connu chez nous. 

TRIPOTEUR, EUSE, subst. Tripotier, tripotière, celui ou 
celle qui se mêle de tripotages. Terme suisse et savoisien. 

TRIURES, s. f. pi. Épluchures. 

TRIVOUGNER, v. a. Tirailler quelqu'un ou quelque chose : 



TPiO— TROU 223 

secouer, obranler en secouant. Dans le patuis vaudois on 
dit : Trevuugni ou tservougni. 
THOCi. De truc ou de broc. En français : De bric et de broc. 
[Bescherelle.] // mené ma vache en champ, et elle se 
■nourrit de troc et de broc. 
TROCHER, V. n. Se dit du blé et si2:nifie : Taller, donnei 
trop de tiges. Les blés ont troché. Terme vaudois et fribour- 
geois. Dans le Jura on dit : Trucher. 
TROIS-QUARTS, s. m. Ancienne petite monnaie genevoise, 
valant trois centimes ou à peu près. les trois-quarts ont 
cesse' d'être frappés Van 1610. 
TROIS-VliXGTS. Nom de nombre. Soixante. Quand j'avais 
mes trois-vingts, disait un vieillard de Veirier, je labourais 
encore à la pelle, et je conduisais la charrue. Terme vau- 
dois et vieux français. 
TROMPETEUR, s. m. Celui qui s'amuse à sonner de la trom- 
pette. Les petits garçons parfois sont d' ennuyeux trompe- 
leurs. 
TRONCHE DE NOËL, s. f. Bûche de Noël, souche de Noël. 
Faire caquer la tronche, signifie : Frapper sur la bûche pour 
en faire tomber les dragées ou autres friandises que les pa- 
l'ents y ont introduites dans le but d'amuser leurs enfants. 
Le mot de tronche est connu en Suisse, en Franche-Comté 
et sans doute ailleurs. R. lat. truncus. 
TRONC DE CHOU, s. m. Trognon de chou, trou de chou, 
tige du chou dont on a ôté les feuilles. Dans le Jura on dit : 
Trot de chou. 

TROP À BONNE HEURE. Dites: De trop bonne heure, et 

non pas : Trop de bonne heure. 
TROTTÉE, s. f. Trotte, course, traite, espace d'un lieu à 

un autre. Nous fîmes sans nous arrêter une trottée de sept 

lieues. 
TROU, s. m. Trouée, ouverture dans l'épaisseui* d'une haie. 

Terme crascon . 



224 TRO— TRU 

TROUILLE, LÉE, adj. Se dit principalement des fruits, et 
signifie : Patrouillé, gâté, mal manié, écrasé, mouillé, qui a 
perdu toute sa fraîcheur. Des raisins irouillés. En Norman- 
die et dans le Berrv, Irouiller, v. a., si2;nifie : Salir. En 
vieux français, ce verbe signifiait : Chiffonner en pressant. 
Dans le patois limousin, troulia, chiffonner. Notre mot pa- 
tois trolli [Il mouillés), veut dire : Pressurer. 

TROUILLON, s. m. Femme sale et mal vêtue. En patois on 
dit : Trouxje, et dans le français populaire, trouille. 

TROUPE, s. f. Grande quantité, ribambelle. Une troupe de 
sottises, une troupe d'injures. Tu nous débites là une 
troupe de bêtises. Français populaire. C'est aussi une faute 
de dire : Une troupe de monde; il faut dire : Une troupe 
de gens. 

TROUPELÉE, s. f. Grande troupe, ribambelle, potée. Une 
troupelée de badauds. Une troupelée d'enfants. Dans le 
patois limousin, troupel, et en vieux français, troupelet, si- 
gnifient: Troupeau, petit troupeau. 

TROUSSEPET, s. m. Petit enfant chétif, mais intelligent, 
agréable et gentil. Dans le français populaire, trousse-pette 
se dit par mépris en parlant d'une petite fille. En Norman- 
die, troiissepin se dit d'un enfant espiègle. 

TROUVE, s. f. Trouvaille. Faire une trouve. Quelle fameuse 
trouve tu as fait là! Terme français populaire. 

TRUIASSE ou TRUYASSE, s. f. Femme très-malpropre, 
femme dégoûtante et repoussante par la saleté et le désordre 
de ses vêtements. Augmentatif du mot « Truie. » 

TRUIE, s. f. Nous disons proverbialement dune chose qui se 
détériore considérablement : Elle s'en va en chair de truie. 
Si la pluie continue de la sorte, toute notre récolte s'en 
ira en chair de truie. Allusion à la viande des truies por- 
tières, laquelle fait beaucoup de déchet. 

TRUIERIE, s. f. Vilenie, saleté, ordure, obscénité. Dire des 



TRU— TUT • 2-2o 

truieries. Balayez-nous ces tniieries. Pousser à cet excès 
la lésine, c'est une truierie.'V ermc vaudois. 

TRUQUER, V. n. Cosser. Se dit des bètes à cornes et surtout 
des béliers qui heurtent de la tête les uns contre les autres. 

TUBOTU, s. m. et adv. Acheter du bois, acheter du foin 
au tubôtu. Faisons de ces diverses marchandises un tu- 
bôtu. Terme fribourgeois, etc. Voyez autu-bôtu. 

TUFELLE, s. f. Terme dos campagnards. Pomme de terre. 
Planter les tufelles; arracher les tiifelles. En Languedoc 
on dit : Tvfère ou tufène, terme formé du mot tmfe ou 
trufle, par lequel on désigna d'abord les pommes de terre 
dans tout le midi de la France. 

TUILE COURBE. Dites : Tuile creuse, tuile faîtière, ou tuile 
en gouttière. 

TUILIÉRE, s. f. Tuilerie, lieu où l'on fait la tuile. Latuiliere 
d'Hermance; la tuilière de Châtelaine; la tuilière Col- 
liard, près de Garouge. Terme suisse, savoisien et méri- 
dional. 

TUILON, s. m. Tuileau, morceau de tuile cassée. Terme lor- 
rain. 

TUNE, s. f. Ribote, gala, débauche de table. Faire une tune. 
Terir.e vaudois. 

TURBENTINE, s. f. Térébenthine. Huile de turbentine. 
Terme vieux français. En Dauphiné et en Languedoc plu- 
sieurs disent : Tourmentine. 

TURLUBERLU ou TURLUBRELU, s. m. Hurluberlu, 
étourdi, évaporé, écervelé. Quel tapageur que votre ne- 
veu! quel e'tourneau! quel turlubrelu! Terme vaudois, 
neiichâtelois, lyonnais, bordelais, etc. Voyez hurlubrelu. 

TUTAYEMENT, s. m. T'utoiement, action de dire tu et toi 
en s'adressant à quelqu'un. Voyez le mot suivant. 

TUTAYER, V. a. User des mots tu, te et toi en parlant à 
II. 20. 



226 U 

quelqu'un. Beaucoup d'amis et de très-bons amis ne se tu- 
taijent pas. Dans le dix-seplième siècle et dans la première 
moitié du dix-huitième, on écrivait « tutoyer » et on pro- 
nonçait lutayer. [Voyez le dictionnaire de l'Académie fran- 
çaise, !'■« édit., 1G94.] Aujourd'hui on écrit et on prononce 
« tutoyer, » je tutoie, elle tutoyait. 



U 



ULCÈRE, s. f. Une ulcère. Ce mot est masculin. 

UN, UNE, adj. Un est mis abusivement pour «deux» dans 
l'exemple suivant et dans les exemples analogues : De ces 
quatre frères il n'y en a pas un qui se ressemble. Dites : 
11 n'y en a pas deux qui se ressemblent. 

UN (LE). Le premier. Quel jour sommes-novs ^ — Nous 
sommes le un. Quand partez-vous ? — Je pars le un. 

UNE, adj. num., suivi du pluriel. Une heure ont sonné, est 
une de nos plus étranges fautes. 

UNIFORME, s, m. Nous disons : Un habit d'uniforme; en- 
dosser l'habit d'uniforme, etc. On doit dire : Un habit 
uniforme, ou : Un uniforme. Endosser l'uniforme; prendre 
l'habit uniforme. 

UN TANT SOIT PEU, s. m. Tu as beaucoup de tabac, 
donne-m'en un tant soit peu. Dites, en retranchant l'ad- 
jectif wn .• Donne-m'en tant soit peu. 

USAGE, s. m. Service, user, s. m. Prenez sans crainte 
celte étoffe; prenez hardiment ce drap: ils vous feront 
beaucoup d'usage; ils vous seront d'un bon usage; ils 
deviendront mcwie plus beaux par l'usage. Dites, avec le 
dictionnaire de l'Académie : Ils seront de bon user ; ils se- 
ront de bon service; ils deviendront plus beaux par l'user. 



U— V 227 

USE, adj. Usé. Un pantalon use; une redingote use. Terme 
connu dans le Berry, et sans doute ailleurs. Employé fi- 
gurément, ce mot signifie : Décrépit. Le voisin N** est 
mort à l'âge de trente-huit ans, et il était déjà tout use. 
Expression triviale. 

USE, s. f. Terme de charron. Esse, cheville en l'orme de S. 

USER, V. n. Nous disons proverbialement : Qui refuse n'use. 
On doit dire : Qui refuse muse ; ce qui signifie : Que celui 
qui refuse une offre a tort, et perd souvent une occasion 
qu'il ne retrouvera plus. 

UTENSILE, s. m. Ustensile. La pauvre Gothon a vendu 
jusqu'à son dernier utensile. Terme méridional et vieux 
français. R. lat. utensile. 

UVES, s. f. pi. Voyez œuves, p. 66. 



V 



VACHE, s. 1". Nous disons proverbialement et injurieuse- 
ment, en parlant d'une personne peu recommandable et qui 
est revenue d'une maladie grave : // mourrait plutôt la 
vache d'un pauvre homme. En Languedoc on dit : 7/ 
mourrait plutôt l'âne d'un pauvre homme. Dans le fran- 
çais populaire : Il mourrait plutôt un chien de berger. 
[Voyez le Dictionnaire du Bas langage, t. I"^'", p. 198.] 

VACHE, s. f. Vaquette, pied de veau, plante qui fleurit dans 
les haies pendant les mois d'avril et de mai. 

VACHE, s. f. Se dit figurément d'une personne qui est à la 
fois très-corpulente, très-molle et très-apathique. Terme 
bas et grossier. 

VACHE, s. f. Noyau d'abricot taché de blanc. Terme d'éco- 
lier. 



228 VAC— VAN 

VACHERIN, s. m. Sorte de fromage à la crème, lequel se 
fabrique surtout dans le Chablais. « Les, vacherins que vous 
m'envoyez, seront distribués en votre nom. « [J.-J. Rous- 
seau, Lettre écrite de MoLiers-Travers à M' D'Ivernois.] 

VACILLER, V. n. {Il mouillés.) On doit prononcer va-cil-ler. 

VACILLEMENT, s. m., n'est pas français; on dit : Va- 
cillation, et l'on prononce va-cil-la-tion. 

VAILLANT, ANTE, adj. Se dit des domestiques et des ou- 
vriers, et signitle : Actif, diligent, ardent à l'ouvrage, la- 
borieux. Notre Suzette est nne fille sage et vaillante. 
Terme méridional, vieux français, etc. 

VADER, V. n. S^esquiver, s'évader, partir à la sourdine. 

VAILLE QUI VAILLE, loc. adv. Vaille que vaille, à tout 
hasard, quelle que soit la valeur de la chose. Acceptez sa 
promesse, vaille qui vaille. Contentez-vous d'une signa- 
ture, vaille qui vaille. Dites : Vaille que vaille - 

VALÉRIENNE, s. f. Valériane, plante médicinale. 

VALET, s. m. Terme d'amitié qu'on donne quelquefois aux 
petits garçons. Ne pleure pas, tu es mon valet. Viens, mon 
valet, viens, que je t'embrasse. 

VALEUR, s. f. Appoint. Les bordereaux sont ordinairement 
ainsi conçus: Ecus, 60. — Valeur, 3 fr. MO c. Dites: 
Appoint. 

VALSER, v. n. S'esquiver, s'évader, se sauver, prendre la 
poudre d'escampette. Français populaire. 

