rF
ciV?
"an
t
FROM THE
BATES FUND
3^
'KV
Digitized by the Internet Archive
in 2010 witii funding from
Boston Public Library
http://www.archive.org/details/nouvellebiograph42hoef
r /
NOUVELLE
BIOGRAPHIE GÉNÉRALE
DEPUIS
LES TEMPS LES PLUS RECULÉS
JUSQU'A NOS JOURS.
TOME QUARANTE-DEUXIÈME.
Renoult. — Saint-André.
TyPOCr.Al'IlIE DE II. FIIilMhN BJDOT. — MESNIL (eURE).
NOUVELLE
BIOGRAPHIE GÉNÉRALE
> DEPUIS
LES TEMPS LES PLUS RECULÉS
JUSQU'A NOS JOURS,
AVEC LES RENSEIGNEMENTS BIBLIOGRAPHIQUES
ET l'indication DES SOURCES A CONSULTER ;
PUBLIÉE PAR
SOQS LA DIRECTION
DE M. LE D'^ HOEFER.
®0mc (ihx\axanU=Bmmme.
>-9« ^* i l^ ' n r.
PARIS,
FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C'«, ÉDITEURS,
laiPRiaiEURS-LIBRAIRES DE l'iNSTITUT DE FRANCE, *
RUE JACOB, S6. » *\
M DCCG LXVI.
Les éditeurs se réservent le droit de traduction et de reproduction à l'étranger.
Ç' ^ i-
^O.J:
« t
iSi^Â'mà% nct^
NOUVELLE
BIOGRAPHIE
GÉNÉRALE
DEPmS LES TEMPS LES PLUS RECDIÉS JUSQU'A NOS JOURS.
R
RENOCLT {Jean- Baptiste), controversiste
français, né vers 1664. Après avoir passé quatre
anaées dans l'ordre des Cordeliers, il déposa le
froc, et passa en 1693 à Londres, pour professer
ouvertement le calvinisme, qu'il avait embrassé.
Il desservit l'église de Hungerford (1706), puis
celle de la Pyramide (1710), et fut ensuite appelé
comme pasteur en Irlande. On ignore l'époque
de sa mort. Ses ouvrages sont : Le vrai tableau
du papisme; Londres, 1698, in-8'; — Taxe de
la chancellerie romaine; Londres, 1701, in 8°;
trad.de Du Pinet, avec des additions;— Les
Aventures de la Madona et de François d'As-
sise; Amst., 1701, 1750, in-12; — L'Antiquité
et la perpétuité de la religion protestante ;
ibid., 1703, in-S"; Genève, 1737, in-8o;Neuf-
cbâtel, 1821, in-8° : non-seulement la religion
protestante est , d'après Renoult , aussi ancienne
que le monde, mais Dieu en est l'auteur, et à la
fia des siècles elle passera de la terre au ciel, où
elle n'aura jamais de fin ; — Histoire des va-
riations de l'Église gallicane ; ibid., 1703,
in.l2,etc. On lui a attribué une version de
Y Histoire d'Olimpia Maldachini de Leti
(Leyde, 1666, in-12), qui est sans doute l'œuvre
d'un homonyme.
Haag frères, La France protestante.
RBNOCVIER (Jules), archéologue français,
né à Montpellier, le 13 décembre 1804, mort à
Paris, en septembre 1860. Son père, député de
l'Hérault de 1827 à 1834, fut l'un des 221,
et vota constamment avec l'opposition. En 1829,
après avoir fait de bonnes études, Jules Renou-
vier se rangea parmi les socialistes saints-simo-
niens dirigés par Bazard ; mais il se sépara de
cette secte en 1831, lorsqu'elle tomba dans les
aberrations mystiques d'Enfantin, et il resta dans
les rangsdupartidémocratique. La politique nefut
pourtant pas son occupation exclusive, et depuis
1832 il se livra à de sérieuses études archéolo-
giques, et participa à la rédaction de plusieurs
KODV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XLtI.
recueils spéciaux. Ses diverses publications le
firent alors nommer inspecteur divisionnaire des
monuments historiques et correspondant du
ministère de l'instruction publique pour les tra-
vaux historiques, fonctions gratuites. En 1846
il sollicita en vain les suffrages des électeurs
de Lodève pour entrer à la chambre des dé-
putés. Membre de la commission administra-
tive qui, le 25 février 1848, proclama la ré-
publique à Montpellier, il fut quelques jours
après nommé commissaire général du gouverne-
ment pour le département de l'Hérault, aban-
donna son traitement à l'État, et conserva ses
fonctions jusqu'au 3 avril. Nommé représentant
du peuple, il vota à la Constituante avec le parti
démocratique, fit partie de la gauche modérée
sous l'administration du général Cavaignac , et
plus tard , désapprouvant la politique du prince
Louis-Napoléon, vota pour la mise en accusation
du président et de ses ministres à l'occasion des
affaires de Rome. Non réélu à l'Assemblée légis-
lative, Renouvier revint à ses travaux de pré-
dilection. Outre de nombreux articles dans la
Revue universelle des arts, la Gazette des
beaux -arts, le Bulletin monumental de
M. de Caumont, les Mémoires de la Société ar-
chéologique et ceux de l'Académie de Mont-
pellier, on a de lui : Monuments de quelques
anciens diocèses du bas Languedoc; Montpel-
lier et Paris, 1835-1840, in-4''; — Des vieilles
maisons de Montpellier ; ibid., 1835, in-8»; —
Essai de classification des Églises d'Au-
vergne; Caen, 1837, in-8°; — Notice sur la
peinture sur verre et sur mur dans le midi
de la France; Caen, 1839, in-8"; — Notes sur
les monuments gothiques de quelques villes
d'Italie : Pise, Florence, Rome, Naples;
Caen, 1841, in-8°; — Idées pour une classi-
fication générale des moMMmenfs; Montpel-
lier, 1847, in-4''; — Les Grisettes de race;
Montpellier, s. d. (1851), in-8'' : publication ano-
REKOUVÎEB. — REPELAER VAN DRIEL
i
nyme; — Des Types et des Manières des
maîtres graveurs ;Moniçit\\Kr, 1853-56, 4 part.
iD-4° ; l'un des meilleurs ouvrages qui aient paru
jusqu'à ce jour sur la gravure et les graveurs;
— Les peintres et les enlumineurs du roi
René; Une Passion de 1446, suite de gravures
au burin, les premières av date; Montpellier,
1857, in-4°; — Les peintres de Pandémie
école hollandaise. Gérard de Saint-Jean de
Sarlem; Paris, 1857, in-8°; — Des gravures
en bois dans les livres d'Anthoine Vérard,
imprimeur ; Paris, 1859, in-so; — Histoire
de l'origine et des progrès de la gravure
dans les Pays-Bas et en Allemagne jusqu'à
la fin du quinzième siècle; Bruxelles, 1860,
in-80 ; — Des gravures sur bois dans les li-
vres de Simon Vostre, libraire d'heures, avec
un avant-propos par G. Duplessis; Paris, 1862,
in-8°. Renouvier a laissé en manuscrits des Re-
cherches sur l'Histoire de la gravure en
Italie et en France , une notice sur Jehan de
Paris, une étude sur Greuze, couronnée par l'A-
cadémie de Dijon, et un travail sur les gra-
veurs de la révolution. F.
Docum. part. — Kisquet, Biogr. de l'Hérault.
RENTY {Gaston-Jean-Baptiste , baron de),
né en 1611, au- château de Béni près Bayeux,
mort le 24 avril 1648, à Paris, issu d'une an-
cienne maison d'Artois, il voulut .trer dans un
couvent des chartreux, et ce fut pour complaire à
ses parents qu'il embrassa la carrière des armes.
Il servit avec distinction dans les guerres de
Lorraine. Cinq ans après avoir épousé une
demoiselle de la maison d'Éntragues, il se
retira de la cour (1638), et se consacra tout en-
tier au service de la religion. Il fut le pre-
mier à assister les pauvres anglais catholiques
réfugiés en France, fit faire à ses dépens plu-
sieurs missions dans les provinces, et institua,
de concert avec le bon Henry, des sociétés d'ar-
tisans pour vivre ensemble comme les premiers
chrétiens, en sorte que tout le gain de leur tra-
vail fût commun et que le surplus du nécessaire
fût employé au soulagement des pauvres. Plu-
sieurs établissements de ce genre subsistèrent
jusqu'à la révolution , entre autres parmi les
tailleurs et les cordonniers.
Le P. Giry, f^ie des (jrands serviteurs de Dieu. — Le
P. de Saint-Jure, La f^ie de M. de Henty. ou le modèle
d'un parfait chrétien; Paris, 1651, In-i" et in 12 ( cet ou-
vrage a eti un grand nombre de réimpressions ].
RENUCCi ( Francesco-Ottaviano) , historien
italien, né le 15 août 1767, à Pero, en Corse,
raort le 23 juin 1842, à Bastia. Dès sa plus
tendre enfance il fit de la littérature italienne son
étude favorite; en 1789 il célébra en vers ita-
liens le retour de Paoli. Bientôt il passa en Italie,
reçut à Gènes la consécration sacerdotale, et
n'en coniinua pas moins ses études au séminaire
des oblats à Milan ainsi qu'au gymnase de Brera.
Lors de l'entrée des Français à Milan (1796), il
fut mis en rapport avec I3onaparte et Saliceti,
ses compatriotes. P.cnvoyé en Corse pour aider
de sa plume les généraux Gentili et Casalta,
qui devaient débarrasser l'île de la domination
anglaise, il fut ensuite chargé de quelques fonc-
tions administratives, et organisa l'instruction
publique dans le département du Golo. En 1804
il professa la rhétorique à Bastia, dans une école
qui fut transformée en collège et dont il devint
le premier principal ; après avoir perdu cette
place sous le règne de Charles X, il suivit la car-
rière du barreau, et fut nommé bâtonnier de
l'ordre des avocats. On a de lui : Novelle sto-
riche cor^e ( Bastia, 1828, in-8"),et Storia
di Corsica dal 1789 sino al 1830 (ibid.,1833-
34, 2 vol. in-8°, fig. ).
Tipaldo, Biogr. degli Ital. illustri, X.
REMUSSON {Philippe de), jurisconsulte
français, né au Mans, le 11 septemljre 1632, mort
à Paris, au mois d'août 1669. Son grand-père et
son père, Félix et Gabriel de Renusson, avaient
exercé avec éclat la profession d'avocat au siège
présidial du Mans. En 1653, il se fit recevoir dans
l'ordre des avocats au parlement de Paris. A
quarante-neuf ans il passait pour un des plus
habiles jurisconsultes. On a de lui : Traité des
propres réels, réputés réels ou convention-
nels; Paris, 1681, in-fol.; quatre éditions in-4'>;
— Traité de la subrogation de ceux qui suc-
cèdent au lieu et place des créanciers; Paris,
1685, 1742, in-4"; — Traité de la commu-
nauté des biens entre l'homme et la Jemme
conjoints par mariage; Paris, 1692, in-fol.; —
Traité du douaire et traité du droit de
garde noble et bourgeoise; Pan?,, 1699, in-fol.
et in-4°, et 1733, in-4''. Les œuvres de Renusson
ont été recueillies à' Paris, en 1760, in-fol., par
les soins de J.-A. Sérieux et de Boucher d'Argis,
avocats au parlement ; la troisième édition ( Paris,
1780, in-fol.) est la plus complète. Ad. — H.
Préface de l'édition des OEiivres de Renusson. —
B. Hauréau, Hist. litt. du Maine, t. Il, p. 403. — N. Des-
poites, liibUogr. du Maine.
RES7.Ï {Antonio), littérateur italien, né en
1780, à Castelsalfi (diocèse de Volterre), niori
en 1823, à Florence. A peine âgé de vingt ans i!
occupait la chaire de philosophie au collège do
Pistoie. Ayant embrassé l'état ecclésiastique pour
se rendre aux désirs de sa mère, il commença
par se livrer à la prédication, puis il entra comme \
précepteur dans une riche famille de Florence.
Sous l'empire il eut occasion de se lier avec Cu-
vier et Degerando, qui lui firent obtenir une
place dans l'administration. Après 1814, il fonda
un journal littéraire, et fut chargé par Molini de
surveiller l'impression de quelques classiques
italiens, entre autres V Orlando furioso et les
Rime de l'Arioste, qu'il accompagna d'excel-
lentes notes critiques. Après avoir fait un voyage
à Paris, il devint un des rédacteurs de X'Antho-
logia de Florence.
J.-l!. Niccollnl, dans la Biogr. degli Ital. illustri, III.
REPELAER VAN DRIEL ( Ohker, chevalier),
homme d'État hollandais, né à Dordrecht, en
1759, mort à La Haye, le 2 octobre 1832. U
REPELAER VAN DRIEL — REPNINE
était en 1794 commissaire général de l'adminis-
tration des vivres de l'armée, et malgré son op-
position à l'établissement de la république ba-
tave, sa probité bien connue lui fit obtenir, d'a-
près le compte qu'il présenta, le rembourse-
ment des sommes que l'État lui devait. En 1795,
il fut accusé de correspondance avec la famille
de l'ancien stalhouder, et condamné à cinq ans
de détention , bien que Van Maanen, alors fiscal
du gouvernement, et depuis ministre de la jus-
tice du roi des Pays-Bas , eût requis contre lui
la peine de mort. Après le remaniement de la
constitution opéré en 1801 , Repelaer van Driel
dervint membre du corps législatif. Conseiller
d'État pendant l'existence du royaume de Hol-
lande, il présenta au corps législatif les projets
des nouveaux codes, puis vécut dans la retraite
quand son pays fut réuni à la France. Il se mêla
activement, en 1813, au mouvement national
qui éleva au trône le fils du dernier stathouder,
et fut d'abord directeur général du Waterstaat,
et ensuite commissaire général de l'instruciion
publique, des arts et des sciences, fonctions
dont il se démit en 1817. L'année suivante, il
entra, comme membre honoraire , à l'Académie
royale de Bruxelles. Après la révolution de 1830,
il se retira à La Haye. E. R.
Galerie historique des contemp., t. VIII.'— Bibliogra-
phie académique. —Renseignements particuliers.
REPNINE (Princes), famille russe très-an-
cienne, issue, dit-on, en ligne directe de S. Mi-
chel de Tchemigof, mais éteinte, quant aux
mâles, depuis 180t, et dont le nom est aujour-
d'hui porté par un prince Volkonski, qui en des-
cend par les femmes.
Parmi les membres les plus célèbres de cette fa-
mille, que quelques généalogistes font remonter
à Rurik, nous mentionnerons le prince Anikita-
! Ivanovitch Repnine (1668-1726), un des plus
! brillants compagnons d'armes de Pierre le Grand,
qui le. nomma feldmaréchal général et président
du collège de la guerre, en 1724, le jour du
couronnement de l'impératrice; son fils, Vassili-
AniMtitch, mort à Kulmbach, le 31 juillet 1748
(v. st.), qui fut grand maître de l'artillerie et
commanda le corps auxiliaire russe qu'on en-
voya, en 1748, pour soutenir les armes de Ma-
rie-Thérèse, et qui pénétra jusqu'au Rhin; en-
fin, le fils de celui-ci, Nicolas-VassUiévitcfi, un
des hommes les plus remarquables des règnes
de Catherine II et de Paul 1er. « Grand guer-
rier, grand politique, grand administrateur,
grand homme d'État, dit de lui le prince P. Dol-
goroukow, il aborda toutes les carrières, et il ex-
cella dans toutes. »
Quoi qu'il en soit, ce prince Repnine, le der-
nier de la famille, naquit le 11 (22) mars 1734.
Nous ne nous occuperons pas de sa jeunesse, qui
fut brillante et dissipée; volontaire au service
de la France, Il Gt la guerre de Sept ans, et
vint plusieurs fois prendre ses quartiers d'hiver
à Paris. Il avait trente ans lorsqu'il parut sur
la scène politique; depuis, son nom est resté
attaché à l'histoire des malheurs de la Pologne.
Repnine ayantété lié avec Stanislas Poniatowski,
que Catherine H voulait élever au trône de ce
pays, il fut proposé par son oncle, le ministre
Panine, pour aller soutenir cette candidature,
qui réussit, comme c ' «iait. Peu de jours après
l'élection (1764) mourut le comte Kayserling,
ministre plénipotentiaire de l'impératrice près de
la république ; et le jeune prince, déjà muni du
grade de général major, fut accrédité à sa place.
S'appuyant sur une armée russe de quarante
mille hommes, il ne tarda pas à traiter la Po-
logne en maître, et n'épargna aucune espèce d'hu-
miliation à une nation fière et vaillante, mais dé-
vorée par l'anarchie; le fantôme de roi qu'elle
s'était donné éprouva le même sort. On peut
voir dans Rulhière à quel excès d'arrogance
Repnine se livra, surtout dans l'affaire des dis-
sidents, où l'intolérance des diètes donna prise à
ses puissants voisins sur une proie qu'ils convoi-
taient. Ce fut lui qui, dans la nuit du 13 octobre
1767, fit arrêter et déporter les évoques de Cra-
covie et de Kiiow, avec les frères Rzewuski et
d'autres patriotes récalcitrants, « pour avoir
manqué, disait-il dans une note justificative, par
leur conduite, à la dignité de S. M. T., en atta-
quant la pureté 'de ses intentions salutaires , dé-
sintéressées é amicales pour la république. »
Le 24 février 1768, il signa un traité d'amitié
avec cette dernière à Varsovie; mais la confédé-
ration de Bar retint en Pologne les troupes
russes qui en opéraient lentement l'évacuation.
Alors le prince Repnine fut rappelé et envoyé à
l'armée du Danube; car les Turcs, alarmés de
l'intervention permanente des Russes en Po-
logne , venaient de leur déclarer la guerre. A la
tête d'un corps d'armée, sous le commande-
ment en chef de Roumantsof , il prit part à tous
les principaux événements de cette guerre, et ce
fut lui qui signa la paix de Koutchouk-Kaïnardjî,
en 1774. Pour prix de ces services, il fut promu
du grade de lieutenant général à celui de général
en chef, décoré des plaques de plusieurs ordres,
et envoyé comme ambassadeur à Constantinople,
où ses efforts pour prévenir la rupture de la
paix par les Turcs furent couronnés de succès.
Peu de temps après, Catherine II, voulant être
agréable à Frédéric le Grand, se chargea d'une
médiation armée dans l'affaire de la succession
de Bavière, et envoya sur les frontières de la
Galicie un corps de troupes commandé par Rep-
nine, qui avait aussi les instructions nécessaires
pour négocier. Son arrivée à Breslau (20 dé-
cembre 1778) hâta la fin de la'guerre : un con-
grès se réunit à Teschen (22 mai 1779), et l'on y
conclut un traité que le prince signa au nom de
l'impératrice, qui, de concert avec la France, en
garantissait l'exécution. Lorsque les hostilités
éclatèrent de nouveau avec les Turcs, et que le
feldtnaréchal Roumantsof résigna le comman-
dement de l'armée d'Ukraine pour ne pas rester
1.
REPNINE — REPTON
sous les ordres de l'arrogant Potemkine (voy.
ce nom), on en chargea le prince Repnine. En
l'absence du généralissime, celui-ci passa le
Danube, et remporta (10 juillet 1791) la bataille
de Matchine. Cette victoire lui valut l'ordre de
Saint-Georges de 1'" classe, et amena aussi les
préliminaires du traité de Jassy, conclu en 1792;
mais elle irrita contre lui le favori, qui sut faire
partager son mécontentement à l'impératrice.
Alors Repnine se retira à Moscou, où se forma
sous ses auspices une loge cabalistique de la
secte des martinistes, composée en grande par-
tie de mécontents. Le gouvernement sévit contre
les sectaires; Repnine lui-même fut mandé à
Saint-Pétersbourg ; cependant tout s'arrangea. Il
fut nommé gouverneur général de l'Esthonie et
de la Livonie; puis, après le second partage de
la Pologne, la Lithuanie lui fut également con-
fiée. 11 eut môme un instant le commandement
de l'armée destinée à vaincre la résistance des
patriotes; mais ses opérations, trop lentes, lui
firent préférer Souvorof, son ancien subordonné,
qui obtint alors le grade de feldmaréchal. Après
avoir tant contribuée l'élection de Stanislas Po-
niatowski, C3 fut Repnine qui dut lui annoncer
sà déchéance. Catherine avait ainsi atteint son
but; mais peu de mois après elle mourut, et son
successeur Paul 1er conféra enfin au prince , le
23 novembre 1796, le grade de feldmaréchal, qu'il
n'avait pu obtenir jusque-là. En 1798, le tsar
l'envoya à Berlin avec la mission secrète de dé-
cider la Prusse à entrer avec lui dans la nou-
velle coalition contre la France ; mais n'ayant
pas réussi dans cette négociation, Repnine fut re-
léguée Moscou, où il mourut, le 12 (24) mai 1801.
Ruihière nous a tracé son portrait. Le prince
P. Dolgoroukow cite de lui des traits de générosité j
qui fonfi honneur à son caractère; et il se trouve '
en cela d'accord avec le major Masson, qu'on ne
peut accuser de partialité en faveur de Repnine.
Après sa mort, l'empereur Alexandre ( 24 juillet
1801) fit passer ce nom illustre au prince TVicoto-
Grigoriévitch Volkonski, petit-fils du feld-
maréchal par sa mère, qui avait épousé le géné-
ral en chef prince Grégoire Séménovilch Vbl-
khonski, mort en 1824. C'est ce prince Repnine
qui, colonel d'un régiment de la garde à la bataille
d'Austerlitz, fut fait prisonnier par le général
Rapp; il ne rentra en Russie qu'après le traité
de Tilsilt. Promu général major en 1809, il M
successivement nommé ministre plénipotentiaire
en Westphalie et en Espagne ; mais Napoléon l"
mit obstacle à son voyage lorsqu'il se rendit à
cette dernière destination. Le prince Repnine-
Volkonski prit part ensuite à la grande guerre
nationale , après l'invasion des Français , et fut,
de 1813 à 1814, chargé du gouvernement de la
Saxe. Il obtint alors le grade de lieutenant gé-
néral, devint adjudant général de l'empereur
Alexandre et gouverneur général de la Petite-
Russie. En 1828, Nicolas T'ie nomma général (en
chef) de la cavalerie et en 1834iirappelaau con-
seil de l'empire, poste que le prince ne conserva
que jusqu'en 1836 . De sOn mariage avec une coir.-
tesse Razoumofski il eut un fils et plusieurs filles.
[J.-H. ScHNiTZLER, daus l'Enc. des G. du M.]
p. Dolgoroukow, Notice sur les principales familles
russes. — Rulhlèrc, Uist. de fanarchie de Pologne.
*REPP ( Thorleif-Gudmundson) , érudit is-
landais, né le 6 juillet 1794, à Reykiadal, où son
père était ecclésiastique. Après avoir terminé
ses classes à l'école de Bes.sastad, il vint en 1814
à Copenhague, fréquenta les cours de l'univer-
sité, et y prit en 1823 le diplôme dé docteur en
philosophie. En 1821 il avait visité l'Angleterre.
A la recommandation de Rask et de Miiller, il
fut choisi en 1825 comme sous-bibliothécaire de
la bibholhèque des avocats à Edimbourg; mais
à la suite de quelques différends avec les admi-
nistrateurs de cet établissement, il donna sa dé-
mission en 1834, et en 1837 U retourna à Co-
penhague, où il enseigna la langue et la litté-
rature anglaises. Repp, qui connaît la plupart
des langues de l'Europe , a publié des ouvrages
en latin , en danois et en anglais ; nous citerons
de lui : Laxdsela saga, sive Historia de ré-
bus gestis Laxdxlensium ; Copenhague, 1826,
in-4° ; il a ajouté à cette saga inédite, et extraite
des papiers de Magnussen, une traduction latine
et trois dissertations ; — A historical ireatise
on trial by jury, wager of law and other
coordinaie forensic institutions, formerly in
îise in Scandinavia and Iceland; Edimbourg,
1832, in-8°; — On the language of Palestine
in the time of Christ and the Apostles ; ibid.,
1833, in-12; Irad. de l'allemand, avec des notes;
— Lûcke's- Commentary on the Epistles of
S. John; ibid., 1836, in-12; trad. de l'alle-
mand; — Alexander Burnes's Reise paa In-
dus floden i Aaret 1831; Copenhague, 1839;
trad. de l'anglais; — english stories ; ibid.,
1842; — Dano-Magyariske Opdagelser (Dé-
couvertes dano-hongroises); ibid., 18,43, in-S",
où il fait ressortir avec plus d'originalité que de
vraisemblance certains points de contact entre
les deux races ; — Danish english dictio-
wa/j^;(àbid., 1845, in-12 : en société avec Fer-
raid, n a fourni des articles à plusieurs revues
anglaises et danoises.
Erslew, Forfatter Lexicon.
REPTON (Humphrey) , jardinier paysagiste
anglais. Ré le 2 mai 1752, à Bury-Saint-Edmund,
où son père était collecteur des douanes , mort
le 24 mars 1818, à Harestreet (Essex). Destiné
au commerce, il eut à peine terminé ses classes
au collège de Norwich qu'il fut placé chez un
négociant de cette ville; mais il consacra tous ses
loisirs à la poésie, à la musique et surtout au
dessin. A vingt et un ans il se maria, et reçut de
son père les moyens d'entreprendre les affaires
à son compte; tout alla bien pendant quelques
années; puis les mauvais jours arrivèrent, et
avant d'être tout à fait ruiné , il renonça à une
carrière pour laquelle il n'avait aucun goût (1778)
g REPTON -
et acheta un petit bien dans le comté de Nor-
folk, où il s'occupa d'agriculture. Un de ses voi-
sins et amis, W. Windham , secrétaire du vice-
roi d'Irlande, lui offrit en 1783 une place dans
l'administration de ce pays, et l'emmena avec lui ;
le triomphe du parti whig fut de si peu de durée
que Windham et Repton résignèrent leurs em-
plois l'année suivante. Ce dernier, obligé de res-
treindre ses dépenses, se retira dans l'Essex,
à Harestreet (1784), dont le séjour lui plut telle-
•ment que dans la suite il ne voulut plus s'en
éloigner. Il tenta encore la fortune dans l'indus-
trie, ya de nouveaux revers, et ce fut enfin
pour se tirer d'embarras qu'il eut recours à ses
ressources naturelles ; il se fit jardinier paysa-
giste. Grand admirateur de Brown, il le choisit
d'abord pour modèle, et prit part en sa faveur
à la polémique engagée entre Uvedale Price et
Payne Knight. Bientôt, donnant l'essor à son gé-
nie , il rectifia et perfectionna les idées de son
devancier, et mérita autant que lui le surnom
de législateur des jardins. La plupart des rési-
dences seigneuriales de l'Angleterre lui durent
d'importantes améliorations dans le genre pitto-
resque. En 1811 une chute de voiture lui endom-
magea si gravement l'épine dorsale qu'il resta
invalide jusqu'à l'époque de sa mort. Nous cite-
rons de lui : Varieiies; 178S, in-12; — Sket-
ches and hints on landscape gardening ;
1794, in-4°; — Observations on the theory
and practice of landscape gardening; 1803,
in-4°; — Odd whims; 1804, 2 vol. in-S";
réimpr. de divers morceaux, auxquels il ajouta
une comédie et des poésies; — Inquiry in to
the changes oftaste in landscape gardening ;
1806, in-8°; — Fragments on the theory and
practice oj landscape gardening ; 1816, in-4'',
avec pi. Repton a laissé en outre un très-grand
nombre de manuscrits sur divers sujets , entre
autres des Souvenirs de sa vie privée; ses tra-
vaux relatifs à l'art des jardins ont été réunis
par J.-C. Loudon (Londres, 1840, in-S").
Annual biography, 1818. — Loudon, Notice dans le
recueil indiqué.
REQUEKO Y VIVES (Viccnte) , antiquaire
espagnol, né en 1743, à Calatraho (Aragon),
mort le 17 février 1811, à Tivoli. A l'âge de qua-
torze ans il entra dans la Compagnie de Jésus.
Lorsqu'elle eut été expulsée de la monarchie
espagnole par l'influence du comte d'Aranda
(1767), il quitta son pays, et s'embarqua avec
an grand nombre de ses confrères pour l'Italie ;
il s'établit à Rome, et s'y adonna aux recherches
d'érudition ainsi qu'à son goût pour les beaux-
arts. A la fin du siècle dernier, il revint en Es-
pagne , et les savants travaux qui l'avaient fait
connaître lui valurent son admission dans l'A-
cadémie royale d'Aragon et la place de conser-
vateur du cabinet des médailles de cette société.
Ayant appris que les Jésuites avaient été rétablis
dans les Deux-Siciles, il se hâta de repasser la
mer; mais il mourut à Tivoli, avant d'avoir pu
REQUIER 10
se réunir à ses anciens confrères. On a de lui :
Saggio sul ristabilimento dell' antica arte
de' greci e de' romani pittori ; Venise, 1784,
in-4''; réimpr. avec des additions, Paris, 1787,
2 vol. in- 8° : c'est moins un essai qu'un traité
complet et plein d'expériences curieuses de la
peinture chez les anciens ; — Principj, pro-
gressi e ristabilimento dell' arte di parlare
da lungi in guerra; Turin, 1790, in-8'' : traité
des signaux en usage dans l'antiquité ; — Sco-
perta délia chironomia ; Parme, 1797, in-8» :
il s'agit de l'art de s'exprimer par le moyen des
doigts, moyen déjà connu depuis des siècles,
puisqu'on a retrouvé dans les écrits de Bède un
opuscule De loquela pergestum digitorum;
— Saggi sul ristabilimento delV arte di di-
pingere alV encausto degli antichi; Parme,
1798, 2 vol. in-8°; avec un Appendice, Rome,
1806, in-S" : les essais fort intéressants auxquels
s'est livré l'auteur rendent son ouvrage précieux
aux artistes, même après celui de Caylus sur le
même sujet ; — Saggio sul ristabilimento dell'
arte armonica de' greci e romani cantori;
Parme, 1798, 2 vol. in-S"; — Medallas ine-
ditas an liguas existentes en el museo de la
real Sociedad Aragonesa; Saragosse, 1800,
in-4'' : le seul écrit espagnol de l'auteur; —
Esercizj spirituali; Rome, 1804, in-8*'; —
Tamburo per/ezionato ; ibid., 1807, in-8°; il
y propose divers moyens de changer le bruit du
tambour en sens harmonieux , moyens dont le
Magasin encyclopédique de 1807 (t. V, p. 185)
a rendu compte , et qui, pour le malheur des
oreilles délicates, restent encore à appliquer; —
Osservazioni sulla chirotipografia ; Rome,
1810, in-12 : il s'efforce de prouver que l'im-
primerie était connue et pratiquée avant le
quinzième siècle. P.
Caballero, Stippl. à la Bibl. Soc. Jesu.
REQUESENS. Voy. ZONIGA.
rEQ€ier (Jean-Baptiste), littérateur fran-
çais, né le 24 juin 1715, à Pignans (Provence),
mort en 1799. Il passa d'abord quelque temps
dans la congrégation de l'Oratoire. Son début
dans la carrière des lettres fut marqué par une
Ode pour le rétablissement de Louis XV,
couronnée par l'Académie de Marseille. Il vint
ensuite à Paris, et s'y fit connaître par des tra-
ductions d'après la langue italienne, qu'il possé-
dait fort bien. II exerça les fonctions d'inspec-
leur des études à l'École militaire. On a de lui :
La Fontaine de Jouvence, ballet; Toulouse,
1756, in-12; — Recueil de tout ce qui a été
publié sur la ville d'Herculane; Paris, 1757,
in-12 ; — Vie de G. Manetti, sénateur de Flo-
rence; La Haye (Paris), 1762, in-12 : écrite d'a-
près des notices italiennes ; — Vie de Peiresc;
Paris, 1770, in-12. Il a traduit de l'italien l'^w-
toire des révolutions de Florence (1754) de
Varchi , le Mercure (1755, 18 vol. in-12) et les
Mémoires secrets (1767-1785, 24 vol. in-12) de
Vittorio Siri, la Vie de Philippe Strozzi (1762>,
1 1 REQUIER — RESCHID
VEsprit des lois romaines (1776, 3 vol. in-12)
de Gravina, etc., et du grec les Hiéroglyphes
d'Horapollon (1779, in-12).
Achard, Dict. hist. de la Provence, II. — Quérard,
France littér.
REQUIN (Achille- Pierre), médeciu français,
né le 15 août 1803, à Lyon, mort le l*"" janvier
1855, à Paris. Il était fils d'un ancien adjudant
général, nommé sous l'empire entreposeur prin-
cipal des tabacs à Lyon, et que le retour des
Bourbons réduisit à la retraite et à un dénû-
ment presque absolu. Après avoir terminé ses
études au collège Bourbon, à Paris, il suivit les
cours de la faculté de médecine, et soutint en
1829 sa thèse inaugurale, publiée sous le titre de
Quelques propositions de philosophie médi-
cale. Il professa avec distinction la physiologie
et l'hygiène à l'Athénée , concourut quatre fois
pour l'École de médecine, et fut en 1836 attaché
au bureau central. L'année précédente il avait
reçu la croix de la Légion d'honneur en récom-
pense du zèle qu'il avait déployé à combattre le
choléra dans le Vaucluse. Après la révolution de
1848 il fut chargé de suppléer M. Duméril comme
professeur de pathologie interne à la faculté. Le
15 mars 1853 il fut élu membre de l'Académie
de médecine. On a de lui : Notice médicale sur
Naples; Paris, 1833, in-8°; — Hygiène de
Vétudiant et du médecin; Paris, 1838, iu-4'',
— Des purgatifs; Paris, 1839, in-8o; — Élé-
ments de pathologie médicale; Paris, 1843-
1845, 2 vol. in-8°; — des thèses de concours,
des articles dans V Encyclopédie du dix-neu-
vième siècle, la Gazette médicale, etc. Il a
publié, avec MM. Genest et Sestier, les Leçons
-de clinique médicale de Chomel (1834-1840,
3 vol. in-S"].
Sarrut et Saint-Edme, Biogr. des hommes du jour,
IV, 2« partie.
SIESCHID {Mustapha), homme d'État otto-
man, né à Constantinople, en 1799, mort dans
cette ville, le 7 janvier 1858. Sou père était inten-
dant des biens delà mosquée de Bajazet. Le jeune
Reschid apprit à lire et à écrire dans l'école
(médressé) annexée à cette mosquée, et se fit re-
marquer dès lors par la pénétration de son es-
prit et son gotït pour l'étude. Sa mère étant res-
tée veuve avec quatre enfants, des amis vinrent
à son secours. Il fut placé chez un professeur
(hodja), y fit de rapides progrès , et acquit une
élégance de langage très-estimée chez les Orien-
taux. Une de ses sœurs avait épousé Isparlali-
Pacha, gouverneur de Morée. Celui-ci s'attacha
Reschid, alors âgé de quinze ou seize ans, comme
secrétaire. Reschid le suivit dans ses différents
gouvernements et dans la campagne de Grèce.
Ispartali , qui commandait les Turcs en qualité
de vizir, mourut peu après la défaite de son ar-
mée. Reschid passa comme premier secrétaire
(ùasch-katch) dans les bureaux du gouverne-
ment à Constantinople. L'empire ottoman traver-
sait alors une crise périlleuse : la Grèce venait
12
de lui échapper, et le sultan Mahmoud II prélu-
dait à ses réformes. Reschid assista au sanglant
massacre des janissaires et aux grandes mesures
qui suivirent. Employé d'abord près de Pertevf-
Pacha, ministre des affaires étrangères, et ensuite
près du grand vizir Isset-Pacha, il pt dès lors
se former des principes politiques dont l'ensemble
constitue ce qu'on a depuis appelé son système. Il
eut plus d'une fois à le défendre contre son ami
Pertew-Pacha, et puisa dans ces diseussions
mêmes cette ardeur et celte fermeté qu'il mit
plus tard à le réaliser. Lorsque éclata, en 1828,1a
guerre avec la Russie , chargé d'une mission en
Bulgarie, il devint chef de la chancellerie du ca-
pitan-pacha. Il rendit dans cette occasion aux
sujets chrétiens de la Porte des services qui n'ont
pas été assez appréciés. Pendant la première cam-
pagne, il s'enferma dans Varna, assiégé par les
Russes , mais il en sortit avant la prise de la
ville. Après la seconde campagne, il se trouva à
Andrinople avec les négociateurs turcs , et ne fut
pas sans doute sans influence sur le traité de
paix qui y fut conclu. 11 faut louer la douceur
dont il usa envers les populations chrétiennes
de la Roumélie pendant sa mission dans cette
province. Cette conduite lui valut dès lors la
haine du vieux parti turc, pour lequel il n'é-
tait « qu'un démon et un vaurien». Mahmoud,
qui aimait à s'entourer d'hommes capables et
à s'en servir, éleva Reschid au poste de mi-
nistre des affaires étrangères (1828). Pertew
avait contribué à ce rapide avancement. Reschid
accompagna son prolecteur envoyé en Egypte
peu après la révolution de 1830. A son retour,
l'administration de la chancellerie impériale lui
fut confiée. Cependant Ibrahim-Pacha s'était
avancé' jusqu'au cœur de l'Asie Mineure. Halii-
Pacha fut chargé de négocier avec lui. Celui-ci
emmena Reschid à Kutahia avec l'ambassadeur
français, M. de Varennes (mars 1833). Encore
placé au second rang, Reschid fit preuve d'une
grande habileté. Les Orientaux le regardent
comme l'auteur du traité de Kutahia, qui passe
ailleurs pour être l'œuvre des grandes puis-
sances. Ce traité imposait de pénibles sacrifices
à la Porte ; mais du moins il sauvait l'exis-
tence de la Turquie, et c'est peut-être l'acte le
plus habile de la politique de Reschid.
A la création des légations permanentes dans
les cours de l'Europe, il fut envoyé ambassa-
deur à Paris et à Londres. Il employa le séjour
alternatif qu'il fit dans ces deux capitales à
apprendre les langues étrangères. Cette pre-
mière mission ne dura pas longtemps : Pertew-
Pacha, nommé grand-vizir dans l'été de 1837,
le rappela pour lui confier le ministère des af-
faires étrangères. Il n'avait pas encore quitté
l'Angleterre que Pertew était renversé et que
le pouvoir tombait aux mains du parti ennemi,
c'est-à-dire de Halil et de Khosrew. Pertew
exilé à Andrinople y fut décapité bientôt après
(7 novembre 1837). Reschid apprit enroule
13
cette catastrophe. Il osa pourtant faire de l'op-
posilion , et parler en faveur du progrès. Dans
cette lutte, où il jouait sa tête, il employa
pour armes la parole auprès d'un prince sou-
vent peu docile , et dut la victoire à son élo-
quence. « Le diable reviendra, répétait le peuple,
car il a bonne langue. » Rescliid profita de son
crédit ( décembre 1837 à août 1838) pour réor-
ganiser l'empire. Un conseil d'État, un autre
conseil pour la direction supérieure des affaires
furent créés. Cette centralisation administrative
était un frein à la violence et aux exactions des
fonctionnaires; malheureusement les réformes
étaient prématurées : les intérêts froissés , in-
quiets, se liguèrent contre leur auteur, et l'empor-
tèrent. Reschid, éloigné, accepta la légation de
Londres, sans quitter toutefois le portefeuille
des affaires étrangères, dont il confia l'intérim
à un sous-secrétaire, Nuri-effendi. Depuis sa pre-
mière ambassade, il avait rang de ministre de
première classe ( muschir ) : ce fut alors seule-
ment qu'il fut nommé pacha. Sans cesser de di-
riger la politique extérieure de l'empire, il vi-
sita l'Italie, l'Autriche, la Belgique. Il était à
Paris quand mourut le sultan Mahmoud (1839).
Abdul-Med-jid montait sur le trône dans les
circonstances les plus critiques ; l'armée turque
venait de subir une défaite à Nisib. Rescliid
prit.sur-îe-champ le chemin de Constantinople,
pour ne pas se laisser devancer par ses ennemis.
Le 4 septembre 1839 il prêtait, serment au nou-
veau sultan; et malgré l'opposition du vieux
Khosrew, des ulémas, du harem, après une lutte
de trois jours dans le conseil d'État , il fit pro-
clamer, le 7 septembre, le Hatti-schérif de Gul-
hané, c'est-à-dire une sorte de charte cons-
titutionnelle. Pour que les intérêts opposés ne s'a-
larmassent pas , il renonçait à tout avancement
personnel. Six mois lui suffirent pour préparer
et coordonner tous les détails de ce grand ou-
vrage. La nouvelle constitution fut solennelle-
ment promulguée, dans l'assemblée de Gulhané
(3 novembre 1839), en présence du sultan, des
dignitaires de l'empire, des ministres des diffé-
rents cultes. Reschid reprit la dii-ection des af-
faires extérieures, d'oii dépendait celle des sujets
chrétiens de l'empire. La lutte avec l'Egypte avait
mis la Turquie à deuxdoigls de sa perte, et failli
amener une guerre générale en Europe. Reschid
montra dans cette circonstance une sûreté et une
fermeté de vue admirables. Il sut conserver de
bonnes relations avec la France, quoique étant en
opposition avec elle. C'est au moment où la ques-
tion égyptienne était résolue qu'il fut éloigné de
son poste (29 mars 184 1) 11 revint à Paris comme
ambassadeur. Profitant de ses loisirs, il étudia
l'administration et les finances, se perfectionna
dans la pratique de la langue française, acquit i'-é-
léganceetla précision du style diplomatique, en-
tretint des relations avec les hommes les plus
distingués de Paris et une correspondance avec
ses amis de Londres et de Constantinople, tint
RESCHID 14
ses salons ouverts avec goûl et magnificence.
Ses regards pourtant étaient toujours tournés
vers Constantinople, où ses amis travaillaient
en sa faveur. Il y reparut au bout d'un an ;
mais comme on lui offrait le gouvernement d'An-
drinople , il n'accepta pas cet exil déguisé, et re-
vint à Paris. C'est là qu'il reçut, en 1845, sa
nomination au ministère des affaires étrangères.
Alors commença pour lui la période la plus bril-
lante de sa carrière. Grand vizir le 28 septembre
1846, il garda ce haut poste, sauf une interrup-
tion de quelques mois , jusqu'à l'automne de
1852; mais malheureusement la plus grande
partie de son activité fut consumée à défendre sa
situation. L'ambassadeur d'Angleterre , sir Strat-
ford Canning, appuyait de toute son influence un
ministre qui seul semblait pouvoir sauver l'empire
en le réformant. Reschid,de son côté, surtout après
la révolution de Février, se tourna vers l'Angle-
terre, dont le gouvernement stable et la politique
suivie le soutenaient efficacement. Son idéal était
une alliance entre l'Angleterre, la France et la
Turquie , sous l'impulsion de la première.
Abandonné par l'Angleterre, repoussé par
la France, Reschid tomba du pouvoir dans
l'été de 1852 ; il y revint quarante un jours
après, mais ce fut pour être renversé de nou-
veau, le 7 octobre 1852. Jamais chute n'avait
été si éclatant-e. Ses adversaires, Méhémet-
Ali-Pacha, chef des gardes et gendre du sul-
tan, Méliémet-Reschid-Pacha, liiort plus tard
gendre du sultan, Fuad-Effendi, auparavant son
adjudant {mustachar), étaient tout-puissants.
On l'accusait d'avoir voulu livrer l'empire à la
Russie à prix d'argent, d'être l'amant de la sul-
tane validé, et d'autres crimes aussi imaginaires,
mais qui augmentaient la haine populaire contre
lui. Il fut obligé de se cacher, pour ne pas être
massacré. Cependant les affaires empiraient : les
chrétiens annonçaient la fin de la domination
musulmane; une guerre avec le Monténégro
amenait des complications avec l'Autriche.
Enfin le prince Mentschikow parut à Constanti-
nople porteur des demandes impérieuses du
tsar Nicolas. Reschid seul pouvait faire face
à de si grandes difficultés : il fut rappelé. Lord
Stratford de Redcliffe, redevenu ambassadeur,
renoua avec lui ses rapports, qui devinrent plus
intimes qu'auparavant : il conseilla de garder,
avec la ligne du Danube, la position de Schumia
et de concentrer l'armée à Andrinople. Quoique
Reschid n'eût pas suivi ce conseil , il n'en fut pas
moins porté au vizirat en l'automne de 1853, et
l'année suivante il obtenait pour son second lîls,
Ali-Ghalil-Pacha, directeur de la monnaie, la
main d'une fille du sultan. Cette alliance parais-
sait devoir consolider sa faveur. Aussi quand, à
propos de l'entrée des Russes dans les Princi-
pautés, ses adversaires habituels levèrenlija
tête, il fit exiler le principal d'entre eux, Mé-
hémet-Ali-Pacha, en Asie Mineure. Mais celui-ci
était à peine parti qu'un navire de l'État fut en-
15
RESCHID — RESENDE
16
voyé pour le ramener. Reschid sentit que son
crédit était ébranlé : il succomba bientôt après.
On a attribué sa chute à l'influence française; il
est plus probable qu'elle fut uniquement l'effet
d'une intrigue de sérail. Pendant les deux ans
que dura la guerre d'Orient, Reschid vécut dans
la vie privée. Après la paix de Paris , il fut
nommé grand vizir pour la cinquième fois. Des
espérances extraordinaires saluèrent sa rentrée
au pouvoir. 11 parvint à créer une banque, par
l'intermédiaire d'une compagnie anglaise (1857).
Quand il fallut réorganiser les Principautés, il sut
condescendre aux besoins des populations, sans
sacrifier la suzeraineté de la Porte. Les exigences
de la France l'éloignèrent du visirat ( 1 1 juillet
1857 ) , mais il resta président du tanzimat ou
grand conseil. M. Thouvenel parvint à lui faire en-
lever ces fonctions, malgré l'ambassadeur anglais.
Ce dernier ramena Reschid au pouvoir ( 22 oc-
tobre 1857), mais il reçut un congé presque aus-
sitôt après. Le départ de l'ambassadeur anglais di-
minua le crédit de Reschid, mais sa position res-
tait intacte. Il fut bientôt forcé de se retirer, par
une maladie qui le conduisit rapidement au tom-
beau. 11 expira dans son palais d'Emmirghian, le
7 janvier 1858. Gustave Rigollot.
Vnsei-e Zeit ; Leipzig, 1838, t. II.
RESENDE (Garcia de), historien et poêle
portugais, né à Evora, vers 1470, mort après
1554, D'une famille noble, il fut attaché à la
personne de Joâo II, d'abord comme page, puis
comme secrétaire intime. Plus tard il devint gen-
tilhomme du palais. Bien qu'il n'eût pas fait,
comme il le dit, des études complètes, il a ime
originalité de style et parfois un charme de lan-
gage qui le fendent souvent supérieur aux histo-
riens en titre de son siècle. Bien à même, par sa
position, de connaître les actions les plus secrètes
de Joâo II, il nous a laissé sur ce monarque
les mémoires les plus intéressants et surtout les
plus amusants. Sur la fin de sa carrière, il ac-
compagna, en qualité de secrétaire d'ambassade,
Tristan da Cunha , lorsque celui-ci se rendit à
Rome, en 1514. Voici le titre de sa chronique :
Lyvro das obras de Garcia de Resêde, que
trata da vida e grandissimas virtudes, etc.,
del rey D. Joâo o Secundo; 1545, in-fol.,
goth., à 2col. C'est la première édiliop, rarissime,
de ce livre célèbre; on En compte six autres : la
dernière est de 1798. Le livre le plus recherché
de Resende est son fameux recueil des poètes
du seizième siècle, qui passe avec raison pour
une des raretés bibliographiques de notre
temps : Cancioneiro gérai; Lisbonne, 1516,
pet. in-fol. Ce livre, dont il existe un exemplaire
en France, dans la bibliothèque de M. Ternaux-
Compans, renferme les poésies de deux cent
quatre-vingt-six auteurs. 11 a été réimprimé en
Allemagne, dans la BibUolhek des lilerari-
schen Vereins (t. 15 et 17). F. D.
Barbosa Machado. Dibl. lusUana. — Antonio de Cas-
tUlio, Livraria classicd portuguaa. — Herculano,
O Panorama. — Innocencla. — F. da SyUa, Diccionario
bibl. portuguet, t. Il, p. 17 a 45.
RESENDE ( ^nrfré Falcam DE ), poëte por-
tugais, neveu du précédent, né à Evora, mort
en 1598, à Lisbonne. 11 exerçâtes fonctions de
juge à Torres Vedras ; nommé ensuite auditeur
dé la maison d'Aveiro, il fixa sa résidence dans
cette ville. Il fit plus d'un voyage à la cour d'Es-
pagne, et il savait si bien le pur castillan qu'il
faisait avec autant d'élégance des vers dans
cette langue que dans le portugais ; quelques-
unes de ses poésies furent publiées à Madrid ;
mais on rencontre bien rarement son Theo-
christo et son Mundo piqueno , dédié à Dom
Duarte, connétable de Portugal. Il mit en vers
les homélies du cardinal Henriqne. F. D.
Barbosa Machado, Bibl. lusitana.
RESENDE {André de), antiquaire portugais,
né à Evora, le 30 novembre 1498, mort le 9 dé-
cembre 1573. Privé de son père en bas âge, il
entra chez les Dominicains, qui, frappés de ses
heureuses dispositions, l'envoyèrent à l'université
d'Alcala , puis à Salamanque, où il poursuivit :
ses études, sous Ayrès Barbosa et Antonio de
Nebrixa; l'orientaliste Clénard lui donna même •
des leçons d'hébreu. Par ordre de Joâo 111, il l
revint professer à Coïmbre. Enfin, il se rendit à
Paris. Sa réputation s'était accrue ; la faveur de
Charles-Quint le suivit à Bruxelles ; la mort de
sa mère le rappela à Evora, en 1534. Le chagrin
que lui causa cette perte allait de nouveau
l'exiler du Portugal, lorsque Joâo lU lui confia
l'éducation de ses frères. 11 accepta cette tâche
avec un dévouement complet et dans un po.ste
qui le rapprochait de la personne royale; il ne se ■
laissa aller à aucun genre d'ambition; l'étude'
des antiquités nationales et la musique étaient '
ses uniques passions. Resende conserva une
grande réputation en Portugal, et dernièrement
son exhumation a donné lieu à une sorte de so-
lennité. Tous d'un intérêt local , ses ouvrages
sont moins connus en France que dans la Pé-
ninsule. 11 faut partager ses nombreux travaux
en deux divisions; l'une se compose d'une mul-
titude d'écrits en latin, l'autre comprend deux
ou trois ouvrages portugais. Le plus important
est intitulé : Historia da aniiguidade da ci-
dade de Evora. Cet opuscule, composé de
65 feuillets, a un litre gravé. La r* édit. est de
!533, mais elle est introuvable aujourd'hui; —
Ha sancta vida e religiosa conversào defrey
Pedro Porieiro do mosteiro de Sancto Domin-
gos de Evora. André de Biirgos ho imprimio,
em Euora, no mez de octubrodeano de 1570,
in-4°; — Vida do Infante D. Duarte; Lis-
bonne, 1789, in-4°. La lecture de cet ouvrage,
réimprimé en 1842, offre un grand charme,
11 est impossible de reproduire ici les titres
de tous les ouvrages écrits en latin par Resende j
beaucoup d'entre eux ne contiennent qu'un petit
nombre de pages d'impression. Nous nous con-
tenterons de citer son œuvre connue de tous
17
RESENDE — KESNEL
18
les archéologues, et intitulée : De antiquita-
tibus Lusitanix; Evora , 1593, in-fol. La
2' édit., de 1597, imprimée à Rome, in-8°, est
plus complète et renferme un livre de plus. F. D.
Barbosa Macliiido, Biblioikeca lusitana, — CoUecâo
das ùbras dé autores classicos. - O Panorama, jomal
literario, t. ill. Article de M. Rlvara. — Innocencio
Francisco da Sylva. — Diccionario btbliograflco por-
tuguei escudos applicaveis a Portugal e ao Brasil.
RESENics (Pierre), savant danois, né le
17 juillet. 1625, à Copenhague, où il est mort, le
le'août 1688. Petit-fils de Jean Resenius, mort
en 1635, évêque de Seeland, et qui publia en
1607 une traduction danoise de la Bible, en-
treprise par ordre de Christian IV, il se rendit,
après avoir terminé ses études de philosophie
■ et de théologie, à l'université de Leyde, où ii
suivit pendant quatre ans les leçons de Hein-
sius, de Boxhorn, de Vinnius et d'autres ; il vi-
sita ensuite la France, l'Espagne et l'Italie, et se
fit recevoir docteur en droit à Padoue, en 1653.
De retour dans sa ville natale, il y fut nommé
en 1657 professeur de morale-, et en 1662 pro-
fesseur de droit, devint en 1672 président ou
raciire de Copenhague, et reçut plus tard la di-
gnité de conseiller d'État. Il a recueilli avec un
grand soin beaucoup de documents concernant
les antiquités et l'histoire des pays du Nord. On
a delui : Edda Islandorum, anho 1215 con-
scripta per Snorronem Sturlse, nunc primum
islandice, danice et latine cum preefatione
duplici; Copenhague, 1665, in-4" ; suivi de
Philosophia antiquissima norvago-danica ,
dicta Voluspa, qux est pars Eddae Sxmundi,
islandice, cum interpretatione latina Gud-
mundi Andréas; ibid., 1673, in-4° ; — In-
scriptiones Havnienses latins, danicae et
germanicx; ibid., 1668, in-4°; — Jus auli-
cum vetîis regum Norvagorum, dictum\
Hirdskraa; item Jus aulicum vêtus regum
Banorum, a Canuto anno iQSbconditum, dic-
tum Vither lagar et, islandice, d:anice et latine,
cum notis; ibid., 1673, in-4°; — Kong Fri-
deriks II Kronike (Chronique du roi Fré-
déric II); ibid., 1680, in-fol.; — Nonnulla
jura antiqua civiiatum Danise, scilicet ci-
vitatis Havniensis et civitatis Ripensis, la-
tine, danice et germanice; ibid., 1683, in-8";
— Christian den II dens Love ( Ordonnances
de Chrétien II.) ; ibid., 1684, in-4''; — Biblio-
iheca regiae Academise havniensi donata;
ibid., 1685, in-4'' -. catalogue de la bibliothèque
de l'auteur, avec une autobiographie; — Atlas
danicus ;Mà., 1687, in-fol. Resenius a aussi
publié le Lexicon islandicum de Gudmund, et
la Traduction allemande des lois de Wal-
demar II, par Erik Krabbe, avec une Intro-
duction et une Vie de Krabbe (Copenhague,
1684, in-4°). E. G.
Vinding, Academia havniensis. — Mœller, Hypom-
nemata ad Bartholinvm. — NIceron, Mémoires,
XXXVI. — Nyerup, Allmindeligt LiteraturlAxihon.
RESNEL (Jean-François du Bellay, sieur
du), savant littérateur français, né à Rouen, le
29 juin 1692, mort à Paris, le 25 février 1761.
11 eut pour père François duResnel, capitaine
dans le régiment du Roi-infanterie. Après avoir
fait ses études chez les jésuites de Rouen, il en-
tra dans la congrégation de l'Oratoire; les deux
ordres firent tous Teurs efforts, le premier pour
rappeler, le second pour retenir un jeune homnae
qui faisait de bonne heure concevoir de bril-
lantes espérances. Il alla étudier, en 1711, la
théologie à Saumur, et il s'y adonna avec tant
d'ardeur qu'il contracta une maladie dont il ne
put jamais se guérir. Son oncle, M. de Langle,
évêque de Boulogne, l'appela dans sa ville épis-
copale, où il enseigna les humanités et la philo-
sophie. C'est là que l'abbé du Resnel se mit à
étudier les langues vivantes, l'italien, l'espagnol
et l'anglais. En étendant le cercle de ses études,
il donnait satisfaction à un besoin de son cœur.
Il embrassait dans ses affections tous les hommes,
quelle que fût leur patrie, et il portait peut-être
jusqu'à l'excès son amour pour les peuples
étrangers , s'il est vrai qu'un de ses amis lui dit
un jour : « Je voudrais être Huron , car vous
m'aimeriez, à la folie. » Nommé chanoine de la
cathédrale de Boulogne, l'abbé du Resnel échan-
gea en 1724 ce canonicat pour un autre, à
Saint-Jacques-de-l'Hôpital, et s'établit à Paris.
Présenté au duc d'Orléans, il obtint par la pro-
tection de ce prince l'abbaye de Sept-Fontaines.
Chargé de l'oraison funèbre du maréchal de
Berwick, il composa son discours, qu'il soumit
au jugement de quelques amis, mais qu'il
ne put prononcer, parce que le dessein d'ho-
norer ce vaillant guerrier par des funérailles
publiques fut abandonné. La faiblesse de sa
santé l'ayant éloigné de la chaire, il se livra
à la culture des lettres, et se distingua comme
poète élégant et gracieux par sa traduction de
deux poèmes de Pope, l'Essai sur la critique
et Y Essai surVhomme. Ce dernier travail, dans
lequel il fut aidé par Voltaire, qui se vanta plus
tard d'avoir fait la moitié de ses vers, lui attira
plusieurs désagréments, d'abord de la part de
l'auteur anglais, qui lui reprocha d'avoir dénaturé
son œuvre en retranchant ou en altérant des pas-
sages que le prudent abbé avait évité de tra-
duire littéralement dans un pays beaucoup moins
libre que l'Angleterre, puis de la part des théo-
logiens, qui, malgré ses précautions, tirèrent d'e
son œuvre des conséquences qu'il se hâta de dé-
savouer.
La place qu'occupait l'abbé Pâtis à l'Académie
des inscriptions fut déclarée vacante et donnée à
l'abbé du Resnel, qui attendit vingt- trois ans avant
d'obtenir le titre de pensionnaire. Il enrichit les
Mémoires de la docte compagnie de plusieurs dis-
sertations. Admis en 1742 à l'Académie française,
il fut accueilli avec bienveillance par ses col-
lègues, qui trouvaient en lui un homme toujours
bienveillant et poli, dont il était difficile de ne pas
devenir l'ami. 11 a composé pour la nouvelle édi-
19
RESINEL — RESSÉGUIER
20)
tion du Dictionnaire plusieurs articles de bota-
nique. Chargé de l'emploi de censeur royal, il
n'apporta pas dans l'exercice de cette fonction
une sévérité bien grande: plus d'un littérateur
abusa de sa facile complaisance. C'est ainsi qu'il
donna son approbation à un ouvrage dont le titre
n'annonçait rien de suspect, et qu'il ne lut pas
avec assez d'attention pour y découvrir une
satire violente contre une compagnie illustre.
L'auteur avait eu soin de la cacher dans une
note. Le censeur royal s'attira de graves re-
proches ; mais on lui pardonna une faute qui ne
pouvait être attribuée qu'à une distraction. II
mourut à l'âge de soixante-huit ans et huit mois,
il eut Saurin pour successeur à l'Académie fran-
• çaise.
Ses œuvres sont : Essai sur la critique, tra-
duitde Pope; 1730, in-12 ; traduction en "vers ; —
Les Principes de la morale et du goût, en deux
poèmes, traduits de l'anglais de Pope; 1737,
in-8° : c'est une réimpression de V Essai sur la
critique, suivie de X Essai sur V homme ; —
Panégyrique de saint Louis; 1732. Jl a publié
de plus un grand nombre d'articles dans le Jour-
nal des Savants, depuis le 15 décembre 1731
jusqu'au 4 février 1736, et depuis le 2.'} novembre
1739 jusqu'au 9 février 1752. Les mémoires sui-
vants ont été publiés dans le recueil de l'Aca-
démie des inscriptions : Pechercfies sur les
poêles couronnés [poetse laureati), t. X, 1736;
Analyse de sa Dissertation sur les fonctions et
les prérogatives des ambassadeurs , t. XII,
1738; Piecherches sur les combats et sur les
prix proposés aux poètes et aux gens de let-
tres parmi les Grecs et les Romaiîis , t. XIII,
1740; Recherches sur Timon le Misanthrope,
t. XIV, 1743 ; Analyse de ses Réflexions géné-
rales sur Vutilité des belles-lettres et les
inconvénients du goût exclusif qui paraît
s'établir en faveur des mathématiques et de
la physique, t. XVI, 1749; Recherches histori-
ques sur les sorts appelés communément par
les païens sortes horaericae, virgilianae, etc.,
et sur ceux qui parmi les chrétiens étaient
connus sous le nom de sortes sanctorura.
C. HlPPEAU.
Le Beau, Éloge de du Resnel, t. XXXI de la collection
des Mémoires de l'Académie des Inscriptions. — Guilbert,
Mémoires biographiques de la Seine-Inférieure, t. II. —
L.-H. Baratte, Poètes normands.
rësnier ( Louis- Pierre- Pantaléon ), séna-
teur français, né le 23 novembre 1759, à Paris,
où il est mort, le 8 octobre 1807. Il débuta dans
les lettres par trois pièces de théâtre, et devint
sous-bibliothécaire à la bibliothèque Mazarine.
Chargé ensuite avec Piis du compte rendu des
pièces nouvelles et des œuvres de littérature lé-
gère dans Le Moniteur, qui venait d'être fondé,
il se concilia les bonnes grâces de Maret et de
Rœderer, qui le firent nommer envoyé de la Ré-
publique à Genève. Appelé à la direction des ar-
chives au ministère des relations extérieures, il
établit un ordre parfait dans ce vaste dépôt.
Lors de la formation du sénat, il en fut nommé
membre. Il devint commandant de la Légion
d'honneur le 14 juin 1804. Le buste en marbre
de Resnier a été placé au musée de Versailles.
Moniteur, an. 1807.
RESSÉGDIER (Jean de), magistrat français,
né le 22 juillet 1683, àToulouse, où il est mort,
le 25 septembre 1735. Issu d'une famille de
robe originaire du Rouergue, il fut reçu en 1705
conseiller au parlement de Toulouse, où il pré-
sida la chambre aux enquêtes. Membre de l'A-
cadémie des jeux floraux, il participa avec
beaucoup de zèle à l'établissement de l'Acadé-
mie des sciences de sa ville natale. Il a laissé
en manuscrit un grand nombre de poésies en tous
genres, un recueil d'Arrêts notables, et une
Histoire du parlement de Toulouse.
Rességuieu {Clément-Ignace, chevalier de),
né le 23 novembre 1724, à Toulouse , mort en
1797, à Malte, appartenait à la famille du pré-
cédent. Destiné à l'ordre de Malte , il passa de
bonne heure dans cette île , prononça ses vœux,
et se distingua dans plusieurs rencontres avec
les Ottomans. Il mérita par sa bravoure le grade
de général des galères de l'ordre, obtint les com-
raanderies de Marseille et de Canevière , et résida
longtemps en France. Son esprit caustique lui at-
tira jjIus d'une disgrâce, et il fut, dit-on, enfermé
plusieurs fois à la Bastille, en punition de ses
trop piquantes épigrammes. On connaît celle
qu'il lança contre M^e de Pompadour :
Fille d'une sangsue et sangsue elle-même.
Poisson dans son palais, sans remords, sans effroi,
Étale aux yeux de tous son insolence extrême,
La dépouille du peuple et la honte du roi.
Cette débauche d'esprit lui valut une lettre de
cachet pour le château d'If, et il y serait resté
longtemps si son frèrecadet, l'abbé de Rességuier,
conseiller clerc au parlement de Toulouse, n'eût
obtenu de la favorite elle-même la grâce du poète.
Pendant la révolution, celui-ci se retira dans
l'île de Malte , où il fut enseveli. On a de lui :
Voyage d'Amalhonte, prose et vers; 1750,
in-8° : ouvrage supprimé dès sa publication; —
Dissertation sur la trahison imputée à An-
dré Damaral , chancelier de l'ordre de Saint-
Jean-de-Jérusalem; 17 bl, in-12; —des tra-
ductions des traités De l'amitié (1776) et De la
vieillesse (1780) deCicéron.
Rességuier (/ztte, comte DE), né en 1789, à
Toulouse, est petit-neveu du précédent et fils
du marquis de Rességuier, dernier procureur
général au parlement de Toulouse. D'abord che-
valier de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, il
servit dans la cavalerie sous l'empire , donna sa
démission d'officier en 1814, entra comme
maître des requêtes au conseil d'État, et fut atta-
ché en 1823 à la commission du sceau des titres.
Ayant refusé de prêter serment à la dynastie
d'Orléans, il devint dans le midi un des prin-
cjpaux agents du parti légitimiste. En 1849 il
siégea à l'Assemblée législative comme représen-
21
RESSÉGUIKR — RESTIER
22
tant des Basses-Pyrénées. On a de lui : Éloge
de PoUevin-Peitavi; Toulouse, 1821, in-S»;
— Tableaux poétiques; Paris, 1828, 1829,
ia-8°;— Almaria, roman; Paris, 1835, in-S»;
— Les Prismes poétiques; Paris, 1838, in-8°.
11 a été l'un des fondateurs de la Muse fran-
çaise, qui s'intitulait « le Moniteur officiel de
l'école romantique, » et il a fourni des articles,
des vers et des nouvelles, à La France litté-
raire, aux Français peints par eux-mêmes et
à divers recueils. Il est mort en septembre 1862.
Biogr. toulousaine. II. — Littér. fr. contemp.
BESTAURAND (Raymond), médecin fran-
çais, né au Pont- Saint-Esprit, vers 1627, mort
en 1682. Il fit ses études à Montpellier, où il prit
le doctorat en médecine. Grand partisan d'Hip-
pocrate, il le voyait partout, même dans les
choses inconnues aux Grecs, telles que la circu-
lation du sang et d'autres découvertes modernes.
On a prétendu, sans preuves, qu'il avait contribué
à faire donner le nom de restaurant à un cer-
tain remède très-en vogue à cette époque et que
l'on recommandait particulièrement aux femmes
en couches et aux personnes débilitées par les
excès. Il se peut que Restaurand ait proposé l'u-
sage de ce julep, mais la composition en était
connue bien avant lui. On a de Restaurand : Mo-
narchia microscosmi; 1657, in-4'' ; — Figuhis,
exercitatio medica de principiis fœtus ;
Orange, 1657, in-8°; — Hippocraies, De na-
iura lactis, ejusque usu in curationibus
morborum ; ibid., 1667, in- 8° ; — Hippocrate,
De l'usage du boire à la glace pour la con-
servation de la santé; Lyon, 1670, in-12; —
Hippocrate , De l'usage du quinquina pour
la guérison des fiè-vres; Lyon, 1681, in-12;
trad. en italien; — Hippocrates, Deinustionibus
sive fonticulis; Lyon, 1681, in-12 : l'auteur y
démontre l'utilité des cautères, dont l'usage était
négligé de son temps ; — Magnus Hippocrates
Cous redivivus ; Lyon , 1681, in-12. Dans ce
volume, le premier d'un grand ouvrage qu'il
n'eut pas le temps de terminer, Restaurand
se déclara l'un des premiers en France pour la
circulation du sang.
Biogr. médicale.
RESTA UT {Pierre), grammairien français,
né en 1696, à Beauvais, mort' le 14 février 1764,
à Paris. Fils d'un marchand drapier, il fit ses
classes dans le collège de Beauvais, et entra au
séminaire de Saint-Sulpice pour y étudier la
théologie. Ayant renoncé à l'Église, il passa dans
le collège Louis-le-Grand, et y fut chargé de sur-
veiller l'éducation de quelques fils de famille. Ce
fut pendant son séjour dans cet établissement ,
alors dirigé par les jésuites , et lorsqu'il était en
relations avec les PP. La Rue, Buffier, Ducer-
«eau, Sanadon, Porée et autres membres de
cette compagnie, qu'il traduisit du latin et publia
La Monarchie des SoUpses ( 1721, in-12), satire
ingénieuse de l'institut de Saint-Ignace, et qui a
été quelquefois attribuée au P. Inchofer. Il aban-
donna la carrière de l'enseignement pour se li-
vrer à l'étude du droit, et fut en 1740 pourvu
d'une charge d'avocat aux conseils du roi. « Je
voudrais, lui dit Daguesseaii en le recevant,
trouver toujours des sujets semblables à vous. »
Comme grammairien. Restant a joui d'une cé-
lébrité, méritée à beaucoup d'égards; sa Gram-
maire , entreprise d'après le vœu de Rollin et
adoptée par l'université, a été longtemps le seul
livre élémentaire sur la langue française, et les
éditions s'en sont multipliées jusqu'à nos jours.
11 y d beaucoup de méthode et de justesse; mais
on reproche à l'auteur l'abus du style métaphy-
sique, la forme des déclinaisons latines adaptée
aux noms français , et la méthode d'explication
par demandes et par réponses. On a de lui :
Principes généraux et raisonnes de la gram-
maire française, avec des observations sur
l'orthographe, les accents, la ponctuation et
la prononciation; Paris, 1730, in-12; 1731,
in-12, avec un Traité de versification : réimpr.
neuf fois du vivant de l'auteur, cet ouvrage l'a
été pour la dernière fois en 1817, à Lyon; —
Abrégé de la Grammaire française; Paris,
1732, in-12 : écrit en faveur des commençants,
il a eu encore plus de succès que la Grammaire,
bien qu'il pèche par l'excès de concision; —
Vraie méthode pour enseigner à lire ; Paris,
1759, in-12, anonyme; — Actes et exposition
des motifs de l'appel interjeté par l'univer-
sité de Paris en 1718 de la constitution du
pape Clément XI; 1778, in-4°. Restant a revu
la 4^ édit. du Traité de l'orthographe française,
en forme de dictionnaire (Poitiers, 1752,
in-8°) , de Ch. Leroy, prote à Poitiers , et il a
fourni des additions à l'édition de 1748 du Dic-
tionnaire de Trévoux,
Qofi\ei.,\Biblioth.françaiie, I. — Chaudon et Delan-
dine, Dict. hist. univ.
REsriiË.K (Antoine- Jérôme), acteur français,
né à Lyon, en 1726, mort à La Croix-Rousse
(même ville), le 16 mars 1803. Sa famille était si
misérable qu'elle le confia ou plutôt l'abandonna
dès l'enfance à une troupe de saltimbanques ,
qu'il quitta pour danser sur les théâtres de pro-
vince. Il débuta ensuite avec succès dans la co-
médie. En 1755 il jouait au grand théâtre de
Lyon les manteaux , les financiers , les gri-
mes; il excellait dans ces rôles, surtout dans ceux
de Harpagon de L'Avare, d'Orgon dans Le Con-
sentement forcé et La Pupille , de Bernadille
dans La Femme Juge et partie, d'Argante dans
Les Fourberies de Scapin, de Géronte dans Ls
Légataire, de Tartuffe dans la pièce de ce nom.
11 jouait aussi fort bien les valets. Il quitta le
théâtre vers 1786, mais il y fut rappelé en 1790.
Arrêté après la prise de Lyon, il l'ut conduit de-
vant le tribunal révolutionnaire; il s'y défendit
avec sang- froid, et termina son plaidoyer par ces
mots : « J'espère, citoyens juges, que vous n'aurez
pas l'ingratitude de faire pleurer celui qui vous
a tant fait rire. » Il fut acquitté, et se retira à
23
RESTIER — RESTOTJT
24
Strasbourg durant quelque temps. De retour à
Lyon, il remonta sur la scène malgré son grand
âge et y fut applaudi encore plusieurs années. 11
mourut dans une certaine aisance, qu'il devait
surtout à sou avarice extrême. Peu de jours avant
sa mort, il discuta avec son curé les frais de son
enterrement, et ayant appris que les vêpres coû-
taient moins cher à chanter que la messe, il dé-
clara naïvement « qu'il se contenterait des
vêpres «. L— z— E.
Rabbe, Boisjolin, etc.. Biographie portative des con-
temporains, suppl.
RESTIF. Voy. RÉTIF.
RESTOOT, nom qui fut porté au dix-septième
et au dix-huitième siècle par plusieurs peintres
français appartenant à la même famille (1). Le
plus anciennement connu de ces artistes est :
Restout ( Margerin ) , peintre qui habitait la
ville de Caen.
Restout (Marc), fils du précédent, né le 14
février 1616, à Caen, où il est mort, en avril 1684.
Élève de Noël Jouvenet, il parcourut la Hollande
et fil aussi le voyage d'Italie, en compagnie, dit-on,
de Nicolas Poussin. 11 devint échevin de la ville
de Caen. De ses dix enfants nous citerons :
Jacques, prieur de l'abbaye de Moncel, près Vi-
try-sur-Marne; il cultiva la peinture, et on lui
attribue un Traité de l'harmonie des couleurs
comparée à l'harmonie des sons, et la Ré/orme
de la peinture (Caen, 1681). — Eustache, né
à Caen, le 12 novembre 1655, mort en 1743, fut
religieux prémontré de l'abbaye de Mondaye. Il
peignit plusieurs plafonds pour l'église et pour
d'autresdépendancesdecette abbaye.— /ea« /«'',
né à Caen, en mars 1663, mort à Rouen, le 20 oc-
tobre 1702, épousa en 1685 Marie-Madeleine,
fille de Laurent Jouvenet, et travailla pour les
églises de Rouen, où il s'était fixé. Sa femme cul-
tivait aussi la peinture, et devenue veuve elle
s'attacha à développer le goût artistique de ses
enfants. — Pierre, né à Caen, le 1 5 novembre
1666, s'adonna aussi à la peinture. On ne connaît
rien de lui. — Charles, né à Caen, le l*"" jan-
vier 1668, fut religieux bénédictin et bon prédi-
cateur. Il orna plusieurs églises de plafonds et
de tableaux, qui jouirent d'une certaine célébrité.
— Thomas, né le 15 mars 1671, à Caen, où il
mourut, Ie2mai 1754, visita Rome et la Hollande,
et se fit une réputation comme peintre de por-
traits.
Restout {Jean II), peintre, fils de Jean F"",
né à Rouen, le 26 mars 1692, mort à Paris, le
1er janvier 1708. Élève de son oncle maternel,
Jean Jouvenet, il fut aussi l'héritier de sa for-
tune, mais non de son talent. A peu près oublié
aujourd'hui, il eut de son temps une très-grande
réputation. L'année même de la mort de Jouve-
net (1717) il fut agréé à l'Académie, sur la pré-
(t) Un certain nombre des actes relatifs oux Restout qui
sont arrivés Jusqu'à nous écrivent ce nom Retout, comme
il devait se prononcer alors et comme 11 se prononce en-
core dans une partie de la Normandie.
sentation de l'esquisse qu'il avait faite pour le
concours du grand prix de peinture. Le tableau
d'Aréthuse poursuivie par Alphée (aujour-
d'hui au château de Saint-Cloud) lui valut d'être
reçu académicien ; il devint successivement
professeur (1733), recteur (1752), directeur
(1760), et chancelier (1762). « C'était un
homme de beaucoup d'esprit, dit Mariette; il
avait une simplicité que les gens de beaucoup
d'esprit n'ont pas toujours; aussi ignora-t-il l'art
de faire sa cour, et, ce qui revient au même,
celui de faire fortune. » Il fit principalement des
tableaux religieux : les deux ouvrages de lui qui
sont au Louvre proviennent des églises de Saint-
Martin-des-Champs et de Saint-Germain-des-
Prés, d'où ils ont été retirés à la révolution. On
voit encore ses tableaux à Notre-Dame de Pa-
ris, aux musées de Versailles (un portrait), de
Nancy, de Tours, de Lille, de Rouen. Sur la fin
de sa vie, il fit pour le roi de Prusse un grand
tableau, qui est encore au palais de Sans-Souci.
En 1729 Restout épousa Marie-Anne, fille du
peintre Halle.
Restout (Jean-Bernard), peintre, fils du pré-
cédent, né le 22 février 1732, à Pai-is, où il mou-
rut subitement, le 18 juillet 1796. Élève de son
père, il alla à Rome comme pensionnaire du roi
après avoir obtenu le second grand prix de pein-
ture en 1757 et le premier en 1758. Un tableau
d'j4«acr(^ow,qu'ilavaitpeinten Italie, le fit agréer
à l'Académie peu de temps après son retour en
France (28 septembre 1765). Le 25 novembre
1769 il fut reçu académicien, sur la présentation
d'un tableau de Jupiter et Mercure à la table
de Philémon et Baucis (1), et nommé profes-
seur en 1771; mais bientôt il se sépara de l'A-
cadémie, ne voulant passe ployer au règlement
qui obligeait les académiciens à soumettre à un
tribunal, formé parmi eux, les ouvrages qu'ils
désiraient exposer au salon. A partir de cette
époque, Restout, distrait par des affaires de fa-
mille, ne s'occupa plus que très-peu de peinture.
Il était à peu près oublié lorsqu'à la révolution
on le vit reparaître dans les clubs, il fut, comme
président de la commission des arts , l'un des
principaux signataires d'une pétition adressée à
l'Assemblée nationale et demandant la plus en-
tière liberté du génie par l'établissement de con-
cours dans tout ce qui intéresse la nation , les
sciences et les arts, pour réclamer contre l'exis-
tence des Académies et autres corps privilégiés
et contre la création du corps des ponts et chaus-
sées. Sous le ministère de Roland, J.-B. Restout
fut nommé à la direction du garde-meuble.
Accusé d'abus de confiance après la chute des
girondins, il -fut jeté en prison, et n'en sortit
qu'au 9 thermidor. Les souffrances qu'il avait en-
(1) Ce tableau est aujourd'hui au musée de Tours; il a
été exposé au salon de 1771 aussi bien qu'une autre grande
toile : IM Présentation au temple. C'est à la suite de
celte exposition que Restout obtint lee honneurs du pro-
fessorat.
25 RESTOUT — RÉTIF
durées lui causèrent une hernie, dont il mourut
subitement, le 30messidoran iv. J.-B. Restout a
gravé à l'eau-forte cinq planches, qui ont été dé-
crites par M. de Baudicour dans Le Peintre gra-
veur français. L'une de ces gravures a été faite
sur le tableau exposé aux galeries du Louvre.
Une fille de Jean Restout 1er, religieuse à l'ab-
baye delà Sainte-Trinité à Caen, se fit une répu-
tation comme peintre et surtout comme musi-
cienne. . H. Harduin.
ne Chennevlères, Recherchet sur quelques peintres
provinciaux de l'ancienne France. — Galerie française
(1771). — Abcdario de Mariette. — F. Vlllot. Notice des
tableaux du Louvre. — De Baudicour,' Le Peintre gra-
veur français. - Fontenal, Dict. des artistes. — Mé-
moires inédits de l'ancienne académie de peinture. —
Clément de Ris, Les Musées de province. — E. Soulié,
Notice des tableaux de rersailles. — J.-B. Robin, dan»
le Magasin encyclopédique de Millln, £• année. — Jour-
nal des Savants, avril 1768.
RETHAAN (Anne), femme auteur hollandaise,
née le 6 janvier 1684, à Middelbourg, où elle est
morte, le 30 octobre 1729. Fille d'un savant ju-
risconsulte de Tholen et petite-fille d'Antoine i
Everaerts, médecin, qui la laissé quelques ou-
vrages, elle épousa Jean Radaeus, greffier du
conseil de l'amirauté de Zélande. Elle se distin-
gua par la régularité de ses mœurs et la vivacité
de son esprit. On a d'elle plusieurs pièces devers,
lesquelles ont été recueillies après sa mort, sous
le titre de Nagelatene Gedichten (Poésies pos-
thumes); Middelbourg, 1730, in-8°.
Paquet, Mémoires, III.
RÉTIF DE LA BRETONNE {NiCOlaS-Edme
Restif (1) ou), fécond littérateur français, né le
22 novembre 1734, à Sacy, près d'Auxerre,
mort le 3 février 1806, à Paris. 11 était l'aîné
d'un second lit et le huitième .de quatorze en-
fants. La faiblesse de sa santé décida de sa vo-
cation : au lieu d'en faire un gardeur de trou-
peaux, son père, simple lalwureur, voulut le
mettre en état de remplir quelque emploi, et le
confia à son fils aîné, respectable ecclésiastique,
qui lui donna des leçons de grammaire et de la-
tin. Soutenu par un vif désir d'apprendre, il lut
tous les livres qui lui tombaient sous la main ;
mais son tempérament, qui se développa de bonne
heure, nuisit à ses progrès, et son père, effrayé
d'une précocité libertine, le mit en apprentissage
chez un imprimeur d'A.uxerre. Il avait alors
quinze ans. Libre de s'abandonner à l'efferves-
cence de ses passions, il joua dans cette petite
ville le rôle d'un Lovelace de bas étage et sédui-
sit la femme de son patron , laquelle chercha
en vain à le ramener à une conduite plus régu-
lière. En 1755 il se rendit à Paris, et quelque
temps après il fut admis comme ouvrier compo-
siteur dans l'imprimerie royale. Son humeur in-
(1) « Notre nom , dit-il dans l'avant-propos de la Fie
de mon père, s'écrit Indifférenoraent Restif, Rectif ou
Rétif. » Tous ses ouvrages Jusqu'à la révolution sont si-
gnés Rétif; ce n'est que depuis 1791 qu'il s'appela Restif.
Quant au nom de la Bretonne, sous lequel il donna son
premier roman, c'était celui d'une petite propriété de fa-
mUle.
DE LA. BRETONNE
26
souciante et vagabonde et la gêne où il fut sou-
vent réduit l'obligèrent de former des liaisons
crapuleuses et de contracter des habitudes dé-
gradantes, dont il conserva l'empreinte toute sa
vie. « On le rencontrait, dit M. Monselet, dans
les caves du Palais-Royal, repaire des militaires
et des comédiens de province, contant fleurette
aux nymphes de comptoir ; ou bien joyeusement
assis au cabaret de la Grotte flamande, man-
geant une fricassée de petits pois entre Aline
l'Araignée et Manette Latour. 11 faudrait la plume
d'Homère pour tracer le dénombrement des mal-
tresses de l'inconstant bourguignon ; avec lui les
aventures galantes se succèdent sans intervalle;
son cœur n'est jamais vide, et la blonde s'y ren-
contre souvent en même temps que la brune.
Sur la fin de sa vie, lui-même s'est mis à faire
son calendrier amoureux, une patronne par jour,
trois cent soixante-cinq au dernier décembre, et
les plus belles filles du monde, des marchandes,
des grisettes, quelquefois même des grandes
damés. Puis une fois son calendrier terminé,
voilà que Rétif se trouve sur les bras un excé-
dant de soixante et quelques femmes ! » Au mi-
lieu de cette débauche continuelle, il se maria
deux fols à une année de distance, la première
avec une aventurière anglaise, Henriette Kircher,
qui le vola et s'enfuit au bout de quelques mois;
la seconde, en 1760, avec Agnès Lebègue, dont
il a écrit tout le mal possible. Le mariage ne
changea rien à sa vie de désordre, non plus que
la paternité. A trente-trois ans il publia son pre-
mier fivre, histoire mal écrite et mal digérée
d'une de ses folles passions du moment : il l'ap-
pela La Famille vertueuse (1767). Ébloui de sa
facilité, il prit goût au métier, et écrivit en cinq
jours le roman de Lucile, dont M"e Huss, de
la Comédie française, refusa d'accepter la dédi-
cace, le trouvant « licencieux, quoique très-
joli M. Avec les trois louis que lui rapporta cette
rapsodie, il vécut quatre mois dans un grenier
du collège de Prestes. « Un matin qu'il se pro-
menait, raconte l'écrivain déjà cité, il aperçut
dans une boutique de modes une jeune personne
chaussée d'une mule rose avec un réseau et des
franges d'argent. Son imagination s'embrase à
ce spectacle, et onze jours après il avait ter-
miné» une fantaisie intitulée Le Pied de Fan-
chettê, qui eut trois éditions en peu de temps. »
Certaines pages attendrissantes, de l'imagination,
un style parfois naturel et énergique donnèrent
à ses écrits une sorte de vogue. Se croyant un
homme .supérieur, il quitta l'imprimerie pour
faire des livres. Admirateur outré de Rousseau,
il prétendit aussi, non pas au titre de philosophe,
dont il se souciait peu, mais au rôle de législa-
teur ; il s'occupa de réformes dans l'État, et sous
le titre d'Idées singulières il donna ses vues
sur les femmes, le théâtre, le gouvernement, l'é-
ducation, les lois, la langue, vues singulières en
effet, souvent hardies, justes, originales, mais
noyées dans une abondance de détails qui en
27
RÉTIF DE LA BRETONNE
rend la lecture très- fatigante. 11 affubla ses nou-
veautés de nornsgrecs, tels que XePornograpAe,
La Mimographe, Les Gynographes, L'Andro-
graphe, Le Thesmographe, etc. « Le Porno-
graphe est son premier essai dans ce genre, et
celui de ses livres qui fut la cause première du
haro universel dont on n'a cessé de le poursuivre
'usqu'à notre époque. C'est un pian de législa-
tion de Cythère, un code à l'usage des Phrynés
de Paris. L'auteur a vu de très-près les sujets
hardis qu'il traite. » Les règlements proposés
dans cet ouvrage furent mis en vigueur en 1786
par ordre de Joseph II (1).
L'œuvre la plus vigoureuse et la plus bizarre
de Rétif de la Bretonne, c'est Le Paysan per-
verti : plus de soixante éditions en ont prolongé
jusqu'à nous le retentissement. Ce roman pro-
duisit un grand effet à une époque où les ou-
vrages d'imagination n'étaient remplis que de
fades aventures et de badinages ingénieux. « Rien
là dedans, comme a dit La Harpe, n'est bien
conçu, bien digéré » ; il aurait pu ajouter que le
style n'en est pas même français. Pourtant ja-
mais auteur n'avait tracé avec tant d'énergie et
d'âpreté cette multitude de tableaux effrayants
et pathétiques; jamais les peintures de la vie
réelle n'avaient atteint cette vivacité d'expres-
sion ; les caractères, les scènes, les mouvements
respirent la vérité. Mais le désordre y règne;
la morale y cède le pas au libertinage le plus
éhonté, le crime et la vertu s'y coudoient ; si on
se laisse entraîner par l'imprévu de l'action, par
l'étrangeté et le contraste des accidents, par les
éclats mêmes du style le plus inégal, combien
n'est-on pas repoussé par le dégoût et la lassi-
tude! Toutes les productions de Rétif ressem-
blent à celle-là, mais aucune ne porte à un plus
haut degré le cachet d'un homme de génie en
délire. Mercier, avec l'emportement généreux
qu'il mettait à toute chose, s'enthousiasma pour
Le Paysan perverti, et sans en connaître l'au-
teur il lui consacra plusieurs articles de jour-
naux et plus tard un chapitre entier du Tableau
de Paris. Il s'indignait contre le silence absolu
des gens de lettres « sur ce roman plein de vie
et d'expression », et appelait Rétif « l'heureux
rival » de l'abbé Prévost. « Pourquoi êtes-vous
juste? lui écrivit Rétif, étonné. — Parce que j'ai
une conscience, répliqua Mercier ; parce que je
vous ai lu et que je sais lire! » Ce grand succès
inspira à Rétif une vanité sans pareille : bientôt
il ne supporta plus la critique, "jl fallait l'admirer
ou l'avoir pour ennemi. Partisan fanatique de
Rousseau, il n'avait qu'une médiocre estime de
' (1) Cet empereur enroya à l'auteur son portrait en-
richi de diamants sur une tabatière dans laquelle était
BD diplôme de baron. R(^tl( lui répondit aussitôt : « Le
républicain Rétif la Bretonne conservera précieusement
le portrait du philosophe Joseph 11 ; mais il lui renvoie
son diplôme de baron, qu'il méprise, et ses diamants, dont
Il n'a que faire. » Cette anecdote est extraite d'une lertre
écrite à M. Monselet par les pctlts-flls de Rétif de la Bre-
tonne.
ses talents, et se croyait supérieur à Voltaire.
C'est assez dire qu'il se proclamait lui-même le
plus beau génie de son siècle. En devenant cé-
lèbre, il ne prit pas une place au milieu des écri-
vains d'alors, ainsi qu'on l'a fait remarquer ; il
resta :me exception étrange au milieu d'eux. Les
libraires s'arrachaient à l'envi les livres qu'il
composait avec une ardeur infatigable, la pro-
vince surtout les recherchait. En moins de dix
ans il amassa 60,000 francs. Avec le bien-être,
sa vie n'en fut pas moins décousue et liber-
tine. L'heure de renoncer aux passions sonna le
plus tard possible pour lui, et il demeura jusqu'à
la fin de sa vie un intrépide coureur d'aventures.
« Un de ses grands bonheurs, raconte M. Mon-
selet, lorsqu'il avait terminé sa journée à l'im-
primerie, c'était de se déguiser en commission-
naire et de remettre, sous ce costume, aux plus
jolies boutiquières des poulets amoureux qu'il
signait du nom de mousquetaire Leblanc. De
cette façon il pénétrait dans les intérieurs, étu-
diait les physionomies, et suivant l'impression
produite par .son style, il revenait le lendemain
, en habit de mousquetaire chercher la réponse à
la lettre qu'il avait portée lui-même en habit de
ramoneur. » Il n'était pas rare de le rencontrer
la nuit dans les ruelles les plus sinistres, jouant
son rôle d'observateur. Le guet le connaissait, et
le laissait aller. Comme il portait d'habitude une
écritoire dans sa poche, il s'en allait écrire ce
, qu'il avait vu soit à la lueur des réverbères,
soit sur les parapets de l'île Saint-Louis, où il
avait aussi la manie de graver les dates mémo-
rables de son existence.
Tel était ce Diogène littéraire, que pour, ses
mœurs vagabondes autant que pour ses talents
avilis on a surnommé le Rousseau des halles.
Lavater, il est vrai, après la lecture du Paysan
perverti, lui avait décerné le titre de Richard-
son français. Un seul de ses livres est irrépro-
chable au point de vue de la morale : c'est le dé-
licieux tableau des habitudes champêtres qu'il a
appelé La Vie de mon père. Qu'il y a loin de là
aux Contemporaines, aux Nuits de Paris et à
V Année des dames nationales, immeaRns ma-
gasins de nouvelles, qui occupent plus desoixante
volumes ! Les Contemporaines, publiées un peu
avant la révolution, offrent la peinture exacte
des mœurs d'une société qui va s'écrouler : tous
les genres s'y rencontrent et sont traités avec
une fécondité inépuisable d'imagination et unr:
variété infinie de caractères. L'indécence de plu-
sieurs passages attira des reproches à Rétif, jl
se justifia ainsi : « Les Contemporaines sont un
ouvrage de médecine morale. Si les détails en
sont licencieux, les principes en sont honnêtes
et le but en est utile. Les mœurs sont corrom-
pues : devais-je peindre les mœ.urs de l'Astréc.' »
Quoi qu'il en soit, tout Paris s'en occupa. On
s'enquit de cet auteur que le monde ne connais-
sait pas, et on usa de subterfuges pour l'attirer
au sein des meilleures compagnies.- En 1788 il
29
fut question de décerner le prix d'utilité publique
à l'un de ses ouvrages, Les Parisiennes. En
1789 on le vitdans quelques salons, et ce fut chez
les grands seigneurs une mode de l'avoir à sou-
per. Il devint l'anni de Beaumarchais et de Fon-
tanes; il reçut les éloges de Ciébillon fils, de
Delille, de M^e de Staël, et de bien d'autres. La
révolution, qu'il avait saluée avec enthousiasme,
le replongea dans l'obscurité : il y engloutit sa
réputation et son argent. Poussé par une insa-
tiable curiosité, on le voyait toujours errer dans
les rues, se mêler aux groupes, prendre sa part
des séditions populaires ; mais ses livres n'a-
vaient plus de débit, il fut obligé de vendre la
petite imprimerie qu'il avait acquise, il corrigea
I des épreuves pour vivre. En 1794 Rétif com-
mença la publication de ses Mémoires, qu'il in-
. titula Monsieur Nicolas ; le spectacle de cette
« âme viciée » , qu'il léguait aux moralistes pour
la disséquer utilement, ne tenta que de bien rares
lecteurs; ce fut son adieu au inonde des lettres.
[1 continua pourtant d'écrire, bien que privé des
moyens d'imprimer. En 1795 la Convention lui
accorda une somme de 2,000 fr. à titre de se-
cours. Carnot lui vint plusieurs fois en aide. Enfin
sous le Consulat il obtint au ministère de la po-
lice générale une place, que ses infirmités crois-
santes le forcèrent à résigner au bout de quelque
temps. Il mourut à soixante-douze ans, pauvre
et oublié. Rétif avait profité en 1794 de l'établis-
sement du divorce pour se séparer de sa femme,
Agnès Lebègue , avec laquelle il vécut en fort
mauvaise intelligence; mais il n'est pas vrai qu'il
ait, comme on l'a prétendu, convolé en troisièmes
noces avec une femme de soixante-trois ans.
Rétif de la Bretonne, le plus fécond écrivain
de son temps, n'est pas assez connu en France,
ou plutôt il ne l'est que d'après les parties les
moins recommandables de son oeuvre. « La
platitude ordinaire de son style, dit M. de Jouy,
l'extravagance de son amour-propre, la vileté
des acteurs qu'il fait mouvoir, sa singulière
orthographe l'ont rendu ridicule : on s'est mo-
qué de lui, et l'on a étouffé sa réputation. Cet
homme, étranger d'ailleurs aux plus simples
convenances, ennemi de toutes les règles, brille
néanmoins par une richesse d'imagination sur-
prenante. Il trace des caractères avec habileté;
'i fable qu'il invente attache presque toujours.
Il y a dans son dialogue une vérité naïve qui
charme, il écrit des pages délicieuses de na-
turel et de douce volupté; il trouve des tableaux
frais et riants; il appelle tour à tour le rire de
réflexion, la pensée profonde, et presque tou-
jours jette dans le cœur une émotion extrême.
Ces qualités sont obscurcies par un dévergon-
dage sans pareil, par des infamies racontées
comme avec plaisir, par d'obscènes peintures
qui montrent l'espèce humaine dans un état
complet de dégradation. » Voici la liste des ou-
vrages qui appartiennent à Rétif de la Bretonne:
La Famille vertueuse, lettres trad. de Van -
RÉTIF DE LA BRETONNE
30
^^oî.ï ,• Paris, 1767, 4 vol. in-12 : ce roman,
àéà'\é Aux jeunes beautés, fut vendu 7G5 fr.
à la veuve Duchesne ; de l'aveu de l'auteur, il
n'y avait que du boursouflage, et l'orthographe,
qui était conforme à la prononciation, fit tort à
la vente; — Lucile, ou le Progrès de la
vertu, par un Mousquetaire ; Québec (Paris),
1768, iii-18 : fait en cinq jours et payé trois
louis ; — Le Pied de Fanchette ; Paris ,
1769, 3 vol. in-12; cinq éditions et traduit en
allemand et en espagnol ; — La Fille natu-
relle; Paris, 1769, J774, 2 vol. in-12; — Le
Pornographe, ou Idées d'un honnête homme
sur un projet de règlement pour les prosti-
tuées, propre à prévenir les malheurs qu'oc-
casionne le publicisme des femmes; Lon-
dres, 1769, 1770, 1776, in-8°; — La Mimo-
graphe, ou Idées d'une honnête femme pour
la réformation du théâtre national; Ams-
terdam, 1770, in-8°; —Le marquis de T*** ;
Londres, 1771, 4 vol. Jn-12; — Adèle de
Com***, ou Lettres d'une fille à son père;
en France, 1772, 5 vol. in-12; le t. V est com-
posé de plusieurs opuscules qui avaient déjà
paru séparément ; on y trouve une pièce , Le
Jugement de Paris, dont Gardel fit un ballet;
— La Femme dans les trois états de fille,
d'épouse et de mère ; Londres, 1773, 3 vol.
in-12; La Chabeaussière en a tiré sa comédie
des Maris corrigés, jouée en 17S1; — Le Mé-
nage parisien; Paris, 1773, 2 vol. in-12 : cet
ouvrage, plein de naïveté et de coloris, fut un
moment suspendu à cause des critiques contre
les écrivains de l'époque; — Les Nouveaux
Mémoires d'un homme de qualité, par M. le
M*** de Br*** ; Paris, 1774, 2 vol. in-12, en
collaboration avec le censeur Marchand; —
Le Fin matois, traduit de l'espagnol de
Quevedo; Paris, 1776, 3 vol. in-t2, avec le
censeur d'Hermilly : deux nouvelles sont de
Quevedo, la troisième. Les Lettres du cheva-
lier de l'Epargne, appartient tout entière à
Rétif; beaucoup d'exemplaires de ce recueil
portent L'Aventïirier Buscon pour titre; — Le
Paysan perverti, ou les Dangers de la ville;
Paris, 1775, 4 vol. in-12 ;ibid., 1776, 4 vol.
in-12, avec une vingtaine de lettres en plus et
81 gravures dessinées d'après les données de
l'auteur. Cet ouvrage établit la réputation de
Rétif; non-seulement il fut traduit à l'étranger,
mais il en courut plus de dix contrefaçons en
province et on en cite quarante-deux éditions à
Londres; — L'Ecole des pères; Paris, 1776,
3 vol. in-8° : « J'ai noyé l'instructif et fait digr
paraître l'agréable de cette production, a dit
Rétif, en me livrant h des détails qui n'étaient
propres qu'à un livre élémentaire; » — Les Gy-
nographes, ou Idées de detix honnêtes fem-
mes sur un projet de règlement pour mettre
les femmes à leur place; Paris, 1777, gr. in-8°;
— Le Quadragénaire; Paris, 1777, 2 vol.
in-12, fig. : il prétend prouver que les mariages
31
RÉTIF DE LA BRETONNE
35
tardifs sont presque toujours les plus heureux;
— Le Nouvel Abeilard, ou Lettres de deux
amants qui ne se sont jamais vus; Paris,
1778,4 vol. in-12, fig. : composition bizarre,
qui renferme des épisodes charmants; — La
Vie de mon père; Paris, 1779 { 1778 ), 2 vol.
in-12, fig.; 4*édit., Paris, 1853, broch. in-4° :
aucune tache ne dépare ce récit, qui peut passer
à bon droit pour moral ; — La Malédiction
paternelle, lettres de N*** publiées par Ti-
mothée Joly ; Paris, 1780 { 1779 ), 3 vol.
in-12; — Les Contemporaines, ou Aventures
des plus jolies femmes de l'âge présent, par
N. E. R. de la J5.; Paris, 1780-1785, 42 vol.
in-12 , divisés en Contemporaines mêlées
( 1780-1782, 17 vol. ), Contemporaines com-
munes (1782-1783, 13 vol.) et Contempo-
raines graduées (1783-1785, 12 vol.) ; cha-
que nouvelle est accompagnée d'une gravure, et
il y en a plus de trois cents ; le t. XXIX con-
tient un choix de chansons badines; — La Dé-
couverte australe par un homme volant,
ou le Dédale français; Paris, s. d. ( 1781 ),
4 vol. in-12, fj^. : « la base du système phy-
sique développé dans cet ouvrage , selon
M. Monselet, est qu'originairement il n'y eut
qu'un seul animal et qu'un seul végétal sur notre
globe ; ce sont les différences de sol et de tem-
pérature qui ont amené la variété des êtres et
produit des animaux mixtes ; i> — L'Andro-
graphe, ou Idées pour opérer une réforme
générale des mœurs; Paris, 1782, gr. in-8°;
— La Dernière aventure d'un homme de
quarante-cinq ans ; Paris, 1783, in-12; — La
Prévention nationale, action adaptée à la
scène; Paris, 1784, 3 vol. in-12, fig., suivie
d'une correspondance intéressante de M"^ de
Saint- Léger, auteur de quelques romans; —
La Paysanne pervertie; Paris, 1784 (1785),
4 vol. in-12 fig. : d'abord écarté par la cen-
sure, ce roman ne fut autorisé à paraître que
sous le titre : Les Dangers de la ville, ou His-
toire effrayante et morale d'Ursule. En 1787
Rétif publia, avec la date de il8i. Le Paysan
et la Paysanne pervertis ( 8 vol. m-12,avcc
120 fig. ), édition des deux romans augmentés,
entièrement remaniés et surchargés d'incidents
oiseux et de morceaux détachés ; — Les Veil-
lées du Marais, ou Histoire du prince Ori-
beau et de la princesse Oribelle; Water-
ford (Paris), 1785, 2 vol. in-12; ibid., 1791,
4 vol., avec un nouveau titre : L'Instituteur
d'un prince royal; ouvrage aussi ennuyeux
que mal écrit ; — Les Françaises, ou XXXIV
exemples choisis dans les mœurs actuelles;
Paris, 1786, 4 vol. m-12,fig. ; — Les Pari-
siennes, ou XL caractères généraux pris
dans les mœurs actuelles ; Paris, 1787, 4 vol.
in-12, fig. ; — Les Nuits de Paris, ou le Spec-
tateur nocturne; Paris, 1788-1794, 8 vol.
in-12, fig. : mal ordonné, ce recueil abonde en
détails sur les hommes et les choses du temps.
sur les journaux, sur les cafés, sur les prome-
nades, etc. ; — La Femme infidelle ; Paris,
1788, 4 vol. in-12 : Rétif a tracé dans ce ro-
man le tableau des égarements réels ou préten-
dus de sa femme; — Ingénue Saxancour,
ou la Femme séparée, histoire écrite par
elle-même; Paris, 1789, 3 vol. in-12; c'est
l'histoire de sa fille aînée, histoire probablement
exagérée à dessein; — Le Thesmographe, ou
Idées pour opérer une réforme générale des
lois; Paris, 1789, in-S" ; mêlé de com.dieset
de morceaux détachés ; — Monument du cos-
tume physique et moral de la fin du dix-
huitième siècle; Neuwied, 1789, gr. in-fol.
avec 26 gravures : magnifique ouvrage, devenu
d'une extrême rareté, réimprimé quant au texte
sous le titre Tableaux de la vie ; Neuwied,
1791, 2 vol. in- 18; — Le Palais- Royal ; Paris,
1790, 3 vol. in-12, fig. ; — L'Année des dames
nationales, ou Histoire jour par jour d'une
femme de France; Paris, 1791-1794, 12 vol.
in-12, fig. : s'il faut en croire l'auteur, les frais de
cet ouvrage, imprimé en tètes de clou sur du
papier à chandelles, s'élevèrent à près de 30,000
livres. Imitation décolorée des Contemporaines,
on y rencontre beaucoup de monotonie dans les
sujets; c'est une suite d'historiettes, de com-
mérages, de nouvelles vraies ou imaginées dont
les femmes de chaque province de l'ancienne
France offrent le prétexte ; — Le Drame de la
vie, contenant un homme tout entier, pièce
en treize actes d'ombres et en dix pièces
régulières; Paris, 1793, 5 vol. in-12, avec
un portrait de l'auteur; le t. V est terminé
par des poésies licencieuses et une correspon-
dance de Grimod de La Reynière ; — Théâtre;
Paris, 1793, 5 vol. in-12, recueil de pièces de
tous genres, dont aucune n'a été représentée ; —
Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dé-
voilé, publié par lui-même ; Pàùs, 1794-1797,
16 vol. in-12 : ce sont les mémoires de Rétif,
mémoires dégoûtants de cynisme, d'amour-pro-
pre, et de haineuses passions ; il s'y avilit sans
cesse, il flétrit sa famille, il joue le rôle d'un
misérable, qui des qualités de l'honnête homme
ne possède guère que la probité. Ce n'en est
pas moins une œuvre extraordinaire, trop mé-
prisée et trop peu connue, et qui renferme des
passages agréables, pleins de charme et de vé-
rité, et qui arrachent des larmes ; — La Phi-
losophie de M. Nicolas ; Paris, 1796, 3 vol.
in-12 ; — L'Anti- Justine, par Linguet ; Paris,
1798, in-12, fig. : livre des plus obscènes, dont
quelques exemplaires seulement ont été mis en
circulation ; — Les Posthumes, lettres reçues
après la mort du mari par sa femme, par
Cazotle; Paris, 1802, 4 vol. in-l2,fig. : ce ro-
man se termine par une série de nouvelles, Les
Revies, oii l'auteur recommence quelques unes
de ses aventures, et leur donne un dénouement
à son gré ; — Les Nouvelles contemporaines i
Paris, 1802, 2 vol. in-12 : choix d'histoires U-
83
RÉTIF DE LA BRETONNE — RETZ
34
bres prises dans les ouvrages précédents ; —
Histoire des compagnes de Maria, ou Epi-
sodes de la vie d'une jolie femme ; Paris,
1811, 3 vol. in-12. On a encore attribué à Rétif
le Tableau des mœurs (1787, 2 vol.) eiLes
Soirées de Vauduse (1789, 3 vol.), qu> sont
celui-là de Leroy de Lozembrune, celui-ci de
Renaud de la Grelaye.
Rétif de la Bretonne avait eu de sa seconde
femme deux filles, Agnès, mariée à un sieur
Auge, <iui la rendit malheureuse, puis à Louis
Vignon; et Marie-Anne, qui avait épousé un de
ses cousins du nom de Rétif. Deux de ses pe-
tits-fils ont suivi la carrière littéraire : Victor
Vignon a publié La Fille de la fille d'honneur
( 1819, 2 vol. in-12 )Jje Paria français ( 1821,
3 vol.); Un Lys sortant du sein d'une rose
(1821),poëme; Paul et ToiMon (1823, 2 vol.);
Colin Gautier (1824, 3 vol.); Og (1824,
in-12), etc.; — un autre, Louis Rétif, est au-
teur da Chroniqueur populaire {Paris, 1845,
in-8«).
Beuchot, dans la Revue philosophiqtie, il avril 1806. —
Cublères, Notice à la tête de VHistoire des compagnes
de Maria.— Jay, Jouy, etc., Biogr. nouv. des contemp.
— Rabbe, Boisjolin et Sainte-Preuve, Biogr. univ. et
portât, des contemp. — Henry Berthoud, Restif de la
Bretonne, dans La Presse du 4 septembre 18S6. — Gé-
rard de Nerval, Les Confidences de Nicolas, dans Les Il-
luminés, ln-t8. — Ch. Monselet, Rédf de la Bretonne ;
Paris. 1853, In-is.
RETSCH ( Frédéric - Auguste - Maurice ) ,
peintre et graveur allemand , né le 9 décembre
1779, à Dresde, mort aux environs de cette ville,
le 11 juillet 1857. D'une famille originaire de
Hongrie , il ne commença qu'à l'âge de vingt et
un ans à se consacrer aux arts du dessin , qu'il
étudia à l'Académie de sa ville natale , où il ap-
prit aussi l'art de la peinture, sous la direction
de Grassi. Son talent éminent lui procura bientôt
un assez grand nombre de commandes; mais
obligé de soutenir sa nombreuse famille, il ne
put cependant pas réaliser son projet favori de
visiter l'Italie. Il devint en 1824 professeur à
l'Académie de Dresde. Outre beaucoup de por-
traits et de miniatures à l'huile , remarquables
parla ressemblance, Retsch a peint un nombre
considérable de toiles, d'une beauté de forme
pure et idéale, d'une composition sévère et ma-
gistrale, d'une grande vérité d'expression, et ins-
pirées par une imagination féconde, qui lui fai-
.sait trouver des idées aussi neuves que profondes.
Parmi ses tableaux nous citerons : L'Invention
de la lyre; Sainte Anne apprenant à lire
à la Vierge; Diane ; BaccMis enfant ; Amour
et Psyché ; Geneviève et Vndine ; Le Roi des
Aulnes; Un Satijre avec une nymphe; Mi-
gnon jouant de la guitare ; Les Quatre épo-
ques de la vie humaine, etc. Retsch a aussi
illustré les œuvres de plusieurs poètes célèbres
par des gravures à l'eau-forte, qu'il exécuta
d'après ses propres compositions et qui lui ac-
quirent une réputation européenne. C'est ainsi
qu'il a publié : Illustrations du Faust de
KODT. BIOGR. GENER. — T. M.II.
Gœthe; Stuttgard, 1823, 26 "planches, in-4%
reproduites sous divers formats à Londres, à
Paris et à Gœtlingue; il en a donné lui-même une
nouvelle édition retouchée, Stuttgard, 1834; —
Galerie pour les œuvres de Shakespeare;
Leipzig, 1828; — près de deux cents planche»
reproduites à Londres, où elles obtinrent le plus
grand succès; — Illustrations du combat
avec le dragon de Schiller; Stuttgard, 1824,
1 6 planches ; de la Ballade de Fridolin ( 8 plan-
ches) et de La Cloche; Stuttgard, 1833, 43 pi. ;
— des gravures du Pégase sous le joug, du
même poète; ibid., 1833, 18 pi.; — Ilbistra-
tions des ballades de Bûrger; Leipzig, 1840,
15 pi. Parmi les autres productions du burin
de Retsch nous citerons : Fantaisies; Londres,
1834, 6 planches; — Fantaisies et vérités;
Leipzig, 1838, 8 planches; — Les Joueurs
d'échecs; — Faust et Marguerite; — La
lutte entre la Lumière et les Ténèbres ; Leipzig,
1846, etc.
M"»» Jameson, fisits andsketches athome and abroad
(Londres, 1834). — J^agler, Mlgem. KûnsUer-Lexicon.
— Msenner der Zeit ( Leipzig, 1860 ).
RETTBERG (Frédéric-Guillaume) , théolo-
gien allemand, né à Celle, le 21 août 1805, mort
à Marbourg, le 7 avril 1849. Après avoir occupé
divers emplois 'dans l'enseignement secondaire ,
il devint en 1838 professeur de théologie à Mar-
bourg. On a de lui : De par abolis Jesu Chris ti;
Gcettingue, 1827: contre Bretschneider ; — Cy-
prianus nach seinem Leben und Wirken
(Vie et influence de saint Cyprien); ibid., 1831;
— Heilslehren des Christenthums nach den
Grundsàlzen der lutherischen Kirche (Doc-
trine des sacrements chrétiens selon l'Église lu-
thérienne); Leipzig, 1838; contre Mœhler; —
Kirchengeschichte Deutschlands (Histoire
ecclésiastique de l'Allemagne) ; Gœttingue, 1846-
1848, 2 vol. in-8° : ouvrage capital, qui malheu-
reusement ne va que jusqu'au milieu du neu-
vième siècle.
Conversations- LexiJion.
RETZ {Albert DE GoNDi, duc de), maréchal
de France, né le 4 novembre 1522, à Florence^
mort le 12 avril 1602, à Paris. Il était l'aîné des
sept enfants d'Antoine de Gondi ( voy. ce nom),^
qui fut maître d'hôtel d'Henri II. Sa famille ne
comptait pas , quoi qu'en aient dit certains gé-
néalogistes, parmi les plus illustres de Florence,
et son père, qui s'était enrichi dans le com-
merce, avait fait deux fois banqueroute à Lyon.
Amené fort jeune dans cette ville, il fut d'abord
employé chez un financier, puis dans les vivres.
Sa mère ayant obtenu de Catherine de MédicFs
la charge de gouvernante des enfants de France,
ce fut par elle que lui et ses frères firent leur
chemin à la cour. Il y parut en 1547, à l'avé-
nement d'Henri II, et fut bientôt pourvu d'une
compagnie de chevau-légers, à la tête de laquelle
il prit part à la bataille de Renty (1554). Nommé
gentilliomme de la chambre et placé , en qua-
2
35
EETZ
36
litéde maître de la garde-robe, près de Char-
les IX, « il perverlit du tout ce jeune prince,
rapporte Brantôme, et lui fit oublier et lais-
ser toute la bonne nourriture que lui avait
donnée le brave Cipierre ». Après avoir servi
avec beaucoup- de distinction contre les Espa-
gnols en Italie et dans la Flandre, il ne se fit pas
moins remarquer durant les guerres civiles par
sa bravoure et sa fidélité : il assista aux ba-
tailles de Saint-Denis, de Jarnac et de Moncon-
tour, et devint , à la suite de cette dernière af-
faire, capitaine de cent hommes d'armes. Char-
les IX lui donna- le collier de ses ordres , une
place de conseiller d'État, et le gouvernement
du pays Messin; il le chargea en 1570 de né-
gocier son mariage avec la princesse Elisabeth
d'Autriche. Favori du roi , Retz lui conseilla de
se débarrasser par la violence de tous ceux qui
portaient ombrage à son auiorité, et sa part dans
le massacre de la Saint- Barthélémy et dans les
conciliabules qui le précédèrent est un fait si-
gnalé par les historiens contemporains. Sur la tin
de l'année 1572 Retz fut envoyé en ambassade
auprès de la reine Elisabeth, et l'entretint du
singulier projet de mariage que Catherine de
Médicis avait formé entre cette princesse et le
jeune duc d'Alençon; sa demande fut accueillie
avec faveur, et il réussit en outre, ce qui était
plus important encore, à empêcher l'envoi des
secours que les protestants attendaient d'Angle-
terre. A peine de retour de Londres, il se rendit
au siège de La Rochelle, reçut le commandement
d'une escadre et força Montgomery d'évacuer
Belle-Isle (avril 1573). Ce fait d'armes valut à
Retz le titre de marquis ( il n'avait porté jusque-
là que celui de comte ), et à la mort de Ta vannes,
il devint maréchal de France (6 juillet 1573);
par le même acte, il fut pourvu du gouverne-
ment de la Provence. Tout-puissant à la conr, il
gouvernait la France de concert avec les favoris
de la reine mère. Devenu odieux à Charles IX,
dont les sentiments valaient mieux que les actes,
il se fit le courtisan du duc d'Anjou, et l'accom-
pagna en Pologne. Aussi sa faveur ne déclina-
t-elle point sous le règne de ce prince : on le vit
successivement gouverneur de Nantes (1578),
chevalier du Saint-Esprit, général des galères
(1579), sous-lieutenant au marquisat de Saluées
(1580), duc et pair (novembre 1581). Satisfait
des biens et des lionneurs dont il était comblé,
il ne chercha point à jouer pendant la Ligue un
rôle politique, et s'attacha au parti du roi; il fut
un des premiers à reconnaître Henri IV, et reçut
de lui de grandes marques de confiance. Atta-
qué d'un ulcère qui lui rongea la figure, il
mourut à quatre-vingts ans, « laissant, dit L'Es-
toile, une réputation fort équivoque ». Il filt in-
humé dans l'église de Notre-Dame.
Il avait épousé, le 4 septembre 1565, Claude-
Catherine de Clermont, veuve du baron de Retz.
Cette dame aimait le plaisir et l'intrigue; elle
joignait à une éclatante beauté beaucoup d'esprit
et de savoir, possédait le grec et le latin, et com-
posait en prose et en vers avec une égale faci-
lité. Les poëtesdu temps chantèrent ses louanges.
Après une vie dissipée, elle mourut en bonne
c'nrétienne, le 25 février 1603, et fut enterrée dans
l'église de l'Ave-Maria. L'évêque Cospean pro-
nonça son oraison funèbre.
De leur mariage sortirent dix enfants, dont
quatre fils: Charles, marquis de Belle-Isle, gé-
néral des galères, périt en 1596, en voulant sur-
prendre le mont Saint-Michel; Fenri, cardinal
de Retz [vo]/. ci-après), Philippe- Emmanuel ,
comte de Joigny, et Jean- François , premier
archevêque de Paris {voy. évêque Gondi). P. L.
CorbinelU, tUst. de la mais'm de Condi, l\. — Bran-
tôme, Grands capitaines. — Journal de L'EstoUe. —
Anselme, Grands officiers de, la couronne. — Moréri,
Dict. hist. — Sisraondi, lilst. des, Français, XIX d XXI.
RETZ {Henri de Gondi be), prélat français,
fils du précédent, né à Paris, en 1572, mort à
Béziers, le 2 août 1622. Chanoine de Notre-
Dame de Paris en 1587, et successivement pourvu
des abbayes de Buzay, de Quimperlé, de la
Chaume, de Saint-Jean-des-Vignes de Soissons
et de la Couronne, il fut nommé, le 2 novembre
1596, coadjuteur avec future succession du car-
dinal PierredeGondi,évêquedeParis, son oncle,
et sur la démission de ce prélat de^int titulaire
du siège, le 29 mars 1598. Il obtint en 1600 la
charge de maître de la chapelle oratoire du roi,
présida en 1610 aux obsèques de Henri IV,
assista en 1612 au concile provincial de Paris,
où il souscrivit à la condamnation du livre de
Richer Sur la puissance ecclésiastique et po-
litique, et se trouva aussi aux états généraux
de 1614 et 1015. Il reçut le chapeau de cardinal
le 26 mars I6l8, et prit le nom de cardinal
de Ret%. Pendant vingt-quatre ans qu'il gou-
verna l'Église de Paris, cet évêque admit dans
le diocèse un plus grand nombre de commu-
nautés religieuses que n'avaient fait vingt de ses
prédécesseurs ensemble. Comme chef du con-
seil du roi , il accompagnait Louis XIII en Lan-
guedoc lorsque ce prince alla faire le siège de
Montpellier, et il mourut, d'une fièvre maligne,
dans le camp devant Béziers. Ce prélat favorisa
beaucoup les savants, dont il fut le Mécène, et
publia, en 1608 et en 1620, des Ordonnances
synodales. 11 fut le cent dixième et dernier évê-
que de Paris; Jean-François de Gondi, son frère,
lui succéda; mais, [ar bulle du 14 novembre
1622, GrégoireXV, à la sollicitation deLouis XIH,
érigea cette église en métropole.
Gallia christiana, t. VU. — Auberi, Hisl. des cardi-
naux.
RETZ {Jean- François-Paul de Gosdi, car-
dinal de) (1), né à Montmirail, en Brie (Seine-
et-Marne), au mois d'octobre 1614, mort à Pa-
ris, le 24 août 1679, était fils de Philippe- Em-
(1) Dans les dernières années de sa vie, le cardinal
adopta l'orliiographe des scigueurs bretons, en écrivant
«on nom Hais. On trouve ce nom ainsi écrit dans les let-
^ tri'S otliciellcs adressées au cardinal.
87
manuel de Gondi, général des galères de France
sous Louis XIII (l'oy. Gondi). Il fut chevalier
de Malte dès sa naissance; puis, après la mort
de son second frère , on le destina à l'Église ; il
eut de bonne heure plusieurs bénéfices, comme
l'abbaye dé Buzay on Bretagne; mais par vanité
il se fit appeler abbé de Retz. Il devint chanoine
de Noire-Dame de Paris le 31 décembre 1627.
Son frère aîné devant hériter du duché de Retz,
Gondi fut destiné par la piété et l'ambition de
son père à l'épiscopat; son grand-oncle Pierre
et son oncle Henri avaient été évèques de Paris ;
son oncle Jean-François était le premier arche-
vêque de cette ville; Gondi était appelé par sa
naissance à leur succéder. Aussi rien ne put em-
pêcher son père de faire tous ses efforts pou rat ta-
cher à rÉgliseJ'd»«e la moins ecclésiastique
qui fût dans Vunivers.
11 eût dû entrer au service et mener ia vie de
cour, qu'il n'eût pas vécu avec plus de licence
ni soutenu plus de duels; ses galanteries lui
firent de bonne heure un nom dans le grand
monde de Paris, et lui-même a raconté, avec
autant de hardiesse qu'il agissait , ses aventures
peu édifiantes; mademoiselle de Scepeaux, sa
cousine , presque enlevée pour sa beauté et ses
quatre-vingt mille livres de rente ; madame de
La Meilleraye, disputée à son mari et à Riche-
lieu lui-même; madame de Guémené cédée
avec peine à Port-Royal ; madame de Pomme-
reux, longtemps poursuivie au milieu des jeunes
seigneurs qui l'entouraient; mademoiselle de,
Vendôme, iie le quittant que pour le mariage,
et bien d'autres amours, qui lui donnèrent une
sorte de célébrité. Mais de bonne heure aussi ,
Gondi, toujours ramené, malgré lui, à la sou-
tane, s'était livré avec ardeur à l'étude; ia lec-
ture des anciens historiens, de Plutarque, de Sal-
luste surtout, qui fut son modèle, lui inspira le
goût des maximes républicaines , et une singu-
lière admiration pour les conspirations et les
chefs de parti. Il paraît qu'il écrivit une vie de
César, où il disait que dans les affaires publi-
ques la morale a plus d'étendue que dans
les particulières. A dix-huit ans, il publia la
Conjuration de Fiesque, livre original, plein de
hardiesse, écrit avec une certaine éloquence,
et qui fit dire à Richelieu : « Voilà un dangereux
esprit. » Il ne voulut pas être présenté au car-
<linal. Gondi resta fidèle toute sa vie à la haine
qu'il voua dès lors à cet ennemi de la diacussion
et de Vintelligence. Gondi, amoureux du succès
et surtout de l'éclat, voulut se faire un nom en
Sorbonne et par sa prédication ; il prêcha l'Astien-
sion, la Pentecôte, la Fête-Dieu aux petites Car-
mélites , en présence de la reine et de toute la
cour ; comme on faisait son éloge devant Riche-
lieu, celui-ci répondit : « 11 ne faut pas juger des
choses par l'événement, c'est un téméraire. » Il
osa disputer le premier rang pour la licence à
l'abbé de la Mothe-Houdancourt , parent et pro-
tégé de Richelieu; il l'emporta, mais ses parents
RETr 38
le décidèrent h s'éloigner de la France (1). A
Venise, à Florence, il eut des aventures; à
Rome, il se fit admirer dans les écoles de Sa-
pience, et respecter dans le public. A son retour,
vers Noël 1638, il entra en relations intimes avec
le comte de Soissons , et conspira ; d'abord on
résolut d'assassiner le cardinal, au moment du
baptême de Mademoiselle : « J'embrassai, dit-il,
le crime qui me parut consacré par de grands
exemples, justifié et honoré par le grand péril. »
Il ajoute, il est vrai : « L'ancienne Rome aurait
estimé cette action ; mais ce n'est pas par cet en-
droit que j'estime l'ancienne Rome. " Gondi
n'aimait que médiocrement l'emploi de la force;
homme d'intelligence et plein de confiance dans
la supériorité de son esprit, il voulait triom-
pher surtout par la puissance de la raison , par
les ressources d'un génie fécond en expédients
et en inventions. « Je suis persuadé, disait-il,
qu'il faut plus de grandes qualités pour former
un bon chef de parti que pour faire un bon em-
pereur de l'univers. » Aussi, quand le complot
eut échoué, s'opposa t-il d'abord à la prise d'ar-
mes du comte de Soissons; puis, dans une en-
trevue secrète qu'il eut avec lui à Sedan , il se
laissa entraîner, « parce que c'était une issue,
non pas honnête, mais illustre, pour sortir de
l'Église ». Il avait déjà des liaisons avec les
chefs des quartiers de Paris; il avait acquis une
certaine popularité par des aumônes habilement
faites ; douze mille écus, distribués par ses soins,
avec l'aide d'une bonne tante, qui ne croyait
l'habituer qu'à des œuvres de charité, des baga-
telles données aux enfants, au coin de leur feu,
tout cela le faisait connaître de Nanon et de
Babet. Il s'était chargé de soulever les halles,
à la première nouvelle d'une victoire de Sois-
sons; puis il devait enlever la Bastille, de con-
cert avec les nombreux prisonniers d'État qu'elle
renfermait. La mort du comte de Soissons, à la
Marfée (1641), le précipita définitivement dans
l'état ecclésiastique.
Dès lors il s'attacha les chanoines de Notre-
Dame, le clergé de Paris , en prenant habitude
avec tout ce qu'il y avait de gens de science et
de piété dans la capitale ; il fit presque de son
logis une académie, en ayant soin de ne pas l'é-
riger en tribunal ; il fut fort à la mode parmi les
gens de sa profession ; et les dévots mêmes di-
saient, après monsieur Vincent de Paul, son
ancien précepteur, qu'il n'avait pas assez de
piété, mais qu'il n'était pas trop éloigné du
royaume de Dieu. Il eut des conférences avec
Mestrezat, ministre protestant, en présence de
MM.de La Force et de Turenne, et contribua
à la conversion d'un gentilhomme poitevin.
Louis XIII, que certaines aventures de Gondi
avaient déjà bien disposé en sa faveur, voulut le
nommer évèque d'Agde, et, eu mourant le dé-
(1) U avnlt dédié ses thèses à des saints, pour ne pas
être oblige de les dédier aux puissants.
2.
39
RE
signa comme coadjuteur de son oncle, l'arche-
vêque (1643).
Au commencement âe la régence, Gondi , qui
n'avait pas encore trente ans, dont la famille
était alliée aux plus grandes maisons, pouvait
espérer jouer un rôle considérable ; il était à la
mode parmi les courtisans, estimé dans le clergé,
populaire dans la capitale; et son oncle, quoique
jaloux de la supériorité de son neveu, était trop
incapable et trop paresseux pour ne pas lui aban-
donner les fonctions et l'importance de sa haute
dignité. Mais la première place auprès de la
reine et dans l'État était déjà prise par un
homme d'église ; Mazarin, premier ministre, de-
vait nécessairement rejeter le coadjuteur dans le
parti de l'opposition. « Il me semble, dit Gondi,
que je n'ai été jusqu'ici que dans le parterre, ou
tout au plus dans l'orchestre, à jouer et à badi-
ner avec les violons ; je vais monter sur le théâ-
tre. » Il parut tout d'abord uniquement occupé
de ses fonctions ecclésiastiques ; il reçut l'ordi-
nation. II fît de nombreux sermons dans les dif-
férentes églises; il commença la réforme des prê-
tres du diocèse; il visita les couvents, et en
toute circonstance soutint les privilèges et les
prétentions du clergé. Le 31 janvier 1644, il fut
sacré à Notre-Dame, sous le titre d'archevêque
de Corinthe. Il était du conseil de conscience de
la régente avec Vincent de Paul. Il ne voulut
pas prendre part à la cabale des Importants,
dont il a si spirituellement dépeint l'incapacité ;
mais dans plusieurs circonstances il blessa
Mazarin ; ainsi il refusa de prêter Notre-Dame
à l'évêque de Warmie pour le mariage de la
reine de Pologne; et dans l'assemblée du clergé
en 1645 il demanda, malgré le ministre, la réinté-
gration des évêques que Richelieu avait chassés
de la dernière assemblée de Mantes. Puis ses pro-
digalités étaient grandes ; on les lui reprochait :
« J'ai bien supputé, répondit-il, que César à mon
âge devait six fois plus que moi. « Cette parole
imprudente, comme il le remarque lui-même,
fut rapportée à Mazarin, qui dès lors prit om-
brage de l'ambitieux et entreprenant coadjuteur.
Les troubles de ,'a Fronde fournirent bientôt
à Gondi l'occasion la plus belle de déployer
toutes les ressources de son esprit et d'entrer
en lutte contre le ministre, qu'il aurait peut-être
voulu supplanter, et qu'il chercha toujours assu-
rément à renverser et à humilier. La Fronde ne
fut pas l'ouvrage du coadjuteur; mais il y a
joué le premier rôle avec un plaisir extrême ;
il n'avait pas de convictions sérieuses, malgré
les maximes sonores dont il a orné ses Mé-
moires ; il n'était avide ni d'argent, ni d'hon-
neurs, ni même de pouvoir; avant tout il se
plut à parler, à nouer des intrigues, à lancer des
pamphlets et surtout à diriger, au miheu des
complications les plus inattendues , les différents
personnages de cette révolution tragi-comique.
Au jour des Barricades (26 août 1048), le
coadjuteur, encore tout ému d'un sermon qu'il
rz 40
avait prêché devant la cour, à la fête de Saint-
Louis, vint au Palais-Royal donner des avis qui
furent reçus par la régente avec mépris et co-
lère; Mazarin voulut le perdre, en l'envoyant
avec l'étourdi LaMeillerayeau milieu des sédi-
tieux pour leur promettre la liberté de Brousse].
Gondi a raconté avec une verve entraînante
comment il fut renversé par la foule, blessé d'un
coup de pierre; comment sa présence d'esprit
le sauva peut-être de la mort, et comment, de
retour au palais, il fut congédié par la reine
avec ces mots : « Allez-vous reposer. Monsieur,
vous avez bien travaillé. » Enragé, ému, ins-
truit par ses amis, Montrésor, Laigues, Argen-
teuil, qu'on voulait l'arrêter, et qu'on s'était
moqué publiquement de lui à la cour, il se
laissa chatouiller par ce titre de chef de
parti, qu'il avait toujours honoré dans les
Vies de Plutarque : « Demain, dit-il, avant
midi, je serai maître de Paris. » Quoiqu'il ait
assurément exagéré son influence, il contri-
bua, grâce à ses relations dans la bourgeoisie
et 1q peuple, au soulèvement de la ville contre
la régente. Elle fut forcée de céder; Brousse!
fut rendu à la liberté; Mazarin était humilié : c'é-
tait une première victoire dont la vanité du coad-
juteur fut singulièrement flattée. Gondi, rappelé
à la cour, conçut l'espoir d'obtenir le gouverne-
ment de Paris ; on se garda bien de le lui'
donner, et il recommença son opposition et ses
cabales. Quand la reine quitta Paris pour com-
mencer la guerre civile contre les Frondeurs
(6 janvier 1649), il se fit arrêter par le peuple
pour ne pas suivre la cour à Saint-Germain ; et
dès lors il fut l'âme qui fit mouvoir le corps
de la Fronde .- donnant des chefs au parti , le
princ-e de Conti, M™e de Longueville et son mari,
le duc de Beaufort; excitant le peuple par
ses sermons, par les curés, dont il avait la con-
fiance, par les pamphlétaires , dont il dirigeait
l'audacieuse et cynique armée. Au Parlement,
où il siégeait à la place de son oncle, il soute-
nait les courages et multipliait les intrigues. On
l'a dit avec vérité : il eut sa Fronde à lui; ce fut
une Fronde mêlée de bourgeois, de femmes des
halles, de nobles et de princes perdus , soutenue
des embarras formalistes du parlement et des
prétentions populaires de l'archevêché. C'est la
Fronde de la grande ville. Gondi cependant,
malgré son esprit et son activité, s'agita sans
résultat sérieux; il n'avait pas l'autorité que
donne une conviction sincère; il n'avait pas
l'éloquence qui entraîne les assemblées et les
multitudes; il savait lancer un trait piquant; jl
n'avait ni la passion qui remue, ni l'audac*
qui fait les grands chefs de parti. Il lui man-
quait aussi la véritable considération, et Ton
se moquait dans le peuple , comme parmi les
princes, du régiment de Corinthe levé par le
coadjuteur (1), et du prélat, qui sortait de
(1) La première fols qu'il éprouva un échec, on dit que
c'était la première aux Corinthiens,
4t
l'arclievêcné pour aller parader vers Charen-
ton à la tête de ses cavaliers. Gondi fut vaincu
et far l'honnête fermeté du président Mole, qui
fit signer la paix de Ruel, malgré lui,, et par
Mazarin, qui sut mettre dans tout leur jour les
prétentions égoïstes de tous les chefs de la
Fronde. On lui reprocha ses efforts pour unir à
plusieurs reprises la cause des Frondeurs aux
Espagnols, nos ennemis ; sa jalousie contre le
cardinal lui fît oublier ee qu'une pareille alliance
ayait d'odieux. Mais comme Gondi avait une
certaine générosité (1) et surtout le désir de
faire étalage de magnanimité, il s'opposa à
la vente des meubles et des livres de Mazarin,
heureux de le couvrir en quelque sorte d'une
protection , qui devait l'humilier ; il défendit
contre le peuple le chevalier de La Valette, qui
avait, dit-on, voulu l'assassiner; il protégea de
son corps Mole, que les Frondeurs les plus en-
ragés voulaient tuer au sortir du parlement,
après la paix de Ruel ; enfin il eut le bon goût
de ne rien demander, de ne rien vouloir pour
lui, lorsque tous ses alliés de la veille s'empres-
sèrent, avec l'effronterie la plui impudente, de
stipuler le prix de leur réconciliation. 11 ne s'a-
voua ni coupable, ni vaincu, ni ambitieux , en
refusant d'être compris dans l'amnistie ; plus
tard Mazarin s'en prévalut, en 1655, pour lui
faire son procès sur toutes les accusations qu'on
put diriger contre lui à l'occasion des troubles de
1648 et 1649.
Après la paix il vint visiter la cour à Com-
piègne, comme pour montrer que le roi pouvait
rentrer à Paris ; mais il ne voulut pas commu-
niquer avec Mazarin. Au premier bruit des que-
relles de Condé avec le ministre, il alla s'olïrir
au prince , qui déjà s'était réconcilié avec la
cour. Il voulut alors ameuter les rentiers, qui
n'étaient pas payés ; ils invoquèrent la protection
de Gondi et de Beauforl, et nommèrent des syn-
dics ; Paris fut de nouveau troublé, et Gondi s'ap-
piaudit de cette heureuse recrue de « trois raille
bons bourgeois, tous vêtus de noir ». Mais la
bravade d'un Frondeur (roy. Joly) renversa tout
cet échafaudage. Puis on tira quelques coups
de fusil sur les carrosses de Condé; et Mazarin
eut le malin plaisir de faire croire à Condé que
Gondi, Beaufort et le vieux Broussel étaient les
auteurs de l'attentat. Le coadjuteur, accusé par
le procureur général, parut devant le parlement
(22 décembre 1649 ), et sut relever avec no-
blesse et hauteur l'invraisemblance dea dépo-
sitiMis et la bassesse des misérables témoins
apostés;puisil ne marcha plus au palais qu'avec
une escorte de cent cinquante gentilshommes,
et prit plaisir à soutenir la lutte contre le grand
Condé lui-même. Ce qui ne fut pas à son hon-
neur, c'est que pour perdre Coudé il se rap-
procha de Mazarin ; il eut des entrevues avec la
(1) Ayant appris la misère de la reine d'Àiieieterre,
abandonnée par la cour de Paris, il lui envoya des se-
cours et lui en fit voter par le Parlement.
RETZ 43
Reine, pendant la nuit, et, bien qu'il affectât
de refuser toute espèce de faveur pour lui-même,
il se perdit, comme chef départi, en promettant,
au nom de la vieille Fronde, de ne pas s'opposer
à l'arrestation des princes ( 18 janvier 1650).
Aussitôt après le coup d'État, on termina pour
la forme le procès criminel de Gondi et de Beau-
fort; dès le 22 janvier ils vinrent s'asseoir parmi
leurs juges; puis le soir même Gaston d'Or-
léans les conduisit chez la Reine. La position
nouvelle du coadjuteur fut dès lors pleine d'em-
barras , que tout l'esprit de ses Mémoires ne
peut dissimuler. Mazarin lui reprochait sa tié-
deur et lui faisait entendre qu'il fallait agir pour
obtenir le chapeau de cardinal, que maintenant
son ambition désirait ardemment. Vainement
Gondi a soutenu qu'il était de bonne foi ; per-
sonne ne l'a cru. 11 voulait sans doute alors,
après avoir reçu la pourpre romaine , dominer
le gouvernement soit par la reine, soit par le
duc d'Orléans, et toujours éloigner, humilier
son rival de toutes les époques, Mazarin, Il était
dans une position si fausse qu'il se laissait aller
à l'inaction, ou passait son temps à des liaisons
peu voiJées avec M"* de Chevreuse. Au retour
de l'expédition de Bordeaux, le duc d'Orléans, à
qui le coadjuteur avait fait la leçon, vint à Fon-
tainebleau demander pour lui le chapeau de car-
dinal; Mazarin eut l'air de l'appuyer dans le con-
seil,; les autres ministres firent rejeter la de-
mande, et la cour rentra à Paris (novembre
1650), Alors une coalition nouvelle se forma
pour la liberté des princes ; les deux Frondes s'u-
nirent, grâce au génie d'intrigues du coadjuteur
et de la princesse palatine; ou s'engagea par
écrit; on se partagea à l'avance les charges,
les faveurs, et Gondi stipula le mariage de sa
maîtresse , M'ie de Chevreuse, avec le prince de
Conti. Il entraîna le parlement. Mole lui-même;
on décida de très-humbles remontrances pour
demander la liberté des princes (30 décembre).
Gondi, animé par la lulte, retrouva toute son ac-
tivité , força Gaston à se déclarer malgré lui ,
et par un véritable miracle d'habileté, lui donna
même du courage pour quelques jours et l'au-
dace de s'emparer de l'autorité. Les magistrats
du parlement, irrités d'être comparés aux Crom-
well, aux Fairfax, se déchaînèrent contre Ma-
zarin; Mole avait adressé à la régente les re-
montrances les plus amères; tout le monde
demandait la liberté des princes et l'exil du mi-
nistre.
A son tour, Gondi triompha pour quelques
jours; Mazarin, cédant prudemment à la tem-
pête, partit pour son premier exil (7 février
1651); la reine aurait voulu le suivre avec le
jeune roi; le coadjuteur souleva les bourgeois
de Paris : le Palais-Royal fut entouré pendant
la nuit du 9 au 10 février; la reine fut comme
retenue captive. Mais les princes, délivrés par
Mazarin lui-même, arrivèrent alors du Havre
( 16 février), et la discorde fut bientôt dans le
43
camp des Frondeurs. Beaufort, l'épéedu coad-
juteur, l'abandonna; le parlement sembla se
repentir de ses attentats contre la régente; Condé
se brouilla avec Gondi , et lui fit annoncer que
le mariage de son frère avec M"» de Chevreuse
était rompu. Alors Gondi, confus, blessé, bien
plus qu'il ne l'avoua, « prit congé de tout le
monde, etld semaine sainte lui servit de prétexte
pour exécuter ce pas de ballet «.
