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Full text of "Nouveaux melanges philosophiques, historiques, critiques, &c. ..."

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Vi. n70G-/i [sû 



D,lz.::,. Google 



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;,■ Google 



MÉJLANOES 

&c. &c. 
quiuziMme parue. 



D,lz.:;,G00glc 



■ griz^c;,. Google 



VHUVBAVX 

MÉLANGES 

PHILOSOPHIQUES', 

H I S T O R ,1 Q U E S , 

C Rît i(i V ES, 

2£c. &c. 

qumi/IÈME PA./ITIS. 



W DÇC. tXXH 



3Nzo:;,GoOglç 



■•.,.. ■ (■ I i. ■. T 




3Nzo:;,GpOglc 



AVERTISSEMENT. 

\^ E S courtes Annales rénfermetlt tous leS 
événements principaux depuis le renouvel- 
lement de rÈmpIre d'Occident. On y voit 
cinq ou fix Royaumes vaffaux de cet Em- 
pire , éette longue querelle des Papes aveâ 
les Empereurs * celle de Rome avec les uns 
& tes Huttes , 8e cette lutte opiniâtre du 
droit' féodal contre le pouvoir fuprême. On 
y voit comment Rome fi fouvent prête 
«'être fubjuguëe , a échappé à un joug 
étranger * & comment le Gouvernement 
qui fubfifle en Allemagne s'eft établi. C'ell 
à la fois THiftoire de l'Empire & du Sacer- 
doce , & de l'Allemagne & de l'Italie. C'eft 
en Allemagne que seft formée cette Reli- 
gion qui a ôté tant d'états à l'Égtife Romaine.' 
Ce même pays dt devenu le rempart de la 
Chrétienté contre les Ottomans. Aînfi ce 
qu'on appelle l'Empire , eft depuis Charle- 
magne le plus grand théâtre de l'Europe*' 
Gif a mis au devant du premier volume f 
le Catalogue des Empereurs avec l'année 
de leur nailTance, d&îeur avènement & de 
leur mort , les noms de leurs femmes 8c de 
leurs enfants. Vis-à-vis eft lalifle des Papes 
prefque tous caraâérilés par leurs aâionS 
principales ; on y trouve l'année de leur 
exaltation. De lorte que le leâeuc peut 
NouY. MiU Ton. XV. A 



;,■ Google 



1{ AVERTISSEMENT. 
cooAiltsr d'un coup d'oeil ce tableau , lân» 
aller chercher des fragments de cette lifte 
i la tête du règne- de chaque Empereur. 

Or a placé' à la fin du fécond volume 
une autre liAe i colonnes contenant tous 
les Eleâeurs. Le Catalogue des Rois de 
l'Europe & des Empereurs Ottomans , qu'on, 
trouve fi facilement par-tout ailleurs , eût 
trop grofli c^ Ouvrage, qu'on a voulu rendre 
court autant que pleui. 

Pour le rendre plus utile aux jeunes gens , 
& pour les aider à retenir tant de noms & 
de dates , qpi échappent prefque toujours 
à la mémoire , on a reflerré dans une cen- 
taine de vers techniques , l'ordre de fitc- 
céflion de tous les Empereurs > depuis Char- 
lemagne , les dates ne leur couronnement 
& de leur nK»t^ & leurs {vlncipales aâions ■, 
autant que la brièveté & le genre de ces 
Vers l'ont pu permettre. Quiconque aura 
^>pFis ces cent ,vers « aura toujours dans l'ef- 
prit^ians hélit«, tout le fond de lllifioira 
de l'Empire. Les dates & les noms rappel- 
lent aiCémem dans la mémoire les événe- 
ments qu'on a lus. C'eft la méthode la plm 
£^c 3c la ^us ûicile. 



;, Google 



^<ii*ifcfct*a^*;*ÉiiaMLaja| 



ËMPEREVRS. 

CHARLEMAGNE 
tA , dip-oû, le lo Avrïl 
f4% , Eiopueur ea 800 » 
iRon en 814. Ses Fem- 
mes. UUdes<tt-dt^&\c ds 
Onldcbrint , Comis de 
Suafac. IrmenganUt qu'on 
croit la même que DeA'- 
lieraie , fille de Didier , 
Roi des Lombards. Faf' 
tradt de Fnnconie. Luil* 
farde de Sua^. CoNCu- 

SIMES OV FeMÛES du 
SECOND KANG. Ilmi- 

tndt t 0alUnat, Matais 
gardt , ûerfindt > Rtgiutt 
jtdilaïdt Qt plnfieurs ta- 
ties.S£& £NBAliTS.Ciiu> 
Us t Roi d'AUcnugne , 
mort en 771. Ptp'm , Roi 
â'Italie , mort en 810 , 
peie de Bernard , Roi 
d'Italie , tige de la Mat- 
iaa de Veniundois> dé- 
pofl&lé , aveugla & mort 
en 818. Louit le pieux , 
le débonnaire ouïe foible, 
Entpereui. Roirude ,(ai^ 
cÉeàConAantinV, £m- 
pereiu d'Oricm. Berthe , 
mariée à un Chanciilier 
de Qsarlemagne. Giftidt, 
Tttrardc , ttUtmdt , «n- 
(loitiées par Louis le dé- 
baoïuùH. U eiu det titm- 



PAPES. 

ZACHARIE « enltl 
en 741; c'dl lui qu'os 
prdtead avoir décidé f«t 
ctltii'U fcul itoU Roi ftti 
en avait Ir pouvoir. Il mat 
diématha ceux qui di> 
monttoient qu'il y a des 
antipodes : l'ignorance dft 
cet nomme in&illible étoit 
au point qu'il afiirmoit 
que g.pour qu'il v eût dn 
antipodes , il &lfoit nécel^ 
fairement doux JôlciliSt 
deux lunet. 

ETIENNE H ♦« m i 
exalté en 7J1; lepr«mîe< 

Sfc fit porter far le« 
lUles de* hosunes. 
* Paul I. 7J7 ; ds l'oit 
temps la grande querelle 
des images dirUbit l'E* 
zliïè. 

ETIENNE m ou IV, 
768 ; il difputa le Siège i 
ConAantin , oui était iV 
culier , 8c à Ptulk^t U 
y eut beaucoup de iang 
répandu. Ce n'éioit pu 
le premier fchifiiu^ odei 
a vu plus de quatanw : il 
faut remarquer ici que 
cet Etienne IV di^oU « 
dégrada Conllantin loQ 
prédécefleur, & lui â 
crerei les yeaxi 
A a 



;,C.(.x>g[i: 



mes du fécond rang, Ùro- 
fan , Evéque de Meti , 
Hugo ou liuptcs l'Abbé , 
Tkitni l'Abbé , Ptpin le 
boffu , Roikilde , Gtr- 
trude. Les Romanciers 
aiouient la belle Emma , 
dont ils diCent que le Se- 
crétaire Egittkard, & mê- 
me CharUmapu , furent 
amoiiKuxk 



Louis LE FoiBLE, 

tié en 778 , Empereur en 
8i4,mcrten840,ioJuîn. 
SEsFEMME$./r>n«fl?«/'<&, 
fille d'un Comte de Habf- 
banie. Judith , allé d'un 
Comtede Suabe.SEs En- 
fants. Lothain, Empe^ 
reur. Pépin , Roi d'Aqui- 
taine , mort en 838. Gtfel- 
U , femme d'un Comte de 
Bourgognç. Louis, Roi de 
Germanie , mort en 876-. 
Adélaïde , femme d'un 
Comtede Bourgogne, y^t 
paide, femme d'un Comte 
éefii'ts, Charlei le rhauve. 
Roi de Fnace & Em- 
pereur. 



P A p t s: 

ADRIEN 1. 77» ; fti 
légats eurent la première 
place au fécond Concile 
deNicée. 

LEONin.79ï;ilnom. 
ma Charlemagne Empe- 
reur le jour et Ho'él en 
800 ; il ne voulut point 
ajouter fi^iogue au Sym- 
bole. On prétend que ce 
fut lui nui introduibt l'u- 
fage de baifer les pieds des 
Papes. La Cour Romaine 
dit qu'il donna l'Empire 
k Charlemagne; la vérité 
dit qu'il tilt l'organe du 
Peuple , gagné par l'or & 
intimidé par le ter. 

ETIENNE IV ou V. 
816. 
PASCAL I. 817, ac- 

CuTé d'avoir fait affalG- 
ner le primider Tliéodo- 
re , & obligé de fe pur* 
eer par ferment devant 
les CommifTaires de l'Em- 
pereur Louis. 11 forgea 
ou laifTa forger le faux 
Aâé par lequel l'Empe- 
reur Louis le débonnaire 
lui donnoit !a Sicile & i 
tous fes fucceffeurs. 

EUGENEILS^i; 
fumommé le Père d« 

^"VALENTIN. 81T. 

GREGOIRE IVi 
S28 , qui trompa Louis 
le foible, dans un Champ 



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EMVBKE VK s. 



3- 
LOTHATRE I. né en 

796 , Emperenr en ^40 , 
mort en 855. Femme. 
Htrminga'di , fille d'un 
Comte ae Thion vi 1 1 e. S E s 
Emvants. Louis fécond , 
Empereur. Lotkaire , Roi 
de Lorraine , mort en 
86S. Charlts , Roi de 
Bourgogne. Htrmtngar' 
it , Kmm« 4'un Duc Tur 
laMofelle. 



LOUIS SECOND, ni 

^82f,EnipercuEen8;T, 
ïnortenSyï , le 13 Août. 
■ Sa Femme. Ingelbenke^ 
fiHedeXouû, Roi de Ger- 
manie. Ses E}4fants. 
Htrmeneardt , mariée à 
ft^^onjRfÀdeSourgogne. 



P A * I .s; T 

entre Bâ!e & Cplmar, 
qu'on appella depuis te 
Champ du menlongs , 
& qu'on va voirpar eu- 
riomé. 

SERGIUSI1844,qitt 
Ce fit confac[»r fans atten- 
dre la permtflion de l'Em- 
pereur , pour èt^lir la 
grandeur àfi l'Eglilie Ro* 
maine. 

LEONIV.847,iHao. 
va Rome des Mahomé- 
tans par fon courage 8c 
p«r {k vi^lancc^ 



BENOmn. 8ïï,i 
l'aide des !l?rancs malgré 
!e Peuple Romain. Sous 
lui le Dtitierdt Si. Pltm 
s'établit en Angleterre. 

NICOLAS 1.858 ids 
fon temps 4;ommence le 
grand SckitmeentfeConf- 
tantinople & Rome. 

ADRIENII 867;ilfit 
le premier porter la crobt 
devant lui. Le Patriarche 
Photiuï l'excomomniK 
par repréfailles. 

JEAN VIII. Sjv; il r». 
connut le Patriarche Pho- 
tius. On dit qu'il fut aflaA 
fine à coups de marteau. 
Cela n'eft pas plus vrai 
^e L'Hiûàiie de UPapeGb 
Ai 



;, Google 



ii ËM»cftziriis; 



CHARL£S L£ 

CHAUVE,îié«B82), 
Enpeteur en 875 , mon 
«BS77.-lci&.Oa<â)re.SEs 

«Ued'Odon, DBcd«r- 
y^ra. R'uhiUe ^mtA'aa. 
Comte de Bovines. Ses 
Ehfakt^. Louis le bè- 
gue. Ckarltt , tué en %66. 
Carloman , aveuglé en 
87}. Judith ) /emme en 
premières noces d'Ethet- 
ted , Roi d'AiigleteH« , 
& en fécondes noces de 
Baudouin 1 , Comte de 



' I.O'DIS LEMGUE, 
Vé e> 8.^j ,1 Novembre , 
^npereuT en 878', mort 
tn 879 , 10 Avril. Sïs 
Vemmis. Anfgarde. Adi- 
laide. Ses Entah-Ts, 
TauÛs, Cartonait '£• Char- 
Tes leûn^le.Ro'i de France. 
igifcUe , msriée à Rolon 
'ou Raoul , premier Ddc 
'de Normandie. 



Jeanne. On loi attribua te 
rftiede cette Papefle , par- 
ce que les Romains di-' 
foient qu'il n'avoit pas 
montré plus de courage 

^'uv femme c^BtteFltOT 



;, Google 



Ih PX«C VRST 

7- 
CHARIESLËGROS. 

EmpeFcoT en S8o. AépoC- 
!ftaéen887,inoiten888, 
4e 13 Janvier, SAJisïif- 

9. 
AANOLPHEouAR- 
NOULD , né en 863 , 
Empereur en 887, mort 
«n 889. Il eut de sa mai- 
TKESSE EUngardt, Louif 
l'enfiint ouLouii /f, Em- 

Sereur, Zveiuilholde, Roi 
e Lorraine. Rupoldt^iize 
des Comtes d'Andeck oc 



ï,OUISlVoui.013IS 

J;'ENFANT,néen883, 
Empereur vers 900, lavt 
CD f**, Jbas fioftiritï. 



CONRAD 1. Emp«. 
ençiioujiia, mort en 

ÎiS f 13 Décembre. Sa 
EMME y Cutt^ortit de 
Bavière , dont îleut Ar- 
nolphe U moÊivait , nge de 
la miîAin de Bavière. 



HENRI L'OISE- 

LEVR, Duc lie Saxe, 



MARIN. «Si. 

ADRIEN JU. 884. 

ETIENNE VI. 884;*! 
défendit les ^pienves pw 
lefeu&.parraw]:. 

FORMOSE. 891. 

ETIENNE VH. 89*; 
£U d'un,pTetre; ll€t dé- 
terrer le cor^sdefonpfé- 
décelTeur Formotë , loi 
«rancha la téie 8t le )eU 
•dans le Xlbre. 91 ait -en- 
fuite mis on |nilbn -ik 
étranglé. 

JEANIK.897.Defim 
temps les Mahométans 
■vioréAt dans la Catabre, 

fiENiOlTlV.-ww. . 

I^ÎNV. 004. 

SERGUfê lit. 90T ; 
homme txwA , amant de 
Matofie , âlie de la pre- 
mière TModora , -dont 'il 
eut le 3>»pe 5ean 93. 

ANASTASE. 013. 
LANDON.914. 

J£ANX. 9if .amant 
de la jeune Théodoia ^ 
lui procura le St. Siège , 
& dont il eut CieCcence , 
premier ConAil de ce 
nom. It mourut étranglé 
dans l'on lit. 

LEON Vï. 918. 
ETIENNE VHI. 915, 
A 4 



;,■ Google 



vîQ Emfirzitks: 

né en 876 , Empereur en 

?i9, mort en 936. Ses 
EMMES.ffatboiirge,&\lt 
d'un Comte de Mert- 
bourg. McUhtidt , fiUe 
d'un Comte de Ringel- 
heim.SBsENFANTS.r41a- 
(ord, mé à Menbourg en 
939. L'Empereur Otnon 
U grand. Gerberge, ma- 
riée à Gifelberg , Duc de 
Lorraine. Àmide , ma- 
riée à Hugues , Comte de 
paris. HtHri , Duc de Ba^ 
viere. B'unon * £vc({ae 
it Cologne. 



OTHON I , oa LE 
GRAND , né le »* No- 
TembFe9i6. Empereur en 
oj6 , mort en 979 , le 7 
Mai. Ses Femmes. Edl- 
the , £Ue d'Edouard , Roi 
d'^gletcrre. ^diliùd* , 
£Ue & Rodolphe fécond , 
Roi de Bourgogne. Ses 
Enfants, tuthlf. Duc 
de Suabe. Luitgardt, fem- 
me d'un Duc de Lorraine 
& de Franconie. Otkon 
fteond, dit le roujt, Em- 

Siereur. MalAildt, Abbef- 
e de Quedlimbourg. Adé- 
laïde f mariée à un Mar- 
quis de Montferrat. Ri~ 
thilde , k un Comte d'E- 
liinguen, Guillaume , Ar* 
fheYê^ue de Mayence. 



- P A r I ». : 

qu'on croit encore fils dé , 
Marofie , enferma au 
Château qu'on nomme 
auiourd'hm St. Ange. 

JEAN XI. 931; fils du 
Pape Sergius & de Maro- 
lïe , fous qui fa mère go*^ 
Tcraa delpotiqnemeat. 



LEON VII. 95«. 

ETIENNE K. 939; 
Allemand de nailTance , 
fabré au vifage pat ia 
Romains. 

MARIN m. 943. ' 

AGAPET. 946, 

JEAN XIl. 956; fils de 
Macofie & du Patrice Al. 
beric ; Patrice lui-m^me. 
Fait Pape à l'âge de i8 
ans. Il s'oppofa à l'Em- 
pereur Othon 1. 1\ fut aS"- 
fatliné en allant chez fa 
maitreflè. 

LEONVIII.963;m>m- 
mé par un petit Concile à 
Rome pat les ordres d'O- 
thon. 
BENOIT V.964;chaff4 
ùumé<^tcmem après par 



;,C.oogli: 



Empzrivks. 



«3; 

OTHONIÏ, ouïe roux, 
né en 9;5 , Empereur en 

r'3 , mort en 9S3. Sa 
EMME. Tktopkanic , 
beile-fillc de l'&npereur 
Nicéphote. Ses E n- 
SANTS. Oikon , depuis 
Empereur. Sophie ^ Ab- 
belle de Gannecheim. 
Mathilde , femme d'un 
Comte Palatin. VukUdt, 
fille naturelle , femme 
d'un Comte de Hollande. 



OTHON l\\. né en 

97î t Empereur en 98 1 , 
mort en 1002; on prétend 
qu'il époula Marie d'Ara- 
gou. Mort fus poftérité. 



Papes; tx 
l'Empereur Othon l, 8e 
mort en eitl àHambours. 

JEANXin.si65;chaT- 
fé de Rome &puis rétabli. 

BENOIT VI. 971; 
étranglé par le CcùiTul 
Crefcence , fils du Pape 
Jean X. 

BONIFACEVn.974; 

il voulut rendre Rome 

aux Empereurs d'Orient. 

DOMUS. 974. 

BENOIT VII. 97S. 



JEAN XIV. 984 ; dn 
temps de Bonirace VII , 
mort en prifon au Ch^ 

BONIFA^CÊ Vn. ré- 
tabli. AlTaffiné à coups de 
poienard. 
JEANXVouXVI.ogtî; 
chairédeRomeparleCon- 
lui Crefcence, & rétabli. 

GREGOIRE V. 996; 
k la nomination de l'Em- 
pereur Othon III. 

SILVESTREII.999i 
c'eft le fameux Gerbert , 
Auvergnat , Archevêque 



;, Google 



tt EWVKEURS. 



SENRI SECOND. 

.fiiRKuniBi le /uat , le 
diafïe & le J>oiteia, Duc 
■de Bavière, peûi-fils d'O- 
tboa le grand , Empereur 
u icx>ï« jQonen 1034. 
Sa T'émus. CiMégonée^ 
'ffîe de Sigefroi , Comte 
'deLuxen&oDig.Santpc^ 
lérit^. 

CONRAD n, le OE- 

mie , de la mailôo de 
Franconie , Empereur en 
1014 , mort en 1039, le 
4 Juin. Sa Femme. Gi~ 
fille de Suabe. Ses Ev- 
VAMn. Henri , depnis 
Empereur. Biairix , Ab- 
befTe de Ganderihetm. 
ftidUi , mariée , k et 
qs'en ^>rétend , à Ai«a 
jd'Eftcalulic. 

4HÏIRIffl,tKtIenoir, 
né le i.% Oâobte 1017 , 
Enipereuren 1039 > ii^ot 
en 10^. Ses -Femmes. 
Cunigendt , fiUe de Ga- 
rnit , Roi d'Angleterre. 
^gncj ,€lIedc<7DilUume, 
Duc d'Aquitaine. Ses 
EkfjV»ixs de la secon- 
de FiMMt. Matkilde , 
mariée à Rodolphe, Duc 



P A r z 9; 

de Rheims , prodige d'é- 
fuditîoa pour fou temps. 

JEAN XVII. 1001. 

JEANXVIII. 1004. 

SERGIUS IV. 1009; 

regardé comme un ome- 

OteniderEfilire. 

BENOÎT VUI.ioiz; 
iUepoiii^ lesSanaâiu. 



MAN XBt -©H XX. 

rost'.duiréScTétabti. 

BENOÎT IX. 103» ; 
qui acheta le Pontificat Ini 
troifieme , Sc qui rem- 
dit & part. 



GREGOIRE VL 

1045 > dépofïL 

CLEMENT U. Evo- 
que de Bamberg en 1046; 
nommé par ITimkereur 
Henri II. 

DAMASE n. 1048; 
nommé encore par l'Em- 



;, Google 



Empe revrs. 

de Suabe. L'Empereur 
Menri IK Conrad, Duc 
âe Bavière. Sophie , ma- 
riée k Salomon « Roi de 
Hongrie, & depuisàUlo' 
diflas , Roi de Pologne. 
Iria , femme de Léopald, 
Marquis d'Autriche, ^di- 
Uïdt , AblnSe de Gan- 
dersheim. 

i8. 

HENRI IV. né Je II 
Novembre m io[Oj'£m- 
pereur en 10^6 , moit en 
1106. SesFemmes.jî*»- 
tAe , fille d'Otlioii de Sa- 
voie , qu'on appelloit 
Marquis dltalie. Adélaï- 
de de Rnffie , reuve d'un 
Majora ve de Brande- 
bourg. Ses Enpants d^ 
Bgrthk. Conrad , Duc 
de Lorraine. L'Empereur 
ïftnri V. Agnit , femme 
de Frédéric deSnabe. Ser- 
tit , mante à un Duc de 
Carinihie. Aditaidt , à 
Bolefla)in,.RaidePoh>- 

Ke. Sophie , à Godsfroi^ 
K de firabanb 



VICTOR n. loy ; 

grand réformateur. Infoî- 
ré & gouremépar Hiiofr- 
brànd , depuis Gréeoùe 
VU. * 



E-nENNE X. loffs 
freiv de Gode&oîj Duc 
de Lorraine. 

NICOLAS II. ezaltéà 
main armée en io^S,clial^ 
fa foR compétiteur Be- 
noît. II fournit le premier 
la Fouille & la Calabre au 
St. Siège. ' 

ALEXANDRE H ; 
élu par le parti d'Hilde- 
brand, fans confentement 
de la Cour impériale , 
loâi ; de fon temps eft 
il^tOnnante aventure lie 
r^reuve de Pierre I^ 
jieus , vraie ou fauHé , ou 
«xasérée. 

GREGOIRE vn. 
1073. C'e{l le fameux 
Hildebrand , qui le pre- 
mier rendit Ixglili: Ro- 
maine redouuble. U fut 
la viâime de Ion zèle. 

VICTOR IIL io86; 
Grégoire Vli l'avoit re- 
commandé à fa mort. 
URBAIN II, de eu. 



;, Google 



^ ERtrcKEiims. 



H£NRIV,néenioSi, 
Empereur en 1 106 , mort 
cniiiï , le 1) Mai. Sa 
Femme. MathUdt , fille 
de Henri I , Roi d'An- 
gleterre. Ses Enfants. 
Ukrîjline , femme de La.- 
(tflas , Duc de Silélie. 



LOTHAIRE SE- 
COND, Duc de Saxe, 

Empereur en ii2f , mort 
en 1137. Sa Femme. 
Ricke^t , fille de Henri 
le gros , Duc de Saxe. 



CONRAD m , né en 

1091, Empereur en 1 1 38, 
mort en ii^i, 15 Fév. 
Sa Femme , Gtrtrudt , 
fille d'un Comte de Sulti- 
bach. Ses Enfants. 
Jitnri , mort en bai âge. 
Frédéric , Comte de Rot- 
hembourg. 



FREDERIC I , fuT- 
■ommé Barbeioufle, Duc 



P A r e s: 

tîllon fur Mame , io9?t: 
11 publia les CroHadei ima- 
ginées par Grégoire VU. 
PASCAL IL ioçl9;U 
marcha fur les traces de 
Grég9ire VIL 

GELASE IL II 18; 

traîné immédiatement 
après en prifen par la 
faâioti oppofée, 

CALISTEILiKo; 
finit te grand procès des 
inveftitures. 

H0N0RIUSU.iia4. 



INNOCENTn.rMo; 

prefque toutes tes Elec- 
tions étoient doubles dans 
ce fiecle ; tout écoit fchif- 
me dans l'EgUfe ; tout 
s'obienoii par brigue , par 
fimonie ou par nolence ; 
& les Papes n'étoient 
point raaitresdans Rome, 

CELESTINIL 1143. 

LUClUSILit44,tué 
d'un coup de pierre en 
combattant contre les 
Romains. 

EUGENE m.ii4îï 
maltraité par les Romains. 
& réfiigié en France. 



ANASTASEIV.IIÎ3. 
ADRIEN IV. XIS4. 



;, Google 



EMPERtVItS. 

it Suabe , ni ta 1121 , 
Empereur en l'JJi'i mort 
en 1190. Ses Femmes. 
AdilaïA , fJUe da Mar- 
(juis de Vohenbourg , ré- 
pudiée- Biatrix , Mie de 
Renaud, Comte de Bour- 
gogne. Ses Ekfamts. 
Jltnn , depuis Empereur. 
Frédéric, Duc de Suabe. 
Conrad, Ouc de Spolette. 
Philippt , depuis E|mpe- 
Teur. Çihon , Comte de 
Bourgogne. Sophie ,. ma 
liée au Marquis de Mont- 
ferrât. Biatrix, Aiibeffe 
■de Quedlimbourg. 



, né en 



HENRI VI 

1165, Empereur! 
mort en 1197. Sa Fem- 
me. Conllaace , fille de 
Roger, Roi de Sicile. Ses 
EiTFANTS. Frédéric, de- 
puis Empereur. Marie , 
lémme de Conrad , Mar- 
dis de Mîhren. 



PHILIPPE , Dnc de 
Suabe , fils puîné de Fré- 
déric Barberouflê , tuteur 
de Frédéric U , né en 
xiSiiEmpcreureniiçS, 



* A ► 1 s. ]£| 

Ai^loîs , fils d'un men- 
diant, mendiant Ini-mS- 
me , & devenu uA grand- 
homme. 

ALEXANDRE ni. 
11^9 , qui humilia l'Em- 
pereur Frédéric Barbe' 
roufle , & le Roi d'An- 
gletertê Henri II. 

LUCIUS III. 1181 ; 
chafTé encore & pourfuivt 
par les Romains , qui en 
rtconfloiflani l'Evêque , 
ne vouloiint pas recoiv* 
neutre le Prince. 

URBAIN Iir. iiSf. 

GREGOIRE VIII. 
1 187, palTe pour Tarant , 
éloquent & honnéte- 
homme. 

CLEMENT m. 1188, 
voulut réformer le Clergé. 

CELEStTN UI. 1191, 
qui défendit qu'on enter- 
rkrEmpeteur Henri VI. 



INNOCENT III. 

1198 , auîjeta un inter* 
dit fur la France. Souc 
lui la Croifade contre les 
Albigeois, 



;, Google 



tàr ÈHtKKtV9,S. 
Sa FemmB. Irtnt , fille 
d'I&aC , Empereur de 
O^lVandnople. Ses Ek- 
ÏANTS. Siatrix , époufs 
de Ferdiuutd UI. Roi de 
Caltille. C(u^R^,épou- 
fede Vencelhs lU, Roi 
de Bohemf . MarUf époi>- 
fè de Mûri , Duc de Bra- 
bant, Béatrix , morte inv 
médiatement après fbn 
mariaee avec Oihon IV, 
Duc de Brun^tck, if 
puis Empereur. 

as. 

OTHONlV.Oucde 

Brunfvick , Empereur cq 
iiyS , norten tti8. Sa 

SECONDE FeMMI. Af^ 

rù,fiUe de Henri le ver- 
rueux , Duc de Brabant » ' 
mort ran» poflériti. 

%6. 

FRÉDÉRIC U. Duc 
de Suabe , Roi des deux 
SicUes , né le 16 Décem- 
bre 1193 , Empereur ea 
1212 , mort en "Ipt le 
13 Décembre. SesFem' 
M ES. Confiance, fille d' Al- 
pbonfe 11 , Roi d'Aragon. 
yioUmt , fille de Jean de 
Brienne , Roi de Jérufa- 
itm. l/atciU, fille de Jesa, 
Roi d'Angleterre. SEs 
Enfants, /fcnri , Roi 
des Romains, mon en 



HONORIUS OL 

.1 1 iti , commença à s'élw 
ver contre Frédéric II. 
GREGOIRE 1X.I3»7, 
chalTé encore par les Ri»' 
mains , ezconunuaia 8t 
crut dépoier Frédéric II. 
CEtESTlNIV.1141. 
I N N O CEN T IV. 



pofèraa Gmcil; de l^oa. 



;,C.oogli: 



EMPfflt ZU ft 3. 

Slfoneti 11)6. Conrad t 
pu» Empeitur , pm 
deConradin-, enquifinit 
U maifon de Suabc. Btn- 
ri , Gouveniear de Sicile. 
Margutriic , époulè d'Al- 
bert le dépravé , Land* 
gtive deThnringe & M»r. 
qtiîj de MifiiiC' De ses 
Maitkbsses , 'û eut Sit- 
no , Roi de Sardaij^e. 
Manfndo , Roi de Sicile. 
Frtdtne, Prince d'Antio- 



CONRAD IV , Em- 

pAVur ta tijo , mort en 
1454. Sa Fxmme. Eli- 
fabttk , fille d'Odion , 
Comte Palatin.S ON fils, 
Co/tradin , Duc de Suabe, 
héritier dn Royaume d« 
Sicik, ^fpû Charles'd' An- 
jou fk couper la tâte à 
l'âge dedix-f«>tans , le 
X9 Oâobre iiâl. 

( Alphonse X , 
Roi d'Efpagne , & Ri- 
chard , Duc de Cor- 
nouaille , fils de Jean fans 
teire, tous deiu élus en 
1257 ; mais ils ne font 
«as comptés patmi les 
Encreurs. ) 



Paves. ««■ 



ALEXANDRE IV. 
ilf4 , qui orotége» les 
MoiiKs menaiants contte 
rUniverûté de Paris, 

URBAIN IV. 1361 ; 
il 6it d'abofd - fxvaàm k 
Troyes on Champagne. 
11 appella le ]»-eniiM CW*. 
les d* Anjou à Naples. 

CLEMENT IV. iifc»: 
WLjprueod qu'il confeUla 
l'aCaffinat de Conradi» 
& ia Duc d'Autrich* 
par la mua d'un Itour; 



RODOLPHE,Comte GREGOIRE X. 
4eHabsbDut{,enSùire> 1171 i il donna des ic^ 



;,■ Google, 



tige de la nuifon d' Au- 
triche, né en iai8. Em- 
pereur en I ï^î , mort en 
1Z91. SesFemmes.^/i- 
BtGertrudedeBoiicnherg. 
jégnii , aie d'Othon , 
Comte de Bourgogne. 
Ses Enfants, jiibert , 
Duc d'Autriche , depuis 
Empereur. Rodolphe , 
qu'on a cm Duc de Sua- 
oe. Hermttnn, qui fe noya 
dans le Rhin à l'Sge de 
dix - huit ans. Fridcrie , 
mort (ans lignée. Charles, 
tnort en bas âge. Rodol- 
phe , mort aufli dans l'en- 
fance. Mechiilde , mariée 
à Louis le févére , Duc de 
Bavière. AeniSfUjai épou- 
ia Albert II, Ducde Saxe. 
Jiedvige , lêmme d'O- 
thon , Marquis de Bran- 
debourg. Guiha , mariée 
àVenceilas,Roide Bo- 
hême , fils d'Otiocare. 
Clémence , époufe de 
C h arles- Martel , Roi de 
Hongrie , petit -fils de 
Charles 1 , Roi de Na- 
ples & de Sicile. Morgue- 
rue, femme de Théodè- 
tic , Comte de Cteves. 
Catherine , mariée à 
Odion , Duc de la Ba- 
vière inférieure , fils de 
Henri , frère de Louis le 
févere. Euphimie , Reli- 
^ufe. 

ADOLPHE 



P A » E s; 

glis féreres pour ht 
tenue des Conclave*, 

iNNOCENTV.1176. 

ADRIEN V. 1276. 

JEAN XXL 1176: on 
dit qu'il étoit afiez bon 
Médecin. 

NICOLAS UL 1277. 
de la maifon des Urfins : 
on dit qu'avant de mourir 
il confeiUa les Vêpres Si- 
ciliennes. 

MARTIN IV. laSi. 
Dès qu'il fut Pape , il fe 
fit élire Sénateur de Ro- 
me pour y avoir plusd'au- 
torité. 

HONORIUS IV. 
laS^ , de la maifon de 
Savelli , prit le parti des 
François en Sicile. 

NICOLAS IV. 1188. 
Sous lui les Chrétiens en- 
riérement challés de la 
Syrie. 



;,■ Google 



Em pe ft ii}.s s; 
I 19. 

' ADOLPHE DE NAS- 
SAU , Emper. en i açi , 
mort en 1 29S , le z Juil- 
let. Sa Femme. Imagine, 
fille de Jerbch, Comte de 
iLimbourg. SesEnfants- 
Jftnri , mort jeune. Ho- 
htn de NafTau. Jtrlaeh de 
NaiTau. yaîdratne. Adol- 
fkt. jédilaîdt. Iiuaglnt, 
Mathildt. PhÛippe. 

ALBERT I. d'Autri- 
che , Empereur en 1298 , 
mortenijoS.SAFEMME. 
Mlifekitk, lillêde Menard, 
Doc de Cariathie & Com- 
te deTirol.SEs Enfants, 
FridirU le beau , depuis 
£mper. Albert le iâge , 
Duc d'Autriche. 

■ jï;- ■ 

UENRIVU.de la mai- 
IbudeLaxemb. Empereur 
en I )o8 , mort en i j i j , 
Ses FemMzs. Margai- 
rite , fille d'un Duc de 
^raluni. Catherint , tîJle 
d' Albqn d' Autnclie, fian- 
cée feulement avant Ci 
tnort.S£S EnVAVrs./ean, 
K.oi de Bohême. 

' XOUISV.deBaviere, 
Emper. en 13 14, mort en et' 
Nouv. Mil. ToiB.' XV. 



CELESTIN V. 1191; 
Benoît Caïetan lui per- 
fuada d'abdiquer. 

BONlFACEVlI.(Bei 
noit Caïetan ) 1294. Il 
enferma fon prédécefTeurf . 
excommunia Philippe le 
Bel , s'intitula maître de 
tous les Rois , fit portef 
deux épées devant lui , 
mit deux couronnes fur Dl 
tête, &infli tua leJubilic 

CLEMENT V-CBet* 
trand de Goit ) , Bord»> 
lois , I Î08 , pourfuivit les 
Templiers, Il eft dit qu'on 
vendoit'ii fa Cour tout lei 
bénéfices. 



i£Aî^£^t.nt(S.âi 

un Sxratisr de Cahorii; 



;, Google 



1 347- Ses Femmes. Bi/f 
trixde GUusau. Marait- 
riu, Comtefle de Hoilaq- 
de. Ses Enfants. Louis 
l'aacien , Manrave de 
^randeboui^. Etienne le 
bouclé. Duc de Bavière. 
Kfechilldt^ femme de Fré- 
déric le févere , Marquis 
de MîGiie. EUfahetfi , ma- 
riée à Jean , Duc de la 
Bafle-B a viere. Guitiaamt, 
Comtede Hollande parla 
mère , devenu fiirieux. 
Alhtrt, Comte de Hol- 
lande. Loiàs le Romain , 
Martpiii de Brandebourg. 
Otkon , MaMpiis de fir^n- 
debourg. 



CHARLES IV. de la 
tnaifon de Luxembourg, 
tié en 1 3 1 é , Empereur en 
r)47.inoneni378. Sis 
Femmes. BlMcht de Va- 
lois. <4/inf Palatine.^/»» 
de Siléfie. Ellfibtih de 
Pomiranie. Ses E k- 
VANtS. Vtnet^, dapuis 
Empereur. Sigtfmond, de- 
puis Empereur. Jean , 
llïrqtû de BiJLndcibottrg. 



P A r z si 

nommé d'Eut , qui paflîi 
pour avpir veadu encore 
plus de bénéfices que faa 
prédéceflcDr , & qui eut 
un grand crédit dans l'Eu' 
rope , iani pouvoir ea 
avoir dans Rome. Il réll- 
da toujours vers le Rhâ- 
ne. Il écrivit fur la pierre 
philofophale , mais û l'a- 
voit véritablement en ar- 
gent comptant. Ce fut lui 
qui ajouta une troiTieme 
couronne à U tiare. On 
l'accufa d'héréfie ; ce fiit 
hiî qui taxa la rémUTîon ' 

des péchés : cette taxe &t ' 

imprimée depuis. ' 

BENOIT XII. t Jac- 
ques Fournier) i}j4 , té- 
Qde à Avignon. 

CLEMENT V!. 
(Pierre Roger , ij4t, ) 
réfide à Avignon , qu'H 
achcu delà Rpine Jeanne. 



INNOCENT VT. 

( Ettenne Attbcit ) i)f«, 

réflde à Avignon. 
URBAIN^ V. ( Gnil- 

laume Grimaud ) i%6t , 
réflde k Avignon. Il fit ink 
vo]rage à Roma , mais il 
o'rta l'y éiaHtr, 

GREGCHREXL(Ro. 
gerdeMomon} 1370, re- 
mit le Si. Sîege à Rome , 
oiiil â» reçucMnmc Set- 
guwdelaVLUc* '- 



;, Google 



£jit»€ftt9ft». 

34. 

VENCESLAS , ni en 
tïSt , Emper. en il68, 
Jiipo^ en 1400 , mort es 

1419, Ses FlMM£S./r«l- 

Ht & St^AU , de U maifoH 
de Bamrei&ns poftérité. 



31- 

ROBERT, Comte Pa- 

latin du Rhb , Empereur 

«n 1410. S A Femme. 

EUfabttk, fille d'un Bur- 

frare de Nuremberg. SsS 
NFANTS. ;îi>*<« , mort 
avant luit Xottù le barbu 
& Vavei«1e > Eleâeur. 
Fréétric, Comte de Ham^ 
bei^. Elifabith , mariée à 
un Duc d'Autriche. 4piit 
■t un Comte de Cleves. 
MaYffici'at à un Duc de 
liOirûne. Jian , Comte 
Palatin Smmerèn. 



JOSSËi Marquit de 
Brandebourg & de Mo- 
tavie, En^r. en L41O, 
taorttrou lÔD» ^rèi. 

37' 

SIGISMOrfD . frère 

de Vcnceflas,nie)i 1368, 

£inf<EtW «a l4ii« «on 



»A»I 



Grand Ichlffaie (jo! coid" 
mence en 1778, entre Pti* 
gnano, URBAIN VI, 0t 
Robertde Genève, CL& 
MENT VII. Ce (àâ(tat 
continue de compititeUf 
en compétiteur iufqn'k 
1417. Jamais on ne vit 

5 lus de troubles & plus 
t crimes dani l'Eali 
Chràian*. 



MARTIN. V.(Colôfc 

na), 1417, élu par U 

CsBCile de ConfUooe. I) 

B a 



;,■ Google 



Jn ËKVIREURSi 
en ■4;7. Ses Femmes. 

Marie , héritière de Hon- 
ei:e& de Bohême. £>ir£«, 
T^omieffe de Sillé. Ses 
^NFANTS. Elifabetk , tîlle 
de Marie , héritière de 
Honerie & de BohcDie, 
mariée à l'Empereur Al- 
bert lëcond d'Autriche. 



ALfiERT IL d'Autri- 
che,néen ij^^jEmp.en 
«438 , mort en 1439. S* 
Femme. EUfahcth , fille 
de Sieifmond , héritière 
de Bohême & de Hongrie. 
Ses EnfaMts. Gtarge , 
mort jeune. Anne, ma- 
riée à un Duc de Saxe. 
'Elifabeih , à un Prince de 
Pologne. Ltidi^ Pof- 
tkume , Roi de Bohême 
& de Hongrie. 

39- 
FREDERIC D'AU- 
TRICHE, né en 1415, 
Empereur en 1440, mort 
en 1493- Sa Femme.. 
Elionore , fille du Roi de 
Portugal. Ses Enfants, 
hiaximilien , depub Em- 
pereur, Cnnigqnde , ma- 
riée àun Due de Bavière, 



P A r B 9; 

pacifia Rome & recouvrât 
I>eaucoup Ae Domaines 
du St. Siège. 

EUGENE IV, ( Goit- 
delmere^ 143 t. On l'a 
cru fils de Grégoire XJI , 
l'un des Papes du grand 
fchifme. 11 triomplw du 
Concile de Bâle , qui le 
dépola vainement. 



- NICOLAS V.f San»; 

ne } 1447 i c'efl lui qui 
fit le Concordat av<c 
l'Empire. 

CALIXTEIILCBor- 
gia) i4«s; H envoya Iç 
premier des Galères cott* 
trc le» Ottomans. 

PIEII,(EiieajSHviué 
Picolom'ini J , 141^ ; il 
écrivit dans le temps du 
Concile: de Bâle contre le 
pouvwrd» St,' Siège, ^ 
leiéttaâaétuttPw*. : 



;, Google 



EMriKEUKS. 



MAXIMILIEN I. 

d'Autriche , ni en I4;9 , 
Roi des Romainsen i486. 
Empereur en 1493 , mort 
«n iji^i le II Janvier. 
Ses Femmes. Aftf^M,hi- 
litiere de Bourgogne & 
des Pays-Bas. Blaïuhe- 
Mar'u Sfbrce. Ses Emt 
FANTS. Philippt le beau 
d'Autriche, Roi d'Efpa- 
' gne par fa femme. Fran- 
çois , mort au berceau. 
Marpttr'ue , promife à 
Charles VIII , Ro> de 
France, Gouvernante des 
V»yi-Bas, mariée à Jean, 
fils de Ferdinand , Roi 
d'Efpagne , & depuis à 
Philibert, Duc de Savoie ; 
iJ n'eut point d'en&nts de 
Blanche Sforce > mais il 



Papes. ai. 
PAUL II. ( Baibo 

Vénitien) 1464; i! aug- 
menta le nombre & les 
honneurs des Cardinaux, 
inlHtua des jeux publics& 
des Frères Minimes. 

SIXTE IV. {delà Ro- 
vere ) 1471 ; il encoura- 

Sea la conjuration des 
azzi contre les Médidt. 
Il fit réparer le pont An- 
tonin , & mit un imp&t 
fur les couttilànnés, 

INNOCENT VIU. 
fCibo)i484,marié avant 
d'être Prêtre , & ayant 
beaucoi^ d'entants. 

ALEXANDRE VI. 

( Boi^a ) Ï4Ï9 ; on con- 
nc4taffeifamaîtïeffeVa- 
noAa , fa fille Lucrèce , 
fon fils le Duc de Valcn- 
tmois , & les voies dont A 
fe fervit pour l'agrandif— 
fement de ce (ils , dont 1* 
St. Siège profita. On l'a 
mal-à-propos comparé à 



Néron: il eftv 



n" 



il en 



la cruauté ; r 
fi» point parricide , & il 
eut une politique auffi 
adroite que la conduite d« 
Néron fut infcnfée. 

PIE III. (Picolomini) 
ifo} ; on trompa pour 
l'élire le Cardinal d'Am- 
boife. , premier Miniflre 
de France, quife ctoyoit 
adurédclatiarc. 

B 3 



;,■ Google 



^ E M-r s I B V a s. 
«ut fix himia de iés 
«aitrcfies. 



41. 

CHARLES-QUINT, 

bA le ■X4 Février ijoo. 
Km d'Espagne en if 16 , 
Xmpereur en 1 f 19 , abdi- 
que le-a Juin 1556, mort 
le u Septembre 1 î 58. Sa 
f^MM£. IfaitSt , fille 
«l'Emamiel , Roi de Por- 
MieaL Ses Enfants. 
f£ii^«Il,Roid'£fpa- 

g« , Naptcs Se Sicile , 
uc de Milan, Souverain 
^s Payt-Bas. Jtanne , 
piariie a. Jean , Inhat d« 
Portugal. Marie, époulâ 
4e l'Ënip. Maximilien II • 
fen coujm germain. Ses 
Patauds reconnus 
•ONT : Don Jean d' All- 
èche , cjlebre d^as la 
cuerre , & Margutùtt 
d'Autriche , mariéeà Ale- 
xandre, Duc de Florence, 
&enruiteàOâaTc,Duc 
4e Panne.On a foupçonné 
«8s deux enfanta d'Itre nés 
d'wn? Princefle qui tenoit 

de |vi« à Chvles-QiiBn. 



Pa V>9. 

JULES U. (delà Rove- 
re) I f o] ; il augmenta l'é< 
tat EccféTiaftiqne. Guer- 
rier auquel il ne manqua 
qu'une grande Armée. 

LEONX. (Médicis) 
lîij , amateurdet art», 
magnifioue , voluptueux. 
Sous lui la Religion chré- 
tienne eft partagée en plu* 
lïeurs feâes. 

ADRIEN VI. (Florent 

Boyensd'Utrecht)iiil, 
Précepteur de Qiatlet- 
Quini, Haï des Romains 
comme étrançer.Afainorï 
on écrivit fur la porte d« 
fon Médecin : Au liUra^ 
Uur de ia Pairie. 

CLEMENTVn. (Mé- 
dicis) i]i) ; defon temps 
Rome efl foccaeée , OC 
l'Angletcne fe dlucKe de 
l'Egllfe Romaine. On lut 
reprocha, d'être b&tard , 
& d'avoir acheté le Pon- 
tificat ; ces deux reprocha 
étoieat trés-&>ndé*. 

PAULUl.(Fanie&> 
)t34;il donna Parme 8c 
Plaifance , & ce fiit un fo^ 
jet de troubles. 11 croyoie 
à l'alhotogie judiciaire 
plus que tous les PiinceS' 
de Ton. temps, 

JULES IIL (Ghiocch>> 
1 1 5 o ; c'eA lui qui fit Car-> 
dinal ion porte - fii^ *■ 
qu'o» -appellft le Caidwî 

B 4 



;, Google 



EM»f XBvks: 



PEROWAWDI. frère 

de Charies-Quint , ni le 
lo Mars ijd] , Roi dei 
Romains en iju, Emp. 
<n iîï6 , mon le i^ Jnîl, 



lig. CatAeriae,tfmipoa{k 
m pret^ noces rrançMs, 
Duc de Mantone , 8t en 
fécondes Sigifmond-Au- 
guftc , Roi de Pologne , 
^rès la mon de fa laur. 

Innrae , Duc de Mantoue. 
Margutriu , Relieiuft. 

n.DacâeFenjue./&ie. 



F A p t s; vasiî 

Simà. Il pallbft ponr fort 
vohipnieux. 

MARCEL n. .( Cer- 
vin) mj , ne fiege qs« 
douze foon, 

PAUL IV. ( Caraffa) 
■ tff . élu à près de 8d 
an». Sei neveux gouver- 
nèrent. L'inquifiaon jiit 
vitJenu à Rome , & le 
peii|Ede-apris fa mortbrAla 
les prifoni de ceTiibmud. 

PIErV.(Medequfm>) 
Xff9i il fit étrangler lé 
Cardinal Caraffa , neveit 
de Paul IV. & le népo- 
thme feus ■ lui domina 
comme Ibus fon prédis 
ceSéur. 



B^ 



;,■ Google 



IniT EMVEHItrRs; 
mt y Religieufe. Jeaant , 
4ponf< de François , Duc 
de Florence. Ferdinand, 
Duc de Tirol. Charles , 
Duc de Stirie. Jeanne & 
Urfttle , mortes dans l'en- 
Êuice. 

4'3- 
MAXIMÎLIEN II. 
d'Autriche , né le i Août 
1517, Empereur en 1^64. 
mortleizOaobreiï/Ô. 
Sa Femme. Marie, fille 
de Charles- Quint. Il en 
EUT QUINZE Enfants. 
Rodolphe , Ae^mi Emper. 
L' Archiduc Èmeft. Ma- 
thias , depuis Empereur. 
L'Archiduc Maximilien. 
AU-eri , mari de l'infknce 
Claire-Eugénie ■ Veneeflat, 
mort àdix-fept am.Jinne 
époufe de Philippe fécond. 
Roi d'ETpi^ne. EUfiieih, 
époufe de Charles IX, Roi 
de France. Margutriie , 
Religieufe , & fix en&nts 
morts au berceau. 



RODOLPHE II. néle 
x8 Juillet H^i , Emper. 
en 1576, mort en 1611 , 
le 10 Janvier. Sans Fem- 
mes ; mais il eut cinq en- 
fants naturels* 



PIE V.(Cifleri Domi- 
nicain) i$o6jil fitbrûlel 
Zoannetti Carnefeccii & 
Paléarius. 11 eut de grands 
démêlés avec la Reine 
Elifabeth. 

GREGOIRE XIU. 

LBuoncompagno ) ■ ;7i. 
a première année de ïbn 
Pontificat eft fameufe par 
le maffacre de la St. Bar- 
thcleml.Oneniilà Rome 
des feux de joie. U donna 
à Jacques Buoncompag- 
no , Ton bâtard, beaucoup 
de biens & de dignités . 
mais il ne démembra pas 
l'état EccléfiaAique en 
fa faveur. 



SIXTE V. fils d'un pau- 
vre Vigneron nomme P*- 
retti, 1^85, acheva l'E- 
cliftdeSt.Pierre, embellit . 
Rome, laiffacinq million» 
d'écus dans le ChàteauSt^ 
Ange en cinq années de 
gouvernement. 

URBAIN VII. (CaHa- 
gna) 1590. 



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EMrZRtVRS. 



MATHIAS , ftere de 
Rodolphe, né en ijf7, 
letZ4 Février , EmpereiR 
en )6t2,niorten 1619, 
le 20 Man. Sa Femme. 
Anne , fille de Ferdinand 
du Tiiol : iaia poAérité. 



FERDINAND U. fils 
de Charles, Archiduc de 
Stirie & de Carinthie , & 
petit -fils de l'Empereur 
Ferdinand I , né en 1578, 
le 9 Juillet , Empereur en 
1619 , tnort en 1637 , le 
If Février. Ses Femmes. 
Marie-Annt, fillede Guil- 
laume , Duc de Bavière. 
£Uonore , fille de Vincent 



P A » t s. Ttr 

GREGOIRE XIV. 
[Sfondrat] 1 S90J envoya 
au (écouTS i la ligue en 
France. 

INNOCENT IX. 
rSantiquatro] ijçi* 

CLEMENT VIII. 
[ Aldobrandin] 1592 ; il 
donna l'abfolution & la 
difcipline an Roi de Frau' 
ce Heti IV, fur le dos des 
Cardinaux du Perron & 
d'Oflat. 11 s'empara da 
Duché de Ferrare. 

PAULV. [BorgheTe] 
t6oy, il excommunia Ve- 
nîTe , & s'en repentit. Il 
éleva le Palais Bo^hcfe » 
& embellit Rome. 



GREGOIRE XV. 

[ Ludovifto ] i6z I ; i! aida 
à pacifier les troubles de 
la Valteline. 

URBAIN VIII. [Ba^ 
berino ] Florentin , 1613 ; 
il palTa pour un bon Poëte 
latin tant qu'il régna. Sec 
neveux gouvernèrent , 8c 
firent la gueiie au Duc de 
Pannes 



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»7 Eh *««i«Rr. 
Dfec ie IHaatoM. Sss 
Smsauts d'Amii£./(ot- 

CÂtvla , mon ^ 14 an». 
finiinanJ, d«)ais Etape' 
KUr. JM«ri(^<^fir, épmifc 
^ Maximitin , Duc de 
Barine. Ceeil»-Rcni, ma- 
née à Vtad^u . Roi ie 
F^ogne. LéqMlà GuU- 
tminu, qui eu pUilîcur» 
EvieÛt. CAri^.Buine. 

FERDINAND m. it< 

«n 1608, le 13 JuiRet , 
£it^>CTeur en 16)7 , mort 
en 1657. Ses Femmes. 
it^t-Anne, fille de Phi- 
lippe m. Roi d'E^agnc, 
Marie - Liopoldine , allé 
de Léopold , An^dnc dn 
Tirol. E'-ionort , fille de 
Charles U, DucdeMan- 
toue. Ses Enfants. Fer- 
((iirtfff^,RoidesRomaiiis, 
mort à 11 ans. Marie-An- 
M.^poufede Philippe IV. 
Roi d'ETpagne, Philippe^ 
jiugujlia & MaximÙitn- 
TioJUJis, monsdans ron- 
£mce. LiopM , depuis 
Enp«rettr. Mark , inorM 
au berceau. CkarUt- Ja- 
ppa , Erfouc de Pa&u. 
Thértfi'M^u, mane 
jeune. £léomrt-MaHt, 

K' écantvemre de Mickel, 
i de Pologne , éponâ 
Oiadei ^ uc de Lorraine, 
Mar'u'Aant , kmn» et 



INNOCENT X.p'iifti 

philil 1644; fonPontifU 
cat fut long-ietnps gou- 
verné parDonaOUmpia, 
Ta belle- foeut. 

ALEXANDRE VU. 
[Chigi} i6îï i >1 fi* 
de nouveaux embelltfiê- 
menu à Rome, 



;,■ Google 



ExtiK >i/> s. 

VEleâeaT Palatin. F<i-ii- 
nanJ-Joftph , mon dant 
J'eiiÊinc«. 

48. 

LÉOPOLD , né en 
1640 , le 9 Juin , Emp. en 
1658, mort en 1705, le ^ 
Mai. Ses Femmes. Mot- 
pttriu - Thirefr , fille de 
Philippe IV, Roi d'Efpa- 

r. CUudc-Fiikitè , fille 
Ferdinand - Charles , 
Doc de Xirol, EUanart- 
MagtUliùnf 1 elle de Phi- 
lippe-Guiliaume , Comte 
Palatin, Duc de Neu- 
tiourg. Ses Enfants 0£ 
Marguerite-Thérè- 
se. Ftrdma/iJ-Ftn»jlas , 
mort au berceau. Marie- 
Antointttt, époufe de Ma- 
ximilien-Maric , Eleâenr 
de Bavière, Trois autres 
filles mones dans l'enfon- 
ce.ENPANTS d'Eléono- 
ke-Macdelaine de 
Meubourg. Joftpk, de- 
puis Emp. MarU-Elifa- 
$eiA , Gouvernante des 
Pays-Bas. Liomld-Ja- 
ftph , mon dans l'enfance. 
Mti/U-Âitite , époufe de 
Jean V. Roi de Portugal. 
MarU-Thinfe , morte à 
douze ans, CAiit/m, depuis 
Empereur , & trois filles 
moites jeuiHs, 



P Jk r > ib' -mfl^ 



CLEMENT IX.[Ra(^ 

piglioll] 1(67; il vDulat 
rétablir à Rome l'otdi* 
dans les finances. 

CLEMENT X. [Ai- 
tteri ] \ 670 ; de fon temps 
commença la querelle ds 
la régale en Frajice. 

INNOCENT XL 
[Odefcalchi 1.676; il fiK 
touJotusrennemideLouM 
XIV , & prit le parti da 
r Empereur Léopold. 

ALEXANDRE Vm. 
[Ottoboni] 1(89. 

INNOCENT XII. [K- 
gnattllil 1691. IlcanleiUai 
au Roi d'Elpagnc Charles 
II» fon teftaaaent en iareuf 
de U maifon de France. 

CLEMENT XL [Al- 
bano 1 1700 ; it-reconnuc 
malgi^ lui Charles VI . 
Roi d'Efpagne. C'efl lui 
qui fiilmma , fdon rex* 
arelBon Italienne , cette 
la on ufe bulle Uni^aùtus^ 
qui a couven le St. Si^* 
d'oppTobie & de ridicule* 
felonl'opiniond'nnegrai» 
de partie de l'Eamp*. 



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farl^ EHFzatVHb 
H9- 

JOSEPH,aéeni678, 

le 16 Juillet, Roi des Ro- 
mains en i<^90 , à l'âge de 
Anne ani , Empereur eu 
170Î , mort en 171 1 , le 
17 Avril. Sa. Femme. 
^mélit, fitle du Duc Jean- 
Frédetîc deHannovre.SES 
Enfants. Marie-} ofipki. 
ne, mariée à Fréderic-Au- 
Çjile, Roi de Pologne, 
Eleâeurde Sue. Lêopold- 
Jafeph , mort au berceau. 
Marie- Amélie , mariée au 
Prince Eteâoral de B»- 
TÎere. 

CHARLES VI, né en 
x6Si , le I Oâob. £mp. 
tu 171 1, mort en 1740. 
Sa Femme. Elifabeth- 
Cbrifiine, fille de Louis- 
Ro<lolphe, Duc de Bruitf- 
Tîck. Ses Enfants. Xrfo- 
polJ,mon dans l'enfance. 
Marie-Thértfi, qatépouùt 
François de Lorraine le (2 
Février i7j6. Marie-4a- 
ne , mariée ï Charles de 
Lorraine. Marie-Amélie , 
morte dans l'enfance. 
CHARLES VI fiit le der- 
miE Prince de la mai£»» 
d'Autridie. 



;,■ Google 



4 -1 . ' I I o I . r 

VERS TECHNI(ll/ES, 
Qui contiennent la fuite Chronotc^ique 

des Empereurs , Se les principaux évéoe- 
' meots depuis Charlemagae. 
. -- Ntuvitme SitcU, 

V^HARLEMAûNE en tiuît Cent renouvelle r.£in[Hic i 
Fait conronnerfon'Als ; en quatorze il expire. 
\joais , en trente>trois , par des Prêtres jugé , 
D'un fac de Pénitent dans Soiilontell chargé. 
Rétabli , toujoun fblble , il expire en quarante. 
Lothaire e& Moine à Pnim cinq ans après cinquante. 
On perd après vingt ans le fécond des Louis. 
Le Chauvt lui fuccede, & meurt au Mont-Cenis. 
Le Srgut, fils dXi Chauve , a l'Empire une ann£& 
Le G/çf , foumtt au Pape j 6 dure delïinie 1 
£n l'an quatre-vingt'fept dans Tibur dépofé , 
Ode au bâtard Arnoud Ton tr6ne m^prifé. 
Amovd facré dans Romeaioliqu'enXoiiibaidie,^ 
fuit avec la lîecle en quittant l'Italie. . 

DixUnu SieeU, 
J_i O u 1 s , W fils d'Amoud , quatneme du nom,' 
Du fang de (piarlemagne avorté rejeton , 
Termine en neuf cent douze une inutile vie. 
On élit en pteîn champ Conrad de Franconie.' 
On voit en neuf cent vingt le Saxon l'Oiieleur,' 
Henri Roi des Germains bien plutôt qu'Emperaor.' 
Odionquefes fuccès fontgrand Prince & grand hominejf 
£n l'an foixantt-deux fe rend maîite de Rome. 
Rome au dixième fiecle en proie à trois Othons , 
jSfinh dans le Icandïle & dans lei Ëiâions. 



;, Google 



Onjiau SUcU* 

^A I H T Henri de Bavière t en l'an trois après sUllé,' 
Puis Conrad le fali^ue , Henri trois dit le noir. 
Henri quatre , pieds nus , fans Tseptre , lans pouvoir i 
Demande au 6er Grégoire un pardon inutile : 
Meurt en mille cent &c k Liège (on aiile 4 
Ptoôné par /on £1« & par bii iéteai, 

Dou^tme SiteU» 

X-iE cinqiûenie Henri * ci fit dénatura ^ 
Sur le tràne foutîent la caufe de fon perC. 
Le Pape en vingt & deux fouHiet cet adrerfûrC* 
Lothaire le Saxon , en vingt-cinq couronné , 
Bailè les pieds du Pape à genoux proftemé » 
Hem l'étrier (àcré , conduit la iainte Mule. 
L'Empereur Conrad trois, par un autre fcruptde. 
Va combattre en Syrie & s'en revient battu; 
£t l'Empire Romain pour fon fils eft* perdu. 
C'eft en cinquante-demt que Bai^nroufle règne i 
Il veut <iue l'Italie & le fcrve j & le cwgne , 
D jtruit Milan , prend Rome , & cède au Pape enfin. 
Il court dans les fkints lieux combattre Saladin ; 
Meurt en quatre-vingt-dix : fa tombe eA ignorée. 
Par Henri fix fon fils , Napte au meurtre eft livrée I 
Il Ëiit périr le fang de fes illuftres Rois , 
Et huit ans \ l'Empire il împofe des loîx< 

Trei^itint Sudt, 
irniLiPPEte Régent fe Eût bient&t élire } 
Mais en douze cent huit il meurt aflalTîné. 
OthtAi quatre à Bovine eft vaincu , détrdné : 
C'eft en douze cent cpùnz*.' 11 fott éc pent l'Emplrt* "' 



;, Google 



Vs^s TECRHiQvvt; zn| 

De Fiédenc fécond les joiin trop agités , 
Tar iettx Papes hardis Iong>tempf perHauh , 
finifrent au milieu de ec fieclc treiûcine. 
Apris lui Conrad qust» a la grandeur fiipr£a)e; 
Ceft ea (bixante-huit que la main d'un bourreau 
Dans Conra^n Am Sis éteint un fuig fi beau. 
Apris les dix-huît ans qu'on nomme d'anarchie,' 
Dans l'an Ibixante & treize Habsbourg plein de vtaM « 
Dn bandeau des CéTars a le ^nt revéni. 
Il défait Ottocare , il venge la Patrie ; 
Etdefâtace augufte il fonde la grandeur, 
Adolphe de NalTau deriest foa iiicceflcn : 
En cjuatre-vingt-dix-buit une main ennenie 
finit dans nn coitdiat fon empire & fa yÎMt 

Quauriiou SUek. 

AlbirtAIs de Habsbourg eftcctlwiiTsnxnÎAqMar»' 
n meuR en trob cent huit & par un parricide. 
On dit qu'en trois cent treize une main phis perfide ^ 
Au vin de Jefus-Cbrîft mJlant des focs mortelt, 
, Ht périr Henri fept au pied des faîms Aiftdt. 
Dépofant , dépofé , Louis cinq de Baviers 
Fan contre Jean vingt-deux l'Antipape Corbière) 
Meurt en qnacUt^rept. Charles quatre après loi 
FaitcetteBoUetfor qu'on ab&m««jolud1wï. 
De Tan ctnquante-fix «De «â l'époque hatttoAt 
De ce pne fiïâgc , héritSW infetiA 
Vcnceflas «ft «OBou pH une vie afisidè j 
Ma« en ^piat«ne «m U Atox dépDil. 



;, Google 



•Keét y.E K « T B C H:H I Q.tr K U 

Quin^umt SUele, 

JVoBERT regae dix ans , JoITe moins d'une année. 

Vencellas traîne encor la vie infortunée. 

Son freie SigiTmond moins guerrier que prudent , 

Dan* l'an quinze finit leSchifme d'Occident. 

Son gendrç Albert fécond , fage , puiflant & riche , 

Tixe te trSne enfin dans la maifon d'Autriche. 

Fr^eric fon parent en quatorze eft élu ; 

Mott en quatre-vingt-treize , & jamais abfolu. 

Sti^teme Siècle. 

iJi MaximiUenle riche mariage , 
Et de Jeanne à la finl'Efpagne en héritage, . 
Font du grand Charies-Quint un Empereur puifTant ; 
Vainqueur heureux des Lis,deRonie,&duCroiflànt. 
11 meurt en cinquame-4iuit, las des grandeurs fuprêmci* 
Son &ere Ferdinand poite trois diadèmes. 
Et l'an loixante-quatrc il les laifle à fon fiU : 
Rodolphe en quicu deux. 

Dix-fipttemi S'utU. 

— , ■ Mathias &t ajfi» 

JttN douM apr^s &cent an tr6ne.de l'Empire. 
Guftavs Rtclidisu la foitnne conipire 
Contre le puilTant Roi fécond des Ferdinands « - 
Qui lailTe en trente-fept fes Euts chancelants. 
Munfler donneia^iaiz A Ferdinand troifieme. 
Léopold délirré du fer des Ottomans , 
Expire en fept cent cinq , & Jofeph l'an onzième. 
Charles dx en quarante ; & le fang des Lorrains 
S'iuiit au fang d'Autriche, au tr6ne des Germains. 

ANNALES. 



;,C.oogli: 






fc.».^^ 



=80»= 



AN N A L E S 

D E 

L' E M P I R E 

DEPUIS 

CHARLEMAGNE, 

PREMIERE PARTIE. 



INTRODUCTION. 

J^E toutes les révolutions qui ont changé' 
la face de la terre, celle qui transféra l'Empire 
des Romains à Charlemagne pourroit paroî- 
tre la feule juAe , fi le mot de Ju^e peut être 
prononcé dans les chofes où la force a tant 
de part , & fi les Romains furent en droit de 
donner ce qu'ils ne pofledoient pas. 

Charlemagne fut en effet appelle à l'Empire 
par la voix du peuple Romaia même , qu'il 
Noity, Mil, Tom. XV. C 



;,■ Google 



^4 Xkt. rodvctioh; 
aToh iauvé à U fois de !a tyrannie des Lotn-^ 
bards & de la négligence des Empereurs 
d'Orient. 

C'eft la grande époqae des Nations occi- 
dentales. C^ft à ces tçmps que commence un 
nouyel ordre de gouvernement. C'eft le fon- 
dement de la puiflance temporelle eccléfiaf- 
tique. Car aucun Evêque dans l'Orient n'a* 
voit jamais été Prince , & n'avoit eu aucun 
des droits qu'on nomme régaliens. Ce nouvel 
Empire Romain ne relTemole en rien à celui 
des premiers Céfars. 

On verra dans ces Annales ce que fut en 
effet cet Empire ; comment les Pontifes 
Romains acquirent leur puiflfance tempor^elle 
qu'on leur a tant reprochée , pendant que 
tant d'Evêques occidentaux , & lur-tout ceux 
d'Allemagne, fe faifoient Souverains; & com- 
ment le peuple Romain voulut long-temps 
conferver fa liberté entre les Empereurs 8c 
les Papes, qui fe font difputé la domination 
de Rome. 

Tout l'Occident, depuis lecinquieme ftecle, 
étoit ou défolé ou barbare. Tant de Nations 
ûibjuguées autrefois par les anciens Romains , 
- i.voient du moins vécu îufqu'à ce cinquième 
fiecle dans une fujélion beureufe. C'eft un 
exemple unique dans tous les âges, que des 
Vainqueurs aient bâti pour des vaincus ces 
Taûes thermes , ces amphithéâtres ^ aienÇ 



;,C.oogli: 



iMtltOlitlCftOÎ*.' 5J 

Cbnfiruit CCS grands chemins qu'aucun« 
Nation n'a o(é depuis tenter même d'imitfiK 
II n'y avoit qu'un Peuple. La Langue latine « 
du temps de Théodofe , fe parloit de Cadix 
à l'Euphrate. On commerçoit de Rome à 
Trêves & à Alexandrie , avec plus de facilité 
que beaucoup de Provinces ne trafiquent 
aujourd'hui avec leurs voifins. Les tributs 
raême,quQique onéreux^rétoientbien moins 
que quand il fallut payer depuis le luxe Si la 
violence de tant de Seigneurs particulterst 
Que l'on compare feulement l'état de Paris 
quand Julien le Pbîlofophe le gouvernoit , i 
eans apris. Qu'on 
plus grande Villa 
;mps de Théodofo 
u'elle devint après 
Autun , fous Çonf- 
itieue vingt-cinq 
ries étoit encore 
apportèrent avec 
-été âc l'ignorance, 
bre de ces Peuples 
itroient au pillage 
it de brigandage , 
s'étoient établis, 
s. Ils ne iàvoient 
pas la cuhiver. Ce pays eft marqué dans l'an- 
cienne Carte confervée à Vienne. On y voit 
les Francs établis depuis fembouchure du 
Mein jufqu'à la Frife , & dans une partie de Id 
Veftpbalie , Fraaci ceu Chamavi. Ce n'eA 
oue par les anâens Romains m&mcs que l«l 
C a 




;, Google 



36 I N T R o D V c T I o w; 

François , quand ils furent lire , connurent 
un peu leur origine. 

Les Francs étoient donc une partie de cei 
Peuples nommes Saxons , qui habitoient la 
Veftphalie ; & quand Charlemagne leur fit la 
guerre trois cents ans après ^ il extennina 
les defcendants de fes pères. 