VANGERON, s. m. Petit poisson particulier à notre lac et à 
celui de Neuchàtel. M' Jurine lui donne le nom de « Rosse. » 
A Neuchàtel on l'appelle: Vingeron. M'' Grel, dans son 
Vocabulaire, l'appelle : « Gardon. » 

VANNER, V. n. Décamper, s'esquiver, filer, s'échapper. 
Terme français populaire. 

V.\NTADOUR, s. m. Fanfaron, vantard. Faire le vanta- 
dour. Terme neuchâtelois. 



VAN— VEI 229 

VANTAU, s. m. Contrevent extérieur. Ouvn'r les vantaux; 
fermer les vantaux; arrêter, fixer les vantaux. Terme 
vaudois, neuchàtelois, dauphinois et vieux français. Ce mot, 
recueilli par Gattel (grammairien dauphinois), et copié 
par BoiSTE, a été repoussé par M'' Bescherelle, dont le 
dictionnaire est cependant un lieu de refuge, ouvert à tous 
les genres de barbarismes. En français, «Vantail, » dont le 
pluriel est «Vantaux, » signifie : Battant d'une porte, bat- 
tant d'une fenêtre. 

VARIEMENT DE CŒUR, s. m. Défaillance. Voyez le mot 
suivant. 

VARIER, V. n. Avoir des vertiges, défaillir. Le cœur lui va- 
rie. Le cœur me variait, c'est-à-dire : J'avais des vertiges. 
Expression principalement familière aux campagnards. 

VARIER, v. n. Corruption de avarier. Parmi les arbres ou 
arbrisseaux plantés en hiver, il y en a qui varient à la 
sève du printemps, c'est-à-dire : Qui se détériorent ou 
périssent. 

VASE, s. m. Tonneau, fuste. 

VASE, s. m. Ce mot s'emploie chez nous en parlant d'une 
église, d'une galerie, d'une bibliothèque, et autres grandes 
pièces d'un bâtiment considérées en dedans. Notre temple 
de Saint-Pierre est un beau vase. La voix de ce prédica- 
teur remplit aisément les plus grands vases. Dans ces deux 
exemples, et dans les analogues, dites : Vaisseau. « L'é- 
glise de Notre-Dame de Cambray est un très-beau vais- 
seau. )) [Pellisson.] 

VEAU, s. m. Nous disons d'une vache qui a mis bas : Elle 
a fait le veau. Dans le Berry on dit : Elle a fait veau. 
11 faut dire : Elle a vêlé. « Faire le veau » se dit d'une 
personne qui s'étend nonchalamment. 

VEILLER, v. n. Terme consacré pour dire : Passer la veil- 
lée, passer la soirée ou l'après-soupée chez un voisin, chez 



230 VEI— YEN 

un ami, cliez un parent. Femme, où veilles-tu ce soir (où 
vas-tu à la veillée ce soir)? — J^ veille chez ma belle- 
sœur. Demain on veillera tous chez le grand-papa. Terme 
languedocien. 

VEILLEFI (SE), v. pron. Veiller, surveiller, observer Clau- 
dine, veille-toi ce rôdeur, veille-te-le bien. 

VEINE, s. f. Les veines de dessus la main devenant ordinai- 
rement fortes et saillantes par le travail manuel, on dit pro- 
verbialement : Qui voit ses veines, voit ses peines. Ce dic- 
ton s'étend encore aux personnes dont la main est amaig-rie 
par l'âge ou par la maladie. 

VENDAGE, s. m. Sorte de cabaret, où l'on vend le vin en 
détail, mais où l'on ne donne pas à manger. Etablir un ven- 
dage. Nous ferons une halte au premier vendage. Terme 
vaudois et neuchâtelois. En vieux français, vendage signi- 
fie : Vente, débit. 

VENDANGETTE, s. f. Sorte de grive, grive musicienne. 

VENDANGEUSE, s. f. Petite fleur blanche, qui fleurit vers 
le temps de la vendange. 

VENDÔME (FAIRE). Vendre ses bardes, ses eff'ets. // a été 
obligé de faire Vendôme de tout son butin. [G. G.] 

VENDRE, v. a. Ce terme des écoliers, dans leurs divers amu- 
sements sur la neige et la glace, signifie : Atteindre, cul- 
buter, faire pirouetter. Gare! gare! tu es vendu. Ne we 
vends pas, Antoine; s'il te plaît, ne me vends pas! 

VENDRE VIN, v. a. Débiter du vin. Terme suisse, berri- 
chon, etc. 

VENGERON, s. m. Sorte de poisson. Voyez vangeron. 

t VENIMEUX, EUSE, adj. Malsain, parlant des personnes. 
Un enfant venimeux, dans le langage très-populaire, est 
un enfant dont le sang est vicié. 

VENIR, v. n. Devenir. Depuis ces bonnes pluies, la cam- 



VEN-VENT 231 

pagne est venue bien verte. Je crois, ma chère, (/itc je 
viens sourde. Terme français po[)ulaire. 

VENIR (SE), V. réfl. Cet enfant a une excellente nourrice : 
\l se vient bien (il vient bien), c'est-à-dire : Il prospère, 
il grossit, il prend nn air de santé. Notre Emélie, qui était 
toute nioindrolette, il y a deux mois, se vient trh-jolinient 
aujourd'hui. 

t VENIR (S EN), V. pron. Ce verbe est français. Un dit : 
Venez-vous-en; t'en viens-tu? etc. Mais on ne dit pas, au 
parfait indéfini : Elle s'est en venue: ni : Je me suis en 
venu; elle s'en est en venue; tâchez voir que Jean-Pierre 
s'en en vienne. On dit : Elle s'en est venue ; tâchez que 
Jean-Pierre s'en vienne, etc. 

VENIULE, s. f. Venelle, passage étroit, sentier. Il s'est 
échappé par la veniule ; il a pris une mauvaise veniule : 
il a manqué la veniule. Au sens figuré : Etre dans la ve- 
niule, enfiler la veniule, signifie : Etre dans la bonne voie; 
trouver le moyen de réussir. 

VENT, s. m. Les vents ([ui i-^gncnt dans le bassin de Genève 
ft sur le lac Léman sont au nombre de huit, savoir ; 1" Le 
MôLAN ou la iMôL.\N>fE (vent d'est), ainsi appelé parce qu'il 
vient du côté de la montagne du Môle : vent paisible et qui 
n'est presque jamais orageux. 2° Le Bornand (vent du 
sud-est), ainsi nommé parce qu'il vient du côté des monta- 
gnes du Grand et du Petit-Bornand, en traversant les 
Bornes et le mont Salève. Il souffle ordinairement par ra- 
fales et excite de grands orages. S** Le Gheuseilland (vent 
du sud), ainsi appelé parce qu'il vient du côté de Creuseille 
et du mont de Sion. C'est le vent proprement dit. 11 souffle 
le plus souvent par bouffées, et occasionne quelquefois de 
grands orages. Quand il amène la pluie, elle dure assez 
longtemps. 4^ Le Michailland (vent du sud-ouest), ainsi 
nommé parce qu'il vient du côté de la Michaille, petit pays 



232 VENT 

situé sur la rive droite de la Yalserine, à l'ouest du fort de 
l'Écluse. Quand il souffle en été, c'est une espèce de si- 
rocco; et s'il règne durant quelques jours aux approches 
des moissons, il fait venter les blés, qui dépérissent et ne 
produisent que des grains avortés ou retraits. 5° Le Bour- 
guignon (vent d'ouest), ainsi appelé parce qu'il vient de la 
Bourgogne, du côté de Chézery et de Lélex. Il traverse 
le mont Jura, et s'abat quelquefois avec furie sur les villages 
du pays de Gex situés au pied de cette montagne. 6° Le 
JoRAN (vent du nord-est), qui vient du côté de la partie 
du Jura qui avoisine la ville de Gex. Il souffle ordinai- 
rement par bouffées et excite souvent de grands orages. 
7° La Bise (vent du nord). Elle amène d'ordinaire le beau 
temps. Si elle est accompagnée de pluie, on la nomme 
Vouarei, dans certaines localités. 8° Le Séchard (vent 
du nord-est), ainsi nommé à cause de sa qualité dessé- 
chante. Il nous arrive par le lac et amène presque toujours 
le beau temps. Quand il règne, le ciel est serein ou peu 
chargé de nuages. Le peuple du bassin de Genève l'appelle 
aussi, dans son langage expressif : La Dame de Lausanne, 
Notre Dame de Lausanne, [p. G.] 

VENT (LE). (Vest ainsi que nous désignons d'un seul mot le 
Vent du midi. Le vent s'élève, nous aurons de l'eau. Le 
vent n'est pas comme les vieilles femmes, il ne court pas 
pour rien, c'est-à-dire: Qu'en dernier résultat il amène 
un changement de temps et la pluie. 

VENT BLANC, s. m. C'est le nom que nous donnons au 
vent du midi, quand il soufile sans couvrir le ciel de nua- 
ges. Terme neuchâtelois. 

VENTER, V. n. Nous disons d'une chandelle allumée qu'elle 
vente, lorsque la flamme en est agitée par le vent et que le 
suif se fond plus vite. Nous le disons aussi des rideaux. Les 
rideaux ventent lorsqu'ils sont mis en mouvement par l'ac- 
tion de l'air. 



VEN— VER 233 

VENTER, V. n. Se dit des blés, et signifie : Être attaqué de 
la maladie appelée nielle ou carie. Les blés ventent lorsque, 
étant à peu près mûrs, ils sont surpris par des rosées froides 
et fortes, sur lesquelles tombe dès le matin un soleil très- 
chaud. 

VENTRAILLE, s. f. Tripaille, intestins des animaux. Terme 
languedocien, vieux français, etc. 

VENTRE, s. m. On dit dérisoirement d'un prodigue à qui il 
ne reste plus rien : .4 présent qu'il a tout dépensé, il est 
obligé de se frotter le ventre avec un carron (une brique) . 
Figurément, Se frotter le ventre avec un carron (voyez 
carron), signifie: Se passer de manger. On dit à Paris 
dans le même sens : Se serrer le ventre. [Dictionnaire 
des locutions vicieuses.] Nous disons figurément dans le 
même sens : Danser devant le bujfet. 

VENTRE, s. m. Nous disons à un enfant, qui étant servi 
abondamment d'un mets, ayant son assiette bien garnie ou 
sa poche pleine, se plaint encore de n'avoir pas assez : Tu 
as les yeux plus grands que le ventre. Dites : Que la panse. 

VERDAÎRULE ou VERDERULE, s. f. Verdule, verdelet, 
bruant. 

VERGILLON, s. m. Petite verge, petite baguette. Se dit sur- 
tout de cette baguette de noisetier que les pêcheurs ajoutent 
à l'extrémité du roseau qui leur sert de ligne. Terme vau- 
dois. En vieux français, verjon. 

VERONE, s. m. Verne, aune, sorte d'arbre qui croît au bord 
des eaux. Terme vieux français. Nos campagnards lui don- 
nent le genre féminin. 

VERNET, s. m. Verney, lieu planté de vernes ou aimes, La 
campagne des Vernets. L'hospice des Vernels. 

VERSÉE, s. f. Signifie : 1° Une rasade, un plein verre; 
2" Une averse. Je te demande un peu de vin et tu me flan- 
ques une versée. 

II. 21 



ni VER— VID 

VERSER, V. a. Répandre. Lequel de vous, mes enfants, a 
versé cette encre? Tu veux te scroir loi-même, Ernestine, 
et tu verses la sauce sur la nappe. Français populaire. 

VERSER, V. a. Nous disons figuroment d'un marchand, 
d'un commerçant qui, par sa faute, a fait de mauvaises af- 
faires et s'est ruiné : Il a versé son écuelle. 

VERSER, V. n. Se répandre parles bords. Viens vite, Jean- 
nette, Ion lait verse; ta cassette va verser. Expression 
méridionale. 

VERSI VERSA, loc. adv. Vice versa, qu'on prononce vicé- 
versâ; termes latins qui signifient : « Réciproquement. » 

VERT, s. m. Faire le vert et le sec, signifie : Se donner tou- 
tes les peines du monde pour réussir dans une affaire. L'A- 
cadémie et les Dictionnaires de proverbes disent : « Em- 
ployer le vert et le sec. » 

VESSIGÂTOIRE, s. m. Écrivez « Vésicatoire » et prononcez 
vé-^i-ca-loire. 

