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Full text of "Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter;"

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NOUVELLE 

BIOGRAPHIE GÉNÉRALE 

DEPUIS 

LES TEMPS LES PLUS RECULÉS 

JUSQU'A NOS JOURS. 



TOME QUARANTE-DEUXIÈME. 



Renoult. — Saint-André. 



TyPOCr.Al'IlIE DE II. FIIilMhN BJDOT. — MESNIL (eURE). 



NOUVELLE 

BIOGRAPHIE GÉNÉRALE 

> DEPUIS 

LES TEMPS LES PLUS RECULÉS 

JUSQU'A NOS JOURS, 

AVEC LES RENSEIGNEMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 

ET l'indication DES SOURCES A CONSULTER ; 
PUBLIÉE PAR 



SOQS LA DIRECTION 

DE M. LE D'^ HOEFER. 



®0mc (ihx\axanU=Bmmme. 



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PARIS, 

FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C'«, ÉDITEURS, 

laiPRiaiEURS-LIBRAIRES DE l'iNSTITUT DE FRANCE, * 

RUE JACOB, S6. » *\ 

M DCCG LXVI. 
Les éditeurs se réservent le droit de traduction et de reproduction à l'étranger. 



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NOUVELLE 

BIOGRAPHIE 

GÉNÉRALE 

DEPmS LES TEMPS LES PLUS RECDIÉS JUSQU'A NOS JOURS. 



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RENOCLT {Jean- Baptiste), controversiste 
français, né vers 1664. Après avoir passé quatre 
anaées dans l'ordre des Cordeliers, il déposa le 
froc, et passa en 1693 à Londres, pour professer 
ouvertement le calvinisme, qu'il avait embrassé. 
Il desservit l'église de Hungerford (1706), puis 
celle de la Pyramide (1710), et fut ensuite appelé 
comme pasteur en Irlande. On ignore l'époque 
de sa mort. Ses ouvrages sont : Le vrai tableau 
du papisme; Londres, 1698, in-8'; — Taxe de 
la chancellerie romaine; Londres, 1701, in 8°; 
trad.de Du Pinet, avec des additions;— Les 
Aventures de la Madona et de François d'As- 
sise; Amst., 1701, 1750, in-12; — L'Antiquité 
et la perpétuité de la religion protestante ; 
ibid., 1703, in-S"; Genève, 1737, in-8o;Neuf- 
cbâtel, 1821, in-8° : non-seulement la religion 
protestante est , d'après Renoult , aussi ancienne 
que le monde, mais Dieu en est l'auteur, et à la 
fia des siècles elle passera de la terre au ciel, où 
elle n'aura jamais de fin ; — Histoire des va- 
riations de l'Église gallicane ; ibid., 1703, 
in.l2,etc. On lui a attribué une version de 
Y Histoire d'Olimpia Maldachini de Leti 
(Leyde, 1666, in-12), qui est sans doute l'œuvre 
d'un homonyme. 

Haag frères, La France protestante. 

RBNOCVIER (Jules), archéologue français, 
né à Montpellier, le 13 décembre 1804, mort à 
Paris, en septembre 1860. Son père, député de 
l'Hérault de 1827 à 1834, fut l'un des 221, 
et vota constamment avec l'opposition. En 1829, 
après avoir fait de bonnes études, Jules Renou- 
vier se rangea parmi les socialistes saints-simo- 
niens dirigés par Bazard ; mais il se sépara de 
cette secte en 1831, lorsqu'elle tomba dans les 
aberrations mystiques d'Enfantin, et il resta dans 
les rangsdupartidémocratique. La politique nefut 
pourtant pas son occupation exclusive, et depuis 
1832 il se livra à de sérieuses études archéolo- 
giques, et participa à la rédaction de plusieurs 

KODV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XLtI. 



recueils spéciaux. Ses diverses publications le 
firent alors nommer inspecteur divisionnaire des 
monuments historiques et correspondant du 
ministère de l'instruction publique pour les tra- 
vaux historiques, fonctions gratuites. En 1846 
il sollicita en vain les suffrages des électeurs 
de Lodève pour entrer à la chambre des dé- 
putés. Membre de la commission administra- 
tive qui, le 25 février 1848, proclama la ré- 
publique à Montpellier, il fut quelques jours 
après nommé commissaire général du gouverne- 
ment pour le département de l'Hérault, aban- 
donna son traitement à l'État, et conserva ses 
fonctions jusqu'au 3 avril. Nommé représentant 
du peuple, il vota à la Constituante avec le parti 
démocratique, fit partie de la gauche modérée 
sous l'administration du général Cavaignac , et 
plus tard , désapprouvant la politique du prince 
Louis-Napoléon, vota pour la mise en accusation 
du président et de ses ministres à l'occasion des 
affaires de Rome. Non réélu à l'Assemblée légis- 
lative, Renouvier revint à ses travaux de pré- 
dilection. Outre de nombreux articles dans la 
Revue universelle des arts, la Gazette des 
beaux -arts, le Bulletin monumental de 
M. de Caumont, les Mémoires de la Société ar- 
chéologique et ceux de l'Académie de Mont- 
pellier, on a de lui : Monuments de quelques 
anciens diocèses du bas Languedoc; Montpel- 
lier et Paris, 1835-1840, in-4''; — Des vieilles 
maisons de Montpellier ; ibid., 1835, in-8»; — 
Essai de classification des Églises d'Au- 
vergne; Caen, 1837, in-8°; — Notice sur la 
peinture sur verre et sur mur dans le midi 
de la France; Caen, 1839, in-8"; — Notes sur 
les monuments gothiques de quelques villes 
d'Italie : Pise, Florence, Rome, Naples; 
Caen, 1841, in-8°; — Idées pour une classi- 
fication générale des moMMmenfs; Montpel- 
lier, 1847, in-4''; — Les Grisettes de race; 
Montpellier, s. d. (1851), in-8'' : publication ano- 



REKOUVÎEB. — REPELAER VAN DRIEL 



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nyme; — Des Types et des Manières des 
maîtres graveurs ;Moniçit\\Kr, 1853-56, 4 part. 
iD-4° ; l'un des meilleurs ouvrages qui aient paru 
jusqu'à ce jour sur la gravure et les graveurs; 
— Les peintres et les enlumineurs du roi 
René; Une Passion de 1446, suite de gravures 
au burin, les premières av date; Montpellier, 
1857, in-4°; — Les peintres de Pandémie 
école hollandaise. Gérard de Saint-Jean de 
Sarlem; Paris, 1857, in-8°; — Des gravures 
en bois dans les livres d'Anthoine Vérard, 
imprimeur ; Paris, 1859, in-so; — Histoire 
de l'origine et des progrès de la gravure 
dans les Pays-Bas et en Allemagne jusqu'à 
la fin du quinzième siècle; Bruxelles, 1860, 
in-80 ; — Des gravures sur bois dans les li- 
vres de Simon Vostre, libraire d'heures, avec 
un avant-propos par G. Duplessis; Paris, 1862, 
in-8°. Renouvier a laissé en manuscrits des Re- 
cherches sur l'Histoire de la gravure en 
Italie et en France , une notice sur Jehan de 
Paris, une étude sur Greuze, couronnée par l'A- 
cadémie de Dijon, et un travail sur les gra- 
veurs de la révolution. F. 

Docum. part. — Kisquet, Biogr. de l'Hérault. 

RENTY {Gaston-Jean-Baptiste , baron de), 
né en 1611, au- château de Béni près Bayeux, 
mort le 24 avril 1648, à Paris, issu d'une an- 
cienne maison d'Artois, il voulut .trer dans un 
couvent des chartreux, et ce fut pour complaire à 
ses parents qu'il embrassa la carrière des armes. 
Il servit avec distinction dans les guerres de 
Lorraine. Cinq ans après avoir épousé une 
demoiselle de la maison d'Éntragues, il se 
retira de la cour (1638), et se consacra tout en- 
tier au service de la religion. Il fut le pre- 
mier à assister les pauvres anglais catholiques 
réfugiés en France, fit faire à ses dépens plu- 
sieurs missions dans les provinces, et institua, 
de concert avec le bon Henry, des sociétés d'ar- 
tisans pour vivre ensemble comme les premiers 
chrétiens, en sorte que tout le gain de leur tra- 
vail fût commun et que le surplus du nécessaire 
fût employé au soulagement des pauvres. Plu- 
sieurs établissements de ce genre subsistèrent 
jusqu'à la révolution , entre autres parmi les 
tailleurs et les cordonniers. 

Le P. Giry, f^ie des (jrands serviteurs de Dieu. — Le 
P. de Saint-Jure, La f^ie de M. de Henty. ou le modèle 
d'un parfait chrétien; Paris, 1651, In-i" et in 12 ( cet ou- 
vrage a eti un grand nombre de réimpressions ]. 

RENUCCi ( Francesco-Ottaviano) , historien 
italien, né le 15 août 1767, à Pero, en Corse, 
raort le 23 juin 1842, à Bastia. Dès sa plus 
tendre enfance il fit de la littérature italienne son 
étude favorite; en 1789 il célébra en vers ita- 
liens le retour de Paoli. Bientôt il passa en Italie, 
reçut à Gènes la consécration sacerdotale, et 
n'en coniinua pas moins ses études au séminaire 
des oblats à Milan ainsi qu'au gymnase de Brera. 
Lors de l'entrée des Français à Milan (1796), il 
fut mis en rapport avec I3onaparte et Saliceti, 
ses compatriotes. P.cnvoyé en Corse pour aider 



de sa plume les généraux Gentili et Casalta, 
qui devaient débarrasser l'île de la domination 
anglaise, il fut ensuite chargé de quelques fonc- 
tions administratives, et organisa l'instruction 
publique dans le département du Golo. En 1804 
il professa la rhétorique à Bastia, dans une école 
qui fut transformée en collège et dont il devint 
le premier principal ; après avoir perdu cette 
place sous le règne de Charles X, il suivit la car- 
rière du barreau, et fut nommé bâtonnier de 
l'ordre des avocats. On a de lui : Novelle sto- 
riche cor^e ( Bastia, 1828, in-8"),et Storia 
di Corsica dal 1789 sino al 1830 (ibid.,1833- 
34, 2 vol. in-8°, fig. ). 
Tipaldo, Biogr. degli Ital. illustri, X. 

REMUSSON {Philippe de), jurisconsulte 
français, né au Mans, le 11 septemljre 1632, mort 
à Paris, au mois d'août 1669. Son grand-père et 
son père, Félix et Gabriel de Renusson, avaient 
exercé avec éclat la profession d'avocat au siège 
présidial du Mans. En 1653, il se fit recevoir dans 
l'ordre des avocats au parlement de Paris. A 
quarante-neuf ans il passait pour un des plus 
habiles jurisconsultes. On a de lui : Traité des 
propres réels, réputés réels ou convention- 
nels; Paris, 1681, in-fol.; quatre éditions in-4'>; 
— Traité de la subrogation de ceux qui suc- 
cèdent au lieu et place des créanciers; Paris, 
1685, 1742, in-4"; — Traité de la commu- 
nauté des biens entre l'homme et la Jemme 
conjoints par mariage; Paris, 1692, in-fol.; — 
Traité du douaire et traité du droit de 
garde noble et bourgeoise; Pan?,, 1699, in-fol. 
et in-4°, et 1733, in-4''. Les œuvres de Renusson 
ont été recueillies à' Paris, en 1760, in-fol., par 
les soins de J.-A. Sérieux et de Boucher d'Argis, 
avocats au parlement ; la troisième édition ( Paris, 
1780, in-fol.) est la plus complète. Ad. — H. 

Préface de l'édition des OEiivres de Renusson. — 
B. Hauréau, Hist. litt. du Maine, t. Il, p. 403. — N. Des- 
poites, liibUogr. du Maine. 

RES7.Ï {Antonio), littérateur italien, né en 
1780, à Castelsalfi (diocèse de Volterre), niori 
en 1823, à Florence. A peine âgé de vingt ans i! 
occupait la chaire de philosophie au collège do 
Pistoie. Ayant embrassé l'état ecclésiastique pour 
se rendre aux désirs de sa mère, il commença 
par se livrer à la prédication, puis il entra comme \ 
précepteur dans une riche famille de Florence. 
Sous l'empire il eut occasion de se lier avec Cu- 
vier et Degerando, qui lui firent obtenir une 
place dans l'administration. Après 1814, il fonda 
un journal littéraire, et fut chargé par Molini de 
surveiller l'impression de quelques classiques 
italiens, entre autres V Orlando furioso et les 
Rime de l'Arioste, qu'il accompagna d'excel- 
lentes notes critiques. Après avoir fait un voyage 
à Paris, il devint un des rédacteurs de X'Antho- 
logia de Florence. 

J.-l!. Niccollnl, dans la Biogr. degli Ital. illustri, III. 

REPELAER VAN DRIEL ( Ohker, chevalier), 

homme d'État hollandais, né à Dordrecht, en 

1759, mort à La Haye, le 2 octobre 1832. U 



REPELAER VAN DRIEL — REPNINE 



était en 1794 commissaire général de l'adminis- 
tration des vivres de l'armée, et malgré son op- 
position à l'établissement de la république ba- 
tave, sa probité bien connue lui fit obtenir, d'a- 
près le compte qu'il présenta, le rembourse- 
ment des sommes que l'État lui devait. En 1795, 
il fut accusé de correspondance avec la famille 
de l'ancien stalhouder, et condamné à cinq ans 
de détention , bien que Van Maanen, alors fiscal 
du gouvernement, et depuis ministre de la jus- 
tice du roi des Pays-Bas , eût requis contre lui 
la peine de mort. Après le remaniement de la 
constitution opéré en 1801 , Repelaer van Driel 
dervint membre du corps législatif. Conseiller 
d'État pendant l'existence du royaume de Hol- 
lande, il présenta au corps législatif les projets 
des nouveaux codes, puis vécut dans la retraite 
quand son pays fut réuni à la France. Il se mêla 
activement, en 1813, au mouvement national 
qui éleva au trône le fils du dernier stathouder, 
et fut d'abord directeur général du Waterstaat, 
et ensuite commissaire général de l'instruciion 
publique, des arts et des sciences, fonctions 
dont il se démit en 1817. L'année suivante, il 
entra, comme membre honoraire , à l'Académie 
royale de Bruxelles. Après la révolution de 1830, 
il se retira à La Haye. E. R. 

Galerie historique des contemp., t. VIII.'— Bibliogra- 
phie académique. —Renseignements particuliers. 

REPNINE (Princes), famille russe très-an- 
cienne, issue, dit-on, en ligne directe de S. Mi- 
chel de Tchemigof, mais éteinte, quant aux 
mâles, depuis 180t, et dont le nom est aujour- 
d'hui porté par un prince Volkonski, qui en des- 
cend par les femmes. 

Parmi les membres les plus célèbres de cette fa- 
mille, que quelques généalogistes font remonter 
à Rurik, nous mentionnerons le prince Anikita- 
! Ivanovitch Repnine (1668-1726), un des plus 
! brillants compagnons d'armes de Pierre le Grand, 
qui le. nomma feldmaréchal général et président 
du collège de la guerre, en 1724, le jour du 
couronnement de l'impératrice; son fils, Vassili- 
AniMtitch, mort à Kulmbach, le 31 juillet 1748 
(v. st.), qui fut grand maître de l'artillerie et 
commanda le corps auxiliaire russe qu'on en- 
voya, en 1748, pour soutenir les armes de Ma- 
rie-Thérèse, et qui pénétra jusqu'au Rhin; en- 
fin, le fils de celui-ci, Nicolas-VassUiévitcfi, un 
des hommes les plus remarquables des règnes 
de Catherine II et de Paul 1er. « Grand guer- 
rier, grand politique, grand administrateur, 
grand homme d'État, dit de lui le prince P. Dol- 
goroukow, il aborda toutes les carrières, et il ex- 
cella dans toutes. » 

Quoi qu'il en soit, ce prince Repnine, le der- 
nier de la famille, naquit le 11 (22) mars 1734. 
Nous ne nous occuperons pas de sa jeunesse, qui 
fut brillante et dissipée; volontaire au service 
de la France, Il Gt la guerre de Sept ans, et 
vint plusieurs fois prendre ses quartiers d'hiver 
à Paris. Il avait trente ans lorsqu'il parut sur 



la scène politique; depuis, son nom est resté 
attaché à l'histoire des malheurs de la Pologne. 
Repnine ayantété lié avec Stanislas Poniatowski, 
que Catherine H voulait élever au trône de ce 
pays, il fut proposé par son oncle, le ministre 
Panine, pour aller soutenir cette candidature, 
qui réussit, comme c ' «iait. Peu de jours après 
l'élection (1764) mourut le comte Kayserling, 
ministre plénipotentiaire de l'impératrice près de 
la république ; et le jeune prince, déjà muni du 
grade de général major, fut accrédité à sa place. 
S'appuyant sur une armée russe de quarante 
mille hommes, il ne tarda pas à traiter la Po- 
logne en maître, et n'épargna aucune espèce d'hu- 
miliation à une nation fière et vaillante, mais dé- 
vorée par l'anarchie; le fantôme de roi qu'elle 
s'était donné éprouva le même sort. On peut 
voir dans Rulhière à quel excès d'arrogance 
Repnine se livra, surtout dans l'affaire des dis- 
sidents, où l'intolérance des diètes donna prise à 
ses puissants voisins sur une proie qu'ils convoi- 
taient. Ce fut lui qui, dans la nuit du 13 octobre 
1767, fit arrêter et déporter les évoques de Cra- 
covie et de Kiiow, avec les frères Rzewuski et 
d'autres patriotes récalcitrants, « pour avoir 
manqué, disait-il dans une note justificative, par 
leur conduite, à la dignité de S. M. T., en atta- 
quant la pureté 'de ses intentions salutaires , dé- 
sintéressées é amicales pour la république. » 
Le 24 février 1768, il signa un traité d'amitié 
avec cette dernière à Varsovie; mais la confédé- 
ration de Bar retint en Pologne les troupes 
russes qui en opéraient lentement l'évacuation. 
Alors le prince Repnine fut rappelé et envoyé à 
l'armée du Danube; car les Turcs, alarmés de 
l'intervention permanente des Russes en Po- 
logne , venaient de leur déclarer la guerre. A la 
tête d'un corps d'armée, sous le commande- 
ment en chef de Roumantsof , il prit part à tous 
les principaux événements de cette guerre, et ce 
fut lui qui signa la paix de Koutchouk-Kaïnardjî, 
en 1774. Pour prix de ces services, il fut promu 
du grade de lieutenant général à celui de général 
en chef, décoré des plaques de plusieurs ordres, 
et envoyé comme ambassadeur à Constantinople, 
où ses efforts pour prévenir la rupture de la 
paix par les Turcs furent couronnés de succès. 
Peu de temps après, Catherine II, voulant être 
agréable à Frédéric le Grand, se chargea d'une 
médiation armée dans l'affaire de la succession 
de Bavière, et envoya sur les frontières de la 
Galicie un corps de troupes commandé par Rep- 
nine, qui avait aussi les instructions nécessaires 
pour négocier. Son arrivée à Breslau (20 dé- 
cembre 1778) hâta la fin de la'guerre : un con- 
grès se réunit à Teschen (22 mai 1779), et l'on y 
conclut un traité que le prince signa au nom de 
l'impératrice, qui, de concert avec la France, en 
garantissait l'exécution. Lorsque les hostilités 
éclatèrent de nouveau avec les Turcs, et que le 
feldtnaréchal Roumantsof résigna le comman- 
dement de l'armée d'Ukraine pour ne pas rester 

1. 



REPNINE — REPTON 



sous les ordres de l'arrogant Potemkine (voy. 
ce nom), on en chargea le prince Repnine. En 
l'absence du généralissime, celui-ci passa le 
Danube, et remporta (10 juillet 1791) la bataille 
de Matchine. Cette victoire lui valut l'ordre de 
Saint-Georges de 1'" classe, et amena aussi les 
préliminaires du traité de Jassy, conclu en 1792; 
mais elle irrita contre lui le favori, qui sut faire 
partager son mécontentement à l'impératrice. 
Alors Repnine se retira à Moscou, où se forma 
sous ses auspices une loge cabalistique de la 
secte des martinistes, composée en grande par- 
tie de mécontents. Le gouvernement sévit contre 
les sectaires; Repnine lui-même fut mandé à 
Saint-Pétersbourg ; cependant tout s'arrangea. Il 
fut nommé gouverneur général de l'Esthonie et 
de la Livonie; puis, après le second partage de 
la Pologne, la Lithuanie lui fut également con- 
fiée. 11 eut môme un instant le commandement 
de l'armée destinée à vaincre la résistance des 
patriotes; mais ses opérations, trop lentes, lui 
firent préférer Souvorof, son ancien subordonné, 
qui obtint alors le grade de feldmaréchal. Après 
avoir tant contribuée l'élection de Stanislas Po- 
niatowski, C3 fut Repnine qui dut lui annoncer 
sà déchéance. Catherine avait ainsi atteint son 
but; mais peu de mois après elle mourut, et son 
successeur Paul 1er conféra enfin au prince , le 
23 novembre 1796, le grade de feldmaréchal, qu'il 
n'avait pu obtenir jusque-là. En 1798, le tsar 
l'envoya à Berlin avec la mission secrète de dé- 
cider la Prusse à entrer avec lui dans la nou- 
velle coalition contre la France ; mais n'ayant 
pas réussi dans cette négociation, Repnine fut re- 
léguée Moscou, où il mourut, le 12 (24) mai 1801. 
Ruihière nous a tracé son portrait. Le prince 
P. Dolgoroukow cite de lui des traits de générosité j 
qui fonfi honneur à son caractère; et il se trouve ' 
en cela d'accord avec le major Masson, qu'on ne 
peut accuser de partialité en faveur de Repnine. 
Après sa mort, l'empereur Alexandre ( 24 juillet 
1801) fit passer ce nom illustre au prince TVicoto- 
Grigoriévitch Volkonski, petit-fils du feld- 
maréchal par sa mère, qui avait épousé le géné- 
ral en chef prince Grégoire Séménovilch Vbl- 
khonski, mort en 1824. C'est ce prince Repnine 
qui, colonel d'un régiment de la garde à la bataille 
d'Austerlitz, fut fait prisonnier par le général 
Rapp; il ne rentra en Russie qu'après le traité 
de Tilsilt. Promu général major en 1809, il M 
successivement nommé ministre plénipotentiaire 
en Westphalie et en Espagne ; mais Napoléon l" 
mit obstacle à son voyage lorsqu'il se rendit à 
cette dernière destination. Le prince Repnine- 
Volkonski prit part ensuite à la grande guerre 
nationale , après l'invasion des Français , et fut, 
de 1813 à 1814, chargé du gouvernement de la 
Saxe. Il obtint alors le grade de lieutenant gé- 
néral, devint adjudant général de l'empereur 
Alexandre et gouverneur général de la Petite- 
Russie. En 1828, Nicolas T'ie nomma général (en 
chef) de la cavalerie et en 1834iirappelaau con- 



seil de l'empire, poste que le prince ne conserva 
que jusqu'en 1836 . De sOn mariage avec une coir.- 
tesse Razoumofski il eut un fils et plusieurs filles. 
[J.-H. ScHNiTZLER, daus l'Enc. des G. du M.] 

p. Dolgoroukow, Notice sur les principales familles 
russes. — Rulhlèrc, Uist. de fanarchie de Pologne. 

*REPP ( Thorleif-Gudmundson) , érudit is- 
landais, né le 6 juillet 1794, à Reykiadal, où son 
père était ecclésiastique. Après avoir terminé 
ses classes à l'école de Bes.sastad, il vint en 1814 
à Copenhague, fréquenta les cours de l'univer- 
sité, et y prit en 1823 le diplôme dé docteur en 
philosophie. En 1821 il avait visité l'Angleterre. 
A la recommandation de Rask et de Miiller, il 
fut choisi en 1825 comme sous-bibliothécaire de 
la bibholhèque des avocats à Edimbourg; mais 
à la suite de quelques différends avec les admi- 
nistrateurs de cet établissement, il donna sa dé- 
mission en 1834, et en 1837 U retourna à Co- 
penhague, où il enseigna la langue et la litté- 
rature anglaises. Repp, qui connaît la plupart 
des langues de l'Europe , a publié des ouvrages 
en latin , en danois et en anglais ; nous citerons 
de lui : Laxdsela saga, sive Historia de ré- 
bus gestis Laxdxlensium ; Copenhague, 1826, 
in-4° ; il a ajouté à cette saga inédite, et extraite 
des papiers de Magnussen, une traduction latine 
et trois dissertations ; — A historical ireatise 
on trial by jury, wager of law and other 
coordinaie forensic institutions, formerly in 
îise in Scandinavia and Iceland; Edimbourg, 

1832, in-8°; — On the language of Palestine 
in the time of Christ and the Apostles ; ibid., 

1833, in-12; Irad. de l'allemand, avec des notes; 
— Lûcke's- Commentary on the Epistles of 
S. John; ibid., 1836, in-12; trad. de l'alle- 
mand; — Alexander Burnes's Reise paa In- 
dus floden i Aaret 1831; Copenhague, 1839; 
trad. de l'anglais; — english stories ; ibid., 
1842; — Dano-Magyariske Opdagelser (Dé- 
couvertes dano-hongroises); ibid., 18,43, in-S", 
où il fait ressortir avec plus d'originalité que de 
vraisemblance certains points de contact entre 
les deux races ; — Danish english dictio- 
wa/j^;(àbid., 1845, in-12 : en société avec Fer- 
raid, n a fourni des articles à plusieurs revues 
anglaises et danoises. 

Erslew, Forfatter Lexicon. 

REPTON (Humphrey) , jardinier paysagiste 
anglais. Ré le 2 mai 1752, à Bury-Saint-Edmund, 
où son père était collecteur des douanes , mort 
le 24 mars 1818, à Harestreet (Essex). Destiné 
au commerce, il eut à peine terminé ses classes 
au collège de Norwich qu'il fut placé chez un 
négociant de cette ville; mais il consacra tous ses 
loisirs à la poésie, à la musique et surtout au 
dessin. A vingt et un ans il se maria, et reçut de 
son père les moyens d'entreprendre les affaires 
à son compte; tout alla bien pendant quelques 
années; puis les mauvais jours arrivèrent, et 
avant d'être tout à fait ruiné , il renonça à une 
carrière pour laquelle il n'avait aucun goût (1778) 



g REPTON - 

et acheta un petit bien dans le comté de Nor- 
folk, où il s'occupa d'agriculture. Un de ses voi- 
sins et amis, W. Windham , secrétaire du vice- 
roi d'Irlande, lui offrit en 1783 une place dans 
l'administration de ce pays, et l'emmena avec lui ; 
le triomphe du parti whig fut de si peu de durée 
que Windham et Repton résignèrent leurs em- 
plois l'année suivante. Ce dernier, obligé de res- 
treindre ses dépenses, se retira dans l'Essex, 
à Harestreet (1784), dont le séjour lui plut telle- 
•ment que dans la suite il ne voulut plus s'en 
éloigner. Il tenta encore la fortune dans l'indus- 
trie, ya de nouveaux revers, et ce fut enfin 
pour se tirer d'embarras qu'il eut recours à ses 
ressources naturelles ; il se fit jardinier paysa- 
giste. Grand admirateur de Brown, il le choisit 
d'abord pour modèle, et prit part en sa faveur 
à la polémique engagée entre Uvedale Price et 
Payne Knight. Bientôt, donnant l'essor à son gé- 
nie , il rectifia et perfectionna les idées de son 
devancier, et mérita autant que lui le surnom 
de législateur des jardins. La plupart des rési- 
dences seigneuriales de l'Angleterre lui durent 
d'importantes améliorations dans le genre pitto- 
resque. En 1811 une chute de voiture lui endom- 
magea si gravement l'épine dorsale qu'il resta 
invalide jusqu'à l'époque de sa mort. Nous cite- 
rons de lui : Varieiies; 178S, in-12; — Sket- 
ches and hints on landscape gardening ; 
1794, in-4°; — Observations on the theory 
and practice of landscape gardening; 1803, 
in-4°; — Odd whims; 1804, 2 vol. in-S"; 
réimpr. de divers morceaux, auxquels il ajouta 
une comédie et des poésies; — Inquiry in to 
the changes oftaste in landscape gardening ; 
1806, in-8°; — Fragments on the theory and 
practice oj landscape gardening ; 1816, in-4'', 
avec pi. Repton a laissé en outre un très-grand 
nombre de manuscrits sur divers sujets , entre 
autres des Souvenirs de sa vie privée; ses tra- 
vaux relatifs à l'art des jardins ont été réunis 
par J.-C. Loudon (Londres, 1840, in-S"). 

Annual biography, 1818. — Loudon, Notice dans le 
recueil indiqué. 

REQUEKO Y VIVES (Viccnte) , antiquaire 
espagnol, né en 1743, à Calatraho (Aragon), 
mort le 17 février 1811, à Tivoli. A l'âge de qua- 
torze ans il entra dans la Compagnie de Jésus. 
Lorsqu'elle eut été expulsée de la monarchie 
espagnole par l'influence du comte d'Aranda 
(1767), il quitta son pays, et s'embarqua avec 
an grand nombre de ses confrères pour l'Italie ; 
il s'établit à Rome, et s'y adonna aux recherches 
d'érudition ainsi qu'à son goût pour les beaux- 
arts. A la fin du siècle dernier, il revint en Es- 
pagne , et les savants travaux qui l'avaient fait 
connaître lui valurent son admission dans l'A- 
cadémie royale d'Aragon et la place de conser- 
vateur du cabinet des médailles de cette société. 
Ayant appris que les Jésuites avaient été rétablis 
dans les Deux-Siciles, il se hâta de repasser la 
mer; mais il mourut à Tivoli, avant d'avoir pu 



REQUIER 10 

se réunir à ses anciens confrères. On a de lui : 
Saggio sul ristabilimento dell' antica arte 
de' greci e de' romani pittori ; Venise, 1784, 
in-4''; réimpr. avec des additions, Paris, 1787, 
2 vol. in- 8° : c'est moins un essai qu'un traité 
complet et plein d'expériences curieuses de la 
peinture chez les anciens ; — Principj, pro- 
gressi e ristabilimento dell' arte di parlare 
da lungi in guerra; Turin, 1790, in-8'' : traité 
des signaux en usage dans l'antiquité ; — Sco- 
perta délia chironomia ; Parme, 1797, in-8» : 
il s'agit de l'art de s'exprimer par le moyen des 
doigts, moyen déjà connu depuis des siècles, 
puisqu'on a retrouvé dans les écrits de Bède un 
opuscule De loquela pergestum digitorum; 
— Saggi sul ristabilimento delV arte di di- 
pingere alV encausto degli antichi; Parme, 
1798, 2 vol. in-8°; avec un Appendice, Rome, 
1806, in-S" : les essais fort intéressants auxquels 
s'est livré l'auteur rendent son ouvrage précieux 
aux artistes, même après celui de Caylus sur le 
même sujet ; — Saggio sul ristabilimento dell' 
arte armonica de' greci e romani cantori; 
Parme, 1798, 2 vol. in-S"; — Medallas ine- 
ditas an liguas existentes en el museo de la 
real Sociedad Aragonesa; Saragosse, 1800, 
in-4'' : le seul écrit espagnol de l'auteur; — 
Esercizj spirituali; Rome, 1804, in-8*'; — 
Tamburo per/ezionato ; ibid., 1807, in-8°; il 
y propose divers moyens de changer le bruit du 
tambour en sens harmonieux , moyens dont le 
Magasin encyclopédique de 1807 (t. V, p. 185) 
a rendu compte , et qui, pour le malheur des 
oreilles délicates, restent encore à appliquer; — 
Osservazioni sulla chirotipografia ; Rome, 
1810, in-12 : il s'efforce de prouver que l'im- 
primerie était connue et pratiquée avant le 
quinzième siècle. P. 

Caballero, Stippl. à la Bibl. Soc. Jesu. 

REQUESENS. Voy. ZONIGA. 

rEQ€ier (Jean-Baptiste), littérateur fran- 
çais, né le 24 juin 1715, à Pignans (Provence), 
mort en 1799. Il passa d'abord quelque temps 
dans la congrégation de l'Oratoire. Son début 
dans la carrière des lettres fut marqué par une 
Ode pour le rétablissement de Louis XV, 
couronnée par l'Académie de Marseille. Il vint 
ensuite à Paris, et s'y fit connaître par des tra- 
ductions d'après la langue italienne, qu'il possé- 
dait fort bien. II exerça les fonctions d'inspec- 
leur des études à l'École militaire. On a de lui : 
La Fontaine de Jouvence, ballet; Toulouse, 
1756, in-12; — Recueil de tout ce qui a été 
publié sur la ville d'Herculane; Paris, 1757, 
in-12 ; — Vie de G. Manetti, sénateur de Flo- 
rence; La Haye (Paris), 1762, in-12 : écrite d'a- 
près des notices italiennes ; — Vie de Peiresc; 
Paris, 1770, in-12. Il a traduit de l'italien l'^w- 
toire des révolutions de Florence (1754) de 
Varchi , le Mercure (1755, 18 vol. in-12) et les 
Mémoires secrets (1767-1785, 24 vol. in-12) de 
Vittorio Siri, la Vie de Philippe Strozzi (1762>, 



1 1 REQUIER — RESCHID 

VEsprit des lois romaines (1776, 3 vol. in-12) 
de Gravina, etc., et du grec les Hiéroglyphes 
d'Horapollon (1779, in-12). 

Achard, Dict. hist. de la Provence, II. — Quérard, 
France littér. 

REQUIN (Achille- Pierre), médeciu français, 
né le 15 août 1803, à Lyon, mort le l*"" janvier 
1855, à Paris. Il était fils d'un ancien adjudant 
général, nommé sous l'empire entreposeur prin- 
cipal des tabacs à Lyon, et que le retour des 
Bourbons réduisit à la retraite et à un dénû- 
ment presque absolu. Après avoir terminé ses 
études au collège Bourbon, à Paris, il suivit les 
cours de la faculté de médecine, et soutint en 
1829 sa thèse inaugurale, publiée sous le titre de 
Quelques propositions de philosophie médi- 
cale. Il professa avec distinction la physiologie 
et l'hygiène à l'Athénée , concourut quatre fois 
pour l'École de médecine, et fut en 1836 attaché 
au bureau central. L'année précédente il avait 
reçu la croix de la Légion d'honneur en récom- 
pense du zèle qu'il avait déployé à combattre le 
choléra dans le Vaucluse. Après la révolution de 
1848 il fut chargé de suppléer M. Duméril comme 
professeur de pathologie interne à la faculté. Le 
15 mars 1853 il fut élu membre de l'Académie 
de médecine. On a de lui : Notice médicale sur 
Naples; Paris, 1833, in-8°; — Hygiène de 
Vétudiant et du médecin; Paris, 1838, iu-4'', 
— Des purgatifs; Paris, 1839, in-8o; — Élé- 
ments de pathologie médicale; Paris, 1843- 
1845, 2 vol. in-8°; — des thèses de concours, 
des articles dans V Encyclopédie du dix-neu- 
vième siècle, la Gazette médicale, etc. Il a 
publié, avec MM. Genest et Sestier, les Leçons 
-de clinique médicale de Chomel (1834-1840, 
3 vol. in-S"]. 

Sarrut et Saint-Edme, Biogr. des hommes du jour, 
IV, 2« partie. 

SIESCHID {Mustapha), homme d'État otto- 
man, né à Constantinople, en 1799, mort dans 
cette ville, le 7 janvier 1858. Sou père était inten- 
dant des biens delà mosquée de Bajazet. Le jeune 
Reschid apprit à lire et à écrire dans l'école 
(médressé) annexée à cette mosquée, et se fit re- 
marquer dès lors par la pénétration de son es- 
prit et son gotït pour l'étude. Sa mère étant res- 
tée veuve avec quatre enfants, des amis vinrent 
à son secours. Il fut placé chez un professeur 
(hodja), y fit de rapides progrès , et acquit une 
élégance de langage très-estimée chez les Orien- 
taux. Une de ses sœurs avait épousé Isparlali- 
Pacha, gouverneur de Morée. Celui-ci s'attacha 
Reschid, alors âgé de quinze ou seize ans, comme 
secrétaire. Reschid le suivit dans ses différents 
gouvernements et dans la campagne de Grèce. 
Ispartali , qui commandait les Turcs en qualité 
de vizir, mourut peu après la défaite de son ar- 
mée. Reschid passa comme premier secrétaire 
(ùasch-katch) dans les bureaux du gouverne- 
ment à Constantinople. L'empire ottoman traver- 
sait alors une crise périlleuse : la Grèce venait 



12 

de lui échapper, et le sultan Mahmoud II prélu- 
dait à ses réformes. Reschid assista au sanglant 
massacre des janissaires et aux grandes mesures 
qui suivirent. Employé d'abord près de Pertevf- 
Pacha, ministre des affaires étrangères, et ensuite 
près du grand vizir Isset-Pacha, il pt dès lors 
se former des principes politiques dont l'ensemble 
constitue ce qu'on a depuis appelé son système. Il 
eut plus d'une fois à le défendre contre son ami 
Pertew-Pacha, et puisa dans ces diseussions 
mêmes cette ardeur et celte fermeté qu'il mit 
plus tard à le réaliser. Lorsque éclata, en 1828,1a 
guerre avec la Russie , chargé d'une mission en 
Bulgarie, il devint chef de la chancellerie du ca- 
pitan-pacha. Il rendit dans cette occasion aux 
sujets chrétiens de la Porte des services qui n'ont 
pas été assez appréciés. Pendant la première cam- 
pagne, il s'enferma dans Varna, assiégé par les 
Russes , mais il en sortit avant la prise de la 
ville. Après la seconde campagne, il se trouva à 
Andrinople avec les négociateurs turcs , et ne fut 
pas sans doute sans influence sur le traité de 
paix qui y fut conclu. 11 faut louer la douceur 
dont il usa envers les populations chrétiennes 
de la Roumélie pendant sa mission dans cette 
province. Cette conduite lui valut dès lors la 
haine du vieux parti turc, pour lequel il n'é- 
tait « qu'un démon et un vaurien». Mahmoud, 
qui aimait à s'entourer d'hommes capables et 
à s'en servir, éleva Reschid au poste de mi- 
nistre des affaires étrangères (1828). Pertew 
avait contribué à ce rapide avancement. Reschid 
accompagna son prolecteur envoyé en Egypte 
peu après la révolution de 1830. A son retour, 
l'administration de la chancellerie impériale lui 
fut confiée. Cependant Ibrahim-Pacha s'était 
avancé' jusqu'au cœur de l'Asie Mineure. Halii- 
Pacha fut chargé de négocier avec lui. Celui-ci 
emmena Reschid à Kutahia avec l'ambassadeur 
français, M. de Varennes (mars 1833). Encore 
placé au second rang, Reschid fit preuve d'une 
grande habileté. Les Orientaux le regardent 
comme l'auteur du traité de Kutahia, qui passe 
ailleurs pour être l'œuvre des grandes puis- 
sances. Ce traité imposait de pénibles sacrifices 
à la Porte ; mais du moins il sauvait l'exis- 
tence de la Turquie, et c'est peut-être l'acte le 
plus habile de la politique de Reschid. 

A la création des légations permanentes dans 
les cours de l'Europe, il fut envoyé ambassa- 
deur à Paris et à Londres. Il employa le séjour 
alternatif qu'il fit dans ces deux capitales à 
apprendre les langues étrangères. Cette pre- 
mière mission ne dura pas longtemps : Pertew- 
Pacha, nommé grand-vizir dans l'été de 1837, 
le rappela pour lui confier le ministère des af- 
faires étrangères. Il n'avait pas encore quitté 
l'Angleterre que Pertew était renversé et que 
le pouvoir tombait aux mains du parti ennemi, 
c'est-à-dire de Halil et de Khosrew. Pertew 
exilé à Andrinople y fut décapité bientôt après 
(7 novembre 1837). Reschid apprit enroule 



13 

cette catastrophe. Il osa pourtant faire de l'op- 
posilion , et parler en faveur du progrès. Dans 
cette lutte, où il jouait sa tête, il employa 
pour armes la parole auprès d'un prince sou- 
vent peu docile , et dut la victoire à son élo- 
quence. « Le diable reviendra, répétait le peuple, 
car il a bonne langue. » Rescliid profita de son 
crédit ( décembre 1837 à août 1838) pour réor- 
ganiser l'empire. Un conseil d'État, un autre 
conseil pour la direction supérieure des affaires 
furent créés. Cette centralisation administrative 
était un frein à la violence et aux exactions des 
fonctionnaires; malheureusement les réformes 
étaient prématurées : les intérêts froissés , in- 
quiets, se liguèrent contre leur auteur, et l'empor- 
tèrent. Reschid, éloigné, accepta la légation de 
Londres, sans quitter toutefois le portefeuille 
des affaires étrangères, dont il confia l'intérim 
à un sous-secrétaire, Nuri-effendi. Depuis sa pre- 
mière ambassade, il avait rang de ministre de 
première classe ( muschir ) : ce fut alors seule- 
ment qu'il fut nommé pacha. Sans cesser de di- 
riger la politique extérieure de l'empire, il vi- 
sita l'Italie, l'Autriche, la Belgique. Il était à 
Paris quand mourut le sultan Mahmoud (1839). 
Abdul-Med-jid montait sur le trône dans les 
circonstances les plus critiques ; l'armée turque 
venait de subir une défaite à Nisib. Rescliid 
prit.sur-îe-champ le chemin de Constantinople, 
pour ne pas se laisser devancer par ses ennemis. 
Le 4 septembre 1839 il prêtait, serment au nou- 
veau sultan; et malgré l'opposition du vieux 
Khosrew, des ulémas, du harem, après une lutte 
de trois jours dans le conseil d'État , il fit pro- 
clamer, le 7 septembre, le Hatti-schérif de Gul- 
hané, c'est-à-dire une sorte de charte cons- 
titutionnelle. Pour que les intérêts opposés ne s'a- 
larmassent pas , il renonçait à tout avancement 
personnel. Six mois lui suffirent pour préparer 
et coordonner tous les détails de ce grand ou- 
vrage. La nouvelle constitution fut solennelle- 
ment promulguée, dans l'assemblée de Gulhané 
(3 novembre 1839), en présence du sultan, des 
dignitaires de l'empire, des ministres des diffé- 
rents cultes. Reschid reprit la dii-ection des af- 
faires extérieures, d'oii dépendait celle des sujets 
chrétiens de l'empire. La lutte avec l'Egypte avait 
mis la Turquie à deuxdoigls de sa perte, et failli 
amener une guerre générale en Europe. Reschid 
montra dans cette circonstance une sûreté et une 
fermeté de vue admirables. Il sut conserver de 
bonnes relations avec la France, quoique étant en 
opposition avec elle. C'est au moment où la ques- 
tion égyptienne était résolue qu'il fut éloigné de 
son poste (29 mars 184 1) 11 revint à Paris comme 
ambassadeur. Profitant de ses loisirs, il étudia 
l'administration et les finances, se perfectionna 
dans la pratique de la langue française, acquit i'-é- 
léganceetla précision du style diplomatique, en- 
tretint des relations avec les hommes les plus 
distingués de Paris et une correspondance avec 
ses amis de Londres et de Constantinople, tint 



RESCHID 14 

ses salons ouverts avec goûl et magnificence. 
Ses regards pourtant étaient toujours tournés 
vers Constantinople, où ses amis travaillaient 
en sa faveur. Il y reparut au bout d'un an ; 
mais comme on lui offrait le gouvernement d'An- 
drinople , il n'accepta pas cet exil déguisé, et re- 
vint à Paris. C'est là qu'il reçut, en 1845, sa 
nomination au ministère des affaires étrangères. 
Alors commença pour lui la période la plus bril- 
lante de sa carrière. Grand vizir le 28 septembre 
1846, il garda ce haut poste, sauf une interrup- 
tion de quelques mois , jusqu'à l'automne de 
1852; mais malheureusement la plus grande 
partie de son activité fut consumée à défendre sa 
situation. L'ambassadeur d'Angleterre , sir Strat- 
ford Canning, appuyait de toute son influence un 
ministre qui seul semblait pouvoir sauver l'empire 
en le réformant. Reschid,de son côté, surtout après 
la révolution de Février, se tourna vers l'Angle- 
terre, dont le gouvernement stable et la politique 
suivie le soutenaient efficacement. Son idéal était 
une alliance entre l'Angleterre, la France et la 
Turquie , sous l'impulsion de la première. 

Abandonné par l'Angleterre, repoussé par 
la France, Reschid tomba du pouvoir dans 
l'été de 1852 ; il y revint quarante un jours 
après, mais ce fut pour être renversé de nou- 
veau, le 7 octobre 1852. Jamais chute n'avait 
été si éclatant-e. Ses adversaires, Méhémet- 
Ali-Pacha, chef des gardes et gendre du sul- 
tan, Méliémet-Reschid-Pacha, liiort plus tard 
gendre du sultan, Fuad-Effendi, auparavant son 
adjudant {mustachar), étaient tout-puissants. 
On l'accusait d'avoir voulu livrer l'empire à la 
Russie à prix d'argent, d'être l'amant de la sul- 
tane validé, et d'autres crimes aussi imaginaires, 
mais qui augmentaient la haine populaire contre 
lui. Il fut obligé de se cacher, pour ne pas être 
massacré. Cependant les affaires empiraient : les 
chrétiens annonçaient la fin de la domination 
musulmane; une guerre avec le Monténégro 
amenait des complications avec l'Autriche. 
Enfin le prince Mentschikow parut à Constanti- 
nople porteur des demandes impérieuses du 
tsar Nicolas. Reschid seul pouvait faire face 
à de si grandes difficultés : il fut rappelé. Lord 
Stratford de Redcliffe, redevenu ambassadeur, 
renoua avec lui ses rapports, qui devinrent plus 
intimes qu'auparavant : il conseilla de garder, 
avec la ligne du Danube, la position de Schumia 
et de concentrer l'armée à Andrinople. Quoique 
Reschid n'eût pas suivi ce conseil , il n'en fut pas 
moins porté au vizirat en l'automne de 1853, et 
l'année suivante il obtenait pour son second lîls, 
Ali-Ghalil-Pacha, directeur de la monnaie, la 
main d'une fille du sultan. Cette alliance parais- 
sait devoir consolider sa faveur. Aussi quand, à 
propos de l'entrée des Russes dans les Princi- 
pautés, ses adversaires habituels levèrenlija 
tête, il fit exiler le principal d'entre eux, Mé- 
hémet-Ali-Pacha, en Asie Mineure. Mais celui-ci 
était à peine parti qu'un navire de l'État fut en- 



15 



RESCHID — RESENDE 



16 



voyé pour le ramener. Reschid sentit que son 
crédit était ébranlé : il succomba bientôt après. 
On a attribué sa chute à l'influence française; il 
est plus probable qu'elle fut uniquement l'effet 
d'une intrigue de sérail. Pendant les deux ans 
que dura la guerre d'Orient, Reschid vécut dans 
la vie privée. Après la paix de Paris , il fut 
nommé grand vizir pour la cinquième fois. Des 
espérances extraordinaires saluèrent sa rentrée 
au pouvoir. 11 parvint à créer une banque, par 
l'intermédiaire d'une compagnie anglaise (1857). 
Quand il fallut réorganiser les Principautés, il sut 
condescendre aux besoins des populations, sans 
sacrifier la suzeraineté de la Porte. Les exigences 
de la France l'éloignèrent du visirat ( 1 1 juillet 
1857 ) , mais il resta président du tanzimat ou 
grand conseil. M. Thouvenel parvint à lui faire en- 
lever ces fonctions, malgré l'ambassadeur anglais. 
Ce dernier ramena Reschid au pouvoir ( 22 oc- 
tobre 1857), mais il reçut un congé presque aus- 
sitôt après. Le départ de l'ambassadeur anglais di- 
minua le crédit de Reschid, mais sa position res- 
tait intacte. Il fut bientôt forcé de se retirer, par 
une maladie qui le conduisit rapidement au tom- 
beau. 11 expira dans son palais d'Emmirghian, le 
7 janvier 1858. Gustave Rigollot. 

Vnsei-e Zeit ; Leipzig, 1838, t. II. 

RESENDE (Garcia de), historien et poêle 
portugais, né à Evora, vers 1470, mort après 
1554, D'une famille noble, il fut attaché à la 
personne de Joâo II, d'abord comme page, puis 
comme secrétaire intime. Plus tard il devint gen- 
tilhomme du palais. Bien qu'il n'eût pas fait, 
comme il le dit, des études complètes, il a ime 
originalité de style et parfois un charme de lan- 
gage qui le fendent souvent supérieur aux histo- 
riens en titre de son siècle. Bien à même, par sa 
position, de connaître les actions les plus secrètes 
de Joâo II, il nous a laissé sur ce monarque 
les mémoires les plus intéressants et surtout les 
plus amusants. Sur la fin de sa carrière, il ac- 
compagna, en qualité de secrétaire d'ambassade, 
Tristan da Cunha , lorsque celui-ci se rendit à 
Rome, en 1514. Voici le titre de sa chronique : 
Lyvro das obras de Garcia de Resêde, que 
trata da vida e grandissimas virtudes, etc., 
del rey D. Joâo o Secundo; 1545, in-fol., 
goth., à 2col. C'est la première édiliop, rarissime, 
de ce livre célèbre; on En compte six autres : la 
dernière est de 1798. Le livre le plus recherché 
de Resende est son fameux recueil des poètes 
du seizième siècle, qui passe avec raison pour 
une des raretés bibliographiques de notre 
temps : Cancioneiro gérai; Lisbonne, 1516, 
pet. in-fol. Ce livre, dont il existe un exemplaire 
en France, dans la bibliothèque de M. Ternaux- 
Compans, renferme les poésies de deux cent 
quatre-vingt-six auteurs. 11 a été réimprimé en 
Allemagne, dans la BibUolhek des lilerari- 
schen Vereins (t. 15 et 17). F. D. 

Barbosa Machado. Dibl. lusUana. — Antonio de Cas- 
tUlio, Livraria classicd portuguaa. — Herculano, 



O Panorama. — Innocencla. — F. da SyUa, Diccionario 

bibl. portuguet, t. Il, p. 17 a 45. 

RESENDE ( ^nrfré Falcam DE ), poëte por- 
tugais, neveu du précédent, né à Evora, mort 
en 1598, à Lisbonne. 11 exerçâtes fonctions de 
juge à Torres Vedras ; nommé ensuite auditeur 
dé la maison d'Aveiro, il fixa sa résidence dans 
cette ville. Il fit plus d'un voyage à la cour d'Es- 
pagne, et il savait si bien le pur castillan qu'il 
faisait avec autant d'élégance des vers dans 
cette langue que dans le portugais ; quelques- 
unes de ses poésies furent publiées à Madrid ; 
mais on rencontre bien rarement son Theo- 
christo et son Mundo piqueno , dédié à Dom 
Duarte, connétable de Portugal. Il mit en vers 
les homélies du cardinal Henriqne. F. D. 

Barbosa Machado, Bibl. lusitana. 
RESENDE {André de), antiquaire portugais, 
né à Evora, le 30 novembre 1498, mort le 9 dé- 
cembre 1573. Privé de son père en bas âge, il 
entra chez les Dominicains, qui, frappés de ses 
heureuses dispositions, l'envoyèrent à l'université 
d'Alcala , puis à Salamanque, où il poursuivit : 
ses études, sous Ayrès Barbosa et Antonio de 
Nebrixa; l'orientaliste Clénard lui donna même • 
des leçons d'hébreu. Par ordre de Joâo 111, il l 
revint professer à Coïmbre. Enfin, il se rendit à 
Paris. Sa réputation s'était accrue ; la faveur de 
Charles-Quint le suivit à Bruxelles ; la mort de 
sa mère le rappela à Evora, en 1534. Le chagrin 
que lui causa cette perte allait de nouveau 
l'exiler du Portugal, lorsque Joâo lU lui confia 
l'éducation de ses frères. 11 accepta cette tâche 
avec un dévouement complet et dans un po.ste 
qui le rapprochait de la personne royale; il ne se ■ 
laissa aller à aucun genre d'ambition; l'étude' 
des antiquités nationales et la musique étaient ' 
ses uniques passions. Resende conserva une 
grande réputation en Portugal, et dernièrement 
son exhumation a donné lieu à une sorte de so- 
lennité. Tous d'un intérêt local , ses ouvrages 
sont moins connus en France que dans la Pé- 
ninsule. 11 faut partager ses nombreux travaux 
en deux divisions; l'une se compose d'une mul- 
titude d'écrits en latin, l'autre comprend deux 
ou trois ouvrages portugais. Le plus important 
est intitulé : Historia da aniiguidade da ci- 
dade de Evora. Cet opuscule, composé de 
65 feuillets, a un litre gravé. La r* édit. est de 
!533, mais elle est introuvable aujourd'hui; — 
Ha sancta vida e religiosa conversào defrey 
Pedro Porieiro do mosteiro de Sancto Domin- 
gos de Evora. André de Biirgos ho imprimio, 
em Euora, no mez de octubrodeano de 1570, 
in-4°; — Vida do Infante D. Duarte; Lis- 
bonne, 1789, in-4°. La lecture de cet ouvrage, 
réimprimé en 1842, offre un grand charme, 
11 est impossible de reproduire ici les titres 
de tous les ouvrages écrits en latin par Resende j 
beaucoup d'entre eux ne contiennent qu'un petit 
nombre de pages d'impression. Nous nous con- 
tenterons de citer son œuvre connue de tous 



17 



RESENDE — KESNEL 



18 



les archéologues, et intitulée : De antiquita- 
tibus Lusitanix; Evora , 1593, in-fol. La 
2' édit., de 1597, imprimée à Rome, in-8°, est 
plus complète et renferme un livre de plus. F. D. 
Barbosa Macliiido, Biblioikeca lusitana, — CoUecâo 
das ùbras dé autores classicos. - O Panorama, jomal 
literario, t. ill. Article de M. Rlvara. — Innocencio 
Francisco da Sylva. — Diccionario btbliograflco por- 
tuguei escudos applicaveis a Portugal e ao Brasil. 

RESENics (Pierre), savant danois, né le 
17 juillet. 1625, à Copenhague, où il est mort, le 
le'août 1688. Petit-fils de Jean Resenius, mort 
en 1635, évêque de Seeland, et qui publia en 
1607 une traduction danoise de la Bible, en- 
treprise par ordre de Christian IV, il se rendit, 
après avoir terminé ses études de philosophie 
■ et de théologie, à l'université de Leyde, où ii 
suivit pendant quatre ans les leçons de Hein- 
sius, de Boxhorn, de Vinnius et d'autres ; il vi- 
sita ensuite la France, l'Espagne et l'Italie, et se 
fit recevoir docteur en droit à Padoue, en 1653. 
De retour dans sa ville natale, il y fut nommé 
en 1657 professeur de morale-, et en 1662 pro- 
fesseur de droit, devint en 1672 président ou 
raciire de Copenhague, et reçut plus tard la di- 
gnité de conseiller d'État. Il a recueilli avec un 
grand soin beaucoup de documents concernant 
les antiquités et l'histoire des pays du Nord. On 
a delui : Edda Islandorum, anho 1215 con- 
scripta per Snorronem Sturlse, nunc primum 
islandice, danice et latine cum preefatione 
duplici; Copenhague, 1665, in-4" ; suivi de 
Philosophia antiquissima norvago-danica , 
dicta Voluspa, qux est pars Eddae Sxmundi, 
islandice, cum interpretatione latina Gud- 
mundi Andréas; ibid., 1673, in-4° ; — In- 
scriptiones Havnienses latins, danicae et 
germanicx; ibid., 1668, in-4°; — Jus auli- 
cum vetîis regum Norvagorum, dictum\ 
Hirdskraa; item Jus aulicum vêtus regum 
Banorum, a Canuto anno iQSbconditum, dic- 
tum Vither lagar et, islandice, d:anice et latine, 
cum notis; ibid., 1673, in-4°; — Kong Fri- 
deriks II Kronike (Chronique du roi Fré- 
déric II); ibid., 1680, in-fol.; — Nonnulla 
jura antiqua civiiatum Danise, scilicet ci- 
vitatis Havniensis et civitatis Ripensis, la- 
tine, danice et germanice; ibid., 1683, in-8"; 
— Christian den II dens Love ( Ordonnances 
de Chrétien II.) ; ibid., 1684, in-4''; — Biblio- 
iheca regiae Academise havniensi donata; 
ibid., 1685, in-4'' -. catalogue de la bibliothèque 
de l'auteur, avec une autobiographie; — Atlas 
danicus ;Mà., 1687, in-fol. Resenius a aussi 
publié le Lexicon islandicum de Gudmund, et 
la Traduction allemande des lois de Wal- 
demar II, par Erik Krabbe, avec une Intro- 
duction et une Vie de Krabbe (Copenhague, 
1684, in-4°). E. G. 

Vinding, Academia havniensis. — Mœller, Hypom- 
nemata ad Bartholinvm. — NIceron, Mémoires, 
XXXVI. — Nyerup, Allmindeligt LiteraturlAxihon. 

RESNEL (Jean-François du Bellay, sieur 



du), savant littérateur français, né à Rouen, le 
29 juin 1692, mort à Paris, le 25 février 1761. 
11 eut pour père François duResnel, capitaine 
dans le régiment du Roi-infanterie. Après avoir 
fait ses études chez les jésuites de Rouen, il en- 
tra dans la congrégation de l'Oratoire; les deux 
ordres firent tous Teurs efforts, le premier pour 
rappeler, le second pour retenir un jeune homnae 
qui faisait de bonne heure concevoir de bril- 
lantes espérances. Il alla étudier, en 1711, la 
théologie à Saumur, et il s'y adonna avec tant 
d'ardeur qu'il contracta une maladie dont il ne 
put jamais se guérir. Son oncle, M. de Langle, 
évêque de Boulogne, l'appela dans sa ville épis- 
copale, où il enseigna les humanités et la philo- 
sophie. C'est là que l'abbé du Resnel se mit à 
étudier les langues vivantes, l'italien, l'espagnol 
et l'anglais. En étendant le cercle de ses études, 
il donnait satisfaction à un besoin de son cœur. 
Il embrassait dans ses affections tous les hommes, 
quelle que fût leur patrie, et il portait peut-être 
jusqu'à l'excès son amour pour les peuples 
étrangers , s'il est vrai qu'un de ses amis lui dit 
un jour : « Je voudrais être Huron , car vous 
m'aimeriez, à la folie. » Nommé chanoine de la 
cathédrale de Boulogne, l'abbé du Resnel échan- 
gea en 1724 ce canonicat pour un autre, à 
Saint-Jacques-de-l'Hôpital, et s'établit à Paris. 
Présenté au duc d'Orléans, il obtint par la pro- 
tection de ce prince l'abbaye de Sept-Fontaines. 
Chargé de l'oraison funèbre du maréchal de 
Berwick, il composa son discours, qu'il soumit 
au jugement de quelques amis, mais qu'il 
ne put prononcer, parce que le dessein d'ho- 
norer ce vaillant guerrier par des funérailles 
publiques fut abandonné. La faiblesse de sa 
santé l'ayant éloigné de la chaire, il se livra 
à la culture des lettres, et se distingua comme 
poète élégant et gracieux par sa traduction de 
deux poèmes de Pope, l'Essai sur la critique 
et Y Essai surVhomme. Ce dernier travail, dans 
lequel il fut aidé par Voltaire, qui se vanta plus 
tard d'avoir fait la moitié de ses vers, lui attira 
plusieurs désagréments, d'abord de la part de 
l'auteur anglais, qui lui reprocha d'avoir dénaturé 
son œuvre en retranchant ou en altérant des pas- 
sages que le prudent abbé avait évité de tra- 
duire littéralement dans un pays beaucoup moins 
libre que l'Angleterre, puis de la part des théo- 
logiens, qui, malgré ses précautions, tirèrent d'e 
son œuvre des conséquences qu'il se hâta de dé- 
savouer. 

La place qu'occupait l'abbé Pâtis à l'Académie 
des inscriptions fut déclarée vacante et donnée à 
l'abbé du Resnel, qui attendit vingt- trois ans avant 
d'obtenir le titre de pensionnaire. Il enrichit les 
Mémoires de la docte compagnie de plusieurs dis- 
sertations. Admis en 1742 à l'Académie française, 
il fut accueilli avec bienveillance par ses col- 
lègues, qui trouvaient en lui un homme toujours 
bienveillant et poli, dont il était difficile de ne pas 
devenir l'ami. 11 a composé pour la nouvelle édi- 



19 



RESINEL — RESSÉGUIER 



20) 



tion du Dictionnaire plusieurs articles de bota- 
nique. Chargé de l'emploi de censeur royal, il 
n'apporta pas dans l'exercice de cette fonction 
une sévérité bien grande: plus d'un littérateur 
abusa de sa facile complaisance. C'est ainsi qu'il 
donna son approbation à un ouvrage dont le titre 
n'annonçait rien de suspect, et qu'il ne lut pas 
avec assez d'attention pour y découvrir une 
satire violente contre une compagnie illustre. 
L'auteur avait eu soin de la cacher dans une 
note. Le censeur royal s'attira de graves re- 
proches ; mais on lui pardonna une faute qui ne 
pouvait être attribuée qu'à une distraction. II 
mourut à l'âge de soixante-huit ans et huit mois, 
il eut Saurin pour successeur à l'Académie fran- 
• çaise. 

Ses œuvres sont : Essai sur la critique, tra- 
duitde Pope; 1730, in-12 ; traduction en "vers ; — 
Les Principes de la morale et du goût, en deux 
poèmes, traduits de l'anglais de Pope; 1737, 
in-8° : c'est une réimpression de V Essai sur la 
critique, suivie de X Essai sur V homme ; — 
Panégyrique de saint Louis; 1732. Jl a publié 
de plus un grand nombre d'articles dans le Jour- 
nal des Savants, depuis le 15 décembre 1731 
jusqu'au 4 février 1736, et depuis le 2.'} novembre 
1739 jusqu'au 9 février 1752. Les mémoires sui- 
vants ont été publiés dans le recueil de l'Aca- 
démie des inscriptions : Pechercfies sur les 
poêles couronnés [poetse laureati), t. X, 1736; 
Analyse de sa Dissertation sur les fonctions et 
les prérogatives des ambassadeurs , t. XII, 
1738; Piecherches sur les combats et sur les 
prix proposés aux poètes et aux gens de let- 
tres parmi les Grecs et les Romaiîis , t. XIII, 
1740; Recherches sur Timon le Misanthrope, 
t. XIV, 1743 ; Analyse de ses Réflexions géné- 
rales sur Vutilité des belles-lettres et les 
inconvénients du goût exclusif qui paraît 
s'établir en faveur des mathématiques et de 
la physique, t. XVI, 1749; Recherches histori- 
ques sur les sorts appelés communément par 
les païens sortes horaericae, virgilianae, etc., 
et sur ceux qui parmi les chrétiens étaient 
connus sous le nom de sortes sanctorura. 

C. HlPPEAU. 
Le Beau, Éloge de du Resnel, t. XXXI de la collection 
des Mémoires de l'Académie des Inscriptions. — Guilbert, 
Mémoires biographiques de la Seine-Inférieure, t. II. — 
L.-H. Baratte, Poètes normands. 

rësnier ( Louis- Pierre- Pantaléon ), séna- 
teur français, né le 23 novembre 1759, à Paris, 
où il est mort, le 8 octobre 1807. Il débuta dans 
les lettres par trois pièces de théâtre, et devint 
sous-bibliothécaire à la bibliothèque Mazarine. 
Chargé ensuite avec Piis du compte rendu des 
pièces nouvelles et des œuvres de littérature lé- 
gère dans Le Moniteur, qui venait d'être fondé, 
il se concilia les bonnes grâces de Maret et de 
Rœderer, qui le firent nommer envoyé de la Ré- 
publique à Genève. Appelé à la direction des ar- 
chives au ministère des relations extérieures, il 
établit un ordre parfait dans ce vaste dépôt. 



Lors de la formation du sénat, il en fut nommé 
membre. Il devint commandant de la Légion 
d'honneur le 14 juin 1804. Le buste en marbre 
de Resnier a été placé au musée de Versailles. 

Moniteur, an. 1807. 

RESSÉGDIER (Jean de), magistrat français, 
né le 22 juillet 1683, àToulouse, où il est mort, 
le 25 septembre 1735. Issu d'une famille de 
robe originaire du Rouergue, il fut reçu en 1705 
conseiller au parlement de Toulouse, où il pré- 
sida la chambre aux enquêtes. Membre de l'A- 
cadémie des jeux floraux, il participa avec 
beaucoup de zèle à l'établissement de l'Acadé- 
mie des sciences de sa ville natale. Il a laissé 
en manuscrit un grand nombre de poésies en tous 
genres, un recueil d'Arrêts notables, et une 
Histoire du parlement de Toulouse. 

Rességuieu {Clément-Ignace, chevalier de), 
né le 23 novembre 1724, à Toulouse , mort en 
1797, à Malte, appartenait à la famille du pré- 
cédent. Destiné à l'ordre de Malte , il passa de 
bonne heure dans cette île , prononça ses vœux, 
et se distingua dans plusieurs rencontres avec 
les Ottomans. Il mérita par sa bravoure le grade 
de général des galères de l'ordre, obtint les com- 
raanderies de Marseille et de Canevière , et résida 
longtemps en France. Son esprit caustique lui at- 
tira jjIus d'une disgrâce, et il fut, dit-on, enfermé 
plusieurs fois à la Bastille, en punition de ses 
trop piquantes épigrammes. On connaît celle 
qu'il lança contre M^e de Pompadour : 

Fille d'une sangsue et sangsue elle-même. 
Poisson dans son palais, sans remords, sans effroi, 
Étale aux yeux de tous son insolence extrême, 
La dépouille du peuple et la honte du roi. 

Cette débauche d'esprit lui valut une lettre de 
cachet pour le château d'If, et il y serait resté 
longtemps si son frèrecadet, l'abbé de Rességuier, 
conseiller clerc au parlement de Toulouse, n'eût 
obtenu de la favorite elle-même la grâce du poète. 
Pendant la révolution, celui-ci se retira dans 
l'île de Malte , où il fut enseveli. On a de lui : 
Voyage d'Amalhonte, prose et vers; 1750, 
in-8° : ouvrage supprimé dès sa publication; — 
Dissertation sur la trahison imputée à An- 
dré Damaral , chancelier de l'ordre de Saint- 
Jean-de-Jérusalem; 17 bl, in-12; —des tra- 
ductions des traités De l'amitié (1776) et De la 
vieillesse (1780) deCicéron. 

Rességuier (/ztte, comte DE), né en 1789, à 
Toulouse, est petit-neveu du précédent et fils 
du marquis de Rességuier, dernier procureur 
général au parlement de Toulouse. D'abord che- 
valier de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, il 
servit dans la cavalerie sous l'empire , donna sa 
démission d'officier en 1814, entra comme 
maître des requêtes au conseil d'État, et fut atta- 
ché en 1823 à la commission du sceau des titres. 
Ayant refusé de prêter serment à la dynastie 
d'Orléans, il devint dans le midi un des prin- 
cjpaux agents du parti légitimiste. En 1849 il 
siégea à l'Assemblée législative comme représen- 



21 



RESSÉGUIKR — RESTIER 



22 



tant des Basses-Pyrénées. On a de lui : Éloge 
de PoUevin-Peitavi; Toulouse, 1821, in-S»; 

— Tableaux poétiques; Paris, 1828, 1829, 
ia-8°;— Almaria, roman; Paris, 1835, in-S»; 

— Les Prismes poétiques; Paris, 1838, in-8°. 
11 a été l'un des fondateurs de la Muse fran- 
çaise, qui s'intitulait « le Moniteur officiel de 
l'école romantique, » et il a fourni des articles, 
des vers et des nouvelles, à La France litté- 
raire, aux Français peints par eux-mêmes et 
à divers recueils. Il est mort en septembre 1862. 

Biogr. toulousaine. II. — Littér. fr. contemp. 

BESTAURAND (Raymond), médecin fran- 
çais, né au Pont- Saint-Esprit, vers 1627, mort 
en 1682. Il fit ses études à Montpellier, où il prit 
le doctorat en médecine. Grand partisan d'Hip- 
pocrate, il le voyait partout, même dans les 
choses inconnues aux Grecs, telles que la circu- 
lation du sang et d'autres découvertes modernes. 
On a prétendu, sans preuves, qu'il avait contribué 
à faire donner le nom de restaurant à un cer- 
tain remède très-en vogue à cette époque et que 
l'on recommandait particulièrement aux femmes 
en couches et aux personnes débilitées par les 
excès. Il se peut que Restaurand ait proposé l'u- 
sage de ce julep, mais la composition en était 
connue bien avant lui. On a de Restaurand : Mo- 
narchia microscosmi; 1657, in-4'' ; — Figuhis, 
exercitatio medica de principiis fœtus ; 
Orange, 1657, in-8°; — Hippocraies, De na- 
iura lactis, ejusque usu in curationibus 
morborum ; ibid., 1667, in- 8° ; — Hippocrate, 
De l'usage du boire à la glace pour la con- 
servation de la santé; Lyon, 1670, in-12; — 
Hippocrate , De l'usage du quinquina pour 
la guérison des fiè-vres; Lyon, 1681, in-12; 
trad. en italien; — Hippocrates, Deinustionibus 
sive fonticulis; Lyon, 1681, in-12 : l'auteur y 
démontre l'utilité des cautères, dont l'usage était 
négligé de son temps ; — Magnus Hippocrates 
Cous redivivus ; Lyon , 1681, in-12. Dans ce 
volume, le premier d'un grand ouvrage qu'il 
n'eut pas le temps de terminer, Restaurand 
se déclara l'un des premiers en France pour la 
circulation du sang. 
Biogr. médicale. 

RESTA UT {Pierre), grammairien français, 
né en 1696, à Beauvais, mort' le 14 février 1764, 
à Paris. Fils d'un marchand drapier, il fit ses 
classes dans le collège de Beauvais, et entra au 
séminaire de Saint-Sulpice pour y étudier la 
théologie. Ayant renoncé à l'Église, il passa dans 
le collège Louis-le-Grand, et y fut chargé de sur- 
veiller l'éducation de quelques fils de famille. Ce 
fut pendant son séjour dans cet établissement , 
alors dirigé par les jésuites , et lorsqu'il était en 
relations avec les PP. La Rue, Buffier, Ducer- 
«eau, Sanadon, Porée et autres membres de 
cette compagnie, qu'il traduisit du latin et publia 
La Monarchie des SoUpses ( 1721, in-12), satire 
ingénieuse de l'institut de Saint-Ignace, et qui a 
été quelquefois attribuée au P. Inchofer. Il aban- 



donna la carrière de l'enseignement pour se li- 
vrer à l'étude du droit, et fut en 1740 pourvu 
d'une charge d'avocat aux conseils du roi. « Je 
voudrais, lui dit Daguesseaii en le recevant, 
trouver toujours des sujets semblables à vous. » 
Comme grammairien. Restant a joui d'une cé- 
lébrité, méritée à beaucoup d'égards; sa Gram- 
maire , entreprise d'après le vœu de Rollin et 
adoptée par l'université, a été longtemps le seul 
livre élémentaire sur la langue française, et les 
éditions s'en sont multipliées jusqu'à nos jours. 
11 y d beaucoup de méthode et de justesse; mais 
on reproche à l'auteur l'abus du style métaphy- 
sique, la forme des déclinaisons latines adaptée 
aux noms français , et la méthode d'explication 
par demandes et par réponses. On a de lui : 
Principes généraux et raisonnes de la gram- 
maire française, avec des observations sur 
l'orthographe, les accents, la ponctuation et 
la prononciation; Paris, 1730, in-12; 1731, 
in-12, avec un Traité de versification : réimpr. 
neuf fois du vivant de l'auteur, cet ouvrage l'a 
été pour la dernière fois en 1817, à Lyon; — 
Abrégé de la Grammaire française; Paris, 
1732, in-12 : écrit en faveur des commençants, 
il a eu encore plus de succès que la Grammaire, 
bien qu'il pèche par l'excès de concision; — 
Vraie méthode pour enseigner à lire ; Paris, 
1759, in-12, anonyme; — Actes et exposition 
des motifs de l'appel interjeté par l'univer- 
sité de Paris en 1718 de la constitution du 
pape Clément XI; 1778, in-4°. Restant a revu 
la 4^ édit. du Traité de l'orthographe française, 
en forme de dictionnaire (Poitiers, 1752, 
in-8°) , de Ch. Leroy, prote à Poitiers , et il a 
fourni des additions à l'édition de 1748 du Dic- 
tionnaire de Trévoux, 

Qofi\ei.,\Biblioth.françaiie, I. — Chaudon et Delan- 
dine, Dict. hist. univ. 

REsriiË.K (Antoine- Jérôme), acteur français, 
né à Lyon, en 1726, mort à La Croix-Rousse 
(même ville), le 16 mars 1803. Sa famille était si 
misérable qu'elle le confia ou plutôt l'abandonna 
dès l'enfance à une troupe de saltimbanques , 
qu'il quitta pour danser sur les théâtres de pro- 
vince. Il débuta ensuite avec succès dans la co- 
médie. En 1755 il jouait au grand théâtre de 
Lyon les manteaux , les financiers , les gri- 
mes; il excellait dans ces rôles, surtout dans ceux 
de Harpagon de L'Avare, d'Orgon dans Le Con- 
sentement forcé et La Pupille , de Bernadille 
dans La Femme Juge et partie, d'Argante dans 
Les Fourberies de Scapin, de Géronte dans Ls 
Légataire, de Tartuffe dans la pièce de ce nom. 
11 jouait aussi fort bien les valets. Il quitta le 
théâtre vers 1786, mais il y fut rappelé en 1790. 
Arrêté après la prise de Lyon, il l'ut conduit de- 
vant le tribunal révolutionnaire; il s'y défendit 
avec sang- froid, et termina son plaidoyer par ces 
mots : « J'espère, citoyens juges, que vous n'aurez 
pas l'ingratitude de faire pleurer celui qui vous 
a tant fait rire. » Il fut acquitté, et se retira à 



23 



RESTIER — RESTOTJT 



24 



Strasbourg durant quelque temps. De retour à 
Lyon, il remonta sur la scène malgré son grand 
âge et y fut applaudi encore plusieurs années. 11 
mourut dans une certaine aisance, qu'il devait 
surtout à sou avarice extrême. Peu de jours avant 
sa mort, il discuta avec son curé les frais de son 
enterrement, et ayant appris que les vêpres coû- 
taient moins cher à chanter que la messe, il dé- 
clara naïvement « qu'il se contenterait des 
vêpres «. L— z— E. 

Rabbe, Boisjolin, etc.. Biographie portative des con- 
temporains, suppl. 

RESTIF. Voy. RÉTIF. 

RESTOOT, nom qui fut porté au dix-septième 
et au dix-huitième siècle par plusieurs peintres 
français appartenant à la même famille (1). Le 
plus anciennement connu de ces artistes est : 

Restout ( Margerin ) , peintre qui habitait la 
ville de Caen. 

Restout (Marc), fils du précédent, né le 14 
février 1616, à Caen, où il est mort, en avril 1684. 
Élève de Noël Jouvenet, il parcourut la Hollande 
et fil aussi le voyage d'Italie, en compagnie, dit-on, 
de Nicolas Poussin. 11 devint échevin de la ville 
de Caen. De ses dix enfants nous citerons : 
Jacques, prieur de l'abbaye de Moncel, près Vi- 
try-sur-Marne; il cultiva la peinture, et on lui 
attribue un Traité de l'harmonie des couleurs 
comparée à l'harmonie des sons, et la Ré/orme 
de la peinture (Caen, 1681). — Eustache, né 
à Caen, le 12 novembre 1655, mort en 1743, fut 
religieux prémontré de l'abbaye de Mondaye. Il 
peignit plusieurs plafonds pour l'église et pour 
d'autresdépendancesdecette abbaye.— /ea« /«'', 
né à Caen, en mars 1663, mort à Rouen, le 20 oc- 
tobre 1702, épousa en 1685 Marie-Madeleine, 
fille de Laurent Jouvenet, et travailla pour les 
églises de Rouen, où il s'était fixé. Sa femme cul- 
tivait aussi la peinture, et devenue veuve elle 
s'attacha à développer le goût artistique de ses 
enfants. — Pierre, né à Caen, le 1 5 novembre 
1666, s'adonna aussi à la peinture. On ne connaît 
rien de lui. — Charles, né à Caen, le l*"" jan- 
vier 1668, fut religieux bénédictin et bon prédi- 
cateur. Il orna plusieurs églises de plafonds et 
de tableaux, qui jouirent d'une certaine célébrité. 
— Thomas, né le 15 mars 1671, à Caen, où il 
mourut, Ie2mai 1754, visita Rome et la Hollande, 
et se fit une réputation comme peintre de por- 
traits. 

Restout {Jean II), peintre, fils de Jean F"", 
né à Rouen, le 26 mars 1692, mort à Paris, le 
1er janvier 1708. Élève de son oncle maternel, 
Jean Jouvenet, il fut aussi l'héritier de sa for- 
tune, mais non de son talent. A peu près oublié 
aujourd'hui, il eut de son temps une très-grande 
réputation. L'année même de la mort de Jouve- 
net (1717) il fut agréé à l'Académie, sur la pré- 

(t) Un certain nombre des actes relatifs oux Restout qui 
sont arrivés Jusqu'à nous écrivent ce nom Retout, comme 
il devait se prononcer alors et comme 11 se prononce en- 
core dans une partie de la Normandie. 



sentation de l'esquisse qu'il avait faite pour le 
concours du grand prix de peinture. Le tableau 
d'Aréthuse poursuivie par Alphée (aujour- 
d'hui au château de Saint-Cloud) lui valut d'être 
reçu académicien ; il devint successivement 
professeur (1733), recteur (1752), directeur 
(1760), et chancelier (1762). « C'était un 
homme de beaucoup d'esprit, dit Mariette; il 
avait une simplicité que les gens de beaucoup 
d'esprit n'ont pas toujours; aussi ignora-t-il l'art 
de faire sa cour, et, ce qui revient au même, 
celui de faire fortune. » Il fit principalement des 
tableaux religieux : les deux ouvrages de lui qui 
sont au Louvre proviennent des églises de Saint- 
Martin-des-Champs et de Saint-Germain-des- 
Prés, d'où ils ont été retirés à la révolution. On 
voit encore ses tableaux à Notre-Dame de Pa- 
ris, aux musées de Versailles (un portrait), de 
Nancy, de Tours, de Lille, de Rouen. Sur la fin 
de sa vie, il fit pour le roi de Prusse un grand 
tableau, qui est encore au palais de Sans-Souci. 
En 1729 Restout épousa Marie-Anne, fille du 
peintre Halle. 

Restout (Jean-Bernard), peintre, fils du pré- 
cédent, né le 22 février 1732, à Pai-is, où il mou- 
rut subitement, le 18 juillet 1796. Élève de son 
père, il alla à Rome comme pensionnaire du roi 
après avoir obtenu le second grand prix de pein- 
ture en 1757 et le premier en 1758. Un tableau 
d'j4«acr(^ow,qu'ilavaitpeinten Italie, le fit agréer 
à l'Académie peu de temps après son retour en 
France (28 septembre 1765). Le 25 novembre 
1769 il fut reçu académicien, sur la présentation 
d'un tableau de Jupiter et Mercure à la table 
de Philémon et Baucis (1), et nommé profes- 
seur en 1771; mais bientôt il se sépara de l'A- 
cadémie, ne voulant passe ployer au règlement 
qui obligeait les académiciens à soumettre à un 
tribunal, formé parmi eux, les ouvrages qu'ils 
désiraient exposer au salon. A partir de cette 
époque, Restout, distrait par des affaires de fa- 
mille, ne s'occupa plus que très-peu de peinture. 
Il était à peu près oublié lorsqu'à la révolution 
on le vit reparaître dans les clubs, il fut, comme 
président de la commission des arts , l'un des 
principaux signataires d'une pétition adressée à 
l'Assemblée nationale et demandant la plus en- 
tière liberté du génie par l'établissement de con- 
cours dans tout ce qui intéresse la nation , les 
sciences et les arts, pour réclamer contre l'exis- 
tence des Académies et autres corps privilégiés 
et contre la création du corps des ponts et chaus- 
sées. Sous le ministère de Roland, J.-B. Restout 
fut nommé à la direction du garde-meuble. 
Accusé d'abus de confiance après la chute des 
girondins, il -fut jeté en prison, et n'en sortit 
qu'au 9 thermidor. Les souffrances qu'il avait en- 



(1) Ce tableau est aujourd'hui au musée de Tours; il a 
été exposé au salon de 1771 aussi bien qu'une autre grande 
toile : IM Présentation au temple. C'est à la suite de 
celte exposition que Restout obtint lee honneurs du pro- 
fessorat. 



25 RESTOUT — RÉTIF 

durées lui causèrent une hernie, dont il mourut 
subitement, le 30messidoran iv. J.-B. Restout a 
gravé à l'eau-forte cinq planches, qui ont été dé- 
crites par M. de Baudicour dans Le Peintre gra- 
veur français. L'une de ces gravures a été faite 
sur le tableau exposé aux galeries du Louvre. 

Une fille de Jean Restout 1er, religieuse à l'ab- 
baye delà Sainte-Trinité à Caen, se fit une répu- 
tation comme peintre et surtout comme musi- 
cienne. . H. Harduin. 

ne Chennevlères, Recherchet sur quelques peintres 
provinciaux de l'ancienne France. — Galerie française 
(1771). — Abcdario de Mariette. — F. Vlllot. Notice des 
tableaux du Louvre. — De Baudicour,' Le Peintre gra- 
veur français. - Fontenal, Dict. des artistes. — Mé- 
moires inédits de l'ancienne académie de peinture. — 
Clément de Ris, Les Musées de province. — E. Soulié, 
Notice des tableaux de rersailles. — J.-B. Robin, dan» 
le Magasin encyclopédique de Millln, £• année. — Jour- 
nal des Savants, avril 1768. 

RETHAAN (Anne), femme auteur hollandaise, 
née le 6 janvier 1684, à Middelbourg, où elle est 
morte, le 30 octobre 1729. Fille d'un savant ju- 
risconsulte de Tholen et petite-fille d'Antoine i 
Everaerts, médecin, qui la laissé quelques ou- 
vrages, elle épousa Jean Radaeus, greffier du 
conseil de l'amirauté de Zélande. Elle se distin- 
gua par la régularité de ses mœurs et la vivacité 
de son esprit. On a d'elle plusieurs pièces devers, 
lesquelles ont été recueillies après sa mort, sous 
le titre de Nagelatene Gedichten (Poésies pos- 
thumes); Middelbourg, 1730, in-8°. 

Paquet, Mémoires, III. 
RÉTIF DE LA BRETONNE {NiCOlaS-Edme 

Restif (1) ou), fécond littérateur français, né le 
22 novembre 1734, à Sacy, près d'Auxerre, 
mort le 3 février 1806, à Paris. 11 était l'aîné 
d'un second lit et le huitième .de quatorze en- 
fants. La faiblesse de sa santé décida de sa vo- 
cation : au lieu d'en faire un gardeur de trou- 
peaux, son père, simple lalwureur, voulut le 
mettre en état de remplir quelque emploi, et le 
confia à son fils aîné, respectable ecclésiastique, 
qui lui donna des leçons de grammaire et de la- 
tin. Soutenu par un vif désir d'apprendre, il lut 
tous les livres qui lui tombaient sous la main ; 
mais son tempérament, qui se développa de bonne 
heure, nuisit à ses progrès, et son père, effrayé 
d'une précocité libertine, le mit en apprentissage 
chez un imprimeur d'A.uxerre. Il avait alors 
quinze ans. Libre de s'abandonner à l'efferves- 
cence de ses passions, il joua dans cette petite 
ville le rôle d'un Lovelace de bas étage et sédui- 
sit la femme de son patron , laquelle chercha 
en vain à le ramener à une conduite plus régu- 
lière. En 1755 il se rendit à Paris, et quelque 
temps après il fut admis comme ouvrier compo- 
siteur dans l'imprimerie royale. Son humeur in- 

(1) « Notre nom , dit-il dans l'avant-propos de la Fie 
de mon père, s'écrit Indifférenoraent Restif, Rectif ou 
Rétif. » Tous ses ouvrages Jusqu'à la révolution sont si- 
gnés Rétif; ce n'est que depuis 1791 qu'il s'appela Restif. 
Quant au nom de la Bretonne, sous lequel il donna son 
premier roman, c'était celui d'une petite propriété de fa- 
mUle. 



DE LA. BRETONNE 



26 



souciante et vagabonde et la gêne où il fut sou- 
vent réduit l'obligèrent de former des liaisons 
crapuleuses et de contracter des habitudes dé- 
gradantes, dont il conserva l'empreinte toute sa 
vie. « On le rencontrait, dit M. Monselet, dans 
les caves du Palais-Royal, repaire des militaires 
et des comédiens de province, contant fleurette 
aux nymphes de comptoir ; ou bien joyeusement 
assis au cabaret de la Grotte flamande, man- 
geant une fricassée de petits pois entre Aline 
l'Araignée et Manette Latour. 11 faudrait la plume 
d'Homère pour tracer le dénombrement des mal- 
tresses de l'inconstant bourguignon ; avec lui les 
aventures galantes se succèdent sans intervalle; 
son cœur n'est jamais vide, et la blonde s'y ren- 
contre souvent en même temps que la brune. 
Sur la fin de sa vie, lui-même s'est mis à faire 
son calendrier amoureux, une patronne par jour, 
trois cent soixante-cinq au dernier décembre, et 
les plus belles filles du monde, des marchandes, 
des grisettes, quelquefois même des grandes 
damés. Puis une fois son calendrier terminé, 
voilà que Rétif se trouve sur les bras un excé- 
dant de soixante et quelques femmes ! » Au mi- 
lieu de cette débauche continuelle, il se maria 
deux fols à une année de distance, la première 
avec une aventurière anglaise, Henriette Kircher, 
qui le vola et s'enfuit au bout de quelques mois; 
la seconde, en 1760, avec Agnès Lebègue, dont 
il a écrit tout le mal possible. Le mariage ne 
changea rien à sa vie de désordre, non plus que 
la paternité. A trente-trois ans il publia son pre- 
mier fivre, histoire mal écrite et mal digérée 
d'une de ses folles passions du moment : il l'ap- 
pela La Famille vertueuse (1767). Ébloui de sa 
facilité, il prit goût au métier, et écrivit en cinq 
jours le roman de Lucile, dont M"e Huss, de 
la Comédie française, refusa d'accepter la dédi- 
cace, le trouvant « licencieux, quoique très- 
joli M. Avec les trois louis que lui rapporta cette 
rapsodie, il vécut quatre mois dans un grenier 
du collège de Prestes. « Un matin qu'il se pro- 
menait, raconte l'écrivain déjà cité, il aperçut 
dans une boutique de modes une jeune personne 
chaussée d'une mule rose avec un réseau et des 
franges d'argent. Son imagination s'embrase à 
ce spectacle, et onze jours après il avait ter- 
miné» une fantaisie intitulée Le Pied de Fan- 
chettê, qui eut trois éditions en peu de temps. » 
Certaines pages attendrissantes, de l'imagination, 
un style parfois naturel et énergique donnèrent 
à ses écrits une sorte de vogue. Se croyant un 
homme .supérieur, il quitta l'imprimerie pour 
faire des livres. Admirateur outré de Rousseau, 
il prétendit aussi, non pas au titre de philosophe, 
dont il se souciait peu, mais au rôle de législa- 
teur ; il s'occupa de réformes dans l'État, et sous 
le titre d'Idées singulières il donna ses vues 
sur les femmes, le théâtre, le gouvernement, l'é- 
ducation, les lois, la langue, vues singulières en 
effet, souvent hardies, justes, originales, mais 
noyées dans une abondance de détails qui en 



27 



RÉTIF DE LA BRETONNE 



rend la lecture très- fatigante. 11 affubla ses nou- 
veautés de nornsgrecs, tels que XePornograpAe, 
La Mimographe, Les Gynographes, L'Andro- 
graphe, Le Thesmographe, etc. « Le Porno- 
graphe est son premier essai dans ce genre, et 
celui de ses livres qui fut la cause première du 
haro universel dont on n'a cessé de le poursuivre 
'usqu'à notre époque. C'est un pian de législa- 
tion de Cythère, un code à l'usage des Phrynés 
de Paris. L'auteur a vu de très-près les sujets 
hardis qu'il traite. » Les règlements proposés 
dans cet ouvrage furent mis en vigueur en 1786 
par ordre de Joseph II (1). 

L'œuvre la plus vigoureuse et la plus bizarre 
de Rétif de la Bretonne, c'est Le Paysan per- 
verti : plus de soixante éditions en ont prolongé 
jusqu'à nous le retentissement. Ce roman pro- 
duisit un grand effet à une époque où les ou- 
vrages d'imagination n'étaient remplis que de 
fades aventures et de badinages ingénieux. « Rien 
là dedans, comme a dit La Harpe, n'est bien 
conçu, bien digéré » ; il aurait pu ajouter que le 
style n'en est pas même français. Pourtant ja- 
mais auteur n'avait tracé avec tant d'énergie et 
d'âpreté cette multitude de tableaux effrayants 
et pathétiques; jamais les peintures de la vie 
réelle n'avaient atteint cette vivacité d'expres- 
sion ; les caractères, les scènes, les mouvements 
respirent la vérité. Mais le désordre y règne; 
la morale y cède le pas au libertinage le plus 
éhonté, le crime et la vertu s'y coudoient ; si on 
se laisse entraîner par l'imprévu de l'action, par 
l'étrangeté et le contraste des accidents, par les 
éclats mêmes du style le plus inégal, combien 
n'est-on pas repoussé par le dégoût et la lassi- 
tude! Toutes les productions de Rétif ressem- 
blent à celle-là, mais aucune ne porte à un plus 
haut degré le cachet d'un homme de génie en 
délire. Mercier, avec l'emportement généreux 
qu'il mettait à toute chose, s'enthousiasma pour 
Le Paysan perverti, et sans en connaître l'au- 
teur il lui consacra plusieurs articles de jour- 
naux et plus tard un chapitre entier du Tableau 
de Paris. Il s'indignait contre le silence absolu 
des gens de lettres « sur ce roman plein de vie 
et d'expression », et appelait Rétif « l'heureux 
rival » de l'abbé Prévost. « Pourquoi êtes-vous 
juste? lui écrivit Rétif, étonné. — Parce que j'ai 
une conscience, répliqua Mercier ; parce que je 
vous ai lu et que je sais lire! » Ce grand succès 
inspira à Rétif une vanité sans pareille : bientôt 
il ne supporta plus la critique, "jl fallait l'admirer 
ou l'avoir pour ennemi. Partisan fanatique de 
Rousseau, il n'avait qu'une médiocre estime de 



' (1) Cet empereur enroya à l'auteur son portrait en- 
richi de diamants sur une tabatière dans laquelle était 
BD diplôme de baron. R(^tl( lui répondit aussitôt : « Le 
républicain Rétif la Bretonne conservera précieusement 
le portrait du philosophe Joseph 11 ; mais il lui renvoie 
son diplôme de baron, qu'il méprise, et ses diamants, dont 
Il n'a que faire. » Cette anecdote est extraite d'une lertre 
écrite à M. Monselet par les pctlts-flls de Rétif de la Bre- 
tonne. 



ses talents, et se croyait supérieur à Voltaire. 
C'est assez dire qu'il se proclamait lui-même le 
plus beau génie de son siècle. En devenant cé- 
lèbre, il ne prit pas une place au milieu des écri- 
vains d'alors, ainsi qu'on l'a fait remarquer ; il 
resta :me exception étrange au milieu d'eux. Les 
libraires s'arrachaient à l'envi les livres qu'il 
composait avec une ardeur infatigable, la pro- 
vince surtout les recherchait. En moins de dix 
ans il amassa 60,000 francs. Avec le bien-être, 
sa vie n'en fut pas moins décousue et liber- 
tine. L'heure de renoncer aux passions sonna le 
plus tard possible pour lui, et il demeura jusqu'à 
la fin de sa vie un intrépide coureur d'aventures. 
« Un de ses grands bonheurs, raconte M. Mon- 
selet, lorsqu'il avait terminé sa journée à l'im- 
primerie, c'était de se déguiser en commission- 
naire et de remettre, sous ce costume, aux plus 
jolies boutiquières des poulets amoureux qu'il 
signait du nom de mousquetaire Leblanc. De 
cette façon il pénétrait dans les intérieurs, étu- 
diait les physionomies, et suivant l'impression 
produite par .son style, il revenait le lendemain 

, en habit de mousquetaire chercher la réponse à 
la lettre qu'il avait portée lui-même en habit de 
ramoneur. » Il n'était pas rare de le rencontrer 
la nuit dans les ruelles les plus sinistres, jouant 
son rôle d'observateur. Le guet le connaissait, et 
le laissait aller. Comme il portait d'habitude une 
écritoire dans sa poche, il s'en allait écrire ce 

, qu'il avait vu soit à la lueur des réverbères, 
soit sur les parapets de l'île Saint-Louis, où il 
avait aussi la manie de graver les dates mémo- 
rables de son existence. 

Tel était ce Diogène littéraire, que pour, ses 
mœurs vagabondes autant que pour ses talents 
avilis on a surnommé le Rousseau des halles. 
Lavater, il est vrai, après la lecture du Paysan 
perverti, lui avait décerné le titre de Richard- 
son français. Un seul de ses livres est irrépro- 
chable au point de vue de la morale : c'est le dé- 
licieux tableau des habitudes champêtres qu'il a 
appelé La Vie de mon père. Qu'il y a loin de là 
aux Contemporaines, aux Nuits de Paris et à 
V Année des dames nationales, immeaRns ma- 
gasins de nouvelles, qui occupent plus desoixante 
volumes ! Les Contemporaines, publiées un peu 
avant la révolution, offrent la peinture exacte 
des mœurs d'une société qui va s'écrouler : tous 
les genres s'y rencontrent et sont traités avec 
une fécondité inépuisable d'imagination et unr: 
variété infinie de caractères. L'indécence de plu- 
sieurs passages attira des reproches à Rétif, jl 
se justifia ainsi : « Les Contemporaines sont un 
ouvrage de médecine morale. Si les détails en 
sont licencieux, les principes en sont honnêtes 
et le but en est utile. Les mœurs sont corrom- 
pues : devais-je peindre les mœ.urs de l'Astréc.' » 
Quoi qu'il en soit, tout Paris s'en occupa. On 
s'enquit de cet auteur que le monde ne connais- 
sait pas, et on usa de subterfuges pour l'attirer 
au sein des meilleures compagnies.- En 1788 il 



29 

fut question de décerner le prix d'utilité publique 
à l'un de ses ouvrages, Les Parisiennes. En 
1789 on le vitdans quelques salons, et ce fut chez 
les grands seigneurs une mode de l'avoir à sou- 
per. Il devint l'anni de Beaumarchais et de Fon- 
tanes; il reçut les éloges de Ciébillon fils, de 
Delille, de M^e de Staël, et de bien d'autres. La 
révolution, qu'il avait saluée avec enthousiasme, 
le replongea dans l'obscurité : il y engloutit sa 
réputation et son argent. Poussé par une insa- 
tiable curiosité, on le voyait toujours errer dans 
les rues, se mêler aux groupes, prendre sa part 
des séditions populaires ; mais ses livres n'a- 
vaient plus de débit, il fut obligé de vendre la 
petite imprimerie qu'il avait acquise, il corrigea 
I des épreuves pour vivre. En 1794 Rétif com- 
mença la publication de ses Mémoires, qu'il in- 
. titula Monsieur Nicolas ; le spectacle de cette 
« âme viciée » , qu'il léguait aux moralistes pour 
la disséquer utilement, ne tenta que de bien rares 
lecteurs; ce fut son adieu au inonde des lettres. 
[1 continua pourtant d'écrire, bien que privé des 
moyens d'imprimer. En 1795 la Convention lui 
accorda une somme de 2,000 fr. à titre de se- 
cours. Carnot lui vint plusieurs fois en aide. Enfin 
sous le Consulat il obtint au ministère de la po- 
lice générale une place, que ses infirmités crois- 
santes le forcèrent à résigner au bout de quelque 
temps. Il mourut à soixante-douze ans, pauvre 
et oublié. Rétif avait profité en 1794 de l'établis- 
sement du divorce pour se séparer de sa femme, 
Agnès Lebègue , avec laquelle il vécut en fort 
mauvaise intelligence; mais il n'est pas vrai qu'il 
ait, comme on l'a prétendu, convolé en troisièmes 
noces avec une femme de soixante-trois ans. 

Rétif de la Bretonne, le plus fécond écrivain 
de son temps, n'est pas assez connu en France, 
ou plutôt il ne l'est que d'après les parties les 
moins recommandables de son oeuvre. « La 
platitude ordinaire de son style, dit M. de Jouy, 
l'extravagance de son amour-propre, la vileté 
des acteurs qu'il fait mouvoir, sa singulière 
orthographe l'ont rendu ridicule : on s'est mo- 
qué de lui, et l'on a étouffé sa réputation. Cet 
homme, étranger d'ailleurs aux plus simples 
convenances, ennemi de toutes les règles, brille 
néanmoins par une richesse d'imagination sur- 
prenante. Il trace des caractères avec habileté; 
'i fable qu'il invente attache presque toujours. 
Il y a dans son dialogue une vérité naïve qui 
charme, il écrit des pages délicieuses de na- 
turel et de douce volupté; il trouve des tableaux 
frais et riants; il appelle tour à tour le rire de 
réflexion, la pensée profonde, et presque tou- 
jours jette dans le cœur une émotion extrême. 
Ces qualités sont obscurcies par un dévergon- 
dage sans pareil, par des infamies racontées 
comme avec plaisir, par d'obscènes peintures 
qui montrent l'espèce humaine dans un état 
complet de dégradation. » Voici la liste des ou- 
vrages qui appartiennent à Rétif de la Bretonne: 
La Famille vertueuse, lettres trad. de Van - 



RÉTIF DE LA BRETONNE 



30 

^^oî.ï ,• Paris, 1767, 4 vol. in-12 : ce roman, 
àéà'\é Aux jeunes beautés, fut vendu 7G5 fr. 
à la veuve Duchesne ; de l'aveu de l'auteur, il 
n'y avait que du boursouflage, et l'orthographe, 
qui était conforme à la prononciation, fit tort à 
la vente; — Lucile, ou le Progrès de la 
vertu, par un Mousquetaire ; Québec (Paris), 

1768, iii-18 : fait en cinq jours et payé trois 
louis ; — Le Pied de Fanchette ; Paris , 

1769, 3 vol. in-12; cinq éditions et traduit en 
allemand et en espagnol ; — La Fille natu- 
relle; Paris, 1769, J774, 2 vol. in-12; — Le 
Pornographe, ou Idées d'un honnête homme 
sur un projet de règlement pour les prosti- 
tuées, propre à prévenir les malheurs qu'oc- 
casionne le publicisme des femmes; Lon- 
dres, 1769, 1770, 1776, in-8°; — La Mimo- 
graphe, ou Idées d'une honnête femme pour 
la réformation du théâtre national; Ams- 
terdam, 1770, in-8°; —Le marquis de T*** ; 
Londres, 1771, 4 vol. Jn-12; — Adèle de 
Com***, ou Lettres d'une fille à son père; 
en France, 1772, 5 vol. in-12; le t. V est com- 
posé de plusieurs opuscules qui avaient déjà 
paru séparément ; on y trouve une pièce , Le 
Jugement de Paris, dont Gardel fit un ballet; 

— La Femme dans les trois états de fille, 
d'épouse et de mère ; Londres, 1773, 3 vol. 
in-12; La Chabeaussière en a tiré sa comédie 
des Maris corrigés, jouée en 17S1; — Le Mé- 
nage parisien; Paris, 1773, 2 vol. in-12 : cet 
ouvrage, plein de naïveté et de coloris, fut un 
moment suspendu à cause des critiques contre 
les écrivains de l'époque; — Les Nouveaux 
Mémoires d'un homme de qualité, par M. le 
M*** de Br*** ; Paris, 1774, 2 vol. in-12, en 
collaboration avec le censeur Marchand; — 
Le Fin matois, traduit de l'espagnol de 
Quevedo; Paris, 1776, 3 vol. in-t2, avec le 
censeur d'Hermilly : deux nouvelles sont de 
Quevedo, la troisième. Les Lettres du cheva- 
lier de l'Epargne, appartient tout entière à 
Rétif; beaucoup d'exemplaires de ce recueil 
portent L'Aventïirier Buscon pour titre; — Le 
Paysan perverti, ou les Dangers de la ville; 
Paris, 1775, 4 vol. in-12 ;ibid., 1776, 4 vol. 
in-12, avec une vingtaine de lettres en plus et 
81 gravures dessinées d'après les données de 
l'auteur. Cet ouvrage établit la réputation de 
Rétif; non-seulement il fut traduit à l'étranger, 
mais il en courut plus de dix contrefaçons en 
province et on en cite quarante-deux éditions à 
Londres; — L'Ecole des pères; Paris, 1776, 
3 vol. in-8° : « J'ai noyé l'instructif et fait digr 
paraître l'agréable de cette production, a dit 
Rétif, en me livrant h des détails qui n'étaient 
propres qu'à un livre élémentaire; » — Les Gy- 
nographes, ou Idées de detix honnêtes fem- 
mes sur un projet de règlement pour mettre 
les femmes à leur place; Paris, 1777, gr. in-8°; 

— Le Quadragénaire; Paris, 1777, 2 vol. 
in-12, fig. : il prétend prouver que les mariages 



31 



RÉTIF DE LA BRETONNE 



35 



tardifs sont presque toujours les plus heureux; 

— Le Nouvel Abeilard, ou Lettres de deux 
amants qui ne se sont jamais vus; Paris, 
1778,4 vol. in-12, fig. : composition bizarre, 
qui renferme des épisodes charmants; — La 
Vie de mon père; Paris, 1779 { 1778 ), 2 vol. 
in-12, fig.; 4*édit., Paris, 1853, broch. in-4° : 
aucune tache ne dépare ce récit, qui peut passer 
à bon droit pour moral ; — La Malédiction 
paternelle, lettres de N*** publiées par Ti- 
mothée Joly ; Paris, 1780 { 1779 ), 3 vol. 
in-12; — Les Contemporaines, ou Aventures 
des plus jolies femmes de l'âge présent, par 
N. E. R. de la J5.; Paris, 1780-1785, 42 vol. 
in-12 , divisés en Contemporaines mêlées 
( 1780-1782, 17 vol. ), Contemporaines com- 
munes (1782-1783, 13 vol.) et Contempo- 
raines graduées (1783-1785, 12 vol.) ; cha- 
que nouvelle est accompagnée d'une gravure, et 
il y en a plus de trois cents ; le t. XXIX con- 
tient un choix de chansons badines; — La Dé- 
couverte australe par un homme volant, 
ou le Dédale français; Paris, s. d. ( 1781 ), 
4 vol. in-12, fj^. : « la base du système phy- 
sique développé dans cet ouvrage , selon 
M. Monselet, est qu'originairement il n'y eut 
qu'un seul animal et qu'un seul végétal sur notre 
globe ; ce sont les différences de sol et de tem- 
pérature qui ont amené la variété des êtres et 
produit des animaux mixtes ; i> — L'Andro- 
graphe, ou Idées pour opérer une réforme 
générale des mœurs; Paris, 1782, gr. in-8°; 

— La Dernière aventure d'un homme de 
quarante-cinq ans ; Paris, 1783, in-12; — La 
Prévention nationale, action adaptée à la 
scène; Paris, 1784, 3 vol. in-12, fig., suivie 
d'une correspondance intéressante de M"^ de 
Saint- Léger, auteur de quelques romans; — 
La Paysanne pervertie; Paris, 1784 (1785), 
4 vol. in-12 fig. : d'abord écarté par la cen- 
sure, ce roman ne fut autorisé à paraître que 
sous le titre : Les Dangers de la ville, ou His- 
toire effrayante et morale d'Ursule. En 1787 
Rétif publia, avec la date de il8i. Le Paysan 
et la Paysanne pervertis ( 8 vol. m-12,avcc 
120 fig. ), édition des deux romans augmentés, 
entièrement remaniés et surchargés d'incidents 
oiseux et de morceaux détachés ; — Les Veil- 
lées du Marais, ou Histoire du prince Ori- 
beau et de la princesse Oribelle; Water- 
ford (Paris), 1785, 2 vol. in-12; ibid., 1791, 
4 vol., avec un nouveau titre : L'Instituteur 
d'un prince royal; ouvrage aussi ennuyeux 
que mal écrit ; — Les Françaises, ou XXXIV 
exemples choisis dans les mœurs actuelles; 
Paris, 1786, 4 vol. m-12,fig. ; — Les Pari- 
siennes, ou XL caractères généraux pris 
dans les mœurs actuelles ; Paris, 1787, 4 vol. 
in-12, fig. ; — Les Nuits de Paris, ou le Spec- 
tateur nocturne; Paris, 1788-1794, 8 vol. 
in-12, fig. : mal ordonné, ce recueil abonde en 
détails sur les hommes et les choses du temps. 



sur les journaux, sur les cafés, sur les prome- 
nades, etc. ; — La Femme infidelle ; Paris, 
1788, 4 vol. in-12 : Rétif a tracé dans ce ro- 
man le tableau des égarements réels ou préten- 
dus de sa femme; — Ingénue Saxancour, 
ou la Femme séparée, histoire écrite par 
elle-même; Paris, 1789, 3 vol. in-12; c'est 
l'histoire de sa fille aînée, histoire probablement 
exagérée à dessein; — Le Thesmographe, ou 
Idées pour opérer une réforme générale des 
lois; Paris, 1789, in-S" ; mêlé de com.dieset 
de morceaux détachés ; — Monument du cos- 
tume physique et moral de la fin du dix- 
huitième siècle; Neuwied, 1789, gr. in-fol. 
avec 26 gravures : magnifique ouvrage, devenu 
d'une extrême rareté, réimprimé quant au texte 
sous le titre Tableaux de la vie ; Neuwied, 
1791, 2 vol. in- 18; — Le Palais- Royal ; Paris, 
1790, 3 vol. in-12, fig. ; — L'Année des dames 
nationales, ou Histoire jour par jour d'une 
femme de France; Paris, 1791-1794, 12 vol. 
in-12, fig. : s'il faut en croire l'auteur, les frais de 
cet ouvrage, imprimé en tètes de clou sur du 
papier à chandelles, s'élevèrent à près de 30,000 
livres. Imitation décolorée des Contemporaines, 
on y rencontre beaucoup de monotonie dans les 
sujets; c'est une suite d'historiettes, de com- 
mérages, de nouvelles vraies ou imaginées dont 
les femmes de chaque province de l'ancienne 
France offrent le prétexte ; — Le Drame de la 
vie, contenant un homme tout entier, pièce 
en treize actes d'ombres et en dix pièces 
régulières; Paris, 1793, 5 vol. in-12, avec 
un portrait de l'auteur; le t. V est terminé 
par des poésies licencieuses et une correspon- 
dance de Grimod de La Reynière ; — Théâtre; 
Paris, 1793, 5 vol. in-12, recueil de pièces de 
tous genres, dont aucune n'a été représentée ; — 
Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dé- 
voilé, publié par lui-même ; Pàùs, 1794-1797, 
16 vol. in-12 : ce sont les mémoires de Rétif, 
mémoires dégoûtants de cynisme, d'amour-pro- 
pre, et de haineuses passions ; il s'y avilit sans 
cesse, il flétrit sa famille, il joue le rôle d'un 
misérable, qui des qualités de l'honnête homme 
ne possède guère que la probité. Ce n'en est 
pas moins une œuvre extraordinaire, trop mé- 
prisée et trop peu connue, et qui renferme des 
passages agréables, pleins de charme et de vé- 
rité, et qui arrachent des larmes ; — La Phi- 
losophie de M. Nicolas ; Paris, 1796, 3 vol. 
in-12 ; — L'Anti- Justine, par Linguet ; Paris, 
1798, in-12, fig. : livre des plus obscènes, dont 
quelques exemplaires seulement ont été mis en 
circulation ; — Les Posthumes, lettres reçues 
après la mort du mari par sa femme, par 
Cazotle; Paris, 1802, 4 vol. in-l2,fig. : ce ro- 
man se termine par une série de nouvelles, Les 
Revies, oii l'auteur recommence quelques unes 
de ses aventures, et leur donne un dénouement 
à son gré ; — Les Nouvelles contemporaines i 
Paris, 1802, 2 vol. in-12 : choix d'histoires U- 



83 



RÉTIF DE LA BRETONNE — RETZ 



34 



bres prises dans les ouvrages précédents ; — 
Histoire des compagnes de Maria, ou Epi- 
sodes de la vie d'une jolie femme ; Paris, 
1811, 3 vol. in-12. On a encore attribué à Rétif 
le Tableau des mœurs (1787, 2 vol.) eiLes 
Soirées de Vauduse (1789, 3 vol.), qu> sont 
celui-là de Leroy de Lozembrune, celui-ci de 
Renaud de la Grelaye. 

Rétif de la Bretonne avait eu de sa seconde 
femme deux filles, Agnès, mariée à un sieur 
Auge, <iui la rendit malheureuse, puis à Louis 
Vignon; et Marie-Anne, qui avait épousé un de 
ses cousins du nom de Rétif. Deux de ses pe- 
tits-fils ont suivi la carrière littéraire : Victor 
Vignon a publié La Fille de la fille d'honneur 
( 1819, 2 vol. in-12 )Jje Paria français ( 1821, 
3 vol.); Un Lys sortant du sein d'une rose 
(1821),poëme; Paul et ToiMon (1823, 2 vol.); 
Colin Gautier (1824, 3 vol.); Og (1824, 
in-12), etc.; — un autre, Louis Rétif, est au- 
teur da Chroniqueur populaire {Paris, 1845, 
in-8«). 

Beuchot, dans la Revue philosophiqtie, il avril 1806. — 
Cublères, Notice à la tête de VHistoire des compagnes 
de Maria.— Jay, Jouy, etc., Biogr. nouv. des contemp. 
— Rabbe, Boisjolin et Sainte-Preuve, Biogr. univ. et 
portât, des contemp. — Henry Berthoud, Restif de la 
Bretonne, dans La Presse du 4 septembre 18S6. — Gé- 
rard de Nerval, Les Confidences de Nicolas, dans Les Il- 
luminés, ln-t8. — Ch. Monselet, Rédf de la Bretonne ; 
Paris. 1853, In-is. 

RETSCH ( Frédéric - Auguste - Maurice ) , 
peintre et graveur allemand , né le 9 décembre 
1779, à Dresde, mort aux environs de cette ville, 
le 11 juillet 1857. D'une famille originaire de 
Hongrie , il ne commença qu'à l'âge de vingt et 
un ans à se consacrer aux arts du dessin , qu'il 
étudia à l'Académie de sa ville natale , où il ap- 
prit aussi l'art de la peinture, sous la direction 
de Grassi. Son talent éminent lui procura bientôt 
un assez grand nombre de commandes; mais 
obligé de soutenir sa nombreuse famille, il ne 
put cependant pas réaliser son projet favori de 
visiter l'Italie. Il devint en 1824 professeur à 
l'Académie de Dresde. Outre beaucoup de por- 
traits et de miniatures à l'huile , remarquables 
parla ressemblance, Retsch a peint un nombre 
considérable de toiles, d'une beauté de forme 
pure et idéale, d'une composition sévère et ma- 
gistrale, d'une grande vérité d'expression, et ins- 
pirées par une imagination féconde, qui lui fai- 
.sait trouver des idées aussi neuves que profondes. 
Parmi ses tableaux nous citerons : L'Invention 
de la lyre; Sainte Anne apprenant à lire 
à la Vierge; Diane ; BaccMis enfant ; Amour 
et Psyché ; Geneviève et Vndine ; Le Roi des 
Aulnes; Un Satijre avec une nymphe; Mi- 
gnon jouant de la guitare ; Les Quatre épo- 
ques de la vie humaine, etc. Retsch a aussi 
illustré les œuvres de plusieurs poètes célèbres 
par des gravures à l'eau-forte, qu'il exécuta 
d'après ses propres compositions et qui lui ac- 
quirent une réputation européenne. C'est ainsi 
qu'il a publié : Illustrations du Faust de 

KODT. BIOGR. GENER. — T. M.II. 



Gœthe; Stuttgard, 1823, 26 "planches, in-4% 
reproduites sous divers formats à Londres, à 
Paris et à Gœtlingue; il en a donné lui-même une 
nouvelle édition retouchée, Stuttgard, 1834; — 
Galerie pour les œuvres de Shakespeare; 
Leipzig, 1828; — près de deux cents planche» 
reproduites à Londres, où elles obtinrent le plus 
grand succès; — Illustrations du combat 
avec le dragon de Schiller; Stuttgard, 1824, 
1 6 planches ; de la Ballade de Fridolin ( 8 plan- 
ches) et de La Cloche; Stuttgard, 1833, 43 pi. ; 

— des gravures du Pégase sous le joug, du 
même poète; ibid., 1833, 18 pi.; — Ilbistra- 
tions des ballades de Bûrger; Leipzig, 1840, 
15 pi. Parmi les autres productions du burin 
de Retsch nous citerons : Fantaisies; Londres, 
1834, 6 planches; — Fantaisies et vérités; 
Leipzig, 1838, 8 planches; — Les Joueurs 
d'échecs; — Faust et Marguerite; — La 
lutte entre la Lumière et les Ténèbres ; Leipzig, 
1846, etc. 

M"»» Jameson, fisits andsketches athome and abroad 
(Londres, 1834). — J^agler, Mlgem. KûnsUer-Lexicon. 

— Msenner der Zeit ( Leipzig, 1860 ). 

RETTBERG (Frédéric-Guillaume) , théolo- 
gien allemand, né à Celle, le 21 août 1805, mort 
à Marbourg, le 7 avril 1849. Après avoir occupé 
divers emplois 'dans l'enseignement secondaire , 
il devint en 1838 professeur de théologie à Mar- 
bourg. On a de lui : De par abolis Jesu Chris ti; 
Gcettingue, 1827: contre Bretschneider ; — Cy- 
prianus nach seinem Leben und Wirken 
(Vie et influence de saint Cyprien); ibid., 1831; 

— Heilslehren des Christenthums nach den 
Grundsàlzen der lutherischen Kirche (Doc- 
trine des sacrements chrétiens selon l'Église lu- 
thérienne); Leipzig, 1838; contre Mœhler; — 
Kirchengeschichte Deutschlands (Histoire 
ecclésiastique de l'Allemagne) ; Gœttingue, 1846- 
1848, 2 vol. in-8° : ouvrage capital, qui malheu- 
reusement ne va que jusqu'au milieu du neu- 
vième siècle. 

Conversations- LexiJion. 

RETZ {Albert DE GoNDi, duc de), maréchal 
de France, né le 4 novembre 1522, à Florence^ 
mort le 12 avril 1602, à Paris. Il était l'aîné des 
sept enfants d'Antoine de Gondi ( voy. ce nom),^ 
qui fut maître d'hôtel d'Henri II. Sa famille ne 
comptait pas , quoi qu'en aient dit certains gé- 
néalogistes, parmi les plus illustres de Florence, 
et son père, qui s'était enrichi dans le com- 
merce, avait fait deux fois banqueroute à Lyon. 
Amené fort jeune dans cette ville, il fut d'abord 
employé chez un financier, puis dans les vivres. 
Sa mère ayant obtenu de Catherine de MédicFs 
la charge de gouvernante des enfants de France, 
ce fut par elle que lui et ses frères firent leur 
chemin à la cour. Il y parut en 1547, à l'avé- 
nement d'Henri II, et fut bientôt pourvu d'une 
compagnie de chevau-légers, à la tête de laquelle 
il prit part à la bataille de Renty (1554). Nommé 
gentilliomme de la chambre et placé , en qua- 

2 



35 



EETZ 



36 



litéde maître de la garde-robe, près de Char- 
les IX, « il perverlit du tout ce jeune prince, 
rapporte Brantôme, et lui fit oublier et lais- 
ser toute la bonne nourriture que lui avait 
donnée le brave Cipierre ». Après avoir servi 
avec beaucoup- de distinction contre les Espa- 
gnols en Italie et dans la Flandre, il ne se fit pas 
moins remarquer durant les guerres civiles par 
sa bravoure et sa fidélité : il assista aux ba- 
tailles de Saint-Denis, de Jarnac et de Moncon- 
tour, et devint , à la suite de cette dernière af- 
faire, capitaine de cent hommes d'armes. Char- 
les IX lui donna- le collier de ses ordres , une 
place de conseiller d'État, et le gouvernement 
du pays Messin; il le chargea en 1570 de né- 
gocier son mariage avec la princesse Elisabeth 
d'Autriche. Favori du roi , Retz lui conseilla de 
se débarrasser par la violence de tous ceux qui 
portaient ombrage à son auiorité, et sa part dans 
le massacre de la Saint- Barthélémy et dans les 
conciliabules qui le précédèrent est un fait si- 
gnalé par les historiens contemporains. Sur la tin 
de l'année 1572 Retz fut envoyé en ambassade 
auprès de la reine Elisabeth, et l'entretint du 
singulier projet de mariage que Catherine de 
Médicis avait formé entre cette princesse et le 
jeune duc d'Alençon; sa demande fut accueillie 
avec faveur, et il réussit en outre, ce qui était 
plus important encore, à empêcher l'envoi des 
secours que les protestants attendaient d'Angle- 
terre. A peine de retour de Londres, il se rendit 
au siège de La Rochelle, reçut le commandement 
d'une escadre et força Montgomery d'évacuer 
Belle-Isle (avril 1573). Ce fait d'armes valut à 
Retz le titre de marquis ( il n'avait porté jusque- 
là que celui de comte ), et à la mort de Ta vannes, 
il devint maréchal de France (6 juillet 1573); 
par le même acte, il fut pourvu du gouverne- 
ment de la Provence. Tout-puissant à la conr, il 
gouvernait la France de concert avec les favoris 
de la reine mère. Devenu odieux à Charles IX, 
dont les sentiments valaient mieux que les actes, 
il se fit le courtisan du duc d'Anjou, et l'accom- 
pagna en Pologne. Aussi sa faveur ne déclina- 
t-elle point sous le règne de ce prince : on le vit 
successivement gouverneur de Nantes (1578), 
chevalier du Saint-Esprit, général des galères 
(1579), sous-lieutenant au marquisat de Saluées 
(1580), duc et pair (novembre 1581). Satisfait 
des biens et des lionneurs dont il était comblé, 
il ne chercha point à jouer pendant la Ligue un 
rôle politique, et s'attacha au parti du roi; il fut 
un des premiers à reconnaître Henri IV, et reçut 
de lui de grandes marques de confiance. Atta- 
qué d'un ulcère qui lui rongea la figure, il 
mourut à quatre-vingts ans, « laissant, dit L'Es- 
toile, une réputation fort équivoque ». Il filt in- 
humé dans l'église de Notre-Dame. 

Il avait épousé, le 4 septembre 1565, Claude- 
Catherine de Clermont, veuve du baron de Retz. 
Cette dame aimait le plaisir et l'intrigue; elle 
joignait à une éclatante beauté beaucoup d'esprit 



et de savoir, possédait le grec et le latin, et com- 
posait en prose et en vers avec une égale faci- 
lité. Les poëtesdu temps chantèrent ses louanges. 
Après une vie dissipée, elle mourut en bonne 
c'nrétienne, le 25 février 1603, et fut enterrée dans 
l'église de l'Ave-Maria. L'évêque Cospean pro- 
nonça son oraison funèbre. 

De leur mariage sortirent dix enfants, dont 
quatre fils: Charles, marquis de Belle-Isle, gé- 
néral des galères, périt en 1596, en voulant sur- 
prendre le mont Saint-Michel; Fenri, cardinal 
de Retz [vo]/. ci-après), Philippe- Emmanuel , 
comte de Joigny, et Jean- François , premier 
archevêque de Paris {voy. évêque Gondi). P. L. 

CorbinelU, tUst. de la mais'm de Condi, l\. — Bran- 
tôme, Grands capitaines. — Journal de L'EstoUe. — 
Anselme, Grands officiers de, la couronne. — Moréri, 
Dict. hist. — Sisraondi, lilst. des, Français, XIX d XXI. 

RETZ {Henri de Gondi be), prélat français, 
fils du précédent, né à Paris, en 1572, mort à 
Béziers, le 2 août 1622. Chanoine de Notre- 
Dame de Paris en 1587, et successivement pourvu 
des abbayes de Buzay, de Quimperlé, de la 
Chaume, de Saint-Jean-des-Vignes de Soissons 
et de la Couronne, il fut nommé, le 2 novembre 
1596, coadjuteur avec future succession du car- 
dinal PierredeGondi,évêquedeParis, son oncle, 
et sur la démission de ce prélat de^int titulaire 
du siège, le 29 mars 1598. Il obtint en 1600 la 
charge de maître de la chapelle oratoire du roi, 
présida en 1610 aux obsèques de Henri IV, 
assista en 1612 au concile provincial de Paris, 
où il souscrivit à la condamnation du livre de 
Richer Sur la puissance ecclésiastique et po- 
litique, et se trouva aussi aux états généraux 
de 1614 et 1015. Il reçut le chapeau de cardinal 
le 26 mars I6l8, et prit le nom de cardinal 
de Ret%. Pendant vingt-quatre ans qu'il gou- 
verna l'Église de Paris, cet évêque admit dans 
le diocèse un plus grand nombre de commu- 
nautés religieuses que n'avaient fait vingt de ses 
prédécesseurs ensemble. Comme chef du con- 
seil du roi , il accompagnait Louis XIII en Lan- 
guedoc lorsque ce prince alla faire le siège de 
Montpellier, et il mourut, d'une fièvre maligne, 
dans le camp devant Béziers. Ce prélat favorisa 
beaucoup les savants, dont il fut le Mécène, et 
publia, en 1608 et en 1620, des Ordonnances 
synodales. 11 fut le cent dixième et dernier évê- 
que de Paris; Jean-François de Gondi, son frère, 
lui succéda; mais, [ar bulle du 14 novembre 
1622, GrégoireXV, à la sollicitation deLouis XIH, 
érigea cette église en métropole. 

Gallia christiana, t. VU. — Auberi, Hisl. des cardi- 
naux. 

RETZ {Jean- François-Paul de Gosdi, car- 
dinal de) (1), né à Montmirail, en Brie (Seine- 
et-Marne), au mois d'octobre 1614, mort à Pa- 
ris, le 24 août 1679, était fils de Philippe- Em- 

(1) Dans les dernières années de sa vie, le cardinal 
adopta l'orliiographe des scigueurs bretons, en écrivant 
«on nom Hais. On trouve ce nom ainsi écrit dans les let- 
^ tri'S otliciellcs adressées au cardinal. 



87 



manuel de Gondi, général des galères de France 
sous Louis XIII (l'oy. Gondi). Il fut chevalier 
de Malte dès sa naissance; puis, après la mort 
de son second frère , on le destina à l'Église ; il 
eut de bonne heure plusieurs bénéfices, comme 
l'abbaye dé Buzay on Bretagne; mais par vanité 
il se fit appeler abbé de Retz. Il devint chanoine 
de Noire-Dame de Paris le 31 décembre 1627. 
Son frère aîné devant hériter du duché de Retz, 
Gondi fut destiné par la piété et l'ambition de 
son père à l'épiscopat; son grand-oncle Pierre 
et son oncle Henri avaient été évèques de Paris ; 
son oncle Jean-François était le premier arche- 
vêque de cette ville; Gondi était appelé par sa 
naissance à leur succéder. Aussi rien ne put em- 
pêcher son père de faire tous ses efforts pou rat ta- 
cher à rÉgliseJ'd»«e la moins ecclésiastique 
qui fût dans Vunivers. 

11 eût dû entrer au service et mener ia vie de 
cour, qu'il n'eût pas vécu avec plus de licence 
ni soutenu plus de duels; ses galanteries lui 
firent de bonne heure un nom dans le grand 
monde de Paris, et lui-même a raconté, avec 
autant de hardiesse qu'il agissait , ses aventures 
peu édifiantes; mademoiselle de Scepeaux, sa 
cousine , presque enlevée pour sa beauté et ses 
quatre-vingt mille livres de rente ; madame de 
La Meilleraye, disputée à son mari et à Riche- 
lieu lui-même; madame de Guémené cédée 
avec peine à Port-Royal ; madame de Pomme- 
reux, longtemps poursuivie au milieu des jeunes 
seigneurs qui l'entouraient; mademoiselle de, 
Vendôme, iie le quittant que pour le mariage, 
et bien d'autres amours, qui lui donnèrent une 
sorte de célébrité. Mais de bonne heure aussi , 
Gondi, toujours ramené, malgré lui, à la sou- 
tane, s'était livré avec ardeur à l'étude; ia lec- 
ture des anciens historiens, de Plutarque, de Sal- 
luste surtout, qui fut son modèle, lui inspira le 
goût des maximes républicaines , et une singu- 
lière admiration pour les conspirations et les 
chefs de parti. Il paraît qu'il écrivit une vie de 
César, où il disait que dans les affaires publi- 
ques la morale a plus d'étendue que dans 
les particulières. A dix-huit ans, il publia la 
Conjuration de Fiesque, livre original, plein de 
hardiesse, écrit avec une certaine éloquence, 
et qui fit dire à Richelieu : « Voilà un dangereux 
esprit. » Il ne voulut pas être présenté au car- 
<linal. Gondi resta fidèle toute sa vie à la haine 
qu'il voua dès lors à cet ennemi de la diacussion 
et de Vintelligence. Gondi, amoureux du succès 
et surtout de l'éclat, voulut se faire un nom en 
Sorbonne et par sa prédication ; il prêcha l'Astien- 
sion, la Pentecôte, la Fête-Dieu aux petites Car- 
mélites , en présence de la reine et de toute la 
cour ; comme on faisait son éloge devant Riche- 
lieu, celui-ci répondit : « 11 ne faut pas juger des 
choses par l'événement, c'est un téméraire. » Il 
osa disputer le premier rang pour la licence à 
l'abbé de la Mothe-Houdancourt , parent et pro- 
tégé de Richelieu; il l'emporta, mais ses parents 



RETr 38 

le décidèrent h s'éloigner de la France (1). A 
Venise, à Florence, il eut des aventures; à 
Rome, il se fit admirer dans les écoles de Sa- 
pience, et respecter dans le public. A son retour, 
vers Noël 1638, il entra en relations intimes avec 
le comte de Soissons , et conspira ; d'abord on 
résolut d'assassiner le cardinal, au moment du 
baptême de Mademoiselle : « J'embrassai, dit-il, 
le crime qui me parut consacré par de grands 
exemples, justifié et honoré par le grand péril. » 
Il ajoute, il est vrai : « L'ancienne Rome aurait 
estimé cette action ; mais ce n'est pas par cet en- 
droit que j'estime l'ancienne Rome. " Gondi 
n'aimait que médiocrement l'emploi de la force; 
homme d'intelligence et plein de confiance dans 
la supériorité de son esprit, il voulait triom- 
pher surtout par la puissance de la raison , par 
les ressources d'un génie fécond en expédients 
et en inventions. « Je suis persuadé, disait-il, 
qu'il faut plus de grandes qualités pour former 
un bon chef de parti que pour faire un bon em- 
pereur de l'univers. » Aussi, quand le complot 
eut échoué, s'opposa t-il d'abord à la prise d'ar- 
mes du comte de Soissons; puis, dans une en- 
trevue secrète qu'il eut avec lui à Sedan , il se 
laissa entraîner, « parce que c'était une issue, 
non pas honnête, mais illustre, pour sortir de 
l'Église ». Il avait déjà des liaisons avec les 
chefs des quartiers de Paris; il avait acquis une 
certaine popularité par des aumônes habilement 
faites ; douze mille écus, distribués par ses soins, 
avec l'aide d'une bonne tante, qui ne croyait 
l'habituer qu'à des œuvres de charité, des baga- 
telles données aux enfants, au coin de leur feu, 
tout cela le faisait connaître de Nanon et de 
Babet. Il s'était chargé de soulever les halles, 
à la première nouvelle d'une victoire de Sois- 
sons; puis il devait enlever la Bastille, de con- 
cert avec les nombreux prisonniers d'État qu'elle 
renfermait. La mort du comte de Soissons, à la 
Marfée (1641), le précipita définitivement dans 
l'état ecclésiastique. 

Dès lors il s'attacha les chanoines de Notre- 
Dame, le clergé de Paris , en prenant habitude 
avec tout ce qu'il y avait de gens de science et 
de piété dans la capitale ; il fit presque de son 
logis une académie, en ayant soin de ne pas l'é- 
riger en tribunal ; il fut fort à la mode parmi les 
gens de sa profession ; et les dévots mêmes di- 
saient, après monsieur Vincent de Paul, son 
ancien précepteur, qu'il n'avait pas assez de 
piété, mais qu'il n'était pas trop éloigné du 
royaume de Dieu. Il eut des conférences avec 
Mestrezat, ministre protestant, en présence de 
MM.de La Force et de Turenne, et contribua 
à la conversion d'un gentilhomme poitevin. 
Louis XIII, que certaines aventures de Gondi 
avaient déjà bien disposé en sa faveur, voulut le 
nommer évèque d'Agde, et, eu mourant le dé- 



(1) U avnlt dédié ses thèses à des saints, pour ne pas 
être oblige de les dédier aux puissants. 

2. 



39 



RE 



signa comme coadjuteur de son oncle, l'arche- 
vêque (1643). 

Au commencement âe la régence, Gondi , qui 
n'avait pas encore trente ans, dont la famille 
était alliée aux plus grandes maisons, pouvait 
espérer jouer un rôle considérable ; il était à la 
mode parmi les courtisans, estimé dans le clergé, 
populaire dans la capitale; et son oncle, quoique 
jaloux de la supériorité de son neveu, était trop 
incapable et trop paresseux pour ne pas lui aban- 
donner les fonctions et l'importance de sa haute 
dignité. Mais la première place auprès de la 
reine et dans l'État était déjà prise par un 
homme d'église ; Mazarin, premier ministre, de- 
vait nécessairement rejeter le coadjuteur dans le 
parti de l'opposition. « Il me semble, dit Gondi, 
que je n'ai été jusqu'ici que dans le parterre, ou 
tout au plus dans l'orchestre, à jouer et à badi- 
ner avec les violons ; je vais monter sur le théâ- 
tre. » Il parut tout d'abord uniquement occupé 
de ses fonctions ecclésiastiques ; il reçut l'ordi- 
nation. II fît de nombreux sermons dans les dif- 
férentes églises; il commença la réforme des prê- 
tres du diocèse; il visita les couvents, et en 
toute circonstance soutint les privilèges et les 
prétentions du clergé. Le 31 janvier 1644, il fut 
sacré à Notre-Dame, sous le titre d'archevêque 
de Corinthe. Il était du conseil de conscience de 
la régente avec Vincent de Paul. Il ne voulut 
pas prendre part à la cabale des Importants, 
dont il a si spirituellement dépeint l'incapacité ; 
mais dans plusieurs circonstances il blessa 
Mazarin ; ainsi il refusa de prêter Notre-Dame 
à l'évêque de Warmie pour le mariage de la 
reine de Pologne; et dans l'assemblée du clergé 
en 1645 il demanda, malgré le ministre, la réinté- 
gration des évêques que Richelieu avait chassés 
de la dernière assemblée de Mantes. Puis ses pro- 
digalités étaient grandes ; on les lui reprochait : 
« J'ai bien supputé, répondit-il, que César à mon 
âge devait six fois plus que moi. « Cette parole 
imprudente, comme il le remarque lui-même, 
fut rapportée à Mazarin, qui dès lors prit om- 
brage de l'ambitieux et entreprenant coadjuteur. 

Les troubles de ,'a Fronde fournirent bientôt 
à Gondi l'occasion la plus belle de déployer 
toutes les ressources de son esprit et d'entrer 
en lutte contre le ministre, qu'il aurait peut-être 
voulu supplanter, et qu'il chercha toujours assu- 
rément à renverser et à humilier. La Fronde ne 
fut pas l'ouvrage du coadjuteur; mais il y a 
joué le premier rôle avec un plaisir extrême ; 
il n'avait pas de convictions sérieuses, malgré 
les maximes sonores dont il a orné ses Mé- 
moires ; il n'était avide ni d'argent, ni d'hon- 
neurs, ni même de pouvoir; avant tout il se 
plut à parler, à nouer des intrigues, à lancer des 
pamphlets et surtout à diriger, au miheu des 
complications les plus inattendues , les différents 
personnages de cette révolution tragi-comique. 

Au jour des Barricades (26 août 1048), le 
coadjuteur, encore tout ému d'un sermon qu'il 



rz 40 

avait prêché devant la cour, à la fête de Saint- 
Louis, vint au Palais-Royal donner des avis qui 
furent reçus par la régente avec mépris et co- 
lère; Mazarin voulut le perdre, en l'envoyant 
avec l'étourdi LaMeillerayeau milieu des sédi- 
tieux pour leur promettre la liberté de Brousse]. 
Gondi a raconté avec une verve entraînante 
comment il fut renversé par la foule, blessé d'un 
coup de pierre; comment sa présence d'esprit 
le sauva peut-être de la mort, et comment, de 
retour au palais, il fut congédié par la reine 
avec ces mots : « Allez-vous reposer. Monsieur, 
vous avez bien travaillé. » Enragé, ému, ins- 
truit par ses amis, Montrésor, Laigues, Argen- 
teuil, qu'on voulait l'arrêter, et qu'on s'était 
moqué publiquement de lui à la cour, il se 
laissa chatouiller par ce titre de chef de 
parti, qu'il avait toujours honoré dans les 
Vies de Plutarque : « Demain, dit-il, avant 
midi, je serai maître de Paris. » Quoiqu'il ait 
assurément exagéré son influence, il contri- 
bua, grâce à ses relations dans la bourgeoisie 
et 1q peuple, au soulèvement de la ville contre 
la régente. Elle fut forcée de céder; Brousse! 
fut rendu à la liberté; Mazarin était humilié : c'é- 
tait une première victoire dont la vanité du coad- 
juteur fut singulièrement flattée. Gondi, rappelé 
à la cour, conçut l'espoir d'obtenir le gouverne- 
ment de Paris ; on se garda bien de le lui' 
donner, et il recommença son opposition et ses 
cabales. Quand la reine quitta Paris pour com- 
mencer la guerre civile contre les Frondeurs 
(6 janvier 1649), il se fit arrêter par le peuple 
pour ne pas suivre la cour à Saint-Germain ; et 
dès lors il fut l'âme qui fit mouvoir le corps 
de la Fronde .- donnant des chefs au parti , le 
princ-e de Conti, M™e de Longueville et son mari, 
le duc de Beaufort; excitant le peuple par 
ses sermons, par les curés, dont il avait la con- 
fiance, par les pamphlétaires , dont il dirigeait 
l'audacieuse et cynique armée. Au Parlement, 
où il siégeait à la place de son oncle, il soute- 
nait les courages et multipliait les intrigues. On 
l'a dit avec vérité : il eut sa Fronde à lui; ce fut 
une Fronde mêlée de bourgeois, de femmes des 
halles, de nobles et de princes perdus , soutenue 
des embarras formalistes du parlement et des 
prétentions populaires de l'archevêché. C'est la 
Fronde de la grande ville. Gondi cependant, 
malgré son esprit et son activité, s'agita sans 
résultat sérieux; il n'avait pas l'autorité que 
donne une conviction sincère; il n'avait pas 
l'éloquence qui entraîne les assemblées et les 
multitudes; il savait lancer un trait piquant; jl 
n'avait ni la passion qui remue, ni l'audac* 
qui fait les grands chefs de parti. Il lui man- 
quait aussi la véritable considération, et Ton 
se moquait dans le peuple , comme parmi les 
princes, du régiment de Corinthe levé par le 
coadjuteur (1), et du prélat, qui sortait de 

(1) La première fols qu'il éprouva un échec, on dit que 
c'était la première aux Corinthiens, 



4t 

l'arclievêcné pour aller parader vers Charen- 
ton à la tête de ses cavaliers. Gondi fut vaincu 
et far l'honnête fermeté du président Mole, qui 
fit signer la paix de Ruel, malgré lui,, et par 
Mazarin, qui sut mettre dans tout leur jour les 
prétentions égoïstes de tous les chefs de la 
Fronde. On lui reprocha ses efforts pour unir à 
plusieurs reprises la cause des Frondeurs aux 
Espagnols, nos ennemis ; sa jalousie contre le 
cardinal lui fît oublier ee qu'une pareille alliance 
ayait d'odieux. Mais comme Gondi avait une 
certaine générosité (1) et surtout le désir de 
faire étalage de magnanimité, il s'opposa à 
la vente des meubles et des livres de Mazarin, 
heureux de le couvrir en quelque sorte d'une 
protection , qui devait l'humilier ; il défendit 
contre le peuple le chevalier de La Valette, qui 
avait, dit-on, voulu l'assassiner; il protégea de 
son corps Mole, que les Frondeurs les plus en- 
ragés voulaient tuer au sortir du parlement, 
après la paix de Ruel ; enfin il eut le bon goût 
de ne rien demander, de ne rien vouloir pour 
lui, lorsque tous ses alliés de la veille s'empres- 
sèrent, avec l'effronterie la plui impudente, de 
stipuler le prix de leur réconciliation. 11 ne s'a- 
voua ni coupable, ni vaincu, ni ambitieux , en 
refusant d'être compris dans l'amnistie ; plus 
tard Mazarin s'en prévalut, en 1655, pour lui 
faire son procès sur toutes les accusations qu'on 
put diriger contre lui à l'occasion des troubles de 
1648 et 1649. 

Après la paix il vint visiter la cour à Com- 
piègne, comme pour montrer que le roi pouvait 
rentrer à Paris ; mais il ne voulut pas commu- 
niquer avec Mazarin. Au premier bruit des que- 
relles de Condé avec le ministre, il alla s'olïrir 
au prince , qui déjà s'était réconcilié avec la 
cour. Il voulut alors ameuter les rentiers, qui 
n'étaient pas payés ; ils invoquèrent la protection 
de Gondi et de Beauforl, et nommèrent des syn- 
dics ; Paris fut de nouveau troublé, et Gondi s'ap- 
piaudit de cette heureuse recrue de « trois raille 
bons bourgeois, tous vêtus de noir ». Mais la 
bravade d'un Frondeur (roy. Joly) renversa tout 
cet échafaudage. Puis on tira quelques coups 
de fusil sur les carrosses de Condé; et Mazarin 
eut le malin plaisir de faire croire à Condé que 
Gondi, Beaufort et le vieux Broussel étaient les 
auteurs de l'attentat. Le coadjuteur, accusé par 
le procureur général, parut devant le parlement 
(22 décembre 1649 ), et sut relever avec no- 
blesse et hauteur l'invraisemblance dea dépo- 
sitiMis et la bassesse des misérables témoins 
apostés;puisil ne marcha plus au palais qu'avec 
une escorte de cent cinquante gentilshommes, 
et prit plaisir à soutenir la lutte contre le grand 
Condé lui-même. Ce qui ne fut pas à son hon- 
neur, c'est que pour perdre Coudé il se rap- 
procha de Mazarin ; il eut des entrevues avec la 

(1) Ayant appris la misère de la reine d'Àiieieterre, 
abandonnée par la cour de Paris, il lui envoya des se- 
cours et lui en fit voter par le Parlement. 



RETZ 43 

Reine, pendant la nuit, et, bien qu'il affectât 
de refuser toute espèce de faveur pour lui-même, 
il se perdit, comme chef départi, en promettant, 
au nom de la vieille Fronde, de ne pas s'opposer 
à l'arrestation des princes ( 18 janvier 1650). 

Aussitôt après le coup d'État, on termina pour 
la forme le procès criminel de Gondi et de Beau- 
fort; dès le 22 janvier ils vinrent s'asseoir parmi 
leurs juges; puis le soir même Gaston d'Or- 
léans les conduisit chez la Reine. La position 
nouvelle du coadjuteur fut dès lors pleine d'em- 
barras , que tout l'esprit de ses Mémoires ne 
peut dissimuler. Mazarin lui reprochait sa tié- 
deur et lui faisait entendre qu'il fallait agir pour 
obtenir le chapeau de cardinal, que maintenant 
son ambition désirait ardemment. Vainement 
Gondi a soutenu qu'il était de bonne foi ; per- 
sonne ne l'a cru. 11 voulait sans doute alors, 
après avoir reçu la pourpre romaine , dominer 
le gouvernement soit par la reine, soit par le 
duc d'Orléans, et toujours éloigner, humilier 
son rival de toutes les époques, Mazarin, Il était 
dans une position si fausse qu'il se laissait aller 
à l'inaction, ou passait son temps à des liaisons 
peu voiJées avec M"* de Chevreuse. Au retour 
de l'expédition de Bordeaux, le duc d'Orléans, à 
qui le coadjuteur avait fait la leçon, vint à Fon- 
tainebleau demander pour lui le chapeau de car- 
dinal; Mazarin eut l'air de l'appuyer dans le con- 
seil,; les autres ministres firent rejeter la de- 
mande, et la cour rentra à Paris (novembre 
1650), Alors une coalition nouvelle se forma 
pour la liberté des princes ; les deux Frondes s'u- 
nirent, grâce au génie d'intrigues du coadjuteur 
et de la princesse palatine; ou s'engagea par 
écrit; on se partagea à l'avance les charges, 
les faveurs, et Gondi stipula le mariage de sa 
maîtresse , M'ie de Chevreuse, avec le prince de 
Conti. Il entraîna le parlement. Mole lui-même; 
on décida de très-humbles remontrances pour 
demander la liberté des princes (30 décembre). 
Gondi, animé par la lulte, retrouva toute son ac- 
tivité , força Gaston à se déclarer malgré lui , 
et par un véritable miracle d'habileté, lui donna 
même du courage pour quelques jours et l'au- 
dace de s'emparer de l'autorité. Les magistrats 
du parlement, irrités d'être comparés aux Crom- 
well, aux Fairfax, se déchaînèrent contre Ma- 
zarin; Mole avait adressé à la régente les re- 
montrances les plus amères; tout le monde 
demandait la liberté des princes et l'exil du mi- 
nistre. 