Ces tribus de Francs , dont les Salieru 
'étoient les plus illuftres , s'étoïent peu à peu 
établis dans tes Gaules, non pas en alliés du 
peuple Romain , comme oo l'a prétendu , 
. mais après avoir pillé les Colonies Romaines, 
Trêves , Cologne , Mayencc, Tongres, Tour- 
nai , Cambrai : battu^ à la vérité par te célè- 
bre Aëtius , un des derniers foutiens de la 
grandeur Romaine , piais unis depuis avec 
fui par néceflîté contré Attila; profitant enfuite 
de l'Anarchie oit ces irruptions des Huns, 
des Goths 8t des Vandales , des Lombards 
& des Bourguignons réduifoient l'Empire, & 
{e fervant contre les Empereurs mêmes des 
droits & des titres de maîtres de la Milice & 
. de Patrice , quMs obtenoient d'eux. Cet 
Empire fut déchiré en lambeaux , chaque 
horde de ces fiers fauvages failit fa proie. 
Une preuve inconteftable que ces Peuples 
furent long-temps barbares , c'efl qu'ils détruï- 
iirent beaucoup de Villes , & qu'ils n'en fonr 
derent aucunes. 

Toutes ces dominations furent peu de 
chofes jufqu'à ta fin du huitième fiecte devant 



;, Google 



Introduction. 37 
lapuiffancedes Califes, qui menaçoit toute 
la terre. 

Pins l'Empire de Mahomet fioriflbit , plus 
ConftantinopIe&Romeétoient avilies. Rome 
ne s'étoit jamais relevée du coup fat^l que 
lui porta Conftantin « en transférant le Siège 
de l'Empire. La gloire , l'autour de la Patrie » 
n'aoimerent plus les Romains, tl n'y eut plus 
de fortune à efpérer pour les habitants de 
l'ancienne Capitale. Le courage s'énerva ; 
les Arts tombèrent; on ne vit plus dans le 
féjour des Scipions Se des Céfars que des con- 
teAations entre les Juges féculiers & l'Evê- 
que. Prife* reprife y faccagée tant de fois par 
lès Barbares, elle obéifToit encore aux Empe- 
reurs ; depuis Jufiinien , un Vice- Roi , fous 
le nom d'Exarque, la gouvernolt, mais ne 
daignoit plus la regarder comme la Capitale 
de l'Italie. Il demeuroit à Ravenne , Se de-là 
il envoyoit fes ordres au Préfet de Rome. II 
ne reftoit aux Empereurs en Italie que le 
pays qui s'étend des bornes de la Tofcane 
jufqu'aux extrémités de la Calabre. Les Lom- 
bards polTëdotent le Piémont, le Mtlanois, 
Mantoue, Gênes, Parme, Modene, la Tof- 
cane , Bologne. Ces Etats compofoient le 
Royaume de Lombardie. Ces Lombards 
étoient venus, à ce qu'on dit , de la Pannonie» 
& ils y avoient embrafle l'efpece de Chrif- 
tîanifme qui avoir prévalu avant Conftantin ^ 
& qui fut la Religion dominante fous la plu- 
part de fes fuccefl'eurs ; c'efl ce qu'on nomme 
C 3 



;, Google 



ji Introduction; 

. rArianifine. Les barbares Lombards avoiert 
pénétré en Italie par le Tirol. Leurs chefs fe 
firent alors Catholiques Romains pour affer- 
mir leur domination à l'aide du Clergé ; ainû 
Sue Clovîs en ufa dans la Gaule Celtique, 
orne , dont les jntirailles éioient abattues , 
Si. qui n'étoil défendue que par des troupes 
de l'Exarque , étoit fouvenl menacée de tom- 
ber au pouvoir des Lombards. Elle étoit alors 
fi pauvre , que l'Exarque n'en retiroît pour 
toute impontion annuelle , qu'un Ibu d'or 
par chaque homme domicilié ; & ce tribut 
paroiffoit un fardeau pefant. Elle étoit au 
rang de ces terres fiériles & éloignées qui 
ibnt à charge à leurs maîtres. 

Le Diurnal Romain du feptieme & huU 
tieme lîecle j monument précieux dont une 
partie eft imprimée , iàit voir d'une manière 
authentique ce que le Souverain Pontife étoit 
alors. On l'appelloit le f^icaire de Pierre , 
Zvé^ue de la ville de Rome , quoiqu'il foit 
démontré que Simon Barjone (.Pierre ) , ne 
vint jamais dans cette Capitale. Dès que 
l'Evêque étoit élu par les Citoyens , le Clergé 
en Corps en donnoit avis à l'Exarque, &U 
formule étoit : Nous vous fupplions , vous 
ckargédu mim^ere Impérial, d'ordonner la con' 
ficratian de notre ptrc & payeur. Ils donnoient 
part auHî de ta nouvelle éleâion au Métropo- 
litain de Ravenne , & ils lui écrivoient : St. 
Ptire , nous fuppUons votre hiaiitude d'obtenir 
du Seigntar £xar^iu l'ordination dont il i 'agit. 



;,■ Google 



Introduction. 59 

Ils dévoient en écrire suffi acrx Juges de 
Ravenne, qu'ils appelloient FesEm'uu/teu. 

Le nouveau Ponrife alors étoit oblige , 
avant d*être ordonné , de prononcer deux 
profefTions de foi , 8c dans la féconde il con< 
damnoit parmi les hérétiques le Pape Hono- 
rius ( , parce qu'à Conflantinople cet Evêque 
de Rome Honorius paflbii pour n'avoir 
reconnu qu'une volonté dansJfisus-CHRiST* 

Il y a loin de'-t& à la Tiare. Mais il y a loia 
Suffi du premier Moine qui prêcha lur les 
bords du Rhin , au bonnet Eleâoral , JSc du 
premier chef des Saliens errants, à un Empe^ 
reuT Romain. Toute grandeur s'efl formés 
peu-^-peu , & toute origine eft petite. 

Le Pontife de I^ome dans l'aviliflemcnt de 
la Ville , établi^oit infenliblement fa gran- 
deur. Les Romains étoient pauvres , mais 
FEglife ne l'éioit pas. Conftantin avoit donné 
à la feule Bafîlîque de Latran , plus de mille 
Aiarcs d'or,& environ trente mille d'argent^ 
& lui avoit affigné quatorze mille fous de 
rente. Les Papes, qui nourriflbient les pau- 
vres, & qni envoyoient , des millions dan» 
tout l'Occident , ayant eu befoin de fecours 
plus conftdérables , les avbient obtenus fans 
peine. Les Empereurs & les Rois Lombard» 
même , leur avoîent accordé des terres. lU 
pofledoient auprès de Rome , des revenus & 
des Châteaux qu'on appelloh Us Jufikts^ 
C 4 



;,■ Google 



4» Introduction, 
St. Pierre. Plufieurs Citoyens s'étoient emj 
preffés à enrichir par donation ou par tefta- 
ment , une Eglife dont l'Evêque étoit regardé 
comme le père de la Patrie. Le crédit des 
Papes étoit très-fupérieur à leurs ricbelTes. 
Il étoit impoflible de ne pas révérer une fuite 
prefque non interrompue de Pontifes , qui 
avoient confoté l'Eglife « étendu la religion , 
adouci les mœurs des Hérules , des Goths , 
des Vandales , des Lombards & des Francs. 

Quoique les Pontifes Romains n'étendîl^ 
fentj du temps des Exarques, leur droit de 
Méiropoliuins que fur les Villes fuburbicai- 
res , c'eft-i-dire , fur les Villes foumifes au 
gouvernement du Préfet de Rome; cepen- 
dant on leur donnoit fouvent le nom de Pape 
urùverfd , à caufe de la primauté & de la 
dignité de leur Siège. Grégoire , furnommé te 
grand , refufa ce titre , mais le mérita par fes 
vertus 1 & fes fucceffeurs étendirent leur cré- 
dit dans rOccident. On ne doit donc pas 
s'étonner de voir au huitième 6ecle Boniface, 
Archevêque de Mayence, le même qui facra 
Pépin , s'exprimer aînlî dans la formule de 
fon ferment : Je promets à St. Pierre & à fon 
yicaire le bienheureux Grégoire y &c. 

Enfin le temps vint ob les Papes conçurent 
le defîein de délivrer à la fois Rome & des 
Lombards qui la menaçoient fans celle, & 
des Empereurs Grecs qui la défendoient mal. 
Les Papes virent donc alors , que-^e qui 



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Introduction. 41 

dans d'autres temps n*eût été qu'une révolte 
& une féditioç impuiflante & punilTable , 
pouvoit devenir une révolution excufable 
par la néceifité , & refpeâable par le fuccès. 
C'eft cette révolution qui fîit commencée 
ibus le fécond Pépin , ufurpateur du Royaume 
de France , & confonunëe par Charlemagne 
fon 61s y dans un temps où tout étoit en con- 
fûfion , & où il falloit néceflairement que la 
face de l'Europe changeât. 

Le Royaume de France s'étendoît alors des 
Pyrénées & des Alpes au Rhin , au Mein , & 
à la Sâle. La Bavière dépendoit de ce vâfie 
Royaume, c'étoit le Roi des Francs qui don- 
Jioit ce Duché , quand il étoit allez fort pour 
le donner. Ce Royaume des Francs , prefque 
toujours partagé depuis Clovis y déchiré par 
des guerres inteilines , n' étoit qu'une valle 
Province barbarede l'ancien Empire Romain, 
laquelle n*étoit regardée par les Empereurs 
de Conftantinople , que comme une Province 
rebelle , mais avec qui elle traitoit comme 
avec un Royaume puilTant. 

741. 

Naifiance de Charlemagne près d'Aix-la- 
Chapelle , le 1 o Avril . Il étoit tils de Pépin , 
Maire du Palais , Duc des Francs , & petil- 
fils de Charles-Martel. Tout ce qu'on con- 
noît de fa mere^c'elt qu'elle s'appelloit Berthe. 
On ne fait pas même précifément le lieu dé, 
fa naiûance. Il naquit pendant la tenue du 



;, Google 



41 CHAkiÉHAGNl. 

Concile de Germante , & , grâce à l'ignorance 
de ces fiecles y on né fait pas où ce fameux 
Conciiti s'^eA tenu. 

Lamoitiédrt pays, qu'on nomme aujonr- 
d*hiii Ailemaenp, éloit idolâtre, des bords du 
Verer , & même du Mein 8r du Rhin jufqu'à 
la mer Baltique , l'autre demi- Chrétienne. 

Il y avoit déjà des Evêqnes i TrcTts , à 
Cologne , à Mayence , Villes frontières , fon- 
dées par tes Romains 6t ihftrnites par les 
Papes; mais ce pays s'appelloit alors UAuf- 
traBe , & éfoit du Royaume des Francs. 

Un Anglais nommé Villebrod, du temps 
duperedeCharleii-Manel, éroït allé prêcher 
aux idolâtres de la Frife le peu de Chriflia- 
nifme qu'il favoit. U y eut vers la fin du fep- 
tiemefiecleun Ëvêque titulaire de Veftphatie 
■ qui reffufciioit les petits enfants morts. Ville- 
brod prit le vain titre d'Evêque d'Utrecht. 
Il y bâtit une petite Eglife, que les Frifons 
païens déiruifirent. Enfin , au commence-' 
ment du huitième ftecle, un autre Anglois , 
qu'on appella depuis Bohiface , alla prêcher 
en Allemagne. On l'en regarde comthe l'Apô- 
tre. Les Anglois étoient alors les précepteurs 
des Allemands. Ei c'éioit aux Papes que tous 
ces Peuples , ainfi que les Gaulois , dévoient 
le peu de lenres & de chriAianifme qu'ils 
connoiffoieiR. 



;, Google 



CHARLEMAGNIi ^f 

743- 
Un Synode , à Leiline en Hainaut , fert 
à faire connoître les mœurs du temps. On y 
règle que ceux qui ont pris le bien de l'Eglife 
pour {outenir la guerre , donneront un écu 
à l'Eglife par métairie : ce règlement rcgar- 
doit les Officiers de Charles Martel & de 
Pépin fon Jils, qui jouirent jufqu'à leur mort 
des Abbayes dont ils s'étoient emparés. Il . 
étoit alors également ordinaire de donner 
aux Moines, & de leur ôier. 

Boniface, cet Apôtre de l'Allemagne, fonde 
VAbbaye de Fulde dans le pays de Hefle. Ce 
ne fut d'abord qu'une Egliie couverte de 
chaume , environnée de cabanes , habitée 
par quelques Moines qui défrîchoient une 
terre ingrate. C'eft aujourd'hui une Princi-, 
pauté ; il faut être Gentilhomme pour être 
Moine j l'Abbé eft Souverain depuis long- 
temps, & Evêque depuis 1753. 

744- 
Carloman, oncle de Charlemagne, Duc 
d'Auftrafîe , réduit les Bavarois , raffaiix 
rebelles du Roi de France, & bat les Saxons, 
dont il veut faire auffi des vaffaux. On voit 
par -là évidemment qu'il y âvoit déjà de 
gMnds vaffaux ; & il eft confiant que le 
Royaume des Lombards en Italie , étoit 
cDmpofé de Fiefs , & même de Fieft héré- 
ditaires. 



;, Google 



'4^ Chasiimagkk; 

74S- 

En ce temps Boni^ce étoît Evêque de 
Mayence. La dignité de Métropole, aRa- 
chée jufques-là au Sîege de Vorins , paflie à 
Bdayence. 

Carloman , frère de Pépin , abdique le 
Duché de l'AuHralie ; c'étoit un puilTant 
Royaume qu'il gouvernoit fous le nom de 
Maire du Palais , tandis que fon frère Pépin 
dominoit dans la France Occidentale , & que 
Childeric , Roi de toute la France , pouvoit i 
peine commander aux domeitiques de fa mai- 
Ion. Carloman renonce à fa fouveraïneté 
pour aller fe faire Moine au Mont-CafCn. 
Les Hiftoriens difent encore que Peptn l'ai- 
iDoit tendrement; mais il eft vraifemblable 
que Pépin aimoît encore davantage à domi- 
ner feul. Le Cloître éioil alors Tafyle de 
ceux qui avoîent des concurrents trop 
puiflants dans le monde. 

747» 748- 

On renouvelle , dans la plupart des Villes 
de France,rufagedes anciens Romains connu 
jbus le nom At patronage ou de clicnuUe. Les 
bourgeois fe choififlbient des patrons parmi 
les Seigneurs ; & cela feul prouve que les 
Peuples n'étoient point partagés dans les 
Gaules , comme on l'a prétendu , en maîtres 
& en efclaves. 



;,C.oogli: 



C H A R L E M A G N i: 4i 

749* 
Pépin entreprend enfin ce que Charles 
Martel fon père n'avoît pu faire. Il veut ôter 
la Couronne à la race de Mérovée. Il mit 
d'abord l'Apôtre Boniface dans fon parri , 
avec plufieurs Evêques y & enfin le Pape 
Zacfaarie. 

750. 

Pépin fait dépofer fon Roi Hilderîc on 
Chîlderic III ; il le &it Moine à St. Berlin, 
& fe met fur le trône des Francs. 

Comme cette uCurpation atroce irrîtoît 
plulîeurs Seigneurs , il attire le Clergé dgat 
ion parti , il fonde le riche Evêché de Vurtz« 
bourg, dont le Prélat (e prétend Duc de 
Franconie ; il appelle aux £tat5 généraux , 
nommés ParliamenSy les Evêques & les Abbés, 
qui auparavant n'y venoient que très-iare? 
loeat , & quand on les confultoit. 

Pépin veut fubjuguer les Peuples nommés 
alors Saxons , qui s'étendoiem depuis les 
environs du Mein iufqu'à la Cherfonefe Cîm* 
brique, & qui avoieni conquis l'Angleterre, 
Le Pape Etienne III demande la proteâioa 
de Pépin contre Luiiprand , Boi de Lora- 
bardie , qui vouloit fe rendre maître de Rome. 
L'Empereur de Conftantinople était trop 
élçigné & trop fbible pour le lecourir ; & h» 



;, Google 



premier domeftique du Rot de France « 
devenu ufurpateuft pouvoit feul le protéger. 

754- 
La preouere adion connue de Charlem^ne 
eft d'aller, de la part de Pépin (ort: père, au 
devant du Pape Etienne à St. Maurice en 
'Valois, & de fe profterner devant lui. C'étoit 
un ufage d'Orient. On s'y melioii fouvent à 
genoux devant les Evâques, Se ces Evêques 
nècbifibient les genoux non^feulement devant 
les Empereurs, mais devant les Gouverneurs 
des Provinces , quand ceux-ci venoient pren^ 
dre pofleOion. 

Pourlacoutume de baiferlcs pieds, elle n'é". 
toit point encore introduite dans l'Occident. 
Dioclétien avoit le premier exigé , dit-on , 
cette marque de relpeâ : en quoi il ne fut que 
trop imité par Conuantin. Les Papes Adrien I 
ft Léon III , furent ceux qui attirèrent ait 
Pontificat cet honneur que Dioclétien avcùt 
arrogé à l'Empire ; après quoi les Rois & les 
Empereurs fe fournirent comme les autres à 
çeue cérémonie, qu'ils ne regardèrent que 
comme un aâe de piété indifférent , quoique 
ridicule , & que les Papes voulurent fair^ 
pa^er comme uo aâe de fujétion. 

. Pépin fe &it iacrer Rcm de France par le 
Pape au mois d'Août , dans l'Abbaye de Saint 
7!)eais ; il l'avoit été déjà par Boniface ; maiy 
I4 ^ain d'ua Pape readoit aux yeux def 



;,C.oogli: 



C H A 11 ( E I« 4 « « B. 4t 

Peuples fon ufurpatîon plus refpeâable. 
^Inhard, Secrétaire de Chatlemagne, dit 
en cermes exprès, qu'HUiieric fut 4ipofi par 
ordre du Pape Etieftae. Pépin n'ell pas le pre- 
mier Roi de l'Europe qui ie foit fait facrec 
avec de l'huile à la manière Juive : les Rois 
Lombards avoient pris cette coutume des 
Empereurs Grecs ; les Pues de Bénévent 
même fe faifoient (acrer : ces cérémonies 
impofoient à la populace : Pépin eut foin de 
faire facrer en même temps fes deux fils » 
Charles 8e Carloman. Le Pape , avant de I< 
facrer Boi,I'abfout de Ton parjure envers 
Hilderic fon Souverain , Sl après le facre, 
il fulmina une excommunication contre qui- 
conque voudroit un jour entreprendre d'ôier 
la Couronne à lafamille de Pépin. C'eftainil 
que les Princes & les Prêtres lé font fouveni 
joués de Dieu it des hommes. Ni cet Hugues 
Capet, ni Conrad, n'ont pas eu un grand 
ref lunication. Le nou> 

vei a. coa^Iaifaace du 

Pa ec Tamilon , Duc 

^e [[ alliage Aftolphe < 

dai rne la même année 

fan Lierre cti la paix. 

7î5- 
A peine Pépin a-t-il repaffé les Alpes,' 
^'Auolphe afiiege Kome. Le Pape Etienne 
conjura le nouveau Roi de France de venif 
le délivrer. Rien ne marque mieux la fim- 
plicité de ces tanps.gio£ers, qu'une Istm 



;, Google 



%i Charlemagme. 

3ue le Pape &it écrire au Roi de France pat 
t. Pierre , comme G. elle étoit defcendue du 
Ciel : fimplicité pourtant qui n'excluoit 
jamais ni les fraudes de la politique > ni les 
attentats de l'ambition. 

Pépin délivre Rome, affiege encore Pavle^ 
fe rend maître de i'Ëxarcat , Se le donne , dit- 
on , au Pape. C'eft le premier titre de la 
puilTance temporelle du St. Siège. Par -là 
Pépin affoibliffoît également les Rois Lom- 
bards & les Empereurs d'Orient. Cette dona- 
tion eft-bien douteuTe « car les Archevêques 
de Ravetuie prirent alors le titre d'Exarques. 
11 réfulte que les Evêques de Rome Se de 
Ravenne vouloient s'agrandir. Il eft très* pro- 
bable que Pépin donna quelques terrés aux 
Papes, & qu'il favorifoit en Italie ceux qui 
afTemufîbient en France fa domination. S'il 
eft vrai qu'il ait fait ce préfent aux Papes , il 
eft clair qu'il donna ce qui ne lui apparteooit 
pas ; mais aul£ il avoit pris ce qui ne lui 
appartenoit pas. On ne trouve guère d'autre 
fource des premiers droits. Le temps les rend 
légitimes. 

Boniface , Archevêque de Mayence , fait 
une Miffion chez les Frifons idolâtres. Il y 
reçoit le martyre. Mais comme les Hiftoriens 
difent qu'il frit manyrifé dans (on Camp, & 
qu'il y eut beaucoup de Frifons tués» il eft 
à croire que les NÛlIionnaires étoient des 
Soldais. 



;,C.oogli: 



CnkkiiMAGvtî 4f 

Soldats. Taiffitlon , Duc de Bavière , fait ua 
ïtommage de ion Duché au Roi de France , 
dans la forme des hommages qu'on a depuii 
appelles Liges. Il y avoit déjà de grands Fieâ 
héréditaires, & la Bavière en étoit un. 

Pépin défait encore les Saxons. Il pardt 
que toutes les guerr^es de Ces Peuples contre 
les Francs , n étoient guère que des incur- 
fions de Barbares , qui renoient tour-à-toor 
enlever des troupeaux , & ravager des moif- 
fons. Point de place forte , point de politi- 
que , point de deffein formé ; cène partie du 
inonde étoit encore fauvage. 

Pépin, après fes viâcnres, ne gagna que 
le paiement d'un ancien tribut de ]0o che- 
vaux f auquel on ajouta 500 vaches ; ce n*^ 
tait pas la peine d'égorger tant de miUiefft 
d'hommes. 

7ï8, 759,760. 

Didier , fucceflênr dn Roi Ailolpbe j 
reprend les Villes données par Pépin à St. 
Pierre ; trais Pépin étoit fi redoutable , que 
Didier les rendit , k ce qu'on prétend , fur fe* 
feules menaces. Le Taffelage héréditaire con^ 
mençoit û bien à s^mtroduire > que les Rois 
de France prétendoient être Seigneurs (va^ 
rains du Duché d'Aquitaine. Pépin force, lel 
armes à la main , Gaïfre , Duc d'Aquitaine , 
à lui prêter ferment de fidélité en préfence 
du Duc de Bavière ; de forte qu'il eut deux 

Nouv. MU. Tom. XV. D 



;, Google 



50 C H A R L C H A G N E; 

grands Souverains à (es genoux. On iîent 
bien que ces hommages n étoient que ceux 
àe la ioibleflè à la force. 

Le Duc de Bavière , qui fe croit aflez puif- 
fant , & qui voit Peptn loin de lui , révoque 
fon hommage. On efl prêt de ki faire la 
guerre, St il renouvelle Tonferment de fidélité. 

766, 767. 

Ereflion de l'Evêché de Saltiboutg. Le Pape 
}*aul envoie au Roi, des livres, des chan- 
tres , & une horloge à roue. Conâantin 
Copronyme lui envoie auffi un orgue Sl 

Quelques muficiens. Ce ne feroit pas un fait 
e THIftoire » s'il ne faifoit voir combien les 
Arts Ploient étrangers dans cette partie du 
inonde. Les francs ne connoiflbient alors que 
la guerre , la chafle & la table. 

768. 
Les années précédentes font Aériles en 
événements , & par conféquent heureufes 
pour les Peuples ; car prefque tous les grands 
tr\ts de l'Hiltoire font des malheurs publics. 
La Duc d'Aquitaine révoque Ton hommage , 
à d'exemple du Duc de Bavière. Pépin vole 
à lui , & réunit l'Aquitaine à la Couronne. 

Pépin, Itirnommé le Bref, meUrtà Xaintes 
le 14 Septembre , âgé de cinquante-quatre 
anst Avant fa moit il fait fon teflameot ds 



;,C.oqglc 



C it À ti' t; fe M A G M ë: jf 

Witrlie i Se non pat écrit * en ytékiicè des 
grands Officiers de (a maifoil , de fes Gêné* 
taux t & des pofTefîeurs â vie des grandet 
terres. Il partage tous fes Etats entre les deux 
enfants , Charles & Carloman. Après la mort 
de Pépin ^ les Seigneurs modifient fes volons 
tés. On donne à Cari , que nous avons depuis 
appelle Charlemagne , ta Bourgogne , TAqui' 
taine , la Provence avec la Neuftrie , qui s'é-^ 
tendoit alors depuis la Meufe jurqu'à la Loire 
& à l'Océan. Carloman eut l'Auftrafie depuis 
Rheims jufqu'aux derniers confins de la Thu* 
ringe. II efl évident que le Royaume de 
France comprenoit alors près de la moùU 
de la Germanie) 

?70. 

Didier , Roi des Lombards ^ offi^ èil 
mariage fa 611e Défîderate à Charles. Il étoit 
déjà ttiarîé. Il époufa Déâderate ; ainfi il 
paroît qu'il eut deux femmes à la fois. Là 
chofe n étoit pas rate. Grégoire de Tours dit 
que les Rois Gontran , Caribert , Sigebert « 
Chilperic , avoient plufieurs femmes. 

Soii frère Carloman meurt foudaineoietit 
à l'âge de vingt ans. Sa veuve s'enfuit en Ita- 
lie avec deux Princes {es enfants. Cette niori 
& cette fuite ne prouvent pas abfôlumeilt 
que Charlemagne ait voulu régner feul^ 8é 
ait eu de mauvais defleins contre fes neveux ) 
siais elles ne prouvent pas auffî qu'il méritai 



;, Google 



fl C R A R t E H A O N e: 

qu'on célébrât fa fête , comme oo a fait ed 

Allemagne. 

771. 

Charles k ait couronner Roi d'Auftrafie , 
Si réunit tout le vafle Royaume des Francs , 
fans rien laiHer à fes neveux. La pollérîté 
éblbuieparréclatdefa gloire, femble avoir 
oublié cette injuftice. Il répudie fa femme 4 
£Ile de Didier , pour fe venger de Tafyle qua 
}e Roi Lombard donnoît à la veuve de Car^ 
loman > fon frère. 

Il va attaquer les Savons , 8e trouve à leut 
tête un homme digne de le combattre * c'étoit 
Vilikind , le plus grand défenfeur de la 
liberté germanique, après Hermann, que 
nous nommons Armlnius. 

Le Roi de France l'attaque dans le pays 
qu'on nomme aujourd'hui le Comté de la 
Lippe. Ces Peuples étoient tris-mal armés» 
Car dans les capitulaires de Charlenlagn« 
on voit une défenfe rigoureufe de vendre 
des cuiraflfes & des cafques aux Saxons. Let 
armes & la difcipline des Francs dévoient 
donc être vîâorieufes d'un courage férâce. 
Charles taille l'Armée de Vitikind en piecei, 
il prend la capitale nommée ErresbourgH. 
Cette capitale étoit un alTemblage de cabanâ 
ent urées d'un folTé. On égorgea les Habi- 
tants ; mais comme on força Te peu qui reftoit 
JL recevoir le Baptême , ce ftu un grand gain 



;,C.oogli: 



Charlemaghe. 5$ 

pour ce malheureux pays de fauvages , à ce 
<[iie les Prêtrçs de ce temps ont affuré* 

773- 
Tandis que le Roi des Francs contient les 
Saxons fur le bord du Vefer, l'Italie le rap- 
pelle. Les querelles des Lombards & du Pape 
^bliftoîent toujours ; & le Roi en fecourant 
l'Eglife pouvoit envahir l'Italie qui valoit 
mieux que les pays de Brème, d'Hannover, 
& de Biunfvick. U marche donc contre fon 
beau-pere Didier , qui étok devant Rome. 
It ne s'agiâbit pas de venger Rome , mais il 
s'agiiToit d'empêcher Didier de s'accom- 
moder avec le Pape , pour rendre aux deux 
£ls de Carloman le Royaume qui leur appar- 
tenoit. Il court attaquer Ton beau-pere, & 
fe C^rt de la piété pour fon ufurpation. Il eft 
fuivi de Soixante St dix mille hommes de 
troupes réglées j chofe inouie dans ces temps- 
îi. On alTemblfMt auparavant des Armées de 
cent & de deux cents mille liommes ; mus 
«'étoient des Payfans , qui atlwent faire 
ieurs moilTons après une bataille perdue oa 
gagnée. Charlemagneles retenoit plus long- 
temps fous le drapeau, & c'eft ce qui con- 
tribua à fes viâoires. 

774- 

L'Armée Françoïfe affiege Pavie. Le Roi 

Ta à Rome , renouvelle , à ce qu'on dit , 

4a donation ^e Pépin, & l'augmente; H en 

met lui-même une copie (ia letombeauqu'oa 

D j 



;,■ Google 



{4 C H A R E. E H A O N i; 

r retend renfermer les cendres de St. Pierre; 
e Paçe Adrien le remercie par des vers 
qu'il fait pour lui, 

La tradition de Rome eft que Charles 
donna la Corfe , la Sardaigne & la Sicile. Il 
ne donna fans doute aucun de ces pays qu'il 
pe polTédoit pas. Mais il exifie une Lettre 
d'Adrien à l'Impératrice Irène , qui prouve 
que Charles donna des terres que cette 
^ttre ne fpéciâe pas. Charles Due des Francs 
& Patrice nous a t dit-il> donné des Provinces^ 
& rejlieué tes Villes que Ui petfidts LoBtbtrS 
ntenoitnt 4 l'EgUfe , etc. 

On fent qu'Adrien ménage encore l'Empire 
en ne donnant que le titre de Duc & dePa* 
trice à Charles, & qu'il veut fortifier fa pof- 
ie^on du nom de reftitution. 

Le Roi retourne devant Pavîe- Didier fe 
rend à lui. Le Roi le ait moine , & l'en* 
voie en France dans l'Abbaye de Corbi'*. 
Ainfi finit ce Royaume des Lombards , qui 
avoient en Italie détruit la puiflançe ro- 
maine, & fubflitué leurs Loix à celles def 
Empereurs. Tout Roi détrôné devient moine 
dans ces temps-là , ou eft affafiiné. 

Charlemagne fe fait couronner Roi d'Italie 
■ i Pavie d'une couronne où il y avoit un 
cercle de fer, qu'on garde encore dans la 
fetiw Viliç de Mqq»!* 



;, Google 



C H A R L E M A G N s. 55 

La Jullice étoit adminiftrée toujours t^ns 
Rome au nom de l'Empereur Grec. Les 
Papes mêmes recevoient de lui ta confir- 
mation de leur éleâïon. On avoit ôré à 
l'Empereur le vrai pouvoir , on lui lailToit 
quelques apparences. Charlentagne preroit 
feulement, aînû que Pépin» le ùtie de 

PtUTÎCt, 

Cependant on fî-appoït alors de ta mon- 
noie à Rome au nom d'Adrien. Que peut- 
on en conclure, linon que le Pape délivré 
des Lombards & n'obéifTani plus aux Empe- 
reurs, étoit le maître dans Rome. Il eft 
indubitable que les Pontifes Romains fe fai- 
firent desdroits régaliens dès qu'ils le purent, 
comme ont fait les Evêques Francs & Ger- 
mains ; toute autorité veut toujours croître ; 
& par cette raifon-là même on ne mit plus 
que le nom de Charlemagne fur les nou- 
velles monnoies de Rome , lorfqu*en $00 
le Pape & le Peuple Romain l'eurent nommé 
Empereur. Quelques critiques prétendent 
que les monnoies frappées au nom d'Adrien 
n'éloient que des médailles en l'honneur 
de cet Eveque : cette remarque eft d'une 
très-grande vraifemblance , puifqu'Adrien 
n'étoit pas certaioement Souverain deRome» 

77Ï- 
Second effort des Saxons contre Charlema- 
gne , pour leur liberté, qu'onappelle révolte* 
Ils font encore vaincus dans la Veftpbalie-, 
I>4 



;, Google 



5^ C H A K L E M A G N B. 

& après beaucoup de fang répandu , ils don- 
nent des bœufs & des otages, n'ayant autre 
chofe k donner. 

776. 

Tentative du fils de Didier, nommé 
Adaleife , pour recouvrer te Royaume de 
Lombardie. Le Pape Adrien la qualïâe hor- 
rible confpîraiion. Charles court la punir. 
I! revole d'Allemagne en Italie , fait cottper 
la tête à un Duc de Frîoul aflez courageux 
pour s'oppofer aux invaËons du Conquérant, 
& trop foible pour ne pas fuccomber. 

'Pendant ce temps-U même les Saxons re- 
viennent encore en Veftphalie ; il revient les 
battre. lU fe foumettent & promettent encore 
de fe laire chrétiens. Charles bâtit des Forts 
clans leurpays avant d'y bâtir des Eglifes. 

777- 
Il donne des Lois aux Saxons , & leur &it 
jurer qu'ils feront efclaves , s'ils ceflient d'êlrç 
chrétiens & fournis. Dans une grande Diète 
tenue à Paderborn fous des tentes , un Emir 
Mufulman qui commandoit à Saragofle, vint 
conjurer Chartes d'appuyer fa rébellion con- 
tre Abdérame , Roi d'Eipagoe. 

778. 

Chartes marche de Paderborn enEfpagne» 

£end le parti de cet EJnir , a/Tiege Pampe- 
œ & s'en rend maître. Il eft à remarquer 



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Chaklemagne. f7 

^e les dépouilles des Sarrazins furent parta- 
gées entre le Roi , les OfHciers & les Soldats» 
lelon l'ancienne coutume de ne faire la guerre 
que pour du butin , & de le partager égale- 
ment entre tous ceux qui avoieni une égale 
part au danger. Mais tout ce butin ell perdu 
en repaflani les Pyrénées. L'arriere-garde 
de Charlemagne eu taillée en pièces à Roa-< 
cevaux par les Arabes & par les Gafcons. 
C*eft-là que périt , dit-on , Roland foa. 
neveu » fi célèbre par fon courage & par 
fa force incroyable. 

Comme les Saxons avoîent repris let 
armes pendant que Charles étoit en Italie, 
ils les reprennent tandis qu'il eft en Efpagne. 
Vitikind retiré chez le Duc de Dannemarck 
fon beau-pere > revient ranimer fes Com- 
patriotes. Il les raffemble, il trouve dans 
firême « capitale du pays qui porte ce nom , 
un Evêque , une Eglife , & fes Saxons défef- 
pérés qu'on traîne à des Autels nouveaux; 
il chafie l'Evêque , qui a le temps de ^ir 
& de s'embarquer. Charlemagne accourt, 
& bat encore Vitikind. 

780. 

Vainqueur de tous côtés , il part pour 
Rome avec une de fes femmes nommée 
Ildegarde & deux enfants puinés , Pépin Se 
Louis. Le Pape Adrien baptil'e ces deux 
enfants y facre Pépin , Roi de Lombardie • 
4c Louis Roi dAqaitaine. Axaû. l'Aqui* 



;, Google 



58 Charlemagne; 

taine fut érigée en Royaume pour quelque 
teo)ps. 

781, 781. 

Le Roî ^e France tient fa Cour à Vomts, 
à Ratîsbonne , à Cnïerci. Alcuin , Arche- 
▼êque tlTTorck, vient l'y trouver. Le Roi 
qui à peine favoît figner Ton nom , vou- 
loit faire fleurir les fciences, parce qu'il 
vooI<Mt être grand en tout. Pierre de Pife 
lui enfdgnoit un peu de grammaire. Il 
n'étoit pas étonnant que des Italiens inftnii- 
fiflent des Gaulois & des Germains > mais li 
Fétoii qu'on eût toujours befoin des Anglois 
pour apprendre ce qui n'eft pasmême honofé 
aujourd'hui du nom de fctence. 

On tient devant le Roi des Conférences 
qui peuvent être l'origine des Académies , & 
fur-tout de celles d'Italie , dans lefquelles cha- 

2ue Académicien prend un nouveau nom. 
'harlemagne fe nommoit David y Alcuin 
jtlbinas, & un jeune homme nommé lige. 
berd, qui faifoit des vers en langue romance, 
prenoit hardiment le nom à^Sotiure. 

783. 

Cependant Vitikind qui n'apprenoit point 
la grammaire , fouleve encore les Saxons. 
II bat tes Généraux ie Charles fur le bord 
du Vefer. Charles vient réparer cène défaite. 
Il eft encore vainqueur des Saxons ; ils 
mettent bas les arme$ devant lui. Il leur 



;, Google 



Charlemagnb. ^9 
ordonne de livrer Vitîkïnd. Les Saxons lui 
répondent qu'il s*efl fauve en Dannemarçk. 
Sts complices font tncort ici , répondit Char- 
lemagne ; & il en £t maflacrer quatre mille 
cinq cents à fes yeux. C'eftainfl qu'il. dif- 
pcfoit la Saxe au Chriftianifme. Cette aâion 
reflemble à celle de Sylla; les Romains 
. n'ont pas du moins été affez lâches pour 
louer Sylla. Les Barbares qui ont écrit les 
faits & gefles de Charlemagne , ont eu 
la baffeue de le louer & même d'en faire 
un homme jufte : ils om fervi de modèles 
à prefque tous les compilateurs de VHif- 
toirt de France, 

784- 
Ce maflacre fit le même effet que fit 
long-temps après la St. Barthelemi en France. 
Tous les Saxons reprennent les armes avec 
une fureur défefpérée. Les Danois & les Peu- 
pies voifins fe joignent à eux. 

785. 

Charles marche avec fon fils du même 
nom que lui y contre cette multitude. H rem- 
■ poite une viâoîre nouvelle & donne encore 
des Lotx inutiles. Il établit des marquis , 
c'eft-i- dire , des commandants de milices fur 
les frontières de fes Royaumes. 

786. 

Vitikind cède enfin. 'Il vient avec uo 
Duc de Frife fe foumettre à Charlemagnç 



;, Google 



€o C H A X L B M A « N c: 

dans Attigni fur l'Aine. Alors le Royaume 
de France s'étend jufqu'au Holâein. Le Roi 
de France repaiTe en Italie & rebâtit Flo- 
rence ; c*eft une chofe finguliere , que dès 
^'il eil à un bout de (es Royaumes , il y a 
toujours des révoltes à Tautre bout; ceft 
vae preuve que le Roi n'avoit pas fur toutes 
les frontières de puiffants corps d'année. 
Les anciens Saxons fie joignent aux Bava-> 
f<ns ; le Km repaffir les Alpes. 

787- 
L'Impératrice Irène, qui gouremoit encore 
l'Empire Grec , alors le feul Empire , av<Ht 
formé une puiflante ligue contre le Roi des 
Francs. Elle étoit compofée de ces mêmes 
Saxons , & de ces Bavarois , des Huns , ft 
^rneux autrefois fous Attila , & qui occU" 
poient comme aujourd'hui les bords du 
Danube & de la Drave , une partie même 
de l'Italie y était entrée. Charles vainquis 
les Huns vers le Danube, & tout fiit dïffipé. 

Depuis 788 jufqu*à 791. 

Pendant ces quatre années paifîbles , il 
infiitue des écoles chez les Evêques & dans 
les Monafleres. Le chant Romain s'établit 
dans les Eglifes de France. Il fait dans la 
Diète d'Aix-la-Chappelle des Loix qu'on 
nomme Capiiuiaires. Ces Loix tenoient beau- 
coup de la barbarie dont on vouloit for- 
tir, Bt dans laquelle on fut long- temps 
plongé. La plus barbare de toutes, nie 



;, Google 



Cbarikmaghc. <! 

cette Loi de Veftphalie , cet établifiemeoC 
de la Cour Vémique , dont il efl: bien 
étranger qu'il ne foit pas dit un feul mot 
dans VEfprit des Loix , ni dans la Chronoio^ 
gie raifoarUe du Préfident Hénaut ; Tinqui*' 
iition, le confeil des dix, n'égalèrent pat 
la cruauté de ce Tribunal fecret établi par 
Charlemagne en 803 : il fut d'abord infti« 
tué principalement pour retenir les Saxons 
dans le chriAianifme & dans robéiffance ] 
bientôt après , cette inquilîtion militaire 
s'étendit dans toute l'Allemagne. Les Juges 
étoient nommés fecrettement par l'Empe- 
reur, enfuite ils choifireilt eux-mêmes leurs 
eâbciés fous le ferment d'un fecret invio- 
lable : on ne les connoiflbit point : des 
efpions liés auffi par le ferment faifoient 
les informations. Les Juges prononçoient 
lans jamais confronter l'accufé & les 
témoins : fouvent fans les interroger, It 
plus jeune des Juges faifoit l'office de Bour^ 
reau. Qui croiroit que ce Tnbuna l' d'aflaffiat 
ait duré jufqu'à la fîn du règne de Frédéric 
ni ! cependant rien n'ell plus vrai ; 8c 
nous regardons Tibère comme iln méclUnC 
hoame, 8t nous prodiguons des éloges à 
Charlemagne ! 

Si on veut fav^r ùs caumous du temps 
4t ChùTktna^n* dans le civil , te militaire >, 
& l'eeelifiafîique , on les trouve dans /'Hi^ 
toire générale de refprit & des moeurs 
des oations. 



;,■ Google 



6% CHARLEMAâMËt 

793- 

Charles devenu voilin des Huns , devient 
par conféquent leur ennemi naturel. Il levé 
des troupes contre eux , & ceint l'épée à fon 
fils Louis qui n'avoit que quatorze ans. Il 
le fait ce qu'on appelloit alors iniV»» c'eft" 
à-dire, il lui fait apprendre la guerre; 
mais cen'eftpaslecréer Chevalier, conims 
quelques Auteurs l'ont cm. La Chevalerie 
ne s'établit que long-femps après. II défait 
encore les Huns fur le Danube & fur le Raabt 

Charles affemble des Evêques pour jugef 
la doârine d'Elipand, que les Hiiloriens 
dilent Archevêque de Tolède : il n'y avoit 
point d'Archevêque encore : ce litre n'eft 
que du dixième fiecle. Mais il faut favoir 
que les Mufulmans vainqueurs laifTerent 
leur religion aux vaincus; qu'ils ne croyoient 
pas les chrétiens dignes d'être Mufulmans, & 
qu'i Is fe contentoîent de leur impofer un léger 
tribut. 

Cet Evêque Elipand îmaginoit , avec uil 
Félix d'Urgel, que Jësvs-Christ, en tant 
qu'homme , étoit fils adoptif de Ditv , 
& en tant que DiEU , fils naturel, il ell 
difficile de favoir par foi-même ce qui en 
eft. Il faut s'en rapporter aux Juges, & 
les Juges le condamnèrent. 

Pendant que Charles remporte des vic- 



■ îliz^;;,. Google 



Chari,bmagnc; 6% 

taxes , fait des Loix , aflemble d«s Eve- 

2 lies » on conrpire contre lui. Il avoit un 
ïs d'uûe de fes femmes ou concubines , 
qu'on nommoit Pépin le Boflu , pour le dit- 
tinguet de fonautre fîls Pepîn Roi d'Italie* 
Les enfants qu'on nomme aujourd'hui bâtards 
8c qui n'héritent point , pouvoient hériter 
alors , & n'étoient point réputés bâtai^> 
Le BoâTu qui étoit l'aîné de tous , n*av<MC 
point d'appanage ; & voïli l'origiae de la 
confpiration. Il eft arrêté à Raiisbonne avec 
fes complices, jugé par un Parlement, 
tondu Se mis dans le Monaflere de Prum 
dans les Ardennes. On crevé les yeux à quel- 
ques-uns de fesadhérants^âc on coupe la tête 
à d'autres. 

794* 
Les Saxons fe révoltent encore , & font 
encore facilement battus. Vitikind n'étoic 
plus à leur tête. 

Célèbre Concile de Francfort. On y con- 
damne le. (econd Concile de Nicée , dans 
> lequel l'Impératrice Irène venoitde rétabtir 
le culte des Images. 

Charlemagne fait écrire les livres Carolias 
contre ce culte des Images. Rome ne penfoic 
pas comme le Royaume des Francs; & cette 
différence d'opinion ne brouilla point Char- 
lemagne arec le Pape , qui avoit befoin de 
lui. Obfervez que les livres Carolins & le 



;, Google 



"$4 CMAKlEMAdNg; 

Concile de Francfort , traitent les Pères du 
Concile de Nicée d'impies , d'infoUnts & d'im- 
ftrtintmi : les Gaulois , les Francs , les Ger> 
mains, encore barbares > n'ayant ni Peintres 
ai Sculpteurs , ne pouvoient aimer le culte 
des Images. 

Obfervez encore que la religion de prefque 
tous les Chrétiens Occidentaux , diiFétoit 
beaucoup de celle des Orientaux. 

Claude I Evéque de Turin , conferva fur* 
tout dans les Montagnes & dans les Valléet 
de foD Oiocefe , la croyance & les rites de 
ion Eglife: c'efl l'origine des réformes prê- 
chée& & foutenues prefque de fiecle en fîede , 
par ceux qu'on appella Vaudois , Albigeois, 
Lollards y Luthériens , Calviniftes , dans la 
tait€ des temps. 

79S- 
Le Duc de Frioul , vaffal de Charles , eft 
«nvoyé contre les Huns , & s'empare de 
leurs tréfors , fuppofé qu'ils en euffent. Mwt 
du Pape Adrien , le 15 Décembre. On pré- 
tend que Charlemagne lui ût une Ëpitaphe 
en vers latins. Il n'eft guère croyable que ce 
Roi Franc , qui ne favoit pas écnre, fût faire 
. des vers latins. 

796. 

Léon ni fuccede à Adrien. Charles lut 
écrit : « Nous nous réjouiffons de votre élec- 
» tion , & de ce qu'on nous lend Tobéiffance 



;,■ Google 



,CHARt.BM4âMt; 6^ 

M & la fidélilé-qut nous eft due >r. Il parlait 
ainli en Patrice de Rome, comme fon père 
Bvoit parlé aux Francs en Maire du Palais. 

797» 798. 

■ Pepîn, Roi d'Italie, eft envoyé par fon 
père contre les Huns ; preuve qu'on n'âvoit 
remporté que de foibles vifloires. II en rem- 
porte une nouvelle. La célèbre Impératrice 
Irène eft mife dans un Cloître par fon fiU 
Conftantin V. Elle remonte fur le trône ^fait 
crever les yeux à fon fils ; il en meurt ;.elle 
pleure fa mon. C'eft cette Irène l'ennemie 
naturelle de Charlemagne , & qui avoit voulu 
s'alIJer avec lui. 

799. 

Dans ce temps-là les Kormands * c*efi-â* 
dire , les kommts du Nord , les habitants dei 
côtes de la mer Baltique , étoient des Pirates* 
Charles équippe une flotte contre eux, &ea 
purge les mers. 

Le nouveau Pape Léon III irrite contre lut 
les Romains. Ses Chanoines veulent lui crc' 
ver les yeux & lui couper la langue. On ït 
met en iang, mais il guérit. Il vient à Pader* 
bora demander juftice à Charles , qui le ren- 
voie à Rome avec une .efcorte. Charles la 
fuit bientôt. Il envoie fon fils Pepiii fe faiftf 
An Duché de Bénévent , qui relevOÏt encor« 
de l'Empereur de Conftaatiaople. 
- Hoity. Mil, Tom. XV. B 



;,■ Google 



i6 C a A R L E M A é N Eï 

800. 

Il arrive à Rome. Il déclare le Pape innâ>' 
cent des crimes qu'on lui imputoît ; & le 
Pape le déclare Ebipereur , aux acclamations 
de tout le peuple. Charlemagne afTeâa de 
cacher fa joie fous de la modeftie, 6c de paroî- 
Ire étonné de fa gloire. Il agit en Souverain 
âé Rome, & renouvelle l'Empire des Céfars, 
Mais pour rendre cet Empire darable , il Êtl- 
loit refter à Rotne. On demande quelle auto- 
rité il y fit exétcer en fon nom : celle d'un 
}u^ë fuprême , qui làifTûit à l'Eglife tous Tes 

Ênvileges, & au peuple tous Tes droits :les 
[lAtiriens nb tioiis marquent pas s'il entrete- 
noit un Préfet, un Gouverneur à Rome ; s'il 
y avoit des Troupes , s'il donnoit les emplois : 
ce filence pourroît prefque faire ibupçonner 
qti'3 Ait plutôt le prot^eUr qije le Souverain 
effeûif de la Yille, àam laquelte il ne reviM 
jamais. 

'Soi.' 

Les Hiftoriens dlfent que dès qu'il fut Empe- 
tciit f Irrae voulut l'époufer. Le marîage'cut 
été entre les deux Empires plutôt qu'entre 
.Charlemagne St la vieille Irène. 

801. 

Charlem^ne exerce toute l'autorité des 
anciens Empereurs par-tout ailleurs qUË dans 
Rome même. Nul pays, depuis Bénévent juf- 
qu'à Bayonne^ & de Bayonce juiqu'en £a^ 



;,C.oogli: 



C tl A « it t tt IL e K C. $7 
-viere , exempt de fa patffanœ lëgiflative. Le 
'Duc de Venife Jean ayant aïïaffiii)é un Evâ- 
que , eft accufé devant Charles ^ & ne !• 
■recuie pas pour Juge. 

Nicéphore * fuccefTeor d^rene , reconnoôt 
fCharles pour Empereur, fans conronirexp^ef* 
'Cément des limites des deux Empires. 

8û3 y 804. 

L'^pereur s'applique à-policef fes Etats i 
-autant qu'on U pou voit alors. Il diffipe encore 
«les faâioas des Saxons , & tranfporte enfîit 
{ine-partiede^e-Peuple dans la 'Flandre, data 
la Provence , en Italie « à Rome même* 

Soj. 

il diâe fon teHament-qul comtHence aitifî t 
CharUs , Einptnur Céfar , Roi tt^s-invincibU 
ifcj/>ww5,&c. Il donne à^Loais tout le pajw 
depuis l'Efpflgne 'jufqu'au Rhin. Il laiae k 
{>epin l'Italie & la Bavière ; à Clmrles Ift 
France ) depuis la Loirejurqu-àlngolHadt^âe 
toute l'Aunralie , depuis l'Efc^ut jufqu'auz 
confins de Brandebourg. Il y avoit dans ces 
tFOJs lots de quoi exciter des divifions éter- 
nelles. Charleraaene crut y pourvoir en 
ordonnant que -s'il arrivoit un ^iSéteat fuf 
les limites des Reçûmes , qui ne pût être 
décidé par tétnoins , le jugement i^e la eroiii 
en dëcideroît. Ce jugemetit Jt la croix conûf> 
toit à faire tenir aux Avocats les bras étett" 
dus j & le phitdt las perdoit fa caufe. 'Le bott 
fi a 



;, Google 



68 . C H A R L E M A G N C. 

fetis naturel d'un li grand Conquérant ne pou< 
voit prévaloir tur lés coutuines de ion fieclé- 

Charlemagne retint toujours l'empire 6c la 
fouveraineté. Se il étoit le Roi des Rois Tes 
enfants. CVft à Thipnville que fe fit ce 
fameux teftament , avec l'approbation d'un 
Parlement. Ce Parlement étoit compofé 
d'Evêques , d'Abbés , d'OiEciers du Palais 
& de l'Année , qui n'étoient là que pour 
atteller ce que vouloir un m»tre abfolu. Les 
diètes n'étoient pas ce qu'elles font' aujour- 
d'hui i & cette vafte république de Princes , 
de Seigneurs , & de Villes libres fous un chef, 
n'étoit pas établie. 

806. 

Le fameux Aaron , Caltfe de Bagdad , non- 
VeUe Babitone , envoie des Ambaffadeufs Se 
des préfents à Charlemagne. Les Nations 
donnèrent k cet Aaron un titre fupé^teur à 
celui de Charlemagne. L'Empereur d'Occi* 
dent étoit furnommé le grand ^ mais le Calife 
étoit furnontmé le >«/?e. 

Il n'eft pas étonnant qy'Aaron Rachild 
envoyât des ' AmbafTadeurs à l'Empereur 
François. Ils étoient tous deux ennemis de 
l'Empereur d'Orient : mais ce qui feroit 
étonnant,c'ell qu'un Calife eût, comme difent 
nos Hiftoriens , propofé de céder Jérufalem 
à Charlemagne. C'eût été dans le Calife 
une profaoaiion , de céder à de» Chrétiga^ 



;,■ Google 



C H A R L E M À G N K. 6^ 

une Ville remplie de Mofquées , & cette 

Înofanation lui auroîl coûté le Trône 8c 
a vie. De plus, l'enthoufiarme n'appelloît 
point alors les Chrétiens d'Occident à 
Jénifalem. 

Charles convoie nn Concile à Aix-la- 
Chapelle. Ce Concile ajoute au fymbole, 

Ïie /e St. Eff>TU pToeedt du ptre & du fils. 
ette addition n'étoit point encore reçue 
à Rome : elle le fut bientôt après. Ainfi 
plutieurs Dcjmes feibnt établis peu-à-peu; 
C'eft ainfî qu'on avoit donné deux natures 
& une perfonne à Jésus. Ainli on avoit 
donné 1 Marie le titre de Théotocos ; ainfi 
le terme de transfubftantiation ne s'établit 
que vers le douzième fiecle. 

Dans ce temps les Peuples appelles Nor- 
mands, Danois,' U Scandinaves, fortifiés 
d'anciens Saxons retirés chez eux , ofoient 
menacer les côtes du nouvel Empire. Char- 
les traverfe l'Elbe ; Se Godefroi , le chef de 
tous ces barbares , pour Ce mettre à cou- 
vert , tire un large foffé entre l'Océan & 
la mer Bahique , aux confins du Hoiftein , 
l'ancienne Cherfonefe cimbrique. il reVêtit 
ce fofîe d'une forte paliflade. C'efi ainfi que 
les Romains avoîent tiré un retranche- 
ment entre l'Angleterre & l'Ecoffe ; foibles 
intitations de la fameufe muraille de la 
Chine. 



;, Google 



^ C H- A R I- E M A O M r. 

807 , 808 , 809. 

Traités avec les Danois. Loïx pour les^ 
Saxons. Police dans l'Empire. Peùtes flottes 
^lablies à r^mbouchure des fleuves. 

810. 

Pépin , ce. flis de Chatlemagne , à qui 
fon père avpil donné le Royaume d'Italie , 
meurt de maladie au mois de Juillet, Il 
laiffe un bâtard , nommé Bernard. L'Em- 
pereur donne fans diflîculté l'Italie à ce 
bâtard > comme à Théritier naturel* feloa 
l'ufage ,de ce temps-là. 
8ri. 

Flotte établie à Boulogne fiir la Man- 
che. Fâre de Boulogne relevé. Vurtzboura 
bâti. Mort du Prince Charles deAiné à 
l'Empire. 

813. 

L'Empereur affocie à l'Empire fon fils 
Louis , au mcMs de Mars, à Aix-la-Chapelle. 
Il fait donner à tous les affiliants leiirs 
voix pour cette afl'ociat<on. Il donne la> 
Ville d'Ulm à des moines qui traitent les- 
Habitants en efclaves. II donne des terres à 
Eginhard qu'on a dit l'amant de l'a fille Emma. 
Les légendes font pleines de febles dignes 
de l'Archevêque Turpin fur cet Eginhari 
& cette prétendue fille de l'Empereur. Mais 
par malheur jamais Charlemagne n*eut de fille 
iguis'appellât Emma. 



z,-.C.oo<î[c 



C b'a h l E.M A Ç H «; yt 

814. 

Il meurt d'une pleuréfic après fçpt jours dç 
fièvre, le 18 Janvier à trois heures du m^tin. 
Il a*avoit point de médecin auprès de lui oui 
fût ce que c'étoit qu'une plçurefie. La méae- 
ciae , aînfi qu^ la plupart des arts , n'étoi^ 
connue alors que des Arabes Se des Grecs 
de Conflantinople. Cette année 814 eft ea 
«âèc l'année S13 » car alors elle cooinjea-* 
çoit à Pâque. 

Ce Monarque, par lequel commença le 
'nouvel Empire , eft ravendiqué par lef 
allemands ^ parce qu'il naquit près d'Aix- 
Ja-Chapelle. Goldftad cite une conllitu- 
tion de Fréderic-BarberoulTe , dans laquelle 
eft rapporté un Ëdit de Charlemagne ea, 
faveur de cette Ville : voici un paffage de 
cet £dit. ybus faifre^ que cha^ant un jour 
auprès de cette cité , je trouvai les thermes & 
le palais que Granus , frère de Néron & d*A- 
grippa, avait autrefois bâtis. Il faut croire que fi 
Charlemagne ne favok pas ligner fon nom , 
fon Chancelier étoit bien favant. 
/ 

Ce Monarque au fond étoit comme tous 
les autres conquérants , un ufurpateur : fon 
père n'avoit été qu'un rebelle , & tous les 
Hiftoriens appellent rebelles ceux qui ne 
veulent pas plier fous le nouveau joug : il 
ufurpa la moitié de la France fur fon frerç 
Carloman , qui mourut trop fubitement pour 
E4 



;,C.oogli: 



'yi Chàrlemagne. 

ne pas laifler des foupçons d'une mort vi6-= 
lente: H ufurpa l'héritage de fes neveux 8c la 
fubâdancedeleurmere: il ufurpa le Royaume 
de Lombardie fur fon beau-perc. On connoît 
fes bâtards , fa bigamie y fes divorces , fes 
concubines : on fait qu'il ht aHalIiner des 
milliers de Saxons , & on en a fait un faint. 

LOUIS LE DÉBONNAIRE oulE FOIBLE, 

SECOND Empereur. 

S 14. 

J^iOuis accourt de l'Aquitaine à Aix-1a-Cha< 

Selle , & fe tnet de plein droit en poffeffion 
e l'Empire. Il ctoit né en 778 de Charle- 
magne , & d'une de fes femmes , noipmée 
Hildegarde , fîtie d'un Duc Allemand. On dit 

Îju'îi avoit de la beauté , de ta force , de la 
anté , de l'adrefTe à tous' les exercices ^ qu'if 
favoit le Latin & le Grec ; mais il étoit foi- 
ble ^ & il fut malheureux. Son Empire avoit 
pour bornes au Septentrion la mer Baltique 
& le Danemarck, t'Océanau couchant, la ' 
Méditerranée & la mer Adriatique & leS Pyré- 
nées au Midi ; à TOrieni la Viftule & la Taifle. 
Le Duc de Bénévent étoit fon feudaiaire , 8c 
lui payoit fept mille écus d'or tous les ans 
pour (on Duché. C'étoitune fommetrès-coa- 
fidérable alors. Le territoire de Bénévent 
s'étendoit beaucoup plus loin qu'aujourd'hui, 
9t il ^if(Mt les bornes des deux Empires, 



^.C.oogli: , 



Louis LE FOiBLif. 73 

81S. 

La première chofe que fit Louis , fut de 
mettre en couvent toutes Tes fœurs , & en 
prifontousieursamantsrcequine tefitaimer 
ni dans fa famille, ni dans TEtat. La féconde, 
d'augmenter les privilèges de toutes les Egli- 
fes; & la troifieme, d'irriter Bernard, Roi 
d1taIie,roii neveu, qui vint lui prêter ferment 
de ^délité , & ddnt il exila les amis. 

816. 

Etienne IV eft élu Evêque de Rome , & 
Pape par le Peuple Romain, fans confulter 
]*£mpereur: mais il fait jurer obéiffance & 
fidélité par le Peuple à Louis, & apporte 
lui-même ce ferment à Rheims. Il y cou- 
ronne l'Empereur & fa femme Irmengarde. 
Il retourne à Rome au mois d'Oâobre , 
avec un décret que dorénavant les éleâions 
des Papes fe feroient en préfence des Ambaf- 
fadeurs de l'Empereur, 

8,7. 

Louis aiTocie à l'Empire fon fils aîné Lo- 
thaire. C'étoit bien fe preffer. Il fait Ibn 
fécond fils Pépin , Roi d'Aquitaine , & érige 
la Bavière avec quelques pays voifins , en 
Royaume , pour fon dernier fils Louis. Tous 
troi( font mécontents ; Lothair.e d'être Em- 
pereur fans pouvoir : les deux autresd'avoir 
de fi petits Etats ; & Bernard , Roi d'Italie , 
neveu de l'Empereur, plus mécontent qu'eux 
tous. 



;,■ Google 



74 LOU2SI.EF0IBI.S. '; 

8t8. 

L'Empereur Louis le croyott Empereur de 
Rome , Si Bernard petit-fils de Charlemagae. 
ne vouloit point de m^re en Italie. Il eft évio 
dent que Charlemagne danstant de partages» 
avoir agi en père , plus qu'en homme d'Etat * 
& qu'ifavoit prépare des guerres civiles à fa 
Emilie. L'Empereur & Bernard lèvent des 
Armées Tua' contre l'autre. Ils Ce rencontrent 
à Châlons-fur-Saône. Bernard plusanibitieux 
apparemment que guerrier , perd une partie 
de (on armée îans combattre. U Ce leitct 
à la clémence de Louis fon oncle. Ce Princa 
.fait crever les yeux k Bernard fon neveu 
& à fes partifans. L'opération fut mal faite 
'ûir Bernard; il en mouruf au bout de troiï 
jours.' Cet ufage de crever les yeux aux- 
Princes , étoit fort pratiqué par les Empe- 
reurs Grecs , ignoré chez les Califes , & 
défendu par Charlemagne. Louis étoit foible 
& dur ; & on l'a nommé Débonnaire. 

, 8,9. • 

L'Empereur perd fa femme Irmengarde: 
Il ne fait s'il fe fera moine ou. s'il feVema- 
riera. Il époufe la lîUe d'un comte Bava- 
rois nommée Judith. Il appaife quelques 
troubles en PannQnie , '& tient des diètes 
à Aix-la-Chapelle. 

8zo. 

Ses- Généraux reprennent la Carniole Se 



■..Googk 



Itf CarinthM fur des barbares qui s'en étoicat 

emparés. 

821. 

Piuûeurs Eccléâafttques donnent des re- 
mords à ~ l'Empereur .Louis fur le fupplice 
du Roi Bernard fon neveu, & fur la captivité 
monacale oiiil avoit réduit trois de fes pro- 
pres frères , nommés Drogon.Thîerri & Hu- 
gues , malgré k parole donoée à Charlema- 
gne d'avoir foin d'eux. Ces EccléfiatliqueS 
avoiem raifon. C'efl une confolation pour le 
genre humain qu'il y ait par-tout des hommes 
qui puiflent au nom de la Divinité inipirer 
des remords aux Princes : mais il faudroît 
s'ea tenir -là, fii ne les pourfuivre ni l«l 
avilir , parce qu'une guerre civile produit 
cent fois plus de crimes qu'un Prince n'en 
peat commettre. 

811. 

Les £vêques & les Abbés impofent une 
pénitence publique à l'Empereur. 11 paroît 
dans Taffemblée d'Attigni couvert d^un 
cilice. M donne des Ëvêchés & des Abbayes 
à Tes frères » qu'il avoit fait moines mal- 
gré eux. 11 demande pardon à Dieu de 
la mort de Bernard : cela pouvoit fe faire 
ians le cilice, & fans la pénitence publique 
qui rendoit TEmpereur ridicule. 

S13. , 

. Ce qui étoît plus dangereux , c*eft que 



;, Google 



7^ Louis le foiblï. 

Lothaire étoit aflbcté à l'Enipire, qu'il Ce 
feifoit couronnera Rome par le Pape Paf- 
cal , que l'Impératrice Judith {a belie-mere 
lui donnoit un &ere , 8e que les Romains 
n'aimoient ni n'efiimoient l'Empereur. Une 
des grandes ^tes de Louis étoit de ne point 
établir le âege de fon Empire à Rome. Le 
Pape Pafcal faifoit crever les yeux Tans ' 
rémiflion à ceux qui prêchoient Tobéif- 
fànce aux Empereurs , enfuite il juroit 
devant Dieu qu'il n'avoii point de part 
à ces exécutions , & l'Empereur ne dî- 
foit mot. 

L'Impératrice Judith accouche i Compie- 

fne d'un 6U qu'on nomme Charles. Lothaire 
loit revenu alors de Rome : l'Empereur 
Louis fon père exige de lui un ferment, 

Su'il confentira à lailTer donner quelque 
.oyaame à cet enfant : efpece de ferment 
dont on devoit prévoir la violation. 

814. 

Le Pape Pafcal meurt. Les Romains ne 
veulent pas l'enterrer. Lothaire de retour à 
Rome fait informer contre fa mémoire. Le 
procès n'eA paipourfuivi. Lothaire comme 
Empereur & Souverain de Rome fait des or', 
donnancespour protéger les Papes ; mais dans 
ces ordonnances mêmes il nomme le Pape 
avant lui ; inattention bien dangereufe. 

LePape Etienne II fait ferment de fidélité 



;,C.ooglir 



Louis LE POiBLE. 77 
■Bxa deux Empereurs , mais il y eft dît que 
c'efi de fon plein gré. Le Clergé & le peu- 

fle Romain jurent de ne jamais foufirir qu'ua 
a]v foit élu fans le confentement de l'Em- 
pereur. Ils jurentfidéltté aux Seigneurs Louis 
& Lotliaire : mais ils y ajoutent , fau/ ta 
foi promîfe au Seigneur Pape. 

II femble que dans tous les ferments de 
ce temps-U > il y ait toujours des ctaufes 
qui les annullent. Tout annonce la guerre - 
éternelle de l'Empire & du facerdoce. 

L'Armorique ou la Bretagne ne voùloit 
pas alors recoanoître l'Empire. Ce peuple 
n'aroit d'autre ^it , comme loas les 
hommes , que celui d'être libre ; mais 
en moins de quarante jours il falut céder 
au plus fort. 

8.5. 

Un flcno//^ Duc des Danois, vient à la 
Cour de Louis embrafier la religion chré- 
tienne ; mais c'eft qu'il étoit chafle de fes 
états. L'Empereur envoie Anfchaire » moine 
de Corbie, prêcher le chriAianifme dans 
les déferts , où Stockolm eft aâuellemenc ■ 
bâti. Il fonde l'Evêché de Hambourg pouc 
cet Anfchaire , & c'eft de Hambourg que 
doivent partir des mifllonnaires pour aller 
convertir le Nord. 

JU nouvelle Corbîe fondée en Veftphalie 



;,C.oogli: 



7? tours LÉ FOlBtï. 

pour te -même ufage. Son Abbé au liea d'étfie 
mtiTionnaire , en aujourd'hui Prince de 
TEmpire. 

Pendant que Louis s'occupwt à Aix-Ia- 
-Chapelle des mifiîons du, nord , les Roi« 
Maureii d'Efpagne envoient des troupes en 
Aquitaine , Se la guerre Te fait vers les Pyré- 
nées entre les Mufùlmans & les Chrétiensi 
tnais elle eft bientôHenninée par un accord. 

817. 

L'Empereur Louis fait tenir des Conciksà 
Mayence , à Paris & à Touloufe. 'Il s'entrou- 
ve mal. Le Concile de Paris lui écrit à lui & 
à Ton fils Lothaire : r> Nous prions vos excel' 
» lences de vous fouvenir, à Texemple de 
» ConAantin , que les Evêques ont droit de 
» vous juger, &que lesEvêquesne peuvent 
» être jugés, par les hommes. » Ils avoîent 
tort de citer l'exemple de 'Conftanîin qui fut 
toujours le maître abfolu des Evêques » Se 
qui en châtia un grand nombre. 

Louis donne à fon jeune fils Charles an 
berceau , ce qu'on appelloit alors l'Allema- 
gne , c'eft-à-dire, -ce qui eft -fitué entre le 
Mein , le Rhin , le Necker Se le Danube. H 
yajoiTte b Bourgogne transjurane ; c'eft 1«! 
pays de Genève , de Suiffe 8t de la Savoie. 

' Les trois autres enfants de Lonis ibnt mdî* . 



;,■ Google 



Louis -LEFOifiiE; 79 
■gtkés de ce partage , & excitent d'abord les 
cris de tout l'Empire. 

8i8. 

Jaditli , mère de Charles, cet eti&nt, nou- 
veau Roi d'Allemagne, gouvernoit l'Empe- 
reur fon mant'& étoit gouvernée par un 
comte de Barcelone, fbn amant, nommé 
Sernard , qu'elle eyoit mis & la tâte da 
affaires. 

- S19. 

Tant de fbibleffes forment des factions. 
Un Abbé nommé" Vala , parent de Louis , 
commence la conjuration contre l'Empe- 
reur. Les trois cnfents de 'Louis, Lothaire 
efibcié par lui à TEmpire , Pépin à qui il 
B donné l'Aquitaine , Louis qui lui doit 
la Bavière , fe déclarent tous contre 
ieur père. 