VESTE, adj. À demi ivre, gris, // est veste. 

VESTE, s. f. Nous disons de quelqu'un qui a trop hn : Il a 
sa veste, la plus belle veste du monde, laissons-le dor- 
mir. Il a pris une veste. On dit aussi: SE VESTER, 
pour : Se griser. 

VICAILLE. s. f. Victuaille, provisions de bouche. Il y a asses 
de vicaille dans leur maison. 

VICOTER, V. n. Vivoter, vivre petitement, subsister pauvre- 
ment et avec peine. Avec ces quarante francs, ils purent 
vicoter deux mois. Terme lyonnais, etc. En vieux français, 
Vicquer signifie : Vivre, être en vie. 

VICREUSE (LA). C'est le nom de divers petits chemins 
dans notre canton. Vicreuse ou Vie-creuse veut dire : Voie 
creuse, chemin creux. En patois, vî-a ou vî signifie : Che- 
min. R. lat. via. 

VIDÉE, s. f. Action de vider ou de se vider. S'emploie au 



VID— VIO 235 

sens propre cl au sens figuré. Ils sont tous partis! voilà 
une fameuse vidée! 

VIDEUSE (UNE). Terme de la fabrique d'horlogerie, ou- 
vrière qui découpe le coq de la montre. 

VIDOLET, s. m. Terme des campagnards. Sentier particu- 
lier. Le vidolet de Sierne. Dans le patois de l'Isère et en 
vieux français on dit : Violet. 

VIEILLE, s. f. Vielle; instrument de musique fort connu. 
Jouer de la vieille. Terme français populaire. 

VIEILLOPET, ETTE, adj. et subst. Vieillot, vieillote, qui 
commence à avoir l'air vieux : Une petite vieillopettc 

VIEULIET ou VIEULIER, s. m. Violier, giroflée. Un vien- 
liet double. Terme savoisien, lyonnais et méridional. 

VIEUX FER. Être au vieux fer, est une expression figurée 
qui s'emploie en parlant des personnes et qui signifie : N'ê- 
tre plus bon à rien. Mettre au vieux fer, veut dire : Re- 
buter, dédaigner. Ils ne veillent plus rien de moi, et ils 
me laissent de côté! Ils s'imaginent donc que je suis déjà 
an vieux fer. 

VIEUX JOIN, s. m. Vieux oing, vieille graisse de porc fon- 
due, dont on se sert pour frotter les voitures. « Oing » est 
le mot latin unctum. 

VIGOUREUSE, s. f. Sorte de poire. Voyez virgoureuse. 

VINOCHE, s. f. Mauvais vin, piquette, vin. Belire-toi, Bas- 
lian, retire-toi bien vite, tu pues la vinoche. 

VIOLETTES, s. f. Être aux violettes e&i une expression figu- 
rée et facétieuse qui signifie ; Être pensionnaire de l'Hôpital 
et placé comme tel chez des campagnards. On dit dans le 
même sens : Etre aux avant-postes. 

VIOLONNER, V. n. Jouer du violon. Se dit de celui qui fa- 
tigue ses alentours en raclant ou en étudiant. 

VIOLONNER, V. a. Répéter toujours la même chose, rabâ- 
cher, fatiguer par d'ennuyeuses redites. Terme vaudois. 



236 VIO— VIR 

VIOLONNEUH, s. m. Mauvais joueur de violon, râcleur. La 
pesle soit du viulonneur I Terme languedocien, etc. 

VION-NET, s. m. Terme des campagnards. Petit sentier pu- 
blic. Vous accourcirez en prenant ce vion-net. 

VIRABOQUET, VIREBOQUET, ou YIREBREQUET, s. m. 
Jouet d'enfant. Noyau d'abricot percé, dans lequel on enfile 
un petit bâton planté dans une pomme de terre et qu'on fait 
tourner au moyen d'une ficelle ou d'un fil ajusté au noyau. 

VIRABOUQUIN,' VIREBOUQUIM ou VIREBREQUIN, s. m. 
Vilebrequin, outil d'artisan qui sert à trouer, à percer du 
bois, de la pierre, et autres corps durs. On dit à Lyon : Vi- 
rebroquin. 

VIRE-DE-PIED, s. ni. Croc en jambe. 

VIRE-DE-PIED, s. m. Mesure d'un travers de pied. La lar- 
geur de sa chambre était de sept pieds et un vire-de-pied. 
On dit aussi : Revire-de-pied. 

VIRER CASAQUE. Tourner casaque, changer départi. 

VIRER L'ŒIL. Tourner de l'œil, mourir. Regarde cette pau- 
vre truite, comme elle vire l'œil. Expression limousine. 

VIRET, s. m. Sorte de miton chaud. 

VIRET, s. m. Escalier en limaçon. Dans le patois vaudois, 
vira, s. f. signifie : Vis de pressoir. 

VIREVOÙTE, s. f. Tours et détours, circuits, sinuosités. Les 
virevoûies d'un couvent ; les virevoûtes d'un bois. Terme 
vaudois cl languedocien. Les mots ■< virevolte et virevousle » 
ont la même origine que notre mot de virevoûte, mais ils 
n'ont pas le même sens. Virer signifie : Tourner, et volte, 
vonste et voiile sont une corruption du mot latin vultus, 
visage, face. 

VIRGOUREUSE, s. f. Sorte de poire d'hiver, appelée en fran- 
çais : «Virgouleuse. » Virgoulé e&i le nom d'un village près 
de Limoges, d"où ces poires se sont propagées. 

YIROLET, s. m. Remous, tournant dans une eau courante. 



Vm— VIS 237 

Prends garde à ce virolel; ve va pas nager près de ce 
virolet. Terme vaudois el savoisien. 

VIROLET, s. m. Toton, jeu dï'colier. 

VIROLET, s. m. Tourniole, panaris qui fait le tour de l'on- 
gle. R. virer. 

VIROTTER, V. n. Se prend d'ordinaire en mauvaise part, et 
signifie : Tourner et virer autour de quelqu'un. As-iu assez 
virotté? Si tu virotles encore dans celte chambre, je te 
renvoie. 

VIS (UN). Mettre un vis. Dites : Mettre une vis. Ce mot est 
féminin. 

VISAGÈRE, s. f. Le masque d'une poupée. Mettre une vi- 
sagere; casser une visagère ; changer de visagere. Terme 
suisse et savoisien. Dans l'évêché de Bàle on dit : Visagière. 
En vieux français, visagière signifie : Visière d'un casque. 

VIS-À-VIS, prép. Envers. // eut des torts graves vis-à-vis de 
son tuteur. lise conduisit très-mal vis-à-vis de sa grand- 
mère. Cette faute choquante n'en sera bientôt plus une, tant 
elle s'est propagée, et tant l'usage qu'en font plusieurs écri- 
vains l'a sanctionnée. Introduite en France par J.-J. Rous- 
seau, celte expression fut dès l'origine attaquée vivement par 
Voltaire. Mais le philosophe de Genève, plus lu et plus goûté 
que le philosophe de Fernex, triompha de son opposant, et 
le barbarisme trône aujourd'hui. 

VISICATOIRE, s. m. Vésicatoire. R. vesica. 

VISIÈRE, s. f. Nous disons figurément, en parlant de quel- 
qu'un avec qui nous avons cessé toute relation, tout com- 
merce d'amitié : J'ai rompu en visière avec lui. En français 
on dit : Je lui ai rompu en visière; et cela signifie : Je l'ai 
contredit en face et brusquement. 

VISITANT, s. m. Visiteur. 

VIS OUVERTS (À). À huis ouverts, c'eslà-dire : Avec les 
II. 21 . 



ijr58 VIS— VOG 

portes ouvertes, les portes restant ouvertes. Le mariage ci- 
vil se fait toujours à vis ouverts. Vis (prononcez visse) est 
une corruption du vieux mol huis (porte), d'où l'on a fait le 
mol « huissier. » R. ostiuin. 

t VISSE-VERSÀ, loc. adv. Écrivez -Vice versa» et pro- 
noncez '^icé-versâ. 

VITAILLE, s.f. Terme des campagnards, provision de bou- 
che, vivres, vicluaille. Terme vieux français. 

De ses deniers assez li baille 
Por achater de la vitaiUe. 

[Voyez RoQ'JEFORT, Glossaire de la langue romane, t. Il, 
p. 723.] En languedocien on dit : Bitaille. 

t VITRE (UN). Une vitre. Femme, fais donc remettre ce 
vitre. Solécisme franc-comtois, etc. 

VIVE, s. f. Alevin, milcanton, réunion de diverses espèces de 
Irès-petils poissons. « Il est défendu de pêcher et de vendre 
du fretin connu sous le nom de vive. » [Règlement de po- 
lice de iSSl.] 

VOCATION, s. f. Ce mot ne signifie point, comme plusieurs 
le croient : Etal de vie, carrière, profession. II faut donc 
éviter les expressions suivantes : Prendre une vocation ; 
choisir une vocation ; embrasser ^lne vocation ; quitter une 
vocation; changer de vocation, etc. «Vocation» signifie: 
Appel, mouvement intérieur, disposition naturelle qui nous 
porte à tel ou tel genre de vie. On dira donc fort bien : 
Les jeunes gens n'ont pas toujours la facilité de suivre leur 
vocation , c'est-à-dire : De suivre l'instinct, le penchant, 
le goût qui les pousse vers telle ou telle carrière. Notre 
cousin Saloraon n'avait aucune vocation pour la carrière des 
armes; il a été cependant forcé de servir. « Vocation » est 
le mot exact dans ces deux exemples. 

VOGUE, s. f. Fête patronale, fête de la commune. Les bals 



VOl— VOL -230 

de la vogue; les plaisirs bruyants d'une ovgue. Terme 
savoisieii, dauphinois et provençal. 

VOILÀ, prcp. Es-lu contente de ton nouveau cordonnier F— 
Voilà, c'est-à-dire : Je n'en suis ni contente ni mécontente. 

VOIR ou VOIRE, adv. Attends voir, écoute voir, regarde 
voir, s'gnifient : Attends un peu, écoute un peu, regarde 
un peu. Dis voir, Pierrot, va-t-on à Divonne dimanche!' 
Ce terme, qui est si connu dans tous les pays où l'on parle 
français, vient du mot latin vere (vraiment), et joue le rôle 
que jouent en allemand les mots einmal, etn wenig. On 
trouve dans les Contes de La Fontaine le vers suivant : 

Voire l écoutez le reste de la fête. 

Ce qui revient à : Ecoute voire. 

VOIR (SE), v. pron. impersonnel. Paraître. Il se voit lien 
^ue tu es en colère. Il se voit bien que le beau temps ne 
durera pas. Expression dauphinoise, etc. 

VOITURÉE, s. f. Toutes les personnes qui remplissent une 
voiture. Nous allâmes ail pont de la Caille : la voiturée 
se composait de quatorze amis. Expression fort accep- 
table. 

VOL, s. m. Un vol d'éiourneanx ; un vol d'hirondelles, etc. 
Terme méridional. En français on dit : Volée. «On voit 
des volées de deux ou trois cents pintades. » [Buffon.] 

VOL, s. m. Prendre quelqu'un au vol. Dites : Prendre quel- 
qu'un à la volée, c'est-à-dire : Choisir promptement et ha- 
bilement l'instant fugitif où on peut le voir et lui parler. 

VOLAILLE, s. f. C'est le nom qu'on donne en français à 
tout oiseau qu'on nourrit dans une basse-cour. La phrase 
suivante est donc tout au moins un peu bizarre. Ce n'est 
pas un poxdet que je vous offre, Messieurs, c'est une vo- 
laille. 

VOLANT, s. m. Faucille de nos moissonneurs. Aiguiser un 



2i0 VOL— VOU 

volant; emmancher un volant. Terme vaudois, jurassien 
et berrichon. Dans le patois de l'évêché de Baie on dit : 
Votilain;en bas-limousin, voulan; en Dauphiné, volame. 
Dans le vieux français, voulain et voulant se disaient d'une 
espèce de serpe. [Voyez Roquefort, Glossaire, t. II, 
p. 731.] 