A son tour, Gondi triompha pour quelques 
jours; Mazarin, cédant prudemment à la tem- 
pête, partit pour son premier exil (7 février 
1651); la reine aurait voulu le suivre avec le 
jeune roi; le coadjuteur souleva les bourgeois 
de Paris : le Palais-Royal fut entouré pendant 
la nuit du 9 au 10 février; la reine fut comme 
retenue captive. Mais les princes, délivrés par 
Mazarin lui-même, arrivèrent alors du Havre 
( 16 février), et la discorde fut bientôt dans le 



43 



camp des Frondeurs. Beaufort, l'épéedu coad- 
juteur, l'abandonna; le parlement sembla se 
repentir de ses attentats contre la régente; Condé 
se brouilla avec Gondi , et lui fit annoncer que 
le mariage de son frère avec M"» de Chevreuse 
était rompu. Alors Gondi, confus, blessé, bien 
plus qu'il ne l'avoua, « prit congé de tout le 
monde, etld semaine sainte lui servit de prétexte 
pour exécuter ce pas de ballet «. 

Pour la seconde fois, le désir de se venger de 
Condé l'emporta sur toute autre considération; 
le prince se crut le maître de l'État, et imposa à 
la reine les conditions les plus exagérées. Mais 
du fond de son exil Mazarin dirigeait toujours 
Anne d'Autriche; bieii qu'il appelât Gondi le 
plus méchant homme du royaume, il le re- 
doutait moins que Coudé. « Faites-le cardinal, 
lui écrivit-il, donnez-lui ma place, tout plutôt 
que de traiter avec celui-ci aux. conditions qu'il 
veut. » Alors la reine se rapprocha encore une 
fois de Gondi , qui , tout entier à sa. passion du 
moment, se donna sans réserve; si l'on en croit 
ses affirmations réitérées, il refusa le ministère, 
l'appartement môme de Mazarin au Palais-Royal ; 
la reine lui promit le cardinalat. Gondi reparut 
au parlement, et la guerre des pamphlets recom- 
mença. Des deux côtés on se présenta dans le 
Palais de Justice, avec de véritables armées de 
gentilshommes ; on tira l'épée aux cris de Notre- 
Dame et de Saint Louis ; au milieu des scènes 
les plus tumultueuses, le 21 août, le coadjuteur 
fut presque étouffé entre les battants d'une porte 
par La Rochefoucauld, qui criait à ses amis de 
le percer de leurs épées ou de leurs poignards; 
personne n'osa commettre un crime si odieux, et 
Gondi fut sauvé par le fils du président Mole, 
Champlâtreux. Le principal résultat de cette 
campagne de Gondi fut de décider Condé à se 
retirer menaçant à sa maison de Saint-Maur, 
puis à commencer la guerre civile, au moment 
oi] la majorité du roi était proclamée. Quatorze 
jours après (21 septembre 1651 ) , Louis XIV lui 
remit publiquement l'acte authentique de sa dé- 
signation au cardinalat. 

Pendant que la cour allait combattre Condé 
dans le midi et sur la Loire, Gondi, resté à Paris, 
chercha à former un tiers parti avec Gaston , le 
parlement, le peuple, contre Condé et Mazarin. 
Son rôle alla toujours en s'amoindrissant, et 
se perdit dans des intrigues indignes de l'histoire. 
Quand enfin la nouvelle, longtemps attendue, 
de sa promotion fut arrivée (février 16-52), il en 
profita pour se dispenser d'aller au parlement, 
les cardinaux ne devant s'y rendre qu'avec le 
roi; on ne le vit plus que dans le cabinet des 
livres du Luxembourg , cherchant toujours à di- 
riger, à faire sortir de sa nullité le duc d'Orléans. 
Il ne réussit qu'à eniretenir par ses amis et par 
ses pamphlets la défiance des Parisiens à l'égard 
de Condé. Encore, après la bataille du faubourg 
Saint-Antoine, il ne put empêcher Mademoiselle 
de le recevoir dans Paris; il se tint alors ren- 



RETZ 44 

fermé dans l'archevêché; croyant ou feignant 
de croire que le prince en voulait à sa liberté, 
il se fortifia , s'entoura d'hommes armés ; à 
l'entendre, l'odieux massacre de l'hôtel de ville 
aurait eu surtout pour but de fournir à Coudé 
le moyen de pénétrer jusqu'à lui, pour l'em- 
mener prisonnier hors de la ville. C'est le 
triomphe de la vanité. 

Quand le roi vainqueur se rapprocha de Paris, 
le cardinal de Retz crut trouver une occasion 
éclatante de sortir de son long repos. A la tête 
d'une députation du clergé, il partit (9 sep- 
tembre 1652), sous prétexte d'aller demander La 
paix au nom de V Église. A Compiègne, il reçut 
d'abord en grande solennité le chapeau de cardi- 
nal (11 septembre), puis s'acq«itta de sa mission 
officielle devant toute la cour assemblée (12 sep- 
tembre); le roi lui donna sa réponse par écrit (13 
septembre). Mais la reine l'écouta à peine quand il 
voulut négocier en son nom et au nom du duc 
d'Orléans ; on le renvoya à Servien et à Leïellier. 
Sur le conseil de Mazarin, on lui proposa la di- 
rection des affaires de France à Rome pendant 
trois ans, avec le payement de ses dettes et un 
revenu considérable. Le cardinal refusa, soas 
prétexte de défendre les intérêts de ses amis, en 
réalité pour ne pas renoncer à ses habitudes dé 
plaisir et de cabales. Bossuet a singulièrement 
exagéré la noblesse de son opposition, lorsqu'il 
a écrit : « Après que tous les partis sont abat- 
tus , il semble encore se soutenir seul , et 
seul encore menacer le favori de ses tristes 
et intrépides regards. » Retz, suivant son ex- 
pressions moins éloquente, « voulut encore une 
fois tenir le pavé » ; il n'alla plus chez la reine; 
il entra en négociations avec tout le monde, 
même avec Condé; il s'entoura de ses amis, 
comme s'il était disposé à soutenir une nouvelle 
lutte armée. Mazarin résolut d'en finir, avant de 
rentrer en France; et Louis XIV écrivit lui- 
même l'ordre donné au capitaine des gardes 
de l'arrêter mort ou vif (16 décembre). La vanité 
de Retz l'amena à se livrer lui-même ; il se rendit 
seul au Louvre, le 19 décembre au matin, sans 
être attendu, fut arrêté et conduit le soir même 
au château de A''incennes. La ville resta ealme; le 
chapitredeNotre-Daraeetl'université se laissèrent 
facilement éconduire par quelques vagues paroles 
du roi (20,21 décembre); sa famille n'osa pour 
lui qu'une lettre timide ; ses amis gardèrent le 
silence. Les évêques, par l'organe de l'arche- 
vêque de Toulouse, firent d'inutiles efforts en sa 
faveur. Le pape Innocent X, hostile à Mazarin, 
s'attira de dures réponses, quand il voulut 
prendre sa défense. Retz se trouva seul ou 
presque seul, condamné au supplice le plus crueî 
pour lui, l'oubli et l'indifférence. Vainement il 
sembla se résigner à l'étude on se résigner à 
son sort, en élevant des lapins; il souffrait d'être 
vaincu et de ne pas même exciter l'intérêt. Les 
deux Briexine et Le Tellicr vinrent lui proposer 
de renoncer à son litre de coadjuteur ; il fut heu- 



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rciix <1e pouvoir les >< écondiiire avec une réponse 
très-belle, très-ctudiée et très-ecclésiaslique , » 
que lui avait envoyée son ami Caumartin (18 août 
1653). Quand son oncle mourut (21 mars 1654), 
on fondé de pouvoir, porteur d'une procuration 
antidatée, prit aussitôt possession de i'arclievô- 
ché en son nom. La cour pouvait être très-em- 
barrassée; et cependant Retz, fatigué d'une cap- 
tivité monotone de seize mois, consentit ci re- 
mettre sa démission au premier président de 



1657 et 1G5S ; son ancien confident Joly, mainte- 
n.int brouillé avec lui et désireux de rentrer en 
grâce auprès de Louis XIV, l'a peut-être calom- 
nié lorsqu'il l'a montré continuant « la vie liber- 
tine des bôtelleries » à travers les villes d'Alle- 
mafîno Ce qui est certain, c'est qu'ayant alors les 
Ocrions de France à sa piste, et entourant de 
my.stère sa vie et ses projets, il se dirigea par 
l'Allemagne vers la Hollande, et deux fois vint 
visitera Bruxelles Condé, qui chercha vaine- 



Bcllièvre, son ami, en échange de sept abbayes j ment à le faire comprendre dans le traité géué 



d'un revenu de 120,000 livres. En attendant 
que sa démission fût acceptée par le pape, il dut 
rester au château de Nantes, sous la garde du 
maréchal de La Meilleraye, son allié (31 mars). 

Là, quoique bien traité, malgré la société do 
ses parents , de ses amis, des plus belles dames 
de la ville, il s'ennuya, prépara et effectua son 
audacieuse évasion, en se faisant descendre par 
une corde du haut d'un bastion (8 août). 11 vou- 
lait courir jusqu'à Paris ( quarante relais étaient 
préparés), prendre possession de son archevêché 
et se mettre sous la protection du peuple. Une 
chute de cheval lui cassa l'épaule, à Mauves, et 
fit échouer ce projet romanesque. Caché dans 
une meule de foin par Brissac et Sévigné, trans- 
porté avec peine à Beaupréau', à Machecoul, 
entouré par la noblesse du duché de Retz, il se 
réfugia à Belle-Ue. Une barque de sardines le 
conduisit à Saint-Sébastien, en Espagne (12 sep- 
tembre). 11 n'accepta de Philippe IV qu'une li- 
tière pour traverser le royaume sous un dégui- 
sement; puis une galère le transporta, à travers 
quelques aventures plaisamment racontées jus- 
qu'à Piombino, ou il reprit le titre d'archevêque 
de Paris (3 novembre). Déjà le pape avait refusé 
sa démissioîi. 

A Rome, le cardinal exerça bientôt une in- 
fluence considérable; puissant parmi les cardi- 
naux, auprès d'Innocent X et d'Alexandre VII, 
qui lui conféra le pallium (1" juin 1655) ; fai- 
sant respecter sa personne et sa dignité par son 
esprit, son train de maison, ses manières de 
grand seigneur; triomphant de la politique de 
l'ambassadeur français, Lionne lui-même, qu'il 
força à demander son rappel. En France, il ne 
voulut rien céder au gouvernement; il fit admi- 
nistrer le diocèse par des grands vicaires de son 
choix, malgré le procès qu'on lui intenta, comme 
criminel de lèse-majesté. Ce fut une cause de 
luttes et d'embarras, qui troublèrent plus d'une 
fois les dernières années de Mazarin : les curés 
de Paris, les assemblées du clergé, le pape sou- 
tenaient avec opiniâtreté la cause du cardinal; 
.^esamis lançaient en son nom des arrêts, des 
pamphlets et cherchaient à unir son opposition à 
celle des jansénistes pers^^cutés. Enfin Retz eut 
la gloire ou la satisfaction de ne pas céder, tant 
que vécut Mazarin. S.'; voyant un peu délaissé 
par Alexandre VII, il quitta Rome, et par la Tos- 
cane, le Milanais, la Suisse, se rendit à Besan- 
çon. Sa vie fut assez cachée pendant les années 



rai alors en cours de négociations. En 1659 
Retz s'occupa très-activement de la cause de 
Charles lî, contribua, au moins de ses conseils, 
à la restauration des Stuarfs, fut parfaitement 
accueilli en Angleterre par le roi, dont il négocia 
le mariage avec mademoiselle d'Orléans, et s'ef- 
força de rendre des mauvais services de toutes 
natures à Mazarin jusqu'à la mort du ministre 
(1661). De son côté celui-ci ne cessa d'insister 
pour faire renouveler et même aggraver tous les 
arrêts rendus contre Retz et ses adhérents. 

Louis XiV avait déclaré publiquement que 
tant qu'il vivrait le cardinal ne rentrerait pas 
dans son archevêché. Retz céda; et en juin 1662 
le pape nomma l'archevêque de Toulouse Marca 
{voy. ce nom) à l'archevêché de Paris, après 
avoir accepté la démission du carainal ; Retz 
reçut en échange l'abbaye de Saint- Denis et plu- 
sieurs autres bénéfices, avec la permission de 
s'établir à Commercy, dont la principauté lui 
appartenait. Il s'occupa de rendre sou séjour 
agréable, et il y vécut d'abord en grand seigneur, 
au milieu d'une petite cour de gentilshommes 
et de serviteurs dévoués. Il rendait la justice en 
personne, et ses dépenses étaient excessives : il 
avait toujours été libéral et prodigue. Il s'oc- 
cupait aussi du bien-être de ses sujets, et quand 
ses dépenses excitèrent leur mécontentement, 
i! se réforma avec habileté , et prit à tâche de 
payer ses dettes énormes ( plus de 4 millions de 
notre monnaie ), en vendant la plus grande 
partie de ses biens. Diverses circonstances 
l'empêchèrent de se présenter à la cour avant 
1665; Louis XIV, qui ne perdit jamais le sou- 
venir des temps et des personnages delà Fronde, 
le reçut très- froidement. Mais Retz, dont l'es- 
prit habile et délié était justement apprécié, fut 
consulté et employé plus d'une fois au sujet 
des démêlés de la cour de France avec Rome. 
Dans trois conclaves, 1667, 1670, 1676, il prit 
une grande part à l'élection des papes; de Lionne 
le remercia au nom du roi des services qu'il 
avait rendus ; en 1676 11 avait lui-même obtenu 
huit voix et décida la nomination d'Innocent XI. 
En 1675 il voulut rendre au pape le chapeau 
de cardinal ; sa démission ne fut pas acceptée. 

Cependant Retz ne négligeait pas le soin de 
ses affaires domestiques; il parvint, au prix de 
grands sacrifices, à satisfaire généreusement ses 
nombreux créanciers, et put encore faire des 
pensions considérables à ses serviteurs. De temps 



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RETZ 



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à autre il recevait la visite d'hôtes illustres, 
comme le duc d'Enghien ; ou bien à Saint-Denis, 
à Paris, il vivait entouré d'amis dévoués, qui 
admiraient la bonté, la douceur, l'esprit de cet 
homme, jadis si remuant. « Nous tâchons d'a- 
muser notre bon cardinal, écrit Mn^^ de Sévi- 
gné, le 9 mars 1672; Corneille lui a lu une pièce 
qui sera jouée dans quelque temps. Molière lui 
lira samedi Trissotin , qui est une fort plaisante 
chose. Despréaux lui donnera son Lutrin et sa 
Poétique. » C'est dans une de ces visites à Paris 
que le cardinal, après huit jours de fièvre, 
mourut, chez la duchesse de Lesdiguières, sa 
nièce, à l'âge de soixante-cinq ans. Son corps fut 
enseveli à Saint-Denis. 

« C'était, dit Tallemant des Réaux, un petit 
homme noir, qui n'y voyait que de fort près, laid 

et maladroit de ses mains en toutes choses 

Il n'avait pas la mine d'un niais ; mais il y avait 
quelquechosede fier dans son visage. » Le cardinal 
de Retz a été diversement jugé, comme homme et 
politique ; reconnaissons avecSaint-Évremond que 
son esprit fut vif, intrépide, capable de comman- 
der; que l'éloquence lui était naturelle; mais 
c'était plutôt l'éloquence delà conversation et non 
celle des grandes assemblées ; que jamais ami ne 
fut plus chaud, et qu'il exposa pour les siens sa 
fortune et sa vie ; il fut aussi fidèle aux particu- 
liers, dit Bossuet, que redoutable à l'État. Mais 
s'il était affable avec ses égaux et ses inférieurs, 
quand il se croyait blessé par des supérieurs, 
aucune considération ne pouvait modérer ses 
hauteurs et ses ressentiments. Personne n'a plus 
aimé la magnificence, et lui-même a fait l'aveu , 
«ans réticence, de ses galanteries, trop peu voi- 
lées. Il II eut peu de piété et quelques apparences 
de religion, dit La Rochefoucauld; plus d'osten- 
tation que de vraie grandeur. » Retz n'est pas 
un homme d'État; « il a suscité les plus grands 
désordres, sans avoir aucun dessein formé de 
s'en prévaloir ( La Rochefoucauld ). Il parut 
ambitieux sans l'être véritablement ; il ne faut 
pas se laisser tromper par quelques généralités, 
éioquemment banales, sur le despotisme nouveau 
et les vieilles libertés perdues. Il n'eut jamais de 
système; il aima surtout le bruit, l'éclat, l'intrigue; 
son esprit un peu romanesque voulait éblouir, 
étonner, faire admirer la fécondité de ses ressour- 
ces. C'était un homme de grands talents, qui lui 
servirent peu ; ce n'était pas un grand homme. 

Son plus beau titre à la gloire, ce n'est ni son 
rôle pendant la Fronde, ni ses Mazarinades, ni sa 
Conjuration de Fiesque; cesont ses Mémoires, 
écrits dans les dernières années de sa retraite. 
Il se rendit aux sollicitations de M™'= Le Fèvre de 
Caumartin et de quelques amis; dès 1670 il 
rassembla ses papiers , consulta les registres 
du parlement et de l'hôtel de ville; secondé par 
une mémoire que ses contemporains admiraient, 
il commença à écrire en 1671 (1), et laissa, sans 

(1) A Comniprcy, le carûlnal, au milieu de ses religieux, 
«Tec son ami CorblnelU surtout, prit une part ar:ive aux 



les avoir achevés, trois volumes de 2,818 pages, 
en partie écrits, en partie corrigés de sa main. 
Il nous est difficile de croire que cette longue 
confession s'adressait uniquement à quelques 
intimes; Retz ( plusieurs passages de ses Mé' 
moires semblent le prouver ) prenait plaisir 
à laisser celle justification singulière de son rôle 
politique à une postérité plus ou moins reculée. 
De son vivant , plusieurs fragments de l'œuvre 
circulèrent et furent admirés dans le cercle de 
ses amis et de leurs connaissances; après sa 
mort, le 'manuscrit fut remis aux religieux de 
Saint-Mihiel, qui n'en donnèrent qu'une copie 
tronquée; d'ailleurs le bon bénédictin confesseur 
du cardinal en avait détruit plusieurs pages, 
qui lui avaient paru beaucoup trop libres , trop 
indignes de son illustre pénitent. Ce fut seule- 
ment en 1717 que ses Mémoires furent publiés 
pour la première fois, 3 vol . in-8° et 4 vol. in- 1 2 ; 
les principales éditions sont celles de Lyon, 1718, 
3 vol. in-12; d'Amsterdam, 1719, 4 vol. in-12; 
de Genève, 1751-1757; de Paris, 1828, 3 vol. 
in-S" ; la dernière et la plus complète est celle de 
M. ChampoUion-Figeac, 1859, 4 vol. in- 18. Les 
Mémoires ontététraduits en allemand, 1798; en 
anglais, 1723, 1764, 1774; en hollandais, 1737. 
Tout a été dit et bien dit sur le mérite de ces 
Mémoires , SUT \a. verve spirituelle, la sagacité 
ingénieuse de l'auteur, le coloris merveilleux de 
son style. « Cet homme singulier s'est peint 
lui-même dans ses Mémoires, écrits avec un air 
de grandeur, une impétuosité de génie et une 
inégalité qui sont l'image de sa conduite. » (Vol- 
taire). « Le style de Retz est de la plus belle 
langue; il est plein de feu, et l'esprit des choses 
y circule.,.. La langue est de celte manière lé- 
gèrement antérieure à Louis XIV, qui unit à la 
grandeur un air suprême de négligence qui en 
fait la grâce. L'expression y est gaie volontiers, 
pittoresque en courant, toujours dans le génie 
français, pleine d'imagination cependant et quel- 
quefois de magnificence. « ( Sainte-Beuve. ) 
Ainsi, le cardinal de Retz, qui ne cherchait 
pas cette gloire , se trouve placé aux premiers 
rangs parmi les écrivains les plus distingués du 
dix-septième siècle. 

Outre ses Mémoires , le cardinal a publié la 
Conjuration de Fiesque. Il parle dans ses Mé- 
moires d'une Vie de César, qui est restée pro- 
bablement ^aanuscrite; il en est de même de la 
Vie de Croisât, exempt qui le gardait à Vin- 
cennes, et de deux autres ouvrages, Consolations 
de théologie et Partus Vinccnnarum. Le re- 
cueil de ses sermons est à la Bibliothèque impé- 
riale, n" 7050. M. ChampoUion-Figeac a donné 

disputes sur le cartésianisme («oy. Cousin, Fragmentt 
de philosophie cartésienne et Mmt de Sablé). Avant 
d'écrire ses Mémoires, Il s'occupa de recherches sur la 
généalogie de ses ancêtres; ce travail a été publié plu» 
tard, sous le nom de CorblnelU. II consulta souvent 
André du Chcsne, et le généalogiste d'HozIcr rédigea 
même des yîemarçues complaisantes sur lillustratioa'de 
la maison de Gondl. 



49 



RE'iZ — RETZIUS 



50 



la liste des pamphlets qu'il a écrits ou qu'on 
lui attribue (t. 1", p. l\xv). Il a inséré dans 
son édition plusieurs de ces pièces textuellement 
ou par extraits. Luiiis Grégoire. 

Mémoire} du cardinal de Retz, de Gui Joly, de La Ro- 
chefoucauld , de M. Mole, de Monfglat, de Pierre Lenct, 
de Fontenay-Mareull, de la duchesse de Nemours, de 
M"« de Mottevtlle, de M"' de Montpensler, etc. — 
Lettres de Mma de Sévigné. — Tallcmaot des Réaux. — 
La Bibliographie des Mazarinades, par Morcau. — 
Lettres d'Anne d'Autriche et de Maiarin ( édll. Ravenel). 
— Les Carnets d« Mazar»n(,Tournal des Savants).— Loret, 
lUttse /listoriqrie ( édll. Ravenel ). — Richer, Mercure 
français. — Renaudot, Gazette. — Lettre d'un conseiller 
de Mantes à son amy, sur l'évasion de M. le cardinal de 
Retz I Revue des provinces de l'ouest, 1853). — Durey 
de Monlères et Le l'âge , Histoire de la 4étention 
du cardinal de Retz; 1766. — Voltaire, .Uécie de 
Louis Xlf, — Saint-Évremond, OEttvres meslies. — La 
Harpe. — Sainte-Beuve, Causeries du lundi. — Wal- 
ckenafir, Mme de Sévigné. — v. Cousin, Mme de Sablé, 
Mme de Longueville, Mme de Hautefort, Mme de Che- 
vreuse, la Société française au dix-septième siècle. 
Fragments de philosophie cartésienne. — M. Caboche, 
Elude sur le cardinal de Retz (Magasin de librairie ). — 
BaziD, Hist. de Mazarin. — Saint-Aulaire, Hist. de la 
Fronde. — Sismondl, H. Martin, Michelet, Hist. de 
France, etc. Enfin on trouvera de nombreux détails bi- 
bliographiques et biographiques sur le cardinal dans les 
Recherches historiques sur le cardinal de Retz, par 
Musset-Pathay ; Paris . 1807, et surtout dans l'édition de 
M. ChampolUon-FIgeac |18S9, 4 yol. in-18 ). 

RETZ (N....), médecin français, né à Arras, 
mort vers 1810. Il n'était pas originaire deRo- 
chefort, bien qu'il ait ajouté le nom de cette 
ville au sien dans la plupart de ses ouvrages. 
Après avoir terminé ses études à Paris , il prit 
part comme chirurgien à la guerre d'Amérique, 
et fut nommé, en 1783, médecin de la marine à 
Rochefort. Destitué le 29 février 1784, par le ma- 
réchal de Castries, alors ministre, il adressa en 
1790 une pétition à l'Assemblée constituante pour 
être réintégré dans son emploi. A cette époque il 
résidait à Paris, où il pratiquait son art, et il 
avait le titre honorifique de médecin du roi. Il 
était membre de la Société royale de médecine. 
Parmi ses nombreux ouvrages nous citerons : 
Traité d'un nouvel hygromètre comparable; 
Paris, 1779, in-S»; — Météorologie appliquée 
à la médecine et à Vagricultiire ; Pans, 1780, 
1784, in-8° : ouvrage qui remporta en 1778 le 
prix proposé par l'Académie de Bruxelles; — 
Mémoire sur les phénomènes du mesmérisme; 
Paris, 1783, in-S" , réimp. en 1784 avec la Lettre 
sur le secret de Mesmer, publiée en 1782; — 
Recherches sur les signes de l'empoisonne- 
ment; Paris, 1784, in-8o; — Des maladies de 
la peau; Paris, 1785, in-12, et 1790, in-8o; — 
Nouvelles instructives, bibliographiques, his- 
toriques et critiques de médecine , chirurgie 
et pharmacie; Paris, 1785-1786, 4 vol. in-12 : 
continuées sous le titre de Nouvelles ou An- 
nales de médecine; ibid., 1789-1791, 3 vol.; en 
tout, 7 vol. in-12 ; — Fragment sur l'électricité 
humaine; Paris, 1785, in-8o; —Précis d'obser- 
vations sur les maladies épidémiques qui ré- 
gnent tous les ans à Rochefort; Paris, 1786, 
jn-8° ; — Précis sur les maladies épidémiques 
des gens de guerre, gens de mer et artisans; 



Paris, 1788, in-8o; — Guide des jeunes gens 
à leur entrée dans le monde; Paris, 1790, 
2 vol. in-12; — Instruction sur les mala- 
dies les plus communes parmi le peuple fran- 
çais; 1791, in-18. 

Calllsen, Medicin. Lexicon. — Quérard, La France 
littéraire. 
RETZ. Voy. GoNoi et Rais. 
RETZivs (André-Jean), céleore naturaliste 
suédois, né à Christiansladl , le 3 octobre 1742, 
mort à Stockholm, le 6 octobre 1821. Fils d'un 
chirurgien de l'armée, il entra chez un pharma- 
cien à Lund, où il suivit les cours d'histoire na- 
turelle à l'université; après avoir passée Stock- 
holm les examens nécessaires pour être phar- 
macien , il vint reprendre ses études d'histoire 
naturelle à Lund, et s'y fit recevoir docteur en 
1766. Appelé en 1768 à Stockholm comme 
membre du collège des mines, il y fit des cours 
de pharmacie, et enseigna aussi l'histoire natu- 
relle à l'école fondée par Jenstedt. En 1771 il 
fut nommé démonstrateur de botanique à Lund, 
où il devint en 1788 professeur d'histoire natu- 
relle. Il prit sa retraite en 1812, ne gardant plus 
que les fonctions de directeur du jardin bota- 
nique, qu'il exerça jusqu'en 1816, année où les 
infirmités le forcèrent de cesser ses recherches, 
fécondes en résultats, et par lesquelles il s'est 
montré digne de son maître, le célèbre Linné. On 
a de lui ; Introduction au règne animal d'a- 
près le système de Linné; Stockholm, 1772 , 
in-S"; trad. en allemand, 1779; — Observa- 
tiones botanicx ; Leipzig, 1779-1791, 6 parties 
in-fol., avec planches : ouvrage qui a eu la plus 
heureuse influence sur les progrès de la science; 
— Gênera et species insectorum secundum 
terminologiam Linneei; ibid., 1783, in-S"; — 
Prolegomena in pharmacologiam regni ve- 
getabilis;Mà., 1783, in-S" -j—Lectiones de ver- 
mibus intestinalibus , preesertim humanis; 
Stockholm, 1786, in-s"; — Essai d'une Flore 
économique de Suède; Lund, 1806, 2 vol. 
in-8°; — Flora Virgiliana, avec un Appen- 
dice sur les plantes qui étaient servies sur 
les tables des Romains; Lund, 1809, in-8°. 
Refzius, qui a donné d'excellentes éditions aug- 
mentées delà Flora Scandinavie et de la Fauna 
suecica de Linné, a encore publié divers Mé- 
moires dans le recueil de l'Académie des sciences 
de Stockholm, dont il était membre. Mention- 
nons encore qu'il découvrit à l'âge de vingt-deux 
ans le moyen de préparer le salep avec les bulbes 
de Vorchis morio. 

Gezelius, Biographisk-Lexihon. 

*RETZics { Magnus-Chrétien) , médecin 
suédois, fils du précédent, né à Lund, le 22 mars 
1793 ; il devint en 1815 médecin de l'hôpital 
général de la garnison de Stockholm, en 1819 
professeur de chimie et d'histoire naturelle à 
l'Académie militaire, et en 1824 directeur de la 
maison d'accouchement de la Société royale Pro 
patria, fonctions auxquelles il joignit en 1830 



SI 



REÏZIUS -- REUCllLIN 



.'•)2 



celles de chirurgien major de la garde royale. 
Membre de l'Académie des sciences de Stockholm 
et associé de l'Académie de médecine de Paris, 
il a visité la France, l'Allemagne, l'Angleterre 
et autres pays de l'Europe. Outre un Manuel 
d'hygiène militaire (Stockholm, 1821, in-8°), il 
a publié un grand nombre de Mémoires remar- 
quables dans le recueil de l'Académie des sciences 
militaires, dans les Svensk Làkare SàllskaL 
Eandlingar et autres recueils suédois et nor- 
végiens ; plusieurs de ces mémoires ont été tra- 
duits en français dans la Gazette médicale de 
Paris. 

Retzius {André- Adolphe), anatomiste, frère 
du précédent, né à Lund, le 3 octobre 1796, 
mort à Stockholm, le 18 avril 1860. Après avoir 
été pendant plusieurs années médecin militaire, 
il devint en 1820 maître à l'Institut vétérinaire 
de Stockholm, où il fut nommé professeur en 
1823, et fut appelé en 1824 à la chaire d'ana- 
tomie à l'Institut Carolin , science qu'il enseigna 
aussi depuis 1839 à l'Académie des beaux-arts. 
Il fit partie de la diète pendant la session de 
1840 à 1841 comme représentant de l'Acadé- 
mie des sciences de Stockholm. Retzius, qui 
avait parcouru une grande partie de l'Europe, 
était membre d'un grand nombre de sociétés sa- 
vantes. Il est auteur d'une théorie eraniologique, 
adoptée en grande partie par les savants et dont 
Rod. Wagner a donné un aperçu dans ses Zoo- 
logisch - anthropologische Untersuchungen 
( Gœttingue, 1861). On a de lui : Observationes 
in anatomiam chondropterygiorum ; Lund , 
1819, in-4°; — beaucoup d'importants mémoires 
de médecine, d'histoire naturelle et d'ethno- 
graphie , dans le recueil de l'Académie des 
sciences de Stockholm, dans celui des médecins 
et pharmaciens, dans les Svensk Lsekare Sœlls- 
Jtapets arsbereettelser, etc. 

Vnserc Zeit (Leipzig, 1861, t. V ). — Callisen, i!/erfZci- 
tiisches Lexikon. 

EEUCKLiN [Jean), célèbre humaniste alle- 
mand, né le 28 décembre 1455, à Pforzheim, 
mort àStuttgard, le 30 juin 1522. Son père, vas- 
sal d'un couvent de dominicains , possédait une 
honnête aisance, et lui fit donner une éducation 
soignée. Le jeune Reuchlin apprit aussi la mu- 
sique; sa belle voix le fit remarquer par le 
margrave de Bade, qui le plaça parmi les en- 
fants de chœur de sa chapelle. Son intelligence, 
son caractère enjoué et agréable lui valurent bien- 
tôt toute la faveur du margrave , qui l'attacha à 
son fils Frédéric, et le chargea, en 1473, d'accom- 
pagner ce jeune prince à Paris. Reuchlin y re- 
prit l'étude de la grammaire sous Jean de la 
Pierre, et suivit pour la rhétorique l'enseigne- 
ment de Guillaume Tardif et de Robert Gaguin, 
et pour le grec celui des disciples de Tiphernas. 
Il y fit la connaissance du célèbre Jean Wessel, qui 
lui donna les premières leçons d'hébreu et lui fit 
partager sa manière de penser en matière théo- 
iugiqiie. Obligé de retourner en Allemagne avec 



le margrave Frédéric, il abandonna bieniôL sa 
position auprès de liii pour aller de nouveau à 
Paris compléter son instruction ; il y eut cette 
fois pour professeur de grec Georges Ilermoayme, 
de Sparte, qui le rendit si habile dans la calli- 
graphie grecque qu'il subvint largement à ses 
besoins avec l'argent qu'il gagna en copiant des 
manuscrits écrits en cette langue. En 1474 il se 
rendit à Bâle , et s'y fit recevoir dans la même 
année bachelier en philosophie. Il y prit d'Andro- 
nius Kontoblacas des leçons de grec, langue qu'il 
commença bientôt ciprès à enseigner lui-même 
ainsi que le latin, et cela avec un grand succès. 
Il fut ainsi en Allemagne le premier qui expliquât 
les auteurs grecs, de même que \q Breviloqu'us, 
qu'il publia à cette époque, fut le premier dic- 
tionnaire latin imprimé en ce pays. En 1478, il 
alla à Orléans commencer l'étude du droit, tout 
en y donnant des cours de grec et de latin , ce 
qu'il fit également à Poitiers, où il passa en 
1480 et où il fut reçu licencié en droit, le 14 
juin 1481, avec per-œission de prendre le bonnet 
de docteur dans l'université qu'il choisirait. S'é- 
tant rendu dans ce but à Tubingue, il s'y mit à 
exercer la profession d'avocat, et se maria, il ar- 
riva peu de temps après que le chancelier de l'u- 
niversité de cette ville, ayant à haranguer des 
nonces du pape, prononça son discours d'une 
façon si barbare qu'ils déclarèrent n'avoir rien 
compris; Reuchlin, connu pour son habileté 
comme latiniste, fut alors chargé de leur ré- 
pondre, et il s'en acquitta parfaitement. Signalé 
ainsi à l'attention du comte, plus tard duc, de 
Wurtemberg, Eberhard P'', il devint le secré- 
taireintime de cet excellent prince, quil'einmena 
en 1482 en Italie. A Rome, il prononça devant la 
pape Sixte IV un discours latin d'une diction si 
pure et si élégante, que l'assemblée, qui n'atten- 
dait rien de pareil d'un fils de la Germanie, alors, 
réputée encore barbare , fiât dans le plus grand 
étonnement. Il visita aussi Florence, où il reçut 
de Laurent de Médicis l'accueil le plus flatteur- 
il s'y lia avec Politien, Marsile Ficin, Chalcon- 
dyle et autres lettrés qui habitaient alois cette 
ville. Ce fut sur les conseils d'un d'eux , Her- 
molao Barbaro, qu'il grécisa son nom et qu'il 
s'appela depuis souvent Capnion ou Capnio, 
traduction de Reuchlin, qui est un diminutif do 
Rauch, fumée. De retour en Allemagne, il con- 
tinua ses fonctions auprès d'Eberhard, et devint 
en 1484 membre du tribunal supérieur de Stutt- 
gard ; il alla ensuite passer quelque temps à 
Heidelberg, où il se lia intimement avec Rod. 
Agricola. Député en 1480 à la diète de Francfort, 
il fut en 1489 envoyé à Rome par le comte de 
Wurtemberg ; à son retour il s'arrêta à Florence, 
et il y fit la connaissance de Pic de la Mirandolc. 
En 1492 il accompagna son maître à Linz, à la 
cour de l'empereur Frédéric lit, qui lui accorda 
le titre de comte palatin et le droit de conférer 
à dix personnes le grade de docteur; il recul: 
aussi de ce prince un exemplaire magnifique de 



S3 

"Ancien Testament ei> hébreu, estimé à trois 
lents florins d'or. Il se lia à la cour avec le su- 
ant médecin de l'empereur, Jacob leliiel Loans, 
|ui le fit pénétrer plus avant dans la connais- 
anee de l'hébreu. Il poursuivit depuis lors avec 
1 plus grande ardeur, et sans regretter ni le 
emps ni la dépense, l'étude de cette langue, 
(u'il désirait connaître à fond, pour approfondir 
e sens de l'Écriture et aussi pour connaître les 
ecreti de la cabale, vers laquelle son esprit, 
irofondément religieux et même un peu mystique, 
e sentait attiré. De retouràStuttgarden 1493, il 
issista deux ans après à la diète de Worms. En 
496, il eut la douleur de voir mourir son pro- 
ecleur, le duc Ebei'hard p-". Le nouveau sou- 
verain de Wurtemberg, Eberhard le jeune, 
irince brutal et emporté, prit pour chancelier un 
uoine aiiguslin, du nom de Holzinger; Reuchlin, 
^ui l'avait autrefois fait mettre en prison, redou- 
ant la vengeance de cet homme, se rendit à 
Heidelberg, où il trouva un asile chez l'évêque 
Dalberg, chancelier de l'électeur palatin, et dont 
la belle bibliothèque lui permit de continuer 
avec plus d'assiduité que jamais ses recherches 
philosophiques. C'est alors qu'il composa une 
imitation latine de la farce de Maître Patelin ; 
elle fut représentée par les étudiants de Heidel- 



berg, premier exemple en Allemagne d'une 
pièce dramatique jouée par la jeunesse des 
écoles. En 149S il fut envoyé auprès du pape 
Alexandre Vt par l'électeur palatin, auquel le 
pontife, sur uiia plainte des moines de Wissem- 
hourg, avait enlevé la nomination aux béné- 
fices, dont il avait l'investiture. Le 7 août, il 
prononça devant le pape et les cardinaux un 
discours qui fut fort admiré, et où il soutint, 
avec force et dignité, les droits des princes de 
l'Empire. Il profita de son .séjour à Rome, qui 
dura un an, pour continuer l'étude de l'hébreu 
sous la direction du rabbin Abdias Sporno, auquel 
il donnait un florin d'or par leçon. 11 suivit aussi 
les cours de grec d'Argyropoulos ; lorsqu'il y 
vint pour la première fois, le professeur lui de- 
manda s'il connaissait déjà les éléments de cette 
langue. 11 répondit que, bien qu'Allemand , il en 
avait quelque teinture. Argyropoulos lui pré- 
senta alors un passage fort difficile de Thucy- 
dide; Reuchlin le traduisit couramment et en 
très-bon latin, et Argyropoulos s'écria avec ad- 
miration : Grsccïa nostra exilio transvolavit 
Alpes, A son retour en Allemagne, Reuchliu 
trouva à la tête du gouvernement du Wurtem- 
berg Jean et Louis Nauclerus, Grégoire Lam- 
partner et autre^j hommes d'État, tuteurs du 
jeune duc Ulric, qui avait succédé à Eberhard 
le jeune. Ils s'empressèrent de rappeler Reu- 
chlin, et l'envoyèrent aussitôt en ambassade au- 
près de l'empereur Maximilen à Inspruck. Lors- 
qu'il revint à Stuttgard, une épidémie qui désolait 
cette ville l'obligea à se retirer avec sa fernyne 
et ses enfants dans le monastère des Jacobins à 
Denkendorf ; c'est là qu'il rédigea, sur les ins- 



KEUCHLIIN 54 

tances du visiteur général de cet ordre, un traité 
sur l'art de la prédication. En 1502 il fut appelé 
à faire partie du tribunal composé de trois juges, 
qui décidait des contestations qui survenaient 
entre les membres de la puissante ligue de 
Souabe. Pendant onze ans il remplit, à la satis- 
faction générale, ces fonctions, qui lui laissaient 
beaucoup plus de loisirs qu'auparavant. Il en 
profita pour terminer sa grammaire et son dic- 
tionnaire hébraïques, auxquels il travaillait depuis 
des années avec un soin et une patience extrêmes. 
Ses Rudimenta hebraica, que Reuchlin fit im- 
primer en 1506, à ses frais, étaient le premier ou- 
vrage de ce genre; leur publication rendit acces- 
sible à tous rétude de l'hébreu, réservée jus- 
qu'alors à quelques privilégiés, fait capital qui 
eut bientôt les plus grandes conséquences. 

La reconnaissance de ses compatriotes pour 
ses laborieuses et fécondes recherches ne lui fit 
pas défaut ; dès lors ils pensaient de lui ce que 
Hutten exprima plus tard en ces mots : Duos 
Germanix oculos, Erasmum et Capnionem 
omni studio amptexari debemus : per eos 
enim barbare esse desinit hsec natio. En 
effet par son dictionnaire latin et par ses gram- 
maires grecque et hébraïque, Reuchlin avait 
préparé la voie pour l'étude plus approfondie 
de ces langues; de plus il avait puissamment 
fait avancer l'exégèse biblique, qui était l'objet 
de ses préoccupations constantes, tandis que les 
humanistes italiens dans leur frivolité profes- 
saient un grand dédain pour l'Écriture sainte. 
Malgré son zèle pour les progrès des lettres , 
Reuchlin, qui était d'un caractère réservé, appro- 
chant de la timidité, ne cherchait plus à y coo- 
pérer que par ses livres et par ses conseils, lais- 
sant à d'autres, tels que Celtes, le soin de ré- 
pandre par la paro'.e les lumières nouvelles. Il 
passait une grande partie de son temps à sa 
maison de campagne au milieu de sa précieuse 
bibliothèque, dont il communiquait libéralement 
les trésors, de même qu'il se faisait un plaisir 
d'aider, soit par des recommandations, soit de 
sa bourse , les jeunes gens qui montraient des 
dispositions pour l'étude. Bien qu'à l'inverse 
d'Érasme, dont il se distinguait encore par sa 
grande et belle prestance (1), il sût tenir son 
rang dans les copieux banquets , en honneur 
chez ses compatriotes, il menait d'ordinaire la 
vie la plus sobre et la plus réglée. 

Il était ainsi parvenu à l'âge de cinquante 
cinq ans, et entouré de l'estime générale ; il ne 
pensait plus qu'à continuer en re|K>s ses tra- 
vaux philologiques et la recherche des vérités 
cachées selon lui dans les mystères de la cabale 
et dans les doctrines pythagoriciennes , lorsqu'il 
se vit tout à coup entraîné dans une lutte vio- 
lente, qui pendant cinq ans troubla tous ses mo- 
ments. Au commencement de 1510 il reçut la 



(t) Est un faciès liberalis, dit un de ses contemporains,, 
est ingenuus totius corporis et quideiii sinatoi-ius de- 
cor. 



55 



REUCHLIN 



Si 



visite d'un juif converti , du nom de Pfefferkorn, 
qui, après avoir publié plusieurs écrits contre 
ses anciens coreligionnaires, venait d'obtenir, 
en corrompant les secrétaires de la chancelle- 
rie, un décret impérial , ordonnant aux juifs de 
l'Empire de remettre tous leurs livres à l'exa- 
men de Pfefferkorn , qui, assisté des autorités 
ecclésiastiques et civiles, devait en retirer, pour 
les faire brûler, tous les écrits contenant des 
attaques contre la religion chrétienne. Pfeffer- 
korn, qui, comme il en fut accusé plus tard , 
avait probablement en perspective les sommes 
que les juifs lui donneraient pour ravoir leurs 
livres, demanda à Reuchlin de l'aider dans cet 
examen, des écrits hébreux; mais Reuchlin s'en 
excusa en prétextant certaines irrégularités de 
forme dans la teneur du décret, qui du reste ne 
reçut aucune exécution. Quelques mois après il 
fut chargé au nom de l'empereur de donner son 
avis sur la question de savoir si,comme Pfefferkorn 
et les dominicains de Cologne (1) , dont il était 
l'instrument, cherchaient à le faire ordonner, il ne 
serait pas opportun de détruire tous les livres des 
juifs, excepté l'Ancien Testament. Reuchlin exposa 
ses vues à ce sujet dans un curieux document , 
inspiré d'un côté par l'amour de la science et de 
Ja vérité, et de l'autre par certaines idées fausses 
et presque superstitieuses, mais qu'il partageait 
du reste avec Trithème et Pic de laMirandole, 
€t qui loin de témoigner contre son intelligence, 
qui ne s'était ici que fourvoyée, en font au con- 
traire reconnaître la profondeur (2). Il remit 
confidentiellement à l'électeur de Mayence son 
avis , où il s'élevait fortement contre la mesure 
projetée. Pfefferkorn en eut connaissance; fu- 
rieux de l'opposition de Reuchlin à ses desseins, 
il publia contre lui, au printemps 1511, un pam- 
phlet odieux ( le Handspiegel ou Spéculum ma- 
nuale), l'accusant entre autres d'avoir reçu de 
l'argent des juifs, et de n'avoir aucune notion 
de l'hébreu. Quelques mois après, Reuchlin fit 
paraître en réponse son {aimtu\ Augenspiegel ou 
Spéculum oculare, où, après avoir raconté les 
faits et donné les raisons de sa façon de penser sur 
les livres des juifs, il releva jusqu'à trente-quatre 
mensonges dans \efacCum de Pfefferkorn. Ce 
dernier, après avoir essayé en vain de faire in- 
terdire la vente du Spéculum oculare, qui eut 

(1) L'universUc' de celte ville était depuis longtemps le 
centrede l'opposition dirigée contre V humanisme \i3t les 
artistes, comme on appelait les partisans de la scolas- 
tlque. 

(2) On ne pouvait, disalt-il, enlever aux juifs sans In- 
justice que les quelques livres où le Christ et l'Église étaient 
outragés et ceux qui traitaient de sorcellerie et autres pra- 
tiques défendues. Quand au Talmu(l,dont il déclarait n'a- 
voJr jamais pu se procurer un exemplaire, 11 convenait 
qu'il devait s'y trouver des attaque» contre le christia- 
nisme; mais il valait mieux selon lui le» réfuter et pour 
cela étudier ce livre, que de faire croire en le brûlant 
qu'on n'avait rien à leur répondre. 11 signalait ensuite 
l'Importance des commentaires des rabbins sur l'Ancien 
Testament; mais 11 insistait surtout sur l'utilité qu'il y 
aurait à connaître les mystères de la cabale et de la ma- 
gie, enfouis dans certains écrits des Juifs. 



un grand succès, obtint facilement des domini 
cains de Cologne qu'ils le déférassent, pour qu 
l'orthodoxie en fût examinée, à Hochstraten 
doyen de la faculté de théologie de cette ville e 
grand inquisiteur pour les électorals ecclésias 
tiques , et à Arnold de Tongres, professeur à li 
même faculté. Reuchlin essaya de conjurer l'o- 
rage, et écrivit dans les termes de la plus com- 
plète soumission à Arnold, qu'il n'avait jamai: 
eu l'intention de se prononcer sur aucune ques- 
tion de théologie ; que s'il avait erré par mé 
prise, il était prêt à faire les rétractations 
qu'on exigerait de lui. La faculté lui répon- 
dit qu'il avait cité mal à propos des passages 
de l'Écriture, qu'il avait altéré le sens de plu- 
sieurs autres, ce qui, joint à sa partialité poui 
les juifs, avait fait suspecter sa foi ; que cependanl 
par égard pour lui on se contenterait d'une expli- 
cation satisfaisante qu'il ei^t à envoyer à propos 
des passages qu'on lui signalait comme étant 
scandaleux. Il demanda toujours avec beaucoup 
de déférence qu'on lui remît toute faite la décla- 
ration qu'on exigeait de lui. 11 lui fut répliqué 
qu'il devait avant tout empêcher la vente de son 
livre et exprimer publiquement sa réprobation 
contre les juifs et leurs livres impies, tels que le 
Talmud ; que sans cela on allait le citer devant 
l'inquisition. A cette menace inattendue, Reuchlin 
perdit patience et rompit les négociations; dans 
une lettre à un professeur de Cologne, du nom 
de Kollin, qu'il connaissait de longue date, ih 
prédit que les dominicains n'auraient pas si fa- 
cilement raison de lui, et que les poètes et Ics^ 
historiens, déjà si nombreux (c'était le nom donné 
alors aux humanistes) se feraient un honneur' 
de le défendre. Et en effet, ce démêlé qui jus- • 
qu'ici n'avait été regardé par beaucoup de lettrés, . 
même de ses amis, tels que Pirckheimer, que 
comme une affaire à lui personnelle, commença i 
à être considéré comme une attaque des parti- 
sans de la scolastique ariiérée contre les nou- 
velles tendances du siècle; et bientôt les huma- 
nistes reconnurent avec Mutianus qu'ils avaient 
à unir leurs forces pour résister en commun 
avec Reuchlin « aux barbares », qui désiraient 
faire retomber les ténèbres sur l'aurore des let- 
tres qui venait d'apparaître. Fort du soutien qu'il 
trouva dans l'opinion publique, Reuchlin rompit 
en visière à ses adversaires, et fit imprimer en 
allemand (mars 1512) les considérants joints 
en latin à son avis dans le Spéculum oculare. 
Les dominicains de Cologne publièrent aussitôt 
les Articuli seu propositiones de judaico fa- 
vore nimis suspectse ex libella teutonico 
J. Reuchlin (Cologne, 1512). Quelques mois 
après Reuchlin attaqua ce factuvi, où étaient 
énumérés ses opinions soi-disant hétérodoxes, 
par un violent pamphlet; il y traitait ses adver- 
saires de faussaires et de calomniateurs, et leur 
prodiguait les injures usitées dans la polémique 
de l'époque. Empêchés de lui répliquer par un 
décret impérial, qui ordonna le silence aux deux 



57 

partis, les dominicains s'empressèrent de porter 
le différend devant le for ecclésiastique, espé- 
rant que Reuchlin y était déjà décrédité pour 
«voir signalé dans sa grammaire hébraïque plu- 
sieurs inexactitudes de la Vulgate et pour avoir 
aTancé dans son dernier écrit que l'Église avait 
parfois détourné de leur sens primitif des pas- 
* sages de l'Écriture. Leur prieur, Hochstralen, 
alors grand inquisiteur, comme nous l'avons 
dit, le cita à comparaître devant lui, à Mayence; 
Reuchlin se présenta le 9 octobre 1513, mais 
seulement pour en appeler au pape. Hochstralen , 
ubligé par l'archevêque de Mayence d'admettre 
cet appel, se donna la satisfaction de faire brûler 
publiquement à Cologne le Spéculum oculare 
(février 15i4). Dans l'intervalle le pape Léon X 
remit le jugement da la contestation à l'évÔque 
deSpire, qui, par une sentence du 24 avril 1514, 
renvoya Reuchlin complètement absous et con- 
damna Hochstralen à remettre à Reuchlin cent 
onze florins d'or pour frais et dommages. Hoch- 
straten à son tour en appela au pape ; dans le 
courant de 1514 il sut obtenir des universités 
de Paris (1), de Louvain, de Mayence et d'Erfurt 
qu'elles censurassent le Spéculum oculare. 
Léon X, auquel l'empereur, plusiei/rs électeurs, 
princes et prélats ainsi qu'Érasme (2) recomman- 
dèrent vivement la cause de Reuchlin, confia 
l'affaire à une commission de dix-Uuit prélats, 
présidés par ie cardinal Grimani. nochstraten 
vint en personne à Rome muni de fortes sommes 
d'argent avec lesquelles il espérait avoir raison 
de Reuchlin, qui était alors réduit à un revenu 
peu considérable, venant de donner sa démis- 
sion de juge de la Ligue de Sonabe, à cause de la 
translation du tribunal à Augsbourg. Les domi- 
nicains multiplièrent leurs intrigues auprès de 
la commission, qui dès l'abord se montra favo- 
rable à Reuchlin; en revanche, les humanistes 
publièrent à la suite des lllustrium virorum 
ad Joh. Reuchlin epis^oZa^ (Haguenau, 1514, 
1519, in-4°; Zurich, 1558, in-8°) une liste des 
partisans de Reuchlin, qui comprenait les lettrés 
les plus marquants de l'Allemagne. Tout ami du 
progrès dans ce pays se fit un honneur de s'ap- 
peler Reuchlinisle : ce fut à cette occasion que 
les humanistes acquirent la conscience de leur 
force. La sentence, retardée par les menées des 
dominicains, fut rendue le 2 juillet 1516; à l'u- 
nanimité moins une voix les accusateurs de 
Reuchlin furent condamnés. Mais le pape, redou- 



(1) Ce ne /ut qu'après quarante-sept séances que Tu- 
nlverslté de Paris s€ décida à condamner le livre de 
Reucblln; son jugement ainsi que ceux des trois uutrcs 
universités fut publié à Cologne, 1514, in-4°. 

(2) En particulier Érasme se prononçait moins favora- 
blement sur le compte de Reuchlin ; 11 avait toujours mar- 
qué un grand dédain pour la cabale et le Talmud , sur 
lesquels roulait le différend. Sans donner raison aux 
dominicains, 11 regrettait l'Impétuosité avec laquelle 
Reuchlin et ses adhérents les attaquaient. Il se mêla à 
peine à la querelle, ce qui convenait du reste à son ca- 
ractère égoïste. Cela ne l'empêcha pas d'écrire, après la 
mort de Reuchlin, une pompeuse Apothéose de son 
émule, laquelle se trouve parmi ses Dialogues. 



HEUCHLIN S8 

tant la puissance des dominicains, ne publia pas 
ce jugement ; il publia un mandatum de su- 
persedendo, qui devait étouffer la contestation. 
Mais il n'en fut pas ainsi ; les humanistes célé- 
brèrent avec ostentation la défaite de leurs enne- 
mis. Dès 1516 parurent les fameuses Epislo/œ 
obscurorum virorum, auxquelles Hutten ( voy. 
ce nom) et ses amis ajoutèrent, en 1517, une 
&econde partie, où, comme dans la première, le 
ridiculeet l'injure furent déversées à pleines mains 
sur les adversaires de Reuchlin, qui furent en- 
core mis au pilori de l'opinion publique dans le 
Triumphus doctoris Reuchlin (imprimé en 
1519, sans nom de lieu, reproduit dans le t. H 
des Opéra de Hutten, édition deMunch), ainsi 
que dans l'Apologia Reuchlini que Pirkheimer 
publia en tête de sa traduction du Pêcheur de 
Lucien. La querelle se termina enfin en 1520, 
après que ie fameux François deSickingen, qui 
avait été le disciple de Reuchlin, eut fait savoir 
aux dominicains de Cologne que s'ils ne s'accom- 
modaient pas avec ce vénérable vieillard, il exé- 
cuterait sur leurs personnes le jugement rendu 
en 1514 par l'évêque de Spire. Les moines .se 
rendirent à cette menaçante sommation, desti- 
tuèrent Hochstraten, et remirent à Reuchlin la 
somme qu'ils avaient été condamnés à lui donner 
par cette sentence (1). Ils n'avaient du reste 
plus aucun intérêt à continuer la lutte depuis les 
débats, autrement vifs, qui s'étaient élevés au 
sujet des indulgences, et auxquelles le procès 
suscité à Reuchlin avait servi de prélude en sur- 
excitant les esprits et en les disposant à de nou- 
veaux combats. « Dieu soit loué , avait dit 
Reuchlin, en apprenant les attaques de Luther 
contre les dominicains, ils ont trouvé un homme 
qui leur donnera assez de peine, et ils me lais- 
seront en paix dans mes vieux jours. « Cepen- 
dant il réprouva bientôt les violences du réfor- 
mateur, qui après avoir dai.s le commencement 
exprimé à Reuchlin qu'il partageait entièrement 
ses vues hbérales, alla plus tard jusqu'à deman- 
der qu'on brûlât non-seulement tous les livres 
des juifs, mais encore leurs synagogues. Reuchlin 
donc resta toute sa vie attaché à l'ancienne 
Église. Le repos après lequel il soupirait ne lui' 
fut pas accordé. Appelé en 1518 à la chaire de 
grec à l'université de Wittemberg, il n'avait pas 
accepté, mais y avait fait nommer Mélanchthon, 
son petit-neveu et son disciple favori, il se trou- 
vait en 1519 à Stuttgard, lorsque la ville fut in- 
vestie par l'armée de la Ligue de Souabe, qui 
venait de déclarer la guerre au duc Ulric de 
Wurtemberg. Il était rempli de soucis, craignant 
que la ville ne fût prise d'assaut; mais Hutten 
et Sickingen, qui se trouvaient parmi les assié- 
geants, avaient fait décréter qu'en ce cas la mai- 



(l| Peu de temps après cependant ils déclarèrent que 
celte transaction leur avait été imposée par la violence, 
et sur leurs instances un bref du pape rendu dans l'été 
de 1520 condamna le .^per;u2u77t oculare. Mats ce ne fat 
pour eux qa'une mince satisfaction. Protégé par Slckio^ 
gen, Reuchlin resta à l'abri de leurs intrigues. 



59 RKUCHLIN 

son de Reuclilin resterait à l'abri de toute vio- 
lence. Cette précaution devint du reste inutile, 
la ville s'étant rendue après une capitulation. En 
1520 Reuchlin alla en.seigner le grec et l'iiébreu 
à îngolstadt, où plus de trois cents auditeurs 
suivaient ses cours ; mais bien que son traitement 
fût de deux cents couronnes d'or, il retourna 
après un an dans sa clière Souabe, et accepta la 
«liaire de grec e.t d'hébreu à Tubingue. Atteint 
bientôtaprès delajaunisse,il revint à Stuttgard, où 
il mourut^ pleuré de tous les amis des lettres, à la 
restauration desquelles il avait consacré sa vie. 
On a de lui : BrevUoquus, id est Dictionarium 
sïngulas voces latinas br éviter explicans; 
Bàle, 1478, 1480, in-fol. ; — Micropsedia, seu 
■grammaiica grosca ; Orléans, 1478 ; — Scenica 
progymnasmaia, hoc est ludicra praeexerci- 
iamenta ; Strasbourg, 1497; Bàle, 1498, in-4''; 
Leipzig, 1503, 1514, in-4°; Tubingue, 1512, 
1516, in-4'', avec des notes de Spigel ; cette co- 
médie, qui fut encore réimprimée plusieurs fois, est 
une imitation de la farce de maître Patelin ; — 
JDe verbo mirifico, sans lieu ni date ; Spire, 
1494, in-fol.; Tubingue, 1514, in-fol.; Lyon, 
1522, 1552, in-16; ce livre réimprimé dans les 
Artïs eabalistïCBe scriptores (Bàle, 1587, in- 
fol.}, est un dialogue sur les noms sacrés em- 
ployés dans les mystères des pythagoriciens, 
des Chaldéens, des juifs et des chrétiens ; — De 
arte cabalistica ; Spire, 1494, in- fol. ; Tubingue, 
1514 ;Haguenau, 1517, 1530, in-fol.,; Bâle, 1550, 
1587: dans ce livre, reproduit dans les Artis 
cabalïsticx scriptores, l'auteur cherche rà établir 
un complet accord entre l'enseignement des pre- 
miers philosophes grecs, les pythagoriciens sur- 
tout, et les doctrines de la cabale ; ce traité, dont 
l'édition de 1517 fut dédiée à Léon X, fut atta- 
qué avec violence par Hochstraten dans sa Des- 
tructio cabalsc, et défendu par Pierre Gaiatin 
dans son De arcanis catholicse veritatis; — 
Tûtsch Missive an einen Jimhherrn, warums 
die Juden sa lang im Ellend iàîrf (Letîre 
allemande à un gentilhomme, expliquant pour- 
quoi les juifs restent depuis si longtemps misé- 
rables), 1505 : Reuchlin .s'y déclare prêt à ins- 
truire dans la religion chrétienne les juifs qui 
voudraient se départir de leur obstination à ne 
pas reconnaître le Messie, cause de leurs mal- 
heurs; — Oratïo de Palatïni Ele-ctoris et 
/amilias ducum Bavarise reverentia erga 
Ecclesiam coram Pontïfice habita; Rome, 
1498; — Liber congestorum de arte prœdi- 
candi; Pforzheim, 1504, 1508, in-4o; Bâle, 
1.540; — Rudimenta hebraica; Dictionarium 
hebraicum; Pforzheim, 1506, Bâle, 1537, in- 
fol. : ouvrage qui le premier rendit accessible à 
tous l'étude de la langue hébraïque, et dont 
Reuchlin publia un extrait sous le titre de Gram- 
matïca hebraica; 1510; — Sergius, seu capi- 
tis caput; Pforzheim, 1507, 1508, in-4° ; Leip- 
zig, 1521, in-4" ; Cologne, 1537, in-8'*, avec les 
Scenica progymnasmaia ; c'est une comédie 



- RETJILLY 6( 

où le chancelier Hofzinger, ennemi de Reuchlin 
joue un rôle odieux et ridicule; — Augenspie 
gel; Entschitldigung gegen ams gelaufftei 
Juden gênant Pfefferkorn unwahrhajftigi 
Schmachbûchlin {Mto\v ocu\hm ; réponse à ui 
pamphlet mensonger d'un juif baptisé, du non 
de Pfefferkorn); Tubingue, 151 1, in-40; Berlin 
1835, in-8°; reproduit dans VHistoria literà- 
ria rcformationis de Hardt; — Ain clan 
ver sien tnus uff Doctor Reuchlins Ratschlat 
von den Judenbûchern (.Explication francht 
sur l'avis du docteur Reuchlin au sujet des livre! 
des juifs); 1512, in-4° ; — DefensioJ. Reuch 
lin contra calumniatores suos Coloniensei 
(Tubingue, 1513, in-4° ; réimprimé dans le re- 
cueil précité de Hardt); — De accentibus d 
orthographia linguœ hebraicee ; Haguenau 
1518, in-fol. ; Bade, 1518, in-4°; — Dialogu: 
an Mdœorum Thalmud sit supprimendum 
Cologne, 1518, in-4°; — Reuchlin a traduit d( 
l'hébreu en latin les Sept psaumes de la péni 
tence; Tubingue, 1512, in-8°, et le Canliqui 
de Joseph Myssopeus, dit Catinus argenteus 
ibid., 1512, in-4° ; etdu grec en latin VApologii 
pourSocrate rteXénophon, plusieurs Dialogue: 
de Lucien, quelques opuscules d'Hippocrate, de 
saint Athanase, de saint Épiphane et autres écri- 
vains; enfin nous citerons encore de lui la Préfacf 
étendue qu'il mit en tête de l'édition de 1500 d( 
là Chronica deNauclerus; — Quelques lettres 
de Reuchlin se trouvent dans le recueil de lettres 
à lui adressées cité plus haut, dans les Amœni- 
taies de Schelhorn, dans les Supplementa his- 
torix Gothanx de Teutzel, dans les Œuvra 
de Pirckheimer, dans le Corpus reformatorum 
de Bretschneider. Ernest Grégoire. 

Mclanchthon, Historia Henclilini ( dans les Selectse de- 
clamaliones) — Adami, f^itx philosophorum. — J. H 
Majus, f-'ila ReucliUni (Durlach, 1637, ia-S"). — Nice- 
ron, 3Iémoires . t. XXV. — Hardt, Historia Uterariu 
reformationis, t. M. — Schniirrer, liiogruphische ya- 
chrichten von ehmalUjcn Lehrern der hebrdisc/icn Lv 
teratiir in Tûbingen (Ulrn, 1792). — Meiiiers, Lcbens 
beschreihuniien beruhmter Mânncr ans der Zeit dei 
lyiederherstellung der If'issenscha/ten, t. I. — Mayer- 
hoff, Heuchlin und seine Zeil ( BerUn, 1830). — Lamey. 
Joh. Beiichtin { Pforjlieiin, 1853). — lîrhnid, CeschicliU 
des ff^icderau/bluàens wissenschajtiicher llildum. 
(Magdeboiirg, 1827, t. II). — Dav. Fr. Strauss, Ulricft 
von HuUen, p. 188Ï30. 

BEUILLY {Jean, baron de), voyageur fran- 
çais, né en 1780, en Picardie, mort à Pise, k 
22 février 1810. Sa famille ayant été ruinée par 
la révolution, il se fit correcteur d'imprimerie. 
Plus tard il entra dans les bureaux du minis- 
tère des relations extérieures, et en 1802 fut 
chargé d'une mission à Saint-Pétersbourg. Eu 
février 1803, il suivit à Odessa le duc de Riche- 
lieu, qui venait d'être nommé, gouverneur de 
cette ville, et profita de cette occasion pour vi- 
siter avec fruit la Russie méridionale, surtout 
la Crimée, dont il gravit les plus hautes monta- 
gnes. Il pénétra dans la mer d'Azof, dont il re- 
connut les côtes occidentales. Lurant ce temps 
il correspondait avec Pallas, qui l'honorait de 



REUILLY 

an amitié et le guidait dans ses explorations, 
te retour en France, Reuiliy fut bien accueilli 
iar Napoléon et nommé successivement cheva- 
er de la Légion d'honneur et auditeur au con- 
«il d'État ( 1 805), sous-préfet de Soissons (1807), 
orrespondant de l'Institut (1808), préfet de 
Arno (1808), maître des requêtes, baron de 
empire. Blessé à la poitrine dans un duel , il 
lourut prématurément, aux eaux de Pise. On 
de lui : Voyage en Crimée et sur les bords 
'e la mer Noire pendant l'année 1803, suivi 
l'un Mémoire sur le commerce de cette mer 
t de Notes' sur ses principaux ports com- 
nerçants; Paris, 1806, in-8°, aveccart., plans 
it fig. : ce qui donne surfout du prix à cet ou- 
vrage, d'ailleurs fort exact, ce sont les Obser- 
mtions et Notes dont Pallas l'a enrichi; — 
Description du Tibet , d'après la relation 
les lamas iongouses établis parmi les Mon- 
gols; trad. de l'allemand de Pallas; Paris, 
1808, in-8°. Reuiliy avait composé un Mémoire 
tur les relations commerciales de l'Inde avec 
l'Europe par le continent et sur la possibi- 
lité d'une expédition par terre en Asie: cette 
production, remise à l'empereur, est restée dans 
les archives du gouvernement. De nombreuses 
médailles et monnaies que Reuiliy avait rappor- 
tées, et qu'il fit graver à la suite de son Voyage 
en Crimée, ont donné lieu à deux mémoires, 
l'un de Millin et l'autre de Langlès : Notes sur 
les monnaies de Crimée {Paris, 1806, in-8o,fig.). 
. Bio0. nouv. des contemp, 

RECSNKR ( Nicolas,), savant poète et juris- 
consulte allemand, né à Lemberg en Silésie, le 
2 février 1545, mort à léna, le 12 avril 1602. 
D'une famille distinguée, il reçut une éducation 
soignée, et faisait déjà à onze ans des vers latins 
remarquables; après avoir étudié la philosophie 
et. le droit à Wittemberg et à Leipzig, il fut 
pendant un an professeur au gymnase d'Augs- 
bourg; les pièces de poésie qu'il adressa aux 
principaux membres de la diète qui se réunit 
en 1566 dans cette ville le firent connaître 
entre autres du duc de Bavière, qui le chargea 
d'enseigner les belles-lettres au collège de 
Lauingen, dont il devint recteur en 1572. S'é- 
tant fait en 1583 recevoir docteur en droit à 
Bâle, il refusa l'emploi d'assesseur à la chambre 
impériale, qu'on lui offrait , pour accepter à 
Strasbourg une- chaire- de droit, science qu'il 
enseigna depuis 1589 à l'université d'Iéna, dont il 
fut plusieurs fois élu recteur. En 1595, où il fut 
chargé de représenter l'électeur de Saxe à la 
diète de Pologne, il reçut de l'empereur Rodol- 
phe 11 \e laurier poétique et la dignité de comte 
palatin. Parmi ses quatre-vingts ouvrages et 
opuscules nous citerons : Elogium Wolfgangi, 
comilis palatini; Lauingen, 1566, in-4o; — 
Descriptio oppidi Lavingx; ibid., 1567, in-S"; 
Emblemata; Strasbourg, 1567, 1587, 1591, 
in- S", avec gravures de Stimmer; — Elementa 
<irtis rhetoricas; ibid., 1571, 1578, in-S»; — 



REUSNER 62 

Elemenla nrtis dialectica;; ibid., 1571, 1587, 
1593, in -8"; — Christias, seu carmina sa- 
cra,- Lauingen, 1571, in^8°; — Paradisus poe- 
tieus; Bâle, 1578, in-8° : description en vers 
des animaux et plantes principaux ; — Dispu- 
tationes juris civilis, item politicœ ; Stras- 
bourg, 1579, in-4°; Bâle, 1586; — De princi- 
pibus\ et diicibus Venetorum, cum descrip- 
tione urbis Venetiarum; Lauingen, 1579, 
in-S" ; — Picta poesis Ovidiana : Thésaurus 
propemodum omnium fabularum poeticarum 
Fausti Sabst'i et aliorum; Francfort, 1580, 
in-S" , avec gravures sur bois ; — Hodœpori- 
corum seu itinerum totiusfereorbis libri VU; 
Bàle, 1580, 1592, in-8°; recueil intéressant de 
soixante-quinze Voyages, écrits presque tous 
en vers par des auteurs anciens et modernes ; 
Freytag en a donné une analyse dans son Ad- 
paratus litterarius, t. III; — Emblemata 
partim ethica et physica,partim hisiorica et 
hieroglyphica, et emblemata sacra ; accedunt 
stemmatum sive armorum gentilitiorum li- 
bri très ; Francfort, 1581, in-4'' ; avec de belles 
gravures sur bois de Virgile de Solis et de 
Jost; Amon; — Januarius, seu Fastorum sa- 
crorum et historicorum liber I ; Strasbourg, 

1584, in-S" ; suivi de Février et Mars; ibid., 
). 1586 : l'ouvrage complet parut sous le titre 

Diarium historicum; Francfort, 1590, in-4°; 
— Qtfcestiones juridicse; Bâle, 1585, iii-8°; — 
De Italia; Straslwurg, 1585, in-8°; — Insti- 
tutiones juris civilis enucleati sub titulo 
BpaxvjXoyo; oUm editiim, cum no^is; Francfort, 

1585, 1590, 1743, in-S"; — Icônes virortan 
litteris illustrium, in Germania prœsertim , 
Strasbourg, 1587, 1590; Francfort, 1719, in-8°: 
collection de cent portraits gravés sur bois par 
Tob. Stimmer, et qui sont accompagnés de disti- 
ques, d'épitaphes et de courtes notices tirées de 
divers auteurs ; — Cynosura juris, farrago li- 
bellorutn de juris arte, a summis nostri sieculi 
jurisconsultis conscriptorxim ; Spire, 1588, 
2 parties, in-8°, avec un supplément; ibid., 
1589; — Symbola imperatorla, dJ. Csesafe 
usque ad Rodolphum II; Francfort, 1588, 
1598, 1602, in-8o; Genève, 1634; réimprimé 
dans le Chronicon chronicorum de Gruter; — 
Icônes literis clarorum virorumI(alia\ Grse- 
ciae, Germaniae, Gallise, Angliœ, Ungarias, 
cumelogiis variis ; Bàle, 1589, in-8° ; suite de 
quatre-vingt-onze portraits; — Mnigmatogra- 
phia, seu Sylloge œnigmatum et logogripho- 
rum convivalium, ex variis auctoribus col- 
lectorum; Strasbourg, 1589; Francfort, 1602, 
in-12; — Ethica philosophica et christiana; 
léna, 1590, in- 8»; — Opéra poetica; léna, 
1593, 1594, in-8° : ce recueil, dont des extraits 
se trouvent dans le t. V des Delicise poetarum 
germanorum, contient des élégies, des odes, 
des hymnes, vingt-quatre livres d'épigrammes 
latines , un d'épigrammes grecques, des ana- 
grammes, etc.; — Orationes panegyricx; 



63 

léna, 1595, 2 vol. in-S" : renferme quinze dis- 
cours sur des sujets de morale et autant sur la 
jurisprudence ; — De bello Turcico selectis- 
simx orationes et consuUationes variorum 
autortim ; Leipzig, 1596, in-4° ; — De jure 
testamentorum et ultimarum voluntatum ; 
léna, 1597-1598, 2 vol. in-4'' ; — Epistolarum 
Turckarum libri XIV; Francfort, 1598-1600, 
in-4° : cet intéressant recueil de lettres écrites 
sur les affaires de Turquie par diverses per- 
sonnes est devenu très-rare; — Decisiones 
juris singulares ; ibid., 1599, in fol. ; — Con- 
silia seu responsa ; ibid., 1601, 1605, in-fol. ; 

— De urbibtts Germanix liberis et imperia- 
libus; ibid., 1602, in-12; 1605, 1651, in-8° ; 

— Anagrammatographia ; léna, 1602, in-8"; 

— Rerum memorabilium in Pannonia sub 
Turcarum imperatoribus , a capta Constan- 
tinopoli usque ad nostram œtatem gestarum 
exégèses; Francfort, 1603, in-é"; — Symbola 
heroica; léna, 1608, Londres, 1650, in-8° ; — 
Icônes imper ator uni, regum, principum, elec- 
torum et ducum Saxoniae; à la suite de l'édi- 
tion que Reusner donna des Origines stirpis 
Saxonix de G. Fabricius; léna, 1597, in-fol. 

Witten. Memorix philosophorum. — Zeuner, Fitse 
professorum academise ienensis. — JOcher, JUg. Cel.- 
Lexicon et le Supplément de Rotermund. 

REUVENS ( Jean-Éverard ) , jurisconsulte 
hollandais, né à Harlem, en 1763, mort à Bruxel- 
les, en 1816. Avocat à La Haye, il fut nommé, en 
1795, conseiller à la haute cour de justice de 
Hollande, etde 1799 jusqu'au moment de la chute 
de la république des Provinces-Unies, en 1806, il 
occupa la charge de président du conseil su- 
prême de justice. Ses amis profitèrent, en 1810, 
de la réunion de la Hollande à l'empire français 
pour obtenir sa nomination de président de la 
cour d'appel de La Haye. Merlin de Douai, l'un 
de ces amis dévoués , alors procureur général 
près la cour de cassation, voulut bientôt avoir 
Reuvens auprès de lui, et il parvint à le faire ad- 
mettre au nombre des conseillers de la cour 
suprême, dont il fit partie jusqu'en 1814. Le 
jour de l'installation arrivé, il fit connaître Reu- 
vens à ses nouveaux collègues en leur disant : 
« Messieurs, j'ai l'honneur de vous présenter 
M. Reuvens, l'un des plus grands jurisconsultes 
d'un pays qui a fourni tant d'hommes distingués 
dans cette partie. » Cet éloge, qui n'avait rien 
d'exagéré, fut encore justifié parles travaux aux- 
quels le savant légiste hollandais voua les der- 
nières années de sa vie. On lui doit, outre l'éla- 
boration d'un code criminel, la révision des dif- 
férents codes présentés, après 1815, aux états 
généraux du nouveau royaume des Pays-Bas. 

Reuvens ( Gaspard- Jacques-Chrétien ) , fils 
du précédent, né le 22 février 1793 à La Haye, 
mort je 28 juillet 1837, à Rotterdam. Moins par 
vocation que pour plaire à son père, il étjidia le 
droit d'abord àLeyde, puis à Paris, où il fut reçu 
avocat, en 1812. Un arrêté royal du 16 octobre 



REUSNER — RÉVEILLÉ-PARISE 



64 

1815 le nomma professeur de littérature grecqut 
et latine à Harderwyclc. En 1818, il obtint h 
chaire d'histoire ancienne et d'archéologie à l'uni 
versitédeLeyde. Cefutenl825queReuvenscora 
mença à rechercher aux environs de La Hay( 
l'emplacement de l'ancien Forum Adriani. Sot 
amour de la science était tel que, la révolution d( 
1830 ayant interrompu la plupart des travaus 
publics, il fit reprendre à ses frais les fouilles di 
Forum Adriani. On a de lui : Collectanea Ut- 
ter., sive conjectur. in Attium Diomedem. 
Lucilium, Lydum, etc. ;Leyde, 1815, in-8°; — 
Notice et plan des constructions romainei 
trouvées sur Vemplacemen t présumé du Forun 
Adriani près de La Haye; 1828, in-fol.; — 
Lettre à M. Letronne sur les papyrus bi- 
lingues et grecs du musée d'antiquités de Vu- 
niversité de Leyde; Leyde, 1830, in-4 <>. C A. R, 
RÉVEILLÉ-PARISE { Joseph- Henri) , mé 
decin français, né en 1782, à Nevers , mort U 
28 septembre 1852, à Paris. Après avoir fait ses 
études à Paris, il venait d'y commencer ses cours 
de médecine quand le service militaire l'enleva 
(1802), et depuis lors jusqu'à la paix générale il 
fut attaché aux armées en Autriche, en Espagne, 
en Hollande, en Dalmatie et à Waterloo. De re- 
tour à Paris, il soutint sa thèse de doctorat, qui 
avait.pour sujet une Relation médicale du siège 
de Saragosse (I8i6,in-i°). Nommé médecin de 
l'hôpital militaire du Gros-Caillou, il devint chi- 
rurgien major de la gendarmerie d'élite ; la ré- 
volution de 1830 lui ayant fait perdre ce dernier 
emploi, il se renferma dans la pratique de son 
art et dans les travaux littéraires, qui lui ont as- 
signé un rang distingué parmi les savants con- 
temporains. Depuis 1823 il faisait partie de l'A- 
cadémie de médecine. « Esprit fin, dit M. Griin, 
bienveillant et modéré, actif et investigateur, il 
était toujours prêt sur tous les sujets , sans ja- 
mais s'imposer; sa douceur l'éloignait des vives 
controverses quand il ne s'agissait pas de ses 
convictions morales ou de sa haine contre le 
charlatanisme. La bonté de son cœur lui donnait 
pour amis tous ceux qui l'approchaient. » Il a 
publié: Hygiène oculaire; Paris, 1816, 1823, 
1845, in-12; trad. en italien; — Examen de 
pathologie, avec des tableaux synoptiques; 
Paris, 1817, in-8°; — De V Eclectisme en mé- 
decine; Paris, 1827, in-8° ; — Physiologie 
et hygiène des hommes livrés aux travaux de 
V esprit, ou Recherches sur le physique et le 
moral, les habitudes, les maladies et le ré- 
gimedes gens delettres, artistes, savants, etc.; 
Paris, 1834, 1837, 1839, 2 vol. in 8°; trad. en 
allemand et en italien : cet ouvrage, qui a ob- 
tenu au concours de 1835 un prix Montyon de 
1,500 fr., restera comme un modèle du genre et 
comme la plus fidèle expression du savoir et du 
talent de l'auteur; — Guide pratique des gout- 
teux et des rhumatisants ; Paris, 1837, 1839, 
in-8° ; trad. en italien ; — Une saison aux eaux 
d'Enghien; Paris, 1842, \n[8; — Études de 



■85 RÉVEILLÉ-PARISE — RÉVÉREND 

rhemme dans l'état de santé et dans Vètat 
d$ maladie; Paris, 1844, 2 vol in-8"; — De 
Vostéophite costal pleurétique ; Lille, 1849, 
in-8" ; — Trc ité de la vieillesse ; Paris, 1853, 
ui-8°. Il a publié une nouvelle édition des Let- 
\ites de Gui Patin (Paris, 184C 3 vol. in-8°), 
accompagnée d'une notice et de remarques scien- 
tifiques et littéraires, et il a fourni des mémoires 
au recueil de l'Académie de médec ine ainsi que 
ides aVticles au Moniteur universel depuis 1844 
jusqu'à l'époque de sa mort. 
CalIUen , JJ/edJcir». Lexicon. — Moniteur univ., 1852, 

p. 1563. 

RBVEL ( Gabriel ) , peintre français , né à 
iChûteau-Thierry.en 1643, mort à Dijon, Ie8juil- 
llet 1712. Il fut élève de Charles Le I3run, et tra- 
vailla sous ses ordres à la décoration du palais 
de Versailles. L'Académie royale de peinture le 
reçut au nombre de ses membres le 27 février 
1683, sur la présentation des portraits de Fr. 
Girardon et de Michel Anguier. Ce dernier por- 
trait a été gravé par Laurent Cars pour sa ré- 
ception à l'Académie, en 1733. G. Revel se retira 
k Dijon, cl y finit sa carrière : on voit plusieurs 
de ses ouvrages dans les églises et au musée de 
cette ville. 

Revel (Jean ), peintre, fils du précédent, né 
à Paris, le 6 aortt 1634, mort à Lyon, le 5 dé- 
cembre 1751. Il était venu dans cette dernière 
ville en 1710 pour y pratiquer son art et y faire 
des portraits ; mais bientôt il employa exclusi- 
vement son talent à faire des dessins pour la 
fabrication des étoffes de soie, et porta ce genre 
à un degré de perfection inconnu jusqu'alors. On 
lui attribue généralement l'invention des points 
rentrés, qui consistent dans le mélange et l'en- 
chevêtrement des soies de manière à adoucir le 
passage d'une nuance à une autre (1), et l'art de 
placer les ombres d'un même côté de manière à 
produire sur les étoffes de véritables tableaux. 

De Chenncvières, Recherches. — Pernctly, /.ycnnais 
dignes de mémoire. — Joubert de rHlberderlr, Le des- 
sinateur pour les fabriques d'étoffes d'or, d'argent et 
de,soie. 

RETERCHON (Jacques), homme politique 
français, né à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, en sep- 
tembre 1746, mortàNyon, en juillet 1828. Il était 
propriétaire etnégociant en vins à l'époque de la 
révolution ; il en embrassa la cause avec enthou- 
siasme, et fut élu en 1790 administrateur de Saône- 
et-Loire. En 1791, le même départementle députa 
à l'Assemblée législative et ensuite à la Conven- 
tion nationale, où il vota la mort de Louis XVI. 
Il présida quelque temps le club des Jacobins, et 
entra au comité de sûreté générale. Chargé de 
missions dans les départements de l'Ain, de l'Isère, 
du Rhône, de Saône-e(-Loire, Il n'y laissa com- 
mettre aucun désordre, et ne fit prononcer aucune 
condamnation capitale Après la chute de Robes- 
pierre, Reverchon crut devoir faire certifier son 



68 



(1) Deschazelles, dans son Discours sur Vinfluenee de 
la peinture, attribue cette invention à un dessinateur de 
fabrique nommé DagaiUler. 

NOUV. BIOGK. GÉNÉR. — T. XUI. 



civisme par Barère (29 août 1793), qui rendit 
compte que la sœur de ce député , ayant été ar- 
rêtée avec ses enfants par les représentants près de 
l'armée des Alpos, elle fut envoyée à Reverchon, 
alors devant Lyon, afin qu'il prononçàtlui-rnême 
sur leur sort ; mais que Reverchon, faisant taire 
son cœur, avait répondu : «Je ne suis point juge 
de ma sœur et de mes neveux ; je vous les renvoie : 
décidez vous-même de leur sort. » Il fut envoyé 
une seconde fois en mission à Lyon, et s'y montra 
l'adversaire des terroristes; il y renversa les 
échafauds, licencia l'armée révolutionnaire, sus- 
pendit les tri bunaux exceptionnelp,en même temps 
qu'il réprimait les réactionnaires. Devenu membre 
du Conseil des cinq cents, il en sortit en mai 
1797, devint administrateurde son département, 
fut réélu en 1792 au Conseil des cinq cents, d'où 
il passa en 1799 à celui des Anciens. Il se mon- 
tra opposé au coup d'État du 18 brumaire an vm 
(9 novembre 1799), et ne remplit aucun emploi 
sous l'empire. Atteint par la loi du 12 janvier 
1816, rendue contre les régicides, il se réfugia 
en Suisse, où il mourut. On a de lui : Mémoires 
au Comité de salut public sur la réhabilita- 
tion du commerct de Commune affranchie; 
Paris, an ii,et Lyon, 1834, in-8°. 
Le Moniteur universel. — Archives du Rhône, t. VII, 

p. 372. 

RÉVÉREND {Jean), marquis de Bougy, né 
vers 1617, mort en décembre 1657, au château 
de Calonge, près Marmande. Il descendait d'une 
ancienne famille de Normandie, et professait la 
religion réformée, A douze ans il entra com»- 
cadet dans le régiment des gardes, et s'éleva as- 
sez rapidement; sa bravoure lui acquit l'affec- 
tion du raar,;chal de Gassion, dont il défendit 
plusieurs fois les intérêts auprès de Mazarin. Les 
services qu'il rendit pendant les troubles de la 
Fronde lui firent donner les grades de maréchal 
de camp (18 novembre 1648) et de lieutenant gé- 
néral (10 juillet 1652). Choisi pour commander 
les troupes qui devaient escorter le roi, il battit 
les rebelles à La Charité-sur Loire, et les expulsa 
du Berry. Fait prisonnier en 1653, il lui fut per- 
mis sur parole de revenir à la cour. Il prit part 
à la guerre de Catalogne, sous le prince de Conti, 
jusqu'en 1657, époque où une maladie grave le 
força de prendre sa retraite. Il avait épousé en 
1654 Marie de laChausade, riche héritière, qui ne 
lui donna qu'un fils. Sa terre de Bougy, en Nor- 
mandie, fut érigée en marquisat. 
Bayle, Dict. hist. et crit. 

RÉVÉREND {Dominique), physicien fran- 
çais, né le 14 novembre 1648, à Rouen, mort 
le 26 juillet 1734, à Paris. Ses parents étaient 
Parisiens et de bonne bourgeoisie. Après de 
bonnes études, il s'engagea malgBé lui dans l'é- 
tat ecclésiastique, et prit les ordres jusqu'au dia- 
conat. En 1676 il accompagna le marquis de Bé- 
thune en Pologne, et se trouva mêlé, bien que 
d'une façon secondaire, aux troubles politiques 
de ce pays. Deux ans après son retour, il fut 

3 



67 



RÉVÉREND — REWBELL 



68' 



élu doyen du chapitre de Saint-Cloud (1681) et 
pourvu de quelques autres bénéfices. Passionné 
pour la philosophie, mais prévenu contre Des- 
cartes, il tâcha de faire revivre les opinions des 
anciens, surtout dans leur physique , et voulut 
aussi pénétrer le secret des doctrines herméti- 
ques. On connaît de lui : La Physique des an- 
ciens ; Paris, 1701, in-12; — Lettres stir les 
premiers dïeiix, ou rois d'Egypte; Paris, 1712, 
in-12; augmentées en 1733 d'une troisième Let- 
tre sur la chronologie des premiers temps depuis 
le déluge ; — Mémoires historiques du comte 
Bethlem Nicklas sur les derniers troubles de 
Transy Ivanie ; Ams,[ev(iam{ Rouen), 1734,2 voi. 
in-12, et à la suite de l'Histoire des révolutions 
de Hongrie, 1739, 6 vol. in-12 : cet ouvrage, 
composé en grande partie par l'abbé Révérend, 
(ut achevé et édité par Le Coq de Villeroy. 

Moréri, Dict. kist., édit. 17S9. 

REVETT (Nicolas), antiquaire anglais, né 
en 1721, dans le Suffolk, mort le 1** juin 1804 , 
à Londres, Il était architecte, et la passion des 
beaux-arts le conduisit en Italie. Ayant rencontré 
en 1750, à Rome, le célèbre amateur James 
Stuart {voy. ce nom), il l'accompagna en Grèce 
et dans le Levant, et revint avec lui en 1756 en 
Angleterre. Le fruit de leurs communes explora- 
tions fut le recueil intitulé Antiquities ofAthens 
(Londres, 1762-1790-1794-1815, 4 vol. in-fol., 
avec 351 planches); le dernier volume vit le 
jour par les soins de J. Taylor. Cet ouvrage a été 
traduit en français par Feuillet et publié par 
Landon (Antiquités d'Athènes; Paris, 1808- 
1822, 4 vol. in-fol.), avec les portraits des deux 
voyageurs. Eu 1766 Revett partit pour l'A.- 
sie Mineure en compagnie de Pars et de Chand- 
1er, et le fruit de leurs explorations fut le ma- 
gnifique ouvrage, dont Chandler a rédigé le 
texte : lonian antiquities (Londres, 1769- 
1800, 2 vol. gr. in-fol., pL). 
Gentleman' s Magazine, 1804. 
REWBELL OU REUBELL ( Jean-François), 
homme politique français, né le 8 octobre 1747, 
à Colmar, où il est mort, le 23 novembre 1807. 
Avocat au conseil souverain d'Alsace, il était 
bâtonnier de l'ordre lorsque la révolution éclata, 
et à la pénétration, au discernement les plus rares 
il joignait une instruction étendue , une mémoire 
fort vaste , une rare opiniâtreté au travail. En 
1789 il fut choisi par le tiers état des bailliages 
de Colmar et de Schelestadt, comme député aux 
états généraux. L'ancien régime le compta au 
nombrede ses plus fougueux adversaires.il débuta 
par dénoncer à l'Assemblée des complots roya- 
listes, et s'efforça de prouver que, « pour le 
bien de la nation , » il fallait investir le comité 
des recherches du droit de décacheter les lettres. 
Les princes étrangers possesseurs de grands 
biens en Alsace et qui avant la révolution 
avaient été ses meilleurs clients furent dépeints 
par lui comme autant de tyrans qu'il fallait dé- 
pouiller sans pitié, il contribua à la suppression 



des parlements et à la vente des biens ecclésias- 
tiques, s'opposa vivement à ce qu'on accordât! 
au roi le droit de paix et de guerre, et demanda 
quêtes prêtres insermentés fus.sent exclus des 
fonctions pastorales. Le 28 janvier 1790, il com- 
battit la proposition tendant à admettre les 
juifs à la jouissance des droits de citoyen. Élu 
président le 5 mai 1791, il fit, après une discus- 
sion animée, rendre une loi portant que l'orga- 
nisation des assemblées coloniales ne subirait 
aucun changement, mais qu'à l'avenir les hommes 
de couleur nés de parents libres auraient le 
droit d'y être admis. A la fin de la session il fil 
d'inutiles efforts pour faire déclarer rééligi blés les 
membres de la Constituante. Nommé secrétaire 
général du directoire du Haut-Rhin, Rewbell 
représenta ce département à la Convention. 11 
pressa le procès de Louis XVI; mais envoyé à 
l'armée de Mayence , il ne put déposer son vote 
lors de la condamnation du roi , à laquelle il 
adhéra néanmoins par une lettre qui fut rendue 
publique Rappelé à Paris pour répondre à l'ac- 
cusation d'exactions et de rapines, il repa- 
rut à la Convention le 4 août 1793, et se défendit 
avec assurance. Suivant M. Thiers, « malgré les 
calomnies des contre-révolutionnaires et des fri- 
pons, il était d'une extrême probité. Malheureuse- 
ment , il n'était pas sans un peu d'avarice ; il ai- 
mait à employer sa fortune personnelle d'une ma- 
nière avantageuse , ce qui lui faisait rechercher 
les gens d'affaires, etcequi fournissait des pré- 
textes fâcheux à la calomnie ». Rewbell se fit 
donner de nouvelles missions, qui le tinrent éloi- 
gné des querelles sanglantes de Is. commune 
avec le comité de salut public ; mais il ne s'attacha 
ostensiblement à aucun parti. Après le 9 thermi- 
dor, il se prononça contre les jacobins , insista 
pour qu'on les éloignât du gouvernement, et 
contribua beaucoup à la fermeture de leur club. 
Les thermidoriens l'appelèrent successivement 
au comité de sûreté générale, à celui de salut 
public, et à la présidence de la Convention. Sur 
sa proposition, la Convention décréta ( 17 avril 
1795 ) la vente des biens des émigrés par la voie 
delà loterie. Entré en septembre au Conseil des 
cinq cents, dont il fut élu secrétaire dès la for- 
mationdes bureaux, il fut, le 1" novembre, choisi 
par le Conseil des anciens comme l'un des cinq 
membres du directoire exécutif. La grande expé- 
rience qu'il avait acquise pour le maniement .ios 
affaires, soit au barreau, soit dans les différentes 
assemblées en faisait un homme précieux à la 
tête de l'État, bien qu'il fût rude et blessant 
par la vivacité et l'âpreté de son langage. Il soi- 
gnait beaucoup la partie des relations extérieures, 
et portait aux intérêts de la France un tel atta- 
chement qu'il eût été volontiers injuste à l'égard 
des nations étrangères. Républicain chaud, ferme 
et sincère, il éprouvait un égal éloignementpour 
Carnot et pour Rarras, l'un comme montagnard, 
l'autre comme dantonien , car il avait originai- 
rement appartenu à la partie modérée de la 



eo REWBELL 

Convention. Rewbell se retira le 16 mai 1799. 
Le département du Haut-Rhin l'élut au Conseil 
des anciens, mais après le 18 brumaire on le 
tinta l'écarl; rendu à la vie privée, il mourut 
ignoré, avec le chagrin d'avoir vu dépenser par 
ses fils, en de folles profusions, la plus grande 
partie de la fortune qu'il avait acquise. 

Thiers, Hist. de la Révol. fr., t. IX. - De Barante. 
Ilist. du Directoire. — Moniteur unii\. 1789-1V99. 

BEWiczKY ( Ckarles-Emerich- Alexandre , 
comte DE ), diplomate et bibliophile hongrois, né 
à Vienne, le 4 novembre 1737, mort dans cette 
ville, le 10 août 1793. 11 fit ses études à Vienne , 
et acquit une connaissance approfondie des lan- 
gues anciennes et des principaux idiomes de 
l'Europe moderne. Après avoir été ambassadeur 
à Varsovie, à Berlin, "et depuis 1786 à Londres, 
il se retira en 1790 dans la vie privée, à cause 
dei'affaiblissement de sa santé. Il vendit à celle 
époque à lord Spencer pour une pension viagère 
de cinq cents livres sa magnifique bibliothèque, 
toute composée de belles éditions et de raretés 
bibliographiques. Il joignait à un talent remar- 
quable de négociateur un goût prononcé pour 
les belles-lettres , et se montrait toujours plein 
de prévenance pour ceux qui les cultivaient, il a 
publié outre une très- jolie édition de Pétrone, 
Berlin, 1785, in-8° , le catalogue de sa biblio- 
thèque, sous le titre de : Bibliothecagraeca et 
latina , Berlin, 1784, in-8° , sous le pseudonyme 
de Periergus DeltophiluSy cette première édi- 
tion , tirée à très-peu d'exemplaires , fut suivie 
d'une seconde, Berlin, 1794, in-8^. Rewiczky a 
aussi traduit en latin seize Ghazèles de Hafiz, 
Vienne, 1771 , in-8°; et en français le Traité de 
^flc<iyz<ed'lbrahim-Effendi; Vienne, 1769,in-12. 

Denina, Prusse littéraire, t. III. — Meusel, Gelehrtes 
Teutschland et Lexihon. — Luca, Gelehrtes OEstreich, 
t. H. — HirschlnK, Handbuch. 

REY ( Jean ), chimiste français, né vers la fin 
du seizième siècle, au Bugue, dans le Périgord , 
mort en 1645. Il exerçait la médecine dans son 
pays natal, et consacrait ses moments de loisir à 
l'exercice de la physique et de la chimie; il en- 
tretenait en même temps une correspondance 
active avec un des plus célèbres savants de son 
époque, le père Mersenne, ami de Descartes. 
Plus tard le dérangement de ses affaires domes- 
tiques le détourna malheureusement de ses oc- 
cupations scientifiques, et contribua peut-être à 
abréger sa vie. Quinze ans avant sa mort , il 
avait publié le résultat de ses expériences sur 
l'augmentation du poids des métaux, sous le titre 
de : Essays sur la recherche de la cause pour 
laquelle Vestain et le plomb augmentent de 
poids quand on les calcine; Bazas, 1630, 
in-S^jde 142 pages. Gobet donna, en 1777, une 
nouvelle édition d'après la première, qui est au- 
jourd'hui une rareté bibliographique. Ce qui 
donna lieu à ces Essays, si importants pour les 
progrès de la chimie, ce fut la lettre d'un phar- 
macien de Bergerac, nommé Brun, dans laquelle 
celui-ci apprend à J. Rey que , voulant un jour 



-- REY 



70 



calciner deux livres six onces d'étain, il fut sur- 
pris d'en trouver, après l'opération, deux livres 
treize onces : il ne pouvait comprendre d'où lui 
étaient venues les sept onces de plus. J. Rey en- 
treprit à ce sujet une série d'expériences, d'où il 
lira la conclusion suivante : « L'air est un corps 
pesant, et comme tel il peut céder à l'étain et au 
plomb des molécules pesantes, qui par leur ad- 
dition augmentent nécessairement le poids pri- 
mitif de ces métaux. » J. Rey inventa aussi un 
thermomètre pour son propre usage, sans pré- 
tendre s'approprier les travaux des physiciens 
qui s'étaient occupés déjà de la construction de 
ces instruments. Le P. Mersenne prenait un vif 
intérêt aux expériences de J. Rey; et dans une 
de ses lettres on voit poindre quelques-unes de 
ces idées qui préparèrent la découverte de la 
gravitation universelle. Les travaux de Rey con- 
duisirent à l'avènement de la chimie moderne^ 
L'illustre chimiste périgourdin se distingua par 
une grande indépendance d'esprit et par un em« 
ploi judicieux de la méthode expérimentale : 
« J'advoue franchement, dit-il , n'avoir juré aux 
paroles d'aucun des philosophes : si la vérité est 
chez eux, je l'y reçois; sinon, je la cherche ail- 
leurs. » H. 

K. Hoefer, Histoire de la Chimie, t. 11, p. S54-8S8. 

RET ( Guillaume ) , médecin français, né en 
1687, à La Gnillofière, mort le 10 février 1756, à 
Lyon. Né de parents sans fortune, il trouva dans 
l'astronome Villemot', curé de sa paroisse, un 
protecteur généreux et un maître des plus ha- 
biles, qui lui fit faire de rapides progrès dans 
l'étude des sciences. Ayant choisi la médecine 
pour profession , il se rendit à Montpellier, et 
pendant qu'il n'était encore que bachelier, il pu- 
blia une dissertation De causis delii-ii (1714, 
in-8° ) , à laquelle il dut le titre d'associé corres- 
pondant de la Société des sciences de cette ville. 
En 1716, il s'établit à Vienne en Dauphiné. 
Agrégé en 1723 au Collège de médecine de Lyon, 
il fut presque aussitôt attaché à l'hôpital de la 
Charité , et y servit jusqu'en 1744, époque où , 
s'étant remarié avec la fille du maire de Saint- 
Chamond, il alla résider dans cette ville. L'édu- 
cation de ses enfants le ramena en 1754 à Lyon. 
Rey a encore écrit : Dissertation sur la peste 
de Provence (i72l, in-12), sous le pseudonyme 
d'Agnez; et Dissertation physique à Vocca- 
sion du nègre blanc (Leyde, 1744, in-8°): ce 
dernier opuscule a été faussement attribué à 
Maupertuis; l'auteur, afin d'expliquer la diffé- 
rence de couleur qui existe entre le nègre et le 
blanc, suppose la création de deux Adams, c'est- 
à-dire la diversité de races. On a du reste pré- 
tendu que c'était un jeu de son imagination plu- 
tôt qu'une assertion mûrement réfléchie. Plu- 
sieurs de ses mémoires, lus dans l'Académie de 
Lyon, sont conservés en manuscrit à la biblio- 
thèque de cette ville. 

Pernettl, /.connais dignes dé mémoire. II, :i96-40i. — 
Biogr. méd. 



ri 



REY 



72; 



REY (Jean-Baptiste), compositeur français, 
né le 18 décembre 1734, à Lauzerte (Quercy), 
mort le 15 juillet 1810, à Paris. Amené fort 
jeune à Toulouse, il fut attaché comme enfant de 
chœur à l'abbaye de Saint-Sernin ; grâce à d'heu- 
reuses dispositions, il fit dans ses études musi- 
cales des progrès si rapides qu'il obtint au con- 
cours la place de la maîtrise à la cathédrale 
d'Auch, n'ayant pas encore atteint sa dix-sep- 
tième année. En 1754, il revint à Toulouse pour 
diriger l'orchestre du grand théâtre, et il conti- 
nua d'exercer ces mêmes fonctions dans plusieurs 
grandes villes de la i>rovince. Quelques motets 
de sa composition exécutés avec succès à la cha- 
pelle du roi avaient étendu sa réputation jusqu'à 
Paris, lorsqu'en 1776 il reçut l'ordre de quitter 
Nantes, où il se trouvait, pour entrer en qualité 
de violoncelle à l'Académie royale de musique, 
où il prit en 1781 le bâton de chef d'orchestre. 
En 1779, Louis XVI le nomma maître de mu- 
sique de sa chambre avec une pension de 2,000 
francs, et en 1804 Napoléon lui confia la direc- 
tion de sa chapelle. Les talents et le zèle de Rey 
lui méritèrent l'estime des plus célèbres com- 
positeurs de son temps, et Sacchini, son ami, le 
chargea en mourant d'achever l'opéra à'Arvire 
et Evelina. Il eut aussi quelque part aux opéras 
û'Œdipe et de Tarare. 

Son frère, Rey (Joseph), né à Tarascon, fut 
organiste des cathédrales de Viviers et d'Uzès, 
et fit partie comme violoncelle de la chapelle 
du roi et de l'orchestre de l'Opéra. Dans un ac- 
cès de délire, il se coupa la gorge avec un rasoir, 
le 12 mai 1811. On a de lui : Exposition élé- 
mentaire de l'harmonie, d'après la basse 
fondamentale vue selon les différents genres 
de musique; Paris, s. d. (vers 1808), gr. in-8'', 
dédié à Lacépède. 

Fétis, Biogr. univ. des musiciens. 

RET (Jean ), industriel et littérateur français, 
né à Montpellier, le 19 mai 1773, mort à Paris, 
le 23 juillet 1849. Fils d'un artiste musicien, il 
fut placé au sortir du collège dans la riche mai- 
son de banque de M. Tassin, qu'il abandonna 
lorsque, atteint par la réquisition, il lui fallut 
partir avec le corps des canonniers de Paris, 
destiné à combattre les Vendéens. Il obtint un 
congé en 1795. Rappelé sous les drapeaux en 
1801, mais réiormé trois mois après, à cause de 
la faiblesse de sa vue, il revint à Paris, où il 
épousa, le 4 septembre 1802, M"e Tassin, dont 
le père avait péri sur l'échafaud. Il avait entre^ 
pris un petit commerce de châles, et lui avait 
donné d'heureux développements lorsque s'in- 
l réduisit en France la mode des cachemires : il 
imagina alors de substituer aux dessins capri- 
cieux de l'Orient l'imitation des fleurs naturelles, 
et cette innovation eut un complet succès, de 
sorte que Rey se vit bientôt à la tête d'une riche 
manufacture et l'un des hommes les plus consi- 
dérés du commerce français. Dès lors aussi il 
eut assez de loisir pour revenir aux études lit- 



téraires, que les nécessités de la vie lui avaient t 
fait souvent interrompre. Chevalier de la Légion 'i 
d'honneur (1823), il devint membre du conseil ! 
général des manufactures, adjoint au maire du i 
sixième arrondissement de Paris (182â) et mem- 
bre du jury central de l'exposition de l'industrie- 
(1827). Des échecs survinrent dans sa fortune à 
partir de 1837 : il avait confié des fonds à des 
entreprises qui ne furent pas heureuses, et il lui 
fallut vendre sa bibliothèque et une magnifique 
collection de coquilles et se réduire à une mo- 
deste existence. On a de Rey, qui était membre 
d'un grand nombre de sociétés savantes : Essais 
historiques et critiques sur Richard III; 

^ Paris, 1818, in-S" ; — Histoire des châles; 

i Paris, 1823, in-8° : son meilleur ouvrage-, 

I — une curieuse Histoire du drapeau, des 
couleurs et des insignes de la monarchie 

j française; Paris, 1837, 2 vol. in-S" ; — Histoire 
de la captivité de François 1er; paris, 1837, 
in-8°. 

Et. CarUcr, Notice sur Rey, dans l'annuaire de la 
Société des antiquaires de France, 1830. 

REY (Claude), prélat français, né le 27 no- 
vembre 1773, à Aix, où il est mort, le 17 août 
1858. Il vint en 1800 à Paris terminer au sémi- 
naire de Saint-Snipice ses études théologiques. 
M. Champion de Cicé, archevêque d'Aix, l'or- 
donna prêtre, et se l'attacha comme secrétaire 
de l'archevêché et vicaire général. Chanoine ti- 
tulaire d'Aix en 1816, théologal en 1821, il ne 
crut pas, après la révolution de juillet 1830, de- 
voir refuser les prières de l'église au nouveau 
chef de l'État, et manifesta publiquement ses 
sentiments dans une lettre qu'il adressa le 9 sep- 
tembre 1830 à un curé qui l'avait consulté à cet 
égard. Cette lettre souleva contre lui bien des 
passions; mais il n'en fut pas moins nommé vi- 
caire général capitulaire après la mort de M. de 
Richeryf 24 novembre 1830). On le désigna pour 
l'évêché de Dijon ( 9 juillet 1831 ). C'était le pre- 
mier évêque nommé par Louis-Philippe, c'est-à- 
dire par un souverain que tout le haut clergé 
regardait comme illégitime : la cour de Rome 
hésita longtemps ; toutefois Grégoire XVI pré- 
conisa M. Rey ( 24 février 1832 ), et par br«f spé- 
cial, en dérogation aux règles ordinaires, l'auto- 
risa à se faire sacrer par un seul évêque assisté 
de deux dignitaires ecclésiastiques. Tels étaient 
les sentiments qui animaient l'épiscopat, qu'il ne 
se trouva point alors dans l'Église de France ua 
seul évêque qui voulût sacrer M. Rey, et ce pré- 
lat ainsi que M. d'Humières, archevêque d'Avi- 
gnon, qui se trouvait dans le même cas, durent 
se faire sacrer à Avignon (23 septembre 1832) 
par M. Antonio de Pasada, évêque de Carfhagène. 
Arrivé dans son diocèse, M. Rey trouva parmi 
plusieurs membres de son clergé, et surtout dans 
M. Morlot, alors grand vicaire, l'opposition la 
plus violente. Il espéra les ramener à des 
sentiments plus favorables en se faisant en quel- 
que sorte le complice"^ de leur ambition person- 



73 



REY — REYBAUD 



74 



nclle, et il eut la faiblesse de leur confier les postes 
les plus imporlants.Son épiscopat, qui dura sixans, 
ne fut qu'une longue lutte, où il avait pour en- 
nemis ardents ses propres coopérateurs, soutenus 
par L'Ami de la Religion et les journaux légiti- 
mistes. M. Morlot, écarté du grand-vicariat, pu- 
blia une Remontrance publique des actes de 
l'évoque de Dijon, et on peut dire qu'il le força 
fie donner sa démission. En effet, de guerre lasse, 
M. Rey demanda un canonicat à Saint- Denis, 
quitta Dijon le 21 juin 1838, et se retira à Aix. Ou 
a de lui : Prières pour la consécration d'un 
évêque, traduites du Pontifical romain avec 
des notes explicatives; 1808, in-8o; ^ Pré- 
cis historique de Notre-Dame d'Aix; Aix, 
ISlG, in-8° de 24 p. 

r.t' flexions sur les affaires ecclésiastiques du diocèse 
(le Dijon depuis 18S1 jusqu'en 1836. — Biog. du clergé 
contemporain, notices de M. Rey et de M. Morlot. — 
Biog. des hommes du jour. 

RBT-DUSSEUIL ( Antoine ■ François - Ma- 
rins), littérateur français, né le 12 juillet 1800, 
à Marseille, où il est mort, le 3 mai 1850. Après 
avoir terminé ses études de droit, il fonda en 
1821, à Marseille, de concert avec le poëte Méry, 
un journal d'opposition. Le Caducée, qui n'eut 
qu'une durée éphémère. II prit les armes en juillet 
1830, et écrivit sous le nouveau gouvernement 
dans les journaux du parti républicain, La Tri- 
bune entre autres. Bientôt sa santé s'affaiblit, et 
il demeura jusqu'au moment de sa mort en proie 
à de continuelles souffrances, qui l'avaient con- 
damné à un repos absolu. On a de lui : Résumé 
de Vhistoire d'Egypte; Paris, 1826, in-18; — 
La Confrérie du Saint-Esprit, roman; Paris, 
1829, 5 vol. in-12; — Samuel Bernard et 
Jacques Borgarelli, roman; Paris, 1830, 4 vol. 
in-12; — La Fin du monde, histoire du temps 
présent et des choses à venir ; Paris, 1830, 
in-8"; — Le Monde nouveau; Paris, 1831, 
in-8° ; suite à l'ouvrage précédent ; — Les trois 
Amis, roman; Paris, 1831, in-S"^ ; — Andréa, 
roman ; Paris, 1 83 1 , in-8" ; — Le Cloître Saint- 
Méry; Paris, 1832, in-80; — Estrella; Paris, 
1843, in-8°. Il est l'un des auteurs de L' Angélus, 
opéra-comique (1832), et il a travaillé à Y His- 
toire de l'expédition des Français en Egypte. 
Sarrut et Saint-Edme, Hommes du jour, III, i"« part. 
; RETBACo { Marie -Roch- Louis), littéra- 
teur et économiste français, né le 15 août 1799, 
à Marseille. Fils d'un négociant, il fut destiné à 
suivre la môme carrière, et fit dans le Levant 
et les mers de l'Amérique plusieurs voyages. 
Après avoir acquis une certaine aisance, et 
maître de se livrer à ses propres goûts , il vint 
en 1823 à Paris, et s'unit au parti libéral pour 
combattre la restauration. Après la révolution 
de Juillet, il resta dans les rangs de l'opposition 
démocratique et fournit des articles, rédigés avec 
beaucoup de vivacité, à La Révolution de 1830, 
h La Tribune, au Constitutionnel et au Cor- 
saire. Ami intime des poètes Méry et Barthé- 
lémy, ses compatriotes, qui lui avaient facilité 



l'accès du monde littéraire, il travailla, sous le 
voile de l'anonyme, aux premiers numéros de 
La Némésis et au poëme héroï-comique de La 
Dupinade (1831, in-8°), où il raillait l'avéne- 
raent de la bourgeoisie. La publication d'une his- 
toire abrégée de l'expédition d'Egypte ainsi que 
des relations de voyages de Dumont dTJrville et 
d'Alcide d'Oi bigny l'occupa pendant plusieurs an- 
nées, sans le distraire toutefois de sa collabora- 
tion au National , sous le nom de Léon Du- 
rocher. En 1836 il commença dans la Revue des 
deux mondes une série d'études sur les socia- 
listes modernes, et passa successivement en re- 
vue, avec une bienveillance marquée, les sys- 
tèmes de Robert Owen, de Saint-Simon, deFou- 
rier et de Cabet; ces études, à peine réunies en 
volume, obtinrent en 1841 de l'Académie fran- 
çaise le grand prix Montyon de 5,000 francs. 
C'est n l'histoire impartiale et piquante , dis>ait 
alors M. Villemain, de ces plans de société et de 
religion nouvelle que nous avons vus passer près 
de nous, comme un spectacle «.Mieux édifié, l'au- 
teur infligea plus tard (édit. de 1848 des Études) 
un blâme sévère à ces réformateurs qu'il se re- 
pentait d'avoir traitésd'iine façon si iiidulgente, et 
les dénonça comme « destructeurs de tout prin- 
cipe social «.Cet ouvrage, accueilli du reste avec 
empressement, n'en est pas moins encore le meil- 
leur titredeM. Louis Reybaud à l'honneur d'avoir 
été appelé en 1850 à siéger dans l'Académie des 
sciences morales et politiques. Une autre pro- 
duction, qui date de la même époque, n'a valu 
que des éloges à M. Reybaud; nous voulons par- 
ler de Jérôme Paturot à la recherche d'une 
position sociale , où il a su, dans un cadre in- 
génieux , offrir une peinture amusante et fidèle 
des mœurs françaises après la révolution de 
Juillet. Cependant il avait rompu avec le parti de 
l'opposition, et ce ne fut pas sans surprise 
qu'on vit le spirituel adversaire du gouverne- 
ment se présenter avec l'appui du ministère aux 
élections générales de 1346. H l'emporta aisé- 
ment dans sa ville natale sur M. de Surian, dé- 
puté de la gauche, et soutint de son vote la po- 
litique conservatrice. La révolution de Février 
acheva, suivant son expression , de lui dessiller 
les yeux. Il fit partie, comme représentant 
des Bouches-du-Rliône, des deux assemblées 
républicaines; mais il se tint à l'écart, et vota 
en général avec le parti de l'ordre. Après le 
coup d'État , il figura sur les listes de la com- 
mission consultative. Depuis cette époque il est 
rentré dans la vie privée. Ses principaux ou- 
vrages sont : La Syrie , l'Egypte , la Pales- 
tine et la Judée; Paris, 1835 et ann. suiv., 
in-4°, fig., en société avec le baron Taylor ; — 
Études sur les réformateurs ou socialistes 
modernes; Paris, 18 iO- 1843, 2 vol. in-8°; 
C* édit, 1847, 2 vol. in-18 : elles contiennent, 
outre l'esquisse de la vie et des doctrines des 
quatre novateurs modernes , l'histoire des socié- 
tés au point de vue moral, religieux et industriel, 



75 REYBAT3D - 

l'exposé de l'origine et de la filiation des utopies 
sociales dans l'ordre des théories et dans l'ordre 
des faits, et une bibliographie des écrits socia- 
listes anciens et nouveaux ; — La Polynésie et 
les îles Marquises, avec un voyage en Abys- 
sinie; Paris, 1843, in-8"; — Jérôme Pâtu- 
rât à la recherche d'une position sociale; 
Paris, 1843, 3 vol. in-8°; 1845-1846, gr. in-8°, 
avec des dessins de Grandville; plus. édit. in-18 
etin-16 : cet ouvrage avait d'abord paru dans le 
feuilleton du National; l'auteur, en y donnant 
une suite, sous le titre de Jérôme Paturot à !a 
recherche de la meilleure des républiques 
(Paris, 1848, 4 vol. in-18), a en vain essayé de 
renouveler le succès de ses premières critiques ; 

— L'Industrie en Europe; Paris, 1856, iu-8o. 
M. Louis Reybaud a dirigé de 1830 àl836r/7w- 
toire scientifique et militaire de l'expédition 
française en Egypte (10 vol. in- 8° et 2 vol. 
d'atlas in-4''); sa principale part dans cet ou- 
vrage est la rédaction particulière de l'expédi- 
tion sous Bonaparte, Kleber et Menou (6 vol. 
in-8'' ). H a aussi publié depuis 1845 une vingtaine 
de romans de mœurs, et il a fourni beaucoup 
d'articles à la Revue maritime, à la Revue des 
deux mondes , au Dictionnaire de la conver- 
sation, au Dictionnaire du commerce, au 
Journal des économistes, etc. 

Vapereau, Dict. univ- des contemp. — Dict. d'écon. 
politique, t. II. 

REYHER (Samuel), mathématicien allemand, 
né à Schleusingen, le 19 avril 1635, mort à Kiel, 
le 22 novembre 1714. Après avoir obtenu le grade 
de maître es arts à Leipzig, il se fit recevoir doc- 
teur en droit à Leyde, fut nommé en 1665 pro- 
fesseur de mathématiques à l'université de Kiel, 
et y enseigna depuis 1673 le droit romain; il 
était membre de l'Académie de Berlin. Parmi ses 
soixante et quelques ouvrages et dissertations, 
tous imprimés à Kiel, nous citerons : Miles ma- 
thematicus , utilitatem scientiarum mathe- 
tnaiicarum in militia ostendens et ex histo- 
riis demonstrans ; Kiel, 1666, in-4°; — De 
usu matheseos in theologia; 1667-1669, 2 par- 
ties, in-40; — Quxsiionesmatheinaticx e sa- 
cro codice depromptas ; 1670-1674,2 parties, 
in-4o ; — Mathesis Mosaica, seu loca mathe- 
matica Pentateuehi explicata; 1679, in-4o; 

— Monumenta landgraviorum Thiiringise 
et marchionum Misnias descripta; Gotha, 
1692, in-fol.; — De natura et jure auditus 
etsoni;Kie\, 1694, in-4t>; — Calendariorum 
Juliani, Gregoriani et naturalis comparatio; 
1701, in-4o; — Historia juris universalis; 
Kiel, 1709, in-4°;— Mathesis mosaico-biblica ; 
Hambourg, 1714, in-fol. Reyher a aussi traduit 
en allemand VExplicatio machinarum de Des- 
cartes; Kiel, 1672, in-4^. 

Mollcr, Cimbria literata, t. H. - Jocber, Mlgem. Gel. 
Lexikon et le Supplément de Rotcrmund. — HIrschIng, 
Handbuch. 

BEY.'ïio.^ii) (Henri), prélat français, né à 
Vienne (Dauphiné), le 21 novembre 1737, mort 



REYMOND 



76 I 



à Dijon, le 20 février 1820. Il fit ses études au • 
collège des jésuites de sa ville natale, et prit ses i 
degrés en théologie dans l'université de Va- 
lence. Dès qu'il eut été ordonné prêtre, il devint 
vicaire de Saint-Georges à Vienne ; il professa i 
ia philosophie au collège de cette ville lors de • 
l'expulsion des Jésuites. Nommé peu d'années ■ 
après curé de Saint-Georges par l'archevêque 
de Vienne, en concurrence avec un autre prêtre, 
désigné par le chapitre noble de Saint-Pierre , 
Reymond eut à soutenir divers procès, qu'il 
gagna ; mais les écrits qu'il publia alors le mi- 
rent en opposition avec le haut clergé. Ayant em- 
brassé à l'époque de la révolution les idées 
nouvelles, il fut élu en 1792 second évêque de 
l'Isère et sacré à Grenoble, le 15 janvier 1793; 
Pendant la terreur il résista à toutes les de- 
mandes qu'on lui fit de ses lettres de prêtrise, 
fut arrêté^ par suite de sa fermeté à cet égard, 
et ne fut élargi qu'après onze mois et demi de 
détention. Après avoir passé quinze mois à 
Gerbay au milieu de sa famille, Reymond donna 
son adhésion aux encycliques des constitution- 
nels, assista au concile de 1797, dont il fut 
chargé de publier les actes , fit quelquefois partie 
de l'association des réunis , et donna sa démis- 
sion en 1801. Nommé, le 9 avril 1802, à l'é- 
vêché de Dijon, il signa la formule de rétracta- 
lion demandée par le pape, et dès la première 
année parvint à rouvrir un séminaire et à doter 
convenablement sa cathédrale, dont la pénurie 
était telle qu'elle ne possédait pas même un ca- 
lice d'argent. Baron en 1808, membre de la Lé- 
gion d'honneur, le 15 août 1810, il ne consentit 
qu'après quelques délais à faire chanter un Te 
Deum à l'occasion du premier retour des Bour- 
bons. Le 10 avril 1815, dans une lettre pastorale 
suivie d'un post-scriptum tout politique, il féli- 
cita la France du rétablissement de l'empire, et 
présenta le retour de Napoléon comme un bien- 
fait de la Providence. Il assista ensuite à la cé- 
rémonie du champ de mai , et signa l'acte ad- 
ditionnel. Cette conduite le fit appeler à Paris 
après le retour de Louis XVIII, et il ne put 
retourner dans son diocèse que le 17 mars 
1817. Reymond fit d'énormes sacrifices pour son 
diocèse, et pendant l'hiver faisait chaque diman- 
che distribuer quatre cents kilogrammes de 
pain aux pauvres de sa ville épiscopale. Les 
principaux écrits de ce prélat sont : Droits des 
curés et des paroisses considérés sous leur 
double rapport, spirituel et temporel; Paris, 
1776, in-8°; Paris ( Nancy), 1780, in-8°; Cons- 
tance, 1791, 3 vol. in-12 : ouvrage qui avait 
été supprimé par arrêt du parlement de Gre- 
noble; — Droits des pauvres; Paris, 1781, 
JQ.go; — Mémoire à consulter pour les curés 
à portion congrue du Dauphiné; 1780, in-S"; 
— Observations sur l'enseignement élémen- 
taire de la religion; 1804, in-8' ; — un Mé- 
moire justificatif de sa vie, imprimé dans le 
tome l'v' de la Chronique religieuse. H. F. 



77 



REYMOND ~ REYNAUD 



78 



MahuI, annuaire nécrolog., 1820. — Feiler, Dict. liist. 
— L'Ami de la Religion, 18S0. 

RET!V ( Jean de ) , peintre français , né en 
1610, à Diinkerque, où il est mort, le 20 mai 1678. 
I II fut élève de van Dyck, le suivit en Angleterre, 
et après la mort de ce grand artiste revint en 
France (1641). Le maréchal de Gramont, ap- 
préciant son mérite, l'attira à Paris, et l'ayant logé 
dans son hôtel voulut le faire connaître. Mais il 
ne réussit pas à vaincre la timidité de son pro- 
tégé. Celui-ci quitta Paris sans rien dire, et re- 
tourna dans sa ville natale, où il mourut, après 
avoir fait des portraits et différents travaux pour 
les églises de cette ville. « Si Jean Reyn est peu 
connu, dit Fontenai, c'est que ses ouvrages sont 

B presque toujours pris pour ceux de son maître. 

' Personne ne l'a approché de plus près et per- 
sonne ne l'a mieux égalé en mérite. » 

Fonten.ll, Dict- des artistes. — Descamps , fies des 
peintre.s flamands. 

RETNA ( Cassiodore de ) , hébraïsant espa- 
gnol, né à Séville, mort le 15 mars 1594, à Franc- 
fort. Ce qu'on sait de sa vie se réduit à peu de 
chose. Il avait embrassé l'état ecclésiastique, 
mais il y renonça en quittant son pays, et s'é- 
tablit à Francfort, où pendant quelque temps il 
s'occupadu commerce des soieries. On le retrouve 
ensuite à Londres desservant une congrégation 
française. De là il passa à Anvers, et revint à 
Francfort; il y acquiesça alors ouvertement à la 
Confession d'Augsbourg. Il y a lieu de croire 
qu'il était à Bâle lorsqu'on y imprima sa version 
de la Bible en espagnol ; il se cacha à la fin d'une 
préface, qui est en latiil, sous les initiales C. R., 
et affecta de paraître catholique pour arriver 
plus sûrement à un plus grand nombre de lec- 
teurs. Sa version a pour titre : La Biblia, que 
es los sacros libros del V. y N. Testamento , 
irusladada en espanol (Bâle, 1569, in-4o); 
bien que tiré à 2,600 exemplaires, elle devint 
bientôt si rare que Gaffarel, qui la vendit à Car- 
cavi pour la bibliothèque du roi de France, lui 
fit accroire que c'était une ancienne Bible des 
juifs espagnols. D'après Richard Simon, le tra- 
ducteur s'est proposé d'assez bonnes règles, et 
il les a souvent suivies; mais loin d'avoir eu 
recours au texte hébreu, comme il le prétend , 
il n'aurait vu l'original que dans la version latine 
de Pagnini. Cyprien de Valera a donné une 
nouvelle édition de cette Bible; Amsterdam, 
1696, in-8°. On a encore de Reyna : Annota- 
tiones in loca selectiora Evangelii Joannis 
(Francfort, 1573, in-4°). P. 

Antonio , Blbl. nova hispana. — Lelong, Bibl. sacra, 
p. 363. — R. Simon, Hist. critique des versions du If, T., 
p. 496-592. 

RETNAUD (Antoine-André-Louis, baron), 
mathématicien français, né le 12 septembre 1771, 
à Paris, où il est mort, le 24 février 1844. Élevé 
sous la direction de son père, avocat distingué 
du parlement de Paris, il s'adonna dans sa jeu- 
nesse à la littérature dramatique, et fit même 
jouer en 1794 sur un théâtre bourgeois une co- 



médie de mœurs intitulée Le Séducteur cofrigé. 
Il accueillit avec enthousiasme les principes de 
la liberté, et entra en 1790 dans le bataillon de 
la garde nationale de Paris dénommé ( à raison 
de son territoire, voisin du Pont-Neuf ) batail- 
lon de Henri IV. Il y était capitaine à l'époque 
de la dissolution de ce corps ( par suite du 10 août 
1792). Il aurait voulu suivre la carrière militaire; 
mai8,soumis aux volontés de sa famille, il entra 
dans les buraux de la comptabilité nationale 
(1792). En secret, et à rinsudesonpère,il étudiait 
seul les mathématiques. Admis en 1796 à l'École 
polytechnique, il en sortit le premier de la pro- 
motion dans les ponts et chaussées (1798), et 
obtint la faveur d'y passer une troisième année 
en qualité de chef de brigade. Après avoir pro- 
fessé gratuitement à l'École polymathique (1800) 
ainsi qu'au Lycée, il rentra dans l'École poly- 
technique, et y enseigna successivement comme 
répétiteur lanalyse, la mécanique, et le calcul 
différentiel et intégral. En 1806 il fut chargé de 
l'organisation du cadastre, et refusa la place 
d'inspecteur général de cette branche d'adminis- 
tration, afin de rester à l'École polytechnique, 
où il fut alors nommé examinateur pour l'ad- 
mission, fonctions qu'il a remplies avec une 
scrupuleuse probité depuis 1807 jusqu'en J837. 
De 1810 à 1814 il occupa la chaire de mathé- 
matiques spéciales au lycée Louis-le-Grand. Sous 
ia restauration , à laquelle il se montra fort at- 
taché , il reçut entre autres distinctions la croix 
de la Légion d'honneur (1814), le cordon de Saint- 
Michel (1819), le titre de baron (1823), etc. 11 
devint en outre examinateur à l'école de Saint- 
Cyr (1817), à l'école navale (1824), et à l'école 
forestière, qu'il organisa en 1824, et inspecteur 
des études des pages du roi (1825). Reynaud 
obtint en 1837 le rang d'officier dans la Légion 
d'honne4jr. Les ouvrages (1) de ce savant, re- 
commandables par l'ordre et la clarté, ont été 
pendant longtemps réputés classiques dans l'en- 
seignement des écoles du gouvernement; nous 
citerons : Traité d'algèbre; Paris, 1800, in-S"; 
8* édit., 1830; — Fragments sur l'algèbre et 
la trigonométrie; Paris, 1801,in-8°;— Traité 
d'arithmétique; Paris, 1804, in-S", pi. ;24*' 
édit., 1846 : destiné aux aspirants aux Écoles 
polytechnique navale, militaire et forestière; — 
un second Traité d'arithmétique (Paris, 1805, 
in-8° ; 23^ édit., 1842), est à l'usage des candi- 
dats aux écoles polytechnique et militaire; — 
Trigonométrie analytique ; Paris, 1806, in-18; 
— Traité de trigonométrie rectiligne, à la 
tôtc du Manuel de l'ingénieur de Pommier 



(I) « Ses travaux scientifiques, lit-on dans la notice que 
MM. Sarrut et Salnt-Edme lui ont consacrée, n,o l'ont 
pas empôctié de se livrer avec succès aux arts d'agré- 
ment et aux exercices du corps : Il a été très-fort dans 
le dessin, la musique, la danse, l'escrime, l'équltatlon et 
la natation. Les Journaux ont parlé dans le temps d'un 
pari qu'il a gagné à Marseille en se rendant à la nage de 
la sorUe du port au château d'il ( il mit trots heures i 
faire ce trajet). » 



1 



79 REYNAUD 

( Paris, 1808, in-4o ), et réimpr. avec beaucoup 
d'additions eu 1818, in-18; — Théorèmes et 
problèmes de géométrie, suivis de la théorie 
des plans; Paris, 1812, in-8°; 10* édit., 1838; 

Traité d'application de l'algèbre à la 

géométrie et à la trigonométrie; Paris, 1819, 
in-8° ; — ( avec Duliamei ) Problèmes et dé- 
veloppements sur diverses parties des ma- 
thématiques; Paris, 1823, in-8% pi. ; — Traité 
élémentaire de mathématiques et de phy- 
sique; Paris, 1824, in-S", pi.; 3e édit., revue et 
et augmentée, 1836-1845, 2 vol. in-8°, pi.; — 
Table de logarithmes à sept décimales ; Paris , 
1829, in-12; — ( avec Nicollet) Cours de ma- 
thématiques ; Pans, 1830, 2 vol. in-8°, pi.; — 
Petit traité élémentaire d'arithmétique; 
Paris, 1835, in-12; — Traité de statistique; 
Paris, 1838, in-8°. Plusieurs de ces ouvrages ont 
été traduits en russe et choisis par le Isar Ni- 
colas pour l'instruction publique en Russie et en 
Pologne. Reynaud a donné de nouvelles éditions 
de V Arithmétique de Bezout, et il annoté la 
Géométrie et V Algèbre du même auteur. 

G. Sarrut et Salnt-Edme. Biogr. des hommes du jour, 
III, 2» partie, p. 156-161. — Quérard, La France littèr, 

* RETNAUD (/ean), philosophe français, né en 
1806, à Lyon. Devenu de bonne heure orphelin, 
il eut pour tuteur son parent, Merlin ( de Thion- 
ville ), qui lui fit commencer ses éludes au collège 
de cette ville; en 1824, il entra l'un des premiers 
à l'École polytechnique, et compléta son instruc- 
tion dans le corps des mines, par des voyages 
en Allemagne, et en suivant les cours supérieurs 
des facultés de Pajis. Nommé, au commence- 
ment de 1830, ingénieur des mines, il fit, dans 
la même année, une exploration géologique des 
îles de Corse et de Sardaigne , sujet d'un tra- 
vail qui ouvre la série des Mémoires de la So- 
ciété géologique. Il quitta bientôt le service de 
l'État pour prendre une part active à la propa- 
gation des idées d'association industrielle et de 
perfectibilité qui surgirent après la révolution 
de Juillet. Il avait été frappé de la profondeur 
de cette devise : « Amélioration sous le rapport 
physique, intellectuel et moral de la classe la 
plus pauvre et la plus nombreuse », opposée 
alors à l'école libérale par une école plus exempte 
de toute imitation anglaise, celle de Saint-Simon. 
C'est pour soutenir ce mouvement que M. J. Rey- 
naud revint à Paris, dans les premiers mois de 
1831. Mais il s'aperçut bientôt de l'incapacité 
de ceux qui le dirigeaient et des mauvaises ten- 
dances qui commençaient à s'y mêler. Il se rendit 
alors dans les départements pour enseigner à 
sa guise les idées nouvelles, et revint à Paris 
en septembre de la même année, et cessa tout 
rapport avec l'association saint-simonienne de- 
puis qu'elle avait établi son siège à Ménilraon- 
tant. Sa rupture publique avait été amenée par 
une divergence complète de ses idées avec celles 
de M. Enfantin , que M. Reynaud combattait en 
affirmant la coexistence des principes d'autorité 



80 



et des principes de liberté et leur harmonie par • 
l'association, et en opposant le spiritualisme au . 
[ panthéisme saint-simonien. Il développa ces di- 
vers points de doctrine dans une série d'articles 
publiés par la Revue encyclopédique , dont la 
propriété venait d'être acquise par M. Hipp. 
Carnot. Sous le règne de Louis-Philippe, M. Rey- 
naud s'était séparé des républicains d'alors sur 
les questions de politique du jour. Il pensait que 
le moment du triomphe effectif de la république 
n'était pas venu, et que ce n'était point par des 
conspirations qu'on devait y travailler, mais par 
le libre développement des idées que secondait 
si bien le défaut radical des bases du gouver- 
nement de Juillet. Dans les procès de la Société 
des droits de l'homme, traduite, en 1833, devant 
la cour des pairs, il fut appelé à défendre M. Gui- 
nard ; il soutint les droits des accusés avec tant 
d'énergie qu'il fut envoyé en prison (1). 11 em- 
ploya les loisirs de sa captivité à composer un 
livre pour l'instruction élémentaire sous le titre 
de Minéralogie des gens du monde ( Paris, 
1834), réimprimé depuis sous le titre de His- 
toire naturelle des minéraux usuels. En 
1835, M. Reynaud fonda, en commun avec 
M. Pierre Leroux, l'Encyclopédie nouvelle, 
que l'on regrette de ne pas voir continuée; il 
y consigna les résultats de ses études philoso- 
phiques et politiques ( articles Druidisme, Ori- 
gène, Pierre, Zoroastre ). 11 s'occupait de ce 
grand travail , en môme temps que d'une colla- 
boration active ( anonyme ) au Magasin pitto- 
resque ( articles concernant la diffusion des con- 
naissances scientifiques), lorsque la révolution 
de Février vint le jeter dans l'arène politique. Le 
département de la Moselle, où il avait été 
élevé et où le recommandait le souvenir de: 
son tuteur, l'envoya spontanément à l'Assem- 
blée nationale, et il entra, en avril 1848, comme 
sous-secrétaire d'État au ministère de linstruc- 
tion publique, occupé par M. Carnot. Président 
de la commission des études scientifiques et lit- 
téraires, il s'occupa activement de l'instruction 
primaire, et créa une école d'administration, 
destinée à faire pour les sciences politiques et 
sociales ce qu'avait fait pour les sciences phy- 
siques et mathématiques l'École polytechnique. 
M. Reynaud allait professer le droit politique,, 
lorsque cette école fut supprimée sur un rapport l 
de M. Dumas à l'Assemblée législative. Il se fit I 
moins remarquer à la tribune que dans les tra- 
vaux des commissions où il siégeait. On a de lui 
de nombreux rapports et projets de loi , consi- 
gnés dans Le Moniteur. Il fit partie du conseil I 
d'État, nommé par l'Assemblée constituante eni 
mars 1849. Quelque temps après, le sort le com- 
prit dans la moitié sortante, et il fut rendu à tai 

(i) Son nom avait été, en son absence et à son Insu, , 
apposé au bas d'une ieUre signée par tous les défen- 
.seurs, lettre que la cour des pairs avait Juyée Injurieuse.' 
Bien que M. Raynaud ne l'eût pas signée, il en accepta" 
la responsabilité. 



i\ kf 



REYNAUD — REYNIER 



82 



i k'Ic privée. II reprit alors ses travaux philoso- 
1 Niiques, et publia, en 1854, Ciel et Terre, livre 
i' i ;ui résume les idées que l'auteur avait déve- 
i» I oppées dans divers articles de V Encyclopédie 
!■ 'nouvelle. Ce livre eut un grand succès, at- 
à [lesté par trois éditions rapidement épuisées : il fut 
ti|| Condamné par un concile réuni à Périgueux; 
ijij 'auteur donne dans la 3^ édition sa Réponse à 
ï [36 concile. M. Reynaud a aussi publié un choix 
Jes papiers (lettres) laissés par Merlin de Thion- 
ville, précédé d'une Vie de ce célèbre conven- 
tionnel (Paris, 1861, in-8°). X. 
Documents particuliers. 

RETNEAC (Charles-René), géomètre fran- 
çais, né en 1656, à Brissac (Anjou), mort le 
'24 février 1728, à Paris. 11 était fils d'un chirur- 
gien. A l'âge de vingt ans, il entra dans la con- 
grégation de l'Oratoire ; mais au lieu d'y passer 
quelque temps, ainsi qu'il l'avait projeté , pour 
se former à la piété et à la bonne littérature, il 
crut, après de mûres réflexions, ne pouvoir 
mieux faire que de s'y attacher pour toujours. 
Il professa d'abord la philosophie à Toulon et à 
Pézenas, puis il fut appelé à Angers pour y oc- 
cuper la chaire de mathématiques ( 1683) ; il fut 
si goûté que l'académie de cette ville, nouvelle- 
ment fondée, se l'associa en 1694, honneur 
qu'elle ne fit plus à aucun membre de congréga- 
tion. En 1705 il résigna sa chaire, et s'établit à 
Paris; il fut élu en 1716 associé libre de l'Aca- 
démie des sciences. « Sa vie, dit Fontenelle, a été 
la plus simple et la plus uniforme : l'élude, la 
prière, deux ouvrages de mathématiques, en 
sont tous les événements. Il se tenait fort à l'é- 
cart de toute affaire, encore plus de toute in- 
trigue, et il comptait pour beaucoup cet avan- 
tage, si précieux et si peu recherché, de n'être 
de rien. » Le P. Reyneau, qui s'était passionné 
pour la philosophie de Descartes, adopta en- 
suite toutes les vues de Malebranche , avec le- 
quel il était lié d'amitié. On a de lui : L'Ana- 
lyse démontrée, ou Manière de résoudre les 
problèmes de mathématique; Paris, 1708, 
in-4° : c'est un recueil des principales théories 
répandues dans les écrits de Descartes, de 
Leibniz, de Newton, des Bernoulli, et dans les 
mémoires académiques ; il a été réimprimé 
(Paris, 1736-1738, 2 vol. in-4°), avec des re- 
marques de Varignon ; — La Science du cal- 
cul des grandeurs en général, ou Éléments 
de mathématiques; Paris, 1714-1735, 2 vol. 
in-4°, fig., et 1739, 2 vol. in-4° : cet ouvrage, 
selon Montucla, pèche par trop de prolixité; le 
t. II de la première édition a été publié par le 
P. de Mazières d'après les papiers de l'auteur. 

Fonlenelle, Éloges. — Goujet, Éloge du P. Reyneau, 
dans la Science du calcul. — Montuila, Hist. des mathé- 
mat., Il, 169. 

RBTNiE (L\). Voy. La Revkie. 

RETNIER ( Augustin-Benoît ), poëte belge, 
né le 9 janvier 1759, à Liège, mort le 18 mai 
1792, à Cologne. Ses parents lui procurèrent 



une éducation soignée; mais il renonça à l'étude 
du droit pour se livrer à la culture de la poésie, 
et se fitconnaitre par des idylles et des romances 
gracieuses insérées dans l'Almanach des Mu- 
ses. Il s'associa aux efforts de ses compatriotes 
pour secouer le joug de l'Autriche, et fut chargé 
par eux de solliciter à Paris l'appui de l'Assem- 
blée constituante ( 1790 ). Proscrit par le parti 
aristocratique, il se retira à Cologne, et y 
mourut, de langueur. Le recueil de ses poésies a 
paru à Liège, 1817, in-8'', et en 1 823 avec les opus- 
cules de Bassenge et d'Henkart, sous le titre de 
Loisirs de trois amis, 2 vol. in-8°. 

Becdellèvre-Hamal, Biogr. liégeoise, II. 

REYNIER (Jean-Louis- Antoine), naturaliste 
suisse, né le 25 juillet 1762, à Lausanne, où il 
est mort, le 17 décembre 1824. Issu d'une fa- 
mille protestante du Dauphiné qui s'établit à 
Lausanne à l'époque de la révocation de l'édit 
de Nantes, il était fils d'un médecin, Jean-Fran- 
çois Reynier, membre des académies de Mont- 
pellier et de Gœttingue, et qui, outre des articles 
sur l'agriculture insérés dans V Encyclopédie, 
a laissé un traité, Zie Louvel , maladie du bé- 
tail (Lausanne, 1762, in-12). Après avoir ter- 
miné ses études dans sa ville natale, il s'adonna 
plus particulièrement à la botanique et à l'éco- 
nomie rurale. Au retour d'un voyage d'instruc- 
tion en Hollande et en France , il se maria, et 
vint s'établir avec sa famille à Garchy. village 
du Nivernais, où il avait acheté une petite pro- 
priété. Il s'était fait connaître parla publication 
de quelques bons ouvrages lorsqu'en 1798 il 
céda aux sollicitations de son frère cadet (roy. ci- 
après), qui voulait l'attacher à l'expédition d'E- 
gypte, et la rejoignit à bord d'un de ces avisos 
destinés au transport des dépêches du gouver- 
nement; l'aviso où il se trouvait fut capturé par 
les Anglais, qui cependant débarquèrent l'équi- 
page et les passagers sur la plage d'Alexandrie, 
quelques jours après la sariglante bataille qui y 
avait eu Heu. A son arrivée au Caire , Reynier 
reçut du général en chef le titre de directeur 
des revenus en nature et du mobilier national ; 
maintenu dans ces fonctions par Kleber, il les 
échangea, sous le commandement de Menou, 
contre celles de directeur général des finances. 
Il ne retourna en France qu'après la capitula- 
tion. Malgré les talents et la probité dont il 
avait fait preuve, il partagea la disgrâce dans la- 
quelle son frère le généra! était tombé auprès du 
premier consul, et revmt exploiter son domaine 
de la Nièvre. En 1807 le nouveau roi de Naples, 
Joseph , le chargea , en qualité de commissaire 
royal, de surveiller l'administration des Calabres 
et d'alléger le plus possible les maux que ce 
pays avait à souffrir. Sous le gouvernement de 
Murât, il fut nommé directeur général des poste» 
(!*' août 1808), et ne quitta cette place pendant 
quelques mois que pour réorganiser l'adminis- 
tration des forêts. A la chute de l'empire il se 
retira dans le canton M Vaud, et y occupa jus- 



83 



REYNIER 



84 



qu'à sa mort l'emploi d'intendant des postes. Il 
avait participé à la fondation de plusieurs socié- 
tés ou établissements utiles, et il possédait un 
très-riche herbier et une collection de médailles, 
dont il a publié en 1818 le catalogue. On a de 
Jui : Du feu et de quelques-uns de ses effets ; 
Lausanne et Paris, 1787, 1790, in-Sf; —(avec 
H. Struve), Mémoires pour servir à Vhistoire 
phtisique et naturelle de la Suisse; ibid., 
1788, in-S°; le t. I" seul a paru; —Journal 
d'agriculture à l'usage des campagnes ; Pa- 
ris, 1790, in -8°; — Le Guide des voyageurs 
en Suisse; Paris et Genève, 1791, in-I2; — 
Considérations générales sur l'agriculture de 
l'Egypte, et Observations sur le palmier dat- 
tier et sur sa culture; Paris, s. d. (1803), in-8°; 
— Considérations sur les anciens habitants 
de l'Egypte; Paris, 1804,in-8°, extr. deXa Dé- 
cade philosophique; — Sur les Sphinx qui ac- 
compagnent les pyramides d'Egypte; Paris, 
1805, in-S" , attribué par erreur au général Rey- 
îiier; —De l'Egypte sous la domination des 
Romains; Paris, 1807,in-8°; — Précis d'une 
collection de médailles antiqties; Genève, 
1818, ia-S", pi. ; — De l'Économie publique et 
rurale des Celtes, des Germains et d^autres 
peuples du nord et du centre de l'Europe; 
îbid., 1808, in-S"; il a publié sous le même titre 
ce qui concerne les Perses et les Phéniciens 
(ibid., 1829, in-8°), les Arabes et les Juifs (1820, 
in-8°), les Égyptiens et les Carthaginois (1823, 
3n-8''), et les Grecs (1825, in-8") : cette collec- 
tion renferme beaucoup de science unie à des 
aperçus neufs et originaux. Reynier a traduit de 
l'anglais la section Physique expérimentale 
dans \' Abrège des Transactions philosophiques 
de la Société royale de Londres (1790,2 vol. 
in-8°), et il a fourni un grand nombre de mé- 
moires, de dissertations, et d'articles dans di- 
vers recueils périodiques, tels que Y Encyclopé- 
die méthodique , les Mémoires de la Soc. des 
se. phys. de Lausanne, \& Journal d'histoire 
naturelle de r792, La Décade philosophique, 
La Décade égyptienne, Le Courrier du Caire, 
\di Revue philosophique (1&05-1806), laFeuille 
du canton de Vaud (1816-1824), etc. P. L. 