Pour la seconde fois, le désir de se venger de
Condé l'emporta sur toute autre considération;
le prince se crut le maître de l'État, et imposa à
la reine les conditions les plus exagérées. Mais
du fond de son exil Mazarin dirigeait toujours
Anne d'Autriche; bieii qu'il appelât Gondi le
plus méchant homme du royaume, il le re-
doutait moins que Coudé. « Faites-le cardinal,
lui écrivit-il, donnez-lui ma place, tout plutôt
que de traiter avec celui-ci aux. conditions qu'il
veut. » Alors la reine se rapprocha encore une
fois de Gondi , qui , tout entier à sa. passion du
moment, se donna sans réserve; si l'on en croit
ses affirmations réitérées, il refusa le ministère,
l'appartement môme de Mazarin au Palais-Royal ;
la reine lui promit le cardinalat. Gondi reparut
au parlement, et la guerre des pamphlets recom-
mença. Des deux côtés on se présenta dans le
Palais de Justice, avec de véritables armées de
gentilshommes ; on tira l'épée aux cris de Notre-
Dame et de Saint Louis ; au milieu des scènes
les plus tumultueuses, le 21 août, le coadjuteur
fut presque étouffé entre les battants d'une porte
par La Rochefoucauld, qui criait à ses amis de
le percer de leurs épées ou de leurs poignards;
personne n'osa commettre un crime si odieux, et
Gondi fut sauvé par le fils du président Mole,
Champlâtreux. Le principal résultat de cette
campagne de Gondi fut de décider Condé à se
retirer menaçant à sa maison de Saint-Maur,
puis à commencer la guerre civile, au moment
oi] la majorité du roi était proclamée. Quatorze
jours après (21 septembre 1651 ) , Louis XIV lui
remit publiquement l'acte authentique de sa dé-
signation au cardinalat.
Pendant que la cour allait combattre Condé
dans le midi et sur la Loire, Gondi, resté à Paris,
chercha à former un tiers parti avec Gaston , le
parlement, le peuple, contre Condé et Mazarin.
Son rôle alla toujours en s'amoindrissant, et
se perdit dans des intrigues indignes de l'histoire.
Quand enfin la nouvelle, longtemps attendue,
de sa promotion fut arrivée (février 16-52), il en
profita pour se dispenser d'aller au parlement,
les cardinaux ne devant s'y rendre qu'avec le
roi; on ne le vit plus que dans le cabinet des
livres du Luxembourg , cherchant toujours à di-
riger, à faire sortir de sa nullité le duc d'Orléans.
Il ne réussit qu'à eniretenir par ses amis et par
ses pamphlets la défiance des Parisiens à l'égard
de Condé. Encore, après la bataille du faubourg
Saint-Antoine, il ne put empêcher Mademoiselle
de le recevoir dans Paris; il se tint alors ren-
RETZ 44
fermé dans l'archevêché; croyant ou feignant
de croire que le prince en voulait à sa liberté,
il se fortifia , s'entoura d'hommes armés ; à
l'entendre, l'odieux massacre de l'hôtel de ville
aurait eu surtout pour but de fournir à Coudé
le moyen de pénétrer jusqu'à lui, pour l'em-
mener prisonnier hors de la ville. C'est le
triomphe de la vanité.
Quand le roi vainqueur se rapprocha de Paris,
le cardinal de Retz crut trouver une occasion
éclatante de sortir de son long repos. A la tête
d'une députation du clergé, il partit (9 sep-
tembre 1652), sous prétexte d'aller demander La
paix au nom de V Église. A Compiègne, il reçut
d'abord en grande solennité le chapeau de cardi-
nal (11 septembre), puis s'acq«itta de sa mission
officielle devant toute la cour assemblée (12 sep-
tembre); le roi lui donna sa réponse par écrit (13
septembre). Mais la reine l'écouta à peine quand il
voulut négocier en son nom et au nom du duc
d'Orléans ; on le renvoya à Servien et à Leïellier.
Sur le conseil de Mazarin, on lui proposa la di-
rection des affaires de France à Rome pendant
trois ans, avec le payement de ses dettes et un
revenu considérable. Le cardinal refusa, soas
prétexte de défendre les intérêts de ses amis, en
réalité pour ne pas renoncer à ses habitudes dé
plaisir et de cabales. Bossuet a singulièrement
exagéré la noblesse de son opposition, lorsqu'il
a écrit : « Après que tous les partis sont abat-
tus , il semble encore se soutenir seul , et
seul encore menacer le favori de ses tristes
et intrépides regards. » Retz, suivant son ex-
pressions moins éloquente, « voulut encore une
fois tenir le pavé » ; il n'alla plus chez la reine;
il entra en négociations avec tout le monde,
même avec Condé; il s'entoura de ses amis,
comme s'il était disposé à soutenir une nouvelle
lutte armée. Mazarin résolut d'en finir, avant de
rentrer en France; et Louis XIV écrivit lui-
même l'ordre donné au capitaine des gardes
de l'arrêter mort ou vif (16 décembre). La vanité
de Retz l'amena à se livrer lui-même ; il se rendit
seul au Louvre, le 19 décembre au matin, sans
être attendu, fut arrêté et conduit le soir même
au château de A''incennes. La ville resta ealme; le
chapitredeNotre-Daraeetl'université se laissèrent
facilement éconduire par quelques vagues paroles
du roi (20,21 décembre); sa famille n'osa pour
lui qu'une lettre timide ; ses amis gardèrent le
silence. Les évêques, par l'organe de l'arche-
vêque de Toulouse, firent d'inutiles efforts en sa
faveur. Le pape Innocent X, hostile à Mazarin,
s'attira de dures réponses, quand il voulut
prendre sa défense. Retz se trouva seul ou
presque seul, condamné au supplice le plus crueî
pour lui, l'oubli et l'indifférence. Vainement il
sembla se résigner à l'étude on se résigner à
son sort, en élevant des lapins; il souffrait d'être
vaincu et de ne pas même exciter l'intérêt. Les
deux Briexine et Le Tellicr vinrent lui proposer
de renoncer à son litre de coadjuteur ; il fut heu-
43
RETZ
46
rciix <1e pouvoir les >< écondiiire avec une réponse
très-belle, très-ctudiée et très-ecclésiaslique , »
que lui avait envoyée son ami Caumartin (18 août
1653). Quand son oncle mourut (21 mars 1654),
on fondé de pouvoir, porteur d'une procuration
antidatée, prit aussitôt possession de i'arclievô-
ché en son nom. La cour pouvait être très-em-
barrassée; et cependant Retz, fatigué d'une cap-
tivité monotone de seize mois, consentit ci re-
mettre sa démission au premier président de
1657 et 1G5S ; son ancien confident Joly, mainte-
n.int brouillé avec lui et désireux de rentrer en
grâce auprès de Louis XIV, l'a peut-être calom-
nié lorsqu'il l'a montré continuant « la vie liber-
tine des bôtelleries » à travers les villes d'Alle-
mafîno Ce qui est certain, c'est qu'ayant alors les
Ocrions de France à sa piste, et entourant de
my.stère sa vie et ses projets, il se dirigea par
l'Allemagne vers la Hollande, et deux fois vint
visitera Bruxelles Condé, qui chercha vaine-
Bcllièvre, son ami, en échange de sept abbayes j ment à le faire comprendre dans le traité géué
d'un revenu de 120,000 livres. En attendant
que sa démission fût acceptée par le pape, il dut
rester au château de Nantes, sous la garde du
maréchal de La Meilleraye, son allié (31 mars).
Là, quoique bien traité, malgré la société do
ses parents , de ses amis, des plus belles dames
de la ville, il s'ennuya, prépara et effectua son
audacieuse évasion, en se faisant descendre par
une corde du haut d'un bastion (8 août). 11 vou-
lait courir jusqu'à Paris ( quarante relais étaient
préparés), prendre possession de son archevêché
et se mettre sous la protection du peuple. Une
chute de cheval lui cassa l'épaule, à Mauves, et
fit échouer ce projet romanesque. Caché dans
une meule de foin par Brissac et Sévigné, trans-
porté avec peine à Beaupréau', à Machecoul,
entouré par la noblesse du duché de Retz, il se
réfugia à Belle-Ue. Une barque de sardines le
conduisit à Saint-Sébastien, en Espagne (12 sep-
tembre). 11 n'accepta de Philippe IV qu'une li-
tière pour traverser le royaume sous un dégui-
sement; puis une galère le transporta, à travers
quelques aventures plaisamment racontées jus-
qu'à Piombino, ou il reprit le titre d'archevêque
de Paris (3 novembre). Déjà le pape avait refusé
sa démissioîi.
A Rome, le cardinal exerça bientôt une in-
fluence considérable; puissant parmi les cardi-
naux, auprès d'Innocent X et d'Alexandre VII,
qui lui conféra le pallium (1" juin 1655) ; fai-
sant respecter sa personne et sa dignité par son
esprit, son train de maison, ses manières de
grand seigneur; triomphant de la politique de
l'ambassadeur français, Lionne lui-même, qu'il
força à demander son rappel. En France, il ne
voulut rien céder au gouvernement; il fit admi-
nistrer le diocèse par des grands vicaires de son
choix, malgré le procès qu'on lui intenta, comme
criminel de lèse-majesté. Ce fut une cause de
luttes et d'embarras, qui troublèrent plus d'une
fois les dernières années de Mazarin : les curés
de Paris, les assemblées du clergé, le pape sou-
tenaient avec opiniâtreté la cause du cardinal;
.^esamis lançaient en son nom des arrêts, des
pamphlets et cherchaient à unir son opposition à
celle des jansénistes pers^^cutés. Enfin Retz eut
la gloire ou la satisfaction de ne pas céder, tant
que vécut Mazarin. S.'; voyant un peu délaissé
par Alexandre VII, il quitta Rome, et par la Tos-
cane, le Milanais, la Suisse, se rendit à Besan-
çon. Sa vie fut assez cachée pendant les années
rai alors en cours de négociations. En 1659
Retz s'occupa très-activement de la cause de
Charles lî, contribua, au moins de ses conseils,
à la restauration des Stuarfs, fut parfaitement
accueilli en Angleterre par le roi, dont il négocia
le mariage avec mademoiselle d'Orléans, et s'ef-
força de rendre des mauvais services de toutes
natures à Mazarin jusqu'à la mort du ministre
(1661). De son côté celui-ci ne cessa d'insister
pour faire renouveler et même aggraver tous les
arrêts rendus contre Retz et ses adhérents.
Louis XiV avait déclaré publiquement que
tant qu'il vivrait le cardinal ne rentrerait pas
dans son archevêché. Retz céda; et en juin 1662
le pape nomma l'archevêque de Toulouse Marca
{voy. ce nom) à l'archevêché de Paris, après
avoir accepté la démission du carainal ; Retz
reçut en échange l'abbaye de Saint- Denis et plu-
sieurs autres bénéfices, avec la permission de
s'établir à Commercy, dont la principauté lui
appartenait. Il s'occupa de rendre sou séjour
agréable, et il y vécut d'abord en grand seigneur,
au milieu d'une petite cour de gentilshommes
et de serviteurs dévoués. Il rendait la justice en
personne, et ses dépenses étaient excessives : il
avait toujours été libéral et prodigue. Il s'oc-
cupait aussi du bien-être de ses sujets, et quand
ses dépenses excitèrent leur mécontentement,
i! se réforma avec habileté , et prit à tâche de
payer ses dettes énormes ( plus de 4 millions de
notre monnaie ), en vendant la plus grande
partie de ses biens. Diverses circonstances
l'empêchèrent de se présenter à la cour avant
1665; Louis XIV, qui ne perdit jamais le sou-
venir des temps et des personnages delà Fronde,
le reçut très- froidement. Mais Retz, dont l'es-
prit habile et délié était justement apprécié, fut
consulté et employé plus d'une fois au sujet
des démêlés de la cour de France avec Rome.
Dans trois conclaves, 1667, 1670, 1676, il prit
une grande part à l'élection des papes; de Lionne
le remercia au nom du roi des services qu'il
avait rendus ; en 1676 11 avait lui-même obtenu
huit voix et décida la nomination d'Innocent XI.
En 1675 il voulut rendre au pape le chapeau
de cardinal ; sa démission ne fut pas acceptée.
Cependant Retz ne négligeait pas le soin de
ses affaires domestiques; il parvint, au prix de
grands sacrifices, à satisfaire généreusement ses
nombreux créanciers, et put encore faire des
pensions considérables à ses serviteurs. De temps
47
RETZ
48
à autre il recevait la visite d'hôtes illustres,
comme le duc d'Enghien ; ou bien à Saint-Denis,
à Paris, il vivait entouré d'amis dévoués, qui
admiraient la bonté, la douceur, l'esprit de cet
homme, jadis si remuant. « Nous tâchons d'a-
muser notre bon cardinal, écrit Mn^^ de Sévi-
gné, le 9 mars 1672; Corneille lui a lu une pièce
qui sera jouée dans quelque temps. Molière lui
lira samedi Trissotin , qui est une fort plaisante
chose. Despréaux lui donnera son Lutrin et sa
Poétique. » C'est dans une de ces visites à Paris
que le cardinal, après huit jours de fièvre,
mourut, chez la duchesse de Lesdiguières, sa
nièce, à l'âge de soixante-cinq ans. Son corps fut
enseveli à Saint-Denis.
« C'était, dit Tallemant des Réaux, un petit
homme noir, qui n'y voyait que de fort près, laid
et maladroit de ses mains en toutes choses
Il n'avait pas la mine d'un niais ; mais il y avait
quelquechosede fier dans son visage. » Le cardinal
de Retz a été diversement jugé, comme homme et
politique ; reconnaissons avecSaint-Évremond que
son esprit fut vif, intrépide, capable de comman-
der; que l'éloquence lui était naturelle; mais
c'était plutôt l'éloquence delà conversation et non
celle des grandes assemblées ; que jamais ami ne
fut plus chaud, et qu'il exposa pour les siens sa
fortune et sa vie ; il fut aussi fidèle aux particu-
liers, dit Bossuet, que redoutable à l'État. Mais
s'il était affable avec ses égaux et ses inférieurs,
quand il se croyait blessé par des supérieurs,
aucune considération ne pouvait modérer ses
hauteurs et ses ressentiments. Personne n'a plus
aimé la magnificence, et lui-même a fait l'aveu ,
«ans réticence, de ses galanteries, trop peu voi-
lées. Il II eut peu de piété et quelques apparences
de religion, dit La Rochefoucauld; plus d'osten-
tation que de vraie grandeur. » Retz n'est pas
un homme d'État; « il a suscité les plus grands
désordres, sans avoir aucun dessein formé de
s'en prévaloir ( La Rochefoucauld ). Il parut
ambitieux sans l'être véritablement ; il ne faut
pas se laisser tromper par quelques généralités,
éioquemment banales, sur le despotisme nouveau
et les vieilles libertés perdues. Il n'eut jamais de
système; il aima surtout le bruit, l'éclat, l'intrigue;
son esprit un peu romanesque voulait éblouir,
étonner, faire admirer la fécondité de ses ressour-
ces. C'était un homme de grands talents, qui lui
servirent peu ; ce n'était pas un grand homme.
Son plus beau titre à la gloire, ce n'est ni son
rôle pendant la Fronde, ni ses Mazarinades, ni sa
Conjuration de Fiesque; cesont ses Mémoires,
écrits dans les dernières années de sa retraite.
Il se rendit aux sollicitations de M™'= Le Fèvre de
Caumartin et de quelques amis; dès 1670 il
rassembla ses papiers , consulta les registres
du parlement et de l'hôtel de ville; secondé par
une mémoire que ses contemporains admiraient,
il commença à écrire en 1671 (1), et laissa, sans
(1) A Comniprcy, le carûlnal, au milieu de ses religieux,
«Tec son ami CorblnelU surtout, prit une part ar:ive aux
les avoir achevés, trois volumes de 2,818 pages,
en partie écrits, en partie corrigés de sa main.
Il nous est difficile de croire que cette longue
confession s'adressait uniquement à quelques
intimes; Retz ( plusieurs passages de ses Mé'
moires semblent le prouver ) prenait plaisir
à laisser celle justification singulière de son rôle
politique à une postérité plus ou moins reculée.
De son vivant , plusieurs fragments de l'œuvre
circulèrent et furent admirés dans le cercle de
ses amis et de leurs connaissances; après sa
mort, le 'manuscrit fut remis aux religieux de
Saint-Mihiel, qui n'en donnèrent qu'une copie
tronquée; d'ailleurs le bon bénédictin confesseur
du cardinal en avait détruit plusieurs pages,
qui lui avaient paru beaucoup trop libres , trop
indignes de son illustre pénitent. Ce fut seule-
ment en 1717 que ses Mémoires furent publiés
pour la première fois, 3 vol . in-8° et 4 vol. in- 1 2 ;
les principales éditions sont celles de Lyon, 1718,
3 vol. in-12; d'Amsterdam, 1719, 4 vol. in-12;
de Genève, 1751-1757; de Paris, 1828, 3 vol.
in-S" ; la dernière et la plus complète est celle de
M. ChampoUion-Figeac, 1859, 4 vol. in- 18. Les
Mémoires ontététraduits en allemand, 1798; en
anglais, 1723, 1764, 1774; en hollandais, 1737.
Tout a été dit et bien dit sur le mérite de ces
Mémoires , SUT \a. verve spirituelle, la sagacité
ingénieuse de l'auteur, le coloris merveilleux de
son style. « Cet homme singulier s'est peint
lui-même dans ses Mémoires, écrits avec un air
de grandeur, une impétuosité de génie et une
inégalité qui sont l'image de sa conduite. » (Vol-
taire). « Le style de Retz est de la plus belle
langue; il est plein de feu, et l'esprit des choses
y circule.,.. La langue est de celte manière lé-
gèrement antérieure à Louis XIV, qui unit à la
grandeur un air suprême de négligence qui en
fait la grâce. L'expression y est gaie volontiers,
pittoresque en courant, toujours dans le génie
français, pleine d'imagination cependant et quel-
quefois de magnificence. « ( Sainte-Beuve. )
Ainsi, le cardinal de Retz, qui ne cherchait
pas cette gloire , se trouve placé aux premiers
rangs parmi les écrivains les plus distingués du
dix-septième siècle.
Outre ses Mémoires , le cardinal a publié la
Conjuration de Fiesque. Il parle dans ses Mé-
moires d'une Vie de César, qui est restée pro-
bablement ^aanuscrite; il en est de même de la
Vie de Croisât, exempt qui le gardait à Vin-
cennes, et de deux autres ouvrages, Consolations
de théologie et Partus Vinccnnarum. Le re-
cueil de ses sermons est à la Bibliothèque impé-
riale, n" 7050. M. ChampoUion-Figeac a donné
disputes sur le cartésianisme («oy. Cousin, Fragmentt
de philosophie cartésienne et Mmt de Sablé). Avant
d'écrire ses Mémoires, Il s'occupa de recherches sur la
généalogie de ses ancêtres; ce travail a été publié plu»
tard, sous le nom de CorblnelU. II consulta souvent
André du Chcsne, et le généalogiste d'HozIcr rédigea
même des yîemarçues complaisantes sur lillustratioa'de
la maison de Gondl.
49
RE'iZ — RETZIUS
50
la liste des pamphlets qu'il a écrits ou qu'on
lui attribue (t. 1", p. l\xv). Il a inséré dans
son édition plusieurs de ces pièces textuellement
ou par extraits. Luiiis Grégoire.
Mémoire} du cardinal de Retz, de Gui Joly, de La Ro-
chefoucauld , de M. Mole, de Monfglat, de Pierre Lenct,
de Fontenay-Mareull, de la duchesse de Nemours, de
M"« de Mottevtlle, de M"' de Montpensler, etc. —
Lettres de Mma de Sévigné. — Tallcmaot des Réaux. —
La Bibliographie des Mazarinades, par Morcau. —
Lettres d'Anne d'Autriche et de Maiarin ( édll. Ravenel).
— Les Carnets d« Mazar»n(,Tournal des Savants).— Loret,
lUttse /listoriqrie ( édll. Ravenel ). — Richer, Mercure
français. — Renaudot, Gazette. — Lettre d'un conseiller
de Mantes à son amy, sur l'évasion de M. le cardinal de
Retz I Revue des provinces de l'ouest, 1853). — Durey
de Monlères et Le l'âge , Histoire de la 4étention
du cardinal de Retz; 1766. — Voltaire, .Uécie de
Louis Xlf, — Saint-Évremond, OEttvres meslies. — La
Harpe. — Sainte-Beuve, Causeries du lundi. — Wal-
ckenafir, Mme de Sévigné. — v. Cousin, Mme de Sablé,
Mme de Longueville, Mme de Hautefort, Mme de Che-
vreuse, la Société française au dix-septième siècle.
Fragments de philosophie cartésienne. — M. Caboche,
Elude sur le cardinal de Retz (Magasin de librairie ). —
BaziD, Hist. de Mazarin. — Saint-Aulaire, Hist. de la
Fronde. — Sismondl, H. Martin, Michelet, Hist. de
France, etc. Enfin on trouvera de nombreux détails bi-
bliographiques et biographiques sur le cardinal dans les
Recherches historiques sur le cardinal de Retz, par
Musset-Pathay ; Paris . 1807, et surtout dans l'édition de
M. ChampolUon-FIgeac |18S9, 4 yol. in-18 ).
RETZ (N....), médecin français, né à Arras,
mort vers 1810. Il n'était pas originaire deRo-
chefort, bien qu'il ait ajouté le nom de cette
ville au sien dans la plupart de ses ouvrages.
Après avoir terminé ses études à Paris , il prit
part comme chirurgien à la guerre d'Amérique,
et fut nommé, en 1783, médecin de la marine à
Rochefort. Destitué le 29 février 1784, par le ma-
réchal de Castries, alors ministre, il adressa en
1790 une pétition à l'Assemblée constituante pour
être réintégré dans son emploi. A cette époque il
résidait à Paris, où il pratiquait son art, et il
avait le titre honorifique de médecin du roi. Il
était membre de la Société royale de médecine.
Parmi ses nombreux ouvrages nous citerons :
Traité d'un nouvel hygromètre comparable;
Paris, 1779, in-S»; — Météorologie appliquée
à la médecine et à Vagricultiire ; Pans, 1780,
1784, in-8° : ouvrage qui remporta en 1778 le
prix proposé par l'Académie de Bruxelles; —
Mémoire sur les phénomènes du mesmérisme;
Paris, 1783, in-S" , réimp. en 1784 avec la Lettre
sur le secret de Mesmer, publiée en 1782; —
Recherches sur les signes de l'empoisonne-
ment; Paris, 1784, in-8o; — Des maladies de
la peau; Paris, 1785, in-12, et 1790, in-8o; —
Nouvelles instructives, bibliographiques, his-
toriques et critiques de médecine , chirurgie
et pharmacie; Paris, 1785-1786, 4 vol. in-12 :
continuées sous le titre de Nouvelles ou An-
nales de médecine; ibid., 1789-1791, 3 vol.; en
tout, 7 vol. in-12 ; — Fragment sur l'électricité
humaine; Paris, 1785, in-8o; —Précis d'obser-
vations sur les maladies épidémiques qui ré-
gnent tous les ans à Rochefort; Paris, 1786,
jn-8° ; — Précis sur les maladies épidémiques
des gens de guerre, gens de mer et artisans;
Paris, 1788, in-8o; — Guide des jeunes gens
à leur entrée dans le monde; Paris, 1790,
2 vol. in-12; — Instruction sur les mala-
dies les plus communes parmi le peuple fran-
çais; 1791, in-18.
Calllsen, Medicin. Lexicon. — Quérard, La France
littéraire.
RETZ. Voy. GoNoi et Rais.
RETZivs (André-Jean), céleore naturaliste
suédois, né à Christiansladl , le 3 octobre 1742,
mort à Stockholm, le 6 octobre 1821. Fils d'un
chirurgien de l'armée, il entra chez un pharma-
cien à Lund, où il suivit les cours d'histoire na-
turelle à l'université; après avoir passée Stock-
holm les examens nécessaires pour être phar-
macien , il vint reprendre ses études d'histoire
naturelle à Lund, et s'y fit recevoir docteur en
1766. Appelé en 1768 à Stockholm comme
membre du collège des mines, il y fit des cours
de pharmacie, et enseigna aussi l'histoire natu-
relle à l'école fondée par Jenstedt. En 1771 il
fut nommé démonstrateur de botanique à Lund,
où il devint en 1788 professeur d'histoire natu-
relle. Il prit sa retraite en 1812, ne gardant plus
que les fonctions de directeur du jardin bota-
nique, qu'il exerça jusqu'en 1816, année où les
infirmités le forcèrent de cesser ses recherches,
fécondes en résultats, et par lesquelles il s'est
montré digne de son maître, le célèbre Linné. On
a de lui ; Introduction au règne animal d'a-
près le système de Linné; Stockholm, 1772 ,
in-S"; trad. en allemand, 1779; — Observa-
tiones botanicx ; Leipzig, 1779-1791, 6 parties
in-fol., avec planches : ouvrage qui a eu la plus
heureuse influence sur les progrès de la science;
— Gênera et species insectorum secundum
terminologiam Linneei; ibid., 1783, in-S"; —
Prolegomena in pharmacologiam regni ve-
getabilis;Mà., 1783, in-S" -j—Lectiones de ver-
mibus intestinalibus , preesertim humanis;
Stockholm, 1786, in-s"; — Essai d'une Flore
économique de Suède; Lund, 1806, 2 vol.
in-8°; — Flora Virgiliana, avec un Appen-
dice sur les plantes qui étaient servies sur
les tables des Romains; Lund, 1809, in-8°.
Refzius, qui a donné d'excellentes éditions aug-
mentées delà Flora Scandinavie et de la Fauna
suecica de Linné, a encore publié divers Mé-
moires dans le recueil de l'Académie des sciences
de Stockholm, dont il était membre. Mention-
nons encore qu'il découvrit à l'âge de vingt-deux
ans le moyen de préparer le salep avec les bulbes
de Vorchis morio.
Gezelius, Biographisk-Lexihon.
*RETZics { Magnus-Chrétien) , médecin
suédois, fils du précédent, né à Lund, le 22 mars
1793 ; il devint en 1815 médecin de l'hôpital
général de la garnison de Stockholm, en 1819
professeur de chimie et d'histoire naturelle à
l'Académie militaire, et en 1824 directeur de la
maison d'accouchement de la Société royale Pro
patria, fonctions auxquelles il joignit en 1830
SI
REÏZIUS -- REUCllLIN
.'•)2
celles de chirurgien major de la garde royale.
Membre de l'Académie des sciences de Stockholm
et associé de l'Académie de médecine de Paris,
il a visité la France, l'Allemagne, l'Angleterre
et autres pays de l'Europe. Outre un Manuel
d'hygiène militaire (Stockholm, 1821, in-8°), il
a publié un grand nombre de Mémoires remar-
quables dans le recueil de l'Académie des sciences
militaires, dans les Svensk Làkare SàllskaL
Eandlingar et autres recueils suédois et nor-
végiens ; plusieurs de ces mémoires ont été tra-
duits en français dans la Gazette médicale de
Paris.
Retzius {André- Adolphe), anatomiste, frère
du précédent, né à Lund, le 3 octobre 1796,
mort à Stockholm, le 18 avril 1860. Après avoir
été pendant plusieurs années médecin militaire,
il devint en 1820 maître à l'Institut vétérinaire
de Stockholm, où il fut nommé professeur en
1823, et fut appelé en 1824 à la chaire d'ana-
tomie à l'Institut Carolin , science qu'il enseigna
aussi depuis 1839 à l'Académie des beaux-arts.
Il fit partie de la diète pendant la session de
1840 à 1841 comme représentant de l'Acadé-
mie des sciences de Stockholm. Retzius, qui
avait parcouru une grande partie de l'Europe,
était membre d'un grand nombre de sociétés sa-
vantes. Il est auteur d'une théorie eraniologique,
adoptée en grande partie par les savants et dont
Rod. Wagner a donné un aperçu dans ses Zoo-
logisch - anthropologische Untersuchungen
( Gœttingue, 1861). On a de lui : Observationes
in anatomiam chondropterygiorum ; Lund ,
1819, in-4°; — beaucoup d'importants mémoires
de médecine, d'histoire naturelle et d'ethno-
graphie , dans le recueil de l'Académie des
sciences de Stockholm, dans celui des médecins
et pharmaciens, dans les Svensk Lsekare Sœlls-
Jtapets arsbereettelser, etc.
Vnserc Zeit (Leipzig, 1861, t. V ). — Callisen, i!/erfZci-
tiisches Lexikon.
EEUCKLiN [Jean), célèbre humaniste alle-
mand, né le 28 décembre 1455, à Pforzheim,
mort àStuttgard, le 30 juin 1522. Son père, vas-
sal d'un couvent de dominicains , possédait une
honnête aisance, et lui fit donner une éducation
soignée. Le jeune Reuchlin apprit aussi la mu-
sique; sa belle voix le fit remarquer par le
margrave de Bade, qui le plaça parmi les en-
fants de chœur de sa chapelle. Son intelligence,
son caractère enjoué et agréable lui valurent bien-
tôt toute la faveur du margrave , qui l'attacha à
son fils Frédéric, et le chargea, en 1473, d'accom-
pagner ce jeune prince à Paris. Reuchlin y re-
prit l'étude de la grammaire sous Jean de la
Pierre, et suivit pour la rhétorique l'enseigne-
ment de Guillaume Tardif et de Robert Gaguin,
et pour le grec celui des disciples de Tiphernas.
Il y fit la connaissance du célèbre Jean Wessel, qui
lui donna les premières leçons d'hébreu et lui fit
partager sa manière de penser en matière théo-
iugiqiie. Obligé de retourner en Allemagne avec
le margrave Frédéric, il abandonna bieniôL sa
position auprès de liii pour aller de nouveau à
Paris compléter son instruction ; il y eut cette
fois pour professeur de grec Georges Ilermoayme,
de Sparte, qui le rendit si habile dans la calli-
graphie grecque qu'il subvint largement à ses
besoins avec l'argent qu'il gagna en copiant des
manuscrits écrits en cette langue. En 1474 il se
rendit à Bâle , et s'y fit recevoir dans la même
année bachelier en philosophie. Il y prit d'Andro-
nius Kontoblacas des leçons de grec, langue qu'il
commença bientôt ciprès à enseigner lui-même
ainsi que le latin, et cela avec un grand succès.
Il fut ainsi en Allemagne le premier qui expliquât
les auteurs grecs, de même que \q Breviloqu'us,
qu'il publia à cette époque, fut le premier dic-
tionnaire latin imprimé en ce pays. En 1478, il
alla à Orléans commencer l'étude du droit, tout
en y donnant des cours de grec et de latin , ce
qu'il fit également à Poitiers, où il passa en
1480 et où il fut reçu licencié en droit, le 14
juin 1481, avec per-œission de prendre le bonnet
de docteur dans l'université qu'il choisirait. S'é-
tant rendu dans ce but à Tubingue, il s'y mit à
exercer la profession d'avocat, et se maria, il ar-
riva peu de temps après que le chancelier de l'u-
niversité de cette ville, ayant à haranguer des
nonces du pape, prononça son discours d'une
façon si barbare qu'ils déclarèrent n'avoir rien
compris; Reuchlin, connu pour son habileté
comme latiniste, fut alors chargé de leur ré-
pondre, et il s'en acquitta parfaitement. Signalé
ainsi à l'attention du comte, plus tard duc, de
Wurtemberg, Eberhard P'', il devint le secré-
taireintime de cet excellent prince, quil'einmena
en 1482 en Italie. A Rome, il prononça devant la
pape Sixte IV un discours latin d'une diction si
pure et si élégante, que l'assemblée, qui n'atten-
dait rien de pareil d'un fils de la Germanie, alors,
réputée encore barbare , fiât dans le plus grand
étonnement. Il visita aussi Florence, où il reçut
de Laurent de Médicis l'accueil le plus flatteur-
il s'y lia avec Politien, Marsile Ficin, Chalcon-
dyle et autres lettrés qui habitaient alois cette
ville. Ce fut sur les conseils d'un d'eux , Her-
molao Barbaro, qu'il grécisa son nom et qu'il
s'appela depuis souvent Capnion ou Capnio,
traduction de Reuchlin, qui est un diminutif do
Rauch, fumée. De retour en Allemagne, il con-
tinua ses fonctions auprès d'Eberhard, et devint
en 1484 membre du tribunal supérieur de Stutt-
gard ; il alla ensuite passer quelque temps à
Heidelberg, où il se lia intimement avec Rod.
Agricola. Député en 1480 à la diète de Francfort,
il fut en 1489 envoyé à Rome par le comte de
Wurtemberg ; à son retour il s'arrêta à Florence,
et il y fit la connaissance de Pic de la Mirandolc.
En 1492 il accompagna son maître à Linz, à la
cour de l'empereur Frédéric lit, qui lui accorda
le titre de comte palatin et le droit de conférer
à dix personnes le grade de docteur; il recul:
aussi de ce prince un exemplaire magnifique de
S3
"Ancien Testament ei> hébreu, estimé à trois
lents florins d'or. Il se lia à la cour avec le su-
ant médecin de l'empereur, Jacob leliiel Loans,
|ui le fit pénétrer plus avant dans la connais-
anee de l'hébreu. Il poursuivit depuis lors avec
1 plus grande ardeur, et sans regretter ni le
emps ni la dépense, l'étude de cette langue,
(u'il désirait connaître à fond, pour approfondir
e sens de l'Écriture et aussi pour connaître les
ecreti de la cabale, vers laquelle son esprit,
irofondément religieux et même un peu mystique,
e sentait attiré. De retouràStuttgarden 1493, il
issista deux ans après à la diète de Worms. En
496, il eut la douleur de voir mourir son pro-
ecleur, le duc Ebei'hard p-". Le nouveau sou-
verain de Wurtemberg, Eberhard le jeune,
irince brutal et emporté, prit pour chancelier un
uoine aiiguslin, du nom de Holzinger; Reuchlin,
^ui l'avait autrefois fait mettre en prison, redou-
ant la vengeance de cet homme, se rendit à
Heidelberg, où il trouva un asile chez l'évêque
Dalberg, chancelier de l'électeur palatin, et dont
la belle bibliothèque lui permit de continuer
avec plus d'assiduité que jamais ses recherches
philosophiques. C'est alors qu'il composa une
imitation latine de la farce de Maître Patelin ;
elle fut représentée par les étudiants de Heidel-
berg, premier exemple en Allemagne d'une
pièce dramatique jouée par la jeunesse des
écoles. En 149S il fut envoyé auprès du pape
Alexandre Vt par l'électeur palatin, auquel le
pontife, sur uiia plainte des moines de Wissem-
hourg, avait enlevé la nomination aux béné-
fices, dont il avait l'investiture. Le 7 août, il
prononça devant le pape et les cardinaux un
discours qui fut fort admiré, et où il soutint,
avec force et dignité, les droits des princes de
l'Empire. Il profita de son .séjour à Rome, qui
dura un an, pour continuer l'étude de l'hébreu
sous la direction du rabbin Abdias Sporno, auquel
il donnait un florin d'or par leçon. 11 suivit aussi
les cours de grec d'Argyropoulos ; lorsqu'il y
vint pour la première fois, le professeur lui de-
manda s'il connaissait déjà les éléments de cette
langue. 11 répondit que, bien qu'Allemand , il en
avait quelque teinture. Argyropoulos lui pré-
senta alors un passage fort difficile de Thucy-
dide; Reuchlin le traduisit couramment et en
très-bon latin, et Argyropoulos s'écria avec ad-
miration : Grsccïa nostra exilio transvolavit
Alpes, A son retour en Allemagne, Reuchliu
trouva à la tête du gouvernement du Wurtem-
berg Jean et Louis Nauclerus, Grégoire Lam-
partner et autre^j hommes d'État, tuteurs du
jeune duc Ulric, qui avait succédé à Eberhard
le jeune. Ils s'empressèrent de rappeler Reu-
chlin, et l'envoyèrent aussitôt en ambassade au-
près de l'empereur Maximilen à Inspruck. Lors-
qu'il revint à Stuttgard, une épidémie qui désolait
cette ville l'obligea à se retirer avec sa fernyne
et ses enfants dans le monastère des Jacobins à
Denkendorf ; c'est là qu'il rédigea, sur les ins-
KEUCHLIIN 54
tances du visiteur général de cet ordre, un traité
sur l'art de la prédication. En 1502 il fut appelé
à faire partie du tribunal composé de trois juges,
qui décidait des contestations qui survenaient
entre les membres de la puissante ligue de
Souabe. Pendant onze ans il remplit, à la satis-
faction générale, ces fonctions, qui lui laissaient
beaucoup plus de loisirs qu'auparavant. Il en
profita pour terminer sa grammaire et son dic-
tionnaire hébraïques, auxquels il travaillait depuis
des années avec un soin et une patience extrêmes.
Ses Rudimenta hebraica, que Reuchlin fit im-
primer en 1506, à ses frais, étaient le premier ou-
vrage de ce genre; leur publication rendit acces-
sible à tous rétude de l'hébreu, réservée jus-
qu'alors à quelques privilégiés, fait capital qui
eut bientôt les plus grandes conséquences.
La reconnaissance de ses compatriotes pour
ses laborieuses et fécondes recherches ne lui fit
pas défaut ; dès lors ils pensaient de lui ce que
Hutten exprima plus tard en ces mots : Duos
Germanix oculos, Erasmum et Capnionem
omni studio amptexari debemus : per eos
enim barbare esse desinit hsec natio. En
effet par son dictionnaire latin et par ses gram-
maires grecque et hébraïque, Reuchlin avait
préparé la voie pour l'étude plus approfondie
de ces langues; de plus il avait puissamment
fait avancer l'exégèse biblique, qui était l'objet
de ses préoccupations constantes, tandis que les
humanistes italiens dans leur frivolité profes-
saient un grand dédain pour l'Écriture sainte.
Malgré son zèle pour les progrès des lettres ,
Reuchlin, qui était d'un caractère réservé, appro-
chant de la timidité, ne cherchait plus à y coo-
pérer que par ses livres et par ses conseils, lais-
sant à d'autres, tels que Celtes, le soin de ré-
pandre par la paro'.e les lumières nouvelles. Il
passait une grande partie de son temps à sa
maison de campagne au milieu de sa précieuse
bibliothèque, dont il communiquait libéralement
les trésors, de même qu'il se faisait un plaisir
d'aider, soit par des recommandations, soit de
sa bourse , les jeunes gens qui montraient des
dispositions pour l'étude. Bien qu'à l'inverse
d'Érasme, dont il se distinguait encore par sa
grande et belle prestance (1), il sût tenir son
rang dans les copieux banquets , en honneur
chez ses compatriotes, il menait d'ordinaire la
vie la plus sobre et la plus réglée.
Il était ainsi parvenu à l'âge de cinquante
cinq ans, et entouré de l'estime générale ; il ne
pensait plus qu'à continuer en re|K>s ses tra-
vaux philologiques et la recherche des vérités
cachées selon lui dans les mystères de la cabale
et dans les doctrines pythagoriciennes , lorsqu'il
se vit tout à coup entraîné dans une lutte vio-
lente, qui pendant cinq ans troubla tous ses mo-
ments. Au commencement de 1510 il reçut la
(t) Est un faciès liberalis, dit un de ses contemporains,,
est ingenuus totius corporis et quideiii sinatoi-ius de-
cor.
55
REUCHLIN
Si
visite d'un juif converti , du nom de Pfefferkorn,
qui, après avoir publié plusieurs écrits contre
ses anciens coreligionnaires, venait d'obtenir,
en corrompant les secrétaires de la chancelle-
rie, un décret impérial , ordonnant aux juifs de
l'Empire de remettre tous leurs livres à l'exa-
men de Pfefferkorn , qui, assisté des autorités
ecclésiastiques et civiles, devait en retirer, pour
les faire brûler, tous les écrits contenant des
attaques contre la religion chrétienne. Pfeffer-
korn, qui, comme il en fut accusé plus tard ,
avait probablement en perspective les sommes
que les juifs lui donneraient pour ravoir leurs
livres, demanda à Reuchlin de l'aider dans cet
examen, des écrits hébreux; mais Reuchlin s'en
excusa en prétextant certaines irrégularités de
forme dans la teneur du décret, qui du reste ne
reçut aucune exécution. Quelques mois après il
fut chargé au nom de l'empereur de donner son
avis sur la question de savoir si,comme Pfefferkorn
et les dominicains de Cologne (1) , dont il était
l'instrument, cherchaient à le faire ordonner, il ne
serait pas opportun de détruire tous les livres des
juifs, excepté l'Ancien Testament. Reuchlin exposa
ses vues à ce sujet dans un curieux document ,
inspiré d'un côté par l'amour de la science et de
Ja vérité, et de l'autre par certaines idées fausses
et presque superstitieuses, mais qu'il partageait
du reste avec Trithème et Pic de laMirandole,
€t qui loin de témoigner contre son intelligence,
qui ne s'était ici que fourvoyée, en font au con-
traire reconnaître la profondeur (2). Il remit
confidentiellement à l'électeur de Mayence son
avis , où il s'élevait fortement contre la mesure
projetée. Pfefferkorn en eut connaissance; fu-
rieux de l'opposition de Reuchlin à ses desseins,
il publia contre lui, au printemps 1511, un pam-
phlet odieux ( le Handspiegel ou Spéculum ma-
nuale), l'accusant entre autres d'avoir reçu de
l'argent des juifs, et de n'avoir aucune notion
de l'hébreu. Quelques mois après, Reuchlin fit
paraître en réponse son {aimtu\ Augenspiegel ou
Spéculum oculare, où, après avoir raconté les
faits et donné les raisons de sa façon de penser sur
les livres des juifs, il releva jusqu'à trente-quatre
mensonges dans \efacCum de Pfefferkorn. Ce
dernier, après avoir essayé en vain de faire in-
terdire la vente du Spéculum oculare, qui eut
(1) L'universUc' de celte ville était depuis longtemps le
centrede l'opposition dirigée contre V humanisme \i3t les
artistes, comme on appelait les partisans de la scolas-
tlque.
(2) On ne pouvait, disalt-il, enlever aux juifs sans In-
justice que les quelques livres où le Christ et l'Église étaient
outragés et ceux qui traitaient de sorcellerie et autres pra-
tiques défendues. Quand au Talmu(l,dont il déclarait n'a-
voJr jamais pu se procurer un exemplaire, 11 convenait
qu'il devait s'y trouver des attaque» contre le christia-
nisme; mais il valait mieux selon lui le» réfuter et pour
cela étudier ce livre, que de faire croire en le brûlant
qu'on n'avait rien à leur répondre. 11 signalait ensuite
l'Importance des commentaires des rabbins sur l'Ancien
Testament; mais 11 insistait surtout sur l'utilité qu'il y
aurait à connaître les mystères de la cabale et de la ma-
gie, enfouis dans certains écrits des Juifs.
un grand succès, obtint facilement des domini
cains de Cologne qu'ils le déférassent, pour qu
l'orthodoxie en fût examinée, à Hochstraten
doyen de la faculté de théologie de cette ville e
grand inquisiteur pour les électorals ecclésias
tiques , et à Arnold de Tongres, professeur à li
même faculté. Reuchlin essaya de conjurer l'o-
rage, et écrivit dans les termes de la plus com-
plète soumission à Arnold, qu'il n'avait jamai:
eu l'intention de se prononcer sur aucune ques-
tion de théologie ; que s'il avait erré par mé
prise, il était prêt à faire les rétractations
qu'on exigerait de lui. La faculté lui répon-
dit qu'il avait cité mal à propos des passages
de l'Écriture, qu'il avait altéré le sens de plu-
sieurs autres, ce qui, joint à sa partialité poui
les juifs, avait fait suspecter sa foi ; que cependanl
par égard pour lui on se contenterait d'une expli-
cation satisfaisante qu'il ei^t à envoyer à propos
des passages qu'on lui signalait comme étant
scandaleux. Il demanda toujours avec beaucoup
de déférence qu'on lui remît toute faite la décla-
ration qu'on exigeait de lui. 11 lui fut répliqué
qu'il devait avant tout empêcher la vente de son
livre et exprimer publiquement sa réprobation
contre les juifs et leurs livres impies, tels que le
Talmud ; que sans cela on allait le citer devant
l'inquisition. A cette menace inattendue, Reuchlin
perdit patience et rompit les négociations; dans
une lettre à un professeur de Cologne, du nom
de Kollin, qu'il connaissait de longue date, ih
prédit que les dominicains n'auraient pas si fa-
cilement raison de lui, et que les poètes et Ics^
historiens, déjà si nombreux (c'était le nom donné
alors aux humanistes) se feraient un honneur'
de le défendre. Et en effet, ce démêlé qui jus- •
qu'ici n'avait été regardé par beaucoup de lettrés, .
même de ses amis, tels que Pirckheimer, que
comme une affaire à lui personnelle, commença i
à être considéré comme une attaque des parti-
sans de la scolastique ariiérée contre les nou-
velles tendances du siècle; et bientôt les huma-
nistes reconnurent avec Mutianus qu'ils avaient
à unir leurs forces pour résister en commun
avec Reuchlin « aux barbares », qui désiraient
faire retomber les ténèbres sur l'aurore des let-
tres qui venait d'apparaître. Fort du soutien qu'il
trouva dans l'opinion publique, Reuchlin rompit
en visière à ses adversaires, et fit imprimer en
allemand (mars 1512) les considérants joints
en latin à son avis dans le Spéculum oculare.
Les dominicains de Cologne publièrent aussitôt
les Articuli seu propositiones de judaico fa-
vore nimis suspectse ex libella teutonico
J. Reuchlin (Cologne, 1512). Quelques mois
après Reuchlin attaqua ce factuvi, où étaient
énumérés ses opinions soi-disant hétérodoxes,
par un violent pamphlet; il y traitait ses adver-
saires de faussaires et de calomniateurs, et leur
prodiguait les injures usitées dans la polémique
de l'époque. Empêchés de lui répliquer par un
décret impérial, qui ordonna le silence aux deux
57
partis, les dominicains s'empressèrent de porter
le différend devant le for ecclésiastique, espé-
rant que Reuchlin y était déjà décrédité pour
«voir signalé dans sa grammaire hébraïque plu-
sieurs inexactitudes de la Vulgate et pour avoir
aTancé dans son dernier écrit que l'Église avait
parfois détourné de leur sens primitif des pas-
* sages de l'Écriture. Leur prieur, Hochstralen,
alors grand inquisiteur, comme nous l'avons
dit, le cita à comparaître devant lui, à Mayence;
Reuchlin se présenta le 9 octobre 1513, mais
seulement pour en appeler au pape. Hochstralen ,
ubligé par l'archevêque de Mayence d'admettre
cet appel, se donna la satisfaction de faire brûler
publiquement à Cologne le Spéculum oculare
(février 15i4). Dans l'intervalle le pape Léon X
remit le jugement da la contestation à l'évÔque
deSpire, qui, par une sentence du 24 avril 1514,
renvoya Reuchlin complètement absous et con-
damna Hochstralen à remettre à Reuchlin cent
onze florins d'or pour frais et dommages. Hoch-
straten à son tour en appela au pape ; dans le
courant de 1514 il sut obtenir des universités
de Paris (1), de Louvain, de Mayence et d'Erfurt
qu'elles censurassent le Spéculum oculare.
Léon X, auquel l'empereur, plusiei/rs électeurs,
princes et prélats ainsi qu'Érasme (2) recomman-
dèrent vivement la cause de Reuchlin, confia
l'affaire à une commission de dix-Uuit prélats,
présidés par ie cardinal Grimani. nochstraten
vint en personne à Rome muni de fortes sommes
d'argent avec lesquelles il espérait avoir raison
de Reuchlin, qui était alors réduit à un revenu
peu considérable, venant de donner sa démis-
sion de juge de la Ligue de Sonabe, à cause de la
translation du tribunal à Augsbourg. Les domi-
nicains multiplièrent leurs intrigues auprès de
la commission, qui dès l'abord se montra favo-
rable à Reuchlin; en revanche, les humanistes
publièrent à la suite des lllustrium virorum
ad Joh. Reuchlin epis^oZa^ (Haguenau, 1514,
1519, in-4°; Zurich, 1558, in-8°) une liste des
partisans de Reuchlin, qui comprenait les lettrés
les plus marquants de l'Allemagne. Tout ami du
progrès dans ce pays se fit un honneur de s'ap-
peler Reuchlinisle : ce fut à cette occasion que
les humanistes acquirent la conscience de leur
force. La sentence, retardée par les menées des
dominicains, fut rendue le 2 juillet 1516; à l'u-
nanimité moins une voix les accusateurs de
Reuchlin furent condamnés. Mais le pape, redou-
(1) Ce ne /ut qu'après quarante-sept séances que Tu-
nlverslté de Paris s€ décida à condamner le livre de
Reucblln; son jugement ainsi que ceux des trois uutrcs
universités fut publié à Cologne, 1514, in-4°.
(2) En particulier Érasme se prononçait moins favora-
blement sur le compte de Reuchlin ; 11 avait toujours mar-
qué un grand dédain pour la cabale et le Talmud , sur
lesquels roulait le différend. Sans donner raison aux
dominicains, 11 regrettait l'Impétuosité avec laquelle
Reuchlin et ses adhérents les attaquaient. Il se mêla à
peine à la querelle, ce qui convenait du reste à son ca-
ractère égoïste. Cela ne l'empêcha pas d'écrire, après la
mort de Reuchlin, une pompeuse Apothéose de son
émule, laquelle se trouve parmi ses Dialogues.
HEUCHLIN S8
tant la puissance des dominicains, ne publia pas
ce jugement ; il publia un mandatum de su-
persedendo, qui devait étouffer la contestation.
Mais il n'en fut pas ainsi ; les humanistes célé-
brèrent avec ostentation la défaite de leurs enne-
mis. Dès 1516 parurent les fameuses Epislo/œ
obscurorum virorum, auxquelles Hutten ( voy.
ce nom) et ses amis ajoutèrent, en 1517, une
&econde partie, où, comme dans la première, le
ridiculeet l'injure furent déversées à pleines mains
sur les adversaires de Reuchlin, qui furent en-
core mis au pilori de l'opinion publique dans le
Triumphus doctoris Reuchlin (imprimé en
1519, sans nom de lieu, reproduit dans le t. H
des Opéra de Hutten, édition deMunch), ainsi
que dans l'Apologia Reuchlini que Pirkheimer
publia en tête de sa traduction du Pêcheur de
Lucien. La querelle se termina enfin en 1520,
après que ie fameux François deSickingen, qui
avait été le disciple de Reuchlin, eut fait savoir
aux dominicains de Cologne que s'ils ne s'accom-
modaient pas avec ce vénérable vieillard, il exé-
cuterait sur leurs personnes le jugement rendu
en 1514 par l'évêque de Spire. Les moines .se
rendirent à cette menaçante sommation, desti-
tuèrent Hochstraten, et remirent à Reuchlin la
somme qu'ils avaient été condamnés à lui donner
par cette sentence (1). Ils n'avaient du reste
plus aucun intérêt à continuer la lutte depuis les
débats, autrement vifs, qui s'étaient élevés au
sujet des indulgences, et auxquelles le procès
suscité à Reuchlin avait servi de prélude en sur-
excitant les esprits et en les disposant à de nou-
veaux combats. « Dieu soit loué , avait dit
Reuchlin, en apprenant les attaques de Luther
contre les dominicains, ils ont trouvé un homme
qui leur donnera assez de peine, et ils me lais-
seront en paix dans mes vieux jours. « Cepen-
dant il réprouva bientôt les violences du réfor-
mateur, qui après avoir dai.s le commencement
exprimé à Reuchlin qu'il partageait entièrement
ses vues hbérales, alla plus tard jusqu'à deman-
der qu'on brûlât non-seulement tous les livres
des juifs, mais encore leurs synagogues. Reuchlin
donc resta toute sa vie attaché à l'ancienne
Église. Le repos après lequel il soupirait ne lui'
fut pas accordé. Appelé en 1518 à la chaire de
grec à l'université de Wittemberg, il n'avait pas
accepté, mais y avait fait nommer Mélanchthon,
son petit-neveu et son disciple favori, il se trou-
vait en 1519 à Stuttgard, lorsque la ville fut in-
vestie par l'armée de la Ligue de Souabe, qui
venait de déclarer la guerre au duc Ulric de
Wurtemberg. Il était rempli de soucis, craignant
que la ville ne fût prise d'assaut; mais Hutten
et Sickingen, qui se trouvaient parmi les assié-
geants, avaient fait décréter qu'en ce cas la mai-
(l| Peu de temps après cependant ils déclarèrent que
celte transaction leur avait été imposée par la violence,
et sur leurs instances un bref du pape rendu dans l'été
de 1520 condamna le .^per;u2u77t oculare. Mats ce ne fat
pour eux qa'une mince satisfaction. Protégé par Slckio^
gen, Reuchlin resta à l'abri de leurs intrigues.
59 RKUCHLIN
son de Reuclilin resterait à l'abri de toute vio-
lence. Cette précaution devint du reste inutile,
la ville s'étant rendue après une capitulation. En
1520 Reuchlin alla en.seigner le grec et l'iiébreu
à îngolstadt, où plus de trois cents auditeurs
suivaient ses cours ; mais bien que son traitement
fût de deux cents couronnes d'or, il retourna
après un an dans sa clière Souabe, et accepta la
«liaire de grec e.t d'hébreu à Tubingue. Atteint
bientôtaprès delajaunisse,il revint à Stuttgard, où
il mourut^ pleuré de tous les amis des lettres, à la
restauration desquelles il avait consacré sa vie.
On a de lui : BrevUoquus, id est Dictionarium
sïngulas voces latinas br éviter explicans;
Bàle, 1478, 1480, in-fol. ; — Micropsedia, seu
■grammaiica grosca ; Orléans, 1478 ; — Scenica
progymnasmaia, hoc est ludicra praeexerci-
iamenta ; Strasbourg, 1497; Bàle, 1498, in-4'';
Leipzig, 1503, 1514, in-4°; Tubingue, 1512,
1516, in-4'', avec des notes de Spigel ; cette co-
médie, qui fut encore réimprimée plusieurs fois, est
une imitation de la farce de maître Patelin ; —
JDe verbo mirifico, sans lieu ni date ; Spire,
1494, in-fol.; Tubingue, 1514, in-fol.; Lyon,
1522, 1552, in-16; ce livre réimprimé dans les
Artïs eabalistïCBe scriptores (Bàle, 1587, in-
fol.}, est un dialogue sur les noms sacrés em-
ployés dans les mystères des pythagoriciens,
des Chaldéens, des juifs et des chrétiens ; — De
arte cabalistica ; Spire, 1494, in- fol. ; Tubingue,
1514 ;Haguenau, 1517, 1530, in-fol.,; Bâle, 1550,
1587: dans ce livre, reproduit dans les Artis
cabalïsticx scriptores, l'auteur cherche rà établir
un complet accord entre l'enseignement des pre-
miers philosophes grecs, les pythagoriciens sur-
tout, et les doctrines de la cabale ; ce traité, dont
l'édition de 1517 fut dédiée à Léon X, fut atta-
qué avec violence par Hochstraten dans sa Des-
tructio cabalsc, et défendu par Pierre Gaiatin
dans son De arcanis catholicse veritatis; —
Tûtsch Missive an einen Jimhherrn, warums
die Juden sa lang im Ellend iàîrf (Letîre
allemande à un gentilhomme, expliquant pour-
quoi les juifs restent depuis si longtemps misé-
rables), 1505 : Reuchlin .s'y déclare prêt à ins-
truire dans la religion chrétienne les juifs qui
voudraient se départir de leur obstination à ne
pas reconnaître le Messie, cause de leurs mal-
heurs; — Oratïo de Palatïni Ele-ctoris et
/amilias ducum Bavarise reverentia erga
Ecclesiam coram Pontïfice habita; Rome,
1498; — Liber congestorum de arte prœdi-
candi; Pforzheim, 1504, 1508, in-4o; Bâle,
1.540; — Rudimenta hebraica; Dictionarium
hebraicum; Pforzheim, 1506, Bâle, 1537, in-
fol. : ouvrage qui le premier rendit accessible à
tous l'étude de la langue hébraïque, et dont
Reuchlin publia un extrait sous le titre de Gram-
matïca hebraica; 1510; — Sergius, seu capi-
tis caput; Pforzheim, 1507, 1508, in-4° ; Leip-
zig, 1521, in-4" ; Cologne, 1537, in-8'*, avec les
Scenica progymnasmaia ; c'est une comédie
- RETJILLY 6(
où le chancelier Hofzinger, ennemi de Reuchlin
joue un rôle odieux et ridicule; — Augenspie
gel; Entschitldigung gegen ams gelaufftei
Juden gênant Pfefferkorn unwahrhajftigi
Schmachbûchlin {Mto\v ocu\hm ; réponse à ui
pamphlet mensonger d'un juif baptisé, du non
de Pfefferkorn); Tubingue, 151 1, in-40; Berlin
1835, in-8°; reproduit dans VHistoria literà-
ria rcformationis de Hardt; — Ain clan
ver sien tnus uff Doctor Reuchlins Ratschlat
von den Judenbûchern (.Explication francht
sur l'avis du docteur Reuchlin au sujet des livre!
des juifs); 1512, in-4° ; — DefensioJ. Reuch
lin contra calumniatores suos Coloniensei
(Tubingue, 1513, in-4° ; réimprimé dans le re-
cueil précité de Hardt); — De accentibus d
orthographia linguœ hebraicee ; Haguenau
1518, in-fol. ; Bade, 1518, in-4°; — Dialogu:
an Mdœorum Thalmud sit supprimendum
Cologne, 1518, in-4°; — Reuchlin a traduit d(
l'hébreu en latin les Sept psaumes de la péni
tence; Tubingue, 1512, in-8°, et le Canliqui
de Joseph Myssopeus, dit Catinus argenteus
ibid., 1512, in-4° ; etdu grec en latin VApologii
pourSocrate rteXénophon, plusieurs Dialogue:
de Lucien, quelques opuscules d'Hippocrate, de
saint Athanase, de saint Épiphane et autres écri-
vains; enfin nous citerons encore de lui la Préfacf
étendue qu'il mit en tête de l'édition de 1500 d(
là Chronica deNauclerus; — Quelques lettres
de Reuchlin se trouvent dans le recueil de lettres
à lui adressées cité plus haut, dans les Amœni-
taies de Schelhorn, dans les Supplementa his-
torix Gothanx de Teutzel, dans les Œuvra
de Pirckheimer, dans le Corpus reformatorum
de Bretschneider. Ernest Grégoire.
Mclanchthon, Historia Henclilini ( dans les Selectse de-
clamaliones) — Adami, f^itx philosophorum. — J. H
Majus, f-'ila ReucliUni (Durlach, 1637, ia-S"). — Nice-
ron, 3Iémoires . t. XXV. — Hardt, Historia Uterariu
reformationis, t. M. — Schniirrer, liiogruphische ya-
chrichten von ehmalUjcn Lehrern der hebrdisc/icn Lv
teratiir in Tûbingen (Ulrn, 1792). — Meiiiers, Lcbens
beschreihuniien beruhmter Mânncr ans der Zeit dei
lyiederherstellung der If'issenscha/ten, t. I. — Mayer-
hoff, Heuchlin und seine Zeil ( BerUn, 1830). — Lamey.
Joh. Beiichtin { Pforjlieiin, 1853). — lîrhnid, CeschicliU
des ff^icderau/bluàens wissenschajtiicher llildum.
(Magdeboiirg, 1827, t. II). — Dav. Fr. Strauss, Ulricft
von HuUen, p. 188Ï30.
BEUILLY {Jean, baron de), voyageur fran-
çais, né en 1780, en Picardie, mort à Pise, k
22 février 1810. Sa famille ayant été ruinée par
la révolution, il se fit correcteur d'imprimerie.
Plus tard il entra dans les bureaux du minis-
tère des relations extérieures, et en 1802 fut
chargé d'une mission à Saint-Pétersbourg. Eu
février 1803, il suivit à Odessa le duc de Riche-
lieu, qui venait d'être nommé, gouverneur de
cette ville, et profita de cette occasion pour vi-
siter avec fruit la Russie méridionale, surtout
la Crimée, dont il gravit les plus hautes monta-
gnes. Il pénétra dans la mer d'Azof, dont il re-
connut les côtes occidentales. Lurant ce temps
il correspondait avec Pallas, qui l'honorait de
REUILLY
an amitié et le guidait dans ses explorations,
te retour en France, Reuiliy fut bien accueilli
iar Napoléon et nommé successivement cheva-
er de la Légion d'honneur et auditeur au con-
«il d'État ( 1 805), sous-préfet de Soissons (1807),
orrespondant de l'Institut (1808), préfet de
Arno (1808), maître des requêtes, baron de
empire. Blessé à la poitrine dans un duel , il
lourut prématurément, aux eaux de Pise. On
de lui : Voyage en Crimée et sur les bords
'e la mer Noire pendant l'année 1803, suivi
l'un Mémoire sur le commerce de cette mer
t de Notes' sur ses principaux ports com-
nerçants; Paris, 1806, in-8°, aveccart., plans
it fig. : ce qui donne surfout du prix à cet ou-
vrage, d'ailleurs fort exact, ce sont les Obser-
mtions et Notes dont Pallas l'a enrichi; —
Description du Tibet , d'après la relation
les lamas iongouses établis parmi les Mon-
gols; trad. de l'allemand de Pallas; Paris,
1808, in-8°. Reuiliy avait composé un Mémoire
tur les relations commerciales de l'Inde avec
l'Europe par le continent et sur la possibi-
lité d'une expédition par terre en Asie: cette
production, remise à l'empereur, est restée dans
les archives du gouvernement. De nombreuses
médailles et monnaies que Reuiliy avait rappor-
tées, et qu'il fit graver à la suite de son Voyage
en Crimée, ont donné lieu à deux mémoires,
l'un de Millin et l'autre de Langlès : Notes sur
les monnaies de Crimée {Paris, 1806, in-8o,fig.).
. Bio0. nouv. des contemp,
RECSNKR ( Nicolas,), savant poète et juris-
consulte allemand, né à Lemberg en Silésie, le
2 février 1545, mort à léna, le 12 avril 1602.
D'une famille distinguée, il reçut une éducation
soignée, et faisait déjà à onze ans des vers latins
remarquables; après avoir étudié la philosophie
et. le droit à Wittemberg et à Leipzig, il fut
pendant un an professeur au gymnase d'Augs-
bourg; les pièces de poésie qu'il adressa aux
principaux membres de la diète qui se réunit
en 1566 dans cette ville le firent connaître
entre autres du duc de Bavière, qui le chargea
d'enseigner les belles-lettres au collège de
Lauingen, dont il devint recteur en 1572. S'é-
tant fait en 1583 recevoir docteur en droit à
Bâle, il refusa l'emploi d'assesseur à la chambre
impériale, qu'on lui offrait , pour accepter à
Strasbourg une- chaire- de droit, science qu'il
enseigna depuis 1589 à l'université d'Iéna, dont il
fut plusieurs fois élu recteur. En 1595, où il fut
chargé de représenter l'électeur de Saxe à la
diète de Pologne, il reçut de l'empereur Rodol-
phe 11 \e laurier poétique et la dignité de comte
palatin. Parmi ses quatre-vingts ouvrages et
opuscules nous citerons : Elogium Wolfgangi,
comilis palatini; Lauingen, 1566, in-4o; —
Descriptio oppidi Lavingx; ibid., 1567, in-S";
Emblemata; Strasbourg, 1567, 1587, 1591,
in- S", avec gravures de Stimmer; — Elementa
<irtis rhetoricas; ibid., 1571, 1578, in-S»; —
REUSNER 62
Elemenla nrtis dialectica;; ibid., 1571, 1587,
1593, in -8"; — Christias, seu carmina sa-
cra,- Lauingen, 1571, in^8°; — Paradisus poe-
tieus; Bâle, 1578, in-8° : description en vers
des animaux et plantes principaux ; — Dispu-
tationes juris civilis, item politicœ ; Stras-
bourg, 1579, in-4°; Bâle, 1586; — De princi-
pibus\ et diicibus Venetorum, cum descrip-
tione urbis Venetiarum; Lauingen, 1579,
in-S" ; — Picta poesis Ovidiana : Thésaurus
propemodum omnium fabularum poeticarum
Fausti Sabst'i et aliorum; Francfort, 1580,
in-S" , avec gravures sur bois ; — Hodœpori-
corum seu itinerum totiusfereorbis libri VU;
Bàle, 1580, 1592, in-8°; recueil intéressant de
soixante-quinze Voyages, écrits presque tous
en vers par des auteurs anciens et modernes ;
Freytag en a donné une analyse dans son Ad-
paratus litterarius, t. III; — Emblemata
partim ethica et physica,partim hisiorica et
hieroglyphica, et emblemata sacra ; accedunt
stemmatum sive armorum gentilitiorum li-
bri très ; Francfort, 1581, in-4'' ; avec de belles
gravures sur bois de Virgile de Solis et de
Jost; Amon; — Januarius, seu Fastorum sa-
crorum et historicorum liber I ; Strasbourg,
1584, in-S" ; suivi de Février et Mars; ibid.,
). 1586 : l'ouvrage complet parut sous le titre
Diarium historicum; Francfort, 1590, in-4°;
— Qtfcestiones juridicse; Bâle, 1585, iii-8°; —
De Italia; Straslwurg, 1585, in-8°; — Insti-
tutiones juris civilis enucleati sub titulo
BpaxvjXoyo; oUm editiim, cum no^is; Francfort,
1585, 1590, 1743, in-S"; — Icônes virortan
litteris illustrium, in Germania prœsertim ,
Strasbourg, 1587, 1590; Francfort, 1719, in-8°:
collection de cent portraits gravés sur bois par
Tob. Stimmer, et qui sont accompagnés de disti-
ques, d'épitaphes et de courtes notices tirées de
divers auteurs ; — Cynosura juris, farrago li-
bellorutn de juris arte, a summis nostri sieculi
jurisconsultis conscriptorxim ; Spire, 1588,
2 parties, in-8°, avec un supplément; ibid.,
1589; — Symbola imperatorla, dJ. Csesafe
usque ad Rodolphum II; Francfort, 1588,
1598, 1602, in-8o; Genève, 1634; réimprimé
dans le Chronicon chronicorum de Gruter; —
Icônes literis clarorum virorumI(alia\ Grse-
ciae, Germaniae, Gallise, Angliœ, Ungarias,
cumelogiis variis ; Bàle, 1589, in-8° ; suite de
quatre-vingt-onze portraits; — Mnigmatogra-
phia, seu Sylloge œnigmatum et logogripho-
rum convivalium, ex variis auctoribus col-
lectorum; Strasbourg, 1589; Francfort, 1602,
in-12; — Ethica philosophica et christiana;
léna, 1590, in- 8»; — Opéra poetica; léna,
1593, 1594, in-8° : ce recueil, dont des extraits
se trouvent dans le t. V des Delicise poetarum
germanorum, contient des élégies, des odes,
des hymnes, vingt-quatre livres d'épigrammes
latines , un d'épigrammes grecques, des ana-
grammes, etc.; — Orationes panegyricx;
63
léna, 1595, 2 vol. in-S" : renferme quinze dis-
cours sur des sujets de morale et autant sur la
jurisprudence ; — De bello Turcico selectis-
simx orationes et consuUationes variorum
autortim ; Leipzig, 1596, in-4° ; — De jure
testamentorum et ultimarum voluntatum ;
léna, 1597-1598, 2 vol. in-4'' ; — Epistolarum
Turckarum libri XIV; Francfort, 1598-1600,
in-4° : cet intéressant recueil de lettres écrites
sur les affaires de Turquie par diverses per-
sonnes est devenu très-rare; — Decisiones
juris singulares ; ibid., 1599, in fol. ; — Con-
silia seu responsa ; ibid., 1601, 1605, in-fol. ;
— De urbibtts Germanix liberis et imperia-
libus; ibid., 1602, in-12; 1605, 1651, in-8° ;
— Anagrammatographia ; léna, 1602, in-8";
— Rerum memorabilium in Pannonia sub
Turcarum imperatoribus , a capta Constan-
tinopoli usque ad nostram œtatem gestarum
exégèses; Francfort, 1603, in-é"; — Symbola
heroica; léna, 1608, Londres, 1650, in-8° ; —
Icônes imper ator uni, regum, principum, elec-
torum et ducum Saxoniae; à la suite de l'édi-
tion que Reusner donna des Origines stirpis
Saxonix de G. Fabricius; léna, 1597, in-fol.
Witten. Memorix philosophorum. — Zeuner, Fitse
professorum academise ienensis. — JOcher, JUg. Cel.-
Lexicon et le Supplément de Rotermund.
REUVENS ( Jean-Éverard ) , jurisconsulte
hollandais, né à Harlem, en 1763, mort à Bruxel-
les, en 1816. Avocat à La Haye, il fut nommé, en
1795, conseiller à la haute cour de justice de
Hollande, etde 1799 jusqu'au moment de la chute
de la république des Provinces-Unies, en 1806, il
occupa la charge de président du conseil su-
prême de justice. Ses amis profitèrent, en 1810,
de la réunion de la Hollande à l'empire français
pour obtenir sa nomination de président de la
cour d'appel de La Haye. Merlin de Douai, l'un
de ces amis dévoués , alors procureur général
près la cour de cassation, voulut bientôt avoir
Reuvens auprès de lui, et il parvint à le faire ad-
mettre au nombre des conseillers de la cour
suprême, dont il fit partie jusqu'en 1814. Le
jour de l'installation arrivé, il fit connaître Reu-
vens à ses nouveaux collègues en leur disant :
« Messieurs, j'ai l'honneur de vous présenter
M. Reuvens, l'un des plus grands jurisconsultes
d'un pays qui a fourni tant d'hommes distingués
dans cette partie. » Cet éloge, qui n'avait rien
d'exagéré, fut encore justifié parles travaux aux-
quels le savant légiste hollandais voua les der-
nières années de sa vie. On lui doit, outre l'éla-
boration d'un code criminel, la révision des dif-
férents codes présentés, après 1815, aux états
généraux du nouveau royaume des Pays-Bas.
Reuvens ( Gaspard- Jacques-Chrétien ) , fils
du précédent, né le 22 février 1793 à La Haye,
mort je 28 juillet 1837, à Rotterdam. Moins par
vocation que pour plaire à son père, il étjidia le
droit d'abord àLeyde, puis à Paris, où il fut reçu
avocat, en 1812. Un arrêté royal du 16 octobre
REUSNER — RÉVEILLÉ-PARISE
64
1815 le nomma professeur de littérature grecqut
et latine à Harderwyclc. En 1818, il obtint h
chaire d'histoire ancienne et d'archéologie à l'uni
versitédeLeyde. Cefutenl825queReuvenscora
mença à rechercher aux environs de La Hay(
l'emplacement de l'ancien Forum Adriani. Sot
amour de la science était tel que, la révolution d(
1830 ayant interrompu la plupart des travaus
publics, il fit reprendre à ses frais les fouilles di
Forum Adriani. On a de lui : Collectanea Ut-
ter., sive conjectur. in Attium Diomedem.
Lucilium, Lydum, etc. ;Leyde, 1815, in-8°; —
Notice et plan des constructions romainei
trouvées sur Vemplacemen t présumé du Forun
Adriani près de La Haye; 1828, in-fol.; —
Lettre à M. Letronne sur les papyrus bi-
lingues et grecs du musée d'antiquités de Vu-
niversité de Leyde; Leyde, 1830, in-4 <>. C A. R,
RÉVEILLÉ-PARISE { Joseph- Henri) , mé
decin français, né en 1782, à Nevers , mort U
28 septembre 1852, à Paris. Après avoir fait ses
études à Paris, il venait d'y commencer ses cours
de médecine quand le service militaire l'enleva
(1802), et depuis lors jusqu'à la paix générale il
fut attaché aux armées en Autriche, en Espagne,
en Hollande, en Dalmatie et à Waterloo. De re-
tour à Paris, il soutint sa thèse de doctorat, qui
avait.pour sujet une Relation médicale du siège
de Saragosse (I8i6,in-i°). Nommé médecin de
l'hôpital militaire du Gros-Caillou, il devint chi-
rurgien major de la gendarmerie d'élite ; la ré-
volution de 1830 lui ayant fait perdre ce dernier
emploi, il se renferma dans la pratique de son
art et dans les travaux littéraires, qui lui ont as-
signé un rang distingué parmi les savants con-
temporains. Depuis 1823 il faisait partie de l'A-
cadémie de médecine. « Esprit fin, dit M. Griin,
bienveillant et modéré, actif et investigateur, il
était toujours prêt sur tous les sujets , sans ja-
mais s'imposer; sa douceur l'éloignait des vives
controverses quand il ne s'agissait pas de ses
convictions morales ou de sa haine contre le
charlatanisme. La bonté de son cœur lui donnait
pour amis tous ceux qui l'approchaient. » Il a
publié: Hygiène oculaire; Paris, 1816, 1823,
1845, in-12; trad. en italien; — Examen de
pathologie, avec des tableaux synoptiques;
Paris, 1817, in-8°; — De V Eclectisme en mé-
decine; Paris, 1827, in-8° ; — Physiologie
et hygiène des hommes livrés aux travaux de
V esprit, ou Recherches sur le physique et le
moral, les habitudes, les maladies et le ré-
gimedes gens delettres, artistes, savants, etc.;
Paris, 1834, 1837, 1839, 2 vol. in 8°; trad. en
allemand et en italien : cet ouvrage, qui a ob-
tenu au concours de 1835 un prix Montyon de
1,500 fr., restera comme un modèle du genre et
comme la plus fidèle expression du savoir et du
talent de l'auteur; — Guide pratique des gout-
teux et des rhumatisants ; Paris, 1837, 1839,
in-8° ; trad. en italien ; — Une saison aux eaux
d'Enghien; Paris, 1842, \n[8; — Études de
■85 RÉVEILLÉ-PARISE — RÉVÉREND
rhemme dans l'état de santé et dans Vètat
d$ maladie; Paris, 1844, 2 vol in-8"; — De
Vostéophite costal pleurétique ; Lille, 1849,
in-8" ; — Trc ité de la vieillesse ; Paris, 1853,
ui-8°. Il a publié une nouvelle édition des Let-
\ites de Gui Patin (Paris, 184C 3 vol. in-8°),
accompagnée d'une notice et de remarques scien-
tifiques et littéraires, et il a fourni des mémoires
au recueil de l'Académie de médec ine ainsi que
ides aVticles au Moniteur universel depuis 1844
jusqu'à l'époque de sa mort.
CalIUen , JJ/edJcir». Lexicon. — Moniteur univ., 1852,
p. 1563.
RBVEL ( Gabriel ) , peintre français , né à
iChûteau-Thierry.en 1643, mort à Dijon, Ie8juil-
llet 1712. Il fut élève de Charles Le I3run, et tra-
vailla sous ses ordres à la décoration du palais
de Versailles. L'Académie royale de peinture le
reçut au nombre de ses membres le 27 février
1683, sur la présentation des portraits de Fr.
Girardon et de Michel Anguier. Ce dernier por-
trait a été gravé par Laurent Cars pour sa ré-
ception à l'Académie, en 1733. G. Revel se retira
k Dijon, cl y finit sa carrière : on voit plusieurs
de ses ouvrages dans les églises et au musée de
cette ville.
Revel (Jean ), peintre, fils du précédent, né
à Paris, le 6 aortt 1634, mort à Lyon, le 5 dé-
cembre 1751. Il était venu dans cette dernière
ville en 1710 pour y pratiquer son art et y faire
des portraits ; mais bientôt il employa exclusi-
vement son talent à faire des dessins pour la
fabrication des étoffes de soie, et porta ce genre
à un degré de perfection inconnu jusqu'alors. On
lui attribue généralement l'invention des points
rentrés, qui consistent dans le mélange et l'en-
chevêtrement des soies de manière à adoucir le
passage d'une nuance à une autre (1), et l'art de
placer les ombres d'un même côté de manière à
produire sur les étoffes de véritables tableaux.
De Chenncvières, Recherches. — Pernctly, /.ycnnais
dignes de mémoire. — Joubert de rHlberderlr, Le des-
sinateur pour les fabriques d'étoffes d'or, d'argent et
de,soie.
RETERCHON (Jacques), homme politique
français, né à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, en sep-
tembre 1746, mortàNyon, en juillet 1828. Il était
propriétaire etnégociant en vins à l'époque de la
révolution ; il en embrassa la cause avec enthou-
siasme, et fut élu en 1790 administrateur de Saône-
et-Loire. En 1791, le même départementle députa
à l'Assemblée législative et ensuite à la Conven-
tion nationale, où il vota la mort de Louis XVI.
Il présida quelque temps le club des Jacobins, et
entra au comité de sûreté générale. Chargé de
missions dans les départements de l'Ain, de l'Isère,
du Rhône, de Saône-e(-Loire, Il n'y laissa com-
mettre aucun désordre, et ne fit prononcer aucune
condamnation capitale Après la chute de Robes-
pierre, Reverchon crut devoir faire certifier son
68
(1) Deschazelles, dans son Discours sur Vinfluenee de
la peinture, attribue cette invention à un dessinateur de
fabrique nommé DagaiUler.
NOUV. BIOGK. GÉNÉR. — T. XUI.
civisme par Barère (29 août 1793), qui rendit
compte que la sœur de ce député , ayant été ar-
rêtée avec ses enfants par les représentants près de
l'armée des Alpos, elle fut envoyée à Reverchon,
alors devant Lyon, afin qu'il prononçàtlui-rnême
sur leur sort ; mais que Reverchon, faisant taire
son cœur, avait répondu : «Je ne suis point juge
de ma sœur et de mes neveux ; je vous les renvoie :
décidez vous-même de leur sort. » Il fut envoyé
une seconde fois en mission à Lyon, et s'y montra
l'adversaire des terroristes; il y renversa les
échafauds, licencia l'armée révolutionnaire, sus-
pendit les tri bunaux exceptionnelp,en même temps
qu'il réprimait les réactionnaires. Devenu membre
du Conseil des cinq cents, il en sortit en mai
1797, devint administrateurde son département,
fut réélu en 1792 au Conseil des cinq cents, d'où
il passa en 1799 à celui des Anciens. Il se mon-
tra opposé au coup d'État du 18 brumaire an vm
(9 novembre 1799), et ne remplit aucun emploi
sous l'empire. Atteint par la loi du 12 janvier
1816, rendue contre les régicides, il se réfugia
en Suisse, où il mourut. On a de lui : Mémoires
au Comité de salut public sur la réhabilita-
tion du commerct de Commune affranchie;
Paris, an ii,et Lyon, 1834, in-8°.
Le Moniteur universel. — Archives du Rhône, t. VII,
p. 372.
RÉVÉREND {Jean), marquis de Bougy, né
vers 1617, mort en décembre 1657, au château
de Calonge, près Marmande. Il descendait d'une
ancienne famille de Normandie, et professait la
religion réformée, A douze ans il entra com»-
cadet dans le régiment des gardes, et s'éleva as-
sez rapidement; sa bravoure lui acquit l'affec-
tion du raar,;chal de Gassion, dont il défendit
plusieurs fois les intérêts auprès de Mazarin. Les
services qu'il rendit pendant les troubles de la
Fronde lui firent donner les grades de maréchal
de camp (18 novembre 1648) et de lieutenant gé-
néral (10 juillet 1652). Choisi pour commander
les troupes qui devaient escorter le roi, il battit
les rebelles à La Charité-sur Loire, et les expulsa
du Berry. Fait prisonnier en 1653, il lui fut per-
mis sur parole de revenir à la cour. Il prit part
à la guerre de Catalogne, sous le prince de Conti,
jusqu'en 1657, époque où une maladie grave le
força de prendre sa retraite. Il avait épousé en
1654 Marie de laChausade, riche héritière, qui ne
lui donna qu'un fils. Sa terre de Bougy, en Nor-
mandie, fut érigée en marquisat.
Bayle, Dict. hist. et crit.
RÉVÉREND {Dominique), physicien fran-
çais, né le 14 novembre 1648, à Rouen, mort
le 26 juillet 1734, à Paris. Ses parents étaient
Parisiens et de bonne bourgeoisie. Après de
bonnes études, il s'engagea malgBé lui dans l'é-
tat ecclésiastique, et prit les ordres jusqu'au dia-
conat. En 1676 il accompagna le marquis de Bé-
thune en Pologne, et se trouva mêlé, bien que
d'une façon secondaire, aux troubles politiques
de ce pays. Deux ans après son retour, il fut
3
67
RÉVÉREND — REWBELL
68'
élu doyen du chapitre de Saint-Cloud (1681) et
pourvu de quelques autres bénéfices. Passionné
pour la philosophie, mais prévenu contre Des-
cartes, il tâcha de faire revivre les opinions des
anciens, surtout dans leur physique , et voulut
aussi pénétrer le secret des doctrines herméti-
ques. On connaît de lui : La Physique des an-
ciens ; Paris, 1701, in-12; — Lettres stir les
premiers dïeiix, ou rois d'Egypte; Paris, 1712,
in-12; augmentées en 1733 d'une troisième Let-
tre sur la chronologie des premiers temps depuis
le déluge ; — Mémoires historiques du comte
Bethlem Nicklas sur les derniers troubles de
Transy Ivanie ; Ams,[ev(iam{ Rouen), 1734,2 voi.
in-12, et à la suite de l'Histoire des révolutions
de Hongrie, 1739, 6 vol. in-12 : cet ouvrage,
composé en grande partie par l'abbé Révérend,
(ut achevé et édité par Le Coq de Villeroy.
Moréri, Dict. kist., édit. 17S9.
REVETT (Nicolas), antiquaire anglais, né
en 1721, dans le Suffolk, mort le 1** juin 1804 ,
à Londres, Il était architecte, et la passion des
beaux-arts le conduisit en Italie. Ayant rencontré
en 1750, à Rome, le célèbre amateur James
Stuart {voy. ce nom), il l'accompagna en Grèce
et dans le Levant, et revint avec lui en 1756 en
Angleterre. Le fruit de leurs communes explora-
tions fut le recueil intitulé Antiquities ofAthens
(Londres, 1762-1790-1794-1815, 4 vol. in-fol.,
avec 351 planches); le dernier volume vit le
jour par les soins de J. Taylor. Cet ouvrage a été
traduit en français par Feuillet et publié par
Landon (Antiquités d'Athènes; Paris, 1808-
1822, 4 vol. in-fol.), avec les portraits des deux
voyageurs. Eu 1766 Revett partit pour l'A.-
sie Mineure en compagnie de Pars et de Chand-
1er, et le fruit de leurs explorations fut le ma-
gnifique ouvrage, dont Chandler a rédigé le
texte : lonian antiquities (Londres, 1769-
1800, 2 vol. gr. in-fol., pL).
Gentleman' s Magazine, 1804.
REWBELL OU REUBELL ( Jean-François),
homme politique français, né le 8 octobre 1747,
à Colmar, où il est mort, le 23 novembre 1807.
Avocat au conseil souverain d'Alsace, il était
bâtonnier de l'ordre lorsque la révolution éclata,
et à la pénétration, au discernement les plus rares
il joignait une instruction étendue , une mémoire
fort vaste , une rare opiniâtreté au travail. En
1789 il fut choisi par le tiers état des bailliages
de Colmar et de Schelestadt, comme député aux
états généraux. L'ancien régime le compta au
nombrede ses plus fougueux adversaires.il débuta
par dénoncer à l'Assemblée des complots roya-
listes, et s'efforça de prouver que, « pour le
bien de la nation , » il fallait investir le comité
des recherches du droit de décacheter les lettres.
Les princes étrangers possesseurs de grands
biens en Alsace et qui avant la révolution
avaient été ses meilleurs clients furent dépeints
par lui comme autant de tyrans qu'il fallait dé-
pouiller sans pitié, il contribua à la suppression
des parlements et à la vente des biens ecclésias-
tiques, s'opposa vivement à ce qu'on accordât!
au roi le droit de paix et de guerre, et demanda
quêtes prêtres insermentés fus.sent exclus des
fonctions pastorales. Le 28 janvier 1790, il com-
battit la proposition tendant à admettre les
juifs à la jouissance des droits de citoyen. Élu
président le 5 mai 1791, il fit, après une discus-
sion animée, rendre une loi portant que l'orga-
nisation des assemblées coloniales ne subirait
aucun changement, mais qu'à l'avenir les hommes
de couleur nés de parents libres auraient le
droit d'y être admis. A la fin de la session il fil
d'inutiles efforts pour faire déclarer rééligi blés les
membres de la Constituante. Nommé secrétaire
général du directoire du Haut-Rhin, Rewbell
représenta ce département à la Convention. 11
pressa le procès de Louis XVI; mais envoyé à
l'armée de Mayence , il ne put déposer son vote
lors de la condamnation du roi , à laquelle il
adhéra néanmoins par une lettre qui fut rendue
publique Rappelé à Paris pour répondre à l'ac-
cusation d'exactions et de rapines, il repa-
rut à la Convention le 4 août 1793, et se défendit
avec assurance. Suivant M. Thiers, « malgré les
calomnies des contre-révolutionnaires et des fri-
pons, il était d'une extrême probité. Malheureuse-
ment , il n'était pas sans un peu d'avarice ; il ai-
mait à employer sa fortune personnelle d'une ma-
nière avantageuse , ce qui lui faisait rechercher
les gens d'affaires, etcequi fournissait des pré-
textes fâcheux à la calomnie ». Rewbell se fit
donner de nouvelles missions, qui le tinrent éloi-
gné des querelles sanglantes de Is. commune
avec le comité de salut public ; mais il ne s'attacha
ostensiblement à aucun parti. Après le 9 thermi-
dor, il se prononça contre les jacobins , insista
pour qu'on les éloignât du gouvernement, et
contribua beaucoup à la fermeture de leur club.
Les thermidoriens l'appelèrent successivement
au comité de sûreté générale, à celui de salut
public, et à la présidence de la Convention. Sur
sa proposition, la Convention décréta ( 17 avril
1795 ) la vente des biens des émigrés par la voie
delà loterie. Entré en septembre au Conseil des
cinq cents, dont il fut élu secrétaire dès la for-
mationdes bureaux, il fut, le 1" novembre, choisi
par le Conseil des anciens comme l'un des cinq
membres du directoire exécutif. La grande expé-
rience qu'il avait acquise pour le maniement .ios
affaires, soit au barreau, soit dans les différentes
assemblées en faisait un homme précieux à la
tête de l'État, bien qu'il fût rude et blessant
par la vivacité et l'âpreté de son langage. Il soi-
gnait beaucoup la partie des relations extérieures,
et portait aux intérêts de la France un tel atta-
chement qu'il eût été volontiers injuste à l'égard
des nations étrangères. Républicain chaud, ferme
et sincère, il éprouvait un égal éloignementpour
Carnot et pour Rarras, l'un comme montagnard,
l'autre comme dantonien , car il avait originai-
rement appartenu à la partie modérée de la
eo REWBELL
Convention. Rewbell se retira le 16 mai 1799.
Le département du Haut-Rhin l'élut au Conseil
des anciens, mais après le 18 brumaire on le
tinta l'écarl; rendu à la vie privée, il mourut
ignoré, avec le chagrin d'avoir vu dépenser par
ses fils, en de folles profusions, la plus grande
partie de la fortune qu'il avait acquise.
Thiers, Hist. de la Révol. fr., t. IX. - De Barante.
Ilist. du Directoire. — Moniteur unii\. 1789-1V99.
BEWiczKY ( Ckarles-Emerich- Alexandre ,
comte DE ), diplomate et bibliophile hongrois, né
à Vienne, le 4 novembre 1737, mort dans cette
ville, le 10 août 1793. 11 fit ses études à Vienne ,
et acquit une connaissance approfondie des lan-
gues anciennes et des principaux idiomes de
l'Europe moderne. Après avoir été ambassadeur
à Varsovie, à Berlin, "et depuis 1786 à Londres,
il se retira en 1790 dans la vie privée, à cause
dei'affaiblissement de sa santé. Il vendit à celle
époque à lord Spencer pour une pension viagère
de cinq cents livres sa magnifique bibliothèque,
toute composée de belles éditions et de raretés
bibliographiques. Il joignait à un talent remar-
quable de négociateur un goût prononcé pour
les belles-lettres , et se montrait toujours plein
de prévenance pour ceux qui les cultivaient, il a
publié outre une très- jolie édition de Pétrone,
Berlin, 1785, in-8° , le catalogue de sa biblio-
thèque, sous le titre de : Bibliothecagraeca et
latina , Berlin, 1784, in-8° , sous le pseudonyme
de Periergus DeltophiluSy cette première édi-
tion , tirée à très-peu d'exemplaires , fut suivie
d'une seconde, Berlin, 1794, in-8^. Rewiczky a
aussi traduit en latin seize Ghazèles de Hafiz,
Vienne, 1771 , in-8°; et en français le Traité de
^flc<iyz<ed'lbrahim-Effendi; Vienne, 1769,in-12.
Denina, Prusse littéraire, t. III. — Meusel, Gelehrtes
Teutschland et Lexihon. — Luca, Gelehrtes OEstreich,
t. H. — HirschlnK, Handbuch.
REY ( Jean ), chimiste français, né vers la fin
du seizième siècle, au Bugue, dans le Périgord ,
mort en 1645. Il exerçait la médecine dans son
pays natal, et consacrait ses moments de loisir à
l'exercice de la physique et de la chimie; il en-
tretenait en même temps une correspondance
active avec un des plus célèbres savants de son
époque, le père Mersenne, ami de Descartes.
Plus tard le dérangement de ses affaires domes-
tiques le détourna malheureusement de ses oc-
cupations scientifiques, et contribua peut-être à
abréger sa vie. Quinze ans avant sa mort , il
avait publié le résultat de ses expériences sur
l'augmentation du poids des métaux, sous le titre
de : Essays sur la recherche de la cause pour
laquelle Vestain et le plomb augmentent de
poids quand on les calcine; Bazas, 1630,
in-S^jde 142 pages. Gobet donna, en 1777, une
nouvelle édition d'après la première, qui est au-
jourd'hui une rareté bibliographique. Ce qui
donna lieu à ces Essays, si importants pour les
progrès de la chimie, ce fut la lettre d'un phar-
macien de Bergerac, nommé Brun, dans laquelle
celui-ci apprend à J. Rey que , voulant un jour
-- REY
70
calciner deux livres six onces d'étain, il fut sur-
pris d'en trouver, après l'opération, deux livres
treize onces : il ne pouvait comprendre d'où lui
étaient venues les sept onces de plus. J. Rey en-
treprit à ce sujet une série d'expériences, d'où il
lira la conclusion suivante : « L'air est un corps
pesant, et comme tel il peut céder à l'étain et au
plomb des molécules pesantes, qui par leur ad-
dition augmentent nécessairement le poids pri-
mitif de ces métaux. » J. Rey inventa aussi un
thermomètre pour son propre usage, sans pré-
tendre s'approprier les travaux des physiciens
qui s'étaient occupés déjà de la construction de
ces instruments. Le P. Mersenne prenait un vif
intérêt aux expériences de J. Rey; et dans une
de ses lettres on voit poindre quelques-unes de
ces idées qui préparèrent la découverte de la
gravitation universelle. Les travaux de Rey con-
duisirent à l'avènement de la chimie moderne^
L'illustre chimiste périgourdin se distingua par
une grande indépendance d'esprit et par un em«
ploi judicieux de la méthode expérimentale :
« J'advoue franchement, dit-il , n'avoir juré aux
paroles d'aucun des philosophes : si la vérité est
chez eux, je l'y reçois; sinon, je la cherche ail-
leurs. » H.
K. Hoefer, Histoire de la Chimie, t. 11, p. S54-8S8.
RET ( Guillaume ) , médecin français, né en
1687, à La Gnillofière, mort le 10 février 1756, à
Lyon. Né de parents sans fortune, il trouva dans
l'astronome Villemot', curé de sa paroisse, un
protecteur généreux et un maître des plus ha-
biles, qui lui fit faire de rapides progrès dans
l'étude des sciences. Ayant choisi la médecine
pour profession , il se rendit à Montpellier, et
pendant qu'il n'était encore que bachelier, il pu-
blia une dissertation De causis delii-ii (1714,
in-8° ) , à laquelle il dut le titre d'associé corres-
pondant de la Société des sciences de cette ville.
En 1716, il s'établit à Vienne en Dauphiné.
Agrégé en 1723 au Collège de médecine de Lyon,
il fut presque aussitôt attaché à l'hôpital de la
Charité , et y servit jusqu'en 1744, époque où ,
s'étant remarié avec la fille du maire de Saint-
Chamond, il alla résider dans cette ville. L'édu-
cation de ses enfants le ramena en 1754 à Lyon.
Rey a encore écrit : Dissertation sur la peste
de Provence (i72l, in-12), sous le pseudonyme
d'Agnez; et Dissertation physique à Vocca-
sion du nègre blanc (Leyde, 1744, in-8°): ce
dernier opuscule a été faussement attribué à
Maupertuis; l'auteur, afin d'expliquer la diffé-
rence de couleur qui existe entre le nègre et le
blanc, suppose la création de deux Adams, c'est-
à-dire la diversité de races. On a du reste pré-
tendu que c'était un jeu de son imagination plu-
tôt qu'une assertion mûrement réfléchie. Plu-
sieurs de ses mémoires, lus dans l'Académie de
Lyon, sont conservés en manuscrit à la biblio-
thèque de cette ville.
Pernettl, /.connais dignes dé mémoire. II, :i96-40i. —
Biogr. méd.
ri
REY
72;
REY (Jean-Baptiste), compositeur français,
né le 18 décembre 1734, à Lauzerte (Quercy),
mort le 15 juillet 1810, à Paris. Amené fort
jeune à Toulouse, il fut attaché comme enfant de
chœur à l'abbaye de Saint-Sernin ; grâce à d'heu-
reuses dispositions, il fit dans ses études musi-
cales des progrès si rapides qu'il obtint au con-
cours la place de la maîtrise à la cathédrale
d'Auch, n'ayant pas encore atteint sa dix-sep-
tième année. En 1754, il revint à Toulouse pour
diriger l'orchestre du grand théâtre, et il conti-
nua d'exercer ces mêmes fonctions dans plusieurs
grandes villes de la i>rovince. Quelques motets
de sa composition exécutés avec succès à la cha-
pelle du roi avaient étendu sa réputation jusqu'à
Paris, lorsqu'en 1776 il reçut l'ordre de quitter
Nantes, où il se trouvait, pour entrer en qualité
de violoncelle à l'Académie royale de musique,
où il prit en 1781 le bâton de chef d'orchestre.
En 1779, Louis XVI le nomma maître de mu-
sique de sa chambre avec une pension de 2,000
francs, et en 1804 Napoléon lui confia la direc-
tion de sa chapelle. Les talents et le zèle de Rey
lui méritèrent l'estime des plus célèbres com-
positeurs de son temps, et Sacchini, son ami, le
chargea en mourant d'achever l'opéra à'Arvire
et Evelina. Il eut aussi quelque part aux opéras
û'Œdipe et de Tarare.
Son frère, Rey (Joseph), né à Tarascon, fut
organiste des cathédrales de Viviers et d'Uzès,
et fit partie comme violoncelle de la chapelle
du roi et de l'orchestre de l'Opéra. Dans un ac-
cès de délire, il se coupa la gorge avec un rasoir,
le 12 mai 1811. On a de lui : Exposition élé-
mentaire de l'harmonie, d'après la basse
fondamentale vue selon les différents genres
de musique; Paris, s. d. (vers 1808), gr. in-8'',
dédié à Lacépède.
Fétis, Biogr. univ. des musiciens.
RET (Jean ), industriel et littérateur français,
né à Montpellier, le 19 mai 1773, mort à Paris,
le 23 juillet 1849. Fils d'un artiste musicien, il
fut placé au sortir du collège dans la riche mai-
son de banque de M. Tassin, qu'il abandonna
lorsque, atteint par la réquisition, il lui fallut
partir avec le corps des canonniers de Paris,
destiné à combattre les Vendéens. Il obtint un
congé en 1795. Rappelé sous les drapeaux en
1801, mais réiormé trois mois après, à cause de
la faiblesse de sa vue, il revint à Paris, où il
épousa, le 4 septembre 1802, M"e Tassin, dont
le père avait péri sur l'échafaud. Il avait entre^
pris un petit commerce de châles, et lui avait
donné d'heureux développements lorsque s'in-
l réduisit en France la mode des cachemires : il
imagina alors de substituer aux dessins capri-
cieux de l'Orient l'imitation des fleurs naturelles,
et cette innovation eut un complet succès, de
sorte que Rey se vit bientôt à la tête d'une riche
manufacture et l'un des hommes les plus consi-
dérés du commerce français. Dès lors aussi il
eut assez de loisir pour revenir aux études lit-
téraires, que les nécessités de la vie lui avaient t
fait souvent interrompre. Chevalier de la Légion 'i
d'honneur (1823), il devint membre du conseil !
général des manufactures, adjoint au maire du i
sixième arrondissement de Paris (182â) et mem-
bre du jury central de l'exposition de l'industrie-
(1827). Des échecs survinrent dans sa fortune à
partir de 1837 : il avait confié des fonds à des
entreprises qui ne furent pas heureuses, et il lui
fallut vendre sa bibliothèque et une magnifique
collection de coquilles et se réduire à une mo-
deste existence. On a de Rey, qui était membre
d'un grand nombre de sociétés savantes : Essais
historiques et critiques sur Richard III;
^ Paris, 1818, in-S" ; — Histoire des châles;
i Paris, 1823, in-8° : son meilleur ouvrage-,
I — une curieuse Histoire du drapeau, des
couleurs et des insignes de la monarchie
j française; Paris, 1837, 2 vol. in-S" ; — Histoire
de la captivité de François 1er; paris, 1837,
in-8°.
Et. CarUcr, Notice sur Rey, dans l'annuaire de la
Société des antiquaires de France, 1830.
REY (Claude), prélat français, né le 27 no-
vembre 1773, à Aix, où il est mort, le 17 août
1858. Il vint en 1800 à Paris terminer au sémi-
naire de Saint-Snipice ses études théologiques.
M. Champion de Cicé, archevêque d'Aix, l'or-
donna prêtre, et se l'attacha comme secrétaire
de l'archevêché et vicaire général. Chanoine ti-
tulaire d'Aix en 1816, théologal en 1821, il ne
crut pas, après la révolution de juillet 1830, de-
voir refuser les prières de l'église au nouveau
chef de l'État, et manifesta publiquement ses
sentiments dans une lettre qu'il adressa le 9 sep-
tembre 1830 à un curé qui l'avait consulté à cet
égard. Cette lettre souleva contre lui bien des
passions; mais il n'en fut pas moins nommé vi-
caire général capitulaire après la mort de M. de
Richeryf 24 novembre 1830). On le désigna pour
l'évêché de Dijon ( 9 juillet 1831 ). C'était le pre-
mier évêque nommé par Louis-Philippe, c'est-à-
dire par un souverain que tout le haut clergé
regardait comme illégitime : la cour de Rome
hésita longtemps ; toutefois Grégoire XVI pré-
conisa M. Rey ( 24 février 1832 ), et par br«f spé-
cial, en dérogation aux règles ordinaires, l'auto-
risa à se faire sacrer par un seul évêque assisté
de deux dignitaires ecclésiastiques. Tels étaient
les sentiments qui animaient l'épiscopat, qu'il ne
se trouva point alors dans l'Église de France ua
seul évêque qui voulût sacrer M. Rey, et ce pré-
lat ainsi que M. d'Humières, archevêque d'Avi-
gnon, qui se trouvait dans le même cas, durent
se faire sacrer à Avignon (23 septembre 1832)
par M. Antonio de Pasada, évêque de Carfhagène.
Arrivé dans son diocèse, M. Rey trouva parmi
plusieurs membres de son clergé, et surtout dans
M. Morlot, alors grand vicaire, l'opposition la
plus violente. Il espéra les ramener à des
sentiments plus favorables en se faisant en quel-
que sorte le complice"^ de leur ambition person-
73
REY — REYBAUD
74
nclle, et il eut la faiblesse de leur confier les postes
les plus imporlants.Son épiscopat, qui dura sixans,
ne fut qu'une longue lutte, où il avait pour en-
nemis ardents ses propres coopérateurs, soutenus
par L'Ami de la Religion et les journaux légiti-
mistes. M. Morlot, écarté du grand-vicariat, pu-
blia une Remontrance publique des actes de
l'évoque de Dijon, et on peut dire qu'il le força
fie donner sa démission. En effet, de guerre lasse,
M. Rey demanda un canonicat à Saint- Denis,
quitta Dijon le 21 juin 1838, et se retira à Aix. Ou
a de lui : Prières pour la consécration d'un
évêque, traduites du Pontifical romain avec
des notes explicatives; 1808, in-8o; ^ Pré-
cis historique de Notre-Dame d'Aix; Aix,
ISlG, in-8° de 24 p.
r.t' flexions sur les affaires ecclésiastiques du diocèse
(le Dijon depuis 18S1 jusqu'en 1836. — Biog. du clergé
contemporain, notices de M. Rey et de M. Morlot. —
Biog. des hommes du jour.
RBT-DUSSEUIL ( Antoine ■ François - Ma-
rins), littérateur français, né le 12 juillet 1800,
à Marseille, où il est mort, le 3 mai 1850. Après
avoir terminé ses études de droit, il fonda en
1821, à Marseille, de concert avec le poëte Méry,
un journal d'opposition. Le Caducée, qui n'eut
qu'une durée éphémère. II prit les armes en juillet
1830, et écrivit sous le nouveau gouvernement
dans les journaux du parti républicain, La Tri-
bune entre autres. Bientôt sa santé s'affaiblit, et
il demeura jusqu'au moment de sa mort en proie
à de continuelles souffrances, qui l'avaient con-
damné à un repos absolu. On a de lui : Résumé
de Vhistoire d'Egypte; Paris, 1826, in-18; —
La Confrérie du Saint-Esprit, roman; Paris,
1829, 5 vol. in-12; — Samuel Bernard et
Jacques Borgarelli, roman; Paris, 1830, 4 vol.
in-12; — La Fin du monde, histoire du temps
présent et des choses à venir ; Paris, 1830,
in-8"; — Le Monde nouveau; Paris, 1831,
in-8° ; suite à l'ouvrage précédent ; — Les trois
Amis, roman; Paris, 1831, in-S"^ ; — Andréa,
roman ; Paris, 1 83 1 , in-8" ; — Le Cloître Saint-
Méry; Paris, 1832, in-80; — Estrella; Paris,
1843, in-8°. Il est l'un des auteurs de L' Angélus,
opéra-comique (1832), et il a travaillé à Y His-
toire de l'expédition des Français en Egypte.
Sarrut et Saint-Edme, Hommes du jour, III, i"« part.
; RETBACo { Marie -Roch- Louis), littéra-
teur et économiste français, né le 15 août 1799,
à Marseille. Fils d'un négociant, il fut destiné à
suivre la môme carrière, et fit dans le Levant
et les mers de l'Amérique plusieurs voyages.
Après avoir acquis une certaine aisance, et
maître de se livrer à ses propres goûts , il vint
en 1823 à Paris, et s'unit au parti libéral pour
combattre la restauration. Après la révolution
de Juillet, il resta dans les rangs de l'opposition
démocratique et fournit des articles, rédigés avec
beaucoup de vivacité, à La Révolution de 1830,
h La Tribune, au Constitutionnel et au Cor-
saire. Ami intime des poètes Méry et Barthé-
lémy, ses compatriotes, qui lui avaient facilité
l'accès du monde littéraire, il travailla, sous le
voile de l'anonyme, aux premiers numéros de
La Némésis et au poëme héroï-comique de La
Dupinade (1831, in-8°), où il raillait l'avéne-
raent de la bourgeoisie. La publication d'une his-
toire abrégée de l'expédition d'Egypte ainsi que
des relations de voyages de Dumont dTJrville et
d'Alcide d'Oi bigny l'occupa pendant plusieurs an-
nées, sans le distraire toutefois de sa collabora-
tion au National , sous le nom de Léon Du-
rocher. En 1836 il commença dans la Revue des
deux mondes une série d'études sur les socia-
listes modernes, et passa successivement en re-
vue, avec une bienveillance marquée, les sys-
tèmes de Robert Owen, de Saint-Simon, deFou-
rier et de Cabet; ces études, à peine réunies en
volume, obtinrent en 1841 de l'Académie fran-
çaise le grand prix Montyon de 5,000 francs.
C'est n l'histoire impartiale et piquante , dis>ait
alors M. Villemain, de ces plans de société et de
religion nouvelle que nous avons vus passer près
de nous, comme un spectacle «.Mieux édifié, l'au-
teur infligea plus tard (édit. de 1848 des Études)
un blâme sévère à ces réformateurs qu'il se re-
pentait d'avoir traitésd'iine façon si iiidulgente, et
les dénonça comme « destructeurs de tout prin-
cipe social «.Cet ouvrage, accueilli du reste avec
empressement, n'en est pas moins encore le meil-
leur titredeM. Louis Reybaud à l'honneur d'avoir
été appelé en 1850 à siéger dans l'Académie des
sciences morales et politiques. Une autre pro-
duction, qui date de la même époque, n'a valu
que des éloges à M. Reybaud; nous voulons par-
ler de Jérôme Paturot à la recherche d'une
position sociale , où il a su, dans un cadre in-
génieux , offrir une peinture amusante et fidèle
des mœurs françaises après la révolution de
Juillet. Cependant il avait rompu avec le parti de
l'opposition, et ce ne fut pas sans surprise
qu'on vit le spirituel adversaire du gouverne-
ment se présenter avec l'appui du ministère aux
élections générales de 1346. H l'emporta aisé-
ment dans sa ville natale sur M. de Surian, dé-
puté de la gauche, et soutint de son vote la po-
litique conservatrice. La révolution de Février
acheva, suivant son expression , de lui dessiller
les yeux. Il fit partie, comme représentant
des Bouches-du-Rliône, des deux assemblées
républicaines; mais il se tint à l'écart, et vota
en général avec le parti de l'ordre. Après le
coup d'État , il figura sur les listes de la com-
mission consultative. Depuis cette époque il est
rentré dans la vie privée. Ses principaux ou-
vrages sont : La Syrie , l'Egypte , la Pales-
tine et la Judée; Paris, 1835 et ann. suiv.,
in-4°, fig., en société avec le baron Taylor ; —
Études sur les réformateurs ou socialistes
modernes; Paris, 18 iO- 1843, 2 vol. in-8°;
C* édit, 1847, 2 vol. in-18 : elles contiennent,
outre l'esquisse de la vie et des doctrines des
quatre novateurs modernes , l'histoire des socié-
tés au point de vue moral, religieux et industriel,
75 REYBAT3D -
l'exposé de l'origine et de la filiation des utopies
sociales dans l'ordre des théories et dans l'ordre
des faits, et une bibliographie des écrits socia-
listes anciens et nouveaux ; — La Polynésie et
les îles Marquises, avec un voyage en Abys-
sinie; Paris, 1843, in-8"; — Jérôme Pâtu-
rât à la recherche d'une position sociale;
Paris, 1843, 3 vol. in-8°; 1845-1846, gr. in-8°,
avec des dessins de Grandville; plus. édit. in-18
etin-16 : cet ouvrage avait d'abord paru dans le
feuilleton du National; l'auteur, en y donnant
une suite, sous le titre de Jérôme Paturot à !a
recherche de la meilleure des républiques
(Paris, 1848, 4 vol. in-18), a en vain essayé de
renouveler le succès de ses premières critiques ;
— L'Industrie en Europe; Paris, 1856, iu-8o.
M. Louis Reybaud a dirigé de 1830 àl836r/7w-
toire scientifique et militaire de l'expédition
française en Egypte (10 vol. in- 8° et 2 vol.
d'atlas in-4''); sa principale part dans cet ou-
vrage est la rédaction particulière de l'expédi-
tion sous Bonaparte, Kleber et Menou (6 vol.
in-8'' ). H a aussi publié depuis 1845 une vingtaine
de romans de mœurs, et il a fourni beaucoup
d'articles à la Revue maritime, à la Revue des
deux mondes , au Dictionnaire de la conver-
sation, au Dictionnaire du commerce, au
Journal des économistes, etc.
Vapereau, Dict. univ- des contemp. — Dict. d'écon.
politique, t. II.
REYHER (Samuel), mathématicien allemand,
né à Schleusingen, le 19 avril 1635, mort à Kiel,
le 22 novembre 1714. Après avoir obtenu le grade
de maître es arts à Leipzig, il se fit recevoir doc-
teur en droit à Leyde, fut nommé en 1665 pro-
fesseur de mathématiques à l'université de Kiel,
et y enseigna depuis 1673 le droit romain; il
était membre de l'Académie de Berlin. Parmi ses
soixante et quelques ouvrages et dissertations,
tous imprimés à Kiel, nous citerons : Miles ma-
thematicus , utilitatem scientiarum mathe-
tnaiicarum in militia ostendens et ex histo-
riis demonstrans ; Kiel, 1666, in-4°; — De
usu matheseos in theologia; 1667-1669, 2 par-
ties, in-40; — Quxsiionesmatheinaticx e sa-
cro codice depromptas ; 1670-1674,2 parties,
in-4o ; — Mathesis Mosaica, seu loca mathe-
matica Pentateuehi explicata; 1679, in-4o;
— Monumenta landgraviorum Thiiringise
et marchionum Misnias descripta; Gotha,
1692, in-fol.; — De natura et jure auditus
etsoni;Kie\, 1694, in-4t>; — Calendariorum
Juliani, Gregoriani et naturalis comparatio;
1701, in-4o; — Historia juris universalis;
Kiel, 1709, in-4°;— Mathesis mosaico-biblica ;
Hambourg, 1714, in-fol. Reyher a aussi traduit
en allemand VExplicatio machinarum de Des-
cartes; Kiel, 1672, in-4^.
Mollcr, Cimbria literata, t. H. - Jocber, Mlgem. Gel.
Lexikon et le Supplément de Rotcrmund. — HIrschIng,
Handbuch.
BEY.'ïio.^ii) (Henri), prélat français, né à
Vienne (Dauphiné), le 21 novembre 1737, mort
REYMOND
76 I
à Dijon, le 20 février 1820. Il fit ses études au •
collège des jésuites de sa ville natale, et prit ses i
degrés en théologie dans l'université de Va-
lence. Dès qu'il eut été ordonné prêtre, il devint
vicaire de Saint-Georges à Vienne ; il professa i
ia philosophie au collège de cette ville lors de •
l'expulsion des Jésuites. Nommé peu d'années ■
après curé de Saint-Georges par l'archevêque
de Vienne, en concurrence avec un autre prêtre,
désigné par le chapitre noble de Saint-Pierre ,
Reymond eut à soutenir divers procès, qu'il
gagna ; mais les écrits qu'il publia alors le mi-
rent en opposition avec le haut clergé. Ayant em-
brassé à l'époque de la révolution les idées
nouvelles, il fut élu en 1792 second évêque de
l'Isère et sacré à Grenoble, le 15 janvier 1793;
Pendant la terreur il résista à toutes les de-
mandes qu'on lui fit de ses lettres de prêtrise,
fut arrêté^ par suite de sa fermeté à cet égard,
et ne fut élargi qu'après onze mois et demi de
détention. Après avoir passé quinze mois à
Gerbay au milieu de sa famille, Reymond donna
son adhésion aux encycliques des constitution-
nels, assista au concile de 1797, dont il fut
chargé de publier les actes , fit quelquefois partie
de l'association des réunis , et donna sa démis-
sion en 1801. Nommé, le 9 avril 1802, à l'é-
vêché de Dijon, il signa la formule de rétracta-
lion demandée par le pape, et dès la première
année parvint à rouvrir un séminaire et à doter
convenablement sa cathédrale, dont la pénurie
était telle qu'elle ne possédait pas même un ca-
lice d'argent. Baron en 1808, membre de la Lé-
gion d'honneur, le 15 août 1810, il ne consentit
qu'après quelques délais à faire chanter un Te
Deum à l'occasion du premier retour des Bour-
bons. Le 10 avril 1815, dans une lettre pastorale
suivie d'un post-scriptum tout politique, il féli-
cita la France du rétablissement de l'empire, et
présenta le retour de Napoléon comme un bien-
fait de la Providence. Il assista ensuite à la cé-
rémonie du champ de mai , et signa l'acte ad-
ditionnel. Cette conduite le fit appeler à Paris
après le retour de Louis XVIII, et il ne put
retourner dans son diocèse que le 17 mars
1817. Reymond fit d'énormes sacrifices pour son
diocèse, et pendant l'hiver faisait chaque diman-
che distribuer quatre cents kilogrammes de
pain aux pauvres de sa ville épiscopale. Les
principaux écrits de ce prélat sont : Droits des
curés et des paroisses considérés sous leur
double rapport, spirituel et temporel; Paris,
1776, in-8°; Paris ( Nancy), 1780, in-8°; Cons-
tance, 1791, 3 vol. in-12 : ouvrage qui avait
été supprimé par arrêt du parlement de Gre-
noble; — Droits des pauvres; Paris, 1781,
JQ.go; — Mémoire à consulter pour les curés
à portion congrue du Dauphiné; 1780, in-S";
— Observations sur l'enseignement élémen-
taire de la religion; 1804, in-8' ; — un Mé-
moire justificatif de sa vie, imprimé dans le
tome l'v' de la Chronique religieuse. H. F.
77
REYMOND ~ REYNAUD
78
MahuI, annuaire nécrolog., 1820. — Feiler, Dict. liist.
— L'Ami de la Religion, 18S0.
RET!V ( Jean de ) , peintre français , né en
1610, à Diinkerque, où il est mort, le 20 mai 1678.
I II fut élève de van Dyck, le suivit en Angleterre,
et après la mort de ce grand artiste revint en
France (1641). Le maréchal de Gramont, ap-
préciant son mérite, l'attira à Paris, et l'ayant logé
dans son hôtel voulut le faire connaître. Mais il
ne réussit pas à vaincre la timidité de son pro-
tégé. Celui-ci quitta Paris sans rien dire, et re-
tourna dans sa ville natale, où il mourut, après
avoir fait des portraits et différents travaux pour
les églises de cette ville. « Si Jean Reyn est peu
connu, dit Fontenai, c'est que ses ouvrages sont
B presque toujours pris pour ceux de son maître.
' Personne ne l'a approché de plus près et per-
sonne ne l'a mieux égalé en mérite. »
Fonten.ll, Dict- des artistes. — Descamps , fies des
peintre.s flamands.
RETNA ( Cassiodore de ) , hébraïsant espa-
gnol, né à Séville, mort le 15 mars 1594, à Franc-
fort. Ce qu'on sait de sa vie se réduit à peu de
chose. Il avait embrassé l'état ecclésiastique,
mais il y renonça en quittant son pays, et s'é-
tablit à Francfort, où pendant quelque temps il
s'occupadu commerce des soieries. On le retrouve
ensuite à Londres desservant une congrégation
française. De là il passa à Anvers, et revint à
Francfort; il y acquiesça alors ouvertement à la
Confession d'Augsbourg. Il y a lieu de croire
qu'il était à Bâle lorsqu'on y imprima sa version
de la Bible en espagnol ; il se cacha à la fin d'une
préface, qui est en latiil, sous les initiales C. R.,
et affecta de paraître catholique pour arriver
plus sûrement à un plus grand nombre de lec-
teurs. Sa version a pour titre : La Biblia, que
es los sacros libros del V. y N. Testamento ,
irusladada en espanol (Bâle, 1569, in-4o);
bien que tiré à 2,600 exemplaires, elle devint
bientôt si rare que Gaffarel, qui la vendit à Car-
cavi pour la bibliothèque du roi de France, lui
fit accroire que c'était une ancienne Bible des
juifs espagnols. D'après Richard Simon, le tra-
ducteur s'est proposé d'assez bonnes règles, et
il les a souvent suivies; mais loin d'avoir eu
recours au texte hébreu, comme il le prétend ,
il n'aurait vu l'original que dans la version latine
de Pagnini. Cyprien de Valera a donné une
nouvelle édition de cette Bible; Amsterdam,
1696, in-8°. On a encore de Reyna : Annota-
tiones in loca selectiora Evangelii Joannis
(Francfort, 1573, in-4°). P.
Antonio , Blbl. nova hispana. — Lelong, Bibl. sacra,
p. 363. — R. Simon, Hist. critique des versions du If, T.,
p. 496-592.
RETNAUD (Antoine-André-Louis, baron),
mathématicien français, né le 12 septembre 1771,
à Paris, où il est mort, le 24 février 1844. Élevé
sous la direction de son père, avocat distingué
du parlement de Paris, il s'adonna dans sa jeu-
nesse à la littérature dramatique, et fit même
jouer en 1794 sur un théâtre bourgeois une co-
médie de mœurs intitulée Le Séducteur cofrigé.
Il accueillit avec enthousiasme les principes de
la liberté, et entra en 1790 dans le bataillon de
la garde nationale de Paris dénommé ( à raison
de son territoire, voisin du Pont-Neuf ) batail-
lon de Henri IV. Il y était capitaine à l'époque
de la dissolution de ce corps ( par suite du 10 août
1792). Il aurait voulu suivre la carrière militaire;
mai8,soumis aux volontés de sa famille, il entra
dans les buraux de la comptabilité nationale
(1792). En secret, et à rinsudesonpère,il étudiait
seul les mathématiques. Admis en 1796 à l'École
polytechnique, il en sortit le premier de la pro-
motion dans les ponts et chaussées (1798), et
obtint la faveur d'y passer une troisième année
en qualité de chef de brigade. Après avoir pro-
fessé gratuitement à l'École polymathique (1800)
ainsi qu'au Lycée, il rentra dans l'École poly-
technique, et y enseigna successivement comme
répétiteur lanalyse, la mécanique, et le calcul
différentiel et intégral. En 1806 il fut chargé de
l'organisation du cadastre, et refusa la place
d'inspecteur général de cette branche d'adminis-
tration, afin de rester à l'École polytechnique,
où il fut alors nommé examinateur pour l'ad-
mission, fonctions qu'il a remplies avec une
scrupuleuse probité depuis 1807 jusqu'en J837.
De 1810 à 1814 il occupa la chaire de mathé-
matiques spéciales au lycée Louis-le-Grand. Sous
ia restauration , à laquelle il se montra fort at-
taché , il reçut entre autres distinctions la croix
de la Légion d'honneur (1814), le cordon de Saint-
Michel (1819), le titre de baron (1823), etc. 11
devint en outre examinateur à l'école de Saint-
Cyr (1817), à l'école navale (1824), et à l'école
forestière, qu'il organisa en 1824, et inspecteur
des études des pages du roi (1825). Reynaud
obtint en 1837 le rang d'officier dans la Légion
d'honne4jr. Les ouvrages (1) de ce savant, re-
commandables par l'ordre et la clarté, ont été
pendant longtemps réputés classiques dans l'en-
seignement des écoles du gouvernement; nous
citerons : Traité d'algèbre; Paris, 1800, in-S";
8* édit., 1830; — Fragments sur l'algèbre et
la trigonométrie; Paris, 1801,in-8°;— Traité
d'arithmétique; Paris, 1804, in-S", pi. ;24*'
édit., 1846 : destiné aux aspirants aux Écoles
polytechnique navale, militaire et forestière; —
un second Traité d'arithmétique (Paris, 1805,
in-8° ; 23^ édit., 1842), est à l'usage des candi-
dats aux écoles polytechnique et militaire; —
Trigonométrie analytique ; Paris, 1806, in-18;
— Traité de trigonométrie rectiligne, à la
tôtc du Manuel de l'ingénieur de Pommier
(I) « Ses travaux scientifiques, lit-on dans la notice que
MM. Sarrut et Salnt-Edme lui ont consacrée, n,o l'ont
pas empôctié de se livrer avec succès aux arts d'agré-
ment et aux exercices du corps : Il a été très-fort dans
le dessin, la musique, la danse, l'escrime, l'équltatlon et
la natation. Les Journaux ont parlé dans le temps d'un
pari qu'il a gagné à Marseille en se rendant à la nage de
la sorUe du port au château d'il ( il mit trots heures i
faire ce trajet). »
1
79 REYNAUD
( Paris, 1808, in-4o ), et réimpr. avec beaucoup
d'additions eu 1818, in-18; — Théorèmes et
problèmes de géométrie, suivis de la théorie
des plans; Paris, 1812, in-8°; 10* édit., 1838;
Traité d'application de l'algèbre à la
géométrie et à la trigonométrie; Paris, 1819,
in-8° ; — ( avec Duliamei ) Problèmes et dé-
veloppements sur diverses parties des ma-
thématiques; Paris, 1823, in-8% pi. ; — Traité
élémentaire de mathématiques et de phy-
sique; Paris, 1824, in-S", pi.; 3e édit., revue et
et augmentée, 1836-1845, 2 vol. in-8°, pi.; —
Table de logarithmes à sept décimales ; Paris ,
1829, in-12; — ( avec Nicollet) Cours de ma-
thématiques ; Pans, 1830, 2 vol. in-8°, pi.; —
Petit traité élémentaire d'arithmétique;
Paris, 1835, in-12; — Traité de statistique;
Paris, 1838, in-8°. Plusieurs de ces ouvrages ont
été traduits en russe et choisis par le Isar Ni-
colas pour l'instruction publique en Russie et en
Pologne. Reynaud a donné de nouvelles éditions
de V Arithmétique de Bezout, et il annoté la
Géométrie et V Algèbre du même auteur.
G. Sarrut et Salnt-Edme. Biogr. des hommes du jour,
III, 2» partie, p. 156-161. — Quérard, La France littèr,
* RETNAUD (/ean), philosophe français, né en
1806, à Lyon. Devenu de bonne heure orphelin,
il eut pour tuteur son parent, Merlin ( de Thion-
ville ), qui lui fit commencer ses éludes au collège
de cette ville; en 1824, il entra l'un des premiers
à l'École polytechnique, et compléta son instruc-
tion dans le corps des mines, par des voyages
en Allemagne, et en suivant les cours supérieurs
des facultés de Pajis. Nommé, au commence-
ment de 1830, ingénieur des mines, il fit, dans
la même année, une exploration géologique des
îles de Corse et de Sardaigne , sujet d'un tra-
vail qui ouvre la série des Mémoires de la So-
ciété géologique. Il quitta bientôt le service de
l'État pour prendre une part active à la propa-
gation des idées d'association industrielle et de
perfectibilité qui surgirent après la révolution
de Juillet. Il avait été frappé de la profondeur
de cette devise : « Amélioration sous le rapport
physique, intellectuel et moral de la classe la
plus pauvre et la plus nombreuse », opposée
alors à l'école libérale par une école plus exempte
de toute imitation anglaise, celle de Saint-Simon.
C'est pour soutenir ce mouvement que M. J. Rey-
naud revint à Paris, dans les premiers mois de
1831. Mais il s'aperçut bientôt de l'incapacité
de ceux qui le dirigeaient et des mauvaises ten-
dances qui commençaient à s'y mêler. Il se rendit
alors dans les départements pour enseigner à
sa guise les idées nouvelles, et revint à Paris
en septembre de la même année, et cessa tout
rapport avec l'association saint-simonienne de-
puis qu'elle avait établi son siège à Ménilraon-
tant. Sa rupture publique avait été amenée par
une divergence complète de ses idées avec celles
de M. Enfantin , que M. Reynaud combattait en
affirmant la coexistence des principes d'autorité
80
et des principes de liberté et leur harmonie par •
l'association, et en opposant le spiritualisme au .
[ panthéisme saint-simonien. Il développa ces di-
vers points de doctrine dans une série d'articles
publiés par la Revue encyclopédique , dont la
propriété venait d'être acquise par M. Hipp.
Carnot. Sous le règne de Louis-Philippe, M. Rey-
naud s'était séparé des républicains d'alors sur
les questions de politique du jour. Il pensait que
le moment du triomphe effectif de la république
n'était pas venu, et que ce n'était point par des
conspirations qu'on devait y travailler, mais par
le libre développement des idées que secondait
si bien le défaut radical des bases du gouver-
nement de Juillet. Dans les procès de la Société
des droits de l'homme, traduite, en 1833, devant
la cour des pairs, il fut appelé à défendre M. Gui-
nard ; il soutint les droits des accusés avec tant
d'énergie qu'il fut envoyé en prison (1). 11 em-
ploya les loisirs de sa captivité à composer un
livre pour l'instruction élémentaire sous le titre
de Minéralogie des gens du monde ( Paris,
1834), réimprimé depuis sous le titre de His-
toire naturelle des minéraux usuels. En
1835, M. Reynaud fonda, en commun avec
M. Pierre Leroux, l'Encyclopédie nouvelle,
que l'on regrette de ne pas voir continuée; il
y consigna les résultats de ses études philoso-
phiques et politiques ( articles Druidisme, Ori-
gène, Pierre, Zoroastre ). 11 s'occupait de ce
grand travail , en môme temps que d'une colla-
boration active ( anonyme ) au Magasin pitto-
resque ( articles concernant la diffusion des con-
naissances scientifiques), lorsque la révolution
de Février vint le jeter dans l'arène politique. Le
département de la Moselle, où il avait été
élevé et où le recommandait le souvenir de:
son tuteur, l'envoya spontanément à l'Assem-
blée nationale, et il entra, en avril 1848, comme
sous-secrétaire d'État au ministère de linstruc-
tion publique, occupé par M. Carnot. Président
de la commission des études scientifiques et lit-
téraires, il s'occupa activement de l'instruction
primaire, et créa une école d'administration,
destinée à faire pour les sciences politiques et
sociales ce qu'avait fait pour les sciences phy-
siques et mathématiques l'École polytechnique.
M. Reynaud allait professer le droit politique,,
lorsque cette école fut supprimée sur un rapport l
de M. Dumas à l'Assemblée législative. Il se fit I
moins remarquer à la tribune que dans les tra-
vaux des commissions où il siégeait. On a de lui
de nombreux rapports et projets de loi , consi-
gnés dans Le Moniteur. Il fit partie du conseil I
d'État, nommé par l'Assemblée constituante eni
mars 1849. Quelque temps après, le sort le com-
prit dans la moitié sortante, et il fut rendu à tai
(i) Son nom avait été, en son absence et à son Insu, ,
apposé au bas d'une ieUre signée par tous les défen-
.seurs, lettre que la cour des pairs avait Juyée Injurieuse.'
Bien que M. Raynaud ne l'eût pas signée, il en accepta"
la responsabilité.
i\ kf
REYNAUD — REYNIER
82
i k'Ic privée. II reprit alors ses travaux philoso-
1 Niiques, et publia, en 1854, Ciel et Terre, livre
i' i ;ui résume les idées que l'auteur avait déve-
i» I oppées dans divers articles de V Encyclopédie
!■ 'nouvelle. Ce livre eut un grand succès, at-
à [lesté par trois éditions rapidement épuisées : il fut
ti|| Condamné par un concile réuni à Périgueux;
ijij 'auteur donne dans la 3^ édition sa Réponse à
ï [36 concile. M. Reynaud a aussi publié un choix
Jes papiers (lettres) laissés par Merlin de Thion-
ville, précédé d'une Vie de ce célèbre conven-
tionnel (Paris, 1861, in-8°). X.
Documents particuliers.
RETNEAC (Charles-René), géomètre fran-
çais, né en 1656, à Brissac (Anjou), mort le
'24 février 1728, à Paris. 11 était fils d'un chirur-
gien. A l'âge de vingt ans, il entra dans la con-
grégation de l'Oratoire ; mais au lieu d'y passer
quelque temps, ainsi qu'il l'avait projeté , pour
se former à la piété et à la bonne littérature, il
crut, après de mûres réflexions, ne pouvoir
mieux faire que de s'y attacher pour toujours.
Il professa d'abord la philosophie à Toulon et à
Pézenas, puis il fut appelé à Angers pour y oc-
cuper la chaire de mathématiques ( 1683) ; il fut
si goûté que l'académie de cette ville, nouvelle-
ment fondée, se l'associa en 1694, honneur
qu'elle ne fit plus à aucun membre de congréga-
tion. En 1705 il résigna sa chaire, et s'établit à
Paris; il fut élu en 1716 associé libre de l'Aca-
démie des sciences. « Sa vie, dit Fontenelle, a été
la plus simple et la plus uniforme : l'élude, la
prière, deux ouvrages de mathématiques, en
sont tous les événements. Il se tenait fort à l'é-
cart de toute affaire, encore plus de toute in-
trigue, et il comptait pour beaucoup cet avan-
tage, si précieux et si peu recherché, de n'être
de rien. » Le P. Reyneau, qui s'était passionné
pour la philosophie de Descartes, adopta en-
suite toutes les vues de Malebranche , avec le-
quel il était lié d'amitié. On a de lui : L'Ana-
lyse démontrée, ou Manière de résoudre les
problèmes de mathématique; Paris, 1708,
in-4° : c'est un recueil des principales théories
répandues dans les écrits de Descartes, de
Leibniz, de Newton, des Bernoulli, et dans les
mémoires académiques ; il a été réimprimé
(Paris, 1736-1738, 2 vol. in-4°), avec des re-
marques de Varignon ; — La Science du cal-
cul des grandeurs en général, ou Éléments
de mathématiques; Paris, 1714-1735, 2 vol.
in-4°, fig., et 1739, 2 vol. in-4° : cet ouvrage,
selon Montucla, pèche par trop de prolixité; le
t. II de la première édition a été publié par le
P. de Mazières d'après les papiers de l'auteur.
Fonlenelle, Éloges. — Goujet, Éloge du P. Reyneau,
dans la Science du calcul. — Montuila, Hist. des mathé-
mat., Il, 169.
RBTNiE (L\). Voy. La Revkie.
RETNIER ( Augustin-Benoît ), poëte belge,
né le 9 janvier 1759, à Liège, mort le 18 mai
1792, à Cologne. Ses parents lui procurèrent
une éducation soignée; mais il renonça à l'étude
du droit pour se livrer à la culture de la poésie,
et se fitconnaitre par des idylles et des romances
gracieuses insérées dans l'Almanach des Mu-
ses. Il s'associa aux efforts de ses compatriotes
pour secouer le joug de l'Autriche, et fut chargé
par eux de solliciter à Paris l'appui de l'Assem-
blée constituante ( 1790 ). Proscrit par le parti
aristocratique, il se retira à Cologne, et y
mourut, de langueur. Le recueil de ses poésies a
paru à Liège, 1817, in-8'', et en 1 823 avec les opus-
cules de Bassenge et d'Henkart, sous le titre de
Loisirs de trois amis, 2 vol. in-8°.
Becdellèvre-Hamal, Biogr. liégeoise, II.
REYNIER (Jean-Louis- Antoine), naturaliste
suisse, né le 25 juillet 1762, à Lausanne, où il
est mort, le 17 décembre 1824. Issu d'une fa-
mille protestante du Dauphiné qui s'établit à
Lausanne à l'époque de la révocation de l'édit
de Nantes, il était fils d'un médecin, Jean-Fran-
çois Reynier, membre des académies de Mont-
pellier et de Gœttingue, et qui, outre des articles
sur l'agriculture insérés dans V Encyclopédie,
a laissé un traité, Zie Louvel , maladie du bé-
tail (Lausanne, 1762, in-12). Après avoir ter-
miné ses études dans sa ville natale, il s'adonna
plus particulièrement à la botanique et à l'éco-
nomie rurale. Au retour d'un voyage d'instruc-
tion en Hollande et en France , il se maria, et
vint s'établir avec sa famille à Garchy. village
du Nivernais, où il avait acheté une petite pro-
priété. Il s'était fait connaître parla publication
de quelques bons ouvrages lorsqu'en 1798 il
céda aux sollicitations de son frère cadet (roy. ci-
après), qui voulait l'attacher à l'expédition d'E-
gypte, et la rejoignit à bord d'un de ces avisos
destinés au transport des dépêches du gouver-
nement; l'aviso où il se trouvait fut capturé par
les Anglais, qui cependant débarquèrent l'équi-
page et les passagers sur la plage d'Alexandrie,
quelques jours après la sariglante bataille qui y
avait eu Heu. A son arrivée au Caire , Reynier
reçut du général en chef le titre de directeur
des revenus en nature et du mobilier national ;
maintenu dans ces fonctions par Kleber, il les
échangea, sous le commandement de Menou,
contre celles de directeur général des finances.
Il ne retourna en France qu'après la capitula-
tion. Malgré les talents et la probité dont il
avait fait preuve, il partagea la disgrâce dans la-
quelle son frère le généra! était tombé auprès du
premier consul, et revmt exploiter son domaine
de la Nièvre. En 1807 le nouveau roi de Naples,
Joseph , le chargea , en qualité de commissaire
royal, de surveiller l'administration des Calabres
et d'alléger le plus possible les maux que ce
pays avait à souffrir. Sous le gouvernement de
Murât, il fut nommé directeur général des poste»
(!*' août 1808), et ne quitta cette place pendant
quelques mois que pour réorganiser l'adminis-
tration des forêts. A la chute de l'empire il se
retira dans le canton M Vaud, et y occupa jus-
83
REYNIER
84
qu'à sa mort l'emploi d'intendant des postes. Il
avait participé à la fondation de plusieurs socié-
tés ou établissements utiles, et il possédait un
très-riche herbier et une collection de médailles,
dont il a publié en 1818 le catalogue. On a de
Jui : Du feu et de quelques-uns de ses effets ;
Lausanne et Paris, 1787, 1790, in-Sf; —(avec
H. Struve), Mémoires pour servir à Vhistoire
phtisique et naturelle de la Suisse; ibid.,
1788, in-S°; le t. I" seul a paru; —Journal
d'agriculture à l'usage des campagnes ; Pa-
ris, 1790, in -8°; — Le Guide des voyageurs
en Suisse; Paris et Genève, 1791, in-I2; —
Considérations générales sur l'agriculture de
l'Egypte, et Observations sur le palmier dat-
tier et sur sa culture; Paris, s. d. (1803), in-8°;
— Considérations sur les anciens habitants
de l'Egypte; Paris, 1804,in-8°, extr. deXa Dé-
cade philosophique; — Sur les Sphinx qui ac-
compagnent les pyramides d'Egypte; Paris,
1805, in-S" , attribué par erreur au général Rey-
îiier; —De l'Egypte sous la domination des
Romains; Paris, 1807,in-8°; — Précis d'une
collection de médailles antiqties; Genève,
1818, ia-S", pi. ; — De l'Économie publique et
rurale des Celtes, des Germains et d^autres
peuples du nord et du centre de l'Europe;
îbid., 1808, in-S"; il a publié sous le même titre
ce qui concerne les Perses et les Phéniciens
(ibid., 1829, in-8°), les Arabes et les Juifs (1820,
in-8°), les Égyptiens et les Carthaginois (1823,
3n-8''), et les Grecs (1825, in-8") : cette collec-
tion renferme beaucoup de science unie à des
aperçus neufs et originaux. Reynier a traduit de
l'anglais la section Physique expérimentale
dans \' Abrège des Transactions philosophiques
de la Société royale de Londres (1790,2 vol.
in-8°), et il a fourni un grand nombre de mé-
moires, de dissertations, et d'articles dans di-
vers recueils périodiques, tels que Y Encyclopé-
die méthodique , les Mémoires de la Soc. des
se. phys. de Lausanne, \& Journal d'histoire
naturelle de r792, La Décade philosophique,
La Décade égyptienne, Le Courrier du Caire,
\di Revue philosophique (1&05-1806), laFeuille
du canton de Vaud (1816-1824), etc. P. L.
La Harpe, Notice sur L. Reynier ; Lausanne, 1825, In-S".
RETNIER ( Jean-Louis- Ebenezer, comte ) ,
général français, frère du précédent, né le 14 jan-
vier 1771, à Lausanne, mort le 27 février 1814,
à Paris. Son goût le portait vers les sciences
exactes, et il allait entrer dans l'école des ponts
et chaussées à Paris lorsque la révolution fran-
çaise éclata. Partageant l'enthousiasme général,
il s'engagea dans l'artillerie (3 septembre 1792 ).
Peu de temps après il obtint,' à la demande de
son flf*fere, un brevet d'adjoint à l'état-major
dans l'armée du nord , et la campagne de Bel-
gique était à peine entamée qu'il fut nommé ad-
judant général. Sous les ordres de Pichegru il
se distingua à Lille, à Menin,
conduite au passage du
à Courtrai , et sa
Wahal lit concevoir
de lui les plus grandes espérances. A vingt-quatre
ans il était général de brigade ( 13 janvier 1795).
Choisi, malgré sa jeune-sse, pour fixer la dé-
marcation des cantonnements que devaient oc-
cuper les armées belligérantes à l'époque des
préliminaires de la paix (avril 1795), il étonna
les vieux généraux prussiens par la solidité de
ses connaissances. Il passa ensuite à Tarmée
du Rhin, servit de chef d'état-major à Moreau,
et montra autant de bravoure que de sang-froid
dans les batailles de Rastadt et de Biberach,
dans la mémorable retraite de 1796 et au siège
de Kehl. Le 2 novembre 1796 il devint général
de division. Écarté un instant du service par
suite d'une intrigue, l'expédition d'Egypte le re-
mit en activité (1798) . Après avoir contribué à la
prise de Malte, il commanda avec Desaix l'aile
droite à la bataille des Pyramides, soutint le
premier choc des mameloucks, et chargé ensuite
de les poursuivre, il les atteignit à Salahieh,
les battit et les rejeta dans le désert. Il occupa
la province deCharkieh, et parvint, par un mé-
lange de sévérité et de clémence, à se faire aimer
d'un peuple à moitié barbare. Dans l'expédition
de Syrie il forma l'avant-garde, dispersa un corps
de vingt raille Turcs et leur enleva un convoi
de subsistances destiné à ravitailler le fort d'El-
Arisch. Cet heureux fait d'armes sauva l'armée
des horreurs de la famine. Sous les murs d'Acre,
il eut le commandement du siège pendant que
Bonaparte se portait sur le mont Thabor. Rappelé
au Caire par Kleber, il fixa la victoire à Héliopolis
(20 novembre 1800) entaillant en pièces les janis-
saires retranchés dans levillagedeMatarieh. L'as-
sassinat de Kleber fit passer le gouvernement de
l'Egypte entre les mains de l'indolent Menou. Rey-
nier, qui avait déjà à se plaindre de lui, critiqua..
ses plans et sa conduite ; cette rivalité ne fit qu'ai- •
grir les deux généraux l'un contre l'autre, et après <
la défaite d'Alexandrie ( 21 mars 1801), causée
,_: partie par ces funestes divisions , Reynier
fut arrêté par ordre de Menou et renvoyé en
France. Froidement accueilli par Bonaparte , il
en appela à l'opinion publique, et exposa nette-
ment les faits dans un mémoire , qui eut le plus
grand succès et qui fut saisi. En même temps ili
reçut l'ordre de se retirer dans la Nièvre, où il I
avait quelques propriétés, et Menou, qu'il avait i
dénoncé comme le véritable auteur de la perte de
l'Egypte, fut comblé d'honneurs et de richesses.