VOLANT, adj. Nous disons que des oiseaux sont tout volants, 
lorsqu'ils sont drus comme père et mère. [p. g.] 

VOLE, s. f. Mettre un oiseau à la vole, signifie : Le mettre 
au vol ; lui faire prendre son vol. 

VOLET, s. m. Les mots de volet et de contrevent ne sont 
pas synonymes. « Les Volets sont en dedans et s'appli- 
quent sur le châssis des fenêtres, les Contrevents sont en 
dehors. » [Voy. Pautex, Recueil de mots français, p. 4.1.] 

VOLETTE (À LA), loc. adv. Faire une chose à la volette, 
signifie : La faire trop vite et avec peu de soin, la faire à 
la volée et en courant. On dit aussi ; Prendre une chose à 
la volette, saisir une chose à la volette. 

VOLEUR, s. m. Filament enflammé delà mèche d'une chan- 
delle, lequel fait couler le suif. Ne voyez-vous pas ce vo- 
leur à la chandelle P Otez donc ce voleur. Terme connu 
dans quelques j)rovinces de France, dans la Flandre fran- 
çaise, etc. [Dictioniiaire roman-wallon, p. 209.] 

VOLONTIERS, adv. Ordinairement. La Victorine a volon- 
tiers mal aux dents le soir. J'ai volontiers la migraine 
à la suite d'une grande émotion. Phrases dont chacun peut 
apprécier le ridicule. 

VOUABLE, s. f. Clématite des haies, herbe aux gueux, sorte 
de plante grimpante qui fleurit au mois do juillet. Terme 
vaudois, neuchàtelois, franc-comtois, etc. 

VOUAFFE, s. f. Au sens propre, boue liquide, bouillon trop 
clair, sauce mal liée. Leur soupe n'était que de lavouaffe. 



VOU— VOUL 241 

VOUAFFER, V. n. S'enfoncer dans un liquide épais. La pluie 
survint, on voriaffa dans le patrigot. Ce mol et le précé- 
dent sont des onomatopées dignes de remarque. 

VOUAI, s. m. Terme des campagnards. Sorte d'épervier. 

VOUAUAI ou YOUARET, s. m. Bise noire et pluvieuse. 

VOUÀRE, s. f. Terme des campagnards. Mars, larve de 
hanneton, et le hanneton lui-même. Terme vaudois et sa- 
voisien. 

VOUAREUX, EUSE, adj. Qui a la morve au nez. Un en- 
fant vouareux. 

VOUARGNE, s. m. Terme suisse-roman qui signifie : Sapin 
blanc. L'ancien Glossaire appelle Vouarme, le Sapin fe- 
melle. 

VOUÈPE, s. f. Femme maligne, femme méchante. En pa- 
tois, vouèpe signifie : Guêpe. R. lat. vespa. 

VOUÉPETTE, s. f. Diminutif de vouèpe. Voyez ce mot. 

VOUGNEU, V. n. Se dit de deux boules ou de deux palets 
qui se touchent. Voyez quique. 

VOUGNER, V. actif. Remuer, fracasser en remuant. S'il 
vous plaît, Madame, ne vougnez pas tant mes œufs. 

VOULOIR, V, a. Nous mettons il veut devant un infinitif, 
pour marquer le futur. Il veut pleuvoir; il veut faire beau; 
il veut neiger; il veut geler celte nuit, etc. Cette façon 
de parler est un germanisme. 

VOUI. Mauvaise prononciation de : Oui. 

VOULOIR, V. a. Nous employons les expressions : Si vous 
voulez , si tu veux, dans le sens de : « Médiocrement, 
honnêtement. »> Y avait-il du monde à l'enterrement de 
M^ N** ? — // y en avait si vous voulez. Expression mé- 
ridionale, 

VOULOIR, V. a. Nous disons d'un homme indécis, d'un 
homme inconstant dans ses résolutions : Il ne sait pas ce 
qu'il se veut. L'Académie dit : 11 ne sait pas ce qu'il veut. 



"242 VOU— X 

VOULOIR, V. a. La conjugaison de ce verbe offre une grande 
difficulté dont peu de personnes se doutent. Au présent du 
subjonctif nous disons : Je ne partirai pas lundi, à moins 
que vous ne veuilliez partir avec moi. J'accepte votre ma- 
gnifique melon, pourvu que vous veuilliez le manger avec 
moi et chez moi, etc. Il faut dire : « Que vous vouliez. » 
Voyez toutes les grammaires. 

VOUSAYER ou VOUSOYER, v.a. Dire vous à quelqu'un, 
ne pas le tutoyer. Plusieurs maris vousayent leurs femmes. 
Quelques enfants vousayent leurs pères. Terme connu en 
France, mais que les dictionnaires, sans aucune raison 
plausible, n"ont pas accueilli. On disait en vieux français : 
Vosoycr. 

VRAI (DE), adv. Vrai, au vrai, vraiment, véritablement. 
Parles-tu de vrai? Dis-tu tout cela de vrai? Me donnes- 
tu cette agate de vrai? Voici de vrai comment toute la 
chose s'est passée. Français populaire. 

VUIDE, adj. Le grammairien Oudin, au commencement du 
dix-septième siècle, donnait sur ce mot la règle suivante : 
« Écrivez « vuide » et prononcez vide, n Actuellement on 
écrit et l'on prononce « vide. » Tonneau vide, estomac vide, 
bourse vide. 



X 



X. Dans les mots Deux, Eux et Ceux, le x est muet. C'est 
donc à tort que beaucoup de personnes prononcent deusse, 
eusse, cetisse, et disent, par exemple : Tous ceusse qui 
m'aiment; tous ceusse devant qui je parle; c'est eusse 
que j'accuse, etc. 



Y— Z 2i?, 



t Y, pronom personnel. A lui. Je Vtj avais recommandé de 
prendre bien garde. Je l'y ferai ta commission, etc. Faute 
fort ancienne et fort répandue. 

t Y, pronom relatif et démonstratif. Le, cela. Donne-m'y, 
Vincent. — Y voilà, prends-y tout. Les campagnards di- 
sent proverbialement : Qui tout y veut, tout y perd, c'est- 
à-dire : Que trop d'avidité perd l'homme. 

Y, adv. relat. Est superflu dans les phrases suivantes : // y 
a plu toute la nuit; il y a neige' sur le Jura; il y a gelé 
dans quelques las-fonds. Il y aurait mieux valu se taire. 

t Y AVOIR. Dans le langage populaire, Il y a lui, il y a 
elle, il y a eux, signifient : C'est lui, c'est elle, ce sont 
eux, M'sieu, il y a lui qui me crache contre. Mamzelle, 
il y a l'Andrienne qui m'empêche de tricoter. 

YEUX, s m. pi. Beaucoup de personnes, d'ailleurs instruites, 
disent : Des maux de z-yeux, un mal de z-yeux, une fai- 
blesse de z-yeux. Il faut dire : Des mau.K d'yeux, un mal 
d'yeux, etc. Ne donnez donc pas le signalement d'une per- 
sonne de la manière suivante : Cheveux châtains, front 
grands, bouche moyenne, z-yeux gris. Ce z-yeux gris, 
pour : Yeux gris, est une prononciation très-vicieuse. 



ZÈRE, s. m. Zéro. Quatre fois cinq font vingt : pose zère 

et retiens deux. Terme vaudois. 
ZIZÉ, s. m. Terme enfantin, qui veut dire : Oiseau. Regarde 



244 ZON 

ce joli zizé; ne fais pas peur à ces zizés. Le mot isé, en 

patois, a le même sens. 
ZON-NEE, s. f. Retentissement. Le canon faisait des zon- 

nées terribles. 
ZON-NER, V. n. Résonner. Faire zon-ner une ronfle; faire 

zon-ner une pierre. Les oreilles me zon-nent (les oreilles 

me tintent). Dans le patois des Vosges, zonna, et en arabe, 

zanne ou zaïina, signifient : Bourdonner. Onomatopées 

évidentes. 



FIX, 



LISTE ALPHABÉTIQUE 

DES 

MOTS QUE L'ON POURRAIT CROIRE GENEVOIS, 

ViAlS «UI APPARTIENNENT A I,A LANGEE FRANÇAISE FAMILIÈRE ET SO:it 
ENREGISTRÉS DANS LES DICTIONNAIRES'. 



Ahalourdir, v. a. 
Abîmer (gâter), (lig.) 
Abord (tout d' — ). 
Àcciper, v. a. 
Aceriser, v. a. 
s'Acoquiner, v. pr. 
Actionner, v. a. 
Affistoler, v. a. 
Agripper, v. a. 
Ahuri, adj. 

Ailes (d'un chapeau), s. f. 
Alarmiste, s. m. 
Allant, adj. (qui aime à aller). 
Allemand, s. m. (querelle d'Al- 
lemand,. 



Allonger (un soufflet), v. a. 

Amodier, v. a. 

s'Amouracher, v. pr. 

Amphigouri, s. m. 

Amusette, s. ï. 

Anicroche, s. f. 

s\i7}onchalîr-. 

Antiquaille, s, f. 

Appointir et appointer, v. a. 
(rendre pointu). 

Approchant, adv. (à peu près). 

Arienne, s. f. (oiseau). 

Archi-bête, s. f. 

Argousin, s. m. 

Aria, s. m. 

Arranger quelqu'un (le mal- 
traiter) . 

Asticoter, v. a. 



* Les mots imprimés eu caractères italiques ue figurent pas dans 
le dictionnaire de l'Académie française (édition de 183o) : on les 
trouvera dans lîoiste, Gattel, le Complément du dictionnaire de 
l'Académie, N. Landais, ou Besclierelle, etc. 

■■i Ce terme figure à tort dans ce Glossaire, t. I*''', p. 19. 

II. 22 



-Jifi 



LISTE 



Astiquer, v. a. 
Attifer, v. a. 
s'Attabler, v. a. 
Attrape-lourdaud, s. m. 
Attraper un rhume. 
s'Avachir, v. pr. 
a l'Avance, adv. ' 
à l'Aveuglette, adv. 
Avoir de quoi (être aisé ou 
riche). 

B 

Babiole, s. 1'. 
Bâcler, v. a. 
Badiner quelqu'un. 
Bâfre, s. f. 
Bâfrer, v. n. 
Bâfreur, s. m. 
Bagout, s. m. 
Bagarre, s. f. 
Baguenauder, v. n 
Baliverne, s. f. 
Baliverner, v. n. 
Bambocher, v. n. 
Bambocheur, s. m. 
Bande noire, s. f. 
Ban de vendanges, s. ni. 
Baptiser le vin. 
Baragouin, s. m. 
Baragouinage, s. m. 
Baragouiner, v. a. 
Baragouineur, s. in. 
Barbiche, s. f. 
Barbifier, v. a. 
Barquée, s. f. 



Bataclan, s. m. 
Bâtarde, s. f. (sorte d'écri- 
ture). 
Batifoler, v. n. 
Battant (tout — neuf). 
Bavardise. s. f. 
Bécasse, s. f. (iig.) 
Bedaine, s. f. 
Bégueule, s. f. 
Béguin, s. m. 
Béjaune, s. m. 
Bergère, s. f. (oiseau). 
Berlue, s. f. 

Bernique ou l/ernicles, adv. 
Bestiasse, s. f. 
Bestiole, s. f. 
Bichonner, v. a. 
Bicoque, s. f. 
Bidet, s. m. 
Bigarreau, s. ni. 
Binocle, s. m. 
Bisbille, s. f. 
Biscornu, adj. 
Biscotin, s. m. 
Bisquer, v. n. 
Blague, s. f. (yanîerie). 
Blaguer, y. n. 
Blagueur, s. m. 
Blanc-blec, s. m. 
Blel, elle, adj. 
Bleuir, v. a. 
se Blouser, v. pr. 
Bois carré, s. ra. 
Bois gentil, s. m. 
Bombance, s. f. 
Bonde, s. f. 



' Mauvaise expression, accueillie par Boiste et par .M' Desciic- 
relle; répudiée par l'Académie, par Lavaux, par Gattel, parN. Lan- 
dais, et par le plus récent des lexicographes, M' Poitevin. 



ALPHABETIQUE. 