Un Abbé de St. Denis , qui avoît à la 
fois- St. Médard de Soifîbns , & St. Ger- 
faaiti; promet de lever des troupes pour 
«eux. Les Evêques de Vienne, d'Amiens 8c 
de Lyon, déclarent rebelles à Dim & à l'Eglifâ 
-'£tux -^ ne fe joindroritpas à eux. Ce n'étc^ 
-pas la première fi»s ^u'on -âvoït vu la 
■guerre civile ordonnée au nom de'DiEUî 
jnai$'C*étdit la première fbis (ju'un père 
avoir vu trois enfants foulevés -à la 'fois, 
St dénaturés au nom deDisv. 



;,■ Google 



8o LOUISLEFOIBLE. 

830. 

. Chacun des enfants rebelles a une armée , 
& le père n'a que peu de troupes , avec 
kfqueUes il fuît d'Aix-la-Chapelle à Bou* 
logne en Picardie. Il part te mercerdî des 
cendres ; circonftance inutile par elle-même » 
devenue éternellement mémorable, parce 
qu'on lui en fît un crime , comme fi c'eut 
été un facrilege. 

D'abord un refte de refpeâ pour l'autorité 
paternelle impériale , mêlé avec la révolte , 
fait qu'on écoute Louis UJo'ihU dans une 
aflemblée à Compiegne, Il y promet au 
Roi Pépin fon 61s de fe conduire par fon 
Confeil & par celui des Prêtres , & de faire 
fa femme relieieure. En attendant qu'on 
prenne une ré^lution décifive , Pépin fait 
crever les y eux , félon la méthode ordinaire, 
à Bernard cet amant de Judith , laquelle fe 
croyoiren fureté, U. au frère de cet amant. 

Les amateurs des recherches de l'anti- 
quité' croient que Bernard conferva fes 
yeux & que fon frère paya pour lui. La 
vraie fcience ne cpnfifte pas à favoir ces 
chofes ; mais à favoir quels ufages bar- 
bares régnoient alors, combien le gouver- 
nement éloitfoible,'lesoationsmalheureufes, 
le clergé puiflant. 

Lothaire arrive d'Italie. Il met l'Empereur 
fon 



:,Ç.OÔglc 



LO VIS LI FOIBLI. $t 

Con père en prtfon , entre les mains de$ 
Moines. Un Moine plus adroit que les autres, 
nommé Gombaud, (en adroitement VEmpe^ 
reur ; il le fait délivrer. Lothaire demande 
enôn pardon, à fon père à Nimegue. Les trois 
frères fontaivifés ; Se. l'Empereur, à la merci 
de ceux qui le gouvernent , laifle tout l'Em* 
pire dans la con&âon. ^ 

83.. 

Onaflemble des diètes, Si on levé de tout* 
part des Armées. L'Empire devient une Anar- 
chie. Louis de fiaViere entre dans le pays 
nommé Allemagne , Se fait fa paix i maiq 
armée. 

Pépin eft fait prifonnier. Lothaire rentre 
en grâce ^ & dans chique tl^its on méditç 
une révolte nouvelle. 

'*''•■.; .. 'l 

L'ImpératHce Judith prcrfite d'un niofflent 
de bonheur , pour faire dépouiller Pépin da 
Royaume d'Aquitaine , & té:doftner i ton fils 
Charles, c'eft-à-dire , à elté^mjme, foaslè; 
nom de fon fils. Si l'Eiâperêut- Louis Ufoiiùt 
n'eût pas donné tant de kàytiâraes» U eût 
gardé le fien. 1 

Lothaire prend le prétexte dudétrônemenc 
de Pépin fon ftere , pour âirrver d'Italie avea 
une Armée , & avec cette Armée il amené le 

Nouv, MM. Tome XV. Ç 



;, Google 



t% Louis l t f o i b l e; 

Pape Grégoire IV, pour infpirer plus de ref- 

peâ & plus de troubles. 

; «33- 

Quelques Evêques attachés â TEmpereur 
^uis > &: Air-tout les Evêques de GermaDie, 
écrivent au Pape : Si ta es venu pour txcom^ 
tnunier , lu Ctn uiourmras excommunié. Mais 
le parti de Lothaire, des autres enfants rebel< 
les & du Pape, prévaut. L'Armée rebelle Se 
Papale s'avance auprès de Baflé contre l'Ar- 
mée Impériale. Le Pape écrit aux Evêques : 
Sachei qut l'ata'orité de ma chaire tjl au deffus 
de celle du trône de Louis. Pour le prouver , il 
négocie avec cet Empereur , & le trompe. Le 
Champ où. il négocia s'appella le Champ du 
jtienfinge. il féduit les Officiers & les Soldats 
Se rEmpereur.' Ce- malheureux père fe rend 
à Loihaire & à Louis de Bavière , fes enfants 
rebelles , à cette feule, condition qu'on ne 
crèvera pas les yeux à fa femme , & à fon 
£ls^CharleS'> .^,étott avec lui. 

z.iIl'fàuttWBUflMer^que ce Champ du men- 
ionfc., où le P^pe ufa de .I9pt de perfidie 
tfAver«rEmpef9yf.,;^ît auprès de Rouffac, 
itîtns la bautf ÂUaçQ, à quelques lieues de 
Bafle : il a confervé le nom de . Champ du 
menfonge. Sx nos campagnes avoient été dési- 
gnées par lis «rimes qui s'y font commis , la 
%tne entière ferait un monument, de fcélé^ 
fateflis. 



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Louis le voib ie. 9| 
* Le rebelle Lotbaire envoie fabene-iiierè 
Judith prifonnîere à Tortonne ; Ton père dan< 
l'Abbaye de St.' Médard , & Ton frère Charles 
dans le Monaflere de Pnim. Il affemble une 
diète à Compiegne , Se de-là à Solfions. 

Un Archevêque de Rheims nomm^ Ebbori; 

tiré de la condition lervilé malgré les loix , 

élevé à cette dignité par Louis même, dépofe 

fon fouverain & fon bienfaiÔcur. On fait 

COmparoître le Monarque devant ce Prélat , 

entouré de trente Eveques, de Chanoines., 

Dire- Dame de 

préfent à l'hu- 

endreuncilice 

rdonneàl'Em- 

on épée , fon 

î cilice. Louis* 

le lui- même la 

méritoit que 

rchevêque le 

I tjAe de ,fes 

fpécifîé qu'il 

!S lé Merciedi 

imentun reùdi 

:'rbal de (out6 

:bre fubfiâant 

ans c^ procès 

verbal on*ne daigne pas feulement nominer 

Louis du nom d'Empereur. 

Louis UfoihU reAe enfermé un an dans une 
cellule du Couvent de St. Médard de Soii^ 
F » 



;, Google 



t4 Lovts LE foiblb: 
fons f vêtu d'un iàc de pénitent , fans domef- 
tiques. Si des Prêtres « appelles Evéquts , ( fe 
difant (ucceffeurs de Jésus , i^ui n'inAitua 
jamais d'Evâques), traitoient ainltleur Em- 
pereur , leur maître , le fils de Charlemagne ; 
dans quel horrible efclavage n'avoiem - ils 
pas plongé 1^ Citoyens ! a quel excès la 
nature humaine n'étoit-elle pas dégradée! 
mais , & Empereurs & Peuples méritoient des. 
fers fî honteux, puifqu'ils s'y foumettotent. 

Dans ce temps d'Anarchie , les Normands^ 
c*eft-à-dire , ce ramas de Norvégiens , de 
Suédois , de Danois , de Poméraniens , de 
livoniens , infcAotent les côtes de l'Empire. 
Usbrûloient le nouvel Evêché de Hambourg; 
ils iàccageoient la Frife , ils ^ifoient prévoir 
les malheurs qu'ils dévoient caufer un jourj 
JSc on ne put les chaffer qu'avec de Targeat , 
ce qui les invitoit à revenir encore. 

854- 
Louis ,.R.oi de Bavière., PepinaRoi d'A- 
quitaine , veulent délivrer leur père , parce 
qu'ils font mécontents de Lothaire leur irere. 
Lothaire efl forcé d'y confentir. On réhabi- 
lite l'Empereur dans St. Denis auprès de Paris. 
Mais il n'ofe reprendre la couronne qu'après 
avoir été abfous par les Evêques, 

8JÎ- 
, Dès qu'il eâ aKous , il peut lever des 
Années, Lothaire lui rend fa femme Judith, 



;,■ Google 



LoUtSLEFOIBtE. 8y 

& fon fils Charles. Une affemblée à Thion- 
Ville anathématife celle de Soiffons. H n'en 
coûte à l'Archevêque Ebbon que la perte de 
fon iîe^; encore. ne fut-il dépofé que dans 
la facriftie. L'Empereur l'avoit été au pied 
de l'autel. 

836. 

^ Toute cette année fe paffe en vaines négo^ 
dations , & eft marquée par des calamités 
publiques. 

837. 

: efi malade. Une comète pa- 

, tipas^ dit l'Empereur i foa 

te ^re ce que cette comelejïgntfie, 

pondit qu'elle annonçoit la 

Prince. L'Empereur ne douta 

pas que ce oe fût la fienne. Il fe prépara à la 

mort, & guérit. Dans la même année la 

Comète eut fon effet fur le Roi Pépin fon 

fits^ Ce fut un nouveau fujet de trouble. 

838. 

L'Empereur Louis n'a plus que deux en^nts 
â craindre , au lieu de trois. Lc^s de Bavière 
fe révolte encore, & lui demande encore 
pardon. 

839. 

Lothalre demande auffi pardon a£n d'avoir 
l'Aquitaine. L'Empereur fait un nouveau par- 
tage de fes Etats. Il ôte tout aux en^nts de 
Pépin , dernier mort* Il ajoute à l'Italie , que 



;, Google 



i6 L O UIS LE FOIBLE. 

poffédoit le rebelle Lothaire , la Bourgogne ^ 
Lyon , la Franche-Comté , une partie de la 
Lorraine « du Palattnat , de Trêves , de Colo- 
gne , TAlface , la Franconie , Nuremberg , la 
Tburinge, la Saxe Si la Frife. U donne à foa 
bien-aimé Charles , le fils de Juahh , tout ce 

Sui eft entre la Loire , le Rhône,, la Meufe 
: l'Océan. Il trouve encore , par ce partage , ■ 
le fecret de mécontenter les enfants & (es pe- 
tits enfants. Louis de Bavière arme contre lui. 

840. 

L'Empereur Louis meurt enfin de chagrin. 
II fait , avant fa mort , des préfents à fes en- 
fants. Quelques partifans de Louisde Bavière 
lui faifant un fcrupule de ce qu'il ne donnoit 
rien à ce fils dénaturé : Je lui pardonne , dit-il , 
meus qu'il facht qu'il me fait mourir. 

Son teflament , vrai ou faux , confirme la 
donation de Pépin & de Charlemagne à l'E- 
.glife de Rome, laquelle doit tout aux Rois 
des Francs. On eft étonné en lifant la Charte 
appellée Cona divifionis , qu'il ajoute à ce» 

Eréfents la Corfe , la Sardaigne Se la Sicile, 
a Sardaignff & la Corfe étoient difputées 
entre les Mufulmans & quelques aventuriers 
chrétiens. Ces aventuriers avoient recours 
aux Papes qui leur donnoient des bulles & 
des aumônes.' lis confentoient à relever des 
Papes ; mais alors, pour acquérir ce droit de 
mouvance , il falloit que les Papes le demarr- 
4affentaux Empereurs, Relie à favoir fi Louis 



;,■ Google 



Louis le f p i b t e; tj 
le fbible leur céda en effet te domaine fuprê- 
me de. la Sardaigne & de la Corfe. Pour 
la Sicile , elle appartenoït aux Empereurs 
d'Orient. 

Louis expire le lO Juin S40. 

L O T H A I R E, 

TROISIEME Empereur; 

841. 

Bientât après la mort du fib cle Charles 
magne, ion Em[Mre éprouva la deftinée de 
celui d'Alexandre , & de la grandeur des 
Califes. Fondé avec précipitation, i) s'écroula 
de même , Se les guerres iatefiines le divi- 
ferent. 

n n'eft pas furprenant que des Princes i 
qui avoient détrôné leur père , fe vouluffent 
exterminer l'un l'autre. C'étoii à qui dépouil- 
leroit fon frère. L'Empereur Lothatre vouloit 
tout. Louis de Bavière^ Se Charles, fils de 
Judith , s'unifTent contre lui. Ils délblent 
l'Empire, ils répuifent de foldats. Les deux 
Rois livrent à Fontenay, dans IMuxerrois, 
une bataille {anglante î^ leur frère. On a écrit 
quHl y périt cent mille hommes. Lothaire 
fut vaincu. Il donne alors au monde l'exem- 
ple d'une politiqae toute contraire à celle de 
Charlemagne. Le vainqueur des Saxons & 
des Fiifons les avoit affujettis su Chrif*^ 



;,■ Google 



S8 ■ L o T H AI K e. 
tianilme , comme à un frein nëcefTaire^ 
Lothaire y pour les attacher à fon parti , leur 
«tonne une liberté entière de cbnfcience « & 
la moitié du pays redevient Idolâtre. 

841. 
- Les deux frères, Louis de Bavière SiChar' 
les d'Aquitaine , s'unifient par. ce fameux fer- 
ment f qui eft prefque le feul monument que 
HOU» ayons de ta Langue romance. 

Pro Dto amuT & ■ pro Chrtfiidn pohlo , & 
Tiûfiro commun faliramtnt dinfl di ia avant » in 
citant Dtosfav'v & podir me dunat, &c, , . , 
On parle encore cette langue chez les Gri- 
fous , dans la vallée d'Engadiua. 

845 , 844. 

On s'aflemble à Verdun , pour un traité de 
partage entre les trois frères. Ou fe bat , & 
on négocie depuis le Rhin jusqu'aux Alpes. 
L'Italie , tranquille , attend que le fort des 
armes lui donne un maître. 

845. 

Pendant que les trois frères déchirent le 
fein de l'Empire , les Normands continuent 
à défoler fes frontières impunément. Les trois 
frères fanent enfin le fameux traité de par- 
tage , terminé à Coblentz par cent vingt dé- 
Futés. Lothaire relie Empereur. Il poJTede 
Italie , une partie de la Bourgogne , le cours 
!iUi Riùn, de r£fcaut & de U Meule. Louis 



;, Google 



LOTRAIREr 9^ 

«le Bavière a tout le refte de la Germante- 
Charles , lurnommé depuis U chaave , eft Roi 
de France. L'Empereur renonce à toute au- 
torité fur fes deux frères. Ainfi ^ il n'eft plus 
qu'Empereur d'Italie , fans Itre le muire do 
Rome. Tous les grands Officiers & Seigneurs 
des trois Royaumes , reconnoiflent , par un 
aâe authentique , le partage des trois frères ^ 
& l'hérédité aSurée k leurs enfants. 

Le Pape Sergius II eft élu par le peuple 

Romain , & prend poflielGon fans attendre la 
confirmation de l'Empereur Lothaire. Ce 
Prince n'eft pas aflez puiflant pour fe venger, 
mais il l'efl afTez pour envoyer fon fils Louis 
confirmer à Rome t'éleâion du Pape , afin 
de conferver fon droit , & pour le couronner 
Roi des Lombards ou d'Italie. Il fait encore 
régler à Rome , dans une aflemblée d'Evê- 
ques , que famais les Papes ne pourront Être 
conlâcrés fans la confirmation des Empe- 
reurs. 

Cependant > Louis , en Germanie , eft 
obligé de combattre , tantôt les Huns , tan- 
tôt les Normands , tantôt les Bohèmes. Ces 
Bohèmes , avec les Siléfiens & tes Moraves ^ 
^toient des Idolâtres barbares qui couroienC 
fur des Chrétiens barbares avec des fuccès 
divers. * 

L'Empereur Lothaire & Charles U ehauvt 
pnt encore plus à foufinr dans leurs Etats, 



;, Google 



'ÇO L O T H A I R E; 

les Provinces , depuis les Alpes au Rhin , 
ne lavent plus à qui elles doivent obéir. 

II s'élève un parti en faveur d'un fils de ce 
flialheureux Pépin , Roi d'Aquitaine , que 
Louis lefoihUt Ton père, avoït dépouillé. 
Plufieurs tyrans s'emparent de plufieurs Vil* 
les. ,On donne par-tout de petits combats , 
dans tefquels il y a toti;ours des Moines , des 
Abbés , des Evêques tués les armes à la main, 
Hugues» l'un des bâtards de Charlemagne , 
forcé à être Moine , & depuis Abbé de Saint 
Quentin, eft tué devantTouIoufe avec l'Abbé 
de Ferriere. Deux Evêques y font prifon- 
niers. Les Normands ravagent les côtes de 
France. Charles le ckauvt ne s'oppofe à eux 
qu'en s'obligeant à leur payer quatorze mille 
marcs d'argent , ce qui étoit encore les im'in 
ter à revenir. 

847' 

L'Empereur Lothaîre , non moins malhea- 
reux, cède la Frife aux Normands , à condî- 
, lion d'hommage. Cette fiinefte coutume d'a- 
voir fes ennemis pour vaflaux , prépare 
l'établiffement de ces pirates dans U Nort 
mandie. 

848- 

Pendant que les Normands ravagent le» 
côtes de la France , les Sarrafins entroient 
«n Italie. Us s'étoîent emparés de la Sicile. 
Ils s'avancent vers Rome par l'emboUchuro 



;, Google 



LOTHAIRC. çï 

An Tibre. Ils pillent la riche EgUfe de Saint 
Pierre , hots des murs. 

Le Pape , Léon IV, prenant dans ces dan- 
gers une autorité que les Généraux de rEm- 
pereur Lothaire paroifToient abandonna* , (e 
montra digne , en défendant Rome, d'y com- 
mander en Souverain. Il avoit employé les 
Tichefles de l'Eglife à réparer les murailles,' 
à élever des tours , à ten,die des chaînes fur 
le Tibre. U arma les Milices à fes dépens, 
engagea les habitants de Naples & de Gayette 
à venir défendre les côtes & le port d'Oftie, 
fans manquer à ta fage précaution de pren- 
dre d'eux des otages , fâchant bien que ceux 
qui font affez puiflants pour nous fécourtr , 
le font affez pour nous nuire. Il viâta lui- 
même tous les poftes , & reçut les Sarrafins 
à leur defcente , non pas en équipage de 

fuerrier , ainfi qu'en ufa Goflin , Evêque de 
aris , dans une occafion encore plus pref- 
/ante, mais comme un Pontife qui exhor- 
toit un Peuple Chrétien , & comme un Roi 
qui veiltoit à la fureté de fes fujets. Il étoit 
né Romain : on doit répéter ici les paroles 
qui fe trouvent dans l'Hiftoire générale de 
l'Efprit & des mœurs des Nations : Le couragt 
dei premiers âges de la Ripuhlique rtvivoit ert 
lui dam un temps de lâcheté & de corruption , 
tel qu'un beau monument de l'ancienne Rome p 
qu'on trouve quelquefois dans Us mina dt la, 
aouyiitt. 



;,■ Google 



yi L O T H A I R E. 

Les Arabes font défaits , & les piîfonmerff 
employés à bâtir la nouvelle enceinte autour 
de St. Pierre , &: à agrandir la Ville qu*iU 
^venoîent détruire. 

Lothaire fait aflbcïer fon £ls Louis à fon 
foible Empire. Les Mufiilmans font chafl'és 
de Bénévent , mais ils reftent dans le GariL- 
lan & dans la Calabre. 

849. 

Nouvelles dîfcordes entre les trois frères ; 
entre les Evêques Se les Seigneurs. Les peu- 

tles n'en font que plus malheureux. Quelques 
vaques Francs & Germains déclarent t'Em- 
pereur Lothaire déchu de l'Empire. Us n'en 
avoient le droit , ni comme Evêques , ni 
comme Germains & Francs , puifque l'Em- 
pereur n*étoit qu*Empereur d'Italie. Ce ne 
Jiit qu*un attentat iautilei Lothaire fut plus 
heureux que fon père. 

Raccommodement des trois freies. Nou-' 
velles incurSons de tous les Barbares voir 
£ns de la Germanie. 

Au milieu de ces horreurs , le Miffionaaire 
Anfchaire , Evêque de Hambourg , perfuade 
un Eric chef ou Duc ou Roi de Danemarck 
de fouffrir ta religion Chrétienne dans fe$ 
iEtats. Il obtient la même , permiffion eit 



;, Google 



L O T K A I K K: 9) 

%-aeie. Les Soédois & les Danois n*en vont 
pas moins en courfe contre les Chrétiens. 

Dans ces dëfolations de la France & d* 
la Germanie , dans la foiblelTe de l'Italie 
menacée par les Mufulmans , dans le mau- 
vais gourernement de Louis d'Italie , fils de 
Lcthaire , livré aux débauches à Pavie , & 
méprifé dans Rome , l'Empereur de Conf- 
tantinople négocie avec le Pape pour recour 
vrer Rome: mais cet Empereur étoit Michel» 
plus débauché encore & plus mépriie que 
Louis d'Italie ; & tout cela ne contribue qu'à 
rendre le Pape plus puiiTant. 

s„. 

L'Empereur Lothaîrei qui avoit iâit Moine 
l'Empereur Louis Ufiiile^ fon père, fe ùàt 
Moine à fon tour , par laâîtude des troubles 
de fon Empire, par crainte de la mort, 8c 
lar fuperftkîon. Il prend le froc dans TAb- 
>ayË de Prum , & meurt imbécille le 28 Sep- 
tembre, après avoir vécu en tyran , comme 
le dit VHyioire généraU des maurs & 4* i'ejff'^ 
dtt Nations» 



l. 



;, Google 



»4 - 

LOUIS SECOND, 

QUATRIEME EMPEREUR. 

856. 

Après la mort de ce troifieme Empereur 
d'Occident , il s'élève de nouveaux Royau- 
mes en Europe. Louis l'Italique, fon £ls 
aine , relie à Pavie avec lé vain tiire 
d'Empereur d'OccJdent. Le fécond lîts , 
nommé Lothaire y comme l'on père , a le 
Royaume de Lotharinge , appelle enfuite 
Lorraine : ce Royaume s'étendoit depuis 
Genève îufqu'à Strasbourg & )ufqu'à Utrecht, 
Le troifieme , nommé Charles , eut la Savoie, 
le Dauphiné , une partie du Lyonnois , de 
la Provence & du Languedoc. Cet Etat com- 
pofa le Royaume d'Arles, du nom de la 
Capitale , Ville autrefois opulente & em- 
bellie par les Romains , mais alors petite 
& pauvre , ainfi que toutes les Villes en deçà 
des Alpes. Dans les temps floriflànts de la 
République & des Céfars , les Romains 
avoient agrandi & décoré les Villes qu'ils 
avoient foumifes ; mais rendues à elles-mê- 
mes, ou aux Barbares, elles dépérirent tou- 
tes, alidïant par leurs ruines la fupériorité 
du génie des Romains. 

Un Barbare, nommç^ Salomon , fe fit 
bientôt après Roi de la Bretagne , dont une 
partie étoit encore païenne : mais tous ces 



;, Google 



LOTXIS SECOHD; 9} 

Eoyaumes tombèrent prefque auffi promp- 

tement qu'ils furent élevés. 

Louis le Gennanique commence par enle- 
ver TAlface au nouveau Roi de Lorraine. U 
donne des privilèges à Strasbourg , Ville déjà 
puiflante , lorfqu il n'y avoir que des Bour- 
gades dans cette partie du monde au delà du 
Ahin. Les Normands défolent la France. Louis 
le Germanique prend ce temps pour venir 
accabler ion frère au lieu de le fecourîr 
' contre les Barbares. Il le défait vers Orléans. 
Les Evâques de France ont beau rexcotnmu- 
nier : il veut s'emparer de la France. Des 
TeAes de Saxons & d'autres Barbares qui 
fe jettent fur la Germanie , le contraignent de 
yenir défendre fes propres Etats. 

Depuis 858 , jufqu'à 865. 

Louis fécond^ fantôme d'Empereur en Ita< 
lie , ne prend point de part à tous ces trou- 
bles , laiffe les Papes s'affermir, & n'ofe réfi- 
der à Rome. 

Charles U chauve de France » & Louis le 
•Germanique , font la paix , parce qu'ils ne 
peuvent le faire ht guerre. L'événement de 
ces temps-là « qui eu le plus demeuré dans 
la mémoire des hommes, concerne tes amours 
du Roi de Lorraine, Lothaire : ce Prince 
voulut imiter Charlemagne , qui répudioit 
fei femmes , & époufoit les inatreflts. Il fait 




;,■ Google 



'9<f Lovts second; 
^rorce avec fa femme nommée Thieibergé^ 
fille d'un Seigneur de Boui^ogne. Il l'accufe 
d'adultère. Elle s'avoue coupable. II époufe 
ià tnaîtreffe « nommée Valdrade , qui lui avoic 
été auparavant promîfe pour femme. Il ob* 
tient qu'on aflfemble un Concile à Aix-la- 
Chapelle t dans lequel on approuve fon 
divorce avec Thieiberge. Le décret de ce 
Concile eA confirmé dans un autre à Metz , 
en préfence des Légats du Pape. Le Pape 
Nicolas I caâfe les Conciles de Metz Se d'Aix- 
la-Chapelle , & exerce une autorité jufqu'a- 
. lors inouïe. Il excommunie S: dépote quel- 
ques Evêques , qui ont pris le parti du Roi 
de Lorraine. Et enfin , ce Roi fut obligé de 

Xitter la femme qu'il aimoit , & de repren- 
e celle qu'il n'aimoit pas. 

II eA à fouhaîter, fans doute , qu'il y ait 
un Tribunal facré y qui avertilTe les Souve- 
rains de leurs devoirs , Se les fafle rougir de 
leurs violences. Mais il paroît que le fecret 
-du Ht d'un Monarque pouvoit n^tre pas fou- 
inis à un Evêque étranger , & que les Orien- 
taux ont toujours eu des ufages plus confor- 
mes à la nature & plus favorables au repos 
intérieur des familles , en regardant tous les 
ihiits de l'amour comme légitimes, 8c en 
rendant ces amours impénétrables aux jeux 
du public. 

Pendant ce temps , les defcendants de 

Chailemagne font toujours auxprifet.les uns 

contre 



;,C.oogli: 



totris stcONDï 97 
contre les autres. Leurs Royaumes toujours 
attaqués par tes Barbares. 

Le jeune Pépin , arrière petit-fils de CbaN 
lemagne > fils de ce Pépin Roi d'Aquitaine» 
éépoié , & mort fans Etats , ayant quelque 
temps traîné une vie errante 8c malheureufe, 
fe joignit aux N<»-fDandsj & renonça i la 
religion chrétienne ; il finit par être pris âc 
enfermé dans un Couvent ^ où il mourut. 



Ceft pn'ncipalement k cette année qu^oa 
peut fixer le fchifme qui dure encore entre 
les Eelifes Grecque & Romaine. La Germa* 
ftie ni la France n'y prirent aucun intérêt* 
Les Peuples étoient trop malheureux pour 
s'occuper de ces diiputes , qui font ix uué^. 
refilantes dans le-loiur de la paix. 

Charles , Roi d'Arlies y meurt fans infants; 
L*Empereur ' Louis- 9t Lothaîrc partagent 
les Etats. 

Otû la dellinée de la maifon de Charte* 
magne* que les enfants s'arment contre leurs 
pères. Louis le G«ntfanique avoit deux en' 
&nts. Louis t le plus jeune , mécontent dû 
<bn apanage , vent le détrôner. Sa révolttf 
n*aboutii qu'à demander grâce. 

Louis* Roi de Getaunie, bat les MoravM 
Hvuv. Mit, Tout. XV. G 



;, Google 



9^ Louis s^ecqitd. 
& les Bohèmes par les mains de fes en^ts» 
Ce ne font pas là des viâoires qui augmen-. 
tent un £tat & qui le ^flent fleurir. Ce n*é- 
t0it que repouiler des Sauvages dans letirs 
montagnes & dans leurs forSts. 

869. 

L'excommunié Roi de Lorraine va voir 
le novveaa Pape Adrien 1 Rome , dîae avec 
lui, I^ promet de ne; plus vivre avec fa 
maîtrefle : il meurt à Plailance à fon retour. 

. Charlëji k chauve s'empare de ta Lorraine 
& métne de l'Alface, aji mépris des dr<Ht9 
d'un bâtard de.Lothaire , à qui Ton père Ta- 
voit donnée. Louis le Germanique avoit pris 
l'Alface k Lothatre , mais il la rendit. Charles 
isi cbauve.la . prit , & ne la renibt point> - 



. ■ Louis. ds Germanie veuta^oàc la LotTiline. 

Lpuis d'iialie , ,Emper«jr, veut l'avoir aùSl, 
& met le Pape Adrien dans fes intérêts. Oa 
n'a 'égard ni à TEmpereur ni au Pape. Louis 
de Germanie , Se Charles le chauve , parta- 
gent îQus les Etats compris fous le nom da 
Loiraine. en deux parts< égales. L'Occideot 
«ft pou; le Roi de France > l'Qrient pour Is 
Roi de Germanie; Le Pa^ Aflnen menacs 
d'excommunication. Oft.fiOsmméoçoit t^ja. à 
fe fervir de ces armes^.mitis ' elles fiirent 
inéprifées. L'Empereur - d'Italie n'étoit pal 
l^t {ânflabi.pour les jnftdrc teiubks. 



;, Google 



1 6 t7 1 s s E c K j>; 99 

871. 

Cet Empereur d'Italie pouvoit à peine pré* 
Valoir contre un Duc de Bénévent, qui étant 
à la fois vaflal des Empires d'Orient & d'Oc-^ 
cident , ne l'étoit en elFet ni de l'un ni de 
ra,utre , 8t tenoit entre eux la balance égale* 

L'Empereur Louis ie hafarde d'aller à 
Èénévent, & le Duc le fait mettre en pri- 
fon. C'eîl précifément l'aventure de Louis Xt 
avec le Que de Bourgogne. 

871. 87Î. 

Le Pape jeah VllI , fucceffeur d'Adrien ttf 
Voyant la faaté de l'Empereur Louis II cham 
celante , 'promet en fecret la couronne Impé^ 
riale i, QÎarleS' le chauve » Roi de France ^ 
& lui 'Vend cette promelTe. C'efl ce même 
lean' VIII ^i ménagea tant le Patriarche 
Photius ,,.!&: qui foufirit qu'on nommât Pho* 
tius avant lui ^ dans un Concile à Conf- 
tantinople, . 

, Les ^oraves, les Huns, lesDanoîs, con- 
tînuent d'inqutétei la Germanie , & ce vafte 
f tat nçLpeut encore' avoir de bonnes loix. 

■ ■ ■■'■■"■'.;■ 874.- ■ 

La France n*étoit pas plus heureufé. Char« 

les lç,ch^}fye ayoit un £ls nomn^é Caripmuij 

qu'il avait fait tonforer dans fon enfance* 

pc gi^'oa. avoit.prdoimé Diacre malgré luù 

■ "" "'~ C ^ ' '" 



D,i.zo;.' Google 



100 Louis second. 
Il fe réfugia enfin à Metz dans les Etats de 
Louis de Germanie, ion oncle. II levé .des 
troupes ; mais ayant été pris , fon père lui fit 
crever Us yeux, fuivant la nouvelle ccHitume. 

87Î. 

- L'Empereur Conis II meurt à Milan. Le 
Roi de France , Charles le chauve , fon frère, 
pafle les Alpes , ferme les pafiages à fon frère 
Louis de Germanie , court à Rome , répand 
de l'argent , fe fait proclamer par le peupla 
Roi des Romains, 8È couronner par le Pape. 

Si la loi faltque avoit été en vigueur dans- 
la niaifon de Charlemagne , c'étoit i l'aine de 
la maifon de Louis le Germanique qu'appar- 
fenoit l'Empire ; mais quelques troupes , de 
la célérité , de la condefcendance Se de l'ai- 
gént', firent les droits de Charles le chauve. 
Ilavilitfadignitépouren)ouir. Le Pape Jean 
VllI donna la couronne enSouverain,Iechau> 
velaréçutenvaffaljCOTifeffantqu'iltenoittout 
du Pape , laifiant aux fuccefieurs de ce Pon- 
tife te pouvoir de conférer i'Empire , & pro- 
mettant d'avoir tonjours près de fui un Vicaire 
du St. Siège pour juger toutes les grandes 
affaires ecciéGaâiques. L'Archevêque dé Sens 
fut en cette qualité Primat de Gaule & de 
Germanie » litre devenu inutile. 

- Certes les Papes eurent raifon dé fe croire 
tn droit de donner l'Empire j & ni^me de le 
ycndie, puifqu'oale leur demEtndoit& qu'on 



;,C.oogli: 



t O V 1 s SECOND? 101 
fachetoit , 8c puifque Charlemagne lui-même 
avoit reçu le titre d'Empereur du Pape Léon 
III. Mais aufli on avolt raifon de dire que 
Léon lit y en déclarant Charlemagne Empe- 
reur* l'avoit déclaré Ton mattre ; que ce Prince 
.avoit pris les droits attachés à la dignité j que 
c*étoit à fes^fuccefTeurs à confirmer les Papes, 
& non à être choifis par eux. Le temps , Toc- 
caâon, Tufage, la prefcription , la force , 
font tous les droits. 

On a confervé, & on garde peut-être encore 
k Rome un diplôme de Charles le chauve , 
dans lequel il confirme les donations de 
Pépin : mais Othon III déclara que toutes ces 
donations étoient auffi fauffes que celles de 
Conftantin. 

CHARLES LE CHAUVE, 

CINQUIEME EHPER&UR. 

V^HARLEsfefait couronnera PavieRoïde 
l.ombardie par les Evêques , les Comtes & 
les Abbés de ce pays, ^ous vous ilifons , eft- 
il dit dans cet aûe , d'un commua conjinii- 
mtnt'i puifque vous avt^ ité élevé au trôiu 
impérial par l'inurctffion des Apôtres Si, Pierre 
& St. Paulf & par leur ficaire Jta/i ,/ouyerain 
Pontife , &c. 

876. 

Louis de Germanie fe jette fur la France ; 
pour fc venger d'avoir été prévenu par fon 
G } 



;,C.oogli: 



iot Charles 

fnre dam l'achat de l'Empire. La mort le 

furprend dans fa vengeance. 

La coutume qui gouverne les hommes , 
étoit alors d'aiFoîhltr fes Etats en les parta- 
geant entre fes en&nts. Trois fils de Lonis le 
Germanique partagent fes Etats. Carloniatl 
Va la Bavière, la Carinthïe, la Pannonie. 
Xouis « la Frife , la Saxe , la Thuringe , la 
Franconie. Charles U gros, depuis Empereur, 
la moitié de la Lorraine , avec la Suabe & 
les pays circonvoifins , qu*oa appelloit alors 
rAllemagne. 

877. 

Ce partage rend TEmpereur Charles le 
chauve plus puiflant. II veut faifir la moitié 
de la Lorraine qui lui manque.Voici un grand 
exemple de l'extrême fuperftition qu'on jot- 
gnoit alors i la rapacité & à la fourberie. 
Louis de Germanie & de Lorraine envoie 
- trente hommes au camp de Charles le chauve, 
pour lui prouver, au nom de Di&u , que £1 
-partie de la Lorraine lui appartient. Dix de 
-ces trente confefieurs ramstSent dix bagues 
& dix cailloux dans une chaudière oean 
bouillante fans s'échauder : dix autres portent 
chacun un fer rouge l'efpace de n^uf pieds 
fans fe brûler ; dix autres, liés avec des cor- 
des, font jetés dans de l'eaufroide & tombent 
au fond a ce qui marquoit la bonne caufe t 
car l'eau repouflbit en haut les parjures. 



;, Google 



I. E C H A TT T I. IWJ 

L'Hîftmre eft fi pleine de ces épreuves , 
^*on ne peut guère les nier toutes. L'ufage 
qui les rendoit communes , rendoit aulB com- 
- muns les feciets qui font la peau inienJîble 
-pourquelquetempsàl'aâiondu feu, comme 
:l'huile de vitriol & d'autres corrofifs. A Té- 
' 'gard du miracle d'aller au fond de t'eau quand 
on y eft jeté , ce fercHt un plus grand mira- 
cle de furnager. 

Louis ne s'en tînt pas à cette cérémonie. 
.Il battit auprès de Cologne l'Empereur fan 
■ oncle. L'Empereur battu repaie en Italie^ 
pourâiivi par les vainqueurs. 

Roâie alors étoît menacée par les Miiful»' 
nans, toujours cantonnés dans la Calalu'e. 
Carloman , ce Roi de Bavière , ligué avec 
fon frère le Lorrain > pourfuif en Italie fon 
oncle le chauve, qui fe trouve prefle à la 
fois par fon neveu, par les Mahométaos, 
par les intrigues du Pape , & qui meurt au 
mois d'Oâoore > dans un village près du 
Mont-Ceois. 

Les Hiftoriens difent ^u*il fiit empoîfonné 
par foii médecin , un Juif nommé Sédecias. 
Il eft leulemerit confiant que l'Europe chré- 
; ùenne étoit alors fi ignorante, que les <Rois 
étoient obligés de prendre pour leurs méde- 
cins des Juib ou des Arabes. 

. C'«ft à TEmpire de Charles le ehaure 
G4 



;, Google 



^04 Charles le CHAm. 
que comaience le grand gouyernemeot féo^ 
aal & la décadence de toutes chofes. C'eft 
fout lui que plufieurs poffefleurs des grands 
Offices Militaires , des Duchés , des Mar- 
mifats , des Comtés veulent les rendre héré- 
cbtaires : ils faifoient très-bien. L'Empire 
Romain avoit été fyadé par d'itluftres bri- 
gands d'Italie ; des brigands du Nord en 
arotent élevé un autre iur fes débris. Pour- 
quoi les fous-brigands ne fe feroient-ils pas 
procuré des Domaines } Le genre humain en 
fouffi-oit , mais il a toujours été traité aiiifi. 

LOUIS III, OD LE BEGUE, 

SIXIEME EMPEREUR. 
878. .^ 

XjE Pape Jean vni <\tù (e croit en droit 
de nommer un Empereur , fe fouttent à 

Kine dans Rome. 11 promet l'Empire à 
uis le bègue y Rc» de Vnace , nls du 
chauve. II le promet à CarlomKn de Bavière. 
U s'engage avec un Lambert, Duc de Spo- 
lette , vaflal de TEmpire. 

Ce Lambert de Spolette, joué par le Papes 
fe joint à un Marquis de Tofcane, entre 
dans Rome , & fe faifit du Pape ; mais il 
efl enfuite obligé de te relâcher. Un Boion 
Duc d'Arles prétend auffi à l'Empire. 

Les Mahométans étoieot plus près de fubju- 



;; Google 



Louis in, ou lk bkguï. iof 
^erRome que tousces compétiteurs. Le Pape 
le ibumet à leur payer un tribut annuel de 
vingt-cinqniille.marcsd'argent. L'anarchie eft 
extrême dans la Germanie , dans la France 3c 
dans i'Iialie* 

Louis le Bègue meurt à Compiegne le lo 
Avril. On ne l'a mis au rang des Empe- 
reurs , que parce qu'il étoit fib d'un Prince 
qui l'étoit. 

CHARLES III, ou LE GROS, 

SEPTIEME EMPEREUR. 

879. 

XL s*agit alors de faire un Empereur 8e 
un Roi de France. Louis le bègue laifîbit 
deux enfants de quatorze à quinze ans. Il 
n'étoit pas alors décidé lî un en^nt pou- 
voit être Roi. Plu£eurs nouveaux Seigneurs 
de France oârent la Couronne à Louis de 
Germanie. Il ne prit que la partie occi- 
dentale de la Lorraine qu'avoit eue Char- 
les le chauve en partage. Les deux enfants 
du bègue , Louis & Carloman y font re- 
connus Rois de France, quoiqu'ils ne foient 
pas reconnus unanimement pour enfants légi- 
times ; mais Boz'on fe ^it facrer Roi d'Arles, 
augmente fon territoire , & demande l'Em- 
pire. Charles le gros. Roi du pays qu'on 
nommoit encore Allemagne , prelTe le Pape 
de le couronner Empereur. Le Pape répond 



;, Google 



ïo£ Charles HT* 
q'u'î! donnera la Couronne Impériale à celia 
qui viendra le fecourir le premier contre les 
chrétiens Se contre lesMahométans. 

880. 
Charles le gros Roi d'Allemagne , Louis 
Hoi de Bavière & de Lorraine, s'unîffent 
avec le Roi de France contre ce Bozon, 
nouveau Roi d* Arles, & lui font la guerre, 
lis afiiegent Vienne en Dauphiné ; mats 
Châties le gros va de Vienne àRome. 

881. 
Charles efl couronné & iacré Empereur 
par le Pape Jean VIII, dans l'Eglife de St. 
Pierre , le jour de Noël. 

Le Pape lui envoie ^une palme ieloa 
l'ufage; mais ce fut la feule que Charles 
remporta. 

8Sz. 

Son firere Louis , Rot de Bavière , de la 
Pannonie , de ce qu'on nommoit la France 
Orientale & des deux Lorraines , meurt le 
10 Janvier de la mené année. Il ne laiflbit 
point d'enfants. L'Empereur Charles le gros 
étoit l'héritier naturel de Tes Etats ; mais les 
Normands fe préfentoient pour les partager. 
Ces fréquents troubles du Nord acnevoient 
de rendre la puiflance Impériale très-problé' 
matique dans Rome , oii l'ancienne liberté 
ïepouffoit toujours des racines. On ne favoit 
qui domineroit dans cette ancienne Capitale 



;, Google 



■ou 1 K gros'. 107 

de TEurope , li ce ieroit ua Evêque , ou le 
Peuple , ou un Ejnpereur étranger. 

Les Norïnands pénètrent iufqu'à Metz , ils 
vont brûler Aix-laXhapelle & détruire tous 
les ouvrages de Charlemagne. Charles le gros 
ne fe délivre d'eux qu'en prenant toute Far- 
genterie des Eglifes , & en leur donnant 
quatre mille cent foizante marcs d'argent » 
avec lefquels ils allèrent préparer des arme- 
ments nouveaux, 

883. 

L'Empire étoit devenu fî foibic , que le 
Pape Martin 1 1 , fucceffeur de Jean VIII , 
'commence par faire un décret folemnel , par 
lequel on n attendra plus les ordres de l'Em- 
pereur pour réleflion des Papes. L'Empereur 
le plaint en vain de ce décret. 11 ayoit ailleurs 
aflez d'a^ires. 

Vn Duc Zventilbold , à la tête des Païens 
Moraves , dévaftoit la Germanie. L'Empe- 
reur s'accommoda avec lui comme avec les 
Normands. On ne fait pas s'il avoit de l'ar- 
gent à lui donner , mais il le reconnut Prince 
& Vaflal de l'Empire. 

884. 

Une grande partie de l'Italie eft toujours 
dévaflée par le Duc de Spolette & par les 
Sarraiins. Ceux-ci pillent la riche Abbaye 
deMont-Cai&ii, & enleveiu tous festréfors. 



;, Google 



'«o8 Charles fil, 

mais un Duc de Bénérent les avoît déjà, 
prévenus. 

Charles le gros marche en Italie poax arrê- 
ter tous ces delordres . A peine éioit-il arrivé , 
que les deux Rois de France fes neveux étant 
morts , il repaffe les Alpes pour leur fuc- 
céder. 

8S5. 

Voilà donc Charles le gros qui réunit 
fur fa tête toutes les couronnes de Char- 
lemagne ; mais elle ne fiit pas aflez forte 
pour les porter. 

Un bâtard de Lothaîre , nommé Hugues , 
Abbé de Saint Denis, s'étoit depuis long- 
temps nûs en tête d'avoir ta Lorraine pour 
fon partage. 11 fe ligue avec un Normand , 
auquel on avoit cédé la Frife , & qui époula 
fa fœur. Il appelle d'autres Normands. 

L'Empereur étouffa cette confpîratiofl. 
Un Comte de Saxe , nommé Henn , & un 
Archevêque de Cologne , fe chargèrent d'af- 
faffiner ce Normand» Duc dp Frile , dans 
, une conférence.Onfefaifit de l'Abbé Hugues, 
fous le même prétexte , en Lorraine , & 
i'ufage de crever les yeux fe renouvella 
pour lui. 

Il eut mieux valu combattre les Normands 
avec de bonnes armées. Ceux-ci voyant qu'oa 



^.C.oogli: 



O U L B G R O s. 109 

ne les attaquoit que par des trahifons» 
pénètrent de la Hollande en Flandre > Us paP 
fentia Somme & l'Oife fans réfiftance, pren- 
nent & brûlent Pontoife , & arrivent par e«a 
&'par terre à Paris. Cette Ville, aujourd'hui 
immenfe , n'étoit ni forte , ni grande « ni 
peuplée. La tour du grand Châtelet n'étoic 
pas encOTe entièrement élevée quand les 
Normands parurent. Il &llut fe bâter de 
l'achever avec du b(Hs ; de forte que le bas 
de la tour étoit de pierre > & le haut de 
charpente. 

Les Farifiem qui s'attendotent alors à Ir- 
ruption des Barbares , n'abandonnèrent point 
la Ville t comme autrefois. Le Comte de 
Paris , Odon ou Eudes > que fa valeur éleva 
depuis fur le trône de France, mit dans la 
Ville un ordre qui anima les courages , & 
qui leur tint lieu de tours & de remparts. 
Sigefroi , chef des Normands , prefla le 
iiege avec une ^reur opiniâtre , mais non 
deftituée d'art. Les Normands fe fervirent du 
bélier pour battre les murs. Ils firent brèche 
& donnèrent trois aflâuts. Les Pariliens les 
foutinrent avec un courage inébranlable* 
Ils avoient à leur tâte le Comte Eudes, 8t 
leur Ëvêque Goâin-^ qui fit à la fois les 
fondions de prêtre & de guerrier dans cette 
petite Ville : il béniflbit le peuple & cora> 
battoir avec lai ; il mourut de fes fiuigues 
su milieu du fiege : le véritable martyr eft 
c«liii qui meurt poqt fa pauie. 



;, Google 



ttO C.H A K L B^ S tIT, 

Les Normands tinrent la petite< ville do 
Paris bkx^ée un an Se demi, après quoi ils 
allèrent piller la Bourgogne & les frontières 
dârrÂUemagne , tandis que Charles le gros 
a^embloit des diètes. 

887. 

Il ne manquoit i Charles le gros que d'être 
malheureux dans fa maifon : méprifé dans 
TEmpire , il pafla pour l'être de fa femma 
Flmpératrice' Kicharde. Elle fût accusée d'in- 
fidélité. Il la répudia quoiqu'elle offrît de fe 
îuftifier par le jugement de Dieu. Il l'envoya 
dans l'Abbaye d'Andelau qu'elle avoit fon- 
dée en Allàce< 

On fit cniûite adopter i Charles pour fon 
fils ,'. (ce qui étoit alors abfolument hors d'à- 
fage ), le fils de Bozon , ce Roi d'Arles , foa 
. ennemi.. Oii dit qu'alori fon cerveau étoU 
affbiblî. 11 i'étoit lans doute , puifque pofl'é- 
dant autant d'Etats que Charlemagne, il fa 
mit au point de tout perdre' fans réâilance. U 
e& détrôné dans une <Ùete auprès de Mayence* 



La dépofition de Charles U gros efl un fpec> 
tacle qui mérite une grande attention. Fut-il 
dépofe par ceux qui 1 avaient élu ^ quelque^ 
Seigneurs Tburingiens . Saxons « Bavarois , 
pouvoiem-rils; dans uo village appelle Tribur« 
difpoferde l'Empire Romain St du Royaunut 
de France? Non; ntaJsiisipotivoi^iUKBiOJiïiSCS 



;, Google 



O V LE « R O s; lit' 

à reconnoître un chef indigne d« Pêtre. Ils 
abandonnent donc le pettt-jîls de Charlema- 
■pte pour un bâtard de Carloman , fils de 
Louis le Germanique: ilsdéçlaretit-cebâta'rd^ 
aomnié Arnould , Roi de Germanie. Charleii 
le gros meurt fans fecours, auprès de Cou^ 
tance , le 8 Janvier SS8. 

Le fort de lltalie , de la France & de tant 
d'Etats , étoit alors incertain. 

Le droit de la rucceiHon étoit. par-tout 
très- peu reconnu. Charles le gros lui-même 
avoit été couronné Roi de France » au pré- 
iudiçe d'ua aii pofthume de Louis le bègue. 
£t au mépris des droits de ce même enânt, 
les Seigneurs François éUTentpour Roi Eudes, 
Comte de Parts. 

Un Rodolphe , fils d'an , autre Comte dt 
Paris , fe ^t Roi de la Bourgogne tranf* 
tniane.. 

Ce fils de Bozoa , Ri3i,d*AtIe$ * adopté par 
Charles le gros , devient Roi d'Arles par les 
iatrigues de fa mère. 

L'Emfnre n^étoit plus qu*un fiintôme» mais 
t» ne vDuloie pas moins faifir ce fantôme , 
qaelen9m.de Charlemagoe rendoit encore 
vénérable. Ce prétendu Empire , qui s'ap- 

GIloit Romain , devoit être donné à Rome. 
1 Gui, Duc de Spole»e,:Jun Rérenter,, 



;,■ Google 



11 Charles III* 
Duc de Fiioul , fe difputoient le nom & le 
rang des CéCars. Gui de Spoleite fe fait cou- 
ronner à Rome. Bérenger prend le vain titre 
de Roi d'Italie ; & par 9ne fingularité digne 
de la cohfufîon de ces temps-là , il vient k 
Langres fe ^e couronner Roi d'Italif en 
Champagne* 

C'eft dans ces troubles que tous tes Sei* 

tneurs fe cantonnent , que chacun fe fortifie 
ans fon Château , que la plupart des Villes 
font fans Police , que des troupes de brigands 
courent d'un bout de l'Europe à l'autre , & 
que la Chevalerie s'établit pour rép^mer 
ces brigands dr pour défendre les dames , ou 
pour les enlever. 



Pluûeurs Evêques de France ^ 8t. fur-tout 

l'Archevêque deRbeims , offrent le Royaume 
de France au bâtard Amould, parce qu^l 
defceodoit de Charlemagne , & qu'ils naïf-r 
foient Eudes , qui n'étoit du fang de Char- 
lemagne que par les femmes. 

Le Roi de France Eudes va trourer Amould 
i Vorms , lut cède une partie de la Lorraine, 
dont Arnould étoil déjà en poQeffion, lui 
promet de le reconnt^tre Empereur , & lui 
remet dans les; mains le fceptre la couronne 
de France^ qu'il avoit apponés avec lui» 
Arnould les lui rend Se le reconnoît R<^ 
de France. Cette foumiâion prouve ^e les 
Roi4 



;,C.oogli: 



o tr If E G n o Si lij 

tt.ois fe.regardoient encore comme vaiTaux 
de l'Empire Romain. Elle prouve encore 
pJus combien Eudes ^aignoit Je parti qu'Ar- 
nould avoit en France. 

89b, 891; 

ILe fegne d'Arnould en Germanie éft ftiarqué 
par des événements finiftres. Des relies de 
Saxons mêlés aux Slaves nommés Abodrîies, 
cantonnés vers la mer Baltique , entre t'Elbe 
& l'Oder, ravagent le Nord de la Germanie ; 
les Bohèmes , les Moraves , d'autres Slaves» 
défolent le Midi 8c battent les troupes d'Air 
nould : les Huns font des incuruons , les 
Normands recommencent leurs ravages : tant 
d'invaiîons n'élabliflent pourtant aucune con- 
quête. Ce font des dévaftatjons paffageres, 
mais qui laiiïènt la Germàiîie dans un' état 
très-pauvre & très* malheureux. 

A la un il défait en perfonne les Normands 
auprès de Louvain , & l'Allemagne refptre. 

891. 

La décadence de l'Empire de Charletna* 
gne enhardit le foibie Empire d'Orient. Un 
Patrice de ConflantinOpIe reprend le Duché 
de Bénévent avec quelques troupes , & me- 
nace Rome. Mais comme les Grecs ont à 
Te défendre des Sarralins y le vainqueur de 
Bénévent ne peut aller jufqu'à l'ancienne 
capitale de l'Empire. 

Nouy. Mît Tom. XV. H 



;,. Google 



114 Charles Ilf» 

On roit combien Eudes , Roi de Franc* i 
àvoit eu raifon de mettre fa couronne- aux. 
pieds d'Arnould. 11 avojtbefoin de ménager 
tout le monde. Les Seigneurs & les Evêques 
de France rendent ta ' couronne i Charles 
le ample , ce fils poAhume de Louis le bègue, 
«u'on £t alors revenir d'Angleterre , où .il 
^oit téfogié* 

893. 

Comme dans cesdivifîons le Roi Eudesavoit 
imploré la proteâion d'ArnouId , Charles le 
fimple vient l'implorer à fon tour à la diète 
de Vorms. Arnould ne fait rien pour lui ; 
il te laifTe difouter le Royaume de France, 
& marche en Italie , pour y difputer le nom 
d'Empereur à Gui de Spolette , la Lombar- 
die à Bérenger , 8c Rome au Pape. 

894. 
Il affiege Pavîe où étoit cet Empereur dé 
Spotette , qui fuit. Il s'affiire de ta Lombar- 
dîe. Bérenger fe cache ; mais on voit dès-lors 
combien ileft difficile, aux Empereurs de fe 
rendre maîtres de Rome. Arnould, au lieu 
de niarcher versRomea va tenir un Concile 
SUprèsdeMayence. 

89s. 

Arnould , apfès fon Concile tenu pour 
s'attacher les Evêques , tient une diète à 
Vorms pour avoir de nouvelles troupes & 
de l'argent , & pour faire couronner fon fils 
Zvcntilbotd, Roi de Lorraine. 



;, Google 



D t7 t fe 6 R d SJ lif 



Alors il retourne vers Rome. Les Hoffiaint 
ne vouloient' plus d'Empereur .: mais ils ne 
ùivoicat pas fe défendre. Amould attaque la 
partie de la ville appellie Lénine , du nom 
dii célèbre Pontife Léon IV, qui l'avoit fait 
entourer de murailleS' Il la force. Le refte 
de la ville , au delà du Tibre , fe tend ; Se 
le Pape Formofe facre Atnould Empereîir , 
dans i'Eglife de St. Pieric. Les Sénateurs , 
(car il y avoit encore un Sénat ) ^ lui font 
le lendemain ferment de fidélité » dans l'Eglife 
de St. Paul. C'eft l'ancien femaent équivo- 
que : Jtjurt que je ferai fi^t à tKmptmifffiatf^ 
ma fidUiti pour U Pape. 



A R N O U L D, 

HUITIEME EMPCREURf . 

.896. 

Une femme d'un grand courage , nommée 
Agiltriide , mère de ce prétendu Empereur 
Gui de Spolette , laquelle avoit en vain armé 
Rome contre Arnoutd , fe défend encore 
contre lui. Amould l'afliege dans la ville de: 
Fermo. Les Auteurs [fféteadent que cette 
héroïne lui envoya un breuvage empotfonné» 
pour adoucir ïbn efprit , 8c difent que l'Em- 
pereur fiit allez imbéciîle poar le prendre. 
Ce qui eil incomeftable , ceâ qu'ifjava le- 
H X 



;,■ Google 



-fji . A R N O U L D. 

£ege, qu'il étoit malade , qu'il repafls les 
Alpes avec une armée délabrée , qu'il laiiïa 
l'Italie dans nne plus grande contuficm que 
jamais , & qu'il retourna dans la Germanie^ 
oii il avoit perdu toute ion autorité pen- 
dant Ton abfence. 

897, 898, 899." 

La Germanie eft alors dans la même 
Anarchie que la France. Les Seigneurs s'é- 
toient cantonnés dans la Lorraine , dans l' Al- 
iace I dans le pays appelle aujourd'hui la 
Saxe , dans la Bavière , dans la Franconie. 
Les Évêques & les Abbés s'emparent des 
droits régaliens : ils ont des avoués , c'eft- 
à-dtre, des capitaines qui leur prêtent ferment, 
auxquels ils donnent des terres , & quijan- 
tôt combattent pour eux,& tantôt les pillent. 
Ces avoués étoient auparavant les Avocats 
des Monafieres ; dr les Couvents étant deve^ 
nus des Principautés 1 les avoués devinrent 
des Seigneurs. 

' Les Evèques Se les Abbés d'Italie ne furent 
îamais fur le même pied : premièrement , 
parce quelles Seigneurs Italiens étoient plus 
liâbties,' les Villes plus puiiTantes & plus 
nches que les Bourgades de Germanie St de 
' ^ance ; Se enfin parce que l'Eglife de Rome^ 
quoique- très-mat conduite, ne foufFroit pas 

Î|ue les autres EgUfes d'Italie fuilent puiT- 
aùtes^ 



;, Google 



A R N O U L D. 'ilf: 

La chevalerie 8e refprit de cheralerie- 
s'étendent (}aDS tout l'Occident. On ne décidé 
prefque plus de procès que par des cham-v. 
pions. Les Prêtres héniffent leurs armes , Se 
on leur fait t»ojours jurer, avant lé combat 
que leurs armes ne iont. point, éacfaantées.,- 
& quHIs n'ont fait point de paûe.avciellé. 
Diable. 

Arnould , Empereur fans pouvoir ,:raeurt' 
en Bavière en 599. Des Auteurs le fontmou- 
rir de poifon , d'autres d'une maladie pédi-. 
culaire ; mais la maladie pédiculaire efl une 
chimère , & le poifea en eft fouvent une 
autre, , 

900. 

Laconfufion augmente. Bérengerr^eenT 
Lombardie , mais au milieu des fadions.^ Ce 
,;£ls de£ozon, Roi d'Arles, parles intriguâft 
de fa. mère,, eft par les mêmes mtygue^ 
reconnu Empereur à Rome. Les f^œme'jb 
alors dirpofoient de tout , elles faifoîent 
'des Empereurs & des Papes ,' mais qui n'en 
avciient que le nom. ' ■ - . ■ '^ 

Louis IV eft reconnu Roi de Germanîeu . 
Il y joint la Lorraitte après hmortde ZveQ'^ 
tUWd , fon frère V '&' n'en eft guère plus 
pnîHbnt. . .■ . 

Depuis 901 'juf^u'à 907. . 

Les Huns 8c les HotigroJA réunis yietmeat 



^.C.oogli: 



'tl9 A R N O U L D. 

ravager là Bavière , la Suabe & la Franco- 
nie , oii il feigibloit qu'il n'y eût plus lïen 
à-prcndre. 

. Va Moîmir qui s'étoit fait Duc de Mora« 
vie 4; chrétien , va à R.offle deoiander des 
Ëvêqnes. 

Un Marquis de Tofcane , Adelbert , céle- 
lire par fa ittamt ThéDdora , eft defpotï- 
que dans Rome. Bérenger s'afleraiit dans la 
Lombardie » fait alliance avec les Ht^s , 
afin d^cmpêcher le nouveau Rot Germain de 
^%nir en Italie , fait ta guerre au prétendu 
, Empereur d'Arles , le prend prifonnier » 8e 
lui fait crever les yeux « entre dans Rome 
& fçrce le Pape Jean IX à le couronner 
Empereur.'- Le t^pe, après l'avoir facre, 
a^enfurt à Ravetine , Âr-facre un autre Empe-» 
reur tMwnté Lambevt , fils du Duc de Spo- 
fere , errant & pauvre , qui prend le iwi^ 

,.„:„ '" JtOâ, '909» SiP.» 9'ï' 

Cependant Louis IV , Rot dé Germanie , 
s*intitule auffî Empereur; plulïeurs Auteurs 
Idî 'donnent cii nire i ni»s SigâbeVt dit qu'à 
esofedee mMar-q«Ètte fon temps délièrent 
l-'haM** il n&niélit'a pas l^bénédBÛioQ Impé- 
riale : la véritable raifon eft qu'il ne fiitpas 
affez puiffant ppiir fe friçe f econnwire Empe- 
reur. 11 n^eut aucune' part aux troubles qui 
9^m% ïiit^ (te^A temps. ' 



;,■ Google 



. »2 

LOUIS IV, 

NEUVIEME Empereur. 

Oovs cet étrange Emperenr^rAilemagne 
eft dans la dernière défolation. Les HunS 
payés par Bérenger pour venir ravager la 
Germante , font enfuite payés par Louis IV 
pour s'en retourner. Deux faâions y celle 
d'un Duc de Saxe & d'un Duc de Franconie, 
■s'élèvent , 8c font plus de mal que les Huns. 
On- pille toutes les Eglifes ; Ici Hongroi» 
reviennent pour y avoir part. L'Empereur 
Louis IV s'enfuit à Ratisbonne , oîi il meurt 
à l'âge de vingt ans. C'eft ainli que finit là 
race de Charlefflagne en Germanie. 



CONRAD PREMIER, 

DIXIEME Empereur. 

j_jES Seigneurs Germains s'alTembleiit ii 
Vorms pour élire un RoL Ces Seigneurs 
étoieot tous ceux qui ayant le plus d'inté- 
rêt à chbifir ud Piiace feloD leur goût , 
avoient aflèz de pouvoir Se affez de crédit 
pour ie mettre au raos des éleâeurs. On ne 
reconnoiflbit guère dans ce fiecle le droit 
d'hérédité-en Europe. Leséleâions, ou libres 
ou forcées , [dévalaient prefque par-tout , 
témoins celles d'Arnoulden Germanie, deGuî 
4e Spoletto & de Bécenjer en Italie, de Dqtt 



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l 

iio Conrad 

Sanche en Aragon , d'Eudes , de Robert » 
de Raoul,. de Hugues Capet en France ^ âc 
des Empereurs de Conftantinople ; car tant 
de vaffaux , tant de Princes vouloient avoir 
le droit de choifîr un chef , & l'efpécance 
de pouvoir Têtre, 

On prétend qu'Othon, Duc de la nou^ 
vetle Saxe, fut choifî par la dtete ; mais 
4]iie fe voyant trop vieux y il propofa lui- 
même Conrad, Duc de Franconie , Ton 
ennemi , parce qu'il le croyoit digne àa, 
trône. Cette aâîon n'eft guère dans l'ef- 
prit de ces temps prefque fauvages. On y 
voit de l'ambition , de la fourberie , du 
courage comme dans tous les autres (iedes : 
mais , à commencer par Clovis , on ne volt 
pas une aâîon de magnanimité. 

Conrad ne fut. jamais reconnu Empereur 
ni en Italie ni en France. Les Germains feuls , 
accoutumés à voir des Empereurs dans leurs 
Rois depuis Charlemagne ^ lui donnèrent ^ 
dit-on, ce titre. 

Depuis 913 , fufqu'à 919, 

Le règne de Conrad ne change rien à l'état 
olï il a trouvé l'Allemagne. II a des guerres 
contre Tes vaHaUTf , & particulièrement con- 
tre le fils de ce Duc de Saxe , auquel on 
9 dit qu'il devoit la couronne. 

' (.çs Hojigrois font toujours la guerre k . 



;, Google 



premier; ill 

f Allemagne , & on n'eft occupé qu'à les 
reppufîîer. Les François , pendant ce temps , 
s'emparent de la Lorraine, Si Charles Icfim- 
ple avoit fait cette conquête , il ne méritoit 
pas le nomJimpU ; mais il avoit des Miniilres 
Se des Généraux qui ne l'étoient pas. H 
crée un' Duc de Lorraine. 

Les Evêques , d'Allemagne s'affermiffent 
^ns la pofleffion de leurs fîefs. Conrad 
meart en 919 , dans la petite ville de Veil- 
bourg. On prétend qu'avant (a mort il défi-< 
gna Henri , Duc de Saxe , pour Ton fuc- 
celTeur, au préjudice de fon propre frère. 
Il n'eft guère vraifemblable qu'il eût cru 
être en droit de fe choifir un fucceffeur , 
ni qu'il eût choifi fon ennemi. 

Le nom de ce prétendu Empereur fiit 
i^oré en Italie pendant fon règne. La Lom- 
bardie étoit en proie aux divilîons. Rame 
aux plus horribles fcandales y & Kaples Si 
Sicile aux dévaftaiions des Sarrafins. 

C'eil dans ce temps que la proflituée 
Théodora plaçoit à Rome , fur te trône. 
de l'Eglife , Jean X > non moins profiiué 
qu'elle. 



;,■ Google 



HENRI L' OISELEUR, 

ONZIEME Empereur. 

910. 

J. L eft important d'obferver que dans ces 
temps d'Anarchie , plulîeurs bourgades d'AK 
temagne commencèrent à jouir des droits 
de la liberté naturelle , à l'exemple des 
villes d'Italie. Les unes acïteterent ces droits 
de leurs Seigneurs , les autres les avoient 
Soutenus les armes à la main. Les députés 
de ces Villes concourent avec tes Evâques 
9l ks Seigneurs pour choifir un Empereur , 
StYont au rang des éleâeurs. Ainfi , Henri I , 
dit rOifeleui , Dnc de Saxe , eft élu par les 
trois Etats. Rien n'eft plus conforme à la 
Aature, que tous ceux qui ont intérêt d'être 
bien goaveraés , , concourent à établir Id 
goaveraeoient« 

Depuis 911 jufqu'Â 930. 

Un des droits des Rois de Germanie , 
tomme des Rois de France , fut toujours île 
ffommer à tous les Evêchés vacants. 

L'Empereur Henri a une courte poenc 
avec le Duc de Bavière , & la termme en 
lui cédant ce droit de nommer les Evêques 
dans la Bavière. ' ' 

U y a dans ces années peu d'événements 



;,C.oogli: 



Henri l'oiselevx. ii^ 
'qui intére0cnt le fort de la Germanie. Le 
plus important cA. l'affaire de la Lorraine. U 
«toit toujours indécis fi elle tefteroit à l'Al- 
lemagnç ou à la France. 

Henri TOifeleur foumet toute la haute 8c 
baffe Lorraine en 91; , & l'enlevé au Duc 
Gifelbert , à qui les Rois de France l'avoient 
donnée. Il la rend enfuite à ce Dnc , pour 
le mettre dans la dépendance de la Gerrtia> 
nie. Cette Lorraine n'étoit pka qu'un démeni' 
brement du Royaume de Lothariuge. C'étoti 
le Brabant , c'etoit une partie du pays d4 
Liège f diîputée enfuite par l'Evèque de 
Liège , c'étoit les terres entre Metz St lu 
Franche-Comté , difpràées asffî par l'Evoque 
ée Metz. Ce pays revim après à la France ; 
U en fut enfuite féparé. 

Henri fait des loîx plus intéreflaness qu* 
les événements & les révolutions dont fe 
Surcharge l^iftoire. il tire de l'Anarchie 
féodale ce qu'on peut en tirer. LeS vaffauXf 
les arrière - vaffaux fe foumettent k foat- 
nir des milices , & des grans pour les faire 
iubfifter. Il change en Villes iss Bourgs dé- 
peupMfl, que les Huns, les Bohèmes , les 
Mbraves , les Nonnands aVoieitt dévaftés. Il 
bâtît Brandebourg, Mîfnie , Slefvich. il y 
établit des Marquis pour garder les marches 
derAliematfne. U rétablit les Abbayeid'Her- 
fort & de Corbie cniinées. Il conmwit qtiet* 
l^es Villes, comme Gotha^Herfon^CoAnDi 



;, Google 



1X4 Henri 

Les anciens Saxons » les Slaves, Abodrw 
tes , les Vandales , leurs voifins , font repouf-' 
fé5. Son prédécèHeur Conrad s'étoit fournis 
à payer un tribut aux Hongrois, & Henri 
rOifeleur le payoit çncore. Il affranchit 
l'Allemagne de cette honte. 

Depuis 930 )ufqu*à 93a. 

On dit que des députés des Hongrois étant 
venus demander leur tribut,Henri leur donna 
un chien galeux. C'étoit une punition des 
Chevaliers Allemands quand ils avoient 
commis des crimes, de porter un chien Tef- 
pace ' d'une lièue. Cette groffîéreté * digne 
de ces temps-là , n'ôte nen à la grandeur, 
du courte. U éft vrai que les Hongrois 
viennent faire plus de dégât que le rtribut 
n'eût coûté : mais enfin ilsfont repouffés 
& vaincus* 

Alors il fait fortifier des Villes , pour tenir 
en bride les Barbares. 11 levé le neuvième 
homme dans quelques Proviûces , & les met 
en garnifon dans ces Villes. Il exerce la 
noblefle par des joutes & des efpeces de 
tournois : il en fait uti , i ce qu'on, dit y où 
près de mille Gentilshommes entrent ■en 
lice. 

,Ces tournois avoient été inventés en Italie 
par les Rois Lombards , & s'appelloseot 



;, Google 



L*OISELEtTR. ^Ilf 

Ayant pourvu à la défenfe de rAllemagne, 
il veut enfin pafler en Italie à l'exemple de 
iés prédécefleurs , pour avoir la couronne 
impériale. 