La mort du général d'Estaing, qu'il avait tué
en duel, servit de prétexte à cette disgrâce;,
mais, comme on l'a remarqué, le motif réel était 1
d'avoir servi sous Moreau, ce qui n'était pas un i
titre de recommandation alors. Rapp intercéda i
vainement pour lui; il en conçut du dépit, et le
laissa voir dans une lettre qu'il écrivait à Rey-
nier. La lettre interceptée fut mise sous les yeu.K
de l'empereur, qui manda son aide de camp.
« Pouvez-vous écrire de pareilles horreurs à mes
ennemis.!' » s'écria-t-il en s'élançant vers lui \
u comme un furieux ».
85 REYNlEll -
Après plus d'une année d'exil, Reynier fat
attaché à l'armée d'Italie (1805) : il eut la prin-
cipale part à la victoire de Castel-Franco et à
la conquête du royaume de Naples. Napoléon
le nomma grand officier de la Légion d'honneur
comme marque de sa satisfaction, et dans ses
lettres à Joseph il lui conseillait de se l'attacher
» comme le plus capable de faire un bon plan de
campagne et de donner un bon conseil ». Pen-
dant qu'il occupait les Calabres et qu'il préparait
en secret la conquête de la Sicile, huit mille
Anglais débarquèrent dans le golfe de Sainte-Eu-
phémie. Malgré l'infériorité des forces, il alla
au-devant d'eux, et fut repoussé ( 4 juillet t806).
« Cet insuccès, dit M. Thiers, provoqua le soulè-
vement des Calabres sur les derrières des Fran-
çais. Reynier eut des combats acharnés à sou-
tenir pour réunir ses détachements épars, vit
ses malades , ses blessés lâchement assassinés
sans pouvoir les secourir, et fut obligé, pour se
faire jour, de brûler des villages et de passer
des populations insurgées au fil de l'épée. Du
reste il se conduisit avec énergie et célérité, et sut
se maintenir au milieu d'un effroyable in-
cendie. » Les Anglais se rembarquèrent, et la ré-
bellion s'apaisa. La défaite du prince de Hesse-
Philipstadt à Mileto (28 mai 1807), la prise de
Reggio et de Scylla achevèrent la soumission
du pays. Reynier venait de résigner son com-
mandement lorsqu'il reçut du roi Murât le porte-
feuille de la guerre à Naples (août 1808). A
peine installé, il fut appelé à la grande armée, et
assista à la bataille de Wagram. Puis il se rendit
en Espagne , se couvrit de gloire à Busaco, et
rendit d'éminents services pendant l'évacuation
du Portugal. En 1812 il fut mis à la tête du sep-
tième corps, qui resta en Pologne. Dans la cam-
pagne suivante, il se signala à Bautzen, marcha
sur Berlin après la rupture de l'armistice, et
empêcha à Dennewitz, par l'habileté de ses ma-
nœuvres, la destruction de l'armée. La bataille
de Leipzig marqua le terme de sa carrière mili-
taire. Fait prisonnier avec les débris de sa divi-
sion, il obtint son échange, et rentra en France,
où il succomba à de violents accès de goutte.
Reynier était d'un caractère froid, mais accom-
pagné d'une grande douceur; il se faisait aimer
des soldats et des habitants. En Allemagne il
avait laissé la réputation la plus honorable. L'en-
voyé du margrave de Bade lui ayant proposé de
diminuer d'un million la contribution exigée de
€e pays et de recevoir pour lui cent mille flo-
rins eut ordre de quitter sur-le-champ le ter-
ritoire occupé par l'armée française. C'était un
des officiers les plus instruits de l'empire, et il
fut un des moins bien récompensés. Dans le
Mémorial de Sainte- Hélène, Napoléon lui re-
proche de ne pas savoir « dominer et conduire
les hommes ». En Egypte comme en Calabre
il avait mérité le beau surnom de Juste. Il avait
€té créé comte de l'empire le 30 décembre 1809.
On a du général Reynier : Idées sur le sys-
REYJNOLDS
86
tème militaire qui convient à la république
française; Paris. 1798, in-S" ; — De V Egypte
après la bataille d' Héliopolis ; Paris, 1802,
in-S"; trad. en allemand et en anglais et réimp.
en 1827 sous le titre de Mémoires du comte .
Reynier. P. L.
.lay, Jouy et de Norvins, Biogr. nouv. des contemp.
— Llévyns et Verdot , Fastes de la Lëgion d'honneur. —
Thiers, Hist. de la révoliUion, et Hist. du consulat et
de l'empire. — Mémoires du roi Joseph: — Haag frères,
La France protestante.
RETNiÈRE (La). Voy. Grimod.
KETNOLDSou RAiNOLDS ( John), théolo-
gien anglais, né en 1549, à Pur les lettres, il ne cessa de s'en occuper au
milieu des camps, et rapporta de ses voyages et
de ses recherches dans les bibliothèques d'Es-
pagne et d'Italie une foule de matériaux pour une
nouvelle édition de V Histoire naturelle de Pline.
Quelques écrits qu'il avait publiés, entre autres
un mémoire où il réfute les anecdotes injurieuses
que certains historiens rapportent sur la jeu-
nesse du pape Clément XI ( Côme 1742 ), et un
poëme en vers latins sur la prise de Minorque
( 1757), lui avaient ouvert la porte de plusieurs
académies. Nommé à son retour en Italie cham-
bellan du duc de Parme, il ne s'occupa dé.sormais
que de la publication de ses recherches sur
Pline. Cet important ouvrage resta cependant
inachevé; il a pour titre : Disquisitiones pli-
nianse.
Rezzonico DELLA Torre (Charles-Gaston,
comte), littérateur, fils du précédent, né à Côme,
le 11 août 1742, mort à Naples, le 23 juin 1796.
D'abord page du roi de Naples, il revint ensuite
à Parme, et parvint rapidement au grade de
colonel. La littérature fut sa principale occupa-
tion. En 1769 il remplaça comme secrétaire per-
pétuel de l'Académie desbeaux-arls le poète Fru-
goni, son ami, qui lui laissa tous ses manuscrits,
et dont il publia les œuvres dans une magnifique
mais trop complète édition. Membre de l'aca-
démie de Berlin en 1773, il reçut quelque
temps après des marques d'estime et d'amitié
du grand-duc Paul, depuis empereur de Russie.
A la mort de son père, il parcourut la France,
l'Allemagne et l'Angleterre, et se mit en relation
avec les esprits les plus distingués de l'Europe.
Il connut Frédéric II, Voltaire et le célèbre Ca
gliostro, qui l'aurait, a-t-on dit , initié à la secte
des illuminés. Tel fut du moins le motif de la
perle de tous ses emplois. 11 se retira d'abord à
Rome, près du cardinal et du sénateur Rezzo-
nico, ses cousins, et ensuite à Naples, où il
mourut, de chagrin. Ce ne fut qu'en 1795 que
se dissipèrent les soupçons qui pesaient sur lui.
En 1772 il avait publié ses Discours académi-
ques, et un volume de Poésies en 1773. Ses œu-
vres complètes parurent en 1833; elles com-
prennent, outre les ouvrages précités, des com-
positions dramatiques, des lettres, des relations
de voyages, une traduction de la Batrachomyo-
machie et le poëme sur La Ruine de Côme
(Eccidio di Como), qui passe pour son chef-
d'tjeuvre. S. R.
Lombard!, Storia délia lett. étal, nel XFIll secolo,
ill.— Txpalûo , Diogr. degli Italiani illustri, tom. I.
— G.-B. Giovio. Délia Viia di G. Rezzonico ; Côme,
1802.
REZZONICO ( Carlo ). Voy. Clément XIII.
* RHANGABÉ ['Pa.y-{i6riz](Alexandre-Bizo), ,
archéologue et homme d'État grec , né en jan-
vier 1810, à Constantinople , d'une famille pha-
nariote , est fils du savant auteur des Helléni-
ques (Ta iXXïiviy.à), Jean-Rizo Rhangabé, mort
en 1855, à Athènes. Après avoir complété ses
études à l'université , puis à l'école militaire
de Munich , il servit comme officier d'artillerie
dans l'armée bavaroise. En 1831 il passa en
Grèce, et il entra en qualité de conseiller (chef
de division ) au ministère de l'instruction publique
( 1832-1841 ). Directeur de l'imprimerie royale
en 1341, et conseiller au ministère de l'intérieur
en 1842, il fut, au commencement de 1844,
éloigné du service comme non indigène, à la suite
de la loi sur les autochthones et les hétéro-
chthones. En 1845 néanmoins il fut nommé
professeur d'archéologie à l'université d'Athènes,
poste pour lequel le désignaient depuis longtemps
les travaux antérieurs et la connaissance qu'il
avait acquise des antiquités de la Grèce. Secré-
taire de la Société d'archéologie d'Athènes dès
(837, il avait publié en 1842 le premier volume
de ses Antiquités helléniques, dédié à Thiersch.
En 1854, il entreprit, de concert avec le doc-
teur Bursian , dans les ruines du temple de Juuon,
près d'Argos , des fouilles qui eurent pour ré-
sultat de mettre à découvert tout l'emplacement
de cet ancien édifice, ainsi qu'un grand nombre
de statues et de bas-reliefs en marbre de Paros,
mais qui malheureusement n'existaient plus qu'à
l'état de débris. En 1856, M. Rhangabé entra
comme ministre des affaires étrangères dans le
cabinet présidé par Boulgaris , et plus tard par
Miaoulis , sans toutefois discontinuer son cours
à l'université. Au mois d'août 1657, il publia,
sous forme de note adressée aux représentants de <
Ja Grèce à l'étranger, un long mémoire, repro-
duit dans Le Moniteur grec et destiné à justi-
fier la cour et le ministère des attaques dirigées <
contre eux , en présentant l'état des affaires en •
)3 RHANGABÉ
lièce sous le jour le plus favorable. Certains
)assiis;es où, sous l'influence fie l'Autriche, l'au-
ciir s'élait laissé aller à des récriminations peu
nesiirées contre les partis, provoquèrent de vives
éclainations au sein du sénat, et contraignirent
ii^ ministre à des explications qui diminuèrent
on autorité sans le rendre plus populaire. De-
uis sa sortie du ministère (juin 1859), M. Rhan-
,,il)é a cessé de prendre une part active à la po-
itiqiie, pour se vouer uniquemeut à ses éludes
( ientifiquesetauxsoinsdeson enseignement. Ses
uvrases présentent, par leur nombre comme
ai leur diversité, un spécimen curieux de l'état
|ctiii-l de la littérature en Grèce. Érudit, gram-
fiaiiicn, romancier, poète, historien, il aborde
3US les sujets, comme il môle tous les genres,
t l'on voit, non sans quelque étonnement, en
arcourant la liste de sesouvrages, des traductions
u Capitaine Pamphile d'Alexandre Dumas et
es Chevaliers du Firmament de Paul Féval.
lous nous bornerons à indiquer les principaux ;
'oésies diverses; Athènes, 1837, 3 vol., conte-
ant deux drames , Phrosyne et La Vieille , un
oëuie à la manière de lord Byron, Vhivpos-
nir, et des poésies fugitives en grec, en alle-
land et en français ; — Contes et nouvelles ;
M., 1843, 3 vol. ; — Le Mariage de Coutrouli
Toù KouTpouXï) ô Yà(x.o(; ), comédie en vers, d'a-
près un procédé nouveau de versiflcation , qui
upprime la rime, et suit les règles de l'ancienne
nétrique , en remplaçant la quantité par l'accent
onique; — Antiquités helléniques, ou Ré-
pertoire d'inscriptions et d'autres antiquités
'écouvertes depuis l'affranchissement de la
}rèce; Athènes, 1842-1855, 2 vol. in-4° (en
ançais). Ce recueil, l'œuvrecapitale deM. Rhan-
abé comme archéologue , comprend 2,490 nu-
méros, dont les sujets ont été classés par l'au-
îur en huit catégories : décrets politiques, actes
oncernant des constcuctions publiques, actes
oncernant le culte , inventaires d'effets sacrés ,
iscriptions votives, épitaphes, etc. ; — Tournée
rchéologique en Arcadie et dans l'Eubée
xéridlonale ( en français ). M. Rhangabé a col-
iboré à un grand nombre de revues politiques
a littéraires , tels que Le Spectateur d'Orient,
Euterpe, la Pandore, etc. 11 est correspon-
ant de l'Institut de France ( Académie des ins-
riptions). A. Umciw.
Docum. partie.
RHAZÈs. Voy. Razi.
RHÉAL. Voy. Cesena.
RHEEDE {Henri- Adrien Draakenstein vam ),
dmiiiistrateur et botaniste hollandais, né vers
660, dans la province d'Utrecht, mort en 1699.
}!uoique d'une des plus riches familles néerlan-
aises , il entra dès l'âge de quatorze ans, comme
ovice, dans la marine militaire; et ce ne fut que
ar son mérite et sa bravoure qu'il devint chef
'escadie, puis gouverneur des établissements
ollandais dans l'Inde. En remplissant ses fonç-
ons de marin, de militaire et de diplomate, il
— RHEITA 94
n'avait négligé aucune occasion de s'instruire
dans l'histoire naturelle, et sa patrie lui dut l'im-
portation d'une grande quantité de plantes utiles
ou agréables. Il fixa sa résidence à Cochin, et
en 1673 y attira le P. Matthieu de Saint-Jo-
seph, carme napolitain, qui depuis plus de
trente années avait recueilli ce que le règne vé-
gétal des vastes contrées qu'il avait parcourues
lui avait présenté de plus remarquable. Recon-
naissant que les dessins du P. Matthieu étaient
inexacts et la plupart de ses descriptions erro-
nées, il n'en conserva que ce qu'il put affirmer lui-
méme,ets'adjoignit un jeune ministre protestant,
Jean Casearius. Ami d'Arnold Syen , de G. ten
Rhyne et de JeanCommelin,cefutavec]eurcon-
cours qu'il lit paraître son magnifique ouvrage :
Hortus Indiens Malabaricus, terminé après sa
mort et suivi d'une FZora Malabarica ; Amster-
dam, 1670-1703 : ensemble 13 vol. avec planches.
Du Boys, Hist. des gouverneurs des Indes, p. 412.
RHEITA ( Antoine-Marie Schyrle de ), as-
tronome allemand, né vers 1597, en Bohême,
mort en 1660, à Ravenne. Il entra dans l'ordre
des capucins, et acquit quelque réputation par
son talent pour la chaire. L'archevêque de Trêves
le choisit pour confesseur et lui confia différentes
affaires , dont il se lira avec beaucoup d'habi-
leté. Il fut appelé en Italie par le supérieur gé-
néral de son ordre. Porté par goftt vers l'étude
des mathématiques et de l'astronomie , il fit des
découvertes qui lui ont mérité une place hono-
rable dans l'histoire de ces sciences. Ainsi il
construisit le premier la lunette astronomique
imaginée par Kepler, et à peu près telle qu'elle a
été depuis en usage. Après avoir décrit , dans
VOculus Enoch et Elise, le télescope à trois
verres dont le P. Scheiner paraît avoir eu la
première idée, « il en annonça un autre, dit Mon-
tucla, sous des lettres transposées qu'il expliqua
dans la suite : leur sens est que quatre verres
convexes redressent mieux les objets, et que de
ces quatre verres trois sont les oculaires et un
autre l'objectif ». Ces expressions oculaire et
objectif appartiennent au P. de Rheita , et ont
passé dans le langage scientifique. Il est aussi
l'inventeur d'un télescope binocle, qu'un reli-
gi'eux de;son ordre, le P. Chérubin, tenta vai-
nement de remettre en crédit. En observant les
satellites dé Jupiter, il avait cru en voir cin<}
nouveaux , et il s'empressa d'en faire hommage
au pape Urbain VIII en leur donnant le nom
d'astre* urbanoctaviens ; mais on reconnut
bientôt que les prétendus satellites étaient des
étoiles de la constellation du Verseau. Le P. de
Rheita a composé un ouvrage fort curieux sous
le titre ù'Oculus Enoch et Elise , sive Radius
sidereo-mysticus (Anvers, 1645, 2 part, in-foj.),
précédé d'une planche symbolique représentant
Dieu , Jésus , le Saint-Esprit et plusieurs anges
tenant une chaîne à laquelle le monde est sus-
pendu. Dans la première partie , dédiée à Jésus-
Christ et à l'empereur Ferdinand III, il passe
95
RHKITA — RHENFERD
en revue les divers systèmes as:ronomiques, et
donne la préférence à celui de Tycho-Bralié ;
il donne une atmosphère à la Lune , qu'il ne
croit point habitée; il soupçonne que les étoiles
pourraient avoir leur mouvement propre, in-
dique les causes les plus probables du flux et
du reflux, de la mer, et décrit les télescopes à
trois et quatre verres. La seconde partie est
dédiée à la Vierge Marie ; aucun écrit imprimé
ne mérite mieux que cette partie, selon De-
larabre, l'épithète de capucinade; Vénus y
est l'Église catholique , Mars le diable, Saturne
le Christ, etc. On a encore du même religieux
un traité ascétique intitulé Fasciculussacrarum
deliciarum (Anvers, 1646, in-4° ). K.
Deinmbre, HUt. de l'astronomie moderne, I, 175-
181. — Montucla, Hist. des mathémat.. II. — Zedler,
Clniversal Lexihon.
KHENANUS ( Beatus ), célèbre humaniste al-
lemand, né en 1485, à Schelestadt, mort à Stras-
bourg, le 20 mai 1547. Son père, après avoir
quitté Rheinau , sa ville natale, pour s'établir à
Schelestadt, avait pris le nom de Rhenanus à
la place de celui de Bilde, qu'il portait aupa-
ravant ; il exerçait la profession de boucher, et
avait acquis une fortune considérable. Le jeune
Beatus commença ses études à l'école, alors flo-
rissante, de sa ville natale, sous Craton et Geb-
weiler. Il se rendit ensuite à Paris, où il se per-
fectionna dans la connaissance des langues an-
ciennes, de la philosophie et des mathématiques,
résida quelques années à Strasbourg, et vint à
Bàle prendre des leçons de grec de Jean Conon. Il
y remplit dans les imprimeries d'Amerbach et de
Froben l'emploi de correcteur, qu'il avait déjà
exercé à Paris chez Henri Estienne. Lié d'une
étroite amitié avec Érasme , il pensait comme
lui sur la réforme des abus qui s'étaient intro-
duits dans la discipline ecclésiastique; de même
qu'Érasme il se montra l'adversaire des change-
ments que Luther cherchait alors à opérer dans
les dogmes. Aussi lorsqu'en 1520 l'hérésie vint
à triompher à Bâle , Riienanus relourna-t-il à
Schelestadt, et il y passa presque tout le reste
de sa vie. Se trouvant après la mort de son
père dans une très-grande aisance, il put, selon
ses goûts , consacrer tout son temps à l'étude ;
pour ne pas en être distrait, il se fit accorder
par l'empereur Charles-Quint un privilège qui
l'exemptait de toute fonction publique, de même
qu'il résista longtemps aux instances de ses amis
qui l'engageaient à se marier. Dans ses dernières
années cependant il épousa une veuve de son âge ;
mais une grave infirmité qui lui survint aussitôt
l'empêcha de consommer son mariage. S'étant
rendu en 1547 aux eaux de Bade en Suisse, il
sentit son mal empirer, et se fit alors transporter
a Strasbourg, où il mourut peu de temps après.
Il n'avait pas fait de testament; mais il avait
exprimé en présence de son domestique le désir
de donner sa belle bibliothèque à sa ville natale,
iateation qui fut exécutée. C'était un homme
d'une douceur extraordinaire; à l'inverse delà
plupart des savants de son temps , il ne pouvait
souffrir les disputes, et il se distinguait <reux
encore par sa grande modestie. Il vivait très-
sobrement et s'habillait avec beaucoup de sim-
plicité. Il entretenait une vaste correspondance
avec les principaux érudils de son époque, tels
que Reuchlin, Pirckheimer, Lasko et autres,
qui reconnaissaient en lui un digne émule, pro-
fondément versé dans la connaissance des anti-
quités profanes et ecclésiastiques, dont il éclaira
par ses travaux un grand nombre de points. On
a de lui : Biographia Joh. Geileri; Stras-
bourg, 1510, in-4°; — Rerum germanicarum
libri 111 ; Bàle, 1531, in-fol.; les éditions sui-
vantes contiennent une Vie de Rhenanus par
Sturm; lllyrici descripdo, à la suite de l'é-
dition de la Notitia dignitalum donnée à
Paris, 1602; — De Argentariœ antiquitatibus,
dans le t. l" du Muséum helveti&um. Rhe-
nanus a épuré le texte de beaucoup d'auteurs
anciens, et il les commente presque toujours avec
beaucoup de bonheur. 11 a publié notamment
à Bâle : Quinte-Curce ( 1517, in-fol.), Maxime
deTyr (1519, in-fol.), Velleius Paterculus (1520,
in-fol.) , première édit. de cet auteur ; TertuUien
(1521, in-fol.), Eusèbe de Césarée et Rufin
(1523, in-fol.), Pline l'ancien (1526, in-fol.), Di
rébus Gothorum de Procope (1531, in-fol.),
\&9. Annales de Tacite ( 1533, in-fol.), et Tit(
Live ( 1535, infol. ). Il a aussi terminé l'éditioi
d'Origène (Bâle, 1536), et donné la preraièn
édition des Œuvres d'Érasme, qu'il a fait pré-
céder d'une Vie de son ami (Bâle, 1540-41
9 vol. in-fol. ). Quelques Lettres de lui se trou-
vent dans les EpisLolse. ad Jotiannem Reuchlir.
(Zurich, 1558) et dans les Illusirhim viro
rum epislolm ( Hariingue, 1669). E. G.
Adam, yitx philosophorum. — Frelier, Theatrum
— ïeissier. Eloges. — Niceron, Mémoires, t. XXXVIII
— Brucker, Elirentempel , t. I. — Erhard, GesclUcMi
des rfiederai'fblu/iens wissensçha/tlicher Bildvng
Magdebourg, 1827 - Rohrich, Die Schule zu Schlett
stadt, dans la Zeitschrift fur historische Tlteologi
d'ilgcn, 1834. — Rotermuiid, Supplément à Jôcher.
RHENFERD (Jflcf/Mes ), Orientaliste allemand
né à Muhleim, dans le duché de Berg, le (5 aoû
1654, mort à Franeker, le 7 octobre 1712. Fil
d'un ministre protestant, il étudia à Ham,
Groningue et à Amsterdam la théologie et le
langues orientales. Après avoir été, de 1678
1680, recteur du gymnase de Franeker, il revin
à Amsterdam, pour s'y perfectionner dans la cor
naissance de l'hébreu , de l'arabe et du persan, €
fréquenta dans ce but plusieurs savants rabbins
En 1683 il fut nommé professeur de langue
orientales à Franeker. « Il avait beaucoup de pé
nétration, d'esprit, et de bon sens, dit Niceron
ce qui le rendait capable de toutes sortes d'art
et de sciences, et surtout une mémoire ferm ^
et fidèle. » Il est à regretter que Rhenferd a |
employé son érudition à élucider surtout cer
1 taiua détails obscurs et peu importants de .1
97
RIIENFERD — RHIGAS
98
science rabbinique. On a Je lui : Desensti Apo-
catypseos cabalistico; Franeker, 1079, in-4°;
— De seculo futuro ; ibid., 1693, in-4° : on il
cherche à établir que dans le langage rabbinique
l6 siècle futur signifie Vautre vie; — Déficits
Judxorum hasresibus; ibid., 1694, in-4'*; — De
Sethianis ;\biô., 1694, in-^»; — Deantiquitate
literarumjudaicarztTn;ib\d., 1696, in 4°: l'au-
teur soutient contre Bochart que les caractères
hébraïques en usage actuellement remontent plus
haut que les caractères samaritains; — De ara-
barchis elhnarchis Judxorum; ibid., 1702,
in-4"; — Periculum Palmyrenum, sive Li-
terarum veteris Palmyrenx indagandx et
eruendw ratio et spécimen ; ibid., 1704, in-4o:
essai malheureux d'expliquer d'après des copies,
du reste inexactes, les fameuses inscriptions de
Palmyre; — Observationes ad toca hebrsea
yovi Testammtij ibid., 1705-1707, 3 parties;
— Rudimenta grammaticx harmonicas lin-
guarum hebrœx, chaldaicœ, syriacœ et ara-
bicas; MA., 1706, in-4°; — Periculum Phœ-
niciuvi, sive antiqua literatura Phœnicum;
ibid., 1706, in-4° : essai d'interprétation d'ins-
criptions phéniciennes trouvées sur des médail-
les; — Periculum criticum, sive Exercita-
tiones in loca depravata, deperdita et vexaia
Eusebii Cœsariensis et Hieronymi de situ
et nominibus locorum hebraicorum; ibid.,
1707, in-4°; — Récit des disputes qui ont
troublé les églises des Pays-Bas depuis qua-
rante ans; Amsterdam, 1708, in-S"; publié
en hollandais, sous le pseudonyme d'Irenaeus
Philalethes. Le recueil de tous les ouvrages et
Opuscules de Rhenferd a paru à Utrecht, 1722,
in-40.
Nlceron, Mémoires, 1. 1. — Histoire critique de la ré-
publique des tertres, t. III. - Roterœund, Supplément
à JOcber. — Sax, Unomasticon.
nHETicvs. Voy, Joachîm.
RHIANVS ( 'Piavô; ), de Crète, poëte et gram-
mairien grec, vivait dans la seconde moitié dn
troisième siècle avant J.-C. Il était natif de Bené
ou de Cérès, petites villes de la Crète. Sui-
vant Suidas, il fut d'abord esclave, puis direc-
teur d'une palestre , et finit par s'instruire et
devenir grammairien. On pense qu'il vécut à
Alexandrie , et l'on peut du moins le rattacher
avec certitude à la plus belle période de l'école
ale\andrine. On sait que cette école, succé-
dant au grand et fécond mouvement intellec-
tuel de la Grèce , se proposa de recueillir les
innombrables éléments littéraires qui s'étaient
[ produits dans les diverses villes grecques et par-
I ticulièrement à Athènes, et d'en former des œu-
\ vres nouvelles. L'érudition ( critique et gram-
maire ) présida à cette entreprise, mais l'inspi-
I ration n'en fut pas toujours absente , et dans
certains genres, comme l'idylle et l'élégie, les
Alexandrins atteignirent une sorte d'originalité
(voy. Callimaqde, Philétas, Théocrite). Dans
1 épopée leurs efforts, sans obtenir le même succès,
KOnr. BMMJR. CÉHÉA. — T. XL!I.
ne restèrent pas inutiles; l'on vit naître une
poésie fort différente de celle d'Homère, dénuée
d'invention et de naïveté, archéologique et ar-
tistique, mais qui, malgré tous ses défauts, mé-
rita, par la savante élégance du style et par quel-
ques traits de passion , de compter parmi les
modèles de Virgile. Le plus connu des néo-
épiques alexandrins est Apollonius; il semble
que Rhianus ne lui était point inférieur en talent
et qu'il le surpassait en fécondité. Il composa
une Héracléade en trois livres , des poèmes
historiques et géographiques Sur les Achéens
( 'Axaïxà), Sur les Eléens ('HXiaxà) , Sur les
Thessaliens ( Geada/uà ), Sur les Messénient
(Msdcrrivtaxâ), et un poëme intitulé la Renommée
( ^TiiAY) ) dont le sujet est inconnu. Il ne reste de
ces ouvrages que des fragments, trop courts pour
nous permettre d'en apprécier le mérite, ou
même d'en bien saisir le sujet. Comme la plu-
part des poètes alexandrins, Rhianus s'exerça
dans le genre que les anciens appelaient épi-
grammes, et qui tenait plus de la poésie ero-
tique et descriptive que de la poésie satirique. U
nous reste de lui dix de ces petites pièces, sur des
sujets amoureux; elles sont trop libres, mais
par l'élégance du style et la finesse des idées,
elles nous font regretter la perte de ses autres
ouvrages.
Rhianus fut un des commentateurs d'Homère,
et son nom est souvent cité dans les Scholies
de ce poëte. Les fragments de Rhianus ont été
insérés dans la plupart des collections des an-
ciens poètes grecs et dans les Poetas minores
graeci de Gaisford. Nie. Saal en a donné une
bonne édition séparée : Rhiani Rensei qux
supersunt , Bonn, 1831, in-S", et Meineke les
a recueillis dans ses Analecta alexandrina^
Berlin, 1843, in-S". L. J.
Suidas, au mot 'Ptavoç. — Fabriclus, Bibliot. graeca ,
I, p. 734, 735. - Brunck, Jnal, I, p. 479 ; II. p. 326. —
Jacobs, Atithol. grmca, l,p. Sî9 ; XIII, p. 945-947. — Sle-
bells, Ditput. ae Bhiano ejusque carminum fragm. ;
Bude, 1829, ln-4'>. — Meineke, dans les Ahhandl. d. Berlin
Acad., 1834. — Schneldewln. dansJe JarftScAer deJahn,
1833, IX, p. 129, etc. — Jacobs, dans les Ephem. litter^
Schol. univ., 1833, sect. II, p. 109, etc.
RHIGAS ('PioYa; ô ^epato;), poëte et pa-
triote hellène, surnommé le Tyrtée de la Grèce
moderne, mort en mai 1798, à Belgrade. On ne
sait rien de l'origine ni des premières années de
ce grand citoyen, sinon qu'il naquit vers 1760 ou
1762, à Velestina, bourgade de la Thessalie si-
tuée sur l'emplacement de l'ancienne Phères,
dont il prit le nom , et qu'il fut placé fort jeune
dans une des écoles grecques qui commen-
çaient à poindre de divers côtés sur le sol mu-
sulman. Ses parents étant morts, du moins
on le suppose , dans l'intervalle de ses études ,
il quitta brusquement sa patrie , peu de temps
après sa sortie du gymnase, et passa en Vala-
chie. Deux ou trois mois après, il entra, en
qualité de secrétaire, dans la maison d'un des
grands boyards du pays, Brancovano. En 1786,
99
RHIGAS
100
le nouvel hospodar, Nicolas Mavrojéni, l'enleva
à Brancovano, et l'attacha à sa personne. La
guerre ayant été déclarée entre la Porte et l'Au-
triche (1788), Mavrojéni, qui avait été placé à
la tête de toutes les forces ottomanes dans les
deuK principautés, confia à Rhigas le comman-
dement de Craïova. Après la mort de son pro-
tecleur (juillet 1790 ), Rhigas, de retour à Bu-
charest, quitta les affaires, afin de préparer l'exé-
cution du grand dessein qu'il méditait en secret
depuis plusieurs années. 11 ne s'agissait de rien
moins dans sa pensée que d'opérer l'affranchis-
sement de la Grèce au moyen d'une vaste as-
sociation, qui, sous un titre modeste et en ap-
parence inoffensif, la Société des amis (hétairie ),
devait commencer par rassembler les membres
épars de la nation et la soulever ensuite, à un
moment donné , en fournissant des armes et des
capitaux à l'insurrection.
Où et quand cette idée fut-elle suggérée à Rhi-
gas ? Quels furent ses premiers confidents ? On
ne sait. Mais une fois qu'elle s'est présentée à lui,
elle ne le quitte plus. Elle absorbe toutes ses fa-
cultés, et devient comme l'âme de sa vie. Ses tra-
vaux, ses études, les voyages qu'il entreprend, les
relations qu'il se crée , tout est dirigé vei-s ce
but constant et unique. La secousse violente que
la révolution française avait imprimée à toute
l'Europe redoubla son ardeur et ses espérances.
Prévoyant le moment où le contre-coup s'en fe-
rait sentir en Orient, il se rendit à Vienne. Cette
ville renfermant alors une nombreuse colonie
grecque, composée en grande partie de négociants
enrichis par le commerce, Rhigas comptait sur
eux pour le seconder dans son entreprise. L'ar-
deur de son zèle enilamma les plus tièdes. Les
adhésions , les souscriptions lui arrivèrent en
foule. Déjà l'hétairie comptait dans son sein une
foule d'archontes, de primats, d'évêques, de
médecins, des professeurs, des négociants, des
capitaines de terre et de mer, toute la partie
éclairée, influente ou active de la nation. Plu-
sieurs étrangers , des Turcs même en faisaient
partie. Parmi ces derniers il convient de citer en
première ligne le célèbre gouverneur de Widdin,
Paswan-Oghiou , à qui il avait sauvé la vie quand
il commandait à Craïova. L'histoire a conservé
encore les noms de deux hommes qui reçurent
vraisemblablement ses premières confidences.
Démétrius Catargi (1), président du divan (tri-
bunal) princier de Bucharest, et Christophe Per-
rhévos, son compatriote et plus tard son bio-
graphe, qui , étant venu à Bucharest vers 1793,
pour y chercher fortune , se lia avec lui d'une
étroite amitié. Il suivrait de là que le départ
de Rhigas pour Vienne ne fut pas antérieur à
1793 , bien que nous trouvions un de ses ou-
vrages imprimé dans cette ville, chez Pratner, à
la <late de 1791. D'autres cnviages suivirent
promptement celui-ci. Poëte, journaliste, géo-
(1) Cotait h: père du ministre roumain Catargi, qui a
été assassiné en 1862 à liucliarest.
graphe, imprimeur, en même temps qu'il cor-
respondait avec ses agents au dehors, il fon-
dait un journal et une imprimerie grecque, aclie- ■
vait, en collaboration avec son ami Vendotis (l)!,
la traduction du Voyage d" Anacharsis, publiait,;
pour l'instruction de ses compatriotes , une série ■
de livres de mathématiques et d'histoire, la plu-
part traduits du français, faisait graver sa grande ■
carte de la Grèce, en douze feuilles, avec les i
noms anciens en regard des noms modernes ^ ,
chef-d'œuvre de patience et d'érudition, et corn- •
posait dans cette langue vulgaire si propre à »
agir sur les masses , ces immortelles chansons i
qui se retrouvent la plupart dans le recueil de-'
M. de Marcellus. Imprimées clandestinement àj
Vienne , elles se répandirent dans les diverses ^
parties de la Grèce, où elles excitèrent un en-
thousiasme que partageaient les Turcs eux-
mêmes.
Tout était prêt pour un mouvement, quand la«
nouvelle de l'entrée des Français en Italie sur- ■
excita les espérances des Grées. Rhigas résolut !
de s'adresser directement à Bonaparte. Le pro-
cédé employé par lui a quelque chose d'ingénieux V
et de touchant. D'un fragment de la racine d'uan
gigantesque laurier, qui avait poussé parmi les
ruines du temple d'Apollon, non loin du fleuve
Pénée , il fit fabriquer une tabatière , et l'envoya
au général en chef de l'armée d'Italie. Bonaparte
parut touché de cet envoi, et sa réponse, conçue
dans les termes les plus bienveillants pour la
Grèce, devint le point de départ d'une corres-
pondance qui dura plusieur.? mois. Après l'en-
trée des Français à Venise, Rhigas , soit de son
propre mouvement, soit sur l'appel de Bona-
parte, partit brusquement de Vienne pour venir
conférer avec lui. Quelques jours avant son dé-
part, il avait eu l'imprudence d'expédier à Triesfe
à l'adresse d'un négociant chiote de ses amis ,
Antoine Coronios, plusieurs caisses contenani
des exemplaires de ses poëmes et une liasse de
papiers très-importants , au nombre desquels
se trouvait , dit-on, sa correspondance avec Bo-
naparte. Le malheur voulut que, Coronios se
trouvant alors en voyage , les caisses furent re-
çues par sou associé, Démétrius Œconomos.
qui prit connaissance des papiers et , effrayé d(
leur contenu , les porta au gouverneur. Rhigas,
sans soupçonner une telle mésaventure, arriv;
à Trieste au jour indiqué, et fut arrêté. Quel
ques jours après l'ordre vint de le transférer c
Vienne. Rhigas ne se faisait pas illusion sur h
sort qui l'attendait : il chercha à se dérober ai
supplice par une mort volontaire, et il ne réussi
qu'à se faire une blessure dans le bas-ventre
dangereuse, mais non mortelle. La Porte avai
demandé son extradition , et l'Autriche s'étai
empressée de déférer à sa demande. Rhigas fu
conduit à Belgrade et remis au pacha. Plusieuri
tentatives furent faites pour sauver l'illustre pa^
(1) VendoUs s'établit ensuite à Venise, oi") Il imprim;
un grand nombre d'ouvrages en grec moderne.
101
RHIGAS — RHO
102
triote. Paswan-Oglilou aposta sur la route phi-
6ieui"s (îétaehemenls de troupes qui (levaient
l'enlever diiraiit le trajet. Ali de Tébeien, pacha
«le Janina, lit mouvoir en sa faveur les nom-
breuses intlucnces qu'il avait dans le sérail. Ses
amis particuliers réunirent une somme de
300,000 piastres qui fut offerte au réis-e/endi
Ibialiim. Mais déjà il était trop tard. Le pacha de
Belgrade, inquiet de ces démonstrations en faveur
de son prisonnier, donna l'ordre de le noyer se-
crètement la nuit dans le Danube. Rhigas, doué
d'une force herculéenne, se débattit longtemps
contre les kavass , qui , impatienttks de sa résis-
tance, déchargèrent sur lui leurs pistolets à bout
portant. Frappé de deux balles en pleine poi-
trine, il tomba en jetant ces mots en turc comme
une insulte à ses meurtriers : « Regardez comme
meurent les palicares! » Puis il ajouta dans la
langue de son pays : « J'ai déposé la semence
dans le sillon; l'heure approche où mon peuple
recueillera la douce moisson. »
Rhigas était d'une taille moyenne, le corps
un peu gros , robuste, brun avec les yeux bleus,
les sourcils épais, le front large et découvert. « La
douceur, la bienveillance respiraient sur sa phy-
sionomie; la persuasion découlait de ses lè^Tes. »
Doué d'un esprit vraiment libéral , exempt de ces
préjugés étroits qui tendaient à créer des dis-
tinctions parmi les enfants d'une même patrie ,
il cherchait sans cesse à étouffer parmi ses
compatriotes le germe de ces rivalités anti-natio-
nales. Il composait tous ses ouvrages en grec
vulgaire, bien qu'il possédât à fond le grec an-
cien. En voici les principaux : Abrégé de phy-
sique, à l'usage des jeunes Grecs; Vienne, 1791 ;
— Le Voyage d'Anacharsis , traduit en grec
moderne, t. IV, chap. 35-39; Vienne, 1797 (ce
qui précède était l'œuvre de Vendotis); —
Les Olympiennes, drame de Métastase, suivies
de La Bergère des Alpej, par Marmontel , tra-
duction en vers; Vienne, 1797, in-8'^; — Jlym-
mes et chansons ( "Aaiiata ) ; Jassy, 1814,
in-t2; — le Vade-Mecum du soldat ( S-rpa-
TitoTtxàv èyyLokmo'j), poëme; — les Règlements
politiques provisoires (Ilpoccopivoi iroÀtTixoi xa-
vo'n<7[io{); Vienne, sans date. A. Ubicini.
IuvTop.o; PiOYpacpta toû Pt^y» *epaîou ; Athènes,
1860. — Moniteur de Van vi (1798), n» 27]. — Pouque-
villc , fJist. de la régénération de la Grèce. — Rizo Mé-
ronlos, /fjsf. d« la révolution grecque , Taris, 1829, et
Cours de litlérature grecque moderne , Genève, 1S28,
,1 vi, 137, etc. - Papadopoalo, N£oeXXr,v'.xy] çiXoî.oyia ;
A;..iiies, 1S54, t. Il, p. 327. _ Raybaud, Mémoires sur
la (irécc; Pari<, 1855, t. Il, p. 483. — Cohen, Tableau de
hi Créceen 1825; Paris, 18S6, p. 344. — A. Ubicini, Let-
tres sur la Turquie, 2« cdiUon, t. Il, p. 82.
RiilNTHON ('PtvGwv), poëte dramatique
;;rcc, né à Syracuse ou à Tarente, vivait au com-
mencement du troisième siècle avant J.-C. On
ne sait rien de sm histoire personnelle, sinon
qu'il était lils d'un potier et qu'il vécut sous
Plolémée I", roi d'Egypte. Suidas nous apprend
qu'il fut le premier qui comiwsa des pièces de
ce genre de tragédie burlesque que les Grecs ap-
pelaient oXvia/oYpapt'a [pièce bouffonne) ou
'ixapoxpaYtoôia (tragédie pmir rire). Il serait
plus exact de dire qu'il fil le premier entrer
dans la littérature un genre réservé jusque-là
aux amusements populaires des Grecs de la
Sicile et de l'Italie méridionale. Comme il ne
nous reste rien de ce poète, il serait difficile
d'indiquer avec précision ce qu'était la tragédie
pour rire, en quoi elle différait du drame sa-
tyrique des Athéniens; il semblait qu'elle était
sur un ton plus familier, qu'elle admettait une
versification plus libre, plus irrégulière, enfin
qu'elle était une parodie continuelle, tandis que
dans le drame satyrique la parodie alternait avec
la poésie sérieuse. Un grammairien grec ( J. Ly-
dus, De Magist.y I, 41) dit que Lucilius puisa
l'idée de ses satyres dans les comédies de Rhin-
thon, comme les autres poètes satyriques latins
s'inspirèrent de comiques athéniens. Cette as-
sertion ne doit être admise qu'avec réserve ; car
s'il est vrai que les Romains, pour la forme et le
développement de la satire, durent beaucoup
aux comiques doriens et athéniens, la satire n'en
est pas moins toute romaine pour le fond. Rhin-
thon avait composé trente-huit pièces, dont il
reste les titres suivants : Amphitryon ( A|xot-
Tpûwv) , Hercule ('HpaxX^ç ) , V Iphigénie dans
Aulis ('ItpiYÉvEta i\ èv AùXtSt ) , L'fphigénie en
Tauride ('loiYÉveia i^ âv 'raùpotç), Or este
('OpÉffTYi;), Télèphe (TtiIeock). Ces titres, à
défaut de fragments, montrent que les pièces
de Rhinthon étaient des sujets de tragédie traités
à la manière.et dans le style de la comédie. L. J.
Suidas, au mot 'PîvScdv. — Uraock, Jnalecta,l,ç. ne,
n° 12. — Jacobs, Animadv. in Auth. grxc, I, part. 1,
p. 421. — Fabricius, Dibliolh. grxca , II, p. S20. —
Osann, Anal, crit., p. 69, etc. — Reuvens, Collcct. liit.,
p, 69, etc. — Clinton, Fasti liell., III, p. 486.
UHO {Alessandro), en latin Rhaudensis ,
jurisconsulte italien, né en 1543, à Milan, où il
est mort, en 1627. Agrégé en 1570 au collège
des jurisconsultes de sa ville natale, il en.seigna
le droit à Pavie, où il compta Melchior Alciat
parmi ses disciples, puisa Pise. Au moment où
on lui offrait une chaire à Bologne, il fut rappelé
par le roi d'Espagne à Milan pour prendre place
dans le sénat. On a de lui : De légitima suc-
cessione inPortugalUœ regnum ;M\Vàn, 1579,
111-4"; — De analogis universis et equivocis;
Venise, 1587, in-fol. ; — De contractibus em-
phyteoticis ecclesiarum ; Pavie, 1590, in-4°;
— Consiiia et decisiones; Venise, 1595-1596,
2 vol. in-fol.: — Pisanœ decisiones; Franc-
fort, 1600, in-4''; Milan, 1603, in-fbl.;— Va-
ria; resolutiones légales; Milan, 1608, in-fol.;
— plu.'iieurs plaidoyers, discours, etc.
Rhô (Giovanni), fils du précédent, né en
1590, à Milan, mort le 9 novembre 1662, à Rome.
.-Vdmis en 1606 dans la Compagnie de Jésus, il
professa d'abord la rhétorique au collège de
Crera, et demanda ensuite à aller prêcher l'Évan-
gile dans les Indes; mais ses supérieurs s'y re-
fusèrent, et il consacra sa vie à l'éducation de
103 RHO -
la jeunesse dans les principales Tilles de l'Italie,
où il enseigna , dit-on, avec un succès extraor-
dinaire. Sur la fin de sa vie, il fut nommé recteur
de la maison professe à Milan, puis provincial
à Rome et à Naples. Ses principaux ouvrages
sont : Martyrium trium bealorum e Soc. Jesu,
Pauli Michi, Joh. Goto, Jac. Ghisai; Flo-
rence, 1628, in-8° ; — Vita di S. Lindano ab-
bate; Rome, 1641, in-4°; — Interrogadones
apologeticx; Lyon, 1641, in-4''; — Atli di
varie virtù, centurie X; Milan, 1643, in-4° ;
— Adversus ineptias et malignitatem libelli
pseudo-Constantinianii De S. Ignatii insti-
tutione; Lyon, 1644, in-4° ; — Varix virtu-
tum historise, lib. Vri ; Lyon, 1644, in-4''; —
Orazioni panegiriche; Bologne, 1647, in-I2;
— Orazioni sopra la divina Scriitura ; Ve-
nise, 1652, in-4*'; — Quadragesimale ; Venise
et Milan, 1652-1671, 4 vol. in-4''; — Sabati
del Giesù di Roma, overo Esempli délia Ma-
donna; Rome, 1655-1665, 2 vol. in-4°; trad.
en allemand; — Cogitationes varise; Anvers,
2* édit., 1656, ^-4" ; — Délia Eucharistie
orazioni XXX; Rome, 1657, in-4''; — Ora-
zioni sopra gli uomini illustri del Testa-
mento V. e N. ; Modène, 1672, 8 vol. Le P. Rhè
a laissé en manuscrit. Elogj degli uomini illus-
tri del secolo XVII et Orazioni cento sopra i
riti sacri délia Chiesa.
Rhô ( Giacomo), frère du précédent, né en
1593, à Milan, mort le 27 avril 1638, en Chine.
A l'âge de vingt ans il embrassa la règle de
Saint-Ignace. Après avoir été ordonné prêtre à
Rome, il accompagna Nicolas Trigaut en Chine;
mais, obligé de résider quelque temps à Macao,
il empêcha cette ville de tomber au pouvoir des
Hollandais, et l'entoura môme de nouvelles for-
tifications (1622). Lorsqu'il pénétra dans la pro-
vince de Chan-si (1624), où il devait prêcher
l'Évangile, il s'exprimait dans la langue du pays
avec autant d'aisance qu'un lettré. En 1631 il
fut mandé à Pékin, et s'occupa, conjointement
avec le P. Adam Scliall, de la rédaction du ca-
lendrier impérial. On ne connaît de lui en italien
que la relation de son voyage, intitulée : Let-
tere II delta sua navigazione e dette case
delV India (Milan, 1620, in-S") ; mais il a com-
posé en chinois beaucoup d'ouvrages, cent cin-
quante selon le P. Kircher, les uns sur la reli-
gion, les autres sur l'astronomie et les mathéma-
tiques.
Rhô (Paolo), frère des deux précédents,
mort en 1631, à Milan, professa le droit et sié-
gea au sénat de sa ville natale. On a de lui :
Dell' origine e progressi delta famiglia Rhà
milanese; Milan, 1620, in-fol.
Sntwel, liibl. script. .Soc. Jesu. ■» ArgelaU, Bibliolh.
mediolanensii. — Ktrcher, China Ultistrata, p. 119. —
PlclnelU , y/thenxum.
RUODB (Jean), en latin Rhodius, méd^in
et antiquaire danois, né vers 1587, à Copenha-
gue, mort à Padoue, le 24 février 1659. Après
RHODES
104
avoir terminé à Padoue ses études de médecine,
il s'y fixa et y exerça son art avec un grand
succès. Une grande partie de son temps était i
consacrée à des recherches archéologiques et à
entretenir une vaste correspondance avec beau-
coup de savants des divers pays de l'Europe.
On a de lui : De acia disseriatio, ad Corn.
Celsi mentem, qua simul universas fibutx
ratio explicatiir; Padoue, 1639, in-4o; nou-
velle édition corrigée, Copenhague, 1672, in-4°,
et augmentée de deux opuscules inédits; — Ob-
servationum medicinatium centurias III;
Paàoyie,i(>b7,'m-&° ^ — Catalogus LXaudorum
suppositiorum, en tête du Theatrumanonymo-
rum de Pianius. Rhode a aussi donné des édi-
tions annotées; mais c'est à tort qu'on lui a attri-
bué les Etogia virorum illustrium de son ami ;
Tomasini. Sa bibliothèque et ses manuscrits pas--
sèrent entre les mains de son parent Th. Bang,,
théologien à Copenhague, et furent ensuite ache-
tés par Bartholin; mais en 1670 l'incendie qui
dévora la bibliothèque de ce savant détruisit
aussi presque tous les livres et papiers laissés
par Rhode.
Rarlholinus, De scriptis Danorum, et les Hypomne-
mata de MoUer. — Niceron, Mémoires, t. XXXViil. —
Renauldfn, Les médecins numisTnatistes.
RHODES (Alexandre de), missionnaire fran-
çais , né le 15 mars 1591 , à Avignon, mort le '
5 novembre 1660, en Perse. Sa famille (de
Rhuedaon de Rhoda) était originaire d'Espa-
gne, et s'établit au quinzième siècle dans le com-
tat Venaissin. Admis en 1612 chez les Jésuites
à Rome, il obtint, après de longues sollicitations,
la permission d'aller prêcher l'Évangile dans les
Indes orientales (1618). Il s'embarqua au prin-
temps de 1619 à Lisbonne; mais arrivé à Goa,
il y fut retenu sous différents prétextes jusqu'en
1623 , où il se rendit à Macao. Il brûlait de pé-
nétrer dans le Japon , et il avait consacré une
année entière à se familiariser avec l'idiome du
pays ; les rigueurs exercées contre les chrétiens
l'empêchèrent de donner suite à son projet. En-
voyé dans la Cochinchine, il fut au bout de six
mois en état de prêcher aux indigènes dans leur
langue, et essuya quelques persécutions. En 1627,
il passa dans le 'Tonquin, et gagna la confiance j
du roi et de plusieurs personnages considéra-
bles; la jalousie des eunuques lui fit perdre en
un moment le fruit de ses labeurs : un édit sé-
vère fut lancé contre la religion chrétienne, et
le P. de Rhodes fut expulsé. De retour à Macao,
il y résida dix ans, professant la théologie et
parcourant de temps à autre la province de Can-
ton. Animé d'un zèle ardent pour la foi, il de-
manda à retourner en Cochinchine (1640); la
persécution interrompit le cours de ses travaux
apostoliques : arrêté, jugé et condamné à mort,
il eut le bonheur de voir sa peine commuée
en un bannissement perpétuel (1646). Comme
il revenait en Europe, un emprisonnement qu'il
subit à Java lui fit changer de route : il s'em-
104
RHODKS — RHODOMANN
106
barqua pour Macassar, et visita Bantam et Su-
rate. En 1648 il traversa tout le royaume de
Perse, rencontra chemin faisant Le Gouz de La
Bouilaye ( voy. ce nom), et se rendit par l'Ana-
tolie et l'Arménie à Smyrne, où il mit à la voile
pour Gènes. Trois années d'un paisible séjour à
Rome ne le guérirent pas de la passion des
voyages ; il alla faire à Paris les préparatifs de sa
dernière entreprise, et partit pour la Perse à la
tête d'une nouvelle mission. On s'accorde à dire
qu'il a donné sur les pays qu'il a parcourus
des détails généralement exacts. Il a publié :
Relazione de' felici successi délia sanla fide
nel regno di Tunchino; Rome, 1650, in^",
avec une carte du royaume d'Annam ; trad. en
français par Albi (Lyon, 1651, in-4°)et eu latin
par l'auteur (Tunchinensis historix lib. II;
Lyon, 1652, in-4°); — Dictionarium anna-
miticum, lusitanum et laiinum;Md., 1651,
in-4' à 2 col. : l'auteur dit dans la préface qu'il
a fait usage des travaux entrepris par les PP. Ga.s-
par de Amaral et Antonio Rarbosa, et laissés
inédits ; — Relation des progrès de la foi au
royaume de la Cochinchine; Paris, 1652,
in-S"; — Sommaire des divers voyages et
missions apostoliques du P. A. de Rhodes à
la Chine et autres royaumes de l'Orient;
Paris, 1653, in-S"; la seconde édition, augmentée
et divisée en trois livres, a paru à Paris, en
1666, in^", et a été reproduite en 1688; —
Relation de ce qui s'est passé en 1649 dans
les royaumes où les PP. de la Compagnie
de Jésus de la province du Japon publient
l'Évangile; Paris, 1655, in-8°; — Relation de
la mission établie en Perse; Paris, 1659, in -8°.
Rhodks (Georges de), frère du précédent, né
en 1597, à Avignon, mort le 17 mai 16G1, à
Lyon, embrassa en 1613 la règle de Saint-Ignace,
enseigna la rhétorique au collège de Notre-
Dame à Lyon, et y fut recteur pendant vingt-.sept
ans. On a de lui : Dlsputationes theologise
seholasHccC; Lyon, 1661, 1671 , 1676, 2 vol.
in-fol.; dans le t. P"", il y est question de Dieu,
des anges et de l'homme; dans le t. II, du Christ,
de la Vierge et des Sacrements; — Philosophia
peripatetica ; Lyon, 1671, in-fol.
Solwel, Bibl. seript. Soc. Jesu. — Barjavel , Blogr. du
Faucluse.
RHODES (Jean de), médecin français, de la
famille des deux précédents, né vers 1635, à
Lyon, où il est mort, le 13 avril 1695. Fils d'un
médecin, Henri de Rhodes, il suivit la même car-
rière, et fut attaché, comme l'avait été son père,
à l'hôtel-Dieu de Lyon, en 1666. Il est auteur,
outre un Traité sur les eaux chaudes miné-
rales artificielles (1689, in-8°), d'un curieux
et rare opuscule , qui a pour titre : Lettre en
forme de dissertation au sujet de la préten-
due possession de Marie Volet, dans laquelle
il est traité des causes naturelles de sa pos-
session, de ses accidents et de sa guérison
(Lyon, 1691, in-S" de 75 pages). Cette Marie
Volet, jeune Bressane simple et fort dévote, était
tombée dans une mélancolie profonde, à la suite
de laquelle elle perdit le sommeil et l'appétit, et
fut sujette à de violentes crises nerveuses. Du-
rant ses accès elle hurlait et prononçait dej
phrases décousues ou inintelligibles. Elle se crut
possédée du démon, et cette illusion ne fit qu'ag-
graver son mal. Rhodes la traita en malade, lui
prescrivit l'usage des eaux minérales, s'efforça
de lui donner des distractions agréables, et la
guérit en peu de temps C'est le récit de cette
affection qui forme l'objet de sa lettre au cha-
noine d'Estaing; mais en cherchant à l'expli-
quer il a eu recours aux idées les plus bizarres.
La cause du mal, c'est selon lui l'irritation des
esprits du cerveau jetés hors de leur voie natu-
relle. Le cerveau en effet ressemble à une ville
partagée en divers quartiers, et peuplé d'esprits
animaux en guise d'habitants; ils reconnaissent
un roi , nommé Pneumonax , qui lui-même dé-
lègue son pouvoir à des lieutenants placés dans
les yeux, le poumon et l'estomac. On railla beau-
coup cette république des esprits, qui n'était
peut-être qu'une ingénieuse allégorie de Rhodes,
et quelques écrits furent échangés. La Lettre
du médecin lyonnais a été réimprimée dans le
t, IV de ['Histoire des pratiques supersti-
tieuses du P. Lebrun.
Colonla, Hist. de Lyon, II, 803. — PernetU, Lyonnais
dignes de mémoire, I, 253. — Catalogue des mss. de lu
Biblioth. de Lyon, II, S82.
RHOOIGIMCS. Voy. RiCCHIERî.
RHODO.MANN (Laurent), helléniste alle-
mand, né le 5 août 1546, dans le village de Saxs-
werfen, dans le comté de Hohenstein , mort à
Wittemberg, le 8 janvier 1606. Fils d'un paysan,
il montra de bonne heure des dispositions si re-
marquables, que le comte de StoUberg lui four-
nit les moyens d'aller à Uefeld se perfectionner
dans la connaissance des langues anciennes.
Après avoir ensuite suivi à Rostock l'enseigne-
ment de Chytrée, il dirigea l'école de Schwerin
(1571), puis celle de Lunebourg (1572); nommé
en 1584 pasteur à "Walkenried, il fut appelé en
1591 à la chaire de grec et d'histoire à léna, de-
vint en 1598 recteur à Stralsund, et passa en
1601 à Wittemberg comme professeur d'histoire.
« Rhodomann, dit Niceron, a excellé dans la
poésie grecque, et ce qu'il a fait en ce genre a
toujours été fort estimé. 11 n'en est pas de même
de ses poésies latines, qui ont été méprisées par
Scaliger et dont personne ne paraît avoir jamais
fait cas. » On a de lui : Lutherus, carminé
grseco heroico, cum interpretatione latïna;
Urselles, 1579, in-8°; — Ilfelda Hercynica
descripta carminé grxco et latino; Leipzig,
1579, 1582. in-8°; — Ânonymi poetae grseci :
Argonautica ; Thebaica, sive belium ad The-
bas de regno Œdipi; Troica; et llias parva,
carminé heroico grxco ; L«ipzig, 1588, in-S" :
ce recueil, devenu r^re, fut publié par Neander
à la demande de Rhodomann, qui tenait à ne pas
107
RHODOMANN — RIAINCEY
108
s'occuper de l'impression de ces poèmes supjx)-
ses, aiia de ne pas être soupçonné d'en être l'au-
teur; — Foesis christiana Palestïnae, seu
Bisiorias sacrx libri IX; Francfort, 1589,
iii-4° ; — Theologiœ christianse tirocinia, car-
mine heroico grseco-Latino ; Leipzig, 1596,
in-S». Rhodomann, qui a encore publié une ving-
taine de poèmes de circonstance en grec et en
latin, et dont les principaux ont été reproduits
dans les Delicise poeiarum germanorum , a
aussi donné des éditions avec traduction latine
de Quintus Calaber, Hanau, 1604, et de Dio-
dore de Sicile, ibid., 1604, 2 vol. in-fol.
Lange, f^ita Rhodomanni; I.ubeck, 1741. — Senncrt,
ïn funere Rhodomanni; WlUemberg, 1606, in-t». —
Mânes Rhodomanni; ibld., 1668, in-4''. — Witlen, flie-
morix philosophorum. — Liieiius, Historia poetarum
grxcorum Germania:. — Niceron, Mémoires, XLll.
RHODOPis ('PoSûTti;), célèbre courtisane
grecque, d'origine thrace, vivait dans le sixième
siècle avant J.-C. Elle fut compagne d'esclavage
du fabuliste Ésope dans la maison de ladmon
de Samos. Elle devint ensuite la propriété d'un
autre Samien, Xanthus, qui la conduisit à Nau-
cratis en Egypte sous le règne d'Amasis. Nau-
cratis était le port le plus commerçant de l'É-
gypte; Rliodopis y exerça le métier de courti-
sane au profit de son maître. Charaxus, frère de
la poétesse Sapho, attiré à Naucratis par des af-
faires de commerce, devint amoureux de la
courtisane, la racheta pour une grosse somme
d'argent, et lui rendit la liberté {voy. Sapho).
Rhodopis acquit des richesses considérables, sur
lesquelles elle préleva de quoi offrir au temple
de Delphes dix grandes broches de fer que l'on
y voyait du temps d'Hérodote. Cet historien
nomme la courtisane Rhodopis, tandis que Sa-
pho l'appelait Dorichas ; c'était là probablement
son premier nom; celui de Rhodopis {aux joues
roses ) lui fut donné sans doute à cause de l'é-
clat de son teint. On prétendait que Rhodopis
avait fait construire la troisième pyramide. Ce
conte, réfuté par Hérodote, resta cependant en
crédit parmi les écrivains grecs; Zoëga et Bun-
sen l'expliquent par une confusion entre la cour-
tisane aux joues roses et la belle reine égyp-
tienne Nitocris, qui, suivant Jules l'Africain et
Eusèbe, bâtit la troisième pyramide. Strabon et
Élien racontent sur Rhodopis une curieuse his-
toire. Un jour qu'elle se baignait à Naucratis,
un aigle enleva une de ses sandales , l'emporta
dans les airs et la latissa tomber sur les genoux
du roi d'Egypte, qui rendait la justice à Mem-
phis. Ravi de la forme de cette chaussure, le roi
n'eut pas de repos jusqu'à ce qu'il eût découvert
la personne à qui elle appartenait, et il prit pour
femme la belle courtisane grecque. L. J.
Hérodote. II, 134, is.ï. — Athénée, XIII, p. 596. - Sui-
das, au root 'PûôwTttOOç àvàÔYjjJXt. — Strabon, XVU ,
p. 808. — Pline, mst. nat., XXVl, 12, — Élien, far.
hist., XIII, 3î. — MlinsKn, y£gyptens stelle in der IVelt-
geschichte, III, p.236-23S.
RBîOE. Voy. RoK.
RHY3i!!iACOMÏJS. Voy. LaSCARIS.
HHïNE ( GwïZZûMme ten), naturaliste hol-
landais, né vers 1640, à Deventer ; la date de sa
mort n'est pas connue. Il fit ses études à Leyde,
et compta parmi ses maîtres le célèbre Dubois
de le Boë. Nommé médecin de la Compagnie.des
Indes orientales, il s'eralwrqua au printemps de
1673, et s'arrêta au cap de Bonne-Espérance pour
observer les productions du pays. A Batavia il
ouvrit des cours de médecine et d'anatomie, et
fit, en compagnie de quelques-uns de ses élèves,
des excursions dans les îles de Java et de la
Sonde ; il découvrit une foule de plantes nou-
velles, et les envoya en Europe au botaniste
Breyn, qui en publia une partie dans ses Centu'
ries. Il s'aventura jusqu'au Japon , parut à la
cour, et guérit, dit-on, l'empereur d'une maladie
grave. A son retour à Batavia (1674), il devint
le collaborateur de van Rheede pour la rédac-.
tion de VHortus mulabaricus. On a de lui :.
Meditationes in Hippocratis textum XXIV
de veteri medicina ; Leyde, 1672, in-12; —
De arthritide; de chymise et botanicm di-
gnitate; de physiognomia ; de monstrisj
Londres, 1683, in-8°, fig. : ce qu'il y a de plus
remarquable, c'est la description du traitement
que les Chinois et les Japonais emploient avec
succès pour la goutte, et qui consiste dans la
brûlure par le moxa ou dans la ponction des
parties gonflées au moyen d'une aiguille d'or;
— Scfiediasma de promontorio Bonee Spei et
de Hotlentotis; Scliaffouse, 1686, in-12; Bâle,
1710, in-8°, trad. en anglais.
Biogr. médicale.
liïAMîîOURG (Jean-Baptïsie-Claude de ),
magistrat français , né le 24 janvier 1 776, à Dijon,
où il est mort, le 16 avril 1837. D'une bonne
famille de la Bourgogne, il se fit recevoir avocat,
et fut attaché comme juge auditeur à la cour
d'appel de sa ville natale; il y devint en 1811
conseiller, en 1815 procureur général et en 1818
président de chambre. On a de lui quelques
ouvrages philosophiques, tels que Les Principes
de la révolution française définis et discutés
(Paris, 1820, in-8°); L'Ecole d'Athènes {iS30^
in-S"), tableaux des contradictions de la phi-
losophie ancienne ; et Du rationalisme et de la
tradition (1834, in-8" ). Il a fourni beaucou{K
d'articles contre les philosophes modernes au !
Correspondant, aux Annales de philosophie
chrétienne, à La Dominicale, et quelques mé-
moires au recueil de l'Académie de Dijon. Ses
Œuvres ont été l'objet de deux éditions, l'une
donnée par MM. Foisset ( Paris, 1838, 3 vol.
in-8° ), l'autre par l'abbé Migne (1849-1850, gr.
in-8° ), avec des additions.
Th. Foisset, Notice dans les Mém. de l'Acad. de Dijon.
*RiAîVCEY (Henri- Léon Camusat de), pu-
bliciste français, né le 24 octobre 1816, à Paris,
Son grand -père, clievalier de Saint-Louis, émigra
en 1790, et mourut à l'armée de Condé. Après
avoir fait de bonnes études au collège Henri IV,
il choisit la carrière du barreau, et plaida de pré-
109
RIANCEY — RIARIO
110
rr-reuce pour les callioUqucs et les léfi;itimistes.
Secréfaire ilu comité de la Liberté relisiouse ,
dortt M. de Montaleinbert était président, il colla-
borait en méhie temps à L'Ami de la religion,
au Correspondant et à L'Union monarchique.
Au mois d'avril 1849 il fut élu représentant
de la Sarthe à l'Assemblée législative, et prit
part aux votes de la majorité réactionnaire;
après le coup d'État il fut du nombre des députés
qui subirent une courte détention au fort de Vin-
ccnnes. Il prit en 1852 la rédaction en chef du
journal L'Union. On a de Wi : Histoire du
monde depuis la création jusqu'à nos jours;
Paris, 1838-41, 4 vol. in-S", en société avec
Ch. de Riancey, son frère; — Histoire critique
et législative de l'instruction publique et de
la liberté d'enseignement en France; Paris,
1844, 2 vol. in-8*; — La loi et les Jésuites;
Paris, 1845, in-8»; — iW Affre, archevêque
de. Paris; Paris, 1848, in-18; — Les deux
Psautiers de la Vierge Marie; Paris, 1852,
trad. du latin de saint Bonaventure; — Recueil
des actes de Pie IX; Paris, 1852-1854, 3 vol.
in-8°, traduits et mis en ordre; — Le général
comte de Coutard, étude; Paris, 1856, in-8";
— plusieurs brochures politiques et religieuses,
lettres, circulaires, etc.
Son frère, Charles- Louis, né le 19 octobre
1819, à Paris, Ta aidé dans ses travaux et a col-
laboré aux mômes journaux, notamment à L'U-
nion. Il est mort à Paris, le 2 février t861.
Vapereau, Dict. univ. des co}itcmp.
RIAXSARÈS (Duc De). Voy. MUNOZ.
RIARIO (Jérôme), seigneur de Forli et d'I-
mola, né vers 1443, à Savone, tué le 14 avril
1488, à Forli. Neveu et favori du pape Sixte IV,
il participa largement aux trésors que la scan-
daleuse avarice de Paul II avait amassés. Cathe-
rine sa femme lui apporta en dot le comté de
Bosco et la protection de Galeaz ■ Sforza . son
père, et le cardinal Riario, son frère, lui acheta,
au prix lie 40,000 ducats d'or, la ville et la prin-
cipauté d'Imola, malgré les négociations enta-
mées par Laurent de Médicis. Ennemi déclaré
de ce dernier, qui s'opposa constamment à son
dessein d'envahir les petits États de la Romagne,
il entra en 147S dans la conjuration des Pazzi,
et lui déclara la guerre ensuite, à l'instigation du
pape. Fort de l'obéissance des troupes pontifi-
cales qu'il commandait, il surprit Forli, souve-
raineté que les Ordelaffi possédaient depuis cent
cinquante ans, et s'en fit donner l'investiture
(1480). Il se ligua avec la république de Venise
contre Hercule 1*"^, duc de Ferrare, dont il con-
voitait les États, et battit à Campo-Morto
(21 août 1482) ieducdeCalabre, qui marchait au
secours d'Hercule d'Esté. Changeant brusque-
ment de parti, il s'allia, le 12 décembre 1482,
au duc de Ferrare, et déclara la guerre aux Vé-
nitiens, que le pape excommunia, le 25 mai sui-
vant, pour les forcer à poser les armes. Voyant
l'inutilité de ses démarches pour s'emparer de
Ririiini et de Pesaro, il s'agrandit aux dépens des
Colonna, et les chassa de Marino délia Cava et
de plusieurs autres forteresses. La mort de son
oncle ( 13 août 1484 ) le priva de son plus ferme
soutien. Les fiefs des Colonna se révoltèrent;
le château Saint- Ange, dont il était déposi-
taire, fut livré par sa femme aux cardinaux pour
une grosse somme d'argent, et lui-même, aprèà
l'élection d'Innocent VI 11, se retira dans sa prin-
cipauté de Forli. Les Médicis et ses nombreux
ennemis le firent assassiner par ses propres
gardes. Il laissa un fils, Octavien, qui ne dut
la conservation de sa principauté qu'à la fermeté
de sa mère, Catherine Sforza.
RiAKio (Pierre ), cardinal, frère da précé-
dent, né en 1445, à Savone, mort le 5 janvier
1474, à Rome. Il n'était qu'un simple moine de
l'ordre de Saint-François, sans mérite comme
sans vertu, lorsque, dès le cinquième mois du
pontificat de Sixte IV, il fut nommé cardinal
de Saint-Sixte, patriarche de Constanlinople ,
archevêque de Florence et légat du saint-siége
dans toute l'Italie. Des historiens assurent qu'il
était le fruit d'un commerce incestueux du pape
avec sa sœur; d'autres expliquent l'attachement
outré que lui témoigna ce pontife par des mo-
tifs plus honteux encore. Quoi qu'il en soit , il
eut dès lors tout pouvoir à la cour; ses au-
diences étaient plus fréquentées que celles du
pape lui-même; les évêques, les légats, les
hommes de tous rangs affluaient à toute heure
dans sa maison. Il donna, en 1473, aux am-
bassadeurs du roi de France et à Léonor d'A-
ragon deux repas d'un faste inouï jusqu'alors,
pour lesquels il dépensa 200,000 florins et .s'eu-
detla de 40,000. Dans un voyage qu'il fit cette
môme année en Italie, il lutta de splendeur et
de magnificence avec le duc de Milan , et s'a-
bandonna à Venise à tous les excès. Pour sub-
venir à ses dépenses, il réunissait les prélatures
les plus considérables et accumulait un nombre
infini de bénéfices. Épuisé de débauches, il re-
vint à Rome, où il mourut quelques jours après,
amèrement pleuré du pontife.
RlARio ( Raphaël Galeotto, plus connu sous
le nom de), cardinal, né le 3 mai 1451, à Sa-
vone, de Violenta, sœur des précédents, mort le
7 juillet 1521, àNaples.^1 fut également comblé
des faveurs du pape Sixte IV, qui en décembre
1477 réleva au cardinalat et lui conféra dans la
suite plusieurs évèchés et archevêchés , avec les
riches abbayes du Mont-Cassin et de la Cava. Les
fêtes données à Florence à l'occasion de sa pro-
motion au cardinalat furent choisies par les Pazzi
et les autres conjurés, pour assassiner Laurent
de Médicis et son frère Laurent. Le nouveau
cardinal, que sa jeunesseavait sans doute empêché
de mettre dans le secret , n'échappa à la ven-
geance des Florentins qu'en se réfugiant sur
l'autel où il officiait. Sdus Alexandre VI il se
réfugia en France, dans son évêché de Tréguiefi
11 retourna en Italie lors de l'élection de Pie III,
111 RIARIO — RIBAS
et entra dans la conspiration du cardinal Pe-
trucci contre Léon X, qui lui pardonna généreu-
sement. Il passe pour avoir rétabli le premier
à Rome le luxe des représentations théâtrales.
S. R.
112
yinnal. eccl., 1472-U84. — Panvinio, fita di Sisto IF.
— Stef. Inlessiira, Diario rom. — Jacob AmmanaU,
Epistola 548 ad Fr. Gonzagam curd., 821.
RiBADENEiRA ( Pedro), célèbre jésuite es-
pagnol, né le 1" novembre 1527, à Tolède,
mort le 1" octobre 1611, à Madrid. Tout jeune
il fut envoyé à Rome pour y continuer ses études ;
il y connut Ignace de Loyola, qui l'admiten 1540,
à peine âgé de treize ans, au nombre de ses
disciples, avant même que sa compagnie eût
été confirmée par le saint-siége. Étant venu en
1542 à Paris, il fit des progrès considérables
dans la philosophie et la théologie, et en 1545
il acheva ses cours à Padoue. Après avoir en-
seigné la rhétorique depuis 1549 à Palerme, il
se rendit en 1555 dans les Pays Bas, et rem-
plit dans la suite la place de provincial en Tos-
cane et en Sicile, Ses talents lui valurent partout
des amis illustres , et il fut chargé par les trois
premiers généraux de son ordre, saint Ignace,
les PP. Lainez et Borgia, de le propager dans
les Flandres et en Espagne , ce dont il s'acquitta
avec un zèle infatigable. En 1574 il obtint l'au-
torisation de s'établir à Madrid , où il consacra
sa plume à la défense de la religion ; malheureu-
sement il avait plus de bonne volonté que de
lumières-, il était d'une crédulité puérile, et il
manquait tout à fait de critique. On a de lui :
Vida de S. Ignacio; Madrid, 1570, in-8o ; trad.
en latin par l'auteur, Anvers, 1588, in-S". Cette
vie, la première qui ait été écrite du fondateur
des Jésuites , a donné lieu à de nombreuses tra-
ductions et réimpressions. Ribadeneira retoucha
plusieurs fois son ouvrage. Il avait d'abord in-
génuement avoué qu'Ignace n'avait pas reçu le
don des miracles , en ajoutant que l'institution
même de la Compagnie de Jésus, son accroisse-
ment et les prodiges opérés par quelques-uns
de ses membres étaient une assez forte preuve
de l'intervention manifeste de Dieu. Plus tard il
se rétracta, et fit faire à Ignace un grand nombre
de miracles. La Vie de saint Ignace fut réimpr.
par Simon Stenius ( 1 598, in-S" ), et accompagnée
de notes très-piquantes , qui donnèrent lieu à
une querelle, aujourd'hui oubliée, entre les jé-
suites et les protestants; — De la scisma de
Ingalaterra ; Madrid, 1588, in-S" , trad. en
latin; — De la tribu lacion par ticular y pu-
blica; Barcelone, 1591, in-8° ; — Vidas de
Diego Lainez, Al/onso Salmeron y Francisco
de Bor;a,- Madrid, 1592, in 8"; trad. en latin
par André Schott (Anvers, 1598, in-8° ) et en
français ; ces trois vies ont été réunies à celle
de saint Ignace dans l'édit. de Madrid, 1594,
in-fol.; — Tratado de la religion y virtudes
que de.be tener el principe chrïstiano para
gobernar sus Estados; Madrid, 1595, 1601,
in-S"; Anvers, 1597, in-S"; trad. en français,
en Idtin, en anglais et en italien : c'est une réfu-
tation du Prince de Machiavel ; on y trouve
beaucoup de propositions hasardées sur la puis-
sance des rois et les devoirs de leurs sujets ;
■ — Narratlo legationis Franc, de Mendoza;
Bruxelles, 1598, in-4°; — Flos sanctorum,
lÀbro de las vidas de los santosj Madrid,
1599-1610, 2 vol. in-fol. : cette compilation,,
réimprimée plusieurs fois et traduite en latin et l
cinq ou six fois en français, a été complètement i
effacée par les travaux des Bollandistes; elle
est écrite dans un style agréable; mais les mi-
racles, les légendes , les contes les plus ridicules
y sont entassés sans discernement ; — Vida de
Christo y de su madré santissima ; Madrid,
1604, in fol. ; — Tratado en el quai se da
razon del Institulo de la Compania de Jesu ;
Madrid, 1605, in-4''; — De scriptoribus So-
cietatis Jesu ; Anvers, 1608, in-8° : ce catalogue"
incomplet a été successivement augmenté par
les PP. Schott(16l3),Alegambe(1643)etSoutli-
well (1676); — Manual de oraciones y exer-
cicios; Madrid, 1611, in-l6. Le P. Ribadeneira
a traduit du latin Las Confessïones et Las Me-
ditaciones (1598, 2 vol.) de saint Augustin.
N. Antonio. IVova rtiblioth. hispana. — Southwell, De
Script. Soc. jesu.
RIBAS {Juan ue), religieux espagnol, née
en 1612, à Cordoue, mort le 4 novembre 1687,
dans la même ville. Il était de l'ordre de Saint-
Dominique. Habile théologien, il enseigna avec
réputation la philosophie dans le couvent de^^
Saint-Paul à Cordoue, et pendant longtemps il yy
dirigea les études. A l'époque de sa mort ses con-i-
frères publièrent un recueil de vers ei de discours»
à sa louange. On a répandu sur ce religieux beau-
coup d'assertions dont l'abbé Goujet s'est attaché
à démontrer la fausseté. Outre des sermons et desi
opuscules ascétiques, on a de lui : Sueldo al[
César y a Dios su gloria (1663, in-fol. ) , sous
le nom de Joseph de Zais; il y prouve qu'oni
avait eu tort d'enlever à saint Thomas la Catena
aurea pour en faire honneur au P. Carbonnel.
Plusieurs auteurs lui ont attribué avec quelque
vraisemblance le fameux ouvrage intitulé Teatro
jesuitico , apologelico discurso con saluda-
bles y seguras dotrinas necessarias a los
principes y senores de las tierras {ColmhTe,
1654, in-4°), et qui porte le pseudonyme de«
Francesco de la Piedad. Ce pamphlet, où les»
Jésuites sont traités avec une sévérité extrême,
fut brûlé par ordre de l'inquisition et supprimée
avec tant d'exactitude que l'on n'en a vu dans»
les ventes que quelques exemplaires; il devint I
l'occasion d'une polémique passionnée, et on lei'
donna tour à tour aux jansénistes et aux pro-
testants. Quanta Ribas, il se refusa constam-
ment à reconnaître pour sienne cette production
satirique; cependant il n'y avait qu'une voix
pour la lui attribuer dans toutes les maisons de
son ordre en Espagne. Ribas n'en était pas d'ail-
118
RIBAS — RIBBING
114
leurs à son coup d'essai contre les Jésuites , et
il a écrit contre eux d'autres ouvrages, qu'il a
avoués, entre autres celui qui a pour titre Bar-
ragan botero, et auquel le roi Philippe IV pre-
nait tant de plaisir qu'il s'en faisait souvent lire
tlt's passages par forme de récréation.
KcUard, Script, ord. Prœdicat. — Goujet, dans le Dict.
hist. de Moréri. — Pclgnot , Dict. des livret condamnés,
U, 1S4. — Brunet, Manuel du Ubraire.
RiBAUT (Jean), navigateur français, né à
Dieppe, vers 1520, massacré au fort Caroline
( Floride), en 1565. C'était un zélé protestant et
un excellent marin. L'amiral de Coligny, pré-
voyant les persécutions que ses coreligionnaires
auraient bientôt à redouter, eut l'idée de leur pré-
parer un asile au delà des mers. Avec la per-
mission de Charles IX, il arma deux roberges
sur lesquelles il embarqua cinq ou six cents ma-
rins ou soldats d'élite, tous huguenots. Jean Ri-
baut reçut le commandement de cette expédition,
qui mit à la voile de Dieppe, le 18 février 1562.
Après une heureuse navigation, Ribaut atterrit,
à la fin d'avril, vers le 30° de latitude, près
d'un promontoire boisé qu'il appela Cap Fran-
çais. Il remonta la côte au nord, découvrit la ri-
vière des Dauphins (1), puis celle de Mai (2),
à l'embouchure de laquelle il débarqua (i*'' mai).
Il a été reconnu depuis que Ribaut avait pris
plusieurs anses pour des embouchures de fleuve;
il est donc fort difficile de suivre son itinéraire
et de retrouver les neuf rivières qu'il prétend
avoir reconnues sur une étendue de soixante lieues
de côtes. Il donna le nom de Port-Royal à l'en-
droit où il s'arrêta (Caroline du Sud). Sur une
île (3) située à l'entrée du Toubachire, il construi-
sit un fort, qu'il nomma fort Charles, en l'hon-
neur du roi Charles IX, et y laissa vingt-dnq
hommes avec quatre canons, sous le commande-
ment d'Albert, l'un de ses meilleurs officiers. Il
revint à Dieppe, le 20 juillet. La petite colonie
ne se maintint pas longtemps. Les soldats se ré-
voltèrent, tuèrent leur chef, construisirent un
brigantin sur lequel ils se dirigèrent vers la
France. Le manque de vivres les força à dévorer
plusieurs des leurs. Ils allaient sombrer en vue
des côtes de Bretagne lorsqu'ils furent recueillis
par une barque anglaise.
La guerre civile avait empêché Ribaut d'ame-
ner des secours à sa colonie ; il y prit une part
active, et passa ensuite en Angleterre , où il fit,
selon Walt, imprimer The whole and true
discovery of Terra Florida {Londres, 1563,
in-12). Après la paix de 1564, Coligny reporta
ses regards vers la Floride. Il consacra cent mille
écus à l'armement de trois navires, qui partirent
sous la conduite de René de Laudonnière ( voy.
ce nom), gentilhomme poitevin, qui avait fait
partie de la première expédition. Ribaut partit
de Dieppe, le 22 mai 1565, avec sept navires et
(1) Aujourd'hui San-Juan.
(ï| Le Rio San-IUateo des Espagnols.
(S| Aujourd'hui Lemon island.
environ q\iatre cents personnes des deux sexes;
son fils Jacques l'accompagnait. Il entra le 27 août
dans la rivière de Mai. Il y trouva Laudonnière
sur le point de faire sauter le fort Caroline et
réduit à la dernière extrémité par la disette et
l'indiscipline de ses compagnons, qui presque tous
avaient déserté. Ribaut se hâtait de rallier les
débris de la colonie lorsqu'elle fut attaquée à
l'improviste par une flotte espagnole, commandée
par Menendez. Une tempête ayant dispersé ou
brisé la petite escadre, les Espagnols en eurent
bon marché pièce à pièce : ils prirent ensuite les
retranchements presque sans combattre. Neuf
cents Français furent égorgés ; malades, femmes,
enfants, rien ne fut épargné. Menendez fit atta-
cher à des gibets les corps des principaux officiers,
et pour cacher sous le manteau de la religion la
manière infâme dont il avait manqué de foi, il
fit écrire au-dessus des cadavres de ces malheu-
reux : « Pendus non comme Français, mais comme
hérétiques ». Jean Ribaut, battu par la tempête,
tomba entre les mains de Menendez et fut poi-
gnardé par derrière-. Il fut écorché encore pal-
pitant, et les lambeaux de son corps, coupé en
morceaux, furent plantés sur des piquets autour
du fort. Cet acte de barbarie ne demeura pas im-
puni ; Dominique de Gourgues ( voy. ce nom ) en
tira une juste et éclatante vengeance. A. de L.
Laudonnière, Hist. de la Floride. - J. Lemoyne de
Mourgiies, Relation du voyage de capitaine J. Ribaud
à la Floride, dans la iVarrafio regionum Indicarum per
fJispano.t devastatarum, public par Th. de Bry, 1590-
1598. — Le Challeur, Dernier voyage de Jean Ribaut.
— Brief Discours et Histoire d'un voyage de quelques
François en la Floride. 1579, et dans les Archives cu-
rieuses de VMst. de France, VI. — Charlevoix, Hist. de
la Nouvelle France, 1744. — Haag frères, France protest.
RIBBING DE LEUVEN (Adolphe - Louis,
comte), gentilhomme suédois, né à Stockholm,
en 1764, mort à Paris, le 1*'' avril 1843. Il entra
fort jeune au service de France , s'embarqua
pour l'Amérique sous le comte d'Estaing, et re-
tourna dans sa patrie eu 1786. Membre des états
généraux la même année, il se fit remarquer par
son opposition violente contre tous les actes du
roi Gustave III. Jeune et ardent, il se mit bientôt
à la tête de cette partie de la noblesse qui voyait
dans le roi l'ennemi de ses privilèges, et s'asso-
cia au complot tramé par le comte de Horn ,
Ankarstroem, Lilliehorn.etc. (voy. Gustave III).
Ce fut lui qui, dans la salle de l'Opéra, désigna
le roi aux coups d'Ankarstroem en lui mettant
la main sur l'épaule et en disant : « Bonjour,
beau masque. « Le lendemain même il fut ar-
rêté avec ses complices. Après des débats judi-
ciaires assez longs les trois accusés furent con-
damnés à mort; mais le l'oi avait obtenu que la|
peine des complices serait commuée en celle du
bannissement à perpétuité. Deux mois après la'
mort de Gustave l'arrêt fut mis à exécution.'
Ribbing prit le nom de van Leuven, et vint en
France, où il fut reçu dans les salons du direc-
teur Barras ; les dames de cette époque le dési-
gnèrent sous le nom de beau régicide. Accueilli
115
RIBBI^G — RÎBEllA
!i6
avec empressement à Coppet par M™" de Staël
et par Benjamin Constant, ii parcourut la Suisse
et revint à Paris, où sous le gouvernement de
Napoléon il vécut dans l'obscurité. La restaura-
tion ne l'inquiéta pas, mais en 1816 il crut devoir
suivre les exilés français en Belgique, et y fut
l'un des rédacteurs du Vrai libéral. Lorsque
l'amnistie permit à ses amis de rentrer dans leur
pays, il revint avec eux à Paris, et y vécut pen-
dant plusieurs années à peu près ignoré. On a
prétendu que Ribbing, lors de la première repré-
sentation du ballet de Gustave II J, voulant voir
si la mise en scène avait bien la couleur locale,
prit un cabriolet pour se rendre à l'Opéra, qu'il
fit un faux pas, qu'on le releva blessé grièvement
et qu'il mourut quelques jours après; ce fait
n'est pas exact; le comte Ribbing est mort ou
plutôt s'est éteint tranquillement en 1843, à l'âge
de soixante-dix-neuf ans.
Son fils, Adolphe de Leuven, s'est fait con-
naître à Paris comme auteur dramatique. A. J.
Posselt, Ceschichte Custavs III. — Hist. de iassassi-
nat de Gustave lll, par un officier polonais, témoin ocu-
laire. ~ Bouille. Mémoires. — Beaumont de Vassy, Les
Suédois depuis Charles XI f.
RiBEiRO (Bernardin), poëte portugais, né
à Torrâo (Alemtejo), mort au seizième siècle. On
ne sait presque rien d'exact sur l'écrivain qti'on
a appelé parfois VEnnius deCamoens. Il sortait
d'une famille noble ; on ne précise nulle part à
quelle époque il fut successivement gentilhomme
(lu palais, commandeur de Villacova dans l'ordre
du Christ, capiiûo mor des flottes de l'Inde et
gouverneur du fort de Saint-Georges de Mina sur
les côtes d'Afrique. Une légende poétique fort
accréditée en Portugal veut qu'il ait inspiré une
vive passion à Beatriz (1), fille du roi Manoel,
au temps où il était juge du palais. Sans affirmer
qu'il accepte la tradition, le premier historien du
Portugal , Alexandre Herculano, ne la rej ette nulle-
ment; il publie même à ce sujet un récit contem-
porain infiniment curieux, qui confirmerait la lé-
gende bien plus qu'il ne l'infirmerait. Après
avoir beaucoup voyagé, très-probablement il
épousa Maria de Vilhena, de la maison de Can-
tanhède, et il en eut une fille, à laquelle il a adressé
les vers les plus touchants : il avait perdu sa
raèreenlatleurdesajeunesse,etil l'avait, dit-on,
ardemment aimée. Comment concilier cependant
cette vive affection avec ces vers, si connus, du
poëte :
Nam sam casado, scnliora.
Pois inda que dei a inao
Nao Casei o coraçao.
(1) Née à Lisbonne, le 3) décembre 1504, cette princesse
charmante mourut à Nice, le 8 janvier 1S38. On affirme
qu'elle fut tendrement aimée de son époux, Charles lil,
duc de Savoie. I,a légende à laquelle nous faisons allu-
sion conduit Ribeiro en Italie sous les habits d'un pauvre
pèlerin, et lui aceorde une courte entrevue avec l'infante
dans une église de Nice. La princesse le congédie même
sans pitié. Si dans cette histoire parfaitement romanesque,
nous en convenons, il fallait faire uni: large part à l'i-
magination des contemporains , ce serait selon nous la
seconde partie qu'il faudrait révoquer en doute.
Le plus eiiarmant ouvrage de Ribeiro est un
petit roman mêlé de prose et de vers, dont M. Yil-
lemain a fait ressortir d'une façon heureuse la
rare perfection : il est intitulé Menina e moça,
et tire son titre des premiers mots du récit;
nous reproduisons ici celui de la première édi-
tion en rappelant que tout sous ce nspf cit est
erroné dans Barbota Macliado : Prune.ira e se-
cutida parte do livra chamado : As saudades
de Bernardino Ribeiro, com todas as suas
obras; Evora, 1558, in-S". La seconde édition,
selon M. Innocencio F. da Sylva, serait la sui-
vante : Hisioria de Menina e Moça ; Lisbonne,
1559, in-8°. Nous ne saurions citer ici toutes le»
réimpressions ; nous nous contenterons de re-
commander aux amateurs de la littérature por-
tugaise celle qui a été donnée, en 1852, pour la
collection des classiques que l'on imprime à Lis-
bonne. F, D.
RIBESIONT (De). Voy. Anselme.
ribëra {Anastasio-Panlaleon de), poëte
espagnol, né en 1580, à Saragosse, mort en avril
1629, à Madrid. Destiné à l'état ecclésiastique, il
entra dans un couvent, mais il n'acheva pas son
noviciat, et rejoignit les troupes es[>'îgnoles qui
occupaient les Pays-Bas. Après s'être distingué
à la prise d'Ostende (I6Q4), où il reçut plusieurs
blessures, il revint à Madrid, et s'attacha au duc
de Medina-Sidonia en qualité de secrétaire, li
avait l'humeur gaie, l'esprit fertile en saillies;
de bonne heure ses vers, pleins de verve, le mirent
à la mode dans les plus illustres compagnies, et
ii fut pendant quelque temps du nombre des
beaux-esprits qui composaient la cour de Phi-
lippe IV. 11 était fort enclin à la satire et ne.
ménageait personne , pas même les favoris du i
roi ; peut-être est-ce à une vengeance personnelle -'
qu'on doit attribuer la cause de sa mort : il fut t
assassiné dans une rue, au milieu de la nuit.
Disciple de Gongora, il l'a imité dans la plupart t
des poésies qu'il a laissées, comme dans les*
fables de Proserpine, d'Echo, d'Alcée et d'Aré-
thuse, etc. Ses amis les recueillirent après sa i
mori (Obras poeticas; Madnd, 1634, in-4°) :
il en a paru plusieurs éditions; la plus complète
est celle de Madrid, 164.8, in-S". On a l'ait aussi i
un recueil de ses plaisanteries, publié à Madrid I
vers 1630 et devenu rare.
Ttcknor, Hist. of t/ie spanish Ulerature, \\.
RiBÈiîA (Joseph), dit l'Espagnolet, peintre
et graveur espagnol, né à San-Felipe, le 12 jan-
vier 1588, mort à Naples, eu 1656. Pendant
longtemps les Italiens, par un sentiment d'amour
propre national exagéré, faisaient naître Joseph
Ribera à Gallipoli, dans le royaume de Naples ;
les Espagnols, se sentant ainsi dépossédés, cher-
chèrent le moyen de détruire avec des preuve* ■
irrécusables une semblable opinion, et ils triom-
phèrent le jour où fut découverte l'inscription i
suivante gravée par Ribera lui-même au basi
d'une de ses estampes , Silène couché : Joseph^
la Ribera Hisp^ Valenti^ Sctaben F. Parte"
1117
RIBERA
nope, 1628. Cette épithète de Valentinus q\iG
Ribera se donnait lui-même tranchait la ques-
tion. C'est à Xativa, aujourd'hui San-Felipe,
ians la province de Valence, que naquit Ri-
jcra. Il fut envoyé tout jeune dans la capitale
lu royaume pour y faire ses humanités ; mais,
lu lieu de s'attacher uniquement à l'élude
,les lettres, ce qui était, paraît-il, le vœu de
;ii famille, il se livra presque exclusivement
m\ arts du dessin, et reçut les premières le-
;oiis d'un peintre aujourd'hui peu connu, Fran-
•ois Ribalta. Si l'on en croit certains auteurs
li<;nes de foi , J. Ribera aurait été vers cette
époque à Naples, et c'est à l'école de Michel-Ange
le Caravage qu'il aurait emprunté c«tte manière
le peindre un pea rude qu'il n'abandonna guère
Ians la suite. Plus tard il se rendit à Rome, et,
malgré l'impression profonde que lui causa la
rue des œuvres de Raphaël, il ne put ni modifier
;a première manière ni se défaire absolument
le l'âpreté de ton qu'il avait été accoutumé à re-
L'hercher dans son enfance. Un voyage à Parme
ail'iit un moment le remettre dans la bonne voie :
es peintures de Corrége eurent sur son talent
ine influence salutaire, qu'il est impossible de
contester; mais cette influence fut de courte du-
rée. C'est à peine s'il exécuta quelques tableaux
inspirés par une réminiscence lointaine des
œuvres de Corrége; il revint bientôt à ses an-
ciennes habitudes, et se laissa de nouveau guider
uniquement par la manière de Michel-Ange de
Caravage. Après ces excursions, J. Ribera re-
tourna à Naples; aussitôt son arrivée dans cette
ville , il fit la connaissance d'un homme riche et
puissant qui lui donna sa fille en mariage. Cette
alliance fut bientôt profitable au peintre, qui
trouva dans son beau-père un admirateur enthou-
siaste- Celui-ci ayant exposé sur son balcon un
Sainl-Barthélemy peint par Ribera, ameuta la
foule devant ses fenêtres ; le vice-roi de Naples
voulut connaître la cause de cet attroupement ,
et ayant appris qu'il s'agissait d'un tableau, il fit
venir le peintre chez lui , et après avoir examiné
l'œuvre qui avait valu à son auteur ce succès, il
la trouva si belle, que J. Ribera fut de suite
nommé peintre de la cour et comblé de bienfaits.
A partir de cette époque la réputation de J. Ri-
bera grandit tous les jours; il fut reçu, en 1630,
membre de l'Académie de Saint-Luc, et en 1644
le pape lui envoya la décoration de l'ordre du
Christ. Pendant les deux voyages que Velasquez
fit à Naples, en 1630 et en 1649, ce fut Ribera qui
lui fit les honneurs de l'Itahe.
Il serait impardonnable de ne pas faire men-
tion de l'habileté singulière que possédait Ribera
à manier la pointe ; les quelques eaux-fortes que
l'on rencontre signées de ses initiales sont tout
à fait remarquables, et mériteraient, n'était cette
recherche continuelle des types hideux qu'elles
semblent dénoter, de prendre place an nombre
des meilleures productions de la gravure à l'eau-
forte. Le Martyre de saint Barlhélemi , Si-
— RIBIÉ 118
lène et le portrait de don Juan d'' Autriche
font oublier, par la finesse de leur exécution, tout
ce qu'il y a de repoussant dans les formes sys-
tématiquement vulgaires que les figures affectent.
Ribera travaillait facilement, et ses tableaux
sont nombreux; le Lonvre en possède un, VA-
doration des Bergers, qui ne donne pas mal-
heureusement la mesure complète du talent peu
mystique du maître; on n'en compte que deux
au musée de Dresde et que quatre dans la ga-
lerie du Belvédère à Vienne. L'Angleterre n'en
possède qu'un petit nombre , si l'on en croit
M. Waagen { Trésors d'art), et la National Gal-
lery n'en avait même qu'un seul en 1857. En re-
vanche le livret du musée de Madrid en décrit
cinquante-trois, et il s'en rencontre en grand
nombre à Naples dans les couvents et dans le.<»
églises. Parmi ceux que noils avons été à môme
de voir dans celte dernière ville, il en est un qui
nous parait méritertine mention toute spéciale;
il représente une Déposition de croix, se trouve
dans l'église du couvent de San-Martino , et se
fait remarquer par une harmonie et une vigueur
de ton qu'aucune autre œuvre de Ribera ne nous
a paru contenir au même degré. G. Duplessis.
Cean Bermudez, Diccior.ario historico. — QiiUlict,
Dict. des peintres espagnols. — Bartsch, I.e Peintre <ira-
veur, XX. — Huart, Fie complète des peintres espa-
gnols. — Vlardot, Notice sur les principaux peintres de
l'Espagne. — R.-D. Caballero, Observaciones sobre la
patria de Ribera; Valence, 1824, in-4o.
RIBES (François), chirurgien français, né
le 4 septembre 1770, à Bagnères de Bigorre,
mort le 21 février 1845, à Paris. Jeune encore
il fit des cours d'accouchement et de chiiurgie
pratique; mais il ne se présenta qu'en 1S03 aux
examens du doctorat en médecine. Après avoir
failles campagnes de la république, il prit part
à celles de l'empire comme chirurgien par quar-
tier de Napoléon. Lorsque le pape Pie vii fut
rendu à la liberté, Ribes l'accompagna jusqu'à
Rome, et ce fut sans doute aux souvenirs de ce
voyage, qu'il dut, en 1 826, d'être attaché à la mai-
son de Charles X. En 1827 il devint médecin en
second de l'hôtel des Invalides, et en 1837 il y
remplaça Desgenettes dans les fonctions de mé-
decin en chef. 11 avait été compris en 1821
parmi les premiers membres qui constituèrent
l'Académie de médecine. On a de lui : Sur l'ar-
ticulation de la mâchoire; Paris, 1803, in-8°;
— De Vanatomis pathologique; Paris, 1828-
1834, 2 vol. in-8"'; — Mémoires et observations
d'anatomie, de physiologie, de pathologie et
de chirurgie; Paris, 1841-^844, 3 vol. in-8%
pi.; — de nombreux articles dans le Diction-
naire des sciences médicales, les Archives de
médecine, les Bulletins de l'Académie de mé-
decine, etc.
Sarrut et Saint-Edme, Hommes du jour, VI, 2» partie.
RIBIÉ (César-François), auteur dramatique
et acteur français, né à Paris, le 18 octobre 1755^
mort à la Martinique, en 1830. Son père était
joueur de marionnettes, à la Foire Saint-Lau-
119
RIBIÉ — RIBOUD
12
rent. A quinze ans il déserta la maison pater-
nelle, et s'installa, comme commissionnaire, de-
vant la loge des Grands danseurs dît roi. 11
se mit aussi au service des escamoteurs ambu-
Jants, et obtint plus tard l'emploi A'aboyeur à la
porte du spectacle de Nicolet. Peu à peu, il s'in-
sinua dans les bonnes grâces des gens de la
maison , et fut chargé de quelques petits rôles. Il
s'engagea ensuite au théâtre des Associés (1),
€t ne tarda pas à devenir un des meilleurs co-
miques du boulevard. Il partit pour la province,
et revint à Paris amenant avec lui une fille nom-
mée Latour, très-habile en tours d'adresse , et
dont il fit sa femme. En 1796, il forma une
troupe d'acteurs, et se rendit dans les colonies
pour y chercher fortune. Déçu dans son espoir,
il rentra dans la mère patrie quelques mois
après son départ, et prit alors la direction du
spectacle de Nicolet, devenu théâtredeia Gaieté,
dont il changea le nom contre celui de théâtre
à' Émulation . Cette entreprisen'ayant pas réussi,
il parcourut de nouveau la province, s'établit à
Rouen , et y fonda le théâtre de la république.
Après le 9 thermidor, Ribié fut accusé de ter-
rorisme, et se réfugia à Paris. En 1805, nous
le retrouvons directeur de La Gaieté, après avoir
été, dans l'intervalle, directeur à la fois de Lou-
vois, de la Cité, et de deux ou trois jardins pu-
blics , Tivoli en tète. Après deux années d'ex-
ploitation , Ribié , malgré sa capacité reconnue ,
fut obligé, en mars 1808, toujours par suite de
son esprit de désordre et de son inconduite, de se
retirer devant les héritiers de Nicolet, qui vou-
lurent rentrer dans leur privilège. En 1810, on
le voit aux Jeux Gymniques, établis dans l'an-
cienne salle de la porte Saint-Martin, où il ne fit
que passer. Enfin, il se remit à la tête d'une
troupe de comédiens, et traversa de nouveau les
mers. Depuis lors on n'a plus entendu parler
de lui.
Ribié fut bien, comme on voit, le personnage
îe plus excentrique, l'existence la plus extraor-
dinaire qu'on puisse imaginer. Acteur, saltim-
banque au besoin, directeur de deux théâtres à
la fois, jouant dans la même soirée sur l'un
Fénelon, sur l'autre un savetier; vendant de
l'opiat, battant la caisse d'une manière mira-
culeuse ; affectant des airs de grand seigneur,
tenant maison montée, table ouverte; joueur,
gourmand et libertin. Il voulut aussi être auteur,
et la liste de ses pièces est assez considérable;
mais on soupçonne avec quelque raison qu'il ne
fit que donner le canevas; car, dénué de l'ins-
truction la plus élémentaire, ne sachant ni lire ni
écrire, comment aurait-il pu se passer de colla-
borateurs? Ceux-ci, néanmoins, sont restés in-
connus. E. nE Manne.
Du Mersan, Notice sur Ribie. — Almanach des spec-
tacles. — Quérard, I,a France littêr. — ncnseUjn. part.
niBlER ( Guillaume) , conseiller d'État, né
(1) Fondé en 1774, 11 prit, en 1794, le lllre de Théâtre
patriotique.
en 1578, à Blois, où il est mort, le 21 janvi<
16C3. Il succéda à son père dans la charge d
lieutenant au présidial de Blois, et devint en
suite lieutenant général et président au mêm
siège. Dans l'assemblée des états tenue en 161
à Paris, il siégea comme député du tiers, et pn
senta au roi, au nom de quarante-cinq de sf
collègues, une requête tendant à obtenir un
réduction assez considérable de l'impôt. On n
fit point droit aux justes réclamations des dé
pûtes, mais on accorda par honneur à Ribier 1
brevet de conseiller d'État. La reine mère , pen
dant son séjour à Blois, aimait à le consultt
dans ses affaires, et lui offrit l'emploi de secré
taire de ses commandements, qu'il refusa pa
modestie. Il avait recueilli uu très-grand noir
bre de documents historiques pour servira l'é
claircissement des règnes de François P"", Her
ri H et François II (1537-1560) ; son neveu, M;
chel Belot, les publia à Blois, 1666, 2 vol. in-fo
Son frère, Ribier (Jacques), conseiller a
parlement de Paris, puis conseiller d'État, a écri
des Mémoires concernant les charges de chan
celier et garde des sceaux de France (Paris
1629, in-4°) et un Discours sur le gouverne
ment des monarchies (ibid., 1.630, in-A").
Bernler, Hist. de Blois. — Moréri , Dict. hist.
RiBOisiÈRK (La). Voy. La Riboisière.
RiBOVD (Thomas-Philibert), littérateu
français, né le 24 octobrel755, à Bourg en Bresse
mort le 6 août 1835, à Jasseron, près cette villei
Reçu à dix-neuf ans avocat au parlement di\
Dijon, il alla pratiquer le barreau à Lyon, e
fonda, de concert avec Delandine, Gerson e
Geoffroy, la Société littéraire, où il lut plusieur
morceaux en prose et en vers. En 1779 il fu
nommé procureur du roi au p<'ésidial de Bourj,
et subdélégué de l'intendant de Bourgogne. Parr
tisan de sages réformes,' il présida l'Assemblés
des notables de la Bresse (1787), et fut porté en
mai 1790 au poste de procureur général syndiii
du département de l'Ain. Dans l'Assemblée lé-
gislative, où il représenta ses compatriotes, i
vota avecle parti constitutionnel. Sous la terreuu
il subit une détention de quelques mois à titnr
de suspect. Le Directoire le choisit en l'an m
pour commissaire près l'administration départes
mentale, et le destitua après le coup d'État dd
fructidor. Élu membre du Conseil des cinq cenfcl
(1798), il quitta Paris à la suite du 18 brumaire*
et professa l'histoire philosophique à l'école cenfl
traie de Bourg. Rappelé bientôt dans la magis-.
trafure, il fut mis à la tête ,du tribunal civil dd
l'Ain (19 germinal an vui), et passa, lors de Ici
réorganisation des tribunaux, dans la cour ira-i
périale de Lyon comme président de chambre
(1811). De 1806 à 1814 il fit partie du Corps léi
gislatif, et rédigea sur certaines parties du codei
des rapports et des procès-verbaux qui témoM
gnent de son savoir. Envoyé en 181 5 à la Chambre
des représentants, il ne put y siéger, parce quei
son élection était arguée de nullité. Au secondu
121 llIBOUD — RICARD
retour des Bourbons, il fut nommé président
honoraire (25 octobre 1815), revint dans son
^pays natal, et partagea ses ioisirsentre l'cHuJe et
[les travaux de la Société d'émulation, qu'il avait
[fondée. 11 était aussi membre de plusieurs so-
■ciétés provinciales et correspondant de l'Acadé-
mie des inscriptions. On a de lui un assez grand
nombre d'opuscules liistoriques et littéraires,
parmi lesquels on remarque : Étrennes litté-
raires; 1785, in- 8°; — Éloges d'Agnès Sorel;
Lyon, 1786, in-S»; — Essai sur les moyens
de subvenir aux besoins publics ; 1790, in-8°;
— Recherches sur Vorigine, les mœurs et
les usages de quelques communes du dé-
ipartement de l'Ain; Paris, 1810, in-S»; —
Études de l'histoire du département de l'Ain
par les monuments , dans les Annuaires de
l'Ain, J824 à 1827 ; etc.
Journal de la Société d'émulation del'Jin, sept, et
oct. 1835.
RIBOITTTÉ {C harles- Henri) , chansonnier
français, né à Commercy, le 10 octobre 1708,
mort en 1740. Fils d'un maréchal ferrant des
équipages du prince de Vaudemont, il eut, dit-on,
ime jeunesse fort dissipée, et ses folies obligèrent
sa famille à le faire enfermer pendant quelque
temps. Pour se venger, il composa dans sa pii-
son des couplets satiriques contre toutes les da-
mes de la petite cour de son pays ; lorsqu'il fut
'rendu à la liberté, on l'envoya à Paris pour le
soustraire aux vengeances des familles chan-
f sonnées dans ses couplets. Sa gaieté, son esprit
l' aimable lui firent beaucoup d'amis dans cette
ville; grâce à leurs bons offices, il obtint une
(place de contrôleur des rentes, qu'il conserva jus-
qu'à sa mort. Il est auteur d'un grand nombre
1 de chansons ; la plus populaire est celle qui com-
imence ainsi : Que ne suis-je la fougère? elle
a survécu à toutes les autres. Celles intitulées
Les Souhaits et L'Ambition de l'amour eurent
'aussi un grand succès. Elles ont été reproduiles
' dans les Chansons populaires de la France
|en 1843. A. J.
' Durnont, Uist. de la ville et des stigneurs de Com-
tmercy, II, '.-6. - Chaudon et Delandine ,Dict. universel.
I RIBOITTTÉ {François- Louis), auteur dra-
imalique français, né à Lyon, en 1770, mort à
, Paris, en février 1834. Il était d'une famille de
] commerçants, fit de bonnes études, et alors que
, la révolution éclata il s'enrôla dans les ba-
taillons qui défendirent Lyon contre les troupes
de la Convention. Il parvint à s'échapper lorsque
la ville fut prise, et vint à Paris, où il se fit re-
; marquer parmi les jeunes gens qu'on appelait
alors la jeunesse dorée. Après avoir été pen-
dant quelques années agent de change, il résigna
; cet emploi, sans renoncer pourtant à faire quel-
ques opérations financières , et se livra à la litté-
I rature, ce qui donna lieu à l'épigramme suivante:
' Rlboutté dans ce monde a pUis d'une ressource,
I 11 spécule au théâtre, et compose à la bourse.
I Celle de ses comédies qui eut le plus de succès
36t la première, L'Assemblée de famille (ISOS) ;
122
on lit courir le bruitque Riboutté soignait .ses .suc-
cès beaucoup plus que ses ouvrages, qu'il com-
posait avec soin son pai terre, que la complaisance
et le zèle des acteurs n'étaient pas désintéressés ,
enfin que Geoffroy, qui tenait alors le sceptre de
la critique dans le Journal de l'empire, trou-
vait fort bien son compte à louer l'ouvrage et
l'auteur. Aussi lorsque dans son feuilleton du
28 février 1808 il disait : « On dit que l'auteur
est dans les affaires , eh bien ! en donnant son
ouvrage il en a fait une bonne, » on fit courir
cette épigramme :
Geoffroy, rempli de complaisance;
A porté Jusqu'aux deux le nom de Rlboutté;
C'est avec iDgéoulté
Signer publiquement une bonne quittance.
Il n'en est pas moins vrai que la pièce eut du
succès et qu'elle fut admise en 1810 au concours
pour le prix décennal. Riboutté avait épousé
M"e Simon, actrice du Théâtre-Français. On
a encore de lui trois comédies en cinq actes et
en vers : Le Ministre anglais, 1812 , L'Amour
et l'ambition, 1822, et Le Spéculateur ou l'É-^
cote de la jeunesse , 1826. A. J.
Biogr. des hommes vivants. — Quérard, La France lit-
téraire. — Histoire du théâtre français. — Journal de
l'empire, février 1828.
RICARD ( Jean-Marie ), jurisconsulte fran-
çais, né en 1622, à Beauvais, mort en 1678, à
Paris. Il eut la réputation d'un des plus célèbres
avocats du parlement de Paris ; il n'avait point
de facilité à plaider; mais en fait de consulta-
tions et d'arbitrages, ses décisions faisaient au-
torité. Son désintéressement était si grand que
c'était, dit-on, lui faire injure que de lui offrir
de l'argent; la satisfaction d'avoir assisté ceux
qui avaient besoin de ses lumières lui suffisait.
Il est un des auteurs qui ont le mieux inter-
prété l'ancien droit français. On a de lui : Traité
des donations ; Paris, 1652, in-4° ; — Coutume
rfe SewZis; Paris, 1655, in-4''; — Coutume
d'Amiens, avec commentaire; Paris, 1061,
in- 12. Ces ouvrages ont été réimprimés plusieurs
fois jusqu'à la révolution, augmentés et an-
notés. Son fils , avocat comme lui , et nommé
aussi Jean-Marie, les réunit avec d'autres, iné-
dits (Paris, 1701, 2 vol. in-fol. ); l'édition la
plus recherchée des Œuvres de Ricard a été
donnée par Duchemin et Bergier (Clermont-
Ferrand, 1783, 2 vol. in-fol. ). Cet avocat a en-
core eu part à la publication des Œuvres de Ck.
du Moulin (Paris, 1654, 4 vol. in-fol. ), faite avec
Pinsson, et il a augmenté de plus des deux tiers
la Coutume de Paris de Fortin ( Paris, 1666,
in-fol. ).
Simon, Bibl. des auteurs de droit. — Camus, Pro-
fession d'avocat, édit. Dupin.
RICARD {Dominique), traducteur français,
né le 23 mars 1741, à Toulouse, mort le 28 jan-
vier 1803, à Paris. Ses parents, trop pauvres pour
lui donner de l'éducation, le confièrent à un re-
ligieux de Toulouse, qui dirigea sa première
jeunesse. Il entra dans ia congrégation des doc-
123
RICARD —
trinaires, et se voun , aillant [lar goût que par
devoir, à la carrière (îe l'enseigneinent. A peine
reçu baciielier, il fut envoyé à Auxerre pour y
professer la rhétorique. V Éloge funèbre du
dauphin (1766, in-4o) et un discours sur le ma-
riage du nouveau dauphin, depuis Louis XVI
(Oratio gratulatoriû ; 1770, in^") , prononcés
l'un et l'autre devant les magistrats et le clergé
de la ville, firent concevoir de lui des espérances
qu'il justifia dans la suite. Les querelles reli-
gieuses qui troublaient alors le royaume n'é-
pargnèrent pas le collège d'Auxerre; la division
se glissa entre le bureau d'administration et les
professeurs, un procès s'engagea, de nombreux
mémoires furent publiés de part et d'autre , et
l'autorité rétablit la paix eu 'fermant le collège
(1772), L'abbé Ricard vint alors à Paris, et se
«hargea de l'éducation du fils du président Mes-
lay. Jusqu'à la fin de sa vie il se plut à aider de
ses conseils et de ses leçons des jeunes gens sans
fortune. Toujours bienveillant et modeste , il
compta des amis dans tous les rangs et dans tous
les âges; Mably, Barthélémy, Auger, Dussaulx,
Larcher, Sicard, Dacier, Mme de Créqui lui étaient
particulièrement attachés. Sans le vouloir, il s'est
peint lui-même dans ce passage de l'excellente
notice qu'il a consacrée à son écrivain favori :
« Il conserva toujours la modération dans la sa-
gesse, qualité si rare et si difficile. Il n'enseigna
qu'une philosophie douce et raisonnable, indul-
gente avec fermeté, conciliante sans mollesse,
invariable dans ses principes, mais accommodante
sur les défauts, qui ne transige jamais avec les
passions, mais qui ménage l'homme faible pour
gagner sa confiance et le mener à la vertu par la
persuasion. » Comme lettré, il avait su se con-
cilier l'estime de tous ses confrères. En 1785 il
sollicita la place que la mort de Lévesque de Bu-
rigny avait laissée vacante dans l'Académie des
inscriptions ; son attente fut trompée. Trois ans
plus tard il refusa de renouveler les mêmes dé-
marches en apprenant que M. de Barentin, le
garde des sceaux, offrait d'appuyer sa demande.
La traduction de Plutarque fut la principale af-
faire de l'abbé Ricard : il s'y prépara par des
études sérieuses, et se rendit familier avec toute
l'antiquité classique. Non-seulement il se mit en
état d'entendre l'auteur qu'il avait choisi, mais il
le commenta, le réforma même avec supériorité;
c'est dans ses notes que l'on apprécie à quel degré
il avait l'érudition saine, étendue et polie. En
marchant sur les traces d'Amyot, il ne préten-
dait pas le surpasser ou le faire oublier; il
s'appliqua àtransporter le grec d'une façon claire
et exacte dans une langue presque entièrement
renouvelée depuis le seizième siècle. Malgré le
charme du style, la version d'Amyot est fort dé-
fectueuse : Bachet de Meziriac y avait relevé
jusqu'à deux mille fautes grossières; quant à la
'.crsion de Dacier, écrite sans vie et sans cha-
!(-ur, elle a justifié le mot « qu'il connaissait tout
(les anciens, hors la grâce et la finesse «. Au
»
RICARDO m
mérite de l'exactitude Ricard en a joint un autn
non moins précieux, c'est d'avoir travaillé su
des éditions plus correctes que ses prédécesseurs
et notamment sur les manuscrits que Louis XI'N
avait fait venir à grands frais du Levant. Outn
les opuscules cités, on a de lui : Œuvres mo-
rales {Pàùs, 1783-1795, 1-7 vol. in-12), et Vie,'
des hommes illustres de Plutarque (ibid., 1799
1803, 12 vol. in-12); ces deux versions onteu d(
nombreuses réinri pressions jusqu'à nos jours
— Sur les prophéties deM^'^ Labrousse; 1789
in-8°; — Journal de la religion et du culti
catholique; Paris, 1795, 12 numéros in-8°; —
La Sphère, [)oëme en viii chants; Paris, 1796
in-8°. Ricard a édité en 1804 deux ouvrages post
humes de l'abbé Pluquet, et il a laissé en ma-
nuscrit des traductions d'Aristote, de Démos
thène, de Sophocle, de Cicéron, et un grand
nombre de poésies fugitives. P. L.
Journal de Paris, 16 fév. 1803. — Notice, à la lûte dc! '
Vies de Plutarque, Dldot, 1849, 2 ?ol. gr. ln-8°. — Biogr
Toulousaine.
RICARDO ( David ), économiste anglais, né
le 19 avril 1772, à Londres, mort le 1 1 septembre
1823, àGatcomb-Park (comté de Gloucester). Son
père, Israélite hollandais, s'était établi dès sa
jeunesse en Angleterre et y avait acquis une
fortune considérable. David , le troisième de ses
enfants, fut destiné au commerce. Peu enclin,
au grand désespoir de son père , à la carrière du
commerce, il montra dès son jeune âge un goût
marqué pour les abstractions et les généralités.
Peu à peu les dissentiments entre le père et le
fils devinrent tels que celui-ci se convertit au
christianisme, et épousa, peu après, miss Wil-
kinson, qui lui donna plus de trente années de
bonheur domestique. Réduit à ses propres res-
sources depuis la séparation d'avec son père, il
reçut de ses amis un concours empressé dans
toutes ses entreprises, et réalisa bientôt une
fortune indépendante. Dès lors il put consacrer
presque tout son temps à compléter son édu-
cation. U^ étudia les mathématiques, la chimie,
la minéralogie, établit un laboratoire, forma
une collection de minéraux et de roches , et fut i
un des fondateurs delà Société géologique de
Londres. Mais il ne tarda pas à quitter ces étu-
des pour se livrer exclusivement à celle de l'é- ;
conomie politique. En 1799, dans un voyage»"
à Bath, entrepris pour la santé de sa femme,
il prit pour la première fois connaissance de La
Richesse des Nations d'Adam Smith. La lec-
ture (le cet ouvrage et les questions qui s'y»
trouvent agitées l'attachèrent singulièrement, et:t
le portèrent à s'essayer dans ce genre de travaux.''
Son premier essai parut, sous forme de lettres, ,
dans le Morning Chronicle de 1809; il le publia}
ensuite sous le titre : The high price of Million,
a proof of the dépréciation of bank notes.
L'auteur y établit que « la surabondance ou la
faiblesse du cours ne sont qne des termes rela-
tifs , et que tant que le cours d'un pays se corn-
ul,(,r,c (iiiifuiement de monnaies d'or ou d'argent
(il- |)nj)ier convertible en ces monnaies, il est
poss:b:t' que le cours s'élève au-dessus ou
ïn|mbi.'. au-dessous du cours des autres pays
une somme plus grande que celle qui est né-
ssaire pour les frais d'iuiportaliou de monnaie
rauRère ou de lingots, dans le cas de faiblesse,
i bien |)our les (rais d'exportation d'une partie
1 snperllu , dans le cas de surabondance ».
3 traité servit de guide dans la fameuse dis-
issioa des lingots (en 1809), et contribua cer-
inement à l'adoption des mesures proposées
ins le parlement. Cependant les principes émis
ir Ricardo rencontrèrent aussi des adversaires :
osanquet les attaqua dans ses Practical ob-
•vations. Ricardo y répliqua en 1811 [Reply
M. Bosanquefs Practical Observations on
ïe Report of the bullion commitiee ) : c'est
n des meilleurs morceaux de controverse qni
ent paru sur une question d'économie politique,
victoire de Ricardo fut complète. Ce fut
ers cette époque qu'il se lia d'amitié avec Mal-
': lus , et surtout avec Niell , l'historien de l'Inde
ritannique. Suivant avec intérêt toutes les
uestions à l'ordre du jour, il publia, en
815, à l'époque où se discutait le taux de
I importation des blés étrangers, son Essay
\n the influence of a low price of corn on
\he profits of stock jW s'y déclara en faveur
lie la liberté du commerce des blés, et émit
Iles idées qu'il devait développer plus tard,
j'année suivante il fit paraître ses Proposais
''or economical and secure currency, wUh
Observations on the profits of the bank oj
England , où il examine les circonstances qui
Jétermineut la valeur des espèces monnayées ,
orsque la production en est laissée aux indi-
vidus ou lorsqu'elle est soumise à des restric-
tions sous un régime de monopole. On y trouve
aussi une estimation bypothétiqiie des gains de
la Iwnque d'Angleterre depuis la suspension des
payements en argent.
Le principal ouvrage de Ricardo a pour titre :
Principles of political economy and taxa-
tion; Londres, 1817; trad. en français par
S. Constancio, Paris, 1834, 2 vol. in-8°. Son
apparition fait époque dans l'histoire de l'éco-
nomie politique. Le principe établi et développé
par l'auteur est que « la valeur courante ou re-
lative des denrées tient exclusivement aux quan-
tités de travail requises pour leur production ».
Selon A. Smilh, ce principe n'était vrai que
dans l'enfance de la société : il supposait que
depuis la constitution de la propriété l'établis-
sement des rentes , l'accumulation des capitaux
et leur emploi pour le salaire des ouvriers , la
valeur des denrées variait non-seulement sui-
vant la quantité de travail requis pour lés pro-
duire et les amener sur place , mais encore sui-
vant la hausse et la baisse des rentes et des sa-
laires. Ricardo s'aidantdes recherches de Malthus
et de West sur les revenus, réfute cette manière
RICARDO 126
de voir, en montrant qucle principe qui détermine
la valeur des denrées aux époques primordiales
de la société continue de la déterminer dans les
âges subséquents. Voici les conclusions de son
ouvrage : « lo Le revenu est tout à fait étranger
aux frais de productions ; 2° le capital étant le
produit d'un travail antécédent et n'ayant de
valeur que celle qu'il lire de ce travail, le fait
que la valeur des denrées produites par son ac-
tion est toujours déterminée par les quantités
de capital dépensées dans leur production
prouve que cette valeur est en réalité déterminée
par les quantités de travail ; 3" ,que la hausse
des salaires amène la baisse dans les profits et
non dans le prix des denrées, et que ia baisse
des salaires amène la hausse dans les profits et
non la baisse dans le prix. » Ces conclusions
ne forment qu'une partie, la plus essentielle, il
est vrai, de l'ouvrage de Ricardo. Après avoir
établi que ia variation des profits est en raison
inverse de celle des salaires, il essaya de décou-
vrir les circonstances qui déterminent le taux
des salaires, conséquemment celui des profits : il
les trouva dans les frais de production des articles
nécessaires à la consommation du travailleur.
Il partit ensuite de là pour montrer l'influence
réelle des impôts sur les revenus, les profits ,
les salaires et les produits bruts.
La considération que Ricardo s'était acquise
le fit porter en 1819 à la chambre des communes,
où il siégea pour Portarlington , et vota , sans
appartenir au parti wliig, presque toujours avec
l'opposition. Sa timidité naturelle l'empêcha de
monter souvent à la tribune. «J'ai essayé, écrivit-
il à un de ses amis ( 7 avril 1819), deux fois de
parler ; mais je l'ai fait de la manière la plus
embarrassée, et je n'ai guère l'espoir de vaincre
l'épouvante qui me saisit dès que j'entends le
son de ma voix. » A la clôture de la session de
1823, de retour à sa résidence de Gatcorab-
Park, il s'occupait à compléter le plan d'une
banque nationale, lorsqu'il ressentit tout à
coup une violente douleur dans l'oreille, dont
il souffrait depuis longtemps. La rupture d'un
abcès amena un soulagement momentané; mais
bientôt il se déclara une inflammation qui l'em-
porta rapidement , à l'âge de cinquante et un
ans. Le projet dont Ricardo poursuivait à la
fin de ses jours l'exécution remontait à 1816.
C'était un système de banque dans lequel les bil-
lets seraient échangeables , non contre des es-
pèces monnayées, mais contre des lingots. La
sécurité des porteurs de billets se trouvait ainsi
conciliée avec celle des banques. Celles-ci étaient
obligées de restreindre leurs émissions, pour
n'avoir pas à augmenter leur garantie en lingots;
et comme les lingots n'avaient pas cours de mon-
naie, les banques étaient moins exposées à des
demandes de remboursement. « Rien, ajoute
ici M. Blanqui , n'était plus ingénieux que ce
système, puisqu'il tait étrangère, et il semblait se
délasser des travaux sérieux en cultivant les
belles-lettres , la poésie, l'histoire, la numisma-
tique et l'architecture. Il avait dans l'hydrau-
lique des connaissances si approfondies que plu-
sieurs fois le sénat de Venise eut recours à lui
pour corriger ou arrêter le cours des eaux. Sa
correspondance avec les savants de l'Europe
était considérable, et il fut obligé, pour n'y pas
perdre un temps précieux, d'avoir dans la suite
recours à la plume de ses fils , Vincenzo et Gior-
dano. En vain lui offrit-on une chaire à Padoue,
le titre de conseiller aulique à Vienne, la prési-
dence de l'Académie des sciences à Pétersbourg;
il préférait à ces vains honneurs la paix de sa
maison, le pur amour de l'étude et l'affection
de sa famille. Il est surtout célèbre par la ré-
solution du cas particulier de l'équation différen-
tielle du premier ordre, laquelle a retenu son
nom. Uéquation de Riecati, dy + by^ dx =
ax m dx, peut s'intégrer toutes les fois que m
est une fraction dont le numérateur est de la
forme — 4/i et le dénominateur de la forme
2n± 1, n désignant un nombre entier quel-
conque. Riecati a composé quelques ouvrages et
beaucoup de dissertations, dont quelques-unes
ont été insérées de son vivant dans les Acta
eriiditorum de Leipzig; le tout a été réuni par
ses fils et publié après sa mort ( Opère del
conte Jacopo Riecati ; Trévise , 1758, 4 vol.
in-4°; Lucques, 1765, 4 vol. ); on y remarque
Saggio intorno al sistema delV TJntverso, et
Dei principii gênerait delta fisica. Beaucoup
d'autres écrits de Riecati sont restés inédits ou
ont été perdus. P.
Zaccatia, Storia letteraria italiana , t. IX. — Fa-
bfoni , yUx Italorum, XVI. — Cristoforo di Eovero,
Notice , à la tête des Opère de J. Riecati, édit. 1765. —
Tipaldo, Biogr. degU Italiani illustri,\, IX.
RîCCATi {Vincenzo), géomètre italien, fils du
précédent, né à Casîel-Franco, près de Trévise,
le 11 janvier 1707, moit à Trévise, le 17 Janvier
M'Jb. Après avoir reçu les leçons de son père, il
entra en 1726 dansl'ordre des Jésuites. Il professa
d'abord les belles-lettres à Plaisance, à Padoue,
à Parme, étudia pendant trois années à Rome,
et fut appelé en 1739 à la chaire de mathémati-
ques dans le collège de Bologne. En même temps
il se distingua comme ingénieur civil en faisant
exécuter d'importants travaux sur les cours
d'eau du Bolonais et de l'État de Venise. Lors de
la suppression de son ordre (1773), il se retira
à Trévise. On a de lui : Dialogo dove ne' con-
gressi di più giornnle dette Jorze vive e delV
azioni délie forze morte si tien discor.so;.
Bologne, 1749, in-4°; — De usu motus (rac-
torii in consiructione 3e(fiiationiim differcti-
133 RICCA.TI —
tialium ;\h\d., 1752, 10-4°;— De seiiebus re-
cipientibus siiinmam gcneralem algebraicam
aut exponenlialcm; ibid., 1756, in-4"; —
Opuscula ad res physicas et mathematicas
per(inentia;Mâ., 17571762, 2 vol. in-4°; on
y trouve d'intéressantes recherches sur le calcul
intégral; — Instilutiones analyticas collectas;
ibid., 1765-1767, 3 vol. in-4''; Milan, 1775,
3 vol.; — De' principj délia meccanica;
Venise, 1772, in-8°. Il a fourni dix-huit mé-
moires au recueil de l'Académie des sciences de
Bologne. E. M.
Fabroni, f^iise Italorum , XVI. — Caballari, Suppl. à
la Uibl. degli scrittori délia Soc. di Gestl; Rome, 1814.
— Gamba, Calteria degli vomini illustri. — Roberli,
Opère, 111. — Tlpaldo, Biogr. degli Italiani illustri, IX.
RiccATi ( Giordano, comte ), mathématicien
italien, frère du précédent, né le 25 février 1709,
à Castel-Franco, mort le 20 juillet 1790, à Tré-
vise. Comme son frère, il fut élevé chez les jé-
suites de Bologne, et il eut son père pour prin-
cipal maître dans les sciences physiques et ma-
thématiques. Après avoir pris le diplôme de
docteur en droit à Padoue (1731), il s'étabUt à
Trévise , et partagea son temps entre les arts du
dessin , la musique et les sciences exactes. Bien
qu'il travaillât assidûment , il ne se hâta point
de livrer au public le finit de ses études , et il
avait passé la cinquantaine lorsqu'il fit imprimer
son premier ouvrage. La diversité de ses occu-
pations ne l'empêchait pas d'entretenir avec
beaucoup de lettrés une correspondance suivie
et aussi d'accomplir exactement ses (ievoirs re-
ligieux, comme de réciter chaque jour l'office de
la Vierge et une partie du rosaire, d'assister à
la messe et d'adorer le saint sacrement Comme
architecte il a élevé d'après ses dessins à Tré-
vise la façade de Saint-Théoniste , l'église de
Saint-André et la cathédrale. On a de lui : Saggio
sopiYi le leggi del contrappunto ,■ Castel-Franco,
1762, in-4°; — Délia for za centrifuga; Lue-
ques, 1763; — Délie corde ovvero délie fibre
elastiche; Bologne, 1767, in-4''; — de nom-
breux mémoires dans le Nuovo Giornale de'
letterati, les Atti de la Société italienne, la
Auova Baccolta calogcrana , etc. Il a laissé
en manuscrit une foule d'écrits , qui forment la
matière de 8 vol. in-4°, et la correspondance
qu'il a tenue depuis 1730 jusqu'à sa mort ne
comprend pas moins de 17 vol. in-8°. Enfin il
s'est fait l'éditeur des Œuvres complètes de
son père , et y a ajouté des préfaces et des notes.
RiccATi ( Francesco) , frère des deux précé-
denls, né le 28 novembre 1718, à Castel-Franco,
mort le 18 juillet 1791, à Trévise, s'adonna, sous
la direction de son père, au génie militaire, qu'il
abandonna pour s'occuper d'architecture civile.
Il a laissé quelques écrits , notamment un poërae
sur V Électricité. P.
Giornale di Modena. XLIII. - Mti délia Società ita-
Hana. IX. — Fabbroni, ritae Italorum, XVI. —
n.-M. FedcricI, Commentario sopra la vita e gli stndj
del G. Riccati; Venise, in-8°. —Tlpaldo, Iliogr. degli
Italiani illustri, IX.
RlCCniNI
134
RiccHiERl (Lodovieo), en lalin Cœlïus
Rhodiginus , philologue italien, né vers 1460,
àRovigo (l'ancienne fl/ioc/ij/wm, d'où il tira son
surnom), mort en 1525, dans la môme ville.
Après avoir étudié la philosophie à Ferrare et la
jurisprudence à Padwje, il passa plusieurs an-
nées en France. De retour en 1491 dans son
pays natal , il obtint une chaire puhlique eu 1497 ;
mais il la perdit en 1504, on ignore pour quel
motif, et fut même condamné à un bannisse-
ment perpétuel. 11 ouvrit alors à Vicence une
école de belles-lettres, qui fut assez fréquentée.
Appelé en 1508 par le duc Alfonse ler à Ferrare,
lien fut bientôt chassé parles guerres qui déso-
laient l'Italie, et il vécut misérablement à Padoue,
du produit des leçons qu'il donnait aux étudiants
de l'université. Il résidait à Reggio en 1512, et il
s'employa utilement , d'après une chronique iné-
dite citée par Tiraboschi, à réconcilier entre
elles les principales familles de cette ville. En
1515, François 1" lui donna la chaire de Chal-
condyle à l'Académie de Milan. Tant que les
Français dominèrent dans la haute Italie, Rho-
diginus jouit du repos que lui avaient mérité et
ses talents et ses longues vicissitudes; mais
quand leur autorité chancela, il chercha un
asile à Padoue (1521). Cependant grâce à l'in-
fluence étrangère, il vit réparer les injustices
qu'il avait essuyées dans sa ville natale : un dé-
cret l'y rappela (1523), et le réintégra dans tous
ses droits. Il mourut des suites du chagrin que
lui causèrent la défaite et la captivité du roi qui
avait été son seul appui. On a de lui : Antiqua-
rum lectiomim Ub. XVI;Yen\se, 1516, in-fol.;
Paris, 1517, in-fol.: ces éditions, devenues rares,
ne sont pas complètes, et on leur préfère celle de
Bâle, 1550, in-fol., donnée par Camillo Ricchieri
et GorettJ , qui y ajoutèrent quatorze livres. Ce
recueil s'étend à toutes les branches des connais-
sances humaines ; mais l'auteur s'attache princi-
palement à discuter le sens philologique des in-
nombrables passages d'écrivains anciens qu'il a
extraits, et il s'acquitte de ce soin avec plus d'é-
rudition que de saine critique. P.
Camillo Silvestri , Fie de C. Rhodiginus , dans Bac-
colta caloger., t. IV, p. 157-213. — Tiraboschi , 5ior»a
délia leter. ital., VU, 2« partie.
RiccHiKi {Tommaso-Agostino), savant re-
ligieux italien, né en 1695, à CrémÀne, mort
en 1762, à Rome. Admis à quinze ans chez les
Dominicains, il s'adonna d'abord à la poésie, et
publia à Milan plusieurs morceaux religieux. II
enseigna ensuite la théologie dans les principales
maisons de son ordre en Lombardie, et remplit,
entre autres emplois, celui de prieur à Crémone.
Appelé en 1740 à Rome, il fut nommé en 1749 '
secrétaire de la congrégation de l'Index et exa-
minateur des évêques , et jouit d'une grande fa-
veur auprès de Benoît XIV, qui avait souvent
recours à lui dans ses travaux littéraires. En
1759 il devint l'un des maîtres du sacré palais.
Parmi ses nombreux écrits, on remarque : In
5.
135 RICCHINI
fiinere Benedicti XIII; Rome, 1730, in-4°; —
De, vita Vinc. Goiti;md., 1742, ia-8°; — Pa-
iris Monetx Adversus catharos et valdenses
lib. V ; ibici., 1743, in-fol. : première édition de
«et ouvrage , accompagnée de notes et d'une
vie de l'auteur; — De vita et cultu B. Alberti
villaconiensis ; ibid., 1748, ia-8o; — De vita
ac rébus cardinalis Gregorii Barbadici ; ibid.,
1761, in-4° ; trad. en italien par Fr. Petroni.
Arisi, Cremona litterata. — 3. Catalan, De secretario
S. Congr. InOicis lib. II, \>. 141.
RICCI (Bartolommeo), humaniste italien, né
en 1490, à Lugo (Romagne), mort en 1569. Il
fréquenta les écoles de Bologne, de Padoue et
de Venise, et eut Musurus pour maître dans la
littérature grecque. Chargé dans cette dernière
ville de l'éducation de Lnigi Cornaro, qui fut
plus tard cardinal , il s'en acquitta avec hon-
neur, et obtint une chaire dans une [îetite ville
qu'il ne désigne pas. Après s'être marié à Lugo
(1534), il alla professer à Ravenne. La réputation
qu'il s'était faite dans l'enseignement le fit ap-
peler en 1539 à Ferrare pour diriger dans leurs
études Alfonse et Louis d'Esté, fils du duc Her-
cule IL II rendit un véritable service aux lettres
en donnant à ces jeunes princes, dont le premier
devint duc régnant, et le second cardinal, une
instruction variée et solide, et en leur apprenant
à aimer la science et à faire cas des savants. Il
fut récompensé de ses soins par l'attachement
qu'ils conservèrent pour lui; Alfonse lui accorda
en 1561 des lettres de noblesse avec le titre de
seigneur de la Vendina. Ricci eût joui d'une plus
haute considération s'il n'avait joint à un carac-
tère ombrageux et violent une opinion exagérée
de lui-même et un orgueil pédantesque , qui le
rendait encore plus insupportable que ridicule.
Les haines qu'il insj)ira turent portées au point
qu'on essaya d'abréger ses jours par le poi.son,
et, ajoute naïvement Tiraboschi , « il n'y a point
lieu de s'étonner qu'on ait attenté à la vis d'un
tel homme ». Ricci écrivail avec élégance; mais
on reproche à son style d'être souvent inégal ,
dur et tourmenté. Ses ouvrages ont été réunis
en 3 vol. in-s" ( Ope7-a ; Padoue, 1748) ; les plus
estimables ."^ont : Apparalus lalinse locutioyiis
(Venise, 1533, in-S"), lexique réimpr. par Griffi,
sans l'assentiment de l'auteur; De imitatione
lib. m (ibid., 1541, 1545, in-8°), qu'il appe-
lait lui-même un livre parfait; Episiolarumfa-
miliarmm lib VIII ( Bologne, 1560, in -8"), et
une comédie, Le Balte (Les Nourrices), qui est,
au jugement de Quadrio, l'une des meilleures de
cette époque.
Un jésuite des même.s noms, Ricci {Barto-
lommeo), néà Castelfidardo, mort le 12 janvier
1613, à Rome, fut maître du noviciat à îS'oIa et
à Rome, puis provincial de son ordre en Sicile.
On a de lui; Vita Jfi.su-Chris/i ex Evangelio
rum c(ynt('.Tfu;f\i)inp,^ 1607, in-H° avec KiOfig. ;
trad. on 'talirn, ibid , 1609, in 4°; — Trium-
phus Christi crucifixi; Anvers, 1608, in-4°,
— RICCI 136 K
avec fig. gravées par Adrien Collaert ; •— Mono'
tessaron evangelicum ; Poûiers, 1621, in-4''.
G. délia Casa, Dis.orso sulla vita di B. Ricci; Korll,
1834 , in-8«. — Tiraboschi, itoria délia Mer. ital , VII,
2* partie.