247 



Bon-homme, s. m. (fleur). 
Buniface, s. m. 
Boucan, s. m. (tapage). 
Boucaner, v. n. et a. 
Boiicanenr, s. ni. 
]*ouclie-troiJ, s. m. 
Bouchon, s. m. (cabaret). 
Buuffer, V. a. 
Boitifeur, s. m. 
Bougon, s. m. 
Bougonner, v. n. 
Bouillon-pointu, s. m. 
Bourde, s. f. 

Bourgeois, s. m. (patron), 
se Bourrer, v. pr. (s'empif- 
frer) . 
Bourrique, s. f. 
Bourse-à-pasteur, s. f. 
Boursicaut, s. m. 
Boursiiler, v. n. 
Bousin, s. m. 
Bousiner, v. n. 
Bout d'homme, s. m. 
Boute-en-train, s. m. 
Boutiquier, s. m. 
Boutonné, adj. (fig.) 
Braillée, s. f. 
Brailler, v. n. 
Brandevin, s. m. 
Braque, s. m. (fig,) 
Bredi -broda, adv. 
Breloque, s. f. 
Bretauder, v. a. 
Bric-à-brac, s. m. 
de Bric et de broc, adv. 
B ri fer, v. a. 
Brimborion, s. m. 
Bringue, s. f. 
en Bringues, adv. 
Brioche, s. f. (pâtisserie). 



Brioche, s. f. (maladresse). 
Briscanibille, s. f. 
Brise-tout, s. m. 
Brocanter, v. n. 
Brocanteur, s. m. 
Brocantage, s. m. 
Broches, s. f. pi. (aiguilles). 
Brossée, s. f. 
Brosser, v. a. (rosser). 
Brouille, s. f. 
Brouillon, onne, s. et adj. 
Brucelles, s. f. pi. 
Bûche, s. f. (fig.) 
se Bûcher, v. pr. 
Bùchelte, s. f. 
Butin, s. m. (richesse, af 

faires). 
Buvable, adj. 
Buvard, s. m. 
Buvotter, v. n. 



(lacade, s. f. 
Cache, s. f. 

Cache-cache, s. rn. (jeu). 
Cache-nez, s. m. 
Cachottier, s. et adj. 
Cagneux, adj. 
Caliin-caha, adv. 
Calfeutrer, v. n. 
à Califourchon, adv. 
Câlin, s. et adj. 
Calotte, s. f. (talochej. 
Culotter, V. a. 
Cambuse, s f. 
Camper un soufflet. 
Campos, s. m. (congé). 
Cancan, s. m. 
Cancaner, v. n. 



U8 



LISTE 



Cancanier, adj. et s. 

Capilotade, s. f. 

Capon, s. m. 

Caponner, v. n. 

Caqueter, v. n. 

Carnier, s. m. 

Carotte, s. f. (fig.) 

Carotter, v. a. (duper). 

Carriole, s. f. 

Casaquin, s. m. 

Cascaret, s. m. 

Cassement de tête, s. m. 

Cassine, s. f. 

Castille, s. f. 

Causant, santé. 

Causeuse, s. f. (canapé). 

Cavalier, s. m. (danseur). 

Chacune, s. f. 

Chafouin, s. m. 

Chalumer, v. a. 

se Chamailler, v. réc. 

Chansonnet. s. m. (sanson- 
net) . 

Chapitrer, v. a. 

Chapon, s. m . (bouture de cep) 

Chattc-mitte, s. f. 

Chaiiche-vieille, s. f. 

Chaudelait, S. m. (pâtisserie). 

Chauffe- lit, s. m. 

Chauffe-pieds, s. m. 

Chavirer, v. n. 

Chenapan, s. m. 

Cheptel, s. m. 

Chicard, adj. 

Chicot de dent, s. m. 

Chien, enne, adj. (parlant des 
choses) . 

Chiffonner, v. a. (chagriner). 

Chiffonnier, s. in., ou Chif- 
fonnière, s. f. (meuble). 



Chinois, s. m. (fig.) 

Chiper, v. a. 

Chipie, s. f. 

Chiquer, v. a. (manger). 

Chope, s. f. 

Chou, s. m. (ierme d'amitié). 

Chou, s. m. (pâtisserie). 

Chou-chou, s. m. 

Ciron, s. m. 

Clignement d'yeux, s. m. 

Clique, s. f. 

à Cloche-pied, adv. 

Clocher, v. n. 

C'opin-clopant, adv. 

Clopiner, v. a. 

Cocasse, adj. 

Cochon, s. m. (avare). 

Cochonnaille, s. f. 

Cochonner, v. a. (salir). 

Coco, s. m. (individu). 

Cocotte, s. f. (maladie des 

yeux). 
Coffrer» v. a. 
Coiffé, adj. (hg.) 
Colin-tawpon, s. m. 
Colle, s. f (menterie). 
Collier, s. ni. un grand, ou 

un gros — \ 
Comme'rer, v. n. 
Comme cela, adv. 
Comme quoi, adv. 
Communier (un;. 
Conduite [faire la). 
Confisqué, ée, part, (dont la 

santé est désespérée). 
Conscience, s. f. (estomac). 
Consentir, v. n. (plier). 
Contre-pied, s. m. 
Contusionner, v. a. 
Coq, s, m. (fig.) 



ALPHABETIQUE. 



n^) 



Coquocigrue, s. f. 

Coquemar, s. m. 

Coquinet, s. m. 

Coqniner, v. n. (gueuser). 

Corbillon, s. m. 

Corner une chose. 

Cossu, adj. 

Coteline, adj. 

Coucou (faire ■ — ). 

Coulé, part, (ruiné). 

Cotip d'air, s. m. 

Couper la fièvre. 

Couper le sifflet (fig.) 

Couper le visage. 

Courante, s. f. (dévoiement). 

Courir, v. a. (il court sa 20* 
année). 

Cour ter olle, s. f. 

Court-pendu, s. f. (poire). 

Couturé, adj. 

Couvre-chef, s. in. 

Couvre-plat, s. m. 

Crâne, s. et adj. (audacieux). 

Crânement, adv. 

Crapaud, s. m. (tlg.) 

Craque, s. f. (nriensonge). 

Craqueur, s. m. 

Crasseux, adj. (fig.) 

Crémier, s. m. 

Critiqueur, s. m. 

Crochet, s. m. (agrafe). 

Croque-mort, s. m. 

Croquer le marmot. 

Crosser, v. a. (traiter dure- 
ment). 

Croûtes de lait, s. f. 

Croûton, s. m. (mauvais pein- 
tre). 

Cruche, s. f. (fig ) 

Crucherie, s. f. 



Cruchon, s. m. 

Cueillette, s. f. 

Cuir, s. m. (fig.) 

Cuisinière, s. f. (ustensile). 

Cuisse de noix, s. f. 

Cuistre, s. m. 

Cuit, adj. (perdu, ruini'j. 

Cul de plomb, s. m. 

Culot, s. m. 

Cu lolle-de- Suisse , s . té m . 

(poire), 
se Culotter, v. pr. 
Cul-rouge, s. m. \uiseau). 
Cumulard, s. m. 



D 



Dandin, s. m. 

Dandiner, v. n. 

Daube, s f. 

Débagouler, v. n. et a. 

à la Débandade, adv. 

Débarbouiller, v. a. 

Débine, s. f. 

Débours, s. m. pi. 

Débraillé, adj. 

Décommander, v. a. 

en Définitive, ou en Dé/inuif, 

adv. 
Défriser, v. a. (lig.) 
Dégaine, s. f. 
Dégauchir, v. a. (tig.) 
Dégelée, s. f. 
Dégobiller, v. a. 
Dégoiser, v. a. et n. 
Dégommer, v. a. (fig.) 
Dégourdie (eau). 
Dégringolade, s. f. 
Degringoluiulo, adv. 
Dégringoler, v. n. 

22. 



550 LISTE 

Dégriser, v. a. (fig.) 

Démonétiser, v. a. (fig.) 

Démonter, v. a. (fig.) 

Dépense, s. f. (office). 

Dépersuader, v. a. 

Dépêtrer, v. a. 

Déraidir, v. a. 

se Désassocier, v. pron. 

Déscnfiler, v. a. 

Deshabillé, s. m. 

Dessoûler, v. a. 

Détacheur, s. m. 

Devanture, s. f. 

Dia (terme des charretiers). 

Dispxitailler, v. n. 

se Disputer, v. réc 

se Divorcer, v. réc' 

se Dodiner, v. pr. 

Dodo, s. m. (lit). 

Dodo (faire, aller à — ). 

Doléance, s. f. 

Don don, s. ï. 

Donnant, adj. 

Donner, v. n. (suppurer). 

Donneur de bonjour, s. m. 

Donzelle, s. f. 

Double, s. f. 

Doucet, adj. 

Doucettement, adv. 

Douillet, adj. 

Drapeaux, s. m. pi. (langes) 

Draper, v. a. (fig.) 

Drelin! drelin! 

Drille, s. m. 

Drôlerie, s. f. (bagatelle). 



E 



Ébaubi, adj. 
Écarquiller, v. a. 
Ecervelé, adj. et subst. 
Écharde, s. f. 
Ecohuage, s. m. 
Ecobuer, v. a. 
Ecurage, s. m. 
Écureuse, s. f. 
Effaré, adj. 
Effondrer, v. a. 
s'Égosiller, v. pr. 
Egraffigner^ v. a. 
Égrillard, adj. et subst. 
s'Émbàter, v. pr. 
Embarras (faire de 1" — ). 
Embêtement, s. m. 
Embêter, v. a. 
Emboquer, v. a. 
Embouché (mal — ). 
Émérillonné, adj. 
Em entier, s. m. 
Emigrant, s. m. 
Emmancher, v. a. (fig.) 
Emmêler, v. a. 
Emotionner, v. a. 
Émoustiller, v. a. 
Emparenté, adj. 
Empaumer, v. a. 
Empesé, adj. 
s'Empêtrer, v. pr. 
Emprunté, adj. (embarrassé). 
En çà, adv, (jusqu'à présent}. 
Encager, v. a. 
Encoche, s. f. 
Encocher , v. n. (faire une 



' Mauvaise expre-;sion recueillie par M' Besclierelle. 



ALPHABETIQUE. 



251 



encoche). 
s'Encroûter, v. pr. 
Endêver, v. n. 
s'Endimancher, v. pi-. 
Enfagoler, v. a. 
Englober, v. a. 
Engoncé, adj. 
Entregent, s. m. 
Entrelarder, v. a. 
Éponger, v. a. 
Éreinter, v. a. 
Esbrouffe, s. f. 
Escoffier, v. a. (tuer, etc.) 
Escogriffe, s. m. 
s'Esquicher, v. pr. 
Essade, s. f. 
Estafier, s. m. 
Elagère, s. f. 
Eterpe, s. f. 
Étisie, s. f. 
Excaver, v. a. 
Expertiser, va. 



Façonnier, adj. 
Fadet, adj. 
Fait exprès, s. m. 
Falot, adj. 
Fanfreluche, s. f. 
Faquin, s. m. (élégant). 
Faquinerie, s. f. (élégance) 
Far and, s. m. 
Farfouiller, v. a. 
Farinière, s. f. 
Fatiguer, v. neutre. 
Fatrasscr, v. n. 
Femmelette, s. f. 
Fenasse, s. f. 
Fendage, s. m. 



Fendant (faire le — ), s. m. 
se Fendiller, v. pr. 
Festoyer, v. a. 
Feuillu, adj. 
Ficelé, ce, adj. (fig.) 
Fier-à-bras, s. m. 
Fignoler, v. n. 
Fignoleur, s. m. 
Finasser, v. n. 
Finasserie, s. 1'. 
Finasseur, euse, s. 
Finassier, icre, s. 
à la Fin des lins, loc. adv. 
Fin fond, s. m. 
Finissage, s. m. 
Finisseur, s. m. 
Fion, s. m. 
Flageoler, v. n. 
Flambé, part, (tig.) 
Flandrin, s. m. 
Flotte, s. f. (écheveau). 
Flouer^ v. a. 
Flûter, V. a. (boire). 
Folichon, s. m. 
Fondrilles, s. f. pi. 
Foiiillis, s. m. 
Fourgonner, v. n. 
Frais (me voilà — ), adj. 
à la bonne Franquette, loc. 

adv. 
F résillon, s. m. 
Fricasser, v. a. 
Fricot, s. m. 
Fricoter, v. n. 
Frime, s. f. 
Frimousse, s. f. 
Friper, v. a. 
Frison, s. m. 
Frottée, s. f. (rossée). 
s'y Frotter, v. pron. (fig.) 