La Harpe, Notice sur L. Reynier ; Lausanne, 1825, In-S". 

RETNIER ( Jean-Louis- Ebenezer, comte ) , 
général français, frère du précédent, né le 14 jan- 
vier 1771, à Lausanne, mort le 27 février 1814, 
à Paris. Son goût le portait vers les sciences 
exactes, et il allait entrer dans l'école des ponts 
et chaussées à Paris lorsque la révolution fran- 
çaise éclata. Partageant l'enthousiasme général, 
il s'engagea dans l'artillerie (3 septembre 1792 ). 
Peu de temps après il obtint,' à la demande de 
son flf*fere, un brevet d'adjoint à l'état-major 
dans l'armée du nord , et la campagne de Bel- 
gique était à peine entamée qu'il fut nommé ad- 
judant général. Sous les ordres de Pichegru il 
se distingua à Lille, à Menin, 



conduite au passage du 



à Courtrai , et sa 
Wahal lit concevoir 



de lui les plus grandes espérances. A vingt-quatre 
ans il était général de brigade ( 13 janvier 1795). 
Choisi, malgré sa jeune-sse, pour fixer la dé- 
marcation des cantonnements que devaient oc- 
cuper les armées belligérantes à l'époque des 
préliminaires de la paix (avril 1795), il étonna 
les vieux généraux prussiens par la solidité de 
ses connaissances. Il passa ensuite à Tarmée 
du Rhin, servit de chef d'état-major à Moreau, 
et montra autant de bravoure que de sang-froid 
dans les batailles de Rastadt et de Biberach, 
dans la mémorable retraite de 1796 et au siège 
de Kehl. Le 2 novembre 1796 il devint général 
de division. Écarté un instant du service par 
suite d'une intrigue, l'expédition d'Egypte le re- 
mit en activité (1798) . Après avoir contribué à la 
prise de Malte, il commanda avec Desaix l'aile 
droite à la bataille des Pyramides, soutint le 
premier choc des mameloucks, et chargé ensuite 
de les poursuivre, il les atteignit à Salahieh, 
les battit et les rejeta dans le désert. Il occupa 
la province deCharkieh, et parvint, par un mé- 
lange de sévérité et de clémence, à se faire aimer 
d'un peuple à moitié barbare. Dans l'expédition 
de Syrie il forma l'avant-garde, dispersa un corps 
de vingt raille Turcs et leur enleva un convoi 
de subsistances destiné à ravitailler le fort d'El- 
Arisch. Cet heureux fait d'armes sauva l'armée 
des horreurs de la famine. Sous les murs d'Acre, 
il eut le commandement du siège pendant que 
Bonaparte se portait sur le mont Thabor. Rappelé 
au Caire par Kleber, il fixa la victoire à Héliopolis 
(20 novembre 1800) entaillant en pièces les janis- 
saires retranchés dans levillagedeMatarieh. L'as- 
sassinat de Kleber fit passer le gouvernement de 
l'Egypte entre les mains de l'indolent Menou. Rey- 
nier, qui avait déjà à se plaindre de lui, critiqua.. 
ses plans et sa conduite ; cette rivalité ne fit qu'ai- • 
grir les deux généraux l'un contre l'autre, et après < 
la défaite d'Alexandrie ( 21 mars 1801), causée 
,_: partie par ces funestes divisions , Reynier 
fut arrêté par ordre de Menou et renvoyé en 
France. Froidement accueilli par Bonaparte , il 
en appela à l'opinion publique, et exposa nette- 
ment les faits dans un mémoire , qui eut le plus 
grand succès et qui fut saisi. En même temps ili 
reçut l'ordre de se retirer dans la Nièvre, où il I 
avait quelques propriétés, et Menou, qu'il avait i 
dénoncé comme le véritable auteur de la perte de 
l'Egypte, fut comblé d'honneurs et de richesses. 
La mort du général d'Estaing, qu'il avait tué 
en duel, servit de prétexte à cette disgrâce;, 
mais, comme on l'a remarqué, le motif réel était 1 
d'avoir servi sous Moreau, ce qui n'était pas un i 
titre de recommandation alors. Rapp intercéda i 
vainement pour lui; il en conçut du dépit, et le 
laissa voir dans une lettre qu'il écrivait à Rey- 
nier. La lettre interceptée fut mise sous les yeu.K 
de l'empereur, qui manda son aide de camp. 
« Pouvez-vous écrire de pareilles horreurs à mes 
ennemis.!' » s'écria-t-il en s'élançant vers lui \ 
u comme un furieux ». 



85 REYNlEll - 

Après plus d'une année d'exil, Reynier fat 
attaché à l'armée d'Italie (1805) : il eut la prin- 
cipale part à la victoire de Castel-Franco et à 
la conquête du royaume de Naples. Napoléon 
le nomma grand officier de la Légion d'honneur 
comme marque de sa satisfaction, et dans ses 
lettres à Joseph il lui conseillait de se l'attacher 
» comme le plus capable de faire un bon plan de 
campagne et de donner un bon conseil ». Pen- 
dant qu'il occupait les Calabres et qu'il préparait 
en secret la conquête de la Sicile, huit mille 
Anglais débarquèrent dans le golfe de Sainte-Eu- 
phémie. Malgré l'infériorité des forces, il alla 
au-devant d'eux, et fut repoussé ( 4 juillet t806). 
« Cet insuccès, dit M. Thiers, provoqua le soulè- 
vement des Calabres sur les derrières des Fran- 
çais. Reynier eut des combats acharnés à sou- 
tenir pour réunir ses détachements épars, vit 
ses malades , ses blessés lâchement assassinés 
sans pouvoir les secourir, et fut obligé, pour se 
faire jour, de brûler des villages et de passer 
des populations insurgées au fil de l'épée. Du 
reste il se conduisit avec énergie et célérité, et sut 
se maintenir au milieu d'un effroyable in- 
cendie. » Les Anglais se rembarquèrent, et la ré- 
bellion s'apaisa. La défaite du prince de Hesse- 
Philipstadt à Mileto (28 mai 1807), la prise de 
Reggio et de Scylla achevèrent la soumission 
du pays. Reynier venait de résigner son com- 
mandement lorsqu'il reçut du roi Murât le porte- 
feuille de la guerre à Naples (août 1808). A 
peine installé, il fut appelé à la grande armée, et 
assista à la bataille de Wagram. Puis il se rendit 
en Espagne , se couvrit de gloire à Busaco, et 
rendit d'éminents services pendant l'évacuation 
du Portugal. En 1812 il fut mis à la tête du sep- 
tième corps, qui resta en Pologne. Dans la cam- 
pagne suivante, il se signala à Bautzen, marcha 
sur Berlin après la rupture de l'armistice, et 
empêcha à Dennewitz, par l'habileté de ses ma- 
nœuvres, la destruction de l'armée. La bataille 
de Leipzig marqua le terme de sa carrière mili- 
taire. Fait prisonnier avec les débris de sa divi- 
sion, il obtint son échange, et rentra en France, 
où il succomba à de violents accès de goutte. 
Reynier était d'un caractère froid, mais accom- 
pagné d'une grande douceur; il se faisait aimer 
des soldats et des habitants. En Allemagne il 
avait laissé la réputation la plus honorable. L'en- 
voyé du margrave de Bade lui ayant proposé de 
diminuer d'un million la contribution exigée de 
€e pays et de recevoir pour lui cent mille flo- 
rins eut ordre de quitter sur-le-champ le ter- 
ritoire occupé par l'armée française. C'était un 
des officiers les plus instruits de l'empire, et il 
fut un des moins bien récompensés. Dans le 
Mémorial de Sainte- Hélène, Napoléon lui re- 
proche de ne pas savoir « dominer et conduire 
les hommes ». En Egypte comme en Calabre 
il avait mérité le beau surnom de Juste. Il avait 
€té créé comte de l'empire le 30 décembre 1809. 

On a du général Reynier : Idées sur le sys- 



REYJNOLDS 



86 



tème militaire qui convient à la république 
française; Paris. 1798, in-S" ; — De V Egypte 
après la bataille d' Héliopolis ; Paris, 1802, 
in-S"; trad. en allemand et en anglais et réimp. 
en 1827 sous le titre de Mémoires du comte . 
Reynier. P. L. 

.lay, Jouy et de Norvins, Biogr. nouv. des contemp. 
— Llévyns et Verdot , Fastes de la Lëgion d'honneur. — 
Thiers, Hist. de la révoliUion, et Hist. du consulat et 
de l'empire. — Mémoires du roi Joseph: — Haag frères, 
La France protestante. 

RETNiÈRE (La). Voy. Grimod. 

KETNOLDSou RAiNOLDS ( John), théolo- 
gien anglais, né en 1549, à Pinho, près d'Exe- 
ter, mort le 21 mai 1607 , à Oxford. Inscrit en 
1562 parmi les étudiants de l'université d'Ox- 
ford, il n'en voulut plus sortir, y prit ses grades 
en lettres et en théologie, et s'y consacra à l'en- 
seignement des langues anciennes. On l'avait 
nommé doyen de Lincoln en 1598; mais la vie 
académique lui plaisait tellement que, plutôt que 
d'y renoncer, il céda en 1599 son doyenné à Wil- 
liam Cole pour la présidence du collège Corpu.s- 
Chrlsti. Il refusa d'occuper uû évêché que lui 
avait ofTert la reine Elisabeth. C'était un homme 
d'un profond savoir et qui avait une prodigieuse 
lecture; « sa mémoire, rapporte Hakewill, était 
un sujet d'étonnement pour tous ceux qui le 
connaissaient, tellement qu'on pouvait lui appli- 
quer avec raison ce qu'on a dit dï quelques autres, 
qu'il était une bibliothèque vivante ou une 
troisième université. » Il avait du penchant au 
puritanisme; mais il était si modéré qu'il de- 
meura toujours dans la communion de l'Église 
anglicane. Il eut part à la version du Vieux 
Testament faite par ordre du roi Jacques !«. Ses 
principaux écrits sont : De Scriptura et Ecole- 
sia; Oxford, 1580, in-S"; —Deromanœ Ec- 
clesiee idolatria ; ibid., 1596, in-4'»; — Déca- 
pite et fide Ecclesise; ibid., 1598, 1609, in-S"; 
trad. en latin; — Censura librorum apocry- 
phorum V. T. adversus pontificios; Oppen- 
heim, 1611, in-4°; — Orationes XII; Londres, 
1619, in-S". 

Wood, Athenx oxon. — Crakaniborp , Defensio Ec- 
clesise anglicanœ, c. 69. — Hakewill, Apology 0/ the po- 
wer and govern. of God, I. III, c. 6. — Prince, ff^orihies 
of Devon. 

RETKOLDS ( ./'osAzfa ), célèbre peintre an- 
glais, né le 16 juillet 1723, à Plympton (Devon- 
shire), de Samuel Reynolds, maître d'école, et de 
Théophile Porter, sa femme, mort à Londres, 
le 23 février 1792. Dès l'enfance il manifesta 
pour les arts un penchant prononcé, que les goûts 
de sa famille encouragèrent vivement. En 1741 
il fut placé à Londres, dans l'atelier d'un de ses 
compatriotes , le peintre Hndson, qui lui fit co- 
pier force dessins d'après le Guerchin ; mais le 
maître et l'élève ne tardèrent pas à se brouiller, et 
ce dernier alla s'établir à Plymouth (1743), où 
quelques portraits de lui attirèrent l'attention. 
En 1746 il se rendit à Londres. Le désir devoir 
l'Italie lui fit accepter en 1749 l'offre d'accom- 
pagner le capitaine Keppel pendant une croisière 



87 



REYNOLDS — REYRAC 



88 



dans la Méditerranée; après avoir séjourné deux 
mois à Minorque, il s'embarqua pour l'Italie. 
Là les ouvrages de Raphaël et ceux des maîtres 
vénitiens excitèrent tour à tour son enthou- 
siasme; mais il ne paraît pas s'être attaché à 
étuder leurs œuvres autrement que par la con- 
templation. A son retour à Londres (1752) il 
montra dans un portrait de son patron l'amiral 
Keppol quel profit il avait tiré de son voyage. Le 
goût du public pour les productions de son pin- 
ceau augmenta à mesure que son talent grandit. 
Ce ne fut cependant pas avant son retour d'un 
voyage dans les Pays-Bas (1781) qu'il déploya 
ces rares qualités qui le placèrent au rang des 
maîtres. Si Reynolds occupe la première place 
parmi les artistes de l'Angleterre, il le doit plus 
encore à son enseignement qu'à la supériorité et 
à l'originalité de ses ouvrages. Après avoir puis- 
samment contribué à la fondation de l'Académie 
royale de peinture et sculpture, il fut nommé 
président de cette compagnie (17C8), et pendant 
toute la durée de ces fonctions, qu'il remplit avec 
le zèle le plus intelligent, il s'imposa la tâche de 
prononcer chaque année, à la distribution des 
prix de l'école, un discours sur les arts. Les 
quinze discours qui ont été conservés témoignent 
de l'étendue du goût et du savoir de leur au- 
teur. Peu de temps après la fondation de l'Aca- 
démie, Reynolds avait été créé chevalier; à là 
mort de Ramsay (1784), il fut nommé premier 
peintre du roi. On peut se faire une idée de la 
vogue dont il jouissait par le prix de ses ouvrages : 
en 1755 il taxait ses portraits à 15 guinées, en 
1760 à 25 , en 1770 à 30, en 1781 il demandait 
50 guinées d'un buste, 100 guinées d'un portrait 
à mi-corps et faisait payer un portrait en pied 
200 guinées. De 1769 à 1790 il a exposé 240 ta- 
bleaux aux expositions de l'Académie. 

Reynolds, adonné dès l'enfance à la pratique 
de son art, ^n'avait reçu qu'une éducation in- 
complète ; désireux de suppléer à son défaut 
d'instruction, il recherchait avidement la so- 
ciété des gens instruits. Sa haute position , son 
talent, la distinction de son esprit rapprochaient 
de lui les gens les plus éclairés de son temps. 
11 rx)mptait Johnson au nombre de ses amis les 
plus intimes. Outre ses Discours sur les arts, 
on lui doit le compte rendu de ses impressions 
de voyage dans les Pays-Bas et un commen- 
taire joint à la traduction faite parMasson(Lon. 
dres, 1783) de VArl de peindre de Dufres- 
noy (1). Ses Œuvres ont été publiées par Ma- 
lone (Londres, 1797, 2 vol. in-S") et trad. en 
français par Jansen { Paris, 1806 , 2 vol. in-8°). 
Les musées de Versailles et de Montpellier sont 
les seules galeries françaises qui possèdent des 
ouvrages de Reynolds. 

Cel artiste s'est à peine essayé dans le genre 
historique, où il est resté médiocre; mais dans 

\\') Quelques personnes lui ont en outre attribué une 
critique du salon ou exposition faite au Louvre des ou- 
vrages des membres de l'Académie royale de peinture. 



ses portraits il a déployé un talent d'expression i 
et de coloris très-remarquable, nous dirions vo- 
lontiers très-original si devant ses meilleurs ou- 
vrages on pouvait oublier Van Dyck , le véri- 
table chef de l'école anglaise. « Personne, dit 
M. Burger, n'a plus fait d'expériences que Rey- 
nolds en vue de perfectionner les procédés de 
peinture; il a sacrifié des tableaux vénitiens 
pour en décomposer les couleurs, en apprécier 
les couches , en découvrir toutes les pratiques 
plus ou moins secrètes. Ses enseignements 
étaient les meilleurs du monde et très-simples... 
L'art fut sa passion exclusive. Il y gagna la for- 
tune, sa ipeinture lui rapportant par année 
6,000 liv. st. (plus de 150,000 fr.), dont il dé- 
pensait une partie en acquisition d'objets d'art; 
ses collections vendues en 1795 produisirent 
plus de 10,000 liv. st. Il y gagna, ce qui vaut 
mieux encore , d'être un homme parfaitement 
heureux , malgré ses infirmités : il était sourd 
dès sa jeunesse ; à son retour d'Italie , et quel- 
ques années avant sa mort, il avait perdu la 
vue. » Reynolds fut enterré à Saint-Paul, près 
de van Dyck. J. Lewis. 

Catalogue of portraits engraved from pictures of sir 
J. Reynolds; Londres , 1794, In-*». — Malone, Notice., à 
la tète àe& OEuvres de Reynolds. — J. Northeote, Me- 
moirs <if sir J Reynolds; Londres, 18I8, 2 vol. in-3°. — 
Thomas Reynolds, Life of sir J. Reynolds, by liis son; 
Londres, 1839, a vol. ln-8°. — W. Burger, Trésors de l'art 
exposés à Manchester ; 1857. —Ch. Blanc, Hist. des pein- 
tres ae toutes les écoles, llvr. 191-192.— W. Sandby, fjist. 
of the royal Academy of arts ; Londres, 18G2, 2 vol. In-S". 

REYBAC {François-Philippe de Lacrens 
de), littérateur français, né le 29 juillet 1734, 
au château de Longeville (Limousin), mort le 
21 décembre 1781, à Orléans. Après avoir été cha- 
noine régulier de Chancelade (Quercy), il devint 
prieur-curé de la paroisse de Saint-Maclou d'Or- 
léans. Il eut aussi une charge de censeur royal. 
L'Académie des inscriptions l'admit au nombre 
de ses associés correspondants. C'était un 
homme doux et sensible, cher à tous ses amis 
par l'inaltérable aménité de son caractère. « Ce 
ne sont, disait-il, ni les livres ni les succès qui 
rendent heureux les gens de lettres , mais bien 
la retraite, la modération de l'âme, la vie simple 
et l'amitié. » Nous citerons de lui : Odes sa- 
crées; 1757, in-12; — Lettres sur Véloquence 
de la chaire; 1759, in-12; — Discours sur la 
poésie des Hébreux; 1760, in-12; — Poésies 
tirées des saintes Écritures; Paris (Orléans), 
1770, in-S"; — Hymne au Soleil; Orléans, 
1777, in-12 : ce poëme, écrit en prose poétique 
avec plus d'élégance que de chaleur, obtint un 
très-grand succès; l'édit. de l'Imprimerie royale 
(1783, in-8°) est la plus complète; il a été mis 
envers latins par Mestivicr (Orléans, 1778, 1782, 
in-8°) et en vers français par Offroi (Paris, 
1823, in-12); — Manuale clericorum; Or- 
léans, in-12. On a fait des ouvrages de Reyrac 
un choix qui a été imprimé deux fois (Paris, 
1796 et 1799, in-8°). 
Cérenger, Éloge de Vahbé de Reyrac ; Paris, 1733, ln-8». 



89 



REYRE 



RBTRE (Joseph), pédagogue et sermonnaire 
français, né le 25 avril 1735, à Eyguières (Pro- 
vence), mort le4 février 1312, à Avignon. Aus- 
sitôt qu'il eut achevé ses études cliez. les jésuites 
d'Avignon, il entra dans leur Société (1751), 
professa au petit collège de Lyon, et devint pré- 
fet de celui d'Aix. En 1761 il revint à Avignon 
pour étudier la théologie, et reçut le 28 juin 
1762 l'ordination sacerdotale. Bientôt la Com- 
pagnie de Jésus, à laquelle il s'était attaché 
par des vœux solennels, était supprimée en 
France; mais elle subsista encore six années 
dans le comtat Venaissin , qui apparlenait au 
saint-siége. Pendant qu'il enseignait les huma- 
nités à Carpentras, Reyre se fit connaître dans la 
carrière de la chaire [)ar un Pané/jyrique de 
saint Pierre d'Alcaniara, resté inédit, et par 
l'Oraison funèbre de Louis dauphin (Avi- 
gnon, 1766, in-8°), qu'il composa en quinze 
jours. Lors de l'invasion des Français dans le 
comtat (1768), il se retira à Eyguières, au sein 
de sa famille. En même temps qu'il rédigeait 
quelques ouvrages pour la jeunesse, il justifia 
dans ses missions en Languedoc et en Provence 
le surnom de petit Massillon, que lui avaient 
mérité ses succès apostoliques. Étant venu en 
1785 à Paris, il s'établit dans la communauté des 
Eudistes, et publia son École des demoiselles, 
ouvrage d'éducation qui lui fit accorder une 
pension par l'assemblée du clergé. Il prêcha à 
Notre-Dame le carême de 1788, et il allait être 
nommé prédicateiirdu roi lorsque la révolution 
éclata. Aussitôt il chercha un asile dans son pays 
natal; mais arrêté comme suspect (1793), il ne 
recouvra la liberté qu'après le 9 thermidor. Il 
se rendit alors à Lyon, et donna ses soins aux 
enfants d'un de ses neveux, pour lesquels il 
écrivit la plupart de ses traités élémentaires et 
beaucoup de fables. Il passa à Avignon les der- 
niers temps de sa vie. Les nombreux ouvrages 
de l'abbé Reyre, rédigés dans un style facile, 
clair et naturel, ont été longtemps entre les 
mains de la jeunesse, et ont eu jusqu'à nos jours 
de fréquentes réimpressions ; tels sont dans ce 
genre : L'Ami des enfants; Lyon, 1765, in-I2: 
depuis 1777 ce livre, revu et augmenté parBi- 
souard, porte le titre de Mentor des enfants ; 
dern. édit., Limoges, 1846, in-12; — L'École 
des jeunes demoiselles, ou Lettres d'une mère 
vertueuse à sa fille; s. 1., 1786, 2 vol. in-12, 
et en dernier lieu, Limoges 1849, in-12; — 
Anecdotes chrétiennes , ou Recueil de traits 
d'histoire; Lyon, 1801, in-i2;dern. édit.. Le 
Mans, 1849, in-12 : quelques-unes de ces anec- 
dotes sont inédites; — Le Fabuliste des en- 
fants et des adolescents; Paris, 1803, in-12, 
fig.; 1804, in-18, en cinq livres; 1806, in-18, en 
sept livres; Lyon, 1844, in-12, fig. : dans 
ce recueil original, l'auteur ne semontre pas tou- 
jours poète, et il a plus de souci de donner 
des leçons profitables que de sacrifier aux 
grâces; — Bibliothèque poétique de la jeu- 



REZZANO 9U 

neise;Lyon, 1805, 2vol., in-12. Comme prédica- 
teur, on doit à l'abbé Reyre : Prônes nouveaux 
(Paris, 1809, 2 vol. in-12), Petit Carême 
( Lyon, 1809, 2 vol. in-12 ) et Supplément aux 
Prônes nouveaux et au Petit Carême (Lyon, 
1811, in-12 ), ouvrages réunis et édités sous ce 
titre : Année pastorale, ou Prônes nouveaux 
(Lyon, 1813, 5 vol. in-12), et réimprimés ainsi 
jusqu'en 1846. On a publié après la mort de 
l'abbé Reyre ses Méditations évangéliques 
(Lyon, 1814, 3 vol. in-12). lia été l'éditeur 
du Testament spirituel (1776, in-12) de Lasne 
d'Aiguebelles , et il a laissé plusieurs ouvrages 
en manuscrit, entre autres un Carême et un 
Cours de prônes, tout différents de ceux qu'il 
avait déjà mis au jour. 

Notice par son neveu, le président Reyre, placée h la 
tête des Méditations évangéliques. — Barjavel, Blogr. 
du Faticluse. — Mlgne, Dict. des prédicateurs. — Qué- 
rard, [^t France littér. 

REYS ou REIS (Antonio dos), littérateur 
portugais, né en 1690, à Pernes, près San- 
tarem, mort le 19 mai 1738, à Lisbonne. Il 
entra dans la congrégation de Saint-Philippe de 
Neri, et en devint l'historiographe. Ses connais- 
sances étendues en théologie lui valurent plu- 
sieurs dignités, notamment celles de qualifica- 
teur de l'inquisition et d'examinateur du pa- 
triarche de Lisbonne. C'était un des plus sa- 
vants lettrés de son pays; les nombreux mor- 
ceaux de poésie latine qu'il a laissés se recom- 
mandent par un style aussi noble qu'élégant. Il 
fit partie de l'Académie royale d'histoire et eut 
la charge de chronologiste du Portugal en langue 
latine. Outre des ouvrages de piété, des tra- 
ductions, des sermons, des pièces académiques, 
il a pxxh\\éEpigrammata; Lisbonne, 1728,in-4'', 
et 1730, in-8°, Iraduit en portugais (ibid., 1731, 
in-4° ) ; il avait préparé un Corpus illustrium 
poetarum lusitanorum qui latine scripse- 
runt, recueil qui a été édité et augmenté par 
Monteiro (Lisbonne, 1745-1748, 7 vol. in-4''). 
Parmi ses ouvrages manuscrits, ou remarque 
Historia regni Lusitanise, in-fol. ; Historia 
metallica , in-fol. ; une Collection de poètes 
portugais, etc. 

Un jésuite de ce nom, Reys (Manoel nos), 
mort le 21 avril 1699, à Braga, enseigna à Coïm- 
bre, et prêcha avec un succès extraordinaire. Ses 
Sermons ont été imprimés à Evora, 1717-1724, 
3 vol. in-4''. 

Sumario da Bibl. lusitana. 

REZZANO ( Francesco ), poète italien, né en 
1731, à Côme, où il est mort, le 27 mai 1780. 
Ayant embrassé l'état ecclésiastique, il se rendit 
à Rome, et obtint ime place d'aumônier dans 
l'hôpital Saint-Charles. Après la mort du car- 
dinal Colonna , son protecteur, il retourna dans 
sa ville natale, où il vécut du mince revenu 
d'un canonicat. 11 passa sa vie entière à rimer, 
souvent en dépit des Muses. Sa traduction du 
Livre de Job ( Rome, 1760, in-8'' ) n'est qu'une 
paraphrase fastidieuse. Son épopée intitulée II 



91 



REZZANO — RHANGABÉ 



92 



Trionfo délia Ckiesa (Venise, 1778), contient 
çà et là des pensées et des images qui ne dépa- 
reraient pas un ouvrage de mérite ; malheureu- 
sement il ne put, faute d'argent, dépasser le 
quatrième volume. Josepli II, à qui il avait 
dédié le premier, ne daigna même pas le remer- 
cier. Ayant à pourvoir aux besoins de sa mère 
et de son frère, accablé de dettes, Rezzano se 
vit obligé d'entreprendre la défense de quelques 
causes, afin de ne pas mourir de faim. Enthou- 
siaste, sensible à l'excès, de la piété la pins 
vive, il lui arrivait rarement d'achever sa messe 
sans %'erser des larmes. On a encore de lui un 
recueil de XII Canti sacri latini ed italiani 
(1111), réimpr. en 1776 à Livourne, avec douze 
autres cantiques , sous le titre de V Anima mé- 
ditante. 
Tipalflo, Dingr. degli Italiani iUustri, t. l". 

REzzoKJCO ï>ELLA TORiiSE (Antoine- Jo- 
seph, comte), littérateur italien, né à Côme, en 
1709 (i'une famille patricienne, mort à Parme, 
le 10 mars 1785. Le comte Jean-Paul Rezzonico, 
son père, avait iraduit et commenté la Poétique 
d'Horace. Après avoir fait de brillantes études, 
il servit avec distinction en Espagne et en Italie, 
et fut récompensé par le grade de brigadier et le 
commandeinentdela citadelle de Parme, qu'il con- 
serva depuis 1765 jusqu'à sa mort. Passionné 
pour les lettres, il ne cessa de s'en occuper au 
milieu des camps, et rapporta de ses voyages et 
de ses recherches dans les bibliothèques d'Es- 
pagne et d'Italie une foule de matériaux pour une 
nouvelle édition de V Histoire naturelle de Pline. 
Quelques écrits qu'il avait publiés, entre autres 
un mémoire où il réfute les anecdotes injurieuses 
que certains historiens rapportent sur la jeu- 
nesse du pape Clément XI ( Côme 1742 ), et un 
poëme en vers latins sur la prise de Minorque 
( 1757), lui avaient ouvert la porte de plusieurs 
académies. Nommé à son retour en Italie cham- 
bellan du duc de Parme, il ne s'occupa dé.sormais 
que de la publication de ses recherches sur 
Pline. Cet important ouvrage resta cependant 
inachevé; il a pour titre : Disquisitiones pli- 
nianse. 

Rezzonico DELLA Torre (Charles-Gaston, 
comte), littérateur, fils du précédent, né à Côme, 
le 11 août 1742, mort à Naples, le 23 juin 1796. 
D'abord page du roi de Naples, il revint ensuite 
à Parme, et parvint rapidement au grade de 
colonel. La littérature fut sa principale occupa- 
tion. En 1769 il remplaça comme secrétaire per- 
pétuel de l'Académie desbeaux-arls le poète Fru- 
goni, son ami, qui lui laissa tous ses manuscrits, 
et dont il publia les œuvres dans une magnifique 
mais trop complète édition. Membre de l'aca- 
démie de Berlin en 1773, il reçut quelque 
temps après des marques d'estime et d'amitié 
du grand-duc Paul, depuis empereur de Russie. 
A la mort de son père, il parcourut la France, 
l'Allemagne et l'Angleterre, et se mit en relation 
avec les esprits les plus distingués de l'Europe. 



Il connut Frédéric II, Voltaire et le célèbre Ca 
gliostro, qui l'aurait, a-t-on dit , initié à la secte 
des illuminés. Tel fut du moins le motif de la 
perle de tous ses emplois. 11 se retira d'abord à 
Rome, près du cardinal et du sénateur Rezzo- 
nico, ses cousins, et ensuite à Naples, où il 
mourut, de chagrin. Ce ne fut qu'en 1795 que 
se dissipèrent les soupçons qui pesaient sur lui. 
En 1772 il avait publié ses Discours académi- 
ques, et un volume de Poésies en 1773. Ses œu- 
vres complètes parurent en 1833; elles com- 
prennent, outre les ouvrages précités, des com- 
positions dramatiques, des lettres, des relations 
de voyages, une traduction de la Batrachomyo- 
machie et le poëme sur La Ruine de Côme 
(Eccidio di Como), qui passe pour son chef- 
d'tjeuvre. S. R. 

Lombard!, Storia délia lett. étal, nel XFIll secolo, 
ill.— Txpalûo , Diogr. degli Italiani illustri, tom. I. 
— G.-B. Giovio. Délia Viia di G. Rezzonico ; Côme, 
1802. 

REZZONICO ( Carlo ). Voy. Clément XIII. 

* RHANGABÉ ['Pa.y-{i6riz](Alexandre-Bizo), , 
archéologue et homme d'État grec , né en jan- 
vier 1810, à Constantinople , d'une famille pha- 
nariote , est fils du savant auteur des Helléni- 
ques (Ta iXXïiviy.à), Jean-Rizo Rhangabé, mort 
en 1855, à Athènes. Après avoir complété ses 
études à l'université , puis à l'école militaire 
de Munich , il servit comme officier d'artillerie 
dans l'armée bavaroise. En 1831 il passa en 
Grèce, et il entra en qualité de conseiller (chef 
de division ) au ministère de l'instruction publique 
( 1832-1841 ). Directeur de l'imprimerie royale 
en 1341, et conseiller au ministère de l'intérieur 
en 1842, il fut, au commencement de 1844, 
éloigné du service comme non indigène, à la suite 
de la loi sur les autochthones et les hétéro- 
chthones. En 1845 néanmoins il fut nommé 
professeur d'archéologie à l'université d'Athènes, 
poste pour lequel le désignaient depuis longtemps 
les travaux antérieurs et la connaissance qu'il 
avait acquise des antiquités de la Grèce. Secré- 
taire de la Société d'archéologie d'Athènes dès 
(837, il avait publié en 1842 le premier volume 
de ses Antiquités helléniques, dédié à Thiersch. 
En 1854, il entreprit, de concert avec le doc- 
teur Bursian , dans les ruines du temple de Juuon, 
près d'Argos , des fouilles qui eurent pour ré- 
sultat de mettre à découvert tout l'emplacement 
de cet ancien édifice, ainsi qu'un grand nombre 
de statues et de bas-reliefs en marbre de Paros, 
mais qui malheureusement n'existaient plus qu'à 
l'état de débris. En 1856, M. Rhangabé entra 
comme ministre des affaires étrangères dans le 
cabinet présidé par Boulgaris , et plus tard par 
Miaoulis , sans toutefois discontinuer son cours 
à l'université. Au mois d'août 1657, il publia, 
sous forme de note adressée aux représentants de < 
Ja Grèce à l'étranger, un long mémoire, repro- 
duit dans Le Moniteur grec et destiné à justi- 
fier la cour et le ministère des attaques dirigées < 
contre eux , en présentant l'état des affaires en • 



)3 RHANGABÉ 

lièce sous le jour le plus favorable. Certains 
)assiis;es où, sous l'influence fie l'Autriche, l'au- 
ciir s'élait laissé aller à des récriminations peu 
nesiirées contre les partis, provoquèrent de vives 
éclainations au sein du sénat, et contraignirent 
ii^ ministre à des explications qui diminuèrent 
on autorité sans le rendre plus populaire. De- 
uis sa sortie du ministère (juin 1859), M. Rhan- 
,,il)é a cessé de prendre une part active à la po- 
itiqiie, pour se vouer uniquemeut à ses éludes 
( ientifiquesetauxsoinsdeson enseignement. Ses 
uvrases présentent, par leur nombre comme 
ai leur diversité, un spécimen curieux de l'état 
|ctiii-l de la littérature en Grèce. Érudit, gram- 
fiaiiicn, romancier, poète, historien, il aborde 
3US les sujets, comme il môle tous les genres, 
t l'on voit, non sans quelque étonnement, en 
arcourant la liste de sesouvrages, des traductions 
u Capitaine Pamphile d'Alexandre Dumas et 
es Chevaliers du Firmament de Paul Féval. 
lous nous bornerons à indiquer les principaux ; 
'oésies diverses; Athènes, 1837, 3 vol., conte- 
ant deux drames , Phrosyne et La Vieille , un 
oëuie à la manière de lord Byron, Vhivpos- 
nir, et des poésies fugitives en grec, en alle- 
land et en français ; — Contes et nouvelles ; 
M., 1843, 3 vol. ; — Le Mariage de Coutrouli 
Toù KouTpouXï) ô Yà(x.o(; ), comédie en vers, d'a- 
près un procédé nouveau de versiflcation , qui 
upprime la rime, et suit les règles de l'ancienne 
nétrique , en remplaçant la quantité par l'accent 
onique; — Antiquités helléniques, ou Ré- 
pertoire d'inscriptions et d'autres antiquités 
'écouvertes depuis l'affranchissement de la 
}rèce; Athènes, 1842-1855, 2 vol. in-4° (en 
ançais). Ce recueil, l'œuvrecapitale deM. Rhan- 
abé comme archéologue , comprend 2,490 nu- 
méros, dont les sujets ont été classés par l'au- 
îur en huit catégories : décrets politiques, actes 
oncernant des constcuctions publiques, actes 
oncernant le culte , inventaires d'effets sacrés , 
iscriptions votives, épitaphes, etc. ; — Tournée 
rchéologique en Arcadie et dans l'Eubée 
xéridlonale ( en français ). M. Rhangabé a col- 
iboré à un grand nombre de revues politiques 
a littéraires , tels que Le Spectateur d'Orient, 
Euterpe, la Pandore, etc. 11 est correspon- 
ant de l'Institut de France ( Académie des ins- 
riptions). A. Umciw. 

Docum. partie. 

RHAZÈs. Voy. Razi. 

RHÉAL. Voy. Cesena. 

RHEEDE {Henri- Adrien Draakenstein vam ), 
dmiiiistrateur et botaniste hollandais, né vers 
660, dans la province d'Utrecht, mort en 1699. 
}!uoique d'une des plus riches familles néerlan- 
aises , il entra dès l'âge de quatorze ans, comme 
ovice, dans la marine militaire; et ce ne fut que 
ar son mérite et sa bravoure qu'il devint chef 
'escadie, puis gouverneur des établissements 
ollandais dans l'Inde. En remplissant ses fonç- 
ons de marin, de militaire et de diplomate, il 



— RHEITA 94 

n'avait négligé aucune occasion de s'instruire 
dans l'histoire naturelle, et sa patrie lui dut l'im- 
portation d'une grande quantité de plantes utiles 
ou agréables. Il fixa sa résidence à Cochin, et 
en 1673 y attira le P. Matthieu de Saint-Jo- 
seph, carme napolitain, qui depuis plus de 
trente années avait recueilli ce que le règne vé- 
gétal des vastes contrées qu'il avait parcourues 
lui avait présenté de plus remarquable. Recon- 
naissant que les dessins du P. Matthieu étaient 
inexacts et la plupart de ses descriptions erro- 
nées, il n'en conserva que ce qu'il put affirmer lui- 
méme,ets'adjoignit un jeune ministre protestant, 
Jean Casearius. Ami d'Arnold Syen , de G. ten 
Rhyne et de JeanCommelin,cefutavec]eurcon- 
cours qu'il lit paraître son magnifique ouvrage : 
Hortus Indiens Malabaricus, terminé après sa 
mort et suivi d'une FZora Malabarica ; Amster- 
dam, 1670-1703 : ensemble 13 vol. avec planches. 

Du Boys, Hist. des gouverneurs des Indes, p. 412. 

RHEITA ( Antoine-Marie Schyrle de ), as- 
tronome allemand, né vers 1597, en Bohême, 
mort en 1660, à Ravenne. Il entra dans l'ordre 
des capucins, et acquit quelque réputation par 
son talent pour la chaire. L'archevêque de Trêves 
le choisit pour confesseur et lui confia différentes 
affaires , dont il se lira avec beaucoup d'habi- 
leté. Il fut appelé en Italie par le supérieur gé- 
néral de son ordre. Porté par goftt vers l'étude 
des mathématiques et de l'astronomie , il fit des 
découvertes qui lui ont mérité une place hono- 
rable dans l'histoire de ces sciences. Ainsi il 
construisit le premier la lunette astronomique 
imaginée par Kepler, et à peu près telle qu'elle a 
été depuis en usage. Après avoir décrit , dans 
VOculus Enoch et Elise, le télescope à trois 
verres dont le P. Scheiner paraît avoir eu la 
première idée, « il en annonça un autre, dit Mon- 
tucla, sous des lettres transposées qu'il expliqua 
dans la suite : leur sens est que quatre verres 
convexes redressent mieux les objets, et que de 
ces quatre verres trois sont les oculaires et un 
autre l'objectif ». Ces expressions oculaire et 
objectif appartiennent au P. de Rheita , et ont 
passé dans le langage scientifique. Il est aussi 
l'inventeur d'un télescope binocle, qu'un reli- 
gi'eux de;son ordre, le P. Chérubin, tenta vai- 
nement de remettre en crédit. En observant les 
satellites dé Jupiter, il avait cru en voir cin<} 
nouveaux , et il s'empressa d'en faire hommage 
au pape Urbain VIII en leur donnant le nom 
d'astre* urbanoctaviens ; mais on reconnut 
bientôt que les prétendus satellites étaient des 
étoiles de la constellation du Verseau. Le P. de 
Rheita a composé un ouvrage fort curieux sous 
le titre ù'Oculus Enoch et Elise , sive Radius 
sidereo-mysticus (Anvers, 1645, 2 part, in-foj.), 
précédé d'une planche symbolique représentant 
Dieu , Jésus , le Saint-Esprit et plusieurs anges 
tenant une chaîne à laquelle le monde est sus- 
pendu. Dans la première partie , dédiée à Jésus- 
Christ et à l'empereur Ferdinand III, il passe 



95 



RHKITA — RHENFERD 



en revue les divers systèmes as:ronomiques, et 
donne la préférence à celui de Tycho-Bralié ; 
il donne une atmosphère à la Lune , qu'il ne 
croit point habitée; il soupçonne que les étoiles 
pourraient avoir leur mouvement propre, in- 
dique les causes les plus probables du flux et 
du reflux, de la mer, et décrit les télescopes à 
trois et quatre verres. La seconde partie est 
dédiée à la Vierge Marie ; aucun écrit imprimé 
ne mérite mieux que cette partie, selon De- 
larabre, l'épithète de capucinade; Vénus y 
est l'Église catholique , Mars le diable, Saturne 
le Christ, etc. On a encore du même religieux 
un traité ascétique intitulé Fasciculussacrarum 
deliciarum (Anvers, 1646, in-4° ). K. 

Deinmbre, HUt. de l'astronomie moderne, I, 175- 
181. — Montucla, Hist. des mathémat.. II. — Zedler, 
Clniversal Lexihon. 

KHENANUS ( Beatus ), célèbre humaniste al- 
lemand, né en 1485, à Schelestadt, mort à Stras- 
bourg, le 20 mai 1547. Son père, après avoir 
quitté Rheinau , sa ville natale, pour s'établir à 
Schelestadt, avait pris le nom de Rhenanus à 
la place de celui de Bilde, qu'il portait aupa- 
ravant ; il exerçait la profession de boucher, et 
avait acquis une fortune considérable. Le jeune 
Beatus commença ses études à l'école, alors flo- 
rissante, de sa ville natale, sous Craton et Geb- 
weiler. Il se rendit ensuite à Paris, où il se per- 
fectionna dans la connaissance des langues an- 
ciennes, de la philosophie et des mathématiques, 
résida quelques années à Strasbourg, et vint à 
Bàle prendre des leçons de grec de Jean Conon. Il 
y remplit dans les imprimeries d'Amerbach et de 
Froben l'emploi de correcteur, qu'il avait déjà 
exercé à Paris chez Henri Estienne. Lié d'une 
étroite amitié avec Érasme , il pensait comme 
lui sur la réforme des abus qui s'étaient intro- 
duits dans la discipline ecclésiastique; de même 
qu'Érasme il se montra l'adversaire des change- 
ments que Luther cherchait alors à opérer dans 
les dogmes. Aussi lorsqu'en 1520 l'hérésie vint 
à triompher à Bâle , Riienanus relourna-t-il à 
Schelestadt, et il y passa presque tout le reste 
de sa vie. Se trouvant après la mort de son 
père dans une très-grande aisance, il put, selon 
ses goûts , consacrer tout son temps à l'étude ; 
pour ne pas en être distrait, il se fit accorder 
par l'empereur Charles-Quint un privilège qui 
l'exemptait de toute fonction publique, de même 
qu'il résista longtemps aux instances de ses amis 
qui l'engageaient à se marier. Dans ses dernières 
années cependant il épousa une veuve de son âge ; 
mais une grave infirmité qui lui survint aussitôt 
l'empêcha de consommer son mariage. S'étant 
rendu en 1547 aux eaux de Bade en Suisse, il 
sentit son mal empirer, et se fit alors transporter 
a Strasbourg, où il mourut peu de temps après. 
Il n'avait pas fait de testament; mais il avait 
exprimé en présence de son domestique le désir 
de donner sa belle bibliothèque à sa ville natale, 
iateation qui fut exécutée. C'était un homme 



d'une douceur extraordinaire; à l'inverse delà 
plupart des savants de son temps , il ne pouvait 
souffrir les disputes, et il se distinguait <reux 
encore par sa grande modestie. Il vivait très- 
sobrement et s'habillait avec beaucoup de sim- 
plicité. Il entretenait une vaste correspondance 
avec les principaux érudils de son époque, tels 
que Reuchlin, Pirckheimer, Lasko et autres, 
qui reconnaissaient en lui un digne émule, pro- 
fondément versé dans la connaissance des anti- 
quités profanes et ecclésiastiques, dont il éclaira 
par ses travaux un grand nombre de points. On 
a de lui : Biographia Joh. Geileri; Stras- 
bourg, 1510, in-4°; — Rerum germanicarum 
libri 111 ; Bàle, 1531, in-fol.; les éditions sui- 
vantes contiennent une Vie de Rhenanus par 
Sturm; lllyrici descripdo, à la suite de l'é- 
dition de la Notitia dignitalum donnée à 
Paris, 1602; — De Argentariœ antiquitatibus, 
dans le t. l" du Muséum helveti&um. Rhe- 
nanus a épuré le texte de beaucoup d'auteurs 
anciens, et il les commente presque toujours avec 
beaucoup de bonheur. 11 a publié notamment 
à Bâle : Quinte-Curce ( 1517, in-fol.), Maxime 
deTyr (1519, in-fol.), Velleius Paterculus (1520, 
in-fol.) , première édit. de cet auteur ; TertuUien 
(1521, in-fol.), Eusèbe de Césarée et Rufin 
(1523, in-fol.), Pline l'ancien (1526, in-fol.), Di 
rébus Gothorum de Procope (1531, in-fol.), 
\&9. Annales de Tacite ( 1533, in-fol.), et Tit( 
Live ( 1535, infol. ). Il a aussi terminé l'éditioi 
d'Origène (Bâle, 1536), et donné la preraièn 
édition des Œuvres d'Érasme, qu'il a fait pré- 
céder d'une Vie de son ami (Bâle, 1540-41 
9 vol. in-fol. ). Quelques Lettres de lui se trou- 
vent dans les EpisLolse. ad Jotiannem Reuchlir. 
(Zurich, 1558) et dans les Illusirhim viro 
rum epislolm ( Hariingue, 1669). E. G. 

Adam, yitx philosophorum. — Frelier, Theatrum 

— ïeissier. Eloges. — Niceron, Mémoires, t. XXXVIII 

— Brucker, Elirentempel , t. I. — Erhard, GesclUcMi 
des rfiederai'fblu/iens wissensçha/tlicher Bildvng 
Magdebourg, 1827 - Rohrich, Die Schule zu Schlett 
stadt, dans la Zeitschrift fur historische Tlteologi 
d'ilgcn, 1834. — Rotermuiid, Supplément à Jôcher. 

RHENFERD (Jflcf/Mes ), Orientaliste allemand 
né à Muhleim, dans le duché de Berg, le (5 aoû 
1654, mort à Franeker, le 7 octobre 1712. Fil 
d'un ministre protestant, il étudia à Ham, 
Groningue et à Amsterdam la théologie et le 
langues orientales. Après avoir été, de 1678 
1680, recteur du gymnase de Franeker, il revin 
à Amsterdam, pour s'y perfectionner dans la cor 
naissance de l'hébreu , de l'arabe et du persan, € 
fréquenta dans ce but plusieurs savants rabbins 
En 1683 il fut nommé professeur de langue 
orientales à Franeker. « Il avait beaucoup de pé 
nétration, d'esprit, et de bon sens, dit Niceron 
ce qui le rendait capable de toutes sortes d'art 
et de sciences, et surtout une mémoire ferm ^ 
et fidèle. » Il est à regretter que Rhenferd a | 
employé son érudition à élucider surtout cer 
1 taiua détails obscurs et peu importants de .1 



97 



RIIENFERD — RHIGAS 



98 



science rabbinique. On a Je lui : Desensti Apo- 
catypseos cabalistico; Franeker, 1079, in-4°; 

— De seculo futuro ; ibid., 1693, in-4° : on il 
cherche à établir que dans le langage rabbinique 
l6 siècle futur signifie Vautre vie; — Déficits 
Judxorum hasresibus; ibid., 1694, in-4'*; — De 
Sethianis ;\biô., 1694, in-^»; — Deantiquitate 
literarumjudaicarztTn;ib\d., 1696, in 4°: l'au- 
teur soutient contre Bochart que les caractères 
hébraïques en usage actuellement remontent plus 
haut que les caractères samaritains; — De ara- 
barchis elhnarchis Judxorum; ibid., 1702, 
in-4"; — Periculum Palmyrenum, sive Li- 
terarum veteris Palmyrenx indagandx et 
eruendw ratio et spécimen ; ibid., 1704, in-4o: 
essai malheureux d'expliquer d'après des copies, 
du reste inexactes, les fameuses inscriptions de 
Palmyre; — Observationes ad toca hebrsea 
yovi Testammtij ibid., 1705-1707, 3 parties; 

— Rudimenta grammaticx harmonicas lin- 
guarum hebrœx, chaldaicœ, syriacœ et ara- 
bicas; MA., 1706, in-4°; — Periculum Phœ- 
niciuvi, sive antiqua literatura Phœnicum; 
ibid., 1706, in-4° : essai d'interprétation d'ins- 
criptions phéniciennes trouvées sur des médail- 
les; — Periculum criticum, sive Exercita- 
tiones in loca depravata, deperdita et vexaia 
Eusebii Cœsariensis et Hieronymi de situ 
et nominibus locorum hebraicorum; ibid., 
1707, in-4°; — Récit des disputes qui ont 
troublé les églises des Pays-Bas depuis qua- 
rante ans; Amsterdam, 1708, in-S"; publié 
en hollandais, sous le pseudonyme d'Irenaeus 
Philalethes. Le recueil de tous les ouvrages et 
Opuscules de Rhenferd a paru à Utrecht, 1722, 
in-40. 

Nlceron, Mémoires, 1. 1. — Histoire critique de la ré- 
publique des tertres, t. III. - Roterœund, Supplément 
à JOcber. — Sax, Unomasticon. 

nHETicvs. Voy, Joachîm. 
RHIANVS ( 'Piavô; ), de Crète, poëte et gram- 
mairien grec, vivait dans la seconde moitié dn 
troisième siècle avant J.-C. Il était natif de Bené 
ou de Cérès, petites villes de la Crète. Sui- 
vant Suidas, il fut d'abord esclave, puis direc- 
teur d'une palestre , et finit par s'instruire et 
devenir grammairien. On pense qu'il vécut à 
Alexandrie , et l'on peut du moins le rattacher 
avec certitude à la plus belle période de l'école 
ale\andrine. On sait que cette école, succé- 
dant au grand et fécond mouvement intellec- 
tuel de la Grèce , se proposa de recueillir les 
innombrables éléments littéraires qui s'étaient 
[ produits dans les diverses villes grecques et par- 
I ticulièrement à Athènes, et d'en former des œu- 
\ vres nouvelles. L'érudition ( critique et gram- 
maire ) présida à cette entreprise, mais l'inspi- 
I ration n'en fut pas toujours absente , et dans 
certains genres, comme l'idylle et l'élégie, les 
Alexandrins atteignirent une sorte d'originalité 
(voy. Callimaqde, Philétas, Théocrite). Dans 
1 épopée leurs efforts, sans obtenir le même succès, 

KOnr. BMMJR. CÉHÉA. — T. XL!I. 



ne restèrent pas inutiles; l'on vit naître une 
poésie fort différente de celle d'Homère, dénuée 
d'invention et de naïveté, archéologique et ar- 
tistique, mais qui, malgré tous ses défauts, mé- 
rita, par la savante élégance du style et par quel- 
ques traits de passion , de compter parmi les 
modèles de Virgile. Le plus connu des néo- 
épiques alexandrins est Apollonius; il semble 
que Rhianus ne lui était point inférieur en talent 
et qu'il le surpassait en fécondité. Il composa 
une Héracléade en trois livres , des poèmes 
historiques et géographiques Sur les Achéens 
( 'Axaïxà), Sur les Eléens ('HXiaxà) , Sur les 
Thessaliens ( Geada/uà ), Sur les Messénient 
(Msdcrrivtaxâ), et un poëme intitulé la Renommée 
( ^TiiAY) ) dont le sujet est inconnu. Il ne reste de 
ces ouvrages que des fragments, trop courts pour 
nous permettre d'en apprécier le mérite, ou 
même d'en bien saisir le sujet. Comme la plu- 
part des poètes alexandrins, Rhianus s'exerça 
dans le genre que les anciens appelaient épi- 
grammes, et qui tenait plus de la poésie ero- 
tique et descriptive que de la poésie satirique. U 
nous reste de lui dix de ces petites pièces, sur des 
sujets amoureux; elles sont trop libres, mais 
par l'élégance du style et la finesse des idées, 
elles nous font regretter la perte de ses autres 
ouvrages. 

Rhianus fut un des commentateurs d'Homère, 
et son nom est souvent cité dans les Scholies 
de ce poëte. Les fragments de Rhianus ont été 
insérés dans la plupart des collections des an- 
ciens poètes grecs et dans les Poetas minores 
graeci de Gaisford. Nie. Saal en a donné une 
bonne édition séparée : Rhiani Rensei qux 
supersunt , Bonn, 1831, in-S", et Meineke les 
a recueillis dans ses Analecta alexandrina^ 
Berlin, 1843, in-S". L. J. 

Suidas, au mot 'Ptavoç. — Fabriclus, Bibliot. graeca , 
I, p. 734, 735. - Brunck, Jnal, I, p. 479 ; II. p. 326. — 
Jacobs, Atithol. grmca, l,p. Sî9 ; XIII, p. 945-947. — Sle- 
bells, Ditput. ae Bhiano ejusque carminum fragm. ; 
Bude, 1829, ln-4'>. — Meineke, dans les Ahhandl. d. Berlin 
Acad., 1834. — Schneldewln. dansJe JarftScAer deJahn, 
1833, IX, p. 129, etc. — Jacobs, dans les Ephem. litter^ 
Schol. univ., 1833, sect. II, p. 109, etc. 

RHIGAS ('PioYa; ô ^epato;), poëte et pa- 
triote hellène, surnommé le Tyrtée de la Grèce 
moderne, mort en mai 1798, à Belgrade. On ne 
sait rien de l'origine ni des premières années de 
ce grand citoyen, sinon qu'il naquit vers 1760 ou 
1762, à Velestina, bourgade de la Thessalie si- 
tuée sur l'emplacement de l'ancienne Phères, 
dont il prit le nom , et qu'il fut placé fort jeune 
dans une des écoles grecques qui commen- 
çaient à poindre de divers côtés sur le sol mu- 
sulman. Ses parents étant morts, du moins 
on le suppose , dans l'intervalle de ses études , 
il quitta brusquement sa patrie , peu de temps 
après sa sortie du gymnase, et passa en Vala- 
chie. Deux ou trois mois après, il entra, en 
qualité de secrétaire, dans la maison d'un des 
grands boyards du pays, Brancovano. En 1786, 



99 



RHIGAS 



100 



le nouvel hospodar, Nicolas Mavrojéni, l'enleva 
à Brancovano, et l'attacha à sa personne. La 
guerre ayant été déclarée entre la Porte et l'Au- 
triche (1788), Mavrojéni, qui avait été placé à 
la tête de toutes les forces ottomanes dans les 
deuK principautés, confia à Rhigas le comman- 
dement de Craïova. Après la mort de son pro- 
tecleur (juillet 1790 ), Rhigas, de retour à Bu- 
charest, quitta les affaires, afin de préparer l'exé- 
cution du grand dessein qu'il méditait en secret 
depuis plusieurs années. 11 ne s'agissait de rien 
moins dans sa pensée que d'opérer l'affranchis- 
sement de la Grèce au moyen d'une vaste as- 
sociation, qui, sous un titre modeste et en ap- 
parence inoffensif, la Société des amis (hétairie ), 
devait commencer par rassembler les membres 
épars de la nation et la soulever ensuite, à un 
moment donné , en fournissant des armes et des 
capitaux à l'insurrection. 

Où et quand cette idée fut-elle suggérée à Rhi- 
gas ? Quels furent ses premiers confidents ? On 
ne sait. Mais une fois qu'elle s'est présentée à lui, 
elle ne le quitte plus. Elle absorbe toutes ses fa- 
cultés, et devient comme l'âme de sa vie. Ses tra- 
vaux, ses études, les voyages qu'il entreprend, les 
relations qu'il se crée , tout est dirigé vei-s ce 
but constant et unique. La secousse violente que 
la révolution française avait imprimée à toute 
l'Europe redoubla son ardeur et ses espérances. 
Prévoyant le moment où le contre-coup s'en fe- 
rait sentir en Orient, il se rendit à Vienne. Cette 
ville renfermant alors une nombreuse colonie 
grecque, composée en grande partie de négociants 
enrichis par le commerce, Rhigas comptait sur 
eux pour le seconder dans son entreprise. L'ar- 
deur de son zèle enilamma les plus tièdes. Les 
adhésions , les souscriptions lui arrivèrent en 
foule. Déjà l'hétairie comptait dans son sein une 
foule d'archontes, de primats, d'évêques, de 
médecins, des professeurs, des négociants, des 
capitaines de terre et de mer, toute la partie 
éclairée, influente ou active de la nation. Plu- 
sieurs étrangers , des Turcs même en faisaient 
partie. Parmi ces derniers il convient de citer en 
première ligne le célèbre gouverneur de Widdin, 
Paswan-Oghiou , à qui il avait sauvé la vie quand 
il commandait à Craïova. L'histoire a conservé 
encore les noms de deux hommes qui reçurent 
vraisemblablement ses premières confidences. 
Démétrius Catargi (1), président du divan (tri- 
bunal) princier de Bucharest, et Christophe Per- 
rhévos, son compatriote et plus tard son bio- 
graphe, qui , étant venu à Bucharest vers 1793, 
pour y chercher fortune , se lia avec lui d'une 
étroite amitié. Il suivrait de là que le départ 
de Rhigas pour Vienne ne fut pas antérieur à 
1793 , bien que nous trouvions un de ses ou- 
vrages imprimé dans cette ville, chez Pratner, à 
la <late de 1791. D'autres cnviages suivirent 
promptement celui-ci. Poëte, journaliste, géo- 

(1) Cotait h: père du ministre roumain Catargi, qui a 
été assassiné en 1862 à liucliarest. 



graphe, imprimeur, en même temps qu'il cor- 
respondait avec ses agents au dehors, il fon- 
dait un journal et une imprimerie grecque, aclie- ■ 
vait, en collaboration avec son ami Vendotis (l)!, 
la traduction du Voyage d" Anacharsis, publiait,; 
pour l'instruction de ses compatriotes , une série ■ 
de livres de mathématiques et d'histoire, la plu- 
part traduits du français, faisait graver sa grande ■ 
carte de la Grèce, en douze feuilles, avec les i 
noms anciens en regard des noms modernes ^ , 
chef-d'œuvre de patience et d'érudition, et corn- • 
posait dans cette langue vulgaire si propre à » 
agir sur les masses , ces immortelles chansons i 
qui se retrouvent la plupart dans le recueil de-' 
M. de Marcellus. Imprimées clandestinement àj 
Vienne , elles se répandirent dans les diverses ^ 
parties de la Grèce, où elles excitèrent un en- 
thousiasme que partageaient les Turcs eux- 
mêmes. 

Tout était prêt pour un mouvement, quand la« 
nouvelle de l'entrée des Français en Italie sur- ■ 
excita les espérances des Grées. Rhigas résolut ! 
de s'adresser directement à Bonaparte. Le pro- 
cédé employé par lui a quelque chose d'ingénieux V 
et de touchant. D'un fragment de la racine d'uan 
gigantesque laurier, qui avait poussé parmi les 
ruines du temple d'Apollon, non loin du fleuve 
Pénée , il fit fabriquer une tabatière , et l'envoya 
au général en chef de l'armée d'Italie. Bonaparte 
parut touché de cet envoi, et sa réponse, conçue 
dans les termes les plus bienveillants pour la 
Grèce, devint le point de départ d'une corres- 
pondance qui dura plusieur.? mois. Après l'en- 
trée des Français à Venise, Rhigas , soit de son 
propre mouvement, soit sur l'appel de Bona- 
parte, partit brusquement de Vienne pour venir 
conférer avec lui. Quelques jours avant son dé- 
part, il avait eu l'imprudence d'expédier à Triesfe 
à l'adresse d'un négociant chiote de ses amis , 
Antoine Coronios, plusieurs caisses contenani 
des exemplaires de ses poëmes et une liasse de 
papiers très-importants , au nombre desquels 
se trouvait , dit-on, sa correspondance avec Bo- 
naparte. Le malheur voulut que, Coronios se 
trouvant alors en voyage , les caisses furent re- 
çues par sou associé, Démétrius Œconomos. 
qui prit connaissance des papiers et , effrayé d( 
leur contenu , les porta au gouverneur. Rhigas, 
sans soupçonner une telle mésaventure, arriv; 
à Trieste au jour indiqué, et fut arrêté. Quel 
ques jours après l'ordre vint de le transférer c 
Vienne. Rhigas ne se faisait pas illusion sur h 
sort qui l'attendait : il chercha à se dérober ai 
supplice par une mort volontaire, et il ne réussi 
qu'à se faire une blessure dans le bas-ventre 
dangereuse, mais non mortelle. La Porte avai 
demandé son extradition , et l'Autriche s'étai 
empressée de déférer à sa demande. Rhigas fu 
conduit à Belgrade et remis au pacha. Plusieuri 
tentatives furent faites pour sauver l'illustre pa^ 

(1) VendoUs s'établit ensuite à Venise, oi") Il imprim; 
un grand nombre d'ouvrages en grec moderne. 



101 



RHIGAS — RHO 



102 



triote. Paswan-Oglilou aposta sur la route phi- 
6ieui"s (îétaehemenls de troupes qui (levaient 
l'enlever diiraiit le trajet. Ali de Tébeien, pacha 
«le Janina, lit mouvoir en sa faveur les nom- 
breuses intlucnces qu'il avait dans le sérail. Ses 
amis particuliers réunirent une somme de 
300,000 piastres qui fut offerte au réis-e/endi 
Ibialiim. Mais déjà il était trop tard. Le pacha de 
Belgrade, inquiet de ces démonstrations en faveur 
de son prisonnier, donna l'ordre de le noyer se- 
crètement la nuit dans le Danube. Rhigas, doué 
d'une force herculéenne, se débattit longtemps 
contre les kavass , qui , impatienttks de sa résis- 
tance, déchargèrent sur lui leurs pistolets à bout 
portant. Frappé de deux balles en pleine poi- 
trine, il tomba en jetant ces mots en turc comme 
une insulte à ses meurtriers : « Regardez comme 
meurent les palicares! » Puis il ajouta dans la 
langue de son pays : « J'ai déposé la semence 
dans le sillon; l'heure approche où mon peuple 
recueillera la douce moisson. » 

Rhigas était d'une taille moyenne, le corps 
un peu gros , robuste, brun avec les yeux bleus, 
les sourcils épais, le front large et découvert. « La 
douceur, la bienveillance respiraient sur sa phy- 
sionomie; la persuasion découlait de ses lè^Tes. » 
Doué d'un esprit vraiment libéral , exempt de ces 
préjugés étroits qui tendaient à créer des dis- 
tinctions parmi les enfants d'une même patrie , 
il cherchait sans cesse à étouffer parmi ses 
compatriotes le germe de ces rivalités anti-natio- 
nales. Il composait tous ses ouvrages en grec 
vulgaire, bien qu'il possédât à fond le grec an- 
cien. En voici les principaux : Abrégé de phy- 
sique, à l'usage des jeunes Grecs; Vienne, 1791 ; 
— Le Voyage d'Anacharsis , traduit en grec 
moderne, t. IV, chap. 35-39; Vienne, 1797 (ce 
qui précède était l'œuvre de Vendotis); — 
Les Olympiennes, drame de Métastase, suivies 
de La Bergère des Alpej, par Marmontel , tra- 
duction en vers; Vienne, 1797, in-8'^; — Jlym- 
mes et chansons ( "Aaiiata ) ; Jassy, 1814, 
in-t2; — le Vade-Mecum du soldat ( S-rpa- 
TitoTtxàv èyyLokmo'j), poëme; — les Règlements 
politiques provisoires (Ilpoccopivoi iroÀtTixoi xa- 
vo'n<7[io{); Vienne, sans date. A. Ubicini. 

IuvTop.o; PiOYpacpta toû Pt^y» *epaîou ; Athènes, 
1860. — Moniteur de Van vi (1798), n» 27]. — Pouque- 
villc , fJist. de la régénération de la Grèce. — Rizo Mé- 
ronlos, /fjsf. d« la révolution grecque , Taris, 1829, et 
Cours de litlérature grecque moderne , Genève, 1S28, 
,1 vi, 137, etc. - Papadopoalo, N£oeXXr,v'.xy] çiXoî.oyia ; 
A;..iiies, 1S54, t. Il, p. 327. _ Raybaud, Mémoires sur 
la (irécc; Pari<, 1855, t. Il, p. 483. — Cohen, Tableau de 
hi Créceen 1825; Paris, 18S6, p. 344. — A. Ubicini, Let- 
tres sur la Turquie, 2« cdiUon, t. Il, p. 82. 

RiilNTHON ('PtvGwv), poëte dramatique 
;;rcc, né à Syracuse ou à Tarente, vivait au com- 
mencement du troisième siècle avant J.-C. On 
ne sait rien de sm histoire personnelle, sinon 
qu'il était lils d'un potier et qu'il vécut sous 
Plolémée I", roi d'Egypte. Suidas nous apprend 
qu'il fut le premier qui comiwsa des pièces de 
ce genre de tragédie burlesque que les Grecs ap- 



pelaient oXvia/oYpapt'a [pièce bouffonne) ou 
'ixapoxpaYtoôia (tragédie pmir rire). Il serait 
plus exact de dire qu'il fil le premier entrer 
dans la littérature un genre réservé jusque-là 
aux amusements populaires des Grecs de la 
Sicile et de l'Italie méridionale. Comme il ne 
nous reste rien de ce poète, il serait difficile 
d'indiquer avec précision ce qu'était la tragédie 
pour rire, en quoi elle différait du drame sa- 
tyrique des Athéniens; il semblait qu'elle était 
sur un ton plus familier, qu'elle admettait une 
versification plus libre, plus irrégulière, enfin 
qu'elle était une parodie continuelle, tandis que 
dans le drame satyrique la parodie alternait avec 
la poésie sérieuse. Un grammairien grec ( J. Ly- 
dus, De Magist.y I, 41) dit que Lucilius puisa 
l'idée de ses satyres dans les comédies de Rhin- 
thon, comme les autres poètes satyriques latins 
s'inspirèrent de comiques athéniens. Cette as- 
sertion ne doit être admise qu'avec réserve ; car 
s'il est vrai que les Romains, pour la forme et le 
développement de la satire, durent beaucoup 
aux comiques doriens et athéniens, la satire n'en 
est pas moins toute romaine pour le fond. Rhin- 
thon avait composé trente-huit pièces, dont il 
reste les titres suivants : Amphitryon ( A|xot- 
Tpûwv) , Hercule ('HpaxX^ç ) , V Iphigénie dans 
Aulis ('ItpiYÉvEta i\ èv AùXtSt ) , L'fphigénie en 
Tauride ('loiYÉveia i^ âv 'raùpotç), Or este 
('OpÉffTYi;), Télèphe (TtiIeock). Ces titres, à 
défaut de fragments, montrent que les pièces 
de Rhinthon étaient des sujets de tragédie traités 
à la manière.et dans le style de la comédie. L. J. 

Suidas, au mot 'PîvScdv. — Uraock, Jnalecta,l,ç. ne, 
n° 12. — Jacobs, Animadv. in Auth. grxc, I, part. 1, 
p. 421. — Fabricius, Dibliolh. grxca , II, p. S20. — 
Osann, Anal, crit., p. 69, etc. — Reuvens, Collcct. liit., 
p, 69, etc. — Clinton, Fasti liell., III, p. 486. 

UHO {Alessandro), en latin Rhaudensis , 
jurisconsulte italien, né en 1543, à Milan, où il 
est mort, en 1627. Agrégé en 1570 au collège 
des jurisconsultes de sa ville natale, il en.seigna 
le droit à Pavie, où il compta Melchior Alciat 
parmi ses disciples, puisa Pise. Au moment où 
on lui offrait une chaire à Bologne, il fut rappelé 
par le roi d'Espagne à Milan pour prendre place 
dans le sénat. On a de lui : De légitima suc- 
cessione inPortugalUœ regnum ;M\Vàn, 1579, 
111-4"; — De analogis universis et equivocis; 
Venise, 1587, in-fol. ; — De contractibus em- 
phyteoticis ecclesiarum ; Pavie, 1590, in-4°; 

— Consiiia et decisiones; Venise, 1595-1596, 
2 vol. in-fol.: — Pisanœ decisiones; Franc- 
fort, 1600, in-4''; Milan, 1603, in-fbl.;— Va- 
ria; resolutiones légales; Milan, 1608, in-fol.; 

— plu.'iieurs plaidoyers, discours, etc. 

Rhô (Giovanni), fils du précédent, né en 
1590, à Milan, mort le 9 novembre 1662, à Rome. 
.-Vdmis en 1606 dans la Compagnie de Jésus, il 
professa d'abord la rhétorique au collège de 
Crera, et demanda ensuite à aller prêcher l'Évan- 
gile dans les Indes; mais ses supérieurs s'y re- 
fusèrent, et il consacra sa vie à l'éducation de 



103 RHO - 

la jeunesse dans les principales Tilles de l'Italie, 
où il enseigna , dit-on, avec un succès extraor- 
dinaire. Sur la fin de sa vie, il fut nommé recteur 
de la maison professe à Milan, puis provincial 
à Rome et à Naples. Ses principaux ouvrages 
sont : Martyrium trium bealorum e Soc. Jesu, 
Pauli Michi, Joh. Goto, Jac. Ghisai; Flo- 
rence, 1628, in-8° ; — Vita di S. Lindano ab- 
bate; Rome, 1641, in-4°; — Interrogadones 
apologeticx; Lyon, 1641, in-4''; — Atli di 
varie virtù, centurie X; Milan, 1643, in-4° ; 

— Adversus ineptias et malignitatem libelli 
pseudo-Constantinianii De S. Ignatii insti- 
tutione; Lyon, 1644, in-4° ; — Varix virtu- 
tum historise, lib. Vri ; Lyon, 1644, in-4''; — 
Orazioni panegiriche; Bologne, 1647, in-I2; 

— Orazioni sopra la divina Scriitura ; Ve- 
nise, 1652, in-4*'; — Quadragesimale ; Venise 
et Milan, 1652-1671, 4 vol. in-4''; — Sabati 
del Giesù di Roma, overo Esempli délia Ma- 
donna; Rome, 1655-1665, 2 vol. in-4°; trad. 
en allemand; — Cogitationes varise; Anvers, 
2* édit., 1656, ^-4" ; — Délia Eucharistie 
orazioni XXX; Rome, 1657, in-4''; — Ora- 
zioni sopra gli uomini illustri del Testa- 
mento V. e N. ; Modène, 1672, 8 vol. Le P. Rhè 
a laissé en manuscrit. Elogj degli uomini illus- 
tri del secolo XVII et Orazioni cento sopra i 
riti sacri délia Chiesa. 

Rhô ( Giacomo), frère du précédent, né en 
1593, à Milan, mort le 27 avril 1638, en Chine. 
A l'âge de vingt ans il embrassa la règle de 
Saint-Ignace. Après avoir été ordonné prêtre à 
Rome, il accompagna Nicolas Trigaut en Chine; 
mais, obligé de résider quelque temps à Macao, 
il empêcha cette ville de tomber au pouvoir des 
Hollandais, et l'entoura môme de nouvelles for- 
tifications (1622). Lorsqu'il pénétra dans la pro- 
vince de Chan-si (1624), où il devait prêcher 
l'Évangile, il s'exprimait dans la langue du pays 
avec autant d'aisance qu'un lettré. En 1631 il 
fut mandé à Pékin, et s'occupa, conjointement 
avec le P. Adam Scliall, de la rédaction du ca- 
lendrier impérial. On ne connaît de lui en italien 
que la relation de son voyage, intitulée : Let- 
tere II delta sua navigazione e dette case 
delV India (Milan, 1620, in-S") ; mais il a com- 
posé en chinois beaucoup d'ouvrages, cent cin- 
quante selon le P. Kircher, les uns sur la reli- 
gion, les autres sur l'astronomie et les mathéma- 
tiques. 

Rhô (Paolo), frère des deux précédents, 
mort en 1631, à Milan, professa le droit et sié- 
gea au sénat de sa ville natale. On a de lui : 
Dell' origine e progressi delta famiglia Rhà 
milanese; Milan, 1620, in-fol. 

Sntwel, liibl. script. .Soc. Jesu. ■» ArgelaU, Bibliolh. 
mediolanensii. — Ktrcher, China Ultistrata, p. 119. — 
PlclnelU , y/thenxum. 

RUODB (Jean), en latin Rhodius, méd^in 
et antiquaire danois, né vers 1587, à Copenha- 
gue, mort à Padoue, le 24 février 1659. Après 



RHODES 



104 



avoir terminé à Padoue ses études de médecine, 
il s'y fixa et y exerça son art avec un grand 
succès. Une grande partie de son temps était i 
consacrée à des recherches archéologiques et à 
entretenir une vaste correspondance avec beau- 
coup de savants des divers pays de l'Europe. 
On a de lui : De acia disseriatio, ad Corn. 
Celsi mentem, qua simul universas fibutx 
ratio explicatiir; Padoue, 1639, in-4o; nou- 
velle édition corrigée, Copenhague, 1672, in-4°, 
et augmentée de deux opuscules inédits; — Ob- 
servationum medicinatium centurias III; 
Paàoyie,i(>b7,'m-&° ^ — Catalogus LXaudorum 
suppositiorum, en tête du Theatrumanonymo- 
rum de Pianius. Rhode a aussi donné des édi- 
tions annotées; mais c'est à tort qu'on lui a attri- 
bué les Etogia virorum illustrium de son ami ; 
Tomasini. Sa bibliothèque et ses manuscrits pas-- 
sèrent entre les mains de son parent Th. Bang,, 
théologien à Copenhague, et furent ensuite ache- 
tés par Bartholin; mais en 1670 l'incendie qui 
dévora la bibliothèque de ce savant détruisit 
aussi presque tous les livres et papiers laissés 
par Rhode. 

Rarlholinus, De scriptis Danorum, et les Hypomne- 
mata de MoUer. — Niceron, Mémoires, t. XXXViil. — 
Renauldfn, Les médecins numisTnatistes. 

RHODES (Alexandre de), missionnaire fran- 
çais , né le 15 mars 1591 , à Avignon, mort le ' 
5 novembre 1660, en Perse. Sa famille (de 
Rhuedaon de Rhoda) était originaire d'Espa- 
gne, et s'établit au quinzième siècle dans le com- 
tat Venaissin. Admis en 1612 chez les Jésuites 
à Rome, il obtint, après de longues sollicitations, 
la permission d'aller prêcher l'Évangile dans les 
Indes orientales (1618). Il s'embarqua au prin- 
temps de 1619 à Lisbonne; mais arrivé à Goa, 
il y fut retenu sous différents prétextes jusqu'en 
1623 , où il se rendit à Macao. Il brûlait de pé- 
nétrer dans le Japon , et il avait consacré une 
année entière à se familiariser avec l'idiome du 
pays ; les rigueurs exercées contre les chrétiens 
l'empêchèrent de donner suite à son projet. En- 
voyé dans la Cochinchine, il fut au bout de six 
mois en état de prêcher aux indigènes dans leur 
langue, et essuya quelques persécutions. En 1627, 
il passa dans le 'Tonquin, et gagna la confiance j 
du roi et de plusieurs personnages considéra- 
bles; la jalousie des eunuques lui fit perdre en 
un moment le fruit de ses labeurs : un édit sé- 
vère fut lancé contre la religion chrétienne, et 
le P. de Rhodes fut expulsé. De retour à Macao, 
il y résida dix ans, professant la théologie et 
parcourant de temps à autre la province de Can- 
ton. Animé d'un zèle ardent pour la foi, il de- 
manda à retourner en Cochinchine (1640); la 
persécution interrompit le cours de ses travaux 
apostoliques : arrêté, jugé et condamné à mort, 
il eut le bonheur de voir sa peine commuée 
en un bannissement perpétuel (1646). Comme 
il revenait en Europe, un emprisonnement qu'il 
subit à Java lui fit changer de route : il s'em- 



104 



RHODKS — RHODOMANN 



106 



barqua pour Macassar, et visita Bantam et Su- 
rate. En 1648 il traversa tout le royaume de 
Perse, rencontra chemin faisant Le Gouz de La 
Bouilaye ( voy. ce nom), et se rendit par l'Ana- 
tolie et l'Arménie à Smyrne, où il mit à la voile 
pour Gènes. Trois années d'un paisible séjour à 
Rome ne le guérirent pas de la passion des 
voyages ; il alla faire à Paris les préparatifs de sa 
dernière entreprise, et partit pour la Perse à la 
tête d'une nouvelle mission. On s'accorde à dire 
qu'il a donné sur les pays qu'il a parcourus 
des détails généralement exacts. Il a publié : 
Relazione de' felici successi délia sanla fide 
nel regno di Tunchino; Rome, 1650, in^", 
avec une carte du royaume d'Annam ; trad. en 
français par Albi (Lyon, 1651, in-4°)et eu latin 
par l'auteur (Tunchinensis historix lib. II; 
Lyon, 1652, in-4°); — Dictionarium anna- 
miticum, lusitanum et laiinum;Md., 1651, 
in-4' à 2 col. : l'auteur dit dans la préface qu'il 
a fait usage des travaux entrepris par les PP. Ga.s- 
par de Amaral et Antonio Rarbosa, et laissés 
inédits ; — Relation des progrès de la foi au 
royaume de la Cochinchine; Paris, 1652, 
in-S"; — Sommaire des divers voyages et 
missions apostoliques du P. A. de Rhodes à 
la Chine et autres royaumes de l'Orient; 
Paris, 1653, in-S"; la seconde édition, augmentée 
et divisée en trois livres, a paru à Paris, en 
1666, in^", et a été reproduite en 1688; — 
Relation de ce qui s'est passé en 1649 dans 
les royaumes où les PP. de la Compagnie 
de Jésus de la province du Japon publient 
l'Évangile; Paris, 1655, in-8°; — Relation de 
la mission établie en Perse; Paris, 1659, in -8°. 
Rhodks (Georges de), frère du précédent, né 
en 1597, à Avignon, mort le 17 mai 16G1, à 
Lyon, embrassa en 1613 la règle de Saint-Ignace, 
enseigna la rhétorique au collège de Notre- 
Dame à Lyon, et y fut recteur pendant vingt-.sept 
ans. On a de lui : Dlsputationes theologise 
seholasHccC; Lyon, 1661, 1671 , 1676, 2 vol. 
in-fol.; dans le t. P"", il y est question de Dieu, 
des anges et de l'homme; dans le t. II, du Christ, 
de la Vierge et des Sacrements; — Philosophia 
peripatetica ; Lyon, 1671, in-fol. 

Solwel, Bibl. seript. Soc. Jesu. — Barjavel , Blogr. du 
Faucluse. 

RHODES (Jean de), médecin français, de la 
famille des deux précédents, né vers 1635, à 
Lyon, où il est mort, le 13 avril 1695. Fils d'un 
médecin, Henri de Rhodes, il suivit la même car- 
rière, et fut attaché, comme l'avait été son père, 
à l'hôtel-Dieu de Lyon, en 1666. Il est auteur, 
outre un Traité sur les eaux chaudes miné- 
rales artificielles (1689, in-8°), d'un curieux 
et rare opuscule , qui a pour titre : Lettre en 
forme de dissertation au sujet de la préten- 
due possession de Marie Volet, dans laquelle 
il est traité des causes naturelles de sa pos- 
session, de ses accidents et de sa guérison 
(Lyon, 1691, in-S" de 75 pages). Cette Marie 



Volet, jeune Bressane simple et fort dévote, était 
tombée dans une mélancolie profonde, à la suite 
de laquelle elle perdit le sommeil et l'appétit, et 
fut sujette à de violentes crises nerveuses. Du- 
rant ses accès elle hurlait et prononçait dej 
phrases décousues ou inintelligibles. Elle se crut 
possédée du démon, et cette illusion ne fit qu'ag- 
graver son mal. Rhodes la traita en malade, lui 
prescrivit l'usage des eaux minérales, s'efforça 
de lui donner des distractions agréables, et la 
guérit en peu de temps C'est le récit de cette 
affection qui forme l'objet de sa lettre au cha- 
noine d'Estaing; mais en cherchant à l'expli- 
quer il a eu recours aux idées les plus bizarres. 
La cause du mal, c'est selon lui l'irritation des 
esprits du cerveau jetés hors de leur voie natu- 
relle. Le cerveau en effet ressemble à une ville 
partagée en divers quartiers, et peuplé d'esprits 
animaux en guise d'habitants; ils reconnaissent 
un roi , nommé Pneumonax , qui lui-même dé- 
lègue son pouvoir à des lieutenants placés dans 
les yeux, le poumon et l'estomac. On railla beau- 
coup cette république des esprits, qui n'était 
peut-être qu'une ingénieuse allégorie de Rhodes, 
et quelques écrits furent échangés. La Lettre 
du médecin lyonnais a été réimprimée dans le 
t, IV de ['Histoire des pratiques supersti- 
tieuses du P. Lebrun. 

Colonla, Hist. de Lyon, II, 803. — PernetU, Lyonnais 
dignes de mémoire, I, 253. — Catalogue des mss. de lu 
Biblioth. de Lyon, II, S82. 

RHOOIGIMCS. Voy. RiCCHIERî. 

RHODO.MANN (Laurent), helléniste alle- 
mand, né le 5 août 1546, dans le village de Saxs- 
werfen, dans le comté de Hohenstein , mort à 
Wittemberg, le 8 janvier 1606. Fils d'un paysan, 
il montra de bonne heure des dispositions si re- 
marquables, que le comte de StoUberg lui four- 
nit les moyens d'aller à Uefeld se perfectionner 
dans la connaissance des langues anciennes. 
Après avoir ensuite suivi à Rostock l'enseigne- 
ment de Chytrée, il dirigea l'école de Schwerin 
(1571), puis celle de Lunebourg (1572); nommé 
en 1584 pasteur à "Walkenried, il fut appelé en 
1591 à la chaire de grec et d'histoire à léna, de- 
vint en 1598 recteur à Stralsund, et passa en 
1601 à Wittemberg comme professeur d'histoire. 
« Rhodomann, dit Niceron, a excellé dans la 
poésie grecque, et ce qu'il a fait en ce genre a 
toujours été fort estimé. 11 n'en est pas de même 
de ses poésies latines, qui ont été méprisées par 
Scaliger et dont personne ne paraît avoir jamais 
fait cas. » On a de lui : Lutherus, carminé 
grseco heroico, cum interpretatione latïna; 
Urselles, 1579, in-8°; — Ilfelda Hercynica 
descripta carminé grxco et latino; Leipzig, 
1579, 1582. in-8°; — Ânonymi poetae grseci : 
Argonautica ; Thebaica, sive belium ad The- 
bas de regno Œdipi; Troica; et llias parva, 
carminé heroico grxco ; L«ipzig, 1588, in-S" : 
ce recueil, devenu r^re, fut publié par Neander 
à la demande de Rhodomann, qui tenait à ne pas 



107 



RHODOMANN — RIAINCEY 



108 



s'occuper de l'impression de ces poèmes supjx)- 
ses, aiia de ne pas être soupçonné d'en être l'au- 
teur; — Foesis christiana Palestïnae, seu 
Bisiorias sacrx libri IX; Francfort, 1589, 
iii-4° ; — Theologiœ christianse tirocinia, car- 
mine heroico grseco-Latino ; Leipzig, 1596, 
in-S». Rhodomann, qui a encore publié une ving- 
taine de poèmes de circonstance en grec et en 
latin, et dont les principaux ont été reproduits 
dans les Delicise poeiarum germanorum , a 
aussi donné des éditions avec traduction latine 
de Quintus Calaber, Hanau, 1604, et de Dio- 
dore de Sicile, ibid., 1604, 2 vol. in-fol. 

Lange, f^ita Rhodomanni; I.ubeck, 1741. — Senncrt, 
ïn funere Rhodomanni; WlUemberg, 1606, in-t». — 
Mânes Rhodomanni; ibld., 1668, in-4''. — Witlen, flie- 
morix philosophorum. — Liieiius, Historia poetarum 
grxcorum Germania:. — Niceron, Mémoires, XLll. 

RHODOPis ('PoSûTti;), célèbre courtisane 
grecque, d'origine thrace, vivait dans le sixième 
siècle avant J.-C. Elle fut compagne d'esclavage 
du fabuliste Ésope dans la maison de ladmon 
de Samos. Elle devint ensuite la propriété d'un 
autre Samien, Xanthus, qui la conduisit à Nau- 
cratis en Egypte sous le règne d'Amasis. Nau- 
cratis était le port le plus commerçant de l'É- 
gypte; Rliodopis y exerça le métier de courti- 
sane au profit de son maître. Charaxus, frère de 
la poétesse Sapho, attiré à Naucratis par des af- 
faires de commerce, devint amoureux de la 
courtisane, la racheta pour une grosse somme 
d'argent, et lui rendit la liberté {voy. Sapho). 
Rhodopis acquit des richesses considérables, sur 
lesquelles elle préleva de quoi offrir au temple 
de Delphes dix grandes broches de fer que l'on 
y voyait du temps d'Hérodote. Cet historien 
nomme la courtisane Rhodopis, tandis que Sa- 
pho l'appelait Dorichas ; c'était là probablement 
son premier nom; celui de Rhodopis {aux joues 
roses ) lui fut donné sans doute à cause de l'é- 
clat de son teint. On prétendait que Rhodopis 
avait fait construire la troisième pyramide. Ce 
conte, réfuté par Hérodote, resta cependant en 
crédit parmi les écrivains grecs; Zoëga et Bun- 
sen l'expliquent par une confusion entre la cour- 
tisane aux joues roses et la belle reine égyp- 
tienne Nitocris, qui, suivant Jules l'Africain et 
Eusèbe, bâtit la troisième pyramide. Strabon et 
Élien racontent sur Rhodopis une curieuse his- 
toire. Un jour qu'elle se baignait à Naucratis, 
un aigle enleva une de ses sandales , l'emporta 
dans les airs et la latissa tomber sur les genoux 
du roi d'Egypte, qui rendait la justice à Mem- 
phis. Ravi de la forme de cette chaussure, le roi 
n'eut pas de repos jusqu'à ce qu'il eût découvert 
la personne à qui elle appartenait, et il prit pour 
femme la belle courtisane grecque. L. J. 

Hérodote. II, 134, is.ï. — Athénée, XIII, p. 596. - Sui- 
das, au root 'PûôwTttOOç àvàÔYjjJXt. — Strabon, XVU , 
p. 808. — Pline, mst. nat., XXVl, 12, — Élien, far. 
hist., XIII, 3î. — MlinsKn, y£gyptens stelle in der IVelt- 
geschichte, III, p.236-23S. 

RBîOE. Voy. RoK. 

RHY3i!!iACOMÏJS. Voy. LaSCARIS. 



HHïNE ( GwïZZûMme ten), naturaliste hol- 
landais, né vers 1640, à Deventer ; la date de sa 
mort n'est pas connue. Il fit ses études à Leyde, 
et compta parmi ses maîtres le célèbre Dubois 
de le Boë. Nommé médecin de la Compagnie.des 
Indes orientales, il s'eralwrqua au printemps de 
1673, et s'arrêta au cap de Bonne-Espérance pour 
observer les productions du pays. A Batavia il 
ouvrit des cours de médecine et d'anatomie, et 
fit, en compagnie de quelques-uns de ses élèves, 
des excursions dans les îles de Java et de la 
Sonde ; il découvrit une foule de plantes nou- 
velles, et les envoya en Europe au botaniste 
Breyn, qui en publia une partie dans ses Centu' 
ries. Il s'aventura jusqu'au Japon , parut à la 
cour, et guérit, dit-on, l'empereur d'une maladie 
grave. A son retour à Batavia (1674), il devint 
le collaborateur de van Rheede pour la rédac-. 
tion de VHortus mulabaricus. On a de lui :. 
Meditationes in Hippocratis textum XXIV 
de veteri medicina ; Leyde, 1672, in-12; — 
De arthritide; de chymise et botanicm di- 
gnitate; de physiognomia ; de monstrisj 
Londres, 1683, in-8°, fig. : ce qu'il y a de plus 
remarquable, c'est la description du traitement 
que les Chinois et les Japonais emploient avec 
succès pour la goutte, et qui consiste dans la 
brûlure par le moxa ou dans la ponction des 
parties gonflées au moyen d'une aiguille d'or; 
— Scfiediasma de promontorio Bonee Spei et 
de Hotlentotis; Scliaffouse, 1686, in-12; Bâle, 
1710, in-8°, trad. en anglais. 
Biogr. médicale. 

liïAMîîOURG (Jean-Baptïsie-Claude de ), 
magistrat français , né le 24 janvier 1 776, à Dijon, 
où il est mort, le 16 avril 1837. D'une bonne 
famille de la Bourgogne, il se fit recevoir avocat, 
et fut attaché comme juge auditeur à la cour 
d'appel de sa ville natale; il y devint en 1811 
conseiller, en 1815 procureur général et en 1818 
président de chambre. On a de lui quelques 
ouvrages philosophiques, tels que Les Principes 
de la révolution française définis et discutés 
(Paris, 1820, in-8°); L'Ecole d'Athènes {iS30^ 
in-S"), tableaux des contradictions de la phi- 
losophie ancienne ; et Du rationalisme et de la 
tradition (1834, in-8" ). Il a fourni beaucou{K 
d'articles contre les philosophes modernes au ! 
Correspondant, aux Annales de philosophie 
chrétienne, à La Dominicale, et quelques mé- 
moires au recueil de l'Académie de Dijon. Ses 
Œuvres ont été l'objet de deux éditions, l'une 
donnée par MM. Foisset ( Paris, 1838, 3 vol. 
in-8° ), l'autre par l'abbé Migne (1849-1850, gr. 
in-8° ), avec des additions. 

Th. Foisset, Notice dans les Mém. de l'Acad. de Dijon. 

*RiAîVCEY (Henri- Léon Camusat de), pu- 
bliciste français, né le 24 octobre 1816, à Paris, 
Son grand -père, clievalier de Saint-Louis, émigra 
en 1790, et mourut à l'armée de Condé. Après 
avoir fait de bonnes études au collège Henri IV, 
il choisit la carrière du barreau, et plaida de pré- 



109 



RIANCEY — RIARIO 



110 



rr-reuce pour les callioUqucs et les léfi;itimistes. 
Secréfaire ilu comité de la Liberté relisiouse , 
dortt M. de Montaleinbert était président, il colla- 
borait en méhie temps à L'Ami de la religion, 
au Correspondant et à L'Union monarchique. 
Au mois d'avril 1849 il fut élu représentant 
de la Sarthe à l'Assemblée législative, et prit 
part aux votes de la majorité réactionnaire; 
après le coup d'État il fut du nombre des députés 
qui subirent une courte détention au fort de Vin- 
ccnnes. Il prit en 1852 la rédaction en chef du 
journal L'Union. On a de Wi : Histoire du 
monde depuis la création jusqu'à nos jours; 
Paris, 1838-41, 4 vol. in-S", en société avec 
Ch. de Riancey, son frère; — Histoire critique 
et législative de l'instruction publique et de 
la liberté d'enseignement en France; Paris, 
1844, 2 vol. in-8*; — La loi et les Jésuites; 
Paris, 1845, in-8»; — iW Affre, archevêque 
de. Paris; Paris, 1848, in-18; — Les deux 
Psautiers de la Vierge Marie; Paris, 1852, 
trad. du latin de saint Bonaventure; — Recueil 
des actes de Pie IX; Paris, 1852-1854, 3 vol. 
in-8°, traduits et mis en ordre; — Le général 
comte de Coutard, étude; Paris, 1856, in-8"; 
— plusieurs brochures politiques et religieuses, 
lettres, circulaires, etc. 

Son frère, Charles- Louis, né le 19 octobre 
1819, à Paris, Ta aidé dans ses travaux et a col- 
laboré aux mômes journaux, notamment à L'U- 
nion. Il est mort à Paris, le 2 février t861. 
Vapereau, Dict. univ. des co}itcmp. 

RIAXSARÈS (Duc De). Voy. MUNOZ. 

RIARIO (Jérôme), seigneur de Forli et d'I- 
mola, né vers 1443, à Savone, tué le 14 avril 
1488, à Forli. Neveu et favori du pape Sixte IV, 
il participa largement aux trésors que la scan- 
daleuse avarice de Paul II avait amassés. Cathe- 
rine sa femme lui apporta en dot le comté de 
Bosco et la protection de Galeaz ■ Sforza . son 
père, et le cardinal Riario, son frère, lui acheta, 
au prix lie 40,000 ducats d'or, la ville et la prin- 
cipauté d'Imola, malgré les négociations enta- 
mées par Laurent de Médicis. Ennemi déclaré 
de ce dernier, qui s'opposa constamment à son 
dessein d'envahir les petits États de la Romagne, 
il entra en 147S dans la conjuration des Pazzi, 
et lui déclara la guerre ensuite, à l'instigation du 
pape. Fort de l'obéissance des troupes pontifi- 
cales qu'il commandait, il surprit Forli, souve- 
raineté que les Ordelaffi possédaient depuis cent 
cinquante ans, et s'en fit donner l'investiture 
(1480). Il se ligua avec la république de Venise 
contre Hercule 1*"^, duc de Ferrare, dont il con- 
voitait les États, et battit à Campo-Morto 
(21 août 1482) ieducdeCalabre, qui marchait au 
secours d'Hercule d'Esté. Changeant brusque- 
ment de parti, il s'allia, le 12 décembre 1482, 
au duc de Ferrare, et déclara la guerre aux Vé- 
nitiens, que le pape excommunia, le 25 mai sui- 
vant, pour les forcer à poser les armes. Voyant 
l'inutilité de ses démarches pour s'emparer de 



Ririiini et de Pesaro, il s'agrandit aux dépens des 
Colonna, et les chassa de Marino délia Cava et 
de plusieurs autres forteresses. La mort de son 
oncle ( 13 août 1484 ) le priva de son plus ferme 
soutien. Les fiefs des Colonna se révoltèrent; 
le château Saint- Ange, dont il était déposi- 
taire, fut livré par sa femme aux cardinaux pour 
une grosse somme d'argent, et lui-même, aprèà 
l'élection d'Innocent VI 11, se retira dans sa prin- 
cipauté de Forli. Les Médicis et ses nombreux 
ennemis le firent assassiner par ses propres 
gardes. Il laissa un fils, Octavien, qui ne dut 
la conservation de sa principauté qu'à la fermeté 
de sa mère, Catherine Sforza. 

RiAKio (Pierre ), cardinal, frère da précé- 
dent, né en 1445, à Savone, mort le 5 janvier 
1474, à Rome. Il n'était qu'un simple moine de 
l'ordre de Saint-François, sans mérite comme 
sans vertu, lorsque, dès le cinquième mois du 
pontificat de Sixte IV, il fut nommé cardinal 
de Saint-Sixte, patriarche de Constanlinople , 
archevêque de Florence et légat du saint-siége 
dans toute l'Italie. Des historiens assurent qu'il 
était le fruit d'un commerce incestueux du pape 
avec sa sœur; d'autres expliquent l'attachement 
outré que lui témoigna ce pontife par des mo- 
tifs plus honteux encore. Quoi qu'il en soit , il 
eut dès lors tout pouvoir à la cour; ses au- 
diences étaient plus fréquentées que celles du 
pape lui-même; les évêques, les légats, les 
hommes de tous rangs affluaient à toute heure 
dans sa maison. Il donna, en 1473, aux am- 
bassadeurs du roi de France et à Léonor d'A- 
ragon deux repas d'un faste inouï jusqu'alors, 
pour lesquels il dépensa 200,000 florins et .s'eu- 
detla de 40,000. Dans un voyage qu'il fit cette 
môme année en Italie, il lutta de splendeur et 
de magnificence avec le duc de Milan , et s'a- 
bandonna à Venise à tous les excès. Pour sub- 
venir à ses dépenses, il réunissait les prélatures 
les plus considérables et accumulait un nombre 
infini de bénéfices. Épuisé de débauches, il re- 
vint à Rome, où il mourut quelques jours après, 
amèrement pleuré du pontife. 

RlARio ( Raphaël Galeotto, plus connu sous 
le nom de), cardinal, né le 3 mai 1451, à Sa- 
vone, de Violenta, sœur des précédents, mort le 
7 juillet 1521, àNaples.^1 fut également comblé 
des faveurs du pape Sixte IV, qui en décembre 
1477 réleva au cardinalat et lui conféra dans la 
suite plusieurs évèchés et archevêchés , avec les 
riches abbayes du Mont-Cassin et de la Cava. Les 
fêtes données à Florence à l'occasion de sa pro- 
motion au cardinalat furent choisies par les Pazzi 
et les autres conjurés, pour assassiner Laurent 
de Médicis et son frère Laurent. Le nouveau 
cardinal, que sa jeunesseavait sans doute empêché 
de mettre dans le secret , n'échappa à la ven- 
geance des Florentins qu'en se réfugiant sur 
l'autel où il officiait. Sdus Alexandre VI il se 
réfugia en France, dans son évêché de Tréguiefi 
11 retourna en Italie lors de l'élection de Pie III, 



111 RIARIO — RIBAS 

et entra dans la conspiration du cardinal Pe- 
trucci contre Léon X, qui lui pardonna généreu- 
sement. Il passe pour avoir rétabli le premier 
à Rome le luxe des représentations théâtrales. 

S. R. 



112 



yinnal. eccl., 1472-U84. — Panvinio, fita di Sisto IF. 
— Stef. Inlessiira, Diario rom. — Jacob AmmanaU, 
Epistola 548 ad Fr. Gonzagam curd., 821. 

RiBADENEiRA ( Pedro), célèbre jésuite es- 
pagnol, né le 1" novembre 1527, à Tolède, 
mort le 1" octobre 1611, à Madrid. Tout jeune 
il fut envoyé à Rome pour y continuer ses études ; 
il y connut Ignace de Loyola, qui l'admiten 1540, 
à peine âgé de treize ans, au nombre de ses 
disciples, avant même que sa compagnie eût 
été confirmée par le saint-siége. Étant venu en 
1542 à Paris, il fit des progrès considérables 
dans la philosophie et la théologie, et en 1545 
il acheva ses cours à Padoue. Après avoir en- 
seigné la rhétorique depuis 1549 à Palerme, il 
se rendit en 1555 dans les Pays Bas, et rem- 
plit dans la suite la place de provincial en Tos- 
cane et en Sicile, Ses talents lui valurent partout 
des amis illustres , et il fut chargé par les trois 
premiers généraux de son ordre, saint Ignace, 
les PP. Lainez et Borgia, de le propager dans 
les Flandres et en Espagne , ce dont il s'acquitta 
avec un zèle infatigable. En 1574 il obtint l'au- 
torisation de s'établir à Madrid , où il consacra 
sa plume à la défense de la religion ; malheureu- 
sement il avait plus de bonne volonté que de 
lumières-, il était d'une crédulité puérile, et il 
manquait tout à fait de critique. On a de lui : 
Vida de S. Ignacio; Madrid, 1570, in-8o ; trad. 
en latin par l'auteur, Anvers, 1588, in-S". Cette 
vie, la première qui ait été écrite du fondateur 
des Jésuites , a donné lieu à de nombreuses tra- 
ductions et réimpressions. Ribadeneira retoucha 
plusieurs fois son ouvrage. Il avait d'abord in- 
génuement avoué qu'Ignace n'avait pas reçu le 
don des miracles , en ajoutant que l'institution 
même de la Compagnie de Jésus, son accroisse- 
ment et les prodiges opérés par quelques-uns 
de ses membres étaient une assez forte preuve 
de l'intervention manifeste de Dieu. Plus tard il 
se rétracta, et fit faire à Ignace un grand nombre 
de miracles. La Vie de saint Ignace fut réimpr. 
par Simon Stenius ( 1 598, in-S" ), et accompagnée 
de notes très-piquantes , qui donnèrent lieu à 
une querelle, aujourd'hui oubliée, entre les jé- 
suites et les protestants; — De la scisma de 
Ingalaterra ; Madrid, 1588, in-S" , trad. en 
latin; — De la tribu lacion par ticular y pu- 
blica; Barcelone, 1591, in-8° ; — Vidas de 
Diego Lainez, Al/onso Salmeron y Francisco 
de Bor;a,- Madrid, 1592, in 8"; trad. en latin 
par André Schott (Anvers, 1598, in-8° ) et en 
français ; ces trois vies ont été réunies à celle 
de saint Ignace dans l'édit. de Madrid, 1594, 
in-fol.; — Tratado de la religion y virtudes 
que de.be tener el principe chrïstiano para 
gobernar sus Estados; Madrid, 1595, 1601, 



in-S"; Anvers, 1597, in-S"; trad. en français, 
en Idtin, en anglais et en italien : c'est une réfu- 
tation du Prince de Machiavel ; on y trouve 
beaucoup de propositions hasardées sur la puis- 
sance des rois et les devoirs de leurs sujets ; 
■ — Narratlo legationis Franc, de Mendoza; 
Bruxelles, 1598, in-4°; — Flos sanctorum, 
lÀbro de las vidas de los santosj Madrid, 
1599-1610, 2 vol. in-fol. : cette compilation,, 
réimprimée plusieurs fois et traduite en latin et l 
cinq ou six fois en français, a été complètement i 
effacée par les travaux des Bollandistes; elle 
est écrite dans un style agréable; mais les mi- 
racles, les légendes , les contes les plus ridicules 
y sont entassés sans discernement ; — Vida de 
Christo y de su madré santissima ; Madrid, 
1604, in fol. ; — Tratado en el quai se da 
razon del Institulo de la Compania de Jesu ; 
Madrid, 1605, in-4''; — De scriptoribus So- 
cietatis Jesu ; Anvers, 1608, in-8° : ce catalogue" 
incomplet a été successivement augmenté par 
les PP. Schott(16l3),Alegambe(1643)etSoutli- 
well (1676); — Manual de oraciones y exer- 
cicios; Madrid, 1611, in-l6. Le P. Ribadeneira 
a traduit du latin Las Confessïones et Las Me- 
ditaciones (1598, 2 vol.) de saint Augustin. 

N. Antonio. IVova rtiblioth. hispana. — Southwell, De 
Script. Soc. jesu. 

RIBAS {Juan ue), religieux espagnol, née 
en 1612, à Cordoue, mort le 4 novembre 1687, 
dans la même ville. Il était de l'ordre de Saint- 
Dominique. Habile théologien, il enseigna avec 
réputation la philosophie dans le couvent de^^ 
Saint-Paul à Cordoue, et pendant longtemps il yy 
dirigea les études. A l'époque de sa mort ses con-i- 
frères publièrent un recueil de vers ei de discours» 
à sa louange. On a répandu sur ce religieux beau- 
coup d'assertions dont l'abbé Goujet s'est attaché 
à démontrer la fausseté. Outre des sermons et desi 
opuscules ascétiques, on a de lui : Sueldo al[ 
César y a Dios su gloria (1663, in-fol. ) , sous 
le nom de Joseph de Zais; il y prouve qu'oni 
avait eu tort d'enlever à saint Thomas la Catena 
aurea pour en faire honneur au P. Carbonnel. 
Plusieurs auteurs lui ont attribué avec quelque 
vraisemblance le fameux ouvrage intitulé Teatro 
jesuitico , apologelico discurso con saluda- 
bles y seguras dotrinas necessarias a los 
principes y senores de las tierras {ColmhTe, 
1654, in-4°), et qui porte le pseudonyme de« 
Francesco de la Piedad. Ce pamphlet, où les» 
Jésuites sont traités avec une sévérité extrême, 
fut brûlé par ordre de l'inquisition et supprimée 
avec tant d'exactitude que l'on n'en a vu dans» 
les ventes que quelques exemplaires; il devint I 
l'occasion d'une polémique passionnée, et on lei' 
donna tour à tour aux jansénistes et aux pro- 
testants. Quanta Ribas, il se refusa constam- 
ment à reconnaître pour sienne cette production 
satirique; cependant il n'y avait qu'une voix 
pour la lui attribuer dans toutes les maisons de 
son ordre en Espagne. Ribas n'en était pas d'ail- 



118 



RIBAS — RIBBING 



114 



leurs à son coup d'essai contre les Jésuites , et 
il a écrit contre eux d'autres ouvrages, qu'il a 
avoués, entre autres celui qui a pour titre Bar- 
ragan botero, et auquel le roi Philippe IV pre- 
nait tant de plaisir qu'il s'en faisait souvent lire 
tlt's passages par forme de récréation. 

KcUard, Script, ord. Prœdicat. — Goujet, dans le Dict. 
hist. de Moréri. — Pclgnot , Dict. des livret condamnés, 
U, 1S4. — Brunet, Manuel du Ubraire. 

RiBAUT (Jean), navigateur français, né à 
Dieppe, vers 1520, massacré au fort Caroline 
( Floride), en 1565. C'était un zélé protestant et 
un excellent marin. L'amiral de Coligny, pré- 
voyant les persécutions que ses coreligionnaires 
auraient bientôt à redouter, eut l'idée de leur pré- 
parer un asile au delà des mers. Avec la per- 
mission de Charles IX, il arma deux roberges 
sur lesquelles il embarqua cinq ou six cents ma- 
rins ou soldats d'élite, tous huguenots. Jean Ri- 
baut reçut le commandement de cette expédition, 
qui mit à la voile de Dieppe, le 18 février 1562. 
Après une heureuse navigation, Ribaut atterrit, 
à la fin d'avril, vers le 30° de latitude, près 
d'un promontoire boisé qu'il appela Cap Fran- 
çais. Il remonta la côte au nord, découvrit la ri- 
vière des Dauphins (1), puis celle de Mai (2), 
à l'embouchure de laquelle il débarqua (i*'' mai). 
Il a été reconnu depuis que Ribaut avait pris 
plusieurs anses pour des embouchures de fleuve; 
il est donc fort difficile de suivre son itinéraire 
et de retrouver les neuf rivières qu'il prétend 
avoir reconnues sur une étendue de soixante lieues 
de côtes. Il donna le nom de Port-Royal à l'en- 
droit où il s'arrêta (Caroline du Sud). Sur une 
île (3) située à l'entrée du Toubachire, il construi- 
sit un fort, qu'il nomma fort Charles, en l'hon- 
neur du roi Charles IX, et y laissa vingt-dnq 
hommes avec quatre canons, sous le commande- 
ment d'Albert, l'un de ses meilleurs officiers. Il 
revint à Dieppe, le 20 juillet. La petite colonie 
ne se maintint pas longtemps. Les soldats se ré- 
voltèrent, tuèrent leur chef, construisirent un 
brigantin sur lequel ils se dirigèrent vers la 
France. Le manque de vivres les força à dévorer 
plusieurs des leurs. Ils allaient sombrer en vue 
des côtes de Bretagne lorsqu'ils furent recueillis 
par une barque anglaise. 

La guerre civile avait empêché Ribaut d'ame- 
ner des secours à sa colonie ; il y prit une part 
active, et passa ensuite en Angleterre , où il fit, 
selon Walt, imprimer The whole and true 
discovery of Terra Florida {Londres, 1563, 
in-12). Après la paix de 1564, Coligny reporta 
ses regards vers la Floride. Il consacra cent mille 
écus à l'armement de trois navires, qui partirent 
sous la conduite de René de Laudonnière ( voy. 
ce nom), gentilhomme poitevin, qui avait fait 
partie de la première expédition. Ribaut partit 
de Dieppe, le 22 mai 1565, avec sept navires et 



(1) Aujourd'hui San-Juan. 

(ï| Le Rio San-IUateo des Espagnols. 

(S| Aujourd'hui Lemon island. 



environ q\iatre cents personnes des deux sexes; 
son fils Jacques l'accompagnait. Il entra le 27 août 
dans la rivière de Mai. Il y trouva Laudonnière 
sur le point de faire sauter le fort Caroline et 
réduit à la dernière extrémité par la disette et 
l'indiscipline de ses compagnons, qui presque tous 
avaient déserté. Ribaut se hâtait de rallier les 
débris de la colonie lorsqu'elle fut attaquée à 
l'improviste par une flotte espagnole, commandée 
par Menendez. Une tempête ayant dispersé ou 
brisé la petite escadre, les Espagnols en eurent 
bon marché pièce à pièce : ils prirent ensuite les 
retranchements presque sans combattre. Neuf 
cents Français furent égorgés ; malades, femmes, 
enfants, rien ne fut épargné. Menendez fit atta- 
cher à des gibets les corps des principaux officiers, 
et pour cacher sous le manteau de la religion la 
manière infâme dont il avait manqué de foi, il 
fit écrire au-dessus des cadavres de ces malheu- 
reux : « Pendus non comme Français, mais comme 
hérétiques ». Jean Ribaut, battu par la tempête, 
tomba entre les mains de Menendez et fut poi- 
gnardé par derrière-. Il fut écorché encore pal- 
pitant, et les lambeaux de son corps, coupé en 
morceaux, furent plantés sur des piquets autour 
du fort. Cet acte de barbarie ne demeura pas im- 
puni ; Dominique de Gourgues ( voy. ce nom ) en 
tira une juste et éclatante vengeance. A. de L. 

Laudonnière, Hist. de la Floride. - J. Lemoyne de 
Mourgiies, Relation du voyage de capitaine J. Ribaud 
à la Floride, dans la iVarrafio regionum Indicarum per 
fJispano.t devastatarum, public par Th. de Bry, 1590- 
1598. — Le Challeur, Dernier voyage de Jean Ribaut. 
— Brief Discours et Histoire d'un voyage de quelques 
François en la Floride. 1579, et dans les Archives cu- 
rieuses de VMst. de France, VI. — Charlevoix, Hist. de 
la Nouvelle France, 1744. — Haag frères, France protest. 
RIBBING DE LEUVEN (Adolphe - Louis, 
comte), gentilhomme suédois, né à Stockholm, 
en 1764, mort à Paris, le 1*'' avril 1843. Il entra 
fort jeune au service de France , s'embarqua 
pour l'Amérique sous le comte d'Estaing, et re- 
tourna dans sa patrie eu 1786. Membre des états 
généraux la même année, il se fit remarquer par 
son opposition violente contre tous les actes du 
roi Gustave III. Jeune et ardent, il se mit bientôt 
à la tête de cette partie de la noblesse qui voyait 
dans le roi l'ennemi de ses privilèges, et s'asso- 
cia au complot tramé par le comte de Horn , 
Ankarstroem, Lilliehorn.etc. (voy. Gustave III). 
Ce fut lui qui, dans la salle de l'Opéra, désigna 
le roi aux coups d'Ankarstroem en lui mettant 
la main sur l'épaule et en disant : « Bonjour, 
beau masque. « Le lendemain même il fut ar- 
rêté avec ses complices. Après des débats judi- 
ciaires assez longs les trois accusés furent con- 
damnés à mort; mais le l'oi avait obtenu que la| 
peine des complices serait commuée en celle du 
bannissement à perpétuité. Deux mois après la' 
mort de Gustave l'arrêt fut mis à exécution.' 
Ribbing prit le nom de van Leuven, et vint en 
France, où il fut reçu dans les salons du direc- 
teur Barras ; les dames de cette époque le dési- 
gnèrent sous le nom de beau régicide. Accueilli 



115 



RIBBI^G — RÎBEllA 



!i6 



avec empressement à Coppet par M™" de Staël 
et par Benjamin Constant, ii parcourut la Suisse 
et revint à Paris, où sous le gouvernement de 
Napoléon il vécut dans l'obscurité. La restaura- 
tion ne l'inquiéta pas, mais en 1816 il crut devoir 
suivre les exilés français en Belgique, et y fut 
l'un des rédacteurs du Vrai libéral. Lorsque 
l'amnistie permit à ses amis de rentrer dans leur 
pays, il revint avec eux à Paris, et y vécut pen- 
dant plusieurs années à peu près ignoré. On a 
prétendu que Ribbing, lors de la première repré- 
sentation du ballet de Gustave II J, voulant voir 
si la mise en scène avait bien la couleur locale, 
prit un cabriolet pour se rendre à l'Opéra, qu'il 
fit un faux pas, qu'on le releva blessé grièvement 
et qu'il mourut quelques jours après; ce fait 
n'est pas exact; le comte Ribbing est mort ou 
plutôt s'est éteint tranquillement en 1843, à l'âge 
de soixante-dix-neuf ans. 

Son fils, Adolphe de Leuven, s'est fait con- 
naître à Paris comme auteur dramatique. A. J. 

Posselt, Ceschichte Custavs III. — Hist. de iassassi- 
nat de Gustave lll, par un officier polonais, témoin ocu- 
laire. ~ Bouille. Mémoires. — Beaumont de Vassy, Les 
Suédois depuis Charles XI f. 

RiBEiRO (Bernardin), poëte portugais, né 
à Torrâo (Alemtejo), mort au seizième siècle. On 
ne sait presque rien d'exact sur l'écrivain qti'on 
a appelé parfois VEnnius deCamoens. Il sortait 
d'une famille noble ; on ne précise nulle part à 
quelle époque il fut successivement gentilhomme 
(lu palais, commandeur de Villacova dans l'ordre 
du Christ, capiiûo mor des flottes de l'Inde et 
gouverneur du fort de Saint-Georges de Mina sur 
les côtes d'Afrique. Une légende poétique fort 
accréditée en Portugal veut qu'il ait inspiré une 
vive passion à Beatriz (1), fille du roi Manoel, 
au temps où il était juge du palais. Sans affirmer 
qu'il accepte la tradition, le premier historien du 
Portugal , Alexandre Herculano, ne la rej ette nulle- 
ment; il publie même à ce sujet un récit contem- 
porain infiniment curieux, qui confirmerait la lé- 
gende bien plus qu'il ne l'infirmerait. Après 
avoir beaucoup voyagé, très-probablement il 
épousa Maria de Vilhena, de la maison de Can- 
tanhède, et il en eut une fille, à laquelle il a adressé 
les vers les plus touchants : il avait perdu sa 
raèreenlatleurdesajeunesse,etil l'avait, dit-on, 
ardemment aimée. Comment concilier cependant 
cette vive affection avec ces vers, si connus, du 
poëte : 

Nam sam casado, scnliora. 
Pois inda que dei a inao 
Nao Casei o coraçao. 

(1) Née à Lisbonne, le 3) décembre 1504, cette princesse 
charmante mourut à Nice, le 8 janvier 1S38. On affirme 
qu'elle fut tendrement aimée de son époux, Charles lil, 
duc de Savoie. I,a légende à laquelle nous faisons allu- 
sion conduit Ribeiro en Italie sous les habits d'un pauvre 
pèlerin, et lui aceorde une courte entrevue avec l'infante 
dans une église de Nice. La princesse le congédie même 
sans pitié. Si dans cette histoire parfaitement romanesque, 
nous en convenons, il fallait faire uni: large part à l'i- 
magination des contemporains , ce serait selon nous la 
seconde partie qu'il faudrait révoquer en doute. 



Le plus eiiarmant ouvrage de Ribeiro est un 
petit roman mêlé de prose et de vers, dont M. Yil- 
lemain a fait ressortir d'une façon heureuse la 
rare perfection : il est intitulé Menina e moça, 
et tire son titre des premiers mots du récit; 
nous reproduisons ici celui de la première édi- 
tion en rappelant que tout sous ce nspf cit est 
erroné dans Barbota Macliado : Prune.ira e se- 
cutida parte do livra chamado : As saudades 
de Bernardino Ribeiro, com todas as suas 
obras; Evora, 1558, in-S". La seconde édition, 
selon M. Innocencio F. da Sylva, serait la sui- 
vante : Hisioria de Menina e Moça ; Lisbonne, 
1559, in-8°. Nous ne saurions citer ici toutes le» 
réimpressions ; nous nous contenterons de re- 
commander aux amateurs de la littérature por- 
tugaise celle qui a été donnée, en 1852, pour la 
collection des classiques que l'on imprime à Lis- 
bonne. F, D. 

RIBESIONT (De). Voy. Anselme. 

ribëra {Anastasio-Panlaleon de), poëte 
espagnol, né en 1580, à Saragosse, mort en avril 
1629, à Madrid. Destiné à l'état ecclésiastique, il 
entra dans un couvent, mais il n'acheva pas son 
noviciat, et rejoignit les troupes es[>'îgnoles qui 
occupaient les Pays-Bas. Après s'être distingué 
à la prise d'Ostende (I6Q4), où il reçut plusieurs 
blessures, il revint à Madrid, et s'attacha au duc 
de Medina-Sidonia en qualité de secrétaire, li 
avait l'humeur gaie, l'esprit fertile en saillies; 
de bonne heure ses vers, pleins de verve, le mirent 
à la mode dans les plus illustres compagnies, et 
ii fut pendant quelque temps du nombre des 
beaux-esprits qui composaient la cour de Phi- 
lippe IV. 11 était fort enclin à la satire et ne. 
ménageait personne , pas même les favoris du i 
roi ; peut-être est-ce à une vengeance personnelle -' 
qu'on doit attribuer la cause de sa mort : il fut t 
assassiné dans une rue, au milieu de la nuit. 
Disciple de Gongora, il l'a imité dans la plupart t 
des poésies qu'il a laissées, comme dans les* 
fables de Proserpine, d'Echo, d'Alcée et d'Aré- 
thuse, etc. Ses amis les recueillirent après sa i 
mori (Obras poeticas; Madnd, 1634, in-4°) : 
il en a paru plusieurs éditions; la plus complète 
est celle de Madrid, 164.8, in-S". On a l'ait aussi i 
un recueil de ses plaisanteries, publié à Madrid I 
vers 1630 et devenu rare. 

Ttcknor, Hist. of t/ie spanish Ulerature, \\. 

RiBÈiîA (Joseph), dit l'Espagnolet, peintre 
et graveur espagnol, né à San-Felipe, le 12 jan- 
vier 1588, mort à Naples, eu 1656. Pendant 
longtemps les Italiens, par un sentiment d'amour 
propre national exagéré, faisaient naître Joseph 
Ribera à Gallipoli, dans le royaume de Naples ; 
les Espagnols, se sentant ainsi dépossédés, cher- 
chèrent le moyen de détruire avec des preuve* ■ 
irrécusables une semblable opinion, et ils triom- 
phèrent le jour où fut découverte l'inscription i 
suivante gravée par Ribera lui-même au basi 
d'une de ses estampes , Silène couché : Joseph^ 
la Ribera Hisp^ Valenti^ Sctaben F. Parte" 



1117 



RIBERA 



nope, 1628. Cette épithète de Valentinus q\iG 
Ribera se donnait lui-même tranchait la ques- 
tion. C'est à Xativa, aujourd'hui San-Felipe, 
ians la province de Valence, que naquit Ri- 
jcra. Il fut envoyé tout jeune dans la capitale 
lu royaume pour y faire ses humanités ; mais, 
lu lieu de s'attacher uniquement à l'élude 
,les lettres, ce qui était, paraît-il, le vœu de 
;ii famille, il se livra presque exclusivement 
m\ arts du dessin, et reçut les premières le- 
;oiis d'un peintre aujourd'hui peu connu, Fran- 
•ois Ribalta. Si l'on en croit certains auteurs 
li<;nes de foi , J. Ribera aurait été vers cette 
époque à Naples, et c'est à l'école de Michel-Ange 
le Caravage qu'il aurait emprunté c«tte manière 
le peindre un pea rude qu'il n'abandonna guère 
Ians la suite. Plus tard il se rendit à Rome, et, 
malgré l'impression profonde que lui causa la 
rue des œuvres de Raphaël, il ne put ni modifier 
;a première manière ni se défaire absolument 
le l'âpreté de ton qu'il avait été accoutumé à re- 
L'hercher dans son enfance. Un voyage à Parme 
ail'iit un moment le remettre dans la bonne voie : 
es peintures de Corrége eurent sur son talent 
ine influence salutaire, qu'il est impossible de 
contester; mais cette influence fut de courte du- 
rée. C'est à peine s'il exécuta quelques tableaux 
inspirés par une réminiscence lointaine des 
œuvres de Corrége; il revint bientôt à ses an- 
ciennes habitudes, et se laissa de nouveau guider 
uniquement par la manière de Michel-Ange de 
Caravage. Après ces excursions, J. Ribera re- 
tourna à Naples; aussitôt son arrivée dans cette 
ville , il fit la connaissance d'un homme riche et 
puissant qui lui donna sa fille en mariage. Cette 
alliance fut bientôt profitable au peintre, qui 
trouva dans son beau-père un admirateur enthou- 
siaste- Celui-ci ayant exposé sur son balcon un 
Sainl-Barthélemy peint par Ribera, ameuta la 
foule devant ses fenêtres ; le vice-roi de Naples 
voulut connaître la cause de cet attroupement , 
et ayant appris qu'il s'agissait d'un tableau, il fit 
venir le peintre chez lui , et après avoir examiné 
l'œuvre qui avait valu à son auteur ce succès, il 
la trouva si belle, que J. Ribera fut de suite 
nommé peintre de la cour et comblé de bienfaits. 
A partir de cette époque la réputation de J. Ri- 
bera grandit tous les jours; il fut reçu, en 1630, 
membre de l'Académie de Saint-Luc, et en 1644 
le pape lui envoya la décoration de l'ordre du 
Christ. Pendant les deux voyages que Velasquez 
fit à Naples, en 1630 et en 1649, ce fut Ribera qui 
lui fit les honneurs de l'Itahe. 

Il serait impardonnable de ne pas faire men- 
tion de l'habileté singulière que possédait Ribera 
à manier la pointe ; les quelques eaux-fortes que 
l'on rencontre signées de ses initiales sont tout 
à fait remarquables, et mériteraient, n'était cette 
recherche continuelle des types hideux qu'elles 
semblent dénoter, de prendre place an nombre 
des meilleures productions de la gravure à l'eau- 
forte. Le Martyre de saint Barlhélemi , Si- 



— RIBIÉ 118 

lène et le portrait de don Juan d'' Autriche 
font oublier, par la finesse de leur exécution, tout 
ce qu'il y a de repoussant dans les formes sys- 
tématiquement vulgaires que les figures affectent. 
Ribera travaillait facilement, et ses tableaux 
sont nombreux; le Lonvre en possède un, VA- 
doration des Bergers, qui ne donne pas mal- 
heureusement la mesure complète du talent peu 
mystique du maître; on n'en compte que deux 
au musée de Dresde et que quatre dans la ga- 
lerie du Belvédère à Vienne. L'Angleterre n'en 
possède qu'un petit nombre , si l'on en croit 
M. Waagen { Trésors d'art), et la National Gal- 
lery n'en avait même qu'un seul en 1857. En re- 
vanche le livret du musée de Madrid en décrit 
cinquante-trois, et il s'en rencontre en grand 
nombre à Naples dans les couvents et dans le.<» 
églises. Parmi ceux que noils avons été à môme 
de voir dans celte dernière ville, il en est un qui 
nous parait méritertine mention toute spéciale; 
il représente une Déposition de croix, se trouve 
dans l'église du couvent de San-Martino , et se 
fait remarquer par une harmonie et une vigueur 
de ton qu'aucune autre œuvre de Ribera ne nous 
a paru contenir au même degré. G. Duplessis. 
Cean Bermudez, Diccior.ario historico. — QiiUlict, 
Dict. des peintres espagnols. — Bartsch, I.e Peintre <ira- 
veur, XX. — Huart, Fie complète des peintres espa- 
gnols. — Vlardot, Notice sur les principaux peintres de 
l'Espagne. — R.-D. Caballero, Observaciones sobre la 
patria de Ribera; Valence, 1824, in-4o. 

RIBES (François), chirurgien français, né 
le 4 septembre 1770, à Bagnères de Bigorre, 
mort le 21 février 1845, à Paris. Jeune encore 
il fit des cours d'accouchement et de chiiurgie 
pratique; mais il ne se présenta qu'en 1S03 aux 
examens du doctorat en médecine. Après avoir 
failles campagnes de la république, il prit part 
à celles de l'empire comme chirurgien par quar- 
tier de Napoléon. Lorsque le pape Pie vii fut 
rendu à la liberté, Ribes l'accompagna jusqu'à 
Rome, et ce fut sans doute aux souvenirs de ce 
voyage, qu'il dut, en 1 826, d'être attaché à la mai- 
son de Charles X. En 1827 il devint médecin en 
second de l'hôtel des Invalides, et en 1837 il y 
remplaça Desgenettes dans les fonctions de mé- 
decin en chef. 11 avait été compris en 1821 
parmi les premiers membres qui constituèrent 
l'Académie de médecine. On a de lui : Sur l'ar- 
ticulation de la mâchoire; Paris, 1803, in-8°; 

— De Vanatomis pathologique; Paris, 1828- 
1834, 2 vol. in-8"'; — Mémoires et observations 
d'anatomie, de physiologie, de pathologie et 
de chirurgie; Paris, 1841-^844, 3 vol. in-8% 
pi.; — de nombreux articles dans le Diction- 
naire des sciences médicales, les Archives de 
médecine, les Bulletins de l'Académie de mé- 
decine, etc. 

Sarrut et Saint-Edme, Hommes du jour, VI, 2» partie. 

RIBIÉ (César-François), auteur dramatique 

et acteur français, né à Paris, le 18 octobre 1755^ 

mort à la Martinique, en 1830. Son père était 

joueur de marionnettes, à la Foire Saint-Lau- 



119 



RIBIÉ — RIBOUD 



12 



rent. A quinze ans il déserta la maison pater- 
nelle, et s'installa, comme commissionnaire, de- 
vant la loge des Grands danseurs dît roi. 11 
se mit aussi au service des escamoteurs ambu- 
Jants, et obtint plus tard l'emploi A'aboyeur à la 
porte du spectacle de Nicolet. Peu à peu, il s'in- 
sinua dans les bonnes grâces des gens de la 
maison , et fut chargé de quelques petits rôles. Il 
s'engagea ensuite au théâtre des Associés (1), 
€t ne tarda pas à devenir un des meilleurs co- 
miques du boulevard. Il partit pour la province, 
et revint à Paris amenant avec lui une fille nom- 
mée Latour, très-habile en tours d'adresse , et 
dont il fit sa femme. En 1796, il forma une 
troupe d'acteurs, et se rendit dans les colonies 
pour y chercher fortune. Déçu dans son espoir, 
il rentra dans la mère patrie quelques mois 
après son départ, et prit alors la direction du 
spectacle de Nicolet, devenu théâtredeia Gaieté, 
dont il changea le nom contre celui de théâtre 
à' Émulation . Cette entreprisen'ayant pas réussi, 
il parcourut de nouveau la province, s'établit à 
Rouen , et y fonda le théâtre de la république. 
Après le 9 thermidor, Ribié fut accusé de ter- 
rorisme, et se réfugia à Paris. En 1805, nous 
le retrouvons directeur de La Gaieté, après avoir 
été, dans l'intervalle, directeur à la fois de Lou- 
vois, de la Cité, et de deux ou trois jardins pu- 
blics , Tivoli en tète. Après deux années d'ex- 
ploitation , Ribié , malgré sa capacité reconnue , 
fut obligé, en mars 1808, toujours par suite de 
son esprit de désordre et de son inconduite, de se 
retirer devant les héritiers de Nicolet, qui vou- 
lurent rentrer dans leur privilège. En 1810, on 
le voit aux Jeux Gymniques, établis dans l'an- 
cienne salle de la porte Saint-Martin, où il ne fit 
que passer. Enfin, il se remit à la tête d'une 
troupe de comédiens, et traversa de nouveau les 
mers. Depuis lors on n'a plus entendu parler 
de lui. 

Ribié fut bien, comme on voit, le personnage 
îe plus excentrique, l'existence la plus extraor- 
dinaire qu'on puisse imaginer. Acteur, saltim- 
banque au besoin, directeur de deux théâtres à 
la fois, jouant dans la même soirée sur l'un 
Fénelon, sur l'autre un savetier; vendant de 
l'opiat, battant la caisse d'une manière mira- 
culeuse ; affectant des airs de grand seigneur, 
tenant maison montée, table ouverte; joueur, 
gourmand et libertin. Il voulut aussi être auteur, 
et la liste de ses pièces est assez considérable; 
mais on soupçonne avec quelque raison qu'il ne 
fit que donner le canevas; car, dénué de l'ins- 
truction la plus élémentaire, ne sachant ni lire ni 
écrire, comment aurait-il pu se passer de colla- 
borateurs? Ceux-ci, néanmoins, sont restés in- 
connus. E. nE Manne. 

Du Mersan, Notice sur Ribie. — Almanach des spec- 
tacles. — Quérard, I,a France littêr. — ncnseUjn. part. 

niBlER ( Guillaume) , conseiller d'État, né 

(1) Fondé en 1774, 11 prit, en 1794, le lllre de Théâtre 
patriotique. 



en 1578, à Blois, où il est mort, le 21 janvi< 
16C3. Il succéda à son père dans la charge d 
lieutenant au présidial de Blois, et devint en 
suite lieutenant général et président au mêm 
siège. Dans l'assemblée des états tenue en 161 
à Paris, il siégea comme député du tiers, et pn 
senta au roi, au nom de quarante-cinq de sf 
collègues, une requête tendant à obtenir un 
réduction assez considérable de l'impôt. On n 
fit point droit aux justes réclamations des dé 
pûtes, mais on accorda par honneur à Ribier 1 
brevet de conseiller d'État. La reine mère , pen 
dant son séjour à Blois, aimait à le consultt 
dans ses affaires, et lui offrit l'emploi de secré 
taire de ses commandements, qu'il refusa pa 
modestie. Il avait recueilli uu très-grand noir 
bre de documents historiques pour servira l'é 
claircissement des règnes de François P"", Her 
ri H et François II (1537-1560) ; son neveu, M; 
chel Belot, les publia à Blois, 1666, 2 vol. in-fo 

Son frère, Ribier (Jacques), conseiller a 
parlement de Paris, puis conseiller d'État, a écri 
des Mémoires concernant les charges de chan 
celier et garde des sceaux de France (Paris 
1629, in-4°) et un Discours sur le gouverne 
ment des monarchies (ibid., 1.630, in-A"). 
Bernler, Hist. de Blois. — Moréri , Dict. hist. 

RiBOisiÈRK (La). Voy. La Riboisière. 

RiBOVD (Thomas-Philibert), littérateu 
français, né le 24 octobrel755, à Bourg en Bresse 
mort le 6 août 1835, à Jasseron, près cette villei 
Reçu à dix-neuf ans avocat au parlement di\ 
Dijon, il alla pratiquer le barreau à Lyon, e 
fonda, de concert avec Delandine, Gerson e 
Geoffroy, la Société littéraire, où il lut plusieur 
morceaux en prose et en vers. En 1779 il fu 
nommé procureur du roi au p<'ésidial de Bourj, 
et subdélégué de l'intendant de Bourgogne. Parr 
tisan de sages réformes,' il présida l'Assemblés 
des notables de la Bresse (1787), et fut porté en 
mai 1790 au poste de procureur général syndiii 
du département de l'Ain. Dans l'Assemblée lé- 
gislative, où il représenta ses compatriotes, i 
vota avecle parti constitutionnel. Sous la terreuu 
il subit une détention de quelques mois à titnr 
de suspect. Le Directoire le choisit en l'an m 
pour commissaire près l'administration départes 
mentale, et le destitua après le coup d'État dd 
fructidor. Élu membre du Conseil des cinq cenfcl 
(1798), il quitta Paris à la suite du 18 brumaire* 
et professa l'histoire philosophique à l'école cenfl 
traie de Bourg. Rappelé bientôt dans la magis-. 
trafure, il fut mis à la tête ,du tribunal civil dd 
l'Ain (19 germinal an vui), et passa, lors de Ici 
réorganisation des tribunaux, dans la cour ira-i 
périale de Lyon comme président de chambre 
(1811). De 1806 à 1814 il fit partie du Corps léi 
gislatif, et rédigea sur certaines parties du codei 
des rapports et des procès-verbaux qui témoM 
gnent de son savoir. Envoyé en 181 5 à la Chambre 
des représentants, il ne put y siéger, parce quei 
son élection était arguée de nullité. Au secondu 



121 llIBOUD — RICARD 

retour des Bourbons, il fut nommé président 
honoraire (25 octobre 1815), revint dans son 
^pays natal, et partagea ses ioisirsentre l'cHuJe et 
[les travaux de la Société d'émulation, qu'il avait 
[fondée. 11 était aussi membre de plusieurs so- 
■ciétés provinciales et correspondant de l'Acadé- 
mie des inscriptions. On a de lui un assez grand 
nombre d'opuscules liistoriques et littéraires, 
parmi lesquels on remarque : Étrennes litté- 
raires; 1785, in- 8°; — Éloges d'Agnès Sorel; 
Lyon, 1786, in-S»; — Essai sur les moyens 
de subvenir aux besoins publics ; 1790, in-8°; 
— Recherches sur Vorigine, les mœurs et 
les usages de quelques communes du dé- 
ipartement de l'Ain; Paris, 1810, in-S»; — 
Études de l'histoire du département de l'Ain 
par les monuments , dans les Annuaires de 
l'Ain, J824 à 1827 ; etc. 

Journal de la Société d'émulation del'Jin, sept, et 
oct. 1835. 

RIBOITTTÉ {C harles- Henri) , chansonnier 
français, né à Commercy, le 10 octobre 1708, 
mort en 1740. Fils d'un maréchal ferrant des 
équipages du prince de Vaudemont, il eut, dit-on, 
ime jeunesse fort dissipée, et ses folies obligèrent 
sa famille à le faire enfermer pendant quelque 
temps. Pour se venger, il composa dans sa pii- 
son des couplets satiriques contre toutes les da- 
mes de la petite cour de son pays ; lorsqu'il fut 
'rendu à la liberté, on l'envoya à Paris pour le 
soustraire aux vengeances des familles chan- 
f sonnées dans ses couplets. Sa gaieté, son esprit 
l' aimable lui firent beaucoup d'amis dans cette 
ville; grâce à leurs bons offices, il obtint une 
(place de contrôleur des rentes, qu'il conserva jus- 
qu'à sa mort. Il est auteur d'un grand nombre 
1 de chansons ; la plus populaire est celle qui com- 
imence ainsi : Que ne suis-je la fougère? elle 
a survécu à toutes les autres. Celles intitulées 
Les Souhaits et L'Ambition de l'amour eurent 
'aussi un grand succès. Elles ont été reproduiles 
' dans les Chansons populaires de la France 
|en 1843. A. J. 

' Durnont, Uist. de la ville et des stigneurs de Com- 
tmercy, II, '.-6. - Chaudon et Delandine ,Dict. universel. 

I RIBOITTTÉ {François- Louis), auteur dra- 
imalique français, né à Lyon, en 1770, mort à 
, Paris, en février 1834. Il était d'une famille de 
] commerçants, fit de bonnes études, et alors que 
, la révolution éclata il s'enrôla dans les ba- 
taillons qui défendirent Lyon contre les troupes 
de la Convention. Il parvint à s'échapper lorsque 
la ville fut prise, et vint à Paris, où il se fit re- 
; marquer parmi les jeunes gens qu'on appelait 
alors la jeunesse dorée. Après avoir été pen- 
dant quelques années agent de change, il résigna 
; cet emploi, sans renoncer pourtant à faire quel- 
ques opérations financières , et se livra à la litté- 
I rature, ce qui donna lieu à l'épigramme suivante: 

' Rlboutté dans ce monde a pUis d'une ressource, 
I 11 spécule au théâtre, et compose à la bourse. 

I Celle de ses comédies qui eut le plus de succès 
36t la première, L'Assemblée de famille (ISOS) ; 



122 



on lit courir le bruitque Riboutté soignait .ses .suc- 
cès beaucoup plus que ses ouvrages, qu'il com- 
posait avec soin son pai terre, que la complaisance 
et le zèle des acteurs n'étaient pas désintéressés , 
enfin que Geoffroy, qui tenait alors le sceptre de 
la critique dans le Journal de l'empire, trou- 
vait fort bien son compte à louer l'ouvrage et 
l'auteur. Aussi lorsque dans son feuilleton du 
28 février 1808 il disait : « On dit que l'auteur 
est dans les affaires , eh bien ! en donnant son 
ouvrage il en a fait une bonne, » on fit courir 
cette épigramme : 

Geoffroy, rempli de complaisance; 
A porté Jusqu'aux deux le nom de Rlboutté; 

C'est avec iDgéoulté 
Signer publiquement une bonne quittance. 

Il n'en est pas moins vrai que la pièce eut du 
succès et qu'elle fut admise en 1810 au concours 
pour le prix décennal. Riboutté avait épousé 
M"e Simon, actrice du Théâtre-Français. On 
a encore de lui trois comédies en cinq actes et 
en vers : Le Ministre anglais, 1812 , L'Amour 
et l'ambition, 1822, et Le Spéculateur ou l'É-^ 
cote de la jeunesse , 1826. A. J. 

Biogr. des hommes vivants. — Quérard, La France lit- 
téraire. — Histoire du théâtre français. — Journal de 
l'empire, février 1828. 

RICARD ( Jean-Marie ), jurisconsulte fran- 
çais, né en 1622, à Beauvais, mort en 1678, à 
Paris. Il eut la réputation d'un des plus célèbres 
avocats du parlement de Paris ; il n'avait point 
de facilité à plaider; mais en fait de consulta- 
tions et d'arbitrages, ses décisions faisaient au- 
torité. Son désintéressement était si grand que 
c'était, dit-on, lui faire injure que de lui offrir 
de l'argent; la satisfaction d'avoir assisté ceux 
qui avaient besoin de ses lumières lui suffisait. 
Il est un des auteurs qui ont le mieux inter- 
prété l'ancien droit français. On a de lui : Traité 
des donations ; Paris, 1652, in-4° ; — Coutume 
rfe SewZis; Paris, 1655, in-4''; — Coutume 
d'Amiens, avec commentaire; Paris, 1061, 
in- 12. Ces ouvrages ont été réimprimés plusieurs 
fois jusqu'à la révolution, augmentés et an- 
notés. Son fils , avocat comme lui , et nommé 
aussi Jean-Marie, les réunit avec d'autres, iné- 
dits (Paris, 1701, 2 vol. in-fol. ); l'édition la 
plus recherchée des Œuvres de Ricard a été 
donnée par Duchemin et Bergier (Clermont- 
Ferrand, 1783, 2 vol. in-fol. ). Cet avocat a en- 
core eu part à la publication des Œuvres de Ck. 
du Moulin (Paris, 1654, 4 vol. in-fol. ), faite avec 
Pinsson, et il a augmenté de plus des deux tiers 
la Coutume de Paris de Fortin ( Paris, 1666, 
in-fol. ). 

Simon, Bibl. des auteurs de droit. — Camus, Pro- 
fession d'avocat, édit. Dupin. 