RICCI (Matteo), célèbre jésuite italien, fon-
dateur des missions en Chine , né le 6 octobre '
1552, à Maccrata (Marche d'Ancône), mort le
11 mai 1610, à Péking. Après avoir étudié les
belles-lettres dans sa ville natale, il suivit à Rome
un cours de droit, qu'il abandonna en 1571 pour
entrer, contre la volonté de son père, dans la
Compagnie de Jésus. Il y fit son noviciat sous
la direction du P. Valignan , visiteur général des
missions de l'Orient, qu'il suivit aux Inles, en
1577, avant même d'avoir achevé sa théologie.
Pendant qu'il terminait ses éludes à Goa et qu'il
y professait la philosophie, le P. Valignan s'é-
tait rendu à Macao dans le but de faciliter l'ac-
cès de la Chine à ses missionnaires. Ricci fut I
choisi un des premiers pour tenter celte difficile f
entreprise. Après avoir acquis une certaine con-
naissance de la langue chinoise, il profita, pour;
se rendre à Canton, de l'autorisation qu'avaient i
les Portugais de trafiquer dans cette ville à cer
taines époques de l'année. Dans ce voyage il
n'obtint pas de résultat plus satisfaisant que ses
prédécesseurs. Ce ne fut qu'en 1583 que les
Pères , élant parvenus à se concilier les bonnes
grâces du nouveau gouverneur de Canton, ob-
tinrent la permission de se fixer à Tchao-King'
fou. Ricci, reconnaissant l'impossibilité absolue de
se maintenir en Chine en s'élevant ouvertement
contre les mœurs, les habitudes elles croyances
des habitants, résolut de s'attirer avant tout la
considération qu'ils n'accordent qu'aux hommes
instruits. Il publia dans ce but une Mappemonde
chinoise et un petit Catéchisme dans lequel il
n'exposa de la religion chrétienne que les prin-
cipes les plus conformes à la morale en général.
Ces deux ouvrages se répandirent rapidement,
et donnèrent une haute idée de sa science; les
mandarins les plus éclairés vinrent le visiter, et)
lui témoignèrent une estime profonde. Il éprouva)
cependant de nombreuses persécutions, et fut)
môme obligé de quitter l'établissement qu'il di-
rigeait seul depuis 1589, pour se retirer àTchao-H
tcheou. 11 y enseigna les mathématiques et ia
chimie à un Chinois , qui plus tard devint l'ua
de ses principaux disciples et lui fut d'une grande
utilité. Il entreprit en 1595 le voyage de Pcking,
auquel il songeait depuis longtemps; car il était
persuadé que sa présence à la cour serait infini-i
ment plus profitable à la religion que toutes les
tentatives des missionnaires dans les provinces.
Après avoir obtenu de ses supérieurs l'autorisa-.'
lion pour lui et ses compagnons de quitter
le costume de bonze qu'ils avaient porté jus-
qu'alors, et qui n'inspirait aux Chinois qu'un sou-i
verain mépris, pour prendre la robe longue et
le haut bonnet des lettrés, il partit à ia suite d'un
mandarin , qui ne voulut point lui permettre ■
137 RICCI
de le suivre plus loin que Nanking; mais
expulsé presque aussitôt de cette ville, il dut
retourner à Nan-tcliang-fou , dans le Kiang-si ,
où il écrivit L'Art de la mémoire et un Dia-
logue, sur l'atuitié. Ce dernier ouvrage , imité
de celui Je Cicéron, excita l'admiration des Chi-
nois, qui le mirent au nombre des livres les plus
estimés par l'élévation des idées et la perfection
du style. Ayant trouvé un nouveau guide,
il réussit celte fois à se rendre à Péking; mais
il y fut pris pour un Japonais, et nul n'osa le
présenter à la cour. Il revint sur ses pas après
avoir reconnu que la Chine est bien le pays
de Gâtai, et Péking la célèbre Cambaiu de
Marco Polo. Lorsque la défaite des Japonais, qui
avaient envahi la Corée , eut ramené la con-
fiance et la sécurité, il fut permis au mission-
naire de se fixer àNanking, où sa réputation de
savant s'accrut de jour en jour, et d'aller au
mois de mai IGOO, offrir lui-rnème à l'empereur,
en qualité d'ambassadeur des Portugais, des pré-
sents que ces derniers lui avaient fait [)arvenir.
La nouveauté des objets qu'il portait avec lui
excita la cupidité des eunuques chargés de pré-
lever les droits de douane. Mis en prison par
un de ces exacteurs, il avait perdu tout espoir de
recouvrer sa liberté, lorsque l'empereur, informé
de ce qui se passait, ordonna à ses ministres de
le recevoir dans son palais. Les lois interdisant
au monarque d'admettre aucun étranger en sa
présence, il se fit apporter les présents de Ricci
elles examina curieusement; unehorlogeet une
montre à sonnerie attirèrent particulièrement
son altention. 11 permit aux missionnaires de
s'établir dans la capitale et d'y fonder ime église.
Pendant les dernières années de sa vie , Ricci
sut se maintenir dans les bonnes grâces de l'em-
pereur par son esprit adroit et son exacte pro-
bité. Il évita par sa complaisance et sa politesse
toute occasion de choquer les grands, qui de
tous les points de l'empire venaient lui rendre
visite. En enseignant les mathématiques et en
publiant d'autres ouvrages sur les sciences et la
-■eligion, il augmenta l'estime que les lettrés
avaient pour lui. Dans cette haute position il
n'usa de son influence que pour propager la re-
ligion chrétienne. Plusieurs conversions écla-
tantes furent dues à son zèle ainsi que l'établis-
sement de missions dans les principales villes
de la Chine. Il venait de terminer les Mé-
moires que le général dé la compagnie l'avait
chargé de recueillir sur ses diverses missions ,
lorsqu'il mourut , à peine âgé de cinquante-huit
ans. Le deuil fut général non-seulement parmi
les chrétiens, mais encore parmi les mandarins
\ et les lettrés, qui se firent un devoir d'honorer
j ses obsèques par leur présence et son tombeau
I par des inscriptions louangeuses. Son corps, con-
\ serve à la maison dans un cercueil de bois pré-
I cieux pendant près d'un an, fut ensuite inhumé
'■ avec pompe à quelque distance de la ville, dans
i-n ancien temple dû à la munificence impériale
138
et qui fut consacré au vrai Dieu. Ricci se faisait
appeler Zt, première syllabe de son nom, selon
la prononciation des Chinois, avec le surnom de
Ma-teou. Les Annales de l'empire le <lésignent
• tantôt sous le notn de lA-ma teou, tantôt .sous
celui de .Si- ^Aat. Les dominicains, outrés des suc-
cès que les jésuites avaient obtenus en Chine,
accusèrent Ricci d'ignorance en l'ait de théologie
cl de lâche complaisance pour les idolâtres, dont
il tolérait certains usages. Ils lui firent un crime
des moyens détournés qu'il avait pris pour an-
noncer l'Évangile, et du changement de costume
qu'il avait jugé nécessaire. Cette querelle, qui se
continua longtemps entre les deux ordres, finit
par les faire expulser de l'empire, et causa la
ruine de toutes les missions qui s'y trouvaient
établies.
Parmi les ouvrages que le P. Ricci publia en
chinois on dislingue encore un Traité de la vé-
ritable doctrine de Dieu, qui retouché, au
point de vue littéraire, par le ministre d'État
Sin fut compris dans la coileclion que Khian-
loung fit rédiger des meilleurs ouvrages chinois;
une Traduction des six premiers livres d'Eu-
clide; une Arithmétique en onze livres; un
Exposé du système de Vécriture européenne;
une Géométrie pratique. Mais le plus impor-
tant pour nous, ce sont ses Mémoires, que le
P. Trigault publia sous le titre : De christiana
expeditione apud Sinas suscepta ab Societate
Jesu, ex M. Riccii commentariis libri V
(Augsbourg, 1615,in-4o, et Lyon, 1616). Ces mé-
moires renferment un grand nombre de rensei-
gnements précieux sur l'histoire et la géographie
de la Chine. Le P. Kircher y a fait de larges enri-
prunts pour sa China illustrata, dans laquelle
on voit le portrait de Ricci en costume de lettré.
La famille Ricci possède soixante-six lettres in-
téressantes de ce missionnaire. S. Rolland.
Trigault, De christiana expcd. apicd SiJias suscepta.
— D'Orléan?, yie du P. M. Hicci,- Paris, 1693, ln-12. —
Biblioth. script. Soc. Jesii.
Rïcci {Antonio), dit Barbalunga, peintre
de l'école napolitaine, né à Messine, en 1600, mort
en 1649. Il allajeune à Rome, où, ayant terminé
ses études sous le Dominiquin, il laissa quelques
peintures justement estimées, dans lesquelles on
croirait reconnaître le pinceau du maître. De
retour dans sa patrie, il fut chargé de nombreux
travaux, et ouvrit une école qui compta d'excel-
lents élèves, tels que Domenico Maroli, Onofria
Gabrielli, Agosfino Scilla, etc. Parmi les meilleurs
tableaux du Barbalunga que possède sa ville
natale, nous citerons la Conversion de saint
Paul, à S.-Paolo, l'un de ses meilteursouvrages;
Scùnt Grégoire écrivant, à S.-Gregorio; une
Ascension, à S.-Michel; deux Piété, l'une à
l'hôpital, l'autre à S.-Niccolo; La Vierge avec
le saint titulaire, à S.-Filippo-Neri ; Saint
Charles Borromée, à S.-Gioacchino;Sa/«^ (îwe-
inn et saint André d'Avellino. à l'église des
Tliéatins. A Palerme, dans l'église de Sanfa-
139
RICCI
143
?îimfa, on lui attribua un beau tableau de sainte
Céeile. E. B— n.
Dominici , f^'ite de' pittori napoJetani. — Unnzi ,
Sloriu pittorica. — Ticozzi , Dizionario, — Guida di
JUessina. — V. HortUlaro, Guida di Palermo.
mcci (Giuseppe), historien italien, né vers
1600, à Brescia, faisait partie delà congrégation
des Somasques. Il est auteur de deux ouvrages
historiques, assez mal écrits, mais remplis d'é-
rudition et de clarté; l'un, De bellis germanicis
(Venise, 1649, in-4°), réimprimé six fois, est
un récit de la guerre de Trente ans; l'autre,
Narratiorerum italicarum, 1613-1653 (ibid.,
1655, in 4°), n'a vu le jour qu'après avoir subi
plusieurs ciiangements imposés à l'auteur par le
sénat de Venise. Ricci a encore publié : Concio-
nes militares et senatorlee (Venise, 1655, \a.-k°).
Hambcrger, Directorium, p. 339.
RBCCî (Sebastiano), peintre de l'école véni-
tienne, né à Bellune, en 1659, mort à Venise,
en 1734. A douze ans, il entra dans l'atelier du
Cerveili, qui l'emmena avec lui à Milan, où il
reçut les conseils du Lisandrino, conseils qui
lui furent très-utiles pour la partie pratique de
son art. Il se rendit à Bologne, d'où leCignani l'a-
dressa au duc de Parme Ranuccio II, qui, après
l'avoir employé à quelques travaux de peu d'im-
portance dans son château de Plaisance, l'envoya
à ses frais se perfectionner à Rome dans l'art
du dessin. Ricei y copia la galerie Farnèse, et
il resta dans celte ville jusqu'en 1694, époque de
la mort de son protecteur. 11 visita alors Flo-
rence, Modène, Milan, Venise, puis voyagea en
Allemagne, en Flandre, en France et e« Angle-
terre, -laissant partout de glorieuses traces de
son passage, et enfin revint se fixer à Venise, où
il passa le reste de sa vie. Peu de peintres pro-
duisirent autant que le Ricci, peu d'artistes
surtout surent ainsi que lui varier leur style et
le plier à l'imitation des autres maîtres. Dans
les galeries d'Italie et du reste de l'Europe sont
des tableaux de sa main qu'on attribue au Bas-
san, au Corrège, à Paul Veronèse, et qui véri-
tablement peuvent tromper même les connais-
seurs. Ayant fait une étude spéciale de toutes
les écoles, Ricci ne pouvait s'occuper d'un sujet
sans qu'aussitôt se présentât à son esprit le
même argument traité par quelqu'un de ses pré-
décesseurs, et il savait tirer profit de ces rémi-
niscences avec une habileté telle que rarement
on pouvait l'accuser de plagiat. On reconnaît
toutefois divers emprunts faits à la coupole de
Saint- Jean de Parme, dans V Adoration des
Apôtres qu'il peignit pour l'autel du saint Sa-
crement de Sainte-Justine de Padouc, et le
Saint Grégoire de aaint-Alexatidre de Bergame
rappelle le même sujet traité à Bologne par le
Guerchin. Les figures du Ricci ont de la beauté,
de la noblesse, de la grâce; leurs attitudes sont
vraies et variées ; l'abondance de ses composi-
tions, la facilité de son pinceau, ia correction de
son dessin, l'éclat de son coloris, lui font par-
donner quelque penchant au maniérisme, dont il
n'a pas toujours su se défendre. Fendant son
séjour à Paris en 1718, il fut reçu au nombre
des membres de l'Académie royale de peinture.
Bellune possède de lui de nombreux travaux,
dont les plus importants sont les riches compo-
sitions doiit il décora le salon de ia villa épis-
copale. Citons encore parmi les œuvres de ce
maître: un Saint Charles à S.-Francesco de
Florence; le Martyre de la sainte à Sainte-
Lucie de Parme; une Mise au tombeau de la i
galerie de Modène; Saint Grégoire célébrant
la messe à l'église des Ames du-Purgatoire de
Messine; divers tableaux dans les appartements
du palais impérial de Schœnbrunn ; au musée de
Dresde, une Ascension et des Sacrifices à Pan i
et à Vesta; enfin, au Louvre, La France, com» •
position allégorique; Jésus-Christ remettant'
à saint Pierre les clefs du paradis; Po-
lijxène au tombeau. d'Achille et la Continence
de Scipion.
Ricci eut de nombreux élèves, dont les plus
connus sont Gaspero Diziani, Fraucesco Fonte-
basso, Antonio Pellegrini, et son neveu Marco >
Ricci, né en 1679, et mort en 1729; celui-ci i
l'aida souvent, en enrichissant ses compositions ■
d'architectures bien entendues, et d'excellents
fonds de paysages. E. B— n.
Orlandi , jibbecedario. — Lanzi , Storia pittorica. -r
Ticozzi, Dizionario. — Campori, (Jli artisti neyli Stati
Eslensi. — Bertoluzzi, CuidM di Parma. — Fanîozzi,
Nunva guida di Firenze. — Catalogues de Bologne
Dresde et Paris.
uicci {Laurent), jésuite italien, né à Flo-
rence, le 2 août 1703, mort à Rome, le 24 no-
vembre 1775. Issu d'une famille distinguée, iii
entra jeune encore dans la Compagnie de Jésus,,
où, après avoir occupé différents emplois, il de-
vint secrétaire général de l'ordre sous le géné^
ralat de Louis Centurione. A la mort de ce der-'
nier, il fut élu pour lui succéder, le 21 mai 1758,1
et peu après vit s'élever l'orage qui détruisit!
sa société. La cour de Lisbonne en 1759 pros-
crivit les jésuites du Portugal, et quelques an-
nées après, les souverains de la maison de Bour-
bon en France, en Espagne et à Naples bannirenti
également de leur royaume les membres dei
l'ordre. Ricci avaitreçu de lapartdela Francedesi
propositions de réforme, mais il avait répondui
fièrement qu'il n'y avait rien à réformer dans lai
société, Sint ut sunt, aut non sint. Les jésuites'
de ces États furent longtemps errants dans di-
vers États de l'Europe, et en janvier 1769 les'i
ministres de France, d'Espagne et de Naples ai
Romesollicitèrent vivement le pape Clément XIII
de prononcer Tabolition de l'ordre. Clément XUII
mourut un mois après, et son successeur Clé-
ment XIV, sollicité à son tour par les diverses'i
cours, signa le 21 juillet 1773 le bref qui suppri-l
mait à tout jamais la Compagnie de Jésus dansii
tout le monde chrétien. Ricci, accompagné deli
ses assistants et de plusieurs autres jésuites, futi
alors transféré au château Saint-Ange; mais, au'
Ml RICCI
î)réalable, on lui fil signer une lettre circulaire
à tous les missionnaires rie l'ordre pour leur
on apprentire l'abolition. Ricci mourut dans sa
prison, et peu de temps auparavant signa un
Mémoire que l'on publia suivant ses intentions.
11 y proteste : 1" que la Compai^nie de Jésus n'a
donné aucun prétexte à sa suppression, et qu'il
le déclare en qualité de supérieur bien informé
de ce qui se passait dans l'ordre; 2° qu'en son
particulier il ne croyait pas avoir mérité l'em-
prisonnement et les duretés qui avaient suivi
l'extinction de sa société; 3" enfin qu'il pardon-
nait sincèrement à tous ceux qui l'avaient tour-
menté et affligé, d'abord par les affronts faits à
ses confrères et ensuite par les atteintes portées
à sa propre réputation. On sait qu'un bref de
Pie Yll a rétabli en 1814 la célèbre Compagnie
de Saint-Ignace. H. F — t.
Caraccioli, Fie du P. Ricci. — Ch. Sainte- Foi, Fie du
P. Hicci, 2 vol. in-12. —Ami de là Reliyion, ann. 1818,
t. XVH, p. EU et 27S. — ricotj Mémoires pour servir à
i'kistoire ecclésiastique.
nicci ( Scipion), prélat italien, neveu du pré-
cédent, né le 9 janvier 1741, à Florence, où il est
mort, le 27 janvier 1810. Élevé au séminaire ro-
main, il fut, dès qu'il eut embrassé l'état ecclésias-
tique, appelé à la charge d'auditeur du nonce apos-
tolique à Florence, etdevintensuite vicaire général
de Gaétan Incontri, archevêque de cette ville. Une
conduite pleine de sagesse le fit, le 24 juin 1780,
nommer aux évêchés réunis de Pistoie et de
Prato. A cette époque Pierre-Léopold II, grand-
duc de Toscane, rivalisait avec son frère l'em-
pereur Joseph II pour introduire de nombreuses
réformes dans l'Église, et Scipion Ricci, qui jouis-
sait de toute la confiance de ce prince, s'empressa
de lui suggérer un grand nombre de mesures
qui occasionnèrent des schismes dans plusieurs
diocèses. Non content délaisser le gouvernement
régler les affaires ecclésiastiques, il s'occupa Iih-
même de donner dans son diocèse une nouvelle
direction à l'enseignement, de diminuer le
nombre des fêtes, d'abolir les confréries, d'a-
dopter le catéchisme de l'appelant Gourlin, enfin
d'encourager les publications en italien des ou-
vrages de l'école de Port-RoyaU Conformément
au désir du grand-duc, Ricci ouvrit à Pistoie,
le 18 septembre t786, un synode pour procéder
régulièrement aux réformes qu'il voulait faire.
Comme elles étaient loin d'obtenir l'assentiment
de la majorité de son clergé, il appela dans cette
assemblée plusieurs prêtres qui n'avaient point
le droit d'y assister, et notamment Tamburini,
professeur destitué de l'université de Pavie, à
qui il confia les fonctions de promoteur. Toutes
les doctrines jansénistes furent adoptées dans ce
synode. Par ordre du grand-duc, on tint (23avril
1787) à Florence une seconde assemblée, com-
posée de tous les évêques de Toscane, et qui
fut loin de se terminer comme la première, au
gré de Ricci. Ne pouvant triompher de l'oppo-
sition que lui firent la majorité des prélats, Léo-
pold, sur l'avis de Ricci, fut obligé de dissoudre
142
cette assemblée le 5 juin, après dix-neuf sessions.
Pendant ce temps ses ennemis soulevèrent le
peuple contre Ricci à Prato ; son trône épiscopai
et ses armoiries furent renversés et brûlés, son
palais saccagé, ses livres et ses papiers enlevés
de son séminaire. Des troupes étouffèrent l'in.
surrection, et Ricci, soutenu par legrand.dnc,
n'abandonna pas pour cela ses plans. Ce prince,
à son instigation, rendit en faveur des innova-
tions religieuses de nouveaux édits calqués sur
ceux de Vienne; toutefois, parvenu en 1790 au
trône impérial, comme successeur de son frère
Joseph II, il modifia ses opinions, et, après son
départ de Toscane, Ricci, abandonné à lui-même,
vit bientôt l'ordre se rétablir sous le rapport re-
ligieux dans le duché. Une nouvelle émeute qui
éclata contre lui à Pistoie (1790) l'obligea de
fuir et bientôt après de donner sa démission. En
1794, Pie VI condamna par la bulle dogmatique
Auctorem fidei quatre-vingt-cinq propositions
extraites du synode de Pistoie et publiées par
l'ordre de Ricci. Cette condamnation ne fit point
ouvrir les yeux au prélat, qui plus lard, en
1799, au milieu ries sanglantes réactions qui
eurent lieu à Florence , fut arrêté, gardé plu-
sieurs mois en prison, et ne recouvra sa liberté
qu'au second retour des Français en Italie. Il
vivait dans la retraite lorsqu'au passage de
Pie VII par Florence, à son retour de France,
l'ancien évêque de Pistoie vit le saint-père, et
lui remit une déclaration portant la date du
9 mai 1805, et que l'on a vainement cherché à
contester. Dans cet acte, Ricci professe et déclare
recevoir avec respect toutes les constitutions
apostoliques contre les erreurs de Baïus, Jansé-
nius, Quesnel et leurs disciples depuis Pie V
jusqu'alors, et spécialement la bulle Auctorem
fidei, qui condamnait son synode. Il désire que
pour réparer le scandale sa déclaration soit ren-
due publique. Quoi qu'il en soit, on ne saurait
nier la nécessité de quelques-unes des réformes
qu'il avait proposées. On a de lui quelques Ijis-
tructions pastorales, notamment une, du
23 juin 1781, sur la dévotion au Sacré-Cœur,
qu'il considérait comme menant à des pratiques
contraires à l'Évangile, et une autre, du l®"" mai
1782, sur la nécessité et la manière d'étu-
dier la religion, dans laquelle il appelle Quesnel
un pieux et savant martyr de la vérité. De
Potter a publié un ouvrage intitulé : Vie et
mémoires de Scipion Ricci; Bruxelles, 1825,
4 vol. in-8° ; mais on doit se défier des faits
sans preuves racontés par cet historien, dont
l'ouvrage a été condamné par un décret exprès
du pape, le 26 novembre J825. En 1826 une
édition mutilée fut publiée à Paris par l'abbé
Grégoire et le comte Lanjuinais.
H. FiSQUET.
De Potter, Fie et mémnires de S. Ricci. - Picot, Mé-
moires pour servir â t'Mstùire ecclésiastique, t. IH et
IV. — .Jmi de la lieligion. t. XXXll, p. 177.
RICCI {Ludovico), biographe italien, né en
143 RICCI - RlGCIARELLl
1730, à Chiari, près Brescia, mort le 24 juillet
144
1805, dans la même ville. A peine eut-il achevé
ses études au séminaire de Brescia qu'il s'a-
donna aux travaux littéraires ; grâce à l'exacti-
tude de ses recherches et à l'étendue de ses con-
naissances, il devint un collaborateur précieux
pour Mazzuchelli, Tiraboschi et l'acciolati, qui
eurent souvent recours à lui pour leurs grands
recueils. Nommé chanoine curé à Chiari, il ne
renonça point à ses études. Lorsqu'en 1797 une
insurrection éclata sur le territoire de Brescia
pour arrêter les progrès de l'armée française, il
fut envoyé en otage à Milan, et passa trois mois
dans une étroite prison. Il a publié •• De cita
Pétri Falex; Brescia, 1770, in-8° ; — De vita
scriptisque V.-M. Imbonati; ibid., 1773, in-8";
— Notifie intorno alla vita ed aile opère di
M.-Giovila Rapiccio;\\i\A., 1790, in-8°.
JVuovo DUionario istorico di Bassano.
Eicca {Luigi), économiste italien, né en
1742, dans le duché de Modène, mort en 1799.
S'élant fait recevoir avocat, il entra dans la car-
rière administrative, remplit honorablement di-
vers emplois à Modène, et fut anobli par le duc
François III. Partisan des principes de la ré-
volution française, il devint en 1797 l'un des di-
recteurs de la république cispadane, qui dura
quelques mois à peine. On a de lui uu opuscule
remarquable, intitulé Riforma deyl' uiituti
pli di Modena (17S7, in-8°), et dans lequel il
exposa les véritables principes qui doivent régir
les établissements charitables.
Dizionario Istorico di Bassano. ■
RICCI AEDI (Antoine), littérateur itahen, né
vers 1520, à Brescia, où il mourut, en 1610. Après
avoir suivi à Padoue les leçons de Bonamico et
de Robortello, il professa avec un grand succès
dans la ville d'Asola, puis dans sa ville natale, les
belles-lettres el la philosophie. On a de lui trois
discourssi/r les Anges, sur la Connaissance de
l'homme et sur l'Histoire de l'oriflamme ;
une Histoire d'Asola ; un livre sur la Pré-
séance des langues, dans lequel il alfirme que
la langue cimbrique, parlée encore aujourd'hui
dans le Jutland,est plus ancienne que l'hébreu;
et Commentaria symbolica, quibus expli-
cantur arcana ad mysiicam, naturalem et
occultam rerum signi/icalionem altinentia ;
2 vol. in fol.
Ghilini, Tcafro d'hvomini letterati. — O. l'iossi, Llogi
historici de' llresciani iliustri.
RicciAUDi ( Francesco), comte de' Camal-
DOLi, homme d'État italien, né le 12 juin 1758,
à Foggia, mort le 17 décembre 1842, à Naples.
Envoyé dès ses plus jeunes années à l'univer-
sité de Naples, il y montra une telle aptitude à
l'étude des lettres que le Martorelli lui dédia
son Anthologie grecque. Il n'avait que onze ans
alors. Après avoir teriniiK': son droit, il em-
brassa la profession d'avocat, dans laquelle il se
distingua, surtout en 1799, en défendant coura-
geusement plusieurs des nombreuses victimes
de la réaction royaliste. Joseph Bonaparte, en
1806, le nomma conseiller d'État, président de
la section de la législation et directeur des hul-
letins des lois. Ce fut à cette époque qu'd com-
mença la réforme de l'ordre judiciaire et de la
législation, œuvre qu'il acheva sous le règne de •
Murât, en qualité de grand juge. En février
1809, il fut nommé grand dignitaire de l'ordre
des Deux-Siciles , et chargé, le 4 novembre sui-
vant, du ministère de la justice, auquel il ad-
joignit bientôt celui du culte. La réforme du
code pénal fut un des travaux les plus impor-
tants auxquels il présida. En 1814, il fut créé
comte de Camaldoli. Le 18 mai 1815 il se dé-
mit de toutes ses fonctions, et ce ne fut qu'en
1820, lorsque Ferdinand IV fut obligé de pro-
clamer la constitution espagnole, qu'il reprit les
portefeuilles de la justice et du culte et la di-
rection de la police. Reconnaissant bientôt i
l'impossibilité de faire partager ses vues au ;
gouvernement, il rentra dans la vie privée, le
18 décembre de cette même année. Ami des ■
lettres et des sciences, il entretenait une corres-
pondance étendue avec les hommes les plus dis-
tingués de l'Europe; sa villa del Vomero était'
ouverte aux illustres étrangers qui chaque année
viennent visiter Naples. Membre de l'Académie
des sciences de Naples, il en fut plusieurs fois
président triennal, et devint président à vie de
la Société royale.
Ccva-Grimaldi, Elogio storico del conte F. Ricciardi
de' Camaldoli. — Colletta, Histoire de Naples. — Mé-
moires du roi Joseph.
RSCCiARELLi ( Daniele), dit D.aniel de
Volterre, peintre et sculpteur de l'école floren-
tine, né à Volterra en Toscane, en 1509, mort à
Rome, en 1566. 11 étudia le dessin sous le So-
doma, que des travaux avaient appelé à Vol-
terra, puis il passa à Sienne, dans l'école de Bal-
dassare Peruzzi. S'étant rendu à Rome, il y
devint élève de Pierino del Vaga, qu'il aida dans
ses travaux au Vatican, à la Trinité du Mont, et
à la chapelle Massimi. Après la mort de ce
maître, il fut, grâce à la protection du Buonar-
roti , chargé par Paul III de présider à la con-
tinuation des travaux de la Salle royale du
Vatican ; mais il y fit peu de chose, l'entreprise
ayant été suspendue. Vers ce temps il peignit pour
le cardinal Alexandre Farnèse quelques fresques
au palais Farnèse, et la Mort de Méduse à la
Farné.sine, que ce prélat avait acquise des héri-
tiers d'Agostino Chigi. Il fut aussi chargé par
Marguerite d'Autriche , fille de Charles-Qumt,
de la décoration du palais qu'elle possédait à
Savone. Daniel devint bientôt le fervent disciple
«t imitateur de Michel-Ange, qui conçut pour
lui une vive amitié et l'aida de tout son pouvoir,
.soit en le protégeant, soit en lui prodiguant ses
conseils ou même en lui fournissant des dessins
pour ses compositions. On sait que c'est en ve-
nant visiter Daniel, qui travaillait à la Farnésine,
qu'il lui laissa pour carte de visite la fameuse
145 RICCI ARELLI — RICCIO
tt'i.c dessinée au charbon, qui fut respectée et | ôlre coulée en bronze.
i|u on admire encore aujourd'hui. Il est bors de
iloiile que Daniel dut eu granile partie à Michel
Ange la renommée que lui acquit la merveil-
leuse Descente de croix de la Trinité-du-Mont,
qui est une œuvre classique, et généralement
regardée comme l'un des trois meilleurs ta-
bleaux de Rome avec la Transfiguration de
\Rapfiael et la Coinmunio7i de saint Jérôme
[du Dominiquin. S'il n'eût fait que ce tableau,
sa gloire n'eût été que plus grande, et il serait
placé au premier rang parmi les maîtres ita-
liens; mais s'il fut dessinateur hardi et savant à
la manière de Michel-Ange, il dut tout son ta-
lent à l'étude plutôt qu'à la nature; aussi dans
ses autres œuvres reconnaît-on souvent les
traces d'un travail pénible, et quelquefois une
laciieuse absence d'expression. Tel il se montre
'dans VAssomption qu'il peignit pour la même
église de la Trinité-du-Mont et dans la plupart
de ses autres peintures de Rome. Dans celte
ville, on voit de lui divers sujets bibliques à
San Marcello, le Triomphe de Marins sur
les Cimbres, frise au palais des conservateurs
du Capitole; Le Christ sur la a'oix, au palais
Rospigliosi; le Baptême de Jésus-Christ, à
Saint-Pierre in Montorio; Sainte Apollo7iie, h
S. - Augustin, et quelques fresques au palais
Massimi. Indiquons encore parmi les ouvrages
de ce maître le Massacre des innocents au
Musée et le Martyre de sainte Cécile à Saint-
Paul de Florence ; une Sainte Famille d'après
Michel-Ange, au Musée de Dresde; une Des-
cente de croix et un Calvaire, au Musée de
Madrid ; enfin, au Louvre, David tuant Go-
liath, composition double peinte aux deux côtés
d'une énorme ardoise.
Le dégoût qu'à la mort de Paul III avait
causé à Daniel la perte de sa place de surin-
tendant des travaux du Vatican le porta à re-
noncer à la peinture pour s'adonner à la sculp-
ture, qu'il avait déjà pratiquée en ornant de stucs
la voûte de la salle royale du Vatican. Chargé
de l'exécution de diverses statues, il se rendit à
Carrare pour choisir les marbres, et en passant
à Florence il moula les sculptures de Michel -
Ange h la chapelle de S.Lorenzo. A son retour
à Rome, il dut suspendre ces travaux pour sa-
tisfaire les scrupules du pape Paul IV, qui trou-
vant indécentes certaines ligures du Jugement
dernier, le chargea de les habiller, opération
qui lui valut le surnom de Brachettone (fai-
seur de brayettes) et ces vers piquants de Sal-
vator Rosa :
E pur era un error si brulto e grande
Che Danlele di pol fece da Sarlo
In quel Gluiiizl» a lavoranmitande.
(Sat. m, La rutura.)
Au refus de Michel-Ange, qui s'était excusé sur
son grand âge, Dp.aiel avait entrepris par ordre
de Catherine de Médicis de modeler la statue
équestre de Henri II, roi de France, destinée à
146
II venait de terminer io
cheval quand une fluxion de poitrine le ravit
subitement à l'art à l'âge de ciriquante-sopt ans.
On a peu de sculptures de Daniel ; cependant
le musée du Louvre possède une Mise au
tombeau, bas-relief qui lui estatiribué.
Ricciarelli forma de nombreux élèves, dont les
principaux sont Michèle Al herti, G. Paolo Ro-
selli, Fcliciano da San-Vito, Biagio da Anti-
giiano, Marco da Siena et Giulio Manzoni.
E. B— N.
Vasail, f'ite. — Lanzi, Stcria pitturica. — Ticozil,
Dizionarlo. — Orlandi, Abbeccdario . — Pistolesl, Dei-
criLione rii Roma. — Kanto/.zi, Guida di Firenze. —
Cilalogues de Florcnop, Dresde, Madrid et Paris.
Riccio ( Domenico), dit le Brusasorci (t),
peintre de l'école vénitienne, né à Vérone, en
1494, mort en 15G7. Après avoir reçu dans sa
patrie les leçons du Giolfino, il alla à Venise
étudier les œuvres du Giorgione et du Titien,
qu'il imita avec un tel succès, qu'il reçut le sur-
nom de Titien de Vérone, que justifient ses pre-
miers ouvrages, tels que \q Saint /?oc/i que l'on
voit dans cette ville, à Saint-Augustin. Il prit
ensuite pour modèle le Pannigianino, et ce fut
dans le style de ce maître qu'il peignit au pa-
lais ducal de Mantoue plusieuis toiles repré-
sentant la Fable de Phaéton, compositions
pleines de vie et remarquables par la vérité des
raccourcis. Plus encorfc que dans ses tableaux,
le Brusasorci se montra grand maître dans ses
fi'esques, dont les plus célèbres sont, à Vérone,
VEntrée de Charles-Quint et d^ Clément Vil
à Bologne, peinte dans une des salles du palais
Ridoifi, et le Mariage du lac Benacus et de la
mjmphe Paris sur la façade du palais Murari.
Nous ne devons pas cependant passer sous si-
lence la Conversion de saint Paul et le
Mariage de sainte Catherine, à la Sainte-Tri-
nité; La Samaritaine du réfectoire de Saint-Jo-
seph ; la Décollation du saisit, à S.-Fermo-
Mafjgiore ; la Résurrection de Lazare, la Pis-
cine probatique , la Résurrection de Jésus-
Christ, Saint Jérôme et Saint Jean-Baptiste,
à Sanla-Maria in Organo; Saint Etienne et les
saints Innocents, à Saint Etienne. Parmi les
tableaux conservés dans sa ville natale, nous ne
citei'ons que Saint Nicolas de Tolenlino et
Saint Augustin à Sainte-Euphémie, Le Sauveur
entre saint Benoît et saint Maiir à Saint-
Laurent, une Annonciation au Musée et une
Adoration des mages à Saint-Étienne; mais
nous indiquerons encore un Baptême à la ga-
lerie de Florence, Le Couronnement d'épines
au musée de Darmstadt, Saint Paul ermite et
Saint Antoine abbé à la galerie de Milan, enfin
une Annonciation à Saint-Pétrone de Bologne.
Domenico compta parmi ses élèves sa fille Ce-
cilia et ses fils Giovanni- Baltista et Felice; ce
dernier seul mérite d'être connu.
(i) Ce surnom vient, dit on, d'un secret que son père
avait dccouvert pour détruire les rats.
147
RICCIO — RICCIOLI
U
Riccio (Felice), dit Brusasorci le jeune,
fils du précédent, né à Vérone, en 1540, mort en
1605. Élève de son père, il continua ses études
à Florence, sous Jacopo Ligozzi, son compatriote,
et à cette école il acquit un style différent, une
manière plus délicate et plus gracieuse qui donne
un grand charme à ses madones , à ses enfants
et à ses petits anges. Il aimait à peindre de
petits tableaux sur pierre- de touche, laissant la
couleur même de la pierre chargée de produire
les ombres. 11 excella aussi dans le portrait. Il
peignit peu à fresque ; on voit cependant de lui
à Vérone la frise d'une maison près S. -Gio-
vanni in Valle, et un Saint Georges colossal
sur la façade d'une maison près l'Albergo délia
Torre. Les tableaux qu'il a laissés dans cette
ville sont presque innombrables, et nous devrons
nous borner à indiquer les principaux : une Ma-
done à Sainte-Marie-des-Anges ; Sainte Lucie
et sainte Catherine à S. - Pietro-incarnario;
La Vierge, saint Philippe, saint Jacques et
saint François à Sainte-Anastasie ; une Des-
•cente de croixa Saint-Bernardin; une Assomp-
tion et Sainte Ursule avec ses compagnes à
Santa-Maria-della-Scala , les Saints titulaires
à Saint-Jérôme et à Sainte-Hélène; une Adora-
tion des Mages aux Saints-Apôtres. On croit
que Felice Riccio mourut empoisonné par sa
femme; 11 laissa inachevé un de ses meilleurs
ouvrages, La Chute de la manne, à Saint-
Georges, tableau qui fut achevé par ses élèves
rOrbetto et Pasquale Ottimi. On voit de lui à
l'Académie de Venise, Le Christ à la colonne
et La Sainte Trinité, et au musée du Louvre
une Sainte Famille. E. B— n.
Vasari, Lanzl, Ticozzi. — Ridolfi, Fite degli illustri
piltori veneti. — Bennassuti, Guida di Ferona.
RICCIO {Antonello). Voy. Antonelli de
Messine.
RICCIO (Andréa). Voy. Buiosco.
R3CCIO [Pietro). Voy. Crinito.
Rjccto (Bartolotnmeo). Voy. Neroni.
RICCIOLI {Jean- Baptiste), astronome ita-
lien, né à Ferrare, le 17 avril 1598, mort à Bo-
logne, le 25 juin Î671. A peine .îvait-il commencé
«es études classiques, qu'il fut atteint d'une grave
maladie : les médecins, appelés en consultation,
avaient jugé nécessaire l'amputation de la jambe
droite, envahie par la gangrène, lorsque le
jeune patient se mit à invoquer le secours de
saint Ignace de Loyola, qui avait souffert d'un
mal semblable, La guérison s'établit, dit-on,
peu à peu , sans que l'amputation eût été prati-
quée. Ce fut alors qu'il entra, en 1614, à No-
vellara, dans l'ordre des Jésuites; il acheva ses
études à Plaisance et à Bologne, et occupa en-
suite dans cette dernière université et à Parme
les chaires de théologie et de mathématiques
appliquées. Ses travaux eurent particulièrement
pour objet la correction des erreurs d'astronomie,
de chronologie et de géographie. Le plus im-
portant de ses ouvrages a pour titre : Alma-
gestum novum, astronomiam veterem m
vamque complectens ; Bologne, 165 1, 2 vo
in-fol. ; Francfort, 1653, avec un .simple chai
gement de titre. L'auteur fait voir qu'il s'(
tait voué à l'astronomie moins par amour c
la science que par l'envie de plaider la caus
des théologiens contre Kopernik et Galilée. Ma
il ressemble à ces avocats qui acceptent la.di
fense d'une cause qu'ils savent eux-mêmes êti
mauvaise, et qui s'attachent à ne plaider qi
les circonstances atténuantes. Riccioli donni
t. II, lib. 9, de YAlmag. nov., l'arrêt qui cor
damnait Galilée. Il se complaît surtout dai
certains détails, qui déparent l'histoire de l'a
tronomie. Quant à la question, alors si vivemei
controversée, du mouvement de la terre, voici (
qu'il accorde. Ses paroles méritent d'être citées
« La sacrée congrégation des cardinaux, sépan
du pape, ne peut faire aucune proposition de fo
quoiqu'elle les définisse comme de foi et qu'el
déclare hérétiques les propositions contraire,'
ainsi , comme il n'a encore paru aucun bref (
pape ou d'un concile dirigé ou approuvé p
lui , il n'est pas encore de foi que le soleil
meuve et que la terre soit en repos. » Mais, d'
près cette solution, que l'auteur appelle lui-môn
prudemment une « subtilité théologique » ,
congrégation avait outrepassé ses droits en foi
çanlGaliléeà une rétractation prononcée à genoi
et la main sur la Bible. Riccioli parle aussi c
pendule, qu'il assure avoir inventé avant d'avG
lu les ouvrages de Galilée. Il s'en servait poi
les différences d'ascensions droites, et avait r
marqué que le nombre des vibrations était pli
grand en hiver qu'en été. Il ignorait que c
effet, qu'il était tenté d'attribuer au péri^gée et
l'apogée du soleil, était dfl à la dilatation des m
taux en été et à leur contraction en hiver.
Il répéta avec Grimaldi les expériences de G.
lilée, et confirma ainsi la loi de la chute des corp
Il faisait tomber de la tour de Bologne des bout
de craie, du poids de huit onces, d'une hautei
délerminéeel constata que les intervalles parcoi
rus dans des temps égaux augmentent comme 1
nombres impairs, et que par conséquent la somn
des temps est proportionnelle aux carrés (soinn
des espaces parcourus). C'est dans la loi de
chute des corps ( en représentant celle-ci par
diagonale et non par le côté vertical d'un p;
rallélogramme) qu'il croyait par erreur trouvi
l'objection la plus forte contre ie système. (
Kopernik. La parallaxe delà lune était, selonlu
entre 53' 45'' et 63' 55', ce qui s'éloigne un p(
moins de la vérité. Sa carte lunaire n'est pas,
beaucoup près, aussi exacte que celle d'Huvc
iius : les grandes taches unies et brillantes ,
les prenait, comme celui-ci, pour des mers; ma
il leurdonnadesnoms arbitraires, eumêmetem;
qu'il désignait les montagnes de la lune par d(
noms de physiciens et d'astronomes, qui ont él
en partie conservés dans la science. Ses obseï
valions de Saturne sont aussi inexactes que cell<
149 RICCIOLI -
de Galilée, qui supposait cet astre de forme trian-
gulaire.
Riccioii s'était aussi occupé de la question,
alors si fortement controversée, du poids de l'air.
Mais le moyen ( une vessie d'abord vide, puis
remplie d'air) qu'il employa pour le déterminer
était tout à fait défectueux : il trouva que l'air
pesait mille fois moins que l'eau, tandis qu'en
réalité son poids spécifique était d'environ qua-
torze cents. Sa méthode pour déterminer la pa-
rallaxe du soleil, sans la connaissance de la-
quelle la vraie astronomie est impossible, lui
donna également un résultat inexact : 14 secondes
au lieu d'environ V^. H avait entrepris aussi d'é-
valuer la hauteur de l'atmosphère en se servant
de la méthode de l'Arabe Alhazen, fondée sur la
théorie du crépuscule et en tenant compte,
comme l'avait fait Kepler, de la réfraction des
rayons de lumière (égale à 34 secondes à l'ho-
rizon). Il parvint ainsi à donner à l'atmosphère
-vingt milles italiens de hauteur.
Les autres ouvrages de Riccioii ont pour titres :
Prosodia reformata; Bologne, 1655, 2 vol.
in-12 ; — Geographige et hycirographias refor-
matx libri XII ; ibid., 1661, in-fol.; — Astro-
nomia reformata ;ihïd., 1665, 2 vol. in-fol. ; —
Yindicix Kalendani Gregoriani; ibid., 1666,
in-fol.; Chronologia reformata; ibid., 1669,
3 vol. in-fol.; — Argomento fisico-matematico
contra il moto diurno délia terra ; ibid., 1668,
in-4°; — Apologia pro eodem argumenta,
con/rasystema Copernicianum ;Yeaue, 1667-
69, in-fol. ; — Considerazioni sopra la forza
d'alcune ragioni fisiche matematiche , etc.;
Venise; 1667-69, 4 part, in-40 ; — Epistolse de
Cometis. ann. 1664 et 1665; Leyde, 1681, in-
fol.; — Thèses astronômïcBe de novissimo
cometa anni 1652; Bologne, 1653, in-4° (attri-
bué à Riccioii). Parmi ses ouvrages de théologie
on remarque : De dïstinctione entium in Deo
et in c;ea^!<ns; Bologne, 1669, in-fol. F. H.
Fabroni, P'itse Italorum, t. !I. — Delarabre, Uist. de
V Astronomie moderne. — Fischer, Ceschichte der fhysik,
l. I. — Tiraboschi, Storia délia letter. ital., VIII.
RiccoBONi {Ayitonio), érudit italien, né en-
1541, à Rovigo, mort en 1599, à Padoue. Il fré-
■quenta les écoles de Venise et de Padoue, et eut
pour principaux maîtres Paul Manuzio, Sigonius
et Muret; ses progrès furent si rapides que,
malgré sa grande jeunesse, il fut jugé capable
d'enseigner les belles-lelU-es dans sa ville na-
tale, et ses concitoyens lui décernèrent, comme
une récompense publique, le droit de bourgeoisie
pour iui et toute sa famille. La jurisprudence
paraissant devoir lui fournir des moyens d'exis-
tence plus assurés, il s'y appliqua avec ardeur,
et reçut en 1571 le diplôme de docteur; cepen-
dant il accepta à la fin de cette année, d'après
les exhortations de ses amis, une chaire de rhé-
torique à Padoue, et l'occupa jusqu'à sa mort.
« Il était, dit Niceron, un des ennemis de Joseph
Scaliger, parce qu'il avait osé lui disputer la no-
RICCOBONI 150
I blesse de sa naissance, et qu'il avait fourni à
J Scioppius des mémoires pour écrire contre lui.
i C'est pour cela que Scaliger parle de lui dans
: ses oeuvres avec beaucoup de mépris et le traite
de porcus Ricobonus. » Le cardinal Bentivo-
I glia, qui l'avait eu pour maître dans sa jeunesse,
lui accorde de grands éloges. On a de lui : Com,-
mentarius in quo per loeortim collationem
explicatur doclrina librorum Ciceronis rhe-
ioricorum ; Yemse, 1567, in-8°; — De histo-
ria, cum fragmentis historicorum veterum
latinorum; ibid., 1568, in-8°, et dans le Penus
artis historicse (1579); t. II; — De Consola-
tione édita sub nomine Ciceronis; Vicence,
1584-1585, in-8° : ce prétendu traité de Cicéron,
publié par Vianelli, avait pour auteur Sigonius;
Riccoboni fut le premier à dévoiler la superche-
rie; — Orationes ; Padoue, 1592, 2 voL
in-4° ; — De gymnasio patavino commenta-
riorum lib. VI; Padoue, 1598, in-4" : ou-
vrage curieux, moins complet que celui de Pa-
padopoli, et où il s'inquiète de mettre bien plus
son propre mérite en lumière que celui de ses
doctes confrères. Riccoboni a encore traduit en
latin trois ouvrages d'Aristo'te : la Rhétorique
(Venise, 1579, in-8°); la Poétique (ibid.,
1579, 1584, in-4°) et V Ethique (Padoue, 1593,
in-S" ) ; mais ses versions, dont le style est pur
et châtié , ne serrent point le texte d'assez près.
De Tbou, Éloges. —Tomaaini, Etagiq, II, 109. — Ghl-
Uni, Theatro d'/itiomini letterati, II. — Niceron, Mé-
moires, XXVIIl. — Tiraboschi, Storia deîla letter. ital.,
I el VII, se partie.
mccoBONi (Louis), comédien et littérateur
français, né à Modène, en 1674 ou 1677, mort à
Paris, le 5 décembre 1753. Les commencements
de sa vie sont fort obscurs ; on sait seulement que
dès sa première jeunesse il fut enrôlé parmi des
comédiens qui donnaient des représentations de
ville en ville. Vers l'âge de vingt-deux ans, il
devint chef de troupe. Le bon goût dont il était
naturellement doué et l'étude qu'il avait faite du
théâtre français l'amenèrent à prendre la ré-
solution de remplacer, par la tragédie et la co-
médie de caractères, les farces et les bouffonne-
ries italiennes. Les tragédies étaient la plupart
anciennes; la plus goûtée fut la Mérope de
Maffei. Pour les comédies, il les emprunta à la
scène française, tantôt traduisant Le Menteur,
Pysché et La Princesse d'Élide, tantôt combi-
nant ensemble deux comédies différentes , par
exemple. Le Chevalier à la mode et L'Homme
à bonnes fortunes, ^onxtn tirer une seule pièce,
et produisant ainsi, comme il le dit lui-même,
de véritables pots-pourris. 11 produisit aussi des
œuvres originales, entre autres La Femme ja-
louse, et Samson, tragi-comédie, dont Fréret fit
une traduction en prose, et Romagnesi une imi-
tation en vers français. La troupe de Louis Ric-
coboni jouait depuis plusieurs années dans les
principales villes de la Vénétie et de la Lombar-
die, lorsqu'elle vint représenter à Venise La Sco-
lastica d'Arioste. Riccoboni avait revu avec soin
151
cette pièce pour en retrancher les détails trop li-
cencieux. Mais le public, qui s'attendait à voir
paraître Angélique, BraJamante et Roland, ma-
nifesta son désappointement par des marques de
désapprobation si violentes qu'il fallut baisser
la toile. Ce manque de respect envers l'Ariostc
affligea Riccoboni à un tel point qu'il résolut de
quitter la scène. A cette époque, le régent avait
envoyé des ordres pour engager, au nom du roi
de France, des acteurs italiens ; Riccoboni ac-
cepta les propositions qui lui furent faites, com-
posa sa troupe et partit pour Paris (1716). On
l'installa dans la salle de l'hôtel de Bourgogne.
Instruit par l'expérience, il s'associa le (ils du
fameux Dominique, et composa avec lui beaucoup
de divertissements et de parodies qui attirèrent
la foule et lui permirent de ne pas jouer dans le
vide des pièces plus régulières. Son propre talent
comme acteur, surtout dans les rôles passionnés,
et celui de la Flaminia, sa femme, contribuèrent
beaucoup au succès de son entreprise. Il aug-
menta encore , par des ouvrages spéciaux, l'es-
time qu'il s'était acquise près des lettrés : il pu-
blia un poëme en six chants, Dell' arte repre-
ssntativa (Paris, 1728, in-8°) et une Histoire
du rhédire-ltaiien (Paris, 1728-1731, 2 vol.
in-S°, fig.), ouvrage superficiel. En 1 729, Riccoboni
partit pour l'Italie, où le duc de Parme venait de
lenommer intendant des menus plaisirs et inspec-
teur de ses théâtres. A la mort de ce prince
(1731), il revint à Paris; mais ses tendances à
la piété, accrues par l'âge, le détournèrent du
théâtre. Ayant obtenu sa retraite avec une pen-
sion de 1,000 livres, il ne s'occupa plus que de
littérature. Il fit paraître successivement : Ob-
servations sîir la comédie et le génie de Mo-
lière (Paris, 1736, in-12); Pensées stir la dé-
clamation (1738 in-S"); Réflexions histo-
riques et critiques sur les différents théâtres
de U Europe (Paris, 1738, in-8%et 1752, in-12);
Delà Réformation du théâtre (Paris, 1743,
1767, in-12). Le style de ces ouvrages est terne
et lâche, quoiqu'ils présentent des idées hon-
nêtes et sincères. Ennemi des spectacles, l'auteur
les regarde comme un danger public, et conseille
aux gouvernements d'en bannir ce qui porte au.K.
mœurs une atteinte directe, la danse et les
pièces qui, comme Le Cid et Phèdre, n'ont que
l'amour pour intérêt.
Riccoboni ( Hélène ■ Virginie Baletti ) ,
femme du précédent, née à Ferrare, en 1686,
morte à Paris, le 30 décembre 1771. Elle était
d'une famille de comédiens et fut élevée pour le
théâtre; cette éducation développa le goût qu'elle
avait naturellement pour les lettres, surtout
pour la poésie. Elle commença fort jeune à com-
poser de petits poèmes; la grâce qui distin-
guait ses vers , son âge et son sexe attirèrent
les regards; des louanges accueillirent ses
œuvres, et bientôt elle fut admise dans diverses
sociétés académiques, à Ferrare, à [Jologne, à
Venise et à Rome. Son emploi au théâtre était
RlCCOBOiNI 152
celui qu'avait déjà tenu sa grand-raère, l'emploi
d'amoureuse ou de Flaminia. Voisenon en
parle fort légèrement. « La. Flaminia, dit-il,
n'a jamais été belle ni aimable, et a toujours eu
beaucoup d'amants. « Mais la véracité de Voi-
senon est plus contestable que sa méchanceté,
et il est le seul écrivain qui l'ait maltraitée ainsi.
Elle fit paraître, en 1725, sous le titre de
Lettre de APie R... à M. l'abbé C. (Conti),
une attaque violente contre la nouvelle traduc-
tion de là Jérusalem délivrée, par Mirabaad.
L'ambition littéraire de iM'"c Riccoboni fut d'é-
crire pour le théâtre; mais le succès ne ré-
pondit pas à ses désirs; elle fit représenter, en
1726, Le Naufrage, comédie imitée de Plante,
et en 1729, en collaboration avec Delisle de la
Drevctière, Abdilly, roi de Grenade, tragi-
comédie. Elle partagea la retraite et les pratiques
religieuses de son mari. Jean Morel.
Des Coultnici-s, Hist. du Théâtre d'Italie. — Ricco-
boni, Histoire du Théâtre Italien. — Voisenon, Anec-
dotes littéraires. — î3arbicr, Dictionnaire da Ano-
nymes.
RICCOBOKI { Antoine- François), comédien
et auteur dramatique, fils des précédents, né à
Mantone.en 1707, mort à Paris, le 15 mai 1772.
Ses père et mère le formèrent avec soin au théâtre
et à la littérature, et il n'avait pas dix-huit ans
lorsqu'il fit repréi;enter (1724), sous leur direc-
tion. Les Effets de l'éclipsé, petit acte en prose.
En 1726, il débuta comme acteur dans l'emploi
de ie/îo; mais il fut loin d'égaler, dans le jeu
et l'expression scéniques, le talent et la réputa-
tion de son père. Comme écrivain dramatique,
il montra plus d'activité dans l'imagination que
de véritable talent. La plupart de ses pièces ne
durèrent que quelques soirées. Les plus impor-
tantes résultèrent de sa collaboration avec Do-
minique ou Romagnesi : ce sont Les Com.édicns
esclaves (1726), Les Amusements à la mode
(1732) et Le Conte de fée (1735). Reçu dans la
société du Caveau, Riccoboni fut lié avec Gentil
Bernard, Collé, Saurin, Crébillon fils , etc.; il
compta au nombre des poètes légers de la
gaieté et de l'amour. On a de lui beaucoup de
poésies faciles insérées dans les recueils du
temps, et Le Goût du siècle, satire; Londres
(Paris), 1762, in^». La faiblesse de sa santé,
épuisée par les fatigues et le travail, le força de
quitter la scène en 1750. Quelques mois après
il publia VArt du théâtre (Paris, 1750, 1752,
I in-S"), ouvrage finement écrit, plein de conseils
I etd'observations justes .«ur la manière de poser le
I geste, de diriger la voix, d'exprimer les diffé-
i rentes passions, de lire dans la chambre ou à
l'Académie, de déclamer au barreau, dans la
chaire et au théâtre.
Marié, depuis 1735, à une personne aimable
et spirituelle, Marie-Jeanne Laboras de Mézières
{voy. ci-après ), Riccoboni aurait passé une vie
heureuse s'il ue s'était adonné avec passion h,
la chimie ou plutôt à l'alchimie et à des entre-
prises industrielles. La recherche du grand
153 RICCOBONI
œuvre et l'élève des vers à soie l'avaient miné.
Après avoir reparu quelques l'ois sans succès au
théâtre, en 1758, il partit en Italie, où il essaya
de refaire sa fortune en jouant la comédie et en
repriiiant ses essais de chimie et d'industrie. Il
ne réussit à rien, et revint plus triste et plus en-
detté. D'après le-; conseils de sa femme, il
donna (1761), sous le titre de Les Caquets, une
imilalion en prose d'une plaisante comédie de
Goldoui. 11 fut moins heureux avec Les Amants
de village, comédie en vers, qui tomba (1764),
et retrouva quelques derniers bravos avec Le
Prétendu (1769), dont Gaviniés avait fait la mu-
sique. J. ^I — i' — L.
Nicrologe des hommes célèbres de la France, 1773. —
Anecdotes dramatiques, t. III. — Voisennn, Jnecdotes
littéraires. — Barbier, Dictionnaire des anonymes.
RiccoBOXi {Marie- Jeanne Laboras de
MÉziÈRES. M""* ), femme du précédent, noe en
1714, à Paris, morte dans la même ville, le
6 décembre 1792. La famille Laboras de
Mé/.ières était originaire du Béarn, où elle avait
tenu un rang distingué; elle se trouvait fi\ée de-
puis quelque temps à Paris, lorsque à la
chute du système de Law elle fut complète-
ment ruinée. La jeune Marie- Jeanne, devenue
bientôt après orpheline, resta sans autre res-
source que l'amitié et la protection d'une tante
qui la recueillit auprès d'elle. Ses talents na-
turels s'étaient montrés de bonne heure, et ses
parents, malgré leur désastre, n'avaient cessé
de les cultiver. Elle arrivait à peine à la fleur
de sa première jeunesse, lorsqu'elle se fit dis-
tinguer dans les sociétés où elle était intro-
duite, et, comme il était de mode à cette époque,
elle y joua la comédie. On l'applaudit, et à l'âge
de vingt ans (1734) elle fut admise à débuter aux
Italiens dans La Surprise de Vamour, de
Marivaux. Elle ne fut jamais qu'une actrice mé-
diocre. Elle était belle , grande et d'une taille
bien prise ; elle avait des yeux noirs , doux et
parlants, la physionomie candide et gaie; son
intelligence éclatait à tout moment dans la con-
versation, et l'on citait d'elle bien des reparties
spirituelles. C'est en 1733, un an après ses dé-
buts, qu'elle épousa un de ses camarades de la
Comédie-Italienne, Antoine - François Riccoboni
( votj. ci-dessus ).
Peu à peu madame Riccoboni , sans cesser de
paraître à la scène , délaissa le monde. Son peu
de succès comme actrice, les infidélités de son
mari, pour lequel elle avait une tendre affection,
un certain penchant naturel à la retraite, que son
éducation avait développé, la portèrent à se ren-
fermer en elle-même, à étudier les hommes et
les passions, enfin à écrire ses sentiments et ses
réflexions. Elle fit paraître, en 1757, les Lettres
de Fnnny Butler. Ce premier ouvrage, dont
l'héroïne est trop véhémente et trop passionnée
pour le talent, plutôt délicat et gracieux, de l'au-
teur, eut, par ses qualités et par ses défauts même,
un résultat qui lui fut favorable. En 1758,
I.'4
elle donna l'Histoire du marquis de Cressy et
les Lettres de Julie Catrsby. Ce dernier ro-
man n'eut que des approbateurs; il s'y trouve
en effet, à côté de quelques négligences, bien du
cJiarme et de la grâce, une piquante vivacité,
de la légèreté dans la touche, une grande vérité
de sentiments. Le succès des premiers ouvrages
de madame Riccoboni ne pouvait manquer d'é-
veiller contre elle l'envie et la méchanceté. On
imprima qu'elle n'était pas l'auteur de ses écrits,
et qu'elle se parait de la gloire d'un écrivain qui
ne voulait pas se faire connaître. Ces alléga-
tions mensongères trouvèrent de l'écho chez des
hommes connus et écoutés. Palissot les répéta
et les répandit. Mais la calomnie tomba, et Pa-
lissot lui-même la combattit en proclamant la
vérité.
Madame Riccoboni, qui n'avait écrit jusqu'alors
que pour obéir à son goût httéraire, dut bientôt
écrire dans un autre but , celui de se créer des
ressources; car elle quitta le théâtre en 1761
avec une modique pension. Elle fit paraître quel-
ques fragments dans un journal , sous le titre de
V Abeille, et dans le Mercure Y Histoire de
deux amis, la Lettre de la marquise d'Ar-
tigues et L'Aveugle, conte que Desfonfaines mit
au théâtre avec succès. Sa suite à la Marianne
de Marivaux est faite avec beaucoup d'art et
d'esprit; elle y a parfaitement imité la manière
et le style de l'auteur qu'elle continuait. Vinrent
ensuite Ernestine, jolie nouvelle que les admi-
rateurs de Mme Riccoboni ont appelée le dia-
mant de son écrin , et Amélie (1762), roman tiré
de l'ouvrage de Fielding qui porte le même titre.
On a dit et répété que c'était une traduction;
l'on ne peut même dire que ce soit une imita-
tion ; l'auteur français a pris seulement le sujet
de Fielding et la traité librement, à sa ma-
nière. La lettre qui est en tête d'Amélie a donné
lieu de croire à une traduction ; elle est adres-
sée à M. Humblot, libraire : « En étudiant
l'anglais sans maître , sans principes , la gram-
maire et le dictionnaire près de moi , ne regar-
dant ni l'un ni l'autre, me tuant la tête à deviner,
j'ai traduit tout de travers ( comme j'entendais)
un roman de M. Fielding. Ce qui était difficile,
je le laissais là. Ce que je ne comprenais point,
je le trouvais mal dit : j'avançais toujours. Je
parvins enfin à faire un gros amas de papier
écrit, où je me perdis si bien qu'il me fut im-
possible d'en trouver le fil. Une personne plus
patiente que moi s'est occupée à le chercher, a
numéroté toutes les petites feuilles éparses dans
mon secrétaire, et parmi le fatras de mes thèmes
anglais, a recouvré la suite de ce singulier ou-
vrage. Elle m'a conseillé de vous l'envoyer, et
le voilà... » Qui ne voit que c'est là une plai-
santerie spirituelle, et qu'il ne faut pas prendre
au pied de la lettre un auteur qui prétend traduire
l'anglais sans le savoir et sans regarder le dic-
tionnaire ni la grammaire? L'Amélie de madame
Riccoboni est loin d'être un ouvrage parfait, mais
155
RICCOBONI — RICH
156
elle y a mis beaucoup d'intérêt, ainsi qne dans
Y Histoire de miss Jenny, qu'elle donna dans
la même année (1762). Elle publia en 1766 les
Lettres de la comtesse de Sancerre, qu'elle
dédia au comédien Garrick, dont elle était l'amie,
et qui ne réussirent pas, bien que Monvel en
ait tiré le sujet d'une comédie qui fut fort ap-
plaudie, V Amant bourru. Puis elle s'occupa
de théâtre , et fit passer dans notre langue quel-
ques œuvres de la scène anglaise.
Madame Riccoboni revint au roman, et pu-
blia (1772) les Lettres de Sophie de VaUière.
Ce fut un très-grand succès. On lui reprocha
quelques longueurs , mais tout le monde loua
la finesse des pensées , et la manière naturelle
dont elle savait parler le langage du cœur. Après
la mort de son mari ( 1772), sa retraite devint
plus entière et ses écritjs plus rares. Elle ne fît
plus qu'un ouvrage un peu long , les Lettres de
mylord Rivers (1776), et des nouvelles pour la
Bibliothèque des romans. Comme la plupart
des romans , les œuvres de Mme Riccoboni
ne pouvaient avoir qu'un succès de mode,
borné à l'époque dont elles reproduisaient les
pensées et les sentiments. Il ne faudrait cepen-
dant pas mépriser le talent, l'esprit et la grâce
dont elles abondent ; ceux qui ont la patience
de les lire y retrouvent l'écrivain tel que ses
contemporains l'admiraient; ils y devinent aussi
la femme aimable si chère à ses amis , sa dou-
ceur, sa grâce, son peu de souci de la mauvaise
fortune et des privations, dont elle avait l'habi-
tude. Adorée de ceux qui la connaissaient intime-
ment, ceux qui ne la virent que rarement se plai-
gnaient de l'inégalité de son humeur, ceux qui
la virent à peine ne lui furent pas sympathiques ;
elle nous en fait bien voir la cause dans ce frag-
ment du portrait qu'elle a tracé d'elle-même :
« Tous mes sentiments se peignent sur mon
front ; je n'ai pas l'art de me contraindre.... J'ai
l'air très-froid avec des étrangers; je traite
durement ceux que je méprise; je n'ai rien à
dire à ceux que je ne connais pas, et je deviens
tout à fait imbécile quand on m'epnuie... »
Cette femme si digne, par ses talents, ses
travaux et son caractère, d'avoir en partage
les faveurs de la fortune, passa ses derniers
jours dans la misère; elle venait d'être privée
de sa petite pension lorsqu'elle mourut , âgée de
soixante-dix-huit ans.
Les principales éditions des œuvres de M™e Ric-
coboni sont les suivantes : Paris, 1785-1786,
8 vol. in-8°, 6g.;— Paris, 1809, 14 vol. in-18,
papier vélin; — Paris, 1818, 6 vol. in-8" : cette
dernière est la plus belle et la plus complète. Les
premiers romans de M""'' Ri ccoboni ont été, pour la
plupart, traduits peu après leur apparition , en
allemand, en anglais, en italien. Jean Morel.
Laporte, Histoire littéraire des femmes françaises.
— Influence des femmes sur la littérature, p;ir M""" de
Genlls. — Lettres de Grimm. — Cours de lUtcralnre
de Laharpe. — Im Dunciade, par Palissot. — Portraits
littéraires, par Voiscnon.
RiCEPUTi (Filippo), antiquaire italien, mort
en 1742, à Rome. Pendant un séjour de plu-
sieurs années qu'il fit en Dalmatie comme mis-
sionnaire , il amassa de nombreux matériaux
sur l'histoire ecclésiastique de l'Illyrie. Les papes
Clément XI, Innocent XIII et Benoît XIV l'en-
couragèrent dans ses recherches, et lui ouvri-
rent les principales bibliothèques de Rome. En
1722 il retourna en Dalmatie, en compagnie du
P. Farlati, qui lui avait été adjoint; les deux
jésuites, secondés par l'archevêque de Spalatro,
Pacifico Bizza , fouillèrent les dépôts littéraires
de l'Illyrie et en rapportèrent près de trois cents
volumes manuscrits de matériaux. On n'a du
P. Riceputi que les deux plans des ouvrages
qu'il se proposait de publier ( Prospectus Illy-
rici sacri et profani ), publiés à Rome, le pre-
mier en 1722, le second en 1732, dans le for-
mat in-fol. Mais le P. Farlati, son compagnon
d'étude, sut tirer un excellent parti de leurs
communs travaux (foy. Farlati).
Préface de i'Illyricum sacrum; Venise, nsi, t. l«r.
RICH ( Claudius James), voyageur anglais ,
né le 28 mars 1787, près de Dijon, mort le 5 oc-
tobre 1821, à Schiraz, en Perse. Emmené de
bonne heure à Bristol , il y reçut une bonne
éducation ; grâce à une aptitude extraordinaire
pour les langues , il fut en état de lire très-cou-
ramment, avant d'avoir atteint sa quinzième an-
née, l'arabe, l'hébreu, le syriaque, le turc et le
persan. Admis en 1803 dans le service civil de la
Compagnie des Indes, il fut détaché comme se-
crétaire auprès du consul général d'Egypte, afin
de perfectionner ses connaissances linguistiques;
mais le consul étant mort avant qu'il eût pu le i
rejoindre, il fut permis à Rich de se rendre à
son poste dans l'Inde en employant la manière
qu'il jugerait la plus utile à ses études. A Cons-
tantinople et à Smyrne il apprit le turc, en Egypte
l'arabe et ses principaux dialectes. Puis, sous le
costume d'un mamelouck, il traversa la Pales-
tine et la Syrie, osa s'aventurer dans la grande
mosquée de Damas, gagna Bassora, et s'y em-
barqua pour Bombay, où il arriya au mois de
septembre 1807. L'historien Mackintosh, qui
remplissait dans cette ville les fonctions de re-
corder, l'accueillit ave« beaucoup de cordialité,
et lui donna en 1808 une de ses filles en ma-
riage. Peu de temps après, Rich fut chargé de
représenter à Bagdad, en qualité de résident,
les intérêts de la Compagnie des Indes. Durant
un séjour de plus de dix ans, il poursuivit le
cours de ses études favorites , et forma d'amples 1
collections de manuscrits orientaux, de médailles I
et de pierres gravées. Il s'éloigna de Bagdad
plusieurs fois : dans l'intérêt de la science, il fit
deux excur.sions aux ruines de Babylone, et ua
voyage dans le Kurdistan, où il visita Mossoul,
Solimania et l'emplacement de Ninive; l'affai-
blissement de sa santé le força en 1813 d'habiter
quelque temps à Constantinople, et il profita de
la paix générale en 1814 |M)ur venir à Paris. Au
57 llICH —
irintemps de 1851 il fut nommé à un des pre-
liers emplois de Bombay. Avant de quitter la
erse, il voulut explorer Schiraz et ses environs,
jinsi que les ruines de Persépolis, et succomba
une attaque du choléra. Il n'avait que trente-
uatre ans. La littérature asiatique fit une grande
erte dans ce jeune et laborieux savant, qui
ossédait les langues de l'Orient à un degré que
ien peu d'Européens ont pu atteindre. Ses col-
'Ctions, acquises par le gouvernement, ont été
lacées dans le Musée britannique. On a de lui :
eux Mémoires sur les ruines de Babylone,
un inséré, vers 1812, dans les Mines de Vo-
ient, recueil qui paraissait à Vienne; l'autre,
ubiié en 1818, à Londres, trad. la même année
(1 français, et destiné à combattre les doutes
n'avait élevés le major Rennell sur l'emplace-
lent de l'antique cité; tous deux ont été réimpr.
Qsembie en 1839, à Londres, avec la relation
es voyages à Babylone et à Persépolis; —
'arrative of a résidence in Koordistan;
ondres, 1836, in-8"', avec une carte; cette re-
ition a été mise au jour par la veuve de l'au-
iur.
Notice à la tftte du Narrative of a résidence.
RICHARD i'^'^, dit Cœur de Lion, roi d'An-
leterre, né en septembre 1157, à Oxford, mort
î 1 6 avril 1199, au château de Chalus (Limousin ).
l était le troisième des cinq fils d'Henri II et
Éléonore de Guienne. Lors du traité de Mdnt-
nirail (6 janvier 1 169), il reçut en partage le du-
hé d'Aquitaine. Le ressentiment de sa mère, les
nstigations du roi Louis VII, un caractère natu-
ellemenf impétueux et violent le poussèrent, à
leine sorti de l'adolescence, à se révolter contre
on père (1173), et lorsque la ligue redoutable
ù il était entré, et qui se composait de ses
rères, des rois de France et d'Ecosse et d'un
;rand nombre de barons anglais, eut été dissipée
n deux campagnes, il fut le dernier à poser les
irmes. A la réconciliation qui ramena la paix il
;agna pourtant deux châteaux du Poitou avec la
noitié des revenus dece comté (septembre 1174).
'assionné pour la gloire des armes, on le vit, à
'exemple d'Henri, son frère aîné, parcourir le
;ontinent comme un simple chevalier, ne cher-
hant qu'amour et aventures, se présentant dans
eus les tournois et remportant souvent le prix
le la force ou du courage. Ces qualités brillantes
;laient ternies par la perfidie, la cruauté et un
lenchant effréné à la débauche. Les exactions
t les violences de Richard soulevèrent les ba-
ons d'Aquitaine (1183); il put, avec le secours
le son père , les faire rentrer dans le devoir,
liais la prédilection marquée de ce prince pour
fean , le dernier de ses fils , lui ayant inspiré de
'ombrage, il se rapprocha de Philippe-Auguste,
lui venait de succéder à Louis VII, et se dé-
îlara son vassal. La guerre se ralluma (1188).
)n en donna pour cause apparente la singulière
)bstination de Henri II à différer sans cesse le
nariage de la princesse Adélaïde de France avec
RICHARD
158
Richard, qui lui était fiancé depuis longtemps (1).
Après une courte campagne, le vieux roi, vaincu
et trahi, accepta les conditions que lui impo.sa
son fils, et mourut peu après en le maudissant
(6 juillet 1189).
La moit de ses frères avait ouvert à Richard
le chemin du trône : il fut couronné le 13 sep-
tembre 1189, à Westminster. Cette cérémonie
servit de prétexte à un soulèvement populaire
contre les juifs de Londres : leurs riches.ses s'é-
taient considérablement accrues sous le dernier
règne, et ils étaient exécrés. Le bruit ayant
couru que Richard allait les expulser, comme on
venait de le faire en France, on les traqua
comme des bêtes malfaisantes, on les assomma
sans pitié et on livra leurs maisons aux flammes.
Pendant six mois ces scènes de carnage se re-
nouvelèrent dans toutes les villes de l'Angle-
terre; à York cinq cents juifs, assiégés dans la
citadelle , massacrèrent leurs femmes et leurs
eufants et s'égorgèrent ensuite les uns les
autres, après avoir enterré l'or et l'argent qu'ils
possédaient. Deux ans avant sa mort Henri II
avait résolu d'entreprendre une expédition dans
la Terre sainte , qui était tombée presque tout
entière au pouvoir de Saladin après la bataille
de Tibériade. Richard avait pris la croix ayec
enthousiasme ea même temps que Philippe-Au-
guste; à peine arrivé au trône, il ne songea plus
qu'à tenir ses serments. L'immense trésor, fruit
de la rapacité de son père, et qu'il trouva à Sa-
lisbury, ne lui suffit pas; limita l'enchère les
terres du domaine , les dignités , les charges de
la couronne; il vendit même pour dix mille
marcs les droits de souveraineté sur la cou-
ronne d'Ecosse. Puis il passa en Normandie, où il
remplit ses coffres par les mêmes expédients. Au
lieu de conduire à la troisième croisade une
multitude indisciplinée, les deux rois alliés
n'emmenèrent avec eux que l'élite de leurs che-
valiers. Le rendez-vous général fut donné dans
les plaines de Vézelay, en Bourgogne (1*" juillet
1190); plus de cent mille hommes des deux na-
tions s'y assemblèrent. Tandis que Philippe
prenait la route de Gênes, Richard s'embarquait
à Marseille, sans attendre l'arrivée de sa flotte.
Ils se retrouvèrent à Messine. Là, le brutal
et orgueilleux Richard s'établit en maître, et
pendant six mois il traita la Sicile en pays con-
quis et son roi Tancrède en vassal. Toutes les
violences , toutes les insultes, il les permettait
à ses soldats. D'abord il réclama et obtint qua-
rante mille onces d'or en échange du douaire
de sa sœur Jeanne, veuve de Guillaume U,
que Tancrède avait dépouillé de ses États, et
afin de la rendre indépendante il passa un
jour le détroit, emporta de vive force un châ-
teau situé en Calabre , et le lui donna à titre de
résidence. Aux motifs d'animosité qui existaient
(1) Henri la gnrdait dans un de ses châteaux, dont
l'entrée était sévèrement interdite à son fils, et selon le
bruit génOral il l'avait prise pour maîtresse.
159
PJCHARD
160 I
déjà entre lui et Philippe, il en ajouta un plus
puissant en refusant de prendre pour femme la
soeur de ce prince , Adélaïde, et en acceptant la
main de Bérengère, fille de Sancho, roi de Na-
varre. Pliilippe, irrité, partit pour la Terre sainte.
Richard le suivit à la tête d'une flotte de deux
cent trois galères ou vaisseaux (10 avril 1191).
En chemin il s'arrêta pour faire sur un prince
grec,lsaac Comnène, la conquête de l'île de
Chypre, le réduisit en captivité, et lui enleva sa
fille, qui l'accompagna en Palestine. Après avoir
épousé Bérengère à Limasol , il arriva le 10
juin au camp des croisés, et fut reçu par eiix
avec des applaudissements unanimes.
Il y avait deux ans que durait le siège d'Acre;
l'attaque et la défense avaient été con<inites avec
un courage opiniâtre, et des deux côtés l'enLliou-
siasme religieux avait opéré des prodiges. L'ar-
rivée de Richard imprima aux opérations une vi-
gueur nouvelle; les murs furent battus nuit et
jour, on multiplia les assauts, et le 12 juillet la
ville capitula. Ainsi finit ce siège mémorable, où
trois cent mille hommes, dix-huit prélats et cinq
cents comtes ou barons avaient trouvé la mort.
Presque aussitôt après la prise d'Acre, Phi-
lippe quitta le camp avec la moitié de son ar-
mée, et Richard resta seul pour diriger la croi-
sade. Après avoir vu massacrer sous ses
yeux plus de cinq mille captifs musulmans,
il se mit en campagne. Sou armée était ré-
duite à trente mille hommes. Harcelé dans sa
marche par Saladin, il lui livra plusieurs san-
glants combats, à la suite desquels il força les
portes de Jaffa, Césarée, Ascalon et les autres
places de la côte lui furent successivement ou-
vertes. Malgré la disette et les maladies qui dé-
cimaient ses troupes, malgré ses propres doutes
sur le succès de l'entreprise, il tenta deux fois
d'arracher la ville sainte aux mains des infidèles ;
deux fois il s'avança jusqu'à Béthanie et campa
presque en vue de Jérusalem. Obligé de battre
en retraite, il se replia sur Jaffa, déjà envahie
par les Sarrasins, et ne s'en rendit maître qu'à
force d'héroïque audace. Les fatigues de cette
campagne déterminèrent une fièvre qui lui ôta
toute sa vigueur, et il demanda au sultan une
trêve de trois ans, qu'il obiint sans difficulté,
avec l'assurance que les chrétiens isolés seraient
respectés dans leur pèlerinage en Palestine. Ainsi
se termina la troisième croisade; les prépara-
tifs en avaient été formidables, les exploits
brillants, elles résultats à peu près nuls. Si Jérusa-
lem eût dû être le prix de la bravoure et de la
force personnelle, Richard l'eût mérité sans
conteste : ses hauts faits répandaient autour de
lui un éclat qui frappait l'ennemi de teneur et
d'admiration à la fois; mais ils n'eurent aucune
influence sur l'issue de l'expédition, que son in-
constance naturelle et son caraclère violent
contribuèrent beaucoup à faire avorter. Avant
de (|uitter la Terre sainte Richard avait vidé la
querelle des compétiteurs au trône imaginaire de
Jérusalem en se prononçant en faveur de Con-
rad de Montferrat, qui fut bientôt assassiné dans
les rues de Tyr; mais, par un mouvement tout
chevaleresque, il avait donné à Gui de Lusignan
l'île de Chypre, qu'il venait de conquérir.
Dès que sa santé lelui permit, il s'embarqua à
Acre (9 octobre 1192). « Terre sacrée, .s'écria-
I-il, en étendant les bras vers le rivage, puisse >
Dieu m'accorder de vivre afin de revenir et de ■
t'arracher au joug des infidèles ! » Sa flotte, qui
portait sa femme et sa sœur, avait fait voile'
quelques jours auparavant et relâché en Sicile.
11 la suivit avec un seul vaisseau ; mais sa i
marche fut retardée par les vents contraires; il '
atteignit au bout d'un mois l'île de Corfou.
Une tempête Je jeta sur les côtes de l'istrie,
entre Aquilée et Venise. Par malheur il se trou-
vait sur les terres d'un neveu du marquis de
Montferrat, dont on lui reprochait, sans aucune
preuve, d'avoir causé la mort. Reconnu sous son
costume de pèlerin, séparé de ses compagnons,
il erra à l'aventure, et fut arrêté dans le village
d'Erperg, aux environs de Vienne (11 décembre
1192). Il y devint le prisonnier de Léopold, duc
d'Autriche, beau-frèred'Isaac Comnène et quepen-i-
dant le siège d'Acre il avait traité de la façon la a
plus injurieuse. Quelques jours après il fut livréi"
par Léopold, moyennant la somme de 60,000
livres, à l'empereur Henri VI, qui ayant, du chef
de sa femme, des droits légitimes à la couronne
de Sicile, regardait comme son ennemi Richard,;,
allié de l'usurpateur Tancrède. Pendant plusu
d'une année, il le retint captif à Mayence , ài
Worms et dans le château de Trifels euTyrol.
En Angleterre tout allait de mal en pis depuisti
le départ du roi. La mésintelligence n'avait pasi
tardé à éclater entre les deux prélats régents,.
Guillaume de Longchamp et Hugues Pudsey
le premier, possédant, en sa double qualité deli
chancelier et de légat du pape, toute l'autoritéi
civile et ecclésiastique, s'était débarrassé dé
son collègue en le faisant mettre en prison; il|
trafiquait des emplAnne de Bohême, il demanda
en mariage Isabelle, fille de Charles VI, et, afin
que la négociation réussît selon ses désirs, il se
contenta d'une dot de 800,000 francs , pourvu
qu'en retour le roi de France et ses oncles
s'engageassent « à l'aider et soutenir de tout
leur pouvoir encontre aucuns de ses sujets ».
En même temps qu'il recherchait celte alliance
disproportionnée (la fiancée avait sept ans), il
pressait la signature de la paix entre les deux
nations si longtemps ennemies, et l'une et l'autre
furent conclues en 1395. Pour célébrer ce grand
événement, Richard II et Charles VI se rencon-
trèient entre Ardres et Calais dans une entrevue,
où ils rivalisèrent à l'envi de faste et de magni-
ficence (27 octobre 1396). Le mariage fut célébré
queli]ues jours après, à Calais, par l'archevêque
de Canterbury.
Lorsqu'il se vit affermi sur le trône et soutenu
par un allié puissant, Richard résolut de venger
sur Glocester le meurtre de ses favoris et les
humiliations qu'il avait essuyées. 11 n'avait pas
moins de ressentiment contre ses oncles qu'il
avait trouvés à la tête del'opposition que contre les
nobles, qui les avaient appuyés, et les communes,
qui avaient usurpé l'autorité royale. Dans cette
nouvelle conspiraiion pour ressaisir le pouvoir
absolu, il déploya de la décision, de l'adresse et
une dissimulation profonde. Il brouilla les grands
les uns avec les autres, il divisa ses oncles entre
eux, et flatta Lancastre, dont il légitima les en-
fants naturels. Ce dernier, emmenant avec lui le
duc d'York, son frère, se retira dans ses terres
pour ne prendre aucune part aux événements
qui se préparaient. Le prétexte invoqué pour ce
coup d'État était un plan formé par Glocester et
ses anciens affidés pour s'emparer du roi et l'em-
prisonner. Au mois de juillet 1397 les comtes de
Warwick et d'Arundel furent arrêtés ; quant à
Glocester, attiré dans une embuscade par Ri-
chard lui-même qui était venu lui faire visite
dans son château, il fut embarqué sur la Tamise
et confinée Calais. Le parlement, intimidé ou sé-
duit, approuva la conduite du roi, révoqua tout
ce qui lui avait été arraché dix ans auparavant,
et décréta les prisonniers de haute trahison. War-
wick et l'archevêque de Canterbury furent ban-
nis, Arundeleut la tête tranchée, quelques autres
s'enfuirent à l'étranger, et quand l'ordre parut
d'amener à la barre du parlement le duc de
Glocester, on apprit qu'il venait de mourir. Le
bruit se répandit qu'il avait été étouffé entre
deux matelas dans sa prison. Cette révolution
rendit au roi la plénitude du pouvoir absolu.
Ivre de son triomphe , il ne .songea plus qu'à se
défaire au plus vit« de ceux-là même qui y
avaient concouru , surtout des comtes de Derby
et de Nottingham , qu'il avait créés ducs de He-
reford et de Norfolk. 11 excita l'un contre l'autre
ces deux seigneurs, et leur querelle s'envenima
au point d'amener entre eux un défi en combat
singulier. Au moment où les champions allaient
croiser le fer, Richard intervint en déclarant,
selon le langage du temps, qu'il prenait la ba-
taille entre ses mains, et les exila (16 septembre
1398).
Livré à lui-même, Richard se plaça au-dessus
des lois, et courut rapidement à sa perte. L'avi-
dité de ses nouveaux favoris semblait insatiable.
Il levait des fonds par emprunts forcés, disposait
à son caprice des biens de la bourgeoisie, et
condamnait en masse dix-sept comtés à la con-
fiscation. Il mit le comble à ses folies en s'em-
parant des vastes domaines du duc de Lancastre,
son oncle, qui venait de mourir (1399). Quel-
ques mois après, pendant qu'il guerroyait en Ir-
lande , Henri de Hcreford , le nouveau duc de
167
RICHARD
168 k
Lancastre, quilta la France, où il s'était retiré et
débarqua dans l'Yorkstiire en déclarant que son
seul biit était de recouvrer l'héritage de son père
(4 juillet 1399). En peu de temps il réunit une
armée nombreuse, marcha sur Londres, y reçut
l'accueil le plus cordial, et soumit les comtés de
l'ouest qui passaient pour dévoués au roi. Le
due d'York, alors régent, essaya d'opposer
quelque résistance; mais il agit mollement, et,
après quelque hésitation , il embrassa la cause
de son neveu. Des vents contraires avaient ,
pendant trois semaines , empêché Richard de
recevoir aucune nouvelle. Quand il débarqua sur
la côte de Galles (5 août), il se trouva presque
seul et s'enferma dans le château de Conway.
Ayant accepté une entrevue avec son ennemi, il
fut assailli, chemin faisant, par une troupe
d'hommes armés et conduit à Londres. On l'en-
ferma à la Tour. Le 29 septembre il lut, en pré-
sence d'une députation de prélats, de barons, de
chevaliers et de gens de loi, un acte par lequel il
renonçait à la couronne, se reconnaissait inca-
pable de régner, et convenait qu'à cause de ses
fautes passées il avait mérité d'être déposé ;
puis il ajouta que s'il était en son pouvoir de
nommer son successeur, il choisirait son cousin.
Tel est du moins le récit inscrit, par l'ordre de
Henri, sur les registres du parlement. Le lende-
main 30, la déchéance de Richard II fut solen-
nellement proclamée, et Henri de Lancastre lui
succéda sons le nom de Henri IV.
Condamné à une réclusion perpétuelle, Richard
passa ses derniers jours au château de Ponfe-
fract ; mais il y fut si secrètement gardé que per-
sonne ne savait où il était ni comment on le
traitait. Quant aux circonstances de sa mort, on
n'a là-dessus aucune certitude. Selon les uns il
fut poignardé par .ses geôliers ; selon d'autres ,
et cette version est la plus accréditée, il périt
d'inanition. Toutefois en réfléchissant aux événe-
ments qui avaient amené sa déchéance, on est
fortement porté à soupçonner que la vie lui fut
ôtée par le commandeiïient de celui qui déjà lui
avait enlevé la couronne. Afin de dissiper les
soupçons, son corps fut transporté à Londres,
exposé pendant deux jours à Saint Paul, et e-n-
terré au château de Longley (mars 1400) —
Richard II s'était marié deux fois; mais il ne
laissa point d'enfants. P. L— y.
Walsincliam, /Hst. Jnçl. — Chronique de Richard II.
— Froissart, Chroniqufi. — I.i/e and death of Ri-
chard //; Londres, 1642, In-S». — lAfc and reUjn of
Richard II; ibld., 1C31. in-8°. — R. Hnw;ii-d, IJisl. of tke
reigns of Edward 111 and Richard II ; >bid , 1690.
in-8". — J. livesham, Hist. Richardi 11; Ouford, 1729,
ln-8». — Hume, Lingard, SinoUett, Hist. d' Angleterre.
RICHARD lïi, roi d'Angleterre, né le 2 oc-
tobre 1452, au château de Fotheringay (comté de
Northampton), tué le 22 août 1483, à la bataille
de Bosworlh. Il descendait en ligne directe d'E-
douard Kl et appartenait à la famille d'York.
Après la défaite et la mort de son père Richard
d'York (31 décembre 1460), il fut envoyé par
sa mère, Cécile Nevil, à Utre( ht, où il resta sous I
la protection de Philippe le Bon, duc de Bour- '
gogne. Rappelé par son frère aîné Edouard IV, '
qui venait de monter sur le trône (mars 1461),
il fut créé duc deGlocester, chevalier de la Jar-
retière et graml amiral du royaume. Dans ces .
temps de troubles et de rivalités continuels, il
se montra fidèle à la fortune de son frère, l'ac-
compagna, en 1470, dans sa fuite aux Pays-Bas,
et contribua par sa bravoure à lui faire gagner
les batailles de Barnet et de Tew^ksbury. En
1482, il conduisit une armée en Ecosse, s'em-
para de Berwick et entra dans Edimbourg; il
était encore occupé aux frontières lorsqu'il ap-
prit la mort d'Edouard IV (avril 1483). Il revint
aussitôt à Londres, reconnut pour roi Edouard V,
son neveu, et prit le titre de protecteur. « Peut-
être, fait remarquer Lingard , n'aspira-t-il d'a-
bord qu'au protectorat, et sur ce point son am-
bition ne saurait être blâmée; mais il parut bien-
tôt qu'il n'avait pu se voir si près du trône sans
concevoir le désir de s'y placer. 11 agit cepen-
dant avec cette prudence et cette dissimulatioa
qui étaient un trait distinctif de .son caractère;
ses desseins ne se révélèrent que par degrés » Ri-
chard avait fait conduire ses neveux, Edouard V
et le duc d'York, à la Tour, résidence ordinaire
des princes qui n'étaient pas encore couronnés.
Après avoir éloigné du roi ses amis les plus dé-
voués, il avoua ouvertement ses prétentions à la
couronne, et les motiva en répandant le bruit pat
des prédicateurs et des agents subalternes que
le mariage d'Edouard IV était illégitime, que
ses enfants étaient bâtards, et qu'il était le seu
représentant de la maison d'York. Le duc de
Buckingham, son confident le plus intime, le se-
conda dans cette sorte de comédie politique, et
ce fut lui qui, à la tête d'une nombreuse dépu-
tation de seigneurs et de bourgeois, l'invita « à
prendre la couronne et dignité royale, comme lui
revenant de droit aussi bien par héritage que
par élection légale » (25 juin 1483).
Les préparatifs que l'on avait faits pour le cou- j,
ronnement du neveu servirent à celui de l'oncle ; I
la cérémonie eut lieu le 6 juillet. Le nouveau roi
marqua son avènement au trône par des actes
de faveur et de clémence. 11 déploya un zèle
extraordinaire pour la réforme des mœurs et la
punition des crimes. Bientôt il annonça l'inten-
tion de parcourir le royaume dans le but de
rétablir partout l'observance des lois. Dana
toutes les grandes villes il rendait la justice en
personne et dispensait des grâces. Pendant
qu'il était à York , où il se fit couronner une
deuxième fois, la renommée publia que les
jeunes princes avaient cessé de vivre (voy.
Edouard V). A peine le protecteur eut-il pris
possession du trône que le même Buckingham ,
qui l'avait fait roi, et qu'il avait comblé d'hon-
neurs et de biens, le trahissant tout à coup,
résolut de lui substituer Henri Tudor, comte de
Richmoud , de la race de Lancaster {voy. IIen-
i ■
160 lUCHARD
iU VII), qni fêtait rf^fuRié en France; mais celte
tentative éclioua. liuckingtiam , abanilonné de
ses soldats, toml)a,6ans avoir tiré l'épée, an pou-
voir de Ricliard, qui sur-le-cliainp lui fit traii-
îherlatête (2 novembre 1483). lUclimond, plus
learenx, parvint à retourner en France. Cbar-
es Vlll lui donna un corps de trois milheaven-
oriers, avec lesquels il alla débarquera Milford,
IU pays de Galles, d'où il tirait son origine, et
>ù il espérait trouver de nombreux partisans. Il
l'avança jusqu'à Bosworlli (comté de Leicesler),
(ù il rencontra Ricliard, le 22 aofit 1485. On
tUait en venir aux mains quand le roi s'aperçut
|u'll était trahi par ses principaux chefs , les
ieux Stanley, parents de Henri Tudor. 11 n'en
lonna pas moins le signal du combat. Afin d'en
inii" promptement avec son compétiteur, il s'en-
mce dans la mêlée; il cherche Henri pour le
ipper de sa [vropre main; il l'appelle à grands
ris; mais le comte, moins brave que prudent, se
lit un rempart de ses guerriers, qu'il condamne
insi à mourir pour lui sous les coups de Ri-
' [hard. Il échappe, tandis que le roi, combattant
! |;n brave, tombe accablé par le nombre.
Richard était mort; mais la Rose blanche
jivaitdes partisans. Il fallait donc se les assurer;
!t pour cela, on s'efforça de rendre odieux le
lernier chef de leur faction. Poètes, historiens,
îhroniqueurs , reçurent leurs instructions ; et en
)eu de temps ce fut une croyance généralement
^épandue que Richard, n'étant encore que duc de
jlocester, avait déjà poignardé le prince de Galles,
Us de Henri VI, et peu de jours après Henri
ui-méme; qu'il avait excité Edouard IV à faire
Tiourir le duc de Clarence, leur frère; et qu'en-
suite il avait empoisonné ce même Edouard ,
on roi; que lord Gray, frère utérin, et le comte
ia Rivers, oncle du jeune Edouard V, les ciieva-
iers de Hawts et Vaughan , avaient été massa-
:rés par ses ordres; que Haslings avait été in-
ustement nais à mort sous ses yeux; que, de-
Fenuroi,il avait fait étouffer ses neveux; que
îe duc de Ruckingham et le chevalier Thomas
' Saint-Léger avaient été victimes de sa fureur;
■ [ju'il avait empoisonné lui-même la reine Anne
l ^evil , sa femme, etc. — La place manque ici
pour discuter un seul de ces nombreux chefs
l'accusation; mais tous ont été curieusement
examinés par Buck, Walpole, Sharon Turner, etc.
3uelques-uns de ces actes sont avérés; mais il
în est, et surtout l'assassinat des enfants d'É-
3ouard, adopté par Shakspeare, dont la fausseté
nous paraît démontrée. Il ne suffisait point à
Henri VII que son prédécesseur fût un monstre
de cruauté , il fallait encore qu'il en fût un de
(laideur physique. On soutint que Richard , né
avant terme, avait déjà en venant au monde
des dents et d'épais cheveux noirs; qu'avec l'âge
il devint bossu , qu'il eut les jambes inégales et
contournées, que ses yeux étaient hagards et
louches, etc.; tandis que ceux des témoignages
du temps, qui sont impartiaux, attribuent, au
170
contraire, à Richard comme à Edouard V, à
Clarence, à Rutland, ses frères, tonte la beauté
historique du sang de la race d'York. Mais veut-
on savoir legrand et véritable tortdeRichard III ?
le voici : il fut vaincu (1)1
Richard 111 n'eut point de posiérilé de sa
femme Anne Nevil, morte le 16 mars 1485;
mais on lui connaît deux enfants naturels, Jean
de. Gloccsier, qui avait été, quoique mineur,
désigné pour le gouvernement de Calais; et
Catherine, morte en 1484 avant d'épouser le
comte de Hunlingdon, son fiancé. La duchesse
d'York, mère d'Edouard IV, du duc de Cla-
rence et de Richard III , prolongea sa vie jus-
qu'en 1495. [ Eue. des G. du M., avec addit. ]
Thomas More, Hist. of the lije and deuth of Ed-
ward F and thr. duka of York, liis hrothir; Londres,
16*1, in-12. — G. Buck, Hist. of the life and reign of
liichard lll ; ibid., 1646, 1547, in-fol. — King Ri-
chard III revived ; ibId., 1647, in-fol. — H Walpole,
Hisloric doiihts on Richard III; ibUI., r68, in-4° ;
trad. en français (par Louis XVI ) ; ibid , 1800, in-8". —
F.-W. GuHlickins, Answer to H. Ifalpole's Hisiorie
douMi; ibid., 1768, 10-4°. — R. Mastcrs, Saine remarks
on H. JFalpole^s Hisiorie duiiblx; s. 1., 1772, in-i". —
J- Rey, Essais historiques et critiques sur Hichard III ;
Paris, 1818, In-S". — Bealc, Richard III and his times;
Lonil., 1844, in-8°. — W. Hutton, The Batlle of Bos-
worth; ibid., ISIS, In-S". — Sharon Turner, Hist. d'An-
gleterre au moyen âge.
RICHARD, empereur d'Allemagne, comte de
Poitou et de Cornouailles, né à Winchester, le
5 janvier 1209, mort à Kirkham, le 2 avril
1272. Fils du roi d'Angleterre Jean Sans Terre,
il reçut en apanage à l'avènement de son frère
aîné, Henri III, le comté de Cornouailles. En-
voyé en 1225 en Guienne, il défendit avec suc-
cès contre les attaques des Français cette pro-
vince, dont il garda le gouvernement après la
paix. En 1240 il se rendît en Palestine, où
abandonné par les seigneurs français, il ne put,
malgré son brillant courage, obtenir d'autre ré-
sultat qu'une trêve avec les musulmans, qui
consentirent à l'échange des prisonniers. A son
retour en Europe, il eut en Sicile une entrevue
avec son beau- frère l'empereur Frédéric II,
qu'il essaya en vain de réconcilier avec le saint-
siége. Lorsqu'en 1242 son frère le roi Henri
fut devenu le prisonnier des Français, il trouva
le moyen de le faire évader, et négocia ensuite
la paix entre les deux royaumes. Néanmoins
Henri lui enleva aussitôt la Guienne et voulut
même lui ravir la liberté pour le forcer à lui
donner quittance des fortes sommes que Ri-
chard, alors un des princes les plus riches de
l'Europe, lui avait avancées. Richard, prévenu,
s'enfuit sur un vaisseau; surpris par une tem-
pête, il fit le vœu de fonder, s'il arrivait à terre,
une abbaye de l'ordre de Cîleaux ;ils'en acquitta
en faisant construire avec une extrême magnifi-
cence le monastère de Hayles, où il fut plus
(1) Nous ne .savons pas à quel point celte opinion
peut être adoptée-, l'hi.stoire, d accord avec Shakspeare
a flétri jusqu'à présent Richard lli du nom de tyran, et
il faudra des preuves ûien convaincantes pour ie réha-
biliter.
171 RICHARD
tard enterré. Bienîôt après il s'accorda avec 921. II était
Henri) qui en dédommagement de la Guienne
lui donna des terres considérables et une pen-
sion de 1,000 marcs, et lui abandonna même
plus tard la moitié des revenus de la monnaie
du royaume. Le 13 janvier 1257 il fut élu em-
pereur d'Allemagne par quatre électeurs (1),
qu'il avait gagnés par des libéralités extraordi-
naires, tandis que l'archevêque de Trêves, le duc
de Saxe et le margrave de Brandebourg don-
nèrent leur voix au roi de Castille, Alphonse. 11
arriva aussitôt en Allemague et se lit couronner
avec sa femme à Aix-la-Chapelle. Il apporta
avec lui, au dire de certains chroniqueurs, une
trentaine de tonnes d'or, que deux cent cin-
quante chevaux avaient de la peine à traîner.
Avec cet argent il augmenta le nombre de ses
partisans, et exerça une certaine autorité, qu'il
aurait encore pu étendre si, selon son expres-
sion, il ne s'était attaché à se faire aimer plu-
tôt qu'à se faire craindre. Il retourna en 1-259
en Angleterre, où il apaisa pour quelque temps,
en confirmant les Provisions d'Oxford, les
troubles snscités par les lirons , sur les-
quels il avait de l'ascendant, ayant dans les an-
nées précédentes soutenu leurs droits contre
les usurpations du roi. En 1262 il revint en Al-
lemagne, où il avait fait un court séjour dans
l'été de 1260; il attacha à son parti le roi de Bo-
hême Ottokar en lui conférant l'investiture de
l'Autriche et de la Styrie. En 1263 il repartit
pour l'Angleterre qui était toujours en révolu-
tion , et il s'offrit comme médiateur entre les
barons, conduits parle comte de Montforl et le
roi son frère, du côlé duquel il se rangea lors-
que ses propositions d'accommodement eurent
échoué. Fait prisonnier à la bataille de Lewes
(mai 1264), il fut pendant un an tenu renfermé
parle comte de Montfort; mis en liberté après
la chute de ce seigneur, il s'attacha dans les an-
nées suivantes à rétablir en Angleterre l'au-
torité de son frère Henri. En 1269 il alla passer
quelque temps en Allemagne; sur ses instances
la diète, qu'il convoqua à Worms, abolit les
droits exorbitants levés sur le passage des
marchandises par les possesseurs des châteaux
des rives du Rhin. S'étant peu de temps après
remarié avec la belle Béatrice de Falkenstein, il
retourna en Angleterre. Il eut peu de temps
avant de mourir le chagrin de perdre son fils
Henri, assassiné à Viterbe par les fils de Mont-
fort.
Matthieu de Westminster, Flores historiarum. —
Wikes, Chronicon. — Matthieu Paris. — Spondaniis, an-
nales. — Chronicon DvnstapJense. — Brady, History
of Enyland. — Annales If^igornienses. — Heriiian Cor-
neriis, Chronica. — Rymer, f'œdera. — Gebaucr, I^beti
Richards. ■— Foy. aussi les Histoires d'Allemagne et
d'Angleterre.
RICHARD, duc de Bourgogne, mort en août
(1| c'est à cette occasion qne le nnmbre des princes
appelés à donner leur voix pour l'élection à l'empire fut
limité au chlf/re de sept.
172
fils et successeur de Tliéodoric
comte d'Autun, et tenait dès 87? le duché de
Bourgogne de la faveur de Charles le Chauve,
son beau-frère. Il se joignit au parti des rois
Louis et Carloman, et travailla de concert avec
eux à détrôner son propre frère, Boson, roi de
Provence ; il lui enleva, après un siège de deux
ans, la ville de Vienne (882), et emmena en
captivité sa femme Ermengar le et ses enfants.
En 887 il contribua à l'élévation du duc Eudes
sur le trône de France, et fut un des plua
fidèles appuis de son successeur, Charles le
Simple. Il remporta quelques avantages sur les
Normands, et obligea RoUon en 91 1 à lever le
si^e de Chartres. On donna de son vivant à Ri-
chard le surnom de Justicier, à cause de la
sévérité qu'il exerçait envers les coupables. De
sa femme Adélaïde, sœur de Rodolphe î", roi •
de la Bourgogne transjurane, il laissa Raoul, qui
fut en 923 élu roi de France ; Hugues le Noir
et E]-mengarde, qui lui succédèrent.
Jrt de vérifier les dates. — Lebcuf , Histoire:
d'Aiixerre.
RSCHAîî» ï^'', duc de Normandie, dit Sans
Peur, né en 935, mort en 996, était fils de Guil-
laume Longue Épée. Il eut pour mère Sprata,
Bretonne de naissance, épousée par Guillaume
more danico, dit un historien du temps. A la
nouvelle de l'assassinat de Guillaume Longue
Épée (943), le roi de France, Louis d'Outre-
mer, s'empara du jeune Richard, le reconnut
comme duc, et reçut en son nom l'hommage
des seigneurs normands qui l'accompagnaient.
On disait qu'il avait résolu de se défaire par le:
poison du jeune prince et d'Osmond, son gou-
verneur. Les chroniqueurs et les poëies ont ra-
conté comment celui-ci, profitant d'un jour de
fête, se procurades vêtements de palefrenier, ca-
cha Richard dans une botte de paille, qu'il plaça
sur son dos, et sortit ainsi de l'iiabitation royale.
Des chevaux avaient été disposés sur la route, et
Richard put arriver sain et sauf avec son guide
au château de Coucy, où « il rendit îtrâce à
saint Léonard, patron des prisonniers », dit Du-
don de Saint-Quentin. Louis d'Outremer cher-
cha à s'emparer de la Normandie par la force
des armes. Une armée danoise, commandée par
Harold, vint au secours du prince, et le roi, étant
venu l'attaquer à Varaville près de l'embouchure
de la Dive, fut vaincu et conduit à Rouen (944),.
où il resta une année en captivité. En mourant
Louis confia son fils Lothaire à ce même Ri-
chardj qu'il avait voulu dépouiller (954). Richard
eut à défendre son duché contre les attaques de
Gerberge , veuve de Louis d'Outremer, aidée
par Thibault le Tricheur, comte de Chartres. Les '
Normands, secourus une seconde fois par Harold,
le Scandinave, envahirent les domaines du comte
et y commirent d'affreux ravages. Victorieux,
grâce au concours de ces ferribles auxiliaires,
Richard eut beaucoup de peine à leur faire quit-
ter le pays, aJirès un traiié conclu avec eux, en
69. Pendant les vingt-sept années qui s'écoiilè-
Sent depuis cette époque, Ricliarrl gouverna sa
78
RICHARD
174
bourguignons, qui à la mort de leur duc Henri
refusaient de reconnaître sa suzeraineté. Le roi
ement la Normandie pacifiée, releva les murs \ d'Angleterre Etlielred, mari d'Emma, sœur de
es églises et des monastères et en éleva de nou
eaux. Après la mort d'Emma, (ille de Hugues
) Grand, comte de Paris, il épousa Gonnar, sa
lattresse, dont il avait eu déjà plusieurs enfants.
A CCS détails historiques sur sa vie la crédu-
le populaire ajouta une foule de traits mer-
eilleux, dont s'est composée la légende de Ri-
hard Sans Peur, longtemps conservée dans la
lémoire des habitants de la Normandie. Ils s'at-
îchèrent surtout à la croyance qui le repré-
enta comme bravant par son intrépidité à toute
preuve la puissance du démon, qu'il rencontra
ouvent sur son chemin en chevauchant , pen-
ant les nuits les plus noires, à travers les forêts,
''est ainsi qu'il fut choisi dans la forêt de Bro-
onne;pour arbitre entre un ange et le diable,
ui se disputaient l'àme d'un moine débauché.
Richard l*"" était à Bayeux lorsqu'il ressentit
es premières atteintes d'une maladie qu'il con-
idéra comme mortelle; il se fit transporter à
'église de la Sainte-Trinité de Fécamp, où il avait
ait depuis longtemps préparer son tombeau, et
I y expira après avoir fait reconnaître Ri-
chard II, son fils légitime, pour son successeur.
II avait eu de Gonnar plusieurs enfants, entre
lutres Robert, archevêque de Rouen; Mauger,
comte de Corbeil, et Emma, qui épousa Ethel-
rcd, roi d'Angleterre.
Richard II, dit le Bon, fils du précédent, duc
:1e Normandie en 1027. Les moines qui lui ont
donné ce surnom avaient eu moins égard aux
actes de sa vie qu'à la munificence avec laquelle
ce prince répara et enrichit les églises et les ab-
bayes , et notamment les monastères de Fonte-
neile ( Saint- Vandrille), de Jumièges et de Fé-
camp. Les historiens ont signalé son orgueil
excessif et son mépris pour les pauvres serfs de
ses domaines, qu'il traita sans pitié. Un an s'é-
tait à peine écoulé depuis l'avènement de Ri-
chard II (996), qu'éclatait une révolte de paysans.
Ils s'envoient les uns aux autres des messa-
gers, se réunissent dans les bois, dans les
plaines, sur les bruyères, pour s'entendre sur les |
moyens d'échapper à l'oppression. Ils préparent
des règlements qui leur permettront de défendre
leurs droits; ils essayent enfin de réaliser ces
associations qui plus tard se formèrent sous le
nom de communes. Richard II n'eut pas plus tôt
connaissance de ces rassemblements qu'il s'oc-
cupa, avec une sauvage énergie, d'y mettre un
terme. Il chargea dece soin Raoul, comte d'Ivry,
son oncle maternel, qui s'acquitta de sa tâche
de manière à ôter pour longtemps aux mallieii-
reux paysans l'envie de travailler à leur émanci-
pation. Il crut devoir, comme son père, demander
le secours des guerriers Scandinaves pour l'aider
dans la lutte qu'il eut à soutenir contre le comte
de Chartres. Plus tard le roi de France, Robert,
eut besoin de lui pour vaincre les seigneurs
Richard, ayant outragé cette princesse, celle-ci
eut recours à son frère, qui fit au roi des repré-
sentations amères. Etlielred, pour s'en venger,
envoya une flotte en Normandie, avec ordre à
ceux qui la dirigeaient de ravager le pays par le
fer et par le feu. Une armée normande, composée
d'hommes et de femmes, attendit les Anglais de
pied ferme, courut à eux lorsqu'ils furent débar-
qués et les tailla en pièces. Quelques années
après Etlielred, chassé par le danois Suénon, vint
avec sa femme Emma et ses enfants chercher un
asile auprès du duc de Normandie, qui lui donna
généreusement l'hospitalité (1012). Après la mort
de Suénon, Canut, son fils, fut proclamé roi;
Ethelred étant mort, il épousa sa veuve, Emma
la Normande, devenue de nouveau le lien qui
unit l'Angleterre à la Normandie, Richard H,
déjà parvenu à un âge avancé , soutint une der-
nière lutte contre le comte de Châlons, Hugues,
qui s'était emparé traîtreusement de la personne
de Renaud, un de ses gendres. Une armée nor-
mande envahit la Boui-gogne, mit tout à feu et à
sang, selon l'usage du temps, et le comte se
hâta de faire sa soumission. Peu de temps après,
Richard alla mourir, comme son père, dans l'ab-
baye de Fécamp.
Richard III, fils du précédent, lui succéda et
vit presque aussitôt s'armer contre lui son frère
Robert, qui, forcé de reconnaître sa faute, implora
un pardon , généreusement accordé. Quelques
mois après, il mourait à Rouen, en dînant avec
ses officiers, dont plusieurs périrent également,
ce qui fit croire qu'ils avaient été empoisonnés
(1028). Robert l" lui succéda, C. Hippeau,
Labutte, J/ist. des ducs de Normandie.
RICHARD ler^ comte d'Aversa et prince de
Capoue, mort le 5 avril 1078. Il succéda, en 1058,
à Rainolfe, son oncle, dans le comté d'Aversa,
et reçut en 1059 l'investiture de la principauté
de Capoue, du pape Nicolas II. Il prit Capoue,
où régnait Landolfe, et Gaète, qui sous la pro-
tection des Grecs s'était maintenue libre jus-
qu'alors. En 1066, il dévasta le duché de Rome ;
mais le duc de Toscane, Godefroi, le força à se
soumettre au saint-siége. Il rendit hommage au
pape Grégoire VH eu 1073, et aida son beau-
frère, Robert Guiscard, à conquérir Salerue,
en 1C75, sur Gisiilfe II, Ces deux princes, en
étendant leurs conquêtes dans la Campanie,
causèrent de l'ombrage à Grégoire VII, qui les
excommunia. Richard entreprit en 1078 le
S'ége de Naples ; il était sur le point de s'en em-
parer, quand la mort vint le surprendre. Ce
prince, qui s'était acquis une haute réputation
(le justice et de bravoure, laissa un fils, Jor-
dan, qui lui succéda.
Richard II, comte d'Aversa et prince de Ca-
poue, mort en 1105, succéda en 1091 à Jor-
dan 1°% son père. Les Lombards de Capoue, proli'
Î75 RICHARD
tant de sa jeunesse le chassèrent, et se choisirent
pour chef Landon , de la famille des comtes de
Teauo. Richard, retiré dans Aversa, demanda
des secours au comte Roger de Sicile, son oncle,
et à Roger, duc de Fouille, qui, au bout de deux
mois, s'emparèrent de la ville ((9 juin 1098).
I^andon se fit moine de dépit, et Richard, après
un règne obscur de sept ans, laissa à Robert I^"",
son frère, ses États, qu'il n'avait point su con-
server indépendants.
Sisinondi, fiist. des republ. italiennes.
RiCHARO de Saint-Victor, théologien, né
en Ecosse, mort à Saint-Victor de Paris, vers
1173. Chanoine, sous-prieur et prieur de cette
maison, Richard, comme son maître Hugues,
n'est célèbre que par ses écrits. Tout ce qu'on
sait de sa vie, c'est qu'il eut de constants démêlés
avec l'abbé de Saint-Victor, nommé Ervisius ,
homme superbe, dit-on, et qui ne s'épargnait
pas les abus d'autorité. 11 existe plusieurs édi-
tions des Œuvres de Richard de Saint-Victor :
la pîus complète est celle de Jean de Toulouse ;
Paris, 1650, in-fol.; quelques-uns des ouvrages
qui composent ce voiunve ont été tour à tour
imprimés par les chanoines de Saint-Victor
parmi les œuvres de Richard et de Hugues. En
outre, Jean de Tritenheim, Montfaucon et Sande-
rus indiquent sous le nom de Richard un nombre
considérable d'opuseules qui sont, disent-ils,
inédits. Comme le fait à bon droit observer
Daunou, ces indications, si pr:^cises qu'elles pa-
raissent, ne doivent pas être acceptées sans
défiance; il est possible en effet qu'elles se rap-
portent à d&s écrits de Richard déjà publiés
sous d'autres titres, et même, car les attribu-
tions des copistes sont souvent trompeuses, à
des écrits qui n'ont pas eu Richard pour véri-
table auteur. Dupin avait fait de Richard un
singulier éloge , en recommandant sa méthode.
Daunou, meilleur juge, critique cette méthode,
qui est en effet celle des mystiques, c'est-à-dire
le désordre même. Il reconnaît toutefois dans
les œuvres de Richard un sentiment élevé, une
i'ougue généreuse, des idées originales, une sen-
sibilité vraie. Ce n'est pas Richard qu'il faut
nommer, quand on veut désigner au douzième
siècle un écrivain subtil : c'est Hugues de Saint-
Victor. Quant aux dialecticiens du même temps,
ils s'appellent Abélard , Gilbert de la Porrée.
Richard est moins philosophe et plus rhéteur :
il a plus d'éloquence, mais plus d'emphase. Ce-
pendant on l'a trop oublié. Ce dédain est d'au-
tant plus injuste, qu'on lit encore, qu'on traduit
Trrôrne d'autres mystiques, dont le goût n'est pas
meilleur que le sien, et dont l'enthousiasme,
moins sincère, a de moins vifs élans. B. H.
rita llicfiardi, aucl. Joan. de Tolosa, en lôte de
l'édit. de SOS OEuvrcs. — IHswira liltér. de la France,
t. XIII, p. 472. — Oiiboulay, Historia univ. paris., t. II.
— B. Hauréai!, Uurjues de .Saint- f^ictor.
RICHARD de Poitiers , historien, né dans ie
Poitou, mort vers la seconde moitié du douzième
siècle. Tout ce qu'on sait de sa vie, c'est qu'il
I7fi
était religieux de Cluni. On possède trois ir;\te.s
différents d'une chronique attribuée à Richard de
Poitiers : ie premier publié par Martène, Amplis-
siina Colleclio, t. V, col. 1160; le second pai
Muratori, Antiq. Ilalise, t. IV, col. 1080; le
troisième, parles continuateurs de dom Bouquet,
//is/onewi de /^raîice, t. XII, p. 41 l.Suivandom
Brial, ces trois chroniques sont trois rédactions
successives du même ouvrage, et appartiennent,
comme les manuscrits le déclarent, au même
auteur. Au même Richard on donne, non sans
vraisemblance, une Complaïyite xtUi\\e. à la ré-
bellion des fils de Henri II, roi d'Angleterre,
contre leur père {Historiens de France, t. XII,
p. 418). Enfin, Richard est encore considéré
comme auteur d'une l\omenclatiire des papes
jusqu'à Alexandre III, imprimée dans la collec-
tion de Muratori, t. IV, col. 1104. B. H.
Hist. littér. de la France, t. XIII, p. S30; t. XII, p. 478.
RICHARD de Barbezieux, troubadour, né
vers 1200, au château de Barbezieux près de '
Saintes, mort en Espagne, vers 1270. Fils d'un ;
pauvre chevalier, il s'éprit de la femme de Geof-
froi de Tonay, en l'honneur de laquelle il com-
posa de nombreuses chansons, versifiées avec
élégance, mais où ii a encore plus que les autTCS
poètes de son temps multiplié singulièrement les
comparaisons. Par excès de timidité i! réussis- '
sait mieux à trouver, qu'à causer et à brilier
dans la conversation. Il encourut plus tard la
colère de sa dame, qui exigea, avant de lui par-
donner, que cent dames et cent chevaliers s'ai-
mant d'amour entre eux lui demandassent sa
grâce. Elle mourut peu de temps après ; Richard
au désespoir se retira en Espagne, auprès d'un
baron <le ce pays. Les pièces qui nous restent de
lui sont au nombre de quatorze ; Raynouard en
a publié quatre dans son Choix des poésies des
troubadours, et Rochegude une dans son Par-
nasse occitanien.
Hlst littér. de la France, t. XIX, p. 336. — Die/., Die
Troubaddurs.
RICHARD de Burij, évêque de Durham, né
en 12fi7, à BurySaint-Edmund, mort le 14 avril
1345, à Auckland. 11 était fils d'un chevalier
nommé sir Richard Angerville; mais sa prédi-
lection pour le lieu de sa naissance, où ii avait
reçu d'un de ses oncles, Jean de Willoughby,
les éléments de l'instruction classique, le décida
par la suite à en adopter le nom. Il continua ses
études à l'université d'Oxford, et s'y rendit habile
dans la connaissance des langues grecque et la-
tine, dont l'enseignement était déjà en pleine
activité. Nommé précepteur du prince Edouard
en même temps que receveur des revenus du
pays de Galles, il demeura dans l'adversité fidèle
à son royal ^^lève, et le secourut fort à propos
en lui apportant jusqu'à Paris, en dépit des émis-
saires lancés à ses trousses, une forte somme
d'argent qu'il avait levée dans l'exerciee de ses
fonctions. Le souvenir de ce service valut à Ri-
chard une faveur constante auprès du prince qui,
i
177
RICHARD
J78
à peine monfd sur le tr(3ne sous le nom d'È-
douaril III (1327), le nomma ticsorier de l'é-
pargne et clerc du sceau privé, et le pourvut
d'une douzaine défiches t)éno(ices, entre autres
six pr(^bendes et le doyenné de Wells. Envoyé
deux fois à Rome, il reçut du pape Jean XXII
le titre de chapelain et l'assurance d'être porté au
premier sioge épiscopal qui vaquerait en Angle-
terre. Grâce aux largesses du roi, il déploya dans
ses ambassades une magniûcence inusitée, et les
dépenses de son second voyage ne coOtèreut pas
moins de 500 marcs d'argent. Le 19 décembre
1333 il fut sacré évêque de Durham. En 1334 il
devint chancelier et grand trésorier d'Angleterre,
dignités dont il semble avoir été revêtu jusqu'à
sa mort. Chargé de soutenir les prétentions d'E-
douard III au trône de France, il vint trois fois
à Paris, et parcourut le Brabant. C'était un
homme d'un grand savoir et qui aimait à proté-
ger les lettres. Entraîné par la passion des livres,
il n'épargna ni peine ni argent pour s'en procurer
de rares et de précieux; il en possédait à lui
seul autant et plus même que tous les évoques
de son pays, et il entretenait à ses frais dans son
palais épiscopal un certain nombre de relieurs,
de papetiers, de copistes et d'enhimineurs. Ses
relations avec les savants étaient nombreuses et
soutenues ; Pétrarque, qui l'avait connu en Italie,
le mentionne comme un esprit ardent et enthou-
siaste. On a de Richard de Bury on petit traité
intitulé Philobihlon, où il donne, avec le réper-
toire de ses richesses littéraires, de curieux dé-
tails sur les principaux événements de sa vie.
La plus ancienne édition de cet ouvrage date de
1473 , Cologne, in-4°; il a été ensuite réimprimé
à Spire, 1483; à Paris, 1500; à Oxford. 1599;
et il en existe une version anglaise par Inglis;
Londres, t832. On attribue à ce prélat un livre
de Harangues en latin. P. L— y.
The English cyclopxdia ( blogr.)
niCHARD, archevêque d'Armagh, né dans le
Devonshire, ou à Dundalk ( comté de Louth ),
mort le 16 novembre 1360, à Avignon. Le nom
de sa famille était Fitz- Ralph. 11 fut élevé à
Oxford , et acquit par ses talents un si grand
renom dans l'université que les étudiants ac-
couraient en foule pour l'entendre disserter sur
la philosophie, le droit ou la théologie. Nommé
en 1334 chancelier du diocèse de Lincoln, il de-
vint ensuite archidiacre de Chester (1336) et
doyen de Lichfield (1337). Edouard III, qui
avait pour lui une estime particulière, l'appela
en 1347 à l'archevêché d'Armagh, en Irlande. De
bonne heure il s'était déclaré l'adversaire des
moines mendiants, et il avait publiquement
flétri leur affectation à la pauvreté, le«rs prati-
ques superstitieuses et le relâchement de leur
discipline. Étant revenu, vers 1358, en Angle-
terre, il les combattit avec plus de force et d'au-
torité , et prononça contre eux plusieurs ser-
mons, où il établissait que Jésus, s'il était pau-
vre, n'avait point affecté de le paraître ; qu'il
n'avait jamais mendié ni fait vœu de pauvreté
volontaire; qu'il avait défendu à ses disciples de
demander l'aumône, sauf le cas de nécessité ab-
solue ; qu'enfin il n'y a preuve ni de bon sens ni
de piété à s'engager, comme le faisaient les
moines mineurs, dans la pauvreté perpétuelle.
De telles propositions accusaient une intelli-
gence supérieure et beaucoup dindépendance dans
l'esprit. Les moines attaques s'empressèrent de
les dénoncer au pape Innocent VI, qui cita le
coupable à son tribunal. Richard se rendit à
Avignon, et se défendit avec fermeté; mais il fut
condamné , et la sentence à peine connue, il
mourut brusquement, non sans soupçons de
poison. Ses ouvrages imprimés sont : De/ensio
curatorum adversus fratres mendicantes
( Paris, (496 ), et Sermones quatuor ( ibid.,
1612). On connaît de lui plusieurs ouvrages
manuscrits, pari/ii lesquels on compte les frag-
ments d'une traduction irlandaise de la Bible,
qui d'après Fox aurait été conservée intégrale-
ment jusque dans le seizième siècle.
Harrls et Ware. — Wood, Armais. — Wharlon, Ap-
pendix à Cave. — Collier, Dict. and ecclesiust. Iiistorg.
RICHARD de Cirencester, historien anglais,
né vers 1330, à Cirencester ( comté de Glou-
cester ), mort en 1401 ou 1402, à Londres. On
lui donne quelquefois le nom de moine de
Westminster . Sa famille devait être riche ou
puissante, si l'on en juge d'après l'éducation li-
bérale qu'elle lui fit donner. En 1350 il entra
chez les bénédictins du couvent de Safnt-Pierre
à Westminster; son nom se rencontre dans dif-
férents documents en date de 1387, de 1397 et
de 1399. Il s'adonna à l'histoire nationale, com-
posa des ouvrages de longue haleine, et visita,
pour compulser des manuscrits originaux, plu-
sieurs des bibliothèques de son pays. Ayant en
1391 obtenu de son abbé la permission de se
rendre à Rome, il est probable qu'il ne différa
guère son voyage; car on le retrouve en 1^01
confiné dans l'infirmerie de son couvent. Ses
ouvrages inédits sont : Htstoria ab Hengista
ad ann. 1348, en deux parties; la première,
qui s'étend depuis l'invasion des Saxons jusqu'à
la mort d'Harold, est à Cambridge ; Tructatus
sîiper symbolum majus et minus , et Liber
de officiis ecclesiasticis, qui sont à Peterbo-
rough ; et quelques antres conservés dans les
bibliothèques de Lambeth et d'Oxford. Il a un
meilleur titre à la qualité d'historien, comme au-
teur d'un traité intitulé De situ Britannise ,
découvert en 1747, à Copenhague, par le profes-
seur C.-J. Bertram , qui le fit paraître dans cette
ville en le réunissant à des fragments de Gildas
et de Nennius, sous le titre de Brilannicarxim
gentium historix antiqux scriptores III
( 1757, in-8°). Cetteédition étant devenue rare,
l'ouvrage fut réimprimé avec une version an-
glaise, une carte et un commentaire : The Des-,
criplion of Briiain (Londres, 1809, in-8°), et
de nouveau en 1848 dans VAntiquarian library
179
(le Bohn. Il est en général exact, et passe pour
authentique, bien que sur cette question il y
ait lieu d'élever des doutes , l'original n'ayant
jamais été représenté. Gibbon dit de Richard
qu'il fait preuve d'une connaissance de l'anti-
quité bien rare chez un moine du quatorzième
siècle.
Hatchard, Fie de Richard, à la tète de l'édit. de 1809.
— Pits et Baie.
RSCSEAKD, cordelier, prédicateur célèbre du
quinzième siècle. Selon toute apparence, il était
Italien. Il eut du moins pour maîtres saint Vin-
cent Ferrier, et particulièrement saint Bernar-
din de Sienne. Ces deux prédicateurs avaient
depuis peu répandu en Italie deux doctrines
nouvelles, la venue de l'Antéchrist et le culte du
nom de Jésus. Richard, frère mineur comme
saint Bernardin , afiilié aux ordres mendiants
comme saint Vincent, fut un ardent apôtre de
ces deux doctrines. Après avoir visité la Terre
sainte, il pénétra en France par Lyon, et se
rendit à Trcyes, où il prêcha l'Avent de 1428.
Dans ses sermons quotidiens, il répétait à ses
auditeurs : « Semez des fèves largement; celui
qui doit venir viendra en bref (bientôt). « Les
Troyens semèrent largement des fèves, et Ri-
chard se rendit à Paris, alors au pouvoir des
Anglais, où il prêcha le carême de 1429. Ses
sermons se tenaient en plein air, an charnier des
Innocents (devant la Danse macabre) et ailleurs.
11 faisait de fréquentes allusions aux affaires pu-
bliques, et favorisait par ses sympathies , assez
clairement exprimées, le parti de Charles VII.
La police anglaise prit ombrage de ces sermons,
et suscita contre le prédicateur étranger la fa-
cilité de thécJogie ainsi que l'inquisition. Le
prévôt de Paris le menaça en même temps de
poursuites séculières. Dans la nuit du 30 avril
1429, Richard, prévoyant que ses jours ou du
moins sa liberté n'étaient plus assurés, s'es-
quiva de la capitale, se rendit à Orléans du-
rant le siège, et devint un des aumôniers de la
Pucelle. Arrivé devant Troyes, Richard contri-
bua pour une part considérable à la surpre-
nante réduction de cette ville. L'armée de Char-
les VII manquait d'artillerie, de vivres et d'ar-
gent. Les soldats affamés se nourrirent des fèves
que Richard avait fait semer largement. L'as-
cendant qu'il s'était acquis sur les populations
champenoises engagea les Troyens à lui ouvrir
volontairement leurs portes. Richard, indépen-
damment de l'héroïque Jeanne, avait également
pour pénitentes deux jeunes illuminées. Tune
nommée Pierronne, et l'autre Catherine de la Ro-
chelle, dont il attisa le zèle et favorisa les pieuses
illusions. Au mois d'avril 1430, il prêcha le ca-
rême à Orléans, héhergé et comblé de présents,
aux frais de la ville. A partir de ce moment l'his-
toire ne (b'.irnit plus aucune trace de ce mysté-
rieux personnage. A. Vallet-Vikiville.
Oiiidierat, )'rocês db la l'vcelle, t:iblc, au mot «i-
rhard. — Clironiquo de U\\'\ n° 2fi, dans le UuUetin de
la Société le l histoire de France, l8S7-l8o8, p. 102. —
RICHARD 183
Th.Basin, t. IV, p. loi. — Vallet de Viriville, Noies .'ta-
ies médailles de plomb relatives à Jeanne Darc, 1S6I,
in-8» (Extrait de la Revue archéoloijique] , et Histoire
de Charles VU et de son époque, t. II, etc.
siicuAr^i) ( Claude ), mathématicien français,
né en 1589, à Ornans (Franche-Comté), mort
le 20 octobre 1644, à Madrid. D'une famille al-
liée aux Granvelle, il accompagna le comte de
Cantecroix, neveu du cardinal de Granvelle,
dans son ambassade à Venise; comme il se tiou-
vait à Rome, il renonça tout à coup au monde,
pour entrer chez les Jésuites (1606), qui l'en-
voyèrent terminer ses études à Tournon. Pen-
dant sept ans il professa l'hébreu et les mallié-
matiques à Lyon avec beaucoup de succès. Ayant
obtenu la permission de se joindre aux mission-
naires de la Chine, il se rendait à Lisbonne pour
s'y embarquer, lorsque Philippe IV, roi d'Es-
pagne, l'invita à occuper la chaire de mathéma-
tiques dans le collège qu'il venait de fonder à
Madrid (1624). On a du P. Richard : Euclidis
Elementorum geometricorum lib. XIII; An-
vers, 1645, in-fol., pi.; — Apollonii Pergaci
Conicorum lib. IV; ibid., 1655, in-fol., pL,
ouvrage dédié à Raimond de Moncaile et précédé
d'une épître, qui contient l'histoire de cette mai-
son; — Ordo novus, et reliquis facilior, ta-
bularum sinuum et tangentium : traité ano-
nyme dont on ne connaît ni la date d'impression
ni le format. On attribue au P. Richard une
édition de V Archimède du Rivault (Paris, 1640,
in-fol.); mais, dit Brunet, nous n'avons jamais
pu en voir un seul exemplaire.
Grappin, Hist. du comté de Bourgogne, 281. — South-
well, llibl. script. Soc. Jesii.
RîCHARDouREtcH&Eio (Georges), mystique
allemand, natif d'Altenberg en Saxe, mort vers
1647. Il parcourut toute l'Allemagne pendant la
guerre de Trente ans, se mit en rapport avec le
fameux Wallenstein, et s'acquit une grande re-
nommée par ses prophéties et ses visions nom-
breuses, dont le récit a été publié en allemand,
de 1637 à 1648, par livres détachés. Pierre Li-
den de Reval en a donné un compte rendu cri-
tique dans Examen visionum G. Reickardi;
Dorpat, 1647. X.
Adelung, Geschichte der menschlichcn Narrheit ( His-
teire de la folie humaine) , t. V, p. 103 et suiv.
RICHARO (René), historien français, né le
23 juin 1654, à Saumur, mort le 21 août 1727, à
Paris. Son père, notaire à Saumur, lui fit don-
ner une bonne éducation. Il entra dans la con-
grégation de l'Oratoire, et y enseigna les huma-
nités et la rhétorique; puis il reçut les ordres,
fut employé dans les missions de Luçon et de
La Rochelle, et vint à Paris, où pendant douze
ans il prêcha avec quelque succès. Après avoir
quitté l'Oratoire, il fut pourvu, entre autres bé-
néfices , d'un canonicat à Sainte-Opportune de
Paris et d'un autre à Saint-Didier de Poitiers.
Il était de plus historiographe de France , cen-
seur royal et prieur de Regny en Forez. « Cet
auteur, au jugement de Goujet, avait des opi-
61
lions singulières, qu'il a fait passer dans presque
)us ses ouvrages et jusque dans les approbations
u'il donnait aux livres qu'il examinait et dans
isquelles on trouve bien des traits d'un esprit
articulier. » Il avait un caractère bizarre et fort
ifficile, comme il le lit voir dans le long dé-
lèlé qu'il eut avec un de ses neveux ; il était si
llein de vanité qu'il se peignit ainsi lui-même
BBS un quatrain placé au bas de son portrait :
Ce docteur, si soumis au saint-pcrc , à snn roi,
£q défendant leurs dioiLs fit ('clatcr sa foi,
Et dans tous ses écrits le zèle et la science
Sont en parfaite Intelligence.
artni ses écrits on remarque : Vie de Jean-
ntoine Le l'achet, prêtre; Paris, 1692,
1-12; — Discours sur l'histoire des fon-
ations royales et des établissements faits
9US le règne dp Louis le Grand; Paris,
595, in-12; — Traité des pensions royales
e Louis le Grand; Paris, 1695, 1718, in-12;
- Histoire de la vie du P. Joseph du Trem-
lay, capucin; Paris, 1702, in-12 : c'est un
anégyrique outré, ou plutôt, selon Goujet, le
ortrait du P. Joseph tel qu'il aurait dû être,
oit par esprit de contradiction, soit par quelque
aison plus secrète, l'auteur ne tarda pas à re-
lire son œuvre, sous le titre : Le véritable
\ Joseph, capucin, contenant l'histoire
necdote du cardinal de Richelieu; Saint-
ean de Maurienne (Rouen), 1704, in-12; et
lour mieux, déguiser la palinodie, il écrivit dans
Réponse (1704, in-12) une critique de cette
listoire anonyme ; — Parallèle de Richelieu
t de Mazarin ; Paris, 1704, 1716, in-12 : la
econde édition est précédée d'un Avis impor-
ant, où Richard instruit le public du scanda-
eux procès qu'il intenta. à son neveu en restitu-
ion des bénéfices dont il l'avait gratifié en 1709.
Juantau Parallèle, il pèche en bien des en-
Iroits contre la vérité de l'histoire, et les défauts
!n ont été relevés dans quatre Lettres insérées
lans le t. IV des Nouvelles littér. de La Haye,
innée 1716. L'auteur essaya de se justifier dans
jme Apologie, qui ne satislit personne. Il fit
plustard des changements à son livre, et lui donna
lin nouveau titre : Cotips d'État des cardinaux
fiichelieu etMazarin; Paris (Hollande), 1723,
in-12 ; — Parallèle de Ximénès et de Riche-
'ieii; Trévoux (Paris), 1704. in-12; Amst.,
L716, in-12 ; réimpr. plusieurs fois et traduit par
es Espagnols, qui se trouvèrent flattés de la
supériorité accordée à leur ministre sur celui de
Louis XIII ; — Dissertation sur l'induit du
parlement; Paris, 1723, in-8o.
Moréri, Dict. hist., édil. 1759.
RICHARD {Jean ), moraliste français, né en
1638, à Verdun (Lorraine), mort le 24 février
1719, à Paris. Aprè.s avoir fait ses études à Pont-
à-Mousson, il se fit recevoir avocat à Orléans,
plutôt pour avoir un titre que pour en exercer
les fonctions. Quoique laïc et marié, il choisit
un genre d'occupations non commua dans cd
RICriATlD 182
état : il prêcha tonte sa vie, non dans les chaires^
mais par écrits, et ce qui est digne de remarque,
il prêcha .solidement. Ce fut ainsi qu'il publia :
Discours moraux; Paris, 1681-1697, 12 vol.
in-12; — Idées et desseins de sermons sur
les mystères; Paris, 1693, in-S"; — Éloges-
historiques des saints; Paris, 1695, 1716,
4 vol. in-12; — La Science universelle de la
chaire, ou Dictionnaire vioral contenant par
ordre alphabétique des sujets de sermons sur
toutes les matières de morale; Paris, 1700-
1712, 5 vol. in-S"; 1714, 8 vol. in 12; 1718,
1730, 6 vol. in-8°, recueil dédié au cardinal de
Polignac. Cet amour pour les sermons, qui fut
la passion de Richard, le porta à recueillir ceux
des autres, et il édita le Carême et autres œuvres
de Fromentières (1688-1696, 6 vol. in-8") , les
Ser77ions de Cl. Joly, évéquQ d'Agen (1691-
1696, 8 vol. in-8'' et in-12), ain.si que les Homé-
lies {i'il, 2 vol. in-12) et les Panégyriques
(1718, in-12) de l'abbé Charles Boileau.
Moréri, Dict- ffist.
RICHARD (Charles-Loxiis), dominicain fran-
çais, né en avril 1711, à Blainville-sur-l'Eau
(Lorraine), fusillé à Mons,le 16 aoi^t 1794. D'une
famille noble mais pauvre, il entra à l'âge de
seize ans au couvent des dominicains de Blain-
ville, fit profession à Nancy, se rendit ensuite à
Paris pour y faire ses cours de théologie, et dès
qu'il eut reçu le bonnet de docteur, consacra sa
plume à la défense des principes religieux me-
nacés par les piiilosophes du dix-huitième siècle.
Ayant attaqué dans divers opuscules un arrêt du
parlement de Paris, intervenu au sujet du ma-
riage d'un juif converti, il jugea prudent, pour
éviter des poursuites, de se retirer en 1778 à
Lille (Flandre), qu'il habita jusqu'à la révolution.
A cette époque, il passa dans les Pays-Bas, et se
trouvait en 1794 à Mons, lors de la seconde in-
vasion des Français. Son grand âge l'empêchant
de fuir, il se tint quelque temps caché, mais fut
ensuite découvert et traduit devant une commis-
sion militaire qui le condamna à être fusillé. Son
crime, ainsi qu'il résulte du jugement rendu le 15
août 1794, fut d'avoir publié avant l'entrée des
Français un opuscule intitulé : Parallèle des
Juifs qui ont crucifié Jésus-Christ avec les
Français qui ont exécuté leur roi; Mons,,
1794, in-8o, et non pas, comme le prétend Bar-
bier, l'ouvrage Des Droits de la maison d'Au-
triche stir la Belgique; Mons, 1794, in-8°. Le
père Richard souffrit la mort avec beaucoup de
fermeté. Les ouvrages qu'il a publiés sont très-
nombreux; nous citerons : Dissertation sur la.
possession des corps et de Vin f es talion des
maisons par les démons; 1746, in-8o; — Bi-
bliothèque sacrée, ou dictionnaire universel
des sciences ecclésiastiques ; Paris, 1760, 5vol.
in-foi. L'ouvrage portait le nom du P. Richard e^
autres religieux dominicains des couvents du
faubourg Saint-Germain et de la rue Saint-Ho-
aoré; mais un Supplément formant un sixième
183 RICHARD
volume ( Paris, 1765, in fol.), présente les noms |
des PP. Richard et Giraud. Une nouvelle édition i
en a été donnée , avec additions et corrections, [
par une société d'ecclésiastiques; Paris, 1821- i
1827, 29 vol.in-8°;— Examen du libelle in-
titulé Histoire de V établissement des moines
mendiants; Avignon, 1767, in-l2; — Analyse
des conciles généraux et particuliers ; Paris,
J772-1777, 5 vol. in-4o; — La nature en con-
traste avec la religion et la raison; Paris,
1773, in-S" ; — Observations modestes szir les
Pensées de d'Alembert; Paris, 1774, in-8°; —
Annales de la charité et de la bienfaisance
chrétienne; Paris, 1785, 2 vol. in-t2; — Vol-
taire de retour des ombres, et sur le point
d'y retourner pour n'en plus revenir, à tous
ceux qu'il a trompés ; Bruxelles et Paris, 1776,
in-12; ~ Sermons; Paris, 1789, 4 vol. in-12;
— beaucoup d'autres opuscules et plusieurs bro-
chures anonymes imprimées àMons et à Lille,
toutes relatives au serment exigé des prêtres, et
à la révolution , mais qu'il serait difdcile au
jourd'hui de trouver ailleurs que dans le cabinet
de quelques curieux, les imprimeurs les ayant
brûlées dans la crainte d'être compromis.