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LISTE 



Fumer, v. n. (avoir du dL'pit). 



Gabegie, s. f. 

Gahelou, s. m. 

Gâcher, v. a. 

Gâchis, s. m. 

Gagner une maladie. 

Gaillard, s. et adj. 

Galette, s. f. (^bourrc de soie) 

Galvauder, v. a. 

Gamache, s. f. 

Gamin, s. m. 

Ganache, s. f 

Garçonnaillc, s. f. 

Garçonnet, s. m. 

Garçonnière, s. f. 

Garde -feu, s. m. 

Gargote, s. f. 

Garnement, s. m. 

Gâte-enfant, s. m. 

Gâte-métier, s. m. 

Gâterie, s. f. 

Gaudriole, s. f. 

Gauler, v. a. 

Gaupe, s. f. 

se Gendarmer, v. pr. 

Genette, s. f. 

Gérofle, s. f. (girofle). 

Giboulée, s. f. 

Gifle, s. f. 

Gifler, V. a. 

Gigogne, nom prop. (lig.) 

Gigolter, v. n. 

Girardine, s. f. 

Gniaf, s. m. (Dict. Bescii.) 

Gniole, s. f. (coup). 

Go (tout de — ), loc. adv. 

Gobe-mouches, s. m. 



Gober, v. a. (croire légère- 
ment). 
Godelureau, s. m. 
à Gogo, loc. adv. 
Goguenard, arde, s. 
Goguenarder, v. n. 
Goguettes, s. f. pi. 
Goinfre, s. m. 
Goinfrer, v. n. 
Gosse, s. f. 
Gosser, V. n. 
Gourde, s. f. (menterie). 
Gourdin, s. m. 
Gourer, v. a. 

Goutte de sang, s. f. (fleur) 
Gouttelette, s. f. 
Grabuge, s. m. 
Grafgner, v. a. 
Graisser la patte, v. a. (fig.) 
Grai^pillon, s. m. 
Grappiller, v. n. 
Grappin, s. m. 
Grassouillet, adj. 
Gredinerie, s. f. 
Grelu, adj. 
Grenouiller, v. n. 
Grève (faire — ), s. f. 
Gribouillage, s. m. 
Gribouiller, v. a. 
Griffer, v. a. 
Grignotter, v n. 
Grigou, s. m. 
Grimacier, adj. et s. 
Grimaud, s. m. 
Grippe-sou, s. m. 
Gris, e, adj. (ivre). 
Grisard, s. m. 
Grognard, de, adj. et s. 
Grognerie, s. f. 
Grognonner, v. n. 



ALI'IIABETIQUE. 



253 



Grommeler, v. n. 
Gros, ydv. (beaucoup). 
Grouiller, v. n. 
Gruer, v. a. 
Gruger, v. a. 
Guéridon, s. m. 
Guêpier e, s. f. 
Gueulard, s. m. 
Gueule-de-lovp, s. 1". (plante). 
Giieulelon, s. m. 
Gueusard, s, m. 
Guigner, v. a. 
Guignon, s. m. 
Guignonant, adj. 
Guilleret, adj. 
Guinguette, s. f. 

H 

Historier, v. a. 
Hypothéqué, adj. (iig.) 

I 

Illico, adv. 
Impressionner, v. a. 
Inquilin, s. m. 

J 

Jaboter, v. n. 
Jacasser, v. n. 
Jaquette, s. f. (pie). 
Jaquette, s. f. (habillement). 
Jardinage, s. m. (légume). 
Jargonner, v. n. et a. 
Jaunet, s. m. (pièce d'or). 
Jean farine, s. m. 
Juron, s. m. 
Juguler, v. a. 



Lanterner, v. n. 
Laniernicr, s. m. 
Lapin, s. m. (tig.) 
Lardère. s. f. (oiseau). 
Laurelle, s. 1". (plante). 
Lèche, s. f. 

à Lèche-doigts, loc. adv. 
Lendore, s. m. et f. 
Lévite, s. f. 
Locher, v. n. 
Longuet, adj. 
Loque, s. f. 
Loqueter, v. n. 
Loti, participe. 
Louper, v. n. 
Lubie, s. f. 
Lune, s. f. (caprice). 
Luron, onne, s. 

M 

Mâchoire, s. f. (tig.) 
Magot, s. m. (argent caché). 
Magot, s. m. (homme laid ou 

gauche) . 
Mailloche, s. f. 
Maisonnée, s. f. 
Mal-appris, adj. et s. m. 
Malpeigné, s. m. 
Mangeaille, s. f. 
Mange-tout, s. m. 
Manigance, s. f. 
Manigancer, v. a. 
Maquignonnage, s. m. 
Marchandailler, v. n. 
Margouillis, s. m. 
Margot, s. f. 



254 

Margot, s. f. (pie). 

Marie-Graillon, s. f. 

Marmaille, s. f. 

Marmot, s. m. 

Marmotter, v. n. 

Marmouset, s. m. 

Maroufle, s. m. 

Marronner, v. n. 

Martel, s m. 

Massacrant, te, adj. 

Mâtiner, v. a. 

Matou, s. m. (butor). 

Mazette, s. f. 

Mécaniser, v. a. 

Mèche, s. f. (moyen). 

Mômement, adv. 

Micmac, s. m. 
Mig-noter, v. a. 
Mijaurée, s. f. 
Mijoter, v. a. 
Mille-cantun, s. m. 
Milliasse, s. f. 
Minable, adj. 
Mioche, s. m. et f. 
Mirlillore, s. m. 
Mirobolant et nujroholant, 

adj. 
Miton-mitaine (onguent — ), 

adj. 
Mitonner, v. a. 
Mitron, s. m. 
Molester, v. a. 
Montage, s. m. 
Mordicus, adv. 
Mornifle, s. f. 
Morveux, s. (impertinent) 
Mouille-bouche, s.f. (poire-). 
Moutardier, s. m. 
Moutons, s. m. pi. (vagues). 
.Mufle, s. m. 



LISTE 



Mule, s. f. 

Muscadin, s. m. (mirliflore). 

Muser, v. n. 

N 

Nasillard, adj. 
Nicaise, s. m. 
Nippé (bien — ), adj. 
t Nique (faire la — ), s. f. 
Niveler, v. n. (muser), 
NiquedoiiUle, s. m. 
Nivèlerie, s. f. (badauderie). 
Noiraud, s. m. 
Noise, s. f. 
Nonnette, s. f. 
Nuit blanche. 



Œufs à la neige, s. m. pi. 

Oignon, s. m. (diu^llonj. 

Ognon (il y a de V — ), s. ni. 
11 y a quelque chose de ca- 
ché là-dessous. 

Olivettes, s. m. pi. 

Ombre-chevalier, s. m. 

Ostrogoth, s. m. (fig.) , 



Pacant, s. m. (manant). 

Paillasson, s. m. 

Pain d'oisea'i, s. m. (plante). 

Palisser, v, a. 

Panier percé, s. m. (fig.) 

Papier mâché, s. m. (lig.) 

Paquet, s. m. (grosse femme). 

Paresser, v. n. 

Par exemple! (exclamation). 



ALPHABETIQUE. 



25)5 



Particulier, adj. (bizarre). 
Particulière, s. f. (une — ). 
Pataral'fe, s. f. 
Palatras, s. m. 
Pataud, s. m. 

Pâté, s m. (un gros — \ fig.) 
Patraque, s f. (^prop. et tig.) 
Patrouiller, v. a. et n. 
Pays, payse, s. 
Pécore, s. f. 
Pédon, s. m. 
Peignée, s. f. (fig.) 
se Peigner, v. réc. (figO 
Peinturlurer, v. a. 
Pelolte (faire sa — •), (lig.) 
Peloller quelqu'un, v. a. 
Pendaison, s. f. 
Pendiller, v. n. 
Péquin, s. ni. 

Perlimpinpin, s. 1". (poudre 
de — ). (Dict. de Beschk- 

HELLE.) 

Péronnelle, s. f. 

Peseile, s. f. (vesce). 

Pesage, s. m. 

Pesse, s. f. (sa[)in). 

Pétaudière, s. f. 

Petiot, Ole, adj. et s. 

Pétitionner, v. n. 

Peton, s. m. 

Pétrin, s. m. (fig.) (embarras). 

Piaillerie, s. f. 

Piailleur, s. m. 

Piauler, v. n. 

se Picoter, v. réc. (fig.) 

Picoterie, s. f. 

Pieds de mouche, s. m. pi. 

(écriture). 
Pie-grièche, s. f. 
Pierrot, s. m. (moineau). 



Piètre, adj. 
PitTre, esse, s. 
se Pifjrer^ v. pr. 
Pince-maille, s. m 
Pinçon, s. m. (marque qui 
reste sur la peau lorsqu'on 
a été pincé). 
Piocher, v. n. (fig), (tra- 
vailler). 
Pioler, V. n. 
Pipi, S. m. 

Pique, s. f. (brouilleriel. 
Pique-assiette, s. m. 
Pique-mouches, s. m. (oiseau). 
Pique-nique, s. m. 
Pissenlit, s. m. (plante). 
Pissenlit^ s. m. (enfant). 
Pivoine, s. m. (plante et oi- 
seau). 
Planche (faire — ). 

Plancher des vaches, s. m. 

Plantain, s. m. 

Plante, s. f. (fig ) 

Planton, s. m (soldat de—). 

Plastron, s. m. (fig.) 

Plate-couture (à plate — ). 

Platise, s. f. 

Plein (ses poches, sa cave). - 

tout Plein. 

tout Plein de, adv. (beaucoup). 

Pleurard, s. m. 

Pleurnicher, v. n. 

Pleutre, s. m. 

Pliant, s. m. (lit). 

Plissage, s. m. 

Plumé, adj. (fig.) 

Plumeau, s. m. 

Poche, s. f. (grande cuiller à 
long manche). 

Poché (œil — ), adj. 



256 



LISTE 



Pocher, v. a. 

Pointer, v. n. (poindre), (en 

pariant des lierbes et jjour- 

geons qui commencent à 

paraître). 
Polissage, s. m. 
Pommé, adj. (fig.) 
Pommelé (ciel — ), adj. 
Pommier, s. m. (ustensile). 
Pomper, v. a. et n. (iig.)> 

(boire), 
se Pomponner, v. pr. 
Populacier, adj. 
Porte-respect, s. m. 
Potée, s. f. (fig.) 
Poule mouillée, s. f. (fig.) 
Poulette, s. f. 
Pourboire, s. m. 
Pour sur, adv. 

Précautionneux, adj. et subst, 
Priser, v. n. (du tabac j. 
Priseur, s. m. 
Procureur de meunier, s. m 

(oiseau). 
Puant, ante, subst. (fig.) 



Q 



Quasi, adv. 

Quasiment, idv. 

Quatre de chiffre, s. m. 

Qtieue, s.f. (faire la - ). fig.) 

à la Queue leu leu 

à Quia, loc. adv. 

Qaibns, s. m. (avoir du — ). 

Quignon, s. m. 



R 



Rabougri, adj. part. 

Rabrouer, v. a. 

Racaille, s. f. 

se Raccrocher à, v. pr. (fig.) 

Rachever, v. a. 

Raclée, s. f. (rossée). 

Raffoler, v. n. 

Ratle (faire — ), s. f. 

Rafler, v. a. 

Rager, v. n. 

Rageur, subsl. 

Ragot, gote, subst. 

Rainette, s. f. (grenouille). 

Ramages, s. m. pi. (à grands 

-)• 
Rancuneux, adj. (Dict. de 

Bescherelle.) 
Rasibus de, prép. 
Rata, s. m. 
Ratatiné, née, part. 
Ratatouille, s. f. 
Raté, tée (affaire — ), part. 
Rater, v. a. et n. 
Râtelée, s. f. 
Ravigoter, v. a. 
Ravioles, s. m. pi. (Dict. de 

Bescherelle.) 
Ravonailles, s. f. 
Rehéquer, v. n. 
se Rebéquer, v. pron. 
Rehifj'er, v. n. et a. 
se Rebiffer, v. pr. 
se Reblanchir , v. pr. 
Rèche, adj. 
Réciproguer, v. n. (M""^ dk 

SÉVIG.N'É.) 