RICARD {Dominique), traducteur français, 
né le 23 mars 1741, à Toulouse, mort le 28 jan- 
vier 1803, à Paris. Ses parents, trop pauvres pour 
lui donner de l'éducation, le confièrent à un re- 
ligieux de Toulouse, qui dirigea sa première 
jeunesse. Il entra dans ia congrégation des doc- 



123 



RICARD — 



trinaires, et se voun , aillant [lar goût que par 
devoir, à la carrière (îe l'enseigneinent. A peine 
reçu baciielier, il fut envoyé à Auxerre pour y 
professer la rhétorique. V Éloge funèbre du 
dauphin (1766, in-4o) et un discours sur le ma- 
riage du nouveau dauphin, depuis Louis XVI 
(Oratio gratulatoriû ; 1770, in^") , prononcés 
l'un et l'autre devant les magistrats et le clergé 
de la ville, firent concevoir de lui des espérances 
qu'il justifia dans la suite. Les querelles reli- 
gieuses qui troublaient alors le royaume n'é- 
pargnèrent pas le collège d'Auxerre; la division 
se glissa entre le bureau d'administration et les 
professeurs, un procès s'engagea, de nombreux 
mémoires furent publiés de part et d'autre , et 
l'autorité rétablit la paix eu 'fermant le collège 
(1772), L'abbé Ricard vint alors à Paris, et se 
«hargea de l'éducation du fils du président Mes- 
lay. Jusqu'à la fin de sa vie il se plut à aider de 
ses conseils et de ses leçons des jeunes gens sans 
fortune. Toujours bienveillant et modeste , il 
compta des amis dans tous les rangs et dans tous 
les âges; Mably, Barthélémy, Auger, Dussaulx, 
Larcher, Sicard, Dacier, Mme de Créqui lui étaient 
particulièrement attachés. Sans le vouloir, il s'est 
peint lui-même dans ce passage de l'excellente 
notice qu'il a consacrée à son écrivain favori : 
« Il conserva toujours la modération dans la sa- 
gesse, qualité si rare et si difficile. Il n'enseigna 
qu'une philosophie douce et raisonnable, indul- 
gente avec fermeté, conciliante sans mollesse, 
invariable dans ses principes, mais accommodante 
sur les défauts, qui ne transige jamais avec les 
passions, mais qui ménage l'homme faible pour 
gagner sa confiance et le mener à la vertu par la 
persuasion. » Comme lettré, il avait su se con- 
cilier l'estime de tous ses confrères. En 1785 il 
sollicita la place que la mort de Lévesque de Bu- 
rigny avait laissée vacante dans l'Académie des 
inscriptions ; son attente fut trompée. Trois ans 
plus tard il refusa de renouveler les mêmes dé- 
marches en apprenant que M. de Barentin, le 
garde des sceaux, offrait d'appuyer sa demande. 
La traduction de Plutarque fut la principale af- 
faire de l'abbé Ricard : il s'y prépara par des 
études sérieuses, et se rendit familier avec toute 
l'antiquité classique. Non-seulement il se mit en 
état d'entendre l'auteur qu'il avait choisi, mais il 
le commenta, le réforma même avec supériorité; 
c'est dans ses notes que l'on apprécie à quel degré 
il avait l'érudition saine, étendue et polie. En 
marchant sur les traces d'Amyot, il ne préten- 
dait pas le surpasser ou le faire oublier; il 
s'appliqua àtransporter le grec d'une façon claire 
et exacte dans une langue presque entièrement 
renouvelée depuis le seizième siècle. Malgré le 
charme du style, la version d'Amyot est fort dé- 
fectueuse : Bachet de Meziriac y avait relevé 
jusqu'à deux mille fautes grossières; quant à la 
'.crsion de Dacier, écrite sans vie et sans cha- 
!(-ur, elle a justifié le mot « qu'il connaissait tout 
(les anciens, hors la grâce et la finesse «. Au 



» 






RICARDO m 

mérite de l'exactitude Ricard en a joint un autn 
non moins précieux, c'est d'avoir travaillé su 
des éditions plus correctes que ses prédécesseurs 
et notamment sur les manuscrits que Louis XI'N 
avait fait venir à grands frais du Levant. Outn 
les opuscules cités, on a de lui : Œuvres mo- 
rales {Pàùs, 1783-1795, 1-7 vol. in-12), et Vie,' 
des hommes illustres de Plutarque (ibid., 1799 
1803, 12 vol. in-12); ces deux versions onteu d( 
nombreuses réinri pressions jusqu'à nos jours 
— Sur les prophéties deM^'^ Labrousse; 1789 
in-8°; — Journal de la religion et du culti 
catholique; Paris, 1795, 12 numéros in-8°; — 
La Sphère, [)oëme en viii chants; Paris, 1796 
in-8°. Ricard a édité en 1804 deux ouvrages post 
humes de l'abbé Pluquet, et il a laissé en ma- 
nuscrit des traductions d'Aristote, de Démos 
thène, de Sophocle, de Cicéron, et un grand 
nombre de poésies fugitives. P. L. 

Journal de Paris, 16 fév. 1803. — Notice, à la lûte dc! ' 
Vies de Plutarque, Dldot, 1849, 2 ?ol. gr. ln-8°. — Biogr 
Toulousaine. 

RICARDO ( David ), économiste anglais, né 
le 19 avril 1772, à Londres, mort le 1 1 septembre 
1823, àGatcomb-Park (comté de Gloucester). Son 
père, Israélite hollandais, s'était établi dès sa 
jeunesse en Angleterre et y avait acquis une 
fortune considérable. David , le troisième de ses 
enfants, fut destiné au commerce. Peu enclin, 
au grand désespoir de son père , à la carrière du 
commerce, il montra dès son jeune âge un goût 
marqué pour les abstractions et les généralités. 
Peu à peu les dissentiments entre le père et le 
fils devinrent tels que celui-ci se convertit au 
christianisme, et épousa, peu après, miss Wil- 
kinson, qui lui donna plus de trente années de 
bonheur domestique. Réduit à ses propres res- 
sources depuis la séparation d'avec son père, il 
reçut de ses amis un concours empressé dans 
toutes ses entreprises, et réalisa bientôt une 
fortune indépendante. Dès lors il put consacrer 
presque tout son temps à compléter son édu- 
cation. U^ étudia les mathématiques, la chimie, 
la minéralogie, établit un laboratoire, forma 
une collection de minéraux et de roches , et fut i 
un des fondateurs delà Société géologique de 
Londres. Mais il ne tarda pas à quitter ces étu- 
des pour se livrer exclusivement à celle de l'é- ; 
conomie politique. En 1799, dans un voyage»" 
à Bath, entrepris pour la santé de sa femme, 
il prit pour la première fois connaissance de La 
Richesse des Nations d'Adam Smith. La lec- 
ture (le cet ouvrage et les questions qui s'y» 
trouvent agitées l'attachèrent singulièrement, et:t 
le portèrent à s'essayer dans ce genre de travaux.'' 
Son premier essai parut, sous forme de lettres, , 
dans le Morning Chronicle de 1809; il le publia} 
ensuite sous le titre : The high price of Million, 
a proof of the dépréciation of bank notes. 
L'auteur y établit que « la surabondance ou la 
faiblesse du cours ne sont qne des termes rela- 
tifs , et que tant que le cours d'un pays se corn- 



ul,(,r,c (iiiifuiement de monnaies d'or ou d'argent 
(il- |)nj)ier convertible en ces monnaies, il est 
poss:b:t' que le cours s'élève au-dessus ou 
ïn|mbi.'. au-dessous du cours des autres pays 
une somme plus grande que celle qui est né- 
ssaire pour les frais d'iuiportaliou de monnaie 
rauRère ou de lingots, dans le cas de faiblesse, 
i bien |)our les (rais d'exportation d'une partie 
1 snperllu , dans le cas de surabondance ». 
3 traité servit de guide dans la fameuse dis- 
issioa des lingots (en 1809), et contribua cer- 
inement à l'adoption des mesures proposées 
ins le parlement. Cependant les principes émis 
ir Ricardo rencontrèrent aussi des adversaires : 
osanquet les attaqua dans ses Practical ob- 
•vations. Ricardo y répliqua en 1811 [Reply 
M. Bosanquefs Practical Observations on 
ïe Report of the bullion commitiee ) : c'est 
n des meilleurs morceaux de controverse qni 
ent paru sur une question d'économie politique, 
victoire de Ricardo fut complète. Ce fut 
ers cette époque qu'il se lia d'amitié avec Mal- 
': lus , et surtout avec Niell , l'historien de l'Inde 
ritannique. Suivant avec intérêt toutes les 
uestions à l'ordre du jour, il publia, en 
815, à l'époque où se discutait le taux de 
I importation des blés étrangers, son Essay 
\n the influence of a low price of corn on 
\he profits of stock jW s'y déclara en faveur 
lie la liberté du commerce des blés, et émit 
Iles idées qu'il devait développer plus tard, 
j'année suivante il fit paraître ses Proposais 
''or economical and secure currency, wUh 
Observations on the profits of the bank oj 
England , où il examine les circonstances qui 
Jétermineut la valeur des espèces monnayées , 
orsque la production en est laissée aux indi- 
vidus ou lorsqu'elle est soumise à des restric- 
tions sous un régime de monopole. On y trouve 
aussi une estimation bypothétiqiie des gains de 
la Iwnque d'Angleterre depuis la suspension des 
payements en argent. 

Le principal ouvrage de Ricardo a pour titre : 
Principles of political economy and taxa- 
tion; Londres, 1817; trad. en français par 
S. Constancio, Paris, 1834, 2 vol. in-8°. Son 
apparition fait époque dans l'histoire de l'éco- 
nomie politique. Le principe établi et développé 
par l'auteur est que « la valeur courante ou re- 
lative des denrées tient exclusivement aux quan- 
tités de travail requises pour leur production ». 
Selon A. Smilh, ce principe n'était vrai que 
dans l'enfance de la société : il supposait que 
depuis la constitution de la propriété l'établis- 
sement des rentes , l'accumulation des capitaux 
et leur emploi pour le salaire des ouvriers , la 
valeur des denrées variait non-seulement sui- 
vant la quantité de travail requis pour lés pro- 
duire et les amener sur place , mais encore sui- 
vant la hausse et la baisse des rentes et des sa- 
laires. Ricardo s'aidantdes recherches de Malthus 
et de West sur les revenus, réfute cette manière 



RICARDO 126 

de voir, en montrant qucle principe qui détermine 
la valeur des denrées aux époques primordiales 
de la société continue de la déterminer dans les 
âges subséquents. Voici les conclusions de son 
ouvrage : « lo Le revenu est tout à fait étranger 
aux frais de productions ; 2° le capital étant le 
produit d'un travail antécédent et n'ayant de 
valeur que celle qu'il lire de ce travail, le fait 
que la valeur des denrées produites par son ac- 
tion est toujours déterminée par les quantités 
de capital dépensées dans leur production 
prouve que cette valeur est en réalité déterminée 
par les quantités de travail ; 3" ,que la hausse 
des salaires amène la baisse dans les profits et 
non dans le prix des denrées, et que ia baisse 
des salaires amène la hausse dans les profits et 
non la baisse dans le prix. » Ces conclusions 
ne forment qu'une partie, la plus essentielle, il 
est vrai, de l'ouvrage de Ricardo. Après avoir 
établi que ia variation des profits est en raison 
inverse de celle des salaires, il essaya de décou- 
vrir les circonstances qui déterminent le taux 
des salaires, conséquemment celui des profits : il 
les trouva dans les frais de production des articles 
nécessaires à la consommation du travailleur. 
Il partit ensuite de là pour montrer l'influence 
réelle des impôts sur les revenus, les profits , 
les salaires et les produits bruts. 

La considération que Ricardo s'était acquise 
le fit porter en 1819 à la chambre des communes, 
où il siégea pour Portarlington , et vota , sans 
appartenir au parti wliig, presque toujours avec 
l'opposition. Sa timidité naturelle l'empêcha de 
monter souvent à la tribune. «J'ai essayé, écrivit- 
il à un de ses amis ( 7 avril 1819), deux fois de 
parler ; mais je l'ai fait de la manière la plus 
embarrassée, et je n'ai guère l'espoir de vaincre 
l'épouvante qui me saisit dès que j'entends le 
son de ma voix. » A la clôture de la session de 
1823, de retour à sa résidence de Gatcorab- 
Park, il s'occupait à compléter le plan d'une 
banque nationale, lorsqu'il ressentit tout à 
coup une violente douleur dans l'oreille, dont 
il souffrait depuis longtemps. La rupture d'un 
abcès amena un soulagement momentané; mais 
bientôt il se déclara une inflammation qui l'em- 
porta rapidement , à l'âge de cinquante et un 
ans. Le projet dont Ricardo poursuivait à la 
fin de ses jours l'exécution remontait à 1816. 
C'était un système de banque dans lequel les bil- 
lets seraient échangeables , non contre des es- 
pèces monnayées, mais contre des lingots. La 
sécurité des porteurs de billets se trouvait ainsi 
conciliée avec celle des banques. Celles-ci étaient 
obligées de restreindre leurs émissions, pour 
n'avoir pas à augmenter leur garantie en lingots; 
et comme les lingots n'avaient pas cours de mon- 
naie, les banques étaient moins exposées à des 
demandes de remboursement. « Rien, ajoute 
ici M. Blanqui , n'était plus ingénieux que ce 
système, puisqu'il présentait tous les avantages 
du crédit sans en avoir les dangers et toutes les 



127 

garanties d'une monnaie d'or sans en entraîner 
Jes frais. Aussi est-il probable qu'on en fera l'essai 
quelque jour avec succès dans plus d'un pays. « 

Outre les ouvrages cités, on a de Ricardo : Pro- 
tection to agriculture ;hoaàKs, 1822, brochure 
de circonstance, parue pendant les débats parle- 
mentaires au sujet des Corn-laws ( lois sur les 
blés ) ; — beaucoup de Notes, la plupart inédites, 
sur la défense de ses doctrines contre les objec- 
tions de Malthus, et une exposition des erreurs 
dans lesquelles il croyait que Malthus était 
tombé. F. H. 

Notice sur la vie et les ouvrages de D. Rieardo, en 
tête de ses Principes de l'économie politique et de 
l'impôt ( trad. par Constancio ). — BlanquI , histoire de 
l'Économie politique, t. Il, p. 215. 

RICARDOS (Antonio, comte de), général es- 
pagnol, né en Catalogne, le 10 septembre 1727, 
mort à Madrid, le 13 mars 1794. Fils d'un colo- 
nel irlandais qui avait épousé la fille du duc de 
Montemar, il entra dans le régiment de son père 
dès l'âge de quatorze ans comme capitaine. En 
1746, il assista à la bataille de Plaisance, et fut 
nommé colonel. Il fit la campagne de Portugal 
en 1762, et accepta ensuite une mission militaire 
au Mexique. A son retour il fut l'un des commis- 
saires chargés de déterminer les frontières entre 
l'Espagne et la France. Nommé inspecteur gé- 
néral de la cavalerie, il fonda à Ocana une école 
de cette arme. En 1774, il suivit le comte 
O'Reilly dans sa malheureuse tentative sur Alger, 
et partagea ses dangers et sa disgrâce. Dénoncé 
à l'inquisition pour ses opinions philosophiques, 
il fut condamné à assister à l'auto-da-fé subi 
en 1778 par Olavide, et resta éloigné de la cour 
jusqu'à l'avènement de Charles IV, qui lui confia 
le gouvernement du Guipuscoa (1789), puis celui 
de la Catalogne (1793). En mars suivant il fut 
investi du commandement de l'armée espagnole 
qui envahit le Roussillon. Il obtint d'abord quel- 
ques succès ; s'empara de Céret, de Fort-les-Bains 
eldeBellegarde. Le3 juillet il adressa « Â qui que 
ce soit qui commande l'armée française » une 
lettre par laquelle il protestait contre les levées 
en masse, et déclarait faire pendre tous les ha- 
bitants qui prendraient les armes. Pendant qu'il 
s'avançait lentement dans le Roussillon, le gé- 
néral Dagobert, par une manœuvre rapide, cou- 
vrait Mont-Louis , prenait Puycerda et soumet- 
tait la Cerdagne espagnole. Ricardos se porta 
alors sur Perpignan. Vainqueur à Corneillas, il 
fut battu à Salces.Il reprit sa position deTruillas, 
où les Français, ayant commis l'imprudence de 
l'attaquer, subirent de grandes pertes (22 sep- 
tembre). Il serra Perpignan, prit Port-Vendres, 
Saint-Elme, Coliioure, et remporta une nouvelle 
victoire, dans laquelle le représentant Fabre (de 
l'Hérault) fut tué. Malgré ces avantages, malgré 
surtout la division qui régnait parmi les chefs 
français , Ricardos n'obtint pas de résultats dé- 
cisifs. Il se rendit à Madrid en janvier 1794 pour 
y combiner un nouveau plan de campagne, y fut 
reçu avec de grands honneurs et créé capitaine 



RICARDO — RlCASOLl 12?' 

général des armées. Il retournait à son arr.néé, 
lorsqu'il mourut en route. On attribua sa mort 
à une tasse de chocolat qu'il avait prise chez ie 
duc de La Alcudia (Godoï), et qui contenait, 
dit-on, du poison destiné à ce dernier. 

El Mercurio lispailol de mars 1794. — Éloge du qén. 
Ricardos, daaslei Mémoires de l' Académie économique 
de Madrid, 1795. — J.-F. Bourgoing, Tableuu de l'Es- 
pagne moderne. — J.M. Hervas de Almenaria, Elogio 
hiitorico del gênerai A. /«cardes,- Madrld,-1798, !n-8»; 
trad. fr., iiiènie année. 

RICARVILLE ou RICHARVIL^E ( Quil- 

laume de), capitaine français, né vera i396, 
mort après 1470. C'était un gentilhomme du 
pays de Caux , qui suivit fidèlement le parti de 
Charles VII. En 1428 il était capitaine de la 
garde du corps du roi ; il fut ensuite le compa- 
gnon d'armes de la Pucelle. En 1432 il se joignit 
à une poignée de braves soldais qui tentèrent 
d'enlever Rouen aux Anglais ; ils surprirent le 
château pendant la nuif, et réussirent à s'inslaiier 
dans la grosse tour. Mais leur petit nombre ne 
leur permettant pas d'aller plus loin, Ricarville 
retourna à Beauvais, et pressa le maréchal de 
Boussac de lui donner, ainsi qu'il avait été con- 
venu, un renfort de troupes. La mutinerie des 
soldats et l'indécision du maréchal eurent pour 
résultat de laisser les Français, déjà introduits 
dans le château, à la merci du gouverneur an- 
glais, qui les fit tous décapiter par la main du 
bourreau. Plusieurs historiens , môme contem- 
porains, affirment que Ricarville retourna vers 
ses compagnons et que sa tête, décollée, fut 
exposée au pied de la tour. Mais cette asser- 
tion est erronée. Guillaume de Ricarville re-- 
prit son service à la cour. En 1435 et 1436, 
il combattit lors de l'insurrection du pays de ■ 
Caux, devint prisonnier des Anglais, et reçut du i 
roi 500 florins , le 5 février 1438, pour l'aider • 
à payer sa rançon. En 1442 et 1443, pannetier 
du roi, il commandait une compagnie de cent 
hommes d'armes et défendit la ville de Dieppe 
contre les Anglais. En 1455 il était garde oui 
capitaine du château de Loches. Il déposa i 
comme témoin lors du procès de réhabilitation i 
de la Pucelle, en 1456. A la date du 8 mai 1470, 
il portait le titre d'éeuyer maître d'hôtel du rot 
et jouissait d'une pen.sion de 1,200 livres que lui 
faisait Louis XI. A. V— V. 

ArcMves Aoubise, p. 110, fol. 230. J. 183, n-" 142. — 
Cabinet des titres, dossier Ricarville. Ms. Dupuy n» S5-2,. 
fol. 129. — Chroniques de Normandie, de Jean Chartier 
et de Monstrelet. — Vitet, Histoire de Dieppe, 1844, 
In-lS, p. 38. — Qulchcrat, Procès de la Pucelle , t. III, 
p. 21. — Beanrepaire, Notes sur la prise du château 
de Houen par Ricarville, 1856, ln-8°, etc. 

* RiCÂSOLi ( Bettino, baron), homme d'État 
italien, né le 9 mars 1809, à Florence. Il estl& 
dernier représentant d'une ancienne famill» 
lombarde, qui occ:ipa dès le treizième siècle, 
à Sienne et à Florence, les postes les plus élevés 
de l'armée et de l'État (1). Après avoir fait d'ex- 

(1) M. Lulgi Passerlni a écrit l'histoire de cette maison 
f Cenealogia e storla délia famiglla Itiçasoli ; Klareoce; 
1861 ). 



, 29 RICASOLI 

icllenles (^ludes à lise et à Florence, il puisa les 
(Jées d'indt^pendance et d'unité pour l'Italie dans 
a société de Tito Manzi, ancien ministre de la 
)olice du royaume d'Étrurie, des e\ilés Col- 
etta, Poerio , Pepe , et d'autres zélés partisans 
le la réforme civile et religieuse, comme Gior- 
lani, Niccolini, Salvagnoli, de Potier, etc. Il se 
naria jeune encore dans la maison des Bonac- 
•orsi, et s'adonna à l'agriculture, qu'il considère 
»vec raison comme nn art social. Des articles 
•emarquahles, qu'il publia sur les différentes cul- 
jtures du mûrier, de la vigne et de l'olivier le fi- 
Irent connaître, et la qualité de ses vins de Chianti 
lui valut une médaille et la croix de la Légion 
l'honneur à l'exposition universelle de 1855 à 
Paris. Son premier acte politique fut un Mémoire 
]u'il présenta, en mars 1847, au grand-duc Léo- 
joid II; il y dévoilait, avec nombre de faits à 
'appui , le peu d'instruction du clergé toscan et 
!e relâchement de ses mœurs, ainsi que les abus 
\ie l'administration tt du système municipal. 
Peu de temps après, il accepta la charge de 
i^onfalonier, et la résigna aussitôt qu'il vit le 
grand-duc choisir des ministres dont il ne par- 
tageait point les vues. Membre de la commission 
ie gouvernement {commissione governativa), 
et se fiant encore aux promesses de Léopold de 
conserver intactes les franchises constitution- 
nelles , il consentit à faciliter son retour en Tos- 
cane (avril 1849). Son illusion dura peu, Trompé 
deux fois et dégoûté de la politique, il se livra 
avec plus d'ardeur que jamais à l'agriculture. De 
1849 à 1859, il travailla avec succès au dessè- 
chement d'une partie notable de la Maremme 
toscane. Il avait fondé avec Salvagnoli et Lambrus- 
chini un Journal, La Patria, où se manifestaient 
ses vues élevées et ses tendances unitaires. Après 
l'expulsion du grand-duc (avril 1859), Ricasoli 
fut appelé au ministère de l'intérieur, et tendit 
à l'annexion de la Toscane au Piémont. Plein 
de défiance pour tout ce qui émane du peuple, 
il restreignit dans le principe la loi électorale, 
et réprima avec sévérité toute manifestation dé- 
mocratique. Ayant obtenu Sauli pour successeur, 
il se rendit , comme député de Florence , à la 
chambre de Turin Victor-Emmanuel le nomma 
ministre de l'intérieur, et président du conseil 
(juin 1861), à la mort de Cavour. Ce choix fut 
généralement approuvé en Italie; on connaissait 
son caractère ferme et résolu, et nol autre que 
lui ne semblait devoir trancher les deux ques- 
tions de Rome et de la Vénétie. Son but était 
de conquérir ait roi d'Italie sa véritable capitale; 
mais la pression exercée par les gouverne- 
ments étrangers paralysa tous ses efforts. L'im- 
patience des Italiens les rendit injustes à son 
égard ; ils appelèrent son parti celui de Yim- 
iiiobiltté; son inllexible persévérance fut taxée 
d'entêtement; son air brusque et hautain, sa 
parole brève et mordante commencèrent à 
déplaire; on l'accusa de négliger le rétablisse- 
ment de l'ordre dans les provinces méridionales 

KOtJV. BIOGR. CÉSÉU. — T. XLII. 



— KICAUT 130 

et l'organisation du royaume, pour poursuivre 
avant l'heure l'affranchissement de Rome. Enfin, 
Raltazzi fut appelé, le 3 mars 1862, à le rem- 
placer. Sans ambition personnelle , il est trop 
fier pour rechercher la popularité. Il refusa, 
en 1861, les monuments dont les municipes 
de Lucques et de Grosseto avaient voté l'érec- 
tion en reconnaissance de ses services. Il s'est 
dévoué tout entier à l'Italie : « Après Villa- 
franca, dit-il, j'ai craché sur ma vie. » S. R. 

F. dall' Ongaro, Beltino Ricasoli. — Unsere Zeit, VI. 
RICAUT (Sir Paul), historien anglais, né 
vers 1628, à Londres, où il est mort, le 16 dé- 
cembre 1700. Il était le dixième fils de Pierre 
Ricaut, marchand de Londres, connu par quel- 
ques ouvrages utiles. 11 fit de bonnes études à 
Cambridge, et voyagea pendant plusieurs années 
en Europe, en Asie et en Afiique. En 1661 il 
accompagna, avec le titre de secrétaire, le comte 
de Winchelsea, envoyé eu ambassade auprès de 
Mahomet IV, et profita de son séjour à Cons- 
tantinople pour s'instruire des mœurs et de la 
religion des Turcs ; il rédigea en 1663 les ar- 
ticles du traité de paix conclu entre l'Angleterre 
et la Porte, et eut beaucoup de part au privi- 
lège qu'obtinrent les bâtiments anglais d'être 
exemptés du droit de visite. Il eut aussi l'occa- 
sion, en se rendant à Londres par terre, de s'ar- 
rêter en Hongrie dans le camp ottoman et d'y 
lier connaissance avec le fameux vizir Koprili. 
Il fut ensuite consul à Smyrue, et remplit ces 
fonctions pendant seize ans. A son retour, Jac- 
ques II le nomma, en lécompense de ses ser- 
vices, secrétaire du vice-roi d'Irlande (1685), juge 
de l'amirauté etclievalier. La révolution de 1688 
lui fit perdre ses emplois; mais en 1690 il obtint 
de Guillaume III celui de résident près des villes 
anséaliques. L'âge et les infirmités le forcèrent 
à revenir dans son pays quelques mois avant 
sa mort. Ricaut faisait partie de la Société royale 
de Londres. Il était fort instruit, et possédait, 
outre les langues anciennes, le turc, l'italien, 
l'espagnol et le français. Ses ouvrages sont esti- 
més; en voici les titres : The présent s tôle of 
the ottoman cynpire, conlaining themaxims 
of the turkixh policy, their religion and mi- 
litary discipline; Londres, 1669, in fol., et 
1675, in-8° : cet ouvrage, un des premiers qui 
aientbien fait connaître les Turcs, fut traduitdans 
plu.sieurs langues; on en a deux ver.Nions fran- 
çaises, l'une de Briot (Paris, 1670, in-4°, et Ams- 
terdam, 1670, in-12), fort exacte et annotée, 
l'autre de Bespier (Rouen, 1677, 2 vol. in-12); 
— History of the Turks, from 1623 to 1677; 
ibid., 1680, in-fol., trad. en français par Briot 
(Paris, 1083, 4 vol. in-12; continuation de l'his- 
toire de Richard Knolles , auquel Ricaut est in- 
férieur comme écrivain ; — History of the 
Turks, from 1679 to 1699; ibid., 1700, in-fol.; 
les trois précédents ouvrages ont été publiés par 

Briot, .'ious le titre A' Histoire de l'empire otto- 
man (La Haye, 1709, 6 vol. in-12); ■— TJiepre- 



131 



RiClUT — IllCCATÏ 



132 



sent State of the greeli and armenïan Church ; 
ibid.,1678, in-12, tra(î. française deRosemond, 
(1692, 169G, 1710, in-12). Ricaut a encore con- 
tinué les Vies des papes de Platina, et il a tra- 
duit en anglais Ihe Spanish cn'ïic (1681, 
in-8°) de Gracian , et Royal, commentaries oj 
Peru (1688, in-fol.) de Garcilaso delà Vega. 

Biogr. britanrâca. — Oranger, Biograpk. diclionary. 

RiCf;ARDi.( iN^iccofô), théologien italien, né en 
1585, à Gênes, inorlle 30 mai 1639, à Rome. Il fit 
ses études en Espagne, embrassa la règle de 
Saint-Dominique, et fut ctioisi à vingt -huit ans 
pour occuper la première chaire de théologie à 
Valladolid (1613). Ses prédications étendirent 
bientôt sa renommée : appelé à la cour, il prê- 
cha devant Philippe III, et ce prince, étonné de 
son éloquence, dit que c'était nn prodige, un 
monstre. Le nom lui en demeura , et lorsqu'il 
eut fixé son séjour eu Italie, on l'appelait fami- 
lièrement Il padre mostro. A Rome on accou- 
rait en foule pour l'entendre; mais ses mouve- 
ments passionnés, la grandeur des images, la 
hardiesse des pensées l'entraînaient quelquefois 
jusqu'aux limites de l'hérésie. Malgré ce défaut, 
il trouva bon accueil auprès du pape Urbain VJII, 
qui le nomma professeur de théologie au collège 
de la Minerve (1621) et maître du sacré palais 
(1629) ; ce dernier emploi lui fit un ennemi dé- 
claré dans la personne du P. Raynaud, dont il 
avait condamné le traité De vero per pestem 
martyrio. Outre quelques opuscules, on a de 
lui : Ragïonàmenti sopra le litanie di Nostra 
Signor a ; 'Rome, 1626, 2 vol. in-fol.; — His- 
toriss concilii Tridentini eniaculatx synop- 
.ÇÎ.5; ibid., 1627, in-16. Riccardi était extrême- 
ment laborieux, et il avait préparé les matériaux 
de plusieurs ouvrages considérables, dont Léo 
Allatius, son ami, parlait avec éloge; on remar- 
que dans le nombre des Commentaires fort 
développés sur toute l'Écriture; Historia con- 
cilii Tridentini, De christiana theologia, 
3 vol. ; Adversaria sacra, Antiqiix lectiones, 
des Sermons, etc. 

Oldoino , Athenxrim ligusticum. — Erytlirœus, Pina- 
cothcca. — Échard et Qaètif , Bibl. script, ord. Prœdi- 
cat.. Il, 503. — Tiraboschi, Slorha délia leler. ital, Vlll. 

RICCATI { Jacopo-Francesco, comte), ma- 
thématicien italien, né le 28 mai 1676, à Venise, 
mort le 15 avril 1754, à Trévise. Il fut tenu sur 
les fonts baptismaux par Ranuccio Farnèse, duc 
de Parme. A dix ans il perdit son père. Confié 
aux soins des jésuites, qui tenaient à Brescia un 
collège renommé, il manifesta pour l'étude des 
dispositions peu communes, et consacra aux ma- 
thématiques tout le temps qu'il pouvait dérober 
à la philosophie, dont les formes arides lui ré- 
pugnaient. Il passa ensuite trois années à l'uni- 
versité de Padoue, et y reçut en 1696 le diplôme 
de docteur. Presque aussitôt après il épousa une 
jeune fille noble, et partagea sa vie, indépen- 
dante et honorée, entre l'étude et l'éducation de 
ses nombreux enfante. Ce ne fut qu'après la 



] mort de sa femme, en 1749, qu'il se retira à Tré- 
I vise. Riecati fut un des hommes les mieux doués 
! de son pays. Sur les bancs de l'école, et contre 
le gré (le ses professeurs, il fit des Principia Aq 
j Newton sa lecture favorite, et s'efforça d'en pro- 
pager les saines doctrines. Aucune branche des 
sciences ne lui était étrangère, et il semblait se 
délasser des travaux sérieux en cultivant les 
belles-lettres , la poésie, l'histoire, la numisma- 
tique et l'architecture. Il avait dans l'hydrau- 
lique des connaissances si approfondies que plu- 
sieurs fois le sénat de Venise eut recours à lui 
pour corriger ou arrêter le cours des eaux. Sa 
correspondance avec les savants de l'Europe 
était considérable, et il fut obligé, pour n'y pas 
perdre un temps précieux, d'avoir dans la suite 
recours à la plume de ses fils , Vincenzo et Gior- 
dano. En vain lui offrit-on une chaire à Padoue, 
le titre de conseiller aulique à Vienne, la prési- 
dence de l'Académie des sciences à Pétersbourg; 
il préférait à ces vains honneurs la paix de sa 
maison, le pur amour de l'étude et l'affection 
de sa famille. Il est surtout célèbre par la ré- 
solution du cas particulier de l'équation différen- 
tielle du premier ordre, laquelle a retenu son 
nom. Uéquation de Riecati, dy + by^ dx = 
ax m dx, peut s'intégrer toutes les fois que m 
est une fraction dont le numérateur est de la 
forme — 4/i et le dénominateur de la forme 
2n± 1, n désignant un nombre entier quel- 
conque. Riecati a composé quelques ouvrages et 
beaucoup de dissertations, dont quelques-unes 
ont été insérées de son vivant dans les Acta 
eriiditorum de Leipzig; le tout a été réuni par 
ses fils et publié après sa mort ( Opère del 
conte Jacopo Riecati ; Trévise , 1758, 4 vol. 
in-4°; Lucques, 1765, 4 vol. ); on y remarque 
Saggio intorno al sistema delV TJntverso, et 
Dei principii gênerait delta fisica. Beaucoup 
d'autres écrits de Riecati sont restés inédits ou 
ont été perdus. P. 

Zaccatia, Storia letteraria italiana , t. IX. — Fa- 
bfoni , yUx Italorum, XVI. — Cristoforo di Eovero, 
Notice , à la tête des Opère de J. Riecati, édit. 1765. — 
Tipaldo, Biogr. degU Italiani illustri,\, IX. 

RîCCATi {Vincenzo), géomètre italien, fils du 
précédent, né à Casîel-Franco, près de Trévise, 
le 11 janvier 1707, moit à Trévise, le 17 Janvier 
M'Jb. Après avoir reçu les leçons de son père, il 
entra en 1726 dansl'ordre des Jésuites. Il professa 
d'abord les belles-lettres à Plaisance, à Padoue, 
à Parme, étudia pendant trois années à Rome, 
et fut appelé en 1739 à la chaire de mathémati- 
ques dans le collège de Bologne. En même temps 
il se distingua comme ingénieur civil en faisant 
exécuter d'importants travaux sur les cours 
d'eau du Bolonais et de l'État de Venise. Lors de 
la suppression de son ordre (1773), il se retira 
à Trévise. On a de lui : Dialogo dove ne' con- 
gressi di più giornnle dette Jorze vive e delV 
azioni délie forze morte si tien discor.so;. 
Bologne, 1749, in-4°; — De usu motus (rac- 
torii in consiructione 3e(fiiationiim differcti- 



133 RICCA.TI — 

tialium ;\h\d., 1752, 10-4°;— De seiiebus re- 
cipientibus siiinmam gcneralem algebraicam 
aut exponenlialcm; ibid., 1756, in-4"; — 
Opuscula ad res physicas et mathematicas 
per(inentia;Mâ., 17571762, 2 vol. in-4°; on 
y trouve d'intéressantes recherches sur le calcul 
intégral; — Instilutiones analyticas collectas; 
ibid., 1765-1767, 3 vol. in-4''; Milan, 1775, 
3 vol.; — De' principj délia meccanica; 
Venise, 1772, in-8°. Il a fourni dix-huit mé- 
moires au recueil de l'Académie des sciences de 
Bologne. E. M. 

Fabroni, f^iise Italorum , XVI. — Caballari, Suppl. à 
la Uibl. degli scrittori délia Soc. di Gestl; Rome, 1814. 
— Gamba, Calteria degli vomini illustri. — Roberli, 
Opère, 111. — Tlpaldo, Biogr. degli Italiani illustri, IX. 

RiccATi ( Giordano, comte ), mathématicien 
italien, frère du précédent, né le 25 février 1709, 
à Castel-Franco, mort le 20 juillet 1790, à Tré- 
vise. Comme son frère, il fut élevé chez les jé- 
suites de Bologne, et il eut son père pour prin- 
cipal maître dans les sciences physiques et ma- 
thématiques. Après avoir pris le diplôme de 
docteur en droit à Padoue (1731), il s'étabUt à 
Trévise , et partagea son temps entre les arts du 
dessin , la musique et les sciences exactes. Bien 
qu'il travaillât assidûment , il ne se hâta point 
de livrer au public le finit de ses études , et il 
avait passé la cinquantaine lorsqu'il fit imprimer 
son premier ouvrage. La diversité de ses occu- 
pations ne l'empêchait pas d'entretenir avec 
beaucoup de lettrés une correspondance suivie 
et aussi d'accomplir exactement ses (ievoirs re- 
ligieux, comme de réciter chaque jour l'office de 
la Vierge et une partie du rosaire, d'assister à 
la messe et d'adorer le saint sacrement Comme 
architecte il a élevé d'après ses dessins à Tré- 
vise la façade de Saint-Théoniste , l'église de 
Saint-André et la cathédrale. On a de lui : Saggio 
sopiYi le leggi del contrappunto ,■ Castel-Franco, 
1762, in-4°; — Délia for za centrifuga; Lue- 
ques, 1763; — Délie corde ovvero délie fibre 
elastiche; Bologne, 1767, in-4''; — de nom- 
breux mémoires dans le Nuovo Giornale de' 
letterati, les Atti de la Société italienne, la 
Auova Baccolta calogcrana , etc. Il a laissé 
en manuscrit une foule d'écrits , qui forment la 
matière de 8 vol. in-4°, et la correspondance 
qu'il a tenue depuis 1730 jusqu'à sa mort ne 
comprend pas moins de 17 vol. in-8°. Enfin il 
s'est fait l'éditeur des Œuvres complètes de 
son père , et y a ajouté des préfaces et des notes. 

RiccATi ( Francesco) , frère des deux précé- 
denls, né le 28 novembre 1718, à Castel-Franco, 
mort le 18 juillet 1791, à Trévise, s'adonna, sous 
la direction de son père, au génie militaire, qu'il 
abandonna pour s'occuper d'architecture civile. 
Il a laissé quelques écrits , notamment un poërae 
sur V Électricité. P. 

Giornale di Modena. XLIII. - Mti délia Società ita- 
Hana. IX. — Fabbroni, ritae Italorum, XVI. — 
n.-M. FedcricI, Commentario sopra la vita e gli stndj 
del G. Riccati; Venise, in-8°. —Tlpaldo, Iliogr. degli 
Italiani illustri, IX. 



RlCCniNI 



134 



RiccHiERl (Lodovieo), en lalin Cœlïus 
Rhodiginus , philologue italien, né vers 1460, 
àRovigo (l'ancienne fl/ioc/ij/wm, d'où il tira son 
surnom), mort en 1525, dans la môme ville. 
Après avoir étudié la philosophie à Ferrare et la 
jurisprudence à Padwje, il passa plusieurs an- 
nées en France. De retour en 1491 dans son 
pays natal , il obtint une chaire puhlique eu 1497 ; 
mais il la perdit en 1504, on ignore pour quel 
motif, et fut même condamné à un bannisse- 
ment perpétuel. 11 ouvrit alors à Vicence une 
école de belles-lettres, qui fut assez fréquentée. 
Appelé en 1508 par le duc Alfonse ler à Ferrare, 
lien fut bientôt chassé parles guerres qui déso- 
laient l'Italie, et il vécut misérablement à Padoue, 
du produit des leçons qu'il donnait aux étudiants 
de l'université. Il résidait à Reggio en 1512, et il 
s'employa utilement , d'après une chronique iné- 
dite citée par Tiraboschi, à réconcilier entre 
elles les principales familles de cette ville. En 
1515, François 1" lui donna la chaire de Chal- 
condyle à l'Académie de Milan. Tant que les 
Français dominèrent dans la haute Italie, Rho- 
diginus jouit du repos que lui avaient mérité et 
ses talents et ses longues vicissitudes; mais 
quand leur autorité chancela, il chercha un 
asile à Padoue (1521). Cependant grâce à l'in- 
fluence étrangère, il vit réparer les injustices 
qu'il avait essuyées dans sa ville natale : un dé- 
cret l'y rappela (1523), et le réintégra dans tous 
ses droits. Il mourut des suites du chagrin que 
lui causèrent la défaite et la captivité du roi qui 
avait été son seul appui. On a de lui : Antiqua- 
rum lectiomim Ub. XVI;Yen\se, 1516, in-fol.; 
Paris, 1517, in-fol.: ces éditions, devenues rares, 
ne sont pas complètes, et on leur préfère celle de 
Bâle, 1550, in-fol., donnée par Camillo Ricchieri 
et GorettJ , qui y ajoutèrent quatorze livres. Ce 
recueil s'étend à toutes les branches des connais- 
sances humaines ; mais l'auteur s'attache princi- 
palement à discuter le sens philologique des in- 
nombrables passages d'écrivains anciens qu'il a 
extraits, et il s'acquitte de ce soin avec plus d'é- 
rudition que de saine critique. P. 

Camillo Silvestri , Fie de C. Rhodiginus , dans Bac- 
colta caloger., t. IV, p. 157-213. — Tiraboschi , 5ior»a 
délia leter. ital., VU, 2« partie. 

RiccHiKi {Tommaso-Agostino), savant re- 
ligieux italien, né en 1695, à CrémÀne, mort 
en 1762, à Rome. Admis à quinze ans chez les 
Dominicains, il s'adonna d'abord à la poésie, et 
publia à Milan plusieurs morceaux religieux. II 
enseigna ensuite la théologie dans les principales 
maisons de son ordre en Lombardie, et remplit, 
entre autres emplois, celui de prieur à Crémone. 
Appelé en 1740 à Rome, il fut nommé en 1749 ' 
secrétaire de la congrégation de l'Index et exa- 
minateur des évêques , et jouit d'une grande fa- 
veur auprès de Benoît XIV, qui avait souvent 
recours à lui dans ses travaux littéraires. En 
1759 il devint l'un des maîtres du sacré palais. 
Parmi ses nombreux écrits, on remarque : In 

5. 



135 RICCHINI 

fiinere Benedicti XIII; Rome, 1730, in-4°; — 
De, vita Vinc. Goiti;md., 1742, ia-8°; — Pa- 
iris Monetx Adversus catharos et valdenses 
lib. V ; ibici., 1743, in-fol. : première édition de 
«et ouvrage , accompagnée de notes et d'une 
vie de l'auteur; — De vita et cultu B. Alberti 
villaconiensis ; ibid., 1748, ia-8o; — De vita 
ac rébus cardinalis Gregorii Barbadici ; ibid., 
1761, in-4° ; trad. en italien par Fr. Petroni. 

Arisi, Cremona litterata. — 3. Catalan, De secretario 
S. Congr. InOicis lib. II, \>. 141. 

RICCI (Bartolommeo), humaniste italien, né 
en 1490, à Lugo (Romagne), mort en 1569. Il 
fréquenta les écoles de Bologne, de Padoue et 
de Venise, et eut Musurus pour maître dans la 
littérature grecque. Chargé dans cette dernière 
ville de l'éducation de Lnigi Cornaro, qui fut 
plus tard cardinal , il s'en acquitta avec hon- 
neur, et obtint une chaire dans une [îetite ville 
qu'il ne désigne pas. Après s'être marié à Lugo 
(1534), il alla professer à Ravenne. La réputation 
qu'il s'était faite dans l'enseignement le fit ap- 
peler en 1539 à Ferrare pour diriger dans leurs 
études Alfonse et Louis d'Esté, fils du duc Her- 
cule IL II rendit un véritable service aux lettres 
en donnant à ces jeunes princes, dont le premier 
devint duc régnant, et le second cardinal, une 
instruction variée et solide, et en leur apprenant 
à aimer la science et à faire cas des savants. Il 
fut récompensé de ses soins par l'attachement 
qu'ils conservèrent pour lui; Alfonse lui accorda 
en 1561 des lettres de noblesse avec le titre de 
seigneur de la Vendina. Ricci eût joui d'une plus 
haute considération s'il n'avait joint à un carac- 
tère ombrageux et violent une opinion exagérée 
de lui-même et un orgueil pédantesque , qui le 
rendait encore plus insupportable que ridicule. 
Les haines qu'il insj)ira turent portées au point 
qu'on essaya d'abréger ses jours par le poi.son, 
et, ajoute naïvement Tiraboschi , « il n'y a point 
lieu de s'étonner qu'on ait attenté à la vis d'un 
tel homme ». Ricci écrivail avec élégance; mais 
on reproche à son style d'être souvent inégal , 
dur et tourmenté. Ses ouvrages ont été réunis 
en 3 vol. in-s" ( Ope7-a ; Padoue, 1748) ; les plus 
estimables ."^ont : Apparalus lalinse locutioyiis 
(Venise, 1533, in-S"), lexique réimpr. par Griffi, 
sans l'assentiment de l'auteur; De imitatione 
lib. m (ibid., 1541, 1545, in-8°), qu'il appe- 
lait lui-même un livre parfait; Episiolarumfa- 
miliarmm lib VIII ( Bologne, 1560, in -8"), et 
une comédie, Le Balte (Les Nourrices), qui est, 
au jugement de Quadrio, l'une des meilleures de 
cette époque. 

Un jésuite des même.s noms, Ricci {Barto- 
lommeo), néà Castelfidardo, mort le 12 janvier 
1613, à Rome, fut maître du noviciat à îS'oIa et 
à Rome, puis provincial de son ordre en Sicile. 
On a de lui; Vita Jfi.su-Chris/i ex Evangelio 
rum c(ynt('.Tfu;f\i)inp,^ 1607, in-H° avec KiOfig. ; 
trad. on 'talirn, ibid , 1609, in 4°; — Trium- 
phus Christi crucifixi; Anvers, 1608, in-4°, 



— RICCI 136 K 

avec fig. gravées par Adrien Collaert ; •— Mono' 
tessaron evangelicum ; Poûiers, 1621, in-4''. 

G. délia Casa, Dis.orso sulla vita di B. Ricci; Korll, 
1834 , in-8«. — Tiraboschi, itoria délia Mer. ital , VII, 
2* partie. 

RICCI (Matteo), célèbre jésuite italien, fon- 
dateur des missions en Chine , né le 6 octobre ' 
1552, à Maccrata (Marche d'Ancône), mort le 
11 mai 1610, à Péking. Après avoir étudié les 
belles-lettres dans sa ville natale, il suivit à Rome 
un cours de droit, qu'il abandonna en 1571 pour 
entrer, contre la volonté de son père, dans la 
Compagnie de Jésus. Il y fit son noviciat sous 
la direction du P. Valignan , visiteur général des 
missions de l'Orient, qu'il suivit aux Inles, en 
1577, avant même d'avoir achevé sa théologie. 
Pendant qu'il terminait ses éludes à Goa et qu'il 
y professait la philosophie, le P. Valignan s'é- 
tait rendu à Macao dans le but de faciliter l'ac- 
cès de la Chine à ses missionnaires. Ricci fut I 
choisi un des premiers pour tenter celte difficile f 
entreprise. Après avoir acquis une certaine con- 
naissance de la langue chinoise, il profita, pour; 
se rendre à Canton, de l'autorisation qu'avaient i 
les Portugais de trafiquer dans cette ville à cer 
taines époques de l'année. Dans ce voyage il 
n'obtint pas de résultat plus satisfaisant que ses 
prédécesseurs. Ce ne fut qu'en 1583 que les 
Pères , élant parvenus à se concilier les bonnes 
grâces du nouveau gouverneur de Canton, ob- 
tinrent la permission de se fixer à Tchao-King' 
fou. Ricci, reconnaissant l'impossibilité absolue de 
se maintenir en Chine en s'élevant ouvertement 
contre les mœurs, les habitudes elles croyances 
des habitants, résolut de s'attirer avant tout la 
considération qu'ils n'accordent qu'aux hommes 
instruits. Il publia dans ce but une Mappemonde 
chinoise et un petit Catéchisme dans lequel il 
n'exposa de la religion chrétienne que les prin- 
cipes les plus conformes à la morale en général. 
Ces deux ouvrages se répandirent rapidement, 
et donnèrent une haute idée de sa science; les 
mandarins les plus éclairés vinrent le visiter, et) 
lui témoignèrent une estime profonde. Il éprouva) 
cependant de nombreuses persécutions, et fut) 
môme obligé de quitter l'établissement qu'il di- 
rigeait seul depuis 1589, pour se retirer àTchao-H 
tcheou. 11 y enseigna les mathématiques et ia 
chimie à un Chinois , qui plus tard devint l'ua 
de ses principaux disciples et lui fut d'une grande 
utilité. Il entreprit en 1595 le voyage de Pcking, 
auquel il songeait depuis longtemps; car il était 
persuadé que sa présence à la cour serait infini-i 
ment plus profitable à la religion que toutes les 
tentatives des missionnaires dans les provinces. 
Après avoir obtenu de ses supérieurs l'autorisa-.' 
lion pour lui et ses compagnons de quitter 
le costume de bonze qu'ils avaient porté jus- 
qu'alors, et qui n'inspirait aux Chinois qu'un sou-i 
verain mépris, pour prendre la robe longue et 
le haut bonnet des lettrés, il partit à ia suite d'un 
mandarin , qui ne voulut point lui permettre ■ 






137 RICCI 

de le suivre plus loin que Nanking; mais 
expulsé presque aussitôt de cette ville, il dut 
retourner à Nan-tcliang-fou , dans le Kiang-si , 
où il écrivit L'Art de la mémoire et un Dia- 
logue, sur l'atuitié. Ce dernier ouvrage , imité 
de celui Je Cicéron, excita l'admiration des Chi- 
nois, qui le mirent au nombre des livres les plus 
estimés par l'élévation des idées et la perfection 
du style. Ayant trouvé un nouveau guide, 
il réussit celte fois à se rendre à Péking; mais 
il y fut pris pour un Japonais, et nul n'osa le 
présenter à la cour. Il revint sur ses pas après 
avoir reconnu que la Chine est bien le pays 
de Gâtai, et Péking la célèbre Cambaiu de 
Marco Polo. Lorsque la défaite des Japonais, qui 
avaient envahi la Corée , eut ramené la con- 
fiance et la sécurité, il fut permis au mission- 
naire de se fixer àNanking, où sa réputation de 
savant s'accrut de jour en jour, et d'aller au 
mois de mai IGOO, offrir lui-rnème à l'empereur, 
en qualité d'ambassadeur des Portugais, des pré- 
sents que ces derniers lui avaient fait [)arvenir. 
La nouveauté des objets qu'il portait avec lui 
excita la cupidité des eunuques chargés de pré- 
lever les droits de douane. Mis en prison par 
un de ces exacteurs, il avait perdu tout espoir de 
recouvrer sa liberté, lorsque l'empereur, informé 
de ce qui se passait, ordonna à ses ministres de 
le recevoir dans son palais. Les lois interdisant 
au monarque d'admettre aucun étranger en sa 
présence, il se fit apporter les présents de Ricci 
elles examina curieusement; unehorlogeet une 
montre à sonnerie attirèrent particulièrement 
son altention. 11 permit aux missionnaires de 
s'établir dans la capitale et d'y fonder ime église. 
Pendant les dernières années de sa vie , Ricci 
sut se maintenir dans les bonnes grâces de l'em- 
pereur par son esprit adroit et son exacte pro- 
bité. Il évita par sa complaisance et sa politesse 
toute occasion de choquer les grands, qui de 
tous les points de l'empire venaient lui rendre 
visite. En enseignant les mathématiques et en 
publiant d'autres ouvrages sur les sciences et la 
-■eligion, il augmenta l'estime que les lettrés 
avaient pour lui. Dans cette haute position il 
n'usa de son influence que pour propager la re- 
ligion chrétienne. Plusieurs conversions écla- 
tantes furent dues à son zèle ainsi que l'établis- 
sement de missions dans les principales villes 
de la Chine. Il venait de terminer les Mé- 
moires que le général dé la compagnie l'avait 
chargé de recueillir sur ses diverses missions , 
lorsqu'il mourut , à peine âgé de cinquante-huit 
ans. Le deuil fut général non-seulement parmi 
les chrétiens, mais encore parmi les mandarins 
\ et les lettrés, qui se firent un devoir d'honorer 
j ses obsèques par leur présence et son tombeau 
I par des inscriptions louangeuses. Son corps, con- 
\ serve à la maison dans un cercueil de bois pré- 
I cieux pendant près d'un an, fut ensuite inhumé 
'■ avec pompe à quelque distance de la ville, dans 
i-n ancien temple dû à la munificence impériale 



138 



et qui fut consacré au vrai Dieu. Ricci se faisait 
appeler Zt, première syllabe de son nom, selon 
la prononciation des Chinois, avec le surnom de 
Ma-teou. Les Annales de l'empire le <lésignent 
• tantôt sous le notn de lA-ma teou, tantôt .sous 
celui de .Si- ^Aat. Les dominicains, outrés des suc- 
cès que les jésuites avaient obtenus en Chine, 
accusèrent Ricci d'ignorance en l'ait de théologie 
cl de lâche complaisance pour les idolâtres, dont 
il tolérait certains usages. Ils lui firent un crime 
des moyens détournés qu'il avait pris pour an- 
noncer l'Évangile, et du changement de costume 
qu'il avait jugé nécessaire. Cette querelle, qui se 
continua longtemps entre les deux ordres, finit 
par les faire expulser de l'empire, et causa la 
ruine de toutes les missions qui s'y trouvaient 
établies. 

Parmi les ouvrages que le P. Ricci publia en 
chinois on dislingue encore un Traité de la vé- 
ritable doctrine de Dieu, qui retouché, au 
point de vue littéraire, par le ministre d'État 
Sin fut compris dans la coileclion que Khian- 
loung fit rédiger des meilleurs ouvrages chinois; 
une Traduction des six premiers livres d'Eu- 
clide; une Arithmétique en onze livres; un 
Exposé du système de Vécriture européenne; 
une Géométrie pratique. Mais le plus impor- 
tant pour nous, ce sont ses Mémoires, que le 
P. Trigault publia sous le titre : De christiana 
expeditione apud Sinas suscepta ab Societate 
Jesu, ex M. Riccii commentariis libri V 
(Augsbourg, 1615,in-4o, et Lyon, 1616). Ces mé- 
moires renferment un grand nombre de rensei- 
gnements précieux sur l'histoire et la géographie 
de la Chine. Le P. Kircher y a fait de larges enri- 
prunts pour sa China illustrata, dans laquelle 
on voit le portrait de Ricci en costume de lettré. 
La famille Ricci possède soixante-six lettres in- 
téressantes de ce missionnaire. S. Rolland. 

Trigault, De christiana expcd. apicd SiJias suscepta. 
— D'Orléan?, yie du P. M. Hicci,- Paris, 1693, ln-12. — 
Biblioth. script. Soc. Jesii. 

Rïcci {Antonio), dit Barbalunga, peintre 
de l'école napolitaine, né à Messine, en 1600, mort 
en 1649. Il allajeune à Rome, où, ayant terminé 
ses études sous le Dominiquin, il laissa quelques 
peintures justement estimées, dans lesquelles on 
croirait reconnaître le pinceau du maître. De 
retour dans sa patrie, il fut chargé de nombreux 
travaux, et ouvrit une école qui compta d'excel- 
lents élèves, tels que Domenico Maroli, Onofria 
Gabrielli, Agosfino Scilla, etc. Parmi les meilleurs 
tableaux du Barbalunga que possède sa ville 
natale, nous citerons la Conversion de saint 
Paul, à S.-Paolo, l'un de ses meilteursouvrages; 
Scùnt Grégoire écrivant, à S.-Gregorio; une 
Ascension, à S.-Michel; deux Piété, l'une à 
l'hôpital, l'autre à S.-Niccolo; La Vierge avec 
le saint titulaire, à S.-Filippo-Neri ; Saint 
Charles Borromée, à S.-Gioacchino;Sa/«^ (îwe- 
inn et saint André d'Avellino. à l'église des 
Tliéatins. A Palerme, dans l'église de Sanfa- 



139 



RICCI 



143 



?îimfa, on lui attribua un beau tableau de sainte 
Céeile. E. B— n. 

Dominici , f^'ite de' pittori napoJetani. — Unnzi , 
Sloriu pittorica. — Ticozzi , Dizionario, — Guida di 
JUessina. — V. HortUlaro, Guida di Palermo. 

mcci (Giuseppe), historien italien, né vers 
1600, à Brescia, faisait partie delà congrégation 
des Somasques. Il est auteur de deux ouvrages 
historiques, assez mal écrits, mais remplis d'é- 
rudition et de clarté; l'un, De bellis germanicis 
(Venise, 1649, in-4°), réimprimé six fois, est 
un récit de la guerre de Trente ans; l'autre, 
Narratiorerum italicarum, 1613-1653 (ibid., 
1655, in 4°), n'a vu le jour qu'après avoir subi 
plusieurs ciiangements imposés à l'auteur par le 
sénat de Venise. Ricci a encore publié : Concio- 
nes militares et senatorlee (Venise, 1655, \a.-k°). 

Hambcrger, Directorium, p. 339. 
RBCCî (Sebastiano), peintre de l'école véni- 
tienne, né à Bellune, en 1659, mort à Venise, 
en 1734. A douze ans, il entra dans l'atelier du 
Cerveili, qui l'emmena avec lui à Milan, où il 
reçut les conseils du Lisandrino, conseils qui 
lui furent très-utiles pour la partie pratique de 
son art. Il se rendit à Bologne, d'où leCignani l'a- 
dressa au duc de Parme Ranuccio II, qui, après 
l'avoir employé à quelques travaux de peu d'im- 
portance dans son château de Plaisance, l'envoya 
à ses frais se perfectionner à Rome dans l'art 
du dessin. Ricei y copia la galerie Farnèse, et 
il resta dans celte ville jusqu'en 1694, époque de 
la mort de son protecteur. 11 visita alors Flo- 
rence, Modène, Milan, Venise, puis voyagea en 
Allemagne, en Flandre, en France et e« Angle- 
terre, -laissant partout de glorieuses traces de 
son passage, et enfin revint se fixer à Venise, où 
il passa le reste de sa vie. Peu de peintres pro- 
duisirent autant que le Ricci, peu d'artistes 
surtout surent ainsi que lui varier leur style et 
le plier à l'imitation des autres maîtres. Dans 
les galeries d'Italie et du reste de l'Europe sont 
des tableaux de sa main qu'on attribue au Bas- 
san, au Corrège, à Paul Veronèse, et qui véri- 
tablement peuvent tromper même les connais- 
seurs. Ayant fait une étude spéciale de toutes 
les écoles, Ricci ne pouvait s'occuper d'un sujet 
sans qu'aussitôt se présentât à son esprit le 
même argument traité par quelqu'un de ses pré- 
décesseurs, et il savait tirer profit de ces rémi- 
niscences avec une habileté telle que rarement 
on pouvait l'accuser de plagiat. On reconnaît 
toutefois divers emprunts faits à la coupole de 
Saint- Jean de Parme, dans V Adoration des 
Apôtres qu'il peignit pour l'autel du saint Sa- 
crement de Sainte-Justine de Padouc, et le 
Saint Grégoire de aaint-Alexatidre de Bergame 
rappelle le même sujet traité à Bologne par le 
Guerchin. Les figures du Ricci ont de la beauté, 
de la noblesse, de la grâce; leurs attitudes sont 
vraies et variées ; l'abondance de ses composi- 
tions, la facilité de son pinceau, ia correction de 
son dessin, l'éclat de son coloris, lui font par- 



donner quelque penchant au maniérisme, dont il 
n'a pas toujours su se défendre. Fendant son 
séjour à Paris en 1718, il fut reçu au nombre 
des membres de l'Académie royale de peinture. 
Bellune possède de lui de nombreux travaux, 
dont les plus importants sont les riches compo- 
sitions doiit il décora le salon de ia villa épis- 
copale. Citons encore parmi les œuvres de ce 
maître: un Saint Charles à S.-Francesco de 
Florence; le Martyre de la sainte à Sainte- 
Lucie de Parme; une Mise au tombeau de la i 
galerie de Modène; Saint Grégoire célébrant 
la messe à l'église des Ames du-Purgatoire de 
Messine; divers tableaux dans les appartements 
du palais impérial de Schœnbrunn ; au musée de 
Dresde, une Ascension et des Sacrifices à Pan i 
et à Vesta; enfin, au Louvre, La France, com» • 
position allégorique; Jésus-Christ remettant' 
à saint Pierre les clefs du paradis; Po- 
lijxène au tombeau. d'Achille et la Continence 
de Scipion. 

Ricci eut de nombreux élèves, dont les plus 
connus sont Gaspero Diziani, Fraucesco Fonte- 
basso, Antonio Pellegrini, et son neveu Marco > 
Ricci, né en 1679, et mort en 1729; celui-ci i 
l'aida souvent, en enrichissant ses compositions ■ 
d'architectures bien entendues, et d'excellents 
fonds de paysages. E. B— n. 

Orlandi , jibbecedario. — Lanzi , Storia pittorica. -r 
Ticozzi, Dizionario. — Campori, (Jli artisti neyli Stati 
Eslensi. — Bertoluzzi, CuidM di Parma. — Fanîozzi, 
Nunva guida di Firenze. — Catalogues de Bologne 
Dresde et Paris. 

uicci {Laurent), jésuite italien, né à Flo- 
rence, le 2 août 1703, mort à Rome, le 24 no- 
vembre 1775. Issu d'une famille distinguée, iii 
entra jeune encore dans la Compagnie de Jésus,, 
où, après avoir occupé différents emplois, il de- 
vint secrétaire général de l'ordre sous le géné^ 
ralat de Louis Centurione. A la mort de ce der-' 
nier, il fut élu pour lui succéder, le 21 mai 1758,1 
et peu après vit s'élever l'orage qui détruisit! 
sa société. La cour de Lisbonne en 1759 pros- 
crivit les jésuites du Portugal, et quelques an- 
nées après, les souverains de la maison de Bour- 
bon en France, en Espagne et à Naples bannirenti 
également de leur royaume les membres dei 
l'ordre. Ricci avaitreçu de lapartdela Francedesi 
propositions de réforme, mais il avait répondui 
fièrement qu'il n'y avait rien à réformer dans lai 
société, Sint ut sunt, aut non sint. Les jésuites' 
de ces États furent longtemps errants dans di- 
vers États de l'Europe, et en janvier 1769 les'i 
ministres de France, d'Espagne et de Naples ai 
Romesollicitèrent vivement le pape Clément XIII 
de prononcer Tabolition de l'ordre. Clément XUII 
mourut un mois après, et son successeur Clé- 
ment XIV, sollicité à son tour par les diverses'i 
cours, signa le 21 juillet 1773 le bref qui suppri-l 
mait à tout jamais la Compagnie de Jésus dansii 
tout le monde chrétien. Ricci, accompagné deli 
ses assistants et de plusieurs autres jésuites, futi 
alors transféré au château Saint-Ange; mais, au' 



Ml RICCI 

î)réalable, on lui fil signer une lettre circulaire 
à tous les missionnaires rie l'ordre pour leur 
on apprentire l'abolition. Ricci mourut dans sa 
prison, et peu de temps auparavant signa un 
Mémoire que l'on publia suivant ses intentions. 
11 y proteste : 1" que la Compai^nie de Jésus n'a 
donné aucun prétexte à sa suppression, et qu'il 
le déclare en qualité de supérieur bien informé 
de ce qui se passait dans l'ordre; 2° qu'en son 
particulier il ne croyait pas avoir mérité l'em- 
prisonnement et les duretés qui avaient suivi 
l'extinction de sa société; 3" enfin qu'il pardon- 
nait sincèrement à tous ceux qui l'avaient tour- 
menté et affligé, d'abord par les affronts faits à 
ses confrères et ensuite par les atteintes portées 
à sa propre réputation. On sait qu'un bref de 
Pie Yll a rétabli en 1814 la célèbre Compagnie 
de Saint-Ignace. H. F — t. 

Caraccioli, Fie du P. Ricci. — Ch. Sainte- Foi, Fie du 
P. Hicci, 2 vol. in-12. —Ami de là Reliyion, ann. 1818, 
t. XVH, p. EU et 27S. — ricotj Mémoires pour servir à 
i'kistoire ecclésiastique. 

nicci ( Scipion), prélat italien, neveu du pré- 
cédent, né le 9 janvier 1741, à Florence, où il est 
mort, le 27 janvier 1810. Élevé au séminaire ro- 
main, il fut, dès qu'il eut embrassé l'état ecclésias- 
tique, appelé à la charge d'auditeur du nonce apos- 
tolique à Florence, etdevintensuite vicaire général 
de Gaétan Incontri, archevêque de cette ville. Une 
conduite pleine de sagesse le fit, le 24 juin 1780, 
nommer aux évêchés réunis de Pistoie et de 
Prato. A cette époque Pierre-Léopold II, grand- 
duc de Toscane, rivalisait avec son frère l'em- 
pereur Joseph II pour introduire de nombreuses 
réformes dans l'Église, et Scipion Ricci, qui jouis- 
sait de toute la confiance de ce prince, s'empressa 
de lui suggérer un grand nombre de mesures 
qui occasionnèrent des schismes dans plusieurs 
diocèses. Non content délaisser le gouvernement 
régler les affaires ecclésiastiques, il s'occupa Iih- 
même de donner dans son diocèse une nouvelle 
direction à l'enseignement, de diminuer le 
nombre des fêtes, d'abolir les confréries, d'a- 
dopter le catéchisme de l'appelant Gourlin, enfin 
d'encourager les publications en italien des ou- 
vrages de l'école de Port-RoyaU Conformément 
au désir du grand-duc, Ricci ouvrit à Pistoie, 
le 18 septembre t786, un synode pour procéder 
régulièrement aux réformes qu'il voulait faire. 
Comme elles étaient loin d'obtenir l'assentiment 
de la majorité de son clergé, il appela dans cette 
assemblée plusieurs prêtres qui n'avaient point 
le droit d'y assister, et notamment Tamburini, 
professeur destitué de l'université de Pavie, à 
qui il confia les fonctions de promoteur. Toutes 
les doctrines jansénistes furent adoptées dans ce 
synode. Par ordre du grand-duc, on tint (23avril 
1787) à Florence une seconde assemblée, com- 
posée de tous les évêques de Toscane, et qui 
fut loin de se terminer comme la première, au 
gré de Ricci. Ne pouvant triompher de l'oppo- 
sition que lui firent la majorité des prélats, Léo- 
pold, sur l'avis de Ricci, fut obligé de dissoudre 



142 

cette assemblée le 5 juin, après dix-neuf sessions. 
Pendant ce temps ses ennemis soulevèrent le 
peuple contre Ricci à Prato ; son trône épiscopai 
et ses armoiries furent renversés et brûlés, son 
palais saccagé, ses livres et ses papiers enlevés 
de son séminaire. Des troupes étouffèrent l'in. 
surrection, et Ricci, soutenu par legrand.dnc, 
n'abandonna pas pour cela ses plans. Ce prince, 
à son instigation, rendit en faveur des innova- 
tions religieuses de nouveaux édits calqués sur 
ceux de Vienne; toutefois, parvenu en 1790 au 
trône impérial, comme successeur de son frère 
Joseph II, il modifia ses opinions, et, après son 
départ de Toscane, Ricci, abandonné à lui-même, 
vit bientôt l'ordre se rétablir sous le rapport re- 
ligieux dans le duché. Une nouvelle émeute qui 
éclata contre lui à Pistoie (1790) l'obligea de 
fuir et bientôt après de donner sa démission. En 
1794, Pie VI condamna par la bulle dogmatique 
Auctorem fidei quatre-vingt-cinq propositions 
extraites du synode de Pistoie et publiées par 
l'ordre de Ricci. Cette condamnation ne fit point 
ouvrir les yeux au prélat, qui plus lard, en 
1799, au milieu ries sanglantes réactions qui 
eurent lieu à Florence , fut arrêté, gardé plu- 
sieurs mois en prison, et ne recouvra sa liberté 
qu'au second retour des Français en Italie. Il 
vivait dans la retraite lorsqu'au passage de 
Pie VII par Florence, à son retour de France, 
l'ancien évêque de Pistoie vit le saint-père, et 
lui remit une déclaration portant la date du 
9 mai 1805, et que l'on a vainement cherché à 
contester. Dans cet acte, Ricci professe et déclare 
recevoir avec respect toutes les constitutions 
apostoliques contre les erreurs de Baïus, Jansé- 
nius, Quesnel et leurs disciples depuis Pie V 
jusqu'alors, et spécialement la bulle Auctorem 
fidei, qui condamnait son synode. Il désire que 
pour réparer le scandale sa déclaration soit ren- 
due publique. Quoi qu'il en soit, on ne saurait 
nier la nécessité de quelques-unes des réformes 
qu'il avait proposées. On a de lui quelques Ijis- 
tructions pastorales, notamment une, du 
23 juin 1781, sur la dévotion au Sacré-Cœur, 
qu'il considérait comme menant à des pratiques 
contraires à l'Évangile, et une autre, du l®"" mai 
1782, sur la nécessité et la manière d'étu- 
dier la religion, dans laquelle il appelle Quesnel 
un pieux et savant martyr de la vérité. De 
Potter a publié un ouvrage intitulé : Vie et 
mémoires de Scipion Ricci; Bruxelles, 1825, 
4 vol. in-8° ; mais on doit se défier des faits 
sans preuves racontés par cet historien, dont 
l'ouvrage a été condamné par un décret exprès 
du pape, le 26 novembre J825. En 1826 une 
édition mutilée fut publiée à Paris par l'abbé 
Grégoire et le comte Lanjuinais. 

H. FiSQUET. 

De Potter, Fie et mémnires de S. Ricci. - Picot, Mé- 
moires pour servir â t'Mstùire ecclésiastique, t. IH et 
IV. — .Jmi de la lieligion. t. XXXll, p. 177. 



RICCI {Ludovico), biographe italien, né en 



143 RICCI - RlGCIARELLl 

1730, à Chiari, près Brescia, mort le 24 juillet 



144 



1805, dans la même ville. A peine eut-il achevé 
ses études au séminaire de Brescia qu'il s'a- 
donna aux travaux littéraires ; grâce à l'exacti- 
tude de ses recherches et à l'étendue de ses con- 
naissances, il devint un collaborateur précieux 
pour Mazzuchelli, Tiraboschi et l'acciolati, qui 
eurent souvent recours à lui pour leurs grands 
recueils. Nommé chanoine curé à Chiari, il ne 
renonça point à ses études. Lorsqu'en 1797 une 
insurrection éclata sur le territoire de Brescia 
pour arrêter les progrès de l'armée française, il 
fut envoyé en otage à Milan, et passa trois mois 
dans une étroite prison. Il a publié •• De cita 
Pétri Falex; Brescia, 1770, in-8° ; — De vita 
scriptisque V.-M. Imbonati; ibid., 1773, in-8"; 
— Notifie intorno alla vita ed aile opère di 
M.-Giovila Rapiccio;\\i\A., 1790, in-8°. 
JVuovo DUionario istorico di Bassano. 

Eicca {Luigi), économiste italien, né en 
1742, dans le duché de Modène, mort en 1799. 
S'élant fait recevoir avocat, il entra dans la car- 
rière administrative, remplit honorablement di- 
vers emplois à Modène, et fut anobli par le duc 
François III. Partisan des principes de la ré- 
volution française, il devint en 1797 l'un des di- 
recteurs de la république cispadane, qui dura 
quelques mois à peine. On a de lui uu opuscule 
remarquable, intitulé Riforma deyl' uiituti 
pli di Modena (17S7, in-8°), et dans lequel il 
exposa les véritables principes qui doivent régir 
les établissements charitables. 
Dizionario Istorico di Bassano. ■ 

RICCI AEDI (Antoine), littérateur itahen, né 
vers 1520, à Brescia, où il mourut, en 1610. Après 
avoir suivi à Padoue les leçons de Bonamico et 
de Robortello, il professa avec un grand succès 
dans la ville d'Asola, puis dans sa ville natale, les 
belles-lettres el la philosophie. On a de lui trois 
discourssi/r les Anges, sur la Connaissance de 
l'homme et sur l'Histoire de l'oriflamme ; 
une Histoire d'Asola ; un livre sur la Pré- 
séance des langues, dans lequel il alfirme que 
la langue cimbrique, parlée encore aujourd'hui 
dans le Jutland,est plus ancienne que l'hébreu; 
et Commentaria symbolica, quibus expli- 
cantur arcana ad mysiicam, naturalem et 
occultam rerum signi/icalionem altinentia ; 
2 vol. in fol. 

Ghilini, Tcafro d'hvomini letterati. — O. l'iossi, Llogi 
historici de' llresciani iliustri. 

RicciAUDi ( Francesco), comte de' Camal- 
DOLi, homme d'État italien, né le 12 juin 1758, 
à Foggia, mort le 17 décembre 1842, à Naples. 
Envoyé dès ses plus jeunes années à l'univer- 
sité de Naples, il y montra une telle aptitude à 
l'étude des lettres que le Martorelli lui dédia 
son Anthologie grecque. Il n'avait que onze ans 
alors. Après avoir teriniiK': son droit, il em- 
brassa la profession d'avocat, dans laquelle il se 
distingua, surtout en 1799, en défendant coura- 
geusement plusieurs des nombreuses victimes 



de la réaction royaliste. Joseph Bonaparte, en 
1806, le nomma conseiller d'État, président de 
la section de la législation et directeur des hul- 
letins des lois. Ce fut à cette époque qu'd com- 
mença la réforme de l'ordre judiciaire et de la 
législation, œuvre qu'il acheva sous le règne de • 
Murât, en qualité de grand juge. En février 
1809, il fut nommé grand dignitaire de l'ordre 
des Deux-Siciles , et chargé, le 4 novembre sui- 
vant, du ministère de la justice, auquel il ad- 
joignit bientôt celui du culte. La réforme du 
code pénal fut un des travaux les plus impor- 
tants auxquels il présida. En 1814, il fut créé 
comte de Camaldoli. Le 18 mai 1815 il se dé- 
mit de toutes ses fonctions, et ce ne fut qu'en 
1820, lorsque Ferdinand IV fut obligé de pro- 
clamer la constitution espagnole, qu'il reprit les 
portefeuilles de la justice et du culte et la di- 
rection de la police. Reconnaissant bientôt i 
l'impossibilité de faire partager ses vues au ; 
gouvernement, il rentra dans la vie privée, le 
18 décembre de cette même année. Ami des ■ 
lettres et des sciences, il entretenait une corres- 
pondance étendue avec les hommes les plus dis- 
tingués de l'Europe; sa villa del Vomero était' 
ouverte aux illustres étrangers qui chaque année 
viennent visiter Naples. Membre de l'Académie 
des sciences de Naples, il en fut plusieurs fois 
président triennal, et devint président à vie de 
la Société royale. 

Ccva-Grimaldi, Elogio storico del conte F. Ricciardi 
de' Camaldoli. — Colletta, Histoire de Naples. — Mé- 
moires du roi Joseph. 

RSCCiARELLi ( Daniele), dit D.aniel de 
Volterre, peintre et sculpteur de l'école floren- 
tine, né à Volterra en Toscane, en 1509, mort à 
Rome, en 1566. 11 étudia le dessin sous le So- 
doma, que des travaux avaient appelé à Vol- 
terra, puis il passa à Sienne, dans l'école de Bal- 
dassare Peruzzi. S'étant rendu à Rome, il y 
devint élève de Pierino del Vaga, qu'il aida dans 
ses travaux au Vatican, à la Trinité du Mont, et 
à la chapelle Massimi. Après la mort de ce 
maître, il fut, grâce à la protection du Buonar- 
roti , chargé par Paul III de présider à la con- 
tinuation des travaux de la Salle royale du 
Vatican ; mais il y fit peu de chose, l'entreprise 
ayant été suspendue. Vers ce temps il peignit pour 
le cardinal Alexandre Farnèse quelques fresques 
au palais Farnèse, et la Mort de Méduse à la 
Farné.sine, que ce prélat avait acquise des héri- 
tiers d'Agostino Chigi. Il fut aussi chargé par 
Marguerite d'Autriche , fille de Charles-Qumt, 
de la décoration du palais qu'elle possédait à 
Savone. Daniel devint bientôt le fervent disciple 
«t imitateur de Michel-Ange, qui conçut pour 
lui une vive amitié et l'aida de tout son pouvoir, 
.soit en le protégeant, soit en lui prodiguant ses 
conseils ou même en lui fournissant des dessins 
pour ses compositions. On sait que c'est en ve- 
nant visiter Daniel, qui travaillait à la Farnésine, 
qu'il lui laissa pour carte de visite la fameuse 



145 RICCI ARELLI — RICCIO 

tt'i.c dessinée au charbon, qui fut respectée et | ôlre coulée en bronze. 
i|u on admire encore aujourd'hui. Il est bors de 



iloiile que Daniel dut eu granile partie à Michel 
Ange la renommée que lui acquit la merveil- 
leuse Descente de croix de la Trinité-du-Mont, 
qui est une œuvre classique, et généralement 
regardée comme l'un des trois meilleurs ta- 
bleaux de Rome avec la Transfiguration de 
\Rapfiael et la Coinmunio7i de saint Jérôme 
[du Dominiquin. S'il n'eût fait que ce tableau, 
sa gloire n'eût été que plus grande, et il serait 
placé au premier rang parmi les maîtres ita- 
liens; mais s'il fut dessinateur hardi et savant à 
la manière de Michel-Ange, il dut tout son ta- 
lent à l'étude plutôt qu'à la nature; aussi dans 
ses autres œuvres reconnaît-on souvent les 
traces d'un travail pénible, et quelquefois une 
laciieuse absence d'expression. Tel il se montre 
'dans VAssomption qu'il peignit pour la même 
église de la Trinité-du-Mont et dans la plupart 
de ses autres peintures de Rome. Dans celte 
ville, on voit de lui divers sujets bibliques à 
San Marcello, le Triomphe de Marins sur 
les Cimbres, frise au palais des conservateurs 
du Capitole; Le Christ sur la a'oix, au palais 
Rospigliosi; le Baptême de Jésus-Christ, à 
Saint-Pierre in Montorio; Sainte Apollo7iie, h 
S. - Augustin, et quelques fresques au palais 
Massimi. Indiquons encore parmi les ouvrages 
de ce maître le Massacre des innocents au 
Musée et le Martyre de sainte Cécile à Saint- 
Paul de Florence ; une Sainte Famille d'après 
Michel-Ange, au Musée de Dresde; une Des- 
cente de croix et un Calvaire, au Musée de 
Madrid ; enfin, au Louvre, David tuant Go- 
liath, composition double peinte aux deux côtés 
d'une énorme ardoise. 

Le dégoût qu'à la mort de Paul III avait 
causé à Daniel la perte de sa place de surin- 
tendant des travaux du Vatican le porta à re- 
noncer à la peinture pour s'adonner à la sculp- 
ture, qu'il avait déjà pratiquée en ornant de stucs 
la voûte de la salle royale du Vatican. Chargé 
de l'exécution de diverses statues, il se rendit à 
Carrare pour choisir les marbres, et en passant 
à Florence il moula les sculptures de Michel - 
Ange h la chapelle de S.Lorenzo. A son retour 
à Rome, il dut suspendre ces travaux pour sa- 
tisfaire les scrupules du pape Paul IV, qui trou- 
vant indécentes certaines ligures du Jugement 
dernier, le chargea de les habiller, opération 
qui lui valut le surnom de Brachettone (fai- 
seur de brayettes) et ces vers piquants de Sal- 
vator Rosa : 

E pur era un error si brulto e grande 

Che Danlele di pol fece da Sarlo 

In quel Gluiiizl» a lavoranmitande. 

(Sat. m, La rutura.) 

Au refus de Michel-Ange, qui s'était excusé sur 
son grand âge, Dp.aiel avait entrepris par ordre 
de Catherine de Médicis de modeler la statue 
équestre de Henri II, roi de France, destinée à 



146 
II venait de terminer io 
cheval quand une fluxion de poitrine le ravit 
subitement à l'art à l'âge de ciriquante-sopt ans. 
On a peu de sculptures de Daniel ; cependant 
le musée du Louvre possède une Mise au 
tombeau, bas-relief qui lui estatiribué. 

Ricciarelli forma de nombreux élèves, dont les 
principaux sont Michèle Al herti, G. Paolo Ro- 
selli, Fcliciano da San-Vito, Biagio da Anti- 
giiano, Marco da Siena et Giulio Manzoni. 

E. B— N. 

Vasail, f'ite. — Lanzi, Stcria pitturica. — Ticozil, 
Dizionarlo. — Orlandi, Abbeccdario . — Pistolesl, Dei- 
criLione rii Roma. — Kanto/.zi, Guida di Firenze. — 
Cilalogues de Florcnop, Dresde, Madrid et Paris. 

Riccio ( Domenico), dit le Brusasorci (t), 
peintre de l'école vénitienne, né à Vérone, en 
1494, mort en 15G7. Après avoir reçu dans sa 
patrie les leçons du Giolfino, il alla à Venise 
étudier les œuvres du Giorgione et du Titien, 
qu'il imita avec un tel succès, qu'il reçut le sur- 
nom de Titien de Vérone, que justifient ses pre- 
miers ouvrages, tels que \q Saint /?oc/i que l'on 
voit dans cette ville, à Saint-Augustin. Il prit 
ensuite pour modèle le Pannigianino, et ce fut 
dans le style de ce maître qu'il peignit au pa- 
lais ducal de Mantoue plusieuis toiles repré- 
sentant la Fable de Phaéton, compositions 
pleines de vie et remarquables par la vérité des 
raccourcis. Plus encorfc que dans ses tableaux, 
le Brusasorci se montra grand maître dans ses 
fi'esques, dont les plus célèbres sont, à Vérone, 
VEntrée de Charles-Quint et d^ Clément Vil 
à Bologne, peinte dans une des salles du palais 
Ridoifi, et le Mariage du lac Benacus et de la 
mjmphe Paris sur la façade du palais Murari. 
Nous ne devons pas cependant passer sous si- 
lence la Conversion de saint Paul et le 
Mariage de sainte Catherine, à la Sainte-Tri- 
nité; La Samaritaine du réfectoire de Saint-Jo- 
seph ; la Décollation du saisit, à S.-Fermo- 
Mafjgiore ; la Résurrection de Lazare, la Pis- 
cine probatique , la Résurrection de Jésus- 
Christ, Saint Jérôme et Saint Jean-Baptiste, 
à Sanla-Maria in Organo; Saint Etienne et les 
saints Innocents, à Saint Etienne. Parmi les 
tableaux conservés dans sa ville natale, nous ne 
citei'ons que Saint Nicolas de Tolenlino et 
Saint Augustin à Sainte-Euphémie, Le Sauveur 
entre saint Benoît et saint Maiir à Saint- 
Laurent, une Annonciation au Musée et une 
Adoration des mages à Saint-Étienne; mais 
nous indiquerons encore un Baptême à la ga- 
lerie de Florence, Le Couronnement d'épines 
au musée de Darmstadt, Saint Paul ermite et 
Saint Antoine abbé à la galerie de Milan, enfin 
une Annonciation à Saint-Pétrone de Bologne. 

Domenico compta parmi ses élèves sa fille Ce- 
cilia et ses fils Giovanni- Baltista et Felice; ce 
dernier seul mérite d'être connu. 



(i) Ce surnom vient, dit on, d'un secret que son père 
avait dccouvert pour détruire les rats. 



147 



RICCIO — RICCIOLI 



U 



Riccio (Felice), dit Brusasorci le jeune, 
fils du précédent, né à Vérone, en 1540, mort en 
1605. Élève de son père, il continua ses études 
à Florence, sous Jacopo Ligozzi, son compatriote, 
et à cette école il acquit un style différent, une 
manière plus délicate et plus gracieuse qui donne 
un grand charme à ses madones , à ses enfants 
et à ses petits anges. Il aimait à peindre de 
petits tableaux sur pierre- de touche, laissant la 
couleur même de la pierre chargée de produire 
les ombres. 11 excella aussi dans le portrait. Il 
peignit peu à fresque ; on voit cependant de lui 
à Vérone la frise d'une maison près S. -Gio- 
vanni in Valle, et un Saint Georges colossal 
sur la façade d'une maison près l'Albergo délia 
Torre. Les tableaux qu'il a laissés dans cette 
ville sont presque innombrables, et nous devrons 
nous borner à indiquer les principaux : une Ma- 
done à Sainte-Marie-des-Anges ; Sainte Lucie 
et sainte Catherine à S. - Pietro-incarnario; 
La Vierge, saint Philippe, saint Jacques et 
saint François à Sainte-Anastasie ; une Des- 
•cente de croixa Saint-Bernardin; une Assomp- 
tion et Sainte Ursule avec ses compagnes à 
Santa-Maria-della-Scala , les Saints titulaires 
à Saint-Jérôme et à Sainte-Hélène; une Adora- 
tion des Mages aux Saints-Apôtres. On croit 
que Felice Riccio mourut empoisonné par sa 
femme; 11 laissa inachevé un de ses meilleurs 
ouvrages, La Chute de la manne, à Saint- 
Georges, tableau qui fut achevé par ses élèves 
rOrbetto et Pasquale Ottimi. On voit de lui à 
l'Académie de Venise, Le Christ à la colonne 
et La Sainte Trinité, et au musée du Louvre 
une Sainte Famille. E. B— n. 

Vasari, Lanzl, Ticozzi. — Ridolfi, Fite degli illustri 
piltori veneti. — Bennassuti, Guida di Ferona. 

RICCIO {Antonello). Voy. Antonelli de 
Messine. 

RICCIO (Andréa). Voy. Buiosco. 

R3CCIO [Pietro). Voy. Crinito. 

Rjccto (Bartolotnmeo). Voy. Neroni. 

RICCIOLI {Jean- Baptiste), astronome ita- 
lien, né à Ferrare, le 17 avril 1598, mort à Bo- 
logne, le 25 juin Î671. A peine .îvait-il commencé 
«es études classiques, qu'il fut atteint d'une grave 
maladie : les médecins, appelés en consultation, 
avaient jugé nécessaire l'amputation de la jambe 
droite, envahie par la gangrène, lorsque le 
jeune patient se mit à invoquer le secours de 
saint Ignace de Loyola, qui avait souffert d'un 
mal semblable, La guérison s'établit, dit-on, 
peu à peu , sans que l'amputation eût été prati- 
quée. Ce fut alors qu'il entra, en 1614, à No- 
vellara, dans l'ordre des Jésuites; il acheva ses 
études à Plaisance et à Bologne, et occupa en- 
suite dans cette dernière université et à Parme 
les chaires de théologie et de mathématiques 
appliquées. Ses travaux eurent particulièrement 
pour objet la correction des erreurs d'astronomie, 
de chronologie et de géographie. Le plus im- 
portant de ses ouvrages a pour titre : Alma- 



gestum novum, astronomiam veterem m 
vamque complectens ; Bologne, 165 1, 2 vo 
in-fol. ; Francfort, 1653, avec un .simple chai 
gement de titre. L'auteur fait voir qu'il s'( 
tait voué à l'astronomie moins par amour c 
la science que par l'envie de plaider la caus 
des théologiens contre Kopernik et Galilée. Ma 
il ressemble à ces avocats qui acceptent la.di 
fense d'une cause qu'ils savent eux-mêmes êti 
mauvaise, et qui s'attachent à ne plaider qi 
les circonstances atténuantes. Riccioli donni 
t. II, lib. 9, de YAlmag. nov., l'arrêt qui cor 
damnait Galilée. Il se complaît surtout dai 
certains détails, qui déparent l'histoire de l'a 
tronomie. Quant à la question, alors si vivemei 
controversée, du mouvement de la terre, voici ( 
qu'il accorde. Ses paroles méritent d'être citées 
« La sacrée congrégation des cardinaux, sépan 
du pape, ne peut faire aucune proposition de fo 
quoiqu'elle les définisse comme de foi et qu'el 
déclare hérétiques les propositions contraire,' 
ainsi , comme il n'a encore paru aucun bref ( 
pape ou d'un concile dirigé ou approuvé p 
lui , il n'est pas encore de foi que le soleil 
meuve et que la terre soit en repos. » Mais, d' 
près cette solution, que l'auteur appelle lui-môn 
prudemment une « subtilité théologique » , 
congrégation avait outrepassé ses droits en foi 
çanlGaliléeà une rétractation prononcée à genoi 
et la main sur la Bible. Riccioli parle aussi c 
pendule, qu'il assure avoir inventé avant d'avG 
lu les ouvrages de Galilée. Il s'en servait poi 
les différences d'ascensions droites, et avait r 
marqué que le nombre des vibrations était pli 
grand en hiver qu'en été. Il ignorait que c 
effet, qu'il était tenté d'attribuer au péri^gée et 
l'apogée du soleil, était dfl à la dilatation des m 
taux en été et à leur contraction en hiver. 

Il répéta avec Grimaldi les expériences de G. 
lilée, et confirma ainsi la loi de la chute des corp 
Il faisait tomber de la tour de Bologne des bout 
de craie, du poids de huit onces, d'une hautei 
délerminéeel constata que les intervalles parcoi 
rus dans des temps égaux augmentent comme 1 
nombres impairs, et que par conséquent la somn 
des temps est proportionnelle aux carrés (soinn 
des espaces parcourus). C'est dans la loi de 
chute des corps ( en représentant celle-ci par 
diagonale et non par le côté vertical d'un p; 
rallélogramme) qu'il croyait par erreur trouvi 
l'objection la plus forte contre ie système. ( 
Kopernik. La parallaxe delà lune était, selonlu 
entre 53' 45'' et 63' 55', ce qui s'éloigne un p( 
moins de la vérité. Sa carte lunaire n'est pas, 
beaucoup près, aussi exacte que celle d'Huvc 
iius : les grandes taches unies et brillantes , 
les prenait, comme celui-ci, pour des mers; ma 
il leurdonnadesnoms arbitraires, eumêmetem; 
qu'il désignait les montagnes de la lune par d( 
noms de physiciens et d'astronomes, qui ont él 
en partie conservés dans la science. Ses obseï 
valions de Saturne sont aussi inexactes que cell< 



149 RICCIOLI - 

de Galilée, qui supposait cet astre de forme trian- 
gulaire. 

Riccioii s'était aussi occupé de la question, 
alors si fortement controversée, du poids de l'air. 
Mais le moyen ( une vessie d'abord vide, puis 
remplie d'air) qu'il employa pour le déterminer 
était tout à fait défectueux : il trouva que l'air 
pesait mille fois moins que l'eau, tandis qu'en 
réalité son poids spécifique était d'environ qua- 
torze cents. Sa méthode pour déterminer la pa- 
rallaxe du soleil, sans la connaissance de la- 
quelle la vraie astronomie est impossible, lui 
donna également un résultat inexact : 14 secondes 
au lieu d'environ V^. H avait entrepris aussi d'é- 
valuer la hauteur de l'atmosphère en se servant 
de la méthode de l'Arabe Alhazen, fondée sur la 
théorie du crépuscule et en tenant compte, 
comme l'avait fait Kepler, de la réfraction des 
rayons de lumière (égale à 34 secondes à l'ho- 
rizon). Il parvint ainsi à donner à l'atmosphère 
-vingt milles italiens de hauteur. 

Les autres ouvrages de Riccioii ont pour titres : 
Prosodia reformata; Bologne, 1655, 2 vol. 
in-12 ; — Geographige et hycirographias refor- 
matx libri XII ; ibid., 1661, in-fol.; — Astro- 
nomia reformata ;ihïd., 1665, 2 vol. in-fol. ; — 
Yindicix Kalendani Gregoriani; ibid., 1666, 
in-fol.; Chronologia reformata; ibid., 1669, 
3 vol. in-fol.; — Argomento fisico-matematico 
contra il moto diurno délia terra ; ibid., 1668, 
in-4°; — Apologia pro eodem argumenta, 
con/rasystema Copernicianum ;Yeaue, 1667- 
69, in-fol. ; — Considerazioni sopra la forza 
d'alcune ragioni fisiche matematiche , etc.; 
Venise; 1667-69, 4 part, in-40 ; — Epistolse de 
Cometis. ann. 1664 et 1665; Leyde, 1681, in- 
fol.; — Thèses astronômïcBe de novissimo 
cometa anni 1652; Bologne, 1653, in-4° (attri- 
bué à Riccioii). Parmi ses ouvrages de théologie 
on remarque : De dïstinctione entium in Deo 
et in c;ea^!<ns; Bologne, 1669, in-fol. F. H. 

Fabroni, P'itse Italorum, t. !I. — Delarabre, Uist. de 
V Astronomie moderne. — Fischer, Ceschichte der fhysik, 
l. I. — Tiraboschi, Storia délia letter. ital., VIII. 

RiccoBONi {Ayitonio), érudit italien, né en- 
1541, à Rovigo, mort en 1599, à Padoue. Il fré- 
■quenta les écoles de Venise et de Padoue, et eut 
pour principaux maîtres Paul Manuzio, Sigonius 
et Muret; ses progrès furent si rapides que, 
malgré sa grande jeunesse, il fut jugé capable 
d'enseigner les belles-lelU-es dans sa ville na- 
tale, et ses concitoyens lui décernèrent, comme 
une récompense publique, le droit de bourgeoisie 
pour iui et toute sa famille. La jurisprudence 
paraissant devoir lui fournir des moyens d'exis- 
tence plus assurés, il s'y appliqua avec ardeur, 
et reçut en 1571 le diplôme de docteur; cepen- 
dant il accepta à la fin de cette année, d'après 
les exhortations de ses amis, une chaire de rhé- 
torique à Padoue, et l'occupa jusqu'à sa mort. 
« Il était, dit Niceron, un des ennemis de Joseph 
Scaliger, parce qu'il avait osé lui disputer la no- 



RICCOBONI 150 

I blesse de sa naissance, et qu'il avait fourni à 
J Scioppius des mémoires pour écrire contre lui. 
i C'est pour cela que Scaliger parle de lui dans 
: ses oeuvres avec beaucoup de mépris et le traite 
de porcus Ricobonus. » Le cardinal Bentivo- 
I glia, qui l'avait eu pour maître dans sa jeunesse, 
lui accorde de grands éloges. On a de lui : Com,- 
mentarius in quo per loeortim collationem 
explicatur doclrina librorum Ciceronis rhe- 
ioricorum ; Yemse, 1567, in-8°; — De histo- 
ria, cum fragmentis historicorum veterum 
latinorum; ibid., 1568, in-8°, et dans le Penus 
artis historicse (1579); t. II; — De Consola- 
tione édita sub nomine Ciceronis; Vicence, 
1584-1585, in-8° : ce prétendu traité de Cicéron, 
publié par Vianelli, avait pour auteur Sigonius; 
Riccoboni fut le premier à dévoiler la superche- 
rie; — Orationes ; Padoue, 1592, 2 voL 
in-4° ; — De gymnasio patavino commenta- 
riorum lib. VI; Padoue, 1598, in-4" : ou- 
vrage curieux, moins complet que celui de Pa- 
padopoli, et où il s'inquiète de mettre bien plus 
son propre mérite en lumière que celui de ses 
doctes confrères. Riccoboni a encore traduit en 
latin trois ouvrages d'Aristo'te : la Rhétorique 
(Venise, 1579, in-8°); la Poétique (ibid., 
1579, 1584, in-4°) et V Ethique (Padoue, 1593, 
in-S" ) ; mais ses versions, dont le style est pur 
et châtié , ne serrent point le texte d'assez près. 

De Tbou, Éloges. —Tomaaini, Etagiq, II, 109. — Ghl- 
Uni, Theatro d'/itiomini letterati, II. — Niceron, Mé- 
moires, XXVIIl. — Tiraboschi, Storia deîla letter. ital., 
I el VII, se partie. 

mccoBONi (Louis), comédien et littérateur 
français, né à Modène, en 1674 ou 1677, mort à 
Paris, le 5 décembre 1753. Les commencements 
de sa vie sont fort obscurs ; on sait seulement que 
dès sa première jeunesse il fut enrôlé parmi des 
comédiens qui donnaient des représentations de 
ville en ville. Vers l'âge de vingt-deux ans, il 
devint chef de troupe. Le bon goût dont il était 
naturellement doué et l'étude qu'il avait faite du 
théâtre français l'amenèrent à prendre la ré- 
solution de remplacer, par la tragédie et la co- 
médie de caractères, les farces et les bouffonne- 
ries italiennes. Les tragédies étaient la plupart 
anciennes; la plus goûtée fut la Mérope de 
Maffei. Pour les comédies, il les emprunta à la 
scène française, tantôt traduisant Le Menteur, 
Pysché et La Princesse d'Élide, tantôt combi- 
nant ensemble deux comédies différentes , par 
exemple. Le Chevalier à la mode et L'Homme 
à bonnes fortunes, ^onxtn tirer une seule pièce, 
et produisant ainsi, comme il le dit lui-même, 
de véritables pots-pourris. 11 produisit aussi des 
œuvres originales, entre autres La Femme ja- 
louse, et Samson, tragi-comédie, dont Fréret fit 
une traduction en prose, et Romagnesi une imi- 
tation en vers français. La troupe de Louis Ric- 
coboni jouait depuis plusieurs années dans les 
principales villes de la Vénétie et de la Lombar- 
die, lorsqu'elle vint représenter à Venise La Sco- 
lastica d'Arioste. Riccoboni avait revu avec soin 



151 

cette pièce pour en retrancher les détails trop li- 
cencieux. Mais le public, qui s'attendait à voir 
paraître Angélique, BraJamante et Roland, ma- 
nifesta son désappointement par des marques de 
désapprobation si violentes qu'il fallut baisser 
la toile. Ce manque de respect envers l'Ariostc 
affligea Riccoboni à un tel point qu'il résolut de 
quitter la scène. A cette époque, le régent avait 
envoyé des ordres pour engager, au nom du roi 
de France, des acteurs italiens ; Riccoboni ac- 
cepta les propositions qui lui furent faites, com- 
posa sa troupe et partit pour Paris (1716). On 
l'installa dans la salle de l'hôtel de Bourgogne. 
Instruit par l'expérience, il s'associa le (ils du 
fameux Dominique, et composa avec lui beaucoup 
de divertissements et de parodies qui attirèrent 
la foule et lui permirent de ne pas jouer dans le 
vide des pièces plus régulières. Son propre talent 
comme acteur, surtout dans les rôles passionnés, 
et celui de la Flaminia, sa femme, contribuèrent 
beaucoup au succès de son entreprise. Il aug- 
menta encore , par des ouvrages spéciaux, l'es- 
time qu'il s'était acquise près des lettrés : il pu- 
blia un poëme en six chants, Dell' arte repre- 
ssntativa (Paris, 1728, in-8°) et une Histoire 
du rhédire-ltaiien (Paris, 1728-1731, 2 vol. 
in-S°, fig.), ouvrage superficiel. En 1 729, Riccoboni 
partit pour l'Italie, où le duc de Parme venait de 
lenommer intendant des menus plaisirs et inspec- 
teur de ses théâtres. A la mort de ce prince 
(1731), il revint à Paris; mais ses tendances à 
la piété, accrues par l'âge, le détournèrent du 
théâtre. Ayant obtenu sa retraite avec une pen- 
sion de 1,000 livres, il ne s'occupa plus que de 
littérature. Il fit paraître successivement : Ob- 
servations sîir la comédie et le génie de Mo- 
lière (Paris, 1736, in-12); Pensées stir la dé- 
clamation (1738 in-S"); Réflexions histo- 
riques et critiques sur les différents théâtres 
de U Europe (Paris, 1738, in-8%et 1752, in-12); 
Delà Réformation du théâtre (Paris, 1743, 
1767, in-12). Le style de ces ouvrages est terne 
et lâche, quoiqu'ils présentent des idées hon- 
nêtes et sincères. Ennemi des spectacles, l'auteur 
les regarde comme un danger public, et conseille 
aux gouvernements d'en bannir ce qui porte au.K. 
mœurs une atteinte directe, la danse et les 
pièces qui, comme Le Cid et Phèdre, n'ont que 
l'amour pour intérêt. 

Riccoboni ( Hélène ■ Virginie Baletti ) , 
femme du précédent, née à Ferrare, en 1686, 
morte à Paris, le 30 décembre 1771. Elle était 
d'une famille de comédiens et fut élevée pour le 
théâtre; cette éducation développa le goût qu'elle 
avait naturellement pour les lettres, surtout 
pour la poésie. Elle commença fort jeune à com- 
poser de petits poèmes; la grâce qui distin- 
guait ses vers , son âge et son sexe attirèrent 
les regards; des louanges accueillirent ses 
œuvres, et bientôt elle fut admise dans diverses 
sociétés académiques, à Ferrare, à [Jologne, à 
Venise et à Rome. Son emploi au théâtre était 



RlCCOBOiNI 152 

celui qu'avait déjà tenu sa grand-raère, l'emploi 
d'amoureuse ou de Flaminia. Voisenon en 
parle fort légèrement. « La. Flaminia, dit-il, 
n'a jamais été belle ni aimable, et a toujours eu 
beaucoup d'amants. « Mais la véracité de Voi- 
senon est plus contestable que sa méchanceté, 
et il est le seul écrivain qui l'ait maltraitée ainsi. 
Elle fit paraître, en 1725, sous le titre de 
Lettre de APie R... à M. l'abbé C. (Conti), 
une attaque violente contre la nouvelle traduc- 
tion de là Jérusalem délivrée, par Mirabaad. 
L'ambition littéraire de iM'"c Riccoboni fut d'é- 
crire pour le théâtre; mais le succès ne ré- 
pondit pas à ses désirs; elle fit représenter, en 
1726, Le Naufrage, comédie imitée de Plante, 
et en 1729, en collaboration avec Delisle de la 
Drevctière, Abdilly, roi de Grenade, tragi- 
comédie. Elle partagea la retraite et les pratiques 
religieuses de son mari. Jean Morel. 

Des Coultnici-s, Hist. du Théâtre d'Italie. — Ricco- 
boni, Histoire du Théâtre Italien. — Voisenon, Anec- 
dotes littéraires. — î3arbicr, Dictionnaire da Ano- 
nymes. 

RICCOBOKI { Antoine- François), comédien 
et auteur dramatique, fils des précédents, né à 
Mantone.en 1707, mort à Paris, le 15 mai 1772. 
Ses père et mère le formèrent avec soin au théâtre 
et à la littérature, et il n'avait pas dix-huit ans 
lorsqu'il fit repréi;enter (1724), sous leur direc- 
tion. Les Effets de l'éclipsé, petit acte en prose. 
En 1726, il débuta comme acteur dans l'emploi 
de ie/îo; mais il fut loin d'égaler, dans le jeu 
et l'expression scéniques, le talent et la réputa- 
tion de son père. Comme écrivain dramatique, 
il montra plus d'activité dans l'imagination que 
de véritable talent. La plupart de ses pièces ne 
durèrent que quelques soirées. Les plus impor- 
tantes résultèrent de sa collaboration avec Do- 
minique ou Romagnesi : ce sont Les Com.édicns 
esclaves (1726), Les Amusements à la mode 
(1732) et Le Conte de fée (1735). Reçu dans la 
société du Caveau, Riccoboni fut lié avec Gentil 
Bernard, Collé, Saurin, Crébillon fils , etc.; il 
compta au nombre des poètes légers de la 
gaieté et de l'amour. On a de lui beaucoup de 
poésies faciles insérées dans les recueils du 
temps, et Le Goût du siècle, satire; Londres 
(Paris), 1762, in^». La faiblesse de sa santé, 
épuisée par les fatigues et le travail, le força de 
quitter la scène en 1750. Quelques mois après 
il publia VArt du théâtre (Paris, 1750, 1752, 
I in-S"), ouvrage finement écrit, plein de conseils 
I etd'observations justes .«ur la manière de poser le 
I geste, de diriger la voix, d'exprimer les diffé- 
i rentes passions, de lire dans la chambre ou à 
l'Académie, de déclamer au barreau, dans la 
chaire et au théâtre. 

Marié, depuis 1735, à une personne aimable 
et spirituelle, Marie-Jeanne Laboras de Mézières 
{voy. ci-après ), Riccoboni aurait passé une vie 
heureuse s'il ue s'était adonné avec passion h, 
la chimie ou plutôt à l'alchimie et à des entre- 
prises industrielles. La recherche du grand 



153 RICCOBONI 

œuvre et l'élève des vers à soie l'avaient miné. 
Après avoir reparu quelques l'ois sans succès au 
théâtre, en 1758, il partit en Italie, où il essaya 
de refaire sa fortune en jouant la comédie et en 
repriiiant ses essais de chimie et d'industrie. Il 
ne réussit à rien, et revint plus triste et plus en- 
detté. D'après le-; conseils de sa femme, il 
donna (1761), sous le titre de Les Caquets, une 
imilalion en prose d'une plaisante comédie de 
Goldoui. 11 fut moins heureux avec Les Amants 
de village, comédie en vers, qui tomba (1764), 
et retrouva quelques derniers bravos avec Le 
Prétendu (1769), dont Gaviniés avait fait la mu- 
sique. J. ^I — i' — L. 

Nicrologe des hommes célèbres de la France, 1773. — 
Anecdotes dramatiques, t. III. — Voisennn, Jnecdotes 
littéraires. — Barbier, Dictionnaire des anonymes. 

RiccoBOXi {Marie- Jeanne Laboras de 
MÉziÈRES. M""* ), femme du précédent, noe en 
1714, à Paris, morte dans la même ville, le 
6 décembre 1792. La famille Laboras de 
Mé/.ières était originaire du Béarn, où elle avait 
tenu un rang distingué; elle se trouvait fi\ée de- 
puis quelque temps à Paris, lorsque à la 
chute du système de Law elle fut complète- 
ment ruinée. La jeune Marie- Jeanne, devenue 
bientôt après orpheline, resta sans autre res- 
source que l'amitié et la protection d'une tante 
qui la recueillit auprès d'elle. Ses talents na- 
turels s'étaient montrés de bonne heure, et ses 
parents, malgré leur désastre, n'avaient cessé 
de les cultiver. Elle arrivait à peine à la fleur 
de sa première jeunesse, lorsqu'elle se fit dis- 
tinguer dans les sociétés où elle était intro- 
duite, et, comme il était de mode à cette époque, 
elle y joua la comédie. On l'applaudit, et à l'âge 
de vingt ans (1734) elle fut admise à débuter aux 
Italiens dans La Surprise de Vamour, de 
Marivaux. Elle ne fut jamais qu'une actrice mé- 
diocre. Elle était belle , grande et d'une taille 
bien prise ; elle avait des yeux noirs , doux et 
parlants, la physionomie candide et gaie; son 
intelligence éclatait à tout moment dans la con- 
versation, et l'on citait d'elle bien des reparties 
spirituelles. C'est en 1733, un an après ses dé- 
buts, qu'elle épousa un de ses camarades de la 
Comédie-Italienne, Antoine - François Riccoboni 
( votj. ci-dessus ). 

Peu à peu madame Riccoboni , sans cesser de 
paraître à la scène , délaissa le monde. Son peu 
de succès comme actrice, les infidélités de son 
mari, pour lequel elle avait une tendre affection, 
un certain penchant naturel à la retraite, que son 
éducation avait développé, la portèrent à se ren- 
fermer en elle-même, à étudier les hommes et 
les passions, enfin à écrire ses sentiments et ses 
réflexions. Elle fit paraître, en 1757, les Lettres 
de Fnnny Butler. Ce premier ouvrage, dont 
l'héroïne est trop véhémente et trop passionnée 
pour le talent, plutôt délicat et gracieux, de l'au- 
teur, eut, par ses qualités et par ses défauts même, 
un résultat qui lui fut favorable. En 1758, 



I.'4 

elle donna l'Histoire du marquis de Cressy et 
les Lettres de Julie Catrsby. Ce dernier ro- 
man n'eut que des approbateurs; il s'y trouve 
en effet, à côté de quelques négligences, bien du 
cJiarme et de la grâce, une piquante vivacité, 
de la légèreté dans la touche, une grande vérité 
de sentiments. Le succès des premiers ouvrages 
de madame Riccoboni ne pouvait manquer d'é- 
veiller contre elle l'envie et la méchanceté. On 
imprima qu'elle n'était pas l'auteur de ses écrits, 
et qu'elle se parait de la gloire d'un écrivain qui 
ne voulait pas se faire connaître. Ces alléga- 
tions mensongères trouvèrent de l'écho chez des 
hommes connus et écoutés. Palissot les répéta 
et les répandit. Mais la calomnie tomba, et Pa- 
lissot lui-même la combattit en proclamant la 
vérité. 

Madame Riccoboni, qui n'avait écrit jusqu'alors 
que pour obéir à son goût httéraire, dut bientôt 
écrire dans un autre but , celui de se créer des 
ressources; car elle quitta le théâtre en 1761 
avec une modique pension. Elle fit paraître quel- 
ques fragments dans un journal , sous le titre de 
V Abeille, et dans le Mercure Y Histoire de 
deux amis, la Lettre de la marquise d'Ar- 
tigues et L'Aveugle, conte que Desfonfaines mit 
au théâtre avec succès. Sa suite à la Marianne 
de Marivaux est faite avec beaucoup d'art et 
d'esprit; elle y a parfaitement imité la manière 
et le style de l'auteur qu'elle continuait. Vinrent 
ensuite Ernestine, jolie nouvelle que les admi- 
rateurs de Mme Riccoboni ont appelée le dia- 
mant de son écrin , et Amélie (1762), roman tiré 
de l'ouvrage de Fielding qui porte le même titre. 
On a dit et répété que c'était une traduction; 
l'on ne peut même dire que ce soit une imita- 
tion ; l'auteur français a pris seulement le sujet 
de Fielding et la traité librement, à sa ma- 
nière. La lettre qui est en tête d'Amélie a donné 
lieu de croire à une traduction ; elle est adres- 
sée à M. Humblot, libraire : « En étudiant 
l'anglais sans maître , sans principes , la gram- 
maire et le dictionnaire près de moi , ne regar- 
dant ni l'un ni l'autre, me tuant la tête à deviner, 
j'ai traduit tout de travers ( comme j'entendais) 
un roman de M. Fielding. Ce qui était difficile, 
je le laissais là. Ce que je ne comprenais point, 
je le trouvais mal dit : j'avançais toujours. Je 
parvins enfin à faire un gros amas de papier 
écrit, où je me perdis si bien qu'il me fut im- 
possible d'en trouver le fil. Une personne plus 
patiente que moi s'est occupée à le chercher, a 
numéroté toutes les petites feuilles éparses dans 
mon secrétaire, et parmi le fatras de mes thèmes 
anglais, a recouvré la suite de ce singulier ou- 
vrage. Elle m'a conseillé de vous l'envoyer, et 
le voilà... » Qui ne voit que c'est là une plai- 
santerie spirituelle, et qu'il ne faut pas prendre 
au pied de la lettre un auteur qui prétend traduire 
l'anglais sans le savoir et sans regarder le dic- 
tionnaire ni la grammaire? L'Amélie de madame 
Riccoboni est loin d'être un ouvrage parfait, mais 



155 



RICCOBONI — RICH 



156 



elle y a mis beaucoup d'intérêt, ainsi qne dans 
Y Histoire de miss Jenny, qu'elle donna dans 
la même année (1762). Elle publia en 1766 les 
Lettres de la comtesse de Sancerre, qu'elle 
dédia au comédien Garrick, dont elle était l'amie, 
et qui ne réussirent pas, bien que Monvel en 
ait tiré le sujet d'une comédie qui fut fort ap- 
plaudie, V Amant bourru. Puis elle s'occupa 
de théâtre , et fit passer dans notre langue quel- 
ques œuvres de la scène anglaise. 

Madame Riccoboni revint au roman, et pu- 
blia (1772) les Lettres de Sophie de VaUière. 
Ce fut un très-grand succès. On lui reprocha 
quelques longueurs , mais tout le monde loua 
la finesse des pensées , et la manière naturelle 
dont elle savait parler le langage du cœur. Après 
la mort de son mari ( 1772), sa retraite devint 
plus entière et ses écritjs plus rares. Elle ne fît 
plus qu'un ouvrage un peu long , les Lettres de 
mylord Rivers (1776), et des nouvelles pour la 
Bibliothèque des romans. Comme la plupart 
des romans , les œuvres de Mme Riccoboni 
ne pouvaient avoir qu'un succès de mode, 
borné à l'époque dont elles reproduisaient les 
pensées et les sentiments. Il ne faudrait cepen- 
dant pas mépriser le talent, l'esprit et la grâce 
dont elles abondent ; ceux qui ont la patience 
de les lire y retrouvent l'écrivain tel que ses 
contemporains l'admiraient; ils y devinent aussi 
la femme aimable si chère à ses amis , sa dou- 
ceur, sa grâce, son peu de souci de la mauvaise 
fortune et des privations, dont elle avait l'habi- 
tude. Adorée de ceux qui la connaissaient intime- 
ment, ceux qui ne la virent que rarement se plai- 
gnaient de l'inégalité de son humeur, ceux qui 
la virent à peine ne lui furent pas sympathiques ; 
elle nous en fait bien voir la cause dans ce frag- 
ment du portrait qu'elle a tracé d'elle-même : 
« Tous mes sentiments se peignent sur mon 
front ; je n'ai pas l'art de me contraindre.... J'ai 
l'air très-froid avec des étrangers; je traite 
durement ceux que je méprise; je n'ai rien à 
dire à ceux que je ne connais pas, et je deviens 
tout à fait imbécile quand on m'epnuie... » 

Cette femme si digne, par ses talents, ses 
travaux et son caractère, d'avoir en partage 
les faveurs de la fortune, passa ses derniers 
jours dans la misère; elle venait d'être privée 
de sa petite pension lorsqu'elle mourut , âgée de 
soixante-dix-huit ans. 

Les principales éditions des œuvres de M™e Ric- 
coboni sont les suivantes : Paris, 1785-1786, 
8 vol. in-8°, 6g.;— Paris, 1809, 14 vol. in-18, 
papier vélin; — Paris, 1818, 6 vol. in-8" : cette 
dernière est la plus belle et la plus complète. Les 
premiers romans de M""'' Ri ccoboni ont été, pour la 
plupart, traduits peu après leur apparition , en 
allemand, en anglais, en italien. Jean Morel. 

Laporte, Histoire littéraire des femmes françaises. 
— Influence des femmes sur la littérature, p;ir M""" de 
Genlls. — Lettres de Grimm. — Cours de lUtcralnre 
de Laharpe. — Im Dunciade, par Palissot. — Portraits 
littéraires, par Voiscnon. 



RiCEPUTi (Filippo), antiquaire italien, mort 
en 1742, à Rome. Pendant un séjour de plu- 
sieurs années qu'il fit en Dalmatie comme mis- 
sionnaire , il amassa de nombreux matériaux 
sur l'histoire ecclésiastique de l'Illyrie. Les papes 
Clément XI, Innocent XIII et Benoît XIV l'en- 
couragèrent dans ses recherches, et lui ouvri- 
rent les principales bibliothèques de Rome. En 
1722 il retourna en Dalmatie, en compagnie du 
P. Farlati, qui lui avait été adjoint; les deux 
jésuites, secondés par l'archevêque de Spalatro, 
Pacifico Bizza , fouillèrent les dépôts littéraires 
de l'Illyrie et en rapportèrent près de trois cents 
volumes manuscrits de matériaux. On n'a du 
P. Riceputi que les deux plans des ouvrages 
qu'il se proposait de publier ( Prospectus Illy- 
rici sacri et profani ), publiés à Rome, le pre- 
mier en 1722, le second en 1732, dans le for- 
mat in-fol. Mais le P. Farlati, son compagnon 
d'étude, sut tirer un excellent parti de leurs 
communs travaux (foy. Farlati). 

Préface de i'Illyricum sacrum; Venise, nsi, t. l«r. 

RICH ( Claudius James), voyageur anglais , 
né le 28 mars 1787, près de Dijon, mort le 5 oc- 
tobre 1821, à Schiraz, en Perse. Emmené de 
bonne heure à Bristol , il y reçut une bonne 
éducation ; grâce à une aptitude extraordinaire 
pour les langues , il fut en état de lire très-cou- 
ramment, avant d'avoir atteint sa quinzième an- 
née, l'arabe, l'hébreu, le syriaque, le turc et le 
persan. Admis en 1803 dans le service civil de la 
Compagnie des Indes, il fut détaché comme se- 
crétaire auprès du consul général d'Egypte, afin 
de perfectionner ses connaissances linguistiques; 
mais le consul étant mort avant qu'il eût pu le i 
rejoindre, il fut permis à Rich de se rendre à 
son poste dans l'Inde en employant la manière 
qu'il jugerait la plus utile à ses études. A Cons- 
tantinople et à Smyrne il apprit le turc, en Egypte 
l'arabe et ses principaux dialectes. Puis, sous le 
costume d'un mamelouck, il traversa la Pales- 
tine et la Syrie, osa s'aventurer dans la grande 
mosquée de Damas, gagna Bassora, et s'y em- 
barqua pour Bombay, où il arriya au mois de 
septembre 1807. L'historien Mackintosh, qui 
remplissait dans cette ville les fonctions de re- 
corder, l'accueillit ave« beaucoup de cordialité, 
et lui donna en 1808 une de ses filles en ma- 
riage. Peu de temps après, Rich fut chargé de 
représenter à Bagdad, en qualité de résident, 
les intérêts de la Compagnie des Indes. Durant 
un séjour de plus de dix ans, il poursuivit le 
cours de ses études favorites , et forma d'amples 1 
collections de manuscrits orientaux, de médailles I 
et de pierres gravées. Il s'éloigna de Bagdad 
plusieurs fois : dans l'intérêt de la science, il fit 
deux excur.sions aux ruines de Babylone, et ua 
voyage dans le Kurdistan, où il visita Mossoul, 
Solimania et l'emplacement de Ninive; l'affai- 
blissement de sa santé le força en 1813 d'habiter 
quelque temps à Constantinople, et il profita de 
la paix générale en 1814 |M)ur venir à Paris. Au 



57 llICH — 

irintemps de 1851 il fut nommé à un des pre- 
liers emplois de Bombay. Avant de quitter la 
erse, il voulut explorer Schiraz et ses environs, 
jinsi que les ruines de Persépolis, et succomba 
une attaque du choléra. Il n'avait que trente- 
uatre ans. La littérature asiatique fit une grande 
erte dans ce jeune et laborieux savant, qui 
ossédait les langues de l'Orient à un degré que 
ien peu d'Européens ont pu atteindre. Ses col- 
'Ctions, acquises par le gouvernement, ont été 
lacées dans le Musée britannique. On a de lui : 
eux Mémoires sur les ruines de Babylone, 
un inséré, vers 1812, dans les Mines de Vo- 
ient, recueil qui paraissait à Vienne; l'autre, 
ubiié en 1818, à Londres, trad. la même année 
(1 français, et destiné à combattre les doutes 
n'avait élevés le major Rennell sur l'emplace- 
lent de l'antique cité; tous deux ont été réimpr. 
Qsembie en 1839, à Londres, avec la relation 
es voyages à Babylone et à Persépolis; — 
'arrative of a résidence in Koordistan; 
ondres, 1836, in-8"', avec une carte; cette re- 
ition a été mise au jour par la veuve de l'au- 
iur. 

Notice à la tftte du Narrative of a résidence. 
RICHARD i'^'^, dit Cœur de Lion, roi d'An- 
leterre, né en septembre 1157, à Oxford, mort 
î 1 6 avril 1199, au château de Chalus (Limousin ). 
l était le troisième des cinq fils d'Henri II et 
Éléonore de Guienne. Lors du traité de Mdnt- 
nirail (6 janvier 1 169), il reçut en partage le du- 
hé d'Aquitaine. Le ressentiment de sa mère, les 
nstigations du roi Louis VII, un caractère natu- 
ellemenf impétueux et violent le poussèrent, à 
leine sorti de l'adolescence, à se révolter contre 
on père (1173), et lorsque la ligue redoutable 
ù il était entré, et qui se composait de ses 
rères, des rois de France et d'Ecosse et d'un 
;rand nombre de barons anglais, eut été dissipée 
n deux campagnes, il fut le dernier à poser les 
irmes. A la réconciliation qui ramena la paix il 
;agna pourtant deux châteaux du Poitou avec la 
noitié des revenus dece comté (septembre 1174). 
'assionné pour la gloire des armes, on le vit, à 
'exemple d'Henri, son frère aîné, parcourir le 
;ontinent comme un simple chevalier, ne cher- 
hant qu'amour et aventures, se présentant dans 
eus les tournois et remportant souvent le prix 
le la force ou du courage. Ces qualités brillantes 
;laient ternies par la perfidie, la cruauté et un 
lenchant effréné à la débauche. Les exactions 
t les violences de Richard soulevèrent les ba- 
ons d'Aquitaine (1183); il put, avec le secours 
le son père , les faire rentrer dans le devoir, 
liais la prédilection marquée de ce prince pour 
fean , le dernier de ses fils , lui ayant inspiré de 
'ombrage, il se rapprocha de Philippe-Auguste, 
lui venait de succéder à Louis VII, et se dé- 
îlara son vassal. La guerre se ralluma (1188). 
)n en donna pour cause apparente la singulière 
)bstination de Henri II à différer sans cesse le 
nariage de la princesse Adélaïde de France avec 



RICHARD 



158 



Richard, qui lui était fiancé depuis longtemps (1). 
Après une courte campagne, le vieux roi, vaincu 
et trahi, accepta les conditions que lui impo.sa 
son fils, et mourut peu après en le maudissant 
(6 juillet 1189). 

La moit de ses frères avait ouvert à Richard 
le chemin du trône : il fut couronné le 13 sep- 
tembre 1189, à Westminster. Cette cérémonie 
servit de prétexte à un soulèvement populaire 
contre les juifs de Londres : leurs riches.ses s'é- 
taient considérablement accrues sous le dernier 
règne, et ils étaient exécrés. Le bruit ayant 
couru que Richard allait les expulser, comme on 
venait de le faire en France, on les traqua 
comme des bêtes malfaisantes, on les assomma 
sans pitié et on livra leurs maisons aux flammes. 
Pendant six mois ces scènes de carnage se re- 
nouvelèrent dans toutes les villes de l'Angle- 
terre; à York cinq cents juifs, assiégés dans la 
citadelle , massacrèrent leurs femmes et leurs 
eufants et s'égorgèrent ensuite les uns les 
autres, après avoir enterré l'or et l'argent qu'ils 
possédaient. Deux ans avant sa mort Henri II 
avait résolu d'entreprendre une expédition dans 
la Terre sainte , qui était tombée presque tout 
entière au pouvoir de Saladin après la bataille 
de Tibériade. Richard avait pris la croix ayec 
enthousiasme ea même temps que Philippe-Au- 
guste; à peine arrivé au trône, il ne songea plus 
qu'à tenir ses serments. L'immense trésor, fruit 
de la rapacité de son père, et qu'il trouva à Sa- 
lisbury, ne lui suffit pas; limita l'enchère les 
terres du domaine , les dignités , les charges de 
la couronne; il vendit même pour dix mille 
marcs les droits de souveraineté sur la cou- 
ronne d'Ecosse. Puis il passa en Normandie, où il 
remplit ses coffres par les mêmes expédients. Au 
lieu de conduire à la troisième croisade une 
multitude indisciplinée, les deux rois alliés 
n'emmenèrent avec eux que l'élite de leurs che- 
valiers. Le rendez-vous général fut donné dans 
les plaines de Vézelay, en Bourgogne (1*" juillet 
1190); plus de cent mille hommes des deux na- 
tions s'y assemblèrent. Tandis que Philippe 
prenait la route de Gênes, Richard s'embarquait 
à Marseille, sans attendre l'arrivée de sa flotte. 
Ils se retrouvèrent à Messine. Là, le brutal 
et orgueilleux Richard s'établit en maître, et 
pendant six mois il traita la Sicile en pays con- 
quis et son roi Tancrède en vassal. Toutes les 
violences , toutes les insultes, il les permettait 
à ses soldats. D'abord il réclama et obtint qua- 
rante mille onces d'or en échange du douaire 
de sa sœur Jeanne, veuve de Guillaume U, 
que Tancrède avait dépouillé de ses États, et 
afin de la rendre indépendante il passa un 
jour le détroit, emporta de vive force un châ- 
teau situé en Calabre , et le lui donna à titre de 
résidence. Aux motifs d'animosité qui existaient 

(1) Henri la gnrdait dans un de ses châteaux, dont 
l'entrée était sévèrement interdite à son fils, et selon le 
bruit génOral il l'avait prise pour maîtresse. 



159 



PJCHARD 



160 I 



déjà entre lui et Philippe, il en ajouta un plus 
puissant en refusant de prendre pour femme la 
soeur de ce prince , Adélaïde, et en acceptant la 
main de Bérengère, fille de Sancho, roi de Na- 
varre. Pliilippe, irrité, partit pour la Terre sainte. 
Richard le suivit à la tête d'une flotte de deux 
cent trois galères ou vaisseaux (10 avril 1191). 
En chemin il s'arrêta pour faire sur un prince 
grec,lsaac Comnène, la conquête de l'île de 
Chypre, le réduisit en captivité, et lui enleva sa 
fille, qui l'accompagna en Palestine. Après avoir 
épousé Bérengère à Limasol , il arriva le 10 
juin au camp des croisés, et fut reçu par eiix 
avec des applaudissements unanimes. 

Il y avait deux ans que durait le siège d'Acre; 
l'attaque et la défense avaient été con<inites avec 
un courage opiniâtre, et des deux côtés l'enLliou- 
siasme religieux avait opéré des prodiges. L'ar- 
rivée de Richard imprima aux opérations une vi- 
gueur nouvelle; les murs furent battus nuit et 
jour, on multiplia les assauts, et le 12 juillet la 
ville capitula. Ainsi finit ce siège mémorable, où 
trois cent mille hommes, dix-huit prélats et cinq 
cents comtes ou barons avaient trouvé la mort. 
Presque aussitôt après la prise d'Acre, Phi- 
lippe quitta le camp avec la moitié de son ar- 
mée, et Richard resta seul pour diriger la croi- 
sade. Après avoir vu massacrer sous ses 
yeux plus de cinq mille captifs musulmans, 
il se mit en campagne. Sou armée était ré- 
duite à trente mille hommes. Harcelé dans sa 
marche par Saladin, il lui livra plusieurs san- 
glants combats, à la suite desquels il força les 
portes de Jaffa, Césarée, Ascalon et les autres 
places de la côte lui furent successivement ou- 
vertes. Malgré la disette et les maladies qui dé- 
cimaient ses troupes, malgré ses propres doutes 
sur le succès de l'entreprise, il tenta deux fois 
d'arracher la ville sainte aux mains des infidèles ; 
deux fois il s'avança jusqu'à Béthanie et campa 
presque en vue de Jérusalem. Obligé de battre 
en retraite, il se replia sur Jaffa, déjà envahie 
par les Sarrasins, et ne s'en rendit maître qu'à 
force d'héroïque audace. Les fatigues de cette 
campagne déterminèrent une fièvre qui lui ôta 
toute sa vigueur, et il demanda au sultan une 
trêve de trois ans, qu'il obiint sans difficulté, 
avec l'assurance que les chrétiens isolés seraient 
respectés dans leur pèlerinage en Palestine. Ainsi 
se termina la troisième croisade; les prépara- 
tifs en avaient été formidables, les exploits 
brillants, elles résultats à peu près nuls. Si Jérusa- 
lem eût dû être le prix de la bravoure et de la 
force personnelle, Richard l'eût mérité sans 
conteste : ses hauts faits répandaient autour de 
lui un éclat qui frappait l'ennemi de teneur et 
d'admiration à la fois; mais ils n'eurent aucune 
influence sur l'issue de l'expédition, que son in- 
constance naturelle et son caraclère violent 
contribuèrent beaucoup à faire avorter. Avant 
de (|uitter la Terre sainte Richard avait vidé la 
querelle des compétiteurs au trône imaginaire de 



Jérusalem en se prononçant en faveur de Con- 
rad de Montferrat, qui fut bientôt assassiné dans 
les rues de Tyr; mais, par un mouvement tout 
chevaleresque, il avait donné à Gui de Lusignan 
l'île de Chypre, qu'il venait de conquérir. 

Dès que sa santé lelui permit, il s'embarqua à 
Acre (9 octobre 1192). « Terre sacrée, .s'écria- 
I-il, en étendant les bras vers le rivage, puisse > 
Dieu m'accorder de vivre afin de revenir et de ■ 
t'arracher au joug des infidèles ! » Sa flotte, qui 
portait sa femme et sa sœur, avait fait voile' 
quelques jours auparavant et relâché en Sicile. 
11 la suivit avec un seul vaisseau ; mais sa i 
marche fut retardée par les vents contraires; il ' 
atteignit au bout d'un mois l'île de Corfou. 
Une tempête Je jeta sur les côtes de l'istrie, 
entre Aquilée et Venise. Par malheur il se trou- 
vait sur les terres d'un neveu du marquis de 
Montferrat, dont on lui reprochait, sans aucune 
preuve, d'avoir causé la mort. Reconnu sous son 
costume de pèlerin, séparé de ses compagnons, 
il erra à l'aventure, et fut arrêté dans le village 
d'Erperg, aux environs de Vienne (11 décembre 
1192). Il y devint le prisonnier de Léopold, duc 
d'Autriche, beau-frèred'Isaac Comnène et quepen-i- 
dant le siège d'Acre il avait traité de la façon la a 
plus injurieuse. Quelques jours après il fut livréi" 
par Léopold, moyennant la somme de 60,000 
livres, à l'empereur Henri VI, qui ayant, du chef 
de sa femme, des droits légitimes à la couronne 
de Sicile, regardait comme son ennemi Richard,;, 
allié de l'usurpateur Tancrède. Pendant plusu 
d'une année, il le retint captif à Mayence , ài 
Worms et dans le château de Trifels euTyrol. 

En Angleterre tout allait de mal en pis depuisti 
le départ du roi. La mésintelligence n'avait pasi 
tardé à éclater entre les deux prélats régents,. 
Guillaume de Longchamp et Hugues Pudsey 
le premier, possédant, en sa double qualité deli 
chancelier et de légat du pape, toute l'autoritéi 
civile et ecclésiastique, s'était débarrassé dé 
son collègue en le faisant mettre en prison; il| 
trafiquait des emplois, disposait des revenus de 
la couronne, et déployait un faste royal; il ne se 
montrait jamais au public qu'au milieu d'unei 
escorte de quinze cents chevaliers. Il songea 
même à placer Jean sur le trône; mais Jeani 
(voy. ce nom), qui prétendait ne tenir l'investi-! 
ture que de lui-même, repoussa ses offres et le 
chassa du royaume. La nouvelle de la captivité 
de Richard plongea ses sujets dans la conster-r 
nation. Le peuple l'admirait comme un héros 
le clergé comme le champion de la croix ; la lé- 
gende se faisait déjà autour de son nom, et les 
récits de ses merveilleux exploits exaltaienli 
tous les esprits. Tandis que la noblesse renouai 
vêlait ses serments d'allégeance, que les évèques' 
envoyaient au prisonnier des paroles d'espoir 
et de consolation, et que la reine mère Éléo- 
nore faisait retentir le Vatican de ses plaintes, 
Jean annonçait partout la mort de son frère, u^ur- 
pail l'autorité suprêmeet rendait hommage à Phi- 



161 

lippe-Auguste pour les possessions anglaises du 
continent. En môme temps ce dernier, qui l'avait 
excité à la révolte, envahissait la Normandie. La 
(fermeté des barons restés fidèles suffit à ruiner 
ce concert : l'usurpateur, qui, suivant l'expres- 
sion de Richard , n'était pas homme à réussir 
par la force, eut peur d'engager la lutte, et se 
réfugia à Paris; l'agresseur de son côté éprouva 
une si énergique résistance devant Rouen qu'il 
jugea plus sage de battre en retraite. 

Ce fut l'ex-chancelier Guillaume de Long- 
champ qui réussit le premier à découvrir la 
prison de son souverain. Par des sollicitations 
répétées, il obtint de l'empereur la permission 
de conduire Richard à la diète de Haguenau 
(13 avril 1193). Là s'ouvrit le procès du roi. 
Henri VI l'accusa , afin de instifier la détention 
arbitraire qu'il lui faisait subir, d'avoir protégé 
Tancrède, usurpateur du trône de Sicile; dé- 
pouillé Isaac Comnène, un prince chrétien, de 
ses États ; forcé le roi de France à quitter la Pa- 
lestine, insulté le duc d'Autriche et la nation al- 
lemande, payé le meurtre du marquis de Mont- 
ferrat, conclu avec Saladin une trêve trop douce, 
et laissé Jérusalem entre les rnains des infidèles. 
Richard déclina la compétence de la diète, et 
n'en discuta pas moins une à une ces banales ac- 
cusations, dont il lui fut aisé de démontrer la 
fausseté. Il s'exprima avec une éloquence si per- 
suasive qu'il arracha des larmes à la plupart de 
ses juges. L'empereur lui-même proclama son 
innocence; il ordonna de lui ôter les fers dont il 
était chargé et de le traiter avec respect ; mais il 
ne consentit à le relâcher que moyennant l'é- 
r.ornie rançon de cent mille marcs de pur ar- 
gent (1). On discuta cinq mois pour fixer les 
conditions du rachat. Lorsqu'elles furent réglées, 
Philippe-Auguste écrivit à Jean, son complice : 
« Tenez-vous sur vos gardes; le diable est dé- 
chaîné. » Aussi, pour le retenir plus longtemps 
en captivité, offrirent-ils tous deux à Henri VI 
cent cinquante mille marcs d'argent, proposition 
que les princes de l'Empire rejetèrent avec mé- 
pris. Les justiciers d'Angleterre s'empressèrent 
de recueillir l'argent nécessaire au rachat de leur 
souverain : on imposa une taxe de 20 shillings 
sur chaque fief de chevalier, on vendit l'argen- 
terie des églises, on exigea le quart des revenus 
tant des laïques que des clercs, et pour suppléer 
à ce qui manquait, on fil une seconde et même 
une troisième perception, malgré les murmures 
du peuple. Le pays, rapporte le clironiqueur Ho- 
Feden, fut pour longtemps réduit à la misère. 



(1) La décision fut prise le 28 .-ieplcmbre 1193. Richard 
dut s'engager en outre à rendre la liberté à Ivaac et à 
sa fllle, à donner en mariage au duc d'Autriche s.i nièce, 
Eleoaor- de Bretagne, et à remettre des otages pour 
cinquante mille marcs. Ces deux dernières condillons ne 
lujent pas remplies, et Kenri fut nié. ne forcé de se con- 
tenter de 83,000 marcs pour la rançon du roi; les u:e- 
naccs du pape le contraignirent à remettre le reste. Ce 
ne fut point, comme on le voit, à la pei-sévérance de son 
niéaestrel, Guillaume Biondel, que i\icharQ dut la 11- 
liiirtc ; cUc lui coûta beaucoup plus cher. 

SOCV. BIOGR. CÉNÉR. — T M.U. 



RICHARD 162 

Le 4 février 1194 Ritihani était libre, et le 
Î3 mars suivant il abordait a Sandwich, après 
une absence de plus de quatre années. Afin de 
purger la couronne de la souillure que lui avait 
imprimée la captivité du roi, on jugea à propos 
de le sacrer une seconde fois (17 avril). Au lieu 
(le s'appliquer à soulager les souffrances du 
peuple, Richard ne songea qu'à se créer des 
ressources pour faire la guerre au roi de [''rance, 
et il n'y parvint qu'à force d'exactions et en re- 
courant aux plus vils expédients (i). Avec son 
activité accoutumée, il rassembla des troupes, et 
débarqua en Normandie au mois de mai. A peine 
eut-il pris terre qu'il vit tomber à ses pieds son 
frère Jean , qui l'avait si cruellement offensé ; il 
lui pardonna, en refusant toutefois de lui rendre 
aucun de ses domaines. La guerre se prolongea 
plusieurs années, souvent interrompue par un 
armistice, et aussi souvent reprise par caprice 
ou par mauvaise foi. L'esprit de représailles 
entraîna les deux adversaires à d'horribles cruau- 
tés. « La puissance de nuire, fait'observer Lin- 
gard, était si également balancée de part et 
d'autre qu'après six ans d'une guerre san- 
glante et inconstante il eût été difficile de déter- 
miner quel était le parti dont la fortune l'empor- 
tait. » L'action la plus brillante eut lieu dans les 
environs de Gisors (23 octobre 1194), où Phi- 
lippe , complètement battu , ne dut son salut 
qu'au dévouement de ses compagnons, qui se firent 
tous tuer pour lui. L'Angleterre, alors gouver- 
née par un sage prélat, Hubert, archevêque de 
Canterbury, supportait les dépenses de cette 
lutte"sans gloire et sans issue. Richard semblait 
la regarder comme une dépendance de ses pos- 
ses.sions d'ontre-mer; dans l'espace de deux an- 
nées, il en tira la somme énorme de onze cent 
mille livres. 

Ce fut le destin de cet aventurier couronné de 
périr dans une misérable aventure. Un trésor 
avait été découvert dans les domaines du vicomte 
de Limoges. Richard, en sa qualité de .suzerain, 
l'exigea tout entier; ajant essuyé un refus, il as- 
siégea le chàleau de Clialus, où il présumait que 
le trésor était caché. Comme il faisait à cheval 
le tour des murailles . une flèche !e frappa à l'é- 
paule gauche; on enleva si maladroitement le 
fer que la gangrène envenima la blessure. Le 
château fut emporté d'assaut et tous ses défen- 
seurs furent pendus, à l'cAception ft'un jeune ar* 
cher, nommé Gomdon, qui avait blessé le roi; 
bien qu'il ei1t eu sa grâce avec une bourse pleine 
d'or, on l'écorcba vif. Richard mourut dans 
toute la force de l'âge. Son corps fut inhumé à 
Fonlevrauld, aux pieds de son père, et il légua 



(i) En voici quelques uns. Le roi reprit les terres et 
ciwploi-i de la couronne qu'il avait vendus avant la croi- 
sade, et les vendit à de nouveaux enchérisseurs; il fit 
exécuter une taxe très minutieuse et très-sévère sur le 
revenu agricole; il préleva un droit sur chacun des 
tenants d'un tournoi; au nom de tous les Juifs massacrés 
au début de son règne, 11 requit les amendes de leurs 
meurtriers et le payement de leurs dëbiSeurs , etc. 

6 



163 



RICHARD 



164 



son cœur à la ville de Rouen. « A un degré de 
force musculaire qui n'est le partage que de peu 
de personnes, dit Lingard, Richard joignit une 
âme incapable de crainte. Chez les Sarrasins , 
cent ans après sa rnort, les cavaliers se servaient 
de son nom pour gourmander leurs chevaux, les 
mères pour effrayer leurs enfants. Mais quand 
nous lui aurons concédé la louange due à la va- 
leur, son panégyrique sera terminé. Ses lauriers 
furent souillés de sang; il acheta ses victoires 
par la ruine de son peuple. » Il ne laissa point 
d'enfants de Bérengère de Navarre. Son frère 
Jean lui succéda. 

On possède du roi Ricliard plusieurs compo- 
sitions poétiques, entre autres deux sirventes, 
écrits dans un langage mixte où le français do- 
mine. P. LOLMSV". 

Hovcden, Diceto, Newbridge, Risor'l, MaUhieu Paris. 
— P.-J. Bruns, De rébus (lastis Richardi, .-IwjUxrcgis; 
Oxford, 1780, in-4'>. — J. 'nerington, Hist. of Henry II 
and of Richard and John, /lis sons; Biriiiingiiaiii, 1790, 
ia^". — J. Wliite, Âdventures of king Richard Curir de 
Lion; Londres, 1791, 3 vol. in-S". — Hist. litlèr. de la 
France, XV. — Hume, Lingard, Hist. d' Angleterre. — 
Michuiid, Hist. des croisades. 

RICHARD n, roi d'Angleterre, né le 13 avril 
1366, à Bordeaux, mort en février 1400, au châ- 
teau de Pontefract, en Éeosse. A la mort de 
son père, Edouard dit le Prince noir (1376), 
il avait été reconnu pour l'héritier présomptif de 
la couronne, et il entrait dans sa douzième année 
lorsque, le 21 juin 1377, il succéda à Edouard III, 
.son grand -père. Le 16 juillet suivant, il fut sa- 
cré à Westminster. Pendant sa minorité, un 
conseil de régence, composé de douze membres, 
fut chargé du gouvernement ; les ducs de Lan- 
castre, d'York et de Glocester, oncles du jeune 
roi, en avaient été exclus, mais en réalité ils se 
partagèrent le pouvoir et donnèrent seuls l'im- 
pulsion aux affaires. La guerre étrangère troubla 
les premières années de ce règne. A peine 
Edouard III fut-ii mort que les Français profi- 
tèrent de l'expiration de la trêve pour recom- 
mencer les hostilités. Unis aux Castillans, ils 
ravagèrent l'île de Wight et les côtes de l'An- 
gleterre, tandis que leurs alliés les Écossais en- 
vahissaient le Northumberland. En Bretagne les 
habiles capitaines de Charles V avaient conquis, 
à l'exception de Brest, toutes les forteresses, et 
le duché venait, par sentence royale, d'être réuni 
à la couronne. Cette mesure précipitée réveilla 
l'esprit national des Bretons : ils se révoltèrent, 
et au moment où une armée anglaise marchait à 
leur secours, ils firent la paix avec Charles VI, 
le nouveau roi (1.379). Les frais de ces arme- 
ments, la mauvaise administration, la cupidité 
des oncles du roi avaient épuisé les ressources 
du pays : on eut recours à un surcroît d'impôts, 
et afec rasscfitirnent des communes une taxe 
extraordinaire fut frappée sur chaque individu 
âgé de plus de quinze ans. Le peuple, travaillé 
depuis quelque temps par les prédications de 
Wycliffe, bles.sé par les exactions du dernier 
règne, s'exalta alors à un degré qui tenait de la 



folie. A la voix de quelques hommes hardis 
{votj.WxT Tyler), il se souleva en masse, 
exigeant l'affranchissement et l'égalité des droits, 
et fit irruption dans Londres (1381). Une terreur 
panique s'empara de la cour; on ne prit aucune 
mesure de défense, et le jeune Richard avait è 
peine une centaine de chevaliers autour de lui,f 
Il fit preuve en celte circonstance critique d'unei 
fermeté bien rare chez un adolescent de son âge. 
Surpris par un corps de vingt mille insurgés 
prêts à venger sur lui le meurtre de leur chef, 
il alla au-devant d'eux en criant : « Qu'allez- 
vous faire.? Wat Tyler 'était un traître; venei 
avec moi, vous serez soulagés. « Et il les con 
duisit à travers champs jusqu'à ce qu'il fût dégagf 
par une nombreuse troupe d'hommes d'armes 
Toutefois le péril éloigné la noblesse accourut er 
foule à ses côtés. A la tête de quarante milif 
hommes, il parcourut les comtés rebelles, et dé 
truisit, par des exécutions multipliées , l'espri 
de résistance. Il révoqua les chartes d'émancipa- 
tion qu'il avait accordées , mais il soumit ei 
même temps au parlement la question de savoi 
s'il ne conviendrait pas d'abolir tout à fait le ser 
vage, question qui d'une voix unanime futjugéi 
injuste et inexécutable- Ainsi finit cette jacquerii 
qui eût renversé l'aristocratie et peut-être li 
trône, si le peuple avait eu la conscience de si 
.•"orce et de la justice de sa cause. 