Les troubles & les fcatidales de Rome 
étoient augmentés. Marolie , £lle de Théo* 
dora , àvoit placé fur la chaire de Saint 
Pierre le jeune Jean XI , né de ion adul- 
tère avec Sergias III , & gouvcrnoir l'Eglife 
fous le nom de fon fils. Les Vicaires de 
Jésus étoient alors les plus fcandaleux & 
les plus impies dé tous les hommes : mais 
l'ignorance des peuples étoit fî profonde , 
leur imbécillité fi grande , leur Aiperflition 
fi eni'acinée , qu'on refpeâoit toujours la place 
quand la perionne étoit en horreur. Quel- 
ques tyranS' qui accablailent l'Italie , les 
Allemands étoient ce que Rome haïflbit le 
plus. 

■ Henri l'Oifeleur, comptant fur fes forces , 
crut profiter de ces troubles ; mais il mou- 
rut en chemin , dans la Thuringe , en 936.' 
On ne l'a appelle Empereur , qae parce qu'il 
avoir eu envie de l'être, & l'ufage de le 
nommer ainlî a prévalu. 



^.C.oogli: 



V, 



11^ 

OTHON I,/«moinroe LE GRAND, 

DOUZIEME Empereur. 

936. 

O I c I eniîn uii Empereur véritable. Les 
Ducs & les Comtes , les Evêques, les Abbés 
Se tous les Seigneurs puiflànts qui fe trou- 
vent à Aix-la-Chapelle, élifent Othon,fils 
de Henri TOifeleur. It n'eft pas dit que les 
députés des Bourgs aient donné leur voix. U 
fe peut faire que les grands Seigneurs , de- 
venus plus puiiTants lous Henri TOifeléur , 
leur eu0ent ravi ce droit oaiurer : il fe peut 
encore que les communes , à l'éleâion de 
HenrirÔifeleuF, eufîent donné leurs accla- 
^lations & non pas leurs fuf&ages. 

L'Archevêque de Mayence annonce an 

Iieuple cette éleâion , le facre , & lui met 
a couronne fur la tête. Ce qu'on peut remar- 
quçr , c'efi que les Prélats <Ëaent à la table 
de rÉmpereur , & que les Ducs de Fran- 
conie, de Suabe , de Bavierç & de Lorraine, 
fervirent «t table : le Duc de Frànconie , par 
exemple, en qualité de maître d'hôtel, & 
le Duc de Suabe, en qualité d'échanfon. Cette 
cérémonie fe £t dans une galerie de bois , 
au milieu des ruines d'Aix-la-Chapelle , brû- 
lée par les Huns , & non encore rétablie. 

Les Huns & les Hongrois viennent encore 



E 



^.C.oogli: 



OtHON I, DIT LE GRAND. tlf 

troubler la fête. Us s'avancent iufqu'en Veâ< 
phalie, fflaisx}ii les repouffc. 

. 937- 
La Bohême étoit alors eatiérement barï 
bare , & à moitié chrétienne. HeureafemeaC 
pourOiboni elle eft troublée par des guerres 
civiles. Il en pro6te au^i ~ tôt. 11 rend U 
Bohême tributaire de la Germanie j & y; 
rétablit le Chriftianirme. 

938, 939> 940. 
OthoD t^che de Ce rendre dcrpotiqiic , 8c 
les Seigneurs des grands fiefs , de fe rendre 
indépendants. Cette grande querelle , tantôt 
ouverte , tantôt cachée , fubfifte dans les 
efprits depuis plus de huit cents années, ainfi 
que la querelle de Rome & de l'Empire. 

Cette lutte du pouvoir royal qui yeut 
toujours croître, & de la liberté qui oe veut 
point céder , a long-temps agité toute l'Eu- 
rope chrétienne. Elle fubrina en Efpagne 
tant que les Chrétiens y eurent les Maures 
à combattre, après quoi l'autgiité fouvera/nre 
pritledeflus. C'eft ce qui troubla la France 
jufqu'au mitioj du règne de Louis XI ; ce 
qui a enfin étalai en Angleterre le gouver- 
nement mixte auquel eUe doit fa grandeur { 
ce qui a cimenté en Pologne la liberté im 
' noble & l'efclavage du peuple. Ce mêmç 
efprit a troublé la Suéde & le Danemarck, 
a fondé les R^bliqusy de Sni^e & de Hoir 



..■C.QOgIc 



■jig O T ÏI O K Ij 

lande. La même caufe a produit par-tout 
différents effets. Mais dans les plus grands 
Etats, la nation a prefque toujours été facri- 
■ £ée aux intérêts d'un feul homme , ou de 
quelques hommes ; la ratfon en eft , que la 
multitude , obligée de travailler pour gagner 
fa vie t n'a ni le temps y ni le pouvoir d'être 
ambitieufe. 

Le Duc de Bavière refufe de faire hom-* 
mage. Othon entre en Bavière avec une 
Armée. Il réduit lé Duc à quelques ;terres 
allodiales. Il crée un des frères du Duc > 
- Comte Palatin en Bavière , & un autre » 
Comte Palatin vers le Rhin. Cette dignité 
de Cornu Palatin eft renouvellée des Comtes 
du Palais des Empereurs Romains , & des 
Comtes du Palais des Francs. 

' Il donne la même dignité k un Duc de 
Franconie. Ces Palatins font d*abord des 
Juges fuprêmes. Ils jugent en dernier reffort 
jiu nom de l'Empereur. Ce reffort fuprême 
de juftice eft , après une armée , le plus 
graod appui de la fouveraîneté. 

Othon difpofe à fon gré des dignités & 
des terres. Le premier Marquis de Brande- 
bourg étant mort fans enfants , il donne le 
Marquifat à un Comte Gérard , qui n'étoit 
point parent du mort. 

Plus Oihoa aSeâe le pouvoir abfolu ; 
plus 



^.C.oogli:- 



Î)IT LE GRAND. 11^ 

Ï>lus les Seigneurs des grands fiefs s'y oppo- 
sât ; & dès-Tors s'étdblit la coutume d'avoir 
recours à la France pour foutenir le gouver- 
nement féodal en Germanie , contre l'auto* 
rite des Rois Allemands. 

Les Ducs de Franconie , de Lorraine , 
le Prince de Brunfvick , s'adreflent à Louis 
d'Outremer , Roi de France. Louis d'Outre- 
mer entre dans la Lorraine & dans l'Allace , 
& fe joint aux alliés. Othon prévient le 
Roi de France : il défait vers le Rhin , auprès 
de Brifach , les Ducs de Franconie Sl de Lor- 
raine y qui font tués. 

11 ôte le titre de Palatin à la maifon de 
Franconie. Il en pourvoit la maifon de 
Bavière : il attache à ce titre des terres & 
des châteaux. C'eft de - là que fe forme 
le Palatinat du Rhin d'aujourd'hui. C'étoit 
d'abord un Juge . à préfent c'eft un Prince 
éleâeur j un Souverain. Le contraire eft 
arrivé > en France. 

941. 

Comme lés Seigneurs des grands fiefe 
germains avoienc appelle le Roi de France 
à leur fecours , les Seigneurs de France< 
appellent pareillement Othon. Il pourfuit 
Liouis d'Outremer dans toute la Champagne. 
Mais des confpitations le rappellent en 
Allemagne. 

Nouv, Mil. Tom. XV, I 



;, Google 



130 O T H O H I^ 

941. 943. 944- 
Le defpotirme d'Othon aliénoit fellement 
les efprits , que (on propre-frere Henri , Duc 
dans une partie dç la Lorraine , s'étoit uni 
avec plufieurs Seigneurs» pour lui ôier le 
trône& la vie. Il repalTe donc en Allemagne, 
étouffe la confpiration , & pardonne à fon 
frère , qui apparemment étoit aâez puiflant 
pour fe faire pardonner* 

II augmente les privilèges des Evêques & 
des AbBés , pour les oppofer aux Seigneurs. 
Il donne à l'Evêque de Trêves le litre de 
Prince, & tous les droits régaliens. Il donne 
le Duché de Bavière à fon frère Henri, qui 
avoie confpiré Contre lui , & l'âte aux héri- 
tiers naturels. C'eft la plus grande preuve 
de fon autorité abfolue. 

94S , 94^- 
En ce temps la race de Charlem^gne , qu! 
régnoit encore en France , étoit dans le der- ' 
nier aviliffemenl. On avoit cédé en 912 
la Keuilrie, proprement dite, aux Normands, 
& même la Bretagne , devenue alors arriere- 
£efde la France. 

Hugues, Duc de Tille de France , du fang 
de Cnarlemagne ; par les femmes , père dé 
Hugues Capet , gendre en premières noces 
d'Edouard I ,, Roi d'Angleterre , beau-trere 
d'Othon', par un fecona mariage , étoit un 



^-Google - 



& I T L E G R A N D. >3I 

des plus puiflants Seigneurs dé l'Europe , 8c 
le Roi de France alors un des plus petits. 
Cet Hugues avoit rappelle Louis d'Outremer 
pour le couronner & pour l'affervir; 8t on 
rappelloit Hugues le grand , parce qu'il s'é- 
loit tendu paillant aux dépens de fOD maîlre. 

Il s'étoit [îé avec les Normands, qui avolent 
fait le rtialheureux Louis d'Outremer pri- 
fonnier. Ce Roi , délivré de pfifon , reftoit 
prefque fans Villes 8e fans Domaine. Il étoit 
aulfi beau-frere d'Othon , dont il avoit époufé 
la lœur. Il lui demande fa proteâion , en 
cédant tous fes droits fur la Lorraine. 

Othon marche jufqu'atiprès de Paris. Il 
-^ffiege Rouen ; mais étant abandonné par 
le Comte de Flandre , il s'en retourne dans 
fes Etats % après une expédition inutile. 

947 » 948- 
Othon n'ayant pu battre Hugues le grand, 
le fait excommunier. Il convoque un Concile 
à Trêves , oh un Légat du Pape prononce 
b /entence , à la requifîtion de rÀumônier ~ 
d'Othon. Hugues n'en eft pas moins le maître 
en France. 

Il y avoit , comme on a vu , mi Mar- 
grave à Slefvich , dans ta Cherfonefe Cimbri- 
que , pour arrêter les courfes des Danois. 
Il tue le Margrave,Othon y court en perfonne, 
reprend la Ville , afluie îes frontières. Il Eut 
I 1 



;,■ Google 



i^î O T H O N f; 

la paix avec le Danemarck , à condition 
qu'on y prêchera le Chriftianifme. 

949- 
De-là Othon va tenir iin Concile auprès 
de Mayence à Ingelheim. Louis d'Outremer, 
qui n'avoit point d'Armée , avoii demandé 
au Pape Agapet ce Concile: foibJe relfource 
contre Hugues le grand. 

Des Evêques Germains , & Marin, le 
Légat du Papç , y parurent comme Ju^es, 
Othon comme proteûeur, & Louis, Roi de 
France, en ftippliant. Le Roi Louis y de- 
manda iuftice , & dit : « J'ai été reconnu 
it Roi par les fuffrages de tous les Seigneurs. 
» Si on prétend que'j'aie commis quelque 
» crime qui mérite les traitements que je 
» fouffre , je fuis prêt de m'en purger au 
» jugement du ' Concile , fuivant l'ordre 
» d'Oihon , ou par un combat fingulier. » 

Ce trifte difcours prouvé l'ufage des duels, 
l'état déplorable du Roi de France , la puif- 
fance d'Othon , & les^éleâions des Rois. Le 
droit du fan§ lembloit n'être alors qu'une 
recommandation pour obtenir des fuffrages. 
Hugues le grand eft cité à ce vain Concile : 
on fe doute bien qu'il n'y comparut point. 

Ce qui n'eft pas moins prouvé , c*eft que 
l'Empereur regardoit tous les Rois de l'Eu- 
rope comme dépendants de fa couronne 



;, Google 



DIT LE GRA^D. 13} 

impiriale ; c'eft T^ncienne prétention de fa 
chancellerie ; & on faifoit valoir cette chi- 
mère » quand il fe trouvoit quelques malheu- 
' Ttwx Rois afîez foibles pour s^ foumettre. 

9Ï0. 

Othon. donne l'inveftiture de I3 Suabe ; 
d'Augsbourg , de Confiance , du Virtemberg, 
à ion £ls Ludolphe , faufles droits du Evêqttts. 

9JI. 

Othon retourne en Bohême , bat le Duc 
Bol, qu'on appelle BoleHas. Le mot de slasy 
chez ces peuples, défignoit ub chef.C'eft de là 
qu'on leur donna d'abord le nom de Slaves , 
& qu'enfuite on appelle enclaves ceux qui 
furent conquis par eux. L'Empereur confirme 
le vaffetage de la Bohême , & y établit la 
Religion chrétienne. Tout ce qui étoit au 
delà , étoit encore païen , excepté quelques 
marches de la Germanie. La Religion chré- 
tienne , exterminée en Syrie , où elle étoit . 
née, & en Afrique, où elle s'étoit tranf- 
plantée > s'établit encore dans le < Nord de 
TEurope. Oihon penfolt dès-lors à renoi^- 
veller l'Empire de Charlemagoe. Une femme 
lui en fraya le chemin. 

Adélaïde y foeur d'un petit Roi de la Bour- 
gogne transjurahe , veuve d'un Roi ou d'un 
ufurpateur du Royaume d'Italie , opprimée 
par un autre ufurpateur > fiéfénger fécond > 
alSégée dans Cano0e > appelle Othon à fon 



;,C.oogli: 



iy4 O T H o N I; 

fecours. Il y marche , la délivre * & étant 
veuf alors il l'époufe. Il enuè dans Pavie 
en triompl^e avec Adélaïde. Mais il âlloit 
du temps Se des (oins pour alTujettir le reAe 
du Royaume , & fur-tout Rome » qui ne vou- 
loit point dç lui. 

951. 

Il laifle Ton Armée à un Prince nommé 
Conrad , qu'il a fait Duc de Lcvraine, 8c, 
fon gendre : & , ce qui eft aflez commun dans 
ces temps-là , Û va tenir un Concile à Augs- 
bourg , au lieu de pourfuivre fes. conquêtes. 
II y avoit des Evêques Italiens à ce Concile : 
il eft vraifemblable qu'il ne le tint que pour 
difpofer les efprits h le recevofr en Italie. 

, 953- 
Son mariage avec'Adélaïde, quifembloit 
devoir lui affiirer l'Italie, femble bientôt 
la lui faire perdre, 

~ Son 61s Ludolphe , auquel il avoit donné 
tant d'Etats , mais qui craignoit qu'Adélaïde 
fa belle-mere > ne lui donnât un maître , fon 
gendre Conrad à qui il avoir donné la Lor- 
raine , mais à qui il ôte le commandement 
d'Italie, confpirent contre lui ; un Archevê- 

Î{ue de Mayence > un Evêque d'Augsbourg , 
e joignent à fon fils & à fon gendre ; il 
marche contre fon iîls ; & au lieu de fe ^ire 
Empereur à Rome , il foufient une guerrç 
civile en, Allemagne. 



;,■ Google 



DIT LE GRAND. IJ^ 

9Ï4' 

Son fils dénaturé appelle les Hongrois à 
foD recours , & on a bien de la peine à les 
repoufler des bords du Rhin & des environs 
de Cologne , où ils s'avancent. 

Othon avoit un fi-ere Eccléfiaflique, nommé 
Brunon y il le fait élire Archevêque de Colo- 
gne f & lui donne la Lorraine. 

9Î5- . 
Les armes d'Othon prévalent. Ses enfants 
& les conjurés viennent demander pardon ; 
l'Archevêque de Mayence rentre dans le 
devoir. Le fils du Roi en fort encore. Il vient 
enfin pieds nus fe jeter aux genoux de fon- 
père. Les-Hongrois appelles par lui ne de- 
mandent point grâce comme lui ; ils défolent 
l'Allemagne. Othon leur livre bataille dans 
Augsbourg } & les défait. Il paroît qu'il étoit 
allez fort pouj: les battre , non pas afiez poar 
les pourfuivre & les détruire > quoique fon 
Armée fut cômpofée de légions à peu près 
feloQ le modèle des anciennes légions Ro- 
maines. 

. Ce que craîgnoif le fils d'Oihon arriveJ 
Adélaïde accouche d'un Prince, c'eft Othoq IL 

Depuis 9;6 jufqu'à 960. 

Les defleins fur Rome fe mûrirent > maïs 
les affaires d'Allemagne les empêchent encore 
I4 



D,l.z.^;,. Google, 



Jî6 O T H O N I, 

d'éclore. Les- Slaves, & d'auires Barbares ^ 
inondent le nord de l'Allemagne , encore 
très-mal affurée , malgré tous les foins d'O- 
ibon. De petites guerres vers le Luxem- 
bourg & le Hainaut > qui étoient de la bafle 
Lorraine , ne laiflent pas de l'occuper encore. 

Ludolphe , ce fils d'Othon , envoyé en 
Italie contre fiérenger , y meurt , ou de 
maladie, ou de débauche , ou de poifon. 

Bérenger alors eft maître abfolu de l'ancien 
Royaume de Lombardie , Se non de Rome. 
Mais' il avoit néceiTairement mille difFé- 
rents avec elle , comme les anciens Rois 
Lombards. 

Un lils de Marozie , nommé Ofïavien 
Sporco , fut élu Pape à l'âge de dix-huit ans , 
par le crédit de Ta famille. Il prit le nom de 
Jea.n XII , en mémoire de Jean XI fon oncle. 
C'eft le premier Pape" qui ait changé fon 
nom à fon avènement au Pontificat. Il n'é- 
toit point dans les ordres quand fa famille 
le fit Pontife. C'étoit un jeune homme qui 
vivoit en Prince , aimapt les armes & les 
plaifirs. 

On s'étonne que fous tant de Papes fcan- 
daleux , l'EgHle Romaine ne perdit ni fes 
prérogatives , nt fes prétentions ; mais alors 
prefque toutes les autres Eglifes étoient ainfî 
gouvernées ; les Evêques ayant toujours à 



;, Google 



DIT LE GRAND, 137 

demander à Rome , ou des ordres , ou des 
grâces , n'abandonnoient pas leurs intérêts 
pour quelques fcandales de plus.; & leur 
intérêt étoit d'être toujours unis à i'Eglife 
Romaine , parce que cette union les readoit 
plus refpeâables aux peuples , & plus con- 
lidérables auxyeux des Souverains. Le Clergé 
d*Ita1ie pouvoit alors méprifèr les Papes ; 
mais il révéroit la Papauté , d'autant plus 
qu'il y arpircit; enfin, dans l'opinion des 
hommes , la place étoit toujours facrée » 
quoique fouillée. 

Les Italiens appellent enfin Othon à leur 
fecours. Ils vouloientj comme ditLuilprend, 
Contemporain , avoir deux maîtres , pour 
it'en avoir réellement aucun. C'eft-là une 
des principales caufes des longs malheurs 
de ritaite. 

960. 

Othon , avant de partir poor l'Italie , a 
foin de aire élire fon fils Othon , né d'Adé- 
laïde , Roi de Germanie à l'âge de fept ans : 
nouvelle preuve que le droit de fucceJHon 
n*exifloît pas, 11-prend la précaution de le 
faire couronner à Aix-laXhapelle , par les 
Archevêques de Cologne^ de Mayençe & 
de Trev«B à la fois. L'Archevêque de Colo- 
gne fait la première fon£Uon. C'étoit Brunon> 
frère d'Othon, 

961. 

Il paffe les Alpes du Tù-qI , entre encore 



^.C.oogli: 



138 O T H O N I , 

dans Pavie > qui eft toujours au premier 
occupant. Il reçoit à Monzà la couronne de 
Lombardie. 

961. 

Pendant que Bérenger fuit avec ^famiHe « 
Othon marche à Rome ; on lui ouvre les 

{lortes. Il fe fait couronner Empereur par 
e jeune Jean XII , auquel il confirme quel- 
ques prétendues donations qu'on difoit fai- 
tes au Pomi6cat par Pépin le bref* par Char- 
lemagne & par Louis le foible. Mais il fe 
fait prêter ferment de fidélité par le Pape, 
fur le corps de St. Pierre , qui n'a pas été. 

LIus enterré à Rome* que Pépin , Charles Se 
ouis n'ont donné de Royaumes aux Papes. 
Il ordonne qu'il y ait toujours des Commif- 
faires impériaux à Rome. 

Cet inltmment écrit en lettres d'or , fouf- 
crit par fept Evoques d'Allemagne , cinq 
Comtes , deux Abbés « & plulieurs Prélats 
Italiens , eft gardé encore au Château St. 
Ange. La date eft du 1 } Février 961. On dit 
que Lothaire, Roi de France, & Hugues 
Capet , depuis Roi * aflifterent à ce cou- 
ronnement. Les Rois de France étoient en 
effet fi fotbies, qu'ils pouvoient fervir d'or- 
nement au facre d'un Empereur : mais les 
noms de Lothaire & de Hugues Capet ne 
fe trouvent pas dans les fignatures de cet 
aâe , fi on en crOit ceux qpi en ont tant 
parlé faas ravoir vu* 



^'C.oogli: 



D I T L E grand: Ï39 

Tout ce qu'on fait alors à Rome con- 
cernant les EgUfes d'Allemagne, c'eftd'érU 
fer- Magdebourg en Archevêché, Mers- 
ourg en Evêcné , pour' convertir, dît- 
,on, les Slav_es, c'eft-à-dire, ces Peuples 
Scythes & Sarmates qui hablioient la Mora- 
vie , une partie du Brandebourg , de la 
Siléiie , &c. 

A peine le Pape s'étoit donné un maî- 
tre, qu*il s'en repentit. 11 fe ligue avec 
ce même Bérenger , réfugié chez des Maho- 
nétans cantonnés fur les côtes de Pro- 
vence. Il foUicite les Hongrois . d'entrer 
en Allemagne i c'eft ce qu'il falloir aire 
auparavant. 

965. 

L'Empereur ôthon qui a achevé de fou- 
metlre la Lombardie, retourne à Rome. Il 
aflemble un Concile. Le Pape Jean XII fe 
cache. On l'accufe en plein Concile, dans 
TEglife de St. Pierre, d'avoir joui de plu- 
fieurs femmes, & fur-tout d'une nommée 
EtUnneite , concubine de fon père ; d'avoir 
fait Evêque de Lodt un enfant de dix ans, 
d'avoir vendu les Ordinations fit les Béné- 
fices , d'avoir crevé les yeux à fon parrain, 
d'avoir châtré un Cardiiial , & enfuite de 
l'avoir fait mourir ; enfin de ne pas croire en 
Jesus-Christ , & d'avoir invoqué le Dia- 
ble : deux chofes qui femblent fe contre- 
dire. . 



;,C.oogli: 



140 O T H O N I. 

Ce jeune Pontife qui avoil alors vingt-fepf 
ans , parut être dépofé pour fes iaceties 8c 
pour Jes fcandales, St le futen effet pouravoir 
voulu, ainii que tous les Romains, d'étruîre la 
puiflance allemande dans Rome. 

On élit à fa place un nouveau Pape nommé 
Léon Vin. Oihon ne peut fe rendre maître 
ie la perfonne de Jean XII , ou , s'il le put , 
il fit une grande faute. 

964- 
Le nouveau Pape Léon VIH, fi Ton en 
croit le difcours a Arnoud , Evêque d'Or- 
léans , n'étoit ni Eccléfiaflique , ni même 
Chrétien. 

Jean XH, Pape débauché, mais Prince 
entreprenant , fouleve les Romains du> fond 
de fa retraite; & tandis qu'Othon va faire ^ 
le fiege de Camerino , le Pontife , aidé dç 
fa maitrelTç, rentre dans Rome. Il dépofe 
. ion Compétiteur , fait couper la main droite 
au Cardinal Jean qui avoit écrit la dépo- 
£tion contre lui , oppofe concile à concile , 
& fait ftatuer que jamais rinfiritur ne pourra 
. élv le rang au fupirieur ; cela veut dire > 
que Jamais Empereur ne pourra dépofer 
un Pape. II fe promet de chalTer les Alle- 
mands d'Italie ; mais au milieu de ce grand 
éeSémy il ellaffaffiné dans les bras d'une de 
U% maîtielTes. 



;,C.oogli: 



DIT LE GRAND. 14»' 

11 avoit tellement animé les Romains & 

relevé leur courage , qu'ils oferenl , même 

après fa mort, fouienir un fiege , 8t ne fe renr 

dirent à Othon qu'à l'extrémité. 

Othon deux fois vainqueur de Rome i 
fait déclarer dans un Concile , gu'i l'txtai' 
pie du bienheureux Adrien , gui donna à Char- 
itmagne le droit d'élire lej Papes & d'in- 
vefiir tous Us Evêques , on donne Us trUaus 
droits à l'Empereur Othon. Ce titre qui exifte 
dans le recueil de Gratien, efl fufpeâ ; 
tnais ce qui ne l'efl pas, c'efl le foin qu'eut 
l'Empereur viÛorieux de ie faire affurer tous 
Ces droits. 

Après tant de ferments, il falloit que les 
Empereurs réfidalTent à Rome pour les faire 
garder. 

96Ï. 

Il retourne en Allemagne. Il trouve toute 
la Lorraine foulevée contre fon frère filu- 
non , Archevêque de Cologne , qui gouver* 
noit Ja Lorraine alors. Il ell obligé d'aban- 
donner Trêves , Metz , Toul , Verdun à 
leurs Evêques. La haute Lorraine paATe dan 
la main d un Comte de Bar , & c^eft ce 
' feul pays qu'on appelle aujourd'hui tou- 
jours Lorraine. Brunon ne ie réferve que 
les Provinces du Rhin, de, la Meute, 
& de t'Efcaut. Ce Brunon étoit un fa* 
vant aulH déiaché de la grandeur , que 



;,■ Google 



i^i O T H o N. I ; 

rEmpereur Othoo fon frère étoit ambi- 
tieux. 

La Maifon de Luxembourg prend ce nom 
du Château de Luxembourg , dont un Abbé 
de St. Maximin de Trêves fait un échange 
avec elle. 

Les Polonots commencent à devenir 
Chréiiens. f 

966. 

A peine l'Empereur Oihon étoit - il en 
Allemagne , que les Romains voulurent être 
libres. Us chaiTent, le Pape Jean XIII, attaché 
à l'Empereur. Le Préfet de Rome , les Tri' 
buns, le Sénat, penfent faire revivre l'an- 
cienjie République. Mais ce qui dans un 
temps eft une entreprife de Héros , devient 
dans d'autres une révolte de féditieux.'Othon 
revole en Italie , fait pendre une partie 
du Sénat. Le Préfet de Rome, qui avoit voulu 
Être un Brutus, Ait fouetté dans lès car- 
refours, promené nu fur un âne, & jeté 
dans un cachot , où il mourut de mifere. Ces 
exécutionsoe rendent pas la domination aller 
mande chère aux Italiens. 

967. 

L'Empereur fait venir fon jeune fils Othoa 
à Rome, & Tafibcie à l'Empire. 



D,l.i:;,C.OOg|i: 



D I T L B G R A N D, 14} 

96S. 

Il négocie avec Nîcéphore Phocas , Empe- 
reur des Grecs , le mariage defon ^Isavec la 
fille de cet Empereur. Le Grec le trompe, 
OlhoD lui prend la Pcuille & la Caiabre pour 
la dot dé la jeune Princefl'e Théophanie qu'il 
n'a point. 

C'eft 1 cette année que prefque tons 
les ChrODologiftes placebt l'aventure 
d'Olhon , Archevêque de Màyence , affiégé 
dans une Tour au milieu du Rhin par 
une armée de fouris qui paflent le Rnia 
à la nage , & viennent le dévorer. Ap- 
paremment que ceux qui chargent encore 
i'Hiftoire de ces inepties , veulent feule- 
ment laifler fubfifler ces anciens monuments 
d'une fuperilition imbécille , pour montrer 
de quelles ténèbres l'Europe ell à peine 
fortie. 

970- ' 

Jean Zimifcès qui détrône l'Empereur Nicé- 
phore , envoie enfin la Princeffe Théo- 
phanie à OthoR pour Ton fils; tous les 
Auteurs ont écrit qu'Othon , avec cette 
PrincefTe , eut la Pouille' Si. la Caiabre. 
- Le favant & exaâ Giannone a prouvé 
que cette riche dot ne fut point donnée. 



;,■ Google 



t44 O T H o N I; 

97»»97*»97î-' 

Othori retourne viâorieux dans la Saxe , 
fa patrie. 

Le Duc de Bohême , vaffalde l'Empire ; 
envahit la Moravie t qui devient une annexe 
4e la Boljenie. 

On établit un Evèque de Prague. C*eft le 
Duc de Bohême qiii le nomme , & TArche- 
vêque de Mayence qui le facre. 

' Othon déclare l'Archevêque de Mayence 
Arj:hi- chancelier de l'Empire. Il fait de ce 
Prélat un Prince. Il en fait autant de plu- 
'£eurs Evêques d'Allemagne * & même de 
quelques Moines. Par-là il afFoiblit l'autorité 
impériale chez lui , après l'avoir établie à 
Rome. 

Ce n'eft que fous Henri iVj que l'Arche- 
TÊque de Cologne fut Chancelier d'Italie. 

C'eft après la mort de Frédéric H, que 
la dignité de Chancelier des Caultisfîit, atta- 
chée à t'Evêché de Trêves. II ne s'agit que 
d'avoir des forces fufHfantes pour exercer 
cette charge, 

- Du temps d'Oihon I, les Archevêques de 

Magdebourg fondoient leur puilTance. JLe 

titre de Métropolitains du Nord, avec de 

grandes 



;,■ Google 



^ndés terres, en dévoient faire un jour i6 
grands Princes. 

Othon meurt à Minleben le 7 Mai 97J1; 
avec la gloire d'avoir rétabli l'Empire dé 
Charlemagne en Italie. Mais Charles fut le 
tengëur de Rome ; Othon étl fui le Vain- 
queur 8c l'oppreffeur , 8c fon 'Empire n'eu* 
pas des fondements auffi vaftes & auQi kr-. 
mes que celui de Charlemagne. 



OTHON SECOND, 

TREIZIEME El^PEREVRt 

974- 

J.L eft clair que les Empereurs & les Rois 
l'étoient alors par éleâion. Otfaofi feoind 
ayant été déjà élu Empereur Se Roi de Ger-> 
Dianie, fe contente de fe faire proclame^ 
à Magdebourg par le Clergé &.la.N0t>fefib 
du pays ^ ce qui compofoit une médiocre 
aHembléet 

Le defpotirme du pe^ , la crainte Àù poa* 
Voir abfolu , perpétué dans une famille ^ 
mais fur-tout Tambition du Duc de Bavière* 
Henri , couùa d'Oihon , foulevent le tiers 
de l'Allemagne, , 

Heiiri de Bavière fé fait dbùrbiiner Empe- 
reur par l'Evêqiie de Freifingen. La Pologne^ 
Nffuy, Mil. tom, XV. ^ ' K 



;,■ Google 



14* O T H N IT. 

le Danemarck entrent dans (on parti , noB 
comme membres de l'Allemagne & de l'Em* 

Ïire, mais comme voiiins qui ont intérêt 
le troubler. 

97Î- 
Le parti d'Othon II arme le premier , Se 
c'eft ce qui hii oonlerve l'Empire. Ses trou- 
pes franchifTeot ces retranchements qui Tépa- 
roient le Danemarck de l'Allemagne , & qui 
ne fervoient qu'à montrer que le Danemarck 
Stôît devenu foibie. 

On entre dans la Bohême , qui s*étoit 
déclarée pour Henri de Bavière. On marche 
au Duc de Pologne. On prétend qu'il ût 
ferment de fidélité à Othon , comme vaflal. 

-Il eft à remarquer que tous ces ferments 
fe faifoient à genoux , les mains jointes , 
& que c'eft ainli que les Evëqaes préioienl 
ietnent «ix Rois. 

976. 

Henri de Bavière , abandonné , eft mis 
en prtfon à QuedUmbout^; de-li envoyé 
ene^il à Ëlrick avec un Evfque d'^gsbourg^ 
fon panjfan. 

977- 

Les limites de l'Allemagne St de la France 
étDJent alors fort incertames. Il n'étoit plas 
quellion de France orientale & occidentale. 
Les Rois d'Allemagne étend(»eiit leur (ujfi* 



;, Google 



T H M II; Î47 

l-lotité territoriale jufqu'aux conëns de la 
Champagne & de la Picardie. On doit 
«ntendre par fupérioriié lerriioriale , non le 
i>onialne direû, non la po(reffion d?s terres, 
tnais la fupérioriié des terres * droit de 
paramont , droit de fiizeraineté , droit dç 
relief. On a enfuite uniquement, par igno- 
rance des termes , appliqué cette eicpreflion 
de Supériorité territoriale à la pofTemon des 
Domaines mêmes qui relèvent de l'Empire» 
ce qui eft au contraire une infériorité ter- 
ritoriale. 

Les Ducs de Lorraine > de Brabant , d« 
Hainaut , avoient fait hommage de leurs te^ 
res aux derniers Kois d'Allemagne. Lothaîre* 
Roi de France , fait revivre fes prétention» 
fur ce pays. L'autorité royale prenoit alors 
un peu de vigueur en France ; & Lothairâ 
prontoit de ces moments pour attaquer i la 
îbis la haute & ta baffe Lorraine. 
978. 

Othon aflemblê près de fot^cântç mîlj^ 
liommes , défole toute la Champagne , & 
va jufqu'à Paris. On ne favoit alors ni forti- 
Jîer les frontières , ni faire la guerre daiif 
le plat pays. Les expéditions militaires n'é* 
toient que des ravages. 

Othon eft battu à fon retour au pafTag^ 
de la rivière d'Aine. Qeotrpi , Comte d'An- 
\orXf furnon^mé Grift^omtlU ^U pourfuit fan» 

K. X 



;,■ Google 



[; 



148 O T ÏI N ï I. 

ïelâche dans la forêt des Ardennes , & lu! 
pTOpofe, félon les règles de la chevalerie ^ 
de vuider la querelle par un dueK L'Empc- 
ïeur refufa le défi , foit qu'il crût fa dignité 
au deffiis d'ufl Combat avec Grifegonnelle , 
foit qu'étant cruel , il ne fût point tourageu:^ 

979- 

L'Empereur & le Roi de France foât ta 
taix , & par cette paix * Charles ^ frère de 
.othaire, reçoit la baffe Lorraine de l'Em- 
pereur, avec quelque partie de la haute. Il 
lui fait hommage à jenoux « & c*eA , dit-on , 
ce qui a coûté le Royaume de France à fa 
race ; du moins Hugues Capet fe fervit de 
ce prétexte pour le rendre odieux* 

, . 980. 

Pendant qu'Othon II s*a^ermSlMt en ÂII«-' 
magne, les Romains avoient voulu fou Araire 
l'Italie au joug Allemand. Un nommé Cencius 
s'étoit fait déclarer Cohful. Lui & fon parti 
âvoiënt fait uii Pape , qtli s'appelloit BOni- 
face VII, Un Comté de Tofcanelle , ennemi 
de fa faûion , avoit fait un autre Pape , fit 
fionifàce Vil étoit allé à Conûantinople 
inviter les Empereurs Grecs, Bafile & Conf- 
tantin , à venir reprendre Rome. Les Empe- 
reurs Grecs n'éiotent pas affez puiâants. Le 
Pape leur joignit les Arabes d*Afrique , aimant 
mieux rendre Rome Mahométane qu'Alle- 
mande. Les Chrétiens Grecs , & les MufuI* 



;, Google 



P^ T H O N J I. Ï49 

mans Africains , uniiTent leurs flottes , Se 
sVinpareiit enfemble du pays de Naples. 

. Othon fécond palTe eo Italie & marche 
i Romei 



Comme Rome étoït divifée , il y iût reçu* 
II (e loge dans, le Palais du Pape ; il. invite 
à dîner plufieurs Sénateurs & des partifans 
de Cencius. Des foldats entrent pendant I^ 
tepas , & maflacrent les convives. C'étoit 
renonveller les temps de Marins « & c'étoit 
tout ce qui refloit de l'ancienne Rome. Mais 
le fait eft-il bien vrai î Géofroi de Viteriie 
le rapporte deux cents ans après. 



Au fortir de ce repas fanglant , il faut aller 
combattre dans la Pouille les Grecs & les 
Sarrafins , qui venoient venger Rome 3 Se 
Taflervir. Il avoit beaucoup de troupes Ita- 
liennes dans foa Armée ; elles ne favoient 
alors que trahir. 

Les Allemands font entièrement défaits. 
L'Evêque d'Augsbourg , & l'Abbé de Fulde, 
font tués les armes à la main. L'Empereur 
s*enfuit déguifé ; il fe fait recevoir comme 
un pafTager dans un vaiffeau Grec. Ce vaif- 
feau pane près de Cappue. L'Empereur fe 
jette à la nage , gagne le bord , & fe réfugie; 
dans Capoi^e. 



;, Google 



;ijo o T H 6 N rr, 
983. 

On touchoît au moment d*une grande révo^ 
lution. Les Allemands étoient prêts de per- 
dre ritaiie. Les Grecs & les MuAilmaair 
alloient le difputer Rome : mais Capoue eft 
toujours fatale aux vainqueurs des Romains. 
I,es Grecs & les Arabes ne pouvoient être 
unis ; leur armée étoii peu noiilbrèufe , i\i 
donnent le temps à Othon de ralTembler les* 
débris de ta fienne , de faire déclarer Empe- 
reur à Vérone foh fils Othon t qui n'avoit 
]pas dix ans. 

Un Ôthon , Duc de Bavière , aVoit été 
tué dans ta bataille. On donne la Bavière k 
fon fils. L'Empereur repafle par Rome avec 
fa nouvelle Armée. 

Après avoir faccagé Bénévent infidèle , il 
Ëiit élire Pape fon Chancelier d'Italie. On 
froiroit qu'il va marcher coUtre les Atabei 
et contre les Grets. Mais point. 11 tient un 
Concile. Tout cela, fait voir évidemment 
que fon Armée étoit foiUe , que les vain- 
queurs rétoîent 3U(G , & les Romains davan- 
tage. Au lieu donc d'aller combattre , )1 &ie 
confirmer Féreûion de Hambourg & de 
Brème «n Archevêché. Il fait des règlements 
pour la Saxe , 8c il meutt dans Rome , le 
7 Décembre , fans gloire ; mais il laifie fon 
fils Empereur. Les Grecs & les Sarrafins s'eii 
retournent après avoir ruiné la Pouillc â< 



;, Google 



O T H O N I J I. 15^1 

I3 Calabre, ayant aulH mat fait la guerre 
qu'OthoD , & ayant foulevé contr'eux tout 
Je pays. 



O T H O N 1 1 1 , 

QUATORZIEME EMPEREUR. 

V^OMMENT reconooître en Allemagne un 
empereur & un Roi <le Gernianie âgé de dix 
-ans y qui it'avoit été reconmi qu'à Vëroae:, 
& dont le père venoit d'être, vaincu par 
les Sarraftns t Ce même Henri de Bavière , 
•qui avoit difputé la couronne au père , fort 
de la prifon de Maftncht, où il étmt'rea- 
fermé *, 6c fous prétexte de fervir de Jtuteurau 
jeune Empereur Othon III * Ton petit neveu , 
qu'on avoit ramené en Allemagne , il fe 
Jaifit de ià perfonne » &: il le conduit à 
'MagdeboQrg. 

984. 

L'Allemagne fe divife en deux façons, 
iienri de^aTtere adans fpn parti la Bohême 
& la Pologne. Mais la plupart des Seigneui;s 
Ae grands âefit, & des Evêques , elpérant 
^être plus maîtres fous un Prince de dix ans, 
obligent Henri à mettre le jeune Othon ea 
' lib e rté & à le reconncûtre ^ moyennant quoi 
da lai rend enfin la Bavière. 

K4 



;,C.oogli: 



Vf» ci T H O H II V 

". Othon III éll donc folemnelleinent pre^ 
clamé à Veîffemftadt. 

.- Il eft iervià cUner par les grands Officiers 
de l'Empire. Henri de Bavière fait les fcmc- 
(ions de maître-d'Hôtel, le Comte Palatin 
de.grapd Echanfon, te Duc de Saxe da 
grande cuyer, le Duc de Franeonie de grand 
Chambellan. Les Ducs de Bohême & de Polo- 
gne y affiAent comme grands vaffaux. 

L'éducation de l'Empereur eft confiée à 
-l'Archevêque de Mayençf) Ôt i l'Evêquo 
d'Ildesheim. 

Pendant ces troubles , le Roi de France,' 
Lothaire , eflaie de reprendre la haute Lot^ 
Faine. lUe rendit, maître de Verdvn, 

986. 

Après la mort de Lothaire , Verdun eft 
rendu à l' Allemagne. 

Louis V, dernier Roi en France de la raœ 
de Charlemagne , étant mort apr^ un an de 
règne ; Charles , Duc de Lorraine , fbn oncle» 
' Se fon héritier naturel « prétend en vain à la 
couronne de France. Hugues Capet prouva 
par l'adrefie & par la force ^ que le dtOÏC 
oéUrç étoU «lors en vigueur. 



;, Google 



O T HO H I IL 



L'Abbé de Verdun obtient à Coltine la 
permiflîon de ne point porter l'épée , & de 
ne point commander en perfonne les fol- 
dars qu'il doit , quand l'Empereur levé des 
troupes. 

Othon UI. conârote tous les privilèges des 
Evêques & des Abbés. Leur privilège & leur 
devoir étoit donc de porter l'épée » puirqull 
fallut uoe difpenle particulier» de cet Abbé 
de Verdun. 



Les Danois prennent ce temps pour entrer 
par l'Elbe & par le Vefer. On commence 
alors à fentir en Allemagne qu'il &ut négo- 
cier avec la Suéde contre le Danemarck; 
& l'Evêque de Slefvich eft chargé de cette 
négociation. 

Les Suédois battent les Danois lur mer. 

Le nord de l'Allemagne refpire. 



Le refte de l'Allemagne , ainfî que la 
France , eft en proie aux guerres particu- 
lières des Seigneurs'; & ces guerres , que les 
Souverains ne peuvent appaifer , montrent 

Îu'ilsavoient plus de droits que de puiflance* 
>*étoit bien pis en Italie. 



;,■ Google 



1^4 O T R O H tlT. 

Le Pape Jean XV, fils d'un Prêtre , tennr 
alors le St. Siège » & ëtoit favorable à l'Eni- 
pereur. Crefcence , nouveau Conful , fils du 
ConAil Crefceace , dont Jean X fut le pere^ 
vouloît maintenir Tombre de rancienne 
RiËpubtiqueiil avoit chaâièlePape deRome. 
L'Impératrice Théophanie , mère d'Othon III, 
. était venue avec des troupes commandées 
'par le Marquis, de Brandebourg', fcnitenir 
dans l'Italie l'autorité Impérials. 

Pendant q»e le Marqpif de Brandeboui^ 
efi 1 Rome , les Slaves s'empaEeot de foa 

Marquifat. 

Depuis 991 jufqu'à 996. 

LesSiaves , avec un ramas d'aubes Barba- 
Tes, affiegent Magdebourg. On les repouffe 
avec peine. Ils le retirent dans la Poméranie» 
& cèdent -i}uelt}ues villages de Brandebouig 
qui arroodiflent le Marquïiàt. . 

L'Autriche, étoit alors nà Matquifât autH , 
& non moins inalheiirenx que l£ BrandkbQurg, 
étant frontière des Hongrois. 

La mère de l'Empereur étoit revenue 
.d'Italie uns avoir beaucoup remédié aux 
troubles de ce pays , & étoit morte à 
Nimegue. Les villes de Lombardie ne recoin 
noiffoient point l'Empereur. 

Othon Ilï levé des troupes « fait le fîcge 



;, Google 



O f H ON III. IJJ- 

de Milan, s*y6iit couronner j fait élire Pape 
Grégoire V, fon parent » comme il auroit fait, 
un Evêque de Spire, & eft facrédans Rome 
par fon parent, avec fa fenime l'Impératrice 
Màrig , fille de 0Oa Gareie , Roi d'Aragoa 
St. de Navarre. 

997. 
Il ell étrange ^e des Abteurs de nos jours,' 
& Maimbourg & tant d'autres , rapportent 
encore la fable des amours de cette Impéra- 
trice Avec Un Comte de Modene , & du 
lupplice de l'amant & de la miaîireffe. On 
firétend mie l'Empereur, plus irrité cbntre 
kl iHaltreuie que contre l'amant , fit brûler 
fa feiiime toute vive, & condamna feulement 
fda rivai à perdre la tête ; que la veuve du 
Comte ayant prouvé l'innocence de fon mari^ 
eut quatre beaux châteaux en dédommage* 
ment. Cette fable avoit déjà été imaginée fur 
ûnè Andaberté > femme de l'Empereur Louis 
Il . Ce font des RomaAs dont te fage & favant 
Muratorï prouve U fauifeté. 

L'Empereur reconnu k Rome retourne en 
Allemagne ; il trou>^ lâi Slaves maîtres de 
Bernbourg, St.on ôte à l'Archevêque de Mag- 
debourg le gouvernement de ce pays pour 
i'être laiH'é battre par lés Slaves. 



Tandis qu'Oihon Ilï eft occupé contre 
les Barbares du Kord, le Conful Crefcthce 



;,■ Google 



Tjfr O T H O K m. 

dïafle de Rome Grégoire V, qui va l'excomi 
minier à Pavie , & Othoa repaffe en Italie 
pour le punir. 

Crefcence founent un. fiege dans Rome ; 
il rend la Ville au bout de quelques jours , 
& le retire dans le mole d'Adrien , appelle 
alors lé mole de Crefcence , & depuis le 
Château-St.-Ange. II y meurt en combattant, 
fias qu'on fâche le geme de fa mort ; mais 
il fembloit mériter le nom de Conful qu'il 
portcût. L'Empereur prend fa veuve poun 
■raitrefte , & fait couper la langue & arra- 
dier les yeux au Pape de la nomination de 
Crefcence. Mais aum on dit qu'Othoo & fa 
maîtreffe firent pénitence , qu'ils allèrent en 
pélérinageà unMonadere , qu'ils couchèrent 
même fur une natte de jonc. 

999- 

Il fait uo décret , par lequel les Allemands 

iéuls auront le droit délire l'Empereur 

Romain , & les Papes feront pbligés de le 

couronner. Grégoire V, fou parent, ne man- 

S[ua pis de figner te décret > Se les Papes 
uivants de le réprouver. 



Otbon retourne en Saxe , Se pafle en 
Pologne. Il donne au Duc le titre de Roi » 
mais non à fes defcendants. On verra dans 
la fuite que les Empereurs créoient des I>ncs 
& des Rois à brevet, fioleflas reçoit de loi la 



;.C.ooglc 



<) t li o N m. ^57 

^6ifrofine > fait hommage à l'Empire , & 
"S^blige à une légère redevance anmiellé> 

Le Pape SÎIveftre i ï , quelques annéei 
ïprès t lut conféra auffi le titre de Roi » pré- 
tendant qu'il n'ap'partenoit qu'au Pape de le 
-donner. H eft étrange que des Souverains 
-demandent des titres à d autres Souverains; 
mais l'ufage eft le maître de tout. Les HiS- 
-toriens dî^ntqu'Othoa allant enfuite à Aix- 
la-ChapeHe, mouvrir le tombeau.de Ctiar- 
lemagne y & qu'on trouva cet Empereur 
encore tout frais ^ affis fur -un trône d'or> 
urne couronne de pierreries fur la t£te, & 
un grand fceptre d'or à la main. Si on avok 
«nt«'ré aînâ Charlemagne, les Normands, 
iqui dëtruiiirent Aix-la-Chapelle, ne Vwx- 
ïoient pas laiflit iur fon trôae d'or. 



Les Grecs alors abandonnoient le pays d» 
Naptes , mais les Saitafins y revenoienc 
fouvent. L'Empereur repaffle les Alpes pour 
arrêter leurs progrès & ceux des défenfeurs 
de la liberté Italique , plus dangereux que 
ies Sarralim. 



Les Romains affiegeot fon Palais daAi 
Rome , & tout ce qu'il peut faire, c'eit 
de's'en&ir avec le Pape & avec fa maî- 
treffe, la veuve de Crefcence. Il meurt 
à Paterno , petite ville de la campagne de 



;, Google 



ÎJ« O T H O lî f tï. 

Rome, à rage de près de trente ans. Pluf 
fieurs Auteurs difent que Ta maitrefle l'eni' 
poifonnd , parce qu'il n'avoit pas voulu la 
taire Impératrice, d'autres quil fut einpoi- 
fbnné par les Romains, qui ne vouloient 
point aEmpereur. Ce fait eft peut-être vrai- 
ièmblable , mais il n'eft nullement prouvée 
Sa mort Uiffa plus indécis que jamais C9 
long combat de la Papauté contre l'Em- 
pire , des Romains contre l'un & l'autre , 
& de la Jiberté Italienne contre la puiiTancç 
Allemande. C'efi ce qui tient l'Europe tou- 
jours attentive ; c'eâ li le lïl qui conduit 
dans le labyrinthe de l'hifiolre de'I'AUei- 
jnagne. 

Ces trois Ottions qui ont rétabli I'Eok 
pire , ont tous trots affiégé Rome , & y o^t 
fait couler le fang y St Arnould , avant eux , 
i'avoit faccagëe. 



ïl 



Othon ni ne laiflbit point d'enfants.Vingt 
Seigneurs prétendirent à l'Empire ; un dies 
}Ius puifTantB étoit Henri , Duc de Bavierç : 
e plus opiniâtre de Tes rivaux était Ekard , 
Marquis de Thuringe* On affa^ne le Mar- 
quis pour faciliter Téleâi on du Bavarois, 
qui , à la lête d'une Armée , (c lEàit facrtf 
i Mayence le 19 Juillet. 



;, Google 



M9 

HENRI SECOND, 

QUINZIEME Empereur. 

1003. 

^V Peine Heori de Bavière efl-il conroiuiéi 
qu'il fait déclarer Hermann, Duc de Suabe SÎ 
d'AIface > fon compéàteur, ennemi de TEm- 
pire. Il met Strasbourg dans fes intérêts : 
c'étoit déjà une ville puiflante. Il ravage U 
Suabe. U marche en Saxe ; il fe fait prêter 
ferment par le Duc de Saxe , par les Arche- 
vêques de Magdebourg & de Brème , par le$ 
Comtes Palatins , & même par Bolellas , 
Roi de Pologne. Les Slaves» habitants de 
la Poméranie > Je reconnurent. 

Il époufe Cunégonde y fille du premier 
'^ <^omte de Luxembourg. 11 parcourt des Pro- 
vinces : il reçoit les hommages des Evêques 
de Liège & de Cambrai y qui lui font fer- 
ment à genoux. Enfin le Duc de Saxe lé 
reconnoît, & lui prête ferment comme les 
antres. 

Les efforts de la foibleiTe Italienne contre 
la domination Allemande y fe renouvellent 
fans cefle. Un Marquis dlvrée , nommé 
Ardouin , entreprend de fe faire Roi d'Italie. 
Il fe &iit élire par làs Seigneurs , & prend le 
titre de' Céfar. Alors les Archevêques de 
Milan co^nmencoieat k prit«ndre ^u'pa ne ' 



;,C.oogli: 



s€o Henri t f. 

pouvoit faire un Roi de Lombardîe fans tem* 
coafeatemetit i comme les Papes préten' 
doient qu'on ne pouvoit faire un Empereur 
fans eux. Amolpne , Archevêque de MiUn , 
s'adreflie au Roi Henri; car ce font toujours 
les Italiens qui appellent les Allemands , 
dont ils ne peuvent fe paflier , & qu'ils ne 
peuvent fouffrir. 

Henri envoie des troupes ert Italie fous 
un Othon > Duc -de Carinthie. Le Roi Ardouia 
bat ces troupes vers te Tirol. L'Empereur 
Henri ne pouvoit quitter l'Allemagne , ait 
d'autres troubles l'arrêtoient. 



Le nouveau Roi de Pologne chrétien « 
profite de la fciblelTe d'un Bolellas, Duc 
de Bohême , fe rend mahre de fes Etats , Se 
lui fait crever les yeux , en fe conformant 
à la méthode des Empereurs chrétiens d'O- 
rient& d'Occident. Il prend toute la Bohême, 
la Mifnie & la Luface. Henri II fe contenté 
de le prier , de lui faire hommage des Etats 

3u'il a envahis. Le Roi de Pologne rit de là 
emande, & fe ligue contre Henri avec plu- 
iîeurs Princes de PAlIemagne. Henri II fonge 
donc à confervef l'Allemagne , avant d'alle< 
s'oppofer au nouveau Céfar d'halie< 

lôoj. 

II regagne des Erêques > il négocie avec 
des 



;,■ Google 



H E N R i I I. ftfl 

des Seigneurs , il levé des milices , il éécàor^ 
ceriela ligue. 

Les Hongrois commencent à embrafler 
le ChrîAianifnie par les foins des Miflion- 
naires , qui ne cherchent qu'à étendre leur 
Religion j pendant que les Princes ne veulent 
étendre que leurs Etats. 

Etienne , chef des Hongrois , qui avoit 
époufé !a Toeur de l'Empereur Henri , fe fait 
chrétien en ce temps -là; & heureufement 
pour l'Allemagne * il fait la guerre avec fes 
Hongrois chrétiens contre les Hongrois 
idolâtres. 

L*Eglife de Rome , qui s'étoit laîlTé préve-' 
nir par les Empereurs dans I9 nominatioa 
d'un Roi de Pologne , prend les devants pour 
la Hongrie, Le Pape Jean XIX donne à 
Etienne de Hongrie le titre de Roi & d'Apô- 
tre , avec le droit de faire porter la croix 
devant lui , comme les Archevêques : & la 
Hongrie eft divifée en dix Evêchés , beau- 
coup plus remplis alors d'idolâtres que de 
chrétiens. 

L'Archevêque de Milan prefle Henri II de 
venir en Italie contre fon Roi Ardouin. Henrt 
part pour TÏtalie ,' il palTe par la Bavière. 
l^s Etats ou le Parlement de Bavière y 
. élifenf "un Duc : Henri de Luxembourg , 
beau-frerederEmpereur,afouslesiufiragesr 

X»uy. Met. Tom. XV. L 



;,■ Google 



)£} H iE H R I I i. 

ùtit important .qui montre que les droit$ 
dés Peuples étoient comptés pour quelque 
chofe. 

Henri , avant de palTer les Alpes > laiffe 
Cunégonde fon époufe entre les mains do 
l'Archevêque de Magdebourg. On prétend 
qu'il avoit fait vœu, de ctiaAeté avec elle : 
vœu d'imbécillité dans un Empereur. 

A peine eft-îl vers Vérone , que le Céfar 
Ardouin s'enfuit. On voit toujours des R<ùs 
d'Italie quand les Allemands n'y font pas; 
& dès qu'ils y mettent les pieds , on n'en 
voit plus. 

■ Henri eft couronné i Pavîe. Oh y confpire 
contre fa vie. Il étouffe la confpiration ; 8c 
après beaucoup de fangrépandu, il pardonne. 

Il ne va point à Rome ; & félon l'ufâge de 
fes prédéceffeurs y il quitte l'Italie le plutôt 
qu'il peut. 

1006. 

C'eft toujours le fort des Princes Alle- 
mands , que des troubles les rappellent chez 
eux ] quand ils pourroient affermir en Italie 
leur domination. 11 va dé&ndre les Bohé- 
miens contre les Polonois. Reçu dans Prague, 
il donne l'inveiliture du Duché de Bohême 
à Jaromire. Il paffe l'Oder , pourfuit les 



i,C.oogli: 



H E N R I I I. i6; 

Polonois jufques dans leur pays , Scfah la 
jpaiz avec eux. 

Il bâtit Bamberg , & y fonde un Evêch^ ; 
mais il donne au Pape la Seigneurie féodale : 
on dit qu'il fe réferva fewemeat le droit 
d'habiter dans le Château. 

Il aflemble uo Concile à Francfort fur le 
Mein, uniquement 1 Foccafion de ce nouvel 
Ev£ché de Bamberg , auquel s'oppofoit 
TEvêque de Vurizbourg , comme à un dé- 
membrement de fon Evêché. L'Empereur 
fe prollerne devant les Evâques. On difcute 
les droits de Bamberg & de Vurtzbourg fans 
s'accorder. 

1007. 

On commence ï eniendreparler des Pnif- 
fiens ou des BorulSens. C'étoient des barba-* 
res qui fe nourriflbient de fang de chevaL 
Ils habitoient depuis peu des défens entre 
la, Pologne & la Mer Baltique. On dit qu'ils 
adoroient des ferpents. Ils pilloient fbuvenc 
les terres de la Pologne. Il faut bien qu'il 
y eût enfin quelque chofe à gagner chez eux, 
puifque les Potonois y alloient autTi faire 
des incurfions. Mais dans ces pays fauvages , 
on envahiffoil des terres ftériles" avec la 
même fureur qu'oa ufurpoit alors des terres 
fécondes. 

looS, 1009. 

Othon , Duc de la bsCe «Lorraine , le 
L i 



■ îiiz^:;,. Google 



164 fl E N R I I I. 

dernier qu'on connoiâe de la race de Char- 
lemagne , étant mort , Henri II donne ce 
Duché à Godefroi , Comte des Ardennes. 
Cette donation caufe des troubles. Le Dut 
de Bavière en profite pour inquiéter Henri , 
mais il eft chaffé de la Bavière. 



Hermann, Sis d'Ekard deThuringe, reçok 
de Henri II le Marquifat de Mifnie. 



Encore des guerres contre la' Pologne. 
Ce n'eft que depuis qu'elle eft feudataire 
de l'Allemagne , que TAUemagne a des ' 
guerres avec elle. 

tilogau exifloit d^a en Siléfie. On l'affiege.' 
Les SiTéûens étoient joints aux Polonois. 



Henri , fatigué de tous ces troubles , veut 
fe faire Chanoine de Strasbourg. It en fait 
voeu i Si pour accomplir ce vœu , il fonde 
un Canonicat , dont te poiTelTeur eft appelle 
U Roi du ckceur. Ayant renoncé à être Cha- 
noine , il va combattre les Polonois > 8c 
calmer des troubles en Bohême. 

0;i place dans ce temps-là l'aventure de 
Cunégonde,qui, accufée d'adultère, après 
avoir ^t 7.oeu de chafteté , montre ion 



;,C.oogli: 



H E H R I I E. i6( 

innocence en maniant un fer ardent. Il faut 
mettre ce conte avec le bûcher de l'Impé- 
Tatrice Marte d'Aragon. 

1013. 

Depuis que l'Empereur avoit quitte Hta-^ ' 
lie » Ardouin s'en étoit reflaifi , & l'Archevê- 
que de Milan ne ceflbit de prier Henri II de 
Tenir régner. 

Henri repalTeles Alpes duTirol une féconde 
fois ; & les Slaves prennent jugement ce 
temps-là pour renoncer an peu de Chriftia- 
nifme qu'ils connoitfbient , & pour ravager 
tout le territoire de Hambourg. 

1014. 

Dès que l'Empereur eft dans le V^ronais , 
Ardouin prend la fuite. Les Romains fofK' 
prêts à recevoir Henri. Il vient à Rome fe 
faire couronner avec Cunégonde. Le Pape 
Benoît VIII change la formule. Il lui demande 
d'abord fur les degrés de St. Pierre : f^oalei- 
vous garder à moi & à mes facce^iurs lafidèliti 
en toute ehofe ? C'étCMt une efpece d'hommage 
que l'adreue du Pape extorquoit de la fim- 
plicité'de l'Empereur. 

L'Empereur va foumettre la Lombardie. 
Il paffe par la Bourgogne» va voir l'Abbaye 
de Cluni , & fe fait aflbcier à la Commu- 
nauté. Il pafle enfuite à Verdun, & veut fe 



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fa 



'j66 H ê N R Z II. 

faire Moine dans l'Abbaye de S(. Vall. On 
prétend que l'Abbé , plus fage- que Henri , 
lui dit : Les Moines doivent obéiffance à leur 
Abhê :je vous ordonnt de refier Empereur . 

■ 1015-, 1016, 1017, 1018'. ■ 

Ces années ne font remplies que de petî- 
" tes guêtres en Bohême & fur les frontières 
de la Pologne. Toute cette partie de l'Alle- 
magne , depuis l'Elbe , eft plus barbare & 
plus malheureufe que jamais. Tout Seigneur 
lui pouvoii armer quelques payfans ferfs , 
raifoil la guerre à fon voifin ; & quand les 
poffeffeurs des grands fiefs avoient eux-mêmes 
des guerres à foutenir , ils obligeoient leurs 
vaflaux de laiflet là leur, querelle , pour 
revenir les fervir ; cela s'appelloit le droit 
de trêve. 

Comment les Empereurs reAoient-ils au 
ipilieu de cette barbarie , au lieu d'aller 
réfjder à Rome? C'eft qu'ils avoient befoin 
d'être puilTants chez les Allemands , pour 
être reconnus des Romains. 

1019 > lozo, ton. 

L'autorité de l'Empereur^ étoit afiêrmié 
dans la Lombardie parfes Lieutenants. Mais 
lesSarrafms venoient toujoùrsdans la Sicile, 
dans la Fouille, dans la Calabre , & fe jetè- 
rent celte année fur la Tofcane. Mais leurs 
incurûons en Italie étoient fembkbles i 



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celles des Slaves & des Hongrois en Afle- 
itragne. Ils ne-pouvoient )>luï faire de gr^il- 
des coilquêtes , parce qu'en Efpagtie ils 
éioient divifés & affbiblîs. Lés Grecs pof- - 
fédoient toujours une grande partie de la 
Fouille & de la Calabre , gouvernées par 
un Catapan. Un Mello , Prince de Bari , & 
«n Prince deSalerne, s élevèrent contre oe 
Catapan. -. , - , ; 

C'eft alors que parurent* pour la première' 
fois f ces. aventuriers de Normandie , qiù 
fondèrent depuis Je royaume de Naples; Ild 
fervirent MeUo contre les Grecs. Le Papet 
Benoît. Vm & Mello , craignant ^galemenc 
les Grecs & les Sarradns, vo.nt à fiamberg 
demander du £ecours-à l'Empereur* 

Henri II confirme Jes donations de fes pré- 

dëceffeurs au Siège de Rome, feréfervant 

le ponvoir fouverain. Il confirme un décret 

fe'it à'Pavie ,^r lequel tes Clercs ne doivent 

~ avoir qi femmes , m concubines. 



- Il fallait enltstie s'oppofer aux Grecs & 
dnx Mahométans ^ il y va au printemps. Son- 
Armée eft ^ncipalement compofée d'Ëvê- 
(|ue& , qui font à la tftte de leurs troupes. Ce 
uint Ëmpereiir, qui ne permettoit pas qu'un 
5ous-diat;r« «âtune femme, -permettoit que 
les Evâques verfaffent le iang Iwmain : con- 
uadiâioiis trop ordinaires cn£z les hommea.' 
1-4 



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^6t H E N R I I I. 

. II envoie des troupes vers Cspoue.lc vers 
la Fouille ; niais il ne fe rend point maître 
du pays ; St c'eft une médiocre conquête 
que de fe iaifîr d'un Abbé du Mont-Caffin dé- 
claré contre lui, & d'en faire élire un autre» 

1013. 

Il repaffe bien vite les Alpes , Telon la 
maxime de Tes prédécefleurs , de ne fe pas 
éloigner loi^-temps de l'AUemagne. Il con- 
vient avec Robert , Roi de France, d'avoir 
«ne entrevue avec lui dans un bateau , fur 
la Meufe , entre Sedan & Moufon. L'Empe- 
reur prévient le Roi de France , & va le trou- 
ver dans fon Camp avec franchifa. C'étoit 
plutôt une viûte d'amis qu'une conférence de 
Rois : exemple peu imité. 

• 10x4. 

L'Empereur fait enfuite le tour d'une 
grande partie de l'Allemagne dans une pro- 
fonde paix ^ laiflant par-tout des marques de 
générofîté & de juftice. 

nfentoit que fa fin approchoit, quoiqu'il 
n*eût que 5 1 ans. On a écrit qu'avant fa mort 
U dit aux parents de fa femme : Fous me l'ave^ , 
donnée vierge , je vous la rends vierge ;.difcours 
étrange dans un mari ,jencore plus dans ua 
mari couronné. C'étoit fe déclarer impuif* 
fant ou fanatique. Il meurt le 14 Juillet ; fou 
corps eft porte à Bamberg , fa ville Ëtvoritek 



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H EN,« I II. 169 

Les Chanoines de Bambérg le firent cadoni- 
fer cent ans après. On ne fait s'il a mieux 
Bguré Air un autel que (ai le trône. 



CONRAD II, DIT LE SAUQUE, 
SEIZIEME Empereur. 

1014. 

\Jl1 ne peut affez s'étonner du nombre 
prodigieux de dîiTertations fur les prétendus 
ièpt Eleileurs qu'on a crus indîtués dans ce 
temps-là. Jamais pourtant il n'jeut de plus 
grande aflemblée que celle où Conrad II fiit 
élu. On 6]t obligé de la tenir en plein champ, 
entre VormsSt Mayence. Les Ducs de Saxe, 
de Bohême , de Bavière , de Carinthie , de 
la Suabe , de la Franconie , de la hante , de 
la bafle Lorraine , »n n,ombre prodigieux de 
Comtes f d'Evêques , d'Abbé^ , tous donnè- 
rent leurs voix. Il faut remarquer que les 
Magifirats des Villesy alBfterent , mais qu'ils 
ne donnèrent point leurs fuârages. On &t 
campé fix femaines- dans le champ d'éleâion 
avant de fe déiçnniner. 

Enfin , le choix tomba fur Conrad , fur-< 
nommé lefaiique, parce qu'il étoit né fur la 
rivière de la Sale. Cétoit un Seigneur de 
Franconie , qu'on fait defcendre d'Othoh le 
grand , parJes femmes. Il y a grande appa 
nnce qu'il Ait cboiâ.comâie le moins daa 



^.Google 



^i7<> C ô N II A b f 'I, 

gereiixdetousies prétendants. En effet, dtt 
ne voit point de grande! Villes oui lui appar^ 
tiennent , & il n eft que le cher de puiffant» 
vaflaux , dont chacun eft auffi foit que lui. 

loif , 10x6. 

L'Allemagne fe'regardoit toujours comme 
le centre dâ l'Enfpire ; 8e le nom d'Empereur 
paroiffoit confondu avec celui de Roi de Ger- 
manie. Les Italiens faifilToient toutes tes 
ocçafioiis de féparer ces deux titres. 

Les déporté^ des graftds fîéfs d*ltalie vont 
offrir rEmpîre à Robert , Roi de France ; 
c'étoit offrir alors un titre fort vain , & des 
guerres téelles; Robert le refiife fagement. 
On s'adrefle à un Duc de Guienne , Pa1r.de 
France. 11 l'accepte , ayant moins à rifquer. 
Mais le Pape^Jean XX St TArchevêqne de 
Milan, font venir Conrad lefaUque en Italie. 
Il fait auparavant élire & couronner Ton Ûii 
Henri ,Roi de Germanie. C'étoit la coutume 
alors en France , & par-touT ailleurs. ' 

H eft obligé d'affiéger Pavie. Il effuie des 
féditions à Ravenne. Tout Empereur Alle- 
mand , appelle en Italie , y efl toujours mal 
reçtt. ' 1 . 

' '. ' 1017, 

A peine Conrad eft conroané- i Rome ^ 
qu'il n'y eft plus en jf&reté, II repalle «1 
Allemagne , oc ■ il y trouvé un p&rti contra 



^.C.oogli: 



DIT LE 5 A L I Q U E. 171 

lui. Ce font-Ià les caufes de ces fréquents 
voyages des Empereurs, 

ioz8, 1019 f 1030. 