ALPHABETIQUE. 



257 



Récompenser' le temps. 

se Recoquiller, v. pr. 

Récurage, s. m. 

Récurer, v. a. 

Regain, s. m. 

Regardant, adj. 

Régenter, v. a. 

Regimber, v. n. 

Relancer quelqu'un. 

Reluquer, v. a. 

Rembarrer, v. a. 

Ikmbourrer, v. a. (rembar- 
rer ) . 

Remonter, v. a. 

Remoucher, v. a. (fig.) 

Remue-ménage, s. m. 

Renarder, v. n. 

Rendouhler, v. a. 

Renfermé, s. m. (odeur de—). 

Rengaîner un compliment. 

Renitler, v. n. 

Renilent, ente, s. et adj. 

Renseigner, v. a. (donner des 
renseignements;. 

se Renseigner, v. réfl. (pren- 
dre des renseignements). 

Renvoi, s. m. (rapport). 

Ressemelage, s. m. 

Retaper un chapeau. 

Retors, adj. (fig.) 

Revaloir, v. a. 

Rêvasser, v. a. 

Revenant-bon, s. m. 

en Revendre à. 

Revoilà, adv. 

Rhabillage, s. m. (raccom- 
modage). 

Rhabilleur, s m. (terme tech- 
nique). 

Ribambelle, s. f. 



Ribolte, s. f. 
Ridicule, s. m. (sac). 
Ridiculité, s. f. (la, une). 
Rincé, part, (battu, grondé, 

ou fortement mouillé). 
Rincée, s. f. (rossée). 
Rincer, v. a. (battre, mouiller, 

réprimander). 
se Rincer, v. réc. (se battra, 

se gronder). 
Rogner, v. a. 
Rognonner, v. n. 
Rossignolet, s. m. 
Rotin, s. m. 
Rougeaud, adj. et s. 
Roulée, s. f. (fig.) 
Roupiller, v. n. 
Rubrique, s. f. 
Rudover, V. a. 



S 



S, s. f. (faire les — ). 

Sabouler, v. a. 

Sabrer, v. a. (fig.) 

Sac (mettre au — ). 

Sac (donner le — et les 

quilles). 
Sac (l'affaire est dans le — ). 
Sac à vin, s. m. (ivrogne). 
Saccage, s. m. (amas confus). 
Sagouin, s. m. 
Sainfoin, s. m. 
Sainte-Nitouche, s. I". 
Salé, adj. (très-cher). 
Salmigondis, s. m. 
Sapajou, s. m. (fig.) 
faire la Sauce à quelqu'un , 

V. a. (le réprimander]. 
Saucer, v. n. (réprimander). 



II. 



258 



LISTE 



Saucé (mouillé, réprimandé) 

Saugrenu, adj. 

au Saut du lit. 

Sauteur, s. m. (Hg.) (homme 

sans consistance). 
Savon, s. m. (réprimande). 
Scie, s.f. (fig.), parlant d'une 

chose ennuyeuse. 
Scier te dos, et Scier, v. a. 

Semaine des trois jeudis. 
Sempiternelle, adj. fém. (une 

vieille — ). 
Seriner, v. a. (fig.) 
Seringue, s. f. 
Si fait, adv. 

Sifflasson, s. m. (oiseau). 
Siroter, v. n. 
Soleil, s. m. (fleur). 
Songe-creux, s. m. 
Sornettes, s. f. pi. 
Souffre-douleur, s. m. 
à la Sourdine, adv. 
Soûlard, s. ra. 
Soûler, va. 
Soupatoire, adj. 
un Soupçon (très-peu). 
Souvente fois, adv. 
Suçoter, v. a. 
pour Sûr. 

Tabagie, s. f. 
Tablature, s. f. 
Taloche, s. f. 
Tambourineur, s. m. 
Tant et |)lus, adv. 
Tantinet, s. m. 
Tapageur, eiise, s, 



Taper, v. a. 

lopin, s. m. (tambour). 

Tapisserie, s.f. (fig.) (faire -). 

Tâte-vin, s. m. 

Tatillon, onne, s. 

Tàtillonner, v. n. 

Taudion, s. m. 

Taudis, s. m. 

Taupier, s. m. 

Tempêter, v. n. 

Tête carrée, s. f. (fig.) 

Tignasse, s. f. 

Timbré, adj. (fig.) (un peu 

fou). 
Tintamarre, s. m. 
Tintouin, s. m. 
à Tire-larigot, adv. 
Tirer, v. a. (traire). 
Tombée de la nuit, s. f. 
Toqué, adj. (un peu fou, qui 

a le cerveau dérangé). 
Toquet, s. m. 

Torciion, s. m. (femme sale). 
Tortiller, v. n. 
Tortu, adj. 

Toupet, s. ra. (audace). 
Tourniquet, s. m. 
Tourtelette, s. f. (Dict. Besch.) 
Traille, s. f. 

Train, s. m. (bruit, tapage). 
Tranchoir, s. m. 
Transiter, v. a. et n. 
se Transiter, v. pron. 
Trappon, s. m. 
Trapu, adj. et s. 
Tremblement (tout le — ). 
Trembler la fièvre. 
se Trémousser, v. pr. 
Trempée, s. f. (rossée). (Dict. 

de Bescherelle.) 



ALPHABETIQUE. 



259 



Tressait 1er j v. ii. 
Tricher, v. a. 
Tricot, s. m. (gourdin). 
Tricot, s. m. (tricotage). 
Trimballer, v. a. 
Trimer, v. n. 
Tripier, pière, s. 
Tripot, s. m. (tripotage). 
Tripoter, v. a. (embrouiller] 
Tripoter, v. n. 
Trique, s. f. 
Trogne, s. f. 
Trognon, s. m. 
Tronche, s. f. 
Troliner, v. n. 
Troupier, s. m. 
Troussé, adj. (mort). 
Truc, s. m. (^avoir le — ). 
Tuerie, s. I'. 
Turin pi nade, s. f. 
Turlupiner, v. a. 



Va-et-vient, s. m. 
Va-nu-pieds, s. m. 
Venelle, s. t'. 
Venctte, s. f. 
Venez-v-voir, s. m. 



Venir à rien. 

Venlaison, s. f. (maladie du 

froment). 
Vergogne, s. f. 
Vert-galant, s. m. 
Vertige, s. m. 
Vétille, s. f. 
Vie, s. f. (crierie). 
Vie (l'aire la — ). 
Victuaille, s. f. 
Vieillerie, s. f. 
Villace, s. f. 
Violon, s. m. (prison). 
Virer, v. n. et a. 
Viser, v. a. (atteindre, etc.) 

Terme des écoliers. 
Vive-la-joie, s. m. 
Vivoter, v. n. 
Voix de rogomme, s. f. 
se Voiler (parlant du bois). 
Volée, s. f. (rossée). 
Volerie, s. f. 
Vousaijer et vousoijcr, v. a. 

(Dict. de Bescherelle.) 



Zéro en chiffres, 
le Zist et le Zeste. 



NB. Cette nomenclature pouvait être futilement doublée et tri- 
plée. 



L INCENDIE. 

BAMBOCHADE EN LANGAGE GENEVOIS. 



Ah! te voilà, Carisot; eh bien! as-tu été au feu, celte nuit? 
— Au feu? Est-ce qu'on a crié à l'eau cette nuit? Je ne me 
suis aperçu de rien, moi, j'ai dormi comme un plot jusqu'à ce 
matin à huit heures. — Ah! Dieu me damne! il faut être 
sourd comme un toupin, pour ne s'être aparçu de rien avec un 
pareil brouhar qui z'y a eu toute la nuit. Moi qui ai le som- 
meil léger comme une rate, je me lève aux premiers cris d'à 
l'eau, tout en panfet; j'ouvre la fenêtre et je demande : Où 
est-ce? où est-ce? — En n'haut la Tour de Boë! qu'on me 
répond . 

Ali ! mon Dieu ! que je me dis, si c'était chez Goncet le 
remueur, ou bien chez la Jossau, la vendeuse de biscômes, qui 
demeure à côté ; ces pauvres diables n'auraient pas besoin de 
ça, y sont assez minables tous les d eusse ! 

Je ne me donne pas le temps de m'habiller. J'entile un 
crouye broustou avec ma roupe par-dessus, et je cours en 
grolles avec ma seille à la main. 

Ce n'était pas en n'haut la Tour de Boë, c'était en n haut de 
Bêmont, à un certain sacré endroit étroit qui va tout de guin- 
gQine comme l'allée du Cul du Chien. Y n'y avait pas une se- 
ringue d'arrivée. Quand je vis qu'y senlait le brûle à crever 
et qu'on voyait la fumée qui sortait par les vantaux d'un cer- 
tain carcagnou de chambre à plain-pied, je dis : Ah ! mon 



l'incendie. i6i 

Dieu ! voilii un t'en qui a gonvé toute la nuit : y aura l)ien 
du mal ! 

Y avait par-là trois ou quatre piournes de femmes teut 
épouiaillées qui faisaient des bràiiiées de mfdevie, et une trou- 
pelée de fichus charoupes qui restaient là plantés comme 
des idoines tout ébalourdis à regarder la fumée. Je leur dis : 
Sacribleu ! y ne s'agit pas de rester là à patenocher en at- 
tendant les seringues; puisqu'on a loqueté à la porte, et (ju'on 
ne répond pas, y faut la mettre eu bringue. 

Moi qui ai une bonne pougne, je vous chigougne le péclet 
vigoureusement et fiche la porte en dedans. Quand j'eus avancé 
quelques pas, la fumée et la flamme étaient si fortes qu'y fal- 
lut me rentourner en damier, avec le col de mon habit et mes 
cheveux tout siiclés. 

Heureusement que ces fichus patenoches de pompiers arri- 
vèrent avec la seringue de Chantepoulet. On lit la chaîne avec 
les siaux et les seilles jusqu'au bourneau du bas de la Cité; 
et après quelques bonnes jiclées, on fut maître du feu. 

M'sieu, quand on entre dans ce croton de chambre, m\ 
trouve une femme étendue par terre d'à bouchon, toute brû- 
lée et la moitié du corps en greubons. C'était la chose la plus 
z'hideuse, la plus /'hideuse qu'on puisse voir. On croyait d'a- 
bord que c'était une certaine gourgandine de Lyuii qui était 
venue demeurer dans le quartier; mais on vit ensuite que c'é- 
tait cette vieille redasse de Pignolct, qui tenait là un boiizin 
depuis quelque temps. Y paraît qu'on y avait fait la tamponne 
le soir, et qu'ayant trop fioulé au lieu de se coucher, elle s'é- 
tait endormie sur son covet en faisant le cafornet, et puis que 
le feu avait pris à ses z'hardes et à son lit. 

J'ai eu là une fière tarente, je t'en réponds ; mais enfin, à 
part une gonfle à la main et un peu de rouche pour avoir gardé 
mes habits tout trempes, je m^en suis tiré saink-et-sauf. 

Pourtant, quand je suis rentré à la maison, y faut bien y 
11. ^3. 



:2G2 LES HEMUEURS. 

dire, j'avais le cœur diablement savate d'avoir vu ce cadavre 
tout en greubons. Ma femme me disait : Y faut te faire une 

saigne, y faut te mettre les sangsuies Hé! voui ! c'est 

bien moi qui vais me potringuer pour une peur. Je me suis 
llàné un verre de riquiqui sur la conscience, et puis n.. i ni, 
c'est lini, ni vu ni connu. Adieu, Carisol; adieu, mon ami; 
Je m'en vais au sarcle faire l'heure sèche avec Mottu, qui paye 
les séchots. Adieu, îi revoire. 



LES REMUEURS. 

{La scène se passe dans une auberge.) 