Le roi venait d'atteindre l'époque de sa ma 
jorité. « La résolution et l'intrépidité qu'il aval 
déployées durant l'insurrection , dit Lingard 
semblaient présager un règne glorieux et fortuné 
et les qualités de son cœur étaient rehaussée 
par !a beauté remarquable de sa personne et pa 
l'élégance de ses manières; mais soit qu'on doiv 
en accuser l'inexpérience .et la prodigalité de s 
jeunesse, l'ambition de ses oncles ou la turbu 
lence de son peuple, son règne à partir de cett 
époque ne présenta qu'une suiie d'erreurs ( 
d'infortunes, qui le jetèrent souvent dans la dé 
tresse et lui coûtèrent enfin la couronne et 1 
vie. » Par suite d'un traité conclu à Paris, le rc 
de France avait envoyé en Ecosse un secours d 
mille hommes d'armes avec un subside de 40,00 
francs d'or. La guerre s'était rallumée aus.sit^ 
sur les frontières (1385). Richard, à la tel 
d'une puissante armée , fit une descente e 
Ecosse, et réduisit en cendres Edimbourg, Dur 
ferline, Perth et Dundee sans rencontrer de ré 
sistance. Son avant-garde était déjà sous It 
iinurs d'Aberdeen lorsque, ayant prêté l'oreille 
de perfides suggestions contre la loyauté du du 
deLancastre, qui l'avait accompagné, il batt 
brusquement en retraite; à son retour il ren 
contra, dans les comtés de Westmoreland et d 
Cumberland, les traces du passage des Écossaif 
qui venaient de faire chez lui ce qu'il avait fait che 
eux. Le départ du duc de Lancastre pour la Cas 
tille le délivra d'un sujet de continuelles alarmes 
mais il laissa le champ libre à l'ambition effrénf^ 
du duc de Glocester, qui mit habilement l'ai 



16) 



RICHARD 



16G 



sence do son frère à profit pour se créer un 
parli puissant à la cour. Son air ouvert, ses ma- 
nières affables , sa générosité l'avaient rendu l'i- 
dole du peuple, tandis que le roi, en se livrant 
à dlndignes favoris, tels que Robert de Vere et 
Michel de l^a Pôle, qu'il avait créés duc d'Irlande 
et comte de Suffolk , ?'était aliéné toute la no- 
blesse. Ce fut au sein du iiarlement que le com- 
plot éclata (1386). Une pétition fut rédigée pour 
demander instamment le renvoi des ministres et 
des membres du conseil. Malgré l'ordre du roi, 
on refusa de passer outre avant que justice fût 
faite. Le roi céda et con;j;é<iia ses ministres. Quant 
à Suffolk, le cliancclier, il passa en jugement; 
tnal|;ré la haine de ses ennemis, il fut déclaré 
seulement coupable de quelques abus de pouvoir 
et perdit sa charge. Le parti de Glocester ne s'en 
tip.t pas là. On établit un conseil chargé de ré- 
former l'État ou plutôt d'exercer l'autorité royale. 
Richard protesta; puis, opposant la ruse à la vio- 
lence, il s'appliqua à se créer des appuis et cons- 
pira pour écliapper à une tutelle dégradante. 
Glocester le prévint, réunit les grands vassaux, 
et occupa Londres en armes (13S7). Dès lors il 
s'empara du pouvoir et dicta ses volontés au roi. 
Pendant six mois il exerça contre tous les amis 
ou confidents de Richard de cruf lies représailles : 
la confiscation , l'exil , la mort les frappèrent, et 
il ^épargna pas même Simon Burley, que le 
prince Noir avait choisi pour pn'cepteur de son 
fils. Vadmirnble parlement, comme on l'appe- 
lait {vconderful parliament), le seconda dans 
(ouïes ses vengeances. 

Par un coup d'audace Richard détruisit en un 
instant cette usurpation cimentée par tant de 
sang. « J'ai été pluf longtemps, dit-il un jour en 
plein conseil, sous le contrôle de tuteur qu'au- 
cun pupille de mes États. Je vous remercie, mi- 
lords, de vos services passés; mais je ne vous en 
demande aucun désormais. » Puis il renvoya ses 
ministres ainsi que le conseil de surveillance, 
donna sa confiance à quelques amis éprouvés, et 
accorda une amnisti-e générale (3 mai 1389). Du- 
rant quelques années son administration fut tran- 
quille et heureuse. En 1394 il conduisit en Ir- 
lande une expédition, qui eut pour résultat la 
soumission de l'île entière. Après la mort de sa 
première femme, Anne de Bohême, il demanda 
en mariage Isabelle, fille de Charles VI, et, afin 
que la négociation réussît selon ses désirs, il se 
contenta d'une dot de 800,000 francs , pourvu 
qu'en retour le roi de France et ses oncles 
s'engageassent « à l'aider et soutenir de tout 
leur pouvoir encontre aucuns de ses sujets ». 
En même temps qu'il recherchait celte alliance 
disproportionnée (la fiancée avait sept ans), il 
pressait la signature de la paix entre les deux 
nations si longtemps ennemies, et l'une et l'autre 
furent conclues en 1395. Pour célébrer ce grand 
événement, Richard II et Charles VI se rencon- 
trèient entre Ardres et Calais dans une entrevue, 
où ils rivalisèrent à l'envi de faste et de magni- 



ficence (27 octobre 1396). Le mariage fut célébré 
queli]ues jours après, à Calais, par l'archevêque 
de Canterbury. 

Lorsqu'il se vit affermi sur le trône et soutenu 
par un allié puissant, Richard résolut de venger 
sur Glocester le meurtre de ses favoris et les 
humiliations qu'il avait essuyées. 11 n'avait pas 
moins de ressentiment contre ses oncles qu'il 
avait trouvés à la tête del'opposition que contre les 
nobles, qui les avaient appuyés, et les communes, 
qui avaient usurpé l'autorité royale. Dans cette 
nouvelle conspiraiion pour ressaisir le pouvoir 
absolu, il déploya de la décision, de l'adresse et 
une dissimulation profonde. Il brouilla les grands 
les uns avec les autres, il divisa ses oncles entre 
eux, et flatta Lancastre, dont il légitima les en- 
fants naturels. Ce dernier, emmenant avec lui le 
duc d'York, son frère, se retira dans ses terres 
pour ne prendre aucune part aux événements 
qui se préparaient. Le prétexte invoqué pour ce 
coup d'État était un plan formé par Glocester et 
ses anciens affidés pour s'emparer du roi et l'em- 
prisonner. Au mois de juillet 1397 les comtes de 
Warwick et d'Arundel furent arrêtés ; quant à 
Glocester, attiré dans une embuscade par Ri- 
chard lui-même qui était venu lui faire visite 
dans son château, il fut embarqué sur la Tamise 
et confinée Calais. Le parlement, intimidé ou sé- 
duit, approuva la conduite du roi, révoqua tout 
ce qui lui avait été arraché dix ans auparavant, 
et décréta les prisonniers de haute trahison. War- 
wick et l'archevêque de Canterbury furent ban- 
nis, Arundeleut la tête tranchée, quelques autres 
s'enfuirent à l'étranger, et quand l'ordre parut 
d'amener à la barre du parlement le duc de 
Glocester, on apprit qu'il venait de mourir. Le 
bruit se répandit qu'il avait été étouffé entre 
deux matelas dans sa prison. Cette révolution 
rendit au roi la plénitude du pouvoir absolu. 
Ivre de son triomphe , il ne .songea plus qu'à se 
défaire au plus vit« de ceux-là même qui y 
avaient concouru , surtout des comtes de Derby 
et de Nottingham , qu'il avait créés ducs de He- 
reford et de Norfolk. 11 excita l'un contre l'autre 
ces deux seigneurs, et leur querelle s'envenima 
au point d'amener entre eux un défi en combat 
singulier. Au moment où les champions allaient 
croiser le fer, Richard intervint en déclarant, 
selon le langage du temps, qu'il prenait la ba- 
taille entre ses mains, et les exila (16 septembre 
1398). 

Livré à lui-même, Richard se plaça au-dessus 
des lois, et courut rapidement à sa perte. L'avi- 
dité de ses nouveaux favoris semblait insatiable. 
Il levait des fonds par emprunts forcés, disposait 
à son caprice des biens de la bourgeoisie, et 
condamnait en masse dix-sept comtés à la con- 
fiscation. Il mit le comble à ses folies en s'em- 
parant des vastes domaines du duc de Lancastre, 
son oncle, qui venait de mourir (1399). Quel- 
ques mois après, pendant qu'il guerroyait en Ir- 
lande , Henri de Hcreford , le nouveau duc de 



167 



RICHARD 



168 k 



Lancastre, quilta la France, où il s'était retiré et 
débarqua dans l'Yorkstiire en déclarant que son 
seul biit était de recouvrer l'héritage de son père 
(4 juillet 1399). En peu de temps il réunit une 
armée nombreuse, marcha sur Londres, y reçut 
l'accueil le plus cordial, et soumit les comtés de 
l'ouest qui passaient pour dévoués au roi. Le 
due d'York, alors régent, essaya d'opposer 
quelque résistance; mais il agit mollement, et, 
après quelque hésitation , il embrassa la cause 
de son neveu. Des vents contraires avaient , 
pendant trois semaines , empêché Richard de 
recevoir aucune nouvelle. Quand il débarqua sur 
la côte de Galles (5 août), il se trouva presque 
seul et s'enferma dans le château de Conway. 
Ayant accepté une entrevue avec son ennemi, il 
fut assailli, chemin faisant, par une troupe 
d'hommes armés et conduit à Londres. On l'en- 
ferma à la Tour. Le 29 septembre il lut, en pré- 
sence d'une députation de prélats, de barons, de 
chevaliers et de gens de loi, un acte par lequel il 
renonçait à la couronne, se reconnaissait inca- 
pable de régner, et convenait qu'à cause de ses 
fautes passées il avait mérité d'être déposé ; 
puis il ajouta que s'il était en son pouvoir de 
nommer son successeur, il choisirait son cousin. 
Tel est du moins le récit inscrit, par l'ordre de 
Henri, sur les registres du parlement. Le lende- 
main 30, la déchéance de Richard II fut solen- 
nellement proclamée, et Henri de Lancastre lui 
succéda sons le nom de Henri IV. 

Condamné à une réclusion perpétuelle, Richard 
passa ses derniers jours au château de Ponfe- 
fract ; mais il y fut si secrètement gardé que per- 
sonne ne savait où il était ni comment on le 
traitait. Quant aux circonstances de sa mort, on 
n'a là-dessus aucune certitude. Selon les uns il 
fut poignardé par .ses geôliers ; selon d'autres , 
et cette version est la plus accréditée, il périt 
d'inanition. Toutefois en réfléchissant aux événe- 
ments qui avaient amené sa déchéance, on est 
fortement porté à soupçonner que la vie lui fut 
ôtée par le commandeiïient de celui qui déjà lui 
avait enlevé la couronne. Afin de dissiper les 
soupçons, son corps fut transporté à Londres, 
exposé pendant deux jours à Saint Paul, et e-n- 
terré au château de Longley (mars 1400) — 
Richard II s'était marié deux fois; mais il ne 
laissa point d'enfants. P. L— y. 

Walsincliam, /Hst. Jnçl. — Chronique de Richard II. 
— Froissart, Chroniqufi. — I.i/e and death of Ri- 
chard //; Londres, 1642, In-S». — lAfc and reUjn of 
Richard II; ibld., 1C31. in-8°. — R. Hnw;ii-d, IJisl. of tke 
reigns of Edward 111 and Richard II ; >bid , 1690. 
in-8". — J. livesham, Hist. Richardi 11; Ouford, 1729, 
ln-8». — Hume, Lingard, SinoUett, Hist. d' Angleterre. 

RICHARD lïi, roi d'Angleterre, né le 2 oc- 
tobre 1452, au château de Fotheringay (comté de 
Northampton), tué le 22 août 1483, à la bataille 
de Bosworlh. Il descendait en ligne directe d'E- 
douard Kl et appartenait à la famille d'York. 
Après la défaite et la mort de son père Richard 
d'York (31 décembre 1460), il fut envoyé par 



sa mère, Cécile Nevil, à Utre( ht, où il resta sous I 
la protection de Philippe le Bon, duc de Bour- ' 
gogne. Rappelé par son frère aîné Edouard IV, ' 
qui venait de monter sur le trône (mars 1461), 
il fut créé duc deGlocester, chevalier de la Jar- 
retière et graml amiral du royaume. Dans ces . 
temps de troubles et de rivalités continuels, il 
se montra fidèle à la fortune de son frère, l'ac- 
compagna, en 1470, dans sa fuite aux Pays-Bas, 
et contribua par sa bravoure à lui faire gagner 
les batailles de Barnet et de Tew^ksbury. En 
1482, il conduisit une armée en Ecosse, s'em- 
para de Berwick et entra dans Edimbourg; il 
était encore occupé aux frontières lorsqu'il ap- 
prit la mort d'Edouard IV (avril 1483). Il revint 
aussitôt à Londres, reconnut pour roi Edouard V, 
son neveu, et prit le titre de protecteur. « Peut- 
être, fait remarquer Lingard , n'aspira-t-il d'a- 
bord qu'au protectorat, et sur ce point son am- 
bition ne saurait être blâmée; mais il parut bien- 
tôt qu'il n'avait pu se voir si près du trône sans 
concevoir le désir de s'y placer. 11 agit cepen- 
dant avec cette prudence et cette dissimulatioa 
qui étaient un trait distinctif de .son caractère; 
ses desseins ne se révélèrent que par degrés » Ri- 
chard avait fait conduire ses neveux, Edouard V 
et le duc d'York, à la Tour, résidence ordinaire 
des princes qui n'étaient pas encore couronnés. 
Après avoir éloigné du roi ses amis les plus dé- 
voués, il avoua ouvertement ses prétentions à la 
couronne, et les motiva en répandant le bruit pat 
des prédicateurs et des agents subalternes que 
le mariage d'Edouard IV était illégitime, que 
ses enfants étaient bâtards, et qu'il était le seu 
représentant de la maison d'York. Le duc de 
Buckingham, son confident le plus intime, le se- 
conda dans cette sorte de comédie politique, et 
ce fut lui qui, à la tête d'une nombreuse dépu- 
tation de seigneurs et de bourgeois, l'invita « à 
prendre la couronne et dignité royale, comme lui 
revenant de droit aussi bien par héritage que 
par élection légale » (25 juin 1483). 

Les préparatifs que l'on avait faits pour le cou- j, 
ronnement du neveu servirent à celui de l'oncle ; I 
la cérémonie eut lieu le 6 juillet. Le nouveau roi 
marqua son avènement au trône par des actes 
de faveur et de clémence. 11 déploya un zèle 
extraordinaire pour la réforme des mœurs et la 
punition des crimes. Bientôt il annonça l'inten- 
tion de parcourir le royaume dans le but de 
rétablir partout l'observance des lois. Dana 
toutes les grandes villes il rendait la justice en 
personne et dispensait des grâces. Pendant 
qu'il était à York , où il se fit couronner une 
deuxième fois, la renommée publia que les 
jeunes princes avaient cessé de vivre (voy. 
Edouard V). A peine le protecteur eut-il pris 
possession du trône que le même Buckingham , 
qui l'avait fait roi, et qu'il avait comblé d'hon- 
neurs et de biens, le trahissant tout à coup, 
résolut de lui substituer Henri Tudor, comte de 
Richmoud , de la race de Lancaster {voy. IIen- 



i ■ 



160 lUCHARD 

iU VII), qni fêtait rf^fuRié en France; mais celte 
tentative éclioua. liuckingtiam , abanilonné de 
ses soldats, toml)a,6ans avoir tiré l'épée, an pou- 
voir de Ricliard, qui sur-le-cliainp lui fit traii- 
îherlatête (2 novembre 1483). lUclimond, plus 
learenx, parvint à retourner en France. Cbar- 
es Vlll lui donna un corps de trois milheaven- 
oriers, avec lesquels il alla débarquera Milford, 
IU pays de Galles, d'où il tirait son origine, et 
>ù il espérait trouver de nombreux partisans. Il 
l'avança jusqu'à Bosworlli (comté de Leicesler), 
(ù il rencontra Ricliard, le 22 aofit 1485. On 
tUait en venir aux mains quand le roi s'aperçut 
|u'll était trahi par ses principaux chefs , les 
ieux Stanley, parents de Henri Tudor. 11 n'en 
lonna pas moins le signal du combat. Afin d'en 
inii" promptement avec son compétiteur, il s'en- 
mce dans la mêlée; il cherche Henri pour le 
ipper de sa [vropre main; il l'appelle à grands 
ris; mais le comte, moins brave que prudent, se 
lit un rempart de ses guerriers, qu'il condamne 
insi à mourir pour lui sous les coups de Ri- 
' [hard. Il échappe, tandis que le roi, combattant 
! |;n brave, tombe accablé par le nombre. 

Richard était mort; mais la Rose blanche 
jivaitdes partisans. Il fallait donc se les assurer; 
!t pour cela, on s'efforça de rendre odieux le 
lernier chef de leur faction. Poètes, historiens, 
îhroniqueurs , reçurent leurs instructions ; et en 
)eu de temps ce fut une croyance généralement 
^épandue que Richard, n'étant encore que duc de 
jlocester, avait déjà poignardé le prince de Galles, 
Us de Henri VI, et peu de jours après Henri 
ui-méme; qu'il avait excité Edouard IV à faire 
Tiourir le duc de Clarence, leur frère; et qu'en- 
suite il avait empoisonné ce même Edouard , 
on roi; que lord Gray, frère utérin, et le comte 
ia Rivers, oncle du jeune Edouard V, les ciieva- 
iers de Hawts et Vaughan , avaient été massa- 
:rés par ses ordres; que Haslings avait été in- 
ustement nais à mort sous ses yeux; que, de- 
Fenuroi,il avait fait étouffer ses neveux; que 
îe duc de Ruckingham et le chevalier Thomas 
' Saint-Léger avaient été victimes de sa fureur; 
■ [ju'il avait empoisonné lui-même la reine Anne 
l ^evil , sa femme, etc. — La place manque ici 
pour discuter un seul de ces nombreux chefs 
l'accusation; mais tous ont été curieusement 
examinés par Buck, Walpole, Sharon Turner, etc. 
3uelques-uns de ces actes sont avérés; mais il 
în est, et surtout l'assassinat des enfants d'É- 
3ouard, adopté par Shakspeare, dont la fausseté 
nous paraît démontrée. Il ne suffisait point à 
Henri VII que son prédécesseur fût un monstre 
de cruauté , il fallait encore qu'il en fût un de 
(laideur physique. On soutint que Richard , né 
avant terme, avait déjà en venant au monde 
des dents et d'épais cheveux noirs; qu'avec l'âge 
il devint bossu , qu'il eut les jambes inégales et 
contournées, que ses yeux étaient hagards et 
louches, etc.; tandis que ceux des témoignages 
du temps, qui sont impartiaux, attribuent, au 



170 

contraire, à Richard comme à Edouard V, à 
Clarence, à Rutland, ses frères, tonte la beauté 
historique du sang de la race d'York. Mais veut- 
on savoir legrand et véritable tortdeRichard III ? 
le voici : il fut vaincu (1)1 

Richard 111 n'eut point de posiérilé de sa 
femme Anne Nevil, morte le 16 mars 1485; 
mais on lui connaît deux enfants naturels, Jean 
de. Gloccsier, qui avait été, quoique mineur, 
désigné pour le gouvernement de Calais; et 
Catherine, morte en 1484 avant d'épouser le 
comte de Hunlingdon, son fiancé. La duchesse 
d'York, mère d'Edouard IV, du duc de Cla- 
rence et de Richard III , prolongea sa vie jus- 
qu'en 1495. [ Eue. des G. du M., avec addit. ] 

Thomas More, Hist. of the lije and deuth of Ed- 
ward F and thr. duka of York, liis hrothir; Londres, 
16*1, in-12. — G. Buck, Hist. of the life and reign of 
liichard lll ; ibid., 1646, 1547, in-fol. — King Ri- 
chard III revived ; ibId., 1647, in-fol. — H Walpole, 
Hisloric doiihts on Richard III; ibUI., r68, in-4° ; 
trad. en français (par Louis XVI ) ; ibid , 1800, in-8". — 
F.-W. GuHlickins, Answer to H. Ifalpole's Hisiorie 



douMi; ibid., 1768, 10-4°. — R. Mastcrs, Saine remarks 
on H. JFalpole^s Hisiorie duiiblx; s. 1., 1772, in-i". — 
J- Rey, Essais historiques et critiques sur Hichard III ; 
Paris, 1818, In-S". — Bealc, Richard III and his times; 
Lonil., 1844, in-8°. — W. Hutton, The Batlle of Bos- 
worth; ibid., ISIS, In-S". — Sharon Turner, Hist. d'An- 
gleterre au moyen âge. 

RICHARD, empereur d'Allemagne, comte de 
Poitou et de Cornouailles, né à Winchester, le 
5 janvier 1209, mort à Kirkham, le 2 avril 
1272. Fils du roi d'Angleterre Jean Sans Terre, 
il reçut en apanage à l'avènement de son frère 
aîné, Henri III, le comté de Cornouailles. En- 
voyé en 1225 en Guienne, il défendit avec suc- 
cès contre les attaques des Français cette pro- 
vince, dont il garda le gouvernement après la 
paix. En 1240 il se rendît en Palestine, où 
abandonné par les seigneurs français, il ne put, 
malgré son brillant courage, obtenir d'autre ré- 
sultat qu'une trêve avec les musulmans, qui 
consentirent à l'échange des prisonniers. A son 
retour en Europe, il eut en Sicile une entrevue 
avec son beau- frère l'empereur Frédéric II, 
qu'il essaya en vain de réconcilier avec le saint- 
siége. Lorsqu'en 1242 son frère le roi Henri 
fut devenu le prisonnier des Français, il trouva 
le moyen de le faire évader, et négocia ensuite 
la paix entre les deux royaumes. Néanmoins 
Henri lui enleva aussitôt la Guienne et voulut 
même lui ravir la liberté pour le forcer à lui 
donner quittance des fortes sommes que Ri- 
chard, alors un des princes les plus riches de 
l'Europe, lui avait avancées. Richard, prévenu, 
s'enfuit sur un vaisseau; surpris par une tem- 
pête, il fit le vœu de fonder, s'il arrivait à terre, 
une abbaye de l'ordre de Cîleaux ;ils'en acquitta 
en faisant construire avec une extrême magnifi- 
cence le monastère de Hayles, où il fut plus 

(1) Nous ne .savons pas à quel point celte opinion 
peut être adoptée-, l'hi.stoire, d accord avec Shakspeare 
a flétri jusqu'à présent Richard lli du nom de tyran, et 
il faudra des preuves ûien convaincantes pour ie réha- 
biliter. 



171 RICHARD 

tard enterré. Bienîôt après il s'accorda avec 921. II était 
Henri) qui en dédommagement de la Guienne 
lui donna des terres considérables et une pen- 
sion de 1,000 marcs, et lui abandonna même 
plus tard la moitié des revenus de la monnaie 
du royaume. Le 13 janvier 1257 il fut élu em- 
pereur d'Allemagne par quatre électeurs (1), 
qu'il avait gagnés par des libéralités extraordi- 
naires, tandis que l'archevêque de Trêves, le duc 
de Saxe et le margrave de Brandebourg don- 
nèrent leur voix au roi de Castille, Alphonse. 11 
arriva aussitôt en Allemague et se lit couronner 
avec sa femme à Aix-la-Chapelle. Il apporta 
avec lui, au dire de certains chroniqueurs, une 
trentaine de tonnes d'or, que deux cent cin- 
quante chevaux avaient de la peine à traîner. 
Avec cet argent il augmenta le nombre de ses 
partisans, et exerça une certaine autorité, qu'il 
aurait encore pu étendre si, selon son expres- 
sion, il ne s'était attaché à se faire aimer plu- 
tôt qu'à se faire craindre. Il retourna en 1-259 
en Angleterre, où il apaisa pour quelque temps, 
en confirmant les Provisions d'Oxford, les 
troubles snscités par les lirons , sur les- 
quels il avait de l'ascendant, ayant dans les an- 
nées précédentes soutenu leurs droits contre 
les usurpations du roi. En 1262 il revint en Al- 
lemagne, où il avait fait un court séjour dans 
l'été de 1260; il attacha à son parti le roi de Bo- 
hême Ottokar en lui conférant l'investiture de 
l'Autriche et de la Styrie. En 1263 il repartit 
pour l'Angleterre qui était toujours en révolu- 
tion , et il s'offrit comme médiateur entre les 
barons, conduits parle comte de Montforl et le 
roi son frère, du côlé duquel il se rangea lors- 
que ses propositions d'accommodement eurent 
échoué. Fait prisonnier à la bataille de Lewes 
(mai 1264), il fut pendant un an tenu renfermé 
parle comte de Montfort; mis en liberté après 
la chute de ce seigneur, il s'attacha dans les an- 
nées suivantes à rétablir en Angleterre l'au- 
torité de son frère Henri. En 1269 il alla passer 
quelque temps en Allemagne; sur ses instances 
la diète, qu'il convoqua à Worms, abolit les 
droits exorbitants levés sur le passage des 
marchandises par les possesseurs des châteaux 
des rives du Rhin. S'étant peu de temps après 
remarié avec la belle Béatrice de Falkenstein, il 
retourna en Angleterre. Il eut peu de temps 
avant de mourir le chagrin de perdre son fils 
Henri, assassiné à Viterbe par les fils de Mont- 
fort. 

Matthieu de Westminster, Flores historiarum. — 
Wikes, Chronicon. — Matthieu Paris. — Spondaniis, an- 
nales. — Chronicon DvnstapJense. — Brady, History 
of Enyland. — Annales If^igornienses. — Heriiian Cor- 
neriis, Chronica. — Rymer, f'œdera. — Gebaucr, I^beti 
Richards. ■— Foy. aussi les Histoires d'Allemagne et 
d'Angleterre. 

RICHARD, duc de Bourgogne, mort en août 



(1| c'est à cette occasion qne le nnmbre des princes 
appelés à donner leur voix pour l'élection à l'empire fut 
limité au chlf/re de sept. 



172 

fils et successeur de Tliéodoric 
comte d'Autun, et tenait dès 87? le duché de 
Bourgogne de la faveur de Charles le Chauve, 
son beau-frère. Il se joignit au parti des rois 
Louis et Carloman, et travailla de concert avec 
eux à détrôner son propre frère, Boson, roi de 
Provence ; il lui enleva, après un siège de deux 
ans, la ville de Vienne (882), et emmena en 
captivité sa femme Ermengar le et ses enfants. 
En 887 il contribua à l'élévation du duc Eudes 
sur le trône de France, et fut un des plua 
fidèles appuis de son successeur, Charles le 
Simple. Il remporta quelques avantages sur les 
Normands, et obligea RoUon en 91 1 à lever le 
si^e de Chartres. On donna de son vivant à Ri- 
chard le surnom de Justicier, à cause de la 
sévérité qu'il exerçait envers les coupables. De 
sa femme Adélaïde, sœur de Rodolphe î", roi • 
de la Bourgogne transjurane, il laissa Raoul, qui 
fut en 923 élu roi de France ; Hugues le Noir 
et E]-mengarde, qui lui succédèrent. 

Jrt de vérifier les dates. — Lebcuf , Histoire: 
d'Aiixerre. 

RSCHAîî» ï^'', duc de Normandie, dit Sans 
Peur, né en 935, mort en 996, était fils de Guil- 
laume Longue Épée. Il eut pour mère Sprata, 
Bretonne de naissance, épousée par Guillaume 
more danico, dit un historien du temps. A la 
nouvelle de l'assassinat de Guillaume Longue 
Épée (943), le roi de France, Louis d'Outre- 
mer, s'empara du jeune Richard, le reconnut 
comme duc, et reçut en son nom l'hommage 
des seigneurs normands qui l'accompagnaient. 
On disait qu'il avait résolu de se défaire par le: 
poison du jeune prince et d'Osmond, son gou- 
verneur. Les chroniqueurs et les poëies ont ra- 
conté comment celui-ci, profitant d'un jour de 
fête, se procurades vêtements de palefrenier, ca- 
cha Richard dans une botte de paille, qu'il plaça 
sur son dos, et sortit ainsi de l'iiabitation royale. 
Des chevaux avaient été disposés sur la route, et 
Richard put arriver sain et sauf avec son guide 
au château de Coucy, où « il rendit îtrâce à 
saint Léonard, patron des prisonniers », dit Du- 
don de Saint-Quentin. Louis d'Outremer cher- 
cha à s'emparer de la Normandie par la force 
des armes. Une armée danoise, commandée par 
Harold, vint au secours du prince, et le roi, étant 
venu l'attaquer à Varaville près de l'embouchure 
de la Dive, fut vaincu et conduit à Rouen (944),. 
où il resta une année en captivité. En mourant 
Louis confia son fils Lothaire à ce même Ri- 
chardj qu'il avait voulu dépouiller (954). Richard 
eut à défendre son duché contre les attaques de 
Gerberge , veuve de Louis d'Outremer, aidée 
par Thibault le Tricheur, comte de Chartres. Les ' 
Normands, secourus une seconde fois par Harold, 
le Scandinave, envahirent les domaines du comte 
et y commirent d'affreux ravages. Victorieux, 
grâce au concours de ces ferribles auxiliaires, 
Richard eut beaucoup de peine à leur faire quit- 
ter le pays, aJirès un traiié conclu avec eux, en 



69. Pendant les vingt-sept années qui s'écoiilè- 
Sent depuis cette époque, Ricliarrl gouverna sa 



78 



RICHARD 



174 



bourguignons, qui à la mort de leur duc Henri 
refusaient de reconnaître sa suzeraineté. Le roi 



ement la Normandie pacifiée, releva les murs \ d'Angleterre Etlielred, mari d'Emma, sœur de 



es églises et des monastères et en éleva de nou 
eaux. Après la mort d'Emma, (ille de Hugues 
) Grand, comte de Paris, il épousa Gonnar, sa 
lattresse, dont il avait eu déjà plusieurs enfants. 

A CCS détails historiques sur sa vie la crédu- 
le populaire ajouta une foule de traits mer- 
eilleux, dont s'est composée la légende de Ri- 
hard Sans Peur, longtemps conservée dans la 
lémoire des habitants de la Normandie. Ils s'at- 
îchèrent surtout à la croyance qui le repré- 
enta comme bravant par son intrépidité à toute 
preuve la puissance du démon, qu'il rencontra 
ouvent sur son chemin en chevauchant , pen- 
ant les nuits les plus noires, à travers les forêts, 
''est ainsi qu'il fut choisi dans la forêt de Bro- 
onne;pour arbitre entre un ange et le diable, 
ui se disputaient l'àme d'un moine débauché. 

Richard l*"" était à Bayeux lorsqu'il ressentit 
es premières atteintes d'une maladie qu'il con- 
idéra comme mortelle; il se fit transporter à 
'église de la Sainte-Trinité de Fécamp, où il avait 
ait depuis longtemps préparer son tombeau, et 

I y expira après avoir fait reconnaître Ri- 
chard II, son fils légitime, pour son successeur. 

II avait eu de Gonnar plusieurs enfants, entre 
lutres Robert, archevêque de Rouen; Mauger, 
comte de Corbeil, et Emma, qui épousa Ethel- 
rcd, roi d'Angleterre. 

Richard II, dit le Bon, fils du précédent, duc 
:1e Normandie en 1027. Les moines qui lui ont 
donné ce surnom avaient eu moins égard aux 
actes de sa vie qu'à la munificence avec laquelle 
ce prince répara et enrichit les églises et les ab- 
bayes , et notamment les monastères de Fonte- 
neile ( Saint- Vandrille), de Jumièges et de Fé- 
camp. Les historiens ont signalé son orgueil 
excessif et son mépris pour les pauvres serfs de 
ses domaines, qu'il traita sans pitié. Un an s'é- 
tait à peine écoulé depuis l'avènement de Ri- 
chard II (996), qu'éclatait une révolte de paysans. 
Ils s'envoient les uns aux autres des messa- 
gers, se réunissent dans les bois, dans les 
plaines, sur les bruyères, pour s'entendre sur les | 
moyens d'échapper à l'oppression. Ils préparent 
des règlements qui leur permettront de défendre 
leurs droits; ils essayent enfin de réaliser ces 
associations qui plus tard se formèrent sous le 
nom de communes. Richard II n'eut pas plus tôt 
connaissance de ces rassemblements qu'il s'oc- 
cupa, avec une sauvage énergie, d'y mettre un 
terme. Il chargea dece soin Raoul, comte d'Ivry, 
son oncle maternel, qui s'acquitta de sa tâche 
de manière à ôter pour longtemps aux mallieii- 
reux paysans l'envie de travailler à leur émanci- 
pation. Il crut devoir, comme son père, demander 
le secours des guerriers Scandinaves pour l'aider 
dans la lutte qu'il eut à soutenir contre le comte 
de Chartres. Plus tard le roi de France, Robert, 
eut besoin de lui pour vaincre les seigneurs 



Richard, ayant outragé cette princesse, celle-ci 
eut recours à son frère, qui fit au roi des repré- 
sentations amères. Etlielred, pour s'en venger, 
envoya une flotte en Normandie, avec ordre à 
ceux qui la dirigeaient de ravager le pays par le 
fer et par le feu. Une armée normande, composée 
d'hommes et de femmes, attendit les Anglais de 
pied ferme, courut à eux lorsqu'ils furent débar- 
qués et les tailla en pièces. Quelques années 
après Etlielred, chassé par le danois Suénon, vint 
avec sa femme Emma et ses enfants chercher un 
asile auprès du duc de Normandie, qui lui donna 
généreusement l'hospitalité (1012). Après la mort 
de Suénon, Canut, son fils, fut proclamé roi; 
Ethelred étant mort, il épousa sa veuve, Emma 
la Normande, devenue de nouveau le lien qui 
unit l'Angleterre à la Normandie, Richard H, 
déjà parvenu à un âge avancé , soutint une der- 
nière lutte contre le comte de Châlons, Hugues, 
qui s'était emparé traîtreusement de la personne 
de Renaud, un de ses gendres. Une armée nor- 
mande envahit la Boui-gogne, mit tout à feu et à 
sang, selon l'usage du temps, et le comte se 
hâta de faire sa soumission. Peu de temps après, 
Richard alla mourir, comme son père, dans l'ab- 
baye de Fécamp. 

Richard III, fils du précédent, lui succéda et 
vit presque aussitôt s'armer contre lui son frère 
Robert, qui, forcé de reconnaître sa faute, implora 
un pardon , généreusement accordé. Quelques 
mois après, il mourait à Rouen, en dînant avec 
ses officiers, dont plusieurs périrent également, 
ce qui fit croire qu'ils avaient été empoisonnés 
(1028). Robert l" lui succéda, C. Hippeau, 

Labutte, J/ist. des ducs de Normandie. 

RICHARD ler^ comte d'Aversa et prince de 
Capoue, mort le 5 avril 1078. Il succéda, en 1058, 
à Rainolfe, son oncle, dans le comté d'Aversa, 
et reçut en 1059 l'investiture de la principauté 
de Capoue, du pape Nicolas II. Il prit Capoue, 
où régnait Landolfe, et Gaète, qui sous la pro- 
tection des Grecs s'était maintenue libre jus- 
qu'alors. En 1066, il dévasta le duché de Rome ; 
mais le duc de Toscane, Godefroi, le força à se 
soumettre au saint-siége. Il rendit hommage au 
pape Grégoire VH eu 1073, et aida son beau- 
frère, Robert Guiscard, à conquérir Salerue, 
en 1C75, sur Gisiilfe II, Ces deux princes, en 
étendant leurs conquêtes dans la Campanie, 
causèrent de l'ombrage à Grégoire VII, qui les 
excommunia. Richard entreprit en 1078 le 
S'ége de Naples ; il était sur le point de s'en em- 
parer, quand la mort vint le surprendre. Ce 
prince, qui s'était acquis une haute réputation 
(le justice et de bravoure, laissa un fils, Jor- 
dan, qui lui succéda. 

Richard II, comte d'Aversa et prince de Ca- 
poue, mort en 1105, succéda en 1091 à Jor- 
dan 1°% son père. Les Lombards de Capoue, proli' 



Î75 RICHARD 

tant de sa jeunesse le chassèrent, et se choisirent 
pour chef Landon , de la famille des comtes de 
Teauo. Richard, retiré dans Aversa, demanda 
des secours au comte Roger de Sicile, son oncle, 
et à Roger, duc de Fouille, qui, au bout de deux 
mois, s'emparèrent de la ville ((9 juin 1098). 
I^andon se fit moine de dépit, et Richard, après 
un règne obscur de sept ans, laissa à Robert I^"", 
son frère, ses États, qu'il n'avait point su con- 
server indépendants. 

Sisinondi, fiist. des republ. italiennes. 

RiCHARO de Saint-Victor, théologien, né 
en Ecosse, mort à Saint-Victor de Paris, vers 
1173. Chanoine, sous-prieur et prieur de cette 
maison, Richard, comme son maître Hugues, 
n'est célèbre que par ses écrits. Tout ce qu'on 
sait de sa vie, c'est qu'il eut de constants démêlés 
avec l'abbé de Saint-Victor, nommé Ervisius , 
homme superbe, dit-on, et qui ne s'épargnait 
pas les abus d'autorité. 11 existe plusieurs édi- 
tions des Œuvres de Richard de Saint-Victor : 
la pîus complète est celle de Jean de Toulouse ; 
Paris, 1650, in-fol.; quelques-uns des ouvrages 
qui composent ce voiunve ont été tour à tour 
imprimés par les chanoines de Saint-Victor 
parmi les œuvres de Richard et de Hugues. En 
outre, Jean de Tritenheim, Montfaucon et Sande- 
rus indiquent sous le nom de Richard un nombre 
considérable d'opuseules qui sont, disent-ils, 
inédits. Comme le fait à bon droit observer 
Daunou, ces indications, si pr:^cises qu'elles pa- 
raissent, ne doivent pas être acceptées sans 
défiance; il est possible en effet qu'elles se rap- 
portent à d&s écrits de Richard déjà publiés 
sous d'autres titres, et même, car les attribu- 
tions des copistes sont souvent trompeuses, à 
des écrits qui n'ont pas eu Richard pour véri- 
table auteur. Dupin avait fait de Richard un 
singulier éloge , en recommandant sa méthode. 
Daunou, meilleur juge, critique cette méthode, 
qui est en effet celle des mystiques, c'est-à-dire 
le désordre même. Il reconnaît toutefois dans 
les œuvres de Richard un sentiment élevé, une 
i'ougue généreuse, des idées originales, une sen- 
sibilité vraie. Ce n'est pas Richard qu'il faut 
nommer, quand on veut désigner au douzième 
siècle un écrivain subtil : c'est Hugues de Saint- 
Victor. Quant aux dialecticiens du même temps, 
ils s'appellent Abélard , Gilbert de la Porrée. 
Richard est moins philosophe et plus rhéteur : 
il a plus d'éloquence, mais plus d'emphase. Ce- 
pendant on l'a trop oublié. Ce dédain est d'au- 
tant plus injuste, qu'on lit encore, qu'on traduit 
Trrôrne d'autres mystiques, dont le goût n'est pas 
meilleur que le sien, et dont l'enthousiasme, 

moins sincère, a de moins vifs élans. B. H. 

rita llicfiardi, aucl. Joan. de Tolosa, en lôte de 
l'édit. de SOS OEuvrcs. — IHswira liltér. de la France, 
t. XIII, p. 472. — Oiiboulay, Historia univ. paris., t. II. 
— B. Hauréai!, Uurjues de .Saint- f^ictor. 

RICHARD de Poitiers , historien, né dans ie 
Poitou, mort vers la seconde moitié du douzième 
siècle. Tout ce qu'on sait de sa vie, c'est qu'il 



I7fi 

était religieux de Cluni. On possède trois ir;\te.s 
différents d'une chronique attribuée à Richard de 
Poitiers : ie premier publié par Martène, Amplis- 
siina Colleclio, t. V, col. 1160; le second pai 
Muratori, Antiq. Ilalise, t. IV, col. 1080; le 
troisième, parles continuateurs de dom Bouquet, 
//is/onewi de /^raîice, t. XII, p. 41 l.Suivandom 
Brial, ces trois chroniques sont trois rédactions 
successives du même ouvrage, et appartiennent, 
comme les manuscrits le déclarent, au même 
auteur. Au même Richard on donne, non sans 
vraisemblance, une Complaïyite xtUi\\e. à la ré- 
bellion des fils de Henri II, roi d'Angleterre, 
contre leur père {Historiens de France, t. XII, 
p. 418). Enfin, Richard est encore considéré 
comme auteur d'une l\omenclatiire des papes 
jusqu'à Alexandre III, imprimée dans la collec- 
tion de Muratori, t. IV, col. 1104. B. H. 
Hist. littér. de la France, t. XIII, p. S30; t. XII, p. 478. 
RICHARD de Barbezieux, troubadour, né 
vers 1200, au château de Barbezieux près de ' 
Saintes, mort en Espagne, vers 1270. Fils d'un ; 
pauvre chevalier, il s'éprit de la femme de Geof- 
froi de Tonay, en l'honneur de laquelle il com- 
posa de nombreuses chansons, versifiées avec 
élégance, mais où ii a encore plus que les autTCS 
poètes de son temps multiplié singulièrement les 
comparaisons. Par excès de timidité i! réussis- ' 
sait mieux à trouver, qu'à causer et à brilier 
dans la conversation. Il encourut plus tard la 
colère de sa dame, qui exigea, avant de lui par- 
donner, que cent dames et cent chevaliers s'ai- 
mant d'amour entre eux lui demandassent sa 
grâce. Elle mourut peu de temps après ; Richard 
au désespoir se retira en Espagne, auprès d'un 
baron <le ce pays. Les pièces qui nous restent de 
lui sont au nombre de quatorze ; Raynouard en 
a publié quatre dans son Choix des poésies des 
troubadours, et Rochegude une dans son Par- 
nasse occitanien. 

Hlst littér. de la France, t. XIX, p. 336. — Die/., Die 
Troubaddurs. 

RICHARD de Burij, évêque de Durham, né 
en 12fi7, à BurySaint-Edmund, mort le 14 avril 
1345, à Auckland. 11 était fils d'un chevalier 
nommé sir Richard Angerville; mais sa prédi- 
lection pour le lieu de sa naissance, où ii avait 
reçu d'un de ses oncles, Jean de Willoughby, 
les éléments de l'instruction classique, le décida 
par la suite à en adopter le nom. Il continua ses 
études à l'université d'Oxford, et s'y rendit habile 
dans la connaissance des langues grecque et la- 
tine, dont l'enseignement était déjà en pleine 
activité. Nommé précepteur du prince Edouard 
en même temps que receveur des revenus du 
pays de Galles, il demeura dans l'adversité fidèle 
à son royal ^^lève, et le secourut fort à propos 
en lui apportant jusqu'à Paris, en dépit des émis- 
saires lancés à ses trousses, une forte somme 
d'argent qu'il avait levée dans l'exerciee de ses 
fonctions. Le souvenir de ce service valut à Ri- 
chard une faveur constante auprès du prince qui, 



i 



177 



RICHARD 



J78 



à peine monfd sur le tr(3ne sous le nom d'È- 
douaril III (1327), le nomma ticsorier de l'é- 
pargne et clerc du sceau privé, et le pourvut 
d'une douzaine défiches t)éno(ices, entre autres 
six pr(^bendes et le doyenné de Wells. Envoyé 
deux fois à Rome, il reçut du pape Jean XXII 
le titre de chapelain et l'assurance d'être porté au 
premier sioge épiscopal qui vaquerait en Angle- 
terre. Grâce aux largesses du roi, il déploya dans 
ses ambassades une magniûcence inusitée, et les 
dépenses de son second voyage ne coOtèreut pas 
moins de 500 marcs d'argent. Le 19 décembre 
1333 il fut sacré évêque de Durham. En 1334 il 
devint chancelier et grand trésorier d'Angleterre, 
dignités dont il semble avoir été revêtu jusqu'à 
sa mort. Chargé de soutenir les prétentions d'E- 
douard III au trône de France, il vint trois fois 
à Paris, et parcourut le Brabant. C'était un 
homme d'un grand savoir et qui aimait à proté- 
ger les lettres. Entraîné par la passion des livres, 
il n'épargna ni peine ni argent pour s'en procurer 
de rares et de précieux; il en possédait à lui 
seul autant et plus même que tous les évoques 
de son pays, et il entretenait à ses frais dans son 
palais épiscopal un certain nombre de relieurs, 
de papetiers, de copistes et d'enhimineurs. Ses 
relations avec les savants étaient nombreuses et 
soutenues ; Pétrarque, qui l'avait connu en Italie, 
le mentionne comme un esprit ardent et enthou- 
siaste. On a de Richard de Bury on petit traité 
intitulé Philobihlon, où il donne, avec le réper- 
toire de ses richesses littéraires, de curieux dé- 
tails sur les principaux événements de sa vie. 
La plus ancienne édition de cet ouvrage date de 
1473 , Cologne, in-4°; il a été ensuite réimprimé 
à Spire, 1483; à Paris, 1500; à Oxford. 1599; 
et il en existe une version anglaise par Inglis; 
Londres, t832. On attribue à ce prélat un livre 
de Harangues en latin. P. L— y. 

The English cyclopxdia ( blogr.) 
niCHARD, archevêque d'Armagh, né dans le 
Devonshire, ou à Dundalk ( comté de Louth ), 
mort le 16 novembre 1360, à Avignon. Le nom 
de sa famille était Fitz- Ralph. 11 fut élevé à 
Oxford , et acquit par ses talents un si grand 
renom dans l'université que les étudiants ac- 
couraient en foule pour l'entendre disserter sur 
la philosophie, le droit ou la théologie. Nommé 
en 1334 chancelier du diocèse de Lincoln, il de- 
vint ensuite archidiacre de Chester (1336) et 
doyen de Lichfield (1337). Edouard III, qui 
avait pour lui une estime particulière, l'appela 
en 1347 à l'archevêché d'Armagh, en Irlande. De 
bonne heure il s'était déclaré l'adversaire des 
moines mendiants, et il avait publiquement 
flétri leur affectation à la pauvreté, le«rs prati- 
ques superstitieuses et le relâchement de leur 
discipline. Étant revenu, vers 1358, en Angle- 
terre, il les combattit avec plus de force et d'au- 
torité , et prononça contre eux plusieurs ser- 
mons, où il établissait que Jésus, s'il était pau- 
vre, n'avait point affecté de le paraître ; qu'il 



n'avait jamais mendié ni fait vœu de pauvreté 
volontaire; qu'il avait défendu à ses disciples de 
demander l'aumône, sauf le cas de nécessité ab- 
solue ; qu'enfin il n'y a preuve ni de bon sens ni 
de piété à s'engager, comme le faisaient les 
moines mineurs, dans la pauvreté perpétuelle. 
De telles propositions accusaient une intelli- 
gence supérieure et beaucoup dindépendance dans 
l'esprit. Les moines attaques s'empressèrent de 
les dénoncer au pape Innocent VI, qui cita le 
coupable à son tribunal. Richard se rendit à 
Avignon, et se défendit avec fermeté; mais il fut 
condamné , et la sentence à peine connue, il 
mourut brusquement, non sans soupçons de 
poison. Ses ouvrages imprimés sont : De/ensio 
curatorum adversus fratres mendicantes 
( Paris, (496 ), et Sermones quatuor ( ibid., 
1612). On connaît de lui plusieurs ouvrages 
manuscrits, pari/ii lesquels on compte les frag- 
ments d'une traduction irlandaise de la Bible, 
qui d'après Fox aurait été conservée intégrale- 
ment jusque dans le seizième siècle. 

Harrls et Ware. — Wood, Armais. — Wharlon, Ap- 
pendix à Cave. — Collier, Dict. and ecclesiust. Iiistorg. 

RICHARD de Cirencester, historien anglais, 
né vers 1330, à Cirencester ( comté de Glou- 
cester ), mort en 1401 ou 1402, à Londres. On 
lui donne quelquefois le nom de moine de 
Westminster . Sa famille devait être riche ou 
puissante, si l'on en juge d'après l'éducation li- 
bérale qu'elle lui fit donner. En 1350 il entra 
chez les bénédictins du couvent de Safnt-Pierre 
à Westminster; son nom se rencontre dans dif- 
férents documents en date de 1387, de 1397 et 
de 1399. Il s'adonna à l'histoire nationale, com- 
posa des ouvrages de longue haleine, et visita, 
pour compulser des manuscrits originaux, plu- 
sieurs des bibliothèques de son pays. Ayant en 
1391 obtenu de son abbé la permission de se 
rendre à Rome, il est probable qu'il ne différa 
guère son voyage; car on le retrouve en 1^01 
confiné dans l'infirmerie de son couvent. Ses 
ouvrages inédits sont : Htstoria ab Hengista 
ad ann. 1348, en deux parties; la première, 
qui s'étend depuis l'invasion des Saxons jusqu'à 
la mort d'Harold, est à Cambridge ; Tructatus 
sîiper symbolum majus et minus , et Liber 
de officiis ecclesiasticis, qui sont à Peterbo- 
rough ; et quelques antres conservés dans les 
bibliothèques de Lambeth et d'Oxford. Il a un 
meilleur titre à la qualité d'historien, comme au- 
teur d'un traité intitulé De situ Britannise , 
découvert en 1747, à Copenhague, par le profes- 
seur C.-J. Bertram , qui le fit paraître dans cette 
ville en le réunissant à des fragments de Gildas 
et de Nennius, sous le titre de Brilannicarxim 
gentium historix antiqux scriptores III 
( 1757, in-8°). Cetteédition étant devenue rare, 
l'ouvrage fut réimprimé avec une version an- 
glaise, une carte et un commentaire : The Des-, 
criplion of Briiain (Londres, 1809, in-8°), et 
de nouveau en 1848 dans VAntiquarian library 



179 

(le Bohn. Il est en général exact, et passe pour 
authentique, bien que sur cette question il y 
ait lieu d'élever des doutes , l'original n'ayant 
jamais été représenté. Gibbon dit de Richard 
qu'il fait preuve d'une connaissance de l'anti- 
quité bien rare chez un moine du quatorzième 
siècle. 

Hatchard, Fie de Richard, à la tète de l'édit. de 1809. 
— Pits et Baie. 

RSCSEAKD, cordelier, prédicateur célèbre du 
quinzième siècle. Selon toute apparence, il était 
Italien. Il eut du moins pour maîtres saint Vin- 
cent Ferrier, et particulièrement saint Bernar- 
din de Sienne. Ces deux prédicateurs avaient 
depuis peu répandu en Italie deux doctrines 
nouvelles, la venue de l'Antéchrist et le culte du 
nom de Jésus. Richard, frère mineur comme 
saint Bernardin , afiilié aux ordres mendiants 
comme saint Vincent, fut un ardent apôtre de 
ces deux doctrines. Après avoir visité la Terre 
sainte, il pénétra en France par Lyon, et se 
rendit à Trcyes, où il prêcha l'Avent de 1428. 
Dans ses sermons quotidiens, il répétait à ses 
auditeurs : « Semez des fèves largement; celui 
qui doit venir viendra en bref (bientôt). « Les 
Troyens semèrent largement des fèves, et Ri- 
chard se rendit à Paris, alors au pouvoir des 
Anglais, où il prêcha le carême de 1429. Ses 
sermons se tenaient en plein air, an charnier des 
Innocents (devant la Danse macabre) et ailleurs. 
11 faisait de fréquentes allusions aux affaires pu- 
bliques, et favorisait par ses sympathies , assez 
clairement exprimées, le parti de Charles VII. 
La police anglaise prit ombrage de ces sermons, 
et suscita contre le prédicateur étranger la fa- 
cilité de thécJogie ainsi que l'inquisition. Le 
prévôt de Paris le menaça en même temps de 
poursuites séculières. Dans la nuit du 30 avril 
1429, Richard, prévoyant que ses jours ou du 
moins sa liberté n'étaient plus assurés, s'es- 
quiva de la capitale, se rendit à Orléans du- 
rant le siège, et devint un des aumôniers de la 
Pucelle. Arrivé devant Troyes, Richard contri- 
bua pour une part considérable à la surpre- 
nante réduction de cette ville. L'armée de Char- 
les VII manquait d'artillerie, de vivres et d'ar- 
gent. Les soldats affamés se nourrirent des fèves 
que Richard avait fait semer largement. L'as- 
cendant qu'il s'était acquis sur les populations 
champenoises engagea les Troyens à lui ouvrir 
volontairement leurs portes. Richard, indépen- 
damment de l'héroïque Jeanne, avait également 
pour pénitentes deux jeunes illuminées. Tune 
nommée Pierronne, et l'autre Catherine de la Ro- 
chelle, dont il attisa le zèle et favorisa les pieuses 
illusions. Au mois d'avril 1430, il prêcha le ca- 
rême à Orléans, héhergé et comblé de présents, 
aux frais de la ville. A partir de ce moment l'his- 
toire ne (b'.irnit plus aucune trace de ce mysté- 
rieux personnage. A. Vallet-Vikiville. 

Oiiidierat, )'rocês db la l'vcelle, t:iblc, au mot «i- 
rhard. — Clironiquo de U\\'\ n° 2fi, dans le UuUetin de 
la Société le l histoire de France, l8S7-l8o8, p. 102. — 



RICHARD 183 

Th.Basin, t. IV, p. loi. — Vallet de Viriville, Noies .'ta- 
ies médailles de plomb relatives à Jeanne Darc, 1S6I, 
in-8» (Extrait de la Revue archéoloijique] , et Histoire 
de Charles VU et de son époque, t. II, etc. 

siicuAr^i) ( Claude ), mathématicien français, 
né en 1589, à Ornans (Franche-Comté), mort 
le 20 octobre 1644, à Madrid. D'une famille al- 
liée aux Granvelle, il accompagna le comte de 
Cantecroix, neveu du cardinal de Granvelle, 
dans son ambassade à Venise; comme il se tiou- 
vait à Rome, il renonça tout à coup au monde, 
pour entrer chez les Jésuites (1606), qui l'en- 
voyèrent terminer ses études à Tournon. Pen- 
dant sept ans il professa l'hébreu et les mallié- 
matiques à Lyon avec beaucoup de succès. Ayant 
obtenu la permission de se joindre aux mission- 
naires de la Chine, il se rendait à Lisbonne pour 
s'y embarquer, lorsque Philippe IV, roi d'Es- 
pagne, l'invita à occuper la chaire de mathéma- 
tiques dans le collège qu'il venait de fonder à 
Madrid (1624). On a du P. Richard : Euclidis 
Elementorum geometricorum lib. XIII; An- 
vers, 1645, in-fol., pi.; — Apollonii Pergaci 
Conicorum lib. IV; ibid., 1655, in-fol., pL, 
ouvrage dédié à Raimond de Moncaile et précédé 
d'une épître, qui contient l'histoire de cette mai- 
son; — Ordo novus, et reliquis facilior, ta- 
bularum sinuum et tangentium : traité ano- 



nyme dont on ne connaît ni la date d'impression 
ni le format. On attribue au P. Richard une 
édition de V Archimède du Rivault (Paris, 1640, 
in-fol.); mais, dit Brunet, nous n'avons jamais 
pu en voir un seul exemplaire. 

Grappin, Hist. du comté de Bourgogne, 281. — South- 
well, llibl. script. Soc. Jesii. 

RîCHARDouREtcH&Eio (Georges), mystique 
allemand, natif d'Altenberg en Saxe, mort vers 
1647. Il parcourut toute l'Allemagne pendant la 
guerre de Trente ans, se mit en rapport avec le 
fameux Wallenstein, et s'acquit une grande re- 
nommée par ses prophéties et ses visions nom- 
breuses, dont le récit a été publié en allemand, 
de 1637 à 1648, par livres détachés. Pierre Li- 
den de Reval en a donné un compte rendu cri- 
tique dans Examen visionum G. Reickardi; 
Dorpat, 1647. X. 

Adelung, Geschichte der menschlichcn Narrheit ( His- 
teire de la folie humaine) , t. V, p. 103 et suiv. 

RICHARO (René), historien français, né le 
23 juin 1654, à Saumur, mort le 21 août 1727, à 
Paris. Son père, notaire à Saumur, lui fit don- 
ner une bonne éducation. Il entra dans la con- 
grégation de l'Oratoire, et y enseigna les huma- 
nités et la rhétorique; puis il reçut les ordres, 
fut employé dans les missions de Luçon et de 
La Rochelle, et vint à Paris, où pendant douze 
ans il prêcha avec quelque succès. Après avoir 
quitté l'Oratoire, il fut pourvu, entre autres bé- 
néfices , d'un canonicat à Sainte-Opportune de 
Paris et d'un autre à Saint-Didier de Poitiers. 
Il était de plus historiographe de France , cen- 
seur royal et prieur de Regny en Forez. « Cet 
auteur, au jugement de Goujet, avait des opi- 



61 

lions singulières, qu'il a fait passer dans presque 
)us ses ouvrages et jusque dans les approbations 
u'il donnait aux livres qu'il examinait et dans 
isquelles on trouve bien des traits d'un esprit 
articulier. » Il avait un caractère bizarre et fort 
ifficile, comme il le lit voir dans le long dé- 
lèlé qu'il eut avec un de ses neveux ; il était si 
llein de vanité qu'il se peignit ainsi lui-même 
BBS un quatrain placé au bas de son portrait : 

Ce docteur, si soumis au saint-pcrc , à snn roi, 
£q défendant leurs dioiLs fit ('clatcr sa foi, 
Et dans tous ses écrits le zèle et la science 
Sont en parfaite Intelligence. 

artni ses écrits on remarque : Vie de Jean- 
ntoine Le l'achet, prêtre; Paris, 1692, 
1-12; — Discours sur l'histoire des fon- 
ations royales et des établissements faits 
9US le règne dp Louis le Grand; Paris, 
595, in-12; — Traité des pensions royales 
e Louis le Grand; Paris, 1695, 1718, in-12; 
- Histoire de la vie du P. Joseph du Trem- 
lay, capucin; Paris, 1702, in-12 : c'est un 
anégyrique outré, ou plutôt, selon Goujet, le 
ortrait du P. Joseph tel qu'il aurait dû être, 
oit par esprit de contradiction, soit par quelque 
aison plus secrète, l'auteur ne tarda pas à re- 
lire son œuvre, sous le titre : Le véritable 
\ Joseph, capucin, contenant l'histoire 
necdote du cardinal de Richelieu; Saint- 
ean de Maurienne (Rouen), 1704, in-12; et 
lour mieux, déguiser la palinodie, il écrivit dans 
Réponse (1704, in-12) une critique de cette 
listoire anonyme ; — Parallèle de Richelieu 
t de Mazarin ; Paris, 1704, 1716, in-12 : la 
econde édition est précédée d'un Avis impor- 
ant, où Richard instruit le public du scanda- 
eux procès qu'il intenta. à son neveu en restitu- 
ion des bénéfices dont il l'avait gratifié en 1709. 
Juantau Parallèle, il pèche en bien des en- 
Iroits contre la vérité de l'histoire, et les défauts 
!n ont été relevés dans quatre Lettres insérées 
lans le t. IV des Nouvelles littér. de La Haye, 
innée 1716. L'auteur essaya de se justifier dans 
jme Apologie, qui ne satislit personne. Il fit 
plustard des changements à son livre, et lui donna 
lin nouveau titre : Cotips d'État des cardinaux 
fiichelieu etMazarin; Paris (Hollande), 1723, 
in-12 ; — Parallèle de Ximénès et de Riche- 
'ieii; Trévoux (Paris), 1704. in-12; Amst., 
L716, in-12 ; réimpr. plusieurs fois et traduit par 
es Espagnols, qui se trouvèrent flattés de la 
supériorité accordée à leur ministre sur celui de 
Louis XIII ; — Dissertation sur l'induit du 
parlement; Paris, 1723, in-8o. 

Moréri, Dict. hist., édil. 1759. 

RICHARD {Jean ), moraliste français, né en 
1638, à Verdun (Lorraine), mort le 24 février 
1719, à Paris. Aprè.s avoir fait ses études à Pont- 
à-Mousson, il se fit recevoir avocat à Orléans, 
plutôt pour avoir un titre que pour en exercer 
les fonctions. Quoique laïc et marié, il choisit 
un genre d'occupations non commua dans cd 



RICriATlD 182 

état : il prêcha tonte sa vie, non dans les chaires^ 
mais par écrits, et ce qui est digne de remarque, 
il prêcha .solidement. Ce fut ainsi qu'il publia : 
Discours moraux; Paris, 1681-1697, 12 vol. 
in-12; — Idées et desseins de sermons sur 
les mystères; Paris, 1693, in-S"; — Éloges- 
historiques des saints; Paris, 1695, 1716, 
4 vol. in-12; — La Science universelle de la 
chaire, ou Dictionnaire vioral contenant par 
ordre alphabétique des sujets de sermons sur 
toutes les matières de morale; Paris, 1700- 
1712, 5 vol. in-S"; 1714, 8 vol. in 12; 1718, 
1730, 6 vol. in-8°, recueil dédié au cardinal de 
Polignac. Cet amour pour les sermons, qui fut 
la passion de Richard, le porta à recueillir ceux 
des autres, et il édita le Carême et autres œuvres 
de Fromentières (1688-1696, 6 vol. in-8") , les 
Ser77ions de Cl. Joly, évéquQ d'Agen (1691- 
1696, 8 vol. in-8'' et in-12), ain.si que les Homé- 
lies {i'il, 2 vol. in-12) et les Panégyriques 
(1718, in-12) de l'abbé Charles Boileau. 

Moréri, Dict- ffist. 

RICHARD (Charles-Loxiis), dominicain fran- 
çais, né en avril 1711, à Blainville-sur-l'Eau 
(Lorraine), fusillé à Mons,le 16 aoi^t 1794. D'une 
famille noble mais pauvre, il entra à l'âge de 
seize ans au couvent des dominicains de Blain- 
ville, fit profession à Nancy, se rendit ensuite à 
Paris pour y faire ses cours de théologie, et dès 
qu'il eut reçu le bonnet de docteur, consacra sa 
plume à la défense des principes religieux me- 
nacés par les piiilosophes du dix-huitième siècle. 
Ayant attaqué dans divers opuscules un arrêt du 
parlement de Paris, intervenu au sujet du ma- 
riage d'un juif converti, il jugea prudent, pour 
éviter des poursuites, de se retirer en 1778 à 
Lille (Flandre), qu'il habita jusqu'à la révolution. 
A cette époque, il passa dans les Pays-Bas, et se 
trouvait en 1794 à Mons, lors de la seconde in- 
vasion des Français. Son grand âge l'empêchant 
de fuir, il se tint quelque temps caché, mais fut 
ensuite découvert et traduit devant une commis- 
sion militaire qui le condamna à être fusillé. Son 
crime, ainsi qu'il résulte du jugement rendu le 15 
août 1794, fut d'avoir publié avant l'entrée des 
Français un opuscule intitulé : Parallèle des 
Juifs qui ont crucifié Jésus-Christ avec les 
Français qui ont exécuté leur roi; Mons,, 
1794, in-8o, et non pas, comme le prétend Bar- 
bier, l'ouvrage Des Droits de la maison d'Au- 
triche stir la Belgique; Mons, 1794, in-8°. Le 
père Richard souffrit la mort avec beaucoup de 
fermeté. Les ouvrages qu'il a publiés sont très- 
nombreux; nous citerons : Dissertation sur la. 
possession des corps et de Vin f es talion des 
maisons par les démons; 1746, in-8o; — Bi- 
bliothèque sacrée, ou dictionnaire universel 
des sciences ecclésiastiques ; Paris, 1760, 5vol. 
in-foi. L'ouvrage portait le nom du P. Richard e^ 
autres religieux dominicains des couvents du 
faubourg Saint-Germain et de la rue Saint-Ho- 
aoré; mais un Supplément formant un sixième 



183 RICHARD 

volume ( Paris, 1765, in fol.), présente les noms | 
des PP. Richard et Giraud. Une nouvelle édition i 
en a été donnée , avec additions et corrections, [ 
par une société d'ecclésiastiques; Paris, 1821- i 
1827, 29 vol.in-8°;— Examen du libelle in- 
titulé Histoire de V établissement des moines 
mendiants; Avignon, 1767, in-l2; — Analyse 
des conciles généraux et particuliers ; Paris, 
J772-1777, 5 vol. in-4o; — La nature en con- 
traste avec la religion et la raison; Paris, 
1773, in-S" ; — Observations modestes szir les 
Pensées de d'Alembert; Paris, 1774, in-8°; — 
Annales de la charité et de la bienfaisance 
chrétienne; Paris, 1785, 2 vol. in-t2; — Vol- 
taire de retour des ombres, et sur le point 
d'y retourner pour n'en plus revenir, à tous 
ceux qu'il a trompés ; Bruxelles et Paris, 1776, 
in-12; ~ Sermons; Paris, 1789, 4 vol. in-12; 
— beaucoup d'autres opuscules et plusieurs bro- 
chures anonymes imprimées àMons et à Lille, 
toutes relatives au serment exigé des prêtres, et 
à la révolution , mais qu'il serait difdcile au 
jourd'hui de trouver ailleurs que dans le cabinet 
de quelques curieux, les imprimeurs les ayant 
brûlées dans la crainte d'être compromis. 

Gnillon, J^s martyrs de la foi. — Carroii, Les Con- 
fesseurs de la foi, t. IV.— ^mi de la religion, ann. 1S22 
t. XXX. — Notice à la tête du 1" volume de la nouvelle 
édition de la Bibliothèque sacrée. 

KiCHAiiD i François-Marie-Claude), baron 
de Haufesierck, médecin français, mort le 28 dé- 
cembre 1789, à Paris, à l'âge de soixante-dix-sept 
ans. Il fit à Paris ses études médicales. D'abord 
attaché à l'hôpital militaire de Sarrelouis,puis mé- 
decin de l'armée d'Allemagne (1735), il se lit con- 
naître du duc de Choiseui, et jouit auprès de lui 
d'un grand crédit. Après avoir exercéles fonctions 
de premier médecin de l'armée (1768-1763), il 
devint à cette dernière date inspecteur général des 
hôpitaux militaires, et eut beaucoup de part à 
leuradministralion. Louis XV le nomma un de ses 
médecins consultants, lui accorda le cordon de 
Saint-Michel (1760) et érigea en baronnie sa terre 
de Hautesierck. 11 a publié : Formulx medica- 
mentorumnosodochiis miiiîaribus adaptatœ; 
Cassel, 1761, in-S"; — Recueil d'observations de 
médecine des hôpitaux militaires; Paris, 
1766-72, 2 vol. in-4'' : excellent ouvrage, entrepris 
par ordre de Choiseui ; — Manière de con- 
naître et de traiter les maladies aiguës qui 
attaquent le peuple; 1717, in-12. 

Desgenettes, dans la Biogr. méd. 

KICHAR» (François), poëfe français, né en 
1730, à Limoges, où il est mort, le 4 août 1814, 
fut prêtre et principal du collège d'Eymoiitiers 
(Haute-Vienne). En 1809, la Société d'agricul- 
ture de Limoges lui décerna une médaille d'or 
pour ses poésies patoises, disséminées dans plu- 
sieurs publications, et l'engagea à les réunir en 
corps d'ouvrage; mais Richard , vieux et accablé 
d'infirmités, ne put se livrer à un nouveau travail. 



18^ 

Et la douleur qui me saisit 

Rend ma muHe déconcertée. 

M;i main gauche perd sa vigueur 

Et trcmblotte, comme une nonne 

.'i l'approche du confesseur 

Qui la connaît mieux que personne. 

Ses poésies patoises, publiées à Limoges 
(1824, 1849, in-12), se composent d'un poëmeei 
quatre chants , intitulé le Roumivage de Liau 
non (1), de contes, de fables, de chansons, d( 
noëls et de cantiques. Elles pétillent d'esprit, eti 
sont pittoresques comme leur sœur, la poésie 
des troubadours. Martial Audoin. 

Bulletin de la Société d'aririciitture de Limoges 
Notice sur Richard à la tète de la dernière édition de ses 
OEuvre.t. 

RICHARD {Jean -Pierre), prédicateur fran- 
çais, né le 7 février 1743, à Belforl, mort le 
29 septembre 1820, à Paris. Admis en 1760 
chez les Jésuites, il passa, lors 'de la dissolution 
de la compagnie, en Lorraine, puis à Liège, où 
il surveilla l'éducation des neveux du prince- 
évêque. Vers 1786, il rentra en France et se li- 
vra à la prédication. Pendant la révolution, il 
continua de résidera Paris, sans cependant prê- 
ter aucun serment, et fut nommé en 1 805 chanoine 
de Notre-Dame. En 1818 il prêcha le carême aux 
Tuileries. On a publié en 1822 ses Sermons 
(Paris, 4 vol. in-12). 
L'Ami de la religion, XXXIV, p. 6S et 177. 
siscHARD { Louis-Claude-Marie), botaniste 
français, né à Versailles, le 4 septembre 1754, 
mort à Paris, le 7 juin 1821. Il était l'ainé des 
seize enfants de Claude Richard , qui , sous le 
titre modeste de jardinier du roi à Auteuil, était 
un homme de mérite, instruit dans toutes les 
branches des mathématiques. Il fit ses études à 
Versailles, et prit le goût de la botanique en al- 
lant chez son oncle, directeur du jardin de Tria- 
non. La botanique ne peut être étudiée à froid, 
il faut que la passion s'en mêle ; aussi le jeune 
Richard devint-il passionné pour elle, au point 
de refuser d'accepter la protection de l'arche- 
vêque de Paris, qui voulait le faire entrer dans 
l'état ecclésiastique. Pour éviter le séminaire, il 
quitta la maison paternelle et vint à Paris, où 
il vécut d'une pension de douze francs par mois 
que lui faisait son père, qui voulait par l'exi. 
guïté de ce secours le forcer de céder aux pro- 
■ jets qu'il avait formés pour lui. 11 se créa des 
ressources par le dessin, dans lequel il excellait : 
des architectes lui donnèrent des plans à copier, 
il les satisfit, et si bien qu'il gagna bientôt au 
delà de ses besoins. Telle était son activité qu'il 
ne donnait que quelques heures au sommeil; 
pendant le jour il travaillaitàs'instruire et suivait 
les cours ; la nuit il dessinait, et môme composait 
des plans de jardins, dont quelques-uns furent 
exécutés. A cette époque la botanique avait pris 
un grand essor; Linné vivait encore et Adanson 
était dans toute la plénitude de son talent. Ri- 
chard écoutait les conseils de Bernard et Laurent 



Depuis longtemps, loin de mon lit (écrivalt-ll), 
Va voltiger le sieur Morphée, 



(1) Le Pèlerinage de LIaunou. 



il85 RICHARD 

de Jiissicu, et il voyait souvent à Trianon Ber- 
geret, l'auteur de la pliy Lonomatotechnie, Ce- 
pendant il songea à voir par ses yeux et à mar- 
cher sans guide. Il quitta la France, en niai 
1781, pour parcourir les grandes et les petites 
Antilles, ainsi que la Guyane française, ne comp- 
taot |)our rien ni les fatigues ni les dangers, ni 
rincléinence des climats. Ce voyage, entrepris 
«ous le patronage de Louis XVI, qui avait vu 
plusieurs fois Claude- Louis à Trianon, et qui 
! avait approuvé la désignation faite de ce jeune 
naturaliste pour enrichir de plantes, d'animaux 
et de minéraux le cabinet du Muséum, ne dura 
i pas moins de huit ans, et ce que découvrit, dé- 
crivit, analysa et collectionna le voyageur est 
iuitnense. Rien ne pouvait arrêter ses pas, rien 
ne pouvait ralentir son ardeur. Ce long voyage 
[ie prit lin que faute de ressources financières. 
.Combien ne doit-on pas regretter que rien n'en 
ait été publié ! Le peu qu'on en sait le montre éta- 
bli au milieu des forêts, gravissant de hautes 
montagnes , pénétrant dans les soufrières , en- 
itouré de guides pouvant devenir des assassins 
ou tout au moins des voleurs, chassant aux ja- 
1,'uars, échappant à la dent venimeuse des ser- 
pents, occupé sans cesse d'accroître ses collec- 
tions, tour à tour minéralogiste, botaniste et 
izoologiste. Minéraux, roches, herbier de tiois 
rnilie plantes, nouvelles en grand nombre, qua- 
drupèdes, oiseaux, insectes, coquilles, tel (ut le 
1 riche butin qu'il rapportait. De retour à Paris , 
vers le milieu de 1789, il ne trouva plus ses amis 
[et protecteurs. Cet isolement, qui continua, même 
après qu'il se fut marié, en 1790, agit d'une 
manière fâcheuse sur son caractère, qui ne re- 
prit son calme que quand il se vit plus fard en- 
touré d'estime et de considération. La chaire de 
botanique à la faculté de médecine de Paris lui 
fut donnée. L'Institut l'admit dans son sein 
comme zoologiste; les principales socii-tés de 
l'Europe savante se l'associèrent, et il fut membre 
de la Légion d'honneur à une époque où cette 
distinction était un témoignage éclatant de vé- 
ritable estime pour de grands services rendus. 
Ses travaux de prédilection consistaient en ana- 
lyses, et il en dessinait les résultats avec un ta- 
lent admirable. Cette facilité à reproduire les 
formes les plus délicates et les plus compliquées 
donnaient un charme tout particulier à ses 
cours ; on pouvait dire, sans hyperbole, que les 
tleurs naissaient sous ses doigts, de sorte que 
ses leçons étaient de véritables démonstrations. 
Les personnes qui ont suivi ses herborisations 
dans les environs de Paris l'ont vu retrouver la 
vigueur de ses premières années lorsqu'il chas- 
sait aux plantes rares. Ses dernières années fu- 
rent pénibles et sa mort douloureuse. ]1 laissa 
un Gis digne de lui. 

Les publications de ce botaniste sont peu nom- 
breuses et généralement peu étendues ; mais il 
a eu un mérite rare, celui de n'avoir publié que 
Jes travaux bien digérés et sur des sujets difd- 



\m 



ciles, soigneusement étudiés; aussi tout ce qu'd 
a écrit a-t-il été adopté sans conteste. Il réunissait 
en lui tout ce qui constitue le grand naturaliste : 
une main habib dans le dessin, un coup d'œil 
juste et un jugement sain. Ce n'était pas à la 
stiperticie de la science qu'il s'arrêtait : il en 
voyait les profondeurs et savait y faire pénétrer 
la lumière. « La science botanique véritable, 
disait-il , ne consiste pas à nommer les plantes, 
mais à connaîtie leur nature et leur organisation 
entière. » C'est précisément en se faisant une 
règle de conduite de ce précepte , qu'il a pris 
une place si élevée parmi les botanistes. On 
réunirait facilement tous les écrits de cet auteur 
en un volume iu-S» ordinaire; en voici les 
titres : De Convallaria japonïca L. novum 
ge.niis consistuente , dans le ISouVi Journal 
de botanique de Schrader, t. II, 1807; — Dé- 
monstrations botaniques, ou Analyse du 
fruit, considéré en général^ Paris, 1808, 
in-S"; trad. en allemand par Voigt -{ Leipzig, 
1811 ) et en anglais par Lindiey ( Londres, 1819); 
— Des embryons endorrhizes ou monocoty- 
lédones, et particulièrement de celui des 
graminées (Annales du Muséum, t. XVII, 1811); 
Gaertner, si célèbre par la publication de son 
traité De Fructibus et seminibus (1788à 1808), 
a été fort dépassé par le botaniste français. Tout 
ce qui est écrit dans ces deux mémoires est de- 
venu classique et régit aujourd'hui cette partie 
difficile de la botanique. Telle est la merveil- 
leuse exactitude apportée dans la description 
d'organes dont la petitesse échappe aux regards, 
qu'un demi-siècle n'a pu ri'.'n y changer, de sorte 
que la botani(]ue moderne n'a pas aujourd'hui 
d'autres bases en ca qui concerne le fruit et la 
graine; — Notessur lesplantes dites conifères, 
dans les Annales du Muséum, XVI, 1810. 
L'auteur a établi le rapport existant entre les 
cycadées et les conifères; de plus il a créé les 
genres taxodium et phyllocladus. La division 
des conifères, devenue aujourd'hui une classe 
divisée en taxinées, cupressinées, abiétinées, 
devenues des familles, a été adoptée ; — Mé- 
moire sur les hijdrocharidées , dans les Mé- 
moires de V Instiliit , 1811; — Proposition 
d'une nouvelle famille de plantes, les bu- 
tomées, dans les Mémoires du Muséum, t. I, 
1815. Tout ce que renferme ce travail a été dé- 
finitivement acquis à la science; — De orchi- 
deis europ'.ris annotait ones , dans les Mé- 
moires du Muséum, IV, 1818. Ce mémoire a 
fait connaître rorganisati(m curieuse des orchi- 
dées, plantes jusqu'alors mal étudiées. Les genres 
liparis,anocnmptis, platanthera, spiranthes 
et cephalanthera ont été savamment constitués; 
— Mémoire sur une famille de plantes dites 
calycerces ; ibid., VI, 1820; — Mémoire sur 
une nouvelle famille de plantes, les bala- 
nophorées ; ibid., VIII, 1822; — Reliqulss 
Richardianx ad analysin botanicam spec- 
iantes, dans \qs Archives de botanique, de 



137 
Guillemin, t. V 



1833 



RICHARD I8{. 

Ils concernent la famille ) végétale (Paris, 1819, in-8o ; 7e édit., 1846), trad 



des acorées , des aroïdées, des nayadées, des 
lemnées et des typhacées ; — De comferis et 
cycadds ; StuUgard, 1826, ia-fol., pi. : publié et 
terminé par Ach. Richard; — De musaceis; 
Breslau et Bonn, 1831. On a encore de ce .sa- 
vant : Un Tableau explicatif du système 
sexuel de Linné (Paris, in-fol. ) , et trois mé- 
moires , insérés dans les Actes de la Société 
d'histoire naturelle de Paris. Enfin il a publié 
«ne édition entièrement refondue du Diction- 
naire élémentaire de botanique de Bulliard 
( Amst., 1807, in-8"), et il a rédigé la Flora bo- 
reali-americana de Miehaux. A. Fée. 

Cuvier, £7offes. — Kunth, Notice sur L.-C- M. liichard ; 
l'aris, 1S24, in 8°. — Mahul, Annuaire nécroh, 1822. — 
îlabbe, Vicilh de Boisjolin et Sainte-Preuve, Bioqr. iiniv. 
des contemp. — Callisen, Medicin. Schriftsteller- 
Lexicnn. 

îiïCHâEi» (Achille), botaniste, fils du pré- 
cédent , né le 27 avril 1794, à Paris, où il es 
mort, le 5 août 1852. Il devint botaniste, comme 
il devint homme, en grandissant. Son enfance 
fut de bonne heure entourée de livres, de plantes, 
ainsi que de gravures et de dessins enrichis de 
détails analytiques destinés à reproduire les or- 
ganes de la fleur, les plus difficiles à bien voir. 
Son éducation à peine terminée, il servit quelque 
temps comme pharmacien militaire pendant les 
dernières années de l'empire; mais il rentra dans 
la vie civile en 1815. Presque au début de sa 
carrière. Benjamin Delessert l'attacha à son 
riche musée botanique en qualité de conserva- 
teur, fonctions qu'il garda pendant plusieurs an- 
nées et qu'il résigna à son entrée à la faculté de 
médecine en faveur de Guillemin (1831). Richard 
fils n'a pas tracé dans la science un sillon aussi 
profond que son père; du reste ses travaux 
avaient pris une autre direction; ils sont nom- 
breux , variés et dignes d'estime. C'est principa- 
lement comme botaniste descripteur qu'il se 
présente. On lui doit un grand nombre de mo- 
nographies sur le genre hydrocotyle de la fa- 
mille des orabellifères (1820), sur les Orchidées 
de l'Ile de France et de Bourbon (Paris, 
1828, in-4°), sur celles des Nil-Gherries (1841) et 
celles du Mexique (Bruxelles, 1844, in-4°). Un 
grand travail sur les eleeagnées (1823, in-4^) et 
sur les riibiacées (1829, in-4"), l'a fait connaître 
très -avantageusement des botanistes. 11 a été 
collaborateur avec Lasser pour la partie bota- 
nique du Voyage de l'Astrolabe (Paris, 1832- 
1834, avec allas), ce qui lui a permis de faire 
paraître un Sertum astrolabianum (1833). On 
lui doit un Essai d'une Flore de la Nou- 
velle Zélande (1832), une description de plu- 
sieurs Plantes nouvelles d'Abyssinie (1840, 
in-S"); il a concouru à la rédaction du t. l" de 
la. Flore de .Séncgambie (1830-1833). Comme 
aoteur d'ouvrages classiques, Achille Richard est 
avec Decandollc celui de tous les botanistes fran- 
çais qui a fait le plus pour vulgariser la science. 
Ses Eléments de botaniqtie et de 2'>hysiologie 



en plusieurs langues, sont encore le meilleui 
guide que l'on puisse donner aux jeunes gens 
Quoique ce soit surtout un compendium des 
connaissances acquises sur la matière qui y es 
traitée , on y trouve des aperçus absolumen 
neufs et une classification des fruits la moins im 
parfaite detoutes. Ces éloges s'étendent àses Élé 
menls d'histoire naturelle médicale (Paris 
1831, 2 vol. in-8"; 4^ éd., 1S49, 3 vol. in-8°) 
et à son Précis de botanique et de physiologi 
végétale (Paris, 1852, in- 12). Les qualités d 
style qui ont valu aux livres d'Achille Richard 1 
succès dont ils ont joui se retrouvaient chez 1 
professeur : la correction, la clarté et la sobriété 

Longtemps même avant de mourir, sa sant 
devint languissante , mais rien ne le faisait soup 
çonner, tant était grande son activité scientifique 
tant était égale son humeur. La mort le trouv 
résigné, et il puisa ses secours au moment su 
prême dans deux sources également fécondes e 
consolations : la religion et la philosophie. On 
encore de lui : Histoire naturelle et médi 
cale des diverses espèces d'ipécacuanha dx 
commerce; Paris, 1820, in-4o, pi.; — Botaniqu 
médicale, ou Histoire naturelle des médica 
ments, des poisons et des aliments tirés d', 
règne végétal; Paris, 1823, 2 vol. in-8"; — d 
nombreux articles dans le Dictionnaire de me 
decine en 21 vol., le Nouveau Journal de mé 
decine, le Dictionnaire classique d'histoir 
naturelle, \e Bulletin de l'Académie dessciec 
ces, les Annales des sciences naturelles, et< 

Richard ( Gustave ), fils du précédent, né e 
1826, à Paris, où il est mort,- le 12 septembi 
1857. Après avoir été reçu docteur en médecin( j 
il suppléa son père dans la chaire d'histoire na ] 
turelle médicale pendant les dernières années d 
sa vie. Comme il rêvait les longues pérégrina 
lions, qui s'accompagnent toujours de privation 
et de faligues, il résolut de se préparer à brave 
les unes et les autres en parcourant à pied < • 
par tous les temps les Alpes suisses, l'Italie, 1. 
Grèce, la Turquie et le nord de l'Afrique. Ui 
grande expédition , destinée à découvrir 1( 
sources du Nil et à explorer certaines régions îi ■ 
connues de l'Afrique orientale s'organisait a ■ 
Caire; le gouvernement égyptien en faisait lif 
frais. Une commission scientifique se formail 
Gustave Richard se présenta pour en faire partit 
il fut agréé. M arriva au Caire pour y voiravoi 
fer ses plans. Les savants déjà réunis de plusieu; 
parties de l'Europe croyaient qu'il s'agissa 
d'une expédition pacifique, tandis qu'ils se troi 
vèrent en présence d'une petite armée marchai 
à des conquêtes. Ils refusèrent de participer 
cette guerre contre des tribus inoffensives, et 5 
dispersèrent. Gustave Richard résolut alors d'e) 
plorer seul le Nil blanc, en se joignant aux c< 
ravanes des marchands qui vont jusqu'au centi 
de l'Afrique faire le commerce des dents d'éli 
php.nt. Il revint à Paris afin de solliciter auprivs t 



illClIARD — RICUARDOT 



1S9 

Iradministialion du Muséum une mission scien- 
tiliqmv, mais une dyssenlerie, jointe à une ma- 
ladie lie foie, l'emporta eu peu de temps. A. Fée. 

Dutuili IdAmlcns), Éloge dUchilU Richard, dansZ/! 
mniteuruniversel, 13 et U d(ic. 1800. - Dociim. part. 

RiCH.VRD (1) (François), manufacturier 
français, né au Trélet (Calvados), le 16 avril 
1765, mort à Paris, le 19 octobre 1839. Son père 
'était fermier. L'esprit de spéculation se manifesta 
de bonne heure chez lui. Dès qu'il eut amassé 
un peu d'argent, il partit à pied pour Rouen 
(1782), et entra chez un marchand, qui l'employa 
comme domestique au lieu de lui apprendre le 
commerce. Puis il servit dans un café pendant 
un an, et vint à Paris, où bien des mécomptes 
' l'attendaient. A force d'économie et de petites 
spéculations, il réunit bientôt une somme de 
1,000 francs. Il acheta quelques pièces de basin 
anglais, qui venaient d'être introduites en fraude, 
et trafiqua si bien que six mois après il possédait 
0,000 livres, et au bout d'un an 25,000. En 1789 
un faiseur d'affaires lui fit perdre tout ce qu'il 
avait, et de plus se trouvant débiteur d'une 
somme qu'il ne pouvait payer, il fut enfermé à 
' la Force, qui était alors la prison pour dettes. 
Lors de l'incendie de la manufacture de Réveil- 
lon, les prisonniers de la Force s'échappèrent; Ri- 
chard emprunta quelques écus , et fit si bien 
qu'en 1790 il avait acquitté ses engagements en 
souffrance et renouvelé son crédit. Il devint bien- 
tôt propriétaire du beau domaine de Fayl près 
de Nemours. Après le 9 thermidor, Richard re- 
prit ses spéculations. Un jour qu'il voulait aclie- 
ler une pièce de drap anglais , il se trouva en 
concurrence avec un jeune négociant; il lui offrit 
d'arrêter son enchère; Lenoir-Dufresne y con- 
sentit, l'achat se fit en commun, et dès ce mo- 
ment furent jetées les bases de l'association si 
connue sous le nom de Richard-Lenoir. Une 
des branches les plus lucratives de leur né- 
goce consistait en basins anglais ; Richard cher- 
chait avec ardeur le secret de la fabrication de 
ces tissus; le hasard le lui révéla. Aussitôt 
il se procura cent livres de coton ; un prison- 
nier anglais lui monta quelques métiers dans 
une guinguette de la rue de Bellefonds. Les pre- 
mières pièces fabriquées turent des basins an- 
glais; Lenoir donna le moyen d'en obtenir le gauf- 
frage. Richard loua au gouvernement l'hôtel Tho- 
rigny, au Marais. Mais la consommation des pro- 
duits de ces manufactures devenait d'autant plus 
grande qu'on les achetait comme de véritables 
marchandises anglaises : il fallut donc chercher 
un emplacement plus vaste; alors Richard de- 
manda l'autorisation d'occuper le couvent de 
Bon-Secours, rue de Charonne. Las d'attendre, il 
vint un matin à la tête de ses ouvriers s'emparer 
du couvent abandonné. L'établissement prospéra, 
et aoquit en peu d'années une grande importance. 

(1) Il était connu sous le nom de liicfiard-Lenoir, par 
suite d'une association avec Lenoir-Dufresne, sous la 
raison sociale Richard-Lcpoir. 



190 



Le premier consul vint le visiter, etassista à tous 
les détails de la fabrication. En 1801 trois cents 
métiers furent montés dans différents villages de 
la Picardie; l'abbaye de Saint-Martin de Séez 
contint cmimtdl-jcnny et deux cents métiers de 
tisserand ; celle des Bénédictines à Alençon, celle 
d'Aunay, les fabriques de l'Aigle, de Caen, de 
Chantilly se peuplèrent de nombreux ouvriers. 
A cette époque la fortune des associés était au 
comble, comme leur renom et leur crédit. En 
1806 .Lenoir-Dufresne mourut. Richard-Lenoir, 
car il avait promis de consi i-ver ce nom , ne crut 
pas avoir terminé sa mission après avoir créé la 
fabrication cotonnière : il voulut établir la culture 
du coton. Il en fit semer dans le royaume de N;:- 
ples, et dès 1808 il fit entrer en France plus 
de 50 milliers de coton ; mais Napoléon, qui son- 
geait à le faire cultiver dans les départements 
méridionaux, frappa d'un nouveau droit l'intro- 
duction de ce produit. Dès ce moment com- 
mencèrent pour Richard-Lenoir des embarras 
qui amenèrent sa ruine complète. Dans l'impossi- 
bilité de faire marcher ses six filatures, de payer 
ses cinq fermes et d'alimenter sa fabrique d'im- 
pressions à Chantilly, il fut obligé d'emprunter 
plusieurs millions. Enfin la réunion de la Hol- 
lande à la France ayant jeté une grande quantité 
de marchandises anglaises dans la circulation, 
Richard ne trouvant plus à vendre ses produits, 
ni à emprunter sur leur valeur, s'adressa à 
l'empereur, qui lui fit donner 1,500,000 fr. En 
1810 il fut nommé membre du conseil des ma- 
nufactures et chevalier de la Légion d'honneur. 
Les désastres de 1813 achevèrent sa ruine. A la 
formation de la garde nationale, il devint chef de 
la huitième légion , qu'il fit habiller en quelques 
jours, se prononça pour la défense de Paris, et 
occupa le 31 mars l'avenue de Vincennes avec 
sa légion et quelques pièces de canon. L'ordon- 
nance du 23 avril 1814 qui supprima entièrement 
et sans indemnité pour les détenteurs les droits 
sur les cotons, fit que ce grand manufacturier, 
qui avait occupé vingt mille ouvriers, et qui le 
22 avril avait encore une fortune de huit millions, 
était ruiné complètement le 24. Forcé de vendre 
ses propriétés et d'accepter une pension de son 
gendre (I), Richard-Lenoir se retira emportant 
l'estime de tout le monde et la gloire d'avoir doté 
son pays d'une précieuse industrie. 11 a publié ses 
Méinoires [Parh, 1837, in- 8"). A. J. 

.Wemoircs de Richard- Lrnoir. — Les hommes utiles, 
18W. - Journal des Débats, 8 mai 1837. 

RICHARD DE MAI DSTONE. Foy.MAIDSTONE. 
RICHARD MARTELLT. Voy. MaRTELLY. 
RICHARD DE SAINT-NON. Voy. SaINT-NoN. 

RICHAROOT {François), prélat français, 
né en 1.507, à Morey-Ville-Eglise (Franche- 
Comté), mort à Arras, le 26 juillet 1574. Issu 
d'une famille noble, il entra fort jeune dans l'or- 
dre de Saint- Augustin à Champlitte, et fut envoyé 
en 1 529 à Tournai pour y enseigner la théolo- 

(1) Le frère du général Lefebvre-Detnouelte». 



191 RICHARDOT — RICHARDSOJN 

gie; il professa ensuite l'Écriture sainte à Paris. 
Pendant un voyage qu'il fit en Italie , il obtint 
du pape la dispense de ses vœux de religion, 
avec la faculté de vivre sous l'habit séculier. 
Nommé chanoine de la métropole de Besançon, 
sur la recommandation de Perrenot de Gran- 
velle, il rendit à ce prélat et au diocèse de si 
grands services qu'il mérita d'en être nommé 
sufiragant, sous le titre d'évêque de Nicopolis. 
Granvelle, alors évêque d'Arras, l'appela en 
.1556 dans son diocèse pour remplacer Paschase, 
évêque de Salisbury, qui y remplissait pour lui 
les fonctions épiscopales. Lorsqu'il devint arche- 
vêque de Malines (1559), il fit donner sa suc- 
cession à Richardot, qui prit possession du siège 
d'Arras le 11 novembre 1561. A peine installé, 
ce dernier obtint de Philippe II la création de 
l'université de Douai, dont il fit en personne 
l'ouverture (1562), et où il enseigna lui-même 
jusqu'à sa mort, avec beaucoup d'éclat. S'étant 
rendu en 1563 au concile de Trente, il fut chargé 
par les légats du pape de porter la parole dans 
la session du 11 novembre, et rappela dans son 
discours l'objet et la base des études ecclésias- 
tiques. 11 assista au concile provincial de Cam- 
brai (1565), et tint lui-même plusieurs synodes. 
Chargé d'intercéder auprès du duc d'Albe à l'ef- 
fet de mettre fin aux troubles qui désolaient la 
Flandre, il fut malhenreux dans sa mission. Les 
hostilités continuèrent, Malines tomba aux 
mains des rebelles, et Richardot se trouva avec 
André Havel , évêque de Namur, au nombre des 
prisonniers. La liberté des deux prélals fut mise 
à un prix énorme; mais Malines ayant été re- 
prise un mois après , il recouvra sa liberté sans 
payer de rançon. Par son testament, il légua sa 
bibliothèque et divers ornements à sa cathédrale, 
pour la restauration de laquelle il s'était imposé 
de grands sacrifices, après on incendie qui l'a- 
vait en partie détruite. On a de ce prélat : des 
Ordonnances synodales (Anvers, 1588, in-4°); 
un Traité de controverse, des Sermons en 
français, trad. en latin par François Schott, avo- 
cat de Saint- Omer (1608, in-A"); V Institution 
des pastews {Avvas , 1564, in-S") ; les Orai- 
sons funèbres d'Isabelle de France, femme de 
Philippe II, de Carlos son fils, infant d'Es- 
pagne, de Henri II, roi de France, et quelques 
autres ouvrages, remarquables par une profonde 
érudition. 

Th. Slapleton, Oratson funèbre de Richardot, dans 
ses OEuvrcs, 1620, 4 vol. in-fol. — Valére André, BibU 
belqica. — Gazet , Hiit. eccl. des Pays-Bas. — C.allia 
chrisUana, t. III. — Dom Berthod, P'ie mss. de Fr. Hi- 
chardot, iiiipr. en iSi't dan.s les Mémoires de la Société 
royale d'Arras, p. l"0 et suiv. 

RicHADiDOT (Jean Grusset), diplomate 
français, neveu du précédent, né à Champlitte, 
en 1540, mort à Arras, en 1609. Il prit, en con- 
sidération de son oncle, le nom et les armoiries 
de sa mère. Son oncle le fit connaître au roi 
Philippe II, qui , après avoir éprouvé ses talents 
et sa fidélité dans plusieurs négociations impor- 






193 

tantes, le nomma successivement président du 
conseil d'Artois et du conseil privé de Bruxelles. 
Richardot déploya surtout ses capacités diplo- 
matiques dans l'ambassade que l'archiduc Al- 
bert envoya, au nom du roi d'Espagne, à A'er- 
vins, où il signa le traité entre la France et l'Es- 
pagne (2 mai 1598). Ce fut lui aussi qui, à l'a- 
vénement de Jacques 1*"", roi d'Angleterre, pré- 
para, en 1604, le traité de paix entre cette puis- 
sance et l'Espagne. Alexandre, duc de Parme, 
faisait de ce diplomate un cas tont particulier, 
et l'employa dans des occasions importantes. 
Dunod de Charnage, Hist. du comté de Bourgogne. 

RICHARDOT {Jean), prélat français, fils dn 
précédent, né à Arras, mort à Cambrai, le 28 fé- 
vrier 1614. Son père l'envoya étudier dans les 
plus célèbres écoles de 1 Espagne. Philippe II, 
appréciant son érudition précoce, l'honora d'une 
charge de conseiller en son conseil privé. A son 
retour en Flandre, l'archiduc Albert le nomma 
ambassadeur auprès du pape Clément "VIII, et ce 
fut pendant son séjour à Rome qu on le nomma 
en 1602 à l'évêché d'Arras. Il n'était encore que 
sous-diacre et prieur de Morteau. Il devint le 
21 mars 1610 archevêque de Cambrai. 

Richardot {Pierre), frère du précédent, né» 
à Arras, mort le 14 février 1625, professa à l'ab- 
baye de Saint- Vaast, dont il fut sous-prieur, et I 
devint en 16G6 abbé de Saint-Clément-Willi- 
brode, près de Trêves. 

J. Le Carpentier, Hist. de Cavibrai et du Cambrésis,: 
t. I. — Callia cfiristiana, t. Ul. 

RiCHÂRUSON (Jonathan), peintre et litté- 
rateur anglais, né en 1665, à Londres, où il est 
mort, le 28 mai 1745. A cinq ans il perdit son 
père; à quatorze il fut placé chez un notaire, et 
à vingt il prit occasion de la mort de son pa- 
tron pour abandonner un état qui lui répugnait; 
il entra dans l'atelier de Riley, et employa quatre 
années à étudier la peinture. Sa réputation s'é- 
tendit rapidement, et après la mort de Kneller 
et de Dahl il se plaça au premier rang des 
peintres de portraits de l'Angleterre. La fortune 
que ses talents lui avaient acquise le mit à même 
de voyager en Italie et d'y former une collection 
précieuse de tableaux, d'antiques et d'objets 
d'art; il en fit même pendant quelque temps un 
commerce assez considérable. Il mourut octo- 
génaire, à la suite d'une promenade au parc de 
Saint-James. Richardson avait épousé la nièce de 
Riley, son maître, et il eut d'elle un fils, qui 
suivit la même carrière avec moins d'honneur 
que lui. Comme artiste il atteignit à un rare de- 
gré de ressemblance ; il y a dans son coloris de 
la force et du relief, mais ses attitudes, ses 
fonds, ses draperies sont communs et monoto- 
nes, et il manque totalement d'imagination. Onil 
a, gravés de sa main, un grand nombre de por 
traits de lui-même et de son fils. Un de ses meil- • 
leurs élèves fut Hudson , à qui il donna l'une de 
ses quatre filles. Malgré le mérite réel et tout I 
national de ses tableaux , c'est surtout par ses 



133 



RICHARD80N 



194 



tH;rits qu'il est le mieux connu ; ce sont : Essay 
DU llie l/irury of painfing , and Ixvo discour- 
ses : an Essay on the whole art of crtticism 
os it relates ta palnling, and an Argument 
in beludf of thc science of a connaisseur; 
Londri's, I7iy, 177:h, in-S"; trad.cn français par 
Rufgers (Traité de lapeinhtre et de la sculp- 
ture; Amsterdam, 1728, 4 vol. in-8°) : cet ou- 
vrage, justement apprécié , contient d'excellentes 
remarques et une critique judicieuse des oeuvres 
de Raidiael et de van Dyck; -—An Account of 
some of the statues, bas-reliefs, drawings 
and plctures i7i Italy; Londres, 1722, in-8"; 
réimpr en 1728, en français : on reconnut pour 
fausses beaucoup d'attributions émises par l'au- 
teur dans l'intention de tirer un parti plus avan- 
tageux des morceaux qu'il possédait dans sa ga- 
lerie; — Explanatory notes and remarks on 
fliilton's Paradise lost; Londres, 1734, in-8°, 
avec une Vie de Fauteur et un Discotirs sur 
l'épopée; — Poems; Londres, 1776, in-s". Ri- 
clianison fils, mort en 1771, a eu part aux ou- 
vrages de son père et a publié ses Œuvres {\792, 
in-4"), ainsi qu'un Richardsoniana (illd, i.l", 
in-S"). 

I.ife of J. Richardson, à la tête des Notes on Hilton. 

RiCHARDSON [Samuel), célèbre romancier 
anglais, né en 1689, dans le comté de Derby, 
mort le 4 juillet 1761, à Londres. Son père, d'a- 
l)ord menuisier à Londres, s'était retiré à Shrews- 
bury, à la suite de revers de fortune; mais il 
appartenait à une famille de bonne bourgeoisie, et 
destinait son fîls à l'église. H fallut se contenter 
de l'envoyer, à l'âge de dix-sept ans, comme 
apprenti chez un imprimeur de Londres, après 
une éducation telle qu'une école de village pou- 
vait la fournir. Déjà cependant, ainsi qu'il nous 
l'apprend lui-même, le romancier avait pu se ré- 
véler. Comme Walter Scott , qui n'a pas man- 
qué de rappeler cette circonstance dans la no- 
tice qu'il lui a consacrée , le jeune Richardson 
était renommé parmi ses camarades pour son ta- 
lent de raconter des histoires vraies ou fausses, 
mais toujours empreintes d'une certaine mora- 
lité; il était surtout recherché par les jeunes 
filles de l'endroit, dont il était devenu le lec- 
teur, le confident et le secrétaire habituel. « Je 
n'avais pas plus de treize ans, dit il, lorsque 
trois demoiselles inconnues l'une à l'autre me 
confièrent leurs secrets de cœur et me chargè- 
rent de leur correspondance , sans que jamais 
aucune d'elles ait soupçonné que je rendais aux 
autres le même service. » Intelligent, laborieux, 
rt-gulier dans ses mœurs, Richardson devint 
bientôt le meilleur ouvrier de l'établissement 
auquel il était attaché. Bientôt il fut imprimeur 
pour son propre compte (1719) et obtint du pré- 
sident Onslow le privilège lucratif de l'impres- 
sion du Journalde lachambredes communes. 
Kn 1754 il fut élu maître de sa communauté, et 
acheta en 1760 la moitié de la patente d'im- 
primeur du roi {laiv printer). Nous compléte- 

NOUV. TiinCR. GÉNKR. _ T. XUl. 



rons ces détails sur sa vie privée en disant qu'il 
fut deux fois marié et eut douze enfants, dont il 
lui resta quatre filles. 

Richardson n'avait pas moins de cinquante 
ans lorsque après avoir si longftmps imprimé les 
livres des autres, il s'avisa, en 1739, d'en com- 
poser à .son tour. Ce fut dans la vie réelle qu'il 
en chercha les éléments, et une aventure qu'on 
lui avait racontée plusieurs années auparavant 
lui donna l'idée de son premier roman : Pa- 
méla, ou la Verlii récompensée (Londres, 
1740, 2 vol.). « Je pensai, dit-il, que celte his- 
toire, écrite avec la simplicité qui convient au 
sujet, pourrait donner à la jeune.^se le goût de 
lectures éloignées du style prétentieux et du 
merveilleux absurde qui abonde dans les romans 
du jour, et servir la cause de la religion et de 
la morale. » L'ouvrage eut cinq éditions en un 
an; il fut recommandé du haut de la chaire, et 
Pope dit qu'il ferait plus de bien que vingt vo- 
lumes de sermons; enfin il eut l'honneur d'ins- 
pirer à Fielding son premier roman, car Joseph 
Andrews, qui parut eu 1742, était primitive- 
ment, dan.s la pensée de son auteur, une paro- 
die de Paméla, ce que Riehaidson ne pardonna 
jamais au romancier, qui le surpassa peut-être 
en humour, mais qui lui fut inférieur en mo- 
ralité. Paméla M suivie, mais au bout de huit 
années seulement, de C Larissa f/arlowe (Lon- 
dres, 1748, 7 vol. in 8°), le grand succès et le 
chef-d'œuvre de Richardson. On sait l'enthou- 
siasme qu'excita ce roman, ou plutôt cette his- 
toire de la vie réelle, les lettres adressées à 
l'auteur par ses compatriotes, par des femmes 
surtout, qui le suppliaient de sauver l'honneur 
de Clarisse, la vie de Lovelace, ou du moins 
son âme ; le succès non moins grand qu'il ob- 
tint en France et bientôt dans toute l'Europe, 
malgré ces longueurs qui impatientaient Vol- 
taire et rebutaient Byron, mais n'empêchaient ni 
J.-J. Rousseau de l'imiter dans sa Nouvelle 
Héloïse, ni le fougueux Diderot de le vanter 
avec cette furie d'éloges devenue proverbiale : 
« On m'interroge sur ma santé , sur ma fortune, 
sur mes parents, sur mes amis. O mes amis! Pa- 
méla, Clarisse et Grandison sont trois grands 
drames! » Le héros de ce dernier roman (His- 
tory ofsir Charles Grandison ; Londres , 1753, 
8 vol.) est resté comme le type d'une perfection 
invraisemblable et fastidieuse; mais le person- 
nage de Clémentine ne le cède guère aux plus 
heureuses créations de l'auteur. 

Désormais à la position honorée et prospère 
que lui avaient value ses spéculations commer- 
ciales , Richardson avait joint les profits et la re- 
nommée de l'écrivain populaire, et tout en 
continuant de diriger son établissement de Salis- 
bury-Court il put se donner le luxe d'une villa 
à Parson's Green , où ses dernières ann_ées s'é- 
coulèrent doucement, au milieu d'un petit cercle 
d'amis et surtout d'admiratrices passionnées, 
car la société des femmes et leurs louanges, di- 

7 



195 RICHARDSON 

sons mieux, leurs cajoleries, avaient été de tout ca^os de l'Irlande 
temps une des faiblesses de notre moraliste. 

Les romans de Richardson ont été traduits 
en français par l'abbé Prévost, par Letourneur, 
par G.-F. Monod. Cla7'isse Harlowe l'a été de 
nouveau par Barré ( Paris, 1845, 4 vol. in-8°); 
elle a été abrégée par M. J. Janin ; Paris, 1846. 
2 vol. in-8°, précédés d'un Essai sur la vie el 
les ouvrages de V auteur. 

Il nous reste à mentionner de Richardson quel- 
ques publications do moindre importance , telles 
qu'un Manuel épistolaire (Familiar letters); 
— T/ie Negofittticns of sir Thomas Roe , in 
liis embassy io the Ottoman Porte ; Londres, 
1740, in-fol.; — une édition des Fables d'É- 
sope, a\ec commentaire; — Collection on the 
moral sentences in Famela, Clarissa and 
Grandison ; Londres, 1755,in-12; — »\x Let- 
tres sur le duel , publiées en 1765 dans Lite- 
rary Repository. W^ Barbauld adonné en 1804 
la Correspondance de Sajmiel Richardson 
(Londres, 6 vol. in-S") , qu'elle a fait précéiier 
d'une excellente biographie. E.-J.-B. Rathery. 

Nichols et Bowyer. Literary anecdotes. — Diderot , 
Élogr de S. liic/iardson ,■ Lyon, I7fi2, in-12. — M" Rar- 
baultl, Biograpli. account . prefiied to Correspondcncc 
of S. Bichardson | cette f'ic ;i été Iracl. en français par 
Leuliette, Pans, ISOsi, in-S"). — Ed. Manïrin , Sketch of 
the life and irritinçs of S. Mickard.wn ; Londres, 1811 , 
— \V. Scott, Memoirs of cminent novelists. — 



■Villemain, Tableau de la Littèr. au 1S« s., 27^ leçon. 

RicHARDSOX ( William), théologien an- 
glais, né le 23 juillet 1698, à Wilsliamstead, 
près Bedford, mort le 15 mars 1775, à Cam- 
bridge. Admis en 1716 dans le collège Emmanuel 
(Oxford ) , il y prit ses degrés en théologie jus- 
qu'à celui de docteur, et, par une dérogation à la 
règle, il en fut élu en 1736 principal, sans avoir 
passé par les fonctions d'agrégé. Avant cette 
époque il avait été vicaire d'une pai-oisse de 
Londres, et chanoine de Lincoln. De 1746 à 1768, 
il figura parmi les chapelains du roi. Il e.-.t l'au- 
teur de quelques sermons et l'éditeur des Prée- 
lectiones ecclesiasticse (1727, 2 vol. inS°) de 
John Richardson, son oncle , et du De pricsu- 
libus de Godwin (1743, in-fol. ); avec une con- 
tinualion L'arche\êque Potfer fut si satisfait 
de ce dernier ouvrage qu'il lui accorda par tes- 
tament le bénéfice de grand chantre à Lincoln , 
à la condition toutefois de rectifier un passage 
relatif à l'archevêque Tenison ; à la suite d'un 
long procès , ce singulier legs fut maintenu en 
1760 a Richardson, qui du reste s'était empressé 
d'exécuter, dans un carton , le changement in- 
diqué. 
Chalmers, General biograph. diclionary. 

RICHARDSON ( William), agronome anglais, 
né en 1740, en Irlande, où il est mort, en 1820. 
Il ëlait recteur de la paroisse de Clonfeckle, 
située dans le comté d'Antrim. Il se fit remar- 
quer dans son pays par le zèle avec lequel il 
recommanda la culture d'une espèce de four- 
rage, appelé florin grass (agreslis stoloni- 
fera ), et qui croit abondamment dans les maré- 



196 

Il publia plusieurs traités, 
entre antres Essay on florin grass (1810, in-8»), 
pour recommander la propagation de cette plante. 

Gorton, Biogr. dict. 

RICHARDSOX ( William ) , littérateur an- 
glais, né en 1743, dans le comté de Perth, mort 
en 1814, à Glasgow. Destiné à l'église, il fit 
ses études à l'université de Glasgow, et y oc- 
cupa depuis 1773 la chaire d'humanités. Il avait 
dirigé l'éducation des fils du comte Cathcart,- 
les avait accompagnés en Russie et avait servi 
de secrétaire à leur père, alors ambassadeur à 
Pétersbourg, Comme professeur il jouit d'une 
grande réjjutation ; comme écrivain il a laissé 
des ouvrages qui ne sont pas sans mérite, tels 
que ses Anecdotes of the russian empire (1784, , 
in-8° ) , une série d'essais périodiques sous le ■ 
titre The Philanthrope, et des Essays on the' 
principal characiers of Shakespeare ( 1772- ■ 
1788, 3 vol. ); dans ce livre, qui a eu du succès - 
et dont on a fait plusieurs éditions , le grand 
poète est traité avec une sévérité qui dépasse 
les bornes d'une critique exacte. On a aussi de 
lui un recueil de poésies ( Foems chiefly rural; 
1784, in-8°), quelques romans et des articles 
dans les Mémoires de la Société royale d'E- 
dimbourg, à laquelle il appartenait. 

T/te English cyclopasdia, édit. Knight. 

RICHARDSOX { Ja77ies ), voyageur anglais, 
né en 1806, dans le Lincolnshire, mort le 4 mars 
1851, à Ungouratoua (Afrique intérieure"!. Se 
destinant au ministère évangélique , il ttudia 
la théologie, et annonça dès son entrée dans la 
carrière un grand zèle pour la propagation de la 
foi protestante. Il se mit en relation avec la-So- 
ciété anglaise pour l'abolition de l'esclavaœ, et 
ne tarda pas à y être attaché en qualité d'agent 
à l'extérieur. Il se rendit à Malte , où il séjourna 
quelque temps et où il prit part à la rédaction 
d'un journal anglais en même temps qu'il se li- 
vrait à l'étude de la langue arabe et de la géogra- 
phie. Il pensait pouvoir jjénétrer en Afrique par 
le Maroc, et fit un voyage dans ce dernier pays, 
n'ayant encore à sa disposition que de faibles 
ressources. Après un séjour de quelques mois, 
arrêté par de nombreux obstacles, il revint avec 
l'intention de rentrer en Afrique par une voie 
plus accessible. Il se rendit à Alger en janvjei 
1845, et de là à Tripoli. C'est de cette ville qu'il 
se dirigea vers le désert, gagna Ghadamès, ni i 
fit de fort intéressantes observations, et parvint 
à la fin d'octobre à Ghat, voyageant toujours 
de la même manière, monté sur un chameau et 
accompagné d'une faible escorte. Sa résidence i 
Ghat se prolongea plusieurs semaines. Il aurait 
désiré s'avancer plus au sud; mais n'ayant pas 
pour cela les moyens et les appuis nécessaires, 
i! se borna à prendre des informations, et opér^ 
son retour par le Fezzan; il arriva à Mourzouk k 
22 février 1847. Il gagna ensuite Sockna et Mis j 
ratah, et rentra enfin à Tripoli le 18 avril. j 

De retour en Angleterre, Richardson se mit cr j 



197 



RICHARDSON — RICHE 



198 



relation avec plusieurs personnages politiques in- 
fluents, et à force de persévérance et de démar- 
che* il parvint à se concilier l'appui de lord Pal- 
merston ; mais afin de donner à l'expédition qu'il 
projetait, et dont le gouvernement anglais avait 
enfin approuvé le plan, plus d'itnportance et d'u- 
tilité, il résolut de s'associer des voyageurs fran- 
çais ou allemands dont le concours permettrait 
d'étudier le pays à la fois sous le rapport géo- 
graphique et scientifique et enlèverait à son voyage 
le caractère d'une expédition de pur intérêt an- 
glais qu'on aurait pu lui prêter. Dans cette in- 
tention , il se rendit à Paris en septembre 1849, 
se mit en rapport avec MM. Walckenaër, Jo- 
inard et autres savants, obtint une audience du 
licsident de la république, mais ne put réussir 
il trouver des compagnons de voyage. Ses ten- 
tatives furent plus heureuses du côté de l'Alle- 
magne. Grâce à l'appui de Bunsen , alors am- 
bassadeur de Prusse à Londres , il s'entendit 
avec deux savants allemands, MM. Henri Barth 
et Overweg, qui consentirent à partager ses fa- 
tigues et à voyager avec lui aux frais et sous la 
protection du gouvernement anglais. 

Leur projet était de se rendre au lac Tchad et 
d'explorer complètement ce grand lac intérieur, 
qu'aucun Européen n'avait encore visité. Leur 
rendez-vous fut fixé à Tripoli. Richardson quitta 
Londres dans les premiers jours de décembre 
1849, et le 23 mars 1850 les trois voyageurs 
partaient de Tripoli en prenant la direction de 
Ghat, où ils arrivèrent ie 24 juillet ; ils continuè- 
rent à s'avancer au sud, non sans rencontrer 
de grandes difficultés , et à raison de leur faible 
escorte exposés sans cesse à être pillés ou at- 
taqués, ils étaient arrivés à Tintalous , dans le 
royaume d'Asben, le 4 septembre 1850. Richard- 
.son y resta jusqu'à la finde novembre, puis il gagna 
le Damerghou, qu'il atteignit un mois après. 
Une parfaite entente n'existait pas malheureu- 
sement entre les trois voyageurs. M. Henri 
Barth, qui devait recueillir seul l'honneur de 
l'expédition, et M. Overweg, auquel était ré- 
servé un aussi triste sort qu'à Richardson, 
possédant l'un et l'autre une instruction scienti- 
fique supérieure à celle de leur compagnon, ne 
se soumettaient qu'avec peine à son autorité. 
Richardson, qui avait eu l'idée de l'expédition 
et qui en était le chef, tenait à conserver ses 
droits. Les trois voyageurs, après s'être arrêtés 
queiquesjoursdans le Damerghou, prirent le parti 
de suivre chacun un itinéraire différent, et se 
donnèrent rendez-vous au lac Tchad. Richardson 
se dirigea droit vers cette mer intérieure par 
Zinder, tandis que Barth se rendit à Kanou , 
promettant d'être à Kouka au bout de deux 
mois. Overweg partit pour TesHona et Maradi. 
De cette façon, les trois explorateurs devenaient 
plus indépendants dans leurs mouvements, et se 
réservaient à chacun le mérite de leurs observa- 
tions. Mais les fatigues du voyage avaient déjà 
miné la constitution peu robuste de Richardson, 



qui, séparé de ses compagnons, se trouvait ainsi 
privé des soins et des secours qui pouvaient lui 
être nécessaires. Ce fut à grand'peine qu'il s'a- 
vança jusqu'à Ungouratona, environ douze à 
quinze jours de marche du lac Tchad. Il était alors 
au bout de ses forces. Sa faiblesse était si grande 
qu'il comprit qu'il n'avait plus longtemps à vivre. 
II expira le 4 mars, à deux heures du matin, 
sans souffrance. Son domestique, aidé de quel- 
ques hommes du pays , l'enterra dans une fosse 
qui fut creusée près du village. Richardson avait 
tenu exactement son journal jusqu'au 21 février. 
Ses notes et ses papiers purent être recueillis et 
parvenir en Angleterre. 

La relation du premier voyage de Richardson 
dans le Sahara a paru à Londres en 1848, sous 
le titre de Travels in the great Désert of Sa- 
hara, in the years of 1845 and 1846, 2 vol. 
in-S". Il est orné de planches. 

Richardson s'était marié peu de temps avant 
son départ pour son second voyage , avec une 
personne qui avait pour lui un profond dévoue- 
ment. Elle mit en ordre les papiers de son mari, 
et aidée de M. Bayle Saint-John, elle fit paraître 
la relation du voyage commencé par Richardson, 
sous le titre de : Narrative of a mission ta 
central Africa performed in ttie years 1850- 
1851; Londres, 1853, 2 vol. in-8''. Depuis, la 
veuve de Richardson a également pubhé la rela- 
tion , jusque-là demeurée inédite , du voyage de 
celui-ci au Maroc (1860, in-8°). 

Outre son voyage au Sahara, Richardson a 
écrit plusieurs brochures sur l'état des études 
géographiques en Angleterre et sur quelques 
questions relatives à l'esclavage. Alfred Maury. 

Doc. part. 

AICHARVILLE. Voy. RrCARVILLE. 

RICBE (Claude-Antoine-Caspai-d) , natu- 
raliste français, né le 20 août 1762, à Cliamelet 
(Beaujolais), mort le 5 septembre 1797, au Mont- 
Dore. Il était fils d'un conseiller au parlement de 
Donibes, et avait pour frère aîné Gaspard Riclie 
de Prony, le célèbre géomètre. Avec l'appui de 
ce dernier, il put se livrer à son goût pour l'his- 
toire naturelle, alla étudier la médecine à Mont- 
pellier, et y fut reçu docteur en 1787. Malgré une 
santé des plus chancelantes, il se rendit l'année 
suivante à Paris pour y acquérir de nouvelles 
connaissances. Lié d'amitié avec Vicq d'Azyr et 
Cuvier, il les seconda dans la fondation de la So- 
ciété philornathique. Lorsqu'on 1791 on organisa 
une expédition maritime, commandée par d'Enlre- 
casteaux, pour retrouver les traces de La Pérouse, 
Riche obtint d'en faire partie en même temps que 
les naturalistes Ventenat, Blavier, Deschamps et 
La Billardière. Durant le cours de ce voyage il 
eut mainte occasion de rendre des services à la 
science, et donna son nom à un cap de la Nou- 
velle-Hollande et à l'une des lies de la Nouvelle- 
Guinée. A la fin de 1793 les nouvelles venues de 
France mirent la division dans l'escadre; on 
perdit en partie tous les avantages de l'expédi- 

7. 



199 RICHE — 

tion, et les Hollandais, avec qui on était alors en 
guerre, s'emparèrent des collections et laissèrent 
Riche dans la situation la plus déplorable. Après 
plusieurs mois de vaines sollicitations, il quitta 
Java, et s'embarqua pour l'Ile de France (1794); 
forcé d'y prolonger son séjour, il ne revit son 
pays qu'ai; mois d'août 1797, et arriva dans un 
état d'épuisement qui le conduisit en peu de jours 
au tombeau. On a de lui : La Chimie des végé- 
taux; Avignon, 1786, in -8°, avec le texte latin 
d'une thèse De chemia vegelabilium ; — et 
beaucoup de Mémoires, communiqués à la So- 
ciété philomathique et qui portent l'empreinte 
d'un observateur exact et d'un phy.sicien ingé- 
nieux. 
Cuvier, Éloges. 
RICHE DE PKONY. Voy. PrONY. 

stiCHÉ (Jean-Baptiste), président de la ré- 
publique d'Haïti, né au Cap-Haïtien, vers 1780, 
tnort au Port-au-Prince, le 28 février 1847. li 
prit une part active à la guerre de l'indépendance 
haïtienne, parvint, sous Christophe, au grade de 
général, et, comme tel, se fit remarquer parmi 
les plus implacables égorgeurs des hommes de 
couleur du nord d'Haïti. A la suite de l'extermi- 
nation du parti de Rivière Hérard par la réaction 
boyériste, les oligarques qui en étaient les chefs 
érigèrent en système de gouverner à leur profit 
la république en mettant toujours à sa tête de 
vieux généraux noirs ignares et incapables. Le 
président I^ierrot n'ayant pas complètement réa- 
lisé cet idéal des boyéristes, ceux du départe- 
lïieat de l'Artibonite et de Port-au-Prince profi- 
lèrent de son absence de cette capitale pour pro- 
clamer, le 1*'' mars 1846, le vieux Riche prési- 
dent de la république. Celui-ci accepta cette 
liaute fonction, et le malheureux Pierrot, aban- 
donné honteusement par ses conseillers d'État, qui 
passèrent dans les rangs des vainqueurs, se sou- 
mit le 24 mars 1846t Riche eut un compétiteur 
dans Acaau, le chef des féroces Piquets , mais 
il en fut bientôt débarrassé par le suicide de ce 
rival et la mise à mort de ses principaux adhé- 
rents. Cependant le sud se révolta contre le 
nouveau président, mais il parvint à pacifier 
cette partie de l'île, à la suite d'une lutte assez 
longue. Il y avait a peine onze mois que Riche 
^tait parvenu au pouvoir suprême, qu'il mourut 
subitement, après une tournée dans le départe- 
ment du Nord. Bien qu'on eût fait l'autopsie 
de son cadavre , le bruit courut que sa mort 
n'avait pas été naturelle : l'exécuteur des bou- 
cheries de Christophe,' le précurseur de Sou- 
louque, commençait, dit-on, à se lasser d'être un 
instrument aux mains de ses ministres et il avait 
manifesté quelque signe de révolte qui avait fait 
trembler son entourage. La constitution haïtienne 
de 1816 fut remise en vigueur sous sa prési- 
dence. C'est à tort que M. Schœlcher, dans 
son livre sur Haïti, fait un mulâtre de Riche: 
c'était un pur nègre. Le même auteur lui a re- 
proché d'avoir tué de sa propre main sa femme 



RICHELKT , 20( 

et ses enfants pour satisfaire à un ordre exécrabl 
de Christophe : il se défendit avec énergie conlr 
cette imputation dans une lettre rendue pu 
blique, et à ce propos l'auteur des Études su 
r Histoire d'Haïti, qui a été le président di 
sénat de Riche, rapporte, dans son ouvrage 
lui avoir entendu dire, en 1828 : « Dans 1 
Nord, j'ai exécuté les ordres du roi (Chris 
tophe) en faisant tuer hommes, femmes et en 
fants de couleur. Mais l'on m'a accusé injuste 
ment d'avoir fait périr ma femme et les enfant 
qu'elle avait eus de ma cohabitation avec elle 
c'est faux. » Melyil-Bloncourt. 

/>e Âloniteiir Haïtien. — La Gérontocratie en Haïti 
Paris, 1860, in -8°. 

RICHELET (César- Pierre), grammairiei 
français, né en 1631, à Cheminon-la-Ville (dio 
cèsedeChàlons-sur-Marne), mort le 23 novem 
bre 1698, à Paris. Sa famille appartenait à 1 
bourgeoisie de robe : son père était procureur 
et son grand-père, Nicolas Richelet, avait e 
comme avocat quelque réputation au parlemer 
dii Paris. Dès sa jeunesse , il s'occupa de ques 
lions pédagogiques et de difficultés grammati 
cales. La fortune de son père étant fort médiocre 
il entra d'abord comme régent au collège d 
Vitry-le-François, puis il accepta les offres à 
président de Courtivron , qui lui proposait d 
faire l'éducation de son fils. Le président habi 
tait Dijon , où tlorissaient un certain nombre d 
savants et de lettrés. Le jeune précepteur les vil 
les fréquenta, se lia avec plusieurs d'entre eux 
et lorsqu'il se rendit à Paris, vers 1660, il étal 
appuyé par d'amicales recommandations. Perro 
d'Ablancourt et Patru l'accueillirent avec bien 
veillance. Ils le firent admettre (1665) dans lec 
réunions littéraires qui se tenaient, le premiee 
jour de chaque mois , chez l'abbé d'Aubignac<( 
Il venait, à cette même époque, d'être reçi, 
avocat, et il fréquentait le barreau; mais il ' 
parut peu de temps , et bientôt laissa de. côté 1 
jurisprudence , pour se livrer tout entier à 1 
culture des lettres. Il fit quelques pièces de vers 
insérées dans divers recueils ou qu'il plaça plu 
tard dans son dictionnaire; mais ces vers son 
des plus médiocres. C'est à l'étude des langue 
et à l'examen des questions grammaticales qui 
le portait son goût ; il eut pour cette partie di 
l'érudition littéraire des dispositions tout à fai 
remarquables. Il ne se contenta pas d'étudier 1; 
langue française, il se rendit habile dans le; 
langues anciennes, ainsi que dans l'italien e 
l'espagnol, qu'il avait appris de bonne heure 
Ces connaissances variées et des travaux cons 
tants ne lui avaient encore procuré que dei 
amis ou des rivaux; il lui fallut revenir à soi 
ancien état; il prit chez lui des pensionnaires 
surtout des étrangers , et leur enseigna la langui 
française. Aux profils qu'il retira de ses leçons 
vinrent se joindre les bénéfices que lui procur; 
la vente de ses ouvrages. L'ouvrage le plus im 
portant de Richelet est son Dictionnaire fraji- 



201 



RICHKLET — RICHELIEU 



202 



■aiSf contenant les mots et les choses, des 
emarques sur la langue, et les termes des 
iris et des sciences (Genève, 1680, in-4° (1) et 
693, 2 vol. in-4°). « Celte édition, dit Goujet, 
tst la plus curieuse, si l'on doit appeler ainsi 
telle qui est la plus remplie d'obscénités et de 
raits satiriques. » Les pointes et les attaques 
tontre ses ennemis y sont si nombreus'es qu'on 
n est rebuté : les plus maltraités sont Aitielot 
le la Houssaie, Furetière, Varillas et Vaumo- 
rière. Le Dictionnaire prit bientôt place au 
nombre des ouvrages utiles; il en parut du vi- 
rant de l'auteur de nombreuses contrefaçons et 
éimpressions à l'étranger; il en donna lui-même 
ilusieurs éditions expurgées ou augmentées, 
kprès sa mort , divers érudits apportèrent leurs 
oins à des éditions nouvelles, et y introduisirent 
les additions estimables , notamment le P. Fabre 
Lyon [Amst. ], 1709, in-fol.), Pierre Aubert 
Lyon, 1728, 3 vol. in-fol. avec une bibliothèque 
es auteurs), Goujet (Lyon, 1759-1763, 3 vol. 
foL), etc. Lorsque l'ouvrage complet com- 
lença à vieillir, on en fit des abrégés, qui n'ont 
as cessé de s'imprimer jusqu'à nos jours, par 
fxemple celui deGattel (Paris, 1842, 2 vol. in-S"). 
' On a encore de Richelet : Nouveau DicHon- 
lairede rimes; Paris, 1667, 1692, in-12; revu 
)ar Wailly, 1799, in-8°; ce n'était, à vrai dire, 
lu'un ouvrage déjà ancien retouché par Richelet; 
— La Versification française; Paris, 1671, 
In- 12, traité trop abrégé; — Les pbis belles lettres 
des meilleurs auteurs français ; Lyon, 1689, 
n-t2; Paris, 1698, 2 vol. in-12; — Commence- 
'ment s de la langue française; Paris, 1694, 
r-12;— Connaissance des genres français; 
?aris, 1694, in-12 : ces deux traités tombèrent 
' bresque aussitôt dans l'oubli. Il a traduit ['Bis- 
loire de l'Afrique de Marmol (1667), V Histoire 
ie la Floride de Garcilaso de la Vega (1670), 
' et VHistoire de la Lapante (1678). Il avait 
pomposé, au dire de l'abbé Lenglet, un Dic- 
nonnaii-e bwlesque, que son confesseur i'obli- 
}»ea de brûler, et qui était un recueil de toutes 
fes turpitudes dites ou à dire en français. On lui 
Il attribué VApothéose du Dictionnaire de 
'Académie française et son expulsion de la 
égion céleste ; d'autres le donnent à Furetière. 
irhelet s'était marié à soixante-deux ans, et avait 
enu son union si secrète que plusieurs de ses 
mis l'ignoraient. Jean Morel. 

DArtigny, Mém. de littér. - Joly, Éloges de quelques 
auteurs. - Goujet, Bibl. française. — Le Clerc, Bibl. 
universelle. — Furetière. Addition aux /actums (1686). 
— Baillet , Jugement des savants. 

• RICHELIEU (Armand-Jean du Plessis, 

|li La première édition du Dictionnaire fut peu con- 
rnuecn France L'imprimeur Widerhold en avait fait ame- 
|ner l,ôOO exemplaires à ViUejuif, près Paris, dans l'espé- 
:yance de les négocier secrètement à Paris. Le libraire 
jaiiquel II se conBa, Simon Bénard, révéla ses propositions 
au syndic de la communauté; l'ouvrage fut saisi, et on 
détruisit tous les exemplaires. Le malheureux Widerhold, 
ruine par cette exécution, mourut de cliagrin trois Jours 
après. 



cardinal, duc de), le grand ministre de la France, 
sous Louis XIII, né à Paris, le 5 septembre 
Î685, mort dans la même ville, le 4 décembre 
1642. 11 était le troisième fils de François du 
Plessis (t'oy. ce nom), seigneur de Richelieu, 
en Toui-aine, et de Su/anne de La Porte. Son 
frère aîné, Henri, devint maréchal de camp et 
fut tué en duel par le marquis de Thémines, au 
moment où la reine mère venait de lui donner 
le gouvernement d'Angers. Le jeune Armand 
fut d'abord également élevé pour les armes; 
après ses premières études aux collèges de Na- 
varre et de Lisieux, il entra à l'académie sous 
le nom de marquis du Chillou. Puis il répondit, 
en 1604, sur la philosophie dans la salle du col- 
lège de Navarre, et se livra, pendant deux an- 
nées de retraite à la campagne, à d'opiniâtres 
études sous la direction d'un docteur de Lou- 
vain. Son second frère, Alphonse, ayant résigné 
le siège de Luçon pour se faire chartreux, 
Henri IV disposa de l'évêché vacant en faveur 
du jeune Armand (1606), et l'engagea à prendre 
le titre de docteur en théologie. Richelieu obtint 
une dispense d'âge , soutint un premier examen, 
et se rendit à Rome, pour aller chercher ses 
bulles, qui n'arrivaient pas. II n'eut pas besoin 
de tromper le pape sur son âge, comme on l'a 
raconté, fut sacté évêque de Luçon, en présence 
de Paul V, par le cardinal de Givry, le 16 avril 
1607, et à son retour à Paris obtint de nouvelles 
dispenses pour subir les épreuves du doctorat. 
La faculté arrêta qu'il répondrait la tête couverte 
et sans président, et après qu'il eut soutenu 
sa thèse elle lui donna, par une faveur inouïe, 
sans autres formalités, le titre de docteur (29 oc- 
tobre 1607). Dès lors Richelieu s'occupa sérieu- 
sement de ses devoirs d'évêque, réformant les 
abus, parlant et écrivant pour opérer la conver- 
sion des hérétiques. Mais l'évêché de Luçon, 
« le plus vilain et désagréable évêché de France, » 
ne devait pas longtemps satisfaire son ambition. 
De temps en temps il montra son visage à la 
cour, et lit entendre sa voix dans les chaires 
de Paris ; à la mort d'Henri IV, il s'empressa 
de témoigner ses regrets et de donner ses con- 
solations à la reine mère; puis il prêcha deux 
carêmes avec succès, et mérita une certaine 
réputation de prédicateur et de théologien. 
Nommé député du clergé du Poitou aux états 
généraux de 1614, il y joua un rôle assez im- 
portant, puisqu'il fut l'orateur de son ordre, 
lorsqu'on remit au roi les cahiers de doléances 
(23 février 1615). Sa harangue fut surtout re 
marquée par Marie de Médicis , qu'il avait su 
flatter publiquement, et qui prépara la fortune 
politique du jeune prélat. Depuis lors Richelieu 
résida habituellement à la cour; il avait été 
nommé premier aumônier de la jeune reine, 
Anne d'Autriche ; et , tout en s'appuyant sur la 
faveur de la reine mère, il ne négligea pas la 
protection d'autres personnages considérables, 
le contrôleur général Barbin , le maréchal d'An- 



2CS 



BICHELIED 



204 



cre et sa femme. Il entra au conseil d'État, 
et fut envoyé par la reine vers le prince de 
Condé pour le ramènera la cour (juillet 1616); 
un peu pius tard (1*'' sept.) il ne fut pas étran- 
ger à l'arrestation du prince. Nommé ambassa- 
deur en Espagne , il se garda bien de quitter la 
cour; enfin le maréchal d'Ancre le fit entrer au 
conseil, comme secrétaire d'État de la guerre et 
des affaires étrangères (25-30 novembre 1616); 
en raison de son caractère épiscopal , il avait la 
préséance sur ses collègues plus anciens , ce qui 
amena la retraite du vieux Villeroi. 

Richelieu n'était alors ni connu ni deviné; 
les contemporains blâmèrent son entrée dans le 
ministère, parce qu'il était trop ecclésiastique, 
trop ignorant des affaires et de l'administration. 
Marie de Médicis et les Concini croyaient trouver 
en lui un aide laborieux et habile, qui en savait 
déjà plus que « tous les barbons « ; et l'ambas- 
sadeur d'Espagne écrivait à Madrid qu'il n'y 
avait pas « meilleur que lui en France pour le 
service de Dieu, de la couronne d'Espagne et du 
bien public (lettre du 28 nov. 1616) ». Riche- 
lieu, poussé par l'ambition, voulait arriver à tout 
prix; je ne sais s'il trompait alors les Espagnols, 
Concini, Marie de Médicis; mais il n'était pas 
homme assurément à vouloir être leur instru- 
ment servile. Quoiqu'il fût loin d'être le maître, 
il annonça dès lors ce qu'il devait être par la 
suite ; il reprit la pensée et le langage de Henri IV 
à l'intérieur et au dehors; il n'y a pas de con- 
tradictions dans sa conduite ; il ne fut pas Espa- 
gnol jusqu'à quarante ans, comme l'a écrit 
M. Michelet ; ses instructions aux ambassadeurs 
en Allemagne, en Italie, en Angleterre furent 
dès le premier jour dignes et habiles. En même 
temps il attaquait la turbulence et l'avidité des 
princes par des pamphlets mordants, des apolo- 
gies vigoureuses ; puis les hostilités commencè- 
rent contre les ducs de Nevers, de Vendôme, 
de Bouillon, de Mayenne, « pour empêcher l'é- 
tablissement d'une tyrannie particulière dans 
chaque province ". Trois armées furent envoyées 
en Picardie, en Champagne, dans le Nivernais; 
Soissons fut assiégé (I6l7). Mais Richelieu fut 
tout à coup entraîné dans la ruine de ses pro- 
tecteurs ; le maréchal d'Ancre lut assassiné 
(21 avril 1617), et la reine mère exilée à Blois, 

Malgré le bon accueil du jeune Louis XIII , 
malgré les dispositions favorables du nouveau fa- 
vori, Albert de Luynes, Richelieu comprit qu'il 
ne pouvait garder sa place dans le conseil, où les 
vieux ministres rentraient triomphants. Il sut 
prudemment ménager les convenances; il obtint 
la permission de suivre Marie de Médicis à Blois, 
et son brevet de secrétaire d'Élat ne lut révoqué 
que quatre mois plus tard. Richelieu ne resta 
pas longtemps à Blois, quoique la reine, du con- 
sentement de .son fils, l'eût nommé chef de son 
conseil; il devint suspect, ou peut-être feignit 
de croire qu'il l'était devenu; et il quitta Marie 
dès le mois de juin , pour se retirer dans un 



prieuré qui lui appartenait, près de Mirebeau, 
Au mois d'octobre il publia, à propos d'une que- 
relle survenue entre le P. Arnoux, confesseur 
du roi, et des ministres protestants, la Défense 
des principaux points de la foi catholique, et 
dédia cet ouvrage au roi. Malgré sa conduite ré- 
servée, ou le crut dangereux dans son diocèse, 
et ou le relégua à Avignon (7 avril 1618). Il y * 
resta une année, désarmant ses ennemis par son i 
silence et continuant d'écrire ; il y publia son i 
Instruction du chrétien, livre qui eut alors' 
un grand succès ; on en fit plus de trente édi- • 
lions et on le traduisit en plusieurs langues, 
même en arabe. 

Cependant la reine mère s'évada du cluàteau i 
de Blois (23 février 1619), et soutenue par lesi 
grands, elle se mit en campagne contre le tout- 
puissant favori. Par les conseils de Boulhillieri 
et surtout du célèbre capucin le P. Joseph dm 
Tremblai, lié avec Richelieu depuis 1611, dei 
Luynes rappela subitement l'évêque de Luçoni 
de son exil, pour servir de médiateur officieux! 
entre le roi et sa mère. Richelieu travailla sin- 
cèrement à rétablir la paix, qui fut signée le» 
10 août 1620; il maria sa nièce, M^'^ de Pont- 
Courlai à Combalet, neveu de Luynes, et eut, 
dit-on, la promesse secrète d'être recommandéK 
par le roi pour le chapeau de cardinal, il at-i' 
tendit encore deux années, et ne fut promut 
que le 5 septembre 1622, après la mort du fa- 
vori. Malgré la protection de Marie, qu'il sou-t 
tenait de ses avis , surtout contre le prince d^ 
Condé, il ne put rentrer dans le conseil qu'en 
1624. Le marquis de la Vieuville, surintendant 
des finances et chef du conseil , avait voulu 
par là gagner l'appui de la reine mère. Louis XIII 
n'aimait pas cette créature de Concini. « Je le 
connais mieux que vous, Madame, disait-il à sa 
mère , c'est un homme d'une ambition déme- 
surée. » Enfin il se laissa arrachera force d'im- 
portunités l'entrée du cardinal au conseil. Ce 
fut le 19 avril 1624. « Jour véritablement heu- 
reux , dit Fontenay-Mareuil , pour le roi et le 
royaume. » Du fond de sa retraite, Sully s'é- 
criait que « le roi avoit été comme in.'^piré de 
Dieu en choisissant l'évoque de Luçon pour 
ministre ». Richelieu .^embla d'abord résister, 
avec peu de sincérité, aux instances du mar- 
quis de la Vieuville et aux ordres du roi ; '1 allé- 
guait sa mauvaise santé. Dès qu'il fut ministre, 
tous reconnurent en lui un maître; il domina 
bientôt par la supériorité de ses vues, sa vast( 
instruction, son langage facile et lumineux. Ls 
Vieuville, violent, brouillon, inconséquent, m 
tarda pas à mettre tout le monde contre lui ; \. 
fut forcé de se démettre, et fut enfermé au châ 
teau d'Amboise (12 août). Dès lors Richelieu 
fut le chef du conseil. 