Gnillon, J^s martyrs de la foi. — Carroii, Les Con-
fesseurs de la foi, t. IV.— ^mi de la religion, ann. 1S22
t. XXX. — Notice à la tête du 1" volume de la nouvelle
édition de la Bibliothèque sacrée.
KiCHAiiD i François-Marie-Claude), baron
de Haufesierck, médecin français, mort le 28 dé-
cembre 1789, à Paris, à l'âge de soixante-dix-sept
ans. Il fit à Paris ses études médicales. D'abord
attaché à l'hôpital militaire de Sarrelouis,puis mé-
decin de l'armée d'Allemagne (1735), il se lit con-
naître du duc de Choiseui, et jouit auprès de lui
d'un grand crédit. Après avoir exercéles fonctions
de premier médecin de l'armée (1768-1763), il
devint à cette dernière date inspecteur général des
hôpitaux militaires, et eut beaucoup de part à
leuradministralion. Louis XV le nomma un de ses
médecins consultants, lui accorda le cordon de
Saint-Michel (1760) et érigea en baronnie sa terre
de Hautesierck. 11 a publié : Formulx medica-
mentorumnosodochiis miiiîaribus adaptatœ;
Cassel, 1761, in-S"; — Recueil d'observations de
médecine des hôpitaux militaires; Paris,
1766-72, 2 vol. in-4'' : excellent ouvrage, entrepris
par ordre de Choiseui ; — Manière de con-
naître et de traiter les maladies aiguës qui
attaquent le peuple; 1717, in-12.
Desgenettes, dans la Biogr. méd.
KICHAR» (François), poëfe français, né en
1730, à Limoges, où il est mort, le 4 août 1814,
fut prêtre et principal du collège d'Eymoiitiers
(Haute-Vienne). En 1809, la Société d'agricul-
ture de Limoges lui décerna une médaille d'or
pour ses poésies patoises, disséminées dans plu-
sieurs publications, et l'engagea à les réunir en
corps d'ouvrage; mais Richard , vieux et accablé
d'infirmités, ne put se livrer à un nouveau travail.
18^
Et la douleur qui me saisit
Rend ma muHe déconcertée.
M;i main gauche perd sa vigueur
Et trcmblotte, comme une nonne
.'i l'approche du confesseur
Qui la connaît mieux que personne.
Ses poésies patoises, publiées à Limoges
(1824, 1849, in-12), se compore tout ce qu'il
avait, et de plus se trouvant débiteur d'une
somme qu'il ne pouvait payer, il fut enfermé à
' la Force, qui était alors la prison pour dettes.
Lors de l'incendie de la manufacture de Réveil-
lon, les prisonniers de la Force s'échappèrent; Ri-
chard emprunta quelques écus , et fit si bien
qu'en 1790 il avait acquitté ses engagements en
souffrance et renouvelé son crédit. Il devint bien-
tôt propriétaire du beau domaine de Fayl près
de Nemours. Après le 9 thermidor, Richard re-
prit ses spéculations. Un jour qu'il voulait aclie-
ler une pièce de drap anglais , il se trouva en
concurrence avec un jeune négociant; il lui offrit
d'arrêter son enchère; Lenoir-Dufresne y con-
sentit, l'achat se fit en commun, et dès ce mo-
ment furent jetées les bases de l'association si
connue sous le nom de Richard-Lenoir. Une
des branches les plus lucratives de leur né-
goce consistait en basins anglais ; Richard cher-
chait avec ardeur le secret de la fabrication de
ces tissus; le hasard le lui révéla. Aussitôt
il se procura cent livres de coton ; un prison-
nier anglais lui monta quelques métiers dans
une guinguette de la rue de Bellefonds. Les pre-
mières pièces fabriquées turent des basins an-
glais; Lenoir donna le moyen d'en obtenir le gauf-
frage. Richard loua au gouvernement l'hôtel Tho-
rigny, au Marais. Mais la consommation des pro-
duits de ces manufactures devenait d'autant plus
grande qu'on les achetait comme de véritables
marchandises anglaises : il fallut donc chercher
un emplacement plus vaste; alors Richard de-
manda l'autorisation d'occuper le couvent de
Bon-Secours, rue de Charonne. Las d'attendre, il
vint un matin à la tête de ses ouvriers s'emparer
du couvent abandonné. L'établissement prospéra,
et aoquit en peu d'années une grande importance.
(1) Il était connu sous le nom de liicfiard-Lenoir, par
suite d'une association avec Lenoir-Dufresne, sous la
raison sociale Richard-Lcpoir.
190
Le premier consul vint le visiter, etassista à tous
les détails de la fabrication. En 1801 trois cents
métiers furent montés dans différents villages de
la Picardie; l'abbaye de Saint-Martin de Séez
contint cmimtdl-jcnny et deux cents métiers de
tisserand ; celle des Bénédictines à Alençon, celle
d'Aunay, les fabriques de l'Aigle, de Caen, de
Chantilly se peuplèrent de nombreux ouvriers.
A cette époque la fortune des associés était au
comble, comme leur renom et leur crédit. En
1806 .Lenoir-Dufresne mourut. Richard-Lenoir,
car il avait promis de consi i-ver ce nom , ne crut
pas avoir terminé sa mission après avoir créé la
fabrication cotonnière : il voulut établir la culture
du coton. Il en fit semer dans le royaume de N;:-
ples, et dès 1808 il fit entrer en France plus
de 50 milliers de coton ; mais Napoléon, qui son-
geait à le faire cultiver dans les départements
méridionaux, frappa d'un nouveau droit l'intro-
duction de ce produit. Dès ce moment com-
mencèrent pour Richard-Lenoir des embarras
qui amenèrent sa ruine complète. Dans l'impossi-
bilité de faire marcher ses six filatures, de payer
ses cinq fermes et d'alimenter sa fabrique d'im-
pressions à Chantilly, il fut obligé d'emprunter
plusieurs millions. Enfin la réunion de la Hol-
lande à la France ayant jeté une grande quantité
de marchandises anglaises dans la circulation,
Richard ne trouvant plus à vendre ses produits,
ni à emprunter sur leur valeur, s'adressa à
l'empereur, qui lui fit donner 1,500,000 fr. En
1810 il fut nommé membre du conseil des ma-
nufactures et chevalier de la Légion d'honneur.
Les désastres de 1813 achevèrent sa ruine. A la
formation de la garde nationale, il devint chef de
la huitième légion , qu'il fit habiller en quelques
jours, se prononça pour la défense de Paris, et
occupa le 31 mars l'avenue de Vincennes avec
sa légion et quelques pièces de canon. L'ordon-
nance du 23 avril 1814 qui supprima entièrement
et sans indemnité pour les détenteurs les droits
sur les cotons, fit que ce grand manufacturier,
qui avait occupé vingt mille ouvriers, et qui le
22 avril avait encore une fortune de huit millions,
était ruiné complètement le 24. Forcé de vendre
ses propriétés et d'accepter une pension de son
gendre (I), Richard-Lenoir se retira emportant
l'estime de tout le monde et la gloire d'avoir doté
son pays d'une précieuse industrie. 11 a publié ses
Méinoires [Parh, 1837, in- 8"). A. J.
.Wemoircs de Richard- Lrnoir. — Les hommes utiles,
18W. - Journal des Débats, 8 mai 1837.
RICHARD DE MAI DSTONE. Foy.MAIDSTONE.
RICHARD MARTELLT. Voy. MaRTELLY.
RICHARD DE SAINT-NON. Voy. SaINT-NoN.
RICHAROOT {François), prélat français,
né en 1.507, à Morey-Ville-Eglise (Franche-
Comté), mort à Arras, le 26 juillet 1574. Issu
d'une famille noble, il entra fort jeune dans l'or-
dre de Saint- Augustin à Champlitte, et fut envoyé
en 1 529 à Tournai pour y enseigner la théolo-
(1) Le frère du général Lefebvre-Detnouelte».
191 RICHARDOT — RICHARDSOJN
gie; il professa ensuite l'Écriture sainte à Paris.
Pendant un voyage qu'il fit en Italie , il obtint
du pape la dispense de ses vœux de religion,
avec la faculté de vivre sous l'habit séculier.
Nommé chanoine de la métropole de Besançon,
sur la recommandation de Perrenot de Gran-
velle, il rendit à ce prélat et au diocèse de si
grands services qu'il mérita d'en être nommé
sufiragant, sous le titre d'évêque de Nicopolis.
Granvelle, alors évêque d'Arras, l'appela en
.1556 dans son diocèse pour remplacer Paschase,
évêque de Salisbury, qui y remplissait pour lui
les fonctions épiscopales. Lorsqu'il devint arche-
vêque de Malines (1559), il fit donner sa suc-
cession à Richardot, qui prit possession du siège
d'Arras le 11 novembre 1561. A peine installé,
ce dernier obtint de Philippe II la création de
l'université de Douai, dont il fit en personne
l'ouverture (1562), et où il enseigna lui-même
jusqu'à sa mort, avec beaucoup d'éclat. S'étant
rendu en 1563 au concile de Trente, il fut chargé
par les légats du pape de porter la parole dans
la session du 11 novembre, et rappela dans son
discours l'objet et la base des études ecclésias-
tiques. 11 assista au concile provincial de Cam-
brai (1565), et tint lui-même plusieurs synodes.
Chargé d'intercéder auprès du duc d'Albe à l'ef-
fet de mettre fin aux troubles qui désolaient la
Flandre, il fut malhenreux dans sa mission. Les
hostilités continuèrent, Malines tomba aux
mains des rebelles, et Richardot se trouva avec
André Havel , évêque de Namur, au nombre des
prisonniers. La liberté des deux prélals fut mise
à un prix énorme; mais Malines ayant été re-
prise un mois après , il recouvra sa liberté sans
payer de rançon. Par son testament, il légua sa
bibliothèque et divers ornements à sa cathédrale,
pour la restauration de laquelle il s'était imposé
de grands sacrifices, après on incendie qui l'a-
vait en partie détruite. On a de ce prélat : des
Ordonnances synodales (Anvers, 1588, in-4°);
un Traité de controverse, des Sermons en
français, trad. en latin par François Schott, avo-
cat de Saint- Omer (1608, in-A"); V Institution
des pastews {Avvas , 1564, in-S") ; les Orai-
sons funèbres d'Isabelle de France, femme de
Philippe II, de Carlos son fils, infant d'Es-
pagne, de Henri II, roi de France, et quelques
autres ouvrages, remarquables par une profonde
érudition.
Th. Slapleton, Oratson funèbre de Richardot, dans
ses OEuvrcs, 1620, 4 vol. in-fol. — Valére André, BibU
belqica. — Gazet , Hiit. eccl. des Pays-Bas. — C.allia
chrisUana, t. III. — Dom Berthod, P'ie mss. de Fr. Hi-
chardot, iiiipr. en iSi't dan.s les Mémoires de la Société
royale d'Arras, p. l"0 et suiv.
RicHADiDOT (Jean Grusset), diplomate
français, neveu du précédent, né à Champlitte,
en 1540, mort à Arras, en 1609. Il prit, en con-
sidération de son oncle, le nom et les armoiries
de sa mère. Son oncle le fit connaître au roi
Philippe II, qui , après avoir éprouvé ses talents
et sa fidélité dans plusieurs négociations impor-
193
tantes, le nomma successivement président du
conseil d'Artois et du conseil privé de Bruxelles.
Richardot déploya surtout ses capacités diplo-
matiques dans l'ambassade que l'archiduc Al-
bert envoya, au nom du roi d'Espagne, à A'er-
vins, où il signa le traité entre la France et l'Es-
pagne (2 mai 1598). Ce fut lui aussi qui, à l'a-
vénement de Jacques 1*"", roi d'Angleterre, pré-
para, en 1604, le traité de paix entre cette puis-
sance et l'Espagne. Alexandre, duc de Parme,
faisait de ce diplomate un cas tont particulier,
et l'employa dans des occasions importantes.
Dunod de Charnage, Hist. du comté de Bourgogne.
RICHARDOT {Jean), prélat français, fils dn
précédent, né à Arras, mort à Cambrai, le 28 fé-
vrier 1614. Son père l'envoya étudier dans les
plus célèbres écoles de 1 Espagne. Philippe II,
appréciant son érudition précoce, l'honora d'une
charge de conseiller en son conseil privé. A son
retour en Flandre, l'archiduc Albert le nomma
ambassadeur auprès du pape Clément "VIII, et ce
fut pendant son séjour à Rome qu on le nomma
en 1602 à l'évêché d'Arras. Il n'était encore que
sous-diacre et prieur de Morteau. Il devint le
21 mars 1610 archevêque de Cambrai.
Richardot {Pierre), frère du précédent, né»
à Arras, mort le 14 février 1625, professa à l'ab-
baye de Saint- Vaast, dont il fut sous-prieur, et I
devint en 16G6 abbé de Saint-Clément-Willi-
brode, près de Trêves.
J. Le Carpentier, Hist. de Cavibrai et du Cambrésis,:
t. I. — Callia cfiristiana, t. Ul.
RiCHÂRUSON (Jonathan), peintre et litté-
rateur anglais, né en 1665, à Londres, où il est
mort, le 28 mai 1745. A cinq ans il perdit son
père; à quatorze il fut placé chez un notaire, et
à vingt il prit occasion de la mort de son pa-
tron pour abandonner un état qui lui répugnait;
il entra dans l'atelier de Riley, et employa quatre
années à étudier la peinture. Sa réputation s'é-
tendit rapidement, et après la mort de Kneller
et de Dahl il se plaça au premier rang des
peintres de portraits de l'Angleterre. La fortune
que ses talents lui avaient acquise le mit à même
de voyager en Italie et d'y former une collection
précieuse de tableaux, d'antiques et d'objets
d'art; il en fit même pendant quelque temps un
commerce assez considérable. Il mourut octo-
génaire, à la suite d'une promenade au parc de
Saint-James. Richardson avait épousé la nièce de
Riley, son maître, et il eut d'elle un fils, qui
suivit la même carrière avec moins d'honneur
que lui. Comme artiste il atteignit à un rare de-
gré de ressemblance ; il y a dans son coloris de
la force et du relief, mais ses attitudes, ses
fonds, ses draperies sont communs et monoto-
nes, et il manque totalement d'imagination. Onil
a, gravés de sa main, un grand nombre de por
traits de lui-même et de son fils. Un de ses meil- •
leurs élèves fut Hudson , à qui il donna l'une de
ses quatre filles. Malgré le mérite réel et tout I
national de ses tableaux , c'est surtout par ses
133
RICHARD80N
194
tH;rits qu'il est le mieux connu ; ce sont : Essay
DU llie l/irury of painfing , and Ixvo discour-
ses : an Essay on the whole art of crtticism
os it relates ta palnling, and an Argument
in beludf of thc science of a connaisseur;
Londri's, I7iy, 177:h, in-S"; trad.cn français par
Rufgers (Traité de lapeinhtre et de la sculp-
ture; Amsterdam, 1728, 4 vol. in-8°) : cet ou-
vrage, justement apprécié , contient d'excellentes
remarques et une critique judicieuse des oeuvres
de Raidiael et de van Dyck; -—An Account of
some of the statues, bas-reliefs, drawings
and plctures i7i Italy; Londres, 1722, in-8";
réimpr en 1728, en français : on reconnut pour
fausses beaucoup d'attributions émises par l'au-
teur dans l'intention de tirer un parti plus avan-
tageux des morceaux qu'il possédait dans sa ga-
lerie; — Explanatory notes and remarks on
fliilton's Paradise lost; Londres, 1734, in-8°,
avec une Vie de Fauteur et un Discotirs sur
l'épopée; — Poems; Londres, 1776, in-s". Ri-
clianison fils, mort en 1771, a eu part aux ou-
vrages de son père et a publié ses Œuvres {\792,
in-4"), ainsi qu'un Richardsoniana (illd, i.l",
in-S").
I.ife of J. Richardson, à la tête des Notes on Hilton.
RiCHARDSON [Samuel), célèbre romancier
anglais, né en 1689, dans le comté de Derby,
mort le 4 juillet 1761, à Londres. Son père, d'a-
l)ord menuisier à Londres, s'était retiré à Shrews-
bury, à la suite de revers de fortune; mais il
appartenait à une famille de bonne bourgeoisie, et
destinait son fîls à l'église. H fallut se contenter
de l'envoyer, à l'âge de dix-sept ans, comme
apprenti chez un imprimeur de Londres, après
une éducation telle qu'une école de village pou-
vait la fournir. Déjà cependant, ainsi qu'il nous
l'apprend lui-même, le romancier avait pu se ré-
véler. Comme Walter Scott , qui n'a pas man-
qué de rappeler cette circonstance dans la no-
tice qu'il lui a consacrée , le jeune Richardson
était renommé parmi ses camarades pour son ta-
lent de raconter des histoires vraies ou fausses,
mais toujours empreintes d'une certaine mora-
lité; il était surtout recherché par les jeunes
filles de l'endroit, dont il était devenu le lec-
teur, le confident et le secrétaire habituel. « Je
n'avais pas plus de treize ans, dit il, lorsque
trois demoiselles inconnues l'une à l'autre me
confièrent leurs secrets de cœur et me chargè-
rent de leur correspondance , sans que jamais
aucune d'elles ait soupçonné que je rendais aux
autres le même service. » Intelligent, laborieux,
rt-gulier dans ses mœurs, Richardson devint
bientôt le meilleur ouvrier de l'établissement
auquel il était attaché. Bientôt il fut imprimeur
pour son propre compte (1719) et obtint du pré-
sident Onslow le privilège lucratif de l'impres-
sion du Journalde lachambredes communes.
Kn 1754 il fut élu maître de sa communauté, et
acheta en 1760 la moitié de la patente d'im-
primeur du roi {laiv printer). Nous compléte-
NOUV. TiinCR. GÉNKR. _ T. XUl.
rons ces détails sur sa vie privée en disant qu'il
fut deux fois marié et eut douze enfants, dont il
lui resta quatre filles.
Richardson n'avait pas moins de cinquante
ans lorsque après avoir si longftmps imprimé les
livres des autres, il s'avisa, en 1739, d'en com-
poser à .son tour. Ce fut dans la vie réelle qu'il
en chercha les éléments, et une aventure qu'on
lui avait racontée plusieurs années auparavant
lui donna l'idée de son premier roman : Pa-
méla, ou la Verlii récompensée (Londres,
1740, 2 vol.). « Je pensai, dit-il, que celte his-
toire, écrite avec la simplicité qui convient au
sujet, pourrait donner à la jeune.^se le goût de
lectures éloignées du style prétentieux et du
merveilleux absurde qui abonde dans les romans
du jour, et servir la cause de la religion et de
la morale. » L'ouvrage eut cinq éditions en un
an; il fut recommandé du haut de la chaire, et
Pope dit qu'il ferait plus de bien que vingt vo-
lumes de sermons; enfin il eut l'honneur d'ins-
pirer à Fielding son premier roman, car Joseph
Andrews, qui parut eu 1742, était primitive-
ment, dan.s la pensée de son auteur, une paro-
die de Paméla, ce que Riehaidson ne pardonna
jamais au romancier, qui le surpassa peut-être
en humour, mais qui lui fut inférieur en mo-
ralité. Paméla M suivie, mais au bout de huit
années seulement, de C Larissa f/arlowe (Lon-
dres, 1748, 7 vol. in 8°), le grand succès et le
chef-d'œuvre de Richardson. On sait l'enthou-
siasme qu'excita ce roman, ou plutôt cette his-
toire de la vie réelle, les lettres adressées à
l'auteur par ses compatriotes, par des femmes
surtout, qui le suppliaient de sauver l'honneur
de Clarisse, la vie de Lovelace, ou du moins
son âme ; le succès non moins grand qu'il ob-
tint en France et bientôt dans toute l'Europe,
malgré ces longueurs qui impatientaient Vol-
taire et rebutaient Byron, mais n'empêchaient ni
J.-J. Rousseau de l'imiter dans sa Nouvelle
Héloïse, ni le fougueux Diderot de le vanter
avec cette furie d'éloges devenue proverbiale :
« On m'interroge sur ma santé , sur ma fortune,
sur mes parents, sur mes amis. O mes amis! Pa-
méla, Clarisse et Grandison sont trois grands
drames! » Le héros de ce dernier roman (His-
tory ofsir Charles Grandison ; Londres , 1753,
8 vol.) est resté comme le type d'une perfection
invraisemblable et fastidieuse; mais le person-
nage de Clémentine ne le cède guère aux plus
heureuses créations de l'auteur.
Désormais à la position honorée et prospère
que lui avaient value ses spéculations commer-
ciales , Richardson avait joint les profits et la re-
nommée de l'écrivain populaire, et tout en
continuant de diriger son établissement de Salis-
bury-Court il put se donner le luxe d'une villa
à Parson's Green , où ses dernières ann_ées s'é-
coulèrent doucement, au milieu d'un petit cercle
d'amis et surtout d'admiratrices passionnées,
car la société des femmes et leurs louanges, di-
7
195 RICHARDSON
sons mieux, leurs cajoleries, avaient été de tout ca^os de l'Irlande
temps une des faiblesses de notre moraliste.
Les romans de Richardson ont été traduits
en français par l'abbé Prévost, par Letourneur,
par G.-F. Monod. Cla7'isse Harlowe l'a été de
nouveau par Barré ( Paris, 1845, 4 vol. in-8°);
elle a été abrégée par M. J. Janin ; Paris, 1846.
2 vol. in-8°, précédés d'un Essai sur la vie el
les ouvrages de V auteur.
Il nous reste à mentionner de Richardson quel-
ques publications do moindre importance , telles
qu'un Manuel épistolaire (Familiar letters);
— T/ie Negofittticns of sir Thomas Roe , in
liis embassy io the Ottoman Porte ; Londres,
1740, in-fol.; — une édition des Fables d'É-
sope, a\ec commentaire; — Collection on the
moral sentences in Famela, Clarissa and
Grandison ; Londres, 1755,in-12; — »\x Let-
tres sur le duel , publiées en 1765 dans Lite-
rary Repository. W^ Barbauld adonné en 1804
la Correspondance de Sajmiel Richardson
(Londres, 6 vol. in-S") , qu'elle a fait précéiier
d'une excellente biographie. E.-J.-B. Rathery.
Nichols et Bowyer. Literary anecdotes. — Diderot ,
Élogr de S. liic/iardson ,■ Lyon, I7fi2, in-12. — M" Rar-
baultl, Biograpli. account . prefiied to Correspondcncc
of S. Bichardson | cette f'ic ;i été Iracl. en français par
Leuliette, Pans, ISOsi, in-S"). — Ed. Manïrin , Sketch of
the life and irritinçs of S. Mickard.wn ; Londres, 1811 ,
— \V. Scott, Memoirs of cminent novelists. —
■Villemain, Tableau de la Littèr. au 1S« s., 27^ leçon.
RicHARDSOX ( William), théologien an-
glais, né le 23 juillet 1698, à Wilsliamstead,
près Bedford, mort le 15 mars 1775, à Cam-
bridge. Admis en 1716 dans le collège Emmanuel
(Oxford ) , il y prit ses degrés en théologie jus-
qu'à celui de docteur, et, par une dérogation à la
règle, il en fut élu en 1736 principal, sans avoir
passé par les fonctions d'agrégé. Avant cette
époque il avait été vicaire d'une pai-oisse de
Londres, et chanoine de Lincoln. De 1746 à 1768,
il figura parmi les chapelains du roi. Il e.-.t l'au-
teur de quelques sermons et l'éditeur des Prée-
lectiones ecclesiasticse (1727, 2 vol. inS°) de
John Richardson, son oncle , et du De pricsu-
libus de Godwin (1743, in-fol. ); avec une con-
tinualion L'arche\êque Potfer fut si satisfait
de ce dernier ouvrage qu'il lui accorda par tes-
tament le bénéfice de grand chantre à Lincoln ,
à la condition toutefois de rectifier un passage
relatif à l'archevêque Tenison ; à la suite d'un
long procès , ce singulier legs fut maintenu en
1760 a Richardson, qui du reste s'était empressé
d'exécuter, dans un carton , le changement in-
diqué.
Chalmers, General biograph. diclionary.
RICHARDSON ( William), agronome anglais,
né en 1740, en Irlande, où il est mort, en 1820.
Il ëlait recteur de la paroisse de Clonfeckle,
située dans le comté d'Antrim. Il se fit remar-
quer dans son pays par le zèle avec lequel il
recommanda la culture d'une espèce de four-
rage, appelé florin grass (agreslis stoloni-
fera ), et qui croit abondamment dans les maré-
196
Il publia plusieurs traités,
entre antres Essay on florin grass (1810, in-8»),
pour recommander la propagation de cette plante.
Gorton, Biogr. dict.
RICHARDSOX ( William ) , littérateur an-
glais, né en 1743, dans le comté de Perth, mort
en 1814, à Glasgow. Destiné à l'église, il fit
ses études à l'université de Glasgow, et y oc-
cupa depuis 1773 la chaire d'humanités. Il avait
dirigé l'éducation des fils du comte Cathcart,-
les avait accompagnés en Russie et avait servi
de secrétaire à leur père, alors ambassadeur à
Pétersbourg, Comme professeur il jouit d'une
grande réjjutation ; comme écrivain il a laissé
des ouvrages qui ne sont pas sans mérite, tels
que ses Anecdotes of the russian empire (1784, ,
in-8° ) , une série d'essais périodiques sous le ■
titre The Philanthrope, et des Essays on the'
principal characiers of Shakespeare ( 1772- ■
1788, 3 vol. ); dans ce livre, qui a eu du succès -
et dont on a fait plusieurs éditions , le grand
poète est traité avec une sévérité qui dépasse
les bornes d'une critique exacte. On a aussi de
lui un recueil de poésies ( Foems chiefly rural;
1784, in-8°), quelques romans et des articles
dans les Mémoires de la Société royale d'E-
dimbourg, à laquelle il appartenait.
T/te English cyclopasdia, édit. Knight.
RICHARDSOX { Ja77ies ), voyageur anglais,
né en 1806, dans le Lincolnshire, mort le 4 mars
1851, à Ungouratoua (Afrique intérieure"!. Se
destinant au ministère évangélique , il ttudia
la théologie, et annonça dès son entrée dans la
carrière un grand zèle pour la propagation de la
foi protestante. Il se mit en relation avec la-So-
ciété anglaise pour l'abolition de l'esclavaœ, et
ne tarda pas à y être attaché en qualité d'agent
à l'extérieur. Il se rendit à Malte , où il séjourna
quelque temps et où il prit part à la rédaction
d'un journal anglais en même temps qu'il se li-
vrait à l'étude de la langue arabe et de la géogra-
phie. Il pensait pouvoir jjénétrer en Afrique par
le Maroc, et fit un voyage dans ce dernier pays,
n'ayant encore à sa disposition que de faibles
ressources. Après un séjour de quelques mois,
arrêté par de nombreux obstacles, il revint avec
l'intention de rentrer en Afrique par une voie
plus accessible. Il se rendit à Alger en janvjei
1845, et de là à Tripoli. C'est de cette ville qu'il
se dirigea vers le désert, gagna Ghadamès, ni i
fit de fort intéressantes observations, et parvint
à la fin d'octobre à Ghat, voyageant toujours
de la même manière, monté sur un chameau et
accompagné d'une faible escorte. Sa résidence i
Ghat se prolongea plusieurs semaines. Il aurait
désiré s'avancer plus au sud; mais n'ayant pas
pour cela les moyens et les appuis nécessaires,
i! se borna à prendre des informations, et opér^
son retour par le Fezzan; il arriva à Mourzouk k
22 février 1847. Il gagna ensuite Sockna et Mis j
ratah, et rentra enfin à Tripoli le 18 avril. j
De retour en Angleterre, Richardson se mit cr j
197
RICHARDSON — RICHE
198
relation avec plusieurs personnages politiques in-
fluents, et à force de persévérance et de démar-
che* il parvint à se concilier l'appui de lord Pal-
merston ; mais afin de donner à l'expédition qu'il
projetait, et dont le gouvernement anglais avait
enfin approuvé le plan, plus d'itnportance et d'u-
tilité, il résolut de s'associer des voyageurs fran-
çais ou allemands dont le concours permettrait
d'étudier le pays à la fois sous le rapport géo-
graphique et scientifique et enlèverait à son voyage
le caractère d'une expédition de pur intérêt an-
glais qu'on aurait pu lui prêter. Dans cette in-
tention , il se rendit à Paris en septembre 1849,
se mit en rapport avec MM. Walckenaër, Jo-
inard et autres savants, obtint une audience du
licsident de la république, mais ne put réussir
il trouver des compagnons de voyage. Ses ten-
tatives furent plus heureuses du côté de l'Alle-
magne. Grâce à l'appui de Bunsen , alors am-
bassadeur de Prusse à Londres , il s'entendit
avec deux savants allemands, MM. Henri Barth
et Overweg, qui consentirent à partager ses fa-
tigues et à voyager avec lui aux frais et sous la
protection du gouvernement anglais.
Leur projet était de se rendre au lac Tchad et
d'explorer complètement ce grand lac intérieur,
qu'aucun Européen n'avait encore visité. Leur
rendez-vous fut fixé à Tripoli. Richardson quitta
Londres dans les premiers jours de décembre
1849, et le 23 mars 1850 les trois voyageurs
partaient de Tripoli en prenant la direction de
Ghat, où ils arrivèrent ie 24 juillet ; ils continuè-
rent à s'avancer au sud, non sans rencontrer
de grandes difficultés , et à raison de leur faible
escorte exposés sans cesse à être pillés ou at-
taqués, ils étaient arrivés à Tintalous , dans le
royaume d'Asben, le 4 septembre 1850. Richard-
.son y resta jusqu'à la finde novembre, puis il gagna
le Damerghou, qu'il atteignit un mois après.
Une parfaite entente n'existait pas malheureu-
sement entre les trois voyageurs. M. Henri
Barth, qui devait recueillir seul l'honneur de
l'expédition, et M. Overweg, auquel était ré-
servé un aussi triste sort qu'à Richardson,
possédant l'un et l'autre une instruction scienti-
fique supérieure à celle de leur compagnon, ne
se soumettaient qu'avec peine à son autorité.
Richardson, qui avait eu l'idée de l'expédition
et qui en était le chef, tenait à conserver ses
droits. Les trois voyageurs, après s'être arrêtés
queiquesjoursdans le Damerghou, prirent le parti
de suivre chacun un itinéraire différent, et se
donnèrent rendez-vous au lac Tchad. Richardson
se dirigea droit vers cette mer intérieure par
Zinder, tandis que Barth se rendit à Kanou ,
promettant d'être à Kouka au bout de deux
mois. Overweg partit pour TesHona et Maradi.
De cette façon, les trois explorateurs devenaient
plus indépendants dans leurs mouvements, et se
réservaient à chacun le mérite de leurs observa-
tions. Mais les fatigues du voyage avaient déjà
miné la constitution peu robuste de Richardson,
qui, séparé de ses compagnons, se trouvait ainsi
privé des soins et des secours qui pouvaient lui
être nécessaires. Ce fut à grand'peine qu'il s'a-
vança jusqu'à Ungouratona, environ douze à
quinze jours de marche du lac Tchad. Il était alors
au bout de ses forces. Sa faiblesse était si grande
qu'il comprit qu'il n'avait plus longtemps à vivre.
II expira le 4 mars, à deux heures du matin,
sans souffrance. Son domestique, aidé de quel-
ques hommes du pays , l'enterra dans une fosse
qui fut creusée près du village. Richardson avait
tenu exactement son journal jusqu'au 21 février.
Ses notes et ses papiers purent être recueillis et
parvenir en Angleterre.
La relation du premier voyage de Richardson
dans le Sahara a paru à Londres en 1848, sous
le titre de Travels in the great Désert of Sa-
hara, in the years of 1845 and 1846, 2 vol.
in-S". Il est orné de planches.
Richardson s'était marié peu de temps avant
son départ pour son second voyage , avec une
personne qui avait pour lui un profond dévoue-
ment. Elle mit en ordre les papiers de son mari,
et aidée de M. Bayle Saint-John, elle fit paraître
la relation du voyage commencé par Richardson,
sous le titre de : Narrative of a mission ta
central Africa performed in ttie years 1850-
1851; Londres, 1853, 2 vol. in-8''. Depuis, la
veuve de Richardson a également pubhé la rela-
tion , jusque-là demeurée inédite , du voyage de
celui-ci au Maroc (1860, in-8°).
Outre son voyage au Sahara, Richardson a
écrit plusieurs brochures sur l'état des études
géographiques en Angleterre et sur quelques
questions relatives à l'esclavage. Alfred Maury.
Doc. part.
AICHARVILLE. Voy. RrCARVILLE.
RICBE (Claude-Antoine-Caspai-d) , natu-
raliste français, né le 20 août 1762, à Cliamelet
(Beaujolais), mort le 5 septembre 1797, au Mont-
Dore. Il était fils d'un conseiller au parlement de
Donibes, et avait pour frère aîné Gaspard Riclie
de Prony, le célèbre géomètre. Avec l'appui de
ce dernier, il put se livrer à son goût pour l'his-
toire naturelle, alla étudier la médecine à Mont-
pellier, et y fut reçu docteur en 1787. Malgré une
santé des plus chancelantes, il se rendit l'année
suivante à Paris pour y acquérir de nouvelles
connaissances. Lié d'amitié avec Vicq d'Azyr et
Cuvier, il les seconda dans la fondation de la So-
ciété philornathique. Lorsqu'on 1791 on organisa
une expédition maritime, commandée par d'Enlre-
casteaux, pour retrouver les traces de La Pérouse,
Riche obtint d'en faire partie en même temps que
les naturalistes Ventenat, Blavier, Deschamps et
La Billardière. Durant le cours de ce voyage il
eut mainte occasion de rendre des services à la
science, et donna son nom à un cap de la Nou-
velle-Hollande et à l'une des lies de la Nouvelle-
Guinée. A la fin de 1793 les nouvelles venues de
France mirent la division dans l'escadre; on
perdit en partie tous les avantages de l'expédi-
7.
199 RICHE —
tion, et les Hollandais, avec qui on était alors en
guerre, s'emparèrent des collections et laissèrent
Riche dans la situation la plus déplorable. Après
plusieurs mois de vaines sollicitations, il quitta
Java, et s'embarqua pour l'Ile de France (1794);
forcé d'y prolonger son séjour, il ne revit son
pays qu'ai; mois d'août 1797, et arriva dans un
état d'épuisement qui le conduisit en peu de jours
au tombeau. On a de lui : La Chimie des végé-
taux; Avignon, 1786, in -8°, avec le texte latin
d'une thèse De chemia vegelabilium ; — et
beaucoup de Mémoires, communiqués à la So-
ciété philomathique et qui portent l'empreinte
d'un observateur exact et d'un phy.sicien ingé-
nieux.
Cuvier, Éloges.
RICHE DE PKONY. Voy. PrONY.
stiCHÉ (Jean-Baptiste), président de la ré-
publique d'Haïti, né au Cap-Haïtien, vers 1780,
tnort au Port-au-Prince, le 28 février 1847. li
prit une part active à la guerre de l'indépendance
haïtienne, parvint, sous Christophe, au grade de
général, et, comme tel, se fit remarquer parmi
les plus implacables égorgeurs des hommes de
couleur du nord d'Haïti. A la suite de l'extermi-
nation du parti de Rivière Hérard par la réaction
boyériste, les oligarques qui en étaient les chefs
érigèrent en système de gouverner à leur profit
la république en mettant toujours à sa tête de
vieux généraux noirs ignares et incapables. Le
président I^ierrot n'ayant pas complètement réa-
lisé cet idéal des boyéristes, ceux du départe-
lïieat de l'Artibonite et de Port-au-Prince profi-
lèrent de son absence de cette capitale pour pro-
clamer, le 1*'' mars 1846, le vieux Riche prési-
dent de la république. Celui-ci accepta cette
liaute fonction, et le malheureux Pierrot, aban-
donné honteusement par ses conseillers d'État, qui
passèrent dans les rangs des vainqueurs, se sou-
mit le 24 mars 1846t Riche eut un compétiteur
dans Acaau, le chef des féroces Piquets , mais
il en fut bientôt débarrassé par le suicide de ce
rival et la mise à mort de ses principaux adhé-
rents. Cependant le sud se révolta contre le
nouveau président, mais il parvint à pacifier
cette partie de l'île, à la suite d'une lutte assez
longue. Il y avait a peine onze mois que Riche
^tait parvenu au pouvoir suprême, qu'il mourut
subitement, après une tournée dans le départe-
ment du Nord. Bien qu'on eût fait l'autopsie
de son cadavre , le bruit courut que sa mort
n'avait pas été naturelle : l'exécuteur des bou-
cheries de Christophe,' le précurseur de Sou-
louque, commençait, dit-on, à se lasser d'être un
instrument aux mains de ses ministres et il avait
manifesté quelque signe de révolte qui avait fait
trembler son entourage. La constitution haïtienne
de 1816 fut remise en vigueur sous sa prési-
dence. C'est à tort que M. Schœlcher, dans
son livre sur Haïti, fait un mulâtre de Riche:
c'était un pur nègre. Le même auteur lui a re-
proché d'avoir tué de sa propre main sa femme
RICHELKT , 20(
et ses enfants pour satisfaire à un ordre exécrabl
de Christophe : il se défendit avec énergie conlr
cette imputation dans une lettre rendue pu
blique, et à ce propos l'auteur des Études su
r Histoire d'Haïti, qui a été le président di
sénat de Riche, rapporte, dans son ouvrage
lui avoir entendu dire, en 1828 : « Dans 1
Nord, j'ai exécuté les ordres du roi (Chris
tophe) en faisant tuer hommes, femmes et en
fants de couleur. Mais l'on m'a accusé injuste
ment d'avoir fait périr ma femme et les enfant
qu'elle avait eus de ma cohabitation avec elle
c'est faux. » Melyil-Bloncourt.
/>e Âloniteiir Haïtien. — La Gérontocratie en Haïti
Paris, 1860, in -8°.
RICHELET (César- Pierre), grammairiei
français, né en 1631, à Cheminon-la-Ville (dio
cèsedeChàlons-sur-Marne), mort le 23 novem
bre 1698, à Paris. Sa famille appartenait à 1
bourgeoisie de robe : son père était procureur
et son grand-père, Nicolas Richelet, avait e
comme avocat quelque réputation au parlemer
dii Paris. Dès sa jeunesse , il s'occupa de ques
lions pédagogiques et de difficultés grammati
cales. La fortune de son père étant fort médiocre
il entra d'abord comme régent au collège d
Vitry-le-François, puis il accepta les offres à
président de Courtivron , qui lui proposait d
faire l'éducation de son fils. Le président habi
tait Dijon , où tlorissaient un certain nombre d
savants et de lettrés. Le jeune précepteur les vil
les fréquenta, se lia avec plusieurs d'entre eux
et lorsqu'il se rendit à Paris, vers 1660, il étal
appuyé par d'amicales recommandations. Perro
d'Ablancourt et Patru l'accueillirent avec bien
veillance. Ils le firent admettre (1665) dans lec
réunions littéraires qui se tenaient, le premiee
jour de chaque mois , chez l'abbé d'Aubignac<(
Il venait, à cette même époque, d'être reçi,
avocat, et il fréquentait le barreau; mais il '
parut peu de temps , et bientôt laissa de. côté 1
jurisprudence , pour se livrer tout entier à 1
culture des lettres. Il fit quelques pièces de vers
insérées dans divers recueils ou qu'il plaça plu
tard dans son dictionnaire; mais ces vers son
des plus médiocres. C'est à l'étude des langue
et à l'examen des questions grammaticales qui
le portait son goût ; il eut pour cette partie di
l'érudition littéraire des dispositions tout à fai
remarquables. Il ne se contenta pas d'étudier 1;
langue française, il se rendit habile dans le;
langues anciennes, ainsi que dans l'italien e
l'espagnol, qu'il avait appris de bonne heure
Ces connaissances variées et des travaux cons
tants ne lui avaient encore procuré que dei
amis ou des rivaux; il lui fallut revenir à soi
ancien état; il prit chez lui des pensionnaires
surtout des étrangers , et leur enseigna la langui
française. Aux profils qu'il retira de ses leçons
vinrent se joindre les bénéfices que lui procur;
la vente de ses ouvrages. L'ouvrage le plus im
portant de Richelet est son Dictionnaire fraji-
201
RICHKLET — RICHELIEU
202
■aiSf contenant les mots et les choses, des
emarques sur la langue, et les termes des
iris et des sciences (Genève, 1680, in-4° (1) et
693, 2 vol. in-4°). « Celte édition, dit Goujet,
tst la plus curieuse, si l'on doit appeler ainsi
telle qui est la plus remplie d'obscénités et de
raits satiriques. » Les pointes et les attaques
tontre ses ennemis y sont si nombreus'es qu'on
n est rebuté : les plus maltraités sont Aitielot
le la Houssaie, Furetière, Varillas et Vaumo-
rière. Le Dictionnaire prit bientôt place au
nombre des ouvrages utiles; il en parut du vi-
rant de l'auteur de nombreuses contrefaçons et
éimpressions à l'étranger; il en donna lui-même
ilusieurs éditions expurgées ou augmentées,
kprès sa mort , divers érudits apportèrent leurs
oins à des éditions nouvelles, et y introduisirent
les additions estimables , notamment le P. Fabre
Lyon [Amst. ], 1709, in-fol.), Pierre Aubert
Lyon, 1728, 3 vol. in-fol. avec une bibliothèque
es auteurs), Goujet (Lyon, 1759-1763, 3 vol.
foL), etc. Lorsque l'ouvrage complet com-
lença à vieillir, on en fit des abrégés, qui n'ont
as cessé de s'imprimer jusqu'à nos jours, par
fxemple celui deGattel (Paris, 1842, 2 vol. in-S").
' On a encore de Richelet : Nouveau DicHon-
lairede rimes; Paris, 1667, 1692, in-12; revu
)ar Wailly, 1799, in-8°; ce n'était, à vrai dire,
lu'un ouvrage déjà ancien retouché par Richelet;
— La Versification française; Paris, 1671,
In- 12, traité trop abrégé; — Les pbis belles lettres
des meilleurs auteurs français ; Lyon, 1689,
n-t2; Paris, 1698, 2 vol. in-12; — Commence-
'ment s de la langue française; Paris, 1694,
r-12;— Connaissance des genres français;
?aris, 1694, in-12 : ces deux traités tombèrent
' bresque aussitôt dans l'oubli. Il a traduit ['Bis-
loire de l'Afrique de Marmol (1667), V Histoire
ie la Floride de Garcilaso de la Vega (1670),
' et VHistoire de la Lapante (1678). Il avait
pomposé, au dire de l'abbé Lenglet, un Dic-
nonnaii-e bwlesque, que son confesseur i'obli-
}»ea de brûler, et qui était un recueil de toutes
fes turpitudes dites ou à dire en français. On lui
Il attribué VApothéose du Dictionnaire de
'Académie française et son expulsion de la
égion céleste ; d'autres le donnent à Furetière.
irhelet s'était marié à soixante-deux ans, et avait
enu son union si secrète que plusieurs de ses
mis l'ignoraient. Jean Morel.
DArtigny, Mém. de littér. - Joly, Éloges de quelques
auteurs. - Goujet, Bibl. française. — Le Clerc, Bibl.
universelle. — Furetière. Addition aux /actums (1686).
— Baillet , Jugement des savants.
• RICHELIEU (Armand-Jean du Plessis,
|li La première édition du Dictionnaire fut peu con-
rnuecn France L'imprimeur Widerhold en avait fait ame-
|ner l,ôOO exemplaires à ViUejuif, près Paris, dans l'espé-
:yance de les négocier secrètement à Paris. Le libraire
jaiiquel II se conBa, Simon Bénard, révéla ses propositions
au syndic de la communauté; l'ouvrage fut saisi, et on
détruisit tous les exemplaires. Le malheureux Widerhold,
ruine par cette exécution, mourut de cliagrin trois Jours
après.
cardinal, duc de), le grand ministre de la France,
sous Louis XIII, né à Paris, le 5 septembre
Î685, mort dans la même ville, le 4 décembre
1642. 11 était le troisième fils de François du
Plessis (t'oy. ce nom), seigneur de Richelieu,
en Toui-aine, et de Su/anne de La Porte. Son
frère aîné, Henri, devint maréchal de camp et
fut tué en duel par le marquis de Thémines, au
moment où la reine mère venait de lui donner
le gouvernement d'Angers. Le jeune Armand
fut d'abord également élevé pour les armes;
après ses premières études aux collèges de Na-
varre et de Lisieux, il entra à l'académie sous
le nom de marquis du Chillou. Puis il répondit,
en 1604, sur la philosophie dans la salle du col-
lège de Navarre, et se livra, pendant deux an-
nées de retraite à la campagne, à d'opiniâtres
études sous la direction d'un docteur de Lou-
vain. Son second frère, Alphonse, ayant résigné
le siège de Luçon pour se faire chartreux,
Henri IV disposa de l'évêché vacant en faveur
du jeune Armand (1606), et l'engagea à prendre
le titre de docteur en théologie. Richelieu obtint
une dispense d'âge , soutint un premier examen,
et se rendit à Rome, pour aller chercher ses
bulles, qui n'arrivaient pas. II n'eut pas besoin
de tromper le pape sur son âge, comme on l'a
raconté, fut sacté évêque de Luçon, en présence
de Paul V, par le cardinal de Givry, le 16 avril
1607, et à son retour à Paris obtint de nouvelles
dispenses pour subir les épreuves du doctorat.
La faculté arrêta qu'il répondrait la tête couverte
et sans président, et après qu'il eut soutenu
sa thèse elle lui donna, par une faveur inouïe,
sans autres formalités, le titre de docteur (29 oc-
tobre 1607). Dès lors Richelieu s'occupa sérieu-
sement de ses devoirs d'évêque, réformant les
abus, parlant et écrivant pour opérer la conver-
sion des hérétiques. Mais l'évêché de Luçon,
« le plus vilain et désagréable évêché de France, »
ne devait pas longtemps satisfaire son ambition.
De temps en temps il montra son visage à la
cour, et lit entendre sa voix dans les chaires
de Paris ; à la mort d'Henri IV, il s'empressa
de témoigner ses regrets et de donner ses con-
solations à la reine mère; puis il prêcha deux
carêmes avec succès, et mérita une certaine
réputation de prédicateur et de théologien.
Nommé député du clergé du Poitou aux états
généraux de 1614, il y joua un rôle assez im-
portant, puisqu'il fut l'orateur de son ordre,
lorsqu'on remit au roi les cahiers de doléances
(23 février 1615). Sa harangue fut surtout re
marquée par Marie de Médicis , qu'il avait su
flatter publiquement, et qui prépara la fortune
politique du jeune prélat. Depuis lors Richelieu
résida habituellement à la cour; il avait été
nommé premier aumônier de la jeune reine,
Anne d'Autriche ; et , tout en s'appuyant sur la
faveur de la reine mère, il ne négligea pas la
protection d'autres personnages considérables,
le contrôleur général Barbin , le maréchal d'An-
2CS
BICHELIED
204
cre et sa femme. Il entra au conseil d'État,
et fut envoyé par la reine vers le prince de
Condé pour le ramènera la cour (juillet 1616);
un peu pius tard (1*'' sept.) il ne fut pas étran-
ger à l'arrestation du prince. Nommé ambassa-
deur en Espagne , il se garda bien de quitter la
cour; enfin le maréchal d'Ancre le fit entrer au
conseil, comme secrétaire d'État de la guerre et
des affaires étrangères (25-30 novembre 1616);
en raison de son caractère épiscopal , il avait la
préséance sur ses collègues plus anciens , ce qui
amena la retraite du vieux Villeroi.
Richelieu n'était alors ni connu ni deviné;
les contemporains blâmèrent son entrée dans le
ministère, parce qu'il était trop ecclésiastique,
trop ignorant des affaires et de l'administration.
Marie de Médicis et les Concini croyaient trouver
en lui un aide laborieux et habile, qui en savait
déjà plus que « tous les barbons « ; et l'ambas-
sadeur d'Espagne écrivait à Madrid qu'il n'y
avait pas « meilleur que lui en France pour le
service de Dieu, de la couronne d'Espagne et du
bien public (lettre du 28 nov. 1616) ». Riche-
lieu, poussé par l'ambition, voulait arriver à tout
prix; je ne sais s'il trompait alors les Espagnols,
Concini, Marie de Médicis; mais il n'était pas
homme assurément à vouloir être leur instru-
ment servile. Quoiqu'il fût loin d'être le maître,
il annonça dès lors ce qu'il devait être par la
suite ; il reprit la pensée et le langage de Henri IV
à l'intérieur et au dehors; il n'y a pas de con-
tradictions dans sa conduite ; il ne fut pas Espa-
gnol jusqu'à quarante ans, comme l'a écrit
M. Michelet ; ses instructions aux ambassadeurs
en Allemagne, en Italie, en Angleterre furent
dès le premier jour dignes et habiles. En même
temps il attaquait la turbulence et l'avidité des
princes par des pamphlets mordants, des apolo-
gies vigoureuses ; puis les hostilités commencè-
rent contre les ducs de Nevers, de Vendôme,
de Bouillon, de Mayenne, « pour empêcher l'é-
tablissement d'une tyrannie particulière dans
chaque province ". Trois armées furent envoyées
en Picardie, en Champagne, dans le Nivernais;
Soissons fut assiégé (I6l7). Mais Richelieu fut
tout à coup entraîné dans la ruine de ses pro-
tecteurs ; le maréchal d'Ancre lut assassiné
(21 avril 1617), et la reine mère exilée à Blois,
Malgré le bon accueil du jeune Louis XIII ,
malgré les dispositions favorables du nouveau fa-
vori, Albert de Luynes, Richelieu comprit qu'il
ne pouvait garder sa place dans le conseil, où les
vieux ministres rentraient triomphants. Il sut
prudemment ménager les convenances; il obtint
la permission de suivre Marie de Médicis à Blois,
et son brevet de secrétaire d'Élat ne lut révoqué
que quatre mois plus tard. Richelieu ne resta
pas longtemps à Blois, quoique la reine, du con-
sentement de .son fils, l'eût nommé chef de son
conseil; il devint suspect, ou peut-être feignit
de croire qu'il l'était devenu; et il quitta Marie
dès le mois de juin , pour se retirer dans un
prieuré qui lui appartenait, près de Mirebeau,
Au mois d'octobre il publia, à propos d'une que-
relle survenue entre le P. Arnoux, confesseur
du roi, et des ministres protestants, la Défense
des principaux points de la foi catholique, et
dédia cet ouvrage au roi. Malgré sa conduite ré-
servée, ou le crut dangereux dans son diocèse,
et ou le relégua à Avignon (7 avril 1618). Il y *
resta une année, désarmant ses ennemis par son i
silence et continuant d'écrire ; il y publia son i
Instruction du chrétien, livre qui eut alors'
un grand succès ; on en fit plus de trente édi- •
lions et on le traduisit en plusieurs langues,
même en arabe.
Cependant la reine mère s'évada du cluàteau i
de Blois (23 février 1619), et soutenue par lesi
grands, elle se mit en campagne contre le tout-
puissant favori. Par les conseils de Boulhillieri
et surtout du célèbre capucin le P. Joseph dm
Tremblai, lié avec Richelieu depuis 1611, dei
Luynes rappela subitement l'évêque de Luçoni
de son exil, pour servir de médiateur officieux!
entre le roi et sa mère. Richelieu travailla sin-
cèrement à rétablir la paix, qui fut signée le»
10 août 1620; il maria sa nièce, M^'^ de Pont-
Courlai à Combalet, neveu de Luynes, et eut,
dit-on, la promesse secrète d'être recommandéK
par le roi pour le chapeau de cardinal, il at-i'
tendit encore deux années, et ne fut promut
que le 5 septembre 1622, après la mort du fa-
vori. Malgré la protection de Marie, qu'il sou-t
tenait de ses avis , surtout contre le prince d^
Condé, il ne put rentrer dans le conseil qu'en
1624. Le marquis de la Vieuville, surintendant
des finances et chef du conseil , avait voulu
par là gagner l'appui de la reine mère. Louis XIII
n'aimait pas cette créature de Concini. « Je le
connais mieux que vous, Madame, disait-il à sa
mère , c'est un homme d'une ambition déme-
surée. » Enfin il se laissa arrachera force d'im-
portunités l'entrée du cardinal au conseil. Ce
fut le 19 avril 1624. « Jour véritablement heu-
reux , dit Fontenay-Mareuil , pour le roi et le
royaume. » Du fond de sa retraite, Sully s'é-
criait que « le roi avoit été comme in.'^piré de
Dieu en choisissant l'évoque de Luçon pour
ministre ». Richelieu .^embla d'abord résister,
avec peu de sincérité, aux instances du mar-
quis de la Vieuville et aux ordres du roi ; '1 allé-
guait sa mauvaise santé. Dès qu'il fut ministre,
tous reconnurent en lui un maître; il domina
bientôt par la supériorité de ses vues, sa vast(
instruction, son langage facile et lumineux. Ls
Vieuville, violent, brouillon, inconséquent, m
tarda pas à mettre tout le monde contre lui ; \.
fut forcé de se démettre, et fut enfermé au châ
teau d'Amboise (12 août). Dès lors Richelieu
fut le chef du conseil.
Le cardinal a véritablement régné pendant i
dix-huit ans ( 1624-1642 ) ; sa vie sera dès lors
•une lutte continuelle, dans laquelle il déploya
autant de courage que de génie. Louis XIII
205
RICHELIEU
206
faible et ombrageux, d'un cœnr sec et froid,
d'un esprit juste, mais peu étendu, admira sans
doute la grandeur des idc^es de Ricliciie u , se
laissa subjuguer, mécontent et tremblant, par
la force de sa volonté et de son esprit, et sa-
criha à l'honneur, à l'intérêt de son État, pa-
rents, amis, courtisans, ses préventions person-
nelles, ses antipathies même. Cela est vrai. Mais
jusqu'au dernier jour le cardinal ne put jamais
être assuré de sa victoire sur cet esprit malade
et rebelle; et le roi, quelques mois avant sa
mort, conspirait encore avec Cinq-Mars contre
son ministre. « Les quatre pieds carrés du ca-
l)inet du roi, disait avec raison Richelieu, me
iionneut plus de mal et d'inquiétudes que fous
les cabinets de l'Europe. » D'ailleurs Louis XIII,
toujours malade, pouvait à chaque instant
inourii- ; quel serait alors le sort de son mi-
nistre , qui avait excité tant de haines contre
lui, lorsqu'il ne serait plus soutenu par l'autorité
du roi, son seul appui contre tous? Richelieu-,
sans se laisser jamais arrêter par aucune consi-
dération d'égoïsme mesquin, dévoua tous les ef-
f<»!ts de sa volonté et de son génie au triomphe
d'une politique bien arrêtée : c'est de la grande
ambition. H voulut créer l'unité territoriale de
la France à l'intérieur, et au dehors abaisser la
m;!ison d'Autriche, pour reconstituer l'Europe
d'après les vues de Henri IV. Pour atteindre ce
<louble but, il lui fallait établir la royauté ab-
solue et briser tous les obstacles, bons ou mau-
vais, qui gênaient son action (1). Richelieu,
après avoir établi une chambre de justice contre
les financiers, « après avoir fait une grande
saignée de onze millions dans leur bourse, »
put attaquer indirectement la maison d'Au-
triche au nord et au midi. !l détacha l'Angle-
terre de l'Espagne, et la rapprocha de la France
en négociant le mariage de Charles, fds de Jac-
(|ues l*^"" , avec Henriette de France, sœur de
' Louis XIII. Il promit son appui au\ Hollandais,
] qui avaient rompu la trêve de douze ans avec
' l'Espagne depuis 1621. L'aventurier Mansfeld,
' secouru par l'argent de la France et de l'Angle-
I terre, réunit des volontaires pour recommencer
la guerre au nord de l'Allemagne; et bientôt
notre ambassadeur, Deshiiies, décida le roi de
i Danemark, Christian lY, à se mettre à la tête des
prolestants contre Ferdinand H. En Italie, Venise
r et le duc de Savoie , Charles-Emmanuel r'"" ,
ï ii\ * Lorsque Votre iMajesté, écrivait Richelieu, se ré-
k tolut de tue donner l'cnlroc de ses conseils, je puis dire,
I, avec verlt<S que les huguenots pjrtageolcot l'État avec
'_ elle, que les grands se conduisolent comme s'ils n'eus-
) sent pas étti ses sujets, et les plus puissants gouvcr-
1 ncurs des provinces comme s'ils eussent été souverains
j en leur charge... I,es alliances étrangères cloient uic-
r prisées, les Intérêts particuliers préférés aux publics ;
en un mot la majesté rovale étoit tellement ravalée qu'il
! étoit presque impossible de la reconnoitre. Je promis à
J Votre iMajesté d employer toute mon industrie et toute
I Tautorité qu'il lui plaisoit me donner, pour ruiner le
i parti huguenot, rabaisser l'orgiuMl des grands, réduire
i *ous ses sujets en leur devoir, et relever son nom dans
(es nations étrangères au point où il devait être. »
promirent leur coopération contre les Espagnols.
Le pape Urbain VIII favorisait la maison d'Au-
triche et gardait pour elle la Valteline et le comté
de Chiavenna. Aussitôt le marquis de Cœuvres
arma les cantons suisses protestants , chassa les
Autrichiens des Grisons (novembre 1624), puis,
descendant dans la Valteline, s'empara de toutes
les forteresses, et renvoya au pape ses soldats
et ses étendards (décembre 1624-février 1625).
Il y eut bien des analhèmes contre ce cardinal
d'Etat, qui débutait par des alliances avec les
protestants et par une guerre contre le pape. Ri-
chelieu laissa dire; et lorsqu'un légat d'Ur-
bain VIII vint en France, au milieu des fêtes
qui se faisaient pour le mariage d'Henriette avec
Charles I", il repoussa toutes ses propositions
et lui opposa une sorte d'assemblée des nota-
bles à Fontainebleau , qui n'eut qu'une voix
pour qu'on soutint l'honneur de la France,
Ayant ainsi mis à couvert sa responsabilité,
comme ministre et comme prince de l'Église, il
se préparait à attaquer Gênes, de concert avec
le duc de Savoie, et à poursuivre la guerre contre
l'Espagne, lorsqu'une prise d'armes des hugue-
nots vint subitement l'arrêter. Aussitôt il en-
voya des troupes en Bretagne, en Poitou ; Sou-
bise fut battu ; on reprit Ré et Oléron, La Ro-
chelle fut menacée. Alors il signa deux traités,
qui n'étaient en réalité que des trêves néces-
saires-, et le 5 février 1626 il accorda aux pro-
testants le renouvellement du traité de Mont-
pellier. Un mois plus tard, au mécontentement
légitime de nos alliés, Savoie, Venise, Hollande,
la paix fut conclue avec l'Espagne, à Monçon,
en Aragon (5 mars 1626) ; Richelieu avait seule-
ment obter.u que la Valteline serait rendue aux
Grisons.
Le cardinal avait ajourné ses grands projets à
l'extérieur, parce que son crédit, son pouvoir,
sa vie même étaient menacés : « A peine avait-
il tourné les regards de son maître vers la rai-
son d État, que partout bourdonnaient autour
de lui les mêmes cabales qui depuis quinze ans
troublaient la cour et suspendaient l'action du
pouvoir. Les partis se remuaient avec cette
étourderie dont l'impunité leur avait donné
l'habitude .. Il lui fallait en quelque sorte net-
toyer la cour et les avenues du conseil de toutes
ces petites menées qui l'importunaient. » Les
grands étaient mécontents; on ne leur distri-
buait plus les fonds du trésor, on diminuait
leurjs pensions, on restreignait leur pouvoir dans
les provinces; des édits sévères punissaient les
duellistes; ils se réunirent pour se débarrasser
du cardinal, comme ils avaient fait de Concini,
et se groupèrent autour du jeune Gaston, frère
du roi. Richelieu, dans l'intérêt de l'État, vou-
lait le marier à la plus riche héritière da
royaume, M'ie de Montpensier. L'ancien gou-
verneur du prince, d'Ornano, la plupart des
grands seigneurs, les dames, la princesse de
Condé, l'intrigante duchesse de Chevreuse, la
207
RICHELIEU
reine Anne elle-même , le poussèrent à refuser
ce mariage. D'Ornano fut arrêté (4 mai 1626) et
conduit à Vincennes; le cliancelier d'Aligre, coti-
paljjede faiblesse, fut disgracié, et Richelieu (it
entrer dans le conseil deux hommes qui lui
étaient dévoués, Miciiel de JMarillac et le mar-
quis d'Effiat. Un nouveau complot se forma pour
ven<;er d'Ornano. Gaston, les deux Vendôme,
Hls naturels de Henri IV, le comte de Soissons
et une foule d'autres seigneurs, comme le jeune
comte de Clialais, résolurent la ruine, la mort
même du cardinal, qu'on voulut assassiner dans
sa maison de Limours ; on intriguait avec l'Es-
pagne, l'Angleterre, la Savoie. Louis XHI fil ar-
rêter sous ses yeux, à Blois, les Vendôme, qui
furent enfermés à Amboise (12 juin). Alors,
Chalais, entraîné par une folle ambition, se
fit l'âme d'un nouveau complot, poussant Gas-
ton à fuir loin de la cour à La Rochelle ou à
Metz, négociant avec le comte de Soissons, avec
d'Épernon et La Valette, son fils, et même
avec les, huguenots, par l'entremise de M^e de
Rolian. Trahi par un faux ami, il fut arrêté à
Nantes, où la cour venait d'arriver et exécuté
(19 août). Gaston effrayé, après avoir lâche-
ment déposé contre d'Ornano et Chalais, con-
sentit à épouser M"e de Monlpensier. Le comte
de Soissons se réfugia en Piémont ; La Valette
fut banni ; la duchesse de Chevreuse, chassée de
la cour, se retira en Lorraine; la reine elle-
même, blâmée en plein conseil , vit réformer
toute sa maison, et vécut comme captive dans
ses appartements. Telle fut la première victoire
de Richelieu dans celte lutte contre les grands.
Il s'empressa de justifier ces rigueurs néces-
saires par des actes significatifs. Le gouverne-
ment de la Bretagne fut confié au maréchal de
Thémines; un édit du 31 juillet ordonna la dé-
moHtion des fortifications des villes et châ-
teaux inutiles à la défense des frontières; l'office
de connétable fut supprimé (janvier 1627) après
la mort de Lesdiguières; on acheta l'amirauté
au duc de Montmorency. Richelieu voulait don-
ner à la France une grande puissance mari-
time; il venait de fonder la compagnie du
Morbihan pour le commerce des deux Indes,
belle conception, que la jalousie intempestive du
parlement de IJretagne fit avorter. Il fut alors
nommé grand maître, chef et surintendant gé-
néral de la navigation et commerce de Prance
(mars 1627), et pour montrer son désintéresse-
ment il renonça aux gages de cette charge.
Devant l'assemblée des notables, réunie aux
Tuileries le 2 décembre 1626, il développa ses
plans, et passa en revue toutes les parties de l'ad-
ministiation. On réduisit les dépenses inutiles,
pensions, maison du roi; on décida la réorga-
nisation de l'armée et de la marine. Enfin les
édits contre les duels furent renouvelés; Mont-
morency-Boutleville el son second , le comte
des Chapelles, qui avaient osé se battre sur la
place Royale, en plein jour, furent traduits de-
208
Tant le parlement et décapités (21 juin 1627 ).
Richelieu allait reprendre ses desseins contre
la maison d'Autriche, lorsqu'il fut arrêté par une
nouvelle guerre, à ia fois civile et étrangère. Le
fastueux ministre de Charles I" en donna le si-
gnal; en 1626 il avait été nommé pour la se-
conde fois ambassadeur à lacourde France; mais
Louis XIII et Richelieu s'étaient opposés à ce
choix, à raison de la conduite insolente qu'il avait
tenue l'année précédente. Buckingham triornphanl
résolut alors de se venger el de reparaître de-
vant Anne d'Autriche, qu'il avait choisie poni
objet de son amour. ( Voy. Buckingham et Anne
d'Autriche.) Il prépara une Hotte formidable,
entra en relations avec Bohan et Soubise, ave(
les ducs de Savoie et de Lorraine, puis il
aborda dans l'île de Ré ( 2 2 juillet 1 627) avec trois
mille réfugiés, que commandait Soubise, sous
prétexte de défendre « les églises opprimées ».
Richelieu se tenait prêt; il s'assura de la neutra-
lité de l'Espagne, en s'engageant par un traité
secret à envahir en commun l'Angleterre poui
y détruire l'hérésie. Deux événements heureuN
lui permirent de réunir des forces considérables
contre l'ennemi : Thoiras, gouverneur de Ré,
résista courageusement, dans la citadelle d(
Saint-Martin, aux attaques mal combinées d(
Buckingham; ia majeure partie des protestants
ne prit pas les armes. Après avoir envoyé des
vivres, des munitions, des hommes à Tlioiras,
il partit avec le roi convalescent, assurant d<
maintenir la liberté de conscience aux protes-
tants qui n'adhéreraient pas à la révolte. La Ro-
chelle voulut imposer des conditions, qui furent
repoussées. Alors les Rochelais armèrent toutes
leurs forces et s'unirent à l'Angleteire; mais
Buckingham, battu dans l'île de l\é, s'empres-
sait d'abandonner les côtes de France, quoiqu'il
pût encore dominer la mer (17 novembre).
Richelieu résolut alors d'abattre le parti protes-
tant, toujours rebelle et se servant toujours de
ses privilèges pour organiser un État dans l'É-
tal; il fallait détruire sa capitale, La Rochelle,
si fièrede ses vieilles libertés, de ses hardis cor-
saires, de sa glorieuse résistance à huit rois. La
ville fut bloquée, resserrée du côté de la terre
par une ligne de circonvaliation de trois lieues
garnie de forts et défendue par vingt-cinq mille
hommes. Pour l'isoler de l'Océan, on cnirepril
cette fameuse digue, de près de 1,600 mètres,
plusieurs fois détruite par de furieuses tempêtes
et reprise chaque fois avec opiniâtreté. Riche-
lieu dirigeait lui-même les opérations : généia),
amiral , ingénieur, munitionnairo , intendant,
comptable, secondé par d'autres prélats, ses di-
gnes lieutenants d'Église militante, comme
il les appelait lui-même, les évêques de Maille-
zais, de iSîmes, de Mende, par tout un bataillon
de prêtres, de moines, de capucins, qui lui ren-
daient tous les services. Un Quinte-Curce à la
main, le cardinal encourageait les ouvriers et
animait tous les travaux. Quand le roi, fatigué
09
es longueurs du siège, revint à Paris, Riche-
eu fut investi des pouvoirs les plus étendus,
omme lieutenant général ; les maréchaux eux-
lêmes servaient sous ses ordres ; la discipline
i plus sévère régnait au camp. Deux fois les An-
lais essayèrent de forcer la digue. Les Rochelais,
près une résistance désespérée, furent forcés
e capituler (28 octobre I6'28). Rohan, abandonné
ar l'Angleterre, fit avec l'Espagne un traité qui
! mettait à la solde de nos ennemis ( 4 mai
629 ). Le roi et le cardinal marchèrent contre
!S rebelles avec cinquante mille liommes; Pri-
as fut enlevé d'assaut, brûlé, détruit; Alais ca-
itula ; les huguenots furent contraints de s'hu-
lilier et de recevoir la paix d'Alais ( 28 juin ).
>n leur conserva la liberté de conscience et de
ulte ; mais on leur enleva leurs places de sû-
eté, leurs forteresses, leurs privilèges militaires
t politiques, leurs assemblées républicaines. Ce
le fut plus un État dans l'État, mais une secte
issidente. « A partir de cette époque, a dit Ri-
helieu, la diversité de religion ne m'empêcha
jmais de rendre aux huguenots toutes sortes de
ions offices, et jamais je ne mis de différence
ntre les Français que par la fidélité. »
Rien n'avait pu distraire le cardinal du siège
le La Rochelle. L'Espagne s'était vainement dé-
;larée contre nous ; de concert avec l'empereur,
jlle s'efforçait de déposséder un Français, le duc
te Nevers , héritier légitime de Manloue et du
Vlonlferrat ; le duc de Savoie réclamait le Mont-
ferrat, le duc de Guastalla Mantoue. Les Espa-
gnols assiégèrent Casai en 1628. La Rochelle
prise, le cardinal courut avec I^ouis XIII vers
les Alpes ; le pas de Suze fut emporté en plein
itiiver, le Piémont envahi, Casai ravitaillée, le
duc de Savoie forcé de traiter (janvier-mars
1629 ). Mais pendant qu'on achevait au plus
vite la guerre protestante du midi, Charles-Em-
manuel reprit les armes; les Espagnols assié-
gèrent de nouveau Casai, et les terribles bandes
des Impériaux , vainqueurs en Allemagne, se
précipitèrent sur les Grisons , la Valteline et
Mantoue. Richelieu, malgré la cour, malgré la
reine mère, força le roi à défendre Casai et
iMantoue, les fortes citadelles de l'Italie. Lui-
tmème, avec le titre de généralissime (1), repré-
sentant la personne du roi, reparut à la tête de
l'armée. La cuirasse sur le dos, l'épée au côté,
partageant tous les dangers du soldat, il franchit
les Alpes par Suze, manœuvra habilement, et
entra dans Pignerol ( mars 1630 ), tandis que
Louis XIII occupait la Savoie. La prise de
Mantoue par les Impériaux (18 juillet) mit
brusquement fin à la guerre. Richelieu se vit
contraint d'accéder à la paix de Ratisbonne, qui
délivra l'Italie des Impériaux ( 1.^ octobre);
mais par le traité de Cherasco ( 6 avril 1631 ) il
fit rétablir le duc de Manloue dans ses États et
évacuer la Valteline.
01 Richelieu avait été nommé principal ministre d'É-
tat le 31 aovciiibre 1629.
RICHELIEU 210
Au milieu de ces grands travaux de politique
et de guerre, Richelieu faillit être renversé par
la plus misérable dus intrigues. Au moment de
partir pour la délivrance de Casai, il avait ex-
posé longuement au roi l'état de la France, sa
politique, ses devoirs, et lui avait reproché sans,
réticence tous les défauts de son caractère.
Louis XIII reçut avec une patience silencieuse
ces le<;ons et ces dures remontrances ; il retint
son ministre, qui voulait se retirer . Pendant la
guerre de Savoie, Louis XIII tomba dangereu-
sement malade à Lyon (septembre 1630 ); tous
les ennemis du cardinal accoururent autour des
deux reines et de Gaston, le roi futur ; Guise,
les Marillac, Bassompierrc , Bellegarde, etc.,
étaient prêts à arrêter Richelieu ou à le faire
périr. Une crise heureuse sauva Louis XIII, qui,
dans la faiblesse de la convalescence , promit
de renvoyer son ministre, mais après la guerre.
De retour à Paris, Marie de Médicis éclata; elle
chassa avec outrage la nièce chérie de Riche-
lieu, Mme de Combalet; ôta à celui-ci la surin-
tendance de sa maison, repoussa toutes les
prières de son fils, et dans une scène violente,
au palais du Luxembourg, insulta impunément
le ministre devant le roi. « C'est à vous de voir,
lui dit-elle, si vous voulez préférer un valet à
votre mère. » Richelieu se crut perdu. Par
l'entremise du premier écuyer du roi, Saint-Si-
mon, il put avoir un entretien de quelques
heures avec Louis, qui s'était retiré à Versailles;
il sortit de l'entrevue tout-puissant. Aussitôt la
solitude se fit autour de la reine, vaincue dans
cette journée, que les contemporains appelèrent
la Journée des dupes ( H novembre 1630).
Richelieu put alors débarrasser le gouverne-
ment de toutes les ambitions mesquines qui l'en-
travaient. Il écouta trop sans doute sa vengeance
particulière dans la punitionde ses ennemis; mais
ils étaient coupables, et il les châtia sans pitié.
Le garde des sceaux Marillac, qui avait espéré rem-
placer Richelieu , fut destitué et jeté en prison ;
son frère, le maréchal, arrêté au milieu de l'ar-
mée d'Italie, jugé à Ruel, dans la maison même
du cardinal , condamné à mort pour crime de
péculat et décapité (9 mai 1632); Bassompierre
passa dix ans à la Bastille. Les ducs d'El-
beuf, de Bellegarde et beaucoup d'autres sei-
gneurs furent déclarés criminels de lèse-majesté;
la jeune reine fut reléguée au Val-de-Grâce , et
toute sa maison fut changée. Enfin la reine mère
fut laissée comme prisonnière à Compiègne
(23 février 1631), d'où elle s'échappa pour se ré-
fugier à Bruxelles. Elle ne devait jamais revoir
ni la France ni son fils. En même temps Riche-
lieu récompensait ceux qui l'avaient servi : Châ-
teauneuf fut garde des sceaux; le Jay, premier
président du parlement ; Montmorency, Thoiras-
et d'Effiat, maréchaux; le duc de Vendôme sortit
de prison. Après avoir assailli d'injures le cardi-
nal , après l'avoir menacé de le tuer, Gaston se
relira dans son apanage, puis en Lorraine, où.
211 RICHELIEU
malgré la défense du roi, il épousa la sœur de 1
Charles IV. L'aimée royale envahit la Lorraine, }
et le duc, surpris, signa le traité de Vie (6 janvier |
1632) , par lequel il livrait Marsal et chassait
Gaston, qui se réfugia à Bruxelles, auprès de sa
mère. Les complices de Gaston et de Marie fu-
rent poursuivis par une chambre spéciale de jus-
tice; il y eut beaucoup de bannissements, de
«onfiscations; et quand le parlement voulut ré-
clamer contre ces arrêts arbitraires du conseil ,
on le força à demander pardon , on l'humilia, on
■exila plusieurs de ses membres.
C'était le moment où notre allié, le grand Gus-
tave, délivrait l'Allemagne protestante et faisait
trembler l'empereur. L'intérêt était immense.
Ce fut alors que la cour des réfugiés de Bruxelles
lança Gaston dans une nouvelle folie. Avec l'ar-
gent des Espagnols et les aventuriers ramassés
en Lorraine , il se jeta en France , courant au
hasard vers le midi. Son complice, Montmorency»
qui ne l'attendait pas encore, prit les armes. Au
combat de Castelnaudary, le prince s'enfuit, di-
sant qu'il ne s'y jouait plus (\" septembre
1632), et de Bézicrs il se hâta d'envoyer sa sou-
mission. Quant à Montmorency, il fut décapité,
quoiqïi'il fût le premier des grands ( 30 oc-
tobre). A plus forte raison on poursuivit impi-
toyablement tous les rebelles : des gentil sliommes
furent envoyés aux galères, deux évêques du
Languedoc déposés canoniquement, les états dis-
persés, les villes démantelées. Le duc de Lorraine
subit également la loi des représailles ( voy. Lor-
raine) . Tout n'était pas fini cependant, Gaston s'é-
ciiappa de nouveau, et recommença ses intrigues à
Bruxelles. Richelieu, accablé d'infirmités préma-
turées, tomba dangereusement malade à Bor-
tîeaux; il ne mourut pas, mais son esprit s'ai-
grit; il rendit guerre pour guerre, et fut plus que
jamais sans pitié. Le garde des sceaux Château-
neuf, qui songeait à remplacer son bienfaiteur, fut
jeté en prison; le chevalier de Jars, condamné à
mort ,■ n'obtint sa grâce que sur l'échafaud ; la
duchesse de Chevreuse et beaucoup d'autres fu-
rent exilés. Tous les partisans de Monsieur, pe-
tits ou grands, furent impitoyablement poursui-
vis ; la terreur fut telle que le maréchal d'Estrées,
en voyant une lettre adressée à l'un de ses lieu-
tenants, s'enfuit, craignant d'être arrêté, comme
Marillac, au milieu de son armée. Le duc de
Lorraine, toujours parjure, s'entendait avec
Gaston, les Espagnols et les Impériaux;
Louis XIII et Richelieu rentrèrent dans la pro-
vince; le cardinal revendiqua la suzeraineté de
«e pays , %isurpée par V empereur, et déclara
que le roi entendait rétablir sa monarchie en
sa première grandeur. Les Français occupèrent
Nancy (sept. 1633). Toute la Lorraine, abandon-
née par ses princes, resta aux mains de la France
jusqu'à la fin du dix-septième siècle. Plusieurs
fois, dit on, des assassins partirent de Bruxelles
pour frapper Richelieu. Les exilés recoururent à
•d'autres moyens, et Gaston, de concert avec sa
215
mère, lit un traité formel avec les Espagnol
contre le ministre. Richelieu s'inquiéta de ci
pacte de haute trahison au moment où il se pré
parait à intervenir directement dans la guerre di
Trente ans; il tenta encore une fois de ramené
le prince en lui offrant un oubli complet di
passé , des pensions et des dignités pour ses fa
voris. A ces conditions, Gaston, abandonnant su
bitement ses nouveaux alliés , sa femme et s;
mère (8 octobre 1634), vint jurer au roi " d'airae
monsieur le cardinal autant qu'il l'avait haï >>
Jusqu'en 1635, Richelieu, toujours entrav
par les luttes de l'intérieur, ne put jouer qu'ui
rôle secondaire dans les grands événements de 1;
guerre de Trente ans. Deux fois , dans l'affaii'i
de la Valteline , dans celle de la succession di
Mantoue, il arrêta par son intervention en Ita
lie les progrès de la maison d'Autriche. Lorsqm
le roi de Danemark et les protestants eurent et
écrasés par Ferdinand II , les envoyés du car
dinal à la diète de Ratisbonne, Brûlart et le P. Je
sepli, soulevèrent les catholiques eux-même
contre l'empereur, qui fut forcé de désarme
(oct. 1630). Richelieu dans ce moment mêrai
poussait vers l'Allemagne Gustave-Adolphe, don
les triomphes excitèrent bientôt ses craintes
Après la mort de Gustave à Lutzen (1632), i
soutint plus hardiment les Suédois , accorda d
nouveaux subsides à Oxenstiern , entama mêmi
des négociations secrètes avec Wallenstein
mais il ne put empêcher les divisions des protes
tants, qui furent vaincus à Nordlingen (1634)
Dans le double but d'abaisser l'Autriche e
d'accabler l'Espagne, qui n'avait cessé depuis s
longtemps de fomenter des troubles dans li
royaume, Richelieu noua un solide faisceau d'al
liances contre ces deux puissances. Contre Fer-
dinand II , il traita à Paris avec les confédéré:
allemands; à Compiègne (avril 1635) avec li
chancelier de Suède, Oxenstiern; à Saint-Ger
main (octobre 1635), avec Bernard de Saxfr
Weimar; à Wesel (1636), avec le landgrave d(
Hesse-Cassel ; il leur donnait des subsiiles et de<
secours pour combattre l'empereur en Allemagne
couvrir le Rhin et conquérir l'Alsace. Contre 1(
roi d'Espagne , Philippe IV, il s'unit aux Hol
landais (traité de Paris, fév. 1635) pour la coH'
quête et le partage des provinces belges ; auj
ducs de Savoie, de Parme et de Mantoue (trait(
de Rivoli, juillet 1655), pour la défense du Pié-
mont et la conquête du Milanais; aux Suisses,
pour protéger les passages de la Valteline. Par-
tout s'avancèrent les armées françaises, vers leî
Pays-Bas, la Lorraine, l'Alsace, la Franche-
Comté, l'Italie, le Roussillon et les provinces
basques , tandis que nos Hottes all-aient détruire
sur l'Océan et la Méditerranée les flottes espa-
gnoles.
Le prétexte de la rupture fut l'enlèvement
par les Espagnols de l'archevêque de Trêves,
notre protégé. La guerre commença aussitôl
(1635). Quoique battus à Avein, les Impériaux;
213
RICHELIEU
214
et les Espagnols envaliirent la Picardie, restée
sans défense, et s'avancèrent jusqu'au delà de
Corbie. La consternation régna dans Paris. Ri-
clielieu, après un premier moment de trouble,
parcourut la ville et lui rendit la confiance. Il y
[ eut un élan d'enthousiasme patriotique. Paris
f donna au roi et à son ministre une armée pour
reprendre Corbie (14 nov. 1636) et refouler les
ennemis sur la frontière. C'est alors que le cardi-
nal échappa au plus grand péril qu'il ait peut-
être couru de sa vie : excités par Montrésor et
i Saint-lbal, le duc d'Orléans et le comte de Sois-
I sons avaient décidé sa mort; au moment de don-
ner le signal, le cœur manqua au frère du roi ; et,
craignant d'être découverts, ils se retirèrent,
Gaston à Blois, le comte de Soissons à Sedan. Les
années suivantes, les hostilités continuèrent sans
j^iands résultats; si Rolian évacua la Valteline,
ot si la mésintelligence de Condé et de la Valette
amena la défaite de Fontarabie, le duc d'Halluin
écrasa les Espagnols , qui avaient envahi le Lan-
guedoc, près de Leucate, Sourdis battit leur
flotte à la hauteur de Guetaria , et Bernard de
Saxe-Weimar remporta plusieurs victoires sur
Ins Impériaux. Les années 1640 à 1642 furent
plus fécondes en heureux résultats. De brillantes
victoires rétablirent en Allemagne et en Italie la
suprématie de la France; l'Artois fut enlevé à
la maison d'Autriche. L'Espagne n'attaquait plus,
elle se défendait avec peine; en 1640, le Portu-
gal , excité par les agents de Richelieu, se sou-
leva, et le nouveau roi, Jean de Bragance, fit
alliance avec la France. La Catalogne prit les ar-
mes, et reconnut Louis XIII pour son souverain.
La MotheHoudancourt , secondé par Sourdis,
chassa les Espagnols de presque toute cette pro-
vince, tandis que le roi et Richelieu commencè-
rent la conquête duRoussillonet de laCerdagne.
Perpignan se rendit (9 sept. 1642).
Mais, comme l'écrivait alors Voiture, dans un
magnifique éloge du cardinal , « toutes les grandes
choses coûteot beaucoup ; » aussi les impôts
étaient très-lourds ; plusieurs provinces avaient
été ravagées ; la misère était grande dans la plu-
part. Les paysans se soulevèrent contre les per-
cepteurs des tailles, sous le nom de croquants,
dans le Périgord et le Languedoc, sous celui de
nu-pieds, en Normandie (1639-1640); on les
réduisit au silence par les supplices et la force
des armes. Le parlement de Rouen, qui avait ap-
puyé les réclamations, fui cassé, ainsi que la
cour des aides. Le parlement de Paris fut humi-
lié , maltraité et perdit le droit de remontrances
(1641). Toute liberté avait disparu; il ne devait
y avoir en France qu'un pouvoir, celui du roi;
qu'une volonté, celle du ministre. Louis XIII
était jaloux de la grandeur de son ministre, et
!c supportait avec peine, sans pouvoir se passer
de lui. Richelieu eut de nouveaux combats à
soutenir, des advrrsaires d'une espèce nouvelle
à vaincre. Apn'is Mil"- do; Haiilefort, qui se fai-
sait le centre (lune cabale conîrc le cardinal, il |
lui fallut entrer en lutte avec les âmes tendres
et romanesques, comme M"e de La Fayette, avec
les dévots, amis de la paix et de l'Espagne,
comme le père Caussin. Les papiers de la reine
furent saisis au Val-de-Grâce , où elle complo-
tait avec l'Espagne; sa confidente, M™e de Che-
vreuse, quitta de nouveau le royaume; la reine
mère fut condamnée à mourir dans l'exil. Enfin
la naissance d'un dauphin, depuis si longtemps
attendue, ôta à Gaston l'importance redoutable
qu'il avait toujours eue , comme héritier de la
couronne (5 sept. 1638). Richelieu croyait dès
lors avoir pour lui l'avenir; ses parents, ses
amis avaient les charges les plus importantes;
le prince de Condé se glorifiait d'être l'humble
créatiu-e du cardinal, et le duc d'Enghien épou-
sait une de ses nièces. Alors reparurent les
ennemis violents et ambitieux. Le comte de Sois-
sons, réfugié à Sedan, rassembla tous les ban-
nis , entraîna le duc de Bouillon , entra en rap-
port avec les Espagnols, Gaston d'Orléans, les
prisonniers de la Bastille, et prit les armes. Sa
mort au combat de la Marfée (6 juillet 1641) ar-
rêta les suites de la conspiration. En 1642, tan-
dis que Richelieu accompagnait Louis XIII à la
conquête du Roussillon, une créature du cardi-
nal mit de nouveau en péril sa vie et la sûreté
de l'État. Cinq-Mars, le nouveau favori de
Louis XIII, se lassa d'être l'espion de Richelieu,
et voulut le renverser, comme de Luynes avait
renversé Concini pour prendre sa place. Le duc
d'Orléans, le duc de Bouillon, la reine et beau-
coup d'autres entrèrent dans le complot , dont
Augustin de Thou fut l'un des agents les plus actifs.
Le roi selon M"* de Motteville en « était taci-
tement le chef ». Richelieu, malade à Narbonne,
sur '.e point de fuir ou de mourir, eut , on ne sait
comment, la preuve d'un traité secret, conclu
par les conjurés avec l'Espagne, dans le but de
changer tout le système politique de la France.
L'intérêt de l'État décida Louis XIII; Cinq-Mars
et de Thou arrêtés, jugés à Lyon par une com-
mission spéciale , condamnés par les aveux de
Louis XIII et du lâche Gaston, furent décapités
(12 sept. 1642). Leduc d'Orléans fut déclaré in-
digne d'exercer la régence, le duc de Bouillon
obtint sa grâce au prix de sa forteresse de Sedan.
De Lyon, Richelieu revint à Paris , souffrant
plus que jamais , porté dans une chambre de
bois , où il se tenait couché , par douze de ses
gardes. Le 28 novembre au soir, il fut saisi d'une
fièvre ardente ; il conserva jusqu'au dernier mo-
ment son courage et sa force d'âme, recom-
manda au roi ses serviteurs et surtout Mazarin,
son agent de confiance depuis la mort du P. Jo-
seph. Puis il fit appeler le curé de Saint-Eus-
tache, sa paroisse, qui lui apporta le viatique.
« Voilà mon juge, » dit-il en montrant l'hostie;
et le curé lui demandant s'il ne pardonnait pas
à ses ennemis, il répondit qu'il n'en avait point
que ceux de WAnt. Le 4 décembre 1642, il e.x.-
pira, dans sa rinquanle-liuitièine année.
215 RICHELIEU
Quand Richelieu mourut, l'œuvre à laquelle
il avait consacré son génie et sa vie était pres-
que achevée. Au dehors, l'Empire et l'Espagne
étaient partout vaincus; trois provinces étaient
conquises, Alsace, Roussillon, Artois, et nous
avions avec Pignerol les clefs de l'Italie; de
grands capitaines, Condé, Turenne, formés sous
ses auspices , conduiront à la victoire les armées
qu'il a organisées, et son élève Mazarin, qu'il a
donné à la France, aura le bonheur de signer
les glorieux traités de Westphalie. A l'intérieur,
il a élevé l'édilice de la monarchie absolue, dont
Henri IV avait jeté les bases, dont Louis XiV
posera le couronnement. « Il a fait de la royauté
la personnification vivante du salut public et de
l'intérêt national. »
Quels moyens a-t-il employés pour fonder l'u-
nité du royaume et concentrer tous les pouvoirs
entre les mains du gouvernement royal? Il dé-
truisit le protestantisme comme parti politique.
Les seigneurs qui avaient fait six guerres civiles
en quatorze ans furent impitoyablement frappés.
Boutteville avait violé la loi ; Montmorency ex-
pia la rébellion des provinces, Marillac fut sa-
crifié peut-être à la vengeance, mais aussi à la
nécessité d'un exemple au milieu des scandales
d'une concussion universelle; Cinq- Mars el de
Thou étaient coupables de trahison d'État. Quant
aux deux reines, elles ne cessèrent de conspirer
avec tout leur entourage contre les intérêts de la
France. Des gouverneurs de provinces, qui •> se
conduisoient comme s'ils eussent été souverains
en leurs charges », à l'avènement de Richelieu ,
quatre seulement ne furent pas frappés par le
cardinal. Leurs pouvoirs furent restreints, et
Richelieu s'attacha, comme il le dit lui-même, à
mettre dans toutes les places « des gens telle-
ment affidésque, quoi qu'il advînt, le parti con-
traire ne pût faire ses affaires >•. Les nobles de
toutes classes furent atteints par les édits qui
ordonnèrent la démolition des forteresses et châ-
teaux de l'intérieur et par les sévérités du code
Michau contre tous les désordres dont les bour-
geois et les paysans étaient les malheureuses
victimes.
Quoique cardinal, Richelieu soutint et fit
triompher l'indépendance absolue du pouvoir ci-
vil à l'égard du pouvoir religieux. « Il voulut que
Je clergé fût dans l'État, fût à l'État, et contri-
buât, dans une juste proportion, aux charges
publiques. » Il eut bien des luttes à soutenir et
contre les défenseurs de l'autorité du pape sur
les couronnes, et contre la majorité du clergé
français, qui combattait pour ses privilèges. Il
fit soutenir dans l'assemblée du clergé, à Manies
(1641), qu'en principe les ecclésiastiques, com-
munautés, gens de mainmorte étaient incapables
de posséder des biens immeubles en France, el
que le roi pouvait disposer de tous les biens de
l'Église.
Ainsi tous les ordres de l'État furent soumis
au roi, seul maître de la France; et l'opposition
2i6
du parlement fut , comme nous l'avons vu , ré-
duite au silence. Aucune voix n'eut le droit de se
faire entendre. Plus d'états généraux, et même
depuis 1626 plus d'assemblée de notables. Par-
tout, excepté en Bourgogne et dans le Langue-
doc, les assemblées provinciales furent attaquées ■
dans leur constitution. Richelieu a détruit les
pouvoirs locaux, et en même temps il a créé la >
centralisation. Sous la direction du principal mi-
nistre était placé le conseil d'en haut, avec le
chancelier, le surintendant des finances et les ^
quatre secrétaires d'État; puis venait le conseil
du roi ou conseil d'État, définitivement constitué
en 1630. Dans les provinces, les intendants de
police, justice, finances , magistrats de création
nouvelle , établis avec une autorité permanente
(1637), réunirent entre leurs mains tous les pou-
voirs civils des dix-huit généralités, et devinrent
bientôt les instruments les plus actifs du pou-
voir royal.
Pendant son ministère, et en partie grâce à
son inspiration, le catholicisme français fut ré-
généré ; les hôpitaux , les inslitutions charita-
bles, se multiplièrent ; les ordres monastiques
furent réformés. Richelieu était abbé de Cluny,
deCîteaux et de Prémontré ; il s'occupait spécia-
lement des religieux mendiants, des Dominicains
et des Carmes ; plusieurs de ses agents, de ses
espions, aux crises décisives, lui furent fournis
par ces deux derniers ordres. 11 fit rendre des
édits ( 1634 ) pour forcer les évêques et les bé-
néficiers à la résidence , pour améliorer le sort
du clergé inférieur (1629-1634). On put lui
reprocher cependant la persécution dont fut
victime le fameux abbé deSaint-Cyran, en qui il
croyait voir un nouveau Calvin.
Il n'y eut sous Richelieu aucun règlement
général au sujet des finances, de l'industrie, de
l'agriculture, du commerce intérieur. Les im-
pôts furent même augmentés , l'impôt sur le
tabac fut établi en 1629. Mais on protégea l'in-
dustrie du fer, les manufactures de glaces et mi-
roirs, les fabriques de tapisseries. On continua
le dessèchement des marais, on acheva le canal
de Briare, on eut l'idée du canal du Midi. On
multiplia dans les villes les monis-de-piété,
véritables maisons de prêt sur gages ; on ren-
dit général l'usage des postes, administrées par
un surintendant depuis 1632. Richelieu fit beau-
coup plus pour la marine. 11 organisa un ma-
tériel et des magasins, établit des écoles de
mousses et de pilotes, les premiers régiments
de marine (1627-1639); en 1642, la France
compta quatre-vingt-cinq vaisseaux de guerre,
et de nombreux règlements mirent de l'ordre
dans la comptabilité et déterminèrent les droits
des autorités maritimes. Richelieu organisa des
consulats sur toutes les côtes visitées par nos
bâtiments. Il voulut créer de grandes compa-
gnies de commerce, auxquelles on donnerait les
priviléi^es les plus étendus et qui exploiteraient
les Indes, le Canada, les îles de l'Amérique, le
517
RICriELlEU
218
Sénf'gal, etc. : les essais ne furent pas heureux,
les efforts de Richelieu ne furent pas secondés.
L'armée dut nécessairement attirer ses soins;
ici, il a préparé Louvois. Le soldat roturier put
avancer jusqu'au grade de capitaine, et plus
avant s'il s'en rend digne ( ordonnance de
1629). La discipline fut plus exacte, la solde
augmentée. L'administration des subsistances
militaires fut organisée ( 1631 ); on s'occupa du
service de la manutention, des hôpitaux pour
les soldats ; on munit les armées â'ambitlances,
de chirurgiens, d'aumôniers; et des inten-
dants spéciaux furent établis auprès de chaque
corps (1635).
Richelieu fut sans doute un des plus puis-
sants promoteurs du mouvement intellectuel que
vit alors la France; cependant il fut loin de dé-
sirer la diffusion des lumières ; il craignait
qu'une instruction étendue donnée- à beaucoup
ne mît l'État en péril ; le grand nombre des
collèges lui portait ombrage, et il voulut le di-
minuer. Il s'efforça d'ailleurs, dans un intérêt
gouvernemental, de tenir la balance entre l'Uni-
versité et l'ordre des Jésuites. Mais par son
exemple et par ses institutions il contribua
beaucoup à la gloire littéraire du dix-septième
siècle. Il aima les lettres; il en conserva tou-
jours le goût; elles furent pour lui la plus
agréable des distractions. Il aurait voulu pren-
dre rang parmi les auteurs dramatiques; il fai-
sait le plan d'une tragédie ou d'une comédie, et
chargeait de le mettre en vers les cinq auteurs
qui travaillaient avec lui, Bois-Robert, L'Estoile,
Colletet, Rotrou et Corneille. De cet atelier de
poésie sortirent La Grande Pastorale, les Thui-
leries , L'Aveugle de Smyrne , et Mirante ,
pour laquelle il fit construire la belle salle de
spectacle du Palais-Cardinal (1). ARuel, il y avait
également un théâtre, où il fit représenter des
pièces à machines et des ballets mythologiques.
Il accorda des pensions, des faveurs à la plu-
part des écrivains de son temps ; c'était tout à
la fois protection généreuse , amour du bel es-
prit et désir d'obtenir des louanges et des flat-
teries. C'est à lui qu'on doit la fondation de
r Académie française (1635). Il n'avait pas
sans doute mesuré toute la portée de son œu-
vre; et, sans lui faire injure, on peut croire
qu'il avait voulu surtout régler, discipliner, tenir
sous sa main les hommes de lettres et les œu-
vres de l'intelligence. Le cardinal protégea aussi
les arts avec une grande libéraUté; il offrit
40,000 écus pour un tableau de Fra Sébastien,
et dépensa plus de dix millions pour son châ-
teau de Richelieu, la demeure la plus magnifique
de la France, avant Versailles.
Assurément Richelieu a été un grand mi-
nistre;>il a fait beaucoup pour la France, et ce-
pendant sa gloire n'est pas populaire; c'est
(K Cet édifice, construit par Richelieu, et qu il légua
à l.ouls XIII, prit alors le nom rie Palais- Royal, et l'a
conserYé riepuls.
qu'il n'a pas été aimé, comme Henri IV; res-
pecté , comme Louis XIV ; on a tremblé de-
vant lui. A sa mort, le peuple, comme délivré
d'oppression, célébra l'heureux événement par
des feux de joie ; ce n'était pas le peuple pour-
tant qu'il avait frappé; c'était l'égalité de tous
qu'il avait voulu établir, mais l'égalité dans la
soumission, l'égalité par la hache du bourreau.
S'il fit voler bien des têtes, à la vérité presque
toutes justement, comme le remarque Saint-
Simon lui-même, s'il persécuta des person-
nages élevés , on fut ému de pitié pour tant
de victimes illustres, nobles seigneurs, reines mal-
heureuses, et on fut disposé à les croire moins
coupables; le cœur l'accusa de tant de sangré-
pandu ; on exagéra même le nombre de ses vic-
times; on le représenta, comme un autre
Louis XI, escorté de ses deux sinistres agenis,
Laubardemont et Laffémas, frappant de mort
tout ce que rencontrait son regard fixe et per-
çant. On lui attribua et on répéta cette terrible
maxime, étrange surtout dans la bouche d'un
prêtre : « Je n'ose rien entreprendre sans y
avoir bien pensé ; mais quand une fois j'ai pris
une résolution, je vais à mon but, je renverse
tout, je fauche tout, et ensuite je couvre tout de
ma soutane rouge. » On l'a même calomnié, en
croyant trop légèrement aux anecdotes dues à la
malice des conteurs du dix-septième siècle, à sa
passion ridicule pour Anne d'Autriche, à, sa pas-
sion coupable pour sa nièce, la duchesse d'Ai-
guillon , à ses aventures galantes avec Marion
Delorme, lui toujours malade, presque mourant,
sans cesse menacé , sans cesse préoccupé de si
vastes intérêts (t).
Les jugements de la postérité ont été et sont
encore bien contradictoires à son égard. Mon-
tesquieu a dit que les deux plus méchants ci-
toyens de France ont été Richelieu et Louvois.
Suivant des publicistes modernes, non-seulement
il a fait beaucoup de mal, il a rendu tout bien im-
possible après lui, il a étouffé toutes les libertés,
il a avili les caractères, il a disposé le pays à
tous les abaissements (2). Quoi qu'on puisse
dire, Richelieu ne sera jamais sympathique,
quand même il serait amnistié par la raison.
Il n'a pas aimé la justice ; il n'a poursuivi qu'un
but , le triomphe de la royauté absolue , il a
établi le despotisme. « Cet État est monarchique,
dit-il, toutes choses y dépendent de la volonté
du prince, qui établit les juges comme il lui
plaît et ordonne des levées selon la nécessité
de l'État. «Voilà la théorie, réalisée par ses actes,
sur laquelle on doit le juger.
(1) Nous n'avons rien dit du fameux procès d'Urbain
Grandler ; nous renvoyons pour cet (?pisode, comme
pour beaucoup d'autres, aux articles spéciaux.
(ï) Voir A. Thierry, Histoire du Tiers état ; de Carné
Les fondateurs de Vunité française; Edgard Quinet,
Philosophie de l'histoire de France ; Ch. de Remusat,
Richelieu et sa correspondance ; Albert de Broglle,
Conclusions de Vhistoire de France ; de Tocqneville,
L'Ancien régime et la révolution ; L. Blanc, Hist. de la
révolution. 1. 1, etc.
219
RICHELIEU
220 ;|
Oïl n'est pas encore parfaitement d'accord sur
les écrits que Richelieu a laissés : il a certai-
nement composé et publié ; Les principaux
points de la foy de V Église catholique def-
fendus contre l'escrit adressé au roy par
tes quatre minisires de Charenton (Poitiers,
1617), et L'Instruction du chrétien ( 1619).
On a longuement discuté jusqu'à présent la
question de savoir s'il est l'auteur des ou-
vrages historiques et politiques qui suivent :
Mémoires pour servir à l'histoire de
Louis XIII de 1610 à 1624 : publiés d'abord
sous le nom d'Histoire de la Mère et du Fils,
souvent attribués à Mézerai, suivant d'autres
entièrement rédigés par Richelieu ; — Les Mé-
moires de Richelieu, imprimés pour la pre-
mière fois en 1823, dans la collection Petitot :
c'est l'histoire de 1624 à 1638 ; il paraît que
ces Mémoires intéressants ont été écrits sous
les yeux du cardinal, d'après ses journaux, ses
instructions, ses dépêches, par un ou plusieurs
de ses confidents; — Le Testament politique:
l'authenticité de ce livre, attaquée avec passion
par Voltaire, a été victorieusement défendue
par Foncemagne ; — Le Journal de M. le car-
dinal de Richelieu qu'il a fait durant le
grand orage de la cour, en l'année 1630 et
1631, a été publié dès 1649. Les deux Testa-
ments latins et surtout le Testamentum poli-
ticum, qui renferment assurément des pensées
et des paroles de Richelieu, sont l'ouvrage du
jésuite Pierre Labbé, et ont été publiés dans ses
Elogia (Lyon, 1643). Enfin M. Avenel a
réuni dans la collection des Documents inédits
de l'Histoire de France la précieuse Corres-
pondance du cardinal. Louis Grégoire.
Richelieu, Mémoires et oiivrages politiques. — Mé-
moires de Brienne, Fontenal-Mareiiil, Motteville, Rohan,
Sully, lîassompierre, du duu d'OrlCans, Orner Talon ,
Montglut, Montrésor, FontraiUes, data Rochefoucauld,
de La Force, de Retz, M. Mole, etc. — Correspondance
de Sourdis. dans les Documents inédits snr V Histoire
de France. — archives curieuses de l'Histoire de
France, 2= série, t. V. — Le Mercure françois. — La
Gazette de France. — Tallemant des Réaux , Histo-
riettes. — Les historiens de Louis XIII, Le Vassor, Grif-
fet, etc. — Vittorio Siri, Memorie r42Condite. — Auberl,
Mémoires pour servir à l'hist. du card. de Uic/ielieu:
— Violart, Hist. du minist. de Richelieu; 1649, in-fol.
— Jay, Hist. du minist., 2 vol. in-8°. - Bazin, Hist. de
France sous Louis XIII et Mazarin. — Capefigue, Ri-
chelieu et Mazarin — .L Caillet, i: Administration en
France sous IHclielieu ,- Paris, ISeï, 2 voL - Les Histoires
de frunce, spécialement celles de Slsraondi, H. Martin,
Mtchelet.— Isambert, Ordonnances, t. XVI. — Consulter
encore le catalogue de la Bibliothèque impériale, au
règne de Louis XJII.
RiCHEs.iEC ( Alphonse- Louis du Plessis
DE ), dit cardinal de Lyon, frère aîné du précé-
dent , né en 1582, à Paris, mort à Lyon, le
23 mars 1653. Après la mort de François Yver,
qui tenait à ce qu'il paraît l'évêché de Luçon
comme fidéi-commissaire des seigneurs de Ri-
chelieu , il fut, à peine âgé de vingt-deux ans,
désigné pour le remplacer, mais vers 1605 il se
démit de ce siège en faveur de son frère Armand,
pour entrer chez les Chartreux. Il fit en effet
profession en 1606 à la Grande-Chartreuse, et
pendant vingt et un ans mena la vie la plus aus-
tère. Il était prieur de Bonpas quand son frère,
devenu tout-puissant, le tira malgré lui du
cloître pour le faire archevêque d'Aix. Il fut
sacré à Paris, le 21 juin 1626, et transféré deux '
ans après à Lyon. Le 21 août 1629, Urbain VIII
le fit cardinal , dérogeant , en cette circons-
tance, au décret de Sixte Quint, statuant que
deux frères ne devaient jamais porter la pourpre
en même temps. Il devint successivement grand
aumônier de France (mars 1632), doyen de
Saint- Martin de Tours ( 13 juillet 1632 ), abbé
de Saint-Victor de Marseille et de Saint-Étienne
de Caen ( 1640 ), de la Chaise-Dieu ( 1642) et
proviseur de Sorbonne après la mort de son frère.
Chargé en 1635 par Louis XIII de négocier avec
la cour de Rome pour mettre un terme à quel-
ques différends, il s'acquitta de cette mission
avec succès. Une maladie épidémique faisait
alors dans 1e diocèse de Lyon de grands ra-
vages ( 1638 ) : il n'hésita point à s'y rendre aus-
sitôt, et se signala par son zèle et sa charité, en se
dévouant ix)ur porter secours aux malades. Après
la mort de Louis XIII le cardinal ne quitta plu^
Lyon que pour assister au conclave qui élut In
nocent X ( 15 septembre 1644 ) et pour présidei
l'assemblée générale du clergé de France ( 1645]
à Paris, Attaché aux devoirs de son état, il s(
mêla très-peu des intrigues de la cour ; auss
doit-on regarder comme fort suspectes quelque:
anecdotes rapportées à son sujet par Talleman
des Réaux. Ce qu'on peut lui reprocher avei
plus de vérité, c'est d'avoir quelquefois trop do
cilement épousé les ressentiments de son frèn
le ministre. La BibUothèque impériale possèdi
de lui un recueil in-folio de ses lettres i
Louis XIII et aux plus illustres personnages di
la cour. H. F.
Abbè de Pure, f^ie de Richelieu cardinal de Lyon, ci
latin; Paris, 16B3, in-lS. — Gallia christiana, t. I et v
— Du Tems, Le Clergé de France, t. IV. — Aubéri
Dict. des cardinaux.
RICHELIEU ( Louis-François-Armand m
Plessis, duc oe), maréchal de France, né 1(
13 mars 1696, à Paris, où il est mort, le 8 aoû
1788. 11 était fils unique d'Armand-Jean Wi
gnerod du Plessis, duc de Richelieu, né en 162i
et mort le 10 mai 1715, et d'Anne-Marguerit*
d'Acigiié, sa seconde femme. Son père (1) , am
particulier et un des premiers protecteurs d(
M^e de Maintenon, épousa en 1702, en troi
sièmes noces, Marguerite-Thérèse Rouillé, veuvi
de Jean-François, marquis de Noailles, don
11) Né en 1G29, il mourut le 10 mal 1716, à l'âge di
quatre-vingt-sU ans. De sa première femme, Anni
Poussart, veuve du comte de Maronnes, 11 n'eut poin
d'enfants. La seconde, qu'il avait épousée le so juille
1684, lui donna un fils, qui fait le sujet de cette notice
et trois filles : Marie-Catherine-Armaride, née le 2!
juin 1685, mariée au comte de Clémont ; Èlisabeth-Mar-
çucrite-Jrmande, née le 12 août 1686, prieure perpé-
tuelle des bénédictins ; et Marie-Gabrielle-Élisabeth, vit
le 27 Juin 1G89, abbesse du Trésor (diocèse de Rouen)
tsi
RICHELIEU
222
ille avait une fiHe unique. En s'épousant ils ar-
ètèrent le mariage de leurs enfanls , dont ils
tassèrent et signèrent le contrat en attendant
[u'ils fussent en âge de le réaliser.
Né en 1696 , mort en 1788, le maréchal de
tîohelieu résume et personnifie le dix-huitième
iècle. Il en eut au plus haut degré les qualités
t les défauts, les grandeurs et les faiblesses,
es hardiesses et les préjugés , les vices et les
'ertus, si l'on peut donner ce titre à cette gé-
iiérosité foncière et à ce sentiment de l'Iion-
ipur qui en France survivent à toutes les
orruptions. 11 fut essentiellement de son
emps par la frivolité, le goût de l'intrigne, la
lalanterie sans scrupules, l'immoralité sans
emords, l'ignorance élégante, la superstitieuse
incrédulité, et à travers tout, la belle humeur
imperturbable et le courage railleur. Cette car-
ière extraordinaire, véritable chef-d'œuvre de
'indulgente destinée, s'ouvre aux derniers
rayons de cettedécadence encore grandiose du
uouvoir et de la gloire de Louis XIV, et elle
'arrête aux premiers grondements de l'orage
révolutionnaire. C'est lace qui rend cette longue
ie, — que ne distinguèrent d'ailleurs, mal-
gré quelques beaux moments , ni les grandes
lensées ni les grandes actions, et qui dut son
dat plutôt au reflet des événements qu'à leur
lirection, — si curieuse et si intéressante à étu-
lier. Par une rare bonne fortune , celui qui re-
présente le mieux le dix-huitième siècle en fut le
îernier survivant; Privilège unique, qui continue
)ar l'indulgence de la postérité les faveurs de
a fortune, et qui assure à Richelieu, cet en-
ant gâté de la nature et de l'histoire, le bé-
néfice de ce traditionnel engouement , plus du-
■able parfois que la gloire,
î Le duc de Richelieu fut ondoyé le 13 mars
1696. Il était venu au monde au bout d'une gros-
sesse de sept mois seulement, et cette naissance
brématurée causa à ses parents des appréhensions
[lue son robuste tempérament et sa longue vie
(l'ont point justifiées. Dès le premier jour de son
existence, il lutta contre la mort et fut enve-
loppé et conservé dans une boîte de coton. 11
est vrai de dire qu'il faillit succomber, et fut
iTiême abandonné des médecins ; mais cette pre-
OQière maladie fut en même temps la dernière.
H fut baptisé en 1699, et tenu sur les fonts par
e roi et la duchesse de Bourgogne. M""* de Main-
tenon, qui avait des obligations au duc son père,
Bt qui étant M^eScarrou allait souvent chez lui,
« ce qui fit même un peu parler contre elle dans
île temps », était bien aise de servir le fils de son
[ancien protecteur (1). Son baptême se fit avec
[éclat. « Son éducation fut assez négligée ; son
ipère, peu instruit, qui s'était toujours livré à ses
[plaisirs et qui était vieux, ne put veiller à son
[instruction; elle fut confiée sans surveillance aux
[soins d'un gouverneur qui n'avait point les qua-
(i| Voir les souvenirs de M™» de Caylus,
lités nécessaires pour le bien élever. D'ailleurs,
l'enfant ét^t volontaire et aimait mieux jouer
qu'étudier, en quoi il fut secondé par son gouver-
neur, qui, voulant conserver sa place, vantait
toujours les progrès de son élève^quoiqu'ii en fit
fort peu (1). » Il fut présenté en 1710 à la conr
et accueilli par le roi, avec une bienveillance par-
ticulière. Une lettre de Mme <Je Maintenon à son
père donne la mcsuredusuccèsdecedébut, auquel
elle s'intéressait vivement. « Je suis ravie, mon
cher duc, d'avoir à vous dire que M. le duc de
Fronsac réussit très-bien à Marly. Jamais jeune
homme n'est entré plus agréablement dans le
monde : il plaît au roi et à toute la cour, il fait
bien tout ce qu'il fait ; il danse très-bien , il
joue honnêtement; il est à cheval à merveille, il
est poli; il n'est point timide, il n'est point
hardi, mais respectueux ; il raille, il est de très-
bonne conversation ; enfin, rien ne lui manque,
et je ne lui ai pas encore vu donner un blâme...
Madame la duchesse de Bourgogne a une
grande attention pour monsieur votre fils. »
Pour couper court à des succès qu'encourageait
par trop un si haut exemple, on résolut de ma-
rier Richelieu. 11 dut donc se résigner, non sans
protester contre ce remède prématuré, à épou-
ser, le 12 février 1711, Anne-Catherine de
Noailles (2). Le moyen qu'on avait employé
pour contenir les entraînements d'une âme et
d'un tempérament de feu ne firent, comme ii
arrive trop souvent, qu'attiser la flamme. Ri-
chelieu, dès les premiers jours d'une union
qu'il n'avait même pas voulu consommer, se
jeta dans les plaisirs et les excès de son âge avec
toute l'ardeur que porte au fruit défendu la li-
berté reconquise. Il" jouait et perdait beaucoup ;
il irritait son père, il narguait les caresses et les
larmes de la jeune épouse, qui l'adorait inutile-
ment. Une lettre de M^e de Maintenon, du 5 mars
1711, nous la montre quelque peu revenue de ses
illusions. « M. le duc de Fronsac sort de ma
chambre,pénétré de douleur de ce qu'il a fait et
de vous avoir fâché... Il m'assure qu'il n'a joué
qu'une fois sur sa parole et qu'il n'a fait qu'un
seul voyage de mille louis ; il m'a donné sa pa-
role plusieurs fois de ne jamais jouer qu'argent
comptant et à de petits jeux. Il m'a parlé avec
tout l'esprit possible et m'a montré des senti-
ments dont on doit tout espérer, s'ils sont sin-
cères. » Ces bonnes résolutions ne tinrent pas
longtemps contre les irrésistibles coquetteries de
l'aimable duchesse de Bourgogne et contre les
occasions que multipliait trop facilement ce rôle
d'enfant prodige, d'enfant gâté qu'on avait laissé
( I) Mémoires du maréchal de Bichelieu { par Soula-
vle), édlUon Barrière, t. I, p. 2.
(2) Belle-fille de son père. Elle était plus âgée que
lui, manquait d'attraits et, selon nichelieu, avait le carac-
tère revêche. Saint-Simon, au contraire, en fait l'éloge
en enregistrant sa mort, arrivée prématurément en
1716. « Elle était de rertu, d'esprit et de beaucoup de
mérite, que le bel air de son mari n'avait pas rendue
tieureuse. »
223
RICHELIEU
224)
prendre à la cour au jeune Fronsac. Tous ces
badinages paraissaient sans conséquence vis-à-vis
d'un étourdi contre lequel on était défendu à la
fois par sa légèreté, son mariage et le rang. Cette
sécurité trop complaisante parut sans doute of-
frir quelques dangers au roi , fort attentif aux
plus secrets détails de la conduite des membres
de sa famille, et à M™^ de Maintenon, qui faisait
surveiller Richelieu par le courtisan Cavoye,
devenu dévot. Le caractère de la jeune et es-
piègle duchesse de Bourgogne, si l'on en croit
les indiscrétions de Saint-Simon et de Madame,
n'était pas fait pour démentir des bruits que ses
imprudences autorisaient assez, à défaut de sa
conduite. Richeheu, à ce qu'il paraît, avait laissé
tomber un portrait en miniature qui trahissait trop
d'espérances, sinon trop de souvenirs. Le vieux
duc son père, encore plus courtisan que débauché,
fut le premier à appeler sur lui les éclats de la
colère royale. La foudre éclata à la suite d'un
petit comité tenu entre Louis XIY et Mme de
Maintenon. La première atteinte en fut néan-
moins assez bénigne, car on se borna à mettre
à la Bastille Richelieu, qui le 22 avril 1711 alla,
sous bonne escorte, y méditer sur l'inconvénient
qu'il y a à négliger sa femme pour s'attaquer aux
princesses.
Nous devons dire immédiatement, comme
conclusion de ce premier épisbde d'une vie si
aventureuse et si romanesque, que, du propre
aveu de Richelieu lui-même, il n'y eut rien dans
son commerce avec l'aimable princesse que de
très-innocent, et que la crainte et la colère purent
seules motiver une mesure dont la rigueur fut
plus prévoyante que nécessaire. Nous nous plai-
sons à ajouter ce témoignage à ceux que la vi-
comtesse deNoailles(l) a accumulés avec un zèle
si délicat à la décharge de la duchesse de Bour-
gogne. Le duc de Lévis, dans ses Souvenirs et
Portraits, confirme, pour les lui avoir entendu
répéter, ces aveux du maréchal. Nous aurons
trop peu d'occasions de vanter sa discrétion et sa
modestie pour lui épargner cet éloge.
Richelieu ne fut pas enfermé seul à la Bas-
tille. On lui donna pour compagnon de sa cap-
tivité un vertueux ecclésiastique , l'abbé de Saint-
Remy , qui consentit à la partager pour en
adoucir et en féconder la leçon. Richelieu lui
dut l'achèvement de cette éducation classique
si incomplètement ébauchée, et dont son ortho-
graphe, par exemple, devait toute sa vie ac-
cuser les lacunes. Il s'occupa, avec le bon abbé,
durant les longs loisirs de la prison, d'une tra-
«luction de Virgile, que son précepteur publia.
Un jour, son compagnon de prison fil subitement
place à une compagne, qui n'était autre que M"e de
Fronsac elle-même. On l'avait envoyée, non sans
quelque malice, triompher d'une résistance qui
ne semblait plus possible dans des conditions si
inégales, et consommer, par le pouvoir de ses
(1) Mélanges de liUdrature et d'histoire oublies par
la Société des Hibliophilcs {\%r.<i).
charmes, une conversion quel'abbé deSaint-Remy
n'avançait pas assez au gré de la famille et du roi. -
« Il n'y a pas d'autre exemple, en France ou ail- 1
leurs, ne peut s'empêcher dédire leducdeLevis,
qu'uneprisond'État ait servi à redresscrde sem-
blables torts, et il est inconcevable qu'un aussii
grand prince que Louis XiV n'ait pas dédaignéi
d'inlerposer son autorité dans des querelles de
ménage. » Quoi qu'il en soit, on amenait M™e de
Richelieu une fois par semaine à la Bastille, et le
gouverneur avait ordre de n'accorder quelque
adoucissement à son prisonnier qu'autant que
sa femme se montrait satisfaite de l'accueil con-i
jugal qu'elle recevait de lui. Richelieu se mita àé\
tester tout de bon une épouse qui de légitime deJ
venait forcée. Il ne lui pardonna jamais d'avoij
par sa présence aggravé son supplice, et à peine
libre il lui témoigna ses mépris non plusenhommf
qui s'ennuie, mais en homme qui se venge. S'i
fallait l'en croire, elle-même finit par mériter s;
haine d'une façon plus sérieuse et par justifia
ses infidélités en les imitant (1).
Grâce à l'obstination d'une résistance si \m
prévue, Richelieu demeura quatorze mois à I;
Bastille, et il etlt peut-être payé plus cher encor
l'affront de sa victoire, si cette détention san
proportion avec ses motifs n'eût soulevé à V
cour et à la ville, surtout parmi les femmes, de
murmures d'indignation et de pitié, dont le rc '
jugea bon de prévenir l'explosion en en faisan
cesser la cause. Richelieu sortit donc de la Bas
tille, mais il fut envoyé en qualité de mousquf
taire en Flandre, sous les ordres du maréchal d
Villars. Richelieu, queVillars avait pris en affe(
tien et qui ne le quittait pas, se distingua à se
côtés par un sang-froid et un courage qui n'é
talent point sans mérite, car Villars, à la fois g(
néral et soldat, ne se ménageait pas, et se porta
sans hésiter aux points les plus dangereux. G
put s'en convaincre au siège meurtrier de Fri
bourg, où Richelieu fut blessé à la tête d'un cou
de pierre dont il porta les marques !e reste de s(
jours, et où le maréchal le fut aux hanches, près
que dans le même temps. Richelieu fut chargé pf
Villars de porter au roi la nouvelle de la rec
dition des forts et de la place. Par la nettei
et l'entrain de son récit et par la précision c
ses réponses, il enchanta son sévère interlocuteu
qui le récompensa par ces flatteuses paroles
s'il faut en croire ses Mémoires : « L'appare
de votre blessure efface la honte de la lettre c
cachet que je signai contre vous. Comporte;
vous bien, car je vous crois destiné à de grandi
choses. »
Richelieu, quand la fin prévue et prochaine c
Louis XIV permit aux divers partis de se fonne
semble avoir gardé au milieu de ces rivaliti
une réserve qui n'est habile que lorsqu'elle fa
un choix et le fait à propos. Par ses mœurs, s( .
prodigalités, son goût des plaisirs il semblait de j
(1) flJemoircs de Itichelicu
privée, etc. (par Faur).
1 par Soulavie |. — P
225
RICHELIKU
226
tiné à grossir le groupe des roués , qui ne pou-
vait rien attendre que du duc d Orléans. Mais
18 souvenir du patronage bienveillant de M"* de
Maintenon , le brillant et séduisant accueil de
Sceaux, et peut-être tout simplement cet esprit
de contradiction, l'attirèrent dans le parti de la
duchesse du Maine, auquel il ne donna néan-
moins des gages décisifs de dévouement que plus
fard, et lors même qu'il était trop tard. Le régent
n'aimail point Richelieu, dont il redoutait les
malices. M'ne la duchesse douairière, l'impétueuse
l'rincesse palatine, le détestait bien plus cordia-
lement encore. Bientôt des ressentiments dont
Hichelieu se plut à multiplier les causes enve-
nimèrent sa disgrâce, qui Ait consommée lors-
qu'il annonça l'intention de la mériter et de s'en
I venger à la fois, en enlevant successivement au
régent ses filles et ses maltresses. C'est ainsi
qu'on le vit abandonner ou feindre d'aban-
donner, pour se consacrer tout entier à made-
moiselle de Valois, la belle et spirituelle Cha»
rolais. Cette passion, qui semble avoir eu plutôt
chez lui son siège dans la tête que dans le cœur,
fut du côté de la jeune princesse, sincère, ar-
dente, exaltée. Un pareil sentiment méritait un
plus digne objet, car Richelieu, non content d'ex-
! poser plus d'une fois les deux belles princes-
ses (1), à des conflits dont quelques-uns firent
'amusement de la cour, leur donnait chaque jour
dans les conquêtes les plus mêlées, bourgeoises,
i actrices ou duchesses, les rivales les plus inat-
I tendues.
On avait prêté au jeune duc des propos lé-
gers, envenimés à dessein , sur une dame qu'il
devint bientôt difficile de compromettre, tant elle
mit de bonne volonté à s'afficher. Son mari, le
comte de Gacé, chercha querelle à Richelieu au
milieu du bal de l'Opéra. Après a voir échangé quel-
ques paroles piquantes, les deux adversaires se
levèrent, sortirent, et dès le milieu de la rue
Saint-Thomas du Louvre, se mirent à vider
l'épée à la main leur différend. Richelieu blessa
Gacé légèrement. Gacé, supérieur en force et en
âge, lui passa l'épée au travers du corps, sans
I offenser les entrailles. Cette affaire se passa le
1 17 février 1716, en présence d'un grand con-
cours d'assistants, ce qui obligea !e parlement
d'évoquer le procès. Par ordre du régent, les
I deux combattants furent mis à la Bastille, où ils
reçurent la visite de toute la cour. Ils y de-
meurèrent six mois, au bout desquels il y eut
i un arrêt de plus ample informé pendant trois
mois, et cependant mise en liberté. Le 21 août
1716 Richelieu sortit de la Bastille, après avoir
vu et embrassé Gacé et avoir dîné avec lui chez
' le gouverneur. Son duel et sa captivité avaient
' plus que jamais exalté l'amour de la belle
i Charolais , qui trouva moyen de le voir, dé-
! guisée, dans son cachot, dévouement dont il ne
f méritait guère les excès, car les premiers liom-
il) Voir les SIémoires de Besenval, éd. Barrière, p. 32.
I HOCT. BtOCR. CÉNÉri. — T. XLI.
mages de sa liberté furent pour mademoiselle
de Valois. Celle-ci s'abandonna à des senti-
ments qu'elle éprouvait avant de les inspirer,
avec une imprudence qui les rendit publies et
qui provoqua à un haut degré l'indignation de
Madame et le mécontentement du régent. Pour
faire une diversion qui fût en même temps une
vengeance, Richelieu imagina d'enlever la Souris,
belle danseuse de l'Opéra, qui avait pour le mo-
ment les préférences du duc d'Orléans. Celui-ci
prit le parti de rire d'une insulte qui n'attaquait
que ses vices, et montra la même tolérance àl'é-
gard des usurpations commises à son préjudice
auprès de Mmes d'Averne, de Parabère et de bien
d'autres. Bientôt une aventure extraordinaire, le
fameux duel au bois de Boulogne entre M^es de.
Nesie et de Polignac (l), vint mettre le comble
à sa galante célébrité. Richelieu devint en ce mo-
ment l'objet d'un engouement dont rien ne peut
donner l'idée, pas même ses indiscrétions. Il
changea les formes de la pudeur et déplaça les
mobiles de l'amour-propre, puisque les femmes
le mirent non à être victorieuses, mais à être
vaincues par lui, et se rendirent sans coup férir
à un homme auquel il était de mode de ne point
résister.
La conspiration de Cellamare, dans laquelle,
mécontent du régent, qui affectait à son égard
une indifférence plus blessante que la haine,
Richelieu prit un parti qui témoigne à la fois
de sa légèreté et de son ambition, éclata sur ces
entrefaites. La culpabilité de Richelieu en cette
affaire est irréfutablement démontrée (2) ; elle
allait jusqu'à la trahison , puisqu'il offrait à
l'Espagne son régiment et Rayonne (3). Qu'es-
pérait-il pour oublier ainsi son devoir le plus
sacré, celui de la fidélité qui avait fait par le
cardinal la grandeur de sa race.' Est-ce pour
le commandement des gardes françaises, pour
un gouvernement, ou simplement pour se faci-
liter un mariage qu'il rêvait (étant devenu veuf
dès les premiers temps de la régence ) avec
M'ie de Charolais et qui l'eût allié à la maison de
Bourbon ? Heureusement pour lui, son sort était
entre les mains de Dubois et du régent, qui tou»
deux étaient enclins à la clémence, l'un par sys-
tème, l'autre par caractère. D'ailleurs son intrigue
était plutôt une échauffourée personnelle, uncoup^
de tête irréfléchi qu'un complot; car, au témoi-
gnage de fous les contemporains, elle était
isolée et sans relation avec la véritable cons-
(1) Madame; qui voudrait enlever à Richelieu non-
scuietuent ses moindres mérites, mais ses moindres suc-
cès, fait honneur de cette singulière rencontre à M. Ce
Soubise. — D'autres ont dit d'AlIncourt. Il est incontes-
table que Richelieu en fut le héros.
(2) roy Siiinl-Slmon, édition ln-1!, Hachette, t. XI,
p. 107. — Mém. de d' Argenson, éd. Ratbery, p. 24, et l.e-
montey, Hist. de la régence, t. 1, 2S1. Foy. aussi Duclos.
(3) Richelieu avait été chargé, le 26 février I717,
d'aller porter le cordon de l'ordre du Saint-Esprit au
prince des Asturlcs, fils de l'hilippe V. Cette mission, on
ne sait pourquoi, fut contremandée. Elle fut néanmoins
l'occasion de ces relations avecCeliaraare etrAlberoni.qui
devaient lui être funestes.
8
227 RICHELIEU
piration dont Sceaux était le rendez-vous et le i avait obtenu d'aller faire une
225.
théâtre (1). Par tous ces motifs l'affaire de |
Richelieu, qui aurait pu être très-grave, le de- \
vint beaucoup moins, et il ne tanla pas à res- j
sentir les effets de cette indulgence dont le ré-
gent semblait avoir fait sa vengeance et qu'il
exprimait ironiquement en disant qu'il avait
entre les mains de quoi faire couper au duc de
Richelieu quatre (êtes, s'il en avait une. Le
29 mars 17 i9, il fut conduit, sous l'escorte de
douze archers, à la Bastille, où il fut d'abord res-
serré assez étroitement et interrogé par Le Blanc
etd'Argenson.Onlui accorda bientôt, pour char-
mer les ennuis de sa captivité, des livres, un
trictrac et une basse de viole, qu'il demanda. Il
dut des consolations d'un autre genre au dévoue-
ment ingénieux de M'ie de Charolais et de
Mlle de Valois, auxquelles le danger de leur
infidèle fit faire cause commune. A son tour,
Mlle de Valois s'institua, en dépit des gardes et
des verrous, la compagne et la consolatrice de
son amant. Il n'y a pas à s'étonner de ces té-
moignages vraiment extraordinaires de cou-
rage et de Odélité donnés par deux princesses
qui eussent tout perdu à un éclat, quand on voit
cet engouement partagé par toutes les femmes,
et Richelieu, objet de tant de sollicitudes flat-
teuses, « se promener sur la terrasse frisé et paré
et toutes les dames se tenant dans la rue pour
voir cette belle image (2) ».
Ce n'est qu'au bout de six mois que le ré-
gent parut se rendre aux prières de sa fille,
aux bouderies de MUe de Charolais et aux ins-
tances du cardinal de Noailles, auquel Richelieu
avait persuadé qu'il payerait de la vie, étant déjà
dangereusement malade, une plus longue déten-
tion. Le régent se laissa fléchir, mais non au prix
infâme que supposent calomnieusement les Mé-
moires de Richelieu (par Soulavie), qui mêlent
tant de faux à un peu devrai. L'unique condition
de cet élargissement, s'il y en eut, paraît avoir
été le consentement par MUe de Valois à épouser
le fils du duc deModène. Pendant ce temps Riche-
lieu était exilé à Conflans, et de là à Richelieu,
d'où il ne lui fut possible de revenir que pour
assister au départde celle qui s'immolait pour lui.
Avec ces adieux se terminèrent des relations
que Soulavie prétend s'être prolongées romanes-
quement jusqu'à Modène même, sous un dégui-
sement. Il est plus croyable, comme l'affirme
Besenval, qu'une cruelle expérience dessilla
enfin les yeux de la princesse abusée, qui aima
mieux se soumettre à des devoirs pénibles ,
mais honorables, que s'exposer plus longtemps
à des déceptions trop multipliées. Richelieu
pause à Saint-
Germain, où il avait une maison, puis d'y de-
meurer, ai>rès d'être à Paris sans voir le roi ni
le régent. Au bout de trois mois, il eut permis-
sion de les saluer, et tout fut bientôt oublié (1) ».
« Il se montra bientôt, dit Duclos, avec un
vernis d'importance que lui donnait une prison
pour affaire d'État, et l'air brillant d'un jeune
homme qui doit sa liberté à l'amour (2). »
L'Académie française devait saisir la première
occasion d'appeler dans son sein le descendant du
grand homme qui l'avait fondée. Le jeudi 12 dé-
cembre 1720 le jeune duc deRichelieu fut reçu, en
remplacement du marquis de Dangeau. « L'abbé
Gédoyn lui fit le compliment, et le loua sur ceque
dans ces temps-ci il n'avait point oublié son rang
et sa qualité pour ne songer qu'à faire des gains
sordides (3). » Richelieu en effet, soit insou-
ciance naturelle, soit qu'il fût absorbé par l'a-
mour, l'ambition et leurs conséquences, était
du petit nombre des grands seigneurs qui avaient
gardé leur nom pur des hontes de l'agiotage.
Pour lui, il débita avec un grand succès un dis-
cours dont la plume officieuse de Fontenelle, de
Destouches et de Campistron lui avait fourni
divers modèles. Il prit dans chacun de ces pro-
jets ee qu'il y trouva de meilleur, en réduisit
les savantes élégances qui l'eussent trahi, aune
précision simple et naturelle, et put donner
ainsi cet ouvrage d'autrui comme son propre
ouvrage. Son travail autographe a été conservé,
et Soulavie, qui l'a eu sous les yeux, en établil
l'authenticité par de nombreuses fautes d'ortho-
graphe (4).
Richelieu fut reçu pair au parlement pour h
duché de Richelieu le 6 mars 1721. « Le dm
de Richelieu, âgé de vingt-cinq ans, dit le journa
de Matthieu Marais, entra au parlement. I
avait tout son habit, le manteau et les chaussei
d'une étoffe d'or très-riche, et qui coûtait deu)
cent soixante francs l'aune. Il ressemblait à l'A-
mour. » Richelieu devait être leçu une .secondi
fois au parlement pour son duché de Fronsac, ei
1723. Les deux dernières années de la régenci
s'écoulèrent pour lui sans incidents sérieux. I
les consacra exclusivement aux plaisirs et ai
manège d'une bouderie qui singeait la disgrâce
Cette période frivole de sa vie n'offre d'intérê
que pour le chroniqueur, peut-être pour le mo
raliste, mais surtout le romancier. Nous ne trou
vons à y signaler qu'un duel avec M. le duc d
Bourbon, à l'occasion de Mii« de Charolais, e
qui est raconté par Barbier (5).
Sous ia régence de M. le Duc, Richelieu
dont l'apparente indifférence cachait beaucou]
(1) Mémoires de M"'" de Staal ( OEuvres ), t. I, p. 246, j
Mad:iiiie, t. 11, 103, et jVe'motrÉ's de Duclos [OF.mres), :
1. V, p. 3S7. I
(2) Madame, t. Il, p. 112. — Richelieu déploya du reste
(liiijnt ses Interrogatoires et sa captivité, qui (ut d'à- j
Ijord très-sévère et de formes peu rassurantes, une pre- |
,.cncf d'esprit et une fermeté auxquelles M-»» de Staal et i micicn honoraire.
dArgensonrendent un juste hommage. ' (5) «arbicr, 1. 1, p.
(1) S.ilnt-Simon, éd. in-12, t. XI, 152.
(2) Duclos, OEuvres, t. V ; Mémoires, p. W.
(3) Barbier, I. 90.
(4) lin 1731 l'Académie dcs.sciences mit le comble au
honneurs littéraires de Richelieu en le nommant acsdé
229
(Vambilion, fait partie du Rronpc intime de ces
derniers roués qui attendaient d'un sourire de
madame de Prie l'heure de la faveur. Il parvient
enfin à être employé, tout en paraissant n'y point
tenir Le voilà tout d'un coup, sans rivalité,
presque sans jalousie, ambassadeur à Vienne
( 1723 ) dans des circonstances assez difficiles
pour qu'il semble n'eu pouvoir revenir qu'o-
dieux ou ridicule.
L'ambassade de Vienne marque dans la vie
morale de Richelieu le passage de l'amour à
l'ambition. Désormais ces deux passions se
partageront sa physionomie. L'empreinte de
l'ambition y domine même toutes les autres,
car depuis 1724 la galanterie, qui semblait être
un but pour lui, ne sera plus qu'on moyen.
J! y aurait un curieux récit à faire de cette
ambassade, dont le but était de neutraliser les
tentatives rancunières de l'Espagne, à laquelle
on venait d'infliger l'affront du renvoi de l'in-
l faute, et de tourner au profit de la politique
française les efforts de la cour rivale, qui, sa-
crifiant ses intérêts à sa vengeance, achetait
sans hésiter, au prix d'un accommodement hu-
miliant et onéreux, i'hostiHté de l'Autriche. Ses
ennemis durent être bien marris et ses amis bien
étonnés.quand ils apprirent que Richelieu, d'abord
retenu aux portes de Vienne, et auquel des répu-
gnances toutes-puissantes marchandaient son en-
itrée, avait reçu cette audience tant disputée, s'y
était rendu le 7 novembre 1725 avec un cortège
qui éclipsait tous les précédents et donnait à une
faveur ordinaire toute l'apparence d'une victoire,
avait acquis par la prodigue hospitalité de ses
fêtes une popularité qui imposait son influence,
avait par un éclat calculé, forcé le duc de Rip-
perda, son pusillanime et insolent antagoniste, à
lui céder le pas et à repartir humilié pour l'Es-
pagne, enfin avait successivement emporté, par
un séduisant mélange de modestie et de hauteur,
de ruse et de force, la promesse de la neutralité
de l'Empire , sa coopération à un traité de ré-
conciliation avec l'Espagne et l'espérance d'un
ichapean pour l'évêque de Fréjus, devenu pre-
mier ministre. Richelieu fut heureux jusqu'au
|bout, même dans ses fautes. Cédant à son goût
pour le merveilleux, il s'était gravement com-
I promis, avec l'abbé de Zinzendorff et le comte
de Vestcrloo, dans une aventure de sorcellerie,
rendue tragique par la mort d'un des acteurs.
iMais il parvint à dominer la fâcheuse impression
causée par cette affaire et à rentrer en France
pour y jouir, dans une brillante impunité, des
bénélices de son succès. Cette intéressante et
[romanesque ambassade de Vienne, dont il faut
lire les détails dans les Mémoires de Maure-
pas (1), ceux de Duclos (2), et surtout dans le
récit de Lemontey ' (3) , valut au négociateur
(1) Mémoires de Maurepas, t. IV, p. 5.
(2) Duclos, OEuvres, t. vr, 268.
I f;i) Histoire de la régence, t. Il, cli. xviir, p. 229. -
t V ;ir aussi Barbier, II, 9.
IIICHELIEU 230
triomphant le cordon bleu, auquel il fut promu
par dispense d'âge, le l""" janvier 1728.
Ses prodigalités de Vienne avaient fort ébranlé
sa fortune, et il avait eu de ces moments
de gêne où il n'avait pu refuser le rouleau de
louis que lui envoyait une de ses maîtresses.
Voltaire lui-même, depuis si longtemps son
ami , n'avait pu éviter de devenir son créan-
cier. Les conseils de M™e de Tencin, un mo-
ment sa maîtresse et toujours son Égérie, ne lui
fournissaient que des moyens d'avancement qui
n'aboutissaient pas. A la cour de Louis XV, de-
puis 1732, date de ses premières infidélités avé-
rées, on ne faisait fortune que par les femmes.
Donner au roi une maîtresse allait devenir, au
détriment de services plus honorables, l'unique
mais infaillible moyen de parvenir. Or par une
fantaisie qui ne s'explique que par le désir de
profiter seul d'une complaisance non partagée,
Richelieu, au lieu de s'associer aux efforts de
l'habile intrigante pour faire en même temps la
fortune de M"°e de Mailly et la sienne, s'était
avisé de contrecarrer le plan et d'essayer, sans
succès, de fixer le choix du roi sur une M™e Por-
tail, bientôt congédiée.
Richelieu se tourna tout désappointé du côté
de la guerre, et se décida à faire campagne en
qualité de simple colonel du régiment qui portait
son nom (octobre 1733). Le 7 avril 1734 il épou-
sait Marie-Éiisabeth-Sophie de Lorraine, seconde
fille du prince de Guise. C'était une femme accom-
plie. Elle eût même été belle pour tout autre que
son mari. Elle l'aimait passionnément. Elle mou-
rut dans ses bras, le 2 août 1740, sans jamais
s'être vengée, comme sa première femme, de se.s
nombreuses infidélités autrement que par d'ingé-
nieuses plaisanteries. Ce brillant mariage ne
plaisait point à tout le monde, surtoutaux princes
de Lorraine , parents de M™e de Richelieu, qui
faisaient fort peu de cas du caractère de leur
nouveau cousin et encore moins de sa noblesse.