Quel est donc ce fracas, qui, dès l'aube naissante. 
Fait retentir ici ma cloison frémissante? 
Pourquoi cette poussière et ces ais ébranlés? 
D'oîi partent ces clameurs et ces coups redoublés? 
Un créancier, suivi de la noire cohorte, 
Peut-être du voisin assiége-t-il la porte : 
Le rat de cave actif, son registre à la main, 
Soupçonnant dans ces lieux un trafic illicite. 
Peut-être exerce-t-il sa fâcheuse visite; 
Ou peut-être céans le gendarm.e inhumain 
Arrache-t-il des bras de sa tremblante mère 
Un conscrit malheureux, soutien de son vieux père. 
Le bruit redouble. Allons, secouons ces pavots 
Qui viennent, malgré moi, refermer ma paupière. 
Et sachons quels lutins ont troublé mon repos. 



LES REMUEURS. 26:J 

À l'instant, d'un bras ferme, empoignant la sonnette, 
J'appelle à mon chevet la servante Jeannette. 
« Quel est donc, s'il vous plaît, cet infernal fracas? 
D'oîi partent tous ces coups frappes à tour de bras? 
Et pourquoi, si matin, un pareil tintamarre? 
— Monsieur, dans la maison on a les remneurs. n 

(Elle dit et s'en va ) 

Les remueurs, grands dieux! quel est ce nom bizarre! 
Hélas! serait-ce point quelque troupe barbare, 
D'avides mallôtiers, de cruels exacteurs. 
De recors, de sergents... ou de voleurs peut-être ! 
Allons, habillons-nous : près d'eux il faut paraître, 
Et calmer, s"il se peut, leurs bruyantes fureurs. 

Les remueurs ! Ce nom, dans mon âme frappée. 

Je l'avoue, excitait les plus vives frayeurs. 

Enfin, à tout hasard, muni de mon épée, 

Je me rends au salon. Glaces, écrans, flambeaux, 

Fauteuils et canapés, commodes et bureaux. 

Tout était culbuté. Bon Dieu ! dis-je en moi-même. 

Ce n'était point en vain que, dans ma crainte extrême. 

Un noir pressentiment venait me tourmenter : 

La maison est pillée, il n'en faut pas douter. 

Puis, passant du salon à la pièce voisine, 

Par le bruit attiré, j'arrive à la cuisine 

Qui vient s'offrir alors à mes yeux ébahis? 

Le croirez-vous, Messieurs?... la dame du logis, 

La piquante Fanny, ma jeune et vive hôtesse. 

Une coiffe de nuit couvre sa blonde tresse. 

Sa robe est retroussée, et, sous un court jupon, 

D'un mollet arrondi brille le fin colon. 



264 LES REMUEURS. 

Du plus vif incarnat sa joue est allumée. 

Dans sa gauche elle tient, elle agite un torchon ; 

Et d'un balai poudreux, dont sa droite est armée, 

Semblable à cet acier qui commande une armée, 

Elle ordonne, elle suit les vastes mouvements 

Qui font gémir ces murs jusqu'en leurs fondements. 

« Allons, dit-elle à l'un, d'une voix animée, 
Ebaragnez ici, jetez là du raisson, 
Avec cette pannosse essuyez ce pochon ; 
Prenez ce pot de greube et Irempez-y ces pattes: 
Olez sur ce tablât ces pétales de rates. « 

A l'autre : « Eh bien, voyons, sans tant paienocher, 
Rangez-moi ce péclet que je vois brelancher. 
Reclouez ce liteau qui va tout de bisingve; 
Ebriquez ce toupin, sa manille est en bringue. 
Et vous, Jeannette, allons, pour vous émuustiller, 
Là-haut, sur ce placard montez vous aguiller, 
Et d'un coup ô'époussoir ôtez ces rauferies. 
Près do ce benaîton que vois-je bambiller? 
C'est un guindre entouré d'un tas de truieries. 
Vite redescendez. AvatUez ce coissi» ; 
Cette casse est gâtée, il faut chez le magnin 

La porter ce tantôt Ah! le vilain négoce! 

Tout devrait être fait depuis que je bregausse : 
Mais avec ces palets j'en ai jusqu'à demain » 

Puis, comme j'approchais, ma pétulante hôtesse ; 
« Ah! Monsieur, pardonnez, si, dès le grand matin, 
Dans cet appartement tout est mis en cupesse, 
Tout est écalabré, mais j'ai les remvenrs. r 



LA RESTAURATION DE 1814. 265 

A ce mot, la gaîté fait place à mes frayeurs, 
Et contant à Fanny ma risible épouvante, 
Je dérobe un baiser sur sa bouche avenante, 
Et je cours tout joyeux, rengainant mon fer nu, 
Achever à loisir mon somme interrompu. 

Gaudy. 



DIALOGUE SUR LA RESTAURATION DE 1814, 



LAMBOTEAU ET DELESDERNIER. 



Lamboleau. Ah! te voilà, Deladernier, y a longtemps que 
je l'ai pas vu. Qu'est-ce que tu as? Tu as l'air tout moindre. 

Delesdernier. Je ne sais pas ; depuis tout ce gandin de cet 
hivaire, je vais tout crevolant, j'ai une peine de màlevie à me 

rapicoler Ah ! si Ifs mâzilles allaient encore, ce ne serait 

rien, mais ces sacrés kaisorliques n'ont pas laissé sistance à la 
maison. 

Lambotean. Voui! Plains-toi, un pauvre gralte-loton, 
comme moi, qui en ai eu une tapassée le premier soire, et à 
qui on en flâne deusse ensuite tous les quinze jours. Dieu me 
damne! quelle avaloire! Ma femme leur fesait à dîner une 
puissante galimaufrcc de polmons et de froissures et un jaire 
de veau, avec une bonne platelée de tufôles bien diotues; c'é- 
tait plus vite en bas la gargataine qu'on y avait vu, et puis des 
tinquets de fromage et de tomme, la pare et tout, et puis la 



2(i(i LA HESiALîRATION DE 181i. 

soupe le matin, et puis le riquiqui Non, on ne l'ait pas 

une idée de la vieaille qui s'est galiaufrée chez nous depuis 
trois mois. 

Delesdernier. Moi, les miennes ne bouffaient pas autre- 
ment, mais c'étaient bien les plus fiares gouillards ! .... Tu sais 
bien ce lard que nous avions tué par ensemble avec Bosson 
et Livache: j'avais encore un couple de longeôles avecque 
deu.K jambettes à la cheminée, superbes, y n'y en reste ni 
riffle ni raffle!.... Mais ce que je regrette le plus encore, c'est 
une demi-douzaine de bouteilles de sarvagnin de la comète, 
que j'avais mises à coin pour me rabaubiner un peu l'esto- 
maque, (]ue ces sacrés bouchards m'ont lioulées ; et puis à 
présent qu'on a besoin de se refaire de quèque chose, y faut 
qu'on boive de la tatouille du cabaret. Mais c'est qu'y sont 

gouillards et cochons tout à la fois Allons! mouche avec 

les doigts comme des capucins ; et puis des clâmauds par terre 

qu'y vous acrasent avec le pied Dieu me damne! s'y n'y 

avait pas des fois de quoi dégobiller!... et puis une odeur de 
gonvé sur eusse. Quant ils ont eu déboulé, j'ai vite ébaragné 
et écalabré par leur chambre; eh bien! quoique ça, y a pué 
encore le bocan pendant huit jours dans toute la maison. Mais 
enfin, Dieu marci! nous voilà, une bonne fois |)Our toutes, 
débarrassés de ces sacrées sangsuies. 

Lamboteau. Voui, c'est des sangsuies, c'est vrai, mais y 
faut bien y dire aussi, quante l'on n'a une maladie, y faut une 
purge ou une saigne, et je crois que c'était une maladie qui 
comptait que ces gabelous et ces rats de cave. 

Delesdernier. Et la conscrii*t+on!... Non, tiens, quante je 
[)ense qu'y aurait fallu que mon Jaquet tire cette année! un 
enfant chàcholé et flaironné par sa mère comme cetui-là!... 
y n'y aurait pas fallu trois semaines de sarvice pour le tlan- 
qucr à plaide lit, au ranco dans une hopitale. Non pas à pré- 
sent que toute cette sacrée parade est finie, comme il est assez 



LA RESTAUrtATION UK 1814.. 267 

ilégi'iinë, je m'en vais vous le. pousser farine dans la chiffre, 
pour sarcher ensuite à le placer dans quèque bon commarce 
d'espiceries on de crincaillerie. 

Lamboteau. Dis voir, et tous ces nanis de braille, comme 
y vont être ligeau de tout ça? 

Delesdemler. Et toute cette cassibraille de gratte-papier 
qui vont être d'obligés de vanner. 

Lambuleau. Et cette damnable pardition de loto qui ne pom- 
pera plus nos ag-nettes. 

Delesdernier. Et le cale qu'on va avoir bientôt aussi bon 

marché que les faviolons Ma sacré gouillarde de femme 

ne viendra plus me triôler, et me tirer de sous les ongles la 
moitié du çan mienne pour pouvoir se flâner ses deux écuelles 
dessus la conscience tous les jours que le bon Dieu a criés. 

Lamboteau. Et dis voir, as-tu entendu sonner cette retraite 
hier à soire? Dieu me damne! si au premier coup de cloche 
je ne me suis pas tout sentu remuer la farà. 

Delesdernier. Et moi, quante j'ai revu en n'haut des af- 
fiches la clef de la cave avec notre moitié de poulet, si je n'é- 
tais pas pour faire des cupesses au beau milieu de la rue. 

Lamboteau. Crois-tu, toi, qu'on mangera les greffions des 
pronmontions avec plaisir cette année, quante l'on reverra 
Monsieur le Premier redonner les prix à tous nos ourious 
comme du temps du bon glu. 

Delesdernier. As-tu vu nos brecaillons avec leur nouvel 
uniforme comme ça vous a le fion ! Je les ai rencontrés sur 
les ponts de Neuve comme y se renvenaient de l'exarcice. Y 
sont encore mieux retapés, au moins, que nos anciens volon- 
taires avec leur queue à ras le cochon et leurs petits chapeaux 
de biscôme. Et ce sacré crotlu de Favre, ce n'est pas le plus 
crouye de tousse au moins, quante y a son habit bien aboutonné, 
avecque sa gravate nou'C et poudré à blanc. C'est qu'y n'est 
ni jartou ni gambion cctui-là, quante mémo c'est un ancien 



268 LA RESTAIUATION DE 1814. 

Genevois, el j'en ai bien vu quèqiie z'eunes qui le reluchaient 
et joliment, en |>assant sous la Corraterie. 

Lamboieau. C'est bien à présent qu'on peut dire avec le 

père Ch : Luslucm, mon cher conspire? ou bien : No le 

veyains revegni ce temps pleijsans tant allègre. 

Delesdernier. Ah! je t'en réponfls. Y en a bien encore 
quèque z'uns de ces fichus avenaires qui ont toujours à gon- 
gonner et à raufer sur tout, quoi qu'on liisse, qui regrettent 
encore qu'on ait déguillé Bonaparte, et qui vous disent encore 
comme ça : Voui, vous êtes frais avec votre ritournelle. A 
présent que vos gros sont remontés sur leur bète, vous allez 
les voir tiars comme des boques, qui vont sarcher à acraser 
la bourgeoisie plus que jamais. Moi je dis que non. Les gros 
et les petits ont eu leur i)ide chacun, on est las de se marman- 
ger et de ronger le félin. Y n'y a plus ni natifs, ni grimauds, 
ni habitants, ni corniauds, ni englués, ni emmardés ; y n'y a 
plus que des bons Genevois (saufre pourtant ceusse qui ont 
mis la main au copon, au moins), et je parie, moi, qu'à la pre- 
mière tamponne qu'on fera pour la paix, nous verrons encore 
Des Arts ou Gourgasse danser avecque les péclotiers autour 
du bourneau de Saint-Jarvais. 

A çà! Adieu, Lamboteau, adieu, m' n'ami, je m'en vais 
au sarcle faire un conchon avec Mottu et Jaquin qui m'atten- 
dent. Adieu, ù revoire. 

M , docteur. 



Il 



BINDING &^.„r. JUL 2 9008 



ï'O Humbert, Jean l'ierre Louis 
314.7 Nouveau glossaire 

G4-H8 genevois 
t. 2 



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