Le cardinal a véritablement régné pendant i 
dix-huit ans ( 1624-1642 ) ; sa vie sera dès lors 
•une lutte continuelle, dans laquelle il déploya 
autant de courage que de génie. Louis XIII 



205 



RICHELIEU 



206 



faible et ombrageux, d'un cœnr sec et froid, 
d'un esprit juste, mais peu étendu, admira sans 
doute la grandeur des idc^es de Ricliciie u , se 
laissa subjuguer, mécontent et tremblant, par 
la force de sa volonté et de son esprit, et sa- 
criha à l'honneur, à l'intérêt de son État, pa- 
rents, amis, courtisans, ses préventions person- 
nelles, ses antipathies même. Cela est vrai. Mais 
jusqu'au dernier jour le cardinal ne put jamais 
être assuré de sa victoire sur cet esprit malade 
et rebelle; et le roi, quelques mois avant sa 
mort, conspirait encore avec Cinq-Mars contre 
son ministre. « Les quatre pieds carrés du ca- 
l)inet du roi, disait avec raison Richelieu, me 
iionneut plus de mal et d'inquiétudes que fous 
les cabinets de l'Europe. » D'ailleurs Louis XIII, 
toujours malade, pouvait à chaque instant 
inourii- ; quel serait alors le sort de son mi- 
nistre , qui avait excité tant de haines contre 
lui, lorsqu'il ne serait plus soutenu par l'autorité 
du roi, son seul appui contre tous? Richelieu-, 
sans se laisser jamais arrêter par aucune consi- 
dération d'égoïsme mesquin, dévoua tous les ef- 
f<»!ts de sa volonté et de son génie au triomphe 
d'une politique bien arrêtée : c'est de la grande 
ambition. H voulut créer l'unité territoriale de 
la France à l'intérieur, et au dehors abaisser la 
m;!ison d'Autriche, pour reconstituer l'Europe 
d'après les vues de Henri IV. Pour atteindre ce 
<louble but, il lui fallait établir la royauté ab- 
solue et briser tous les obstacles, bons ou mau- 
vais, qui gênaient son action (1). Richelieu, 
après avoir établi une chambre de justice contre 
les financiers, « après avoir fait une grande 
saignée de onze millions dans leur bourse, » 
put attaquer indirectement la maison d'Au- 
triche au nord et au midi. !l détacha l'Angle- 
terre de l'Espagne, et la rapprocha de la France 
en négociant le mariage de Charles, fds de Jac- 
(|ues l*^"" , avec Henriette de France, sœur de 
' Louis XIII. Il promit son appui au\ Hollandais, 
] qui avaient rompu la trêve de douze ans avec 
' l'Espagne depuis 1621. L'aventurier Mansfeld, 
' secouru par l'argent de la France et de l'Angle- 
I terre, réunit des volontaires pour recommencer 
la guerre au nord de l'Allemagne; et bientôt 
notre ambassadeur, Deshiiies, décida le roi de 
i Danemark, Christian lY, à se mettre à la tête des 
prolestants contre Ferdinand H. En Italie, Venise 
r et le duc de Savoie , Charles-Emmanuel r'"" , 

ï ii\ * Lorsque Votre iMajesté, écrivait Richelieu, se ré- 

k tolut de tue donner l'cnlroc de ses conseils, je puis dire, 

I, avec verlt<S que les huguenots pjrtageolcot l'État avec 

'_ elle, que les grands se conduisolent comme s'ils n'eus- 

) sent pas étti ses sujets, et les plus puissants gouvcr- 

1 ncurs des provinces comme s'ils eussent été souverains 

j en leur charge... I,es alliances étrangères cloient uic- 

r prisées, les Intérêts particuliers préférés aux publics ; 

en un mot la majesté rovale étoit tellement ravalée qu'il 

! étoit presque impossible de la reconnoitre. Je promis à 

J Votre iMajesté d employer toute mon industrie et toute 

I Tautorité qu'il lui plaisoit me donner, pour ruiner le 

i parti huguenot, rabaisser l'orgiuMl des grands, réduire 

i *ous ses sujets en leur devoir, et relever son nom dans 

(es nations étrangères au point où il devait être. » 



promirent leur coopération contre les Espagnols. 
Le pape Urbain VIII favorisait la maison d'Au- 
triche et gardait pour elle la Valteline et le comté 
de Chiavenna. Aussitôt le marquis de Cœuvres 
arma les cantons suisses protestants , chassa les 
Autrichiens des Grisons (novembre 1624), puis, 
descendant dans la Valteline, s'empara de toutes 
les forteresses, et renvoya au pape ses soldats 
et ses étendards (décembre 1624-février 1625). 
Il y eut bien des analhèmes contre ce cardinal 
d'Etat, qui débutait par des alliances avec les 
protestants et par une guerre contre le pape. Ri- 
chelieu laissa dire; et lorsqu'un légat d'Ur- 
bain VIII vint en France, au milieu des fêtes 
qui se faisaient pour le mariage d'Henriette avec 
Charles I", il repoussa toutes ses propositions 
et lui opposa une sorte d'assemblée des nota- 
bles à Fontainebleau , qui n'eut qu'une voix 
pour qu'on soutint l'honneur de la France, 
Ayant ainsi mis à couvert sa responsabilité, 
comme ministre et comme prince de l'Église, il 
se préparait à attaquer Gênes, de concert avec 
le duc de Savoie, et à poursuivre la guerre contre 
l'Espagne, lorsqu'une prise d'armes des hugue- 
nots vint subitement l'arrêter. Aussitôt il en- 
voya des troupes en Bretagne, en Poitou ; Sou- 
bise fut battu ; on reprit Ré et Oléron, La Ro- 
chelle fut menacée. Alors il signa deux traités, 
qui n'étaient en réalité que des trêves néces- 
saires-, et le 5 février 1626 il accorda aux pro- 
testants le renouvellement du traité de Mont- 
pellier. Un mois plus tard, au mécontentement 
légitime de nos alliés, Savoie, Venise, Hollande, 
la paix fut conclue avec l'Espagne, à Monçon, 
en Aragon (5 mars 1626) ; Richelieu avait seule- 
ment obter.u que la Valteline serait rendue aux 
Grisons. 

Le cardinal avait ajourné ses grands projets à 
l'extérieur, parce que son crédit, son pouvoir, 
sa vie même étaient menacés : « A peine avait- 
il tourné les regards de son maître vers la rai- 
son d État, que partout bourdonnaient autour 
de lui les mêmes cabales qui depuis quinze ans 
troublaient la cour et suspendaient l'action du 
pouvoir. Les partis se remuaient avec cette 
étourderie dont l'impunité leur avait donné 
l'habitude .. Il lui fallait en quelque sorte net- 
toyer la cour et les avenues du conseil de toutes 
ces petites menées qui l'importunaient. » Les 
grands étaient mécontents; on ne leur distri- 
buait plus les fonds du trésor, on diminuait 
leurjs pensions, on restreignait leur pouvoir dans 
les provinces; des édits sévères punissaient les 
duellistes; ils se réunirent pour se débarrasser 
du cardinal, comme ils avaient fait de Concini, 
et se groupèrent autour du jeune Gaston, frère 
du roi. Richelieu, dans l'intérêt de l'État, vou- 
lait le marier à la plus riche héritière da 
royaume, M'ie de Montpensier. L'ancien gou- 
verneur du prince, d'Ornano, la plupart des 
grands seigneurs, les dames, la princesse de 
Condé, l'intrigante duchesse de Chevreuse, la 



207 



RICHELIEU 



reine Anne elle-même , le poussèrent à refuser 
ce mariage. D'Ornano fut arrêté (4 mai 1626) et 
conduit à Vincennes; le cliancelier d'Aligre, coti- 
paljjede faiblesse, fut disgracié, et Richelieu (it 
entrer dans le conseil deux hommes qui lui 
étaient dévoués, Miciiel de JMarillac et le mar- 
quis d'Effiat. Un nouveau complot se forma pour 
ven<;er d'Ornano. Gaston, les deux Vendôme, 
Hls naturels de Henri IV, le comte de Soissons 
et une foule d'autres seigneurs, comme le jeune 
comte de Clialais, résolurent la ruine, la mort 
même du cardinal, qu'on voulut assassiner dans 
sa maison de Limours ; on intriguait avec l'Es- 
pagne, l'Angleterre, la Savoie. Louis XHI fil ar- 
rêter sous ses yeux, à Blois, les Vendôme, qui 
furent enfermés à Amboise (12 juin). Alors, 
Chalais, entraîné par une folle ambition, se 
fit l'âme d'un nouveau complot, poussant Gas- 
ton à fuir loin de la cour à La Rochelle ou à 
Metz, négociant avec le comte de Soissons, avec 
d'Épernon et La Valette, son fils, et même 
avec les, huguenots, par l'entremise de M^e de 
Rolian. Trahi par un faux ami, il fut arrêté à 
Nantes, où la cour venait d'arriver et exécuté 
(19 août). Gaston effrayé, après avoir lâche- 
ment déposé contre d'Ornano et Chalais, con- 
sentit à épouser M"e de Monlpensier. Le comte 
de Soissons se réfugia en Piémont ; La Valette 
fut banni ; la duchesse de Chevreuse, chassée de 
la cour, se retira en Lorraine; la reine elle- 
même, blâmée en plein conseil , vit réformer 
toute sa maison, et vécut comme captive dans 
ses appartements. Telle fut la première victoire 
de Richelieu dans celte lutte contre les grands. 

Il s'empressa de justifier ces rigueurs néces- 
saires par des actes significatifs. Le gouverne- 
ment de la Bretagne fut confié au maréchal de 
Thémines; un édit du 31 juillet ordonna la dé- 
moHtion des fortifications des villes et châ- 
teaux inutiles à la défense des frontières; l'office 
de connétable fut supprimé (janvier 1627) après 
la mort de Lesdiguières; on acheta l'amirauté 
au duc de Montmorency. Richelieu voulait don- 
ner à la France une grande puissance mari- 
time; il venait de fonder la compagnie du 
Morbihan pour le commerce des deux Indes, 
belle conception, que la jalousie intempestive du 
parlement de IJretagne fit avorter. Il fut alors 
nommé grand maître, chef et surintendant gé- 
néral de la navigation et commerce de Prance 
(mars 1627), et pour montrer son désintéresse- 
ment il renonça aux gages de cette charge. 

Devant l'assemblée des notables, réunie aux 
Tuileries le 2 décembre 1626, il développa ses 
plans, et passa en revue toutes les parties de l'ad- 
ministiation. On réduisit les dépenses inutiles, 
pensions, maison du roi; on décida la réorga- 
nisation de l'armée et de la marine. Enfin les 
édits contre les duels furent renouvelés; Mont- 
morency-Boutleville el son second , le comte 
des Chapelles, qui avaient osé se battre sur la 
place Royale, en plein jour, furent traduits de- 



208 



Tant le parlement et décapités (21 juin 1627 ). 
Richelieu allait reprendre ses desseins contre 
la maison d'Autriche, lorsqu'il fut arrêté par une 
nouvelle guerre, à ia fois civile et étrangère. Le 
fastueux ministre de Charles I" en donna le si- 
gnal; en 1626 il avait été nommé pour la se- 
conde fois ambassadeur à lacourde France; mais 
Louis XIII et Richelieu s'étaient opposés à ce 
choix, à raison de la conduite insolente qu'il avait 
tenue l'année précédente. Buckingham triornphanl 
résolut alors de se venger el de reparaître de- 
vant Anne d'Autriche, qu'il avait choisie poni 
objet de son amour. ( Voy. Buckingham et Anne 
d'Autriche.) Il prépara une Hotte formidable, 
entra en relations avec Bohan et Soubise, ave( 
les ducs de Savoie et de Lorraine, puis il 
aborda dans l'île de Ré ( 2 2 juillet 1 627) avec trois 
mille réfugiés, que commandait Soubise, sous 
prétexte de défendre « les églises opprimées ». 
Richelieu se tenait prêt; il s'assura de la neutra- 
lité de l'Espagne, en s'engageant par un traité 
secret à envahir en commun l'Angleterre poui 
y détruire l'hérésie. Deux événements heureuN 
lui permirent de réunir des forces considérables 
contre l'ennemi : Thoiras, gouverneur de Ré, 
résista courageusement, dans la citadelle d( 
Saint-Martin, aux attaques mal combinées d( 
Buckingham; ia majeure partie des protestants 
ne prit pas les armes. Après avoir envoyé des 
vivres, des munitions, des hommes à Tlioiras, 
il partit avec le roi convalescent, assurant d< 
maintenir la liberté de conscience aux protes- 
tants qui n'adhéreraient pas à la révolte. La Ro- 
chelle voulut imposer des conditions, qui furent 
repoussées. Alors les Rochelais armèrent toutes 
leurs forces et s'unirent à l'Angleteire; mais 
Buckingham, battu dans l'île de l\é, s'empres- 
sait d'abandonner les côtes de France, quoiqu'il 
pût encore dominer la mer (17 novembre). 
Richelieu résolut alors d'abattre le parti protes- 
tant, toujours rebelle et se servant toujours de 
ses privilèges pour organiser un État dans l'É- 
tal; il fallait détruire sa capitale, La Rochelle, 
si fièrede ses vieilles libertés, de ses hardis cor- 
saires, de sa glorieuse résistance à huit rois. La 
ville fut bloquée, resserrée du côté de la terre 
par une ligne de circonvaliation de trois lieues 
garnie de forts et défendue par vingt-cinq mille 
hommes. Pour l'isoler de l'Océan, on cnirepril 
cette fameuse digue, de près de 1,600 mètres, 
plusieurs fois détruite par de furieuses tempêtes 
et reprise chaque fois avec opiniâtreté. Riche- 
lieu dirigeait lui-même les opérations : généia), 
amiral , ingénieur, munitionnairo , intendant, 
comptable, secondé par d'autres prélats, ses di- 
gnes lieutenants d'Église militante, comme 
il les appelait lui-même, les évêques de Maille- 
zais, de iSîmes, de Mende, par tout un bataillon 
de prêtres, de moines, de capucins, qui lui ren- 
daient tous les services. Un Quinte-Curce à la 
main, le cardinal encourageait les ouvriers et 
animait tous les travaux. Quand le roi, fatigué 



09 

es longueurs du siège, revint à Paris, Riche- 
eu fut investi des pouvoirs les plus étendus, 
omme lieutenant général ; les maréchaux eux- 
lêmes servaient sous ses ordres ; la discipline 
i plus sévère régnait au camp. Deux fois les An- 
lais essayèrent de forcer la digue. Les Rochelais, 
près une résistance désespérée, furent forcés 
e capituler (28 octobre I6'28). Rohan, abandonné 
ar l'Angleterre, fit avec l'Espagne un traité qui 
! mettait à la solde de nos ennemis ( 4 mai 
629 ). Le roi et le cardinal marchèrent contre 
!S rebelles avec cinquante mille liommes; Pri- 
as fut enlevé d'assaut, brûlé, détruit; Alais ca- 
itula ; les huguenots furent contraints de s'hu- 
lilier et de recevoir la paix d'Alais ( 28 juin ). 
>n leur conserva la liberté de conscience et de 
ulte ; mais on leur enleva leurs places de sû- 
eté, leurs forteresses, leurs privilèges militaires 
t politiques, leurs assemblées républicaines. Ce 
le fut plus un État dans l'État, mais une secte 
issidente. « A partir de cette époque, a dit Ri- 
helieu, la diversité de religion ne m'empêcha 
jmais de rendre aux huguenots toutes sortes de 
ions offices, et jamais je ne mis de différence 
ntre les Français que par la fidélité. » 
Rien n'avait pu distraire le cardinal du siège 
le La Rochelle. L'Espagne s'était vainement dé- 
;larée contre nous ; de concert avec l'empereur, 
jlle s'efforçait de déposséder un Français, le duc 
te Nevers , héritier légitime de Manloue et du 
Vlonlferrat ; le duc de Savoie réclamait le Mont- 
ferrat, le duc de Guastalla Mantoue. Les Espa- 
gnols assiégèrent Casai en 1628. La Rochelle 
prise, le cardinal courut avec I^ouis XIII vers 
les Alpes ; le pas de Suze fut emporté en plein 
itiiver, le Piémont envahi, Casai ravitaillée, le 
duc de Savoie forcé de traiter (janvier-mars 
1629 ). Mais pendant qu'on achevait au plus 
vite la guerre protestante du midi, Charles-Em- 
manuel reprit les armes; les Espagnols assié- 
gèrent de nouveau Casai, et les terribles bandes 
des Impériaux , vainqueurs en Allemagne, se 
précipitèrent sur les Grisons , la Valteline et 
Mantoue. Richelieu, malgré la cour, malgré la 
reine mère, força le roi à défendre Casai et 
iMantoue, les fortes citadelles de l'Italie. Lui- 
tmème, avec le titre de généralissime (1), repré- 
sentant la personne du roi, reparut à la tête de 
l'armée. La cuirasse sur le dos, l'épée au côté, 
partageant tous les dangers du soldat, il franchit 
les Alpes par Suze, manœuvra habilement, et 
entra dans Pignerol ( mars 1630 ), tandis que 
Louis XIII occupait la Savoie. La prise de 
Mantoue par les Impériaux (18 juillet) mit 
brusquement fin à la guerre. Richelieu se vit 
contraint d'accéder à la paix de Ratisbonne, qui 
délivra l'Italie des Impériaux ( 1.^ octobre); 
mais par le traité de Cherasco ( 6 avril 1631 ) il 
fit rétablir le duc de Manloue dans ses États et 
évacuer la Valteline. 



01 Richelieu avait été nommé principal ministre d'É- 
tat le 31 aovciiibre 1629. 



RICHELIEU 210 

Au milieu de ces grands travaux de politique 
et de guerre, Richelieu faillit être renversé par 
la plus misérable dus intrigues. Au moment de 
partir pour la délivrance de Casai, il avait ex- 
posé longuement au roi l'état de la France, sa 
politique, ses devoirs, et lui avait reproché sans, 
réticence tous les défauts de son caractère. 
Louis XIII reçut avec une patience silencieuse 
ces le<;ons et ces dures remontrances ; il retint 
son ministre, qui voulait se retirer . Pendant la 
guerre de Savoie, Louis XIII tomba dangereu- 
sement malade à Lyon (septembre 1630 ); tous 
les ennemis du cardinal accoururent autour des 
deux reines et de Gaston, le roi futur ; Guise, 
les Marillac, Bassompierrc , Bellegarde, etc., 
étaient prêts à arrêter Richelieu ou à le faire 
périr. Une crise heureuse sauva Louis XIII, qui, 
dans la faiblesse de la convalescence , promit 
de renvoyer son ministre, mais après la guerre. 
De retour à Paris, Marie de Médicis éclata; elle 
chassa avec outrage la nièce chérie de Riche- 
lieu, Mme de Combalet; ôta à celui-ci la surin- 
tendance de sa maison, repoussa toutes les 
prières de son fils, et dans une scène violente, 
au palais du Luxembourg, insulta impunément 
le ministre devant le roi. « C'est à vous de voir, 
lui dit-elle, si vous voulez préférer un valet à 
votre mère. » Richelieu se crut perdu. Par 
l'entremise du premier écuyer du roi, Saint-Si- 
mon, il put avoir un entretien de quelques 
heures avec Louis, qui s'était retiré à Versailles; 
il sortit de l'entrevue tout-puissant. Aussitôt la 
solitude se fit autour de la reine, vaincue dans 
cette journée, que les contemporains appelèrent 
la Journée des dupes ( H novembre 1630). 

Richelieu put alors débarrasser le gouverne- 
ment de toutes les ambitions mesquines qui l'en- 
travaient. Il écouta trop sans doute sa vengeance 
particulière dans la punitionde ses ennemis; mais 
ils étaient coupables, et il les châtia sans pitié. 
Le garde des sceaux Marillac, qui avait espéré rem- 
placer Richelieu , fut destitué et jeté en prison ; 
son frère, le maréchal, arrêté au milieu de l'ar- 
mée d'Italie, jugé à Ruel, dans la maison même 
du cardinal , condamné à mort pour crime de 
péculat et décapité (9 mai 1632); Bassompierre 
passa dix ans à la Bastille. Les ducs d'El- 
beuf, de Bellegarde et beaucoup d'autres sei- 
gneurs furent déclarés criminels de lèse-majesté; 
la jeune reine fut reléguée au Val-de-Grâce , et 
toute sa maison fut changée. Enfin la reine mère 
fut laissée comme prisonnière à Compiègne 
(23 février 1631), d'où elle s'échappa pour se ré- 
fugier à Bruxelles. Elle ne devait jamais revoir 
ni la France ni son fils. En même temps Riche- 
lieu récompensait ceux qui l'avaient servi : Châ- 
teauneuf fut garde des sceaux; le Jay, premier 
président du parlement ; Montmorency, Thoiras- 
et d'Effiat, maréchaux; le duc de Vendôme sortit 
de prison. Après avoir assailli d'injures le cardi- 
nal , après l'avoir menacé de le tuer, Gaston se 
relira dans son apanage, puis en Lorraine, où. 



211 RICHELIEU 

malgré la défense du roi, il épousa la sœur de 1 
Charles IV. L'aimée royale envahit la Lorraine, } 
et le duc, surpris, signa le traité de Vie (6 janvier | 
1632) , par lequel il livrait Marsal et chassait 
Gaston, qui se réfugia à Bruxelles, auprès de sa 
mère. Les complices de Gaston et de Marie fu- 
rent poursuivis par une chambre spéciale de jus- 
tice; il y eut beaucoup de bannissements, de 
«onfiscations; et quand le parlement voulut ré- 
clamer contre ces arrêts arbitraires du conseil , 
on le força à demander pardon , on l'humilia, on 
■exila plusieurs de ses membres. 

C'était le moment où notre allié, le grand Gus- 
tave, délivrait l'Allemagne protestante et faisait 
trembler l'empereur. L'intérêt était immense. 
Ce fut alors que la cour des réfugiés de Bruxelles 
lança Gaston dans une nouvelle folie. Avec l'ar- 
gent des Espagnols et les aventuriers ramassés 
en Lorraine , il se jeta en France , courant au 
hasard vers le midi. Son complice, Montmorency» 
qui ne l'attendait pas encore, prit les armes. Au 
combat de Castelnaudary, le prince s'enfuit, di- 
sant qu'il ne s'y jouait plus (\" septembre 
1632), et de Bézicrs il se hâta d'envoyer sa sou- 
mission. Quant à Montmorency, il fut décapité, 
quoiqïi'il fût le premier des grands ( 30 oc- 
tobre). A plus forte raison on poursuivit impi- 
toyablement tous les rebelles : des gentil sliommes 
furent envoyés aux galères, deux évêques du 
Languedoc déposés canoniquement, les états dis- 
persés, les villes démantelées. Le duc de Lorraine 
subit également la loi des représailles ( voy. Lor- 
raine) . Tout n'était pas fini cependant, Gaston s'é- 
ciiappa de nouveau, et recommença ses intrigues à 
Bruxelles. Richelieu, accablé d'infirmités préma- 
turées, tomba dangereusement malade à Bor- 
tîeaux; il ne mourut pas, mais son esprit s'ai- 
grit; il rendit guerre pour guerre, et fut plus que 
jamais sans pitié. Le garde des sceaux Château- 
neuf, qui songeait à remplacer son bienfaiteur, fut 
jeté en prison; le chevalier de Jars, condamné à 
mort ,■ n'obtint sa grâce que sur l'échafaud ; la 
duchesse de Chevreuse et beaucoup d'autres fu- 
rent exilés. Tous les partisans de Monsieur, pe- 
tits ou grands, furent impitoyablement poursui- 
vis ; la terreur fut telle que le maréchal d'Estrées, 
en voyant une lettre adressée à l'un de ses lieu- 
tenants, s'enfuit, craignant d'être arrêté, comme 
Marillac, au milieu de son armée. Le duc de 
Lorraine, toujours parjure, s'entendait avec 
Gaston, les Espagnols et les Impériaux; 
Louis XIII et Richelieu rentrèrent dans la pro- 
vince; le cardinal revendiqua la suzeraineté de 
«e pays , %isurpée par V empereur, et déclara 
que le roi entendait rétablir sa monarchie en 
sa première grandeur. Les Français occupèrent 
Nancy (sept. 1633). Toute la Lorraine, abandon- 
née par ses princes, resta aux mains de la France 
jusqu'à la fin du dix-septième siècle. Plusieurs 
fois, dit on, des assassins partirent de Bruxelles 
pour frapper Richelieu. Les exilés recoururent à 
•d'autres moyens, et Gaston, de concert avec sa 



215 

mère, lit un traité formel avec les Espagnol 
contre le ministre. Richelieu s'inquiéta de ci 
pacte de haute trahison au moment où il se pré 
parait à intervenir directement dans la guerre di 
Trente ans; il tenta encore une fois de ramené 
le prince en lui offrant un oubli complet di 
passé , des pensions et des dignités pour ses fa 
voris. A ces conditions, Gaston, abandonnant su 
bitement ses nouveaux alliés , sa femme et s; 
mère (8 octobre 1634), vint jurer au roi " d'airae 
monsieur le cardinal autant qu'il l'avait haï >> 

Jusqu'en 1635, Richelieu, toujours entrav 
par les luttes de l'intérieur, ne put jouer qu'ui 
rôle secondaire dans les grands événements de 1; 
guerre de Trente ans. Deux fois , dans l'affaii'i 
de la Valteline , dans celle de la succession di 
Mantoue, il arrêta par son intervention en Ita 
lie les progrès de la maison d'Autriche. Lorsqm 
le roi de Danemark et les protestants eurent et 
écrasés par Ferdinand II , les envoyés du car 
dinal à la diète de Ratisbonne, Brûlart et le P. Je 
sepli, soulevèrent les catholiques eux-même 
contre l'empereur, qui fut forcé de désarme 
(oct. 1630). Richelieu dans ce moment mêrai 
poussait vers l'Allemagne Gustave-Adolphe, don 
les triomphes excitèrent bientôt ses craintes 
Après la mort de Gustave à Lutzen (1632), i 
soutint plus hardiment les Suédois , accorda d 
nouveaux subsides à Oxenstiern , entama mêmi 
des négociations secrètes avec Wallenstein 
mais il ne put empêcher les divisions des protes 
tants, qui furent vaincus à Nordlingen (1634) 

Dans le double but d'abaisser l'Autriche e 
d'accabler l'Espagne, qui n'avait cessé depuis s 
longtemps de fomenter des troubles dans li 
royaume, Richelieu noua un solide faisceau d'al 
liances contre ces deux puissances. Contre Fer- 
dinand II , il traita à Paris avec les confédéré: 
allemands; à Compiègne (avril 1635) avec li 
chancelier de Suède, Oxenstiern; à Saint-Ger 
main (octobre 1635), avec Bernard de Saxfr 
Weimar; à Wesel (1636), avec le landgrave d( 
Hesse-Cassel ; il leur donnait des subsiiles et de< 
secours pour combattre l'empereur en Allemagne 
couvrir le Rhin et conquérir l'Alsace. Contre 1( 
roi d'Espagne , Philippe IV, il s'unit aux Hol 
landais (traité de Paris, fév. 1635) pour la coH' 
quête et le partage des provinces belges ; auj 
ducs de Savoie, de Parme et de Mantoue (trait( 
de Rivoli, juillet 1655), pour la défense du Pié- 
mont et la conquête du Milanais; aux Suisses, 
pour protéger les passages de la Valteline. Par- 
tout s'avancèrent les armées françaises, vers leî 
Pays-Bas, la Lorraine, l'Alsace, la Franche- 
Comté, l'Italie, le Roussillon et les provinces 
basques , tandis que nos Hottes all-aient détruire 
sur l'Océan et la Méditerranée les flottes espa- 
gnoles. 

Le prétexte de la rupture fut l'enlèvement 
par les Espagnols de l'archevêque de Trêves, 
notre protégé. La guerre commença aussitôl 
(1635). Quoique battus à Avein, les Impériaux; 



213 



RICHELIEU 



214 



et les Espagnols envaliirent la Picardie, restée 
sans défense, et s'avancèrent jusqu'au delà de 
Corbie. La consternation régna dans Paris. Ri- 
clielieu, après un premier moment de trouble, 
parcourut la ville et lui rendit la confiance. Il y 
[ eut un élan d'enthousiasme patriotique. Paris 
f donna au roi et à son ministre une armée pour 
reprendre Corbie (14 nov. 1636) et refouler les 
ennemis sur la frontière. C'est alors que le cardi- 
nal échappa au plus grand péril qu'il ait peut- 
être couru de sa vie : excités par Montrésor et 
i Saint-lbal, le duc d'Orléans et le comte de Sois- 
I sons avaient décidé sa mort; au moment de don- 
ner le signal, le cœur manqua au frère du roi ; et, 
craignant d'être découverts, ils se retirèrent, 
Gaston à Blois, le comte de Soissons à Sedan. Les 
années suivantes, les hostilités continuèrent sans 
j^iands résultats; si Rolian évacua la Valteline, 
ot si la mésintelligence de Condé et de la Valette 
amena la défaite de Fontarabie, le duc d'Halluin 
écrasa les Espagnols , qui avaient envahi le Lan- 
guedoc, près de Leucate, Sourdis battit leur 
flotte à la hauteur de Guetaria , et Bernard de 
Saxe-Weimar remporta plusieurs victoires sur 
Ins Impériaux. Les années 1640 à 1642 furent 
plus fécondes en heureux résultats. De brillantes 
victoires rétablirent en Allemagne et en Italie la 
suprématie de la France; l'Artois fut enlevé à 
la maison d'Autriche. L'Espagne n'attaquait plus, 
elle se défendait avec peine; en 1640, le Portu- 
gal , excité par les agents de Richelieu, se sou- 
leva, et le nouveau roi, Jean de Bragance, fit 
alliance avec la France. La Catalogne prit les ar- 
mes, et reconnut Louis XIII pour son souverain. 
La MotheHoudancourt , secondé par Sourdis, 
chassa les Espagnols de presque toute cette pro- 
vince, tandis que le roi et Richelieu commencè- 
rent la conquête duRoussillonet de laCerdagne. 
Perpignan se rendit (9 sept. 1642). 

Mais, comme l'écrivait alors Voiture, dans un 
magnifique éloge du cardinal , « toutes les grandes 
choses coûteot beaucoup ; » aussi les impôts 
étaient très-lourds ; plusieurs provinces avaient 
été ravagées ; la misère était grande dans la plu- 
part. Les paysans se soulevèrent contre les per- 
cepteurs des tailles, sous le nom de croquants, 
dans le Périgord et le Languedoc, sous celui de 
nu-pieds, en Normandie (1639-1640); on les 
réduisit au silence par les supplices et la force 
des armes. Le parlement de Rouen, qui avait ap- 
puyé les réclamations, fui cassé, ainsi que la 
cour des aides. Le parlement de Paris fut humi- 
lié , maltraité et perdit le droit de remontrances 
(1641). Toute liberté avait disparu; il ne devait 
y avoir en France qu'un pouvoir, celui du roi; 
qu'une volonté, celle du ministre. Louis XIII 
était jaloux de la grandeur de son ministre, et 
!c supportait avec peine, sans pouvoir se passer 
de lui. Richelieu eut de nouveaux combats à 
soutenir, des advrrsaires d'une espèce nouvelle 
à vaincre. Apn'is Mil"- do; Haiilefort, qui se fai- 
sait le centre (lune cabale conîrc le cardinal, il | 



lui fallut entrer en lutte avec les âmes tendres 
et romanesques, comme M"e de La Fayette, avec 
les dévots, amis de la paix et de l'Espagne, 
comme le père Caussin. Les papiers de la reine 
furent saisis au Val-de-Grâce , où elle complo- 
tait avec l'Espagne; sa confidente, M™e de Che- 
vreuse, quitta de nouveau le royaume; la reine 
mère fut condamnée à mourir dans l'exil. Enfin 
la naissance d'un dauphin, depuis si longtemps 
attendue, ôta à Gaston l'importance redoutable 
qu'il avait toujours eue , comme héritier de la 
couronne (5 sept. 1638). Richelieu croyait dès 
lors avoir pour lui l'avenir; ses parents, ses 
amis avaient les charges les plus importantes; 
le prince de Condé se glorifiait d'être l'humble 
créatiu-e du cardinal, et le duc d'Enghien épou- 
sait une de ses nièces. Alors reparurent les 
ennemis violents et ambitieux. Le comte de Sois- 
sons, réfugié à Sedan, rassembla tous les ban- 
nis , entraîna le duc de Bouillon , entra en rap- 
port avec les Espagnols, Gaston d'Orléans, les 
prisonniers de la Bastille, et prit les armes. Sa 
mort au combat de la Marfée (6 juillet 1641) ar- 
rêta les suites de la conspiration. En 1642, tan- 
dis que Richelieu accompagnait Louis XIII à la 
conquête du Roussillon, une créature du cardi- 
nal mit de nouveau en péril sa vie et la sûreté 
de l'État. Cinq-Mars, le nouveau favori de 
Louis XIII, se lassa d'être l'espion de Richelieu, 
et voulut le renverser, comme de Luynes avait 
renversé Concini pour prendre sa place. Le duc 
d'Orléans, le duc de Bouillon, la reine et beau- 
coup d'autres entrèrent dans le complot , dont 
Augustin de Thou fut l'un des agents les plus actifs. 
Le roi selon M"* de Motteville en « était taci- 
tement le chef ». Richelieu, malade à Narbonne, 
sur '.e point de fuir ou de mourir, eut , on ne sait 
comment, la preuve d'un traité secret, conclu 
par les conjurés avec l'Espagne, dans le but de 
changer tout le système politique de la France. 
L'intérêt de l'État décida Louis XIII; Cinq-Mars 
et de Thou arrêtés, jugés à Lyon par une com- 
mission spéciale , condamnés par les aveux de 
Louis XIII et du lâche Gaston, furent décapités 
(12 sept. 1642). Leduc d'Orléans fut déclaré in- 
digne d'exercer la régence, le duc de Bouillon 
obtint sa grâce au prix de sa forteresse de Sedan. 
De Lyon, Richelieu revint à Paris , souffrant 
plus que jamais , porté dans une chambre de 
bois , où il se tenait couché , par douze de ses 
gardes. Le 28 novembre au soir, il fut saisi d'une 
fièvre ardente ; il conserva jusqu'au dernier mo- 
ment son courage et sa force d'âme, recom- 
manda au roi ses serviteurs et surtout Mazarin, 
son agent de confiance depuis la mort du P. Jo- 
seph. Puis il fit appeler le curé de Saint-Eus- 
tache, sa paroisse, qui lui apporta le viatique. 
« Voilà mon juge, » dit-il en montrant l'hostie; 
et le curé lui demandant s'il ne pardonnait pas 
à ses ennemis, il répondit qu'il n'en avait point 
que ceux de WAnt. Le 4 décembre 1642, il e.x.- 
pira, dans sa rinquanle-liuitièine année. 



215 RICHELIEU 

Quand Richelieu mourut, l'œuvre à laquelle 
il avait consacré son génie et sa vie était pres- 
que achevée. Au dehors, l'Empire et l'Espagne 
étaient partout vaincus; trois provinces étaient 
conquises, Alsace, Roussillon, Artois, et nous 
avions avec Pignerol les clefs de l'Italie; de 
grands capitaines, Condé, Turenne, formés sous 
ses auspices , conduiront à la victoire les armées 
qu'il a organisées, et son élève Mazarin, qu'il a 
donné à la France, aura le bonheur de signer 
les glorieux traités de Westphalie. A l'intérieur, 
il a élevé l'édilice de la monarchie absolue, dont 
Henri IV avait jeté les bases, dont Louis XiV 
posera le couronnement. « Il a fait de la royauté 
la personnification vivante du salut public et de 
l'intérêt national. » 

Quels moyens a-t-il employés pour fonder l'u- 
nité du royaume et concentrer tous les pouvoirs 
entre les mains du gouvernement royal? Il dé- 
truisit le protestantisme comme parti politique. 
Les seigneurs qui avaient fait six guerres civiles 
en quatorze ans furent impitoyablement frappés. 
Boutteville avait violé la loi ; Montmorency ex- 
pia la rébellion des provinces, Marillac fut sa- 
crifié peut-être à la vengeance, mais aussi à la 
nécessité d'un exemple au milieu des scandales 
d'une concussion universelle; Cinq- Mars el de 
Thou étaient coupables de trahison d'État. Quant 
aux deux reines, elles ne cessèrent de conspirer 
avec tout leur entourage contre les intérêts de la 
France. Des gouverneurs de provinces, qui •> se 
conduisoient comme s'ils eussent été souverains 
en leurs charges », à l'avènement de Richelieu , 
quatre seulement ne furent pas frappés par le 
cardinal. Leurs pouvoirs furent restreints, et 
Richelieu s'attacha, comme il le dit lui-même, à 
mettre dans toutes les places « des gens telle- 
ment affidésque, quoi qu'il advînt, le parti con- 
traire ne pût faire ses affaires >•. Les nobles de 
toutes classes furent atteints par les édits qui 
ordonnèrent la démolition des forteresses et châ- 
teaux de l'intérieur et par les sévérités du code 
Michau contre tous les désordres dont les bour- 
geois et les paysans étaient les malheureuses 
victimes. 

Quoique cardinal, Richelieu soutint et fit 
triompher l'indépendance absolue du pouvoir ci- 
vil à l'égard du pouvoir religieux. « Il voulut que 
Je clergé fût dans l'État, fût à l'État, et contri- 
buât, dans une juste proportion, aux charges 
publiques. » Il eut bien des luttes à soutenir et 
contre les défenseurs de l'autorité du pape sur 
les couronnes, et contre la majorité du clergé 
français, qui combattait pour ses privilèges. Il 
fit soutenir dans l'assemblée du clergé, à Manies 
(1641), qu'en principe les ecclésiastiques, com- 
munautés, gens de mainmorte étaient incapables 
de posséder des biens immeubles en France, el 
que le roi pouvait disposer de tous les biens de 
l'Église. 

Ainsi tous les ordres de l'État furent soumis 
au roi, seul maître de la France; et l'opposition 



2i6 

du parlement fut , comme nous l'avons vu , ré- 
duite au silence. Aucune voix n'eut le droit de se 
faire entendre. Plus d'états généraux, et même 
depuis 1626 plus d'assemblée de notables. Par- 
tout, excepté en Bourgogne et dans le Langue- 
doc, les assemblées provinciales furent attaquées ■ 
dans leur constitution. Richelieu a détruit les 
pouvoirs locaux, et en même temps il a créé la > 
centralisation. Sous la direction du principal mi- 
nistre était placé le conseil d'en haut, avec le 
chancelier, le surintendant des finances et les ^ 
quatre secrétaires d'État; puis venait le conseil 
du roi ou conseil d'État, définitivement constitué 
en 1630. Dans les provinces, les intendants de 
police, justice, finances , magistrats de création 
nouvelle , établis avec une autorité permanente 
(1637), réunirent entre leurs mains tous les pou- 
voirs civils des dix-huit généralités, et devinrent 
bientôt les instruments les plus actifs du pou- 
voir royal. 

Pendant son ministère, et en partie grâce à 
son inspiration, le catholicisme français fut ré- 
généré ; les hôpitaux , les inslitutions charita- 
bles, se multiplièrent ; les ordres monastiques 
furent réformés. Richelieu était abbé de Cluny, 
deCîteaux et de Prémontré ; il s'occupait spécia- 
lement des religieux mendiants, des Dominicains 
et des Carmes ; plusieurs de ses agents, de ses 
espions, aux crises décisives, lui furent fournis 
par ces deux derniers ordres. 11 fit rendre des 
édits ( 1634 ) pour forcer les évêques et les bé- 
néficiers à la résidence , pour améliorer le sort 
du clergé inférieur (1629-1634). On put lui 
reprocher cependant la persécution dont fut 
victime le fameux abbé deSaint-Cyran, en qui il 
croyait voir un nouveau Calvin. 

Il n'y eut sous Richelieu aucun règlement 
général au sujet des finances, de l'industrie, de 
l'agriculture, du commerce intérieur. Les im- 
pôts furent même augmentés , l'impôt sur le 
tabac fut établi en 1629. Mais on protégea l'in- 
dustrie du fer, les manufactures de glaces et mi- 
roirs, les fabriques de tapisseries. On continua 
le dessèchement des marais, on acheva le canal 
de Briare, on eut l'idée du canal du Midi. On 
multiplia dans les villes les monis-de-piété, 
véritables maisons de prêt sur gages ; on ren- 
dit général l'usage des postes, administrées par 
un surintendant depuis 1632. Richelieu fit beau- 
coup plus pour la marine. 11 organisa un ma- 
tériel et des magasins, établit des écoles de 
mousses et de pilotes, les premiers régiments 
de marine (1627-1639); en 1642, la France 
compta quatre-vingt-cinq vaisseaux de guerre, 
et de nombreux règlements mirent de l'ordre 
dans la comptabilité et déterminèrent les droits 
des autorités maritimes. Richelieu organisa des 
consulats sur toutes les côtes visitées par nos 
bâtiments. Il voulut créer de grandes compa- 
gnies de commerce, auxquelles on donnerait les 
priviléi^es les plus étendus et qui exploiteraient 
les Indes, le Canada, les îles de l'Amérique, le 



517 



RICriELlEU 



218 



Sénf'gal, etc. : les essais ne furent pas heureux, 
les efforts de Richelieu ne furent pas secondés. 
L'armée dut nécessairement attirer ses soins; 
ici, il a préparé Louvois. Le soldat roturier put 
avancer jusqu'au grade de capitaine, et plus 
avant s'il s'en rend digne ( ordonnance de 
1629). La discipline fut plus exacte, la solde 
augmentée. L'administration des subsistances 
militaires fut organisée ( 1631 ); on s'occupa du 
service de la manutention, des hôpitaux pour 
les soldats ; on munit les armées â'ambitlances, 
de chirurgiens, d'aumôniers; et des inten- 
dants spéciaux furent établis auprès de chaque 
corps (1635). 

Richelieu fut sans doute un des plus puis- 
sants promoteurs du mouvement intellectuel que 
vit alors la France; cependant il fut loin de dé- 
sirer la diffusion des lumières ; il craignait 
qu'une instruction étendue donnée- à beaucoup 
ne mît l'État en péril ; le grand nombre des 
collèges lui portait ombrage, et il voulut le di- 
minuer. Il s'efforça d'ailleurs, dans un intérêt 
gouvernemental, de tenir la balance entre l'Uni- 
versité et l'ordre des Jésuites. Mais par son 
exemple et par ses institutions il contribua 
beaucoup à la gloire littéraire du dix-septième 
siècle. Il aima les lettres; il en conserva tou- 
jours le goût; elles furent pour lui la plus 
agréable des distractions. Il aurait voulu pren- 
dre rang parmi les auteurs dramatiques; il fai- 
sait le plan d'une tragédie ou d'une comédie, et 
chargeait de le mettre en vers les cinq auteurs 
qui travaillaient avec lui, Bois-Robert, L'Estoile, 
Colletet, Rotrou et Corneille. De cet atelier de 
poésie sortirent La Grande Pastorale, les Thui- 
leries , L'Aveugle de Smyrne , et Mirante , 
pour laquelle il fit construire la belle salle de 
spectacle du Palais-Cardinal (1). ARuel, il y avait 
également un théâtre, où il fit représenter des 
pièces à machines et des ballets mythologiques. 
Il accorda des pensions, des faveurs à la plu- 
part des écrivains de son temps ; c'était tout à 
la fois protection généreuse , amour du bel es- 
prit et désir d'obtenir des louanges et des flat- 
teries. C'est à lui qu'on doit la fondation de 
r Académie française (1635). Il n'avait pas 
sans doute mesuré toute la portée de son œu- 
vre; et, sans lui faire injure, on peut croire 
qu'il avait voulu surtout régler, discipliner, tenir 
sous sa main les hommes de lettres et les œu- 
vres de l'intelligence. Le cardinal protégea aussi 
les arts avec une grande libéraUté; il offrit 
40,000 écus pour un tableau de Fra Sébastien, 
et dépensa plus de dix millions pour son châ- 
teau de Richelieu, la demeure la plus magnifique 
de la France, avant Versailles. 

Assurément Richelieu a été un grand mi- 
nistre;>il a fait beaucoup pour la France, et ce- 
pendant sa gloire n'est pas populaire; c'est 

(K Cet édifice, construit par Richelieu, et qu il légua 
à l.ouls XIII, prit alors le nom rie Palais- Royal, et l'a 
conserYé riepuls. 



qu'il n'a pas été aimé, comme Henri IV; res- 
pecté , comme Louis XIV ; on a tremblé de- 
vant lui. A sa mort, le peuple, comme délivré 
d'oppression, célébra l'heureux événement par 
des feux de joie ; ce n'était pas le peuple pour- 
tant qu'il avait frappé; c'était l'égalité de tous 
qu'il avait voulu établir, mais l'égalité dans la 
soumission, l'égalité par la hache du bourreau. 
S'il fit voler bien des têtes, à la vérité presque 
toutes justement, comme le remarque Saint- 
Simon lui-même, s'il persécuta des person- 
nages élevés , on fut ému de pitié pour tant 
de victimes illustres, nobles seigneurs, reines mal- 
heureuses, et on fut disposé à les croire moins 
coupables; le cœur l'accusa de tant de sangré- 
pandu ; on exagéra même le nombre de ses vic- 
times; on le représenta, comme un autre 
Louis XI, escorté de ses deux sinistres agenis, 
Laubardemont et Laffémas, frappant de mort 
tout ce que rencontrait son regard fixe et per- 
çant. On lui attribua et on répéta cette terrible 
maxime, étrange surtout dans la bouche d'un 
prêtre : « Je n'ose rien entreprendre sans y 
avoir bien pensé ; mais quand une fois j'ai pris 
une résolution, je vais à mon but, je renverse 
tout, je fauche tout, et ensuite je couvre tout de 
ma soutane rouge. » On l'a même calomnié, en 
croyant trop légèrement aux anecdotes dues à la 
malice des conteurs du dix-septième siècle, à sa 
passion ridicule pour Anne d'Autriche, à, sa pas- 
sion coupable pour sa nièce, la duchesse d'Ai- 
guillon , à ses aventures galantes avec Marion 
Delorme, lui toujours malade, presque mourant, 
sans cesse menacé , sans cesse préoccupé de si 
vastes intérêts (t). 

Les jugements de la postérité ont été et sont 
encore bien contradictoires à son égard. Mon- 
tesquieu a dit que les deux plus méchants ci- 
toyens de France ont été Richelieu et Louvois. 
Suivant des publicistes modernes, non-seulement 
il a fait beaucoup de mal, il a rendu tout bien im- 
possible après lui, il a étouffé toutes les libertés, 
il a avili les caractères, il a disposé le pays à 
tous les abaissements (2). Quoi qu'on puisse 
dire, Richelieu ne sera jamais sympathique, 
quand même il serait amnistié par la raison. 
Il n'a pas aimé la justice ; il n'a poursuivi qu'un 
but , le triomphe de la royauté absolue , il a 
établi le despotisme. « Cet État est monarchique, 
dit-il, toutes choses y dépendent de la volonté 
du prince, qui établit les juges comme il lui 
plaît et ordonne des levées selon la nécessité 
de l'État. «Voilà la théorie, réalisée par ses actes, 
sur laquelle on doit le juger. 

(1) Nous n'avons rien dit du fameux procès d'Urbain 
Grandler ; nous renvoyons pour cet (?pisode, comme 
pour beaucoup d'autres, aux articles spéciaux. 

(ï) Voir A. Thierry, Histoire du Tiers état ; de Carné 
Les fondateurs de Vunité française; Edgard Quinet, 
Philosophie de l'histoire de France ; Ch. de Remusat, 
Richelieu et sa correspondance ; Albert de Broglle, 
Conclusions de Vhistoire de France ; de Tocqneville, 
L'Ancien régime et la révolution ; L. Blanc, Hist. de la 
révolution. 1. 1, etc. 



219 



RICHELIEU 



220 ;| 



Oïl n'est pas encore parfaitement d'accord sur 
les écrits que Richelieu a laissés : il a certai- 
nement composé et publié ; Les principaux 
points de la foy de V Église catholique def- 
fendus contre l'escrit adressé au roy par 
tes quatre minisires de Charenton (Poitiers, 
1617), et L'Instruction du chrétien ( 1619). 
On a longuement discuté jusqu'à présent la 
question de savoir s'il est l'auteur des ou- 
vrages historiques et politiques qui suivent : 
Mémoires pour servir à l'histoire de 
Louis XIII de 1610 à 1624 : publiés d'abord 
sous le nom d'Histoire de la Mère et du Fils, 
souvent attribués à Mézerai, suivant d'autres 
entièrement rédigés par Richelieu ; — Les Mé- 
moires de Richelieu, imprimés pour la pre- 
mière fois en 1823, dans la collection Petitot : 
c'est l'histoire de 1624 à 1638 ; il paraît que 
ces Mémoires intéressants ont été écrits sous 
les yeux du cardinal, d'après ses journaux, ses 
instructions, ses dépêches, par un ou plusieurs 
de ses confidents; — Le Testament politique: 
l'authenticité de ce livre, attaquée avec passion 
par Voltaire, a été victorieusement défendue 
par Foncemagne ; — Le Journal de M. le car- 
dinal de Richelieu qu'il a fait durant le 
grand orage de la cour, en l'année 1630 et 
1631, a été publié dès 1649. Les deux Testa- 
ments latins et surtout le Testamentum poli- 
ticum, qui renferment assurément des pensées 
et des paroles de Richelieu, sont l'ouvrage du 
jésuite Pierre Labbé, et ont été publiés dans ses 
Elogia (Lyon, 1643). Enfin M. Avenel a 
réuni dans la collection des Documents inédits 
de l'Histoire de France la précieuse Corres- 
pondance du cardinal. Louis Grégoire. 

Richelieu, Mémoires et oiivrages politiques. — Mé- 
moires de Brienne, Fontenal-Mareiiil, Motteville, Rohan, 
Sully, lîassompierre, du duu d'OrlCans, Orner Talon , 
Montglut, Montrésor, FontraiUes, data Rochefoucauld, 
de La Force, de Retz, M. Mole, etc. — Correspondance 
de Sourdis. dans les Documents inédits snr V Histoire 
de France. — archives curieuses de l'Histoire de 
France, 2= série, t. V. — Le Mercure françois. — La 
Gazette de France. — Tallemant des Réaux , Histo- 
riettes. — Les historiens de Louis XIII, Le Vassor, Grif- 
fet, etc. — Vittorio Siri, Memorie r42Condite. — Auberl, 
Mémoires pour servir à l'hist. du card. de Uic/ielieu: 

— Violart, Hist. du minist. de Richelieu; 1649, in-fol. 

— Jay, Hist. du minist., 2 vol. in-8°. - Bazin, Hist. de 
France sous Louis XIII et Mazarin. — Capefigue, Ri- 
chelieu et Mazarin — .L Caillet, i: Administration en 
France sous IHclielieu ,- Paris, ISeï, 2 voL - Les Histoires 
de frunce, spécialement celles de Slsraondi, H. Martin, 
Mtchelet.— Isambert, Ordonnances, t. XVI. — Consulter 
encore le catalogue de la Bibliothèque impériale, au 
règne de Louis XJII. 

RiCHEs.iEC ( Alphonse- Louis du Plessis 
DE ), dit cardinal de Lyon, frère aîné du précé- 
dent , né en 1582, à Paris, mort à Lyon, le 
23 mars 1653. Après la mort de François Yver, 
qui tenait à ce qu'il paraît l'évêché de Luçon 
comme fidéi-commissaire des seigneurs de Ri- 
chelieu , il fut, à peine âgé de vingt-deux ans, 
désigné pour le remplacer, mais vers 1605 il se 
démit de ce siège en faveur de son frère Armand, 
pour entrer chez les Chartreux. Il fit en effet 



profession en 1606 à la Grande-Chartreuse, et 
pendant vingt et un ans mena la vie la plus aus- 
tère. Il était prieur de Bonpas quand son frère, 
devenu tout-puissant, le tira malgré lui du 
cloître pour le faire archevêque d'Aix. Il fut 
sacré à Paris, le 21 juin 1626, et transféré deux ' 
ans après à Lyon. Le 21 août 1629, Urbain VIII 
le fit cardinal , dérogeant , en cette circons- 
tance, au décret de Sixte Quint, statuant que 
deux frères ne devaient jamais porter la pourpre 
en même temps. Il devint successivement grand 
aumônier de France (mars 1632), doyen de 
Saint- Martin de Tours ( 13 juillet 1632 ), abbé 
de Saint-Victor de Marseille et de Saint-Étienne 
de Caen ( 1640 ), de la Chaise-Dieu ( 1642) et 
proviseur de Sorbonne après la mort de son frère. 
Chargé en 1635 par Louis XIII de négocier avec 
la cour de Rome pour mettre un terme à quel- 
ques différends, il s'acquitta de cette mission 
avec succès. Une maladie épidémique faisait 
alors dans 1e diocèse de Lyon de grands ra- 
vages ( 1638 ) : il n'hésita point à s'y rendre aus- 
sitôt, et se signala par son zèle et sa charité, en se 
dévouant ix)ur porter secours aux malades. Après 
la mort de Louis XIII le cardinal ne quitta plu^ 
Lyon que pour assister au conclave qui élut In 
nocent X ( 15 septembre 1644 ) et pour présidei 
l'assemblée générale du clergé de France ( 1645] 
à Paris, Attaché aux devoirs de son état, il s( 
mêla très-peu des intrigues de la cour ; auss 
doit-on regarder comme fort suspectes quelque: 
anecdotes rapportées à son sujet par Talleman 
des Réaux. Ce qu'on peut lui reprocher avei 
plus de vérité, c'est d'avoir quelquefois trop do 
cilement épousé les ressentiments de son frèn 
le ministre. La BibUothèque impériale possèdi 
de lui un recueil in-folio de ses lettres i 
Louis XIII et aux plus illustres personnages di 
la cour. H. F. 

Abbè de Pure, f^ie de Richelieu cardinal de Lyon, ci 
latin; Paris, 16B3, in-lS. — Gallia christiana, t. I et v 
— Du Tems, Le Clergé de France, t. IV. — Aubéri 
Dict. des cardinaux. 

RICHELIEU ( Louis-François-Armand m 
Plessis, duc oe), maréchal de France, né 1( 
13 mars 1696, à Paris, où il est mort, le 8 aoû 
1788. 11 était fils unique d'Armand-Jean Wi 
gnerod du Plessis, duc de Richelieu, né en 162i 
et mort le 10 mai 1715, et d'Anne-Marguerit* 
d'Acigiié, sa seconde femme. Son père (1) , am 
particulier et un des premiers protecteurs d( 
M^e de Maintenon, épousa en 1702, en troi 
sièmes noces, Marguerite-Thérèse Rouillé, veuvi 
de Jean-François, marquis de Noailles, don 

11) Né en 1G29, il mourut le 10 mal 1716, à l'âge di 
quatre-vingt-sU ans. De sa première femme, Anni 
Poussart, veuve du comte de Maronnes, 11 n'eut poin 
d'enfants. La seconde, qu'il avait épousée le so juille 
1684, lui donna un fils, qui fait le sujet de cette notice 
et trois filles : Marie-Catherine-Armaride, née le 2! 
juin 1685, mariée au comte de Clémont ; Èlisabeth-Mar- 
çucrite-Jrmande, née le 12 août 1686, prieure perpé- 
tuelle des bénédictins ; et Marie-Gabrielle-Élisabeth, vit 
le 27 Juin 1G89, abbesse du Trésor (diocèse de Rouen) 



tsi 



RICHELIEU 



222 



ille avait une fiHe unique. En s'épousant ils ar- 
ètèrent le mariage de leurs enfanls , dont ils 
tassèrent et signèrent le contrat en attendant 
[u'ils fussent en âge de le réaliser. 

Né en 1696 , mort en 1788, le maréchal de 
tîohelieu résume et personnifie le dix-huitième 
iècle. Il en eut au plus haut degré les qualités 
t les défauts, les grandeurs et les faiblesses, 
es hardiesses et les préjugés , les vices et les 
'ertus, si l'on peut donner ce titre à cette gé- 
iiérosité foncière et à ce sentiment de l'Iion- 
ipur qui en France survivent à toutes les 
orruptions. 11 fut essentiellement de son 
emps par la frivolité, le goût de l'intrigne, la 
lalanterie sans scrupules, l'immoralité sans 
emords, l'ignorance élégante, la superstitieuse 
incrédulité, et à travers tout, la belle humeur 
imperturbable et le courage railleur. Cette car- 
ière extraordinaire, véritable chef-d'œuvre de 
'indulgente destinée, s'ouvre aux derniers 
rayons de cettedécadence encore grandiose du 
uouvoir et de la gloire de Louis XIV, et elle 
'arrête aux premiers grondements de l'orage 
révolutionnaire. C'est lace qui rend cette longue 
ie, — que ne distinguèrent d'ailleurs, mal- 
gré quelques beaux moments , ni les grandes 
lensées ni les grandes actions, et qui dut son 
dat plutôt au reflet des événements qu'à leur 
lirection, — si curieuse et si intéressante à étu- 
lier. Par une rare bonne fortune , celui qui re- 
présente le mieux le dix-huitième siècle en fut le 
îernier survivant; Privilège unique, qui continue 
)ar l'indulgence de la postérité les faveurs de 
a fortune, et qui assure à Richelieu, cet en- 
ant gâté de la nature et de l'histoire, le bé- 
néfice de ce traditionnel engouement , plus du- 
■able parfois que la gloire, 
î Le duc de Richelieu fut ondoyé le 13 mars 
1696. Il était venu au monde au bout d'une gros- 
sesse de sept mois seulement, et cette naissance 
brématurée causa à ses parents des appréhensions 
[lue son robuste tempérament et sa longue vie 
(l'ont point justifiées. Dès le premier jour de son 
existence, il lutta contre la mort et fut enve- 
loppé et conservé dans une boîte de coton. 11 
est vrai de dire qu'il faillit succomber, et fut 
iTiême abandonné des médecins ; mais cette pre- 
OQière maladie fut en même temps la dernière. 
H fut baptisé en 1699, et tenu sur les fonts par 
e roi et la duchesse de Bourgogne. M""* de Main- 
tenon, qui avait des obligations au duc son père, 
Bt qui étant M^eScarrou allait souvent chez lui, 
« ce qui fit même un peu parler contre elle dans 
île temps », était bien aise de servir le fils de son 
[ancien protecteur (1). Son baptême se fit avec 
[éclat. « Son éducation fut assez négligée ; son 
ipère, peu instruit, qui s'était toujours livré à ses 
[plaisirs et qui était vieux, ne put veiller à son 
[instruction; elle fut confiée sans surveillance aux 
[soins d'un gouverneur qui n'avait point les qua- 

(i| Voir les souvenirs de M™» de Caylus, 



lités nécessaires pour le bien élever. D'ailleurs, 
l'enfant ét^t volontaire et aimait mieux jouer 
qu'étudier, en quoi il fut secondé par son gouver- 
neur, qui, voulant conserver sa place, vantait 
toujours les progrès de son élève^quoiqu'ii en fit 
fort peu (1). » Il fut présenté en 1710 à la conr 
et accueilli par le roi, avec une bienveillance par- 
ticulière. Une lettre de Mme <Je Maintenon à son 
père donne la mcsuredusuccèsdecedébut, auquel 
elle s'intéressait vivement. « Je suis ravie, mon 
cher duc, d'avoir à vous dire que M. le duc de 
Fronsac réussit très-bien à Marly. Jamais jeune 
homme n'est entré plus agréablement dans le 
monde : il plaît au roi et à toute la cour, il fait 
bien tout ce qu'il fait ; il danse très-bien , il 
joue honnêtement; il est à cheval à merveille, il 
est poli; il n'est point timide, il n'est point 
hardi, mais respectueux ; il raille, il est de très- 
bonne conversation ; enfin, rien ne lui manque, 
et je ne lui ai pas encore vu donner un blâme... 
Madame la duchesse de Bourgogne a une 
grande attention pour monsieur votre fils. » 
Pour couper court à des succès qu'encourageait 
par trop un si haut exemple, on résolut de ma- 
rier Richelieu. 11 dut donc se résigner, non sans 
protester contre ce remède prématuré, à épou- 
ser, le 12 février 1711, Anne-Catherine de 
Noailles (2). Le moyen qu'on avait employé 
pour contenir les entraînements d'une âme et 
d'un tempérament de feu ne firent, comme ii 
arrive trop souvent, qu'attiser la flamme. Ri- 
chelieu, dès les premiers jours d'une union 
qu'il n'avait même pas voulu consommer, se 
jeta dans les plaisirs et les excès de son âge avec 
toute l'ardeur que porte au fruit défendu la li- 
berté reconquise. Il" jouait et perdait beaucoup ; 
il irritait son père, il narguait les caresses et les 
larmes de la jeune épouse, qui l'adorait inutile- 
ment. Une lettre de M^e de Maintenon, du 5 mars 
1711, nous la montre quelque peu revenue de ses 
illusions. « M. le duc de Fronsac sort de ma 
chambre,pénétré de douleur de ce qu'il a fait et 
de vous avoir fâché... Il m'assure qu'il n'a joué 
qu'une fois sur sa parole et qu'il n'a fait qu'un 
seul voyage de mille louis ; il m'a donné sa pa- 
role plusieurs fois de ne jamais jouer qu'argent 
comptant et à de petits jeux. Il m'a parlé avec 
tout l'esprit possible et m'a montré des senti- 
ments dont on doit tout espérer, s'ils sont sin- 
cères. » Ces bonnes résolutions ne tinrent pas 
longtemps contre les irrésistibles coquetteries de 
l'aimable duchesse de Bourgogne et contre les 
occasions que multipliait trop facilement ce rôle 
d'enfant prodige, d'enfant gâté qu'on avait laissé 



( I) Mémoires du maréchal de Bichelieu { par Soula- 
vle), édlUon Barrière, t. I, p. 2. 

(2) Belle-fille de son père. Elle était plus âgée que 
lui, manquait d'attraits et, selon nichelieu, avait le carac- 
tère revêche. Saint-Simon, au contraire, en fait l'éloge 
en enregistrant sa mort, arrivée prématurément en 
1716. « Elle était de rertu, d'esprit et de beaucoup de 
mérite, que le bel air de son mari n'avait pas rendue 
tieureuse. » 



223 



RICHELIEU 



224) 



prendre à la cour au jeune Fronsac. Tous ces 
badinages paraissaient sans conséquence vis-à-vis 
d'un étourdi contre lequel on était défendu à la 
fois par sa légèreté, son mariage et le rang. Cette 
sécurité trop complaisante parut sans doute of- 
frir quelques dangers au roi , fort attentif aux 
plus secrets détails de la conduite des membres 
de sa famille, et à M™^ de Maintenon, qui faisait 
surveiller Richelieu par le courtisan Cavoye, 
devenu dévot. Le caractère de la jeune et es- 
piègle duchesse de Bourgogne, si l'on en croit 
les indiscrétions de Saint-Simon et de Madame, 
n'était pas fait pour démentir des bruits que ses 
imprudences autorisaient assez, à défaut de sa 
conduite. Richeheu, à ce qu'il paraît, avait laissé 
tomber un portrait en miniature qui trahissait trop 
d'espérances, sinon trop de souvenirs. Le vieux 
duc son père, encore plus courtisan que débauché, 
fut le premier à appeler sur lui les éclats de la 
colère royale. La foudre éclata à la suite d'un 
petit comité tenu entre Louis XIY et Mme de 
Maintenon. La première atteinte en fut néan- 
moins assez bénigne, car on se borna à mettre 
à la Bastille Richelieu, qui le 22 avril 1711 alla, 
sous bonne escorte, y méditer sur l'inconvénient 
qu'il y a à négliger sa femme pour s'attaquer aux 
princesses. 

Nous devons dire immédiatement, comme 
conclusion de ce premier épisbde d'une vie si 
aventureuse et si romanesque, que, du propre 
aveu de Richelieu lui-même, il n'y eut rien dans 
son commerce avec l'aimable princesse que de 
très-innocent, et que la crainte et la colère purent 
seules motiver une mesure dont la rigueur fut 
plus prévoyante que nécessaire. Nous nous plai- 
sons à ajouter ce témoignage à ceux que la vi- 
comtesse deNoailles(l) a accumulés avec un zèle 
si délicat à la décharge de la duchesse de Bour- 
gogne. Le duc de Lévis, dans ses Souvenirs et 
Portraits, confirme, pour les lui avoir entendu 
répéter, ces aveux du maréchal. Nous aurons 
trop peu d'occasions de vanter sa discrétion et sa 
modestie pour lui épargner cet éloge. 

Richelieu ne fut pas enfermé seul à la Bas- 
tille. On lui donna pour compagnon de sa cap- 
tivité un vertueux ecclésiastique , l'abbé de Saint- 
Remy , qui consentit à la partager pour en 
adoucir et en féconder la leçon. Richelieu lui 
dut l'achèvement de cette éducation classique 
si incomplètement ébauchée, et dont son ortho- 
graphe, par exemple, devait toute sa vie ac- 
cuser les lacunes. Il s'occupa, avec le bon abbé, 
durant les longs loisirs de la prison, d'une tra- 
«luction de Virgile, que son précepteur publia. 
Un jour, son compagnon de prison fil subitement 
place à une compagne, qui n'était autre que M"e de 
Fronsac elle-même. On l'avait envoyée, non sans 
quelque malice, triompher d'une résistance qui 
ne semblait plus possible dans des conditions si 
inégales, et consommer, par le pouvoir de ses 

(1) Mélanges de liUdrature et d'histoire oublies par 
la Société des Hibliophilcs {\%r.<i). 



charmes, une conversion quel'abbé deSaint-Remy 
n'avançait pas assez au gré de la famille et du roi. - 
« Il n'y a pas d'autre exemple, en France ou ail- 1 
leurs, ne peut s'empêcher dédire leducdeLevis, 
qu'uneprisond'État ait servi à redresscrde sem- 
blables torts, et il est inconcevable qu'un aussii 
grand prince que Louis XiV n'ait pas dédaignéi 
d'inlerposer son autorité dans des querelles de 
ménage. » Quoi qu'il en soit, on amenait M™e de 
Richelieu une fois par semaine à la Bastille, et le 
gouverneur avait ordre de n'accorder quelque 
adoucissement à son prisonnier qu'autant que 
sa femme se montrait satisfaite de l'accueil con-i 
jugal qu'elle recevait de lui. Richelieu se mita àé\ 
tester tout de bon une épouse qui de légitime deJ 
venait forcée. Il ne lui pardonna jamais d'avoij 
par sa présence aggravé son supplice, et à peine 
libre il lui témoigna ses mépris non plusenhommf 
qui s'ennuie, mais en homme qui se venge. S'i 
fallait l'en croire, elle-même finit par mériter s; 
haine d'une façon plus sérieuse et par justifia 
ses infidélités en les imitant (1). 

Grâce à l'obstination d'une résistance si \m 
prévue, Richelieu demeura quatorze mois à I; 
Bastille, et il etlt peut-être payé plus cher encor 
l'affront de sa victoire, si cette détention san 
proportion avec ses motifs n'eût soulevé à V 
cour et à la ville, surtout parmi les femmes, de 
murmures d'indignation et de pitié, dont le rc ' 
jugea bon de prévenir l'explosion en en faisan 
cesser la cause. Richelieu sortit donc de la Bas 
tille, mais il fut envoyé en qualité de mousquf 
taire en Flandre, sous les ordres du maréchal d 
Villars. Richelieu, queVillars avait pris en affe( 
tien et qui ne le quittait pas, se distingua à se 
côtés par un sang-froid et un courage qui n'é 
talent point sans mérite, car Villars, à la fois g( 
néral et soldat, ne se ménageait pas, et se porta 
sans hésiter aux points les plus dangereux. G 
put s'en convaincre au siège meurtrier de Fri 
bourg, où Richelieu fut blessé à la tête d'un cou 
de pierre dont il porta les marques !e reste de s( 
jours, et où le maréchal le fut aux hanches, près 
que dans le même temps. Richelieu fut chargé pf 
Villars de porter au roi la nouvelle de la rec 
dition des forts et de la place. Par la nettei 
et l'entrain de son récit et par la précision c 
ses réponses, il enchanta son sévère interlocuteu 
qui le récompensa par ces flatteuses paroles 
s'il faut en croire ses Mémoires : « L'appare 
de votre blessure efface la honte de la lettre c 
cachet que je signai contre vous. Comporte; 
vous bien, car je vous crois destiné à de grandi 
choses. » 

Richelieu, quand la fin prévue et prochaine c 
Louis XIV permit aux divers partis de se fonne 
semble avoir gardé au milieu de ces rivaliti 
une réserve qui n'est habile que lorsqu'elle fa 
un choix et le fait à propos. Par ses mœurs, s( . 
prodigalités, son goût des plaisirs il semblait de j 



(1) flJemoircs de Itichelicu 
privée, etc. (par Faur). 



1 par Soulavie |. — P 



225 



RICHELIKU 



226 



tiné à grossir le groupe des roués , qui ne pou- 
vait rien attendre que du duc d Orléans. Mais 
18 souvenir du patronage bienveillant de M"* de 
Maintenon , le brillant et séduisant accueil de 
Sceaux, et peut-être tout simplement cet esprit 
de contradiction, l'attirèrent dans le parti de la 
duchesse du Maine, auquel il ne donna néan- 
moins des gages décisifs de dévouement que plus 
fard, et lors même qu'il était trop tard. Le régent 
n'aimail point Richelieu, dont il redoutait les 
malices. M'ne la duchesse douairière, l'impétueuse 
l'rincesse palatine, le détestait bien plus cordia- 
lement encore. Bientôt des ressentiments dont 
Hichelieu se plut à multiplier les causes enve- 
nimèrent sa disgrâce, qui Ait consommée lors- 
qu'il annonça l'intention de la mériter et de s'en 
I venger à la fois, en enlevant successivement au 
régent ses filles et ses maltresses. C'est ainsi 
qu'on le vit abandonner ou feindre d'aban- 
donner, pour se consacrer tout entier à made- 
moiselle de Valois, la belle et spirituelle Cha» 
rolais. Cette passion, qui semble avoir eu plutôt 
chez lui son siège dans la tête que dans le cœur, 
fut du côté de la jeune princesse, sincère, ar- 
dente, exaltée. Un pareil sentiment méritait un 
plus digne objet, car Richelieu, non content d'ex- 
! poser plus d'une fois les deux belles princes- 
ses (1), à des conflits dont quelques-uns firent 
'amusement de la cour, leur donnait chaque jour 
dans les conquêtes les plus mêlées, bourgeoises, 
i actrices ou duchesses, les rivales les plus inat- 
I tendues. 

On avait prêté au jeune duc des propos lé- 
gers, envenimés à dessein , sur une dame qu'il 
devint bientôt difficile de compromettre, tant elle 
mit de bonne volonté à s'afficher. Son mari, le 
comte de Gacé, chercha querelle à Richelieu au 
milieu du bal de l'Opéra. Après a voir échangé quel- 
ques paroles piquantes, les deux adversaires se 
levèrent, sortirent, et dès le milieu de la rue 
Saint-Thomas du Louvre, se mirent à vider 
l'épée à la main leur différend. Richelieu blessa 
Gacé légèrement. Gacé, supérieur en force et en 
âge, lui passa l'épée au travers du corps, sans 
I offenser les entrailles. Cette affaire se passa le 
1 17 février 1716, en présence d'un grand con- 
cours d'assistants, ce qui obligea !e parlement 
d'évoquer le procès. Par ordre du régent, les 
I deux combattants furent mis à la Bastille, où ils 
reçurent la visite de toute la cour. Ils y de- 
meurèrent six mois, au bout desquels il y eut 
i un arrêt de plus ample informé pendant trois 
mois, et cependant mise en liberté. Le 21 août 
1716 Richelieu sortit de la Bastille, après avoir 
vu et embrassé Gacé et avoir dîné avec lui chez 
' le gouverneur. Son duel et sa captivité avaient 
' plus que jamais exalté l'amour de la belle 
i Charolais , qui trouva moyen de le voir, dé- 
! guisée, dans son cachot, dévouement dont il ne 
f méritait guère les excès, car les premiers liom- 

il) Voir les SIémoires de Besenval, éd. Barrière, p. 32. 
I HOCT. BtOCR. CÉNÉri. — T. XLI. 



mages de sa liberté furent pour mademoiselle 
de Valois. Celle-ci s'abandonna à des senti- 
ments qu'elle éprouvait avant de les inspirer, 
avec une imprudence qui les rendit publies et 
qui provoqua à un haut degré l'indignation de 
Madame et le mécontentement du régent. Pour 
faire une diversion qui fût en même temps une 
vengeance, Richelieu imagina d'enlever la Souris, 
belle danseuse de l'Opéra, qui avait pour le mo- 
ment les préférences du duc d'Orléans. Celui-ci 
prit le parti de rire d'une insulte qui n'attaquait 
que ses vices, et montra la même tolérance àl'é- 
gard des usurpations commises à son préjudice 
auprès de Mmes d'Averne, de Parabère et de bien 
d'autres. Bientôt une aventure extraordinaire, le 
fameux duel au bois de Boulogne entre M^es de. 
Nesie et de Polignac (l), vint mettre le comble 
à sa galante célébrité. Richelieu devint en ce mo- 
ment l'objet d'un engouement dont rien ne peut 
donner l'idée, pas même ses indiscrétions. Il 
changea les formes de la pudeur et déplaça les 
mobiles de l'amour-propre, puisque les femmes 
le mirent non à être victorieuses, mais à être 
vaincues par lui, et se rendirent sans coup férir 
à un homme auquel il était de mode de ne point 
résister. 

La conspiration de Cellamare, dans laquelle, 
mécontent du régent, qui affectait à son égard 
une indifférence plus blessante que la haine, 
Richelieu prit un parti qui témoigne à la fois 
de sa légèreté et de son ambition, éclata sur ces 
entrefaites. La culpabilité de Richelieu en cette 
affaire est irréfutablement démontrée (2) ; elle 
allait jusqu'à la trahison , puisqu'il offrait à 
l'Espagne son régiment et Rayonne (3). Qu'es- 
pérait-il pour oublier ainsi son devoir le plus 
sacré, celui de la fidélité qui avait fait par le 
cardinal la grandeur de sa race.' Est-ce pour 
le commandement des gardes françaises, pour 
un gouvernement, ou simplement pour se faci- 
liter un mariage qu'il rêvait (étant devenu veuf 
dès les premiers temps de la régence ) avec 
M'ie de Charolais et qui l'eût allié à la maison de 
Bourbon ? Heureusement pour lui, son sort était 
entre les mains de Dubois et du régent, qui tou» 
deux étaient enclins à la clémence, l'un par sys- 
tème, l'autre par caractère. D'ailleurs son intrigue 
était plutôt une échauffourée personnelle, uncoup^ 
de tête irréfléchi qu'un complot; car, au témoi- 
gnage de fous les contemporains, elle était 
isolée et sans relation avec la véritable cons- 

(1) Madame; qui voudrait enlever à Richelieu non- 
scuietuent ses moindres mérites, mais ses moindres suc- 
cès, fait honneur de cette singulière rencontre à M. Ce 
Soubise. — D'autres ont dit d'AlIncourt. Il est incontes- 
table que Richelieu en fut le héros. 

(2) roy Siiinl-Slmon, édition ln-1!, Hachette, t. XI, 
p. 107. — Mém. de d' Argenson, éd. Ratbery, p. 24, et l.e- 
montey, Hist. de la régence, t. 1, 2S1. Foy. aussi Duclos. 

(3) Richelieu avait été chargé, le 26 février I717, 
d'aller porter le cordon de l'ordre du Saint-Esprit au 
prince des Asturlcs, fils de l'hilippe V. Cette mission, on 
ne sait pourquoi, fut contremandée. Elle fut néanmoins 
l'occasion de ces relations avecCeliaraare etrAlberoni.qui 
devaient lui être funestes. 

8 



227 RICHELIEU 

piration dont Sceaux était le rendez-vous et le i avait obtenu d'aller faire une 



225. 



théâtre (1). Par tous ces motifs l'affaire de | 
Richelieu, qui aurait pu être très-grave, le de- \ 
vint beaucoup moins, et il ne tanla pas à res- j 
sentir les effets de cette indulgence dont le ré- 
gent semblait avoir fait sa vengeance et qu'il 
exprimait ironiquement en disant qu'il avait 
entre les mains de quoi faire couper au duc de 
Richelieu quatre (êtes, s'il en avait une. Le 
29 mars 17 i9, il fut conduit, sous l'escorte de 
douze archers, à la Bastille, où il fut d'abord res- 
serré assez étroitement et interrogé par Le Blanc 
etd'Argenson.Onlui accorda bientôt, pour char- 
mer les ennuis de sa captivité, des livres, un 
trictrac et une basse de viole, qu'il demanda. Il 
dut des consolations d'un autre genre au dévoue- 
ment ingénieux de M'ie de Charolais et de 
Mlle de Valois, auxquelles le danger de leur 
infidèle fit faire cause commune. A son tour, 
Mlle de Valois s'institua, en dépit des gardes et 
des verrous, la compagne et la consolatrice de 
son amant. Il n'y a pas à s'étonner de ces té- 
moignages vraiment extraordinaires de cou- 
rage et de Odélité donnés par deux princesses 
qui eussent tout perdu à un éclat, quand on voit 
cet engouement partagé par toutes les femmes, 
et Richelieu, objet de tant de sollicitudes flat- 
teuses, « se promener sur la terrasse frisé et paré 
et toutes les dames se tenant dans la rue pour 
voir cette belle image (2) ». 

Ce n'est qu'au bout de six mois que le ré- 
gent parut se rendre aux prières de sa fille, 
aux bouderies de MUe de Charolais et aux ins- 
tances du cardinal de Noailles, auquel Richelieu 
avait persuadé qu'il payerait de la vie, étant déjà 
dangereusement malade, une plus longue déten- 
tion. Le régent se laissa fléchir, mais non au prix 
infâme que supposent calomnieusement les Mé- 
moires de Richelieu (par Soulavie), qui mêlent 
tant de faux à un peu devrai. L'unique condition 
de cet élargissement, s'il y en eut, paraît avoir 
été le consentement par MUe de Valois à épouser 
le fils du duc deModène. Pendant ce temps Riche- 
lieu était exilé à Conflans, et de là à Richelieu, 
d'où il ne lui fut possible de revenir que pour 
assister au départde celle qui s'immolait pour lui. 
Avec ces adieux se terminèrent des relations 
que Soulavie prétend s'être prolongées romanes- 
quement jusqu'à Modène même, sous un dégui- 
sement. Il est plus croyable, comme l'affirme 
Besenval, qu'une cruelle expérience dessilla 
enfin les yeux de la princesse abusée, qui aima 
mieux se soumettre à des devoirs pénibles , 
mais honorables, que s'exposer plus longtemps 
à des déceptions trop multipliées. Richelieu 



pause à Saint- 
Germain, où il avait une maison, puis d'y de- 
meurer, ai>rès d'être à Paris sans voir le roi ni 
le régent. Au bout de trois mois, il eut permis- 
sion de les saluer, et tout fut bientôt oublié (1) ». 
« Il se montra bientôt, dit Duclos, avec un 
vernis d'importance que lui donnait une prison 
pour affaire d'État, et l'air brillant d'un jeune 
homme qui doit sa liberté à l'amour (2). » 

L'Académie française devait saisir la première 
occasion d'appeler dans son sein le descendant du 
grand homme qui l'avait fondée. Le jeudi 12 dé- 
cembre 1720 le jeune duc deRichelieu fut reçu, en 
remplacement du marquis de Dangeau. « L'abbé 
Gédoyn lui fit le compliment, et le loua sur ceque 
dans ces temps-ci il n'avait point oublié son rang 
et sa qualité pour ne songer qu'à faire des gains 
sordides (3). » Richelieu en effet, soit insou- 
ciance naturelle, soit qu'il fût absorbé par l'a- 
mour, l'ambition et leurs conséquences, était 
du petit nombre des grands seigneurs qui avaient 
gardé leur nom pur des hontes de l'agiotage. 
Pour lui, il débita avec un grand succès un dis- 
cours dont la plume officieuse de Fontenelle, de 
Destouches et de Campistron lui avait fourni 
divers modèles. Il prit dans chacun de ces pro- 
jets ee qu'il y trouva de meilleur, en réduisit 
les savantes élégances qui l'eussent trahi, aune 
précision simple et naturelle, et put donner 
ainsi cet ouvrage d'autrui comme son propre 
ouvrage. Son travail autographe a été conservé, 
et Soulavie, qui l'a eu sous les yeux, en établil 
l'authenticité par de nombreuses fautes d'ortho- 
graphe (4). 

Richelieu fut reçu pair au parlement pour h 
duché de Richelieu le 6 mars 1721. « Le dm 
de Richelieu, âgé de vingt-cinq ans, dit le journa 
de Matthieu Marais, entra au parlement. I 
avait tout son habit, le manteau et les chaussei 
d'une étoffe d'or très-riche, et qui coûtait deu) 
cent soixante francs l'aune. Il ressemblait à l'A- 
mour. » Richelieu devait être leçu une .secondi 
fois au parlement pour son duché de Fronsac, ei 
1723. Les deux dernières années de la régenci 
s'écoulèrent pour lui sans incidents sérieux. I 
les consacra exclusivement aux plaisirs et ai 
manège d'une bouderie qui singeait la disgrâce 
Cette période frivole de sa vie n'offre d'intérê 
que pour le chroniqueur, peut-être pour le mo 
raliste, mais surtout le romancier. Nous ne trou 
vons à y signaler qu'un duel avec M. le duc d 
Bourbon, à l'occasion de Mii« de Charolais, e 
qui est raconté par Barbier (5). 

Sous ia régence de M. le Duc, Richelieu 
dont l'apparente indifférence cachait beaucou] 



(1) Mémoires de M"'" de Staal ( OEuvres ), t. I, p. 246, j 
Mad:iiiie, t. 11, 103, et jVe'motrÉ's de Duclos [OF.mres), : 
1. V, p. 3S7. I 

(2) Madame, t. Il, p. 112. — Richelieu déploya du reste 
(liiijnt ses Interrogatoires et sa captivité, qui (ut d'à- j 
Ijord très-sévère et de formes peu rassurantes, une pre- | 
,.cncf d'esprit et une fermeté auxquelles M-»» de Staal et i micicn honoraire. 
dArgensonrendent un juste hommage. ' (5) «arbicr, 1. 1, p. 



(1) S.ilnt-Simon, éd. in-12, t. XI, 152. 

(2) Duclos, OEuvres, t. V ; Mémoires, p. W. 

(3) Barbier, I. 90. 

(4) lin 1731 l'Académie dcs.sciences mit le comble au 
honneurs littéraires de Richelieu en le nommant acsdé 



229 

(Vambilion, fait partie du Rronpc intime de ces 
derniers roués qui attendaient d'un sourire de 
madame de Prie l'heure de la faveur. Il parvient 
enfin à être employé, tout en paraissant n'y point 
tenir Le voilà tout d'un coup, sans rivalité, 
presque sans jalousie, ambassadeur à Vienne 
( 1723 ) dans des circonstances assez difficiles 
pour qu'il semble n'eu pouvoir revenir qu'o- 
dieux ou ridicule. 

L'ambassade de Vienne marque dans la vie 
morale de Richelieu le passage de l'amour à 
l'ambition. Désormais ces deux passions se 
partageront sa physionomie. L'empreinte de 
l'ambition y domine même toutes les autres, 
car depuis 1724 la galanterie, qui semblait être 
un but pour lui, ne sera plus qu'on moyen. 

J! y aurait un curieux récit à faire de cette 
ambassade, dont le but était de neutraliser les 
tentatives rancunières de l'Espagne, à laquelle 
on venait d'infliger l'affront du renvoi de l'in- 
l faute, et de tourner au profit de la politique 
française les efforts de la cour rivale, qui, sa- 
crifiant ses intérêts à sa vengeance, achetait 
sans hésiter, au prix d'un accommodement hu- 
miliant et onéreux, i'hostiHté de l'Autriche. Ses 
ennemis durent être bien marris et ses amis bien 
étonnés.quand ils apprirent que Richelieu, d'abord 
retenu aux portes de Vienne, et auquel des répu- 
gnances toutes-puissantes marchandaient son en- 
itrée, avait reçu cette audience tant disputée, s'y 
était rendu le 7 novembre 1725 avec un cortège 
qui éclipsait tous les précédents et donnait à une 
faveur ordinaire toute l'apparence d'une victoire, 
avait acquis par la prodigue hospitalité de ses 
fêtes une popularité qui imposait son influence, 
avait par un éclat calculé, forcé le duc de Rip- 
perda, son pusillanime et insolent antagoniste, à 
lui céder le pas et à repartir humilié pour l'Es- 
pagne, enfin avait successivement emporté, par 
un séduisant mélange de modestie et de hauteur, 
de ruse et de force, la promesse de la neutralité 
de l'Empire , sa coopération à un traité de ré- 
conciliation avec l'Espagne et l'espérance d'un 
ichapean pour l'évêque de Fréjus, devenu pre- 
mier ministre. Richelieu fut heureux jusqu'au 
|bout, même dans ses fautes. Cédant à son goût 
pour le merveilleux, il s'était gravement com- 
I promis, avec l'abbé de Zinzendorff et le comte 
de Vestcrloo, dans une aventure de sorcellerie, 
rendue tragique par la mort d'un des acteurs. 
iMais il parvint à dominer la fâcheuse impression 
causée par cette affaire et à rentrer en France 
pour y jouir, dans une brillante impunité, des 
bénélices de son succès. Cette intéressante et 
[romanesque ambassade de Vienne, dont il faut 
lire les détails dans les Mémoires de Maure- 
pas (1), ceux de Duclos (2), et surtout dans le 
récit de Lemontey ' (3) , valut au négociateur 

(1) Mémoires de Maurepas, t. IV, p. 5. 

(2) Duclos, OEuvres, t. vr, 268. 

I f;i) Histoire de la régence, t. Il, cli. xviir, p. 229. - 
t V ;ir aussi Barbier, II, 9. 



IIICHELIEU 230 

triomphant le cordon bleu, auquel il fut promu 
par dispense d'âge, le l""" janvier 1728. 

Ses prodigalités de Vienne avaient fort ébranlé 
sa fortune, et il avait eu de ces moments 
de gêne où il n'avait pu refuser le rouleau de 
louis que lui envoyait une de ses maîtresses. 
Voltaire lui-même, depuis si longtemps son 
ami , n'avait pu éviter de devenir son créan- 
cier. Les conseils de M™e de Tencin, un mo- 
ment sa maîtresse et toujours son Égérie, ne lui 
fournissaient que des moyens d'avancement qui 
n'aboutissaient pas. A la cour de Louis XV, de- 
puis 1732, date de ses premières infidélités avé- 
rées, on ne faisait fortune que par les femmes. 
Donner au roi une maîtresse allait devenir, au 
détriment de services plus honorables, l'unique 
mais infaillible moyen de parvenir. Or par une 
fantaisie qui ne s'explique que par le désir de 
profiter seul d'une complaisance non partagée, 
Richelieu, au lieu de s'associer aux efforts de 
l'habile intrigante pour faire en même temps la 
fortune de M"°e de Mailly et la sienne, s'était 
avisé de contrecarrer le plan et d'essayer, sans 
succès, de fixer le choix du roi sur une M™e Por- 
tail, bientôt congédiée. 

Richelieu se tourna tout désappointé du côté 
de la guerre, et se décida à faire campagne en 
qualité de simple colonel du régiment qui portait 
son nom (octobre 1733). Le 7 avril 1734 il épou- 
sait Marie-Éiisabeth-Sophie de Lorraine, seconde 
fille du prince de Guise. C'était une femme accom- 
plie. Elle eût même été belle pour tout autre que 
son mari. Elle l'aimait passionnément. Elle mou- 
rut dans ses bras, le 2 août 1740, sans jamais 
s'être vengée, comme sa première femme, de se.s 
nombreuses infidélités autrement que par d'ingé- 
nieuses plaisanteries. Ce brillant mariage ne 
plaisait point à tout le monde, surtoutaux princes 
de Lorraine , parents de M™e de Richelieu, qui 
faisaient fort peu de cas du caractère de leur 
nouveau cousin et encore moins de sa noblesse. 
Cette noblesse pouvait pat aître mince, en com- 
paraison de la leur, et elle avait été, durant la 
régence, fort attaquée dans les pamphlets parle- 
mentaires. Ce fut là l'occasion d'un duel entre 
Richelieu et le piince de Lixin, auquel il coûta 
la vie (1) (2 juin 1734). Richelieu ne quitta pas 
Tarmée sans avoir rougi de son sang cette tran- 
chée qui avait été le théâtre du combat. Cette 
affaire, où il avait du reste été provoqué, ne le 
fit point disgracier, et ajouta à cette réputation 
de bravoure et de galanterie qui le rendait éga- 
lement redoutable aux hommes et aux femmes. 
Richelieu fut fait dans l'année 1738 maréchal 
de camp (2) et lieutenant général du roi en Lan- 
guedoc. C'est en 1739 qu'il tua en duel M. de 
Pentenrieder, Allemand dont il n'avait pas eu à 
se louer pendant son ambassade de Vienne. 



(1) Barbier, H, 464. 

(2) Il avait été fait brigadier en 1734, à la .suite d'un.": 
campagne soiisics ordres du maréchal de Berwick, où il 
s'était distingué, ootamoientau siège de KehI. 

8. 



î^31 RICHELIEU 

Moins heureux dans ce combat acharné, dont une 
rivalité galante avait été le prétexte, et qui eut 
lieu deirière les Invalides, il fut traversé de 
part en part, et cette blessure, qui le fit longtemps 
souffrir, sembla compromettre à jamais une 
santé dont il abusait de toutes les manières. 
C'est à ce moment que Voltaire vint lui offrir de 
placer chez lui 40,000 livres en viager, en lui 
disant qu'il n'aurait pas à lui en servir longtemps 
les intérêts. La scène dut être bonne enîre ces 
deux moribonds, qui se complaignaient sans rire 
et dont l'un mourut à quatre-vingt-quatre et 
l'autre à quatre-vingt-douze ans. Du reste, la 
mort de son beau-père le prince de Guise (1739) 
ne tarda point à rendre inutile le renouvelle- 
ment de semblables emprunts, carie défunt était 
riche, et sa succession, qui valut à Richelieu près 
de 00,000 livres de rente, ferma les brèches 
qu'il avait faites à sa fortune , aussi compromise 
par ses mariages que par ses amours. 

Bientôt nous voyons Richelieu, libre de tout 
autre soin et de tout autre devoir que de plaire 
au roi, gagner peu à peu la confiance de ce piince 
et être admis aux honneurs de l'intimité. 11 mina 
sourdement la faveur de M'"e deMailly.Mmedela 
ïournelle succéda à sa sœur dans cette royale fa- 
veur (1743)qui devait successivement flétrir quatre 
des filles du marquis de Nesle. Richelieu eut la plus 
grande part à cet avènement. C'estlui qui travailla 
à vaincre chez le roi l'insurmontable timidité des 
premières approches. C'est lui qui fit entendre à 
son neveu, le beau d'Agénois, plus tard le duc 
d'Aiguillon, premier amant de la dame, qu'il n'y 
avait point d'honneur ni de profit à demeurer 
le rival d'un roi, et qui calma à la fois ses scru- 
pules et ses regrets. Lié d'intrigue avec toutes 
les jolies femmes de la cour, soutenu par M™e de 
Tencin, Mme de Brancas, Richelieu sut ainsi se 
rendre à la fois indispensable et agréable au roi. 
Puis par le mariage d'une sœur de la favorite 
avec le duc de Lauraguais, mariage auquel il 
eut trop de part pour qu'on n'en suspecte point 
les motifs, il prépara les chances d'une survi- 
vance dont il se ménageait les avantages. 

Richelieu ne négligeait pas les moyens, plus 
nobles et plus solides, d'avancement. Il avait dé- 
ployé dans son gouvernement du Languedoc des 
qualités inattendues, s'y montrant à la fois digne 
et souple, conciliant et ferme. Au commencement 
de la sanglante guerre de 1741 , il fut assez habile 
pour déterminer les états de Languedoc, dont 
ses démêlés triomphants avec l'archevêque de 
Narbonne et~ le parlement lui avaient fait do- 
miner les délibérations, à offrir au roi un régi- 
ment tout entier, équipé et entretenu à leurs 
frais. Le roi, flatté de cette prévenance, nomma 
son fils le duc de Fronsac (1), à peine âgé de 



232 



(1) Le duc de Richelieu avait eu deiiv cnfjnts de son 
second mariage, avec M"" de Guise ; le duc de Fronsac, 
qui épousa successivement M"* de Hautcfort et M'Ie de 
(Jalifet, et une fille, la blonde, belle et splrilucUe com- 
tesse U'Egmont. 



neuf ans, colonel de ce beau régiment de Septi- 
manie, et le 4 février 1744 il donna au père la 
charge de premier gentilhomme de la chambre, 
vacante par la m&rt du jeune duc de Roche- 
cliouart. entraîné par son caractère et son cou- 
rage vers les honneurs et les dangers de la gloire 
militaire, Riclielieu voulut faire partager au roi 
cette noble ambition. Le roi céda à ces conseils, et 
partitle 3mai 1744. Richelieu, qui l'accompagnait 
en qualité d'aide de camp, reçut dans sa promo- 
tion au grade de lieutenant général ( 2 mai 1744) 
la récompense d'une valeur dont il avait à la ba- 
taille de Dettingen (1743) donné des preuves ap- 
plaudies de toute l'armée. Cette belle campagne, 
ouverte sous de si brillants auspices, fut trop tôt 
assombrie par cette maladie de Metz, qui fut un 
moment l'anxiété de toute la France. Richelieu 
se distingua par un sang-froid et une audace qui 
révélaient l'homme habitué de bonne heure • 
à jouer avec la fortune. Profitant de son privi- 
lège de gentilhomme de la chambre, qui lui i 
donnait la direction absolue du domestique du i 
roi, il s'attacha à son chevet, où se trouvaient i 
aussi mesdames de Chàteauroux et de Lauraguais. 
Pendant plusieurs jours il éloigna de la chambre 
royale les grands officiers et même les princes 
du sang, cherchant à rassurer le malade ainsi ^ 
que ses intimes et à retarder l'interventiou du < 
clergé, qui devait amener le renvoi des favoi'ites. . 
Enfin le roi, reconnaissant le danger, réclama i 
lui-même l'assistance de son confesseur, puis» 
ordonna le départ des deux sœurs, et fut ad-> 
ministre. Alors Richelieu reçut du ministre d'Ar-- 
genson l'avis, semblable à un ordre, de quitter r 
Metz. Il crut devoir ne pas obéir, en appelant I 
tacitement de la faiblesse de Louis XV mourant I 
à la justice de Louis XV guéri. Cette audace, qui i 
aurait pu le perdre, lui réussit. Il reprit bientôt 
tout son ascendant sur le roi, contribua puissam- 
ment au rappel de la duchesse de Chàteauroux, 
et allait profiter, pour son élévation, des im- 
pitoyables repri'sailles de la favorite, redevenue 
triomphante, quand une moit imprévue, qu'il 
s'obstina âne pas croire naturelle, rendit le pou- 
voir à Maurepas et à d'Argenson , qui n'atten- 
daient que leur congé. Ce fut à lui de prendre 
le sien et d'aller réparer à l'armée les échecs de 
la cour. 

La campagne de 1745 marque aussi l'apogée de 
la fortune et des seivices de Richelieu. Le gain 
de la bataille de Fontenoy, attribué traditionnelle- 
ment au génie du maréchal de Saxe, lui revient 
en partie. C'estlui qui profitant, assez rapidement 
pour la faire croire sienne, d'une inspiration 
lieuieuse du comte de Lally, courut la commu- 
niquer à Louis XV, et le décida à employer pour 
enfoncer la colonne anglaise, qui avait déjà 
rompu nos lignes d'infanterie, quatre pièces de | 
canon en réserve , destinées à protéger la re- 
traite du roi. C'est lui qui, secondant l'effet im- 
prévu de la mitraille, se mit à la tête de la mai- 
son du roi et chargea avec une irrésistible im- 



933 

pétuosité les masses ennemies ébranlées. C'est 
lui enfin qui, devinant la victoire, et cuinplant 
pour la décider sur l'effet moral produit par la 
présence du roi, eut le courage, rare dans un 
courtisan, de s'opposera sa retraite. L'histoire 
rendrait plus volontiers justice au\ services in- 
contestables qu'il rendit pendant cette mémo- 
rable journée, s'il n'avait essayé, en exagérant 
ses mérites, de faire oublier ceux du véritable 
vainqueur. Cette illusion de Richelieu, il faut le 
dire, semble plus excusable quand ou h voit par- 
tagée par le dauphin, qui ne l'aimait pointasse/ 
pour le flatter, et qui, dans sa relation adressée 
à la princesse sa femme, le met en première li- 
gne. La bataille de Raucoux (1746) lui valut 
des éloges qu'il n'eut besoin de disputer à per- 
sonne. Il crut toucher au but de ses secrets dé- 
sirs quand il se vit choisi pour organiser et 
commander une expédition destinée à faire 
une descente en Angleterre et à reconquérir une 
coaronne au petit-fils de Jacques II. Mais ce 
projet, inspiré par la politique des circonstances, 
n'arriva point à réalisation. 

C'est alors qu'il fut nommé ambassadeur à 
Dresde (décembre 1746). Il était chargé de 
demander pour le dauphin la main de Marie- 
Josèphe de Saxe, fille d'Auguste, roi de Pologne. 
Il se distingua dans celte brillante ambassade par 
ses qualités ordinaires, et y renouvela sa répu- 
tation de négociateur. 

Blessé légèrement à Laufeld, il fut bientôt 
demandé par les Génois, révoltés contre l'op- 
pression autrichienne, pour achever par la dé- 
livrance complète de leur territoire l'œuvre in- 
terrompue du duc de Boufflers. Il arriva à 
Gênes le 28 septembre 1747, après une tra- 
versée dangereuse, où il eut à la fois à lutter 
contre la tempête et à tiomper la surveillance 
des croisières anglaises, et il justifia bientôt 
l'enthousiasme et la confiance qui l'y avaient 
applaudi à son entrée , par les succès d'une 
campagne extraordinairement difficile, dans un 
pays abrupt, où le harcela en vain le comte de 
Brown. Gènes enfin affranchie porta dans sa 
reconnaissance toute la furia italienne. Riche- 
lieu, inscrit dans le livre d'or de la noblesse, et 
prenant place de son vivant, par une statue pé- 
destre, dans le Panthéon de ia république, nommé 
enfin maréchal de France (l 1 octobre 1748), sur les 
pressantes instances de cette ville que Boufllers 
avait sauvée et dont Richelieu n'avait fait que 
consommer la délivrance; voilà quelles lurent 
coup sur coup les récompenses de cette heu- 
reuse campagne. 

De retour à Paris , après seize mois d'ab- 
sence, Richelieu trouva Mme de Pompadour 
toute-puissante. Quoiqu'il fût assez haut placé 
pour ne plus craindre de descendre, il se tint vis- 
à-vis de la favorite dans une prudente réserve. 
Tout à coup Mme de Pompadour rompt la glace : 
elle daigne offrir à Richelieu pour le duc de Fronsac 
la main de sa propre fille. Alexandrins d'Élioles. 



RICHELIEU 234 

Lemaréclial.à cette proposition superbe, répond, 
sans se déconcerter, qu'il est confus de tant 
d'honneur, et qu'il ne demande que le temps de 
consulter l'impératrice reine, dont l'agrément 
est indispensable à un homme qui a l'avantage 
de tenir à la maison de Lorraine. La scène est 
d'une haute comédie. M'ue de Pompadour sen- 
tit la leçon, et ne l'oublia point. Il venait d'obte- 
nir la lieutenance des chasses de Gennevilliers, 
où il avait acheté une maison qui, transformée 
et embellie par Servandoni , devint bientôt le 
théâtre des fêles les plus brillantes, où Louis XV 
et M^e de Pompadour daignèrent assister. Un 
accident de chasse, où il eut le malheur de tuer 
un homme , le fit renoncer à jamais à ce dan- 
gereux plaisir, et il vendit au duc de Choiseul sa 
coûteuse maison de plaisance. 

Durant les longues querelles du parlement et 
du clergé qui troublèrent le règne de Louis XV, 
Richelieu, qui avait une répugnance instinctive 
et une aversion héréditaire pour les prétentions 
de ces corps de magistrature transformés en as- 
senriblées délibérantes, se montra l'inflexible ad- 
versaire de ces abus d'une autorité usurpée sur 
la faiblesse et l'imprévoyance des rois. Il ne 
voyait le salut de la monarchie que dans une 
répression inexorable, et il n'hésita pas à s'en 
faire l'instrument, quoiqu'il eût à ménager dans 
le sein du parlement même des amitiés qui lui 
étaient précieuses. C'est ainsi qu'on le vit, em- 
ployant tour à tour la force et la raison, s'agiter 
entre les deux partis, tantôt en médiateur, tan- 
tôt en exécuteur. Tandis que .se préparait contre 
les parlements ce coup d'État de la royauté, de- 
venu nécessaire sans cesser d'être odieux, Ri- 
chelieu n'hésitait point à provoquer et à con- 
sommer la dissolution des états du Languedoc, 
qui refusaient l'impôt du vingtième comme 
conti'aire à leurs franchises et privilèges. 

Richelieu, devenu en 1755 gouverneur de 
Guienne et Gascogne, ne parvint pas à conjurer 
entièrement cet orage d'impopularité qui fit pleu- 
voir sur lui les traits de la malignité publique. 
Il n'avait que trop prêté à cette recrudescence 
de satires et de chansons par ses aventures ga- 
lantes, au nombre desquelles nous ne voulons 
citer que l'aiTaire de M^e de la Popelinière, par 
sa fameuse voiture , à la fois alcôve et bou- 
doir, où il se faisait traîner par huit vigoureux 
chevaux de poste, savourant dans un vrai lit 
les douceurs d'un sommeil ingénieusement ga- 
ranti des cahots; — mais surtout par ses liai- 
sons et ses intrigues avec ces ministres fe- 
melles, les Tencin et les Lauraguais, enfin par 
ses démêlés avec ses états, son archevêque 
et son parlement, et par son despotisme de sa- 
trape provincial. L'opinion, surexcitée contre 
lui, lui prêtait foute une légende de crimes 
mystérieux et de débauches féroces. On répétait 
qu'il avait plusieurs fois porté la colère jusqu'à 
menacer de mort les ministres de ses plaisirs, 
qu'il avait fait jeter au For-Lévêque un de ses 



235 



RICHELIEU 



236 



valets de cliambre assez audacieux pour être 
l'amant préféré d'une fille dont il ne put vaincre 
la résistance, et que dix-huit mois d'IvApital 
punirent de cette rébellion. Tous ces regretta- 
bles excès faisaient plus contre le maréchal dans 
l'esprit aigri du peuple que ne faisait pour lui la 
protection généreuse dont il avait couvert les 
protestants du Languedoc. 

Quand la guerre de 1756 éclata, Richelieu fit 
sentir les avantages d'un coup de main sur l'île 
de Minorque, qui atteindrait l'Angleterre dans 
cette prépondérance maritime dont elle était si 
jalouse. D'une semblable expédition on ne pou- 
vait revenir que sublime ou ridicule. 11 fallait 
réussir à tout prix. On espéra qu'il échouerait, 
et on le laissa partir. Le Port Mahon était dé- 
fendu par plusieurs forts, notamment celui de 
San-Felipe, qu'on regardait comme imprenable. 
Richelieu le prit d'assaut, triomphant à la fois 
des moyens de défense accumulés par l'ennemi 
et de l'insuffisance de ses moyens d'attaque. La 
place capitula après un siège de six semaines, 
le 28 juin 1756. Le général Blackney, gouver- 
neur de San-Felipe, trouva le vainqueur aussi 
courtois qu'il avait trouvé l'agresseur inflexi- 
ble. Richelieu déploya dans cette expédition les 
qualités d'un chef d'armée. On se souvient de ce 
fameux ordre du jour par lequel il menaçait les 
soldats qui continueraient à s'enivrer de les 
priver de l'honneur de l'assaut. On se souvient 
aussi de la réponse que lui firent ses grenadiers, 
invités à répéter dans une parade cet assaut ex- 
traordinaire; il leur reprochait de ne pas mon- 
trer le même entraînement : « C'est, dirent-ils, 
que nous n'avons pas la même musique. » Cette 
réponse peut-être mise à côté de celle que le maré- 
chal avait faite lui-même, un jour de bonne for- 
tune,quand il reculait au retour devant cette frêle 
planche jetée d'une fenêtre à l'autre, sur laquelle 
il avait passé si tranquillement et si facilement 
pour aller. 

La conquête de Minorque excita l'enthousiasme 
de toute la France et rallia au général les sym- 
patities de Mme de Pompadour elle-même (1). 
L'amiral Byng, coupable d'avoir été malheureux, 
fut traduit devant un conseil de guerre et, vic- 
time expiatoire de l'orgueil britannique, fusillé sur 
le pont de son vaisseau, par un arrêt qui ne 
flétrit que ses juges. C'est en vain que Riche- 
lieu, poussé par Voltaire, offrit à un accusé qui 
ne pouvait être défendu, l'appui d'un témoignage 
qui loin de le sauver acheva de le perdre. 

Lors de l'attentat de Damiens, RicheUeu, qui 
avait vu de suite que la blessure était légère, 
cia continuer de faire sa cour à la maîtresse 
délaissée, et fût le seul qui conserva son sang- 

(1) Son fils, le duc de Fronsac, qu'il avait envoyé à 
Paris porter la nouvelle de, so victoire, reçut la croix 
de Saint-Louis et le lirevct de survivance de la charge 
de premier gentiliiumme. Mais le roi, à l'instigation 
sans doute delà coterie des Jaloux, ne lut ? dressa, pour 
tout compliment, qu'une question InsIgniQante sur la 
qualité des figues de Minorque. 



I froid dans cette nouvelle journée des dupes. 
Il ne tarda pas à recueillir les profits de son 
habile conduite, et il reçut en récompense le 
commandement de l'armée du Hanovre, à la 
place du maréchal d'Estrées (juillet 1767). La 
campagne fut poussée hardiment, et d'échec en 
échec l'armée que commandait Cumberland se 
trouva acculée à une défaite décisive. Une con- 
fiance mêlée de beaucoup de présomption fit 
perdre à Richelieu par une négociation inoppor- 
tune les bénéfices de ses succès militaires. Le 
général triomphant, déjà maître de l'clectorat 
de Hanovre, se laissa arracher la capitulationde 
Closterseven, dont la ratification, trop long- 
temps retardée par la cour, n'arriva que lorsque 
le prince Ferdinand de Brunswick, successeur 
du duc de Cumberland, put la refuser. C'est le 
lendemain de la désastreuse bataille de Ros- 
bacli que Richelieu, surpris par l'offensive dans 
la sécurité de son inaction, s'entendit repousser 
à son tour par ce terrible mot trop tard I qn'il 
était libre un mois auparavant de prononcer en 
maître. Il consacra tous ses efforts à n'être 
pas vaincu, et se vengea sur les terres et les 
habitants de la principauté d'Halberstadt de la 
mauvaise foi anglaise et de la perfidie prus- 
sienne. Les exactions et les brutalités d'une ar- 
mée irritée lui attirèrent de la part des généraux 
ennemis, notamment du prince Henri de Prusse, 
de verts i-eproches et des menaces de représailles 
exemplaires. L'ultimatum hautain qu'il reçut de 
lui le 30 janvier 1758 était bien différent de la 
lettre que l'astucieux Frédéric II s'était donné la 
peine de lui écrire, pour endormir ses scru< 
pules à force d'éloges et le décider à une con- 
vention qui lui était pi'ésentée comme devant 
fournir à la postérité un exemple unique de 
modération dans la victoire, en joignant sur la 
tête du digne héritier du grand cardinal les lau- 
l'iers pacifiques aux lauriers militaires. Richelieu, 
i-appelé à Paris (1758), y trouva la cour mécon- 
tente et le public pi-évenu. il se borna à protester 
contre des accusations qui dépassaient à la fois la 
vérité et leur but lui-même. Le fait est que ce 
trop fameux pavillon de Hanovre qu'on affectait 
de regarder comme un monument scandaleux 
des rapines du général que les soldats avaient 
baptisé du surnom de Père La Maraude, ne fut 
pas même un monument de sa prodigalité. Il ne 
luicoûtaguère plus de 100,000 écus, qui furent 
pris sur une fortune dont la campagne de Ha- 
novre, loin de réparer les brèches, ne fit qu'étaler 
davantage la décadence. Richelieu, qui fut tou- 
jours endetté au point d'être en retard de vingt 
années de sa capitation , ne le fut jamais davan- 
tage qu'à cette époque. 

Rendu tout entier désormais à sa vie d'intri- 
gues et de plaisirs , Richelieu partagea son temps 
entre ses fonctions de premier gentilhomme de la 
chambre, son gouvei-nement de Guienne et des 
missions où il put faire preuve de son dévoue- 
ment, plus zélé que prévoyant, à l'autorité souve- 



laine, et de son goût potirla rpprésentalioii.Son 
administration comme gouverneur de la Guieniie 
I est demeurée proverbiale, tant elle peint au vif 
les inconvénients et les abus de ces délégations 
dont l'orgueil et l'impunité faisaient de véritables 
tyrannies. Sa hauteur et sa familiarité , son luxe 
et son avarice, son ignorance et son esprit , son 
mépris des parlements et ses démêlés avec les 
évêques, ses galanteries scandaleuses, ses déci- 
sions arbitraires, rappelèrent à Bordeaux ébloui 
de bals et de fêtes, envahi par les courtisanes et 
rt)uvert de tripots , les temps orageux du gou- 
vernement de ce duc d'Épernon que Richelieu, 
de l'aveu de Voltaire, n'avait pas été éloigné de 
|)rendre pour modèle. 

Le nom de Richelieu, inséparable de l'avéne- 
raent ou de la disgrâce de toutes les maîtresses 
de Louis XV, se trouve mêlé à l'histoire de la 
faveur de celle qui devait combler la mesure de 
la décadence royale. Richelieu toutefois ne fut 
point l'auteur du crime de cette humiliante élé- 
vation; il en fut seulement le complice, et favo- 
risa des prétentions qu'il n'eût pas osé produire. 
(I fut le courtisan de M"" du Barry comme il 
l'avait été de M""^ de Ponipadour, mais avec 
une nuance prudente de supériorité et d'ironie. 
Il ne poussa point d'ailleurs la réserve jusqu'à 
ne point user, pour renverser le duc de Choiseul, 
du crédit d'une favorite heureuse de se venger 
en le servant. Mais s'il osa un moment caresser 
l'ïspoir de lui succéder, il fui bientôt détrompé 
par l'inexorable refus du roi. 11 n'obtint pas 
même l'entrée au conseil. Il se dédommagea 
en faisant son neveu le duc d'Aiguillon, mi- 
nistre, de la déception de ne point l'être, et il 
se vengea ( d'accord avec lui et avec Maupeou) 
sur les parlements, de la double injure qu'ils 
lui faisaient en regrettant Choiseul et en ne 
l'estimant pas. C'est lui qui procéda tour à 
tour, sans en déguiser sa satisfaction, à la dis- 
solution du parlement de Guienne et de la cour 
des aides de Paris (9 avril 1771). Une fois rentré 
en quelque sorte dans la vie privée , il consacra 
au gouvernement minutieusement despotique 
de la Comédie-Italienne et à la présidence du 
tribunal des maréchaux de France les loisirs, 
toujours actifs, de sa verte et luxurieuse vieil- 
lesse. Louis XV, dans ses dernières années, 
lui rendit une amitié à laquelle ne s'opposaient 
plus les scrupules de sa conscience étouffée dans 
la honte de ses derniers plaisirs et que rani- 
mait l'irrésistible attrait des souvenirs et des 
regrets communs (1). 

Louis XVI et Marie-Antoinette accueillirent 
Richelieu, l'un avec le brusque dédain de son hon- 

(1) Richelieu ne poussa cependant point l'abnégation 
jusqu'à renoncer au privilège d'unerespectueuse liberté. 
On Jour, au sortir d'un éloquent sermon où l'abbé de 
Beauvais gourmandait les vieillards luxurieux : ■< Il me 
semble, lui dit le roi, que le prédicateur a jeté plus 
d'une pierre dans votre jardin. — Oui,répondit Richelieu, 
mats si (ort qu'il en a rejailli jusque dans le parc de 
Versalllei. » 



RICHELIEU 238 

nêteté, l'autre avec une maficieuse indifférence. 
Sa triste affaire avec une intrigante qui le trompa 
et le vola, Mme de Saint-Vincent, rappela sur 
lui l'attention publique par le .scandale. La ran- 
cune des juges, dontil avait violé l'indépendance, 
retarda pendant trois ans , par des lenteurs cal- 
culées, la .solution du procès. Le jugement donna 
gain de cause à Richelieu, sans le réhabiliter. 

A l'âge de quatre-vingt-quatre ans, en 1780, il 
se remaria ! Il épousa M"*' de Lavaux , jadis cha- 
noinesse d'un des chapitres noblesde Lorraine et 
veuve d'un lieutenant général irlandais au service 
de France, M. de Rooth. Peu s'en fallut qu'il ne 
poussât la vengeance jusqu'à infliger à son im- 
patient héritier la surprise désagréable d'une 
paternité qui eût porté un nouveau coup à ses 
espérances. Une fausse couche accidentelle de 
trois mois délivra au moins le malheureux duc 
de Fronsac de la crainte d'une concurrence fort 
imprévue. Son père se dédommagea en se mo- 
quant de lui : il venait au pied du ht où il gisait 
cloué par la goutte le narguer en affectant de se 
montrer infatigable et de supporter encore im- 
perturbablement la fatigue du pied de grue. Ri- 
chelieu trouva dans Maurepas, le frivole mi- 
nistre de Louis XVI, le seul interlocuteur digne 
de lui à la nouvelle cour. Ces deux survivants 
dépaysés de la corruption du règne précédent 
se réconcilièrent afin de pouvoir se moquer en- 
core de cette génération nouvelle qui les mé- 
prisait. 

Richelieu ne manqua aucune occasion de bien 
attester son impénitence (înale. Il employa les 
dernières années de sa vie à vider avec M. de 
Noé, maire de Bordeaux, des démêlés dont il fit 
évoquer la connaissance par le tribunal du 
point d'honneur, qu'il présidait depuis 1781, et 
il poussa l'abus de sa victoire jusqu'à forcer son 
adversaire de s'expatrier. Il eut de même des 
querelles et des procès interminables avec le 
fameux fabricant de papiers Arthur, qui ne put 
jamais de son vivant jouir d'un terrain qu'il avait 
acheté du roi pour y bâtir. 

Enfin, le 8 août 1788, il mourut tranquille- 
ment, « sans faire l'enfant, » comme il le disait 
de son ami Voltaire, des suites d'un catarrhe 
qu'ilne put expectorer. Sa maladie fûl naturelle, 
courte et sans secousse. Il passa doucement, 
insensiblement de la vie à la mort, avec ce sou- 
rire triomphant des grands égoïstes. Sa fin fut 
le soir d'un beau jour, comme celle du juste. La 
fortune a de ces indulgences spéciales dont l'i- 
ronie même est une leçon. Ainsi finit ce héros 
de la frivolité française, qui devait donner à la 
postérité l'idée la plus accomplie des contrastes 
et des lacunes du caractère national au dix- 
huitième siècle. Général plus heureux qu'habile 
et emportant en vrai courtisan les faveurs de 
la fortune qu'il a séduite, comme il a surpris la 
gloire, politique étroit et sans vues, faisant 
consister la force dans le succès, la raison dans 
l'à-propos et le droit dans l'habitude; aca- 



239 



RICHELIEU 



240 



Hémicien ignorant, dont Roy et Voltaire ont 
fait les discours et n'ont pu améliorer l'ortho- 
graphe; homme d'esprit au demeurant, dont on 
peut citer des mots qui le méritent. Singulier mé- 
lange de loyauté et d'astuce, de courage et de bas- 
sesse, de générosité et d'avarice, de prévoyance 
et de crédulité, de fidélité et d'ingratitude. Ses 
bons mots ont plus fait pour sa gloire que ses 
exploits; et ses vices éclatants et ses scanda- 
leuses galanteries ont plus fait peut-être pour la 
réputation de l'esprit et du caractère français en 
Europe, où son nom est proverbial, que l'élo- 
quence de Jean-Jacques, la probité de Turgot et 
le courage de Malesherbes. M. de Lescure. 

f^ie privée du maréchal de Richelieu (parFaurl. — 
Mémoires du maréchal de Richelieu ( par Soulavie). — 
Pièces inédites sur le règne de Louis XV ( par Souiavie ). 

— Mémoires de Saint-Simon. — Mémoires secrets de 
Duclos. — Mémoires de M"'* de Staal; du président 
Hénault ; de Maurepas ; du duc d'AiKuilloii ; de d'Argen- 
son. — Journul de Dangeaii ; du duc de Luynes ; de 
Harbier ; de Matthieu Marais (fonds Bouhier). — Mé- 
moires de Beseiivâl. — Mémoires secrets { par d'Allon- 
ville ). — Mémoires secrets ( par Bachauinont ). — Sou- 
venirs de M™s de Caylus ; du marquis de Valions. — 
.Souvenirs de la baronne d'Oberkirch. — Mémoires sur 
la régence (par Piossens ), p;ir Masslllaii ( Buisson, 1792 ). 

— Correspondance de M™^ do Mainli-nnn ; de Madame; 
de la marquise de Lacour (manuscrit de la Blblioth. 
Ma^arlne) ; de Richelieu avec Paris-Duvernay ( publ. 
par Grlmoard ); de M"^ de Tencin avec son frère, etc. 
; publiée par de la Borde). — Portraits et Souvenirs 
par le duc de Levis. — Portraits et Caractères du 
dix-huitième siècle (pur Senac de Meillianl. — jPiécfis 
intéressantes et peu connues, etc. | par de la Place) — 
Galerie de l'ancienne cour. — Mélanges de Boisjour- 
<laln. — Paris, ycrsailles et les Provinces an dlx-httl- 
tiéma siècle { par du Gast de Bois-Saint Just ). — Mé 
moires sur la faveur de Mme de Pompadour { par Sou- 
iavie ). — Lettres inédiles de /il me de C/idteauroux (par 
M"'= Gacon-Dufour ). — Vie privée de l.mtisXF' (par 
Mouffle d'Angerville |. — Louis Xh'l détruit avant 
d'être roi (par l'abbé Proyart ), 180î. — Souvenirs de 
deux militaires [car Fort^a de Piles et Guys de Saint- 
Charles). — Mémoires tirés des archives de la poli4:e 
( par Peuchet ). — Fragment des Mémoires de la du- 
<^hesse de Brancas ( publiés dans les Lettres de Laura- 
guals à M"""..., 1802). — Histoire de la résence, par 
Marmontel; par Lemontey — Le maréchal de Riche- 
lieu, par Capcfigue ; 1S37. — Les Maîtresses du récent, 
par M. de Lescure, 1860. — Ixs Maîtresses de Louis xy, 
par U. et J. de Concourt. — Causeries d'un Curieux, 
par Feuillet de Conches. — Histoire du dix-huitième 
siècle (par Lacretelle ). — Histoire philosophique du 
rèi/ne de Louis X/^ ( par M. de Torquevillej. — OEu- 
vres àe Voltaire; Rulhlère; Chamlort. 

RICHEMEC ( Armand-Emmanuel-Sophie- 
Septimanie m Plessis, duc de), petit-fiis du pré- 
cédent, et fils du trop célèbre duc de Fronsac, 
né le 25 septembre 17C6, à Paris, où il est mort, 
le 17 mai 1822. Élevé au collège du Plessis, où 
il étudia surtout les langues modernes de l'Eu- 
rope, marié très-jeune sous le titre de comte de 
Chinon à M'ie de Rochechouart, il voyagea d'a- 
bord en Italie. Revenu en France , il exerça à 
la cour la charge de premier gentifliomme de 
la chambre : il était près du roi, le- 5 octobre 
1789, lorsque le peuple envahit le château 
de Versailles. Parti la même année pour vi- 
.siter la cour de Vienne , la révolution le força 
à prolonger son séjour à l'étranger. Fort aimé de 
Joseph II, il le quitta cependant pour aller, 



avec son ami le jeune prince Louis de Ligne, 
combattre dans l'armée rus.se contre les Turcs. 
Il montra un brillant courage à la prise d'ismaïl 
( 22 décembre 1790), et reçut le grade de lieu- 
tenant général ; Catherine II l'appela à Saint- 
Pétersbourg et l'attacha à son service ( 1792). 
Nommé en 1794 commandant d'un des six 
corps d'émigrés soldés par l'Angleterre, il 
n'exerça jamais ces fonctions. En 1802 il revint 
en France, et après avoir vendu tout ce qui 
lui restait de biens pour payer les créanciers de 
son père, il retourna à Saint-Pélersbourg. Très- 
bien accueilli par l'empereur Alexandre, il devint 
en 1803 gouverneur d'Odessa,puis, dix-huit mois 
après, de toute la Nouvelle-Russie. C'est dans 
cette position si difficile qu'il s'acquit la repu- 
tation d'administrateur qui devait plus tard 1( 
précéder en France. Il fit d'Odessa une det 
villes les plus florissantes et les plus riches de 
la Russie. Revenu en France avec les Bourbonî 
et ayant repris ses fonctions de premier gen 
tilhomme, il les suivit à Gand en 1815. 

La réputation de M. de Richelieu était asseï 
grande alors parmi les souverains alliés poui 
que son nom ne restât pas étranger aux pre 
mières combinaisons politiques qui se produi- 
sirent après la seconde capitulation de Paris 
Une répugnance invincible l'empêcha de prêtei 
son concours à Fouché, qui avec Talleyran' 
composa le nouveau cabinet, et il refusa \ 
ministère de la maison du roi, auquel il aval 
été nommé (9 juillet 1815). A la suite de; 
élections ultra-royalistes du mois d'août 1815 
Louis XVIII, de concert avec l'empereur di 
Rus.sie, s'efforça de décider M. de Richeliei 
à accepter la mission de former un nouveai 
ministère. Il résista longtemps et ne céda qu'; 
la promesse que lui fit l'empereur Alexandre di 
l'aider à défendre la France contre les intention 
peu bienveillantes des alliés. « Nul homme, di 
M. Guizot, n'était plus exempt d'exagération e 
de charlatanisme dans la manifestation de se 
sentiments. Grand seigneur et royaliste éprouvé 
il n'était, soit d'esprit, soit de cœur, ni homm 
de cour ni émigré; il n'avait contre la sociét 
et les hommes nouveaux point de prévention 
sans bien comprendre les institutions libres , i 
ne leur portait nul mauvais vouloir et s'y sou 
mettait sans effort ; simple dans ses mœurs 
vrai et sûr dans ses piiroles , ami du bien pu 
blic, s'il ne lui appartenait pas d'exercer dan 
les chambres une puissante influence, il n 
manquait pas d'.-.ulorité auprès ni aiitouf di 
roi ; et un cabinet constitutionnel, appuyé su 
le centre parlementaire , ne pouvait avoir, : 
cette époque un plus digne et plus utile prési 
dent. » Le 19 septembre, Fouché ayant envoy' 
au roi sa dt'mission, M. de Richelieu se con 
certa avec M.Dccazes, et choisit pour collègues 
outre ce dernier, MM. de Feltre, Duboiichage 
de Vaublanc, Corvetto et Barbé-Marbois (25 e 
27 septembre 1815); il se réserva le porte 



I 241 RICHEI.IEU 

feuille des affaires étrangères avec la présidence 
du conseil. En cette qualité il signa le funeste 
traité du 20 novembre 1815. Ce traité, tout 
adouci qu'il était par comparaison avec les pre- 
i oiières prétentions des souverains alliés, ar- 
f racha comme un cri de douleur au duc de Ri- 
■ chelieu. « Tout est consommé, écrivait-il alors; 
j'ai apposé hier, plus mort que vif, mon nom à 
€0 traité fatal. J'avais juré de ne pas le faire, et 
je l'avais dit au roi; ce malheureux prince m'a 
conjuré, en fondant en larmes, de ne pas l'aban- 
I donner, et de ce moment je n'ai pas hésité. » 
I En présence d'une chambre des députés plus 
1 f royaliste que le roi , la gloire du cabinet Ri- 
clielieu fut de s'opposer aux exagérations fu- 
I nestes du parti ul(ra,et de s'appuyer sur cette 
portion de députés non moins attachés à la 
\ charte qu'à la légitimité, et qui, sous la direc- 
i tion de MM. Royer-Collard, C. Jordan , de 
Serre, Pasquier etdeBarante, prit bientôt la 
dénommation de centre. Quatre projets de 
{ loi furent présentés dès le début de la ses- 
sion : deux avaient pour objet la suspension 
lie la liberté individuelle et l'établissement des 
cours prévôlales : c'étaient des mesures tem- 
poraires ; les deux autres, sur la répression des 
jictes séditieux et sur l'amnistie, appartenaient 
à 1m législation définitive. La veille du jour où 
cette loi d'amnistie était présentée avait eu lieu 
l'exécution du maréchal Ney ( 7 décembre). Il 
n'est pas vrai, comme on l'a dit, que dans la 
nuit, aussitcH après le jugement, le duc de Ri- 
chelieu ait proposé au roi une commutation 
de peine. Le gouvernement tout entier croyait 
à ce moment accomplir un triste mais im- 
périeux devoir, alors qu'il ne commettait qu'une 
de ces fautes que le sentiment national ne par- 
donne jamais. L'ordonnance du 21 mars 1816 
ayant réorganisé l'Inslifut , M. de Richelieu oc- 
cupa l'une des places laissées vacantes dans l'A- 
cadémie française par l'expulsion de Lucien Bo- 
naparte, Cambacérès et autres membres. 

Le 29 avril 1816 fut close la session de 1815. 
Devenu désormais plus libre dans son action, 
M. de Richelieu donna plus d'unité et de force 
au cabinet , par le renvoi de M. de Vaublanc , 
dont l'incapacité et le dévouements bride abat- 
tue avaient été si fâcheux pour ses collègues. Il 
fut remplacé par M. Laine, excellent choix, 
malheureusement trop balancé par celui du chan- 
celier Dambray appelé à succéder à M. Barbé- 
Marbois, ministre de lajustice (mai 1816). L'ac- 
cueil enthousiaste fait aux députés ultra-roya- 
listes dans les provinces , les représentations des 
puissances étrangères, effrayées d'une réaction 
aussi dangereuse, firent alors peu à peu entrer 
dans la pensée du ministère sa résolution de dis- 
soudre la chambre de 1815. Converti le premier 
à cette importante mesure, M. de Richelieu 
la fit signer par le roi le 5 septembre ISlfi. Les 
élections de 1817 donnèrent raison à cette poli- 
tique libérale, en nommant des députés dont la 



243 



majorité fut pour le Ciibinet. Alors s'ouvrit la 
plus belle période du régime constitutionnel qu'ait 
eue la France : appuyé sur le centre, le gouver- 
nement donna une égale satisfaction aux prin- 
cipes de liberté et d'autorité. Du côté des rela- 
tions extérieures, M. de Richelieu obtint des 
puissances étrangères un délai pour l'acquitte- 
ment des contributions de guerre, puis une ré- 
duction de l'armée d'occupation. Dans le courant 
de 1817, M. Pasquier, le maréchal Gouvion-Saint- 
Cyr et M. Mole remplacèrent M. Dambray, le duc 
de Feltre et M. Dubouchage aux ministères delà 
justice, de laguerreet de la marine, et achevèrent 
de marquer davantage la politique modérée du ca- 
binet. Tout ens'occupantactivement de l'adminis- 
tration intérieure, en présidant souvent les séan- 
ces du conseil d'État, M. de Richelieu négocia en 
1 8 1 7 un nouveau concordat avec la cour.de Rome ; 
mais, rencontrant une vive opposition à ce sujet 
parmi les députés même alliés du cabinet, il 
ajourna indétiuiment le rapport du projet de loi 
qui en avait été la conséquence. Ce fut là le 
commencement de cette fatale rupture entre le 
cabinet et les doctrinaires qui amena bientôt la 
chute du ministère de M. de Richelieu. Mais avant 
•de quitter le pouvoir, le duc de Richelieu eut 
la gloire, qui pour lui était un vrai bonheur, de 
voir le sol de la France libre de l'occupation 
étrangère. Cependant les élections de 1818 avaient 
donné à la gauche , c'est-à-dire à l'opposition, 
une recrue de vingt-cinq députés nouveaux. La 
cour s'en était effrayée, et à Aix-la-Chapelle 
l'empereur Alexandre en témoigna son inquié- 
tude à M. de Richeheu. Alarmé lui-même, M. de 
Richelieu revint à Paris avec la pensée de réfor- 
mer laloi électorale de 1 8 1 7. Cette œuvre était plus 
difficile qu'il ne pensait. Le cabinet se divisa 
tout d'abord sur cette question; le centre, allié 
habituel du ministère, se partagea également, et 
M. de Richelieu, n'ayant pu composer un nouveau 
ministère , quitta le pouvoir, laissant à M. De- 
cazes le soin de former un cabinet dont le main- 
tien de la loi électorale fût le sens politique (29 
déc. 1818). 

Il se retirait sans la moindre fortune person- 
nelle. Mesdames de Montcalm et de Jumilhac , 
ses sœurs, lui demandèrent, sous prétexte de 
s'en parer, les bijoux reçus par lui comme pré- 
sents diplomatiques, les vendirent et, avec le 
prix, achetèrent en son nom une rente de 7 à 
8,000 francs. Un projet de loi destiné à lui cons- 
tituer, à titre de récompense nationale, un ma- 
jorât de 50,000 fr. de rente n'ayant été volé qu'a- 
vec difficulté, il se vengea noblement en faisant 
l'abandon intégral et absolu de cette dotation 
aux hospices de Bordeaux (2 février 1819). Le 
roi venait de lui donner le cordon du Saint- 
Esprit, et il avait le titre de mimstre d'État. En 
1820, il fut nommé grand veneur, et quitta la 
place de premier gentilhomme de la chambre. 
Rentré dans la vie privée, il parcourut Je midi 
de la France , la Suisse, l'Italie et l'Allema- 



248 



RICHELIEU — RIGHEMOJNT 



244 



gne. Il visitait la Hollande lorsque M. Decazes, 
décidé à la suite de l'élection de M. Grégoire à 
changer la loi électorale qu'il soutenait quelques 
mois auparavant, le sollicita de reprendre la 
présidence du conseil (novembre 1819). t\ 
s'y refusa, malgré les instances du roi, plus par 
dégoût des affaires que par l'essentiment. L'as- 
sassinat du duc de Berry (13 fév. 1820), en por- 
tant à l'extrême la haine du côté droit contre 
M. Decazes et la loi électorale de 1817, ramena 
au pouvoir le duc de Richelieu. Il était peu dis- 
posé à l'accepter. « Ce que Monsieur fait au- 
jourd'hui contre vous, disait-il à M. Decazes, il 
le fera plus tard contre moi. « 11 fallut pour le 
décider que le comte d'Artois , dans une visite 
qu'il lui lit le 19 à son hôtel, lui promît un con- 
cours sincère et durable. Le 21 février parut 
l'ordonnance royale qui nommait M. de Riche- 
lieu président du conseil. Après le crime de 
Louvel, il croyait sincèrement à la nécessité de 
donner de nouvelles garanties à l'autorité royale. 
Deux projets de loi, l'un suspensif de la liberté 
individuelle, l'autre de la liberté.de la presse, fu- 
rent adoptés (1820). La loi qui modifiait le sys- 
tème électoral de 1817 futégaiement votée. Ayant 
donné aux royalistes les satisfactions qu'il croyait 
nécessitées par les circonstances mêmes, M. de 
Richelieu fit pendant deux ans de sincères efforts 
pour arrêter la droite sur la pente de la réaction. 
Dans cette lutte qui s'engagea entre la droite 
et le cabinet, celui-ci fut le plus faible : le côté 
droit, soutenu par le comte d'Artois, renforcé par 
les élections de 1821, gagnait chaque jour du 
terrain. A l'ouverture de la session, l'opposition 
de gauche se coalisa avec le parti ultra-roya- 
liste, et le vote de l'adresse constata que le mi- 
nistère n'avait plus la majorité de la chambre. Il 
fut contraint de se retirer ( 14 décembre 1821 ), 
pour faire place au ministère congréganis/e de 
MM. de Montmorency, Corbière, de Vilièle, etc. 
Ce fut le commencement du gouvernement du 
côté droit, qui devait être si fatal à la royauté 
des Bourbons. 

La santé de M. de Richelieu était déjà depuis 
quelque temps chancelante : au printemps de 
1822 il habitait depuis quelques jours la terre de 
Courf eille (appartenant à sa femme, qui était restée 
en France pendant la révolution ), lorsque, pris 
de faiblesses soudaines, il se lit ramener à Paris 
(16 mai). Il y mourut, le 17, près de ses deux 
sœurs, M'ues de Montcalm et de Jumilliac. Il ne 
laissait aucun héritier direct : une ordonnance 
royale transféra le titre de duc de Richelieu ainsi 
que la pairie à son neveu M. Odet de Jumilhac, 
qui depuis a habité presque constamment l'An- 
gleterre. Eug. AssE. 

De Castclnaii, Histoire de la nouvelle Russie, t. III. 
— De Beausset, Eloye du duc de Richelieu. — De Vau- 
labcllc, Hist. des deux restavruiions, t. IV et V. — 
Lamartine, Ilist. de la restaurnt.ion. — H. Gulzot, /ile- 
moires, t. I. — h. de VUil-Castel, //isJoire de la restau- 
ration, t. IV et v. — DiivcrKicr de Haiiraniie, Hist. du 
gouvernement parlementaire, t. III, IV, V. 



BICHE»iO]<iT {Louis- Auguste Camus, baron 
de), général français, né le 31 décembre 1770, 
à Montmarault (Bourbonnais), mort le 22 août 
1853, près cette ville. Sa famille était originaire 
de la Bretagne. Il faisait ses études dans l'école 
militaire d'Effiat lorsque le comte de Provence 
l'attacha à sa personne en qualité de page (1785). 
Après avoir passé une année à l'école de Metz, 
il rejoignit en 1792 l'armée du Rhin avec lei 
gracie de sous-lieutenant, et fit dans l'arme du 
génie les campagnes d'Allemagne et d'Italie > 
sous Moreau et Bonaparte. En 1797, il fut at- 
taché au petit corps d'armée qui allait prendre i 
possession des îles Ioniennes, cédées à la France i 
par le traité de Campo-Formio. L'expédition' 
d'Egypte ayant amené la guerre avec la l>ortc, il 
fut envoyé sur les côtes d'Albanie, à Prevesa, et i 
se trouva parmi les qtiatre cents Français quii 
eurent à soutenir le choc de quinze mille ïurcâi 
snr les ruines de l'ancienne Nicopolis (23 oc^ 
tobre 1798). Dans ce combat inégal, qui coûta là 
vie à presque tous ses compagnons, il accompliii 
des prodiges de bravoure, tua de sa main un^ 
vingtaine de cavaliers, et, couvert de blessures, ne 
céda qu'au nombre toujours croissant des en-n 
nemis qui le poursuivaient. Sauvé du massacre» 
par Moukhtar, un des fils d'Ali-pacha, et traité pan 
ce généreux prince non comme un prisonnier,l 
mais en hôte et en ami , il quitta Janina avec touii 
l'argent nécessaire à ses besoins. Lord Byroii 
consacré à cette héroïque aventure quelqueJ( 
beaux vers cités dans le Voyage de FJobhouséA 
A Constantinople Richement fut jeté au bagna 
avec ses camarades, puis conduit au château deii 
Sept-Tours. L'intervention spéciale du tzai 
Paul l" le rendit en 1801 à la liberté. De reîou! 
en France, il reçut le grade de chef de bataillon 
Deux ans plus tard il s'embarqua pour l'Indf 
avec le général Decaen , visita nos colonies, e' 
s'étabht à l'Ile de France avec le titre de direc- 
teur de fortifications. Comme il revenait en Eu 
rope sur un bâtiment brômois (1807), il tombf 
entre les mains des Anglais , qui le retinren' 
comme otage jusqu'en 1810. Plusieurs mémoiref 
qu'il avait rédigés sur un Projet de descente er, 
Angleterre, aa& Expédition dans l'Inde, li 
Blocus continental , inspirèrent à Napoléoi 
une estime dont il lui donna la preuve en i'em 
ployant au comité du génie et en le créant baroi 
de l'empire. Chargé en 1811 d'inspecter le; 
places de l'Oder et de l'Elbe, il eut ordre er 
1812 de présider aux grands travaux de fortifi 
cation deDantzig. Lorsque les désastres de k 
retraite de Moscou amenèrent les alliés devani 
cette ville, il partagea avec Rapp l'honneur de k 
défendre pendant un an au milieu des circons- 
tances les plus défavorables. A son retour à Pa- 
ris (avril 1814), il reçut de Louis XVUI le grade 
de maréchal de camp, la croix de Saint-Louis et 
le commandement de l'école militaire de Saint-Cyr. 
Pendant les Cent jours Richemont eut la mission 
expresse de visiter toutes les places de la frontièrt 



5 RICHEMONT — RlCniJl 

nord ; il parut un rnomcnt dans la c.iiambre 

s rcprcseutants , où l'Allier lui avait donné 

iiiddl de siéger, et rejoignit la grande armée 

ii>s la bataille de Waterloo. Réduit par les 

urbonsàlademi-solde, il se retira dans sa pro- 

ice, et vécut à la campagne, tout entier au plai- 
i do la chasse, qu'il aimait avec passion. £n 
1,1 J7 il entra à la chambre comme député de 
pilier, vota avec le parti libéral, et fut cons- 
funent réélu jusqu'en 1837, époque où il fut 
liipIacéparM. Tourret, candidat démocratique. 
1 gouvernement de Juillet l'avait remis dès le 
Jaoût 1830 en possession du commandement 
( l'école de Saint-Cyr. Outre quelques bro- 
< ircs politiques , on a de Richemont des Poé- 
j V diverses (Évreux, 1829, in-8°), et des Mé- 
7 ires politiques ( Paris, 1830, in-8° ) , réitnpr. 
61858 avec des additions (Moulins, in-8°). 

Jn de ses frères périt sur le champ de bataille 

Leipzig ; il était alors général de brigade. K. 

ig. de Montlaur, Le générai de Richemont; Moulins , 
, in-8°. 

UCHEPANSE {Antoine), général français, 
]l|e 25 mars 1770, à Metz, mort le 8 septembre 

2, à la Basse-Terre (Guadeloupe). Fils d'un 

cier au régiment de Conti, il fut soldat au 

lir de l'enfance. Maréchal des logis en 1789, 

e distingua dans les premières guerres de la 
rolution, passa rapidement les premiers grades, 

deux jours après avoir été promu chef de 

^ade, il devint général (4 juin 1796) pour sa 

duite à Altenkircben. Dans l'armée deSambre 

Meuse, il eut une grande part au gain de la 
bf^ille de Neuwied, et dans l'armée d'Italie ses 

loits à Novi et à Fossano lui valurent le grade 

général de division (3 janvier 1800). Envoyé 

armée du Rhin, il combattit àEngen avec sa 

ur accoutumée et sur les rives de l'Iller, où, 
à» tête de sa seule division , il soutint , sans 
ôî entamé, le choc de quarante mille Impé- 
1 ix. On connaît la part brillante qu'il prit à la 
htaille de Hohenlinden (3 décembre); ses ha- 
t|'s combinaisons et une manœuvre hardie y 
<lfidèrent la victoire. Quelques jours après, 
rjchiduc Jean , ayant concentré ses troupes sur 
Stzbourg et les bords de la Saltza, fut obligé 
d laudonnerles fortes positions qu'il occupait. 
S, l'ordre de se mettre à sa poursuite, Riche- 
p se quitta Saltzbourg avec ses escadrons d'a- 
V t-garde, atteignit deux fois l'ennemi, et le mit 
dis une déroute complète. Poursuivant sa 
iixhe victorieuse, il se signala dans les affaires 
djLambach, de la Traiin et dans plusieurs autres 
Wcontres, etallait entrer à Kresmunter, lorsque 
Iflénéral Grunne se présenta pour traiter d'un 
aiilstice : le 25 décembre une convention 
tmina cette mémorable campagne de vingt 
j^is, où Richepanse acquit ses plus beaux titres 
dgloire. En l'an x, il fut nommé commandant 
^ichef de l'armée expéditionnaire chargée de 
Conquérir la Guadeloupe, dont les nègres re- 
stés s'étaient emparés. Après avoir forcé la 



216 
passe delà l'ointe à Ptfre, il effectua heureuse- 
ment son débarquement, et bientôt la Grande- 
Terre fut de nouveau au pouvoir de la répu- 
blique. Richepanse se porta sur la Basse-Terre, 
s'en empara et battit un corps nombreux de noirs 
révoltés, qu'il força de se renfermer dans \{\ fort 
Bambriche. Quelques jours après, les rebelles 
furent totalement défaits dans le port d'Angle- 
mont. Richepanse n'eut plus alors d'autre occu- 
pation que de réparer les désastres que l'insur- 
rection avait causés à la colonie. Il remplissait les 
devoirs d'un bon administrateur lorsque, atteint 
de la fièvre jaune, il succomba à l'âge de trente- 
deux ans. Napoléon donna le nom de Richepanse 
à l'une des rues de Paris. , 

Moniteur univ., an xi, p. 83 et i/.o. — Itiogr. univ. et 
port, descontemp. — Kégiii, nioçr. de lu Moselle. — 
Uabié et Beaumont, Galerie militaire, t. V[. 

RiCHEit, chroniqueur français, vivait dans la 
seconde moitié du dixième siècle. Il y avait à la 
cour de Louis IV d'Outremer un guerrier nommé 
Raoul, connu par ses talents comme par sa va- 
leur, et qui dans ces temps indécis et troublé?, 
gardait une inébranlable fidélité aux anciens 
maîtres de sa famille, les rois de la descendance 
de Charlemagne. Louis et Lothaire, son fils,, 
eurent souvent occasion de l'éprouver en lui 
confiant le commandement des petites expédi- 
tions militaires qu'ils tentaient sans cesse pour 
ressaisir des lambeaux de leur autorité. Ce Raoul 
était le père de Richer, qui puisa sans doute dan s 
les instructions paternelles les sentiments d'à! 
fection et de respect qu'il témoigne pour la raci 
carolingienne aussi bien que la connaissanc- 
d'une partie des événements qu'il raconte. Ri- 
cher fut admis vers 969 au monastère de Saint- 
Rémi de Reims; il y parcourut avec succès It 
cercle des études qu'on faisait de son temps, et 
y devint un des disciples favoris du savant Ger- 
bert. C'est pour obéir aux exhortations de ce 
dernier que Richer prit la plume; il le dit dès 
les premiers mots en dédiant à son maître la 
préface de son livre. On ne connaît absolument 
de la vie de Richer que le peu qu'il en dit lui- 
même. Après les notions générales qui viennent 
d'être rapportées , le fait principal qui ressort 
de la lecture de son ouvrage est qu'il l'a com- 
posé entre 992 et 995. Il divise son Histoire en 
quatre livres {Richeri Historiarum libri IV); 
mais elle se divise plus naturellement en trois par- 
ties. La première (ch. i à xix du liv. l*"^) s'étend 
depuis l'élection du roi Eudes (888) jusqu'à 919; 
on ignore à quelle source Richer a puisé la con- 
naissance des événements qu'il y raconte, et qui 
(notamment une campagne des Normands en 
892 et une bataille qui leur est livrée par Eudes 
près de Clermont) étaient entièrement inconnus 
avant cet auteur (1). La seconde partie (ch. xx 

(1) citons encore, à cause de .«son Importance, le passage 
dans lequel |au chap. ▼) il a révélé l'origine de la fa- 
mille capétienne -.«Eudes était fils de Robert, homme ap- 
partenant à la chevalerie lexe questriordineRodbortum} 
et petlt-flls de l'étranger Wilikiiid, Germain de nation. » 



247 



RICHER 



du liv. i" au ch. xx du livre III) se rapporte 
aux années 919 à 966, et correspond exactement 
à la chronique de Flodoard. Richer, dans sa 
préface, signale lui-même l'usage qu'il a lait de 
cette dernière. La troisième partie (liv. III, à 
partir duel), xxi, et liv. IV) embrasse les années 
969 à 995, et appartient en propre à Richer, qui 
en a puisé la matière soit dans les archives de 
Saint-Remi de Reims, soit dans les conversa- 
tions de Gerbert, le grand homme de l'époque, 
soit dans ses propres observations. C'est là sur- 
tout que brille le mérite inappréciable de cet his- 
torien , qui fut sans doute un éminent esprit 
parmi ses contemporains et à qui avait été 
réfiervéde voir de ses yeux l'une des phases les 
plus étonnantes et les plus obscures de notre 
iiistoire : l'agonie de la race carolingienne et 
l'avènement des Capétiens. C'est en lisant Richer 
-qu'on a pu clairement, pour la première fois , 
bien comprendre comment les derniers héri- 
tiers des Pépin et de Charlemagne, sans être 
indignes de ces grands ancêtres par le courage 
et le caractère, devaient nécessairement se voir 
écrasés par cela seul qu'ils représentaient le pou- 
voir absolu, l'Empire, les personnages d'Auguste 
et de César, qu'ils étaient les alliés par le langage 
et parle sang de leurs cousins les empereurs d'Al- 
lemagne, devant des populations qui se trouvaient 
déjà fortement agrégées en France féodale, qui 
étaient habituées à obéir au feudataire voisin le 
plus puissant, qui commençaient à parler une 
nouvelle langue, le français, et qui commençaient 
aussi à se sentir françaises, vigoureuses et en- 
nemies d'un passé veruioulu. Richer, sans le 
savoir, donne, même dans son style, imité soi- 
gneusement des classiques de l'antiquité et fai- 
sant apparaître à chaque pas les Gaules, l'ordre 
équestre, mille autres expressions surannées, la 
fidèle image d'une société qui n'existait plus dès 
lors , sauf pour un petit nombre de partisans 
fidèîes. 