Henri , Duc de Bavière , étant mort , le 
Roi de Hongrie , Eiienne , parent , par fa 

~ mère, demande ia Bavière , au pr^udice dti 
fils du dernier Duc; preuve qde les droits 
du fang n'étoient pas encore bien établis. Et 
en effet, rien ne l'ëtoït. L'Empereur donne 
la Bavière au fils. Le Hongrois veut l'avoir 
les armes à la main. On fe bat , Se on l'ap^ 
paife. Et après la mort de cet Etiennâ , l'Em- 
pereur a le crédit de faire placer Air le trône 

I de Hongrie. un parent d'Etienne, nommé 
Pierre : il a depuis le pouvoir de (e faire 
rendre hommage , & de iè faire payer un 
tribut par ce Roi Pierre > que les Hongrois 
irrités appellerent Pierre l'Allemand. Les 
Papes, qui croyoient toujours avoir érigé la 
ïlongrie en Royaume , auroient voulu qu'on 
ne l'appellât pas Pierre le Romain, 

Ernelt, Duc de Suabe, qui avoit armé 
, contre l'Empereur , eft mis au ban de l'Em-* 
pire. Ban fignifioit d'abord bannière, enfuite 
édit , publication ; il lignifia aulU depuis 
tanniffimtnt. C'eft un des premiers exemples 
de cette profcription. La formule étoit : Nous 
déclarons ta feràmt reuvt , tes enfants orphelins ^ 
& nous t'envoyons f au nom du Ditdile ^ aux 
■^uatrf eoiris du-moadet 



;,■ Google 



17* CONRAB II; 

1031, 1032. 

On commence alors à connoître des Son- 
Teraîns de Siléfie , qui ne font fous le jong 
ni de la Bohême , ni de la Pologne ; la 
Pologne fe détache infenfîblement die l'Em- 
|nre, & ne veut plus le recomioître. 

1031, 1033» 1034. 

. Si FEmpire perd un Taflal dans la Pologne , 
il en acquiert cent dans le royaume de 
Bourgogne. 

Le 4^™cr Roi Rodolphe « qui n'aroit 
point d'enfants , laifle en mourant fes Etats 
à Conrad ie fali^ue, C'étoit très ~ peu de 
Domaines avec la fupériorité territ<>riale , 
ou du moins des prétentions de fupériorité, 
c'efi-à-dire , de luzerainetë , de Domaine 
fuprême , fur les Suifles y les Grifons , la 
Provence , la Franche-Comté , la Savoie , 
Ceneve, le Dauphiné. C'eft de-là que les 
terres au delà du Rhône font encore apptl- 
lées terres de l'Empire.Tous les Seigneurs de 
ces cantons qui relev'oient auparavant de 
Rodolphe , rdevent de l'Empereur. 

Quelques Evêques s'étoient érigés anffi ' 
en Princes feudataires. Conrad leur donna 
à tous les mêmes droits. Les Empereurs éle- 
vèrent toujours les Evêques pour les oppofer 
aux Seigneurs ; ils s'en trouvèrent bien quand 



.;,C.oogli: 



BIT LE SALIQUE; I7) 

ces deux corps éloieot divifés , Se mal quand 

ils s'unifToient. 

Les Sièges de LycAi , de Befançon , d'Am- 
bnin» de Vienne» de Laufanne, de Genève, 
de Bâie , de Grenoble , de Valence , de Gap , 
de Die> furent des fiefs impériaux. 

De tous les feudataires de la Bourgc^ne i 
un ieul jette les fondements d'une puillance 
durable. C'ell Humbert aux blanches mains, 
tige des Ducs de Savoie. Il n'avoit que la 
Maurienae , l'Empereur lui donne le Cha- 
blais , 1« Valois & St. Maurice ; ainli y de 
' }a Polc^ne jufqu'à TEfcaut , & de la Sadne 
au Ganllan , les Empereurs Btifoient par* 
tout des Princes , & fe regardoient comme 
les Seigneurs fuzerains as prefque toute 
l'Europe. 

Depuis 1035 iufqu*à 1039. 

Lltalie , eiArore troublée , rappelle encore 
Conrad. Ce même Archevêque de Milan , 
qui avoit couronné l'Empereur , étoit par 
cette raîfon-Ià même contre lui. Ses droits & 
fes prétentions en avoient augmenté. Conrad 
le fait arrêter avec trois autres Evêques. Il 
efl enfuite obligé d'affiéger Milan , Se il ne 
peut le prendre. Il y perd une partie de 
Ion armée, & il perd par conféqueite tout 
ion crédit dans Rome. 

Il va &ire des loixâ Bénévent & à Capoue; 




0P>' 



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174 Conrad II, DIT LE SALiQUE. 
mais pendant ce temps les aventuriers Nor- 
roands y font des conquêtes. 

Enfin , il rentre dans Milan par des négo- 
dations , & il s'en retourne félon Tufage 
ordinaire. 

Une maladie le fait mourir à Utrecht, 
le 4 Juin 1039. 



HENRI III, 

DIX-SEPTIEME EMPEREUR. 

Depuis 1039 , jufqu'i 1042. 

XlBNRi III , furnommé U noir, fils de 
Conrad , déjà couronné du vivant de fon 
père , eft reconnu fans difficulté. II eft cou- 
i ronné & facré une féconde fois par l'Arche- 
vêque de Cologne. Les premières années 
de fon règne font fîgnalées par des guerres 
contre là Bohême, la Pologne , ta Hongrie, 
mais qui n'opèrent aucun grand événement. 

Il donne l'Archevêché de Lyon , & inveftit 
' l'Archevêque parla crofle Se par l'anneau, 
fans aucune contradiâion ; deux chcfei très- 
remarquables. E,lles prouvent qae Lyon éioit 
ville impériale , Se que les Rois étoient en 
poffeffion d'inveftir les Evêques. 



;,C.oogli: 



H s N R I I I I. 175 

Depuis 1041 jufqu'À 104a. 

La coofufîon ordinaire bouleverroit Rome 
Se l'Italie. 

, La mairon de Tofcanelle avoit tou;ours 
4ans Rome la principale autorité. Elle avoit 
acheté le Pontilîcat pour un enfant de douze 
àiis de cette maifon. Deux autres l'ayant 
acheté auffi , ces trois Pontifes partagèrent 
en trois les revenus y & s'accordèrent à vivre 

fiailîbleinent , abandonnant les affaires poli- 
iques au chef de la maifon de Tofcanelle. 

Ce triumvirat fîngulier dura tant qu'ils 
«went de l'argent pour fournir à leurs plai- 
nts ; & quand ils n'en eurent plus , chacun 
vendit fa part de la Papauté au diacre Gra- 
tipa , que le père Maimbourg appelle un/aiat 
Pritn y homme de' qualité , fort riche. Mais 
QOjnin; le ieune Benoît IX avoit été élu long* 
temps avant les deux autres, on lui laiffa, 
par un accord folemnel y la jouifTance du 
tribut que l'Angleterre payoit alors à Rome , 
& qu'on appelloit le dtaitr de Si. Piore , à 
QUOI les Rois d'Angleterre s'étoient fouinis 
depuis long-temps. 

Ce Gratien , qui prit le nom de Grégoire 
VI, & qui paiTe pour s'être conduit fage- 
ment , jouiflbit pàiâblement du Pontificat, 
lorique l'Empereur Henri III vint à Rome. 



;,■ Google 



17^ H E N R I I E I. 

Jamals^ Empereur n'y exerça plus d'auto-^ 
rite, il dëpofa Grégoire VI connue fimonia- 
que, & nomma Pape Suidger y fon Chance- 
lier , Evêqùe de Bamberg , fans qu'on oiât 
murmurer. 

Le Chancelier , devenu Pape, facre l'Em- 
pereur & fa femme » & promet tout ce que 
les Papes ont promis aux Empereurs , quand 
ceux-ci ont été les plus forts. 

1047. 

Henri III donne TinveAiture de la Fouille , 
de la Calabïe , & de prefque tout le Béné-' 
venlin , excepté la ville de Bénévent & foa 
territoire , aux Princes Normands qui avoient 
conquis ces pays fur tes Grecs 8e fur les 
Sarralins. Les Papes ne prétendoient pas alors 
donner ces Etats. La ville de Bénévent appar- 
tenoit encore aux Pandolfes de TofcaneÛe. 

L'Empereur repalTe en Allemagne , & CMir' 
fere tous les Evêchés vatants. 

1048. 

Le Duché de la Loiraine Mofellanique eft 
donné i Gérard d'Alface, & la baffe Lorraine 
à la maifon de Luxembourg. La maifon d*Al- 
face , depuis ce temps , n'eu connue que fous 
le titre de Marquis & Ducs de Lorraine. 

Le Pape étant mort , on voit encore TEm- 

perear donner un Pape à Rome > comme on 

- donnoit 



;-,C.OOglV 



ir B fc R I i t f; I7f 

âonnoit un autre bénéfice. Henri lÙ erivoU 
un Bavarois nommé Popon , quifurle cbaitip 
•â reconnu Pape ^ fous le nom de Damafe 11* 

1049. 

Damafe mort j l'Empereur , dansTafleiri* 
tlée deVorms, nomme l'Evêque de Touli 
Brunon , Pape , & l'envoie prendre poffeflioni 
C'eft le Pape Léon IX. Il eft le premier Pâpé 
qui ait gardé fon Evêché avec celui deRoméj 
Il n'eft pas furprenant que les Empereurs dif* 
pôfent aitlli du St. Siège. Théodora & Maro^ 
lie y aVoient accOtitubié les Romains ; St 
fans Nicolas II & Grégoire Vit , le Ponti£* 
cat eût toujours été dépendant. On leureûl 
baifé les pieds i & ils euuent été efclavesj 

lOfOj lOJl , to^. 

Les Hongrois tueiit lelir Roi Pierre , reriôri* 
cent à la religion chrétienne & à Thommagé 

Stu'ils aVoient fait à l'Empire. Henri 111 leur 
ait une guerre malheureufe : il i)e peut la 
£nir qu'en donnant fa fille au nouveau Roi 
de Hongrie , André ^ qui étoit chrétien j 
quoique lés peuples ne le fuffeoi pas. 

' Le Pape Lédn IX viêm.dans Vorms fé 
j>laindre à TEmpereur que les Pri;ices Nor- 
mands deviennent trop puiffants. 

Henri III reprend les droits féodaux, its 
Bamberg , & donne au Pape la ville de 
/fouK Mêli Tom, XV. . M 



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17? Mer r i Ï I t, 

Bénévent en échange. On ne pouvoit don* 
ner au Pape que la Ville; les Princes Nor- 
mands ayant fait hommage à TEmpire pour 
le refte du Duché :. mais l'Ëmpereut donna 
au Pape une armée y avec laquelle il pour- 
roit chafler ces nouveaux conquérants , deve- 
nus trop voifins de Rome. • 

Léon IX mené contre eux cette année ^ 
dont la moitié efl Commandée par des 
eccléfiafliques. 

Hum&oi , Richard , & Ro1>ert Guifcarà 
ou Guichard , ces Normands lî fameux dians 
lliiiloire^ taillent en pièce l'armée duPape* 
trois'fois pins forte que la leur, lU prennent 
le Pape prifonnier , fe jettent «t fes pieds , 
lui demandent fa bénédiûion , & le mènent 
prUbnnier dans la ville de Bénévent. 

1054. ( 

L'Empereur affêûe la puiiTance abfblue. 
Le Duc de Bavière ayant la guerre avec 
l'Evâque de Ratisbonnè, Hemi III prend le 
parti de l'Evâque , cite le Duc de Bavière 
devant Ton Confeîl privé , dépouille le Duc, 
& donne la Bavière à fon propre fîls Henri , 
âgé de trois ans. C'eft le célèbre Empereur 
Henri IV. 

Le Duc de Bavière fe réfiigie chez les 
Hongrois » & veut en vain les intéreflier à 
ia vengeance. 



^.C.oogli: 



tt E M ft I t I 1. »79 

L^Empcreur propole aux Seigneurs qui lui 
:fbnt attachés , d'alTurer l'Empire à fon ûl$ 
prefqu'aii berceau. Il le foit déclarer Roî 
des Romains , dans le Château de Tribur, 
près de Mayence. Ce titre n'étoit pas ooa* 
veauv II avoit été pHs par Ludolphe, âl9 
d'Othon I. 

il ^itun traité d'alliance avec Contarinî^^ 
Dtic de Venife. Cette République étoitdéià 
puilTante & riche , quoiqu'elle ne battît moil- 
noie que depuis l'an 950 , & qu'elle ne fùé^ 
aïFranchic que depuis 998, d'une redevance 
"^ d'un manteau de drap d'or , feul tribut qu'elle 
avoit payé ?ax Empereurs d'Occident. 

Gênes éioit la rivale de fa piiiflance Se 
de fon commerce. Elle avoit dé)a la Corfe, 
qu'elle avoit prife fur lès Arabes; mas fon 
négoce valoît plus que la Corfe,'qùe les 
Pilàns lui difpnterent. 

^ Il n'y avoit point 3e telles villes en Alle- 
, magne , & tout ce qui étoît au delà du Rhtn^ 
étoii pauvre & greffier. Les Peuples du Nord 
& de l'Eft , plus pauvres encore , ravageoîeot 
toujours ces pays. 

1056. 

Les. Slaves font encore une irruption 9c 
défolent le Diiché de Saxa< 

HenrilUoiefut aupris de Paderboro, entre 
' M 3. 



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i$d H E K a > 1 1 1. 

les bras du Pape Vidor II ^qiii avant Ta mort 
lacre TEmpereur Ton fils Henri IV, âgé àt 
^rès de ûx ans» 



HENRI IV, 

DIX- HUITIEME EMPEREUR. 

ioj6, 

.Vn! femme gouverne l'Empire. C'étoh 
une Françoife, nlle d'un Duc de Guieone, 
Pair de France , nommée Agnès, mère du 

i'eune Henri I V ; & Agnès;, qui avoit de droit 
atutelle des biens patrimoniaux de fon fils, 
n'eut ceïle de l'Empire que parce qu'elle 
fut habile Se courageufe. 

Depuis 1057 jufqu'à 1069. 

Les premières annéesdu règne de Henri IV^ . 
font des temps de trouble obfcurs. 

Des Seigneurs parliouliers fe font la guerre 
en Allemagne. Le Duc de Bohême , toujours 
vaffai de l'Empire , eft attaqué par la Polo- 
gne , qui ne veut plus en être membre. 

Les Hongrois , fi long-temps redoutable» 
^ l'Allemagne , font obligés de demander 
enfin du fecours aux Allemands contre les 
Potonois , devenus dangereux ; & malgré 
ce fecourï , ils font battus. Le Roi André & 
fa femme fe réfugïeilE à Ratisbonnc. 



I 



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Henri IV. i8i 

II paraît qu'aucune politique , aucun grand 
deflein n'entrent dans ces guerres. Les fujets 
les plus légers les produifent : quelquefois 
elles ont leur fource dans l'efprit de cheva- 
lerie introduit alors en Allemagne. Un Contie 
de Hollande, par exemple, fait la guerre 
contre les Evêques de Cologne & de Liège , 
pour une querelle dans un tournois. 

Le refle de l'Europe ne prend nulle part 
aux affaires de l'Allemagne. Point de guerre 
avec la France, nulle influence en Angle- 
ten;e ni dans le Nord , & alors même très- 
peu en Italie , quoique Henri IV en fut Rot 
& Empereur. 

L'Impératrice Agnès maintient fa régence 
avec beaucoup de peine. 

Enfin , en 1061 , les Ducs de Saxe Se âc. 
Bavière , oncles de Henri IV , un Atchevê- 
que de Cologne , & d'autres Princes , enle* 
vent l'Empereur à fa mère , qu'on accufoic 
de tout facrifier à l'Evêque d'Augsbourg , fon 
miniflre Se fon amant. Elle fuit à Rome , 8c 
y prend le voile. Les Seigneurs relient maîtres 
de l'Empereur & de l'Allemagne jufqu'à fa 
Biajorité. 

Cependant en Italie , après bien des trou- 
bles toujours excités aa nijet du Pontifical , 
le Pape Nicolas II , en 1059, avoit ftatué 
dans un Concile de cent treize Evêques. 
M 3 



;,■ Google 



riSi H EN R I IV; 

que déformais les Cardinaux feuls ëliroîent 
le Pape , qu'il fcroit enfuite préfenté au peu- 
ple pour faire confirmer l'éleâion , faaft 
ajoute-t-îl , rkonnmr & le- refpeS dû à notrt 
cherjih Henri , maintenant Roi > qui , s'il plaît 
à Dieu yfira Empereur , félon le droit que nous 
iui en avons dija donné. 

On fe prévaloit ainfi de la minorité de 
Henri I V, pour accréditer des droits & des 
prétentions que les Pontifes de Rome fou- 
Sinrent toujours quand Us le purent. 

Il s'établHTott alors une coutume que la 
crainte des rapacités de mille petits tyrans 
. dltalie avoir iniroduite. On donnoît fej biens 
2 l'Eglîfe fous le titre d'oilaca ; Se on en ref- 
toit pofTefTeur feudataice-avec une légère 
redevance. Voilà l'origine de la fuzeraiheté 
.de Rdme fur le royaume dé Naptes. 

Ce même Pape Nicolas II. après avcûr 

inutilement excommunié les conquérants 
Normands , s'en fait des proteâeurs & des 
va^atix i Se ceux-ei . qui étoient feudataires 
' de l'Empire , & qui craignoient bien moins 
les Papes que les Empereurs , font, hommage 
de leurs terres au . Pape Nicolas , dans le 
Concile de Melphi , en 1059. Les Papes, 
dans ces commencements de leur puiflance ^ 
étoient comme les Califes dans la décadence 
de la leur : ils donnoient i'inveftiiure au plus 
6>n qui la demandait. 



;,■ Google 



ïî « H R I I V. I«J 

Robett reçoit du Pape la couronne ducale 
de la Fouille & de la Catabre , & eft invefti 
par l'étendard. Richard eft confirmé Prince 
de Capoue , & le Pape leur donne encore la 
Sicile , en cas qu'Us en çhaffint Us Sarrajins, 

En effet , Robert & fes frères s'emparèrent 
de la Sicile en 1061 , & par-là rendirent le 
plus grand fervice à l'Italie. 

' • Les Papes n'eurent que long-temps après 
Bénévent , laifte par les Princes Normands 
aux Pandolfes de la maifon de Tofcanelle. 

* 1069. 

Henri IV, devenu majeur , fort de la cap- 
tivité oîi le retenoient les Ducs de Saxe k 
.de Bavière. 



Tout étoit alors dans la plus horrible con- 
liifion. Qu'on en juge par le droit d« rançon- 
ner les voyageurs; droit que tous les Sei- 
gneurs , depuis le Mein & le VeCer jufqu'au 
pays des Slaves , comptoient parmi les pré- 
logatives féodales. 

Le droit de dépouiller l'Empereur paroif- 
foit aufti fort naturel aux Ducs de Bavière , 
de Saxe', au Marquis de Thuringe.Ils forment 
une ligue contre lui. 

M 4 



;,■ Google 



'|84 H E N R I I V.' 

1070. 

Henri IV, aidé du lefte de l'Empire, à'iBipt 
la ligue. 

Oihon de Bavière eft mis au ban de l*Ëm-> 
pire, C'ell te. fécond Souyerain de ce Duché 
gui eiïiiie cette difgrace. L'Empereur donnç 
la Bavière à Guelté , fils d'A;t,on , Marquif 
d'Italie. 

1071, 1071. 

L'Empereur, quoique jeune & livré 9QX 
plailîrs. , parcourt l'AUemagne poux y mettrQ 
quelque ordre. 

L'année 1072 efl la première époque dei 
^meufçs querçlles pour les inveftitures. 

Alexandre II avoir été élu Pape fans conful^' 
ter la Cour impériale , 8c étoit icRé Pape mal- 
gré elle. Hildebrand, né à Soané, en Tofcane, 
de parents inconnus , Moine de Cluni , fous 
l'Abbé Odilon^'âc depuis Cardinal , gou* 
vernoit le Pontificat. U eft affez connu fous 
U nom de Grégoire VII ; efprit vafte , inquiet, 
firdent i mais ariilîcieux j^ufques dans t'impé^ 
tuofité , le plus fier des hommes , le plus zélé 
des. Prêtres. Il avoit déjà, par fes confetls , 
r^ern^i l'autorité du faceidocç. 

Il engage le Pape Alexandre. ^. citer l'Em* 
pçrÇttT 4 î«ïi (ribiinal. Cçltc témérité parois 



;,■ Google 



H s N R I I V: l»J 

ridicule ; mais' fi on fonge i l'état oii fe trou- 
voit alors l'Empereur , elle ne i'eft point. La 
Saxe, la Thuringe, une partie de l'Allema- 
gne, étoient alors déclarées contre Henri IV. 

1073. 
Alexandre II étant mort y Hildebrand a le 
crédit de fe faire élire par le peuple , fans 
demander les voix des Cardinaux , & fans 
attendre le confentement de l'Empereur. Il 
écrit à ce Prince qu'il a été élu malgré lui , 
& qu'il efi prêt à fe démettre. Henri IV 
envoie fon Chancelier confirmer l'éleâioa 
du Pape , qui alors n'ayant plus rien à cialo» 
dre t levé le mafque. 

1074. . 

Henri continue à faire la guerre aux Saxons 
Se à ta ligue établie contre lui. Henri IV eft 
vainqueur. • 

I07Î. 

Les Rufles commencement alors à être 
chrétiens , & connus dans l'Occident. 

Un Démétrius, (car les noms grecs étoient 
parvenus jufques dans cette partie du monde), 
ctiaffé de fes états par fon fi-ere , vient à 
Mâyence implorer l'alfiHance dePËmperëur; 
& ce qui eft plus remarquable, il envoie fon 
fils à Rome aux pieds de Grégoire VII, 
comme au juge des chrétiens. L'Emperetu 



D,l.z^:;,G"OOglc 



iW H 1! N R I I V; ' 

paâbit pour le chef temporel , & le Papa 

pour le chef fpirituel de l'Europe» 

. Henri achevé de diffiper la ligue, & rend 
bpaix à TEmpire. 

Il parrât qu'il redoutott de douvelles révo- 
lutions ; car il écrivit upe lettre très-foumife 
au Pape, dans laquelle il s'accufe de débau- 
che & de lioioaie ; il faut l'en croire fur fa 
parole. Son aveu donnoit à Grégoire VU le 
droit de le reprendre. C'ell le plus beau des 
droits. Mais il ne donne pas celui de dtfpofer 
des couronnes. 

Grégoire Vil écrit aux Evêques de Brème» 
de Confiance , à l'Archevêque de Mayence 
. & à d'autres , Se leur ordonne de venir à 
Rome, l^ous avej^ pirmis aux Clercs , dit-il > 
de garder leurs cortcubines , même, d'ert prendre 
de nouvelles « rious voui ordonnoru de venir à 
Rome au premier Coneiie, 

Il s'agifToit auffi de dîmes eccléfiaftiques , 
que les Evêques & les Abbés d'Allemagae 
le difputoient. 

Grégoire Vil propofe le préntier une croi- 
fade ; il en écrit i Henri I V. H prétend qu*it 
ira délivrer le faint fépulcre à la tête de 
cinquante mille hommes , & veut que TEm- 
liercur vienne fervir fous lui. L'efprit qui 



...Google ■ ^ 



Henri I,V. 1S7 

tignoit alors , ôte à cette idée du Pape Taïr 
de la démence , & n'y laifle que celui de la 
grandeur. 

Le deflein de commander à TEmpereur Se 
k tous les Rois , ne paroiffoit pas moins chi- 
mérique; c'eft cependant ce qu'il entreprit, 
& non fans quelque fuccès. < 

Salomon , Roi de Hongrie , chafTé d'une 
partie de fes états, & n'étant plus maître que 
de Presbourg julqu'à l'Autriche , vient à 
Vorms renouveller l'hommage de la Hongrie 
à l'Empire. 

Çrégoire VII lui écrit ; f^ous deve^ favoir 
fue U royaume dt Hongrie appartient à tEglift 
romaine. Apprenez que vous éprouverez l'indi- 
gnation du St. Siège , fi vous ne reconrtùijfe^ 
que vouf tene^ vos états de iui- f'& non du Roi 
de Germanie. 

Le Pape exige du Doc de Bohême cent 
marcs d'argent en tribut annuel , & lui donne 
en récompenfe le droit de porter la mitre. 

Henri I V jouiffoit toujours du droit de 
nommer les Evêques & les Abbés , & de don- 
ner l'inveftiture par la croffe & par l'anneau ; 
ce droit lui étoit commun avec prefque tous 
les Princes. U appartient naturellement aux 
peuples de choilir les Pontifes & fes Magiftrats. 



;,■ Google 



ïW H E K R I I V. 

Il eft fulle que l'antorité royale y coneoare.- 
Mais cette autorité avoit tout envahi. Les 
Empereurs nommoient aux Evêchés , & Henri 
IV les vendoit. Grégoire , en s'oppoiant à 
fabus , (butenoit la liberté naturelle des 
hommes ; maïs en s'oppofant au concours 
de l'autorité impériale > il -introduifott un 
abus plus grand encore. C'eft alors qu'écla- 
tèrent les divifions eotre l'Empire & le 
iacerdoce. 

Les prédécefieurs de Grég<ûre VII n*a- 
Toient envoyé des légats aux Empereurs que 
pour les prier de Temr les fecourir St de fe 
laire couronner dans Rome. Grégoire envoie 
deux légats à Henri , pour lé citer à venir 
comparcûtrc devant lui comme un accufé. 

Les légats arrivés à Goflar, foat aban- 
donnés aux infulies des valets. On aflemble 
pour réponfe une diète dans Vorms , où fe 
trouvent pretque tous les Seigneurs , tes Eve-, 
ques Se les Âbbés d'Allemagne, 

Un Cardinal * nommé Hugues , y demande 
iuftice de tous les crimes qu'il impute au 
Pape. Grégoire y eit dépofé à la pluralité des 
voix ; mais il falloit avoir une armée pour 
aller à Rome foutenir ce jugement. 

Le Pape, de foo côté, dépofe TEmpereur 
par une bulle : Je lui défiads \ dit 'il, di 
gouverner le royaume Ttuianlque & l'Italie ^ 



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H ri N ft I I V. 1S9 

<£* jt délivre fis fit/eu é^ firmvu de jiM» 



Grégoire » plus htbile que l'Empereur , 
favoîtbienqueceseKcoipmuntcatioflsreroieiiC 
fécondées par des guerres civiles. Il met les 
EvSques Allemands dans fan parti. Ces Eve- 
ijues gagnent des Seigneurs. X^es Saxons , 
anciens ennemis de Henri , le joignent ik 
eux. L'excommunication de Henri IV leur 
isn de ivétexte. 

Ce même Guelfe * à qui l'Ëmpeteur avoit 
.donné la Bavière , s'arme contre lui de ie^ 
bienfaits , & foutieni les mécontents. 

Enfîn la plupart des mentes Evéques 4c 
' ^es mêmes Princes qui avaient dépofé Gré- 
goire VII, Ibumettent leur Empereijr au 
jugement de ce Pape. Ils décrètent que Iç 
Pape viendra juger définitivement l'Empereur 
dans Augsbourg. 

1077. 

L'Empereur veut (tfévenir Ce jugemeat 
fatal d'Augsbourg ; & par une réfolutioa 
inouie , il va , Tuivi deipeu de dooieftiques , 
demander au Pape l'ablblution. 

Le Pape étoit alors dans la forterelïe de 
CanolTe, lut l'Apennin, avec. la Comfeffe 
Mathilde, propre coufîne dei'Empereur. 



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196 H Ë N ft I I V^ 

Celte ConutelTe Mathilde ell la véritable 
caufe de toutes les guerres entre les Empe- 
reurs 8c tes Papes , qui ont fi long-temps dé** 
folé l'Italie. Elle pofTédoit de Ton chef une 
grande partie de la Tofcane ,. Mantoue , 

. Parme, Reggio, Plailânce, Ferrare, Modene, 
Vérone , prefqae tout ce qu'on appelle au- 
jourd'hui le patrimoiiip de St. Pierre de Viterbe 
î ufqu'à Or viette , une partie de l'Ombrie , de 
Spoiette^ de la marche d'Ancone. On l'appel- 
loit la grande Coniteire,quelqiiefoîstPucheire; 
il n*y avoit alors aucune formule de titres , 
ufitée en Europe ; on difoit aux Rois votre 
excellence , votre férénité , votre grandeur, 
votre gra<;e, indifleremment. Le titre de Majef* 
té étoit rarement donné aux Empereurs, Se 
c'étoit plutôt une épithete , qu'un nom d'hon- 
neur aiFeflé à la dignité impériale. Il y a 
encore un diplôme d'une donation de Ma- 
thilfie à TEvêque de Modene , qui commence 
ainfi ; 'En préfinee de Mathilde ^ par la grâce 
«feDiEU , Duchefe& Coiçteffe. Samere,iœur 
de Henri III , & très-maltraitce par ion frère, 
avoit nourti cette puiffantc Princefle dans 
une haine implacable cooH'e la maîlbn de 
Henri, Elle étoit foumife au Pape , qui ét«t 

ion direÛeuT , & que fesennemis aecufoient 
d'être fon amant. Son attachement à Grér 
goire , Sa fa haine comre les Allemands , 

'allèrent au point qu'elle fit une donation de 

tontes tes terres au Pape , du moîiis à £• 

qu'on prétMil. 



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H E N R 1 I V. 19^ 

C'jcft en préfence de cette Comteffe Ma- 
thilde , qu'au mois de Janvier 1077, t'Empe- 
reur , pieds nus & couvert d'un cilice , fe 
profierne aux pieds du Pape, en lui jurant 
qù'ii lui fera en tout parfaitement fournis, 
éc qu'il ira attendre Ton Jarret à Augsbourg. 

Tous les Seigneurs Lombards commen- 
. çoïeni alors à être beaucoup plus mécontents 
du Pape que de l'Empereur. La donation de~ 
Mathilde leur donnoit des alarmes. Ils pro- 
mettent à Henri IV de le fecourir , s'il caffe 
le traité honteux qu'il vient de faire. Alors 
on voit ce qu'on n'avoit point vu encore; 
un Empereur Allemand (écouta par l-'lralie, 
& abandonné par l'AUemagni. 

Les Seigneurs & les Evâques afemblésà 
Forchejp , en Franconie , animés par (es 
légats Wl Pape , dépofent l'Empereur, & rén- 
niâent leurâtfnjïrages en faveur tie Rodolphe 
de Reinfeld, i>ac de Suibe. 

1078. 

Grégoire fe conduit alors en juge fuprême 
des Rois. Il a dépofé Henri IV, mais il peut 
lui pardonner. li'trDure mauvai» qu'on Vait' 
pas attendu fon ordre précis^ pour {nerer ié 
nouvel éiu à Mayencc. Il déclare de la for- 
tereffe de GanolTe , où les Seigneurs Lomblrd^ 
le tiçjment bloqué , qu'il reconnoîtra pour 
Empereur 8e pour :RoJ d'Allemagne , celui 
des concurrents qui hû obéira le mieux. 



;, Google 



Henri t V repafle en Allemagne , i'aiiîniâ 
fon parti, levé une armée. Prefqué louro 
l'Allemagne eft mife par les deux partis à 
feu & à fang< 

1079. 

On voit tous les Evêqu'cs en armes darts 
cette giiètre. Un Evêquede Strasboui'g, par* 
tifan de Henri , va piller tous les couvent* 
déclarés pour le Pape^ 

1080. 

Pendant qu'on fe bat en Allemagne,, Gré' 
goîre VÏI échappé aux Lombards, excoro-' 
munie de nouveau HeUri ; Se par Ta bulld 
du 7 Mars , Nous donnons , dit-il, /e royaume 
Ttua>mqUt à Rodolphe , St nous condamnent 
Htnri à tin vaintUé 

Il env'â'îe à Rodolphe une coÉronne d'or i 
avec ce mauvais vers fi connu. , . 

Pttradtdh PttrOfPurUs diadtma Rodolpho* 

Henri iV, de fon éàlé, aflemble trente 
Evêques' & quelques Seigneurs Allemands &i 
Lombards à Brixen , &-d£pofè le Pape , pour: 
la féconde fois , auifi inutilement que- la 
première. ■ . 

Bertrand, Comte de Provence, fefouftralÉ 
à l'obétÛance des deux Empereurs , & fait 



;,C.oogli: 



H t N ft 1 î Vi ■ tçj 

hortmage au Pape. La ville d'Arles reûa 
£delle à Henri. . 

Grégoire VU fe fortifie de la proteÛÎOit 
des Princes Normands , Se leur donne une 
nouvelle inveftiture, à condition qu'ils dé* 
iendcont toujours les Papes. 

Grégoire encourage Rodolphe & foti parti» 
&£ leur promet que Henri mourra cette année* 
Mais , dans la fameufe bataille de Mersbourgj 
Henri IV, aflifté de Godefroi de Bouillon * 
fait retomber la prédiâiort du Pape fat 
Rodolphe , fon compétiteur , bleffé à mort 
par Godefroi même. 

loSi. 

Henri fe venge fiir la Saxe , qui deviéût 
alors le pays le plus malheureux. 

Avant de partir pour l'Italie , il donftefa 
fille Agnès au Baron Frédéric de SlaufFeU # 
qui l'avoit aidé , ainfi que Godefroi de Bouil- 
lon , à gagner la bataille décifive de Mers-» 
bour^. Le Duché de Suabe eft fa dor. C'eft 

I origine de l'iUuflre Si malheùreufe maifoa 
de Suabe. 

Henri, vainqueur, paffe en ttalie. t«i 
places de la Comteffe Mathilde lui réfiflene* 

II amenoit avec lui un Pape de ?a façon . 
nommé Guibert : mais cela même l'eiapêch* 
d abord d être reçu à Rome. 



;,■ Google 



1081. 
Les Saxons fe font un fantôme d'Empereur 1 
c'eft un Comte Heroiann , à peine comiUv 

Henri afHege Rome. Grégoire lui propofe 
de venir encore lui demander rabfolution , 
8e lui promet de le couronner à ce prix. 
Henri , pour réponfe ^ prend la ville ; le Paps 
t*enferme ilans le Château Si. Ange. 

Robert Guifcard vient à fon fecours , quoî- 
«ru'il eût euauffi,quelques années auparavant, 
vt part des excommunications que Grégoire 
avoir prodiguées- On négocie : on fait pro^ 
mettre an Pape de couronner Henri. 

Grégoire , pour tenir fa promeffe , propofe 
de defceodre ta couronne du haut du Château 
St. Ange avec une corde , & de couromier 
ainû l'Empereur. 

10S4. 

^enrl ne s*accommode ptûnt de cette plai- 
faiite cérémonie. Il fait intronîfer fon Anti- 
pape Cuibert , & eft couronné folemnelle- 
ment par lui. 

Cependant Robert Guifcard ayant reçu de 
nouvelles troupes , cet aventurier Normand 
ferce l'Empereur à s'éloigner , tire le Pape du 
Château St. Ange , devient à la fois fon pro- 
leâeuf & fon maître , & l'emmené à Salerae, 



;, Google 



t!'E N R I I-V; Ï9Ç 

ph Grégoire demeura ju(qu*à fa mort , prilbn- 
nier de Ces libérateurs , mais toujours par- 
tant 'en maître des Rois' 8c eA martyr de 
l'Eglife. 

1085. 

L'Empereur retourne à Rome , s'y fait 
leconnoitre lui & fon Pape , & ïe hâte de 
retourner en Alleinagne » comme tous fe£ 
prédéceffeurs , qui paroiffent n'être venui 
' prendre Rome que par cérémonie. Les 
divifions de l'Allemagne le rappelloient : il 
falloi't écrafer rAott-Émperetit, & domter les 
Saxons ; mais il ce peut jamitis avoir de gran- 
des années , ni par conféquent de fùccès 
entiers. 

1086. 

Il foumet la Thuringe ; tnajs la Bavière î 
foulevée par t'ingratitud'e de Guelfe, la moitié 
de la Suabe , qui ne veut point reconnoître 
fon gendre » fe déclarent contré lui > & U 
guerre civile eft dans toute l'Aïlemagnê. 

1087. 

Grégoire VII étant mort, Didier^ Abbé 
du Mont-Caflîn, eâ Pape , fous le nom de 
Viaor III. La Comteffe Maihilde , fidelle à fa 
haitte contre Henri 1 V ,-fournit des troupes 
à ce Viâor, pour chafler de Ronie la gâr- 
ntfon de l'Empereur, & fori Pape Guibert. 
Viâor mèurt , & Rome li'eft pas moins fouf- 
traite à l'autorité impériale. 

N 2 



;, Google 



I9S U E W » î I VJ 

10S8. 

L' Anti-Empereur Hermana ^ n'ayant plus 
ni argent ni troupes , vient fe jeter aux 
genoux âe Henri IV, 8e meurt enfuite ignoré. 

1089. 

Henri IV époufe une Princeffe Rufle »' 
veuye d'un Marquis de Brandebourg , de la 
maifon de Stade. Ce n'étoit pas un mariage 
de politique. 

; Il donne le marquifat de Mifnîe au Comte 
àe Lanzberg , l'un de& plus anciens Seigneurs 
Saxons. C'eft de ce Marquis de Mifuie que 
defcend toute la maifon de Saxe. 

Ayant pacifié l'Allemagne , il repafîe ea 
Italie. Le plus grand obftacle qu'il y trouve, 
eft toujours cette Comtefle Mathilde, rema-- 
riée depuis peu avec le jeune Guelfe , fîls de 
cet ingrat Guelfe ^ à qui Henri I V avoit 
donné la fisviere. . 

La Comteffe foutient la guêtre dans fes 
Etats contre l'Empereur j qui retourne en 
Allemagne fans avoir prefque rien fait^ 

Ce Guelfe , mari de la Comtefle Mathilde, 
cft, dit-on« la première origine de la faâion 
des Gutlfis , par laquelle on défigna depuis en 
Italie le parti des Papes. Le- mot de Gibelin 
fut long-temps depuis appliqué à la faâioq 



^.C.obglc ■ 



R » N R I I V.' i'97 

'Aes Empereurs , parce que Henri ^ &ï$ de 
Conrad III , naquit à Ghibeling. Oeite ori- 
gine de ces deux mots de gueiFC, eft auffi 
probable âc auffiincertaine que les autres; 

1090. 
- Le nouveau Pape Urbain lï', auteur des 
Croiiades f pourfuit Henii IV avec non moins 
de vivacité que Grégoire VII. -■ :. 

Les Evêques de Coaûance Se de PalTau 
foulevent le peuple. Sa nouyelle femme Adé- 
laïde de RulTie, & fon (ils Conrad, né de 
Berthe, fe révoltent contre lui. JamarsjEmî>e- 
reur , ni mari , ni père , né fut plus malhea* 
reux que H:e;iriIV. m . .: 

_ LO91- r; ,:■ 

L'Impératrice Adélaïde 8c Conrad , fon 
beau-fils , paOèrit en Italie!' La^^^CoantéfTe 
Mathilde leur donne des troiipes & {le Tar^ 

fent. Roger , Duc de Calibre , marie fa fillô. 
Conrad. i , . ■ ' ■ j . t 

. ■ ■ ' ' .-:.•- i)' 

Le Pape Urbain ayant fait cette puiuante 
ligue coiltre rEtnpereur', ne manque^ pas 'de 
l'excommunier. ;- :> ^ >; 

1Ô91.- • •■-! .1 

L'Empereur', en partant dfltali'e , avôît 
laiffé unegamifon dans Rome. ILétoit encore 
maître du Palais de Latran, quiétoitaâiez fort, 
& oîi fpa Pape Guibert étoit revenu. 

N3 



;,C.oogli: 



: Lp Cofumaadant. de la g^mifon vend aâ 
Pape la gariûfon & le Palais^ Géoftoi , Abbé 
^ Vendônje , qui étoîr alors à Rome.» prêio, 
à Ucbain II l'argent qu'il faut pour ce mar- 
ché , & Urbain H le rembourse par le titre 
de Cardinal qu'il loi donne , à lui & à Tes 
ÛicceSeuxt. AinS , «latis tous les gouveme- 
nents monarchiques , la vanhé a toujours 
fait fes marchés avec Taf ariçe; Le Pape 
Guibert s'enfuit. 

'1093 ,-1094, ip^f. 

- Lasielpeits s'occupent pendant ces années 
en Europe \, de tidép des Croifades , que 
le fameux hcrmite Pierre prêchât par-toittj; 
avec un enthoufiafme qu'il communiquoit de 
ville en ville. 
h' '. "■ ■ ■ 

: Grand- Coilci le , ou phitôt afiènjblée pro- 
digieiîfe à PJajfance en 1095. H.y avoitjlfus 
dé quarante.[iûUe:homine5 f & ^.Concite fe 
lenoit en plein champ. Le Pape y pro{iore la 
Croifade. 



, X'impératrice Adélaïde & la Comtefie 
Màthilde y demandent folemneUemeatjufiica 
de l'Empereur Henri JVi 

Coni;ad vient baifer fes pieds d'Urbain If, 
lui prête ferment defidélité, & conduit foa 
Sheval par la ^ride. Urbain lui promet de le 
couronner Empereur^ à conditioiQ qu'il renoa» 



;,C.oogli: 



Henri, r V. i^ 

ceraaux inveftitures. Enfuite îl le Baifeà U 
bouche t & mange avec lui dans Crémone. ' 

.1096.- 

La Croifade ayant été prâchée en France 
avec plus de fuccès qu'à Plaifance , Gautier 
/ans avoir f l'Hermite Pierre, & un Moine 
Allemand , nommé Godefcald , prennent lieifr 
chemin par rAIIemagns, fuïvis d'une armés 
de vagabonds. 

>097' , 

Comme ces vagabonds portotent la croii: 
& n'a voient, point d'argent > & me les Juifs ^ 

qui faif(»ent tout le commerce d'Allemagne ,' 
en avoient beaucoup, les croifés commen- 
cèrent leurs expéditions par eux à Vorns, à 
Cologne, à Mayence, à Trêves-, Qc dans 
plufîeurs autres villes. Oh les égorge , o'n 
les brûle. Prefque toute la ville de Mayence 
e& réduite- enxendre par ces défordres.- 

L'Empereur Henri réprime ces excèi autant 
qu'il le peut , & laifle les croïfés prendre leur 
diemin par là Hongrie', oh ils font preTque 
tous pialTacrés. 

Le jeune Guelfe febrovûUe avec ia femçe 
Mathîlde. II fe fépare d'elle , & cette broiiil- 
lerierétablit un peu les affaires de l'Empereur. 

1098. 

Henri tient une diète à Aix-la^ChapelU • 

N4 



;, Google 



'*J60 . H B N H I I V. 

OÙ il fait déclarer (oa S.li Conrad ^ indîgoe 
de jamais régner. 

1099. 

1 II fait élire & couronneî' fon fécond ûU 
,Henri , ne fe doutant pas qu*il auroil plus 
.'à fe plaindre du cadet que de Tainé. 

;' 1100. 

L'autorité de l'Empereur eft abfolument 
déuaiite en Italie , mais rétablie en Allemagne. 

• _ Conrad le rebelle meurt Aibitement à FIo- 
'rence. Le Pape Pafcat 1 1 , auquel les foibles 
'ïieul?eoants de l'Empereur en Italie , oppo- 
foient en vain deS' Antipapes , excommunie 
' Henri I V, à l'exemple de fes prédéceffeurs. 



L'a ComtefTe Maihilcle , brouillée avec fon 
mari , renouvelle fa donation à TEglife 
Romaine. . 

Brunon , Archevêque de Trevefe , Primat 
des Gaules de Germanie « invefti par l'Em- 
pereur , va à Rome , oii il eft obligé de 
^demander pardon d'avoir reçu l'inveftiture. 

1104. 

Henri IV promet d'aller à la Terre-faînte. 
Ç'étoit le feul moyen alors de gagner tous 
■ Us efprits. 



;,C.oogli: 



II s N R I 1 V. 101 

iioy. 

Mais dans ce même .temps « l'Archevêque 
de Mayence Se TEvêgue de Confiance , légats 
du Pape , voyant que la Croifade de l'Em- 
pereur n'eft qu'une fejnte , excitent fon fîls 
Henri contre lui. Ils le relèvent de l'excom- 
munication qu'il a , difent-ils, encourue /toiw 
avoir été fidtU à /on père. Le Pape l'encou- 
rage ; on gagne pluûeurs Seigneurs Saxons 
& Bavarois. 

Les partifàns du jeune Henri aflemblent 
un Concile Se une armée. On ne laifTe pas 
de faire dans ce Concile des loix fages. On 
y confirme ce qu'on appelle la trêve Je Dltu; 
monument de l'horrible barbarie de ces 
tempS'là. Cette trêve étoit une détenfe aux 
Seigneurs & aux Barons , tous en guerre les 
lins contre les autres, de fe tuer les Diman- 
"ches & les fêtes. 

Le jeune Henri protéfle dans le Concile , 
ipi'il efl prêt de fe foumettre à ion père , fi 
fon père fe foumet au Pape. Tout le Concile 
cria Kyrie-eUyJbn. C'étoil la prière des armées 
& des Conciles. 

Cependant ce fils révolté, met dans fon 
parti le Marquis d'Autriche & le Duc de 
Bohême. Les Ducs de Bohême prenoîent 
alors quelquefois le titre de Roi , depuis que 
le Pape leur ayoit donné la iniuet 



;.C.oogli: 



loi Henri I V^ 

Son parti fe fortifie. l'Empereur écrit ett 
vain au Pape Pafcal , qvà ne l'écoute pas. 
On indique une diete-à Mayence, pour appai- 
fer tant de troubles. 

Le jeune Henri feint 'de fe réconcilier avec 
fon père, il Itii demande pardon les larmes 
aux yeux ; & l'ayant attiré près de Mayence, 
dans le château dé Bingenheim , il l'y fait 
arrêter, âc le retient en piîfon. 



La diète de Mayence fe déclare pour le 
fils perfide > contre le père malheoreux. On 
lignifie à l'Empereur qu'il fout qu^il envoie 
les ornements impériaux au jeune Henri. On 
les lui prend de force, on lesporte à Mayence. 
L'ufurpateur dénaturé y eft couronne. Mais 
il afiiire en fpupirant que c'eft malgré lui , & 
qu'il rendra la couronne  Ton père , dès que 
Henri I V fera obéiflant au Pape. 

On-tronve dans les conftitulions de Gol- 
daft , une lettre de l'Empereur à fon fils , par 
laquelle il le conjure de foulfrir au moins 
que rEvéqae de Liège lui' donne un afyle. 
Lai£i[-moi , dît - il , rtflir à Lhgt. , , finon eh 
Empereur, du moins en rifugU. Qu'il ne fait 
pas dit à ma ionu , ou plutôt à la vôtre , que je 
fois forci de mendier de houvtaux afyûs dans 
le temps de Pd^ue, Si vous m'accordes;^ ce que 
je vous demande ^ je vous en aurai une grande 
oiligatioa i-fi veut me- rtfuft^f j'irai plutél 



;,C.oogli: 



Henri IV, loj 

fivre en villageois dam lis pays étrangers , que 
de marchtr ainjî d'opprohrt en opprobre dans un 
Empire qui aittrtfûis^ fut le mien. 

Quelle lettre d'un Empereur à foi fîls ! 
L*hypocrite St inflexible dureté de ce jeune 
PrÎDce , rendit quelques partifans à Henri I V. 
Le nouvel élu voûtant violer à Liège l'afyia 
de fon père , fut repoulTé. H alla demander 
en Alface le fçrment de fidéUté i & les Alfa- 
ciens , pour tout hommage, battirent les 
troupes qui l'accompagnoieni , & le contrai- 

tnirent de prendre la fuite. Mais ce léger 
chec ne fil qye l'irriter , & qu'aggraver les 
malheurs du père. 

L'Evacué de Liège, le Duc de Lïmbourg," 
le Duc de la baffe Lorraine , protégeoient 
'l'Empereur. Le Comte de Hainaut étoit con- 
tre lui. Le Pape Pafcal écrit au Comte de 
Hainaut : J^ourfuive^ par-tout Henri , chef des 
hérétiques , & fes fauteurs ; vous ne pouve^ 
offrir à DiEU de facrifices plus agréables, 

Henri IV, enfin, prefque fans fecours; 
prêt d'^tçe forcé dans Liège , écrit à l'Abbé 
de Cluni, H femble qu'il méditât une retraite 
dans ce Couvent. Ibmeurt à, Liège le 7 Août, 
accablé de douleur , & en s'écrîant : Dreu 
des vengeances, vous vengereice parrîcide.CétOït 
une opinion auffi ancienne que vaine , que 
Dieu exauçoit les malëdiâions des mou- 
nuits , 8c fu»-tout des pères : erreur utile fi 



;,■ Google 



ao4 Henri IV, 

elle eût pu effrayer ceux qui méritent ces 
maJédi£ïions. 

Le lîls dénaturé de Henri IV vient à Liège, 
&it déterrer de l'Egtife le corps de fon père , 
comme celui d'un excommunié , & le fait 
porter à Spire dans une cave. 



HENRI V, 
DIX-NEUVIEME EMPEREUR; 

Xjes Seigneurs des grands fîefs commen< 
çoient alors à s'affermir dans le droit de fou- 
veraineié. Ils s'appelloient coimpemntts , (t 
legardant comme des Souverains dans leurs 
fiefe,& vaflaux de l'Empire, non de l'Empe- 
Teur. Ils recevoient à la vérité, de lui, les iîefs 
vacants; mais la même autorité qui les leur 
donooit , ne pouvoit les leur ôter.. C'eft aiofi 
qu'en Pologne , le Roi confère lesPalatinats, 
& la République feule a le droit de deftitution. 
En effet , on peut recevoir par grâce , mais 
on ne doit être dépofT^dé que par juftîce. 
Plulieurs vaffaux'de l'Empire s'intituloient 
déjà Ducs âi Comtes, par ia grâce Je Ditv. 

Cette indépendance que les Seigneurs s'af- 
furoient , & que les Empereurs vouloient 
réduire , contribua pour le moins autant que 
les Papes aux troubles de l'Épipire, Se àla 
révolte ' des enfants contre leurs pères. 



^.C.OGgli: 



H E N R I V. 105 

La force des grands s'accroiflbit de la foi- 
blefle du trône. Ce gouvernement féodal étoiC 
à-peu- près le même en France & en Aragon. 
Il n'y avoit plus de Royaume en Italie. Tous 
les Seigneurs s'y cantonïioïent. L'Europe 
étoit toute hériflee de Châteaux , & couverte 
de brigands. La barbarie & Tignorance ré- 
gnoient. Les habitants des campagnes étoient 
dans la fervïtude , les bourgeois des villes 
méprifés Se rançonnés ; & à quelques villes 
commerçantes près en Italie , l'Europe n'é- 
toit f d'un bout à l'autre , qii'un théâtre de 
jniferes. 

La première que ^it Henri V , dès qu'il 
s'ell fait couronner, eft de maintenir ce même 
droit des inveftitures , contre lequel il s'étoit 
élevé pour détrôner fon père.' 

Le Pape Pafcal étant venu en France , va 
jufqu'à Châlons en Champagne, pour con- 
férer avec les Princes & les Evêques Alle- 
mands , qui y viennent au nom de l'Em- 
pereur. 

Cette nombreufe ambaflade refufe d'abord 
de foire la première vifite au Pape. Ils fe 
rendent pourtant chez lui à la fin. Brunon, 
Archevêque de Trêves , footient le droit de - 
l'Empereur. Il étott bien plus naturel qu'un 
Archevêque réclamât contre ces inveftitures 
& ces hommages , dont les Evêques fe plai- 
gnoieot tant ; mais l'intérêt particulier 



;,■ Google 



io6 Henri V. 

combat dans toutes les occaûoos l'intérêt 

général. 

1107, iioS, 1109, >iio. 

Ces quatre années ne font guère employées 
qii'i des guerres contre la Hongrie & contre 
une partie de ta Pologne ; guerres fans fujet , 
fans grand fuccès de part ni d'autre , qui finif- 
fem par la UlTiiude de tous les partis , Sl qui 
laiiOTeat les chofes cooime elles étoient. 



L'Empereur , à la fin de cette guerre , 
époufe la fille de Henri I , Roi d'Angleterre , 
£ls Si fecoiid fucceflTeur de Guillaume le con' 
quérant. On prétend que fa femme eut pour 
^ot une fooiine qui revient à environ neuf 
cent mille livres fterliiigs.Cela compoferoît 
plus de cinq millions d'écus d'Allemagne 
d'aujourd'hui; & de vingt millions de France. 
Les Hiftoriens manquent tous d'exaâitudè 
fur ces faits ; & l'hiftoire de ces tem^s-tà 
n'eft que trop fouvent un ramas d'exagé- 
rations. 

Enfin , l'Empereuf penfe à l'Italie & à la 
couronne impériale; St lePapePafcalfecondy 
pour rinquiéier, renouvelle la querelle des 
inveAitures. 

Henri V envoie à Rome des ambafladeurSV 
fuivis d'une armée. Cependant il promet ; 
par un écrit confeivé encore au Vatican , de 



;, Google 



H E N R I V. ixyf 

Kfloac«r aux iovcâitures , de laîfler aux 
Papes tout ce que les Empereurs leur ont 
donoé; & ce qui eft afi'ez étrange , après de 
telles foumi&oas « il promet de ne tuer , ni 
^e mutiler le fbtiveraia Pontife. 

Pafcal II « par le même aâe, promet d'or- 
donner aux Ëviques d'abandoiuier à l'Em- 
pereur tous leurs tiefs relevants de l'Empire: 
par cet accord , les Evêques perdoient beau^. 
coup : le Pape & l'Empereur gagooient. 

Tous les Evêques d'Italie & d'Allemagoe 
qui étoieut à Rome, proteftant contre cet 
accord y Henri V , pour les appaifer , leur 
propofe d'être fermiers des terres dont ils 
étoient auparavant en poâeûion. Les Evê- 
ques neveulent point da tout être fermiers. 

Henri V, Ufle de toutes ces conteftations» 
dit qu'il veut être couronné & facré fans 
SUGune condition. Tout cela fe palToîtdans 
l'Eglife de St. Pierre , pendant la mefle ; & 
à la fin de la meflTe , l'Empereur fait arrêter 
le Pape par fes gardes. 

Il (e fait un foulévement dans Rome en 
faveur du Pape. L'Empereur efi obligé de 
fe fauvcr ; il revient fur le champ avec deï 
tfoupes , donne dans Rome un fanglant com- 
l)at, tue beaucoup de Romains ^ & fur-tout 
4e Prêtres , & emmené le Pape prifoiuùtgi 
avec quelques Cardinaux. 



;, Google 



iô8 ïî E N II t V; 

Pafcal fat plus doux en prifon qu'à l'autel* 
II fit tout ce que l'Empereur voulut. Henri V, 
au bout de deux mois , reconduit à Rome le 
Saint Père , à la tête de fes troupes. Le P^o 
le courànne Empereur le i ; Avril , St lui 
donne en même temps la bulle, par laquelle 
il lui confirme le droit des inveflitiires. Il eft 
remarquable qu'il ne lui donne dans cette 
bulle que le titre de diUSion. Il i'eft encore 
plus que l'Empereur ât le Pape communiè- 
rent de la même hoftie , & que le Pape dit en 
donnant la moitié de Thoflie à l'Empereur : 
Comme cttu partit du facnmint tjl divifit dt 
l'autrt , que tt premier de nous deux qui rompra 
la paix foit fip^ du royauthe de Jesus- 

Christ. 

Henri V achevé cette comédie, endeman* 
dant au Pape la permilBon de faire enterrer 
fon père en terre fainte , lui àflurant qu'il eft 
mort pénitent ; & il retourne en Allemagne 
faire les obfeques de Henri IV, fans avoir - 
affermi fon pouvoir en Italie. 

Pafcal II ne trouva pas mauvais quelet 
Cardinaux, & fes légats dans tous les Royau< 
mes , défavouaflent fa condefcendance pour 
Henri V. 

Ilaflemble un Concile dans la bafîlique de 

St. Jean de Latran. Là , en préfence de trois 

cents Prélats-, il demande pardon de fa foi* 

blefle, oâre de fe démettre du Pontificat , 

calTe , 



^.C.oo^île 



M K » R t V. lo^ 

tàlfe* annulle tout' ce qu'il a feit, & t'avilît 
lui-niêHfe pour relever î'£gltfc> 

i"J- 

Ilfe peut que Pafcal II , & fon Concile, 
n^euflent pas fait cette démarche , s'ils n'euf- 
^entcomptéfurquelqu'urte de ces révolution^ 
d^ui ont toujours fuivi le facre dès Empereurs.' 
Éo effet, il y avoit des troubles eh Allemagne 
au fujet du fîfc impérial ; autre fource dO 
guerres civiles^ 

1114.' 

LotKaire, DucdeSaxe, depuis Émpel-euft^ 
eft à la tête de la faÛîon contre Henri V. 
Cet Empereur ayant à combattre les Saxons « 
comme fon père , eft défendu comme lui 
par lamaifondeSuabé. Frédéric de Stauffeii,' 
Duc de Suabe , père de l'Empereur Barber 
roiriTe, empêche Henri V de fuccomber. 

iiiÇ. 

■ tes éntaèmis les plus danger eu* de Hettri V 
font trois Prêtres ; le Pape en Italie , l'Arche- 
vêque d6 Mayence , qui bat quelquefois fea 
troupes , & l'Evêque de Vurtzbourg Erlang', 
qui, envoyé par lui aux ligueurs* le trahit 
& fe range de leur côté. 

Ï116. 

Henri V, vainqueur , tiiet l'Êvêque de 
Vurtzbourg. Erlang au ban dc-l'Empire. Les 
kguy. Mêl. Tom. XV. Q 



;,■ Google 



%its Jj E iï » ! V. 

£vâqii«5 Aç VHrizbourg fe prétçndpient Sei- 
gneurs direâs 4» toiitq U fxanço^iç,, qi}qi«. 
qu'il y eût des Ducs , 8t que ce Duché même 
appartînt à la maironitn^érialc. 

Le Duché d« Francofiie efl donné k Coa- 
tnà f neveu d^ H^nrï V. Il n'y a plus aujour- 
d'hui de Pqçs ds cette grande Province , 
ÂQïi plus que de ;SHa!hp* 

L'Evêque Erlang fe défend long- temps 
dans Vurtebourg , dirpute les remparts t'épea 
à la main', & s'échâppé quand la ville efi 

La fimeufe Comte^e Mathilde meurt , 
après avoir renouvelle la donation de totu 
les lîuens à TEglife Rpmaine. '' 

1117. 

L'Empereur Henri V, déshérité par fa 

couâne , & exçommianté par le Pape , va en 
}^liç fç mettre en pcj^eâlon 4e$ VJ^fiS de 
M^i^^de » âf fe venger du Pap«. H eotrft 
4^ns Rome , & le Pape s'eoiuit chez le:^ 
nouveaux vaS!iux& tesnouvea\iy prote^eum 
^ V^g'i'Ç* ^^s. ^i^SÇS Norm^ndjs. 

Le premier couronnement de l'Empereur 
paroilTant équivoque , on en fait un fécond 
qyi l'eA.bien davantage. Un Archevêque de 
Br^ue en Portugal ^ Limoufm de naiffbnce , 
âommé fiaurdin, s'ayiie de facrci- rEmpeteur. 



;,C.oogli: 



. )l^ E K Â i VV àtï, 

Henri , après cette eérétàonié ; va s*aâu^ 
ter de la ToTcfee. Pafcal II revient à Roin« 
itvec une petite armée des Princes Normands; 
il meurt , et V^aimèe s'en ïâtourne ^ès s'être 
&it payàr. 

. Les .Câidiflaux fenls élifént Caietaa ^ 
Gelafell. Ciiicio,CoafaldeRome,Marquî( 
de Frangipani , dévoué à l'Empereur , entre 
dans le Conclave Tépée à ta main , laifit le 
Pape ils. gorge, l'zccable de coups « le fait 
pnfonoier. Cette férocité bmtale met Rom* 
en cOD^itâion. Henri V va i Rocne ; Gelafè 
Ce retire ^eti France ; l'Empereur donne 1* 
l'ontiâ^cat à foa'Limoujîn BoouUn; . 

Gekife JtoiR mort an Concîl» de Vienne 
en Danpluné > les Cardîtiaux Cfrâ étoient k 
M Concile , étïfent » conjointentem avec let 
Bvèqties , & Vitffle avec des laïques Romains 
qui ^y trouroient , Gui de Bourgogne, Arche* 
vaque de Vienne , fiU d'un Duc de Bourgo- 
gne , & du fang rayai de France. Ce ii'eft par 
le premier Prince étu Pape. 11 prend le aoitt 
de Caltztelf. 

' Lottis U gras , Roi de PrMce , fe rend mé-' 
dtatoir dam cette grande affaire des invefli-' 
tores entre l'Em^nre & rEglife. On afiemble 
ua Ceaàb à A^tims. JB.'Archeyfiq»e-^ d*^ 
O 1 



D,lz.;;,C.0bg|i: 



ta* H ETN R- 1-' Vi 

Mayence y arrive avec cinq cents Gen- 
dafmes à cheval , Se ie Comte de Troyes 
■và 1^ recevoir à uh« demi - lieue avec ua 
pareil nombre» • ' 

'_■■■ L'Empereur iS; le Pape fe rendent i Mou- 
zon. On eft prêt de s'accommoder; & Air une 
dirpuie de mots , tout eft plus brouillé que 
jamds. L'Empereur quitte Mouzod , 8e Je 
Concile reicommùnie. 

IIIO, IIII. 

Comme il y avoît dans .ce Concile plu- 
£eurs Evêques'Âlle ma nds^uiavôient excom- 
munié l'Empereur / lés antres Evêqaes d*AI< 
ismagne ne veulent plus que l'Empereur 
donne les invefiitures. 



rr:EnfiD j dans une diète deVofrms^ kpaix 
fie r Empire & de l!Eg^lire efl faite. II fe trouv» 
<|uedaft5 ce,tte. longue queretk on ne s'étoiti 
jamais enteoda. : Il ite s'agt/Tpit paS de (avoir 
û les Empereurs. conféroientrEpifcopat»! 
mais s'ils poiivoient inveftir de .'leurs fieft 
iflipériaux des Evêques canoniquement élus 
à leur recommatidalion. Il ÂH. décidé queles! 
inveftilures fcroieni dorénavant domiéespar^ 
le Iceptre , & non par un bâton recourbé , 8e 
pi*Hift amiéau. Mais ce qlui.TuI bjen^plus im- 

rrtant.rEmpereurrenonçaentermcsexprèt» 
, neiTimer aux bénéfices ceux .qu'il- devoit: 
i»veftir. ££<> Htnrkus Dei gfatiâ RôoMonm • 



;,■ Google 



Henri V^: xif 

'Jmp^ator , conctdo in opinîhus Eccîtfiis fitr't 
eleclionem & libérant conjicrationtm. Ce fut 
une brèche irréparable à l'autorîté impériale. 

Troubles civils en Bohême ,. en Hongrïe , 
en Alfac'e, en Hollande. II n'y a dans ce^ 
temps malheureux que de la difcorde dans 
l'Eglife , des guerres particulières entre tons . 
les grands , & de la fervitude dans les peu- 
ples. 



Voici la première fois que les affaires d'An- 
gleterre fe trouvent mêlées avec celles Ao' 
l'Empiré. Le Roi d'Angleterre , Henri pre- 
mier, frère du Duc de Normandie , a déji 
des guerres avec la France au fujet de ce 
Duché. 

L'Empereur levé des troupes & s*avance"" 
vers le Rhin. On voit auflî que dès ces temps- 
là même tous les Seigneurs Allemands ne 
fecondoient pas l'Empereur dans' de telles ' 
guerres. Plufieurs reftilent de l'affifter contre ■ 
une puifîance qui par fa pofïtiondevoit être 
nature Même nt la proteârice des Seigneurs, 
des grands fieft Alleinands contre le domina- " 
teur fuzerain; ainli que les Rois d'Angleterre- 
s'unirent depuis avec les grand; v^.iïaux de 
la FraAeeë^ 



;,C.oogli: 



»I^ H ï N K » Vi' 

1115. 

Les malheurs de TEurope étoîenf an com« 
fc!e par une maladie contagieufe. Henri V 
en en attaqué , & meurt à Utrecbt le xi Mai , 
' avec la réputation d'un fils dénaturé , d'un 
t^pocrite fans religion , d'un vçiûn inquiet , 
& aun mauvais maître.' 



LOTHAIREII, 

vtMQTiEMS Empereur. 

1115, 1116 1 1117. 

Voici une éfioque finguHere. LaFraiK«; 
pour la première fois , depuis la décadenc* 
de la maifon de Charlemagne « fe mêle e» 

' Allemagne de l'éleâion d'un Empereur. Lt 
célèbre Moine Suger , Abbé de St. Denis , & 
MiniAre d'Etat Tous Louis le gros , va à la . 

' diète de Mayence avec le cortège d'un Sou- 
verain , pour s'oppofer au moùis à Téleâioii 
de Frédéric , Duc de Suabe. It y réuffit , foit 
par bonheur , foit par intn'gues. Là ^ete paB< . 
tagée choiCt dix éleâeurs. On ne nomme 
point ces dix Princes. Ils éllfent le Duc de 
Saxe f Lothaire ; 8c les Seigneurs qui étoient 
préfent^ Téleverest fur leurs épaules. 

Conrad, Duc de Franconie , de la niaîfeti. 
de Staufei)- Suabe , St Frédéric « Duc do 



^.C.obglc 



li 6 T H IL I K s II. \x^ 

Saabe , proteftent coqtfe l'éleâion. L'Abbl 
Sugër fut^ çarini les Miniftres de France , It 
pt-emier qui lexcïta des guerres civiles ti 
AUeitiagne. Cotirad fe ^t proclamer Rot à 
Spire { mais au lieu de foutenir fa faûton , il 
Ira fe foire Roi de Lombanlie à MîUr. OiÏ 
lui ptt^A Tes villes en Allemagne , riiais il en 
gflgrie en Lombftrdie. 

mS, 1119. 

Stft ou huit guerres i U fois dans le Danc^ 
marck & dans le Hoîftein, dans VAliemi%tiè 
& dans la Flandre. 

" 1130. 

ARotné, le peaple. prftëildoit iûti]oM» 
élire lëi Papes malgré hi Càfdltiauk qUt 
ifétoiétit rëfervé ce droit , 8t perCi&oit à né 
reconnoître l'élu que cortinW f6n EVfi^nrf^ Se 
non comme Ton Souverain. Rome entière ie 
partagé éa deux f^âtoni. L'tiile élit Ihilo- 
Cènt lif l'autre élit le fils ou peth-lîls d'trri 
)flîf , Horfiîtié Lioh ^ <}ili preiid \t MxA d'Ani- 
clet. Lé fils du Juif, comRTe plut rithe,chairé 
fon compétiteur 1^ Rome. InnoceAt II ft 
réfugie en France , devenue l'afyle des Papes 
opprimés. Ce Pape va à Liège^ met Lothaire II 
dans fes iiltér&ts , lé tôurOhnê EtihpereUr 
avec foii époufe , & èxcblhmunié fes Ë&illpé- 
theurs. 

itji, iiji.itjj. 

£.*AMMBttipefétir Gotettâ dé l'Mnto«iè, 
O4 



■.Googli:' 



Ïl6 LOTHAIRE l t. 

& l'Anti-Pape Anaclet , ont un grand parti 
en Italie. L'Empereur Lothaire & le Pape 
Innocent vont à Rome. Les deux Papes fe 
foumettent au jugement de Lothaire : il dé- 
cide pour Innocent. L' Anti-Pape fe retire dans 
le Château-St.-Ange, dont il étoit encore 
maître. Lothaire fe fait facrer par Innocent 
1 1 , félon les ufages alors établis. L'un de ces 
ufages étoit , que FEmpereur faifoit d'abord 
ferment de conferver au Pape la vie Se les 
membres. Mais on en promett(»t autant à ' 
l'Empereur. 

Le Pape cède l'ufufruit des terres de la . 
Comtefle Mathilde à Lothaire 8c à fon gen- 
dre , le Duc de Bavière , feulement leur vie 
durant , moyennant une redevance annuelle 
au St. Siège. C'étoit une femence de guerres 
pour leurs fuccelTeurs. 

Pour faciliter la donation de-çetufufruit» 
Lothaire IL baifa les pieds du Pape > & con- 
dutût fa mule quelques pas. On croit que 
Lothaire efl le premier Empereur qui ait 
iait cette double cérémonie., 

1134, 1^35. 

Les deux rivaux de Lothaire , Conrad de 
Franconie , Sl Frédéric de Suabe > abandon- 
nés de leurs partis , fe réconcilient avec 
l'Empereur, & le reeonnoiffeiit. 

. 00 tient à Magdebourg une diète célebce. 



;,■ Google 



L O T H A I R E< II." it7 

L'Empereur, Grec , les Vénitiens y envoient 
des Ambafladeurs pour demander juftice coa- 
cre Roger , Rot de Sicile; des AmbafTadeurs 
^u Duc de Pologne y prêtent à l'Empire fer- 
ment de fidélité , pour conférver apparem- 
. ment la Poméranie , dont ils s'étoient em- 
parés. 

1136. 