Cette noblesse pouvait pat aître mince, en com-
paraison de la leur, et elle avait été, durant la
régence, fort attaquée dans les pamphlets parle-
mentaires. Ce fut là l'occasion d'un duel entre
Richelieu et le piince de Lixin, auquel il coûta
la vie (1) (2 juin 1734). Richelieu ne quitta pas
Tarmée sans avoir rougi de son sang cette tran-
chée qui avait été le théâtre du combat. Cette
affaire, où il avait du reste été provoqué, ne le
fit point disgracier, et ajouta à cette réputation
de bravoure et de galanterie qui le rendait éga-
lement redoutable aux hommes et aux femmes.
Richelieu fut fait dans l'année 1738 maréchal
de camp (2) et lieutenant général du roi en Lan-
guedoc. C'est en 1739 qu'il tua en duel M. de
Pentenrieder, Allemand dont il n'avait pas eu à
se louer pendant son ambassade de Vienne.
(1) Barbier, H, 464.
(2) Il avait été fait brigadier en 1734, à la .suite d'un.":
campagne soiisics ordres du maréchal de Berwick, où il
s'était distingué, ootamoientau siège de KehI.
8.
î^31 RICHELIEU
Moins heureux dans ce combat acharné, dont une
rivalité galante avait été le prétexte, et qui eut
lieu deirière les Invalides, il fut traversé de
part en part, et cette blessure, qui le fit longtemps
souffrir, sembla compromettre à jamais une
santé dont il abusait de toutes les manières.
C'est à ce moment que Voltaire vint lui offrir de
placer chez lui 40,000 livres en viager, en lui
disant qu'il n'aurait pas à lui en servir longtemps
les intérêts. La scène dut être bonne enîre ces
deux moribonds, qui se complaignaient sans rire
et dont l'un mourut à quatre-vingt-quatre et
l'autre à quatre-vingt-douze ans. Du reste, la
mort de son beau-père le prince de Guise (1739)
ne tarda point à rendre inutile le renouvelle-
ment de semblables emprunts, carie défunt était
riche, et sa succession, qui valut à Richelieu près
de 00,000 livres de rente, ferma les brèches
qu'il avait faites à sa fortune , aussi compromise
par ses mariages que par ses amours.
Bientôt nous voyons Richelieu, libre de tout
autre soin et de tout autre devoir que de plaire
au roi, gagner peu à peu la confiance de ce piince
et être admis aux honneurs de l'intimité. 11 mina
sourdement la faveur de M'"e deMailly.Mmedela
ïournelle succéda à sa sœur dans cette royale fa-
veur (1743)qui devait successivement flétrir quatre
des filles du marquis de Nesle. Richelieu eut la plus
grande part à cet avènement. C'estlui qui travailla
à vaincre chez le roi l'insurmontable timidité des
premières approches. C'est lui qui fit entendre à
son neveu, le beau d'Agénois, plus tard le duc
d'Aiguillon, premier amant de la dame, qu'il n'y
avait point d'honneur ni de profit à demeurer
le rival d'un roi, et qui calma à la fois ses scru-
pules et ses regrets. Lié d'intrigue avec toutes
les jolies femmes de la cour, soutenu par M™e de
Tencin, Mme de Brancas, Richelieu sut ainsi se
rendre à la fois indispensable et agréable au roi.
Puis par le mariage d'une sœur de la favorite
avec le duc de Lauraguais, mariage auquel il
eut trop de part pour qu'on n'en suspecte point
les motifs, il prépara les chances d'une survi-
vance dont il se ménageait les avantages.
Richelieu ne négligeait pas les moyens, plus
nobles et plus solides, d'avancement. Il avait dé-
ployé dans son gouvernement du Languedoc des
qualités inattendues, s'y montrant à la fois digne
et souple, conciliant et ferme. Au commencement
de la sanglante guerre de 1741 , il fut assez habile
pour déterminer les états de Languedoc, dont
ses démêlés triomphants avec l'archevêque de
Narbonne et~ le parlement lui avaient fait do-
miner les délibérations, à offrir au roi un régi-
ment tout entier, équipé et entretenu à leurs
frais. Le roi, flatté de cette prévenance, nomma
son fils le duc de Fronsac (1), à peine âgé de
232
(1) Le duc de Richelieu avait eu deiiv cnfjnts de son
second mariage, avec M"" de Guise ; le duc de Fronsac,
qui épousa successivement M"* de Hautcfort et M'Ie de
(Jalifet, et une fille, la blonde, belle et splrilucUe com-
tesse U'Egmont.
neuf ans, colonel de ce beau régiment de Septi-
manie, et le 4 février 1744 il donna au père la
charge de premier gentilhomme de la chambre,
vacante par la m&rt du jeune duc de Roche-
cliouart. entraîné par son caractère et son cou-
rage vers les honneurs et les dangers de la gloire
militaire, Riclielieu voulut faire partager au roi
cette noble ambition. Le roi céda à ces conseils, et
partitle 3mai 1744. Richelieu, qui l'accompagnait
en qualité d'aide de camp, reçut dans sa promo-
tion au grade de lieutenant général ( 2 mai 1744)
la récompense d'une valeur dont il avait à la ba-
taille de Dettingen (1743) donné des preuves ap-
plaudies de toute l'armée. Cette belle campagne,
ouverte sous de si brillants auspices, fut trop tôt
assombrie par cette maladie de Metz, qui fut un
moment l'anxiété de toute la France. Richelieu
se distingua par un sang-froid et une audace qui
révélaient l'homme habitué de bonne heure •
à jouer avec la fortune. Profitant de son privi-
lège de gentilhomme de la chambre, qui lui i
donnait la direction absolue du domestique du i
roi, il s'attacha à son chevet, où se trouvaient i
aussi mesdames de Chàteauroux et de Lauraguais.
Pendant plusieurs jours il éloigna de la chambre
royale les grands officiers et même les princes
du sang, cherchant à rassurer le malade ainsi ^
que ses intimes et à retarder l'interventiou du <
clergé, qui devait amener le renvoi des favoi'ites. .
Enfin le roi, reconnaissant le danger, réclama i
lui-même l'assistance de son confesseur, puis»
ordonna le départ des deux sœurs, et fut ad->
ministre. Alors Richelieu reçut du ministre d'Ar--
genson l'avis, semblable à un ordre, de quitter r
Metz. Il crut devoir ne pas obéir, en appelant I
tacitement de la faiblesse de Louis XV mourant I
à la justice de Louis XV guéri. Cette audace, qui i
aurait pu le perdre, lui réussit. Il reprit bientôt
tout son ascendant sur le roi, contribua puissam-
ment au rappel de la duchesse de Chàteauroux,
et allait profiter, pour son élévation, des im-
pitoyables repri'sailles de la favorite, redevenue
triomphante, quand une moit imprévue, qu'il
s'obstina âne pas croire naturelle, rendit le pou-
voir à Maurepas et à d'Argenson , qui n'atten-
daient que leur congé. Ce fut à lui de prendre
le sien et d'aller réparer à l'armée les échecs de
la cour.
La campagne de 1745 marque aussi l'apogée de
la fortune et des seivices de Richelieu. Le gain
de la bataille de Fontenoy, attribué traditionnelle-
ment au génie du maréchal de Saxe, lui revient
en partie. C'estlui qui profitant, assez rapidement
pour la faire croire sienne, d'une inspiration
lieuieuse du comte de Lally, courut la commu-
niquer à Louis XV, et le décida à employer pour
enfoncer la colonne anglaise, qui avait déjà
rompu nos lignes d'infanterie, quatre pièces de |
canon en réserve , destinées à protéger la re-
traite du roi. C'est lui qui, secondant l'effet im-
prévu de la mitraille, se mit à la tête de la mai-
son du roi et chargea avec une irrésistible im-
933
pétuosité les masses ennemies ébranlées. C'est
lui enfin qui, devinant la victoire, et cuinplant
pour la décider sur l'effet moral produit par la
présence du roi, eut le courage, rare dans un
courtisan, de s'opposera sa retraite. L'histoire
rendrait plus volontiers justice au\ services in-
contestables qu'il rendit pendant cette mémo-
rable journée, s'il n'avait essayé, en exagérant
ses mérites, de faire oublier ceux du véritable
vainqueur. Cette illusion de Richelieu, il faut le
dire, semble plus excusable quand ou h voit par-
tagée par le dauphin, qui ne l'aimait pointasse/
pour le flatter, et qui, dans sa relation adressée
à la princesse sa femme, le met en première li-
gne. La bataille de Raucoux (1746) lui valut
des éloges qu'il n'eut besoin de disputer à per-
sonne. Il crut toucher au but de ses secrets dé-
sirs quand il se vit choisi pour organiser et
commander une expédition destinée à faire
une descente en Angleterre et à reconquérir une
coaronne au petit-fils de Jacques II. Mais ce
projet, inspiré par la politique des circonstances,
n'arriva point à réalisation.
C'est alors qu'il fut nommé ambassadeur à
Dresde (décembre 1746). Il était chargé de
demander pour le dauphin la main de Marie-
Josèphe de Saxe, fille d'Auguste, roi de Pologne.
Il se distingua dans celte brillante ambassade par
ses qualités ordinaires, et y renouvela sa répu-
tation de négociateur.
Blessé légèrement à Laufeld, il fut bientôt
demandé par les Génois, révoltés contre l'op-
pression autrichienne, pour achever par la dé-
livrance complète de leur territoire l'œuvre in-
terrompue du duc de Boufflers. Il arriva à
Gênes le 28 septembre 1747, après une tra-
versée dangereuse, où il eut à la fois à lutter
contre la tempête et à tiomper la surveillance
des croisières anglaises, et il justifia bientôt
l'enthousiasme et la confiance qui l'y avaient
applaudi à son entrée , par les succès d'une
campagne extraordinairement difficile, dans un
pays abrupt, où le harcela en vain le comte de
Brown. Gènes enfin affranchie porta dans sa
reconnaissance toute la furia italienne. Riche-
lieu, inscrit dans le livre d'or de la noblesse, et
prenant place de son vivant, par une statue pé-
destre, dans le Panthéon de ia république, nommé
enfin maréchal de France (l 1 octobre 1748), sur les
pressantes instances de cette ville que Boufllers
avait sauvée et dont Richelieu n'avait fait que
consommer la délivrance; voilà quelles lurent
coup sur coup les récompenses de cette heu-
reuse campagne.
De retour à Paris , après seize mois d'ab-
sence, Richelieu trouva Mme de Pompadour
toute-puissante. Quoiqu'il fût assez haut placé
pour ne plus craindre de descendre, il se tint vis-
à-vis de la favorite dans une prudente réserve.
Tout à coup Mme de Pompadour rompt la glace :
elle daigne offrir à Richelieu pour le duc de Fronsac
la main de sa propre fille. Alexandrins d'Élioles.
RICHELIEU 234
Lemaréclial.à cette proposition superbe, répond,
sans se déconcerter, qu'il est confus de tant
d'honneur, et qu'il ne demande que le temps de
consulter l'impératrice reine, dont l'agrément
est indispensable à un homme qui a l'avantage
de tenir à la maison de Lorraine. La scène est
d'une haute comédie. M'ue de Pompadour sen-
tit la leçon, et ne l'oublia point. Il venait d'obte-
nir la lieutenance des chasses de Gennevilliers,
où il avait acheté une maison qui, transformée
et embellie par Servandoni , devint bientôt le
théâtre des fêles les plus brillantes, où Louis XV
et M^e de Pompadour daignèrent assister. Un
accident de chasse, où il eut le malheur de tuer
un homme , le fit renoncer à jamais à ce dan-
gereux plaisir, et il vendit au duc de Choiseul sa
coûteuse maison de plaisance.
Durant les longues querelles du parlement et
du clergé qui troublèrent le règne de Louis XV,
Richelieu, qui avait une répugnance instinctive
et une aversion héréditaire pour les prétentions
de ces corps de magistrature transformés en as-
senriblées délibérantes, se montra l'inflexible ad-
versaire de ces abus d'une autorité usurpée sur
la faiblesse et l'imprévoyance des rois. Il ne
voyait le salut de la monarchie que dans une
répression inexorable, et il n'hésita pas à s'en
faire l'instrument, quoiqu'il eût à ménager dans
le sein du parlement même des amitiés qui lui
étaient précieuses. C'est ainsi qu'on le vit, em-
ployant tour à tour la force et la raison, s'agiter
entre les deux partis, tantôt en médiateur, tan-
tôt en exécuteur. Tandis que .se préparait contre
les parlements ce coup d'État de la royauté, de-
venu nécessaire sans cesser d'être odieux, Ri-
chelieu n'hésitait point à provoquer et à con-
sommer la dissolution des états du Languedoc,
qui refusaient l'impôt du vingtième comme
conti'aire à leurs franchises et privilèges.
Richelieu, devenu en 1755 gouverneur de
Guienne et Gascogne, ne parvint pas à conjurer
entièrement cet orage d'impopularité qui fit pleu-
voir sur lui les traits de la malignité publique.
Il n'avait que trop prêté à cette recrudescence
de satires et de chansons par ses aventures ga-
lantes, au nombre desquelles nous ne voulons
citer que l'aiTaire de M^e de la Popelinière, par
sa fameuse voiture , à la fois alcôve et bou-
doir, où il se faisait traîner par huit vigoureux
chevaux de poste, savourant dans un vrai lit
les douceurs d'un sommeil ingénieusement ga-
ranti des cahots; — mais surtout par ses liai-
sons et ses intrigues avec ces ministres fe-
melles, les Tencin et les Lauraguais, enfin par
ses démêlés avec ses états, son archevêque
et son parlement, et par son despotisme de sa-
trape provincial. L'opinion, surexcitée contre
lui, lui prêtait foute une légende de crimes
mystérieux et de débauches féroces. On répétait
qu'il avait plusieurs fois porté la colère jusqu'à
menacer de mort les ministres de ses plaisirs,
qu'il avait fait jeter au For-Lévêque un de ses
235
RICHELIEU
236
valets de cliambre assez audacieux pour être
l'amant préféré d'une fille dont il ne put vaincre
la résistance, et que dix-huit mois d'IvApital
punirent de cette rébellion. Tous ces regretta-
bles excès faisaient plus contre le maréchal dans
l'esprit aigri du peuple que ne faisait pour lui la
protection généreuse dont il avait couvert les
protestants du Languedoc.
Quand la guerre de 1756 éclata, Richelieu fit
sentir les avantages d'un coup de main sur l'île
de Minorque, qui atteindrait l'Angleterre dans
cette prépondérance maritime dont elle était si
jalouse. D'une semblable expédition on ne pou-
vait revenir que sublime ou ridicule. 11 fallait
réussir à tout prix. On espéra qu'il échouerait,
et on le laissa partir. Le Port Mahon était dé-
fendu par plusieurs forts, notamment celui de
San-Felipe, qu'on regardait comme imprenable.
Richelieu le prit d'assaut, triomphant à la fois
des moyens de défense accumulés par l'ennemi
et de l'insuffisance de ses moyens d'attaque. La
place capitula après un siège de six semaines,
le 28 juin 1756. Le général Blackney, gouver-
neur de San-Felipe, trouva le vainqueur aussi
courtois qu'il avait trouvé l'agresseur inflexi-
ble. Richelieu déploya dans cette expédition les
qualités d'un chef d'armée. On se souvient de ce
fameux ordre du jour par lequel il menaçait les
soldats qui continueraient à s'enivrer de les
priver de l'honneur de l'assaut. On se souvient
aussi de la réponse que lui firent ses grenadiers,
invités à répéter dans une parade cet assaut ex-
traordinaire; il leur reprochait de ne pas mon-
trer le même entraînement : « C'est, dirent-ils,
que nous n'avons pas la même musique. » Cette
réponse peut-être mise à côté de celle que le maré-
chal avait faite lui-même, un jour de bonne for-
tune,quand il reculait au retour devant cette frêle
planche jetée d'une fenêtre à l'autre, sur laquelle
il avait passé si tranquillement et si facilement
pour aller.
La conquête de Minorque excita l'enthousiasme
de toute la France et rallia au général les sym-
patities de Mme de Pompadour elle-même (1).
L'amiral Byng, coupable d'avoir été malheureux,
fut traduit devant un conseil de guerre et, vic-
time expiatoire de l'orgueil britannique, fusillé sur
le pont de son vaisseau, par un arrêt qui ne
flétrit que ses juges. C'est en vain que Riche-
lieu, poussé par Voltaire, offrit à un accusé qui
ne pouvait être défendu, l'appui d'un témoignage
qui loin de le sauver acheva de le perdre.
Lors de l'attentat de Damiens, RicheUeu, qui
avait vu de suite que la blessure était légère,
cia continuer de faire sa cour à la maîtresse
délaissée, et fût le seul qui conserva son sang-
(1) Son fils, le duc de Fronsac, qu'il avait envoyé à
Paris porter la nouvelle de, so victoire, reçut la croix
de Saint-Louis et le lirevct de survivance de la charge
de premier gentiliiumme. Mais le roi, à l'instigation
sans doute delà coterie des Jaloux, ne lut ? dressa, pour
tout compliment, qu'une question InsIgniQante sur la
qualité des figues de Minorque.
I froid dans cette nouvelle journée des dupes.
Il ne tarda pas à recueillir les profits de son
habile conduite, et il reçut en récompense le
commandement de l'armée du Hanovre, à la
place du maréchal d'Estrées (juillet 1767). La
campagne fut poussée hardiment, et d'échec en
échec l'armée que commandait Cumberland se
trouva acculée à une défaite décisive. Une con-
fiance mêlée de beaucoup de présomption fit
perdre à Richelieu par une négociation inoppor-
tune les bénéfices de ses succès militaires. Le
général triomphant, déjà maître de l'clectorat
de Hanovre, se laissa arracher la capitulationde
Closterseven, dont la ratification, trop long-
temps retardée par la cour, n'arriva que lorsque
le prince Ferdinand de Brunswick, successeur
du duc de Cumberland, put la refuser. C'est le
lendemain de la désastreuse bataille de Ros-
bacli que Richelieu, surpris par l'offensive dans
la sécurité de son inaction, s'entendit repousser
à son tour par ce terrible mot trop tard I qn'il
était libre un mois auparavant de prononcer en
maître. Il consacra tous ses efforts à n'être
pas vaincu, et se vengea sur les terres et les
habitants de la principauté d'Halberstadt de la
mauvaise foi anglaise et de la perfidie prus-
sienne. Les exactions et les brutalités d'une ar-
mée irritée lui attirèrent de la part des généraux
ennemis, notamment du prince Henri de Prusse,
de verts i-eproches et des menaces de représailles
exemplaires. L'ultimatum hautain qu'il reçut de
lui le 30 janvier 1758 était bien différent de la
lettre que l'astucieux Frédéric II s'était donné la
peine de lui écrire, pour endormir ses scru<
pules à force d'éloges et le décider à une con-
vention qui lui était pi'ésentée comme devant
fournir à la postérité un exemple unique de
modération dans la victoire, en joignant sur la
tête du digne héritier du grand cardinal les lau-
l'iers pacifiques aux lauriers militaires. Richelieu,
i-appelé à Paris (1758), y trouva la cour mécon-
tente et le public pi-évenu. il se borna à protester
contre des accusations qui dépassaient à la fois la
vérité et leur but lui-même. Le fait est que ce
trop fameux pavillon de Hanovre qu'on affectait
de regarder comme un monument scandaleux
des rapines du général que les soldats avaient
baptisé du surnom de Père La Maraude, ne fut
pas même un monument de sa prodigalité. Il ne
luicoûtaguère plus de 100,000 écus, qui furent
pris sur une fortune dont la campagne de Ha-
novre, loin de réparer les brèches, ne fit qu'étaler
davantage la décadence. Richelieu, qui fut tou-
jours endetté au point d'être en retard de vingt
années de sa capitation , ne le fut jamais davan-
tage qu'à cette époque.
Rendu tout entier désormais à sa vie d'intri-
gues et de plaisirs , Richelieu partagea son temps
entre ses fonctions de premier gentilhomme de la
chambre, son gouvei-nement de Guienne et des
missions où il put faire preuve de son dévoue-
ment, plus zélé que prévoyant, à l'autorité souve-
laine, et de son goût potirla rpprésentalioii.Son
administration comme gouverneur de la Guieniie
I est demeurée proverbiale, tant elle peint au vif
les inconvénients et les abus de ces délégations
dont l'orgueil et l'impunité faisaient de véritables
tyrannies. Sa hauteur et sa familiarité , son luxe
et son avarice, son ignorance et son esprit , son
mépris des parlements et ses démêlés avec les
évêques, ses galanteries scandaleuses, ses déci-
sions arbitraires, rappelèrent à Bordeaux ébloui
de bals et de fêtes, envahi par les courtisanes et
rt)uvert de tripots , les temps orageux du gou-
vernement de ce duc d'Épernon que Richelieu,
de l'aveu de Voltaire, n'avait pas été éloigné de
|)rendre pour modèle.
Le nom de Richelieu, inséparable de l'avéne-
raent ou de la disgrâce de toutes les maîtresses
de Louis XV, se trouve mêlé à l'histoire de la
faveur de celle qui devait combler la mesure de
la décadence royale. Richelieu toutefois ne fut
point l'auteur du crime de cette humiliante élé-
vation; il en fut seulement le complice, et favo-
risa des prétentions qu'il n'eût pas osé produire.
(I fut le courtisan de M"" du Barry comme il
l'avait été de M""^ de Ponipadour, mais avec
une nuance prudente de supériorité et d'ironie.
Il ne poussa point d'ailleurs la réserve jusqu'à
ne point user, pour renverser le duc de Choiseul,
du crédit d'une favorite heureuse de se venger
en le servant. Mais s'il osa un moment caresser
l'ïspoir de lui succéder, il fui bientôt détrompé
par l'inexorable refus du roi. 11 n'obtint pas
même l'entrée au conseil. Il se dédommagea
en faisant son neveu le duc d'Aiguillon, mi-
nistre, de la déception de ne point l'être, et il
se vengea ( d'accord avec lui et avec Maupeou)
sur les parlements, de la double injure qu'ils
lui faisaient en regrettant Choiseul et en ne
l'estimant pas. C'est lui qui procéda tour à
tour, sans en déguiser sa satisfaction, à la dis-
solution du parlement de Guienne et de la cour
des aides de Paris (9 avril 1771). Une fois rentré
en quelque sorte dans la vie privée , il consacra
au gouvernement minutieusement despotique
de la Comédie-Italienne et à la présidence du
tribunal des maréchaux de France les loisirs,
toujours actifs, de sa verte et luxurieuse vieil-
lesse. Louis XV, dans ses dernières années,
lui rendit une amitié à laquelle ne s'opposaient
plus les scrupules de sa conscience étouffée dans
la honte de ses derniers plaisirs et que rani-
mait l'irrésistible attrait des souvenirs et des
regrets communs (1).
Louis XVI et Marie-Antoinette accueillirent
Richelieu, l'un avec le brusque dédain de son hon-
(1) Richelieu ne poussa cependant point l'abnégation
jusqu'à renoncer au privilège d'unerespectueuse liberté.
On Jour, au sortir d'un éloquent sermon où l'abbé de
Beauvais gourmandait les vieillards luxurieux : ■< Il me
semble, lui dit le roi, que le prédicateur a jeté plus
d'une pierre dans votre jardin. — Oui,répondit Richelieu,
mats si (ort qu'il en a rejailli jusque dans le parc de
Versalllei. »
RICHELIEU 238
nêteté, l'autre avec une maficieuse indifférence.
Sa triste affaire avec une intrigante qui le trompa
et le vola, Mme de Saint-Vincent, rappela sur
lui l'attention publique par le .scandale. La ran-
cune des juges, dontil avait violé l'indépendance,
retarda pendant trois ans , par des lenteurs cal-
culées, la .solution du procès. Le jugement donna
gain de cause à Richelieu, sans le réhabiliter.
A l'âge de quatre-vingt-quatre ans, en 1780, il
se remaria ! Il épousa M"*' de Lavaux , jadis cha-
noinesse d'un des chapitres noblesde Lorraine et
veuve d'un lieutenant général irlandais au service
de France, M. de Rooth. Peu s'en fallut qu'il ne
poussât la vengeance jusqu'à infliger à son im-
patient héritier la surprise désagréable d'une
paternité qui eût porté un nouveau coup à ses
espérances. Une fausse couche accidentelle de
trois mois délivra au moins le malheureux duc
de Fronsac de la crainte d'une concurrence fort
imprévue. Son père se dédommagea en se mo-
quant de lui : il venait au pied du ht où il gisait
cloué par la goutte le narguer en affectant de se
montrer infatigable et de supporter encore im-
perturbablement la fatigue du pied de grue. Ri-
chelieu trouva dans Maurepas, le frivole mi-
nistre de Louis XVI, le seul interlocuteur digne
de lui à la nouvelle cour. Ces deux survivants
dépaysés de la corruption du règne précédent
se réconcilièrent afin de pouvoir se moquer en-
core de cette génération nouvelle qui les mé-
prisait.
Richelieu ne manqua aucune occasion de bien
attester son impénitence (înale. Il employa les
dernières années de sa vie à vider avec M. de
Noé, maire de Bordeaux, des démêlés dont il fit
évoquer la connaissance par le tribunal du
point d'honneur, qu'il présidait depuis 1781, et
il poussa l'abus de sa victoire jusqu'à forcer son
adversaire de s'expatrier. Il eut de même des
querelles et des procès interminables avec le
fameux fabricant de papiers Arthur, qui ne put
jamais de son vivant jouir d'un terrain qu'il avait
acheté du roi pour y bâtir.
Enfin, le 8 août 1788, il mourut tranquille-
ment, « sans faire l'enfant, » comme il le disait
de son ami Voltaire, des suites d'un catarrhe
qu'ilne put expectorer. Sa maladie fûl naturelle,
courte et sans secousse. Il passa doucement,
insensiblement de la vie à la mort, avec ce sou-
rire triomphant des grands égoïstes. Sa fin fut
le soir d'un beau jour, comme celle du juste. La
fortune a de ces indulgences spéciales dont l'i-
ronie même est une leçon. Ainsi finit ce héros
de la frivolité française, qui devait donner à la
postérité l'idée la plus accomplie des contrastes
et des lacunes du caractère national au dix-
huitième siècle. Général plus heureux qu'habile
et emportant en vrai courtisan les faveurs de
la fortune qu'il a séduite, comme il a surpris la
gloire, politique étroit et sans vues, faisant
consister la force dans le succès, la raison dans
l'à-propos et le droit dans l'habitude; aca-
239
RICHELIEU
240
Hémicien ignorant, dont Roy et Voltaire ont
fait les discours et n'ont pu améliorer l'ortho-
graphe; homme d'esprit au demeurant, dont on
peut citer des mots qui le méritent. Singulier mé-
lange de loyauté et d'astuce, de courage et de bas-
sesse, de générosité et d'avarice, de prévoyance
et de crédulité, de fidélité et d'ingratitude. Ses
bons mots ont plus fait pour sa gloire que ses
exploits; et ses vices éclatants et ses scanda-
leuses galanteries ont plus fait peut-être pour la
réputation de l'esprit et du caractère français en
Europe, où son nom est proverbial, que l'élo-
quence de Jean-Jacques, la probité de Turgot et
le courage de Malesherbes. M. de Lescure.
f^ie privée du maréchal de Richelieu (parFaurl. —
Mémoires du maréchal de Richelieu ( par Soulavie). —
Pièces inédites sur le règne de Louis XV ( par Souiavie ).
— Mémoires de Saint-Simon. — Mémoires secrets de
Duclos. — Mémoires de M"'* de Staal; du président
Hénault ; de Maurepas ; du duc d'AiKuilloii ; de d'Argen-
son. — Journul de Dangeaii ; du duc de Luynes ; de
Harbier ; de Matthieu Marais (fonds Bouhier). — Mé-
moires de Beseiivâl. — Mémoires secrets { par d'Allon-
ville ). — Mémoires secrets ( par Bachauinont ). — Sou-
venirs de M™s de Caylus ; du marquis de Valions. —
.Souvenirs de la baronne d'Oberkirch. — Mémoires sur
la régence (par Piossens ), p;ir Masslllaii ( Buisson, 1792 ).
— Correspondance de M™^ do Mainli-nnn ; de Madame;
de la marquise de Lacour (manuscrit de la Blblioth.
Ma^arlne) ; de Richelieu avec Paris-Duvernay ( publ.
par Grlmoard ); de M"^ de Tencin avec son frère, etc.
; publiée par de la Borde). — Portraits et Souvenirs
par le duc de Levis. — Portraits et Caractères du
dix-huitième siècle (pur Senac de Meillianl. — jPiécfis
intéressantes et peu connues, etc. | par de la Place) —
Galerie de l'ancienne cour. — Mélanges de Boisjour-
<laln. — Paris, ycrsailles et les Provinces an dlx-httl-
tiéma siècle { par du Gast de Bois-Saint Just ). — Mé
moires sur la faveur de Mme de Pompadour { par Sou-
iavie ). — Lettres inédiles de /il me de C/idteauroux (par
M"'= Gacon-Dufour ). — Vie privée de l.mtisXF' (par
Mouffle d'Angerville |. — Louis Xh'l détruit avant
d'être roi (par l'abbé Proyart ), 180î. — Souvenirs de
deux militaires [car Fort^a de Piles et Guys de Saint-
Charles). — Mémoires tirés des archives de la poli4:e
( par Peuchet ). — Fragment des Mémoires de la du-
<^hesse de Brancas ( publiés dans les Lettres de Laura-
guals à M"""..., 1802). — Histoire de la résence, par
Marmontel; par Lemontey — Le maréchal de Riche-
lieu, par Capcfigue ; 1S37. — Les Maîtresses du récent,
par M. de Lescure, 1860. — Ixs Maîtresses de Louis xy,
par U. et J. de Concourt. — Causeries d'un Curieux,
par Feuillet de Conches. — Histoire du dix-huitième
siècle (par Lacretelle ). — Histoire philosophique du
rèi/ne de Louis X/^ ( par M. de Torquevillej. — OEu-
vres àe Voltaire; Rulhlère; Chamlort.
RICHEMEC ( Armand-Emmanuel-Sophie-
Septimanie m Plessis, duc de), petit-fiis du pré-
cédent, et fils du trop célèbre duc de Fronsac,
né le 25 septembre 17C6, à Paris, où il est mort,
le 17 mai 1822. Élevé au collège du Plessis, où
il étudia surtout les langues modernes de l'Eu-
rope, marié très-jeune sous le titre de comte de
Chinon à M'ie de Rochechouart, il voyagea d'a-
bord en Italie. Revenu en France , il exerça à
la cour la charge de premier gentifliomme de
la chambre : il était près du roi, le- 5 octobre
1789, lorsque le peuple envahit le château
de Versailles. Parti la même année pour vi-
.siter la cour de Vienne , la révolution le força
à prolonger son séjour à l'étranger. Fort aimé de
Joseph II, il le quitta cependant pour aller,
avec son ami le jeune prince Louis de Ligne,
combattre dans l'armée rus.se contre les Turcs.
Il montra un brillant courage à la prise d'ismaïl
( 22 décembre 1790), et reçut le grade de lieu-
tenant général ; Catherine II l'appela à Saint-
Pétersbourg et l'attacha à son service ( 1792).
Nommé en 1794 commandant d'un des six
corps d'émigrés soldés par l'Angleterre, il
n'exerça jamais ces fonctions. En 1802 il revint
en France, et après avoir vendu tout ce qui
lui restait de biens pour payer les créanciers de
son père, il retourna à Saint-Pélersbourg. Très-
bien accueilli par l'empereur Alexandre, il devint
en 1803 gouverneur d'Odessa,puis, dix-huit mois
après, de toute la Nouvelle-Russie. C'est dans
cette position si difficile qu'il s'acquit la repu-
tation d'administrateur qui devait plus tard 1(
précéder en France. Il fit d'Odessa une det
villes les plus florissantes et les plus riches de
la Russie. Revenu en France avec les Bourbonî
et ayant repris ses fonctions de premier gen
tilhomme, il les suivit à Gand en 1815.
La réputation de M. de Richelieu était asseï
grande alors parmi les souverains alliés poui
que son nom ne restât pas étranger aux pre
mières combinaisons politiques qui se produi-
sirent après la seconde capitulation de Paris
Une répugnance invincible l'empêcha de prêtei
son concours à Fouché, qui avec Talleyran'
composa le nouveau cabinet, et il refusa \
ministère de la maison du roi, auquel il aval
été nommé (9 juillet 1815). A la suite de;
élections ultra-royalistes du mois d'août 1815
Louis XVIII, de concert avec l'empereur di
Rus.sie, s'efforça de décider M. de Richeliei
à accepter la mission de former un nouveai
ministère. Il résista longtemps et ne céda qu';
la promesse que lui fit l'empereur Alexandre di
l'aider à défendre la France contre les intention
peu bienveillantes des alliés. « Nul homme, di
M. Guizot, n'était plus exempt d'exagération e
de charlatanisme dans la manifestation de se
sentiments. Grand seigneur et royaliste éprouvé
il n'était, soit d'esprit, soit de cœur, ni homm
de cour ni émigré; il n'avait contre la sociét
et les hommes nouveaux point de prévention
sans bien comprendre les institutions libres , i
ne leur portait nul mauvais vouloir et s'y sou
mettait sans effort ; simple dans ses mœurs
vrai et sûr dans ses piiroles , ami du bien pu
blic, s'il ne lui appartenait pas d'exercer dan
les chambres une puissante influence, il n
manquait pas d'.-.ulorité auprès ni aiitouf di
roi ; et un cabinet constitutionnel, appuyé su
le centre parlementaire , ne pouvait avoir, :
cette époque un plus digne et plus utile prési
dent. » Le 19 septembre, Fouché ayant envoy'
au roi sa dt'mission, M. de Richelieu se con
certa avec M.Dccazes, et choisit pour collègues
outre ce dernier, MM. de Feltre, Duboiichage
de Vaublanc, Corvetto et Barbé-Marbois (25 e
27 septembre 1815); il se réserva le porte
I 241 RICHEI.IEU
feuille des affaires étrangères avec la présidence
du conseil. En cette qualité il signa le funeste
traité du 20 novembre 1815. Ce traité, tout
adouci qu'il était par comparaison avec les pre-
i oiières prétentions des souverains alliés, ar-
f racha comme un cri de douleur au duc de Ri-
■ chelieu. « Tout est consommé, écrivait-il alors;
j'ai apposé hier, plus mort que vif, mon nom à
€0 traité fatal. J'avais juré de ne pas le faire, et
je l'avais dit au roi; ce malheureux prince m'a
conjuré, en fondant en larmes, de ne pas l'aban-
I donner, et de ce moment je n'ai pas hésité. »
I En présence d'une chambre des députés plus
1 f royaliste que le roi , la gloire du cabinet Ri-
clielieu fut de s'opposer aux exagérations fu-
I nestes du parti ul(ra,et de s'appuyer sur cette
portion de députés non moins attachés à la
\ charte qu'à la légitimité, et qui, sous la direc-
i tion de MM. Royer-Collard, C. Jordan , de
Serre, Pasquier etdeBarante, prit bientôt la
dénommation de centre. Quatre projets de
{ loi furent présentés dès le début de la ses-
sion : deux avaient pour objet la suspension
lie la liberté individuelle et l'établissement des
cours prévôlales : c'étaient des mesures tem-
poraires ; les deux autres, sur la répression des
jictes séditieux et sur l'amnistie, appartenaient
à 1m législation définitive. La veille du jour où
cette loi d'amnistie était présentée avait eu lieu
l'exécution du maréchal Ney ( 7 décembre). Il
n'est pas vrai, comme on l'a dit, que dans la
nuit, aussitcH après le jugement, le duc de Ri-
chelieu ait proposé au roi une commutation
de peine. Le gouvernement tout entier croyait
à ce moment accomplir un triste mais im-
périeux devoir, alors qu'il ne commettait qu'une
de ces fautes que le sentiment national ne par-
donne jamais. L'ordonnance du 21 mars 1816
ayant réorganisé l'Inslifut , M. de Richelieu oc-
cupa l'une des places laissées vacantes dans l'A-
cadémie française par l'expulsion de Lucien Bo-
naparte, Cambacérès et autres membres.
Le 29 avril 1816 fut close la session de 1815.
Devenu désormais plus libre dans son action,
M. de Richelieu donna plus d'unité et de force
au cabinet , par le renvoi de M. de Vaublanc ,
dont l'incapacité et le dévouements bride abat-
tue avaient été si fâcheux pour ses collègues. Il
fut remplacé par M. Laine, excellent choix,
malheureusement trop balancé par celui du chan-
celier Dambray appelé à succéder à M. Barbé-
Marbois, ministre de lajustice (mai 1816). L'ac-
cueil enthousiaste fait aux députés ultra-roya-
listes dans les provinces , les représentations des
puissances étrangères, effrayées d'une réaction
aussi dangereuse, firent alors peu à peu entrer
dans la pensée du ministère sa résolution de dis-
soudre la chambre de 1815. Converti le premier
à cette importante mesure, M. de Richelieu
la fit signer par le roi le 5 septembre ISlfi. Les
élections de 1817 donnèrent raison à cette poli-
tique libérale, en nommant des députés dont la
243
majorité fut pour le Ciibinet. Alors s'ouvrit la
plus belle période du régime constitutionnel qu'ait
eue la France : appuyé sur le centre, le gouver-
nement donna une égale satisfaction aux prin-
cipes de liberté et d'autorité. Du côté des rela-
tions extérieures, M. de Richelieu obtint des
puissances étrangères un délai pour l'acquitte-
ment des contributions de guerre, puis une ré-
duction de l'armée d'occupation. Dans le courant
de 1817, M. Pasquier, le maréchal Gouvion-Saint-
Cyr et M. Mole remplacèrent M. Dambray, le duc
de Feltre et M. Dubouchage aux ministères delà
justice, de laguerreet de la marine, et achevèrent
de marquer davantage la politique modérée du ca-
binet. Tout ens'occupantactivement de l'adminis-
tration intérieure, en présidant souvent les séan-
ces du conseil d'État, M. de Richelieu négocia en
1 8 1 7 un nouveau concordat avec la cour.de Rome ;
mais, rencontrant une vive opposition à ce sujet
parmi les députés même alliés du cabinet, il
ajourna indétiuiment le rapport du projet de loi
qui en avait été la conséquence. Ce fut là le
commencement de cette fatale rupture entre le
cabinet et les doctrinaires qui amena bientôt la
chute du ministère de M. de Richelieu. Mais avant
•de quitter le pouvoir, le duc de Richelieu eut
la gloire, qui pour lui était un vrai bonheur, de
voir le sol de la France libre de l'occupation
étrangère. Cependant les élections de 1818 avaient
donné à la gauche , c'est-à-dire à l'opposition,
une recrue de vingt-cinq députés nouveaux. La
cour s'en était effrayée, et à Aix-la-Chapelle
l'empereur Alexandre en témoigna son inquié-
tude à M. de Richeheu. Alarmé lui-même, M. de
Richelieu revint à Paris avec la pensée de réfor-
mer laloi électorale de 1 8 1 7. Cette œuvre était plus
difficile qu'il ne pensait. Le cabinet se divisa
tout d'abord sur cette question; le centre, allié
habituel du ministère, se partagea également, et
M. de Richelieu, n'ayant pu composer un nouveau
ministère , quitta le pouvoir, laissant à M. De-
cazes le soin de former un cabinet dont le main-
tien de la loi électorale fût le sens politique (29
déc. 1818).
Il se retirait sans la moindre fortune person-
nelle. Mesdames de Montcalm et de Jumilhac ,
ses sœurs, lui demandèrent, sous prétexte de
s'en parer, les bijoux reçus par lui comme pré-
sents diplomatiques, les vendirent et, avec le
prix, achetèrent en son nom une rente de 7 à
8,000 francs. Un projet de loi destiné à lui cons-
tituer, à titre de récompense nationale, un ma-
jorât de 50,000 fr. de rente n'ayant été volé qu'a-
vec difficulté, il se vengea noblement en faisant
l'abandon intégral et absolu de cette dotation
aux hospices de Bordeaux (2 février 1819). Le
roi venait de lui donner le cordon du Saint-
Esprit, et il avait le titre de mimstre d'État. En
1820, il fut nommé grand veneur, et quitta la
place de premier gentilhomme de la chambre.
Rentré dans la vie privée, il parcourut Je midi
de la France , la Suisse, l'Italie et l'Allema-
248
RICHELIEU — RIGHEMOJNT
244
gne. Il visitait la Hollande lorsque M. Decazes,
décidé à la suite de l'élection de M. Grégoire à
changer la loi électorale qu'il soutenait quelques
mois auparavant, le sollicita de reprendre la
présidence du conseil (novembre 1819). t\
s'y refusa, malgré les instances du roi, plus par
dégoût des affaires que par l'essentiment. L'as-
sassinat du duc de Berry (13 fév. 1820), en por-
tant à l'extrême la haine du côté droit contre
M. Decazes et la loi électorale de 1817, ramena
au pouvoir le duc de Richelieu. Il était peu dis-
posé à l'accepter. « Ce que Monsieur fait au-
jourd'hui contre vous, disait-il à M. Decazes, il
le fera plus tard contre moi. « 11 fallut pour le
décider que le comte d'Artois , dans une visite
qu'il lui lit le 19 à son hôtel, lui promît un con-
cours sincère et durable. Le 21 février parut
l'ordonnance royale qui nommait M. de Riche-
lieu président du conseil. Après le crime de
Louvel, il croyait sincèrement à la nécessité de
donner de nouvelles garanties à l'autorité royale.
Deux projets de loi, l'un suspensif de la liberté
individuelle, l'autre de la liberté.de la presse, fu-
rent adoptés (1820). La loi qui modifiait le sys-
tème électoral de 1817 futégaiement votée. Ayant
donné aux royalistes les satisfactions qu'il croyait
nécessitées par les circonstances mêmes, M. de
Richelieu fit pendant deux ans de sincères efforts
pour arrêter la droite sur la pente de la réaction.
Dans cette lutte qui s'engagea entre la droite
et le cabinet, celui-ci fut le plus faible : le côté
droit, soutenu par le comte d'Artois, renforcé par
les élections de 1821, gagnait chaque jour du
terrain. A l'ouverture de la session, l'opposition
de gauche se coalisa avec le parti ultra-roya-
liste, et le vote de l'adresse constata que le mi-
nistère n'avait plus la majorité de la chambre. Il
fut contraint de se retirer ( 14 décembre 1821 ),
pour faire place au ministère congréganis/e de
MM. de Montmorency, Corbière, de Vilièle, etc.
Ce fut le commencement du gouvernement du
côté droit, qui devait être si fatal à la royauté
des Bourbons.
La santé de M. de Richelieu était déjà depuis
quelque temps chancelante : au printemps de
1822 il habitait depuis quelques jours la terre de
Courf eille (appartenant à sa femme, qui était restée
en France pendant la révolution ), lorsque, pris
de faiblesses soudaines, il se lit ramener à Paris
(16 mai). Il y mourut, le 17, près de ses deux
sœurs, M'ues de Montcalm et de Jumilliac. Il ne
laissait aucun héritier direct : une ordonnance
royale transféra le titre de duc de Richelieu ainsi
que la pairie à son neveu M. Odet de Jumilhac,
qui depuis a habité presque constamment l'An-
gleterre. Eug. AssE.
De Castclnaii, Histoire de la nouvelle Russie, t. III.
— De Beausset, Eloye du duc de Richelieu. — De Vau-
labcllc, Hist. des deux restavruiions, t. IV et V. —
Lamartine, Ilist. de la restaurnt.ion. — H. Gulzot, /ile-
moires, t. I. — h. de VUil-Castel, //isJoire de la restau-
ration, t. IV et v. — DiivcrKicr de Haiiraniie, Hist. du
gouvernement parlementaire, t. III, IV, V.
BICHE»iO]<iT {Louis- Auguste Camus, baron
de), général français, né le 31 décembre 1770,
à Montmarault (Bourbonnais), mort le 22 août
1853, près cette ville. Sa famille était originaire
de la Bretagne. Il faisait ses études dans l'école
militaire d'Effiat lorsque le comte de Provence
l'attacha à sa personne en qualité de page (1785).
Après avoir passé une année à l'école de Metz,
il rejoignit en 1792 l'armée du Rhin avec lei
gracie de sous-lieutenant, et fit dans l'arme du
génie les campagnes d'Allemagne et d'Italie >
sous Moreau et Bonaparte. En 1797, il fut at-
taché au petit corps d'armée qui allait prendre i
possession des îles Ioniennes, cédées à la France i
par le traité de Campo-Formio. L'expédition'
d'Egypte ayant amené la guerre avec la l>ortc, il
fut envoyé sur les côtes d'Albanie, à Prevesa, et i
se trouva parmi les qtiatre cents Français quii
eurent à soutenir le choc de quinze mille ïurcâi
snr les ruines de l'ancienne Nicopolis (23 oc^
tobre 1798). Dans ce combat inégal, qui coûta là
vie à presque tous ses compagnons, il accompliii
des prodiges de bravoure, tua de sa main un^
vingtaine de cavaliers, et, couvert de blessures, ne
céda qu'au nombre toujours croissant des en-n
nemis qui le poursuivaient. Sauvé du massacre»
par Moukhtar, un des fils d'Ali-pacha, et traité pan
ce généreux prince non comme un prisonnier,l
mais en hôte et en ami , il quitta Janina avec touii
l'argent nécessaire à ses besoins. Lord Byroii
consacré à cette héroïque aventure quelqueJ(
beaux vers cités dans le Voyage de FJobhouséA
A Constantinople Richement fut jeté au bagna
avec ses camarades, puis conduit au château deii
Sept-Tours. L'intervention spéciale du tzai
Paul l" le rendit en 1801 à la liberté. De reîou!
en France, il reçut le grade de chef de bataillon
Deux ans plus tard il s'embarqua pour l'Indf
avec le général Decaen , visita nos colonies, e'
s'étabht à l'Ile de France avec le titre de direc-
teur de fortifications. Comme il revenait en Eu
rope sur un bâtiment brômois (1807), il tombf
entre les mains des Anglais , qui le retinren'
comme otage jusqu'en 1810. Plusieurs mémoiref
qu'il avait rédigés sur un Projet de descente er,
Angleterre, aa& Expédition dans l'Inde, li
Blocus continental , inspirèrent à Napoléoi
une estime dont il lui donna la preuve en i'em
ployant au comité du génie et en le créant baroi
de l'empire. Chargé en 1811 d'inspecter le;
places de l'Oder et de l'Elbe, il eut ordre er
1812 de présider aux grands travaux de fortifi
cation deDantzig. Lorsque les désastres de k
retraite de Moscou amenèrent les alliés devani
cette ville, il partagea avec Rapp l'honneur de k
défendre pendant un an au milieu des circons-
tances les plus défavorables. A son retour à Pa-
ris (avril 1814), il reçut de Louis XVUI le grade
de maréchal de camp, la croix de Saint-Louis et
le commandement de l'école militaire de Saint-Cyr.
Pendant les Cent jours Richemont eut la mission
expresse de visiter toutes les places de la frontièrt
5 RICHEMONT — RlCniJl
nord ; il parut un rnomcnt dans la c.iiambre
s rcprcseutants , où l'Allier lui avait donné
iiiddl de siéger, et rejoignit la grande armée
ii>s la bataille de Waterloo. Réduit par les
urbonsàlademi-solde, il se retira dans sa pro-
ice, et vécut à la campagne, tout entier au plai-
i do la chasse, qu'il aimait avec passion. £n
1,1 J7 il entra à la chambre comme député de
pilier, vota avec le parti libéral, et fut cons-
funent réélu jusqu'en 1837, époque où il fut
liipIacéparM. Tourret, candidat démocratique.
1 gouvernement de Juillet l'avait remis dès le
Jaoût 1830 en possession du commandement
( l'école de Saint-Cyr. Outre quelques bro-
< ircs politiques , on a de Richemont des Poé-
j V diverses (Évreux, 1829, in-8°), et des Mé-
7 ires politiques ( Paris, 1830, in-8° ) , réitnpr.
61858 avec des additions (Moulins, in-8°).
Jn de ses frères périt sur le champ de bataille
Leipzig ; il était alors général de brigade. K.
ig. de Montlaur, Le générai de Richemont; Moulins ,
, in-8°.
UCHEPANSE {Antoine), général français,
]l|e 25 mars 1770, à Metz, mort le 8 septembre
2, à la Basse-Terre (Guadeloupe). Fils d'un
cier au régiment de Conti, il fut soldat au
lir de l'enfance. Maréchal des logis en 1789,
e distingua dans les premières guerres de la
rolution, passa rapidement les premiers grades,
deux jours après avoir été promu chef de
^ade, il devint général (4 juin 1796) pour sa
duite à Altenkircben. Dans l'armée deSambre
Meuse, il eut une grande part au gain de la
bf^ille de Neuwied, et dans l'armée d'Italie ses
loits à Novi et à Fossano lui valurent le grade
général de division (3 janvier 1800). Envoyé
armée du Rhin, il combattit àEngen avec sa
ur accoutumée et sur les rives de l'Iller, où,
à» tête de sa seule division , il soutint , sans
ôî entamé, le choc de quarante mille Impé-
1 ix. On connaît la part brillante qu'il prit à la
htaille de Hohenlinden (3 décembre); ses ha-
t|'s combinaisons et une manœuvre hardie y
<lfidèrent la victoire. Quelques jours après,
rjchiduc Jean , ayant concentré ses troupes sur
Stzbourg et les bords de la Saltza, fut obligé
d laudonnerles fortes positions qu'il occupait.
S, l'ordre de se mettre à sa poursuite, Riche-
p se quitta Saltzbourg avec ses escadrons d'a-
V t-garde, atteignit deux fois l'ennemi, et le mit
dis une déroute complète. Poursuivant sa
iixhe victorieuse, il se signala dans les affaires
djLambach, de la Traiin et dans plusieurs autres
Wcontres, etallait entrer à Kresmunter, lorsque
Iflénéral Grunne se présenta pour traiter d'un
aiilstice : le 25 décembre une convention
tmina cette mémorable campagne de vingt
j^is, où Richepanse acquit ses plus beaux titres
dgloire. En l'an x, il fut nommé commandant
^ichef de l'armée expéditionnaire chargée de
Conquérir la Guadeloupe, dont les nègres re-
stés s'étaient emparés. Après avoir forcé la
216
passe delà l'ointe à Ptfre, il effectua heureuse-
ment son débarquement, et bientôt la Grande-
Terre fut de nouveau au pouvoir de la répu-
blique. Richepanse se porta sur la Basse-Terre,
s'en empara et battit un corps nombreux de noirs
révoltés, qu'il força de se renfermer dans \{\ fort
Bambriche. Quelques jours après, les rebelles
furent totalement défaits dans le port d'Angle-
mont. Richepanse n'eut plus alors d'autre occu-
pation que de réparer les désastres que l'insur-
rection avait causés à la colonie. Il remplissait les
devoirs d'un bon administrateur lorsque, atteint
de la fièvre jaune, il succomba à l'âge de trente-
deux ans. Napoléon donna le nom de Richepanse
à l'une des rues de Paris. ,
Moniteur univ., an xi, p. 83 et i/.o. — Itiogr. univ. et
port, descontemp. — Kégiii, nioçr. de lu Moselle. —
Uabié et Beaumont, Galerie militaire, t. V[.
RiCHEit, chroniqueur français, vivait dans la
seconde moitié du dixième siècle. Il y avait à la
cour de Louis IV d'Outremer un guerrier nommé
Raoul, connu par ses talents comme par sa va-
leur, et qui dans ces temps indécis et troublé?,
gardait une inébranlable fidélité aux anciens
maîtres de sa famille, les rois de la descendance
de Charlemagne. Louis et Lothaire, son fils,,
eurent souvent occasion de l'éprouver en lui
confiant le commandement des petites expédi-
tions militaires qu'ils tentaient sans cesse pour
ressaisir des lambeaux de leur autorité. Ce Raoul
était le père de Richer, qui puisa sans doute dan s
les instructions paternelles les sentiments d'à!
fection et de respect qu'il témoigne pour la raci
carolingienne aussi bien que la connaissanc-
d'une partie des événements qu'il raconte. Ri-
cher fut admis vers 969 au monastère de Saint-
Rémi de Reims; il y parcourut avec succès It
cercle des études qu'on faisait de son temps, et
y devint un des disciples favoris du savant Ger-
bert. C'est pour obéir aux exhortations de ce
dernier que Richer prit la plume; il le dit dès
les premiers mots en dédiant à son maître la
préface de son livre. On ne connaît absolument
de la vie de Richer que le peu qu'il en dit lui-
même. Après les notions générales qui viennent
d'être rapportées , le fait principal qui ressort
de la lecture de son ouvrage est qu'il l'a com-
posé entre 992 et 995. Il divise son Histoire en
quatre livres {Richeri Historiarum libri IV);
mais elle se divise plus naturellement en trois par-
ties. La première (ch. i à xix du liv. l*"^) s'étend
depuis l'élection du roi Eudes (888) jusqu'à 919;
on ignore à quelle source Richer a puisé la con-
naissance des événements qu'il y raconte, et qui
(notamment une campagne des Normands en
892 et une bataille qui leur est livrée par Eudes
près de Clermont) étaient entièrement inconnus
avant cet auteur (1). La seconde partie (ch. xx
(1) citons encore, à cause de .«son Importance, le passage
dans lequel |au chap. ▼) il a révélé l'origine de la fa-
mille capétienne -.«Eudes était fils de Robert, homme ap-
partenant à la chevalerie lexe questriordineRodbortum}
et petlt-flls de l'étranger Wilikiiid, Germain de nation. »
247
RICHER
du liv. i" au ch. xx du livre III) se rapporte
aux années 919 à 966, et correspond exactement
à la chronique de Flodoard. Richer, dans sa
préface, signale lui-même l'usage qu'il a lait de
cette dernière. La troisième partie (liv. III, à
partir duel), xxi, et liv. IV) embrasse les années
969 à 995, et appartient en propre à Richer, qui
en a puisé la matière soit dans les archives de
Saint-Remi de Reims, soit dans les conversa-
tions de Gerbert, le grand homme de l'époque,
soit dans ses propres observations. C'est là sur-
tout que brille le mérite inappréciable de cet his-
torien , qui fut sans doute un éminent esprit
parmi ses contemporains et à qui avait été
réfiervéde voir de ses yeux l'une des phases les
plus étonnantes et les plus obscures de notre
iiistoire : l'agonie de la race carolingienne et
l'avènement des Capétiens. C'est en lisant Richer
-qu'on a pu clairement, pour la première fois ,
bien comprendre comment les derniers héri-
tiers des Pépin et de Charlemagne, sans être
indignes de ces grands ancêtres par le courage
et le caractère, devaient nécessairement se voir
écrasés par cela seul qu'ils représentaient le pou-
voir absolu, l'Empire, les personnages d'Auguste
et de César, qu'ils étaient les alliés par le langage
et parle sang de leurs cousins les empereurs d'Al-
lemagne, devant des populations qui se trouvaient
déjà fortement agrégées en France féodale, qui
étaient habituées à obéir au feudataire voisin le
plus puissant, qui commençaient à parler une
nouvelle langue, le français, et qui commençaient
aussi à se sentir françaises, vigoureuses et en-
nemies d'un passé veruioulu. Richer, sans le
savoir, donne, même dans son style, imité soi-
gneusement des classiques de l'antiquité et fai-
sant apparaître à chaque pas les Gaules, l'ordre
équestre, mille autres expressions surannées, la
fidèle image d'une société qui n'existait plus dès
lors , sauf pour un petit nombre de partisans
fidèîes.
Jusqu'à nos jours on avait compté Richer au
nombre des auteurs perdus; on ne le connaissait
que par une phrase de Trithême. En 1833,
M. Pertz et M. Boehmer découvrirent dans la
bibliothèque publique de Bamberg le manuscrit
de Richer, tracé de sa propre main, et chargé
de ses corrections. Il ne s'était si longtemps
dérobé aux investigations que parce qu'on avait
commis l'erreur d'ajouter en tête du volume un
litre erroné qui l'indiquait comme étant la chro-
nique d'un autre Richer, auteur de la fin du
douzième siècle et religieux de l'abbaye de Sé-
nones (Vosges). Les éditeurs des Monumenla
Germanise l'insérèrent dans leur recueil en 1839,
et en publièrent la même année une édition
jn-8° à Hanovre. La société de l'Histoire de
France, par les soins de M. J. Guadet, reprodui-
sit le texte de l'édition allemande, et y joignit
une traduction française et une longue étude
préliminaire (Paris, ls45, 2 vol. in-8"). Riclier
a été traduit aussi en allemand dans le recueil
publié à Berlin dans la collection des GescA !.
schreiher der Deutschen Vorzeil par le b a
Karl d'Osten-Sacken avec une introductio e
W. Wattenbach (Berlin, I8j4, in-8°). Enl a
France, représentée par l'Académie impé e
de Reims, lui a consacré une édition nou e
faite avec soin par M. A. -M. Poinsignon s
ce litre : Richeri historiarum IV libri, t<
trad., notes et cartes géogr. (Reims, 1855, in .
H.-L. BORDIER.
IJist. littér. de la France, vu. _ Perlz, Scrii s
reruin r/erman., V. — Guérard, Journal des sav
août 1846. — Guadet, Introti. à sa traduction.
RICHER ( Edmond), théologien français i
à Chource (diocèse de Langres), le l'"' ocl e
1559, mort à Paris, le 29 novembre 163 i
famille, qui était pauvre, ne pouvait lui e
donner ime éducation brillante; mais la n; e
l'avait doué de l'ambition de savoir. A dix t
ans, il vint à Paris, entra dans un collé
assura sa subsistance par les services qu
rendit, et donna tout le reste de son ten" i
l'étude. Nommé professeur au collège du ■
dinal Le Moine, il y enseigna les belles-lel ,
la rhétorique et la philosophie, et après ; r
été reçu docteur en théologie (1589) il er t
élu grand maître. Bientôt il devint synd 8
l'université de Paris. Il n'accepta cette cl fe
qu'à la condition que tous les docteurs
vailleraient avec lui à rétablir l'ancienne (
pline. Il s'employa d'abord à revoir lous le
gistres oubliés de la faculté, et en fit un ar
d'arguments pour défendre contre les usi •
lions des jésuites les libertés de l'Église .' •
cane ; cette lutte engagée, il ne fut pas ép? t
par ses adversaires. Lui qui se prononçait r
tant de sagesse contre les innovalious t -
raircs, avait eu un moment d'erreur ; i
d'ardeur pour la cause de la ligue, il aval
défendre dans une thèse l'attentat de Ja( '
Clément. On ne manqua pas de le lui rapf .
Plus on lui ofpisa de difficultés, plusilredc a
d'elforts. Il en était désormais convaincu c
plus redoutable fléau de l'Église gallicane ( e
l'université, c'étaient les jésuites. En l6i il
obtint contre eux un jugement qui leur oi •
nait de se conformer à la doctrine de la •
bonne, « même en ce qui concerne la pers «
sacrée des rois et le maintien de leur aul «
royale ». Ses adversaires l'attaquèrent à r
tour, à propos de quelques opinions cont« '^
dans son traité De ecclesiasiica et pol o.
potrstale, et eurent assez de crédit poi A
faire censurer par les évéques de la provin( «
Sens, dans laquelle était alors compris l'évêc e
Paris. Richer en appela en vain comme d'abu ^a
censure fut maintenue, et il fut forcé de rési if
le syndicat ( 1612 ). 11 réclama, comme un e
auquel il avait droit, un canonicat vacant 'S
l'église de Pans, et l'obtint avec quelque p '•
Mais dans cet asile il fut encore poursuit ir
les jésuites. Sur leurs requêtes pressantes ie
i9
RÎCHER
25(>
pe voulut le faire venir à Rome et juger par
tribunal de l'inquisition. Le parlement pro-
;ea Richer contre les violences romaines,
ors, à Paris même, le <luc d'Épernon, fauteur
s jésuites , enleva Riclier, et l'enferma dans
; prisons de Saint-Victor. 11 en sortit quelque
!ips après par lus ordres du parlement. Ce-
ndant dès 1615 il n'assista plus aux assem-
ies de la Sorbonne, et il abdiqua même sa
arge de principal au collège du cardinal Le
3ine. On a de lui : De Analorjia, cqitsis elo-
\ientise et linguscpatrix loeupletandx me-
orfo; Paris, 1601, in 8"; — De Figurarum
te et causis eloquentix ; Paris, )605, in-8".
1 autre ouvrage du môme auteur semble être
complément de celui-ci : De Aile et eausis
'.etorïcx; Paris, 1629, in-S" ; — Grainma-
:a obstetricia ; Paris, 1007, in-S" ; — Vita J.
psonii, à la tête des Œuvres de Gerson
aris, 1606, in fol.), publiées par Richer; —
î Ecclesiastica et polilica potestate; Paris ,
11 , 111-4",' et 1612, in-8o. 11 parut contre ce
re une grande quantité d'ouvrages, dont Ni-
non a donné la liste ; après la mort de Richer
'a été fait sur ses manuscrits une édition plus
iple du même livre et de ses annexes, à Co-
:;ne, 1701, in-4°. Richer de son côté publia
jsieurs écrits pour sa défense; — Uistoria
nciliontm gêner alium;Co\ogae, 1683, in-S";
Histoire du syndicat de Richer, ouvrage
[sthume; Avignon, 1753, in-8°.
Adolphe Hauréau,
Baillet, Fie de Richer. — Du l'in, Hist. ecclés. du
T-septiéme siècle. — Niceron, jWm., XXVIl. — Hist.
I si^ndicat de Richer.
RICHER {Jean ), astronome français, mort
1696, à Paris. Admis en 1666 dans l'Aca-
niie des sciences, il fut envoyé en 1671 à
iyenne, afin d'y faite des observations sur les
Irallaxes du sol( il et de la lune, et sur les dis-
tices de Mars et de Vénus à la terre. Son
lyage dura environ trois ans; il eut tout le
ccès qu'on en espérait. Non-seulement Richer
pporla des mesures plus exactes de l'obli-
lité de l'écliptique, de la parallaxe du soleil et
s positions d'étoiles invisibles dans nos cli-
ats , mais il observa aussi le retard du pen-
ile sous l'équateur. Ce phénomène fournit à
ïwton et à Huygens une preuve de l'aplatis-
ment du globe, et fut la première occasion
« travaux enfnpris plus lard sur la figure de
terre. Les Observations de Richer ont paru
ins le t. VII des anciens Mém. de VAcad. des
iences.
Lalande, Bibtiogr. astronomique.
RICHER [Claude), mathématicien français,
^ le 10 novembre 1680, à Auxerre, mort en
"56, à Provins. Son père, Jean Richer, sei-
leur du Bouchet, était avocat au parlement.
Tdonné prêtre à Paris, il y passa trente an-
ées dans l'exercice des fondions ecclésiasli-
ues, et se retira ensuite à Provins, où il fut
chanoine de Saint Quiriace, puis doyen du cha-
pitre de Noire-Dame. On a de lui : La Gno-
moniqiie universelle; Paris, 1701, in-S"; —
Discours de l'utilité du fragment de Mané-
thon sur la dynastie des rois d'Egypte ; Pro-
vins, 1747, in- 12 : ce n'est que l'exposition d'un
travail considérable en 2 vol. in fol., intitulé
Dénouement du fragment de Manéthon , et
dont il n'a paru que deux extraits dans le Dict.
de Rloréri de 1749. Il est aussi l'auteur, sui-
vant labbé Goujel, de V Analyse générale qui
contient des méthodes nouvelles pour ré-
soudre les problèmes de tous les genres et
de tous les degrés à l'infini (Paris, 1733,
in-4''), ouvrage publié sous le nom de l'acadé-
inicien Fantet de Lagny , son ami , et qui
forme le f. XI des Mémoires de l'Académie des
sciences.
Goujet, dans le Dict. hist. de Moréri, de 17B9.
RICHER (Henri), littérateur français, né en
1685, à Longueil (pays de Caux ), mort le 12
mars 1748, à Paris. Ayant achevé ses études à
Cacn, il étudia le droit pour satisfaire au vœu de
ses parents , et fut reçu avocat au parlement de
Rouen ; mais il se contenta du titre, et se rendit
aussitôt à Paris, où il s'adonna à l'étude des
belles-lettres. Il avait de l'étendue et de la va-
riété dans les connaissances, et sa modestie
jointe à la douceur de son caractère lui fit
beaucoup d'amis. Ses traductions en vers des
Églogues de Virgile (Paris, 1717, 173C, in-12)
et des huit premières Héroîdes d'Ovide (1723,
in-12) sont assez fidèles, mais froides et lan-
guissantes. L'une de ses tragédies, Sabinus et
Eponine (1735 ), a été mise en hollandais et
jouée, dit-on, avec succès à Amsterdam. On a en-
core de lui : Fables en rers, douze livres ; Paris^
1729-1744, 2 vol. in-12, réunis en un seul dans
la réimpression de 1748, qui est précédée d'une
vie de l'auteur; l'invention, selon Sabatier, n'y
est pas heureuse, la narration en est froide,
mais le style simple, clair et facile ; — La Vie
de Mécenas , avec des noies; Paris, 1746,
in-12 , extraite en grande partie de l'ouvrage de
Meibomîus.
Notice, à la tête des Fables.
RICHER d'aube (Fronçois), jurisconsulte
et magistrat français, né à Rouen, en 1686, mort
à Paris, le 10 octobre 1752. Neveu, à la mode de
Bretagne, de Fontenelle, et adonné de bonne heure
à l'étude du droit, il ne quitta pas la carrière de sa
famille, qui était de robe. D'abord conseiller au
parlement de Normandie, puis maître des re-
quêtes, il obtint la charge d'intendant, et
l'exerça à Caen et à Soissons. Sa rage de dis-
puter contre tout venant sur les plus petites
choses ne tarda pas à la lui faire perdre. Vers
l'âge de quarante ans, il vint habiter Paris, dans
la rue Saint- Honoré. Fontenelle vint loger chez
lui, lorsqu'il quitta en 1730 le Palais-Royal.
L'abbé Trublet a tracé de lui ce portrait : « Il
était, dit-il, haut, dur, colère, contredisant, pé-
2âl
daiJt, bon homme néanmoins, officieux même
et généreux. S'il était difficile à commercer, il
était facile à vivre. » Le marquis d'Argenson
le regardait comme un bon administrateur. Richer
d'Aube n'a publié qu'un Essai sur' les prin-
cipes du droit et de la morale (Paris, 1743,
în-4° ). Critiqué par Real, vanté par Desfon-
îaines, ce livre est depuis longtemps oublié. Le
nom même de l'auteur serait peut-être ignoré
complètement, sans quelques vers de Rulhière
et de Voltaire.
Auriez-voiis par hasard connu feu monsieur d'Aube,
Qu'une ardeur de dispute éveillait avant l'aube?
dit Rulhière, dans son poëme des Disputes, et
Voltaire lui répond ( 26 avril 1769) : « Le por-
trait du sieur d'Aube est parfait; vous demandez
à votre lecteur
S'il connaît par hasard le contradicteur d'Aube,
Qui daubait autrefois, et qu'aujourd'hui l'on daube,
El que l'on daubera tant que vos vers heureux
Sans coDtradicUon plairont à nos neveux.
Oui vraiment , je l'ai fort connu et reconnu
so'js votre pinceau de Téniers. » J. M— r— l.
Trublet, Mémoires sur la vie de Fontenelle. — Ob-
servations sur les ecnts modernes, par DesfoiUaines et
..atr^s, t. XXXIIl. — Clément ( do Genève ), Cinq annCes
littéraires, 3« lettre.
aïCHER ( François ), jurisconsulte français,
né en 1718', à Avranches, mort en 1790, à Paris.
Reçu avocat au parlement de Paris, il se fit une
bonne réputation comme jurisconsulte. Il a
laissé quelques ouvrages estimés, tels que :
Traité de la mort civile; Paris, 1755, in-4°; —
De l'Autorité du clergé et du pouvoir du ma-
gistrat politique sur l'exercice des fonctions
du7ninistèreecclésiastiqiie;\m&teTdaim(Paris),
1767, 2 vol. in-12 ; — Causer célèbres, curieu-
ses et intéressantes de toutes les cours sou-
veraines du royaume depuis 1773 jusqu'en
1780; Amsterdam (Paris), 1772-1788, 22 vol.
in- 12 : les faits de chaque cause et les moyens
de droit sont exposés dans ce recueil avec plus
d'ordre que dans celui de Gayot de Pitaval. 11
a publié comme éditeur les Arrêts de Maynard
(Toulouse, 1751, 2 vol. in-fol.); les Arrêts no-
tables d'Augeard (Paris, 1756, 2 vol. in-fol.);
les Lois ecclésiastiques d'Héricourt ( I75C,
in-fol. ) ; les Œuvres de Montesquieu (Amster-
dam, 1758, 3 vol. in-4° ), avec une sage réfuta-
tion des Remarques d'Élie de Luzac; le Dic-
tionnaire de mythologie de Claustre ( 1765,
2 vol. iH-8'' ), et les Arrêts du premier président
de Lamoignon (1783, 2 vol. in-4''). Il a aussi
travaillé au Journal des causes célèbres.
J{\ciiER {Adrien ), historien, frère du précé-
^lent, né en 1720, à Avranohes, mort en 1798,
à Paris. Sa vie, peu féconde en événements, a
été tout entière consacrée aux lettres. Les ma-
tières historiques et biographiques sont celles
qu'il a traitées avec le plus de soin et de persé-
vérance, et on lui doit dans ce genre une foule
d'ouvrages qui ont eu jusqu'à nos jours un grand
RICHER 2{
nombre de réimpressions. Nous citerons de lui
Fjp.s des hommes illustres; Paris, 1756, 180:
2 vol. in-12; — Essai sur les grands événi
ments par les petites causes; Paris, 175
1759, 1762, 2 vol. in-12; — Théâtre o
monde; Paris, 1775, 2 vol. in-8°, et 178
4 vol. in-8", fig. ; — Vies des plus célèbr
marins; Paris, 1780-1780, 13 vol. in-12 : r
cueil estimé, et qui contient les vies de J. Bai
Tourville, André Doria, Barberousse, Du Quesn
Ruyter, Tromp, Duguay-Trouin, Forbin, Ca
sard, la Garde et Jean et Victor d'Estrées. Cb
cune de ces notices avait paru isolément;
Caprices de la fortune, ou les Vies de cet
que la fortune a comblés de ses faveurs
de ■ceux qui ont essuyé ses plus terribles r
vers; Paris, 1786-1789,4 vol. in-12; — I
Fastes de la marine française ; Paris, 178
1788, t. I et II, in-12 ; — Vies des surinte
dants des finances et contrôleurs générau:
Paris, 1791, 3 vol. in-12; — Abrégéchrono.
gique de la révolution française; Pari
1798, 3 vol. in-12, publié et continué par Bri
ment. Il a rédigé les t. XII à XXX de ÏHistsAt
des Chinois, Japonais, Indiens, etc., coin
mencée par l'abbé de Marsy (Paris, 1755-17''
3ovol. in-12). P. L. ,''
Sab.itier, Les trois Siècles. — Frère, Bibliogr. m
mande.
KICE5ER {Edouard ), littérateur français, .
à Noirmoutiers, le 12 juin 1792, mort à Nantu
le 21 janvier 1834. Son père, François Richd
périt en 1793, à la tête des gardes nationaux l
tentèrent d'arrêter les troupes royalistes lo)<
que Charette s'empara de l'île de Ré. Admis gii
tuitement au prytanée militaire de Sainl-Cyr,r
termina ses études à l'École polytechnique. Éloigi
de la vie active par sa complexion délicate, i
l'indépendance un peu sauvage de son caractèrel'i
par le pencliant qu'il eut dès sa jeunesse pqi
la rêverie , il tenta cependant de s'associer f
commerce de son frère aîné ; mais il ne tan
pas à quitter les affaires et sa ville natale, pqi
habiter Nantes, où il se livra à la littératu
et à l'étude de l'histoire naturelle. Sou g(|
pour la solitude et l'air humide de N.mtes, (
ne convenait pas à sa santé , lui firent bien!(
abandonner cette ville; il se retira d'abord d^l
une habitation isolée, près de la rivière d'Erdji
puis dans un véritable ermitage, au milieu d'û'i
lande déserte. Là , il laissa aller son âme à
contemplation de la nature. De l'examen
faits il s'éleva à la recherche des causes, à j
tude du monde spirituel et de la philosopliil
mais, tendre et rêveur, il fut bientôt empoi
vers le mysticisme, mêlant dans ses éci
Linné et Swedenborg. Cependant, il n'oublii
pas entièrement ses relations avec les savaiti
et les lettrés. Déjà membre de la Société açi
démique de Nantes, il entrait en 1S22 dans il
Société linnéenne de Paris; il publiait des bil
chures et des articles scientifiques, des trad uetio
RICHER — RICIIKRANO
354
poi'sies anglaises, et des livres sur les mo-
ments et les paysages de son département,
ant été chargé par Daru d'examiner son ma-
'^scrit de VBistoire de Bretagne , il le lui rendit
jec des notes nombreuses, dont Daru profita,
ten qu'il ait à peine cité le nom de l'annola-
lir dans sa préface. L'œuvre principale de Ri-
(«r, La Nouvelle Jérusalem (Nantes et Paris,
32-1836, 8 vol. in-8°), est une étude mystique
l'homme, de l'univers et du monde spirituel,
idée à la fois sur le bon sens et sur le chris-
nisme. Vague dans ses considérations géné-
les, hésitante dans ses déductions, cette œuvfe
^'èle une belle âme, un sentiment vrai de la
iture et un vif amour de l'humanité. On a
issi de Richer un Voyage pittoresque dans
département de la Loire-Inférieure ;'San-
3 , 1820-1823, 2 vol. in-4° ; et un grand nombre
articles qu'il donna, sous son nom ou sous le
ieudonyme de Mériadec, dans le Lycée armo-
min. 11 était occupé, lorsqu'il mourut, d'un
ivail immense, pour lequel il avait déjà réuni
nombreux matériaux et qui devait avoir pour
re : Des Erreurs et des progrès de l'esprit
Itmain. J. M— r— l.
i'iï-t. Mémoires snr la vie et les ouvrages d'Ed. Ri-
er\ Nantes, 1SS6, in-S".
uiCHER/vND (Balthasar- Anlhelme), ba-
in), chirurgien français, né à Belley (Ain), le
février 1779, mort à Paris, le 23 janvier 1840.
était fils d'un notaire. Après avoir fait ses
iMianités à Belley, il vint en 1796 à Paris étu-
er la chirurgie, et fut reçu docteur en 1799
ec une thèse Sur la fracture du col du fé-
ur. En 1801, il publia ses ISvuveaux élé-
lents de physiologie, et en 1802 il fut nommé
lirurgien adjoint de l'hôpital Saint-Louis, dont
devint plus tard chirurgien en chef. Le succès
ps Nouveaux éléments de physiologie fut
gale par celui de la Nosographie chirurgicale,
u'il donna en 1805. Écrits dans un style simple
élégant, ils révélaient un talent aussi habile
discuter les questions philosophiques qu'à
jtposer les faits de détail. Sa nomination, à
âge de vingt- sept ans (1807), comme professeur
l'École de médecine de Paris, couronna l'en-
lemble de ses premiers travaux. En 1814, à la
uite des combats livrés sous les murs de Paris,
hôpital Saint-Louis fut converti en une vaste
[mbulance, où les Français et les étrangers furent
Indistinctement reçus. Les ressources ordinaires
ie suffirenl plus pour les pansements et les
opérations ; le typhus vint joindre ses ravages à
;eux de la guerre et rendre dangereuses les
onctions des médecins. Dans la direction de
cet immense service, Richerand déploya une
activité et un dévouement sans bornes. Lesten-
ilances de chaque époque chirurgicale ont un
caractère particulier; celles du premier quart de
:e siècle se dirigèrent vers les opérations hardies,
qui, ne se bornant pas aux surfaces, pénètrent
jusqu'à la profondeur des organes internes. Du-
piiyfren, Roux, Astley Coopcr, Abernethy s'é-
taiejit acquis dans cet ordre de tentatives une
réputation plus brillante que justifiée par de vé-
rilahlos succès. Mais l'expérience n'avait pas
encore prononcé son arrêt définitif, et il était na-
turel que Richerand, supérieur à tous ses col-
lègues dans l'art d'écrire, montrât qu'il n'était
inférieur à aucun d'eux dans la conception qui
innove et dans liiabileté qui exécute. L'opéra-
tion, jusque-là sans exemple, qu'il dt^crivit, en
1818, dan« une brochure ayant pour titre, His-
toire d'une résection des côtes et d'une par-
tie de la plèvre, montre qu'il n'était pas dans
son art une difficulté qu'il ne pût aborder avec
succès.
Les cours de Richerand à l'École de médecine,
continués pendant plus de trente ans et réunis
à l'enseignement clinique de l'hôpital Saint-Louis,
ont formé un grand nombre de chirurgiens qui
occupent aujourd'hui le premier rang dans les
écoles et dans la pratique. Si quelques auditeurs
remarquaient chez lui un peu de difficulté dans
la parole, ils ne tardaient pas à voir que cet
embarras apparent n'avait d'autre source que la
sévérité du maître envers lui-même; il ne vou-
lait laisser échapper de sa bouche que des
expressions qui rendissent sa pensée avec préci-
sion et avec énergie.
En récompense de tant de services rendus à
la science et à l'humanité, le gouvernement de
la restauration donna, en 1829, à Richerand le
tilre de baron; il l'avait précédemment décoré
des ordres de la Légion d'honneur et de Saint-
Michel. Après 1830, Richerand quitta peu à peu
la pratique médicale, et profita de ses loisirs
pour méditer sur les questions vitales de la so-
ciété. C'est dans la société d'Auteuil, dont Ca-
banis lui avait ouvert l'entrée, que Richerand
dès sa jeunesse avait développé son goût litté-
raire et les tendances de son esprit vers des médi-
tations élevées. Plus tard, sa campagne de Ville-
cresnes devint le rendez-vous de plusieurs
membres de l'Académie française, tels qu'Auger,
Villemain, Lacretelle, Roger, Campenon. L'af-
fection la plus intime l'unissait à Brillât-Savarin.
La lutte qu'il soutint contre Dupuytren, les sar-
casmes qu'il lança contre ses doctrines, lui firent
de ce célèbre chirurgien un violent ennemi. Leur
réconciliation doit être citée comme un exemple
à suivre. En 1829, Maisonnabe venait d'inventer
quelques modifications à des traitements ortho-
pédiques; Dupuytren en parla avec le dédain
qui était dans ses habitudes. Maisonnabe, dans
une irritation extrême, alla le poursuivre jusque
dans la salle des conférences des professeurs de
l'école. Dupuytren apercevant Richerand dit à
son adversaire : « Certes M. Richerand n'est
point mon ami, mais je connais trop la loyauté
(le son caractère pour hésiter à le prendre pour
juge entre vous et moi. « Richerand répondit
aussitôt à cet appel, et, comme deux hommes
qui s'estimaient et qui ne demandaient qu'une
255
RICHERAIND
occasion pour se réunir, ils se serrèrent mutuel-
lement dans les bras l'un de l'autre (1).
Richerand sut toujours discerner dans les sys-
tèmes professés autour de lui les principes de la
vraie philosophiedesdoctrines désolantes du scep-
ticisme : son éducation, comme la nature de son
esprit, l'entraînait vers les idées chrétiennes.
Ces tendances se développèrent dans la société
de la femme drstinguée et pieuse à laquelle il
s'était uni. De cette union naquirent deux fils,
dont l'aîné, le baron Wladimtr Richerand, né
en 1816, a épousé Mii= Rendu, nièce du conseil-
ler de l'université.
Par une délibération de la commission muni-
cipale (juin I85I), l'avenue de l'hôpital Saint-
Louis a pris le nom de Richerand.
Ses principaux ouvrages sont : Nouveaux
Éléments de physiologie ; Paris, 1801, in-8"';
10' édit., augmentée par l'auteur et Bérard aîné,
Paris, 1832, 3 vol. in-8o : trad. dix-sept fois à
l'étranger; — Leçons de Boyer sur les mala-
dies des os; Paris, 1805, 2 vol. in-8°, fig. ; —
Nosographie et Thérapeutique chirurgicale;
Paris, 180.5-1806, 3 vol. in-S"; 5= édit., 1821,
4 vol. in-8° : trad. plusieurs fois ; — Des Erreurs
populaires relatives à la médecine; Paris,
1810, in-8°; — Histoire d'une résection des
côtes et de la plèvre; Paris, 1818, in-8"; —
Histoire des progrès récents de la chirurgie;
Paris, 1825, in-8° ; — De la population dans \
ses rapports avec la nature des gouverne-
ments; Paris, 1837, in-8". On a encore de lui
des Notices sur Bordeu, Cabanis, Brillât-Sava-
rin, Ambroise Paré, Vesale, etc., et un assez
grand nombre d'articles ou de mémoires insérés
dans le Dictionnaire des sciences médicales,
les Mémoires de la Société d'émulation, le
Bulletin de la Société philomathique, etc.
Amédée Bonnet (de Lyon).
Moniteur universel, 86 janvier 1840. — J. Cloquet,
Éloge de Richerand. — Encgcl. du dix-neuviéme siècle,
t. XXI. — Dubois (d'Amlensl, Ëloge de Richerand.
RICHËRT { Joseph ï>e), amiral français, né
le 13 septembre 1757, à Alons ( Provence), où
il est mort, en mars 1799. Il fut embarqué comme
mousse dès l'âge de neuf ans. En 1778 il était
enseigne. Il se distingua à la prise de New-Port
et dans la guerre contre l'Angleterre, en faveur
de l'indépendance américaine. Il fit ensuite les
campagnes de l'Inde sous le bailli de Suffren
(1781-1782). En 1793 il fut nommé capitaine de
vaisseau, et contre-amiral en 179.5. Ayant pris à
Toulon le commandement d'une escadre destinée
à détruire les établissements anglais de Terre-
Neuve, il attaqua le 7 octobre, à 25 lieues
nord-ouest du cap Saint-Vincent, le convoi du Le-
vant qui se rendait en Angleterre, et s'empara
du vaisseau Le Censeur et de trente navires ri-
(1) Celui qui écrit ces lignes n'oubliera Jamais rémo-
tion de bonheur avec laquelle Richerand lui a raconté
cette scène, le lendemain même du jour où elle s'était
passée. (B.)
— RICniEPt 2.5
chement chargés. Le 28 août 1796 il arri\
sur le banc de Terre-Neuve; en moins de quiris
jours il brûla ou ruina toutes les pêcheries ai
glaises du grand Banc, des lies Saint-Pierre (
Miquelon et môme de la côte de Labrador;
prit ou coula plus de quatre-vingts navires <
anéantit pour plusieurs années le commerce br
tannique dans ces parages. A peine de retour
Rochefbrt, il fut envoyé à Brest pour prendi
part à la désastreuse expédition d'Irlande (d(
cembre 1796).
Gérard, ^165 des marins français, p. 423-426.
RiCHiER ( Ligier ), sculpteur lorrain, né vei
1500 (1506, suivant Chevrier), soit au villa^
de Dagonvilie, près Saint-Mihiel , soit plutôt
Saint-Mihiel même, mort, à ce qu'on croit, e
1572. La vie de ce grand artiste, qui demeai
longtemps oublié, est presque inconnue.
ignore quelle était la profession de ses parents
dom Calmet dit qu'ils embrassèrent le calv
nisme, et il semble faire entendre que Ligier lu
même professait cette religion depuis sa jeunesse
Devenu orphelin de bonne heure, Ligier fut n
cueilli par un oncle, qui le chargea de garde
ses bestiaux. Ici apparaît pour lui la iégenc
des Giotto et des Canova. Le petit pâtre passa
toutes ses heures à fabriquer des images (
terre dont il faisait cadeau à qui en voulait. M
chel-Ange, dit-on, étant venu à Nancy, passa p; ;
Saint-Mihiel, pour se rendre à Paris. Quelque! ,
unes de ces statuettes tombent entre ses main ;
et il apprend avec surprise qu'elles sont l'œuv
d'un petit pâtre du lieu. Le jeune homme, inte: ^
rogé , se laissa persuader volontiers d'aller a;
prendre la sculpture en Italie. On manque de di
tails sur le séjour de Richier à Rome. Après cin
ou six ans passés dans celte ville, il revint dai
la Lorraine vers 1521, et ne la quitta plus. Se
talent ne tarda pas à lui acquérir une gram
célébrité locale. Divers particuliers l'occupera
d'abord à décorer leurs maisons. On lui attribi
dans ce genre quelques cheminées , entre autn
une exécutée à Dagonvilie , et qui a été, vers
fin du siècle dernier, transportée au presbytèi
de Ham-sur-Meuse. En outre, il préluda aus
dès lors à son Sépulcre par le beau Calvaire doi
il dota i'église de Hattonchâtel.
René de Nassau , prince d'Orange , épou
d'Anne de Lorraine , avait été tué le 17 juilli
1544, au siège de Saint-Dizier. C'est probabif
ment de l'année suivante que date le squelell
exécuté par Richier pour son tombeau , et qi
se voit aujourd'hui au-dessus d'un autel latéri
de l'église Saint-Pierre, à Bar-Ie-Duc. Ceti
statue, mi-squelette et mi-cadavre, debout, un
main levée en l'air, la poitrine défoncée , ayai
ici les os découverts , là un reste de chair des
séchée ou tombant en lambeaux, est d'un effi
prodigieux. Richier s'occupa ensuite de son pli
célèbre ouvrage, le Sépulcre, auquel il mit I
dernière main en 1550. Ce sépulcre est conser\
dans l'église Saint-Étienne à Saint-Mihiel. U s
,,7 RICHIER —
ïoinpose (le treize personnages un peu plus grands
que nature : sur le premier plan, au centre,
Jésus, Nicodème et Joseph d'Arimalliie; à droite,
sainte Véroniq'ie; à gauche, la Madeleine; sur
le second plan, la Vierge, soutenue par Marthe
et saint Jean ; Salomé, qui soulève les draperies
da sépulcre, un ange qui s'appuie sur la croix ,
fiutour (le laquelle ses bras s'enlacent, et deux
soldats jouant aux dés, sur un tambour, les vê-
(pmonls du Christ; dans une position intermé-
diaire entre les deux plans, le centenier. Le
Sépulcre de Saint-Mihiel est un des plus curieux
;t des plus beaux monuments de l'art français à
loutes les époques. Ce qui en fait l'originalité
[juissante, c'est l'alliance de Ihabileté et d'un art
jxquis à la naïveté; la manière du maître est vi-
goureuse, large et minutieusement finie en même
temps; élève de Michel-Auge, il s'étudie avant
ilout à rendre l'expression et la vie. C'est un
imagier sincère , énergique, passionné, que n'a
boint effleuré le paganisme de la Renaissance.
Ses figures sont aussi belles, mais autrement
twlles que les Nyviphes de Goujon.
Deux ans après avoir terminé son Sépulcre,
quand Charles-Quint mit le siège devant Metz
1552), on assure que Richier alla s'enfermer
lans la ville avec son ami Philippe Evrard , et
qu'il paya bravement de sa personne. En 1554
bous le voyons travaillant à Bar, dans l'église
Saint-Marc. Le roi François II étant venu en
Il 559, avec sa femme Marie Stuart et ses gen-
tilshommes, passer quelques jours au château
de Bar, chez son t)eau-fière Charles III, duc de
jLorraine, Ligier lui fut présenté. A partir de ce
hfioment on ne sait ce que devient Richier, et
On ne le retrouve qu'en 1572 (suivant Chevrier),
rendant le dernier soupir entre les bras d'Evrard.
\\ s'était marié et avait eu des enfants, dont quel-
ques-uns cultivèrent aussi les arts, il serait pos-
sible qu'un certain nombre des morceaux qu'on
lui attribue fussent d'un autre membre de sa fa-
mille.
Parmi les ouvrages authentiques de Richier,
bous citerons encore, dansTéglisedeSaint-Miliiei ,
un petit groupe en bois, seul débris restant d'un
Crucifiement , qui passait en général pour son
ctief-d'œuvre , et qui remontait à quelques aii-
inées avant 1532. A Bar, Richier avait été spé-
cialement chargé de décorer l'église collégiale de
Saint-Marc, et il y avait sculpté le retable du
grand autel, représentant une, Annonciation ,
[Le Christ avec la Vierge et saint Jean, Les
Docteurs de l'Église , Les Douze apôtres en
terre cuite , La Crèche, qui a servi de modèle,
dit dom Calmet, à celle du Val -de-Grâce; enfin
lie Mausolée du prince a^Orange. De tous ces
ouvrages il ne reste que le squelette dont nous
|avons parlé et Le Christ en croix. J'ai vu aussi
jde lui, dans une église de Nancy, parmi les mau-
jsolées des ducs de Lorraine, une œuvre trè.s-
'remarquable par les qualités ordinaires de sa
sculpture Le musée du Louvre ne possède de ce
i HOUV. BIOCR. CÉSÉK. — T. XLII.
RICHMOISD 258
grand artiste que deux pièces, dont l'importance
relative est assez médiocre : un En/ant couché
sur le dos, dans une pose d'un naturel parfait,
et le Jugement de Suzanne, bas-relief d'un
fini merveilleux, qui comprend de trente à qua-
rante personnages dans un cadre d'un demi-
mètre carré tout au plus. On remarque dans ce
dernier morceau la beauté des nombreux dé-
tails de l'ornementation, car Richier savait allier
au talent du tailleur d'images le goût exquis de
l'architecte décorateur, comme on le voit encore
par le jubé qu'il avait fait pour l'église de l'ab-
baye à Saint-Mîhiel, et par le curieux plafond,
style renaissance, dont les caissons, chargés d'é-
légantes arabesques, s'agencent avec tant de
grâce au rez-de-chaussée de la maison qu'il
habitait, dans l'ancienne rue des Drapiers.
Victor FouRNEL.
De Chàtcaurupt, f^oyage à Saint-Nicolas-du-Port,
133Î. — Caimet. Bibl. lorraine. — Chevrier, Mémoires
pour servir à l'hist. des hommes illustres de Lorraine ;
17S*, î vol. In-H. — Magasin pittoresque , 1848 et 1849,
— V. Fournel, dans L'ArtiUe (lu 16 novembre 1866.
RICHMANK [Georges-Guillaume), physicien
suédois , né à Pernau, le 1 1 juillet 171 1, mort à
Saint-Pétersbourg, le 26 juillet 1753. Il fut d'a-
bord précepteur des enfants du comte d'Oster-
mann. Nommé en 1735 adjoint à l'Académie des
sciences de Saint-Pétersbourg, il enseigna depuis
1741 lés sciences naturelles à l'université de cette
ville. Ayant voulu répéter les expériences de
Franklin sur l'électricité de l'air, il s'approcha
de trop près pendant un orage de la barre de
fer qui faisait partie d'un instrument de son in-
vention, et qu'il appelait V Indicateur électri-
que; il en sortit une boule ignée, qui le tua
à l'instant. Il a publié dans le recueil de l'A-
cadémie de Saint-Pétersbourg vingt-deux MA-
moires sur des matières physiques.
Gadebusch, I.ivlaendische Bibliotàek, III. — Hlrschlng,
Hundbuch.
RICH.MOND ( Lodowick Stuart, duc de
Lennox et DE ), né le 29 septembre 1574, mort
le 12 février 1624, à Londres. Par son grand-
oncle Matthew, comte de Lennox, il était cousin
de Jacques VI, roi d'Ecosse; sa mère était une
fille du comte d'Entragues. Il avait été élevé en
France, et jouit même d'un certain crédit à la
cour d'Henri IV, 'qui lui donna le commande-
ment de la garde écossaise. Aussi en 1601
eut-il mission de représenter son souverain à
Paris, où il revint en 1604 et en I6l3 en am-
bassade. Lorsque Jacques prit possession du
trône d'Angleterre (1603), Lennox l'accompagna
à Londres ; pendant toute sa vie il eut la bonne
fortune de se maintenir dans la faveur royale,
et vécut dans des rapports d'amitié avec Bucking-
ham. Il reçut le collier de la Jarretière (1603),
une pairie anglaise (1613) et les titres de comte
de Newcastle et duc de Richmond (1623). Il ne
laissa pas d'enfants.
Sa troisième femme, Prances Howard, née
vers 157a, morte le 8 octobre 1639, eut la répu«
9
259
RICHMOND — RÏCHTER
260
tation d'une des beautés les plus accomplies de
son temps. Elle était fille du vicomte Biudon, et
appartenait à la maison de Norfolk. Malgré sa
haute naissance, elle avait choisi pour premier
mari le fils d'un brasseur de Londres , qui lui
laissa une grande fortune ; puis elle épousa, en
troisièmes noces, un vieillard , le comte de Hert-
ford, qui mourut en 1621. On l'enterra, avec son
dernier époux, dans l'abbaye de Westminster.
KiCHMOND (James Stuart, duc de), neveu
du précédent, né le 6 avril 1612, dans le comté
d'York, mort le 30 mars 1655. Il fut élevé sous
les yeux du roi Charles F'", qui, après l'avoir
'traité avec une affection toute paternelle, l'admit
dans la suite dans sa plus étroite intimité. Au re-
tour d'un voyage en Espagne, où il fut revêtu de
la grandesse, il entra au conseil privé, et devint
grand maître de la maison du roi, gardien des
cinq ports et chevalier de la Jarretière. En 1641
il reçut le titre de duc de Richmond, qui avait
été porté par son oncle. Pendant les troubles,
il ne se sépara jamais de sou maître, et eut la
faveur, peu recherchée du reste, de lui tenir
compagnie jusque dans sa captivité. En 1637,
il avait épousé Marie Villiers , fille unique du
duc de Buckingham.
Cette famille s'éteignit en la personne de son
neveu, Charles Stuakt, qui mourut en Dane-
mark, en 1672.
Lodge, Portraits, III, IV et V, édlt. 1849.
ïiiCHMOMD (Charles Lennox, duc de),
fils naturel de Charles II et de Louise de Ke-
roualle, duchesse de Portsmouth, né le 11 juillet
1672, à Londres, mort le 8 juin 1723, dans le
Sussex. Tout enfant il fut créé duc de Richmond,
comte de March et de Darnley, chevalier de la
Jarretière et grand maréchal d'Ecosse. Bien qu'il
professât la religion catholique et qu'il eût, pen-
dant un court séjour en France , été naturalisé,
il gagna les bonnes grâces de Guillaume III, et
assiste près de lui aux batailles de Steinkerke
et de Nerwinde.
Richmond {Charles, duc de), fils du précé-
dent, né le 29 mai 1701, à Londres, mort le 8
août 1750, occupa quelques cliarges à ta cour
de Georges lî.
Richmond ( Charles, duc de) , fils du précé-
dent, né le 22 février 1735, mo'rt le 29 décembre
1806, se distingua par un brillant courage à la
bataille de Minden, où il commandait le 16^
régiment d'infanterie. Dans la chambre haute
il s'attacha aux whigs , attaqua avec hardiesse
la politique du parti tory, et proposa en 1778 de
reconnaître l'indépendance des colonies améri-
caines. Il se rendit surtout populaire par son
projet de réforme du parlement , où le droit de
vote était étendu à tous les citoyens âgés de vingt
et un ans, à l'exception des criminels et des in-
capables. Ses efforts du reste vinrent se briser
confie l'obstination des tories de n'accorder rien
à leurs adversaires. Deux fois il arriva au pou-
voir, d'abord comme secrétaire d'État dans le
premier cabinet formé par lord Rockingham, sou
ami (1765) ; mais il employa mieux ses talents
dans la charge de grand maître de l'artillerie, qu'i
conserva depuis 1782 jusqu'en 1795, sauf unt
interruption de quelques mois, en 1783, peadani
le ministère où Fox siégeait avec lord North. I
mourut sans postérité.
Richmond (Charles, duc de), neveu du pré-
cédent, né en 1764, succéda à son oncle dans sf
pairie et ses honneurs. Il avait embrassé la car-
rière militaire; quelques actions d'éclat lui va-
lurent la réputation d'un brave soldat. Dans s£
jeunesse il était connu sous le nom du galant
et beau Lennox. Il siégea d'abord à la chambrt
des communes, et y donna son appui à l'admi-
nistration de Pitl. De 1808 à 1814 il exerça les
fonctions de lord lieutenant d'Irlande. Nomm<
général en 1814, il assista à la bataille de Wa-
terloo. Après avoir été remis en possession pai
Louis XVIIÎ du duché d'Aubigny (1816), qu
avait été donné à la fameuse duchesse de Ports-
mouth , et possédé par ses descendants jusqu'à
la révolution de 1789, il fut envoyé au Canada
avec le titre de gouverneur général. Comme il
retournait à sa maison de campagne, située
dans les environs de Québec, il fut mordu pai
un petit chien; les symptômes delà rage S( ,
déclarèrent, et il succomba, le 27 août I8l9, av ,|
milieu d'atroces souffrances. j
Son fils, Richmond ( Charles , duc de ), né er j
1791, à Londres, a hérité de son siège à k
chambre des lords. Quoique tory, il remplit,
dans l'administration conciliatrice de lord Grey
(1830-1834) l'emploi de directeur général des
postes. L'une de ses filles, Augusta- Cathe-
rine, née en 1827, a épousé morganatiquement. i
en 1851, le prince Edouard de Saxe-Wciraar.
Burlse, Peerage.
KïCîâTER (Georges- Gottloh), médecin alle-
mand, né à Schneeberg, le 4 février 1694, mort
à Gœttingue, le 28 mai 1773. Reçu en 1720 doc-
teur à Kiel, il y fit pendant plusieurs années
des cours de belles-lettres, de philosophie et df
médecine, devint en 1728 médecin de l'évêque
de Lubeck, Adolphe-Frédéric, qui monta plus
tard sur le trône de Suède, et qu'il accompagna
en 1729 à Paris, et fut promu en 1736 à un*:
chaire de médecine à Gœttingue. Il fut membre
de l'Académie des curieux de la nature de Vienne
et de la Société des sciences de Gœttingue. I! a
publié quatre-vingts et quelques dissertations et
programmes , la plupart très-remarquables et
réunis par Ackermann (Opuscula medica;
Francfort, 1780-1781, 3 vol. in-4'>).
Heyne, Memoria Richleri; Gœttingue, 1775, in-fol. —
Putter, Gelehrten- Cesckichte von Gœttingen, I, 1S5. —
Bœrner, Jctzt lebende yErtzte, I, II et III. — Hirschlng,
[landbuch.
KiCM'FEK ( Aîiguste- Gottlob ) , chirurgien
allemand, né à Zœrbig, le 13 avril 1742, mort à
Gœttingue, le 23 juillet 1812. Après avoir vipilé
la France, l'Angleterre et la Hollande, il enseigiia
depuis 1766 la médecine à Gœttingue. « Richter, |
!61 RICHTEU
[it la Biographie médicale , cultiva la méde-
Bine avec autant de succès que la chirurgie, et
ïorta le même esprit d'investigation dans ces deux
sciences. Ses ouvrages, où l'on trouve une im-
nense richesse.de faits, lui ont assuré une place
des plus honorables parmi les meilleurs obser-
Witeurs du siècle dernier, w Nous citerons : Chi-
"urgische Bibliothek; Gœttingue, 1771-1797,
15 vol. in-S"; — Anfangsgrûnde der Wun-
[îarzneykunsi (Éléments de chirurgie); ibid.,
i[782-l804, 7 vol. in-8°; — Medicinische und
:hirurgische Bemerhîingen (Observations mé-
dicales et chirurgicales) ;ibid., 1790-1813, 2 vol.
n-8"; — Spe&ielle Thérapie (Thérapeutique
■lukiale); Berlin, 1813-1820, 7 vol. in-8°.
r.citcrmiind. Supplément â Jôchcr.
, K2CHTËR {Jérémie- Benjamin) y chimiste
allemand, né le 10 mars 1762, à Hirschberg,
(tiort à Berlin, le 4 avril 1807. Il occupa depuis
! 795 divers emplois dans l'administration des
iiines, et fut ensuite attaché à la manufacture de
i)orcelaine de Berlin. C'est lui qui a véritable-
inent découvert la loi stœchiométrique , qui
;'ègie les proportions des éléments chimiques;
!;es analyses et ses procédés de préparations ont
)eaucoup contribué aux progrès de la science.
Dn a de lui : De usu matheseos in chimia;
iœnigsberg, 1789, in-4°; — Ueber die neueren
Segenstdnde der Chymie (Nouveaux objets de
la chimie) ; Breslau, 1791-1800, 10 parties in-8° :
recueil rempli d'observations fécondes en résul-
tats; — Anfangsgrûnde der Stœchyometrie
[ Éléments de stœchiométne) ; ibid., 1792-1794,
i vol. in-S" : ouvrage remarquable, qui a donné
^ la chimie une base toute nouvelle. Il a aussi
publié les t. III à VI et le Supplément du Die-
Honnaire chimique de Bourguet, et il a fait
Daraître en commun avec Gehlen et autres le
Neues Allgemeine Journal der Chemie ( Ber-
lin, 1803-1805) &X\& Journal fur die Chemie
undPhysik (ibid., 1806-1807).
Der Biograph, VI[. — Meusel, Gelehrtes TeutsclUand,
iVI, X et XV. - Hoefer, Hist. de la chimie.
j RICHTER (Jean-Paul-Frédéric), dit Jean-
IPaul, célèbre littérateur allemand, né à Wunsie-
pel, près Baireuth, le 21 mars 1763, mort à Bai-
^euth, le 14 novembre 1825. Fils d'un pasteur
protestant, il commença ses études au gymnase de
fHof et les continua, depuis 1780, k l'université
[de Leipzig, où il se destina d'abord à la carrière
(ecclésiastique. Mais il abandonna bientôt la théo-
jlogie pour suivre ses penchants, qui le portaient
[vers la culture de la poésie et l'acquisition d'un
[savoir encyclopédique. Venu au monde dans une
des contrées les p)us pittoresques du Fichtelge-
[birge, qui forme les limites de la Bavière et de
a Bohême, Jeau-Paul passa la plus grande partie
sa vie dans ces montagnes solitaires, où
ide
Is'écoula son enfance et qui ne sont encore aujour-
id'hui, malgré la rapidité des moyens de commu-
Inication , visitées que par un très-petit nombre
îde touristes. C'est là sans doute qu'il faut cher-
262
cher la source de ce caractère rêveur, fantasque,
bizarre , doué d'une pointe de misanthropie sa-
tirique, entretenue par une imagination sans
bornes, impatiente de toute règle et de toute
contrainte , caractère qui se révèle dans toutes
ses conceptions, dans tous ses écrits. Pope,
Swift, Sterne, Young faisaient de bonne heure
sa lecture favorite; c'est là qu'il puisa en partie
cet humour qui forme le principal trait de
son genre d'esprit. Après avoir terminé ses
études, il demeura quelque temps à Leipzig,
pour essayer d'y vivre de sa plume. C'est dans
cet intervalle qu'il fit paraître les Groenlàn-
dische Processe ( Procès Groenlandais ) , espèce
de satire humoristique (Berlin, 2 vol., 1783-
1785), suivie de Auswahl aus des Teufels Pa-
pieren (Choix de papiers du diable); Géra,
1788. Ce sont les essais d'un jeune homme qui,
comme tant d'autres au début de leur carrière
littéraire , juge le monde à travers le prisme de
son inexpérience unie à l'indignation de la naï-
veté ; ce sont des ébauches d'imitation d'Hippel.
d'Hamann et des satiriques anglais, entrecoupées
de périodes et de raisonnements inachevés ; des
métaphores souvent forcées , mêlées à ces sou-
bresauts d'esprit prestigieux qui firent de lui un
écrivain à part.
Après la mort de son père, qui le laissa sans
fortune, il quitta en 1785 Leipzig, et vint d'abord
habiter Hof, petite ville voisine de son lieu
natal. Ayant à pourvoir à la subsistance de sa
vieille mère et se suffisant à peine à lui-même
par le produit de sa plume, il acheva son éduca-
tion à l'école ,de la misère, où se trempent les
meilleurs esprits et la plupart des hommes de
génie. Comme ses premiers ouvrages avaient
obtenu peu de succès , il résolut de se créer
quelques ressources en se faisant, en 1790, ins-
tituteur à Scharzenbach sur la Saale, où son père
avait, vers la fin de sa vie, exercé le ministère
évangélique. Cette position, relativement infime,
loin de l'abattre, lui donna du courage. C'est à
son séjour à Schwelbach que remontent les allu-
sions les plus originales et les souvenirs les plus
tendres qu'on remarque dans ses, œuvres. Les
matériaux de sà Levana, ou système pédago-
gique {Erziehungslehre), qui parut à Bruns-
wick, en 1807, datent de la même époque. En
1793, au plus fort de la révolution française,
dont il suivait les phases avec un œil attentif, il
sortit de l'obscurité par l'apparition de sa Loge
invisible ( Unsichtbare Loge), dont il avait en-
voyé le manuscrit à Ph. Moritz, en le priant de lui
trouver un éditeur (Berlin, 2 vol.; 2cédit., 1822) :
c'est le fragment d'un roman, entrecoupé de sail-
lies etde digressions nombreuses, et dontle héros
représente ce conflit permanent de la vie réelle
et de la vie idéale. En 1794, Jean-Paul revint
se fixer à Hof, où il fit successivement paraître
ITespej-us (BerUn, 1794,4 vol.; 3^ édit., 1819),
roman du même genre que la Loge invisible ;
— Quintus Fixîein (Baireuth, 1796; 2* édit.,
9.
263
RTCHTER
1800), qu'il signa pour la première fois du nom
de Richier, tandis que ses autres écrits portaient
celui de Jean-Paul; — Biographische Belu-
4tigungen itnierder Gehirnsekate einer Riesin
(Amusements biographiques sous le crâne d'une
géante) ; Berlin, 1796; — Vdumen-frucht und
Dornens/ùcke (Recueil de fleurs, de fruits et
d'épines); ibid., 1796-1797, 4 vol.; et le Jubel-
senior (Chef de banquet); ibid., 1797. Jean-
Paul comptait dès lors parmi les premiers écri-
vains de l'Allemagne, et lorsqu'en 1797 il eut
perdu sa mère, il retourna à Leipzig et y fit pa-
raître, l'année suivante, Das Campanerthal,
ou De V immortalité de Vâme, qui lui valut
l'amitié de Herder. Il séjourna quelque temps à
Berlin, àWeimar, alors surnommé r Athènes de
la Germanie, et visita les principales villes de
la Tliuringe, Gotha, Meiningen, Hildburghausen,
où il reçut des témoignages non équivoquesd'une
cordiale sympathie. On y citait surfont ses succès
auprès des dames par sa conversation enjouée et
humoristique. En mai 1801, il épousa la fille du
conseiller Maier de Berlin, et se retira d'abord
à Meiningen, puis à Cobourg, et vécut à Baireuf h
depuis 1804 jusqu'à la fin de sa vie. Les hon-
neurs et les faveurs vinrent le trouver dans sa j
retraite. Le duc de Saxe-Hildburghausen le gra-
tifia du titre de conseiller de légation, et le prince-
primat, duc de Dalberg, lui donnait depuis 1809
une pension de 1,000 florins (plus de 2,000 fr.)
qui, après l'abdication de ce prince, lui fut con-
tinuée par le roi Maximiliende Bavière. L'univer-
sité de Heidelberg lui conféra le- diplôme de
docteur, et l'Académie de Munich l'admit, en
1820, au rang de ses membres. Au commence-
ment de 1825 il perdit presque entièrement la
vue, et il ne survécut que de peu de mois à la
mort de son fils unique, qui étudiait à Heidel-
berg. Il avait soixante-deux ans révolus. Le
roi Louis de Bavière lui fit élever sur la place de
Baireuth une statue , œuvre du célèbre Schwan-
thaler.
Outre les ouvrages cités, on a de Jean-Paul :
Titan; Berlin, 1800-1803, 4 vol.; 2eédit., 1846 :
c'est l'ouvrage où l'auteur avoue lui-même avoir
consigné la quintessence de ses aspirations ; il a
été traduit par M. Philarète Chasles; Paris,
1835, 4 vol. in-8°; — Flegeljahre (Années
d'école buissonnière); Tubingue, 1804 : l'auteur
y est un peu moins prodigue de ces transitions
brusques et calculées du sublime au trivial, qui
en font un des auteurs les plus fatigants à lire
et souvent les plus difficiles à comprendre; —
DerFeldpredigers Schmelzle Reise nach Flûtz
(Le Voyage de l'aumônier du régiment Schmelzle
à Fliitz) ; Tubingue, 1809 : il reproduit, ainsi que
Quintus Fixlein, un ensemble descènes patriar-
cales et champêtres qu'on admire sur certains
tableaux flamands; — Der Komet oder A'î'co-
laus Markgraf; Berlin, 1820-1823; — Vor-
schuledev/Esthetik (PrépaiTatlon à l'esthétique);
Hambourg, 1804 : ouvrage de philosophie. Son
Sermon de la paix (Heidelberg, 1809), Mon
P/iébus, changement de dynastie en 18
son Sermon politique du Carême (Tubing
1817), sont des écrits de circonstance, pro
qués par les événements du temps. Parmi
œuvres posthumes on remarque sa correspi
dance avec F.-H. Jacobi (Berlin, 1828), et a^
Chrisf. Otto (ibid., 1829). La collection de
œuvres complètes, que l'auteur avait lui-mê
commencée peu de temps avant sa mort, pa
à Berlin, 1826-1838, 05 vol. in-12, dont 5 ^
d'écrits posthumes; rééditée en 33 vol. in-
1840-1842. Une nouvelle édition revue de scsc
vres complètes paraît actuellement à Berlin, cl
J. Reimer. — Jean-Paul est un poète dans fo
l'acception du mot, bien qu'il n'ait jamais fait
vers. Il est à peu près intraduisible ; il n'est gu
possible de faire passer dans la langue françai
dont le génie est la clarté, ces fantasmagories
style et de pensées, auxquelles se prête si m
veilleusemenl la langue allemande. F. H
Dœriiig, Leben und Charukteristick J.-P. Richti
Leipz., 1830. — Spazler, Commentaire biographique
J.-P.; Le\pz., 1833, 5 vol.— Z. Fiinek, TVotice surj.-
Schleusingen, 1839. — Ilevue germanique, année 1
RiCHTER ( Guillaume-Michel de ) , méde
russe, né à Moscou , en 1767, mort dans ce
ville, en 1819. Il enseigna la médecine à l'u
versité de sa ville natale. On a de lui : (
schic/ite der Medicin in Russland; Mosc
1813-1815, 2 vol. in-S" : excellent ouvrage, fi
de longues et consciencieuses recherches.
Mémoires de l'Jcad. de Moscou.
RICHTER ( Jean-Louis , baron ) , gén(
français, né à Genève, le 24 octobre 1769, m
à Paris, le 23 décembre 1840. Nommé capita
dans la cavalerie de la légion Allobroge (
août 1792 ), il servit à l'armée des Alpes, et
les campagnes des Pyrénées orientales, d'Ita
de Suisse et d'Egypte. Il se signala à la bâta
d'Austerlitz, et, devenu colonel du 3*^ de cuir
siers (31 décembre 1806), combattit avec
même distinction à Eylau, à Friedland, à Y
ling, où il eut deux chevaux tués sous lui.
conduite à Wagram lui mérita le titre de ba:
de l'empire et le grade de général de brig;
( 6 août 181 1 ). Après la campagne de Russie
laquelle il prit part, il commanda le dépai
ment de la Moselle, et fut admis à la retn
avec le titre de lieutenant général honoraire (
octobre 1827).
Fastes de la Légion d'honneur, IV.
RICHTER ( Charles-Frédéric ), orientali
allemand, né à Freyberg, en 1773, morl
Schneeberg, le 4 septembre 180G. Après av
depuis 1799 occupé une chaire à la faculté
philosophie de Leipzig, il devint en 1803 p
raier pasteur à Schneeberg. On a de lui : H
torise Persarum antiquissimas cum G>
corum et Ebrscorum narraiionibus con
liandx spécimen ; Leipzig, 1795, in-4° ; —
xtate libri Jubi defimenda; ibid., 1799, in-^
— Essai historique et critique sur les c
)65 RICHTÈR
asties des Arsacides et des Sassanides;
M., 1804, in-S" , en allemand; — Expiica-
on de tous les passages de f Ancien et du
\ouveau Testament que l'on a attaqués
mime inintelligibles, scandaleux ou erro-
és; ibid., 1805, 1808, 2 vol. in-S", en alle-
mand.
Meuscl, Gelehrtes Teutschland, VI, X et XV,
]; RICHTER (Herman-Eberhard), natura-
'ite allemand, né à Leipzig, le 14 mai 1808.
rofesseur à l'Académie médico-chirurgicale de
resde, il fut impliqué dans les affaires poli-
]ues de mai 1849, qui menaçaient le trône du
i de Saxe, et mis tn liberté après deux ans de
ison préventive. Outre un grand nombre d'ar-
;les de journaux et d'écrits de circonstance,
i a de lui : une édition critique du Systema
getabilium de Linné; Leipzig, 1839; —
anémie et la chlorose ; ibid., 1850; — Or-
mon der physiologischen Thérapie; Leipzig,
50 : espèce de répertoire des sciences médi-
les. X.
Conversations - Lexikon.
RiciMER, chef barbare au service de l'em-
e romain d'Occident, mort en 472 de l'ère
rétienne. Il était fils d'un chef suève et petit-fils
I Wallia, roi des Wisigoths. 11 passa sa jeunesse
la cour de Valentinien III, servit avec dislinc-
»n sous Aétius, et fut élevé à la dignité de
(Imte. Courageux etrusé, d'une intelh'gence pleine
ressources et d'une ambition sans scrupule,
cimer joua un grand rôle dans les événements
li remplirent la dernière période de l'empire
Décident ; il ne tenait qu'à lui d'en jouer un
bs éclatant encore. Trois fois la pourpre im-
Iriale fut à sa disposition, et trois fois il aima
leux faire un empereur que l'être lui-même. Il
voulait pas en s'arrogeant un vain titre sou-
der contre lui tout ce qui restait d'orgueil ro-
^in, et préférait en décorer quelqu'une de ses
éatures, qu'il brisait ensuite s'il ne la trouvait
s assez docile. En 456, il remporta dans les
rages de la Corse une victoire navale sur les
indales, alors en guerre avec Avitus, et défit
Ir armée de terre près d'Agrigente en Sicile.
is succès éclatants lui donnèrent une popu-
lité dont il se servit pour renverser Avitus,
li depuis son avènement au trône n'avait pas
pondu à l'attente des Romains. Le vainqueur
is Vandales excita une révolte dans la garnison
Ravenne, s'assura de l'adhésion du sénat,
courut à la rencontre d'Avitus, qui arrivait de
Gaule. Une bataille s'engagea près de Plai-
hce, le 16 (ou 17) octobre 456. Avitus fut
incu et pris. Le vainqueur se contenta d'a-
rd de le reléguer dans la position d'évéque de
aisance; mais quelques jours après, appre-
'nt qu'il avait formé le dessein de se sauver
Gaule, il le fit tuer, Marcien et après lui
ion, empereur d'Orient , prirent le titre d'em-
reur d'Occident ; mais tout le pouvoir resta
itre les mains de Ricimer, qui gouverna l'I-
— RICOLD 265
talic avec le titre de patrice, que lui donna Léon.
Le chef barbare ne s'opposa pas à la nomina-
tion de Majorien comme empereur d'Occident
(457), et celui-ci se hâta d'informer le sénat
que 5on père Ricimer restait chargé ducomman-
<lement de toutes les forces militaires de l'em-
pire. Cependant, au bout de quelques années il
devint évident que Majorien jtrenait son rôle au
sérieux et voulait gouverner réellement. Ricimer,
jaloux de cet empiétement sur son autorité, le
dépouilla du pouvoir suprême à Dertona (Tor-
tone ) , dans le Milanais, au mois d'août 461, et
le fit tuer quelques jours après. Il le remplaça
par Vibius Severus Serpentinus. L'empereur
Léon refusa de reconnaître l'élu du barbare, et
Egidius en Gaule rompit avec l'Italie; mais ces
protestations n'affaiblirent pas l'autorité de Ri-
cimer, Après la mort de Severus (465), qu'il
avait peut-être empoisonné, il laissa pendant
dix-huit mois l'empire d'Occident sans titulaire.
Cet état de choses mécontenta les Romains, et
le tout-puissant patrice crut prudent d'accepter
Anthemius, qui lui arrivait de Constantinople
avec le titre impérial. Pour s'assurer du nouvel
empereur il épousa sa fille, et pendant quelque
temps l'accord subsista entre eux. Une pre-
mière querelle fut apaisée par saint Épiphane;
mais en 472 Ricimer, averti par la chute d'Aspar
du soft réservé aux ministres trop puissants,
résolut de prévenir les mauvais desseins qu'il
supposait à Anthemius, Il partit de Milan, et alla
mettre le siège devant Rome, où l'empereur s'é-
tait enfermé. Pendant le siège Olybrius arriva
de Constantinople, avec mission de rétablir la
paix entre le beau-père et le gendre, mais au
lieu de négocier la cessation de la guerre civile,
il accepta la couronne impériale, que lui offrit
Ricimer, La prise de Rome ( 11 juillet 472 ) et
le meurtre d'Anthemius suivirent de près. Ri-
cimer ne survécut que quelques jours à cette
dernière de ses victimes ; il fut atteint d'une
fièvre maligne, et expira le 18 août. Ce faiseur
d'empereurs, aussi brave que perfide, avait pu
seul maintenir l'indépendance de l'Italie contre
l'invasion des barbares. Après lui l'empire
d'Occident ne fut qu'une ombre, qui acheva de
disparaître en 476. L, J.
T-^oy. les autorités citées aux articles Anthemius,
Avitus, Majobien, Olybrios, Sévère. — Gibbon,
History of décline and fall of Roman Empire. — Le
Beau, Hist. du Bas-Empire, t. VI et VII ( édlt. de
Saint-Martin) , - Amédée Thierry, Récits de l'hist. rO'
maine au cinquième siècle.
RICOLD DE MONTECROix, nommé aussi
Richard et Riculd, voyageur italien, né à Flo-
rence, où il est mort, le 31 octobre 1309. Il fit
profession à Florence chez les Dominicains, et
possédait une réputation de piété et de savoir
lorsque le pape Nicolas IV résolut de l'envoyer
en Orient pour y établir des relations utiles au
catholicisme. Ricold débarqua à Saint-Jean-
d'Acre, et visita en détail les saints lieux, la Pa-
lestine, la Judée, la Syrie, la Turquie d'Asie,
267
RICOLD — RICULFE
26
les bords de la mer Caspienne et une partie de
la ïartarie. Il apprit à Bagdad l'arabe et les
principaux idiomes de l'Orient. A son retour il
rédigea une relation de ses voyages, restée ma-
nuscrite, sous le titre d'Itinerarium peregri-
naiionis Pr. Riculdi, et dont il y a une traduc-
tion française, également inédite et faite en 1351,
par F. Jean Lelong, moine du couvent de Saint-
Berlin à Saint-Omer. Hugh Murray en a donné
un extrait dans son Historical Account of dis-
coveries and travels in Asia. On a encore de
Ricold de Montecroix des Epistolee ad Eccle-
siam tr'mmphantem , conservées dans la bi-
bliothèque de Santa-Maria-Novella à Florence ;
— De moribus , conditionibus et nequitia
Tiircai-iim; Paris, 1514, in-4'' ; Séville, 1520,
et Rome, 1606, in-8"; — Christianx fidei cou-
fessio : c'est une réfutation du Coran, dont il
existe des copies à la Bibliothèque impériale;
Marc- Antoine Sérafiu en fit paraître une édition
sous ce titre : Propugnaculum fidei ( Venise,
1609, in^o). Il existe aussi del'ouvrage de IMon-
tecroix une version grecque de Démétrius Cy-
donius ; elle est du milieu du quatorzième siècle,
et a été traduite en latin par Barthéiemi Picenus
de Monte-Arduo; Rome, 1506, in-4"; Paris,
1509,in-4° avec une Pré/ace de Jacques LeFèvre
d'ÉtapIes, etc.
Possevino, Mpparatus sacer.— Échard, Script or d.
Prœdicat., t. I, p. 50S-507. — Etienne Quatremère, He-
cherches sur l'Êgypta, p. 285. — Mémoires de l'Acad.
des insc, t. VI. — Touron, Hist. de l'ordre de Saint-Do-
minique, t. I, p. 789.
* liicoED [Philippe), rnédecin français, né
à Baltimore (États-Unis), le 10 décembre 1800.
Son grand-père fut un des médecins les plus
distingués de Marseille, et son père était un an-
cien armateur de la Compagnie des Indes, qui,
ruiné par la révolution, était venu en 1790 cher-
cher en Amérique les moyens de rétablir sa for-
tune. Élevé par son frère Jean-Baptiste, qui
avait embrassé la profession de son aïeul, Phi-
lippe fit ses premières études en Amérique, et
consacra une partie de sa jeunesse à de nom-
breux voyages dans ce continent, pour des re-
cherches de botanique et de zoologie. Il com-
mença l'étude delà médecine à Philadelphie, et
vint à Paris, avec la mission de porter au Mu-
séum une collection d'animaux et de plantes, et des
recommandations de M. Hyde de Neuville, mi-
nistre de France aux États-Unis, pour Cuvier.
Attaché d'abord à l'hôpital du Val-de-Grâce, il
passa à l'Hôtel-Dieu, dans le service de Du-
puytren, qui apprécia ses facultés remarquables,
puis à la Pitié, où il travailla sous la direction
de Lisfranc. Il fut reçu docteur le 5 juin 1826.
Ayant échoué dans un premier concours pour
une place de chirurgien dans les hôpitaux, il alla
exercer d'abord à Olivet, près d'Orléans, puis à
Crouy-sur-Oiircq. En 1828, il obtint une place
au bureau central, et en 1831 il devint chirur-
gien en chef de l'hôpital du Midi , spécialement
destiné aux vénériens. En outre de son service
ordinaire, il établit en 1834 à l'hôpital du Mi(
un cours de clinique spéciale, qu'il professa ave
succès. En possession de la clientèle la plt
étendue et la plus lucrative de Paris , il a él
élu en 1850 membre del'Académie de médecin(
Compris en 1852 dans le service de santé de 1
maison de l'empereur, il se démit en juihetl85
de ce dernier titre, et, chirurgien honoraire d
l'hôpital du Midi, il n'est plus aujourd'hui qu
médecin ordinaire du prince Napoléon. Cok
mandeur de la Légion d'honneur (11 août 1860]
il est en outre décoré de la plupart des ordre
étrangers. On a de M. Ricord : Mémoire su
l'emploi du spéculum dans les maladies vém
Tiennes , à propos du spéculum biviale qu'il
inventé (1833); Sîtr l'inoculation artificieli
de la vérole chez Vhomme (1833) ; Sur la bien
norrhagie de la femme (issi) ; Monographi
du chancre (1837), exposition la plus absolu
de son système personnel ; Traité pratique di
maladies vénériennes (1838, in-8°) ; Clinlqu
iconographique de l'hôpital des Vénérien
(Paris, 1841-1849, gr. in-4", avec 60 planches)
Delà syphilisation et de lacontagion des ace
dents secondaires (1853, in-8"^), Lettres su
lasyphilis, 1854, 1857, in-8°); et un gran
nombre de Mémoires, dJ observations , etc., in
sérés dans le Recueil de l'Académie de méd(
cine, et dans les journaux de médecine françaii
D'autres travaux de M. Ricord, quoique ayai
leur importance, sont moins connus. Ainsi, o
lui doit un nouveau procédé pour l'araputalio
de deux doigts ou de deux orteils à la foi:
pour la cure du varicocèle, pour l'opération o
l'urétroplastie, et une méthode opératoire de 1
circoncision et du paraphimosis. Quelques-un
de ses procédés ont été couronnés par l'Acadérai;
des sciences.
Son frère, RicoRn {Alexandre), né h '^à\W
more, en 1798, a été reçu docteur à Paris «
1824, et s'est livré à des recherches sur l'his
loire naturelle. Il est correspondant de l'Acadi
mie de médecine depuis 1838.
Sarrutet Saint-Edmc, Biogr. des hommes du jou
i. IV, l" partie. — Les médecins de Paris.
RîCQUHiJS. Voy. RycKE.
RICULFE, évêque de Soissons, mort vers 90:
Il monta sur ce siège entre 883 et 892. Il assisi
au concile de Verberie (892) et à celui c
Reims (893). En 900, dans cette dernière ville
il consacra l'archevêque Hervé et excommun;
les meurtriers de l'archevêque Foulques. Il
rendu son nom célèbre par la Constitution qu'
j établit dans son église, en 889. Cette constiti
1 tion, qui a pour objet principal de corriger 1'
gnorance des clercs , a été souvent imprima
depuis 1615; on la rencontre notamment dac
le Supplément des Conciles des Gaules à
J Pierre de La Lande, et dans le t. IX des Coj
I ciles du P. Labbe. B. H.
1 Gallia christiaua, IX, col. 34l. — Hist. littér. de •
1 France, vi, 82.
269
RIDLEY — RIEDEL
270
RIDL.ET (Gloster), littérateur anglais, né
en 1702, sur mer (I), mort en novembre 1774,
à Poplar (Middlesex). Il descendait en ligne
collatérale de l'évoque Nicolas Ridiey , qui
périt sur le bûcher, le 15 octobre 1556, à Ox-
ford, pour crime d'hérésie. Il acheva ses études
à l'imiversité d'Oxford, et y obtint un diplôme
d'agrégé. Dans sa jeunesseil eut beaucoup dégoût
pour la poésie, et composa, seul ou en société,
quelques tragédies qui annonçaient du talent; il
recueillit aussi des applaudissements en inter-
prétant les drames de Shakspeare. Le comé-
dien Cibber l'engagea vivement à suivre la car-
rière dramatique; mais Ridiey, qui se destinait à
l'église, persista dans son dessein. Sans ambition
et trop timide pour faire sa cour aux person-
uai^es influents, il n'obtint que de maigres béné-
fices, et fut réduit toute sa vie à une position pré-
caire. En 1768 il fut pourvu d'une prébende dans
la cathédrale de Salisbury. On a de lui : Ser-
mons ; Londres, 1742, in-S"; — De Syriacarum
Novi Fœderis versionum indole atque iisu;
Londres, I"61, in-4'' : c'est l'introduction delà
vri-ion qu'il laissa manuscrite et qui parut par
les sdins de Joseph White : Sacrorum evange-
lioriim versio syriaca; Oxford, 1778, 2 vol,
m-i" ;— Life of bisfiop Ridiey; Londres, 1763,
in-4" ; — Review of Philips' s Life of cardinal
Pôle; Londres, 1765; — les poèmes de Psyché
et de Afe^ampitô; Londres, 1782, in-4''.
Son fils, RiDLEY (James), hérita de ses ta-
lents littéraires. Chapelain d'un régiment qui fut
employé en 1761 au siège de Belle-Isle, il y
gagna le germe d'une maladie de poitrine qui le
conduisit prématurémenl au tombeau ( février
1765). Il a laissé, entre autres écrits, The JJis-
kory of James Lovegrove et The Taies of the
<^Gen)i : ce dernier recueil, écrit avec beaucoup
de charme et dont un grand nombre d'éditions
attestent la popularité, parut d'abord sous le
pseudonyme de Ch. Morell ; il a été trad. en fran-
geais (Anist., 1767, 3 vol. in-12).
Gentleman' s Magazine, XLIV. — Clialmers, General
Mograph. dicl.
Rinoi>Fi ( Claudio), peintre de l'école vé-
nitienne, né à Vérone, en 1574, mort en 1644.
JD'une famille noble, mais pauvre, il dut ses pro-
grès à l'élude des œuvres du Véronèse, du Titien
et du Mantegna. Pendant quelque temps il
s'exerça à Vérone, puis il alla à Urbin, où il
pçut l'hospitalité dans la maison du Borracci. Il
s'y maria ; et habita ensuite Corinaldo, aux en-
virons d'Urbin. Fossombrone, Cantiano, Fa-
biano, Montenaldo , Ancône, etc., possèdent des
ouvrages du maître véronais. A Urbin se
trouvent une Nativité de saint Jean-Baptiste
fit uw. Présentation de la Vierge au temple,
'et Ri mini conserve de lui une belle Descente de
croix. Il travailla aussi pour Padoue, pour Ve-
nise, et surtout pour Vérone, où l'on remarque,
(1) A l>-,nl d'un bâtiment (le In Compagnie des Indes,
^'eaïuiic ester, sous le nom duquel il fut baptisé.
dans la cathédrale, V Assomption et Saint
Charles adorant le crucifix; Saint Pierre
à San-Pietro Incarna rio, La Vierge et plu-
sieurs saints à S.-Paolo di Campo Marzo,
et une Flagellation à Sainte-Anastasie. Le mu-
sée de Dresde possède uno Annonciation de Ri-
dolfi. Dans tous ces tableaux on retrouve le
coloris vénitien joint à la pureté du dessin , la
simplicité de la composition, la science du cos-
tume, qualités peu ordinaires aux imitateurs et
aux élèvps du Véronèse. E. B— n.
Orlandi, Lanzl,Ticozzl. — Bennassutl . Cî/idrt! di Tc-
rona. — Al. Magçlore, Le Pitture d'Ancona.
RiDOLFi ( Carlo ), peintre de l'école véni-
tienne, né à Lonigo, près Vicence, en 1594,
mort à Venise, en 1658. Un des meilleurs élèves
de rAliense,il s'éloigna plus tard de son style par
l'étude qu'il fit des peintures existant à Vicence et
à Vérone. Ses meilleurs ouvrages «ont une Ado-
ration des mages à Saint-Jean l'Aumônier et
une Visitation à l'église d'Ogni-Santi de Venise;
on y trouve un coloris harmonieux et de louables
efforts pour éviter le maniérisme. Ridolfi doit
sa principale renommée à son histoire des
peintres vénitiens. Le Maraviglie delV arte ,
ovvero le vite degl' illustri pittori veneti e
dello Stato; Venise, 1648, 2 vol. in-8° . L'au-
teur vise peut-être trop souvent à faire parade de
poésie et d'érudition; mais ses recherches sont
faites avec conscience, les appréciations justes, les
théories vraies et bien développées. On a encore
de lui : Vita di G. Robusti, detto il Tintoretto
(Venise, 1642, in-4°). E. B— w.
Z3WU.\,Della vitturaveneziana. — Lanzl, 5<orto. —
Ticozzi, Dizionario. — Quadri, Otto giorni in Fenezia.
RiEnEL {Frédéric-Juste), littérateur alle-
mand, né à Wisselbach, le 10 juillet 1742, mort
à Vienne, le 3 mars 1786. Après avoir fait des
cours de belles-lettres à léna, il enseigna depuis
1768 la philosophie à Erfurt. Appelé en 1772 à
Vienne comme professeur à l'académie des
beaux-arts , il se vit aussitôt après son arrivée
destitué , par suite de rapports mensongers faits
sur son .compte au confesseur de l'impératrice.
Après avoir végété pendant plusieurs années dans
une grande misère , il obtint une pension de
400 florins. Il devint plus tard lecteur chez le
prince de Kaunitz. Dans les derniers temps de
sa vie il fut atteint de folie, par suite des priva-
tions qu'il avait endurées, aussi bien que des
excès de boisson auxquels il s'était livré de très-
bonne heure. On a de lui : Théorie der schoenen
Kiinste imd Wissenschaften (Théorie des
beaux-arts et des belles-lettres; léna, 1767,
in-S"; — Philosophische Bibliothek; Halle,
1 768-69, 4 parties, in-8° ; — Briefe an das Pu-
blikum (Lettres au public); léna, 1768, |n-8° ; —
Der Einsiedler (Le Solitaire), revue; Vienne,
1774, in-S"; — Satyren ^ihià., 1785-86, 3 vol.
in-8°. Les Œuvres de Riedel ont paru en deux
parlies; Vienne, 1786-87, 8 vol. in-s".
Hawr, Gallerie, 11!. — Hirschlng, Handbucli.
271
RIEDESEL
RiKOESEi. (^Joseph- llerman) . baron d'Ei-
senbach • sur-Altembourg, voyageur allemand ,
né le 10 novembre (740, mort près de Vienne,
le 20 septembre 1785. Fils d'un officier supé-
rieur prussien, il devint chambellan de Friperie
le Grand, qui l'envoya plus tard comme ambas-
sadeur à Vienne , et se Gt représenter par lui au
congrès de Teschen. Pour satisfaire son goût
pour les beaux-arts, il visita l'Italie méridionale,
la Sicile et une partie de la Grèce ; il explora avec
soin les monuments antiques de ce Pjpys, et y
recueillit beaucoup de précieux renseignements
pour l'archéologie. On a de lui : Beise durch
Sicilien und Grossgriechenland {\oyag,e dans
la Sicile et la Grande-Grèce); Zurich, 1771,
m-8°;trad. en français, Paris, 1773, in-12; —
Remarques d'un voyageur moderne au Le-
vant; Stuttgard, 1773, in-8°; trad. en allemand,
Leipzig, 1774, iri-8°; réimpr. avec l'ouvrage
précédent, Paris, 1802, in-8°.
Hiisclilng, Ilandbuch. — Mcusel, Lexikon,
RIEDESEL ( Frédérique - Char Lotie - Louise
Massow, baronne de), née à Brandebourg, le
11 juillet 1746, morte à Berlin, le 29 mars 1808.
Fille du ministre prussien Massow, elle épousa,
en 1762, le baron deRiedesel, lieutenant-colonel
au service du duc de Brunswick. En 1777 ellealla
rejoindre en Amérique, avec trois enfants en bas
âge, son mari, chargé de conduire des secours aux
Anglais. Douée de beaucoup de sang-froid etde ré-
solution, elle supporta sans faiblir un instant les fa-
tigues sans norabredela campagne; elle partagea
avec le même courage la captivité de son mari.
Elle le suivit en 1779 à New-York, ensuite
à Long-Island, dont il avait été nommé gouver-
neur, et enfin à Brunswick, où il retourna en
1783. Devenue veuve en 1800, elle se fixa à
Berlin, ou elle se fit bénir par sa charité; dès
1772 elle avait établi à Brunswick une distri-
bution gratuite d'aliments pour les pauvres
d'après un système adopté plus tard par !e
comte de Rumford. Elle a écrit en allemand
d'intéressantes Lettres pendant un séjour en
Amériquede \11& à 1783 (Berlin, 1800, in-8").
Rotermund, Supplément à Jôpiier.
RiEDiNGER ( Jean-EHc ), peintre et gra-
veur allemand, né à Ulm, le 16 février 1098,
mort à Augsbourg, le 10 avril 1767. Il était le
petit-fils d'un peintre d'Augsbourg qui était
venu s'établir à Ulm, et fils de Jean Riedinger,
employé à l'assistance publique et qui possédait
une habileté particulière dans l'exécution en
carton de figurines de soldats et de cavaliers.
Destiné par ses parents à l'étude des belles-
lettres, il parvint cependant à les décider à le
laisser suivre son goùl pour les beaux-arts. Il
fréquenta l'atelier de Resch dans sa ville natale,
et à Augsbourg celui de Falk, qui développa
son talent naturel pour la représentation des
animaux. Il passa ensuite trois ans à Ratis-
bonne, auprès du comte de Metternich, qui le fit
souvent assister à de grandes cliasses, où il put
RIEDINGER 272 1
observer les habitudes des diverses espèces de <
gibier. S'étant fixé à Augsbourg, il y peignit
d'abord quelques tableaux d'histoire; puis il
s'adonna presque entièrement à la peinture d'a-
nimaux. Il acquit en peu de temps une Irès-
grande réputation, qui lui valut d'être nommé
en 17.59 directeur de l'académie des beaux-arts.
Il fonda aussi un commerce d'estampes qui pros-
péra rapidement. Dans ses dernières années il
mit le pinceau de, côté, et ne s'occupa plus que
de dessiner et de graver à l'eau-forle. Riedinger
excellait dans l'art de rendre avec une vérité
saisissante le caractère particulier de chaque
animal dans les situations les plus diverses, de
rendre avec une exactitude admirée des na-
turalistes comme des chasseurs les passions qui
peuvent animer le chien, le cheval, le cerf, le
daim, ainsi que l'ours, le tigre et le lion. Ses
tableaux, dont .six des meilleurs sont au palais
impérial de Saint-Pétersbourg, se distinguent
par une exécution soignée, quelquefois un peu
trop étudiée ; les lumières y sont bien disposées,
le paysage est généralement traité avec une
grande perfection. Il a gravé à l'eau-fortc d'a-
près ses propres toiles et dessins plus de qua-
torze cents planches qui, exécutées avec beau-
coup de légèreté et d'esprit, sont très-recher-
chées des amateurs. Une nouvelle édition moins
estimée en fut donnée à Augsbourg en 1817. On
y remarque surtout : Le paradis et la chuU
d'Adam; 12 planches; — Le plaisir du
princes, livre dédiasse; 1729, 28 pi.; — fa.
blés d'animaux ; 1734, 16 pi. : voy. Gœlhe,
Kunst And Alterthum; — La chasse ai
cerf; 16 pi.; — Animaux sauvages ; il pi.; —
L'art de prendre toute espèce de gibier,
1750, 28 pi. ; — Les plus beaux cerjs qm
aient été chassés par des grands seigneurs.