Jusqu'à nos jours on avait compté Richer au 
nombre des auteurs perdus; on ne le connaissait 
que par une phrase de Trithême. En 1833, 
M. Pertz et M. Boehmer découvrirent dans la 
bibliothèque publique de Bamberg le manuscrit 
de Richer, tracé de sa propre main, et chargé 
de ses corrections. Il ne s'était si longtemps 
dérobé aux investigations que parce qu'on avait 
commis l'erreur d'ajouter en tête du volume un 
litre erroné qui l'indiquait comme étant la chro- 
nique d'un autre Richer, auteur de la fin du 
douzième siècle et religieux de l'abbaye de Sé- 
nones (Vosges). Les éditeurs des Monumenla 
Germanise l'insérèrent dans leur recueil en 1839, 
et en publièrent la même année une édition 
jn-8° à Hanovre. La société de l'Histoire de 
France, par les soins de M. J. Guadet, reprodui- 
sit le texte de l'édition allemande, et y joignit 
une traduction française et une longue étude 
préliminaire (Paris, ls45, 2 vol. in-8"). Riclier 
a été traduit aussi en allemand dans le recueil 



publié à Berlin dans la collection des GescA !. 
schreiher der Deutschen Vorzeil par le b a 
Karl d'Osten-Sacken avec une introductio e 
W. Wattenbach (Berlin, I8j4, in-8°). Enl a 
France, représentée par l'Académie impé e 
de Reims, lui a consacré une édition nou e 
faite avec soin par M. A. -M. Poinsignon s 
ce litre : Richeri historiarum IV libri, t< 
trad., notes et cartes géogr. (Reims, 1855, in . 

H.-L. BORDIER. 

IJist. littér. de la France, vu. _ Perlz, Scrii s 
reruin r/erman., V. — Guérard, Journal des sav 
août 1846. — Guadet, Introti. à sa traduction. 

RICHER ( Edmond), théologien français i 
à Chource (diocèse de Langres), le l'"' ocl e 
1559, mort à Paris, le 29 novembre 163 i 
famille, qui était pauvre, ne pouvait lui e 
donner ime éducation brillante; mais la n; e 
l'avait doué de l'ambition de savoir. A dix t 
ans, il vint à Paris, entra dans un collé 
assura sa subsistance par les services qu 
rendit, et donna tout le reste de son ten" i 
l'étude. Nommé professeur au collège du ■ 
dinal Le Moine, il y enseigna les belles-lel , 
la rhétorique et la philosophie, et après ; r 
été reçu docteur en théologie (1589) il er t 
élu grand maître. Bientôt il devint synd 8 
l'université de Paris. Il n'accepta cette cl fe 
qu'à la condition que tous les docteurs 
vailleraient avec lui à rétablir l'ancienne ( 
pline. Il s'employa d'abord à revoir lous le 
gistres oubliés de la faculté, et en fit un ar 
d'arguments pour défendre contre les usi • 
lions des jésuites les libertés de l'Église .' • 
cane ; cette lutte engagée, il ne fut pas ép? t 
par ses adversaires. Lui qui se prononçait r 
tant de sagesse contre les innovalious t - 
raircs, avait eu un moment d'erreur ; i 
d'ardeur pour la cause de la ligue, il aval 
défendre dans une thèse l'attentat de Ja( ' 
Clément. On ne manqua pas de le lui rapf . 
Plus on lui ofpisa de difficultés, plusilredc a 
d'elforts. Il en était désormais convaincu c 
plus redoutable fléau de l'Église gallicane ( e 
l'université, c'étaient les jésuites. En l6i il 
obtint contre eux un jugement qui leur oi • 
nait de se conformer à la doctrine de la • 
bonne, « même en ce qui concerne la pers « 
sacrée des rois et le maintien de leur aul « 
royale ». Ses adversaires l'attaquèrent à r 
tour, à propos de quelques opinions cont« '^ 
dans son traité De ecclesiasiica et pol o. 
potrstale, et eurent assez de crédit poi A 
faire censurer par les évéques de la provin( « 
Sens, dans laquelle était alors compris l'évêc e 
Paris. Richer en appela en vain comme d'abu ^a 
censure fut maintenue, et il fut forcé de rési if 
le syndicat ( 1612 ). 11 réclama, comme un e 
auquel il avait droit, un canonicat vacant 'S 
l'église de Pans, et l'obtint avec quelque p '• 
Mais dans cet asile il fut encore poursuit ir 
les jésuites. Sur leurs requêtes pressantes ie 



i9 



RÎCHER 



25(> 



pe voulut le faire venir à Rome et juger par 

tribunal de l'inquisition. Le parlement pro- 
;ea Richer contre les violences romaines, 
ors, à Paris même, le <luc d'Épernon, fauteur 
s jésuites , enleva Riclier, et l'enferma dans 
; prisons de Saint-Victor. 11 en sortit quelque 
!ips après par lus ordres du parlement. Ce- 
ndant dès 1615 il n'assista plus aux assem- 
ies de la Sorbonne, et il abdiqua même sa 
arge de principal au collège du cardinal Le 
3ine. On a de lui : De Analorjia, cqitsis elo- 
\ientise et linguscpatrix loeupletandx me- 
orfo; Paris, 1601, in 8"; — De Figurarum 
te et causis eloquentix ; Paris, )605, in-8". 
1 autre ouvrage du môme auteur semble être 

complément de celui-ci : De Aile et eausis 
'.etorïcx; Paris, 1629, in-S" ; — Grainma- 
:a obstetricia ; Paris, 1007, in-S" ; — Vita J. 
psonii, à la tête des Œuvres de Gerson 
aris, 1606, in fol.), publiées par Richer; — 
î Ecclesiastica et polilica potestate; Paris , 
11 , 111-4",' et 1612, in-8o. 11 parut contre ce 
re une grande quantité d'ouvrages, dont Ni- 
non a donné la liste ; après la mort de Richer 
'a été fait sur ses manuscrits une édition plus 
iple du même livre et de ses annexes, à Co- 
:;ne, 1701, in-4°. Richer de son côté publia 
jsieurs écrits pour sa défense; — Uistoria 
nciliontm gêner alium;Co\ogae, 1683, in-S"; 

Histoire du syndicat de Richer, ouvrage 
[sthume; Avignon, 1753, in-8°. 

Adolphe Hauréau, 

Baillet, Fie de Richer. — Du l'in, Hist. ecclés. du 
T-septiéme siècle. — Niceron, jWm., XXVIl. — Hist. 
I si^ndicat de Richer. 

RICHER {Jean ), astronome français, mort 
1696, à Paris. Admis en 1666 dans l'Aca- 
niie des sciences, il fut envoyé en 1671 à 
iyenne, afin d'y faite des observations sur les 
Irallaxes du sol( il et de la lune, et sur les dis- 
tices de Mars et de Vénus à la terre. Son 
lyage dura environ trois ans; il eut tout le 
ccès qu'on en espérait. Non-seulement Richer 
pporla des mesures plus exactes de l'obli- 
lité de l'écliptique, de la parallaxe du soleil et 
s positions d'étoiles invisibles dans nos cli- 
ats , mais il observa aussi le retard du pen- 
ile sous l'équateur. Ce phénomène fournit à 
ïwton et à Huygens une preuve de l'aplatis- 
ment du globe, et fut la première occasion 
« travaux enfnpris plus lard sur la figure de 
terre. Les Observations de Richer ont paru 
ins le t. VII des anciens Mém. de VAcad. des 
iences. 

Lalande, Bibtiogr. astronomique. 
RICHER [Claude), mathématicien français, 
^ le 10 novembre 1680, à Auxerre, mort en 
"56, à Provins. Son père, Jean Richer, sei- 
leur du Bouchet, était avocat au parlement. 
Tdonné prêtre à Paris, il y passa trente an- 
ées dans l'exercice des fondions ecclésiasli- 
ues, et se retira ensuite à Provins, où il fut 



chanoine de Saint Quiriace, puis doyen du cha- 
pitre de Noire-Dame. On a de lui : La Gno- 
moniqiie universelle; Paris, 1701, in-S"; — 
Discours de l'utilité du fragment de Mané- 
thon sur la dynastie des rois d'Egypte ; Pro- 
vins, 1747, in- 12 : ce n'est que l'exposition d'un 
travail considérable en 2 vol. in fol., intitulé 
Dénouement du fragment de Manéthon , et 
dont il n'a paru que deux extraits dans le Dict. 
de Rloréri de 1749. Il est aussi l'auteur, sui- 
vant labbé Goujel, de V Analyse générale qui 
contient des méthodes nouvelles pour ré- 
soudre les problèmes de tous les genres et 
de tous les degrés à l'infini (Paris, 1733, 
in-4''), ouvrage publié sous le nom de l'acadé- 
inicien Fantet de Lagny , son ami , et qui 
forme le f. XI des Mémoires de l'Académie des 
sciences. 
Goujet, dans le Dict. hist. de Moréri, de 17B9. 

RICHER (Henri), littérateur français, né en 
1685, à Longueil (pays de Caux ), mort le 12 
mars 1748, à Paris. Ayant achevé ses études à 
Cacn, il étudia le droit pour satisfaire au vœu de 
ses parents , et fut reçu avocat au parlement de 
Rouen ; mais il se contenta du titre, et se rendit 
aussitôt à Paris, où il s'adonna à l'étude des 
belles-lettres. Il avait de l'étendue et de la va- 
riété dans les connaissances, et sa modestie 
jointe à la douceur de son caractère lui fit 
beaucoup d'amis. Ses traductions en vers des 
Églogues de Virgile (Paris, 1717, 173C, in-12) 
et des huit premières Héroîdes d'Ovide (1723, 
in-12) sont assez fidèles, mais froides et lan- 
guissantes. L'une de ses tragédies, Sabinus et 
Eponine (1735 ), a été mise en hollandais et 
jouée, dit-on, avec succès à Amsterdam. On a en- 
core de lui : Fables en rers, douze livres ; Paris^ 
1729-1744, 2 vol. in-12, réunis en un seul dans 
la réimpression de 1748, qui est précédée d'une 
vie de l'auteur; l'invention, selon Sabatier, n'y 
est pas heureuse, la narration en est froide, 
mais le style simple, clair et facile ; — La Vie 
de Mécenas , avec des noies; Paris, 1746, 
in-12 , extraite en grande partie de l'ouvrage de 
Meibomîus. 
Notice, à la tête des Fables. 

RICHER d'aube (Fronçois), jurisconsulte 
et magistrat français, né à Rouen, en 1686, mort 
à Paris, le 10 octobre 1752. Neveu, à la mode de 
Bretagne, de Fontenelle, et adonné de bonne heure 
à l'étude du droit, il ne quitta pas la carrière de sa 
famille, qui était de robe. D'abord conseiller au 
parlement de Normandie, puis maître des re- 
quêtes, il obtint la charge d'intendant, et 
l'exerça à Caen et à Soissons. Sa rage de dis- 
puter contre tout venant sur les plus petites 
choses ne tarda pas à la lui faire perdre. Vers 
l'âge de quarante ans, il vint habiter Paris, dans 
la rue Saint- Honoré. Fontenelle vint loger chez 
lui, lorsqu'il quitta en 1730 le Palais-Royal. 
L'abbé Trublet a tracé de lui ce portrait : « Il 
était, dit-il, haut, dur, colère, contredisant, pé- 



2âl 

daiJt, bon homme néanmoins, officieux même 
et généreux. S'il était difficile à commercer, il 
était facile à vivre. » Le marquis d'Argenson 
le regardait comme un bon administrateur. Richer 
d'Aube n'a publié qu'un Essai sur' les prin- 
cipes du droit et de la morale (Paris, 1743, 
în-4° ). Critiqué par Real, vanté par Desfon- 
îaines, ce livre est depuis longtemps oublié. Le 
nom même de l'auteur serait peut-être ignoré 
complètement, sans quelques vers de Rulhière 
et de Voltaire. 

Auriez-voiis par hasard connu feu monsieur d'Aube, 
Qu'une ardeur de dispute éveillait avant l'aube? 

dit Rulhière, dans son poëme des Disputes, et 
Voltaire lui répond ( 26 avril 1769) : « Le por- 
trait du sieur d'Aube est parfait; vous demandez 
à votre lecteur 

S'il connaît par hasard le contradicteur d'Aube, 
Qui daubait autrefois, et qu'aujourd'hui l'on daube, 
El que l'on daubera tant que vos vers heureux 
Sans coDtradicUon plairont à nos neveux. 



Oui vraiment , je l'ai fort connu et reconnu 
so'js votre pinceau de Téniers. » J. M— r— l. 
Trublet, Mémoires sur la vie de Fontenelle. — Ob- 
servations sur les ecnts modernes, par DesfoiUaines et 
..atr^s, t. XXXIIl. — Clément ( do Genève ), Cinq annCes 
littéraires, 3« lettre. 

aïCHER ( François ), jurisconsulte français, 
né en 1718', à Avranches, mort en 1790, à Paris. 
Reçu avocat au parlement de Paris, il se fit une 
bonne réputation comme jurisconsulte. Il a 
laissé quelques ouvrages estimés, tels que : 
Traité de la mort civile; Paris, 1755, in-4°; — 
De l'Autorité du clergé et du pouvoir du ma- 
gistrat politique sur l'exercice des fonctions 
du7ninistèreecclésiastiqiie;\m&teTdaim(Paris), 
1767, 2 vol. in-12 ; — Causer célèbres, curieu- 
ses et intéressantes de toutes les cours sou- 
veraines du royaume depuis 1773 jusqu'en 
1780; Amsterdam (Paris), 1772-1788, 22 vol. 
in- 12 : les faits de chaque cause et les moyens 
de droit sont exposés dans ce recueil avec plus 
d'ordre que dans celui de Gayot de Pitaval. 11 
a publié comme éditeur les Arrêts de Maynard 
(Toulouse, 1751, 2 vol. in-fol.); les Arrêts no- 
tables d'Augeard (Paris, 1756, 2 vol. in-fol.); 
les Lois ecclésiastiques d'Héricourt ( I75C, 
in-fol. ) ; les Œuvres de Montesquieu (Amster- 
dam, 1758, 3 vol. in-4° ), avec une sage réfuta- 
tion des Remarques d'Élie de Luzac; le Dic- 
tionnaire de mythologie de Claustre ( 1765, 
2 vol. iH-8'' ), et les Arrêts du premier président 
de Lamoignon (1783, 2 vol. in-4''). Il a aussi 
travaillé au Journal des causes célèbres. 

J{\ciiER {Adrien ), historien, frère du précé- 
^lent, né en 1720, à Avranohes, mort en 1798, 
à Paris. Sa vie, peu féconde en événements, a 
été tout entière consacrée aux lettres. Les ma- 
tières historiques et biographiques sont celles 
qu'il a traitées avec le plus de soin et de persé- 
vérance, et on lui doit dans ce genre une foule 
d'ouvrages qui ont eu jusqu'à nos jours un grand 



RICHER 2{ 

nombre de réimpressions. Nous citerons de lui 
Fjp.s des hommes illustres; Paris, 1756, 180: 
2 vol. in-12; — Essai sur les grands événi 
ments par les petites causes; Paris, 175 
1759, 1762, 2 vol. in-12; — Théâtre o 
monde; Paris, 1775, 2 vol. in-8°, et 178 
4 vol. in-8", fig. ; — Vies des plus célèbr 
marins; Paris, 1780-1780, 13 vol. in-12 : r 
cueil estimé, et qui contient les vies de J. Bai 
Tourville, André Doria, Barberousse, Du Quesn 
Ruyter, Tromp, Duguay-Trouin, Forbin, Ca 
sard, la Garde et Jean et Victor d'Estrées. Cb 
cune de ces notices avait paru isolément; 
Caprices de la fortune, ou les Vies de cet 
que la fortune a comblés de ses faveurs 
de ■ceux qui ont essuyé ses plus terribles r 
vers; Paris, 1786-1789,4 vol. in-12; — I 
Fastes de la marine française ; Paris, 178 
1788, t. I et II, in-12 ; — Vies des surinte 
dants des finances et contrôleurs générau: 
Paris, 1791, 3 vol. in-12; — Abrégéchrono. 
gique de la révolution française; Pari 
1798, 3 vol. in-12, publié et continué par Bri 
ment. Il a rédigé les t. XII à XXX de ÏHistsAt 
des Chinois, Japonais, Indiens, etc., coin 
mencée par l'abbé de Marsy (Paris, 1755-17'' 
3ovol. in-12). P. L. ,'' 

Sab.itier, Les trois Siècles. — Frère, Bibliogr. m 
mande. 

KICE5ER {Edouard ), littérateur français, . 
à Noirmoutiers, le 12 juin 1792, mort à Nantu 
le 21 janvier 1834. Son père, François Richd 
périt en 1793, à la tête des gardes nationaux l 
tentèrent d'arrêter les troupes royalistes lo)< 
que Charette s'empara de l'île de Ré. Admis gii 
tuitement au prytanée militaire de Sainl-Cyr,r 
termina ses études à l'École polytechnique. Éloigi 
de la vie active par sa complexion délicate, i 
l'indépendance un peu sauvage de son caractèrel'i 
par le pencliant qu'il eut dès sa jeunesse pqi 
la rêverie , il tenta cependant de s'associer f 
commerce de son frère aîné ; mais il ne tan 
pas à quitter les affaires et sa ville natale, pqi 
habiter Nantes, où il se livra à la littératu 
et à l'étude de l'histoire naturelle. Sou g(| 
pour la solitude et l'air humide de N.mtes, ( 
ne convenait pas à sa santé , lui firent bien!( 
abandonner cette ville; il se retira d'abord d^l 
une habitation isolée, près de la rivière d'Erdji 
puis dans un véritable ermitage, au milieu d'û'i 
lande déserte. Là , il laissa aller son âme à 
contemplation de la nature. De l'examen 
faits il s'éleva à la recherche des causes, à j 
tude du monde spirituel et de la philosopliil 
mais, tendre et rêveur, il fut bientôt empoi 
vers le mysticisme, mêlant dans ses éci 
Linné et Swedenborg. Cependant, il n'oublii 
pas entièrement ses relations avec les savaiti 
et les lettrés. Déjà membre de la Société açi 
démique de Nantes, il entrait en 1S22 dans il 
Société linnéenne de Paris; il publiait des bil 
chures et des articles scientifiques, des trad uetio 



RICHER — RICIIKRANO 



354 



poi'sies anglaises, et des livres sur les mo- 
ments et les paysages de son département, 
ant été chargé par Daru d'examiner son ma- 
'^scrit de VBistoire de Bretagne , il le lui rendit 
jec des notes nombreuses, dont Daru profita, 
ten qu'il ait à peine cité le nom de l'annola- 
lir dans sa préface. L'œuvre principale de Ri- 
(«r, La Nouvelle Jérusalem (Nantes et Paris, 
32-1836, 8 vol. in-8°), est une étude mystique 
l'homme, de l'univers et du monde spirituel, 
idée à la fois sur le bon sens et sur le chris- 
nisme. Vague dans ses considérations géné- 
les, hésitante dans ses déductions, cette œuvfe 
^'èle une belle âme, un sentiment vrai de la 
iture et un vif amour de l'humanité. On a 
issi de Richer un Voyage pittoresque dans 
département de la Loire-Inférieure ;'San- 
3 , 1820-1823, 2 vol. in-4° ; et un grand nombre 
articles qu'il donna, sous son nom ou sous le 
ieudonyme de Mériadec, dans le Lycée armo- 
min. 11 était occupé, lorsqu'il mourut, d'un 
ivail immense, pour lequel il avait déjà réuni 
nombreux matériaux et qui devait avoir pour 
re : Des Erreurs et des progrès de l'esprit 
Itmain. J. M— r— l. 

i'iï-t. Mémoires snr la vie et les ouvrages d'Ed. Ri- 
er\ Nantes, 1SS6, in-S". 

uiCHER/vND (Balthasar- Anlhelme), ba- 
in), chirurgien français, né à Belley (Ain), le 
février 1779, mort à Paris, le 23 janvier 1840. 
était fils d'un notaire. Après avoir fait ses 
iMianités à Belley, il vint en 1796 à Paris étu- 
er la chirurgie, et fut reçu docteur en 1799 
ec une thèse Sur la fracture du col du fé- 
ur. En 1801, il publia ses ISvuveaux élé- 
lents de physiologie, et en 1802 il fut nommé 
lirurgien adjoint de l'hôpital Saint-Louis, dont 
devint plus tard chirurgien en chef. Le succès 
ps Nouveaux éléments de physiologie fut 
gale par celui de la Nosographie chirurgicale, 
u'il donna en 1805. Écrits dans un style simple 
élégant, ils révélaient un talent aussi habile 
discuter les questions philosophiques qu'à 
jtposer les faits de détail. Sa nomination, à 
âge de vingt- sept ans (1807), comme professeur 
l'École de médecine de Paris, couronna l'en- 
lemble de ses premiers travaux. En 1814, à la 
uite des combats livrés sous les murs de Paris, 
hôpital Saint-Louis fut converti en une vaste 
[mbulance, où les Français et les étrangers furent 
Indistinctement reçus. Les ressources ordinaires 
ie suffirenl plus pour les pansements et les 
opérations ; le typhus vint joindre ses ravages à 
;eux de la guerre et rendre dangereuses les 
onctions des médecins. Dans la direction de 
cet immense service, Richerand déploya une 
activité et un dévouement sans bornes. Lesten- 
ilances de chaque époque chirurgicale ont un 
caractère particulier; celles du premier quart de 
:e siècle se dirigèrent vers les opérations hardies, 
qui, ne se bornant pas aux surfaces, pénètrent 
jusqu'à la profondeur des organes internes. Du- 



piiyfren, Roux, Astley Coopcr, Abernethy s'é- 
taiejit acquis dans cet ordre de tentatives une 
réputation plus brillante que justifiée par de vé- 
rilahlos succès. Mais l'expérience n'avait pas 
encore prononcé son arrêt définitif, et il était na- 
turel que Richerand, supérieur à tous ses col- 
lègues dans l'art d'écrire, montrât qu'il n'était 
inférieur à aucun d'eux dans la conception qui 
innove et dans liiabileté qui exécute. L'opéra- 
tion, jusque-là sans exemple, qu'il dt^crivit, en 
1818, dan« une brochure ayant pour titre, His- 
toire d'une résection des côtes et d'une par- 
tie de la plèvre, montre qu'il n'était pas dans 
son art une difficulté qu'il ne pût aborder avec 
succès. 

Les cours de Richerand à l'École de médecine, 
continués pendant plus de trente ans et réunis 
à l'enseignement clinique de l'hôpital Saint-Louis, 
ont formé un grand nombre de chirurgiens qui 
occupent aujourd'hui le premier rang dans les 
écoles et dans la pratique. Si quelques auditeurs 
remarquaient chez lui un peu de difficulté dans 
la parole, ils ne tardaient pas à voir que cet 
embarras apparent n'avait d'autre source que la 
sévérité du maître envers lui-même; il ne vou- 
lait laisser échapper de sa bouche que des 
expressions qui rendissent sa pensée avec préci- 
sion et avec énergie. 

En récompense de tant de services rendus à 
la science et à l'humanité, le gouvernement de 
la restauration donna, en 1829, à Richerand le 
tilre de baron; il l'avait précédemment décoré 
des ordres de la Légion d'honneur et de Saint- 
Michel. Après 1830, Richerand quitta peu à peu 
la pratique médicale, et profita de ses loisirs 
pour méditer sur les questions vitales de la so- 
ciété. C'est dans la société d'Auteuil, dont Ca- 
banis lui avait ouvert l'entrée, que Richerand 
dès sa jeunesse avait développé son goût litté- 
raire et les tendances de son esprit vers des médi- 
tations élevées. Plus tard, sa campagne de Ville- 
cresnes devint le rendez-vous de plusieurs 
membres de l'Académie française, tels qu'Auger, 
Villemain, Lacretelle, Roger, Campenon. L'af- 
fection la plus intime l'unissait à Brillât-Savarin. 
La lutte qu'il soutint contre Dupuytren, les sar- 
casmes qu'il lança contre ses doctrines, lui firent 
de ce célèbre chirurgien un violent ennemi. Leur 
réconciliation doit être citée comme un exemple 
à suivre. En 1829, Maisonnabe venait d'inventer 
quelques modifications à des traitements ortho- 
pédiques; Dupuytren en parla avec le dédain 
qui était dans ses habitudes. Maisonnabe, dans 
une irritation extrême, alla le poursuivre jusque 
dans la salle des conférences des professeurs de 
l'école. Dupuytren apercevant Richerand dit à 
son adversaire : « Certes M. Richerand n'est 
point mon ami, mais je connais trop la loyauté 
(le son caractère pour hésiter à le prendre pour 
juge entre vous et moi. « Richerand répondit 
aussitôt à cet appel, et, comme deux hommes 
qui s'estimaient et qui ne demandaient qu'une 



255 



RICHERAIND 



occasion pour se réunir, ils se serrèrent mutuel- 
lement dans les bras l'un de l'autre (1). 

Richerand sut toujours discerner dans les sys- 
tèmes professés autour de lui les principes de la 
vraie philosophiedesdoctrines désolantes du scep- 
ticisme : son éducation, comme la nature de son 
esprit, l'entraînait vers les idées chrétiennes. 
Ces tendances se développèrent dans la société 
de la femme drstinguée et pieuse à laquelle il 
s'était uni. De cette union naquirent deux fils, 
dont l'aîné, le baron Wladimtr Richerand, né 
en 1816, a épousé Mii= Rendu, nièce du conseil- 
ler de l'université. 

Par une délibération de la commission muni- 
cipale (juin I85I), l'avenue de l'hôpital Saint- 
Louis a pris le nom de Richerand. 

Ses principaux ouvrages sont : Nouveaux 
Éléments de physiologie ; Paris, 1801, in-8"'; 
10' édit., augmentée par l'auteur et Bérard aîné, 
Paris, 1832, 3 vol. in-8o : trad. dix-sept fois à 
l'étranger; — Leçons de Boyer sur les mala- 
dies des os; Paris, 1805, 2 vol. in-8°, fig. ; — 
Nosographie et Thérapeutique chirurgicale; 
Paris, 180.5-1806, 3 vol. in-S"; 5= édit., 1821, 
4 vol. in-8° : trad. plusieurs fois ; — Des Erreurs 
populaires relatives à la médecine; Paris, 
1810, in-8°; — Histoire d'une résection des 
côtes et de la plèvre; Paris, 1818, in-8"; — 
Histoire des progrès récents de la chirurgie; 
Paris, 1825, in-8° ; — De la population dans \ 
ses rapports avec la nature des gouverne- 
ments; Paris, 1837, in-8". On a encore de lui 
des Notices sur Bordeu, Cabanis, Brillât-Sava- 
rin, Ambroise Paré, Vesale, etc., et un assez 
grand nombre d'articles ou de mémoires insérés 
dans le Dictionnaire des sciences médicales, 
les Mémoires de la Société d'émulation, le 
Bulletin de la Société philomathique, etc. 
Amédée Bonnet (de Lyon). 

Moniteur universel, 86 janvier 1840. — J. Cloquet, 
Éloge de Richerand. — Encgcl. du dix-neuviéme siècle, 
t. XXI. — Dubois (d'Amlensl, Ëloge de Richerand. 

RICHËRT { Joseph ï>e), amiral français, né 
le 13 septembre 1757, à Alons ( Provence), où 
il est mort, en mars 1799. Il fut embarqué comme 
mousse dès l'âge de neuf ans. En 1778 il était 
enseigne. Il se distingua à la prise de New-Port 
et dans la guerre contre l'Angleterre, en faveur 
de l'indépendance américaine. Il fit ensuite les 
campagnes de l'Inde sous le bailli de Suffren 
(1781-1782). En 1793 il fut nommé capitaine de 
vaisseau, et contre-amiral en 179.5. Ayant pris à 
Toulon le commandement d'une escadre destinée 
à détruire les établissements anglais de Terre- 
Neuve, il attaqua le 7 octobre, à 25 lieues 
nord-ouest du cap Saint-Vincent, le convoi du Le- 
vant qui se rendait en Angleterre, et s'empara 
du vaisseau Le Censeur et de trente navires ri- 



(1) Celui qui écrit ces lignes n'oubliera Jamais rémo- 
tion de bonheur avec laquelle Richerand lui a raconté 
cette scène, le lendemain même du jour où elle s'était 
passée. (B.) 



— RICniEPt 2.5 

chement chargés. Le 28 août 1796 il arri\ 
sur le banc de Terre-Neuve; en moins de quiris 
jours il brûla ou ruina toutes les pêcheries ai 
glaises du grand Banc, des lies Saint-Pierre ( 
Miquelon et môme de la côte de Labrador; 
prit ou coula plus de quatre-vingts navires < 
anéantit pour plusieurs années le commerce br 
tannique dans ces parages. A peine de retour 
Rochefbrt, il fut envoyé à Brest pour prendi 
part à la désastreuse expédition d'Irlande (d( 
cembre 1796). 
Gérard, ^165 des marins français, p. 423-426. 

RiCHiER ( Ligier ), sculpteur lorrain, né vei 
1500 (1506, suivant Chevrier), soit au villa^ 
de Dagonvilie, près Saint-Mihiel , soit plutôt 
Saint-Mihiel même, mort, à ce qu'on croit, e 
1572. La vie de ce grand artiste, qui demeai 
longtemps oublié, est presque inconnue. 
ignore quelle était la profession de ses parents 
dom Calmet dit qu'ils embrassèrent le calv 
nisme, et il semble faire entendre que Ligier lu 
même professait cette religion depuis sa jeunesse 
Devenu orphelin de bonne heure, Ligier fut n 
cueilli par un oncle, qui le chargea de garde 
ses bestiaux. Ici apparaît pour lui la iégenc 
des Giotto et des Canova. Le petit pâtre passa 
toutes ses heures à fabriquer des images ( 
terre dont il faisait cadeau à qui en voulait. M 
chel-Ange, dit-on, étant venu à Nancy, passa p; ; 
Saint-Mihiel, pour se rendre à Paris. Quelque! , 
unes de ces statuettes tombent entre ses main ; 
et il apprend avec surprise qu'elles sont l'œuv 
d'un petit pâtre du lieu. Le jeune homme, inte: ^ 
rogé , se laissa persuader volontiers d'aller a; 
prendre la sculpture en Italie. On manque de di 
tails sur le séjour de Richier à Rome. Après cin 
ou six ans passés dans celte ville, il revint dai 
la Lorraine vers 1521, et ne la quitta plus. Se 
talent ne tarda pas à lui acquérir une gram 
célébrité locale. Divers particuliers l'occupera 
d'abord à décorer leurs maisons. On lui attribi 
dans ce genre quelques cheminées , entre autn 
une exécutée à Dagonvilie , et qui a été, vers 
fin du siècle dernier, transportée au presbytèi 
de Ham-sur-Meuse. En outre, il préluda aus 
dès lors à son Sépulcre par le beau Calvaire doi 
il dota i'église de Hattonchâtel. 

René de Nassau , prince d'Orange , épou 
d'Anne de Lorraine , avait été tué le 17 juilli 
1544, au siège de Saint-Dizier. C'est probabif 
ment de l'année suivante que date le squelell 
exécuté par Richier pour son tombeau , et qi 
se voit aujourd'hui au-dessus d'un autel latéri 
de l'église Saint-Pierre, à Bar-Ie-Duc. Ceti 
statue, mi-squelette et mi-cadavre, debout, un 
main levée en l'air, la poitrine défoncée , ayai 
ici les os découverts , là un reste de chair des 
séchée ou tombant en lambeaux, est d'un effi 
prodigieux. Richier s'occupa ensuite de son pli 
célèbre ouvrage, le Sépulcre, auquel il mit I 
dernière main en 1550. Ce sépulcre est conser\ 
dans l'église Saint-Étienne à Saint-Mihiel. U s 



,,7 RICHIER — 

ïoinpose (le treize personnages un peu plus grands 
que nature : sur le premier plan, au centre, 
Jésus, Nicodème et Joseph d'Arimalliie; à droite, 
sainte Véroniq'ie; à gauche, la Madeleine; sur 
le second plan, la Vierge, soutenue par Marthe 
et saint Jean ; Salomé, qui soulève les draperies 
da sépulcre, un ange qui s'appuie sur la croix , 
fiutour (le laquelle ses bras s'enlacent, et deux 
soldats jouant aux dés, sur un tambour, les vê- 
(pmonls du Christ; dans une position intermé- 
diaire entre les deux plans, le centenier. Le 
Sépulcre de Saint-Mihiel est un des plus curieux 
;t des plus beaux monuments de l'art français à 
loutes les époques. Ce qui en fait l'originalité 
[juissante, c'est l'alliance de Ihabileté et d'un art 
jxquis à la naïveté; la manière du maître est vi- 
goureuse, large et minutieusement finie en même 
temps; élève de Michel-Auge, il s'étudie avant 
ilout à rendre l'expression et la vie. C'est un 
imagier sincère , énergique, passionné, que n'a 
boint effleuré le paganisme de la Renaissance. 
Ses figures sont aussi belles, mais autrement 
twlles que les Nyviphes de Goujon. 

Deux ans après avoir terminé son Sépulcre, 
quand Charles-Quint mit le siège devant Metz 
1552), on assure que Richier alla s'enfermer 
lans la ville avec son ami Philippe Evrard , et 
qu'il paya bravement de sa personne. En 1554 
bous le voyons travaillant à Bar, dans l'église 
Saint-Marc. Le roi François II étant venu en 
Il 559, avec sa femme Marie Stuart et ses gen- 
tilshommes, passer quelques jours au château 
de Bar, chez son t)eau-fière Charles III, duc de 
jLorraine, Ligier lui fut présenté. A partir de ce 
hfioment on ne sait ce que devient Richier, et 
On ne le retrouve qu'en 1572 (suivant Chevrier), 
rendant le dernier soupir entre les bras d'Evrard. 
\\ s'était marié et avait eu des enfants, dont quel- 
ques-uns cultivèrent aussi les arts, il serait pos- 
sible qu'un certain nombre des morceaux qu'on 
lui attribue fussent d'un autre membre de sa fa- 
mille. 

Parmi les ouvrages authentiques de Richier, 
bous citerons encore, dansTéglisedeSaint-Miliiei , 
un petit groupe en bois, seul débris restant d'un 
Crucifiement , qui passait en général pour son 
ctief-d'œuvre , et qui remontait à quelques aii- 
inées avant 1532. A Bar, Richier avait été spé- 
cialement chargé de décorer l'église collégiale de 
Saint-Marc, et il y avait sculpté le retable du 
grand autel, représentant une, Annonciation , 
[Le Christ avec la Vierge et saint Jean, Les 
Docteurs de l'Église , Les Douze apôtres en 
terre cuite , La Crèche, qui a servi de modèle, 
dit dom Calmet, à celle du Val -de-Grâce; enfin 
lie Mausolée du prince a^Orange. De tous ces 
ouvrages il ne reste que le squelette dont nous 
|avons parlé et Le Christ en croix. J'ai vu aussi 
jde lui, dans une église de Nancy, parmi les mau- 
jsolées des ducs de Lorraine, une œuvre trè.s- 
'remarquable par les qualités ordinaires de sa 
sculpture Le musée du Louvre ne possède de ce 

i HOUV. BIOCR. CÉSÉK. — T. XLII. 



RICHMOISD 258 

grand artiste que deux pièces, dont l'importance 
relative est assez médiocre : un En/ant couché 
sur le dos, dans une pose d'un naturel parfait, 
et le Jugement de Suzanne, bas-relief d'un 
fini merveilleux, qui comprend de trente à qua- 
rante personnages dans un cadre d'un demi- 
mètre carré tout au plus. On remarque dans ce 
dernier morceau la beauté des nombreux dé- 
tails de l'ornementation, car Richier savait allier 
au talent du tailleur d'images le goût exquis de 
l'architecte décorateur, comme on le voit encore 
par le jubé qu'il avait fait pour l'église de l'ab- 
baye à Saint-Mîhiel, et par le curieux plafond, 
style renaissance, dont les caissons, chargés d'é- 
légantes arabesques, s'agencent avec tant de 
grâce au rez-de-chaussée de la maison qu'il 
habitait, dans l'ancienne rue des Drapiers. 
Victor FouRNEL. 
De Chàtcaurupt, f^oyage à Saint-Nicolas-du-Port, 
133Î. — Caimet. Bibl. lorraine. — Chevrier, Mémoires 
pour servir à l'hist. des hommes illustres de Lorraine ; 
17S*, î vol. In-H. — Magasin pittoresque , 1848 et 1849, 
— V. Fournel, dans L'ArtiUe (lu 16 novembre 1866. 

RICHMANK [Georges-Guillaume), physicien 
suédois , né à Pernau, le 1 1 juillet 171 1, mort à 
Saint-Pétersbourg, le 26 juillet 1753. Il fut d'a- 
bord précepteur des enfants du comte d'Oster- 
mann. Nommé en 1735 adjoint à l'Académie des 
sciences de Saint-Pétersbourg, il enseigna depuis 
1741 lés sciences naturelles à l'université de cette 
ville. Ayant voulu répéter les expériences de 
Franklin sur l'électricité de l'air, il s'approcha 
de trop près pendant un orage de la barre de 
fer qui faisait partie d'un instrument de son in- 
vention, et qu'il appelait V Indicateur électri- 
que; il en sortit une boule ignée, qui le tua 
à l'instant. Il a publié dans le recueil de l'A- 
cadémie de Saint-Pétersbourg vingt-deux MA- 
moires sur des matières physiques. 

Gadebusch, I.ivlaendische Bibliotàek, III. — Hlrschlng, 
Hundbuch. 

RICH.MOND ( Lodowick Stuart, duc de 
Lennox et DE ), né le 29 septembre 1574, mort 
le 12 février 1624, à Londres. Par son grand- 
oncle Matthew, comte de Lennox, il était cousin 
de Jacques VI, roi d'Ecosse; sa mère était une 
fille du comte d'Entragues. Il avait été élevé en 
France, et jouit même d'un certain crédit à la 
cour d'Henri IV, 'qui lui donna le commande- 
ment de la garde écossaise. Aussi en 1601 
eut-il mission de représenter son souverain à 
Paris, où il revint en 1604 et en I6l3 en am- 
bassade. Lorsque Jacques prit possession du 
trône d'Angleterre (1603), Lennox l'accompagna 
à Londres ; pendant toute sa vie il eut la bonne 
fortune de se maintenir dans la faveur royale, 
et vécut dans des rapports d'amitié avec Bucking- 
ham. Il reçut le collier de la Jarretière (1603), 
une pairie anglaise (1613) et les titres de comte 
de Newcastle et duc de Richmond (1623). Il ne 
laissa pas d'enfants. 

Sa troisième femme, Prances Howard, née 
vers 157a, morte le 8 octobre 1639, eut la répu« 

9 



259 



RICHMOND — RÏCHTER 



260 



tation d'une des beautés les plus accomplies de 
son temps. Elle était fille du vicomte Biudon, et 
appartenait à la maison de Norfolk. Malgré sa 
haute naissance, elle avait choisi pour premier 
mari le fils d'un brasseur de Londres , qui lui 
laissa une grande fortune ; puis elle épousa, en 
troisièmes noces, un vieillard , le comte de Hert- 
ford, qui mourut en 1621. On l'enterra, avec son 
dernier époux, dans l'abbaye de Westminster. 
KiCHMOND (James Stuart, duc de), neveu 
du précédent, né le 6 avril 1612, dans le comté 
d'York, mort le 30 mars 1655. Il fut élevé sous 
les yeux du roi Charles F'", qui, après l'avoir 
'traité avec une affection toute paternelle, l'admit 
dans la suite dans sa plus étroite intimité. Au re- 
tour d'un voyage en Espagne, où il fut revêtu de 
la grandesse, il entra au conseil privé, et devint 
grand maître de la maison du roi, gardien des 
cinq ports et chevalier de la Jarretière. En 1641 
il reçut le titre de duc de Richmond, qui avait 
été porté par son oncle. Pendant les troubles, 
il ne se sépara jamais de sou maître, et eut la 
faveur, peu recherchée du reste, de lui tenir 
compagnie jusque dans sa captivité. En 1637, 
il avait épousé Marie Villiers , fille unique du 
duc de Buckingham. 

Cette famille s'éteignit en la personne de son 
neveu, Charles Stuakt, qui mourut en Dane- 
mark, en 1672. 

Lodge, Portraits, III, IV et V, édlt. 1849. 

ïiiCHMOMD (Charles Lennox, duc de), 
fils naturel de Charles II et de Louise de Ke- 
roualle, duchesse de Portsmouth, né le 11 juillet 
1672, à Londres, mort le 8 juin 1723, dans le 
Sussex. Tout enfant il fut créé duc de Richmond, 
comte de March et de Darnley, chevalier de la 
Jarretière et grand maréchal d'Ecosse. Bien qu'il 
professât la religion catholique et qu'il eût, pen- 
dant un court séjour en France , été naturalisé, 
il gagna les bonnes grâces de Guillaume III, et 
assiste près de lui aux batailles de Steinkerke 
et de Nerwinde. 

Richmond {Charles, duc de), fils du précé- 
dent, né le 29 mai 1701, à Londres, mort le 8 
août 1750, occupa quelques cliarges à ta cour 
de Georges lî. 

Richmond ( Charles, duc de) , fils du précé- 
dent, né le 22 février 1735, mo'rt le 29 décembre 
1806, se distingua par un brillant courage à la 
bataille de Minden, où il commandait le 16^ 
régiment d'infanterie. Dans la chambre haute 
il s'attacha aux whigs , attaqua avec hardiesse 
la politique du parti tory, et proposa en 1778 de 
reconnaître l'indépendance des colonies améri- 
caines. Il se rendit surtout populaire par son 
projet de réforme du parlement , où le droit de 
vote était étendu à tous les citoyens âgés de vingt 
et un ans, à l'exception des criminels et des in- 
capables. Ses efforts du reste vinrent se briser 
confie l'obstination des tories de n'accorder rien 
à leurs adversaires. Deux fois il arriva au pou- 
voir, d'abord comme secrétaire d'État dans le 



premier cabinet formé par lord Rockingham, sou 
ami (1765) ; mais il employa mieux ses talents 
dans la charge de grand maître de l'artillerie, qu'i 
conserva depuis 1782 jusqu'en 1795, sauf unt 
interruption de quelques mois, en 1783, peadani 
le ministère où Fox siégeait avec lord North. I 
mourut sans postérité. 

Richmond (Charles, duc de), neveu du pré- 
cédent, né en 1764, succéda à son oncle dans sf 
pairie et ses honneurs. Il avait embrassé la car- 
rière militaire; quelques actions d'éclat lui va- 
lurent la réputation d'un brave soldat. Dans s£ 
jeunesse il était connu sous le nom du galant 
et beau Lennox. Il siégea d'abord à la chambrt 
des communes, et y donna son appui à l'admi- 
nistration de Pitl. De 1808 à 1814 il exerça les 
fonctions de lord lieutenant d'Irlande. Nomm< 
général en 1814, il assista à la bataille de Wa- 
terloo. Après avoir été remis en possession pai 
Louis XVIIÎ du duché d'Aubigny (1816), qu 
avait été donné à la fameuse duchesse de Ports- 
mouth , et possédé par ses descendants jusqu'à 
la révolution de 1789, il fut envoyé au Canada 
avec le titre de gouverneur général. Comme il 
retournait à sa maison de campagne, située 
dans les environs de Québec, il fut mordu pai 
un petit chien; les symptômes delà rage S( , 
déclarèrent, et il succomba, le 27 août I8l9, av ,| 
milieu d'atroces souffrances. j 

Son fils, Richmond ( Charles , duc de ), né er j 
1791, à Londres, a hérité de son siège à k 
chambre des lords. Quoique tory, il remplit, 
dans l'administration conciliatrice de lord Grey 
(1830-1834) l'emploi de directeur général des 
postes. L'une de ses filles, Augusta- Cathe- 
rine, née en 1827, a épousé morganatiquement. i 
en 1851, le prince Edouard de Saxe-Wciraar. 

Burlse, Peerage. 

KïCîâTER (Georges- Gottloh), médecin alle- 
mand, né à Schneeberg, le 4 février 1694, mort 
à Gœttingue, le 28 mai 1773. Reçu en 1720 doc- 
teur à Kiel, il y fit pendant plusieurs années 
des cours de belles-lettres, de philosophie et df 
médecine, devint en 1728 médecin de l'évêque 
de Lubeck, Adolphe-Frédéric, qui monta plus 
tard sur le trône de Suède, et qu'il accompagna 
en 1729 à Paris, et fut promu en 1736 à un*: 
chaire de médecine à Gœttingue. Il fut membre 
de l'Académie des curieux de la nature de Vienne 
et de la Société des sciences de Gœttingue. I! a 
publié quatre-vingts et quelques dissertations et 
programmes , la plupart très-remarquables et 
réunis par Ackermann (Opuscula medica; 
Francfort, 1780-1781, 3 vol. in-4'>). 

Heyne, Memoria Richleri; Gœttingue, 1775, in-fol. — 
Putter, Gelehrten- Cesckichte von Gœttingen, I, 1S5. — 
Bœrner, Jctzt lebende yErtzte, I, II et III. — Hirschlng, 
[landbuch. 

KiCM'FEK ( Aîiguste- Gottlob ) , chirurgien 
allemand, né à Zœrbig, le 13 avril 1742, mort à 
Gœttingue, le 23 juillet 1812. Après avoir vipilé 
la France, l'Angleterre et la Hollande, il enseigiia 
depuis 1766 la médecine à Gœttingue. « Richter, | 



!61 RICHTEU 

[it la Biographie médicale , cultiva la méde- 
Bine avec autant de succès que la chirurgie, et 
ïorta le même esprit d'investigation dans ces deux 
sciences. Ses ouvrages, où l'on trouve une im- 
nense richesse.de faits, lui ont assuré une place 
des plus honorables parmi les meilleurs obser- 
Witeurs du siècle dernier, w Nous citerons : Chi- 
"urgische Bibliothek; Gœttingue, 1771-1797, 
15 vol. in-S"; — Anfangsgrûnde der Wun- 
[îarzneykunsi (Éléments de chirurgie); ibid., 
i[782-l804, 7 vol. in-8°; — Medicinische und 
:hirurgische Bemerhîingen (Observations mé- 
dicales et chirurgicales) ;ibid., 1790-1813, 2 vol. 
n-8"; — Spe&ielle Thérapie (Thérapeutique 
■lukiale); Berlin, 1813-1820, 7 vol. in-8°. 
r.citcrmiind. Supplément â Jôchcr. 
, K2CHTËR {Jérémie- Benjamin) y chimiste 
allemand, né le 10 mars 1762, à Hirschberg, 
(tiort à Berlin, le 4 avril 1807. Il occupa depuis 
! 795 divers emplois dans l'administration des 
iiines, et fut ensuite attaché à la manufacture de 
i)orcelaine de Berlin. C'est lui qui a véritable- 
inent découvert la loi stœchiométrique , qui 
;'ègie les proportions des éléments chimiques; 
!;es analyses et ses procédés de préparations ont 
)eaucoup contribué aux progrès de la science. 
Dn a de lui : De usu matheseos in chimia; 
iœnigsberg, 1789, in-4°; — Ueber die neueren 
Segenstdnde der Chymie (Nouveaux objets de 
la chimie) ; Breslau, 1791-1800, 10 parties in-8° : 
recueil rempli d'observations fécondes en résul- 
tats; — Anfangsgrûnde der Stœchyometrie 
[ Éléments de stœchiométne) ; ibid., 1792-1794, 
i vol. in-S" : ouvrage remarquable, qui a donné 
^ la chimie une base toute nouvelle. Il a aussi 
publié les t. III à VI et le Supplément du Die- 
Honnaire chimique de Bourguet, et il a fait 
Daraître en commun avec Gehlen et autres le 
Neues Allgemeine Journal der Chemie ( Ber- 
lin, 1803-1805) &X\& Journal fur die Chemie 
undPhysik (ibid., 1806-1807). 

Der Biograph, VI[. — Meusel, Gelehrtes TeutsclUand, 
iVI, X et XV. - Hoefer, Hist. de la chimie. 

j RICHTER (Jean-Paul-Frédéric), dit Jean- 
IPaul, célèbre littérateur allemand, né à Wunsie- 
pel, près Baireuth, le 21 mars 1763, mort à Bai- 
^euth, le 14 novembre 1825. Fils d'un pasteur 
protestant, il commença ses études au gymnase de 
fHof et les continua, depuis 1780, k l'université 
[de Leipzig, où il se destina d'abord à la carrière 
(ecclésiastique. Mais il abandonna bientôt la théo- 
jlogie pour suivre ses penchants, qui le portaient 
[vers la culture de la poésie et l'acquisition d'un 
[savoir encyclopédique. Venu au monde dans une 
des contrées les p)us pittoresques du Fichtelge- 
[birge, qui forme les limites de la Bavière et de 
a Bohême, Jeau-Paul passa la plus grande partie 
sa vie dans ces montagnes solitaires, où 



ide 



Is'écoula son enfance et qui ne sont encore aujour- 
id'hui, malgré la rapidité des moyens de commu- 
Inication , visitées que par un très-petit nombre 
îde touristes. C'est là sans doute qu'il faut cher- 



262 
cher la source de ce caractère rêveur, fantasque, 
bizarre , doué d'une pointe de misanthropie sa- 
tirique, entretenue par une imagination sans 
bornes, impatiente de toute règle et de toute 
contrainte , caractère qui se révèle dans toutes 
ses conceptions, dans tous ses écrits. Pope, 
Swift, Sterne, Young faisaient de bonne heure 
sa lecture favorite; c'est là qu'il puisa en partie 
cet humour qui forme le principal trait de 
son genre d'esprit. Après avoir terminé ses 
études, il demeura quelque temps à Leipzig, 
pour essayer d'y vivre de sa plume. C'est dans 
cet intervalle qu'il fit paraître les Groenlàn- 
dische Processe ( Procès Groenlandais ) , espèce 
de satire humoristique (Berlin, 2 vol., 1783- 
1785), suivie de Auswahl aus des Teufels Pa- 
pieren (Choix de papiers du diable); Géra, 
1788. Ce sont les essais d'un jeune homme qui, 
comme tant d'autres au début de leur carrière 
littéraire , juge le monde à travers le prisme de 
son inexpérience unie à l'indignation de la naï- 
veté ; ce sont des ébauches d'imitation d'Hippel. 
d'Hamann et des satiriques anglais, entrecoupées 
de périodes et de raisonnements inachevés ; des 
métaphores souvent forcées , mêlées à ces sou- 
bresauts d'esprit prestigieux qui firent de lui un 
écrivain à part. 

Après la mort de son père, qui le laissa sans 
fortune, il quitta en 1785 Leipzig, et vint d'abord 
habiter Hof, petite ville voisine de son lieu 
natal. Ayant à pourvoir à la subsistance de sa 
vieille mère et se suffisant à peine à lui-même 
par le produit de sa plume, il acheva son éduca- 
tion à l'école ,de la misère, où se trempent les 
meilleurs esprits et la plupart des hommes de 
génie. Comme ses premiers ouvrages avaient 
obtenu peu de succès , il résolut de se créer 
quelques ressources en se faisant, en 1790, ins- 
tituteur à Scharzenbach sur la Saale, où son père 
avait, vers la fin de sa vie, exercé le ministère 
évangélique. Cette position, relativement infime, 
loin de l'abattre, lui donna du courage. C'est à 
son séjour à Schwelbach que remontent les allu- 
sions les plus originales et les souvenirs les plus 
tendres qu'on remarque dans ses, œuvres. Les 
matériaux de sà Levana, ou système pédago- 
gique {Erziehungslehre), qui parut à Bruns- 
wick, en 1807, datent de la même époque. En 
1793, au plus fort de la révolution française, 
dont il suivait les phases avec un œil attentif, il 
sortit de l'obscurité par l'apparition de sa Loge 
invisible ( Unsichtbare Loge), dont il avait en- 
voyé le manuscrit à Ph. Moritz, en le priant de lui 
trouver un éditeur (Berlin, 2 vol.; 2cédit., 1822) : 
c'est le fragment d'un roman, entrecoupé de sail- 
lies etde digressions nombreuses, et dontle héros 
représente ce conflit permanent de la vie réelle 
et de la vie idéale. En 1794, Jean-Paul revint 
se fixer à Hof, où il fit successivement paraître 
ITespej-us (BerUn, 1794,4 vol.; 3^ édit., 1819), 
roman du même genre que la Loge invisible ; 
— Quintus Fixîein (Baireuth, 1796; 2* édit., 

9. 



263 



RTCHTER 



1800), qu'il signa pour la première fois du nom 
de Richier, tandis que ses autres écrits portaient 
celui de Jean-Paul; — Biographische Belu- 
4tigungen itnierder Gehirnsekate einer Riesin 
(Amusements biographiques sous le crâne d'une 
géante) ; Berlin, 1796; — Vdumen-frucht und 
Dornens/ùcke (Recueil de fleurs, de fruits et 
d'épines); ibid., 1796-1797, 4 vol.; et le Jubel- 
senior (Chef de banquet); ibid., 1797. Jean- 
Paul comptait dès lors parmi les premiers écri- 
vains de l'Allemagne, et lorsqu'en 1797 il eut 
perdu sa mère, il retourna à Leipzig et y fit pa- 
raître, l'année suivante, Das Campanerthal, 
ou De V immortalité de Vâme, qui lui valut 
l'amitié de Herder. Il séjourna quelque temps à 
Berlin, àWeimar, alors surnommé r Athènes de 
la Germanie, et visita les principales villes de 
la Tliuringe, Gotha, Meiningen, Hildburghausen, 
où il reçut des témoignages non équivoquesd'une 
cordiale sympathie. On y citait surfont ses succès 
auprès des dames par sa conversation enjouée et 
humoristique. En mai 1801, il épousa la fille du 
conseiller Maier de Berlin, et se retira d'abord 
à Meiningen, puis à Cobourg, et vécut à Baireuf h 
depuis 1804 jusqu'à la fin de sa vie. Les hon- 
neurs et les faveurs vinrent le trouver dans sa j 
retraite. Le duc de Saxe-Hildburghausen le gra- 
tifia du titre de conseiller de légation, et le prince- 
primat, duc de Dalberg, lui donnait depuis 1809 
une pension de 1,000 florins (plus de 2,000 fr.) 
qui, après l'abdication de ce prince, lui fut con- 
tinuée par le roi Maximiliende Bavière. L'univer- 
sité de Heidelberg lui conféra le- diplôme de 
docteur, et l'Académie de Munich l'admit, en 
1820, au rang de ses membres. Au commence- 
ment de 1825 il perdit presque entièrement la 
vue, et il ne survécut que de peu de mois à la 
mort de son fils unique, qui étudiait à Heidel- 
berg. Il avait soixante-deux ans révolus. Le 
roi Louis de Bavière lui fit élever sur la place de 
Baireuth une statue , œuvre du célèbre Schwan- 
thaler. 

Outre les ouvrages cités, on a de Jean-Paul : 
Titan; Berlin, 1800-1803, 4 vol.; 2eédit., 1846 : 
c'est l'ouvrage où l'auteur avoue lui-même avoir 
consigné la quintessence de ses aspirations ; il a 
été traduit par M. Philarète Chasles; Paris, 
1835, 4 vol. in-8°; — Flegeljahre (Années 
d'école buissonnière); Tubingue, 1804 : l'auteur 
y est un peu moins prodigue de ces transitions 
brusques et calculées du sublime au trivial, qui 
en font un des auteurs les plus fatigants à lire 
et souvent les plus difficiles à comprendre; — 
DerFeldpredigers Schmelzle Reise nach Flûtz 
(Le Voyage de l'aumônier du régiment Schmelzle 
à Fliitz) ; Tubingue, 1809 : il reproduit, ainsi que 
Quintus Fixlein, un ensemble descènes patriar- 
cales et champêtres qu'on admire sur certains 
tableaux flamands; — Der Komet oder A'î'co- 
laus Markgraf; Berlin, 1820-1823; — Vor- 
schuledev/Esthetik (PrépaiTatlon à l'esthétique); 
Hambourg, 1804 : ouvrage de philosophie. Son 



Sermon de la paix (Heidelberg, 1809), Mon 
P/iébus, changement de dynastie en 18 
son Sermon politique du Carême (Tubing 
1817), sont des écrits de circonstance, pro 
qués par les événements du temps. Parmi 
œuvres posthumes on remarque sa correspi 
dance avec F.-H. Jacobi (Berlin, 1828), et a^ 
Chrisf. Otto (ibid., 1829). La collection de 
œuvres complètes, que l'auteur avait lui-mê 
commencée peu de temps avant sa mort, pa 
à Berlin, 1826-1838, 05 vol. in-12, dont 5 ^ 
d'écrits posthumes; rééditée en 33 vol. in- 
1840-1842. Une nouvelle édition revue de scsc 
vres complètes paraît actuellement à Berlin, cl 
J. Reimer. — Jean-Paul est un poète dans fo 
l'acception du mot, bien qu'il n'ait jamais fait 
vers. Il est à peu près intraduisible ; il n'est gu 
possible de faire passer dans la langue françai 
dont le génie est la clarté, ces fantasmagories 
style et de pensées, auxquelles se prête si m 
veilleusemenl la langue allemande. F. H 
Dœriiig, Leben und Charukteristick J.-P. Richti 
Leipz., 1830. — Spazler, Commentaire biographique 
J.-P.; Le\pz., 1833, 5 vol.— Z. Fiinek, TVotice surj.- 
Schleusingen, 1839. — Ilevue germanique, année 1 

RiCHTER ( Guillaume-Michel de ) , méde 
russe, né à Moscou , en 1767, mort dans ce 
ville, en 1819. Il enseigna la médecine à l'u 
versité de sa ville natale. On a de lui : ( 
schic/ite der Medicin in Russland; Mosc 
1813-1815, 2 vol. in-S" : excellent ouvrage, fi 
de longues et consciencieuses recherches. 

Mémoires de l'Jcad. de Moscou. 
RICHTER ( Jean-Louis , baron ) , gén( 
français, né à Genève, le 24 octobre 1769, m 
à Paris, le 23 décembre 1840. Nommé capita 
dans la cavalerie de la légion Allobroge ( 
août 1792 ), il servit à l'armée des Alpes, et 
les campagnes des Pyrénées orientales, d'Ita 
de Suisse et d'Egypte. Il se signala à la bâta 
d'Austerlitz, et, devenu colonel du 3*^ de cuir 
siers (31 décembre 1806), combattit avec 
même distinction à Eylau, à Friedland, à Y 
ling, où il eut deux chevaux tués sous lui. 
conduite à Wagram lui mérita le titre de ba: 
de l'empire et le grade de général de brig; 
( 6 août 181 1 ). Après la campagne de Russie 
laquelle il prit part, il commanda le dépai 
ment de la Moselle, et fut admis à la retn 
avec le titre de lieutenant général honoraire ( 
octobre 1827). 

Fastes de la Légion d'honneur, IV. 
RICHTER ( Charles-Frédéric ), orientali 
allemand, né à Freyberg, en 1773, morl 
Schneeberg, le 4 septembre 180G. Après av 
depuis 1799 occupé une chaire à la faculté 
philosophie de Leipzig, il devint en 1803 p 
raier pasteur à Schneeberg. On a de lui : H 
torise Persarum antiquissimas cum G> 
corum et Ebrscorum narraiionibus con 
liandx spécimen ; Leipzig, 1795, in-4° ; — 
xtate libri Jubi defimenda; ibid., 1799, in-^ 
— Essai historique et critique sur les c 



)65 RICHTÈR 

asties des Arsacides et des Sassanides; 
M., 1804, in-S" , en allemand; — Expiica- 
on de tous les passages de f Ancien et du 
\ouveau Testament que l'on a attaqués 
mime inintelligibles, scandaleux ou erro- 
és; ibid., 1805, 1808, 2 vol. in-S", en alle- 
mand. 
Meuscl, Gelehrtes Teutschland, VI, X et XV, 

]; RICHTER (Herman-Eberhard), natura- 
'ite allemand, né à Leipzig, le 14 mai 1808. 
rofesseur à l'Académie médico-chirurgicale de 
resde, il fut impliqué dans les affaires poli- 
]ues de mai 1849, qui menaçaient le trône du 
i de Saxe, et mis tn liberté après deux ans de 
ison préventive. Outre un grand nombre d'ar- 
;les de journaux et d'écrits de circonstance, 
i a de lui : une édition critique du Systema 
getabilium de Linné; Leipzig, 1839; — 
anémie et la chlorose ; ibid., 1850; — Or- 
mon der physiologischen Thérapie; Leipzig, 
50 : espèce de répertoire des sciences médi- 
les. X. 

Conversations - Lexikon. 

RiciMER, chef barbare au service de l'em- 

e romain d'Occident, mort en 472 de l'ère 
rétienne. Il était fils d'un chef suève et petit-fils 
I Wallia, roi des Wisigoths. 11 passa sa jeunesse 
la cour de Valentinien III, servit avec dislinc- 
»n sous Aétius, et fut élevé à la dignité de 
(Imte. Courageux etrusé, d'une intelh'gence pleine 

ressources et d'une ambition sans scrupule, 
cimer joua un grand rôle dans les événements 
li remplirent la dernière période de l'empire 
Décident ; il ne tenait qu'à lui d'en jouer un 
bs éclatant encore. Trois fois la pourpre im- 
Iriale fut à sa disposition, et trois fois il aima 
leux faire un empereur que l'être lui-même. Il 

voulait pas en s'arrogeant un vain titre sou- 
der contre lui tout ce qui restait d'orgueil ro- 
^in, et préférait en décorer quelqu'une de ses 
éatures, qu'il brisait ensuite s'il ne la trouvait 
s assez docile. En 456, il remporta dans les 
rages de la Corse une victoire navale sur les 
indales, alors en guerre avec Avitus, et défit 
Ir armée de terre près d'Agrigente en Sicile. 
is succès éclatants lui donnèrent une popu- 
lité dont il se servit pour renverser Avitus, 
li depuis son avènement au trône n'avait pas 
pondu à l'attente des Romains. Le vainqueur 
is Vandales excita une révolte dans la garnison 
Ravenne, s'assura de l'adhésion du sénat, 
courut à la rencontre d'Avitus, qui arrivait de 

Gaule. Une bataille s'engagea près de Plai- 
hce, le 16 (ou 17) octobre 456. Avitus fut 
incu et pris. Le vainqueur se contenta d'a- 
rd de le reléguer dans la position d'évéque de 
aisance; mais quelques jours après, appre- 
'nt qu'il avait formé le dessein de se sauver 

Gaule, il le fit tuer, Marcien et après lui 
ion, empereur d'Orient , prirent le titre d'em- 
reur d'Occident ; mais tout le pouvoir resta 
itre les mains de Ricimer, qui gouverna l'I- 



— RICOLD 265 

talic avec le titre de patrice, que lui donna Léon. 
Le chef barbare ne s'opposa pas à la nomina- 
tion de Majorien comme empereur d'Occident 
(457), et celui-ci se hâta d'informer le sénat 
que 5on père Ricimer restait chargé ducomman- 
<lement de toutes les forces militaires de l'em- 
pire. Cependant, au bout de quelques années il 
devint évident que Majorien jtrenait son rôle au 
sérieux et voulait gouverner réellement. Ricimer, 
jaloux de cet empiétement sur son autorité, le 
dépouilla du pouvoir suprême à Dertona (Tor- 
tone ) , dans le Milanais, au mois d'août 461, et 
le fit tuer quelques jours après. Il le remplaça 
par Vibius Severus Serpentinus. L'empereur 
Léon refusa de reconnaître l'élu du barbare, et 
Egidius en Gaule rompit avec l'Italie; mais ces 
protestations n'affaiblirent pas l'autorité de Ri- 
cimer, Après la mort de Severus (465), qu'il 
avait peut-être empoisonné, il laissa pendant 
dix-huit mois l'empire d'Occident sans titulaire. 
Cet état de choses mécontenta les Romains, et 
le tout-puissant patrice crut prudent d'accepter 
Anthemius, qui lui arrivait de Constantinople 
avec le titre impérial. Pour s'assurer du nouvel 
empereur il épousa sa fille, et pendant quelque 
temps l'accord subsista entre eux. Une pre- 
mière querelle fut apaisée par saint Épiphane; 
mais en 472 Ricimer, averti par la chute d'Aspar 
du soft réservé aux ministres trop puissants, 
résolut de prévenir les mauvais desseins qu'il 
supposait à Anthemius, Il partit de Milan, et alla 
mettre le siège devant Rome, où l'empereur s'é- 
tait enfermé. Pendant le siège Olybrius arriva 
de Constantinople, avec mission de rétablir la 
paix entre le beau-père et le gendre, mais au 
lieu de négocier la cessation de la guerre civile, 
il accepta la couronne impériale, que lui offrit 
Ricimer, La prise de Rome ( 11 juillet 472 ) et 
le meurtre d'Anthemius suivirent de près. Ri- 
cimer ne survécut que quelques jours à cette 
dernière de ses victimes ; il fut atteint d'une 
fièvre maligne, et expira le 18 août. Ce faiseur 
d'empereurs, aussi brave que perfide, avait pu 
seul maintenir l'indépendance de l'Italie contre 
l'invasion des barbares. Après lui l'empire 
d'Occident ne fut qu'une ombre, qui acheva de 
disparaître en 476. L, J. 

T-^oy. les autorités citées aux articles Anthemius, 
Avitus, Majobien, Olybrios, Sévère. — Gibbon, 
History of décline and fall of Roman Empire. — Le 
Beau, Hist. du Bas-Empire, t. VI et VII ( édlt. de 
Saint-Martin) , - Amédée Thierry, Récits de l'hist. rO' 
maine au cinquième siècle. 

RICOLD DE MONTECROix, nommé aussi 
Richard et Riculd, voyageur italien, né à Flo- 
rence, où il est mort, le 31 octobre 1309. Il fit 
profession à Florence chez les Dominicains, et 
possédait une réputation de piété et de savoir 
lorsque le pape Nicolas IV résolut de l'envoyer 
en Orient pour y établir des relations utiles au 
catholicisme. Ricold débarqua à Saint-Jean- 
d'Acre, et visita en détail les saints lieux, la Pa- 
lestine, la Judée, la Syrie, la Turquie d'Asie, 



267 



RICOLD — RICULFE 



26 



les bords de la mer Caspienne et une partie de 
la ïartarie. Il apprit à Bagdad l'arabe et les 
principaux idiomes de l'Orient. A son retour il 
rédigea une relation de ses voyages, restée ma- 
nuscrite, sous le titre d'Itinerarium peregri- 
naiionis Pr. Riculdi, et dont il y a une traduc- 
tion française, également inédite et faite en 1351, 
par F. Jean Lelong, moine du couvent de Saint- 
Berlin à Saint-Omer. Hugh Murray en a donné 
un extrait dans son Historical Account of dis- 
coveries and travels in Asia. On a encore de 
Ricold de Montecroix des Epistolee ad Eccle- 
siam tr'mmphantem , conservées dans la bi- 
bliothèque de Santa-Maria-Novella à Florence ; 
— De moribus , conditionibus et nequitia 
Tiircai-iim; Paris, 1514, in-4'' ; Séville, 1520, 
et Rome, 1606, in-8"; — Christianx fidei cou- 
fessio : c'est une réfutation du Coran, dont il 
existe des copies à la Bibliothèque impériale; 
Marc- Antoine Sérafiu en fit paraître une édition 
sous ce titre : Propugnaculum fidei ( Venise, 
1609, in^o). Il existe aussi del'ouvrage de IMon- 
tecroix une version grecque de Démétrius Cy- 
donius ; elle est du milieu du quatorzième siècle, 
et a été traduite en latin par Barthéiemi Picenus 
de Monte-Arduo; Rome, 1506, in-4"; Paris, 
1509,in-4° avec une Pré/ace de Jacques LeFèvre 
d'ÉtapIes, etc. 

Possevino, Mpparatus sacer.— Échard, Script or d. 
Prœdicat., t. I, p. 50S-507. — Etienne Quatremère, He- 
cherches sur l'Êgypta, p. 285. — Mémoires de l'Acad. 
des insc, t. VI. — Touron, Hist. de l'ordre de Saint-Do- 
minique, t. I, p. 789. 

* liicoED [Philippe), rnédecin français, né 
à Baltimore (États-Unis), le 10 décembre 1800. 
Son grand-père fut un des médecins les plus 
distingués de Marseille, et son père était un an- 
cien armateur de la Compagnie des Indes, qui, 
ruiné par la révolution, était venu en 1790 cher- 
cher en Amérique les moyens de rétablir sa for- 
tune. Élevé par son frère Jean-Baptiste, qui 
avait embrassé la profession de son aïeul, Phi- 
lippe fit ses premières études en Amérique, et 
consacra une partie de sa jeunesse à de nom- 
breux voyages dans ce continent, pour des re- 
cherches de botanique et de zoologie. Il com- 
mença l'étude delà médecine à Philadelphie, et 
vint à Paris, avec la mission de porter au Mu- 
séum une collection d'animaux et de plantes, et des 
recommandations de M. Hyde de Neuville, mi- 
nistre de France aux États-Unis, pour Cuvier. 
Attaché d'abord à l'hôpital du Val-de-Grâce, il 
passa à l'Hôtel-Dieu, dans le service de Du- 
puytren, qui apprécia ses facultés remarquables, 
puis à la Pitié, où il travailla sous la direction 
de Lisfranc. Il fut reçu docteur le 5 juin 1826. 
Ayant échoué dans un premier concours pour 
une place de chirurgien dans les hôpitaux, il alla 
exercer d'abord à Olivet, près d'Orléans, puis à 
Crouy-sur-Oiircq. En 1828, il obtint une place 
au bureau central, et en 1831 il devint chirur- 
gien en chef de l'hôpital du Midi , spécialement 
destiné aux vénériens. En outre de son service 



ordinaire, il établit en 1834 à l'hôpital du Mi( 
un cours de clinique spéciale, qu'il professa ave 
succès. En possession de la clientèle la plt 
étendue et la plus lucrative de Paris , il a él 
élu en 1850 membre del'Académie de médecin( 
Compris en 1852 dans le service de santé de 1 
maison de l'empereur, il se démit en juihetl85 
de ce dernier titre, et, chirurgien honoraire d 
l'hôpital du Midi, il n'est plus aujourd'hui qu 
médecin ordinaire du prince Napoléon. Cok 
mandeur de la Légion d'honneur (11 août 1860] 
il est en outre décoré de la plupart des ordre 
étrangers. On a de M. Ricord : Mémoire su 
l'emploi du spéculum dans les maladies vém 
Tiennes , à propos du spéculum biviale qu'il 
inventé (1833); Sîtr l'inoculation artificieli 
de la vérole chez Vhomme (1833) ; Sur la bien 
norrhagie de la femme (issi) ; Monographi 
du chancre (1837), exposition la plus absolu 
de son système personnel ; Traité pratique di 
maladies vénériennes (1838, in-8°) ; Clinlqu 
iconographique de l'hôpital des Vénérien 
(Paris, 1841-1849, gr. in-4", avec 60 planches) 
Delà syphilisation et de lacontagion des ace 
dents secondaires (1853, in-8"^), Lettres su 
lasyphilis, 1854, 1857, in-8°); et un gran 
nombre de Mémoires, dJ observations , etc., in 
sérés dans le Recueil de l'Académie de méd( 
cine, et dans les journaux de médecine françaii 
D'autres travaux de M. Ricord, quoique ayai 
leur importance, sont moins connus. Ainsi, o 
lui doit un nouveau procédé pour l'araputalio 
de deux doigts ou de deux orteils à la foi: 
pour la cure du varicocèle, pour l'opération o 
l'urétroplastie, et une méthode opératoire de 1 
circoncision et du paraphimosis. Quelques-un 
de ses procédés ont été couronnés par l'Acadérai; 
des sciences. 

Son frère, RicoRn {Alexandre), né h '^à\W 
more, en 1798, a été reçu docteur à Paris « 
1824, et s'est livré à des recherches sur l'his 
loire naturelle. Il est correspondant de l'Acadi 
mie de médecine depuis 1838. 

Sarrutet Saint-Edmc, Biogr. des hommes du jou 
i. IV, l" partie. — Les médecins de Paris. 

RîCQUHiJS. Voy. RycKE. 

RICULFE, évêque de Soissons, mort vers 90: 

Il monta sur ce siège entre 883 et 892. Il assisi 

au concile de Verberie (892) et à celui c 

Reims (893). En 900, dans cette dernière ville 

il consacra l'archevêque Hervé et excommun; 

les meurtriers de l'archevêque Foulques. Il 

rendu son nom célèbre par la Constitution qu' 

j établit dans son église, en 889. Cette constiti 

1 tion, qui a pour objet principal de corriger 1' 

gnorance des clercs , a été souvent imprima 

depuis 1615; on la rencontre notamment dac 

le Supplément des Conciles des Gaules à 

J Pierre de La Lande, et dans le t. IX des Coj 

I ciles du P. Labbe. B. H. 

1 Gallia christiaua, IX, col. 34l. — Hist. littér. de • 

1 France, vi, 82. 



269 



RIDLEY — RIEDEL 



270 



RIDL.ET (Gloster), littérateur anglais, né 
en 1702, sur mer (I), mort en novembre 1774, 
à Poplar (Middlesex). Il descendait en ligne 
collatérale de l'évoque Nicolas Ridiey , qui 
périt sur le bûcher, le 15 octobre 1556, à Ox- 
ford, pour crime d'hérésie. Il acheva ses études 
à l'imiversité d'Oxford, et y obtint un diplôme 
d'agrégé. Dans sa jeunesseil eut beaucoup dégoût 
pour la poésie, et composa, seul ou en société, 
quelques tragédies qui annonçaient du talent; il 
recueillit aussi des applaudissements en inter- 
prétant les drames de Shakspeare. Le comé- 
dien Cibber l'engagea vivement à suivre la car- 
rière dramatique; mais Ridiey, qui se destinait à 
l'église, persista dans son dessein. Sans ambition 
et trop timide pour faire sa cour aux person- 
uai^es influents, il n'obtint que de maigres béné- 
fices, et fut réduit toute sa vie à une position pré- 
caire. En 1768 il fut pourvu d'une prébende dans 
la cathédrale de Salisbury. On a de lui : Ser- 
mons ; Londres, 1742, in-S"; — De Syriacarum 
Novi Fœderis versionum indole atque iisu; 
Londres, I"61, in-4'' : c'est l'introduction delà 
vri-ion qu'il laissa manuscrite et qui parut par 
les sdins de Joseph White : Sacrorum evange- 
lioriim versio syriaca; Oxford, 1778, 2 vol, 
m-i" ;— Life of bisfiop Ridiey; Londres, 1763, 
in-4" ; — Review of Philips' s Life of cardinal 
Pôle; Londres, 1765; — les poèmes de Psyché 
et de Afe^ampitô; Londres, 1782, in-4''. 

Son fils, RiDLEY (James), hérita de ses ta- 
lents littéraires. Chapelain d'un régiment qui fut 
employé en 1761 au siège de Belle-Isle, il y 
gagna le germe d'une maladie de poitrine qui le 
conduisit prématurémenl au tombeau ( février 
1765). Il a laissé, entre autres écrits, The JJis- 
kory of James Lovegrove et The Taies of the 
<^Gen)i : ce dernier recueil, écrit avec beaucoup 
de charme et dont un grand nombre d'éditions 
attestent la popularité, parut d'abord sous le 
pseudonyme de Ch. Morell ; il a été trad. en fran- 
geais (Anist., 1767, 3 vol. in-12). 

Gentleman' s Magazine, XLIV. — Clialmers, General 
Mograph. dicl. 

Rinoi>Fi ( Claudio), peintre de l'école vé- 
nitienne, né à Vérone, en 1574, mort en 1644. 
JD'une famille noble, mais pauvre, il dut ses pro- 
grès à l'élude des œuvres du Véronèse, du Titien 
et du Mantegna. Pendant quelque temps il 
s'exerça à Vérone, puis il alla à Urbin, où il 
pçut l'hospitalité dans la maison du Borracci. Il 
s'y maria ; et habita ensuite Corinaldo, aux en- 
virons d'Urbin. Fossombrone, Cantiano, Fa- 
biano, Montenaldo , Ancône, etc., possèdent des 
ouvrages du maître véronais. A Urbin se 
trouvent une Nativité de saint Jean-Baptiste 
fit uw. Présentation de la Vierge au temple, 
'et Ri mini conserve de lui une belle Descente de 
croix. Il travailla aussi pour Padoue, pour Ve- 
nise, et surtout pour Vérone, où l'on remarque, 

(1) A l>-,nl d'un bâtiment (le In Compagnie des Indes, 
^'eaïuiic ester, sous le nom duquel il fut baptisé. 



dans la cathédrale, V Assomption et Saint 
Charles adorant le crucifix; Saint Pierre 
à San-Pietro Incarna rio, La Vierge et plu- 
sieurs saints à S.-Paolo di Campo Marzo, 
et une Flagellation à Sainte-Anastasie. Le mu- 
sée de Dresde possède uno Annonciation de Ri- 
dolfi. Dans tous ces tableaux on retrouve le 
coloris vénitien joint à la pureté du dessin , la 
simplicité de la composition, la science du cos- 
tume, qualités peu ordinaires aux imitateurs et 
aux élèvps du Véronèse. E. B— n. 

Orlandi, Lanzl,Ticozzl. — Bennassutl . Cî/idrt! di Tc- 
rona. — Al. Magçlore, Le Pitture d'Ancona. 

RiDOLFi ( Carlo ), peintre de l'école véni- 
tienne, né à Lonigo, près Vicence, en 1594, 
mort à Venise, en 1658. Un des meilleurs élèves 
de rAliense,il s'éloigna plus tard de son style par 
l'étude qu'il fit des peintures existant à Vicence et 
à Vérone. Ses meilleurs ouvrages «ont une Ado- 
ration des mages à Saint-Jean l'Aumônier et 
une Visitation à l'église d'Ogni-Santi de Venise; 
on y trouve un coloris harmonieux et de louables 
efforts pour éviter le maniérisme. Ridolfi doit 
sa principale renommée à son histoire des 
peintres vénitiens. Le Maraviglie delV arte , 
ovvero le vite degl' illustri pittori veneti e 
dello Stato; Venise, 1648, 2 vol. in-8° . L'au- 
teur vise peut-être trop souvent à faire parade de 
poésie et d'érudition; mais ses recherches sont 
faites avec conscience, les appréciations justes, les 
théories vraies et bien développées. On a encore 
de lui : Vita di G. Robusti, detto il Tintoretto 
(Venise, 1642, in-4°). E. B— w. 

Z3WU.\,Della vitturaveneziana. — Lanzl, 5<orto. — 
Ticozzi, Dizionario. — Quadri, Otto giorni in Fenezia. 

RiEnEL {Frédéric-Juste), littérateur alle- 
mand, né à Wisselbach, le 10 juillet 1742, mort 
à Vienne, le 3 mars 1786. Après avoir fait des 
cours de belles-lettres à léna, il enseigna depuis 
1768 la philosophie à Erfurt. Appelé en 1772 à 
Vienne comme professeur à l'académie des 
beaux-arts , il se vit aussitôt après son arrivée 
destitué , par suite de rapports mensongers faits 
sur son .compte au confesseur de l'impératrice. 
Après avoir végété pendant plusieurs années dans 
une grande misère , il obtint une pension de 
400 florins. Il devint plus tard lecteur chez le 
prince de Kaunitz. Dans les derniers temps de 
sa vie il fut atteint de folie, par suite des priva- 
tions qu'il avait endurées, aussi bien que des 
excès de boisson auxquels il s'était livré de très- 
bonne heure. On a de lui : Théorie der schoenen 
Kiinste imd Wissenschaften (Théorie des 
beaux-arts et des belles-lettres; léna, 1767, 
in-S"; — Philosophische Bibliothek; Halle, 
1 768-69, 4 parties, in-8° ; — Briefe an das Pu- 
blikum (Lettres au public); léna, 1768, |n-8° ; — 
Der Einsiedler (Le Solitaire), revue; Vienne, 
1774, in-S"; — Satyren ^ihià., 1785-86, 3 vol. 
in-8°. Les Œuvres de Riedel ont paru en deux 
parlies; Vienne, 1786-87, 8 vol. in-s". 
Hawr, Gallerie, 11!. — Hirschlng, Handbucli. 



271 



RIEDESEL 



RiKOESEi. (^Joseph- llerman) . baron d'Ei- 
senbach • sur-Altembourg, voyageur allemand , 
né le 10 novembre (740, mort près de Vienne, 
le 20 septembre 1785. Fils d'un officier supé- 
rieur prussien, il devint chambellan de Friperie 
le Grand, qui l'envoya plus tard comme ambas- 
sadeur à Vienne , et se Gt représenter par lui au 
congrès de Teschen. Pour satisfaire son goût 
pour les beaux-arts, il visita l'Italie méridionale, 
la Sicile et une partie de la Grèce ; il explora avec 
soin les monuments antiques de ce Pjpys, et y 
recueillit beaucoup de précieux renseignements 
pour l'archéologie. On a de lui : Beise durch 
Sicilien und Grossgriechenland {\oyag,e dans 
la Sicile et la Grande-Grèce); Zurich, 1771, 
m-8°;trad. en français, Paris, 1773, in-12; — 
Remarques d'un voyageur moderne au Le- 
vant; Stuttgard, 1773, in-8°; trad. en allemand, 
Leipzig, 1774, iri-8°; réimpr. avec l'ouvrage 
précédent, Paris, 1802, in-8°. 
Hiisclilng, Ilandbuch. — Mcusel, Lexikon, 
RIEDESEL ( Frédérique - Char Lotie - Louise 
Massow, baronne de), née à Brandebourg, le 
11 juillet 1746, morte à Berlin, le 29 mars 1808. 
Fille du ministre prussien Massow, elle épousa, 
en 1762, le baron deRiedesel, lieutenant-colonel 
au service du duc de Brunswick. En 1777 ellealla 
rejoindre en Amérique, avec trois enfants en bas 
âge, son mari, chargé de conduire des secours aux 
Anglais. Douée de beaucoup de sang-froid etde ré- 
solution, elle supporta sans faiblir un instant les fa- 
tigues sans norabredela campagne; elle partagea 
avec le même courage la captivité de son mari. 
Elle le suivit en 1779 à New-York, ensuite 
à Long-Island, dont il avait été nommé gouver- 
neur, et enfin à Brunswick, où il retourna en 
1783. Devenue veuve en 1800, elle se fixa à 
Berlin, ou elle se fit bénir par sa charité; dès 
1772 elle avait établi à Brunswick une distri- 
bution gratuite d'aliments pour les pauvres 
d'après un système adopté plus tard par !e 
comte de Rumford. Elle a écrit en allemand 
d'intéressantes Lettres pendant un séjour en 
Amériquede \11& à 1783 (Berlin, 1800, in-8"). 

Rotermund, Supplément à Jôpiier. 

RiEDiNGER ( Jean-EHc ), peintre et gra- 
veur allemand, né à Ulm, le 16 février 1098, 
mort à Augsbourg, le 10 avril 1767. Il était le 
petit-fils d'un peintre d'Augsbourg qui était 
venu s'établir à Ulm, et fils de Jean Riedinger, 
employé à l'assistance publique et qui possédait 
une habileté particulière dans l'exécution en 
carton de figurines de soldats et de cavaliers. 
Destiné par ses parents à l'étude des belles- 
lettres, il parvint cependant à les décider à le 
laisser suivre son goùl pour les beaux-arts. Il 
fréquenta l'atelier de Resch dans sa ville natale, 
et à Augsbourg celui de Falk, qui développa 
son talent naturel pour la représentation des 
animaux. Il passa ensuite trois ans à Ratis- 
bonne, auprès du comte de Metternich, qui le fit 
souvent assister à de grandes cliasses, où il put 



RIEDINGER 272 1 

observer les habitudes des diverses espèces de < 
gibier. S'étant fixé à Augsbourg, il y peignit 
d'abord quelques tableaux d'histoire; puis il 
s'adonna presque entièrement à la peinture d'a- 
nimaux. Il acquit en peu de temps une Irès- 
grande réputation, qui lui valut d'être nommé 
en 17.59 directeur de l'académie des beaux-arts. 
Il fonda aussi un commerce d'estampes qui pros- 
péra rapidement. Dans ses dernières années il 
mit le pinceau de, côté, et ne s'occupa plus que 
de dessiner et de graver à l'eau-forle. Riedinger 
excellait dans l'art de rendre avec une vérité 
saisissante le caractère particulier de chaque 
animal dans les situations les plus diverses, de 
rendre avec une exactitude admirée des na- 
turalistes comme des chasseurs les passions qui 
peuvent animer le chien, le cheval, le cerf, le 
daim, ainsi que l'ours, le tigre et le lion. Ses 
tableaux, dont .six des meilleurs sont au palais 
impérial de Saint-Pétersbourg, se distinguent 
par une exécution soignée, quelquefois un peu 
trop étudiée ; les lumières y sont bien disposées, 
le paysage est généralement traité avec une 
grande perfection. Il a gravé à l'eau-fortc d'a- 
près ses propres toiles et dessins plus de qua- 
torze cents planches qui, exécutées avec beau- 
coup de légèreté et d'esprit, sont très-recher- 
chées des amateurs. Une nouvelle édition moins 
estimée en fut donnée à Augsbourg en 1817. On 
y remarque surtout : Le paradis et la chuU 
d'Adam; 12 planches; — Le plaisir du 
princes, livre dédiasse; 1729, 28 pi.; — fa. 
blés d'animaux ; 1734, 16 pi. : voy. Gœlhe, 
Kunst And Alterthum; — La chasse ai 
cerf; 16 pi.; — Animaux sauvages ; il pi.; — 
L'art de prendre toute espèce de gibier, 
1750, 28 pi. ; — Les plus beaux cerjs qm 
aient été chassés par des grands seigneurs. 
50 pi. ; — Scènes de chasse; 28 pi. ; — Lei 
pistes de cerfs, d'ours, etc.; 22 pi. ; — Diveri 
animaux d'après nature; 90 pi. ; — Combat! 
d'animaux ; 8 pi.; — Les lions ; 6 pi. — Rie 
dinger a encore gravé , mais avec l'aide de se; 
fils : Le grand manège; 18 pi.; — Chevaux 
de manège et de campagne; 40 pi., avec texte 
— Les principales races de chevaux ; 1770 
80 pi. ; — Le chasseur et le fauconnier 
25 pi. ; — Histoire naturelle des animaux 
117 pi. avec texte; etc. 

Une précieuse collection de dessins de Rie 
dinger était en 1843 dans la possession de Wei 
gel à Leipzig, qui en a donné une descriptioi 
dans JShrenlese auf dem Felde der Kunst 
t. IL 

Riedinger ( Martin'Elie),%rà\e:\xT allemand 
fils du précédent, né à Augsbourg, en 1730 
mort en 1780, dans cette ville, a gravé un asse: 
grand nombre de motifs de chasse et d'équita 
tion. Son frère cadet, Jean-Jacques Riedinger ■, 
mort vers 1795, a surtout cultivé la gravure à l ! 
manière noire. \ 

Weyermann, Nachrichten von Gelehrten und Kiinst 



7$ 



RIEDINGER — RI EGO 



2:4 



m ans Ulm. — Host, Handbuch fur Kunstliehhnber. 
Hlrschlnu, Handbuc/l. - Naglcr, KilnstlerUiikon. 

RiBGO {Rafaël del), général espagnol, né 
24 octobre 1785, à Oviedo, pendu le 7 no- 
embre 1823 , à Madrid. D'une famille noble, 
)n éducation fut négligée. Il entra dans les 
irdes, où il servit jusqu'au licenciement de ce 
)rps, en 1808. De là il passa en qualité de lieu- 
nant dans l'un des régiments qui furent levés 
[ins les Asturies. Fait prisonnier par les Fran- 
lis dans une des premières rencontres, il ne 
«ouvra sa liberté qu'à la paix de 1814. A son 
tour il eut le grade de capitaine, et en 1819 
plui de commandant en second. A cette époque 
m bataillon fut désigné pour faire partie de 
irmée expéditionnaire réunie à Cadix pour 
soumission des colonies insurgées. L'abolition 
; la constitution de 1812 par Ferdinand VII, la 
[ssolution illégale des cortès excitaient dans 
irmée et dans la nation de sourds ferments de 
scorde ; et on eût dit que le gouvernement s'y 
était en laissant agglomérées et dans l'inaction 
|i nombre considérable de troupes ; il y eut en 
ifet des corps qui attendirent des années en- 
tres les bâtiments qui devaient les transporter, 
n complot s'organisa pour le rétablissement du 
jgime constitutionnel, et ce fut à Riego qu'é- 
ïut le dangereux honneur de donner le signal 
p la révolte. Le 1*"^ janvier 1820, il harangua 
fs troupes au village de las Cabezas de San- 
pan , dans l'ile de Léon , les détermina facile- 
lent à prêter serment à la constitution de 1812, 
t marcha sur Arcos, où il lit prisonnier le 
ieux comte de Calderon , commandant de 
armée expéditionnaire, et tout son état-major, 
la suite de ce coup de main, il fut élu par la 
\inte des officiers commandant en second de la 
l-emière division de l'armée expéditionnaire, 
pus les ordres de Quiroga. 
I A la nouvelle de cette révolfe, Ferdinand fit 
arlir ses meilleures troupes, sous les ordres du 
énéral Freyre, qui bloqua les insurgés. Après 
ne longue inaction, où les deux partis ne com- 
attirent guère qu'à coups de proclamations, les 
onstitutionnels se décidèrent à tenter une sortie. 
le 27 janvier, Riego partit à la tête de quinze 
ents hommes, et marcha sur Algésiras, où il resta 
isqu'aù 17 février ; il voulut alors retourner à 
'Ue de Léon, mais la retraite lui fut coupée par 
osé O'Donnell. Malaga et Cordoue l'accueil- 
rent avec froideur. Sa troupe se dispersa peu 
I peu. Enfin, le 1 1 mars, il se trouva presque 
eul, et courut se cacher dans les montagnes. 
3'est dans cette courte campagne que prirent 
|»aissance V Hymne de Riego et le Tragala 
hants populaires devenus depuis si fameux 
[Cependant la proclamation du régime constitu 
ionnel avait eu de l'écho en Galice, en Ara 
;on, en Navarre. Ferdinand , obligé de céder 
idopta la constitution sans condition ni restric 
.ion. Un ministère constitutionnel fut nommé 
fiC premier soin du ministre de la guerre. Giron 



fut de soulager le trésor en prononçant la dis- 
solufion de l'armée de Cadix. L'ordre Çut adressé 
à Riego, qui en l'absence de Quiroga avait été 
élu général en chef par acclamation. Son pre- 
mier mouvement fut de désobéir; mais, voyant 
le ministère appuyé par les cortès, il se rendit 
à Madrid (31 août), et fut accueilli avec en- 
thousiasme par les membres de sociétés se- 
crètes. Cet accueil le perdit. Dès ce moment 
il afficha un orgueil ridicule, que ne compensait 
pas son absence totale d'idées. Des scènes tu- 
multueuses auxquelles il présida achevèrent de 
ruiner .son influence auprès des modérés. II 
avait été nommé précédemment capitaine gé- 
néral de la Galice. Il fut destitué et confiné à 
Oviedo, son pays natal. 

Alorséclatèrentlesdésordresde toutes espèces 
qui eurent pour résultat le soulèvement d'une 
partie des provinces du nord en faveur du roi 
absolu et l'intervention française. A Cadix, les 
exaltés s'étaient mutinés en demandant que 
Riego fût rappelé de l'exil. Le général Valdès, 
ministre de la guerre, céda à ces exigences, et le 
nomma capitaine général de l'Aragon. Bientôt 
soupçonné, non sans raison, de vouloir ren- 
verser le gouvernement constitutionnel pour 
lai substituer la république , Riego fut de 
nouveau destitué et envoyé à Lérida, sans 
cesser d'être le drapeau du parti exalté. A l'ou- 
verture des cortès de 1 823, le 7 février, il fut 
nommé président de l'assemblée, et donna de 
nouvelles preuves, dans cette haute position, de 
son manque absolu de sens politique. Ce fut là 
pour Riego la dernière faveur delà fortune. Ap- 
puyée par l'assentiment des populations, l'in- 
vasion française réussissait presque sans coup 
férir. Les généraux Ballesteros et Zayas faisaient 
avec les Français des arrangements particu- 
liers. Furieux des représentations que ce der- 
nier avait adressées au gouvernement, les exaltés 
substituèrent Riego à Zayas dans le commande- 
ment de Malaga. A peine arrivé, Riego fit ar- 
rêter Zayas et une foule d'autres personnes, leva 
des contributions, puis, se dirigeant vers les 
cantonnements des troupes de Ballesteros, il of- 
frit à ce général de réunir leurs divisions ponr 
marcher contre les Français. Ballesteros refusa. 
L'escorte de Riego se jetant alors sur celle de 
Ballesteros le fit prisonnier avec son état-major : 
mais le général Balauzat, qui commandait une 
des brigades, s'avança avec des troupes, et 
contraignit Riego à relâcher les prisonniers. 

Après cette tentative malheureuse, le général 
constitutionnel se retira à Alcaudete, puis à 
Jaën, successivement abandonné de ses troupes. 
Il fut battu sur les hauteurs de Jaën par le gé- 
néral Bonnemaio , et ensuite à Jodar. Le len- 
demain de sa défaite Riego atteignit le petit vil- 
lage d'Arquillos, suivi seulement de quatre offi- 
ciers, dont deux étaient Anglais. Il fut reconnu 
par des paysans, qui s'emparèrent de lui, et le 
conduisirent à La Caroline, puis à Andujar, où 



275 



RIEGO — RIENZI 



27 



il eût été massacré par la population sans la 
protection des hussards français de son escorte. 
Telle était la révolution qui s'était opérée dans 
les esprits. La prise du Trocadero eut pour 
conséquence le rétablissement de Ferdinand VII 
comme roi absolu. Riego devait être une de ses 
premières victimes. 11 avait été conduit àMadrid, 
et le fiscal demanda contre lui la peine du 
crime de haute trahison. En conséquence, et non- 
obstant l'intervention officieuse de l'ambassa- 
deur anglais, le 7 novembre 1823, à midi, 
Eiego fut traîné au supplice sur un panier d'o- 
sier tiré par un âne. Partout sur son passage la 
populace l'accabla d'outrages Enfin il fut attaché 
au gibet élevé sur la place de la Cebada. Con- 
formément aux conclusions du procureur fiscal, 
sa tête fut portée à Las Cabezas de San-Juan, et 
son corps coupé en quatre quartiers, qui furent 
transportés l'un à Séville, l'autre à l'île de Léon, 
le troisième à Malaga, le dernier resta à Madrid. 
E. Baret. 
Documents particuliers. — De Marlignac, Histoire 
€ontemp. de la révolution d'Espagne. — Toreno, His- 
toria del tevantainiento, guerra y revol-ucion de Es- 
pana. — Miguel Riego, Memoirs of the life of Riego ; 
Londres, 1823, in-S». — Procès du général Riego ; Paris, 
1823, in-8°. — MahuI, Annuaire nécroL, 1824. — N;ird 
et Pirala, yida militar y politica de Riego; Madrid, 
1844, In-S». — Ed. Burckliardt, Riego und Mina; Leipzig, 
1S3S, in-3°. 

RSEM (Jean), agronome allemand, né à 
Frankenthal, le 10 décembre 1739, mort à 
Dresde, le 11 décembre 1807. Il exerça pendant 
plusieurs années la profession de pharmacien. 
En 1768 il fonda à Kaiserslautern une société d'a- 
griculture qui, établie ensuite sur un plan plus 
vaste, devint une société physico-économique ; 
transférée plus tard à Heidelberg,elle fit faire des 
coui's d'économie politique et publia un recueil 
de Mémoires. Riem, qui n'avait pas cessé de 
la diriger, eut alors à subir tant de tracasseries, 
<]u'ii quitta son pays; il devint en 1776 inspec- 
teur des ruches de Grunthal près de Breslau. Il 
passa en 1785 à Dresde comme conseiller de 
commission. Ses nombreux écrits, dont plu- 
sieurs ont été couronnés, ont introduit beaucoup 
d'aiïi,éliorations dans plusieurs parties de l'éco- 
îiomie rurale; nous citerons : Verbesserte Bie- 
nenpjlege (L'Éducation des abeilles améliorée 
pour tous les pays); Manheim, 1775-1795, 
in-8°; — Bienenbïbliothek (Bibliothèque des 
abeilles); Breslau, 1776-1790, 4 vol. in-8°; — 
Fraktïsch-œkoTiomische Encyklopœdie (En- 
cyclopédie pratico- économique) ; Leipzig, 
1785-1804, 6 vol. in-8°; — Physikalisch- 
œkonomische Quartalschrift (Revue trimes- 
trielle); Dresde, 1787-1789,3 vol. in-8°; — 
Neue Sammlung vermischter œkonomischer 
Schriften ( Nouveaux mélanges d'économie ru- 
rale ) ; ibid., 1792-1803, 9 parties, in-8o; — 
Bas ganze des Gelraidebaues ( L'ensemble de 
la culture du blé ) ; Hof, 1800, in-8°. Riem a fait 
paraître des traductions de plusieurs écrits éco- 
nomiques fi-ançais et italiens. 



Hœck, Literarische Nachrichten, I. — Der Biograp 
VIL — fdenfiel, Celehrles Teutschland,Vl,X, XI et X 

asEMEE {Frédéric- Guillaume ) , phili 
logue et littérateur allemand, né à Glatz, 
19 avril 1774, mort à Weimar, le 19 décembi 
1845. Disciple du célèbre Fr.-A. Wolf, il di 
vint en 1801 précepteur chez Guillaume ( 
Humboldt, qu'il accompagna deux ans après f 
Italie ; de retour en Allemagne, il fut chargée 
l'éducation du fils de Gœthe. Il devint plus tai 
conservateur en chef à la bibliothèque de We 
mar. On a de lui : Griechisch-deutsch 
Handvoœrterbuch (Dictionnaire grec-alli 
mand); léna, 1802-1804, 2 vol. in-8°; réiu 
primé plusieurs fois, et remanié par Schneidei 
— Blumen und Blàtter ( Fleurs et feuilles 
poésies; Leipzig, 1816-1819, 2 vol.; — ci 
dicht.e (Poésies) ; Leipzig, 1826, 2 vol. Il a pi 
blié la Correspondance entre Gœthe et Zelte 
et a pris beaucoup dé part à l'édition définitii 
des Œuvres de Gœthe. 
Conversations-Lexihon. 

RHEMCOURT (Simon de), historien fra 
çais, né vers 1605, à Paris, où il est mort, < 
1693. Il était conseiller correcteur en la chamb: 
des comptes de Paris, et, dit Moréri, « vouli 
joindre les titres d'historien et de théologien 
celui de magistrat, auquel il eût peut-être miei 
fait de s'arrêter ». Neveu de Charles Sorel, il e 
pérait lui succéder dans la charge d'histori 
graphe ; mais, malgré les flatteries assez lourde 
qu'il prodigua à Louis XIV, son attente fi 
déçue. On a de lui : Abrégé chronologique i 
l'hisloire de France; Paris, 1675-1678, 2 vo 
in- 12; réimprimé avec de grandes augment; 
lions, Paris, 1695, 6 vol. in-12; — Histoire c 
Louis XI II; Paris, 1695, in-12; — Histoii 
de la monarchie françoise, sous le règne a 
Louis XIV,- Paris, 1688, 2 vol. in-12 ; l'édit. ( 
1697, 3 vol. in-12, a été revue et augmentée pi> 
Thomas Corneille. 

RiENcouRT {Charles de), fils du précédent 
mort en 1727, avocat au parlement, fut en 171 
admis dans l'Académie des inscriptions. Il 
laissé des dissertations et un Dictionnaire c 
la fable, imprimé, mais non publié. 

Moréri, Dict. hist. — De Boze, Hist. de VAcad. d 
insc, I, 133. 

EiSËiiiZi (Cola (1) Di), né en 1313, à Roni( 
assassiné dans cette ville, le 8 octobre 1354. , 
était fils d'un aubergiste du nom de Lorenz 
(par abréviation Rienzo); sa mère était lavau 
dière. Il vécut au milieu des paysans d'Anagi 
jusqu'à sa vingtième année. Puis il revint à Ronw 
cultiva la grammaire et la rhétorique, lut et rc 
lut les historiens, les philosophes et les poët6 
latins, de même qu'il approfondit la Bible, et su 
s'en approprier le style. Il étudiait aussi les ins 
criptions, recherchait les statues et autres reste 
de l'antiquité, et nul mieux que lui ne savait le 

(1) Le nom patronymique de GABaiso, qu'on lut 
donné sur l'autorité de Bzovlus, n'est mentionné dans au 
cune source contemporaine. 



277 RIENZI 

Ces vestiges de la grandeur de sa 



278 



expliquer 

patrie transportaient son imagination ; mais il se 
sentait plein de tristesse lorsqu'il y comparait 
le déplorable état de Rome pontificale, désolée 
par les luttes sanglantes des factions aristocra- 
tiques, qui ne s'accordaient que pour opprimer 
le peuple. Une autre chose encore exaltait son 
âme et relevait au-dessus du cercle de sa condi- 
tion : c'était le bruit, faux du reste, qu'il était 
le lils de l'empereur Henri VII. Après avoir 
choisi l'état de notaire, il épousa la tille d'un 
bourgeois, d'une beauté remarquable, mais qui 
ne lui apporta qu'une dot assez mince. Un de 
ses frères ayant été assassiné par un noble, il 
ne put obtenir la punition du meurtrier. 11 con- 
çut alors la pensée de changer la constitution de 
Rome en délivrant la ville de la tyrannie de la 
noblesse. Le titre qu'il prit de « consul des or- 
phelins, des veuves et des pauvres », le signala 
à l'attention publique. En 1343 il se trouva com- 
pris dans une députation envoyée à Avignon au- 
près de Clément VI, par les notables du parti 
guelfe. L'occasion était belle d'éclairer le pape 
sur les méfaits de la noblesse romaine : Rienzi le 
fit avec autant de force que d'éloquence; mais 
il avait compté sans l'influence du cardinal Jean 
Colonna, et sa hardiesse lui valut une disgrâce. 
Durant son séjour à Avignon, il connut Pétrarque, 
et se lia avec lui d'iine profonde amitié. 

Rienzi réconcilié avec le cardinal par l'entremise 
de Pétrarque revint à Rome avec l'emploi de 
notaire de la chambre urbaine (avril 1344). Il tenta 
vainement d'amener les magistrats à ses idées 
de réforme ; loin d'en faire mystère, il les exposait 
au grand jour à tout venant, et le langage hardi 
qu'il tenait au peuple avait plus d'une fois re- 
tenti aux oreilles des barons. Mais ceux-ci riaient 
ou le traitaient d'insensé. Rienzi conspira ainsi 
pendant trois années, avec les grands souvenirs 
de la Rome païenne. Une disette ayant causé un 
grand mécontentement dans le peuple, il recon- 
nut que le moment d'agir était venu. Le jour 
de la Pentecôte (20 mai 1347) il réunit tous les 
citoyens sans armes au Capitole. Après avoir 
entendu trente messes pendant la nuit, il se pré- 
senta accompagné de cent chevaliers et du légat 
du pape, Raymond, prononça un magnifique dis- 
cours (1) sur les malheurs et la servitude du 
peuple, et lut les lois qu'il proposait comme de- 
vant établir ce qu'il appelait il buono stato. Ces 
lois, au nombre de treize, tendaient surtout à as- 
surerau peuple le repos et la sécurité; elles furent 
toutes approuvées. Les sénateurs furent chassés, 
et on conféra à Rienzi unpouvoirdictatorial. Il prit 
le titre de tribun de la liberté, de la paix et 
de la justice, et choisit pour collègue le légat ; 
mais il se réserva la direction des affaires, après 
avoir cependant demandé la nomination d'un 

(1) • U était très-habile et persuasif dans ses discours, 
■dit Pétr.irque. » Aujourd'hui le style de Rienzi dans ses 
écrits latins paraît recherché, plelo de tournures bizarres 
■ou d'archaïsnaes. 



syndicat auquel il devrait rendre compte. La ré- 
volution fut si complète et si soudaine que les 
barons, surpris, obéirent sans résistance à l'in- 
jonction de sortir tous de Rome. Un grand nombre 
des possessions qu'ils détenaient injustement 
furent restituées à leurs légitimes propriétaires. 
S'appuyant sur la milice urbaine, qu'il créa et qu'il 
obligea de prendre les arme? au premier appel 
de la cloche du Capitole, Rienzi réprima le bri- 
gandage avec une sévérité qui n'épargnait per- 
sonne. Puis dans une grande assemblée il exhorta 
ses concitoyens à éteindre leurs querelles et à 
s'aimer comme des frères ; au milieu d'un attea- 
îrissement général, dix-huit cents inimitiés mor- 
telles furent aussitôt terminées pacifiquement; 
pour en prévenir le retour, il institua deux tri- 
bunaux de paix, composés d'hommes du peuple, 
d'une probité reconnue. Il pourvut aussi au 
maintien des mœurs, rétablit les finances, et 
exerça une police rigoureuse sur le marché aux 
subsistances (1). 

Ayant ainsi affermi son gouvernement à l'in- 
térieur, Rienzi, dont le pape avait confirmé l'au- 
torité sans difficulté, porta ses regards plus loin; 
il requit tous les États italiens d'envoyer chacun 
pour le 1er août àeax plénipotentiaires à Rome, 
pour former l'assemblée générale qu'il se propo- 
sait de tenir pour la pacification et l'union de 
toute l'Italie , et de députer en outre un juris- 
consulte ayant mission de siéger dans le consis- 
toire permanent, qu'il voulait établir pour main- 
tenir la concorde entre les diverses contrées de 
ce pays. Là comme dans toute l'Europe la ré- 
volution opérée à Rome comme par enchante- 
ment avait excité un étonnement général (2). 
Les messagers de Rienzi furent partout reçus 
avec enthousiasme. Bien plus : la reine Jeanne 
de Naples et Louis roi de Hongrie, prêts à entrer 
en guerre l'un contre l'autre, soumirent leur dif- 
férend à l'arbitrage du tribun. Dans l'intervalle 
Rienzi, ayant réuni une armée de sept mille 
hommes, était parvenu à forcer le préfet de Vico 
à se soumettre, et son autorité directe s'étendait 
alors sur presque tout l'ancien domaine pontifical. 
Le 1*' août deux cents députés des divers États 
d'Italie se réunirent dans le palais de Latran. 
Après s'être fait conférer la dignité de chevalier 
du Saint-Esprit, Rienzi proclama que le choix 
de l'empereur appartiendrait dorénavant, comme 
dans les anciens temps, au peuple romain, et il 
cita ensuite les deux princes qui se disputaient 



(1) Une grande partie des actes de l'administration de 
Rienzi se trouve dans les Gesta pontiflcum Leodiensium 
de Hoesemius 

(2) I.e succès si prompt du tribun était attribué par 
lui 3 l'assistance du Saint-Esprit, dont il croyait souvent 
recevoir des inspirations, a Comme l'Italie entière se leva 
alors tout à coup ! dit plus tard Pétrarque. Quelle terreur 
du nom romain s'étendit jusque dans les pays les plus 
éloigné.s! J'étais alors en France, et je sais ce qu'exprl- 
mnlenl les paroles et les visages de ceux qui sont regar- 
dés comme les plus grands. Aujourd'iiui ils voudront 
peut-être le nier; mais alors tout était i Icin d'effroi, 
tant Rome a encore d'importance. » 



279 RIEINZI 

alors l'Empire , Louis de Bavière et Charles de 



280 



Bohême, à comparaître ainsi que les électeurs 
devant son tribunal. Le 15 il se tit ceindre la tête 
de sept couronnes de diverses significations, 
dont la dernière était d'argent et surmontée de la 
pomme impériale ; il osa même se comparer au 
Christ; ce fut le signal de sa chute. La noblesse 
n'était encore ni gagnée ni réduite, ce qui l'in- 
quiétait d'autant plus que, n'étant pas homme de 
guerre, il était obligé de confier le commande- 
ment de ses troupes à des barons. Aussi usa t-il 
d'un stratagème pour se débarrasser des nobles 
d'un seul coup. Au milieu d'un festin où il les 
avait invités, il fit arrêter les chefs des principales 
familles (l4 septembre), et il allait les envoyer 
à la mort lorsque quelques bourgeois considérés 
parvinrent à le faire changer d'avis. Il relâcha 
les prisonniers, et conféra même à plusieurs 
d'entre eux la dignité de consul et de patrice. 
C'était une faute grave; Pétrarque l'en blâma 
amèrement. Les barons, à peine libres, gagnèrent 
leurs forteresses pour se préparer à la vengeance. 
Les rapports entre le tribun et la cour ponti- 
ficale s'étaient peu à peu envenimés; le pape 
avait surtout été choqué des prétentions de Rienzi 
de transporter au peuple de Rome exclusivement 
le règlement des questions touchant à l'Empire. 
Le 12 octobre 1347, il chargea Bertrand de 
Deux d'exiger du tribun qu'il se contentât du 
gouvernement de Rome ; en cas de refus le légat 
devait recourir à la force. Les barons, devenus 
plus insolents, étendaient leurs déprédations jus- 
qu'aux portes de Rome. Rienzi réunit une armée 
de plus de vingt mille hommes et dévasta les 
possessions des Orsini Quant au légat, il le traita 
avec le plus grand dédain. Pour se mettre en 
garde contre la colère du pape, il noua des in- 
telligences avec Louis de Bavière, et conclut une 
alliance avec Louis de Hongrie. Il s'occupa aussi 
de convoquer une nouvelle assemblée chargée 
d'éhre un empereur d'origine italienne , qui au- 
rait pour mission de délivrer la patrie commune 
du joug des étrangers (1). 

Dans l'intervalle, à l'instigation du légat, un 
nombre toujours croissant de barons avaient 
pris les armes; le 20 novembre 1347, ils es- 
sayèrent de surprendre la ville ; mais loin d'y 
réussir, ils éprouvèrent une défaite sanglante et 
perdirent leurs meilleurs chefs, entre antres 
quatre Colonna. Mais Rienzi ne sut pas profiter 
de sa victoire, qui ne lui servit que de prétexte 
à des cérémonies, oîi son penchant pour l'osten- 
tation éclatait de plus eh plus. Il fut obligé de 
mettre des impôts élevés sur les biens des riches 
et des églises, pour subvenir aux dépenses cau- 
sées par toutes ces pompes, par sa brillante cour, 
et aussi pour payer la solde des mercenaires qu'il 
avait pris à son service. Son administration, mal 
dirigée , excita bientôt un mécontentement, que 

(1) II parait que la pcnstée de se faire proclamer lui- 
même empereur entra quelque temps dans l'esprll de 
Rienzi. 



la cherté des grains, les incursions continuelles 
des barons et les artifices du légat ne firent qu'aug- 
menter. Les succès avaient enivré Rienzi ; l'ap- 
parence même des revers l'effraya; il crut son 
œuvre ruinée, et tomba dans un découragement 
profond. Pour satisfaire le pape, qui venait de 
le destituer de toutes ses dignités, il révoqua ses 
déclarations au sujet de l'élection d'un empereur, 
reprit pour collègue le vicaire pontifical, et re- 
nonça à ses titres pompeux ainsi qu'à l'appareil 
de la puissance. Un événement fortuit le ren- 
versa. Il avait cité devant son tribunal Pippino, 
comte d'Altamura, condottiere napolitain, pour 
plusieurs faits de violence et de brigandage; au 
lieu d'obéir, Pippino se retrancha dans sa de- 
meure fortifiée. Le 15 décembre Rienzi fit sonner 
le tocsin pour réunir la milice, avec laquelle il i 
voulait réduire la révolte du comte; personne 
ne vint à son appel. Le petit détachement de 
mercenaires qu'il envoya contre Pippino fut re- 
poussé. A ce léger insuccès, qu'il pouvait facile- 
ment réparer, il perdit la tête, et se démit en 
pleurant de toutes ses fonctions. Les barons en- 
trèrent dans Rome deux jours après. 

Réfugié sur le territoire de Naples, il gagna 
les solitudes les plus sauvages des Apennins, 
près de Monte-Majella, et se joignit à quelques 
ermites franciscains, qu'on nommait spirituels 
ou fratricelles ; voyant dans sa chute subite un 
juste châtiment de Dieu pour sa soif des vanités, 
il se fit affilier à leur ordre, et partagea pendant 
deux ans et demi leurs exercices de piété et de 
pénitence. Vers le milieu de l'an 1350 un de ces 
moines lui persuada que, selon les prophéties de 
Joachim de Flore, de Cyrille et de Merlin il était 
choisi pour amener, avec l'aide de l'empereur 
Charles IV, une ère de bonheur sur la terre. 
Rienzi, toujours enthousiaste, accepta le rôle d'élu 
de Dieu, et se rendit à Prague; il annonça à 
Charles que sous un an et demi une hiérarchie 
nouvelle serait instituée dans l'Église et que sous 
un nouveau pape Charles régnerait en Occident, 
Rienzi en Orient. Pour arriver à ce résultat, il de- 
mandait à être envoyé à Rome comme représen- 
tant de l'empereur avec pleins pouvoirs pour pré- 
parer l'entrée de Charles dans cette ville. Charles, 
qui était un ami dévoué du pape, fit mettre 
Rienzi en prison comme suspect d'hérésie (1). La 
cour pontificale cliargea l'archevêque de Prague 
Arnest d'instruire son procès. Ce prélat, ami des 
lettres, le traita avec égard, et il l'amena peu à 
peu à une rétractation presque complète. 11 le 
remit alors à l'autorité pontificale, qui le fit con- 
duire à Avignon (juillet 1351). Grâce à la bien- 
veillance de l'empereur et de l'archevêque Ar- 
nest, la cour pontificale n'apprit rien des doc- 
trines hérétiques et des plans que Rienzi était 
venu exposer à Prague; l'accusation dressée 
contre lui ne se rapporta qu'au temps de son 

(I) La correspondance très-curieuse de Rienzi avec 
l'empereur et avec l'archevCque Arnest se trouve dan» 
l'Histoire de Charles If^ de Pelzel. 



281 RIEINZI 

tribunat. Une commission formée de trois car- 
dinaux le jugea coupable, elle condamna à mort; 
mais tes instances de Pétrarque, qui n'aban- 
donna pas un instant son ancien ami, et la véné- 
ration du peuple d'Avignon pour les lettrés firent 
commuer la peine en une détention assez douce. 
Enfermé dans une tour, Rienzi reprit son étude 
favorite de la Bible et des anciens auteurs latins. 
Cependant l'anarchie n'avait cessé de régner à 
Rome. Innocent VI, à peine intronisé, envoya le 
cardinal Albornoz pour y rétablir l'ordre (juillet 
1353). Dans le môme but il tira Rienzi de prison, 
lui fit grâce entière, et le chargea d'assister de 
son aide et de son conseil l'entreprise d'Albor- 
noz. Rienzi prit part à la guerre que le cardinal 
engagea contre le préfet de Vico; lorsqu'elle fut 
terminée (juin 1354), Albornoz lui a.ssigna pour 
séjour Pérouse, après lui avoir fixé un petit re- 
venu. Là Rienzi se lia avec deux jeunes Proven- 
çaux, Arimbaldo et Brettone, frères du fameux 
condottiere Montreale, et obtint d'eux plusieurs 
milliers de florins d'or.qui lui permirentde prendre 
à sa solde sept à huit cents mercenaires. En même 
temps il parvint à se faire donner par le cardinal 
le titre de sénateur de Rome au nom du saint- 
siége. Le 1" août 1354, il fit son entrée dans la 
ville éternelle, au milieu des acclamations una- 
nimes. Mais le malheur avait aigri son carac- 
tère et desséché ses sentiments généreux ; il s'a- 
bandonna au luxe et à la bonne chère, et se 
montra dur, astucieux et cruel. Les barons 
ayant refusé de reconnaître son gouvernement, il 
réunit une armée de plusieurs mille hommes, et 
assiégea à Palestrine le plus pruissant d'entre 
eux, Stefano Colonna. Il revint à la hâte à Rome, 
oii Montreale venait d'arriver, pour exiger en 
retour des sommes que ses frères avaient avan- 
cées à Rienzi, autre chose que les vaines dignités 
qui leur avaient été conférées. H le fit arrêter et 
aussitôt exécuter, comme coupable de brigan- 
dage ; Arimbaldo et Brettone furent jetés en pri- 
son. L'argent que Rienzi tira de leurs biens qu'il 
confisqua, et la part qu'il eut des dépouilles de 
Montreale, lui servirent à augmenter son armée, 
qui obtint plusieurs succès marqués. Lorsque 
ces ressources furent épuisées, il augmenta les 
impôts. Devenu de plus en plus défiant, il faisait 
exécuter sans procès les citoyens les plus con- 
sidérés dès qu'ils lui portaient le moindre om- 
brage. Ayant appris qu'il se trouvait à Sienne 
un riche bourgeois du nom de Giannino, et que 
l'on disait être le fils posthume de Louis le 
Hutin, il le fit venir à Rome, le proclama roi de 
France, et contracta avec lui une alliance so- 
lennelle. Les barons, qui avaient repris l'avan- 
tage, profitèrent du mécontentement général 
pour exciter contre lui une émeute. Le Capitole 
fut entouré d'une foule furieuse. Rienzi , après 
avoir vainement essayé de haranguer le peuple, 
chercha à se sauver déguisé en paysan; mais il 
fut reconnu et massacré; les plus horribles trai- 
tements furent exercés sur son cadavre, qui fut 



- RIES 28J 

enfin brûlé par les juifs avec un feu d'orties 
sèches. 

« Telle fut la fin du tribun , dit Papencordt. 
Par un noble essor de son esprit, il s'éleva à la 
plus haute position ; mais elle dépassait telle- 
ment ses forces morales et intellectuelles, qu'il 
ne nous présente pas une seule fois le spectacle 
d'une lutte grandiose pour la réalisation de son 
idée. Bien plus, cette idée elle-même, il l'aban- 
donna presque entièrement à la fin ; et comme 
les conditions elles bases matérielles de la puis- 
sance lui manquaient, sa chute était inévitable. 
Toute sa vie ne nous offre que de l'extraordi- 
naire et point de véritable grandeur. Mais dans 
l'histoire et dans l'opinion des hommes, le sou- 
venir de son noble commencement a prédominé, 
et il a entouré son nom d'une auréole roman- 
tique comme peu de figures du moyen âge en 
ont obtenu. Ses crimes, confondus avec ceux de 
ses contemporains, ont disparu dans l'ombre 
pour ne laisser briller que la beauté de son en- 
treprise. » Ernest Grégoire. 

T. Forliflocca, Fita di Itienzo; Brescla, 1624, ln-4°, et 
dans les Anliq.italicx de .Muratorl, t. IIJ. — Pétrarque, 
Opéra. — Matteo Vlllanl. — P. du Cerceau, F'ie de 
Rienzi. -T. de Rii nzl, Ustervazioni sulla vita di Bienzo; 
Rome, 1806. - Zelirino Re, La f^ita di Riemo : Forli, 
1823. — Papencordt, Rienzi et Rotneà son époque ; Uam- 
bourg, 1§41, in-S"; trad. en françal.s. Paris, 1845, iu-8°.— 
Zeller, Episodes de l'histoire d'Italie, 

RIENZI {Tommaso- Maria Gabrino de), 
archéologue italien, né le 15 octobre 1726, à 
Rome, où il est mort, le 16 novembre 1808. Il 
descendait du fameux tribun de ce nom en ligne 
collatérale. A peine entré dans l'ordre des clercs 
réguliers mineurs, il y obtint la chaire de phi- 
losophie et de langue grecque (1743). Ses con- 
naissances dans les sciences mathématiques et 
naturelles le firent appeler à Pesaro, où il fut 
chargé d'organiser le musée, auquel il annexa 
une belle collection de plantes marines , de sta- 
lactites et de minéraux qu'il avait formée. Après 
avoir administré pendant vingt-sept ans une des 
cures de Rome, il fut élu général de son ordre. 
Outre un grand nombre d'articles historiques et 
critiques insérés dans les Novetle florentine, les 
Novelle délia republica letteraria et le Dia- 
rio di Roma, il est auteur de Mémoires sur le 
tribunat de Nicolas Rienzi (Rome, 1806, in-S"]. 

Rabbe, Biogr. unio. et portât, des contemp., suppl. 

BiEs (Adam), mathématicien allemand, né 
en 1489, à Staffelstein , près de Bamberg, mort 
le 30 mars 1559. Il était inspecteur des mines 
d'Annaberg en Saxe , et s'est fait connaître par 
un ouvrage célèbre dans l'histoire de U science, 
et qui a pour titre : Ein gerechent Buchlein 
(Traité d'arithmétique) ; Leipzig, 1536. On a aussi 
de lui un Traité de calcul linéaire (en vieil 
allemand); Erfurt, 1522. X. 

Kestner, Geschichte der Math. 

RIES [Ferdinand), pianiste et compositeur 
allemand, né à Bonn, en 1784, mort à Francfort, 
le 13 janvier 1838. Il avait à peine atteint sa 
cinquième année lorsque son père, qui était at- 



283 



RIES — RIETER 



284 



taché au service de l'électeur de Cologne, en 
qualiîé de directeur de musique, commença à 
lui enseigner les éléments de son art. A huit ans, 
il fut confié aux soins de Bernard Romberg, qui 
lui donna des leçons de violoncelle. A l'époque 
de l'invasion française (1793), le père de Ries 
perdit sa place et tout ce qu'il possédait ; sans 
espoir d'assurer une position à son fils, il lui fit 
apprendre à jouer du piano. Le jeune Ries n'eut 
pour ainsi dire jusqu'à sa dix-septième année 
d'autres guides dans l'étude de l'harmonie que 
quelques livres rassemblés autour de lui. Plein 
d'ardeur au travail, il avait mis en partition les 
quatuors de Haydn et de Mozart, qu'il avait pris 
pour modèles, et en dernier lieu il s'était occupé 
d'arranger pour le piano les oratorios de Za 
Création et des Saisons , de Haydn , et le He- 
quiem de Mozart. Après avoir pris à Munie!», 
quelques leçons de Winter, il se rendit à Vienne, 
muni d'une lettre de recommandation de son 
père pour Beethoven. Le célèbre musicien l'ac- 
cepta aussitôt pour élève, se chargea de le for- 
mer comme pianiste, et le confia aux soins d'AI- 
brechtsberger pour le contre-point. 11 n'avait rien 
moins fallu que la pressante sollicitation de Bee- 
thoven auprès d'Albrechtsberger, et l'attrait d'un 
ducat par leçon, pour décider le vieux maître à 
accepter ce nouvel élève. Malheureusement les 
ducats n'abondaient pas dans la bourse de Ries , 
et au bout de vingt-huit leçons ses ressources 
ne lui permirent plus de continuer. En 1805 l'in- 
exorable loi de la conscription vint l'arracher à 
ses travaux. Arrivé à Coblentz, où il allait être 
enrôlé, le conseil de recrutement le déclara inca- 
pable de servir, à cause d'un œil dont il avait 
perdu l'usage par suite de la petite vérole. Il 
vint alors à Paris , y passa près de deux an- 
nées; et y publia quelques-unes de ses compo 
sitions. En 1809, il se rendit en Russie, en s'ar- 
rêtant à Cassel , Hambourg, Copenhague et 
Stockholm pour y donner des concerts. Au com- 
mencement de 1 813, Ries vint à Londres, où peu 
de temps après il épousa une jeune dame an- 
glaise. Comme virtuose, comme professeur et 
comme compositeur, il eut bientôt dans la capi- 
tale de l'Angleterre une renommée qui, jointe à 
une prodigieuse activité , lui fit gagner dans l'es- 
pace de dix années des sommes considérables. 
Enfin, en 18?4, il retourna en Allemagne pour y 
aller vivre en repos dans une propriété qu'il avait 
acquise à Godesberg , près de Bonn. Se livrant 
alors librement à son goûl pour la composition, 
il écrivit plusieurs grands ouvrages, entre autres 
La Fiancée du brigand , opéra en trois actes, 
représenté en 1830 et qui obtint un assez bril- 
lant succès dans plusieurs villes d'Allemagne, 
notamment à Berlin. En 1831, Ries fit jouer à 
Londres un autre opéra, Liska, ou la Sorcière 
de Gellenstein , et dirigea les fe.stivals de Du- 
blin. Peu de temps après il fit un voyage en Italie, 
et reprit ensuite le cours de ses travaux à Franc- 
fort, où depuis deux ans il avait fixé sa résidence 



habituelle. En 1834, il se rendit à Aix-la-Cha 
pelle pour y diriger la fête musicale qu'on y or- 
ganisait alors. A cette occasion, la ville lui offri 
la place de directeur de l'orchestre et de l'Acadé 
mie de chant; Ries accepta ces fonctions, qu'i 
remplit jusqu'en 1836. A cette dernière époque 
il fit un nouveau voyage à Paris, et de là se ren- 
dit à Londres, où il composa son oratorio de l'^^- 
doration des Bois , qu'il alla faire exécuter er 
1837 au festival d'Aix-la-Chapelle, pour leque 
cet ouvrage avait été spécialement écrit. Élèv( 
de Beethoven , les exemples et les conseils de cf 
maître avaient imprimé au talent de Ries un( 
tendance vers la grandeur et la force. Pianist( i 
très-habile, il se faisait particulièrement remar- \ 
quer par la puissance des effets que l'instrumen 
rendait sous ses doigts. Ses compositions, sur 
tout les premières, sont une émanation du stylf 
de Beethoven , qu'il avait d'abord pris pour raO' 
dèle; mais plus tard il chercha à donner à ses 
ouvrages un caractère d'individualité plus pro 
nonce. Sa quatrième symphonie, sa grand* 
marche triomphale, qu'on a exécutées aux con- 
certs du Conservatoire de Paris , sont des mor- 
ceaux pleins d'éclat et de chaleur. Son oratori( 
de V Adoration des Rois est une œuvre capital» 
qui renferme des pages du style le plus élevé 
Quant à sà musique de théâtre, malgré le raé 
rite d'une facture qui atteste tout le talent de soi 
auteur, elle a le défaut que l'on rencontre sou 
vent chez les compositeurs qui ont écrit beau 
coup d'œuvres instrumentales, c'est-à-dire qui 
sous le rapport de la mélodie elle manque d( 
cette facilité et de ce charme qui font les succè' 
populaires. Ries a publié avec J.-G. Wegelei 
une notice {Biographische-Notizen ilber Lud- 
tvig van Beethoven; Coblentz, in-4°), trad. ci 
partie par M. Anders (t839, in- 8°) et complète 
ment par M. A. Legenti! (1862, in-8°). 

Son frère, Hubert Ries, né à Bonn, en 1792 
est un violoniste distingué. D. Deisne-Bakon 

Fétis, Biogr. uni», des musiciens, — Gazette rmisi 
cale. — A. Elwart, Hist. de la Société des concerts dâ 
Conservatoire. 

RiES!:«îËR (^Henri-François), peintre fran- 
çais, né le 19 octobre 1767, à Paris, où il est mort 
le 7 février 1828. Il était fils de cet ébéniste d( 
Louis XVI dont les ouvrages en marqueterie 
sont si recherchés aujourd'hui. Élève de Vincen: 
et de L. David, il embrassa le métier des armes 
mais des revers de fortune ayant atteint sa fa- 
mille, il quitta le service pour chercher dans le.' 
arts un allégement à sa situation. 11 se fit bientô 
connaître comme peintre de portraits, et les nom 
breux ouvrages qu'il exposa depuis 1793 té- 
moignent de sa vogue ; il obtint en 1808 um 
médaille d'or. Après la chute de l'empire, il si 
rendit en Russie. 11 élait de retour à Paris en 1823. 

I.. Dussieiix, Les Artistes français à Fétranger. 

KBETEJî (Henri), peintre et graveur .suisse, 
néàWinterthur,en 1751, mortà Berne, en 1818. 
Élève de Schellenberg, il peignit pendant quelqut 



RIKTER — RIFFAULT 



286 



l'inps le portrait; mais s'étant rendu à Dresde, 
! s'adonna, sous la direction de Graf, à la pein- 
;ire de paysage; de retour en Suisse, il se per- 
'ctionnadans ce genre sous Aberli. Depuis 1780 
remplit l'emploi de professeur de dessin à 
erne. Ses tableaux se distinguent par une touche 
iri2,e, un beau coloris et une étude conscien- 
luse de la nature; on cite comme son chef- 
œuvre un Paysage îfnlien. — Rieter a aussi 
lavé àl'eau-forle et avec beaucoup de talent, 
'après ses propres dessins, un certain nombre 
e Vues de Suisse; les unes, dcpetitedimension, 
mt suite à celles d'Aberli ; les autres, au nombre 
if huit, sont plus gnindes, et forment une série 
[part; on y remarque surtout la Cascade du 
leichcnbach et la Cascade du Giessbach. 

iHoriiinyï-, Àrchiv., 1819, n° 66. 

\ RiETSCHOOF (Jean- Klaosz) , peintre hol- 
Lndais, né à Hoorn, en 1652, mort le 3 no- 
iîmbre 1719. Élève de Bakhuysen, il fut un des 
;i!is peintres de marine de l'école hollandaise. 
Son fils Hendrick, né en 167S, traita les 
êmes sujets avec autant de succès; leurs la- 
eaux sont souvent confondus. 
iDescamps, Iai Vie des peintres hollandais. 
. KiECX (Jean de), maréchal de France, né 
il 1342, mort le 7 septembre 1417. Il s'acquit 
ïns sa jeunesse le renom de l'un des vaillants 
I) levaliers de son temps. Lorsque le prince de 
( ailes alla au secours de Pierre, roi de Castilie, 
I san de Rieux l'accompagna, et prit part à la 
I ^taille de Madrés (1367). 11 s'attacha depuis au 
1 ^nnétable du Guesclin et servit Charles V dans 
( \s guerres. Il fut un des députés pour la paix 
j fec la France au second traité de Guérande 
1 ; l'un des chefs de l'armée envoyée au secours 
, I comte de Flandre par Charles VI ; il contri- 
aa puissamment au gain de la bataille de Ro- 
ibecq. En 1387, il s'entremit à la délivrance du 
> tnnétable de Clisson, en lutte avec le duc de 
; retagne, et servit activement la cause de Char- 
^ VI, lorsqu'en 1392 ce prince se rendit en 
retagne pour terminer ce différend. En récom- 
;nse de ses services, il reçut, le 19 décembre 
; J97,la charge de maréchal de France. En 1404, 
battit les Anglais descendus sur la côte fran- 
lise; puis il passa en Angleterre, et soutint mi- 
airement dans ce pays les vues de Louis, duc 
Orléans. Après avoir quitté sa charge de mâ- 
chai , à cause de ses infirmités (de 1411 à 
13), il y fut rétabli, et se démit une dernière 
|i!S, en 1417. 

RiEux ( Pierre dk), plus souvent appelé le 
aréclial de Rochefout, fils du précédent, né 
Ancenis, le 9 septembre 1389, mort en 1438. 
'abord gouverneur de Saint-Malo pour le duc 
3 Bretagne, il devint à vingt-huit ans maré- 
lal de France, comme successeur de son père 
2 aofit 1417). Les Bourguignons s'étant ren- 
dis maîtres de Charles VI et de la capitale 
418), il se retrancha dans la Bastille, et vint 
Jsuite en Berry rejoindre le dauphin. Il com- 



battit les Anglais dans l'Angoumois et le Maine, 
fut fa.it prisonnier et rendu à la liberté moyen- 
nant rançon. En 1419 et 1420 il prit part aux 
sièges de Rouen et de Tours. Depuiscette époque 
jusqu'à sa mort il figura sous la bannière de 
Charles VU, danstous les événements militaires. 
Pierre de Rieux servit sans éclat et plus d'une 
fois sans succès; mais avec une assiduité dans 
le devoir et une fermeté de conduite qui ne 
sont point de vulgaires vertus en temps de guerre 
civile. Vers le mois d'avril 1438, il se rendait vers» 
le roi, qui habitait le Poitou, lorsque arrivé à 
Pont Saint-Maxence, il tomba dans une embus- 
cade qui lui avait été tendue par Guillaume de 
Fiavy (voij. ce nom). Fait prisonnier et traîné 
pendant trois mois de château en château, il 
succomba à une maladie épidémique. A. V— V. 

Anselme, J. Chartier, Couslnot, Monstrelet. — Vallet 
de Virivllle, Hist. de Charles f^ll. 

RIEUX {Jean IV, sire de), arrière-petit-fiis 
de Jean II, né le 27 juin 1447, mort le 9 février 
1518. A dix-sept ans, il suivit à la guerre du 
bien public le duc François II, qui le fit en 1470 
maréchal de Bretagne et en 1472 lieutenant gé- 
néral de ses armées et capitaine de Rennes. 
Après avoir pris une part active aux trouble.s 
fomentés par la régente Anne de Beaujeu, il 
rentra dans le parti de son suzerain et assista à 
la bataille de Saint- Aubin du Cormier. Nommé, 
à la mort du duc, tuteur de la princesse Anne, 
sa fille unique, il prétendit la contraindre, par 
animosité contre la France, à épouser le vieux 
sire d'Albret. Anne, soutenue par Montauban, 
son chancelier, résista énergiquement, et appela 
les Anglais à son aide. La guerre ne fut point 
favorat)le à Jean de Rieux : forcé de lever le 
siège de Guérande, repoussé de Brest et de Con- 
carneau, qu'il avait espéré de surprendre, il fit 
sa soumission à la jeune duchesse, et reçut eu 
retour une forte pension et un présent de 
100,000 écus. Dans la suite il se distingua en Italie 
et dans le Roussillon, et fortifia, selon l'expres- 
sion de Brantôme, « le renom d'avoir été un 
bon capitaine, et pour la guerre et pour la paix ». 
Son fils, Claude, né le 15 février 1497, suivit 
François I*' dans le Milanais, et exerça la charge 
de maréchal à la bataille de Pavie, où il demeura 
prisonnier. Il mourut le 19 mai 1532, laissant 
deux filles, dont l'une, Claude, fut la première 
femme de Coligny. 
Morérl, Dict. hist. — Lobineau , Hist. de Bretagne. 

RIEUX {Renée de). Voy. CflATEACNEnF. 

RIFFAULT des Hêtres {Jean-René-Denis), 
chimiste français, né à Saumur, le 2 mai 1752, 
mort à Paris, le 7 février 1826. Fils d'un méde- 
cin, il s'attacha de bonne heure à la régie de.s 
poudres et salpêtres, et devint commissaire p la 
poudrière du Ripault, près de Tours. En 1" 87 
il imagina, pour éprouver le salpêtre, un mo. en 
facile et simple, que le gouvernement s'empressa 
d'adopter, et en 1789 il remplaça les vaisseaux 
jusqu'alors en usage pour le lessivage des maté- 



287 RIFFAULT 

riaux salpêtres par d'autres, plus appropriés à | 
cette opération. Lorsque Berttiollet annonça qu'il 
était possible d'augmenter la force de la poudre 
à tirer en employant du muriate suroxygéné de 
potasse ( chlorate de potasse), il fabriqua l'un 
des premiers cent grammes de celte poudre, qu'il 
essaya ; mais bien que l'épreuve eût dépassé ses 
espérances, il ne conseilla pas de s'en servir, à 
cause des dangers de la manipulation. Ses ser- 
vices multipliés le firent appeler à Paris et nom- 
mer l'un des trois administrateurs généraux des 
poudres et salpêtres. Lorsque le gouvernement 
de Louis XVIII eut confié à un directeur général 
pris dans le corps de l'artillerie la régie des 
poudres, Riffault reçut la croix d'Honneur, et se 
retira. On a de lui : Traité de Vart de fabri- 
quer la poudre à canon; Paris, 1812, in-4° : 
composé avec Bottée de Toulmont et traduit en 
plusieurs langues; — L'Art du salpêtrier ; Pa- 
ris, 1813, in-4" : avec le même; — et quatre 
Manuels pour la collection Roret, entre autres 
le Manuel de chimie; Paris, 1825, 1829, iu-18. 
Il a fait passer en français plusieurs ouvrages 
scientifiques anglais, tels que Système de chimie 
de Th. Thompson ( 1809, 9 vol. in-S» et suppl.). 
avec des notes de BerthoUet, et Dictionnaire 
de chimie d'André Ure (1822-I824,4 vol. in-8''). 
Malml, Jnnales biogr., \&^T. - Vergnaud-Roraagnesi, 
dans les Annales de ta Société roy. d'Orléans, t. VII. 

Riti.4. Voy. Pierre de Riga. 

RIGAL (Jean-Jacques), chirurgien français, 
né à Cussac, le 11 janvier 175-^, mort à Gaillac, 
le 8 juillet 1823. il termina ses études médicales 
à Montpellier, où il obtint en 1776 une chaire à 
l'École pratique d émulation, et en 1781 il s'éta- 
blit à Gaillac. 11 contribua beaucoup à répandre 
dans le midi de la France l'usage de la vaccine, 
et combattit avec succès plusieurs épidémies, 
entre autres la suette. Il vit vingt fois ses tra- 
vaux couronnés par les principales sociétés sa- 
vantes de l'Europe. On a de lui trente-quatre 
Mémoires, dont les plus importants ont pour su- 
jet la vaccine, 1 hydrophobie, la nyctalopie, la 
catalepsie, le tétanos, les tumeurs chroniques, etc. 

Journal d'agriculture et des sciences, t. I"', p. 227-23i. 

RIGAS. Voy. Rhigas. 

RiGAU (1) (/iJî^oiné, baron), général français, 
né le 14 mai 1758, à Agen, mort le 4 septembre 
1820, à la Nouvelle-Orléans. Après avoir servi 
huit ans comme simple soldat dans le régiment 
de Sarre-infanterie, il passa en 1788 en Belgique, 
et défendit la cause de la révolution jusqu'à la 
réunion de ce pays à la France. Avec le 10^ de 
hussards, où il eut le rang de capitaine, il fit 
les campagnes de l'armée du nord, et reçut au 
combat de Rousselaer un coup de feu à travers 
la mâchoire, blessure affreuse, qui ne fut jamais 
cicatrisée et qui ne lui permit de parler qu'au 
moyen d'un procédé artificiel. Chef de brigade 
en 1796, il commanda le 25^ de dragons dans 

(1) Et non Rigaud, coreinie l'écrivent la plupart des 
atiteurs. 



— RIGAUD 2f 

les premières guerres de l'empire, et se signa 
par une rare intrépidité à Austerlitz et à Ostr 
lenka. Nommé général de brigade ( 12 janvi 
1807 ) et baron ( 19 mars 1808) avec une d 
tation considérable, il prit encore part ai 
guerres d'Espagne, d'Allemagne et de Franc 
Placé par Louis XVIII à la tête du départeine 
de la Marne , il s'empressa, dès qu'il connut 
débarquement de Napoléon, de proclamer 
rétablissement de l'empire, fit mettre les tro 
pes sous les armes, et ordonna l'arrestation < 
duc deBellune, qui avait tenté de s'opposer à 
mouvement militaire. Au mois de juillet 18 
Rigau se trouvait encore à Châlons-sur-Mar 
lorsqu'un corps de cinq mille Russes se pr 
senta devant la ville; à la suite d'une court 
mais énergique résistance , il succomba sous 
nombre, et fut fait prisonnier. De Francfor 
où il avait été conduit, il vint à Saarbruck, 
entretint des intelligences avec les mécontei 
de l'intérieur. Rayé des cadres de l'armée a 
tive, il fut en outre condamné à mon par ce 
tumace, comme coupable de trahison ( 16 n 
1816). L'année suivante il s'embarqua pour I 
États-Unis, rejoignit ses compagnons d'armes 
champ d'asile (Texas), et s'établit enfin à 
Nouvelle-Orléans. Napoléon, qui l'avait quali 
de martyr de la gloire, lui légua 100,000 
dans son testament. 