. Police établie en Allemagne. Hérédités St. 
coutumes des fiefs Se des arriere-ficfs confir- 
mées. Magiftratu^es des Bourg - méflres, des 
Maires , des Prévôts , foumifes aux Seigneurs 
féodaux. Privilèges des Eglifes , des Evëchés, 
St des Abbayes confirmés. 

Voyage de 4'Empereur en Italie. Roger , 
Duc de la Pouille , & nouveau Roi de Sicile,- 
tenoit le parti de l'AntiPape Anaclet, & roe- 
naçoit Rome. On fait la guerre à Roger. 

La ville de Pife avott alors une grande 
coniidéraiion dans l'Europe , & Temportoît 
même fur Venife 81 fur Gênes. Ces trois villes 
commerçantes fourniffoient à prefque tout 
rOccident toutes les délicateffes de l'Afie. 
Elles s'étoient fourdement enrichies par le 
commerce St par la liberté , tandis que les 
défolatiom du gouvernement féodal répan- 
doient prefque par-tout ailleurs la fervitude 
Se la mifer^. Les Pifans feuls arment une 
flotte de quarante galères au fecours de l'Ëm- 



;,■ Google 



ir9 L'd T H A t R e I I. 

fémtti & fafiï «ttx j rEtnptiretiV n'aUKnt px^ 
r^fifter. On dit qu'alot^ oit trouva daits 1* 
Fouille le preinier exemplaire du Digefte ^ 
& ^e l'Eitipefeur en fit ptéfent jt la ville M- . 
Kfti. 

Lothaire II menrt en paflant les AlpéSdtl 
Tiro! v6rs Trente. 



CONRAD m, 

VINGT -UNIEME ËMPÉRÈt^R* 

Itj8. 

XIknri, Duc de Bavière, rurnommf le 
fuperbe , qui paSéào'it U Saxe , la Mifnle , 
la Thdringe , en Italie Vérone & Spoleite ^ 
& prefque tous les biens de la Comteffb 
Mathilde , fe fatlit des ornemetits impérizux ^ 
& crut que fa grande puifTance le feroit tecon- 
ncntre Entpercnr : mais ce fat précifément ce 
qoi loi ôta la couronne. 

Tous les Seigneurs fé réuniflent en &renr 
de Conrad, le mime qui avoit difputé fEtto- 
}Hre à Lothaire II. Henri de Bavière , qui 
paroiffoit fi puiûant , eft te troifeme de ce 
nom qni eft mis au bm de l'Empire. U ËiUt 
cpilt ait étéplusimprudem encore quefuperi»ey 
puifqu'étant & puiflànt , il plit à pcmd £» 
défeodre.- 



;,C.oogli: ■ 



C 8 N * A tt n J. it ji 

Comme te nom de h miifoii de Ce Prince. 

étôit Guelfe, ceux qui tinrent foo parti furent 

appelles lei Gatlfii , & on s'accoutuma k 

nommer aînlî les enii«mis des Etdpereurs. 

1139. 

On donne à Albert d'Anhalt , furnommé' 
Tours, Marquis de Brandebourgs la Saxe ^ 
qui appartenoît aux Guelfes ; on donne lar 
Bavière au Marquis d'Autriche. Mais enfin « 
Albert l'ours ne pouvant fe mettre en pofle^ 
fion de la Saxe t on' s'accommode , La Saxe ~ 
relte.à la maifon des Guelfes , la Bavière i 
celte d* Autriche ; tout a changé depuis. 

1140. • 

Henri le fuperbeoïeurt »& latfleau bercean 
Henri U lion. Son frère Guelfe foutteat I» 
pMrre. Roger , Roi de Sicile * lui donnohf 
mille marcs d'argent pour la faire. On vot6 

Î|u'à peine les Princes Normands font puif- 
ants en Italie, qu'ils fongent à fermer le che- 
min de Rome aux Empereurs par toutes 
forEet de moyens. Frédéric Barberouffd , 
Mvea de Conrad, ât fi célèbre depuis , ik 
fignale déjadans cetts guerre. 

Depuis 1140^ jufqu'à ii4â> 

Jamais temps ne parut plus favorable aux 
Empereurs pour venir établir dans Rome 
cette puilTance qu'ils ambitionnèrent tou-; 
jours 1 & qui fut toujours conteftée. 



;,■ Google 



}10 G O if R A » I I T.; 

Arnoald de Brefcia, dKciple d'AliéUnf; 
bomme d'enthoufiafcne , prêchoit dans toutC; 
l'Italie contre la puiffance temporelle des 
Papes Sl du Clereé. 11 perfuadoit tous ceux 
qui avoient intérêt d'être persuadés , Se fur- 
tout les Romains. 

En 1 144 , fous le court Pdntifîcat de 
■ Lucius H , les Romains Veulent encore réta- 
blir l'ancienne république ; ils auementent 
le Sénat , ils, élifent pairice un lïls de l'Anti- ' 
Pape Pierre de Léon , nommé Jourdain , & 
donnent aii, pairice te pouvoir tribunitial. Le 
Pape Lucius marche contre eux , & eft' tui 
au pied-du Capitole. 

Cependant Conrad UI ne va point en Ita- 
lie , foit qu'une guerre des Hongrois contre 
le Marquis d'Autriche le retienne , foit que 
la paffion éptdémique des Croifades ait déjà 
paffé fulqu'à lui. 

1 14^. 

St. Bernard* Abbé de Clairvaux, ayant 

prêché la Croifade en France , la prêche ea 
Allemagne. Mais en quelle langue prêchoit-. 
il donc ? il n'entendoit point le tudefque ; il 
ne pouvoit parler latin au peuple. Il y fit 
beaucoup de miracles. Cela peut' être. Mais 
il ne joignit pas à ces miracles le don de 

{rrophétie ; car il annopçade la part de Dieu 
es plus grands fuccès. 



;,C.oogli: 



C o N ^'A b lî f. lik 
l'Empereur (e croife à Spire avec beau- 
coup de Seigneurs. . ' 
■ ; - . II47- 
' :C6rrad III fait les préparatifs dé fa Croi- 
sade dans la diète de Fraticfôft. Il fait avant 
fon départ couronner fon fils Henri , Roi des 
Romains., On établit le Confei! impérial de 
Rotvell, pour juger les caufes en dernier ref- 
fort. Ce Conieil étoit compofé de douze 
Barons. La préâdence fut donnée comme un 
£ef à la maifoa de SchuUs , c'efl-à-dire , 
à condition de foi & hommage , & d'une 
redevance. Ces efpeces de frefs commen- 
^oient k s'introduire. 

' X'Ehipereiir s*eft)barque fur' le Danube' 
avec te célèbre Evêiqiie de Fretfingen, qui a 
écrit l*hi(loire de ce temps , avec ceux de 
Raiisbonne , de Paffau ,' de Bâle , de Metz , 
de Toul. Frédéric Barberouffe, le Marquis 
d'Autriche, Henri, Duc de BavTere , le 
Marquis de Montferrat , font' les principaux' 
Princes qui l'accompagnent. " 

■ Les Allemands étoient les derniers qui 
venoient à ces eirpéditions d'abord lî bril- 
lantes , & bieniôr après 1î màlhétireu(e5. ' 
JS^ja étoit érijgé le petit Royaume de Jéru--' 
falem : les Etats d'Antioche j d'Edefle , de 
Tripoli, de Syrie, ç'étoient'fbrtaés; Il s'éloit ■ 
élevé des Comtes de Joppé_,, des Marquis de 
Oâlilée & dé SidOn ; mais la plupart de ces 
çsni^u^les ix&ïwt pq-dues. 



;,■ Google 



^ »u c o iï tt A e t i t 

ii48i 

L'intempérance fkit pétir une partie de 
rarniée A^emstaiç. De-U tous ces bruits que 
l'Enipst-etir Grec 3 empoifanné les fontaiôm 
pour f^irç jt^iir les croifés. 

Conrad Se touîs le jeuiie • î^oî de France i 
Joignent leurs armées atfoiblies vers Laodi* 
cée. Après ~ quelques combats contre le* 
MufulmanSt il va en pèlerinage à Jérufalem « 
Qu Hçu de fe rendre m«tre de Damas , qu'il 
a^ége enfuite inutilement. U s'eti retoiû'ntf 
prefque' fans armée lur les vai0eaux.de (oa 
beaufrere Manuel Comnene ; il aborde dans 
le gQlfe d^ Veoife , n'ofanf aller en Italie , 
encore moins fe préfenter. i Rome pour y 
^e coMrooqd. 

La perte de totités c4s prodimeuiTèa imtâèt 
de croiféSj dans les paySQtt Akxaodre avolï 
fubjugué avec quarante oùUe boâuiMi» mi 
Empire beaucoup plus puïlTant que celui des 
i^rabes $ des Turcs t démontre que dans âss 
entreprifes des chrétieês , U y avoir (itt vice' 
radical qui devoitnécetfairement les détrtnre: 
c'étoit 1« gouvernement foodat , IHndépeti*' 
dance des chefs, & par conréqùcat U wa* 
nioQ , I9 désordre  l'imprjidèoeêï 

La feule Crotiade ià\fQétïiB^ïi qu'on ût 

âtoxst fut cêUé' de .^Hl^a&gigown fl**-> 



;,■ Google 



P N II A 9 M î. MJ 

mands & Anglois , mais principaleinetilt cb 
plulîeurs Allemands des bords du Rhin ^ 
du Mein 8ç ^u Vefer , ^î s'embarquçjreot 
pour atler fecourir l'Efpagne, toujours ta* 
tahie p^r les Maures. C'^ toit là un danger 
véritable qui demandoit des feçoucs. Et il 
yaloit aùeif.\ affilier TEfpagpe contre les 
ttfurpateurs , que d'aller à léruf^lem-, fur 
laquelle on n*avoit aucun droit à prétendre, 
& oh il n'y avoit rien à gagner. Les croifés 
prirent Lisbonne, & la donnèrent au Roi 
41p)ioo£e. 

On «n faifoit Hflç auM coMr« les piIeM 
du Kord'; car l'etprit du temps chez les chré* 
tiens étoit d'aller combattre ceux qui n'é- 
to^ent pÂ^ de Wm religicm. Les Evêques de 
Magdebourg, de Halberllad, de Munuer, dit 
Mershourg,déBrandebourg,pIufieurs Abbés, 
animent cette croifade. On marche- avec une 
armée de foixante mille hommes pour aller 
«Mvectir If s SUves » les habitants de la Vemi- 
sanie , de la Rhiffe & des bords de la Mm 
Baltique. Cette Croifade fe fait lans confulteï 
PËmpereur , & elle tourne mîax contre lui* 

- Henri le lion , Duc de Saxe , à-qiri Connd 
*Toit àté la Bavière « étoit à la tête de la 
Croilade contre les païens ; il les kiffa bien* 
tôt en repos, pour attaquer les chrétiens , 8t 
peui r^wadse la Baviei«« 



^.Googli: 



114 C 6n R A I t f. ""^ 

1150, II5I. 

. L'Ertipereur , pour tout fniit de fon voyagé 
en Paleiline,rte retrouve donc en Allemagne 
qu'une guerre civile , fous le nom de §utrrt 
fainte. Il a bien de la peine , avec le fecours 
des Bavarois & du refte de l'Allemagne > à 
contenir Henri le lion & les Guelfes. 

1151. 

Conrad IIÎ meurt à Bamberg le 1 5 ^évrler^ 
fans avoir pu être couronné en Italie , lii laïf-» 
isr le royaume d'Allemagne à fon lils.' ' 

FRÉDÉRIC I, DIT BARBEROUSSÉ, 

Vingt- DEUXIEME Emperevïu 

J^ RÉDERic I efl élu à Francfort par le coa- 

fememeot dé tous les Princes. Son fecretairê 
Antandus rapporte dans fes annales , dont 
on a confervé des extraits ^ que plu£eurs 
Seigneurs de Lombardie y donnèrent leur 
fuffrage en ces termes : O vous Offititi^ Offi- 
ciati ,fi vous y eonfinte^ , Frèdeticaura la fine 
dt fon Empire, 

Ces Officiait étoient alors au nombre defir^ 

Les Archevêques de Mayence, de Trêves, de 

Cologne, le Grand-Ecuyer, le Grand-Maître 

d'hôtel j, 



;, Google 



FRâDEILIOl^IUTBARlEROVSSS. 11$ 

^ITiôteUIe Grand-Chambellan : on y ajouta de» 
puisleGrand-Echanfon. Il paroit indubitable 
que Z6h0fficiau éteient les premiers qui reconr 
noifîbient rËmpereur élu , qui rannonçoieitt 
au peuple > qui fe ehargeoient de la cér4^. 
monie. 

les Seigàeurs Italiens aâlâer^nt à cett* 
^ieâion de Frédéric. Rien n'eft plus naturel* 
On croyoit à Francfort donner t'Ëmpirf! 
RoBiain en donnant la Couronne d'Allema* 
^e ; quoique le Roi ne fut nommé Empereut 
qu'après avoir été couronné à Rome. Le' 
prédéceiTeBr de Frédéric Barbéroufle n'avoit 
ea aucune aiTtorité ni à Rome ni dans ritalie ; 
& il étoit de rintérSt de l'élu que les grands 
Taflsux de l'Empire Romain joigniAent leurs 
fuSrages aux vout des Altemandst 

L'Archevêque de Cologne le couronne 
à Aix-la-Chapelle : & tous les Ëvêques l'a- ' 
VertilTent qu*il n'a point l'Empiré par droit' 
d'hérédité. L'avertiuement étoit inutile ; le 
fils du dernier Empereur abandonné en étoil 
uns aflez bonne preuve. 

Soil régile totamttitti par l'aftiôif la plui 
«ftipofantë. Deaz concurrents > Sveno'n St, 
Canut , difputoient . depuis long - temps lé 
Danemarck : Frédéric fe èài arbitre ; il forcrf 
Canut à céder fes droits. Svenon fcrumet 1^ 
Jpanemarck à l'Empire dans la ville de Mers' 
iîeurg. 11 prête ferment de fidélité , il sft 



;,■ Google 



àis r s i D i * I e r^ 

iAvfefti par Vèpée. Ainfi , aa ffllKfia de taiit 

. de troubles , on voit des Rtùsde Ptiogm^ 

de Hongrie , de Danemardc , aux pteils dft 

trône impérial* 

Le Marquifat d'Autriche eft érigé en Duché 
en faveur de Henri JaTaoiergott , ^'on ne 
conndît gcrere , & dont la poiiénté s'ëte^atK 
environ un fieele après. 

Henri le Lion ^ ce Suc de Sa»e , de la niaiu 
Ton Guelfe ,- obtient l'invefitmre de It 
Saviere y panfe qu'il TaToit prefqùe toute 
«conquiîç, & il denetapartifan de Frédéric 
Sarberoulie, abtant qu'il firent été canftaii 
ifc Conrad !. 

Le Pape.Eneene lll envoie deut légats 
faire le procès àT Archevêque de Sïayente, 
acctlfë d'avoir diflîpé ïrs biens de ^û figfifei 
& lïmperear le permet. 

1154. 

En récofflpenfe , Frédéric Barberonfl<( 
répudie fa femme, Mari^.de.Vocbourgou 
Vohenboorg , fans que ie JPape Adrien IV, 
alors fiégeauti Rome, W trouve mauvais* 

Frédéric reprend fur lltaHe fes defleiii* de 
lès -prédécef eurs. 11 réduit. ^Setirs vîflvk ' 



;, Google 



-6è Lon^ardië , qui vouloient fe mettre feri 
C^épublî^ué i inais Milan lui réfifte; 

il fê fâifît i au nom de Hèttri i fan papille i 
£]s de Com-ad III j des terres de la Comtefltl 
Àlathilde , éft court>nné à Pavie , ic dépvti 
vers Adrien I V, pour te piiér de le CtJurbn*. 
her Empereur à Rome. 

Ce Pape «ft un des grands è:ïentples de ii 
que peuvent le taéi'n^ perfwwel & la for- 
tune. Né^ Angloîs , fils d'un mendiant, lùng- 
ietnps mendiant lui-mSraft, erra&t de paya 
«n pars ^ avant de podroir être reçu valet 
iheEaesMoîh^ ènDauphiné; en^ny pof-ti 
4m ccnri>le de la grandeur 4 il ayeit d^antant 
■plus d'éttivation dans .relpiit i qu'il étbit 

nenu d^ln ëtat plas ab/eû. Il vôuloît cou- 
«r uft vaflal , & craignait de ft donner 
-^n maître; Les trCîubles pfécédtnh avt>i«né 
shtrodbit la cootume que quand l'Ëmpereuf 
-i-encStfe faire fecreï, le^pe fè fotiifioit; 
le peuple le -tantoantât , St l'Empereur conU 
iilençdit par jurer que i« Paj% ne Jeroit ni 
4iié , ni mutité ^ ni dépouillé. 

Le St. Siège ôtoît protégé , Éo'trime èti i*^ 
'TU , par \t Roi, de Sicile & de Naples '-{ 
^vemi fÉÂfin & vaffat dangereux. 

. L'Empereur à le Pape fe îiiénagent VùH 
l'autre. Adrien , enfermé dans la KjrtereiTd 
4« Gim-^-CaEttslt^ , s'accorde pour te éo'tf- 

P K 



;,■ Google 



î; 



«iS FrédkkiC I, 

ronnement, comme- oo capitule arec foa 
ennemi. Un chevatier, armide toute pièce, 
vient lui jurer fur l'Evangile, que fes menv- 
bres Se fa vie feront en fureté ; & TEmpe- 
reur lui livre ce fameux Arnaud de Brefcia , 

([ui avoit foulevé le peuple romain contr* 
e Pontificat , & qui avoit été fur le point 
de rétablir la république romaine. Arnaud 
cft brûlé à Rome, comme un hérétique & 
comme un républicain , que deux Souverains 
prétendants au defpotifme s'immoloient. 

Le Pape va au devant de l'Empereur qtû 
devoit , félon le nouveau cérémonial , lui 
baifer Us pieds , lui tenir l'étrier , & con- 
duire fa haquenée blanche l'efpace de neitf 

, pas romains. L'Empereur ne &ifoit point de 
difficulté de baifer les pieds : mais il ne vou- 
loit point de la bride. Alors les Cardinaux 
s*enniîent dans Citta-di-CaAello , comme fi 
Frédéric fiarberoufle avoit donné le fignal 
d'une guerre civile. On lui fit voir que 
Lothaire II avoit accepté ce cérémonial 
d'humilité chrétienne ; il s'y foumit enfin ; 

' & comme il fe trompoît d'étrier, il dit qu'U 
n'avoit pas appris le métier de palefrenier. 
C'étoit en efiet un grand triomphe pour 
TEglife y de voir un Empereur fervir de 

Salefrenier à un mendiant, nls d'un mendiant, 
evenu Evêqué de cette Rome où cet Empe- 
reur devoit commander. 

Les députés du peuple RoaiaiD> devcuf . 



;,C.OO<îlc . 



DIT BARBEROVSSE; llf 

, tuffi plus hardis depuis que tant de villes 
d'Italie avoient fonné le tocfin de U liberté * 
Tiennent dire à Frédéric : Nous vous avons 
fiât notre Citoyen & notre Prince , d'itranga 

Îue vous itie^ , &c. Frédéric leur impcfe 
leuce , & leur dit : CkarUmapu & Othon 
ir9tts ont conduis p & Je fuis votre Afaùn^SLC. 

Frédéric eft (acre Empereur le 18 Juin à 
dans St. Pierre. 

On favoit fi peu ce que c'étoit que TËm- 
pire , toutes les prétentions étoient fi con- 
tradiàoires y que d'un côté le peuple Romain 
fe fouleva , & il y eut beaucoup de fang - 
Tcrfé , parce que le Pape avoit couronné 
l'Empereur fans l'ordre du Sénat 8e. du Peuple ; 
& de l'autre côté le Pape Adrien écrïvoît 
dans toutes fes lettres , qu'il avoït conféré k 
Frédéric le bénéfice de l'Empire Romain , 
Bentficium Imperii Romani. Ce mot de Benem 
ficium fignifioit un fief alors. , 

II fit de plus expofer en public un tableau 
qui repréfentoit Lothaire 1 1 aux genoux dti 
Pape Alexandre II j tenant les mains jointes 
entre celles du Pontife , ce qui étoit la mar- 

3ue diftinâive de la vafialité. L'infcrîptioa 
u tableau étoit : - ' 

Rix venit ante foret jursas priiu urhU hOHorts, 
PoJihoTiiQ fit Papa, fumitquo dame coronam. 

tt Le Roi jure à la porte le maintien dM 
P3 



;, Google 



%y^ Frédesic I,- 
tthomienrsde.Reme, devient Taflifl du PapCf 
!f ijiù lui dgrtqe là cquronn^. tf ■ 

- fi0- 

Qn voit déia Frédéric fqrt imî0ant ei^ 
AU§fflagw : «r ilfeit cpod^mner IçÇoiQtA. 
Palatin du Rhin à fon l'etour dans une diète , 
Doi}r des malverfatîpns. t^ peine éïoit,fe|oq 
fancienne loi dç 'Suabe ^ 4e QQrter mi 
chien fur les épaules un mille d'Allemagne. 
l^*Arcb«vâque de Mayeuce eft «onidanuii à 
là mène peine ridicule. On la leur éftargue. 
I.'Euipefeur fait détraire plufieurs petits châ^ 
féaux de t^igands^ Ù éppu^e ^ Vuri^boui^ 
2a fille d'un Comte de Bourgogne , c*eft-à- 
clire, de la Franche-Comté, & devient par- 
la Seigneur direct de cette Comté , reUvant 
^i'Ëmpirç, 

Le Cpmte » fon {wau-petei noffl<méReoaud, 
^yaot obtenu de grandes immunités eii faveu^ 
^e ce mariage , s'intitula le Comte-Franc , 
|c c^ft de-U qu'eft veuu le nom de Èraoche- 

.Çomté. ■ 

. jL*s Poiopois refiifeot de payer leur tribjit^ 
qui éioit alors lîxé à cinq cents, marcs d'at- 

;ent. Frédéric marche vers la Pologne. Le. 

)uc de Pologne donne fon frerç en otage, 
8c fe foumet au tribut , dont il paie les 
^léisges. 



;',■ Google 



E 



BIT B A R B E a e u a S b: %%% 
Frédéric paÀe à BeJjMçQP , devenu ips 
domaine \.û y reçoit des Légats dit P^m 
avec les Ambafladeurs de prefque tous les 
Prinees.Ufe plaint avecbauteurà cçs Légats, 
du terme de Unî^t doiit la Cour de Romç 
^fait eu parlant de l'Empire , & du tableau 
oit Lotbure U étoit repréfeaté comme va0al 
duSt. Siège. Sa gloire &: (a puiffance^alnâ quo 
fon droit , }u0iâent cette b^uteur. Un Légat 
ayant dit :^i l'Empereurne titiu pas CEmp'tft 
du Paptf <U qw. l( tient- H do^c} Le Comt^ 
Palatin , pc^ réppnfe, veut tuer les Légats. 
l.'Ei)iipei%ur le» renvoie ^ Rome. 

Les droits régaliens font confirmés à l'Ar- 
cbevêiiue de Lyoa y reconnu par l'Empereur i 

four Priçiat des Gqules. La )uri.fdi£bon dit 
Archevêque eA^ par cet aâe mémorahle^ 
étendue fur tous jes fiefs de la Savoie. L'oiij- 
gioal de ce diplôme Cubfiâe epcoiie. L^ fc^W 
eft dans une petite bulle ou boîte d'or. C'eA 
de cette manière de fceller que le nom de 
btiUe a été doiuié aux cooUittttioiis. 

L'Eoipe«ur accorde le titre de Roi au Du« 
de BohcRie UUdifl^s , fa vie durant. Les 
Epii^reiirs. donooient alors de; titres à vie, 
^ên» celui de Monarque ^ & gn étoit Roi , 
par la grâce de l'Empereur , (ans que la Pro- 
vince, dont on devenoit Roi, fut un Royaume; 
4e iqtite we ^o^ voit da^$ les comoKitCQ* 



.;. Google 



■%li Fréskric I, 

vents j tantôt des Rots , tantôt des Docs de 

Hongrie , de Pologne , de Boh^aTe. ' 

Il pafîe en Italie : d*aborâ le Comte Pala- 
fin , & le Chancelier de l'Empereur , qu'il 
lie faut pas confondre avec le Chancelier 
de l'Empire » vont recevoir les ferments de 
plofieurs villes ; ces ferments éioient conçus 
en ces termes : Je jure d'être toujours fidèle i 
Monjeigneur V Empereur Frédéric contre tous fis 
tnneims , &c. Comme il était brouillé alorç 
pivec le Pape * à caufe de Taventure de$ 
(iégats à Befançon, il fembloit que ces fer* 
fnçiîts fuffent exigés contre le St. Sie^e. 

II ne paroît pas que les Papes ftiffent alors 
Souverams des terres données par P^in, 
par Charlemagne & par Otbon I. Les Com- 
miffaires de l'Empereur exercent tous les 
droits dii la Spurerainçté dans la marche 
tfAnçone. 

'Adrien IV envole de nouveaux Légats à 
l'Empereur dans Augsbourg , où il aflembls 
idti armée. Frédéric marche à Milan. Cette 
ville étoit déjà la plus puilTante de la Lont- 
}>ardie : & Pavie & Ravenne étolent peu 
de chofe en comparaifon : elle s'étoit rendue, 
libre dès le temps de l'Empereur Henri V ; 
ia fertilité de fon territoire j 0t fur-tout fit 
' liberté l'avoiept enrichie. 

A ftpprQÇhç de rEmperçur , elle çav9i4 



s^Googli: 



9IT Barbe R o u S S e; 13}' 
cflfrir de Targenc pour garder fa libertés 
Mais Frédéric veut l'argent & fa fujétion. 
La ville efl alliégée & fe défend. Bientôt 
. fes Confuls capitulent : on leur ôte le droit 
débattre monnoie & tous les droits régaliens. 
On condamne les Milanois à bâtir un Palais 
pour l'Empereur , à payer 9000 marcs d'ar- 
eent. Tous les habitants font ferment de 
hdélité. Milan , fans Duc & fans Comte> fiit 
£ouvernée en ville fujettei 

- Frédéric fait commencer à bâtir k nouveau 
Lodî fiu- la rivière d'Adda. Il donne de 
nouvelles loix en Italie , &■ commence par 
ordonner que toute ville qui Iranfgre^ra 
ces loix, paiera 100 marcs d'or; un Mar- 
quis 50, un Comte 40, & un Seigneur Châte- 
lain 10. 11 ordonne qu'aucun fief ne pourra 
fe partager. Et comme les valTaux , en prê- 
tant homntage aux Seigneurs des grands 
£efs, leur juroient de les fervir indininâe- 
ment envers & contre tous y il ordonne que 
dans ces ferments on excepte toujours l'Em- 
pereur : loi fagemeot contraire aux coutu- 
mes féodales de France , par lefquelles un 
vaffal étoit obligé de fervîr fon Seigneur en 
guerre contre le Roi: ce qui étoit , comme 
nous l'avons dit ailleurs , une )urifprudencc 
de guerres civiles. 

Les Génois & les Pifans avoîent depuis 
long-temps enlevé la Corfe & la Sardaigne 
aux Sanafins , k s'en difputoient encore la 



;, Google 



»j4. F B i u 1 » I c, ï, 

poffeâîon* C'efi une preuve qu'ils étf^eut 
uès-puiflants. Mais Fiédeùc , plus puiffaat 

Su'eux, «nvoie d«s Coaimiflaires dans (;e^ 
eux villes ; 8l parce que les Géacw l^ 
traverfent , il leur £ùt payer une amenda 
de mille marcs d'argent , & {çs empêche d^ 
continuer à forti^er Gènes. 

Il remet Tordre <laji5 les fieâ de la Corn* 
tefle Mathilde, dont les Papes ne pofledqient 
rien. Il les donne à un Guelfe, coufin du 
Duc de Saxe 8c de Bavière. On oui>lie la 
neveu de cette Comteffe , fils de l'Empereur 
Conrad , lequel avoir des droits iiir ces Jîefs. 
En ce temps. TUoiverfiié de Bologne « 
la première de toutes les Univerfites dç 
l'Europe , commençoit à s'établir , & i'Eufc' 
pereur lui donne des prlvilej^ 

IIÎ9. 

Frédéric I commençoit à être plus maîtr« 
en Italie que Charlemagae Se Otbon ne l'ait 
voient é^é ; il afFoiblii Te Pape en foutenant 
les prérogatives des Séna^urs dç Rome , & 
eocore plus en mettaot des troupes ep quar« 
lier d'hiver dftos Ces terres. 

Adrien I V, pour mieux ccaferver le teo^ 
porel , attaque Frédéric Barberouffe fur le 
ipirituel. Il ne s'agii plu& des ÎQveftitiires paf 
un bâton courbé ou droit , mais du fermèoïC 
que les Evêq^es jwêtMi à l'EiOipejeur, IJl 



^.C.oogli: 



BIT 6A|tBBROV5«B. 1)$- 

•sr^tï ceue ç^rémoaie de iâcrilege , & cspena 
dant fous main il excite les peuples, 

L^s Mila^eis prenoent cette oçcafîon de 
fecouvier im peu de liberté. Frédéric les ^t 

déclarer d^rtturs ^ tapemis de C Empire ; & 
par r Arrêt leurs biens font livrés au jûllage, 
^ leurs perfosnes k l'efclavage ; Arrêt qui 
leflemble plutôt à un ordre d'Attila qu*4 
iioe çonftitution d'un E,iapereur chrétien, 

, Adrien IV f*ifit ce teOT>s de trouble p<hif 
redemander tous les fiefs de la Comteffe 
Matbilde , le Duché âe Spolette , la Sardaigne 
•k la Corie. L'Empereur ne hti donne rien. 
It affile Q^qw , qui avoit pris le parti de 
Milan , F^end Crème & la pille. Milan ref- 
pîra , & jouit quelque temps du bonheur dç 
(levoir fa liberté il ftui courage. 

iifio. 

Après la mort du Pape Adrien IV, lesCar» 
dinaux fe partagent. La moitié élit le Cardi- 
nal Roland, qui pr«»d le nom d'Alexandre III, 
eniienn déclaré de l'Empereur : l'autre choiât 
Oâavien, fon p^rtifan, qui s'appelle Viâor. 
Frédéric Bafberoufïëufant de Ces droits d'Em- 
pereur , indique up Concile à Pavie ,pour 
fuger entre les deux compétiteurs. Alexandre 
refufe de reooanoître ce Concile. ViÛof 
s'y prélèate. Le Concile juge en ia faveur, 
l^'Empereur lui baife les pieds & conduit fon 
cheval ççfmiue celui d'Adriçn. Il fç f9W9ettoi£ 



;, Google 



13^ FRÉDBR'iel; 

il cetre' étrange cérémonie pour être réelle- 
aient le maître. 

Alexandre Itl , retiré dans Anagni, excom- 
sinnie l'Empereur , & abfout fes fujets du 
ferment -de ndélité. On voit bien que le Pape 
comptoit fur le fecours des Rois de Naples 
& de Sicile. Jamais un Pape n'excommunia 
vn Roi fans avoir un Prioce tout prêt k fou-^ 
tenir , par les armes , cette hardiefle ecclé- - 
faftique : le Pape comptoit fur le Roi de 
Naples, 6e fur les plus grandes villes d'IuUe. 

Les Milanois provient de ces dîrilions. 
Ils ofent anaquer l'armée impériale à Caren- 
tia y i quelques milles de Lodi , 8t remponent' 
' une grande viâoire. Si les autres villes d'Ita- 
lie avoient fécondé Milan y c'éteit le moment 
pour délivrer à jamais ce bean pays da jou^ 
étranger. 

■ i6i. 

L'Empereur rétablit fon atmée 8e fes affai- 
res : les Milanois bloqués manquent de vivres, 
ïls capitulent. Les Confuls , & huit Cheva- 
liers , chacun Tépée nue à la main , viennent 
mettre leurs épées aux pieds de l'Empereur , 
à Lodi. L'Empereur révoque l'Arrêt qui can- 
damnoit les citoyens à la fervîtude , & qui 
livroit leur ville au pillage. Maïs à peine y 
eft-il entré le 17 de Mars , 'qu'il fait démolir 
les portes , les remparts , tous les édifice» 



.;,Coogli: 



BIT BaRSEKOVSSE: 137 
mblics, & on feme do iel fur leurs ruines, 
félon Tancien préjugé très- faux que le fel 
câ remblême de la Itérilité. Let Huns , lef 
Coths , les Lombards , n'avoieni pas alafi 
traité l'Italie. 

Les Génois, qui fe prétendoient libres^ 
-viennent prêter ferment de fidélité ; & en 
proteflant qu'ils ne donnercmt point de trï- 
sul annuel, ils donnent 1200 marcs d'argent. 
Ils promettent d'équiper une flotte , pour 
aider l'Empereur à conquérir la Sicile &. la 
Fouille ; & Frédéric leur donne en fief ce 
qu'on appelle la rivière de Gênes , depuis 
Monaco jufqu'à Porto- Venere. 

Il marche à Bologne, qui étolt confédérée 
avec Milan , il protège les collèges , & ùàt 
démanteler les murailles. Tout k foumet k 
fa puiflance. 

Pendant ce temps , l'Empire fait des con- 
quêtes daAs le Nord. Le Duc de Saxe s'em- 
pare du Meklenbourg, pays de Vandales > & 
y tranfplante des Colonies d'Allemands. 

Pour rendre le triomphe de Frédéric Bai^ 
beroufle comjplet, le Pape Alexandre III, 
fon ennemi , fuit de l'Italie , & fe retire ea 
France. Frédéric va à Befançon pour intimi- 
der le Km de France, & le détacher du partî 
li'Alexandre, 



;,■ Google 



4jg t R É D fe R ï d i; 

C*eft dans ce temps de Ta puiflance qu'il 
fomme les Rois dé D»Kmatck , de Bphem^f 
& de Hongrie , de veinr à fes ordres , Àonaet 
leur voix dans une lËéte centre un Papè^ 
Le Roi de Danemarck, Valdemar 1 , ^^t; 
îl fe rendit à Befançon. On dit qu'il n'y fit 
fermeiit dé ^délité que. peur te reAe de là 
Vandàlie qu'on abandoonoit à fes conquêtes; 
D'autres œfeBt qu'il renouveUa rficimniagë 
pour le Danertiarck. S'il e& ainfi , c'eft le 
dernier Roi de Danemarck qui ait fait hom- 
mage de foa Royaume à l'ËiH[»re. Et cette 
année 1461 devient par -là une grdiidé 
époquÀ 

l'Etnpereiir va à Mayence^ ;dont le penpiéj 

excité par ()es Moines , avoit maiTacré VAir 
x:tievéque ; il fait rafer les murailles de là 
Ville ; elles ne ftirent rétabBes que Iong-teni{ft 
aprèsj 

1*64' 

Èrfort , Èapltile de là "thurlngÉ , vîïlè" 
dont les Archevêques de Mayencé oiit {ftèr 
tendu ïa Seigneurie depuiï ôtho^ IV , ç^ 
ceinte de nuirailles > dans le temps ^ort 
détruit ceïlw de Mayenfce. 

EtabfiÂeniëtft de là foctétf de« tailles anfôa^ 
tiques.. Cette nnidii aroit cûtertrenté jrâr 
Hambourg SiLubeck , qui faifbieni quelque 
négoce , à l'exemple des villes maritiiues d6 



■ îiU:;,. Google 



ri 



iSti S A R B E R Ô V s & K, 

i*ttalie. EHes fe ten^itetit hietitôt utiles 
*uiffanres , en foflrniffant du moîtii le riécef- 
îaire an Nord de l'Aliefflagne. Et dtpùis^ 
iorfque Luteck ^ qui appartenoit ^u faifiéûk 
Henri le Lion , & qu'il fortifia, fut déclarée 
ville impériale par Frédéric fiarberoulTe , JSc 
la première des villes maritimes ; lorfqu'elle 
eut le droit de l)atrre motuibie , cette rnoo'^ 
iRoie itit la meilleure de toute's , Aitis tes payï 
t>ù l'tin n'en av^oit frappé jufqu'alorï qu'à uH 
irês-bas titre. De-Iâ vient , â ce qu'on a tra , 
i^itgtnt Jlirling. ÎDe-là vient qUe Londres 
tbriipta par une livre frérliMg , quand elld 
fe !tùt affodée aux Villeis anféatiques^ 

Il arrive à l'Empereur ce qui étciîl arriva 
i tous fes prêdècelTeurs : on fait contre lui 
fles ligues en hdie , tandis qu^d eft eii Alle- 
inagne. Ronie fe ligne avec Vénife [iar te^ 
foins du Pape Alexandre Ilï. Venife impre- 
trable par fa fituarion , éloit rddOutatle pa^ 
Ifon opulerfce; elle avoit acquit cTé grandes 
richefles dans les Croifades , auxq'ttèlles lès 
Vénitiens n'avoienf fufqo'alors pris part qu'en 
négociants habiles. 

Frédéric Tetourtie eti Italie , à ravage ïé' 
Véroftois qui étbit de la ligue. Son Pape 
Viftor meurt. Il en fait facrer un autre , aif 
Àiépris de toutes les loix , par un Evêque de 
liège. CetùfarpateurprendlenomdePafcaT.- 

La $afdaigne étoît àlbn gouvé;^née pif 



;,■ Google 



Ï40 Frédéric I^ 
^atre Baillifs. Un d'eux, qui s'jtoit eorichî; 
vient demander à Frédéric le titre de Roi g 
te l'Empereur te lui donne. Il triple par-tout 
les impôts , & retourne en Allemagne avec 
afliez d'argent pour (c faire craindre. 

Diète de Vurtzbourg contre le Pape 
^Alexandre III. L'Empereur exige un ferment 
de tous les Princes & de tous les Evêques , 
de ne point reconnoîlre Alexandre. Cette 
diète elr célèbre par les députés d'Anjgletene, 

aui viennent rendre compte des droits du 
oî & du peuple , contre les prétentions d« 
l'Eglife de Rome. 

Frédéric , pour donner de la confîdératîon 
k fon Pape Pafcal , lui fait canonifer Charle- 
magne. Quel Saint , & quel faifeur de Saints 1 
Aix-la-Chapelle prend le titre de la Capitale 
de l'Empire , quoiqu'il n'y ait point en effet 
de Capiule. Elle obtient le droit de battre 
monnoie. 

ii6â. 

Henri le lion , Duc de Saxe âc de Bavière,' 
ayant augmenté prodigieufement fes Domai' 
nesi l'Empereur n'eA pas façhé de voir une . 
ligue en Allemague contre ce Prince. Ua 
Archevêque de Cologne , hardi & entrepre- 
nant , s'unit avec pluHeurs autres Evêquesy 
avec le Comte Palatin , le Comte dé Thu- 
linge & le Marquis de Brandebourg. Oa fait 



;, Google 



» 1 1 Ë A A * fTsTô M S s"ê; »4f 

Hârtri le Lion une' guerre firrglante. UEitip«*^ 
Ireitr les laiJle ie battre & paffe en îtalié. 

iiè?. : ..^ ■, 

Les Pifans Se les Génois plaident à todl 
devant TËiiiperenr > poûrlâ pofleffion de la 
Sardaignei & ne l'obtieniient ni les -uns ni 
les autres^ 

Frédéric va mettre ii contribution la Peft' 

tâpole ; fî roleoitiéllement cédée aux Pap^ 
par tant d*EiïipereUrs & panimoines incon* 
teftebles de TEgllfe. ' 

La ligué de Veiiiré & dé ilome , & 4â- 
haine que ]<' pouvoir deTpotiqiie de Frëderîo 
infpire, engagent Crémone, Bergaihe, Bref-^ 
ciai Mantoue, Ferrare Se d'autres villes à 
s'unir ïvêc les Milanois. Toutes ces villes 8t 
les Romains ^ prennent eii'iAême temps les' 



Les-RotiMiiits atta<titeât ^ vert TdrcuhiM J: 
iine partie de l'i^mée impériale. Elle éttùi- 
commandée par un Archevêque de Mayence^ 
frès-célebre alors y iiomnié Chriâîern , '8e 
par un Archevêtjue de Colognfei/C'étoit uti' 
Ipeflacle rare de Voir ces deux Prêtres eii-* 
tonner une chanfon allemande pour animei^ 
leurs troupes au combat. . ' ■ 

Mais ce qui niarquoit bien la décadeiitië- 
4e Rome y c efl que les AUeiiiands , dix feià. 
Nmr. Mil. Tom. XV. ^ 



;,■ Google 



X4» F » * Dr» * < P li c 

mpios. nombreux, <U&^ent..e()tiéreinnnt le< 
Roinaitii. Frédéric marche alqi> d''4ncaae i 
Rome ; il attaque , ïl brûle ta ville LéoDÎne ; 
& l'Eglife de St. Pierre eft prefque confuméc. 

Le. Pape Alex^dre s'enfiiit à Bénévent. 
(.'Empereur ^ fait couronner avec Ilmpéra- 
trlce Béatriz , par fon Anti - Pape Pafcal , 
dans les ruines de St. Pierre. 

De-là Frédéric .revole contre les villes 
coofiédéré^f..: L^ .contagion .qui défole Coa 
armée , les met pour quelqueteu^ps en Hireté. 
Les troupes allemandes , viâorieuiès des 
Romains , étoiept.-fouvent vaincues par 
limsmpcr^pce & par la chaUur 4^ climat, r 

• Alexandre III .^çwe, le fecrei de mettre i 
1^ fois dans^fpiii pa^ti, EmaDuei,j|mpereuE 
des Grecs , & Guillaume , Roi de Sicile ^ 
ennemi naturel des Grées; tant on croyoît 
ri^^érêi coqmHn^df fis r4pniç,.<;flç^,éfr- 

KçrOJlffe. . .. .^,-..J:.:.. ■-']■:■: 

' En ç itiifTa^ices envoient 911 
^pe di Jqufs^ troupes. L'Em- 
pereur, iriçéetrèsT-^iminuëCi. 
voit les ir )eurs mura,illes foui' 
iés y«ii3 Me la Lômbaidie ççmi 
jurée ci retire vers le Comté 
de Maurtepne. Les Milanois ,: ephardis , le 
^urfuivent.<)^fl#>s noWsnes* 11 échappa 



;, Google 



DltBARBEROtTSSe; «4^ 

à graod'peine , & (e retire en AUàce , taD<lû 
que te Pape rexcoaimuiiie. 

L'Italie refpire par fa retraite. Les Milanais 
fc fortifient. Ils bâiiffeat aux pieds des Alpe> 
la ville d'Alexandrie i l'honneur du Pape. 
C'eft Alexandrie de la paille , ainfi nommée « 
à caufe de fes maifonnettes couvertes de 
chaume , qui ta diftinguent d'Alexandrie , 
fondée par le vétitable Alexandre. 

.. En cette année* Lunebourg commence à 

devenir une ville. 

L'Evâque de Vurtzt>ourg obtient la jurîf- 
diâion civile dans le Duché de Franconie>' 
C'eft ce qui fait que fes fuccefteurt ont eu ta 
direâion du cercle de ce nom. 

Guelfe ,' couiin germain du fameux Henri 
le lion , Duc de Saxe & de Bavier^ » légua 
en inourant , i l'Empereur , te Duché dd 
Spoteite > le Marquifat de TcMfcane , avec fer 
droits fur ta Sardaigne , pays réclamé par 
tant de compétiteurs « abandonné k luî-mâme 
& à fes Baillis , dont l'un fe diibit Roi. 

1169. 

Frédéric fait élire Henri , fon ûU aîné ^ Roî 
des Romains j tandis quHl eft prêt ^ perdre 
pour jamais Rome 4c l'Italie. 

Quelques mois après 11 fait élire (oa f«««AA 



;, Google 



^44 F-R i O E R I C t,' 

6ls, Frédéric , Duc d'Allemagne, 8t Inî 
aiïure le Duché de Suabe : les auteurs étran- 
gers ont cm que Frédéric avoit donné l'Atle- 
inagne tbùete à fon (îls , mais ce n'était que 
l'ancienne Allemagne , proprement dite; II 
n'y avoit d'autre roi de la Germanie , nom* 
mée Allemagne , que FEmpereur. 

1170. 

Frédéric n'eâ plus reconnoiffabte. Il négo- 
cie avec le Pape au lieu d'aller combattre. 
Ses armées 8c fon tréror étoieni donc 
diminués. 

Les Danois prennent Stettin. Henri le lion, 
au lieu d'aider l'Empereur à recouvrer l'I ta* 
lie» £e croiie avec Tes Chevaliers Saxons pour 
«lier fe battre dans la Palefiiue. 

1171. 

Henri le lion , trouvant une trêve établie 
«n Aûe , s'en retourne par l'Egypte. Le Sou- 
dan voulue étonner l'Europe par fa magni- 
iicence & fa générofiié : il accabla de préfents 
le Duc de Saxe & de Bavière : & entre 
autres , il lui donna quiiue cents chevaux 
Arabes. 

1171. 

L'Empereur aGefflbIc enlîn une diète i 
Vorms , & demande du fecours à TAlle- 
magne , pour ranger l'Italie fous ia puifr 



;,C.oogli: 



vxtt Barbirovsse; 14^ 

Il commence par envoyèrune petite armée, 
commandée par ce même Archevêque de 
Mayeace , qui avoit battu les Romains. 

Les villes de Lombardîe étoient confédé- 
rées , mais jaloufes les unes des autres. Luc- 
anes étoit ennemie mortelle de Pife ; Gênes 

I étoit de Pile & de Florence ; & ce font ces 
diviiioas qui ont perdu à la fin l'Italie. 

I17Î. 

/ 

L'Archevêque de Mayence , Chriftiern i 
réuflit habilement à détacher les Vénitiens 
de la ligue. Mais Milan, Pavie, Florence , 
Crémone , Parme , Bologne / font inébran- 
lables f & Rome les foutient. 

Pendant ce temps , Frédéric eft obligé 
d'aller appaifer dés troubles dans la Bohême. 

II y dépoflede le Roi Ladillas , & donne la 
régence au fils de ce Roi. On ne peut être 
plus abfolu qu'il l'étoit en Allemagne , & 
plus foible alors au delà des Alpes. 

1174. 

Il palTe eniîa le Mont - Cenis. II afiiege 
cette Alexandrie , bâtie pendant Ton abfence , 
& dont le nom lui étoit odieux ; & commence 

{>ar faire dire aux habitants que s'ils ofent 
b défendre , oa ne pardonnera ni au fexe 
ni à l'enfance. 

S3 



;,■ Google 



f4$ F R É D ■ K I C, I; 

1175- 

Le» AlMandriB» fecourus par les ville» 
confédérées , fortenl fur les Impériaux , 8c 
les battent à l'exemple des Milanois. L'Em- 
pereur, pour comble de difgrace , efi aban- 
donné par Henri le lion , qui fe relire avec 
ies Saxons « très - îndtfpofé contre Barbe- 
rouiTe , qui gardoit pour lui les terres d« 
Mathilde. 

II fembloit que Iltalie atlott être libre pour 
jamais. 

1 176. 

Frédéric reçoit des renforts d*AIlemagae. 
L*Archevêque de Mayence eft i l'autre bout 
de l'Italie , dans la marche d'Ancone , avec 
Jes troupes. 

La guerre eft poufl'ée vivement des deun 
côtés. L'infantene milanoife, toute armée 
de piques , dé&t toute la Gendarmerie Imp^ 
ri'ale. Frédéric échappe à peine , pourfuivi 
par les vainqueurs. Il fe cache j & fe fauve 
enfin dans Pavie. 

Cette vtâoire fut le lïgnal de la liberté des 
Italiens « pendant plufieurs années : eux feula 
alors purent fe nuire. 

_ Le fuperbe Frédéric prévient enfin & fol- 
lîcite le Pape Alexandre , retiré dès long- 



;,C.oogli: 



Dit Bar 8 ER 6 US S e; 147 

(«mps dans Anagnia , craignaitt égaieitient 
les Romains qui ne rouloient point de maître, 
tt l'Empereur qai Touloit l'être. 

Frédéric toi offre de Taider à dominer dam 
Rome t de lui reftituer le patrimoine de St. 
Pierre, & de lui donner une partie des terrés 
de la ComtelTe Mathilde. On aflemble un 
congrès à Bologne. 

1177. 

Le ï^pe fait transférer le congrès i 
Venife , où il' le rend fur les vailTeaux du 
Roi de Sicile. Les AmbalTadEurs de Sicile « 
& les députés des villes Lombardes , y arri- 
Tenttes premiers. L'Archevêque de Mayence^ 
Chrilliern, y vient conclure la,paix. 

Il eft difficile de démêler comment cette 
paix , qui devoit alTurer le repos des Papes 
& la liberté des Italiens , ne fut qu'une trêve 
de ûx ans avec les villes Lombardes, fie 
de quinze ans avec la Sicile. Il n'y fut pas 
quenion des terres de ta ComtelTe Mathilde , 
qui avoient été la bafe du traité. 

Tout étant conclu , ^Empereur fe rend i 
Venife. Le Duc le conduit dans fa gondolé 
à St. Marc. Le Pape l'attendoit à la porte , 
la tiare fur la tête. L'Empereur , fans man-'' 
teau , le conduit au chœur, une baguette de 
bedeau à la main. Le Pape prêcha en Latin, 
que Frédéric a'emendoit pas . Après le fermon^ 
Q!4 



;, Google 



^48 Frédéric I; 

rEmpereor vient baiier les pieds ijii Pipe ) 
communie de fa main , conduit fa mule daas 
]a place St. Marc , au fcHtir de l'Eglife ; Se 
Alexandre III s'éciioit: Ditu a voulu qu'un 
vifiliard $■ us Prêtre triomphât d'un Empereur 
fuiffant & terrine. Toute l'Italie regarda 
Alexandre lU comme fan libérateur & foa 
père. 

La paix fut jurée fur les Evangiles par 
douze Princes de l'Empire. On n'écrivoit 
guère alors ces traités. 11 y avoît peu de 
daufes ; les ferments fuiEfoient. Peu de Prin< 
ces Allemands favoient lire & figner , & on 
ne fe fervoit de la plume qu'à Rome. Cela 
reiTemble aux temps buvages qu'on appelle 
lléroïques. 

Cependant on exigea de l'Empereur un 
«ôe particulier , fcellé de fon fceau , par 
lequel il promit de n'inquiéter de fix ans 
les villes d'Italie. 



Comment Frédéric Barberoufle ofoît-îf, 
«près cela , palTer par Milan , dont le peuple , 
traité par lui en efclave , l'avoit vaincu î 
Il y alla pourtant en retournant eo Alle- 
magne, 

D'autres troubles agitoient ce vafie pays « 
gHerricr , pui0àat & malheureux i dans leqiiM 



;, Google 



DIT Barbekousse: 149 
il n'y avoù pas encore une feule ville com- 
parable aux médiocres de l'Italie. 

Henri le lion , maître de la Saxe & de la 
Bavière, &i{bit toujours la guerre â plafieurs 
Evêques y comme TEmpereur Tavoit {aïte au 
Pape. II fuccomba comme lui , & par l'Em- 
pereur même. 

L'Archevêque de Cologne , aidé de la 
moitié de la Veftphalie, l'Archevêque de 
Magdeboui^ , un Evêque d'Haiberfladt , 
«toieot opprimés par Henri le lion y & lui 
faifoient tout le mal qu'ils pouvoient. Pr«f- 
^ue toute t'AUemagoB embraile leur parti. 

1179. 

Henri le lion eft le quatrième Duc de 
Bavière mis au ban de l'Empire dans la diète 
de Goflar. 11 falloit une puiOante armée pour 
mettre l'Arrêt à exécution. Ce Prince étoit 
plus puiflani que l'Empereur. II commandoit 
alors depuis Lubeck jusqu'au milieu de la 
Veftphalie. II avoit , outre la Bavière , la 
Stirie 8e la Carinthie. L'Archevêque de Colo- 
gne , fon ennemi , eft chargé de l'exécution 
ou ban. 

Parmi les valTaux de l'Empire, qui amènent 
des troupes à l'Archevêque de Cologne , on 
voit un Philippe , Comte de Flandre , ainfi 
qu'un Comte de Hainaut, & un Duc de Bri- 
sant , &c. Cela pourroit faire croire que la 



■ iiiz^:;,. Google 



kfô ffRÉDIRIC I, 

Flandre, proprement dite , fe regardoit tou- 
jours comme membre de TEmpire , quraqti* 
Pairie de la France , tant le droit féodal traî- 
Boit après lui d'incertitudes. 

Le Duc Henri fe défend dans la Saxe; il 

frend la Thuringe , il pretid la Heffe , il bat 
armée de TArchevêque de Cologne. 

La plus grande partie de l'Allemagne eA 
ravagée par cette guerre civile « effet natu- 
rel du gouvernement féodal. Il eft même 
étrai^e que cet effet n'arrivât pas plus fou- 
vent. 

1180. 

Après quelques fuccès divers , l'Empereur 
lîem une diète dans le Château de Gelnhau- 
feo^Ters le Rhin. On y renouvelle, on y 
confirme la profcriplion de Henri le lion. 
Frédéric y donne la Saxe à Bernard d'Anhalt, 
£ls d'Albert l'ours , Marquis de Brandebourg. 
On lui donne aufTi une partie de la Veflpha- 
lie. La maifon d'Anhalt parut alors devoir 
être la plus puiflante de l'Allemagne. 

La Bavière efl accordée au Comte Othon 
de VileUbaçh , chef de la Cour de juftice de 
l'Empereur, C'eft de cet Othon Vitetsbach 

3ue defcendent les deux mailbns éleâoralefi' 
e Bavière, qui régnent dé nos jours après 
tant dé malheurs. Elles doivent leur grandeur 
à Frédéric Barberouffe. 



;,C.oogli: 



DIT BARBCROUSii: iji 
Dès que Cfs Seigneurs furent inveftis , 
chacun tombe fur Henri le lion ; & l'Empe- 
reur le met lui-même à la tête de l'armée. 

1181. 

On prend, au Duc Henri, Lunebourg; 
dont il étoit maître ; on attaque Lubeck , 
dont il étoit le proteâeur ; & le Roi de 
Danemarclc , Valdemar , aide l'Empereur 
dans ce lîege de Lubeck. 

Lubeck , déjà riche , & qui craignoit de 
tomber au pouvoir du Danemarck , le donne 
à l'Empereur, qui la déclare ville impériale. 
Capitale des villes de ta Mer Baltique, avec 
la permilEon de battre monnoîe. 

Le Duc Henri ne pouvant plus réfifter ^ 
va Te jeter aux pieds de l'Empereur, qui lut 
promet de lui conferver Brunfvick & Lune- 
bourg : reile de tant d'Etats qu'on lui 
enlevé. 

Henri le lion paiTe k Londres avec ia 
ièmme , chez le Roi Henri II , Ibii beau- père. 
Elle lui donne un £ls nommé Othon; c'ett 
le même qui fut depuis Empereur , fous le 
nom d'OihonlV; & c'eft d*un frère de cet 
Othon IV, que defcendent les Princes qui 
régnent aujourd'hui en Angleterre. De forte 
que les Ducs de Brunfvick, les Rois d'An- 
gleterre , les Ducs de Modene > ont tous 



;, Google 



ij» F R Ê D E R I C t; 

une origine commune > & cette origine eft 
Italienne. * 



L'Allemagne eft alors tranquille. F^^deric 
y abolit pluueurs coutumes barbares , entr'au- 
très, celle de piller le mobilier des morts ; 
droit horrible, que tous les bourgeois des 
villes exerçoient au décès d'un bourgeois , 
aux dépens des héritiers , & qui" caufoit tou- 
jours des querelles fanglantes , quoique le 
mobilier fût alors bien peu de chofe. 

Toutes les villes de la Lombardie jouif- 
fent d'une profonde paix , & reprennent la 
vie. 

Les Romains perfîftent toujours dans l'idée 
cle fe fouftraire au pouvpirdes Papes, comme 
à celui des Empereurs. Ils chalfent de Rome 
' le Pape Lucius III , fuccefleur d'Alexandre. 

Le Sénat eH le maître dans Rome. Quel- 
ques Clercs, qu'on prend pour des efpions 
du Pape Lucius III , lui font renvoyés avec 
les yeux crevés ; inhumanité trop indigne 
du nom Romain. 

1183. 

Frédéric I déclare Ratisbonne ville impé- 
riale. 11 détache le Tirol de la Bavière j 
ïl en détache auffi la Stirie , qu'il érige en 
Duché. 



;,C.oogli: 



DIT BARBEitOUSSE. 15} 

Célèbre congrès à Plaifance le 30 Avril, 
entre les Commiffaires de l'Empereur & les 
députés de toutes les villes de Lombardie. 
Ceux de Venife même s'y trouvent, ils con- 
viennent que l'Empereur peut exiger de fes 
vaflaux d'Italie le ferment de fidélité ; & qu'ils 
font obligés de marcher à ion fecours , en cas 
qu'on l'attaque dans fon voyage à Rome, 
qu'on appelle l'expédition romaine. 

Ils ilipulent que les villes & les vaOaux 
ne fourniront à l'Empereur , dans fon paf- 
fage , que le fourrage ordinaire , & les pio^ , 
vifîons de bouche pour tout fubfide. 

L'Empereur leur accorde le droit d'avoir 
des troupes , des fortifications , des tribu- 
naux qui jugent en dernier refî'ort » jufqu'à 
concurrence de cinquante marcs d'argent ; & 
Dulle caufe ne doit être jamais évoquée ea 
Allemagne. 

Si dans ces villes l'Evêque a le titre de 
Comte , il y confervera le droit de créer les 
Coafuls de fa ville épifcopale ; & fi l'Evêque 
n'eft pas en poâeJuon de ce droit , il eO: 
réfervé à l'Empereur. 

Ce traité » qui rendoit l'Italie I^re foai 
un chef, a été regardé long-temps , par les 
Italiens, comme le fondement de leur droit 
public. 



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>f 4 PRÊDt^lC I, 

Les Marquis de Malafpina & les Comtet 
ie Crème , y font fpécialement nommés » 
& l'Empereur traniige avec eux comme avec 
les autres villes. Tous les Seigneurs des fiefs 
j font compris en général. 

Les députés de Veniiê ne ûgnerent i ctt 
traité que pour les fiefs qu'ils avoient daas 
te continent ; car pour la vtUe de Veoife , ell« 
ne mettoit pas fa liberté Se fon indépendance 
en compromis. 

1 1 84. 

Grande dicte à Mayence. L'Empereur y 
&it encore recoanoître fon fils Henri , Roî 
des Romains. 

Il arme Chevaliers fes deux fils , Henri Se 
Frédéric. C'eft le premier Empereur qui ait 
&it ainli fes fils Chevaliers > avec les cété* 
nonies alors en ufàge. Le nouveau Cheva- 
lier faifoit la veille des armes , enfuite on le 
mettoit au bain ; il venoit recevoir Taccol- 
lade St le baifer en tumque ; des Chevaliers 
lui attacboieat fes éperons ; il offroit fon épée ' 
à Dieu ^ aux Saints ; on le revêtoit d'une 
fpjtoge i mais ce qu'il y avoit de plus 
bizarre , c'eft qu'on lui fervoit à dîner , fans 
qu'il lui fût permis de manger & de boire. 
Il lui 4toic auffi défendu de rire. 

L'Empereur va à Véron^ ^ pu le Paptf 
Lucius UI t toujours chalTé de, Rome , ét<û^ 



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BIT BARSftKOU$$E. t^t 

fctiré. Od y tenoit un petit Concile, U ne 
fut pas queuioa de rétaolir Lmcïhs i Rome. 
On y traita la grande querellé des terres de 
la Comteffe Mathilde , & on ne convint de 
riea ; aulB le Pape reÂifa-t-it de couronner 
Empereur , Henri £ls de Frédéric. 

L'Empereur alla le faire couronner Rtd 
d'Italie à Milan, Se on y apporta Iji couronne 
de fer de Monta. 

ïiSy. 

Le Pape , brouillé avec les Romains, eft 
aflez imprudent potu* fe brouiller avec l'Efli- 

Eereur , au Atjet de ce dangereux héritage de 
lathilde. . 

■^ Va Roà dfl Sardaïgne cbiunande les troa- 
pes de Frédéric Ce Roi de Sardaïgne e& la 
fils dC' ce Ba^lti tjai avoit acheté ie titre de 
Roi. Il fs ^âtde epielques villes , dont lef 
fepes ëtoientemore ea poffdlwn. Lucius lU^ 
ji|fe^e dépouillé de tout, meurt:, à Véroles 
& Frédéric,. vaÎBqueur du Pape., ae pei4 
pourtant être fouverain dans Rome. 

1186. 

L'Empereur marie à Milan , le 6 Février^ 
fon lîls le RcH Henri , avec Confiance de 
Sicile, fille de Roger II, Roi de Sicile & 
4e,Naples , & petite>fille de Roger I du nom. 
£lle ëtoit héritière préfomptive de ce beaot 



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IJÔ F R Ê D B R t C I, 

Royaume : ce mariage fut la fource des plus 
grands & des plus longs malheurs. 

Cette année doit être célèbre en AIIc 
magne ^ par l'ufage qu^introduifît un Evêqus 
de Metz , nommé Bertrand , d'avoir des 
ucbives dans les villes , & d'y conferver 
les aâes dont dépendent les fortunes des par- 
ticuliers. Avant ce temps-Eà , tout fe iàifoit 
par témoins feulement , & prefque toutes 
les conteâatioos fe décidoieot par des com- 
bats. 

1187. 

la Peméranie^ ^i après avoir appartenu 
aux Polonois t étoit vaitale de l'Empire , & 
qui lui payoit un léger tribut , efi fubjuguée 
par Canut , Roi de Danemarck , & devient 
valTale fdes Danois. Slefvich , auparavant 
relevant de l'Empire , devient un Duché du 
Danemarck. Ainfi ce Royaume , qui aupara- 
vant relevoit lui-même de l'Allemagne , Ijp 
été tout d'un coup deux provinces. 

Frédéric Barberoufle , auparavant fi grand 
& fi puiffant , n'avoit plus qu'une ombre 
d'autorité en Italie , & voyoit la puiâknce de 
l'Allemagne diminuée. 

Il rétablit fa réputation , ett ConfervAit là 
couronne de Bohême à un Duc ou à un Roi 
que fes fujets venoiem de dép<^er. 



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bit BARBEïiotjssÉ; i^y 
iLes Génois tâtiflent un Fort à Monaco « 
Ce font Tacquifition de Giv'u 

Grands troubleit daris- la Savoie. L'ElUpe'' 
^eur Frédéric i'e déclare contre le Comte de 
Savoie i Se détache plufieurs fiefs de ce 
Comté , entre autres , les Evêchés de TuriA 
& de Genève. Les Evêques de ces villei 
deviennent Seigneurs de l'Empire. De- là les 
querelles perpétuelle^ entre les £v£<^es St. 
les Comtes de Genève. 

ii88. 

Satadin, te plus grand hb'm nié de Ton temps^ 
byant repris Jéru^lem fur les chrétiens, lé 
Pape Clément tll fait prêcher une houvelltf 
, Croifade dans toute rÉuropë. 

Le zèle des Allemands s*àllunia ; on à péihé 
à concevoir les motifs qui déterminèrent 
l'Empereur Frédéric à marcher vers la Palef- 
tine, & à renouveller , à l'âgé de foixante- 
limt ans , des entrçbrtfes dOnt un Prince figé 
devoit être défabulé. Ce qui caraâérîfe ces 
temps-là , c'eft qu'il envoie un Comte de 
l'Empire à Satadin « pour lui denlander ent 
cérémonie Jérufaletii & la vraie croix, Céttd 
vraie croix étoît inconteftablertient une trèss 
^ulTe relique ; & cette Jérufalem étoit une 
ville très-miférable : mais il falloit flatter lé 
fanatifnié abfurdé des peuplés^ 

On voit ici un fîngulier exëtilple àê 



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l-jj t R i D E à î C t, 

Pefprît du temps. ïl étoit à craindre qae Henri 
le lion* pendant rabfence de l'Empereur , 
ne tentât de rentrer dans les grands Etats dont 
il étôit dëpouiUi^ i on lui m jurer qu'il ne 
ferait a'ucune tentative pendant la guetra 
6inte. 11 jura , & on fe 6a à fon ferment. 

1189. 

Frédéric Bârberouffe, avec fon fils Frëderïe 
Duc de Suabe^palTe par l'Autriche 81 par 
la Hongrie avec pluS de cent mille Croifés. 
S'il eut pu conduire à Rome cette armée de 
Volontaires , il étoit Empereur en effet. Les 
premiers ennemis qu'il trouve , font les chré- 
tiens Grecs de l'Empire de Conftantinople* 
Les Empereurs Grecs & les Croifés avoient 
eu à fe ptaindre en tout temps les uns des 
'autres. 

L'Empereur de Conftantînople étoit Ifaaô 
l'Ange. Il refufe de donnetle titre d'Empereur 
i Frédéric , qu'il ne "regarde que comme un 
Roi d'Allemagne ; il lui fait dire que , s'il 
, Veut obtenir le paffage , il faut qu'il donne 
des otages. On voit dans les conftitutioni 
de Goldaft les lettres de ces Empereurs, 
ifaac l'Ange n'y donne d'autre.tirre à rréderic 

3ue celui d'Avocat de l'Eglife romsirte. Fré- 
eric répond à l'Ange qu il eft un chien. Et 
après cela on s'étorire des épittlStss que ft 
^nnent les héros d'Homère dans des temps . 
encore plus ht^roïques I 



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bit Barbërgvsséi k||9 
1190. 

JFréderic s'étaht frayé. JJé.pafla^e à iliaïft 

armée , bat le Sultan <ncâniuin ; il preiid fà 
ville ^ il paflTe le mont Taurus , & meurt dé 
iMatadi« apfct Ot vi^oire , laifTant une répu'- 
Cation célèbre d'inégalité & de grandeur ^ Si 
iiac mémoire chère à rAUsmagne plus du'i 
fltalie. 

On dit qa*il fut erttet*é à "tyr. On igrtôrè 
eu eA la cendre d'un Empereur qui &t tttni 
ie bruit pendant (a. vie ■ Il faut que Tes fiiccis 
dans l'Alie aient été beaucoup raolns. iblides 
Qu'éclaïadts : car il ne réftciit à (ba fils Fré^. 
derk de Simbe , qu'une airinléâ. ^environ fâpt 
à huit mille combattants , dé c^nt milld 
i^u'eHe étt>k es arfivMh 

Le fils ffloumt bientôt dé maladie côinitié 
le père « & il ne dÈineura en Ade qiJe Léopol^ 
£}uc d'Autriche , a.Vee quelques Chçvaliersi 
C'eft ajnû qite ic tefmiùoit chatiac Gmii* 
&d«. 



Kl 



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A«0 .■■■■:.. . 

HE N R I VI, 

yiNGT-TROISIEMË Em P ÉR Ejftii 
II9O* 

XIenri Vt, déjà deux fois KÈôAiiu & 
Êotironné du vivant de fon père , ne reiiDu- 
ffûïps point tet appareil, 8t règne de plein 
droit. 

Cet ancien Duc de Sax6 & de Bavière; 
Ce po&fleur de -tant de villes , Henri le lion , 
«voit peu rëfpedé fon lerihent de ne pas 
percher à reprendre fon bien. Il étoit cféja 
entré dans le Hoiftein , ^1 avmt des Evâques , 
& fur-tout celui de Brème » dans fon parti. 

Henri VI lui livre bataille auprès de Ver^ 
clen , & ëfl vainqueur. Enfin , on fait la paix 
avec ce Prince , toujours [vofcrit, 8t toujtMiri. 
akmé. On lui laifle Brunfvick démantelé. H 
partage « avec le Comte de HoUtein , le titre 
de Seigneur de Lubecfc-^ qui -demeure tou- 
jours ville libre fous fes Seigneurs. 

X,*Empereur Henri VI , par cette vtâoira 
&par cette paixr^'^étant anermi en Allema- 
gne , tourne fes penfée» vêts l'Italie. Il pou- 
voit y être plus puiflant que Charlemagno 
& les Othons , poiïeifeur direâ des terres d* 
Mathilde , Roi de Naples & de Sicile , par 
ta. ieaaae , & fuzeiain de tout le relie. 