50 pi. ; — Scènes de chasse; 28 pi. ; — Lei
pistes de cerfs, d'ours, etc.; 22 pi. ; — Diveri
animaux d'après nature; 90 pi. ; — Combat!
d'animaux ; 8 pi.; — Les lions ; 6 pi. — Rie
dinger a encore gravé , mais avec l'aide de se;
fils : Le grand manège; 18 pi.; — Chevaux
de manège et de campagne; 40 pi., avec texte
— Les principales races de chevaux ; 1770
80 pi. ; — Le chasseur et le fauconnier
25 pi. ; — Histoire naturelle des animaux
117 pi. avec texte; etc.
Une précieuse collection de dessins de Rie
dinger était en 1843 dans la possession de Wei
gel à Leipzig, qui en a donné une descriptioi
dans JShrenlese auf dem Felde der Kunst
t. IL
Riedinger ( Martin'Elie),%rà\e:\xT allemand
fils du précédent, né à Augsbourg, en 1730
mort en 1780, dans cette ville, a gravé un asse:
grand nombre de motifs de chasse et d'équita
tion. Son frère cadet, Jean-Jacques Riedinger ■,
mort vers 1795, a surtout cultivé la gravure à l !
manière noire. \
Weyermann, Nachrichten von Gelehrten und Kiinst
7$
RIEDINGER — RI EGO
2:4
m ans Ulm. — Host, Handbuch fur Kunstliehhnber.
Hlrschlnu, Handbuc/l. - Naglcr, KilnstlerUiikon.
RiBGO {Rafaël del), général espagnol, né
24 octobre 1785, à Oviedo, pendu le 7 no-
embre 1823 , à Madrid. D'une famille noble,
)n éducation fut négligée. Il entra dans les
irdes, où il servit jusqu'au licenciement de ce
)rps, en 1808. De là il passa en qualité de lieu-
nant dans l'un des régiments qui furent levés
[ins les Asturies. Fait prisonnier par les Fran-
lis dans une des premières rencontres, il ne
«ouvra sa liberté qu'à la paix de 1814. A son
tour il eut le grade de capitaine, et en 1819
plui de commandant en second. A cette époque
m bataillon fut désigné pour faire partie de
irmée expéditionnaire réunie à Cadix pour
soumission des colonies insurgées. L'abolition
; la constitution de 1812 par Ferdinand VII, la
[ssolution illégale des cortès excitaient dans
irmée et dans la nation de sourds ferments de
scorde ; et on eût dit que le gouvernement s'y
était en laissant agglomérées et dans l'inaction
|i nombre considérable de troupes ; il y eut en
ifet des corps qui attendirent des années en-
tres les bâtiments qui devaient les transporter,
n complot s'organisa pour le rétablissement du
jgime constitutionnel, et ce fut à Riego qu'é-
ïut le dangereux honneur de donner le signal
p la révolte. Le 1*"^ janvier 1820, il harangua
fs troupes au village de las Cabezas de San-
pan , dans l'ile de Léon , les détermina facile-
lent à prêter serment à la constitution de 1812,
t marcha sur Arcos, où il lit prisonnier le
ieux comte de Calderon , commandant de
armée expéditionnaire, et tout son état-major,
la suite de ce coup de main, il fut élu par la
\inte des officiers commandant en second de la
l-emière division de l'armée expéditionnaire,
pus les ordres de Quiroga.
I A la nouvelle de cette révolfe, Ferdinand fit
arlir ses meilleures troupes, sous les ordres du
énéral Freyre, qui bloqua les insurgés. Après
ne longue inaction, où les deux partis ne com-
attirent guère qu'à coups de proclamations, les
onstitutionnels se décidèrent à tenter une sortie.
le 27 janvier, Riego partit à la tête de quinze
ents hommes, et marcha sur Algésiras, où il resta
isqu'aù 17 février ; il voulut alors retourner à
'Ue de Léon, mais la retraite lui fut coupée par
osé O'Donnell. Malaga et Cordoue l'accueil-
rent avec froideur. Sa troupe se dispersa peu
I peu. Enfin, le 1 1 mars, il se trouva presque
eul, et courut se cacher dans les montagnes.
3'est dans cette courte campagne que prirent
|»aissance V Hymne de Riego et le Tragala
hants populaires devenus depuis si fameux
[Cependant la proclamation du régime constitu
ionnel avait eu de l'écho en Galice, en Ara
;on, en Navarre. Ferdinand , obligé de céder
idopta la constitution sans condition ni restric
.ion. Un ministère constitutionnel fut nommé
fiC premier soin du ministre de la guerre. Giron
fut de soulager le trésor en prononçant la dis-
solufion de l'armée de Cadix. L'ordre Çut adressé
à Riego, qui en l'absence de Quiroga avait été
élu général en chef par acclamation. Son pre-
mier mouvement fut de désobéir; mais, voyant
le ministère appuyé par les cortès, il se rendit
à Madrid (31 août), et fut accueilli avec en-
thousiasme par les membres de sociétés se-
crètes. Cet accueil le perdit. Dès ce moment
il afficha un orgueil ridicule, que ne compensait
pas son absence totale d'idées. Des scènes tu-
multueuses auxquelles il présida achevèrent de
ruiner .son influence auprès des modérés. II
avait été nommé précédemment capitaine gé-
néral de la Galice. Il fut destitué et confiné à
Oviedo, son pays natal.
Alorséclatèrentlesdésordresde toutes espèces
qui eurent pour résultat le soulèvement d'une
partie des provinces du nord en faveur du roi
absolu et l'intervention française. A Cadix, les
exaltés s'étaient mutinés en demandant que
Riego fût rappelé de l'exil. Le général Valdès,
ministre de la guerre, céda à ces exigences, et le
nomma capitaine général de l'Aragon. Bientôt
soupçonné, non sans raison, de vouloir ren-
verser le gouvernement constitutionnel pour
lai substituer la république , Riego fut de
nouveau destitué et envoyé à Lérida, sans
cesser d'être le drapeau du parti exalté. A l'ou-
verture des cortès de 1 823, le 7 février, il fut
nommé président de l'assemblée, et donna de
nouvelles preuves, dans cette haute position, de
son manque absolu de sens politique. Ce fut là
pour Riego la dernière faveur delà fortune. Ap-
puyée par l'assentiment des populations, l'in-
vasion française réussissait presque sans coup
férir. Les généraux Ballesteros et Zayas faisaient
avec les Français des arrangements particu-
liers. Furieux des représentations que ce der-
nier avait adressées au gouvernement, les exaltés
substituèrent Riego à Zayas dans le commande-
ment de Malaga. A peine arrivé, Riego fit ar-
rêter Zayas et une foule d'autres personnes, leva
des contributions, puis, se dirigeant vers les
cantonnements des troupes de Ballesteros, il of-
frit à ce général de réunir leurs divisions ponr
marcher contre les Français. Ballesteros refusa.
L'escorte de Riego se jetant alors sur celle de
Ballesteros le fit prisonnier avec son état-major :
mais le général Balauzat, qui commandait une
des brigades, s'avança avec des troupes, et
contraignit Riego à relâcher les prisonniers.
Après cette tentative malheureuse, le général
constitutionnel se retira à Alcaudete, puis à
Jaën, successivement abandonné de ses troupes.
Il fut battu sur les hauteurs de Jaën par le gé-
néral Bonnemaio , et ensuite à Jodar. Le len-
demain de sa défaite Riego atteignit le petit vil-
lage d'Arquillos, suivi seulement de quatre offi-
ciers, dont deux étaient Anglais. Il fut reconnu
par des paysans, qui s'emparèrent de lui, et le
conduisirent à La Caroline, puis à Andujar, où
275
RIEGO — RIENZI
27
il eût été massacré par la population sans la
protection des hussards français de son escorte.
Telle était la révolution qui s'était opérée dans
les esprits. La prise du Trocadero eut pour
conséquence le rétablissement de Ferdinand VII
comme roi absolu. Riego devait être une de ses
premières victimes. 11 avait été conduit àMadrid,
et le fiscal demanda contre lui la peine du
crime de haute trahison. En conséquence, et non-
obstant l'intervention officieuse de l'ambassa-
deur anglais, le 7 novembre 1823, à midi,
Eiego fut traîné au supplice sur un panier d'o-
sier tiré par un âne. Partout sur son passage la
populace l'accabla d'outrages Enfin il fut attaché
au gibet élevé sur la place de la Cebada. Con-
formément aux conclusions du procureur fiscal,
sa tête fut portée à Las Cabezas de San-Juan, et
son corps coupé en quatre quartiers, qui furent
transportés l'un à Séville, l'autre à l'île de Léon,
le troisième à Malaga, le dernier resta à Madrid.
E. Baret.
Documents particuliers. — De Marlignac, Histoire
€ontemp. de la révolution d'Espagne. — Toreno, His-
toria del tevantainiento, guerra y revol-ucion de Es-
pana. — Miguel Riego, Memoirs of the life of Riego ;
Londres, 1823, in-S». — Procès du général Riego ; Paris,
1823, in-8°. — MahuI, Annuaire nécroL, 1824. — N;ird
et Pirala, yida militar y politica de Riego; Madrid,
1844, In-S». — Ed. Burckliardt, Riego und Mina; Leipzig,
1S3S, in-3°.
RSEM (Jean), agronome allemand, né à
Frankenthal, le 10 décembre 1739, mort à
Dresde, le 11 décembre 1807. Il exerça pendant
plusieurs années la profession de pharmacien.
En 1768 il fonda à Kaiserslautern une société d'a-
griculture qui, établie ensuite sur un plan plus
vaste, devint une société physico-économique ;
transférée plus tard à Heidelberg,elle fit faire des
coui's d'économie politique et publia un recueil
de Mémoires. Riem, qui n'avait pas cessé de
la diriger, eut alors à subir tant de tracasseries,
<]u'ii quitta son pays; il devint en 1776 inspec-
teur des ruches de Grunthal près de Breslau. Il
passa en 1785 à Dresde comme conseiller de
commission. Ses nombreux écrits, dont plu-
sieurs ont été couronnés, ont introduit beaucoup
d'aiïi,éliorations dans plusieurs parties de l'éco-
îiomie rurale; nous citerons : Verbesserte Bie-
nenpjlege (L'Éducation des abeilles améliorée
pour tous les pays); Manheim, 1775-1795,
in-8°; — Bienenbïbliothek (Bibliothèque des
abeilles); Breslau, 1776-1790, 4 vol. in-8°; —
Fraktïsch-œkoTiomische Encyklopœdie (En-
cyclopédie pratico- économique) ; Leipzig,
1785-1804, 6 vol. in-8°; — Physikalisch-
œkonomische Quartalschrift (Revue trimes-
trielle); Dresde, 1787-1789,3 vol. in-8°; —
Neue Sammlung vermischter œkonomischer
Schriften ( Nouveaux mélanges d'économie ru-
rale ) ; ibid., 1792-1803, 9 parties, in-8o; —
Bas ganze des Gelraidebaues ( L'ensemble de
la culture du blé ) ; Hof, 1800, in-8°. Riem a fait
paraître des traductions de plusieurs écrits éco-
nomiques fi-ançais et italiens.
Hœck, Literarische Nachrichten, I. — Der Biograp
VIL — fdenfiel, Celehrles Teutschland,Vl,X, XI et X
asEMEE {Frédéric- Guillaume ) , phili
logue et littérateur allemand, né à Glatz,
19 avril 1774, mort à Weimar, le 19 décembi
1845. Disciple du célèbre Fr.-A. Wolf, il di
vint en 1801 précepteur chez Guillaume (
Humboldt, qu'il accompagna deux ans après f
Italie ; de retour en Allemagne, il fut chargée
l'éducation du fils de Gœthe. Il devint plus tai
conservateur en chef à la bibliothèque de We
mar. On a de lui : Griechisch-deutsch
Handvoœrterbuch (Dictionnaire grec-alli
mand); léna, 1802-1804, 2 vol. in-8°; réiu
primé plusieurs fois, et remanié par Schneidei
— Blumen und Blàtter ( Fleurs et feuilles
poésies; Leipzig, 1816-1819, 2 vol.; — ci
dicht.e (Poésies) ; Leipzig, 1826, 2 vol. Il a pi
blié la Correspondance entre Gœthe et Zelte
et a pris beaucoup dé part à l'édition définitii
des Œuvres de Gœthe.
Conversations-Lexihon.
RHEMCOURT (Simon de), historien fra
çais, né vers 1605, à Paris, où il est mort, <
1693. Il était conseiller correcteur en la chamb:
des comptes de Paris, et, dit Moréri, « vouli
joindre les titres d'historien et de théologien
celui de magistrat, auquel il eût peut-être miei
fait de s'arrêter ». Neveu de Charles Sorel, il e
pérait lui succéder dans la charge d'histori
graphe ; mais, malgré les flatteries assez lourde
qu'il prodigua à Louis XIV, son attente fi
déçue. On a de lui : Abrégé chronologique i
l'hisloire de France; Paris, 1675-1678, 2 vo
in- 12; réimprimé avec de grandes augment;
lions, Paris, 1695, 6 vol. in-12; — Histoire c
Louis XI II; Paris, 1695, in-12; — Histoii
de la monarchie françoise, sous le règne a
Louis XIV,- Paris, 1688, 2 vol. in-12 ; l'édit. (
1697, 3 vol. in-12, a été revue et augmentée pi>
Thomas Corneille.
RiENcouRT {Charles de), fils du précédent
mort en 1727, avocat au parlement, fut en 171
admis dans l'Académie des inscriptions. Il
laissé des dissertations et un Dictionnaire c
la fable, imprimé, mais non publié.
Moréri, Dict. hist. — De Boze, Hist. de VAcad. d
insc, I, 133.
EiSËiiiZi (Cola (1) Di), né en 1313, à Roni(
assassiné dans cette ville, le 8 octobre 1354. ,
était fils d'un aubergiste du nom de Lorenz
(par abréviation Rienzo); sa mère était lavau
dière. Il vécut au milieu des paysans d'Anagi
jusqu'à sa vingtième année. Puis il revint à Ronw
cultiva la grammaire et la rhétorique, lut et rc
lut les historiens, les philosophes et les poët6
latins, de même qu'il approfondit la Bible, et su
s'en approprier le style. Il étudiait aussi les ins
criptions, recherchait les statues et autres reste
de l'antiquité, et nul mieux que lui ne savait le
(1) Le nom patronymique de GABaiso, qu'on lut
donné sur l'autorité de Bzovlus, n'est mentionné dans au
cune source contemporaine.
277 RIENZI
Ces vestiges de la grandeur de sa
278
expliquer
patrie transportaient son imagination ; mais il se
sentait plein de tristesse lorsqu'il y comparait
le déplorable état de Rome pontificale, désolée
par les luttes sanglantes des factions aristocra-
tiques, qui ne s'accordaient que pour opprimer
le peuple. Une autre chose encore exaltait son
âme et relevait au-dessus du cercle de sa condi-
tion : c'était le bruit, faux du reste, qu'il était
le lils de l'empereur Henri VII. Après avoir
choisi l'état de notaire, il épousa la tille d'un
bourgeois, d'une beauté remarquable, mais qui
ne lui apporta qu'une dot assez mince. Un de
ses frères ayant été assassiné par un noble, il
ne put obtenir la punition du meurtrier. 11 con-
çut alors la pensée de changer la constitution de
Rome en délivrant la ville de la tyrannie de la
noblesse. Le titre qu'il prit de « consul des or-
phelins, des veuves et des pauvres », le signala
à l'attention publique. En 1343 il se trouva com-
pris dans une députation envoyée à Avignon au-
près de Clément VI, par les notables du parti
guelfe. L'occasion était belle d'éclairer le pape
sur les méfaits de la noblesse romaine : Rienzi le
fit avec autant de force que d'éloquence; mais
il avait compté sans l'influence du cardinal Jean
Colonna, et sa hardiesse lui valut une disgrâce.
Durant son séjour à Avignon, il connut Pétrarque,
et se lia avec lui d'iine profonde amitié.
Rienzi réconcilié avec le cardinal par l'entremise
de Pétrarque revint à Rome avec l'emploi de
notaire de la chambre urbaine (avril 1344). Il tenta
vainement d'amener les magistrats à ses idées
de réforme ; loin d'en faire mystère, il les exposait
au grand jour à tout venant, et le langage hardi
qu'il tenait au peuple avait plus d'une fois re-
tenti aux oreilles des barons. Mais ceux-ci riaient
ou le traitaient d'insensé. Rienzi conspira ainsi
pendant trois années, avec les grands souvenirs
de la Rome païenne. Une disette ayant causé un
grand mécontentement dans le peuple, il recon-
nut que le moment d'agir était venu. Le jour
de la Pentecôte (20 mai 1347) il réunit tous les
citoyens sans armes au Capitole. Après avoir
entendu trente messes pendant la nuit, il se pré-
senta accompagné de cent chevaliers et du légat
du pape, Raymond, prononça un magnifique dis-
cours (1) sur les malheurs et la servitude du
peuple, et lut les lois qu'il proposait comme de-
vant établir ce qu'il appelait il buono stato. Ces
lois, au nombre de treize, tendaient surtout à as-
surerau peuple le repos et la sécurité; elles furent
toutes approuvées. Les sénateurs furent chassés,
et on conféra à Rienzi unpouvoirdictatorial. Il prit
le titre de tribun de la liberté, de la paix et
de la justice, et choisit pour collègue le légat ;
mais il se réserva la direction des affaires, après
avoir cependant demandé la nomination d'un
(1) • U était très-habile et persuasif dans ses discours,
■dit Pétr.irque. » Aujourd'hui le style de Rienzi dans ses
écrits latins paraît recherché, plelo de tournures bizarres
■ou d'archaïsnaes.
syndicat auquel il devrait rendre compte. La ré-
volution fut si complète et si soudaine que les
barons, surpris, obéirent sans résistance à l'in-
jonction de sortir tous de Rome. Un grand nombre
des possessions qu'ils détenaient injustement
furent restituées à leurs légitimes propriétaires.
S'appuyant sur la milice urbaine, qu'il créa et qu'il
obligea de prendre les arme? au premier appel
de la cloche du Capitole, Rienzi réprima le bri-
gandage avec une sévérité qui n'épargnait per-
sonne. Puis dans une grande assemblée il exhorta
ses concitoyens à éteindre leurs querelles et à
s'aimer comme des frères ; au milieu d'un attea-
îrissement général, dix-huit cents inimitiés mor-
telles furent aussitôt terminées pacifiquement;
pour en prévenir le retour, il institua deux tri-
bunaux de paix, composés d'hommes du peuple,
d'une probité reconnue. Il pourvut aussi au
maintien des mœurs, rétablit les finances, et
exerça une police rigoureuse sur le marché aux
subsistances (1).
Ayant ainsi affermi son gouvernement à l'in-
térieur, Rienzi, dont le pape avait confirmé l'au-
torité sans difficulté, porta ses regards plus loin;
il requit tous les États italiens d'envoyer chacun
pour le 1er août àeax plénipotentiaires à Rome,
pour former l'assemblée générale qu'il se propo-
sait de tenir pour la pacification et l'union de
toute l'Italie , et de députer en outre un juris-
consulte ayant mission de siéger dans le consis-
toire permanent, qu'il voulait établir pour main-
tenir la concorde entre les diverses contrées de
ce pays. Là comme dans toute l'Europe la ré-
volution opérée à Rome comme par enchante-
ment avait excité un étonnement général (2).
Les messagers de Rienzi furent partout reçus
avec enthousiasme. Bien plus : la reine Jeanne
de Naples et Louis roi de Hongrie, prêts à entrer
en guerre l'un contre l'autre, soumirent leur dif-
férend à l'arbitrage du tribun. Dans l'intervalle
Rienzi, ayant réuni une armée de sept mille
hommes, était parvenu à forcer le préfet de Vico
à se soumettre, et son autorité directe s'étendait
alors sur presque tout l'ancien domaine pontifical.
Le 1*' août deux cents députés des divers États
d'Italie se réunirent dans le palais de Latran.
Après s'être fait conférer la dignité de chevalier
du Saint-Esprit, Rienzi proclama que le choix
de l'empereur appartiendrait dorénavant, comme
dans les anciens temps, au peuple romain, et il
cita ensuite les deux princes qui se disputaient
(1) Une grande partie des actes de l'administration de
Rienzi se trouve dans les Gesta pontiflcum Leodiensium
de Hoesemius
(2) I.e succès si prompt du tribun était attribué par
lui 3 l'assistance du Saint-Esprit, dont il croyait souvent
recevoir des inspirations, a Comme l'Italie entière se leva
alors tout à coup ! dit plus tard Pétrarque. Quelle terreur
du nom romain s'étendit jusque dans les pays les plus
éloigné.s! J'étais alors en France, et je sais ce qu'exprl-
mnlenl les paroles et les visages de ceux qui sont regar-
dés comme les plus grands. Aujourd'iiui ils voudront
peut-être le nier; mais alors tout était i Icin d'effroi,
tant Rome a encore d'importance. »
279 RIEINZI
alors l'Empire , Louis de Bavière et Charles de
280
Bohême, à comparaître ainsi que les électeurs
devant son tribunal. Le 15 il se tit ceindre la tête
de sept couronnes de diverses significations,
dont la dernière était d'argent et surmontée de la
pomme impériale ; il osa même se comparer au
Christ; ce fut le signal de sa chute. La noblesse
n'était encore ni gagnée ni réduite, ce qui l'in-
quiétait d'autant plus que, n'étant pas homme de
guerre, il était obligé de confier le commande-
ment de ses troupes à des barons. Aussi usa t-il
d'un stratagème pour se débarrasser des nobles
d'un seul coup. Au milieu d'un festin où il les
avait invités, il fit arrêter les chefs des principales
familles (l4 septembre), et il allait les envoyer
à la mort lorsque quelques bourgeois considérés
parvinrent à le faire changer d'avis. Il relâcha
les prisonniers, et conféra même à plusieurs
d'entre eux la dignité de consul et de patrice.
C'était une faute grave; Pétrarque l'en blâma
amèrement. Les barons, à peine libres, gagnèrent
leurs forteresses pour se préparer à la vengeance.
Les rapports entre le tribun et la cour ponti-
ficale s'étaient peu à peu envenimés; le pape
avait surtout été choqué des prétentions de Rienzi
de transporter au peuple de Rome exclusivement
le règlement des questions touchant à l'Empire.
Le 12 octobre 1347, il chargea Bertrand de
Deux d'exiger du tribun qu'il se contentât du
gouvernement de Rome ; en cas de refus le légat
devait recourir à la force. Les barons, devenus
plus insolents, étendaient leurs déprédations jus-
qu'aux portes de Rome. Rienzi réunit une armée
de plus de vingt mille hommes et dévasta les
possessions des Orsini Quant au légat, il le traita
avec le plus grand dédain. Pour se mettre en
garde contre la colère du pape, il noua des in-
telligences avec Louis de Bavière, et conclut une
alliance avec Louis de Hongrie. Il s'occupa aussi
de convoquer une nouvelle assemblée chargée
d'éhre un empereur d'origine italienne , qui au-
rait pour mission de délivrer la patrie commune
du joug des étrangers (1).
Dans l'intervalle, à l'instigation du légat, un
nombre toujours croissant de barons avaient
pris les armes; le 20 novembre 1347, ils es-
sayèrent de surprendre la ville ; mais loin d'y
réussir, ils éprouvèrent une défaite sanglante et
perdirent leurs meilleurs chefs, entre antres
quatre Colonna. Mais Rienzi ne sut pas profiter
de sa victoire, qui ne lui servit que de prétexte
à des cérémonies, oîi son penchant pour l'osten-
tation éclatait de plus eh plus. Il fut obligé de
mettre des impôts élevés sur les biens des riches
et des églises, pour subvenir aux dépenses cau-
sées par toutes ces pompes, par sa brillante cour,
et aussi pour payer la solde des mercenaires qu'il
avait pris à son service. Son administration, mal
dirigée , excita bientôt un mécontentement, que
(1) II parait que la pcnstée de se faire proclamer lui-
même empereur entra quelque temps dans l'esprll de
Rienzi.
la cherté des grains, les incursions continuelles
des barons et les artifices du légat ne firent qu'aug-
menter. Les succès avaient enivré Rienzi ; l'ap-
parence même des revers l'effraya; il crut son
œuvre ruinée, et tomba dans un découragement
profond. Pour satisfaire le pape, qui venait de
le destituer de toutes ses dignités, il révoqua ses
déclarations au sujet de l'élection d'un empereur,
reprit pour collègue le vicaire pontifical, et re-
nonça à ses titres pompeux ainsi qu'à l'appareil
de la puissance. Un événement fortuit le ren-
versa. Il avait cité devant son tribunal Pippino,
comte d'Altamura, condottiere napolitain, pour
plusieurs faits de violence et de brigandage; au
lieu d'obéir, Pippino se retrancha dans sa de-
meure fortifiée. Le 15 décembre Rienzi fit sonner
le tocsin pour réunir la milice, avec laquelle il i
voulait réduire la révolte du comte; personne
ne vint à son appel. Le petit détachement de
mercenaires qu'il envoya contre Pippino fut re-
poussé. A ce léger insuccès, qu'il pouvait facile-
ment réparer, il perdit la tête, et se démit en
pleurant de toutes ses fonctions. Les barons en-
trèrent dans Rome deux jours après.
Réfugié sur le territoire de Naples, il gagna
les solitudes les plus sauvages des Apennins,
près de Monte-Majella, et se joignit à quelques
ermites franciscains, qu'on nommait spirituels
ou fratricelles ; voyant dans sa chute subite un
juste châtiment de Dieu pour sa soif des vanités,
il se fit affilier à leur ordre, et partagea pendant
deux ans et demi leurs exercices de piété et de
pénitence. Vers le milieu de l'an 1350 un de ces
moines lui persuada que, selon les prophéties de
Joachim de Flore, de Cyrille et de Merlin il était
choisi pour amener, avec l'aide de l'empereur
Charles IV, une ère de bonheur sur la terre.
Rienzi, toujours enthousiaste, accepta le rôle d'élu
de Dieu, et se rendit à Prague; il annonça à
Charles que sous un an et demi une hiérarchie
nouvelle serait instituée dans l'Église et que sous
un nouveau pape Charles régnerait en Occident,
Rienzi en Orient. Pour arriver à ce résultat, il de-
mandait à être envoyé à Rome comme représen-
tant de l'empereur avec pleins pouvoirs pour pré-
parer l'entrée de Charles dans cette ville. Charles,
qui était un ami dévoué du pape, fit mettre
Rienzi en prison comme suspect d'hérésie (1). La
cour pontificale cliargea l'archevêque de Prague
Arnest d'instruire son procès. Ce prélat, ami des
lettres, le traita avec égard, et il l'amena peu à
peu à une rétractation presque complète. 11 le
remit alors à l'autorité pontificale, qui le fit con-
duire à Avignon (juillet 1351). Grâce à la bien-
veillance de l'empereur et de l'archevêque Ar-
nest, la cour pontificale n'apprit rien des doc-
trines hérétiques et des plans que Rienzi était
venu exposer à Prague; l'accusation dressée
contre lui ne se rapporta qu'au temps de son
(I) La correspondance très-curieuse de Rienzi avec
l'empereur et avec l'archevCque Arnest se trouve dan»
l'Histoire de Charles If^ de Pelzel.
281 RIEINZI
tribunat. Une commission formée de trois car-
dinaux le jugea coupable, elle condamna à mort;
mais tes instances de Pétrarque, qui n'aban-
donna pas un instant son ancien ami, et la véné-
ration du peuple d'Avignon pour les lettrés firent
commuer la peine en une détention assez douce.
Enfermé dans une tour, Rienzi reprit son étude
favorite de la Bible et des anciens auteurs latins.
Cependant l'anarchie n'avait cessé de régner à
Rome. Innocent VI, à peine intronisé, envoya le
cardinal Albornoz pour y rétablir l'ordre (juillet
1353). Dans le môme but il tira Rienzi de prison,
lui fit grâce entière, et le chargea d'assister de
son aide et de son conseil l'entreprise d'Albor-
noz. Rienzi prit part à la guerre que le cardinal
engagea contre le préfet de Vico; lorsqu'elle fut
terminée (juin 1354), Albornoz lui a.ssigna pour
séjour Pérouse, après lui avoir fixé un petit re-
venu. Là Rienzi se lia avec deux jeunes Proven-
çaux, Arimbaldo et Brettone, frères du fameux
condottiere Montreale, et obtint d'eux plusieurs
milliers de florins d'or.qui lui permirentde prendre
à sa solde sept à huit cents mercenaires. En même
temps il parvint à se faire donner par le cardinal
le titre de sénateur de Rome au nom du saint-
siége. Le 1" août 1354, il fit son entrée dans la
ville éternelle, au milieu des acclamations una-
nimes. Mais le malheur avait aigri son carac-
tère et desséché ses sentiments généreux ; il s'a-
bandonna au luxe et à la bonne chère, et se
montra dur, astucieux et cruel. Les barons
ayant refusé de reconnaître son gouvernement, il
réunit une armée de plusieurs mille hommes, et
assiégea à Palestrine le plus pruissant d'entre
eux, Stefano Colonna. Il revint à la hâte à Rome,
oii Montreale venait d'arriver, pour exiger en
retour des sommes que ses frères avaient avan-
cées à Rienzi, autre chose que les vaines dignités
qui leur avaient été conférées. H le fit arrêter et
aussitôt exécuter, comme coupable de brigan-
dage ; Arimbaldo et Brettone furent jetés en pri-
son. L'argent que Rienzi tira de leurs biens qu'il
confisqua, et la part qu'il eut des dépouilles de
Montreale, lui servirent à augmenter son armée,
qui obtint plusieurs succès marqués. Lorsque
ces ressources furent épuisées, il augmenta les
impôts. Devenu de plus en plus défiant, il faisait
exécuter sans procès les citoyens les plus con-
sidérés dès qu'ils lui portaient le moindre om-
brage. Ayant appris qu'il se trouvait à Sienne
un riche bourgeois du nom de Giannino, et que
l'on disait être le fils posthume de Louis le
Hutin, il le fit venir à Rome, le proclama roi de
France, et contracta avec lui une alliance so-
lennelle. Les barons, qui avaient repris l'avan-
tage, profitèrent du mécontentement général
pour exciter contre lui une émeute. Le Capitole
fut entouré d'une foule furieuse. Rienzi , après
avoir vainement essayé de haranguer le peuple,
chercha à se sauver déguisé en paysan; mais il
fut reconnu et massacré; les plus horribles trai-
tements furent exercés sur son cadavre, qui fut
- RIES 28J
enfin brûlé par les juifs avec un feu d'orties
sèches.
« Telle fut la fin du tribun , dit Papencordt.
Par un noble essor de son esprit, il s'éleva à la
plus haute position ; mais elle dépassait telle-
ment ses forces morales et intellectuelles, qu'il
ne nous présente pas une seule fois le spectacle
d'une lutte grandiose pour la réalisation de son
idée. Bien plus, cette idée elle-même, il l'aban-
donna presque entièrement à la fin ; et comme
les conditions elles bases matérielles de la puis-
sance lui manquaient, sa chute était inévitable.
Toute sa vie ne nous offre que de l'extraordi-
naire et point de véritable grandeur. Mais dans
l'histoire et dans l'opinion des hommes, le sou-
venir de son noble commencement a prédominé,
et il a entouré son nom d'une auréole roman-
tique comme peu de figures du moyen âge en
ont obtenu. Ses crimes, confondus avec ceux de
ses contemporains, ont disparu dans l'ombre
pour ne laisser briller que la beauté de son en-
treprise. » Ernest Grégoire.
T. Forliflocca, Fita di Itienzo; Brescla, 1624, ln-4°, et
dans les Anliq.italicx de .Muratorl, t. IIJ. — Pétrarque,
Opéra. — Matteo Vlllanl. — P. du Cerceau, F'ie de
Rienzi. -T. de Rii nzl, Ustervazioni sulla vita di Bienzo;
Rome, 1806. - Zelirino Re, La f^ita di Riemo : Forli,
1823. — Papencordt, Rienzi et Rotneà son époque ; Uam-
bourg, 1§41, in-S"; trad. en françal.s. Paris, 1845, iu-8°.—
Zeller, Episodes de l'histoire d'Italie,
RIENZI {Tommaso- Maria Gabrino de),
archéologue italien, né le 15 octobre 1726, à
Rome, où il est mort, le 16 novembre 1808. Il
descendait du fameux tribun de ce nom en ligne
collatérale. A peine entré dans l'ordre des clercs
réguliers mineurs, il y obtint la chaire de phi-
losophie et de langue grecque (1743). Ses con-
naissances dans les sciences mathématiques et
naturelles le firent appeler à Pesaro, où il fut
chargé d'organiser le musée, auquel il annexa
une belle collection de plantes marines , de sta-
lactites et de minéraux qu'il avait formée. Après
avoir administré pendant vingt-sept ans une des
cures de Rome, il fut élu général de son ordre.
Outre un grand nombre d'articles historiques et
critiques insérés dans les Novetle florentine, les
Novelle délia republica letteraria et le Dia-
rio di Roma, il est auteur de Mémoires sur le
tribunat de Nicolas Rienzi (Rome, 1806, in-S"].
Rabbe, Biogr. unio. et portât, des contemp., suppl.
BiEs (Adam), mathématicien allemand, né
en 1489, à Staffelstein , près de Bamberg, mort
le 30 mars 1559. Il était inspecteur des mines
d'Annaberg en Saxe , et s'est fait connaître par
un ouvrage célèbre dans l'histoire de U science,
et qui a pour titre : Ein gerechent Buchlein
(Traité d'arithmétique) ; Leipzig, 1536. On a aussi
de lui un Traité de calcul linéaire (en vieil
allemand); Erfurt, 1522. X.
Kestner, Geschichte der Math.
RIES [Ferdinand), pianiste et compositeur
allemand, né à Bonn, en 1784, mort à Francfort,
le 13 janvier 1838. Il avait à peine atteint sa
cinquième année lorsque son père, qui était at-
283
RIES — RIETER
284
taché au service de l'électeur de Cologne, en
qualiîé de directeur de musique, commença à
lui enseigner les éléments de son art. A huit ans,
il fut confié aux soins de Bernard Romberg, qui
lui donna des leçons de violoncelle. A l'époque
de l'invasion française (1793), le père de Ries
perdit sa place et tout ce qu'il possédait ; sans
espoir d'assurer une position à son fils, il lui fit
apprendre à jouer du piano. Le jeune Ries n'eut
pour ainsi dire jusqu'à sa dix-septième année
d'autres guides dans l'étude de l'harmonie que
quelques livres rassemblés autour de lui. Plein
d'ardeur au travail, il avait mis en partition les
quatuors de Haydn et de Mozart, qu'il avait pris
pour modèles, et en dernier lieu il s'était occupé
d'arranger pour le piano les oratorios de Za
Création et des Saisons , de Haydn , et le He-
quiem de Mozart. Après avoir pris à Munie!»,
quelques leçons de Winter, il se rendit à Vienne,
muni d'une lettre de recommandation de son
père pour Beethoven. Le célèbre musicien l'ac-
cepta aussitôt pour élève, se chargea de le for-
mer comme pianiste, et le confia aux soins d'AI-
brechtsberger pour le contre-point. 11 n'avait rien
moins fallu que la pressante sollicitation de Bee-
thoven auprès d'Albrechtsberger, et l'attrait d'un
ducat par leçon, pour décider le vieux maître à
accepter ce nouvel élève. Malheureusement les
ducats n'abondaient pas dans la bourse de Ries ,
et au bout de vingt-huit leçons ses ressources
ne lui permirent plus de continuer. En 1805 l'in-
exorable loi de la conscription vint l'arracher à
ses travaux. Arrivé à Coblentz, où il allait être
enrôlé, le conseil de recrutement le déclara inca-
pable de servir, à cause d'un œil dont il avait
perdu l'usage par suite de la petite vérole. Il
vint alors à Paris , y passa près de deux an-
nées; et y publia quelques-unes de ses compo
sitions. En 1809, il se rendit en Russie, en s'ar-
rêtant à Cassel , Hambourg, Copenhague et
Stockholm pour y donner des concerts. Au com-
mencement de 1 813, Ries vint à Londres, où peu
de temps après il épousa une jeune dame an-
glaise. Comme virtuose, comme professeur et
comme compositeur, il eut bientôt dans la capi-
tale de l'Angleterre une renommée qui, jointe à
une prodigieuse activité , lui fit gagner dans l'es-
pace de dix années des sommes considérables.
Enfin, en 18?4, il retourna en Allemagne pour y
aller vivre en repos dans une propriété qu'il avait
acquise à Godesberg , près de Bonn. Se livrant
alors librement à son goûl pour la composition,
il écrivit plusieurs grands ouvrages, entre autres
La Fiancée du brigand , opéra en trois actes,
représenté en 1830 et qui obtint un assez bril-
lant succès dans plusieurs villes d'Allemagne,
notamment à Berlin. En 1831, Ries fit jouer à
Londres un autre opéra, Liska, ou la Sorcière
de Gellenstein , et dirigea les fe.stivals de Du-
blin. Peu de temps après il fit un voyage en Italie,
et reprit ensuite le cours de ses travaux à Franc-
fort, où depuis deux ans il avait fixé sa résidence
habituelle. En 1834, il se rendit à Aix-la-Cha
pelle pour y diriger la fête musicale qu'on y or-
ganisait alors. A cette occasion, la ville lui offri
la place de directeur de l'orchestre et de l'Acadé
mie de chant; Ries accepta ces fonctions, qu'i
remplit jusqu'en 1836. A cette dernière époque
il fit un nouveau voyage à Paris, et de là se ren-
dit à Londres, où il composa son oratorio de l'^^-
doration des Bois , qu'il alla faire exécuter er
1837 au festival d'Aix-la-Chapelle, pour leque
cet ouvrage avait été spécialement écrit. Élèv(
de Beethoven , les exemples et les conseils de cf
maître avaient imprimé au talent de Ries un(
tendance vers la grandeur et la force. Pianist( i
très-habile, il se faisait particulièrement remar- \
quer par la puissance des effets que l'instrumen
rendait sous ses doigts. Ses compositions, sur
tout les premières, sont une émanation du stylf
de Beethoven , qu'il avait d'abord pris pour raO'
dèle; mais plus tard il chercha à donner à ses
ouvrages un caractère d'individualité plus pro
nonce. Sa quatrième symphonie, sa grand*
marche triomphale, qu'on a exécutées aux con-
certs du Conservatoire de Paris , sont des mor-
ceaux pleins d'éclat et de chaleur. Son oratori(
de V Adoration des Rois est une œuvre capital»
qui renferme des pages du style le plus élevé
Quant à sà musique de théâtre, malgré le raé
rite d'une facture qui atteste tout le talent de soi
auteur, elle a le défaut que l'on rencontre sou
vent chez les compositeurs qui ont écrit beau
coup d'œuvres instrumentales, c'est-à-dire qui
sous le rapport de la mélodie elle manque d(
cette facilité et de ce charme qui font les succè'
populaires. Ries a publié avec J.-G. Wegelei
une notice {Biographische-Notizen ilber Lud-
tvig van Beethoven; Coblentz, in-4°), trad. ci
partie par M. Anders (t839, in- 8°) et complète
ment par M. A. Legenti! (1862, in-8°).
Son frère, Hubert Ries, né à Bonn, en 1792
est un violoniste distingué. D. Deisne-Bakon
Fétis, Biogr. uni», des musiciens, — Gazette rmisi
cale. — A. Elwart, Hist. de la Société des concerts dâ
Conservatoire.
RiES!:«îËR (^Henri-François), peintre fran-
çais, né le 19 octobre 1767, à Paris, où il est mort
le 7 février 1828. Il était fils de cet ébéniste d(
Louis XVI dont les ouvrages en marqueterie
sont si recherchés aujourd'hui. Élève de Vincen:
et de L. David, il embrassa le métier des armes
mais des revers de fortune ayant atteint sa fa-
mille, il quitta le service pour chercher dans le.'
arts un allégement à sa situation. 11 se fit bientô
connaître comme peintre de portraits, et les nom
breux ouvrages qu'il exposa depuis 1793 té-
moignent de sa vogue ; il obtint en 1808 um
médaille d'or. Après la chute de l'empire, il si
rendit en Russie. 11 élait de retour à Paris en 1823.
I.. Dussieiix, Les Artistes français à Fétranger.
KBETEJî (Henri), peintre et graveur .suisse,
néàWinterthur,en 1751, mortà Berne, en 1818.
Élève de Schellenberg, il peignit pendant quelqut
RIKTER — RIFFAULT
286
l'inps le portrait; mais s'étant rendu à Dresde,
! s'adonna, sous la direction de Graf, à la pein-
;ire de paysage; de retour en Suisse, il se per-
'ctionnadans ce genre sous Aberli. Depuis 1780
remplit l'emploi de professeur de dessin à
erne. Ses tableaux se distinguent par une touche
iri2,e, un beau coloris et une étude conscien-
luse de la nature; on cite comme son chef-
œuvre un Paysage îfnlien. — Rieter a aussi
lavé àl'eau-forle et avec beaucoup de talent,
'après ses propres dessins, un certain nombre
e Vues de Suisse; les unes, dcpetitedimension,
mt suite à celles d'Aberli ; les autres, au nombre
if huit, sont plus gnindes, et forment une série
[part; on y remarque surtout la Cascade du
leichcnbach et la Cascade du Giessbach.
iHoriiinyï-, Àrchiv., 1819, n° 66.
\ RiETSCHOOF (Jean- Klaosz) , peintre hol-
Lndais, né à Hoorn, en 1652, mort le 3 no-
iîmbre 1719. Élève de Bakhuysen, il fut un des
;i!is peintres de marine de l'école hollandaise.
Son fils Hendrick, né en 167S, traita les
êmes sujets avec autant de succès; leurs la-
eaux sont souvent confondus.
iDescamps, Iai Vie des peintres hollandais.
. KiECX (Jean de), maréchal de France, né
il 1342, mort le 7 septembre 1417. Il s'acquit
ïns sa jeunesse le renom de l'un des vaillants
I) levaliers de son temps. Lorsque le prince de
( ailes alla au secours de Pierre, roi de Castilie,
I san de Rieux l'accompagna, et prit part à la
I ^taille de Madrés (1367). 11 s'attacha depuis au
1 ^nnétable du Guesclin et servit Charles V dans
( \s guerres. Il fut un des députés pour la paix
j fec la France au second traité de Guérande
1 ; l'un des chefs de l'armée envoyée au secours
, I comte de Flandre par Charles VI ; il contri-
aa puissamment au gain de la bataille de Ro-
ibecq. En 1387, il s'entremit à la délivrance du
> tnnétable de Clisson, en lutte avec le duc de
; retagne, et servit activement la cause de Char-
^ VI, lorsqu'en 1392 ce prince se rendit en
retagne pour terminer ce différend. En récom-
;nse de ses services, il reçut, le 19 décembre
; J97,la charge de maréchal de France. En 1404,
battit les Anglais descendus sur la côte fran-
lise; puis il passa en Angleterre, et soutint mi-
airement dans ce pays les vues de Louis, duc
Orléans. Après avoir quitté sa charge de mâ-
chai , à cause de ses infirmités (de 1411 à
13), il y fut rétabli, et se démit une dernière
|i!S, en 1417.
RiEux ( Pierre dk), plus souvent appelé le
aréclial de Rochefout, fils du précédent, né
Ancenis, le 9 septembre 1389, mort en 1438.
'abord gouverneur de Saint-Malo pour le duc
3 Bretagne, il devint à vingt-huit ans maré-
lal de France, comme successeur de son père
2 aofit 1417). Les Bourguignons s'étant ren-
dis maîtres de Charles VI et de la capitale
418), il se retrancha dans la Bastille, et vint
Jsuite en Berry rejoindre le dauphin. Il com-
battit les Anglais dans l'Angoumois et le Maine,
fut fa.it prisonnier et rendu à la liberté moyen-
nant rançon. En 1419 et 1420 il prit part aux
sièges de Rouen et de Tours. Depuiscette époque
jusqu'à sa mort il figura sous la bannière de
Charles VU, danstous les événements militaires.
Pierre de Rieux servit sans éclat et plus d'une
fois sans succès; mais avec une assiduité dans
le devoir et une fermeté de conduite qui ne
sont point de vulgaires vertus en temps de guerre
civile. Vers le mois d'avril 1438, il se rendait vers»
le roi, qui habitait le Poitou, lorsque arrivé à
Pont Saint-Maxence, il tomba dans une embus-
cade qui lui avait été tendue par Guillaume de
Fiavy (voij. ce nom). Fait prisonnier et traîné
pendant trois mois de château en château, il
succomba à une maladie épidémique. A. V— V.
Anselme, J. Chartier, Couslnot, Monstrelet. — Vallet
de Virivllle, Hist. de Charles f^ll.
RIEUX {Jean IV, sire de), arrière-petit-fiis
de Jean II, né le 27 juin 1447, mort le 9 février
1518. A dix-sept ans, il suivit à la guerre du
bien public le duc François II, qui le fit en 1470
maréchal de Bretagne et en 1472 lieutenant gé-
néral de ses armées et capitaine de Rennes.
Après avoir pris une part active aux trouble.s
fomentés par la régente Anne de Beaujeu, il
rentra dans le parti de son suzerain et assista à
la bataille de Saint- Aubin du Cormier. Nommé,
à la mort du duc, tuteur de la princesse Anne,
sa fille unique, il prétendit la contraindre, par
animosité contre la France, à épouser le vieux
sire d'Albret. Anne, soutenue par Montauban,
son chancelier, résista énergiquement, et appela
les Anglais à son aide. La guerre ne fut point
favorat)le à Jean de Rieux : forcé de lever le
siège de Guérande, repoussé de Brest et de Con-
carneau, qu'il avait espéré de surprendre, il fit
sa soumission à la jeune duchesse, et reçut eu
retour une forte pension et un présent de
100,000 écus. Dans la suite il se distingua en Italie
et dans le Roussillon, et fortifia, selon l'expres-
sion de Brantôme, « le renom d'avoir été un
bon capitaine, et pour la guerre et pour la paix ».
Son fils, Claude, né le 15 février 1497, suivit
François I*' dans le Milanais, et exerça la charge
de maréchal à la bataille de Pavie, où il demeura
prisonnier. Il mourut le 19 mai 1532, laissant
deux filles, dont l'une, Claude, fut la première
femme de Coligny.
Morérl, Dict. hist. — Lobineau , Hist. de Bretagne.
RIEUX {Renée de). Voy. CflATEACNEnF.
RIFFAULT des Hêtres {Jean-René-Denis),
chimiste français, né à Saumur, le 2 mai 1752,
mort à Paris, le 7 février 1826. Fils d'un méde-
cin, il s'attacha de bonne heure à la régie de.s
poudres et salpêtres, et devint commissaire p la
poudrière du Ripault, près de Tours. En 1" 87
il imagina, pour éprouver le salpêtre, un mo. en
facile et simple, que le gouvernement s'empressa
d'adopter, et en 1789 il remplaça les vaisseaux
jusqu'alors en usage pour le lessivage des maté-
287 RIFFAULT
riaux salpêtres par d'autres, plus appropriés à |
cette opération. Lorsque Berttiollet annonça qu'il
était possible d'augmenter la force de la poudre
à tirer en employant du muriate suroxygéné de
potasse ( chlorate de potasse), il fabriqua l'un
des premiers cent grammes de celte poudre, qu'il
essaya ; mais bien que l'épreuve eût dépassé ses
espérances, il ne conseilla pas de s'en servir, à
cause des dangers de la manipulation. Ses ser-
vices multipliés le firent appeler à Paris et nom-
mer l'un des trois administrateurs généraux des
poudres et salpêtres. Lorsque le gouvernement
de Louis XVIII eut confié à un directeur général
pris dans le corps de l'artillerie la régie des
poudres, Riffault reçut la croix d'Honneur, et se
retira. On a de lui : Traité de Vart de fabri-
quer la poudre à canon; Paris, 1812, in-4° :
composé avec Bottée de Toulmont et traduit en
plusieurs langues; — L'Art du salpêtrier ; Pa-
ris, 1813, in-4" : avec le même; — et quatre
Manuels pour la collection Roret, entre autres
le Manuel de chimie; Paris, 1825, 1829, iu-18.
Il a fait passer en français plusieurs ouvrages
scientifiques anglais, tels que Système de chimie
de Th. Thompson ( 1809, 9 vol. in-S» et suppl.).
avec des notes de BerthoUet, et Dictionnaire
de chimie d'André Ure (1822-I824,4 vol. in-8'').
Malml, Jnnales biogr., \&^T. - Vergnaud-Roraagnesi,
dans les Annales de ta Société roy. d'Orléans, t. VII.
Riti.4. Voy. Pierre de Riga.
RIGAL (Jean-Jacques), chirurgien français,
né à Cussac, le 11 janvier 175-^, mort à Gaillac,
le 8 juillet 1823. il termina ses études médicales
à Montpellier, où il obtint en 1776 une chaire à
l'École pratique d émulation, et en 1781 il s'éta-
blit à Gaillac. 11 contribua beaucoup à répandre
dans le midi de la France l'usage de la vaccine,
et combattit avec succès plusieurs épidémies,
entre autres la suette. Il vit vingt fois ses tra-
vaux couronnés par les principales sociétés sa-
vantes de l'Europe. On a de lui trente-quatre
Mémoires, dont les plus importants ont pour su-
jet la vaccine, 1 hydrophobie, la nyctalopie, la
catalepsie, le tétanos, les tumeurs chroniques, etc.
Journal d'agriculture et des sciences, t. I"', p. 227-23i.
RIGAS. Voy. Rhigas.
RiGAU (1) (/iJî^oiné, baron), général français,
né le 14 mai 1758, à Agen, mort le 4 septembre
1820, à la Nouvelle-Orléans. Après avoir servi
huit ans comme simple soldat dans le régiment
de Sarre-infanterie, il passa en 1788 en Belgique,
et défendit la cause de la révolution jusqu'à la
réunion de ce pays à la France. Avec le 10^ de
hussards, où il eut le rang de capitaine, il fit
les campagnes de l'armée du nord, et reçut au
combat de Rousselaer un coup de feu à travers
la mâchoire, blessure affreuse, qui ne fut jamais
cicatrisée et qui ne lui permit de parler qu'au
moyen d'un procédé artificiel. Chef de brigade
en 1796, il commanda le 25^ de dragons dans
(1) Et non Rigaud, coreinie l'écrivent la plupart des
atiteurs.
— RIGAUD 2f
les premières guerres de l'empire, et se signa
par une rare intrépidité à Austerlitz et à Ostr
lenka. Nommé général de brigade ( 12 janvi
1807 ) et baron ( 19 mars 1808) avec une d
tation considérable, il prit encore part ai
guerres d'Espagne, d'Allemagne et de Franc
Placé par Louis XVIII à la tête du départeine
de la Marne , il s'empressa, dès qu'il connut
débarquement de Napoléon, de proclamer
rétablissement de l'empire, fit mettre les tro
pes sous les armes, et ordonna l'arrestation <
duc deBellune, qui avait tenté de s'opposer à
mouvement militaire. Au mois de juillet 18
Rigau se trouvait encore à Châlons-sur-Mar
lorsqu'un corps de cinq mille Russes se pr
senta devant la ville; à la suite d'une court
mais énergique résistance , il succomba sous
nombre, et fut fait prisonnier. De Francfor
où il avait été conduit, il vint à Saarbruck,
entretint des intelligences avec les mécontei
de l'intérieur. Rayé des cadres de l'armée a
tive, il fut en outre condamné à mon par ce
tumace, comme coupable de trahison ( 16 n
1816). L'année suivante il s'embarqua pour I
États-Unis, rejoignit ses compagnons d'armes
champ d'asile (Texas), et s'établit enfin à
Nouvelle-Orléans. Napoléon, qui l'avait quali
de martyr de la gloire, lui légua 100,000
dans son testament.
Mahul, Annuaire nécroh, 1821. — Fastes de la Lég
d'honneur, III. — Rigau (colonpl), Notice sur a
Rigau; Paris, 1843, in-8°.
RIGAU» (1) (Hyacinthe), peintre frança
né à Perpignan, le 20 juillet 1659, mort à Par
le 29 décembre 1743. Fils et petit-fils de peint
il avait à peine huit ans lorsqu'il perdit s
père, Malhias Rigaud. Envoyé à quatorze an:
Montpellier, il y .suivit les leçons d'un pein
médiocre nommé Pezet, et s'aida en même ten
des conseils d'Antoine Ranc, puis il alla pas:
quatre ans à Lyon, et en 1681 il se fixa à Pai
Aussitôt il fréquenta les cours de l'Académie,
en 1682 il remporta le premier prix de peintu
D'après le conseil de Le Brun, il renonça
voyage d'Italie, et s'adonna exclusivement
genre du portrait. La richesse de son pince!
la noblesi^e un peu étudiée de ses attituiies, (
convenait si bien au goût de l'époque, la n
semblance, l'air vivant de ses portraits, le si
qu'il mettait à peindre entièrement d'après r
turc lui attirèrent tous les suffrages. Malgré i
habitudes laborieuses et le prix élevé qu'il f
mandait de ses ouvrages, il pouvait à peine si
fire aux commandes. Quelques-unes de ses pi
ductious seront toujours comptées au noml
des meilleures de l'art français : ainsi ce be
portrait de Bossuet conservé au musée du Louv
et qui a inspiré à P.-J. Drevet l'un des che
d'œuvre de la gravure. Admis en 1700 dans I
(I) Voici, d'après son acte de baptârae, ses véritat
noms : llyacintiie-Krançois-Honorat-Pierre-André-Ji
Rigau y Ros (c'est à-dire Rigaud le Roux). Mém. i
dits des académiciens, 11, 127.
289
ca(l45mie royale, il ne fut reçu comme peintre
(l'histoire que le 20 mai 1742. Ses deux mor-
ceaux de réception , le portrait du sculpteur
Martin van den Bogaert (Desjardins) et Le
Martyre de saint André, font partie des col-
lections du Louvre; le premier est bien connu
par la belle gravure qu'en fit Gérard Édelinck.
en 1698. RIgaud devint professeur en 1710, et
recteur en 1733. En 1701) les consuls de sa ville
natale l'admirent au nombre des citoyens nobles
de Perpignan, et un anôt du conseil d'État du
8 novembre 1723 confirma cet acte d'anoblisse-
ment. En 1727, Rigaud fut créé chevalier de
l'ordre de Saint-Michel. Cet artiste a exposé à
un seul salon, celui de 1704; ses œuvres, re-
produites par les plus fameux graveurs de son
temps, ornent les principales galeries de l'Eu-
rope : le Louvre en possède neuf, le musée de
Versailles un bien plus grand nombre. On ne
cite guère comme ayant reçu ses leçons que Jean
Ranc, fils d'Antoine, et qui épousa la nièce de
Rigaud; Nicolas Desportes, neveu du peintre
d'animaux, et Jean Legros, frère du sculpteur.
Son frère puîné, Gaspard Rigaud, mourut le
28 mars 1705, à l'âge de quarante-cinq ans en-
viron, étant membre agréé de l'Académie depuis
1701. H. H— N.
D'Argenville, fie des plus fameux peintres. — Fon-
\ena\, Dict. des Artistes.— F. Vlllot, Notice des tableaux
du Louvre. — Mémoires inédits sur la vie et les ovi-
vrages des académiciens.
RiGACD {Jean- Cyrille), littérateur fran-
çais, né le 28 janvier 1750, à Montpellier, où il
est mort, le 29 janvier 1824. Son père, libraire
aisé de cette ville, l'envoya à Genève faire ses hu-
manités, et lui fit à son retour à Montpellier suivre
les cours de médecine de l'université. Reçu doc-
teur, il vint à Paris, où il se lia intimement avec
Broussonnet, qu'il aida dans la rédaction de quel-
ques-uns de ses ouvrages, soit en latin, soit en
français. La révolution le ramena dans sa ville
natale; il y fut chargé pendant quelque temps de
la bibliothèque municipale, et devint professeur
de belles-lettres au lycée. Outre des poésies lan-
guedociennes, qu'il publia conjointement avec son
frère Auguste sous letitre A^Pouesias patouesas
(Montpellier, 1806, in-8"),on a de lui : Poésies
diverses (ibid., 1821, in-12), où l'on trouve des
fables, des discours et l'Éloge de Boucher, qu'il
avait déjà publié ( ibid., 1807, 1813, in-8° ).
Rigaud ( Pierre- Augustin (1) ), poète, frère
du précédent, né à Montpellier, le 29 mars 1760,
mort à Drives, en avril 1835 D*al)ord commis
chez un négociant, il entreprit ensuite pour son
propre compte, avec quelques associés , le com-
merce d'iniliennes et de mousselines. En 1815
il fut forcé, pour ne pas être victime de la réac-
tion blanche , d'abandonner sa maison et ses af-
faires. Se voyant presque sans ressources, lise
fixa à Paris, où il devint un des arbitres employés
par le tribunal de commerce. Ces fonctions lui
(IJ 11 était plus connu sous le nom i' Auguste.
>0'JV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XLII.
RIGAUD 290
rendirent une certaine aisance. Après la révo-
lution de 1830, il se retira à Brives, où il occupa
ses loisirs à mettre m ordre la bibliothèque pu-
blique. On a de lui : Las Vendemias de Pi-
gnan ( Les Vendanges de Pignan ), charmant
poème, composé en 1781, et réimpr. avec de
nouvelles pièces dans le recueil des Pouesias
patouesas ( Montpellier, 1806, in-8''); — Poé-
sies (françaises); Paris, 1820, gr. in-18; —
Fables nouvelles ; Paris, 1823-1824,2 vol. in-8'':
généralement bien inventées et écrites d'un style
facile et naturel ; — Contes et/abliaux ; Paris,
1825, in-32 : récits fort agréables, parmi lesquels
on peut citer celui qui a pour titre : Le Jongleur.
Ces trois derniers ouvrages ont été réunis : Fa-
bles, Contes et Poésies diverses; Paris, 1833,
2 vol. in- 16. Les œuvres languedociennes des
deux frères Rigaud ont été réimpr. à Montpel-
lier (Obras coiimplètas ; 1845, in-l2). H. F.
Docum. partie.
RIGAUD de l' L'ile (Louis- Michel), agronome
français, né à Crest (Drôme), le 4 septembre 1761,
mort à Grenoble, en juin 1826. Dès la première
coalition contre la France, il partit à la tête
d'un des bataillons de son département , puis
servit comme simple officier du génie. Rentré
dans ses foyers en 1796, il s'occupa de l'exploi-
tation de sa propriété patrimoniale de l'Isle et
de l'application des sciences physiques à l'agri-
culture. 11 fut un des savants envoyés en 1810 à
Rome pour étudier la question du dessèchement
des marais Pontins, et il adressa à ce sujet au
ministre de l'intérieur un rapport fort étendu,
qui fut discuté en conseil privé. Nommé en 1810
membre du corps législatif, devenu en 1814
chambre des députés, il y siégea jusqu'en 1815.
11 a laissé des Mémoires sur les causes de
Vinsalubrïté de l'air, publiés dans la Biblio-
thèque universelle (1816 et 1817), et des Mé-
moires sur les engrais^ dans le recueil de la
Soc, roy. d'agrie. de la Drôme. Rigaud était
correspondant de l'Institut.
Rochas, Biogr. du Dauphiné.
RIGAUD (***), physicien anglais, mort vers
1850. Professeur de physique mathématique à
Oxford , il a le premier publié la correspondance
complète de Newton et de Halley, et dans son
Historical Essay on the Principia, etc., il
a élucidé plusieurs points , jusqu'à présent restés
obscurs, concernant la vie et les découvertes
du grand homme dont l'Angleterre se glorifie à
juste litre. Ainsi, il paraît certain que Newton ne
connaissait pas la mesure de la terre par Picard
( qui contribua tant à la découverte des lois de
la gravitation universelle ) avant le 1 1 janvier
1672, époque où cette mesure fut communiquée
à la Société royale de Londres; et dans une
lettre à Halley, en date de 1686, il reconnaît
lui-même qu'il avait déduit la fameuse loi du
carré des distances des lois de Kepler il y avait
environ vingt ans, c'est à-dire en 1666. X.
Brcwster, Memoirs of t/ie life of sir tsaac Newton.
10
291
RIGAULT
292
suGAULT (Nicolas), en latin Rigaltius ,
énidit français, né en 1577, à Paris, mort en
août lGô4, à ïoul (Lorraine). Il était fils d'un
médecin. Ses grandes dispositions pour l'étude,
ses succès dans le collése des jésuites, qui cher-
chèrent vainement à l'attirer dans leur compa-
gnie, et quelques pièces de vers latins imprimées
en 1 596 à Poitiers, pendant qu'il y suivait les
cours de droit, lui ont donné des droits à figurer
dans la galerie des érudits précoces; du moins
Baillet et Klefeker en ont jugé ainsi. De retour
à Paris, il fréquenta le barreau, et, s'il faut en
croire le Menagiana, il fut un fort méchant
avocat. Le goût particulier qu'il avait pour les j
lettres lui procura l'amitié de Scévole de Sainte- !
Marthe ; le célèbre de Thou ne se contenta pas d'en j
faire le compagnon de ses études ; il lui donna I
en mourant des marques de sa considération en j
îe chargeant de veiller à l'éducation de ses en- i
fants. Ce fut du reste par l'intermédiaire de ce î
grand magistrat qu'il partagea avec Casaubon \
la garde de la Bibliothèque du roi et qu'il lui
succéda après sa mort ('l614). Il rendit au public
un service considérable en mettant en ordre les
manuscrits de cet établissement et en en ré-
digeant de sa main un Catalogue en 2 vol.
in-fol. qui existe encore. Lors de la cri^ation
du parlement de Metz (1633), il y obtint une
charge de conseiller ; il eut aussi la commission
de procureur général près la chambre souveraine
de Nancy, et fut depuis intendant de la province
de Metz. Rigault eut la double réputation d'un
profond érudit et d'un excellent magistrat; son
savoir était fort étendu , sa critique ingénieuse ,
mais il avait du penchant au paradoxe , et l'on
cite parmi ses opinions singulières celle où il
soutient, contre le commun préjugé, que Jésus
était dépourvu de tous les avantages physiques.
Nous citerons parmi ses nombreux ouvrages :
Asini aurei asinus, sive de scaturigine ono-
crenes ; 1596,in-12 : l'exemplaire de la Bibiioth.
imp. est regardé comme unique; — Saiyra
Menippea somnium ; Biberii curculionis pa-
rasiti mortualia; accessit Asinus, etc.; Poi-
tiers, 1596, in-80, et 1600, in- 12 : cette satire
n'a pas été composée, comme l'a cru Bayle,
contre le fameux parasite Montmaur, encore
inconnu à celte époque; elle est plus connue
sous le titre de la 3" édit. : Funus parasiticum
( Paris, 1601, in-4° ), et a été insérée dans plu-
sieurs recueils et dans Y Histoire de Montmaur,
t. p"^; — De verbis qux in Novella consii-
tutionibiis post Justinianum occurrunt,
glossarium mixobarbarum ; Paris, 1601,in-4° :
ouvrage rare et curieux; — Vita S. Romani,
archiep. Rhotomagensis ; Rouen, 1609, 1652,
in-8" ; — Accifitrariœ rei scriptorcs nunc
primum editi; accessit liber de cura canum,
gr.lat.; Paris, 1612, in-4<': recueil recherché;
— Rei aç;rar iœ scriptores; Parh, 1613, in^":
les notes ont été reproduites dans l'édit. de
Goes, Arast., 1674; — Apologeticiis pro Lu-
dovico XI II; Paris, 1626, in-4°; — Vita Pétri
Puteani (Dupuy); Paris, 1652, 1653, in-4o.
On lui doit des éditions annotées de Phèdre
(1599, in-12), Martial (1601, in-4''), Tertullien
(1634, 1641, in-fol.), Minutius Félix (1643,
in-4''), saint Cyprien (1649, in-fol. ), et Comme-
dien (1650, in-4''), ainsi que des traductions
latines, assez négligées, d'Onosander (1599,
in-4°) et des Onéirocritigues (1603, in-4o ).
Enfin il a ajouté trois livres à YHistoire dupré-
sidentdeThou (années 1607 à 1610 ), et cette
continuation a paru dans l'édit. de Londres,
1733, et dans la version française. P. L.
Du Pin, IHbl. des auteurs ecclésiast. — Bailict, En-
fants célèbre;. — Moréri, Dict. hist. — Bayle, Dict. —
a^zeion, Mémoires, XXI. — Perrault, Hommes illustres.
HEG&ULT ( Hugues ), poêle latin , né le 5 avril
1707, à Paris, mort le 28 décembre 1785, était
curé de Saint-Pierre de Naze , dans le diocèse
d'Auxerre. Émule de Coffin et de Le Beau, il
composa beaucoup de vers latins, qu'il se bor-
nait à communiquer à ses amis; l'un d'eux,
A.-E. Frappier, se fit l'éditeur de son poëme in-
titulé Sanctœ Autissiodorensis ecclesise fas-
torum Carmen lib.XlI (Auxerre, 1791, in-8").
Feller, Dict. hist.
EiîGASJLiT ( Ange-Hippolyte), professeur et
écrivain français , né le 2 juillet 1821 , à Saint-
Germain-sn-Laye, mort le 21 décembre 1858, à
Évreux. Son père occupait à Saint-Germain l'em-
ploi de secrétaire de la mairie. Ses études, qu'il
acheva au collège de Versailles, furent très-bril-
lantes : il remporta au concours général de 1840
le prix d'honneur de discours 'latin. On l'avait
destiné au barreau ; la mort de son père le dé-
cida à entrer dans l'enseignement. Il fut admis
le second à l'École normale (5 novembre 1841)
et reçu le premier au concours de l'agrégation
des lettres (1844). Après avoir enseigné la rhé-
torique à Caen, il fut rappelé à Paris, et charge
d'une chaire au collège Charlemagne. Il allai!
rejoindre l'École d'Athènes lorsqu'il fut chois
comme précepteur du comte d'Eu, fils aîné dt
duc de Nemours (juin 1847). Après la révo
lution de Février, il suivit son élève à Clare
mont. Rappelé en France par le désir de vivre au
près des siens ( août 1S48), il fut nommé pro-
fesseur de seconde et ensuite de rhétorique ;
Versailles (1850). Il écrivit en 1852 ses premier;
articles dans la Revue de l'Instruction pu-
blique, dont il eut la direction littéraire. D'ex
cellents articles, entre autres sur la Quesiior
des spectacles et le Roman chrétien, oii se mon
trait une critique utile et brillante à la fois, le fi
rent entrer au Journal des Débats ( octobn
1853), à peu près vers le même temps où i
obtenait la chaire de rhétorique au lycée Louis
le-Grand (31 août 1853). Il soutint le 29 no
vembre 1856 des thèses de doctorat (la Cri
tique littéraire de Lucien et YHistoire de li \
querelle des anciens et des modernes) av&j
un tel éclat, que ses juges lui dirent en le re
293 IVIG AlILT
cevnnf : « Vous <ioi;iiez une fôtc à l'univer-
sité. '- Agréé quelques jours après comme sii])-
piéant <lu cours d'éloquence ialiue au Collège
de France, il fit sur les pères <lc l'Kglise une
suite de le(.'ûns substantiel les, où il savait prendre
les tons les plus variés , en conservant une élé-
gance soutenue. Mis en demeure par le ministre
de quitter la rédaction des Débats, il préféra
renoncer à l'enseignement supérieur, et profita
de ses loisirs pour écrire des Revues de qziin-
zaine ( du 26 novembre 1857 au 28 octobre
1358 ) où il développait surtout les réilexions
morales que l'écrit du jour lui suggérait, avec
le piquant enjouement d'un causeur de bonne
compagnie. Au retour d'un voyage en Suisse, il
86 rendit à Évreux, dans la famille de sa femme.
C'est là que, vers la fin d'octobre , il ressentit
les premières atteintes du mal qui allait l'em-
porter. Un jour, pendant qu'il écrivait, sa mémoire
se troubla, il perdit le fil de ses idées; une tris-
tesse insurmontable s'empara de lui. Tout tra-
vail d'esprit lui fut défendu. Malgré ces précau-
tions, le mal s'aggrava ; une cri.se survint, qui
l'emporta à trente-sept ans, victime du travail ex-
cessif et de l'activité dévorante d'esprit auxquels
il s'était livré. Son Histoire de la querelle des
anciens et des modernes a été couronnée par
l'Académie française. Ses meilleures Revues de
quinzaine ont été réunies sous le titre de Con-
versations littéraires et morales; Paris, 1859,
in-18. Il a encore donné une édition d'Horace,
précédée d'une étude complète sur le poëîe
(Paris, 1856, in-18). G. R.
Paul Mesnard, Ifotice, à la tête des Conversât,
iiltér- —Journal des Débats, déc. 1858.
RIGBT {Edouard), physiologiste anglais, né
à Norwich, en 1747, mort le 27 octobre 1821. Il
fonda, en 1786, une société médicale de bien-
faisance dans sa ville natale, et s'est fait connaître
par une théorie particulière de la production de
la chaleur animale. D'après cette théorie, déve-
loppée dans un ouvrage spécial ( Essay on the
theory of the production of animal heat ;
Lond., 1785, in-8°), la chaleur animale est pro-
duite en partie dans les poumons, en partie dans
l'estomac. Cet organe passe môme pour le prin-
cipal siège de la calorification. L'état de santé
consiste, selon Rigby, dans un équilibre parfait
entre la production et la perte de la chaleur;
des que cet équilibre est troublé, on voit naître
un grand nombre de maladies, caractérisées sur-
tout par un appauvrissement du sang. Outre
de nombreux articles publiés dans le Gentle-
man' s Magazine et d'autres recueils, on a de
lui un Traité sur Vhémorragie utérine,
6e éilit., 1775,in-8°; — DeVnsage du quin-
quina, etc.; 1785, in-8" ; — avec F. Blaikie, Hslk-
kam et son agriculture ; 1819 ; trad. en fran-
çais par Molard. X.
Fischer, Gesch. der Physik, t. VII, p. 612. — ^nnual
Biogrop/ty, 1822.
RiGEL (^ Henri- Joseph), compositeur alie-
— niGNY
204
Jiiand, né le 9 février 1741, à Wertheim (grand-
diiclié deiJade}, mort en mai 1799, à Paris. Il
reçut des leçons de Jomclli. Étant venu à Paris,
il y acquit de la réputation comme professeur de
clavecin et comme compositeur; ses sonates et
symphonies furent applaudies à l'hôtel de Sou-
bise, et ses oratorios au concert spirituel, surtout
celui de La Sortie d'Egypte, qui reçut les ap-
plaudissements de Gluck. 11 devint professeur à
l'École dédiant et au Conservatoire, où ses prin-
cipes d'harmonie furent adoptés. On a aussi de
lui plusieurs pièces de théâtre.
Fctis, Biogr. univ. des musiciens.
HiGHETTi {Francesco), littérateur italien,
né en 1779, à Turin, où il est mort, le 17 octobre
1828. C'était un acteur du premier ordre ; il joua
sur les principaux théâtres de l'Italie, et excella
dans le genre comique. Son Teatro italiano
(Turin, 1826-1827, 3 vol. in-8o) contient quel-
ques bonnes pièces , remplies de bon sens et de
saillies.
Rabbe, Biogr. univ. et portât, des contemp., suppl.
RiONY {Henri GiUTniEr., comte de), amira
français, néà Toul, le 2 févr. 1782, mort à Paris,
le 7 novembre 1835. L'émigration de ses parents le
laissa, à l'âge de dix ans, ainsi q^le ses frères,
sans autre appui que celui d'une sœur de seize
ans, qui se mit de suite à la hauteur de sa tâche;
elle se fit leur institutrice, et pour cela aborda
elle-même des études qui n'étaient pas de son
sexe. L'application du jeune Henri la récompensa
de ses soins. En 1798, il entra dans la marine en
qualité de novice; mais grâce à quelques pro-
tections, il put continuer à terre ses études spé-
ciales. Bientôt il fut en état de passer son examen,
et fut reçu aspirant de 2^ classe. Embarqué dès
lors, il fit plusieurs campagnes contre les An-
glais. En 1803, lors de la formation du camp de
Boulogne, il commanda une corvette à titre d'en-
seigne. En 1806 et en 1807, les marins de h
garde ayant été incorporés dans les cadres de
l'armée de terre, il fit les campagnes de Prusse,
de Pologne et de Poméranie , assista à la ba-
taille d'Iéna et à celle de Puliusk , ainsi qu'aux
sièges de Stralsund et de Graudentz. En 1808,
son corps étant dirigé sur l'Espagne, le jeune
Rigny devint aide de camp du maréchal Bes-
sières, et prit part à la bataille de Rio-Seco et au
combat de Somroo-Sierra, où il fut blessé. Nous
le retrouvons encore à Wagram, en 1809. Dans
cette année, il fut fait lieutenant de vaisseau, et
en 1811 capitaine de frégate. Mais ce ne fut
qu'en 1816 qu'il devint capitaine devaisseaa,
par la protection du baron Louis, son oncle. Cinq
ans plus tard, en 1822, il commanda les forces
navales réunies dans les mers du Levant, et il
remplitla difficile mission de faire respecter notre
pavillon, déconsidéré dans ces parages par les
doubles insultes des pirates grecs et des pirates
turcs. Par ses soins, la police de la navigation
est fixée dans tout l'Àrcliipel , et les deux na-
tions grecque et turque, alors en guerre, trouvent
10.
295
RIGNY — RlfiORD
29S
également à bord des bâtiments français abri et
protection contre leurs mutuelles fureurs : aussi
put-il écrire avec vérité à sa sœur, qu'il était
« le juge de paix de ce canton » , en parlant de
la Grèce. Le grade de contre-amiral fut, en 1825,
le prix du courage et de l'humanité du capitaine
de Rigny. Deux ans après, au mois de septembre
1827, la France, la Russie et l'Angleterre s'étant
unies pour proclamer l'indépendance de la Grèce
et pour fixer sa position vis-à-vis de la Sublime
Porte, cette dernière puissance refusa d'accéder
aux propositions qui lui furent adressées à cet
égard. La bataille de Navarin en fut la suite.
Cette victoire éclatante valut au commandant de
la flotte française le titre de vice-amiral et la
croix des ordres du Bain et de Saint-Alexandre-
Newski. Après avoir présidé à l'évacuation de la
Morée, l'amiral de Rigny revint en France, en
1829, et fut nommé comte et préfet maritime à
Toulon. A l'avènement du ministère Polignac,
le 8 août 1829, on lui offrit le portefeuille de la
marine, qu'il n'accepta pas ; il alla reprendre le
commandement de la flotte du Levant, où il
resta jusqu'en sept. 1830, époque où l'altération
de sa santé le rappela à Toulon. Il reçut alors le
titre de membre du conseil d'amirauté, puis la
décoration de grand officier de la Légion d'hon-
neur, et enfin, le 13 mars 1831, il fut appelé par
le roi Louis-Philippe au ministère de la marine.
En môme temps, il recevait , comme député, les
doubles suffrages des départements de laMeurthe
et du Pas-de-Calais. Son passage aux affaires ne
fut pas perdu pour les officiers de marine, dont
il régla l'avancement et les pensions, ni pour les
colonies, dont la législation lui dut de grandes
améliorations. Porté, le 4 avril 1834, au minis-
tère des affaires étrangères , il s'acquitta de ses
nouvelles fonctions avec le même zèle dont il
avait fait preuve à la marine, et le conserva pen-
dant une année, saufune interruption de quelques
jours, en novembre 1834. Le 12 mars 1835,
il résigna avec satisfaction son portefeuille entre
les mains du duc de Broglie, et ne conserva
que le titre de ministre d'État avec l'entrée au
con.seil. Sa santé lui faisait .sans doute un devoir
de songer au repos ; cependant, au mois d'août,
il crut devoir accepter encore une mission à
Naples , et à peine de retour, à la fin d'octobre,
il ressentit les cruelles atteintes du mal qui l'em-
porta rapidement, à l'âge de cinquante-trois
ans.
Sarrut et Salnt-Edme, fiiogr. des hommes du jour, IV.
2' p. — Rabbe, Bioyr. vniv. et port, des contemp.. suppl.
RiGOLET DE JUVIGNY (Jean- Antoine) ,
littérateur français, né en Bourgogne, mort à
Paris, le 21 février 1788, dans un âge avancé.
is.su d'une bonne famille dérobe, il se fit recevoir
avocat à Paris, et fréquenta le barreau. L'affaire
qui le tira de l'obscurité fut celle de Travenol ,
violon de l'Opéra, mis en jugement pour avoir
colporté des libelles contre Voltaire. Rigoley at-
taqua Voltaire, pour défendre son client; ses
attaques eurent près des ennemis des philosophes
un succès qui lui tourna la tête; il s'imagina
qu'il était de force à troubler la gloire du grand
écrivain, et ne cessa plus de lancer contre lui
des traits satiriques, le mettant fort au-dessous
de Crébillon et même de Piron. Voltaire dédai-
gna Rigoley ; mais La Harpe le maltraita fort en
plus d'une occasion. S'il avait quelque érudi-
tion, elle était fort restreinte ; comme écrivain,
il a l'esprit lourd, un style assez correct, mais
sans vie ni couleur. 11 mourut conseiller hono-
raire au parlement de Meiz et membre de l'A-
cadémie de Dijon. I! a élé utile aux érudits, ea
rééditant les Bibliothèques françaises de La-
croix du Maine et de du Verdier, avec des Re-
marques historiques et littéraires {i~72, 6 vol.
in-4"); ses remarques sont empruntées à Nice-
ron, à Goujet, à La Monnoy e, au président Bouhier
et à Falconet. Il a donné des éditions très-
défectueuses des Œuvres choisies de La Mon-
noye (1769, 3 vol. in-12), et des Œuvres de
Piron (1776, 7 vol. in-8°). On a aussi de lui des
pièces de vers fort médiocres, le Nouveau Mé-
moire pour fane de Jacques Fréron , blan-
chisseur à Vanves , plaisanterie contre les phi-
losophes, et un factum sur la Décadence des
lettres et des mœurs, qu'il ne manque pas d'at-
tribuer aux principes de Voltaire.
La Harpe, Cours de littérature. — Correspondance de
Grimm. — Sabatler, Les trois Siècles.
RIGORD , chroniqueur français , né en Lan-
guedoc, mort en 1207, à l'abbaye de Saint-Denis.
Après avoir exercé la profession de médecin dans
sa patrie, il voyagea, et, prenant le monde en
dégoût, il entra au monastère de Saint-Denis, où
il reçut les ordres. Il y continua vers 1 190 la Vie
de Philippe- Auguste, car il fait entendre qu'il
l'avait commencée auparavant, et qu'il n'avait
pu la continuer à cause de sa pauvreté ; mais au
bout de dix ans de travail son ouvrage lui déplut,
au point qu'il résolut de le détruire ou de ne le
laisser paraître qu'après sa mort. Pour lui donner
du courage, Hugues, abbé de Saint-Denis l'en-
gagea à dédier son livre au fils même du roi, à
Louis VIII. Le roi nomma l'auteur son chrono-
graphe en titre. L'histoire de Rigord n'embrasse
que les vingt-huit premières années du règne de
Philippe Auguste, en s'arrêtantà 1207; elle a été
achevée par Guillaume le Breton, l'auteur de la
Philippéide. Rigord avaitune belle imagination,
mais inquiète, superstitieuse, intolérante môme,
croyant aux songes, aux présages, avec beaucoup
de vivacité, mais peu de critique. Fr. Monnibk.
ï>. Plthou. Scriptorescoœtanei duodecim. — Duchesne,
Historis; Francoriim scriplorcs. — Don Brial, Recueil
des historiens des Caulcs et de la France, XVIII. —
M. Guizot, Coll. de Mémoires relat. à l'hist. de France.
KiGORD (Jean-Pierre), antiquaire français,
né le 28 janvier 1656, à Marseille, où il est
mort, le 20 juillet 1727. Il abandonna le com-
merce, auquel on l'avait destiné, pour aller étu-
dier à Paris, où il prit le grade de bachelier. L;
mauvais état de sa santé l'ayant obligé de re-
297 RIGORD
venir à Marseille, il y remplit les emplois de
commissaire de la marine et de siibdélégué de
l'intendant. En 1722 il reçut le cordon de Saiiit-
Micliel avec des lettres de noblesse. Il avait
formé une belle collection de médailles et d'an-
tiques, qui fut acquise par le président Lebret.
Plusieursdissertations de lui ont été insérées dans
les Mémoires de Trévoux.
Mémoires de l'Académie de Marseille, 1. 1".
RIGCET (François oe), historien français,
mort en 1699, à Nancy. Ayant fait profession
chez les religieux de Prémontré, il fut abbé de
Jovilliers, résigna en 1 658 son abbaye, et devint
gouverneur du prince Charles de Lorraine, de-
puis Charles V, pour lequel il brigua en 1673 la
couronne de Pologne. 11 obtint de ce dernier la
grande prévûté de Saint-Diez, ainsi que les
prieurés de Flavigny et de Chatenoy. On a de
lui : Système chronologique des écêques de
Tout jusqu'à Charlemagne ; Nancy, 1701,
in-40; — Histoire de l'église de Saint-Diez ;
Saint-Diez, 1"726, in- 12 : publiée par les soins et
sous le nom de J.-C. Sommier, archevêque de
Césarée.
Calmet, Bibl. lorraine. — Annales ord. Prsemonstra-
tenais, l, 9ï7.
BILÉEF ( Konrad ), poêle russe, né vers la
fin du siècle dernier, pendu le 25 juillet 1826,
à Saint-Pétersbourg. Il appartenait à une fa-
mille plus noble qu'aisée. Élevé au premier
corps des cadets, il fut sous-lieutenant dans
l'artillerie , et quitta le service à cause d'une
épigramme dirigée contre le comte Araktchéef,
le favori d'Alexandre l*"". Élu par la noblesse de
Saint-Pétersbourg assesseur à la chambre cri-
minelle de cette capitale, il accepta ensuite
l'emploi lucratif de gérant de la Compagnie
russe-américaine. Initié en 1820 à l'Union du
bien public, il devint le plus ferme comme le
plus prudent des trois directeurs de cette société
secrète, qui comptait parmi ses adhérents les
plus beaux noms de l'empire. Selon M. Schnitz-
ïer, il alliait la plus haute intelligence à
toutes les qualités de l'homme de cœur. Ayant
des principes plutôt que des passions, il agis-
sait par réflexion, d'après des théories, des
idées abstraites si l'on veut, mais avec désin-
téressement et comme pour remplir un devoir.
Démocrate par penchant et grand admirateur
de la constitution des États-Unis, il admettait
toutefois la monarchie et visait à transformer
l'autocrate en empereur constitutionnel. On sait
qu'à la mort d'Alexandre , les libéraux russes
crurent le moment opportun de faire prévaloir
leurs idées. Riléef fut l'âme de cette tentative
dont le prince Serge Troubetzkoi fut le chef
nominal. « Je savais d'avance, a-t-il déclaré,
que cette entreprise me perdrait, mais je n'ai pu
voir plus longtemps ma patrie sous le joug du
despoti.sme : la semence que j'y ai jetée germera,
n'en doutez pas, et fructifiera plus tard. » Après
avoir subi une détention rigoureuse, Riléef fut
— RILLI
298
condamné, sans débals contradictoires, con-
jointement avec quatre de ses confrères (1), au
supplice de l'écartellement, commué en celui de la
pendaison. 11 s'y prépara avec autant de piété
que de courage. Maladroitement lancé par le
bourreau, il tomba dans le trou béant sous la
potence. Meurtri par cette chute, il se releva et
remonta d'un pas encore plus décidé les degrés
de l'échafaud, en laissant seulement échapper
celte plainte : « Il sera donc dit que rien ne me
réussira, pas même la mort ! »
Les poésies de Riléef sont peut-être ce que
la littérature russe du commencement de ce
siècle a produit de plus chaleureux et de plus
entraînant. Elles viennent d'être réunies à Leip-
zig. Pce A. G— N.
Rapport de la commission d'enquête à l'empereur Ni-
colas; Paris, 1826. — Schn\li\eT, Histoire intime delà
Russie. — Rorff (Itc), l.'Avénement au trône de l'em-
pereur Nicolas. — Her/.en, Le 14 décembre 1825 ; Lon-
dres, 1858. — Mémoires du prince Eugène Obolenski ;
Paris, 1862.
RILEY (John), peintre anglais, né en 1646,
à Londres, où il est mort, en 1691 11 eut pour
maîtres dans son art Fuller et Zou.st, mais il
adopta van Dyck pour modèle, et fut un des
plus dignes émules de Leiy. Après la mort de ce
dernier (1680), et malgré la concurrence des
artistes hollandais, il obtint auprès du public
l'estime que méritaient ses ouvrages, remarqua-
bles par une exactitude scrupuleuse et la beauté
des draperies. En mettant Dobson à part, il est
regardé comme le premier Anglais qui ait avant
Reynolds excellé dans le portrait. Ceux qu'il a
peints d'après Charles II, Jacques II et Marie
de Modène, Guillaume III et Marie II, sont des
morceaux achevés, ainsi que ceux de l'évêque
Burnet et du docteur Busby; mais le portrait du
chancelier North passe pour son chef-d'œuvre.
Riley succéda à Lely dans la charge de peintre
du roi. L'un de ses élèves, Jonathan Richardson,
épousa sa nièce.
Un peintre du même nom, Rilev ( Charles-
Reuben ), né à Londres, eut pour maître John
Mortimer. Il remporta en 177S la médaille d'or,
dans le concours de l'Académie royale, pour son
tableau à l'huile du Sacrifice d'iphlgénie. Il
décora plusieurs châteaux en Angleterre et en
Iriarade. Doué d'une imagination féconde et pos-
sédant une extrême habileté de main, il exé-
cuta pour les libraires un très-grand nombre de
vignettes, et tint une école de dessin. Il mourut
en 1798, à Londres.
\\a\po\e, Anecdotes of vainting.
RILLI ( Jacopo), biographe italien, né à Flo-
rence, dans la seconde moitié du dix-septième
siècle. Il était avocat. Placé avec le titre de
consul à la tête de l'Académie florentine, il fit
paraître, sur l'ordre du grând-duc Cosme III, le
recueil intitulé Notizie degli uomini illustri
deW Academia fiorentina (1700, 10-4"), et
(1) Pcslel, Beatoujaf, Mouravicf et Kakhovskl.
299
RiLLÏ — RING
30(
qui est probablement en grande partie î'œuvre
du savant Magliabecchi.
Tiraboschi, Storia délia letteratura italiana, VIII.
REMINI ( Bartolommeo da). Voy. Coda.
EINALDI (Odorico), bistorien italien, né en
1595, àTrévise,movlle 22 janvier 1671, à Rome.
Après avoir terminé ses études à Parme, il
entra dans l'oratoire de Saint-Philippe de Neri
( 1618), et en fut élu à deux reprises dif-
férentes le supérieur général. Chargé par cette
congrégation de continuer les Annales ecclé-
siastiques de Baronius, il s'acquitta de ce soin
avec autant d'érudition que d'exactitude, sans
négliger les œuvres de piété et la direction des
consciences; il reprit ce grand travail à l'année
1198, et le conduisit en dix volumes jusqu'à
l'année 1565 (Rome, 1646-1677, t. XIH à XXII,
in-fol. ), et compila en outre un Abrégé âe l'ou-
vrage entier (ibid., 1669, in-fol., et 1670, 3 vol.
ia-i'). Bien qu'inférieur à celui de Baronius,
le travail de Rinaldi se recommande par une
sage méthode, un style élégant jusqu'à la re-
cherche, et de profondes connaissances dans
l'histoire ecclésiatique.
Mansi, Baronii Annales, t. I^"". _ Tiraboschi, Storia
délia letteratura italiana, VllI.
RÎKC55. ou ESBKlî. { Frédéric-Tfiéodore) ,
orientaliste allemand, né le 8 avril 1770, à Slave,
en Poméranie, mort le 27 avril 1811. Il par-
courut, de 1789 à 1792, l'Allemagne et la Hol-
lande, et devint, en 1797, professeur de théo-
logie à Kœnigsberg. Ses principaux ouvrages
sont : Abulfedœ Tabules qusedam geogra-
phiceeet alla ejusdem ar(jumenti specimina ;
Leipzig, 1791, in-8» ; ouvrage extrait des manus-
crits arabes de la bibliothèque de Leyde; — Ma-
crizi Historia regum islamïticorum in Abijs-
sinia. etc. , d'après un manuscrit arabe de la
bibliothèque de Leyde; ibid., 1790, in-4°; —
De Unguarum orientaliian ciim grœca mira
convenientia ; Kœnigsberg, 1788, in-4°. X.
Rotcrmund, Sitpplém. à Jôoher.
RïNCOM {Antonio del), peintre espagnol,
né à Guadalaxara , en l 'i46, mort à Séyille, en
1500. Le premier, il abandonna la manière go-
thique, donna de la rondeur à ses formes, un
caractère et des proportions à ses personnages,
une certaine perspective à ses fonds. 11 avait été
en Italie très-probablement, et y avait pris les
leçons d'Andréa del Castano et du Ghirlandajo ,
dont il imitait la manière. Rincon opéra une
révolution complète dans l'art espagnol. Ferdi-
nand et Isabelle firent grand cas de son mérite;
ils le créèrent chevalier de Santiago et l'atta-
chèrent à leur cour. Il exécuta les portraits de
ces souverains qui se voient encore dans l'église
de Los Reyes à Tolède. Il décora en 1480 avec
Pierre Berruguette la basilique de cette ville.
Son chef-d'œuvre se voit dans l'église de Robledo
deChavela : il consiste en dix-sept tableaux re-
présentant r//isi!oire de la Vierge Marie.
Son fils et son élève Fernand del Rincon
décora, avec Jean de Bourgogne, le grand maîtp
autel delà cathédrale de Tolède. A. deL.
Paclieco, m Arte de la Pinlura. — Palomlno, E
Uluseo pictorico. — l'ons, litige artistieo en Espufia.
REKG (John), chirurgien anglais, né ei
1752, mort le 7 décembre 1821, à Londres
Élève du célèbre Pott, il pratiqua la chirurgie i
Londres, et mit beaucoup de zèle à propager 1;
vaccine. Ses principaux écrits sont : Treatist
on the cow-pox, containing the history o)
vaccine inoculation, etc.; Londres, 1801-
1803, 2 vol. in-8°; — The Beauties of th
Edinhurgh Review ; ibid., 1807, in-8"; -
Treatise on the goût; ibid., 1811, ia-8°;-
Tra-àslation of the works of Virgil; ibid.
1820, 2 vol. Jn-8°, en partie originale, en partii
extraite des traductions de Dryden et de Pitt.
Gentleman's Magazine, 1822.
* EiEKG ( Maximilien de), historien français
né à Bonn, le 27 mai 1799, Son père, originairi
d'Alsace, était colonel. Après avoir été élevé ei
France, il passa en 1815 en Allemagne, s';
adonna à l'étude approfondie de l'archéologie e
des beaux-arts, et publia en français plusienr
ouvrages, remarquables par le savoir et l'exaeîi
tude des recherches. Il est rentré en Franci
depuis 1848. Il est depuis 1845 correspondan
du ministère de l'instruction publique , pour le;
travaux historiques. Nous citerons de lui : Vue
pittoresques des vieux châteaux du grand
duché de Bade; Bade, 1829, in-fol., avec 52 p!
lithographiées d'après les dessins de l'auteur
— Description du château de Tubingue.
Paris, 1835, in-8°; — Établissements celtv
ques dans le sud-ouest de L'Allemagne; Fri
bourg, 1842, broch. in-8°, avec carte et plan-
ifie . — Histoire des Germains depuis le
temps les plus reculés jusqu'à Charlemagne
Paris, 1850, avec carte; — Etablissement.
1-omains du Rhin et du Danube, principale-
ment dans le sud-ouest de V Allemagne
Paris, 1852-1853, 2 vol. in-8°, avec carte; ou
vrage couronné par l'Académie des inscriptions
— Essai sur la Rigsmaal-Saga et sur la
trois classes de la société germanique
Paris, 1854, in- 12; — Les Tombes celtiques di
la Souabs et de l'Allemagne, avec 3 plan
ches; — ies Tombes celtiques de la foré>
communale d'Ensisheim et du Hubelwael-
dèle; Paris, 1858, in-8o et in-fol., pi. ; — ffis
toire des peuples opiques; Paris, 1859, in-8',
L'hagiographie a particulièrement occupé M. de
Ring. On lui doit des dissertations curieuses sur
les légendes de saint Georges, de saint Michel,
de sainte Marguerite, de saint Denis, du sain)
Hippolyte, de saint Roch, de sainte Foi, sainte
Espérance et sainte Charité, filles de sainte Sa-
pience ; le Navigium Fortunas fait partie de
cette partie de cette série d'études publiées sé-
parément. On ferait également une longue liste^
des dissertations du même auteur sur les curio-
sités de l'art. F. D.
Doc. particuliers.
$01 RINGELBERGH
i BINGELBERGU ( JoacIÙVl SxF.llCK VAN), llU-
naniste llamand, né vers 149',), à Anvers, mort
/ers U»36. Après avoir passé quatre ou cinq
lins à la cour de l'empereur Maximilien, il alla
'erminer ses études à Louvaia. Puis il se mit
i voyager, tant pour s'instruire que pour com-
auniquer au\ autres ce qu'il avait appris : ce
ut ainsi qu'il parcourut l'Allemagne, les Pay&-
ijasetla France. 11 professa avec succès le grec,
['astronomie, les belles-lettres, et reçut un cx-
[îellent accueil à Orléans et à Lyon; partout où
I s'arrêta il se fit des amis; Érasme et Oporin
urent de ce nombre, ainsi que André Hyperius,
[ui prononça devant le parlement de Paris une
larangue à sa louange. C'était un homme singu-
ier, passionné pour la gloire et méprisant les
icliesses. Il avait formé le dessein de com-
)oser jusqu'à mille ouvrages , dont il aurait
lommé l'ensemble chilias ; mais il ne dépassa
)oint la trentaine, et ce qu'on a de lui a été
éunisous le titre de Lucubratîones vel potius
2bsolutissima xu/.XoTtaiSeîa (Anvers, 1529,
u-80; cinq éditions). On y trouve des idées
M'iginales ex primées dans un style pur et élégant.
Niceron, Mémoires, XLIII. — Paquot, Mém., iv.
R1NGHIERI (Francesco,), poète italien, né
n 1721, à Imola, où il est mort, le 7 octobre
1787. En prononçant ses vœux dans la congré-
gation des Olivétains, il changea le prénom à'U-
lisse en celui de Francesco. Il a écrit et publié à
lifférentes époques un certain nombre de tragé-
dies, dont il empruntait souvent le sujet à l'É-
criture sainte; reçues avec applaudissements,
ipar les gens peu instruits, elles pèchent toutes
par le défaut d'intérêt, bien qu'on y rencontre
le l'érudition et quelques scènes agréables. Le
'Théâtre du P. Ringhieri a été l'objet de trois pu-
blications : la première, faite en 1775, à Venise,
'est la plus incomplète; la seconde ( Milan, 1778-
79) est en 5 vol.; la dernière, soignée par Zatta,
en a 8 (Venise, 1788-89), et contient 24 pièces,
parmi lesquelles on distingue Ciro, redi Persia,
représentée en 1770, à Bologne, et 11 Dïluvio.
[ FantuzzI, Scrittori bolognesl. — Tipaido, Italiani il-
Imtri, V.
RiNGGLi ou RINGLY ( Gotthard ou Gode-
froi) , peintre suisse, né à Zurich, en 1575,
mort en 1635. On ignore sous quels maîtres il
se forma. 11 passa une grande partie de sa vie à
Berne, dont il fut chargé de décorer plusieurs
monuments ; il y reçut le droit de bourgeoisie.
Parmi ses compositions, remarquables par la
correction du dessin et une exécution magis-
trale, nous citerons les trois tableaux relatifs à
l'histoire delà fondation de Berne, au palais du
sénat de cette ville; les Saisons, peintes à
fresque sur le clocher de la cathédrale de Berne;
! à la bibliothèque de Zurich, La Religion et La
Libéria soutenant les armes de la ville;
■ Job sur son fumier. Il a laissé plusieurs des-
sins de la plus belle composition , entre autres
«ne Mise au tombeau, qui a quelquefois été
RINMANN
302
prise pour l'œuvre du Tintoret, et il a gravé à
i'eau-forteun certain nombre de planches.
Snndrarl. TeiUsclie Jkadcmie. — Fiissll, Ceschichte
der besten KiinUler in der Scluveiz. — Kagler, MlUjcm.
Kûnstler-IjËxikon.
RINGMANX [Matthias), humaniste alle-
mand, né vers 1482, à Schleltsfadt, où il est
mort, en 1511. Disciple de Wimpheling, il ter-
mina ses études à Paris, et enseigna le latin à
Saint-Dié, et depuis 1509 à l'école de .sa ville
natale. On a de lui : Passio Domini nostri;
Strasbourg, 1508, in-fol., pi.; rare [voyez le
Catalogue de La Vallière, t. I, n° 460 et 461 ); —
Grammatica figurata ; Saint-Dié, 1509, in-4°:
curieux ouvrage, décrit dans \e Magasin ency-
clopédique (t. V), et conçu d'après une mé-
thode analogue à celle inventée peu de temps
auparavant par Murner ; — Instructio in car-
tamitinerariam Martini Hilacomili, cum lu-
culentiori Europee ipsius enarratione; Stras-
bourg, 1511, in-4°; — une traduction allemande
des Commentaires de Jules César ; Strasbourg,
1508, in-fol., plusieurs fois réimprimée.
Frise, Bibl. gesneriana. — Roterinund, Suppl. à Jôcher.
RINK { Evxhaire-Gottlieb) , historien alle-
mand, né le 11 août 1670, à Stotteriz (Saxe),
mortàAltorf, le 9 février 1745. Après avoir été
précepteur du comte de Lœvenstein-Wertheim,
il fut envoyé à Vienne pour défendre devant le
conseil aulique les intérêts de la noblesse im-
médiate (1700). Il enseigna depuis 1707 diverses
matières de droit à l'université d'Altorf. En 1739
il devint membre de l'Académie de Berlin. On
a de lui : De veteris numismatis potentia et
qualitate; Leipzig, 1701, in-4''; ouvrage qui,
selon la remarque de Banduri , fit époque dans
la science numismatique; — Leopolds des Gros-
sen Leben (Vie de l'empereur Léopold le Grand);
Cologne, 1708, 1713, 2 vol. in-8° ; — Ludwigs
des XIV Leben (Vie de Louis XIV); Leipzig,
1708, 1709, 4 vol. in-8° ; — Bas verwirrte
Pohlen ( Les troubles de Pologne); ibid., 1711,
in-8°, pi.; — Josephs Leben (Vie de l'empereur
Joseph); Cologne, 1712, in-8''. Le catalogue de
sa belle bibliothèque fut publié en 1747, par
Glafey ; celui de son cabinet de médailles parut
à Leipzig, 1766, in-8°.
WIU, Lexikon, et la Suppl. de Nopitscli. — Hirsching,
Handbuch. — Roterinund, Suppl. à Jôcher.
RINAIANN (Seven), minéralogiste suédois,
mort à Eskilsinna, le 20 décembre 1792, à
soixante-treize ans. Il était membre de l'Acadé-
mie des sciences de Stockholm et inspecteur des
mines de la province de Roslagen. Parmi ses
écrits on remarque : Sur l'amélioration de la
fabrication du fer et de l'acier; Stockholm,
1772, in-8o (en suédois) ; — Essai d'une his-
toire du fer; Stockh., 1782, 2 vol. in-4"; trad.
en allem., Berlin, 1785; — Borgwerks-Lexihon
(Dictionnaire des mines) ; ibid., 1788,2 vol.
in- 4°; — des Mémoires dans la collection de
l'Acad. de Stockholm.
Rotermund, 5upp^ à Jôcher.
S03 RIINUCCINI
RISUCC8M1 (Âlamanno), éraôitilaiWen, né en
1426, à Florence, où il est mort, en 1504. Sa famille
était ancienne et illustre. 11 occupa des charges
publiques, et en 149'j il lit partie de la commis-
sion chargée de gouverner pendant les troubles. Ce
fut un des hommes les plus savants de son temps.
11 eut pour maître Argyropoulo dans la langue
grecque, et s'y rendit fort habile, ainsi que le té-
moignent les traductions qu'il a laissées d'après
Philostr&te et Plutarqiie. Sa version latine de la
Vie d' Apollonius de Tyane est la première
que l'on connaisse : publiée d'abord a Bologne,
par les soins de Beroaldo l'ancien, puis à Venise,
1502, in-fol., elle a été insérée dans l'édition
d'Olearius; Leipzig, 1709, in-fol.
VoccianW.Catalogus script, florentinorum. — Negri,
Fiorcntmi scrittori. — A. Zeno, Diss. f^oss., II, 199. —
Niccron, :Vew6iirfs, XXX.
RiNrcciM ( Ottavio), poète italien, de la fa-
mille du précédent, né vers 1565, à Florence,
où il est mort, en 1621. Ami intime du comte
Bardi de Vernio, « il apprit de lui, dit Ginguené,
à porter à la fois ses idées sur toutes les par-
ties d'un grand spectacle, et quoiqu'il ne sût pas
la musique, la finesse de son oreille et de son
goût lui avaient acquis sur les compositeurs eux-
mêmes une autorité qui tournait au profit de
l'art». Il fut en effet avec Corsi un des inventeurs
du drame lyrique, auquel il donna le nom de
tragedia per musica; Caccini, Péri et Monte-
verde, qui contribuèrent pour leur part à cette
révolution théâtrale, se laissaient docilement di-
riger par ses conseils. Dans sa jeunesse il avait
écrit les vers des cinq intermèdes d'une pièce
que Bardi fit représenter en 1589 pour les fêtes
du mariage de Ferdinand l" de Médicis avec
Christine de Lorraine. Après le départ de Bardi
pour Rome, il continua ses recherches sur l'an-
cienne manière de noter la déclamation, et il en
fit un heureux essai dans une pastoiale, Dafne,
jouée sous sa direction, en 1594, chez Jacopo
Corsi. Mais c'est dans sa seconde pastorale,
Euridice, qu'il faut chercher la véritable ori-
gine du drame lyrique. Représentée avec une
magnificence extraordinaire aux fêtes du ma-
riage de Marie de Médicis (5 octobre 1600), cette
pièce causa les sensations les plus vives; on la
nomma représentative ou récitalive, et le mot
récitalif est resté pour signifier toute déclama-
tion notée. Rinuccini jouissait à la cour de Flo-
rence d'une faveur singulière; il la devait à ses
talents non moins qu'à l'admiration passionnée
qu'il avait laissée éclater pour Marie de Médicis.
Il fut même, dit-on, l'un des heureux sigtsbés
de cette princesse, et il l'accompagna en France,
où il obtint du roi Henri IV une charge de gen-
tilhomme de la chambre. D'après le Menagiana,
i\ fut forcé de quitter ce pays à cause des raille-
ries piquMntes qu'il s'attira. De retour à Florence,
il composa pour les noces de François de
Gonzague et de Marguerite de Savoie (1608) une
troisième pastorale, intitulée Arianna, et qui
— RIOLAN 301
passa longtemps pour le vrai modèle du genre.
«Encore un siècle après, dit Ginguené, ie mono-
logue de l'Ariane abandonnée était cité comme un
chef-d'œuvre. » La musique était de Monteverde
( voy. ce nom), qui avait suivi scrupuleusement
les intentions du poète. Rinuccini excellait, se-
lon î'ir.iboschi, dans ie genre anacreontique;
ses poésies diverses furent publiées par les soin»
de son fils Pier-Francesco (Florence, 1622,
in-4*'), avec ses deux premières pastorales; le
même recueil a été réimpr. à Livourne, 1802,
in-8°, et à Florence, 1810, in-4°. P.
RossI, l'inacotfteca. — Tiraboschl, Storia dellaletier/^
ilal., VII.— Ginguené, Hht. littér. de l'Italie, VI, 464-488f|
sioJA { Francisco de) , poète espagnol, n<<
en 1600, à Séville, où il est mort, en 1658. AprèN
avoir été trésorier de la cathédrale de Séville, il
devint inquisiteur du tribunal suprême de Ma^
drid ; bibliothécaire du comte-duc d'Olivarès, iï
partagea avec Quevedo la laveur de ce puissa^i
personnage. Mais, entraîné dans sa disgrâce, d'ai
bord emprisonné, bientôt mis en liberté, il se re'
tira à Séville dans une retraite voisine du couh
veut de Saint-Clément, qu'il embellit de fontainea
et de jardins, et s'abandonna exclusivement auîj
douceurs de l'étude et de la philosophie. C'étail
un ami de Lope de Vega, qui, en 1622, lull
adressa une épître badine sur son jardin. Lepew
de vers qu'il a laissés est considéré en Espagne
comme un modèle d'élégance et de goût. Oi)
admire surtout les pièces intitulées A la Bosa
La Richesse, La Pauvreté, La nouvelle am
née, V Épître morale à Fabien, Sur les ruineH
d'Italica. Cette dernière pièce est peut-être ce quti
la poésie espagnole possède de plus achevé. Tomi
ce qui reste de ce poète a été recueilli dans JeJi
collections de Sedano et de Fernandez ( MadridH
1774 et 1795). E. B— t.
Sismondl, Hist. de lu, littér. espagnole, II, 173.
RiOLAM {Jean), médecin français, né ei
1539, à Amiens, mort le 18 octobre 1606, ;
Paris. Il s'adonna d'abord à l'étude des lettres
elles enseigna dans différents collèges; les dis
sertations latines qu'il publia dans sa jeunesse
l'une, De origine, incremento et decremenh
phïlosophiae (1565, in-4°), l'autre. Ad dialec
ticam P. Rami (1568, in-4°), témoignent de soi
savoir dans la littérature ancienne. Après avoi
professé la physique au collège de Boncour, .
Paris, il prit le grade de docteur en médecine
et remplit en (586 et 1587 les fonctions dedoyei
de la faculté. Pralicien distingué, il défendi
avec zèle contre les chimistes la doctrine d'Hip
pocrate, marcha sur les traces de Fernel, et s'at
tacha comme lui à faire prévaloir les méthode
d'observation. Tous ses écrits, à l'exception di
deux, cités plus haut, ont été réunis par soi \
fils {Opéra omnia; Paris, 1610, in-fol.); le j
plus remarquables sont : De principiis rerun
naturalium (Paris, 1571, iu-8°); Commenta \
rii in VI posleriores physiologix Ferneli
libros{MA., J577, in-S°); 4/-S bene medend
;0>
RIOLAN — RIONS
3 6
Lyon, 1589, in-3°), et Universw medicïnx
ompenrfiwm (Paris, 1598, in-S"). Un traité (le
lioian père, De febribus, n'a vu le jour qu'en
e40 ( Paris, in 8").
RioLAN (Jean), médecin, fils du précédent,
éen 1577 (1), à Paris, oîi il est mort, le I9 fe-
rler 1657. Encouragé par l'exemple et les le-
ons de son père, il embrassa la profession mé-
icale, et y fit des progrès si rapides que peu de
imps après avoir pris le bonnet de docteur, il
'annonça par des ouvrages qui posèrent les
jndements de sa réputation. En 1613 il fut
onimé professeur royal d'analomie et de bo-
anique, et présenta en iCiS à Louis XllI une
equête pour l'établissement d'un jardin des
lantes à Paris (wy. La Brosse), Premier mé-
1 ecin de Marie de Médicis, il accompagna cette
•rincesse dans l'exil, et lui donna ses soins jus-
i|u'à son dernier soupir (1642) ; il revint alors à
i>aris, et y reprit l'exercice de son état. Bien qu'il
'M subi deux fois l'opération de la taille, alors
ssez dangereuse, il n'en atteignit pas moins
âge de quatre-vingts ans. Comme son père, il
ut l'esprit orné, et posséda à fond les écrivains
le l'antiquité; il hérita de lui sa passion pour
Hippocrate et ses préjugés injustes contre les
!;hinirgiens et les chimistes. Quand ces derniers
enteront de substituer aux médicaments en
isage quelques-unes de leurs préparations nou-
relles, Riolau fut un des plus ardents à les com-
battre et à attirer sur eux les colères de la faculté.
[1 avait fait de l'anatomie son étude favorite ; il
jorta môme cette science à un degré d'exactitude
nconnu jusqu'à lui; pourtant les anatomistes
]ui l'avaient précédé, depuis Eustàche jusqu'à
iDulaurens, ne trouvèrent pas grâce devant
iiui. C'est ainsi que, dans une querelle, il a
traité Habicot de péché mortel vivant sous une
forme humaine, d'esprit moisi et autres amé-
nités scientifiques. D'une vanité excessive, il af-
jjfichait partout une supériorité injurieuse à ses
confrères , et s'arrogeait une sorte de dictature
'dans sa profession; ses prétentions, son carac-
itère bouillant et opiniâtre et aussi son mérite re-
connu lui suscitèrent de nombreux adversaires ,
Iqui ne lui épargnèrent pas les attaques et les
[traits satiriques. Ses ouvrages sont remplis
d'érudition , quoiqu'un peu diffus ; nous cite-
[rons : Chirurgia; Leipzig, 1601, in-12; —
[Comparatio veteris medicinœ cum nova;
[ Paris, 1605, in-12; — Schola anaiomica;
iParis, 1607, in-8''; réimpr. et augmenté sous
I un nouveau titre : Anatome corporis humani;
I Paris, 1010, in-fol.; — Gigavlo77iachia ; Pairis,
1613, in-8° : écrit dirigé contre Habicot au su-
|jet de la prétendue découverte des os du géant
J Teutobochus : une dispute aussi longue qu'inju-
[, rieuse s'engagea entre les deux savants, et Rio-
l lan,qui avait du reste la raison de son côté, y
luit un terme par le discours de la Giganto-
(1) C'est la date donnée par Éloy ; d'autres auteurs In-
I (Uquent celle de 1680.
%ie;Paris, 1618, in-S"; — Simiae osleologia;
Paris, 1614, in 8"; — Osteologia ex Hippo-
cralislibris eruta; Paris, 1614, in 8°; —Dis-
cours sur les hermaphrodites , Paris, 1614,
in- 8°, où il est démontré, contre l'opinion com-
mune, que cesêtres doubles n'ont jamais existé;
— Anaiomica, seu Anthropographia ; Paris,
1618, in-8°; — Enchiridion analomicum et
pathologicum ;Par\s, 1648, in-12, ei 1658, in 8°;
trad. en français par Sauvin ; — Curieuses re-
cherches sur tes écoles en médecine de Paris et
de Montpellier ;l?aris,, 1651, in-S" ; réfutées par
Isaac Carquet. Sous le tilre d'Opuscula anato-
mica, Riolan a publié quatre recueils ( Londres ,
1649, in-4o; Paris, 1650, in-fol.; ibid., 1652 et
1653, in-12), qui contiennent l'ensemble de ses
recherches anatomiques, au milieu desquelles
on regrette de rencontrer des attaques passion-
nées contre Harvey, Pecquet et Thomas Bartho-
lin ; non-seulement il s'élevait contre la circula-
tion du sang, mais il niait même l'existence du
système lymphatique. Nous avons dit plus haut
qu'il réunit et publia en 1610 les œuvres de son
père.
t.\oy, Dict. hlst. de la médecine. — Mangct, Bibl.
medica. — Biogr. méd.
RIONS l François-Hector o\x Charles-Hec-
tor ji' Albert, comte de), marin français , né le
19 février 1728, à Avignon , mort le 3 octobre
1802. Garde de lamarineen 1743 à la compagnie
de Rochefort, enseigne en 1748, il était lieute-
nant de vaiseau à bord du Foudroyant lorsqu'il
tomba au pouvoir des Anglais dans le combat du
28 févrierl758. Après avoir servi dans l'infanterie
et l'artillerie de marine et pris part à quatre cam-
pagnes navales, il devint capitaine de vaisseau
(24 mars 1772), et assista, sous les ordres de
l'amiral d'Estaing, à l'attaque de Sainte- Lucie
(1778) et aux deux combats de la Grenade (1779).
Pendant la guerre d'Amérique (1781-82), il com-
manda Le Pluton, et se trouva à la prise de Ta-
bago et aux combats de Fort-Royal, de la Chesa-
peak, de Saint-Christophe et de La Dominique.
Ses brillants services furent récompensés par le
grade de chef d'escadre et la grand'croix de
Saint-Louis (20 août 1784), puis par les fonctions
de commandant de la marine à Toulon (1785).
Lorsqu'en 1786 Louis XVI alla visiter le port de
Cherbourg, ce fut à bord du Patriote, com-
mandé par d'Albert de Rions, qu'il assista au
simulacre de combat naval. Dans une insurrec-
tion qui éclata le l^r décembre 1789 à Toulon,
cet officier général eut la douleur de se voir
frappé, ins'ùlté et désarmé dans son hôtel par
une populace furibonde; couvert de sang, il fut
jeté dans un affreux réduit, côte à côte avec un
échappé des galères. L'Assemblée nationale or-
donna sa mise en liberté, et rendit le 16 jan-
vier 1790, après de longs débats, un décret
qui mit dos à dos les insurgés et l'autorité mé-
connue. Appelé à Rochefort pour y prendre le
, commandement de l'escadre dite de l'Océan,
307
d'Albert de Rions fut encore la victime d'une :
révolte que fit éclater la publication du code ;
pénal du 22 août 1790. Après avoir essayé sans '
succès delà persuasion et de l'énergie, il déses- \
pérade rétablir la discipline, et se démit de ses j
fonctions. Nommé contre-amiral le 1*'' janvier '
1792, il émigra peu de temps après , et fit avec 1
les princes la campagne de cette année. Puis il j
se retira en Dalmatie. Rentré en France sous
le consulat, il fut admis en 1802 à la retraite
avec une pension de 4,000 fr. Au jugement du
bailli de Suffren, c'était un homme instruit,
brave, plein de zèle, désintéressé, excellent ma-
rin. On a de lui un Mémoire juslificatif sur
Va/faire de JojiZon ( Paris, 1790, in-8f>}.
Archives de la marine. — Moniteur universel.
llî®s(Los). Foy.Los Rios.
Rsou DE Kersalaun ( Joseph-François-Ma-
rie, baron), homme politique français, né
à Morlaix, le 2 mai 1765, mort à Aurillac, le
26 juillet 1811. Fils d'un capitaine de navire
marchand, il fit ses études à Saint-Pol-de-Léon
et exerçait la profession d'avocat à Brest lors-
qu'il fut élu membre du Conseil des cinq cents
par le Fmistère (septembre 1795); il eut quel-
que peine à s'y faire recevoir, étant parent d'é-
migrés. Il ne tarda pas à mériter l'estime de
ses collègues, par le zèle qu'il apporta dans le
travail des commissions et des bureaux. Il fut
porté à la présidence de cette assemblée le 20
janvier 1797. Il prit part à la rédaction des lois
hypothécaires, s'éleva souvent contre la mansué-
tude du gouvernement envers les conspirateurs
royalistes, et dénonça le général Magalloa et
le vice-amiral de Sercey, gouvernenr des Mas-
careignes, comme rebelles à l'autorité républi-
caine. Réélu eu 1799 , il adhéra au coup d'État
du 18 brumaire et accepta la préfecture du Can-
tal. 11 fut destitué en 181 1 : il avait été créé
baron de l'empire. Riou est auteur des écrits
suivants : Lucrèce, tragédie ( Brest, 1793, in-8°),
Les Chouans, pièce (1795), et La Naissance du
roi de Rome , ot]es (Paris, 1811, in-4°).
Arnault, Jay, etc., Biogr. des contetnp.
RIOUFFE {Honoré, baron), né à Rouen, le
1" avril 1764, mort à Nancy, le 30 novembre
1813, descendait d'une famille que l'on croit
originaire du Languedoc. Il était encore enfant
lorsqu'il perdit son père, chiiurgien habile. Des-
tiné au barreau, il quitta la science des lois pour la
culture de la poésie, et se distingua dans les con-
cours de l'Académie française par deux poëmes,
l'un en l'honneur du dévouement du prince Léo-
pold de Brunswick, l'autre sur la centenaire de
Corneille. Son enthousiasme pour la révolution
parut dans une pièce politique, qu'il composa en
société avec Dugazonetqui fut jouée sur le théâtre
delà Nation, le 11 octobre 1792. 11 .s'était lié avec
les députés de la Gironde; après leur chute, il
alla nyoindre à Caen ceux qui s'y étaient réfu-
giés. De là il se rendit à Bordeaux. « Son inépui-
sable gaieté, dit Louvct, sa résignation et son
RIONS — RIOUMTANTZOF 30
esprit aidèrent à nous consoler. » Arrêté à Boi
deaux le 4 octobre t793, par ordre de Talliet
Riouffe fut amené à Paris avec Marchena et Di
chàtel , et enfermé à la Conciergerie. La révolu
tion de thermidor le tira de prison. Aussitôt
publia les Mémoires d'un détenu pour servi
à l'histoire de la tyrannie de Robespierr
(Paris, 1794-1795, in-S"), suivis àe Quelque
chapitres (1795, in-8''). Cet ouvrage dut so
succès à l'exagération des détails et à la situa
tion des esprits. Sans fortune et presque san
moyen d'existence, il ne put, malgré la protectio
de M™* Pourrai, riche veuve qui l'avait recueill
et celle de M""^ de Staël, rien obtenir du Dire»
toire. Il s'attacha au général Bonaparte à so
retour d'Egypte, et devint membre du Tribune
(1799); il prodigua les louanges au chef de l'Ê
tat, et ses discours étonnèrent les courtisan
même par l'exagération de leurs flatteries. C'^
tait le même homme qui, le 5 brumaire an v
avait exalté les idées libres des girondins, dan
son Oraison funèbre de Lotcvet, prononcée a
Cercle constitutionnel, il prit souvent la paroi
au Tribunal, dont il fut une fois président et pli
sieurs fois sec rétaire ; il avait plus d'enflure q«
de véritable éloquence. Ou cite cependant de li
quelques phrases qui se distinguent par l'expre:
sion ou l'à-propos. A l'époque du concordai
parlant au nom du Tribunat, il dit au chef d
pouvoir : « Vous avez mis l'Église dans l'Éta
et non, comme autrefois, l'État dans l'Église.
En 1804, Riouffe fut nommé préfet de la Côtt
d'Or. Quelque mécontentement, dont les moti
sont inconnus, lui enleva bientôt cette préfecture
mais le 29 octobre 1808 il fut nommé préfet c
la Meurthe, puis baron de l'empire et officier c
la Légion d'honneur. Après les revers de 1
campagne de Russie, le typhus se déclara dat
les hôpitaux militaires de plusieurs villes de 1
France et de l'Allemagne. Riouffe se porta av(
zèle au secours des malades qui remplissaiei
le grand hôpilal de Nancy ; il fut atteint par !'(
pidémie, et mourut en peu de jours. On do
ajouter à sa louange qu'il ne laissait aucun biei
J. M — R— L.
Pariset, Notice sur la vie dn- Riouffe. — Berr, Notii
sur le baron Rimiffe. — Mémoires de Louvet.
RioîJMiAi«TZOF(i)(4/ea;a?îdre, comte), fa
vori de Pierre V" , né en 1680, mort à Moscoi
le 4 mars 1749, était fils d'un chétif propriétaii
de la province de Kostroma. A vingt-quatre ans
il commença sa carrière comme soldat dans 1
régiment de Préobrajenski. De faction un jou
au palais, il attira l'attention du tzar, qui l'atta
cha à sa personne. Il l'accompagna comme ca
pitaine aux gardes en Hollande, et fut chargé d
ramener de Naples à Moscou le prince Alexi;-
Cette triste mission consolida son crédit auprè
de l'autocrate, qui le maria et le dota richement
Après avoir concouru au traité de Neustadt, ;
(1) Tel est le véritable nom de la famille que les au
leurs franpals dénomnicnt Romanzcf.
iompagna son maître, en 1722, en Perse, et
tfix ans plus tard il le représenta à Constan-
tf)ple. De retour à Pétersbourg en 1730, il re-
é de rinipératrice Anne l'inspection des revenus
è la couronne. Guerrier et diplomate, Riou-
r^inlzof n'était pas linancier; il le (it observer
«a souveraine, qui le punit de sa franchise
ri un exil de trois ans dans un village auprès
clKazan. En 17 35, elle lui confia l'administra-
1 1 de la province où elle l'avait si rigoureuse-
l'iit relégué, d'où il passa à celle de la Petite
Issic et de là dans l'armée du feld-maréclial
I nnicb, sous les ordres duquel il coopéra, le
Siillet 1737, à la prise d'Otchakof. Après avoir
at rnativement gouverné l'Ukraine et combattu
|(' Turcs, il retourna en 1740 à Constantinople,
à 1 tête d'une ambassade composée de quatre
c'Is personnes. En 1743, il prit part au congrès
d'bo : les avantages considérables qu'il y sti-
p 1 pour sa patrie lui méritèrent les titres de
cille et de sénateur. P" A. G— n.
intlch-Kamenskl, Le Siècle de Pierre le Crand et
Cl. des illustrations russes. — Jflémotrcs du comte de
S ir et du çènérai NachicUslUn. — Oustri.ilof, Hist.
i 'terre le Grand. — L'Étoile polaire; Londres, 1838,
M IV, p. 279.
lUOTMIANTZOF - ZAnOUNÂESKI { Pierre,
pkite), général russe, né en 1725, mort à Ta-
Bm (gouvernement de Kief), le 8 décembre
10. Capitaine à dix-neuf ans, il eut une jeu-
nse orageuse avant de se distinguer dans la
II e que la Russie soutint de 1757 à 1762 avec
liPrusse; la prise de Kolberg, qui y mit un
l\ne, lui valut le grade de général en cbef. Ca-
\\pne le nomma gouverneur de la Petite-Russie,
e)artagea en 176S, entre lui et Galitzin, le corn-
ripdement de l'armée destinée à agir contre les
Ifcs. Après une série d'actions plus brillantes
Cfï fécondes, il décida la victoire sur le Kiigoul
«quelque temps après en condensa le résultat
dis le fameux traité de Koutchouk-Kaïnardji,
I nt de départ de l'influence russe en Orient,
iîinpératrice l'en récompensa avec une libéralité
.<f s'étendit jusqu'à lui fournir de la vaisselle
|jr sà table, des objets d'art pour ses appar-
^îients, et voulut qu'il prit le surnom de Za-
(■(»f7Ï5Ai, afin de rappeler ses hauts faitsd'armes
( delà du Don. Reutré en Ukraine, il en lii;
l honneurs à l'impératrice, avec une magnifi-
(,Kc inouïe, lorsque celle-ci se rendit en Crimée.
Vi d'accord avec Potemkin, il se démit bien-
! complètement de ses charges, et se retira aux
virons de Kief. En 1794 il concourut avec
uvorof à la soumission complète de la Po-
;ne. Rioumiantzof est une des gloires mili-
ces les plus pures de la Russie, et il a mérité
^tre célébré par Karamzin comme le Turenne
p«. PceA. G— N.
Ne du comte liimimiantzof ; Moscou, 1803. — Mé-
\ires de l'orocliln et du comte de Ségiir. — Glink.n,
|-'f. de Husaie. — Karamzin , ÉUvje de Catherine IL
Hist. de la guerre entre la Hussie et la Turquie, et
'rticuliéremi'nt de la cdmpaijne de 1769 ; Saint-Péter.-î-
jurg, m:f, in-4°. — annales de la société des anti-
ités russes,- Moscou, 1859, t. III.
RIOUMIAINTZOF 310
KIOUAIIANTZOF (Nicolas, comte), fils du
précédent, né en 1754, mort à Saint-Pétersbourg,
le 3 janvier 1826. Sévèrement élevé dans la
maison paternelle, il en sortit à vingt ans, pour
remplir les fonctions de chambellan. Nommé
ministre à Francfort vers 1779, il y résida quinze
ans; il fut créé maître des cérémonies à la cour
de Paul l", sans jamais y figurer, et membre
du conseil de l'empire le jour même du cou-
ronnement de l'empereur Alexandre, qui en
1802 lui confia le portefeuille du ministère du
commerce, auquel il joignit en 1807 celui des
affaires étrangères. Après avoir accompagné son
maître à Erfurt, il réussit en 1809 à réconcilier
l'Autriche avec Napoléon, qui se plaisait à ré-
péter qu'il avait rarement rencontré d'homm&
aussi profondément versé dans la connaissance
de l'histoire et l'art de la pohtique. En 1810, il
conclut le traité de Friedriksham, qui donna à
la Russie la Finlande, et il reçut en récompense
la dignité de chancelier, à laquelle vint bientôt
s'adjoindre celle de président du conseil de
l'empire. Les malheurs de 1812 altérèrent à urv
tel point sa santé qu'il n'eut de forces dans ses
dernières années que pour s'occuper d'art et de
science. On lui doit : un recueil d'anciennes
poésies russes; 1813 ; — le Soudebnik, ou Code
du tzar Ivmi Vasiliévitch ; — les Recherches
de Lehberg stir l'ancienne histoire russe;
1820; — une étude Sur Vorigine de Rurik;
— Histoire du diacre Léon et d'autres écri-
vains byzantins ; 1820;— les Chroniques de
sainte Sophie ; 1820-1821, 2 vol. in-4'': recueil
important pour l'histoire de la Russie de 826 à
1534; — Mémoires sur quelques peuples di
centre de l'Asie;
1821 ; — Monuments de la
littérature russe du douzième siècle; 1821;
— Essai historique et chronologique sur les
posadniks de Novgorod, tiré des anciennes an-
nales russes; 1821 ; — Lettres archéologiques
sur la province de Riazan; 1823; — Collec-
tion de chartes relatives à la Russie blanche;
1824; — Jean, exarque de Bulgarie-, étude
sur l'histoire de la langue slave et sa littérature
au neuvième et au dixième siècle; — Saints
Cyrille et Méthode, les apôtres des Slaves.
C'est grâce à la munificence de ce Mécène russe
qu'Adelung a publié plusieurs ouvrages et que
le métropolite de Kief Eugène a pu faire paraître
sa Biographie ecclésiastique.
De 1815 à 1818, le fils du célèbre Kotzebue
fit aux frais de Rioumiantzof une expédition
dans les mers du Nord pour y découvrir un pas-
sage entre l'Asie et l'Amérique. Un archéologue
distingué, Stroéf, fut chargé par lui d'explorer
l'intérieur, encore si inconnu, de la Russie, et
lui-même découvrit près d'Orcha le tombeau
d'un petit-fils de Monomaque. Ses riches collec-
tions, rendues publiques après sa mort, ont été
transportées, en 1861, à Mo-scou. Pce a. G— n.
Bantich-Katnenskl, Dict. des illustrations russei. —■
Le. Fils de la patrie, 1830, a» 2. — Docutn. partie.
311
RIPALTA — RIPON
RtPALTA {Pietro da), chroniqueur italien,
mort de la peste, en 1374, à Plaisance, sa ville
natale, l! est auteur d'une Histoire de Plai-
sance, qu'il a conduite jusqu'à l'époque même
de sa mort, et qui a été continuée et augmentée
par le chanoine Jacopo de' Mori. Cet ouvrage,
imprimé dans les Memorie storiclie di Pin-
cenza (1757-1766, 12 vol. in 4°) de Cr. Poggiali,
a été copié en grande partie par Mussi, qui s'est
occupé du môme sujet.
Peux historiens du même nom , le père et le
fils, RiPALTA {Antonio et Alberto da) , ont éga-
lement écrit sur les annales de Plaisance, leur
patrie; Antonio l'a fait depuis 1401 jusqu'en 1403,
Alberto a continué l'œuvre paternelle jusqu'en
1484 Leur chronique, estimée pour l'exactitude,
fait partie du t. XX desScript. Ital. de Muratori.
Pogglall, Memorie di Piacenza.
RiPAMONTE ( Giuseppe), historien italien ,
né en 1573, à Tignone (Milanais), morl en 1641,
à Milan. Il fut chanoine de la Scala, et obtint
du marquis de Leganez le titre d'historiographe
du roi d'Espagne. On a de lui : Historia eccle-
siae iMediolanensis ; MWàïï, 1617-1628, 3 vol.
in 4° : ouvrage estimé, à cause des recherches
et que l'auteur entreprit sur l'invitation expresse
^u cardinal Frédéric Borromée; — De Peste
Mediolani; ibid., 1640, in-4o; — Historiarum
patrix in continua lionem Tristani Chalchi
lib. XXIll; ibid., 1641-1643, 3 vol. in-foi.,
avec une suite en VIII liv., ibid., 1648, in-fol,
Argc'Iati, Bibl. mediolanensis.
BUPATRAWSOÎSE. Voy. CONOIVI.
niPAULT {Louis-Madeleine) , littérateur
français, né le 29 octobre 1775, à Orléans, mort
près cette ville, le 12 juillet 1823, à la Chapelle
Saint-Mesmin. Il était neveu de Ripault-Des-
ormeaux , qui fut membre de l'Académie des
inscriptions (uo 7/. Desormeaux). A quinze ans
il fut pourvu d'un bénéfice ecclésiastique ; mais
la révolution l'ayant obligé de renoncer à l'é-
glise, il s'associa avec Berthevin pour faire dans
sa ville natale le commerce de la librairie. A la
recommandation de Pougens, il fut admis à faire
partie de la commission scientifique d'Egypte ,
devint membre de l'Institut du Caire, et prit une
part active à l'exploration des antiquités de la
Thébaïde. La Description qu'il en donna en
1800 dans Le Moniteur attira sur lui l'attention
du premier consul, qui le nomma son bibliothé-
caire particulier; il s'acquittait de cette tâche pé-
nible avec beaucoup de diligence et d'habileté,
mais l'indépendance de ses opinions démocra-
tiques déplut au chef du nouvel empire, et on
lui adjoignit en 1804 l'abbé Denina. Ripauit
quitta alors son poste, et laissa sans réponse les
lettres qui lui furent écrites pour l'y rappeler; il
ne fut remplacé qu'en 1807, par Barbier. Retiré
au sein de sa famille, i! cherclia avec ardeur dans
l'étude des langues sémitiques la clef des hiéro-
glyphes égyptiens, et en donna devant l'Académie
des inscriptions une solution qui parut Iiasar-
dée . Convaincu que poi;r jouir de la pléni
de ses facultés il ne fallait fournir a r(st(.
que le moins d'aliments possible, il se conda
à un régime qui le conduisit en peu de temp
tombeau. On a de lui : Une Journée de Pa
Orléans, 1797, in-12; — Description abr
des monuments de la haute Egypte; P
1800, in-8°, trad. en allemand ,- — Une si
de lu bonne compagnie; Paris, 1804, in-12
Marc-Aurèle; Paris, 1820, 1830, 4 vol. i
et atlas; il en publia sous le titre de Tite
ionin le Pieux un résumé historique (i
in-8"), mais la collection des Monumenti
l'histoire aurélienne , qu'il avait annoncé
2 vol. in-fol., n'a point vu le jour.
Jomard, dans la Revue encyclop., mal et juin 18H
RiPAULT. Voy. Desormeaux.
niPERT. Voy. MONCLAR.
RIPON ( Frederick-John Robinson, \"ù
DE ), homme d'État anglais, né à Londre:
V^ novembre 1782, mort le 28 janvier ISi;
Putney-Heath (Surrey ). Il était le second fil
2^ lord Grantham. Son frère aine, Thomas
lippe, hérita en 1833 du titre de comte de (
Après avoir fait ses études au collège d'Ha
et à Cambridge, il devint secrétaire du
lieutenant d'Irlande (1804). Deux ans apri
représenta les bourgs de Carlow et de B
à la chambre des communes où il vota a\
parti tory. En 1808, quand la nouvelle delà
vention de Cintra fut connue, il demant
continuation de la guerre d'Espagne;
motion lui fit donner dans le cabinet du dt
Portland la place de sous-secrétaire d'État
colonies. Depuis, sous le ministère Percev
devint membre du conseil d'amirauté (181
vite-président du bureau de commerce (1
Un bill qu'il présenta en 1815 contre l'imp'
lion des blés étrangers en Angleterre, o
misère était à son comble, devint la c
d'une émeute populaire qui saccagea son
à Londres et détruisit une riche galerie d
bleaux qu'il avait formée. Pendant les dix
mières années du ministère Liverpool, M.
binson s'était montré tory modéré , mais a
le suicide de lord Castlereagh, ministre de
faires étrangères (1822), il se rapprocha di
successeur Canning, et fut nommé chanc
de l'échiquier (janvier 1823). La réduclioi
quelques impôts et des économies admini;
tives lui obtinrent d'abord toutes les sympal
mais il porta la peine de la crise financièi
1825, qu'on lui reprocha de n'avoir poin
prévenir. Lorsqu'en avril 1827 Canning d(
chef du cabinet, M. Robinson remplaça
Balhurst au département des colonies. La ir
année, il entra à la chambre des lords avec le
de vicomte Goderich , créé en 1700, pour soi
saïeul Henry de Grey. La mort de Caii
(8 aortt 1827) fit passer entre les main
nouveau lord le poste de premier lord de la ti
rerie, mais la succession de cet homme d'Étit
jjî RIPON -
Y 1 lourde à porter, et après avoir lutté vainc-
r itiwur dominer nue situation difficile, il donna
SiJi'inission (janvier 1828 ). Sons le ministère
C'y ( novembre 1830) lord Godericli devint se-
ctaire d'État des colonies, puis en 1833 lord du
8|îu privé. A celte époque, et au mépris des
«[lions qu'il avait jusqucli» affichées, il dé-
( lit la réforme parlementaire, et celte conver-
s 1 au parti wliig lui valut le titre de comte de
1 -, sous lequel il a été connu depuis. Toute-
|, . il s'opposa aux réformes ecclésiastiques pro-
j , tspar quelques-unsdeses collègues, etdonna
s hniission le 29 mai 1834. D'un naturel con-
c l'.il, lord Riponse rapprocha de nouveau des
l (S, et fut un des adversaires des principes
p luiwes de lord Melbourne ; aussi accepta-t-il
(i Robert Peel en 1841 la présidence du bureau
d; commerce, et en 18'i3 celle du bureau des
Les. Après s'être associé presque involontaire-
ni it à l'abolition des lois céréales ainsi qu'an bill
d tarifs, il suivit Robert Pcfl dans sa retraite
( juin 1840). Depuis cette é|>oque il ne parut
dj s la chambre haute que pour soutenir les rae-
s .^s de .son ami , lord Aberdeen.
irke, Peeraçie. — The Parliamentary Companion
(1 :-',S59). — Vapereau, Dict. w/iit'. des contemp. —
y, uaire des souverains, hommes d'État, etc., 1844,
t /.
jiiposo (Felice). Voy. Ficherelli.
'Lippërda { Jean- Guillaume, bsLTon, puis
d, DE ), appelé aussi Osman-Pacha, aventurier
lilaudais, né à Groninguc, en 1690, mort à
Tjouan, le 2 novembre 1737. D'unefamille noble
a Provinces- Unies, il embrassa la carrière mi-
liire; à vingt-deux ans, il commandait un régi-
"nt d'infanterie. Son intelligence et son édu-
ion le firent choisir en 1715 pour remplir une
lision à Madrid. Il y revinten 1718, avec i'in-
tion de s'y fixer, abjura la religion réformée,
It agréer au roi Philippe V des plans qui de-
ent améliorer le commerce castillan. Il devint
lors, sous le titre de directeur des manufac-
es , un homme influent et considérable. En
5 il conclut un traité d'alliance entre le roi
spagne et l'empereur Charles VI (25 avril
6). « Tout était étrange dans cet accord.
Voltaire; c'était deux maisons ennemies,
s'unissaient sans se fier l'une à l'autre; c'é-
l;l les Anglais, qui ayant tout fait pour dé-
t ner Philippe V, étaient les médiateurs de ce
ité; c'était un Hollandais, devenu duc et
t-puissant en Espagne , qui le signait. »
ici qu'il en soit, sa réputation ne fit que croître
Madrid. Il fut créé duc et grand d'Espagne,
ibassadeur extraordinaire à Vienne, et à son
our (décembre 1725), il prit la direction su-
rieure du cabinet avec les portefeuilles des
aires extérieures, des finances et de la guerre.
entôt un parti puissant, celui de la vieille
blesse espagnole, qui ne pouvait pardoimer
ïlipperda son origine, s'éleva contre lui. Phi-
pe, afin de rétablir la paix dans sa cour, sacrifia
n favori (1726). Mais celui-ci ayant commis
RIQUET 314
l'imprudence de se retirer chez lord Stanliope,
l'ambassadeur anglais , se vit accuser de trahison
et renfermé dans le château de Ségovie; deux
ans plus fard, le 2 septembre 1728, il réu.^sit à
s'évader, et gagna le Portugal, puis la Hollande,
où il pratiqua de nouveau le protestantisme.
De là il se rendit en 1732 à la cour de Muley-
Abdallah, empereur du Maroc. Suivant quelques
historiens, il embrassa l'islamisme, et, sous le
nom <\' Osman-pacha, devint général dans les
troupes marocaines, et attaqua les Espagnols;
mais battu devant Ceuta, il fut exilé à Tétouan
(1734). Il essaya alors de propager un nouveau
système de religion. Flattant également les maho-
métans et les juifs, qui sont en grand nombre
au Maroc, il parlait de Mahomet avec plus d'é-
loges que les musulmans eux-mêmes. Il louait
aussi Moïse , Élie, David, et même Jésus-Christ;
mais il prétendait que les chrétiens, les maho-
métans et les juifs étaient dans une erreur
presque égale; les premiers en attribuant trop à
Jésus-Christ, les seconds à Maliomet, et les
derniers en n'attribuant rien à l'un ni à l'autre.