Mahul, Annuaire nécroh, 1821. — Fastes de la Lég 
d'honneur, III. — Rigau (colonpl), Notice sur a 
Rigau; Paris, 1843, in-8°. 

RIGAU» (1) (Hyacinthe), peintre frança 
né à Perpignan, le 20 juillet 1659, mort à Par 
le 29 décembre 1743. Fils et petit-fils de peint 
il avait à peine huit ans lorsqu'il perdit s 
père, Malhias Rigaud. Envoyé à quatorze an: 
Montpellier, il y .suivit les leçons d'un pein 
médiocre nommé Pezet, et s'aida en même ten 
des conseils d'Antoine Ranc, puis il alla pas: 
quatre ans à Lyon, et en 1681 il se fixa à Pai 
Aussitôt il fréquenta les cours de l'Académie, 
en 1682 il remporta le premier prix de peintu 
D'après le conseil de Le Brun, il renonça 
voyage d'Italie, et s'adonna exclusivement 
genre du portrait. La richesse de son pince! 
la noblesi^e un peu étudiée de ses attituiies, ( 
convenait si bien au goût de l'époque, la n 
semblance, l'air vivant de ses portraits, le si 
qu'il mettait à peindre entièrement d'après r 
turc lui attirèrent tous les suffrages. Malgré i 
habitudes laborieuses et le prix élevé qu'il f 
mandait de ses ouvrages, il pouvait à peine si 
fire aux commandes. Quelques-unes de ses pi 
ductious seront toujours comptées au noml 
des meilleures de l'art français : ainsi ce be 
portrait de Bossuet conservé au musée du Louv 
et qui a inspiré à P.-J. Drevet l'un des che 
d'œuvre de la gravure. Admis en 1700 dans I 

(I) Voici, d'après son acte de baptârae, ses véritat 
noms : llyacintiie-Krançois-Honorat-Pierre-André-Ji 
Rigau y Ros (c'est à-dire Rigaud le Roux). Mém. i 
dits des académiciens, 11, 127. 



289 

ca(l45mie royale, il ne fut reçu comme peintre 
(l'histoire que le 20 mai 1742. Ses deux mor- 
ceaux de réception , le portrait du sculpteur 
Martin van den Bogaert (Desjardins) et Le 
Martyre de saint André, font partie des col- 
lections du Louvre; le premier est bien connu 
par la belle gravure qu'en fit Gérard Édelinck. 
en 1698. RIgaud devint professeur en 1710, et 
recteur en 1733. En 1701) les consuls de sa ville 
natale l'admirent au nombre des citoyens nobles 
de Perpignan, et un anôt du conseil d'État du 
8 novembre 1723 confirma cet acte d'anoblisse- 
ment. En 1727, Rigaud fut créé chevalier de 
l'ordre de Saint-Michel. Cet artiste a exposé à 
un seul salon, celui de 1704; ses œuvres, re- 
produites par les plus fameux graveurs de son 
temps, ornent les principales galeries de l'Eu- 
rope : le Louvre en possède neuf, le musée de 
Versailles un bien plus grand nombre. On ne 
cite guère comme ayant reçu ses leçons que Jean 
Ranc, fils d'Antoine, et qui épousa la nièce de 
Rigaud; Nicolas Desportes, neveu du peintre 
d'animaux, et Jean Legros, frère du sculpteur. 

Son frère puîné, Gaspard Rigaud, mourut le 
28 mars 1705, à l'âge de quarante-cinq ans en- 
viron, étant membre agréé de l'Académie depuis 
1701. H. H— N. 

D'Argenville, fie des plus fameux peintres. — Fon- 
\ena\, Dict. des Artistes.— F. Vlllot, Notice des tableaux 
du Louvre. — Mémoires inédits sur la vie et les ovi- 
vrages des académiciens. 

RiGACD {Jean- Cyrille), littérateur fran- 
çais, né le 28 janvier 1750, à Montpellier, où il 
est mort, le 29 janvier 1824. Son père, libraire 
aisé de cette ville, l'envoya à Genève faire ses hu- 
manités, et lui fit à son retour à Montpellier suivre 
les cours de médecine de l'université. Reçu doc- 
teur, il vint à Paris, où il se lia intimement avec 
Broussonnet, qu'il aida dans la rédaction de quel- 
ques-uns de ses ouvrages, soit en latin, soit en 
français. La révolution le ramena dans sa ville 
natale; il y fut chargé pendant quelque temps de 
la bibliothèque municipale, et devint professeur 
de belles-lettres au lycée. Outre des poésies lan- 
guedociennes, qu'il publia conjointement avec son 
frère Auguste sous letitre A^Pouesias patouesas 
(Montpellier, 1806, in-8"),on a de lui : Poésies 
diverses (ibid., 1821, in-12), où l'on trouve des 
fables, des discours et l'Éloge de Boucher, qu'il 
avait déjà publié ( ibid., 1807, 1813, in-8° ). 

Rigaud ( Pierre- Augustin (1) ), poète, frère 
du précédent, né à Montpellier, le 29 mars 1760, 
mort à Drives, en avril 1835 D*al)ord commis 
chez un négociant, il entreprit ensuite pour son 
propre compte, avec quelques associés , le com- 
merce d'iniliennes et de mousselines. En 1815 
il fut forcé, pour ne pas être victime de la réac- 
tion blanche , d'abandonner sa maison et ses af- 
faires. Se voyant presque sans ressources, lise 
fixa à Paris, où il devint un des arbitres employés 
par le tribunal de commerce. Ces fonctions lui 

(IJ 11 était plus connu sous le nom i' Auguste. 
>0'JV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XLII. 



RIGAUD 290 

rendirent une certaine aisance. Après la révo- 
lution de 1830, il se retira à Brives, où il occupa 
ses loisirs à mettre m ordre la bibliothèque pu- 
blique. On a de lui : Las Vendemias de Pi- 
gnan ( Les Vendanges de Pignan ), charmant 
poème, composé en 1781, et réimpr. avec de 
nouvelles pièces dans le recueil des Pouesias 
patouesas ( Montpellier, 1806, in-8''); — Poé- 
sies (françaises); Paris, 1820, gr. in-18; — 
Fables nouvelles ; Paris, 1823-1824,2 vol. in-8'': 
généralement bien inventées et écrites d'un style 
facile et naturel ; — Contes et/abliaux ; Paris, 
1825, in-32 : récits fort agréables, parmi lesquels 
on peut citer celui qui a pour titre : Le Jongleur. 
Ces trois derniers ouvrages ont été réunis : Fa- 
bles, Contes et Poésies diverses; Paris, 1833, 
2 vol. in- 16. Les œuvres languedociennes des 
deux frères Rigaud ont été réimpr. à Montpel- 
lier (Obras coiimplètas ; 1845, in-l2). H. F. 

Docum. partie. 

RIGAUD de l' L'ile (Louis- Michel), agronome 
français, né à Crest (Drôme), le 4 septembre 1761, 
mort à Grenoble, en juin 1826. Dès la première 
coalition contre la France, il partit à la tête 
d'un des bataillons de son département , puis 
servit comme simple officier du génie. Rentré 
dans ses foyers en 1796, il s'occupa de l'exploi- 
tation de sa propriété patrimoniale de l'Isle et 
de l'application des sciences physiques à l'agri- 
culture. 11 fut un des savants envoyés en 1810 à 
Rome pour étudier la question du dessèchement 
des marais Pontins, et il adressa à ce sujet au 
ministre de l'intérieur un rapport fort étendu, 
qui fut discuté en conseil privé. Nommé en 1810 
membre du corps législatif, devenu en 1814 
chambre des députés, il y siégea jusqu'en 1815. 
11 a laissé des Mémoires sur les causes de 
Vinsalubrïté de l'air, publiés dans la Biblio- 
thèque universelle (1816 et 1817), et des Mé- 
moires sur les engrais^ dans le recueil de la 
Soc, roy. d'agrie. de la Drôme. Rigaud était 
correspondant de l'Institut. 

Rochas, Biogr. du Dauphiné. 

RIGAUD (***), physicien anglais, mort vers 
1850. Professeur de physique mathématique à 
Oxford , il a le premier publié la correspondance 
complète de Newton et de Halley, et dans son 
Historical Essay on the Principia, etc., il 
a élucidé plusieurs points , jusqu'à présent restés 
obscurs, concernant la vie et les découvertes 
du grand homme dont l'Angleterre se glorifie à 
juste litre. Ainsi, il paraît certain que Newton ne 
connaissait pas la mesure de la terre par Picard 
( qui contribua tant à la découverte des lois de 
la gravitation universelle ) avant le 1 1 janvier 
1672, époque où cette mesure fut communiquée 
à la Société royale de Londres; et dans une 
lettre à Halley, en date de 1686, il reconnaît 
lui-même qu'il avait déduit la fameuse loi du 
carré des distances des lois de Kepler il y avait 
environ vingt ans, c'est à-dire en 1666. X. 

Brcwster, Memoirs of t/ie life of sir tsaac Newton. 

10 



291 



RIGAULT 



292 



suGAULT (Nicolas), en latin Rigaltius , 
énidit français, né en 1577, à Paris, mort en 
août lGô4, à ïoul (Lorraine). Il était fils d'un 
médecin. Ses grandes dispositions pour l'étude, 
ses succès dans le collése des jésuites, qui cher- 
chèrent vainement à l'attirer dans leur compa- 
gnie, et quelques pièces de vers latins imprimées 
en 1 596 à Poitiers, pendant qu'il y suivait les 
cours de droit, lui ont donné des droits à figurer 
dans la galerie des érudits précoces; du moins 
Baillet et Klefeker en ont jugé ainsi. De retour 
à Paris, il fréquenta le barreau, et, s'il faut en 
croire le Menagiana, il fut un fort méchant 
avocat. Le goût particulier qu'il avait pour les j 
lettres lui procura l'amitié de Scévole de Sainte- ! 
Marthe ; le célèbre de Thou ne se contenta pas d'en j 
faire le compagnon de ses études ; il lui donna I 
en mourant des marques de sa considération en j 
îe chargeant de veiller à l'éducation de ses en- i 
fants. Ce fut du reste par l'intermédiaire de ce î 
grand magistrat qu'il partagea avec Casaubon \ 
la garde de la Bibliothèque du roi et qu'il lui 
succéda après sa mort ('l614). Il rendit au public 
un service considérable en mettant en ordre les 
manuscrits de cet établissement et en en ré- 
digeant de sa main un Catalogue en 2 vol. 
in-fol. qui existe encore. Lors de la cri^ation 
du parlement de Metz (1633), il y obtint une 
charge de conseiller ; il eut aussi la commission 
de procureur général près la chambre souveraine 
de Nancy, et fut depuis intendant de la province 
de Metz. Rigault eut la double réputation d'un 
profond érudit et d'un excellent magistrat; son 
savoir était fort étendu , sa critique ingénieuse , 
mais il avait du penchant au paradoxe , et l'on 
cite parmi ses opinions singulières celle où il 
soutient, contre le commun préjugé, que Jésus 
était dépourvu de tous les avantages physiques. 
Nous citerons parmi ses nombreux ouvrages : 
Asini aurei asinus, sive de scaturigine ono- 
crenes ; 1596,in-12 : l'exemplaire de la Bibiioth. 
imp. est regardé comme unique; — Saiyra 
Menippea somnium ; Biberii curculionis pa- 
rasiti mortualia; accessit Asinus, etc.; Poi- 
tiers, 1596, in-80, et 1600, in- 12 : cette satire 
n'a pas été composée, comme l'a cru Bayle, 
contre le fameux parasite Montmaur, encore 
inconnu à celte époque; elle est plus connue 
sous le titre de la 3" édit. : Funus parasiticum 
( Paris, 1601, in-4° ), et a été insérée dans plu- 
sieurs recueils et dans Y Histoire de Montmaur, 
t. p"^; — De verbis qux in Novella consii- 
tutionibiis post Justinianum occurrunt, 
glossarium mixobarbarum ; Paris, 1601,in-4° : 
ouvrage rare et curieux; — Vita S. Romani, 
archiep. Rhotomagensis ; Rouen, 1609, 1652, 
in-8" ; — Accifitrariœ rei scriptorcs nunc 
primum editi; accessit liber de cura canum, 
gr.lat.; Paris, 1612, in-4<': recueil recherché; 
— Rei aç;rar iœ scriptores; Parh, 1613, in^": 
les notes ont été reproduites dans l'édit. de 
Goes, Arast., 1674; — Apologeticiis pro Lu- 



dovico XI II; Paris, 1626, in-4°; — Vita Pétri 
Puteani (Dupuy); Paris, 1652, 1653, in-4o. 
On lui doit des éditions annotées de Phèdre 
(1599, in-12), Martial (1601, in-4''), Tertullien 
(1634, 1641, in-fol.), Minutius Félix (1643, 
in-4''), saint Cyprien (1649, in-fol. ), et Comme- 
dien (1650, in-4''), ainsi que des traductions 
latines, assez négligées, d'Onosander (1599, 
in-4°) et des Onéirocritigues (1603, in-4o ). 
Enfin il a ajouté trois livres à YHistoire dupré- 
sidentdeThou (années 1607 à 1610 ), et cette 
continuation a paru dans l'édit. de Londres, 
1733, et dans la version française. P. L. 

Du Pin, IHbl. des auteurs ecclésiast. — Bailict, En- 
fants célèbre;. — Moréri, Dict. hist. — Bayle, Dict. — 
a^zeion, Mémoires, XXI. — Perrault, Hommes illustres. 

HEG&ULT ( Hugues ), poêle latin , né le 5 avril 
1707, à Paris, mort le 28 décembre 1785, était 
curé de Saint-Pierre de Naze , dans le diocèse 
d'Auxerre. Émule de Coffin et de Le Beau, il 
composa beaucoup de vers latins, qu'il se bor- 
nait à communiquer à ses amis; l'un d'eux, 
A.-E. Frappier, se fit l'éditeur de son poëme in- 
titulé Sanctœ Autissiodorensis ecclesise fas- 
torum Carmen lib.XlI (Auxerre, 1791, in-8"). 

Feller, Dict. hist. 

EiîGASJLiT ( Ange-Hippolyte), professeur et 
écrivain français , né le 2 juillet 1821 , à Saint- 
Germain-sn-Laye, mort le 21 décembre 1858, à 
Évreux. Son père occupait à Saint-Germain l'em- 
ploi de secrétaire de la mairie. Ses études, qu'il 
acheva au collège de Versailles, furent très-bril- 
lantes : il remporta au concours général de 1840 
le prix d'honneur de discours 'latin. On l'avait 
destiné au barreau ; la mort de son père le dé- 
cida à entrer dans l'enseignement. Il fut admis 
le second à l'École normale (5 novembre 1841) 
et reçu le premier au concours de l'agrégation 
des lettres (1844). Après avoir enseigné la rhé- 
torique à Caen, il fut rappelé à Paris, et charge 
d'une chaire au collège Charlemagne. Il allai! 
rejoindre l'École d'Athènes lorsqu'il fut chois 
comme précepteur du comte d'Eu, fils aîné dt 
duc de Nemours (juin 1847). Après la révo 
lution de Février, il suivit son élève à Clare 
mont. Rappelé en France par le désir de vivre au 
près des siens ( août 1S48), il fut nommé pro- 
fesseur de seconde et ensuite de rhétorique ; 
Versailles (1850). Il écrivit en 1852 ses premier; 
articles dans la Revue de l'Instruction pu- 
blique, dont il eut la direction littéraire. D'ex 
cellents articles, entre autres sur la Quesiior 
des spectacles et le Roman chrétien, oii se mon 
trait une critique utile et brillante à la fois, le fi 
rent entrer au Journal des Débats ( octobn 
1853), à peu près vers le même temps où i 
obtenait la chaire de rhétorique au lycée Louis 
le-Grand (31 août 1853). Il soutint le 29 no 
vembre 1856 des thèses de doctorat (la Cri 
tique littéraire de Lucien et YHistoire de li \ 
querelle des anciens et des modernes) av&j 
un tel éclat, que ses juges lui dirent en le re 



293 IVIG AlILT 

cevnnf : « Vous <ioi;iiez une fôtc à l'univer- 
sité. '- Agréé quelques jours après comme sii])- 
piéant <lu cours d'éloquence ialiue au Collège 
de France, il fit sur les pères <lc l'Kglise une 
suite de le(.'ûns substantiel les, où il savait prendre 
les tons les plus variés , en conservant une élé- 
gance soutenue. Mis en demeure par le ministre 
de quitter la rédaction des Débats, il préféra 
renoncer à l'enseignement supérieur, et profita 
de ses loisirs pour écrire des Revues de qziin- 
zaine ( du 26 novembre 1857 au 28 octobre 
1358 ) où il développait surtout les réilexions 
morales que l'écrit du jour lui suggérait, avec 
le piquant enjouement d'un causeur de bonne 
compagnie. Au retour d'un voyage en Suisse, il 
86 rendit à Évreux, dans la famille de sa femme. 
C'est là que, vers la fin d'octobre , il ressentit 
les premières atteintes du mal qui allait l'em- 
porter. Un jour, pendant qu'il écrivait, sa mémoire 
se troubla, il perdit le fil de ses idées; une tris- 
tesse insurmontable s'empara de lui. Tout tra- 
vail d'esprit lui fut défendu. Malgré ces précau- 
tions, le mal s'aggrava ; une cri.se survint, qui 
l'emporta à trente-sept ans, victime du travail ex- 
cessif et de l'activité dévorante d'esprit auxquels 
il s'était livré. Son Histoire de la querelle des 
anciens et des modernes a été couronnée par 
l'Académie française. Ses meilleures Revues de 
quinzaine ont été réunies sous le titre de Con- 
versations littéraires et morales; Paris, 1859, 
in-18. Il a encore donné une édition d'Horace, 
précédée d'une étude complète sur le poëîe 
(Paris, 1856, in-18). G. R. 

Paul Mesnard, Ifotice, à la tête des Conversât, 
iiltér- —Journal des Débats, déc. 1858. 

RIGBT {Edouard), physiologiste anglais, né 
à Norwich, en 1747, mort le 27 octobre 1821. Il 
fonda, en 1786, une société médicale de bien- 
faisance dans sa ville natale, et s'est fait connaître 
par une théorie particulière de la production de 
la chaleur animale. D'après cette théorie, déve- 
loppée dans un ouvrage spécial ( Essay on the 
theory of the production of animal heat ; 
Lond., 1785, in-8°), la chaleur animale est pro- 
duite en partie dans les poumons, en partie dans 
l'estomac. Cet organe passe môme pour le prin- 
cipal siège de la calorification. L'état de santé 
consiste, selon Rigby, dans un équilibre parfait 
entre la production et la perte de la chaleur; 
des que cet équilibre est troublé, on voit naître 
un grand nombre de maladies, caractérisées sur- 
tout par un appauvrissement du sang. Outre 
de nombreux articles publiés dans le Gentle- 
man' s Magazine et d'autres recueils, on a de 
lui un Traité sur Vhémorragie utérine, 
6e éilit., 1775,in-8°; — DeVnsage du quin- 
quina, etc.; 1785, in-8" ; — avec F. Blaikie, Hslk- 
kam et son agriculture ; 1819 ; trad. en fran- 
çais par Molard. X. 

Fischer, Gesch. der Physik, t. VII, p. 612. — ^nnual 
Biogrop/ty, 1822. 

RiGEL (^ Henri- Joseph), compositeur alie- 



— niGNY 



204 



Jiiand, né le 9 février 1741, à Wertheim (grand- 
diiclié deiJade}, mort en mai 1799, à Paris. Il 
reçut des leçons de Jomclli. Étant venu à Paris, 
il y acquit de la réputation comme professeur de 
clavecin et comme compositeur; ses sonates et 
symphonies furent applaudies à l'hôtel de Sou- 
bise, et ses oratorios au concert spirituel, surtout 
celui de La Sortie d'Egypte, qui reçut les ap- 
plaudissements de Gluck. 11 devint professeur à 
l'École dédiant et au Conservatoire, où ses prin- 
cipes d'harmonie furent adoptés. On a aussi de 
lui plusieurs pièces de théâtre. 
Fctis, Biogr. univ. des musiciens. 

HiGHETTi {Francesco), littérateur italien, 
né en 1779, à Turin, où il est mort, le 17 octobre 
1828. C'était un acteur du premier ordre ; il joua 
sur les principaux théâtres de l'Italie, et excella 
dans le genre comique. Son Teatro italiano 
(Turin, 1826-1827, 3 vol. in-8o) contient quel- 
ques bonnes pièces , remplies de bon sens et de 
saillies. 

Rabbe, Biogr. univ. et portât, des contemp., suppl. 

RiONY {Henri GiUTniEr., comte de), amira 
français, néà Toul, le 2 févr. 1782, mort à Paris, 
le 7 novembre 1835. L'émigration de ses parents le 
laissa, à l'âge de dix ans, ainsi q^le ses frères, 
sans autre appui que celui d'une sœur de seize 
ans, qui se mit de suite à la hauteur de sa tâche; 
elle se fit leur institutrice, et pour cela aborda 
elle-même des études qui n'étaient pas de son 
sexe. L'application du jeune Henri la récompensa 
de ses soins. En 1798, il entra dans la marine en 
qualité de novice; mais grâce à quelques pro- 
tections, il put continuer à terre ses études spé- 
ciales. Bientôt il fut en état de passer son examen, 
et fut reçu aspirant de 2^ classe. Embarqué dès 
lors, il fit plusieurs campagnes contre les An- 
glais. En 1803, lors de la formation du camp de 
Boulogne, il commanda une corvette à titre d'en- 
seigne. En 1806 et en 1807, les marins de h 
garde ayant été incorporés dans les cadres de 
l'armée de terre, il fit les campagnes de Prusse, 
de Pologne et de Poméranie , assista à la ba- 
taille d'Iéna et à celle de Puliusk , ainsi qu'aux 
sièges de Stralsund et de Graudentz. En 1808, 
son corps étant dirigé sur l'Espagne, le jeune 
Rigny devint aide de camp du maréchal Bes- 
sières, et prit part à la bataille de Rio-Seco et au 
combat de Somroo-Sierra, où il fut blessé. Nous 
le retrouvons encore à Wagram, en 1809. Dans 
cette année, il fut fait lieutenant de vaisseau, et 
en 1811 capitaine de frégate. Mais ce ne fut 
qu'en 1816 qu'il devint capitaine devaisseaa, 
par la protection du baron Louis, son oncle. Cinq 
ans plus tard, en 1822, il commanda les forces 
navales réunies dans les mers du Levant, et il 
remplitla difficile mission de faire respecter notre 
pavillon, déconsidéré dans ces parages par les 
doubles insultes des pirates grecs et des pirates 
turcs. Par ses soins, la police de la navigation 
est fixée dans tout l'Àrcliipel , et les deux na- 
tions grecque et turque, alors en guerre, trouvent 

10. 



295 



RIGNY — RlfiORD 



29S 



également à bord des bâtiments français abri et 
protection contre leurs mutuelles fureurs : aussi 
put-il écrire avec vérité à sa sœur, qu'il était 
« le juge de paix de ce canton » , en parlant de 
la Grèce. Le grade de contre-amiral fut, en 1825, 
le prix du courage et de l'humanité du capitaine 
de Rigny. Deux ans après, au mois de septembre 
1827, la France, la Russie et l'Angleterre s'étant 
unies pour proclamer l'indépendance de la Grèce 
et pour fixer sa position vis-à-vis de la Sublime 
Porte, cette dernière puissance refusa d'accéder 
aux propositions qui lui furent adressées à cet 
égard. La bataille de Navarin en fut la suite. 
Cette victoire éclatante valut au commandant de 
la flotte française le titre de vice-amiral et la 
croix des ordres du Bain et de Saint-Alexandre- 
Newski. Après avoir présidé à l'évacuation de la 
Morée, l'amiral de Rigny revint en France, en 
1829, et fut nommé comte et préfet maritime à 
Toulon. A l'avènement du ministère Polignac, 
le 8 août 1829, on lui offrit le portefeuille de la 
marine, qu'il n'accepta pas ; il alla reprendre le 
commandement de la flotte du Levant, où il 
resta jusqu'en sept. 1830, époque où l'altération 
de sa santé le rappela à Toulon. Il reçut alors le 
titre de membre du conseil d'amirauté, puis la 
décoration de grand officier de la Légion d'hon- 
neur, et enfin, le 13 mars 1831, il fut appelé par 
le roi Louis-Philippe au ministère de la marine. 
En môme temps, il recevait , comme député, les 
doubles suffrages des départements de laMeurthe 
et du Pas-de-Calais. Son passage aux affaires ne 
fut pas perdu pour les officiers de marine, dont 
il régla l'avancement et les pensions, ni pour les 
colonies, dont la législation lui dut de grandes 
améliorations. Porté, le 4 avril 1834, au minis- 
tère des affaires étrangères , il s'acquitta de ses 
nouvelles fonctions avec le même zèle dont il 
avait fait preuve à la marine, et le conserva pen- 
dant une année, saufune interruption de quelques 
jours, en novembre 1834. Le 12 mars 1835, 
il résigna avec satisfaction son portefeuille entre 
les mains du duc de Broglie, et ne conserva 
que le titre de ministre d'État avec l'entrée au 
con.seil. Sa santé lui faisait .sans doute un devoir 
de songer au repos ; cependant, au mois d'août, 
il crut devoir accepter encore une mission à 
Naples , et à peine de retour, à la fin d'octobre, 
il ressentit les cruelles atteintes du mal qui l'em- 
porta rapidement, à l'âge de cinquante-trois 
ans. 

Sarrut et Salnt-Edme, fiiogr. des hommes du jour, IV. 
2' p. — Rabbe, Bioyr. vniv. et port, des contemp.. suppl. 

RiGOLET DE JUVIGNY (Jean- Antoine) , 
littérateur français, né en Bourgogne, mort à 
Paris, le 21 février 1788, dans un âge avancé. 
is.su d'une bonne famille dérobe, il se fit recevoir 
avocat à Paris, et fréquenta le barreau. L'affaire 
qui le tira de l'obscurité fut celle de Travenol , 
violon de l'Opéra, mis en jugement pour avoir 
colporté des libelles contre Voltaire. Rigoley at- 
taqua Voltaire, pour défendre son client; ses 



attaques eurent près des ennemis des philosophes 
un succès qui lui tourna la tête; il s'imagina 
qu'il était de force à troubler la gloire du grand 
écrivain, et ne cessa plus de lancer contre lui 
des traits satiriques, le mettant fort au-dessous 
de Crébillon et même de Piron. Voltaire dédai- 
gna Rigoley ; mais La Harpe le maltraita fort en 
plus d'une occasion. S'il avait quelque érudi- 
tion, elle était fort restreinte ; comme écrivain, 
il a l'esprit lourd, un style assez correct, mais 
sans vie ni couleur. 11 mourut conseiller hono- 
raire au parlement de Meiz et membre de l'A- 
cadémie de Dijon. I! a élé utile aux érudits, ea 
rééditant les Bibliothèques françaises de La- 
croix du Maine et de du Verdier, avec des Re- 
marques historiques et littéraires {i~72, 6 vol. 
in-4"); ses remarques sont empruntées à Nice- 
ron, à Goujet, à La Monnoy e, au président Bouhier 
et à Falconet. Il a donné des éditions très- 
défectueuses des Œuvres choisies de La Mon- 
noye (1769, 3 vol. in-12), et des Œuvres de 
Piron (1776, 7 vol. in-8°). On a aussi de lui des 
pièces de vers fort médiocres, le Nouveau Mé- 
moire pour fane de Jacques Fréron , blan- 
chisseur à Vanves , plaisanterie contre les phi- 
losophes, et un factum sur la Décadence des 
lettres et des mœurs, qu'il ne manque pas d'at- 
tribuer aux principes de Voltaire. 

La Harpe, Cours de littérature. — Correspondance de 
Grimm. — Sabatler, Les trois Siècles. 

RIGORD , chroniqueur français , né en Lan- 
guedoc, mort en 1207, à l'abbaye de Saint-Denis. 
Après avoir exercé la profession de médecin dans 
sa patrie, il voyagea, et, prenant le monde en 
dégoût, il entra au monastère de Saint-Denis, où 
il reçut les ordres. Il y continua vers 1 190 la Vie 
de Philippe- Auguste, car il fait entendre qu'il 
l'avait commencée auparavant, et qu'il n'avait 
pu la continuer à cause de sa pauvreté ; mais au 
bout de dix ans de travail son ouvrage lui déplut, 
au point qu'il résolut de le détruire ou de ne le 
laisser paraître qu'après sa mort. Pour lui donner 
du courage, Hugues, abbé de Saint-Denis l'en- 
gagea à dédier son livre au fils même du roi, à 
Louis VIII. Le roi nomma l'auteur son chrono- 
graphe en titre. L'histoire de Rigord n'embrasse 
que les vingt-huit premières années du règne de 
Philippe Auguste, en s'arrêtantà 1207; elle a été 
achevée par Guillaume le Breton, l'auteur de la 
Philippéide. Rigord avaitune belle imagination, 
mais inquiète, superstitieuse, intolérante môme, 
croyant aux songes, aux présages, avec beaucoup 
de vivacité, mais peu de critique. Fr. Monnibk. 

ï>. Plthou. Scriptorescoœtanei duodecim. — Duchesne, 
Historis; Francoriim scriplorcs. — Don Brial, Recueil 
des historiens des Caulcs et de la France, XVIII. — 
M. Guizot, Coll. de Mémoires relat. à l'hist. de France. 

KiGORD (Jean-Pierre), antiquaire français, 
né le 28 janvier 1656, à Marseille, où il est 
mort, le 20 juillet 1727. Il abandonna le com- 
merce, auquel on l'avait destiné, pour aller étu- 
dier à Paris, où il prit le grade de bachelier. L; 
mauvais état de sa santé l'ayant obligé de re- 



297 RIGORD 

venir à Marseille, il y remplit les emplois de 
commissaire de la marine et de siibdélégué de 
l'intendant. En 1722 il reçut le cordon de Saiiit- 
Micliel avec des lettres de noblesse. Il avait 
formé une belle collection de médailles et d'an- 
tiques, qui fut acquise par le président Lebret. 
Plusieursdissertations de lui ont été insérées dans 
les Mémoires de Trévoux. 

Mémoires de l'Académie de Marseille, 1. 1". 
RIGCET (François oe), historien français, 
mort en 1699, à Nancy. Ayant fait profession 
chez les religieux de Prémontré, il fut abbé de 
Jovilliers, résigna en 1 658 son abbaye, et devint 
gouverneur du prince Charles de Lorraine, de- 
puis Charles V, pour lequel il brigua en 1673 la 
couronne de Pologne. 11 obtint de ce dernier la 
grande prévûté de Saint-Diez, ainsi que les 
prieurés de Flavigny et de Chatenoy. On a de 
lui : Système chronologique des écêques de 
Tout jusqu'à Charlemagne ; Nancy, 1701, 
in-40; — Histoire de l'église de Saint-Diez ; 
Saint-Diez, 1"726, in- 12 : publiée par les soins et 
sous le nom de J.-C. Sommier, archevêque de 
Césarée. 

Calmet, Bibl. lorraine. — Annales ord. Prsemonstra- 
tenais, l, 9ï7. 

BILÉEF ( Konrad ), poêle russe, né vers la 
fin du siècle dernier, pendu le 25 juillet 1826, 
à Saint-Pétersbourg. Il appartenait à une fa- 
mille plus noble qu'aisée. Élevé au premier 
corps des cadets, il fut sous-lieutenant dans 
l'artillerie , et quitta le service à cause d'une 
épigramme dirigée contre le comte Araktchéef, 
le favori d'Alexandre l*"". Élu par la noblesse de 
Saint-Pétersbourg assesseur à la chambre cri- 
minelle de cette capitale, il accepta ensuite 
l'emploi lucratif de gérant de la Compagnie 
russe-américaine. Initié en 1820 à l'Union du 
bien public, il devint le plus ferme comme le 
plus prudent des trois directeurs de cette société 
secrète, qui comptait parmi ses adhérents les 
plus beaux noms de l'empire. Selon M. Schnitz- 
ïer, il alliait la plus haute intelligence à 
toutes les qualités de l'homme de cœur. Ayant 
des principes plutôt que des passions, il agis- 
sait par réflexion, d'après des théories, des 
idées abstraites si l'on veut, mais avec désin- 
téressement et comme pour remplir un devoir. 
Démocrate par penchant et grand admirateur 
de la constitution des États-Unis, il admettait 
toutefois la monarchie et visait à transformer 
l'autocrate en empereur constitutionnel. On sait 
qu'à la mort d'Alexandre , les libéraux russes 
crurent le moment opportun de faire prévaloir 
leurs idées. Riléef fut l'âme de cette tentative 
dont le prince Serge Troubetzkoi fut le chef 
nominal. « Je savais d'avance, a-t-il déclaré, 
que cette entreprise me perdrait, mais je n'ai pu 
voir plus longtemps ma patrie sous le joug du 
despoti.sme : la semence que j'y ai jetée germera, 
n'en doutez pas, et fructifiera plus tard. » Après 
avoir subi une détention rigoureuse, Riléef fut 



— RILLI 



298 



condamné, sans débals contradictoires, con- 
jointement avec quatre de ses confrères (1), au 
supplice de l'écartellement, commué en celui de la 
pendaison. 11 s'y prépara avec autant de piété 
que de courage. Maladroitement lancé par le 
bourreau, il tomba dans le trou béant sous la 
potence. Meurtri par cette chute, il se releva et 
remonta d'un pas encore plus décidé les degrés 
de l'échafaud, en laissant seulement échapper 
celte plainte : « Il sera donc dit que rien ne me 
réussira, pas même la mort ! » 

Les poésies de Riléef sont peut-être ce que 
la littérature russe du commencement de ce 
siècle a produit de plus chaleureux et de plus 
entraînant. Elles viennent d'être réunies à Leip- 
zig. Pce A. G— N. 

Rapport de la commission d'enquête à l'empereur Ni- 
colas; Paris, 1826. — Schn\li\eT, Histoire intime delà 
Russie. — Rorff (Itc), l.'Avénement au trône de l'em- 
pereur Nicolas. — Her/.en, Le 14 décembre 1825 ; Lon- 
dres, 1858. — Mémoires du prince Eugène Obolenski ; 
Paris, 1862. 

RILEY (John), peintre anglais, né en 1646, 
à Londres, où il est mort, en 1691 11 eut pour 
maîtres dans son art Fuller et Zou.st, mais il 
adopta van Dyck pour modèle, et fut un des 
plus dignes émules de Leiy. Après la mort de ce 
dernier (1680), et malgré la concurrence des 
artistes hollandais, il obtint auprès du public 
l'estime que méritaient ses ouvrages, remarqua- 
bles par une exactitude scrupuleuse et la beauté 
des draperies. En mettant Dobson à part, il est 
regardé comme le premier Anglais qui ait avant 
Reynolds excellé dans le portrait. Ceux qu'il a 
peints d'après Charles II, Jacques II et Marie 
de Modène, Guillaume III et Marie II, sont des 
morceaux achevés, ainsi que ceux de l'évêque 
Burnet et du docteur Busby; mais le portrait du 
chancelier North passe pour son chef-d'œuvre. 
Riley succéda à Lely dans la charge de peintre 
du roi. L'un de ses élèves, Jonathan Richardson, 
épousa sa nièce. 

Un peintre du même nom, Rilev ( Charles- 
Reuben ), né à Londres, eut pour maître John 
Mortimer. Il remporta en 177S la médaille d'or, 
dans le concours de l'Académie royale, pour son 
tableau à l'huile du Sacrifice d'iphlgénie. Il 
décora plusieurs châteaux en Angleterre et en 
Iriarade. Doué d'une imagination féconde et pos- 
sédant une extrême habileté de main, il exé- 
cuta pour les libraires un très-grand nombre de 
vignettes, et tint une école de dessin. Il mourut 
en 1798, à Londres. 

\\a\po\e, Anecdotes of vainting. 

RILLI ( Jacopo), biographe italien, né à Flo- 
rence, dans la seconde moitié du dix-septième 
siècle. Il était avocat. Placé avec le titre de 
consul à la tête de l'Académie florentine, il fit 
paraître, sur l'ordre du grând-duc Cosme III, le 
recueil intitulé Notizie degli uomini illustri 
deW Academia fiorentina (1700, 10-4"), et 

(1) Pcslel, Beatoujaf, Mouravicf et Kakhovskl. 



299 



RiLLÏ — RING 



30( 



qui est probablement en grande partie î'œuvre 
du savant Magliabecchi. 

Tiraboschi, Storia délia letteratura italiana, VIII. 

REMINI ( Bartolommeo da). Voy. Coda. 

EINALDI (Odorico), bistorien italien, né en 
1595, àTrévise,movlle 22 janvier 1671, à Rome. 
Après avoir terminé ses études à Parme, il 
entra dans l'oratoire de Saint-Philippe de Neri 
( 1618), et en fut élu à deux reprises dif- 
férentes le supérieur général. Chargé par cette 
congrégation de continuer les Annales ecclé- 
siastiques de Baronius, il s'acquitta de ce soin 
avec autant d'érudition que d'exactitude, sans 
négliger les œuvres de piété et la direction des 
consciences; il reprit ce grand travail à l'année 
1198, et le conduisit en dix volumes jusqu'à 
l'année 1565 (Rome, 1646-1677, t. XIH à XXII, 
in-fol. ), et compila en outre un Abrégé âe l'ou- 
vrage entier (ibid., 1669, in-fol., et 1670, 3 vol. 
ia-i'). Bien qu'inférieur à celui de Baronius, 
le travail de Rinaldi se recommande par une 
sage méthode, un style élégant jusqu'à la re- 
cherche, et de profondes connaissances dans 
l'histoire ecclésiatique. 

Mansi, Baronii Annales, t. I^"". _ Tiraboschi, Storia 
délia letteratura italiana, VllI. 

RÎKC55. ou ESBKlî. { Frédéric-Tfiéodore) , 
orientaliste allemand, né le 8 avril 1770, à Slave, 
en Poméranie, mort le 27 avril 1811. Il par- 
courut, de 1789 à 1792, l'Allemagne et la Hol- 
lande, et devint, en 1797, professeur de théo- 
logie à Kœnigsberg. Ses principaux ouvrages 
sont : Abulfedœ Tabules qusedam geogra- 
phiceeet alla ejusdem ar(jumenti specimina ; 
Leipzig, 1791, in-8» ; ouvrage extrait des manus- 
crits arabes de la bibliothèque de Leyde; — Ma- 
crizi Historia regum islamïticorum in Abijs- 
sinia. etc. , d'après un manuscrit arabe de la 
bibliothèque de Leyde; ibid., 1790, in-4°; — 
De Unguarum orientaliian ciim grœca mira 
convenientia ; Kœnigsberg, 1788, in-4°. X. 
Rotcrmund, Sitpplém. à Jôoher. 
RïNCOM {Antonio del), peintre espagnol, 
né à Guadalaxara , en l 'i46, mort à Séyille, en 
1500. Le premier, il abandonna la manière go- 
thique, donna de la rondeur à ses formes, un 
caractère et des proportions à ses personnages, 
une certaine perspective à ses fonds. 11 avait été 
en Italie très-probablement, et y avait pris les 
leçons d'Andréa del Castano et du Ghirlandajo , 
dont il imitait la manière. Rincon opéra une 
révolution complète dans l'art espagnol. Ferdi- 
nand et Isabelle firent grand cas de son mérite; 
ils le créèrent chevalier de Santiago et l'atta- 
chèrent à leur cour. Il exécuta les portraits de 
ces souverains qui se voient encore dans l'église 
de Los Reyes à Tolède. Il décora en 1480 avec 
Pierre Berruguette la basilique de cette ville. 
Son chef-d'œuvre se voit dans l'église de Robledo 
deChavela : il consiste en dix-sept tableaux re- 
présentant r//isi!oire de la Vierge Marie. 
Son fils et son élève Fernand del Rincon 



décora, avec Jean de Bourgogne, le grand maîtp 
autel delà cathédrale de Tolède. A. deL. 

Paclieco, m Arte de la Pinlura. — Palomlno, E 
Uluseo pictorico. — l'ons, litige artistieo en Espufia. 
REKG (John), chirurgien anglais, né ei 
1752, mort le 7 décembre 1821, à Londres 
Élève du célèbre Pott, il pratiqua la chirurgie i 
Londres, et mit beaucoup de zèle à propager 1; 
vaccine. Ses principaux écrits sont : Treatist 
on the cow-pox, containing the history o) 
vaccine inoculation, etc.; Londres, 1801- 
1803, 2 vol. in-8°; — The Beauties of th 
Edinhurgh Review ; ibid., 1807, in-8"; - 
Treatise on the goût; ibid., 1811, ia-8°;- 
Tra-àslation of the works of Virgil; ibid. 
1820, 2 vol. Jn-8°, en partie originale, en partii 
extraite des traductions de Dryden et de Pitt. 

Gentleman's Magazine, 1822. 
* EiEKG ( Maximilien de), historien français 
né à Bonn, le 27 mai 1799, Son père, originairi 
d'Alsace, était colonel. Après avoir été élevé ei 
France, il passa en 1815 en Allemagne, s'; 
adonna à l'étude approfondie de l'archéologie e 
des beaux-arts, et publia en français plusienr 
ouvrages, remarquables par le savoir et l'exaeîi 
tude des recherches. Il est rentré en Franci 
depuis 1848. Il est depuis 1845 correspondan 
du ministère de l'instruction publique , pour le; 
travaux historiques. Nous citerons de lui : Vue 
pittoresques des vieux châteaux du grand 
duché de Bade; Bade, 1829, in-fol., avec 52 p! 
lithographiées d'après les dessins de l'auteur 

— Description du château de Tubingue. 
Paris, 1835, in-8°; — Établissements celtv 
ques dans le sud-ouest de L'Allemagne; Fri 
bourg, 1842, broch. in-8°, avec carte et plan- 
ifie . — Histoire des Germains depuis le 
temps les plus reculés jusqu'à Charlemagne 
Paris, 1850, avec carte; — Etablissement. 
1-omains du Rhin et du Danube, principale- 
ment dans le sud-ouest de V Allemagne 
Paris, 1852-1853, 2 vol. in-8°, avec carte; ou 
vrage couronné par l'Académie des inscriptions 

— Essai sur la Rigsmaal-Saga et sur la 
trois classes de la société germanique 
Paris, 1854, in- 12; — Les Tombes celtiques di 
la Souabs et de l'Allemagne, avec 3 plan 
ches; — ies Tombes celtiques de la foré> 
communale d'Ensisheim et du Hubelwael- 
dèle; Paris, 1858, in-8o et in-fol., pi. ; — ffis 
toire des peuples opiques; Paris, 1859, in-8', 
L'hagiographie a particulièrement occupé M. de 
Ring. On lui doit des dissertations curieuses sur 
les légendes de saint Georges, de saint Michel, 
de sainte Marguerite, de saint Denis, du sain) 
Hippolyte, de saint Roch, de sainte Foi, sainte 
Espérance et sainte Charité, filles de sainte Sa- 
pience ; le Navigium Fortunas fait partie de 
cette partie de cette série d'études publiées sé- 
parément. On ferait également une longue liste^ 
des dissertations du même auteur sur les curio- 
sités de l'art. F. D. 

Doc. particuliers. 



$01 RINGELBERGH 

i BINGELBERGU ( JoacIÙVl SxF.llCK VAN), llU- 

naniste llamand, né vers 149',), à Anvers, mort 
/ers U»36. Après avoir passé quatre ou cinq 
lins à la cour de l'empereur Maximilien, il alla 
'erminer ses études à Louvaia. Puis il se mit 
i voyager, tant pour s'instruire que pour com- 
auniquer au\ autres ce qu'il avait appris : ce 
ut ainsi qu'il parcourut l'Allemagne, les Pay&- 
ijasetla France. 11 professa avec succès le grec, 
['astronomie, les belles-lettres, et reçut un cx- 
[îellent accueil à Orléans et à Lyon; partout où 
I s'arrêta il se fit des amis; Érasme et Oporin 
urent de ce nombre, ainsi que André Hyperius, 
[ui prononça devant le parlement de Paris une 
larangue à sa louange. C'était un homme singu- 
ier, passionné pour la gloire et méprisant les 
icliesses. Il avait formé le dessein de com- 
)oser jusqu'à mille ouvrages , dont il aurait 
lommé l'ensemble chilias ; mais il ne dépassa 
)oint la trentaine, et ce qu'on a de lui a été 
éunisous le titre de Lucubratîones vel potius 
2bsolutissima xu/.XoTtaiSeîa (Anvers, 1529, 
u-80; cinq éditions). On y trouve des idées 
M'iginales ex primées dans un style pur et élégant. 

Niceron, Mémoires, XLIII. — Paquot, Mém., iv. 

R1NGHIERI (Francesco,), poète italien, né 
n 1721, à Imola, où il est mort, le 7 octobre 
1787. En prononçant ses vœux dans la congré- 
gation des Olivétains, il changea le prénom à'U- 
lisse en celui de Francesco. Il a écrit et publié à 
lifférentes époques un certain nombre de tragé- 
dies, dont il empruntait souvent le sujet à l'É- 
criture sainte; reçues avec applaudissements, 
ipar les gens peu instruits, elles pèchent toutes 
par le défaut d'intérêt, bien qu'on y rencontre 
le l'érudition et quelques scènes agréables. Le 
'Théâtre du P. Ringhieri a été l'objet de trois pu- 
blications : la première, faite en 1775, à Venise, 
'est la plus incomplète; la seconde ( Milan, 1778- 
79) est en 5 vol.; la dernière, soignée par Zatta, 
en a 8 (Venise, 1788-89), et contient 24 pièces, 
parmi lesquelles on distingue Ciro, redi Persia, 
représentée en 1770, à Bologne, et 11 Dïluvio. 
[ FantuzzI, Scrittori bolognesl. — Tipaido, Italiani il- 
Imtri, V. 

RiNGGLi ou RINGLY ( Gotthard ou Gode- 
froi) , peintre suisse, né à Zurich, en 1575, 
mort en 1635. On ignore sous quels maîtres il 
se forma. 11 passa une grande partie de sa vie à 
Berne, dont il fut chargé de décorer plusieurs 
monuments ; il y reçut le droit de bourgeoisie. 
Parmi ses compositions, remarquables par la 
correction du dessin et une exécution magis- 
trale, nous citerons les trois tableaux relatifs à 
l'histoire delà fondation de Berne, au palais du 
sénat de cette ville; les Saisons, peintes à 
fresque sur le clocher de la cathédrale de Berne; 
! à la bibliothèque de Zurich, La Religion et La 
Libéria soutenant les armes de la ville; 
■ Job sur son fumier. Il a laissé plusieurs des- 
sins de la plus belle composition , entre autres 
«ne Mise au tombeau, qui a quelquefois été 



RINMANN 



302 



prise pour l'œuvre du Tintoret, et il a gravé à 
i'eau-forteun certain nombre de planches. 

Snndrarl. TeiUsclie Jkadcmie. — Fiissll, Ceschichte 
der besten KiinUler in der Scluveiz. — Kagler, MlUjcm. 
Kûnstler-IjËxikon. 

RINGMANX [Matthias), humaniste alle- 
mand, né vers 1482, à Schleltsfadt, où il est 
mort, en 1511. Disciple de Wimpheling, il ter- 
mina ses études à Paris, et enseigna le latin à 
Saint-Dié, et depuis 1509 à l'école de .sa ville 
natale. On a de lui : Passio Domini nostri; 
Strasbourg, 1508, in-fol., pi.; rare [voyez le 
Catalogue de La Vallière, t. I, n° 460 et 461 ); — 
Grammatica figurata ; Saint-Dié, 1509, in-4°: 
curieux ouvrage, décrit dans \e Magasin ency- 
clopédique (t. V), et conçu d'après une mé- 
thode analogue à celle inventée peu de temps 
auparavant par Murner ; — Instructio in car- 
tamitinerariam Martini Hilacomili, cum lu- 
culentiori Europee ipsius enarratione; Stras- 
bourg, 1511, in-4°; — une traduction allemande 
des Commentaires de Jules César ; Strasbourg, 
1508, in-fol., plusieurs fois réimprimée. 

Frise, Bibl. gesneriana. — Roterinund, Suppl. à Jôcher. 

RINK { Evxhaire-Gottlieb) , historien alle- 
mand, né le 11 août 1670, à Stotteriz (Saxe), 
mortàAltorf, le 9 février 1745. Après avoir été 
précepteur du comte de Lœvenstein-Wertheim, 
il fut envoyé à Vienne pour défendre devant le 
conseil aulique les intérêts de la noblesse im- 
médiate (1700). Il enseigna depuis 1707 diverses 
matières de droit à l'université d'Altorf. En 1739 
il devint membre de l'Académie de Berlin. On 
a de lui : De veteris numismatis potentia et 
qualitate; Leipzig, 1701, in-4''; ouvrage qui, 
selon la remarque de Banduri , fit époque dans 
la science numismatique; — Leopolds des Gros- 
sen Leben (Vie de l'empereur Léopold le Grand); 
Cologne, 1708, 1713, 2 vol. in-8° ; — Ludwigs 
des XIV Leben (Vie de Louis XIV); Leipzig, 
1708, 1709, 4 vol. in-8° ; — Bas verwirrte 
Pohlen ( Les troubles de Pologne); ibid., 1711, 
in-8°, pi.; — Josephs Leben (Vie de l'empereur 
Joseph); Cologne, 1712, in-8''. Le catalogue de 
sa belle bibliothèque fut publié en 1747, par 
Glafey ; celui de son cabinet de médailles parut 
à Leipzig, 1766, in-8°. 

WIU, Lexikon, et la Suppl. de Nopitscli. — Hirsching, 
Handbuch. — Roterinund, Suppl. à Jôcher. 

RINAIANN (Seven), minéralogiste suédois, 
mort à Eskilsinna, le 20 décembre 1792, à 
soixante-treize ans. Il était membre de l'Acadé- 
mie des sciences de Stockholm et inspecteur des 
mines de la province de Roslagen. Parmi ses 
écrits on remarque : Sur l'amélioration de la 
fabrication du fer et de l'acier; Stockholm, 
1772, in-8o (en suédois) ; — Essai d'une his- 
toire du fer; Stockh., 1782, 2 vol. in-4"; trad. 
en allem., Berlin, 1785; — Borgwerks-Lexihon 
(Dictionnaire des mines) ; ibid., 1788,2 vol. 
in- 4°; — des Mémoires dans la collection de 
l'Acad. de Stockholm. 

Rotermund, 5upp^ à Jôcher. 



S03 RIINUCCINI 

RISUCC8M1 (Âlamanno), éraôitilaiWen, né en 
1426, à Florence, où il est mort, en 1504. Sa famille 
était ancienne et illustre. 11 occupa des charges 
publiques, et en 149'j il lit partie de la commis- 
sion chargée de gouverner pendant les troubles. Ce 
fut un des hommes les plus savants de son temps. 
11 eut pour maître Argyropoulo dans la langue 
grecque, et s'y rendit fort habile, ainsi que le té- 
moignent les traductions qu'il a laissées d'après 
Philostr&te et Plutarqiie. Sa version latine de la 
Vie d' Apollonius de Tyane est la première 
que l'on connaisse : publiée d'abord a Bologne, 
par les soins de Beroaldo l'ancien, puis à Venise, 
1502, in-fol., elle a été insérée dans l'édition 
d'Olearius; Leipzig, 1709, in-fol. 

VoccianW.Catalogus script, florentinorum. — Negri, 
Fiorcntmi scrittori. — A. Zeno, Diss. f^oss., II, 199. — 
Niccron, :Vew6iirfs, XXX. 

RiNrcciM ( Ottavio), poète italien, de la fa- 
mille du précédent, né vers 1565, à Florence, 
où il est mort, en 1621. Ami intime du comte 
Bardi de Vernio, « il apprit de lui, dit Ginguené, 
à porter à la fois ses idées sur toutes les par- 
ties d'un grand spectacle, et quoiqu'il ne sût pas 
la musique, la finesse de son oreille et de son 
goût lui avaient acquis sur les compositeurs eux- 
mêmes une autorité qui tournait au profit de 
l'art». Il fut en effet avec Corsi un des inventeurs 
du drame lyrique, auquel il donna le nom de 
tragedia per musica; Caccini, Péri et Monte- 
verde, qui contribuèrent pour leur part à cette 
révolution théâtrale, se laissaient docilement di- 
riger par ses conseils. Dans sa jeunesse il avait 
écrit les vers des cinq intermèdes d'une pièce 
que Bardi fit représenter en 1589 pour les fêtes 
du mariage de Ferdinand l" de Médicis avec 
Christine de Lorraine. Après le départ de Bardi 
pour Rome, il continua ses recherches sur l'an- 
cienne manière de noter la déclamation, et il en 
fit un heureux essai dans une pastoiale, Dafne, 
jouée sous sa direction, en 1594, chez Jacopo 
Corsi. Mais c'est dans sa seconde pastorale, 
Euridice, qu'il faut chercher la véritable ori- 
gine du drame lyrique. Représentée avec une 
magnificence extraordinaire aux fêtes du ma- 
riage de Marie de Médicis (5 octobre 1600), cette 
pièce causa les sensations les plus vives; on la 
nomma représentative ou récitalive, et le mot 
récitalif est resté pour signifier toute déclama- 
tion notée. Rinuccini jouissait à la cour de Flo- 
rence d'une faveur singulière; il la devait à ses 
talents non moins qu'à l'admiration passionnée 
qu'il avait laissée éclater pour Marie de Médicis. 
Il fut même, dit-on, l'un des heureux sigtsbés 
de cette princesse, et il l'accompagna en France, 
où il obtint du roi Henri IV une charge de gen- 
tilhomme de la chambre. D'après le Menagiana, 
i\ fut forcé de quitter ce pays à cause des raille- 
ries piquMntes qu'il s'attira. De retour à Florence, 
il composa pour les noces de François de 
Gonzague et de Marguerite de Savoie (1608) une 
troisième pastorale, intitulée Arianna, et qui 



— RIOLAN 301 

passa longtemps pour le vrai modèle du genre. 
«Encore un siècle après, dit Ginguené, ie mono- 
logue de l'Ariane abandonnée était cité comme un 
chef-d'œuvre. » La musique était de Monteverde 
( voy. ce nom), qui avait suivi scrupuleusement 
les intentions du poète. Rinuccini excellait, se- 
lon î'ir.iboschi, dans ie genre anacreontique; 
ses poésies diverses furent publiées par les soin» 
de son fils Pier-Francesco (Florence, 1622, 
in-4*'), avec ses deux premières pastorales; le 
même recueil a été réimpr. à Livourne, 1802, 
in-8°, et à Florence, 1810, in-4°. P. 

RossI, l'inacotfteca. — Tiraboschl, Storia dellaletier/^ 
ilal., VII.— Ginguené, Hht. littér. de l'Italie, VI, 464-488f| 

sioJA { Francisco de) , poète espagnol, n<< 
en 1600, à Séville, où il est mort, en 1658. AprèN 
avoir été trésorier de la cathédrale de Séville, il 
devint inquisiteur du tribunal suprême de Ma^ 
drid ; bibliothécaire du comte-duc d'Olivarès, iï 
partagea avec Quevedo la laveur de ce puissa^i 
personnage. Mais, entraîné dans sa disgrâce, d'ai 
bord emprisonné, bientôt mis en liberté, il se re' 
tira à Séville dans une retraite voisine du couh 
veut de Saint-Clément, qu'il embellit de fontainea 
et de jardins, et s'abandonna exclusivement auîj 
douceurs de l'étude et de la philosophie. C'étail 
un ami de Lope de Vega, qui, en 1622, lull 
adressa une épître badine sur son jardin. Lepew 
de vers qu'il a laissés est considéré en Espagne 
comme un modèle d'élégance et de goût. Oi) 
admire surtout les pièces intitulées A la Bosa 
La Richesse, La Pauvreté, La nouvelle am 
née, V Épître morale à Fabien, Sur les ruineH 
d'Italica. Cette dernière pièce est peut-être ce quti 
la poésie espagnole possède de plus achevé. Tomi 
ce qui reste de ce poète a été recueilli dans JeJi 
collections de Sedano et de Fernandez ( MadridH 
1774 et 1795). E. B— t. 

Sismondl, Hist. de lu, littér. espagnole, II, 173. 

RiOLAM {Jean), médecin français, né ei 
1539, à Amiens, mort le 18 octobre 1606, ; 
Paris. Il s'adonna d'abord à l'étude des lettres 
elles enseigna dans différents collèges; les dis 
sertations latines qu'il publia dans sa jeunesse 
l'une, De origine, incremento et decremenh 
phïlosophiae (1565, in-4°), l'autre. Ad dialec 
ticam P. Rami (1568, in-4°), témoignent de soi 
savoir dans la littérature ancienne. Après avoi 
professé la physique au collège de Boncour, . 
Paris, il prit le grade de docteur en médecine 
et remplit en (586 et 1587 les fonctions dedoyei 
de la faculté. Pralicien distingué, il défendi 
avec zèle contre les chimistes la doctrine d'Hip 
pocrate, marcha sur les traces de Fernel, et s'at 
tacha comme lui à faire prévaloir les méthode 
d'observation. Tous ses écrits, à l'exception di 
deux, cités plus haut, ont été réunis par soi \ 
fils {Opéra omnia; Paris, 1610, in-fol.); le j 
plus remarquables sont : De principiis rerun 
naturalium (Paris, 1571, iu-8°); Commenta \ 
rii in VI posleriores physiologix Ferneli 
libros{MA., J577, in-S°); 4/-S bene medend 



;0> 



RIOLAN — RIONS 



3 6 



Lyon, 1589, in-3°), et Universw medicïnx 
ompenrfiwm (Paris, 1598, in-S"). Un traité (le 
lioian père, De febribus, n'a vu le jour qu'en 
e40 ( Paris, in 8"). 

RioLAN (Jean), médecin, fils du précédent, 
éen 1577 (1), à Paris, oîi il est mort, le I9 fe- 
rler 1657. Encouragé par l'exemple et les le- 
ons de son père, il embrassa la profession mé- 
icale, et y fit des progrès si rapides que peu de 
imps après avoir pris le bonnet de docteur, il 
'annonça par des ouvrages qui posèrent les 
jndements de sa réputation. En 1613 il fut 
onimé professeur royal d'analomie et de bo- 
anique, et présenta en iCiS à Louis XllI une 
equête pour l'établissement d'un jardin des 
lantes à Paris (wy. La Brosse), Premier mé- 
1 ecin de Marie de Médicis, il accompagna cette 
•rincesse dans l'exil, et lui donna ses soins jus- 
i|u'à son dernier soupir (1642) ; il revint alors à 
i>aris, et y reprit l'exercice de son état. Bien qu'il 
'M subi deux fois l'opération de la taille, alors 
ssez dangereuse, il n'en atteignit pas moins 
âge de quatre-vingts ans. Comme son père, il 
ut l'esprit orné, et posséda à fond les écrivains 
le l'antiquité; il hérita de lui sa passion pour 
Hippocrate et ses préjugés injustes contre les 
!;hinirgiens et les chimistes. Quand ces derniers 
enteront de substituer aux médicaments en 
isage quelques-unes de leurs préparations nou- 
relles, Riolau fut un des plus ardents à les com- 
battre et à attirer sur eux les colères de la faculté. 
[1 avait fait de l'anatomie son étude favorite ; il 
jorta môme cette science à un degré d'exactitude 
nconnu jusqu'à lui; pourtant les anatomistes 
]ui l'avaient précédé, depuis Eustàche jusqu'à 
iDulaurens, ne trouvèrent pas grâce devant 
iiui. C'est ainsi que, dans une querelle, il a 
traité Habicot de péché mortel vivant sous une 
forme humaine, d'esprit moisi et autres amé- 
nités scientifiques. D'une vanité excessive, il af- 
jjfichait partout une supériorité injurieuse à ses 
confrères , et s'arrogeait une sorte de dictature 
'dans sa profession; ses prétentions, son carac- 
itère bouillant et opiniâtre et aussi son mérite re- 
connu lui suscitèrent de nombreux adversaires , 
Iqui ne lui épargnèrent pas les attaques et les 
[traits satiriques. Ses ouvrages sont remplis 
d'érudition , quoiqu'un peu diffus ; nous cite- 
[rons : Chirurgia; Leipzig, 1601, in-12; — 
[Comparatio veteris medicinœ cum nova; 
[ Paris, 1605, in-12; — Schola anaiomica; 
iParis, 1607, in-8''; réimpr. et augmenté sous 
I un nouveau titre : Anatome corporis humani; 
I Paris, 1010, in-fol.; — Gigavlo77iachia ; Pairis, 
1613, in-8° : écrit dirigé contre Habicot au su- 
|jet de la prétendue découverte des os du géant 
J Teutobochus : une dispute aussi longue qu'inju- 
[, rieuse s'engagea entre les deux savants, et Rio- 
l lan,qui avait du reste la raison de son côté, y 
luit un terme par le discours de la Giganto- 

(1) C'est la date donnée par Éloy ; d'autres auteurs In- 
I (Uquent celle de 1680. 



%ie;Paris, 1618, in-S"; — Simiae osleologia; 
Paris, 1614, in 8"; — Osteologia ex Hippo- 
cralislibris eruta; Paris, 1614, in 8°; —Dis- 
cours sur les hermaphrodites , Paris, 1614, 
in- 8°, où il est démontré, contre l'opinion com- 
mune, que cesêtres doubles n'ont jamais existé; 
— Anaiomica, seu Anthropographia ; Paris, 
1618, in-8°; — Enchiridion analomicum et 
pathologicum ;Par\s, 1648, in-12, ei 1658, in 8°; 
trad. en français par Sauvin ; — Curieuses re- 
cherches sur tes écoles en médecine de Paris et 
de Montpellier ;l?aris,, 1651, in-S" ; réfutées par 
Isaac Carquet. Sous le tilre d'Opuscula anato- 
mica, Riolan a publié quatre recueils ( Londres , 
1649, in-4o; Paris, 1650, in-fol.; ibid., 1652 et 
1653, in-12), qui contiennent l'ensemble de ses 
recherches anatomiques, au milieu desquelles 
on regrette de rencontrer des attaques passion- 
nées contre Harvey, Pecquet et Thomas Bartho- 
lin ; non-seulement il s'élevait contre la circula- 
tion du sang, mais il niait même l'existence du 
système lymphatique. Nous avons dit plus haut 
qu'il réunit et publia en 1610 les œuvres de son 
père. 

t.\oy, Dict. hlst. de la médecine. — Mangct, Bibl. 
medica. — Biogr. méd. 

RIONS l François-Hector o\x Charles-Hec- 
tor ji' Albert, comte de), marin français , né le 
19 février 1728, à Avignon , mort le 3 octobre 
1802. Garde de lamarineen 1743 à la compagnie 
de Rochefort, enseigne en 1748, il était lieute- 
nant de vaiseau à bord du Foudroyant lorsqu'il 
tomba au pouvoir des Anglais dans le combat du 
28 févrierl758. Après avoir servi dans l'infanterie 
et l'artillerie de marine et pris part à quatre cam- 
pagnes navales, il devint capitaine de vaisseau 
(24 mars 1772), et assista, sous les ordres de 
l'amiral d'Estaing, à l'attaque de Sainte- Lucie 
(1778) et aux deux combats de la Grenade (1779). 
Pendant la guerre d'Amérique (1781-82), il com- 
manda Le Pluton, et se trouva à la prise de Ta- 
bago et aux combats de Fort-Royal, de la Chesa- 
peak, de Saint-Christophe et de La Dominique. 
Ses brillants services furent récompensés par le 
grade de chef d'escadre et la grand'croix de 
Saint-Louis (20 août 1784), puis par les fonctions 
de commandant de la marine à Toulon (1785). 
Lorsqu'en 1786 Louis XVI alla visiter le port de 
Cherbourg, ce fut à bord du Patriote, com- 
mandé par d'Albert de Rions, qu'il assista au 
simulacre de combat naval. Dans une insurrec- 
tion qui éclata le l^r décembre 1789 à Toulon, 
cet officier général eut la douleur de se voir 
frappé, ins'ùlté et désarmé dans son hôtel par 
une populace furibonde; couvert de sang, il fut 
jeté dans un affreux réduit, côte à côte avec un 
échappé des galères. L'Assemblée nationale or- 
donna sa mise en liberté, et rendit le 16 jan- 
vier 1790, après de longs débats, un décret 
qui mit dos à dos les insurgés et l'autorité mé- 
connue. Appelé à Rochefort pour y prendre le 
, commandement de l'escadre dite de l'Océan, 



307 

d'Albert de Rions fut encore la victime d'une : 
révolte que fit éclater la publication du code ; 
pénal du 22 août 1790. Après avoir essayé sans ' 
succès delà persuasion et de l'énergie, il déses- \ 
pérade rétablir la discipline, et se démit de ses j 
fonctions. Nommé contre-amiral le 1*'' janvier ' 
1792, il émigra peu de temps après , et fit avec 1 
les princes la campagne de cette année. Puis il j 
se retira en Dalmatie. Rentré en France sous 
le consulat, il fut admis en 1802 à la retraite 
avec une pension de 4,000 fr. Au jugement du 
bailli de Suffren, c'était un homme instruit, 



brave, plein de zèle, désintéressé, excellent ma- 
rin. On a de lui un Mémoire juslificatif sur 
Va/faire de JojiZon ( Paris, 1790, in-8f>}. 
Archives de la marine. — Moniteur universel. 
llî®s(Los). Foy.Los Rios. 
Rsou DE Kersalaun ( Joseph-François-Ma- 
rie, baron), homme politique français, né 
à Morlaix, le 2 mai 1765, mort à Aurillac, le 
26 juillet 1811. Fils d'un capitaine de navire 
marchand, il fit ses études à Saint-Pol-de-Léon 
et exerçait la profession d'avocat à Brest lors- 
qu'il fut élu membre du Conseil des cinq cents 
par le Fmistère (septembre 1795); il eut quel- 
que peine à s'y faire recevoir, étant parent d'é- 
migrés. Il ne tarda pas à mériter l'estime de 
ses collègues, par le zèle qu'il apporta dans le 
travail des commissions et des bureaux. Il fut 
porté à la présidence de cette assemblée le 20 
janvier 1797. Il prit part à la rédaction des lois 
hypothécaires, s'éleva souvent contre la mansué- 
tude du gouvernement envers les conspirateurs 
royalistes, et dénonça le général Magalloa et 
le vice-amiral de Sercey, gouvernenr des Mas- 
careignes, comme rebelles à l'autorité républi- 
caine. Réélu eu 1799 , il adhéra au coup d'État 
du 18 brumaire et accepta la préfecture du Can- 
tal. 11 fut destitué en 181 1 : il avait été créé 
baron de l'empire. Riou est auteur des écrits 
suivants : Lucrèce, tragédie ( Brest, 1793, in-8°), 
Les Chouans, pièce (1795), et La Naissance du 
roi de Rome , ot]es (Paris, 1811, in-4°). 
Arnault, Jay, etc., Biogr. des contetnp. 
RIOUFFE {Honoré, baron), né à Rouen, le 
1" avril 1764, mort à Nancy, le 30 novembre 
1813, descendait d'une famille que l'on croit 
originaire du Languedoc. Il était encore enfant 
lorsqu'il perdit son père, chiiurgien habile. Des- 
tiné au barreau, il quitta la science des lois pour la 
culture de la poésie, et se distingua dans les con- 
cours de l'Académie française par deux poëmes, 
l'un en l'honneur du dévouement du prince Léo- 
pold de Brunswick, l'autre sur la centenaire de 
Corneille. Son enthousiasme pour la révolution 
parut dans une pièce politique, qu'il composa en 
société avec Dugazonetqui fut jouée sur le théâtre 
delà Nation, le 11 octobre 1792. 11 .s'était lié avec 
les députés de la Gironde; après leur chute, il 
alla nyoindre à Caen ceux qui s'y étaient réfu- 
giés. De là il se rendit à Bordeaux. « Son inépui- 
sable gaieté, dit Louvct, sa résignation et son 



RIONS — RIOUMTANTZOF 30 

esprit aidèrent à nous consoler. » Arrêté à Boi 
deaux le 4 octobre t793, par ordre de Talliet 
Riouffe fut amené à Paris avec Marchena et Di 
chàtel , et enfermé à la Conciergerie. La révolu 
tion de thermidor le tira de prison. Aussitôt 
publia les Mémoires d'un détenu pour servi 
à l'histoire de la tyrannie de Robespierr 
(Paris, 1794-1795, in-S"), suivis àe Quelque 
chapitres (1795, in-8''). Cet ouvrage dut so 
succès à l'exagération des détails et à la situa 
tion des esprits. Sans fortune et presque san 
moyen d'existence, il ne put, malgré la protectio 
de M™* Pourrai, riche veuve qui l'avait recueill 
et celle de M""^ de Staël, rien obtenir du Dire» 
toire. Il s'attacha au général Bonaparte à so 
retour d'Egypte, et devint membre du Tribune 
(1799); il prodigua les louanges au chef de l'Ê 
tat, et ses discours étonnèrent les courtisan 
même par l'exagération de leurs flatteries. C'^ 
tait le même homme qui, le 5 brumaire an v 



avait exalté les idées libres des girondins, dan 
son Oraison funèbre de Lotcvet, prononcée a 
Cercle constitutionnel, il prit souvent la paroi 
au Tribunal, dont il fut une fois président et pli 
sieurs fois sec rétaire ; il avait plus d'enflure q« 
de véritable éloquence. Ou cite cependant de li 
quelques phrases qui se distinguent par l'expre: 
sion ou l'à-propos. A l'époque du concordai 
parlant au nom du Tribunat, il dit au chef d 
pouvoir : « Vous avez mis l'Église dans l'Éta 
et non, comme autrefois, l'État dans l'Église. 
En 1804, Riouffe fut nommé préfet de la Côtt 
d'Or. Quelque mécontentement, dont les moti 
sont inconnus, lui enleva bientôt cette préfecture 
mais le 29 octobre 1808 il fut nommé préfet c 
la Meurthe, puis baron de l'empire et officier c 
la Légion d'honneur. Après les revers de 1 
campagne de Russie, le typhus se déclara dat 
les hôpitaux militaires de plusieurs villes de 1 
France et de l'Allemagne. Riouffe se porta av( 
zèle au secours des malades qui remplissaiei 
le grand hôpilal de Nancy ; il fut atteint par !'( 
pidémie, et mourut en peu de jours. On do 
ajouter à sa louange qu'il ne laissait aucun biei 
J. M — R— L. 
Pariset, Notice sur la vie dn- Riouffe. — Berr, Notii 
sur le baron Rimiffe. — Mémoires de Louvet. 

RioîJMiAi«TZOF(i)(4/ea;a?îdre, comte), fa 
vori de Pierre V" , né en 1680, mort à Moscoi 
le 4 mars 1749, était fils d'un chétif propriétaii 
de la province de Kostroma. A vingt-quatre ans 
il commença sa carrière comme soldat dans 1 
régiment de Préobrajenski. De faction un jou 
au palais, il attira l'attention du tzar, qui l'atta 
cha à sa personne. Il l'accompagna comme ca 
pitaine aux gardes en Hollande, et fut chargé d 
ramener de Naples à Moscou le prince Alexi;- 
Cette triste mission consolida son crédit auprè 
de l'autocrate, qui le maria et le dota richement 
Après avoir concouru au traité de Neustadt, ; 

(1) Tel est le véritable nom de la famille que les au 
leurs franpals dénomnicnt Romanzcf. 



iompagna son maître, en 1722, en Perse, et 
tfix ans plus tard il le représenta à Constan- 
tf)ple. De retour à Pétersbourg en 1730, il re- 
é de rinipératrice Anne l'inspection des revenus 
è la couronne. Guerrier et diplomate, Riou- 
r^inlzof n'était pas linancier; il le (it observer 
«a souveraine, qui le punit de sa franchise 
ri un exil de trois ans dans un village auprès 
clKazan. En 17 35, elle lui confia l'administra- 
1 1 de la province où elle l'avait si rigoureuse- 
l'iit relégué, d'où il passa à celle de la Petite 
Issic et de là dans l'armée du feld-maréclial 

I nnicb, sous les ordres duquel il coopéra, le 
Siillet 1737, à la prise d'Otchakof. Après avoir 
at rnativement gouverné l'Ukraine et combattu 
|(' Turcs, il retourna en 1740 à Constantinople, 
à 1 tête d'une ambassade composée de quatre 
c'Is personnes. En 1743, il prit part au congrès 
d'bo : les avantages considérables qu'il y sti- 
p 1 pour sa patrie lui méritèrent les titres de 
cille et de sénateur. P" A. G— n. 

intlch-Kamenskl, Le Siècle de Pierre le Crand et 
Cl. des illustrations russes. — Jflémotrcs du comte de 
S ir et du çènérai NachicUslUn. — Oustri.ilof, Hist. 
i 'terre le Grand. — L'Étoile polaire; Londres, 1838, 
M IV, p. 279. 

lUOTMIANTZOF - ZAnOUNÂESKI { Pierre, 
pkite), général russe, né en 1725, mort à Ta- 
Bm (gouvernement de Kief), le 8 décembre 
10. Capitaine à dix-neuf ans, il eut une jeu- 
nse orageuse avant de se distinguer dans la 

II e que la Russie soutint de 1757 à 1762 avec 
liPrusse; la prise de Kolberg, qui y mit un 
l\ne, lui valut le grade de général en cbef. Ca- 
\\pne le nomma gouverneur de la Petite-Russie, 
e)artagea en 176S, entre lui et Galitzin, le corn- 
ripdement de l'armée destinée à agir contre les 
Ifcs. Après une série d'actions plus brillantes 
Cfï fécondes, il décida la victoire sur le Kiigoul 
«quelque temps après en condensa le résultat 
dis le fameux traité de Koutchouk-Kaïnardji, 
I nt de départ de l'influence russe en Orient, 
iîinpératrice l'en récompensa avec une libéralité 
.<f s'étendit jusqu'à lui fournir de la vaisselle 
|jr sà table, des objets d'art pour ses appar- 
^îients, et voulut qu'il prit le surnom de Za- 
(■(»f7Ï5Ai, afin de rappeler ses hauts faitsd'armes 
( delà du Don. Reutré en Ukraine, il en lii; 
l honneurs à l'impératrice, avec une magnifi- 
(,Kc inouïe, lorsque celle-ci se rendit en Crimée. 
Vi d'accord avec Potemkin, il se démit bien- 

! complètement de ses charges, et se retira aux 
virons de Kief. En 1794 il concourut avec 
uvorof à la soumission complète de la Po- 
;ne. Rioumiantzof est une des gloires mili- 
ces les plus pures de la Russie, et il a mérité 
^tre célébré par Karamzin comme le Turenne 

p«. PceA. G— N. 

Ne du comte liimimiantzof ; Moscou, 1803. — Mé- 
\ires de l'orocliln et du comte de Ségiir. — Glink.n, 
|-'f. de Husaie. — Karamzin , ÉUvje de Catherine IL 

Hist. de la guerre entre la Hussie et la Turquie, et 
'rticuliéremi'nt de la cdmpaijne de 1769 ; Saint-Péter.-î- 
jurg, m:f, in-4°. — annales de la société des anti- 

ités russes,- Moscou, 1859, t. III. 



RIOUMIAINTZOF 310 

KIOUAIIANTZOF (Nicolas, comte), fils du 
précédent, né en 1754, mort à Saint-Pétersbourg, 
le 3 janvier 1826. Sévèrement élevé dans la 
maison paternelle, il en sortit à vingt ans, pour 
remplir les fonctions de chambellan. Nommé 
ministre à Francfort vers 1779, il y résida quinze 
ans; il fut créé maître des cérémonies à la cour 
de Paul l", sans jamais y figurer, et membre 
du conseil de l'empire le jour même du cou- 
ronnement de l'empereur Alexandre, qui en 
1802 lui confia le portefeuille du ministère du 
commerce, auquel il joignit en 1807 celui des 
affaires étrangères. Après avoir accompagné son 
maître à Erfurt, il réussit en 1809 à réconcilier 
l'Autriche avec Napoléon, qui se plaisait à ré- 
péter qu'il avait rarement rencontré d'homm& 
aussi profondément versé dans la connaissance 
de l'histoire et l'art de la pohtique. En 1810, il 
conclut le traité de Friedriksham, qui donna à 
la Russie la Finlande, et il reçut en récompense 
la dignité de chancelier, à laquelle vint bientôt 
s'adjoindre celle de président du conseil de 
l'empire. Les malheurs de 1812 altérèrent à urv 
tel point sa santé qu'il n'eut de forces dans ses 
dernières années que pour s'occuper d'art et de 
science. On lui doit : un recueil d'anciennes 
poésies russes; 1813 ; — le Soudebnik, ou Code 
du tzar Ivmi Vasiliévitch ; — les Recherches 
de Lehberg stir l'ancienne histoire russe; 
1820; — une étude Sur Vorigine de Rurik; 
— Histoire du diacre Léon et d'autres écri- 
vains byzantins ; 1820;— les Chroniques de 
sainte Sophie ; 1820-1821, 2 vol. in-4'': recueil 
important pour l'histoire de la Russie de 826 à 
1534; — Mémoires sur quelques peuples di 
centre de l'Asie; 



1821 ; — Monuments de la 
littérature russe du douzième siècle; 1821; 
— Essai historique et chronologique sur les 
posadniks de Novgorod, tiré des anciennes an- 
nales russes; 1821 ; — Lettres archéologiques 
sur la province de Riazan; 1823; — Collec- 
tion de chartes relatives à la Russie blanche; 
1824; — Jean, exarque de Bulgarie-, étude 
sur l'histoire de la langue slave et sa littérature 
au neuvième et au dixième siècle; — Saints 
Cyrille et Méthode, les apôtres des Slaves. 
C'est grâce à la munificence de ce Mécène russe 
qu'Adelung a publié plusieurs ouvrages et que 
le métropolite de Kief Eugène a pu faire paraître 
sa Biographie ecclésiastique. 

De 1815 à 1818, le fils du célèbre Kotzebue 
fit aux frais de Rioumiantzof une expédition 
dans les mers du Nord pour y découvrir un pas- 
sage entre l'Asie et l'Amérique. Un archéologue 
distingué, Stroéf, fut chargé par lui d'explorer 
l'intérieur, encore si inconnu, de la Russie, et 
lui-même découvrit près d'Orcha le tombeau 
d'un petit-fils de Monomaque. Ses riches collec- 
tions, rendues publiques après sa mort, ont été 
transportées, en 1861, à Mo-scou. Pce a. G— n. 

Bantich-Katnenskl, Dict. des illustrations russei. —■ 
Le. Fils de la patrie, 1830, a» 2. — Docutn. partie. 



311 



RIPALTA — RIPON 



RtPALTA {Pietro da), chroniqueur italien, 
mort de la peste, en 1374, à Plaisance, sa ville 
natale, l! est auteur d'une Histoire de Plai- 
sance, qu'il a conduite jusqu'à l'époque même 
de sa mort, et qui a été continuée et augmentée 
par le chanoine Jacopo de' Mori. Cet ouvrage, 
imprimé dans les Memorie storiclie di Pin- 
cenza (1757-1766, 12 vol. in 4°) de Cr. Poggiali, 
a été copié en grande partie par Mussi, qui s'est 
occupé du môme sujet. 

Peux historiens du même nom , le père et le 
fils, RiPALTA {Antonio et Alberto da) , ont éga- 
lement écrit sur les annales de Plaisance, leur 
patrie; Antonio l'a fait depuis 1401 jusqu'en 1403, 
Alberto a continué l'œuvre paternelle jusqu'en 
1484 Leur chronique, estimée pour l'exactitude, 
fait partie du t. XX desScript. Ital. de Muratori. 

Pogglall, Memorie di Piacenza. 

RiPAMONTE ( Giuseppe), historien italien , 
né en 1573, à Tignone (Milanais), morl en 1641, 
à Milan. Il fut chanoine de la Scala, et obtint 
du marquis de Leganez le titre d'historiographe 
du roi d'Espagne. On a de lui : Historia eccle- 
siae iMediolanensis ; MWàïï, 1617-1628, 3 vol. 
in 4° : ouvrage estimé, à cause des recherches 
et que l'auteur entreprit sur l'invitation expresse 
^u cardinal Frédéric Borromée; — De Peste 
Mediolani; ibid., 1640, in-4o; — Historiarum 
patrix in continua lionem Tristani Chalchi 
lib. XXIll; ibid., 1641-1643, 3 vol. in-foi., 
avec une suite en VIII liv., ibid., 1648, in-fol, 

Argc'Iati, Bibl. mediolanensis. 

BUPATRAWSOÎSE. Voy. CONOIVI. 

niPAULT {Louis-Madeleine) , littérateur 
français, né le 29 octobre 1775, à Orléans, mort 
près cette ville, le 12 juillet 1823, à la Chapelle 
Saint-Mesmin. Il était neveu de Ripault-Des- 
ormeaux , qui fut membre de l'Académie des 
inscriptions (uo 7/. Desormeaux). A quinze ans 
il fut pourvu d'un bénéfice ecclésiastique ; mais 
la révolution l'ayant obligé de renoncer à l'é- 
glise, il s'associa avec Berthevin pour faire dans 
sa ville natale le commerce de la librairie. A la 
recommandation de Pougens, il fut admis à faire 
partie de la commission scientifique d'Egypte , 
devint membre de l'Institut du Caire, et prit une 
part active à l'exploration des antiquités de la 
Thébaïde. La Description qu'il en donna en 
1800 dans Le Moniteur attira sur lui l'attention 
du premier consul, qui le nomma son bibliothé- 
caire particulier; il s'acquittait de cette tâche pé- 
nible avec beaucoup de diligence et d'habileté, 
mais l'indépendance de ses opinions démocra- 
tiques déplut au chef du nouvel empire, et on 
lui adjoignit en 1804 l'abbé Denina. Ripauit 
quitta alors son poste, et laissa sans réponse les 
lettres qui lui furent écrites pour l'y rappeler; il 
ne fut remplacé qu'en 1807, par Barbier. Retiré 
au sein de sa famille, i! cherclia avec ardeur dans 
l'étude des langues sémitiques la clef des hiéro- 
glyphes égyptiens, et en donna devant l'Académie 
des inscriptions une solution qui parut Iiasar- 



dée . Convaincu que poi;r jouir de la pléni 
de ses facultés il ne fallait fournir a r(st(. 
que le moins d'aliments possible, il se conda 
à un régime qui le conduisit en peu de temp 
tombeau. On a de lui : Une Journée de Pa 
Orléans, 1797, in-12; — Description abr 
des monuments de la haute Egypte; P 
1800, in-8°, trad. en allemand ,- — Une si 
de lu bonne compagnie; Paris, 1804, in-12 
Marc-Aurèle; Paris, 1820, 1830, 4 vol. i 
et atlas; il en publia sous le titre de Tite 
ionin le Pieux un résumé historique (i 
in-8"), mais la collection des Monumenti 
l'histoire aurélienne , qu'il avait annoncé 
2 vol. in-fol., n'a point vu le jour. 
Jomard, dans la Revue encyclop., mal et juin 18H 
RiPAULT. Voy. Desormeaux. 

niPERT. Voy. MONCLAR. 

RIPON ( Frederick-John Robinson, \"ù 
DE ), homme d'État anglais, né à Londre: 
V^ novembre 1782, mort le 28 janvier ISi; 
Putney-Heath (Surrey ). Il était le second fil 
2^ lord Grantham. Son frère aine, Thomas 
lippe, hérita en 1833 du titre de comte de ( 
Après avoir fait ses études au collège d'Ha 
et à Cambridge, il devint secrétaire du 
lieutenant d'Irlande (1804). Deux ans apri 
représenta les bourgs de Carlow et de B 
à la chambre des communes où il vota a\ 
parti tory. En 1808, quand la nouvelle delà 
vention de Cintra fut connue, il demant 
continuation de la guerre d'Espagne; 
motion lui fit donner dans le cabinet du dt 
Portland la place de sous-secrétaire d'État 
colonies. Depuis, sous le ministère Percev 
devint membre du conseil d'amirauté (181 
vite-président du bureau de commerce (1 
Un bill qu'il présenta en 1815 contre l'imp' 
lion des blés étrangers en Angleterre, o 
misère était à son comble, devint la c 
d'une émeute populaire qui saccagea son 
à Londres et détruisit une riche galerie d 
bleaux qu'il avait formée. Pendant les dix 
mières années du ministère Liverpool, M. 
binson s'était montré tory modéré , mais a 
le suicide de lord Castlereagh, ministre de 
faires étrangères (1822), il se rapprocha di 
successeur Canning, et fut nommé chanc 
de l'échiquier (janvier 1823). La réduclioi 
quelques impôts et des économies admini; 
tives lui obtinrent d'abord toutes les sympal 
mais il porta la peine de la crise financièi 
1825, qu'on lui reprocha de n'avoir poin 
prévenir. Lorsqu'en avril 1827 Canning d( 
chef du cabinet, M. Robinson remplaça 
Balhurst au département des colonies. La ir 
année, il entra à la chambre des lords avec le 
de vicomte Goderich , créé en 1700, pour soi 
saïeul Henry de Grey. La mort de Caii 
(8 aortt 1827) fit passer entre les main 
nouveau lord le poste de premier lord de la ti 
rerie, mais la succession de cet homme d'Étit 



jjî RIPON - 

Y 1 lourde à porter, et après avoir lutté vainc- 
r itiwur dominer nue situation difficile, il donna 
SiJi'inission (janvier 1828 ). Sons le ministère 
C'y ( novembre 1830) lord Godericli devint se- 
ctaire d'État des colonies, puis en 1833 lord du 
8|îu privé. A celte époque, et au mépris des 
«[lions qu'il avait jusqucli» affichées, il dé- 
( lit la réforme parlementaire, et celte conver- 
s 1 au parti wliig lui valut le titre de comte de 
1 -, sous lequel il a été connu depuis. Toute- 
|, . il s'opposa aux réformes ecclésiastiques pro- 
j , tspar quelques-unsdeses collègues, etdonna 
s hniission le 29 mai 1834. D'un naturel con- 
c l'.il, lord Riponse rapprocha de nouveau des 
l (S, et fut un des adversaires des principes 
p luiwes de lord Melbourne ; aussi accepta-t-il 
(i Robert Peel en 1841 la présidence du bureau 
d; commerce, et en 18'i3 celle du bureau des 
Les. Après s'être associé presque involontaire- 
ni it à l'abolition des lois céréales ainsi qu'an bill 
d tarifs, il suivit Robert Pcfl dans sa retraite 
( juin 1840). Depuis cette é|>oque il ne parut 
dj s la chambre haute que pour soutenir les rae- 
s .^s de .son ami , lord Aberdeen. 

irke, Peeraçie. — The Parliamentary Companion 
(1 :-',S59). — Vapereau, Dict. w/iit'. des contemp. — 
y, uaire des souverains, hommes d'État, etc., 1844, 
t /. 

jiiposo (Felice). Voy. Ficherelli. 

'Lippërda { Jean- Guillaume, bsLTon, puis 

d, DE ), appelé aussi Osman-Pacha, aventurier 

lilaudais, né à Groninguc, en 1690, mort à 

Tjouan, le 2 novembre 1737. D'unefamille noble 

a Provinces- Unies, il embrassa la carrière mi- 

liire; à vingt-deux ans, il commandait un régi- 

"nt d'infanterie. Son intelligence et son édu- 

ion le firent choisir en 1715 pour remplir une 

lision à Madrid. Il y revinten 1718, avec i'in- 

tion de s'y fixer, abjura la religion réformée, 

It agréer au roi Philippe V des plans qui de- 

ent améliorer le commerce castillan. Il devint 

lors, sous le titre de directeur des manufac- 

es , un homme influent et considérable. En 

5 il conclut un traité d'alliance entre le roi 

spagne et l'empereur Charles VI (25 avril 

6). « Tout était étrange dans cet accord. 

Voltaire; c'était deux maisons ennemies, 

s'unissaient sans se fier l'une à l'autre; c'é- 

l;l les Anglais, qui ayant tout fait pour dé- 

t ner Philippe V, étaient les médiateurs de ce 

ité; c'était un Hollandais, devenu duc et 

t-puissant en Espagne , qui le signait. » 

ici qu'il en soit, sa réputation ne fit que croître 

Madrid. Il fut créé duc et grand d'Espagne, 

ibassadeur extraordinaire à Vienne, et à son 

our (décembre 1725), il prit la direction su- 

rieure du cabinet avec les portefeuilles des 

aires extérieures, des finances et de la guerre. 

entôt un parti puissant, celui de la vieille 

blesse espagnole, qui ne pouvait pardoimer 

ïlipperda son origine, s'éleva contre lui. Phi- 

pe, afin de rétablir la paix dans sa cour, sacrifia 

n favori (1726). Mais celui-ci ayant commis 



RIQUET 314 

l'imprudence de se retirer chez lord Stanliope, 
l'ambassadeur anglais , se vit accuser de trahison 
et renfermé dans le château de Ségovie; deux 
ans plus fard, le 2 septembre 1728, il réu.^sit à 
s'évader, et gagna le Portugal, puis la Hollande, 
où il pratiqua de nouveau le protestantisme. 
De là il se rendit en 1732 à la cour de Muley- 
Abdallah, empereur du Maroc. Suivant quelques 
historiens, il embrassa l'islamisme, et, sous le 
nom <\' Osman-pacha, devint général dans les 
troupes marocaines, et attaqua les Espagnols; 
mais battu devant Ceuta, il fut exilé à Tétouan 
(1734). Il essaya alors de propager un nouveau 
système de religion. Flattant également les maho- 
métans et les juifs, qui sont en grand nombre 
au Maroc, il parlait de Mahomet avec plus d'é- 
loges que les musulmans eux-mêmes. Il louait 
aussi Moïse , Élie, David, et même Jésus-Christ; 
mais il prétendait que les chrétiens, les maho- 
métans et les juifs étaient dans une erreur 
presque égale; les premiers en attribuant trop à 
Jésus-Christ, les seconds à Maliomet, et les 
derniers en n'attribuant rien à l'un ni à l'autre. 
Selon lui le Messie est encore à venir. Il fai- 
sait de nombreux adeptes, lorsqu'il mourut, 
d'une maladie de langueur. Suivant Chénier, au 
contraire, il n'est pas vrai que Ripperda se soit 
fait mahoraétan , ni qu'il ait jamais commandé 
au Maroc. H entra dans les idées du baron de 
Neuhoff, qui , sous le nom de Théodore, fut un 
instant roi de Corse. Il fit bien des voyages à 
Méquinez pour engager l'empereur à s'unir aux 
Tunisiens, disposés à soutehir cette monarchie 
naissante , mais il ne reçut que de vagues pro- 
messes. « Des personnes du pays qui l'ont 
particulièrement connu, ajoute Chénier, m'ont 
assuré qu'il a terminé à T'étouan sa vie et son 
roman à la fin de 1737, sans avoir changé ni 
d'habit ni de religion. » 

Mercure de France , déc. 1737. — Prévost , Le Pour et 
le Contre, I, 176 et suiv. — H.-M. B.. f^ie du duc de 
Ripperda; Amst., 1739, î vol. ln-8°. — Memoirs of the 
duke of Ripperda ; Londres, 1739, in-S». — yida del 
duque de Itipperda; Madrid, 1740, 2 vol. In-S". — Ché- 
nier, Recherches sur les Maures, III, 4B6. — Voltaire, 
Siècle de Louis Xf^. — G, Moore, Lives of cardinal Ah 
beroni and the duke of Ripperda ,• Londres, 1806, 181i, 
2 vol. in-S". 

RIQUET ( Pierre-Paul ), baron de Bon- 
repos, né à Béziers, en 1604, mort à Toulouse, 
le 1*' octobre 1680. Sa famille, noble et an- 
cienne, était originaire de Florence (d'autres di- 
sent de Lucques ), et descendait de Gérard Ar- 
righetti , qui , proscrit de la première de ces 
villes comme gibelin, vint s'établir en Provence 
vers 1268. Elle se divisa en deux branches, con- 
nues, l'une sous le nom de Riquet, comte de 
Caraman, l'autre, sous le nom de Riquelti, 
marquis de Mirabeau (1). C'est de la première, 



(I) Le nom de Riqiiet figure dans les arclUves de plu- 
.sleurs communes du déparleiiient de l'hërault. Ce nom 
litait écrit sans particule dans des actes notariés relatifs 
à cette famille, et qui se trouvent dans les études de di- 
vers notaires de Sézieri. 



315 RIQTJE'J - 

venue au quinzième siècle en Lan^nefioc, qu'est 
issu l'homme fîe génie auteur d'une entreprise 
qui commande l'étonnement et l'admiration de 
l'Europe. Une grande partie de ses propriétés 
étaient situées au pied de la Montagne Noire, et 
c'est à cette circonstance qu'il dut la première 
pensée de son projet. Son idée, aussi simple 
que grandiose, fut d'utiliser les divers cours 
d'eau de la Montagne Noire , et d'en réunir le 
volume sur l'une des pentes, point le plus bas 
entre les deux versants de la Méditerranée et de 
i'Océan. Riquet, « n'ayant, dit Daguesseau, pour 
tout instrument qu'un méchant compas de fer, » 
devina que par des pentes faciles à conserver, 
par de faibles ouvrages comparés à ceux qu'on 
avait autrefois projetés , on pouvait conduire 
les eaux réunies du Sor, de Lampy, d'Alzeau , 
de Lampyllon, de Vernassonne et de Rientort, 
jusqu'à Naurouse, qui devait être le point de par- 
tage. Ce problème résolu, toutes les difficultés 
s'évanouirent. Riquet fit un mémoire, qu'il adressa 
à Colbert, contrôleur général des finances ; son 
projet et ses plans du canal furent présentés le 
26 novembre 1662 par l'ingénieur militaire 
François Andréossy. Par un arrêt du conseil 
du 18 janvier 1663, Louis XIV ordonna qu'une 
commission serait chargée d'aller juger les pians 
sur le terrain même où ils devaient être exé- 
cutés. Les commissaires du roi unis à ceux des 
états de Languedoc commencèrent leur travail 
à Toulouse le 8 novembre 1664, et le terminè- 
rent à Béziers, le 17 janvier 1665. Leur rapport 
fut favorable, mais cependant des doutes s'é- 
îevèrent sur la possibilité de conduire à Naurouse 
les eaux de la Montagne Noire. Riquet proposa 
de faire creuser une rigole d'essai pour se rendre 
compte de la pente du terrain. Ce travail achevé, 
il ne fut plus permis de douter du succès. 
L'édit pour la construction du canal parut en 
octobre 1666; les conditions offertes par Ri- 
quet pour cette entreprise furent acceptées, et 
ia première pierre des ouvrages fut posée en 
.^vril 1667. On commença à naviguer, depuis 
Naurouse jusqu'à Toulouse, dans les premiers 
ï«urs de 1672, et le canal fut mis en état du 
17 au 25 mai 1681. Riquet était mort six mois 
auparavant, lorsqu'une lieue seule du canal 
restait a creuser, laissant à ses deux • fils la 
gloii'e de l'achever : honneur si digne d'envie 
que Yauban , envoyé par Louis XIV en mai 
1686, pour en examiner toutes les merveii- 
Jes, eût préféré, disait-il, « la gloire d'en être 
i'iiuteur à tout ce qu'il avait fait ou pourrait 
faire à l'avenir ». Une statue en bronze, dont 
l'exécution fut confiée à David ( d'Angers ), a 
<i(é par souscription érigée à Riquet le 21 oc- 
tobre 1838, sur une des places publiques de sa 
ville natale. Riquet avait aussi projeté un canal 
pour amener de l'eau à Paris; la mort ne lui 
iiiissa pas le temps de déployer dans ce nou- 
veau travail toutes les ressources de son génie. 
Scn fils aîné, r.iQn;T ( Jean-.yallhias), 



RISBECK 

maître des requêtes, puis président à moi 
au parlement de Toulouse, fut associé à l'en 
prise du canal du Languedoc et y mit la dcrii 
main. Il mourut à Toulouse, le 30 avril 171 
Son second (i\&, Pierre- Paul, portaletitr 
comte de Caraman [voy. ce nom). H. Fisq 

Histoire du canal du iMuguedor, par les desceiK 
rfe l'.-l'. Riquet. — Andréossy, W^s^ ducanulduH 

— Pecarapp, Éloge de P,-t'. Riquet; Paris, 1818,1 

— Comte de Caraman, Guide du voyageur sur le c 
du Midi; 183G, in-S". — Documents inédits. 

RIQUET. Voy. Carabîan. 

EiQUETTï. Voy. Mirabeau. 

RiSBKCR (Gaspard) f publiciste allema 
né en 1749 ou en 1750, à Hœchst, près 
Mayence, mort le 10 février 1786, à Aarau (Suii 
On lui fit étudier la théologie , puis la juris 
dence. Doué d'un talent précoce et d'un ter 
rament vif et désordonné, il s'adonna de bi 
heure aux lettres et à la poésie. La connaiss 
qu'il fit avec Gœthe, Klinger, Lenz, Wa(- 
le poussa vers cette vie attrayante , mais lé 
et quelque peu sauvage, qu'il traîna à la ti 
ses éludes à Francfort , à Hanau , à Darm: 
et dans d'autres villes. Ses parents lui laisst 
un héritage assez considérable pour lui 
mettre de continuer cette vie indépendante. A 
avoir essayé d'entrer dans les bureaux i 
chancellerie impériale , il se fit acteur, et 
avec assez de succès dans le théâtre du Ka 
nerthor, à Vienne. En même temps il arra 
quelques pièces anglaises et françaises poi 
scène allemande. En 1777, dans l'intentio 
visiter l'Italie, il se rendit à Salzbourg, et y 
six mois , entièrement livré à des études 1 
riques. Plusieurs traités politiques qu'il p 
sur la succession de Bavière furent accueilli 
le public avec une faveur marquée. Son héi 
étant gaspillé, Risbeck se vit réduit à écrire 
vivre. La continuation des Lettres sur les mo 
commencées enl771, par La Roche, fut le 
mier fruit de son travail (Francfort, 1781, 
à IV, ia-8°) ; elles eurent un grand retenl 
ment et fondèrent sa réputation de publia 
Appelé à Zurich par le libraire Orelli,il y ter 
l'édition des Annales de Waser, et traduis 
allemand les Lettres sur la Suisse de Co: 
la Description des Alpes pennines et 
tiennes de Bourrit ; en même temps il ré 
le Journal de Zurich. C'est dans cette 
que RisbecJi commença l'ouvrage qui l'a 
au rang des grands publicistes du dix-huil 
siècle. Ce sont les Lettres dhin voyageur ; 
çais sur l'Allemagne (Zurich, 1783, 2 
in-8°; trad. en français, Paris, 1788 ou 
3 vol. in-8°). Ces lettres eurent une vogue 
traordiuaire. Pour la comprendre il faut se 
peler qu'en Allemagne , à l'époque qui préc 
la révolution de 1789, le libéralisme était 
ainsi dire quelque clrose d'inconnu. Sous 
forme attrayante et spirituelle, Risbeck in( 
le premier, avec une hardiesse inouïe, au pi 
la Toia sur laquelle il avait à chercher se.-; 



RISBECK - RITSCHL 



318 



ons légitimes. Par une critique sévère, il «lé- 
a et coïKianuia tout ce qu'il y avait de fau\ 
s la vie sociale et religieuse de sa nation , 
ime clans l'administration politique; mais en 
ne temps il rendit justice aux grandeurs de 
oque, surtout à Frédéric le Grand et aux 
lièresde la science, de la littérature et de la 
losophie. Il passa en revue les avantages in- 
îcluels que l'Allemagne avait retirés jusque-là 
sa désunion politique, et trouva dans le carac- 
i du peuple, dans les qualités solides du génie 
mand, les garanties de l'avenir. Risbeck 
urut dans l'exil volontaire, dans l'indigence 
3ans le désappointement. J- M. 

Irsching, Hist. lilter. Handbuch. - Baur, Gallerie 
:. Gemaelde aus dem 18, jahrliundert. - J. PezzI, 
ÇrapA.Denftîna/y.-C./Jistecfts; Vienne, 1786, In-S». 

«IST ( Jean ), poète allemand, né le 8 mars 
Ji7, à Pinneberg, près de Hambourg, mort le 
|ao'ùt 1667. Après avoir étudié la théologie en 
/ inagne et en Hollande, il devint pasteur à 
^ Nlol sur l'Elbe , et reçut plus tard les dignités 
(i comte palatin et de conseiller ecclésiastique. 
] s sa jeunesse il cultiva les muses, et fut un 
(i jioëtes les plus féconds et les plus popu- 
l' es de son temps. Imitateur d'Opitz, mais 
tis partager sa prédilection pour les anciens, 
il écrit une grande quantité de poésies sa- 
•es, d'un style élégant et pur, mais enliè- 
nent dépourvues de sentiment; un choix 
a été donné dans le t. VUI de la Deutsche 
^blioihek de MiJller. Il fonda vers 1660 une 
ciefé littéraire, V Ordre du Cj/gne , dissoute 
rès sa mort ( voy. Conrad de Hoevelen, Deut- 
\hcr Zimber-Schwan , 1667 ). On a de lui : 
Sr&ée, tragédie, Hambourg, 1624; —Musa 
mtonica; ibid., 1634, 1640, in-8° : recueil d'é- 
Igrammes et de poésies amoureuses ; — Hor- 
\s poeticusj ibid., 1638, in-8°;— Klagge- 
■cht ûber das Absterben Opiizens ( Plaintes 
il- la mort d'Opitz ) ; ibid.,' 1640, in-S"; — 
[es Daphnis aus Cimbrien Galathee ( La 
alathée du Daphnis de laCimbrie); ibid., 1642, 
'-8° ; — Himmlische Lieder { Chants du ciel ) , 
lanebourg, 1643, 1652, in-8° ; suivis de Neue 
immlische Lieder; ibid., 1651, in-8o; — 
'^olsteins Klagelied ( Les plaintes du Hol- 
:ein); Hambourg, 1644, in-8°; — Theatrum 
oeticuvi; ibid,, 1646, 1664, in-8°;— Das 
iede wunschende Teutschland (L'Allema- 
iae désirant la paix ); ibid., 1647, 1649, in-8°; 
omédie reproduite en 1806; — Wallenstein , 
ragédie; 1647, in-8°; — Parnassus teuto- 
icîis; Lunebourg, 1652, in-S" , suivi du I\'ovus 
'arnassus; ibid., 1652, in-8° ; — Das Friede 
auchzende DeiUschland (L'Allemagne pleine 
le joie au sujet de la paix ) , comédie ; Nurem- 
)erg, 1653, in-8" ; — Frommer Christen Haus- 
nusik (Musique pour la maison à l'usage des 
Uirctiens pieux); Lunebourg, 1654, in-8''; — 
Die verschmahie Eitelkeit ( Le mépris de la 
vanité); ibid., 1658, in-8"; il est bon de noter 



que l'auteur était d'une vanité exorbitante; — 
Musilialischcs Scelenparailics ( Paradis musi- 
cal de l'àme ) ; ibid., lG()0-62 , 2 vol. in-8 " ; etc. 
MOiler, Ciinbria lilcrata, l. l. — Wetzel, flymno- 
pocg raphia, t. 11.- .Iccrdciis , l.exikon. — Win»«rrel(l, 
Dcr cvungdUchcn Kirclie Cesange, t. 11, p. 300-WO. — 
(ierviniis, Deutsche Literaturgcschic/ite, t. III. 

KïsiiENO ( José ) , peintre et sculpteur espa- 
gnol, né en 1652, à Grenade, où il est mort, en 
1721. Il fui fun des meilleurs élèves d'Alonzo 
Cano : comme peintre il en prit la couleur, 
comme sculpteur il imita la hardiesse de son 
ciseau. Palomino , qui décora avec lui la char- 
treuse de Grenade , n'hésite pas à le nommer 
'< le plus grand dessinateur de l'Andalousie ». 
Risueno professa longtemps dans l'Académie 
de Grenade , et la plupart des églises de cette 
ville possèdent de lui des tableaux ou des sta- 
tues. 

l'alomino, El Museo pictorlco. — Qiiilliet, DM. des 
peintres et des sctdpteiirs espaçinoh: 

j; JiiTSCHi. {Frédéric -Guillaume), philo- 
logue allemand, né le 6 avril 1806, à Gross- 
Vargula , village de la Thuringe. Fils d'un mi- 
nistre protestant, il étudia la philologie sous 
Spitzner et Herman , et suivit ensuite pendant 
trois ans l'enseignement de Reisig. Après avoir 
depuis 1829 fait des cours libres à l'université 
de Halle, il y fut nommé en 1832 professeur, et 
en 1833 il remplaça Passow à Breslau ; il visita 
en 1836 et 1837 les bibliothèques d'Italie, et oc- 
cupa en 1839 à Bonn la chaire de philologie 
classique et d'éloquence; il fut aussi chargé de 
la direction du séminaire philologique. En 1854 
il fut nommé en outre conservateur de la bi- 
bliothèque dé l'université. Doué d'un esprit cri- 
tique aussi sagace qu'exercé , et en possession 
d'une érudition des plus étendues, Ritschl a, par 
ses nombreuses recherches , donné une nouvelle 
impulsion à la philologie classique. En contrôlant 
attentivement les écrits des grammairiens la- 
tins au moyen de documents authentiques, four- 
nis par les inscriptions, il a obtenu des résultats 
entièrement nouveaux et des plus féconds 
sur l'ancien langage des Romains, dont il a 
su retrouver et caractériser les phases suc- 
cessives. Il a été ainsi mis à même d'entre- 
prendre sur les comédies de Plante ce travail, 
chef-d'œuvre de méthode et de patience, qui l'a 
placé au premier rang parmi les philologues de 
tous les temps, et qui nous a enfin fait connaître 
cet auteur dans sa forme primitive et véritable. 
Ritschl, dont les recherches sur l'antiquité et la 
littérature grecque portent également le cachet 
de la perfection, vient de mettre le sceau à sa 
réputation par son édition commentée des 
Priscse latinifaiis monumenta epigraphica, 
qui doit former le premier volume du recueil 
complet des inscriptions latines que publie l'A- 
cadémie de Berlin. On a de lui : Schedœ cri- 
t'tcse; Halle, 1829; — De Oro et Orione ; Bres- 
lau, 1834, in-8°; — Die Alexandriniscke Bi- 
bliothek ( La Bibliothèque d'Alexandrie sous les 



319 RITSCHL — R 

premiers Ptolcmées et le recueil des poésies ho- 
mériques faites par ordre de Pisistrate) ; Breslau, 
1838, in-8"; suivie d'une dissertation latine sur 
le même sujet, Bonn, 1840, in-4o; — Déporta 
Metia; Bonn, 1842, in-4°; — Purerga Plau- 
tina et Terentiana; Leipzig, 1845, in-8°; — 
Lexicon etymologicum, e codice Angelico 
descriptum; Bonn, 1846-1848, 2 parties, 
m-4'' ; — De Pomponii Bassuli Epilome me- 
trico; ibid., 1847, in-4°; — Hieronymi Indices 
Ubrorum a Varrone scriptorum; ibid., 1849, 
ia-4°; — Legis Rubriae pars siipersles; ibid., 
1851, in-4° ; — Tltulus Mummianus ad fi- 
dem lapidis Vaticani; ibid., 1851 ; — De mi- 
lario Popilliano dequeepigrammate Sorano; 
ibid., 1852,in-4°; — InscripUo columnx ros- 
tratse; ibid., 1852-1861; 2 parties, ia-4°; — 
Monumenta epigraphica tria; ibid., 1852, 
in-4" ; — De fictilibus literaiis latinis anti- 
quis; ibid., 1852, in-4°; — Anthologie latinw 
corrolarium epigraphicum ; ibid., 1853, in^"; 
— Poesis Saturninœ spécimen ; ibid., 1854, 

in-4°; De titulo metrico Lambacsensi ; 

ibid., 1855, in 4°; — De Varronis Hebdoma- 
dum libris; ibid., 1856, in-40; — In leges Vi- 
selliam, Antoniam, Corneliam observationes 
epigraphicx; ibid., 1860, in-4''; — Proœtnio- 
rum Bonnensium decas; ibid., 1862, in-4''. 
Comme éditeur Ritschl a publié Thomas Ma- 
^w^er (Halle, 1832), et Plauti Comœdiœ, ciim 
prolegomenis criticis grammaiicis , metricis 
(Bonn, 1848-1854, t. I-III, in 8") : ouvrage qui 
sera complet en 5 vol. On a aussi de lui des 
dissertations et mémoires dans les Mémoires 
de Y Institut archéologique de Rome et dans 
le Rheinisches Muséum qu'il publie depuis 
1842 en commun avec Welker. 

* RiTSCHL ( Albert ) , neveu du précédent , 
né le 25 mars 1822, est professeur à Bonn et a 
publié Das Evangelium Marcions and das 
kanonische Evangelium des Lxikas ( L'Évan- 
gile de Marcion et l'Évangile canonique de saint 
Luc); Tubingue, 1S46, in-8% — Die Ents- 
thehung der altkatholischen Kirche ( L'Ori- 
gine de l'Église catholique primitive); Bonn, 
1850, in-8° : excellent ouvrage, où l'auteur com- 
bat l'école de Tubingue, à laquelle il avait été 
attaché. E. G. 

Conversations-Lexikon. — Slànnerder Zeit; i.eipilg, 
18C1, t. 11. 

RlTSON ( Joseph ), critique et antiquaire an- 
glais, né le 2 octobre 1752, à Slockton ( comté de 
Durham), mort le 3 septembre 1803, à Ho>ton. 
De sa profession il était homme de loi, ou plutôt 
notaire (conveyancer) près du collège de jus- 
tice de Gray à Londres. Ayant été nommé en 
1785 grand bailli du duché de Lancastre, il aban- 
donna la pratique des affaires pour s'occuper 
d'antiquités et de littérature, et vécut du revenu 
que lui procurait sa charge. Grâce à son heu- 
reuse mémoire et à une sagacité rare, il étendit 
fort loin ses recherches, et éclaira d'une lumière 



il i 



ITTENHOUSE .0 

nouvelle les origines et les progrès de la ..i. 
rature anglaise. Il apporta clans ses travau qo 
rigueur et une exactitude qui les renden é- 
cieux à consulter ; il excellait dans la cr uc 
de détail, mais il déparait ses qualités p m 
style négligé . baroque , et surtout par u a 
ractère irascible et dissimulé. Dans ses que es 
avec Warton, Maione et autres contempoi s, 
il eut le tort, en ayant la raison de son «, 
de les traiter avec un mépris qu'ils ne méri ni 
pas. Quelques jours avant sa mort son ce lu 
se dérangea, et on fut obligé de le renfermei is 
une maison de fous. Nous citerons de lui ). 
sei'vations on the three first volumes u 
History of English poetry (de Warton); 1- 
dres, 1782, in-4''; — A sélect Collectif ij 
english sangs, with an hislorical essa n 
the national song ; ibid., 1783, 3 vol. i '; 
réimpr. en 1813; — Ancient songs 
Henry III to Uie Révolution; ibid., ), 
1829, in-8°; le plus estimé des recueils c <: 
publiés ; — Pièces oj ancient popular pc , 
ibid., 1791, in- 8°; — Cursory criticism n 
the édition of Shakspeare ( de Maione ) ; ., 

1792, in-S"; — The english Anthology; ., 

1793, 3 vol. pet. in-8°; — Collection of sec k 
songs ;ih\à., 1794,2 vol. in-12, avec la mu le 
originale; — Robin Hood, a collection II 
ancient poems , songs and ballads rel f 
to the celebrated outlaw; ibid , 1795, î I. 
in-S"; — Biographia poetica; ibid., 1, 
in-12, catalogue des poètes anglais du i- 
zième au seizième siècle; — Ancient en k 
metrical romances; ibid., 1802, 3 vol. ii '; 
— An Essay on abstinence from an ù 
food as a moral duty ; ibid., 1802, in-8' n 
doit encore à Ritson beaucoup d'écrits de mo e 
importance, les uns relatifs à sa professio îs 
autres à des euriosités liltéraires. Quelque is 
de ces derniers ont le titre conimiin de 1 r- 
lande, tels que Yorkshire garland, Bis i- 
rie gnrland, etc. La partie la plus cur ;e 
de sa correspondance a été publiée par sir r 
ris Nicolas. 

Gentleman's Magazine, LXXIII et LXXIV. — N IJ 
et Bowyer, Literary anecdotes. — i. Haslewooi), « 
account of thtlije of J. Ritson; Londres 1824, in - 
Harris Nicolas, Life and letters of J. Bitson. 

RITTENHOUSE (David), physicien aii- 
cain, né le 8 avril 1732, à Germantown (F i- 
sylvanie), mort le 26 juin 1796, à Philadel e. 
Il descendait d'une fainille d'émigrants, et le 
d'abord à New York, puis à Germantown !S 
parents étant fermiers, il se livra d'abord i- 
même à des travaux agricoles. Il montra bi 51 
de rares dispositions pour la mécanique, ( r 
trui.sit différents appareils de physique, el t, 
en 1779, au nombre des commissaires cl) js 
pour fixer les limites enUe les territoires i la 
Pennsylvanie et de la Virginie. U remplit 'i 
1784 et 1786, des missions semblables poi |la 
fixation des frontières de l'ouest et du nor le 
la Pennsylvanie, et en 1789 pour celles des 1 U 



321 



de New-Jersey el New-York. En 1791 il succéda 
à Franklin dans la présidence de la Société phi- 
losophique de Philadelphie, et fut nommé, en 
1792, directeur de la monnaie des États-Unis. 
Parmi les travaux de ce savant on remarque 
particulièrement une théorie du magnétisme, d'a- 
près laquelle les molécules du fer sont en 
grande partie de véritables aimants, mais elles 
restent inactives ou inertes jusqu'à ce qu'elles 
aient été groupées, par le martelage ou par l'ai- 
mantation, dans l'ordie qui leur est nécessaire. 
11 essaya de démontrer que le magnétisme est 
un fluide répandu dans toute la nature, et qu'il 
exerce une action constante sur certaines molé- 
cules de fer; ainsi en frappant sur des barres de 
fer, placées dans le méridien, il obtenait des effets 
sensibles à l'aiguille aimantée. Cette théorie se 
trouve consignée dans les Transactions of the 
american Society of Philadclphia (tom. II, 
1786, in- 8°). Rittenhouse publia, dans le même 
recueil (année 1773), au nom d'une commission 
spéciale, un rapport détaillé sur la première ma- 
chine à vapeur qui ait élé construite en Amé- 
rique (macliine de Christophe Colles, employée 
i pomper de l'eau ). On y trouve aussi une notice 
brt intéressante du même physicien sur la hau- 
teur à laquelle apparaissent les bolides ou mé- 
téores enflammés ( Phil. Transact. of the anc. 
Soc, t. II, p. 173 et suiv.). X. 

W. Bnrion, Memoirs of the life of D. Rittenhouse ; 
Philadelphie, 181S, 1q-8°. — Fischer, Gesch. der Physick, 
VIII, 5* et 894. 

BITTER {Jean-Daniel), érudit allemand, 
Iné le 16 octobre 1709, à Schlantz, près Breslau, 
Imort à Wittemberg, le 15 mai 1775. D'une fa- 
mille noble d'origine hollandaise, il enseigna 
pendant sept ans la philosophie à Leipzig, et fut 
bommé en 1742 professeur d'histoire à Wittem- 
berg, où il obtint en 1748 une chaire de droit 
public. On a de lui : De fecialibus populi ro- 
mani ; Le\pi\g, 1732, in-4''; — De Amalas- 
venta, Gothorum regina; MA., 1735, in-4o; 
i— De tabulariis urbis Romx; ibid., 1736, 
in-4°; — Historia preefectursi prxtorianee ; 
Wittemberg, 1745, in-4°; — DeStedingis, sse- 
çuli XI II hsereticis; ibid., 1751, in-4°; — De 
usa scriptorum veteris Ecclesïee; ibid., 1765, 
3 part. in-4°. Rilter, auquel on doit une excel- 
ilente édition du Code Théodosien (Leipzig, 
1736-1743, 6 vol. in-fol. ), a encore publié plu- 
îsieurs dissertations intéressantes, réunies sous 
X^iWx&à'Opusculahistorica etjuridica; Leip- 
zig, 1786, in-80, avec une Vie de l'auteur. 
Hirsching, Handbuch. — Meusel, Lexikon. 

RITTER {Jean Guillaume), physicien alle- 
mand, né à Samitz, en Silésie, le 16 décembre 
1776, mort à Munich, le 23 janvier 1810. Reçu 
docteur en médecine à léna, il entreprit avec les 
secours que lui fournit libéralement le duc de 
Gotha, sur l'électricité et le galvanisme une séiie 
d'expériences, dont les résultats furent consignés 
'dans les Annales de pliijsique de Gilbert, le 

NOOT. BIOGK. CÉNÉR. — T. XLII. 



RITTENHOUSE - RITTER 822 

Journal de chimie de Gehlen el autres recueils. 
Ses découvertes, qui ont beaucoup contribué aux 
progrès de la .science, le firent élire en 1805 
membre de l'Académie de Munich. On a de lui : 
Beweis dass ein bestxndiger Galvanvimus 
den Lebensprocess in dem Thierreich beglei' 
iet ( Démonstration qu'une action continuelle de 
galvanisme accompagne la vie dans le règne ani- 
mal); Weimar, 1798, in-8°; — Beitrsege zur 
nsehern Kenntniss des Galvanismus (Mé- 
langes pour une connaissance plus approfondie 
du galvanisme) ; léna, 1801-1802,2 vol. in-8"; 
suivis de Neue Beitrage ; Tubingue, 1 808, in-S*" ; 
— Bas elektrische System der Kœrper (Le 
Système électrique des corps); Leipzig, 1805, 
in-8"; — Physisch-chemische Abhandlungen 
(Mémoires de physique et de chimie); ibid., 
1806, 3 vol. in 8"; — Fragmente aus dem 
Nachlass eines jungen Physikers (Fragments 
tirés de la succession d'un jeune physicien); 
Heidelberg, 1810, 2 vol. in-80; autobiographie 
intéressante. 

Zschokke, Jl/iicenen/ûr die neueste TFeltkvnde. 

uiTTER {Charles), célèbre géographe alle- 
mand, né à Quediimbourg, le 7 août 1779, mort 
à Berlin, le 28 septembre 1859. Orphelin de bonne 
heure, il fut élevé à l'institution de Schnepfen- 
thal, puis à Halle. En 1798, il entra comme ins- 
tituteur dans la maison Bethmann-HoUweg à 
Francfort, accompagna ses élèves à Genève, 
voyagea avec eux en France , en Suisse et en 
Italie, et les amena en 1814 à Gœttingue, où il 
résida pendant cinq années. Appelé en 1819 à 
remplacer l'historien Schlosser au gymnase de 
Francfort, il obtint en 1820 la chaire de géo- 
graphie à l'univiTsité de Berlin ; en même temps 
il fut nommé professeur de statistique et direc- 
teur des études à l'Académie militaire et membre 
du conseil supérieur de l'instruction publique, 
fonctions qu'il a remplies jusqu'à sa mort. Comme 
géographe et historien, Ritter a découvert et 
démontré, par un raisonnement scientifique, la 
liaison intime et les rapports mutuels qui existent 
entre les différentes parties de notre planète, 
ainsi que l'influence de la formation de la sur- 
face terrestre sur le développement historique 
de l'humanité. Il est devenu ainsi le créateur 
d'une science nouvelle, la géographie compa- 
rée ou philosophique. De même que Humboldt 
a embrassé d'abord la terre seule, puis l'univers 
entier du point de vue naturaliste, Ritter est 
parti des données de l'histoire pour coordonner 
en un système scientifique le mécanisme et les 
principes de la vie terrestre. L'accumulation tou- 
jours croissante des notions géographiques , les 
progrès de la science naturelle et les grandes re- 
cherches historiques lui ont permis de réunir 
dans une seule pensée la terre et l'humanité. 

C'est donc avec raison que Ritter a donné à 
son ouvrage fondamental ce titre : Die Erd 
fiunde im Verhaeltnisse zur Natur und zur 
Geschischte des Menschen (La géographie dans 



11 



323 



RIïTER — RITTERSHUYS 



324 



ses rapports avec la nature et avec l'histoire de 
l'homme, ou GéograpSiie universelle comparée 
considérée comme base de l'enseignement des 
sciences physiques et historiques); Berlin, 1817- 
1819, 2 vol. in-8°. Bientôt l'auteur résolut de re- 
fondre son œuvre sur un plan plus vaste. Le pre- 
mier volume de la seconde édition parut à Ber- 
lin, 1822; outre une introduction générale, il 
renferme la géographie de l'Afrique; ensuite, 
Ritter aborda l'Asie, qui en 1858 remplissait 
déjà dix-sept forts volumes (Asie orientale, t. II 
à YI; Asie occidentale, Vil à XII; Arabie, 
XIÎ-XIII; Péninsule du Sinaï, XIV à XVII; 
Asie Mineure (inachevée), XVIII). Les matériaux 
que lui fournissaient sans cesse les explorations 
des voyageurs d'une part, et de l'autre les sciences 
naturelle et historique, prirent peu à peu de telles 
proportions que môme une énergie de fer et une 
longue existence durent rester impuissantes de- 
vant l'accomplissement de la lâche proposée. En 
développant outre mesure ses matériaux, peut- 
être contrairement à son plan primitif, Ritter a 
sans doute nui à la clarté de l'arrangement et au 
but philosophique de son ouvrage. On sait qu'a- 
près avoir terminé l'Orient , il voulait décriie le 
continent européen, travail préparé de longue 
main. Pour faciliter l'intelligence de son livre, 
Ritter avait entrepris, en commun avec le major 
Etzel (plus tard général), un travail cartogra- 
phique, l'Atlas de l'Asie, qui fut continué plus 
tard par Grimm , Mahlmann et Kiepert. Deux 
ouvrages avaient précédé ce travail gigantesque : 
L'Europe , tableau géographique , historique 
et statistique ; Francfort, 1807, 2 vol. in-8"; et 
Vorhalle europseischer Volckergeschichten 
vor Hérodote (Portique de l'histoire des peuples 
européens avant Hérodote); Berlin, 1820. Les 
écrits académiques de Ritter ont été réunis sous 
ce titre : Einleitung zur allgemein vsrgleichen 
den Géographie und Abhandlungen, etc. (In- 
troduction à la géographie universelle comparée, 
et Essais pour servir de base à une manière plus 
scientifique d'étudier la géographie); Berlin, 
1852. Un grand nombre de traités géographiques 
et de recherches spéciales se Irouventinsérésrians 
les Mémoires de l'Académie de Berlin , dont Rit- 
ter était membre, comme il était associé étranger 
de la Société royale de Londres (1848) et de l'A- 
cadémie française des inscriptions (1855). J. M. 

Vnsere Zeit. 

* suTTEiii {Henri), philosophe allemand, né 
en 1791, à Zerbst. Après avoir étudié la théo- 
logie pendant plusieurs années et avoir pris part 
comme volontaire à la campagne de 1813 contre 
la France, il s'adonna entièrement à la philoso- 
phie, qu'il enseigna depuis 1817 à Berlin et à 
Kiel, et depuis 1837 à Gœttingue. Sans s'atta- 
cher exclusivement à aucune école, il s'est ap- 
pliqué à étudier de près les évolutions de l'es- 
prit humain et à prendre dans les divers systèmes 
émis jusqu'à ce jour les résultats que peut ad- 
mettre une saine critique. Ses princii)aux ou- 



vrages sont : Geschichte der jonischen Phi- 
losophie (Histoire de la philosophie ionienne); 
Berlin, 1821; — Vorlesungen zur Einleitung 
in die Logik (Introduction à la logique); ibid., 
1823; — Abriss der pfiilosophischen Logik 
(Résumé delà logique); Berhn, 1824, 1829; ~ 
Geschichte der Pythagorischen Philosophie 
(Histoire de la philosophie pythagoricienne); 
Hambourg, 1826; — Die Halbkantianer und 
der Pantheismus (Les demi-kantiens et le pan- 
théisme) ; Berlin, 1827; — Berner kungen ûber 
die Philosophie der megarischen Schule (Re- 
marques sur la philosophie de l'école de Mé- 
gar;), dans \e Rheinisches Muséum, 2* année; 

— Geschichte der Philosophie (Histoire delà 
philosophie); Hambourg, 1829-1853, t. I à XII, 
in-8° : cet ouvrage capital, fruit des recherches 
les plus consciencieuses, a été en partie traduil 
en français par M. ïissot : Histoire de la phi- 
losophie ancienne; Paris, 1836-1837, 4 vol 
ia-8° ; une autre partie, V Histoire de la philo 
Sophie chrétienne, a été traduite par M. Trul- 
lard; Pans, 1843-44, 2 vol. in-8^; une second( 
édition des quatre premiers volumes du texti 
allemand a paru en 1836-1838; — Ueber die Er- 
kenntniss Gottes in der We^< ( Sur les moyen 
de reconnaître Dieu dans le monde ) ; Hambourg j 
1836; — Veber das Bœse (Sur le mal); Kiel \ 
1839; — Kleine philosophische Schrijten (Mé 
langes de philosophie); Kiel, 1839-40, 2 vol. 

— Versuch zur Versixndigung ûber di 
neueste deutsche Philosophie seit Kanf (Es 
sai sur la philosophie allemande depuis Kant ) 
Brunswick, 1853. 

Conversations-Lexikon. g 

RiTTERSBUvs {Conrad)^ en latin Ritten^ 
husius, érudit et jurisconsulte allemand, né I 
25 septembre 1560, à Brunswick, mort le 25 raî 
1613, à Altdorf. Il étudia les langues ancienne 
dans l'école de Brunswick , dont son oncle msi 
ternel, Matthias Berg, était recteur ; il s'appliqu 
ensuite à la jurisprudence à Helmstœdt, suiv 
à Altorf les leçons de Gifanius, avec lequel il de 
meuraune année, parcourut une partie de l'Allfl 
magne, et revint à Bâle prendre le diplôme d 
docteur en droit (1592). A la même date il fil 
appelé dans l'université d' Altorf, où il profess' 
les institutes, puis les pandectes. II était tellÉi 
méat versé dans la lecture des meilleurs auteuii 
de l'antiquité qu'il les savait par cœur et qu'ui 
jour, dit-on, dans un entretien qu'il eut avec Arv 
dré Dinner ( voy. ce nom), il ne se servit pou 
exprimer tout ce qu'il voulut dire que des veii 
d'Homère. C'était aussi un critique exact et jni 
dicieux, et il a écrit sur beaucoup d'écrivaic' 
classiques, Pétrone, Phèdre, Appien, etc., d([ 
commentaires et des notes qui ont été conserva ■ 
par les savants qui lui ont succédé. Burmani | 
qui lui a fait cet honneur dans son édition c ] 
Phèdre (1698, in-8°), le qualifie de Germanl\ 
ornamentum et decus. Les meilleures éditioi | 
(îe Rittershusius sont celles de Phèdre (Leyd^ 



325 



RITTERSHUYS — RIVARD 



326 



1589, in-8°), d'Oppien (ibid., 1597, in-8°), 
avec une version latine; Gunlheri Poetx de 
rébus geslis imp. Frederici 1 (Tubingue, 1598, 
in-S"); Maximi Marganii Hymni (Augsbourg, 
1601, in-S"); Bocthii De consoladone (Leyde, 
1601, in-12); S. Jsidori De inlerpretatione 
Scriphirx lib. IV (ibid., 1G05, in-foi.); Por- 
phyrii De vita Pythagorx (Altorf, 1610, 
in-12); S. Alhanasu Hijpomnemata (ibid., 
1611, in-80), etc. Ce savant, qui était fort la- 
borieux, a composé, principalement sur des ma- 
tières de droit, une trentaine d'ouvrages, parmi 
lesquels on distingue les suivants : Amores cla- 
rissimorum poetarum elogiis celebrati; Al- 
torf, l593,in-8°; — CoJJsi/(a.4/^or./jncf;Hanau, 
1003, in-4''; — As fatidicus; Aniberg, 1604, 
in-8" : c'est une traduction en vers latins des 
petits prophètes; six sont de l'historien de Thou, 
et six de notre auteur; — Vila Elix Putschii; 
Hambourg, 1608, in-4°; — Commenlarius in 
Salvianum Massiiiensem; Altorf, 1611, 2 vol. 
in-S", réimpr. en 1623; — Jus Justinianeum; 
Strasbourg, 1615, in-4°; — De dif/erentns 
iuris civilis et canonicï ; ibid., 1C16, in-8"; — 
Sacrarum lectionum lib. VIII; Nuremberg, 
1643, in-4°. 

RiTTERSHiiYS (Nicolas), fils du précédent, 
né en loO"?, à Altorf, où il est mort, le 25 août 
1670, enseigna dans cette ville le droit féodal, et 
s'appliqua particulièrement aux recherches liis- 
Eoriques. Son principal ouvrage a pour titre : 
Genealogix imperatorum , regnm, ducum, 
coyniium, etc., 1400-1664; Tubingue, 1674, 
in-fol. 

.Ail.ira, Fitx german. jurise. — P'ita Conradi li-, 
Ipar son fils Georges, à la tête de la 2^ cdit: de Salvlen, 
|Viireinberg, 1623, in-S», et dans les Memorix jurise. de 
lU'itten. — Frelipr, Thcatrum. 

j KIVÂIL [Aimar du), en latin Rivaliiiis , 
jurisconsulte français, né vers 1490, à Saiat- 
\Iarcellin ( Dauphiné), mort à Grenoble, avant 
!û60. Il fut conseiller au parlement de Grenoble, 
tt appli(]ua, l'un des premiers, à la composition 
|)istorique les procédés de l'antiquité. On a de 
/.li : Civilis historiée juris commentariorum 
fib. 7(Mayence, 1527, in-8°) et De Allobro- 
libus lib. l.\ ; Paris, 1845, in-8'' : ce dernier 
;iivrage, description et histoire du Dauphiné, a 
i té édité par M. Jacquier de Terrebasse. 

I Ciaconius, Bibl. — Rochas, Biogr. du Dauphiné, II. 
I RIVALZ [Jean-Pierre), peintre et architecte 
Français, né à La Bastide d'Anjou, le 27 juillet 
1625, mort à Toulouse, le 17 mai 1706. Destiné 
lu barreau, il vint à Toulouse pour y étudier la 
furisprudencp , mais bientôt il s'adonna entière- 
|nentà la peinture, qui lui fut enseignée par Am- 
proise Frédeau (l). Il passa quelques annt^es à 
ilome, où il s'occupa surtout d'architecture. On 
,iit que Poussin l'employa plus d'une fois à 
«indre les fonds de ses tableaux. De retour en 
••rance vers 1680, il fut nommé peintre et archi- 

(1) Elève de Vuuet, mort en 1678. 



tecte du capitole de Toulouse, et il peignit dans 
l'une des salles de cet édifice la Fondation 
d'Ancyre par les Tectosages , ouvrage détruit 
par le temps, mais dont le musée de Toulouse 
conserve une copie, faite par son fils. Il pei- 
gnit encore quelques tableaux pour les églises 
des Chartreux et des Carmélites ; et c'est sur ses 
dessins que fut décorée la Salle des illustres 
Toulousains. Ses travaux en architecture lui 
valurent la place d'intendant des ponts et chaus< 
sées du Languedoc. 

RivALZ (Antoine), peintre, fils du précédent, 
né le 6 mars 1667, à Toulouse, où il est mort, le 
7 décembre 1735. Il manifesta un goût telle- 
ment décidé pour les arts que son père dut re- 
noncer au projet qu'il avait conçu de le faire 
entrer dans les ordres. Il l'envoya d'abord étu- 
dier à Paris, puis en Italie. A son passage à 
Marseille, il eut occasion de faire deux tableaux 
qui lui mériièrent l'approbation de Puget. Pen- 
dant son séjour à Rome, il remporta l'un des 
prix de l'Académie de Saint-Luc et fut couronné 
au Capitole par le cardinal Albani, depuis Clé- 
ment XI. Rappelé à Toulouse par la mort de son 
père (1706), il lui succéda comme peintre de 
l'hôtel de ville. Le talent de Rivalz, très-vanté 
par ses contemporains, est bien peu apprécié de 
nos jours ; d'ailleurs ses ouvrages sont peu ré- 
pandus hors de sa ville natale (1). Son principal 
mérite nous paraît être d'avoir su déterminer 
les capitouls de Toulouse à fonder une école de 
dessin, d'où sont sortis quelques bons artistes : 
cette école fut érigée, en 1750, en Académie 
royale, Rivalz a gravé d'une pointe spirituelle et 
énergique quatre vignettes ponr le Traité sur 
la peinture de Dupuy du Grez (Toulouse, 1697, 
in-4'' ) , une allégorie à la mémoire de Poussin 
et le Martyre de saint Symphorien. Il eut 
pour élève Cammas et Pierre Subleyras. 

Rivalz (Pierre), fils et élève du précédent, 
né en septembre 1720, à Toulouse, où il est mort 
en 1785. Il était à Rome au moment de la mort 
de son père; la place de peintre de l'hôtel de 
ville, que celui-ci remplissait, fut donnée à Cam- 
mas, qui eut la générosité de s'en démettre en 
faveur de Pierre Rivalz à son retour en France, 
en reconnaissance des leçons qu'il avait reçues 
de son père. 

Un cousin de cet artiste, Barthélémy Rivalz, 
parent et élève d'Antoine Subleyras, n'est guèrç 
connu que pour avoir gravé assez lourdement 
à l'eau-l'orte , outre quelques sujets religieux, 
les portraits de Jean-Pierre et d'Antoine Rivalz. 

Jbcdario de Mariette. — Biogr. toulousaine. — Du- 
rnège, Hist. des institutions de Toulouse. — Huber et 
Rost, Manuel du curieux. — D'Argenville, f^ie des 
peintres. — Clément de Ris , Les Musées de province. 
— l)e Cbennevières, Recherches sur les peintres provin- 
ciaux. - P. Man'tz, L'École de Toulouse, dans L'Artiste, 
1849. 

RIVARD (^Dominique-François), mathéma- 

(1) n'Argcnville a donné la liste de ses principaux ou- 
vrages. 

11, 



327 



RIVARD — RIVAROL 



ticien français, né en 1697, à Neufchâteau (Lor- 
raine), mort le 5 avril 1778, à Paris. 11 vint 
achever ses études à Paris, et professa pendant 
près de quarante ans au collège de Beauvais la 
philosophie ou plutôt les mathématiques, dont 
il encouragea de tous ses efforts l'enseignement 
dans les écoles de la Sorbonne. Nous citerons de 
lui : Éléments de géométrie, avec un Abrégé 
d'arithmétique ■ Paris, 1732, in-4°; il y a un 
Abrégé de cet ouvrage, Paris, 1747, in-8°; — 
Éléments de mathématiques; 1740, in-4''; 
5* édit., augm., 1752, in-4° : ce livre a été pen- 
dant longtemps classique; l'auteur en fit un 
Abrégé, ?àn&, 1740, in-8°, et 1771,2 vol. in-12; 

— Traité de la sphère; 1741, in-S"; Lalande 
en 1798 et Puissant en t816 en ont donné chacun 
une édit. augmentée, in- 8", pi.; l'Abrégé est de 
1743, in-12; — Traité de gnoinonique ; Paris, 
1742, in-8''; — Trigonométrie rectiligne et 
sphérique, avec des tables des sinus, des tan- 
gentes, des sécantes et des logarithmes ; 
Paris, 1743, in-S" : les tables en sont exactes, et 
quoique moins amples que celles de Callet, on 
les recherche encore quelquefois quand on a 
besoin d'avoir les sinus naturels et les tangentes ; 

— Instructions pour la jeunesse sur la re- 
ligion et sur plusieurs sciences naturelles; 
Paris, 1758, 2 vol. in-12; — Éléments de la 
grammaire française; Paris, 1760, in-12; — 
Recueil de mémoires touchant l'éducation 
de la jeunesse, surtout par rapport aux 
études; Paris, 1763, in-12 : on y remarque 
celui où il démontre la nécessité d'établir à Paris 
une maison d'instruction pour former des maî- 
tres; — Examen des systèmes du monde; 
1765, in-12 : il rejette le système de Kopernik 
et n'admet celui de Tycho qu'avec les corrections 
de Longomontan ; — Mémoire sur les moyens 
de perfectionner les études publiques et par- 
ticulières ; Paris, 1769, in-12. Les ouvrages de 
Rivard ne sont que des compilations; mais ils 
sont clairs et assez méthodiques, et la plupart 
d'entre eux ont eu plusieurs réimpressions. Le 
recueil de ses leçons au collège de Beauvais a 
été publié sous le titre A' Institutiones philo- 
5opAic« ( Paris, 1778-1780, 4 vol. in-12) par 
dom Monniotte, son ami. 

Il était probablement de la famille de Rivard 
{Denis), né à Neufchâteau, et qui délivra dans 
l'hôpital de Lunéville plus de six cents malades 
du tourment de la pierre. Cet habile chirurgien, 
estimé de Morand et de La Peyronie , mourut 
le 17 mars 1746. 

Calmet, Biblioth. lorraine. — Lalande, Bibl. astronoin. 

mvAROL (1) (Joseph- Philippe de Saint- 
Mahtin d'Aglié, marquis de), général français, 
né en Italie, mort le 31 mai 1704. C'était, selon 
Saint-Simon, un Piémontais qui s'était attaché 
au service de France. A la tête d'un régiment de 



(J) Les écrivains contemporains le nomment RivaroJes, 
traduction exacte de l'Italien Rivaroli. 



cavalerie qu'il avait levé en 1672, et qui portait 
son nom, il se distingua dans les guerres de 
Catalogne et d'Allemagne. On lui avait donné le 
surnom de Débauché de bravoure. Au siège de 
Puicerda un twulet lui emporta une jambe; il 
s'en fit mettre une en bois, laquelle eut peu de 
temps après le même sort. « Ah ! pour cette 
fois, dit-il en se relevant, l'ennemi a été pris 
pour dupe : j'ai une autre jambe dans mes équi- 
pages. » En 1678 il devint brigadier, et commanda 
le régiment Royal-Piémont. Promu au grade de 
maréchal de camp en 1688, il quitta le service. 
Il était grand'croix de Saint- Louis et grand prieur 
de Saint-Lazare en Languedoc. 

RivAUOL (Charles-André, marquis de), fils 
du précédent, né en Italie, servit depuis 1695 
dans toutes les guerres de Louis XIV et de 
Louis XV, et se retira dans le Forez, après avoir 
obtenu le brevet de maréchal de camp (l^'' mars 
1738). Il commanda aussi un régiment de dra- 
gons de son nom. 

Pinard, Chronologie milit., VI et VU. 

RIVAROL ( Antoine), célèbre écrivain fran- 
çais, né à Bagnols, en Languedoc, le 26 juin 
1753, mort à Berlin, le 13 avril 1801. L'incer- 
titude règne sur to«t ce qui touche à l'origine 
de sa famille, que l'on peut cependant affirmer 
être italienne. Son grand-père, né en Lombardie < 
selon les uns, à Novare selon d'autres, après 
avoir fait la guerre de la succession au service 
d'Espagne, s'était établi en Languedoc vers 1720, 
et y avait épousé une cousine germaine de M. de ' 
Parcieux de l'Académie des sciences. Le père de, 
Rivarol ne semble en avoir hérité que desgoûtsj 
littéraires et des prétentions nobiliaires, qu'il I 
transmit fidèlement à son fils et qui durent rendre ( 
plus amère à l'un sa déchéance, à l'autre less 
épreuves de ses débuts. Il eut seize enfants, dont* 
Rivarol était l'aîné. La gêne domestique l'obli-ij 
gea à tenir quelque hôtel ou table d'hôte à I 
l'enseigne des Trois Pigeons, circonstance qui I 
fut depuis tant reprochée à Rivarol. D'abord ( 
fabricant de soie, puis aubergiste, puis maître* 
d'école, le père de Rivarol était un homme bien 
au-dessus de la situation à laquelle l'avait réduit 
l'adversité. C'est lui qui fit la première éduca- 
tion de ses enfants. C'est lui qui leur enseigna 
l'italien. 11 avait traduit même pour la Biblio- 
thèque des Romans les Amours de Tancrède 
et d'Henninie, épisode de La Jérusalem déli- 
vrée. ! 

Rivarol, qui annonça de bonne heure les j 
plus brillantes dispositions, fut élevé au col- 
lège des joséphistes de Bagnols; il dut à la 
munificence de l'évoque d'Uzès, qu'il avait su 
intéresser, là continuation de ses études. Un mo- 
ment il porta le petit collet. D'abbé il devint ^ 
précepteui à Lyon, sous le nom de Longchamp; ' 
mais il ne fut jamais, comme l'a écrit Cerutti, 
soldat ui clerc de procureur. Vers la fin de : 
l'automne de 1777 il débarqua à Paris, et il se fit 
connaître surtout en répandant aulourdelui, 



329 RIVAROL 

ddns une conversation déjà prestigieuse, les tré- 
sors de sa mémoire et de sa malignité. Ses pre- 
miers succès en tous genres, môme dans le genre 
galant, sa fatuité naturelle, qui ne fit que s'en 
accroître, sa verve intarissable, son impertur- 
bable jovialité , cet