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H E N R 1 V ï. l^f 

. Il falloit recueillir cet héritage de Naples 
& Sicile. Les Seigneurs du pays ne vouloient- 
pas que ce Royaume , devenu floriiTant en 
fi peu de temps , fut une Province foumife 
à 1 Allemagne. Le fangde ces Gentilshommes 
François > devenus , par leur courage , leurs 
Rois Si. leurs compatriotes, leur étolt cher.' 
Us ^lifent Tancrede , fils du Prince Roger». 
& petit-fils de leur bon Roi Roger. CePrjncâ 
Tancrede n'étoit pas né du mariage reconnu 
pour légitime. Mais combien de bâtards 
^voient hérité avant lui de plus grands 
Royaumes ! la volonté des peuples & l'élec- 
tion paroifToient d'ailleurs le premier de 
tous les droits. 

L'Empereiir traite avec les Génois pour 
avoir une flotte , avec laquelle il aille dif- 
puter la Pouille & la Sicile. Des marchands 
pouvoient ce que TËmpereur ne pouvoit pas 
par lui-même. Il con£rme les privilèges des 
villes de Lombardie, pour les mettre dans fon 
'parti. Il ménage le Pape Céleftin III ; c'étoit 
lui vieillard de quatre-vingt-cinq ans , qui 
n*étoit pas Prêtre. Il venoit d'être élu. 

Les cérémonies de l'intronifation des Papes 
étoient alors de les revêtir d'une cbappe 
rouge dès qu'ils étoient nommés. On les con- 
duiîoit dans une chaire de pierre qui étoic 
percée ^ & qu'on appelloit fiereorarlfim i 



■.Googk 



enfuite dans une chaire de porphyre , tar 
laquelle on leur donnoit deux clefs , celle 
de FEglile de Lanan , Si celle du Palais ^ 
origine des armes du Pape : de-là , dans une 
Iroiâeine chaire, où on hit donnoit une ceia* 
ture de foie , & une bourfe « dans laquelle il 

?avoit douze pierres fembtablei à celles de 
éphod'du Grand-Prêtrç des Juifs. On nç fait 
pas quand tous ces uf^ges ooi commencé. C». 
lût ainfi que CéleÛin fut intronifé avaat 
d'être Prêtre, 

L'Empereur étant venu à Rome , le Pap» 
fe fait ordonner Prêtre la veille de Pâque , 
le lendemain fe faitfacrer Evêque, lefurlen-^ 
demain facrç l'Empereur Hçnri VI avec llm^ 
pératrice Confiance. 

Roger Koved, Anglois, eft te feul qui 
fapporte que le Pape pouita d'un ccHip dei 
pied la couronne dont on devoit orner 
rEmpereur , 9c que les Cardinaux la rele-; 
vercnt. It prend cet accident pour une céré^ 
]nonie. Oa a cru aulS que c'étoit une marque 
d'un <»'gueirau$i brutal que ridicule. Ouïe 
Fape éioîi «a enfance , ou l'aventure n'eft 
P^s vraie, 

L'Empereur , pour fe rendre le Pape ftvfr.- 
rable dans Ton expédition de Naples Se d*- 
^icile, luirendi'ancienne viUedeTufculum.. 
l^e Pape la rend au peuple romain , dont 1^ 
fiOi^Y^r^^I^nt muDiçipal (ubO^oit tquJ0Mf|^ 



^.C.oogli: 



H 1 N R I V I. lie!} 

Les Romains la détruifent de fond en comble.. 
Il femble qu'en cela \e'- Romains euflcfnt pris 
l'eCprii deftruâeur des Goths & des Hérules 
habiiués chez eux. 

Cependant le,vieu;c Céleftîn UI, comme 
fuzerain de Naples Se de Sicile y craignant 
un vafTal puiiïant qui ne -voudroit p3s être 
vafTal , défend à l'Empereur cette conquête; 
défenfe non moins ridicule que le coup de 
pied à la couronne , puifqu'il ne pouvoit 
empêcher l'Empereur de marcher à Naplet» 

. Les maladies détruifent toujours les trou- 
pes Allemandes danï les pays^çhauds St aboiv 
dants. La moitié de l'armée impériale périt 
fut le chemin de Naples. 

Confiance , femme dé l'Empereur « ejjt 
pvrée dans Salerhe au Roi Tancrede , qui 
hk renvoie généreufement à fon époux. 
1191. 

L'Empereur diffère fon entreprife fur 
Naples & Sicile , & va à Vorms. Il fait un 
de fes frères, Conrad» Duc de Suabe, Il 
donne à Philippe , fon autre frère , depui^ 
Empereur, le duché de Spolette , qu'il Ôt« 
à la mailbn des Guelfes. 

Etabliffement des Chevaliers de l'ordre 
teutoaicjue , deftinés auparavant à fervir les 
malades 4an$ la Paleiline. devenus depiùi 
R4 



;, Google 



*$4 HE H R T V II 

conquérants. La première maifon qu'Us oat 
en Allemagne eft bâtie à Cohlentz. 

Henri le lion renouvelle fes prétentions 
& les guerres. Il ne pourfuit rien fur la 
Saxe y nen fur U Bavière , il fe jette encorç 
fur le Holltcin , & perd tout c'e qui lui rcT- 
tQÎt d'ailleurs, 

En ce temps , le grand Saladin chaffoît 
tous les chrétiens de la Syrie. Richard , cAkt 
4e lion. Roi d'Angleterre > après des explgiis 
admirables & inutiles , s'en retourne comme 
)es autres. 11 éioit mal avec l'Empereur, il 
étoit plus mal avec Léopold y Duc d'Au- 
triche , pour une vaine querelle , fur un pré* 
tendu point d'honneur qu'il avoit eu avec 
(.éopold dans les malheureufes guerres 
d'Orient. Il pafle par les terres du Duc d'Au- 
triche. Ce Prince le fait mettre aux fers , 
contre les ferments de tous les Croifés , 
çqntre les égards dus i un R(m , coiure les 
ioijc de l'honneur âc des notions, 

. Le Duc d'Autriche livre fon prifonnierà 
TEmpereur. La Reine Eléoaore , femme dç 
Kichard , caur dt lion. , ne pouvant venger 
fon mari, offre fa rançon. On prétend que 
cette rançon fut de cet^t cinquante mille 
piarçs d'ai^enl. Cela feroit environ deux 
inillions d'écus d'Allemagne ; Se attendu la 

rareté i^ Vargeat & le prix des dcnréçs , 



^.C.oogli: 



H E N R I V I. ïtfy 

cette fomtne équivaudroit à quarante millions 
d'écus de ces temps-ci. Les Hiftoriens , peut- 
être , ont pris cent cinquante mille marques, 
marcas j pour cent cinquante mille marcs, 
demi-livres. Ces mépriles font trop ordinaî- 
Tes. Quelle que fût la rançon , Tlimpereur 
Henri V I , qui n'avoït Air Richard que le 
droit des brigands , la reçut avec autant de 
lâcheté , qu'il fetenoit Richard avec injuf- 
tice. On dît encore qu'il le força à lui faire 
hommage du Royaume d'Angleterre, hom- 
mage très- vain. Richard eût été bien loin de 
mériter fon furnom de caur de lion , s'il eût 
confenti à cette baiTeâe. 

Un Evêque de Prague eft fait Duc ou Roi 
de Bohême. Il acheté Ion invefliturede Henri 
VI , à prix d'argent. 

Henri le lion , âgé de foixante & dix ans , 
marie fon fils, qui porte le titre de Comte 
de Brunfvick , avec Agnès , fille de Conrad , 
Comte Palatin , oncle de l'Empereur. Agnès 
aimoit le Comte de Brunfvick t ce mariage , 
auquel l'Empereur confent , le réconcilie 
avec le vieux Duc , qui meurt bientôt après, 
en lailTant du moins le Brunfvick à f«s def- 
cendants. 

1194. 

Il eft à croire que l'Empereur Henri VI 
ne rançonnoit les Rois Richard & l'Evêque 
de Boh«me , que pour avoir de quoi cooquérit 



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i€6 H ■ N R I V r. 

Hap1es& Sicile. Tancrede , fon comp^îteui^ 
meurt. Les peuples mettent à fa place fon 
£ls Guillaume ^ quoique enfant : marque évU 
deate que c'étoù moins Tancrede que I4 
nation, qui difptitCMt le irôae de Naples ^ 
l'Empereur. 

Les Génois fournilTent à Henri la âott< 

3u*iU lui ont promife ; les Pifans y ajoutent 
ouze galères ; eux qui ne pourraient pa$ 
aujourd'hui fournit dottzè bateaux de pê* 
cheurs. L'Empereur avec ces forces , fournies 
par des Italiens pour aflervir l'Italie > f« 
ntontre devant Naples , qui fç repd ; Si 
tandis qu'il fait afliéger en Sicile Palerme 
& Catane > la veuve de Tancrede , enfermée 
dans Saieine , capitule , & cède les deu][ 
Koyaume's,à cqndiiion que fon fils Guillaume 
aura du moins la principauté de Tarente. 
Ainû t après cent ans que Robert & Roger 
avment conqui.^ la Sicile , ce fruit de tant 
de travaux des Chevaliers François , tombs 
dans les mains de la maifon de Suabe. 

Les Génois demandent à l'Empereur l*ex^ 
cation du traité qu'ils ont fait avec lui , 1« 
reftitution ftipulée de quelques terres , U . 
conârmation de leurs privilèges en Sicile , 
accordés par leur Roi P-Oger. Henri VI leur 
répond : Quand vous m'aure^ fait voir qut 
fous itts Itbfis , & qut vous ne me deviv^ fos 
unefiotteen qualité de vaffaux,jt vous tiendrai c^ 

(«<y< vQin )ù promis. Alors > ioignant i'suosità 



;, Google 



atNRi VI; %€r 

de la cruauté à l'ingratitude & à la perfidie , il 
- fait exhumer le corps de Tancrede , & hû fait 
couper ia tête par le bourreau. U fait eunuque 
le teane Guillaume , fils de Tancrede , Tent 
vole prtfonnicT à Coire., où il lut fait creveg - 
}ei yeux. La Reine fa mère Se fes filles font 
conduites eji Allemagne , & enfeimées dans 
un couvent en Alface. Henri ^i cmpoi^tcf 
une partie des tréfors amafliés par tes Rois, 
Et les hommes fouâtent à leur tête de teh 
bamfnes ! Et on las appelle les oints du S«< 
gneur J 

1195. 

Henri de Brunfvick * fils du lion , obtient 
le Patatinat après la mort de fon beau-pere , 
le Palaiio Conrad. 

On publie une nouvelle Crojfadeà Vorraa j 
Henri V [ promet d'aller combattre pour 
JFesus-Christ. 

1196. 

Le ïele des voyages d'outre mer eioiflbi» 
Bar les malheurs , comme les religions s'af* 
termiffent par les martyre^. Une foeur di* 
{toi de France y Philippe-Augufle > veuve 
ie Bêla , Roi de Hongrie , fe met à la tête 
d'une partie de l'arm^ croifée Allemande , 
fie va en Paleftine ^fifuyer le fort de tousceu^ 
qui Tonl précédée. Henri VI fait marcher 
vne autre partie des Ctoifés en Italie , ok 
<U« hi devoit être plu» utile ^u'i Jt^iUalev^ 



.::,,■ Google 



i69 H i N B I V t; 



C'ell ici un des points les pltîs curieux 9é' 
les plus intéreflants de l'hifloire. La grande 
chronique beigtque rapporte que non feule- 
ment Henri fit élire foo fils , ( Frédéric II ) , 
encore au berceau , par cinquante-deux Sei- 

fneurs ou EvSques ; mais qu'il fit déclarer 
Empire héréditaire , & qu'il ftaiua que 
Naples & Sicile feroîent incorporés pour 
jamais à l'Empire. Si Hettri Vï put faire ces 
loix , il les fit fans doute ; & il étott afles 
redouté pour ne pas trouver de contra diâion. 
Il eft certain que foo épitaphe à Panorme, 
porte qu'il réunit la Sicile à l'Empire. Mais 
les Papes rendirent bientôt cette réunion 
inutile. Et à fa mort il parut bien que le 
droit d'éleâion étoït toujours cher aux Sei- 
gneurs d'Allemagne. 

Cependant Henri' VI palTe i Naples par. 
terre ; tous les Seigneurs y étoient animés 
contre lui ; un foulévement général étoit 
à craindre ; il les dépouille de leurs fiefs , 
& les donne aux Allemands ou auy Italiens 
de fon parti. Le défefpoir forme la conjura- 
tion que l'Empeireur vouloir prévenir. Ua 
Comte Jourdan , de la maifon des Princes. 
Normands , fe met à la tête dés peuples. 
11 eft livré à l'Empereur, qui le fait pér^ 
par un fupplice qu'on croiroit imité des. 
tyrans fabuleux de l'antiquité : on fattacha 
nu fur une chaife ^e ^et brûlante t. on. I& 



^.C.oogli: 



Henri VI. t«9 

moutonne d'un cercle de fèreoflaouné > qu'on 
lui -attache avec des clous. 

' 1198. 

Alors l'Empereur hilTe partir te reile de 
tés Allemands croifés ; ils abordent en Chy- 
pre. L'Evêque "de Vurtzbouf g , qui les con- 
duit , donne la couronne de Chypre à Emeri 
ide Luftgnan , qui aimoit mieux êire vaflal de 
l'Empire Allemand que de l'Empire Grec. 

- Ce même Emeri de Lufignan , Rot de 
Chypre » époufe Ilabelle., nlle du dernier 
Roi de Jérufalem ; 8e de - là vient le vain 
titre de Roi de Chypre & de Jérufalem , que 
plufieurs Souverains le font difputé en . 
Europe. 

:< Les Allemands -croifés éprouvèrent des 
fortunes dîverfes en Alie> Pendant ce temps, 
Henri VI refte en Sicile avec peu de troupes. 
Sa fécurité le perd ; on confpire à Naples & 
«1 Sicile contre le tyran. Sa propre femme 
Confiance eft l'ame delà conjuration. On 
prend les armes de tous côtés ; Confiance 
al>andonne-lbn cruel mari» & fe met à la 
tête des conforés. On tue tout ce qu'on trouve 
d'AUemands'en Sicile. C'efi le premier coup- 
des Vêpres Siciliennes qui fonnerent depuis 
fous. Charles de France. Heitfi efi obligé de 
capituler avec fa femme ; il meurt ; & ott 
prétend que c'eft d'un poifon que cette Prin» 
cftSe lui donna; crime peut •itre excuf^l» 



;, Google 



4»w iî e N 11 I V t 

dans utie ^niine qui vengieoit Ta famîfté âE 

fa patrie « & rempoifoimennEnt^ & fur-toiift 
l'empoifonnemeni d'uo mari , pouvoit jamais 
être juftifié. 



P H I L I P P E I, 

VINGT-QUATRIEME E M P E R E U ïtè 
1 198. 



D. 



'VSORD les Seigneurs Se \es Evttfais 
aflemblés dans Arnsberg , en Thuringe j 
acïcprdent l'admtmftratïon de l'AlIemaene À 
Philippe , Duc de Suabe , oncle de Frederid- 
II, mineur, reconnu déjà Roi des RooiainSi, 
Ainfi, le véritable Empereur étoît Frédéric iï* 
Mais d'autres Seigneurs , indignés de voirun 
Empire éteâif devenu hérédi«air« , clioififfdnt 
^ Cologne un autre Roi ^ & ils ëlifent iâ 
moins puifTant, pour être plus puiâTants {f>vs 
{çn nom. Ce prétendu Roi ou Empereur i 
Qommé Bertold^ Duc d'une petite partie de 
USuifle, renonce biemôt à Un vainhonnear 
qu'il ne petit ibutenir. AIots l'aSîerel^ée dtf; 
Cologne élit le Duc de BrunfvLok ^ Oihon ^ 
^s de Henri le lion. Les éleffa^urs-éioieût Ift* 
Duc de Lorraine , iin Coihte de Kuke , l'Af* 
chevâque de Cologne , les Evêqiias de Min»* ■ 
den y de Paderborn , l^Abbé de é^oiiiie, 9t 
deux autres Abbés Moines Bénédiâiiis. 

i. Philipps veut être tu£ nommé Sxojfeteuit 



;, Google 



P H I L I P P E t. 171 

W tit élu à Erfbrt ; voilà quatre Empereurs 
en une année * & aucun ne Veù. véritable- 
ment. 

Othon de Brunfvick étoït en Angleterre î 
81 le Roi d'Angleterre Richard ^ fi indigne- 
fcient traire par Henri VI,..& jufle ennemi 
de la maifon de Suabe , pretioit le parti dti 
Bronfvick. Par conféquent , le Roi de Frajice 
Philippe- Augude ell pour L'autre Empereur 
Philippe. 

C*étoit encore utte Occalîon pour les -cilles 
d'halie de fecouer le joug allemand. Elles 
devenoient tous les jours plus puilfames. 
Mais cette puilTancc' même les diviibit. Les 
unes tenoient pour Othon de firunfvick , 
les autres pour Philippe de Suabe. Le Pape 
Innocent III reftoit neutre eq^tre les compé- 
titeurs. L'Allemagne fouffre tous les âéauz 
d'une guerre civile. 

1 1 99 , 1 100, 
Dansces troubles inteftins de rAllemagne^^ 
' On nevoit que changementsde parti, acccR-ds 
laits & rompus, foibleiTe de tous les côtés* 
Ct cependant l'Allemagne s'appelle toujours ' 
i'Ëmpire Romain. 

Llmpérairice Conftance refloit en Sicile 
Ivec le Prince Frédéric fon ^Is : elle y étoit 
paifible, elle y étoit régente : & rien ne prou* 
Yoit mieux que c'éioit elle q«i avoit confpiré 



^.C.oogli: 



%•;^ P H I 1 I P P E J* 

contre fon mari Henri VI. Elle retenolt foUI 
robéiflaoce du fils ceux qu'elleavoit foulevés 
contre te père. Naples & Sicile aimoient dans 
le jeune Frédéric le ûis de Conilance , & le 
fang de leurs Rois. Ils ne regardoient pas 
même ce Frédéric Ilcomme le fils de Henri 
VI ;& il y a. très -grande apparence qu'il n« • 
rétoit pas, puif'que fa mère, en demandant 
pour tuî t'invelliture de Naples & de Sicile 
au Pa pe Céleflin l[l,.avoit é té obligée de jurer 
que Henri VI étoit fon père. 

Le fameux Pape Innocent Ht , fifs d'uti 
Comte de Segni , étant monté fur le liège ds 
Rome» il faut une nouvelle înveAiture. Ici 
commence une querelle finguliefe , qui dure 
encore depuis plus de cinq cents, années. 

On g TU ces Chevaliers de Normandie 
devenus Princes & Kois dans Naples & Sicile^ 
relevant d'abord des Empereurs , faire en- 
suite hommage aux Papes. Lorfque Roger, 
Comte de Sicile , donnoit'eticore de nouveU 
les loix à cette île i qu'il enlevoit à la fois 
aux Mahométans & aux Grecs , lorTqu'il ren- 
doit tant d'Ezlifes à la communion romaioei 
le Pape Urbain II lui accorda folemnellement 
le pouvoir des Légati> à laure , & des Légats 
nés du St . Siège. Ces Légats jugeoient en der- 
nier reifort toutes les caufes ecclélîafiiques, 
conféroient les bénéfices , levoïent des déci' 
ines.Depuis cetemps les Rois deSicileéloient 
«o effet Légats, Vicair«s du St. Siège dans 



;,C.oogli: 



P H t 1 I Ip p b I. ifji 

te Royaume ^ fit vraiment Papes chex eux» 
Ils avolent véritablement les deux glaives» 
Ce privilège unique, qu« tant de Rois auroient 
pu s'arroger , n'étoit connu qu'en Sicile. Les 
iucceffeurs du Pape Urbain II avoient con^ 
lîrmé cette prérogative , ibtt de gré , foii ds 
force. Célenin III ne Tavoit pas conteftée. 
Innocent HI s'y oppofa , traita la légation 
des Rois en Sicile , de fubreptîce , exigeï 
tfue Confiance y renonçât pour fon fils , & 
<]u'elle fit un hommage lige pur & fimpW 
de la Sicilei 

Confiance tneurt avatit d'obéir, & laiff* 
Bn Pape la tutelle du Roi & du Royaume. 



Innocent Itl ne reconnoït point fËmpâ' 
reur Philippe , il reconnoît OthOn , & lui 
écrit : Par Ûautoriti de OlEti â nous donnée , 
nfius vous recevons Roi des Romains , & nous 
ordonnons qu'on vous obiifft ; & après les pré' 
liminaires ordinaires , nous vous donneront 
M couronne imfériale. 

Le Roi de France « Philippe'- AuguAe, pai^ 
tifan de Philippe de Suabe , & ennemi' 
d'Othon , écrit au Pape enfaveur de Philippe. 
Innocent III lui répond : Il faut que FhÙippi 
ptrdt l'Empire , ou que jt perde U Pontificat^ 



• Itmoceot m publie uns nouvelle Croifadc* 
/ifouv. Mil. tome XV. S 



;,■ Google 



Vf 4 f^ » 1 ^ t » t> £ I* 

Lu Allcmaads c'y ODt point de part. Ceft 
dans cène Croifade que tes chrétient d'Oc- 
cident presnent Conuantîoo'ple , au lieu da 
^courir la Terre-Saiate. C*tû elle qui étend 
le pouvoir 8e tes domaines de Venifet 

iioj. 

L'Allemagne s^affoîblit du cèté du Kon) 
dans Ces troubles. Les Danois s'emparent d« 
la Vandalie } c*eft une partie de la Prufle 
6e delà Poméfanje. Il eft difficile d'en mar- 
quer les limites. Y en avoit-il alors dans ces 
pays barbares ? le Holftein annexé au Dane^ 
nuck j ne reconnott plus alors l'Empire. 



Le Duc de Brabant reconaoît Philipps 
;pour Empereur , & fait hommage. 

ItOf. 

Plufieun Seigneurs Aiireat cet exemple. 
Philippe eft iaaé à Aix par l'Arcbevâque 
de Cologne. La guerre cirile continue eo 
Allemagne!. 

ixo6. 

Orhon , batt« par Philippe auprès ds 
Cologne t fe réiagie en Angleterre. Alors 
le Pape coaTent à l'abandonner : il promet 
à Philippe de lever l'excommunication en- 
courue par tout Prince qui fe dit Empereur 
lans la permifficMi du Se Sicg«. U le mon-. 



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t> H 1 1 1 & » E t; ijf 

«rtm pour Empèréûï-lÉgUime , sll veut 
Marier fa fœur |à UD P«v«u de fa Sainteté , 
en donnant pour dot le Duché de Spolette » 
la Tofcan« ^ ta Mardie d'AiK9a«> Voit^ 
des propofitiDns bien étranges ; la Marche 
d'Ancone appartenott d« droit au St. Sîegeï 
Philippe refufe le Pap« ^ & aime mieux 
être excommunié que de donner une telle 
dot. Cependant » en rendant un Archevêque 
d« Cologne qu'il tetsnolt prifoanier » U a 
£» abfoltition , & ne fait point le mariage. 

«07. 

Othon revient d'Angleterre en Allemagne. 
Il y pai^t fans parti»». Il faut bien pour- 
tant qu'il en eût de fecrets , puifqu'ilrevenoitt 

1108* 

Le Coime Othon , qui ét^ Palatin da(M 
la Barâtt » aflaSne l'Empétàur Philippe 
A fian^c^ , 81 tt fauvt oilément. « 



S 1 



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fj 



%-jS ' -, ■' -. i : I - H" 

O ï H Ô N IV, 
VINGT-CINQUIEME EMÏ>EltEUR. 

V-/THON , pouir s^affèrmir Se pour réunir 
les partis, époufe Béatriz, 'fille de r£mpereuf 
amiffiné. 

fiéatrix demande k Francfort Vti'ngèari'ce de 
la tnort de fôti père. La diète met Pa^aflia 
au bande l'Empire. Le Comte Papenheîm lit 

!>lus , il alTaf^na , quelque temps après , l'af- 
affin de l'Empereur. 

1109. 

Ôthon IV, pour s'affermir ttiieuiit, con- 
firme aux villes dttalie tous leurs droits , & 
reconnoît ceux que les Papes s'attribuent. Il 
écrit à InhOïreAt III î Noai i'ous rendrons 
r^héijfance que nos pridéccffiurs ont rendue aux 
vôtres. lUlç-laifle en po^elfion des terres que 
le Pontife a déjà recouvrées , comme Viiertïc» 
Orviete , Péroufe. Il lui abandonne la fupé- 
riorité territoriale , c'eft-à-dire , le Domaine 
fuprême , le droit dé mouvance fur Naples 
& Sicile. 



On ne peut paroître plus d^accord ; mais 
i peine eft>il couronné à Rome , qu'il ^t 
la guerre au Pape pour ces mêmes villes. 



.::^■C.oogli: 



O. T HO. NT IrV; i77 

Il avoit latffé au Pape la fuzeram.eté & la 
garde de Naples & Sicile. Il va s'emparer de 
la Pouille , héritage du jeiine Frédéric , Roî 
des Romains , qu'on ;déppuilloit à 'la fois de 
l'Empire & de l'héritage de ia. mère. 



Innocent III. ne peut qu'excommunier 
Othon. Une e:wommunicàti'on n'eft riea 
contre un Prince afFermi : c'eft beaucou[> 
contre un Princé;t]ul a des ennemis. 

Les Ducs de Bavière , celui d'Autriche , le 
LandgravédéThuringe, veulent'le détrôner. 
L'Archevêque de Mayence l'excomniunie ^ 
& tout le p^ti récQnn.oît je jeqne Frédé- 
ric II. ' ' ■ • ■ ' 

L'Allemagne eft encore divifée. Othon » 
pr£t de perdre l'Allemagne , pour avoir 
voulu rAyir.^;j^oaiUe » repafl^ les Alpes. 



. L^J&n^H'ewr Ottu» aûèmble -fes partifani 
à Nuremberg. Le jeude Frédeiicp^fTe, tel 
Alpes ;4près lui '' il s'empare d^ l'Alface , dont 
^es S^gfunr^ i« déclarent «n fa fi^reur. U 
met daos fon parti Ferri ,.Duc de, Lwraine, 
L' Atïeinagfl« eft « d'iin b(»it àj'^itrg, le théâ- 
tre de la guerre civile. ■ 

■■ ■■ IZIJ. 

Frédéric II reçoit ea£n de l'Arckevëqi^e 



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17* O T< H O N t V5 

ie Mayenee la couronne , à Aix-Ia-Cfca- 

{»lle. 

Cependant Oihon fe foDtient , & II regagne 
prefque tout , lorfiqa'tl ëtOtt pr£t de tont 
perdre. 

II était toujours, protégé par l'Angleterr», 
Son conciurem Frédéric lï l'étoît par la 
France. Othon fortifié Ton parlî en époufant 
la fitle du Duc de Brâbailt ^ après la mOtt 
de fa femme Béatrix. Le EÛ>i. d'Angleterre 
fean lui donfie de rargent ututattaquei* le 
Roi de France. Ce Jeao n'etoïl pas encore 
Jean/ans terri ; niais il étoit defliné à l'être, 
& à devenir, comme Oihoii , firès-iaaltiea< 
reux. 

It parc^ fingalier qu'OtHo»,^^- nn «s 
auparavant avoit de là peine à fe défendre 
en Allemagne , puifle faire la guerre à préfent 
i Philtppe-Atigufte; M^ais a ttùk feivi du 
-Z>uc de Brabant ^ du Duc dâ Limbourg , 
4\t Da&de Lorraiiie^ du Comt^de Holtan^, 
dfc tms ièi Seigneurs de ce» pays, ft^ Comte 
ée FtâitdT6 i que le Roi d'Anglererre avoit 
gagnés. .C'éft toùjdut's un prMèaK, û les 
Comtes de Flandre» ^t t^n fUfoient ton» 
jours hommage à la France, étoient regardés 
comme vaflàuz d« l'Empire , malgré cet 
bomotage. 



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Il 



O T H O H IV. 47^ 

Othon marche vers Valencîennés avec une 
armée de ptui de cent vingt oiUle combattants» 
tandis que Frédéric 1 1 , caché vers la Suiffe > 
attendoit rifliw de celta grande entreprire. 
Philippe- Augufte étoit preflié entre l'Empe- 
reur & le Roi d'Angleterre. 

Bataille fameuse db Bovines. 

L'Empereur Otfaon la perdit On tua , dît- 
on , trente mille Allemands, nombre proba- 
blement exagéré. L'ufage étoit alors de chât- 
ier de chaînes les prifonn^ers. Le Comte d« 
^landre & le Comte de Boulogne fiirent 
menés à Paris les fers aux pieds & aux mains. 
Cétoit une coutume barbare établie. Le Roî 
Richard d'Angleterre > cœur de liom , difoit 
lui-même , qu'étant arrêté en Allemagne con- 
tre le droit des gens , on l'avoit chargé de/ers 
taiffi piftBts ju'U avait pu Usfoztfr. 

Au refte, on ne volt pas que le Roi de 
France fît aucune conquête du côté de l'Al- 
lemagne , après fa vidoire àt Bovines : mais 
il en eut bien plus d'autorité fur fes vaflaux* 

Phittppfe-Aueufle «nvdté \ Frédéric , en 
Suiâè , où il ^oit r«tiré , lé éhar impérial 
qui portoit Taigle allemande ; c'étoit ui^ 
trophée & un gage de l'Empire. 



S^ 



;,C.oogli:'" 



F R É D E R I C I I, 

VINGT-SIXIEME E M P E R E V R. 

vJthon vaincu , abandonné <ïe tout lé 
inonde , fe retire à Bninfvick, oh on le laifla 
en paix , parce mi'il n'eft plus à craindre. Il 
n'e pas dépofliédé , mais il ell oublié. On 
dit qtnl devient dévot. Reflburce des mal- 
heureux, & paffion des efprits fbibtes. Sa 
pénitence étbït , à ce qu'on prétend « de fe 
faire fouler aux pieds par fcs valets de cut- 
£ne , comme Q les coups de pieds d'un mar- 
miton ex[ûoient les fautes des Princes. Mais 
doit- on croire ces inepties écrites par des 
Moioes ? 

itij. 

Frédéric II, Empereur par la viâoire de 
Bovines» fe &it partout recoimoître. 

Pendant les troubles de rAlIemagne , on 
R vu que les l>an<»s avoient conquis beau- 
coup de terres vers l'Elbe , au Nord & à 
l'Orient. Fréileric U commença par -abandon- 
ner ces terres par un traité. Hambourg s'y 
Uouvoit comprife. Mais comme à la première 
occaiioti on revient contre un traité onéreux t 
il profite d'une petite guerre que le nouveau 
■ Comte Palatin du Rhin , fiere d'OthcMi , fei- 
foit aux Danois } il reçoit Hambourg fous 



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Frédéric II. i8i 
.fa'proteâion; il la rend enfuite : honteux 
commeacement d'un règne ïiluftre. 

Second couronnement de TEmpereur à 
Aix- ta- Chapelle. Il dëpoflede le Comte 
Palatin > & le Patatinat retourne k la maifon 
de Bavière- ViteUbach. 

Nouvelle Croifade. L'Empereur prend la 
croix : il falloit qu'il doutât encore de fa puif- 
fance , puifqu'il promet au Pape Innocent III , 
de ne point réunir Naples fit Sicile à l'Em- 
pire , & de les donner à fon fils , dès qu'il 
aura été lacré à Rome. 

ixi6. 

Frédéric II reite en Allemagne avec fa 
' croix , & a plus de deflein fur l'Italie que fur 
la Paleftine. 11 difoit hautement que la vraie 
terre de promiflion éioit Naples & Sicile , Se 
non pas les déferts -& les cavernes de Judée. 
La Croifade eft en vain prêchée à tous les 
Rois. Il n'y a cette fois qu'André 1 1 , Roi 
des Hongrois , qiii parte. Ce peuple , qui à 

{leine étoit chrétien , prend la croix contre 
es Mufulmans , qu'on nomme infidèles. 



L»5 Allemands croifés n'en partent pas 
moins , fous divers chefs , par terre & par 
jner. Laflotte des Pays-Bas , arrêtée par les 
veots contraires, fournit encore aux Croifés 
Tocc^oa d'employer utilement leurs armes 



;,■ Google 



&ls FRiDEKtC IL 

vers l'ETpagne. Ils Ce jmgoeat aux Pottogah^ 
& battent tes Maures. On pouvcHt poorfoivr* 
cette viûoire , & délivrer enfin rEfpagoe 
entière : le Pape Hooorîes III, feccefleur 
dinaocent , ne Veut pat le permettre. Let 
Papes Gommandoient aux Cnùfés coniine 
aux milices de Diev ; mais ils ne pouvotent 
que tes envoyer en Orient. On ne gouverne 
. les hommes que fuivant leurs préjugés ; 8c 
ces fddats des Papes n'euflent point <^i 
ailleurs. 

Frédéric 1 1 avoit grande raifon de n'£tr* 
point du voyage. Les villes d'Italie, & fur- 
tout Milan , refufoient de reconnoître un 
Souverain, qui , maître de l'AIIenagoe & de 
Naples , pouvoit aiTervir t(>ute l'Italie. Elle* 
tenoient encore le parti d'Othon IV, qnî 
vivoit obrcurément dans on coin de t'Atle- 
magne. Le reconnoître pour Empereur , c'é- 
toit en effet être entièrement libtes. 

Othon meurt auprès de Brunfvicfe ; & la 
Lombantie n'a plus de prétexte. 



Grande diète à Francfort, «il PrM«i44 II 
fiiit élire Roi des Romains fon fH Htffiti , 
isé de neuf ans , né de Coollance ^Aragon. 
Toutes ces diètes fe tenoient en plein cbatop» 
i aujoHfd'hui »core es Pologet. 



;,C.oogli: 



Frédéric IL 18} 
L'Eiripereot' rcaooct m droit de la jouîC- 
fance du mobilier des Evêques défuoti , & 
des revenus pendant la vacance. C*efi ce 
qu'en France on appelU la régsle. Il renonce 
au droit de jurifdiâion dans les villes épifco- 
psles où l'Empereur fe trouvera , fam y tenir 
ia Cour. Presque tous les piemiers ftâet de 
ce Prince font des renonciations. 



Il va en Italie chercher cet Empire qtw 
Frédéric Barberouflc n'avoit pu iàîGr. Milan 
«t'abtwd lui ferme fes portes , comme i ua 
peiit*fils deBarberouffe^ doat les MilanoiB 
d^ieftoient la' mémoire. Il fiauffre cet affront , 
& va fe faire couronner à Rome. Honorius lU 
exige d'atxird:qus l'Empereur Jui confîrme la 
poOieffion où il ell de pluûeurs terres de la 
Comteffe Mathilde. Frédéric^ i^oMc encore 
le territoire de Fondi. Le Vafe veut qu'il 

' Tenouveile le ferment d'aUèr i laTcrre-Sainte» 
Al l'Empereur fait ce ferment; Apre* quoi il 
cA cooronné avec tomcs les cérémonies hua»* 
Ue» ou htamBiuites de fes prédéceffeurs. U 

•i^nale encore fon courODitement par des 
Edits fanglanit contre les hérétiques. C« 
s^cA pas qt^on «d connût alors en Allem»> 
gae y où régnoit ^ignorance avec le cou* 
rage & le trouble. Mais rinqiHfitîon venoit 
d'être établie i l'occafion des Albigeois ; 81 
^En^ereuf >pour plaire ao Pape, lit ces Editi 
cmels f par lefquels les -oafwttt de* héxéti^ 



;, Google 



184 F R £ D ER I C FI. 

qu«s font exclus de la fucceffion de lèors 
pères. 

Ces loîxj confirmées par te ï^pe, jtoient 
Tifibleneat diâées pour juftifîer le ravine- 
ment des biens ôtés par l'Eglife & par les 
armes i la maifon de Tonîoufe ^ dans la 
guerre des Albigeois. Les Comtes de Ton-- 
loufe avoient beaucoup de fiefs de l'Empire. 
Frédéric vouloit donc abfolument complaire 
au Pape. De telles loix n'étoieot ni de foft 
âge , ni de foD caraftere. Atirolent^elles été 
de foD Chancelier Pierre Defvignes » tant 
accufé d'avoir fait te prétendu livre des 
Trois impofituny ou du moins, d'aroir eu èts. 
fentiments que le titre, .dn Uvk fuppofe î 1 

IZII j 1111, 111}, 1114.. 

Dans ces «nnéeSt'Fréderic H fait des chofé* 
plus dignes de mémoire. II embelUt Naptes^ 
il l'agrandit , ii ' la fait ia : Métropole dw 
Royaume V:8c elle devient biemôt la ville U 

Elus peuplée de ritalie. IL. y axoît encore 
eaucoàp de Sa^raiths. en Sicile ^ & fiauveàe 
ilsprenoient les armes.; itries tranfpone à 
Lucera, dans U Pouitle. Cteftice: guidooiu 
à cette ville le nom dci Laecra'ou- Notera Ja 
pagaai : car on défignoit du^nom dis païens 
]esSarrafins& les Turcs, foît.exrèi cri^io» 
rance » foii excès de haine ; & ces peuples, 
en voyant. nos .croix & nos images., 0011$ 
appelloieat idoUties^ 



;, Google 



F; H i: D: E R I C IL tSf 

'. L'Académie Ou fUniverfîté de Naplcs , eÀ 
établie & âoriffaote. On y enfeigne les lois ; 
& peu-à-peu les loix lombardes cédèrent au , 
droit romain. 

Il psroît que le deffein de Frédéric tl étoït 
de reâer dans l'Italie. On s'attache au pays où 
Ton eft né , & qu'on embellît ; & ce pays étoit 
le plus beau de l'Europe. Il palIe quinze ans 
fans aller en Allemagne. Pourquoi eût-il tant 
flatté les Papes y tant ménagé les villes d'Ita- 
lie , s'il n'avoit Conçu l'idée d'établir enfin à 
Rome le fiege de l'Empire ? n'étoit-ce pas le 
feul 'moyen de fortir de cette lîtuation équî- 
' voque où étoient les Empereurs i fiiuatioa 
devenue encore plus embarraflante depuis 
que l'Empereur étoît-i la fois ïtoi de Naples 
& vaiTal du St. Siège , & depuis qu'il avoit 
promis de féparer Naples & Sicile de l'Em- 

Eire ? tout ce cahos eût été enfin débrouillé , 
l'Empereur eût été le mutre de l'Italie.. 
Mais ladeftinée en ordonna autrement. 

. II paroît auffi que le grand deflein du Pape 
étoit de fe débarralTer de Frédéric , & de 
I^nvoyer dans la Terre-Sainte. Pour y réuf- 
£r f il lut avoit fait époufer , après la mort 
de Constance d'Aragon , une des héritières 
prétendues du Royaume de Jérufalem , perdu 
depuis loo£- temps. Jean de Brïenne , qui 
prenoit ce vain titre de Roî de Jérufatem, 
fpndé fur la prétention de la mère , donna fa 
^UeJeUoda ou Violama i Frédéric, -avec 



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i96 ^ R £ D fr H r c T r. 
Jérufaletn pour dot , c*«ft<ft-dirc, avec pre(* 
que rien. Et Frédéric l'époufa parce que la 
Pape le vouloit , 8t qu'élte étoit belle. Les 
Rois de Sicile ont toujours pris le titre de R<» 
de Jénifalein depuis ce temps-U. Frédéric ne 
s'empreflbir pas d'aller conquérir la dot de 
fa femme, qui ne confîftoit que daoB des pré* 
tentioottfur un peu de terrain maritime, rcft4 . 
encore aux Chrétiens dans la Sjrrie. 

Pendant les années précMentes , 8c dans 
les fuivantes , le jeune Henri , 61s de l'Em- 
pereur , eft toujours en Allemagne. Un« 
grande révolution arrive m Danemarck & 
dans toutes les Provinces qui bordent la Mer 
Baltique. Le Roi Danois Vatdemar s'étoit 
emparé de ces Provinces , ot habitoient le* 
Slaves occidentaux , les Vandales ; de Haro- 
bourg à Dantzick, & de Dantzick à Revcl, 
tout reconnoilToit Valdemar. 

Un Comte dé Shverin , dans le Melkel- 
bourg , devenu vafial de ce Roi , forme I9 
deflem d'enlever Vatdemar & le Prince héré- 
ditaire Ton Itls. II l'exécute dans une partie de 
chaSe, le 15 Mai iiij. 

Le Roi de Dânemarclc , prifonnîer, implore 
Honorius ni. Ce Pape ordonne au Comte 
de Shverin , & aux autres Seigneurs Alle- 
mands qui étoient de l'entreprife , de remettre 
en liberté 1^ Roi & fon fils. Les Papes pri> 



;, Google 



F it i B I K I c I t. 1S7 

tend(^«iit avoir donné la couronne de Dane- 
muclc , comme celles de Hongrie , de Polo- 
gna, de Bohême. Les Empereurs préiendoient 
auffi tes avoir données. Les Papes Se les 
Céfars, qui n'étoient pas maîtres dans Rome, 
fe difputoient toujours le droit de faire des 
Rois au boat de l'Europe. On n'eut aucun 
^gardaux ordres d'Honorius. Les Chevaliers 
de l'ordre teutontque fe joignent i TEvêque 
de Riga , en Livonie , St fe rendent maîtres 
d'une partie des côtes de la Mer Baltique, 

Liibeck y Hambourg , reprennent leur 
liberté & leurs droits. Valdemar Se fon fils , 
d^ooillés de prefque tout ce. qu'ils avoient 
dani ces pays , ne font mis en Jiberté qu'en 
payant une groflie rançon. 

On veut ici une nouvelle puiffance s'éta- 
blÎT in&nfiblemeat-. C'efl cet ordre teuioni- 
qec ; il a déjà an Gtaad<Mûire; il a des fie& 
en Allemagne , & il conquiert des terres vers 
la Mer Baltique. ' 

iiï6. 

Ce Grand-Mûcre de l'ordre teutoi^ique 
follicite en AUcnagne de nouveaux fecours 
ponr la Paleftine. Le Pape Honorius preffc 
en Italie l'Empereur d'en fortir au plus vite, 
& d'alleraocompliribn voeuen Syrie. Il &ut 
obiervcr qu'alors il y avoit une trêve de neuf 
ans entre I« Sultan d'Egypte Se tes Croifés. 
Frédéric 1 1 B'av<»t donc point de vœu à 



;,Google 



i88 F tt É D B R I c t I; 
remplir. II promer d'entretenir des Chttva^ 
liers en Palefttne , & n*eû point excommunié* 
II tlevoit s'établir en Lombardie & enfuite i 
Rome, plutôt qu'à Xérufalem. Les villes 
lombardes avotent eu le temps de s'aflbcier ; 
on leur donnoit le titre de villes confédérées; 
Milan & Bologne étoient à la tête; on ne 
les regardoit plus comme fujettes , mais 
comme valTales de l'Empire. Frédéric II vou- 
loit au moins Les attacher à lui : & cela était 
difficile, il indique une diète à Crémone , fie 
y appelle tous les Seigoeun Italiens & Aile- 
mands. 

Le Pape , qui craint que l'Empereur n« 
prenne trop d autorité dans cette diète , lui 

furcite des affaires à Naples. II nooune cinq 
Evêchés vacants dans ce Royaume fans conAil- 
ter Frédéric ; il empêche pluâeurs villes , plu- 
lieurs Seigneurs de venir a l'aflemblée de Cré* 
mené ; il loutient les droits des villes aâbciées, 
& fe rend le dcfenfeur de la liberté italique. 

1117. 

Eleau triomphe du Pape Honorins IIL 
L'Empereur ayant mis Milan au ban de l'Em- 
pire , ayant transféré à Naples l'univerfîté de 
Bologne , prend le Pape pour juge. Toutes 
les villes fe foumettent à fa décilion. Le Pape, 
arbitre entre l'Empereur & l'Italie , donne 
fon Arrêt. AVai ordonnons y dit-il , que l'Em- 
ptrtur oublie fon reffentimcnt contrt toutes la 
itUUs , & nous ordonnons qut Us yilUs fiwr- 
niffeiu 



;,■ Google 



f R i D E s t C t tr iS^: 

HÎ^itt & intnùtnjunt quant csnts Chevaliers' 
pour itficourt de la Ttne-Saihu , pendant deu^i 
ans. C'étoit parler dignement à la fois en 
Souveraiô & eo Pontife. 

Ayant aînfi jugé l'Italie & l'Empereur , il 
juge Vatdemar , Roi de Danemarck , qui 
avoit fait ferAieDt de payer aUx Seigneurs 
AUentands le refte de fa rançon , & de ne- 
jamais reprendre ce qu'il avoit cédé. Le Pape 
le relevé d'un ferment fait en prifon & par 
force. Vatdemar rentre dans le Holftein , mait- 
il eft battu. Le Seigneur de Lunebourg & de 
Brunfvick , fon neveu , qui combat pour lui j. 
eA fait prifonnier. tl n'en élargi qu'en cédant 
quelques terres. Toutes ces expéditions font 
toujours des guerres civiles. L'Allemagne 
alors eft quelque temps tranquille. 

tii8. ^ 

HonOrius III étant mort ^ & Grégoire tX , 
frère d'Innocent III , lui ayant fuccédé , la 
politique du Pontificat fut la même : mais 
l'humeur du nouveau Pontife fut pltis altiere : 
il preffe la Croifade Sf le départ tant promis 
de Frédéric II : il falloit envoyer ce Prince, 
à Jérufalem pour l'empêcher d'aller à Rome. 
L'efprit du temps faifoil regarder le vœu 
de ce Prince comme un devoir inviolable.' 
Sur le premier délai de l'Empereur, le Pape 
l'excommunie. Frédéric diiBmule encore fort 
reiTentiment \ il s'excufe , il prépare ia ilotre , 
& exige de chaque 6ef de Naples & de Sicile f 
Nouv. Mil. Tom, XV. t 



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M. 

lai 



a^ F RÉ D ERIC ■ Î'I. 
huit onces d'or pour Ion voyage. Les Eccî^ 
Aaftiques mime Isi (oïamStat àe l'argent , 
malzti la défenfe du Pape. Enfin il s'embar- 
que a BrindiH , maïs fans avoir fait lever fou 
excommunication, l 

Que fait Grégoire IX pendant cjue l*Eai* 
ireur va vers ta Terre-Sainte } il profite de 
la négligence de ce Prince à fe faire abfoudre , 
00 platot du mépris qu'il a fait de t'excOm- 
manicaticMi ; & il fe ligue avec lei Milanoi» 
& les autres villes confédérées , pour lui 
ravir le Royaume de Naptes , dont on craï- 
gnoit tant l'incorporation avec TËaipire. 

Renaud , Doc de Spolette » & Vicaire du 
Royaume , prend au Pape la Marche d'An- 
cone. Alors le Pape &it prêcher une Croifade 
en Italie contre ce même Frédéric II , qu'il 
avoit envoyé à la Croifade de la Terre- 
Sainte. 

Il envme un ordre aa Patriarcke titulaire 
de Jérufatem , qui rélidcùt à Ptolémaïs , de 
ne point reconnoître l'Empereur. 

Frédéric diffimulant encore , eonclttt avec 
le Soudan d'Egypte Melecfala , que nou» 
^pelions Mélédin , maître de la Syrie , un 
traité , par lequel il parrai que l'c^jet de 1» 
Croifade eft rempli. Le Sultan lui cède Jéru- 
iklem, avec quelques J>etites villes ouritin^ 



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# k I n fe tt t e 1 1. i^t 

dont les chrétiens étoient encore êil pân'el» 
fion. Mais c'eft à condition qu'il ne réfidera 
pas à Jérufalem , que les morquées bâties 
dans les faints tieuz fublîAeront , qu'il y aura 
toujours un Emir dans la ville. Frédéric palTa 
pour s'être entendu avec le Soudan , alin de 
ttomper le Pape. Il va à jérufalem avec une 
très-petite efcorte , il s'y couronne lui-même } 
aucun Prélat ne voulut couronnet' un excom- 
munie. 11 retourne bientôt au Royaume dd 
Naples f qui exigeoit fa pr^ence* 

1130. 

tl trouve , dans le territoire de Capoue , 
(on beau-pere iean de Brienne > à la tare et 
la Croifade Papale. 

. Les Croifés du Pape, qu'on appetloit Guel* 
fii , portoient le ugne des deux clefs fat 
l'épaule. Les Croifés de l'Empereur , qu'oit 
appelloit Gibelins , portoient la croiXi Les 
clefs s'enfuirent devant la croix. 

Tout étoit en combuftion en Italie. On 
ttvoit befoin de la paix'; on la fait le 13 JuiU 
let à San Germano. L'Empereur n'y gagne 
que l'abfolution. Il confent que déformais les 
bénéfices fe donnent par éleâîon en Sicile; ' 
qu'aucun clerc dans ces deux Royaumes ne 
puiQ'e être traduit devant un Juge laïque ; que 
tous les biens eccléfiaftiques loient exempts 
d'impôts ; & enfin U donne de l'argent ad 
Pape. 

T a 



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>9> Frédéric II. 

1131. 

II paroît )urqu*ici que ce Frédéric II , qu*on 
a peint comme le plus dangereux des hom- 
mes , étoit le plus parient ; maïs on prétend 
que ion fils éloît déjà prêt à Te révolter en 
Allemagne , & c'eft ce qui rendoit le père 
fi facile en Italie. 

I13X, J153, 1134. 

Il eft clair que l'Empereur ne reftoît â 
long - temps en Italie que dans le defTein 
d'y fonder un véritable Empire Romain. 
Maître de Naples 8e de SicHe , s'il eût pris 
fur la Lombardie Tautoriié des Olhons , il 
ètoit le maître de Rome. C'eft-là fon ventât 
ble crime aux yeux des Papes ; &. ces Papes , 
qui le pourfuivirent d'une manière violente , 
etoient toujours regardés d'une partie de ritft- 
lie , comme les foutiens de la nation. Le parti 
des Guelfes étoit celui de la liberté. II eût 
i^tlu dans ces circonAances , à Frédéric * des 
tréfors , & une grande armée bien difcipli- 
née Se toujours fur pied. C'eft ce qu'il n'eut 
' jamais. Othon IV , bien moins puilTant que 
lui y avoit eu contre le Roi de France une 
armée de près de cent trente mille hommes. 
Mais il ne la foudoya pas , & c'étoit un effort 
pafTager de vaiïaux ât d'alliés réunis pour uo 
moment. 

Frédéric pouvoit faire marcher fes vaffaox 
d'Allemagne en Italie. On prétend que le 



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F R É D s R r c II. I93 

Pape Grégoire IX prévint ce coup en foule- 
vant le Roi des Romains Henri contre Ton 
père ; aïnfi que Grégoire VU, Urbain 1 1 
8c Pafcal II avoieni armé les enfants de 

- Henri IV. 

- Le Roi des Romains met d'abord dans Ton 
parti plufieurs villes le long du Rhin & Aa 
Danube. Le Duc d'Autriche Te déclare en fa 
faveur. Milan , Bologne » & d'autres villes 
d'Italie ^ entrent dans ce parti contre l'Em- 
pereur. 

iiîï. 

Frédéric II retourne enfin en Allemagne 
après quinze ans d'abfence. Le Marquis de 

- Bade défait les révoltés. Le jeune Henri vient 
fe jeter aux genoux de Ton père à la grande 
diète de Mayence. C'eft dans ces diètes célè- 
bres , dans ces Parlements de Princes , préfi- 
xés par les Empereurs en perfonne , que fe 
traitent toujours les plus importantes affaires 
de l'Europe avec la plus grande folemnité. 
L'Empereur , dans cette mémorable diète de 
Mayence , dépofe fon fils Henri Roi des 
Romains* & craignant le fort du foible Louis, 
nommé le débonnaire * 8c du courageux 8c 
trop facile Henri 1 V , il condamne fon iîls 
rebelle à une {vifon perpétuelle. Il afTure 
dans cette diète le Duché de Brunfvick à 
la maifon Guelfe , qui le polfede encore. H 
reçoit folem'nellemeni le droit canon , publié 
par Grégoire 1 X , 8c il &it publier , pour la 

T 3 



.3l,z^:;,GoOglr 



«94 Fl&D-ERLC IL 

prenriete feus , des décrets de l^Emptre ea 
langue allemande , quoiqu*il D'aimât pas 
catte langue , & qu*U cultivât la lomance % 
à laquelle Aicféda rîtalienne. 

lïJÔ. 

II cliargc le Roi de Bohême > le Duc de 
Bavière , & quelqnes EvÉSqees ennenis da 
pue d'Autriche, de taire la guerre à ce Duc , 
comme vaffaux de l'Empire, qui en rouàea- 
nent les diaks contre des rebelles. 

Il repaie en Lombardie , mais avec peu de 
troupes , & par conféqueot . n'y peut faire 
9»cune expédition utile. Quelques villes » 
çomane Vtcence fit Vérone , mifes au pit'* 
lage y le rendent plus odianx au» Guel&s , 
fans le tendre plus puiflanr. 

Il vient dans Fj^utricbe , défendwe par Im 
ÏIoBgrcMs. Il 1» firiijugue , & fonde une Uni< 
verbté à Vienne. Cependant les Papes ont 
toujours prétendu qu'il n'appartenoit qs'i 
eux d'étiger des Univerûtés , fur quoi on leur 
a appliqué cet ancien mot d'une farce ita~ 
tienne : Para ^ut tu fais Un & tertre » i¥ V 
(ifois plt{s favéjft ^nt moi. 

(I conlîrnie tes privilèges de quelques villes 
înpériales , comme de R ansbonne & de Stras- 
bourg ; fait reçQOncMtre fon fils Conrad , R<M 

4^ HQmai^s ;, i la place de l^m \ & en&B, 



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FtÉDBRIC IL 195 

«près ce> fticcès ea Allemagne , il le croit 
--«flex fort pour remplir fon granil projet de 
/ubjuguer l'Italie. Il y revoie » prend Maa^- 
coue , défait raraiée des cânt'édérés. 

Le Pape , qui le voyoit alors marcher 1 

Î;raads pas à Texécution de fou ^and def- 
eia t fiii uoe diverûon par les affaires ecd^- 
fiafiiquès ; & fous prétexte que l'Empereur 
faifoic juger par des Cours laïques les cri- 
mes des clercs , il extute toute l'^life contre 
lui i l'Ëgliie excite les peuples. 

1138, 1139. 
Frédéric II avcût un bâtard nommé En^'us^ 
qu^il âvoit fait Roi de Sardaigne ; autre [Mré- 
lexte pour le Pontife » qui prétendoil que M 
5ardaigae relevoii du St. Siège. 

Ce Pape étoit toujours Grégoire IX. ht» 
différents noms des Papes ne changent jamais 
rieB aux affaires ; c'eft toujours la même 
querelle & le même efprit. Gr^oire IX 
excommunie folemnelleitlent l'Empereur , 
deux fois pendant la femaine de la paffion. 
Ils écrivent violeraient l'un contre l'autre. 
. Lé Pape accufe l'Empereur de foutenir que le 
inonde a été trompé par trois impoll^urs, 
Moife^ JesVS-ChrIST & Mahomet. Frédéric 
appelle Grégoire Aatt'Cknfi , Balaam , Se 
Prince des linebres. Peut-être le Pape accufa 
lauffement ^Empereur ^ qui de ton côté 
calomnia le Pape. C'ed de cette querella 
T 4 



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i^6 F R é o e R I c t r. 

que naquît ce préfugé qui dure encore , qne 
Frédéric compofa , ou fît compofer en latin 
le livre des Trois Impoficurs : on n'avoit pas 
alors aâez de fcience & de critique pour 
faire un tel Ouvrage. Nous avons depuis peu 

Î|uelque^ mauvaifes brochures fur le même 
ujei > mais perfbnne n*a été alTez fot pour 
les imputeri Frédéric II, ni à ion Chancelier 
Dervigoes. 

La patience de rEmpereur étoit en6n 
pOufTée à bout , & il fe croyoit puiffant. 
Les Dominicains. & les Francifcains , mili- 
ces fpirituelles du Pape, nouvetlement éta- 
blies , font chaflés de Naples & de Sicile. 
Les Bénédiâins du Mont-Caffin font cbafliés 
uoSi, Se on n'en laiiTe que huit pour iàire 
l'office. On défend , fous peine de mort , dans 
les deux Royaumes , de recevoir des lettres 
du Pape. 

Tout cela anime davantage les faâions 
des Guelfes & des Gibelins. Venife & Gênes 
s'unifllent aux villes de Lombsrdie. L'Em- 
pereur marche contre elles. Il eft défait par les 
'Milanois. C'efl la troiliemevifloirefignalée, 
dans laquelle les Milanois foutiennent leur 
liberté contre tes Empereurs, 

'I140. 

Il n'y a plus alors à négocieF, comme 
rCoipereur avoit toujouic Uit. Il augtnemt 



;,■ Google 



F R Ê D K R I C^ I I. Ï97 

fes troupes , & marche à Rome , où il y avoit 
un ^rand parti de GibeHns. 

Grégoire IX fait expofer les têtes de St. 
. Fierre & de St. Paul. Oîi les avoit-on prifes } 
Il harangue le peuple en leur nom , échauffe 
tous les efprits , & profite de ce moment d'en- 
thoufiafme pour faire une Croifade contre 
Frédéric. 

Ce Prince ne pouvant entrer dans Rome , 
Va ravager le Bénéveniin.Tel étoit le pouvoir, 
des Papes dans l'Europe; & le feul nom de 
. Croifade étoit devenu li facré , que le Pape 
obtient le vingtième des revenus eccléfiafti- 
^ues en France , & te «nquieme en Angle- 
terre pour fa Croifade contre l'Empereur. 

Il offre , par fes Légats , la couronne impé- 
riale à Robert d'Artois , frère de St. Louis. 
Il eft dit dans fa lettre au Roi & au' Baron* 
nage de France : ^ous avons condamaé Fri- 
dtric , foi-difant Emptrtur , & lui avons ôti 
l'Empire. Nous avons i/u en fa place le Prince 
Robert , frère du Roi : nous le Joutitndrons de 
toutes nos farces , & par toutes forus de aioyens. 

Cette offre indifcrete fut refufée. Quelques 
Hiftoriens difent , en citant mal Matthieu 
Paris, que les Barons de France répondirent, 
qu'il fuffifoil à Robert d'Artois d'être frère 
d'un Roi qui étoit au deffus de l'Empereur. 
Us prétendent même que les Ambafladeurs 



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198 F R £ D s R I c I T. 

de St. Louis « auprès de Frédéric , lui dirent 

la même cbofe dam (es oiêtoes termes. IL n'eft 

nullement vraifembtable qu'on ait répondu 
une grolTîéreté fi indécente, fi peu lôndée, 
& fi inutile. ' 

La, réponfe des Barons de France , ipis 
Matthieu Paris rapporte , n*a pas pUiB de vrai- 
femblance. Les premiers de ces Barons éioient 
tous les Evêques du Royaume. Or il eft bien 
difficile que tous les Hérons & tous les Evê- 
ques du temps de Si. Ltwis aient répondu an 
Pape : Tanium religionU in PafO- non iavini* 
mus f ^ài eum deiuit promév'^i , £■ D c o 
tnilitantem prottxijje , eum conaïas ejl a^ntem 
eonfundere & nequittf fupplantan. « Nous ne 
» trouvons pas rant de religion dans le Papd 
» que dans Frédéric i i ; dans ce Pape qui 
» devoit recourir un Empereur combattant 
» pour DiKU , & qui pro6te de fon abfence 
M pour l'opprimer & le fupplaoccr mécham- 
» ment, m 

Pour peu qu'un leôeur ait de bcm fens> 
il verra bien qu'une nation en corps ne peut 
faire une réponfe infuUante au Pape \ qui 
offre l'Empire à cette nation. Comment les 
Evêques auroient-îls éçritau Pape qUd nn- 
crédule Fi'éderic II aVoit plus de religimi 
que lui ? que ce trait apprenne à fe défîet 
des Hiftoriens qui érigent leur* ptopres idée» 
ta monuments publics. 



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FhioKRic II. 



Dans ce temps , les peuples de la grande 
Tartarie meiuçoient le reue du monde. Ce 
vafte réfervoir d'hommes greffiers & belli- 
<^ux , avoit vomi fes înondaitons fur pref- 

2ue tout notre hémirphere, dès le cinquième 
ecle de Tere chrétienne. Une partie de ces 
conquérants venoit d'enlever la PaleAine 
au Soudan d'^ypte» &au peu de chrétiens 
qui reftoient encore dans cette contrée. Des 
hordes plus conâdérables de Tartares , fous 
Batoukan , petit-fils de Gengiskan , avoient 
été jufqu'en Pologne ,' & )uiqu'en Hongrie. 

Lés Hongrois , mêlés ayec les Huns, an- 
ciens compatriotes de ces Tartares, venoient 
d'être vaincus pat ces nouveaux brigands. 
Ce torrent s'itoit répandu en Dalmatie , & 
portoit ainlî fes ravages de Pékin aux fron- 
tières de l'Allemagne. Ëtoit-ce là le temps 
pour un Pape d'excommunier fEmpereur ^ 
St d'affembler nn Concile pour le dépofer î 

GTégoire I X indique ce Concile. On ne 
conçoit pas comment il peut pfopofer à l'Em- 
pereur de faire une ceffion entier» de l'Em- 
pire & de tous fes Etats au St. Siège , pour 
tout concilier. Le Pape fait pourtant cett© 
propoâtion. Quel étoil l'efprit du fiecle , 
où'l'on pouvoit propt^er de pareilles cbo- 




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300 Frédéric î Î. 

1141. 

L'Orient de rAIIemagne eft délivré det 
Tartares , qui s'en rerournent comme des 
bêtes féroces après avoir faifi quelque proie. 

Grégoire IX , & fon fucceffeur Céleftin IV, 
étant morts prefque dans la même année , & 
le St. Siège ayant vaqué long-temps , il eft 
furprenant que l'Empereur prelTe les Romains 
de faire un Pape , & même à main armée. 
Il paroît qu'il étoît de fon intérêt que la 
chaire de fes ennemis ne fiii pas remplie ; 
mais le fond de la politique de ces temps-Iâ 
eft bien peu connu. Ce qui eft certain , c'eft 
qu'il ^lloit que Frédéric II fut un Prince 
iage , ptiifque , dans ces temps de troubles , 
l'Allemagne , 8e fon Royaume de Naples Sl 
Sicile t étoient tranquilles. 



Les Car^naux alTemblés i Agnani , élifent 
le Cardinal Fiefque , Génois , de la maifon 
des Comtes de Lavagna, attaché à l'Empe- 
reur. Ce Prince dit •..Fiéfqut était mon ajià , 
le Pape fera mon ennemi. 

1144. 

Fiefque , connu fous le nom d'Innocent IV, 
ne va pas jufqu'à demander que Frédéric II 
lui cède l'Empire ; mais il veut la reftitution 
de toutes les villes de l'état ecdéûaftique St 



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Frédéric II. 301 
ide la ComtefTe Maihilde , & demande à 
l'Empereur l'hommagff de Naples & de 
Sicile. 

1145. 

Innocent i V , fur le refus de l'Empereur , 
affemble, à Lyon, le Concile indiqué par 
Grégoire IX ; c'eft le treizième des Conciles 
généraux. 

On peut -demander pourquoi ce Concile 
fe tint dans une ville impériale ? cette ville 
étoit protégée par la France ; l'Archevêque 
étoit Prince ; Se l'Empereur n'avoit plus 
dans ces Provinces que le vain titre de Sei- 
gneur fuzerain. 

Il n'y eut à ce Concile général que cent 
quarante-quatre Evêques ; mais il étoit décoré 
de la préfence de plufieurs Princes , & fur- 
tout de l'Empereur de Conftantinople , Bau- 
doin de Courtenai , placé à la droite du Pape. 
Ce Monarque étoit venu demander des 
fecours qu'il n'obtint point. 

Frédéric ne négligea pas d'envoyer à ce 
Concile , où il devoit être accufé , des Am- 
balTadeurs pour le défendre.. Innocent IV 
prononça contre lui deux longues harangues, 
dans les deux premières feffions. Ùh Moine » 
de l'ordre de Citeaux , Evêque de Carinola> 
près du Garillan , chafle du Royaume de 
NaplesparFréderic,l'accuia-dans les formes. 



;" Google 



301 F A Ê t> E R I C I t. 

Il n'y a aujourd'hui aucun tribunal réglé 
auquel les accufalions iniemées par ce Moine 
iiiâeRt admifes. VEmpereuTy dit-il , ne croit 
ni à Dieu , ni aux Saints ; maïs qui t'avoit 
dit à ce Moine } L'Emptreur a pîujîturs ipou- 
fes à lajhis ; mail quelles éioient ces épouTes } 
Il a dts cornfpondancts avu le Soudan dt 
JBahilone. Mais pourquoi le Roi titulaire de 
Jérufaleni ne pouvoit-il traiter avec fott 
Voifîn î II ptnfe comme Avtrro'ès , que Jesus- 
Christ £■ Mahomet itotent des impofieurs. 
Mais où Averroës a-t-il écrit cela î & coiA- 
ment prouver que TEmpereur penfe comme 
Averroës } Jleji kirêtique. Mais quelle eft fon 
héréGe ? & comment peut'il être hérétique 
faos être chrétien } 

Thadée SttTa , AmbafTadeur de Frédéric , 
répond au Moine Evêque qu'il en a menti , 
que Ton maître eft un tort bon chrétien , & 
qu^il ne tolère point la ûmonîe. Il acculbit 
affez par ces mots la Cour de Rome. 

L'Ambaiîadeur d'Angleterre alla plus loin 
que celui de l'Empereur : fous tire^ , dit-il , 
par vos Italiens , plus de foixante mille marcs 
par an du Royaume d'Angleterre : vous taxe^ 
toutes nos EgUfesi vous excommunie^ quiconque 
Je plaint ;nous ne fbuffrirons pas plus long-temps 
de telles vexations, 

• Tout cela ne fit que hâter la Sentence da 
Pape : Je diclart, dit Innocent IV , FrUtjie , 



;,C.oogli: 



F R i 1) JE n I c î î. 50) 

eonvahuit de fiicrUtgi £■ d'hérifit, ixcommunii 
& déchu de t'Empire. J'ordonne aux éieSeurs 
fi'éiirt un guire Mmptrtur , 6* je me réftive la 
difpojîtion du Royaume de Sicile. 

■ Apris avoir prononcé cet Arr^t > il entonne 
un Te Deum , comme oa fait aujourd'hui 
iptès une viâôire. 

L'Empereur étoît à Turin > qui apparte- 
Boit alors au Marquis de Suze. Il tt fait 
donner la couronne impériale , ( les Ernpe* 
leurs la ponoient toujours avec eux ) , & la 
neltani fur fa tâte : /< Pape , dit-il , ne me ta 
pas encore ravie ; & avant qu^on me l'ôic , il y 
aura tien dujàng répandu. Il envoie à tous les 
Princes chrétiens une lettre circulaire. Je ne 
fuis pas le premier , dit-il , que le Clergé ail 
auffi indignemeoi traité , 6- je ne ferai pas it 
dernier. Vous en êtes la cauje, en ohéi^ant à 
tti hypocrites , dont vous connoiffi^ l'ambition 
effrénée. C^miien ne dèeouviiriei-voia gas d'in~ 
James à Rome, quifantfiémir U. nature? &Ct 

1146. 

Le Pape écrit au Duc d'Autriche ■, chaflii 
de fes États , ^ux Ducs de Saxs , de Bavière 
le de Bf abant , aux Archevêqites de Cologne, 
de Trêves & de Mayence , aux Evêques dft 
Strasbourg & de Spire , & leur ordonne d'é- 
lire pour Empereur , Henii , Landgrave d« 
Thuringe. 



-, Google 



304 F R É fi SU I c t L 

Les Ducs refufent de fe trouver à là dîetfi 
indiquée à Vurizbourg, & les Evoques cou* 
ronnent leur Thuringieo , qu'on appelle 1^ 
roi dti Prétrts. 

Il y a ici deut chofes importantes à rcoler* 
quel- : la première > qu'il eft évident que les 
eleâeurs n'étoient pas au nombre de fept ; 
la féconde , que Conrad , iîls de l'Empereur, 
Roi des Romains, étoit compris dans 1 excom- 
munication de Ton père , & déchu de tous 
fes droits , comme un hérétique , félon la loi 
desPapes,&celon celle de fon propre père, 
qu'il avoit publiée quand il vouloït plaire 
aux Papes. 

Conrad foutient la caufe de fon père & la 
fienne. 11 donne bataille au roi des Prl* 
1res , près de Francfort. Maïs il a du défa- 
Tantage. 

Le Landgrave de Thuringe , ou l'Anti- 
Empereur , meurt en affiégeant Ulm. Mais 
le fchifme impérial ne finit pas. 