Selon lui le Messie est encore à venir. Il fai-
sait de nombreux adeptes, lorsqu'il mourut,
d'une maladie de langueur. Suivant Chénier, au
contraire, il n'est pas vrai que Ripperda se soit
fait mahoraétan , ni qu'il ait jamais commandé
au Maroc. H entra dans les idées du baron de
Neuhoff, qui , sous le nom de Théodore, fut un
instant roi de Corse. Il fit bien des voyages à
Méquinez pour engager l'empereur à s'unir aux
Tunisiens, disposés à soutehir cette monarchie
naissante , mais il ne reçut que de vagues pro-
messes. « Des personnes du pays qui l'ont
particulièrement connu, ajoute Chénier, m'ont
assuré qu'il a terminé à T'étouan sa vie et son
roman à la fin de 1737, sans avoir changé ni
d'habit ni de religion. »
Mercure de France , déc. 1737. — Prévost , Le Pour et
le Contre, I, 176 et suiv. — H.-M. B.. f^ie du duc de
Ripperda; Amst., 1739, î vol. ln-8°. — Memoirs of the
duke of Ripperda ; Londres, 1739, in-S». — yida del
duque de Itipperda; Madrid, 1740, 2 vol. In-S". — Ché-
nier, Recherches sur les Maures, III, 4B6. — Voltaire,
Siècle de Louis Xf^. — G, Moore, Lives of cardinal Ah
beroni and the duke of Ripperda ,• Londres, 1806, 181i,
2 vol. in-S".
RIQUET ( Pierre-Paul ), baron de Bon-
repos, né à Béziers, en 1604, mort à Toulouse,
le 1*' octobre 1680. Sa famille, noble et an-
cienne, était originaire de Florence (d'autres di-
sent de Lucques ), et descendait de Gérard Ar-
righetti , qui , proscrit de la première de ces
villes comme gibelin, vint s'établir en Provence
vers 1268. Elle se divisa en deux branches, con-
nues, l'une sous le nom de Riquet, comte de
Caraman, l'autre, sous le nom de Riquelti,
marquis de Mirabeau (1). C'est de la première,
(I) Le nom de Riqiiet figure dans les arclUves de plu-
.sleurs communes du déparleiiient de l'hërault. Ce nom
litait écrit sans particule dans des actes notariés relatifs
à cette famille, et qui se trouvent dans les études de di-
vers notaires de Sézieri.
315 RIQTJE'J -
venue au quinzième siècle en Lan^nefioc, qu'est
issu l'homme fîe génie auteur d'une entreprise
qui commande l'étonnement et l'admiration de
l'Europe. Une grande partie de ses propriétés
étaient situées au pied de la Montagne Noire, et
c'est à cette circonstance qu'il dut la première
pensée de son projet. Son idée, aussi simple
que grandiose, fut d'utiliser les divers cours
d'eau de la Montagne Noire , et d'en réunir le
volume sur l'une des pentes, point le plus bas
entre les deux versants de la Méditerranée et de
i'Océan. Riquet, « n'ayant, dit Daguesseau, pour
tout instrument qu'un méchant compas de fer, »
devina que par des pentes faciles à conserver,
par de faibles ouvrages comparés à ceux qu'on
avait autrefois projetés , on pouvait conduire
les eaux réunies du Sor, de Lampy, d'Alzeau ,
de Lampyllon, de Vernassonne et de Rientort,
jusqu'à Naurouse, qui devait être le point de par-
tage. Ce problème résolu, toutes les difficultés
s'évanouirent. Riquet fit un mémoire, qu'il adressa
à Colbert, contrôleur général des finances ; son
projet et ses plans du canal furent présentés le
26 novembre 1662 par l'ingénieur militaire
François Andréossy. Par un arrêt du conseil
du 18 janvier 1663, Louis XIV ordonna qu'une
commission serait chargée d'aller juger les pians
sur le terrain même où ils devaient être exé-
cutés. Les commissaires du roi unis à ceux des
états de Languedoc commencèrent leur travail
à Toulouse le 8 novembre 1664, et le terminè-
rent à Béziers, le 17 janvier 1665. Leur rapport
fut favorable, mais cependant des doutes s'é-
îevèrent sur la possibilité de conduire à Naurouse
les eaux de la Montagne Noire. Riquet proposa
de faire creuser une rigole d'essai pour se rendre
compte de la pente du terrain. Ce travail achevé,
il ne fut plus permis de douter du succès.
L'édit pour la construction du canal parut en
octobre 1666; les conditions offertes par Ri-
quet pour cette entreprise furent acceptées, et
ia première pierre des ouvrages fut posée en
.^vril 1667. On commença à naviguer, depuis
Naurouse jusqu'à Toulouse, dans les premiers
ï«urs de 1672, et le canal fut mis en état du
17 au 25 mai 1681. Riquet était mort six mois
auparavant, lorsqu'une lieue seule du canal
restait a creuser, laissant à ses deux • fils la
gloii'e de l'achever : honneur si digne d'envie
que Yauban , envoyé par Louis XIV en mai
1686, pour en examiner toutes les merveii-
Jes, eût préféré, disait-il, « la gloire d'en être
i'iiuteur à tout ce qu'il avait fait ou pourrait
faire à l'avenir ». Une statue en bronze, dont
l'exécution fut confiée à David ( d'Angers ), a
<i(é par souscription érigée à Riquet le 21 oc-
tobre 1838, sur une des places publiques de sa
ville natale. Riquet avait aussi projeté un canal
pour amener de l'eau à Paris; la mort ne lui
iiiissa pas le temps de déployer dans ce nou-
veau travail toutes les ressources de son génie.
Scn fils aîné, r.iQn;T ( Jean-.yallhias),
RISBECK
maître des requêtes, puis président à moi
au parlement de Toulouse, fut associé à l'en
prise du canal du Languedoc et y mit la dcrii
main. Il mourut à Toulouse, le 30 avril 171
Son second (i\&, Pierre- Paul, portaletitr
comte de Caraman [voy. ce nom). H. Fisq
Histoire du canal du iMuguedor, par les desceiK
rfe l'.-l'. Riquet. — Andréossy, W^s^ ducanulduH
— Pecarapp, Éloge de P,-t'. Riquet; Paris, 1818,1
— Comte de Caraman, Guide du voyageur sur le c
du Midi; 183G, in-S". — Documents inédits.
RIQUET. Voy. Carabîan.
EiQUETTï. Voy. Mirabeau.
RiSBKCR (Gaspard) f publiciste allema
né en 1749 ou en 1750, à Hœchst, près
Mayence, mort le 10 février 1786, à Aarau (Suii
On lui fit étudier la théologie , puis la juris
dence. Doué d'un talent précoce et d'un ter
rament vif et désordonné, il s'adonna de bi
heure aux lettres et à la poésie. La connaiss
qu'il fit avec Gœthe, Klinger, Lenz, Wa(-
le poussa vers cette vie attrayante , mais lé
et quelque peu sauvage, qu'il traîna à la ti
ses éludes à Francfort , à Hanau , à Darm:
et dans d'autres villes. Ses parents lui laisst
un héritage assez considérable pour lui
mettre de continuer cette vie indépendante. A
avoir essayé d'entrer dans les bureaux i
chancellerie impériale , il se fit acteur, et
avec assez de succès dans le théâtre du Ka
nerthor, à Vienne. En même temps il arra
quelques pièces anglaises et françaises poi
scène allemande. En 1777, dans l'intentio
visiter l'Italie, il se rendit à Salzbourg, et y
six mois , entièrement livré à des études 1
riques. Plusieurs traités politiques qu'il p
sur la succession de Bavière furent accueilli
le public avec une faveur marquée. Son héi
étant gaspillé, Risbeck se vit réduit à écrire
vivre. La continuation des Lettres sur les mo
commencées enl771, par La Roche, fut le
mier fruit de son travail (Francfort, 1781,
à IV, ia-8°) ; elles eurent un grand retenl
ment et fondèrent sa réputation de publia
Appelé à Zurich par le libraire Orelli,il y ter
l'édition des Annales de Waser, et traduis
allemand les Lettres sur la Suisse de Co:
la Description des Alpes pennines et
tiennes de Bourrit ; en même temps il ré
le Journal de Zurich. C'est dans cette
que RisbecJi commença l'ouvrage qui l'a
au rang des grands publicistes du dix-huil
siècle. Ce sont les Lettres dhin voyageur ;
çais sur l'Allemagne (Zurich, 1783, 2
in-8°; trad. en français, Paris, 1788 ou
3 vol. in-8°). Ces lettres eurent une vogue
traordiuaire. Pour la comprendre il faut se
peler qu'en Allemagne , à l'époque qui préc
la révolution de 1789, le libéralisme était
ainsi dire quelque clrose d'inconnu. Sous
forme attrayante et spirituelle, Risbeck in(
le premier, avec une hardiesse inouïe, au pi
la Toia sur laquelle il avait à chercher se.-;
RISBECK - RITSCHL
318
ons légitimes. Par une critique sévère, il «lé-
a et coïKianuia tout ce qu'il y avait de fau\
s la vie sociale et religieuse de sa nation ,
ime clans l'administration politique; mais en
ne temps il rendit justice aux grandeurs de
oque, surtout à Frédéric le Grand et aux
lièresde la science, de la littérature et de la
losophie. Il passa en revue les avantages in-
îcluels que l'Allemagne avait retirés jusque-là
sa désunion politique, et trouva dans le carac-
i du peuple, dans les qualités solides du génie
mand, les garanties de l'avenir. Risbeck
urut dans l'exil volontaire, dans l'indigence
3ans le désappointement. J- M.
Irsching, Hist. lilter. Handbuch. - Baur, Gallerie
:. Gemaelde aus dem 18, jahrliundert. - J. PezzI,
ÇrapA.Denftîna/y.-C./Jistecfts; Vienne, 1786, In-S».
«IST ( Jean ), poète allemand, né le 8 mars
Ji7, à Pinneberg, près de Hambourg, mort le
|ao'ùt 1667. Après avoir étudié la théologie en
/ inagne et en Hollande, il devint pasteur à
^ Nlol sur l'Elbe , et reçut plus tard les dignités
(i comte palatin et de conseiller ecclésiastique.
] s sa jeunesse il cultiva les muses, et fut un
(i jioëtes les plus féconds et les plus popu-
l' es de son temps. Imitateur d'Opitz, mais
tis partager sa prédilection pour les anciens,
il écrit une grande quantité de poésies sa-
•es, d'un style élégant et pur, mais enliè-
nent dépourvues de sentiment; un choix
a été donné dans le t. VUI de la Deutsche
^blioihek de MiJller. Il fonda vers 1660 une
ciefé littéraire, V Ordre du Cj/gne , dissoute
rès sa mort ( voy. Conrad de Hoevelen, Deut-
\hcr Zimber-Schwan , 1667 ). On a de lui :
Sr&ée, tragédie, Hambourg, 1624; —Musa
mtonica; ibid., 1634, 1640, in-8° : recueil d'é-
Igrammes et de poésies amoureuses ; — Hor-
\s poeticusj ibid., 1638, in-8°;— Klagge-
■cht ûber das Absterben Opiizens ( Plaintes
il- la mort d'Opitz ) ; ibid.,' 1640, in-S"; —
[es Daphnis aus Cimbrien Galathee ( La
alathée du Daphnis de laCimbrie); ibid., 1642,
'-8° ; — Himmlische Lieder { Chants du ciel ) ,
lanebourg, 1643, 1652, in-8° ; suivis de Neue
immlische Lieder; ibid., 1651, in-8o; —
'^olsteins Klagelied ( Les plaintes du Hol-
:ein); Hambourg, 1644, in-8°; — Theatrum
oeticuvi; ibid,, 1646, 1664, in-8°;— Das
iede wunschende Teutschland (L'Allema-
iae désirant la paix ); ibid., 1647, 1649, in-8°;
omédie reproduite en 1806; — Wallenstein ,
ragédie; 1647, in-8°; — Parnassus teuto-
icîis; Lunebourg, 1652, in-S" , suivi du I\'ovus
'arnassus; ibid., 1652, in-8° ; — Das Friede
auchzende DeiUschland (L'Allemagne pleine
le joie au sujet de la paix ) , comédie ; Nurem-
)erg, 1653, in-8" ; — Frommer Christen Haus-
nusik (Musique pour la maison à l'usage des
Uirctiens pieux); Lunebourg, 1654, in-8''; —
Die verschmahie Eitelkeit ( Le mépris de la
vanité); ibid., 1658, in-8"; il est bon de noter
que l'auteur était d'une vanité exorbitante; —
Musilialischcs Scelenparailics ( Paradis musi-
cal de l'àme ) ; ibid., lG()0-62 , 2 vol. in-8 " ; etc.
MOiler, Ciinbria lilcrata, l. l. — Wetzel, flymno-
pocg raphia, t. 11.- .Iccrdciis , l.exikon. — Win»«rrel(l,
Dcr cvungdUchcn Kirclie Cesange, t. 11, p. 300-WO. —
(ierviniis, Deutsche Literaturgcschic/ite, t. III.
KïsiiENO ( José ) , peintre et sculpteur espa-
gnol, né en 1652, à Grenade, où il est mort, en
1721. Il fui fun des meilleurs élèves d'Alonzo
Cano : comme peintre il en prit la couleur,
comme sculpteur il imita la hardiesse de son
ciseau. Palomino , qui décora avec lui la char-
treuse de Grenade , n'hésite pas à le nommer
'< le plus grand dessinateur de l'Andalousie ».
Risueno professa longtemps dans l'Académie
de Grenade , et la plupart des églises de cette
ville possèdent de lui des tableaux ou des sta-
tues.
l'alomino, El Museo pictorlco. — Qiiilliet, DM. des
peintres et des sctdpteiirs espaçinoh:
j; JiiTSCHi. {Frédéric -Guillaume), philo-
logue allemand, né le 6 avril 1806, à Gross-
Vargula , village de la Thuringe. Fils d'un mi-
nistre protestant, il étudia la philologie sous
Spitzner et Herman , et suivit ensuite pendant
trois ans l'enseignement de Reisig. Après avoir
depuis 1829 fait des cours libres à l'université
de Halle, il y fut nommé en 1832 professeur, et
en 1833 il remplaça Passow à Breslau ; il visita
en 1836 et 1837 les bibliothèques d'Italie, et oc-
cupa en 1839 à Bonn la chaire de philologie
classique et d'éloquence; il fut aussi chargé de
la direction du séminaire philologique. En 1854
il fut nommé en outre conservateur de la bi-
bliothèque dé l'université. Doué d'un esprit cri-
tique aussi sagace qu'exercé , et en possession
d'une érudition des plus étendues, Ritschl a, par
ses nombreuses recherches , donné une nouvelle
impulsion à la philologie classique. En contrôlant
attentivement les écrits des grammairiens la-
tins au moyen de documents authentiques, four-
nis par les inscriptions, il a obtenu des résultats
entièrement nouveaux et des plus féconds
sur l'ancien langage des Romains, dont il a
su retrouver et caractériser les phases suc-
cessives. Il a été ainsi mis à même d'entre-
prendre sur les comédies de Plante ce travail,
chef-d'œuvre de méthode et de patience, qui l'a
placé au premier rang parmi les philologues de
tous les temps, et qui nous a enfin fait connaître
cet auteur dans sa forme primitive et véritable.
Ritschl, dont les recherches sur l'antiquité et la
littérature grecque portent également le cachet
de la perfection, vient de mettre le sceau à sa
réputation par son édition commentée des
Priscse latinifaiis monumenta epigraphica,
qui doit former le premier volume du recueil
complet des inscriptions latines que publie l'A-
cadémie de Berlin. On a de lui : Schedœ cri-
t'tcse; Halle, 1829; — De Oro et Orione ; Bres-
lau, 1834, in-8°; — Die Alexandriniscke Bi-
bliothek ( La Bibliothèque d'Alexandrie sous les
319 RITSCHL — R
premiers Ptolcmées et le recueil des poésies ho-
mériques faites par ordre de Pisistrate) ; Breslau,
1838, in-8"; suivie d'une dissertation latine sur
le même sujet, Bonn, 1840, in-4o; — Déporta
Metia; Bonn, 1842, in-4°; — Purerga Plau-
tina et Terentiana; Leipzig, 1845, in-8°; —
Lexicon etymologicum, e codice Angelico
descriptum; Bonn, 1846-1848, 2 parties,
m-4'' ; — De Pomponii Bassuli Epilome me-
trico; ibid., 1847, in-4°; — Hieronymi Indices
Ubrorum a Varrone scriptorum; ibid., 1849,
ia-4°; — Legis Rubriae pars siipersles; ibid.,
1851, in-4° ; — Tltulus Mummianus ad fi-
dem lapidis Vaticani; ibid., 1851 ; — De mi-
lario Popilliano dequeepigrammate Sorano;
ibid., 1852,in-4°; — InscripUo columnx ros-
tratse; ibid., 1852-1861; 2 parties, ia-4°; —
Monumenta epigraphica tria; ibid., 1852,
in-4" ; — De fictilibus literaiis latinis anti-
quis; ibid., 1852, in-4°; — Anthologie latinw
corrolarium epigraphicum ; ibid., 1853, in^";
— Poesis Saturninœ spécimen ; ibid., 1854,
in-4°; De titulo metrico Lambacsensi ;
ibid., 1855, in 4°; — De Varronis Hebdoma-
dum libris; ibid., 1856, in-40; — In leges Vi-
selliam, Antoniam, Corneliam observationes
epigraphicx; ibid., 1860, in-4''; — Proœtnio-
rum Bonnensium decas; ibid., 1862, in-4''.
Comme éditeur Ritschl a publié Thomas Ma-
^w^er (Halle, 1832), et Plauti Comœdiœ, ciim
prolegomenis criticis grammaiicis , metricis
(Bonn, 1848-1854, t. I-III, in 8") : ouvrage qui
sera complet en 5 vol. On a aussi de lui des
dissertations et mémoires dans les Mémoires
de Y Institut archéologique de Rome et dans
le Rheinisches Muséum qu'il publie depuis
1842 en commun avec Welker.
* RiTSCHL ( Albert ) , neveu du précédent ,
né le 25 mars 1822, est professeur à Bonn et a
publié Das Evangelium Marcions and das
kanonische Evangelium des Lxikas ( L'Évan-
gile de Marcion et l'Évangile canonique de saint
Luc); Tubingue, 1S46, in-8% — Die Ents-
thehung der altkatholischen Kirche ( L'Ori-
gine de l'Église catholique primitive); Bonn,
1850, in-8° : excellent ouvrage, où l'auteur com-
bat l'école de Tubingue, à laquelle il avait été
attaché. E. G.
Conversations-Lexikon. — Slànnerder Zeit; i.eipilg,
18C1, t. 11.
RlTSON ( Joseph ), critique et antiquaire an-
glais, né le 2 octobre 1752, à Slockton ( comté de
Durham), mort le 3 septembre 1803, à Ho>ton.
De sa profession il était homme de loi, ou plutôt
notaire (conveyancer) près du collège de jus-
tice de Gray à Londres. Ayant été nommé en
1785 grand bailli du duché de Lancastre, il aban-
donna la pratique des affaires pour s'occuper
d'antiquités et de littérature, et vécut du revenu
que lui procurait sa charge. Grâce à son heu-
reuse mémoire et à une sagacité rare, il étendit
fort loin ses recherches, et éclaira d'une lumière
il i
ITTENHOUSE .0
nouvelle les origines et les progrès de la ..i.
rature anglaise. Il apporta clans ses travau qo
rigueur et une exactitude qui les renden é-
cieux à consulter ; il excellait dans la cr uc
de détail, mais il déparait ses qualités p m
style négligé . baroque , et surtout par u a
ractère irascible et dissimulé. Dans ses que es
avec Warton, Maione et autres contempoi s,
il eut le tort, en ayant la raison de son «,
de les traiter avec un mépris qu'ils ne méri ni
pas. Quelques jours avant sa mort son ce lu
se dérangea, et on fut obligé de le renfermei is
une maison de fous. Nous citerons de lui ).
sei'vations on the three first volumes u
History of English poetry (de Warton); 1-
dres, 1782, in-4''; — A sélect Collectif ij
english sangs, with an hislorical essa n
the national song ; ibid., 1783, 3 vol. i ';
réimpr. en 1813; — Ancient songs
Henry III to Uie Révolution; ibid., ),
1829, in-8°; le plus estimé des recueils c <:
publiés ; — Pièces oj ancient popular pc ,
ibid., 1791, in- 8°; — Cursory criticism n
the édition of Shakspeare ( de Maione ) ; .,
1792, in-S"; — The english Anthology; .,
1793, 3 vol. pet. in-8°; — Collection of sec k
songs ;ih\à., 1794,2 vol. in-12, avec la mu le
originale; — Robin Hood, a collection II
ancient poems , songs and ballads rel f
to the celebrated outlaw; ibid , 1795, î I.
in-S"; — Biographia poetica; ibid., 1,
in-12, catalogue des poètes anglais du i-
zième au seizième siècle; — Ancient en k
metrical romances; ibid., 1802, 3 vol. ii ';
— An Essay on abstinence from an ù
food as a moral duty ; ibid., 1802, in-8' n
doit encore à Ritson beaucoup d'écrits de mo e
importance, les uns relatifs à sa professio îs
autres à des euriosités liltéraires. Quelque is
de ces derniers ont le titre conimiin de 1 r-
lande, tels que Yorkshire garland, Bis i-
rie gnrland, etc. La partie la plus cur ;e
de sa correspondance a été publiée par sir r
ris Nicolas.
Gentleman's Magazine, LXXIII et LXXIV. — N IJ
et Bowyer, Literary anecdotes. — i. Haslewooi), «
account of thtlije of J. Ritson; Londres 1824, in -
Harris Nicolas, Life and letters of J. Bitson.
RITTENHOUSE (David), physicien aii-
cain, né le 8 avril 1732, à Germantown (F i-
sylvanie), mort le 26 juin 1796, à Philadel e.
Il descendait d'une fainille d'émigrants, et le
d'abord à New York, puis à Germantown !S
parents étant fermiers, il se livra d'abord i-
même à des travaux agricoles. Il montra bi 51
de rares dispositions pour la mécanique, ( r
trui.sit différents appareils de physique, el t,
en 1779, au nombre des commissaires cl) js
pour fixer les limites enUe les territoires i la
Pennsylvanie et de la Virginie. U remplit 'i
1784 et 1786, des missions semblables poi |la
fixation des frontières de l'ouest et du nor le
la Pennsylvanie, et en 1789 pour celles des 1 U
321
de New-Jersey el New-York. En 1791 il succéda
à Franklin dans la présidence de la Société phi-
losophique de Philadelphie, et fut nommé, en
1792, directeur de la monnaie des États-Unis.
Parmi les travaux de ce savant on remarque
particulièrement une théorie du magnétisme, d'a-
près laquelle les molécules du fer sont en
grande partie de véritables aimants, mais elles
restent inactives ou inertes jusqu'à ce qu'elles
aient été groupées, par le martelage ou par l'ai-
mantation, dans l'ordie qui leur est nécessaire.
11 essaya de démontrer que le magnétisme est
un fluide répandu dans toute la nature, et qu'il
exerce une action constante sur certaines molé-
cules de fer; ainsi en frappant sur des barres de
fer, placées dans le méridien, il obtenait des effets
sensibles à l'aiguille aimantée. Cette théorie se
trouve consignée dans les Transactions of the
american Society of Philadclphia (tom. II,
1786, in- 8°). Rittenhouse publia, dans le même
recueil (année 1773), au nom d'une commission
spéciale, un rapport détaillé sur la première ma-
chine à vapeur qui ait élé construite en Amé-
rique (macliine de Christophe Colles, employée
i pomper de l'eau ). On y trouve aussi une notice
brt intéressante du même physicien sur la hau-
teur à laquelle apparaissent les bolides ou mé-
téores enflammés ( Phil. Transact. of the anc.
Soc, t. II, p. 173 et suiv.). X.
W. Bnrion, Memoirs of the life of D. Rittenhouse ;
Philadelphie, 181S, 1q-8°. — Fischer, Gesch. der Physick,
VIII, 5* et 894.
BITTER {Jean-Daniel), érudit allemand,
Iné le 16 octobre 1709, à Schlantz, près Breslau,
Imort à Wittemberg, le 15 mai 1775. D'une fa-
mille noble d'origine hollandaise, il enseigna
pendant sept ans la philosophie à Leipzig, et fut
bommé en 1742 professeur d'histoire à Wittem-
berg, où il obtint en 1748 une chaire de droit
public. On a de lui : De fecialibus populi ro-
mani ; Le\pi\g, 1732, in-4''; — De Amalas-
venta, Gothorum regina; MA., 1735, in-4o;
i— De tabulariis urbis Romx; ibid., 1736,
in-4°; — Historia preefectursi prxtorianee ;
Wittemberg, 1745, in-4°; — DeStedingis, sse-
çuli XI II hsereticis; ibid., 1751, in-4°; — De
usa scriptorum veteris Ecclesïee; ibid., 1765,
3 part. in-4°. Rilter, auquel on doit une excel-
ilente édition du Code Théodosien (Leipzig,
1736-1743, 6 vol. in-fol. ), a encore publié plu-
îsieurs dissertations intéressantes, réunies sous
X^iWx&à'Opusculahistorica etjuridica; Leip-
zig, 1786, in-80, avec une Vie de l'auteur.
Hirsching, Handbuch. — Meusel, Lexikon.
RITTER {Jean Guillaume), physicien alle-
mand, né à Samitz, en Silésie, le 16 décembre
1776, mort à Munich, le 23 janvier 1810. Reçu
docteur en médecine à léna, il entreprit avec les
secours que lui fournit libéralement le duc de
Gotha, sur l'électricité et le galvanisme une séiie
d'expériences, dont les résultats furent consignés
'dans les Annales de pliijsique de Gilbert, le
NOOT. BIOGK. CÉNÉR. — T. XLII.
RITTENHOUSE - RITTER 822
Journal de chimie de Gehlen el autres recueils.
Ses découvertes, qui ont beaucoup contribué aux
progrès de la .science, le firent élire en 1805
membre de l'Académie de Munich. On a de lui :
Beweis dass ein bestxndiger Galvanvimus
den Lebensprocess in dem Thierreich beglei'
iet ( Démonstration qu'une action continuelle de
galvanisme accompagne la vie dans le règne ani-
mal); Weimar, 1798, in-8°; — Beitrsege zur
nsehern Kenntniss des Galvanismus (Mé-
langes pour une connaissance plus approfondie
du galvanisme) ; léna, 1801-1802,2 vol. in-8";
suivis de Neue Beitrage ; Tubingue, 1 808, in-S*" ;
— Bas elektrische System der Kœrper (Le
Système électrique des corps); Leipzig, 1805,
in-8"; — Physisch-chemische Abhandlungen
(Mémoires de physique et de chimie); ibid.,
1806, 3 vol. in 8"; — Fragmente aus dem
Nachlass eines jungen Physikers (Fragments
tirés de la succession d'un jeune physicien);
Heidelberg, 1810, 2 vol. in-80; autobiographie
intéressante.
Zschokke, Jl/iicenen/ûr die neueste TFeltkvnde.
uiTTER {Charles), célèbre géographe alle-
mand, né à Quediimbourg, le 7 août 1779, mort
à Berlin, le 28 septembre 1859. Orphelin de bonne
heure, il fut élevé à l'institution de Schnepfen-
thal, puis à Halle. En 1798, il entra comme ins-
tituteur dans la maison Bethmann-HoUweg à
Francfort, accompagna ses élèves à Genève,
voyagea avec eux en France , en Suisse et en
Italie, et les amena en 1814 à Gœttingue, où il
résida pendant cinq années. Appelé en 1819 à
remplacer l'historien Schlosser au gymnase de
Francfort, il obtint en 1820 la chaire de géo-
graphie à l'univiTsité de Berlin ; en même temps
il fut nommé professeur de statistique et direc-
teur des études à l'Académie militaire et membre
du conseil supérieur de l'instruction publique,
fonctions qu'il a remplies jusqu'à sa mort. Comme
géographe et historien, Ritter a découvert et
démontré, par un raisonnement scientifique, la
liaison intime et les rapports mutuels qui existent
entre les différentes parties de notre planète,
ainsi que l'influence de la formation de la sur-
face terrestre sur le développement historique
de l'humanité. Il est devenu ainsi le créateur
d'une science nouvelle, la géographie compa-
rée ou philosophique. De même que Humboldt
a embrassé d'abord la terre seule, puis l'univers
entier du point de vue naturaliste, Ritter est
parti des données de l'histoire pour coordonner
en un système scientifique le mécanisme et les
principes de la vie terrestre. L'accumulation tou-
jours croissante des notions géographiques , les
progrès de la science naturelle et les grandes re-
cherches historiques lui ont permis de réunir
dans une seule pensée la terre et l'humanité.
C'est donc avec raison que Ritter a donné à
son ouvrage fondamental ce titre : Die Erd
fiunde im Verhaeltnisse zur Natur und zur
Geschischte des Menschen (La géographie dans
11
323
RIïTER — RITTERSHUYS
324
ses rapports avec la nature et avec l'histoire de
l'homme, ou GéograpSiie universelle comparée
considérée comme base de l'enseignement des
sciences physiques et historiques); Berlin, 1817-
1819, 2 vol. in-8°. Bientôt l'auteur résolut de re-
fondre son œuvre sur un plan plus vaste. Le pre-
mier volume de la seconde édition parut à Ber-
lin, 1822; outre une introduction générale, il
renferme la géographie de l'Afrique; ensuite,
Ritter aborda l'Asie, qui en 1858 remplissait
déjà dix-sept forts volumes (Asie orientale, t. II
à YI; Asie occidentale, Vil à XII; Arabie,
XIÎ-XIII; Péninsule du Sinaï, XIV à XVII;
Asie Mineure (inachevée), XVIII). Les matériaux
que lui fournissaient sans cesse les explorations
des voyageurs d'une part, et de l'autre les sciences
naturelle et historique, prirent peu à peu de telles
proportions que môme une énergie de fer et une
longue existence durent rester impuissantes de-
vant l'accomplissement de la lâche proposée. En
développant outre mesure ses matériaux, peut-
être contrairement à son plan primitif, Ritter a
sans doute nui à la clarté de l'arrangement et au
but philosophique de son ouvrage. On sait qu'a-
près avoir terminé l'Orient , il voulait décriie le
continent européen, travail préparé de longue
main. Pour faciliter l'intelligence de son livre,
Ritter avait entrepris, en commun avec le major
Etzel (plus tard général), un travail cartogra-
phique, l'Atlas de l'Asie, qui fut continué plus
tard par Grimm , Mahlmann et Kiepert. Deux
ouvrages avaient précédé ce travail gigantesque :
L'Europe , tableau géographique , historique
et statistique ; Francfort, 1807, 2 vol. in-8"; et
Vorhalle europseischer Volckergeschichten
vor Hérodote (Portique de l'histoire des peuples
européens avant Hérodote); Berlin, 1820. Les
écrits académiques de Ritter ont été réunis sous
ce titre : Einleitung zur allgemein vsrgleichen
den Géographie und Abhandlungen, etc. (In-
troduction à la géographie universelle comparée,
et Essais pour servir de base à une manière plus
scientifique d'étudier la géographie); Berlin,
1852. Un grand nombre de traités géographiques
et de recherches spéciales se Irouventinsérésrians
les Mémoires de l'Académie de Berlin , dont Rit-
ter était membre, comme il était associé étranger
de la Société royale de Londres (1848) et de l'A-
cadémie française des inscriptions (1855). J. M.
Vnsere Zeit.
* suTTEiii {Henri), philosophe allemand, né
en 1791, à Zerbst. Après avoir étudié la théo-
logie pendant plusieurs années et avoir pris part
comme volontaire à la campagne de 1813 contre
la France, il s'adonna entièrement à la philoso-
phie, qu'il enseigna depuis 1817 à Berlin et à
Kiel, et depuis 1837 à Gœttingue. Sans s'atta-
cher exclusivement à aucune école, il s'est ap-
pliqué à étudier de près les évolutions de l'es-
prit humain et à prendre dans les divers systèmes
émis jusqu'à ce jour les résultats que peut ad-
mettre une saine critique. Ses princii)aux ou-
vrages sont : Geschichte der jonischen Phi-
losophie (Histoire de la philosophie ionienne);
Berlin, 1821; — Vorlesungen zur Einleitung
in die Logik (Introduction à la logique); ibid.,
1823; — Abriss der pfiilosophischen Logik
(Résumé delà logique); Berhn, 1824, 1829; ~
Geschichte der Pythagorischen Philosophie
(Histoire de la philosophie pythagoricienne);
Hambourg, 1826; — Die Halbkantianer und
der Pantheismus (Les demi-kantiens et le pan-
théisme) ; Berlin, 1827; — Berner kungen ûber
die Philosophie der megarischen Schule (Re-
marques sur la philosophie de l'école de Mé-
gar;), dans \e Rheinisches Muséum, 2* année;
— Geschichte der Philosophie (Histoire delà
philosophie); Hambourg, 1829-1853, t. I à XII,
in-8° : cet ouvrage capital, fruit des recherches
les plus consciencieuses, a été en partie traduil
en français par M. ïissot : Histoire de la phi-
losophie ancienne; Paris, 1836-1837, 4 vol
ia-8° ; une autre partie, V Histoire de la philo
Sophie chrétienne, a été traduite par M. Trul-
lard; Pans, 1843-44, 2 vol. in-8^; une second(
édition des quatre premiers volumes du texti
allemand a paru en 1836-1838; — Ueber die Er-
kenntniss Gottes in der We^< ( Sur les moyen
de reconnaître Dieu dans le monde ) ; Hambourg j
1836; — Veber das Bœse (Sur le mal); Kiel \
1839; — Kleine philosophische Schrijten (Mé
langes de philosophie); Kiel, 1839-40, 2 vol.
— Versuch zur Versixndigung ûber di
neueste deutsche Philosophie seit Kanf (Es
sai sur la philosophie allemande depuis Kant )
Brunswick, 1853.
Conversations-Lexikon. g
RiTTERSBUvs {Conrad)^ en latin Ritten^
husius, érudit et jurisconsulte allemand, né I
25 septembre 1560, à Brunswick, mort le 25 raî
1613, à Altdorf. Il étudia les langues ancienne
dans l'école de Brunswick , dont son oncle msi
ternel, Matthias Berg, était recteur ; il s'appliqu
ensuite à la jurisprudence à Helmstœdt, suiv
à Altorf les leçons de Gifanius, avec lequel il de
meuraune année, parcourut une partie de l'Allfl
magne, et revint à Bâle prendre le diplôme d
docteur en droit (1592). A la même date il fil
appelé dans l'université d' Altorf, où il profess'
les institutes, puis les pandectes. II était tellÉi
méat versé dans la lecture des meilleurs auteuii
de l'antiquité qu'il les savait par cœur et qu'ui
jour, dit-on, dans un entretien qu'il eut avec Arv
dré Dinner ( voy. ce nom), il ne se servit pou
exprimer tout ce qu'il voulut dire que des veii
d'Homère. C'était aussi un critique exact et jni
dicieux, et il a écrit sur beaucoup d'écrivaic'
classiques, Pétrone, Phèdre, Appien, etc., d([
commentaires et des notes qui ont été conserva ■
par les savants qui lui ont succédé. Burmani |
qui lui a fait cet honneur dans son édition c ]
Phèdre (1698, in-8°), le qualifie de Germanl\
ornamentum et decus. Les meilleures éditioi |
(îe Rittershusius sont celles de Phèdre (Leyd^
325
RITTERSHUYS — RIVARD
326
1589, in-8°), d'Oppien (ibid., 1597, in-8°),
avec une version latine; Gunlheri Poetx de
rébus geslis imp. Frederici 1 (Tubingue, 1598,
in-S"); Maximi Marganii Hymni (Augsbourg,
1601, in-S"); Bocthii De consoladone (Leyde,
1601, in-12); S. Jsidori De inlerpretatione
Scriphirx lib. IV (ibid., 1G05, in-foi.); Por-
phyrii De vita Pythagorx (Altorf, 1610,
in-12); S. Alhanasu Hijpomnemata (ibid.,
1611, in-80), etc. Ce savant, qui était fort la-
borieux, a composé, principalement sur des ma-
tières de droit, une trentaine d'ouvrages, parmi
lesquels on distingue les suivants : Amores cla-
rissimorum poetarum elogiis celebrati; Al-
torf, l593,in-8°; — CoJJsi/(a.4/^or./jncf;Hanau,
1003, in-4''; — As fatidicus; Aniberg, 1604,
in-8" : c'est une traduction en vers latins des
petits prophètes; six sont de l'historien de Thou,
et six de notre auteur; — Vila Elix Putschii;
Hambourg, 1608, in-4°; — Commenlarius in
Salvianum Massiiiensem; Altorf, 1611, 2 vol.
in-S", réimpr. en 1623; — Jus Justinianeum;
Strasbourg, 1615, in-4°; — De dif/erentns
iuris civilis et canonicï ; ibid., 1C16, in-8"; —
Sacrarum lectionum lib. VIII; Nuremberg,
1643, in-4°.
RiTTERSHiiYS (Nicolas), fils du précédent,
né en loO"?, à Altorf, où il est mort, le 25 août
1670, enseigna dans cette ville le droit féodal, et
s'appliqua particulièrement aux recherches liis-
Eoriques. Son principal ouvrage a pour titre :
Genealogix imperatorum , regnm, ducum,
coyniium, etc., 1400-1664; Tubingue, 1674,
in-fol.
.Ail.ira, Fitx german. jurise. — P'ita Conradi li-,
Ipar son fils Georges, à la tête de la 2^ cdit: de Salvlen,
|Viireinberg, 1623, in-S», et dans les Memorix jurise. de
lU'itten. — Frelipr, Thcatrum.
j KIVÂIL [Aimar du), en latin Rivaliiiis ,
jurisconsulte français, né vers 1490, à Saiat-
\Iarcellin ( Dauphiné), mort à Grenoble, avant
!û60. Il fut conseiller au parlement de Grenoble,
tt appli(]ua, l'un des premiers, à la composition
|)istorique les procédés de l'antiquité. On a de
/.li : Civilis historiée juris commentariorum
fib. 7(Mayence, 1527, in-8°) et De Allobro-
libus lib. l.\ ; Paris, 1845, in-8'' : ce dernier
;iivrage, description et histoire du Dauphiné, a
i té édité par M. Jacquier de Terrebasse.
I Ciaconius, Bibl. — Rochas, Biogr. du Dauphiné, II.
I RIVALZ [Jean-Pierre), peintre et architecte
Français, né à La Bastide d'Anjou, le 27 juillet
1625, mort à Toulouse, le 17 mai 1706. Destiné
lu barreau, il vint à Toulouse pour y étudier la
furisprudencp , mais bientôt il s'adonna entière-
|nentà la peinture, qui lui fut enseignée par Am-
proise Frédeau (l). Il passa quelques annt^es à
ilome, où il s'occupa surtout d'architecture. On
,iit que Poussin l'employa plus d'une fois à
«indre les fonds de ses tableaux. De retour en
••rance vers 1680, il fut nommé peintre et archi-
(1) Elève de Vuuet, mort en 1678.
tecte du capitole de Toulouse, et il peignit dans
l'une des salles de cet édifice la Fondation
d'Ancyre par les Tectosages , ouvrage détruit
par le temps, mais dont le musée de Toulouse
conserve une copie, faite par son fils. Il pei-
gnit encore quelques tableaux pour les églises
des Chartreux et des Carmélites ; et c'est sur ses
dessins que fut décorée la Salle des illustres
Toulousains. Ses travaux en architecture lui
valurent la place d'intendant des ponts et chaus<
sées du Languedoc.
RivALZ (Antoine), peintre, fils du précédent,
né le 6 mars 1667, à Toulouse, où il est mort, le
7 décembre 1735. Il manifesta un goût telle-
ment décidé pour les arts que son père dut re-
noncer au projet qu'il avait conçu de le faire
entrer dans les ordres. Il l'envoya d'abord étu-
dier à Paris, puis en Italie. A son passage à
Marseille, il eut occasion de faire deux tableaux
qui lui mériièrent l'approbation de Puget. Pen-
dant son séjour à Rome, il remporta l'un des
prix de l'Académie de Saint-Luc et fut couronné
au Capitole par le cardinal Albani, depuis Clé-
ment XI. Rappelé à Toulouse par la mort de son
père (1706), il lui succéda comme peintre de
l'hôtel de ville. Le talent de Rivalz, très-vanté
par ses contemporains, est bien peu apprécié de
nos jours ; d'ailleurs ses ouvrages sont peu ré-
pandus hors de sa ville natale (1). Son principal
mérite nous paraît être d'avoir su déterminer
les capitouls de Toulouse à fonder une école de
dessin, d'où sont sortis quelques bons artistes :
cette école fut érigée, en 1750, en Académie
royale, Rivalz a gravé d'une pointe spirituelle et
énergique quatre vignettes ponr le Traité sur
la peinture de Dupuy du Grez (Toulouse, 1697,
in-4'' ) , une allégorie à la mémoire de Poussin
et le Martyre de saint Symphorien. Il eut
pour élève Cammas et Pierre Subleyras.
Rivalz (Pierre), fils et élève du précédent,
né en septembre 1720, à Toulouse, où il est mort
en 1785. Il était à Rome au moment de la mort
de son père; la place de peintre de l'hôtel de
ville, que celui-ci remplissait, fut donnée à Cam-
mas, qui eut la générosité de s'en démettre en
faveur de Pierre Rivalz à son retour en France,
en reconnaissance des leçons qu'il avait reçues
de son père.
Un cousin de cet artiste, Barthélémy Rivalz,
parent et élève d'Antoine Subleyras, n'est guèrç
connu que pour avoir gravé assez lourdement
à l'eau-l'orte , outre quelques sujets religieux,
les portraits de Jean-Pierre et d'Antoine Rivalz.
Jbcdario de Mariette. — Biogr. toulousaine. — Du-
rnège, Hist. des institutions de Toulouse. — Huber et
Rost, Manuel du curieux. — D'Argenville, f^ie des
peintres. — Clément de Ris , Les Musées de province.
— l)e Cbennevières, Recherches sur les peintres provin-
ciaux. - P. Man'tz, L'École de Toulouse, dans L'Artiste,
1849.
RIVARD (^Dominique-François), mathéma-
(1) n'Argcnville a donné la liste de ses principaux ou-
vrages.
11,
327
RIVARD — RIVAROL
ticien français, né en 1697, à Neufchâteau (Lor-
raine), mort le 5 avril 1778, à Paris. 11 vint
achever ses études à Paris, et professa pendant
près de quarante ans au collège de Beauvais la
philosophie ou plutôt les mathématiques, dont
il encouragea de tous ses efforts l'enseignement
dans les écoles de la Sorbonne. Nous citerons de
lui : Éléments de géométrie, avec un Abrégé
d'arithmétique ■ Paris, 1732, in-4°; il y a un
Abrégé de cet ouvrage, Paris, 1747, in-8°; —
Éléments de mathématiques; 1740, in-4'';
5* édit., augm., 1752, in-4° : ce livre a été pen-
dant longtemps classique; l'auteur en fit un
Abrégé, ?àn&, 1740, in-8°, et 1771,2 vol. in-12;
— Traité de la sphère; 1741, in-S"; Lalande
en 1798 et Puissant en t816 en ont donné chacun
une édit. augmentée, in- 8", pi.; l'Abrégé est de
1743, in-12; — Traité de gnoinonique ; Paris,
1742, in-8''; — Trigonométrie rectiligne et
sphérique, avec des tables des sinus, des tan-
gentes, des sécantes et des logarithmes ;
Paris, 1743, in-S" : les tables en sont exactes, et
quoique moins amples que celles de Callet, on
les recherche encore quelquefois quand on a
besoin d'avoir les sinus naturels et les tangentes ;
— Instructions pour la jeunesse sur la re-
ligion et sur plusieurs sciences naturelles;
Paris, 1758, 2 vol. in-12; — Éléments de la
grammaire française; Paris, 1760, in-12; —
Recueil de mémoires touchant l'éducation
de la jeunesse, surtout par rapport aux
études; Paris, 1763, in-12 : on y remarque
celui où il démontre la nécessité d'établir à Paris
une maison d'instruction pour former des maî-
tres; — Examen des systèmes du monde;
1765, in-12 : il rejette le système de Kopernik
et n'admet celui de Tycho qu'avec les corrections
de Longomontan ; — Mémoire sur les moyens
de perfectionner les études publiques et par-
ticulières ; Paris, 1769, in-12. Les ouvrages de
Rivard ne sont que des compilations; mais ils
sont clairs et assez méthodiques, et la plupart
d'entre eux ont eu plusieurs réimpressions. Le
recueil de ses leçons au collège de Beauvais a
été publié sous le titre A' Institutiones philo-
5opAic« ( Paris, 1778-1780, 4 vol. in-12) par
dom Monniotte, son ami.
Il était probablement de la famille de Rivard
{Denis), né à Neufchâteau, et qui délivra dans
l'hôpital de Lunéville plus de six cents malades
du tourment de la pierre. Cet habile chirurgien,
estimé de Morand et de La Peyronie , mourut
le 17 mars 1746.
Calmet, Biblioth. lorraine. — Lalande, Bibl. astronoin.
mvAROL (1) (Joseph- Philippe de Saint-
Mahtin d'Aglié, marquis de), général français,
né en Italie, mort le 31 mai 1704. C'était, selon
Saint-Simon, un Piémontais qui s'était attaché
au service de France. A la tête d'un régiment de
(J) Les écrivains contemporains le nomment RivaroJes,
traduction exacte de l'Italien Rivaroli.
cavalerie qu'il avait levé en 1672, et qui portait
son nom, il se distingua dans les guerres de
Catalogne et d'Allemagne. On lui avait donné le
surnom de Débauché de bravoure. Au siège de
Puicerda un twulet lui emporta une jambe; il
s'en fit mettre une en bois, laquelle eut peu de
temps après le même sort. « Ah ! pour cette
fois, dit-il en se relevant, l'ennemi a été pris
pour dupe : j'ai une autre jambe dans mes équi-
pages. » En 1678 il devint brigadier, et commanda
le régiment Royal-Piémont. Promu au grade de
maréchal de camp en 1688, il quitta le service.
Il était grand'croix de Saint- Louis et grand prieur
de Saint-Lazare en Languedoc.
RivAUOL (Charles-André, marquis de), fils
du précédent, né en Italie, servit depuis 1695
dans toutes les guerres de Louis XIV et de
Louis XV, et se retira dans le Forez, après avoir
obtenu le brevet de maréchal de camp (l^'' mars
1738). Il commanda aussi un régiment de dra-
gons de son nom.
Pinard, Chronologie milit., VI et VU.
RIVAROL ( Antoine), célèbre écrivain fran-
çais, né à Bagnols, en Languedoc, le 26 juin
1753, mort à Berlin, le 13 avril 1801. L'incer-
titude règne sur to«t ce qui touche à l'origine
de sa famille, que l'on peut cependant affirmer
être italienne. Son grand-père, né en Lombardie <
selon les uns, à Novare selon d'autres, après
avoir fait la guerre de la succession au service
d'Espagne, s'était établi en Languedoc vers 1720,
et y avait épousé une cousine germaine de M. de '
Parcieux de l'Académie des sciences. Le père de,
Rivarol ne semble en avoir hérité que desgoûtsj
littéraires et des prétentions nobiliaires, qu'il I
transmit fidèlement à son fils et qui durent rendre (
plus amère à l'un sa déchéance, à l'autre less
épreuves de ses débuts. Il eut seize enfants, dont*
Rivarol était l'aîné. La gêne domestique l'obli-ij
gea à tenir quelque hôtel ou table d'hôte à I
l'enseigne des Trois Pigeons, circonstance qui I
fut depuis tant reprochée à Rivarol. D'abord (
fabricant de soie, puis aubergiste, puis maître*
d'école, le père de Rivarol était un homme bien
au-dessus de la situation à laquelle l'avait réduit
l'adversité. C'est lui qui fit la première éduca-
tion de ses enfants. C'est lui qui leur enseigna
l'italien. 11 avait traduit même pour la Biblio-
thèque des Romans les Amours de Tancrède
et d'Henninie, épisode de La Jérusalem déli-
vrée. !
Rivarol, qui annonça de bonne heure les j
plus brillantes dispositions, fut élevé au col-
lège des joséphistes de Bagnols; il dut à la
munificence de l'évoque d'Uzès, qu'il avait su
intéresser, là continuation de ses études. Un mo-
ment il porta le petit collet. D'abbé il devint ^
précepteui à Lyon, sous le nom de Longchamp; '
mais il ne fut jamais, comme l'a écrit Cerutti,
soldat ui clerc de procureur. Vers la fin de :
l'automne de 1777 il débarqua à Paris, et il se fit
connaître surtout en répandant aulourdelui,
329 RIVAROL
ddns une conversation déjà prestigieuse, les tré-
sors de sa mémoire et de sa malignité. Ses pre-
miers succès en tous genres, môme dans le genre
galant, sa fatuité naturelle, qui ne fit que s'en
accroître, sa verve intarissable, son impertur-
bable jovialité , cette précision dans la critique
et ce bonheur dans la satire qui en firent bien-
tôt un maître redoutable dans cette escrime de
l'esprit et nn juge par excellence en matière de
ridicule; ces défauts et ces qualités, mis encore
en relief par l'expansivité de sa nature gasconne,
en firent bientôt un des héros de Paris. Il ne
tarda pas à s'introduire dans la meilleure com-
pagnie, qui approchait alors par plus d'un côté
de la plus mauvaise, et c'est sous le nom de che-
valier de Parcieux qu'il y fit son entrée. Une fois
entré dans le monde, il y régna. Son esprit était
de ceux qui justifient toutes les prétentions et
excusent toutes les audaces. Il ne tarda pas à s'y
créer, grâce à lui, une autorité capable d'imposer
silence aux mécontents. Lorsqu'un véritable
neveu de M. de Parcieux s'avisa un jour de re-
vendiquer le privilège d'un nom que Rivarol
avait, en quelque sorte, pris de confiance, per-
sonne ne s'avisa de rire aux dépens de l'usurpa-
teur, ainsi démasqué. Sans se déconcerter, il
se fit appeler le comte de Rivarol.
L'histoire des premières années de cette exis-
tence brillante et décousue est demeurée con-
fuse. Rivarol, qui n'en parlait jamais volontiers,
semblait s'être imposé la loi d'oublier cette
époque orageuse, où de frivoles succès ne compen-
sèrent pas suffisamment bien des épreuves trop
réelles. Nul doute qu'avec son titre et ses goûts
il ait dû dévorer plus d'une déception et endu-
rer plus d'un affront. C'est là, plus que le re-
mords de fautes ou plutôt de légèretés fort par-
donnables, la cause de sa réserve sur ces temps
difficiles, où une Lettre sur le poëme des Jar-
dins de Delille, une autre sur les Aérostats, une
troisième sur les Têtes parlantes de l'abbé Mi-
col composent à peu près tout son bagage litté-
raire ; où il passait la journée à dormir, la nuit
à causer dans ces réunions dont il faisait le
charme et où cette nouvelle : « Nous aurons
M. de Rivarol ! » suffisait pour attirer assez
d'auditeurs pwir former un public. Le plus clair
de son talent se composait de ces bons mots qui
faisaient si rapidement le tour de Paris, et dont
la malignité déguisait la profondeur'; de môme
que le plus clair de son revenu se composait de
ces i>0 écus par mois que lui vint offrir Panc-
koucke pour écrire au Mercure, et sur lesquels
il économisait de quoi payer un secrétaire et un
valet.
Rivarol avait rencontré dans le monde une
jeune femme romanesque et quelque peu aven-
turière, plus âgée que lui, qui n'avait guère
d'autre mérite que sa beauté. Elle lui plut. Il
l'épousa. C'est vers 1783 qu'il enchaîna ainsi sa
liberté. 11 ne tarda pas à se séparer de sa femme,
et sa vie intime compte plus d'une compensa-
330
tion illégitime cherchée aux déceptions conju-
gales (1).
Si l'esprit et la malice de Rivarol lui firent
beaucoup d'ennemis, ils lui firent aussi beau-
coup d'amis. En dehors de ses compagnons de
plaisir ou de jeu , en tête et parmi l'élite de ce
public intime qui le suivait, attiré parla mu-
sique de sa parole, au théâtre , au café, dans les
salons et jusque dans l'antre du Caveau, il faut
citer d'Alembert, Buffon , Chamfort lui-même
avant leur brouille; MM. deTressan.de Laura-
guais, de la Borde, de Créqui, de Guiche, de
Tilly, de Montlosier (ces deux derniers plus tard
et vers 1789); enfin, parmi ces femmes de cour
et d'esprit qui lui offraient la brillante hospitalité
de leurs salons, mesdames de Coigny, de Vau-
demont, de Polignac, de Saint-Chamand, de
Montmorin, etc.
C'étaient là des relations faites pour lui faire
oublier la haine et les calomnies de Garât,
de Chénier, de Cerutti, de Cubières et de
tant d'autres. En 1782 Rivarol se décide enfin
à écrire et à se servir de cette plume qu'il dé-
testait et qu'il appelait « cette triste accoucheuse
de l'esprit, avec son long bec effilé et criard ».
« C'est un terrible avantage , disait-il , que de
n'avoir rien fait, mais il n'en faut pas abuser. »
Il débuta par une Lettre du président de
àM.lecomtede ... (1782), sortedepetitpamphlet
anonyme contre le poëme des Jardins de l'abbé
Delille. Ce qu'il y a de remarquable dans cet
essai critique, en outre de la finesse de l'obser-
vation, c'est que le jugement de Rivarol s'est
trouvé, par la hardiesse de sa prévoyance, com-
plètement conforme à l'arrêt porté de nos jours,
et qui a placé Delille à son véritable rang, bien
au-dessous de l'ancien. Il préparait depuis long-
temps une traduction de Dante, faite sur un
plan et par des procédés originaux ; mais avant
de lutter corps à corps avec le robuste et souple
génie de la langue italienne, il voulut consacrer
son autorité en réunissant dans le cadre rajeuni
du discours académique ses vues nouvelles et
hardies sur la langue française et son caractère,
fruit de plusieurs années de réflexions solitaires
et de brillantes expériences dans les salons. Il
publia donc, en 1784, un Discours sur l'uni-
versalité de la langue Jrançaise, qui fut cou-
ronné par l'Académie de Berlin. Il fut aussitôt
nommé membre de cette compagnie , et il reçut
du roi Louis XVI une pension de 4,000 livres (2).
Le Discours deRivarol.dit M. Sainte-Beuve,a a de
l'éclat, de l'élévation, nombre d'aperçus justes et
exprimés en images heureuses. C'est un esprit
(1) Sa Icmme, Louise- IHather Fi,r:rT, était fille d'un
professeur de langue anglaise, et mourut à Paris, le tl
aoât 18S1. Outre des traductions d'après sa langue ma-
teraelle, on lui doit une Notice sur Rivarol (180Î, in-8°).
(î)Cefjlt est consigné dans la préface des Pensées iné-
dites (1836) données par le frère de RlTarol, ou au moins
par sa (amille. « Rivarol crut pendant longtemps que c'é-
tait Monsieur qui lui faisait cette pension, et ce n'est que
dans l'émlgraUon qu'il apprit que c'était le roi. n
331
RIVAROL
332
fait et dé]k mûr, qui développe ses réflexions,
et par endroits c'est presque un grand écrivain
qui les exprime ». Dans la même année Rivarol
publia cette traduction de L'Enfer de Dante
(1784, in-8o) dont il s'occupait depuis plusieurs
années. C'est un remarquable et curieux exer-
cice de style. Son plus grand défaut est de n'être
point une traduction, mais plutôt une imitation
et parfois une paraphrase. De là le discrédit où
elle est tombée justement. Mais elle eut un grand
succès, et Buffon déclara que c'était « une créa-
tion perpétuelle et que la langue française y était
maniée avec une haute supériorité».
A peine Rivarol eut-il gagné, et pour ainsi
dire enjôlé son public, qu'il se reprit de plus belle
aux salons et à leurs faciles triomphes. Il se voua
tout entier à cette guerre implacable à la mé-
diocrité qui semble avoir été le suprême plaisir
de sa vie. Il fit avec Champcenets, et n'avoua que
lorsque le succès le menaça de plus d'un usur-
pateur, ce fameux Petit Almanach des grands
hommes (1788) dont le titre en antithèse rend
bien l'esprit et la portée , frivole monument de
la critique du persiflage. Le succès fut d'un
scandale à effrayer Rivarol lui-même, qui pour-
tant n'était point poltron. Grâce à la gaieté de
Champcenets, son imperturbable Sosie, et grâce
à l'épée de son frère, qui s'était chargé de mettre
à la raison ceux qui ne seraient pas con-
tents, grâce aussi, il faut le dire, à la sympathie
de tous les gens d'esprit, Rivarol se tira assez
bien de son succès. Mais ce n'est pas impunément
qu'il avait créé et inauguré une forme nouvelle
de la satire, dont on devait tant abuser depuis.
Ce n'est pas en vain qu'il avait inventé et per-
fectionné le supplice de puuir les gens en les
louant. A partir de ce moment se forme , se
dresse et siflle contre lui la coalition de la ran-
cune et de l'envie. En 1788, il fit paraître deux
Lettres à M. Necker, l'une sur le livre de l'Im-
portance des opinions religieuses , l'autre sur
la Morale- « Dans la première, dit un biographe,
le système d'Épicnre est très-bien jugé. L'objet
de la seconde est de prouver qu'il peut exister
une morale indépendante de toute espèce de
culte et de religion. »
La révolution approchait. Rivarol fut recher-
ché; mais il échappa par les bons mots à la
protection du duc d'Orléans. Pourtant il était
facile de pressentir qu'il n'appartiendrait jamais
à la révolution. Un des motifs qui tout d'abord
la lui faisaient mépriser, c'est qu'elle avait pour
premières recrues les écrivains qu'il avait stig-
matisés. Mirabeau, Chénier, Cerutti, Garât,
Condorcet, étant pour la nation comme on di-
sait alors, Rivarol ne vit aucun inconvénient
de se mettre du parti du roi. Ce dévouement
n'eut rien d'aveugle ni de servile ; il vit toutes
les fautes de la monarchie aux abois, et il les
dit toutes avec une indépendance qui ne le fit
pas le favori de ceux dont il s'était fait l'a-
vocat. A défaut de la tribune de l'Assemblée,
à laquelle il ne semble pas avoir aspiré , Riva-
rol se servit de la tribune, nouvelle alors, du
journalisme ; Le Journal politique et national
de l'abbé Sabatier de Castres était ou plutôt de-
vint sous la plume brillante de Rivarol un exa-
men détaillé et raisonné des événements depuis
le 12 juillet 1789 et des actes de l'Assemblée.
« Le journal de Rivarol, dit un biographe, rapi-
dément écrit, sous l'émotion palpitante du mo-
ment, se revoit aujourd'hui avec curiosité, et
même avec une sorte de surprise nouvelle. On
sent toujours que c'est un contemporain qui
peint, et souvent que c'est la postérité qui juge.»
Quand les journées d'octobre ne lui permironl
plus de garder la moindre illusion sur Pavilisse-
mentde la monarchie, il brisa sa plume dogma-
tique, dont les derniers efforts furent employés
à tracer pour Louis XVI d'inutiles mémoires
que M. de Laporte lui soumettait, qu'il approu-
vait quelquefois, mais qu'il ne suivait jamais.
Pendant les années 17^0 à 1792 Rivarol prit une
part prépondérante à la rédaction des Actes des
Apôtres , et employa avec succès contre la ré-
volution ces armes inférieures, l'ironie et la per-
sonnalité. On lui attribue aussi un certain nombre
d'ouvrages de circonstance, que nous ne nomme-
rons pas ; Quérard a donné les titres des princi-
paux. Rivarol émigra le 10 juin t792,emmenan1
avec lui cette mystérieuse Manette, jolie aven-
turière, qui a joué un certain rôle dsns sa vie
intime et à laquelle il a adressé les vers si con-
nus qui finissent par ce souhait :
Ayez toujours pour moi du goût comme un bon fruit
Et de l'esprit comme une rose.
Use réfugia d'abord à Bruxelles, où il écrivit
encore pour la défense du roi qu'on venail
d'emprisonner. C'est à Bruxelles qu'il publia si
Lettre au duc de Brunswick, sa Lettre à lo
noblesse française rentrant en France , et ss
Vie politique et privée dit général - La
Fayette, qu'il appelait le général Morphée el
auquel il ne pardonna jamais son fatal sommeil
du 6 octobre. Par tous ces écrits comme dans
sa Letti-e à M. de Limon, il se place au pre-
mier rang parmi ce groupe d'amis fidèles et in-
dépendants de la royauté qui désapprouvaient
la contre-révolution armée et ne partageaieni
ni les illusions ni les préjugés de la majorité des
émigrés, qui les flétrissaient du nom de monar-
chiens. De Bruxelles Rivarol passa à Londres,
où il fut honorablement accueilli par Pitt et par
Burke, qui s'était déclaré si chaudement son
admirateur dans une lettre à son frère, publiée
en 1791, et où il l'appelait « le Tacite de la ré-
volution ». Mais bientôt il se retira "a Hambourg,
où son nom lui fit une considération et le tra-
vail une fortune dont il usa noblement. Le li-
braire Fauche lui donna 1,000 francs par raoia
pour travailler à un Nouveau Dictionnaire de |
la langue française dont il n'a été publié que j
le prospectus et une introduction. On remarque :
dans ce grand fragment quelques pages sur la
333
RIVAROL
334
vanité de la philosophie et sur la terreur
\ qui sont un chef-d'œuvre. Les deux inor-
i ceaux ont été publiés plusieurs fois à part. Ri-
1 varol donna aussi quelques articles au Specta-
! teur du Nord. En même temps il préparait
1 une édition définitive de ses Œuvres, retoucliait
lie Discours Sur l'universalité de la langue
\ française, revoyait sa traduction de V Enfer,
let esquissait une Théorie du corps politique,
idont il n'est resté qu'un chapitre sur la Sou-
\verameté du peuple. Une mission politique de
iLouis XVIIl (1800) l'envoya représenter à
[Berlin le roi de Mittau. Ri varol y fut accueilli à
tbras ouverts , et goûtait les joies d'une popu-
l'Iarité que l'adhésion des salons rendait encore
'plus charmante, quand une mort prématurée
'enleva à ce cercle choisi dont le salon de la
i nincesse Dolgoroulsa était le rendez- vous. Il
mourut le 13 avril 1801, étant tombé malade
! :e 5 seulement, d'une affection biUeuse qui eut
lour lui des effets foudroyants. Dampmartin, qui
assista à ses derniers moments, a laissé de
on agonie et de sa mort, dont Sulpice de la Pia-
ière a par trop dramatisé et poétisé le récit ,
jme relation plus véridique et plus touchante.
Sivarol fut universellement regretté à Berlin.
son buste en marbre fut placé à l'Académie et
;1ans ce salon de la princesse Dolgorouka, sa
jernière amie, dont il avait si souvent charmé
es hôtes. Il laissait un tils, mort en 1810, offi-
lOierau service de Russie. On a publié en 1808
un Esprit de Rivarol par les éditeurs de ses
Œuvres en 5 vol. in-8° (Chênedollé et Fayoiie).
M. DE Lescure.
, Journal des Débats, 14 mai 1801. - Mercure du 5 fîo-
■réal an x ( ailicle de Fiins des Oliviers ) et du 28 mes-
î:idoraii x( article de Guéneau de Jlussy].— Fie de
iiRiPoroi, par Cubièi-es-Palmézeaux ; 1803. — f^ie de Ri-
\parol, par Sulpice de la Platière ; 1808. — Notice sur
IRivarol, par sa veuve, an x. — Discours prononcé par
p. de Dampmarlin à l'Académie du Gard, le 16 janvier
tl809. —Notice sur Rivarol, par H. L. ( Hippolyte de La
(Porte; 1829). — Causeries du lundi, par Sainte-Beuve.
t. V. — Chateaubriand et son groupe littéraire sous
i''empire, par le rtiéme, t. II. — Lefèvre-Deumier, Les
[Célébrités d'autrefois. — Rivarol, sa vie et ses ouvrages,
(par Léonce Curuier ; 18S8. - Galerie de Portraits du
iix-huitiéme siècle, par A. Houssaye. — t>e Barantc, Vil-
lemairi, Géruscz, Histoire de la littér. au dix-liuitiéme
\iiécle. — E. Maron, Hist. littér. de l'Assemblée cons-
V-iiuante. — Mémoires du comte de Tilly (1823). —
fiJémoires de M. de Uampniartin sur la révolution et
(['émigration. — Mémoires de M"»» de Genlis. — Mé-
noires d' outre-tombe, t. III. - Notices en lêle de i'é-
lltlon de 1808, de l'édition du Journal. 1825, et de l'é-
■litlon abrégée, 1357. — Uivarot, sa vie et ses oitvraaes.
fpar M. de Lescure, en tète de l'édition des OEuvres
fHoisies; Paris, 1862, in-18. — Documents particuliers,
communiqués par la famille.
, RIVAROL { Claude-François, Vicomte ue),
Jrère du précédent, né à Bagnôis, le 6 juin 1762,
îmort à Brie -Comte- Robert, le 6 juin 1848.
iEntré au service dans la maison militaire , et
[passé en 1784 en qualité de lieutenant dans la
iiégion de Maillebois, il était capitaine depuis le
123 septembre 1788, lorsqu'à l'époque de la ré-
;volution il se posa en défenseur zélé des anti-
flues privilèges et conçut le projet d'une asso-
ciation danr, le but d'empôchcr la chule du
trône et de l'autel. Cette association, qui comp-
tait déjà un grand nombre d'adhérents, fut
obligée de se dissoudre à la prise de ia Ras-
tille, et de ses débris se forma le Salo7i fran-
çais, dont Rivarol fut aussi commissaire, et qui
se trouva bientôt dissous par suite de l'émigra-
tion. Quelques brochures qu'il publia en faveur
de la cause royale le mirent en réputation au-
près des émigrés de Coblentz, qui le chargèrent
d'une mission auprès de Pitt à Londres. Un duel
qu'il eut à son retour à Bruxelles, en 1791, avec
un grand seigneur étranger auquel il arracha
publiquement la cocarde tricolore, dont il avait
paré son chapeau, fit alors un tel bruit que le
prince de Condé lui écrivit de sa propre main
pour lui témoigner sa satisfaction et que le cé-
lèbre Burke liai adressa aussi de Londres de
chaleureuses félicitations. Après avoir fait la
campagne des princes , il revint en France
chargé d'une mission de Monsieur pour Marie-
Antoinette, fut témoin de la journée du 10 août,
et émigia de nouveau. Monsieur lui confia bien-
tôt, après une seconde mission, mais cette fois
il fut arrêté à son arrivée à Paris et subit vingt-
deux mois de prison , à La Force, à Picpus et
au Luxembourg. Rendu à la liberté en 1797, il
alla trouver à Blankembourg le roi Louis XVIII,
qui le fit colonel et chevalier de Saint-Louis
( 22 septembre 1797 ). Sa présence à Paris lors
du 18 brumaire porta ombrage au premier con-
sul, qui le fit arrêter, le tint pendant deux ans
prisonnier au Temple, et enfin l'exila, d'abord
à Grenoble , puis dans le Gard. La restaura-
tion le nomma maréchal de camp honoraire
( 10 msi 1816) et prévôt quand une cour pré-
vôtale fut établie dans son département ; il rem-
plit >cet emploi avec une hum.anité bien rare
à cette époque. Rivarol coopéra aux Actes des
Apôtres,, au Journal de la cour et de la ville,
et publia quelques brochures de circonstance,
Les Chartreux, poëme, et autres poésies
fugitives (Paris, 1784, in-8°); Isman, ouïe
Fatalisme, roman (Paris, 1785, in-8°); des
tragédies, des comédies; Essai sur les causes
de la révolution française; Paris, 1827,
in-8°, etc. Il est probablement l'éditeur des Pen-
.sées inédites de son frère aîné (Paris, 1836,
in-80). Il a formé un recueil de ses propres
Œuvres littéraires (1799, 4 vol. in-12).
Rivarol (Jean-Etienne-Aug7iste , vicomte
DE), fils du précédent, né le 18 aoîlt 1784, à
Paris, où il est mort, le 14 novembre 1825. Sorti
de l'École polytechnique en 1806, il fit les cam-
pagnes de la Galabre, entra sous les Bourbons
dans la garde royale, et devint chef de bataillon.
On a de lui : IS'otice historique sur lu Ca-
labre pendant les dernières révolutions de
Naples (Paris, 1817, in-S") etDiscourssur Eol-
Zi« (Paris, 1819, in-8°). H. F.
Sarrut et Salnt-Edme, Hommes du Jour, t. IV. — Rabbe,
Bingr. univ. et portât, des contemp. — Docum. part.
335 RIVAS — RIVAUDEAU
* Kl VAS (Angel de Saayedr\, duc de), rié
à Cordoue, le 1" mars 1791. A la mort de son
père (1802) il fut mis au collège des nobles à
Madrid. Selon les privilèges d'alors, il était ca-
pitaine de cavalerie à sept ans. Entré en 1806
dans un régiment de la garde royale, il fut té-
moin de l'invasion française ; mais il refusa de
seconder la répression des troubles de Ségovie,
et se joignit aux forces de Castanos avec son
frère aîné et deux cents gardes royaux. Griève-
ment blessé à la bataille d'Ocana, il gagna Cadix,
où il fit partie de l'état-major espagnol. A la fin de
la guerre il quitta le service avec le rangde lieu-
tenant-colonel. Lié avec les chefs du parti libéral,
il se souleva avec eux contre Ferdinand VII;
aussi à l'entrée des Français en 1823 fut-il
obligé de fuir en Angleterre; il revint ensuite à
Gibraltar, où il se maria. Puis il s'établit succes-
sivement à Malte, à Orléans et à Paris. A la
mort de Ferdinand VII, il revint en Espagne.
Ayant perdu son frère aîné le 15 mai 1834, il
devint duc de Rivas, et comme grand d'Espagne
prit sa place à la chambre des pairs, dont il fut
bientôt premier secrétaire et vice-président. Le
15 mai 1836 le duc de Rivas fit partie du minis-
tère formé par ses amis Isturitz et Galiano;
mais bientôt l'émeute de la Granja l'obligea de
se réfugier à Gibraltar. A la promulgation de la
constitution de 1837, il fut élu sénateur pour
Cadix, puis sous le ministère Narvaez il devint
ministre d'Espagne à Naples (1843). Au mariage
du comte de Montemolin avec la sœur du roi des
Deux-Siciles, il demanda ses passe-ports (1848),
et revint en Espagne. Au mois de juillet 1854 il
fit partie du ministère dit des quarante heures,
que renversa la coalition des généraux O' Don-
nell et Espartero. Après avoir pendant quelque
temps représenté son pays à la cour des Tuile-
ries, il est de nouveau rentré dans la vie privée.
La vie agitée du duc de Rivas, en le forçant
à vivre à l'étranger et à étudier la langue et la
littérature des pays où il résidait, a dû beaucoup
perfectionner ses grands talents naturels. Aussi
est-il peu de poètes modernes plus appréciés de
ses compatriotes. Nous citerons de lui : En-
sayos poeticos; Madrid, 1813, 2 vol.; — Flo-
rinda; ibid., 1824-1825, in-8'', poëme épique;
— El Moro esposito; Paris, 1844, 2 vol., vaste
poëme où il a fait heureusement revivre cette
dramatique histoire des sept infants de Lara et
de Mudarra le Bâtard ; -— la tragédie de Don
Alvaro, 1835, où l'on trouve, mêlées à quelque
exagération, des beautés de premier ordre et un
véritable sentiment dramatique ; — Uistoria de
la sublevacion de Napoles; Madrid, 1848,
2 vol., trad. en français par M. d'Hervey de
Saint-Denis (Insurrection de Naples en 1647;
Paris, 1849, 2 vol. in- 8°). Le duc de Rivas est
aussi l'auteur d'une comédie pleine d'observa-
tions piquantes : Le Prix de Vargenl (Tanto
•vales cuanto tienes ). Mais son œuvre la plus
populaire est le recueil intitulé : Romances his-
33
toriques (Paris. 1841, 2 vol.) : dans cet ou
vrage le duc de Rivas, s'inspirant des traditior
si intéressantes de l'histoire d'Espagne, a n
nouvelé ce genre des Romances, l'un des titn
de gloire de la poésie castillane, que les étrar
gers admirent d'autant plus que leur propre li
térature ne leur fournit rien de semblable.
Conversations- Lex ikon. — J. Kennedy, Modem poe
0/ Spam.
RiVAiJDEAU (André de), poète français, r
à Fontenay, en Poitou, vers 1540, mort en 158i
était le petit-fils du célèbre jurisconsulte \ndi
Tiraqueau, et le fils de Robert Ribaudeau (l
protestant, valet de chambre de Henri II. Il i
ses études à Poitiers, se lia avec Albert Babino
qui devint auteur d'une Christiade , et il f
patronné par une dame éminente, Antoinet
d'Aubeterre, femme de Jean de Parthenay l'A
chevêque. Bientôt il se rangea à cette seconi
école qui, se détachant des écrivains latins, voi
lut transporter la forme antique dans la iangi
française elle-même. Ronsard , avec sa pléiad
était le chef de cette école. Rivaudeau a tra
nettement cette seconde phase de la révohitii
littéraire quand il a dit dans son épître à Jean:
d'Albret :
..... Je veux pourtant vous advertir d'un cas ,
Le jugement du peuple (des savants) icy ne suivez pa
11 hait les nouveautés, et les plumes grégeoises
Et romaines il met au-dessus des françoises;
11 faut (se trompe) en préférant lesestrangersauxsie
Et aux doctes nouveaux les resveurs anciens.
Il dédia à la même princesse la tragédie d'Ama
imitée de la scène grecque avec les chœurs, i
présentée à Poitiers, en 1561. Cette compositi
se ressent à la fois de la jeunesse de l'auteur
de la précocité du temps où elle parut. On y r
marque cependant quelques traits vigoureux
originaux, par exemple une imprécation d'Ara
contre lui-même.
Et soit maudite encor la pileuse journée
Qui vit mon père entrer sons le joug d'hyménée;
Les Grâces à son lit jamais ne se trouvèrent,
Mais les trois sœurs d'tnfcr lourdement le brossèrc
Les poésies de Rivaudeau, imprimées avec
tragédie d'Aman, à Poitiers, en 15G6, in-^
étaient devenues fort rares ; nous en avons don
une seconde édition, en 1859 (Paris, in-18).
fit en outre une traduction de la Doctrine d'
pictète (Poitiers, 1567, in-4°). i
Les œuvres de Rivaudeau, inférieures à cel
de la pléiade, offrent cependant une étude in
ressante de la littérature française au seizièi
siècle. Elles contiennent aussi une expression
probité sérieuse qui paraît avoir été particulif
à un certain noyau calviniste de l'intimité de 1
vaudeau, dont la reine de Navarre et le brave
Noue étaient les types les plus remarquables.
Ch. DE SOURDEVAL.
(1) Pour conjurer le« plaisanteries d'une cour d
queuse, il changea la troisième lettre de son nom,
quand il eut étrt anobli par le roi, s'appela Robert de j
vaudeau, seigneur de la Giiillotière. Il avait traduit
Noblesse civile d'Osorio (Paris, 1E49, in-8°)'. Il mou
en 1579.
S37
La Croix du Malnp, Bibl. françaUe. — Oreui du Ra-
dier, Hitt. littér. du Poitou. — IJ. Fillori, Le Cabinet de
Michel Tiraqueau; Kontenay, U48, I11-8».
BITAULT {David), sieur de Fleiirance, litté-
rateur français, né à Laval, vers 1571, mort à
Toui s, en janvier 1616. Son père, d'origine bre-
tonne, commandait le château de la Crote, près
de Laval : sa mère, de plus modeste naissance,
se nommait Madeleine Gauthier. Dans sa jeu-
nesse, il prit l'cpée, fit un voyage en Italie, et
vint habiter Paris. On le voit ensuite parcourir
la Hollande, y fréquenter les beaux esprits,
et, rentrant à Paris en 1603, prêter serment
comme gentilhomme de la chambre du roi. En
1605 il suivait Gui de Coligny sur le Danube.
Nommé en 1611 sous-précepteur du jeune roi
Louis XFII et son lecteur en mathématiques, il
succéda en 1612 à Nicolas Lefebvre comme
précepteur en chef, et pour inaugurer son entrée
en charge il institua au Louvre une compagnie
savante sur le modèle des académies italiennes.
Ami de Casaubon, de Scaliger, favori de la reine
mère et tenant sous sa discipline l'héritier pré-
somptif du trône, il Jouissait à la cour d'une grande
considération, quand il en fut éloigné, sans égard
ni pour son mérite ni pour ses bons services, pour
avoir commis la plus excusable des inconve-
nances. L'enfant royal avait un chien qu'il affec-
tionnait, et qui ne le quittait pas, même durant
les heures consacrées à l'étude. Un jour, le trou-
vant importun, Rivault osa le battie ; mais il
fut à son tojir battu par le roi et forcé de quitter
la cour. On a de lui : Les Estais, esquels il est
discouru du prince, du noble et du tiers
état; Lyon, 1596, in- 12 ; — Discours du point
d'honneur; Paris, 1599, in-12; — Les Élé-
ments de V artillerie ; Paris, 1605, in-8°; —
Lettre à la maréchalle deFervacques, conte-
nant un bref discours du voyage en Hongrie
de feu le comte de Laval; Paris, 1607, in-12;
— VArt d'embellir; Paris, 1608, in-12; —
Minerva armata, site de conjungendis lit-
teriset armis ; Rome, 1610, in-s"; — Le Des-
sein d'une académie et de l'introduction d'i-
celle en la cour; Paris, 1612, in-8°; — La
Leçon faite en la première ouverture de l'A-
cadémie royale; Paris, 1612, in-S'; — Dis-
cours faits au roy en forme de catéchèses;
Paris, 1614, in-8°; — Archimedis omnia quse
exlant; Paris, 1615, in-fol. On lui doit encore
la publication de quelques opuscules, mis au
jour sous le nom du jeune roi , comme Les Pré-
ceptes d'Agapetus à Justintan mis en fran-
çais par Louis XIII (Paris, 1612, in-8°);
Quxdam ex lectionibus Francorum régis
(ibid., 1612, in-8°), et Parva christianas pie-
tatis officia, per Ludovicum XIII ordinata
(ibid., 1612, in.l2).
Ménage, Observations sur les poésies de Malherbe. —
D. Liron, Singul. hist. et littér., 1. 1. — B. Hauréau,
Hist. nu. du Maine, t. III.
BiVAUTELLA (Antonio), archéologue ita-
lien, né en 1708, dans le Piémont, mort le 1" dé-
RIVAUDEAU — RIVAZ 338
cembre 1753, à Turin. Après avoir fait quelque
séjour dans la Compagnie de Jésus, il rentra
dans le monde; pourvu en 1735 d'une place de
bibliothécaire à l'université de Turin, il obtint
en 1751 celle de conservateur au musée de cet
établissement. De concert avec un de ses amis,
Giovanni-Paolo Ricoivi, qui professait les belles-
lettres, il s'adonna à l'élude des antiquités, et
parcourut les environs de Turin afin d'y recueillir
les inscriptions et les monuments anciens. Tous
deux reconnurent dans le village de Monteu,
situé près de Verrue, l'emplacement d'une co-
lonie romaine, nommée Industria et citée par
Pline l'ancien. On doit à leur collaboration :
Marmara Taurinensia dissertationibus et
notis illustrata (Turin, 1743-1747, 2 vol.
in-4») : recueil fort estimé; Il sitto deW antica
citià d' Industria ( ibid., 1747, in-4° ) , et Car-
tolario d'Oulx (ibid., 1753, in-4°). Une mort
prématurée enleva Ricoivi en 1748, et Rivau-
tella en fut si vivement affecté qu'il ne tarda
pas à le suivre dans la tombe. Ce dernier est ,
avec Pasini et Berta , l'un des trois auteurs du
catalogue raisonné qui a pour titre Codices ma-
nuscripti bibl. regiae Taurinensis atheneei
(1749, in-fol.).
Dizionario istorico de Bassano.
RIVAZ ( Pierre - Joseph de ) , mécanicien
suisse, né à Saint-Gengoulph (Bas-Valais ), le
29 mars 1711, mort à Moutiers en Tarenlaise, le
6 août 1772. Sa vocation le porta vers l'étude
des mathématiques. En 1740 il soumit à Da-
niel BernouUi une horloge qui se remontait
d'elle-même, et en 1748 il vint à Paris pour
soumettre au jugement de l'Académie des scien-
ces plusieurs utiles inventions en horlogerie et
en hydraulique , notamment un pendule à
canon . mentionnées avantageusement dans le
Recueil de ce corps savant et dans l'Essai sur
l'horlogerie de Berthoud (t. II, p. 130 ). Pen-
dant un voyage en Bretagne (1752), il parvint
à dessécher les mines de plomb argentifère de
Pontpéan , près de Rennes , dont l'exploitation
était gênée par les eaux. De retour à Paris, il
s'occupa de l'invention d'un outil destiné à sim-
plifier les procédés de la gravure , et après y
avoir réus-si grava lui-même sur une pierre de
jade un dessin représentant le Triomphe de
Louis XV, après la bataille de Fontenoy.
Le sénat de Berne l'ayant, en 1760, consulté sur
les moyens d'améliorer les sahnes de Bex, Rivaz
donna un plan qui mérita l'approbation de Haller.
Nommé peu après par le roi de Piémont direc-
teur des salines de la province de Tarentaise,
il fixa sa résidence à Moutiers, et fit un grand
nombre d'expériences utiles et curieuses. Son
fils , Joseph de Rivaz , vicaire général de Dijon,
a publié ses Éclaircissements sur le martyre
de la légion thébéenne et sur l'époque de la
persécution des Gaules sous Dioctétien et
Maximien (Paris, 1779, in-S"). L'Art de vé-
rifier les dates ( 1787, t. III, p. 612 ) renferme
335 ravAZ
de Rivaz un précis des Recherches critiques et
historiqîtes sur la maison de Savoie.
Lutz, Nehrolog.
RIVE {Joseph-Jean ), bibliographe français ,
né le 19 mai 1730, à Apt ( Vaucliise), mort le
20 octobre 1791, à Marseille. Son père élait or-
fèvre. Ayant embrassé de bonne heure l'état ec-
clésiastique, il professa la philosophie et la phy-
sique au séminaire de Saint-Charles d'Avignon,
où il compta l'abbé Chaudon parmi ses élèves.
En 1764 il était curé de Moliéges ( diocèse d'Ar-
les ) ; mais à la suite de quelques démêlés avec
l'autorité épiscopale, dont la cause n'est pas
connue, il résigna brusquement ses fonctions, et
■vint à Paris (1707). Bien qu'il n'eût encore rien
publié , il possédait des connaissances variées et
étendues, qui lui valurent tout d'abord un excel-
lent accueil du duc de La Vallière. L'année sui-
vante ce grand seigneur lui confia le soin de sa
précieuse bibliothèque ( décembre 1768); il la
dirigea, suivant son expression, pendant près
de treize ans , contribua à l'enrichir d'un grand
nombre de livres rares, et plutôt que de s'en sé-
parer il refusa d'accepter uii emploi semblable,
mais plus lucratif, chez la comtesse du Barri.
S'il faut l'en croire , le duc avait consenti , le
30 juin 1775, pour l'engager à rester avec lui
toute sa vie, à un contrat synallagmatique en
vertu duquel il devait recevoir une pension via-
gère de 3,000 livres. Non-seulement cette stipu-
lation ne fut pas remplie, mais il n'eut jamais
même d'émoluments , et après la mort de La
Vallière (1780) il se vit préférer, pour la ré-
daction du catalogue de la bibliothèque, Guil-
laume Debure, van Praet et le libraire Nyon.
L'abbé Rive jouissait d'une réputation fort grande
comme bibliographe ou plutôt comme biblio-
gnoste, ainsi qu'il se qualifiait lui-même, lors-
qu'il fut invité, en 1786, par l'archevêque d'Aix,
M. de Boisgeîin, à prendre la direction de la bi-
bliothèque considérable que le marquis de Mé-
janes venait de léguer aux états de Provence.
Il se transporta à Aix vers le milieu de 1787;
mais à la suite d'un différend avec l'adminis-
tration au sujet de ce qu'il appelait les opéra-
tions bibliothécales , il se démit de ses fonc-
tions à la fin de 1788. Après avoir combattu les
doctrines des philosophes modernes , il se pas-
sionna pour celles de la liberté politique. Ca-
mille Desmoulins le représente jouant à Aix le
rôle de tribun populaire, « perclus de tous ses
membres, couché sur un grabat, dictant des ar-
rêts et faisant trembler les aristocrates quand il
soulevait la tête sur son oreiller » . Mais il ne
faut pas s'arrêter à ce portrait de fantaisie.
L'influence de l'abbé Rive ne dépassait pas la
porte de son grenier. Il ne vit pas se déve-
lopper les principes d'une révolution où il
avait surtout trouvé un moyen de satisfaire ses
propres ressentiments, et il succomba peu de
temps après à une attaque d'apoplexie. L'abbé
Rive n'était pas un érudit, mais il avait dans
iliVE
'iW
la science des livres les connaissances les plus
étendues, augmentées sans cesse par une mémoire
tenace et une prodigieuse lecture. Il écrivait d'une
façon incorrecte , et farcissait son style de décla-
mations, d'injures et de néologismes baroques.
Il était d'un caractère irascible et querelleur, et
apportait une telle vivacité dans ses disputes
littéraires qu'il mérita le sobriquet de dogue,
que lui avait donné La Vallière. La liste de ses
productions est innombrable; le petit nombre
d'exemplaires qu'il en faisait tirer a contribué à
leur rareté. Nous citerons les principales . Re-
cueil de costîimes , avec des explications his-
toriques; Paris, 1779, 11 cahiers in-fol.; -
Éclaircissements sur les cartes à jouer;
Paris, 1780, in-8"' : c'est le meilleur écrit de Rive,
bien qu'il y revendique l'invention des cartes
pour les Espagnols, opinion réfutée par Dupuy;
— Essai sur L'art de vérifier l'âge des minia-i
turcs peintes dans les manuscrits; Paris,.
1 782, in-8° ; le prospectus a seul paru ; chacun deS'i
quarante souscripteurs de cet ouvrage, qui coû-
tait 600 livres, reçut en même temps une série det
26 plane, gr. in-fol., gravées au trait, impr. aui
bistre et peintes enor ; — Diverses notices cal-i
Ugraphiques et typographiques; Paris, 1785,'
in-S" : la première ( et la seule ) est relative au i
traité manuscrit De excellentibus de Galeotton
Martio; — La Chasse aux bibliographes et
antiquaires mal advisés ; Londres (Aix), 1788-!
1789, 2 vol. in-8° : tirée à 200 exempl. : on 5
rencontre quelques particularités neuves ou cu-
rieuses au milieu d'un déluge d'invectives contre
Guill. Debure, Lelong, Mercier de Saint-Léger,r
Maugérard , van Praet, etc.; le t. II ne renfermen
que la préface, les errata et la table; — Let-t
très violettes et noires , touchant les admi-i
nistrations de MM. de Boisgeîin et de Baus-s
set; Dicaiopolis ( Nîmes), 1789, in-8°; — Let-t
très purpuracées , contre les consuls d'ÀiXi
et les procureurs du paijs de Provence; ibid.,.;
1789, in-8°; — Accomplissement de la pro-i
phétie faite en 1772 ( sur la destruction légale!
des parlements); s. 1. (ibid.), 1789, in-80; —
Lettre à Camille Desmoulins ; s. 1. (Aix), 1790^*1
in-8°; — La Ligue monacale anti-éléémosij-\
naire ; Charitopolis (Aix), 1790, in-S"; — ^
Chronique littéraire des ouvrages imprimés^
et manuscrits de l'abbé Rive; Eleuthéropolisii
(Aix), 1790, in-8°; — Au tribunal judiciaire'
de Marseille : l'abbé Rive, martyr de la li'i
berté nationale; Marseille, 1791, in-8°. Le*'
nombreux ouvrages qu'il tenait prêts pour l'im-ii
pression, et dont M. Barjavel a donné une liste,'
ont été disséminés, après sa mort, entre leS't
mains d'un de ses descendants, J.-E. Morenas,ii
et de quelques amateurs du midi. La plus grande!
partie des cartes autographes sur lesquelles il
a déposé les preuves de son immense érudition'
ont été acquises vers 1837, ainsi que sa cor-i
respondance littéraire, par la bibliothèque royale
de Paris. Le docteur Achard a publié le Ca-
11
RIVE — RIVET
342
■logue des livres de Tahbé Rive; Marseille,
•93, in-8". P. L.
(Vchard , Notice, à la tête du Catalogue. — Écho de
iiueluse, îi Jaiiv. et 7 févr. 1836. - Chaudon et Delan-
liic, Dict. hist. univ. — Barlavcl, Biogr. du faitcluse.
Quérard, La France littér.
i RIVE (La). Voy. La Rive.
' aiVET {André), célèbre théologien protes-
it, né à Saint-Maixent , le 5 août 1573, mort
Iieila, le? janvier lfi51. U étudia la théologie
ibord à l'académie d'Orthez , sous Lambert
neau, et ensuite à La Rochelle sous Rotan, qui
ait ouvert une sorte d'école théologique. Con-
,ié au ministère évangélique en 1 595, il fut
icé à Thouars comme chapelain du duc de La
omoille. Après la mort du duc, il continua à
^s;'rvir l'église de Thouars , malgré les pres-
i(i>3 instances de DuPlessis-Mornay, qui au-
t voulu l'attacher à l'académie de Saumur.
; réputation ne tarda pas à grandir parmi ses
Liigionnaires. On le chargea successivement
1 plusieurs missions. En 1620 il fut appelé à
! Lliaire de théologie de Leyde. En 1621, dans
1 voyage qu'il fit en Angleterre, pour épouser
lôœur du célèbre Pierre Du Moulin, il fut
régé à l'université d'Oxford. Le synode de
«strestenu en 1626 l'invita à rentrer en France,
) ir consacrer ses talents aux églises protes-
ta tes de sa patrie ; mais Rivet ne put se décider
iultter la Hollande. Le stathouder Frédéric-
inri lui donna la marque la plus éclatante de
£1 estime en le choisissant pour gouverneur de
jji lils unique Guillaume, dont Rivet négocia plus
t d 1 e mariage avec Henriette-Mari e d'Angleterre,
1 3 (le Charles 1er. En 1632, il quitta Leyde pour
i\T s'établir à Breda, comme curateur de l'école
ijistre et du collège d'Orange. Rivet était un
cviniste sévère , toujours prêt à combattre qui-
(ique s'écartait de l'orthodoxie. Il avait une
f'inde mémoire, beaucoup de lecture et une
Oiposition facile; mais il manquait des facultés
«i constituent ce qu'on appellerait aujourd'hui
Ijiprit philosophique et critique. On a de lui
( très-grand nombre d'ouvrages, dont on trouve
Uiste complète dans La France protestante ;
i|uftira ici d'en indiquer les principaux -. Com-
int. in Hoseam; Leyde, 1625, in4o; —
^<goge seu introduciio generalis ad Scrip-
t amsacram; ibid,, 1627, in-4°; — Caiho-
lus orthodoxus , sioe Summa controver-
: rum omnium inter orthodoxos et ponti-
fias; ibid., 1630, 2 Vol. in-8°; — Theologicas
( scholasticse exercitationes in Genesim;
id., 1633, in-4o; — Commentarii in librum
iundum Mosis; ibid,, 1634, in-4°; — Je-
i:\ta vapulans; ibid., 1635, in 8° : composé
lis la querelle entre Pierre Du Moulin et le
juite Sylvestre Pietrasanta; — Psalmorum
tmgelicorum selecta dodecadis explicatio ;
^d., 1636, in-4°; Rotterdam, 1645, in-4o : ces
J^iumes évangéliques sont les psaumes pro-
jétiques; — Meditationes in psalmos pœ-
lentiales; Arnbeim, 1638, in-4°; — Instruc- l
tion chrétienne contre les spectacles; La
Haye, 1639, in-16; — Apologia pro Virgine
Maria; Leyde, 1639, in-4'' : traité contre le
culte de la Vierge; — Examen animadver-
siomim Grotii; ibid., 1642, in-8". Les diffé-
rents ouvrages théologiqnes de Rivet, écrits en
latin, ont été réunis {Opéra theologica; Rot-
terdam, 1651-1660, 3 vol. in-fol.).
Rivet de Champvernon {Guillaume), frère
du précédent, né à Saint-Maixent, le 2 mai 1580,
mort en 1651. Consacré au ministère évangélique
en 1601, il fut placé comme pasteur à Taillebourg.
Tl assista à plusieurs synodes et à l'assemblée
politique de Saumur. D'après Aymon, c'était « un
homme d'une prudence singulière et fort adroit
à manier les affaires synodales ». Il avait des
connaissances moins étendues qu'André , mais
plus d'ordre et de netteté dans l'esprit. On a de
lui : Liber tatis ecclesiasticae defensio; Genève,
1625, in-8° ; — De la défense des droits de
Dieu; Saumur, 1634, in-8°; — Vindiciâe evan-
gelicas de juslificatione; Amst, 1648, in-4".
On lui attribue encore quatre autres ouvrages.
Les écrits de ce théologien sont devenus fort
rares. m. Nicolas.
Haag, La France protest.
aiVET ûELA Grange (Dom Antoine), éradit
français, né le 30 octobre 1683, à Confolens (Poi-
tou), mort le 7 février 1749, au Mans. Sa famille
était originaire de Niort; l'une des branches
professait la religion réformée et avait produit
André et Guillaume Rivet ( voy. ci-dessus ). Après
avoir terminé ses premières études à Confolens,
il alla suivre un cours de philosophie sous les
jésuites de Poitiers. Un accident détermina sa
vocation. Étant à la chasse , il fut renversé de
cheval et traîné assez loin un pied engagé dans
l'étrier ; préservé de ce péril, il entra dans l'église
de l'abbaye de Saint- Cyprien pour rendre grâces
à Dieu , et crut y entendre une voix puissante
qui lui dit par trois fois : « Fais- toi bénédictin. «
Résolu à quitter le monde , il eut beaucoup de
peine à vaincre les répugnances de sa mère, prit
l'habit de Saint-Benoît dans l'abbaye de Mar-
moutiers, près Tours (1704), et prononça ses
vœux l'année suivante (1705). Il compléta ses
études en théologie dans une sorte d'académie ,
établie à Saint-Florent de Saumur et formée des
sujets les plus distingués de l'ordre. Transféré
en 1716 à Saint-Cyprien de Poitiers, il se pro-
mettait d'y écrire l'Histoire des évêques de cette
ville et la Bibliothèque des auteurs de la pro-
vince ; mais il ne put préparer que le plan dé ce
dernier ouvrage, exécuté plus tard par Dreux,
du Radier. Ses supérieurs le rappelèrent en 1717
à Paris, et le chargèrent de travailler à une His-
toire des bénédictins illustres; différentes cir-
constances l'empêchèrent d'en mettre les mafj^-
riaux en œuvre. La principale fut la part qu'il
prit aux querelles théologiques de son temps. Il
avait appelé de la bulle Unigenitus, et il parta-
geait sur beaucoup de points les sentiments de
343
RIVET — RIVIÈRE
Port-Royal. Aussi s'empressa-t on, en 1719, de le
reléguer dans le monastère de Saint- Vincent du
Mans. Dans cette retraite, où il passa les trente
dernières années de sa vie, il composa les pre-
miers volumes d'un ouvrage, l'Histoire litté-
raire de la France, dont il avait conçu et es-
quissé le plan à Poitiers. Le cadre qu'il se pro-
posa était des plus vastes : ainsi qu'il l'indique
tlans le titre même, il voulait y traiter non-seu-
lement des lettres et des écrivains , mais des
anciennes écoles, universités et académies,
des bibliothèques, des imprimeries, le tout jus-
tifié par les citations des auteurs originaux.
Quelques-uns de ses confrères , Joseph Duclou ,
Maurice Poncet et Jean Colomb, laborieux,
exacts , d'un goût sûr, l'aidèrent dans ses re-
cherches. Ainsi soutenu, dom Rivet écrivit les
t. I à IX (Paris, 1733-1750, in-4o), qui con-
tiennent l'histoire des lettres de notre pays de-
puis les origines jusqu'aux premières années du
douzième siècle; le t. IX vit le jour par les soins
de dom Taillandier, qui y ajouta une notice sur
l'auteur. La continuation de cette entreprise est
due à dom Clémencet (t. X et XI), à dom Clé-
ment (t. XII) et depuis le t. XIII à une com-
mission spéciale nommée par l'Institut. « Les
parties de cet ouvrage qui se lisent avec le plus
d'intérêt, dit Daunou, sont les discours généraux
sur la littérature de chaque siècle ; ils repré-
sentent, d'une manière aussi fidèle que métho-
dique, l'état des études, des institutions, des
sectes , des traditions ou doctrines et des princi-
paux genres de compositions. Tous ces discours
appartiennent à dom Rivet : ils supposent des
recherches profondes et répandent une instruc-
tion saine. » Ce religieux a encore revu et achevé
ie JS'écrologe de Port-Boyal ( kmslerdam, 1723,
in-4'*), et il a mis en état de paraître la Biblio-
thèque charlraine de dom Liron (Paris, 1729,
in-4''). P. L.
Taillandier, Notice à la tête du t. IX de VHist. littér.
de la France. — Dreux du Radier, hist. littér. du
foitou, H.
RIVIÈRE (Roch Le Baillif, sieur de la),
médecin et astrologue français, né à Falaise,
mort à Paris, le 5 novembre 1605. Fils d'un ré-
fugié protestant, il fut élevé à Genève, et vint à
Paris exercer la médecine. En pratiquant la doc-
trine de Paracelse, dont il était imbu , il obtint
des succès si rapides que ses confrères, jaloux, lui
contestèrent le droit de guérir sans avoir subi
un examen et surtout sans être galénisle. Le dif-
férend s'envenima ; la Faculté , après avoir in-
terrogé La Rivière, le livra à la justice du par-
lement, qui lui interdit expressément le séjour de
Paris. Ce dernier se retira à Rennes, et devint,
quoiqu'il n'eût pris aucun diplôme, médecin du
parlement de Bretagne. Grâce à la protection du
duc de Nemours, qu'il sauva d'une grave maladie,
il put rentrer à Paris, et obtint, en 1594, la place
de premier médecin du roi. Au moment de mou-
rir, il se convertit à la foi romaine. Courtisan
habile, La Rivière était, au jugement d'ÉIoy,
versé dans les belles-lettres , la philosophie
médecine ; d'autres, au contraire, l'accusent
gnorance et ne lui reconnaissent que beaui
de savoir-faire. On a de lui : Discours su
signification de la comète apparue en C
dent au signe du Sagittaire, le 10 novem
Rennes, 1577, in-4°; — Le Demosterion ,
quel sont contenuz trois cens aphorisme^
tins et françois, sommaire véritable d(
doctrine Paracelsique , extraicte de lu
la plus part; Rennes, 1578, in-4°; réimpi
latin à Paris, 1.578, in-8°; — Petit traiù
Vanliquité et singularités de Bretaigne
morique en laquelle se trouve bains cw
la lèpre, podagre, hydropisie, paralisie,
cères et autres maladies; Rennes, 1577, in
quelquefois réuni au livre précédent; —
cours des interrogatoires faicts en prés,
de MM. du Parlement à Roch Le Bailli)
certains points de sa doctrine; Paris, 1
in-8° ; — Sommaire défense aux deman
questions et interrogatoires des docteur
la Faculté de médecine; Paris, 1579, in
également publiée en latin ; — Premier ti
de Vhomme et son essentielle anatoi
Paris, 1580, in-S" : « on y trouve, dit Éloy,
d'anatomie, mais beaucoup de verbiage inin
gible; « — Traité du remède contre la pi
charbon et pleurésie; Paris, 1580, in-8°,(
latin; — Conformité de l'ancienne et mod
médecine , d'Eippocrate à Paracelse, di\
en VIII pauses ou journées; Rennes, 1
pet. in-8° : ouvrage singulier et recherché.
Éloy , Dict. hist. de la méd., t. l". — Haag fr
France protest. — Frère, Le Bibliographe normam
RIVIÈRE (Lazare), médecin français,!
1589, à Montpellier, où il est mort, en 1655.
faute d'études suffisantes , soit légèreté de
duite, lorsqu'en décembre 1610 il voulut ;
tenir sa thèse doctorale, on le trouva inlia
Reçu docteur en 1611, il devint en 1622 pn
seur à l'université de Montpellier. Un des
habiles praticiens de cette école, il a écrit
sieurs ouvrages remarquables, il est vrai, p<
méthode et la netteté du style , mais où se
contrent de fréquents passages de Daniel Seni
qui n'y est pas nommé, ce qui exposa Riviè
de justes reproches de plagiat. Nous citeron
lui : Quxstiones medicas XII; Montpe
1621, in-4°; — Praxis medica ; Paris, 1
in-8o : seize éditions en latin, en français (
anglais; — deux recueils à'Observationes
dicas; l'un, Paris, 1646, in-4°; l'autre La B
1659, in-8°; réimprimés plusieurs fois; —
stitutiones medicae ; Leipzig, 1055, in-8°.
œuvres complètes de Rivière ont été publiées
douzaine de fois, la première à Lyon, 1
in-fol., et la dernière, 1738, infol. A la suit
ses Œuvres on trouve un ouvrage apocryj
publié par Bernardin Christini , cordelier co
Arcana .Riverii (Venise, 1676, in-4°).
5 RIVIERE
slrac, Ilitt. de la Faculté de Montpellier. — Creuzé
il.eMer fils, Statittique de CHérault. — Biogr. medi-
I e. — V. de La Calmette, Riveriiis reformatui ; Lyon,
îO, » vol. ln-8».
I RIVIÈRE {Charles-François de Rifpaiioeau,
'irqiiis, puis duc de), général et diplomate
iiçais, né à la Ferté-sur-Cher, le 17 décembre
33, mort à Paris, le 2t avril 1828. 11 entra à
«.-sept ans dans les gardes françaises; dès les
pmiers jours de la révolution, il alla rejoindre
( is l'émigration, à Turin, le comte d'Artois, qui
) 'attacha comme aide de camp. Ce prince, qu'il
: vit dans tous ses voyages, le cliargea de plu-
i irs missions délicates et dangereuses en Alle-
I gne et auprès des chefs royalistes de la Bre-
|ne et de la Vendée; arrêté dans ce dernier
f s, il parvint à s'échapper des prisons deNantes
(à so, rendre auprès de Charetfe. Lors du com-
f t de Pichegru , avec lequel il était revenu
.ngleterreen France, il fut arrêté de nouveau
'aris, traduit devant une commission militaire
(;ûndamné à mort, le 10 juin 1804. Grâce à
1 tercession de Joséphine et de Murât, sa peine
I commuée en celle de la déportation , après
1 : détention de quatre années au fort de Joux.
il événements de 1814 le ramenèrent en France,
mmé maréchal de camp le 28 février, il était
ligné pour l'ambassade de Constantinople ,
lique la nouvelle du retour de Napoléon le
i'prit à Marseille, Il alla rejoindre à Barcelone
Ipuc d'Angoulême, qui l'avait dès le 31 mars
lia nommé lieutenant général. Comme gou-
\' neur de la 8® division militaire, il provoqua
lî soumission des officiers généraux présents
cis son ressort, et assura formellement au ma-
I liai Brune qu'il n'avait rien à craindre, s'il
(isentait à abandonner le commandement de
Imée du Var, et. à sortir de Toulon. M. de Ri-
Vire fut créé pair de France (17 août 1815),
«ifirmé dans son grade (29 août) et envoyé
jîsque aussitôt en Corse pour commander la
5' division militaire. Il y courut quelques dan-
H; informé que Murât, fugitif, cherchait un
«le dans les environs d'Ajaccio , il oublia que,
K ans auparavant, ce prince lui avait saufé
jvie, et fit faire des recherches si actives que
rproscrit hâta la folle expédition qui devait le
nduire à la mort. M. de Rivière accepta en
V.\ 1816 .l'ambassade de Constantinople. Trois
h après , le commerce de Marseille se plaignit
< ce qu'il avait signé un tarif de douanes qui
juijettissait les négociants français, dans les
jtieiles du Levant, à un droit deux fois et demi
jis fort que ne le payaient les autres nations,
ae dénonciation fut déposée contre lui dans la
pnce de la chambre des pairs (19 juin). Rem-
ficé en 1820, quelque temps après il reçut le
|mroandement d'une des deux compagnies des
,rdes du corps de Monsieur, et quand ce
jlnce fut devenu roi, il fut placé à la tète d'une
iquième compagnie de ses gardes du corps. Il
tint le titre de duc héréditaire (30 mai 1825)
devint après la mort du duc de Montmorency
- RIVIKUS 846
gouverneur du duc de Bordeaux (1826). C'est
au duc de Rivière que l'on doit la Vénus de
Milo, placée au musée du Louvre, et dont il fit
don au roi en 1822. ( Voy. Marcellus. )
Naylies (De|, Mémoires posthumes touchant le duc de
Rivière; Paris. 1829, ln-8o. — De Courcelles. Uist. gé-
néal. des pairs de France. — ^mi de la religion , t. LV,
p. 366. — Moniteur univ., 1828.
RIVIÈRE (La). Voy, Barbier, La Rivière
et Mercier.
RiviEREN {Jean van), en latin Rivius,érn-
dit belge, né le 11 juillet 1599, à Louvain, mort
le \." novembre 1665, à Ralisbonne. Fils de
l'imprimeur Gérard Rivius, il embrassa la règle
des augustins, et enseigna les humanités et la
philosophie dans les maisons de son ordre. Élu
provincial en 1643, il fut nommé en 1647 à l'é-
véché de Bois-le-Duc, dont on espérait alors le
rétablissement ; mais la paix de Munster y forma un
obstacle insurmontable, et le P. Rivius retourna
à ses études littéraires. On a de lui : Poemata;
Anvers, 1629, in-16; — Zodiacus mysticus;
Tournai, 1631, in-12; trad. en français : c'est un
traité sur la confrérie de la ceinture de saint Au-
gustin; — Diarium obsidionis Lovaniensis
ann. 1635; Louvain, 1635, in-4°; — Vita S. Au-
gustini; Anvers, 1646, in-4"' : ouvrage estimé,
qui a beaucoup servi à Le Nain de Tillemont; —
Rerum francicarum décades If^ usque ad
ann. 1500; Bruxelles, 1651, pet. in-4»: les
Français y sont fort maltraités et accusés d'avoir
violé les traités les plus solennels; — Hieronymi
Seripandi cardinalis Doctrina orandi; Lou-
vain, 1661, in- 24. On conserve de lui quelques
ouvrages manuscrits à Louvain.
Valère André, Bibl. belgica. — Paqnot, Mémoires, VIIF.
RiviNvs {André), philologue allemand, né
le 14 octobre 1601, à Halle (Saxe), mort le
4 avril 1656, à Leipzig. Son véritable nom était
Bachman, auquel il substitua, suivant l'usage
du temps, un synonyme latin. De bonne heure
il fut placé dans une maison de commerce; mais
tous ses frères et soeurs ayant succombé à une
maladie contagieuse, il obtint de son père la li-
berté de suivre ses goûts et de reprendre l'étude
des belles lettres, qu'il avait abandonnée. Il s'ap-
pliqua ensuite à la médecine, reçut à léna le di-
plôme de docteur en philosophie (1625), et par-
courut l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Angleterre
et la France. Après avoir dirigé trois ans le
gymnase de Nordhausen, il fut agrégé en 1631 à
l'université de Leipzig, en devint deux fois rec-
teur, et y professa d'abord la poésie (1635), puis
la médecine (1655); il n'avait jamais cessé de
faire de cet art sa principale occupation, et il
avait en 1644 reçu ses derniers degrés. Il se ma-
ria trois fois, et laissa dix enfants. Rivinus était
un homme instruit et laborieux; tous ses ou-
vrages sont devenus fort rares. Nous citerons de
lui : Carminum spécimen ; Leipzig, 1631, in-12,
recueil de vers en sept langues; — Quœstio
philo-physieo-logica de venilia, salacia et
malacia, seu maris reciproca sesluatione;
347
Rivmus
ibid., 1645, in-4''; avec un suppl. intitulé Cogi-
tationes de sestu marino , ibid., 1649, in-4'';
— Msecenas; ibid., 1649, in-4<>; — Qusestio-
num mtscellanea; Halle, t650, in-4''; — De
petalismo; Leipzig, 1654, in-4° : il s'agit d'une
espèce d'ostracisme; — Veierum bonorum
scriptorum de medicina collectanea; ibid.,
1654, in-S"; — De pollinciura, sive cadave-
rtim humanoruni curatione, vulgo dicta bal-
samatione; ibid., 1655, in-4''. Presque tous ces
écrits ont été, pour leur érudition ou leur rareté,
réimpr. dans des recueils spéciaux. Rivinus a
donng ses soins à un grand nombre d'éditions,
celles, entre autres, du Pervigilium Veneris
(Leipzig, 1644, in-4°), avec un commentaire
qui, selon Éloy, ne fait pas l'éloge de ses mœurs ;
à& [' Anthologie (ibid., 1650, in-8°); Florile-
gium greeco-latinum diversorum epigramma-
tum (1651, in-S"); Rei hortensis et botanïcas
scriptores metrici (1653, in-8°); Dracontii
Hexameron (1653, in-S»), et il a publié les poé-
sies de plusieurs écrivains ecclésiastiques.
Rivinus { Auguste- Quir in), botaniste, fils du
précédent, né le 9 décembre 1652, à Leipzig, où
s! est mort, le 30 décembre 1723. Reçu docteur
en médecine en 1676, il occupa depuis 1691 la
chaire de physiologie et de botanique dans sa
ville natale. Il s'était tellement affaibli la vue en
observant les taches du soleil qu'il fut dans sa
vieillesse presque réduit à la cécité. Ses nom-
breuses dissertations médicales ( réunies en 1710,
1 vol. in-4° ) ne sont pas sans mérite, et l'ana-
îomie lui doit la découverte des conduits excré-
teurs des glandes sublinguales. C'est surtout en
botanique qu'il a rendu son nom célèbre; il a
été l'un des savants de son temps qui ont le
mieux connu les plantes et qui les ont considérées
sous les aspects les plus philosophiques. « Le
premier, dit Jourdan, il a établi un système de
classification des plantes d'après la forme de la
corolle. Il blâme avec force l'usage consacré jus-
qu'alors d'appliquer les mêmes noms à plusieurs
genres; il pose en principe que les genres doivent
être établis d'après les différences qu'on remarque
dans les parties essentielles. Son système, très-
satisfaisant sous le point de vue logique, était
entièrement artificiel; mais on doit ajouter que
c'était peut-être le plus simple qu'on pût imagi-
ner, puisque pour le mettre en usage il suffisait
d'avoir la fleur à sa disposition. « Nous citerons
de lui : De spiritu hominis viiali; Leipzig,
1681, in-4"; — Introductio generalis in rem
iierbariam;Mà., 1690, in-fol., et 1696, 1720,
in-12 : dans cette esquisse rapide, qui forme
toute la gloire de l'auteur, on trouve la base de
la Criiica botanica de Linné; l'ouvrage du
reste fit peu d'effet, et passa à peu près inaperçu ;
— Nolilia morborum et manuduclio ad che-
iiiiam pharmaceuticam ; ibid., 1690, in-12 :
traité remarquable, où l'auteur cherche à s'éle-
ver, par la voie de l'abstraction, à quelques prin-
cipes généraux ; — Ordo plantarum qiix sunt
— RIZI 3.
flore irregiilari tetrapetalo et pentapetai
ibid., 1691-1699, 2 vol. in-fol., avec 260 p
c'est un traité des légumineuses et des ombe
fcres; — Epistola ad J. Raium; ibid., 16'
in-4°; réimpr. en 1696 à Londres, in-S", a'
la réponse de Ray ; — Censura medicamen.
rum officinalium ; ibid., 170!, in-4'' : excell
opuscule, écrit contre l'emploi des substaa
empiriques. Ce médecin a édité en outre
Œuvres complètes de C.-J. Lange de Guldenkl
Son nom a été donné par Plumier à un gei
des atriplicées. K.
Niceron. Mémoires, XXXIII. — Vogt, Catal. Hbror
rariorum, p. 582. — Bauer, Catal, 111, 826. — Saxe, C
masticon, IV, 384-336. — Kromayer, Progr. ad }n
^. /iùtni ; Leipzig, 1656, in-4°. — G.-F. Jenichen, fn
in A.-Q. liivini obitum; ibid., 1724, in-fol. — Hal
ùibl. botanica. — Jourdan , dans la Biogr. méd.
aivon (Duc de). Voy. Massena.
m El {Juan ), peintre espagnol, né à Madi
en 1595, mort au Mont-Cassin, en 1675. lié
fils d'un peintre médiocre, Antonio Rizi, et él
du P. Mayno. Il se fit connaître en peignant p«
Notre-Dame-de-Bon-Secours six grands tablei
représentant la Passion de Jésus- Christ.
trente et un ans il embrassa la vie religieuse ( 1 6Î
et dans la suite il devint abbé du monastère
Médina del Campo; il passa en 1653 dans C(
de S.-Millan de la CogoUa, qu'il orna de tre
tableaux; il en peignit aussi à Saint-Jean-E
liste de Burgos, à Saint-Martin de Madrid, à
lamanque, etc. Dans un âge avancé, il visita
talie, et se retira au Mont-Cassin. Il avait a
posé un Traité de la peinture, qu'il dédia c
duchesse de Bejar, dont il avait été le maîtn
dessin.
Rizi (Francisco), peintre, frère du pr(
dent, né à Madrid, en 1608, mort à l'Escuî
le 2 août 1685. Il fut élève de Vicente Carduc
Sa grande facilité lui obtint une vogue d'enth
siasme. Les rois Philippe IV et Charles II 1
tachèrent à leur personne, tandis que les p
cipales villes et les corporations religieuseî
disputaient ses œuvres. Au vieux palais n
de Madrid, il acheva en 1653 la fable de P
dore, commencée par Caneno. De 1665 à 1
il décora le Sanctuaire de Notre - Daim
Tolède, et reçut pour ce travail 11,000 du(
(environ 130,000 fr.). 11 orna vers la m<
époque le monument dit de la Semana san
la Galerie des Dames au Palais-Royal et Sa
Antoine-des-Portu.gais. Mais où il fit suri
admirer sa prodigieuse fécondité, ce fut dan
décoration du théâtre du Buen-Retiro. « Il
vrai, dit Quilliet, que ses compositions pleines
caprices, ses ornements ridicules firent à 1
chitecture un tort incalculable. » Ce fut en ]
gnant à l'Escurial la chapelle du Saint-Sai
ment que Rizi mourut subitement. Outre
palais de l'Escurial, du Pardo, du Retiro, pi
que tous les monuments de Madrid, Tolè
Ségovie, etc., possèdent des productions de
. maître. Toutes pèchent par la justesse, m
r9
RIZI — ROBBÉ
3â0
illent par la facilité : elles offrent partout des
finies aj^réables, une touche hardie, <lei? atli-
ides pleines d'énergie et une rare variété dans
i composition. Il fut le maître de Claude Coëlio.
^alomino , El Miiseo pictnrico. — Cean Bermudes,
Ieeionario de lus bellas-urtcs. — Agnado, El real Mu-
1, — Quilliet, Uict. des peintres cspugnols.
IROA {Martin de), savant jésuite espagnol,
en 1563, à Cordoue, mort le 5 avril 1637, à
outilla. A quinze ans il embrassa la règle de
int-Ignace, et professa d'abord la rhétorique,
lis l'Écriture sainte à Cordoue. Après avoir été
bteur de différents collèges et provincial de
Lndalousie, il fut chargé de représenter comme
Ocureur général les intérêts de sa compagnie
près du saint-siége. On a de lui : De accentu
\ recta in grxcis, ladnis et barbaris pro-
ïncxatione; Cordoue, 1589, in-S"; — Singu-
rium locorumet rerum Scripturas lib. VI;
d., 1600, in-4''; l'édit. de Lyon, 1667, in^S",
t la plus complète; — Vida de dona Anna
mce de Léon; ibid., 1604, in-8°; — Vida de
ina Sancha Carrillo; Séville, 1615, in- 8°;
Flos sanctorum ; fiestas y santos de An-
[luàa, Castilla y Portugal; ibid., 1615,
4"; — Santos Honorio, Eiitichio, Estevan,
itronos de Xeres de la Fronlera; ibid., 1617,
1-4°, avec une histoire de cette ville; — De
\)rdubse principatu; Cordoue, 1617, in-4'';
id. en espagnol et augmenté par l'auteur, ibid.,
38, in-4"; — Del estado de las aimas en
\irgatorio; Séville, 1619, in-12 : ce traité,
îimpr. plusieurs fois et trad. en langues étran-
res, est recherché, parce qu'il contient des épi-
ons singulières; il l'a complété par le suivant,
!ii est moins connu : Del estado de los biena-
nturados en el cielo, de los ninos en el
i>nbo, de los condenados en el infierno, y
ste mundo despues del dia del juicio uni-
^rsal; ibid., 1624, in-8° ; — Malaga, su fun-
\icion, antiguedad, etc.;Malaga, 1622, in-4°;
Y Ecija y sus santos, sîi antiguedad, etc.;
iville, 1629, in-4'' , etc. Il a laissé en manuscrit
istoria Beeticee provincix Jesuitarum.
Antonio, Bibl Hispananova. — Southwell, Bibl.,p. soi.
aoANEZ {Artus Gouffier, duc de), mort à
iint-Just, près Méry-sur-Scine, le 4 octobre
[i96, dans un âge avancé. Fils d'Henri Goufûer,
larquis de Boisy, tué en 1639, et petit-fils de
i)uis Gouffier, duc de Roanez, qui mourut en
542, il succéda à ce dernier dans la dignité de
ic et pair et dans le gouvernement du Poitou.
^scal fut lié avec lui d'une étroite amitié, et
à inspira le désir d'imiter son détachement du
ionde et sa dévotion. « Le duc de Roanez prit
bnc, dit Saint-Sim.on, une manière d'habit ec-
■ésiastique, sans être jamais entré dans les
rdres, et vécut dans une profonde retraite. »
orsque la sœur de Pascal forma le dessein de
anner au puhlic les Pensées de son frère, Ar-
auld fit prévaloir l'avis de lesarranger de façon
ce que le livre fût irréprochable, et confia au
duc de Roanez la plus r;rande partie de ce tra-
vail. Ainsi fut faite l'édition de 1669. « Elle réu-
nit, dit M. Cousin, tous les défauts qu'il fallait
éviter : elle omet une grande partie des Pensées
contenues dans le manuscrit autographe, et elle
omet précisément les plus originales; elle altère
quelquefois dans leur fonds, elle énerve presque
toujours dans leur forme les pensées qu'elle con-
serve. » Il s'y trouve aussi, sans avis des édi-
teurs, les passages principaux des neuf lettres
écrites par Pascal à Mi'e de Roanez (1), lettres
toutes pleines des minutieux préceptes d'une
piété exagérée.
Saint-Simon, Mémoires.- V. Cousin, Z)cs Pensées
de Pascal.
ROANEZ. Voy. Gouffier.
BiOBBîE (Jacques), littérateur français, né
en 1643, à Soissons, où il est mort, en 1721. Il fit
de bonnes études, fut reçu avocat au parlement
de Paris, et obtint le titre d'ingénieur et géo-
graphe du roi. On a de lui : Méthode pour ap-
prendre la géographie ; Paris, 1678, in-12, et
1683, 2 vol. in-12 : malgré les critiques de San-
son, cBt ouvrage eut beaucoup de succès,. et Au-
dierne en publia une édition augmentée en 1746;
— Emblème sur la paix; Paris, 1679, in-4'' :
pièce ingénieuse, où l'on a rangé sous les signes
du Zodiaque les principales conquêtes de
Louis XIV; — La Rapinière, ou l'Intéressé,
comédie en cinq actes et en vers; Paris, 1683,
in-12 : elle fut jouée dix-huit fois de suite en
1682 au Théâtre-Français; les financiers, qui y
étaient maltraités, essayèrent en vain de la faire
défendre; — Trictractus, poëme latin; Paris,
1710, in-4° : selon Goujet, ce poëme est supérieur
à celui que Jollivet avait publié en 1631 en fran-
çais sur le même sujet ; — des dissertations sur
quelques points de l'ancienne géographie des
Gaules.
Un prêtre du môme nom, Robbe (Jacques),
né dans le diocèse d'Amiens, mort en 1742, à
Paris, professa la théologie dans la maison de
Sorbonne et fut grand maître du collège Maza-
rin. Ses ouvrages, De mysterio Verbi incarnati
(Paris, 1762, in-S"), De gratia Dei (1780-1781,
2 vol.), etc., ont été publiés par les soins de ses
deux neveux.
Goujet, Bibl. française, XVJ. — Quérard, La France
littér.
ROBBÉ DE Beacveset (Pierre-Honoré) ,
poète français, né à Vendôme, en 1712, mort à
(1) Charlotte Gouffier était la sœur du duc de Roanez,
Elle résista, par les conseils de l'ort-Royal, à sa mère,
qui voulait la marier, et s'enfuit près de ceux qui la di-
rigeaient ; sa mère la réclama ; Port-Royal ne la rendit
que par force, et sur une lettre de caclict. l.es exhorta-
tions de l'abbé Singlin et les conseils de l'asral la rame-
nèrent à la vie religieuse. Elle quitta de nouveau Port-
Royal après la mort de Pascal, et épousa le comte de la
FeuiUade, le 9 avril 1667. a peine le mariage fait , elle
s'en repentit. Les maladies qui suivirent ses couches don-
nèrent lieu à des opérations très-cruelles, au milieu des-
quelles elle mourut, en 1683. Elle laissa 3,000 livres 4
Port-Royal « pour une religieuse converse qui rempli-
rait la place qu'elle y devait tenir cllc-raûrus ».
851
ROBBÊ —
Saint -Germain en Laye, le 8 novembre 1792.
Fils d'un marchand gantier, qui lui fit faire ses
études chez les Oratoriens , il montra de bonne
heure un vif penchant pour la satire et la poésie
erotique; mais rarement le choix des sujets
honora sa verve. Chassé de Vendôme pour avoir
injurié dans ses vers quelques-uns de ses com-
patriotes, ou, suivant d'autres, pour avoir fait
contre le marquis de Rochambeau, gouverneur
delà province, une mordante satire, qui lui attira
des coups de bâton et un duel, il vint à Paris, où
il donna libre cours à toute la malignité de son
esprit. Une pièce de vers, dont le titre : LeDé-
bauché converti (1736, in-12), semblait indi-
quer un morceau édifiant, fut la première de lui,
qui fut assez remarquée pour être attribuée à
Piron, Un de ces écarts de son imagination, vul-
gaire jusqu'à la bassesse , lui a mérité la qualifi-
cation de chantre du mal immonde, et, par
une tropamère ironie, on a été jusqu'à dire que
le poète était plein de son sujet. S'il lisait vo-
lontiers son poème en petit comité, inler pocula,
il a eu du moins le bon esprit de ne pas le faire
imprimer. Christophe de Beaumont, archevêque
de Paris, faisait à Robbé une pension de 1,200
livres, à la condition de ne point laisser paraître
ses vers'impies et ordiiriers. En 1768, il sut ob-
tenir de Louis XV une gratification annuelle,
dont le brevet portait : Pour des considérations
particulières. On dit qu'il se repentit de sa mau-
vaise conduite; et pourtant quand il soupait chez
M^ie du Barry, il se plaisait à réciter particu-
lièrement les vers qu'on lui avait enjoint de dé-
truire. En 1777, la duchesse d'Olonne, que ses
vers avaient également amusée, lui laissa un legs
de 15,000 Uvres, et jusqu'à la révolution Robbé
conserva le logement que Louis XV lui avait
donné dans le château de Saint-Germain. On a
encore de lui : Odes nouvelles; Paris, 1749,
in-12 ; — Satire sur le goût; 1752, in-8° ; —
Mon Odyssée, ou Journal de mon retour en
Saintonge, poème en quatre chants; Paris,
1760, in-12, fig.; — Satire au comte de
(Bissy), 1776, in-8°, où Piron , Voltaire et Sa-
batier sont également maltraités ; — La France
libre; Paris, 1791, in-8", poème dont les huit
premiers chants ont été seuls publiés ; — Les
victimes du despotisme ëpiscopal, poème en
six chants; Paris, 1792, in-8°; — Œuvres ba-
dines { ou plutôt ordurières ) ; Paris, 1 80 1 , 2 vol.
Jn-18 : recueil posthume d'épilres, de satires, d'é-
pigrammes et de près de soixante contes. H. F.
Collé, Journal àist., janvier 1751. — Bacliaiunont, Mé-
moires. — Diogr. univ. et portât, des Contemp. — Qué-
rard, La France littér.
ROBBiA ( Luca délia ), sculpteur, né à Flo-
rence, selon l'opinion la plus probable, en 1388,
mort en 1463. Après quelques études littéraires,
il entra dans l'atelier de lorfévre Leonardo dit
ser Giovanni, et y devint habile dans l'art de
modeler en cire. Bientôt il s'adonna à la sculp-
ture avec une telle ardeur qu'il passait une
ROBBIA 3â
grande partie de ses nuits à dessiner. Il n'étf
encore âgé que de quinze ans quand avec d'autr
jeunes sculpteurs il fut appelé par Sigismonc
Malatesta à Rimini , oii , dans l'église S.-Fra
cesco, il fit des bas-reliels pour le tombeau d'
sotta, femme de ce seigneur. Rappelé à FI
rence, il fit, pour le campanile de la cathedra!
cinq petits sujets allégoriques en marbre, q
l'emportèrent sur les deux qu'avait sculptés
Giolto. En 1405, à dix-sept ans, il décora
parapet de marbre de l'un des orgues de la c
thédrale (1). Ce travail eut assez de succès po
qu'on lui demandât la porte de bronze de la sacr
tie ouvrant sous ce même orgue, et qui offre d
sujets religieux, exécutés avec un fini merveilleu
Luca ne trouvant pas suffisamment rémunéî
des travaux qui demandaient tant de peine et
temps, résolut de ne plus employer que la ter
cuite. Afin d'assurer la durée de cette matièr
il réussit à donner à ses œuvres une couvei
érnaillée, composée d'étain, d'antimoine et d'à
très m.inéraux qui après la cuisson les rendait
presque éternelles. Ce fut encore pour la catl
drale de Florence que Luca exécuta des b;
reliefs qui sont au nombre de ses premiers ti
vaux en ce genre, les lunettes représentant
Résurrection du Christ et son Ascension
l'entrée des sacristies. Du môme temps, et pei
être même antérieur est le bas-relief de Sair
Lucie entre deux anges , placé au-dessus de
porte de Santa-Luda de' Magnoli. Les premiè
œuvres étaient blanches, mais Luca perfection
son invention en y joignant le charme et le pr
tige de la couleur. Pierre de Médicis lui <
manda ses premières œuvres de terre cuite <
loriée, qui bientôt lui valurent une renomn;
européenne. Il ne pouvait plus suffire aux (
mandes des marchands florentins, qui expédiaii
ses ouvrages dans tous les pays. Il appela à s
aide ses frères Ottaviano et Agostino, auxquel
avait fait abandonner le ciseau, et c'est à ce
collaboration que sont dues la plupart des no
breuses sculptures demajoHquequisont conai
sous le nom de Luca seul. Vasari regarde com
son chef-d'œuvre la petite coupole ayant
centre le Saint-Esprit et aux pendentifs les Év
gélistes à S.-Minialo al Monte, près Fioren
Indiquons dans cette ville la décoration de
chapelle des Pazzi (cloître de Santa-Croce), t
belle lunette représentant l'^nnoncia^io«(gra
cloître de l'Annunziata), quatre bas -reliefs c(
serves à l'Académie des beaux-arts, La Madi
entre saint François et sainte Ursule, la i
surrection de Jésus-Christ , gravée par Ci
gnara (t. II, pi. 22), Saint Augustin, et j
i
(I) Là, s'il ne put soutenir complétenoent la concurre |
de Donatello, qui avait été chargé de l'autre orgue, ce
fut que parce que dans son travail celui cl avait su «
culcr l'effet produit par la distance. Aujourd'hui que
bas-reliefs, représentant des chanteurs, sont dans la
lerie publique de Florence et qu'ils sont vus de p
ceux de Luca ne paraissent nullement Inférieur» à c
de son illustre rival.
lâS ROBBIA —
'ierge donnant sa ceinture à saint Thomas.
'isloja possède au-dessus de la porte de sa ca-
fiédrale un beau bas-relief de Luca, La Madone
vec des anges et des séraphins, et une Visi-
ation à l'église de S.-Giovaiini fitor civitas. A
'iterbe, trois bas- reliefs surmontent les portes
e la Madonna-della-Quencia; La Vierge entre
7int Etienne et saint Laurent décore l'entrée
e la cathédrale de Pralo ; à Santa-Maria-della-
cala de Messine, une Madone entourée d'une
uirlande de fruits est connue sous le nom de
(adonna délie frutta. Le musée du Louvre,
itre diverses sculptures de son école , possède
n beau médaillon circulaire de Luca, La Vierge
dorant Jésus, entourée de têtes de chérubins,
. i3. lis et d'églantiers reliés par des rubans.
t Luca peignit aussi avec succès sur des pla-
r{.ies déterre cuite; une application importante
^ ce procédé se voit au tombeau de l'évêque de
iosole Benozzo Federigi. Le style de Luca
lia Robbia tient de celui des œuvres de Ghi-
rti; s'il est un peu plus froid, il conserve fou-
iirs l'ingénuité de l'art du quinzième siècle,
le expression vraie, gracieuse, sans exagéra-
311 , sans manière.
CoBBiA {Agostino delta), frère et élève de
aca, exécuta seul en 1461 une grande entre-
ise qui suffirait à son illustration, la façade
? la confrérie de Saint-Bernardin, dite la Gius-
.://•, à Pérouse; cette façade présente un fron-
iii, trois bas-reliefs, douze figures allégoriques,
quatre statues. Ces belles sculptures sont si-
ees : Opus Augustini Lapicidœ. C'est à tort
1^ Cicognara lui attribue les bas-reliefs de la
;;;ailede la cathédrale de Modène, représentant
\es Miracles de saint Géminien; ils appar-
[eiinent à un artiste étranger à cette famille, et
pi n'a d'autre nom que celui d'Agostino da Fi-
pnze. E. B — n.
Vasari, Baldinuccl, Tlcozzl, Orlandi. — Gaye, Carteggio
l'ff.'» artisti — Cicognara, Storia délia scnltura. — Ro-
ricnoli, Ccnni sturico-artistici di Siena- — Tolomei,
luida di Pistoja. — Gualandi , Memorie di belle-arti. —
Uinpori. Gli artisti negli Stati Estensi. — Kantozzi,
jiiida di Firenze. — H. jiarbet de Jouy, Jjis riella hob-
'a, étude suivie du catalogue de leurs œuvres.
I ROBBIA {Andréa délia), sculpteur, né à
lorence, en 1444, mort en 1527. Neveu de Luca
iiicien et fils de son frère Marco , il employa
ee un égal succès le marbre et la terre cuite
oaillée. ArezzO; Pistoja et Florence possèdent
jusieurs œuvres de cet éminent artiste. Le
usée du Louvre en possède trois , La Vierge
dorant Jésus , une tête de Sainte Anne, frag-
ent, et le Christ guérissant zin malade. Cette
fiultiplicité des travaux d'Andréa s'explique par
longueur de sa carrière, qu'il poussa jusqu'à
jjatre- vingt-trois ans. Trois de ses fils suivirent la
|ême carrière que lui, Giovanni, Luca et Gi-
)lamo.
Giovanni, né en 1470, composa en 1528 la
elle frise de terre cuite émaillée dont il orna
façade de l'hôpital del Ceppo à Pistoja.
KOUV. BIOGR. GENER. — T. XLII.
ROBERJOT
354
Luca n'est guère connu que par les pavages
de terre émaillée que, sous la direction de Ra-
phaël, il exécuta aux loges et dans plusieurs
salles du Vatican.
Girolamo, le plus jeune, conduit par des mar-
chands florentins , alla en France, où il fut em-
ployé par François 1er à Madrid près Paris, à
Orléans , à Fontainebleau , et en divers autres
endroits. On lui doit la statue en marbre de Ca-
therine de Médicis couchée à Saint-Denis sur
le tombeau qu'elle partage avec Henri H. Giro-
lamo étant ainsi devenu fort riche, appela près
de lui son frère Luca, mais celui-ci mourut peu
de mois après son arrivée. Il termina sa car-
rière en France, et avec lui finit cette famille
qui en peu d'années avait porté si haut un art
qui devait s'éteindre avec elle (1). E. B — n.
Barbet de Jbuy, Les délia Robbia.
ROBERJOT [Claude), diplomate français,
né à Mâcon, en 1753, assassiné près de Rastadt
( duché de Bade ), le 28 avril 1799. Il était curé
de sa ville natale lorsque éclata la révolution. Il
fut nommé président de l'administration de son
département, et se maria. Élu député suppléant
de Saône-et-Loire à la Convention, il ne siégea
qu'après le 31 mai 1793 comme successeur de
Carra. Envoyé en Hollande en 1795, il y orga-
nisa le gouvernement républicain, et fit preuve
d'un esprit de conciliation. Lors dé la discus-
sion sur la réunion de la Belgique à la France
(septembre 1798), il fit un rapport remarquable
en faveur de cette mesure. Devenu membre du
Conseil des ^cinq cents, il en sortit le 20 mai
1797, et fut ministre à Hambourg et à La Haye.
De concert avec Bonnier et Jean Oebry, il prit
part aux délibérations orageuses du congrès de
Rastadt. Lorsque les conférences furent rom-
pues et que l'archiduc Charles eut fait signifier
aux envoyés français de quitter le territoire al-
lemand, ces derniers déclarèrent qu'ils parti-
raient sous trois jours, c'est-à-dire le 9 floréal
(28 avril 1799) pour Strasbourg, et ils ajoutè-
rent qu'ils demeureraient dans cette ville, prêts
à renouer les négociations dès qu'on en témoi-
gnerait le désir. Le colonel autrichien Barbaczy,
qui commandait les hussards cantonnés près de
Rastadt, refusa d'accorder une escorte, assu-
rant que leurs personnes seraient respectées.
Roberjot s'éloigna le 9 au soir, en même temps
que ses deux collègues. La nuit était très-sombre.
A cinquante pas de Rastadt, une troupe de hus-
sards fondit sur eux le sabre à la main et arrêta
les voitures. Jean Debry, frappé de quatorze
coups de sabre, fut laissé pour mort; quant à
Bonnier et à Roberjot, ils furent égorgés dans
les bras de leurs femmes et de leurs enfants.
Roberjot venait d'être nommé (mars 1799) au
(I) De nos jours on a tenté avec succès de le faire re-
vivre, et la plupart des qualités qui distinguaient les
œuvres des délia Robbia se retrouvent dans les sculp-
tures de terre émaillée, fabriquées à la manufacture
de porceliiinc du marquis Ginorl à Uoccia près Florence.
12
355 ROBERJOT
Conpeil des cinq cents par le oépartement de
Saône-et-Loire; le conseil anôta ( 29 juin ) que
jusqu'à son remplacement son nom serait pro-
noncé dans chaque appel nominal ; qu'à cet appel
le président répondrait :'« Que le sang des mi-
nistres français assassinés à Rastadt retombe sur
la maison d'Autriche ! » et que la place de Ro-
berjot serait occupée par un costume couvert
d'un crêpe noir. Une fête funèbre fut décrétée
en l'honneur de Bonnier et de Roberjot : Marie-
Joseph Chénicr y célébra leur mémoire dans un
discours éloquent (8 juin, 20 prairial), et Garât
prononça leur oraison funèbre. Une pension
et une maison nationale furent accordées à la
famille de Roberjot. 11 avait publié avant la ré-
volution plusieurs mémoires sur des questions
agricoles.
TMera, Histoire de la révolution française, t. VIII,
liv. X Ll. — Le Moniteur universel.
ROBERT (Saint), fondateur de l'ordre de
Cîteaux, né en Champagne, en 1018, mort à
Molesme, le 21 mars lllO. Issu de parents no-
bles, il se fit religieux dès l'âge de quinze ans
dans le monastère de Moutier-la-Celle, près de
Troyes, oti quelques années après il fut élu
prieur, d'un consentement unanime. Devenu plus
tard abbé de Saint-Michel de Tonnerre , il es-
saya, mais inutilement, d'y raviver la ferveur.
Il était prieur à Saint-Ayoul de Provins lorsque
le pape Alexandre îï lui ordonna d'aller gou-
verner les ermites de Colan, entre Tonnerre et
Chablis. Comme cette solitude était malsaine,
Robert les conduisit dans le désert de Molesme
{ diocèse de Langres ), où il jeta en 1C75 les fon-
dements d'un monastère en l'honneur de la
Vierge. Le relâchement s'étant introduit dans
cette maison avec l'abondance, il quitta Mo-
lesme avec vingt compagnons , et s'établit dans
un lieu appelé Cîteaux, près de Dijon. Ce terri-
toire appartenait à Renaud, vicomte de Beaune,
qui accorda autant d'espace qu'il en fallait pour
bâtir un monastère. Robert, élu abbé, reçut le
bâton pastoral des mains de Gaultier, évêque
de Chàlon, qui érigea le nouveau monastère en
abbaye (21 mars 1098). Tels furent les com-
mencements de la maison et de l'ordre de Cî-
teaux. Les ordres du pape rappelèrent Robert à
Mole