C'elt apparemment cette anhée que Fr^ 
deric 11 n'ayant que trop d'ennemis , fe 
réconcilia avec le Duc d'Autriche, & que 
pour fe l'attacher , il lui donna , à lui & à 
îes defcendams , le titre de Roi , par un 
diplôme confervé à Vienne. Ce diplôme cft 
fans date. Il efl bien étrange que les DdcS 
d'Autriche n'en aient fait aucun ufage. Il 
eâ 



;, Google 



^ i i'ia Ètt t'c î fi ^ôj 
èft vraifembliable que les Princes dé l'Em- 
pire s*opporerent à ce nouveau titre, donné 
par un Empereur excommunié, que la moitié 
de l'Allemagne commençoit & tie plus recoa- 
noître^ 

1147. 

Innocent IV offre l'Empire à plufiéUrS 
Princes-. Toys refufent une dignité fi ora- 

feufe. Un Guillaume* Comte de Hollande ^ 
accepte. C'étoir un jeune Seigneur de vingÉ 
ans. La plus grande partie .de l'Allemagne 
ne le reconnoit pas ; c'eft le Légat du Pape 
^ui le nomme Empereur dans Cologne} âÉ 
qui le fait Chevalier. 

- Deux partis fe forment en Aiieniâgiié aùlâ 
violents que les Guelfes & les Gibelins eit 
Italie. L'un tient pour Frédéric Si l'on fils 
Conrad , l'autre pour le nouveau Roi GuiU 
laume. C'était ce que les Papes vouloienti 
Guillaume eft couronné à Aix-la-Chapelle « 
par l'Archevêque de Cologne. Les fêtes dé 
ce couronnement font de tous éôtés du fang| 
répandu & des villes en celidresi 



L'EmpereUr n'eâ plus en Italie que le chef 

d'un parti dans une guerre civile. Son ûla 

Enzio i qiie noUs nommons Ënzitis , elt battit 

par les Poionois ^ tombe captif entre l«ur9 

Nauy. Mil. Tom. XV* .V. 



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0}aiirs » 8f l'on pece aç peut pas tn&vaç p^tfiO^ 
^ délivrance k ptix d'argent. 

. Unç ^utre ay^nturç £unefle uouble les cfept 
niers jours de Frédéric II, fi pourtant cette; 
aventure efl telle iiu'on la raconte. Son 
fameux Chancelier Pîert'e Defvignes , ou 
plutôt ^ la ^ignUi Toa Copfeil , foi) oracle » 
Ipi; ai^i depuis plus de treiitç années, le ref<> 
taurateur des loix en Italie'^ vçijt , dit-on* 
l'empoiroqner, ^ par les mains de ^on méd&r 
çin. Ltts HiAoïieps varient {ur l'année d^ 
ïet événement , & cette variété peut caufç^ 
quçlgiic foupço^* Eû-U croyable (Jjjf le pre- 
mier des Mngiftrats de l'Europe , vieillar(| 
vénérable , ait tramé un aum abominable 
complot ? Si pourquoi i pour plaire au Pape 
ion ennemi. Oti pouvoit-il efpérer ane e.'u* 

trande fortune ? Quel meilleur pofle le mé- 
ecin pouvoil*îI avoir , que celui de méde* 
■cin de l'Empereur ? 

Il efl certain qu^ Pierre Defvtgties eut Içs 

yeiix crevés. Ce n*eft pas- là le fupplîce 
de l'empoKcnneur de fon maître. Plufieuri 
Auteurs Italiens prétendent qu'une intrigue 
de Cour fut la caufe de fa difgrace , & 

Eoita Frédéric II à cette cruauté : ce qui «ft 
len plus vraiTemblable. 

Cependant Frédéric fait ehcorç un e^ott 
dans 1a Lom^idi« y il i^t m%v^^ p^fr ^ 



;,■ Google 



èiipéi è quelques troupes, 9c donne ViâtTiaé 
8u Pape , qui étoit toujours dans Lyon , fous 
la proteâion de St. Louis i car ce Roi dé 
France, en blâmant les excè» du Pape ^ref- 
feâoit fa p^rfoone & le Concile. 

Cène expédition eu U deriûere de fré^ 
deric. 

115 *•■ 

Il meurt lé 17 Décembre. Quelques-uns 
troient qu'il eut d&s reraords du traitetneni 

Î|u'il avoit fait à Pierre Defvignes : mais par 
on teOanient f il partût qu'il ne fe repent àfi 
fien. Sa vie & fa mort font une époque îtil^ 
portante dans l'hiAoïre. Ce fut de tous lep 
Empereurs, telai qui chercha le plus à éta,- 
blir l'Empire en Italie, -& qui y réuffit li^ 
noins , ayant tout ce qu'il faJlpit pour f 
réuillr. 

Les Papes , qui ne voulaient point de in^j- 
tres i ijf tes villes de Lombardîe , qui défen= 
dirent li fouvent la liSerté contre un niaître ^ 
empêchèrent qu'il n'y eût en effet un Empes 
reur Romain, 

La Sicile ^ & fut-tout NàpJes , furent rcji 
iloyaumes favoris. Il augmenta & embellît 
Naples & Capoue j bâtit Alitea^ Monte- 
Leojie ^ Flagelle , Dondona 1 Aquila , Se. 
ptufieurs autres villes; fonda des Univers 
iiiii, iSc e^ltir^ Ifs )!^x Arts, ^s ces 

y » 



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-508 fAÊDEftTC Itt 

■climats oîi ces fruits femblent venir d*ei]*i 
mêmes ; c'ëtoit encore une raifon qui lut 
rendoii cette partie plus tbere^ Il en fiit le 
légiflateur. Malgré ion efprit, fon courage , 
fon application & fcs travaux » il fut irè»- 
malheureux ; & fa mort produifit de plus 
grands màlfaeuts eocbret 



CONRAD iV, 

VlNGT-SEPTiEME EMPEREUR, 

\Jk peut complet parmi les Empereurs 
Conrad IV, fils de Frédéric II, à plus jufté 
litre qïie ceux qu'on place entre les defcen* 
liants de Charlemagne & les Oihofls, II avoit 
ifté couronné deux fois Rôi des Romains. Il 
fiictédoit à un père refpeÛable j & GuiU 
laume , Comte de Hollande , fon concurrent| 
ï|u'on appelloit Suffi le roi dts Préirts , comme 
le Landgrave de Thurînge , n*avoit poUr tout 
droit qu'un ordre du Pape ^ tSi les fufffBges de 
quelques Evêques. 

Conrad eJTnie d'abord une défaite âuprèt 
d'Oppenheîm > mais il fe foutient. H force 
fon tOTnpétiteur â quitter l'Allemagne. Il va 
à Lyon. trouver le Pape Innocent IV, qui le 
Confirme Roi des Romains , & qui lui promeE 
de lui donner la couronne impériale à Kofnet 

' Il étoit devenu «rdinaire de préchiM-- du 



;, Google 



C' ON R A B I V. jeçk 

Croifades contre lès Princes chrétiens. Le 
Papeen.fàitprêcher une en Allemagne contre, 
l'Empereur Conrad , & une en Italie contre-, 
Manfredo ou Mainfroî, bâtard de Frédéric 11^ 
fidèle alors à fon frère y & aux decnieces.. 
volontés de fon. pece. 

Ge Mainfroi , Prince de Târente, gou- 
Tternoit Naples & Sicile au nom de Conrad. 
Le Pape faifoit révolter contre lui Waples & 
Capoue. Conrad y marche , & femble aban- 
donner l'Allemagne i fon rival Guillaume „ 
pour ajler féconder fon frère Mainfroi ^ 
contre les Croifés du Pape^ 

Guillaume de Hollande s'établit pendant 
ce tdtnps-Ià en. Allemagne. On peut obCerver 
ici une aventure qui prouve combien tous. 
les droits ont été kuig-temps incertains, 8c - 
les limites confondues. Une ComtelTe de 
Flandre & du Kainaut a une guerre avec 
iean Davennes , fon fils du premier lit, pour 
le droit de fucce^ion de ce 61s même fur lesL 
Etats de fa mère. On prend St. Louis pouc 
3Tbître< U adjuge le Haînaut à Davennes ^ 
& la Flandre au fils du fécond lit. Jean Daven» 
nés dit au Roi Louis : ^ous me donnti^ U Hai- 
naut qui ne dépend pas de vous y U rtUve d» 
i'£véque de Luge , & U efi arrière-fief du l'£m-K 
pire. La Flandre dépend, dr\ous , 6* vpas ne rtm^ 



;,C.oogli: 



J!# C O N A A ft I V. 

il rCitoit donc pas dJéMé dé <fuî fe Haî< 
riaul refevoit. La Flandre était eftcore uq 
fttitre problême. Tout le payi d'Aïoft étort 
.fief de l'Empire. Tout ce qui étott fur FEf- 
cant rétoit auffi. Mais le refte de la Flandre ^ 
depuis Gand , relevoit des Rois de France.' 
Cependant Guillaume , en qualité de Roi 
^Allemagne , met la Comteffe au ban de 
rfempire , & confifquê tout au profit de Jean 
0^avennes en itjx. Cette affaire s'decomv 
ifi'oda enfin ; mats elle fait voir quels inconw 
vénients, la féodalité entraînoit. C'étoit en- 
«»re bien pis en Italie , & fur-tput pour le* 
Royaumes de Naples &' Sicile. 

I1Î3, iiï4, 

' .Ces années qu'on appelle , aiiifl que^ tti 
ftirantes , les arrnéfcs d'interrègne , de con- 
ftiûcm Si d'anarchie , font ponriant tràs-^ 
^gnes d*9f tention, 

La m^ifiïn de Mandeniie & de Savoie., qui 
ptendle parti de Guillaume de Hollâtide, & 
^ui le reconnoh Empereur , en reçoit l'in^ 
veftiture de Turin , de Montcalier , d'IvréïJ 
& de plufieurs fiefs qui 6a font unË maifouf 
fuiffante. 

En Allemagne , les villes de Francfor* , 
Wayence , Cologne , Vôrflis , Spire , s'affo- 
ciem pour leur commerce » fit pour fe défed-. 
dr$ 4^ Sei^nçurs d« châteaux qui étoit:dl 



;,C.oogli: 



£tAant dèbrigânJs. Cette nnidn-dés viltésdu 
RhiA èft-riioiiTs urte ïiiiitation de la cohfôde- 
ràtîari dffs villes de Lonîb^rdié , tjue des jiwèJ 
iriiere's vilîés ànféaliqiJès , Lubcck , Ha'm- 
bôtir^ ; Briinfvick. ■' 

Biènïôi fà plupart des villes d'Allemagne 
& de Flandre, entrent dan? la Hanfe.'.Le 



La ville, de Lubeckt, rpule , eft déjà A, 
puiffante » que dans un^ifi.iierr'e-intelline qui', 
îurvint m Ôiaçtairck^^e Eiraje une floiic- 



Taiftll^ {{tie'dicîs viltat'comftierçaqtes pro-' 
coforft ctfe a^aiîtages temporels , tes Cheva- 
liers de l'ordre leutoniqtie veulent procurer 
celui du chriftianifme à ces refïes de Vandales 
qui vivoieiit dans la PrufTe St aux environs-' 
Ottoc*e II , Roi dé B<rfieme , fe crtfife avec ' 
eux. Le nom-d'Ottocare éioit devenu ceW 
des Rois de Bohême, depuis, qu'ils avoient 
pris ié parti d'Othon tV;- Ils battent les' 
païens, lë$ deùiT chefs des Pruffi^nrreç'oivent- 
U baptéfitd. OAo^re rebâ^t Kœnisberg. 

y 4 



;! Google 



ji» Conrad IV» 

D'antres, fceaes s'ouvrent en Italie, ta 

Pape entretient toujours U guerre , & veut 
difpofer du Ro-yaume de Naples & Sicile, 
MaisilnepeutrecouvrerfonpropreDomaine, 
ai celui de la'^ ComlefTe Mathilde- On voit 
toujours les Papes .puilTznts au dehors par les 
excommunications qu'ils lancent , par les 
Vivifions qu'ils fomentent , très-foibles che.z 
çux , & fur-tout dans Rome. 

Les fàâions dès Gibelins & des Guelfes pap< 
tageoiem Se défololent Tltatie. Elles avoient 
commencé par les querelles des Papes & 
des Empereurs ; ces noms avoient été par- 
tout un mot de ralliement, du' temps de 
Frédéric U. Ceux qui prétendoîent acquérir 
des fiefs & des titres queles Empereurs don- 
nent , fe déclaroient Gibelins. Les Guelfes 

Î)aroi0bîent plus partifans de la liberté ita- 
ique.. Le parti Guelfe y à Rortie , étoit à la 
vérité pour le Pape ^ quand il s'aj^flbit de 
fe réunir contre l'Empereur; mais ce même 
parti s'oppofoit aoJ^apé quarid' le Pontife , 
délivré d'un maître ^ vouloitl'êtrei.fontourk. 
Ces iàâions fe fubdivifoient encore, eti pl»^ 
Ûeurs partis.différems* & fervoieni d'aliment; 
attx difeoiides des villes & des famiUei». Quel-> 
qves anciens Capitaines de Frédéric U em- 
ployoient ees noms defaftioft, qui échauf-. 
font les efprits , pour attirer du monde fou& 
leurs drapeaux j & autorifoient leurs brigaitt 
dages du prétexte de fouteni^ les droits de 

ÏEnipire, O^s bogaod* Qppalës fei^tiQwai 



;,■ Google 



Conrad IV. jn 

de fervir le Pape , qui ne les en chargeoit 
pas , Se ravageoiept 1 Italie en l'on nom. 

Panni ces brigands qui (e rendirent illuf- 
tres I il y eut'iur-tout un partifan de Frédé- 
ric II , nommé Ezzelino, qui lût fur le point 
de s'établir une grande domination , & de 
changer la face des affaires. U efl encore 
fameux par fes ravages ; d'abord il ramalTa 
quelque butin à la tête d'une troupe de 
voleurs ; avec ce butin il leva une petite 
armée. Si la fortune l'eût toujours leeondé , 
il devenoit un conquérant. Mais en6n il fut 
pris dans une embufcade ; & Rome, qui le 
craignoit , en fut délivrée. Les faâionsGuelfe 
& Gibeline ne s'éteignirent pas avec lui. 
Elles fubfifterent long-temps , & furent vio- 
lentes , même pendant que rAllemagne > fans 
Empereur véritable , dans l'interrègne qui 
fuivtt la mort de Conrad , ne pouvoit plus 
fçrvir de prétexte à ces (roubles. 

, ■ Un Pape , dans ces cîrconftances , avoit 
une place bien difficile à remplir. Obligé, par 
fa qualité d'Evêque , de prêcher la paix au 
milieu de la guerre , fe trouvant à la tête 
du gouvernement romain » fans pouvoir par- 
venir à l'autorité abfolue , ayant à fe défendre 
des Gibelint , à ménager les Guelfes , crai- 
gnant fur-tout une maifon impériale , qui 
poJTédoit Naples & Sicile : tout étoit équivo- 
que dans fa fituation. Les Papes , depuis Grç- 
{joire Vil, eurent toujours avec le& £iii{>eieuis 



;,C.oogli: 



3i4 Conrad IV. 

cette conforinité ; les fitrés de maîtréi êé 
inondé ft U pdîfTance la plWs fériée. Et & 
on y fait attention, on verra que dès.ïe 
temps d*s premiers fliccêffèari dé Chafîe- 
Hfagne, l'Empire S le ftcerrfotè fônt dtfiïi 
l^oblêines diffitiles à réfoûdri. 

Cofttad fait venir un dé fés frères , 3 ma 
Frédéric ï[ avoit donné le Dtjéhë d'Aufrîcné, 
Ce jeune Prince nteurt , & iHi foupçoWië' 
Conrad de l'avoir emporfoiyné.- Car dirisHè 
tertipjf , H fâlloit qu'un Prïncè moinrôt de" 
TÎeiUe^e , I>our qu'on n'imputât p^i fà ftioH 
A piâifoii. 

■ Confa'd ÏVnïéurt Bientôt ^'près , k b* 
aïcuîe Maïnfiroi dé fâ^oi:^ fart péirir p^ le 
ifiSoie crime. 

L'Eftiperéùr Coofdd I V , ihôrt S fi fi^irf' 
de fon âge ^ taifTairt un enfanT, ce iïrâlhett=' 
reux Conradin, dont Mainfroi prit la tutelle; 
le Pape Innocent IV poufiiitfur cet enfant 
là mémoire de fes pères. Ne ^pô^^aAt s'eiti- 
mrer du Roy-aomc de Napies ,- il l'offre au 
Roi d'Angleterre , il l'offre à vin frerè dé St. 
Louis. 11 meurt an milieu de fes pi^oj^ , 
dans Naplés hiême » qoé fori patti avoit cotf- 
tjuis. On croîroir , à voir les dernières etrtré'-" 
pi-ifes' d'Innocent IV , que é'éfoit utt gueriîér. - 
Non : il pàffoit pour un pfofoûd Théolo- 
gien. 



;,■ Google 



C ô ïT k A D f V, 3iy 

Après la mort de Conrad I V , ce dcN 
nier Ernpérâur , & non le dernier Prince 
èe ta maifon de Suabe , il étoit vraifertl- 
blable que le jeiine Guillauttie de -HoU 
fande. qui comniençoit i régHet fans con- 
rradiâion en Allemagne , ferolt utie nou- 
velle maifofl impériale. Ce droit féodal , 
qui a caufé tant de difputés & tàht de guer- 
res, le fait armer contre les Frifons. On pré- ' 
féridoit qu'ils étoient Vâffau* des Comtes de 
Hollande , & afriere-vaflaux dé l'Empife ; 
& les Frifons ne vouloient felêvef de pet- 
ftmrté. Il marché contre eUx , il y éft tué fù* 
la fin de ratifiée ii55, ouaiicomtiienc.ëment 
dé l'autre ; & c*efl-là l'époque de la grandâ 
Anarchie d'Allemagne. 

La même Anarchie eft dahi Home , dani 
la Lombardie , dans le Royaume dé Naplei 
dtde Sicile. 

Les Guelfes vénoierit d*3tté chalTés de 
Naples par Mainfroi. Le nouveau Pape 
Alexandre IV, mal affermi dans ftortie , 
teut, comme fon prédéccfftur, ôtet NapIeS 
& Sicile A la maifoi^ etcommurtiée de Suabe , 
& dépouiller à la fois le icuné Conradin , 
â qui ce Royaume appartient , & Mainfroi , 
qui ed éfi le tuteur. 

Qui poiuf oït Cf oiré qu'Atéxandré IV fait 



;, Google 



31^ Interxecne. 
prlcher en Angleterre une Croifade contre 
Conradin } 8t qu'en oSnnt les Etats de cet 
enfant au Roi d'Angleterre Henri III, il 
emprunte * au nom même de ce Roi Angloîs^ 
aflez d'argenipour lever lui-mêmeunearmée^ 
Qtiellesdémarches d'un Pontife pour dépouil- 
ler un orphelin ! Un Légat du Pape commande 
cette armée , qu'on prétend être de près de. 
cinquante mille hommes. L'armée du Papa 
eft battue & diffipée. 

Remarquons encore que le Pape Alexan- 
dre IV , qui crayoit pouvoir fe rendre maî- 
tre de deux Royaumes aux portes de Rome ^ 
n'ofe pas rentrer dans cette ville , & fe 
retire dans Viterbe. Rome étoît toujours 
. comme ces villes impériales , qui dïfputent 
à leurs Archevêques les droits régaliens ^ 
comme Cologne , par exemple , dont le 

fouvernement municipal eft indépendant de 
éleâeur. Rome refta dans cette lîtuatton 
équivoque , jufqu'au temps d'AlexandrQ VU 

1156, itï7, iiî8. ■ 

On veiït , en Allemagne , faire un Empe- 
~ reur. Les Princes Allemands penfoient alors 
comme penfent aujourd'hui les Palatins de 
Pologne , ils ne vpuloient point un compa- 
triote pour Roi. Une fanion choilit A.lphonfe 
X, Roi de Caftille , une autre élit Richard^ 
frère du Roi d'Angleterre Henri III. Les deux 
«lus envoient égaiemeot au Pape pour iwo 



;, Google 



t N t E R R Ê G 1* s; 517 

ïbnfirmer leur éleflion : le Pape n'en con- 
firme aucune. Richard cependant va fe faire 
couronnera Aix-la-Chapelle le 17 Mai 1x^7, 
fans être pour cela plus obéi en Allemagne. 

Alphonfe de Caftillc fait des aftes de Sou- 
verain d*AIIeitiagnè à Tolède. Frédéric III » 
Duc de Lorraine , y va recevoir à genoux 
TinveAiture de fon Duché , & la dignité d« 
Grand-Sénéchal de l'Empefeur fur les bords 
xiu Rhin , avec le droit de mettre le premier 
plat fur la taille impériale dans les Cours 
plénieres. 

Tous \ts Hiftoriens d'Allemagne, £omme 
les plus modernes , difent que Richard ne 
reparut plus dans l'Empire. Mais c'eâ qu'ils 
n'avoient pas connoifîance de la Chronique 
d'Angleterre de Thortas Wik. Cette Chroni- 

Î[ue nous apprend que Richard repalTa trois 
ois en Allemagne , qu'il y exerça fes droits 
d'Empereur dans plus d'une occafion , qu'en 
li6î il donna l'inveftiture de l'Autriche 
&deIaSrtrieàunOttocare>Roi de Bohême^ 
& qu'il fe maria en 1269, à la fille d'un 
Saron , nommée Falkemorit , avec laquelle it 
retourna à Londres. Ce long interrègne dont 
on parle tant , n'a donc pas véritablement 
iuhlifté. 'Mais on peut appeller ces années^ 
un temps d'interrègne, puifque Richard étoit 
rarement en Allemagne. On ne voit dans ces 
temps-U en Allemagne , que de petites guer-. 
Rfi entre de petits Souverains.- - 



;, Google 



}l8 t H T Ë R R B â If 4; 

I1Ï9. 

L« ]entitt Conradin étoit qlors élevé til 
Sfviere, avec le Pue titulaire d'At^tricbet 
foa coufîn* de l'ancienne branche d'Autriehe- 
B^viere t 94> n^ fttlïfiûe pl^s. MainffQÏ , plus 
ftntbitieuv ^^e fidèle , fr laftë d'être régent-, 
|e ifàt d^cUrer Roi 4^ Sicile & de Naples. 

C'étoit donner au Pape un jufle fujet 4g 
chercher à le perdre. Alexandre IV » connu* 
pontife, ^Yo\t le droit d'e^comniufiier uri 

Eaqure ; 8e comme Seigneur fu^erain df 
faples , le droit de punir un ufurpateur. 
Mais il ne pouvoit , ni comnie Pape , ni 
comme Seigneur , ôtet ^u jeune 81 innocent 
Conradin fon héritage* 

Mainfroi , quï fe croit affermi , infuUd 
9uz excommunipations ^ 9ux «ntreprifet 
^u Pape. 

Erzelin , autre tyr?n, dévafte les Contrééi 
de la Lombardie qui tiennent pour les Ghb1< 
fes Sf pour le Poniife- Enfin , blefle dsns ufl 
combat contre les Crémpnais t Is t^erre «a 
tft délivrée. 

Depuis 1260} iufqu'ik |»|$iS* 

Tandis que l'Allemagne eft ou défpl^i^ 
Ou languiflante dans fon Anarchie , qu# 
lîialie eft partagée W ô^Uops , qvf lr« 



;, Google 



t (t TE R-R,fi C t^ R. 319 

ÏiJierres civile^ trQHblept l'Angleterre , que 
t. Louis , racheté de fa captivité en Egypte . 
ipédite «incore utje nouvetle Croifade, qu| 
6it plus malheureufe ^ s'il eâ pojTible ; I4 
St. Siège perfiHe toujours dans le delleiq 
d'arracher à Mainfroi Naples 8ï Sicile, & 
de dépouiller à la fois te tuteur coupable 
& rorphelin. 

Queictue Pape qui foit fur la chaire de 
St. Pierre , c'eft toujours le^même génie , le 
tnême mélange de grandeur & de foiblefle, 
de religion & de crimes. Les Romain; ne 
veulent reconnoître ni l'autorité tempo- 
relle des Papes, ni avoir d'Empereurs. Les 
Papes font à peine foutïèrts dans Rome, ^ 
ils ptent ou donnent des Royaumes. Roms 
élifoit alors un feul Sénateur, comme prot 
teQeur de fa liberté. Mainfroi , Pierre d'Ara- 
gon fon gendre, le Duc d'Anjou Charles ^ 
frère de St. Louis , briguent tous trois celle 
dignité t qui étoit celle de patries , fous un 
autre nom. 



Urbain I V , nouveau Pontife , offre k 
Charles d'Anjou Naples Se Sicile , muis il nt 
veut pas qu'il foit Sénateur : ce feroit trop 
de puiÛance. 

Il propofe à St. Louis d*inoer le Duc 
d'Anjou pour lui faire concpiérlr le Royauma 
de Naples. Si. Louis héfttc. C'étoit manifeÇ' 
tement ravir à un pupille l'héritage datant 



;, Google 



$16 t N T E It R E 6 It e. 

d'aïeux, qui avoient conquis cet Etat fuf téi 
Mufulfnans. Le Pape calme (es fcrupulest 
Charles d*Anjou accepte du Pape la dona' 
tion , & ie fait élire Sénateur de Roitie mal* 
gré le Pape. 

Urbain IV , trop engagé , tût promettre 
à Charles d'Anjou' qu'il renoncera dans cinq 
ans au titre de Sénateur ; & comme ce Prince 
doit faire ferment aux Romains pour toute 
fa vie, le Pape concilie ces deux ferments,. 
& l'abfout de l'un , pourvu qu'il lui faffe 
l'autre. 

il l'oblige auâî de jurer <^tre tes mains d« 
fon Légat , qu'il ne pofledera jamais l'Em* 
pire avec la couronne de Sicile. C'étoît la 
loi des Papes fes prédécelTeurs ; & cette loi 
montre combien on avoit craint Frédéric IL 

Le Comte d'Anjou promet fur-tout d'aider 
le St. Siège à fe remettre en poJTeffion du 
patrimoine ufurpé par beaucoup de Sei* 
ei^euTï, & des terres delà Comtefîe Mathttdei 
Il s'engage à payer par an 80O0 onces d*or 
de tribut , confentant d'être excommunié & 
jamais ce paiement eft différé de deux moisi 
il jure d'abolir tous les droits que les conqué- 
rants François Si les Priitces de la maifod de 
Suabe avoient eus fur les Eccléfialliques , & 
par-là il renonce  la prérogative iingulivc 
de Sicile. 

A des 



;,C.oo<î[e 



i N. T E a RE G N s: ^11 

. A ces conditions & k beaucoup d'autres , 
il s'embarque à Marfeille avec trente gale- 
' res, & va recevoir à Rome en Juin 126} , 
l'inveiliture de Naples & de Sicile , qu'on 
lui vend û Cher. 

- Une bataille dails les plaines de Bénévent; 
le 26 Février 1166 , décide de tout. Mainft-oi 
y périt ; ia femme , ies eiifants , fes tréfbrs , 
ibnt livrés au vainqueur. ' 

Le Légat du Pape, qui étoit dans rarlhée; 
prive le corps de Mainfroi de la fépulture 
des chrétiens ; vengeance lâcbe & mal-adrtnte 
qui ne fert qu'à ■irriter les Beuples. 

1167, 1168. 

. Î3ès que Charles d'Anjou eil fur le ti^e 
de Sicile , il eft craint du Pape & haï de ies 
iujets. Les confptrationS' (e forment. X«« 
Oibelins , qui partageoîent l'Italie , envoient 
en Bavière ibllicirer le jeune Conradin de 
venir prendre l'héritage .de fes pères. Clé- 
ment ly, fuccelîfur d'Uibain , lui dé£end de 
pafTer en Italie, comme un Souyecain donne 
un ordre à fen fujet. 

:. Conradin part à l'âge de feize ans^ aved 
le Duc de Bavière^ fon oncle y le Cornt*. 
de Tirol , dont il vient d'époufer la fille , & 
fiiT'tout avec le jeune Dnc d'AHtriche , fon 

" JV(.âv.JWé/,Tom. XV, X 



;, Google 



3X1 I N T E'R X E G N i: 

coufîn , qui n'étoit pas plus m^tre dft l'An- 
triche que Conradin ne Tétoit de Naples. ' 
Les excommuiiications ne leur manquèrent 
pas. Clément I V, pour leur mieux refiftec , 
nomme Charles d'Anjou Vicaire impérial ea 
Tofcane : car les Papes ofani prétendre qu'ils 
donnoieo^ l'Empire , dévoient , à plus forte 
raifon , en donner le Vicariat. La Tofcane, 
cette Province illuftre, devenue libre par 
ion efprit & par Ton courage , étoit partagée 
en Guelfes & en Gibelins , St par-là les GueU 
fts y prenoepi toute l'auiotité. 

;. Charles d* Anjou ,' Sénateur de Rome 8c 
chef de la Tofcaae , en avèrent plus redou- 
table au Pape. Mais Conradin l'eût été 
davftBtage. 

' Toifi les cccui-s étcnent i Conradin ; Se 

En une éeftinée fiogulîere , les Romains & 
rs MiHtifmân$ fç déclarèrent en.roême temps 
pottf lui. D'un côté llnfant Henri , ftere 
^A^lphonfe X , Roi de Caftille , vrai Chcva- 
fier errant^ paiTe en Italie, & fe fait décl»> 
rer Sénateur de Rome , pour j foutenir les 
droi» de Conradî»; De raotre , un Roi de 
Tunis leur prête de l'argent & deï gateres , 
& tous les Sarrafins qui etoient reAés dans le 
ftoyaitfM de Naples , prennent les armes en 

^ Coondin eft reçu dans Ronte su CapîMr 



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t N T Ê il A Ë 6 ^ Éi |i| 
Cbâimê tiii Empereur: Ses galères abordent 
th Sicile , Si prefque tpUte la nation y reçoiê 
Tes troupes avec joie, il marche de AiccÈs eti 
fuccès lufqu'à Ai^iùla * dans l'Abruie. Le* 
Chevaliers François > aguerris , défont entié- 
irement, en bataille rangée, l'at-tnée db Cbn- 
hidtn i cotiipofée à la hâte de plufieuré 
taaiionsi 

'Cbnrâdiitvl<: Dtic cl* Autriche & ïlebri Ai 
Caftille > font faits prifonniers; , 

Lia îfiAoHetit Villaiii i t^uâdeîBel'o i 
Fazelli, affurent que le Pape Clément IV 
demanda Is- fupplice de Coriradip à Charle» 
d'Anjou- Ce fut fa detMeré vQloiiîé. Ce Pap$ 
Itidtirut biehiôt après; Charles fait pronon' 
ter unie fentènce de iilort p«r fon protôno^ 
taire , tïobert de fiart « côotrâ les deux t'rih- 
Ëés. Il envoie prifonDiet- He«ri àé CaAilltf 
Un ProvËncé ; Car la PrOvËQCQ hii àf4»artdi 
faôit du ebef de fa felninï) 

. té lé Ôâotifd i i6§ i eartfàdiri & tiêâés 
Hc d'Autriche font exécutés datîs le marché 
fle Naples ^ pat là main dii boUrredu; C'Ëft. 
Ïé prËmiet ef etfiplé d'Un pareil attentat con- 
tre dès têtes coiirotlnéés; Cofiradin i avant 
de Tceevoir le coup ^ jeta fon gant 4aos 
ràdèmblée, en priant qu il fut {kotré à Pierre^ 
d'Aragon j (bn coufîn ^ gendre de Mainfrpi^ 
qui vengera un jour ia mar\ Le gàni î^ 
%4 



;,C.oogli: 



^14 r "n T ERRE G N eJ 

ramaffé par le Chevalier TmchCés <îe Vaï- 
bourg , qui exécuia en effet fa volonté. 
I^epuis ce temps , la maifon de Valbourg 

Sorte les armes de Çom-adin , qui font celFes 
e Suabe. Le jeune Duc d Autriche ell 
exécuté le premier. Conradin, qui l'aimoit 
tendrement, ramafle fa tête , 8t"reçoil,en 
la baifant » le coup de la mort. 

On tranche la tête à plufieurs Sei- 
gneurs fur ,1e même échafaud. Quelque 
temps après , Charles d'Anjou fait périr en 

Î~ irifon la veuve de Main&oi avec le iils qui 
ui refte. Ce qui furprend , c'eft qu'on ne 
voit point que St. Louis , frère de Charles 
d'Anjou , ait jamais fait à ce barbare le moin- 
dre reprdche de tant d'horreurs. Au contraire, 
ce fiit en faveur de Charles qu'il entreprit 
en partie fa dernière malheureufe Groi- 
fade contre le Roi de Tunis > proteâeur 
de Cootadin. 

1169, 1170, 1171, 1171. 

- Les petites guerres continuoient toujours 
entre les Seigneurs d'Allemagne. Rodolphe,, 
Comte de mbsbourg en SuifTe , fe rendoit 
. déjà femeux dans ces guerres , St fur- tout 
dans celle qu'il fit à TEvêque de Bâle , en 
faveur de l'Abbé de St. Gai. C'eft à ces temps 
que commencent les traités de confi'aternité 
héréditaires entre les maifons allemandes. 



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Interrègne. 31; 

G'eft une donation réciproque de terres 
d'une maifûn à une autre , au dernier Survi- 
vant âes mâles. 

La première de ces confraternités avoit 
été faite dans les dernières années de Fré- 
déric II, entre les maifons de Saxe Se de 
Hefle, 

Les ' villes anféatiques augmentent dans 
ces aimées leurs privilèges & leur puiâance. 
Elles établiflent des Confuls qui jugent tou- 
tes» les affaires du commerce; car à qud 
tribunal auroi^on eu alors recours } 

• La même nécelHté qui fait inventer les 
Confuls aux -vîllss marchandes , -fait inven- 
ter les auflngues aUx autres villes & aux 
Seigneurs , qui ne veulent pas toujours vui^ 
der leurs différents par , le fer. Ces aujbt' 
gués font, ou des Seigneurs, oti des villes 
ntême , que l'on choiût pour arbitres , fans 
frais de juflice. 

Ces deux établiflèments , fi heureux & fi 
fages , furent le fruit des malheur^' des temps, 
qui obligeoient d*y avoir recours. 

L'Allemagne reftoit toujours fans chef, 
mais vouloit enfin en avoir un. 

Richard d'Angleterre étoit mtwt. Alphonfo 



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51* ï W T E R B E C » É, 

4e Caflille n'avoît plus de parti. Ottocare IH, 
Roi de Bohême , Ehic d'Autriche St de Stirie , 
fut propofé , Si reiafa, , .dit-on , rEmpire, 
H avoit alors une guerre 9vec fiéla , Roi 
^e Hongrie , qui lui dîf^piitoit U Stirie » I9 
Carinthie & la Carmole. On pouvoit lu^ 
COnteller la Stirie , dépendante de ^Autriche . 
fnais non la Cariaihïe ^ 1^ Carniole , qu'il 
yyoit açhetéçs. 

La paix Te &. La Stirie & la Cariathi» 
9Te'c la /C^arniole , réitèrent à QttQcare. Oq 
pe conçoit p^s comment étant û puiffant , 
il refufi l'Empire, lui qui depuis réfuta rhoin* 
mage à l'Empereur. Il efl bien plus vraifem-' 
lilable qu'oïl 6é voulut pas «le lui, pitTinU 
VkVBfi %\i% étoit trop pui^aitt* 



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RODOLPHE I DE HABSBOURG, 

Premier Empertur de la maifim d'Àiafiche , 
VINGT-HUITIEME EMPEREUR, 

HiNFiN, on s'affemble à Francfort pour 
élire un Empereur ^ & cela fur les teitrçs de 
Crégoîre X , C|ui .menace d'en nommer un. 
C'étoit une chofe nouvelle , <]ue<e fût ua 
Pape qui voulût ua Empereur. 

On ne propofe dans cette afTemblée aucun 
Prince pofleneùr de grands Ecats. lU étoient 
trop jalouK tes uns des autres. Le Comte 
-àe Tirol , gui étoit du nombre des éleâeurs , 
indique trois fujets \ un Cojnte de Goritz , 
Seigneur d'un petit pays dans le Frioul , & 
ablblumcnt inconnu ; «n Bernard , non moins 
inconnu encore » qui n'avoit pour tout bien 
que dcfi prétentions fur le Duché de Carîn- 
tnie ; H Rodolphe de Habsbourg, Capitaine 
célèbre, & &^*'^ Maréchal os U Cour 
d'Ottocare , Roi de Bohême. 

Les âeâeurs partagés eiUre ces trms con- 
currents , s'en rapportent k la dédfion du 
Comte Palatin , Louis le fétere , Duc de 
Bavière , te même qui avoit élevé & fecouru 
en vain le malheureuliCoiiradiii, & Frédéric 
d'Autriche. Cefl-Ià le prenâer exemble d'uli 
X4 



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jiS Rodolphe I. 

pareil arbitrage. Louis de Bavière nomme 

ÊmpercHr Rodolphe de Habsbourg. 

Le Burgrave ou Châtelain de Nuremberg 
en apporte la nouvelle à Rodolphe , qui 
n*itant plus alors au fervice du Roi cfe 
Bohême , s'occugptt de fes petites guerres 
.vers Bâie & vers Strasbourg. 

Alphonfe de Caflille , & le Roi de Bohême , 
proteftent en vain contre l'éleâion. Cette 
proleflation d'Ottocare ne prouve pas apu- 
rement qu'il eût refufé la couronne impé* 
haie. 

Rodolphe étoit fils d'Albert , Comte de 
Habsbourg, en Suiffe. Sa mère étoit Ulrilce 
de Kybourg , qui avoit plufîeurs Seigneuries 
en Atface. Il étoit marié depuis long-temps 
avec Anne de Hœneberg , dont il avoit 
quatre enfants. S6n âge écoït de cinquante- 
cinq ans & demi , quand il fut élevé à l'Em^ 
pire. Il avcàt un frère Colonel au fervice des 
Milanois, & un autre Chanoine à BâIe. Ses 
deux frères moururent avant fon éleûion. ' 

Il eft couronné à Aix - la - Chapelle ; on 
Ignore par quel Archevêque. Il eft rapporté 
que le fceptre impérial , qu'oii piétendoit 
être celui de Charlemagne » ne fe trouvant 
pas , ce dé&nt de formalité commençoit à 
fervir de prétexte à plufieurs Seigneurs qui 
PC vouloîeat pas Jui prâter fermeat.^ Il prit 



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RODOtPHST. 329 

un crucifix : yoilà- mon fctptre , dit-il , & tous 
lui rendirent hommage. Cette feule aâion d« 
fermeté le rendit relpeâable , & le relie de 
fa conduite le montra digne de TEmpire. 

Il marié fon fils Albert à la fille du Comte 
de Tirol , fœur utérine de Conradin. Par ce 
mariage , Albert fembie acquérir des droits 
fur l'Alface 8t fur la Suabe , héritage de Ja 
maifon du fameux Empereur Frédéric II; 
L'Alface étoit alors partagée entre plufieurs 
petits Seigneurs. Il rallut leur faire la guerre. 
Il obtint 1 par fa prudence , des troupes de 
l'Empire , & fournit tout par fa valeur. Un 
Préfet eft nommé pour gouverner l'Alface. 
C'eft ici une des plus importantes époques 
pour l'intérieur de rAIlemagne. Les poflef- 
leurs des terres dans' la Suabe Se dans l'Al- 
face , relevoient de la maifon ihtpériale de 
Suabe ; mais après t'extinûion de cette mai- 
fon , dans la perfonne de l'infortuné Conra- 
din , ils ne voulurent plus, relever que de 
l'Empire. Voilà la véritable origine de la 
noblefie immédiate. Et voilà pourquoi on 
trouve plus de cette noblefie en Suabe que 
dans les autres Provinces, L'Empereur Rodol- 
phe vint à bout de foumettre les Gentils- 
hommes d'Alface ,■ & créa un/Préfet dans 
cette Province ; mais après lui les Barons 
d'AIface redevinrent pour la plupart Barons 
libres & immédiats , fouverains dans leurs 
petites terres comme les plus grands Sei- 
gneurs Allemands dans les leurs. C'étoït 



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3J0 Rodolphe I. 

dans prcfque toute TEurope , l'objet de qui- 
conque poilédoit un châteatt. 

1174- 

Trois AmbaCideurs de Rodolphe font 
ferment de fa part au Pape Grégoire X ^ 
dans le conrifloire. Le Pape écrit à Rodolphe : 
Dt l'avis dts Cardinaux t nous vous nommons 
Roi dts Romains, 

Alphonfe X , Roi de CaftîUe , renonce 
alors à l'Empire. 

JX7S. 

Rodolphe va trouver le Pape à I^ufanne. 
II lui promet de lui faire Rendre la Marche 
d'Ancone & les terres de Mathitde. Il pro- 
mettoit ce qu'il ne pouvoit tenir. Tout cela 
étoii entre les mains des villes St des Sei- 
gneurs y qui s'en ëtoîent emparés aux dépens 
du Pape & de l'Empire. L'Italie étoit pana* 
gée en vingt Principautés ou Républiques »' 
comme l'ancienne Grèce * mais plus puiflan- 
tes. Venife , Gênes &, Pife avoient plus 
de vaîiTeaux que TEmpereur ne pouvoit 
entretenir d'enfeignes. Florence deveooit- 
conlidérable , & iii\B. elle étoit le berceatt 
des beaux Arts. 

Rodolphe penfe d'abord à l'Allenu^ne. 
Le puiflant Roi de Bohême , Ottocare Ut » 

Suc d'Autriche,^ de Carinihia fit de Caniiale» 



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Rodolphe h s^f 

lai nfafe-l'hommzge. Je ne JoisrùaàRoJai^ 
fhe^ dil-jl ; je lui impayé fis gage^, U fe ligU» 
Avec la Bavierçt 

Rodolphe foutîent la maieûé de Ton rang* 
Il £iit mettre au ban de l'Empire ce pu^nt 
Onocare ^ & le Duc de Bavière Henri , qui 
eft lié avec lui. On donne i l'Empereur des 
troupes , & il va vçnger les droits de rEmjiin 
AUemanct. V 

1176. 

L'EmpereurRodoIphe bat Tun après Tan^ 
tre tous ceux qui prennent le parti d'Ottocare,' 
ou qui Veulent profiler de celte divifion ; le 
Comte de Neubcwrg^ le Comte de Fribour^^^' 
& le Marquis Ae Bade , & le Comte de Vir- 
tembeig f &. Henri I>uc de Bavière. U finît 
tout-d'un-coup cette guerre avec les Bavi^ 
rois » eu mariant une de Tes filles au fils de 
ce Prince , & en recevaat quarante mille 
onces d'or , au Ueu tte donner vn« dot à fil 
«lié. 

- De-là il narcbe contre Ottocare; U Vf 
force de venir à compofitlon. Le Rcâ d* 
Bohême cède l'Aulricbe , la Stirie & la Car'* 
niole. Il confent de faire un hommage, lige 
à l'Empereur dans llfe de Camberg , au 
piilieu du Danube, fous nn pavillcm y dont 
les rideaux dévorent être fermés , pour liù 
é|)argaer une incvtifîçation publique* ' 



;,■ Google 



j3i Rodolphe I.' 

Ottôcare s'y rend couvert d'or St de [ùer- 
reries. Rodolphe , par un fafte fupérieur , !• 
reçoit avec l'habit le plus fimple ; & au 
milieu de la cérémonie , les rideaux du 
pavillon tombent , & font voir aax yeux du 
peuple & des armées qui bordoient le Danube^ 
le niperbe Ottôcare à genoux , tenant (es 
mains fointes entre les mains de fon vain- 
queur f qu'il avoit fi fouvent appelle fon 
Maître-d'Hôtel , & dont il devenoit le Grand- 
Echanfon. Ce conte ell accrédité , & il 
importe peu qu'il foit vrai. 

La femme d'Ottocare , PrineelTe plus 
altiere que fon époux ^ lui fait tant de repro- 
ches de fon hommage rendu , & de la cef- 
£oa de fes Provinces , que le Roi de Bohême 
recommence la guerre vers l'Autriche. 

L'Empereur remporte une vifloirc com- 
plette. Ottôcare eft tué dans la bataille le i6 
Août. Le vainqueur ufe de fa viâoireen légis- 
lateur. Il laifie la Bohême au ^Is du vaincu , 
le jeune Vencellas ; & la régence au Marquis 
de Brandebourg. 

1178. 

Rodolphe fait fon entrée à Vienne, Se 
is'établii dans l'Autriche. Louis , Duc de 
Bavière , qui avoit plus d'un droit à ce Duché, 
veut remuer pour foutentr ce droit. Rodol* 



^.C.oogli: 



R O'D'O^L > ÏI Ê I.* iJf 

plie tombe fur lui avec (es troupes viâo-, 
rieufes. Alors rien né réfifle ; & on voit ce 
Prince, que les élçâeurs avoient appelle à' 
l'Empire pour y régner fans pouvoir , deve^ 
nir en effet le conquérant de l'Allemagne. 

.'. 1279. î 

'-Ce maître de l'AUentaene eft J^ien loin d«^ 
rêtre en Italie. Le Pape Nicolas! Il gagne - 
avec lui y fans peine , ce long procès , que 
tant de Pontifes ontfoutetiu contre tant 
d'Empereurs. Rodolphe , par un diplôme dit 
l'j Février 1 279 , cède au St. Siège les terres-. 
de la Comteffe Mathîlde , renonce au droit 
de fuzeraineté 1 défavoue l'on Chancelier qut 
a reçu l'hommage. Les éleâeurs approuvent 
la même année cette celTion de Rodolphe. 
6t-'Princc , en abandonnant des droits pour 
kfquels on avoit fi long-temps combattu v 
ne cédoît en elTet que le droit de recevoir un 
liommage de. Seigneurs qui vouloient à 
peine le rçndr^. C'éloit tout ce qu'il pouvoit 
alors obtenir en Italie , où l'Empire n'étoit 
plus rien. II falloir que cette celHon fût bien' 
peu de choie , puilque l'Empereur n'eut en 
échange quelle titre de Sénateur de Rome^ 
& encore ne l'eut-il que pour un an. 

I Le Pape vint à boi^t de faire ôter cette 
▼aine dignité de Sénateur à Charles d'An- 
jou y Roi de Sicile , parce que ce Prince iic 
votdut pas marier fon neveu avec la iàgcp 



;,■ Google 



de ce Pontife , en dîfam que quoiqu'il s*à^ 
ftUàt Or^ni , & qu'il iût Us pie<Ù rougfi , fid 
/ang n*iuupa$ fiùi paur ft méttr tmfuig dà 
JPnum. 

Kicolds tli dté ehcore à Chaj^îes d'Anjbil 
le vicariat de l'Empira ea Tofeane^ Ce vica^ 
tiat n'étoit plus qu un nom , & ce nom mêmâ 
ne poDvoit fubGftsr depuis qu'il y avait ud 
Smpereur* 

ta tftuàtidii de Rodolphe eh Italie étoie^ 
( à ée que dit Gifolamo Briilfti ) , fesibUbtd 
ft celle d'uti aégociaM qui a Ait faillite « 
|c dont d'autres maxclumds partagent les 
c&ts. 

t.*Ë(np£reur tlodolplie fe t^éoriinode aVei 
Charles de Sicile , par le mariage d'une d0 
/es filles. Il donne cette Princeile , nommétf 
Clémence* i Chartes-Martel, petit^fils dtf 
Châties. Les deux mariés itoient prel^irt 
«nCore au berceau* 

Charles, atî nfoypn de céiH^gé « obfietK 
'<de PEmpereur t'inveftittire des Comtés A<i 
Proreace & de Forcalquien 

Après la mcîrt de ffîéolas iK, d}i i\tt ilû 
François nommé firion , qui .prend le noiiY 
4ç Martjn iV.CeFrançcasfHÎi rendre- d'aboTii 
a dignité de Sénateur an ftoi de SiçiW ^ U 



;, Google 



R o D o L p H s I; 5J)' 

i'St veut lui faire rendre suffi le vicariat de 
■l'Empire en Tofcane. Rodolphe paroît ne 
guère s'en enibarr«0ef; il eft affez occupé 
en Bohême. Ce pays s'étoit révolté par la 
conduite violente du Margrave de Brande- 
bourg , ^ui en ^Toit régent ; & d'ailleurs 
Rodolphe aroit plus iieloiii d'argent que de 
titres. 

1181,1181, 

Ces années font mémorables parla fameurtf 
confpiration des Vêpres Siciliennes. Jean de 
Procida, Gentilhomme de Saterne, riche, 
& qui malgré fon état ekerçoil la profeffion 
de Médecin & de Jurïfconfulte > fut l'auteur 
de cette conlpiralion, qui fembloiifioppofée 
à ion genre de vie. C'étoît un. Gibelin , 
paJSonnément attaché à la mémoire de Fré- 
déric II , & à la. maifon de Suabe. Il avoit été 
plulieurs fois en Aragon auprès de la Reine 
Confiance, £llc de Mainfroi. Il brûloit de 
venger le fang que Charles d'Anjou avoit fait 
répandre ; mais ne pouvant rien dans le 
Royaume de Naples , qtie Charles contenoit 
3^r fa préfence & par la terreur , il trama 
ion complot dans ta Sicile , gouvernée par 
des Provençaux , plus déiefiés ((ue leur m^r 
trcj & moins puiflants. 

Le projet de Charles d'Anjou étott la cOfl' 
quête de Conftammople.Un des grands fruits 
des Croifades de l'Occident , avoit été d« 
prendre Vtmpitc des Grecs de 1104, Si ea 



?c 



;, Google 



3;6 R O D O 1 P H E l; 

Tavoit perdu depuis , ainû que les autres 
conquête» Tur les Mufulmans. La fureur d'aU 
1er ie battre en Paleftine avoit paffé depuis 
les malheurs de St. Louis ; mais la proie 
de Conftantinpide paroifToit facile à faiJir > 
Si Charles d'Anjou, efpéroit détrôner Michel 
Paléologue , qui pofledoït alors le refte de 
l'Empire d'Orient. 

Jean de Procida va déguifé à Confianti- 
nople y avertir Michel Paléologue : il l'excite 
à prévenir Charles. De-là il court en Aragon 
voir en fecret le Roi Pierre. Il eut de l'argent 
de l'un & de l'autre. Il gagne aiTément des 
conjurés. Pierre d'Aragon équippe une flotte ; 
& feignant d'aller contre l'Afrique, ilfe tient 
prêt pour defcendre en Sicile. Procida n'a 
pas de.peine i difpofer les Siciliens. 

Enfin le troifieme jour de Pâque 1 2S2 , au 
fon de la cloche de Vêpres , tous les Pro- 
vençaux font malTacrés dans l'île , les uns 
dans les Eglifes , -les autres aux portes ou 
dans les places publiques, les autres dauf 
leurs niaifons. On compte qu'il y eut huit 
mille perfonnes égorgées. Cent batailles ont 
&it périr le triple Se le quadruple d'hommes , 
fans qu'on y' ait fait attention. Mais ici c& 
fecret gardé fi long-teinps par tout un peuple , 
des conqu^nts exterminés par la natioa 
conquife, les femmes, les en&nts maffacrés , 
des nlles Siciliennes enceintes par des Pro* 
vensaux , tuées par leurs prieprcs pères , des 
' - péniteôte^ 



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jh 6 D O t P H 1. iî ^^f 

égorgées par leiirs coofeflisurs , rendent cette 
aâion à jàtnais fameufe Se exécrable. On dit 
toujours que ce JTurent des François qui furent 
maffacrés à ces Vêpres Siciliennes ^ parc^ 
que la Provence elî aujourd'hui à la France : 
inais elle étoit alors province de l'Empire ( 
6e c'étoit réellemeat des Impériaux qu'oil 
égorgeoïti 

Voilà comniê oti coinmèàçà enfin la vén± 
|eance de Conradiii^ & du Due d'Autriche^ 
Leur mort avoir été le crime d'un feul 
homihê t de tiharlés d'Anjou } & Huit mille 
innocents l'expièrent^ 

Pierre d' Aragon aborde alonen Sicile avec 
Ta femme Conftance. Toute U nation fè 
âonhê à lui > & dès ce jour U Sicile reÂa à Id 
taiaifon d'Aragon; mais le Roy auine de NapIeS 
âemeure aûFrihcede France; 

. L'Émperéur inTefiit fes deux Gis aînés j 
Albert Se Rodobhè , i la fois, de l'Autridie^ 
de la Stirie, de la Carniole > lé 17 Décembre 
liSl, daiis une dicte à Atlgsbburg, du coh- 
femement de tous les Seigneiirs , âc mSihé 
de celui de Louis de Baviete , ijtiî âvoit des 
droits fur l'Autriche. Maïs coihment donner 
i la fois l'inveftlturé des trjlinés Etats à ces 
deux Princes i n'en aroient-ils qiie le titre ? 
le pliiné devoit-il fiiccéder à Taîtié i 6u Bieii 
le puîné n'avoit-il que le nom , tabdis qu£ 
l'autre avoit la ^erref ou devneat'ils poni' 
JVêWi Mii. Tom. Xy. Y 



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)}S 8 O D O L P H B r. 

der ces Etats en commun } c'en ce qui ri>Jl 
pas expliqué. Ce qui cil inconteftabfe , cVft 
qu'on voit beaucoup de diplômes dans M~ 
qaels les deux frères font nommés conjointe* 
«nent Ducs d'Autriche , de Stirie & de 
Camiole. . 



Il y a une feule vieille chronique ïmonyme,' 

* Jii que TEmpereur Rodolphe inveftit f 

Rodolphe de la Suabe. Mais il n\ 



qui dit que l'Empereur Rodolphe inveftit fon 
fils Rodolphe de la Suabe. Mais il n'y 
aucun document , aucune charte oii l'< 



trouve que ce jeuneRodolphe ait eu la Suabe, 
Tous les dipldmefi l'appellent Duc d'Autri- 
che , de Stirie , de Carniole > comme fon 
frère. Cependant un Hiftorien ayant adopté 
cette chroriique, tous les autres ront fuivie; 
& dans les tables généalogiques , on appelle 
toujours ce Rodolphe Duc de Suabe. Sil l'a- 
Toit été , comment fa maifon auroît - elle 
perdu ce Duché } 

Dans la même dieté, l'Empereur donne hi 
Carinthie St la Marche Trevifane au Comte 
ide Tirol y fon gendre. L'avantage quil tira 
de fa dignité d Empereur ,,fut de pourvoir 
toute fa maifon. 

if^i ; 1184. 

Rodolphe gouverne l'Empire auffî - bien 
qae ia tnaifon- Il appaife les querelles de 
{ilvifieurs Setgnctu-E & de plufictin vilksi. : 



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IlobOLPHE 1. '3Î9 

' Les Hîfloriens difent que fes travauJC 
ravoieni fort affoibli , iSc qu à l'âge de 6 j ans 
paires, les Médecins lui conseillèrent de 
prendre une femme de quinze ans , pour for- 
îifier fa fantë. Ces Hifioriens ne font pas phjÇ 
iiciens. tl époufe Agnès , fille d'un Gomts 
de Bourgogne. 

Dans cette année 1184 , te R6î d'Aragon 
Pierre fait prifonaier te Prince de Salerne 1 
fils de Charles d* Anjou ; mais iâns pouvoir 
fe rendre maître de Naples. Les guerres dé 
Naples ne regardent plus TEmpire jufqu'à 
Chartes- Quint. ■' 

Les Cumins, refte de Tartares, dévafieitt 
la Hongrie. ' 

L'Empereur ÎDveftît Jean Davennes ià 
Comté d'Alofl: , du pays de Vafs , de là 
Zélande , du Hainaut. Le Comté de Flandre 
n'eft point ipécifiédans rinveftiture ; il àoi^ 
devenu încooteftable qu'il relevoit de là 
Fiance. 

1186, 1187. 

' Pour mettre te comblé k la gloire ' d* 
Rodolphe , ÎI eût fallu s'établir en Italie y 
comme il l'étoit en Allemagne ; mais l0 
temps étoit paffé. It ne voulut pas même 
aller fe faire couronner à Rome. 11 fe con^ 
tenu de vendre la Hbené-aiix villes d'Italie , 
Y ï 



;, Google 



34« R O R l P H E î. 

qui voulurent bien Tacheier. Flbrenee donna 
quarante mille duca^ d'or ; Lucques douze 
milie; Gênes , Bologne , fîx mille. Prefque 
toutes les autres ne donnèrent riep du tout, 
;i^élenâant qu'elles ne dévoient point recon- 
jioîire un Empereur qui o'étoii pas couronné 
^ Rome. 

Mais en quoi coniîftoît cette liberté , on 
donnée ou confirmée } étoit >- ce dans une 
Préparation abTolue de l'Empire ? il n'y a 
aucun aÛe de ces temps-là oui énonce de 
|iajreilies conventions. Cette liberté confiAoit 
dans le droit de nommer des MagîArats , de 
ie gouverner fuivant leurs loix municipales , 
de battre monnoie , d'entretenir des troupes. 
Ce n'étoit qu'une confirmation > une exten- 
iQon des droits obtenus de Frédéric Barbe-^ 
Toulfe. L'Italie fui alors indépendante Se com- 
nie détachée de rE[npire,parcequerEmpereur 
étoit éloigné & trop peu puiuant. Le temps 
eût pu affurer à ce pays une liberté pleine 
& entière. Déjà les villes de Lo'mbardie, 
celles de la SuiCe même, ne prêtoient plus 
Ze Terment, Se rentroient infenfiblemeot dans 
leurs droits naturels. 

, A l'égard ; des villes d'Allemagne , elles 
prêtoient toutes ïernient ^^ mais, les unes 
étoient réputées lihrts , comme Âugsbourg , 
Àix-Ja- Chapelle & Metz ; les autres avoient 
- le nom àtlmpénaJU^jCn fourntfladt des tributs; 
les iutTes/uJettei, conune celles quireieyoîent 



;, Google 



. R'o D o L p a K I. )4t* 

immédiatement des Princes , 8t médîatemeRt. 
de TEmpire ; les autres mixtes , qui en rele< 
Tant des Princes , avoient pourtant quelques 
droits impétiaux^ 

! Les grandes villes imp^riates étorent tou- . 
tes dinéremment gouvernées. Nuremberg - 
' étoic adminiftrée par des nobles : les citoyeoSt 
ayoienï à Strasbourg l'autorité, 

iiS8, 1189, 1190. 

Rodolphe fait fervir tontes Ces filles à- 
fes intérêts. Il marie encore une fille qu'it 
avoit de ta^ première femme , au jeune 
Vencedas, Roi de Bohême, devenu majeur, 
& lui fait jurer qu'il ne [n'étendra jamais rien 
aux Duchés d'Autriche Se de Stirie ; mais 
au^i en récompenfe il lui confirme lacharga 
de Grand-Ëchanfon. 

LfS Ducs de Bavière prétendoient cette 
charge de la maifon de l'Empereur. Il femble 
que la qualité d'Eleâeur fût inféparable de. 
celle de grand Officier de la couronne ; non 
que les Seigneurs des principaux fiels ne- 

ÎirétendilTent encore te droit d'élire ; mais, 
es grands Officiers vouloient ce droit de 
pré^rence aux autres. C'efl pourquoi les 
Ducs de Bavière difputoient la, charge de 
Grand-Maître à la branche de Bavière Palft^ 
tilie , quoiqu'ainée. 



D,l.z.:;,. Google 



3^,x. R.O D O t ^ H E î. 

. Grande diète à Erfort , dans laquelle (hi 
confirme le partage déjà hit de la T^uringe. 
L'orientale refte à la maifon de Mifiûe ,, 

3ui ell aujourd'hui de Saxe. L'occidentale 
emeure à la maifoo de Bràbant, héritière 
de la Mifnie par les femmes. C'eft la raai- 
f<Mi de Hefle. 

'Le.Roi de Hongrie , Laditlas III, ayant 
été tué par les Ta^tares Cumins ,- qui rava» - 
geoient toujours ce pays , l'Empereur, qui 
prétend que la Hongrie eft bn nef de l'Em- 
pire , veut donner ce fief à fon fils Albert , 
artqnel il avoit déjà di>nné l'Autriche. 

Lé Pape Nicolas I V, qui croit que tous 
les Royaumes font des fieû de Rome , donna 
la Hongrie à Charles - Martel , petit - fils 
dç Charles d'Anjou , Roî de NapIeS St de 
Sicile. Mais comme ce Charles - Martel fe 
trouve gendre de l'Empereur > 9l comme 
les Hongrois ne vouloient point du fils 
d'^n Empereur pour Roi ,à& peur d'être 
affervis , Rodolphe confent que Charles- 
Martel , foa geîidre , tâche de s'emparer 
dé cette cotuonne , qu^l ne peut lui ôter. ■ 

/Voici encore un grand exemple , qui 
|Wouve combien lé droit féodal étoit incer- 
tain. Le Comte d« Bourgogne , c^eft-à-dire , 
de la Franche - Comté , prétendoit relever 
du Royaume de France , (k en cette qua- 
lité > il avoit prêté ferment de fidélité à 



;,C.oogli: 



R O D O t P H E I. 343, 

Philippe. le Bel. Cfcpendvit iufques-Ià^ tout. 
ce qui faifoit partie de l'ancien Royaume de 
Bourgogne , relevoit des Empereurs. 

jlodolphe lui &it la guerre : elle Te ter' 
mine bientôt , par l'hommage que le Comte 
de Bourgogne lui rend. Aihii ce Comte fe 
trouve relever à la fois de l'Empire 8c do 
la France- 
Rodolphe donne au Duc de Saxe , fon 
gendre , Albert II ^ le titre de Patatin de 
Saxe. II iàut bien diftinguer cette maifim , 
de 5axe d'avec celle d'aujourd'hui , qui eft , 
comme nous, l'avons dit , celle de Mifiiie. 

, 1191, 

L'Empereur Rodolphe meurt à Germes- 
heim, le 15 Juillet, à l'âge de 73 ans > après 
«n avoir régné dix-huit. 



;, Google 



344 



ADOLPHE DE NASSAU. 

TIHGT-NEVVIEME EMPEREUR^ 

^£rii un inierregae de neafmaîi^ 

1x91. 

J-i E S Princes Allemands craignant de reiH 
dre héréditaire cet Empire d*AHemagne , 
touiours nommé l'Empire Romain , & ne 
pouvant s'accorder dans leur choix , font un 
fécond compromis , dont on avoït vu l'exem- 
ple i ta nomination de Rodolphe. 

L'Archevêque de Mayence , auquel oa 
s'en rapporte , nomme Adolphe de nalTau , 
par te même principe qu'on avoit choifi fon 
prédéceffeur. C'étoit le plus illuftre guerrier 
de ces temps-là , & le plus pauvre, h paroif 
foit capable de foutenir la gloire de l'Empire 
k la tête des armées Allemandes y & trop 
.peu puiflant pour TaiTervir. Il ne poffédoit 
que trois Seigneuries dans le Comté de 
NalTau. 

Albert, Duc d'Autriche,f3chédeaepoiBt 
fuccéder à Ton père > s'unit contre le nouvel 
Empereur avec ce même Comte de Bourgo- 
gne , qui ne veut plus être vafTal de l'Aile- 
magne , & tous deux obtiennent des fecours 
du Roi de France Philippe le; Bel. La maifoa 



;,C.oogli: 



A D O t P H E' D E N A s s A O. 545 

d'Autriche commence paf appeller contre 
TEmpcreur ces mêmes François que les Prin- 
tes de l'Empire ont depuis li fouvent appelles 
Contre elle. Albert d'Autriche , avec 1* 
ifecours de la France , fait d'abord la guerre 
en Suifle , dont fa maifon réclame la îouver 
raioeté. U -prend Zurich avec des troupes 
Franfoifes. 

Ii9î. 

; Albert d'Auttiche fouleve contre Adol^ 

fhe , Strasbourg & Colmar. L'Empereur ^ 
1& tête de quelques troupes ^ que lev 
£efs impériaux lui fournirent , appaife ce» 
troubles. 

Un différent entre le Comte de Flatidrt 
& les citoyens de Gand , eft porté au Par- 
lement de Paris , & jugé en faveur d«s 
citoyens. Il éioit bien clairement reconny 
4]ue depuis Gand jufqu'à Boulogne , Arras 
& Cambrai » la Flandre relevoit unique 
ment du Roi de France. 

t. ■ ^194' .. 

;. Adolphe, s'unit avec Edouard » Roi d*Alv 
gteterre , contre ta France ; mais comiAe M 
craint un auffî puiflant vaâ'al que le Duc 
d'Autriche , il n'eiilreprend rien. On a vu 
depuis renouveller plus d'une fois cette 
altianceî dans des circonfta^ces pareilles. 



;,C.oogli: 



34^ A D L P H I 

"95' 

Une injdKce honteufe de rEmpereur eft 
la première origine de Ces malheurs & do 
fa fin funefte ; grand exemple pour les Sou- 
verains. Albert de Mifnie , Landgrave de 
Thuringe , l'un des ancêtres de tous 1« 
Princes de Saxe , qui font une li grande 
£gure en Allemagne , cendre de l'Emperear 
Frédéric II , avoit trois enCjnts de la Prin- 
cefTe fi femme. Il l'avoit répudiée ^oat 
une maîtrefle indigne de lui ; & c'eft pour 
cela ^e les Allemands lui avoient donné 
avec juilice le fumom de dlpravi. Ayant 
un bâtard de cette concubine , il vouloit 
déshériter pour lui fes trois enfants légi- 
times. Il met fes fiefs en vente malgré Tes 
loix ; & TEmpereur , malgré les loix , les 
•chete avec I aident que Je Roi d'Angle- 
terre lui avoit donné pour feirè la guerre 
A la France. 

Les trois Princes foutiennent hardiment 
leurs droits contre l'Empereur. II a beau 
prendre Drefde & plufieurs châteaux , il eft 
duiTé de la Mifnie , & toute l'Allemagne 
le déclare contre cet indigne procédé. 

1196. 

La rupture contre l'Empereur &- le Rix 
^'Angleterre , d'un côté , & la France de 



;,■ Google 



D E N A s s A u; f4Tr 

Tautre , duroit toujours. L« Pape Bpni&ce 
Vin leur ordonne à tous trois une trêve ^ 
' fous peine d'excompiunication. 

1197. 

L'Empereur avoit plus befoin dVne trêve 
avec les Seigneurs de l'Empire. Sa conduite 
lesrévottoittous. VenceUas, Roi de Bohême, 
Albert , Duc d'Autriche , le Duc de Saxe , 
TArchevêque de Mayence , s'affemblent à 
Prague. Il y avoit deux Marquis de Brande- 
bourg ; non qu'ils potTédafTent tous deux U 
même Marche , mais étant frères , ils pre- 
noient tous deux le même titre. C'eft un 
pfage qui commençoit k s'établir. On accufe 
l'Empereur dans les formes , & on indiquç 
une dicte à Egra pour le dépofer. 

Albert d'Autriche envoie à Rome foIHciter 
la dépofition d'Adolphe. C'eft un droit qu'on 
reconnoît toujours dans les Papes , <{uand on 
croit en profiter. 

Le Duc d'Autriche feint d'avoir reçu le 
confentemeni du Pape , qu'il n'a pourtant 
pas. L'Archevêque de Mayence dépofe folein- 
nellement l'Empereur au nom die tous les 
Princes. Voici comme il s'exprime : On nous 
a dit gue nos 'envoyas avaient ohttnu l'agrément 
du Papt t d'autres apurent que le fapt l'a refufiî 
mais n'ayant égard qu'à rautùriti qui nous a 
iti confiée j nous dépofons Adolphe dt la dignité 



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^4^ AbOLPUB D-E îfkSSAtt. 
impiriak , &■ nous éUfons pour Roidtt Romains 
U Seigneur Alhcn f Duc d'Autriche. 

1198. 

6onîface VIII défend aux Eleûeiifs , foi» 
peine d'excommunication , de facrer le nou- 
veau Roi des Roniilîns. Ils lui répondent que 
ce n*ell pas là une aâaire de religion^ 

' Cependant Adolphe ayant dans fbn [iarti 
quelques Evéqaes St quelques Seigneurs ^ 
àvoit encore une armée. Il donne bataillé 
le 1 Juillet auprès de Spire à fon ritfai ; tous 
deux fe joignent au fort de ta mêlée. Albert 
d'Autriche lui porte lin coup d'épée daai 
l'œil. Adolphe metirt en combattant, & laiflîj 
l'fimpireà Albert. 



' ' JFin du Tom XK 



D3Nz^:;,C.OOg|i: 



A. Rostntilai 

CyouTJ 



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